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Full text of "Etymologie & histoire des mots "Orléans" et "Orléanais""

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ETYMOLOGIE & HISTOIRE 



DES MOTS 



ORLÉANS» et ((ORLÉANAIS)) 



j\jiatole BAXXjXjY, 

ABÙen élève d« l'Ecole normale supérieure, Professeur agrégé 

ftu L;cée d'Orléans, Membre de la Société d'Agriculture, 

Sciencea, Belles-Lattre* et Arts de la même ville. 



ORLÉANS, 
H. HERLUlSÛN, LiDrair«-Éditsur, roa Jeanns-d'Aro, 17. 



DigmzcdbyGoOgle 



t dei Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences, 
Belles-Lettres et Arts d'Orléans, 






v. 






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A LA. U£UO!RE 



MON PÈRE. 



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ÉTTHOLOeiE ET HISTOIRE DBS MOTS 

< ORLÉANS > ET < ORLEANAIS > 
Par M. Anatole BAILLY, 



Qu'est-ce que le nom d'Orléans? D'où vient-il î Comment 
s'est-il formé ? A quelle époque le voyona-noas apparaître 
dans notre lan^e î Voilà autant de questions plus difS- 
elles à résoudre qu'il ne semble et qui, dans tous les cas, 
n'ont jamais été résolues. En effet, bien que l'étymologie 
d'Orléans ne soit pins aujourd'hui contestée, l'histoire du 
mot n'a pas encore, h. vrai dire, été faite, et, si l'on sait 
en général d'où il vient, on sait moins quelles étapes il a 
parcourues, je veux dire quelles transformations il a su- 
bies depuis l'antique période gallo-romaine jusqu'à nos 
jours. 

Cette histoire, je voudrais essayer de la raconter. Les 
documents en sont, pour ainsi dire, innombrables: sans 
parler des archives de nos grands dépôts, et spécialement 
des archives orléanaises, il n'y a pas un texte du moyen 
âge où ne se retrouve peut-être le nom d'Orléans, pas une 
chronique, pas une chanson de geste qui ne le citent. La 
raison en est simple; Orléans fut longtemps l'une d^s 
grandes villes, et, Paris excepté, la plus importante 
presque du royaume. De bonne heure illustrée par l'éclat 
de ses assemblées religieuses, le haut renom de ses écoles, 
le génie industrieux de ses habitants; rendue fameuse par 
le souvenir de deux sièges héroïquement soutenus et qui, 
deux fois, sauvèrent la France ; associée surtout à cette 



DigmzcdbyGoOgle 



_ 6 — 

touchante et merveiUetuie destinée de Jaume d'Arc, dont le 
nom reste à jamais nni au sien, quelle autre viUe fut plus 
vraiment française ? Quelle autre a laissé dans le passé de 
notre pays une trace plus profonde et plus durable ? 

Ài-îe besoin d'ajouter qu'en abordant ca sujet je pré- 
tends ne pas Remonter au-delà de la période romaine î C'est 
une question vivement débattue que celle de savoir si Or- 
léans est ou n'est pas le Genabum celtique. Pour moi, je 
n'ai ni à l'établir ni k m'en préoccuper: déterminer pMlo- 
logiquement la forme exacte du mot latin d'où procède le 
nom moderne, montrer, h l'aida des textes, comment le se- 
cond n'est autre que le premier, modifié selon certaines 
lois phoniques et par des transformations graduelles, fcêl 
est le seul objet de mon travail. 

n se divise naturellement en deux parties correspondant 
à l'histoire du mot : 

1° pendant sa période latine, de l'époque gallo-romaine 
au neuvième siècle ; 

2° pendant sa période française, du neuvième siècle jus- 
qu'à nos jours. 

Ces recherches sont complétées par une étude corréla- 
tive sur l'origine et le développement du mot < Orléanais. > 



HISTOIRE DU MOT < ORLÉANS. > 

CHAPITBB P BWMTKH . 

DÉmoHiMAxionrai i^aximbs. 

L'histoire primitive d'Orléans est, comme on le sait, k 
peu prés inconnue. Ceux même qui voient dans cette ville 
le Genabum des Commentaires no sauraient dire c« 



DigitzcdtyGoOgle 



— 7 — 

qu'elle devint depuis l'incendie ordonné par César (1) jus- 
qu'au milieu du cinquième siècle. A partir de cette époque, 
quelques traces apparaissent, rares d'abord, puis, à mesure 
qu'on avance, plus fréquentes ; ces indices ont permis de 
conclure que l'Orléans moderne est la ville désignée dans 
les textes latins postérieurs au iv* siècle sous les noms de : 

Auretianis (2); 

Aweliana (2) ou Aurelianensis (4) J i, ■ ■* 

Aurelianorum (5) ou Aitrelianetisium (6) j 

De ces cinq dénominations une seule est un nom de 
ville véritable, Aurelianis. 

A quelle époque ce nom apparaît-il ? On ne pourrait 
qu'avec peine donner une date précise. Les premiers textes 
littéraires qui le mentionnent sont l'Anonyme de Ra- 
venne (7) et Grégoire de Tours (8), tous deux postérieurs 
au V" siècle, ce qui ne veut pas dire qv.'AureUanis date 
seulement de l'époque mérovingienne, mais simplement 
qu'avant cette époque on ne rencontre le nom d'Orléans 
dans les écrivains que sous l'une des formes périphra- 
stiques dont j'ai parlé toutrà-lheure, Aurelianensis ou 
Aurelianorum civitas. De ces deux locutions les plus an- 
ciens exemples sont ceux que signalent les lexicographes 



(1) CÉ8. de Bello gall.. Vil, e. u. 

(2) HistorienB de France, 1. 120 a. 

(3) Id. I. «39 n. 

(4) Id. 1. 801a. 

(5) Id. 1. 122 d, col, 2. 

(6) Id. 1. 645 6. 

p). Itemsunt civitatesxn ipsâ patrid, jwcta fiuvium, quem infe- 
rittt norninare volumus, gui dîcilnr Lega (Ligeris?), id est. . . Att- 
relianis, Bteiis etc. (Hiator. de France, I. l2û a.) 

(8) Historia Francorum, h. II, c. Tii, et passim. Voir l'Indes de la 
traduction publiée bous ce titre par M. Bordier : Hietoire ecclésiastique 
des Francs..., traduction nouvelle par Henri Bordier, 2 vol, gr. in-8', 
Puis, Franck. 



DigmzcdbyGoOgle 



— 8 — 

Forcellini (1) et Freund (2), et qui appartiennent l'un à 
Sidoine Apollinaire (3), l'autre à la Notice des Provinces et 
des Cités de la Gaule, rédigée, comme on le sait, au 
T* siècle (4). 

Ces dénominations ne cesseront pas un instant d'être en 
usage : elles sa maintiennent durant tout le moyen âge 
dans les documents latins ; mais à côté d'elles se montre, dès 
l'époque mérovingienne, le véritable nom propre Âiire- 
lianis ; à partir de ce moment, on le voit sans cesse em- 
ployé. Non-seulement nous allons le retrouver dans tous 
les écrits latins du moyen âge, chartes, chroniques, vies 
de saints, mais c'est le seul que nous aient conservé les 
monnaies des deux premières races; non pas toujours assuré- 
ment sous cette forme pure : tantôt abrégé ou mutUé, tantôt 
défiguré par certaines altérations phoniques, il s'offre avec 
des variantes parfois singulières ; mais toutes ces variantes 
se rapportent à un type unique, seul correct et vraiment 
classique : Aurelianis. Dans cette série de documents, 
je pourrais citer les pièces orléanaises du^ cabinet des mé- 
dailles de la Bibliothèque nationale, ceUes de notre Muses 
historique, et surtout de la riche collection Jarry (5). En 
vue de faciliter les recherches, je renvoie simplement le lec- 



(1) Zemicoralotiiulafinifalù, 4 vol. in-fol., Leipzig, 1839; V^ureJta. 

(2) Dictionnaire de la lang\^e latine, 4 vol, in-4>, Leipzig, 1834-40 ; 
»• Aurélia. 

(3) L. Vin, ep. XT. 

(4J Cf. Historiena de France, I. 122 d. Cette date de rédaction est 
celle à laquelle s' omUsiA. S. CimcKE&Ki, De la formation française det 
anciens noms de lieu, petit in-8», Paris, 1867; p. 95. 

(5} La collection de M. Saitj, amateur Orléanais bien connu dea 
numismates, contient touB les tfpeii jusqu'à présent retrouvés de la 
nainismatiquB orlésnaise. M. Jarry m'a &it les honneurB de sa collec- 
tion avec une obligeance dont je tieqs à le remercier publiquement. 
Voir pins loin, p. U, 28 et 29. 



DigmzcdbyGoOgle 



teur à divers catalogues récents, celui de la vente Dassy (1), 
par exemple, et, pour la période mérovingienne, à l'impor- 
tant travail de M, Anatole de Barthélémy, Liste des noms 
de lieu inscrits sur les monnaies de la première race (2).' 

Pour la période mérovingienne, les formes usuelles 
sont : 

1" AVRELIANIS, mentionné par M. de Barthélémy: 
AVRELIANIS CIVITATE ; 

2° mais surtout, suivant une altération alors habituelle 
de l'e en i (3), AVRILIANIS ; signalée par M. de Barthé- 
lémy, cette forme se retrouve dans le catalogue Dassy, 
aux. numéros : 

130 AVRILIANIS CIVITAS ; 

131 AVRILIANIS ; 

132 AVRILLVNIS FIT; 

133 AVRILIANIS; 

134 AVRILIANIS CTVIT; 

135 AVRILUNIS ; 
138 AVRILIANIS ; 

Les textes littéraires l'accueillirent eux-mêmes, car on 
la voit encore employée au vn° siècle par Frédégàire : 
Auriliana civitas, Aurilianontm civiias (4). 

3* Outre les formes complètes, on trouve aussi quelques 
formes abrégées. Le catalogue Dassy offi-e par exemple, 
au n° 137, AVRILI. . . ; M. de Barthélémy cite de même 
les deux fonnes: AVRILIA CIVITATE et AVR. 



(1) Catalogue de monnaies royales, seigneuriales de France, mon- 
maies romaines, itrangh-es, formant la collection de feu M. Dassy 
(de Meam), gr. in-8*, Paria, 1669. 

(2) Bibliothhque de l'École des Chartes, 6° série, t. 1, p. 443. Les 
formes citéon sont rangées sons le n" 79 (p. 451). 

(3) Sur cette altération voir A. Bbachet, Grammaire historiqus 
de ta langue française, in-12, Paria, 1868, p; 116. 

(4) BùtoriefU de France, t. I, p. 409 d, 2 d, col. 1. 



DigmzcdbyGoOgle 



— 10 — 

Qu'est-ce qu'AVRILIA? Une abréviation pour AVRI- 
LIANIS ? ou faudrait-il y voir une dénomination nouvelle 
.de notre ville T Je n'hésite pas à repousser cette dernière 
opinion. Je sais qa'Aurelta passe pour avoir été le premier 
nom gallo-romain d'Orléans, et que depuis le xvi' siècle 
les textes latins ne désignent guère notre ville autrement ; 
mais j'espère démontrer que cette conjecture ne repose sur 
aucun fondement solide. Sans aborder encore cette ques- 
tion, je puis dire que l'AVRILIA mérovingien serait, jus- 
qu'aux environs du xi' siècle, le seul exemple à' Aurélia 
{ou Avrilia) qu'on pût opposer à des centaines d'Aurelia- 
nt5 (ou Aurilianis): comme l'AVRILIA... du catalogue 
Dassy ou l'AVR de M. de Barthélémy, je pense donc 
qu'AVRILIA est une abréviation un peu moins incomplète 
que les deux précédentes du traditionnel AVRILIANIS. 

Avec la période carolingienne , nous revenons à la 
forme primitive Awelianis : je la vois mentionnée dans le 
catalogue Dassy aux numéros : 

493 AVRELL^NIS CÏVITAS (Charles-le-Chauve) ; 

494 AVRELIAMS CIVITAS (monnaie de Cbarles-Ie- 

Chauve) ; 

576 AVRELUNIS CIVITAS (Charles-le-Gros et Eudes) ; 

577 AVRELL^NIS CTVITAS (Eudes); 
593 AVRELIAMS (Charles-le-Simple) ; 
602 AVRELIANIS CIVITAS (Raoul). 

J'ai cité les formes régulières; mais le même catalogue 
offire encore diverses altérations du même type, évidem- 
ment exceptionnelles; elles sont importantes cependant : 
car elles attestent peut-être combien s'était affaibli, dès 
l'époque mérovingienne, le son de certaines lettres ; par 



1* Au n° 139, l'i médial est tombé dans AVRELANIS ; 

2" Aux n" 129 et 626, Vs finale a disparu dans AVRE- 

LIANI, comme il est arrivé dans d'autres mots de la même 



DigmzcdbyGoOgle 



— 11 — 

époque CtVÎTA, par exemple, pour CîVFTAS, s'il faut 
interprùter de cette manière une monnaie de la collection 
Jarry, où je lis AVRELIANIS CIVITA ; 

3° Le n" 140 serait un des plus intéressants, puisqu'il 
annonce, ce semble, la forme qui prévaudra dix siècles plus 
tard, par le cliangemeût de ïi médial en e : AVRILEANIS 
(Orléans) ; mais risolement de cette forme, surtout la diffi- 
culté d'admettre comme possible, dès cette époque, une 
modification qui doit être la plus tardÎTe et la plus labo~ 
rieuse, nous forcent à voir dans cette variante une erreur: 
ou l'i et l'e se sont transposés (AVRILEANIS pour AVRE- 
LIANIS), ou ïe représente indûment un second i (AVRI- 
LEANIS pour AVRÎLIANIS}, supposition d'autant plue 
vraisemblable que la même pièce a conservé sur l'autre face 
l'écriture, alors usuelle, AVRILIANIS. 

Dans la collection Jarry je note également quelques for- 
mes exceptionnelles : 

1" Comme dans le catalogue Dassy, AVRELIANI CI- 
VITA et AVRELANIS sur deux monnaies de Charles-le- 
Ghauve; 

2" Par transposition de \'i et de l'n, AVRELIAINS CT- 
VTrAS(Clmrles-le-CIiauve et Eudes); 

3° Par renversement de l'A pénultième AVRELFVNIS 
(deux monnaies d'Eudes) ; 

4° Par renversement de l'L : AVREFIANIS (Eudes) ; 

5° La forme AVREIVS, sur deux monnaies de Charles- 
le-Chauve et d'Eudes est-elle, par renversement de l'A 
final, pour AVRELVS, lui-même pour AVREIAS ou AV- 
REIANS, par contraction, on peut-être par abréviation 
graphique, pour AURELIANIS ? 

6° Enân, j'aurai plus loin à parler de trois formes nou- 
velles et très-curieuses, appartenant â la même collection : 
AVRLANIS. AURLIVNIS et AVRELIANS. 

Awelianis ou, par altération, Aurilianis, tels sont 



DigitizcdbyGoOgle 



— 12 — 

donc les deux, types principaux auxquels se rapportent 
toutes les variantes graphiques du nom mérovingien' ou 
carolingien de notre ville. 

Qu'est-ce donc qa'Aurelianis ? On le devine sans peine : 
c'est une des formes de l'adjectif Aurelianus, a, um 
« d'Aurelius j> ; employé substantivement au pluriel, Aure~ 
îiani veut dire * les gens ou administrés d'Aurelius». 
Comment un nom de population est-U devenu, à l'ablatif, 
un nom de ville ? Je n'ai pas à l'expliquer longuement : 
c'est chose, en effet, bien connue que des noms appliqués 
d'abord à un groupe d'hommes, et plus tard, au territoire 
qu'ils habitaient, ont âni par désigner souvent l'une des 
cités importantes de la région. Pour beaucoup de nos 
viUes, le nom moderne n'a pas d'autre origine ; exemples : 

Bourges, de Bituriges (littéralement les Bituriges); 



Cahors, 


de Cadurcis ( 


— 




Nantes, 


de Namnetes ( 


.„ 


les Nanmétes) ; 


Rennes, 


de Redones ( 


_ 


les Redons} 




Sens, 


de SenoTies ( 


— 


les Sénons) 




Tours, 


de Turones { 


— 


les Turons) 




Reims, 


de Remis ( 


— 


les Rémes) 




Chartres 


de Camutes ( 


— 


les Camute 


). 



Aurelianis est un nom de ce genre : appliqué d'abord 
aux « gens ou administrés d'Aurelius >, puis au territoire 
de cette population, il a fini par désigner la plus considé- 
rable des villes qu'elle occupait. 

Reste l'emploi de l'ablatif, et il n'y pas à douter que 
notre mot ne soit en effet à l'ablatif, comme le prouve 
l'inscription monétaire citée par M. de Barthélémy (1) : 
AVRELUNIS CIVITATE. Or, on le sait aussi, comme la 
déclinaison des noms communs, celle des noms de lieu se 
réduisit, dès le v° siècle, à deux cas, le cas-sujet et le cas- 

fl) Voir ci-deBsus, p. 9, 



DigmzcdbyGoOgle 



- 13 — 

régime, ce dernier représenté dans les noms commuas par 
l'accusatif, le plus fréquent de tous les cas obliques, et, dès 
lors, le plus naturellement associé à la notion de régime (1); 
pour les noms de lieu, par l'accusatif ou l'ablatif (2), les 
deux rapports de résidence (ablatif) ou de direction (accu- 
satif) étant ceux que le langage, en ce qui regarde ces 
noms, trouve le plus ordinairement l'occasion d'exprimer. 
Cest en effet par l'un de ces deux cas, généralement l'abla- 
tif, que sont désignés, à partir du v* siècle, la plupart des 
noms de villes ; Avenione{Avignon), Narhone{Narbonne), 
Nemauso {Mmes), Biterris [Bésiers), etc. (3). A ces der- 
niers se rattache Aurelianis, immobilisé, comme eux, à 
l'ablatif. 

Le nominatif Aureliani n'est cependant pas sans exem- 
ple : il s'est maintenu notamment sur les monnaies, dont 
j'ai plus haut reproduit la légende (n" 129 et 626, et mon- 
naie Jarry, § 1) ; mïûs l'autorité de ces pièces ne saurait 
prévaloir contre la masse de celles où se lit Aurelianis, et 
l'on peut admettra que 1'^ est tombée soit par une méprise 
de l'ouvrier, soit parce qu'elle était déjà fort assourdie. 
Remarquons d'ailleurs que les textes littéraires ne con- 
naissent pas cette forme : signalée dans un Index des His- 
toriens de France (4), elle en doit être écartée comme le 



(1) Sur cette question voir LmaÉ, Eistaire de la Zangve fran- 
taise, I, 14 et 119. 

(2) J. QuiCHEBAT, He la formation française des oncieiu nom» 
de liou , p. 87, v"A6t»to ; cf. p. 88, v Albigi et p. 101, V Briwirt. 

(3) Avenione, Narbone, Nemauso pourraient être des |forraea d'ac- 
cusatif apocopéea pour Avenione-m, Narbone-tn, ok Nemaaso-m (Ne- 
Moasu-nt^ mais rien n'ampSclio d'admettre que ce soient des ablatifs, 
et, dans tous les cas, le principe posé serait également juste. ~— jSwr 
l'apocope de l'm, très-fréquente dès l'époque classique, voir mon Ma- 
nvel pour l'étude des Racines grecques et latines, in-12, Paris, 1869, 
Durand et Padoue-Lauriel, p. 132. 

(4] mstoriefi* 4ie France, I, Index au mot Awreiiani. 



DigmzcdbyGoOgle 



— 14 — 

prouve l'étude atteotiTe du texte : elle correspond en e&et 
à deux passages de la Yie de saint Âignan, où l'historien 
montre les principaux of&ciers d'Attila entrant ■ à Or- 
léans • « ingressi sunt Awrelianis » (1) ; et, plus loin, 
comme Aétius, miraculeusement averti, vient de partir en 
toute hâte au secours de la ville, le narrateur, voulant dire 
que ce général arrive à Orléans, écrit encore : « Aurelia- 
nis percenit (2) ». Les savants éditeurs, voyant le mot Au- 
relianis en deux phrases où le datif panût amené par les 
deux verbes, ont pensé naturellement qu'en effet ce datif 
impliquait un nom de ville, Aureliani; or, ee dernier 
n'ayant jamais, dans les auteurs latins, cette valeur attri- 
buée au seul Aurelianis, on ne peut admettre la restitu- 
tion proposée : Aurelianis est la forme légitime, et si noua 
le voyons dans les deux passages cités, ce n'est pas k ti^e 
de datif, ni parce qne la grammaire lie ce temps en faisait 
une loi, mais bien parce qu'on ne pouvait alors exprimer 
autrement le nom de la ville. 

Comment Aurelianis sa tran^orma en devenant fran- 
çais, je le dirai tout-à-l'heura ; mais, en se modifiant, ainsi 
que tous les autres mots latins, dans l& langage populaire, 
il sa maintint dans la langue, restée latine, de l'Eglise ou A& 
l'Ecole. Diu-ant tout le moyen âge, Awelianis demeure le 
vrai nom de notre ville dans les textes latins. Les preuves 
en seraient innombrables ; sans parler des grands recueils, 
facilement accessibles, les Historiens de Fraatce, le Gallia ' 
Christiana, les Vies des Saints (3), je me bornerai à citer 
quelques documents pour la plupart moins connus et em- 
pruntés soità de récentes publications, soit à nos différents 



(1| Eistoriens tU France, I, 646. 

(2j Id. ibid., ibid. 

(^ Voir les ludaz des diSérauti Tokmea de ces i«eit^> 



DigmzcdbyGoOgle 



— 15 — 

dépôts d'archives ; par exemple, c'est le nom Aurelianis 
qu'on lit, à l'exclusion de tout autre : 

1* dans UQ certain nombre de chartes, publiées sût par 
M. Teulet, notamment dans une charte de Louis VI, en la- 
Te«r des religieuses de la Madeleine, prés Orléans, pièce 
datée de 1119, avec la mention < Actum Aurelianis > (1), 
soit dans les différents Oartulaires de la collecti&a des Do- 
cuments inédits, par exemple : 

(a) dans le Cartulaire de Notre-Dame de Paris (2), où 
sont mentionnés quelques personnages nommés : 

Jodoynus de Aurelianis ; 

Johannesde Aurelianis (3); 

Frater Jokannes de Aurelianis (4) ; 

Radulpkus de Aurelianis (5) ; 

{&) dans le Cartulaire de l'abbaye de Beaulieu (6), où se 
trouve reproduite, au chapitre Xn, une charte de 889, avec 
la mention : « Actum sancti Maximini monasterio swbtus 
Ai&'elianis civitate. > 

On peut joindre à ces documenta an grand nombre de 
piàces déposées à la Bibliothèque d'Orléans et qsi font par- 
tie des manuscrits de Polluche ; par exemple un acte de 
conârmatûm par Philippe-Ânguste d'un don de Pierre dâ 
Gourtenay aux religieuses de la Madeleine, prés Orléans, 
pièce datée de 1183, avec la mention * Actum Aure- 



{\] L(a/eUe3 du Trhor des Chartes, par A. Tkulet, Paris, H. 
Pion, 1863, 2 vol. iii-4', I, p. 42. 

(2) Cartuiaire de VégUt* de Notre-Dame de Paris, publia par 
M. Guérard, 4 vol. in-4«, rv, 28; 

(3) M. I, 195; II, 13^495; IV, 66. 
(4} Id. n, 198. 

(6) Id. n, 146. 

(6) Car^laire de l'abbaye de Beaulieu (en Ltmouain), publie par 
H. Maxiaûn Dsloche, inA", p. 30. 



DigmzcdbyGoOgle 



— 16 — 

liants I (1), les diverses chartes publiées par M. Louis Jarry 
à la suite de son Histoire de là Cour-Dieu (2), empruntées 
pour la plupart soit au fonds Joursanvault, soit aux docu- 
ments manuscrits de la Bibliothèque d'Orléans, et parmi 
lesquelles je citerai le texte publié à la page 178-179, avec 
la mention ■ Actum publiée Aureliants >, enfin, dans les 
appendices ajoutés par M. Léopold Delisle à son travail sur 
les Ecoles d'Orléans (3), les passages suivants : 

Sicut Aurelianis, ubi &cte Cuerunt he glosule, dicitur 
quasi aurea alîenis, etc . . . (4) ; 

Expliciunt glosule . . . que facte fuerunt Aurelia/tis (5) ; 

Aurelianis igitur ea mente me coatuli. . . (6) ; 

Universis doctoribus et scolaribus Aurelianis studio 
commorantibus , . . (7) ; 

Idem (Primatus) ^ciens moram Aurelianis exivit in si- 
militudine fossoris. . . {8). 

Mais, tandis qu'il se maintenait ainsi, notre mot subissait 
une modification curieuse : Aurelianis étant un ablatif, 
on ne pouvait guère, ce semble, l'employer dans le discours 
autrement qu'à titre de mot invariable; le moyen âge finit 
cependant par lui attribuer une sorte de déclinaison : par 



(1) Bibliottièqiie d'Orléans; ma. Pollhchh, Paroùsesel Commwtow- 

tés d'Orléans, ma. 433 6w, p. 236. 

(2) Histoire de l'abbaye de la Cour-Dieti, ordre de (Xteaux, di»- 
cise ^Orléans (1118-1793), par Louis Jarey , in-8». Orléans, H. 
Herluispn, 1864. 

(3)^ Zes Ecoles d'Orléans, au dûuzihme et au treixième siècle, par 
M. Léopold DxusLE, Paris, 1869. 
(4) Appendice I, p. H. 
(B) Ibid. Ibid. 

(6) Appendice IV, p. 12. 

(7) Appendice V, p. 12. __ _, 

(8) Appendice VU, p. 15. 



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- 17 — 

exemple, Aureliants est un véritable Dominatif singulier 
dans les passages suivants : 

Aurelianis 

Kducat ia cunîs autorum lactd teuellos (1). 
Sacrificare Deis nos edoeet Aurelianis (2). 
Dans ces exemples, la construction grammaticale suffit 
à nous avertir que notre mot est bien un nominatif sin- 
gulier : dans les deux: suivants la quantité prosodique, 
d'accord avec la grammaire, nous amène à une conclusion 
semblable : non-seulement Aurelianis est le sujet d'un 
verbe au singulier, mais Vi final, nécessairement long à 
l'origine, est devenu bref : 

Obvius adveniena uomea cui Qeuabus olim 
Koraeii erat, toto quod deinde recessit ab usn, 
Diversumque illi hudc Aurelianis tiabetUF (3J, 

et, de même, dans ce passage de Jean de Garlande : 

Vos vatea magni, quos aurea comparât auro 
Fama, feveto mihi, quos Aurelianù ab urbe 
Orde (sic) traliit toto,pega8ei gloria fontia (4). 

(1) Vers de Goofirôy ViNUSinp, cités par M. Léopold Deliele, dans 
les Ecoles d'Orléansati douzième et ot* treiaihne siècle, p. 6. 

(2| Vers d'Aleiaudre de Villedibu, cités par M. L. Delisle, Les 
Ecoles d'Orléans, p. 7. 

(3) Vers de Guillaiime Bketon, dans la Philippide, citéa par Le- 
maire, Sisloire et Antiquités de la ville et duché d'Orléans, ia-4*, 
Orléaiiï, 1645,. p. 5. — Je we borne à signaler, en passant, une autre 
altération prosodique, celle de l'e devenu bref (Aurelianis), à moins 
qu'on ne lise Attreljanis, ce qui serait bien subtil pour le temps où ces 
vers furent composés. 

(4J Vers placés en tête du poëme intitulé : Ars lectoria eeclesiie, 
.Paris, 1234, — Cités par M. L. Deliale dans Les Ecoles d'Orléans, p. 8. 

M. Delisle remarque en note qu'au lieu d'urbe il faut sans doute 
lire orbe; au sujet deord^, M, Delisle se référa à l'édition de Garlande. 
La restitution proposée pour urbe pareût di^cilement conciliable avec 
cetortfequi semble lui-même uns altération de or&e. Neeerait-cepas, 
en transposant le b de ab et le d de orde, 

B Quos Aurelianis adwrbe {urbémj 

Orbe trahit toto » 

c Qa'OrléaiLa attira dans aea murs de toua les poiâtâ de l'univers . . • n 



DigmzcdbyGoOgle 



— 18 — 

Nous avons un exemple certain du vocatif dans ce vers ; 

Non sa Pamassna tibi conférât, Âurelianis (1|, 

et probablement un exemple du datif dans ce passage où il 

est question de l'historien milanais Landulfe de Saint- Paul 

« qui tune tempoïis {en ilOB) discebat Auïeliam « (2). 

Lemaire signale même un certain Aurelianim (3) que je 
n'ai pu retrouver, mais qui serait évidemment l'accusatif 
de notre mot. Cette curieuse métamorphose se laisse d'ail- 
leurs facilement expliquer : pour les générations contem- 
poraines ou voisines du primitif Aurelianis, ce dernier 
était nécessairement un ablatif pluriel, et, . s'il avait fini 
par être employé à titre de nominatif ou d'accusatif, sa 
forme indiquait cependant son origine assez nettement pour 
que toute méprise fût impossible; mais, comme il arrive 
toujours, cette claire notion s'obscurcit peu à peu : plus le 
nom devenait usuel et populaire, plus on s'habituait à voir 
en lui non l'idée collective de population qu'il avait d'a- 
bord exprimée, mais celle d'une ville proprement dite. Le 
moment vint où la transformation fut complète ; ignorants 
ou lettrés, nid n'avait plus conscience que cet Aurelianis, 
accolé à un singulier tel que civitas ou urbs, eût été d'a- 
bord un nom de population au pluriel. Dès lors, regardé 
comme un singulier, il fut traité comme tel, et de là non- 
seulement la déclinaison régulière dont j'ai signalé les 
principaux cas, mais le changement de quantité également 
indiqué plus haut. 

Outre la forme Aurelianis, on trouve encore dans quel- 
ques textes du moyen âge une forme Aurelianum dont la 
rareté est au moins étrange. Le Cartulaire de Saint-Père 

(1) Vers d'Alexandre Neckah, dtés par M. L. Dâlisle, Les Ecoles 
d'Orléans, p. 8. 

(2) L. Delide, Les Ecoles â'OrUans, p. 2. 

(3) BUtoire et Antiguitei de la ville et duché d'Orléans, p, 8. 



DigitizcdbyGoOgle 



— 19 — 

de Chartres (1) nous en offi-e un exeïnple i dans -nne 
charte transcrite au chapitre XLVn (2) on Ut : « De hove 
« dabimt IIII denarios depasUi, ohliviones et terragittm 
< JMO voluerit monackus, vel Castrum Duni vel a.ure- 
UANTJM défèrent. » C'est encore à cette forme qu'il feut 
sans doute rapporter la locution de Aureliano, que je lis 
en un document publié par M. Mantellier, » ... Johatmem 
- Boileave, burgensem, et mercatorem dicte ville 
■ Ht garand. Stephani de aubbliano, defensorem, 
. etc. » (3). 

Je n'ose suspecter une forme transcrite par des éditeurs 
aussi compétente, et qu'il est d'ailleurs facile d'expliquer 
en sous-enteodant lemot o^t'ffum; mais il est singulier 
qu'elle se représente si rarement. On pourrait croire, à la 
vérité, que les exemples en sont plus nombreux : en par- 
courant l'index géographique que le savant M. Guérard a 
joint au Cartulaire de Notre-Dame de Paris (4), on voit 
Aurelianum signalé en plusieurs passages (t. I, p. 100; 
t. II, p. 26; t. IV, p. 168,178). Si l'on se reporte aux pas- 
sages indiqués, on Ut : 
T. I. p. 100 : < Décimas autem quas petebat pres- 

biter de ArgentoUo apud Aure^ 

lianis »; 
T. n, p. 26 : ■ ... tàm Awelianis qnàm alibi, coram 

diversis judicibus citavit et citari 

procuravit ; 
T. ly, p. 168: < Eodem die obiit Johannes Emaudi de 

Aurelianis, dyaconus ... «; 



(1) Cartulaire dé l'abbaye de Saint-Père dé Chartres, publié par 
M. Ouérard, dans tes Documents inédits. 

(2) Cartulaire, t.. II, p. 439. 

(3] Histoire de la communauté des tnarchands fréquentant la ri- 
viire de Loire, 3 vol. in-8», Orléanfl, 1882-1867 ; t. CI, p. 174. 
(4) Ouvrage déjà dtâ,.p. 15.„ - ,,.:.., 



DigmzcdbyGoOgle 



T, IV,. p. 178 : « Adbo domini miliesimo ducentesimo 

septuagesimo nono, dominica post 

festum saûctorum Bgidli et Lupi, 

obiit bone memorie Stephanus dîctus 

Tempier, oriundus de Aureiianis, 

Parisieiisis episcopus. > 

Enfin, dans la pièce même dont la publication est due à 

M. Mantellier, n'est-il pas remarquable que le personnage 

appelé ■ Stephani de Aureliano > soit désigné quelques 

lignes plus bas par le nom traditionnel « Stephammi de 

Aureiianis ...» ? (1). 

J'arrive à la forme plus simple, bien autrement connue 
que les précédentes, et dont j'ai déjà dit un mot, Aurélia. 
La vérité est, si l'on excepte la variante unique Aurilia 
civitate d'une inscription mérovingienne (et j'ai dit en peu 
de mots pourquoi j'y voyais une abréviation de AurtUanis) 
que cette forme ne se rencontre en aucun des textes an- 
ciens comme applicable à Orléans. Elle n'apparaît, si je 
ne me trompe, qu'aux environs du xn° siècle, dans certains 
ouvrages d'histoire ou de poésie écrits en latin, no- 
tamment dans la Chronique d'Otbon deFreisingen(3); tou- 
tefois, c'est surtout à l'époque de la Renaissance que ce 
nouveau mot devient usuel : peu k peu consacré par l'au- 
torité des érudits de ce temps, il se substitue définiti- 
vement à l'ancien : par exemple, il devient le titre d'un 
poëme en l'honneur de notre cité (3) ; c'est lui qu'on re- 
trouve dans une foula de poésies latines (4), dans certaines 



{1) VliinsiLaSi: Sistoirede la communauté des marchands, t. lli, 

p. n4. 

(2) Cité parLemaire, Histoire et Antiquitei, p. 12 et 13. 
^J Atirelia, poëme da Rodolphe BoTXEsn( RodolphuB Botereyus) j 
Voir I^iuqtB, Miftoire etAntiquiU;i, p> 30, 
(4) Voir LuLUBSt Eistoire et Ânti^uitex, pattim. 



DigmzcdbyGoOgle 



— 21 — 

TelatiODs, écrites en latin, du siège de 1^S9 ; c'est lui 
enfin qu'on grave sur les médailles commémoratlves, sur 
les jetons de corporations : on peut voir, comme spécimen, 
les pièces reproduites en fac-similé par M. Mantellier (1), 
et qui, toutes, originaires des xvi' et xvm* siècles, portent 
en exergue ; Aurélia. 

Comment cette désignation jusqu'alors inconnue flt-eUe 
soudainement apparition ? En voici peut-être la raison : pour 
les clercs et les lettrés do moyen âge des mots tels qu'4tt- 
relianis devaient être une sorte d'énigme. Qu'était-ce que 
ce nominatif étrange? Apparemment il tenait par quelque 
lien au nom d'iiomme Aurelius ; mais alors n'avaif^on pas, 
dans la pure latinité, un terme classique, de forme nette et 
simple, l'adjectif Aurelius, a, um, le même qui sert à dé- 
signer tant d'autres villes, Aurélia Aîlobrogum, Aurélia 
Alemannorum, etc. (2). Justement l'opinion s'était accré- 
ditée depuis longtemps que le nom d'Orléans lui venait de 
l'empereur Aurélien : la ville avait donc dû s'appeler 
Aureliana civttas, ou simplement Aureliana. Ainsi fut 
créée cette dénomination, imaginée selon toute vraisem- 
blance, par un scrupule d'érudits soucieux de latinité clas- 
sique, et qui tenaient pour une Xorm^ corrompue le nom 
que les textes anciens attribuent cependant seul à notre 
viUe. 

B' Aurelianis et de ses corrélatifs Aureliana, Awe- 
lianensis, Aurelianorum, Aurelianensium civitas il 
reste maintenant à expliquer l'origine. Comme je viens de 
le dire, tous ces noms procèdent d'un mot plus simple, le 
nom d'homme, Aurelius. Mais pourquoi ce nom? et quel 
est cet Aurelius î question difficile, et dont l'examen a fait 
naître, en divers temps, les plus étranges conjectures. 



(1) Histoire de la communauté des Tnarehands, I, p. 383 et 31 

l'i) Voipci-deBsous, p. 25. 



DigitizcBbyGoOQlc 



Suivant les uns, Raoul Glaber, par exemple, Aureliana 
(civitas) vient de « ora Ugeriana », et la ville est ainsi 
appelée parce qu'elle se trouve sur le bord de la Loire : 
• Eœ Ligere guippe sibi congruo etiam ftumine 
agnomen habet inditum, diciturque Aureliana quasi 
ora Ugeriana, eo videlicet quod in ore ejusdem flumi- 
nis ripœ sit constituta (1). » L'explication n'est pas 
des plus claires, et, sans parler de VAu d'Aureliana, 
substitué à \o de ora, on se demande comment ora 
Ugeriana aurait pu subir une telle contraction. Lemaire 
n'eu cherche pas aussi long. Appliquant au mot français 
l'interprétation proposée pour le mot latin, il déclare 
qvi Aureliana ou ora Ugeriana veut dire « Vorèe de 
Loire, en faisant de ces deux mots un, sçavoir Or- 
léans (2), ï De quels mots s'agit-il î Comment ■ l'orée de 
Loire » devient-il Orléans ? Nous laissons au lecteur le 
soin de débrouiller cette énigme. 

Devine aussi qui le pourra, comment Aurelianenses, 
suivant une autre opinion, se rattache au latin i Aulerci, 
■t nom d'une tribu gauloise », et comment ce sont les Au- 
■ relianois soubs le nom d'Aulerçois (3) ». 

Il ne semble pas, du reste, que ces deux hypothèses aient 
eu grand succès. De bonne heure on avait songé à une ex- 
plication moins savante, mais bien autrement âatteuse 
pour nous ; je parle de l'étymologie qui rattache direc- 
tement Aurêlianis au latin aurum. Orléans serait ainsi 
K la vQle d'or, > qualiâcatiou toute naturelle aux yeux de 
ses historiens qui prennent plaisir à énumérer ses res- 
sources, à vanter sa richesse : 

Ânrea semper erit, teatator noinen sb aura (4) ; 

(1^ Raoul Qlaber, II, 5. 

(2) Lemaj&e : Histoire et Antiquités, p. 8. 

(3) Lgk&IRB : Histoire et Antiquités, p. 9. 

(4) Vers de Massac, mé4eciq Orléanais, citéa par Lemaire, Histoire 
et Antiquité!, f. 16, 



DigmzcdbyGoOgle 



Terra beataloci, genio cœlo que salubri 
iDgentis regni mediam, cor et anrea sedes (1) ; 

ce que Lemaire traduit : 

Heurenae terre où toute chose abonde, 
Riche, fertile, à nulle autre seconde, 
Otï le ciel fùd renaistre un doui prin temps, 
Ville d'honneur et le cœnr de la France, 
Le Siège d'Or oii nos Roys do tout temps 
Ont estably leur force et leur puissance (2J. 

La syllabe aur interprétée, comment expliquer la fin du 
mot, quel qu'il soit, Aurelianis ou l'hypothétique vlwreïia ? 
Le premier est fort complexe, mais une difflculté de ce 
genre n'était pas un obstacle au xn* siècle, et c'est un pro- 
fesseur d'Orléans, Amoul Le Roux (3), qui fournit l'explica- 
tion demandée : Aurelianis n'est autre chose que i Aurea 
alienis, laville d'or pour les étrangers, » exactement comme 
€ Amul-phus est pour Ardua nulla fugiens, et Alcides 
■ pour Ardua oculis desiderans (4). ■ Par malheur, tout 
le monde n'avait pas des Orléanais aussi bonne opinion, et 
il paraît qu'un certain Estienne, évêque de Toumay, se 

(1) Vers d'ADDEBEBT, poète Orléanais, cités par Lemaire, Histoire 
et Antiquitez, p. 8. 

(2) Lemaire : Histoire et Antiquités, p. 8. 

{3} On admet généralement qu'Araoul d'Orléans vivait au dixième 
ou au onzième siècle; M. Léopold Delisle croit pouvoir conjecturer 
a qu'il appartient seulement au douzième. » Voir Les Ecoles d'Orléans, 
p. 7. 

(4] Léopold Delisle ; Les Écoles d'Orléans, p. "7. 

Awelianis correspond à aure(a) (a) lienis; Ar-nul-fu-s iAr (duaj- 
nul (laj-fu (gien}s; At-c-i-des n'étant paS' en relation avec ar (dua)~ 
(o)c{ttl)i (sj-des (xderans), M. Delisle remarque en note qu'il faut pro- 
bablement lii'e ai(ta) au lieu de ar (duaj. Néanmoins, il est sîu^lier 
que l'o, initiale d'oculis, ne réponde à aucun des éléments â' Alcides: 
par une nouvelle correction, approuvée de M. Delisle, M. Bimbenet, 
mon collègue à la Société des Sciences, Lettres et Arts, propose ingé- 
nieusement de lire : Al~a-i-des. 



DigmzcdbyGoOgle, 



— 24 — 

railla en termes fort durs et de l'étymologie et dés habi- 
tants d'Orléans : « Comment seraient-ils d'or pour les 
t étrangers, demandait-il, eux qui ne sont même pas d'ar- 
« gent entre eux (1) ? » 

Quant au simple Aurélia, le docteur Massac, également 
Orléanais, y voit un mot hybride formé du latin aurum 
et du grec helyos i^fi), soleil (2). Orléans n'est plus 
seulement la « mile d'or, » c'est le « soleil du monde > ! 
Je n'ai pas besoin de dire si « l'excellent docteur, > comme 
l'appelle Lemaire (3), se fit scrupule, en bon Orléanais, de 
développer ce beau texte. 

Reste le nom français : ({m' Aurelianis soit l'équivalent 
ài'Aurea alienis, Aurélia à! Aurum helyos, noua n'en sa- 
vons guère plus long sur l'origine du mot Orléans lui- 
même . Or, il n'y a pas à chercher bien loin pour en com- 
prendre la formation et le sens ; qu'on lise simplement, en 
détachant la première syllabe, Or-léans ; on reconnaît le 
vieux mot français = lèans » » là-dedans » (4) ; le nom de 
la viUe signifie donc qu'il y a de l'or ï là-dedans, intws 
awri copiam », selon la traduction latine qu'en donne Le- 
maire (5) : c'est toujours, comme on le voit, la même allu- 
sion à l'opulence de la cité, à la fécondité de son sol. 

J'arrive aune dernière explication, la seule raisonnable, 
celle qui dérive Aurelianis du nom d'homme Aureliua. S'il 
faut en croire une tradition fort ancienne, puisqu'on la voit 
accréditée au x:' siècle (6), ce personnage ne serait autre 
que l'empereur Aurélien, qui aurait rebâti ou simplement 
restauré la ville brûlée par César et lui aurait donné son 



(1) Lemaibs : Histoire et antiquités, p, 16, 

(2) Lemaire : ibid., p. 16. 
(3^ Leuairb : ibid., ibid. 

(4) Sur co, mot voir Littrb, Dict., v" Léans. 
(.5) Histoire et Antiquité», p. 16. igï 
(6) Raoul Glaber, II, 5. 



DigmzcdbyGoOgle 



— as- 
nom (1). Sur quels fondements s'appuie cette opinion? Où 
sont les textes qui l'autorisent ? Nul ne saurait le dire. Au 
xvii" siècle, on crut pouvoir établir qu'il s'agissait non 
d'Aurélien, mais de Marc-Aurèle ou d'Antonin, et cela, 
parce que des fouilles pratiquées sur l'emplacement de 
l'Evèché actuel avaient feit découvrir des médailles à 
l'effigie de ces empereurs (2); mais de pareilles découvertes 
se font tous les jours sans qu'on puisse en déduire de telles 
conséquences; sur le territoire presque entier de notre 
vieille Gaule il suffit de fouiller le sol à quelques pouces 
pour en exhumer des ruines romaines, et, s'il fellait attri- 
buer le patronage d'une fondation à tous les Césars dont on 
déterre les monnaies, que de villes françaises se dispute- 
raient l'honneur d'avoir été bâties, restaurées, visitées par 
un empereur! Au reste, si l'on songe qu'Aurélien vivait 
au troisième siècle après J.-C, et Antonin ou Marc-Auréle 
au second, pourquoi faire remonter jusqu'à l'un de ces 
empereurs un nom de ville qui n'apparaît dans l'histoire 
que deux on trois siècles plus tard ? 

Cette opinion ne reposant sur aucun argument solide, 
comment se fait-il qu'elle ait pu s'accréditer ainsi ! La rai- 
son, si je ne me trompe, en est Êicile à deviner : le terri- 
toire de l'empire romain comprenait un grand nombre de 
localités dont le nom se rattache au latin Aurelius; 
parmi les plus célèbres on cite d'ordinaire Aurélia Allô- 
brogum (Genève), Aurélia AlB7nannorurn.\^s.A.e!ïi), Auré- 
lia ou Aurelianum (Lintz), Aurélia Antonina (Cariza en 
Bétique), d'autres encore ; en Gaule particulièrement, on ne 
saurait croire combien de villes ou de villages rappellent, 
par leur nom, le souvenir d'une origine semblable : Orléans 
et Aurillac (Atireliacum), les seuls qu'on cite d'ordinaire, 

(1) Sur cette question d'origine voithKiâkmE,Eistoire et Anli^uitex, 
p. 8 et suivantes. 

(2) LxuAUU!, BistQÎre et Anti^ttite», p. 14. 



DigmzcdbyGoOgle 



sont à la vérité les plus connus, mais il s'en faut qu'ils 
aient seuls conservé le radical de notre mot : c'est ainsi 
par exemple que procèdent: 

1" d'Aureliits lui-même : 

Aureil (Haute-Vienne) ; 

Aurel {Drôme, Var, Yaucluse) ; 

Oreil-Maison (Vosges) ; 
et probablement Ârelles (Aubes) ; 

2* i' Aurélia : 

Aureille (Bouches-du-Rhône) ;_ 

Aurelle (Aveyron) ; 

Oreilla (Pyrénées-Orientales), dont l'a final correspond, 
suivant l'habitude de la formation espagnole, à l'a latin; 

3° d'Aurelianum: 

Aureilhan (Landes, Hautes-P3Ténée3) ; 

4' i'Aureliacum, un grand nombre de villages, dont le 
nom primitif, suivant une loi commune à tous les mots en 
iacum (1), s'est transformé diversement ; 

en ac dans le Midi et dans la partie méridionale de 
l'Ouest et du Centre: 

Aureillac ou Aureilhac (Gard) ; 

Aurlllac (Gironde, et , plus haut. Cantal); 

Orfiac (Dordogne) ; 

Orliac-de-Bar (Corréze) ; 

Orlac (Charente-Inférieure) ; 

Orlhac, prononcé Orliac (Lot) ; 

en é dans l'Ouest : 

Orillé (Maine-et-Loire); 

en y dans le Centre : 

Orly (Seine, Seine-et-Marne) ; 

enfin à'Aurillac, par une contraction qu'a pu rendre 



(1) QuiCHBRAT : De la formation française des anciens nomsde 
lieu, p. 3i et EuiTaates, 



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— 27 — 

plus facile encore la mouillure de la fiuale, est Tenu peut- 
être le mot réduit Auriac que nous retrouvons dans un 
grand nombre de départements du Midi (Aude, Aveyron, 
Gorrèze, Dordogne, Haute-Garonne, Gers, Lot-et-Garonne, 
Basses-Pyrénées, Var). 

Voilà des formes assurément bien diverses ; dans leur 
variété même elles ont, au moins en latin, une part com- 
mune, Aureli — ; est-ce à dire que toutes ces villes, ces 
villages ou hameaux tiennent leur nom d'Àurélien, d'Au- 
rèle Antonin ou de Marc-Aurèleî Personne ne l'oserait 
soutenir; le nom qu'elles portent toutes indique seulement 
qu'elles ont eu pour fondateur, administrateur ou patron 
un personnage nommé Aurelius ; or, on sait ce qu'était à 
Rome la gens Aurélia, l'une des plus grandes et des plus 
anciennes familles patriciennes ; ce qu'elle a fourni à la 
république et à l'empire d'hommes célèbres ou simplement 
connus, consuls, préteurs, généraux, empereurs, suffirait à 
l'illustration de vingt maisons ; on devine sans peine com- 
bien de ses membres ont dû exercer, dans les diverses 
provinces, d'importantes fonctions politiques, civiles ou 
militaires ; qu'un Aurelius fût appelé à résider sur un point 
de la Gaule comme intendant ou préfet, qu'il établît un 
camp ou un arsenal, qu'il bâtît des thermes ou restaurât 
un édifice, c'était assez * la bourgade ou la ville ainsi 
dotée prenait son nom ; de là le grand nombre de localités 
qu'en France seulement nous voyons désignées par ce radi- 
cal. Maintenant, parmi tant d' Aurelius, pourquoi supposer 
que le fondateur ou le bien&iteur de noire ville a été pré- 
cisément un empereur; et pourquoi l'aurait-il été d'Or- 
léans plutôt que de toute autre des localités auréliennes î 
Ce cboii s'expUque par l'importance même de la cité : 
Orléans eut, en effet, cette fortune que, de toutes les 
villes et bourgades désignées par le nom d' Aurelius, elle 
devint en peu de temps la plus considérable ; dès lors, 



DigmzcdbyGoOgle 



- 28 — 

comme il est arrivé pour tant d'humbles familles devenues 
puissantes, on s'ingénia à lui découvrir une illustre origine, 
on lui rechercha des titres de noblesse ignorés jusqu'alors ; 
parmi les personnages dont le nom se rattache au radical 
d'Aurelius, quelques-uns seulement pouvaient prétendre à 
l'honneur d'un tel patronage : Aurélien, Marc-Aurèle, 
Aurèle Antonin. C'était avec le nom d'Aurélien (Auré- 
lianus) que le latin Aurelianis avait évidemment la plus 
directe affinité ; Aurélien fut donc choisi, et c'est ainsi 
qu'est parvenue jusqu'à nous l'histoire de cette origine 
légendaire, dont la tradition sans doute ne sera pas de 
si tôt abandonnée. 



CHA.PITBB DEUXIEME. 
DËMOHlNATIONa li-RAMÇAltBEB. 

On vient de voir ce qu'est le mot Aurelianis et d'où il 
vient. Comment Aurelianis, à son tour, est-il devenu 
Orléans ? C'est ce que j'ai maintenant à expliquer. 

Dès l'époque mérovingienne, notre inot avait déjà subi, 
comme on l'a vu, quelques modifications curieuses, tantôt 
perdant \'i du groupe lia (Aurelanis), tantôt se réduisant, 
par la chute de Xs finale, à Aureliani. Ces oscillations 
méritent d'être notées, car elles attestent Taffaiblissement, 
déjà sensible, de certaines lettres qui allaient s'assourdir 
chaque jour davantage. C'est au neuvième siècle que notre 
mot commence à devenir demi-français ; accentué sur Va 
pénultième, il devait seréduire, suivant la régie, en perdant 
avant tout \'i de la syllabe finale (Aurelian's) ou même 
Yi antérieur à la tonique (Aur'lianis). Il semble que ce 
double changement se soit accompli dès le neuvième siècle. 
Ce qui est sûr, c'est que la collection Jarry contient trois 



DigmzcdbyGoOgle 



monnaies caroUt^iennes où ces deux fonaes apparaissent ■: 
1 ° Sur \me monnaie de Charlemagne on lit AVRELIAKS ; 
bien que très-rare, cet exemple, si je ne me trompe, ne 
saurait cependant être suspect ; la pièce qui l'a con- 
servé est d'une remarquable netteté, ee qui ne serait pas 
une garantie de correction suffisante ; mais on sait, en 
outre, que l'assourdissement des anales latines commence 
à devenir, au neuvième siècle, un phénomène régulier ; 
c'est ainsi que, dans la même collection, sur d'autres mon- 
naies de cette époque, je lis, au lieu de civitas, ctvits : 
AVRELIANIS CIVITS (Cliarlea-le-Chauve), A.VRELANIS 
CIVITS (Charles-le-Chauve), forme qui deviendra bientôt 
le français cits ou cit, cas-sujet dont cité fcivitatern), 
sera le cas-régime (1). 

C'est le moment en effet où le latin, sans être encore du 
français, commence à ne plus demeurer du latin ; chute ou 
resserrement des lettres, amoindrissement des sons, déjà 
se produisent tous ces symptômes d'une dissolution dont 
l'aeccnt tonique fut le principal et irrésistible agent (2). 
Aurelianis ne pouvait échapper à ce travail de la désorga- 
nisation conmiune ; suivant une régie générale, sa anale 
devait êtro la première assourdie ; elle le fut par la chute 



(1) Snp oa mot voir Littkë, Dictionnaire, V Cité. 

(2) Sur cette question voir le travail de M. Gaatoa Paris, Étude 
sur le rôle de taccent latin dans la langue française, itt-S", Paris; 
et sur les chaugenienta subis par les noms de lieu dès l'époque 
Carolingienue voir les observations de M. Quicherit, De la forma- 
tion française des anciens noms de iiew,p. 12 ; «Unautrefeità cons- 
I tater, dit M. Quicherat, c'est que, depuis le déclia du sixième siècle, 
« les formes latines deviennent moins pures pour beaucoup da noms 
Œ de lieu des pays où dominait l'élément romain, et que, dès l'avéne- 
a ment dea Cafolingiens, il y a de ces noms qui déjà ne sont plus la- 
« tins : ils sont romans. On les voit parvenus au premier degré de la 
< métamorpliOHô qui les rendra français, a 

Aurelians, et, plus bas, Aitrlianis appartiennent à ces formes ro- 
manes qui ont néceBaairâmant précédé la fonne freaçtUM'. 



DigmzcdbyGoOgle 



„.30 ~ 

deTi, et cela en vertu d'ane loi constante, par suite d'une 
si impérieuse nécessité qu'à défaut de preuve, et quand 
bien même ne se serait pas conservée la précieuse monnaie 
qui l'atteste, on pourrait encore affirmer qu'entre le neu- 
vième et le dixième siècle ce changement eut certainement 
lieu. 

2° et 3' J'en dirai autant de deux autres monnaies, l'une 
de Cbarles-le-Chauve oà se lit la forme AVRL^ANÏS 
CIVITAS, et une d'Eudes où la même forme est écrite, 
avec renversement de l'A pénultième, AVRLIVNIS. Là 
encore, il semble bien que l'écriture atteste une pronon- 
ciation déjà courante ; mais, quand il ne faudrait voir 
dans ces formes nouvelles que des incorrections analogues 
à celles que nous avons déjà remarquées (et, pour ma part, 
je ne m'arrête pas à cette hypothèse), il n'en serait pas 
moins curieux que ces erreurs se soient produites au mo- 
ment même où s'altérait en effet, selon toute vraisem- 
blance, la prononciation traditionnelle du mot. 

Purement latin sous la forme Aurelianis, demi-français 
dès le neuvième siècle sous les formes Aurlianis ou 
Awrelians, à quelle époque et sous quelle forme nouvelle 
notre mot devient-il décidément moderne î Faute de textes 
il serait difficile d'indiquer une date précise; à partir 
du neuvième siècle, en effet, jusqu'au douzième, on ne 
rencontre le nom d'Orléans que sous sa forme savante, 
c'est-à-dire latine, dans les textes latins, chartes, chroni- 
ques, inscriptions monétaires signalées plus haut. Au 
XII' siècle seulement apparaît une forme en langue vul- 
gaire, Orliens. Les exemples en sont dès lors tellement 
nombreux, et je vais avoir si fréquemment l'occasion d'y 
revenir, qu'il suffit de mentionner ici ce nouveau mot. 
Comme on le voit, le changement est maintenant accompli : 
Aurelianis est devenu français, et c'est à peine si noua le 
poavoQa rçcoQnaître. . 



DigmzcdbyGoOgle 



^31 " 

3'Aureliams ou Aurelic^ k Ùrliens la différence eat 
en effet notable ; elle est marquée : 

1* par la réduction du nombre de syllabes, puisque Ye 
est tombé ; Orliens ^ Aur(e)îians ; 

2° par le changement d'à en e : Orliens = Auyeli&ns ; 

3" par le changement d'au en o : Orliens = Anreltans. 

l" La chute de Ye s'explique par un assourdissement 
analogue à celui de Yi final dans Aurelianis devenu Aure- 
lions ; c'est en effet une loi que toute syllabe immédiate- 
ment antérieure à la tonique est plus ou moins assourdie 
par le voisinage de cette dernière ; simplement affaiblie 
dans certains cas (minutits = menu ; Johannes = 
Jehan, etc.), elle tombe d'ordinaire, quand elle se trouve 
comme étouffée entre la tonique proprement dite et la syl- 
labe initiale ; par exemple, elle s'est perdue dans : 
latr (o) cinium devenu larcin ; 



blaspk (e) mare - 


- blâmer; 


maïtd (u) care - 


manger; 


jud (i) care - 


~ juger; 


bon (i) tatem — 


- bonté; 


com (i) tatiis 


comté; 


hosp (i) taie 


- hôtel {l); 



Awr{e)lianis étant un mot de conformation analogue, 
l'e est pareillement tombé. 

n est vrai que la syllabe immédiatement antérieure à la 
tonique semblerait être non l'e, mais l't placé devant a, 
Aurelianis comptant, selon la prosodie classique, pour 
cinq syllabes: Aurehâms; mais ofief — d«l (2); 

iri^ — vianl (3); 

Qerardtn \ 

> riment ensemble [4]. 



Paris 
servir 



Si donc Orliens se rencontre à la rime en une laisse 
d'assonances, nous saurons, par cela seul, quel était, avant 
le xm' siècle, le son de la syllabe ens, si l'on prononçait 
é-n's (Orlié-n's) on. ens {Orliens-OrUins) : or Huon de Bor- 
deaux et GaydoD nous offrent le témoignage demandé; 
dans la première de ces chansons on lit en eHet : 

Aies vous eat A Raina l'arcevesquié, 
A Saint-Omer, u ena el bore d'Orliens, 
U à Paria, en vo palais plenier (5); 

et dans la seconde : 

Se Dei m'ait, 11 gloriouz don ciel 
Qui II donroit Estampes et Orliena [6}. 

On le voit, la rime est impossible, si l'on ne prononce 
pas, comme arcevesquié et cie-l, OHié'n's, 

(1) Rw>n de Bordeaux, édît. Ouessard et Orandmaison [v. ci-dea- 
mia), V. 1-2. 

(2) Id. V. 60-61. 

(3) Id. V. 78-TO. 

, (4) Id. V. 584-5B7. 

(5) Id. p. 3. 

(6) Oraydon, édit. Gnaaaard et SiméonLaca {t. ci-desana), p. 35. 
Le texte publié est du xm* siède ; mais la chanaoB originale date, se-. 
Ion tonta vraiaemblance, du xn* ûèole, et, comme il est arrivé souveat, 
la copie a oonMné parfoia lea aiaonances du texte primitif. 



dbyGooglc 



§ n. — 0BLIEN8 prononcé ORUSNS (OBUINS). 

Ve d'Orliens ne serait jamais devenu l'a d'Orléans, s'U 
n'avait commencé par se souder avec l'n pour prendre avec 
lui le son nasalisé d'en (in) dans Amiens, viens (je), ii&ns 
()c). Il n'y a pas d'exemple, en effet, que l'e français soit 
jamais devenu par lui-même un a : pour qu'un tel change- 
ment ait été possible, il a fallu que l'e, préalablement soudé 
avec r», formât d'abord avec lui un son nasal. En d'autres 
termes, ce n'est pas e qui a pu devenir a, mais en qui est 
devenu an, ou, suivant l'expression de M. Meyer, ce n'est 
pas e pur c qui est devenu a pur, mais e nasalisé qui est 
€ devenu a nasalisé (1). > Ici encore, le raisonnement suffît 
donc à prouver que notre mot s'est nécessairement changé 
d'Orlié-n's en Orliens {Orliins), puisque sans cette trans- 
formation préalable il n'aurait pu devenir OrlianSy ni, par 
suite, Orléans. 

Toutefois, une preuve de fait ne serait pas inutile ; la 
Chronique de Benoit nous en fournit deux au lieu d'une : 

au vers 1099, on lit : 

Antresi les cnlvera, les chens, 
Refireut-il puie à Orliens (2); 

et au vers 26197 : 

U fiist damEige n mal u biena 
En chartre les raiet à Orliens (3). 

Malheureusement ces preuves ne sont pas décisives. 
Quelle doit être, en effet, la prononciation de ckens ou 



(1) dnet En toniques, dans lea Uémùirea de la sociiti de tingMk- 
tique de Paris, t. I {S* fascicule), p. 246. 

(2) Chronique des dues de Normandie, Sdit. Frândsqne Michel [v, 
d-desBos), t.l, V. 1099. 

(3) Id. t. II, V. 26197. 



DigmzcdbyGoOgle 



— «8 — 

èiaiu, et i'Orliensf Cké-n's et Orlié-n% bié-n's ot Or- _ 
Ué-tl's? ou cftens (chins) et Orliens (Orliins), biens {biins) 
et Orliens [Orliins)? Comme Suon de Bordeaux, la Ghrth 
niqtte de Benoit est du xu° siècle (1) ; or , si l'asso- 
nance du premier prouve que ï'e à'Orlié'n's doit être 
détaché de \'n, la rime de la Chronique ne prouve ni qu'il 
les faille réunir, ni qu'il les faille séparer, et la question 
demeure indécise. Mais l'éclaircissement que nous deman- 
derions en vain aux rimes, même exactes, de ce temps, un 
argument indirect le fournit : 

M. Meyer a démontré (3) que, dans les mots où en fran- 
çais représente en ou in latin, ce groupe avait pris, dès la 
fin du xu" siècle, le son an. Or, un tel changement n'est 
possible, on l'a vu, qu'après une nasalisation préalable de 
Ve, d'où il suit que cette nasalisation avait dû se produire 
au plus tard dans le courant du xii' siècle. Orliens n'ap- 
partient pas régulièrement à ce groupe de mots, puisque 
l'en y procède non d'en ou in latin, mais d'an (Aure- 
liamis) ; néanmoins, par suite de raisons spéciales, qui se- 
ront exposées plus loin, notre mot fut traité comme s'il 
procédait effectivement d'un primitif en en ou in; il dut 
donc suivre la règle générale que je viens de rappeler, et 
w l'on prouvait quOrliens était déjà devenu Orîtans au 
xni* siècle, on aurait, par cela seul, une preuve que l'e 
devait être nasalisé dès le xn' ; or, la preuve existe : dans 
la Chronique de Guillaume de Nangis, texte du xm' siècle, 
on lit, avec un a, Orlians (3). 

Il est donc cert^ (^'Orlié-n's a dû se resserrer en Or- ' 
li&is {Orliins) danâ les dernières années du xn* siècle au 



(1) Mais noa pas nécessairemeiit postérieure, malgré les Mson&iiceB 
Aa Swjn, de Bordeaux; tat ce point voir Revue eritiqtte (2* aDnâe, 
l" semestre, n" 102, p. 334, artide de M. Meyer. 

(3) Dans le travùl cita plus haut a Am et En tonii^iieQ • § in, p. 251 
et Eoiv. 

(3) SMmiMu de France, XX, 640 c. 



DigmzcdbyGoOgle 



plus tard. Os peut dés lors su^^oser que l'exemple cité de 
Benoit implique ce mode de prononciation. Ce n'est là, du 
reste, qu'une présomption, car il a pu suffire d'un quart de 
siècle, de moins encore, pour que la forme nasalisée prit 
déânitivement la place de sa rivale, et il devient impossible 
de savoir si la Chronique correspond à la période où l'n 
tendait à se souder a l'e, s'y soudait effectivement, ou déjà 
même y était décidément attaché. Mais cette question de- 
vient secondaire : il suffit que nous soyons assurés du rap- 
prochement des deux sons avant le cours du xra' siècle; 
or, à cet égard, la preuve est faite, et si ce ne sont pas les 
rimes de Benoit qui nous en offrent le témoignage, ce 
seront alors tous les exemples de quelques années posté- 
rieurs, ceux de Gaydon, de Gui de Bourgogne ou de 
Fieràbras. 

Mais il y a plus : Huon de BordeatuE étant contemporain 
de la Chronique, il n'en résulte pas, à défaut de preuve 
directe, que notre mot, prononcé dans la Chanson Orlié-n's, 
ne doive pas l'être dans la Chronique Orltens. Ici se place 
uue observation importante et qui doit dominer l'étude de 
toutes les transformations de détail. Quels que soient les 
changements qui atteignent la forme d'un mot, il ne faut 
pas oublier que ces changements ne se produisent ni à jour 
fixe, ni par suite d'un concert entre savants ; c'est l'instinct 
populaire qui transforme les sons ; suivant que deux let- 
tres voisines ont une affinité plus étroite ou une mutuelle 
répugnance, l'organe qui les prononce les rapproche ou les 
désunit, et cela non pas tout à coup, mais par un travail 
graduel et spontané dont le peuple même n'a généralement 
pas conscience. D en résulte que, déjà modifié dans cer- 
taines bouches, un même mot demeure longtemps encore 
pour d'autres ce qu'il avait été jusqu'alors; insensiblement 
la prononciation nouvelle s'affermit, elle devient usuelle, 
finit par s'imposer à la foule, et un jour vient où ce qui 



DigitizcdbyGoOgle ' 



— 45 — 

avait été, pendant deux siècles ou trois, la forme régulière, 
oniTorsellement acceptée, n'est plus qu'un arch^sme oublié 
ou incompris : c'est l'histoire de tous les mots, et les 
changements qu'ils subissent sont tels, si naturellement 
enchaînés l'un à l'autre, si délicatement gradués, qu'on ne 
saurait dire avec précision à quelle époque telle forme a 
disparu, à quel moment telle autre a pris sa place ; les 
textes assurément nous of&ent de loin en loin quelques 
jaUoûs ; mais ne croyons pas qu'une forme apparaît seule- 
ment à l'époque où l'enregistre un écrivain; pour qu'elle 
ait conquis ce droit de cité, il faut qu'elle soit d'abord 
entrée dans le langage courant, ce qui ne se fait pas en un 
jour; pareillement, de ce qu'un mot se rencontre en un 
texte sous une certaine forme, il n'en î&ut pas conclure 
que cette forme était à ce moment la seule usuelle. Tardi- 
vement accueillie par les écrivains, et lorsque depuis long- 
temps le peuple l'avait pour ainsi dire consacrée, elle est 
aussi parfois plus longtemps conservée par eux, lorsque 
déjà peut-être le langage courant l'abandonne; qu'on ne 
s'étonne donc pas si, de deux textes, même contemporains, 
l'un nous offrait un exemple d'Orltè-n's avec l'n détaché 
de l'e, tandis que le second attesterait la soudure des deux 
lettres ; dans l'un et dans l'autre ce serait la double pro- 
nonciation d'une même époque qui laisserait, si je puis 
dire, une double empreinte également exacte. Au même 
moment peut-être, où le mot Orliens sonnait encore aux 
oreUles du trouvère, Orlié-n's, le chroniqueur normand 
l'entendait prononcer déjà Orliens. Leurs vers sont au 
même titre l'écho âdèle de l'un et de l'autre son. 

§ m. — ORLIMS prononcé ORLIANS. 

Mous voici parvenus au milieu du xm' siècle : d!A\ire' 
licaiis arrivés à Aureliam, ce dernier nous a conduits à 



DigmzcdbyGoOgle 



— 46 — 

Ortié'n's at Oriié~n's à Orliens; à son tour Orîiens s'est 
insensiblement transformé , et nous Tenons de Toil* pfU* 
Guillaume de Nantis qu'il commençait, dés le xtn* siècle, 
à devenir Orlians. 

Comment un pareil changement a pn se produire, c'est 
ce qu'il n'est point aisé de comprendre. En effet, on voit 
bien* que dans les mots où en provient d'en ou m latin 
{prendre — prendere; enfant — mfantem, etc.), cette 
ayllfibe, en général, a fini par devenir an, et, domme je l'ai 
d^ dit, M. Meyer a prouvé que ce changement de son, 
en voie de s'accomplir dès le xi' siècle, était achevé vers 
la fin du xn" (1); mais on ne voit pas que cette trans- 
formation ait eu lieu lorsque en représente an latin, 
spécialement dans les finales en aniis , anis , etc. ; par 
exemple Ambiants est devenu Amiens, chnstiamis — 
chrétien, pagarms — payen, Julianits — Julien, sans 
parler des mots plus nombreux où le même son, figuré par 
la diphthongne ain [vanus — vain, santts — sain, etc.) 
n'a subi, non plus, depuis cette époque, aucune altération. 
Gomment donc s'expliquer qu'Orïie/w, par une exception 
unique, se soit transformé finalement en Orlians, comme • 
si son e ne provenait pas d'un af Je ne saurais pour ma 
part en donner de bonnes raisons : dire qu'on l'a, par mé- 
prise, assimilé aux mots en en, tels que prendre ou enfant, 
ne serait pas répondre, car la question est précisément de 
savoir pourquoi cette assimilation a pu se faire, comment 
cette méprise a été possible ; la question resterait entière, 
puisqu'on pourrait aussi bien demander pourquoi Amiens, 
chrétien, payen, Julien, n'ont pas été de même assimilés; 
peut-être faut-il y voir simplement l'infiuence d'une pro- 
nonciation locale dont nous ne saurions aujourd'hui préci- 
ser la nature et à laquelle auraient échappé le picard 

(1) V. ci-deMiu, p. 43. . 



DigitizedByGoOgle 



— 47 — 

4miens et les mots usnela chrétien, payen, etc., moins 

exposés qu'un nom de Tille aux méprises et aux altéra- 
tions; toujours est-il que ce changement, quelle qu'en soit 
la,.cause, ne peut être contesté. 

Est-ce à dire qu'O/'ïîons soit devenu la fonne unique au 
xm* siècle? Nous avons la preuve du contraire, car nous 
savons qu'un poète de ce temps, Gautier de Coinsi, dans 
un passage que j'ai cité plus haut (1), écrit Orlains. H en 
est évidemment de cette nouvelle transformation comme de 
la précédente : l'exemple de Guillaume de Nangis et celui 
de Gautier de Coinsi noua offrent, en fait, deux témoi- 
gnages contradictoires ; mais U est clair que cette contra- 
diction n'est qu'apparente, et là encore il faut se repré- 
senter, comme tout à l'heure dans le passage d^Orlié-n's à 
Orliens, l'antagonisme de la forme qui niût et de celle qui 
ne veut pas encore disparajtre. Comme Orlié-n's a dû ten- 
ter de se maintenir contrôles empiétements à! Orliens, c'est 
Orliens à son tour que nous voyons menacé par le nouvel 
Orlians. Quoi d'étonnant, si le vieux mot, celui même 
que nous avons vu naître à peine im siède avant et qui 
déjà est presque un archaïsme, s'efforce de tenir tête à son 
rivalî Plus est profonde la différence qui les sépare, plus il 
semble que la lutte doive être ardente et se prolonger. H 
serait intéressant d'en suivre les phases dans une série de 
textes ; malheureusement l'écriture seule ou les rimes pour- 
raient nous éclairer. Or, les rimes font ici défaut, et, quant 
à l'écriture, l'usage populaire ne la transforme pas aussi 
vite que la prononciation. En ce qfii regarde notre mot, la 
raison en est simple : le son en, quelle qu'en doive être la 
prononciation (an ou in), peut être également bien figuré 
par le groupe en. Ces deux lettres avaient suffi jusqu'alors 
à représenter le mot Orlié-n's d'abord, et, après lui, Ott 

(1) P. 32. 



DigmzcdbyGoOgle 



liens (prononcé Orliins); elles suffisent pareillement à 
représenter la nouvelle prononciation Orliens (prononcé 
Orlians); le passage de Guillaume de Nangis est, à cet 
égard, une heureuse exception, sans laquelle noua n'au- 
rions pas la preuve assurée que, dès le treizième siècle, l'en 
de notre mot avait déjà pris le son an. Tous les autres 
textes du xra' siècle, et ceux de la première moitié du 
XIV' conservent en effet l'écriture traditionnelle {Or- 
liens) ; on l'a vu par les nombreux fragments empruntés 
à nos cliansons de gestes, à nos poèmes, à nos chroniques 
en vers ; les textes en prose ne varient pas davantage. Ici 
encore les preuves seraient innombrables ; on me permettra 
de n'en produire, qu'un petit nombre ; je les choisis de pré- 
férence en des textes récemment publiés, et dont les édi- 
teurs sont, par leur nom seul, une garantie d'exactitude 
scrupuleuse et de critique pénétrante. Le xxn' volume des 
Historiens de France contient, par exemple, divers docu- 
ments précieux pour l'histoire de l'expédition d'Aragon 
en 1285; dans l'une de ce» pièces, Fragment d'un compte 
de Jehan d'Ays, en matières et en deniers, pendant 
l'expédition d'Aragon en MCCLXXXV, il est question 
d'un de nos compatriotes. Voici comment le texte le 



§ 335. Item, par Jetuin le Clerc, à Narbonne, pour 11 et pour 
Raoul û.'Orliens, IX setiers d'orge, ou pris de LVII a. n (1) ; 



f 8 399. Raoul à'Orliens, par Michiel le Clerc, en Catheloingae» 
sac de froument, qui fait iiij setiera de Biaucaire, ou pria da 
a a. » (2). 

Kn une autre pièce, Compte du charroi des engins pottr 



(1) Bistoriena de Fritnee,t. XXII, p. 119, « 

(2) Id. ibid. p. 723, «. 



DigmzcdbyGoOgle 



l'expédition d'Aragon en MCCLXXXV, je lia égaiemeot-; 
à la date du 33 juillet : 

« A Jehan Peliçon d'Orliens, por ij chavau» mors, X 1. l'ftn- 
dernen de la M&delèDe, présent M. P. » (1); 

et, quelques ligues plus bas ; 

« A Jehanin, le vullet Martin d'Orliens, por Is retor d'un clievaii 
ocis et un mort à Yone, n siège de Gironné, X 1. > (2]. 

Edûq, un troisième document de la même époque. Inti- 
tulé : Fragmenta computorum ab anno MCCXXVII ad 
annum MCCCXVl , et publié dans le même recueil , 
contient ce paragraphe : 

« Au seueschal de Champaigne, MoUBieur Jehan de Joinville, por 
■es gaigea dès le diemanche devant Pasques-Flouries qu'il partit 
d'Orliens. » (3). 

Joinville, qui vivait en ce temps, et auquel se rapporté 
le précédent paragraphe, écrit de même Orliens : 

■ Et entre les autres fu naiâ Monseigneur Jetian d'Orliens, qiii 
portoit banière à la voivre. » (4) ; 

et ailleurs : 

f Dont il avint ainsi que les Bourgoignoni et les Looreins que il 
«voit apaisiés, l'amoient tant et obéissoient, que je les vi venir plai- 
dier par devant le roy des descors que il avoient entre enlz, à la jxtuit 
te ro;, à Rains, à Paris et à Orliens. > [5). 

On le voit, jusqu'à la première moitié du XIV* siècle, 

(1) Historien» de France, t. XXII, p. 730, e. 

(2) Id. ibid. ibid.; cf. ci-desaoua (p. 66) la 
forme Ourliens empruntée an même texte. 

(3) Id. ibid. p. 758, c. 

(4) Œuvres de Jean, sire de Joinville, comprenant l'Histoire de 
Saint-Louis, le Credo et la lettre à Louis X, avec un texte rappro- 
chS du français moderne mis en regard du texte original corrigé 
et complété à l'aide des anciens manttscrits et d'un manuscrit ini' 
dit, par M. Natalis ni Waili.i, gr. in-d°, xxxu-57tJ pagea et 3 plan- 
ches dont l'une chrorooUthographiée. — Paris, A, Le Clere, 1867. — 
p. U4. 

(5] Id. p. 460. 



DigitifcdbydOOQlC 



Q'««t par l'évnture OrHew ^ue I9 b<»b d^ la viU* , |r^§^, 
nonce, selon toute Traisemblance, OrUans, oontïQue d'Mr^: 
figuré. Il faut franchir «ette période pour rencontrer dps 
exemples nombreux de l'écriture Orlians; non pas que, 
même à cette époque, la transcription par an soit seule en 
usage, mais eUe est déjà très-fréquente ; on peut en voir 
des exemples df^us les diverses Ordonnances de Charles V,. 
en mai 1367 (1) , juillet 1373 (2) ; de Charles VI , en avril 
1383 (3), avril 1388 (4), mars 1388 {5), octobre 1392 
(6), où notre mot est invariablement reproduit sous la 
forme Orléans (je reviendrai tout à l'heure sur l'e que nous 
voyons pour la première fois substitué à Vi); c'est égale- 
ment BOUS cette forme que notre mot se présente dans, 
quelques textes de provenances diverses : je . citerai , par 
exemple, ces deux passages empruntés à des comptes du 
iiv' siècle , publiés , avec beaucoup d'autres , dans le 
Qlossaire des émaux de M. de Laborde : 

f Qodefroy le Fevre, varlet de cbamlȉ et guda dea coffFea ds; 

Monseigneur duc à'Orleans > (7) ; 

« A Robin Gamier, coffrier, pour deux cofireB da-relaia, fermons 
eha^Dii à deux ferreoree, ferreï et clouez mnsi qu'il appartient pour 
mettre et porter en chariot le linge de relais de Als. le dnc d'Or-: 
Uatu. » (8). 

n est Impossible qu'une forme aussi fréquente n'ait pas 
répondu à la prononciation alors usuelle de notre mot. 
Assurément la forme en e n'a pas disparu : les Ordonnances 
continuent de la. reproduire à côté de la forme en a. 



(1) Ordonnanc» 


, V, p. 10. 


(2) Id. 


V, p. 629. 


(3) Id. 


vn, p. 2. 


(4) H. 


Vil, p. 185. 


(5) Id. 


VII, p. 241. 


(») Id. 


VTI, p. 515. 


P) De Làborde, 


Qtoisaire des hnaux, p. 219. 


(8) De Laborde. 


Id., p. 471. 



DijilizodbyGoOglc 



pcr ei«mplfl celles de Cluirles V. juillet 1364 (1), jttU^ 
let 1367 (2), juin 1370 (8), mars 1383 (4). etc. ; U n'eu 
fésulte pas évidemment que l'é ait conservé sa Taleuf 
primitive, mais simplement qOe le nouveau son est éga- 
lement compatible avec la figuration par en ou la figu- 
ration par an,- l'orthograplie moderne n'ayant pas encore 
été Jugée nécessaire pour l'exacte représentation de c» 
son nouveau n'a pas encore prévalu; mais ce n'est Ift 
qu'une simple question d'écriture. Voici , du reste , avec 
deux nouveaux exemples, la preuve décisive que, sous la 
double forme en e ou en a, la finale de notre nom se pro- • 
nonçait évidemment de la même manière ; le recueil de3 
Ordonnances contient un acte de Charles YI (août 1392) , 
où il est question successivement de f l'Eglise A'Orleans > 
et du * iaché à' Orliens » (5). De son côté, M. Louis 
JaiTy, en son Histoire de la Cour-Dieu, a reproduit un 
document de la même année (33 novembre) ; ce sont des 
lettres de Vidimus qui commencent ainsi : 

« A tous ceulx qui verront ces preseatea lettres, Jehan Poirier, 
pr«VOBt d'OrUana, aalut. . . >, 

et qui se terminent par ces mots : 

fl En teimoing de ce moae prévoit dewoMlit «vmU bit eoeler cee 
lettres de Vidimui du acei de la prevoBté d'Ortùni » (6). 

Assurément les deux mots ne sont pas identiques : mèms 
•n attribuant à la finale une égale valeur, le maintien de ï'i 
dans une forme, l'apparition de l'e dans l'autre suMraient 



{1} Ordomumcei V, p. 476-177. 
P) Id. V, p. 25. 

^) W. V, p. 697. 

(4) Id. VII, p. 63. 

(D) Id. VII, p. 491-492. 

(6) Louis Jaskï, Histoire de tabbaye de la Cour-Dieu (Voù 
tlesBUB), p. 17&-1T}. 



DigmzcdbyGoOgle 



à les diâérencier., mais, sans aborder encore cette question 
délicate, il importe de coter que l'i A'Orliens comme l'e de 
la forme moderne n'ont jamais eu dans notre mot qu'une 
Tfaleur secondaire ; ce sont deux voyelles atones dout la 
prononciation a pu demeurer longtemps indécise, à ce 
point que , de nos jours même, on le verra plus loin (1) , 
pour nos vignerons ou laboureurs de l'Orléanais, le son de 
cette lettre médiale n'est ni fixe ni uniforme. Mais com- 
ment admettre une dissemblance de ce genre pour la pro- 
nonciation de la tonique ? Comment un même écrivain 
aurait-il, en un même mot, attribué à une même syllabe 
aussi importante, et cela à quelques lignes d'intervalle, 
deux sons si profondément différents ï Evidemment un tel 
son ne peut ainsi varier au même moment en une même 
bouche : que le mot s'écrive Orliens ou Orlians (devenu 
Orléans) , la finale se prononce nécessairement de même, 
et c'est justement pour cette raison que l'alternance des 
deux figurations est possible ; or, si l'on ne sait pas exacte- 
ment, a priori, comment se prononçait Orliens, on ne peut 
hésiter sur la juste prononciation A' Orlians (ou Orléans) : 
du même coup nous apprenons comment doit se prononcer 
son équivalent. 

,. Cette prononciation une fois consacrée , il était impos- 
sible que l'écriture ne finît pas par s'y confojrmer exacte- 
ment ; avec le quinzième siècle , la figuration par an 
devient en effet plus fréquente, et, pour ainsi dire, seule 
usuelle : rien n'est plus curieux, à cet égard, que 1» 
comparaison d'un certain nombre de pièces se succédant 
de la fin du quatorzième siècle à la an du quinzième : 
invariablement écrit par un e dans les documents de la 
première période , notre nom a pris uniformément l'a 
moderne dsns ceux de la seconde ; je citerai comme 

"(1) Voir ci-dessous, p. B4. 



DigmzcdbyGoOgle 



1^58 — 

eiemples une série de pièces de procédure dé'pôaé'es au± 
Archives de la Préfecture , à Orléans , et concernant 
l'ancien couvent de la Madeleine aux portes de la ville. 
On y voit mentionnés un certain nombre de prieurs et de 
prieures ainsi désignés : 

En 1368, Tipliaine de Lille « prieuse de l'ostel de la Magdelana 
lez Orliens s et frère Johan Molin « prieur de l'oatel de la Magdeloae 
fez Orliens » ; 

En 1374, Marguerite de Saint-Brisson « prieuse du prieuré de H 
Magdalene lez Orliens > et frère Adam de Meauz v prieur de l'hoatel 
et prieuré de la Magdalene lez Orliens ■ ; 

En 1380 (ïieui ntyle) Marguerite de Saint-Brisson c prienée du 
^prieuré de la Magdalene lez Orliens » et frère Nicolle le Picart 
« frebstre prieur de IHostel (sic) et prieuré- de la Magdalene lez 
Orliens » ; 

puis : 

En 1457, 1468, 1469, 1471, Jehaune de Parthenay, « prieuse du 
prieuré conventuel de la Magdalene lez Orllans » et, dans cette der- 
uiére aimée, frère Pierre Brazart, e prebstre prieur du prioré conven- 
tuel de la Magdalene lez Orléans » (1). 

On le voit : dans la seconde moitié du quinzième siècle, 
le- fehaiigenient d'écriture est accompli ; non qu'il ait été 
aussi tardif ; voici, en effet, une nouvelle série de pièces, 
s'échelonnant du commencement au milieu du quinzième 
siècle, et qui prouvent que dès les premières années de 
cette période la nouvelle orthographe était déjà, pour ainsi 
dire, consacrée ; je choisis ces pièces parmi celles que 
M. Mantellier a extraites de nos différents dépô.ts d'archives 



(1) Archives du département du Loiret. Ces pièces aont classées 
dans un carton spécial au coui^nt de la Madeleine (do l'ordre de 
Fontevrault) ; elles doivent être prochainement publiées dans une 
monographie sur ce couvent par M. Ludovic de VauzollOs, conseiller 
à la Cour d'Orléans, auquel appartient aujourd'hui la Madeleine; elles 
ont été déchitfrées et Iranscritns nvpc le «■wOTirs de l'obligeant archi- 
viste du départemi-n. '-K ' ; 



Digitizcdby Google 



— W-— 

«r)^ftQai$e9 «tqu'il a publiées en son Histoire d$ la com- 
munauté des Marchandi fréquentant la rivière de 
Luire (1). Tandis que je rencontre deux fois seulement li. 
fotmB en e dans un document du 13 novembre 1438 , où 
il est question de deux marchands Jehan Girard, dit Yoi- 
loisel, et Florent Rabillard, demeurant l'un et l'autre < à 
'Orliens » (2), je vois partout ailleurs Orléans, notamment 
dans les pièces suivantes dont j'indique la data «t 1« Im 
4« dépôt : 

1413 (21 mars) Archives de la Ville (3); 

1427 (2 janvier) Id. (4); 

1428 (22 avril) Id. (5); 

1435 (24déoembre)Arfthive8derHôtel-Dieud'OrléaB8(C); 

1436 (14 mai) Id. (7); 

1438 (10 décembre) ' Id. (8); 

1439 (novembre) Archives de la Ville (9) ; 

• 1445 (5 janvier) Id. (10) ; 

1445-1446 Id. (11); 

1446 (4 octobre) Id. (12); 

Cest également la forme en a qui domine dans les docu- 
msnts recueillis par M. Quioherat, à la suite du Procès de 



(IJ Voir d-dsutiB, p. 1,9. 

(2) NUtitkluib : Eûtoir» de la communauté dei marehandt, t. III, 



|3| 


Jd. 


ibid.j 


p. aro. 


(41 


Id. 


ibid., 


p. S61. 


(5) 


Id. 


ibid., 


p. 262. 


m 


Id. 


ibid., 


p. U5, i«, m, 1«. 


0) 


Id. 


ibid., 


p. 152, 153, 165. 


(8) 


Id. 


ibid.. 


p. 77. 


|9| 


Id. 


ibid.. 


p. 7 bt 8. 


(10) 


Id. 


ibid.. 


p. 12. 


111) 


Id. 


ibid.. 


p. 176. 


a2) 


Id. 


ibid., 


p. 177. 



DijilizodbyGoOglc 



bmâàmnaiioni et de réhabilitation éè JéàAnè d*Aftî (l), 
'particulièrement dans les pièces sniv&ateâ : 

Témoignage du hérault Berri (2) ; 

Témoignage de Jean Chartier (3); 

Journal du siège et du voyage de Reims (41; 

Chronique de Lorraine (5) ; 

Fragment de Christine de Pisan (6) ; 

Poëme de Martial d'Auvergne (7); 

Lettre de Charles VU aux habitants de Narbonûe 
(10 mai 1429) (8); 

Lettre de trois gentilshommes angevins à la femme et à 

■ la belle-mère de Charles Vn (9) ; 

Acte de donation par le duc d'Orléans (31 juil- 
let 1450} (10). 

La forme en e ne se rencontre que dans le témoignage 
de Perceval de Cagny, du pays de Beauvoisin, où la 
ville est appelée Orleens (II); dans une chronique nor- 
mande anonyme où reparaît le traditionnel Orliens (12), 
enfin dans le Journal d'Enguerrand de Monstrelet (13). 

Voilà certes plus de témoignages qu'Q n"en faut : il âe 
me paraît guère contestable que la finale du mot Orliens, 



il) 6 vol. in-S», 1841-49, dan» la collection dès publications dé la 
; Société de l'Wstoire de France, 
(2) Qotchebat, t. IV, p. 40. 



(3) 


id. 


t. IV, p. 51. 


(4) 


Id. 


t. IV, p. 94. 


(5) 


Id. 


t. IV, p. 329-, 


(6) 


Id. 


t. V, p. 3. 


0) 


Id. 


t. V, p. 61. 


(8) 


Id. 


t. V, p. 100. 


t») 


. Id. 


t. V, p. lSr7et«ii* 


(10) 


Id. 


t. V, p. 214. 


an 


Id. 


t. IVt p. 4t5. 


m> 


Id. 


t. IV. T.. sFa: . 


(13) 


Id. 


t. iV, |. LliO. 



DijilizodbyGoOglc 



apréa avoir pris dès le xm" siècle le son an, raTOîr.aSBnni 
et vulgarisé dans le ziy*, le fit enfin prédominer, à 
l'exclusion de tout autre, dès la fia de cette période; quant 
à récriture, naturellement conforme, dans le principe, k la 
prononciation, originaire du mot, elle en partage toutes les 
vicissitudes ; incertaine au xiii" siècle et pendant la durée 
du XIV', elle s'assouplit de plus en plus au son nou- 
veau qu'elle représente, et vers la fin du irv* siècle, c'est 
par la syllabe an que ce nouveau son est presque habituel- 
lement figuré. 

Cette discussion serait incomplète, si je ne disais quel- 
ques mots de certains documents où le nom d'Orléans ap- 
paraît à l'occasion du siège de 1429 et qui sembleraient 
devoir infirmer ma conclusion. Dans son important mé- 
moire sur le Compte des dépenses de Charles VU {1), 
M. Loiseleur a publié une pièce très-précieuse pour l'intel- 
ligence des événements militaires et du système financier 
de cette époque, je veux parler du compte d'Hémon Ra- 
guier, trésorier des guerres sous Charles Vil ; cette pièce, 
qui n'était jusqu'alors qu'imparfaitement connue, a été 
fidèlement transcrite d'après une copie déposée à la Biblio- 
thèque nationale (2); elle ne saurait avoir philologique- 
ment une grande valeur, car elle est de trois siècles au 
moins postérieure au siège (3) ; il se pourrait toutefois que 
le manuscrit reproduit par M. Loiseleur fût lui-même 



(1) Compte des dépenser faitet par Charles "VU, powr secourir 
Orliant pendant le siège de 142S, précédé d'Etudes sur l'adminis- 
tration des finances, le recrutement et le pied de solde des troupes d 
cette époque, par M. Joies Loiselear, bibliothécaire de la ville d'Or- 
léans, in-S». Orléana, 1866. 

(2) N' TS58 du BDpplément français , voir Compte des dépenses, 
p. 77. 

^] M. LoÏËelenr déclare, en effet, que i l'écriture > du mannsent 
deParii « pamt Stre de la fin du xvin* siSde. ■ Compte des dépenses, 
p. 17. 



DijilizodbyGoOglc 



— 57 — 

"SDe copi« exacte du compte original, et, dès lors, j'O 
«rois devoir en parler brièyement. En effet, tandis que 
Orléans est devenu dans les documents du xV siècle la 
forme, pour ainsi dire, usuelle, c'est Orliens au contraire 
qu'on voit le plus souvent figurer dans le Compte de Ra- 
guier; Orléans n'y appanût guère qu'une fois sur six, 
comme on peut le voir par le tableau suivant (1) : 
Chap. I (p. 164) neuf fois Orliens, deux fols Orléans; 
Il (p. 166) deux fois Orléans; 

in (p. 167) trois fois Orliens; 
IV (p. 168) une fois Orliens; 

V {p. 169) cinq fois Orliens; 

VI (p. 170) sept fois Orliens; 

VII (p. 171) une lois Orléans; 

VIU (p. 172) une {ois Orliens; 
IX (p, 173) une fois Orliens; 
X {p. 173) une fois Orliens, deuxfois Orléans; 
XI (p. 174) cinq fois Orliens, une fois Orléans; 
XII (p. 176) cinq fois Orliens. une fois Orléans; 

XIII (p. 178) deuxfois Orliens , une fois Orléans; 

XIV (p. 179) trois foisOWï'ens; 

XV (p. 180) deuxfois ÔHieM^, une fois Orléans. 

n serait inutile de prolonger cette comparaison : le 
Compte, tel que l'a publié M. Loiseleur, comprend trente- 
trois chapitres où se retrouve partout, en une proportion 
semblable, le mélange des deux formes. 

Ce n'est pas tout : en dehors des textes français, quel- 
ques documents étrangers nous montrent la forme en 
maintenue dans diverses langues où elle correspond néces- 



(1) La mânnBcrit original n'eut pas diviBs par chapitres; M. Loîm- 
leoT prévient le lecteur (p. 162, note) qu'il a introdoit cette divitîon 
pour plaa de clarté et ds conunodité. 



DigmzcdbyGoOgle 



^âaintment au Bon e; je veux parler de oei^ines pièces r»- 
' Cueillies par M. Qulcherat, savoir : 

1* un document provençal, rédigé par le greffier As 
l'hôtel-de-Tille d'Àlbi, et dans lequel 11 est question de la 
- « Viala d'Orlhenx » et de « lo bastar d'Orlhenx > (1); 

2* un fragment de la Chronique italienne de Guerneri 
Bemi où Orléans est appelé Orliensa (2) ; 

3" une lettre écrite par les agents d'une ville ou d'un 
prince d'Allemagne et dans laquelle on lit « Orlyentz », 
t vor Orlien » et i der bastard von Orlyens » (3). 

Il est vrai que, par compensation, d'autres documents 
étrangers nous offrent la forme an, par exemple : 

1° une relation du siège, en allemand, due à Eberhard de 
Windecken ; notre viii^ . jv est appelée « der stadt Or- 
léans (4) » ; ^ 

2° une lettre du duc de Bethford, écrite en anglais, et 
qui contient également la forme Orléans (5). 

Sur la foi de tous ces textes, faut -il donc admettre que la 
prononciation en (in) se serait maintenue à côté de la forme 
en a? Devant le témoignage décisif des documents français, 
cette conclusion n'est pas possible. Le Compte de Raguier 
ne prouve pas d'ailleurs que le mot Orltens ne se soit pas 
prononcé comme OHians ; loin de là, puisqu'il réunit par- 
' fois les deux formes en un même chapitre, à quelques lignes 
d'intervalle , nous pouvons affirmer par cela même que le 
son de la finale ne diffère pas de l'une à l'autre, ce qui 



(1) QdiCheKjLT : Procès de condamnation, t. IV, p. SOOsWl 
Jj'h à'Orlheno! correspond, suivant l'habitude de l'écritiire provençale 

après une liquide, à un t, cf. filhol prononcé filioli senhor pronohcS 
senior, etc. 

(2) Id.,t. IV, p. 519. 
, (3) Id., t. V,p. 347. 

: (4,) Qqicoibat, t. IV, p. 489- 

(5) Id., t. V, p. 13tt, . ,, ,, „ ., ... 



DigmzcdbyGoOgle 



jioas nuDÂiM k proDoncar en comma an; il reste seaUment ' 
& noter que cette pièce, en dépit de l'usage le plus com- 
mun au XV" siècle, conserve la prédominance à l'ortho- 
graphe en. Or, cette fidélité à une orthographe alors 
vieillie n'a rien qui doive surprendre; elle peut dépendre 
uniquement des habitudes personnelles du copiste, surtout 
si c'est un légiste accoutumé par la pratique profession- 
nelle au maintien des termes traditionnels. Bien plus grave 
assurément serait le témoignage des documents étrangers, 
où en se prononce certainement avec le son de l'e; mais il 
ne leur faut attribuer, si je ne me trompe, qu'une valeur 
très-secondaire; entre des textes provençaux, italiens ou 
allemands et des textes français, il ne saurait y avoir d'hé- 
sitation possible, et personne ne soutiendra que les se- 
conds nous renseignent moins sûrement que les premiers 
sur l'orthographe et la juste prononciation d'un mot de 
notre langue. Rien ne prouve d'ailleurs que les formes en 
e, provençale, italienne et allemande, n'aient pas été trans- 
crites, sans que la prononciation fût en cause, de docu- 
ments français qui avaient conservé cette lettre, et l'on ne 
saurait en outre ne pas tenir grand compte du texte alle- 
mand qui mentionne la forme en a, surtout du texte anglais 
de Betbford, témoignage fort important, puisque le duc 
avait pris une part considérable aux événements du siège 
et, par suite, avait dû reproduire le nom de notre ville tel 
qu'il avait pu l'entendre prononcer sous les murs mêmes 
d'Orléans. 

Mais le changement i'e en a n'est pas le seul que notre 
mot ait subi du £v° au xvi° siècle ; comme on l'a vu .par 
les exemples cités, Vi médial est devenu e ; Ch'liens est 
maintenant Orleens ou Orléans. Qu'est-ce donc que cette 
transformation nouvelle? Ici encore, je touche à une ques- 
tion délicate; c'est d'un besoin d'équilibre que provient ce 
ebangement : il est de régie, en eCtet, que Vi latin se 



DigmzcdbyGoOgle 



change en é français devant an {gigantem — gè-ant) ; or; 
dans les mots français écrits par ien et où cette syllabe a 
commencé par avoir le son é-n', tant que ce son s' eat main- 
tenu, l'ï précédent s'est également conservé; le jour où é-n' 
est devenu soit an, soit en (prononcé an), par compensa- 
tion Vi s'est changé en e. Comme exemples de cette règle, 
je citerai : 

ni-é-n't devenu nb-ent {en =- a«) nè-ant {ne-entem) \ 
ci-é-n's » ce-ens ( » ) cé-ans {hiccehicinttcs); 
li-é-n's t le-ens { » ) lè-ans [iîUc inttis) (1). 

On peut y joindre les trois mots suivants, originaires d'un 
même radical, et dont la forme française eu i ne s'est pas, 
jusqu'à présent, retrouvée, mais dont la syllabe en , par 
contre, a le son an dans tous les exemples connus : 
pene-ent {en = an) pené-ant (penitentem); 
pene-ence { » ) pené-ance (penitentià) ; 
pene-encier { » ) pené-ancier (penitentiarius) (2) . 

La transformation ^Orliens en Orléans est une appli- 
cation de ce principe : tant que la dernière syllabe con- 
serva le son de \'e, \'i continua de se maintenir; dés qu'elle 
eut pris le son de l'a, Xi subit la loi commune, et à'Orliens 
(Orliins) le mot devenant Orliens (Orlians) ou Orlians 
se changea régulièrement en Orléans. A la vérité, ce ne 
fut pas non plus l'œuvre d'un jour; dans cette phase nou- 
velle comme dans les précédentes, la vieille forme ne céda" 
point sans lutte, et bien que nous ayons vu le changement 
d'en en an se produire dès le xni° siècle, c'est dans le cou- 
rant du XIV' seulement que les textes nous montrent V'e 
se substituant à l'i. Je n'ai pas à revenir sur les exemples 



(1) Snr ces digérants mots voir Littré, Dictionnaire, aux mot* 
néant, céans, lêans. 

(2) Littré, Dictionnaire, aus motapênitenf, pénitence, pénîtentitf. 



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_ 61 — 

.cités en grand nombre et qui attestent la prédominance, 
chaque jour plus marquée - au xiv' siècle, et surtout au 
XV', de l'orthograplie eans (Orléans). Je n'ajouterai que 
deux, observations : la première, c'est que \'î lui-même, 
tout eu essayant de se maintenir contre l'e semble ne pas 
être demeuré tout-à-fait ce qu'il avait été jusqu'alors. Atta- 
ché, comme on l'a vu, à la dernière syllabe, il faisait corps 
avec elle, et le mot entier était en réalité dissyllabique ; 
il n'en est plus de même, peut-on croire, au xV siècle, 
et si la voyelle i ne s'est pas encore partout changée en e, 
partout du moins il semble qu'elle se soit détachée de la 
dernière syllabe; c'est du moins ce que paraît indiquer un 
passage de Martin le Franc (1440), où le nom d'Orléans 
compte comme trissyllabique : 

De la Pucelle dire veul 

Laquelle Orlyens délivra (CAampioJi des Pâmes) (1), 

On remarquera l'y, jusqu'à présent inconnu dans l'écri- 
ture de notre mot : peut-être a-t-il pour objet de figurer 
plus nettement la prononciation distincte de ïi , à moins ' 
que ce ne soit une variation d'écriture aanS importance et 
dont je retrouve d'autres exemples, avec les variantes 
Orlyans (2), Orlyentz (3) et Orlyen (4) dans divers docu- 
ments français , mais de provenance anglaise , et dans le 
texte allemand anonyme dont j'ai déjà parlé. 

La seconde observation, c'est qu'à défaut d'autre preuve 
la présence de Ye substitué à Yi suffirait à nous indiquer 
la véritable prononciation de la finale ens : pour en fixer 
le juste son, il nous a fallu recourir à des comparaisons de 
textes et de dates généralement trés-délicates ; ce travail 
n'est pas nécessaire , lorsque la syllabe en question se 

(1) Cité dans QuiCBEBAT, Procès da condamnation, t. V, p. 44^ 

(2) QuicHEiUT, id. t. IV, p.40Set424. 

(3) Qdichehat, id. t. V, p. 347. 

(4} QuiCHCBAT, id. ibid, - . 



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_ ee — 

trouve précédée d'un e : la sabstitutioD de V9 à Vt &fkû.t 
au lieu par suite d'uo besoin d'équilibre , là oà die e«t 
accomplie, nous sommes assurés que U finale elis se pro- 
nonçait ans. Au reste, les exemples de ce mode d'écriture, 
sans être fort rares, ne sont pas très-communs ; on peutsn 
Toir quelques-uns dans la Chronique de Duguescltn : 

Sachiez que d'Orléem j ta li dues membruB (1), 
dans le Témoignage de Perceval de Cagny : « Les 
Euglois des bastilles devant Orlèens, etc.. » (2). 
' Pour achever l'étude de notre mot tel qu'Q apparaît jus- 
qu'au XVI* siècle , il resterait à déterminer la valeur de Ys 
finale : s'il fallait admettre comme répondant à l'exacte 
prononciation du temps les formes étrangères citées plus 
haut (3), l's se serait encore prononcée distincte au 
XV* siècle; mais, l'allemand aussi bien que les langues du 
midi attribuant d'ordinaire aux consonnes finales leur 
valeur réelle , l's de notre mot ,, même muette , devait 
nécessairement conserver, en provençal, en italien et en 
allemand, sa lénitude de son ; si l'on suppose d'ailleurs que 
ces formes peuvent avoir été calquées sur la nôtre, quelle 
qu'en fût la prononciation, on reconnaîtra qu'elles ne 
pouvaient l'être sans conserver l's ou une combinaison de 
lettres équivalente à l's,- de là le provençal Orlkenx, 
l'italien Orliensa, l'allemand Orlientz. Quant à la fonne 
française, l's finale s'étant assourdie, même avant le 
Xv' siècle , dans tous les mots analogues, rien ne nous force 
de supposer (^'Orliens ait fait exception à la règle com- 
mune, et que l's ne s'y soit pas éteinte dés le sm* ou le 
XIV* siècle. D'un passage de Benoit, cité plus haut (4), oa 

(1] Publiée par M. Chanière duos les DoeumenU inédits pour itr- 
virà l'Kistaire de Franee;2yùl. ia-4>, t. I[, p.l4i9,v. 17644. 
(2| QuicaBBAT, Pwei», etc. t. IV, p. 4. 



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— Ô3 — 

{ïespralt mâaie induire (lae cette codsouds était assourdie 
dès le sd° siècle, puisque notre mot s'y trouve écrit OHien,' 
mais l'isolement de cette forme laisse supposer quelque oubli 
dû copiste ou une altération du manuscrit. ' 

Usuel encore à la âo du xiv" siècle , Orliens s'est e£Eacé 
peu à peu, dès les premières années dn xv*, devant 
Orléans ; on l'a vu , dans le sV, essayer encore de se 
maintenir, mais vainement, et, dès la seconde moitié de ce 
siècle, c'est à peine si l'on en retrouve de loin en loin quel- 
que exemple : à partir de cette époque, c'est Orléans qui 
décidément prévaut,' et notre ville n'est pins désignée dan? 
les textes que par le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. 
Je ne puis songer à en accumuler les preuves : U suffira de 
se reporter à divers textes connus de cette époque; je 
ffiterai particulièrement les publications de M. Vallet de 
Virivilke (Chronique de Charles VII, Chroniqite de la. 
Pucelle , Histoire de Charles VII) , surtout une cu- 
rieuse Chronique du siège d'Orléans, publiée dans la 
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (1), et empruntée k 
un manuscrit dont l'écriture, au témoignage de l'éditeur, 
est de la an du quinzième siècle (3) ; enân le Mystère du 
siège d'Orléans , publié par M. de Certain dans les Docu- 
ments inédits (3) , et où le nom d'Orléans reparut à chaqirt" 
page. 

De la an du xv* siècle à nos jours nous n'avons plus k 
noter de variations nouvelles; toutefois, il n'est pas sans 
intérêtde le faire remarquer : aujourd'hui même la pro- 
nonciation de notre mot n'est pas uniforme, et, tandis qu'à 
Orléans on le prononce invariablement comme il'- âst écrit, 



(1) S< série, t. III, p. 500 et sniv. 
{2) Ibid. p. 500. 

{3t ti m^itiiv dtt sii^e ff.OrUant. (Ciâls<^B> dM dfiMtnKits'.M. 
dit» pour servir à l'histoire deFrance, 1 vol. in-*".) ; • ,- ,. ...■; 



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_ 84 — 

il sQ^t de s'avancer jusqu'à l'extrémité des &abom^ pour 
recueillir plus d'une trâce , vivante encore , de l'ancienne 
dénomination. Bans la direction delaBeauce, par exemple, 
et dès le village de Saint-Jean-de-la-Ruelle ou celui des 
Aydes, plus d'un vigneron, Adèle aux traditions d'un antre 
âge, ne parle de la vUle qu'en l'appelant Orlians; pour 
d'autres, comme si la forme moderne s'était combinée avec 
celle du moyen âge, c'est Orléians: il semble qu'en a'effor- 
çant de s'habituer à la prononciation nouvelle, on n'ait pu 
y réussir tout-à-fait, qu'obstinément V? se soit maintenu, et 
que de ces deux tendances contraires soit née, par une 
sorte de compromis, une forme mixte où apparaissent 
soudés l'un à l'autre Vi du moyen âge et Ye moderne. Si 
l'on s'éloigna au contraire vers la Sologne, c'est également 
Orliatis , comme le remarque avec raison M. le comte 
, Jaubert (1), ou plutôt Orlians, les populations de cette 
région ayant l'habitude d'épaissir et d'allonger le son 
de certaines voyelles, particulièrement de l'o (pmtme 
pour pomme) et de l'a (voyage pour voyage). 

Tel est donc le terme actuel de cette longue évolution, 
telles en sont les phases. Afin de rendre plus sensible la 
filiation logique des formes que je viens d'étudier, et pour 
ne pas en interrompre la succession par des observations 
de détail, j'ai cru devoir négliger provisoirement deux 
variantes très-curieuses, mais qui ne marquent ni l'une ni 
l'autre une étape intermédiaire dans la série des transfor- 
mations normales; toutes deux sont du xm' siècle, et se 
rattachent au type Orliens : ce sont les formes OUiens et 
Ov,rîiens : 

1* OUiens se rencontre dans un petit nombre de textes , 



- (1) Qlauain du etntrt de la France, 2* édit. 1 vol. ia-4>, Puù, 
1884, V* Orlians. 



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parmi lesquels je citerai ce passage Jde la Bataille ûes 
Sept Arts : 

Le primat d'OHtejts et Ovide 

Ramenaient en lenr aïde (La bataille des Sept Arts) (IJ. 

Cette forme n'est autre qvCOrliens modiâé par l'assimi- 
lation, fréquente, dans le vieux français, ier h l; ainsi se 
sont transformés, par exemple : 



Charles 


en Challes (2); 


Gharlemaigne 


. Challemainne (3); 


parler 


> palier {4); 


esperlenc 


. espellenc; 


merle 


9 melU; 


marie 


> malle (mxirmila, auj. marne) ; 


perle 


. pelle. 



Chambellan, qui s'est conservé dans la langue moderne, 
est également une forme avec assimilation pour cham- 
berlan, lui-même pour ckambrelan — camerulanus. 

A ces exemples on peut ajouter quelques mots dont \'r 
représente une s antérieure : 

misculare — mesler, merler, d'où meller; 
m^isculiis — masle, marie, » malle; 
vassallettus — vaslet, varlet, » vallet (5). 

Nous retrouverons un autre exemple d'un changement 



[1) Ce &bUaii, composé par Henri d'ANDBLi, a été publié par M. h.- 
binai danalea Œuvres de Rutebeuf (t. II, p. 415J ; l'édition do M. Ju- 
binal porte Orliens; M. Léopold Delisle, qui cite ce vera dans les Eco- 
les d'Orléans (p. 9), écrit OClîens. 

(2) Oaydon, édit. Oueasard et Siméon Liice, préface, p. xsij. et 
xxiij;. 

(3)- Id. ibid., p. xxij. 

(4) Pour ce mot et les suivants, voir Littré, Dictionnaire . 

(5) Pour ces mots, voir Littkk , Dictionnaire. 



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analogue dans l'étude complémentaire que je ferai du mot 
aurelianensis . 

2° Quant à Ourliens, dont je ne connais que l'exemple 
suivant < à Bilart d'Ourliens, por les gaiges de li et 
in autres valez por le tens desus dit », dans un Compte , 
déjà cité , du charroi des engins pour l'expédition 
d'Aragon en 1385 {1} , c'est également un équivalent 
régulier d'Ortiens : il n'est pas rare de voir dans le vieux. 
français le son au ou o remplacé par ou ; exemples : 

ou — au; 

oussi — aussi; 

ouser — oser (2). 
Aujourd'hui même, dans l'Orléanais, particulièrement 
en Beauce , ce changement de son est , pour aiusi dire , 
habituel, et l'on prononce : 
o'utre fOMT autre : t heu d'autres »; 
pouvre » pauvre: * jjomb/"" homme, pouv' femme»; 
couse > cause : • à couse donc î » ; 
foute » faute : t c'est t& foute aussi, à toué t>. 

Comme on le voit, ces deux formes sont moins des types 
nouveaux que des variantes tde tj^tes déjà connus ; ellds 
n'interviennent pas dans la série des transformations pour 
relier deux termes dont elles seraient les intermédiaires , 
et qui ne sauraient s'expliquer autrement ; elles n'en sont 
pas moins importantes, et bien ijue procédait de certains 
accidents de prononciation , méritent d'être signalées et 
classées. 

Je crois avoir montré comment s'est formé le nom de 
notre viUe , et combien d'étapes il a franchies avant de 
parvenir au terme actuel de son évolution : A'Aurelianis 

(1) Historiens de France, t. XXII, p. T28 c;cf., ci-deasuB, p. 48. 
(2} Pour ces formes, voir Littbé, Dictionnaire, et Buasuy, Glot- 



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_ 67 — 

transformé d'abord en Aurelians, il est deverm successive- 
ment ^Aurelians Aurlién's ou Orlié-n's, d'Ortié-n's 
Ortiens (prononcé Orliins) , avec les variantes Olliens et 
Ourliens; i'Orliens (prononcé Orliins) Orliens (prononcé 
Orlians), enfin d'Orliens (prononcé Orlians) Orleens 
(prononcé Orléans) ou Orléans. Connne on le voit, toutes 
ces fonnes s'expliquent mutuellement, tontes s'enchaînent 
l'une à. l'autre, la première amenant celle qui la suit aussi 
naturellement que cette dernière à son tour prépare celte 
qui doit suivre; assurément une évolution pareille ne 
s'accomplit ni en un jour ni en un siècle : à l'antique 
Aurelianis il n'a pas fallu moins de onze cents ans pour 
qu'il devînt ce qu'il est demeuré depuis trois siècles ; 
d'autre part, les formes diverses qu'il a revêtues ne se sont 
pas succédé de telle sorte que l'une disparût lorsque l'autre 
commençait à poindre : Aurelianis ne cessa pas d'exister 
lé jour où apparut Aurelian's, non plus (\Xi'Awrelian's ne 
s'effiiça soudainement devant Orliens, ni celui-ci devant 
Orlians ou Orlians devant Orléans,' évidemment ce travail 
de transformation ne pouvait être que l'œuvre de longs 
siècles; mais, pour être lent, il n'en est pas 'moins réel, 
et si l'analyse en est parfois délicate, s'il y faut employer 
toutes les précautions d'une dissection patiente et minu- 
tieuse, les résultats qu'elle fournit n'en sont pour cela ni 
moins qurieux, ni moins assurés. 

II. 

ÉTYMOLOGIE ET HISTOIRE DU MOT 
< ORLÉANAIS ». 

Ce travail serait incomplet , si je n'ajoutais quelques 
lignes sur le mot c Orléanais », dont l'histoire est néces- 
sairement unie à celle du nom même d'Orléans. Ce dernier, 



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comme on l'a vu, se rattache au latin Awelianis; Orléa- 
nais , ce semble , devrait se rattacher parallèlement au 
dérivé à'Aurelianis, Aurelianensis. Il n'en est rien cepen- 
dant : Orléanais procède directement d'Orléans; il n"ap- 
partût dans la langue qu'à pari;ir du jour où notre ville 
prend le nom moderne d'Or/éaïïs, c'est-à-dire vers la fin 
du XV' siècle. 

n fallait bien cependant que les habitants d'Orléans 
fussent désignés par un nom spécial : or, de même 
qu'Aurelianis avait produit Orliens, et par celui-ci la 
forme actuelle , il est naturel de supposer que son corré- 
latif Aurelianensis a pu donner naissance au terme, main- 
tenant disparu, dont le moyen âge s'est servi pour la 
désignation dont je parle : les textes confirment cette 
supposition : si l'on cherche, en effet, comment se disait 
« Orléanais », « les Orléanais », pendant la période qui 
s'étend du xn' au xvi\ siècle, on voit tour à tour employés : 

l* certaines locations, telles que : 

(a) la ou le cité d'Orliens : 

Et te citi d'Orliens fort bq demunnilla |1) ; 

(b) la gent d'Orliens : 

Et que la gent d'Orliens dont il y ot foison (2) ; 

(c) Cil d'Orliens : 

Cil d'Orliens adonques veillièreat (3) ; 

OU Icil d'Orliens : 

leil d'Orlitn» viennent sor lea destriçri (4) ; 



[Ij Hugues Capet, édit. de M. le marquis de La Orange, p. 191. 
(2) Id. p. 193. 

(3j QtiîllBUme Ouurt, La Branche des royaus lingnages, dans les 
Bistoriens de France, t. XXII, p. 266, /. 
(4) Gatdon, édit- Gnessard ot Siméon Luce, p. 116. 



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(d) t Les enfanz d'Orlienz » (1) ou « les enfanz 
d'Orléanz (2) .; 

2" surtout un adjectif pris substantivemeot comme le 
laiia Aurelianensis, et qu'on trouve d'ordinaire sous la 
forme Orlenois, par exemple : 

au xm' siècle, dans le Roman de la Rose : 

Après tous cens sa tiiit Frandùae... 
Et si n'ot pas nés d'Orlenois, 
Ainçois l'avoit lonc et traitis (3); 

au xiV, dans La Branche des royaus lingnages , de 
Guillaume Guiart : 

Devers la part au roï de France, 
Qui Dieu pour victoire avoir prie, 
Sont Bourgoignon et cil de Brie, 
Normanz, Berruiers, Orlenois (4) ; 

au XV', dans le Mystère du siège d'Orléans , en un 
grand nombre de passages : 

Les Orlenois sont à l'esquart... (5); 

Je n'é pas autre intention 

Que aiyourd'uy n'ayoas victoire 

Et de mectre à destruction 

Les Orlenois, c'est chose voire (6). , 

De même que le mot moderne Orléanais, Orlenois s'em- 



(1) Chronique normande de Cochon, publiée dans la Chronique de 
la Puceile, par Vallet de Vikitille, p. 401 etpastim. 

(2) Id.,ibid. p. 421 et jsossim. 

^3) Édit. Francisque Michel, 2 vol. in-12; Paris, 1866 ; t. 1, p. 39, 
V. 1197. 

M. Fr. Michel joint à ces vers une note sur a les Camus d'Orléans > 
et renvoie à un Catalogue de Proverbes publié par Le Qhând d'Ausst, 
dans aon Bistoire de la vie privée des Français (édit. de 1815), t. III, 
p. 403405. 

(4) Historiens de France, t. XXII, 184, a bis. 

(5) P. 48, V. 1271. 

(6) P. 217, V. 5563j cf. pas>i«t. 



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— 70 — 

ployait d'ailleurs uon-seulement comme nom de populatioQ, 
mais encore : 

(a) comme adjectif proprement dit, par exemple dans ce 
passage des Cris de Paris, par Guillaume de Villeneuve , 
poète du xyi" siècle : 

Aus et oû^noGB i longue alaiuel 
Puis après cresson de fontaine, 
Vey-ci bon creaBOn orienois! (1); 

(b) comme nom de paya, pour désigner la province que 
plus tard on appela l'Orléanais, par exemple dans La 
Mort de Garin le Loherain : 

Fùtea moi letrea et sêoléB escris ; 
Les iinei voisent à Jou&oy l'angevin ; 
L'autre à Huon, le mien germain coain ; 
En Orienois envoie â Heméiz [2} ; 

dans Aimeri de Narbonne : 

Cant vo venrés au pais à' Orienois 

En dolce France, tout droit en Loonoia (3) ; 

dans La branche des royaut lingnages : 

Quant en Ëtit de gnerre venoit 
Li dus qui Orienois tenoit (4) ; 

de même en un grand nombre d'Ordonnances du siv* et 
du xV siècles , dans une Ordonnance de Philippe VI 
(29 mai 1346) «en Orienois » (5); dans une Ordonnance 
de Charles V (juillet et septembre 1376} ; « Et nous plaist 
que, quant à présent, soit un maistre (des forêts) ou pEus 
à'Orlenois » (6). 



(1) Vers cités par M. Littrb, Dictionnaire, v> aténoit. 

(2) Édit. Ed. du Méril, p. 103. 

(3) Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 461, d'après la 
ras. ^5^ (fol. 44, V»), de la Bibliothèque nationale. 

(4) Sistoriens de France, t. XXn, p. 263, g. 
(b) Ordonnances, t. II, p. 245. 

(6) Ordonnances, t. VI, p. 226. 



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— 71 — 

Je signale pour mémoire seulement un terme que je 
rencontre dans un texte latin et qu'il ne faut pas prendre 
pour un des noms donnés aux Orléanais ; je veux parler du 
mot Aureîianista, dont le correspondant français, Orléa- 
niste, a fait depuis, en une acception bien différente, une 
fortune singulièrement brillante. Au douzième siècle, Aure~ 
lianista signifie «■ partisan des maîtres d'Orléans >, » des 
doctrines professées dans les écoles d'Orléans », comme on 
a dit plus tard Janséniste, Moliniste, Spinoziste, Ato- 
miste, etc. Les maîtres d'Orléans avaient alors une grande 
réputation {1), mais leurs doctrines n'étaient pas, à ce qu'il 
paraît, goûtées de tout le inonde ; car c'est contre eux et 
leurs adeptes qu'un écrivain célèbre de ce temps, Alexandre' 
4» ViUedieu,.lança cette véhémente philippique dont j'em- 
prunte la traduction à M. Léopold Delisle (2) : « Orléans 
I nous apprend à sacrifier aux dieux; elle énuraère les 
« fêtes de Faune, de Jupiter et de Bacchus. C'est une 
Œ chaire de pestilence, comme nous l'atteste David ■> ; et 
un peu plus loin : « l'Orléaniste se verra fermer la routé 
« du Paradis s'il ne change pas de langage. » 

AureliatiUte via non patet ad Paradisum, 

Ni priua oa mutet. 
Je reviens à Orlenois {ovl Orlenoiz, coma% Orliens ei 
Orliens) : qu'est-ce donc que ce terme nonveau? Bien 



(1) LêopoId Delisli, Les Écoles d'Orléans, p. 1 et suivantes. 

(2) Id. ibid., p. 7. 

Le texte, traduit parM.L. Delisle, aété publié par M. Thurot, iVofices 
jj( Extraits des manuscrits, XXII, il, 115, d'aprèe le ma. latin 14921 
de la Bibliotlièque nationale, fol. 164, r> : 

Sftcrillc&re DeÎB noi ndoceC AuralianiB, 
Indicens faslum Fauni, Jovis atquo Liei, 
Hec est paaCifen., David taBtuiW, ealhedra. 

Ce passage eet une eilusiou à un travail d'AmoDl d'Ûiléans (v. d- 
deseuB, p. 23) but les Fastes d'Ovide. 



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— 72 — 

qu'il n'y ait, ce semble, entre la forme latine et la forme 
française qu'une lointaine analogie, ce n'est autre chose 
que le latin Aurelianensis. Ce dernier, régulièrement, 
avait l'accent tonique sur la pénultième ; par suite , et 
d'après une loi précédemment exposée , toutes les syllabes 
autres que l'initiale et la tonique se sont assourdies ou 
perdues : 

1° la finale is est tombée selon l'usage : Aurelianeyis-is-; 

2° des trois syllabes atones intérieures {re~li-a) , la 
première a également laissé tomber sa voyelle ; la seconde, 
suivant une règle déjà signalée, s'est combinée avec l'a en 
une syllabe unique [lia), laquelle s'est elle-même assourdie 
en un e muet : Or-le-nois ; 

3°. restent l'initiale et la tonique : 

(a) l'initiale s'est transformée en or comme celle d'Aw- 
relianis lui-même {Or-lenois, Or-léans) ; 

(b) la tonique a subi le changement que subit toujours 
dans le groupe ens (ensis, ensa, ensum), la voyelle e, 
changée en oi, de même que dans : 

mensis — mois; 

mensa — moise ,• 

tensa — toise; 

pensum — pois (et, plus tard , poids) (1) ; 
surtout dans les adjectifs ethniques analogues à Aure- 
lianensis : Blesensis — Blésois; Remensis — Rémots; 
de même Aurelianensis — Orierutis; Orlenois, cepen- 
dant, n'est pas la seule forme qu'ait revêtue en français le 
latin Aurelianensis , et Orlenois lui-même se métamor- 
phosa de deux manières : 

1° On sait avec quelle facilité les liquides, l particu- 
lièrement, se déplacent dans le corps [des mots (bule- 

[1) V.iirLiTTRÉ (Dictionnaire) et BORGITI (Gloisaire). 



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— 73 — 

tellum — bluteau; puîpitum — pupitre.; singuUus — 
sanglot) (1); le mot chambellan, cité plus haut, provient 
d'un déplacement de lettres analogue, camerulanus ayant 
donné cham-bre-lan , d'où chmn-ber-lan , chambel- 
lan (2) ; par une série de modifications semblables, notre 
mot se changea d!0-rle-nois en O^el-nois, 0-reî-lois : je 
rencontre cette forme dans un passage A'Ogier de Dane- 
marche : 

Ains que tu voiee Saaters ne Venoendoia, 
Paris ne Chartres ne le cit à'Oreliois i3). 

2' Il semble toutefois qu'elle n'ait pas pris racine ; du 
moins je n'en connais que cet exemple^ C'est par une assi- 
milation directe que le mot Orlenois paraît s'être le plus 
ordinairement modifié, et, comme Orliens était devenu 
Olliens, Orlenois se changea de même en Ollenois. Il est 
permis de croire que cette forme a été surtout répandue au 
xrv' siècle, car c'est la seule que nous offre, par exemple, 
le poëme de Hugues Capet. Suivant la légende de ce 
poëme, le héros est originaire, comme on sait, de. Beau- 
gency, dans l'Orléanais, et il y est parfois question de 
notre contrée; or, c'est par le mot Ollenois que sont dé- 
signés : 

1° les habitants de la province : 

Car ]y vraye cronicque, où I7 fait furent mia 
Qni a'enaieveat au livre que j'ay à dire enpris, 
Temoingne quely perez Huon,qiieje voua dis, 
Fq uoblez chevalier et d'OUenois nouria (4) ; 



(1) Sur cea mots voir Littkê, Dictionnaire, et Bubgitt, Glossaire, 
ouvrages déjà Qitéa. 

(2) Voir Littrk; Dictionnaire, v Chambellan. 

(3) Edit. J. BaiTois, p. 467. 

(4) B. Capet, v. 48-51. 



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2" la province elle-même : 

Encore ay tant acrut, ja ne voua môntîrcn, 
Qu'on Ollenois ne pnis plus faite mausion (1). 

Mais ce n'est pas tout : Ollenois, à son tour, subit une 
modification curieuse , et qui devait laisser dans l'histoire 

de notre langue une trace singulièrement durable. On sait 
qu'il n'est pas rare de voir, dans le vieux français, le son 
(au ou o) remplacé par la son a; c'est ainsi que : 

Oberon ou Awberon est deveun parfois Abron [Alberonem) (2) ; 

ochoiso» B B achoison (occasionem) ; 

domog* i ■ damage (dominatictim) ; 

auctorité « » aotorité (awitoritatem) (3). 

Du latin au français, le même son s'est pareillement 
changé en a dans ; 

dominum devenu dam on dame ; 
domina » àame; 

aurichalewn b arckal {i). 

Par un changement du même genre, Ollenois devint 
Aliénais, et, avec réduction de II en l, Alenois. On ne se 
doute guère en général que, sous cette forme, notre mot 
s'est maintenu dans la langue française, et qu'il fait encore 
aujourd'hui partie de notre fond national ; tout le monde 
sait, en effet, qu'il existe une espèce de cresson défini en 
ces termes dans le Dictionnaire de M. Littré (5) : t Cresson 
des jardins, nasitor, cresson cultivé, passerage cultivée 
(lepidium sativum, Linné) » ; or, ce cresson est celui qu'on 
appelle vulgairement t cresson alénois >, ce qui ne veut 



(1) E. Capet, V. U2-U3. 

(2) Suon de Bordeaux, édit. Ouessard et Orandmfùson, préface, 
p, XL ; « Le livre de Svelin de Bourdialx et du roy Abron. a 

(3) Sur ces différente mots voir le Dictionnaire do LiTTEÉ et le 
Glossaire deBuRGUT. 

(4) Sur ces mots voir les mémea ouvrages. 

(5) V cresson; cf. v* alênois. 



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_ 75 ^ 

pas dire autre chose que cresson Orléanais, celui-là même 

que défiait M. Littré et que mentionnent, du srv* au 
Xn' siècle, sous les noms divers de cresson orlenois, 
cresson allenois, cresson alenois, les passages suivants : 
de Guillaume de Villeneuve : 

■ Vey-ci bon oreason orlenois n (1); 

de Dnbellay : 

« Il se paissoit 'de cresson aliénais , 
Qui prend au nez d (2) ; 

d'Olivier de Serres : 

a Le nazitor ou creBson alenois a [3}. 

A quelle époque se fit l'altération d' Allenois en Olenois 
ou Alenois ? n serait difficile de le préciser. Ce qui est sûr, 
c'est que la chanson de Gaydon, laquelle est, comme on 
sait, du XQi' siècle, en, offre, sous une forme nouvelle, un 
exemple curieux. Au vers 503 on lit, en effet : 

Drota etnpereres, dist-U, enteadez-moi : 

i Je teing dou dac trestout Aloenoia, 

Et tout le Perche et tout le Saouoîs ; 

Trosqu'i Angiers en corrent mi destroit ». 

Quelle est cette province appelée par le trouvère Aloe- 
nois ? Le chevalier qui parle est le duc du Mans, Riol, 
. vassal de Gaydon, duc d'Anjou. Nous sommes, on le voit, 
au cœur même de la France, du moins dans cette région 
de l'Ouest qui confine au centre. Riol énumère les do- 
maines qu'il tient de son suzerain et qui comprennent une 
bande de territoire b' étendant du Perche à la vallée de la 
Saône. Où trouver, sur le parcours de cette bande, une 
province dont le nom corresponde à cet Aloenois ? Si je 



(1) Cf. ci-deBsuH, p. 70. 

(2) Ddrkll. VII, 5. 

(3) 0. de Sbbbbs, 5SG. 



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_7e — 

ne me trompe, ce ne peut être que l'Orléanais, n est 
vrai que le mot ainsi écrit est gros de difficultés : l'oe, s'il 
était diphthongue, et, par suite, monosyllabe, ne serait paat 
embarrassant; car le sou de Ve, comme celui de la diph-:. 
thongue eu sont parfois ainsi figurés : dans la même chan- 
son je note, par exemple, Hœdon pour Eudon, de Eudes (1), 
et d'ordinaire : 

avcec pour avec; 

poet » peut; 

paent » peuent =i peuvent (2). 

Mais, comme on le voit par la mesure du vers, aloenois 
compte pour quatre syllabes : a-lo-e-nois ; il parait donc 
impossible d'admettre que ce soit un équivalent A'alenois, 
et cependant on ne voit pas à quelle province pourrait 
s'appliquer ce nom; ne serait-ce pas simplement que l'or- 
thographe alœnois correcte, si l'on admet le mouosylla- 
bisme de la diphthongue, a été déformée pour satisfaire à 
la mesure du vers.? Cette sorte de licence n'est pas rare 
chez nos trouvères. On a vu un peu plus haut que le poète 
auquel on doit Hugues Capet a disjoint, par une diérèse 
analogue, Yi et l'e d'Orliens réunis partout ailleurs; dans 
le même poëme, au v. 119, qn lit : 

Que dira Katerïne et Agniez et Riqueus, 
Quant d'ellez ay eus les premiers konnSurs ; 
M. de la Grange remarque avec raison que cette diérèse 
est • singulière {3}, * et il en rapproche un autre exemple 
(v. 320) : 

Vassaua, diet rois Hugon, vous estez retenus. 
Pour ïonnéur de Franche où j'ay moult de mei dfUB. 
Honneur étant pour honneur, lui-même représentant 
d'honorem, il faut avouer que la séparation de l'e et de I'm 



(1) GATD0N,p.l44, V. 4787. 

(2) Sur ces mots voir Littrb, Dictionnaire, etBuBQUT, Glossaire. 

(3) H. Capet, note», p. 244 (uote P. 9, v. 21). 



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— 77 — 

est bien étrange, et sans doute on ne jugera plus impos- 
sible qu'un poète, auquel sont familières de telles incorrec- 
tions, se soit permis de désunir les deux éléments d'une 
diphthongue telle querœ.-ltienn' empêche donc, on le voit, 
que l'alœnois, même prononcé ïaloenois', ne soit notre 
vieille province de l'Orléanais , et, puisque la chanson de 
Gaydou date du xni° siècle, nous sommes par cela même 
éclairés sur, l'époque où nous apparaît la première trace de 
cette altération. 

Mais nous ne sommes pas encore au tefme de cette cu- 
rieuse histoire, et voici qu'un ouvrage du xvi* siècle nous 
réserve une bien autre surprise. Il existe du poëme original 
de Hugues Capet, dont j'ai parlé plusieurs fois dans le 
cours de ce travail, une traduction allemande due à une 
princesse lettrée, Elisabeth de Lorraine, comtesse de Vau- 
demont, mariée au comte de Nassau-Saarbruck. Cette tra- 
duction, au jugement de M. de la Grange, l'éditeur du 
poëme (1) ne saurait remonter au-delà de 1437 ni être rap- 
prochée au-delà de 1456 ; or, voici comment elle dé< 
bute : 

< L'an 851, après la naissance du Christ, notre cher et 
( béatiflque Seigneur, au temps où Lothaire gouvernait 
c l'empire romain , et Louis son frère le royaume de 
€ France, naquit dans ce dernier état, au pays de Lanoy, 
< un jeune chevalier, etc.. (3) > . 

Qu'est-ce que ce pays de Lanoy, situé en France ? Selon 
la légende dont le poëme n'est que le développement, 
Hugues Capet était né à Beaugency ; il ne saurait donc y 
avoir de doute : c'est bien la province de l'Orléanais que 
désigne le mot Lanoy; néanmoins, M. de la Grange, crai- 
gnant avec raison qu'on ne reconnût pas sous cette forme 
altérée le nom traditionnel, inscrit en note < Lanoy, pour 



(1) S. Capet, préface, p. LIX. 
(2] Id.,il3id.,p. LXII. 



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— 78 — 

Orléanais, voir au poërae, p. 3, v. 11 (1). > Il reste à 
savoir d'où vient cette nouvelle forme ; l'ouvrage où elle 
se rencontre étant une traduction, U feut bien admettre que 
la priacesse avait sous les yeux un texte français on le 
nom d'Orléans était ainsi mentionné; or, lemotLanoyn'a, 
ce semble, qu'une parenté lointaine avec les différents 
noms d'Orléans jusqu'à présent étudiés. Comment expli- 
quer, par exemple, en s' attachant aux deraiei-s, Ollenois, 
Allenois ou Alenois, que la première syllabe ait disparu, 
que l'e se soit changé eu a, que l's anale soit tombée t 
Voilà, certes, de graves altérations ; aucune pourtant n'est 
peut-être inexplicable : 

1° La chute d'une syllabe initiale est un phénomène 
assurément très-rare en français, parce que l'assourdisse- 
ment ou la perte des finales implique, par une compensa- 
tion naturelle, le maintien de la première ; toutefois, les 
noms propres, et spécialement les noms de lieu, échappent 
en partie à cette règle, les habitudes du langage populaire 
les exposant à des mutilations plus profondes : on peut voir 
à cet égard ce que dit M. Quicherat dans son ouvrage De la 
formation française des anciens noïfis de lieu (2). La 
suppression de l'initiale est surtout fréquente lorsque cette 
syUahe est un a , lettre qu'on a pu regarder comme une 
préposition indûment soudée au nom; par exemple, c'est au 
moyen d'ime suppression de ce genre que se sont formés , 
solvant M. Quicherat : 

du ipi^n 



A'dwaticum le fntnçais 

» Â~bollena > 

A-friacm 

* A-jarnarwm a 

» A-iantkione • 

» A'Stenidmn * 

» A-thetiacitm i 

(1) Id.,ibid. ibid, (notel). 

(2) P. 23. 

(3) QuicHBRAT, Ibid. ibid. 



Douay ; 
Bollèue (Vauclnafi) ; 
Friac (Lot) ; 
Jamac (Charente) ; 
Lançon (B.-du-RhÔEs) ; 
Stenay (Meiue) ; 
Thenac (Dordogne) (3). 



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— 79 — 

Que l'a d'A-letiois soit tombé, par suite d'une semblable 
méprise, on pourrait doue l'admettre. 

2° Cette première syllabe ayant disparu, la seconde 
aurait subi, par une conséquence naturelle, un cliange- 
ment dont les exemples ne sont guère plus rares : la syllabe 
assourdie le se trouvant initiale a pu se raffermir, et , 
comme elle était suivie d'une liquide (n), c'est en a qu'elle 
s'est transformée , suivant la règle par laquelle s'explique 
le cbangement de : 

balance, pour belance, de bilancem; 
jaloux, pour jeloux, de telosus, etc. 

3* Quant à la anale devenue oi au lieu de ois, il se peut 
que l's, muette depuis longtemps, soit tombée, et que, par 
suite, l'i devenu final se soit changé en y comme celui de 
roi dans Choisy-îe-Roy, Charleroy; mais il est possible 
aussi que ce dernier cbangement provienne d'une confu- 
sion : la langue française possède un autre Lanoy ou 
Laimoy, dont l'origine est connue ; il provient du Jatin 
Âlnetwn et donne, en français, Av/noy, Aunay, et, avec 
agglutination de l'article, Launoy, Launay, Lannoy (1) ; 
or, U n'est pas impossible que Iç Lanois qui représente 
A-le-nois se soit confondu avec l'autre , et cela,- d'autant 
plus Vilement qu'après tant d'altérations U était davesu 
lui-même méconnaissable. 

On le voit donc, 11 ne serait pas impossible que le mot 
Lanoy, dont le sens est celui de l' ancien mot Orlenois, ne 
fût en réalité une forme réduite de ce dernier ; de là une 
conséquence singulière, c'est que le nom de famille Lanoy 
pourrait bien n'être précisément que le Lanoy du xvia 
siècle, corruption A'Alenois : appliqué dans le principe à 
quelque individu d'origine orléanaise , et , par suite , 

(1) QuiCBiUT, I>e la formation franpaàe des anoieas nom* tU 
iieu, p. 43. 



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— 80 — 

d'adjectif ethnique devenu nom propre d'homme, il se serait 
ainsi perpétué dans la langue avec cette valeur restreinte. 
Je n'ai pas à rappeler combien sont fréquentes les dési- 
gnations de ce genre : il suffîra de citer les noms de 
famille : 
François, Français ; Lefrançois, Lefrançais ; 
Langlois ; 

Allemand et Lallemand ; 
Flandrin ; 
Escot (d'Ecosse); 
Lombard ; 

et, parmi les noms spécialement 'empruntés ans déno- 
minations de nos anciennes provinces : 
Angevin, Iiangevin (d'Anjou); 
Bemiyer (du Berry) ; 
Bourgoing ou Bourgoin, Bourguignon ; 
Breton, Lebreton; 
Champenois ; 
Lorrain ; 
Manceau; 

Normand, Lenormand ; 
Picard; 
Poitevin ; 

SaintoQ, Saintoin (de Saintonge). 
Dorléans lui-même, en un seul mot, est devenu un nom 
propre analogue, et il est vraisemblable qu'un autre nom 
du même genre, DoUéans, en est une variante avec assi- 
milation : je crois qu'à cette liste on peut ajouter désormais 
le mot ionoy; comme tant d'autres, il attesterait le sou- 
venir d'une nationalité provinciale. Telle est la fortune 
des mots : tandis que les uns, de la plus humble origine , 
s'élèvent à d'éclatantes destinées, combien d'autres, jadis 
honorés ou illustres, sont peu à peu délaissés^ finissent par 
s'éteindre ou ne se survivent, pour ainsi dire, àeux-mèmes, 



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— 81 — 

que sous la patronage d'un nom de Ëunille ou d'une locu- 
tion vulgaire ! 

Orlenois ou Orellois, Ollenois, Aîlenois, Alenois,Lanoy, 
tellesaontdonclesmétamorphoses successives de notre mot: 
comment expliquer maintenant que toutes ces formes aient 
été remplacées par le nom moderne qui en diffère si pro- 
fondément ? Après ce que j'ai dit plus haut du mot Orléans 
lui-même , il est facile de répondra à cette question : 
Orléanais vient, en droite ligne, du mot Orléans. Au 
moment où le vieux nom de notre ville prenait cette forme 
moderne, il était impossible que l'usage conservât un mot 
comme Ollenois, à plus forte raison comme Alenois ou 
Lanoy : très-différents du corrélatif Orliens, assez du moins 
pour a' être pas compris sans effort , ils seraient devenus 
inintelligibles le jour où le nom moderne de la ville aurait 
pris la place de l'ancien. Au vieil Orliens avait répondu, 
pendant les su", xm" et xrv' siècles, l'adjectif Orlenois ou 
Ollenois : il &llait maintenant un mot qui répondît, avec 
la même régularité de formation , au nouvel Orléans. Il 
n'y avait pas à chercher bien loin pour le créer : ce mot 
fut ce qu'U devait être, d'après l'analogie de formation des 
mots semblables [France et Français, Rouen et Rouennais, 
etc.), c'est-à-dire Orléanais. Des érudits tentèrent, au dix- 
septième siècle, de renouveler cette forme pour l'assimiler 
au latin Aurelianensis, et l'on créa le mot Aurelianois; 
mais il était trop savant pour être compris sans peine, trop 
éloigné à'Orléans pour que le peuple l'y rattachât volon- 
tiers : Aurelianois n'entra même pas, à vrai dire, dans 
l'usage, et on ne le rencontre que dans certains ouvrages 
Orléanais de ce temps, par exemple, dans l'Histoire des 
Antiguitez d'Orléans par Lemaire (1). La vraie forme, la 

(1) Notamment, p. 9: tlias Aurelianois soubsleuom d'Aulerçois >, 
passage d^à cité ci-desaus (p . !22); 

P. 42 : « Le territoire aureliemois ■ ; 

P. 75 : a Mceun des Aurelianois ». 8 



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seule naturelle et claire , c'était Orléanais, ou , âaivani 
l'écriture du seizième siècle, Orléanais; mais, tout en 
l'acceptant comme légitime, n'oublions pas que ce mot est 
de création moderne, qu'il n'appartient pas au fond pri- 
mitif de notre vieille langue, et qu'auprès de lui continuent 
de vivre sous la double forme i'Alenois, et peut-être de 
Lanoy, deux de ses ancêtres, témoins aujourd'hui mé- 
connus d'un passé lointain et glorieux pour notre ville. 



IIJPRIMJBRIE a'iMOX PUGBT ET C**, RUE 1 



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