(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Essai sur l'homme."

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



,\ 



/ / 









1 



C It^ 



<i 






s"^ 



)- 






T' 



/ 



I 

i 



' 'V: 



«, 






'><4'-''^':». ' 






■S 



■v i 



i^i i 



4 i. 



HISTOIICE 

DU 

MARECHAL 

D E 

FABERT. 

EIEVrESANT GENERAL DES' 

Armiet i» Roj, GêitvinitiÊr-det Filk Çrf 

Ciiundi Stimtit. 



A AMSTERDAM, 

^aHiKni DiiaoROEs. Mtf« 

dimdLibniiednuleKilraSnn- 

M. OC XCVII. 



• ^ 




\ 






-. A ^ « 



k ^ • 



• - 



HISTOIRE 



D U 



MARÉCHAL 



D È 





A- B E R X. 



'élévation aux Bignitcz cft. 
pour l'ordinaire moins Pouvra^ 
ge de la Verui t que celui de' 
^la •Noblefle ou de k Fortune. 
'C'èftuné vérité œnîhntc, cjui 
n'a pas btfom dç preuves , S: il h*y W ((ju*à 
conlultcr lésliiftoiTcs , tant dés fifecles paffcz 
que du nôtre , ;pbùr favoir que la plupart 
de ceux qui Ibiit parvenus aux premiers 
emplois, en oi»téîie^rcdcvaWes, plusà^u-i> 
cte naiia&nce jUtift^t^ , au à' un bôiAfeûtf^ 
dinftant qtf â leur pmprc lïicrité.. " ÙVen' 
c<t pas dé' même, àû Maréchal dePJifef tf ; tf 
Vmti fcùic fit foh^ëlcvkion , • k râ/aù? 

A que 



t Histoire 

que la Fortune y ait eu part» ce qu'elle y a 
contribué eft fort peu de ehofe/ Cethoni* 
me^eutun courage intrépide, uneapplica* 
tion in&tigable » une conduite irreprehen- 
fible, & une capacité fi diverfîfiée» qu'on 
n'a jamais bien fçu le plus beau délesta* 
lents. Il aquit Teuime cle Louis xiii. & la 
confiance du Cardinal dé Richelieu » ce qui 
eft une preuve authentique de (on habileté 
extraordinaire: vu que Pun ne fçut jamais 
bien aimer , & que rauore étoit toujours 
prêt à haiit I> eut part aux premiers em- 
pknide l'Armée 8c fut Gouverneur de Se- 
ilan» Enfin ce fiit par plufieurs fervices con<» 
fiderables , qu^il obtint Iç bâton de Mare^ 
chai de France , Se ces fervices qu*il rendit 
à la GouroQf» avec beaucoup de zèle fie de 
fidélité» étoient aufii fecrets qu'imponans. 
Ceft ce qui va paroitrç dans le cours de 
cette Hiflx)ire* 

Abraham de Fabert' naquit à Metz. Son 
Père ffi aommoit Michel de Fabert , Se fk 
Mère Anne d*Alamont. Comme il fiit d V 
borddeftiné à l'EgliièouàlaRobe» on eut 
(bin de l'envoyer de bonne heure au Colle^ 
gCf oii il ne fit aucun progrès j à cau(ê 
de raverfîonmiffiviréqu*ilavoitpourrétu* 
de. De tousies livres ilo'y avoitquelesRjo« 
ôiaiii» qvt lui plûflentji &; &ns cette ocok 
fion'à peiQQ auroit il aprisii lire* II étoit tîe^- 

lemenc 



BV Maréchal ob Faberk ^ 

Icment charmé des avancurcs furp rcnante 
dont ils (ont remplis, que le plus (buvent il 
iê dérobait & s'alloit cacher, afin de goû- 
ter plus long temsSc avec plus de liberté le 
plaiilr qu'ily prenoit. 

Le Père bien marri de découvrir en (on 
fils des inclinations tout à &it opofées à 
celles qu'il lui fouhaitoit, tâchoit par de(ê« 
vercs réprimandes à le corriger, oc à luiin*- 
fpirer en même tems par de fortes & ten* 
dres exhortations^ lede(ir desVancerdans 
les belles lettres , pour en fuite pafler aux 
fiences utiles & folidcs. Ces remontrances 
ne firent aucun rfet fur Tefprit du jeune A- 
braham deFabert, qui ne pouvant vaincre 
la forte répugnance qu'il (e fentoit pour la 
profeffion des lettres, nirefîfter à la violen- 
te inclination qu'il avoit pour celle des Ar« 
mes, fit plufîeurs fois (blliciter fonPere pour 
être Cadet au Régiment des Gardes. On 
lui refi(hi quelque tems ; mais enfin après 
avoir bien confideré le peu d'efperance qu'il 
y avoit qu*un enfant réiîffit dans aucune au** 
tre profdlîon , que dans celle qu*il (è choî- 
firoit lui même , le Père prit u réfblution 
de luilaifibrfuivre Ton penchant. 

Michel de Fabertétoit alors pour latroi- 
fiéme fois Maître Echevin de la ville de. 
Mets, &s'étoitaquitéde cet emploi, avec 
tant de /âgeflê fie tant de bonne conduite, 

A i qu*ou-« 



4 H 1 s T o I R e ' r 

qu'outre Vaprobation générale, ilavôit.ca- 
çoire acquis Teiliine fie labienveuillancede 
Loiiis de Nogarct , Duc d*E(pcrnon, Co- 
îonçl de rinfenterie Françoife» & Gouver- 
neur de Guienne & de Metz; de.(brce que 
ce Sei|;neur recommauda fortement Abrk*- 
Katn de Fabert à Monfr. de Campagnole 
Capitaine au Régiment des Gardes. 
■ Le jour du départ, Michel de Fabert qui 
tf avoir pas tout à fait bonne opinion de u>n 
fils» lui fit une belle exhortation^ après quoi 
l'ayant recommandé à un habitant de Metz 
cpi alloit à Paris , & qui $*étoit chargé de 
ra conduite, il tira cet homme à parc, à qui 
il parla aflèz long temps 8c aflez bas. Ce*- 
pendant le Jeune de Fabert entendit qu'il 
lùidKbitf que comme laJeunelTe ç& fujet- 
tt à fê débaucher, ilnefaloît pas qu'il don^ 
nit de f argent à fon fils que dansunbelbin 
preflant/ Cela Te toucha à tel point qu'il 
fbrma fur le^champ larefblution » de ne lui 
étfc aucunement a charge, Se de fbûfi'ir plu- 
tôt les dernières extrémités , que de rece-* 
Voir pour fà fubfîftancc, ce qu*il pourroit 
lui fatrc ofrir. Réfolution qvi*il ne manqua 
pas d'exécuter ponctuellement, comme nous 
îe.verrQnsdâns la fuite. . 
"fl entra au Rcgitne^t dcisG^desà l'â^p 
de treize ans Sç clemi , ; dansi la comps^QÎe 
deMonfr. de Capapagnok., à qui ilxendit 
, ' ' . une 



t)v Mariciïal de Fabert. 5 

une lettre du Duc d'Efpèrnon , par laquelle 
il étoit fortement recommcndé. On le nom- 
ma d^abord \c Cadrait poignard ^ }>arce que 
fuivant la coututne de ce tcms là, il enpor- 
toitun, comme tous ceux qui n'etoient pa5 
d'une complexion forte & vîgoureufe. A la 
vérité il étoît grêle & paroiflbit foible & 
délicat , bien qu'il eut le corps robufte & 
nerveux » & fût d'une taille aflez avan;- 
cée pour fon âge. Ses camarades » qui Iç 
croyoient effcétivement aulîî foible qu'il le 
paroiflbit, ayant voulu le railler fur fonpei^ 
de vigueur^ il fît voir en deux rencontres 
qu'il favoit fort bien fc fervir de fon jpoir 
gnard ; car d'abord il attaqua le plusre(olU| 
Qu'il mit à la raifon après 1 avoir bienbatu, 
gC quelque tôms après en ayant traité un au"^ 
tre de la même manieret ilforendit rçdou« 
table 9 & fut en fuite confideré comme un 
brave dans fa Compagnie. 

Pendant cinq ans Se demi qu'il y fut,il s' a- 
quita avec la dernière exaâitude de tous les 
devoirs d'un Soldat. Le defîr violent qu'il 
avoit d'exceller dans fa pro(e(Hon » fît qu'il 
$'y atacha entièrement, & qu'il rechercha 
avec un foin extrême les occafions de IV 
prendre. Lors que fa Compagnie étoit com- 
m[andée à quelque fîege , il ne fê conten- 
toit pas de monter la tranchée les jours qu'il 
étoit de garde, il s'ofr oit encore les autres 

A 3 jours 



l6 HiSTOIR/ 

jours aux Ingénieurs pour porter le cordeau. 
Dans lesoccafîons on le voyoic toujours fer- 
me 8c intrepidC) tâchant à ie fignaler au« 
tant qu'il lui étoit poflible. Au rçfte jamais 
onnevitydans un âge auffi peu avancé que 
celui où il étoit alors, une conduite mieux 
réglée que (à (îenne. Il vivoit avec tant de 
frugalité que (àpaye fufi(bit pour Tentretenir 
honnêtement » n'ayant jamais voulu rece- 
voir Targent que Ton Capitaine voulut lui * 
faire donner au de là , bien qu'il le lui fit ofrir 
par ceux de fès camarades ^ qui étoient (es 
meilleurs amis. Il refu(à aufli toujours celui 
que Ton Père voulue à divcrfes fois lui faire 
toucher 9 demeurant ferme dans la refblution 
qu'il avoit prife de ne lui être jamais à char« 
ge. Une conduite fi fage & des inclinations fî 
nobles, ne manquèrent pas de lui attiter tou« 
te Teftime de Monfr. de Campagnolcj qui ne 
pouvoir (e lafTer d'en dire mille biens au Duc 
d'Efpemoi) , toutes les fdisqu'il le voyoit. 

Au fortir de cette Compagnie du Régi- 
ment des Gardes , où il fut fait Anfpeçade 8c 
en fuite Caporal , le Duc d'Efperaon lui ' 
donna un Drapeau dans le Régiment de Pie* 
mont., où il ne fcrvit qu'une Campagne,* 
parce qu'ayant tué un Oficicr avec lequel il 
s'étoit oatû , il fut obligé d'en fortir pour fe 
mettre à couvert. 

Ce fut en ce temps là quclc Duc d'Efpcr* j 

non 



DU Mar'bCHAL Dm Fil»ERT. 7 

non fit voyager le Duc de la Valette (on fils. 
Il lui donna Monfr. de Fabert , quiàmefu- 
re qu'il avoit avancé en âge , avoitauffi au* 
gmentéen erprit& en belles connoiflances. 
Aucahtavoit'il eu de répugnance à étudier^ 
lors qu'itfrequentoic le CoUegb , autant prit-- 
il , après Qu'il en fut forti » de plaifir à la le- 
£ture des bons livres » & à tout ce qui peut 
contribuer à forçier un honnête homme ; de 
forte qu'il compofa une Relation du voyage 
du Duc de la Valette, où il fit entrer des re« 
marques , que peade perfbnnes avoient fiâtes 
avant lui. 

Afon retour 9 il demeura <)uelques mois 
chez le Duc d^Ëfpernon , qui le retint près 
de fâ perfonne i après quoi laiflant ce oei* 
gneur en Guienne t il fit un voyage à Paris ^ 
où il traita d'une Compagnie dans le Regi« 
ment, de Normandie. Le Roi Louis XIIL 
le voulut voir avant que de donner Tagré» 
ment » & ne le trouvant pasd'aflezbonne mi* 
ne, le traité demeura fims éfet. Ce refiis 
lui cau& un chagrin fi fenfible , qu'il eue la 
penfée d'allerfovir dans les Pais étrangers. 
11 voulut néanmoins en entretenir le jDuc 
d'Eirpèmon,qui lui fit abandonner ce defietn, 
& qui en le confolant de (à disgrâce felèrvit 
des termes les plus honnêtes fie les plus o-* 
bligeans. Sur ces entrefaites la Majorité du 
Régiment de Rambure vint à vaquer. Ce 

A 4 Sci- 



Sefgoeur h lui donna Cc lui fit contiokre 
régime qu'il fiufdit de Iui# 

Monficur de F^bert étatit allé preadre ^fr 
ièifioa de ccttt charge ;' il vit Moofn do 
^ambure» qui étoit alors. McAredeCamp 
du Regtmen;; des iS^rdest , &qm dcjpuis fut 
^t, Maatecbal de France, & tué en mite au 
fiege de la Capelle. C'étoit un homme d'u-^ 
ne grande valeisty d'un raremerite, &d'u« 
^ehautcprobité. Cbmoie il ne connpifibit. 
pi» Mn derFabert ^ & que cdui di ii'éimt 
pita dec ccaMrfonn^ qui pacxfi beau ddior s 
s'attirent dés la première vue une eftîme ^ 
qui k plus[ (bavent > lors iqu'on commdice 
à les Gonnoitre, & (ktruit auill promtemeiit 
qu'elle.apris naifiànce, il n*eut pas d-ahopi 
ppuriui de^ ièntîmens ^ fiwt avancagctsc' s 
xuats dans laâùte ayant. deôouMtt les txccU 
haiùt qualités ipCù poSodott-» illea Batû 
cbanoé . qu^ m donna toute (on cftime; 
D'un autre cûte'knure mérite deMûnfibt dn 
Rambme fài&tt k mcsM^ ^t fiir. Ferprit 
dé iér^ de F^tt r- <k rfoorte que ttsdeùoi 
grandahomhto fei troisraslt i^ns! ut^ mémq 
ctttià>rmitéf àFgard des rentîmenar lés plui 
oobles^ilaiasii^ient Tun poQr i'autxeji^ plu» 
aidente amitié» 

• Jamais Régiment ne fut mieux difcipli- 
né> ni ne fit mieux Texercice que celui de 
Râmbuse. D ws les occafions & pendai^ les 

• *. gucr- 



J>U MaHECH AL DB* F^BBRT. 9 

gaerres civiles » ils rendit toujours des (êr« 
vices très confidcrables^s' étant extrêmement 
fignalé aux fieges où il fut employé , 8c 
principalement aux Baricadesde Suze, où 
fuivant l'aveu de tout le monde il remporta 
tout l'honneur. 

' Monfîeur de Rambureque lèRoi Louis 
XIII. honoroit de fon efttme & de (a faveur , 
I»ienoit dans les occafîons la liberté de l'en- 
tretenir du mérite defbn Major; jufqueslà 
que Sa Majefté lui ay^nt un jour témoigné 
quelque mécontement à Pegard de la con^ 
duite du Cardinal de Richelieu , il ofa lui 
dire que s^il y avoit dans (on Royaume un ' 
homme' capable d'une grande entreprife, Se 
de TaâioD h plus hardie, c'étoit aûurément ^ 
le Major de Fabert. 

Le Roi commiEmda qu'on le lui amenât. 
II lui parla en preicnce de Monfr. de Ram - 
bure tiufujet du Cardinal ; maiâ ces deux a^ 
mfis fçurent (i bien reprefemer à Sa M^e-- 
fié les iervices importans qu il lui rendoit ^ * 
qu'dile changea de fèntiment en perdant 
tous les préjugez qu'elle ayoit conçus au 
desavantage de ce premid?Mini(lre. Depuis 
ce jour là , le Roi très fàtisfait de Monfr. 
de Fabert , prie beaucoup de plaifir à s^en<- 
tmtenir fouvent avec lui fur Texerciee de 
rinlanterie ; àt forte que celui ci ayant 
fait foire des^marmoufets. » il eQâiibitr^et^ 

. A 5 * cice 



to Histoire 

cice fur u:ic table , en prcfcncc de Sa Majc- 
ilé,qui prenoit ce divcrtiflcmcnc quelquefois 
trois heures de fuite. 

Monfr. deFabert neroanquoit pas de &r- 
vir règlement toutes les campagnes % après 
quoi il paflbit une partie des hivers à Pa- 
ris , tandis que le Régiment de Ramburb 
ctoit en Piémont , où il demeura long- 
tcms. Ce fut alors qu'il furvint une afairc 
importante auPcre de Monfr. de Fabert, 
qu'on nommoit Monfr. de Moulins, & com- 
ipe cette afajre fut laYource du bien, que 
Monlîeur deFabert aquit depuis parfon in- 
^juftrie , il e{\ à propos de la raporterici. 

Monfieur dk Moulins avoit pris à ferme 
du bue de Lonàme les forges de Moyeuvres, 
^<eufituéà,trois lieues de Metz & à deux de 
ThîonYille.L'eaudulitordinairedclaRivie- 

redHDrneyctoit arrêtée par une éclufe, & 
conduite en mêmetems par un canal, pour 
fcrviràdeux forges, à deux fourneaux, à 
deux platifferies ,à une fenderic , & enfin à la 
plus belle ufîne qui fut dans le Royaume. Un 
débordement d'eau rompit u»e foiscettec- 
clufequeMonfieur de Moulins fit réparer, 
& d'autres debordemcn* ayant encore cauic 
le même dommage, il la fitretabUrjufques 
à trois fois , après quoi s'étant rebute , il 
l'abandonna, toujours obligé cependant de 
payerparanjoQootcftoosduPàîsi confor- 



DU Marbchal de Fabert. tt 

xnément au Bail paflc avec fbn Altefle de 
Loraiae. Affligé de cet accident j il ne man- 
qua pas d'en écrire à Ton Fils plufîeurs let- 
tres, auquellesMonfr.de Fabert fit des ne- 
ponfes , qui ne fatisfirent point Mr. de Mou* 
lins , parce qu'il n'y trouvoit pas les expé- 
dients Qu'il cherchoit. 

Feudetems après Monfr. de Fabert ob- 
tint congé pour quelques mois d^hiver & fc 
rendit à Metz, ou fonPere lui fit le détail 
de toutejfon afaire i l'égard des forges de 
Moyeuvres. Des le lendemain il s*y tran* 
fporta , & apresavoir ,bien examiné Touvra- 
;c» il jugea que la pefànteur de l'eau excedoit 

beaucoup celle du'ftrdeau qu^onluiavoit 
opofé. Son Père à qui il communiqna (a 
penfée, bienloinde tomber dans fbn fenti'* 
ment , tacha à le détruire par plufieurs nû« 
Ions; de force que Mr. de Fabert refblut de * 
connoicre la chofe à fond. Il fit faire pour 
l^la, un pié cube de fer blanc, & retour- 
nant à Moyeuvres , il fçut ce quejpefe un pié 
d'eau cube , la pefimteur du fer blanc dédui- 
te , & en fuite par fuputation ce oue pefe 
une toife cube d'eau ^ après quoi mefurant la 
largeur de la Rivière, il la multiplia par la 
longueur, qui pouvoit faire poids furTE- 
clufe , & le produit lui ayant fait connoitre 
la fuperficie , il eut par fuputation , après . 
avoir encore meCuré la profondeur de la 

A 6 Ri- 



Rivière , le xiombre de$ toifes cubes Sr pair 
confcquent lapeiknteur de toute Teauquk 
tpmboit furrÈclufe. Là defruâ.ilreprcren«. 
Xfi à ipoPçre que.Upe&DteUrde Peat étaoL 
de beaucoup plus forte que celle deVEclu*. 
&, il nç falloit pas ^'étonner que le travail^ 
n'eut pas fubfîftc , & qij^îlctoit facile d'y rc-i. 
inedi^eù, fortifiant I!£clufe par un iardeau: 
beaucoup plu* pefaiK que; feauqu^onvou- 
Ipit arrêter». Toutcela fus inutile j/Mnde^ 
MoviÙn^ue pût être potté par aucunes<raU> 
ibns à faire de nouyelles depœiè$^ 

Dans ce temps là Monûcur de Eàbert ib 
inaria, &épojura JV^idemoiMe de Qév:ajH^. 
fii|e du Qwvjsrneur Pi:Qvât du PonsiàïMoûiK» 
fpn^.*Per^Me dç.beaijgo^d'efprit, .d'ui;i^> 
graqd i^erite ^4*Mne.oatdteryiemi. Il ço-ait 
vint cinq mille ^cus de oiariage^ qu*il refo«* 
lut d'employer aurçtàbliflemeittdesFoiges^ 
de Moyeuvresv). . du . bail defqudles le B&pc^ : 
luy fit ceffiôut à ««tttaines conditions^, dçnt > 
ils convinrent. ... . i ^ 

^pffi coil il .rétablit TEcIif fo , , ûiîvaoi; . k : 
prpj^t qu'S en ai^it conçu ». & y fiti tra-* : 
vaîUçiiavec Gibt de chaleur, qu'en, peu.de 
tems elle fut mife en état de perfeâion. On, 
iê-sboqupif. cependant de. cette eqtrepriiêy,. 
chgcun en . parlait à^ Mtlti comonie aune 
ch^fe ioipoffîble , SeJa manîeœ dont Modir.. 
deJÉâlM;rt.ft\]qfnfOQoitr>;étoicpQiir les tuâileua.: 



DU MaRBCHAI;. DB FA'BERT. X*} 

tmiujet de diverci^ment , tandis que lea 
pins modérés & contentoient dk la condam* 
ner. Le fucGez fie pourtant voir qu^il avoit 
plus de ju^meitt & depenetradon que tous 
ceux ». qui fe croyoient plus fages que lui ; 
attendu oue Touvragc fi^fiile encore 9 & 
aue.pai u bonne conduite , il tira de ces' 
ncges i^ xsuenu très confidenble. Il régla 
fi bteniès ouvriers , & établit entre eux urie- 
fi jufijBpropor^n, que bien qu^abfent 6e &* 
loigné , il pouvoit par la connoiflânce du 
gain des, uns , juger de celui qu'âvoiènt fait 
tous les autreSw L ors qu'on lui narquoit ce 
que les Fondeurs y par etèmple 9 avoient 
gagné dans une quinzaine de jours-, il ne 
manquoit pas<le ûvoir preciiianent9j>ar une ' 
exaéb ftqpucarion» cequ'âvoient auffi gagné 
dans cette quinzaine les Forgerons » les 
Charbonniers , les Bûcherons., en un met 
tous'les aucfes corps d'ouviiers. f^< cette 
metode iLocMinoiflbit auffi au jufte la quan- 
tité du £erqai. (et fabriquoit, oc; par conlè- 
quent le profit ,. qu'après toutes les dêpenfes' 
âites il en pouvoit tirer. Les Ouvriers que 
cet ordre Ôl cette éconooiie chagrinoient» 
firent les mutins , la plus^ grande partie 
ayrat qukté le travuil , maisen ayam fait 
venir d'autres d'ailleurs , ils retournèrent 
tous, & fuient reçus, à la referve des plus 
€OU{Ksibks,^dont il ne voulut point entendre 

A 7 par^ij 



K4 H I s T O' I R I 

1 varier. Cet exemple les tendit fi fages , que 
esIchoTes allèrent depuis de la manière que 
Monfr. de Fabert l'avoit établi. 

Ces forges » les phis belles qui fbient en 
Europe, &auquelles un cheval » & un tom- 
bereau fufiient 9 pour fournir de mine à 
deux gros fèurneaux , dans lesquels on la 
jette, comme elle vient de la montagne, & 
iàns être lavée, lui produifoient tous lesans 
un milion & demi de fer , qui (è vendoit 
^larante écus le milier. Ce qui étoit com- 
me un petit Pérou, dont il ne jouit que cincj 
ans & demi, oarce que la Gucne ayant été 
déclarée rannee itf $ 3. entre les deux Cou- 
ronnes , ces Forges furent pillées par les 
Garnifons de Luxembourg fie de TbionviU 
le. Ce fut uneperte extrêmement confide- 
rable pour Monfr. de Fabert i àquiilrefta 
néanmoins vint cinq mille piftoles d*or de 
profit, fomme dont Monfn de Gbavigni , 
Fils de Mr. le Surintendant Bouiiller , fc 
chargea quelque tems après , pour la lui fiii-» 
rc vak>ir, comme fi c'eut été fon propre ar- 
gent 

Il demeura deux ans fimple Major du 
Régiment de Rambure, au bout desquels 
le Roi Louis XIII. ayant choifi dans toute 
fbn InfentcriequâtreMajors^ pour leur don- * 
ner à chacun une Compagnie , Monfir. de 
Fabert oemanqua pas d'ccre le preojicr nom^ 

më. 



DU Maréchal de Fabert. i$ 

mé , après quoi il (èrvii encore huit ans , dans 
ce même Régiment, en qualité de Capitaine 
Major. 

L'Année 1^41* Il alla par ordre du Roi 
reconnoitre Thionville^ & comme dans 
lecompte qu'il eq rendit à Sa Majefté, u» 
ne Penonnede Commandement,qui ic trou* 
va prelcnte j lui fit quelques pbjeâions , au* 
quelles il repondit néanmoins comme bien 
aiOTuréde ce qu'il difoit, il retourna à TU- 
onville pour en prendre le plan, 2c celui des 
environs avec toute rexaâitude qu'il pour'* 
xoir. A peine exécutoit il Ton deflcin 9 que 
le voila découvert. On le mené prifonier 
xlans la Ville , & en fuite on le transfert à 
Luxembourg. 

Cela ne lui ota pas néanmoins les mo« 
yens de faire favoir fon infortune à Monfî*. 
de Grateloux fbn ami intime , qui ètoic 
alors Lieutenant Colonel du Régiment 
de Piémont , Se qui s'étoit rendu à Bruxel*^ 
les» pour tacher à rendre fervice à Monfr. de 
Fabert. Il.fçut de celui ci que les Efpagnols 
inftruifoient (on procez dans la refolution 
de le condamner a mort s niais que le Roi 
fur Tavis qu'il en avoit eu , avoit écrit au 
Gouverneur des Païs bas pour empêcher 
Texecution » Se que fur la rançon ofert« 

Ear fa Majefté » on efperoit qu'il feroit 
ien tôt délivré. Il le fut eâScâivement 

fur- 



J^ H 1 3 T O I K E 

iur la fin de cette même année > un peu a-* 
vant la declaracion.de la Guerre 9 qui fe fit 
en 16 J5, 

On refblut alors de faire marcher une x\r- 
mée en Allemagne, pour aller joindre cel- 
le des Suédois: Le Roi^ en doona le com-^ 
mandement au Cardinal de la Valette v qui 
eut pour Maréchaux de Camp Monfieur de 
Torennerfic Monfieur de Grammont^qu'on 
ncHiilnoit alors Comte de Guiche. Ce Car* 
dinal étoit rhomme du monde je plus bon. 
néte» le plus courageux Çcle mieux ihten- 
tioâbé ; mais comme ilnepofledoitpasen- 
core toute Tëxperience des plus grands Gé- 
néraux f fe Roi lui donna Mr. de Fabert ^ 
pour fervir d'Aide de Camppiss de (à per* 
fixme , en lui ordonnant de prendre une 
entière confiance en lui* Les louanges que 
Sa Majeiïé donna en cette occai^m à Mr. 
de Fabert devinrent fufpeâe à ce Général. 
Il: s'imagina que c'ctoit un hcMtnme qu'on 
metcoit auprès de luijpour obièrver fà con- 
duite, & pour rendre compte à la Cour de 
fcs deportemens« D'un autre coté Monfî-. 
de Fabert 1 qui connoiflbit peu le Cardinal 
de la Valette , n'étoit pas fort (ktisfait de 
Ce voir attaché près de & perfonne 9 on le 
lui avoit dépeint d'une humeur fàcheufe & 
dificile à contenter ; de forte qu'étantauiSi 
mal prévenu du Cardii^) que le Cardiiul 

ré- 



DU MAascHA'X D£ (FWbert. ifr^ 

Vétoit de lui , ils auroiént foubatté Tdn 8c 
Taucre de n^écre pas ohfa'gé à k comioitre' 
de long tems. 

Cette prévention fut bîen^tét dtflipée ^ 
ils ie connurent , ds comme cette conncnf- 
fànce ne pouvott pa&nmâqiièrde leur décou^ 
'vrir les excellentes qualitez que chacun 
d'eux pofledotty elle fit naître Peilirae > &' 
de cette eftime ik payèrent à une amitié fi^ 
forte & (i conibnte qu'elle ne pût être rom*' 
puë que par la mort du Cardinal delà Valet- 
te. Ce General avoir beaucoup de vertu Se 
une certaine grandeur d'ame » qui ne man-^ 
quoit pas de lui attirer Padmiration , tC 
Monfr. dé Fabert pofiedoit un mérite dont 
tout le monde ëtoil charmé ;^ de forte^qu'c-^ 
tant ttoiûpcz de la manière èa AkHidéla plusf 
agieabl(?9 ils eorencauântdejpiede iecon*^ 
noit|:et ^ils «soient eu auparavant de chfi^' 
grinf de s^^ voir ot^igeZi M onfr. de Fabert 
uxv tout qui avoit une delicateflè extrême à 
l'égard des chofesqlii concernent l'honnàeuif 
8e le d^iroir» Ct &i^it unpiaifîr iènfîbledé 
pouvoir témoigner au Cardinal de la Valêt«^ 
te une entière reconnoiflance des ^randest 
obligations» qu'il avoit au Dûd d^ipernonf 
Père de ce General. 

Ce ne fiit pas feulement du Cardinal de;lâ 

Valette; queMonfr^de Fabert obtînt Tcfli- 

me âc hbien veuiUance, il aquit encore celle 

' "* , de. 



i% HisToihe' 

de tous les autres Généraux » & des hauts 
Oficiers de l'Armée. Le Duc de Weitnar 
après ravoir jugé digne de toute fon amitié ^ 
lui fit encore Phônneur de lui demander la 
iîenno. Il vécut toujours dans une parfaite 
intelligence ayec leCotQtede Guicne, qui 
fut depuis Maréchal de Grammont , & Té- 
troiçe liailbn qu'il eut avee Monfr. de Tu* 
renne (ê trouva fi forte , quMle ne (è rompit 
que lorsque le Roi Louis XIIL lui eut don- 
né le Gouvernettient de Sedan» 

Le foin extrême qu'apportoit Monfr. de 
Fabert à reconnoitre les lieux ) quelque dati* 
ger qu'il y eut de s'en aprocher , fit que 
dans l'Armée , on lui donna le nom de jQ^e* 
âiur de 9$ufs de Mousquet. Il vouloit tout 
voir & tout (avoir I mais lors qu'il s'agiflbit 
de reconnoitre quelque pofte , ou quelque 
placer il le âifoit le plus (ècretement qu'il 
iuiétoit4>o(Eble , choifif&nt pour cet efet 
la nuit; de forte que quand dans un Confeil 
de guerre, où il aÛiftoit » on venoità de* 
libérer fur l'attaque de quelque Place » fur 
le paflage d'une Rivière, d'une Montagne, 
ou d'un défilé , ou enfin fur quelque a* 
âion , que la necefiité obligeoit d'entre* 
prendre , il arrivoit prefque toujours qu'a* 
yant reconnu & deffiné ces lieux ^ il en 
donnoitunplanjufte, fans qu'on fçut qu'il 
les eut vus. Lors que fur quelque con- 

tefta- 



DU MaR&CHAL dé FaBBRT. 19 

ceftation , ou quelque (èntimenc opofé au 
fien , on envayoic reconnoitre le pofte , 
& Tendrait donc il étoît queftion t & où H 
s'ofroic toujours d'aller lui mémef avec un 
Oficier au deflus de lui y on trouvoit tou* 
jours que l'idée qu'il en avoit donnée 9 é- 
toit conforme à la v eri té. Cependant cotn« 
me fa modeftie Tempechoit de faire paroi- 
tre les (oins qu'il prenoit pour le (èrvice du 
Roi ) on ne pouvoit (avoir où il puifoit 
tant de lumières , ju(qu'à ce au'enfin les plus 
éclairez 9 s'aperçurent; que le plus (bavent 
il veiUoit » dans le tems , où tous les 
autres étoient cnTevelis dans un profond 
fommeil. 

U n'y a rien de plus beau ni de plus(ur« 
prenant quelesaâions qu'il fit à la fameu- 
le retraite de Mayence» dont tous les Hi* 
floriens parlent avec admiration , & oue 
d!habiles gens ont comparée à celle des dix 
mille Grecs deXenophon. Cette retraite 
dura I ; . jours , pendant lesquels l'Armée 
du Roi , qui fut contrainte de (butenir 
continuellement les attaques de celles de 
TËmp^reur» commandée par Gallas 9 rem^ 
porÀ toujours l'avantage. Cependant le 
loin,raplication & Tadivité, qu'appoita Mr. 
de Fabcrc à connoitre la marche que PArmcc 
dcvoit taire $ à fauvcr l'Arcilleric 5 à ton- 
fcrvcr le peu de vivres qui reftoit 9 & à 

fe 




2p. H' I S T O I K I 

£c trouver par tout où paroi({bient les Enné'- 
,mis^ Pabatbent tellement, qu*a force de jûnes 
& de veilles il auroit entièrement fuccombé; 
fiIcCar4ioal de laValcite ne l'eut forcé dé 
temsentemsdeproidre en fàprefence quel- 
que nourriture. 

Enfin toute rArmée étant arrivée à qua- 
tre ou cinq lieues de Mets y il prit les devants* 
pour y faite cuire du pain* L'excez de la 
peine & du travail, Pavoit rendu fîhave& 
tellement défiguré > que lors qu'il entra chez 
hiivMadame fonEpoufe ne le reconnut point. 
La première chofe qu'il fit , fut d'envoyer 
quérir tous les boulangersr 8c tandis qu'on 
les cherchoit, abatu dé laifitudeSc accablé 
de (bmtneîl , il s'endormit^ après avoiCncan** 
mrâosdoaoé ordre (^'on l'éveillât , auffitôi 
qu'ils fèiDient arrivez* Ce qui fut exécuté. 
Lr pain qu'il fit fiim a;vee une prômtitude 
extrême, (utd^un grand (ecours aux trou* 
pesy quimouroieotdefaim) & qui, tant el^ 
ks étoient sd)atues par la^ nviere , ne fiib-^ 
fiftoientqif avec beaucoup de peine/ 

Li' Armée de TEmpereur , qui n'étoit pas 
^1 meilleur état que celle du Roi, pritaufii 
du rafiraichifiêment , après quoi ayant rava^ 
gé & pillé toute la Frontière , Gallas qui dans 
ce commencement de guerre 9 voulut tenter 
une entreprife d'écht , s'avança vers la Bour** 
gpgne dans la réfblution «d'attaquer faiht 

Jean: 



DU Maréchal 9b Fa^ert. 21 

JeandcLoonc. Pour s'y opofèr on détacha ^ 
de Tarmce du Roi un corps confiderablc » 
Tqus lecommandcmcnt de Mr. de Rjamzau , 
qui fut depuis Macechal de Fnûce : mais 
cpmme il ne pût arriver aflèz tôt pour em«- 
pcçber le iiegp $ il refolut avec Moair. de Fa^ 
oert) qui commandoit auffi dans ce détache- 
ment • de (ècourir la Place. Ils exécutè- 
rent ce deflcin avec tant de bravoure 6cde 
iuccez9 que Gallas étonné d'une aâioo fî 
vigoureu&j &vc^tdepIusquelesGene* 
raux François 9 lurcoupoient de toutes parts 
les vivres & lesibiurag^, jugea i propos 
de & retirer > emportant la.honte&le cna* 
grin de n'avoik' pu obtenir aucun avantage 
coniiderable^ bien qu'on lui eut confié une 
Armée nombreuiè^ & compoiée de belles 
troupes 9 qui par les fàulles meiiîres qu'il 
venoit de prendre ^ iètrouvoient alors beau- 
coup a£(biolies 9 & en ttes mauvais était. 
Qomoie il étoit très inmortant que le Roi 
fe rendit Maitre de la ville de Saveme » où 
Iqs Ennemis tenaient unegroilc Garnifon» 
les Généraux eurent ordre d'en £iire le fie« 
ge^ Jamais Place ne fiit attaquée avecplus 
4e vigueur» ni.ddbndue avec plus d'opmia- 
tiecé, li n'yavoirqûelaGahiifancydi larèn» 
ditfpite. 9. ^ c^ €e;qQi fit que d'zh&idj 
on ne jugea pas qu'il (fiit :neceflàire de IW 
taquerdans les Smmu iMaislavigôyirôdfi^; 
i . rc* 



zz Histoire 

refiftance dés Afliega , ayant (ait voir qu'on 
s^toît trompé , pn fut contraint de recoin* 
mencer l'attaque» iûivant toutes les règles 
de r Art. Le Canon ayant fait des bitchcs 
confîderables 9 on donna plufîeurs ailaut^ » 
où Pon fut toujours repoufle; ^lorsque les 
Ennemis ne purent plus défendre ces bre* 
chés » ils fè retirèrent derrière les retranche^ 
ments, qu'ils avoient faits dans les rues^ où 
ils fê détendirent avec la dernière* vigueur; 
jufques à ce que manquant de poudre » ils 
capitulèrent au dernier retraocbement , qui 
étoit faitdemaniere, que s'ils s'étoientae- 
fendus plus long tems» on auroit perdu beau*» 
coupjde monde avant que de l'emporta*. 

Cette expédition coûta un auez grand 
nombre de Soldats , & plufîeurs Onciers 
y furent tuez, entre; autres le Colonel He<» 
oron Maréchal de Camp » homme d'une 
grande valeur, & qui s'étoit aquis une hau- 
te réputation au fervice du grand Guflave» 
Roi de Suéde. 

Apres cela , on fitentm les Troupes en 
quartier d'hiver , 6c les Généraux fe rcndt- 
xtnt à Paris » où ils furent reçus avec beau* 
coup d'aplaudiflèmens» fur tout le Duc de 
Weimar >« à qui le Roi & tous ceux de la 
Cour donnèrent des témoignages éclatans 
de la Ihautc eftimc qu'ils avoient conçue 
pour nu mérite auifi sareqiie le fieot 

Les 



ou Maabchal d< F^abert. s$ 

Les Garnilbns de Thionvillê êc de Lu» 
xembourg defobient alors le Pak Mdfin. 
Pour arrêter leurs cotniès , le CarcKnal ds 
h Valette , qui étoit Gouverneur de Nfets ^ 

Î^ria Monfr. de Fabert de s'y rendre , ic 
'aller de làvifiter tous les Châteaux de ce 
Pais, démettre Gamilba dans ceux qu'il 
trouveroit les plus propres & les mieux (t« 
tuez^ .defe&iur encore, s'il écoitpoffible, 
de ceux qui n'étoient pas renfermez dans l'é- 
tendue de ce Gouvernement, & de lever o- 
ne Compagnie de chevaux légers , pour (bu« 
tenir les (Maniions qu'il auroit mife dans 
cesChateaux. Monir.deFabert exécuta cet 
ordre. Se cela avec tant de fuccez, queles^ 
Ennemis n'oièrentçluscontinuer leurs cour^' 
(es. Le CardinaLde la Valette en fut ei^ae« 
mement fatisfàit , & ne pendit aucune occa^ 
fion de parler au Roi& au Cardinal deRi« 
cfadieu du mérite, 2c delà bonne conduite 
de Monfr. de Fabert. 

L'année fuivante , à l'ouverture de la 
Campagne, le Roi voit le Cardinal de la Va* 
let(e à la tête d^me puiflante Armée , <}ui 
fut diviféeen troiscorps. Ce General retmc 
le commandement du premier, cehiiduiëf 
cond fiit donné au Duc de Candàk ion Fre* 
re, (jui depuis peuétoitreventtdufervicedes 
Vemtinis, CcMonft.ilelaMeillemye, qui 
depuis futi>ltt«cfaal dcFniice eut la coo^ 

duite 



« 4 



dutce^u troifiéme. Celui ci étoît neveu Se 
&yofi du Cardmal de. Richelieu.; OutFc 
][>J5aiicoupdeitoleiB:, îloiœiidôîtbiQii Icmei^ 
tierce la Guerre» & estcellôit pri ncipadênrent 
en Tait d- attaquer lesPlaces. Ces txois corps 
d'Armée ayant pris divci^rfcs routes » allèrent 
fe reuoir.deyant Laodicei, dont ils fonne<* 
s^t le &gfii > & copmie l'émulation étoit 
grande entre les tvoîs Généraux ^chacun 
poufla fon attaque «avec le plus dç vigueur 
ou'illui fiit podible. Monfr. de Fabert qui 
defiroit avpcpaffion, que celle du Cardinal 
4c la Valette tut çLâtot achevée que les au^ 
fres » n'cmbha rien, pour lit Êiîre avancer. 
Pour cet; efet s^tant mis 1 tmcer jour & nuit 
à la Tranchée » il ieuifi;c. de telle manière» 
que le douzième jour après qu'elle fiit ou^ 
verre > les Afiî'^gez bâtirent la diamade éa 
coté de ion attaque. 

La. VilleprHè £c la brèche r^rée^on mar- 
cha vers Maubeuge, tandis que dHin âutit 
côté Jet Cattitnarin&nt iê méttoît ea^bsBOi- 
p^gtK! tvec.une puiflitttteAhxiée^ 'JSans là 
toarche on prit Barlemoot ficAimericdeux 
forts Châteaux 4 dsms Idquels les Ennemis 
aroifiatîètté ^Troupes. €>a fit.qod[que 
a^x: k ftIUubâigè ^ v^ itly:fiit mis m deli^ 

imcfribâraian^ 

i.i\^''.) nion; 



DU Maréchal de Fabert. 2$ 

nion ; mais Monfr. de Fabert qui avoit vu 
la Place & qui jugcoit qu'avant qu'elle pûï 
être prifele Cardinal Infant viendroit fon- 
dre fur l'Armée du Roi , inférieure en 
nombre à celle des Ennemis, fut d'un avis 
tout contraire. Le Cardinal de la Valette , 
par rentière confiance qu'il avoit en Monfr. 
de Fabert, entra dans ce fentiment 8c le fou* 
tint s mais Monfr. de la Meilleraie ayant (ait 
connoitre que ce qu'il venoit de propoftr 
étoit rintention de la Cour , on conduifîc 
les Troupes droit à Avenes. Apres que les 
Généraux eurent reconnu la Place de fort 
près, Monfr. de la Meilleraie changeant d'a- 
vis jugea que. le (îege en feroit trop dificile, 
£c qu'on ne pouvoir Tentrcprendre fansrif^ 
quer beaucoup , au lieu que Monfr. de Fa* 
bcrt trouva que les dificultez de cette en* 
treprifë n'étoientpas fi grandes qu'il Tavoît 
creu. On (uivit néanmoins les fentimens 
du premier, & toute l'armécv ayant décam- 
pé f elle prit fa marche du coté de Landreci , 
tandis que Mr. de Fabert fe rendit à la Cour » 
pour y dire les raifons, qui avbient empo- 
ché de former le fiege d' Avene , & pour y 
recevoir en même tcms de nouveaux or- 
dres. '^ X 

Comme Mr. delaMeillerayc avoit dépê- 
ché ihceilamment un Courrier au Cardinal 
dcRiçhdicu , Monfr» de Fabert troura en 

. " B " ar- 



%6 H I s T X> I R. & 

rivant» que ce Miniftre avoît déjà. fait re- 
(budre dans le Conlêil le fiege de la Capelle; 
de force que ce Courier étant parti avec lea 
ordres » avant que Moofr. de Fabert eut 
obtenu Tes dépêches » celui ci trouva à £ba 
retoyr que cette Place étoît deja invediey 
& que leCardinalde la Valette y bien qu'il 
eut le choix des quartiers » n'avoit néan- 
moins pas pris le plus commode, celui de 
Monfr. de la Meilleraie étant beaucoup plus 
:}vantageux pourl^attaque. Apresqu'il Teuc 
&it connôicre à ce General^ on propoâ de 
changer les quartiers .» ce qui lui attira la 
Baiae de Monfr^ de la Meilleraxc y qui fit 
même paflcr (on Fcilèntiment au Qûrdmat 
de la Valette » auquel 3 témoigna depuis 
beaucoup de froideur» 

Cependaat Monir» de iFabcTt prc(Ià fivi- 
goureufêmentles travaux , & coaduific la 
tranchée avec tant de promtitude «. qu'en 
peu de jours il gagpa u Contrefcarpc y ce- 
qui fut caufe de la leduâion de la Place; 
^arcequ^autrement le Cardinal Infant» qui 
^aprocholt avec une Armée formidable, 
O^aoroit pas manqué défaire lever le ûege. 
C^jioi qu^n eut deja fait kdiécente du io^ 
ie , & attaché le mineur , il étoit neash^ 
moins impoflible qu« k ville fiit prifê avant 
f arrîvée^e l'Ëmiemt^, q|ii a'étoit plus qtf à 
(quatre Kcues ^ fi lie Gouv^rneui; eue tenu 

ferme 



su Makechal as I<'abert. ï^ 

ferme, mawcommc onluieut fititdirequd 
h mine étoit prête à jouer , 2c qu'il ny au- 
roit point de quanier pour lui , s'il attend 
doit que le Baftion fut ouvert , foie qu'il 
se fût pas informé de Paprochc du Carrfi- 
nallnhtflt> foitpoQrqueraueauireraifbii, i! 
fit d'abord lettre la chamade,Sc le lendeâiaiit 
ilfôrtitaffecfaGainilôn, tirant ainfi de pei- 
ûe nos Généraux , qui après s'être aperçus 
qoe IcsKgncs avoicnt été tirées trop loin de 
la Place, Ictronvoicntfortembaraffi;îr. 

Peu dctcrasapreshprifede cette Phce, 
Mbnfieurde kMeilleTaie ayant été rapellé 
à la Cour , Je Cardinal de la Valette Ôr lef 
Duc de Candale eurent feufe leCommant^- 
meot de l'Armée du R,oi. Cependanr le 
Cardinal ïnfànt voyanc quelaC^cIfeéCôit" 
(Jrife, rfïandonnalcPaiscOtrrcrtjOÙiféroie 
aox environs d'Avenes, pooffe retirer d^ 
coté dffMom , & PAiWée du iSoi pdt fa' 
iMite pw Lafldreci' du cété àe Mt$\Aiéxi&i.-' 
LeCorpscomraaitdé mt ItfDtic de Caûda-' 
leydcmeoTt, àccMrduCaïdittri dè"la' 
Vafetre étant «rtouméiùX environs detan- 
drecr, leCardhïd : 
le Pont fyt Samfere 
(fattïioe, ptwqUc 
chaque cc«:é. Le Ë 
qo^étoit nïceflaiï 
avtcle CardiKd icn 

B ï prea- 



:8 H I s T o I R, E 

prendre CDlèmble de jufles mefarcs> fut le 
trouveravec une clcorcc de mille Chevaux , 
commandez par Monfr.de Gallîon, qui fut 
depuis Maréchal de France-Ilfut obligé de 
Ëtii'Cun grand circuit pourévicerrEnncmi; 
mais enfin il arriva heurcufementàLandre- 
ci , oh. après avoir demeuré longtems en- 
fermé avec le Cardinal delà Valleue, il af- 
filia au Cou{êil de Guerre, qui fut aHem* 
blé, La nuit fuivantcccDuc ayant été at- 
taqué d'une fièvre ardente , on attendit tout 
le lendemain , pour voir'fi ce ne feroit qu'une 
Ephémère , mais comme elle continua , 
Monfr. de GafHon partit le jour iuivant 
pour retourner à Maubeuge. 
. .'Cependant les Ennemis, qui avaient été 
avertis du palTagc du Duc de Candale, ne. 
joutant pointqu'il ne Rtoumât joindre Con 
£here. , mirent de groffes embufcades fur lé 
c'heœio» jpar. oii udcvoit ^padèr , de fone. 
que Monu;. de GaQîoa » malgré toute fa 
precautkinSc fon aétivité , ne put en éviter 
une. D'abord il chargea vigoureufcmenc 
es, qui s'opofèremàfon 
mpit & les renverlà avec 
aeté l'admiration de tout 
:Qhtpris en flanc par de 
qui furviorent} & l'In- 
lis police dans les hayes, 
inuel furlui, le détache- 



DU Maréchal de Fabert. i^ 

ment qu'il commandoic fut raïs en un f! 
grand defordrc , qu'il fallut s'enfuir comme 
le refte des foldats. A la pourfu i te les enne- 
mis aprirent des prifonniers que c'étoit Gai* 
(ion & non^ pas le Duc de Caudales ce qui 
redoubla leur ardeur , dans la penfée que 
ce leur feroit beaucoup de gloire & un 
grand avantage de prendre prifonnier un 
homme^ qui s*étoit aquis une (î belle répu- 
tation. Comme ils entendoit crier , 4ttx 
pages , aux pages , c*efi Gajpon ^ il ordonna 
promtement* à douze , ou quinze Officiers! 
qui fe rctîroient avec lui au galop,' de prçn-^ 
are un autre chemin , & commandant ea 
même tems àun Page 6c à Quelques autres 
de fes gens de livrée de les (uivre » il tira 
fêul d'un autfe côté. L'Ennemi qui pour;* 
fuivoic toujours » n'mnt pas manqué de s'a- 
tacher au gros, Gamon (e vit hors de dan<^ 
VCT d*étre pris. Il ne laifla pas néanmoins 
le courir un aflez grand rifquc , car ayant 
aperçu des Coureurs , il crût que pour fe 
fauver, il n'y avoit point de meilleur parti 
à prendre, que celui de fejetter dans la Ri- 
vière de Sambre. Son cheval qui étoit fort 
& vigoureux la traverfà à la nage : mais ne 
pouvant franchir le bord qui étoit clcarpé, 
tien que l'eau dont il étoit couvert le fit 
paroirre uni ; Monfr. de Gaffion fut rcnverfé 
dans la rivière. Il s-en tira à la faveur des 

B 3 bran- 



tt HlSTOIR£ 

. • • - 

f)rapchç« d'^p v^rc^pi par bonheur fc tiou» 
rat ç» ^^ ÇfHJroit , Sç ^qqueUcs il s'aua- 
çl^. Il mmçpu furibn cheval qui vînt Iç 
i:e}oindrc Se çoDtinua fa route. 4 l^^g^rd 
^ç^Q^ciers & de.s gens de livrée, loir deftU 
see ne ^ paf £ beureg&, puis qu'ils fu- 
yent(Qu^tue^o9 faits pri(bnniers. 

)L4i)0i;veIle 4ç cette de&ite ayant été pc^* 
tee auCardinal de la Valette» illa reçutavec 
vo d^p^ai^ extrême > la loort de Mn de 
paffiw fw tout, qtie irhapuncrojroit avojjr 
^tétiMcl'a^ig^abeaiiçoqpi fmdijpwrs^éiv^ 
ilalocs) e,»f^et^]pper{edecetOgcier| 
fiffyiff^ r4t4kifr des Trcifês , im4iV f/ /ni^ 
fh^usti Jfffli^ Mfr ffêdmre m G^^. Ce 
QçneRal ét^nt ^^puperdsoi^ 4 tet^ le ri^;re- 
toiipoçpre 9 Sç tPW çeu^ qw étoic»t prelêiv 
s'gQiii«u»çM»t fMTf çdoylfBiur debfwicd'm 
fi,bf9veb(W»»îe> Jar^q^^'ily easia hmS^v^ 
nient , & comme il avoit oui en pi^foit me 
partie des plaintes qu^on fatfoit fur (à perte» 
& des Eloges qu'on lui donnoit » il en te- 
«soigna fa reconnoiflance au Cardinal de la 
Valette , qui agréablement fuipris ^ rembnt& 
éplufieursfoiis. 

Sur ces entrefaites 9 on reoeut avis que le 
Qu-dînal Infant avoit formé le defleind*atta^ 
qucr Maubeuge. Moofieur de Gaffion qui 
y avoit fon Régiment voulut y retourner. 

Qo lui dwna des ordres pour Monfr. de 

Tu- 



DU Marcchal db Pabert. Jt 

Tùrenne , 8c étant parti la ouit fuivante a*- 
vec feulement cinq où fix 'hommes , il ar- 
riva heureufement â Maubeuge (ans avoir 
rencontré ;aucun des Ennemis. Le Corps 
â' Armée enfermé dans cette Place j étoit 
compofé des cuiiHeures Troupes \ au nonv- 
bf e de I ; à 1 4; mille hommes j commandez 
en Vabfence du Duc de Candale , dont la 
maladie continoit toujours , par Monlr. de 
Turenpe , que toute la terre a connu depuis 
pouruB des plus grandi & des plus fagesUa- 
prtainest Ainiî lors que le CardiDarin&iQt 
eut formé le fiege de Maubeu^e^ il trouva 
une jefiftance extrêmement vigoureufe» Se 
& laquelle il ne s^étoit p^s attende. D'abord 
tes bateries de reanemi firent une grande 
IvéchCf à une fimple muraille , qui n^tok 
xlefendôe^ ni par aucun parapet , niparau* 
Èun rempart : mais Monfr. de Tureone a-* 
yantfait élever derrière cette brèche de bons 
retranchements, 8c pofter adroite Sc à gau- 
die les meilleurs corps d'infanterie j quifuh 
rent foutenus par 4. a 5« mille chevaux^com- 
mander par Mr. de Gaflîoh j^ lors que les* 
Afficgeans voulurent reconnoitrecétte brè- 
che, ceux qui furent detachez'pour y mon- 
ter , demeurèrent prclque tous fur la place. 
D'ailleurs les fréquentes fortics que les Affié- 
jez foifoient de cinq :à'Cx raille hommes-, 
fatiguèrent tcllemem les Ennemis -que le 

B 4r.f Car- 



JI , , H I s T O I H E. ^ 

Cardinal Infant defefperant de pouvoir em- 
porter la PlacCj fe retira dans fon ancien camp 
ver:i le Pont fur Sambre. 

Le grand nombre des Troupes , qui com- 
pbfoient fon Armée,avoit confumé les foura- 

{jes de telle forte qu*iln*enreftoit plus pour 
e Corps qui étoit dans Maubeuge^ & 
c'eftcc qui fitqu*on refolut de le joindre à 
celui que commandoit le Cardinal de la Va- 
lette. Monfr. de Faber t > qui fut envoyé à 
'Monfr. de Turenne , afin dé prendre les me-» 
Tùres necçflaîres pour cette jonftion, fit pouf 
cet efet deux voyages. . Api"es avoir été rc- 
connoitrele Camp des Enoemis» il vifîtaex- 
aâiement Ie$ lieux par où les deux Corps 
d'armée dévoient; pafler , & marqua avec 
foin celui où ils devpient arriver pour le 
joindre.'^ Les refolùtiom firent pnfes fui^ 
vant fon raport , & le jour marqué étant ve- 
nu, le corps d'Armée du Cardinal de k Va-^ 
lette & celui du Pue de Caudale fe mirent 
en marche. Les Troupes que conduifoit 
Monfr. de Fabert , Parurent les premières 
"à la vue de celles des Ennemis % feparées par 
un ruiflèau bourbeux , qui lesempechoitdc 
venir aux mains i & comme on fît mine de 
vouloir pafler ce ruiflcau en un endroit, 

3ui étoit à la droite du lieu où la jonélion 
evoit fe faire, & aune lieuë plus haut que 
le camp dcTEnnemi, le Cardinal Infant y 

fit 




du Maréchal DE Fàbert. ^Y' 

fit marcher Ion Armée dans le dëflcin de i*o- 
pofer à ce paflagc. Cependant Monfr. de ^ 
Turcnne s'avançant avec Ces Troupes auv 
lieu marqué 9 le Cardinal de la Valette' y 
fit auflî tout d'un coup marcher les,fîçjtï- ' 
ncs. L'Ennemi qui fe croyoit eh fureté^ 
de ce coté là , s'c^oit contenté d'y loger ^ 
quelques Troupes, ayant, élevé quelques' 
ouvrages à' la tête du Pont fur Sambrc^ 
mais dés qu'il vit paroitre le Corps du Car- 
dinal de la Valette , 11 renforça ce pôfte d'un 
Détachement de Cavalerie & d'Infanterie. 
Ces Troupes furent chargées par Monfr. . 
de Turenne & par Monfr. de Fabert avec 
tant de vigueur quelles furent rcnvervées.. 
Le Pont rompit (bus les fuyards. Il s'en 
noya beaucoup, & tout le reftefutpafleau 
fil de répée. Dés le commencement du 
combat le Cardinal de la Valette laiflant ' 
fon corps d'Armée enhataîUe fur le ruifleau* 
ui (edègorgeoitdanslaSatnbre, alkjoin-*! 
re M. de Turenne, & après la défaite de / 
CCS Troupes qui ctoicnt à la garde 'dui^* 
Pont, celles qui venoicnt de Maûbcûge ayant ' 
travcrfé le ruifleau ^ la jonârîdn dè^ VJeuk ' 
Corps fe fit fans aucune opofitiort. t'Ar-; ' 
mée duGardiii^llntaot pamtal<!H^S)iini!ai^i^ 
quelques légères efcarmouches clle'ftj r^îra> 
dto5fonCàmp:6ccellcduRoyàlS;avHî^î Gh 
fit eofuit£iîa;Detadiemènt pour aller<ittà«- - 

B J) q\ieri 



i 



qyer Chate^^u Cambrefîs , qui fut emporté , 
2c la mauvaife faifon fqrvenant » toutes ks 
Troupçs ^ntrcf enc en quartier d*bivcr y & 
lé^GepitTmxf^v^ oùkCar^ 

<1]^ âc là Vakttç fut tfcs bien reçu du Rot 
&du Premier Mii^iftre , auilai cetooigna^ 
la fatisfai^ion qu'il avoir dç rbeureux fuc* 
cexde la Campagne , qui venoit dt finir. 

^^e cammeneeiBcnt de Taonée i6ij.fut 
employé ^x pr^aratifs pour la Campagne 
fi|{V»ntp ; m^\& zv^t Tarrivée de la ikifbirr 
propre ^çn^ire rovvertore, le Roi jugea: 
à propos de ibrmer le liegede Thionvillc, & 
le Cardinal dç 1 a Vale tteayanc été choifi pour, 
cette entrçpri(ç»pn difpoia toutes chofespour 
Tf xecutioit Mr. de Fabcrt fut enrayé à Mets, 
pour avancer ies; préparatifs le plus fccrete-^ 
ment qu'il luiiêroit poifible;; ils croient déjà. 
achevez^ & IcsTnnipe^ deftinées pour le fie^ 
gç étoient prêtes à(è mettre en marche ^ lort. 
que lis Roi reçut wihquQ leMàrechal de Cre^ 
qui, quVcoQ^Pandqit en Iialk avoir été tué , . 
en.yot^ft^i refo^npiire la viUe de Crèmes. 
G^t acdd^m rompit r.entreprtfe de l%ion*^ 
ville. Il falw fe préparer à poiTer les Alpes ^^ 
& leQfirdjnalde k Valette fut nommé pfHUi: 
aSçr<iomimaiîderenIi^ à la placedoMi^ 
lifpbfâîCfeÇrcquh 

. U%mmdêntipt€ ce GeneiQ|I fut fxrét à 
f^iaàti^ivi^; MdQ& ck Tomme & ie Com^ 

te 



DU MaH^CHAL DE FaBERT, Jt. 

-, ' 

te dcGuiche, Mn de Fabcrt eutwdre de 
fercndreiqcefTatn axent en Piémont, pour y 
pendre contioHnrnce des tfàires. lUcstfou* 
va en aflcz nnwvîvis état.; . le Marquis de Le- 
gnnefc îFaifoît tout fon pofÊWe pour profiter 
de Pabftnce d'un General François , ot d'ail- 
leurs le Prince Thomas y tnal fatisfait de la 
Ducheflc de Savoie, ayant traité avecl^- 
(pagne , 6t ràmaffé le plù3de Troupes qu'il 
pût , ç'étoit allé rendre auprès de ce Mar- 
quis ; de (bne que le Piémont & la Savoie é* • 
toicnt dan? une extrême cpnfternatîon . Ce- 
pen dan t h prefence du Cardinal de la Valet- - 
te , qui arriva alors à' Turin .avec quel- 
ques troupes de recrues , raïHir^ Madame^ 
de Savoie, , qui Ictrouyoit danjsf un terrible 
embaras. Et fur ce que ce General aprit 
que les Ennemis étoicnc tlu coté de VeN. 
œil I & qu'il étoit à craindre qu'il n'en for. 
inafleht le fiege j il s*en approcha y. 8c vifi-: - 
ta en (uitetoutcs les Places le long an Pau ^ . 
acres quoi s'c|^nt rendu à Cazal i Ji fè mit eu , 
campagne auffi tôt que fon équipage i fie lea , 
troupes qui marchoicnt pour le joîudrefu-î 
rent arrivées. 

Ce qifoti avoit craint pout Verceil ^nç 
manqua pas d'arriver^ lesEnn'emi3faâîege-? 
rênt » Ce comme la G^ftnifon quin*étoit que : 
médiocre/ nepouvoit p;w faille une fo^t Ion- - 
gciercfîftancc, toute T Armée 4u Roi grof* 



■I 

1 



J^ H I $ T I R s 

fie des Troupes , qui étoicnt çeftées à M^ 
dame de Savoie, marcha au fécours de cet- 
te Place. Une firoflc pluie œii tpmba ql^ 
lors , enfla telkmen t la tI Yiereûè^ezigi , qu j 
pafle àVcrceil, .qùclesTrQupescureotbc,n 
âucoup de peine à la travcrfer & plufieiirs 
fantaffins s'y noyèrent. L'Ennemi pouvoit 
s'opofer à ce paflage', qui fc trouva extrême- 
pentdiiîcile, & Tonne domoit point qu'il 
ne. le fit, . cepçpdant il jugea plus. àproppi 
de continuer le iiege , ôcfe çontcnra.d*cn ;o- 
yjf r le lendemain, quelques coureurs pour rc- 
çonnditrc l'Armée dérrancc , & en fuite, 
comme oàJfejfut avantéaflèz près de la Pla- 
ire, il voulut opofqr jLin DetacKemçnt. de, 
Gayalcrie»^^ qui fut .vigoureufement repouf- 
fe. Lorsqu'çaiut Curie Bord dekRivic-. 
rc , les aÉegieans qui avoient difpofé leurs. 
Ëateries pour les faire jouer de ce coté là» 
envoyèrent pendant cinq ou (îx heures fur 
Parraee du R^i plufîeurs Volçes 4e canon -^^ 
4e forte- qu'on fut contraint de s'éloigner ^.. 
éc d'attendre que TcaoTut écoulée» pour en. 
fuite cboifir unautre.paflâ£é9paroaronpûc. 
commodément introduirelelecours». . 

Ce fût àquoi s!oceupa Monlr. de Fabert. 
Il parcourut, ii^Rtviere , & cojcnmeunehuit;.^ 
il.en vifîtoitj'qs bords >. îl tpmJbadans yû èn-r .' 
dxoitj. oti elle n'etbit pasgiïeâble ,/âc où iK 



DU MARECH ft.L' DE FaBEUT. J7 

k tira du danger. Il prit terre du coté des 
Ennemis , & paflaaupres de pludeurs Corps 
de Gardes fans être aperçu » du moins fans 
être arrêté. Ce bonheur fut Tuivi d'un au-« 
tre. li découvrit un endroit de la Rivie* 
te y où ceux de la Gardd des Ennemis al« 
loient abreuver leurs chevsiux avant le jour;il 
entra dans l'eau com*ne les autres , & par un 
gué aflê^ fàcile^il paÛaheureuiement de l^aiu 
tre coté» & continuât de vi Gter laRiviereyi! 
découvrit enfin vis à vis de laPlacç une haii^ 
teur d'environ douze pieds» au pié de la« 
quelle la Rivière vénoit battre.Ujugeaqu*on 
y pouvoit dreiTer une batterie, & ope ladi- 
fiance de cette hauteur ». iu{iqu*à V erceil p 
étoitaflez proche pour empêcher , à l'aide du 
Canon de la place», & de celui d'une bace^ 
lie,, que les Ennemis ne vi nient fepofieraa 
milieu^fi ce n'eH avec beaucoup de dificulté.. 
Une dit rien.de L'avanture» qu'il avoit eue 
cette nuit » & ne fit yûrt à perXbnne de la. 
decpuverte qu'il venoit de &ire. Cepen* 
dani apres^ qu'on eut attendu quelque tems. 
l'écoulement des eaux y qui ne tarde pas 
à (e faire en ce païs», à cauie que les Rivie^ 
restiennentbeaucoup du Torrent, les Gene^» 
raux montèrent à i^eval dés qu'on crut que 
kSczia éfoit praticable , & Mônfr.. deFa- 
hert les conduifit: iofenfiblémeat au gué 
qji!iLavoit travcrfé. On y pofa une grofTe. 

B 7, gar^ 



3* HjWi-'o 1 R » 

gardC) êccnccmtînuant dcWfitcr, îlsam- 
vercnt vers la hauteur (ju'avoit remarquée 
Mottfr. de 'Fabért. On rcfolut fîiivam fou : 
avis d*y éjevér qnebatcrie, cequifut execa-; 
tç , àoTifsàis plufiç^rs cfcarmouches'.^, 
^ûeltjuej Êféadrons de part&d^âutre ayant 
' îsraverfô là Ri vicre. 

Le lendemain on commanda pour le fè-- 
cours de la Place deux- œilk hommes de 
Troupes choifies foias 1^ conduite de M; <^ 
Mau^iîpn le borgne y Meft re de Gatijp dil 
Régiment ^Auvergne , & fouç celle de 
JWonfr. de Senante auflî 'Mçftne de Camp 
dans les Troupes de Maclamc dé Savoie» 
Cependant le Canon de la nouvelle bateric, , 
& celui delaPfaccayaiîtcommeocéàJpaer.'. 
lès Ennemis furent contraints d'àbAridorthcr 
leurs lignes^ qui fctrouvoient à portée; de 
forte que cet cTpace (ê trouvant afle2 vuide , 
les deux mille hommes ou^on feifoît tou- 
jours av:;^ncer furent jettet àii\s Vcrceil, avec 
aflcz de facilité ftslansaucùnç perte <][tfe dç 
cinq ou fix foldats. Monfr: de Fabcrt 'àui \ 
condpifoit l*entrcprife s'avança ju(quc5 a^hi; 
Porte,, oui! parla au Gouvcmeçir, qui luii 
témoigna, que ce fecours fufiibiti, &qu'iL 
n*en demandait p^ dVàÀage. 

Apres cette ejcpeditîoti on rëfëlut de dé- 
camper , pour paflêr de loutre cdtc de îaî 
Ville ,, où. Ton pretendoit incommoder d*a- 

van-- 



DU MaUF/CMAI^ liis Tabert. ^f 

vantagç ks Ennemis. Comme les Mintftre^ 
de Madame de Savoie avoient adur é que k^ 
Place étoit bien pour vue de fnnnîtions , on 
crût qu'après y avoir jette un fecours d'hom*- 
mssy elle (e trouveroit en état de faire une 
aflèa^ longue r^fiftmee , Se <p*il faûfoit y 
pour contraindre les AiSegeans à lever le 
iîege , de tacher à ruiner lew Armée , en 
leur otamt Içsiburagçs 8c les convois. Monfr. 
de Fabcrt qui n*étoit pas de ce fcmiment^ 
afiuPa.que qudque lieu qu-on voulut choi- 
fir, on n*en pouvott trouver un auflîayan^ 
tageux , que celui où l'on Aoit ;. attendu 
que par le moyen du Canon on avoit un che- 
min libre pour jetterdu fecoui^dans la vll-^ 
le autant dé fois que k neceffité le demap* 
deroît. Sun avis ne fut pas (uivi. L'Armée 
décampa ^ alla faire un grand circuit pour 
confumerSt rainer tous les fourages, tandis ^ 
que fans aucun empêchement » l'Ennemi 
continua le Siege^. Ce fut alors que le Goa- 
vemeur qui croyoit ne manquer de rien, s*a- 
perçut qu^n mianque bientôt de beaucoup 
de chofès^ lors qu'on efl affiegé* Car le fè'* 
coursqu'on avoit jette dans laPIace > ayant 
aidé à confumer plus promtement les vî? 
Vf es , lors qu'ils vinrent à manquer , il falu t 
fb rendre , apre^ avoir fait néanmoins une 
refiAance aflez vigoufcufe; On fc repen- 
tit^ mm trop tard, de n'avoir pas fuivi le 

con— 



40 H I- s T O ï R E ; " 

coniêil de M oafn dcFabcrt, &IeCardinàl 
de la Valette eut tout le refte defes jours > un ■ 
fenûble deplaifir d'avoir commis cette ëiu-- 
tc^ 

Apres que les Ennemie- fe furent rendus^ 
mai très de Verccil > ik firent entrer leurs 
troupes dans des quartiers de^xafraiehifie-* 
ment, & les Généraux de l'Armée de Fran- 
ce s*àpliquerent aux moyetis de pourvoir à 
la fureté des Places , dont la plupart balan- 
coient en fkreur da Prince Thomas. On 
ne pou voit s'en aflurer qu'en y mettant de- 
fortes Garnifons, en quoi confiftoit la plus 
grande dificultéi attenduque l'Armée Fran- 
çpifè étant beaucoup moins nombreufe que 
celle des Ennemis , il étoit dangereux de Ta- 
foiblir^ & comme celle ci fe tortifioit tous 
les jouns ,~ par le plaiûr que les Peuples trou^ 
vent dans la nouveauté du- changement, les 
Gena'aux François, par la neceflî té de mé- 
nager leurs troupes , fe trou voient hor^d'état 
dctenter aucune entreprife , tandis que fans, 
préfque tirer répée,Jes Ennemis faifoicnt 
tous les jours quelques progrez^ 

Sur la fin delà Campagne ). ils ailiegerent 
une petite Place , . nommée Cechinte. Le 
Cardinal de. la Valette ayant refolu d'en ten- 
ter le (ccours ,, fit attaquer un Fqrt qu'ils» 
avoient fait conrtruirc en dos d'anefurunc ' 
montagne. . Ce Fort qui conduiloit^a Pk^ 

CCi, 



DU Maréchal de Fabert. 41 

ce 9 fu; emporté par les François Tépéeàla 
main » & repris de même de part & d^autre ^ 
jufques à deux fois , enfin les Ennemis en 
étant demeurez les maitres , l'hiver qui fiir* 
vint) fitqùe les Troupes (e retirèrent dans 
les quartiers » qui leur furent affignez. 

L'Année fuivante à Touverture de la 
Campagne 9 on parla d'accommodement. 
Pour cela Monfr. de Fabert fut envoyé à 
Madame de Savcie > & delà au Prince Tho- 
mas , & au Cardinal de Savoie y en fuite de- 
quoi » ayant eu une conférence avec le Mar« 
quis de Leganez y on conclut enfin après di- 
vers voyages une entrevue. EUefe fit pro- 
che de Turin^dans un lieu de Plaifance, apar- 
tenant à Madame de Savoie » nommé Va« 
lentin. On y vit d'une part le Cardinal de 
la Valette, & les Mioifl;res de Madame» & 
de Tautre les Princes de Savoie & le Marquis 
de,Leganes»fuivis de plufieursOficiei sFran* 
çois , Ëfpagnols 6c Savoyards, magnifique* 
ment vêtus. Se quife firent tous les uns aux 
autres beaucoup de civilité. Cette confe* 
rençe qui fut aflez longue , ne produifît pas 
le fruit qu'on en avoit efpcré » parce que 
quelque difpofition qu'eut Madame à relâ- 
cher beaucoup de (es intérêts » &c de ceux 
du Duc fon fils, poui^faire rentrer le Prince 
Thomas dans fbn devoir, les demandes que 
les Ennemis firent , fctrouverent fi éloignées 

de 




4i H I s T 1 R « 

de ce qu'on pomrocc kur accorder , ^qu^on 
s'aperçut bien qtie tout leur but n'écoât cjoè 
depro&erdes troubles qu*ih tvoîent exci* 
t€2 dans r£rat ; de Ibrce qu^il faUit fe fepa« 
rer iàns afvoîr pu oonclure la Paix y £c me-» 
me avec peu d'efpetaoce de la<pouvoîr ob« 
tenir fi tôt. 

Oo fe dàipoia donc de part & d'autre â 
contititier la Guerne ; les Armées & mirent 
en marche le loiig de la Rivière du Pau , qui 
les fepaim ; celte des Ennemis entra dans 
le Montferat Se alla, mettre le fiege devant 
Moatalue « tandis que le Cardiosil de ta Va- 
lette alla former celui de Chtval , que les 
Ennemis avoient emporté avec aSèz defaci^ 
lît:4 Cependant M onfi** de Fabert quiavoit 
été envoyé à la Cour pour rendpe compte 
de rétat desafiâres^ ayant trouvé iOmit^ 
tour le Sî^iÇ^ de^Oîivdl commencé f. jugea^ 
que TEnnen^ ne manqueroit jpas de traver* 
fer la Rivière pour tenter le feçours de la 
Place. Dans cette penféci il mcMite à che« 
val» & vavifîter les lieux pour reconnoitrç 
celui paf où il attaqueroit lui même s*il a« 
voit du lêcours à donner. Il aperçoit hors 
des lignes une hauteur que les grofles hayes ^ 
te les buiflbns donc elle étoit couverte » 
ayoiem fait, négliger, parce qu'on croyok: 
que le chemin enétoit impraticable aux En- 
nemis. Monfr. de Fabert) qui enfaifoitun 

ju- 



DU Mar£cjia(. Pi Fâbbrt. é^l 

jugeoieat tout ^rootraire » ne inaoqua p^^ 
d'en avcrt:ir le Cardinal de la Valette, i}u'il 
mena furileç lieux f après quoi ils conclu^ 
rçnt enfemble, qu'il taloit dé neceflîcé &i^ 
re conftruite un Fort £ur cette hauteur. 

Ce deiTcin quifutprapoTéauConfeiln*^*- 
toit pas aprouvéf lorsque for l'avis qu\)n y 
reçuiquerEnnemi inarchoit inceflâmmeot 
pour tenter le fecoursde la Place , Monfr. 
de Fabort demanda au Cardinal de la Valet" 
te la permifSon .d'aller faire travailler à ce 
Fort 9 Se rayant d>tenu » il ferait fans at<* 
tendre d'autres del^rations pour fXkf 
coQunapdo' les travailleurs. Tout le refte 
du iouTiSc la nuit fui vante y U demeura fur 
les lieux pour prefler l'ouvrage , ans en 
paitir, que Ipri <)u'ayant été averti ^ue les 
Ënoemis éteient proches il fut obligé d^aller 
as»c Moi^r. de Turenne reccmnoitre leur 
marcIie. Comme Us ne doutèrent point Tuf» 
2c Tautre» qu'ils ne la priflènt ifa'oit veis le 
Fort qui n*étoit pas encore achevé 9 m à 
bewcoup près, Monû-. de Fabert ret<Murna 
à toute bride pour en avertir ]e Cardinal de 
]aValêt^9 qui avoit deja fait ranger toute 
fon Arnsiée en bataille. 11 çftHU*, Monfr. 
lui dit il, en l'abordant que les Ennemis vien«- 
nent attaquer k Fort » il eft neceilaire d'y 
mettre Monfr. de Couvange avec le Régi.* 
ment de Lorraine ^u'il coo^mande ; & ius 



44 Histoire 

ce que le Cardinal lui repartit, qucccfcroit 
commettre une injuftice , attendu que ce 
n'étoit pas le jour de Monfr. dcCouvangc » 
il répliqua qu'il n'étoitpas queftion de tai- 
re des complitnens, mai $ de bien fcrvirlc 
Roi f & en même tems fans attendre la re- 
porife de ce General, ilpoufla vers le Régi- 
ment de Lorraine , & cria à Monfr. de Cou- 
vange , que le Cardinal de la Valette lui fai- 
foit& à fon Régiment le plus grand hon- 
neur qu'ils pulTent jamais recevoir , puis 
qu'il les choififlbit par préférence, pour dé- 
fendre un pofte que T Ennemi venoit atta- 
quer. Allons Mr. lui repondirent là deflus 
ksOfidersôc les Soldats, après avoir jette 
leurs chapeaux en l'air, &crié vive le Roi 
de Monfr. le Cardinal, nous fommes prêts» 
conduifêz nous. En achevant de pronon* 
cer ces paroles , ils fuivirent Monfr. de Fa- 
bert , qui les mena au Fort & leur fit remar- 
quer les avantages , qu'on pouvoit tirer de 
ce pofte. 

Le Régiment de Lorraine étoît compolc 
des meilleures troupes de rArmée,8c Monfr, 
de Couvange , qui fut depuis Lieutenant 
General en Catalogne où il mourut , étoit 
un homme de beaucoup de valeur, & d'u- 
ne grande intelligence. Cet Gficier ayant 
d jfpofé toutes chofes , pour une vigourcufe 
deienfe, les Ennemis parurent à la vue du 

Fort 



DU Maréchal, de Fabert. 4^ 

Fort y comme Tavoit prcvû Mon(r. de Fa- 
bert. Ils rangèrent leur Armée en bataille, 
& détachèrent quatre mile FantafHns , fou- 
tenus par un gros de Cavallerie , qui vinrent 
attaquer Monfr. de Couvanee par un enclos 
fermé à droite & à gauche de deux grofles 
bayes. * Pendant Tattaque qui fut rude & vi» 
goureufêment foutenue, Monfr. de Fabert 
monra fur un arbre pour Qbferver le plan & 
la fîtuation de 1* Armée des Ennemis; & a* 
près avoir remarqué qu'à la haie de la gauche 
il y avoitune ouverture par où pouvoit paf- 
fer un Eicadron , il décend promtement^ 
remonte achevai, pouflevers laiCavallerie 
qui étoit en bataille dans les lignes, & dit à 
Monfr. deSouvré, ;qui commandoit un fore 
bon Régiment dans les troupes de Madame 
de Savoie, qu'il avoit ordre du Cardinal de 
la Valette de le mençr au combat. Moafr. 
de Souvré fuit avec Ion Régiment I fort des 
lignes & marche le longde cette groflTehaie, 
juibues à l'ouverture j dont nous venons de 
parier , il la pafle. Le Détachement des 
ennemis fut chargé en flanc, & Monfr. de 
Couvange fbrtant en mémetems, Tépéeà 
la main , ce détachement qui le trouva entre 
le Régiment de Monfr. de Souvré & leFort» 
fut taillé en pièces. Cependant h Garnifon 
de la Ville nt fur la tranchée une fortie qu*-« 
elle poufTaaflrez loin « mais elle fut enfin re« 

pouflee 



pouffée jufi]ues adchémia couvert. 

LeCardmal de ta Valette, ^iparbifToit 
Gé jour là d'une gsiyeté capable a*in^rer 
aux plus lâcfa^ du courage 6c de la vakuir , 
alkpendancrattîkpiecmqfGisdans le Fort» 
animant Se exlK>rtaat chacun ibien fekte (on 
devoir^ les^Eâdemis étoîent déjà repouffez^ 
lorsqu*aa vint avertir ce Oeneralque le Duc 
àc Longueville & Nfoc^. delà Moche Hou^ 
dancourt^ MarechaldeCatup, afrivoîeficà 
kuk fecours, avec ckMfoufecents Chevaux 
qtt^ils avdicttt fcoaitz du gros ât leurs trou^ 
perafiademarcneFj^i^vîfte. Il alk au de-^ 
vmtf leurapritraâioAqut VCiRokdefe&f-* 
tcy 8c furem eestèÊMt vifoer ks Poftes 
attaquez, 8c recômoicre en fuite le camp de 
rfinuemi; Ott convint que l^ttneur de 
caxefôuméeétoîtdûàMr.deFabert. €ha« 
ccm Fen feKciia^ Mr. âtGowmgjt eut aulS 
6 part aux félicîratidm. 

Aprés^cet»! ontftrailla avec litfie chalet» 
cxmme à avance» he tPâfldiée, at^EnncMi 
qp cvÉt te^ fe€ôUFs dtt Duc de LongueviDe 
oeatiCMp pkiS'CMfiJcfsâilequ^il û'ètékéf* 
k&imitïcMi chantai te deflêrn qi^il avoi€ 
defeosfarir Cbivali eivcduîd^ailerattaqpWf 
* Scifxlbla>f tfA fer fendit à feu ftffivèt f Ut 
Omtàfoa ayttnt obe^tn h fifterté dràlknf 
jdURbie Mmée di^Cardidalde lâ Valette ;* 
apY«9fSR)fi(aaaFaiifi4Kt»qtter te Ville de 

Trin 



J9U MaRICMAL Bft FaBERT. 1} 

Trin qu'il emporta stvec h même kciïité. 
On Iaxis gamiiott dansChitral, ck>n€ on 
réoaitriesbrdches» & ccQCe F Aitnoe traver- 
fa le Pan. 

Qq avok formé le dtffén (t%ffitgex Racd* 
nîsy & loadifpofoit déjà ks^ attaques, lors 
qi^oa reçut avis que la Vi^ de Turin s'é-* 
toit révoltée , & que Madame de Savoie 
avok en beaivcoup de prâie k fe fauver avec 
le jeune Duc fou fih dans laCitadeife, oà 
ï\$ écoient privez decoatc» les chofesoecef^ 
faites. Gomiac il n'y avoit pas k balancer 
for la refolotioa qu'on devoit preadire ; on 
conclut Hurle ehaaip qii*iï£iloit marcher aa 
fêcofurs de Madaaie> ât de peur qoelaCt-» 
taddienefbivitl^exeni^edeTorin) onjn^i 
set qu'il étoît necdlâire d'y envoyer un Of^ 
ficier, habîleâc c^able decomenir laGar^ 
;nrfoDdansfiMT(fevo<r9qiii(«rc>k auffi chargé 
' d'avertir Madame de 1» refoltition qu'on 
avoît prifede inarcher à fm fecours. On 
jetta pour cela tes yeiK fiir Monfr. de Fa- 
bcrt» maïs fe Cardinal de k Valette ayant 
fait voir qu'on avoit befeîn de lëslnraicfes^ 
dans Tentrepriiê) oa^onvoulbiè tenter » on 
fit choix de M% Carelbn ^ Mstiechal de 
Camp^ qui étoît tm homme capable de sV* 
quiter de l'emploi le^ f!tM dMcile. Cdtà 
cîemm foitbeareofementavectroiiscH^ 
tie amnr dans lai' ÇiMctefiev di fonamvée^ 

aporta 



48 Histoire 

aporta d^autant plus de confblation à Ma- 
dame & à tous ceux de fa Cour^ que cette 
Princefle foufroit par le belbin des cbofes 
' neceflaires , n'ayant pas de linge pour en 
changer ) Se la plupart des Dames ce fa fui* 
te étant obligées de coucher fur de fim* 
pies paillafles i tant fa fuite avoitefté préci- 
pitée. 

Cependant l'Armée de France décampe 
de devant Coni , Se s'avance àMillefieurs, 
^'Maîibn de plaifancc du Duc de Savoie> d'où 
Mr. de Fabert fut détaché avec trois ou qua- 
tre autres^ pour aller reconnoitre la marche 
aue TArmée pourroit faire & la fituation 
u Camp des Ennemis. Il n y avoit point 
d'autre Porte 9 par où Ton pût entrer dans 
la Citadelle , que celle du fecours , à caûfe 

tue les Ennemis étoient maîtres delà Ville, 
^n s'enaprochadonc, & Ton alla (ê loger 
à un petit Village fîtué à un quart de lieue de 
la Place. Comme il s'agillbit de délivrer 
Madame , le Jeune Duc 6c les autres Prin- 
ces 9 on fedifpofa au combat dans la refolu- 
tion dé vaincre ou de mourir , 8c tous les 
ordres étant donnez, on marcha le lendemam 
eaordredebataiHe,droit à laCitadelle.Onfut 
fiupris de trouver l'entrée de la Porte de fe- 
cours aflêz libre, foit que lesEnnemis euffenc 
jugéqu'iï valoit mieux temporifer » enpro* 
fitadtde la fureur du Peuple 1 quiétoit à iâ< 

de-. 



s 



DU MaRECHAIa de FABERTr 49 

dcvotioh , que de tenter un combat dont 
les evenetnens {ont toujours douteu^ç , (bit 
pour quelque wtrc raifon* 11 n'y avoit que 
quelques pièces de Canon 9 dont ils envoyè- 
rent quelques volées , ce qui n'empêcha 
pas le Cardinal de la Valette de fè rendre à la 
Porte delà Citadelle, où il trouva Mada*^ 
me , qui Tactendoitavec toutes (es femmes. 
Dés que cette Princeflelevit) un mélange 
de joie & de triftefTe lui fit verfer bien des 
larmes. Elle fit un détail de tous (es mal- 
heurs 9 6c n'oublia pas de dire qu'elle avoit 
été réduite à nemangerque du pain noir, Sc 
à n'avoir pas dechemifès. Le Cardinal de 
la Valette fe fervit des termes les plus forts 
pour la confoler, après quoi il la conduifit 
avec toute fa fuite au camp, oùelledemeu^ 
ra quelques jours pour fe repofer , Se où ce 
General la regala avec autant de magnifi- 
cence qu'il lui fut poffible , la faifànt con- 
duire en fuite fous une bonne efcorte à 
Chamberi. 

Apres cela on fit entrer dans la Citadelle 
toutes les munitions necefiâires & on refo- 
lut d'attaquer la Ville. Les Ennemis qui 
avoient prévu ce deflein, ayoient percé & 
fortifié lesmaifons, qui regârdoient fur l'E- 
iblanade entre la Ville & la Citadelle, & fait 
dans toutes les rues, qui aboutifibientàcette 
Esplanade, plufieurs baricades les unes fur 

C les 



)0 HlSTOIRB 

les autres. Us avoient aulQi percé d'autres 
isaifoQS pour défendre ces barricades, porté 
aux greniers les pavez des rues pour les jet- 
ter (ur ceux qui attaqueroient , & enfin fi 
bien dirpofé toutes chofës, qu'il étoit très 
ddficile^ qMtf !• aiitaque pût reùflir. Comme 
on igiioroit ces précautions ^ on ne laifià pas 
4e coiomencer k nint fiiivante. On mit 
le feuauxmaiipns» cequicaufa un extrême 
p^^judice à ceux qui faifoient l'attaque, at« 
tendu qucdans- les maifbns où la flame n'a- 
voit pas.priâ^ les Ennemis voy oient comme 
en plein jpur toutes les troupes, quiétoienc 
fur l'Efplfuiade & dans les rues. On perdit 
cfi: cette occaifion un grand nombre de Sol- 
das 8c pluiieurs Oficiers. Monfi*. de Fa* 
bm en forçant une barricade y fut blefle à 
la cmSk d'un coup de moufquet , mais 
comme la baie ne rompit pas l'os , il ne quit- 
ta point le combat , & voulant encore for* 
c$r une autre Barricade , la plupart des Sol- 
dats qu'il conduifoit, furent tuez ou bleflez, 
de forte que les Ennemie regagnèrent les 
Baricades, qu'ils avoient perdues. 

Monfîeur deFabert s'étant retiré le der-- 
nier avec beaucoup de peine» il alla rendre 
compte aux Généraux de cette aâion , fans 
leur parler delà blefiure qu'il y avoitreçue: 
xaaisdurmt le combat il a voit perdu une fi 
grande qualité de fang , avant que de pou- 
voir 



DU Maréchal dé Fabert^ ji 

voir fc rendre àfonlogîs qu'il tomba de foi- 
bleflc , de forte qu'il fàlut l'y porter. On 
trouva fa playe fi dangereufc par une fu- 
rieufe inflammation, oc par un commence* 
ment de gaàgréne , que les Chirurgiens de 
l'Armée conclurent à lui couper la cuifle. 
Le Cardinal de là Valette & Monfi"; de Tu- 
renne, qui en conçurent un extrême cha^ 
grin , aportefeht tous les fpins poffibles pouf 
tacher a le foulager , Se après avoir apris 
des Chirurgiens, qu^ils conftilterent, de mê- 
me que les autres Généraux , qu'il n'y avoit 
pas d'autres moyens pour lui lauver la vi^ 
ils fe fervirent des raifons les plus fortes pouc 
l'y feire confèntir. Le Cardinal de la Va-» 
lette lui parla en des termes , qui marquoient 
de grands (entimens de tendreflê Se d'afe- 
âion, avec un fenfible deplaifîr de le voir 
cnTétat où ilfe trou voit. Se le conjura ea 
fuite de confentir à fc lalflêr retrancher une 
partie du corps, pour fau ver le refle. Nbn^ 
non y leur repondit-il , il ne faut point mourir 
far pièces. La Mort nfàura tout entier ou rfau-* 
ra rien , O^peut ejlre luy efchaperai'je. Cela 
dit, il fe fait apporter plufieurs terrines de 
lait 8c de crème, y trempe du vieux linge, 
qu'il appliqua fur le msd y Se guérit; peu de 
jours après* 

Cependant lesafaires du Piémont étoient 
tombées dans un état pitoyable. Une Guerre 

G 2 civile 



^z Histoire 

civile & une Guerre étrangère agitoient ce 
Pais 8c ledefbloient. On ne pouvoir pas y 
aporter du remède » parce que les Troupes 
Françoifes étoient en beaucoup plus petit 
nomore que celles des Ennemis, £c que de 
plus on ne pouvoir fe fier en aucune manie^ 
re à celles de Madame de Savoie. Le Duc 
de Longueville ayant repafle les monts > & 
la Cour étant arrivée à Lion , le Cardinal 
de la Valette refolut d*y envoyerMonfr.de 
Fabert , pour reprefenter le triftc état auquel 
on fe trouvoit , & pour recevoir là deffus 
les ordres du Roi. 11 partit de Pignerol vers 
la fm du mois de Septembre de Tannée 16^9. 
laiflant le Cardinal de la Valette un peu in- 
difpofé. S^étant rendu à Lion, il eut Thon* 
neur de faire la révérence à Sa Majefté Se 
dans le compte qu'il lui rendit , 11 ne man- 
qua pas de s^étendre (ur la (âge conduite, 
qu'avoit tenue le Cardinal de la Valette pour 
h confervation du Piémont , & fur la Valeur 
avec laquelle il s'étoit fi bien foutenu con- 
tre une Armée fuperieure, & dans un tems 
où k révolte entrainoit la plus grande partie 
des Peuples. Le Roi lui die qu'on prendroit 
les reiblutions neccflaires pour rétablir tou- 
tes chofès, & mettre le Cardinal de la Va- 
lette en état de s'opofer avec fucce2 aux en- 
treprifcs des Ennemis , après quoi il luicom* 
manda de voir le Cardinal de Richelieu. 

Monfr. 



nu Mahechal de Fabert. 5) 

Monfr. de Fabef t avant été introduit auprès 
de ce Miniftre , ils .travaillèrent eafemble 
les trois ou quatre premiers jours fur les me- 
fures qu'on devoir prendre 9 & cela deux 
heures chaque jour. 

Tout et oit réglé , Zc Monfr. de Fabert n'a- 
voit plus qu*une demi-heure à attendre pour 
recevoir (es expéditions , & prendre congé 
du Cardinal, lorsaue fonEminence lui dit 
deretourner le lendemain au matin. Monfr. 
de Fabert ayant fui vi cet ordre 9 le Cardinal 
)e fit entrer dans fa chambre. Nous venons 
de faire , veus Cr moi^ lui-dit-il 9 uui perte 
très conpderable ^ le Cardinal de la Valette ne 
vit plus. Ces paroles furent un coup de fou- 
tîrc pour Monfr. de Fabert , il demeura im« 
mobile » & enfin n'ayant pu retenir quelques 
larmes 9 le Cardinal pourfuivit ainfî : Ce 
n^efh point à vous apleurer^ Monfr. de Fabert^ 
T^e/1 4 moi. Dans le pofie ou vous êtes il vous 
eff facile de connût tre vos amis , Cr vos enne^ 
mis; Aucun deguifement ne vous empêche de lu 
^difcerner ; mais a l^ égard des miens ^ dansls 
. place que foccHpOt je ne puis pénétrer leur s fenti* 
mens, ils mie tiennent tous le mime langage. Ils 
me font tous la Cour avec le même emprejfe- 
ment , c^* ^^^^ ^i voudr oient me détruire , me 
donnent autant de marques d'amitié , que ceux 
qui font véritablement attachez, a mes intérêts. 
Je nétois pas dans cette incertitude à l^égard du 

C 3 Car^ 



54 Histoire 

Cardinal de UYalette^ crf4J^crUe^ d'autant . 
plus grande pour moi , qfie j'ai reçu des preuves 
certaines de Pamite (ju'il me vortoit. Tandis 
que le Cardinal de Richelieu parloir de la 
forte 5 Monfr. de Fabcrt qui crbyoit ^ue le 
Maréchal de la Mcillejaie Tavoit ruine dans 
refpritde ce premier Miniftre , rouloitdàns 
fa tête une infinité de penfces, il étoit fur 
tout occupé de la rcfolution qu'il formoit 
. de quitter la France, pour aller fervir dan? 
les Pais étrangers , ce qu'il pouvoit faire avec 
d'autant plus de facilité qu'il avoit de Tar* 

fent3 ainfireftant toujours immobile, il nV 
oif pas encore ouvert la bouche pour re* 
pondre au Carcjinal de Richelieu , lors quç 
ce Miniftre reprenant la parole , lui dit ,' 
Je fiii^ jiéonju qM vous wfz, perdu un vm^ 
té^lc am^ mais il ne tiendra qu 4 vous de ret4^ 
hiir cette perte; fi vo^vf^Hlez. me 4(^ncr w|rf 
0mitie\ fenmçvqn^ l'aviez donnée 4» Cardif 
nal de laVofette^ je vmprqm^s d'être ^^^^ 
votre ami que Vitoit ce General. Monfr. de 

Fabçrte 

û parler 

ncur que ion imminence vomou lui luuc, 
ëtoit bçaucpup au dcflps des fervices qu il 
pourroit ramais lui rendre, & qu*ils*cnju- 
feeoit indigne. N?n , xon i Meifr. de F4- 
ferty lui répliqua le Cardinal, je wtuctth 
Misbictti UdeRre vôtrtmitie, Cr peur toutt 
■' éi(fu- 



DU Maréchal de Fabert. ^j 

éiffwranc0 ijue vous me i^aviz. accordée , je m 
vous demande que wtre farcie. Il n^japerfin'» 
ne en France^ jui rep^t Monfr. àc Fâbert, 
qui ne fe fentit trop honoré de la demande que 
me fait vitre Eminence , Cr s* il faut la demie* 
u goûte de mon fang pour lui en tnarquer ma 
reeonnoijfance ^ jtfuisprêt à la répandre avec joie. 
Je n^en demande passant^ répliqua le Cardinal 
je ne veux que vctre parole me la refufèz» vous? 
Non , Menfeigneur , dit alors Monih de 
Fabert ^ je vous la donne ^ ^ en la donnant je 
mi donne tout entier kvStre Eminence. LeCai>- 
dinal voulut qu'il lui touchât dam la main i a- 
pres quoi il lui dit , qu'il ne devoit point être 
(urpris s*il l'avoit tant recherché, J*ai befoin 
de vous , pourlùivit*il , je foi que vous avez 
leionheur d^étre agréable au Reiy & que les 
cbofes que vous lui propo ferez, feront mieux re-^ 
fuesy que tout ce qu'un autre pourrait lui dire^ 
<y c^eft en celapartictdierement que vous pouvez, 
me rendre firvice. On croit , ajouta ce pre- 
mier Miniftre ^ que je fais faire à ce Prince tout 
ce que je veux. Onfe trompe néanmoins^ at^ 
tendu que pour lui faire agréer les thofes necef^^ 
foires au bien defonfervice , il faut que f emploie 
mille moyens dipciles à pratiquer^ O^c'ejtceque 
vous comprendrez, aifimentjors que je vous aurai 
infiruiten détail de l'état où nous nous trouvons* 
Là defTus le Cardinal découvrit à Monfr. de 
Faberc tout ce qu'il y avoitde plus particu^ 

C 4 iierp 



^6 Histoire 

lier 9 il IHnft ruifît des routes qu'il faloit pren« 
dre y & des écuéils ou'il y avoit à éviter. Il 
lui fit connoitre les Gens de la Cour de qui 
on devoit le plus fe défier » & lui en nomma 
très peu en qui on pût prendre une entière 
confiance. Pendant cet entretien, on avertit 
par deux fois le Cardinal que Monfr» des 
JNoycrs Secrétaire d'Etat demandoit a lui 
parler , pour une afairc importante. Il com- 
manda qu'on le fit entier dans Ton Cabinet , 
& voyant qu'il n'ofbit l'entretenir devant 
Monfr. de Fabert , il lui dit > vous pêttve:^ , 
Mr. desNojtrSj fdrlir biurdimem , Mcnfr. de 
Fabert efi prefentemem autant dans mes Inter^ 
rets ^ti'il Pitou dans cenx du Cardinal de la Va-^ 
lettc , O^îl ja déjà long tems que je lui donne des 
indruSlions. Mr.xles Noyers ayant dit alors ce 
qu'il avoit à dire^ on commença des ce même 
moment à travailler aux afaires du Piémont» 
Il fut refolu.d'yenvoicrleComted'Har- 
court f brave Se vaillant Capitaine, avec des 
Troupes pour renforcer T Armée 9 & Monfr. 
de Faoert reçut ordre d*y retourner pour 
y fervir en qualité de Maréchal de Batail- 
le 9 & en même tems comme homme du » 
Roi. Il partit après avoir reçu fès dépêches, 
& des qu'il fut arrivé , il eut foin de ren- 
dre les derniers devoirs au corps du Cardi- 
nal de la Valette, qu'il fit i>orter à Toulouze, 
parce, que ce General avoit (buhaité d'y être 
çmerré. Ce*- 



DU MARECH AL. DE FaBERTÎ jT? 

Cependant les Ennemis voulant profiter 
du defordre^ou fè trouvoit 1^ Armée Fraoçoi* 
fè,(âute d'un General en chef9allerent affieger 
Cazal 9 qui fut fecouru par le Comte d'Hbr* 
court. Mon deflèin n'éft pas d'entrer dans 
le détail de cette belle & grande ââion ; 
chacun £iit que ce General torçaleslignes, 
& qu'après avoir batu les ennemis il les 
contraignit de lever le fiege. Il fufit que je 
diiè ici que ce fut dans cette fameuTeexpedt* 
tion qu'il commença à connoitre le mérite 
de Monfr. de Fabert , & qu'il fut tellement 
charmé de la juftefTe & de la force avec 
laquelléilraifonnoitdans le Con(èil| délava* 
leur avec laquelle il fè (îgnaloit dans le com« 
bat»& delà vigueur avec laquelle ilexecutoic 
les reiblutions qu'on avoit priiès , qu'il lui 
donna toute fon eftime 8c en fuite toute foa 
amitié »qui furent ei^CQit augmen téeSydans u^ 
ne aâion importante que je vais n^rter. 

L'Armée Françoife après avoir fecouru 
Çazal » prit fa route par le haut Monferrat » 
pour s'aprocher de Villeneaved' Ait. Corn* 
me les habitans du Païs étoient favorables 
aux Ennemis , il firent tout leur poifible 
voœ. incommoder l'Armée de France , & 
le moyen dont ils (e fervircnt particulière- 
ment , fut de ruiner tous les moulins , de 
Ibrte que les Troupes ne pouvant ni mou- 
dre le blé.qu'eUesavoient> ni trouver de la 
, S \ C j farine 



jl H I I T O I R fi 

farine d'ailleurs» manauoientdepain. Danr 
cette extrémité Monlr.dc Fabert trouva un 
cijpedicnt, qui tirai* Armée de peine. Ge 
fut de broyer avec 4es pierres du blé > dans 
descuiralTes» ou dans d'autres machines , qui 
p^ivoient fèrvir de moulins $ & Tépreuve 
en fut faite par une Compagnie de Chevaux 
fcgcrs, qu*il avoit dans le Régiment du fe» 
Car4inal delà Valette ^ qui fut depuis don- 
né à Monft. de Turenne , comme un des 
meilleurs de tous ceux 9 qui compofoient 
l'Armée. Cette inventionreiiffit fi bien que 
les Cavaliers fkifoient une aflcz grandequan-» 
tité de farine pour fubfîfter. Cependant 
comme ce moyen ne pouvoit pas conferver 
long temps r Armée, il fut queftion de paf- 
fer du porte où onétoitdaniS un autre, où 
Ton pût trouver les vivres en abondance* 
Cela n'çtoitpas facite, attendu que les En- 
nemis fupcrieurs cn^tiombre , étoient à por- 
tée pour s'opofer au paflàjge : néanmoins la 
aeceffitéoù l'on fc trouvoit fit qu'onrcfolut 
dans le Goûfeilde le tenter. 

Dans la marche , Mr. de Fabert ayant 
demandé au Comte d'Harcourt & à Monfr. 
de Turenne, s'ils ne croyoient pascombatrc 
ce jour là, le premier repondit abfolument 
que non , & Monfr. de Turenne ajouta , 
qu'il nelc crdyoit pas non plus, mais qu'il 

feloit néanmoins marcher, commepouvanc 

être 



DU MARECtfilL DE pABEllI^r fS> 

être attaqué par les Ëûnemis. II étoit trois 
heures après midi fàt»qu'on eut reçu aucu* 
ne de leurs nouvelles , lors que le Comte 
d'Harcourt demanda à Monfr. de Fabert , 
s'il étoit encore dans te fentiment qu'il y eut 
combat avant b fin du jour, yen* en fais nut 
dettte^ lui repartit celui-ci 9 ou ms Ennemis 
ne frvent pas la guerre. Peu de tems après 
on vit venir les Fuyards de trois Regimens 
de Cavallerie^ qui avoient été détachez fous 
la conduite de Mofi(r«de Villeneuve » avec 
ordre d'envoyer de petits partis à la décou- 
verte pour être avertis du mouvement des. 
Ennemis, dont un corps confîderable tomba 
for ces trois Regimens > qui forent contraints 
de le retirer avec précipitation. On rangea 
proottiement T Armée en bataille, & Mr. de 
Fabert étant allé imvsmt {à coutume recon-» 
noitre lespoâes-poi:^ cfaoifir le plus avanta*^ 
geux, vifôn^cfiiVy en avoit un près du 
lieu , où l'on étoit , qu'on y auroit un bois 
for ladroite , un ruîfleau ftir la gauche , & 
entre ce boiS: Se ce ruiflfeau un efpace aflèz^ 
confiderable pour ranger toute TArmée fur 
troîslignes^ 

Onfe failit promptementdecepofte, de 
les Ëfimemis le trouVani^ ocupé » firent halte 
près de l'Armée de France. Le^ Comtc^ 
d'Harcourt fe détacha pour les aller obfer-^ 
ver ^ après gvoir donne ordre à Mèfin:u£t^ 

C 6 de 



So H I s T O I It V 

de Turcnnc, de Fabcrt , & de la Roque 
Serviere le borgne d'attendre que les Enne^ 
mis fe mifTent en mouvement. ^ L'Armée 
Françoifê étoit difpofée de (brte que la 
première ligne ne pouvoit avancer fans aban^*. 
donner le bois fur la droite > ce qui Tauroit 
mifedans le danger d'être chargée en tête Se 
en flanc. Monfr duPleffiSi qui étoit alors 
Maréchal de Camp ^ & qui fut depuis Ma^ 
rechal de France, ayant reconnu ce poâe& 
vu la contenance des Ennemis, )Ugea fort 
bien qu'il ne &loit pasenfortir^ maiscom^ 
me il n'étoit pas de jour , il laiflà ^ir Mr. de 
Turennequi commandoit» pour retourner 
où l'apelloit le devoir de f^ charge. Celui-^ 
ci étant à la tête de la première ligne avec 
Meffieurs de Fabert 8c Roque Sçrvieres , fit 
mettre ventre à terre au Régiment des.Gar- 
des & à tous les Bataillons > qui compofoienc 
cette même ligne. Cepenaant comme la 
Cavalerie fqutroit beaucoup pour être exrr 
pofée aux moufquetades des ennemis, qui 
en tuoient ou bleflbient plufîeurs , les 
troupes demandoient avec inftance qu*on les 
menât au combat , afin qu'elles euflent la 
liberté de fe défendre : mais Monfr.de Tu- 
renne, qui tempprifpit, les exhortoit à la 
patience, en les aiTafant que cela feroit bien 
tôt fini, & ce fut dans ce même mpmeitt 
^u'il dit à Monfr.de Fabert que bien gu'ii 

n'eut 



D17 MaRBCHAL de FaBERT. 6t 

n'eut pas témoigné qu'en cette occafîon fl 

craignoit du danger,il avoit neanmoins^jugé, 

qu'il y en auroit beaucoup. Cependant la nuit 

qui s*aprochoir, ayant jette dansTimpatience 

le Comte d'Harcourtyil envoya par deux fois 

Mr. de Meftiere à Monfr. de Turenne , pour 

lui ordonner qu'il chargeât ,mais celuicy a^ 

yant prié qu'on attendit un peu , le Comte 

d'Harcourt vint lui même à la tétedela ligne» 

commander qu'on donnât fur l'ennemi. Mr. 

de Turenne lui repondit qu'il allott être obei^ 

cependant il nelaiflbit pas de temporifer tou* 

jours » lorsque les ennemis s^avancerent 8c 

firent une décharge. Les troupes Françoî* 

{es ne branlèrent point que lors qu'elles les 

virent à vint pas, ficdans ce même tems les 

Généraux ayant feit relever les Soldats qui 

étoient ventre à terre , on ch argea avec tant 

de vigueur , que les ennemis ne pouvant pas 

ibutenir le choc,fe renverferent les uns furies 

autres, & l'épouvante s'étant mife en fuite 

parmi leurs troupes , il fut impoilible à leurs 

Généraux de les rallier ; de forte qu'ils 

furent batus 6c mis en fuite , 6c TArmée 

de France eut lepaflàge entièrement libre. 

Ce fut peu de tems après cette aâion que 
le Maréchal de Fabert reçut ordre de fe ren- 
dre à la Coun Le/ Cardinal de Richelieu 
avoit acheté » eà partie de fes deniers Se en 
partie de cçux du RG^,la Compagnie duBa- 

C 7 roq 



4-- 



6t Histoire 

ron de Meslai au Régiment des Gardes , 8c 
afin qu'il ne demandât pas à fervir dans cet- 
te compagnie, elle demeura près du Roi fans 
aller comme les autres aux Armées. Moqûr. 
de Fabertquien fut&it capitaine n'y fervoic 
pas régulièrement , pour l'ordinaire il de- 
meuroit à la Cour » d'où fa Majefté & le 
Cardinal renvoyoientfouvent aux lieux où 
Ton ne pouvoit envoyer d'autresque luy.Du^ 
rant le fîege de Turin , qui a fourni une fi 
belle matière aux Hiftoriens > il fut envoyé 
près du Comte d^Harcourt ,. & après s'être 
trouvé aux plus importantes aâions de ce 
fameux Siège il retourna à la Cour. Il fut 
encore envoyé deux ou trois fois au fiege 
d'Aras , pour y prendre des n^furcis avec 
les Généraux , 8c fe trouva au Combat t qui 
fut donné lors que les Ennemis , entreprt*» 
rent de jetter du fecours dans la Place^ Il 
fut même un de ceux qui condoifireiit le 
Convoi , dont l'Armée avok un extrême 
befbin, & qui malgré toutes les^diUgences 
derËnnemi > 8c le combat avec le Maréchal 
delaMeiUeraie, fiit int^oduo: éans les lig« 
nés, ce qui caufa la prife de laBace. Hiè 
fendit auÔi pluiieurs fois par ordre de la Cour 
à PArmée que commandoit le Maréchal de 
Chatillon , fur les Frontières- de Champa^ 
gne ; mais comme il fâvoit que l'intentioa 
du Cardinal étoit deforoicc le Siqgc de Se- 

daoy 



DU Maréchal de Fabert. 6:^ 

dan, il neroulut point y aller avec Monfr. de 
Thou, qui eut depuis la tête tranchée, & qui 
▼ouloit Ty mener , parce que ne doutant 
point que Monf^. de Bouillon, qui étoit ami 
particulier de Monfr. de Thou ne les rega« 
lât , il ft fiïiioit 9 fuivtnt fa del|çateflè or* 
dinaire fur Phonneur , un icrupule d'agir 
dans la fuite en enAemi» contre un homme> 
qni Pauroit traité en ami. 

Ce fut dans cette annéçlà que par une 
avanture aflez bizare il faillit a perdre la 
vie. La Cour étoit abrs à Compiegne & 
il y retourn^oit de Piémont. Comme il ar- 
iriva aifez tard à Clermont , le Maire de Po* 
fie qui le connoiflbit , lui dit que s'il ded^ 
roit d'avoir de bons chevaux» il&loit qu'il 
attendit encore deux heures ^ &qu'ainu ne 

E3uvant arriver à Coi^piegne qu'après que 
s Portes (croient fermées ^ ilnepourroita- 
voir audience du Cardinal que le lendemain 
au matin, à moins que ce ne fut une afaire ex- 
trêmement preflee , qu'il luiconièilloit donc 
de (è mettre au lit, & de dormir tranquil* 
ment fur la parole qu'il lui donnoit de Té* 
veiller de bonne heure, afin qu'il pût arri« 
ver avant Touverture des Portes. Mon(r« 
dCFabert a^ant goûté ce Confeil , femit 
au lit ) & tes gens de même. Il dormoic 
déjà » quand il fut-reveillé par deux hom« 

mes » qui entrant bruiquemçnt dans fà 

Chaoh 



^4 Histoire 

chambre » demandèrent du vin , des pipes 
& du tabac. Monfr.de Fabert ouvrit Icri^ 
deau Scies pria avec beaucoup d'honnêteté 
de le laiflcr dormir. Dors fi tu veux , lui re- 

Î>ondirent-ils, four nous , notre fla^fir ojt de 
oirc^T" de fumer* Cette Chambre^ Mejftours^ 
lui repartit \Monjr. do Fabert , efi k moi , o- 
fiiivant la coutume ^ui s^ob/erve dans tes hotcle^ 
ries y lors qu*un homme occupe une chambré y on 
doit ly laijfer en repos €y en liberté. L'un des 
deux s'étant mis làdeflus à rire 2c à le trai- 
ter de beau raiibnneur 9 il iè mit dans une (i 
furieufe colère qu'il jura Dieu qu'ils forti* 
roient de fa chambre. Il prend Tes culotes^ 
tandis que les autres continuoient à femoc* 
quer de lui ; il faute à bas du lit » & fans 
avoir ni bas ni fbulierSi il fè met enpofture 
avec une épép telle qu'on les porte en cou- 
rant la pofte. Les deux autres mireatj auûi 
Tépcealamain, & à mefure que Monfr.de 
Fabert allongeoît à Tun , l'autre ne man^ 
quoit pas de porter en même tems à Monir.> 
de Fabert, de forte qu'il fut bicfle de plu- 
fieurs coups. Cependant les ayant ferrez tous 
deux danî un coin , afin d^éviter les coups 
par derrière, il (è lança fur le plus détermi- 
né qu'il porta pav terre ^ après l'avoir dan« 
gereufement biefTé. Tandis qu'il l'y tenoit^ 
Fautre lui porta toujours des coups d'épée». 
jufques à ce que Thote 9 qui s'éto)t éveillé aa 

bruit 



DU Maréchal, de Fabbrt. 6^ 

bruit crhf on offaJfweMcnJr.diFéibert* Ce- 
lui qui étoit par terre remendant ainfi nom- 
mer , lui demanda s'il étoit efltâivement 
Monir. de Fabert. Oui trditre ajfaffm^ repon- 
dit-il , je le fuis. Cela étant , repartit l'autre , 
je voudrais être mort , je m^ appelle RantKAu ^ 
& en efet il portoit ce nom , & étoit neveu 
de Mr. de Rantzau Maréchal de France. 
A caufi de tonfincle^ je te pardonne , lui dit 
Mn de Fabert : mais fi tn as du courage , laije 
toy mourir de tes biejfures^ ou fauve toy^ s^il te 
refte de l'ejprit. C'eftoic bien dit. Le mal- 
heureux fe fauva pour eftre pris ;. ce fut fur le 
toiét. Monfr* de Fabert fut bleiTé de 1 7. 
coups d'épée , dont la plupart étoient par 
derrière. Jamais il n'a voulu nommer un 
homme ) qui (èdifoitde Ces amis, &quié- 
tant couche dans la même chambre, fit fem- 
blant de dormir , tant que le combat du^ 
ça. 

• Cependant le bruit que faifbit le maitre 
du logis > éveilla les gens de Monfr. dcFa- 
bertt Le Peuple s'émut 1 & Ton fit la re- 
cherche des coupables ^ qu'on trouva furie 
toit. Tout ce que Monfr. de Fabert put ob- 
tenir en leur faveur , fut qu'ils feroientmis 
en lieu de fureté y en attendant que le Roi 
en eut ordonné. Ayant en fuite chargé le 
Maitre du lo^is de fes Mémoires & de (es dé- 
pêches 91 il fit écrire au Cardinal pour Tin* 

former 



66 Histoire 

former du malheur jjuivenoit de lui arriver» 
fupliant aufE inftamment (on Ëmineuce , 
d'obtenir de fâ Majefté la grâce de Monlr. 
de Ranifau i & d'un Capitaine Âllethan , 
qui Tavoit aflîfté dans cett« vilaine aftioo. 

La première çfaofe que fit leCardina!,fot 
de donner ordre que le« Médecins & Chirur- 
giens du Roi fe rendident inceflàmment à 
Clermont 9 & qu'ils n'abandonnaient pas 
leblcfle.5 qu'il nefutguerri s'il écoit en état 
de l'être : mais à l'égard de ceux , qui l'a- 
voient fi mal traité, il vouloit qu'on en fit 
un exemple^ &çe ne fut qu'avec beaucoup 
de peine , & après beaucoup de {oUicita- 
tions que Monfr. de Fabert obtint enfin leur 
grâce. De toutes fes bleflures il ne s'en trou«* 
va pas une de mortelle, ficil fut pianfé avec 
tant de foin te de fuccez, qu'après le tems 
necefiairepourfk guerifon il fè vit entière* 
ment rétabli , fi ce n'eft que de tems en 
tems il fe (èntit plufieurs fois d'un coup qui 
lui perçoit un dejs lobes du poumon. Durant 
fà maladie il ne (ê paflfa pctfoue point de 
jour ) que le Cardinal & fort (ouvent le Roi 
même , n'envoyaflênt à Clermont pour être 
informez de l'état de (âfànté, & (on Ëmi-* 
nence voulut qu'il fût porté à la Cour aufli- 
tôt que fesbleflures le purent permettre. 

Apres qu'il fut rétabli, il fut encore en- 
voyé près du Maréchal de Chatillon. L4 

dcr- 



DU Maréchal de Fabert. 6j 

dernière fois qu'il (e rendit auprès de lui, 
il le trouva logé fur la Meufe à un Village 
nommé Rumilli , oii il y avoit une belle 
Maifbn. En y arrivant il rencontra le Mar- 
quis de Sourdis Se le Marquis de Prâlin> avec 
plufîeursOfîciers Généraux, qui lui dirent 
que le General Lambois , étoit avec \zs trou- 
pes du Comte de SoilTons , & celles de 
Monfr. de Bouillon de Tautre coté de la 
Meufè, & qu'ils ne doutoient pas qu'ils ne 
paflàffeQt à Sedan , ce qu'il étoit pourtant 
lacile d'empêcher , attendu que vis à vis de 
cette Place , il y avoit un lieu nommé Four- 
noi 9 pofte le plus beau Se le plus avanta* 
gepx , qu'on pût choifîr pour difputer l'en* 
trce du Comte dans Sedan. Qu'ils avoient 



fait tout leur jpoffible , pour obliger le 
Maréchal de Chatillon d'aller occuper ce 
pofte 9 mais que quelques raiibns qu'ils 
euflèat employées ^ ils n'avoientpu l'y £aire 
confèntir ; qu'ils croyoient que les pluyes 
continuelles 9 Se là commodité du logis 
qu'il occupoit 5 Pcmpechoient de profi- 
ter de l'avis qu'on lui woit donné , ce que 
^*y î»y«nt ppint d'ordre du Roi pour Éti- 
re changer de Camp, on aùroit beaucoup 
de peine à l'y difpofcr. Comme il étoit fort 
tard Monfr. de Fabertne put s'entretenir a- 
veq le Maréchal de Chatillon » que des cho- 
fcs, dont la Cour l'avoit chargé. Se del'é- 

tat> 



^8 Histoire 

tat 9 auquel fc trouvoient T Armée de France . 
& celle desEnnemis. Mais le leodemain ayant 
prôpofé à ce General de voir un peu le Pdis « 
on monta à Cheval 9 & comme en marchant 
il Tentretenoic , ceux qui al loient devant, les 
conduifirent infenfîblement au Pofte de 
Foumoi. HequùilMonfr. s'écria, Monlr. 
de Fabert ^ des qu'il eut reconnu ce pofte » 
VQUii vous moquez, de nous dire que vous êtes 
en feine de choifir un bel endroit^ commode C^ 
éivsntageux pour camper ^ C^de nous étmener en 
même tems ici. Ce n^efip4s fans raifin qu'on 
vous donne le titre de Grand Capitaine 'oous a^ 
viex, fans dôme bien remarqué ce lieu ; quoi ! (ur 
la droite un bois f €r fur la gauche une Rivière , 
^OHs ne pouviespas mieux choifir , C^ je puis vous 
affurer n^ avoir jamais vu un fi beau pofie. Le 
Maréchal de Chatillon ayant dit qu'il en con- 
venoit fie qu'on ne manqueroitpas de Toc* 
cuper le lendemain , Monfr. de Fabert lui ré- 
pliqua que fans attendre plus long tems, on 
ypouvoitvenirdes le même jour» ce qu'on 
ne fit pourtant pas , parce que le Maiechal de 
Chatillon ne jugea pas qu'il fut neceflaire de 
décamper avant le tems qu'il venoit de mar* 
quer. 

O n (ê mit en marche le lendemain matin,Sc 
comme Monfr. de Fabert & le Marquis de 
Pralin S'avançoient en difcourant à la tête 
des Troupes, ils aperçurent quelques cou- 
reurs % 



DU Marcchal de Fabert. 69 

rcurs , qu'ils prirent pour des Partis qui ve- 
noient reconnoitre ^ mais ayant pouITé fur 
une hauteur , ils découvrirent toute V A rméc 
ennemie, qui après avoir traverfé la Riviè- 
re, marchoit vers Sedan. Ils retournèrent 
à toute bride pour en donner avis au Maré- 
chal de Chatilîon , qui dit que c'étoit fans 
doute un parti » qui venoit reconnoitre (on 
Arm ée , mais Monfr . de Fabert lui répliqua, 
que l'Infanterie n'alloit pas en parti avec des 
piques ^ & que c'étoic aflureroent toute 
r Armée. L'avez vous veuë, luy demanda 
le Maréchal ? Ouy fans doute, repondit Mr. 
de Fabert. Nous awrons donc bataille , repartit 
ce General. Elle fe donna efeâivement, le 
Comte de Soiflbns y fut tué & leMarechal de 
ChatiUon eutie malheur de la perdre. Je 
ne feray pas ici la defcription de ce Combat t 
il fufit qu'on fâche que Monfr. de Fabert 
chargea vigoureufement à la tête des Gen« 
darmes , Se qu'il combatit avec fa Valeur 
ordinaire. Lors qu'il vit que les Ennemi^ 
avoient remporté la Viétoire , il alla trouver 
le Roi près d'Amiens pour lui rendre comp^ 
te d'un fi fâcheux fuccez. 

Sa Majefté ayant kpris que Donchefy étoit 
affie^é par Monfr. de Bouillon ^ elle refolût 
de (e tranfporter fur les lieux , fit marcher 
fon Armée , Se donna ordre en même tems 
au Maréchal de Brezey de reprendre Don- 

chérie. 



70 Histoire 

chcrîc. Le MarcchaWe Fabcrt fut auffi en- 
voyé par le Cardinal à cette expédition. Le 
Roi le trouva en perfonne à ce Siège , & k 
placeayant été emportée , (àMajefté voulue 
voir le Champ, où la bataille de Sedan s'e* 
toit donnée. Le Maréchal de Chatillon en 
lui &i(ant remarquer le pofte de Foumoi y 
dit qu'il marchoit pour roccuper lors qu'il 
rencontra PArmée ennemie. Pour quoi ne 
vous mettiez vou3 pas plutôt en marcae , lui 
repartit le Roi ^ fi votu étviez eu cette preçau^ 
tion , vous ne m^ auriez, pas perdu une bataille. 
Je Pavùue , Sire , répliqua le Maréchal de 
Chatillon , mais ma confêlation efi que j'ai 
tué le Comte i Cefi aujft la mienne y repartit' le 
Roi- 
Quelque tems après on relblut le fiegede 
Collieure, & les Oficiers Généraux qu'on y 
devoit employer, n'étant pas encore nom- 
mez, Monfr. de Fabert demanda au Cardi- 
nal la permiffion d'aller avec (à compagnie, 
fèrvir à ce Siège , afin qu'il fçut fi depuis tant 
de tems qu'on nel'avoitpas employée dans 
les Armées, elle étoit en état de rendre de 
bons (èrvices. Son Eminence j ugea à pro- 
pos qu'il s'addrefl^t au Roi , qui lui en don« 
na la permifiiofi. H eut fouhaité de ne IV 
voir pas obtenue, lors qu'il aprit que le Ma-* 
rechal de de la Meilleraie , avec qui il n'étoit 
pasenenbonneintelUgence» depuisl^a&ire 

de 



DU Maréchal de Fabert. 71 

de laCapelIe» dévoie comiûandcr le fîege, 
mais la chofe étant faite il ne pouvoit plus 
fe ^ifpenfer d'aller fervir fous ce Maré- 
chal. 

Un lour qu'avec d'autres Oficiers du Ré- 
giment des Gardes » qui devoieat fervir dans 
l'expédition de Collieure 9 il étoitallé lui 
rendre Vifite , il entendit qu'il difoit en 
parlant des Troupes qui dévoient compofer 
(on Armée 1 mus avons le Chanoine de FéAfert. 
Ces paroles prononcéesà hautevoix , & d'un 
ton de raillerie piquante 9 touchèrent fi (en* 
fiblement Monfr . de Fabert - qu'a près avoir 
rougi Se pâli dans le même moment» il (ê reti« 
ra outré de colère. Le Maréchal de la Meil* 
leraie n'en demeura néanmoins pas là , car 
ayant joint fon Armée , il dit encore quelque 
chofe de (ëmblable» pour chagriner Monfr. 
de Fabert ^qui fut aum (enfible à cette fecon« 
de attaque qu'il Tavoit été à la première» Et 
comme fon chagrin étoic extrême , il ne 
pût Vempecher de le découvrir à Monfr. 
deTurenne, qui en qualité de Lieutenant 
General fervoit dans cette Armée. . Celui ci 
tacha de luy calmer l'efprit par lesraifons les 
plus fortes 9 lui faifant voir qu'il étoit de& 
prudence de laifler pafler cette afaire (ànsU 
prendre fi fort à coeur. Quelque peine que 
Monfr. de Fabert eut à fè contenir , il eut 
néanmoins afièz de force fur fon efbrit % pour 

fui. 



**. 



7^ Histoire 

fuivre le confeildeMonfr. deTurcnncjul- 
ques à ce qu^il reçut une croifîeme infultCi 
qui faillit à le mettre au deferpoir. 

Le jour qu'on fai(bit les aprocbes de la 
Place f rinhinterie paflbit fur un pont » où 
les Oficiers Généraux s'étoient arrêtez pour 
lavoir défiler 9 Se ce pont n'étoitpas à une 
diflance fort éloignée du pié de la montag- 
ne, fur laquelle les Ennemis s'étoient logez 
dans de V petites tours quarrées. Comme 
Monfr. ae Pabert commandoit un Batftil^ 
Ion du Régiment des Gardes , il mit pié 
à terre , prit la pique. Se falua avant 
que de pafier le Pont le Maréchal de la 
Meilleraie; mais ce General qui ne cherchoit 
que les occafîons de le chagriner, lui dit» 
ÛnefantpéSy Menfr. quand oh voit hs Enne^ 
mis , Sétrrt^er à faire des [aluts O^ des compli^ 
ments^ tl faut marcher dreit k eux. Céder* 
nier outrage, joints aux précédents , trans* 
porta tellement Mr. de Fabcrt de colère 8c de 
rage , qu'il avança droit vers le Maréchal de 
laMeîlleraie, dans l'intention de faire écla< 
ter fbnrefTentiment) £ Monfr.deTurenne 
qui s'en aperçue n'eut poulie ion cheval vers 
lui pour l'arrêter. Il lui demande ce qu'il 
pretendoit faille en plein jour, auxyeuxd'u^j 
ne Armée , Se devant de fi mauvais juges de 
nos a£fcions? Mr/deFaben ne lui répondit 
qu'en homme deiè(peré | Se à qui la colère 

ne 



DU Maréchal De Fabert!! 73* 

ne laiflbit pas la liberté du jugement. Nean« 
moins il k calma un peu par les puîilantes 
ràfons que lui aporta Monfieur de Turen« 
ne , qui après Tavoir quitté alla parler au 
Maréchal de la MeiUeraie y en ami 8c ea 
brave homme. 

Les Troupes étant rangées, en bataille aa 
pie delà montagne, ce General allafemet^. 
tre à la tête du Bataillon que commandoic 
Monfr. deFabert, 8c lui demanda fonavis 
fur cequ^on devoit entreprendrp.Gelui ci qui 
crut que le Maréchal de la MeiUeraie ne lui 
faifoit cette demande que pour continuer à 
Tinfiilter, ne lui fit aucune reposfe , mais 
pourfiiivant à lui demander Con {èntimeni:^ 
il lui rcponditjqu'ilnefavûk^H'obeïrfC^ ?^'''^^ 
ton prêt cPixecf^erfûnilHellemtnt Us vtàres f m'm . 
lui donntTM. Enfin le Maréchal de la Meil«. 
leraie Payant prié de vouloir bien lui dire 
(on avis, il repondit , que puis quelesËih*^ 
nemis paroiflbienti il n*y avoit qu*à marcher 
droit à eux. Allons donc, marche, die le 
Maréchal , contre la peufée de Mon(r. de 
Fabert , qui croyoic qu'il lui alloit répondre^ 
fi^tftvkrtÇcntimtnt^ çitfcfifâsUmitn. Ce- 
pendant lesTroupes montèrent la montage 
ne, ^ laifiànt les tours dont elles efiuyerenC 
le feu , aprocherent aflez prés de la Place^\ 
Le Maréchal de la MeiUeraie Palla recon- 
iwitrc^ ayant prié M« de Fabert de Paccom« 

P ^ pagner 



-^4- H I s T O I R K 

mgowpoat M aidera découvrir les ea- 
Aoits par dà, l*oo pounok commencer pliw 
ftcae»neiWil»«t«ï««s» & depuis cctans la 
«Hhitcl npJïeços d<^ cède General que des 
iwtitiétegea 2a dfttéawignagcs d'eftimeÔc 

d'amitié. ^ .„ ^ «. 

f Moflfri «te-Fabcrt traradla a ce Siège , 
amtl»wsB9nfCSi<^dà idire, qu'il traça lui 
ntêmUtumdM» & condiiifit l«^trayaux. 

Ee$>QH>i«a««»<i^**8'*°*"*^ "^ , ** "* 
aM<fat- ^ A«q«e cerfétoit guare la ow- 

IsiBgcaicws «c $'amufer àtracer une tran- 
chée i Or Ttpmit à celui qui portoit la p«o- 
k i «P« «eu» qui ne le feifoienc pas avoicnt 
cavte d'éWel'wigtems Ca^tai«»«aC^ 
dtt, maïs qt» pour loi , ^qui bieolom d a- 
VoiJce<iôlw, fouhaitoitd»enfoia»kplûtot 
dtfit M- ftroit poflSble , il tâchoka promer 
feoccafiony, qwpottvoientrentWBy-iien 
trouv«t pat une , lori an il^ $ awffp»t du 
ièryiçedttRoi-, qutnefôttreshonwablc 
S ttes arancagjsufe. Cette tepoofefama 
kBottcheàcesGApitaiûcs, qatlelaiffiwnt 
agirdrla miu6ew qtfi) voulut , lais lui feire 
ttaerd'mmagfriwcefi^. _. 

> Cotmnc IfeRoi-awil^fiwwe» I» drfào * 

couvrir bP^oFvibcédeIkiffl»^C»iy»» 
garantirdc» coutfe» qu'y ftSw»!»^** 

ntis, a<nrr qarpwr cdà, iltfy«r«iti»8 



DU Maï^ECKAtL DE FaBERT; J% 

demeiUeur ni de plusafluré ramparr, que 
la Ville de Perpig^n. 'L'imgfiftaace de 
cette. Place; ne. demand pas mQim (ju&ù 
piefence de {aMajeAe:^ aual^ut ce jelle. me< 
mtq^\cnâlUSxcgf^ Ce fut pendit cei;ce 
expédition que Mîr de Ùnqnnics conjunr 
Vf et d'autres la pprte du Cardin4 de ^i^ 
chelieu> & que 5lanSf line fi grancleèntrepri^s 
fc% ilfe pa0a def ç^iès qui^aerionCjgnov^ 

inar^ favoit qu^iî avoit^ à faire à andteplu& 
habiles :hQmme$ de ConGçdQy. avec : Irauél i\ 
?V>^vpi^ poÎDt de milieu y, & qu'il faloii^^ 
ou que ce premier Miaxftre fut repvetré si 
ou qu^il rpoçoimlÀi: lui même 91 ilçru^nsu^ 
heureufement pour lui} qp^il4evoit^3'aâ^ 
rprdçrapui<lje$Ëfp^Ql$. D^cettç]>eoF^ 
fée U communiqua^vec lf/li.à:XhQUjh^^ 
de Bouillon j & Mon&. de FoauaiUeSjr ;quî) 
œtrereçi: ayec plufieur»au9<^dsKi^Trai# 
tp , <îui;futfeît svecPÇfpagpc^^ Aw^<tei|v 



cppditions qHJi x^c^ent^. p;;9qvct up a^. 
vgnt^igetres-çon^de^able. Ayan^aîpilcoiii^! 
mencé fecretçmc^t leur projet » ib le poui^ 
f^ivirent plu^ouvert^sm^nt» ecitacluimpu 
infinuation de détruire le Cardin^ dam JL'Q^ 
f^it^duRoi i ^ui of^ futpa»loQgC9nsàs'#u 
percevoir de leur defiêim, Uen psirlaàfCei» 

âu'ilhoqoroit de fa confidence 9 d^ nombre 1 
eiquclt étaient Manfr. de Cbarigiii iç, 
. " D i Monflr^ 



f 



j6 H I s T o I â s 

Monfr. deFabert» Ceux ci «voient ince(^ 
famment Pefprit tendu à tout ce qui fè tra*' 
motti Se comme le Roi avoit la bonté de 
les écouter., ils ne manquoietxt pas de&ire 
tous leurs efbrts 9 aânde détruire cë'ijue 
Monfr. deCinqmars vouloit établir. 11^ a^ 
voit ailèz long tems que le tonherre grpn-» 
doiti pour qu'il éclatât. UnjourMônln 
de^Fabert étant venu rendrecompteaûRxn' 
de ceqqt s^oitpaiTé au Siège, il trouva je' 
moyen de faire entrer dans fon^^difcodrs les 
foins 8c l'aplication que le Cardinal àp6r-\ 
«oit pour lefervice^ lagloiredefa Majeflé.' 
Monfr. le Grand qui entra là deffiis 9 ne pou- 
vant cstdbeT le diagrtri qtf a ivoitHie crouï^ ' 
vér là Monfieur^dè Fabeit » luidit quelque ^ 
cl»ofè d'aflezjbrt ^çout obliger le Roi; qoi^ 
le remarqua à fè hchtt contre Monfh le " 
Gtànd. CepeiïKlant leCardiûâl fut obligé cte- 
fè rendre à Taràfëon. Quelque» uns ont ' 
tirû, que fè jugeant le plu$ foible pré^ dù^ 
Roi^ H irf entrept«noitte voyage, que pdttt^ 
attendre à Pécart, quel ferbleîc fucc^ du 
ddflfein é^(!&& ennemis, 6t pour prendre en 
méùietemsdes mefurés: tfsimrèSràportcnt, 
qtf il étoit trop afluré pour rienaprcbendcr. 
Q^oi qu'il en foit 1 ém, a Tarafcon , fcs 
princ}pauxi^i9^ qu'il atdt kiifeî^ à- la Cour î 
partir Veffler àre$ intérêts'^ reçurent le^rai*-.- 
té iàic avec PËipagne , qu*un homme du 

. ' . Gon^ 



DU MAREeHAL DE FaBERT^ Jf 

Confêil de cette Couronne y penfionnairedu 
Cardinal lui envoyoit. Momr. de Chavigni 
prie la poile pour le portera Tarafeon» £c 
avant que le Cardinal enpartit» les ordres 
furent dreflez, pour faire arrêter Monfr.le 
Grand , Monfr. de Tbou » & Monfr. de 
Bouillon. Cependant Monfr. de Chavigni 
fut renvoyé fur le champ 9 pour avertir le 
Roi que (on Eminence avoit reçu des nou- 
velles de la dernière importance , & qu^elle 
étoit en chemin pour en venir rendre comp^ 
te à ià Majefté. Chacun {ait la fuite de toif- 
te cette intrigue 9^ & de quelle manière le 
Cardinal demeura ferme dans le pofte qu'il 
ocupoit , après avoit détruit ceuxqyi pré« 
f endoieqt Pen chaflcr. 
; -Apres la prife dePerp^nàn le Roi retour^ 
ça aux lenvironsde Paris » & comme le 
Cardinal âcaufê de fonindi^ofîtiônncput 

£as leiuivre par terrey H s'embarqua fur la 
.oire avec une grande fuite. Le matin, é-. 
tant encore au lie, il fitappellerMbn&de 
Fabert» Ne me remerciez, » lui dît il , ni p4r 
paroles ni par aucune atlio» , qui puijfe être 4V 
perdue de ceux^ ejui font ici prefens. Le Roi 
V9HS donne le Gouvernement de Sedan ^ €^com* 
me c^eji une Place qui n^a rien k craindre , cela 
ne VOUS' empêchera pas J^étre auprès de mus. 
Le Roi vous donne encore avec ce Gouverne'^ 
ment la nomination de tomes les charges | cher--. 

D 3: chez^ 



i 



»« ' 



ihe:çwf/hn Lreuttnam de 'Hvi , fir f/« ér^w 
Stùtjir nfi^btwts fmjfttz. V0ùs cvtifitr , car 
H n9 fatftvas tfuc vous V9us attemticxi k faire «- 
nereplençe wBuélk k Sedan ^ T4nteniion de Sd 
JUt^èfi éteint devens tmflojir mHettrs. Ily m 
ddn^eetie vHlrnn Oenfitl Souverain^ dont h R§i 
Tr«tf Iwî emcrrevons dernier t4>$0tei les charges^ 
qui 'viendront k tfoqutr , encore une fois ne fHe 
ftmfrcie^pMs , nllez^treuverf* M$tjeftt^ adieuy 
mimez moi tonjonrs ^ O* ne dites k perfhnne ce 
que pviem de voujsdéceuvrir ^ que vous rfajeK. 
%^ lettoi» Monfr. deFâJ)crt après «voir pris 
icongé dii Cardinal i fctcndît prés de Ba Ma- 
jcftc qui lûr confirma tput ce que lui avoit 
dit cc|*cmicT *4iniftrc d*Etat. 

Ce fut le Cardinal Mazarîn qui reçut or^ 
drc d^UenuRttre Monfiçur de F*ert en 
|)ol!cïB6ii'de cç Oouvçraenjeiït y & iftanï' 

Syec^fciaamcs xte^cn^Hon la Mère & TO- 
ppufc du Doc de ce mm , & înftala enfui- 
telaOarmfon.j conîpofée de diic Compa- 

tpksFrançojfiSdûRegiment des Gardes, 
c iâe trois aupresComp^gnicsSuîfres. Cette 

Garnîfen entra dans Sedan lejour que mou- 
rut Madame Elifabcth de Naffau la Me- 
îe- <Jndqucsjour5^presM.dePabert s'y 
itndit en pofte ; & ayant rencontré la Du- 
cheffe deBoniîlon qui çn fortît , il pafla à 
vint pas du CaroïTe, 11 fit peu de feiour à 

Sedan 



dV MAREÇHAI4 D^ F^BERT^ Jf 

Sedan ce premier voyage ^ Scétaot de retour 
à la <>our il rendit coiQptie de Peut ou il 
avoit trouvé les fbrtiâcâtions au Cardinal , 
qui fut fort furpris d'apreadre de Mr. dp 
Fabert que bien qu'il y eut une forte Garni- 
son dans la Place > il ne repondoit pourtant 
pas qu'elle ne fut prife en douze jours de 
•de tranchée ouverte. CeMiniftreavoitpris 
la refolution de faire ret:^Uir ces fortifica- 
tions 9 jk il preparoit toutes chofes pour ce- 
la , Icm que Dieu en le retirant de ce xnond^ 
difpolà de lui ; 8c comme E^uis XIII. np 
vécut pas long tems après » il furviot un 
changement dans les afaires , oui fournit 
d'autres occupations que celles ae$ fortifi- 
cations de Sedan. 

Apres la mort de Lonis XIH. la fbitune 
& le génie de Mazarm l'ayant ait triootr 
phei de tiKis rcuic qui prctendoient au Gou- 
vernement •> il ocxrupa feul la place du CaiK 
dinal de Richelieu. Comme Monfn de Fih 
bert n'âvoit pas de liaifon avec ce nowwi 
Miniâve|6c qu'ilavoitpromisauRoy L^ouis 
XIII< de cooferver Sedan à (on illuftr^ ^ 
^lorkux Sucoefleur , il n'eut plus d'aqti^s 
Ibins que de tenir k parolejcnfetetirant dàm 
cette Place, fie il ydcmcuin jufqucs à.ge 
que Je Cardinal Masarin lui écrivit pour ]c 
pricnicfc tendre aupr6 dciul Ce Mtn^ 
iitc lui ayant fait • des plaintes fur la tfpp 

D 4, grande 



fo HisTcins 

grande depenfe que caufoit au Roi la Gar- 
nifbû de Sedan , êc demandé en même terni 
les moyens de la diminuer » Monfr.de Fa^* 
bercluifitreponfè) qu'il pouvoir retirer de 
Sedan les dix Compagnies des Gardes Fran* 
çpifts , & les remplacer par dix autres Com- 
pagnies des vieux Corps , laiflànt dans la 
rJace les trois Compagnies Suifles. Cet a- 
vis fut fuivi j Se à la place des dix Compag- 
nies des Gardes Françoifès,. on en fit entrer 
cinq du Régiment de Picardie | Se cinq de 
celui de Navarre. 

Quelque teras après le Cardinal entrctii>t 
encore Mr. de Fabert au fujct des frais qu'on 
étéit obligé de faire pour la Garnifon de Se- 
dan 9 il lui dit aufll en des termes fort obli- 
geants y que feu le Cardinal de Richelieu Ta- 
voit toujours confideré comme un homme 
habile dans rinfànterie y & capable de k 
-mettre fur un bon pié ; qu'il avoit pour lui 
la même eftime que ce Miniftre avoit eue, 

3u'il lui ofroit (on amicié, & qu'il le prioit 
e lui accorder en même tems la fieane. Le 
Maréchal de Fabert après avoir repondu à 
toutes les honnétetez du Cardinal 9 luipro> 
pofa de garder Sedan , {ans qu'il en coûtât rien 
au Roi , & comme ce premier Miniftre ne 
cdmprenoit pas de queue manière cela fe 
T^ounoit exécuter » Monfr. de Fabert lui 
dit que les trois Compagaies^ SuUTes qu'on 

en- 



DU Marrchax. DE. Fabert. 8c 

entreccnoic à Sedan étant complètes , elle» 
ne pouvoient faire que 600 hommes , & 
que fî on vouloit lui donner l'argent qui é- 
étoit emploéi payer ces trois Compagnies, 
il foumiroit 6o<y Soldats efèâifs 3 6 Capi« 
tainesy 6. Lieutenants » 6.En(êignes& ix 
Sergeants , moyennant auoi il rendroit les 3 • 
Compagnies Suiflfes » Scies 10. autres des 
Regimens de Picardie » Se de Navare , Se 
5'obligeoit à garder la ville avec cette paye 
de 60 o hommes. Cettepropofition qui tut 
acceptée par le Cardinal » ayant été aprou* 
vée dans le Confèil ». Monfi^ de Fabert die 
qu'il executeroit ce qu'il promettoit >. à con- 
dition que la paye fut réglée Se fournie avec 
cxaâitude. Cet article lui ayant été accor* 
dé, il levai a. Compagniesde cent hommes 
chacune, Se donna loafblsparjouràcbt* 
que Capitaine > cinquwte à chaqjaeLieute- 
nant 9 30. à chaque Enfeigne ». Se i o^ à cha* 
queSergeant. Les Capitaines ne fèméloient 




levée&étant faites par des Ôficiersi commis 
exprés par Monfr. de Fabert , Se qui étoient 
obligez; deluirendrecomptcdeJi'argent qu'il 
leur delivroit,. 

La première année , qui fut celle de ce 
fameux combat des montagnes hoites « don-* 

D X ^ né 



€« « 1 s 7 6 I R te 

iic^tr Monfr. îcPriace, qui s'étoît rcnda 
-à Friboùig , Icstîoo hpmmes de la Garni (on 
âc Sedan le troinrcrcnt tx)mplets. Il furent 
*<oti5 pourvus de très l;>annes armes , & en 
quelque lieu qu'on firmardher ces fix Corn- 
pajgniçs y rfle^ reçurent rcgulieremcnt leinr 
paye tous icsjeucfis, ôc lesOficicrs tousjles 
premiers joms du mois, Outre cette paye^ 
il neftoit encore une piftole tous les jours > 
qijcMonfh deFabertdonnoitauComman- 
dant 5 afin qu^lpûttenirtaWe ouverte, pour 
1c3 Ca^taines , dansjd vue d'entretenir en- 
tre eux une plusgrandcimion. Les fix Com- 
pagnies des douze ^ dont nous venons de par- 
ler, reftoient en gamifon dans !a ville, juP- 
qucs à Tannée fuivante , que celles qui a^ 
voient tenu la campagne » ' vtnoient pren- 
dre fcurplace. 

La féconde Camp^nc quiftfit Fiannée de 
la bataille de Norlingue* Monfr. dcPabert 
pour marquer que le Tt^ité ccoit bon , & 
qu'on pouvoflt^'ylauver^donna loo borames 
d'augmentation » 8c bien aue dans la bataiîle 
le Régiment fut prefque ocfaity ccbn'çm- 
pécha pas que l'année luivante,. oui fut cel- 
le du premiçr'fie^e de Dunjcer^ue cK la 1 6^0^. 
MomV. ^e f aberc ûc fournit encore tfoqf 
hon^roes. 

Jt-a première année îl fijt régulièrement; 
payé ^ kfccofldc il ne reçut que les deux 

^ ^ tiera 



DU Ma^rtbcïIal DE P'abert. 8î 

tiersdela(bntne,* &lflcroifiérneitn'efltou. 
cha que la moitié. Ceki4^)blîgea d'en^royer 
unexprésairCancNfnal pour le prier ^ ou qu^il ' 
donnât ordrequ^flfiitpiyé^ outju'ilttwWlt 
bon que le RœîmeDt fût caffé , actttidtir , 
qu'aucun des Oficiers , ni des feldatsnepou^ 
vaot ntei^ , qn'il n^t exaftement re^u fa^ 
payç^ tout fon bien ne fofifoit pas , pour 
continuer comme iUvok cottitocncé. Gcty 
te propoiitieii n'ayant pas^keagreabfemen^ 
reçue , Monfr. de Fabert fit aflembkr IcsÇa^ 
pkaines de Ta Gamîfon , 2c leur itprefenta 
que par fkcEte de payement du côté de li 
Cour, il lui écoit impoâiblede Continuer à 
leur Ibufnhieur paye, rfétîftit pas pourcc** 
h affirE \ÀfXi parta^ àt% bî^ens^cla fortune i^ 
qu'il leur oftoit néanmoins de le faite tant 
qu'il aumit an foi, mais ^u^létoitimpoffi^. 
ble4[}uelbii bien y put fourtl^ir long tems; 
çi^il avoir foiiicité de tout fon pouvoir^, 
pour tâcher à lex^r tenir fa pavole , i& qué^' 
eomoie 41 n^avoit pu rien ob!?enir , illtsr; 
priok de l^atiR^ar dans eotte afaire de leuti 
coofeife. Tous les capitaines lui rfepondi^ 
reat^ que fi la Cour né les vouloit pas caflèr ^ 
iUfecaCKd'ôienteux mêmes, attenduquec^ 
ll^^toit nwltemcmentleur intention de ruiner 
fil famille ,en fervant àfes depensi Cepéii- 
éini Monfr. le TelHer Secretaine^d^Etataiii 
departeiDenc dcla^Guerre, ayântag^ eàîà-^ 

D & ¥eu£ 



S4 H I s r. I n E 

vearde Monfr. de Fabert auprès du Cardt^ 
fiai p foit qu'éfeâi vemeot Targent manquât y 
ou quWcraignit de n'en avoir pas alTez pour 
les befoins, tout ce queceiMiniftre pût obte- 
nir fut que ce Traité feroit cafle, & qu'on 
envoyeroit une partie des Compagnies de 
la Garnifon de Sedan au Maréchal deGaf- 
fion qui étoit à Courtrai^ de (brte que Monfr» 
de Fabert iê vit déchargé du payement 
çu!il coatinua de faire juiques au demiec 
jour. 

. Comme le récit de ce Traité nous a fait 
t>a(Ibr plu (leurs chofes , il faut revenii^à Tan-- 
sée 1 ^4 5 • dans laquelle Monfr. du Pleifis fut 
çhoii pour faire le Siège de Roze. MonfK 
de Fabert reçut oïdre de s^ rendre 
pour y (èrvir en qualité de Maréchal de 
Camp » & en y allant il fut fait prifonnier. 
Voici de quelle manière la choie acriva.Com* 
me il vit que les Ennemis, marchoient à lui 
par un défilé » il dit au Commandant de fon 
eicorce de s'avancer fur le bord de ce deâlé 
pour y charger les Ennemis , qui ne{K>uvanc 
paflerni à droite , niàgauchene pouvoient 
pas manquer d'ecre renyerfêz les uns fur les 
autres. Pour lui ayant attendu ces mêmes 
Ennemis, qui 3'aprochoient , & tourné la ' 
t^e pour voir (ifon cfcorce avancolt , . il vit 

Î|u'cHe prcnoit la fuite , fans qu'aucun vou« 
ut'temrfermei de forte qu'il demeura feul 

avec 



DU Marbchàl Dft Faïeut. Sf 

avec un Aide de Camp 8c trois hommes y qui 
écoient de (à fuite. Dans cette extrémité ^ il 
marche droit au Commandant & le tue d'un 
coup de piftolet. Il fut vigoureufement fé- 
condé par fbn Aide de Camp 5 mais comme 
la partie n^étoit pas égale, ils (ê virent bien 
tôt envebpez; de forte aue Monfr. de Fabert 
alloit être tué fi ce même Aide de Camp 
n'eut crié que c'étoit un Oficier General,aiiv* 
fi le defîr que les Ennemis eurent de profi- 
ter de fa rançon Iw fàuverent la vie^ Cet<- 
te aâion fe paflâ près de Siguiers , 2c ce fut 
la Cavallerie de laGarnifbnde cette Place, 
qui prit Mr. de Fabert, & qui le conduifit 
prifonnier à Rofes. Pendant le fîege de cet* 
te Place , il ne demeura pas inutile dans & 
prifon, tant il eft vrai qu'un homme , qui s'a- 
plique entièrement à fbn devoir , & qui n'eft 
occupé que du fervice de fon Roi , fait pro- 
iiter de toutes le» occafions. Dom Diego 
Cavallero , qui étoit gouverneur de la Place , 
ne laiflbitpas paflermhfeui jour fans rendre 
vifite à Monfr. de Fabert $ 8c comme dans la 
converfation il lui difbit ce que les François 
avoient exécuté pendant la nuit, & ce qui 
de fbn coté ayoit été mis en pratique, pour 
rendre inutiles leurs deflèins^celui ci ne man« 
quoifi pas de faire paroicre , qu'il aprehendoit 
extrêmement , ee que dans fbn coeur , il 
ibuhaitoit le plus. Un jour Dom Diego lui 

D 7 ayant 



Ç6Î H 1 s T PIRE 

ayaht découvert qi/il pouvoît mettre de 
l'eau dans le fofle. Monfr. de Faberc lui re«* 

!)artit qu'il avoit de h peiaeàcroirequecc-» 
a fepûc pratiquer, ôc lui témoigna en œé-' 
me tecns qu'il craignait beaucoitp que ce-i 
lanefefitf comme u le IbubakîQknisanfnoins 
ce ftit avec beaucoup dejoie, qu'ilj^it le 
lendemain du Gouverneur qu^il avoit fait 
mettre Te^adans lefpfle > iam touitefois , lui 
£iire paroitre (es iêntimens* Edifia la Place 
ayaut é^ emportée^ Mr.dg Fabertquipar 
ce moyen fe vit en liber té , (è rendit à Paris». 
& de là à Sedan 9 pour y régler les. afaires 
de Ton Go^vememenc ) & rétablir auÊ foo 
Régiment. 

L'année i6^^. Le Cardiinal mal (atisfait 
du Pape entrait leSiege d'Orbâ telle. CbtH 
cun fait que ççtte eatreprifeeut an rnivivais' 
fuccez 9 &^quç Ton Ëçûnence pour reparer 
Tafron^qu'elle avoiï reçu , fit choix du Mar 
rechal de k Meilleraie » qui pour lors étoil 
à Paris 9 & envoya en même tems ordre du 
Roi au Mare^aî du Pleâi$ qui étoit eu 
Piémont de le trouver à Onepl avec trois à 
quatre mille hommes d'Infanterie» & Mr. 
de Fabertfut cojnmandé pour aller ièryir de. 
Maréchal de Camp» Les Troupes du Ma<t 
rechal de la Meilleraie , qui n'etoicnt pas^ 
beaucoup plus nombreufes , que celles du 
Maréchal du Pleilis furent embarquées k 

Tou- 



nu MAKE€RAfl.M>E.FÀBBRT. 8*7 

Toulon > & ça dernkres à OociV Les Ge* 
nerauxayaftitf jette les yeux fur Piombinoâc 
fur Porto Xuongone, ils^renc meuire pie à 
terre à mie panie de kitrs Tïoupes daps 
r<(k#fitt>e> 'tandis qu'avecraotre partie ^ 
ils allereot funprendre Pioint>îiia ^ dont ils 
fk rendirent» tnaitves , & après y avoir, mis 
Garnilbn^ ils retournèrent avoc les Trou- 
pes, joindre celles qu'ils avoirns kiflees dans 
Vlût. ; 

Comme Porto JLoogone eft défendu par 
cinq Baftâons^ dont dkois àoauie delà mer 
& du peu de terrein, quife trouve entre 
deux, ne peoventétre attaquez y. oonepût 
s'attacher qu'aâx deux aataesBaûions^ ds- 
ftndias paru» toge foâTi taillé dans leroo,. 
far un beau dh^min ceuvert^iSc par Ainegraoh 
de demi -lune «encre cc& deux Baftions » r&« 
vêtue d'un bon foiTé ^ & tout cela (ur une 
bauteur , qui commandoit tout le terrein 
d'allentour, Monfr. de Fabert ayant été re« 
coonoitre cet endroit de la place ^ fbn fenti* 
4»ent fut que la première nuit on tirât une 
ligne paralelle aux deux faces des Bailions^ 
&â la Courtine , fur un petit dos- d'ane ^ a& 
*fet près de k Phee, qui&trouvafbrt proi^ 
"pfea fàvorifer cétt« eotrepriic. Apres ce 
^emîer travail on tira des boyaux » qui 2f 
prochoifint du Glacis , où Ton envoya pour 
K)utetiir les travaâkwrs un Sergcaot & dijc 

SoU 



I 

S8 H I s T o r R B 

foldats, & ce nombre rufifoit , étant vigou* 
rcufement foutenu par ceux ». qu*on avoît 
logé dans la ligne paralelle. La Garnilbn 
qui étoit très-bonne, fit une ferme refiftaocç » 
Julques à ce qu'enfin un des Baftions ayant 
étéouvert, laPlace fut contrainte de feren- 
. dxe. Tous ceux qui pendant ce Siège s'at- 
tachèrent i foivrcMonfi:. de Fabert furent 
tuez oublefi^z. 

Apres cette expédition , comme Ja (ai- 
ion étoit fort avancée»on enà^arqua lesTrou- 
pes pour les conduire à Antibes » où on les 
mit à terse. Cependant Mon(r. de Fabert 
reçue ordre de té rendre à la Cour, il y vit * 
le Cardinal 9 il lui parla^de Pctat où la ville 
,de Sedan Ce trouva alors^, & ce qu'il lui dit 
UdejSus, (urpritextPemçmentceMinifU'e. 
U lui fit voir laneceffité qu'il yavoit dere* 
tablir les fortifications , & infinua en même 
tems que cette neceifîté étoit d'autant plus 
prefiânte , que dans la fîtuation où les afaires 
le trou voient , il étoit à craindre qu'il n'arri^ 
y Ht Quelque hcbeufe révolution, quiferoit 
que la Cour auroit befoin de ics troupes , 
& de fes finances;. Se qu'il étoit dificile que 
dans unebngue minorité],.il nefurvint quel*- 
^ae guerre civile». quelq[ue foinauefon £# 
minonce^prit pour éviter un (emblable malJ 
heur. Cette penfée n'étoit pas néanmoins 
çcUe dU' Cardma^;^ qui pretepdoit fi bien 



conj 



i>u Maréchal d^e Fabert. i^ 

conduire les chofes que tout demeureroit 
tranquille ,. & fournis à l'autorité Royale. 
Cependant Monfr.de Fabert, qui infiftoît 
toujours furleretabliflcment des Fortifica- 
tions de Sedan , ayant demandé qu'on aifig- 
nat un fond pour y faire travailler , on le lui 
promis,, fans fe mettre en peine deriencx- 
écuter. 

Lors que le Maréchal deFabert fut de re- 
tour à Sedan , il fit aÛembler le Peuple y &€ 
lui découvrit les raifons qui Tobligeoient à 
croire que laFrance alloitétré travaillée par 
des guerres civiles. Il lui reprefcnta en fui- 
te l!honneur & l'avantage qu'il remporte- 
roit , G lui qui étoit nouvellement joinp au 
Royaume , tetpoîgnoit plus d*ardèur & de 
zèle à, fc confervcr au Roi i que n'en .fait- 
foicnt paroitre les anciens . fujets. h^ çpa- 
fiance que tous les habitans de la Ville a- 
voient en Monfr. de FaDertj fit qu'ils s'écriè- 
rent unanimement , qu'il leur avoit trop 
bien fait connoitre le mal que laFrancip ar 
voit à craindre pour en pouvoir douter y 
jasiis qu'ils attendpient encore de lui qu'il 
leur découvrit ce qu'il f^oit qu'ib fifiènc 
pour s'en garantir. ^ Monfr. de Faberc leur 
repartit, qu*aprés y avoir bienpcnfé,. il ne 
voyoit pas d'autres moyens pour fe confer- 
ver , que celui de mettre les cinq ouvrages 
à corne en état dedcfenfci.quepourcetefet 
^ îl 



^o Histoire 

il avoit demaûdé de ^argent àJaOsur^ Se 
que leCardiiml avoit pmxnîs de Uiifen four^» 
nir f mais quUl ne poavoic pas conter là deC- 
fus comme fur une chofe aflurée* Il aj<^ta 
que s'ils demandoient des Troupes pour u« 
ne force Garnilbn , la Cour ne les payant 
point elles &roient à leur charge , iSc que 
comme Sedan n'étoic qu'une petite ttace^ 
dont les habitans ne poàedoient pas de fort 
grandes ricbefles, ils ue manqueroîent pa^ 
de s'épuifer , de forte que & trouvant hors 
d'état de continuer dansie t^cms» qu'on^au- 
roit le plus befoîn de fecouTs , ils cotnroient 
rifque de devenir la proie de Jeurs£nnemis« 
Qu'ils neferoient pas expo&z àcetincon» 
venient , s'ils travailloient eux mêmes aux 
if'ortifications ^ qu'il n'y avoit qu'à <:om« 
meacerde bonne heure^r 6c qu'en{oi(t<»s ils 
pouvoient remédier au grand mal en perfe«- 
âionnam quelques ouvrages , qu'on poui^-* 
roit réduire à unplos petit nomore^ afin de 
7>ouvoir,avec peude tHiupes»faire«o casd'a** 
taque une vigoureufe reSftance ^ 8c que 
poifible TËnnemi les voyant en étm: de (è 
bien d éfendre g ne formeroit pas le deiïèin de 
les attaquer. Enfin Monlr. de Fabert par 
ces motifs St par d'autres puinàntes raifons, 
difpofa tellement les Efprits en faiftnt con- 
noitre au Peuple & aux principaux habitans 
de Sedan , qu'il s'agiflbit en cette afairc de 

leur 



DU Maréchal de F^bbrt. 9% 

leur propre intérêt, que toutes lêspropofî- 
tionsqu^ilfit, furent aprouvées 9 & qu'il ne 
(ut plus queftion que de trouver les moyens 
de les exécuter. 

Pour cet efet, Monfr. de Fabert voyant 
que le Cardinal n'executoit point (es proi* 
méfies 9 il envoya un exprés à la Cour, pour 
repreientcr à fen Etninence que laneceffité 
de rétablirlesFortifiicationsde Sedan prer* 
ibit extrêmement , 8c que dans Fembarras 
des afaires , qui s'augmentoit tous lesjours^ 
€m ne pouvoir pas régler un établifTement j 
afluré , pour un travail qui ne devoit pas fi 
tôt finir. Que fi fôn Eminence trouvoit 
bon que les habitants de Sedan fifient une 
impofition fur eux mêmes , cela pourroit 
produire» fansqu^ons^enaperçut» un petit 
rond , qui étant bien employé fufirôitpoux 
fes^Fortifications âù cette IHace. Le Cardi-« 
nal ayant demandé âe quelle manière ce pro-- 
jet pourroit s'eKectmr ) on lui xépondit 
qu'on mettrott un peck impôt Ariwiitcsi le^ 
marchandifès, qui entroicnt dans k Ville j 
^u'un notable Bourgeois (èf oit chargé de la 
recette de cet impôt, (ans qu'il en reçut au- 
cun émolument ; que le marché avec les 
ouvriers fè fèroitpartesEchevins enprefcn- 
ce de MoHir. de Fabert , & que le payement 
qtie rentrepreneur toucheroit de la main du 
receveur I lans Tin ter vent ion 4* un tiers, qui 

pût 



51 H 1 sr T O I R E 

pût tant (bit peu amoindrir la fonG^me » & 
feroit tous les quinze jours^ Le Cardinal 
ayant trouvé ces proportions juftes, il les 
aprouvat fc donna enfuite les ordres & les 
pouvoirs necefTaires pour les faire exécu- 
ter. 

Le Peuple porta avec plaifir Timpot quî 
fut mis iur les vins», les eaux de vie & la 
bierre, & les deniers qui en provenoient fu- 
rent reçus, avec une grande exaâitude» & 
employez avec beaucoup d\itîlité y &iln*y 
eut pas un des Bourgeois j qui ne s'empreflac 
avec joie à féconder les bonnes- intentions 
de Monfîeur de Fabert leur illuflre Gou-* 
verneur. C'eft une chofe conftante que tous 
les- ouvrages furent avancez comme i h 
hâte:, & avec une, promptitude extrême. 
Cependant à voir au jourdhùi les prôdigreuK 
foilez de cette Place , on diroit qu'on y a 
employé un efpace de tems fort confîdera- 
ble. Dans ce tems là deux des plus habiles 
Ingénieurs du Royaume ayant p^ë à Sou- 
dan , Monfr. de Fabert leur fit voir le plaâ 
defoadeflein, £c particulièrement celui dç» 
Pouvrage à corne , où (ont les Capucins y 
par où l'on pouvoit alors de cous cotez , Se, 
mémedecelul delà rivière, montera che- 
val. Il leur fit remarquer qu'en cas d'attsh 
que , r Ennemi s'étant une fois rendu maître 
ic cet ouvrage ^ le pouvant emporter d'cm-^ 

blee> 



ira Marech At. DE Fa'bert^ f^, 

hlée , il n'écoit plus poSîble après cela de 
défendre les Baftipns de la Ville. Ces Mef* 
fieurs aproilverent le dc^etn 'de Monir. de 
Fabertt mais ilsnecrûrent pas qu'il fut po{^ 
fible de Tiexecuter fans une depenfè prodi» 
gieufe^ Cette réflexion ne rebuta point 
Monfi*. de Fabert;> il conviât avec les Entre-* 
preneurs » & aufii tôt après l'ouvrage fut 
comniencédu coté de la rivière. On le pouf^ 
fà avec tant de vigueur, qu'en fort peu de 
tetns on' fut étonné de le voir beaucoup 
avancé. c 

Il ne falloit pourtant pas s^eneftonner , 
puis que chacun k fàiibit unplaifir d'y tni'- 
VaîMer inceâatntnent f que les Ëcbevins qui 
fè relevoieiit detems en tenis, s'aquittoicnt 
de letu" devoir avec une^xtiemeaplication., 
8c que le Gouvehieuf dui même y aportoit 
une fi grande. affiduitéit que tous les jourr 
ii demeuroit cinq ou fîx heures |dans le lieu 
du travail Ilépai);noitlipeu((mbien,.Iors' 
qp*il i^WittiÀt lia Servt<Dê: du Roi, qu^il fit^ 
crcfUfef; a içsîpropres fraix le bŒédc la tête, 
de Toiivrage à comè^ du grand jardin , & ^ 
cetai de l'ouvrage encore àcomedu Palati'* 
i»t. . Une il grande genetofité qui a peu du 
picupt d'exemple^: aduré.ju(qq^àfà mort,: 
& . lof squerMadaoïè fon £pou& > : ou db pfai; : 
iotiiQes amiailili reprefentpient que par cet- 1 
tç d^>enic.» ilôtoit à fà&inille unbieh ^u'il 
I > ctoit 



94 H I S.T O I R B 

étoit oblige dclui confiarver, illcurrcpon- 
doit 9 Êi»efif9Hr empêcher qu'une Plaee que le 
feu. Kûfluimek empeigne temkit^Hpeuiuoirdes 
BnmmSf ilfdmtnmtre4meknçÎM^^*ilvcr^ 
réitfaiU'j.fappifmnef f($ffmH^y ^tï^utfin] 
bien^' ilmeifiidënetfeiti pus unvfement k le faire ^ 
€r queUdepeufe qu'il féttfw p^Htç^nférver Sfn 
déênjMff$reitfikfumillef fittvie 0*\ upepmiedt: 
fen HetL^ tédis^uet^ autre feteiHQ9^^wtfPmfA(h*s 

jtàpcmrU fervieeduRej^. .C- 

Il . xicL Xc^ contentoit pa& , de . s*«tiaçbcr ^ 
lui même à fon devoir j il avoir encore, 
un; tces grand foin que les siutt)(s. deiMwaf- 
fêntiêrmes dans le leur. Coiobiendiexhôr^ 
tfttioQs îSede reodontpraoees n^ficiîl poiisr furJ 
ceiiijet aaz pnncipaux deièsvQÎtos&âtt^î 
memieis ^Boiir||pc>isjde Sedan h : C'Àoît tirQl> 
ibuvciit qi^il kur.imprefentoJt l6$.mal;«i; 
beats qui lui^^^eotane Gruerremilcf Véwx^j 
mité du. crimr de ceux quir.tcahtfiibm. lâir. 
Rjoi^rfic le. malheur deoeiuqjqUi feJaiflcotb 
empoitcr » où par If amoui; da liilciuvtatif éjj 
ou par de petits &f oibks^intefrqtM>tt pav des^ 
elperanoe&. Viroles &:>cbtmoriques.! Hdiiuc^ 
mettoit enoDfre' devant les yeux ^ crûd^; 
tounnens^ qoeiles-remordsoe lâiconftience ^ 
x^ manqtiMCrpâs de&ire (oufriràceiixqui 
pBchjEntconœleu^ devoir, & contre la fi-«. 
dditdou'âi daiveot^ leur (ouvaain $ la 
bonté Klax:onfiiiîon doatilsfQatkCÔuvq'ts» 

quand 



X>U MARECHitL I>£ Fi(fi£RT« 9f 

quand laPaixefl; ftice, leschôfes coumaat 
ordioa^ment d'une manière que la Cour a 
toujours le defiiis y de forte cpi'il ne refte 
plus à ces gensebignezdesgraces, qu'ûtt 
cuiiânt repentir d'avoir contribué de tout 
ieur potivoir à la ruine de TEtat. D'un au- 
tre coté il faifoit un tableau de la trancjuil^ 
lité qui accompagne ceux » qm ne s'élôi-^ 

Snent jamais de leur devoir , ni du ièrvice 
e leur Mûtrr , peignant en même tems 
l'honneur Se la gloire » qui brillant for ces 
Perfbnnes les diâînguent des autres de la 
manière la plus éclatante. II décou vroit en 
fuite l'avantage queremporterôitlaVillede 
Sedan y fi dans un tems de troubles 8c de ca« 
lamitez comme celui où ron alloit entrer i 
elle pouvoit (e diftinguer, 8c témoigner au 
Roi qu'un Peuple qui lui étoit nouvellement 
aquis, avoitbeaucoupplusdezedeSc défi-* 
délité pour Ton ièrvice que fes anciens fu jets. 
Ces fentimens qu'il avoit foin de jetter & 
d'entretenir dans rEfprit des Bourgeois de 
Sedan , furent une iêmence qui pf oduifît ^ 
comme nous le dirons dans la fuittfe^ le 
finit qu'il fe propofbit d'en recueillir. 

La Guerre dvile arriva 9 comme Monfi-.' 
dé Fabert Tavoit prevû , 8c l'on ne manqua 
f(as de tpinber dans tous les malheurs qu'il 
avoit prédits. Iln'efl: pasueceflàireaué fen 
&Ekm le détail ^ attend^ que VbmÛTo de 

nôtre 



/ 



5<f H I s T o I a B • 

nôtre (îccle en parle fort amplement i» U (u^ 
fit de dire que Monfr. de Fabert eut l'hon- 
neur de&îvre le Roi » lors qu'il fut contraint 
de fe làuver de Paris. Un peu avant cette 
retraite le Cardinal ayant pris quelque foup- 
çon de Monfr. de Chavigni , le fît arrêter 
dans fon propre Gouvernement de Vincen- 
nés , doùtl fut. conduit au Havre de Grâce. 
Cettedétention fit remuer le Parlement, & 
Monfr. de Fabert quiétoit ,undes plus inti- 
mes an^is du Prifonnier :, dans la conduite 
duquel il étoit afluré qu'il n'y avoitrien, 

3ui pût préjudicier au fervice du Roi, fercn- 
it à la Cour Scs'ofritd'étre (à caution. Le 
Parlement d'un auttre côté fàifoit (ësplain* 
tes t Se les amis de Monfr. de Chavigni leurs 
éforts , pour obtenir fa liberté qui lui fut en< 
fin accordée par le Roi , après environ trois 
mois de prifbn. 11 fe retira dans unede Tes 
maiions » 8c pria Monfr. de Fabert » qui y 
étoit allé lui rendre vifite, d'envoyer près 
de de lui quelque Oficier , en qui il eut de la 
Coiffiance^) & qui fut capable de lui rendre 
unçoioj^t^eKaâdela conduite qu'il tien- 
droit. Monfr. de Fabert lui envoya au Cha- 
(leau de Chavigni qu'il avoitchoifi pour le 
lieu de fa retraite , un Capitaine de fonRe^ 
gimenti quieut ordre d'obfcrverdeprés touj 
tejs fes avions. 
ÇepondfQit k Cardinal , qui imputoit à' 

Monfr. 



DU Maréchal de t^ABBRT.* tn 

Monfr. de Chavigni tousies mauvais éTe- 
démens » faifoit Ibuvent des plaintes de lui 1 
Mr. de Fabert » tandis que TOficier qui gar- 
doit Tâccufé à vûcsalloit de tems en tétns ren*^; 
dre compte à ce premier Miniftre de la con- • 
duite qu il hii voyoit tenir , ne faiiànt aucun 
raport, qui ne fut à fbn avantage , Scquioê^ 
témoignât (on innocence. D'ailleurs Mon(r« 
de Faoert, qui étoitPami commun du Car*, 
dinal & de Monfr. de Chavigni , fe trou» 
voit bien empêché à donner conieil àideux. 
hommes auilî habiles > & auffi pleins de (bup*' 




Il ajoutoit que ce premier Miniûre lui avolt* 
Tobligation de Ton éubliflèment en France» 
q^e pendant trois ans il lui «voit donné fa 
Mailon &fà table, durant lefquels il avbit 
fait ion poiSble pour rinfînuer dans lesbon*' 
lies grâces du Cardinal de RicheUeu , en 
quoi ilh'avoitque trop bien reiiffi. Un jour 

3u*i! &i(bit de (emblaoles plaintes au Comte 
eLudc, PereduGranaMaitredèrArtil-' 
lérie, comme ilatteadoitenfuite la repon« 
fe que tous les autresavoient accoutumé de 
lui (aire , & qui confiftoit à condamner le 
peu de reconnoiflance que leCardinalàvoic 
pburde (i grandes. obligations, ilfiittout é- 
tonné d^eniesndre prononcer au Comte de 
. ^ E Lude 



s 



^ H f 4;t p I n « 

3V«i <i^^fiMfll».çQauiicnt! rq)tmt Monfr. 
q Cbay^ni». 3^ vaudrais panrfuivk U fre^ 
flg^ ff!HyAHieut rm ; & pourquoi » re- 
^îjiju^; MiPUTr. (je Chavignit tom furprU; 

J^ Capitaine qu'on avoittnîa prés dç 
IJJoofç, qi^CîIwvigpii » want été envoyé à St. 
GjflT^in pQ^r Ipju^^iiwr 4*un^ aôîfc 4ç U- 
^1]^; ofilci çhjargcoiÇi il eut bcaujçoi^ 4ç 
5oi(;7^y troijivc; Wonfir^d^ Fabçrt;> qui aprçs 
iÇîWiy 3^^^ Ofiçîcr.kfiwt de fon ar- 

ïi'^e ^9l^r£^ de parler auCardintilvour 

]aj^0f4(^4 <}^^^i^ ^9^î* Lorsqum fè 
Êttiitifij^^ fcMawhal de Graijiinont 
ay^ireiyçQ^rç cet Qncicr quiu conoaiiloit 
"™W«5ÇÎ?# K dçjoapij? où étojç 




tPr çf^te oPuyeUe^ ne pçrdbol^t de tem^» 
cjercbcpir tpiit Monfr. de Fabqrt^ Cç Ta-, 
yj^icnnntroipfç^ ïiiidit «qu'il vcnpitdV 
méndre de ^nlr.dç Giammont. Moof!'. de 
«^^tdemeuraquelquetepi^l revêt» après 
^plildonand^^PÛ^der, cequ'il croyoit, 
^û, dut faire en cette oci^ojn, Mw ftfir 
fvii^^\\i^ ^Ff^^i^ celui-ci^ i^.£icrt/9iv/ vous 



M t. 



I 

rûèriêK, frwmtémmiW pms ftficeM kmitiStf^» 
dim. Détiu la^fitHémn^ àùfunJîs étfskis ^ \vi 
rcplk[iia Monft. dcFabert» fmmmsmdniiù^ 
mêurpr^ ^dettu tciinr fecriummté M&$t^4^' 

nez. ne mnrt^pieroient fas de relevenatitê^f^m^ 
d^ là tmemir edmrt le ^4mierAâheifhej O^diU 
fi4ir£.fp3wr de pr4$exte peur execttW-kiatmàm'i 
vdisJeffein. &e^^ é^imt^rt^j fk^m-chefi^ 
deJûen fart qt^uet^ h$mmf dtiiM*y ànfefifâj 
plus, d^unef^x^kce qu^m nfafmr^eftMJ(it ^: 

é^it chemin'^ C^ U iemve^i^u mfilfjlàa^-hi 
Diefi. LelmdcnfimiiteCttdteupnaMolk^^^ 
dcFaberc de fe chaqgcf dt Moxuh dtt'Mii>«« 
cbini Ton neveuct qiii diS{iw9 lut tpé Jd> 
jourderattiique St. AsÀonift^» àtififàstDa^ 
de Morcoeur^ delà PrinociejdeGoncit àt 
deJs Comtefl^ de Soifibni ^'qut alots i»vàA ^ 
eacoKfilIesfcihnsuaàgefonttBadiie^ pc^ 
Iqs conduire i Sedan « enactendatitqa^iishr^' 




detie cotifiadice du OirditHiliie ne^doit^ 
piBtfàravtedaMsMehaldeOmtxi^^ Oà; 
pretead ttcahmoît» que fini EiDioMice avoMp 
cfeâivemeat eu la ij^es^ét^ de âirearm^ri 
Moi^n deFabeit, aiiÎ8<m*iIinroît^^ 
idedeM» «praaTc^tiQiàdéi^, quiecliM* 
dtti^ Oftos le Rom|Dac tmepeiionne^'utie^ 
iv^técoiioiiè ^ «c^ qiÀ â pât fiiromiidl' 

Ex «û». 



apo . : H I s T O I R.E 

confier ion dépôt; en attendant qu'il fuivic 
lai même , il n'en pouvoit pas rencontrer 
unplus fidèle que Monfr. de Fabert» dcibr- 
t» que te chwi fut un efet de la vertu de 
<dui<i»& nond^auGune aœitiéquele Cardi* 
xvileutpourlui. 

; Momr;de Fàbertconduifîtdonè à Sedan, 
par de$ chemins détournez & avec une peti* 
re efcQrte»le nevâu & les trois nièces du Cjar^ 
^nal» mettant ce dépôt ebiiireté» dans un 
temt ;que k Ftteice etoit agitée plus fortes 
ment par kstiiçiuhlcs, fie qu^unç. partie dp 
iès^Peaples ayoitprislea isirmes contrerau- 
trc.# Cèfiitaloftqu'iLarrivaunechofe , .^ui 
fit beaucoup de hirbit» ii cpitimécdleà été 
€»>Uquée ton dtvt^ftmenf », il oilnecefiàire 
d^ia ki4>pQrter,id.4ela rnatiiere qu'elle s^^pft 
cfeâ^vemetit p^ySee. Piçs qi^ Monfr* de 
^aberc futarrivcà Sedan , .Moàrr.de Mige- 
ne^ Lieutêomt de Roi dan3 cç(t<i Place y 
demai)da opbgéjpour fp rendre i Ja Cour, 
f^ parktè pmQime dm deflein qu'il a^voit. 
Jbor& qu'il. &it' ariivé.à ^ns Q^rmain^ il. 
s>drircfla kMwéi kPrin»i Çf lui dit que 
4ps Colonels; du Pais ;del^tfge&. d'autres 
Pin'lbnn^ riches & apcrè^lîtpc^ jwiayoijçnt 
propçfé.delwftrii«Hrî:ib^ un 

if aiw l^nçmisi <te^îa i%ncs^ ajsq lioix 



^ DU Maréchal DE Fabert. I0Ï 

qo*ikjûgen>ient le plus i propos, 8c qu'ils 
ne demandoienc rien au Roi que la propriété 
des conquêtes qu'ils pourroient faire pen- 
dant laôuerre, 2cdont ils iouiroient après 
la cdnclufion de brPïûx. Il ajouta que ces 
Meffieun ^efîfoient qu'on s'obligeâiparun 
traité folenihel , &qu*oadohnât desfuretés 
pourPexeçution de ce traité, apresûu'ilfé* 
roit conclu» Monfr. le Prince non plus qub 
le Cardinal ne crût pas que dans la conjon- 
âure dû tems où Ton fe trouvoit , on pôt 
. lever un corps de huit à neuf millehomfne» » 
avec un train d*aitillerie, tel qu'on le difoît. 
Néanmoins comme ils ne doutèrent pas 
qu'on n'eiK fait queloues propofitions , ils 
trouvèrent^ propos ofenvoyer à Mcinfr. de 
Fabcrt les mémoires de Monfr. de Mjg^c^, 
avec un plein pouvoir du Roi de traicer avec 
ces Colonels .& autres Perfonne9,que Mrafr. 
de Migenes; devoir nommer 9 &en même 
tcms ordre de ménager, aucasqu^onpûttî^ 
rer quelque avantage pour le (ervice du Roi^ 
les choies le mieux qu'il lui ieroit poffiblc. < 
Jamais Monfr. de Fabert né futplus {iip« 
. pris que lors qu'il reçut j>ar la pbfte cetor^ 
are &: ce pouvoir de la Cour, avec les mep' 
moires de Monfr. de Migenez ». contenant 
au long lesaniçles ^ les cpnditions du Trai^ 
té. De^ le i^éme. jour il ic rendit chez Mi^ 
da9)e4çMi^^z,.mais comme dlca'ÀOk 

E l nul* 



ttcA H i S X lit- B; 

'MlfefBtot ^nftmîte des pàpofitiôtB /^[ii& 
^onimrijfltvQit Élites à kOoor, eUeobpat 
^momiotàc les perftmiies aVcc ^ Monfr. 4e 
. Bdictt. iImôîc ^trtimr. Elle îlst qti'élk m 
-«çrtimt fà . foi) iÉari.i et q|ue iMôblk ^ >Fi- 
.^iMEtiÊmh^ ps^deÊHrcdéfiincâcB^p 
/j^idowadècâ qmil fiddi( tju'îl s^adreffât 
*€<j;H»dam Jç 4jlanitml dons u>iites*le9 le^- 
4mi ^tlcawûit àMooft* dcF^ber^ ton* 

:!é^9tq^Hl éUHt (bûn^ck voir fi roa {xmvok 
^taôrar qciélqâe avaQcà^è. Enfin Monfi*. 
de Migeaeii étkac arrivé à Sedan ^ apt^avcér 
demeiiné film deqttinze jours, à s'y rendre, 
Aipag:. de Fabert lepreàâ de nommer ceuK 
lÉrec^il ayqic à tuaictr. D^abord il & 
.latiNiva erabaiafle (ûr les diveriès éueftions 
:i|Q) ]m fincnt fattes, néanmoins îl àk mi'tfn 
ilM^éihvmn^xgli^^ ea autrefois nu 
Jau^areke dn R^ r ^6coic cdûi 



• j « t ^1 



jfaftiiffrdpnt ilt s*ttgtflbit(j &«c«KmQ^ Njfonft. 
de Jabm: luîttaMigfla qn^i «ttott écrhte 4 
^» Jamast) Moi^-de Migj&àd'Ufm de 
*]iii xcmem^ k leait » falîamift ^uHt la ft« 
«QÎtzpDcnrcMivés nm:«i l^nMnefideUe^^^iii <: 

tetemaMànih da ?âben fit «n 2>ifAJ. 



• 



> 



t 



difolt^Ju^l voyôit bien pur lii fetiticb» 0Cle 
froid de CM Lteged^is , K)u^lyaV6{tpM>^ 
SfaofeàeQiettt. Monfi'.deFtfifciYl^dll^- 

pcîoe à ifctet)ctrùaaèri ^di^;>qatiS«)rtV. de 

qu'il troûvetôità prt^si ftïô%. te OMiit- 
naly pourvu qù^it ne le chargea eh «lutnMte 
manière. Les amis de Menfr. 4e MigeMb; 
iiyant alors temorgné à Mouft. âe f^lMft 
*que perfbnne ne poûîroît fi hitcï bùttUpoStr 
cette lettre que lui » il le t^àrgta<le h^fàsrt. 
Elle contenoit feh fubllance , que dans l€s 
propofitlons, qui avoîentété ftitts à Mouft. 
de Migenez du coté de Uk^t^ il îM>k té- 
moigné bbaucoup^de zelt, ^n les riMlfiM^ 
comme une choie qu*il avùit châ potfMSr 
être av^antageufe à l'État; mais "que fi^cM* 
tion desafairei de TEin-olJe, jôîbre à rtt- 
conftancede ces Liéjg;cois ies4^toit*ob%à1^ 
changer de fetitiment » HJt fèitet^'a.We 
voyoit rien à efperefdc Ce c$eé* Hi. Ti&Érfr. 
deMîgenfeît ay«nt ttbUvétcttîefcStt-éertti^ 
^ans les termes qu'il fc fejiihâîtoit , «t & 
grands remérciemens ^ odm ^i toiEt^t 
rauteûr , & li^drtu'kit ittétofr i 1à^ pffftfc 
Peu dejottto if l^sITïibaatoe ; *^^viôt«tf- 
vdyé àMottf?. |âttdrr«étaht(fctéfot*^i ita* 
ditkitpdhleiJ»lûnfr:defyMetï* fillèitte 



"• 



4r«4. H I « T O R K 

fatlojx que de quelques' levées , que les E(pa- 
goolf jBiifbient faire. en leur Pais , & de la 
peine au'ils avoient à trouver du monde » 
mais çlie fie çofitenôit pss un mot , qui re-; 
pondit a la lettre oui avoitété remifè entre lej^ 
jpàins de Monir. de Migenez. Celui-ci ayant 
dit àMr-deFabertque ces nouvelles levées 
9c Igdifiqulté de lever des troupes rendroient 
aparamment inutiles toutes les proportions 
qui avoienc été faites^ & qu'il fembloit qu'il 
eut preyû tout cela par la lettre qu'il avoit 
eu la bonté d'écrire au Cardinal , il ne répon- 
dit autre cholè finon nous verrons. Cepen- 
. dant la reponfe zixDuplicaté^ que Monfr. de 
Fabert attendoît arriva le lendemain. Elle. 
ctoit conçueen des termes bien diterons de 
^ cei^t I qui comporoiént la lettre i que Tbom- 
ume de Monfr. cfeMieenez avoit aportée. Mr. 
de Jamart mandoit par cette réponfe qu^il 
. avoit reçu le Duplicata ^ maiâ qu'on ne lui 
avoit rendu aucune autre lettre , qui apro- 
cbât decequ^il contenoit ; ;Sc qu'il ruplioïc 
MonSç. de Fabert de croire qu'il n'étoit pas 
capable de faire des propofîtions aufli chi- 
jperiques i que celles qu'on vouloit qu'il ei|f 
éitts i Monfr. de Migenez. Celui-ci avoj t 
dit^ chez Monfri de Fabert » & il fortdit de 
.table, lorsque ce Gouverneur lui' reprocba 
. en des tencies forts , d'avoir (uprimé. une 
lettre qui çomenoit des chofespourlefervi* 

•■ * ce 



DU MAStEÇHAL DE F4BBltT.>I0f 

ce du Roi , & d'en avoir fupofé uae autità 
la place. . Il lui. lût en (uice la repcmfë dç 
Monfr-Jamarc if^Duplicatéy & luidemanr 
da quel étoic Ton bue d'avoir converti dey 
rêveries en des articles d'un Traité, donp 
Texecution étoit impoffiUe^ ayant par^ ce 
moyeiiiàit tQut ce qu'il faloit &ire pour iè 
perdre à la Cour. 

Mon(r«' de Fabert écrivit toute la fuite de 
cette afàire à TÔficier qu'il avpit mis prés 
de Monfr. de Chavigni > & auquel oiiavoic 
donné le nom de Sertorius. Bien que Mbn& 
de Ghavigni eut befoin de cet Oficier9 il 
fie ]ai0a pas de Tenvoyer inceflamment à 
Monfr. de Fabert pour le prier & le preilèr 
en même tems de (à part de k défaire de 
Monfr de Migenez , par ce qu'il ne croyoit 
pas qu'une Place fut en fureté entre les mains 
d'un homme,, qui avoit de femblablcs. vi^ 
fionsv , 

Peu de tema après le Roi étsmt a Com^ 
piegne» Monfr. de Fabert reçut ordœ d'jr 
neiier le Neveu Se les Nièces da Cardinal. 
£n partant de Sedan y. ilylaiflajufqnesàibn 
Yetour 3crtorius', Se étant arrivé âla Cour« 
}l rendit compte au Cardinal de tout ce qui 
••étoitpafle à l'égard de Mr. de Migenez, 
6c yççut ordre en fuite de le faire fortir de 
Sedan. Dés qu'il y fut de retour il lui fit dire 
àfi kpart du Roi de (ê retirer.. Monfr de 



I 

^i^tôit alors lN4onlr.9ePmOe, iloublki 
mielA|)effecut!ÎbQ^es.finifet^ TËMtat 
m fias, fâvoiem oËStgéà ^ùiter kferfi^ 
tcAiRoi. 

La fitoatioA des ^rfaires avant dors tion^ 
trahit le Cardinal de foittr (te France > il Ir 
lotira à Bouillon^ d'où il & rendit eofiiA^ 
tBans les Etats de l^Elefteur de Cologne. 
l/>rsqQrilpd!8iàSedanMbnrr. dcFabertlr 
|>orta à èonfenctf que Monfr* de Cha^igUfe 
fCtoumîtilaCbur^ &qu*illatrétaWidMaî 
ib maniement des aâtires, for les afltiranc^ 
iju'îllmdotina^ quefacondtiiteneluàferoif 
ùasdessigreable,. Scqu^il ne manquèrent pas. 
Se itconnoître bgracequM recanrôit de loa 
Emîncnce. Apres cek il éertvk à Nfon(ri. 
ie Chav^nti^pour le prier dt lui envoyer 
Sèrtwîos, parGe^qu'ilaroit'à lui deccàvrir 
des cho&a qu'il ne pouvoit pas confier ati 
Jwpief. TMonficUfaeChav^^h*feut|;«sdc 
peine à juger que le Cardinal ayant psESe^. 
Sedan , ce que Monf. de Ribcrt avoit à if» 
communiquer ne concernoît que queJqucfc 
menagemcns quM. avoit fais poui'-fcs. «ter*- 
Jnêts. Cîepciïàant Sertoitrus partit-enf oftei. 
& étantarrivé^Paris , MadamedeCbai^igni 
lit dît quefon voyage n'étant cpc pour 'ré* 
tdb-Ur par lethojTri du Gardinàl Mt>nfr. dé 
Chàvigoidans les afaircs,; iln?etoi^p3sl»* 
' < • ' ^ {b'm 



DV NfA]ft^ÇEr.A?4i:^ç Jf^^Bfitr.fqgi 



l^îiK}uUliè rendit à* Sedapr ^^cÇl^|^qfl!dl)^ 
a<^t ea rhonneurde vcnrja fijebèr 
avoit parlé avec iioebasitë toute charmifl;^te>^ 
éc qn'il écQÎt bien filas. h(»noéce ^jbiçQ !plùs. 
fi^ocieiix à hà<mCv.^cChkvijg^ 
kponcc queiaMaî^ftiè youloit bieaki J^e 
rhonneurdclui ouvrir i que jiuraéuc ^u^Pt; 
çixpoitkÇ9iâiad ^ qu^4:l)e avoir envoyé 4m 




&J(ài]»connoicrcàpertQnn(^ derconusiura^ 
proix écouté les miToiusHe Madame ^CI^ 

a Scdaa^ puis qifU^ (^oits ^|i^dt1k V^* 
çhoiesutiles pour les mteif étoffe M|>w^ 

pas caii(cnt|r. lI reprit Iw pnae lakpoBb 




i*- ' * 



Sftàent œ^obie à^Pasisi j|, 

qe porte de dçrriefâ ^ fkvà que pçr^OQe dp 
48ut coiiupo^â^uce^ llaTefervêde Ma(kme]ÇI>li 
^oufe ; îedc^domeffîques qu^â^volt an^o*» 
fnezavçp lui* : IJ eWçjy^ ipe n^eu^e^ir vc^ 
Ik Rx^ae^fSe]^r|^si la Ma^c^éidipn 
or^re'Mi^ Ie:coj3du^i;i&rcbe^elle^^^^^ 
jàc mît,< par un dc^re^robè yàyanrcont* 
«aodé 6(^' méoie tcnu'qu^il ifv^^ 

E «'' ' / * Mo'nfrj 



to8 Histoire 

Monir. Gaboury. La furprifè fut tres-gnin- 
de, lorsqu'on vit paroitre ccàmémefoir Mr. 
de.Chavigni dansleConfeil» qui le tenoit 
â« Palais Royal. Mr. de Ckatpauneuf Gar^ 
de des Seaux eut ordre de Ce retirer» Scies. 
Seaux furent remis entre les mains de Monir. 
db. • . . • Ce fut alors que parut dans tout 
ibh jour le pouvoir que.la Fortune a fur les 
cfpf its f & qu'on découvrit manifefteménc 
h peu de fond qu'on doit faire fur ceux qui 
le diïentnos amis , lors qu'on eft comblé dé 
les faveurs. Monfr. de Chavigni , qui dans 
i(k disâ;nice fetrouvoit un jpeu auparavant re*- 
le^e chat lui , fans être vifité de pèrfbn** 
ine, jfe n'ayant d'aut«K:ommcrceavc(?ccux 
qiii ^vantoient d'être les plus dévouer à fbn 
icrvice, que par quelques lettres qu^l en re* 
^cèvôit de rems en rems , eut de la peine i 
Ven retourner che^ lui , tant il étoit piefle 
Idè'hi foule des Courtilâns , qui Paccompa* 
gnerent malgré lui y Se qui le portoient pres^ 
*que en décendant le degré. Le lendemain 
^ces mêmes Courtifâns , qui avoient accou- 
*tumé de prendre le chemin du logis de 
IMonfr. de Chateauneuf , fc rendirent à Phô- 
tel de CHiavigni , ou il y eut un fi grand 
•abordxle çaroflcs, que la Çôurneïe trouva 
pas alTéz grande pour les contenir. 

Monfr. dcFabcrt, qui aprit ce change* 
mens de fortune par Sertorius > fit connoi- 

tic 



DU MARfeCHAI^ DE FilBERT. lOj^ 

tre qu^il crsûgnbit' beaucoup que toutes ces 
maroues <f une faveur éclatante ne iuflî^nt 
pas auiie longue durée y trouvant que le 
pofte qû'occupoit Monfr. de'Cbstvigni étoit 
trop dificile à garder pour pouvoir être 
confervé long tenis. Il ne manqua pas de 
lui enécrireiapenfécy & laluîtefitconnoi* 
tre que le jugement qu'il en failoit étoit 
Ibndé iiir des raifons folides. Car foitqu^il 
ic pàflat quelque chofe contre les inteiréts 
du Cardinal 9 qui obligeât la Reine à en don« 
her avis àceMiniftre, &que pour confer« 
ver ces mêmes intenétson trouvât àpropos 
â'éloigner Monfr. de Chavigm , ioit par 
quelque autre ratfon qu'on ti*apû pénétrer» 
celui-ci (e trouva toutd'un coup privé de la 
faveur» de forte qu'étant enfin contraint de 
céder, il reconnut que Monfr. deFabcrt a- 
voit prédit îufte. 

Il Ce vit donc obligé de retournera Pont 
furSeine, &d^ (àirefonfejoury enatten^ 
dant que par «ne conduite fort réglée , il 
eut é&cé peu à peu les mauvaifes impreP 
lions, qu'on avoit faites de luifurrefpritdu 
Cardinal, tandis que d'un autre côté Mon- 
fieur de Fabert travailloît de tout fon pou- 
voir à le remettre dans les bonnes grâces de 
ce Mintftre. Sertorius qui pour ce fujet hh- 
(bit plufituri^ v.ôyajges ^ avoit déjà par fon 
ordre fort avance Vafaire,^ mais cçmme les 

E 7 deux 



wpe.p & ^u'eUès ib Mofomac beaucoup fuc 
M<Mifi:. ae FàberCr il a^y wok que iw qui 
k pûc coadiur ,. PirarcetâèttS^tonuifuc: 
ca^yé à Scdto «ir^ des paffi:poits que 
Mcafr. de Cbmigiù wok obieou du i^ic 
d'Orlcms^ & MonÉ-.de Fabeitt*cwitcca«« 
du À Vmoenaei,» il eut plt^un>coQleiei»^ 
ces <Af ec Mon& de Ch»ri|mir qui enétcût 
GcMivemeiiry 1^pMmqii(H û ponit pav Par 
Mf awecfeO»MedeMcHi(aigual^ 
iWQeur de I4ociDÎ^QttF de iàdfler tro^^ 
RoiàToon* Au^fortkdel^irây^UsfureQ». 
ftîvk jui^paes àEbampes^^ par 4iuîc ou dn 
CayaUer» » qui marçhokmt taittot devant^ 
taoïot derrière^ finis beaucoup ^s'ébigqcr. 
Ces Cavaliers qui nTétoîcm: pas bien aflfure^ 

Îae ceux qu'iâ^iiAroiaiit fudeacMonfr. d« 
àberc & le Comte de MbfiUBsigu». âpriceofî: 
«B^AietnttttOttÀ ËUfApeaquei^éioîecit éfe^ 
âiveonent eux. Le^eodemaiihQOQineoeui^ 
ci Y^otent p«rçir de bpn nada,- on Jeuç 
£€ (avoir qu'oaieno les Partes fermée^^ 
quelcMag^ftratécoic aâfemUé à«rHôcel de^: 
ViUe»^ Ib'Y envoyèrent pour en (ftvok fan 
4$u^ I Se pour demander ea m^oïc tesDii* 
quelle ratfim on avoitjdft ne^pas» ouvrit ki^ 
f ories r ft ti ô»» à des-Ofidqsdû^Rai lin 
^bcfté de fe rendre, auprès d^ Sa Majeftô. 



fEamfér tfj^Méunoùtincn 'mtxtmet qwc: 
^éuàmiticQwsnTaaar tk âcdM âc cdkii 

4fa'ils^uAsn à^dédamr'qa^Ucétokteir 
-miencbn ^ il^dipoit qu*il» dldcM domim 
^OÊàttg^Bùm oavraiL. Cependant M<m& dé 
4Rflbert , tg ItOMBiede Montai^i écanuuw 
avezk^PopEe^, ^/i^écoît aflodslé uncfén» 
ie dejpmtef ksCaMitie»> qui leMyoknir 
iftwi twcnlc^JcrtaM i deBe nt A voir leorapi^ 
ibpaa9> on loir nott» d'àboid. ceok do) 
Jtoiy^ mwcoDiiiiribdkBiitqiieiGeuKjàiie' 
'Sa&bkat p»^ & qa^mfidoitd^ainre^^oifii 
•kor fie voir enfooeiix dui Duc d^Ck-loias^. 
iœ qui ksobiigeft^ à ËBM oavnr les Porte». 

McNifr.de Bdben ae douu poim que ces* 
Ciwlkrao'éairewcté otvoyezpar le Coad- 
fsteur de Bmsi ^ xpi di^ucoit de la f»tm 
fnB9tdedlraJlItefleiRx>yiàe>, & quife troar 
m>k alcnà Bim finis t&ro^ç qp^elle eut aer 
so^ des PaâepoîtaiMDnfMeF(èert»& 
sn^^Cointedb Montaîgai Ckmx-cîayantcoiK 
«ifitté le» chcmsa fiirent encore arrêtez è 
Orlçansv & eub^nt beaacoupdeiltfcukéi 

& de leurs connoiffimcss ^ ib fe rcuadireat^ 
^Jûàrm BeliilEfiidEiaeiu à Blois leAoi^ 
iqtii on^pàtbncerôyoNit Je rendte à Orléans^. 
imaiscoautejQcttc^Viiteisisfpi»^ ôcq^'oa 

•^ ■ -«ai» 



m H I t T o I ft B 

Cniighoit que P Armée des Princestie traver^ 
(it la Loire à Gerzeau , Sa Majeflé:fut obti- 
fàc (fe palier à cette dernière Place» d'où 
die fe rendit à Sally. L'afidre du Blçoeau 
étant arrivée peu detems après,. Monlr.dc 
Fabert arrêta toutes les conditiops de Tacr 
commodément qui devoit être fait i après 
quoi wantlaifleSertorius pour négocier eiw 
trele Cardinal & Monfi*. xle .Chav^ni , & 
pour épier le moment* & l!oçchfion de les 
aboucher, il retoumaà Sedan. .Cependaâc 
Sertorius ayant obœnu; des. pafleports de 
cous cotez I continua fesncgociationaentie 
leCardinalSc Monfr. deChavigni> jufques 
-à ce qu'un accommodement ayant été pn> 
pofé , entre la Cour & les Princes , œlui-d 
& Monfr. de Douglas furent choifis par le 
Duc d'Orléans, & Monûr.deRhohan par 
k Prince de Coodé. Ils partirent tous trois 
de Paris pour fè rendre à SaintGennaia,.re^ 
cevanttnillebenediâions du Peuple qui les ^ 
▼it pafleri & lors qu'ils furent arrivez à la ^ 
Cour , Sertorius reçut ordre du Cardinal 
de conduire à une bcure après minuit dans 
fa Garderobe Monir. de Chavigni » qui y 
demeura (êul avec ce premier MiniflrepâiK 
^ant deux bonnes heures*^ 
1 Le lendemain les Envoyez des. Princes 
ayant obtenu audiance, Monfi?. de Cbarigpi 
4k une harangue au Roi,. çttJfuûede quoi 



i>u IMarechal de Fabert. XlJ 

plufieurs proportions ayant été faites 9 on 
conçut quelques efperances de Paix. Elle 
ne fut pourtant pas conclue , car ces Envoyez 
étant retournez à Paris pour Fendre compte 
de leur négociation aux Princes Se recevoir 
leur ordre, s*attendant (è rendre encore leç 
jours fuivant à St. Germain, le Peuple qu; 
lors qu'ils partirent les avoit chargez de bé- 
nédictions, faillit aies lapider qijand il les 
vit deretour , les apcUant traîtres & M&a^ 
rins. Cétoit leCoadjuteur qui fàifbitagi]: 
ce Peuple, & Ton afluroit même xj^ue pour 
le faire (buleveril lui avoit fait queloue li* 
bcralitéti^argent. Il fc fouvenoit du Paflc- ^ 
port d'Ëftampes , .& comme il jûgeoit bien 
qu^ la Paix (e concluoit , il ne pianqueroic 
pas de perdre tout (on crédit j dés qu'il vit 
Que Monfr. de Chavigni avoit été choifi à 
ton préjudice, il fçut fi bien employer Tes 
amis , que toutes les^ mefures qu'on avoit 
priiès pour un accommodement furent irom* 
.pues. Cependant Sertorius qui avoit un em* 
ploi dansTArmée, demanda la permifEon 
d'y aller #fervir, & rAbbcFouquet, outre 
plufîéurs autres afairesfut chargé de com- 
muniquer aux deux Mîniftres , tout ce qui Ce 
paflbit. Monfr. de Chavigni écrivit au Car. 
dinal, Se cetAbbé ayant été pris ^ la lettré, 
qu'il portoit fut trouvée jBc rcmife entre les 
mains de Monfr. le Prince. Comme la fuite 

" - • - ^ de 



L 



*îif fï I sVô tli È ' 

âfe Cette ikhttc tt^eftpais àte rtWh iîiîtt: \ Bé 
tfùic d*àiflfturs îlya peu dé perfonhés qui IV 
^norcht, iTn'tft pàsiiecfeftairfeiJtttîKèaaflfe 
ici tttenrîôïi. 

,Jc tût fuis dtt pdiiStehâû fot te redit âeà 
ihdts qûcjfe viiSrfs de raportfer , poixt &fre 
voir de '^ufeilè ttânlerc Monlt.ae Fabéfi à- 
voit inefeflatiîiTAeht refprit tendu w bicii dà 
!*Ëtàc & au fervicc du Roi. *riatit que kk 
puéxtes civiles datèrent il tmPployatotrsifei 
foins j Se mit toute fon âpllciaciôn à' procu- 
rer d'htutcux iuteèz à fa Majfefté. Les dre- 
caiutiotïs que pour cet efet il pftrnoît de ion- 
[ue rtïain, fe trouvèrent tôtijotifs fi utiles 8ç 



fi avantageufès 2 qu'elles conferverei^ fur 
les Fronticfes de fon .GouVërheîiîeht plu- 




im homme moins habile, inbins ferme , St 
tooîifts careputàtîoft dfe probité eut été àîà 
plate de Monfr. de Pabert.lBieft qucïa Gar- 
ni(bn de Sedan ne fut pas noti&reufe, ilnt 
lailToit pais d^ba envoyef une pattle dan^ddi 
Châteaux & dans de petitésPlaces > quelques* 
ï>is même datis de ptus importantes» non 
jpas tant pour l^reiîitanee qiiece petit nom* 
Dre de Trôupespoutroît faire, qufrpbûireto* 
pécher qu'on neièperfuadUt Y quècdutqtii 
y étoient pûiTent avoir d'autres fentiAietis 

^jufi celui de leur obligatioa Se de leur de^ 

vois 



Ileovoyotc ibuvent desBxmés à iës 

îfpbiuïaos , bà ^ur parler' plus Juftb à 

fts PrnlÎQnaires (ftinsies keuxoùil pouvoit 

apï^enlre .des noa^elièsdes Ëtmemis. 11 é* 

toit 'csa& à txinnixiiiniquà* aufremkr Midi* 

ftre IcschoftJsqia^ilavoitdeGOiivei^eSt ^rito 

n-étoxt fijaftè-que les (ionfeqiKaaes qu'il en 

tifoie; Fbur'fidrcceS[decQUvertQi^'ilii!épkr- 

'gnoiciiulkmencrargcaty dans, la feule vue 

^ de ^rvir ion Maitxe aveci&ilité. On fie 

ibaroit à^ adarirer le ménagement & 4a 

bonne conduite Qu'il fitnarôitre, torsqpe 

par la mort du Comte oeBuffi^ Maiaie- 

Tes fi: trouva ftns Gouverneur. Le Vi* 

^Toite de Lamet » 8c le Chevalier du mé^ 

me nom ^ qui fe trouvèrent «lors danlcette 

P/ade, iecoiéntnonJcu}tti&sntpacea]S(da04^ 

-adjuceur.» qaifmdefAi^Cardmal^^Rhea;, 

-2xiaijsf4ls:dependoient <te plus abfolumeiit de 

lui. Monfr de Noirmontiiers y (|ui arolt 

érécfaoifi pour être Gowoneur deClieirk* 

^Uey fiaoe ips^on a^okalors dotnée corn* 

;me «ij£poi au Rôti) en ce sems^iàoimi- 

-meâaf rrade, étoit anffimi ik&piaiatfints. 

4niii5:âaGM4^^ C^lametixiitMahstt^ 

^its^aidumer^d'étM {lasdu % oftid^autant plus 

"^tese&ità, «psoz tantiât^Ko: kcraîf*. 

^^^amKporl'd^Mide^tàîentlncapii^ 

sde^nanerone feirae refolution. Mooir. 

-^i'Jbcrt ifui ^jc^ ]Mni{ae le seniedei àt- 

voit 



tl6 H I s T O I R 1 ' ' 

voit étreprotnpt t ne txuinqaa pasxie (e ren- 
dre inceflammenc à Maizicres » & de s'y 
trouver régulièrement deux fois »^ le plus 
fbuvent trois toutes les Semaines. Il nTqu- 
blia rien pour rétablir le cs^mé dans les e* 
{pries s oCjpour retenir les Oficiers dans la 
fidélité & dans le devoir» en leur remettant 
devant les yeux le malheur qu'ils attireroient 
in&iUiblementfur eux, s'i]$ venoient à y 
manquer. ' Non content de cela il exigea 
de ces mêmes Oficiers des promefles par é- 
crit d^une fidélité inviolable , a ue quelques 
uns lui donnèrent volontiers j les autres se- 
yant fiiit dificulté de figner, mais comme 
la coojonâure étoit délicate » il (è conte|^a 
de Ja parole que ces derniers voulurent bien 
lui donner. La Gasmfim de Jameth s^ctanr 
alors révoltée, elle demanda Monfr. de Ma- 
nimont pour ion Gouvemeur.Monfi*. de Fa- 
bert qui le viu lui fit connoire que s'il entsoit 
dans cette Place avecragrément & uitpou* 
VQîr du Roi j il en remporteroit de ^utes 
les manières unavaiyiagp tiés-confiderabkri 
après quoi, ayant tiré de lultouteslesaflu- 
mnces nofiibles, il lui donna un Oficier& 
)o fol^ts avec lefquels il alla fe mettre en 
poiTeffion du Gouvemementde |amech.<>- 
pendant Mr. de l^abert q«^i ne inanqua pas oe 
rendre compte à^ Gourde cet événement 
iofinua qu^il fidoit envoyer à Mr. de &&oi« 

mont 



i>v Mar.echal de Fabert.117 

mont un pouvoir du Roi pour coromandcr 
dans cette Place > neddtitant point qu'il ne 
s^aquitâtde fon devoir. On le fit Se la fuite 
témoigna que Mr. de Faber tnes'éioit point 
trompé dans la bonne opinion quM avoit 
conçue de MonCnàc Manimont. 

Cependant ceux qui commandôietit dans 
Cbarlevile & dans Maizieres, étoient dans u* 
xieperpctuelleaprehenfion^comme ces deux 
Pbces n'étoient pas bien fortifiées , ni les 
Garai(bnsen bon état » ils n'aprendîent ja^ 
nttis que l'Armée du Roimarchoit du coté 
de Champagne, fans prendre de l'ombrage 
croyant toujours qu'on alloit tomber fureux. 
Monfi*. de Fabert pour les rafl urerer , leur 
aportoît defortes raifbns , & (es remontran- 
. ces eurent tant d'efet qu'ils fe perfuaderent 
enfioquela Cour avoit tout autre de(&inque 
celui de les aller furprendre. Ce fréquent 
cômmerœ qu^l entretenoit avec des Cômr 
mandants, qui en quelque manière - étoient 
engagez dans le parti contraire ^ firent nai-* 
tre des f^upigons contre lui dans l'^dpritda 
Cardinal j ce Miniilre qui ignproit que tou- 
tes ces nqgotiatiobs neiefiiUbient.quepour 
empécber que CharlevileSc Maizieres, qui 
ôbiervoient ûneefpjccede neutndité y n^em* 
braiEi&nt entieremefit le parti éès^ Enne'* 
n^is. , crut qu'jéâ:âiireiDent Monlc. de Fa- 
bçrtmaiîquoircb: fidélité, Sc quelques rai- 

^ ^ foos 



IY.ft H ï S T O I H E 

fcfii q«9 celui ciappiîtât pour ie juftî^cr 4aiUi 
le* GoiiK^pce ^u'il rendît de Oiiconduiic t il ne 
p«c ocimmoins éâcer cous les fbupçonsdu 
Cfcdittd. Mrafn de Faberc était trop lui- 
bîJçpoùrms'eQ pas apercevoir ) toutes/ois, 
comme (es intentions étoîent droite & qu'il 
a'igifleitduiêrvicedu Roi^ non (ôutemept 
il i^pntinua les cptreTpcindanœ» quUl ^voit 
CQaioi^iicées^ maisilfn fit œcore.d*aKti?çs 
dt| <;obé ()o la. Meu(è> fcailieufa» pirtput 
où: Te», nii^gociiittions pcuivoienc s'éteôdre » 
fao^ fjMre aucunement parottre qn'il^nitf 
^li'on fedefioit de lui. Auffi cej^^émnce 
etpitreUc fi roalfondée» que bjen loi» d'ar 
vc|ir çqnçu^de mauvais dqllîeinfi). ilne tsa^ 
vaijbifi ouepour le bien de la Fimaf^et» ^ui 
faiistles bgpsftrccautions qu'iLCçut piendi^» 
n'^^wi^i^ p« man^4iftombcr diâniii'eittns^ 
8ies*mfllbeu£8t 

l^ aeeàSxé des agniesafanta^ofs-ob^é 
IcfiAméesdu^GLoi àiiiâisifetdttqotjpdefidait. . 
zicaes^do Çburlevilks Mooâv db Fii^içrt : 

q«à lie pooii^ pas y.aHeekuiB4^ mn 
▼omSertPikis^ucafirwer les O^ 
qHiil fi'y amt rien, i cmindcepoiic eux » & 
pAw I^jpnerdehTcimier.en iattiipQ défiant 
ce» Celiiixilfis ooimtqifi caAvmentdejb 
iMao&.ltVmpè^ «fin qi^ît enevoyit dus 
IkûùféR éai4xs^dett»fhct». Sotorips^ 
i<fâ ils pfrqK^icinttrpcwitr^^ 

Idli 



su Mamcra^ PÇ Fabert. ;l5^ 

leqrdlt tout ce qu'on peut dire pour les .a-, 
bliger à cbaD^er de refbhition » (àos nean^ 
moins, pouvoir riçQ obtenir. Néanmoins 
les ayant enfin priez 8c conjurez; dedifi;rçr 
çQcore trois heures » i|s. le lui acco^erepi; 
â condition qu'il retourneroit àSctdaii pou^ 
fiurevcnirMonfr.de Fabert. Se^on^s qi^i 
ne voyoit point d'autre moyen , pour lef 
empêcher d'exécuter ce qu'ils vençiç^t dq 
rqCoudre» retourna, à toute bride ^ Scavao^ 
^perçp Monû:. de Fabett y^ (bctoit 4e I4 
Ville » fiç qui le voyant venir, avec prec^it4«i 
;ions*avançQitpouren aprendre lefujet» il 
lui cria» 4 Ch<v4l » Monfr. pr^mtimmfi i Çtu'^ 
v^y iL^^éigitdcU ç^ntupvatio» 4$ Çhéftlnfim 
^ duMéiizJiris^ Mp^ft. de Fabert lie pef*» 
dit point de ternSf S tandis qu'on lui s4]% 
quérir des Chevaux , il aprit de Sertoii^it j^ 
refolution des Commanuànts de ces df^u^ 

Place?. La dil igeace w'i} fit fut fi e?^t;Hw 

dinaïrct quMl arriva 4 Cbarlevillç^:^»m|j 
Içs trois hcurçs d^. terme fufientc expîr^ 
Pendant une bei^re &) detpie il y dejnf^Ki^ e^^^ 
fi;tméaycçJle8,Qfiîc)er$9 laconfi^rqiq^ 11^ 
& pafla pouy &nsQu'9n y rqmndi; d^s l^rn 
mest & ayant qu on en fortit on je^ ]^ 
lettres au feu,, apre^qupi Mwfr. cJçJFgbçflj 
emmena avec lui Mon& de Nofrmpatîcfs ^ 
Sedan^ pour leconfirmer^ans Ie^bpiv;^f|n 
wnem qu'il ye^pit dçpreqdrer, yft'fiuft 

rem- 



I20 Histoire 

rempli d^un aufli grand zèle & d'une auâi 
grande fidélité pour le (èrvice de fonRoi ne 
aevoit jamais étreaccufé de trahifon; Il le 
fut néanmoins 9 & ce fut un Moine Reco- 
let qui l'acufa. d'avoir voulu livrer le Roi , la 
Reine (a Mère > le Cardinal & toute la Cour^ 
avœ Sedan &d*aùtres Places , dont les Gou- 
verneurs étolent iesamis. Ce Révérend Pè- 
re Recolet étoit depuis dix huit mois pri- 
fbnnteràlaBaftille, Sconryavoit&itmet- 
treà la prière du Roi de Portugal pour des 
chofès dignes de punition qu'il avoit commi- 
fesm ce raislà. LèCardinalqui avoitreçu 
fèsaccu&tions par écrit» n'en avoir rien dé- 
couvert à Monlîeur de Fabert , & ce Gou* 
vémèur les auroit lonft tems ignorées » û 
^ar hazard Madame deTaben Ton Epoufe ne 
fat allée à Paris. Elle y entra par la Porte St. . 
Antoine dans le tems queplufîeursOficiers 
des Gardés fortoient de la Baftillê » où ils 
étôient allez voir un Capitaine de ce même 
corpsi Quelques uns de ces Oficiers ayant 
teoHinu Madame de Fabert , la nomma » 
ce qui fit dire aux autres qu'elle venoit peut 
être ik>ur juftifîer (bn Mari. Un des amis 
éè cette I>ame ayant demandé deauoi il é« 
toitaccufé» on lui rejpondit que c*etoit d V 
toir vouler livrer Sedan , & que cette acou* 
fit io^^^oi^ ^^c intentée par un Moine; 'Cet 
Ami étant i&é rendre vifite à Madame de 

Fa* 



DU Maréchal P£ Fabert. fit 

Fâbcrt, il lui fit, comihc {)ar manière d'a^ 
ijuic , le f ccit de ce qu'il venoit d*aprendreaa 
fûjet de Monfr.deFabert* t Elle en parla i 
Scrtorius qui fe trouva pour lors à Paris , fit- 
le pria de voir le Cardinal , pour favoit de 
kii quelle étoit cette accufation. Sertorius 
n'ayant pas manqué dés le même jour de s*a- 
quiter de cette commiffion, (bnËminence 
lui dit, qa'it étoit vrai qu'un Moine fou £c 
extravagant, qui à la prière du Roi dePor«^' 
tugal ètoit enfprmé à.lacBaftille, avokin^ 
tenté cette accufation contre Monfr. de Fa- 
bert , mais que comme fa fidélité étoit très 
connue , 8c que la folie de fon Acculâteur 
fufifoit pour le jûftifier , il s'en étoit mo«' 
que ; que depuis quelques jours cherchant 
des papiers dans une cafctte, il y avoit trou- 
vé cette ridicule accufation , & qu'il la doni* 
neroit pour l'envoyer à Monfr. de Fabert,' 
afinquVlle lui fervit dedivertiflcment. Là 
defhis le Cardinal ayant demandé cetteca« 
fette, il en tira raccufauon & la lut ^ & 
comme Sertorius lui témoigna que Monfi-.' 
de Fabert feroitbieiî aife de Pavoiri :ceMi*' 
niftre'la lui donna , en lui recommandant 
fbrtement d'écrire à Monfr. de Fabert qu'il" 
ne luienvoyoit cette àccufatiônquejiour le 
divertiri'& pour exciter fa copQpaffiob. fiiS' 
lîextràva^àncéddcèluïquiravjaitfeitc,. i : ^ 
- Cepapicrfiit gor^éà Madaioielfei^abçrt^ 
... ) F ' Sp 



Itl Ht$T0tRE 

fitcwayé eoîfoiwà foaMori, qpi nç prit 
yiiS'Pmve de hr m^€XJ^ Sfoc le Cardinal 
jfrétwdoit ifum h :pTit. C^mme elle atta« 

2 tsoicIbiihoQiiêtirdaiis Pendrait le pl^s (êfi« 
blc|. il ncput $*taipechcr <i'^Iater Se d*é-- 
frire à Mooir. le Qtrdiaal d'une manière ex- 
UsMfiekDttntfimei pour le f^ierde lui doit* 
w»deiQaaMiS^rû$i, quimftruifîfièQt (on 
pao^fOLr. LeCafidimkl iwaQtrpga cetr^i lot^ 
tttt^^^iiri^MadaiM^éFikbe^^ &l^prb 
dfécTÎwàfpfilVfert» qu'il ne prie pas à cdrar» 
CQkDake.S ftifintvuneichaie t qui au fqrïd ne 
^oitéiret|Qelâm^ien:d'une fîcnple nûl- 
hrk» que lui métne s'en iétoit moqué 9, 8c 
^iipmk Mônfi'^eFibmtde^'OninpqHeF 
»ffiv^ ^c'^K^^u'éiitsiktais dbflw de tQi^ccer 
kr »/à&>6îfi>ic tért de; ttaitçr i^îeufemenc 
«ne aânà^ qui devbit paflbr pourridiculer 
Çe^nd&miic ûctnt aitctm élèt fw l'dprit: 
de Monfe de Fabeit^ il cotxtinoa d'infîftte: 
que ionprocczâitinftrait, StûyMt^twQfé^ 
aaCaniibaiitDitedeiitittplus forte que H prer: 
mkvdylMonfeifefiiictêvEUe:» aloi$ Imeiir 
datic <k l^Ifle.ddBrâncc^ fmt nomoié pour. 
àm ion ^lammiflatre. Celbi«ci Veunt 
Ikân4)0ité aa courent des Rircofets du. 
Gàux4x»irg. Siu Martin ou. St. Lamcos^ il: 
yîàc&tks4iip^ apiei 

quoi ééauLi readu<à là Baftille, il y intet>l 
ixigdft leMoÉKRciœkt^ qpiomtâûd^ 
: 4 cu« 



PU Marec^hal de Fabert. ti$ 

cufktion. Celai-cimandsi aU Cardinal , qui 
comme il svvoit beaucoup de choCcs à- mi 
tommuniquer, il leprioit de luienvoye^ud 
homme de confiance, à qui il pûtfedecoti^ 
vrif . Ce Miniftre lui envoya Mr. Onded^i 
qui depuis jflit Evéque de FrejuSi au^uelil dit 
que le Chancelier Seguierétoit coupable^ le 
chargeant d'âutrescrimesqu^il lui Impoliu 

Monfr. de Bictcville n-avoît pas encore 
achevé (à procédure» lors que Madame de 
Faberc ayant expédié fes afairesà Paris par* 
tit pour retourner à Sedan. En chemin die 
rencontra un Courier de Ion Mari, avecor« 
dre de retourner à Paris & d'y reconduire 
cousfesËnfàns,. lui fatlknt attffi (avoir quUt 
he manquetoit pas de s'y rendre bien- tôt^ 
pour attendre dans la Baftille le jugement 
duprocez, &en éfet il y arriva neuf jours 
après le départ de fon Courrier* Le Roi 
iiefçut pas plutôt qu'il étoit à Paris^, qu*il 
luifitThonncurde lui envoyer le Duc de 
Noaillcs premier Capitaine des Gardes du 
Corps, avec ordrcde l'aller trouver à Vin- 
cennes. Monfr. de Fabert pria ce Duc , qui 
étoit fbn ami particulier de dire au Roi i que 
comme il ne croyoit pas devoir fe prefenter 
devant Sa Majefté , chargé d'un crime abo« 
pinable,il jûplioit tres-humblement Sa Ma« 
jefté de permettre qu^il sVllât renfermer 
daoskBaftiUe^ jufquesàccqu'oneotache;. 
^' Fx vé 



114 Historié 

Yé dMnftruire (on procez. Le Duc de Noâii* 
les ayant fait Ton raport au Roi , Sa Ma'iefté. 
ït renvoya vers Monfn de Fabert pour lui 
dire qu*elle hii ordonnoic de la venir trouver. 
lî obéit, & le Roi qui le reçut favorable* 
ment ^ lui parla en des termes pleins de 
bonté au fujet de Vaccufàtion qu'on ayoit in • 
tentée contre lui. Cependant le procez » 
qui iê pourfui voit toujours , ayant été jugé , 
ie Moine fut condamné à être pendu, éc cet* 
te (entenceauroit été exécutée, fi fa Ma- 
îefté n*eut , à la prière de Monfr . de Fabert , 
commué la peine , en le condamnant aux 
Galères pour ioi.ans> mais comme on y 
menoit ce miff rable , il mourut en chemin. 
Monfr. de Fabert ayant vu le Cardinal, ce 
Miniftre lui parla beaucoup de l'état des fi- 
Bances, 8c du peu de revenu que le Roi ti- 
roit des Provinces de (on Royaume, fur tout 
de la Champagne. Il étoit au(C très difîcile 
ique cette Province pût fournir une groflc 
ilomme, attendu que tous les Peuples" de la 
campagne, s'ctant, pour éviter de mourir 
de faim , retirez dans les Villes , avec leur bé- 
tail, presque tous les Villages jufques à la 
^arne étoient abandonnez. Comme les 
troupes vivoient dans cette même Province, 
avec une licence éfrenée', qu'il n'y avoit 
parmi elles ni difcipline ni châtiment , & 
que le vol qu'elles faifoient s'apelloii: gain , 

OQ 



nu Maréchal DB Pabbrt.ii; 

on ne trouvoit plus aucune fureté fur les 
.grans chemins , oc ceux qui avoient le mal- 
heur d*y éire rencontrez parles Cavaliers où 
Fantaflîns j ne manquoienc pas d'être dé^ 
pouillez, &fouventa(ra(finez. Ce mal (e 
trouvoit d'autant plus grand, qu'il étoitdi^ 
ficilc d*y aporter du remède. Onavoit bc- 
foin pour cela d'un homme extrêmement 
habile & d'une grande fermeté, pour tirer 
les Troupes du defordrc ou elles vivoicnt, 
pour repeuplelies viPages , pour donner 
aux habitans le moyen de rétablir le labou** 
ïage en cultivant leurs terres lins itrc in-» 
quietez , & pour refifter enfin à tous les Ofi« 
ciersdes Eleûions, Se aux autres qui (è 
trbuvoient interelTezdans cette afaire. Mu 
de Fabert que leschofesles plus difiçiles ne 
pbbvoicnt rebuter , Se qiii les tournoit ordi« 
^airetneht par tant de biais , - que pourvu 
qu'elles nt fûfTent pas impoffibles, il ne man* 
quoit pas d'en venir à bout , entreprît de re* 
tablir le bon ordre dans la Champagne ) & 
pour ce fujcc il fit plufieurs voyages à la 
:Cour. Comme dans cette afàire il &'agi(X 
fbit d'ua Intendant habile 9 ferme Sc desifi« 
terefle , & que toutes ces qualitez Ce rcn^ 
controient.heureufement en la perfonnede 
Monfr. Voifin, le Roi jugea à propos de le 
choifin Monfr. de Fabert , & lui n'avoient 
ni liaifon > ni connoiflance particuliere^f»* 

F j fem- 



XzjS h t s 7 o I iA s 

lêmbtey mais dés qu'ils fe connurent , ils im 
(nanqucrent pas de concevoir Tun pour l'aii^ 
çrc URc trcs^gri^nde eftime , & de cette efti* 
^e ikpaffçient aune amitié fort.étroite qui 
Àim jufquesà la mort de Monfnde F^bcrt. 
Le projet que dreflercnt ces deux habiles 
bommes fetfouva plusgtand & plusdilScile 
9u'il n'avoit d-tibord paru. Par ce même 
projet les Troupes devoicntentrer cnquar» 
ticr d'hiver; ortendevoit former dcsTétcSi 
pour être mifes dans des CfaSleauX) &danf 
dps Fom t q^i ^ uouvoieqt en phificurs 
villages j ^n ji^geoit necefiaire^e rétablir 
eaux qui avoteotbeibinde repacationi afin 
flicles Troupes y pûlTent demeurer en furé!; 
téy U de fortifier <fbofïmiès les lieux hi 
plu^^ppièZf comme ceux des environs de 
K;o<?r«iit tdCvStfind» & d'autres Pbces. On 
projstoit encore de naître deux Givaliers 
<VifîîsqHelq^o$ vlUâtgei, Octrois^ ouatre^oa 
d!<ivant^ daos d'autres » fui vaut leur poun 
yoir & leur étendue. Commandement det 
Mo'tt être fait aux habitaiis decesYilIagesdc 
rniQQrtierjdan» kursmidfons , où ils dévoient 
^ré tPatîuMniis conti;e toute forte de violen* 
œir Cramâmes lud)ftiais dévoient répondre 
^S:Cav^]krs , .& des chevaux qui feroient 
jiOgbz chez eux, 0c avoir foin de les tenir dans 
^ lieux de futreté ; ils dévoient encore leur 
jà&QOSt ij.fols par jour ) pour la nouriture 
• . d*eux 



DU MARECHAL DE Fa^BERT. ttj 

d'eux & de kurs chevaux , pour le lit &: 
pour le chàuftgeau^eudel^bôfCifansqite^ 
(bus quelque pretexce que ce fût , ct& Qn^ 
▼âlicrs puilènt exiger auompe autre chdfe. 
On devoit auffi ordonner à ces Cavaliers i 
IcauxFantainnsde fe tenir chacun dans (on 
quartier, de peur que fous prétexte de vi& 
te rhôte ne fut foulé, & cela furneine de la. 
vie* Defenfe en même tems fous laménac pei» 
ne» de tenir les grandschemiuSf nidot:om« 
mettre aucune violence^ qui pûtapofterds 
rempécbement aux Marchez , aux Foires 9 
& à tout autre co mmerce. Les auteurs de 
ce projet prétendoient avec raifouj comme» 
cela s!eft jufti fié par la fuite , qu^il fèroit di« 
fxcile d-enlevtf deux Cavaliers dans un vil* 
lagC) £c trois dans'Ufli autte , fur tout étant 
logez dans des Ifevx , ou il a%oit pas 4ie« 
neflâireiqu'ilsallaficntau fouragC) at^ndu 
qu étant ainfi difperfeK , il auroitfalufidre 
bien des tours pour trouver un petit nooabre 
de Cavaliers , Se qu^à <:aure dimîn que tel 
Pair ans dévoient prendre de ]c$ tenir en fieà 
de fureté , il auroit été bien dificile de teé 
découvrir 5 joint que laretraite n'auroit pâ 
fe faire qu'avec beaucoup de dificulië , i 
caufedes ordres» qui obligeoiem les Trou* 
pcs dont devoiem être compofees les Tétesi 
a veiller incciTammcnt, pour pouvoir dé* 
couvrir jufques aux moindres nKmvemeôa 

F 4 dcf 



128 H I 8 T O I RE 

Ennemis. Poyr cet éfee on devoit choilîr 
àts Ofiçiers vigilans , & capables de fe bien 
aguicer de leur.enopjioi ^ dont le ^le (croit 
excité par de petites gratifications, qu'on 
fdevoit leur faire trouver. . Tout cela, dan$ 
Fexecution du projet, fut fî bien conduit, 
& les mefures qu'on en prit fe trouvèrent (i 
juilesa qu'il n'y eutp^s un (cul homme de 
perdu. (Se projet porcoit encore que l'ar- 
gent qqe le Peuple étpit obligé de payer 
pour la taillç , ou pour d'aytrcs droits ne paf* 
lëroit pas parles mains des Ofiçiers des Éle- 
âions, & que ceux ci (è contenteroient dc^ 
g^ges, anexez à leurs charges , dont ils dé«* 
▼oient jouir , ,fans prendre aucune peine^ 
Mpnfi:* de Fabçrt & Mpnfi;, Voifin nç dou^ 
terent nullement que CQt;.Àrticle ne caufâç 
du chagrin à ces Ofiçiers, & qu'ils n'en fifw 
^nt leuirs remontrances à la Cour, comme 
en efet ils n'y manquèrent pas. 

Cependant Monfr. de Fabert «envoya Ser- 
jtorius à la €bur avec le Projet tout dre^é, 
& auquel il ne manquoit que les Ordonitan* 
ces conformes, que le Roi fit expédier. Lç 
Cardinal ne manqua pis de parler à Serto- 
riùsde la Remontrance des Oficîers.desE*» 
leâions, & celui-ci que Monfr. de Fabert 
avoit inftruit fit reponfe à ce Miniftre , qu'il 
àvoit fbuvent oui dire fur ce fujet.au Gou* 
iremeurde Sedan j qu'étant ailé yoir une 
^ , ^ ^ Terre 



.•* 



DU Makechal ]>k FABEaTrjzp 

Terre qu'on vouloir lui vendre 9 îl yavok . 
trouvé une fource , d*ou fortoic un jet d'eau 
de lagrofleurde lacuiile ^ qu'au deflbus de 
cette fource il y avoît du ûble & à deux 
cents pas un «nal, qu'on avoit creufé où 
la fîtuatîon Tavoit permis; 8c que dans ce 
canal ^ il n'entroit qu'environ deux pouces 
de l'eau 9 quifortoit delafburce. Sotorius 
ajouta que Monfr. de Fabert avpit comparé 
Je Peuple àcetceburce, les Soldats qui de* 
voient en recevoir leur folde au Gtnal 9 dans 
Jequel il n'entioit que la moindre partie de 
TeaU) & ce grand nombre d'Oficiers qui 
ont une infinité de mains pour recevoir 9 au 
lâble qui (ê trouvoit entre la fource &leca« 
nal. Cette eàix^)araifon fit fourire le Cardi'* 
nal^ qui dit par deux fois » en h^mme! en 
homme ! il 4 raifin. 

Ce n'étoit pas afiêz d'avoir drefic un pro^ 
jet furie papier > le principal écoit de l'ex^ 
ecuter, & c'eft là où tout le monde croyoic 

3ue Monfr, de Fabert échoueroit. . Cepen* 
ant les Troupes étant anivécs, on les di-» 
ftribua dans les quartiers y qui leur avoienc 
été deftinez» Scdés qu'elles y furent 9 Mr. 
de Fabert Se l'intendant Voi fin fe rendirent 
dans toutes le$ Elevions de la Généralité de 
Chàlon 9 t>our voir Sc prendre conhoiiTanr 
ce de quelle manière les Troupes & l^sPeu* 
^Ics.y ,viyoicnt. Dans ce voyage il y egt 
ç ;... F 5 trois 



tt?* Ml s T lO I R "B 

7mi$ ÇâpicahiGs jàcC^ràkde/lc cafibz, pour 
avoir rontrevoiu aux oirdtes du Roi » âc 
dBBQtLitettnaati Biœeat paadus avec quel- 
i|aes)Gauâlter^. pouravjoirprisiuruhgfand 
âicffifn unbonjuftè-au-corps àun .pofiknty 
fie hn «aftToir donné un méchantà la phoo. 
&ii4uviirant àVijtri, Man&jdDFaheu yro* 
çiit des phifites auiùjecjde quelques Soir 
datS) qui v»3loiiontiur fegrand chemin opiik 
qui vêffioéent vei^ce ou acbetsr au marché. 
tly^^BVmmr, & deux Soldats s^ant été ané^ 
^% 9 fatfisde trois ou quatre livres, de beure^ 
qq ik avoient volées , il voulutqu'lls fiiflènc 
fivrez TtuConfisil , pour y être condamnez. 
Les Oficiers du Régiment de ces Soldats 
qui étoitceluidelaMarine, s^étant aflcm* 
ble^, celui quijcofnmandoit ceRegimenr> 
remontra , qu'il étoit extrêmement rude 
de perdre deuxbons Soldats , pour deux li- 
vres de heure > maisMoafr.de Fabertditi 
tetOfîcierqu'iUe feroitcaf&r, comme on 
botqme, qui ne(kvoit pa^ fon médcr ; xja'il 
lui fit voir dans les Ordonnances du JEloi à 
quoi font condi^neE ceux qui volentiur les 
grands chemins , 6c fi eUes &ifoient à l'égard 
de la peine, quelque diference entre un vol 
de cinq (bis, 6c celui de mille écus , que 
GesSoldatsdevoient étrejugex faivaoc lari^ 
gueurde ces mêmes ordonnances » qa*il 
verroit comment il parleroit dœs le Coof 

feU, 



'♦^ 



DU MaRJECKAL J>C P4BKltT. 9)i 

fciU & s'il feroit aficz Jbvdi p^wymxmiT' 
contre les Ordonnances du Roj. Cçpco*^ 
dantxe^deuj^ Spldats» ayant éce Q(H)d^|Aneft 
dans le Conièil de Guerre à être peadu» îi; 
furent exécute^ Deux on trois $uitreç€a(^ 
eoiples de ceite.natore , avec .(;ç}ip,.de^9ik«> 
treou cinq 04<^r^ i <}ui &q^nc xis^Âc^K > è^r 
cent <}uexhaain4e raqgça^oiis une j^fcipUr 
ne fi CK^âpjy iÇiue pour la &ire ob^^yer j ;U 
ne fut plus neceflaire de fe lervir. des voikv 
de larigueur. Des Oficiersqu'oncaflàj UQ 
Capitaine du Régiment *de Cavalerie dçi 
Monfr. de Fsdbert ^ qui creyôit être Je pins 
dans la faveur ^ fut le premier qui /èrvit 
d'exemple , pour avoît pris plus de place 
qu*il ne lui en faloit* LaChan^K^ne» av^t 
cette réforme , ne fourniflbit pas au Roi 
quarante mille écus par an ^ mais dés cette 
première année la Majefté m tira plus de 
deux m liions , taot cetce Province ftn 
promptement rétablie , par lea rQiQsdçrMr« 
de Fabert. Totic le Peppie du pbt Patf 
poLt en lui tant de confiance^ que dmcim 
s'dn retourna chez foi bien perfuadé » qu'il 
pourroit y jouir (urement du peu qu'il lut 
reftoitt & fitenfuitetousfeseâForcs, poiif 
ikiv;«ni; Voxdtc de llntoackmt fournir M| 
payemrat^s Troupes. Enfin tout (u£ mît 
iurnn fi bçûpié » qoeiians le^befoin le Gat^ 
yiftlierpriStokjKm^âievftlàfQnJbi^i squece 

F (S même 



,f}2 'Histoire' 

ibémeÇâi^aGer vinrent fansqu^il lui en cou^^ 
tât t>re{quc rien , qu'il écoit convié aux no-' 
£es éc aux batémcs , & fi bien régalé , qu'il 
iaûroit défendu Ton quartiercontre d'autres 
Cavaliers, s'ils étoient venus pour y exig;ei: 
ouelque chofe. Le Capitaine tirok aujlfiac 
ravanuge des douceurs que recevoiënt (èr 
Soldats , pouvant par ce moyen mettre à 
profit l'argent 9 ^uc le Roilûi'&ifoit don* 
ner pour rentretien de (à Compagnie , 8c 
les Laboureurs cultivoient la terre 8c enre- 
envoient les fruits avec tant de tranquillité » 
qu'ed conduiiant leur charue » ils ne ju- 
TOient quic fjar Monfr. de Eabcrt $ & que 
iors qil?il paflbit par la Champagne , ils cou- 
^iëntren troupe pour le voir. 

Le Cardinal trouva le règlement fi>avan-* 
tage'ux, qu'il voulut encore employer Mr. 
de Fabert pour l'établir en d'autres Pro- 
viâci^Sy mais celui ci s'en défendit , enre- 
montrant » que puis <fà^'\\ avoit conduit les 
Troupes: à^ table , il étoit auffî jude qu^il 
les menât un combat , croyant- lé pouvoir 
faire lors que laneceffité le aemanderoit. Il 
n'étoit pas dans l'opinion que te Cardinal 
eut aucune bonté pour lui , au contraire il (ë 
perfiiadoit que fon deflêin étoit de lui enle* 
ter Sistdan, Se quepour.robtertir à mdUçur 
Biàrche:,. ce Minîftre prétendoip le laifTer 
^puifer par les grandes dépcnfes qu 'U étoix^ 

obli-t 



DU Maréchal db Fabert. ^f^ 

obligé de (kirè tant pour les Fortificatîonïde 

cette Pkce , quç ^ur Pcn tretien de (a mai** 

fà/n f Ans lui faire toucher la morte paye 

du Château» qui étbitune fbmme confiée- 

rable 9* qu*il avoit prêtée & mife entre les 

mains de fon Eminence , au premier voya*^ 

ge qu^elle fit hors du Royaume. Mohfîeur 

de Fabert • ne voulut pas lui etl parler lors 

qù^elle fut (fe retour ^ mais quelque téms a^ 

prés , ce Mini (Ire hîi ayant écrit qu'il oc- 

cupoit fbn premier pofte à la Cour y it avoit 

la* conduite des a&ires avec plus d'autorité 

que jamais 3 la Reine ayant ta bonté de lui 

Continuer fii confiance ; il kii fit réponlè 

qu'il avoit une extrême joie d'^iprendre pat. 

u^EminciKre même, une fi bonne nouvel* 

Im' & qu^ jufques là il nWoit ofc lui par* 

lè^de l'argent qu'il avoit emprunte de 

lui^', Le Cardinal lui récrivit là defilis que 

s'il avoit Àéparticulierement inftruit de (es 

afâires 9 ilaiulùit infedlibfement encore at« 

tendu à lui parler de cet argent , vu qu'il a* 

voit beaucom) de pêiae à fournira la àepen* 

(e de ïà Maifon pour la faire fubfilkr. Mr. 

dePabertqui fe {bttvenoittpujoursqueMat- 

dame ion Époofe, pr le confeil du Cardi** 

nal, IVoitfoUicite dé vendre leGouver- 

iiem^t de Sedan) afill de laifierdu bien-i 

'^ipB enfitns , qui fans ce fccours n'en poiK 

'*tokâtpwefpcitr hei»icoup^ répondit à ce 

--"i F 7 ^ Mi- 



1)4* Htstoiae 

^nifhe i qu'aie lôc ^{Ufés 4K70iir reçu h 
httxc d'une celle d^e*, il Tav-oit jeÇDep dao^ 
iefeU) jpiarçequ^il ae youdroit pasjpour^ 
grofics foinmes , qu'on vintà favoir;, par^ 
Ciculierement dans les Pais étraqgers > qaV 
pérayoirécérDendant do\sa^ ou, quinze an« 
premkr JSiioiârc» & en ceue ^qualir^jgou* 
vcrné toute k France 9 il étoiC; néamnoinf 
ruihé ; Se qu'il était tres-impoiaant pour Iq 
fêrvîce du Roi que cela; fut tenu iecFCt^ at-^ 
tendu qu'autfement 9 il ne (è trouveroii 
plus perfbnne , qui voulut travailler aux aî* 
&ires de Sa Majefté« 

Cette leitre ne çianqua pas de produire 
des plaintes & des reproc]^ , dans uq tems 

3u^on crpyoit Monir. , de Fabori: tres-hiei) 
ans refprit du Csu-dinal Cependant Mr. 
le Surintendaiy de VieUevîne ayant fait a- 
lors ofrir va Mr. 4e J^aben hmt oent^ inille 
Jivref p^ribn Gewornetnm^y tâeloft^qi (luii 
répondit qu'il |)ç,^ov«iii pa^i^ufi çc ,fU*a 
propo&dt. fpt ifo.penfiae ;, iipfco ^ftcar hiffé 
p^dre, Dunkcrq^e» Paicetonoe & C^isal 
pour too ouJJe francs... U ajouta qu'ayant 
fxmnis au feu {loi ^ de conserver Sedan à Sa 
J4ajefté, iltieodrQit Aparile» dut-il être 
i^uità nç B^nger 9 be da paîn & dO Jard. 
Ces iîijetf de cIiBgrin Aq rpAp^dbatem pouiv- 
lantpas^ cont^uern^^ apUeatîon lès foiqn 
«pour k ftr«waU de$)fitfi^iâQttioD&^ pour la 

fu- 



DU MARBCiHcât BB FAfiBRT.i)^ 

fîiretédehFronriefe^ iScpourttoittesiles au- 
tres chofès auqiieUeS: fon devoir Tobligeotc 
de s'jocouper. 

La fermetéqu'U fic|)2iroilireàQe voiilolif 
point (c defiûre du Gouvernement de Sedan, 
malgré les iqflances idu Cardinal, n'empe« 
-cha pas^qn^ODiiB fe iervit de lui dans les oc- 
JÙ^Q&9 oh éi sfagiiToic du &rvice du Rcp. 
Il &£ dimc tiominé poiu: commander une 
Armée 4c 7. a ft«co hommes , qu'on avoit 
^refolu de-ftire.mandiQraufecoursde r£lo» 
ârur de Cologne » qui avoit imf^oré Taf- 
fiftanceidu Roi ^ pour écce ddivré des 
Troupes, oui pilIoient& devoroient&sË^ 
tacs. LeSrGeneraux Ennemis ajrant reçu 
avis que. cette Armée, devait & lûettre en 
marche , & jugeant qu'il âtloit lui défendue 
rentrée du Pàîs . , ils firent avancer leur 
Troupes du coté de. Saint Hubert,* ce qui 
jendit ce pSàgpj finon icnpoifibIe,du moins 
tres-dificue. Monir. de Fabert rayantjugé 
«infi, & prévoyant jeaméme tems^ que ces 
Troupes ennemies n*y. pouvoientÊure un 
iong fepur, (ans confimier cous les fonrae^ 
^csj après quoi eUciiè ▼etroientcont^ûo^ 
-as dUicKindomier cepofte, ildibya lamaiv* 
xhe 4e (an Axpxéz^ ne fiâânt arnnoer quVl 
petites journées ks Tn»ipes les plu^éloig^ 
J2ées<:de laFrootieie, tandis que ceUet qiii 
«nétoieiV'piocfaes dcneurôienc dans leui^ 

quar# 



Jj4 ' H 1 5 T O R K 

• quartier*. La choie arriva juftement coni« 
me il Tavoit prévu, il aprit premièrement 
par les cCpions^ qui ne manquoient pas de IV 
vertir exaâemènt de tout ce qui & paflbit 
que les Ennemis commençoient à ne trouver 

• guère de fourage & quelques , jours après y 
il fçucquMls en manquoient tout à Eût. Ce- 
pendant Tes Troupes, qui avançoient peuà • 
peu du côté de Sedan, y étant arrivées» dans 
le tems aue<celks des Ennemis furent, coa* 
traintes ae fe retirer, pour ne pouvoir plus 
fubfifter dans lepofte, «où elles étoîent » il 
les conduifirà petites journées ^ unt Qu'il 
-trouva du fourage en abondance» .mais Ws 
qu'il commença à en manquer ,. il bâta & 
marche £c fitunegnmde journée , : pour a- 
procher de Liège, en traverfaotlç Pais que 
les Ëmiemis a voient ruiné* Ayant ainfi conr 
duit fon Armée aux environsdecette Place » 
il vit TEleâeur, affifta dans (on Confeil » 
te fit enfin conclure le TraitédeTirlemont^ 

^par lequel le Pais fut délivré de Troupes ôc 
de qàastiers d'hiver; . : 

Ce fiit alors que les Efp^npls ayant fidc 
arrêter prifbnnier le Duc de Lorraine» 
Monfir: de Fabcrt crut pouvoir profiter d'u» 
^âeoccafioa très-importante pour le (crvice 
du Roi. Dans cette peôfée » ila*addreiSi 
à Monfr. le M^qni^deiLignevillc.,. âui 
tcommandoitr Année de Lousmie». fouMm 

Al- 



DU Maréchal qe^Fabert. 137 

Altefle , & d^ la lettre qu*il lui écrivit, il. 
lui repJefenta, qu'il fembloit que Dieu ne 
Teut conferyé ju(ques alors , quç pour le 
rendre un des plus fameux Capitaines de fbn 
iîécle, par la gloire qu'il pouvoit s'aquerir^ 
en procurant la liberté au Duc de Lorraine 
(on Maitre 9 que les Ëfpagnols venoient de 
faire arrêter; le Ciel les ayant fans doute a« 
veuglez , pour commettre contre le droit, 
des gens une aâion fî téméraire 9 dans le 
tems que l'Armée du Roi remportoit fur, 
eux d'avantageux iuccez. Q^^] n^avoic 

2u'à le venir joindre avec les Troupes de 
^orraine » & qu'il lui promettoit fur (a foi 
& en homme d'honnpur , qu'il marcheroit, 
avec lui tété bailtée aux Ennemis ^ pour 
l^s'contra^ndre a/relacheriin Prince) qu^ik 
venpientrdytn^ter avec^^^^ plus noire de 
toutes les injuflicesi Cette lettre dont l^rJ 
de Fabert envoya copie à la Cour^he âtpaa 
tout réfet qu'elle devoit produire (ur Tc- 
](prit deMonfr.de Ligneville; il perdit du 
temsàdeliberer 8cà prendre Tavisdés Ofi-. 
cier&de fon Armée, de forte que les Elpa-» 
nois 9 qui avoient pris leurs precaiitions fi- 
rent manquer ce coup. Cependant Monfr, 
de Fabert » qui foupçonnoit quelques per-^ 
fonnes du Confeil de f'Eleûeur de Cologne 
d'y avoir contribué , ne jugeant pas à pro- 
pos de s*en tourner parle même chemin 

qu'a 



*îB H I s T O I R I 

qu'il étoh venu , choifît h pîds longue ron* 
te en prenant celle de la Saar 6c de Tbion- 
vrlle, & cette marche qui fe fit Phim' fur 
k fin de l'année le^jr?. & au commcncé- 
ment de itJ5 4. fat aprou vée par le Cardinal. ' 
H y avôit déjà long tems que ce premier Mir 
nîttrc rouloit dans fa tête le deffeîn d'atta-- 

aucr Stenai , mais onu^ofoîtpasPentrcprcn- 
re dé peur de CliarlcvineBc Mezieres. 
Mohfr. de Fabcrt à qui le Cardinal avoitfàir 
découvrir fon deîîein , dépêcha poiir ce fîi^ 
jet dïYCtÈ ISaipxés à la Cour ^ & Poirofrftr 
des cautions aux Gouverneurs de très deUsc^ 
dernières Places , qui n'en voulurent pointf 
d'autres que Nfonfr. de Ribçrt. B fSlutr 
Mçnflre desmcftn'es pourcet ajuîlémeht>i8ç^ 
K Jour^fixc étant venu, Monfr. de Fulbert 
partit, sjprcs àvtnr yûMoirfr. dcNoirmdn^' 
tiers, qui fut bien furprfe d'ajprendrc qûcf 
et Gouverneur de Sedan , avoir été trom*» 
mé parle Roi pour allcrformcr le 5jggc de 
Stènaî. Conmie on aprehendôit i OSai^k'^^ 
ville & à Mezieres , que ce fîege ne fut itme 
feinte pour pouvoir mieux lûrprendre cd 
deux Places, Monfr. de Fabert fut oblige 
d'y retourner, pour leur donner de nouvel? 
les aflurances, qu'ils eurent néanmoins beau* 
coup de peine à recevoir , parce que Payant 
point d'autre caution que lui, ils fe'jugcoient 
perdus, au cas qu'il eut été' tué au fiegede 

Stc- 



DU MARfECHAï. DR FaiBERT.ISp 

Stenaû Cependant Mon(r. de Fabert fçut 
(i bien les perfuader^ parles belles eiperan;* 
ces qu'il leurdopoa» qu'ils perdirent toute 
kur fipreheniîon. Apres avoir reùifî de ce 
côté là y il dîfpolà rentreprife^dii fîege de 
Stenai fur lepiç de dix mille hommes d'In- 
fanterie , qu'on lui devoir donner » ayant 
ibrmé le deflein de faire avec ce nombre de 
Troupes deux attaques opofées , Tune au 
bsis dç'la Rivière , & l'autre au haut vers lu 
Citadelle. Ce Plan ayant étéaprouvé du 
Cardinal 9 le Roi k rendit à Sedan 9 Scde 
là.devantSienal Maisbien loindedixmil* 
ie hommies t fur kfquels Moofr. de Faberc 
^ypit compté .9 il ne s'en trouva pas cinq; 
4t forte qn-'au lieu ded0iixattaque89X)nnVii 
pût faîfo ^u'tmÈ 9 parce qu^autmncDt It 
Caroifoû qui étoit de (cite à 4ixhuit coots 
liomodetf awoit oetdyé là tranchée toutes 
Ifisfois qâteUe l'auroit voulu 9 & métne il 
stoit a craindre 9 quTétanttoute aifemblée, 
cllenele fit»bieoqii il n'yentqu^uoe attaque. 
€jC Sk pour pttfvcnir cet incouvcnicnt que 
Mon&de Faîiert fit tirer une ligne paralle* 
le aaxdeuxikcesdu fiaâdoni &i la Cour* 
tine opolce à cette ligne , après quoiil con* 
duifit (es travaux par des Places d'armes, 
des Bateries & des Travers ; de manière 
que fàifànt avec le hoyau 6c la pelle ce qu'on 
nepouvcdt exequter par la force des bom« 

mes. 



140 Histoire 

mes, qui (e trou voient en trop petit nom«> 
brc, cette Place fut emportée tprcs jj. 
jours de tranchée ouverte » Se les Troupes 
arrivèrent afTeztôt pour (ecôurirArras» qui 
depuis un ailfez long tems étoit aiScgé. 

Comme cette grande & importante aâion 
eft hors de n6cre fujet, nous paierons à u- 
ne autre aB&ire» qui bien ^*elle parût petite' 
au commencement , faillit néanmoins à en- 
trsiiner de grandes fuites apreselle. Le Duc 
de Lorraine tenoit dans un Château nom" 
mé Mufly une Garniibn , qui par (es cour^ 
i^ empechoit la liberté des chemins & du 
commerce I fans qu'elle eut égard au^con« 
tributions»quilepayoient* -Monir.deMa- 
«rolles Gc^yemeur de Thionville 9 qui de 
même que Mets , & lies Place» plus voili* 
fies y en recevoir la plus .grande incommoi 
4itéf propoiaàMonfr.deFabertdeformet 
le Siège de ce Château $ & (e chargea ea 
jnémc tems avec Mon& - de Manimont 
Gouverneur de Jamets de l'aller reconnoi« 
tre. . Us raporterent tous deux quela prifè 
de ce Château ne pouvoit coûter que cent 
cinquante 9 ou tout au plus deux cents vo^ 
lécs de canon » de (brte qu'ils ne doutoienc 
point que Kentreprifè ne reûilit. On ne 
(ait point fî le Duc de Lorrraine reçut avis 
de ce deflein , ou s'il le foupçonna feule, 
mène » quoi qu'il'en foit y il renforça la 

Car- 



BU Maréchal de Vais^kt. 141 

Gartiifon de ce Château , & y mi t beaucoup 
d'pficicrs Reformez, ce qui pouvoic monter 
en tout à cent cinquante hommes. Comme 
il n'y avoit fur la Frontière aucunes autres 
Troupes que celles qui compofoient les Gar- 
nirons des Place$«Monfr. de Fabert en tira du 
çonfcntement des Gouverneurs le plus 
grand nombre de Soldats aû'il put , avec 
des Paifans pour mener le Canon » des. 
chariots Se des munitions 1 de (brte , que 
ce petit corps #brmée pouvoit confifter en 
milIeFantaflins & deux cents Chevaux , qui 
n'avoient que trois pièces de Canon , fie des 
munitions pour tirer cinq cents coups^ 
Commeoneut commencé à marcher en cet 
équipage » on arriva la nuit à un village, 
nomme Longuion , où Monfr. de Maroles 
fe rendit , le lendemain on alla recpnnoi* 
tre hi Place, fituée dans un repli de Rivière, 
auquel aboutit un coteau , 5c tout cela 
rempli de bois. Monfr. de Fabert , qui s'é- 
toit rendu avec plufieurs Oficiers fur ce co- 
teau , ayant examiné & reconnu d'aflez 
jpres , dit enfc tournant vers ceux qui le fui- 
voicnt , ]e ne trouve pas ici les chofes com- 
me on me les a raponces, cette Place ne 
peut être attaquée que dans les formes. Ce- 
pendant comme ceux du Château , faifoicnt 
jouer la Moufquetcrie& le Canon, il vinç 
un boulet ,' qui âpres avoir irilé Monfr. de 

• Fa- 



T^t H I s T o m ff 

Faborti tuaMbnfr.dcMiirolles, qOî étoît 
derrière lui , 8c caflà la cuifle à Monfieur de 
Richecourc , Gouverneur de la Caffine qui 
foivoit Mon(r. de Marollés. Aprea aVoir 
bien reconnu le terrain , on trouva qu*on ne 
pouvoit ouvrir la tranchée que dans Hnboisr 
dt haute futaie, rémpTi de racines, Sc oà 
lr6n tje pouvoir avancer quepar des travcrfe 
ée 'âfones. Apres cela on trouvoit d'a- 
bord une demi*lune avecunbpnfofle derrie- 
ife fiEime srofTe màfle de pftrre, étant de 
plus necenaire de fêparer lesTroupes pour 
fiûitdenx quartiers. Toutes ces dificultéi 
vè^iffttÙLit jugerque leiiœene pouvoit pas 
être (brmé,outrc que les Troupes de Thîon- 
▼îlle i voyant que Monfr. de MàroIles avbit 
été tué s*en: rctoumoietit , on prit le parti de 
h retraite. ' * 

MOHfr. de Fabert envoya Sertorius à la 
Fmt, oùétoitiaCour, poutTcndrè comp- 
te detrette aéHon , & comnie il aprehen- 
doit qu'on ne l'obligea d'aller mettre ordre 
aux afoires de Thionville , il chargea cet 
Envoyé dereprefenter que le Maréchal de 
Schomberg Gouverneur deMets,étant porté 
fiir les lieux » il pouvoit s'aquiter beaucoup 
midux que lui de cette cdmmiifipn.Cettere« 
înontrancènefût point reçue^Sc Sertorius re« 
tourna avec ordre à Mr. de Fabert de fiiire le 
Toyagc de Thionville.Il s'y rcndii àésiclm* 

de- 



ou Maréchal de Fabert. 14} 

demain 9 Sc^ptés y avoir mis Tordre qu'il 
jugeanecelTairef il envoya à la Cour rendre 
compte de ce qu'il veooit d'exécuter. Ce<- 
j^(unt comme le» di^rentespropolitioQSj 
la conduite &la vie de Madame de MaroU 
les, avoient peu deraport aux inclinations 
de Monfr. de Fabert , il fe rendit à Metz. 
Il y àttendoit. le retour defon Envoyé, qui 
dcyoit amener un commandantpour Thi^n^ 
ville, juCques àce queleRoi yeutpourvu^ 
iors qu'on l\fi donna avis -que la Gamifon 
de cette Place s*étoit révoltée , les foldats 
s' étant rendus les maitres de tous les Ofi«- 
ciers. Cette nouvelle « qui lui cau& une 
extrême fuipriie f lui iut apprtée le foir com^ 
me ilalloic (è mettre au lit. D'abord il 
monté à chpval avec ceux de ik fuite , Se 
Jie jugeant pas qu'il put airiver avant jour^ 
il attendit oans un village qu'il fut v<aiu* jl 
enpanit 4és qu'il commçnca à Siircuapeii 
«clair , & étant arrivé devant Thionvillrf 
jâ fe .prf^ntai'la Place du içcouts. Les (bU 
4}at8 demandèrent auifi-tôt^^ ^uivive^ ilîc 
inomîna 9 &. ayant dit qu'il étoit là de I4 
part du^oi, il çompanaa qu'on lui ouvrit 
ùm àdsà. U fut obéi Se un Caporal s'étaixt 
gyaocéàlatétedecçathommes, qui avoient 
Ut mèche compaflee j après «voir fsûtovvcir 
toutes lot portes^ à {a refer ve delà premie* 
lebmkff^ jbiiq^'o^çptie^ Udi^àMçi^* 
- i * de 



144 Histoire 

tîcFabcrt, après lui avoir demandé pardon, 

Wii pouvoit cntrçr avct onc pcrfonnô de 

Ta fuite, mais que pour les autres, on ne 

4es laifferoit paspaffcr. Monff.deFaberta- 

yant répliqué , qu'il n'avoit pas befoin deuxi 

mit pied à terre & entra dans la Place 9 le 

Caporal faifâm rcfcrnrer toutes les portes à 

mcfurc qu'il paflbit. Dés qu'il y fut il sV 

■vançavers la tête d'un bataillon rangé fous 

•les armes dans la place. Quel d^vrdre edufèz. 

'^ous ici , Mejficurs , dit^il à ces foldats ? 

quelle audseej O* cruelle indolence ett la votre ^ 

lefi ce sinfique yotts jervezvotre Roi? Etes vous 

'traîtres 4 fa Majefio O* a votre. Patrie. Je 

vous ferai tous prendre. Vous mus pardonne'" 

rez.y s*il vous fiait , hit repartit le Caporal, 

nous ne fommes point traitres^ mais feu Âiçnjr» 

de Marolles nous a retenu notre paye. Nos O - 

fcters font la tnéme chofi^ O* le Roi n^ entend 

pas qpfon nous pille ^ ni qu'on Ufervepour rien. 

Si cela efl- ,- répliqua Monfr. de Fabert , jt 

vous promets outre le pardûnde^otrefâute^ U" 

ne pi foie a chacun pour boire k la fante d^ Roi\ 

mais fi dans demi-heitre vouïn^aveZi'pofé les 

armes ^ C^ que chacun ne fe [oit rangé fous 

fis Oficiers^ je vous ferai -attacher k la Po^ 

ience , vous favez. jufqu'où s* étend- U pou€'^ir 

Cr Vautoriti du Roi. ♦ Le- Capofal lul^ â* 

y ant demandé après cdla <, s'il ItM- jdaifoit 

qu'il le conduifit fur fesL réitîpaïâ V il'^ 

rea- 



DU MaRBCHAL de FABfiRT.I4if 

rendit 5c trouva que les Soldats avoieot 
tourné le Canon du côté de la Ville » con« 
tre les rues , qui aboutiflbient au Badion. 
Si tôt que ce Caporal Teut quitté » après 
l'avoir conduit à (on logis » il alla détacher 
du Bataillon 60. hommes 1 commandez par- 
un autre Caporal, qui marchèrent tambour . 
bâtant au logis où Monf. de Fabert s-étoic^ 
retiré. 11 fortit au bruit» Se iayant deman- * 
dé, ce que cela (ignifioit, on lui répondit* 
que c'étoit une garde pour (âperibnne. Il 
commanda qu'elle s'en retournât» &qu*oa 
obéit promptement à Tordre qu'il avoic 
donné de pofer les armes , û les Rebelles 
ne vouloient être punis avec toute la fevc- 
rité que meritoit leurdesobeidance. Çepen<«. 
dant le Caporal que les Soldats avoient élci 
pour leur Chef, ayant tenu confèil avec (es 
camarades , ils conci tirent tous qu*on o* 
beirpjt} de forte que chaque Soldat s*étant 
allé ranger (bus ion Capitaine » en deux 
jbeures de tems le calme fut retabli« Ce 

2u'il y a ici de remarquable , c'eft que de 2 o. 
Capitaines, xo, Lieutenants, lo. En(èignes 
& 40. Sergeânts, pas un ne reçut la moin» 
<fre égratignure pendant la révolte du Sol- 
dat ^ ces Oficiers n'ayant aporté aucune opo- 
iitioft ni reiiftsEhce , dans la penfée que le 
cpal étoit fans remède. Moùfr. de Fabert 
leur fitdc fanglants reproches furkfoiblef* 

G fe, 



14^. Histoire 

fcf qu'ils âvoicnt faitparoitre en cette oc- 
cafion^ efiilfaffihlcj letir diC'-it , que de tous'' 
peus éMtres Oficiersy il ne s'en preuve f 4$ un^ 

2Hi mt quelque Seliat affez. afeStionné feurliéi 
)enner éivis JPuneemplet qui fi féUttmaisquand ' 
même vous ffémnez. pas été avertis du d^ein 
de lareveitt, qu^ après que les Soldats aboient 
fris les am^ , ne f al oit il pas feprefehter i^ 
aux 9 poustieber a les faire rentrer dans Itûr de--' 
weir^^fifaire plntAtuer que defoufrirunejem^' 
hlableifftominie , Cr hazMrdef défaire perdre 
înf Roi une Place j qui n^efl qu à 4. heures de* 
JjnxenéboHrg. ^ Momr. de Fabert pour tenir' 
Il parole, qu'il av6it donnée aux Soldats ,' 
emprunta de rainent à Metz 9 Se leur fit 
iTpnner à chacun une piftole. Tous les Ser*- 
^eants vinrent lui en demander ; mais il les' 
lienveya à coups de plat d'épée t leur di^nt 
^u^ils avoient oien mieux mérité la corde 
qu'une reeompenfe 9 d'avoir (bufett fatniàu-^ 
cuhe refiftancé la révolte des Soldats. 

Sur ces entrefaites Sertorius étant re- 
venu de la Cour» aveâ Mônfr. dé Boquec, 
(ffjx devoit commander dans Thionvilfe 9 if 
fut renvoyé au Cardinal , qui étoit au QpeP 
noî ; ^artui rendre coroptédjc ectte rcvol-» 
tç^ &deltjt»elte manière «Iciivoit étf'a^^ 
Sécr^t'QucIqUt tcms apïC»A4onfr.dc%bert 
il'éçant rcnew à Iâ?Fçre> où laCour étoit «j 
lojr$9 ilc6n(e3Ia qucjR^us quelque prétexté 

^ qu'on 



DIT MAREÔMAt'Dfc ï'ÂBBRTt^^ 

^vTàn voulut' cboifif , en fc , défit dés OA* 
citrs de la <5aitïifôh de Thionyiîle , parob 
X{\ic ce n^ctoientpâs des gens propres l de- 
lâéurèr datis uh^^Pjaçe de cette coniêqueii^ 

vC. , . . ' V 

JPcftdabt^ ccvoyagcdela Fcre , Sertoridi 
ifcçût dne Icttfe àc Madàtac dCv ViHesaTiÀ^ 
'Méfcde MAdamné^eChavigm, &pttcoa» 
ii^pt;Orand* <ûere.de Mdnfr. dcPbntV 
«u dèChâvîgûi. Par ccttelLèttrc rempDb 
d*hdhn£tecèz' , il . étoit prié dé le rendre ^ 
Tàîrîs , ^ur uîife.aÇiîrè ^ cjirtto ne pouvofc 
etniiSèr qu'à lui feuh II co^htaoufriquacetife 
•lea*fe*a^Wryda,R^^^^^ quidftd'aboraqHi 



i^Mui parade cette même lettre; liimis 

cbtritnë ce Mîhiilré lui aporta plafiéursndi^; 

-fowi pkîfaf lèdctàurnerd'idbnîier'laricoiH 







[^ifi^mii^j^M'mâmiifi^j^^ 



yilje&vin Tavoit ptié.tlefe rendre. auprci 

â'eile.^ Ellejlui parla eh habile femme, qui 
^prcvoyoit J'avççlr, Mm fis , 4itfelleà Ser- 
.tprius, pomr9itfent'€tretr9HVcrplH4d€ tien^ 

que tfen d Mddemoifelle de Fahert ; lUy^tn^^ « 

dboftdanment dfns Ja.AIaifin de Cbdvigni. 

^^i^i je fonfij^ere cette M^fifm cemme tin Véùf 
feat4^Mii^milieu:de^Ï4mer y auquel il mdnqfie. un 

hùx^ilût^^ &*. pMs lequel ce l^aijfedfé m J^urok 
^imquer. (tdtier teu^aurs j^otMnt ^j^'r i^Pf^" 

deu NeuiJÊe'fdwiementreiuver iênplux exfe^ 
. rimçnté que ^^n fr.de Fjéert ; Cr quand mè* 

^Çhayigqi.n^etoitpas fort éloignée j^vt^ 

{cw^if^€p$ ; mais comme uhuiiitallér^l^Qqc 

.' fur. SeioeV parler à Madame 6Qiu;ilIêr , du 

çoté-p;ttf;ri)cl Grand^ °^Ç?^<^®.M^JÎfrH^<4^ 
^ Pqxit I celle-ci <)ai ne le, xipuya ps(s autant 
^port^ ^çet||e^|Uançc qupjç$ aiitrc^j %l^ a'a- 
^|iin^tra i vouloir ijue Monir. delPaberx.âoq- 

prit^Mcrcmbptrer-, gn^end^a^nt ioo 
. millcecuf r il faifoit un dernier éfort | de 
^ forteqoe cet ^rticlefut caufe, quç te«i?^- 
* ge ne ib conclue point. Si tôt' c^fç, U chofe 

£itii&it à rJifpneur ». u fe^tiouvoit ^çMg/^ » 



nu MARECB /ifL DE'FilBERT« 1^4$^^ 

Gcftdte. . La Cour étoît encore à' Ccxnpie- 
gne lors que Sertorius parla de cet te afaire à * 
ceMiniftrc, qui kii/fiircpofiïci que fui vant- 
ai penfée , k Marquis die Vcrvin premier' 
Maiired*hôteldu 'RbïjMcroit mieux Tâfel-' 
re de MademoiieSe dbFubert qu'aucun ^lù* 
tre, auec*étoicunhomme de qualité, qui 

Sofieaolt une bellechargetians la Maiibn du 
Loi| & qui d V'I^^s ^y^i^ ^u ^^^ > V^^^ 
sivoit penfé à cerarti & qu*illc croyoit (br« 

table. Ce fut la le fondement 8c la preàiie* * 
re prdpofîtton de ce mariage, qui en lôSy^ 
fbt confoniQié à Metz en prdcnce de leurs 
Majeftez. 

II y a deux villages prés IHm de rautre, fi* 
tuez entre Stenai , & Verdun à trois lieues 
de cette dernière Place , dont Itin fe tK>niiDe 
Chomme Se Tautrc Neuville. Ces den 
▼illagesappartenoient en toute propriété (k 
Ibuveraineté au Roi d'Efoagne. LaRivie^ 
redeMeuiè y pafle aupied*un.ridtiiud^ed« 
Tiron de Quinze ou feize pieds de hauteur ^. 
au deiTusduque) retrouvent des teit:reslsd>oii-. 
râbles d'une grande étendue. ' Moafr. de 
Fabert ayant ouilparler de ces deuit villages,' 
oomme (rnn Pofie avantageux pdùr la FVan* 
ce , fi elle s'en procuroît la propriété , (è 
* tranfportafur lesKeux après %yoir aprisque 
les Ingénieurs de Luxen^ûrg y avoienc- 
été. Comme il les vifîtpient ^ i] apçlla Ser- 

G 3 torius^ 



^etept)s4'eQtSçt}$D,. 4.1ui dit, qi?il croyoit 

«ftir.irou^^iSW qFï!B4[qnï pour ^ faire, 
ll^ffl; 4c rJM?gPVtgs«ilHf.d«volç; le Cardinal.. 

Cr ffiifi^mr^pdmt^fgipt^iie jufim^. fans pu, 

4ftirf.dl^nfci({f^tf,.4t If^Jiifi^ofmer.^r» Gott- 
%<^ntptpftfétO'Mnm«fef4tujiitf«itij Mms^de 

demoifilU V0idekvtndr€. Comme votu dgvtn^ 

c Apwsïipc Moafr/ dff.Fa^^.^îMf vi%e. 
Çhoiwne.feNeuyiUe, ij^m^,aucc'em 
le plM^ bwippftç q^U!:¥-ç^^tfiIr.Ji» Mculç,, 
ac qu^fi le Roi. d'Çfpagjft le .^iifoit $)rti^ 
^, il-fendroic in^tiles.^bup ceux que k - 
Fraoce oçcopoit &r cpt|ellivi|i;rç:9 ceqp'il 
âait A prep9s 4b pfcn$^^ Pendejourdi 

apic» 



BU Marecu^al DE Fabekt. t^i 

après Sertorius fUt envoyé à la Cour » & 
chargé bien expreflTement d'infîilcr fur IV 
&ire de Chomme-Neuville , & de ne pas 
publier la propofition de MontmireL Ce* 
lui<i s'étanc aquité de fa commiflion ^ il 
fut tout furpris de voir rétonaemenc oik 
/Stoit tombé le CardtnaU lors quTil eut apris 
que Monfr. de Fabert vouloit acheter la 
Terre de MontmireU ne Douvants'imapi- 
fîer qu'il eut la penfée défaite cette aquifi« 
tiou. Montmirel! ^*écria<-il plufieurs Ibis» 
MoQtmirel l Et comoac on lui eut confir« 
mé que c'étoit fur cette terre que Monfr. 
de Fabert avott jette les yeux pour Pacbe«( 
jter > il dœianda fi on fiivoit bien de quel 
prix jiUeitoit. Aptes qu'on lui eutre{xin«, 
du qu'oui I & qu'il cxcedoit cinq cents m^ 
le Jivr€$> il 4coianda encore fi Monft. 4fe 
FabeftMoit dePargent |lour fimiuir cecce 
fùmïDt } à quoi on repartit que puis qu'A 
^eneagicoit dans ce marché » il ftkit qu'A 
eut les moyens d'en (brtir. Sitôt que la cho« 
fe eut été raportée à Monfr. de Fabert , il 
dit qu'il étoit alTuré d*avoîr derargent i H 
fin efet 4. mois après il toucha pms de h> 
tnpidédc la fenimeoui lui étoit due. PoUf 
ce qui eft de TaËiireae Chomme-Neuvilli3| 
die fat écoutée cotunie une chofe impor« 
tante, & dés lors on chercha les moyens dé 
faire l'aquifition de ces deux villages | éc ce 

G^ fut^ 



I f z Histoire * 

fut,, comme noifs^ allons voir , M<5nfr. de 
Pabcrt qui les trouva- 

: Peu après qu'il fut fait Gouverneur de 
Sedan, on avoit conftruit furlaMcufe des 
Tours, pour arrêter du côte de la Cham- 
pagne les courlès des Ennemis ^ y en ayant 
âu% une fur la Rivière du Chier à Yvoi , 
apellé depuis Carignan. Ce fut en mettant 
danscestoiUsd'Yvoi 6cde Chommes-Neu- 
ville des Soldats de la Garnilbn de Sedan 
Qu'il fournit Texpedieni d'acquérir ces Pla* 
^csy fans qu'il en coûtât rien au Roi , & mê- 
me fansque les Ëfpagnols s'en aperçullèoc. 
Car cbmmela Paix ie devoit conclure avec 
le Mariage du Roi> il dreffà lui même un 
itrticle pour être inféré dans le Traité de 
Vaix , oC cet article devoit ^tre paSTé immé- 
diatement après qu on auroit parlé des Pla* 
ces que les deux Rois dévoient fe rendre^ de 
ibrte qu'il paroiflbit une fuite de celui qui 
le precedoit ^ renfermant ces paroks « Ei 
Cimralfmént fçutes Uj iepiniânca des lieux y 
fUTnn iefditsRûis a Gamijon dans h Chef- lieu^ 
(sur dmeuttrmt O^ étfartUndrûm funs difcul^ 
ti. . Il n'y a qu'a lire le Traité des Pirenées^ "^ 
çn y trouvera cet article, & Ton verra que 
^'eft en venu des conditions, qui y font ren- 
fermées , que Carignan & Chomme-Neu- 
ville ont été à la France. Il faut jouter ici 
que la Prévôté d'Yvoi , ou de Carignan , 

"^ con* 



]>u Marechai. de Fa^ert. i$t^ 

, CfMîtient cnvron jo Villages > qui cftiefcul . 
bon Pais que ks Efpagnols cuflcnt en dc$a ' 
des Bois, &tres-p.roprc pour y faire des prc- " 
paratifs. Chommc-Neuvitle eflauflGunpo- 
(le fi important, que fî l^fpagné y avoit 
fair conilruirè & fortifier une Place, elle fc 
feroit procuré par là un paflagc libre fur lar' 
Meufe/ qui aurbit rendu inutiles toutes léa 
autre s Fortereflcs , qui (ont fur cette Rîvîc - 
re. Sertorius ayant porté cet articte au 
Cardinal , avant fon départ pour le voyage ' 
àps Pirenées', ce Miniftre parut en avoir 
bieaucoup de joie , & dit qu'il ne doutoic, 
point qu^il nepaiTât, & que le Roi ne don- 
nât à Monfr- deFabert & à fesHfcri tiers > la 
Terre d'Yvoî , c^i depuis fut néanmoins 

^ donnée au Comte de SoifTons. 

* PoiM" ne pas interrompre ce recrt nous'a-^ 
TOUS paile quelques années, auquelîes il faut , 
revenir. On fait quVn i tf 5 tf . lé Roi ayant 
fait attaquer Cambrai , cette' Placc'futfc- 
courue par un des plus grans Généraux du' 
fîccle ,*qui ayant fopcctoûr ce qui s'opofoît 

^ à fon paflage , contraighijt lesAfliegeansde 
lever Je Siège. CommcSertoriusfc trou- 
va à là Cour lors que cette nouvelle y fut 
port€e,le Cardinatle dépêcha inceiTamment 
vers Monfr. de Fabert pour le confulter fur . 
Iç fiege de Montmidi , qu'on vouloit tenter 9. \ 
SL lavoir en même temsde lui en quel état 



§6 ttowpit kPlace & Ik tîak-nilTbn i 8c fi le ! 
JAdxtçhgléic la Fcité , poxjfrfdît cnircprén- 
drece fiege avte fiiccez, tandis que Mr. de' 
^urenne tiendrôit la campagne j, poufsro'- 
po^audçfiêin des Ennemis. Sercoriu^ 
ctant <Ie Retour , le fiege fut refolu fur l'a- 
vis r Se les înftruâions de Monfr.. de Pa-^: 
bert , & pour le fàcUitèr la Cour jugea à 
propos de fe rendre àSedian^Sc à Stenai'^ tanr 
dis que Sertoriùs fut envoyé à Rhet^l avdc^ 
ordre au Comte de Grand Pré ^ qui s'y te- 
Bpit avec un Corps de Cavalerie pour s*opo- 
icr aux GourTes de Rocro», d'aller inveftir 
Montmidi , en attendant que leâ troupe» 
^uidevoientfërvir à ce fiege ^ Scquiétoieiic 
en marche f lifient arrivées. Ce defl^in fu& 
C9(ecuté avec tant de fiiccez , que Mônû*.. 
de Tuienne ayant arrêté l'Armée des Enne^ 
lûis*, par les poftes avantageux qu'il Tçut 
choifif , non feulement Mbntm-idi yinaii^eÂ- 
cpred'autres^ Places tfesrimporuntes fe vi^ 
rcnt réduites (bus Tobeiffance du RofV Ce« 
pendant les divers^ mouvcmens qu'il fàlut 
fercpour cette cntrcprife $ caùferentdenou* 
TcIles.atlarnseS'àccux de Charleville & dé 
Mezicres , 8ç d'autânr plus qu'il aprirent 
çue fà Majefté. ixjarchgît en Pcrfonne ;.* de 
forte que pQi^r Iw rafluret, Mbnfr.dc Êa- 
^ért, qui étôîi^'.IçiLjr caùîiori fut ôblîgé':d<C 
a. rcxidre à diverlès fois dans ces deU5î: Pfai'' 

ccs^ 




ces, qifil retktt toujowsdaiis 
hconfiaacecjqclcsOfidierSy cjaiy 
doicnt^ avQicatCDhiL 

L'année fuivantc le Rot s'étattt: rendu t 
Metz» Manfnxle Fabert fie auffi ccvoya« 
ge ) & comme il alloit joindre la Cour à Ver« 
dun y apfes avoir mardié (cul aflez long 
Oeois» ilapellaundcfesamis, auquelildiCi 
Urne vient de iêmber dansFiffrit ^w/difres* 
fue txecHié ce tjue le Même difek que je fe* 
reisy 4 U referve des crimes ééeminéélesdent 
U me cbxrgeeit. N^^nra-t'-il pas fueje de^ 
Vois pr^efer un ji^e em ces quartiers ^ C^ f mt- 
fenr iefécUieer , je cenfeiUereis mh Roi de fi 
rendre s Sedém^ N^duezveusféisfiiipqml^Hee 
v^ages exprès pe$tr ceU ? Et lors ^efd -^4- 
jeffé efi entrée, dans cette Place^^ IdGéemifindn 
ChéUeMu^ de même que celle de U ville ny^on$ 
elles pMs reflél Le Roi 4 teiit penvpirfm'm^i i 
méUsJi U penfie de le trahir m' éteit venue , je 
PéÊnr^ifnpHétres-bHmblemenp de trewver betij 
ifue cette Gamifon fut frrtie (r^'^àfd place r 
en ent fait entrer des compagnies du Régiment 
des Géirdfs. Ce fut à ce voyage y qpe le 
Marqutsde Vcrvins époufaMademoifeUe de 

Bien qu'il parut que le Cardinal n« f ûcpar 
-boiuocHip ptorté pour Monfr. de.Faibcn , ce 
iMififtitre neifeJâoins ne laifla pas de lui pror 
-étirer 1q fiSiton d&Marcchal de Fonce. Il 
. . G 6 cft 



ijtf H I s T o I n s 

cft vrai que ne pouvant pas pour de fortes 
Itiifbns le relufer au Comte de Mondijeux 
Gouverneur d'Arras , qui leprcflbitdcpuîs^ 
longtems , il ctoit dificîle que celui-ci fût 
nommé, fens que Monfr. de Fabcrt le fût auf- 
fi. Ik avoient tous deux rendus des fervices 
tres-cbnfiderables prefque dans le même 
tems, Se fi la vigoureufe relîflance que le 
premier a voit aportée au ficge d* Arras , me- 
rîtôk le Bâton de Maréchal , les voyages que 
le dernier avoit fait au Pais de Liège, avec 
beaucoup de fuocez 8c d'utilité pour la 
Cour, de même que plufîcufs autres fervi- 
ces tres-cônfiderables ne demandoiçnt pas 
tone moindre recompcnfe. Ces raifons a- 
yant déterminé le Cardinal, il choifitdeux 
Gentilshommes pour porter le Bâton de Ma^- 
recha! de France, Pun au Comte de Mondi- 
jeux & Tautre à Monfr. de Fabert. Celui- 
ci ne manqua pas de dépêcher Monfr, <lc 
Servigni , qui alors étoit Lieutenant de 
Rot au ChatSau de Sedan , & qui depuis 
fut Goaverneur de Bouillon, pourremer- 
der lé Roi& le Cardinal j mais comme ce 
Miniftre lui avoir préféré k Comte de Mon- 
dijeux , qu'on nomma depuis le Maréchal 
de Chalemberg , en lui donnant le premier 
lanjg, fajoyefut mêlée de chagrin. Sué 
quoi il faut remarquer qu'à Tégard defeû 
avancement, i) n'a jamais remporté-d'avaor 

tagc^ 



DU Maréchal de Fàbe^t. 1^7 

tage, qui n'ait été accompagné de quelque 
mortification , 8c que dans ion élévation 
bien loin de concevoir de TorgueiU il^-- 
foit paroi tre plus de modeftie» & redoubloit 
pour un chacun Tes empreflêments £c &$ 
nonnetez. 
Le Roi après Ton Mariage étant de re» 

«tour à Paris, Mr. deFaberts'y rendit avec 
•M^ame (onEpoufe, pouravoic rhonneur 
de aire la révérence à leurs Majeftés» te il 
eut Thoùneur d*çtre prefenté par le Roi k 
la Reine , qui dés qu'elle l'entendit nom- 
mer, dit en &rpagnol y tengù tengo notitie de 
lij. Cependant comme 6n faifoit les prepa^ 
ratifs pour J'entrér de cette Prince0e , U 
furvint queloue dificultéau fujet du rang,en^ 
tre les Maréchaux de France Scies Ambai^ 
fadeurs; & comme chacun alleguoit&lbu» 

• tenoit ièsraifons , il £s^ut feuilleter le Certb 
moniel. Monfr. de Fabert qui avoit été 
prié par les autres Maréchaux de France 

r d'examiner cequiferoit à Tavantaçedeleur 
lUuftre Corps, il trouva qu'il avoitété die 

auç les Maréchaux de France étoient confi- 
erez! dans les jours de grandes folemnitez, 
comme renfermant prés de la per(oone da 
Roi la force de TEkat , pour aider au (butiea 
lie û Couronne. Apres avoir raporté c^« 
te mîibn àœax defon Corpi, il iutdepu-^ 
té poorlafiiixc ent;endicau Oup^Haal, & il 

G 7 le 



ti9 . H I I T o R i B 

h ficavcc: tant de force qUcle^ Mareçhâux 
tàt France remportèrent fur les AmbaflV 
-deurs » tfii pour n'être pas obligera ccckr 9 
lurent le p^û de ne point paroitre à cette 
iSnirée. 

Pelade jours âpres la Maréchale de Fa*^ 
4Mrt bomba malade , & fut ac€a({uée d'une 
â&vie tierce, qutayïHitd»eneréeïi(]uaFte9^ 
éontînuàf tout rhiver t apre^ quoi elle tomba 
Idaift Uhidropifiet msàgré: tous les (biiis que 
Jes' Mdiecms aporterent pour Ten garantir, 
^ndantâi maladie 9. qui fut longue , le 
^Maréchal de Fsd^ert; eutpoOrcdIe touslea* 
£>ffls & toute TapHeattoa^ que le nseillaiD? 
anâf rputileavœr pour fa femme;, auifi étoit* 
cepourune Epôufed^ùn rarementeficd^^unr 
^adtu txciaordinaii^ qu'il les prenoi^ En 
«m mot elle écoit digi» de h». Gomme elv 
le âiott fort^une quand jl répeufâ» il ae* 
hâ fîit pasidificile ^ de lut donner le pli £c 
kr temttàie» nedeflairels pourla âiteexcelleF 
daiis Icnrestus de ion fexe; & il trouva ta 
èUedeâfacikadifpofittonS) cp'il neluifite 

Î^as dificsle de reâffir» & qu'il aVQtt:qufà 
ai £nre paroitre â volonté pour qif elle en 
êtCztegle^ Qatxepempsfôdîre^neawioins^ 

S m n'y .ait ai quelgyei fùto&i kMpi&idK 
M â GmKhiitc;^f>eii/'de pfirfonotflJbtirQi^ 
vont excirtic? tic Wàtnc' , -J^t^^xàXMh Ar 
lèil:icfcst tadie'a». - Ibs peflroaac^ieft.p^ils 



BU MARBCA/lt De l^ABER-n tfij 

stccompKes ont awffi leurs dcÀûts: Ain- 
fi l'on peut dire qilc fi cène Dante ri*etitpa» 
eu hpaffioirdù jea$ eife^uroitbeaùbôup' sk 
proche de la peneâion , nul autre défaut ne 
lui pouvant être reproché. Elle mourut lé 
t ),. de Février t tf o i . laiffimt dans uw ex- 
trême afliftion ion Mari » qui défié Ifenr^- 
msûiT partir de Parieur retourner è Sedan. 
M^Joli,àldr$Curé de SrNicolas des champs^ 
& depuis Ëvéque d^Agen , ayantaffifté à la 
moit de la Maréchale de Fabert 'i reçttt'fbn 
Corps en dépôt dans (a parofl& , d'où quel* 
que tems après il fut transporté à Sedan, pàût 
étremisdans les Capucins; & en artendanîÉf 

2UCCC Couvent, dont It Maréchal dé Riber< 
toit îc Fondateur, fat acheva y ilfut fei(ïë 
en dépôt dans KEglift ife la ParoifTe. Elle Imf- 
& à Mr. dé Fabert de leur «sariagedetisr Bh&i 
trois filles,(àâeompter un autre fils,aui dan» 
An âjge peu avancé etmt mort avant fa^mere. 
Le Cardinal Maarin ne vécut que trois 
femainesâc^. ou y.joùrs après la niortdifi^ 
Madame de Fabert. La maladie de ce Mi<* 
^ftre avoit beaucoup augmenté». 8t^ il étoit 
fecilc déjuger qu*el(e Temporterciit en peu 
de jours > Tors que 1^ Maréchal de Fabert 
depéc^ Sertorros i Ppuf aller hii temoi^^ef 
de fa i^rt ,1e dephmr ^u^l ^voittle {a^mal^^ 
die.i -Cet EnWyé ayant été iiitrockiît pr^ 
do Cardinal la veille du jour qtiMl* mouhiût^ 

ce 



l^O ' HlSTOIRS 

ce Mioiftre lut doQ09ordrededireàMon(h 
de FalKTt qu'étape prêt àibixir de ce mon- 
de, il lui di^ic adieu» & que bien qu'il Je 
connût très ferme Se (ans aucune crainte de 
la mort» il (buhaitoit néanmoins qu*il mou- 
rut a|^c plus de tranquillité que lui > &qu*il 
tg lui arriva pas ce w'il avoit éprouvé dix 
fo«s pendwt la maladie. Que comme on 
Tavoit averti qu'il y ayoit peu d'efperance de 
gueriibn» il s*étoit diîpofé à mourir en hom- 
me » qui ne craîgnoit pas beaucoup ce pai^ 
îbgCi qu*aprés cela on Vavoît aflure du re* 
tour de (aiantépar le bon efetdesremcdes;, 
qu'on luiavoit dit encoreiju'ilfkloit mourir;! 
qu'on lui avoit donné en fuite des efperances ^ 
cC qu'enfip on lui avoit déclaré qu^il &lpit 
abfbiument partir. Quecesrefblutions pri- 
fçs & Quittées fî fbuyent lavoicnt tellement 
&tigue> qu'il nefouhaitoit pas qu'une pa- 
reille choie arrivât à les amis. Ce Cardinal 
chargea cnfuîtc cet Envoyé de prier le Ma« 
réçh^ de Paberc de donoercent mille pi(lo« 
les d'or , qu'il avoit de lui en dépôt » à celui 
quiluismorteroitlerecepifTé» ce que le Ma- 
réchal cfe Fabert exécuta dans la liiite. I.é 
Cardinal dit encore à cet Envoyé^ qu'il é- 
toit marri de n'avoir rien f^t pour reconnoi- 
tre tant de peines quM avoit prifes & tànc; 
4e dafl^;ers qu'il avoit cour us 9 depuis plu- 
J^UTs années. 

Scr- 



1 

DU Marcchal l>ft Fabsrt. Itfl 

Scrtorius étant de retour à Sedan ^ ilren* 
dit compte de fon voyage au Maréchal de 
Faberc , qui lui montra un Tcftament mu- 
tuel , qui avoit été ùii entre Madame ion 
Epoufe 6c lui , quelques années avant qu'eU 
le mourut. Par ce Teftament ^ ils nom* 
moient pp ut Tuteurs honoraires de leurs en- 
gins» le Duc de Noailles , Monfr. Voifin & 
Monlr. deTerme^ ce dernier étant prié de 
prendre un (bin particulier du détail de leurs 
afaires. .Le Maréchal de Fabert & Madame 
IbnEpoufêy marquèrent en cette occafîon» 
comme en toutes les autres ^ la force de leur 
jugement dans le difcememcnt de leurs a» 
iDis ; attendu au*il n'y ^n*éut jamaii de plus 
véritables I ni de plus eenereux que le Duc 
de Noailles & Monfr. Voifin } ayant coujpuri 
affiftélafiimilleduMaredialdeFabert» de 
leurs conlêils &de leorproteâion. Qiel* 
que accolé d'afkires que fut le Duc de No» 
ailles il n'a jamais négligé celles de cette 
Famille , laiflànt toutes les autres ^ lors qu'il 
étoit queftion de rendre fervioe aux Enfàns 
de (on Ami ; & Monfr. Voifin , qui pendant 
fix années I fut Prévôt des Marchands Se 
depuis Confeiller d'Etat I bien que chargé 
d'a^ires, a paru n'en avoir aucune lors qu'4 
à été queftion de parler Se d*agir pour les 
interrêrs de cette même iàmiUe. On ne 
peut pas dire la itiéme choie de Tennes, 

qui 



Xif 1 H I S T a I J^ E 

jqui ne s^aquita pas après la mort de 
^onifn de Fabert des obligations qu'il lui 

Sur la fin de l'année i<^<(.if qui futçelf 
ie doJ^ mort du Cardinal i^ le Roi voulut 
Jionorer Iç Maredial de JFai^rt du Cordon 
J>feu ; mais celui-ci qui par jjac delicatçfle 
extrême fur le devoir %:& fit 119 point 
^d'honneiir de ne le pas açceptpr^ dans I9 
|>çnirée qia'il fl*y avoit que les pejribnnca 
{l'une apcieiH)e Noblefle » ai|i -pû^ènit à 
JHfte ti^ce portcf ç9 cordop bl^. . Il pçri«» 
f it.^ Roi fort ^ao^ement fur ce fujet, Se 
liP déchrantqu^il n'étoit pas ifip dePiurni 
fioiAf» , il remongia à Sa Majçjlé^ nue k 
Sm^ceiiluftrç ét^nt'deceçi iortçsdçDiejpsi 
ffiie k Fortran dîftribue à qui il lui p^ir» 
6iu,qu%4q)4^ ppqst 

4çf»*etoi»,pi* ondefiim:: aft'flnpût «v^ jiH 
ikite ibipvtfcr ( ceui qui ireq i^oient fMpar* 
tagsps. Q^edans toutes 1^ canditimst il 
l^tottpeiinis à chacun d*cntf6r dans lécher 
miûqe la vertu 9 qui ne manque pas de con* 
thiirei la Gloire , & qtie lors qu^un homme 
fHiqikitokexaûemeQt de fon devoir, fuivatil 
k» idmieres que Dieu lui avoit données en 
farvant fbn ^uvenûn & (a Pairie avec tele 
Se fidélité, on n'avoitjienàlui reprocher 1 
qu*il avoit travaillé toute (a vie fw ces prin- 
cipe! f & qu'ainfî ay«r Surtout foa po{&» 



DU MARlEiCHAI' D^.FaEERT. l6x 

ble pour s'aquicer de ce qui clq>enck>it de 
liiî> il y auroîtdcKnjuftîcc, deconfido'cr 
en lui comme un défaut, la privation d'u- 
ne cho(e, dk>nt iln';ivoitpasétéenronpou«. 
f oir de difpofcr. 

1 Quelque yaûc que foit ce niîforinemcnt y 
&s Ennemis de Monfr. de Fabert ne laifle- 
rcnt pas de le blâmer &d'y trouver de Ig va? 
nlté & de Toftentàtion. Ses Parens blamc* 
rçnt; cette conduite , mais d'une àutrç mu- 
piere; i^s firent des plaintes du tort. 8c du 
désavantage qu'il caufdit par un tempijgna^ 
ce, 2cune declàratipn fiautemiqueàtoûte 
1^ pofterité , attendu que Ton ^Grand fere 
Avoit étéannobir parles Dy es de Lorraine | 
dansées Etats der^i.ie]s ils demeuroit ; que 
^hmçayiprt toujours poiîé la qualité dç 
G(^^tijib6fl3mè'^ Wqû'Q^Klûieutdirpu*" 

tçni» k 0)r3Qh Weù , dQnt là NoMefle â h 
t>l6n ei^^iiier h'étoit pa&mieux fondée que 
U fîçnnç^'ftn§ parler des feçôurs qii^il au- 
Içit pu faicilem.çnt tirer d'ailleurs', û com- 
me d'autre? , ' ilâvoît voulu ^'èn.fervir. .TIu* 
ÎEIeur$de fe$ gmis né manquèrent pas de. lui 
.dohhçf ce côjnrTen. M^i^ il demeura fehhe^ 
ne pouvant (butenir la pcnfées non fcole- 
jnent qu'il eut donné fujet auxautreis, mais 

3' uelui même eut à ft faire ce reprbcbe, 
Voir étnprunté pour Vau^méntaûôn. de 

(r 



1^4 H 18 T o I as' 

ùl gloire le (ccours de cè$ faux I;^iefis qui n'é-' 
tant qu*an puréfetdu hazard né pouvoient 
en aucune manière être en ùl difpoficion. 
Il diibit là defTus »* des chofes Çt admirables, 
&: difçourpît avec tant de force fur ce que 
f homme Ce doit à (bi même , que tous ceux 
qui récoutoient en étoient charmez , & que 
lés perfbnnes qui lui avoient fait des propo-- 
iîtions contre la pratique de cette morale, 
ie repentoient de les avoir avancées. Ce* 

Eendant fa Majefté , qui jugeoit miebx de 
i fincerité des intentions & de la conduite 
de Monfr. de Fabert qu'aucim autre , lut fit 
rhonneur de lui écrire de fa propre main la 

réponfç fuivante. 

MmCêufin^ jtmvout f^tiisdire^ pt^efi 

éViCplfis étiâimi , $u bien avec plus de fldi^i 
mue féÊê vu par voite lettre du 7. de ce mêÙ^ 
rexelupênque veus vous donnez, vous m^iêedu 
CerdanUiUy do^ féÊt/êis refoh de vous hono* 
rer. Ce rsre exemple de frohiti ^ wepMroitfi 
ddmiréHe , que je fuis contréint de ifous dvoiierj 
ue je le regarde consme un ernement de mên 
iegne^ Mais j^di d^ ailleurs Un regret tres-jen* 
jihTe\ de voirqifuH homme ^ qui par fa /valeiir 
Cr par fa fidélité , ef parvenu fi dignement aux 
premières charges de ma Ccuronne ; fe prive lui 
mime^ de cette nouvelle marque d^honneur^ par 
un obflaclej qui me lie les mains. -Ainfi ne 
pouvam rien faire d'avantage pour rendre jufii^ 
' . ce 



î 



DU Maréchal db Fabeut. i^f 

0i i iâîH vcrtn ^ j$ m^ns éffurerêi • dm moins ^ 
fâr ces lignes , quê jéimMs $1 n'y e$a dijpenfe ac" 
cor aie dvec fins de joie y que celle qiuji veus 
envêjerois de men P^P^^ mouvewftm ^ fi je U 
fQHVoisfuns reuverfer le fondement de mes ordres^ 
<7* que ceux )l epiijevMs dijhikuer leColier^ni 
feuvent fdnf^is en recevoir fins de h/hé dms 
le monde ^ qm le refus que vom en finies^ févr 
m f^^cipe fi généreux f vois ondonniââfrisdi 
moi. y e fric Dieu du^fùrplus^ qu'il votes 4$i^ 
mon Coufin^enf^faintei^ digne gérdi. A f écris 
le 19* Décembre i6Cl. figni Léms. 

' Ce (tu aibnqu'on parla d*un changement 

.confîdetable a Sedan) le Roi wanc pr^ h 

^idôlucion de foprimerleConfeirfbuveraioy 

. & d^écablir à fa place un Preiidtal. On fit 

iaro^t cette, refolution i Monfr. de Fabert » 

.ce on lut écrivit de laCour , que comine le 

&u î(oi fâvoit par dés Ruentes p«rticalic* 

resjji' honoré delà noipination de toutes lëi^ 

charges, tant de 'a GamiloQ qufe dùCbn- 

Jkil tourerain t Se du Coips de Ville» Sa Ma* 

}cfté vouloît bien encore lui continuer les 

mêmes gr^ceSf 8c lê même honneur i ré-- 

gard des Oiarges du Frefidial » qu*elle aU 

. foit établir 9. à la place du Conieil Souve. 

^xam. DésqueMônfr. de Fabert ei^ reoi 

^ cet avjs ^ il envoya i' la Cour j» pour fi^ 

^P^ U^jniMa^ k Roi 4!ggrc<r 



[.■ 



• » -l - f 



àùcjds Ofiçiers dû jCotifel^éivyeraîn J (^ 
etoientàc la, Refijgifon P. R# 8c qui avojeht 
au^ai*àvant Tét-^i foui lui àveè htàiUCoùp dé 
iclè & de fidélité , Ipûflciit avoir dahs lé 
Pfe(îdial des chargés ccjuiyalenres, à eelïés 
Qu'ils avoiènt pôfledées dans le Cônieil Soa« 
VétaifîV ^'âetaâiidc^é: plUs çjucî^éterî^^ 
dif itdbit de çc î^rëiîdfel % çdwfidcrajbîd 
Çc^ deuk choftsiuîfdrëîii i^^ à là 

tfefèrye^qiie îeSÇrchs^^u Roi ne '^liîrolènt 
p& Ùft d^unére%ioii^iitràiffe àcçflédcl^ 
Majefté/ÏI*Ehvoyééta'hïHeretdtità Sctiâh 




de; Fàbeft d^jbdtéf ' bWucbùfcf' ^^ foi: & dfe 






ôiOïl^^abbHiÉHfbitbk 



itfè 'afiift«.3w^'<ît?fl?awrcpsil''tfti 



DU Marbchal db Fabbrt. 167 

le l'obligea à prendre lapode, & après avoir 
couru avec une diligence extrèmeyil arriTaà- 
Sedan le i<(. de Mai 16^2. èneuf heures dq 
foir à portes fermées. On hti buvric ^ar 
l^ordrc du MarcdialdeFaberC) quilutén^ 
dit la main dés qu'il le vit entrer dans ùl^ 
duuntM-e, 6clepfia> âpré^quctotitlewon^' 
^ Alt (61 ti , oe lut dtire s'il trouvoîc qu'il; 
parlât de bon fens. L'Envoyé lui ayant té^: 
moigtiéik (urprife d'une femblable deman-^ 
de,8c demandé en même teitis pourquoi iliii^ 
fiiifoit ; ci/, liii repanit-il , ^ui^ff9r/d^ 
grand comkéft , tfs if^Atrs dmt ms t(u /ifL 
remplie i* m^ufff fait dire- des cb^es cmwmem 
iftteniieé « C^ empeehé d'tn exprimer d^mttrei^ 
^eje fichais de mèttfè ànjern, Quêi î mi jr 
aitéUérs en moi méme^ fduMlqu^uneptfimva* 
peur me ireiihletMenfentiarMijm'qîMhmertn^ 
de fenMdble 4 miè tafti f Hf^tjrejtftenj eê^ 
ijne fm t$tthede fdirtutfffie hnft teimcùmliifimf 
c^fétps d)M cet itàilm f ««Vtf M^f| rwnà^ 
dire ^vèHtiti^kià fetfey peùm^cmfidB 
pMjti^i €^ ieftèp^fit^ et^èjmy em^U 
4jH^émtfi' M^'i îjni eA dif^mite^ wipeursi 
0$àmeVd^p^^[ki^emên$ 'nn petêptusUire^ ne^ 

«èV&lâî'ayàm: Affilia' 'ifàH) ivi&t énm fect 

Wà^ & déëiaddfe «É^OiiltflUl {iâèMk ^dl^ 
: rc 



iM. HiSTOIftE 

ter de mcmrir dtDS les bonnes grâces do Roi t 
& fi la Majefté n*âvoît pas trouve mauvais 

3u'il Teuttant importunée pour les Charges 
uPrefîdial en fiiveur desOficiers de la R. 
P,R.; & comme la deflus Ton Ënvojr lui 
eut renducompte du bon fuccez de (à ncgoh . 
tiation , & de la bonté avec Ijiquelle le Roi 
Ini accordoit toutes iês demandes» il reprit, 
aînfi fen difcours. KousftvtJi^ Monfr:tpie' 
jt wfimsfldtt d*mi des vhofes du m$nde éfui 
m€ pût0Vmî JUnntr leplnsdefM^ €7* dans U* 
MiÛffijJHrais de rci^ir tsm f&wr leftrvicedi 
Dieu Cr €ilni du Rei , fuipêujr lefâha d^nm 
m infimté de ùer fifres. V^ns jtigiz. hkn sfùi^ 
téht il ijne r«/f di U reiimêft. £fs deux Keli^ 
p9ns, déms l étènduéi de ^ Gâfivernemeni ^ qne 
jt tfemx pMrleTm jfe erejqii fouveir exécuter €e 
d^eitêy méie e e mme f heure fàe Dieu i m^np^e 
pÊur eefs ir V/? fos etrnre venue ^ ÎT que ma 
gHÊtfie^ achevée m^aetené^tplus 4ffekm^!Wnt, 
de $ma mert pd i*apr$^he^ paifijetd'a^^hem'-. 
der que ceux, qui à cet éffttdjeut entrés dans 
ma peu fée, en iengaffétm'^ k fecendermes Iwt^ 
nés intentiens nepefent à d^aûtres fimimuns. 
Cependant il faut en cela j femme emieuteautrè 
cbefefefeumettre d U Velemi de Bien. Kftn. 
ce di(cours ik recommanda (esenfans i cet 
Envoyé , & le pria de. vouloir Xt^tSetvUt^ 
4e Père» lui témoignant néanmoins que Va- 
mitjé icodoit cette pocre inutilie • étant 

bica 



»U M AHECHAL DE FaBERT. ti^ 

bien perfiiadé qu*il ne pourroitpas s'empê- 
cher d'avoir un foin tout particulier de ces 
mêmes enfàns. Comme à ces paroles l'En- 
voyé laifla couler des larmes , I& Maréchal 
deFabertlui dit que cela lui doonoit de la 
peine i Je vous devéince peut itre ajautd^t-il^ 
defix^ de dix, oudevint tms ^ ce tems Ik efi 
feu de chcfi , il sy'coule bien^rot. Si mes fils , 
pourfuivit'il » étoiem ^ex» malheureux pouv 
cêmmettre quelque aSHen contre ee qiPils doivent 
d leur Roy , je vous prie de les remettre entre 
les mains de fa Majefte <y afin qu^ilsfoient punis 
félon quUls l'auront mérité, Ilparlaenfuitede 
ceux quife difbient lès amis» & le portrait 
qu'il en fit fe trouva fîtefTemblant qu'on s'é« 
tonna âpres (à m6rt qu'il en eut eu une fi par-* 
faite connoifiance. Lé mal du Maréchal 
de Fabert n'empêcha point après un fi long 
difcours qu'il ne fit aporter à manger dans u 
chambre à cet Envoyé i Se qu'il ne donnât 
les ordres, pour qu'on lefitrq)ofi;r. Lon 
que celui-ci fiu fbrti » il aprit toutes les cir- 
confiances de la maladie de ce grand Hom^ 
me, lesaâes de pieté & d'humiliation par 
lesquiels ils s'étoit préparé à la mort , avec 
un entière refignationa la volonté de Dieu^ 
le difi:ours qti'il avoit tenu ce même jour ait 
matin, aux Miniftres, à plufieurs Oficiers du 
Confeil Souverain , aux principaux habi« 
tans, & à quelques uns de Ces amis qui l'é« 

]H[ toient 






t^o H t s T o i wi m 

toient venus voir ^ & comme le jour aupar* 
avant il avoic été dans Ton cabinet » <i'où 
ilavoit tiré plufieurs papiers ,. Se les avoit 
ikitbrûlen On (ait qu'il éctivoit Tbiftoirc 
^e (bntems^ & ilnV a pas de douce qu'un 
(èntiment d'humilité ne le portât alor^ à 
priver le Public d'un ouvrage , qui n'^uroit 
pas été xBoins curieux , /qu'utile £c agréa- 

Le lendemain 1 7 . de Mai, P£nvoyé trou* 
va dans une Galerie Mcmfieur de Fabertf 
<qui marchoit feul 9 ayant pjufieurs de Tes 
gens auprès de lui ^ & comme ce premier 
&i eût demandé des nouvelles de fa famé I il 
répondit qu'un point au coté 8c une toux 

3ui Pavoient beaucoup incommodé pend- 
ant (èpt jours , venoient de le quitter ; 
mais que la fièvre Se l'opreffiondonc il étoit 
travaillé ne dimmuoient pomt ^ qu^étant 
dans le feptieme jour de (k m^adie , iî elles 
continuoientj il Ëdoit fonger à partir ; mais 
que (i elles venoient àceflër « (à (an té pou* 
roit (è rétablif«^ Son Envoyé lui ayant ré- 
pliqué làde(rus, qu'il parloit de (à maladie 
avec îttitant de lihcné , au'il le pourroitfei» 
re étant en bonne ianté ae celle d'un autre, 
îl lui repartit en ces termes 1 vohs fw conmif^ 
fiz. O^ vous fétvex» tjtteje ne fuis pas pienteur. 
jfc puif vous protofef ^jutjc m^ confidtre , çom- 
mt un forçat qni 4 long W»s ram^ dans nne 



-^i■ 






\ 



BU Maréchal de FABERT.171 

^^lere , O* qui ayant trouvé quelque occafi^n 
d'enfonir , ne peut penfer qu^avec une txtre^ 
me joie qu'il ^a bien- tôt jouir de la liberté. Que 
fi ce F or CM dansk tems qu^il croit tchaperren^ 
contre fon Oficier^ qui après F avoir reconnu U 
prend <T'le ramené dans fa goitre^ quel cba* 
grin r^efl ce pas pour ce mijerahledefevoireon'^ 
damné avec plus de rigueur que jamais a I4 
peine O^ au travail. Ma galère , ajouca-t-il ,' 
tf Vjî le monde ^ilj long tems quejy rame 4-* 
f^c beaucoup de peine , Cr bien que Dieu ait ^ 
permis , que je me fois élevé 4 un affez, haut de^ 
gré d'honneur , ce n^apas été fans un grand tra» 
vail , accompagné des plus tuifans chagrins. 
Je crois prefcntemeut être fur le point de foriir 
de utte galère , ce qui me donne tant de ]eie^ 
que fi quelqu^un pouvoit m'*a(Jurer du rétablitfer \ ' ' 
ment de ma fanîé y je le regarder ois tomme moH 
Ofeier , qui en me remettant a la rame j rem 
douhleroit ma peine Cr mes douleurs. Après 
avoir achevé de prononcer ces paroles ^^^ 
il rentra dans fa chambre , & s'étant af« 
fis dans une chaifc , il s*entretint encore af* 
(cz long tems de fa famille» Se déclara, qu'il 
fouhaitoit que rien ne s*y fit> que par les a- 
vîs & les confeils du Duc de Noaillcs & 
de Monfr. VoiJSn. Il parla en fiiite de Tctat de 
fes afâires, de Sedan, &des dépenfes qu'il 
a voit faites pour fortifier Cette Place , du 
atcle Se de la fidélité , qu'il fouhaitoit que 

Hz ' fon 



■'-'.t 



i/i Historié 

fon fils eût pour le fervice du Roi , cÇpcrmt 

3u*il s'ataçhcroit à fon devoir , & ayant tant 
e confiance en la bonté Se en la jufticc àc 
Sa Majêfté ^ qu'il ne doutoit point qu'elle 
ne lui confervât le Gouvernement de oedan. 
Là .defius Quelques Gouverneurs des Places 
frontières étant entrés avec plufieurs autres 
Personnes de qualité j il s'entretint avec eux 
^e nouvelles & de choies indiferentes y avec 
'^tant de liberté que s'il n'eût pas été ma- 
lade, jui^uesà ceques'étant mis au lit, 
toute la Compagnie fortitde (à chambre. 

Sur les dix heures on vint l'avertir , que 
deux Députez du Parlement de Metz é« 
toient arrivez aux Portes de la Ville , pour 
iuprimer le Confeil Souverain 8c prendre 

Î^ofleflioà du Prefidial. Ayant &it appeller 
on Envoyé , il le pria d'aller parlera cc$ 
Députez , pour (avoir d^eux s'ils avoient 
FËdir du 'Roi en bonne forme; qu'ail étoit 
certaih qu'ils ne Pavoient pas , & qu'il en* 
frqif beaucoup depafiion dans leur proce* 
dé. Que comme- depuis peu de jours , ils 
avoient rendu un arrêt contre le Confeil 
Souverain ^ les Oficiers de ce même Confeil 
en avoient par (on avis rendu un autre 
contre le Parlement de Metz; (ju*aucasque 
ces Députez n'euflent pas l'Édit & la De<^ 
èlaration du Roi » il fiiioit avoir un Huiflier 
poWk leur faire fignifier 9 Sc^nméme tems 

ftire 



•flrù Marscral de FaBER.T,T7J 

faire faifif la bride des chevaux de leur Ca» 
roflc , pour les conduire hors du Gouver- 
nement , n'y ayant qu'^a traverfer le Pont 
pour en (brtir. Comme les Députez fe trou- 
vèrent fans aucun Edit du Roi , cet ordre 
fut pleinement exécuté. 

Apres diné le Maréchal dcFabert ayant 
&it appeller tous ces Meffieuis, qui étoienc 
venus lui rendre vifite, ils paflerentdansla 
ruelle de Ton lit. 11 les pria de parler, ic 
leur dit que bien que (bnpppreflion Tempe- 
chat de le mêler dans leur converfâtion » il 
feroit néanmoins bien aife de les entendre* 
' D'abord quelqu'un (e mit à faire le récit de 
ce qui étoit arrivé depuis deux joursi (avoir 
que le Maréchal deFabert étant revenu d'u- 
ne eipece de foibte(fi^, oil if étoit tombe, il 
avoit dit à un Médecin en lui tendant le 
bras 9 V0jiez Monfiae^pér lefmfmtéU, fi là 

dccin lui ayant r^ndu en pleuraot qu'il 
eroyoitaue cela pourroit encore dû^^rdeiyc 

heures, le Maréchal lui avait répliquai «nir 
wus trmt^esi Monfr. ctU irsfliif^lm. Cette 
tiftion failcMt fentn^^n deia Compagnie 9 
mais Mn de F^bert ayant témoigné qu'en 
fobligeroit de changer de difirours, lerefie 
de la converfàtion roula fur les nquvellesi 
fl difbit detems en tems quelque cho& de 
icdkt qu'on lui avoit écrites, & cda coû* 



174 Histoire 

tinua ju(ques fur les trois heures y qu^l dit 
qu*il croyait pouvoir un peu dormir. Tou- 
te la Compagnie fortit alors ^ àlarefervede 
TEnvoyé » que cet illuftre malade voulut 
encore entrecenir quelques momèns fur des 
chofes qui concemoient fes amis, fesa&i- 
t€$y & fà famille. Il lui parla fur tout de 
la confolation qu'il a voit reçue pendant fa 
maladie de jyiademoifelle de Sternai , depuis 
Marquifè de Bevron , la feule de tous fes 
enfansqui le trouvât alors prés de lui» Il dit 
que dans un âge quitenpit dePenfance^elle 
lui avoit rendu tous fes devoirs > avec au* 
tantdç tcndreflc Se de fbinqu'auroit pu faire 
une perfonne de vint ans , & recbmmancja 
qu^on ne la mit pomt dans un Coûvent» pour 
ûuelque vue humaine ^ û cen'étoit en pen- 
fion pendant quelques mois : ou bien qu*oit 
la nourroit mettre de. Q)éaie qucMademoi» 
fellé de Pabert depuis Marquife dé Quajr-^ 
laS| prés de Madame la Marquife de Ver* 
vins. Il déclara en fuite de quelle manière il: 
vouloit que (es deux fils fuflent élevés , il 
les itcommanda encore avec les a&ires de fa 
Famille à cet Env<^c , & lui dit plufieurs 
' chofes obligeantes (ur la peincqu'il lui don-^ 
Doit, après quoi il lui donna congé» diiânt 
qu*il vouloit dormir. 

Il fe préparoit éfcâivçmcnt «uib^ameil » 
ttuws extoit à celui de la mort » & c*eft ici 

qu'il 



DU Mare^chal de ITabbrt. Ijf 

qu'il faut admirer la Providence , ce grand 
homme ayant fini (es jours de la manière 
qu'il lavoit toujours fouhaité. Qnluiavoit 
oui dire fort fouvent qu'il defiroit & e(pc« 
roit, (î Dieu lui confervoit le jugement, de 
mourir fanstemoins. Je nerveux pas , di(bit« 
il , voir dlots dHpris de moi une famille défilée ^ 
des amis y c^desdomefiiquesfleHrans^ ejmvous 
crient farts cejfe^ J^f^^ Maria , fouvenez, vous de 
Dieu< Tout cela , aujou^it-il , donne degran-' 
des difirailionsy je croitfue dans ce moment oà 
ne }!eu$paetrog fg rccH^tlir ethfii mimé , font 
demanderparkon à Dieu de tout f on €mwrO*de 
toutes fes farces , fi reconnoiffant tres^eoupahle Çr 
ertres' criminel devant fa Divine Majefté , Cr 
e^efl de cette manière ^ pourfuivit-il , que je de» 
J^re for tir de ce monde ^. fans donner la Comédie 
à* perfonne. Cette pçnfée étant venue à l'Eu- 
^&fé comme il alkiit fortir de laChambre ^^ 
il donna ordre à un Chirurgien , ancien Sc 
fidellc domcftique,, nommé la Rivière , aa 
Maître d' hôcel & àun Valet de chanïbre qu*il 
y laiiToic , de ne pas s^andonner le lit db 
leur Maître. 

Après que cet Envoyé fut Ibrti, le* Ma- 
réchal de Fàbert demanda (es heures & (es 
lunetes > 8t fit tirer lesrideaux ^ ^^^ relèr« 
ve de celui du coté de la ruelle y qui demeu- 
ra^ à demi ouvert. Cependant la Rivière 
s!!étant aproché par trois fbisy. il le vit tou^ 

U^^ jpurs 



* 



t^fi . . H 1 s T O I R B 

jours lire dans Tes heures, &]uifiiiântQgoe 
de fc retirer. Peu de tems après la Rivière 
$*ctanc raproché pour voir ce qu'il faifoit , 
il Taperçu t à genoux fur fon lit , apuyé con- 
tre le doflier , & luifaifant encore fîgne qom- 
ine étant fâche qu'il Peut trouvé en cette po- 
iture. Ce Chirurgien fe retira; mais enfin 
ayant oui deuj ou trois^upirs , il s'aproche 
doucement > & voyant qu'il ne faifoit aucun 
iigne comme auparavant » il Tapelle , lui 
tâte le pouls, lui met h main fur le coçur, 
& enfin ne lui fentant aucun mouvement^ 
il cria i Monfr.ti mm. Chacun étantaccou^ 
ju à ce cri, on trouva*qu'il avoir rcnduj'é- 
Iprit, & prés de lui (es heures avec fes lu- 
nettes t marquant le dernier Pfeaume qu'il 
«voit lu , & qui étoit celui de Mifenre mti 

, Teik fiit la fin du Maréchal de Fabert» 
fin digne d'une vie auffi jqfte & auflî glo- 
ricufc que la fienne. Que fi l'onconfidere 
ce grand homme dés fon entrée dans la pro- 
ifeifion dçs armes, on verra qu'il n'y eut jamais 
de conduite ni plus fage ni m icux réglée que 
celle qu'il eût toujours foin de tenir , il fut 
^ujoui« (bbîc , vigilant Sc infatigable i 
Thonneur & le devoir étoient les fculs mo- 
tifs , qui le fai oient agir. Comme il a- 
voit le coeur droit, & Tefprit folide & éclai- 
ré, il lie rechercha js^raai^ la feuifç Gloire ,^ 






.-3 



**?; 



nv Marîchai^ de Fabert. 177 

Se CD tout tems laverkable fut Tobjet 4e (ès^ 
ibiûs. Son zèle & iâ fidélité pour fon Roi 
le portèrent à entreprendre dans les occa* 
fions les chofes les pliis dificiles» Se (es lumiè- 
res, fa penetratioa , ScioDaâivitjénem»!- 
quoient gueres i ^lui procurer un heureux 
fticcex. ^ Rien n'étoit au defius de fon inê« 
rke 9 Se s'il eût été aifez-heureux pour pdf- 
feder les bonnes grâces. Se la Êiveur du Car- 
dinal Mazaria, il feiott monté (ans peine au 
plus haut deàré de la fortune. Un efprit de 
diK^itiirc quile dcmiinoit , Se qui incapable 
de flateriene pouvoît céder qu'à k railbn^ 
étoit un grsmd obftacle à (on ayaoœiûent », 
£e comine nulle confideiation ne pouvait: 
robligeFàcrahirfesibneimens^ îlfeYitprî- 
véde cette faveur qu'ilaToitneanmoiosinev 
ritée par iês fervfces,. 

ileft certain qu'il en rendît de ttes-confî* 
derablèsÀ la Comontie. Car fkas ij^lcs de 
là ftmeufe fttraite de Nbupence , du i!a¥Î9* 
taillement d'JHbpenaUr dcsiiegpdeSàMr^ 
ne, deLandreci,deClii«s^d^ffl6,4bPer^ 
pignbn Se de quelques auffes, du ecMnl^ 
dekRoutepr^deQuîerSt delabaMiUeëe 
k Marpfaée prés de Sedan » Se de plii£emi 
autres occafîons Se «peditt<ms où il fe iugn»^ 
k d'une manière exasorâimire, pair fi va» 
^ kur ,. feaiâgiBS coi^ils S^ionaâivite , que 
^ seJStpil point dqpuis^'il fut établi Goih' 

H f vci> 




\ 



veriieitr^ dé Sedaa ^ . & avec quel fùccez oe 
tr$vaîlta^t-il pas E^uriefervice ^duRoi&^fe 
bicndcrEtat? 

CetiePIaçelocs qu!îly eûtra ésoti fi pcui 
feitequ^Ik powolt être prired*cinbtée> fie 
k Couf; ne ppuvoît alors ^ f par r^tobaiis det'^ 
a^effacheuibcoè elles (è trousroic , enfitH- 
re rétaUk les FQrti&:atioas i , Mènfir» de Fa« 
ben rentireprk .&j£uflkdeBiaiûere9 qu'on • 
tdmire eoooxe au}OUfdhuî ksi pKidigietts 
^^3rïragerqii*îlf z&kMoailmke^ &ûs tfii^* 

Ïtoyr œh oa âît^ni cou^ au^finaiicès du4 
toi 9 , Qî livéaucun impôt fur le Pei^le. Ce 
fùclm qui procura à laCour le moy(md'a&- 
fiêger & de piencfae Stenai & Mentmidi » en^ 
lui j^ri^BC jdeiix mvte& Ptams co^fiderâp- 
hle^. que rcxtscutîoii de.oes deux deflèîm 
auroit pu faire perdre.' Sans : lui. JsuQQCtr 
étoitperdci^JôfSiiuc kOainifim s^yrevol-- 
ta»&s*iU'éut;eaIefQiade&ÎKiiiai^a'inbc : 
yarçiede edle.df Scdaadaoâ k Gaffine £c 
4ii0^ li^rvilk 9^ œ^dcuiç dcrokrea;^PkGBS^ 
fli'àui^ieQt pùéiseoQoIen^ooa^. Qpe fi pour 

£^e6q.»jifefoFiparâ|4efoQ^^s,^ il n'eue 
|ias r^faonoeuTile pseodie plu0éuss I%ces^. 
.il remporta^ neanœoinsLkgloîre d'en avoir 
^QU&rvé de beaucoup plus coufiderabks ^ . 
4|ue ceUes qu'il aueoit pu enk^çr aux finae- 
»is. Bien que fkG^mfw ne fut pas fo«t: 



l 



o^ Js/Ca r I c ïta ïïi p^ I* A B E ht; %^^ 

nombreufe , il ne laiflbit pas d'en envoyer 
de tems^n tems une partie dans les lieux oâk 
elle pouvoit être de quelque (ccours. Il eût 
tou}ours pendant le tems* déplorable de li^ 
Guerre civile deux ou trob cents^iommes 
hors de Sedan, qu^il fàifoic marchertantot 
d'un coté, taatôtd^un autre, ieion que la 
sseceffité le demande, comme des Trou- 
pes auxiliaires* 9 qui ne coutoient rien auh 
Roi. Ceux qu'il avait fait entrer dans Rhe^ 
tel en prolongèrent le fiegc par ià vigoureux 
iê refillance qu'ils firent , & le détachemenc ,^ 
de (àGarnifon^ qu'il fit marcher avce une 
extrême diligenceau Pont basde Couvons ^ 
}^amva fiàpropos, v qu'éUeeut beaucoup de ^ 
lart au fuccez au combat , > qui y fut <lonné* 
1 avoit de même envoyé du Iccoors à Ro* ' 
oroy lors qu'il fui affiegé ,^ mais leC^itai^ V 

ne qui conduifoit trois cents hommes » & 
qui avoit ordre defe jecter dans cette PhcCr- 
revint après avoir gardé cmq ou fix jojiri 
les bois, & dit qu'il ne liti avoit pas été po& 
iS>Iei.d*èxecuter cette entveprifë , Monfr» 
de Fibcn lui ayant demande queHe tenta* 
tive il avoit faite potu^ cela ^ fit la reponfede^ 
ce Capitaine nele&tisfài&nt pas, il lui par-- 
la rudement, Sctrouvaquelquesjoursa^prés 
le moyen de s'en défaire.^ 

Sa bonne foi & faprobité , vertus qu'il 
ppÛoioit dans un degré éminent ^ lui uvoir nt 

H 6 telle* 



t 



» 



V 



s 



/ 



z' 



180 H t » T I H 1 

telkment^quisl^eftime & l'amitié des Goik 
Tèrncurs des Places Efpagaales , qu'ils ne 
éiifoienc aucune dificulté de le prendre pour 
}uge & Arbitre des diferens qui fursre- 
notent entre eux & les Gouverneurs Fran* 
çois des Places frontières. 11 s'étoit aquis» 
m même crédit parmi tous fes voffins , qui 
charmez de Ton honnêteté , de des. folides- 
eenfeils qu'il ne manquoit pas de leur doii* 
ner dans les occafions,s*adre{Ibient toujours 
a lui comme des enfànsàleur Père, delbrte* 
que plufieursPerfonnes^. des Ennemis me** 
mes , lui' con&grenc fouvent leur argents- 
leurs papiers ^ & tout €c qu'ils avoient de* 
plus cher. Ileft certain que bien qa'ônfçutr 
qu'il alloit former le Sî^edeScenay, il ne 
kifla pas de recevoir deux jours avant fon 
départ , & le joue même plus, de cent miHe 
livres en dépôt - 

La douceur 9 la juftijse &: l'équité avec^ 
lefqueliesiltraitoit les Peuples deAmGau-^ 
vcrnement , lui avoient fa bîea. attiré l'a* 
mourde cesmémesPeuplesqu^ilsfeferoienCT 
Ikcrifiez pour lui; & c'elt la grande confian- 
ce qu'ils avoient en lui ^ qui luifit concevoir 
l^fperance de reii0îr dans le defleinou'il ar- 
voit formé de la réunion des deux Rel^ion% 
& qu'il croyoit beaucoup avancé^ brsqu'é* 
tant tombé malade, il (c vit obligé deiie^diif 
penfer t}u*à &m départ. 



ou Maréchal de Fabe&t. 181 

La Libéralité étoit auffi une des graodei 

Vertus de'Monfr. de Fabert ; fa plus grande 

joie étoit de pouvoir donner, &lor5qu*i lié 

£û£bit c'étoit avec une grâce toute parti* 

culiere & d^une maniere^qui plaifbit, 8c obli» 

geoit infiniment plus que le prefent. Lors 

qu'il connoiilbit un hommej^^ merîte , & 

cajpable de rendre du fervice, il foUicitoit 

à là cour pour lui , & quand il avoit reiilli , 

il convioit cet homme àdiner, £c auibrtir 

de lable, il lui prefentoit un paquet, en lui 

di&nt, MMjr.voil4 ce que paire fHpêarvûSês^ 

Celui qui recevoit ce paquet y trouvant des 

dépêches pour un employ ou pour queU 

qu'autre grâce qui lui étoit accordée, fans 

avoir foUicité, ni (ans fkyoit qu*on eut fol* 

licite pour lui , ne manquoit pas d'étteex^ 

tremement iûrpris, Se voulant d'abord té* 

moigner fâ reconnoiflance par des remercie- 

mens , Monfr. de Fabert l'interrompoit ; 

ypujvaHsmpqtéiz.i Monfr. lui-difoit-il , w'^ 

VfX V9US fos fait telles C7* telles étBiens^ Cr 

rendu tels ^ tels fermées^ Le Roi qm en a 

iti informé s fujet de croire ^que vous le fervi^ 

rez. avec zjele {^f délité 9 ^ ayant autant d^e^ 

[frit éjue vous en avex.j vous pouvez, vousren» 

ire utile en exécutant telle Cr tellechofe. Par 

ces fortes de moyens , ilengageoit, fuivaut 

les tems & les conjon âurcs , ceux qu'il em- 

ployoit, à fi bien fervir le Roi , que pour 

H 7 K- 



'N 



témoigner leur reconnoiflaticc , ibétoient 
toujours prêts à repandF«jufqucw k derniè- 
re goûte de leur (ang. 

Ce Grand Homme aimoità'fe communia* 

quer^ mais ilprenoit garde àbien choifirla' 

Pcrlbnne , à laquelle il voulok s'ouvrir 8c^ 

ie confier. M ne demandoitpas qu'elle eut 

beaucoup de lumière ôc de pénétration. U: 

ne recherchoit en elle que la difcretion ^ la» 

fidélité & le fecret. Cétoît, difôit iU 

pour tenir fon efprit dan* ragitation , qu'il 

chôififlbit x>rdïnairement quelqu'un poui? 

lui faire part des chofes qu'il tnedîtoifi. 

ayant reconnu par expérience,, qu'en cher- 

diant descxpreflîons afin de bien faire com^ 

prendre les idéç* qu'iî a voit conçues ^ il lui 

Vcnoit de nouvelles penféer,/qui nelùftom^i^ 

boiént dânsPefprit que Ibrsqu il s'cforçoit 

d'expliquer nettement le {bjcr dont il trai-^ 

toit. Il avoit néanmoins beaucoup de viva*" 

citédansTimagination,. bien qu'ilfûtdoiié^ 

d'une folidité de jugement admirable 9 8c 

cette vivacité d'imagination né manquoic 

pas de faire fur fon efprit une forte impref- 

fion des objets, même de ceux dont ilétoit 

occupé dans fesfonges. Je raporterai ici 

fur ce fujet deux chofes remarquables» & 

que lui même a fouvent racontées^ 

La première efl.qu'àyant oui faire eftime 
ile Camcrarius, ilgria un. de (es amis de 

le: 



»u Maréchal 0E Eabert. iSj 

le lui acheter àFrankfort &lc lui envoyer 
à Metz. Il étoit encore jeune ,. & fa curio- 
fitc le portoit à fe remplir refprit de tou- 
tes les connoiflances , qu'un homme doué 
d'un bon jugement , & d'une heureufe mé- 
moire peut puifer dans les livres François, 
Efpagnols Se Italiens 5 il s'attachoit donc 
aux Mathématiques ^ à la Géographie , à» 
TAflirologie judiciaire , à THiftoirc, & à 
divcrfcs autres Sciences » & tous les foirs 
après ^*etre mis au litilnemanquôitpas de 
lire j ufques à ce qu' il s'endormit. Le jour 
qu'il voulut commencer de lire Camerarius,. 
il fcjeflbuvint , qu'il avoit un aurre livre à 
achever y ce qui l'obligea à remettre au len- 
demain la leûure de Çamerarius. Ccpen» 
dant s'etant cndormiccfcirîà€vîrtS;5€à«Sr^ 
dinaire^ c'eftàdireenlifantv il fong^qu'il 
avoit ouvert ce livre » & qu'à la marge ,. 
qui fe trouuoit (cpwée delà page par des fi* 
. lets rouges^ » il liloit qiselques. mots latins^. 
qu*il ne manqua pas de retenir. Comme il 
ne favoit pas cette Langue, il pafla dans lac 
chambre de ion &ere , pour lui dematyier 
l'explication de ces paroles ,^ qu'il croyoit 
avoir cfeâiveraent lues j mais fon frère lui 
ayant dit qu'il oublioit quelques^ mots ,« 
qui dévoient remplir le fens dudifcours,. 
il foucintque c'étoittous les mémcs4«rmes 
Ctontenus^danslamaige^ (^u^ilavoitfbribien^ 



•s 



N 




184 Histoire 

retenus , & qu'on n'y en trouvcroît point 
d'autres. Sur cette conteftat ion , ils allè- 
rent voir ce livre dans la chambre de Mr. 
de Fabert 9 qui fiit extrêmement furpris 
de le trouver envelopé d*un papier lié Se ca-* 
cheté. Ce fut alors que luy qui étoit enne- 
mi du menfbnge , eut une extrême confu- 
fion, de voir qu'on pouvoit Taccufer de ne 
pas toujours dire la vérité. Quelque pro- 
feffion qu'il en eut faite jufqu' alors, le re- 
proche que lui fit (bn frère lui fut fî (ènfi- 
ble, qu'il ne put s'empêcher de donner des 
marques de la colère dont il étoit agité. Ce- 
pendant le livre ayant et é ouvert 8c decache* 
té, ils y trouvèrent les filets rouges» qui fài« 
iôient la feparation de la marge, oùleL4« 
tin qu'avait raporté Monfî-.de Fàbcrt étôit 
contenu mot a mot » touchant un trefor^ 
caché & découvert dont il avoitoiii fiiire le 
itcit. On ne maoc^ point de parler die 
cette avmtuîe , 8c ott en aurott parlé bien 
davantage 9 (i on eut voulu fçavotr que ce 
tréibr fut découvert à un des Ancestres de 
Meffieurs les Comtes de la Bourlie , le à-* 
meux Robert de Gtnfeard DumeuxdçC^* 
bre. 

La féconde avanture » qui eft celle dont 
on a le plus parlé , lui arriva à Fôn^enai 
en Brie , Terre «partenant au Duc d'E- 
pemon. 11 étoit couché avec Monfr. du 

Bout- 



f ou Marbchal de Fab£rt.i8$ 

Bourdet Capitaine au Régiment des Gardes , 
& fuivant fa coutume s*étoit endormi » a- 
prés avoir lu aflez long tems. Il crut en- 
tendre marcher quelqu'un qui lui dit 9 qu'il 
ctoit envoyé pour facisfaire (à curiofité fur . 
les chofès les plusdificiles, dont il defîroit 
avoir une parfaite connoiflance ; & com- 
me Mr. de Fabert repondit » que fz plus 
forte paffion étoit de avoir cequec'eftque 
la Création » Se de (|uelle manière le_ Mon- 
de avoit été fabrique, atLendu que ce qu'il 
en avoit lu dans IaGenefe> étoit trop pro- 
fond , £c trop au deflus de (es lumières pour 
y pouvoir rien comprendre , il lui fut re- { 
pliqué, qu'il alloit être fat isfàit y maisqu'au- 
paravant il &Ioitaue par un certain discours 
il fut difpofe à oien concevoir la matière 
dont il devoit être éclairci. Là defliis ce 
diicours (è commence avec tant de force 8c 
d'éloquence 9 & d'une manière fî nette 2c 
fi penuafîve que Monfr. de Fabert en fut 
charmé. Enfin il Técoutoit avec admira- 
tion 9 8c celui qui le âifoit étoit prêt d'en- 
trer dans rcxplication de la matière , lors 
que Monfr. du Bourdet 9 oui entendoit par- 
ler de tems en tems Monfr. de Fabert » a* 
près l'avoir appelle plufîeurs fois pour le ^ \ 

faire taire^ je pouflà rudement j ce qui l'éveil- ^| 

la , ou le ura de l'Extafe qui luy étoit arrivée; 
Cependant il en dcmeun fi nappé ^ & en 

con» 



i 



J 



' T$iS Histoire 

confcrva fi bien Tidéc dans (on efprit ^ qu*3 
ic pdrfuadoit que c'étoit moins un fonge 
qu'une realité ; ce qui n'a jamais manqué - 
d'arriver à quiconque s'entête du Plaio- 
. nifme. 

Comme il étoic véritable & fincere , il 
vouloir que ceux avec qui il converfbit , & 
qu'il hpnoroit de fa confidence le fuflcnt 
«uffi. Pour apretîdrc à bien connoitre une 
perfonnc, il l'examinoit beaucoup plus dans 
les petites chofes , qui arrivent tous les jours, 
que dans les grandes qui fiirviennent moins 
ïbuvent Dans Us premières , di(bit-il , com" 
me un homme fuit [on penchant fans ff^omrain^ 
1 dre^ il fe fait voir au naturel; -au lieu efûedans 
€elles'Ciy ayant foin de s*obferver CT* tachant a 
fi dejruifeTf ilnemanquepAsdefaroipretoutaH^' 
tre quHln'efl efc^i^ement. 

f _ Que fi toutes ces grandes qualitez que je 

viens de raporter, lui aquîrentrinclination 
de tous les gens de bien; PEnvie luifiifcita 
aufii des Ennemis , qui par une malignité 
ordinaire à ceux qui ne peuvent foufrir la 
Vertu en autrui , fans fc mettre nean- 

' moins en peine de l'aquerir , ont taché à 

■ noircir fa réputation, mais qui n'ont pu em- 
pêcher que iâ Gloire n'ait brillé & ne brille 

! ' dans tout4'advenir. 

FIN. 



'I 



r 



ESSAI 

SUR 

L'HOMME^ 

PAR M. POP£. 

Traduit del'Anglois en François 
far M. D . S. •♦■♦♦♦. 



Il» propcr «udy of manKind is M*»- 
i itaicfnprc Je Imntmt tg /•HoiiuB. 



M. Dec. XXXVI. 



» KC 






T . • 



' « « • « 



PREFACE 

DU TRADUCTEUR 

MONSIEUR POPE, 
le plus grand Poëie d'An- 
gleterre , Se un des plus beaux 
génies qui ail jamais paru , s'éianc 
propofé d'écrire fur la vie & le> 
moeursde l'homme, a crû devoir 
coi^fiderer d'abord l'homme en 
général , fa nature & Ton éiac. 
Il cil néceflaire pour prefcrire 
des devoirs , & établir des pré- 
ceptes , ou pour examiner la per- 
feâion ou l'imperfcâion de quel- 
que créature que ce foie , de cort^ 
noitre pcemleremeni quelle cil 
fa condition Se quels loni fes 



4: Préface 

ïapoirts: quelle eft la fin & qud 

Fbbjec de fon évidence. 

. La Jçience de la nature hu- 
maine , ainfi que toutes les Autres 
fciences, fe réduit à un petit nom- 
bfje*dHdéçs tlaifp^ Il n*y a pas 
déM ce inonde beaucoup de 
Terités certaines. Il en efl: de 
ranaïomie de refprit contime de 
celte du corps: il eft plus utile 
de s'ipliquer aux parties les plus 
fenfibles & les plus faciles à aper- 
cevoir , que d'étudier de petits 
vàitfeaux ÔC de petits nerfiquî 
échapent ausc obfervations. Ce 
font néanmoins fur les. objets de 
cette nature que roulent des dif- 
pùtcis qui fervent bien moins à 
augmenter la théorie de la mo- 
rale, qu'à en diminuer la pra^- 
tique. 'En conféquence de ces 
cbfer.valions , M Pope s'eft pro* 
pofé de laifTer les chofes intelli- 
gibles , de tenir un fage milieu 
nu« des dod^ines tout-à-: 



du 7fadû£lmr. 5 

opoféesv & de former un (îdême 
de morale avec uo mélange de 
remperature, qui ne nuisît pointa 
la rdidité r fidême aulQ court 
que bien digéré. ■ ' 

Ce qu'if a' publié con(ifl« ea 
quatre Epîures. .C'eft une idée 
générale de l'homme, où il n'y 
a que les plus* grandes partier de 
tracées , leur étendue ; leurs lir 
mites , ÔC' leurs connexions; U a 
donné à ces quatre Epi(res leticf e 
de preaiier livre, & il en annonce 
un fécond qui renfermera des 
particularités plus^ fuCceptihles 
d'agrément. Il me fait dans celui- 
ci qu'ouvrir les fontaines .^i^-pré-. 
parer les canaux: dans l'autretii 
en fuivra le cours & les déto«rsr 

Voilage: que l'extrait de }a I^ré- 
lice qu'il a mis lui-même . à It 
fête de fes E()îtres, m'a fourni. 
Ces Epicres font écrites en vers, 
& elles font adreifées à Hec^ri-'^ 
Saint- Jean LordfiolingbcoJ&ei 



i 



6 Préface 

qui perfonne ne refufe Taveu 
<l*une fupenorité de génie ôcde 
talens. M. Pope iTloîié fans êcre 
Hateur; ceci ell: une exception 
aux Poëtes Se aux dédicaces. 
* Le fujec efl: d*une métaphyfi- 
que abftraite ôC délicate» où Ton 
peut aifépenc perdre le fil des 
înduâions & les liaifons des ra« 
ports t Ôc des différences, La ma- 
nière d'ailleurs donc les idées fonc 
«xpofées 9 eft extrêmement con* 
cife : ce n'efl: pas fans raifon. Car 
en môme cems que par la brie* 
vecé de Texpredion les chofes de^* 
viennent plus faciles à êcre rete- 
nues , on devient plus propre à 
en conferver le fôuvensr à pro« 
portion du degré d^atcention que 
h'pïécidon requiert du Leâeur. 
je n'alléguerai pas que le but de 
CÎBC ouvrage eil plus d'inftruire 
que de plaire. Le plaifir s'y trou- 
Te>9 mais il veut être recherché» 
& des réflexions de retour famé* 



du TfaduSteuTé y 

nenc » ce qui en relevé te fenfibi- 
\ïté, & augmeote cecce cpqi- 
plaifanee propre que l'on goûte 
dans de femblables découvecies» 
Il ne fera pat toutefois hors de 
propos de prefenter une idée de 
cet Ouvrage. 

La première Ëpitre traite de 
l'homme confideré par raporc k 
l'Univers y & FAuteur y prouve 
que fottP ce qui eft , eft Meih 
L'Univers entier forme un fif* 
tême général que Thomme igno* 
re. Trop borné » il oe ie coonolc 
qu'en partie , £c trop préfomp* 
eueux r il veut en raporter la to- 
talité à eetce partie qu'il conooîc, 
& qui eft fon (iftême particulière 
De ce principe d'orgueil itaîc 
l'idée d'une perfeâron chtmeri* 
que qu'il (e plaint de n'avoir pas» 
& qu'il ne fçauroit avoir fana 
cefler d'être ce qu'il eft» fans ceii'- 
fer d'être homme. Oa^tANchgik 
des £trei| c*e(l*à-dire , dans te 



8 Tréface. 

rang oit la progreifion des di« 
veries eréttures » il doit y avoir 
tin ê(re tel que I homme; &par 
raport à Tunivers cec homme 
n*efl: que partie d'un tout qu'il 
ignore t ÔC auquel il doit être re- 
latif Son orgueil s'irrite à tort 
de cette ignorance qui n'efl: point 
donnée en vain^ (k regrette à 
tort des puiflances & des facultés 
difproportionnées à la nature de 
celui qui les fouhaite ^ ou même 
iacQjnpatibtes entr'elles. La gra- 
dation & la fubordination des 
êtres & de leurs facultés quiefl; 
infinie & admirable, forme une 
efpéce d'échelle dont les propor* 
tions né peuvent être altérées 
latis la détruire ; TEtre ordonna- 
Ceuc a placé chaque chofeidâns 
le degré où il doit êcre, enforte 
que tout ee qui eft, «fi bien, 

La féconde Epicre traice de la 
nature & de Tétac de Thomme 
par^raporf à lui«même,coDfideré 



dtt Traduâeur. 9 

comme individu. Ceft un être 
d*une nature mixte, borné dans 
fes facultés, fujet à beaucoup de 
foibleffes. Ceft un mélange de 
paillon & de raifon , de vices Si 
de vertus: mais ces paflions 6c 
ces vices font des inflirumens de 
la Providence , des moyens du 
bien:général, en forte que quoi^ 
que l homme /oit toute folie , Dieu 
eft toute fagejfe. Ceft cette vé- 
rité que Tâiuceur a en vûë de 
prouver dans tout le cours de 
cette Epître- Il y découvre les 
principes des aâions de Thom- 
me : Tamour propre ôc la raifon; 
Tun & Tautre font également né«- 
celfaires. L'un fait agir, CcrAU'- 
tre retient, & ces principes ont 
plus ou moins de force à propor^ 
tion de la proximité de leur ôb^ 
jet. Us s'uniflent en ce point fi^ 
nfti, de rechercher le plaifir Si 
de fuir la peine. Les patlions font 
Jes modifications de Famour pco^ 



10 Préface • 

pre : elles fonc les élemens qui 
compofent rhomme , & qui par 
conféquentne peuvent être dé* 
truites» mais qu'an doit modérer. 
Des parlions mêmes naiflent les 
principes de nos vertus *t vertus 
diftinguéesdes vices ^quoiqu'elles 
«n foient fort voiHoes , ôC qu'elles 
leur foienc , pour ainfi dire» apa- 
reniées. L*homme efl: un cahos 
d*ombres & de lumières , qui ne 
peut être (eparé, dit M. Pope» 
que par le Dieu qui cft en nous y 
c'tik auilî rexprellton d'Ovide^ 
eji Deus innobn. M. Poperapor- 
tant couc » fuivant les principes de 
la première Ëpitre » à la totalité 
de runivers, & à TEcre fuprême ^ 
Q'agiffant que pour une feule 
grande fin » à la nature 6e à Dieu 9. 
legarde nos pa(fions & nos vicesr» 
ainfi qu'il e(t déjà dit 9 comme 
desinllrumensde la Providence 9 
des moyens du bien général: la 
iageffi; divine a diftribué aux difi- 



du Tradttêleur. ti 

ferens ordres d'heureufes foiblef- 
fes d*où réfulcenc leur dépendant 
ce, leur unions leur force/Des 
payions forcables accompagnent 
chaque état, & ce que la con- 
noiflance peut renverfer tcespaf* 
(ions le relèvent. De-là cette con* 
fequence, que quaique V homme 
fait toute folie f Dieu eft toute fa- 
géjfe. 

La troiBéme Epfere traite de h 
nature & de l'état de Fhomme 
confideré par raport à la focieté^ 
ÔC toute cette Epkre tend à prou^ 
ver que te véritable amour pro- 
pre Ôc Famour focial ne font 
qu'un. Tout le monde efl: un fi(^ 
tême de focieté« Rien n'éxifte 
à part î rien n^eft fait ni entiere*- 
ment pour lui-même , ni entière* 
ment pour les autres. L'homme ^ 
ce maître de tout , nourrit leco*- 
choh I engraifle Poifon : & cei^ 
animaux relativement à leur de» 
gTé 4e connoidance t font au 



12 Préface. 

moinsî autant fondés à croirb 
Thomme fait pour eux 9 que 
rhommeTeft à croire la création 
faite pour lui. S*ils concribuenc 
au bonheur de Thomme , Tbocn- 
me ne contribue: pas iBoins avi 
leur, il y a pour tous un bonheur 
mutuel. Chacun ia un degré de 
Gonnoiffance qui lui elb propre , 
& qui efl: proportionnel à fon 
état. Si rhoninié 'CÂ pourvu dé 
la raifon i la bête efl: pourvi» 
de rinftinâ: : l'un & Fautre prô- 
duifent également le bonheur de 
chaque Individu r il^ produifent 
les mêmes eSets par raport àJa 
fbcieté. Ils marchent par des rou* 
tes différentes vers le même but» 
C'eft même rinflMOjdb qui forme 
entre les hommes les premiers 
liens , la raifon* les ce (Terre : ainfi 
la raifon eft gutdéepar Tinftinâ^ 
ainfi la paffion & la vertu mar* 
chent par tout. Ce n*efl: pas que 
rétatde la aacure innoceete iuft 



du Traduâeur. 13 

(tm éCAt d^aveuglçmcm » c'étoic 
«3 contraire le règne de Dieu; 
& fi depuis l*homme efl: parvenu 
auxausy ce n*efl;;qu*en faivanc la 
nature^ & qu*eo çoptanc TinAiiiâ;. 
Jl a trouvé parmi les bêces des 
modèles de fociecésôc de gouver- 
nemens. L!ainour ^ les craintes 
Se les befoins , furent les motifs 
qui engagèrent les hommes à les 
établir. Le premier des gouvec- 
nemen« fut celui des.Patnarches 
qui étoîent les Rois» les Prêtres 
& les Pères de leur état : leur fin 
aprit à leurs fu jets à remonter è 
un premier Père $ à un premier 
Etre; ils Taimerent » ilss*aimoienC 
entr'eux: tout alors A*étoit quV 
mour. G'eft la crainte qui a éta- 
bli la tyrannie ; la force aidée par 
lafuperûition^ produisit la crain- 
te i les hommes devenu^ tyrans & 
vicieux , crurent dans des dieux 
tyrans & vicieux» L'amour pro- 
pie aveugle fut le principe dp 



14 Vr'éface .' 

ces maux, & te même amour 
propre éclairé lesreiSlifia, &apric 
qu'un gouvernement fondé fur la 
violence ne peut fubûfter long- 
teœs. De - là rétabliffement des 
Loix qui font fondées fur les be« 
foins mutuels, 8cde-là Tétablif* 
femenc de cette vérité fondamen- 
tale, que pour l'amour de foi- 
même, il faui aimer les autres, 
&quepar-cbDféquen( le véritable 
amour propre , & f amour focialf 
m font qu'an, 

La quatrième Epïcre traite àe 
h nature ÔC de l'état de l'hom- 
me par raport au bonheur ; & 
M' Vope y prouve que la vertu 
feu'e fait itibas notre bonheur. 
Dieu qui gouverne par des loix 
générales , & non par des loix 
particulières , a dû offrir à tous un 
bonheur égal, & la vertu feule 
peut cooiluuer un bonheur do 
cette nature. Il ne confide point 
dans la poiTeâioa des biens de la 



ikt Tradu^eur. iS 

forcune, qui pour l'ordre , la paix 
& Je bien-âre de la fociecé, 
doiveoc être inégalement diftri- 
bués. La providence toutefois 
balance cette inégalité par la 
crainte & TeCpérance. Ce qui 
peut produire les véritable» plai** 
firs , & les véritables joies , c'efl; 
la fanté , c'eil la paix , & le né- 
celTaire. La fanté (e maintienc 
par la tempérance ; & quant à 
la paix» il n'y a que l'homme 
vertueux qui puilTe en joiiir : fans 
vertu point de bonheur vérita- 
ble. Les maux que peut elTuyer 
l'homme vertueux, font des maux 
& des accidens que le hazard 
donne à tous» que l'erreur feule 
peut accufer d'être des effets par- 
ticuliers de la vertu. Ces maux 
font dans l'ordre du grand fidê- 
me, & ce n'eft que U folie qui 
puiâe défirer que Dieu altère cet 
ordre - général en faveur d'ua 
particulier. Si l'homme vertueux 



i6 . Préface 

meure de faim , c'ed que le pain 
a'efl: pas la recompenfe de la 
venu. Le fcélerat peut l'acquérir* 
£C le mérite Iqrfqu'il laboure la 
terre, ou qu*ii affiropte les mers : 
c'eft le prix du travail. Ce que 
rîea fur la terre ne peucdooiier 
oj détruire» le calmée de l'ame 
& la joye intérieure du. cœur» 
c'cft là le prix.de la vertu , & c'eft 
ce qui f^it rhomme heureux» 
Les richeiTes, les dignités, la 
naiHance, les grandeurs, lare-, 
nommée , même les talens fu- 
périeurs ne con(lituent point le 
bonheur. Les hommesfont mal' 
heureux avec lapolTenion de tous. 
CCS biens. . Il . n*y a que la vertu 
feule qui puifTe extraire du bien 
de tous les objets , ÔC en acqué- 
rir de tous les endroits ielle-feu*. 
le peut faire.goûter le bien fans . 
le mélange du mal; & cette 
vertu confide dans l'amour de 
Djeu>:ce{uidu prochain.. CeAlà 



du Tfadttâeur, 27 

funique butde l'ame humaine, 
le principe & la fin de la foi 
& de la morale. C'efl: ce qui peUé 
conftituer un genrç de honneur 
qui lie le nôtre à cdur des aucreé, 
qui foie conforme ^ relatif k 
l'union de toutes les Parties qui 
forment le grand tout ; & com- 
me c'efl; le feul qui puifTe être 
de cette nature , ôc qui falTe dé- 
pendre tout bonheur particulier 
du bonheur gênerai , il s'enfuii- 
que ta vertu feulé fait ici-bas nôtre 
bonheur. • 

Il y a dans cet extrait , quoi- 
que long par raport aux bornes 
d'une Préface ordinaire bien des 
liaifons de raifônnemenS qui fonc 
bmifes , ÔC réfervées à t'-attencioa 
du Leâeur. Il eue été à fôuhaitec 
qu'on eut fait cette Tradudioa 
en vers. Les Princes, ies Maxi- 
mes, les Préceptes fraperoienc 
davantage, fe retiendroienc plus 
ftciieimenc \ mais la riche(fe de 

B 



iB. Préface, 

1» langue , & la Héxibilicé dçs 
régies de la PoëQe. Aogloife , 
teadent en cette Langue la véri-^. 
fiçation beaucoup, plus £acilQ 
qjii'eÙe o'efl: ea Fcançois. .D'ail» 
kurs, ii n'y a peuc-êcçeen An- 

gleterre que M. Pope , àquiTaf^ 
ijetti(femenc de la mefure & 
de la rime , loin d'être un obC» 
tacle à la brièveté & à la pr4* 
cifîon , puifTe au contraire êtr» 
t|n moyen . de âcilité. Par cec^ 
tip raifon t. . quelqu'extraordinai*; 
re Qu'elle paroilTe^Se p^r celjt 
qui la précède , M. Pope a pté- 
jeré la Poëlie à la Profe. Sa pr^ 
cifion eft l'effèc d*un art rup^érieui 
elle donne beaucoup de force (Sc 
defiface à des ioftru^ions qu'il 
^oic autrement difficile de pro- 
duire fans ^tre fec ou devenjir 
ennuyeux. Ces raiTons doiveoit 
faire connpitre que , l'oiivfage 
étoit irés*difficile à tr^Kluire » \% 
plôp^n des Aoglois pe bftlaocefK 



du Tradttâeur. w^ 

point à le croire introduifible^ 

Se je peofe qu'en effec coûtes lei 

Tradu^ons que Ton en poorroit 

fiûre, ne fçauroient être qu*ia>- 

férîeurs à roriginal. Si lontroo* 

ve donc dans le ftile de cette 

Tradttâion quelque dureté, queU 

que mot bazardé, que ces fai* 

ions en foient l'excufe. D'ailleuri 

on a crû devoir facrifiec la déliw 

catefTe à réxaâitude & à féner- 

gîe. Le tradudeur n'a eu d'autre 

objet que défaire connoitreau^ 

tant qu'il a pu, l'Ouvrage tel 

qu'il eft , 5c ces fones de Tta- 

au'(£tions ont leur utilité parti- 

isutiere , en ce qu'elles né dégui* 

fent point le goût & Iccaradlére 

des ouvrages d'une Nation. Àuffi 

cet Ouvrage demande que te 

LetSteùr fé tranfporte quelqUé^ 

fbia d'efprit en Angleterre pour 

oertames idées, expreffions, Si 

ikUBparailbns , ou trop fortes i 

ou^cfe: dwfes tro^ ^omoatii^^ 



96 .*. Vr^face 

Oa auroic tore d'en faire ane 
objeâion contre rOuvrage ; dia- 
que Nation. a fes mœur», i& un 
l.eâ:eui:jùdicieux ne perç jfloiais 
«ce té obfervation de vûë/ On 
ne peut évicer cette éeuéil, fi 
«ela en efl: un, que par une 
traduâ^on libre en vers, &per* 
jfoone ne (eroit plus en état d'y 
xéufiîr.que l'exaâ & l'ingénieux 
Poëte Traduâeur de l'EfTai de 
M. Pope fur le Griticifine. Deux 
Traduâilons d'un goût différent 
auroient , leur ^ utilité. UAutear 
et celle-ci s^eft borné à îiné en- 
treprife proportionnée à fes for- 
ces , 8c au peu de loitir que lui 
ont laifTé ces occupations.'' 

Je finis par un avis utile à 
certaine efpece de Le<5):eurs. Il 
ne faut pas prendre à la lettre 9 
ni interpréter rigoureufeinent des 
fixions, des faillies, des efforts 
poëciques..La Poëfie n'efl: pas le 
angage exadfc de la véiicé. I^es 



du Trattudenr. 21 

Leâeurs un peu iodruits ne s'/ 
méprendront pas , ils liront Pope 
comme ils lifeni Homère 8c 
Virgile. Un Poëte Anglois n'eit 
pas un Théologien coreâ SC 
compalTé. 



\ 











ESSAI 

V 

SUR 

EPITRE PREMIER. 

De la mturs & de Vétat à» 
tHomme^par raport 
à iVnévers* 




EVEILLONS- 

noU6>Milordilaif' 
fonsles pe(ha objet! 
à la baflé ambition 
& à ForgMcil des 
Rot» , puifque la 
vie ae s'étend fie oe fe termine 
guéces qu'à regarder ce qulooni 



14 Essai • . 

en viromie , Si k mourir , parcou- 
rons donc au moins cette Icçn* 
de l'Homme ; Prodigieux iabi- 
rinthe , mais qui a pourtant fii 
régularité ; campagne où la fieur 
croit confondue ivec le chardon; 
jardin-quirteate pai;,des fruits ^é- 
fendusi Allons enjfemble , . par- 
courons ce vafl;^ champ » & foie 
couvert ou découvert, voy4oo& 
ce qu'il nous offre. Pénétrons 
les routés les plus cachées ; cranf- 
portons-nous fur les endroits les 
plus élevés ; & découvrons^ga- 
lement ce qui rampe dans l'a- 
veuglement, & ce qui fe perd 
dans l'élévation. Examinons les 
promenades de la . nature : frap- 
pons la folie dans (a courfe oC 
feifiiTons les mœurs dans leur 
sainaiice. Rions lorfqu'bn le 
ûok% montrons de la candeur 
lorfqu'on le. peut; mais jufti- 

fioos aox hoouaes les voies de 
I>icu. 

Qie 



SUR L*HoMME«^ 2$ 

Que pouvons-nous dire de ko» «• 
Dieu ou de Phommc, qu'en rai^e^delrhoï 
Tonnant en conféquence de ceS?e,2enti"fc 
' que nous connoiubns? Et queU^p^^^^^^^-^ 
connoifîons'nous de rhomme?"»^» 'a^ÇaJ 
feulement fa denwure ici-bas id» ^mm^ 
c'eft d'où partent I c'eft à quoi*^**''**'^"^ 
fe raportent tous nos raifonne* 
mens. Quoique Dieu fe manî- 
fede par des mondes innombra-^ 
bles I c^efl: à nous de le recher- 
cher dans celui où il nous a pla*- 
ces. Celui qui pourroit percer 
au travers de la vaflie iminen(î« 
té 9 voir des mondes entafles fur 
d'autres mondes former la tota-»; 
lité de Tuoivers» obferver le ra-« 
port des régies (ifliématiques dV 
ne partie aux régies fiftématiques 
d'une autre , reconnoicre d'au- 
très planètes I d*autres foleils; 
quels font les différens êtres qui 
habitent chaque étoile : celui- 
là pourroit dire pourquoi Dieu 
Qous a formés tels que nous 

C 



^o Essai 

fommes. Notre ame tranfcea» 
dante a-t^elle pénécré les rer- 
^ «ïbrcs de cet univers, les fuports 
'mutuels & les liens de (es diffé* 
rentes parties, leurs connexions, 
leurs dépendances & leurs gra- 
dations ? Petites parties de ce 
tout, pouvons - nous le com- 
prendre ? 

Cette grande chaîne qui attire 
^ réunie toutes les parties, di 
qui par cette harmonie conferve 
le tout, e{l*elle entre les mains 
de Dieu , ou entre celles de 
rjiomme ? 

^ Homme préfomptueux , pré* 
tens*tu découvrir la raifon, d*oii 
vient que tu as été formé fi foi* 
ble , fi petit , fi aveugle ? Pre- 
mièrement , fi tu le peux» trouve 
la raifon d'où vienc que tu n*as 
pas été formé plus foibie , plus 
petit, ÔC encore moins éclaké. 
I^ils de la terre » demande* lui 
pourquoi les chênes font plus 



SUR l" Ho MME. ^f 

hauts & plus fores que les ron« 
ces, aufquelles ils donoenC dé 
l'ombrage ,ot) demande aux plai* 
neS82ûrées pourquoKIes fatelli- 
tes de Jupicer font moindres que 
Jupiter ? 

Si on convient que de tous les^ 
(îftêmes poHibles la fageffe in- 
finie doit préférer le meilleur, 
où tout doit être rempli , parce 
Qu'autrement il n'y auroit point 
de cohérence, & où tout ce qui 
efl: , efl dans le degré où il doit 
être : il e(l donc évident que dans 
les divers degrés de la vie & des 
Cens , il doit y avoir quelque 
part un être, tel que l'Homme. 
Et toute la queftion ( que Ton 
difpute tant que l'on voudra ) (e 
réduit à ce point \ Sx Dieu a fait 
injuftice à l'homme en le plaçant 
dans le degré où il eft. 

Cette même chofe que nous 
apellons injuftice par raport à 
l'homme , étant confiderée corn* 

C ij 



N 



me relative au cduc ^ non; feufe>^ 
fisenc peuc^ mais encore doit 
être ju{le. Dans les ouvrage^ 
humains I pourfuivis avec ùp 
U^vail pénible , mille mouve* 
mens produifenc à peine unefeu- 
l0iin..Dans les ouvrages de Pléu^ 
Un fimple mop vemenc non feule- 
ipenc produit fa $n, mais en- 
Cpre féconde une autre opéra- 
tion. Âinti rhomme qui parolt 
ijci le principal Ecre, ne joue 
peut-être que le rôle de fécond 
par raport à une fphére incon- 
ouë| efl: le mobile de quelque 
rpuë» le moyen de quelque &n: 
qar nous^ne voyons qu'une partie 
& nop Je tout. 

Quand un lier courHer connoî- 
tra pourquoi Thomme le mo- 
4cft dansfacourfe orgueilleufe, 
ou le popHe au tra^rers des pjai- 
qes 9 quand le bœuf ftupide fçau« 
ra pourquoi il fillonne Isi terre^ 
ou pourquoi roétamorphofé eh 



SUR* L*HOM^M E. 2^0 . 

Ûieu Egyptien , il efl: couronné 
de guiriandies : ûlors la fotib pré- 
fbmption de rhonninje pourra 
comprendre Tufege & la .fiA de 
tbù Écre »de Tes palTjons & de fêï 
aérions: pourquoi il^agic 6c il 
fbuffre ^ il eflïecenû & u efl: exciré 
pourquoi dans ce moment ,m1 
eli un efclave; dans un autrs 
moment, une divinité. « 

Ne difons donc point que^^^a^'^'y^™; 
Tiiomnle eft iroparfaîc , que .\c^^ ^Jk'\'^' 
Ciel a tdrt: dilons plutôt queun^trc pro 
l'homme eft auffi parfait qu'ilf^^ucct a! 
doit Têtre; Ton être eftpropor-^'j^js ^Ji'iJ,^J^ 
donné àfon état& au lieu'qu*iM*5.'''^•^• 

-.• . /, ^ * d« fins & dci 

occupe; fbn tems n clt qu un mo-réiitions qu; 
ment «un point eft fon efpace. coimw '"^^ 
Le Ciel cache àtoutes les cïést^^„fî^^, *? 
tures le livre du deftin i excepté f^°"^"« ^f' 
la page necelTaire, celle de leuft»*. àc en 
état prefent , il cache aux bê-p"ancc"'dua 
ttsi ce -que rhomme connoît ,^r,^'"^^^^^^^ 
ata hommes ce queconnoiflfentî'°°;î£'°:»*^°« 
UrefjfHiis^ auuemenc q^i pour-^c>^'s 

Giij 



-^cy' E s s A I. 

toit ici bds fuporter foa exiC" 
,tepee ? Ta volupté condamne au^ 
}oucid*huii*Aj^eau à la mort : s*il 
ayoiC'ta raifon, bondicoit-il * 
ii (e joûeroic-il fur la plaine ï 
Conienc jufqii'au dernier mo- 
fnene^ilbrpute le pâturage Beu- 
fi, & lécbe la main qui s'élève 
pour l'égorger. O ignorance de 
l'avenir , qui nous efl: charitable* 
ment donnée » afin que - chacun 
puiâè remplir le cercle que Lui 
a marqué le Ciel qui voit d'un 
œil égal , étant le Dieu de tou»> 
un héros périr i& un paflereau 
comber; les atomes Te confon' 
dre, ou les Cieux fe boulever^ 
fer, une bulle d'eau ^ou un mon- 
de s'éclater. 

Hofflme,rois donc humble da^s 
tes efpérances & ne prend d^ef- 
forts qu'avec crainte. Attens ce 
grand Maître, la inprt:& ado- 
re Dieu. Il ne te fait point con« 
noiire quel fera coq bonheuri^ 



StK t] ttoM*M E %t 

^eois, niais il ra donnej'erper an«- 
ee pour être ton bonheur pré^ 
fent. Une efjperance éternelle 
fleurie dans le cœur de Tbomme ; 
il n^efl: jamais heureux, il doit 
toujours rêtre L*ame inquiète Si 
renferofïée en elle-même, fe ïc^ 
pofe 5c Ce promené dans> la vie à 
venir. 

Voyez ce pauvre Indien^ dont 
Famé non inftruite voit Ton Dieu 
dans les nuées , ou l'entend dans 
le vent. Unefcience orgeuilleufe 
n^aprit'pointà fon ame à s'élever 
ftufli haut que lorbe du Soleil , 
& queiavoye ladtée. Et cepen* 
danc la limple nature lui donna 

* refpérance d'un Ciel plut bas au« 
delà d'une montagne dont 1e 
fommet efli envelopé dans le» 

' Quages r d'un monde moins dan* 
gereux dans Tépaifleur des fo« 
rets ; de quelqu'iile plus heurea- 
fe,ntuéeau milieti d'une plaine 
liquide , où ce pauvre efclavé re^ 



32. £. s s A I . 

trouve encore une fois Ton Pays 
natal; nul démon qui Py cour* 
mente , 6c point de Chrétiens al- 
«^^^lltérésdeTor. D'exiftcr* fatisfaic 
^■ùmoWm fes déHrs naturels : il ne fouhaice 
^ point les aîles des Anges, ni le 
feu des Séraphins ; mais il croie 
que fon chien fidèle admis dans 
le même Giel , lui tiendra com- 
Va otneiipagnie. Toi donc , qui es 
uop hanttplus habile, péfe dans les ba- 
&qSç^«°enâl*"ccs de, ta raifon ton opinion 
?J?-* p?^''" contre la Providence , apelle 
^« la potc<e imperfectton ce que- tu t*imagt* 
câia «^fd^nes tel :Dis, ici Dieu donne trop, 
* û'ÏÏSjf.Ià il donne trop peu : Détruis 
toutes les créatures pour ton goûc 
& ton plaifir ; Ô: crie cependant, 
n l'homme e(l malheureux, fi 
. l'homme feul n occupe pas tous 
les foins d'en haut, s'il n'ef^ pas 
le feul être parfait ôc immortel 
dans le Ciel , Dieu efl io jufte : ar- 
rache de fes mains la balance de 
k fceptre i juge là juftice même » 



SUR l'Homme. 33 
& fois le Dieu de Dieu. 

Cher Milord & ami , nocre cr.,,^„^V* i'i 
rear vient d'une raifon ofg*icil-'*^^«^^J_« 
leufe. Nous forçons de nôtre & qai ml 
fphére , ÔC nous nous élançonSe^âvenlnee f 
vers les Cieux. L'orgueil vifc.t^'* ifH 
toujours aux demeures céIefl:es:Jjfg^"J^*°'' 
les hommes voudraient être An-«B <•« lialnr. 
ges , fie les Anges Dieux. Si lesdu-pea&cioM. 
Anges qui ont afpiré à être Dieux 
font tombés , les hommes qui 
afpirentà être Anges, font re- 
belles , Se qui veut renverfer les 
toix Se l'ordre , pèche contre la 
caufe écemelle* 

Qtje l'on demande pour <lucl-^A^j^'*'«^ae 
le hn brillent les corps céleues ?ieî sna? <ûia' 
Pourquoi la terre exifte? L'or-âte "ôniotï 
gueil répond î » c'eft pour moi.a*"°Snt 
Pour moi , la nature libérale , »î;"ft*'JÎ,°„^"' 
éveille (es puiflances produc mj^^woon- 
trices , fait 'germer 1 herbe» oC »qni ne peut- 
épanouir les fleurs. Pour moi » !hoièf «^l cif^ 
le raifîn renouvelle toutes les » 
années Ton jus de neâar } & » 






34 Essai . 

» la rofe Tes fraîcheurs odorife- 

• rantes. Pour moi la mine en- 
» fance mille tréfors. Pour moi 
9 la lanté découle de mille four' 
» ces; les mersTQulenc leurs on- - 
» des pour me tranfporter ^ le fc 
» leil lie levé pour m'écfairer ;; la 
» terre efl: mon marchepied »& 
» le Ciel efl: .mon dais. 

Mais la nature ne s'écarte -t'elle 
Doinc de fa. bonté 8c de fa fin , 
lorfqu'uii foleil brûlant darde 
dés rayons morteU; lorfque des 
tremblemeos dé terre etïgjouiiC- 
fencdes Villes, ôc que de» inon- 
dations fubmergeot des peuples 
entiers l 

Non, répondra rorgueil ; »\a 
» première caufe toute puiflattte 
9 n'agit point par des loix par* 
' » culieres ^ mais par des lotx gé* 
9 nérales.. Lesexcieptions font ra- 
9 tes. Il y a eu quelques altéra- 
' 9 tions dépuis le commencement 

* 9 mais qu'y a-t'il de crée qui (oie 
9 parfait ? 



SUR |,*0OMM^. 3^ 

Pourquoi donc l*ho(]ame le Te- 
roic-ii ? Si la félicité humaine efl; 

la grande 60 r. ^ fl'^^ ^ nature 
s'en écarté , pourquoi * rhonume 
ne s*en écarteroit-il pas au(n? 
Cette, fia p'exige pa^ moin$un 
cours coo(^aminénc alternatif de 
ptïes & de beau tetns , qu'une 
révolution continuelle dé défirs 
dans lliomme : elle exige aufH 
peu des printeins éternels &de$ 
cieuxfans nuages , que des hom- 
ines toujours fages , calmes 6c 
tempérés: fi des pelles ou des 
tremblemënrde terre ne cenver- 
fent pas l'ordre prefcrit par le 
Ciel » pourquoi rexiflience d'ua> 
Eiorgia ou «d'un Catilina le ren- 
vcrferoit-elie ? tî'cft de l'orgueil 
que. jaillilTânt nos raironnemens ; 
jugeons des chofes morales , ainli 
que des chofes naturelles» Pour- 
quoi blâmer le Ciel dans celles? 
là , & le difculper dans celles-ci ! 
Dans les unes âc dans les autres» 



36 Es s A I 

poar bîetr ràiîoaner , il fauc fe 
foûmetlre. 

Peut-être notu paroitf«ît-if 
af^ieux que dûns le monde pbyfî- 
que tout fut harmonie , dans le 
inondé moral tbut fut vertu; 
que jamais Tair ou l'océan ne' 
reÛentit le fouffle des vents, &' 
que jamais Tame ne fut agitée' 

{}ar aueune pàflion ? Mais tout 
iibfide par un combat élémen*^ 
taire , & les paffions font les élé- 
mens de la vie. L'ordre gênérah 
depuis le commencement a été' 
obfervé, & dans la natârè, & 
dans rhomme.' 
it>|aft!ee det ^ Quc voudrott'îl cct' Rômme?' 
!tmm.eon!tantôt il s'èleve ^ fie- moindre 
4"ni:.d.mïi:qu'un Ange il voudroit être da- 
d«nt auBCYantage ; tantôt'bailTant les yeux* 

parti les per. *7L t. • j » • • 

léaioas du il paroK chagrin tie n avoir point 

ra*uK'eie%w.la fôrcc du taureau , & la fôu* 

teMt^*''rure de l'ours : s'il dit tjue toutes 

les créatures font faites pour fon 

•rag.e , de quel ufage lui fertùent^ 



stjR.À^H0ttllE. 37 

dlev s'il en «voit toutes les pro- 
priétés? 

La nature libérale fans profu- 
fion , leur a afligné des organes , 
des facultés propres.; elle les a 
dédommagées de chaque bcfoin 
spparent , les unes par des dégrés 
de vitede, les autres par des dé^ 
grés de force , * tout dans une 
proportion exaâ:e avec leur état. 
11 n'y a rien à ajouter , rien à di- 
minuer. Chaque bête , chaque 
infe<3:e eft heureux dans Ion état. 
Le Ciel feroit-il donc cruel pour 
l'homme, & pour Thomme feul? 
Celui - là feul qu'on appelle rai- 
fonnable , ne fera-t'il fatisfait de 
rien , à moins qu'il n'ait tout ! „ Vairon" â\ 

Le bonheur de l'homme ( quefo^g» ^^ 
l'orgueil ne le crût-il ainfi ,) n'eftwates lei q^. 
pasde penfer ou d'agir au -delàbéL''°nJr- 
de l'homme même, d'avoir dQ&'f-^J^J^l 

tés fenfitiveg 
C'eft un axwmc danï l'anitomîc des créat«res,PÏw ^cliçates 
ont leur force. oiiUw vitcffc cft plus grande oïUfcnderoiettt 
îoin^icdans ua propo«ioniéUtiv«run &, l'autre *°^«abU, 



38 ' Ess*i 

pùîflances tfe coipi»ôi d%(pric tu- 
de/à de ce qui convient â fa nà** 
turc 6c à fon état. Pourquoi' 
Fhomme a'a*t'il point un œil mi- 
crorcopiqueien voici une raifon 
claire: Thomme n'eft pas une 
iHouche. Ër quel en fer oit f ufa^e 
fi rhomme pouvoit confidérèr 
un ciron , Se que fa vue ne pûts'é- 
teudre jufqu'aux Ciéux ?Quel fe- 
roitrufaged'un toucher pius dé-' 
xlicat, (i, fenfible ÔC tren^bbtan? 
dé tout, les douleurs ÔC les ago" 
nies s'incroduifoient par chaque 
pore ? D'un odorat plus rafiné', 
îî les parties volatiles d'une rofe 
par leurs- vibrations dans le cër-* 
veau, nous faifoient mourir de 
peines aromatiques ? D'une oreil. 
le plus fine? La nature tonnetoic 
toujours , & nous étOurdiroit par 
la ûaufique de fes fphércs roulan- 
tes. O combien nous regrette* 
rionïalorr. que le Ciel nous eût 
privé du l'oux bruit des zéphirs 



SUR L^HOHMI. 39 

ÔC da murmure des r uilTeaux? CLui 
pçuc ne pas recoonoicre la bonté 
ÔC la TaÉelfe de la Providence ^ 
éga.lema)C ÔC dans ce qu'elle 
donne , ÔC dans ce qu'elle refufe ? 
j Aucanc que les divers & nooi- Dans rauN 
breux dégrés de la création s'é-nTa ^^^^^M 
tendent; autant fe diver fi fient Jj;^,,i^/g^! 
les dégrés des facultés fenfiiives°^7^*/*^* **^^^ 
& intelledluelles. Qoelle grada-'»^^"*'"»"^? 

, . Ml- Afr-rx. de ctct ares à 

tioh depuis ces millions d inleCceSctéatHres » & 
qui peuplent les champs, jufqu'àl^honnr** ^ 
la race impériale de Thomme ?,;;//'rftina 
Que de modifications differenics<i,'^p«'*^^'v ^^ 
dans la vue entre ces deux extre-de lairon- 
mes le voile de la taupe, Ôc le 
raïon du iinx ! Dans Todorat , 
entre la cruelle lionne ^ & le 
chien Ci habile à ia pifle ! Dans 
roiiie, depuis ce qui vit dans Ton- 
de ^jufqu*à tout ce qui gazouille 

Lorfqtie les lions des déferts d'Afrique vont i 
l'entrée de la .nuit ehcrchet leur proye, ils font 
d'abord un grand tugiiTrinenc , qui fâir fuir les Autres 
bites : cnfuitc attentifs au brait qu'elles font dans 
leur fuite, ils (es ponrfuivcnt , non par i'adoiat » 
mais ^ar Toiiie* 



40 Es s AI 

dans les feuillajgesdQPnncems? 
Que le coucher de Taraignéc eft 
exquis ? Senfible à fa plus légère 
iropreflionqui afTedte le moindre 
fil de fa toile , elle paroic vivre 
dansTouvrage qu'elle aciflu. Qiie 
là délicace abeille a le fentimenc 
fubtii & fur 9 pour extraire d'une 
herbe venimeufe une rôfée bien- 
faifante ! qu'elle différence d'inf- 
tinâ: entre celui d'une truie qui 
fe vautre 9 5z entre le tein ^ élé- 
phant » être prefque raifonnablc? 
Que la barrière efl mince entre 
rinftinâ: & la raifon; féparés 
pour toujours 9 & toujours très- 
proches ; Qu'elle alliance entre la 
réflexion & le fou venir? Que peu 
de chofe divife le fentiment de la 
penfée ! Toutes ces facultés , 
moyeQ.nes tâchent de s'unir fans 
pouvoir jamais pafTer (aligne qui 
les tépare. Sans cette jufte grad^ 
tion entre les éiSefetHes créatu- 
res^ les unes pourroient*elIes être 



nottSt 



^ SU R L*FÎOMME. 41 

ibûmifes aux autres» & toutes à 
toi? Toutes leurs puifTances font 
vaincues par toi feulement ; ta 
raifon n*efl: - elle pas feuletoUtes 
ces puillânces enfentible?^ 

Regarde au travers de Tair ^cet ordre a& 
fur la terre, fiir la mer, lania-radlnt^éî: 
tieré prête à éclore, s'agiter 4Vo?s3" 
crever & produire. Quelle pro-*°*^^", ^"r 
greliion d êtres s elevc en haut^wm a^J?'"*' 
s^étend fur la furface, fe cache^r* * ""^ 
dans la profondeur ? Quelle 
chaîne, qui commence dépuis 
Dieu ?' natures ét^hérées & ter^ 
rcftrcs, Ange, homme, bêtCr 
oifeau , poilfon , infecl:e !0 éten« 
due que Toeil ne peut voir, que 
Tojptique ne peut atteindre , de* 
puis l'infini jufqu'à K)i, depuis toi 
jufqu'au néant !^i nous pouvions 
empiéter fur les Puiffanoes fupé'* 
rieures, les inférieures le pour<- 
roiént fur nous. Autrement il y^ 
auroît un vuide dans la création^ 
où/ un degré étant ôté , toutes 

D 



4^ .' EssAt 

)es pi:op9rtion$ fonc rçtiverfées ; 

f)ù un. chaînon étant rompu , 

toute la grande chaîne eft dér 

truite ; 6c l'eft égalea)enc, que«e 

chaînon foit le dixième ou le 

dixcbilUéme. 

vae puuç Si chaque monde fe meut» dans 

ftnk^' ^diun ordre graduel qui n'efl: pas 

îeroh*?» wn-°*o*os de fon cflTence que de celle 

«wioa *e ude Tuiiivers , ce tout naerveilleuxi 

•hofes. uJa moindre confuuon daps un 

YMùi^^m^vXt entraîne non feulemenc 
Ml dtft. 1^ f y JQg ^ç çg monde particulier , 

mais encore celle du grand tour» 
La terre perdant ^bn équiUbre » 
8*écarteroit de Ton orbite : le» ^ 
planètes 2c le foIeH coureroieni ^ 
ians règle au travers desCieux, 
les Anges préfidans à chaque 
fphére en feroient précipités » un 
être s*abîmeroit fur un autr« être» 
.on monde fur un autre monde» 
. toute la fondation des Cieux » 
a*ébranleroit jufques. dans (ba 
eeoue» la. nature frémiroit )Qf^ 



s u,R .l'Ho-mm b. ,dj 
. qtuss au Trône de Di^u> :, Me 
, ce£ ordre admirable feroic rompu. 
Pour qui, pour coi, ver mépri* 
„ fable. O folie } orgiieiilel im- 
^piecé. 

^. Qiie (île pied dediné à fouler 
'. la pouffîere , ou la main dedinée 
.au travail, aipiroit d'êcrd la tête» 
fi la tête , rœil, ou' l'oreille.^ 
fachoieotde n'être qpe lespu(» 
.iodrumensde rerpric quile^goif* 
,verne ; qu'elle abfutdtté ? Ëc ce 
n'en eft pas une moindre.» it 
daoscette fabrique générale , une 
partie, prétend être un aucxe 
.partie , & fe révolter contre ta 
tâche ou la peine que. le graod 
Ëiprit ordonnateur de touc« a 
marché. 

Tout ce qui eft > n'eΠque par- 
.tie d'un tout furprçnaHC.dont la 
.nature eA le corps, & donc. Qi^u 
eft comme i'ame: il fe divorfiôe 
. jdaps cibaque être , & cepei\daiic 
eâi toujours^ le même. |1 fift.tu0» 



^ Essai 

grand dans l'oeconomie de la 
terre , que dans celle de la ma- 
chine éthérée. Il échauffe dana 
le foleil, rafraîchie dans le zé- 
phir, brille dans les étoile^, & 
fleurit fur les arbres. II vit dans 
chaque vie , s*étènd dans toute 
étendue, fe répand fansfe par- 
tager , donne fans rien perdre » 
reipire dans nôtre ame , anime 
Docre partie mortelle, égale- 
ment parfait dans la 'formation 
d'un cheveu que dans celle du 
cœur , dans l'homme vil qui k 
plaint , de dans le Séraphin tranf- 
porté qui n'efl: qu'amour & que 
louange : pour lui , rien de, haut, 
de bas, de grand , de petit ; il 
remplit» il limite , il enchaîne» 

il égale tout. 
#oi'dT*r„' Cefle donc ,& ne ^taxe point 
C «m°" e* cet ordre d'inaperfeélion. Notre 
(ent. qg-i Ton booheur dépcnd de ce que nous 

«ut ntare,, ,» ^ . ' * «__ 

•voir oneToa blâmons. Gonuois ton être, ton 
îT'p^îfpoint. Le Ciel' t'a dcooé unjuf- 



svK i"* Homme 4$ 
ce-f un heureux degré 4*avevi- 
glemenc & de foibleiTe. Soâmetf- 
coi » sûr d'être audi heureux que 
tu peux rêçre daas cette fphére ^ 
ou dans quelq'uautre fphére que 
ce foie & sûr,tbiE dans l'heure- 
de ta nailîance foit dans celle 
de ta morc^ de trouver ton ia* 
lut entre lâs mains de qui dif- 
pofe de tout. Toute la nature 
eÔt un art , & un are qui t'eft in- 
connu ; le hazard eft une direc- 
tion que tu ne fçaurois voir ; la 
difcorde eftone harmonie que 
tu ne comprends point ; le mal 
particulier eft Un bien général ; 
Qc en dépit de l'orgeuil , en dé- 
pit d'une raifon qui s'égare , cet> 
te vérité ed^ évidente y que tout 
ce qui efbbien. 

Fin de là pnmierfi Epitrti, 



4^ 



E 8 s ^ ^ 




£ s s A I 

* 

S U R 



«. i 



. \ 



L'HOMME 



E P I T R B IL 

f ■ • • », f • y 

* 

De la nature & de tEtat^ ^ 
l'Homme par raport à lu^mêf 
me eoajideré^ tomme individu^ 

App&ENDS'' donc h ce coo- 
noîcre coironême, & ne 
^îib^eM.fupréfume point de développer 
&i«'KL'** divinité. L'étude propw de 
4e fil cayaciié. {'{tomme, td 1*11001010. Placé 
dans une efpece d'ifthoie , être 
d'ua cunt mixte», obfcurémoot 



raffairt de 
l'homme eft 
Vbonune» Sa 
Tes 



SUE i.*H6ifMK 47 

habile , ^grofliérecnenc gTflOd,». 
nvec (rop de conooifTence pom 
le doute fcepcique • 6e trop àt 
foiblelîè pour (a Hercé lïoïque f 
il e coquiie fufpendu entre 
deux dans Tincercitude d'agir 
ou de ne rien &ire » de fe croire 
un Dieu bu une brute, de don» 
ner la préférence ou ao corps< 
ou à l'efprit. U n!e(l né que pour 
mourir; il ne raifonne prefque 
que pour s'égarer ; 2c telle ed 
cette raifon, qu'elle s'égare éga- 
lement pour penfer trop, 6e pouf 
pen&r trop peu icahos de rai*- 
Ipnnement Se de paûlons^ tout 
çft eonfus ; continuellemenc 
abufé pu défabuCe par lui-mê- 
me : créé en partie pour ^'éle- 
ver ,8e en partie pour tomber r 
maître de toutes chofes , & Jui" 
même cependant la proïë de^ 
toutes : feul Juge- de la vérité > 
& fe pfécipitanc fans (ta dans 
Terreur : bi gloire > 4tt jouet , 



48 Es s A r 

rénigme du mondé. Va 9 créa^ 
turc furprenante » monte où ies 
fciences t^ portent; mefore la 
tttvcp péfr Fair, régie lés ma- 
rées» inftruits 1er planettes da 
cours qu'elles doivent obferver : 
corrige le vieux tems » & guide 
le foleil. Ëleve-toi* avec Platon 
lûfques* à Tempirée, jufq'au 
premier bien", au premier par« 
fait, au premeir beau :' bu en- 
tre dans les- labirin thés qu'ont 
frayé Tes fuccefleurs» & pré^ 
tends qu'en abandonnant le bon 
fen^ tu imites Dieu i fêmblable 
à ces Prêtres de l'Orient oui par 
leurs agitations * orlMculaires , 
tombent dans des' vertiges » ÔS 
croient par leurs tournoïetnens 
de tête imiter le foleiL Va, 5c 
apprends- à la SagelTe éternelle 
comment elle doit- gouverner; 
Enfuite rentre en toi-i!nême } 
qti*y retrouveras tu ? imbécillités 
jlocfqtie dans ces derniers 

tems^ 



SUR l'Homme 49 
tems les êtres fuperieurs virènc 
un homme mortel développée 
les loix de la nature , ils admi* 
rerent un« telle habileté dans 
une figure terreftre ,& ils regar- 
dèrent Newton, comme nous 
regardons un (inge adroit. 

Peut -il, cet homme quieti* 
feigne aux Planètes les cercles 
qu'elles doivent décrire, peut- 
il décrire ou fixer un feulmott* 
vement de Tame ? lui qui peut 
marquer leurs points d'éleva* 
tion & d'abaifTement , peut-il 
expliquer fon commencemeoc 
ou fa fin ? Helas ! quel prodi- 
ge ! La partie fupérieure de 
l'homme peut s'élever fans obf- 
tacle, & empiéter d'art en art; 
mais quand' l'homme travaille à 
fon propre ouvrage, & qu'il s'oc- 
cupe de lui*même , à peine a* 
t'il commencé , que ce que la 
raifon a tiflu 1 la paflàon le dé? 
fait. 



rcf. 



50 Essai 

i,c$^d"^S D^^ principes régnent dans 
onsLi-^moarrhorDine} Tamour propre qui 
faifon^'^n & excite » 5ç la raifon qui recienc. 
m?m^//c£Ec n*ape"ons point Tun un bien, 
)>utre un mal : chacun produit 
fa fini l'uni meut ^ Tautre gou- 
verne. Ce qui convient à leur 
coopération doit être appelle 
bien , ce qui leur répugne , doit 
être apellé mal. . 

L'amour propre fource du 
mouvement fait agir Tame. La 
raifon » en comparant & baiaa* 
çant I gouverne le tout. Sans 
l'un de ces principes, Thom- 
me. feroit dans Tinaâion , & 
fans rautre il feroit dans une 
aâiion fans fin. Il feroit ou com- 
me une plante, fixé fur fa tige, 
pour végéter, muftiplier ÔC pour- 
rir î ou comme un météore cn- 
fiammé travetfant le vuidefans 
aucune régie, détruifant les 

autres I détruit enfin parlui^mê"- 

mç. ^. '' ' 



î>e ces deux pritvcipes d*inï-p«p^'jft"5;;j 

premier don avoir plus de fot-So"?**''^ 
ce; foa opération eAa<^v«; il 
infpire , iï excite , ^ il preflc. Le 
iecond efl; tranquille & fans 
Action ; il eft deftiné à av>ker« 
délibcfcr, retenir. La force de 
l'amour propre «ft plus puif- 
fante , ^ proportion de la pro- 
ximité de ion objet : le biea 
lui eft immédiat par le fenct- 
ment prefent. La raifon ne l'ea- 
vifage que dans un cettaip tem»;» 
une certaine diftance; elle le 
préfage dans l'avenir , le coti" 
îidére dans les conféquences. 
Les tentations viennent en îbu* 
le , en plus grand nombre que 
les. argumens. Et ce qu'on peuc 
dire de mieux, c'eft que la rai- 
fon a plus de lumière, mais 
l'amour propre a plus de force. 
Pour te modérer , fervés vous 
de la raifon « icoutez-Ià & la 

jj 



(ja 'Essai 

cukivéà toujours. ) - Uateen tlon ^ 
îhabicùde .& Texperience peu- 
vent beaucoup ; chacune d'elles 
' fortifie la raifon , reAreint,! fa* 
mour propre, 
tôt la e» Qiié les fubtils Scholaftiques 
la mime ^^ attachés àdivifer qu'à réu- 
nir , aprennent k ces deux- puif • 
-Tances aockies » à fe battre ; eux , 
'qui du tranchant le {?Ius témé- 
[raire, féparent adroitement la 
rrace de la vertu, ôc le fens 
Je la raifon; prétendus beaux 
jfprits» qui comme des jFoux 
Te font la guerre fur un mot 
|u^uffi fouvent que générale' 
jnent ils n'entendent point , ou 
lentendent de la même manière 
pour le fond. L*amour propre 
'& la raifon tendent vers une 
feule fin : la peine eft leur avcr- 
fion, le plaifir eft leur défirî 
mais l'un avide voudroit dévo- 
tet fon objet, l'autre voudroit 
extraira le miel fans blc(fer la 



su R l'Homme. SJ 
ÉeUr. Le pUifir , bien ou mal . 
entendu » c& nôtre plus grand 
bien , ou nôtre plus grand mal.' 

,Nous pouvons aperiCF Ies^',Vi p.*Sj"* 
payions, les modification^ de 
l'amour propre. Le bien réel' 
ou aparent les met en mouye* 
ment ; mais comme tout biea . 
n'en: pas de nature à être parta- 
gé , & que là raifon veut qu'oit 
travaille à fe pourvoir,' il y a. 
des pâlTioi^ qui;, quoique cpn- '. 
centrées en:, oous* mêmes petf. 
vQQt ,. lorfque les moyens Ibnt 
honnêtes» être admifes au rôle 
de la raifon , & mériter fes foins: 
d'aUtro^ paflioâs , qui . àfpif enc à 
partager lesbiens , vifent au pluaf 
noble bucV ennobiinWnt li^ur 
efpêce,' fie preilnent le nom^ de 
vei^tys,; . . „ 

,. QtJe le Stoïque fier d'une in- 
fenlibilité oHive.fe vance d'une 
v^rtu. inébranlable» fa fermeté •- 
feniabiablç à' celle de )a glace » eit 

E ii| 



54 ÊssAf 

une fbrmeré de contradîon , & 
qui fait recirer les efprits vers 
le cœur^ La force de Telprit 
ne confifte point duM le repos , 
mais dans Taâion. Une tennpête 
qui s'élève dans l'a me peut en 
ravager une partie^ mais par 
fon aâion même en' maintient 
la totalité. Nous naviguons di« 
Terfemetx fur le vafte océan^ de 
]a vie : ta raifon en eft la bou(^ 
foie , mais la palTion en efl: le 
vent. Ce n*eft pas dans fe calme 
feul que l'on trouve la divinité ^ 
Dieu marche fur les flots, ÔC 
monte fur les vents. . 

Les paffions r ainfî que les 
élémens » quoique nées pour 
combattre, cependant mêlées 
& adoucies s'unifTent dans l'ou- 
vrage de Dieu. Modérez- les 6c 
faites'en ufage ;ce qui corn pofe 
l'homme peut'il. détruire l'hom- 
me ? il funit que la raifon ma r- 
che^ans la voye de la oaturcr 



SUR l'Homme. 55 
Affujettiflez^, tempérez Icspaf- 
fionj : fuivez la nature . obéïdez ' 

à Dieu. , . 

L'amour ,rerperance , la joye, 

la bande riante des piaifirs i 6c , 
la haine , la crainte , le chagrin 
& le crifte cortège de la dou- 
leur ; lés uns mêlés aux autres 
avec art , Ôç renfermés dans 
leurs juftes bornes , dreflent^ ÔC 
maintiennent la balance de Tef- 
prit , compofcnt les lumières & 
les ombres dont le corittafte slÙ^ 
forti fait la force & le coloris;^ 

de la vie. , , . , , . „ 
Nous avons toujours des plai*-!" 
firsV ou entre nos mains , ou-, 
devant nos yeux jÔCcjijand nous J 
n'en poffédons plusVïiouseh en-" 
vifageotis; Toute roècûpâtion , 
du corps & .de Tefprit' e£t de 
faifir ks préfenS, 6t àt pré- 
parer les futurs. TPousrépèiident 
leurs'' charmes , mais' ]eùr éffec . 
n'efl'pas égal. Nos diffeiensfens» 



^ 



;6 Essai 

mt frappés par des objets difféf- 
ren». De-là , différences paHioas 
enflamment les organes de la ma^* 
chine, plus ou moins ifyivanc que 
ces paflions ont plus ou moins de 
force»& de- là,la padion qui domi* 
ne dans le cœur» femblable au fer- 
penc d'Aaron engloutit lesautres» 
p^ffion ^o- Comme Thomme vraifembla* 
kioame & ^bjenjent en recevant la vie , re- 
çoit le principe caché de la morr» 
la maladie naiffance qui enfin 
ioit remporter, croit èc fe for* 
^'fie en même tems que le corps 
acquiert des forces & qu'il croit. 
pe même la maladie die Tefprit 
lofuféci pour ainfi dire , & mê* 
fée avec nôtre conftitution , de- 
vient la pafllon qui le gouverne. 
Toute humeur vitale deflinée à 
la nourriture du tout , fe jette fur 
cette partie foible , tant du corps 
que de Famé : à mefure que Tef- 
prit s*ouvre & fe dévoile, tout 
^e qui échauffe le cœur ÔC rem- 



«tJi l' H oit ME* S7 
plit la tête eft « par rimàgîna^'- 
tion qui 7 employé fes attr 
dangereux » détourné fut la par* 
(îe malade. 

Ced la nature qui donne la^ 
naiflance à cette paflk>h; c'efb 
l'habitude qUi la nourrit. L'ef- 
prit , la vivacité , les taicos la ren^' 
dent plus maligne. La raifob mê« 
me en éguife le crenchant^ eit' 
augmente la force » ainli que 1er 
rayons bénins du foieil augmen- 
tent l'acidité du vinaigre. La? 
Pafljon dominante , celle qu'elle^ 
foit, foûmet fa railbn; Sujeci^ 
malheureux d'une Reine légici- 
me, en obéifTanc à cette foibleT 
Reine, c'efl: à une de fes favo" 
rites que nous obéïïTbns. Hélâff 
paifqu'elle ne nous donne pat 
des armes aufTi bien que des 
régies , que peut-elle faire de plus 
que de nous faire connoitre nâ«' 
tre foiblelfe, que de nous ap^' 
prendre à plaindre nôtre aature: 



s 

\ 

} 



58 .Essai 

puirqu'elle ne peut la corriger \ 
accufacrice févere , mais impuif- 
fante amie, de Juge» devenue 
Avocate ,' elle nous perfuade le 
choijt que nous faifon;, ou juftiâe 
celui que: nous avons fait. Ce- 
pendant fiere de Tes victoires ima- 
ginairesVélIe enchaîne de petites 
pallions pour eo faire triompher 
une plus puiflante. C'eÀ aind 
qu'un Médecin s'imagine avoir 
diflipé les* liumdùrs > lorTque ces 
humeuri radèmblées produifene 

la goûte.; , 
Oiii y> le chemin de la nature 

doit être préféré. Eh ce chemin 
la raifon n'eft point guide: elle , 
efcorte i elle eft pour reiStiôer, 
&'hon pour renverfer: elle doit 
traiter la palTion dominante plus 
en amie, qu'en ennemie. Cettq, 
paflion eft une impulfion forte 
[ui dirige les hommes- vers des 
ins*^ différentes. Agités par' leurs' 
autres pallions , cooame pat des^ 



fûK l'Hommc. $g/ 
vients changeansf ks hommes 
font par la paflïon dominante, 
conftammehç jectés k une cer- 
taine côte. Qu'on foit éprisr d'à*' 
moar pour h pui(fance ou pour 
la fcience , pour Vot ou pour la' 
gbire, ou( & c'èfl: la plus forte' 
des paillons } pour le repos, tou- 
te la vie on pourfuit Ton objet »' 
même aux dépens de la vie. Le 
travail du Marchand , l'indifFe-' 
rence du Philofophe , l'hUmilité' 
du Moinie, là fierté du Héros : 
tout également trouve la raifoa 
de fpn côté. 

L'Artifan éternel, tirant le bien 
du mal, ence fur cette paffioa 
nos meilleurs principes. C'eft 
ainlt que le mercure de l'homme 
eft fixe. La vertu mêlée à fa na- 
ture en^ devient plus forte : ce 
qu'il y a de groflier , confoUdff 
ce qui feroit trop rafinéf unis» 
d'intérêt , le corps Qc l'efprit a£^'^ 
feoc de concert. 



6o. Essai' 

àl^*i^ ' ^^'^'^ ^^ Skxhtt ingrat au 
^'""pdncipu'fojn du Jardinier , enté fur ua 



nos 



& à te fpni-ifoûc fauvagc ,. devient fécond <v' 
de même les plus folides vertus 
naiffene des 'payions, la vigueur 
d\ine nature fàuvage fortifiant 
la racine. Qiellé fource de vertu 
& d'efprit découle du chagrin, 
de l'obllinatioh , de la haine ou' 
de la crainte ï La. colère donne 
du zélé & de la forcé : Tavàrice 
augmente la prudence : là pa-. 
rei» entretient la Philofophie : 
i'envieV .qui ticaonife une àme 
baiTe ,; eft émulation dans les^* 
vans 6c dans lès guerriers. Le plài- 
Tir rafiné 6c relTerré dans de cer> 

j taines bornes ,efl:.iin anibur déU-' 

cacV &^ charme le fexe : 0C nous 
ne louons dans rhoatoie cû ditns 
la- femme aucune vertu qui- ne 
puilTc v^enir de l'orgueil ,' ou de' 

.ic'i&"§:'i: C'çft ainfique la' naturé(quc 
IMti «twé^^^te réflexion humilie nôtre or- 



SUR l'Hommi. 6i 
gueil :) nous donne des vertus^^^^'^'^J* 
voifînes & aparentées des vices. i«t ^^^n 
La raifon efl: comme le fotc de ia moins c«ieti. 
boule f qui détourné du mal vers^.ei ^i:ôm, 
le bien. Si Néron l'eût voulu, il««<»«>»«"^« 
eût régné comme Titus. Vimoé' 
tuofité qu'on abhorre dans Ga- 
tilina, charme dans Déciu8,efl: 
divine dans Gurtius. La même 
ambition produit ou la perte ,oit 
le falut, elle fait un vrai citoyen , 
.& un traître également. 

Qui peut réparer ces lumières 
6c ces ombres réunis dans nôtre 
cahos ? Lé Dieu qui efl: en nous. 
Dans la nature , les extrêmes 
produifenc des fins égales dans i 

l'homme, ils fe confondent pour 
quelque uliage merveilleux, quoi- 
que fuuvent (i mélangés, que la 
différence entre les bornes où la 
vertu finit, & où le vice commen- 
ce, cft trop délicate pour être 
aperçue : tantôt l'un empiète fur 
l'autre , ainfi que les ombres Sç 



4^ ÛssAi 

les lumières dans de certains ta- 

laka\i% d'un travail iini. 

Or quelle folie ^ de vouloir de 
là tirer cette conséquence, qu'il 
B'y a ici -bas ni vices niver- 
losl Parce que le blap.c & je 
noir fetonr mélangés » adoucis^ 
fiandus enfenxble dé milleinanie- 
res différentes, ^'y aura-t'il plus 
pour cela ni noir, ni blanc? ccm- 
ifultez v^re propre cœur, rien 
n'eft plus évident : c'eft pour les 
confondre qu'il en coûte & de 
la peine , & du tems. 
^ice'^ÎL*' !*« vice eft un monftre fi W- 
ftat noM ydeux , que pour le haïr il fuffic 
fis. de le voir. Cependant vu trop 

fouvent , il fe familiarife à nos 
yeux. D'abord nous lefouffrons^ 
enfuite nous le plaignons, enfin 
nous l'embrafTons. Mais perfon- 
ne convient où eft l'extrémité 
du vice. Demandez, où efl: le 
Nord ? à York, c'eft lé Tweed: 
en Ëcoife jce font les Orcades^ 



SUR l'Homme. 6) 

^ & \k c'efi: le Groenland, la 
Semble po qudqu'autre Païs. 
Perfonaje ne conviendra d'être 
vicieuse au plus haut degré: il 
penfe que fon voiCm Texcede 
«ncore. Ceux qui font , pour ainâ 
dire , fous la zone du vice rnême« 
ou ne Tentent point fes fureurs y 
ou les défavouent. Ce qui fera 
ftémït un heureux naturel, un 
vicieux endurci prétendra qU8 
c'eft un bien. 

Tout homrae eft vectueux ^ 
vicieux: peu vont dans lesextrê" 
micés , mais tous le font à ua 
certain degré, ^e fcélerat Sc le 
fou fpnt vertueux & fages pat 
accès; & quelquefois par accéç 
l'homme de bien fait ce qu'il con- 
damne. Nous ne fuivons pas en 

.* La Province d'forc eft la plus S«p- 
tcntrional» d'Angleterr». Le Tweed cS 
une rivière qui «pare l'Angleterre ^ 
lEcofle. Us, Orcades font des Ifles m 
Nord de>lm:ofle dépendantf dt ce 
Royaume. 



,64 ESSAI 

jcouCi mais par partie, le bien & 

le mai; |car fpit vice ou vertu , 

l'amour propre les dirige. Cha- 

.^ue individu vifeà Tes différences 

Kût paffiftiv«vuës, in^is le grand but de Dieu 

rVdJtaKeli «nique, & ce but c»efl: la to- 

pr'oSee Salîté dc runivcrs. C'clï lui qui 

*^«"J*°j^;[|;çontrequarte chaque folie St cha- 

i« Agefle denue caorice . Qui détourne les 

tioa au dif enets de chaque vice , qui a don- 

dî*ïen."1:rné d'heureufes foiblcflès à tous 

f!f^- ies ordres , la honte aux Filles , 

.& la fierté aux Dames ; la crainte 

aux hommes d'état ; fie la témé* 

rite aux hommes de guerre ; la 

préibmption aux Princes , fic la 

crédulité aux peuples. C'ed lui 

,qui peut produire les effets de la 

vertu par une vanité dont l'objet 

jn'eft ni l'intérêt ni la récompenfe 

mais la loiiange ; fie c'eft lui qui 

bâtit fur les befoins fie les défauts 

de refpric , la joïe , la paix fic la 

gloire de l'homme. 

' Les cieux en nt^â^eitant 



SUR. L* Ho MME. 6$ 

dans de mutuelles dépendances^^J^f^^f^;! 
maitres, fervùeurs, amis» noos^e t^v eha- 
ordonnent de nous atder rea-iia <uo* toot 
proquemenc , enbrte que la fot-f^t •««: *'^ 
olefle de chaque individu deyienc 
laforce de tous. Le befoin , les 
foibleûes , les pafliohs redèrfent 
plus étroitement les liens de Fin. 
terêt commun, ou les rendent 
plus chers. Nous leur devons la 
véritable amitié , l'amour fincere» 
la joie intérieure donc nous joûif" 
fofls dans cette vie ; & c'eft d'eux 
aulli qtie nous apprenons dans 
le • déclin de l'âge à renoncer à 
l'amour Sx, aux piaiiirs. La raiioa 
en partie, & en partie la déca- 
dence de nôtre nature nous ap« 
prennent à recevoir la mort , êc 
à être calsKfr danS' ce padage» 
•Ôpc^H^^^oi^lft paffioo dW 
hofomc t la < (cieace ,< la- renom» 
Inée , ou. tes richelTes «perGoane 
ne veiic ib changer contre foa 
voififî. M^ fçavant s'eftiment 



66 * Es s AT 

heureux de rechercher la nacurr 
l'igooranc eft heureux de ce qu'il 
D'en fçait pas davantage ^le riche - 
8*applaudic de fon abondance ; le* 
pauvre fe contente du foin de Iaf« 
Prividence f l'aveugle danfc , &- 
le boiteusT chante. L!ivrogoe fe- 
t:roicun Bérof , & le lunatique ua^ 
Roy. Le ChimiAe qui meure de- 
làim f. eft Ibuverafioemenc beu»^ 
reux avec fes erpérances dorées » 
Se le Poëce l'eft avec fa mufe. 

Quelle merveilleufe confola- 
tlon accompagne chaque état ?• 
I^'orgueil eft donné à tous, com- 
me un ami commun. Des paf-^^ 
iion» Portables aident à chaque 
âge r l'efpérance voyage avec- 
nous ÔE ne nous quitte point» lors 
même que nous mourons.' 

Juliqu'à^ ce terme fatji^y ro{iî^ 
nion avec fes rayons^ chtngeans ,. 
dore les nuages^ qui embelltlTenc 
nos joursi Le manque' de 'boa«- 
heur eft fuppl^ par i'efpéfAOce^' 



, SUR l'Homme. 67 
ït manque de fens , par Torgueil ; 
ÔC ce que la connoilTance peut 
renverfer , ces paflTions le rele- 
venc. La joie femblable à une 
bulle d'eau , rie dans la coupe de 
la folie. Qp'une efperance foie 
perdue , nous en recouvrons une 
autre , & la vanité ne nous eîk 
pas donnée en vain.'- L'amour 
propre devient même par lapuif- 
fance divine une balance pour' 
pefer par nos befoins ceux des' 
autres. Avoiions donc cette veri< . 
té, & que ce foi t encore ua motif 
de confolation , que quoique 
l'homme foit folie , Dieu eft toute 
lagclîc, . 

E S S A I S \flL 

VUOMM3 



EPITRE in. 
De la nature & de Pètàt deVhotn^ 
me, par raport à la' focieté. 
PpRENDS , Hornme borné,' 
apprends que la caufe mh^ 




68 Es s A X 

verfellc n*ag$t que pour une fia 9 
mais qu*€Ue agit par di/jérentes 
loix. Dans toute la folie que peut 
inrpirer la fancé la plus vigou- 
reufe, dans la pompe de l'or- 
teil 6c dans l'impudence des 
licheflfes , que cette grande vé- 
rité te foit prefente jour & nuit : 
qu'elle le foit fur touc au Prêtre 
qui prêche , au fidèle qui prie. 
♦eK^eft'ï; Conûdere le monde où tu ea 

ifttae de fo*p|acé : examine cette chaîne d'a- 
•i«t. » •■«•lit»- *•• • 

mouf qui ranemble oC réunie 

tout» ici bas comme en haut* 
Vois la nature féconde travail- 
1er à cet objet ; uo atome cendre 
vers un autre atome, & celui qui 
ell attiré , en attirer on autreii- 
guré & dirigé pour embralTec 
bn voi(ui* Vois la cnaciere, va* 
riée fous mille formes différen- 
tes, fe prelfer vera un centre 
commun , k bien général : un ; 
végétatif mourant , eft lefoûtien ' 
de là vie d'un autre» ÔC quelque^ 



foisl^ilTouc pour vivre une vie 
nouvelle: une forme qur celTe 
d'être , efl; fuccedée par une att« 
tre forme, paifanc alteroative**' 
mène de la vie à la mort, de la- 
morc à la vie ; fembiabte ^ Une 
bulle formée fur la mer de la 
nature, elle s'életCf elle crève «• 
elle retourne à la nser^ U n'f a 
rien d'étranger : toutes les pae* 
ties font relatives au tout. L'ef- 
pric univerfcl oui Vétend par 
tout, qui conierve tout^ unie 
Cous les êtres, te plus- grand au 
plus petir. La bete tJk utile à 
l'homme , & l'homme efl: utile à 
la bête. Tout eft fei vi & tout ferc 
Rien n'éxifte à parc : la chaîne fe 
perpeCuë: où nnit-elle? 
Homme infenfé , Dietf aurft- r... „.,<5 

t'il travaillé feulement pour ton'^^„°'/J^'|'[;i 
bien . ton plaifir , cou amufe-neme . oi en- 
ment , ton ornement oC canour-iet ««[». 
rifiure ? Celui qui nourrit pour 
ta; cable le fan MImc » a pour 



rtii étri^illé les prairies,' Eft-cè à* 
caufè de toi qoe l'aUoucite s'é- 
lève dans les airs', & qu'elle ga-' 
ajouïllc t- La joie excite fes chan- 
fons, la joie agitefes ailes. EA' 
ce à caufe de toi que la liaotte 
fait retentir fes accens? ce font 
fâs' amours '& fes propres.' tre^ 
fàillemens qui enflent ion goûer. 
Un fier courtier pompeufement 
manégé,' partage «vec fon ca- 
valier le plaifîr & la gloire. \a 
féxnence GC. qui couvre la terxe , 
eft'ielle à toi féul^ Les oifeaux 
ledameroht leur grain. Ëft-ce à 
toi 'Teul qu'appartient toute la 
inoinbn dorée d^une année fer- 
tile ? Un^ partie paye & jufte». 
ment le labour du bœuf qui la 
mérite. Le porc qui ne iaboure 
point ^-Sc qui n'obéit point à ia>' 
VOIX, fubfî^e par tes travaux. 

Sçacl^'dointr que tous \ti en- 
fans de la nature' partagent fes'. 
ieùns. La fourrure quiécbaufi^ le . 



ï^ & i/HoM^iitif;^ 




lonarque a aupraravanC éch^u^' 
; l'otirs^' l^ofque rhoimue crie ,• 
oïez', tout- eft' pour ttion fcr- 
ice, Voï«z' l'homme qui ' efl:> 
our le mien, réplique l'oifon' 
ii'oo- eograiniSi Quel foiâ pour 
garder , le loger , le nourrir ■. 
: le bien traiter. C'6ft tout ce ' 
De Toifon connoît : il ne fçait - 
!is que c'eft'pour être mangé.' 
uffv loin qU'Oifon • peut' porter 
s connoiiïànces, l'oifon raifonne - 
ien ; il ît trompe fur les defifeins ' 
e l'homme , parce qu'il ne peuc - ' 
énétrer des defTeins au^deiltis de ' 
I portée»41 en eft de même de " 
lomiiie'yp^us'oifôn que l'oifon , - 
irfqu'ilprétend que tout foit fàic^ 
our un , ^ non pas un pour le ' 

)UC. 

Sypofé'mênfe que lé plus fort Bonfaenrati^ 
;gne forte plus foible,& queSl'"""* 
bomme' foit-' l'ef^Hrit & le tiJi'an 
e l'univen ; lànature matce ce 

lan. Lui-fe^l connoît j&e '/6qC> 



r» 

/»•.-* 



7** . E- s- » A I 
lef bdoias fie ks maux deâ 
autres- créacurtisi. Le milan foo- 
donc (ur.uo pigeon, frappé àfi 
la variecé de fon plumage , l'é* 
pargM^a-t'il ? Le faucoD écou' 
ce-t'il' le cKaot du roffignoi ? Le 

Sieai-ft^mirtf 'l'il les i^les dorées 
es iqfeâes ? L'homme feul s'ia* 
cereiîe pour cous: il faic jouir 
1^ oifjpauz» dçs bois; les bêces, 
des pâcurages? & les poi(foûs> 
des rivières. Il prend foin des 
uns par intérêt; ton plaifîr Tex- 
cite à en foigner un plus grand 
nombre d'autres» £c m plus 
grand nombre encore en eft re« 
devable à fa vanitéi Tous fub* 
fiftenc parles foins d'nn maître 
vain f & jouifTenc d'une étendue 
de bonheur que leur donne fpo 
luse. Ceft lui qui préfecve can- 
cre lafamine, 5c ceocfe te* béces 
fauvages-Ia vie de «e qu'une &im 
fevante convoicife ;' il régale les 
«ûioauspqu'ii deftinq h fon régal: 



SUR L* Homme. 73 
tant qu'ils exiftént, il les rend heu- 
reux} ces animaux prévoyansaufli 
peu le coup fatal , y étant «uffi 
peu fenHbles qu'un homme favo« 
rifé du Ciel * prévoie ou refTent 
le coup de la foudre. Ils ont joui 
de la vie avant que de mourir ; ne 
devons - nous pas aufli mourir 
après avoir joiii de la vie ? 

Le Ciel favor^ible à tout Itre 
qui ne penfe point » ne lui donne 
pas la connoifTance inutile de fa 
fin : il la donneà rhomcQei mait 
dans;un tel point de vue» que dans 
le tems même que Thomme la 
craint $ Dieu la lui fait fouhaiter» 
L'heure étant caché» la crainte 
eft éloignée, Ô{ la mort qui s'apro^ 
ehe ne paroîc jamais voifine. O 
miracle toujours fubfîftant» que 
les Cieox n^af ent donné ce tout 
d'efpric qu'au feul être qui penfe ! 

PIuHcBrs Aociens» & quelques Orlentanz de flot 
ioiirs, tegardeoc ceèxquilbot frappés de la foudre , 
<omine des petfoQAes factéa, le panicnlicicmcnc 
Mvorifécs dn CicL 



-74 E s s A ; . 

[ ^Ç^e, que foit doué de i^< 

xiait les mimes w>UK 065 faCUltCS QUI lui COQ- 

effets paf ra-'* , i . ,* r 

porc au bien^eapûnt 16 mseu^ } que par ion 
SriduT" *°;pciocipç, chacun égalçmenc tend 
;au bocheur» & trouve de^ moïens 
proportionnés à fa 6n, Les bêtes 
guidés pa^ rinCtinâ; quîne s*éga- 
H jamais ^ «nivelles befoin d'un 
autre guide infaillible ? la raiTon ^ 
quelles qu'en Xoienc les facultés , 
.»*a fou« aii plus que de TindifFe- 
j^nce: elle ne fe fouciQ pas de 
Icrvir, pu elle ne fect que lorf- 
qu'elle y eft ppuflTée. Elleattend 
qu'on Japelle^ & fouveoc mêoie 
Be vient pas. L'inltinâ: toujours 
prétàfervir^ vient dis lui-rnêr^e : 
. U n'abandonne jamais ; la raifon 
-inanqufi|ruuyeot. L'^un ne peut ai- 
Jet que droit ;. & Tautrc peut al- 
ler de travers. Dans |la nature des 
{)|ie$ je principe d'tmpuliloh & 
de comparaifoni dptibledans la 
APtre, n'eu qu*Mn. Et fi 00 le pcut> 



qu'on élevé la raifon aa deffu^de 
rindinâ : dans celui-ci c'eft Dieu 
qui gouverne» dans l'autre c'eft 
Thorame. 

Qc)i à appris aux habitans des 
champs ôt des bois a éviter les 
poifons f & }k choifir leur aliment 
prévoyantes, les bêtes fçavent 
pour rçfiflier aux tempêtes ou aux 
marées I bâtir fur la vague ou 
'fornâer des voûtes fousf le fable. 
Qui apprit à Taraignée à deHi- 
her des parallèles avec autànc 
de juflefie que de moivre , fans 
régie Se fans lignes ^ qui enféi- 
gne aux cicognes , femblables au 
fameux Colomb, à parcourir des 
cieux étrangers ôc des mbndesin* 
connus? Qui convoque leur af" 
femblée ! qui fixe le jour da dé- 
part ? qui forme leurs phalanges t 
Se qui leur marque le chemin? 

Dieu mec dans la nature de 



|)ar le ^and Newton, 



. • - - \ 

h6 . Essii " 

la T»îfon &rh^quç êtfç, fe^cmcocç dc foo 
^L îl^^iSonheut ; Dm leur prcfcric des 
aa",':/» ' il^imues î mais comme il a crée m 
^'«- pnivers y iU* pour rendre cec uni- 
vers heureux , fondé fur dé mii- 
tuçû befoins , le mutuel bonheur: 
ç'eft ainQ que l'ordre éternel rè- 
gne depuis le commencement , 
2ç que U crêatjure efl: liée à la 
créature , rhorome à. l'homme, 
ïout ce que le Ciel viyifiint ani- 
me, tout ce qui refpire dans les 
«kirs, tout ce qui croît dans la. pro- 
fondeur des mers , ou qui habite 
fur la terre , la nature le nourrit 
d'une flamme vitale, en fait éclo- 
re les ferocnces produdrices, 
4e^f S* L'homme non-feulemênt, mais 
i?at liaftiaa. lout Ç6 quî cfr? dans les boB, 
fout ce qui vole dans l'ait , ou na- 
ge dans l'eau, s'aime foi*même î 
0iai$né s'aime point uniquemenr: 
chaque fexe fe recherche. Leur 
plixCit ne finie point avec les vifs 
embraflTemens: ils s'aiment ôcfe 



êÙR L*H0MM É. 77 

tetrouvenc encore i|ne fois dans 
leur race. Lèibêces ot IcsoifeauTC 
s'acquittenc de leur châfgjs: Ies( 
mères nourrifTenc & les pères dé-^ 
fendent. Les petits de venus grands 
font congédiés pour courir la ter^ 
re ou Pair : à cet. âge Tin (lin â pa*' 
térnel s'arrête » les foins finifTenC, 
lés liens fe ronipent, chacun cher-^ 
che de nouveaux embralfemens ; 
d'autres amours (commencent / 
une race nouvelle fuccéde. 

L'efpece humaine moins dapï- ^^ râironen 
ble dé s'aider, deittande des ^oins'|^«"^^n^^'^^* 
dé plus longue durée , & ces foinsme"cics ucn^^ 
produifénc des liens plus dura- 
bles. Là réfié&ion ÔC la raifon Ici 
fdrtifîene, Tamour & Tinterêt tes 
refferrenr. On brûle par fimpathre 
oh fe fixe pa r choijt. Chaque ver** 
tu marche à fort tour après cha-* 
que padion. De nouveaux befoin^ 
de nouveaux fecours , de nouveN 
les habitudes entent la bienveiN* 

Unce fur les bienfaits. Les races fef 

j 
' / 



luivenc : une en procrée une au- 
^ cce. Un amour d'habitude main- 

cienc Tunion de la race qui pro- 
crée : un amour de nature main- 
cient la race procréée. A peine 
celle-ci eft-elle parvenue à la ma- 
turité de rhommé , elle voit celle 
dont elle a reçu la vie incapable 
de s'aider. La mémoire & la pré* 
voyance , Tune par le fouvenir 
d'une tendre jeunetTei d Tau* 
cre par h crainte d'une vielleffe 
infirme » font naître de juftes re- 
tours: ainfi le plaiGr, la recon- 
noinfance ôe Terperancc combi- 
nées » donnent encore de plus 
grandes forces à l'intérêt mutuel , 
«préfervent rcfpéce. 

Da premier 0.^^ l'OU UC CfOyC poînt qUC 

éiat du monde dans le premier état du monde la 
créature marchât aveuglément. 
C'étoit le régné de Dieu. L'amour 
propre & l'amour fociaie nâquî* 
rent avec le monde: l'unipu fut 

le lien de toutes chofes éc de 

1^ 



Fhomme. Alors il n'y avoit point 
d'orgiicil , ni tous Ces aits qin 
aident à' ia vanité/ L'homme Ôc 
la bête jduiffant égaiemenc deîs 
forêti?,' iharchbienc enfcmble à 
l'ombré des bois. Us avoient uni 
même table & un même lit. Dc% 
meurtreis ne fournifloienc point 
à rhbmme Ton habillement &t fa 
nourritufe.Uneforêc receotiflantd 
étoit le temple général , oij touis 
les' êtres! à qui Dieu a donné \tt 
orgàneffde la vôiît, chantoiem les 
louanges de ce Père commun. Le 
fandruaire' n'éroit ni revêtu d'or , 
ni fouillé de fang. Le Prêtre étok 
fansf blâttîe , pur ^exempt de caf- 
nagé 6t de vénalité. Un foin uiri-» 
veffôl éfoii l'attribut des cieux> 
lâ prérogative de l'homme étok 
de gou'^etner, m&is fans tiraft* 
nifer. O , que Phomme des tenïs 
qui dévoient fuivre, efl: diffé- 
rent i Boureau & tombeau de fti 
mokié de ce qui a viei ènnétxnl 



f 

i 

di la nature; un gémidîemeiU 
général fe fait eotendre à «e 
meurtrier des autres êtres : mats 
traître à lui-même , des juftes 
maladies naiflenc de (on luxe ,- 
& les meurtres qui raflbuviflfeac 
vangent ce qu'il a immolé. 

Les padionsfarieufes naquirent 
de ces premiers carnages ^ àt atti- 
rèrent contre l'homme un animal 
plus féroce » l'homme même. ■ 
utaifoninf- Voïons comment cet homme 
"na7«.'iï:«*éleva peu à peu de la nature 
v«.ioa de.^ l'^jt j la faifon copia l'inftinâ:. 

La voix de la nature parla ainji à 
l'homme : » Va , dit-elle , fiC'puire 
:» tes ioftruâions dans les éxem- 
"» pies des bêtes. Apprends des 
» oifeaux les alimens que les ar- 
» brilTeaux produifent ; ôC des 
> animaux les propriétés des ber- 
» bes. Que rabeille t'enfeigne à 
» bâtir , la taupe à labourer , le 
»'Ver à tilTer. Apprends du petit 



(^audlus à naviguer , à maniçr # 
l'aviron, & à recevoir Vimptcl- « 
fion du vent. On trouve par- « 
mis les bêces toutes les formes « 
de focieté. Ici font des ouvra- « 
ges & des villcà foûterraines; là < 
font les villes en l'air ^ conftrui- « 
tes fur des arbres agités. Etudie. « on-gine <i« 
le génie ÔCla poUcede chaque «'^Jlfr*"'»** 
petit peuple î la république des « 
fourniis , & le royaurûe des « 
abeilles: comment celles-là *. 
ïairemblçnt leurs richeffcsdans i 
des magazins communs , & é 
coofervent l'ordre dans l'anar- « 
chie : comment celles-ci quoi* « 
que Toûmifes à un feul maitre « 
ont néanmoins chacune leur » 
cellule féparée, & leurs bietis « 
en propre. Remarque les loix « 

Ceft un poiObn ^ne OppUn Haliem; décrit dg 
cette oianieceaK U»re premier. Il nage wr U met; 
dans r« GoqwUe qni terfemble au corps d oa »**"€< 
Il élevé en Tilt deux de fes pied», entre lefqueto 
eft une membrane «tenduf qv lui feft de voile, « 
ii lèJetc de fes deW autre» pieds comme de d<u» 
rame*. On wit ce poiflon dans U Mediterranct^ 



tê /, És.s-ài , 
n, ipyariablés qui prétervent leuc 
» éiiXi loiic aufîi Tages, que la^ 
». nature y aqffi impuables que le 
^, deftin.' £nr vaiA (a raifon veut 
31 tifleir d^Ê^ coiles plu^ délicates/ 
31 receâir la judicé dans le filet 
^ de la loi. Se faire d'un droic 
» trdp ridige , une fouverainein-. 
* iuftice: droit toujours trop foi- 
son Die avec les^ gens forts 9 5t toû- 
a> jours trop loxt avec les gensr 

m fbibles. yat ff^^e (ur toutes 
al ies créatures: que ràTplus habile 
3» fade obéir les autres, pouf des 
» arts appris des brutes , on te 
SI coronnera , on t adorera corn- 
€ mç Uri Dieu. 

Aipli parla k nature. L*hoiii- 
sae docile obéiit :' des' villes fu- 
rent bâties, des focietés furent 
formées: ici s^éteve un petit état: 
auprès il s^en élevé un autre , & 
ils s^unidenc par amour ou par 
crainte.' Y a - t*il un pays où des 
afibres produifent des fruits plus 



bxquis , 6e tin autre pays oâr le»^^ 
fources donheht dès eaux plus fft'' 
'Utaires ? ce que la guerre pouc 
roit ravir » le commerce peut 1er 
donner ; au lieu d'être ennemi / 
on devint ami:^ la jCKJihmUnièa— > 
cion 5e l'amour unifTàiënt fôrte-> 
ment le genre humain i lorf^Ue 
l'amour étotc encore libre, ÔC 
qu'il n'y ayoit de' loix que celles 
de la nature. Ceft ain» que les 
états furent formés. Le nom de <^''«'"« * 
Roi fut mconnu ijuiqu a ce qu unaouKhif •». 
intérêt commun plaçât le pou* 
voir dans (itifeul. Alors la vertu, 
ou répandant le bonheur pair le» 
srcs , ou ne faifaot la gùerrequci 
pour éloigner les maux , cette 
irertu de même nature que celle 
}ui fait obëiV les enfans à leurs 
^eres, rendoitle Prince le père 
ju peuple. 

Jufqu'aloTS chaque Patriarche „ 
;ouronne par les mains de la na-nent <ie* p^ 
ure, étoit le Roi , le Prêtre SC le"*"**" 



^ ESSAI 

Pesé de foa eue naiflanCt 5es fu- 
jeu Ce fioienc fur ]ui« comine fur 
une féconde Providence. Son 
œil étoic leur loi , fa langue leur 
ocacle* 11 Jeuf apprit à faire forcir 
leuralioieoe du.ulbn étonné, k 
GonuBander le feu « & -contenir 
les eaux é k cirer des montres 
des plus profonds abîiiles de la 
mer « & à faire de(cendre l'aigle 
du Ciel fur la terre : enfin devenu 
knguiltant < maladif 6c mourant « 
les peuples commencèrent à 
plaindre comme homme, celui 
qu'ils «voient révéré comme 
Dieu. Ënfuite en remontant de 
père en père , ils recherchèrent 
vn grand* un premier Père , 6c 
ils l'adorèrent. La fimple tradi- 
tion que cet univers a comment 
f ê, ne padèr de père en fils Une 
foi Aon interrompue. L'ouvrier 
étoic diftindement coiînu par (on 
ouvrage , & la raifon n'en .recon-' 
nue jamaisqu'un feul. Âvaot que 



^UR L*H0MME. 8j 

i'efpfic perverti eût altéré cette ki^ 
toiere , l'homme (emblable à {oA^ 
créateur, trouva que tout écoic 
l:>iefl : il marchoit a la vertu dans 
les voies du plaifîr : Se daas le 
pieu Qu'il reçonnoiffoit , il recon* 
noifToïc un père. Alors toute la 
foi, tout le devoir çonfîftditdaosie pd^dll'cde 
)*amoor : la nature tfadmettoit5f..;*lifi?»^ 
dans rhomrne aucun droit divin ,▼««»««»«».': 
6c ne pouvant appréhender au* 
cun mal de Dieu , elle ne crotoic 
pas qu'un être fouverain pût n'ê* 
tré pas un être fouverainemenc 
bon. Une vraie foi, un bon gou* 
verneoaent étoient unis eofemble. 
L'une n'étoic que l'amour de 
pieu p & l'autre V mour de l'bom* 
me. 

Qui le premier enfeigna à ces 
âmes efclaves & à ces royaumes ja'^i* p"*^?** 
ruinés , cette créance monftrueule^«J^» ^^ifl: 
quepludeurs ont été faits pour un;ùrinie.origiiig 

. ». .••If r • t icaraôéied, 

cette orgueiUcufe exception dciidojsttip. 
toutes les loix de la nature , qui 



|)o.uleyer(é le monde & contre- 
^^rr,è la caûfé Aiprémê 2 (.à force 
et f leinieieineflt les çooquêces , 
Sa k$ iconquêtes lirenc les lois. 
Jurqu'ii ce que la fuperftitiod apiîc 
i xâpç^ér lé tiran : elle partagea 
jft licannie t^yec lui ; 5ç lui pr4' 
HUtf fon fecours fît un idfiéu du 
^conquérant , & un efçlave du fu- 
|et. .^Uefe prévalue dii feu des 
iclair« » du bruit du tonnerre , 
4u|crcinblementdes montagnes^ 
)Ss des gejmilTemens de la terre» 
pour faire profterner Thomme 
toible , & contraindre les or- 
gueilleux à prier des êtres ima* 
gin aires «qu'ils croyoient auteurs 
de des accidens. Du ciei qui s'é-^ 
clatoit t elle fit defcendre des 
dieux* & Tortir des fpedres' in- 
fernaux delà terre qui sVntrou* 
vroit. Elle fixa ici des demeures 
terribles , ôc là les demeures for- 
tunées. La crainte fît des démons, 
$c une foible efpérance fit ides 



dieux; dieux de 'partialité. )d*mr> 
çooflance, depamon, à'iajufti- 
ce , dont les attributs écoient la 
rage , la vengeance , ou ia luxure; 
tefs que des âmes lâches pou* 
voient leMiTtâginer: cœurs ci- 
rans , ils crurent dans des dieuix 
tirans. Alors le zélé & ooii ' It 
charité devint leur guide : l'enfer 
fut bâti fur ia haine , ^ le ciel fur 
lorguëil. Alor« la voûte célefte 
ceCTa d'igtre facrée : on bâtit des 
Temples : des Autels de marbre 
.furent élevés ÔC arrofés du fang. 
Pour la première fois les Prêtret 
fe nourrirent d'une chair vivante^ 
ôC enfuite fouillèrent de fang hu- 
main leur idole hideufe. Ils ébran- 
lèrent la terre par les foudres du 
ciel , 5c fe fervirent de Dieu com- 
me -d'une machine pour les Un' 
cer contre leUrs ennemis. 

C'efl: ainfi que l'amour propre 
^orné dans un feul , fans égar4 
à ce qui ed ju(le ou injufte, ff 



88 Essai 

fraye un chemin à la puilTaoce. 
à rambijcion • aux rîcheffes & è 
infl.e>«e «fefa. vplupcé.' Ccmêmeamourpro- 
ÏÎT^^u/'uP'C répandu dans tous , fournie 
lien de lito-iixi-tûètùe dcsmotife pouf le ref- 
^ ' tri^ndre , & eft la foùrcc du gou- 
yernemenf $c des loi^. Car ii ce 
gti'un homme deQre , Tes autres le 
défirent aii0i «quefert la volonté 
â'un feul, contre la volonté 
de pkifieurs ? Comment con* 
^rveraH*il unechofe i fi /ou loif- 
qu'il eitendorôii, un plus foibte 
la lui dérobe; ou lo^fqu'ii efl: 
^veillé, un peu plus fort la lui ar- 
rache? L'amour de la Cureté doit 
reâraindre celui de la liberté , ^ 
tous doivent s*unir pourkconfer- 
vation de ce qu'un chacun defire 
d'acquérir. C'eft aihfi que pour 
leur propre fureté » les Rois for- 
cés à la vertu , .cultivent la judice 
& la bienveillance , que Tamour 
propre abandonne les premiers, 
mouvemens , fie que le bien privé 
fe trouve dans le bien public. 



SUR L*H0MME 89 

C*cft ce qui fait qu'oiv efprtf ^^^^^^^^J»'^; 
coéf^cré à l'étude^ ou qu'une '''''>«^<'i'e''oa 
Amegénéreufe , un ami desdieu^^gon/e^^ent 
ou un ami de Thomme , un PoëwSlJpTmdpV^^ 
ou un bon Citoyen ^ s'élève pour 
rétablir la foi & la morale que lar 
nature a premièrement, donnée $< 
rallume Ton ancien, flambeau ^ 
non point un flambeau nouveau: 
s'il ne peint point l'image de 
Dieu I il en trace Fombre ; aprend 
aux Rois Ôe aux Peuplesà ufér de 
leurs juftês droits : à ne point là* cof^emet^ 
cher ni rerenir trop la brîdc dé-"*"** ""**^ 
licate :.àn bien accorder le grand 
avec le petit l que qui touche l'un 
ébranle l'autre ; 8c à fi bien unie 
leurs interêçs nacureUement con^ 
traires, qù*il en réfuke une har- 
monie d'états bien concertés. Es 
telle efl la grande harmonie di| 
monde qui naît de lunionhi de 
j'ordre 5c du concen général de 
toutes chofes , où le grand dc lé 

petite le fort & le fôible font fait;( 

H 



'ço E s s à î 

poitfrervîf, 2c non pour fouffrin 
poar fortifier , 6c non poàr ëo^ 
vahir; où Pbn eH d'autant phA 
puiffaiit qu'on eflr plus nêceflfkirè 
aux autres, H où l'on eft heureux 
i proportion que Pon &ic des 
heureux ; où tout tend à un feul 
point, où tout efl: porté vers lé 
même centre, bêtes, hommes ôU 
anges, ferviteur , Seigneur ou 
Roi. 
^rèrfetfor. Lalflez dux infenfés à difpucer 
T^emea'n&rur la forffle du gouvernement. 
*^bie^« Joa.Le mieux adminiftré eft lè metl-> 
""^ leur. Laiflfez les faux zélés -diTpu* 
ter fur les différentes manières de 
croire. Tout ce qui s'opdfe à Pa- 
nique, à la grande fin , doit être 
faux : & tout ce qui contribue au 
bonheur du genre humain » & à 
la corred^ion des mœurs , vient 
de Dieui 

L'homme femblable à1a vigne, 
la befoin de fuport ; 6c la force 
qu'il acquiert vient de l'embraf* 



SURI-'HpMME. 91 

temeot qu'irifonfle. Ainfique^ 
Planètes qui louics àlafoisiour- 
rièntruc l<ur propre axe, &tbui- 
itent -àtltour du folcil , de mitai 
deux œodvefnens ,>caa>patiblei 
agilTenc dans raine ,'dont l'un re- 
garde la peifonne œËme, & l'au- 
tre l'univers. 

G'eft ainfi que Dieu&lmalup 
oac lié la fabriqué génStMet^JC 
ont voulu que l'amour propre £i 
l'amour fôcial Confondus, ne 
fuirent qu'iin. 

Fittiklamiftéme^pit"- ' 



H;i 







Eiââk 











ES S A I 

SUR 

L'HOMME. 



m 



EPITRB IV. 

Dâ la tuture & de Vêtat 
P Homme par raport at$ 
bonheur» 



de 



O Bonheur ! fe - bue 6c la 6a 
de nôtre être: bien, plai- 
fir, repo», contentemenc , quel 
que foie con ooni ; ce je ne fçais 
quoi qui excite qos foupirs écer« 
neis» pour lequel nous fupoctoot 
la vie , & nous ne craignons pas 
de mouHc : toujours H prés de 



-SUR L*H6ïiite e. ^t 

de nous» & cbi^fours au-dsU^tie 
nous ': tdûjouts reéhétdlîB #0» 
loin qu'il n'elt; v& confufégolftft^ 
par te fage , comme pat te fou % 

Plante d'une femeaee cclèft*» Ô 

eu eft tombée tci*l7as» dis dani 
quel terroir mortel ttt dàigni» 
croître ? Brilles-iu épanofii par tes 
rayons d'une Cour favorable , où 
es tu enterré avec les diamans 
dans des mines précieufes? Es-tir 
entrelaffé avec tes guirlandes des? 
lauriers du ParnaSe , ou cs-t» 
moifTonné pat te fer dans te 
champ de Mars ? Où croît-il ? où 
ne croîc-il pas? Si nôtre travail 
eft ^in ,,c'cft la faute de ta cultu- 
re , ÔC non du terroir. Le bon* 
Iieur véritable, n'eft point ren- 
fermé dans quelqoe lieu privilé- 
gié ? on ne peut le trouver mille 
parc; ou on le trouve par - tout : 
60 ne peut-ractieter ,il eft libre j 
îlfuit lesMpnarcfues Boliogbrokey 
il habite avec coi. 



le bonhevr 
ifcal défini par 



M 



E$S.A^ 



4*èttt Cf rviable , l'autre de fuir les 
iiociilBçs:^ queIques'^ubs font con* 
S£^ Iç' tjunikur dans 1 aâion , & 
45tttcre§ dgos lé repos • oBU3;-ci 
^a^llent piaiCir^ ti ceux4âi con<'' 
Itotemeot : toutes ces définitions, 
oc diient guéres plus ou moins 

2ue ceci t que le^r/^ottheur eft bon- 
eûr. L'uo dit que ion plaifîr eft 
de o'jiivoir aucune peine » un autre 
ne Tçaic où le axer i incertain» il 
doute de tout. Il y en a mênsè 
qui oicnc que la vetcu y ait aucu- 
ne influence* 
r ^\ . Abaodonnonslesfeatîeh d*uhe 
en le bat AttoW^ opiuion } fuivoos la voye 
mM.Vi^êde ia oaturç. Tous les états peu- 
«.Vind5r'°'»en« ^«<e«»drc au bonheur: tout 
le monde pçuc le poiTéder : fes 
)>ienss'o£rreot à nous» ibne con^ 
fiftent «point dans aucune extrê- 

oùcé, 11 ne âiuc.qiie 4u bon feos 



SURL'Bo&tMJf 9Ç 

êéos l'erpiit » db h AiokaméuaM 

qu'on vdojji^ft à6 k diverdtidél* 
portions , il ay ti 'pm' ntoinkano^ 
égalité de ttanqmttteé cikimw»^ 
qu'une égalité dàféftp aimMu»r 
RefTou vten^toi^ Hoin^r r <^' 
ta eaufê t)Hi^erfe4fe n^iigit pé^par' bicb goi$ 
des ioix^ patticut^rfes, mâisqu^'eUtlouyâenâ 
agit par des loîjk généraiesrr &.Ver",.^"n 

qu'elle a conftitùé, ce qm ^*»***'**'bÔri,ea*t"'f4 
petler • le véritable bonhéuf» hoir ^b<i> & po» 
dans le bien d'uafeiil , mais danstl *^/o.£ 
le bien ât tous. Il n'y â pav dcroXrpr. 
bonheur dont joiiiflê^n iodividttj"""^^^^*^ 
qœ ce bonheur ne panche en8«a«ai. 
quelque manière verâ> toute 
l'efpece. Un cruel bàndi, un cirraa 
fougueux enivré d'orgueityua 
hermite enterré ne peuvem4ifi&re 
à leur bohhew. Ceux qui préeen* 
dent te plus de fuïr ou de ban le 
genre humaiii «cherchedif un àd^ 
mirateur , fouhatténe de's'aflQret • 
d'un amii Si Ton M% abft^aâioa 



g$r '.'' Es 8^ Al 

de<e que les iiutreç fenceni , de 

ISCnu'As fitefent-, tQ»»i<!« PiW&" 

lof ODI Jâ0|?»ifiaR», la gloire sobf- 
eordra. Chaqoo'a fa paït.de tjçn- 

beur»; &jqj«j en véw pbtf «»^V •?" 

«•««agfe f «pf o«V*«^* que le plailit 

iW'p?yo P** ^' PoUie de la peiné. 

c«Bme a. L'ordte eft la premiete loi du 

.Vro'S^Cicl . '& ce pridcipe ac?cordé , . 

kAX uil y a, & il doit y avoir deshom- 

Ks foient iaé; -ji,j. . îches « plus habitcs .' mais 

fâ:r if ^S^n ' inferer V»»* f^»*"^ ? '«^^ 
îr;::.on!beureux, c'eft heurter le {ççs 
fe^ï!''" commun. Quoi qu'inégal dans la 
diftf ibution de ces biens , le ciel 
eft néanmoini impartial. Si les 
liqmmçs fopç égaux . dans leur 
bonheur, loin de le détruire, 
cette ioe'gaUté de biens produit 
4es befoins mutuel» qt»i ittyçnt 
à. Uaugrncn^^r* ^*^ différence qui 
it trouve dans la n»«fc».Çn.ÇP"^ 
iferve ia'^ix; Q^^'importc l« con- 
dition ? ou importe les Çiiconl- 

tances 



SUR l'Homi^e. 97 
tances ? le bonheur eft Je même 
dans le Sujet comme dans le Roi; 
dans celui qui défend ou dans 
celui qui eft. défendu : dans ce- 
lui qui trouve un ami, ou ^ns 
celui qui eftcec ami. Le Ciel qui 
a foufHé dans cous les membres 
de lunivers une vie commune | 
leur a aulTi donné une bénédiâioa 
^commune. S*il y avoic une éga- 
lité dans la poifeOrion des biens ^ 
6e que ceux qui les pofTedent fuf- 
fent d*un même degré, n*y aurait* 
il pas des débats continuels? AinQ 
donc é fi Dieu a fait un bonheur 
pour tous les hommes, il ne peuc 
pas ravoir placé dans les dons de 
la fortuné. 

La fortune en peut difpofer Nonobfim 
diverfcment: on apelle les unsuVo^^dlnh 

heureux, les autres malheureux :*^^*oMdVu 
mais légalité de lajufte balance«'>^>»'« ^ ^"^ 
des Cieux fe manifefte ^ en don*bliaflc?irboii. 
^lantauxunsde rcfpérance , auxtllSr' *'- 
autres de la crainte. Et ce o'eft 

I 



,98 Essai 

-pas le bien ou le mal prefent qui 

faic le fujecde la joyeoude Taf-- 

iiidtiorit mais të prefenricnenc 

'd*U9 mieux ou d*afi pis futur. 

O 9 fils de la terre ! vou lés- vous 

encore par des montagnes encaf* 

Tées vous élever jufqâ*aux Cîeux? 

Jes Cieux fe rient de vos vains 

efforts, ÔC vous enfevelilTent fous 

les malTes élevées par vôtre folie. 

Ce qoeceft Sçachés que tous les biens donc 

3«*^^*^^j^;j|y^peuvent joiiir les individus, que 

Sa compatibr cous ceux quç Dieu Si h nature 

•ondumion onc deftinées à Thomme, que 

jo)es des fens conH lient en troi$ 
ch^fes, h fanté^ làpaix^ & le 
neceJfaire.L^Uaié ne le maiocienc 
que par là tempérance : 6c la paix 
ed fapanage de la venu. Les bons 
il les mauvais peuvent acquérir 
les dons de la fortune; mais le 
plaifir de la jouilTance en eft di- 
minué i proportion delà cnéchan- 
f et^ de ceux qui les obtiehneor. 



Qui dans ^ la pôurfuite des richef- 
fes ou des voluptés rifque le pîus^ 
de celui qui n'employé que des 
moyiens droits, ou de celui qui en 
employé d'injuftes? pu yitieux 
pu du vertueux » foit heureux ou 
mattieu reux , lequel des deux ex- 
cite le mépris » lequel excire 
là compaflion ? Calculés cous 
les avantages que le vice heureux 

f)euc obtenir j vous trouvères que 
a vertu les fui( & les dédaigne) 6e 
donnés à un fcelerat cous les bon- 
heurs qu'il peut fouhaicer^ il y en a 
toujours un qui lui manque, celui 
de paffer pour honnête homme* 

Aveugle àla verité& aufidê- i^treudtm: 
me de Dieu ici-bas » on attache ler^cé q^.Tft 
bonheur au vice , le malheur à laSeurjîra^il!/^ 
vertu. Celui qui connoit le raieux^^;'^^" ^« i\ 
le gtand plan , qui entre le mieux 
dans Tordre général, celui-là con« 
noîc le mieux le bonheur 9 celui-là 
fera le plus heureux. U n*y a que 

les fous qui apellent rhomme de 

lij 



w ^ - < 



lôo- E s s ? ï 

bien malheureux j pour des maux 
PU des acçidens que le hazard 
^onne à tous, Voyés la cbûce de 
jFaiyand, cet homme jufte ÔÇ 
vertueux; voyéji le divinTurenne 
renyçrfé fur lapoufliere: voyés le 
fang de Sydney couler dans Le 
champ dre Mars ; eft-ce leur vertu 
qui en eft la c^ufe ? n*efl:-ce point 
leur mépris pour la vie ? O jeune 
& cher Digby ^ Tobjet de nos re* 
grecs, ell-ce la vertu | ( car le$ 
Cieu; n*en donnèrent jamais da- 
vantage ) qui t'a précipité dans 
le tombeau? H c'ell la vertu qui 
fait expirer le fil$, pourquoi donc 
lepereviC-il comblé d'années 5ç 
plein d'honneur ? pourquoi le di« 
gne Evêque d,e Marfeille refpira- 
tM un airpur^tandisquela nature 
languitroic , & que chaque foufQe 
ide vent aportôit la mort? ou pour? 
quoi lejs Cieux laifîcnt-ils (i long- 
iems ( Il toutefois la vie peut être 
longae) lailTentils aux pauvre? 



SUR L*H OMM I. toi 

& à moi une mère rdpedtable ? 
Qu'eft-ce qui fait le mal phyfi- 
que 9 & qu*efl:-ce qui fait le mal 
moral ? L*un i les écarts de la na«' 
ture; & raucre ^ les égaremens de; 
ia volonté. Dieu n'envoyé point, 
de nlaux ; la nature les lailTe tbm- 
ber , ou ifs s*échap6r)t dans les 
changemens : Thomme qui s'en 
infeéte les augmente. Nous pour-' 
vons auITi peu nous plaindre aux' 
Çieux de ce que te jufte Abelefl 
tué par Caïn, que de ce qu'un 
fils vertueux fooffre lesinc^mimo- 
dites d'un fang corrompu que lui' 
a cranfmisun père débauché. Doit ^out de 

• • t r *^ ti " vouloir one 

on croire que. la caule éternelle iDieuaUercdcs 
femblable à de foibles Princes ^ufca^av^uc' 
renvérferafes îoix pour quelque^uc"? ^""''*' 
favoris ? 
.Faufil qgeM'Etna brûlant, à 
la fommatioh du Phiiorophe , ou- 
blie Tes tonneres &C rapelle fei 
feux? Que des impreffions nou- 
velles fefâtfent reflentir fur les airs 

Imj 



102 Es s AI 

& fut les mers, pour aider à la ref- 
piratlon du veréueux Bechél ? Que 
: dans un trëmblemehc dç terre les 
mpncagaes ébranlées n*6béïirênc 
pas aux décerminacipns de la gr«- 
vite , parce qiié vous paiïés coût 
iprés ? Ou qu'un 'vieux Temple 
prêc à s*écrouler fufi^ende fa 
chute pour la réfervér à de Char- 
ires? 

Ce monde, (i propre potir tes 
fcéleracs , ne vous concence donc 
point ; imaginons-en un meil- 
leur. Supofons ou'il devienne un 
Boyaume de juues : côniiderons 
d'abord comment ces jufies s'ac* 
corderont. Je veux que les hom- 
mes de bien méritent un foin 
particulier de Dieu ; mais qUi au- 
Mow net^e quc Dicu pcut dite quels-font 
|S°îw'« hommes de bien ï l'un penfe 
«lu* qnW® refprit célefte cfl: defcendii 
foii il doit t.dans Calvin : un autre croit qu'il 
;ÏÏ?'"''*"ft été un inllrumcnt de l'enfer. 
Si Calvin partage le bonheur des 



s tr r: l' H oufM £. loj / 
Ôieux «ou s'il reffeni le poids de 
la verge vengerefTe, Tun criequ'il 
y a un.Diieu, 3c rautrç crie qu'il 
n'y tù a pt>m. Ce qui .choquer 
l'un , édifie l'autre , &- \in feu!' 
fyftêitae ne peut fatisfaire tous les 
hommes. Si d'ui) autre côté cha- 
cun a le Hen , (ouc ne (era que dé-: 
bacB? Faudra* t'il que k marias 
Ija femme ayent différen» fyftê- 
mes ? Le meilleur de tous fait fur 
Qous desitopt^flionsdiSerèntes,' 

& ce qui récompénfe votte verta 
punir la mieniiç* Touf a ^ai cft ^ 
éfl éfieHi. Il éft vrai que ce monde 
a été fait pour Gefar , mais il, à 
aùffi été fait pour ficus :^majs qu» 
des deux fut le plus heureux ? ce* 
* lui qui' enehaîda fa Patrie^ ou 
celui dom;' le^ vertus foiipiroiepc 
la perte d'un jour écoule tans 
bienfaits? 

, Mi»is,dire2-vous, quelquefois 
Va vertu m<^urt de faim , tandis 
qj4e le vice régorge de biens« Q^e 



Es s AI ' ^ 

VenfuiC'il ?lepain eft-illa recom- 
penfe de la vertu? Le vice peut 
Tacquerir »c'efl:iaprix du travail; 
le fcélerac le mérite lorfqu'il la- 
boure la terre : il le mérite lorf- 
qu*il affronte les mers , où la fo- 
lie combat pour lestyrairs & pour 
les richefles» L*homme dé bieii 
peut êtrefoible , indolent ; mais 
àufTi il o'a(ptre point à Tapulence, 
il afpire au contentement. Supo- 
lé cependant qu*il fdit riche ^ 
vos demandes feront *elleS'fimes? 
Non, Faudra>t*ilqueyhommede 
bien manque de fanté & de puif- 
fance ? Jeveux qu*il ait richeflfe ^ 
puifTance , & tous les biens de la 
terre. Vous demanderez encore, 
pourquoi Ton pouvoir efl: limité ? 
pourquoi il eft tin particulier? 
pourquoi il n>ft point un Roi? 
Mais pourquoi ne demandez- 
vous pas lés dons intérieurs au 
lieu des extérieurs ? pourquoi 
l'homme n*e(l point un Dieu ^Cç 



SUR l'Homme. 105 
la terre un Ciel ? Qui demar»cle 
ôcqui raifonoe ainli , concevra 
avec peine que Dieu donne aUez 
loffqw'il peut donner plus. Sa 
puiflance étant immenfe, fi les 
demandes le (ont auffi , k quel 
degré dans la nature s'arrêtc- 

r oient- elles? l, 

Ce que rien fut la terre ne peul^,^:;|'«'^/«- 
donncr ni détruire le calme def»»;/" j-" 
l'ame & la joye intérieure duf«re^iuf.« 
cœurc'eftie prix de la vertu. EneompatiWfs 

voudriez-vous fixer un meilleur,j^'foo%!lfrHl 
ÔCdoriner àrhumiUtéuncaroOir'- -^"»'ft«- 
à fix chevatix? à U jufticé , l'é- 
pée du conquérant? à là vérité , 
une mitre ? ôc à l'amour du bien 
public, ce qui d'ordinaire le- dé- 
truit, une Couronne? Ces ré- 
compenGes ne plairoietit point 
à ia vertu , où la détruiroicnt. . 
Combien fouvent par elles ont 
été détruites à foixante ans de? 
vertus qu'on avoit admirées dans; 



io6 Eéé hî 

>urt jeune homme devingc-un^i 
vcm ?cU"' Examinons: les richeffes peu- 
hcutcax on v^nt-tllcs dortncc' à coût autre 

Ji*mn:c fans «v ,■■ . • n 

rertii. Pfcuvcqu à liiommé jufte Urt cohtcnte- 
thfflw!*' ^'"ment perfonnel & la' confiance 
des autres ? Des Juges ôe des Par • 
kmens ob^ été achetés avec de 
Targent, Qàais Teftimô & Tamour 
rie furent j'arnaîs à vendre* O' 
qu'elle folîe dcr croiréqu^un hom* 
me de bien qui a pour objet de 
fon axnout le genre humain ySC' 
.. qui efl: lui -^mêmé l'objet de celui^ 
'' do genre humi^in» donr la vie 
refpir^ la fanté'y & )a conscience 
rinnocencci foie haï de Dieu^ 
parce que E>ieu ne lui a pas don- 
né mille guinées^ de rente ? 

L'honndur ÔL )a: honte ne' 
n&iffent point de nôtre condition* . 
Faites bien ce que vous devez - 
faire ; c*e(l en quoi confîfte l'hon- 
neur. La fortune a; mis quelque 

C'crt ragcoùruivanc les loix d* Angletcttc j on cû^ 
ttt »a majoriie. 



BifRités. 



I0'7 Sl/RL*(lôMMé 

pecite différence encre les honS-" 
mes: l'un fe quarred^ns fesgué-" 
nilles , 2e l'âiicre Cedemenfe daM 
fes brocards, le Savetier dans 
fon cablie de peau: l'homme 
d'Eglife dans fa foucahë , le moi- 
né avec fon froc : 5C le Roy avec 
fa couronné. Mais, vous écricrés- 
vous, y a>t*ir rien qui diffère plus 
qu'une couronne oc qu'un froc ^ 
Oiii, mon ^mi, l'homme fage 8c 
lliomme fou. Vous crouverês que 
n une fois le Monarque atgic en 
moine , Gc que l'homme d'Eglife 
s'en y vre en Savetier , que c'eft 
le mérite qui £iit l'homme émi" 
nent , Se le manque de mérite 
qui fait l'homme vulgaire : car 
au refte que fait le tablier de 
l'un , ou la foutane de Taucre ï 
D'être tout couvert de titres 6c 
garni de cordons, c'efl: ce que 
tu pcus être par la fkveur des 
Rois ou de leurs couttifannes. N»iff«ne» 
\ Ton fang vanté depuis mille ans 



io8 Essai / 

ou environ peut couler de Lu^ 
crece en Lucrèce. Mais fi c'cft 
fur le mérite de ces pères que tu 
établis lé tien , ne çonopte feu- 
lement que ceux qùifurenc grand 
hommes fiC hommes de bien/ 
Q^ue fi ton (ang ancien i mais 
ignoble a coulé dans des cœuis 
lâches , fut ce depuis le déluge y 
va fie compte que ta famille e(l 
roturière; fie n'annonce point que 
tes pères ont été fi long^ternsfans 
mérite ^ D.es infenfés^^ des efclà ves 
fie des lâches ne peuvent être 
annoblis; non pas même par le 
fang des Hovards. 
grandeur. Examinc cnfuite la grandeur. 
Où Je trouve-t'elle? Tu mé ré- 
ponds parmi les héros fie les pq- 
liiiques: les héros font cous les 
mêmes I on en convient afiez, 
depuis le fou de Macédoine , 
jufqu^à celui de Suéde. Tout le 
but extravagant de toute leur 
vie efl: de fe trouver , ou de fe 



SUR* l'H ô m m e. 109 
faire ennemis du genrç.humain. 
Pas un ne fe rapelle tepaiTé^nls 
vont toujours en avant & néan- 
moins ne regardent' jamais au" 
del^ du pas qu'ils font. Et tic 
préférons point au héros le polr- 
jtique & rhabile homme: rufé 
& circonrpe(3: il cherché à faifir 
jes hommes dans des môinens 
incorifiderésî ce n'eft pas habileté 
ou fagerte dans lui ; c*eft foibleflc 
dans les autres. Mais en (uppo- 
fant même le fuccés, que le 
héros falTe des conquêtes & que 
je politique trompe ; qu'elle ab- 
furditc d'apeller un mal-honnête 
homme , un grand homme ? La 
prudence criminelle de l'un , & 
bravoùte forcenée de l'autre, 
font loin de la fagefle & de 
f honneur. Celui qui obtient une 
noble 6n par de nobles moyens 
Q\x qui diigracié rit dans rexil 
pu dans les fers , foit qu'il règne 
cogime Je fage Antonio , oH 



IIP V Es«A I\ 

qu il meure cqmcne Socrâte ^ ce- 
lui-là ed'vrayemenc Grand. 
*eno«mie. Qi^cft-cc quc ia renoromée ? 
Cette Tie imaginaire qui tcipuç 
daps les autrçi. Objet toujours 
aurdel^ de nous , que nous n ob- 
tenons qu'après la mort » ^donc 
la mort nous empêche de jouir^ 
Que vous importe p Mylord, que 
ice foit de vous op de Ciceron 
don): on parle 9. quand vous ne 
Tentcndr^;: pas. Tout ce que \i 
renommée nous fait fentir ^ naît 
Cz fe termine dans le périt cercle 
de^nos amis ou de nos ennemis : 
Pour tous les autres , ce qui vit^ 
pu ce qui ne vit plus , eu égale- 
ment une ombre , foit' Eugène 
ou Cefarjfoit qu'il brille qu qu'if 
ait brillé ^ en tels tems^en tels 
lieux, fur le Rhin ou fur le Ru» 
^ bicon. Qi'eft-ce qui foit la répu- 
tation du bel cfprit ? c'éft fa plu- 
. . jne : celle du Général? fon bâ- 

pn de Commandant. L'honnête 



su R l'HoMMB. Xtl 

homâiet le plus nobie ouvrage 
de Dieu,Udoitàfoi*mê(ne. La 
nature de la ripatatiorv^i en fait 
le prix. La renommée ne préferni^ 
ve-cVlle pas de Ja mon le noca 
d'un (célerac? Elle le fait de la 
même manière que la juftice a^ 
préfet yé Ton corps du tombeau, 
& ce qu*il eue mieux valu enfe- 
velir dans Toubli, efl: expofé pour 
. empefler les autres hommes. Tou- 
le réputation qui ne provient pas 
d*unvrai mente, nouseftétrani» 

r ' 

gere& pernicieufe : fon encens 
porte à la têtCt mais ne pénétre 
pas au cœur. Une heure d*june 
approbation intérieure remporte 
fur des années d*acciamation$ 
d'une populace iottementéprife. 
Marceiius éxîié renfenioit de plus 
véritables joies» que Cefar à U 
tête du Sénat f foumis par force 
à fon pouvoit ufurpé. peTfiîw. ^* 

Opels avantages réfultent des 
talens fupériçurs ? Dites * nous ^ 



•^ l'ij 'fi 8 S A î '^. - *^- 

Mylord ♦ cac voos le pouvez 

ce due la- fcicoce nous donne 

le chagrin de fçavdir çoçnbiei 

peu nous (cavons, >Jtle voir pin* 

Siftinaemewt les fautes des au 

-ites , & de fentir plus viveïneo| 

lés fienncs propres. Condamne 

à débrouiller les affaires, ou t 

deftaurer les arts, fans fécond ou 

fans J^ge , vous voulez montrct 

des vemés , ou fauver le pais qui 

s'abîme : lout le monde ciaiot, 

pctCofïne ne vous aide , & peiJ 

vouscoroprennent. Otriftepre' 

éminence de vous feniiraudeffuj 

des fctblelfes de la vie , & àt 

contolations qu'elle offre! 

leshoo.™.. Qa'on examine févéremcrt 

font miiheu-tous ces diffcrcos avanuges, loi. 

SUôri^e fuppotation faite, qu'on voie 

-"»«* ^'"'quel eneft îe réfuhat: combien 

fure ment pour acquérir run,oq 

doit perdre de rauire,s'il n'cfttoi 

talemenc perdu : combien w 



SUR L* Ho MME. 113 

fom peu compatibles : combien 
Couvent on riCque pour .eux U 
vie, & toujours le, repoç. Exa- 
minons (jonc i & fi toutefois ih 
peuvent «nporç exciter nôtrçeii- 
vie: voyons à qui le hafard Us 
donne, &. voudrions-nops nous 
changer pour çux? Si nous fom* 
mes aifez fimples que de foupirer 
pour un. cordon, remarquons 
quelle grâce il donne au. (.ord 
Umbra & au Chevalier Billy, Si 
le métail jaune cft l'objet de nôr 
tre paflion , jetions les y.çu«, fur. 
Qripus ou ht.U icmt^e* Si .1e$ 
talens nous flattent, réBécbilToas 
combien a. brillé Bacon , le plus 
habik, le plus éclair^ , ^ le plus 
fgible des hotttmes. Si nous 
fommes ravis d'un nom fameux, 
voyons. Grpmvvel condamné à 
uee renomm?)e éternelle. Si l'ur 
nion de tous ces prétendus biâns^ 
excite nôtre ambition , lifoos les 

aaciennet hiftoirç^S} fill$& aQU« 



\ 



ti4 Essai 

apprendront à les méprifer cou^^ 
On y découvre /a faulïèté du 
bonheur dans les richelTes, les 
dignités, la réputation Ôe la gran- 
deur. Sont4Is heureux ceux qui 
ne po(ïedent la confiance des 
Rois & les cœurs des Reines que 
pour les trahir ! Sur quelles in* 
dignes aâiions leur gloire eil'eile 
fondée ? femblable en cela à U 
Ikre Venife qui s'élève d'un ma- 
rais fangeux. Leur crime & leue 
andeur avance) d'un pas égal , 
leur, héroïfme détruit l'huma* 
oité. Ôot «oit fur leur front les 
lauriers de l'Europe» mais ou 
teints de (aog, ou fruits de la 
véoalitér ou les voit enfin ces 
hommes, ou cafTés 4^ travaux » 
ou perdus par la molefie , ou fa- 
meux par le pillage des Provinces 
O malheureufes richetfes à qui W 
gloire ne fçauroic donner de l'é- 
dat ; ou qu'elle ne fçauroit pré- 
fervec de U honte i Qp«l eft le^ 




s u& l'Homm K. Ilg 

bonheur qui cermin* IeuYc|u<p 
riere? Des mignons tfvides, oit 
une femme impérieufe , emlAf- 
raflènc leur magnifique chambré,' 
leut fuperbe fllcove , àc troublediP 
leur fommeil par ua trop pom>} 
peiix cortège. Héfas l qa'on ne^ 
le laiflè pas éblouir par i'éclac de 
leur midi; qu'on le compare à^ 
robficurité de leur matin Ôc de 
. leur foir. Tout le réfukat de leur 
grande renommée n'eft qu*ui» 
fonge , où leur gloire eft con- 
fondue avec leur honte. 

ConnoilTons donc cette vérité, ^^^i^'^j^^jj^'j; 
& U connoifTance en luifit à» ^°\}^^^ 
l'Homme, qu'il n'y a d'autre bon<'tft''Uiveir«r 
heur ici-bas que la vertu ; le feul* *"'"**' 
point ot!i )a félicité humaine foie 
fixée , 6e qpi)faife goûter le bien 
fans le mélàhge dd<maU le fe^*! ' 
qui donne au mérite de conii i'.'j ' 
retours, àccfixi lui donne égale- 
. ment du.'plaiiirsdes bienfaits re-* 
çûs ^ desvbiçnfiûts doosés; oiàe^ . 



fl5 . : Essai 
. bk J9i«jeft £ias égale , lorfque le 
fuec^tfiQU%fccQade » & où fe dé' 
ftuft. dù> fuccés. ne prodatc aacua 
<;bagnQ.* iaouis rafTafiée , iquoi» 
que. toûjoitfs (cometue ; & q au- 
taoc pli^iavouréfir^ qu'elle edoie 
jplus de revers. Les. ris qae la fo- 
lie iofeniible fait éclacer dans Tes 
faufles joyeS} fonc beaucoup 
moins agréables que les pl^rs 
mêAes de la vertu. : die extraie 
du bien . de tous les objets en 
acquiert de tous les endroits: 
elle s'exerce toujours : jamais 
n!èft fatiguée; elle n'eft point 
enflée de la chute d'un autre 
homme ni abatuë de fon élé- 
vation : elle efl: (ans befoins , 
eUe ne peut former aucun Ibû- 
hait f puitque: par raport k la 
vtrcu i en foubaiterdfavantagei 
c'eft- fobttofr/' . 

^ C'eil le feul bonheoir que les 
\ cieux.puifient donner -à tous: il 

ne.&uC'- que.penfet' piour {f ironf ' 



SUR l'Ho m'mi. Î17 
noître , & que fencir peur le 
goûter.. L'homme méchant, 
pauvre au milieu des richelTes 1 
aveugle quoique fçavânt oe fçau* 

rote y atteindre. L!homme àt 
bien le trouve fans efforts; ii 
n'd^ . efciave d'aucun feue , il 
ne prend point Une route par," 
ticuliere , ii s'élève par l'iofpec- 
tion dç la nature , au Dieu de 
la natiirè ; il-ji^abaodonne jàinais 
cette. ichaîne qui lie le grand fir>- 
tême qui joint te=<;iel & la terre » 
le mottelôc le divin. Il voit que 
dans càitte chaîne aucun être ne 
fçauroit être heureux, que ce 
bonheur iï'affe<ae quelqu'un au- 
defTus , quelqu'un au-delTous. Il 
apprend de l'union de ce grand 
tout J'onique but de Tame hu* 
mainé^ &t^6anoit que le ptiii* 
cipe &. fei fin de la foi , de la 
morale i^eft l'amour de Dieu & 
celiû de l'homme. 
L'èTpérance toujours fidèle à 




ESSA.1 

rhomme vertueux, le guide de 
point en point , & répand . de 
plus en plus fe$ rayons Tut Ton 
ftme , )ufqu'à ce qu*unie à la foi , 
/ £c devenue fans oornes , elle lui 
' £iit . goûter un bonheur qui com- 
ble' toutes fei puîlTances. Il vote 
pourquoi la nature a mis dlant 
i-hofiune teul l'efperance d*ua 
bonheur ccmnu; & pourquoi la 
la foi y ajoute t'efperance d'an 
bonheur inconnu. La oacuce ne 
djonneaux autres créatures que le 
mouvement vers un bonheur pre- 
fent , ô( fait qu'elles trouvent ce 
qu'elles cherchent. Le pré fen t {aie 
à l'homme eft grand : U nature 
& la foi uoifTent à la plus gran- 
le vertu, le plus grand bonheur, 
elles lui prefenteoc tout à -. la fols 
la vue biillante du bonheur» fie 
leipuiflansmoti&pour Tacaoerir. 
t n r ^. L'amoUr propre ainfi allié avec 
d> bonhcac 1 amour iocial oc I amour de Dieu 
t^^ ''"è nous fût trouver noue bonheur 



SUR l'Homme. 119 
dans celui de nôtre voifio. Ei^ce°^".> <|<)^^ 
trop peu pour ton cœur généo»^' ito^^ 
reufemene iHioMté ï Donne lu» 
une plus vafte carrière , Se écendt 
ta générofité jufqu'à tes eonenUc» 
Ne fait qu'un Çif\èta& de bien* 
veiiiaoce , de tous les mondes , 
de c6ii8 les êtres raifonoabtes , de 
, tous ceux qui ont vie £c fentimene* 
d'autant plus heureux que eu 
feras plps généFeux } leplus hauc 
degr^ de bonheur correfpond 
au pluis^' hauc degré de charicéé 
L'amour de Dieu défcend d& 
coot aux parties: mais celui de' 
l'homme s'éleyjp- de l'individu aa 
tout, t-'amour propre ne feic qu'à 
réveiller l'iame vertueuie, aind 
qu*U(» pecic^ caillou qui jette dan»^ 
une eau pailtble fait naître au tour 
du centre qu'il a mis en mouve-^ 
mène , un petit cercle, qui enfuite 
s'étend»de vient plu sgrandÔc enco- 
re plus grand. Il embraffe d'abord 

narenc. ami. voiûn: enfuite h 



|20 E S s'a f 

patrie , & enfuice toute la race 
humaine. Les épanchemens de 
Vame s'étendanc de plus en plus, 
embjaffent enfin tous les êtf es 
de toute efpêce.Xja terre rit de 
toutes parts feriilifee pat la bon- 
cé de l'homme généreux, ÔC dans 
foft cœur le Ciel contemple fon 

image» 

plions donc , jmon ami, roon 
génie. Pourfuivons, ô maître du 
Foëte ÔC du Poëme ? Tandis que 
iça mufe s'abbaifle ÔC remonte 
d6$; baflcs paffîons de l'homme à 
l«urs fins glorieufes : que ferobla- 
ble à toi , profond daos la con- 
noiffance des variétés de la natu- 
re , je puiflTe tomber avecdignité, 
& m'éleyer avec modération : 
que formé par tei difcours , j'ap- 
prenne à pafTer faeureufement du 
grave à l'enjoiié, du vif au fé- 
vere { à être exaâ: avec feu , élo- 
quent (ans fard , attentif à la 
raifon, & habile à plairç. 0. 

taadis 



§tjfe l'FÎoMMe. lit 
lâbdis que ton nom vole à pleines 
toiles fur lé cours du tems , & 
«io*il accumulé la gloire * ma pe- 
tite bût^tié J>o1itta.t*ellé fuivre é 
courir vers lé trionàphe ♦ & pat- 
tdêéf iê fodfle favorable ? lorl- 
que les Koiûmes d'état , les Hérf 
?os & les Rois repoferont dans 
la pouCTierci eux dont les fils rou- 
giront que leurs pères aient été 
tes 'ennemis 4 mes vers apprea-» 
drônfils à la poftérité que tu 
fiismon guide ♦mon Philofoph» 
. 2jc iixoti ami ? qu'excité par lou 
vûââïufé Quitta les Tons pour s e- 
làtct 4U« chofes , & paffa de 1 1- 
iaBciriatioa âu coeur ? qu au lievi 
5ttfoo3t éclatde l'efprit , je fisbril- 
1er la lumière de la nature , que je 
lis voiràl'orgeaU, que touicd 
flui eft , eft bien } que la raifoo oc 
la paCion fonf données pour une 
feule grande fin j que le véritable 
amour propre & l'amour locial 
font lé même ; que la vertu feute 
feit ici-bas notre Bo M H E u a. ,« 
que tout l'objet de notre coo* 
Éioi0àaceetl denousconnoSltft 

C t M* 



*> * 



530195 



K 



J 

i 




if W ^^ '