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Full text of "Etymologies wallonnes et françaises"

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PURCHASED FOR THE 

UNIVERS1TY OF TORONTO LÏBRARY 

FROM THE 

CANADA COL1NCIL SPECIAL GRANT 

FOR 

LINGUISTICS 



BIBLIOTHÈQUE 



FACULTE DE PHILOSOPHIE ET LETTRES 
DE L'UNIVERSITÉ DE LIÈGE. 



BIBLIOTHÈQUE 



FACULTÉ 



PHILOSOPHIE ET LETTRES 



l'Université de Liège 



FASCICULE XXXII 

Étymoiogies wallonnes et françaises 



Jean HAUST 

Chafgé du .ours .le Dialectologie wallonne 
à l'Université de Liège. 



1923 

Imp.H.VAILLANT-CARMANNE EDOUARD CHAMPION 

Société Anonyme Libraire-Éditeur 



4-, Place St-Michel, 4- 
LIÈGE 



5, Quai Malaquais, 5 
PARIS 



\. 



h 



JUL 




A MONSIEUR 

Antoine THOMAS 

MEMBRE DE L'INSTITUT 



PREFACE 



Suave est etiam in mini mis oera scire. 
Juste Lipsp, Polioreetieôn I, 16. 

Depuis plus de trente ans que j'étudie nos dialectes — et surtout 
depuis que la « Société de Littérature wallonne » m'a chargé, avec mes 
amis Auguste Doutrepont et Jules Feller, de préparer le Dictionnaire 
général des parler* romans de la Belgique, — je n'ai cessé de fouiller les 
origines de nos curieux et savoureux vocables patois ( 1 ). Un premier 
résultat de ces investigations patientes tient dans ces quelques centaines 
d'articles. C'est peu, sans doute, en comparaison du temps et de l'effort 
dépensés, et aussi au regard de tout ce qui reste à élucider ; je m'esti- 
merai pourtant très satisfait si les juges compétents trouvent ici une 
utile contribution à l'étymologïe romane. 

L'étude du wallon m'a conduit, par une pente naturelle, à traiter de 
certains mots français, dont l'origine est tenue pour douteuse et qui 
m'ont paru s'éclairer à la lumière de nos dialectes. Toutefois, ce n'est 
qu'avec une extrême prudence que j'ai tenté quelques incursions sur 
ce terrain, où il reste à faire, j'en suis convaincu, beaucoup de décou- 
vertes intéressantes ( 2 ). 

Dans le domaine de l'ancien français, le dialectologue se sent plus 
à l'aise. Presque à chaque page du dictionnaire de Godefroy, il peut 
noter des erreurs ou des omissions et contribuer à parfaire l'œuvre du 
laborieux lexicographe. L'ancien français — de même d'ailleurs que 

( l ) On sait que lis papiers romans fie la Belgique comprennent 1° le wallon, 
qui forme le groupe le plus important, avec ses variétés principales : le liégeois, 
le namurois. l'ouest-wallon, I'ardennais, le chestrolais ou patois de Neufchâteau ; 
— 2° le rouchi, variété du picard, dans le Hainaut occidental ; — 3° le gaumais, 
variété du lorrain, dans l'arrondissement de Virton. 

('-) Voici les articles du Dictionnaire générai de la langue française auxquels 
on propose des corrections : agio p. 1. anascote 8. bagou 78, bolduc 230 n. 2, brelle 
82 n.. bure 26, oanepin 44, chicaner 48. couet 53, coumaille 33. erelon 62, dégingandé, 
08, s'ébrouer 89, écocheler 121 n. 3, escot 8, horion 152. houille 102. hourct 150, 
hulotte 150, hurluberlu 151, /(//y/ 72, luron 173, mijoter, mugot 112-3. orin 184, orseille 
183 n. 3, pirouette 295. pote 190-1. potelé 193-4. 



VJ1I 



l'ancien wallon - ;i donc fourni une bonne part de mes notices ( x ). 
En sénéral, ces notices ont pour point de départ la critique d'opi- 
dons que je trouve exprimées dans les travaux de mes devanciers, 
opinions que je tâche de remplacer par des propositions plus solides 
ou du moins plus plausibles. C'est surtout Grandgagnage qui fait les 
frais île cet examen critique, au point que le lecteur mal averti pourrait 
concevoir une médiocre estime pour l'auteur du Dictionnaire étymo- 
logique de la langue wallonne. En vue de prévenir cette impression 
défavorable, je renvoie aux pages 317-321, où j'exprime mon sentiment 
sur Charles Grandgagnage : on y verra la vénération que je professe 
pour l'initiateur de la philologie wallonne. — Les autres philologues 
qu'il m'est arrivé de contredire voudront bien ne pas m'en tenir 
rigueur. Ils savent que la science n'est qu'une perpétuelle vérification 
d'hypothèses : c'est par une longue suite d'erreurs et de faux pas qu'elle 
parvient à son but : La vérité. Pour ma part, je suis loin de croire que 
partout j'ai touché juste : je ne me dissimule pas la faiblesse de certaines 
de mes propres conjectures, et suis prêt à me rallierxle grand cœur à 
ce que pourra proposer une critique mieux informée ou plus heureuse. 



Eu face des dialectes de France, (pli se désagrègent depuis longtemps, 
la plupart de nos parlers septentrionaux sont restés relativement sains 
et vigoureux. La place d'honneur que Grandgagnage leur a conquise 
dans la philologie française, serait plus considérable encore si les 
savants étrangers disposaient, pour leurs études d'ensemble, de maté- 

(!) Les principaux articles de Godefroy qui font l'objet d'une note sont les 
suivants : amendeur s. avaite 20.") n. t., ballereische 308, becquetnoulx 23, begarfi 22. !tl , 
chaon 17, chasse 21-:;. congle 55 m. 1. consolide 59, creter 61, creti (il n. 1, désirable 
283 n.. dispatuer <►•>. embegaré 91 . empotement 101 n., enfresselé 104, engenave •'!, 
enmacrelé L83 n. 1. enruhir 21 1 n. 8, esproer 88,femoer !»."> a., forcharouage 1 +0 n. 1, 
forece 96, gamas 72. gewee .si n. 2. gistel m?, hamestoc 137, heulle 157, hourel, houreler 

151, hourer I 19, hou reste 150, hou rlnis 151. hOVCllon 158, liiuel 1 ."> 1 . huriele 163, 

hurillon L52, lovier lus. lureau 172. manser 174, menu 2<>s. menuisse 176, menustin 
269, périr 192, pierge 252, potelle 194 a. •":. quilaine mi. racueudre 197, ranse 200, 
retondeur 282, roton L71, rulane 211, soldeis, soldée, sordreresse, souder, souderesse, 

SOUdrtP, soudeur. 227. sidruirul 226 n.. soulie 226, soursueilleiuenl 226 il. 4, sourtoulure 

282. sperial, spurel 228-9, spier 22!». sprelhier 90, stechiné 92 n. .">. sueller, -issemeni 
22u n. t. suweraite 316, tasù, featr 248 n.. tenreux 2 !•.">. tôegé 252 n., tà/ce 2 .">:!. touppequin 
241, tou#e/ 281 n.. Iraversaine 2."»!». tresserer 259, ;v///v. uefre 20:!. <v/îW 282. vernal 265, 
vinable 268 n., pite 289, a>age 275 n.. waide, waibe 276, waneal 280, attire 285, ccetlerel 
287, zuwilisk 234. 



IX — 

riaux plus abondants et mieux préparés. N'est-il pas remarquable, en 
effet, que Meyer-Liibke, dans son récent répertoire étymologique des 
langues romanes ( 1 ), accorde une attention spéciale aux dialectes 
wallons et cite des ternies liégeois ou namurois bien plus fréquemment 
que ses devanciers Diez et Kôrting ? Cette part légitime faite aux 
humbles parlers de Wallonie promet de s'élargir encore dans le diction- 
naire étymologique de la langue française dont un philologue suisse 
vient de publier la première livraison ( 2 ). En attendant le futur Diction- 
naire wallon, des études préliminaires, comme celles qu'on trouvera ici 
réunies, permettront aux romanistes de tous les pays de faire du wallon 
un usage plus étendu et plus sûr. 

Comparés à la langue française, nos dialectes, — et surtout ceux du 
Nord-Est, qui gravitent autour de Liège, -- présentent un double 
caractère. 

Leur structure phonétique est plus archaïque ; le fonds latin y 
transparaît plus clairement. Des mots liégeois tels que êzve, faw, sawou, 
plope, fayîne, aweûr, maweûr, mèyole, mèsplî, tchèyîre, crèhe, pake, 
kinohe, sont plus voisins de la souche latine que leurs correspondants 
français eau, fou (hêtre), sureau, peuplier, faîne, heur, mûr, moelle, 
néflier, chaise, croître, paître, connaître. Certains types latins ne se ren- 
contrent que chez nous ( 3 ). Des expressions toutes latines, connues de 
l'ancien français et disparues de la langue moderne : adeser, pansée, 
rade, moldre, laigne, ahonter, eschame, cenail, prangiere, desseurer, 
vesprée, entait, ennubler, etc., survivent à Liège dans le langage quo- 
tidien ( 4 ) ; et que de jets nouveaux poussés sur le vieux tronc latin : 

(!) Meyer-Lubke, Romanisches Etymologisches Wôrterbuch (Heidelberg, 1911- 
1920). Voici les principaux articles visés dans mes critiques : n" 1211 (p. 2(1 n. 2) ; — 
2000 (64) : — 2151 (55) ; — 2403 (165 n. 6) ; — 2760 (86 n. 5) ; — 3057 (196 n. 3) ; 

— 3431 (99 n. 1) ; — 3623 (76) ; — 4008 (141) ; — 4090 (7) ; — 4208 (199) ; — 5151 
(168) ; — 5598 (176 n. 2) ; — 5776 (113) ; — 5958 (186) ; — 7348 (208) ; — 7405 
(209 n. 1) ; — 7841 (217) ; — 8785 (281 n. 4) ; — 9039 (150, 152) ; — 9146 (285 
n. 5) ; — 9150 (285); — 9312 (268 n. 1) ; — 9376 (285 n. 5) ; — 9515 (296 n. 2) ; 

— 9636 (183). 

( 2 ) W. v. Wartburg, Franzôsisches Etymologisches Wôrterbuch (Bonn et Leipzig, 
ire livraison, 1922). 

( 3 ) Par exemple cupere (voy. heure, p. 165), terreum (voy. tîdje, p. 252), vara 
(voy. wére, p. 285) : ce dernier, inconnu en français, a survécu dans le provençal, 
l'espagnol et le portugais ; voyez Meyer-Lûbke, n° 9150. Peut-être aussi gavia 
(voy. p. 77). 

( 4 J Liégeois adttzer, pwèzêye, tôt rude (tantôt), moûde (traire), lègue (bois de 
chauffage), uhoutî, hume, cina, pruudjîre, dizawirer (blesser), 'vèsprêye, ètêt (voyez 
p. 93), ènûler. 



arincrin (araneae crinem : « toile d'araignée »), nîvaye (*nivalia : 
« neige »), mutwè (multum tostum: «peut-être ». littéralement très 
tôt »), et tant d'antres ! 

Si le fonds héréditaire de nos patois, leur morphologie et leur syntaxe, 
sont essentiellement d'origine latine, il n'en est pas moins vrai qu'ils 
ont subi, surtout dans la phonétique et le vocabulaire, une forte 
influence germanique. Cette influence, qui s'affirme considérable dans 
la langue française elle-même, a dû naturellement agir bien davantage 
encore sur les parlers de la frontière linguistique du Nord et de l'Est ; 
et, dans la contrée la plus septentrionale qui ait adopté le langage des 
Romains, l'angle que forme le pays de Liège et de Malmedy s'est trouvé 
le plus exposé à l'invasion des mots tudesques : n'est-il pas le poste 
avancé de la culture romane, dont la destinée séculaire fut de supporter, 
de deua côtés à la fois, la poussée ininterrompue des Germains ? Aussi 
le dialecte y est-il saturé d'éléments hétérogènes. 

Il incombe à la philologie wallonne de mesurer l'étendue et la pro- 
fondeur de ces affinions, de dater, si possible, chacun de ces emprunts, 
de faire le départ entre les vocables anciens et.ceux^lont l'introduction 
est récente, entre ceux qui ont fait souche et ceux qui sont cristallisés 
dans une seule expression ( 1 ), de décrire leur adaptation phonétique 
et leur évolution sémantique, de montrer enfin à quelles catégories 
idéales appartiennent ces mots empruntés : vie rurale, travaux jour- 
naliers, instruments de métiers, etc. Il va de soi qu'une étude d'ensemble 
sur les éléments germaniques des dialectes wallons serait prématurée 
aujourd'hui : on ne pourra l'aborder que plus tard, lorsque l'enquête 
étymologique sera plus avancée et que les germanistes, autant que 
les romanistes, uront .pu en vérifier les résultats. 

On trouvera ici des matériaux préparés en vue d'une synthèse de ce 
genre : ils ont été rassemblés sans idée préconçue, au hasard de la 

(!) 1 *; i r exemple le néêrl. ila^i n'a passé que dans le liégeois dfafêi m' dag (j'ai fait 
ma journée de travail, j'ai fini ma tâche), ("est le cas le plus ordinaire : ces mots 
empruntés sont restés généralement stériles. Le provignerrient témoigne d'un 
emprunl | >l u-^ ancien (par exemple skolla, pp. 158-162). — Dans la question qui nous 
occupe, l'examen phonétique permettra de distinguer entre le cas de tîke (p. •_'.">.•;), 

nn>t de S lie latine, qui a passe en germanique avant devenir ehe/. nous, et celui 

de masse, scrinî, trêteû (moule, menuisier, entonnoir), qu'on serait tenté à première 
vue île dériver du germ. mossel, schreiner, trechier, alors que le latin a donné i-ahai.- 
ii m \n\i ces mots au wallon et au germanique, si tant est (pie le germanique 
ne les ait pas redis du roman wallon. Voyez aussi l'article crèssôde et la note 
après Tait iele VÛSC. 



recherche. De prime abord, on sera frappé du grand nombre de termes 
allemands ou néerlandais qui figurent dans ce recueil. Certains, je m'y 
attends, inclineront à me taxer d'exagération, comme on a pu le faire, 
non sans raison, pour Grandgagnage lui-même ( 1 ). J'ai conscience 
cependant d'avoir été, dans mes conclusions, aussi prudent, aussi 
objectif que possible. De plus, il serait illogique de vouloir juger de 
l'apport germanique en se fondant uniquement sur les quelques 
centaines de termes qui sont étudiés ici. Ce serait perdre de vue la 
masse des mots dialectaux qui ont des correspondants français dont 
l'origine latine est solidement établie et ne prête plus à discussion. 
Ce que l'étymologiste doit étudier et, s'il le peut, identifier, ce sont les 
termes obscurs, sans famille connue dans le domaine des langues 
romanes : un examen attentif pourra sans doute en rattacher un certain 
nombre au latin ( 2 ) ; mais, pour la majeure part d'entre eux, il y aura 
présomption naturelle en faveur d'une origine étrangère. 

Quoi qu'il en soit, il est urgent, répétons-le, de recueillir nos patois. 
Ils sont en train de péricliter: tâchons, tout au moins d'en sauver 
le souvenir précis. D'une part le progrès constant de la langue française, 
véhiculée par les journaux et par l'enseignement, d'autre part le déve- 
loppement industriel, qui modifie les anciennes formes du travail humain 
en supprimant les métiers et les outils traditionnels, enfin l'universel 
nivellement des conditions sociales, — sans compter d'autres facteurs 
encore, comme la grande guerre qui a bouleversé les populations,— 
tout cela contribue à l'altération progressive de nos antiques idiomes. 
Tout vieillard qui disparaît emporte avec lui de vieux mots, dont la 
génération suivante ne connaît déjà plus le sens exact. Or, on l'a dit 
avec raison, un vocabulaire est une conception de la vie, une syntaxe 
exprime une mentalité ( 3 ). Le jour où nous aurons désappris le rude 
langage de nos pères, notre horizon sera peut-être élargi et notre génie 
plus policé, mais nous aurons perdu ce qui faisait un élément essentiel 
de notre personnalité. 

Une bonne moitié des pages suivantes est inédite : les autres ont 
paru en première édition dans des revues spéciales, peu accessibles 

(i) Voyez par exemple mes articles arinne, cofhé, fortAri, rûnanmint, sorblèsseûre, 
tîdje, trèvint. Pour tous ces mots. Grandgagnage proposait une origine germanique : 
nous les rattachons au latin. 

(2) Voyez, les articles crâmignon, djama, match/ré (\>. 182), tanawète, vêre, wére. 

( 3 ) Brunetière, Histoire île la littérature française classique, I 511. 



XII 



au public ( 1 ). Je les reprends ici pour une double raison. D'abord, le 
souci de corriger certaines faiblesses de mes premiers essais : des 
recberches nouvelles ont amené la refonte de quelques articles et, un 
peu partout, des remaniements ou des additions. En second lieu, si 
chacune de ces menues choses, prises isolément, n'offre guère d'intérêt, 
j'ai pensé que, réunies en faisceau, elles gagneraient d'autant à se 
fortilier, à s'éclairer les unes par les autres. Au surplus, pour construire 
sûrement, la science philologique réclame tout d'abord des grou- 
pements de matériaux aussi nombreux, aussi convenablement préparés 
que possible. 

Il me reste à remercier les nombreux collaborateurs et correspondants 
qui m'ont fourni, avec tant de bonne grâce, des renseignements de 
toute sorte sur nos dialectes ; car ce livre n'est pas seulement un recueil 
d'étymologies, il contient de plus les résultats partiels des multiples 
enquêtes que j'ai entreprises en Wallonie. Je dois également remercier 
mes collègues et amis Auguste Doutrepont et Jules Feller, que j'ai 
toujours trouvés prêts à m'aider de leur savoir- et de leur expérience. 
Et enfin je veux, dire ici tout ce que je dois à l'éminent philologue, 
M. Antoine Thomas, membre de l'Institut, dont les brillantes études 
étymologiques, modèles de goût et d'érudition bien française, m'ont 
servi de guides dans mes recherches. M. Thomas a daigné s'intéresser 
personnellement à mes modestes essais : ses encouragements et ses 
précieux conseils m'ont plus d'une fois soutenu, en me persuadant que 
nés efforts ne seraient pas stériles. Ce petit volume lui est dédié en 
témoignage d'admiration et d'affectueuse reconnaissance. 



(') Notamment dans Romania el dans le Bulletin 'In Dictionnaire wallon. 
I baque fois qu'il s'agil d'une nouvelle édition, une note en avertit le lecteur. 



Bibliographie 



Pour ne pas allonger cette liste outre mesure, on ne reprend ici (pie les ouvrages 
dont le titre est cité en abrégé ou même simplement par le nom de l'auteur. 

Altenburg, AV., Versuch einer Darstellung der wallonischen Miaulait : trois pro- 
grammes d'Eupen, I-III, 1880-1881. Eupen ; in-4°. 

Ann. Soc. watt. = Annuaire de la Société (liégeoise) de Littérature wallonne, 
29 vol. in-12. Liège, 1863-1922. 

Bailleux, Dictionnaire liégeois (manuscrit). 

BD = Bulletin du Dictionnaire général de la langue wallonne, 11 vol. in-8°. Liège, 
1900-1922. 

B. et D. Choix = Choir de Chansons et Poésies wallonnes (pays de Liège) recueillies 
par MM. B*** et D*** [= Fr. Bailleux et Jos. Dejardin], Liège, 1844 : in-8°. 

Behrens, i).. Beitràge zur franzôsis'chen Wortgeschichte und Gramtnatik. Halle, 
1910 : in-8°. 

Body, A., Vocabulaire des charrons ; etc. : BSW 8 (18G6) ; — Voc. des tonneliers, 
etc. : ibid., 10 (1808) : — ^'oc. des couvreurs : ibid. 11 (1808) ; — Voc. des poissardes 
ibid. 11 (18G8) ; — Voc. des agriculteurs : ibid. 20 (1885). 

Bormans, S., ] T ocabulaire des bouilleurs liégeois : BSW 0, pp. 189-234. Liège. 1863 

Bormans, S., et Body, A., Glossaire roman-liégeois ; publié dans BSW 13, pp. 91 
212, jusqu'au mot avour ; le reste est inédit. 

Bruneau, Ch., Enquête linguistique sur les patois d'.lrdeuue. t. I. Paris. 1014 
in-8°. 

BSW = Bulletin de la Société (liégeoise) de Littérature wallonne, 56 vol. in-8°. 
Liège, 1858-1922. 

Cambresier, H. J., Dictionnaire wallon- français. Liège. 1787 ; in-8°. 

Choix, voyez B. et D., Choix. 

Corblet, J., Glossaire étymologique du patois picard. Paris. 1851 : in-8°. 

Dasnoy, J.-B., Dictionnaire wallon-français et l'usage des habitants de la province 
de Luxembourg. Neufehâteau, 1850 ; in-12. 

De Bo, L.-L., Westvlaamsch Idioticou. Gand, 1892 ; in-4°. 

Defrecheux, Joseph, Vocabulaire de la faune wallonne : BSW 25. pp. 12-268. 
[Une 3 e édition a paru en 1803.] 

Delfosse, voyez F. 1). 

Delmotte, Philibert. Essai d'un glossaire wallon, écrit en 1812 et publié en 1907 
à Mous ; in-8°. 

Dict. gén. = Dictionnaire général de la langue française, par Hatzfeld. Darmesteter 
et Thomas. Paris, Delagrave : 2 vol. in-4". 

Diez, Fr., Etymologisches Wbrterbuch der romanischen Sprachen : 4 e éd. ; Bonn, 
1878 ; in-8°. 

Doutrepont, Aug.. Les noëls wallons. Liège, 1900 : in-8°. 

Doutrepont, G.. Etude linguistique sur Jacques de Ilemricourt : extrait du t. xlvi 
des .Mémoires couronnés par l'Académie royale de Belgique. 1891 ; in-8°. 

Doutrepont, G.. Tableau et théorie de la conjugaison dans le wallon liégeois: BSW 32. 

Duvivier, C, Dictionnaire liégeois (manuscrit). 



— XIV 

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1912 : in-N". 

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Bruxelles, 1845-1880 : 2 vol. in-8". 

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Gobert, Th., Les rues de Liège. Liège, 1 88-4-1 901 ; 4 vol. in-4°. 
Eaux et fontaines publiques à Liège. Liège, 1910 ; in-4°. 

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<r.v dialectes 'la IX e au XV e siècle. Paris, 10 vol. in 4°. 1880-1902. 

Hécart, (... Dictionnaire rouchi-français : 3 e éd., Valenciennes, 1834 ; in-8°. 

Henaux, F., La houillerie dn pays de Liège ; 2° éd., Liège, 1831 ; in-8°. 

Hennen, (... Pamphlets politiques wallons du AT II e siècle (Bull, de la Soc. ver- 
viétoise d'archéol. et d'hist., t. xin). Verviers, 1913 : in-8°. 

Hubert, .Ion.. Dictionnaire wallon : 2 e éd. Liège, 1868 ; in-12. 

Jouancoux, J.-B., Glossaire étymologique du picard. Amiens, 1880-90 ; in-4°. 

Kluge, Fr., Etymologisch Wôrterbuch der deutschen Sprache : 8 e éd. Strasbourg, 
1915 : in-8°. 

Kôrting, Laleinisch-romanisches Wôrterbuch, 3 e éd. Paderborn, 1907 : în-4°. , 

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Mémoires cour, de VAcad., t. 48). Bruxelles, 1895-8 ; 2 vol. in-8°. 

Labourasse, II., Gossaire du patois de la Meuse. Nancy, 1887 ; in-8°. 

Lobet, J.-M., Dictionnaire wallon- français. Verviers, 1854 : in-8°. 

Marchot, P., Phonologie détaillée d'un patois wallon. Paris, 1892 ; in-12. 

Marichal, .1. .1.. Die Mandait von Gueuzaine-Weismes. Bonn, 1911 ; in-8°. 

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Meyer-Lubke, Romanisches Etymologisches Wôrterbuch. Heidelberg, 1911-10; in-8°. 

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Halle a. S., 1905 : in-8°. 

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Remacle, I... Dictionnaire wallon, 1" éd., 1823 : 2'' éd. 1852. Liège, 2 vol. in-8°. 

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Théâtre liégeois [du xvnr siècle], édite par Bailleur : Liège, 1854 : in-12. 

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Thonnar el Evers. Wôrterbuch der Eupener Sprache. Eupen, 1899 ; in-12. 

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Varlet, Dictionnaire >iu palais meusien. Verdun, 1896 : in-.S". 



XV 



Vercouille. Etymologisch Woordenboek der nederlansche tuai. Gand, 1898 ; in-8°. 

Verniesse, L.. Dictionnaire du patois de la Flandre française. Douai. 18(57 : in-8°. 

Villers, Aug.-Fr., Dictionnaire wallon malmédien, 1793 (manuscrit ; des Extraits 
ont été publiés par Grandgagnage en 1803 : BSW 6, pp. 21-91). 

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Waslet, .T., Vocabulaire wallon (dialecte givétois). Sedan, 1911. 

Weigand, Deutsches Wôrterbuch, 5 e éd. Giessen, 1909 ; in-4°. 

Willem, J., Dictionnaire des rimes wallonnes. Liège, 1900 ; in-4°. 

Wilmotte, M., Etudes de dialectologie wallonne (in Romania, t. xvn, xvm, xix). 
Paris, 1888-90 ; in-8°. 

Graphie 

Les mots dialectaux sont transcrits d'après le système adopté par la « Société 
de Littérature wallonne ». Ce système s'efforce de combiner dans de sages propor- 
tions les principes opposés du phonétisme et de l'étymologie ou de l'analogie fran- 
çaise. Il note exactement les sons parlés, tout en tenant compte, autant que pos- 
sible, de l'origine des mots, de la grammaire et de l'histoire de la langue. 

On en trouvera l'exposé en tête de chaque tome du Bulletin du Dictionnaire 
wallon. Voici quelques particularités qu'il ne faut pas perdre de vue : â se prononce 
connue a dans l'anglais hall ; ,i\ e, eu représentent œ ouvert bref, comme e du fr. cela ; 
en =é fermé nasal ; banne, sinne, sonne se prononcent bàn. sln, son ; y est la semi- 
consonne yod ; // est toujours aspire ; //. y, liy représentent une h fortement aspirée 
et légèrement mouillée ; « = ng de l'allemand long. 



Abréviations 



ail. 


allemand 


fr. 


fiançais 


ms. 


manuscrit 


anc. 


ancien 


gaum. 


gaumais 


n. 


note 


ard. 


ardennais 


germ. 


germanique 


nain. 


namurois 


art. 


article 


1. 


ligne 


néerl. 


néerlandais 


auj. 


aujourd'hui 


la t. 


latin 


P- 


page 


chestr 


. cliestrolais 


1. d. 


lieu dit 


r. 


rouchi 


comp. 


compare/. 


liég. 


liégeois 


s. 


substantif 


dial. 


dialecte 


litt. 


littéralement 


Sllff. 


suffixe 


éd. 


édition 


m. 


masculin 


syn. 


synonyme 


esp. 


espagnol 


malm. 


malmédien 


t. 


terme, tome 


f. 


féminin 


m. b. ail. 


moyen baut allemand 






fl 


flamand 


mod. 


moderne 







L'astérisque * indique une forme hypothétique, restituée par induction. 



Etymologies wallonnes et françaises 



w. abèrdondè, avèrdondé 

Au sud-ouest de Namur, à Stave et à Fosses, abèrdondè signifie : 
« plus porté au jeu qu'au travail » (BD 1913, p. 23). Hécart signale 
en rouchi le féminin averdondée « jeune folle, étourdie », et j'ai noté, 
à Alle-sur-Semois, avèrdondé « paresseux », avec une forme plus rare 
évèrdondé. Cela nous mène à l'anc. fr. esvergondé « sans vergogne, 
dévergondé », dont le sens, dans les patois modernes, s'est restreint et 
l'aspect passablement défiguré. On remarque la même substitution du 
préfixe es- : a- dans le gaumais avèrgougni (Ste-Marie-sur-Semois) 
« confus, éperdu, effaré », qui reproduit l'anc. fr. ester goignié, doublet 
de esvergondé. 

liég. âdios', an'tchou, verv. am'tchô 

Le liég. âdios\ âdiyos' « façons cérémonieuses, salamalecs » ( x ) vient 
probablement, d'après G., I 8, de l'esp. a dios « adieu ». Cela n'est guère 
possible, vu l'accent et la quantité de la protonique à-, qui devient même 
an- nasal (à Stavelot), an'- (à Spa, Stavelot, Sprimont), âw- (à Verviers, 
d'après Lobet). Il faut y voir l'altération du grec âyioç — prononcé 
âguiyos' ( 2 ) — qui est le premier mot et comme le refrain des versets 
chantés à l'office du Vendredi Saint ; chaque fois que le chœur dit : 
« Agios o Theos (Sanctus Deus) », on fait une génuflexion. 

La forme pure agios' s'emploie, toujours au pluriel, en picard (Corblet) 
et en montois (Delmotte) avec le même sens de « démonstrations 
d'amitié, cérémonies, salamalecs ». Dans le fr. agio, agiau ( 3 ), s final 

(*) Voy. BD 1907, p. 84, où il faut lire àw'dius' (Lobet) et an'doyes (Bailleux) 
[ce sont des altérations arbitraires, par intention sarcastique]. Lobet donne aussi 
audioss, p. 647 (lire : àdios'), et non ari'dios'. 

( 2 ) Dans les mots liégeois empruntés du latin, l'antépénultième a portant l'accent 
tonique devient normalement à ; comp. àsinus' (à l'article unuses, ci-après) ; 
âbarone, s. f., bannière carrée ; du lat. labarum (G., I 3 et 322). 

( 3 ) Voy. God., t. X, et Dict. gén. Ce dernier déclare le mot d'origine inconnue. 
Cependant, comparez, outre le fr. kyrielle, le picard faire des sanctus 1 ou des ado- 
rémus* (Corblet) « des salamalecs » ; le montois des-ôrémus\ des mittimus « des 
embarras, des objections » (Sigart, 256), le w. dès Jésus' Maria, dès Mater Dèi « des 
exclamations ». Pour arias (G., I 26), voy. Dict. gén. 



s'est amuï. Le liég. âdios' est remarquable par le changement de g dur 
en d ( x ) : il a probablement subi l'influence de adiè, adiu « adieu ». 

Dans le sens de « salamalecs », le liégeois emploie aussi an'tchô 
(BSW 39, p. 237), -ou (G., II 497), altéré en aniHchô (Verviers : Lob., 
pp. 37, 38), -ou (Vielsalm : BSW 51, p. 236). Il faut reconnaître dans 
arCtchô un durcissement de *an , djô, forme empruntée du fr. agiau, 
agio, de même que an'àios' provient de andios\ âdios', mis pour agios' . 

anc. liég. afahant 

Duvivier et G., I 9, traduisent ce mot par « affamé ». Le seul exemple 
connu est de 1622 : Voz estez oun gran afaxhan Apre le bin di no 
chènon' ( 2 ). G., II 266, note de plus, d'après Simonon, le composé 
r afahant « insatiable, glouton ». On n'a pas encore expliqué ces deux 
mots, disparus de la tradition orale. — À première vue, on pense à fahî 
(fasciare : envelopper, entortiller ; fr. faisser) ; mais fahî n'a que 
le sens de : « emmailloter (un enfant), fagoter », de même que l'anc. fr. 
enfaissier. L'ail, f ahen, qui est encore dans Luther et que l'ail, moderne 
a déformé en fangen « prendre, saisir ». conviendrait tout aussi bien pour 
la lettre et beaucoup mieux pour le sens. 

Le composé moyen-haut-all. une vâhen signifie « revendiquer par voie 
de saisie, s'approprier ». Telle paraît bien être l'acception de afahant, 
qui serait donc synonyme du w. agrafant, -pant, agrifant, -pant « rapace, 
cupide, accapareur », et formé de même du préfixe roman a- (lat. ad) 
et d'un radical germanique. D'après cette conjecture, la traduction 
« affamé » manquerait d'exactitude ; « être afahant après qqeh » répon- 
drait au fr. familier « vouloir mettre le grappin sur qqch ». 

w. aguèrôdî (Vielsalm) 

On lit dans le Bulletin du Dictionnaire zvallon, 1911, p. 50 : 

aguèrôdî (Vielsalm), v. intr., venir pour faire la guerre (?) : lés-annîes 
(T pleuve, ozès courlis, lès càrzês cT salades vèyèt aguèrôdî dès lignîes (F lunî'çons, 
« les années de pluie, dans les jardins, les parcs de laitues voient venir vers eux 
pour leur faire la guerre des lignées de limaces ». 

L'auteur de cette intéressante communication se trompe certai- 
nement : la traduction qu'il propose s'inspire du contexte (idée d'inva- 

( x ) Comp. le w. lîdion « nielle des blés », altéré de nîguion (G., II 25). 
( 2 ) Voy. J. Haust, Le dialecte liégeois au XVII e siècle ; les trois plus anciens textes, 
p. 28 (Liège, 1921). 



— 3 — 

sion) et d'une ressemblance toute fortuite entre les sons. L'étymologie 
populaire ne procède pas autrement ; souvent même, elle se contente 
de bien moins. En réalité, aguèrôdî est composé d'un verbe guèrôdî 
« réussir », que nous avons relevé près de Vielsalm, à Petit-Thier : lès- 
avonnes ont bin guèrôdî ciste annîe. On connaît aussi guèrôder à Mal- 
medy, Faymonville. Stoumont, Moulin-du-Ruy ; dans ce dernier 
village, on dit plus souvent djèrôder ( 1 ). — La source est évidemment 
le luxembourgeois gerôden (= ail. geraten) « tourner, tomber (bien ou 
mal), réussir ». De là, notre composé aguèrôdî doit se traduire par : 
« arriver accidentellement, tomber par hasard dans... » ; c'est, en fait, 
l'équivalent exact de l'ail, hingeraten. 

liég. akinâve, nam. aginauve, anc. fr. engenave 

G., II vin, enregistre simplement cette phrase de Simonon : il 
è-st-akinâve di mâs d' dints « il est sujet aux maux de dents ». Récem- 
ment ( 2 ). on a rapproché de akinâve le nam. aginauve « actif, énergique » 
(G., II 496) et l'anc. fr. engenave (Jean de Stavelot, p. 77), que l'éditeur 
Borgnet glosait comme suit : « enclin ; probablement la forme ancienne 
de akinâf signalé par Grandgagnage » ( 3 ). 

Les trois mots présentent bien le même suffixe (fr. -able) ; mais, 
à mon sens, nous avons affaire à deux radicaux différents. Le liég. 
akinâve paraît être dérivé du lat. acclinare « incliner, pencher vers ». 
Bien qu'on ne trouve pas *aclvnable dans Godefroy, on peut le supposer 
d'après aclin, acliner, enclinable, qui s'y rencontrent. Le groupe el 
se sera simplifié en k ( 4 ). 

Quant à engenave, Borgnet et Godefroy ont tort assurément d'y voir 
un synonyme de « enclin ». C'est la forme wallonne de l'anc. fr. enginable 
« qui a beaucoup de talent » (God.), dérivé de ingenium : engin. 
La phrase de Jean de Stavelot : « il estoit mult engenave délie inquerir 

(!) Toujours accompagné de bin ou de ma ; exemples : Su V tins guèrôde bin, 
fût soyî â stièrmint (Malmedy, Ami. dol Saméne, 1886, p. 18) ; coula li-a ma guèrôdé 
(Bastin, Voc. de Faymonville) ; il a bin guèrôdé, i guèrôde ma devins sès-aféres (Stou- 
mont, Moulin-du-Ruy). 

( 2 ) BD 1911, p. 36. Corrigez, dans cet article, énergumène, agcnave en : énergique, 
engenave. 

( 3 ) God., engenave, reproduit le passage de J. de Stavelot et la définition de 
Borgnet. 

( 4 ) Voyez ci-après les articles guingon,rakète(= glingon, raclette). Il faut peut-être 
rapprocher le w. kègneter « taquiner » (G., I 104) du verviétois cligneter « chercher 
noise pour des vétilles » (BSW, 53, p. 418). Forir donne kajo ou klajo « toile d'em- 
ballage » ; etc. 



_ 4 — 

comment ilh acqueroit argens, sans estre honteux... » signifie qu'il était 
très ingénieux pour rechercher les moyens d'acquérir de l'argent. 

Enfin, dans le namurois aginauve — qu'on prononçait sans doute 
adjinauve — nous retrouvons un type primitif *èdjinauve (= engenave : 
enginable), qui aura subi l'influence analogique du préfixe a- (*) et celle 
du verbe adji « agir ». Du sens propre : « habile, fertile en expédients », 
on passe sans effort à celui de : « actif, énergique ». 

liég. âlon 

G.. 1 18, donne sans explication le liég. âlê, âlon « échalas », anc. liég. 
allon. La forme en -ê ne s'entend jamais, je pense, à Liège ( 2 ) ; mais 
on connaît âlê à Fontin-Esneux, aulé dans la Famenne, aulia à Ciney. 
Le liégeois appelle âlon la perche à haricots. Ces perches sont plantées 
isolément ou bien par couples, sur deux lignes ; dans ce dernier cas, 
elles s'entrecroisent vers leur sommet et sont liées au point d'inter- 
section. — La protonique à s'oppose à un rapprochement avec le liég. 
alète « ailette, aileron ». Il faut voir dans âlê, âlon des diminutifs romans 
du moyen h. ail. ahsel (ail. mod. achsel « épaule, » ; apparenté au lat. 
axilla) ; le thème s'est réduit à asl- devant' le suffixe ( 3 ). L' échalas est 
considéré comme une épaule sur laquelle s'appuie la plante grimpante 
(haricot, houblon, vigne). 

liég. amâ, ma (« avant ») 

G., I 20 et II 47, signale ce mot qu'il juge énigmatique ; il mentionne 
bien un homonyme amâ « à moins » : dfîrè, a ma quéque astâdje, « j'irai 
à moins d'un empêchement » ; toutefois, non seulement il ne suppose 
pas que ces deux amâ peuvent être identiques, mais il se refuse même 
à voir clans le second le même mot que mons (mô~) « moins ». Pour ma 
part, je suis d'un avis opposé. 

D'abord, je crois que mo (moins), employé comme proclitique, est 
devenu nul (man), puis s'est dénasalisé en ma, ma, en subissant peut-être 
aussi l'influence de ma, ma « mal ». C'est ainsi qu'à l'anc. fr. dont, 

( ) Vby. ci-dessus l'art, abèrdondé. 

(-) Hubert ne connaît que âlon, syn. passe. Remacle, 2 e éd., donne âlê, âlon 
»échalas . De même Forir, qui de plus attribue à ces deux mots le sens de «jalon »(?); 
plus douteux encore, ses dérivés àloner, -èdje, -eu « jalonner, -âge, -eur » (!). — 
(... II l!tT. distingue entre passé « petit échalas » ; âlê, âlon « grand échalas » ; pîce 
ou stètche perche |à houblon]. 

(•) Comparez naît < cordon de cuir », dérive t\r nàk < ruban », anc. fr. na.sle, qui 
vient du moyeu h. ail. nestel, anc. IV. nastel (cordon, lacet). 



— 5 — 

(Joint (« donne », 3 e pers. du subjonctif) répond en anc. w. don, dan 
(do, da) dans des souhaits de forme stéréotypée ( 1 ). De même. *ombion, 
diminutif de ombe « ombre », a passé par *ambion pour devenir le 
liég. moderne âbion « ombre d'une personne, d'un objet » (G., I 4), sous 
l'influence probable de âbe « arbre ». Le lieu dit Cronmoûse ( 2 ) est devenu 
Crâmoûse à Jupille. Comparez encore le liég. mâquer « manquer » 
et les formes âxvèye, wâgnî que le Dict. liégeois de Hubert donne pour 
anivèye « anguille », wangnî « gagner ». — Dès lors, rien d'étonnant que 
de vieux Liégeois prononcent, comme je l'ai entendu : dfîrè, a ma 
quéque (ou d'ine) astâdje, au lieu de a nions. 

D'autre part, le latin minus triginta diebus (Cic, de Divin., I 68) 
signifiant « dans moins de trente jours, avant trente jours » (telle chose 
arrivera), il paraît légitime de voir une syntaxe analogue dans le liég. 
ma (ou a ma) trinte djoûs : c'est à cause du contexte que « moins » 
a pris le sens de « avant ». — Les plus anciens exemples de cette cons- 
truction se rencontrent dans des pasquilles du xvn e siècle ( 3 ) où, 
deux fois, nous lisons aman qui « avant que » ; on remarquera cette 
forme archaïque mon, qui répond à l'anc. fr. mans « moins » (voy. un 
exemple dans God.) et qui confirme ce que nous avons dit plus haut 
à propos de mo < ma. — Dans le parler moderne, j'ai entendu ma 
à Huy : ma pô d' tins, ma qu coula n' seûye jet ; — ma, amâ à Liège : 
(a)mâ pô d' djoûs ou cT tins « avant peu de jours, de temps » ( 4 ), vos-ârez 
<2' mes novèles ; dfènrta co po 'ne hapêye (a) ma dresse riwèri ; (a)mâ 
de djouwer, i jât ovrer ; (a)mâ qu' vos 'nn'alése, dji sèrè rini'nou ; il èsteût 
la (a)mâ qui dj i riî jouhe. 

J'estime donc, contrairement à Grandgagnage, que ma (moins) est 
une forme variée de mons et que a ma (avant) ne diffère pas étymolo- 
glquement de a ma (à moins). 

( 1 ) Voici les quatre exemples que je connais : Dief don bon tour (1690 : Ann. 
Soc. Wall., 19, p. 110) ; Dief dan bonne nulle et bonne santé (1631 ; l'éditeur du 
Choix, p. 79, a corrigé en donn" 1 !); Dief dan bonjour (1672 : Hennen, Pamphlets, I,v.l); 
Dif dan boue nulle et bone santé (1700 : BSW 6, n, p. 18). 

( 2 ) Coude formé par la Meuse à Liège ; du néerl. krom, adj., courbe. Altéré en 
Coronmoûse sous l'influence de coron (bout) et francisé en « Coronmeuse ». 

( 3 ) Vos-îrîz tot-avâ 1' Holonde, 

Aman qu' vos vièrîz fé ainsi. (Pièce inédite, ms.). 
A man qu' 1-avint stu élevés, 

Il a falou bin dès broûlés (1672 : G. Hennen, Pamphlets, I, v. 103-4). 
Comparez encore manrai dans la Geste de Liège, v. 600, qui répond au liég. mod. 
monrè « mènerai ». 

( 4 ) On trouve même dans H. Simon, Pan de bon Diu, p. 114 : ossu, so ma pô 
d' tins, H tére ni sèrè pus... 



— 6 — 

w. amaule (St-Hubert) 

Pour M. Marchot, amaule « importun, ennuyeux », qui se dit à St-Hu- 
bert en parlant surtout d'un enfant, représente le latin amabilem 
(aimable), employé par antiphrase ( 1 ). Le suffixe équivaut évidemment 
au fr. -able ; mais, si l'on dit également amâle à Fosset-Amberloup, 
on prononce hamâle à Laroche, hamaule à Rossignol, et l'aspirée ini- 
tiale suffit à indiquer une origine germanique. Dès lors, il faut sans 
doute s'adresser à l'adjectif allemand hem qui, au XV e siècle, signifiait 
« appliqué à nuire, rebelle, insoumis », et à l'ail, hàmisch « malin, mali- 
cieux », au xv e siècle hamisch « sournois, artificieux » ( 2 ). 

A l'Est du Brabant wallon, on relève amaave (St-Géry, Chastre- 
Villeroux, S te -Marie-Geest) « rapace, avide du bien d'autrui ». Il con- 
vient d'y voir le même mot, dont le sens a évolué différemment. 

nam. am'bô, an'bô ; liég. hèn'vâ 

Grandgagnage a les articles suivants : 

I, 20: ambau, nam. (hangar). II, ix: Ce mot paraît être l'ail, anbau, ho\\. 
aanbouw (construction ajoutée à une autre, bâtiment accessoire). 

II, xxxi et 535 : hènevâ (soupente : petite pièce pratiquée dans une cuisine, 
etc.) Simonon. 

Je n'hésite pas à rapprocher ces deux mots : il ne peut donc être 
question, à mes yeux, de l'ail, anbau. 

Dans le Bull, du Dict.; 1914, p. 49, M. H. Gaillard note une forme 
namuroise albô « grosse pièce de bois dans le gerbier d'une grange ». 
A Dcnée (Xamur), à St-Géry et à Chastre-Villeroux (Brabant), am'bô 
désigne une espèce de grenier situé au-dessus de l'aire de la grange : 
on y entasse les gerbes quand les mafes (gerbiers à côté de l'aire) sont 
remplis jusqu'au toit. Non loin de là, à Fosses-lez-Namur ( 3 ), à Meux 
et à Thorembais-St-Trond, on prononce an'bô. Enfin, plus à l'Est, 
dans la région qui a gaidé l'aspirée germanique ( 4 ). nous relevons 
lie n' ha (Hannut, Ambresin) « espèce d'étage formé, au-dessus de l'aire 
de la grange, au moyen de longues perches, pour y mettre le foin et les 
gerbes ». ainsi que hèribô (Huy, Neuville-sous-Huy). avec le sens plus 

(') Phonologie d'un putois wallon (1892), pp. 33, 57, 121. 

( 2 ) Voyez Wiegand h&misch. 

( 3 ) BSW, t. 52, p. 110. 

(*) Cette aspirée tombe régulièrement en namurois. 



— 7 — 

général et dépréciatif de « bâtiment vieux et délabré » (*) ; à Gives (Ben- 
Ahin) : on vî ham'bâr qui ri tint pdé « un vieux bâtiment qui ne tient 
plus». Ces formes aspirées rattachent clairement an , bô(et ses altérations 
ani'bô, al'bô) au flamand hanebalk « traverse destinée notamment à sup- 
porter les ais d'un plancher, par exemple dans une grange : de hane- 
balken in een schuur » ( 2 ). Du hesb. hèribâ au liég. hèrivâ (auj. inusité), 
le passage ne fait pas difficulté : la permutation de b et de v dans nos 
dialectes n'est nullement isolée ; elle s'explique de plus, en l'espèce, par 
l'influence probable de câvâ (trappe, plancher mobile, fenil). 

wall. am'djoû (Charleroi), rouchi èm'djou (Mons) 

Le w. anîdjoû « jour ouvrable, jour de la semaine » est bien connu 
dans l'Ouest de la Belgique romane (Charleroi, Viesville, Nivelles, 
Genappe). On dit a?n , jou à Maubeuge, èm'djou à Mons ( 3 ). Pour expli- 
quer la première syllabe èm'djou, Sigart, p. 209, avec sa fantaisie 
coutjmière, invoque tour à tour, et sans conclure d'ailleurs, l'ail. 
heim. le breton pem, l'ail, amt, le grec hebdomada ! On est surpris de 
voir que Meyer-Liibke, Roi». Etym. JVort., n° 4090. adopte sans réserve 
cette dernière conjecture. — Notre explication sera autrement simple : 
ame, ème sont des altérations de orne (= homme). Dans son Glossaire 
des poésies de Froissart, Scheler a relevé deux fois l'expression « ne 
homme jour ne dimance », c'est-à-dire ni jour ouvrable ni dimanche ( 4 ) ; 
il voit dans homme jour : jour de l'homme, une « simple analogie avec 
domini dies : jour du Seigneur ». C'est exact ; mais il vaut la peine 
d'ajouter que Froissart — né à Valenciennes en 1338 — n'a point créé 
cette expression, comme paraît le croire Scheler ; il la tenait du parler 
populaire, où elle a survécu jusqu'à nos jours. 

[BD 1920, p. 3. — Un exemple pins ancien de homme jour se lit dans les 
poésies de Gilles li Mnisis (né à Tournai en 1272), éd. Kervyn, t. II, p. 28, 1. 21. 
Voyez VÉlude lexicologique de Scheler sur ces poôsies.] 

( x ) Exemple : dji n' mi sâreû plêre è f' mohone là, c'est co pire qu'on hèn'bô ou 
c'è-st-on tro grand hèrCbô (Henri Gaillard). Dans le BSW 53, p. 268, le même auteur 
a employé ce mot, par métaphore, en parlant d'une vieille charrette qui n'est plus 
qu'un hèrfbô désfoncé : un assemblage de planches défoncé, disloqué. Pour l'emploi 
péjoratif, comp. nos art. hâbiêr, bèrôdî. 

( 2 ) De Bo : hanebalk et scheerbalk (voy. ci-après l'art, skèrbalik) ; comp. 
l'ail, hahnenbalken. Pour la sémantique, comp. ci-après l'art, bèrôdi et le chestrolais 
travure (fenil; lat. traba,t'upa).— On sait que le germ. balk a donné le fr. et le rouchi 
bau « poutre » ; on le retrouve dans le w. inte-bâ ; voy. ci-après l'art, bâ. 

( 3 ) Les graphies améjour (Hécart), hemme djou (Sigart) sont inexactes. 

( 4 ) Homme jour manque dans Godefroy. 



— 8 — 

w. amèder 

G.. I 20, signale le mot en liégeois-namurois avec cette explication : 
« = fr. amender ? ou fr. émonder ? » Pour M. Marchot, amèdè 
(St-Hubert) est altéré du liég. ham'ler, ail. hammeln (*) : erreur évi- 
dente, puisque amèder et ham'ler coexistent en liégeois. — Il est certain 
que amèder répond au fr. amender (Meyer-Lûbke, n° 2860), qui a pris 
chez nous ( 2 ) le sens technique de « châtrer (un animal) ». Amèder est 
la forme archaïque et purement wallonne ( 3 ), conservée dans une 
acception spéciale. Le doublet aminder, qui a le sens général de « amé- 
liorer », est postérieur et refait sur le fr. amender. Au surplus, le com- 
posé raminder (liég.) « amender », conserve la forme ancienne dans 
ramèder (nam.), -è (Ciney) « réparer grossièrement ». 

Certes, il peut paraître étrange que la castration soit considérée 
comme un « amendement » ; mais, au point de vue de l'éleveur qui 
engraisse le bétail, cette opération améliore l'animal. Des patois 
français (Normandie, Anjou) donnent de même à affranchir le sens 
de « châtrer ». "» 

Godefroy cite deux exemples de Valenciennes : « àfnendeur de bestes, 
de pourchiaux » (en 1414 et 1449), sans voir qu'il faut traduire par 
« châtreur », w.'amèdeû. 

[BD 1914, p. 30.] 

fr. anacoste, r. anscote, w. hanscote 

Le Dict. gén., v° anacoste « espèce de serge », nous apprend qu'on 
disait au xvin e siècle anascot, ascot, arscot et qu'il faut y voir « des 
altérations de la Aille (V Arschot ou Aerschoot. en Brabant » ( 4 ). C'est 
aussi Pétymologie que donne Ulrix et que propose même le plus récent 
dictionnaire étymologique de la langue française, celui de von Wartburg 
(1922), v° Aarschot, lequel ajoute que du français dérive le catalan 
anascot. 

(*) Phonol. d'un patois w. (1892), pp. 1-2. — Niederlânder, Mundart von Namur 
(190Ô), § 9 b, commet la même erreur. 

( 2 ) Amèder Liège (G., Forir ; auj. désuet), Jeneffe (Hesbaye), Ben-Alun, Meux, 
Namur, Jodoigne, Gembloux, Chastre-Villeroux, etc. ; amèdè en Famenne, Saint- 
Hubert, Ciney, Dinant, Givet, etc. ; amader Oisy (archaïque) ; airider Houdeng, 
Viesville, Nivelles, Mons, etc. Se dit surtout du porc et de la truie 

i ) Pour è protonique, voy. l'art, gârmèter, 

( 4 ) On renvoie à l'art, ascot (lire : escot) « sorte de serge » ; cité pour la première 
fois dans un texte de Toulouse : « serges d'escot » (en 1568). 



— 9 — 

Une note que j'ai insérée dans le n° d'octobre 1921 de Romania 
(t. xlvii, p. 547) exprime une opinion différente. En voici le résumé : 
« Sans prétendre examiner par le menu les formes françaises du xvm e 
siècle et leur authenticité, je crois utile de signaler un terme qui mérite 
d'entrer dans le débat et qui ne s'accommode guère de la dérivation 
proposée : c'est le w. hanscote (espèce d'étoffe : anciennement bure ; 
aujourd'hui, tissu de coton duveté). G., I 272, ne donne pas d'étymo- 
logie ( x ). Bormans, Glossaire des drapiers (BSW 9, p. 266) cite des textes 
de 1589, 1637, 1659, etc., où le mot est écrit hanskotte. Enfin Hécart 
note le rouchi anscote (étoffe grossière en laine). — La forme liégeoise 
est assurément la plus pure : elle atteste que le primitif doit avoir à 
l'initiale une aspirée germanique, laquelle disparaît normalement en 
français et en rouchi. Dès lors, je crois qu'il faut remonter au flamand 
Hondschoote, nom d'une petite ville du département du Nord, située 
sur la frontière non loin de Dunkerque. Cette ville fut très florissante 
au xvi e siècle et comptait des filatures renommées. » 

Des recherches nouvelles me permettent de reprendre aujourd'hui 
le problème, avec la conviction que l'histoire confirme pleinement les 
suggestions de la phonétique. 

Pour les formes anciennes que cite le Dictionnaire général, je dois 
à l'obligeante érudition de M. Antoine Thomas l'indication des sources 
suivantes : « Serge d'Escosse demy-estroite... serge de seigneur et 
d'Ascot, L'Isle, Cipre, Angleterre et autres pais estrangers » (tarif de 
1667, cité par Littré, v° escot, qui propose dubitativement d'interpréter 
par « écossais ») ; — « Serges d'Amiens façon d'Arscot... Serges appellees 
d'Ypres et d'Arscot... » : règlement de 1669, articles xn et xiii ; 
cité par Savary des Bruslons ( 2 ) ; — le Tarif de la Douane de Lyon 
(sans date, cité par Savary, II, 1533) mentionne « les sarges d'Ascot 
Françoises » ; — Savary, I 97, dit en 1723 que cette serge se fabrique 
notamment à Bruges et à Ascot dans les Pays-Bas Espagnols. Le 
Dictionnaire de Trévoux (1771 ) le copie, mais imprime Arscot. 

Telle est la source de l'opinion qui voit dans le fr. anacoste le nom 
d'Aerschot, petite ville au N.-E. de Louvain. Elle implique que cette 
localité aurait eu, dans les derniers siècles, une industrie textile des 

f 1 ) Plus loin (II, 606), G. prétend que Lobet a une forme anascote, sans faire atten- 
tion que Lobet, p. 236, v° hanskott, ne donne ce mot que comme traduction française. 
Martin Lejeune, Voc. de Vapprêteur en draps du pays de Verviers (BSW 40, p. 431) 
insère bravement anascote, d'après Lobet, comme étant un terme verviétois ! En 
revanche, il n'a pas d'article hanscote ! 

( 2 ) Dictionnaire du Commerce (1723), II, 1525-6. 



— 10 — 

plus considérables. Or aucun indice historique n'autorise cette pré- 
somption ( x ). En revanche, de même que Lille, Bruges et Ypres dont 
les noms figurent dans les textes qu'on vient de lire, Hondschoote fut, 
aux xvi e et XVII e siècles, un centre manufacturier de premier ordre. 

La draperie flamande avait dû surtout, au moyen âge, son étonnante 
vitalité à la confection des draps de luxe ; mais la concurrence anglaise 
et la rai été croissante de la laine insulaire poussèrent l'industrie rurale, 
opprimée par les corporations urbaines, à chercher fortune dans la fabri- 
cation des tissus légers et à bon marché. A partir de la fin du xv e siècle, 
les laines d'Espagne affluent en Flandre. L'union politique des Pays-Bas 
et de l'Espagne à partir du règne de Philippe-le-Beau (1478-1506) 
en augmenta sensiblement l'exportation. Moins soyeuse que la laine 
anglaise, la laine espagnole ne pouvait rivaliser avec elle dans la dra- 
perie fine ; mais elle convenait parfaitement pour les tissus légers, tels 
que les serges et les ostades ( 2 ). Si les draps que les artisans des villes 
s'obstinent à fabriquer ne trouvent plus d'acheteurs, les serges et les 
ostades de Bergues et à* Hondschoote, les draps légers d'Armentières 
figurent, à partir des premières années du xvi e siècle, parmi 'les prin- 
cipaux articles d'exportation des Pays-Bas. Cependant les troubles 
politiques et religieux portèrent à ces villes un coup fatal. Les ouvriers 
émigrèrent en masse vers l'Angleterre. Dès 1587. ils proposaient à 
Elisabeth d'introduire dans son royaume la fabrication des serges et des 
draps légers à la manière d'Hondschoote et d'Armentières. 

Ces détails historiques sont extraits de la remarquable étude de 
Henri Pirenne sur Une crise industrielle au XVI e siècle ( 3 ). D'autre part, 
les archives communales d'Hondschoote contiennent des documents 
qui nous intéressent particulièrement ( 4 ). Nous y voyons qu'en 1609 et 
de 1646 à 1664 il y eut maints procès entre Bruges et Hondschoote 
concernant la fabrication des sayes. Des ouvriers émigrés de cette 

(!) « A ma connaissance, il n'y a pas eu de fabrication de serges à Aerschot ». 
(Communication de M. Henri Pirenne, professeur à l'Université de Gand). — ■ « Je n'ai 
découvert aucun indice de l'industrie des serges à Aerschot en Brabant ». (Commu- 
nication de M. H. Vander Linden, professeur à l'Université de Liège). 

( 2 ) Ostade vient de Worsted, nom d'un gros bourg du comté de Norfolk (A. Thomas, 
Nouveaux essais de phil.fr., p. :$1 1 ). Voyez aussi Behrens, p. 279, sur l'anc. w. et fr. 
waslarde. 

( s ) Bull, de FAcad. royale de Belgique (Lettres), 1905, p. 489 et suiv. 

( 4 ) Département du Nord. Ville d'Hondschoote. Inventaire sommaire des archives 
communales antérieures à 1790 (Lille, 1870), HH 18 et 19. — ■ Je dois cette indication 
bibliographique à M. Antoine Thomas, qui ajoute : « Dès 1897, M. Morel-Fatio 
a attiré mon attention sur l'espagnol anascote et son rapport probable avec la ville 
d'Hondschoote ». 



— 11 — 

dernière ville avaient importé à Bruges cette fabrication, dont Hond- 
schoote prétendait garder seule le privilège qui lui avait été accordé 
par lettres de Louis de Maie en 1373. Hondschoote protestait contre 
l'emploi de l'estampille portant les mots Fabrica axascotes de Bruga, 
empreinte qui signifie « fabrique de serges d'Hondschoote faites à 
Bruges », et qui servait à marquer les étoffes expédiées en Espagne. 
Il est temps de conclure. Le mot espagnol anascote n'a pas de racine 
dans cette langue ; les étymologistes le disent emprunté du français. 
En réalité, c'est le nom même de la ville d'Hondschoote ( l ) : *an , scote 
a donné anascote par insertion de a, puis anacoste par métathèse. Qu'on 
se rappelle le rouchi anscote et le liégeois hanscote qui, lui, doit norma- 
lement garder l'aspirée germanique, et l'on jugera qu'il laut écarter 
du débat le nom de la ville d'Aerschot, les formes du xvin e siècle 
(ascot, escot, arscot) étant manifestement de mauvaises lectures ou pro- 
nonciations de anscote. 

chestr. anêvè, dusnêvè; gaum. anâvèy, dènâvèy 

Dasnoy (pp. 22, 172) et M. Liégeois (BSW 37, pp. 291. 323) signalent 
<jes mots à Neufchâteau et à Tintigny ; de même Cl. Maus dans son 
vocabulaire des environs de Virton (manuscrit, 1850). Voici, d'après 
des enquêtes personnelles, de quoi compléter leurs données sommaires : 

anêvè (Neufchâteau, Reeogne), v. tr., engendrer, produire ou introduire (des 
êtres, plantes ou choses nuisibles) : ène pikeûre du gurzuliè [groseillier] ancre 
lu panaris ; lès nich'tès d 1 la môjon [saletés de la maison] anêvant lès puces ; 
lès pwinnes [chiendents] s'ont anêvè par tout V tchamp. \ De même le gaumais 
anâvèy: ça anâve lès puces, dit-an (Tintigny); èf fyeû la n'anâvrè rin d'bon 
(Buzenol) ; v'èy [vous avez] anâvèy in tâs de petites biètes, i rC fôt-ni' lès layi 
s'anâvèy (Musson) « il ne faut pas les laisser se multiplier » ; lès môvéses-ycrbes 
s'anâvanl da note mèje (Virton) « dans notre jardin ». 

dusnêvè (Neufchâteau, Recogne), dènâvèy (gaumais), v. tr., 1. détruire, 
extirper (une race nuisible, de mauvaises herbes) : dju ri' su ni 1 foutu rf' dènâvè 
lès pavines [chiendents] du note tchamp (Buzenol) ; — 2. expulser : djè Vans 
dènâvè de d' tchû nous (Musson) « nous l'avons expidséde chez nous »; — 3. faire 
disparaître, escamoter : tu m'es bintot eu dènâvè m' batan ! (Prouvy-Jamoigne : 
BSW 49, p. 150) ; — 4. v. réfl., se débarrasser (d'une chose nuisible, d'un 
importun) ; — 5. (réfl. ?) « émigrer, rassembler ce qu'on a et quitter un lieu, 
un pays » (Cl. Maus) ( 2 ). 

( x ) Comparez ostade à la page précédente et voyez ci-après l'article spinâ. 

( 2 ) Varlet, Dict. du patois rneusien, signale à Chattancourt se dénavi « se défaire, 
se dépouiller : i n' veut-nV se dénavi de s' bin. Etym. du lat. dehabere, avoir de moins, 
manquer » (!). 



— 12 — 

Si l'on détache les préfixes de-, dus- (fr. dé-, lat. de- ex-) et a- (qui, 
dans cette région, représente le fr. en-, lat. in-, aussi bien que le fr. a-, 
lat. ad-), il reste un radical nêv-, nâv- ( 1 ), où nous reconnaîtrons 
l'anc. fr. naif, naïf, lat. nativum. 

Les formes *ennaiver, *desnaiver ne sont, je pense, signalées nulle 
part ; Kôrting et Meyer-Liïbke n'indiquent aucun dérivé verbal de 
nativus ( 2 ) ; ce type latin a cependant, comme on le voit, provigné 
dans la région de Neufchâteau-Yirton-A^erdun. 

w. anô, ènàhe, ènèye, anspindje 

G.. I 192, donne sans explication : « enahe : bourre de chanvre ou de 
lin », d'après Remacle, 2 e éd., lequel ajoute que le mot ne se dit plus 
guère. Il l'écrit d'ailleurs inexactement. J'ai entendu dire : dès-ènâhes 
à Erezée (N. de la prov. de Lux.), dès-anôyes à Neuvillers-Recogne ( 3 ), 
dès-ènèyes à Compogne (S.-W. de Houffalize). Plus au Sud. à la lisière 
du pays gaumais (Chiny), on dit, d'après une communication écrite, 
hanôche ; mais h initial paraît suspect. En namurois, nous relevons 
anô « teille : écorce du chanvre ou du lin, débris provenant du 
teillage » ( 4 ) ; en rouchi : ana, anô (Hécart), anâ à Luingue-lez-Mouscron. 

Dans tous ces mots, nous reconnaissons sans peine l'ail, ahne « fétu 
de lin ou de chanvre », moyen h. ail. âne, auquel se sont adaptés les 
suffixes -èye (lat. -ïlia), -âlie, -ôje (lat. -ritia) ; la finale de anôye, anô, 
anâ est plus obscure et résulte sans doute d'influences analogiques. 

À Vielsalm, les débris de chèvenotte s'appellent dès-anspintches 
(BD 190G, p. 34). Ce terme curieux se compose apparemment de ân{e) 

(!) Pour le gaum. â = w. ê, comp. âdî, alâdi, plâji, wâtî, etc. 

( 2 ) Godefroy cite l'anc. fr. naifver (1660) « représenter naturellement ». — La 
tonique i de naïf, devenant atone dans naiver, disparaît nécessairement ; com- 
parez le rouchi aide (aide, s. f.) à côté de aider. 

( 3 ) Région de Neufchâteau. La graphie de Dasnoy, p. 74 : « (maie, chènevotte » 
est équivoque. 

( 4 ) G., I 20. — Anô se dit dans toute la région namuroise ; il est signalé à Bou- 
vignes-Dinant, Leignon, Meux, Thorembais-St-Trond, Ste-Marie-Geest, Chastre- 
Villeroux, Perwez, Nivelles, et jusqu'à Mous (Sigart, p. 64, écrit aneau, Delmotte 
anniaux) el Stambruges. On chauffait le four avec les anô (Pervvez) ; les plafonneurs 
on mettaient dans leur mortier (Dinant, Chastre) ; voy. Hécart, v° arias. — Pour 
la région Liège-Spa, il ne faut p:is tenir compte de Part, attau de Body, Voc. agr., 
qui le tient de Forir (v° anô) ; celui-ci l'a pris clans Duvivier (« anô : tille, écorce 
de chanvre ), * 1 1 1 ï :i copié l'art, de G., I 20, sans faire attention que G. donne le mot 
comme namurois ! — Ajoutons que le malm. dit arièsses (à Ovifat : èrièsses) et le 
gaumais : arêtes (a Stc-.Maiic-sur-Scmois), c'est-à-dire « arêtes ». 



— 13 — 

et de spindje ( x ) ; toutefois le procédé de composition a quelque chose 
d'insolite. 

liég. apotiker 

Le liég. apotiker signifie « classer, arranger, agencer, ajuster, com- 
poser » ; il a un petit air d'ironie familière qui rappelle le fr. afistoler. 
Exemples : so , ne munute, i v's-apotikêye coula a Vîdêye ; i fât de timps 
po-z-apotiker on dicsionêre ; vosse capote est ma apotikêye. — G.. II 498, 
le cite sans explication. On serait tenté d'y voir une création burlesque, 
un terme d'argot, issu de potikèt (petit pot, anc. fr. potequin, du flam. 
potteken), ou de apoticâre (mot de formation savante comme le fr. 
apothicaire), sous prétexte que lès-apoticàres vis-apotikèt dès drougues 
divins dès potikèts. Je proposerai pourtant autre chose. A mon sens, 
c'est un composé du préfixe a et de botike (boutique, lat. apotheca), 
dont l'ancienne forme potiche se lit dans un texte liégeois du xvi e 
siècle ( 2 ). Au reste, apotiker peut provenir d'un primitif *abotiker, dont 
le b s'est changé en p sous l'influence de potikèt, apoticâre. Ce serait 
littéralement * aboutiquer, c.-à-d. « disposer en forme de boutique ou 
pour la boutique, arranger, parer des objets pour les étaler en vente », 
d'où en général : « ajuster soigneusement, avec un goût minutieux ». — 
Pour la composition, comparez af a goter (Scry-Ahée), afah'ner (Malmedy) 
« fagoter, accoutrer » ; — apotcKter on trô d' sonde ou ine mène, t. de 
houillerie à Seraing, « disposer en forme de pochette un trou de sonde ou 
de mine, c.-à-d. commencer le trou de façon que l'outil ait prise et ne 
glisse pas » ; — anc. fr. apotagié « arrangé comme un potage », ouest- 
wallon et rouchi apotadjî « arrangé », toujours ironiquement. 

w ârih, âr'hon, etc. (Malmedy) 

M. l'abbé Bastin a recueilli à Faymonville-Weismes (lez-Malmedy) 
l'adjectif ârih « grave, important, syn. de griyeûs », et l'adverbe ctrih- 
mint « gravement : il è-st-ârihmint malade », où il voit avec raison 
l'ail, arg. Pour la forme wallonne, il suffit de comparer le malin, hèrbêrih, 
emprunté de l'ail, herberge (dial. d'Eupen : hârrbereg, auberge) ; 
Kahèlbrih : Kalterherberg, village près de Montjoie ; Lim'boûrih : 

( x ) Le spindje est le battoir ou la dague dont on se sert pour frapper la filasse et la 
débarrasser des fragments de tige restés adhérents. 

( 2 ) « (Un) hallier avoit empacké draps non sailleis en son stal et potieke » (1540 : 
BSVV 9, 255). — Le dialecte allemand d'Eupen a encore la forme pottick « boutique » 
(WSrt. der Eupener Sprache, Eupen, 1899). 



— 14 — 

Limbourg ( 1 ). Quant au sens du mot wallon, on le retrouve dans les 
patois de l'Eifel ( 2 ) et dans l'allemand moderne, où l'idée de « méchant, 
vilain » a produit celle de « excessif ». 

Il faut sans doute rattacher à cet ârih un mot verviétois qui ne se 
rencontre que dans une comédie inédite de 1759. Un père, apprenant 
que sa fille veut se marier, se lamente en ces termes : 

Lu cour mu d'hirîve one saqwè, 
Su n' poleû-dj' même pinser poqwè 
Qu'ile duv'néve ossi arrihée [lire ârihéye] 
Qu'oue vatche qui a stu ma passéye ( 3 ). 

Le sens est évidemment « méchante, difficile, quinteuse, enragée ». 
On peut admettre, d'après ce texte, qu'au xvm e siècle un verbe 
âriher ou -i existait, dans la région de Verviers-Malmedy, au sens de 
l'ail, àrgern (fâcher, contrarier, dépiter). 

Il faut encore faire rentrer dans la même famille deux mots mal- 
médiens restés jusqu'ici sans explication : ârlion, s. m., « tatillon, 
méticuleux, ladre, grippe-sou » (archaïque à Stavelot et à Malmedy : 
Villers, 1793) ; âYhiné, s. m., -ée, f., « avare ». (Malmedy : Villers et 
Scius ; d'après Body, Voc. des poissardes, on dit surtout laide ârliinée 
« vilaine sorcière »). — Ar'hiné est dérivé de âr'hon sur le type phoné- 
tique de bordon : bordiner, Iwn'çon : lum'ciner ; ârlwn lui-même dérive 
de ârih à l'aide du suffixe -on. Ces termes maimédiens doivent être 
d'un âge respectable, car ce n'est qu'en ancien et en moyen haut alle- 
mand que arg signifie « avare » ( 4 ). 

[Revue de Dialectologie romane, 1910, t. II, p. 375.] 

(^ Voy. aussi les articles bêrih, ■mèti'sik, skèrbalik. Cf. Kurth, Frontière linguis- 
tique, p. 476, n. 

( 2 ) Cf. Hecking, Die Eifel in ihrer Mundart (Priim, 1890), p. 17 : « arg, sehr : 
et deiht arg ivih, es schmerzt sehr ». — En west-flamand, arrig « âpre, rude, aigre », 
se dit du temps ou du vent (De Bo). 

( 3 ) n Le cœur me déchirait un je ne sais quoi (expression énergique = j'avais le 
pressentiment d'un malheur) ; si ne pouvais-je même penser pourquoi (qu')elle 
devenait aussi difïicile qu'une vache qui a été mal passée ( = qui a mal passé l'hiver, 
qui n'est pas en bon état au printemps) ». J'ai rajeuni l'orthographe du texte cité, 
sauf pour arrihée. La pièce a pour titre : Le mayeur ruiné jmr sa charge ou Simon 
rEscrini. 

(*) L'anc. h. ail. arc, arch, arg, arig = bôse ; geizig, karg. D'après Heyne, 
Deutsches Wôrt., arg a encore au xvi c siècle le sens de « geizig », mais plus souvent 
celui de « schlecht, nichts-wùrdig ». — Voy. aussi Meyer-Lubke, n° 591. 



— 15 — 

liég. arinne, anc. liég. eraine (« araine, areine ») 

Par ce terme très ancien et très important de l'exploitation houillère, 
on désigne, au pays de Liège, « une galerie d'écoulement ayant son 
orifice (appelé « œil ») au flanc d'une colline ou dans le fond d'une 
vallée, et pratiquée pour assécher les travaux des mines ». C'est à peu 
près la définition de Littré, qui accueille dans son Supplément notre 
mot liégeois. 

Deux étymologies ont été proposées. Pour Morand ( x ), c'est peut- 
être une via arenata ou ex arena facta « une voie faite à ciment et à 
pierre » ; mais le latin arena (« sable ») n'a jamais eu de vie dans notre 
région ( 2 ) et cette fantaisie n'a guère trouvé d'écho. La proposition 
de G., 1 25, qui tire arène de l'ail, rinne, rinnen (rigole, couler) est d'allure 
plus sérieuse ; aussi divers auteurs l'ont reproduite sans objection, 
notamment Bormans, Littré, Scheler et même Diez ( 3 ). Par malheur 
cette hypothèse n'explique pas correctement l'initiale de eraine, araine 
( 4 ) : il faut donc tenter une autre analyse. 

C'est en 1278 qu'on relève erainne, erenne pour la première fois dans 
les archives liégeoises ( 5 ). Au xiv e siècle, ce type avec e initial, eraine, 
erene, eràisne, erraine,heraine,herraine est de beaucoup le plus commun; 
haraine apparaît dès 1314 ( 6 ). et l'a initial, rare au début, se généralise 
dans les siècles suivants. Le règlement de houillerie que Jean de Sta- 
velot insère dans sa Chronique (pp. 227-233), contient 19 fois heraine 
et une seule fois haaraine (dans la marge). On en déduira que eraine 
est primitif ; le changement de èr- en ar- à la protonique initiale ne 
manque d'ailleurs pas d'exemples ( 7 ). 

(*) Art d'exploiter les mines, 2 e éd., Neuchatel, 1780. 

( 2 ) Les auteurs liégeois qui, dans les derniers siècles, ont écrit en latin sur cette ma- 
tière désignent les araines par le mot arenae, mais ce fait est évidemment sans valeur. 

( 3 ) Bormans, Voc. des houilleurs ; Littré, Suppl., areine ; Scheler, Gloss. de 
la Geste de Liège, eraine ; Diez, p. 670. 

( 4 ) Pour Scheler, il s'agit d'une simple prosthèse. Pour l'érudit archiviste liégeois 
Th. Gobert (Eaux et fontaines à Liège, p. 36), «c'est le préfixe e marquant idée d'ex- 
traction » ; autant dire que le mot serait de formation savante ou française. 

( 5 ) Henaux, La houillerie du pays de Liège, 2 e éd., 1861, p. 112. 

( 6 ) Gobert, l. c, p. 369. — L'initiale h est purement ornementale, comme il est 
arrivé fréquemment en français dès le xm e siècle ; cf. Brunot, Hisl. de la langue 
fr., I, 498. — La graphie areine, qui paraît être officielle aujourd'hui, est relative- 
ment récente ; il faudrait en revenir à la désinence première 'aine, qui, d'après moi, 
est étymologique. 

( 7 ) Voyez ci-après l'article tèroûle. — Notre mot a formé le dérivé ernier, arnier, 
arenier, constructeur ou propriétaire de Varaine. On trouve aussi le diminutif Here- 
nalle en 1342 (Gobert, l. c, p. 249). 



— 16 — 

L'étymologie par l'ail, rinne « rigole » rentre, à mes yeux, dans la 
catégorie de celles qui sont dues à cette « obsession sémantique » dont je 
parle à l'article beûr. De ce que Varaine, dejjuis que les textes en 
font mention, servit surtout à démerger les mines noyées et à doter 
Liège d'eau alimentaire, on a cru que ce vocable devait comporter 
l'idée d'écoulement. Rien de moins certain cependant, si l'on se reporte 
à la manière dont furent entrepris les premiers travaux d'exploitation 
houillère. 

A l'origine, on dut fouiller le sol aux endroits où la veine affleurait. 
Sur les collines, on opérait par tranchées à ciel ouvert, en remuant 
le sol en tous points ; quand la couche plongeait vers la profondeur, 
on établissait une galerie qui descendait suivant la pente ; mais les 
éboulements et surtout l'afflux des eaux entravèrent bientôt les tra- 
vaux. D'autre part — et sans doute simultanément — sur le flanc 
des collines, on exploitait aussi les affleurements ; on y pratiquait 
des « baumes », des « dilatements » étendus et, en suivant la veine, 
des « voies de niveau » auxquelles on donnait une pente ascensionnelle 
très faible, permettant l'élimination des eaux de suintement; ces voies 
finirent par rencontrer les premiers travaux entrepris au sommet des 
collines et amenèrent dans la vallée les eaux qui les noyaient. Telle est 
l'origine des araines ( 1 ). Or, je pense que. dès l'origine, c'est-à-dire 
avant même que l'on eût, par ce moyen fortuit, démergé ies premiers 
travaux inondés, araine a désigné la voie ou galerie de niveau. Dans 
la suite, cette particularité si importante aura primé aux yeux de tous. 
Lorsque plus tard, éclairé par l'expérience, on pratiqua dans la roche 
des galeries qui devaient uniquement servir à l'assèchement des tra- 
vaux miniers, on réserva à ces galeries le nom cVaraines ; puis, le nom 
a pu même passer, par analogie, aux conduites d'eau qui, d'après 
Henaux (p. 44), alimentaient les fontaines publiques de Liège bien long- 
temps avant le X e siècle. 

Cela étant, je crois que eraine dérive de Pane. fr. erre « chemin, route, 
voie ». à l'aide du suffixe -aine, qui a fait dans les patois, où l'on pro- 
nonce d'ordinaire -ainne, une fortune plus considérable qu'en français( 2 ). 

( x ) Résumé des pages 293-0 du t. II (nouvelle série) des Mém. de la Soc. d'Emu- 
lation, contenant V Historique de l'exploitation de la houille dans le jmys de Liège, 
par II. .Malherbe. Voyez aussi Gobert, l. c., p. 35. 

(-) Le fr. erre vient du latin iter« chemin » ; voy. le Dict. gén., ainsi que God. 
qui cite les formes ère, lierre, arre, harre. De là, en ancien français, errer « cheminer », 
chemin errant grand chemin . — Pour l'importance du suff. -aine dans les dialectes, 
il sullit <le citer le w. rôlimic (Ciney) ornière », lès créchinnes (Alle-sur-Semois) 



— 17 — 

L'expression « une (voie) èraine » aurait signifié primitivement « une 
voie par où on va (de niveau) », une galerie horizontale ou de pente 
ascensionnelle très faible. 

Il me reste à signaler l'emploi que Jean d'Outremeuse a fait de notre 
mot dans sa Geste de Liège : eraine figure dans neuf passages qu'on trou- 
vera reproduits dans le Glossaire de Scheler ; il est chaque fois à la rime 
et presque partout au sens métaphorique de « source, origine ». L'édi- 
teur Bormans l'identifie avec orine (origine), mais Scheler y voit avec 
raison le av. arène « canal d'écoulement ». Pour la question d'étymo- 
logie que j'ai tâché de résoudre, ces textes me paraissent négligeables : 
depuis longtemps, au xiv e siècle, le sens premier avait fait place à 
l'acception spéciale que le mot possède encore aujourd'hui. 

Ajoutons enfin que le liégeois arinne a passé dans certaines régions 
voisines : il signifie « canal d'égoût » à Vielsalm ; « aqueduc souterrain » 
à Lesves-lez-Namur ; « drain dans un champ » à Solières et à Hotton, 
de même à Melreux où l'on dit èréne. Il est plus intéressant de constater 
qu'au charbonnage de Gives-lez-Andenne, outre le sens de « grande 
voie qui commence au jour », arinne a le sens général de « galerie de 
mine ». 

liég. atîleûre 

G., II x, cite sans explication l'expression archaïque rimète en atîleûre 
« remettre en ordre, en bon état ». Le subst. atîleûre est altéré, par dissi- 
milation, de atîreûre ; à Malmedy : aurore « apprêt, assortiment ; 
parure, accoutrement » (Villers, 1793) . Le verbe atîrer, qui existe 
encore à Bra, à Stavelot et aux environs de Malmedy, signifie, d'après 
Villers : « apprêter, assortir, parer, orner, accoutrer ». L'anc. fr. atirer 
a la même signification ; il se rattache à tire, s. f., « ordre, rang ; suite, 
file, rangée ; sorte, espèce, provenance » (Godefroy), en wallon tire 
« espèce, sorte, race », qui vient du moyen bas ail. tire : sorte, manière, 
qualité ( 1 ). 

[Z.furfranz. Spr. und Lilt., 1909, t. xxxiv, p. 155.] 

« adénites de la croissance », ruvièrsinne (Stavelot) « versant d'une colline », doguinne 
(Verviers) « choc, heurt » ; une gotterinne apparence d'awes (en 1556 ; Bormans, 
Voc. houill., côper) « une apparence de gouttes d'eau qui tombent » ; al râyinne 
dès crompîres (Wardin) « à l'arrachage des pommes de terre » ; le picard couvraine 
« temps des semailles » ; en Ard. franc., le mouzonnais fauchainne « fauchaison », 
versainne « jachère », etc. 

(!) Cf. G., II 432 ; Falk-Torp, sir. 

2 



— 18 — 

rouchi avèrlu 

Avèrlu « résolu, guilleret, sémillant, vif, alerte, turbulent, étourdi, 
etc. » est très usité dans le Hainaut, depuis Couvin jusqu'à Braine-le- 
Comte. Le Glossaire étymologique montois de Sigart ne trouve à comparer 
que l'ancien français averlant « lourd, grossier », rajoprochement bien 
malheureux, car un lourdaud est tout le contraire d'un avèrlu. Pour 
ma part, j'y vois une altération de l'ancien français reveleus « disposé à 
se rebeller » (anc. franc, révéler = latin rebellare); d'où : « impétueux, 
vif, alerte, fringant ». Le picard a conservé erveleux. Notre avèrlu 
suppose une forme antérieure *arvèlu : le préfixe re- devient ar- en 
montois (arcévoir, recevoir, arléver, relever) ; la métathèse de r est 
un phénomène des plus fréquents, surtout en contact avec une autre 
liquide ; enfin, il y a changement de suffixe (-u au lieu de -eus ; comparez 
liég. pèneûs = nara. pènu, penaud, triste). 

liég. aw'hê, nam. aw'jale 

G., I 36, note sans explication le liég. awehai « fretin, alevin »,■ qui 
se dit aussi de la jeune anguille très mince ou de la petite lamproie. On 
y reconnaît sans peine un type acucellum (diminutif de acus 
« aiguille »). appliqué par métaphore aux petits poissons ténus comme 
une aiguille, puis, par extension, à la petite anguille i 1 ). Le même nom, 
à Glons-sur-Geer, désigne une plante, l'Aegopodium podagraria L., 
égopode ou herbe aux goutteux, qui croît dans les lieux humides. — 
Au masculin a-ufliê répond, en namurois, le féminin aw'jale « petite 
anguille » ( 2 ), qui présente toute une série de formes curieuses, propres 
à montrer comment les mots s'altèrent dans le langage du peuple : 
I . awaljale ( 3 ), où l'influence du suffixe a amené l'insertion d'une syllabe 
parasite dans le corps du mot; — 2. aw'djale, avec épaississement de j 
en dj (') : d'où, par assimilation, axv'djazve, lequel, à son tour se dissimile 
en ab'djawe, puis en aVdjouwe ; — 3. iuicjale (M. Boigelot) ; inw'djale 
ou inw'djawe (M. L. Loiseau), qui ont subi l'influence du nam. inivîye 
« anguille ». 

( 1 ) A Visé, elle s'appelle coivèle (proprement « petite queue, cordonnet »). 

( 2 ) BI) 1910, p. 9. — Un lieu dit de Wavre, la ferme de Lauzelle, se dit en w. 
li cinse di Law'jale, qu'il faut peut-être écrire l'aw'jale. 

( 3 ) Dict. nam. de F. Delfosse, ms. de 1850 ; voy. BSW 45, p. 345. 

( 4 ) Comp. qui d'djoz ? (Ciney) « que dites-vous ? « à côté du nam. qui a"joz ? 
(BI) 1913, p. 117). — Les formes mo'djaïve et ab'djaive sont signalées à Andenne 
(BI ) 1909, p. 29) ; (didjouive est dans le feuilleton de Li Ban-Cloque, n° du 4 juin 1911 . 



— 19 — 

liég. âyehê 

Ce mot ne, subsiste que comme nom de lieu aux environs de Liège, 
à Jupille notamment et à Herstal, où il désigne une place publique, 
un terrain communal, une aisance : c'est en somme un synonyme de 
âfïmince (anc. fr. aisemence) et de zvèrihè ( 1 ). La Toponymie de Jupille 
lui consacre un copieux article, plein de citations d'archives (BSW 49, 
p. 226). On y relève : voye de Laiyehea (1452), en Leyheal (1492), en 
Layhay (1498). Le mot s'est francisé en Laixheau, devenu aussi nom de 
famille. Bien que, dans tous les textes, l'article défini se soit soudé au 
substantif, il faut analyser V âyehê, comme Lille (= l'île), la rue Lulay 
(= Vûlê, l'îlot) à Liège, etc. 

La désinence est celle des diminutifs oûhê (*aucellum: oiseau), 
wahê (vascellum : -vaisseau). Elle est ici précédée d'un e muet ou, 
plus exactement, d'une protonique féminine, comme dans panltê 
(*panicellum, petit pain), cwèn'hê (*cornicellum, bout de corne 
servant d'éteignoir ou de cornet à boudin), cofhê (*corticellum, 
petit courtil), damliê (dominicellum : damoiseau), aw'hê (* acu- 
cellum), voy. cet article. Mais où trouver le radical de âyehê ? 

Il y a quelques années (BD 1910, p. 34), j'ai proposé le latin 
a(d)jutum «aide » : des textes parisiens du xm e siècle cités par 
Du Cange, portent en effet adjotum, ajoudum, au sens de terrain, terre. 
On pouvait cependant objecter qu'il n'y a pas trace, chez nous, d'un 
* ayoa roman, employé comme substantif masculin au sens de «terrain 
d'aisance » ( 2 ). D'autre part, le latin adjacens «annexe)) adonné le 
fr. aise, liég.âhe, de même que le pluriel adjacentia a donné le fr. 
aisance, liég. *ahince, devenu ahèce sous l'influence du verbe ahècî 
(accommoder). J'estime à présent plus plausible l'hypothèse d'un dimi- 
nutif qui se rattacherait à cette dernière famille. Le type schématique 
serait donc *adjace(ns) + cellum, réduit en *ace-cellum. Com- 
parez fâyliê (1. d. de Mormont lez Erezée), diminutif de jàyi (fage- 
tum : hêtraie), comme le montre la forme fàyijê (1. d. de Mogimont 
lez Ucimont). 

liég. bâ 

On ne doit pas confondre, en liégeois, bâ avec bâ (voy. cet article) ; 
de plus, sous chacun de ces chefs, il faut distinguer deux mots différents. 

( 1 ) On pourrait aussi reconnaître notre V âyehê dans le nam. lauja « endroit dans 
un bois où il y a de l'herbe », qui ne m'est connu que par G., II 16. 

( 2 ) L'ancien wallon n'a que le féminin aioive, aiouwe (aide, action d'aider). 



— 20 — 

1. À Visé, tout près de la frontière germanique, j'ai entendu l'adjectif 
bâ, fém. bâde « hardi, effronté » : bâde gueûye !, et, comme substantif : 
û ! V bâ ! « ah ! le brutal ! ». — C'est évidemment une survivance de 
l'anc. fr. bald, bout « joyeux, hardi, fier, présomptueux », qui vient 
du francique bald « hardi, gai ». 

2. D'autre part, le germ. b'alk — d'où le fr. et rouehi bau « poutre » — • 
est devenu normalement en liégeois bâ, que nous relevons dans le 
hesb. hèri'bâ (= liég. hèrivâ ; voy. ci-dessus l'art, ain'bô), et dans int'bd 
(Liège. Verviers), t. de charp., « entrait », littéralement « entre-bau » ( x ). 
Il faut y ajouter une expression archaïque, inexpliquée jusqu'ici, qui 
se rencontre dans la Complainte de 1631 : 

Dj'a p'tchî d'oyî 1' messe et 1' sièrmon... 
qui d'èss' dilé ces bas ( 2 ) d' djibèt, 
qui crucifiyèt noss' Sègneûr 
â 1' blasfèmer tortot' lès-eûres. 

Lisez bâ (ou bâ) d' djibèt « poutre transversale de gibet », expression 
figurée dont le peuple faisait jadis une injure analogue à potinoe, rowe ( 3 ), 
c'est-à-dire « gibier de potence, pendard ». Un mien ami, né vers 1870 
à Milmort près de Liège, se rappelle que, dans son enfance, sa grand- 
mère le traitait parfois de bâ-djubèt. J'y vois une altération de bâ 
d' djubèi. par négligence de prononciation et, peut-être aussi, par 
fausse étymologie (influence de l'adjectif bâ). 

liég. bak'neûre 

Le Supplément de Littré accueille bacnure ou. baquenure, t. de mine, 
syn. bouveau. Ce mot est emprunté du liég. bak'neûre, syn. trintche 
(« tranche ») : c'est ainsi que nos houilleurs appellent une galerie 
menée horizontalement à travers bancs de roche pour atteindre la 
couche de houille, po r'côper V vonne. G.. I 42. ne donne pas d'étymo- 
logic. Bormans, Vue. des houilleurs liégeois, y voit un dérivé de banc (!). 
Il signale le syn. bakèn'mint (inusité) ; mais il oublie le verbe bak'ner, 
qui est d'usage courant au bassin de Liège comme synonyme de 
trintehx (« trancher » : pratiquer une bacnure). — On ne peut séparer 

( x ) Lobet : aidbau ; Body, Voc. des charp. : aindbau (avec au, graphie équivoque, 
pour à). 

( 2 ) Choix, p. 76 ; orthographe des éditeurs, qui ne paraissent pas avoir compris 
le mot que nous soulignons. 

( 3 ) " Potence, roue », instruments de supplice. Ces mots féminins deviennent 
masculins dans ce sens figuré : on fr (laid) potince, on le rowe. — Comp. lat. crux 
(esclave qui mérite la croix). 



— 21 — 

bak'ner du néerl. bakenen « baliser, jalonner » ( x ) : clans le creusement 
d'une baJc'neûre, les ouvriers doivent fréquemment jalonner la galerie 
pour s'assurer qu'ils tiennent la direction voulue. Cette action parti- 
culière a donné son nom à l'ensemble des opérations. 

liég. bar, nam. baur, bôr 

Le Dict. liégeois de Forir donne laconiquement : « bôr, hangar, abri » ; 
mais il emprunte distraitement ce mot à G., I 49, qui l'attribue au dia- 
lecte namurois. Il faut rayer l'article de Forir et le remplacer par 
le liég. bar, s. m., que j'ai entendu à Liers au sens de : « ensemble des 
traverses qui supportent les gerbes au-dessus de l'aire » (voy. l'art. 
bèrôdî). La forme namuroise est baur ou bôr, s. m., « chartil, hangar, 
remise pour chariots et instruments aratoires, abri léger formé d'un 
toit que supportent des piquets ou des piliers en maçonnerie et qui 
s'adosse à un côté de la ferme » (Namur, Ciney, Dinant. Thorembais- 
St-Trond). A Gives et à Solières, près d'Andenne, j'ai entendu : il è-st-è 
bar, syn. è hangar. Enfin, un registre manuscrit des assemblées des 
manants et policiens de Sprimont porte ce qui suit pour l'an 1751 : 
« faire une espèce de bar ou chary afin d'y réfugier ses hernats... ». 

Les formes bar, bâr prouvent que le nam. bôr n'a rien à démêler avec 
l'anc. h. ail. bûr « demeure », ni avec l'ail, bohren « percer » ( 2 ). Pour 
la lettre et pour le sens, le rapprochement s'impose avec le liég. bâre, 
nam. baure, bore, s. f., qui répond au fr. barre, d'un type *barra (per- 
che), d'origine inconnue. Un type *barrum (assemblage de perches, 
de poutres) expliquerait le masculin bâr, bâr, baur ( 3 ). A remarquer 
d'ailleurs qu'à l'ouest de Liège (Seraing, Huy), on dit au masculin 
on bâr di fier « une barre de fer » et, au jeu de barres : qzviter, toutchî 
on bâr. 

liég. bègâ, bigâ ; malm. digâ 

G., I 51 et 54, n'explique pas le liég. bègâ « fange, bourbe », nam. 
bigau « vase, limon ; jus de fumier ». La forme bigâ existe aussi à 

( 1 ) Dérivé du néerl. baken « balise, bouée », d'où le w. bakène, t. de bat., même sens 
(G., II 500). L'acception primitive de baken est « signe » en général ; cf. Kluge bake ; 
Franck- van Wyk baak ; Schuermans, De Bo bake, baak. 

( 2 ) Voy. G., I 49 ; Feller, Notes, p. 318. Comp. ci-après l'art, beûr. 

( 3 ) D'après Meyer-Liibke, n° 963, l'anc. fr. bar « abattis d'arbres, château-fort », 
qui survit dans de nombreux noms de lieux, est probablement connexe avec * barra. 
— Pour le rapport entre *barra et *barrum, comp. lat. vallus : pieu ; vallum : 
palissade. 



22 — 

Liège (Forir), à Jupille, Verviers, Sprimont, etc. ( x ). Ailleurs, on dit 
bègau (Ciney). bigâ (Huy, Vielsalm), bigau (Awenne, Namur, Dinant), 
bigau ou bigâr (Charleroi), bugau (Wavre), bigau (Jodoigne, Perwez, 
Chastre-Villeroux) et, avec r épenthétique, brigau (Lavacherie. Ortheu- 
ville). On voit que le mot n'appartient qu'au dialecte wallon propre- 
ment dit. Dans les villes, telles que Liège et Verviers, on lui attribue 
le sens général de « fange, bourbe, margouillis »; une flaque d'eau répan- 
due par mégarde s'appelle on bigâ d'êive ( 2 ). A la campagne, le mot a 
l'acception technique de « purin, eau de fumier », — ce qui est, pour 
moi, le sens étymologique. 

Je tiens en effet bègâ, bigâ pour un dérivé du moyen h. ail. bîge (ail. 
mod. beige: amas, tas, monceau), formé à l'aide du suffixe -â (-a, -ô, 
-âr), fr. -ard. Le tas dont il s'agit, c'est pour les campagnards le tas par 
excellence, le fumier. Reste à déterminer le sens du suffixe -â. Attaché 
à des thèmes nominaux, il a d'ordinaire une valeur augmentative, 
comme dans bîrâ « bière, civière », bocâ « trouée d'une haie » (dér. de 
boke « bouche »), cohâ rf' vê « jarret de veau », propr. «cuissard», fèssâ, 
« fessier », fouwâ « feu en plein air », hurâ « hure de sanglier », etc. 
Plus rarement, il peut avoir un sens moins précis et marquer un simple 
rapport de proximité, de dépendance : le câvâ, c'est le palier de la cave, 
la trappe, le plancher mobile ou suspendu donnant accès à la cave ; 
le niyâ, c'est le nichet qu'on met dans le nid. Dans ce dernier cas, l'expli- 
cation de bigâ est aisée : c'est la fosse adjacente au tas de fumier. 
Dans le premier cas, on admettra que bigâ a signifié d'abord «gros tas 
[de fumier]» — sens disparu sans laisser de trace — ; d'où, par exten- 
sion : « le liquide qui sort de ce tas et qui est recueilli dans une fosse 
adjacente » (comp. fàsseit de bigaut : Jean d'Outremeuse) ; puis, en 
général : « eau sale et bourbeuse , bourbier ». 

Le liégeois bêgâ est remplacé, dans la région de Malmedy, par digâ, 
qui signifie : 1. « bourbier » (Malmedy : Villers) ; 2. « purin » (dans 
les campagnes, par exemple à Faymon ville : ira (V digâ « fosse à purin »). 
C'est l'augmentatif de digue (pron. dïk) « fosse remplie d'eau, mare », 
qui dérive de l'anc. h. ail. dîch « marais, étang, réservoir (ail. mod. 
teig ; à Eupen deïk : à Elberfeld deeg ; des dialectes néerlandais ont de 
même conservé à dyk le sens de « fossé, mare, bourbier »). 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 548.] 

(*) De même dans Jeun d'Outremeuse (Geste de Liège. II. 1185) : « dedens un 
grant fosscit de bigau t ks but toit ». Godefroy a un article begart 2, dont il ignore 
la signification et qui est évidemment notre mot. Voy. ci-après l'art, embegaré. 

( 2 ) Syn. màssî potê. — Entendu à Seraing : de café qu'est neûr corne de bigâ («noir 
comme du purin »). 



— 23 — 

w. bêrih 

G., Voc. des noms w. d'animaux, etc. (Liège, 1857), p. 29, donne 
bairih « sol improductif ». Dans son Dict., II 500, il cite le même mot 
d'après le verviétois Lobet ( 1 ), et, à ce propos, Scheler pense à l'anc. 
fr. barraigne, fr. brehaigne (stérile) ou à l'ail, baar (nu) : propositions 
inacceptables. — Le mot est inconnu en liégeois. Nous ne l'avons 
entendu qu'à Ferrières, où un bêrih désigne un terrain inculte, couvert 
de broussailles, de genêts, etc. ; un trîh (moyen néerl. driesch) y désigne 
aussi un terrain inculte et broussailleux, mais où poussent quelques 
arbres. — On reconnaît sans peine dans bêrih un emprunt du germ. 
berg «montagne » (anc. h. ail. bëreg, dial. luxemb. tferch), qui a pris en 
wallon le sens général de « terrain impropre à la culture, comme le sol 
d'une montagne ». Pour la forme, voy. l'article ârîh. 

anc. w. berckmoese, anc. fr. becquemoulx, lerquenoux 

L'anc. w. berckmoese (Liège, 1527) et l'anc. fr. becquemoulx (Lille, 
1461) figurent dans des textes qui contiennent rémunération de 
matières tinctoriales ( 2 ). Godefroy traduit vaguement becquemoulx 
par : « sorte de teinture ». Pour Bormans (BSW 9, p. 211), berckmoese 
est peut-être le même mot que le liégeois moderne lakmoûse « bleu 
corrosif qui sert aux maçons », c'est-à-dire « tournesol ». G., II 557, 
enregistre dubitativement cette opinion ; mais, se demande-t-il, 
comment expliquer l'élément berck ? 

Si une seule des deux formes berck- ou becque- était attestée, on pour- 
rait supposer une graphie erronée ou une fausse lecture du moyen 
néerl. lecmoes, leecmoes, type primitif de lakmoes « tournesol » ( 3 ). 
Mais la même erreur a-t-elle pu se produire de deux côtés si différents ? 
Ce n'est guère plausible. D'autre part, le néerlandais ne paraît pas 
connaître berckmoes. N'était cette difficulté, le premier élément pour- 

( x ) Lobet donne un sens 2 : « laine de moutons bruns employée dans sa couleur 
naturelle pour faire du drap de capucins ». De plus il fait de bruskène le syn. de 
bairih « lande, terre inculte ». Chose curieuse, il n'attribue pas à bruskène le sens 2 : 
« laine qui porte sa couleur », sens qui est attesté par Remacle, G., I 84, Bormans 
(in BSW 9, p. 247), Villers, etc. Ce bruskène (laine) est inséparable de bruskin 
(espèce de drap : anc. w., G., II 562), anc. fr. broissequin (God.), qui est proba- 
blement d'origine germanique. 

( 2 ) Voyez ces textes ci-après à l'article oirzelle. 

( s ) Franck- van Wyk tire Izcmoes (vers 1500 ; west-flam. lekmoes) de hkken, 
moyen néerl. lêken « égoutter », altéré sous l'influence de lak « laque ». Nom d'une 
matière tinctoriale dont on fait une bouillie (moes, pap), qu'on fait ensuite égoutter. 



— 24 — 

rait être le moyen néerl. berck « écorce », que possèdent encore des 
dialectes modernes ( 1 ). D'après nos anciens textes, l'écorce de certains 
arbres (aune, noyer, pommier) fournissait une teinture ( 2 ). 

Enfin un type lerquenoux se rencontre dans un texte de 1464 : « que 
doresnavant (les drapiers) pourront taindre tous petis draps non scellez, 
de ozeille ou de lerquenoux » (Romania, xxxiii, 564). Il faut, je crois, 
lire berquemoux, en rapprochant cette forme de berckmoese, becque- 
moulx ( 3 ). Il est remarquable que, dans les trois textes, la matière ainsi 
dénommée figure à côté de l'orseille. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 549.] 

liég. bèrôdî 
G., I 52, 333, a ces deux articles : 

1. bèraudi (cage servant à élever les badigeonnenrs, etc.). Nam. id. (bascule 
d'un puits) [?]. Comp. dial. deBayeux bèreau (tuyau qui sert à déposer le cidre) ? 

2. bèraudi (1. grenier situé au-dessus de l'aire d'une grange; 2. en général 
tout grenier formé de perches ou de poutrelles et servant à mettre de la paille, 
du foin, des fagots, etc.). Nam. biraudî (au sens 1) ( 4 ). 

Pour le lecteur habitué aux analyses verbales, ces deux articles se 
ramènent sans effort à l'idée commune d' « échafaudage ». Les formes 
anciennes beroudie 1268, berrodier 1273, berodier 1275, -ire, 1326, 
-i 1394 ( 5 ), ne nous apprennent pas grand' chose. Il faut poursuivre 
notre enquête à travers les vocabulaires régionaux et. autant que 
possible, sur le terrain. 

Le sens de « cage... » est signalé en outre par Body, Vocal, des cou- 
vreurs (BSW 11, p. 144), A. Bouhon, Voc.du peintre (ib.,39, p. 144), et 
Pirsoul, Dict. namurois, qui le donne comme terme de fondeur, pour 

( 1 ) Les dialectes de Groningue et de la Drenthe lui donnent le sens spécial de 
« écorce de chêne, tan ». Le west-flam. bark, bork signifie « croûte d'écorce, épiphlœum, 
enveloppe subéreuse ». 

( 2 ) Voy. G., II 623 ; Godefroy, brugnier. 

( 3 ) M. Behrens, Beitràge, p. 150, fait le même rapprochement, mais il paraît 
admettre l'opinion de Bormans qui voit dans ces mots des variantes de lakmoûse. 
— M. Roques (Romania, xxxvi, 270) dit que lerquenoux est peut-être Vorcanète 
en supposant l'agglutination de l'article et une substitution de désinence. Cette 
conjecture n'est guère admissible. 

( 4 ) De même Forir : bèrâdî [?], bèrôdî ; bèrondî. — Voy. aussi G., I 55 : « biraudi, 
sorte de jeu ». 

( 6 ) .1. Cuvelier, Inventaire des arch. de V abbaye du Val-Benoît (in Bull. Inst. 
archéol. liég., t. xxx, p. 585) ; Cartulaire de V abbaye du Val-Benoît, pp. 188, 206, 
212, 375, 708 (Bruxelles, 1906). 



— 25 — 

désigner le plancher sur lequel se tient le chargeur. — L'autre signi- 
fication « faux plancher au-dessus de l'aire d'une grange » est de loin 
la plus répandue. Voici les formes recueillies : bèrôdî, -i Liège, Ver- 
viers ( l ), Spa, Sprimont, Cherain. Villers-S te -Gertrude, Wellin, St-Hu- 
bert, Lavacherie, Sibret, Huy, Ciney ; Namur (Pirs.) ; Philippeville, 
Dorinne, Stave, Vonêche, Chiny, Florenville, Buzenol, S te -Marie- 
sur-Semois, etc. ; bèroûdî Dinant, Bouvignes ; birôdi Malmedy, Sta- 
velot, Francorchamps ; Namur (G.) ; bèrôdeû Mont-le-Ban ; -û Viel- 
salm, Bovigny ; birlôdî Glons, RocFenge-sur-Geer (épenthèse de l) ; 
barôdi gaumais (Maus, Vocab. de Virton, nos. de 1850). 

L'aire géographique de ce mot comprend donc Malmedy, la majeure 
partie des provinces de Liège, de Luxembourg et de Namur ; YEnquête 
sur les patois d'Ardenne de M. Ch. Bruneau (1914 ; t. I, p. 454-) nous 
apprend qu'elle s'étend même au nord du département des Ardennes. 
La variété des formes porte sur la désinence (-î ou -i, rarement -eu, 
-û par confusion de suffixes) et sur la première syllabe bè-, bi-, ba-, 
où l'on soupçonnera la présence du préfixe latin bis- (voy. BD 1907, 
p. 138), d'autant plus qu'à Rethel (Ard. franc.) nous trouvons arraudi ( 2 ) 
et que M. Bruneau, dans son Enquête, relève carôdi sur quelques points 
de la même région. Mais que signifie le radical -rôd- ? 

Si nous interrogeons les synonymes de bèrôdî « faux plancher au- 
dessus de l'aire d'une grange », nous retiendrons bihoûle, s. f., à Sart- 
lez-Spa (altéré sans doute de *bihoûr), ourdi à Neufehâteau, Voûrdi 
ou lé(s) ourdis à Alle-sur-Semois, V hoûr ou lé(s) hoûrs à Oisy, oûr à 
Pecq, ourdâge à Wiers. ordia à Marbais, qui nous ramènent à l'anc. h. 
ail. hurd (ail. mod. hiirde, claie), désignant tout ouvrage fait par entre- 
lacement de branches, assemblage de poutres, etc. ( 3 ). Dès lors, nous 
poserons en fait que bèrôdî est altéré de *bèhôrdî, devenu par méta- 
thèse *bèrliôdî ou *bèrôd , hî : l'aspirée a disparu, comme dans cwèpliî 
cordubisarium > czvèpî. Le suffixe est -î (-ier, -arium) comme 
dans plantchî, plancher ( 4 ). Quant à la première syllabe, on peut y voir 

(!) On signale à Verviers l'expression : c'è-st-ô grand bèrôdî « c'est un grand 
fainéant, un grand corps sans énergie » (BSW 53, p. 417). — Le même sens de déni- 
grement est attribué, par métaphore, à hèn'bô (voy. l'art, ani'bô) et à hâbiêr (voy. 
cet article). 

( 2 ) H. Baudon, Le patois des environs de Rethel, donne arraudi « espèce de plancher 
formé de perches où l'on place des bottes de paille ». 

( 3 ) Voy. Dict. gén. hourd ; Hécart hourdage ; Corblet hourdis ; Bruneau, 
op. cit., pp. 454-5. 

( 4 ) Dans le fr. hourdis et l'anc. fr. behordis, le suffixe est -is, qui se prononcerait 
en wallon iV (taillis : tèyis''). Les formes du xm e siècle citées plus haut montrent 
aussi que le suffixe est bien -arium. 



— 26 — 

soit le préfixe latin bis-, soit le germ. bi-; dans ce dernier cas, bèrôdî 
se rattache directement à l'anc. fr. behourder, que Meyer-Lûbke, 
n° 1098, dérive du francique bihurdan « enclore, palissader » ( 1 ). 

liég. beûr, fr. bure 

D'après le Dictionnaire général, le fr. bure. s. f., puits de mine, « est 
emprunté du flam. booren (sic), ail. bohren, percer ». C'est l'opinion 
communément reçue : les auteurs la répètent, avec plus ou moins 
d'assurance et toujours sans l'ombre d'une démonstration ( 2 ). Pour 
ma part, je ne puis m'y rallier. D'abord il convient, en toute justice, 
de restituer ce vocable au dialecte liégeois, qui a donné au français 
tant de termes de houillerie, à commencer ]3ar houille même. Le fr. bure, 
devenu féminin en vertu de fausses analogies ( 3 ), vient d'un vieux mot 
liégeois, toujours masculin, que les actes anciens écrivent bur ou bure 
et que le peuple prononce aujourd'hui beûr (bér). A partir du XIV e siè- 
cle ( 4 ), on le rencontre fréquemment dans nos archives, par exemple 
en 1316 : « et ne poront parmi le fosse et le bure fait elle terre... traire 
nulle hulhe » ( 5 ); en 1334 : « ilh deveront les bures remplir » ( 6 ); on 1358 : 
« faire burs. fosses, voies ne paires » ( 7 ) ; etc. 

Ce point établi, d'où vient le mot liégeois ? Il apparaît isolé, sans 
ascendant, sans famille. Chose étrange : si, comme on le prétend, il 
est né d'un verbe, d'un nom d'action, il n'a lui-même produit qu'un 
diminutif : burtê « *bureteau » ( 8 ). Autre singularité, un verbe germa- 

(*) Godefroy, à l'art, behordeis, cite la forme borordeis, qui se rapproche singuliè- 
rement de notre bèrôdî. 

( 2 ) G., I 53 ; Scheler ; Bormàns, Vocab. des houilleurs liég.; Ilrix, n° 228 ; Meyer- 
Lûbke, n° 1211. — Morand, Art d'exploiter les mines, invoquait en 1768 l'anglais 
bore, trou. Delmotte, en 1812, remontait au celtique bor, puits (!). Sigart ne parle 
qu'incidemment de bure, à propos de Borain, Borinage. Soit dit en passant, il est 
certain que bure et Borain n'ont aucun lien de parenté. 

( 3 ) Influence de la finale -ure et de l'homonyme bure, étoffe. 

( 4 ) On ne peut faire fond sur le prétendu cheans de (ou del) bur, qui, d'après F. 
Henaux {Lu Houillerie du pays de Liège, pp. 35 et 36 ; Liège, 1861), figurerait dans 
une charte de 1202. Grandgagnage ne connaît que les formes cheans do (ou del) bu 
(Voc. des anciens noms de lieux, p. 15). 

( 5 ) Acte du Val-St-Lambert, cité par F. Henaux, p. 116. 

( 8 ) Cuvehei, Cartul. de V abbaye du Val-Benoît, p. 472 ; item en 1379 et 1394, 
pp. 632 et 760. 

(') Ibid., p. 485 ; item en 1365, p. 512. 

( 8 ) Je laisse de côté burin, qui n'est pas, je crois, foncièrement wallon. On tire 
d'ordinaire le fr. burin du germ. boro (ail. mod. bohrer : perçoir, tarière) ; mais 
cette dérivation est très douteuse pour la forme et pour le sens ; voy. Korting. 
n° 1509 ; Meyer-Lûbke, n° 1224. 



— 27 — 

nique nous aurait donné directement un substantif. Enfin, il me paraît 
phonétiquement impossible d'associer le germ. boren (bohreri) et la 
forme francisée bur(e). Il faut donc chercher autre chose. 

Le dialecte liégeois confond aujourd'hui deux catégories différentes 
de mots dans la même prononciation -eûr {-&r fermé long) : 1° ceux qui 
on 4 en latin -éram. -érem, -érum (eûre, fleur, longueur, tchancVleûr = 
fr. heure, etc.) ; 2° ceux qui ont en latin -f/rara, -srum {heure cure, 
dobleûre doublure, maweûr mûr, meûr mur, deûr dur) ou en ancien ger- 
manique -ûr (seûr sur, aigre, heure grange). Mais d'autres dialectes 
conservent une distinction qui s'est effacée en liégeois moderne. A 
Seraing-sur-Meuse, par exemple, si l'on dit comme à Liège eûre, fleur, 
etc., on prononce heure, dobleûre, etc., avec œ ouvert bref, ainsi que 
beur, puits de mine. Notre mot rentre donc bien dans la seconde caté- 
gorie, et la forme francisée bur(e) est correcte. Une origine latine ne 
pouvant ici être invoquée, il suffit d'interroger ceux de ces mots qui 
viennent du germanique, à savoir seûr, seur (sur, aigre ; de l'anc. h. 
ail. sûr, ail. mod. sauer), heure, heure (grange ; de l'anc. h. ail. sc'ûr, 
ail. mod. schauer, scheuer), pour se convaincre que beûr, beur postule 
nécessairement un type ane. h. ail. bûr. Ce type existe en effet, — mais 
avec le sens de « maison » (ail. mod. bauer : volière). 

A première vue, on se croira sur une fausse piste : comment mie 
« maison » peut-elle se muer en « puits » ? On fera bien cependant de 
ne pas trop s'arrêter à l'objection. Ce que nous pourrions appeler 
« l'obsession sémantique » est souvent un écueil pour l'étymologiste. 
Celui qui, par exemple, guidé par l'analogie des significations, veut 
dériver boucher (s. m.) de bouche, houille de kohl, bure de bohren, se 
laisse égarer par cette obsession. Poursuivons donc nos recherches, 
pleins de foi dans la constance des lois phonétiques, et nous trouverons 
ceci. Jadis, au pays de Liège, sur la bouche du puits de mine, s'élevait 
un hangar ou une baraque, abritant la machine d'extraction. Pour les 
petits puits, c'était une cabane de planches ou de clayonnage, appelée 
hutte, en w. houte. Pour les grands puits, on établissait une enceinte 
plus solide : de fortes pièces de bois formaient une cage à claire-voie, 
couverte de chaume et garnie sur trois côtés de planches à hauteur 
d'appui. Sous ce toit, au-dessus de la bouche du puits, étaient suspen- 
dues les deux poulies ou rôles du bur. Un savant allemand du xvi e siècle 
(Agricola, de Re metallica, 1546) appelle cette construction casa putealis. 

— J'emprunte ces détails d'histoire à l'ouvrage de Morand ( x ) : ils 

(*) Art d'exploiter les mines de charbon de terre (2 e éd., Neuchatel, 1780), pp. 37-38. 

— Sur cet ouvrage important, voy. F. Henaux, op. cit., p. 15. 



— 28 — 

corroborent singulièrement les données de la phonétique et légitiment 
la conclusion suivante. Dans les premiers temps de la houillerie lié- 
geoise, on appelait *bur de fosse la hutte élevée sur le puits. Le bur 
de cette époque lointaine, avant de donner son nom à la fosse même, 
c'était une très simple ébauche du « beffroi » de la houillère mo- 
derne ( 1 ). 

Il est certain que les dialectes du nord — y compris le liégeois — 
ont connu bur au sens général de « maison ». Le normand le connaît 
encore (Meyer-Lûbke, n° 1397) ; l'ancien liégeois et le français en ont 
tiré le diminutif buron « cabane « (voy. ci-après l'article lûrê). Il est 
non moins avéré que, chez nous, bur a perdu depuis des siècles le sens 
de « maison ». On peut concevoir plusieurs raisons de ce fait. Le mot 
étant d'origine étrangère, il s'y attachait une nuance de dédain : c'était 
une maison de clayonnage, une chaumière. Il trouvait aussi un concur- 
rent dans le dérivé buron, qui avait plus de corps. Enfin il s'employait 
pour désigner la construction rudimentaire qui surmontait le puits de 
mine, et cette fonction spéciale fit oublier l'acception générale. Seuls 
les houilleurs conservèrent ce terme archaïque, mais en le détournant 
bientôt de sa signification propre. Grâce aux expressions courantes 
moussî, dihinde, ovrer è beûr (entrer, descendre, travailler dans le 
bure), H trô, les rôles de beûr (le trou, les molettes du bure), etc., on le 
prit naturellement pour le synonyme de fosse. L'évolution sémantique 
dut s'accomplir de bonne heure, probablement au xm e siècle (voir les 
textes cités plus haut). 

En résumé, le liégeois bur(e) a passé par les étapes suivantes : l.t. gén., 
maison ; surtout maison chétive, syn. buron ; — 2. spécialement, t. de 
houill.j bur (de fosse), construction élevée sur la bouche du puits d'ex- 
traction ; — 3. par confusion : puits d'extraction ; — 4. par extension : 
tout puits de min», s'ouvrant au jour, non seulement le puits d'extrac- 
tion (beûr a trêve), mais aussi le puits d'aérage (beûr d'êr), le puits 
dVxhaure (beûr as colories) et le puits aux échelles (beûr as hâles). 
Le sens 4 est le seul connu aujourd'hui. 

[BD 1920, pp. 4-7.] 

(') Le châssis à molettes s'appelle en liégeois moderne bèlfleûr ou bèle-fleûr. C'est 
une altération, par étymologie populaire, de belfreude, que Morand donne au 
xvni e siècle (op. cit., p. 38). L'anc. w. bellefroit équivaut à Pane. fr. berfroi (= fr. 
mod. beffroi), emprunté de l'anc. germ. bergfrid « (tour) qui protège la sûreté) ». 
Le fr. beffroi a aussi, par extension, le sens de : « charpente supportant les cloches 
d'un clocher ou le mécanisme d'un moulin » ; voy. G., II 502, 557. 



— 29 — 

w. bihot 

Aucun dictionnaire ne signale le w. biht « vase de ménage, bidon, 
récipient quelconque servant à la cuisine », qui existe notamment à 
Crehen (Hesbaye),à Huyet à Melreux, surtout au pluriel. Nous y recon- 
naissons le moyen néerl. behôf, néerl. behoef (ail. behuf) « besoin, néces- 
sité; au plur., ustensiles ». Le sens concorde pleinement. Pour la proto- 
nique e > i, comparez l'art, gistel. La finale seule peut faire difficulté: 
on l'expliquera par l'influence analogique du suffixe -ot et surtout en 
comparant Je liég. rS, t. de batellerie, « cabine placée au milieu du 
bateau » (G., II 319), emprunté du moyen néerl. rôf, néerl. roef (angl. 
roof, d'où le fr. rouf). — Pour désigner le coffin du faucheur, on dit 
au sud biho (La Cuisine, Chassepierre, etc.), biyi (Herbeumont, Stave, 
etc.). C'est peut-être le même mot pris dans une acception spéciale, 
mais plus probablement une altération du fr. anc. et mod. buhot 
« tuyau, gaine » ( x ). 

fr. bleime, w. blême, blène 

G., II 504, enregistre, d'après Simonon, le liégeois blem (sic) « cor 
au pied d'un cheval » et, d'autre part, M. W. Gorrissen signale à Huy 
blême, s. f., « bleime du cheval ». Ce mot technique nous vient appa- 
remment, par voie livresque ou savante, du fr. bleime, s. f., t. de vété- 
rinaire, « irritation qui attaque la sole des talons du cheval ». Mais 
d'où sort le fr. bleime ? On le trouve pour la première fois en 1690, dans 
Furetière ( 2 ) ; il est d'origine incertaine ; peut-être a-t-il le même radical 
que blême. C'est tout ce que nous apprend une note concise du Dict. 
gén., qui atténue sagement l'opinion de Littré ( 3 ). 

En réalité, bleime, s. t., n'a rien de commun avec l'adjectif blême. 
Pour l'expliquer, je m'adresserai au néerl. blein « vessie, ampoule », 
qui est bien connu en pays flamand ( 4 ), d'où il a pénétré dans l'est du 
Brabant wallon : nous y relevons en effet blène, blême, s. f., avec le 

( x ) Sur buhot, voy. God. et le Dict. gén. — Les formes ard. et gaum. btîe, buwè, 
buwo, bua, baya, etc. (voy. Bruneau, Enquête, I 194), plaident pour buhot. 

( 2 ) M. Ant. Thomas me signale un exemple de 1665 cité dans le Dict. gén., seime. 

( 3 ) Ulrix, Germ. Elementen in de Rom. talen, n° 188, aurait dû imiter cette réserve 
prudente. — Voyez Fart, de Littré. On ne trouve rien dans Diez, Kôrting, Meyer- 
Lubke. 

( 4 ) Voyez une note intéressante dans De Bo sur le west-fl. blein(e). Vercoullie tire 
le néerl. blein du moyen néerl. blaeien « souffler », sur le type du syn. blaar, dérivé 
de blazen. Franck-van Wyk n'en parle pas. 



— 30 — 

sens général de : « contusion, blessure plus ou moins grave » ( x ). Le chan- 
gement de la finale -ne en -me est assez fréquent dans nos patois ( 2 ) ; 
le fr. bleime dérive sans doute d'une forme dialectale qui avait subi 
cette altération. Enfin, la graphie -ei(me), insolite en français, pourrait 
être un souvenir du germ. -ei(n). 

[Romania, t. xlv (1919), p. 179. — Ajoutons que la bleime du cheval se 
dit à Thimister-Clermont stigal, emprunté de l'ail, steingalle.] 

liég. bô, ard. bôkê ; liég. bôkê, bôkî 

Nous avons dit, à l'article bâ, qu'il ne faut pas confondre bâ avec bô. 
Ce dernier représente deux termes techniques différents, d'ailleurs peu 
connus en liégeois. 

1. Le batelier de la Meuse appelle bô un boulon-tirant à tête très 
large, traversant les hanches du bateau et venant se boulonner sur les 
traverses ( 3 ). Nous y voyons le néerl. bout, ail. bolz « boulon, cheville » ; 
comparez hout, holz (bois), qui a donné hô dans des noms de lieu, par 
exemple : Bèhô, près de Vielsalm, altéré de *Bohô : ail. Bock(h)olz, 
sur la carte de Ferraris ( 4 ). 

2. Un autre bô, au N.-E. et au S.-E. de Liège, désigne une sorte 
d'anneau, dans les quatre cas suivants : 1° anneau de fer adapté aux 
extrémités du cadre de la charrette à ridelles et aux deux bouts du 
hamê ou banc ( 5 ) ; — 2° lien en fer qui assemblait la botte (bivèrê) 
des verges de fer dont le cloutier à la main faisait naguère des clous, 
au pays de Fléron-Romsée ( 6 ) ; — 3° à Thimister-Clermont, anneau de 
chêne tordu ou de fer qui glisse dans le poteau (le staminî) de la crèche 
ou mangeoire de la vache : une chaîne, passée dans le bô, retient par le 
cou l'animal qui peut ainsi lever et baisser la tête ( 7 ) ; — 4° vers 

( 4 ) Pat exemple ;t Chastre-Villeroux (Sud de Wavre) : djë m'a fouleu one blène ; 
tl a one Irilc blène a s 1 d jambe ; de même à Ste-Marie-Geest (lez Jodoigne), où l'on 
a formé un verbe blèner « blesser » : ël a sti lêd'mint blène. La forme blême existe 
notamment à Pécrot-Chaussée : â-ç' que t'as co sti qwêre ce blême la ? të t'arès co 
butai, bé seûr ! 

( 2 ) Liég. slrème, étrenne ; ard. prème (Bovigny), prune ; rouchi Urne (Mons), 
ténu, mince ; etc. 

( 3 ) Définition de M. Fouarge, Mémoire (inédit) sur la. Batellerie liégeoise ; G., II 501 
écrit bau et définit à peu près de même. 

( 4 ) Voy. Kurtli, Frontière ling., I 372 ; G., Voc. des noms de lieu, pp. 130, 205. 
( G ) Body, Voc. des charrons, BAU (BSW 8, p. 65 ; voy. la planche I). 

( 6 ) .1. Trillct, Voc. du cloutier, bau (BSW 50, p. 629). M. Lequarré (ib., p. 639) 
écril à tort bâ : la confusion entre à et ô est fréquente dans cette région. 

('•) Body, l'or, des tonneliers (BSW H), p. 225) définit de même bon, qui est notre 
bô altéré par fausse nasalisation, comme gô et nô s'altèrent en gon (Verviers), non 
(Ayeneux) ; voy. ci-après l'article gô. 



— 31 — 

Villettes-Bra : baguette ployée en un cercle dans lequel on insère le 
lacet à prendre les grives. 

Nous reconnaissons ici l'anc. fr. bou (bracelet), qui vient du francique 
baug, m. s. ; comparez *traucum : fr. trou, w. trô ; paucum : anc. 
fr. pou (peu), w. pô. 

De là, dans les Ardennes, le diminutif bôkê, -é, -ia, qui a de multiples 
acceptions où reparaît le sens fondamental de « anneau, lien circulaire ». 
M. Ch. Bruneau a recueilli, dans la région de Givet-Dinant, les notes 
suivantes : 

bôké (Hargnies) « anneau formé d'une hart tordue, qui monte et descend 
le long du poteau de l'étable » ; — bôkia (Félenne), m. s. ; — bôké (Bourseigne- 
Neuve) « collier de veau » ; — bôkia (Givet, Agimont) « anneau qui maintient 
rapprochés, à leur partie supérieure, le montant d'une porte de jardin et le 
poteau qui la tient fermée ; — bôkia (Chooz, Ham-sur-Meuse) « entrave, pièce 
de bois suspendue au cou des vaches » (*). 

De mon côté, j'ai noté au N.-E. de l'Ardenne,' bôkê : 1. (Bovigny) 
« baguette ployée en forme de collier et suspendue à une branche hori- 
zontale : on insère dans ce cercle le lacet à prendre les grives » ( 2 ) — 
2. (Villers-S te -Gertrude) « jarretière ancienne faite de lisière tournée 
autour du bas sous le genou » : il s'agit sans doute ici d'une allusion 
plaisante ou dénigrante. 

3. Signalons encore le liég. bôkê « hausse de l'archet, chevalet de 
violon » ( 3 ). Ce sens a disparu de l'usage moderne ; mais je tiens d'une 
vieille famille de Liège (Cointe) les renseignements inédits suivants : 
« on pHit bôkê se dit d'une petite personne massive ; syn. on pHit bôkî 
orne, ine pitite bôkèye feume ». On peut donc présumer que ce bôkê a 
le même radical que le verbe bôkî « bourrer », et que le sens premier est : 
« petite masse bourrée, serrée, tassée » ; d'où le sens archaïque « che- 
valet de violon ». 

( 1 ) Bruneau, Enquête, I 322-3. La dernière acception pourrait faire penser au 
germ. balk (poutre) ; mais, en réalité, la dite pièce de bois est suspendue à un collier 
ou à une corde passée au cou de la vache. — Comp. l'anc. fr. baueuel, que Godefroy 
traduit par « bride » (?). 

( 2 ) On distingue à Bovigny le bôkê et le ployeroû « baguette pliée en arc de cercle 
et dont les deux bouts sont insérés dans le tronc d'un arbre ». Body, Voc. des tonne- 
liers (BSW 10, p. 220), ignore cette distinction. 

( 3 ) G., I 59, II 504, le dérive tantôt de bôkî « bourrer », tantôt de l'ail, balke 
« poutre ». Ce dernier, qui aurait donné *bâkê, doit être évidemment écarté. — Voici 
un exemple tiré d'une pasquille de 1792 : qui voste êrçon (archet) djusqu'â bôkê 
Fasse rêzoner tos vos boyês (boyaux : cordes de violon). 



— 32 — 

4. Nous sommes ainsi amené à parler de bôkî. Etant donné que bô 
et bôkê d'une part, bôkê et bôkî d'autre part, sont intimement unis, 
il paraît assez naturel de rattacher bôkî au primitif bô « lien circulaire, 
anneau ». Pour la forme, bôkî, avec ses dérivés bôk'ner, bôkler ( x ), 
ferait le pendant de rètrôkî, -(i)ner, -(e)ler, dérivés de trô «trou » (cf. G., 
II 296). Le sens premier serait : « bourrer, tasser, serrer une masse 
compacte à l'aide de liens circulaires » ; d'où les sens dérivés : 2. « bour- 
rer, gaver, bonder » ; 3. « emmitoufler, bourrer le cou et le crâne, affu- 
bler ». 

La question cependant n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire, 
Pour expliquer bôkî, G., I 62, proposait dubitativement l'ail, pochen, 
néerl. beuken « frapper ». Il existe en effet de ce verbe une forme bôken, 
en moyen néerl. et en moyen bas ail., dont notre bôkî pourrait s'accom- 
moder, d'autant plus que le dialecte allemand du Grand-Duché de 
Luxembourg possède une série de mots qui méritent d'être pris en con- 
sidération : bôken « frapper sur la tête » ; bôk, m., « coiffe » ; bôkemaul 
« masque » ; âbôken, -elen « emmitoufler, masquer ». 

En somme, il est probable que notre bôkî vient du germ. bôken 
«frapper, écraser, bocarder» et que le liég. bôkê a donc une origine diffé- 
rente de Tard. bôkê. D'autre part, il n'est pas impossible que bô ait 
aussi produit un verbe bôkî, lequel, pour le sens comme pour la forme, 
se sera aisément confondu avec le précédent. 

liég. bodje 

L'ancien liégeois boige « fût, tronc » se lit dans le Myreur des Histors, 
I, 640. En liégeois moderne bodje, s. m., signifie : 1° tronc du corps 
humain (G., I 60) ; sens disparu aujourd'hui mais dont la trace subsiste 
dans le suivant ; 2° corps d'une chemise d'homme ; 3° tronc d'un 
arbre vivant ou tin moins encore debout (seul sens donné par Remacle, 
I e éd., et par Hubert) : aspoyî 'ne hâle so V bodje ; on-z-a côpé V tièsse 
di Vâbe, i rt dimeûre qui V bodje ; po-z-av'ni as cohes, i fat prinde li 
bodje ; spécialement, endroit où naissent les branches : i-n-a on nid 
è bodje ( 2 ). 

Pour Pétymologie, l'article de G., I 60, est indécis. Il nous dit que 
le nam. appelle bue le tronc d'un arbre ou du corps humain ; il suggère 

(*) Et ses composés abôkî, -eler, -ener ; voy. BD 1906, p. 100. 

( 2 ) Il a donné le dérivé boudjèye (liég.), bodjêye (verv.), s. f., touffe, ensemble des 
rejetons sortant d'une même souche : ine b. di crompîres, di wazon, di gruzalî, etc. 
Le suffixe répond au fr. -ille. Synonyme bouhèye. — Voy. ci-après l'art, manote. 



— 33 — 

successivement l'anc. h. ail. pûh et l'anc. h. ail. botah, sans s'arrêter à 
une conclusion solide. 

Il est pourtant bien clair que le nain, bue représente le néerl. buik, 
flani. beuk, ail. bauch (ventre ; anciennement : tronc). Quant au liég. 
bodje, anc. liég. boige, c'est le diminutif beukje qui, d'après Vercoullie, 
signifie aujourd'hui « chemise sans manches ». Pour la phonétique, 
comp. 1° le néerl. huik- (manteau, capuchon), anc. fr. hucque, heucque, 
anc. w. hoike (1415), heuke (1420). « cape, capuchon ». qui subsiste 
notamment dans le w. s' mète a hok (Pellaines), a yuk (Givet) « se mettre 
à l'abri de la pluie » (BD 1911, p. 90 ; G., II 688); — 2° le flam. fuik 
(blouse) : anc. liég. focke (voy. ci-après l'art, coxhe). 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 550.] 

ouest-w. bougnèt; nam. bougnote 

Dans l'Ouest-wallon, bougnèt signifie « boulet formé de poussier de 
houille mélangé d'argile » (Fosses-lez-Xamur : BSW 52, p. 116" ; Stave, 
Charleroi, Viesville). Nous y reconnaissons * bouyèt, altéré par épaississe- 
ment de y en gn ( x ). C'est le diminutif du nam. bouye « bulle, ampoule, 
bosse à la tête, bosselure, nœud dans le bois », qui représente le lat. 
bulla (boule, bulle), comme le nam. pouye « poule » reproduit le lat. 
pulla. Un bougnèt est donc proprement un « boulet » ( 2 ). 

Bouye a produit un autre rejeton, bouyote, qui a le même sens que 
le primitif et qui, pour cette raison, en a conservé le radical pur. Sup- 
posez que le sens du dérivé s'éloigne de celui du primitif, l'altération 
phonétique en sera d'autant facilitée. C'est ce qui est arrivé, je crois, 
pour le nam. bougnote « petite aisance pratiquée sur le banc des ver- 
riers, à gauche, pour y remettre leurs mesures, leurs mouchoirs, etc. » ( 3 ). 
Il est probable que ce mot se ramène à bouyote. 

liég. bougnou, bougnèt (?) 

On lit dans G., I 66 : « bougnou, t. de min. (puits creusé au fond de 
la bure pour recueillir les eaux). Remacle, 2 e éd., a la forme bougnè 
( puits d'une bure )». — Pour toute explication, G., I 158, dit qu'on 
pourrait comparer l'italien bugno (ruche). 

Les auteurs qui ont étudié le vocabulaire du houilleur liégeois ne 

( J ) Voy. l'article bougnou. 

( 2 ) Comp. les synonymes clûte, hotchèt, expliqués à l'article hotchèt. 

( 3 ) Ce mot ne nous est connu que par G., II, 505, qui le donne sans explication. 

3 



— 34 — 

signalent que bougnoû, -ou ( x ). En réalité, ce mot n'est pas restreint 
au parler du mineur ; il a le sens général de « réservoir, citerne, puisard ». 
Hubert et Forir en font le synonyme de pisseroû (cf. G.. II 227). Au 
xiv e siècle, les eaux de la Légia se jetaient, près de Hors-Château 
(rue de Liège), « dans un vaste et long réservoir, nommé Bougnoux, 
le long des remparts, qu'il aidait à défendre » ( 2 ). Rouveroy a un article : 
« boïou, boïuou, puisard pour recevoir les eaux des combles ; bétoire 
dans les champs ; poêle d'un étang ». Ces deux dernières significations 
paraissent rares ou peu sûres ; Rouveroy aurait mieux fait de ne pas 
oublier l'acception la plus fréquente du mot. Quoi qu'il en soit, les 
formes boy ou, bouyou sont remarquables. J'ai constaté qu'à la houillèie 
de Gives (à l'Est d'Andenne) on ne connaît que bouyou ; à Liège même, 
j'ai parfois entendu prononcer btyou. Tel est sûrement le type primitif : 
bougnoû en provient par épaississement de y en gn, phénomène dont 
nos dialectes fournissent de nombreux exemples ( 3 ). Le suffixe dimi- 
nutif -où (lat. -eolum), abrégé souvent en ou moyen ou bref, s'est 
ajouté au thème qu'on retrouve dans le nam. bouye « bulle (d'air, d'eau, 
de savon), ampoule, bosse à la tête, bosselure, etc. », du lat. bulla 
« boule, bulle (voy. l'art, bougnèt). Un boyoû (bouyou, bougnoû,' -ou), 
c'est proprement l'endroit qui bouillonne et pétille par suite de la chute 
continuelle des gouttes d'eau. L'altération de y en gn s'est faite proba- 
blement sous l'influence de cougnoû, pougnoû. 

La forme bougnèt, que Grandgagnage cite d'après Remacle, mérite 
une étude particulière. Nous avons vu que Morand, Brixhe et Bormans 
l'ignorent ; nous ne l'avons pas non plus relevée dans nos enquêtes 
et nous doutons fort de son existence. Trois auteurs cependant la signa- 
lent ; mais les dépositions de ces témoins sont bien faites pour décon- 
certer. 

( x ) Morand, Art d'exploiter les mines de charbon de terre (2 e éd., 1780) ; Brixhe, 
Essai d'un répertoire de législation en matières de mines, II 477 (1838) ; Bormans, 
Vocab. des houilleurs liégeois (1864). — Brixhe (cf. G., II xiv) a maladroitement 
francisé bougnoû en boniau : ces deux formes ont passé dans le Supplément de 
Littré et aans le Larousse, illustré. Je relève « bougnoû : puisard » dans le Vocab. 
des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais par J. Bovio (Douai, 1906). On voit que 
notre mot liégeois a fait du chemin. 

( 2 ) Gobert, Eaux et Fontaines publiques et Liège (1910), p. 124. Cf. aussi BSW 9, 
]>. 862. Le riw de Bongnule est cité en 1378 dans le Cartulaire de l'abbaye du Val- 
Benott, \). 624, et le « lieu condist en Bugnoilhe en Geron », en 1305, ibid., p. 512. — 
Dans des comptes du xvn e siècle, « la cité ordonne le nettoyement des bougnoux 
dans les rues » (Bormans et Body, Gloss. roman, liég., ms.). 

( 8 ) Voir les articles bougnèt, cràmignon, dognon, hoye, sprogni, tougnoûle. 



— 35 — 

Remacle (2 e éd., 1839): bouniet, puits d'une bure: tourner è bouniet, tomber 
dans la bure. [Remacle n'a pas d'article bougnou ; il définit beur « bure des 
mines de charbon minéral ».] 

Lobet (1854) : bouniet, ouverture d'un puits, d'une bure, ouverture de la 
terre en rond pour l'extraction des minerais, etc. [Lobet a un art. beurr « bure, 
puits profond des mines, etc. » et un art. bougniou « puits de mine, puits creusé 
au fond de la bure pour recueillir les eaux ».] 

Forir (1866) : bougnèt et bougnou. puits creusé au fond de la bure pour 
recueillir les eaux ; puisard : tourner è bougnou, tomber dans le puisard. 

Tout pesé, voici nos conclusions. En réalité, Remacle seul atteste 
l'existence de bougnèt et, comme il n'a pas — chose étrange — d'article 
bougnou, on est en droit de le soupçonner d'erreur. Au surplus, sa rédac- 
tion manque de clarté : un lecteur non prévenu prendra bouniet pour 
le synonyme de beûr. — Il est manifeste que Lobet emprunte à son 
devancier le mot bouniet et qu'en donnant à ce terme le sens de beur, 
il pèche par inattention. Son article n'a donc aucune valeur. Ce qui 
prouve l'emprunt, c'est que Lobet conserve ici la graphie de Remacle, 
alors que, d'après son système, il écrit bougniou comme dognion, 
kougniou, pougniet. Au reste, n'oublions pas que Verviers, où vivaient 
Remacle et Lobet, se trouve en dehors de la région houillère. — Forir 
a tiré la forme bougnèt de Grandgagnage (qui la donne sous la respon- 
sabilité de Remacle) ; dans l'exemple cité, il ne connaît plus que bou- 
gnou, ainsi qu'aux articles pis'roû, et tro-plin. — Théoriquement, les 
suffixes -où, -et ayant même valeur diminutive, rien ne s'oppose à ce 
que, çà et là, par exemple dans une houillère du pays de Hervé, bougnèt 
ait surgi à côté de bougnou (comp. cougnoû, cougnèt). Mais, en l'espèce, 
— que ce soit le résultat d'une bévue ou le fruit d'une création isolée, — 
on doit tenir le mot pour suspect, en attendant un témoignage plus 
probant que celui de Remacle. 

w. boût'ner, poût'ner 

Le verbe intransitif boûfner — ou poûfner, forme ordinaire à Liège — 
s'emploie toujours ^impersonnellement : i boûtène ou i boûfnêue se 
traduit en français du terroir par : « il bitume » et correctement par : 
« il se répand une odeur de bitume » ; cela se dit surtout de l'odeur que 
produit un foyer où l'on brûle de la houille, quand le vent refoule les 
vapeurs dans l'appartement : quand li tch'minêye rabat'. On dit aussi : 
i flêre li boiîfné ; quéle flêrante boâfneûre ! Voyez ci-après l'article sur 
le svnonvme tèzi. 



— 36 — 

Grandgagnage en parle deux fois (I 72. II 254) sans pouvoir dégager 
une explication satisfaisante. Prenant poûfner pour la forme pre- 
mière, il propose d'y voir un dérivé du latin put ère « puer ». 
Son erreur provient de ce qu'il range pouteûr (qu'il écrit poûteure) à 
côté de poûfneure. Or il n'y a rien de commun entre ces deux termes. 

Le w. pouteûr. s. f.. avec ou bref, répond exactement à l'anc. fr. 
puteur (puanteur), dérivé de l'anc. fr. put, lat. put i dus (puant, infect). 
Il est bien connu de nos houilleurs, qui entendent par là l'anhydride 
carbonique, gaz asphyxiant, mais non inflammable, différent du grisou. 
On trouve le mot altéré en pouteûr (sous l'influence de poûfneure ?), 
dans le dictionnaire de Forir par exemple, qui cite l'expression archaï- 
que ôle di pouteûr « huile de pétrole ». Mais, pour l'étymologie, nous 
séparerons nettement poûfneûre de pouteûr et nous verrons dans le 
premier une altération de boûf neuve due à l'influence de pouteûr. 

En réalité, le sentiment populaire qui met en rapport boûfner et 
bitume a pleinement raison. Au lieu de bitume, forme savante empruntée 
du latin bitumen, l'ancien français disait betun (au sens de : boue, 
gravois, d'où le fr. béton). Nous trouvons d'autre part dans ce texte 
d'archives liégeoises : « estoit fais de colle et de tyityne », une forme qui 
provient de *bitune par métathèse ; l'anc." fr. betumei « fondrière » se 
rencontre aussi sous la forme butemei (God.). De même le verbe *bitu- 
ner a donné *butiner. *butener. c'est-à-dire boûfner. devenu boûfner 
par un allongement de la voyelle initiale dont le liégeois présente de 
nombreux exemples (voy. l'art, crârnignon). 

liég. branvolé, brivolé 

Forir seul signale branvolé. -éije « écervelé. volage, celui qui piaffe, 
qui montre me grande somptuosité en habits, en meubles, etc. ; 
fé V branvolé : piaffer, faire piaffe ». Ce terme archaïque est encore connu 
des vieux Liégeois. Voici ce que j'ai recueilli à ce sujet. Un branvolé, 
e*est un boute-en-train, un meneur de danses, un joyeux drille qui 
entraîne les autres à l'aire du bruit ; c'est l'équivalent du bragard ( x ) ; 
exemples : il a passé tote si djônèsse a fé F branvolé. vo-l'-la a trinte ans 
et i >f sét rin fé ! Mi fèye, louke a ti de marier on branvolé : c'è-st-on 
violon â-d'joû. on grognon a-d'vins. Le féminin est inusité. 

Je ne connais que deux exemples anciens. Dans une pièce manus- 

(') « Directeur de fête, porte-drapeau ; hâbleur » (Forir) ; cf. G., I 74. Ce ternie 
est plutôt rural. 



— 37 — 

crite de 1759, en dialecte de Verviers, une femme reproche à son mari 
les prodigalités qui les ont ruinés : 

Esteuse a ti monseu el hause [= Èsteût-ce a ti, monseû èl-hâsse, 

du tinre on jvau so lu stauve du tinre ou dj'vâ so lu stâve, 

du tel fez tos les jous selez du tel fé tos lès djoûs sèler 

po zalez fez 1' branvolez ? (*) po-z-aler fé 1' branvolé '?] 

L'autre exemple se découvre, non sans peine, dans un dialogue 
liégeois de 1676, publié récemment : 

Pens tu kly roy nay nin rmarcque [= Pinses-tu qu' li rwè n'âye nin 

[r'marqué 
ki sestin ton bron volez ( 2 ). qu'is-èstint turtos bronvolés ?] 

La Société de Littérature wallonne possède, du début de ce dialogue, 
une copie anonyme, avec cette mention : « Extrait d'un petit registre 
aux rentes particulières de l'an 1665 ». Copie médiocre, qui donne 
cependant quelques variantes remarquables, entre autres le v. 16 : 

qui sce nesten ki tiertout brivolez [= qui ç' n'èsteût qu' turtos brivolés]. 

Ce brivolé n'est guère mieux connu ni plus clair. Il est signalé par 
Ch.-N. Simonon avec le sens de « volage » (G., II xv et 506), et par 
Rouveroy : fé V brivolé « faire le fendant, le glorieux, l'arrogant, le 
fanfaron, etc. » ( 3 ) 

D'explication, rien ou presque rien : G. compare à brivolé le nam. 
brif-braf « inconsidérément, sans réflexion» et le liég. ârvolou « brusque ». 
Ce dernier n'a que faire ici ( 4 ). Quant à brif-braf. il se rattache peut-être 
à l'anc. fr. briver « courir avec rapidité ». On peut conjecturer que 
brivolé est altéré de branvolé, — sous l'influence de ce briver ou pour 

(!) Le Mayeur ruiné par sa charge, v. 997-1000. Voy. l'article ârih. 

( 2 ) Discours entre Jollet et Mustay, v. 15-16, in Bull. Soc. verviétoise cVArchéol. 
et cVHist., xiii (1913), p. 221. L'éditeur conjecture : « qu'is estint [bons po nos 
voler] ? » ; mais la seule difficulté du vers est ton, qu'il faut corriger en turto ou en 
iode (= tos dès). Bron, pour bran, est la prononciation de Montegnée-lez-Liège ; 
comp., dans la pièce, v. 14, on pour an (année), rimant avec dvairont (deviendront). 

( 3 ) Le Dict. liég. manuscrit de Bailleux donne : « brivoler, v. a. [sic], faire grand 
train, vouloir éclipser les autres ». Cet infinitif nous paraît très suspect. 

( 4 ) G., I 28, II ix, n'explique pas ârvolou. C'est l'anc. fr. arvolut « voûté en forme 
d'arc » ; d'où, en liégeois, les sens de : « bancal » (Forir) et, au moral, de : « arrogant, 
impérieux, brusque ». — On ne pourrait pas non plus rapprocher intribolé « étourdi, 
effronté » (Forir), qui est singulièrement écrit inlrivolet dans BSW 22, p. 100. C'est 
probablement l'anc. fr. entriboulé « troublé, affligé, désolé », altéré sous l'influence 
du w. revoie « écervelé ». 



— 38 — 

une autre raison ( l ). Nous n'aurions, dans ce cas, à tenir compte que 
de branvolé, dont Fétymologie, au surplus, reste obscure, l'ancien 
français n'offrant rien de semblable. 

Une chose cependant paraît assurée : c'est que branvolé renferme 
le substantif bran(d). Cette présomption se fortifie si l'on examine ce 
mot et ses dérivés dans nos dialectes ( 2 ). 

On sait que le germ. brand (1. tison ; 2. épée) a donné en français 
ancien ou moderne : 1° brander « s'embraser, brûler ». brande « em- 
brasement, flamme ; fig., agitation, incertitude, tourment » ; brandon 
« tison » ; 2° brand « lourde épée qu'on maniait à deux mains », brandir 
brandeler, branler, brandiller. brandoyer « agiter, remuer, faire oscil- 
ler » ( 3 ). — En wallon du Xord-Est, nous relevons les verbes intran- 
sitifs brandi (Verriers : Lobet) « bondir, crier, rugir, hurler » ( 4 ) ; 
ribrandi (G.. II 300), rèsbrandi (à Fontin-Esneux) « retentir, réson- 
ner » ( 5 ) ; diminutif : brandiner (Malmedy) « brandiller » d'après un 
vocabulaire anonyme du xvm e siècle. « faire du rodomont, fanfa- 
ronner » d'après Villers ( 6 ), ce qui est le sens du liég. je V branvolé. 
Quant au primitif bran(d), il a revêtu chez nous les acceptions suivantes: 

1. «bruit, tumulte, tapage, tintamarre» (Malin^edy : Villers) ; — 

2. « mouvement » : mète è bran (ib. : Scius),- duner on bran (Stavelot) 
« donner un élan pour mettre en branle » ; d'où, au fig.. aveûr on bon 
bran, on mâva bran (Villettes-Bra) « avoir un bon, un mauvais mouve- 
ment, être bien ou mal disposé » ; — 3. « branle : danse populaire » 
(différente du crâmignon), qui se fait dans certains villages au Nord de 
Liège (Hermalle, Visé, vallée du Geer, etc.), lors de la fête paroissiale : 
danser on bran d' fièsse (Forir), miner V bran « mener le bran », mineû 

( 1 ) Duvivier donne le lié», briyoler « caracoler », qui est l'anc. fr. brioler « courir 
avec agitation ». Le croisement de branvolé et de briyolé expliquerait brivolé. Bri- 
pourrait aussi être dû à l'influence de brigosse « vaurien ». 

( 2 ) Cette étude a été esquissée dans le Projet de Dict. wallon (1903-4), p. 16. Nous 
la complétons et corrigeons dans ce qui suit : il faut notamment supprimer le 4° de 
l'article bran ; voy. s ci-après, l'article selanbran. 

( 3 ) Voy. Godefroy ; Meyer-Lûbke, n° 1273. — L'ail, mod. brand signifie « incendie ». 

( 4 ) Ou mieux sans doute : « bondir et hurler à la fois ». Lobet donne aussi bran- 
dihèdje « hurlement ». Peut-être le verv. braidi ou brêdi a-t-il déteint sur brandi ; 
comp. le fr. brandi dans le Dict. général. 

( 6 ) Scheler à ce propos rappelle que l'ail, branden « falaiser » se dit des vagues 
qui se brisent contre les falaises. 

( 6 ) Existe encore, avec ce dernier sens, à Ligneuville-lez-Malmedy (.1. Bastin). 
A Liège, j'ai entendu : i s' brandinêye, t. arch., syn. de i s' fêt aler, i s' kitape « il se 
démène, il prend des airs d'importance » ; aujourd'hui, on dit plutôt dans ce cas : 
t s' dandinêye. 



— 39 — 

d' bran « meneur de bran ». Cette danse est ainsi décrite dans Wallonia, 
xii, 193 : « Le cortège, formé de couples qui se donnent la main, 
sautille avec des cris et des rires, au rythme de la musique qui le pré- 
cède de quelques pas. Parfois, devant les cabarets où l'on va se rafraîchir, 
le mouvement s'accélère, les danseurs sautent de plus belle... » ( 1 ). — 
Le sens qui ressort de tout cet ensemble est celui d'agitation violente, 
bruyante, tumultueuse. 

Pour en revenir à branvolé, si la première syllabe paraît s'éclairer, 
comment expliquer le reste ? Je ne vois qu'une conjecture possible, 
encore qu'elle soit assez hardie. Le substantif branvolé résulterait, par 
étymologie populaire, d'une expression archaïque *fê V bran voler ( 2 ) 
— c'est-à-dire « faire voler le brand » — laquelle se serait dite, au 
propre, du meneur de danse qui fait sauter, courir, évoluer avec 
rapidité le cortège appelé bran(d). Le sens primitif s'étant oblitéré et 
l'expression n'ayant survécu que grâce à la métaphore, on aurait 
modelé « faire le branvolé » sur le type de « faire le fanfaron ». Mais, je 
le répète, ce n'est là qu'une hypothèse, en attendant que des témoi- 
gnages plus explicites viennent éclairer la question. 

w. brigale, briguèle 

G., II 506, donne sans explication le w. brigale « soupe ou brouet 
fait avec des pommes douces pelées, cuites dans de la bière ». Le mot 
est en italique, ce qui signifie qu'il appartient au dialecte namurois. 
Cependant, à l'Ouest de Liège, on ne le trouve signalé qu'à Mont- 
St-Guibert (au Sud de Wavre), où dèl brigale désigne, paraît-il, une 
« étuvée de pommes de terre et de légumes ». Ce serait donc plutôt un 
terme brabançon. — D'autre part, nous connaissons briguèle 1. « soupe 
à la bière », à Verviers et Thimister ( 3 ) ; 2. « bouillie, cataplasme », à 
Fexhe-Slins ( 4 ). Ce mot, qui n'apparaît que vers la frontière linguis- 
tique, est emprunté de l'allemand dialectal brâgel (Grimm) « soupe aux 
fruits, bouillie », auquel se rattache le verbe bràgeln (Weigand) « bouillir 
bruyamment, cuire dans son jus ». 

C 1 ) Voy. aussi deux études folkloriques de Martin Lejeune, BSW 39, pp. 171-5, 
191-203. — Aujourd'hui, à Glons, miner lès brons est syn. de fé dès cràmignons. 

( 2 ) Pour l'inversion du complément direct, comparez en wallon :fé V troue danser 
(Spots, n° 3015) ; djèl vèya a pan briber (Remacle, 2 e éd., parti) « je le vis (réduit) à 
mendier (son) pain » ; en anc. fr. : faire le poce baler « faire danser le pouce, donner 
de l'argent » (God.) ; en rouchi -.faire èl poûre voler (Wiers) « faire des embarras ». 

( 3 ) Fé dèl b., magnî dèl b. Voyez un exemple dans A. Doutrepont, Noëls wallons, 
p. 231, et la note, p. 262, où l'éditeur hésite sur le sens exact de ce terme archaïque. 

(*) Exemple : il a F brès J toi tchèrdjî d 1 clâs, on Va tôt coviè rf' briguèle. 



— 40 — 
anc. fr.-w. bulaine (?), quilaine (?) 
Bulaine ne se rencontre que dans Jean d'Outremeuse, Geste de Liège: 

Cascun l'escarnissoit : les femmes de bulaine, 

Femmes aux chevalirs et princesse hautaine... (v. 8991-2). 

L'éditeur Borgnet laisse passer le mot sans sourciller. Dans son 
excellent Glossaire de la Geste ( 1 ), Scheler relève ce terme insolite, mais 
sans pouvoir en pénétrer la signification. Le passage s'éclaire si on lit 
butai ne. qui est une ancienne forme wallonne de l'anc. fr. butte une, 
bustane « sorte d'étoffe fabriquée jadis à Valenciennes » ( 2 ). Le sens 
serait : « les femmes vêtues d'étoffe commune », par opposition aux 
dames de haut parage. 

Une correction analogue permet d'élucider un autre endroit obscur 
de la Geste, v. 38389. Il s'agit du récit d'une bataille : 

L'endemain fait dreehier une bêle quilaine 
C'on apelle espringalle en paiis d'Aquitaine ( 3 ). 

Le Glossaire de Scheler dit à ce propos : « «Te ne connais pas ce nom 
. de baliste et ne m'en explique pas l'origine ; il doit cependant appar- 
tenir au domaine wallon puisqu'il est opposé- au mot étranger esprits- 
gale ». Le mot étant inconnu en wallon, je lis quitaine, forme variée 
de quintaine (*) qui, au sens propre, désigne certain appareil servant 
dans un exercice militaire du moyen âge. Ici, le rimeur liégeois, par 
une de ces hardiesses qui caractérisent son style et sa versification, lui 
assigne le sens très général de « merveilleux engin de guerre ». Je ran- 
gerai donc quitaine parmi les innombrables mots que Jean d'Outre- 
meuse revêt arbitrairement d'acceptions extraordinaires et dont le 
patient Scheler a dressé la liste forcément incomplète. 

[Iîomania, t. xlvii (1921), p. 551.] 

liég. busticlape 

Le liég. busticlap « plastron (de cordonnier) » est signalé seulement 
par Forir ; Lobet écrit bustècla/p en verviétois. C'est évidemment un 

(*) Mémoires de VAcad. roy. de Belgique, t. xliv (1882), 3 e fasc. 

( 2 ) God. buttenne ; Héeart busténe. — En anc. w., nous trouvons : « ung 
costreal de futaine et ung de butane » (testament de 1422, cité dans Bull. Soc. wall., 
t. <i, 2 e partie, p. 107 ; voy. ibid,. t. 9, p. 248) ; « ung cottreal de bittaine » (en 1445 : 
Avouerie de Fléron, reg. 2, p. 36 v° ; communication de M. Jean Lejeune). 

( 3 ) Voy. Godefroy quilaine. 

( 4 ) La Geste donne une fois quitaine et huit fois quintaine ; voy. Scheler, /. c., et 
Godefroy. 



— 41 — 

emprunt du néerl. borstlap, dont le second terme lap s'est altéré en 
clape sous l'influence du verbe claper (émettre un bruit sec, faire 
clap clap). 

M. Léon Simon me signale à Ciney mich'tèclape, s. m., « sorte de 
pince de bois, formée d'une pièce rigide et d'une pièce à charnière ; le 
cordonnier s'en servait pour maintenir la botte sur ses genoux ». C'est 
notre busticlape altéré de forme et de sens. 

nam. butin, blèti 

A Bouvignes-Dinant, d'après M. J. Nollet. butin signifie « glaçon 
flottant sur une rivière » ; à Namur également ( x ). Pour le Hainaut, on 
possède le témoignage de Sigart : « beutin, s. m., glaçons qui, selon 
l'opinion des bateliers, s'élèvent du fond des rivières dans les fortes 
gelées ». — Nous rattacherons ce mot à l'anc. fr. beter « se figer, se 
coaguler, en parlant du sang ; geler, en parlant de l'eau ». Pour u pro- 
tonique, comparez le nam. jumelé, strumer, munute, purdans (femelle, 
étrenner, minute, prenons), où le voisinage d'une labiale détermine de 
même le changement de e fermé en tt.Le suffixe est -in (lat. -amen ou 
-imenl, qui a donné dans nos dialectes maint dérivé indiquant le 
résultat de l'action ( 2 ). En somme, un butin c'est une masse coagulée, 
congelée, de même que le verviétois blètin désigne une masse blettie, 
un tas de fruits blets. 

D'autre part, G., I 58, cite le nam. blètî (lire -i), « 1. devenir blet ; 
2. figé, caillé ». Forir donne aussi blèti song' « sang caillé », expression 
que je n'ai pas retrouvée à Liège, mais qui existait à Malmedy en 1793, 
d'après Villers. Or un autre manuscrit malmédien du xvm e siècle 
porte : do betti son, du sang grumelé ». Il est dès lors manifeste, comme 
le lecteur a déjà pu le deviner, que blèti dans cette expression est mis 
pour bèti (= anc. fr. betir, plus rare que beter). 

P. -S. — Ce qui précède était écrit quand, après la délivrance de 
Liège (2-1 novembre 1918), j'ai eu connaissance d'un article de M. Ant. 
Thomas sur l'anc. fr. bet, beter (Romania, 1916. p. 330). On me per- 
mettra de résumer ici cet article qui intéresse le w. bè (G., II 502). Le 
savant français proteste contre l'hypothèse de Mackel. Kôrting, Meyer- 

(*) D'après G., I 87, et Delfosse (Dict. nam., manuscrit, 1850). 

( 2 ) Comparez inflin (Villers-S'-Gertrude) « enflure (à la suite d'une piqûre) » ; 
folin (Malmedy) « partie foulée au milieu d'un chemin de voiture » ;j)loyin (Mal- 
medy) « jointure (de la jambe) » ; soyén (Faymonville) « terrain où la litière a été 
fauchée » ; sâclin (liég.) « sarclure » ; etc. Voy. l'art, trèssèrin. - — Pour le français, 
voy. Thomas, Essais, p. 371. 



— 42 — 

Lùbke, qui tirent beter de bet « colostrum » et ee dernier du germ. beost 
(ail. moderne biest). Il affirme, au nom de la phonétique, que beter « se 
coaguler » suppose un type *bettare, d'origine incertaine, et que bet 
(d'où le moderne béton) est un déverbal masculin de beter. Il cite un 
texte de 1309 qui établit l'existence d'un déverbal féminin bete au sens 
de « congélation », et nous apprend, entre autres choses, que bete 
(lire bète ?) survit dans les patois modernes, au sens de « onglée » 
(dép. de la Marne, etc.) et de « glaçon flottant sur un cours d'eau » 
(confluent de la Semois). — On voit que le nam. butin a de qui tenir. 

w. cakèdô et heûpon « gratte-cul » 

J'ai relevé cakèdô (églantier ; gratte-cul) dans l'Est du Brabant 
(Noduwez, Marilles, Jodoigne, Gistoux, Chastre, Perwez) et au Nord 
de Namur (Gembloux. Meux). Ce terme est inédit ; Rolland lui-même 
ne donne rien d'analogue dans sa Flore populaire, V 229. On y recon- 
naîtra le flam. et néerl. hagedoom (aubépine), qui a passé par les étapes 
*hagèdôr, *hakèdô, pour aboutir à cakèdô par assimilation régressive ( x ). 

Entre l'églantier et l'aubépine, la confusion n'a rien de surprenant : 
ces deux arbustes sont communs dans les haies ; ils ont tous deux des 
épines et des fruits rouges. Au reste, l'ail, hagedorn (littéralement 
« épine de haie ») se dit à la fois de l'aubépine et de l'églantier. — 
D'autre part, si le west-fl. hiepe signifie « baie d'aubépine » ( 2 ), l'ail, 
dialectal hiefe est synonyme de hagebutte « fruit de l'églantier, gratte- 
cul ». La divergence s'explique ici encore par le sens général de « épine », 
qui est celui du primitif anc. saxon hiopo, anc. h. ail. hiupo ( 3 ). 

G., I 293, propose dubitativement de rattacher à ce primitif le liég. 
heûpon « gratte-cul ». Je tiens cette étymologie pour assurée. A pre- 
mière vue, la protonique eu pourrait faire difficulté ( 4 ) ; mais, si l'on 
compare le liég. reûpe, -er (rot, -er), qui est emprunté de l'ail, bavarois 
rùlp, et si l'on tient compte de ce que des dialectes du haut ail. moderne 
ont hiefen, hùfen (gratte-cul), on en conclura que le liég. heûpon pro- 
vient d'une forme bas-ail. *hûpen. 

(*) Comp. le fr. dégingandé pour déhingandé. — Pour le traitement de la finale, 
comp. le liég. bol:' hô hareng saur », du moyen néerl. boxhôren ; cf. Ulrix 253, 
Godefroy bkquehoik, biquehol. 

( 2 ) Cf. De Bo, West-vl. Idiot. : hiepe, fr. cenelle, péchalle (!), baie d'aubépine ». — 
L'auteur fait au liég. pètchale l'honneur de le prendre pour du français. 

( 3 ) Voy. Weigand im.i i.. Falk-Torp nvpk. 

( 4 ) On s'attendrait à *hûpon (pour *hipon ; comp. liég. l'ûlc pour *rilé « l'îlot » ; 
hûfèye pour hîfèye, etc.). — On trouve hûpion à Erezée, heûpion à Verviers, avec 
le suffixe diminutif -ion, fr, -Mon. Comp. l'art, horon (à Halleux horion). 



— 43 — 

liég. camatche 

Le liégeois camatche, s. m., signifie « objet » en général : qu'est-ce 
coula po on — ? « quel objet est-ce là ? ». Il s'emploie d'ordinaire au 
pluriel : dès bês pHits — , « de jolis bibelots, des jouets » ; wèstez tos vos — -, 
« ôtez, enlevez tous vos objets » ; mète tos lès vîs — à grinî, « mettre au 
grenier toutes les vieilleries »; mète ses bons — , ses bons vêtements, etc. 

Le mot est inconnu en namurois. Plus à l'Ouest, à Houdeng (Hai- 
naut), on nous signale gamache « tohu-bohu, embrouillamini » ( x ) ; à 
rapprocher de notre camatche qui, à Crehen (Hesbaye) et en Famenne, 
ne se dit qu'au singulier et avec le sens de : « embarras, confusion 
d'objets » : que camatche ! « quel désordre ! ». 

Delbceuf (BSW 10, p. 97) y voit le fr. camail appliqué aux vêtements 
de femme, ce qui se passe de réfutation. G., I 98, propose l'anc. fr. 
gamache, ail. kamasche «guêtre > ; plus loin, II xvi. il retire avec raison ( 2 ) 
cette conjecture, mais sans rien mettre à la place. — Pour moi, je 
suppose une forme première *gamatch ( 3 ), qui serait empruntée de 
l'ail, gemacht, néerl. gemaakt, participe de machen, maken « faire ». Le 
préfixe ge- a été traité comme dans gamin, que l'on tire du germ. 
gemein « commun » ( 4 ). Pour la finale, comparez hatch, bac, hatche, 
hache, vatche, vache, et l'expression liégeoise taper la hatch et match 
« jeter ses outils, renoncer à la besogne », proprement : « jeter (tout) 
pêle-mêle, en un tas », de l'ail, hack und mack « mélange confus » ( 5 ). 
Le sens primitif de camatche serait donc : « objet fabriqué » (etwas 
gemachtes, ein Gemacht ; comp. l'ail, gemachte Blumcn : fleurs arti- 
ficielles) ; d'où : « objet » en général. 

liég. canabûse 

Ce mot signifie « sarbacane » : lès-èfants soflèt dès peûs avou 'ne 
canabûse (syn. soflète). G., I 99, écrit cane-à-bûse, comme si c'était 
proprement une « canne à tuyau ». Cette explication n'a manifeste- 
ment que la valeur d'une étymologie populaire. Le néerlandais appelle 

( 1 ) Communication de M. l'avocat Hubaut. 

( 2 ) A l'anc. fr. gamache répond le w. gainasse (G., II 528) ; de même à l'anc. fr. 
f lâche, ail. flasche, répond le w. fiasse â poûrc, poire à poudre. 

( 3 ) Pour g^> c, comp. les articles McWtôrC, gistèl, spricatwére. 

( 4 ) Pour e protonique -f- m ^> a, comp. cramer, écrémer, tamon, lat. temonem, 
et voy. l'art, djama. 

( 5 ) Ou mieux de l'ail, hack und pack himverfen, en admettant que pack aurait 
donné *patch, qui se serait ensuite altéré en match. 



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knapbus ( x ) un autre jouet qui ressemble à la sarbacane, à savoir la 
canonnière. — que le liégeois appelle bouhale. Malgré la différence de 
signification, il y a une telle ressemblance de forme entre knapbus et 
canabûse que je n'hésite pas à voir dans le second un emprunt du 
premier. Pour l'insertion de a dans le groupe initial kn-, comparez 
le fr. canapsa (de l'ail, knappsack), canif et canivet. La finale s'est 
allongée sous l'influence de base (tuyau) ; comp. hàrkibûse (arquebuse). 

fr. canepin, w. ard. kèn'pin 

Le fr. canepin signifie, d'après le Dict. gén. « peau fine d'agneau ou 
de chevreau dont on se sert pour essayer la pointe des lancettes, 
bistouris, etc.. ». L'origine en est inconnue. Il faut remarquer, comme 
le dit Littré, que canepin a aussi signifié la pellicule prise au dedans du 
tilleul. C'est même le seul sens que donne, en 1715, le Grand Diction- 
naire royal du P. Pomai : « peau d'arbre fort déliée dessus ou dessous 
de l'écorce, lat. philyra, cuticula pertenuis arborum ». D'autre part, 
Godefroy a cet exemple : « Du fust (du papyrus) on en fait des barque- 
rolles, et de sa teille, de la pelure ou canepin, on en fait des, voiles, 
nattes, linges, etc. » (E. Binet, Merv. de nat., p. 368) ( 2 ). On peut se 
demander si le mot ne s'est pas dit d'abord de la pellicule du papyrus. 
Dans ce cas, le terme de mégisserie peau de canepin, qu'on trouve dès 
1310. signifierait « peau aussi fine que du canepin », et canepin, au sens 
donné par le Dict. gén., serait proprement une métaphore. S'il m'était 
permis d'émettre une conjecture étymologique, je verrais dans ce mot 
une altération de *canopin, dérivé de Canope, Kocviofioç, ville du Delta. 
Pour la dérivation et pour la sémantique, comparez godemetin (Ant. 
Thomas, Mélanges d'étym. fr., p. 85 : « cuir de Gadamès »), marocain, 
chagrin, anc. fr. baudcquin. etc. 

Quoi qu'il en s< ^t, si le mot, en France, n'appartient qu'à la langue 
technique, il est intéressant de constater que, dans un coin à l'Est de 
la Belgique, le langage courant le prend au sens figuré de « acabit, 
genre, espèce, caractère ». J'ai relevé en effet dans nos Ardennes (au 
Sud de la province de Liège) les exemples suivants de ce terme inédit : 
c'è-st-on kèn'pin d' tchin insi (Stoumont, Troisponts) « c'est une espèce 
de chien ainsi faite » ; c'est dès-omes d'an bon kèn'pin (Stavelot) « des 

(M Composé de knap, crac, et de bus, boîte, canon (de fusil). 

( 2 ) God. (I 776, VIII 419) donne les formes canepin, canequin, quenephi. Joi- 
gnez-y carpin (?) dans Jean d'Outremeuse, que Scheler, Gloss. de la Geste de Liège, 
ne peut définir. 



— 45 — 

hommes bien portants et d'humeur joviale ». De même, à Erezée (au 
Nord de la prov. de Luxembourg) : on fwèrt kèripin « un solide gaillard »; 
on drôle di kèiïpin « un original » ; c'est dès cis qu'ont on drôle di hèu'pin 
« des gens qui ont un singulier genre de vie ». — Pour la métaphore, 
comparez le w. coyin « caractère » (*•), dont le sens propre « peau 
[de mouton], cuir [de porc] » survit à Malmedy ( 2 ). 
[Romania, t. xi vu (1921), p. 552.] 

w. caribôdèdje, caribôdion (Verviers) 

Ces mots sont inusités à Liège. Le premier est dans Remacle, 2 e éd., 
qui le définit : « patarafe, traits informes, lettres embrouillées, syn. 
grabouyèdje ». Serait-ce, demande G., I 101. une forme développée de 
crabouyî, gribouiller ? — L'explication est autrement simple. Le 
liégeois connaît brôdièdje « bousillage, patrouillis », dérivé de brôdî 
« bousiller, travailler mal ». De là, le composé caribrôdièdje, qui devient 
par dissimulation caribrôdèdje (Lobet, p. 268), puis caribôdèdje. De 
même le synonyme caribôdion vient de caribrôdion. composé de brôdion 
« petit objet embrouillé, gribouillis ». — Le préfixe cari- a une valeur 
péjorative, comme le fr. chari- (charivari), cali- (califourchon), coli- 
(colimaçon), gali- (galimatias, galimafrée), ca- (cabosser). En wallon, 
nous relevons des formes tout aussi variées : cari-, cara-, car-, cra- 
(voy. l'art, carimadjôye), cal-, cas- (calmousst, casmoussî), ca- (caboûre, 
cafougnî, etc.). ( 3 ). 

[Mélanges Kurth (1908), t. n, p. 317.] 

liég. carimadjôye 

Le liég. carimadjôye, carmadjôye désigne, d'une façon générale, une 
« confusion bizarre (de couleurs, de traits, de sons, de gestes ou de 
paroles) ». L'exemple le plus ancien, daté de 1758, se lit dans le Théâtre 
liégeois, p. 137 : un hypocondre critique avec humeur la mode musicale 
du temps. « Il faut aujourd'hui, dit-il, des airs italiens, 

( x ) A Liège et Verviers : il est (l'on màva coyin, d'on si bon coyin ; dji n' so nin di 
f' coyin la ; c'è-st-on si bon coyin ; métaphore analogue au français : « c'est une si 
bonne pâte ». 

( 2 ) D'après une note de YArmonac\ Malmedy, 1911, p. 66, à propos du texte : 
on bouquin r'loyî d , coyin. Villers, Dict. malmédien (1793), donne seulement : coyin 
« couenne ou coine, peau de lard ». — On ne trouve rien dans Grandgagnage sur ce 
mot, non plus que sur la forme féminine coyinne (koyèn'') « couenne » (Liège, Ver- 
viers, Stavelot), -ine (Wardin), -ène (Stave), -âne (Pécrot-Chaussée, au N. de Wavre). 
Sur l'étym. lat. cutina, cf. Meyer-Lûbke, n° 2431. 

( 3 ) Sur le préfixe ca, voy. les Mélanges Kern (Leide 1903), pp. 123-6; Feller, 
Notes de phil. w., pp. 222-237. 



— 46 — 

Dès carimadjôyes, dès firdaines 

Et tos erînèdjes qui d'nèt 1' migraine, 

c'est-à-dire « des fioritures, des fredons Q) et tous grincements qui 
donnent la migraine ». Voici des phrases que j'ai entendues à Liège : 
si moussemint n'est qiCine car(i)madjôye (une réunion bizarre de cou- 
leurs) ; èle aveût dès c. a s' tchapê (des enjolivures multicolores) ; fê dès c. 
avou dèl crôye (des dessins confus à la craie) ; èle mi fêt y ne tièsse corne 
on sèyê avou totes ses c. (ses propos sots et décousus) ; ni fez nin tant 
dès c. (des politesses exagérées en gestes et en paroles). 

Sous des influences diverses, la forme et le sens ont subi en liégeois 
des altérations isolées. La finale, confondue avec djôye (joie), a valu à 
carimadjôye l'acception de « divertissement, réjouissance » (Remacle, 
2 e éd. ; Forir). L'analogie de crama (crémaillère) et de crâs (gras) a 
donné cramadjôye, cramadjôye « fête, festin ». D'autre part, caramadjôye 
(« bigarrure » : Duv.) paraît avoir subi l'influence de ramadje (« ra- 
mage »), influence qui est manifeste dans la forme simplifiée ramadjôye 
(« suite de paroles vides de sens » : Hubert, ap. G., II 273). 

Ailleurs, il faut noter les variations suivantes : caramidjôyës (« enjo- 
livures extravagantes » : à Marche-en-Famenne) ; caYabadjôye (« griffon- 
nage » : à Malmedy. Stavelot) ; caraboutcha (id. : à Hervé) ; carimadja, 
carimadjon (à Glons-sur-Geer, au sens général du liég. carimadjôye). 

Nous connaissons de plus deux dérivés : Tard, carimadjôrèces (« des- 
sins confus ; politesses excessives » : à Erezée), s. f. pi., qui paraît être 
mis pour -djôyerèces. avec le suffixe -erèce (-aricius) ; — et le liég. 
caramadjôyeU (« bigarré, bariolé » : Duv.), dû au croisement de carôyeler 
(rayer) et de caramadjôye, de même que le liég. caramarôyeler (« cha- 
marrer » : Rouv. ap. G., TI 509). 

G., I 101, ne donne pas d'explication. Pour ma part, me fondant 
surtout sur la forme dialectale carimadja (Glons), je suis porté à 
rattacher carimadjôye au fr. galimatias. Ce dernier, d'après Meyer- 
Ltibkc, n° 3837, viendrait du latin grammatica, par l'intermédiaire 
du basque et du béarnais. Ce qui paraît assuré, c'est que l'intention 
satirique et l'étymologie populaire (influence notamment du préfixe 
péjoratif cari-, gali-) ont dû amener des déformations bizarres comme 
celles que nous avons signalées dans nos patois. Comparez au surplus, 
dans le Dict. gén., l'étymologie de amphigouri et de tohu-bohu. 

( J ) Le liég. firdaine (« fredaine » : Forir) signifie ici « fredon, roulade ». Il peut 
servir d'argument à ceux qui, comme Littré, pensent que fredaine et fredon ont une 
orijnne commune. 



— 47 — 
w. câveler, rucâveler (Verviers) 

G., II 301, enregistre le verv. f câveler « abuter [de nouveau] » 
(Lobet), et le malm. fcâveler « réitérer, faire da capo », fcâvelèdje ( x ) 
« Fiterum, la table de multiplication » (Villers), qu'il dérive du pro- 
vençal rechap, fr. rechef. Cette explication est inadmissible. 

Outre le composé, Lobet. p. 271. a le simple câveler « abuter », dont 
G. aurait dû faire état. En terme de jeu, c'est lancer des billes, des 
palets, des quilles vers le but pour déterminer quel doit être l'ordre des 
joueurs. Il importe de ne pas le confondre, comme paraît le faire Lobet, 
avec câveler « encaver, encuver, enchanteler », dérivé de cave « cave ». 
Le terme de jeu (ru)câveler, qui n'existe que près de la frontière lin- 
guistique, reproduit le néerl. kavelen « tirer au sort ». Dans le flamand 
de Tongres, kâvelen a le même sens spécial que le mot verviétois. 

Le w. câveler, t. de jeu, paraît avoir disparu. Du moins, un auteur 
verviétois (BSW 53, p. 418) donne à la place : côsseler « abuter », 
rucôsseler « abuter de rechef » ( 2 ); tout en attribuant à rucâveler le sens 
de « remettre (de l'argent ou des billes) au jeu » ( 3 ). — A Faymonville- 
Weismes, r&câveler c'est « faire une seconde séance de jeu dans une 
autre maison, après les sises (soirée, veillée), au lieu de rentrer chez soi » ; 
de là : ràcâveleûr, synonyme de trèm'leûr « joueur passionné » ( 4 ). Enfin, 
à Petit-Thier lez-Vielsalm. ricâveler, v. tr., n'a plus que l'acception 
métaphorique de « ressasser, rabâcher » : i rcâvèle toudi ses vis mèssèdjes. 
Ainsi s'explique le dérivé rucâvelèdje « table de multiplication », que 
Villers seul signale et qui est aujourd'hui inconnu à Malmedy : c'est 
l'action de répéter la même formule ; comp. l'ail, das Einmaleins. 

[Remaniement d'un article du BD 1907, p. 142.] 

anc. fr. chaon 

Godefroy définit chaon : « partie du lard qui ne se fond pas à la 
poêle et se grille, grésillon ». Il ne cite que deux exemples, l'un tiré du 

( x ) Et non fcâvelêie, comme écrit G. ; l'original de Villers porte rcâvleje. 

(*) D'origine inconnue. Comparez le néerl. keuzelen jouer aux billes (voy. Franck- 
van Wyk, s. v° ; Schuermans kuizel, -en). ■ — En liégeois, « abuter » se dit sàmer 
(ex-aestimare). 

( 3 ) De même rucâveler (Trembleur), ricâveler (Ferrières) signifient « remettre de 
l'argent au jeu de bouchon pour recommencer la partie ». 

( 4 ) Dans les environs (Sourbrodt, Ovifat, Robertville), on emploie dans le même 
sens ftchâcer, -eûr, qui se rattache à l'anc. fr. chancer « jouer à un jeu de hasard ». 



— 48 — 

Ménagier, l'autre de la traduction des Psaumes (début du xn e siècle) : 
« et mis os cum chaons sechirent » (God., t. II, Errata). Il faut y ajouter 
cet article du Catholicon de Lille, éd. Scheler, p. 49 : « cremium, chaon, 
creton. c'est la char qui demœurre après la craisse ». — Je vois dans ce 
mot un diminutif en -on du moyen néerlandais câde « croûton de graisse 
grillée » ; moyen bas ail. kâde ; néerl. kaan (contraction du pluriel 
kaeijen), que Plantin traduit par « ratons du sain- de pourceau ». Le 
flamand kade, kaai existe encore aujourd'hui avec le même sens en 
Campine et dans les provinces belges d'Anvers et de Brabant ( x ). — 
L'anc. fr. chaon se retrouve dans les patois modernes de Metz et du 
département de la Meuse, sous les formes chaïon, choïon, chaon, chon ( 2 ) : 
je ne sache pas qu'on ait déjà proposé une explication de ce mot 
dialectal. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 554.] 

fr. chicaner, w. chakiner, tchakiner 

Pour le Dict. général, le fr. chicaner est d'origine inconnue. A côté des 
propositions qu'on trouvera dans Littré, Scheler, Kôrting, etc., le 
wallon suggère une explication des plus simples : chicaner serait altéré 
de (t)chakiner, forme conservée dans nos dialectes et dérivant, à l'aide 
du suffixe diminutif -iner, de l'onomatopée (t)chac, qui exprime un 
petit choc brusque. 

La forme wallonne existe sur des points très divers : à Malmedy, 
tchakiner. -eâr (Villers, 1793) « chicaner, -eur » ; — - dans les Ardennes, 
chakiner « tricher au jeu » ( 3 ) ; — à Givet, chakine « 1. chicaner, tra- 
casser : i m' chakine toudi ; 2. v. intr., tromper au jeu » (J. Waslet) ; — 
dans le Brabant, chakine. (Nivelles. Bornival) « 1. chicaner, quereller : 
il ont couminchi a chakiner intré yeûs' ; 2. tricher au jeu » ; chakine (ibid.), 
s. f., « dispute : nos-avons yeû , ne chakine » ; cliakener. -tne, -enadje, 
-tneû (Chastre-Villeroux) ; etc. ( 4 ). 

Nous trouvons le primitif à Awenne (prov. de Luxembourg, entre 
Grupont et St-Hubcrt) dans l'expression chakè lès mwins « battre des 

(!) Cf. Schuermans, Franck-van Wyk. - — Voy. ci-après l'article crèton. 

( 2 ) Voy. les glossaires de M. Lorrain, de Labourasse et de Varlet. 

(*) Ce sens dérive naturellement de celui de « chicaner, vétiller » ; comp. étriver 
« tricher au jeu » (Watteeuw, ] r ocab. de Tourcoing). 

(*) G., I 149, donne simplement le nam. chakine « chicane ». — Le liégeois ne 
connaît que (l)chicane, -er, -eu, -èdje, -erèye et même (l)chicanier : c'est du français 
à peine wallonisé. 



— 49 — 

mains, applaudir » ; à Stave (Namur), tchakè « frotter brusquement 
(par ex. une allumette) », tchake-feû « briquet avec silex et amadou » ; 
à Buzenol (près de Virton). tchaker « faire du bruit (en mangeant) » : 
lès poucliés (porcs) tchakant avou leû gueûye. A Faymonville-lez-Mal- 
medy. tchacant se dit de l'oeil vif, brillant de joie, dont le regard frappe, 
vous donne un choc quand vous le rencontrez : il a lès-ûs tchacants ; 
corne i louke tchacant ! — L'onomatopée tchac entre dans les expressions 
suivantes : coula tome a tchac (Fontin-Esneux) « cela tombe à point » ; 
avou coula, ci sèrè V tchac (ib.) « avec cela, ce sera parfait » ; c'èsteûi 
dès tchic et dès tchac a ri nin fini (Liège) « c'étaient des coups de langue, 
des pointes, de vertes ripostes à ne pas finir » ( x ) ; djower al tchac 
(Verviers : Lobet), espèce de jeu de billes ; d'où tchakète, tchakHer, etc. ( 2 ). 
De chakiner à chicaner le passage est facile : il s'explique par une 
métathèse naturelle et par l'influence de chiche, chiquet, chicoter, etc. 
On objectera 1° qu'un primitif chicaner a pu lui-même s'altérer chez 
nous en (t)chakiner sous l'influence de (t)chac et de taquiner ; 2° qu'il 
peut ne pas exister de rapport d'origine entre chicaner et (t)chakiner, 
dont la ressemblance serait donc purement fortuite. Sans doute ; mais 
je me persuade que l'autre thèse est plus vraisemblable et qu'elle 
mérite tout au moins d'être prise en considération. 

[Romania,t. xlvii (1921), p. 554]. 

w. cîçale, cinçale 

Forir est le seul qui donne cîçale, s. f., « furoncle ». Les Liégeois que 
j'ai interrogés ne connaissent pas ce mot ; mais, à Glons-sur-Geer, 
d'après M. Mathieu Fréson, des « inflammations sur la peau » s'appellent 
des cinçales. Cette dernière forme est mieux conservée, et la significa- 
tion qu'on lui attribue, encore qu'assez vague, me paraît plus sûre et 
plus exacte. Partant d'un type supposé cinctum + -icella, je 
pense que, primitivement, les cinçales désignaient l'herpès zoster ou 
zona, éruption vésiculeuse que le liégeois et le namurois dénomment 
li cingue ou lès cingues (ceinture : cingulum). Pour la protonique 
in = î, comparez cintroû, cîtroû (lisière de drap) : cinctorium (ou 
cinctura) + -eolum ; cincwème, cîcwème (Pentecôte) : quinqua- 
gesima. Pour le suffixe, comparez monçale (à Harzé : tas de gazon 
d'essartage) : * monticella ; nèçale (nacelle) : navicella ; sâçale 

( x ) Le liégeois, en français familier, dira de même : « ils sont toujours en chic-chac ». 
( a ) Sur le dérivé IchaWtrèce, voy. Feller, Notes de philol. wall., p. 219. 



— 50 — 

(« espèce de plante sauvage » : G., II 342) : * salicella ? ; vâçale (dans 
des lieux dits ; anc. fr. vaucele, vallon) : * vallicella. 

anc. liég. cincque (= singue) 

Le passage suivant de la Charte liégeoise du Métier des Fèvres, 1418, 
contient trois expressions que G., II 550, 567, 637, signale sans pouvoir 
les expliquer : 

Quelconques dorsenavant metterat a esscience ou de certaine science en 
œuvre fiere embleit, ou qui fâche faire cincque contre cincque cleiffs encontre 
enseingne de paest, de chirre ne d'aultres semblables cas, ne quy achapterat 
koenne ne anko embleit, et prouveit soit suffisamment que ce ayet esteit à 
science, icy perderat ledit Mestier... ( 1 ). 

Le règlement défend de mettre sciemment en œuvre du fer volé 
(embleit) et de commander sans témoin qu'un forgeron fasse des clefs 
d'après une empreinte de pâte, de cire, etc. Cincque devrait s'écrire 
singue, car il répond à l'anc. fr. sengle, single, sangle (lat. singulum) 
« chacun en particulier, seul, isolé ». La curieuse expression singue 
contre singue (en tête-à-tête, entre quatre yeux) ne se rencontre pas 
ailleurs. La finale, que nous écrivons -gue d'après l'étymologie, se pro- 
nonce -A;' en Wallon ; de même dans tringue « tringle », cingue « sangle, 
ceinture ». 

Les mots koenne et anko sont des noms de métaux, défigurés par la 
négligence du copiste ou de l'imprimeur. Il faut corriger le premier en 
koeuue, koeuve : c'est le liég. mod. keûve « cuivre ». Pour l'autre, je 
conjecture une fausse lecture de arko. Godefroy, v° archal, cite les 
formes arcou, archout, archaut. Le liég. mod. ne connaît que ârca, mais 
arcô existe encore dans le centre du Hainaut, par exemple à La Lou- 
vière ; voy. Projet de Dict. wallon, p. 15. 

w. coper (Liège, Huy), ècoper (Verviers) 

Dans certain jeu d'enfants, toucher un joueur qu'on atteint à la 
course se dit ctiper à Liège, Jupille. Jemeppe, Huy : dji tfs-a copé ; ou 
ècoper à Verviers, Stavelot : dju v's-a ècopê, c'est vos qu'èmi' est (« qui 
en est » : qui devez poursuivre à votre tour). Le jeu comporte plusieurs 
variétés : la plus simple ressemble au jeu que le Larousse illustré 
appelle « chat » (on dit à .Jupille et à Seraing : djouwer al pouce « à la 
puce » ou al cèpe, déverbal de ctper ; à Huy : djouwer à ctper) ; celle 

( x ) Charles et Privilèges, I 29. 



— 51 — 

qu'il dénomme « chat coupé » s'appelle à Huy le ctper fcôpé ; une autre, 
le « chat perché », se dit à Jemeppe le coper perché. On cèpe aussi au 
jeu de barres. Les verbes coper, ècoper (qui n'ont évidemment rien à 
voir avec côper : couper) ne figurent pas dans nos dictionnaires ( 1 ). Ils 
ont cependant du prix à nos yeux, car nous y reconnaissons l'anc. fr. 
cou(l)per, encou(ï)pér, encoper « inculper, accuser », lat. culpare, 
inculpare : celui qui est cZpé ou ècb'pé est mis en faute ; c'est l'inculpé, 
le coupable, qui doit travailler à se libérer. Les enfants ont conservé 
ces termes qu'ils tiennent sans doute du langage ecclésiastique ou 
judiciaire. 

liég. cot'hê, cotî 

Le liég. cofhê « closeau. jardin potager » se rattache à cotî « maraî- 
cher » [nam. coflî], fém. cotiyerèsse « maraîchère », eotièdje [francisé à 
Liège en « cotillage »] « terrain de la banlieue dans lequel on cultive 
des légumes pour les vendre ». Ces mots, d'après G., 1 129. 342, viennent 
de l'ail, kothe (chaumière, petite métairie), kôther (manant), kôtherei 
(petite métairie). Notre auteur invoque le bas latin cotagium, l'anc. fr. 
cotier (tenant d'une coterie ou terre roturière), et il ajoute : « La ressem- 
blance de l'anc. fr. courtilier, -âge, m. signif. que cotî, -ièdje, ne saurait 
faire conclure à l'identité de ces mots, de même que le rouchi courtiseau 
(petit courtil) ne pourrait être le même mot que le liég. cofhê : comment, 
en effet, cotî serait-il dérivé de corti ? » 

En réalité, l'ail, kothe n'entre pour rien dans l'origine des mots 
wallons et cofhê est bien l'anc. fr. cortisel ; cotî, s. m., est l'anc. fr. 
cortillier, et eotièdje l'anc. fr. cortillage. A l'antépénultième, r suivi 
de deux consonnes disparaît de même dans toflèt ( = fr. tourtelet : G., 
II 437, n.), mascâcer (= anc. fr. mareschaucier), Hèsta (= Haristallium : 
Herstal), Aoss'ner (Faymonville : « trousser », dér. de horser à Weismes ; 
ail. schùrzen) ; etc. Le nom propre Cortehai existe encore aujourd'hui, 
comme nom de famille, dans la vallée du Geer. Les archives liégeoises 
foisonnent de cortiheal, cortiseau, etc., pour dénommer des lieux qui 
s'appellent de nos jours cofhê. Enfin, cofhê désignant le potager attenant 

( x ) Grandgagnage lui-même les ignore. Il note seulement, sans explication, dans 
ses Extraits de Villers, le malmédien ècope « se dit quand on saisit qqn, dans le sens : 
vous êtes à moi, vous êtes pris ». C'est apparemment l'abrégé de dju v's-ècope, 
plutôt que è cope ! (en faute !). — A Robertville-lez-Malmedy, coper, v. intr., a pris 
le sens de : « jouer à cache-cache, appeler en étant caché » (BI) 1908, p. 32). — A 
Glons-sur-Geer copier « atteindre à la course », t. du jeu de « puce » : dji Va copié. 



— 52 — 

à la maison, il est naturel d'y voir un diminutif de corti (terrain clos, 
assez étendu, contigu à l'habitation) plutôt que le dérivé d'un primitif 
germ. kothe ( x ). Les mots liégeois sont donc bien distincts du fr. cotier, 
coterie, cottage et de l'anc. fr. cotin (cabane, maisonnette ; voy. Meyer- 
Liibke. n° 4746). 

Le substantif cotî (maraîcher) suppose la série suivante : *cortilyî, 
*cortelyî, *cotelyî [nam. coflî], *cotyî, cotî. La finale -yî (provenant de 
-ilyî) se réduit en liégeois à -î ; comparez consî, v. tr., « conseiller », 
travî, anc. fr. traveillier (être en travail d'enfant). Le nam. coflî a 
conservé l que le mouillement a fait tomber en liégeois, mais dont le 
fém. cotîresse (provenant de cotiyerèsse) atteste la présence à l'origine ; 
comp. cinsî, cinsWèsse ; botî, bofrèsse. 

Enfin le verbe cotî lui-même (marcher, se promener : G., I 130) 
représente l'anc. fr. cortillier (cultiver un jardin). Le sens propre 
« cultiver, c'est-à-dire circuler dans son jardin et conduire au marché 
les produits de son cotièdje ou cortillage » n'est pas noté, que je sache; 
j'ai cependant entendu à Liège : i cotèye a Hacou « il fait le maraîcher 
à Haccourt ». Nos dictionnaires n'attribuent à ce verbe que des sens 
dérivés : 1. circuler, marcher, aller et venir : ^i rataque a cotî ( 2 ), 
dit-on d'un convalescent ; — 2. flâner, baguenauder : corne i rfa rin 
a fé, i cotèye tot-avâ V mohone ; èle cotèye tot-avâ s' manèdje et èle n'avance 
nin, dit-on d'une mauvaise ménagère. D'où le dérivé cotieû, -eûse 
« flâneur, -euse ». — Par une métaphore contraire, cotier à Faymon ville 
signifie « circuler activement, se dépêcher au travail, marcher vite » : 
i cotèye tote djôr ; i f fârè cotier, si tôt vous aviver a tins. Un composé 
sa d 'cotier s'y est même formé sur le type de se cVhombrer « se dépê- 
cher » (BSW 50, p. 555). 

[Mélanges Kurth, II 318 (1908). La fin surtout est remaniée.] 

fr. couet 

Le fr. couet, terme de marine, désigne une « grosse corde qui s'amarre 
au bas d'une voile de navire ». Kôrting (Etym. Wôrt. der fr. Spr., 1908), 
se fondant sur le nom allemand de ce cordage (Hais eines Segels), y 

f 1 ) Du germ. kot, moyen haut ail. kote, kate « hutte, maisonnette de paysan » 
dérive le flani. kolerij (ensemble de taudis, de petites remises pour toute espèee 
d'objets : Schuermans), qui a donné le liég. calerèye « taudis », catî « vaurien », que 
G., I 103, ne réussit pas à expliquer. 

(-) Synonyme : i r'cotèyc, d'un verbe ricotî, qui manque dans nos dictionnaires. 
A Alle-sur-Semois, on dit de même : i rechampit. 



— 53 — 

voit un diminutif de cou ; mais un tel dérivé ferait singulière figure 
à côté de collet. D'après le Dictionnaire général, couet est une autre 
forme de écoute : Cot grave donne en effet escouette pour écoute. Toutefois 
l'argument ne paraît pas décisif, escouette pouvant être une erreur, ou 
une contamination de écoute et de couet. D'autres dictionnaires ont bien 
écouet pour couet ; mais c'est sans doute le résultat d'une fausse per- 
ception : le pluriel les couets est devenu V écouet. — A mon avis, couet 
représente le masculin de couette (petite queue). La définition de 
Godefroy (couet : « un cordage qui va diminuant par un bout ») me 
paraît suggestive à cet égard, surtout si on la compare à celle du 
liégeois cowète, terme de houillerie, « partie du câble reliée à la cage » : 
cette partie inférieure est d'ordinaire en section décroissante ; de là 
son nom, qui signifie proprement : « petite queue, petit bout ». 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 555.] 

liég. coumê, coumaye. fr. coumaille 

Il faut réunir ces trois articles de G., I, 122, 131 ; II, 529 : 

COmai (petite enclume sur laquelle les faucheurs battent leurs faux) B. 
coumai (grosse petite femme mal bâtie) Duv. Comparez cornai. 
goumai (dégorgeoir : outil de maréchal ferrant ; tasseau: petite enclume ; 
pomme d'Adam) Lob. Comparez gomâ. 

Il s'agit d'un même mot (comê à Glons-sur-Geer, coumê ou plus 
souvent goumê à Liège), qui répond littéralement au fr. « enclumeau » ; 
coumê provient, par aphérèse, de *ècoumê, diminutif de ècome (Glons, 
Trooz, Malmedy), liégeois èglome, enclume, latin incudinem ( r ). 
Du sens premier « enclumeau » dérivent, par métaphore naturelle, 
ceux de « personne courtaude et massive » ( 2 ) et de « pomme d'Adam ». 

Le fr. dial. et techn. coumaille, terme de minéralogie, a reçu les hon- 
neurs du Dictionnaire général ; mais l'article qu'on lui consacre laisse 
bien à désirer. La définition : « roches ( 3 ) des mines où la houille est 
divisée » manque de clarté. La plus ancienne mention serait de 1818 ; 
or nous trouvons le mot cité dès 1768. Enfin on le déclare d'origine 
inconnue ; nous pouvons assurer qu'il est emprunté du dialecte liégeois, 
comme beaucoup d'autres termes de « houillerie ». Une description de 

( 1 ) Comparez le hesbignon ègloumia (Cras-Avernas), gloumia (Darion) « enclu- 
meau de faucheur », et voy. BD 1911, p. 36. 

(*) Comp. dans Forir magoumê « magot, petit homme mal bâti », qui résulte du 
croisement de magot et de goumê. 

( 3 ) Corrigez roche. Même définition dans Littré et dans Lobet, d. 303. 



— 54 — 

cette industrie au pays de Liège, faite en 1768 par Morand et rééditée 
en 1780 à Neufchâtel, porte ce qui suit : 

Dans le deie [= dèye, sol de la galerie] et de tems en tems dans le toit, se 
rencontrent des marrons, gros et petits, bien polis, de couleur noirâtre, qui 
font feu contre l'acier et gâtent les outils ; ces clous... sont appelles à House, 
pays de Dalem [= Housse, lez Dalhem] klavais, koyons de chien ; lorsqu'ils 
sont d'un très grand volume, on les y nomme koumailles ( l ). 

Le liégeois coumaye ou. plus souvent, goumaye a, d'après G., I 131, 
trois significations : « 1. bloc de briques réunies par un commencement 
de fusion ; 2. mâchefer ; 3. t. de min., rognon arrondi, très pesant et 
très dur, de chaux carbonate fétide ». Le sens 1 est le plus connu du 
vulgaire et de nos lexicographes. Hubert et Forir ajoutent une accep- 
tion figurée : « femme courtaude et indolente », qui rappelle notre 
goumê de tantôt. Et, de fait, nous trouvons dans goumâye le même 
radical avec le suffixe collectif -âye, lat. -alia (comp. le fr. ferraille, 
pierraille, rocaille). Le sens étymologique est donc : « agglomérat de 
substances (minerai, argile durcie au feu, etc.), dont la masse et la 
dureté rappellent une enclume ». v 

[BD 1920, p. 7.] V 

w. ard. coyonke, coyongue 

La cfiyonke, dans nos Ardennes (Stavelot, Bovigny, Villers-S te - 
Gertrude), c'est la longue courroie qui fixe le joug sur la tête du bœuf. 
M. Ch. Bruneau a relevé cette même forme au Sud de Givet, à Hargnies 
et à Sévigny-la-Forêt ( 2 ). Par contraction, à Faymonville-Weismes, le 
mot devient coke, avec o mi-nasal ( 3 ). On dit co*yonpe à Cherain, Lu- 
trebois, Ortheuville. IL<uffalize, Recogne, Neufchâteau et aussi, d'après 
M. Ch. Bruneau, à Cugnon-sur-Semois et à Louette-St-Pierre. J'ai 
relevé de plus : 1. cloyonbe, à Alle-sur-Semois, avec l épenthétique 
sous l'influence probable de clore « clore » et de clôye « claie » ; 2. le 
verbe coyonbè, à Ortheuville : M coyonpe po coyonbè V boû, c.-à.-d. 
po loyè V boû après V djeû (au joug) ; à Bonnerue-lez-Houffalize, le 
substantif seul existe : one ctyonpe po noké V boû âtoû dèl tièsse. 

( 1 ) .Morand, Art d'exploiter les mines de charbon de terre, p. 113, t. xvi des Des- 
criplions des arts et métiers, nouv. éd., Neuchatel, 1780, in-4° ; l re éd., 1768, 2 vol. 
in-folio. — Bormans, J'oc. des houilleurs liégeois, définit tournaille « pierre plus dure 
que le grès qui se rencontre quelquefois dans les mines. Du llam. kool et mael, borne, 
limite, etc. » (!). 

( 2 ) Cli. Bruneau, Enquête sur les patois d\lrdenne (1914), I, p. 499. 

( 3 ) .1. Bastin, Voc. de Faymonville, BSW 50, p. 555. 



— 55 — 

L'origine de ce mot intéressant est pleinement assurée : il reproduit 
le lat. co(n)jungula (petite chose servant à conjoindre). qui a donné 
l'anc. fr. co{ri)jongle, d'où la forme contracte congle dans une charte 
namuroise de 1265 ( 1 ). Le w. coyonke - - ou, étymologiquement, 
coyongue, — s'est altéré en coyonpe (-be), comme ranonke « renoncule » 
en ranonpe (G., II 279). 

Meyer-Lùbke, n° 2151, énumère des représentants du type conjun- 
gula en italien, en espagnol et en ancien français. Il conviendrait d'y 
ajouter les formes wallonnes que nous venons d'étudier. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 556.] 

anc. liég. coxhe, fohe 

G., II 571 : eoxhes Chartes [des Métiers], I, 233 (1527): au fait des draps 
qui seront drappés de vilaines eoxhes et pellins tondus entre le mois de may 
et S* Reray. [Note de Scheler : « Voy. Bormans, Drapiers (BSW, t. 9, p. 253), 
qui assimile coxhe à cote, ce qui n'est guère admissible. »] 

G., II 593 : fohes Chartes [des Métiers] I, 305-10 (1575) : pourpoint, chausses, 
henches ( 2 ), fohes, cottreaux (jupons), golliers et autres habillements d'hommes 
ou de femmes. — Quid ? [Note de Scheler : « S'il y avait flohes, on pourrait 
songer à floseus, autre forme du 1). lat. floccus, froccus. »] 

Le Glossaire de Reichenau a un article lena : toxa (= lat. vulg. tosca, 
lat. tusca ; d'après Hetzer, Reich. Glossen, « étoffe grossière, manteau 
de cette étoffe »). M. Marchot, à qui j'emprunte ces détails ( 3 ), prétend 
retrouver le même mot, estropié par l'éditeur, dans les deux textes 
liégeois du XVI e siècle que cite Grandgagnage. J'estime qu'il se 
trompe doublement et qu'on doit tenir coxhe et fohe pour des types 
corrects. 

I. Si le texte de 1527 était isolé, on pourrait à la rigueur suspecter 
la forme coxhe ; mais une charte de 1435 ne laisse aucun doute : « pour 
cascun drap fait de grayt nions (?), de fleur, de koxhe, de simple gris » ( 4 ). 
Nous y voyons le liég. cohe, qui aujourd'hui a seulement le sens figuré 

(*) « Les congles dont on joint les buves ki mainent le laigne el castiel de Namur » ; 
texte cité par Du Cange, conjugla, et reproduit par Godefroy, qui définit congle : 
« joug (!) pour les bœufs ». — M. A. Thomas cite l'anc. fr. cojongle dans Romania, 
1910, p. 237 ; cf. Meyer-Lùbke, n 03 4621 et 4646. 

( 2 ) Corrigez heuckes, et voy. ci-dessus l'art, bodje. 

( 3 ) Zeitschrift fur franz. Spr. und Litt., xxxix (1912), p. 148. — Cf. Diez, Anciens 
gloss. romans, trad. Bauer, p. 40. 

( 4 ) Texte cité par Bormans (BSW 9, p. 213). Dans son Gloss. des Drapiers (ib., 
p. 265), Bormans confond koxhe avec cote ! 



— 56 — 

de « branche », mais qui jadis a signifié « cuisse », lat. coxa (cf. G., II 
571). Du drap de coxhe (prononcé c§%) désigne du drap fait avec la laine 
prise aux cuisses des moutons ( 1 ). Comparez l'anc. fr. cuissete « sorte 
d'étoffe » : manteau de cuissettes noires (1486 : God.). 

II. Les archives liégeoises de 1530-33 portent à plusieurs reprises : 
« une focke de drap noire forée de penne condist fin gry », « une foucke 
de drap », « une fock de drap sanguinne forée » ( 2 ), etc. On y reconnaî- 
tra le moyen néerl. focke, que Kilian traduit par « superior tunica » 
et qui subsiste en flamand moderne (Schuermans) sous la forme fuik 
« blouse, sarrau ». De foke à jolie le passage ne fait pas difficulté ( 3 ). 

[Remania, t. xi.vii (1921), p. 557.] 

liég. crâmignon 

Le « crâmignon » est une danse populaire propre au pays liégeois. 
Aux fêtes de paroisse surtout, danseurs et danseuses, placés alternati- 
vement, forment une longue chaîne qui, sous la conduite d'un « meneur », 
se déroule et s'enroule, se tord, se pelotonne, et promène' ses détours 
capricieux à travers les rues du quartier, tout eh répétant les couplets 
que chante le meneur du branle. 

G., I 135', n'explique pas ce mot, qui a pourtant sollicité maint 
amateur d'étymologie. On a invoqué le latin carmen, la sinistre car- 
magnole et d'autres analogies non moins fantaisistes. Pour ma part, 
je crois que crâmignon, ou mieux crâmiyon, est altéré de crâmiyon. 
L'a bref du type primitif s'est allongé, probablement sous l'influence 
de crâs, gras ( 4 ). Le suffixe -Mon, -iyon, qui aurait dû normalement se 
réduire à -yon, s'est maintenu, grâce à la mesure du vers, dans des 



(*) Aujourd'hui pilaine ; voy. ci-après l'art, pilaine. 

( 2 ) Registres aux Arrêts (Archives de Liège). 

( 3 ) Comp. soke (Forir) « socle » = sohe (Hub. ap. G.) ; take (G.) « cadeuas » = tahe 
(Forir) ; voy. l'art, dronhe ci-après. 

( 4 ) Le liégeois allonge souvent la voyelle de la syllabe initiale. Le joli nom de la 
pâquerette : mSgriyète (Verviers ; litt. *margueriette) s'est défiguré en màgriyète 
(liég.), à cause de mâgriyî, maugréer, et des composés où entre le préfixe ma, mal. 
De même doumièsse (docile, soumis ; lat. domesticus, anc. fr. domesche) devient, 
doûmièsse (Forir), sous l'influence de doûs, doux ; stâminî (Verviers) « crèche ») 
devient stâminî (Forir) sous l'influence de slâ, étable ; pâvion, tïœion (Verviers 
« papillon, aiguillon », deviennent en liég. //avion, avion ; etc. 



■ 



— 57 — 

refrains traditionnels (*) ; puis, il s'est d'ordinaire épaissi en -ignon ( 2 ). 

Le mot liégeois, nettoyé de ses surcharges, ne fait qu'un avec 
crâmyon «zigzag, détour » (Robertville lez-Malmedy), «objet embrouillé» 
(Stoumont ; syn. kumahèdje, vôtion), fig. « affaire compliquée, querelle » 
(Dinant, Bouvignes) ( 3 ). Il appartient à la même famille que les termes 
suivants : déscrami (Huy), discramî (nam.), -yè (Famenne), -yî (ard.), 
dècrœmîr (gaum.) « débrouiller, démêler, dépêtrer » ; — èscrami (Huy), 
ècramî (nam.), -yè (Famenne), -yî (ard.), ou, avec préf. a- > lat. in-: 
acramyî (Givet, Couvin), -yè (Neufchâteau), acrœmîr (gaum.) « em- 
brouiller, enchevêtrer, entortiller » ; — de là, des dérivés, notamment 
en Famenne : ècramyis' « sujet à s'enchevêtrer », discramyeû « démê- 
loir ». Cette famille pénètre au Sud jusque dans le patois meusien 
(acramilli, dècramilli: Varlet) et dans celui de Metz (ancrèmié : Jaclot). 
On ne trouve rien de semblable en ancien français. 

Quelle est l'origine de ce groupe ? 

Ecartons d'abord le radical germanique *kram-, par lequel Falk- 
Torp explique le bas ail. kramme (crampon ; griffe) et le holl. kram 
(crampon) : le messin ancrèmié et le gaumais acrœmîr, dècrœmîr (à 
Ste-Marie-sur-Semois) ne peuvent s'en accommoder. En revanche, 
il y a concordance entre ces dernières formes et le messin crèmô, gau- 
mais crœmâ, qui répondent au fr. cramait, w. crâmâ « crémaillère », 
du lat. *cremaclum : moyen de suspendre. De plus, l'ancien français 
offre un dérivé cramillon (« crémaillère »), qui survit, avec le même 
sens, au Sud de Givet, et sur divers points de la Wallonie : crâmyon à 
Vielsalm, Charleroi, -iyon à Bourlers, -(i)gnon à Couvin, Houdeng ( 4 ). 
C'est le diminutif de *cramil (*cremiclum : en Ard. fr. crami) ; d'où 
cet autre diminutif: *cramillette (= w. crâmyète, gaum. crœmyète, 

(!) Par exemple le refrain si connu : 

Prindez vosse bordon, Simon, 
Et s' minez nosse cràmiyon. 

( a ) Le Théâtre liégeois dn xvm e siècle ne connaît que cràmiyon (écrit crâmïon 
dans l'édition de 1854 : pp. 27, 29, 34, 129). C'est aussi la seule forme connue à Huy 
de nos jours et la seule donnée en liégeois par Cambresier, Hubert, en verviétois 
par Lobet. — Pour y > gti, voy. les articles bougnou, dognon, sprogni, etc. Comp. 
de plus franskilion (G., II 527) > franskignon (Forir); l'anc. fr. maquillon > fr- 
maquignon ; l'anc. fr. escafillon, -ignon, w. scafignon « escarpin » (G., II 345) ; le 
liég. ahàyi, houyot, qui peut s'altérer en ahâgnî, hougnot ; etc. (Voy. l'art, hoye). 

( 3 ) Lobet, p. 310, donne en verviétois : crâmion « zigzag... ; branle, danse gaie 
en rond et en zigzag ». — On pourrait croire que le sens « zigzag » dérive du second ; 
mais les termes que nous citons ensuite (déscrami, etc.) écartent l'objection. 

( 4 ) Voyez aussi Bruneau, Enquête, I, pp. 229-230. 



— 58 — 

messin crèmyote) « petit appareil composé d'une tige courbe terminée 
par un double crochet, qui sert à retirer le pot de la crémaillère ». 

Il est visible que *encramiller, *descramiller viennent de là, et que 
cràmyon « détour » ne peut se séparer de cràmyon « crémaillère ». Le 
cramillon, qui est proprement une tige dentée servant à accrocher, et 
la *cramillette, qui présente quatre courbes rapprochées, ont éveillé 
l'idée de : « ligne brisée ou courbe, crochet, détour, tortillement ». 

Pour en revenir au cramignon liégeois, nous pouvons maintenant 
conclure avec assurance. Quand il a vu les troupes joyeuses dessiner 
leurs zigzags fantaisistes ( 1 ), le peuple a bien saisi le caractère pitto- 
resque de ce divertissement : la ligne sinueuse de la crémaillère s'est 
offerte à son esprit et il a créé cette image : « mener un cramillon ». 
Puis, de l'espèce de danse, le nom a passé au chant qui toujours accom- 
pagne les évolutions de la chaîne dansante ; de là l'expression braehy- 
logique : « chanter un cramignon » ( 2 ). 

Ainsi le cramignon tire son nom de son principal caractère : le mou- 
vement, — tout comme les trèhes de Malmedy ( 3 ), le branle français et 
sans doute aussi la farandole de Provence et la bourrée d'Auvergne. 

[Remaniement de BD 1910, p. 65.] \ 

w. crasse (Verviers, Malmedy) 

Autrefois, à Verviers, on employait, pour carder la laine à la main, 
une sorte de peigne ou séran appelé crasse, s. f. ; cet instrument com- 
prenait de nombreux crocs en fer qui hérissaient la tête d'une table 
montée obliquement sur quatre pieds et appelée « baudet ». La mention 
la plus ancienne que je connaisse figure dans une comédie inédite de 
1759. en dialecte verviétois : i-è-st-ossi sètch qu'on bâdèt d' crasse « il 
est sec et décharné comme un chevalet de cardeur ». Villers et Scius à 
Malmedy, Remacle et Lobet à Verviers, signalent crasse « carde », 
crassî « carder », crasserèsse « ouvrière qui carde » ( 4 ). Grandgagnage 
enregistre ces mots sans donner d'explication valable ( 5 ). Ce groupe 

(!) Cf. Théâtre liégeois, p. 129 : 

Qui tos ces k'twèrdous erâmiyons 
Ou-ce qu'on s'kiméle onk avâ l'aute. 

(*) Pour Littré, Sup/tl., « cramignon » désigne une « chanson populaire en Bel- 
gique ». Il est inutile de souligner les inexactitudes de cette définition. 

( 3 ) Comp. l'âne, fr. trescher ; Diez, p. 327 : Wilmotte, Le wallon, p. 89-90. 

(*) Cf. Renier, Ilist. de Vinci, drapière au pays de Liège, p. 145. — Dans le BSW 39, 
p. 206, lire crasse au lieu de crosse. — Forir écrit à tort krâci, krâceû, krâsress (carder, 
-eur, -euse) ; ces mots sont d'ailleurs inconnus à Liège. 

( 8 ) G., I 137, II 515, et Extraits de Villers. 



— 59 — 

dérive clairement du néerl. et bas ail. krassen (rayer, racler), ail. 
kratzen (*). 

liég. crèssôde 

G., I 139, voit dans crèssôte « pâquerette à fleurs doubles » un dérivé 
de crèsse « crête ». Conjecture inadmissible, puisque les dérivés de crèsse 
(crèstê, ècrèster) reproduisent le type primitif crèste. — Le liég. crèssôde 
(verv.-malm. crissôde, nam. crussôde) ne peut être séparé du flamand 
ker soude, kar soude (anciennement kassoude, kessouwe ; moyen néerl. 
corsoude, carsoude, kersoude ; néerl. mod. kersouw), syn. de madeliefje 
« pâquerette ou petite marguerite, bellis perennis L. » ( 2 ). Toutes ces 
formes se ramènent à l'anc. fr. consaude, fr. anc. et mod. consoude : 
lat. consolida. L'épenthèse de r a pu se produire simultanément en 
wallon et en flamand, à moins qu'il n'y ait eu emprunt de l'un à 
l'autre; pour le wallon, on trouve déjà crussôde au xm e siècle. 

Froissart, dans ses poésies, fait de consaude le synonyme de mar- 
guerite ( 3 ) et déjà le moyen latin cumulait les sens de « consoude » et 
de « marguerite ». On ne doit pas s'étonner de voir le même terme 
appliqué à des plantes d'aspect si différent, puisqu'il rappelle une simple 
propriété médicinale : consolida (qui consolide, raffermit les chairs, 
arrête l'hémorrhagie) a pu désigner des plantes très diverses, dont les 
feuilles, les racines ou les graines servent à tel usage ; le nom est, en 
réalité, aussi peu spécificatif que l'expression populaire « herbe à 
coupures ». Notre crèssôde ou pâquerette double a joué un rôle dans 
l'ancienne thérapeutique, témoin cette recette liégeoise du xm e siècle : 
« Por estinde le fowe de saint Anthone u atre fowe, prendeis de roges 
flours de crussôde ki soient couloutes [cueillies] en secce teins devant 
lascension a crous » ( 4 ). Au surplus, le français moderne appelle du 
même nom consoude une renonculacée (la c. royale) et une borraginée 
(la c. proprement dite). 

[BD 1921, p. 9.] 

( 1 ) L'ail, kratzen, qui a donné le fr. gratter, a encore le sens technique de « carder ». 

( 2 ) Voy. Schuermans, De Bo, Franck-van Wyk. 

( 3 ) Scheler, Gloss. des poésies de Froissart (Brux., 1872). Le passage est cité dans 
le Com.pl. de Godefioy, consoude, où il mériterait une rubrique spéciale. 

( 4 ) Texte cité dans le Bull, de Folklore (Liège, 1891), I. 153. -- La feuille 
de la crèssôde est encore employée aujourd'hui à Liège pour arrêter une légère 
hémorrhagie ; on fait deux ou trois incisions dans la feuille que l'on applique sur la 
coupure. 



— 60 — 

w. crête et dérivés 

Il existe, dans les dialectes wallons, au moins six substantifs fémi- 
nins crête, d'origine et de sens différents. Les deux premiers n'offrent 
guère d'intérêt ; le troisième a été expliqué de façon très plausible ; 
nous nous étendrons davantage sur les trois derniers, qui sont moins 
connus. 

1. crête (Malmedy : Villers, 1793 ; Houdeng) « crèche » ; altération 
isolée du liég. crtpe : ail. krippe. 

2. crête (Liège : BSW 34, p. 189), terme d'armurerie ; probablement 
emprunté du fr. crête. 

3. crête di mitches (Verviers ; anc. liég.) « carré de petits pains cuits 
ensemble » ; emprunté de l'anc. h. ail. cretto, moyen h. ail. grette « cor- 
beille, panier » (*). — Dérivé : crétin (Erezée) « grand panier de paille 
tressée, pouvant contenir quatre setiers de blé et pourvu d'une petite 
ouverture en haut » ; rouchi kèrtin (Hécart, Sigart) « panier d'osier à 
anse » ; ane. fr. crétin (God.) « sorte de hotte » ( 2 ). 

4. crête du bwas (Malmedy : Villers. 1793) « monceau de bois 
arrangés, pile, bûcher » ; à Faymonville crête de bzvès ; èsse broûlé sol 
crête du bivas (Malmedy, Arm., 1906, p. 49-50). Un vocabulaire français- 
malmédien, manuscrit du xvm e siècle, donne « crêpe du bois : pile 
de bois » (par confusion avec crêpe : crèche). — G., I 140, note le nam. 
crête « pile de bûches disposées par lits croisés » ; l'explication qu'il en 
donne est sans valeur. Nous savons de plus que crête, à Neuville-sous- 
Huy, est un terme de bûcherons désignant « un tas de cinquante 
fagots » (H. Gaillard) ; A Liège, pour les meuniers, c'est « un tas de 
sacs superposés contre un mur » (Ed. Remouchamps) ; enfin, à Stave 
au Sud de Xamur, c'est « un amas de dix à vingt gerbes placées debout » 
(L. Loiseau). — Les langues germaniques n'offrent rien d'analogue, 
tandis que Littré et le Dictionnaire général ont l'expression : « mettre 
du blé en crête : l'entasser en lui donnant une forme pyramidale ». Le 
wallon, qui devrait dire crèsse dans ce cas, paraît avoir emprunté le 
mot français. 

A Leuze (Hainaut), le talus ou la berge d'un fossé s'appelle : ène crête, 
et le cantonnier : /' champète [= le garde champêtre] dès crêtes. C'est 
évidemment le fr. crête (voy. Littré). 

(!) Behrens, Beitrâge, p. 05 ; G., I 140, II 502 (v° brosder), 57.'3 n., et 025. 
( 2 ) G., I 140, donne, d'après Dejaer, le liég. crétin « bassin de fer blanc » ; Forir 
reproduit cet article. En réalité, le mot est inconnu à Liège. 



— 61 — 

5. crête (« frette » : cercle de fer dont on garnit le moyeu d'une 
roue et, en général, l'extrémité d'une pièce de bois pour l'empêcher 
de se fendre) est signalé à Verviers (Lobet), à Spa (Body, Voc. des 
charrons) et à Neufchâteau (Dasnoy, pp. 80, 86). Ce terme technique a 
échappé à nos autres lexicographes. Je l'ai entendu à Glons-sur-Geer, 
à Jupille (près de Liège), à Ben-Ahin, Gives, Solières, Y voir,, Andenne 
et à Neuvillers-Recogne ; le dérivé crèVlè « fretter » existe dans cette 
dernière localité. — Nous y verrons un emprunt fait par le wallon aux 
dialectes germaniques : le luxembourgeois kratt et le west-fiamand 
kerte, karte, ont en effet le même sens ( 1 ). 

On doit sans doute rapporter ici l'article suivant du dictionnaire 
liégeois manuscrit de Rouveroy : « crette, s. f., déchargeoir, pièce de 
bois rond, autour de laquelle le tisserand roule la besogne qu'il lève 
de dessus la poitrinière » ( 2 ). La frette de cette pièce de bois aura donné 
son nom à l'ensemble ; cf. Lobet, v° krett. 

Godefroy a l'anc. fr. creter avec cet exemple : « pour creter l'arbre 
sour quoi on fist le dist molle » (Valenciennes, 1358). Il faut évidem- 
ment traduire par « fretter, garnir d'une frette », — et non par « en- 
tailler », comme le propose Godefroy et comme l'admettent Bonnard 
et Salmon ( 3 ). 

6. crête enfin existe comme nom de lieu, dans le voisinage de Liège : 
1° à Esneux : lès crêtes, en amont d'un ravin ; 2° à Vaux-sous-Chèvre- 
mont : èl crête « en la crette » ; ce nom désigne un fond. M. Jean Lejeune 
l'a rencontré plusieurs fois dans les archives de l'Avouerie de Fléron 
concernant cette commune : « terre gissant en le crête deseur les 
mavais preis » (1418 et 1160) ; « en le crette dessoulx Chamont » (1479 
et 1505) ; « preit qdist les crettes » (1549) ; « en la crête en Vaulx » 
(1624), etc. — J'ai relevé aussi le diminutif lès crètales, lieu dit de 
Ferrières ; dans les crètales, nom d'un ravin à Esneux ; sur lès crètales. 

( 1 ) L'origine du mot germanique est, je crois, inconnue. De Bo n'en parle pas. 
Le Wôrt. (1er luxemb. Mundart (1906) a cet article : « kratt, f., eiserner Reifen, 
Zwinge aus Metall ; fr. cravate ». Si ce dernier terme est allégué comme étymologie, 
il y a sûrement erreur. 

( a ) Le mot ne figure pas dans le Voc. du tisserand, par V. Willem, de Dison 
(BSW 38, p. 193). 

( 3 ) A Houdeng (Hainaut), un gourdin s'appelle un crèti ; à Brainede-Comte crètî. 
On pourrait y voir un [bâton] ferré ou frette ; mais il vaut mieux en rapprocher 
l'anc. fr. cretu « bâton dont l'extrémité supérieure est en forme de crête » (God., 
crestu) ; comp. crêtu dans le Larousse illustré. — A Brainede-Comte, on connaît 
de plus un verbe creter « travailler ferme, marcher très vite » (proprement : manier 
énergiquement le crètî ?). 



— 62 — 

nom d'un raidillon à Erezée ; ainsi que « sortie des crétias », sur une 
carte- vue de Waulsort. 

Le namurois crètia est bien connu pour désigner une fronce, un pli 
dans une robe (Vezin), une ride au front (Huy). Il répond au rouchi 
kèrtiau (Mons: Sigart) « pli fait au linge par le fer à repasser », k&rtiau 
(Ellezelles) « faux pli dans une étoffe » ; — et au verviétois crètê (Dison : 
BSW 53. p. 418 ; Thimister, Trembleur) « ribaudure, mauvais pli dans 
une étoffe ; ride du visage ». De là le double diminutif crèt'lê (Liège : 
mêmes sens) et le verbe crèt'ler (ibid.) « rider, crisper, plisser, froncer, 
goder », qu'on retrouve jusqu'à Fosses-lez-Xamur (dès canadas crèflés : 
pommes de terre à peau rugueuse) et à Dour-lez-Mons (kèrtelé : froissé, 
chiffonné, en parlant d'une robe) ( 1 ). 

Pour expliquer crèflê, crèt'ler, M. Behrens, faisant table rase des 
conjectures de Grandgagnage et de Bormans ( 2 ). s'adresse au bas ail. 
krate, krete « ride, sillon, pli, fronce, coche, entaille, éraillure. etc. ». On 
ne peut que lui donner raison, d'autant plus que les dialectes flamands 
possèdent aussi kerte « entaille, fente, crevasse », kertelen « se crevasser » 
(voy. Schuermans et De Bo). — Nous étendrons la même explication 
aux noms de lieu crête et crètale. Enfin nous verrons^dans crèton un autre 
dérivé de la même source ; voy. l'article suivant. 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 558.] 

w. crèton. fr. creton 

D'après Littré et le Dictionnaire général, le fr. creton « résidu de 
graisse fondue », qui se rencontre dès le xm e siècle, est d'origine 
inconnue. On ne peut admettre en effet, comme certains l'ont proposé ( 3 ), 
qu'il dérive de crête par un type *creston, ou de crotte en se fondant sur 
le picard croton « graillon » ( 4 ). L'ancien français, qui a plusieurs fois 
creton et une fois craton ( 5 ). postule un primitif crête ou crate ; de même 
les dérivés cretonne, cretonnée (God.. t. II). 

( x ) Comparez l'anc. fr. creti (que Godefroy ne peut traduire dans cet exemple : 
« jupes et grailles eretis ») et le lorrain krœti, dans Zeligzon, Lothring. Mundarten, 
p. 92. 

( a ) Behrens, Beitràge, p. 64 ; G., I 140 ; Bormans, Gloss. des Drapiers (BSW 9, 
p. 254). 

( 3 ) M. Wilmotte, in Revue Instr. publ. en Belgique, xxx (1887), p. 45 ; Scheler, 
Dict. cTélym. française. 

(*) Le picard croton et le rouchi crotelin (Hécart) peuvent se rattacher à crotte, 
soit directement, soit par le croisement de creton et de crotte. 

( 5 ) Voy. Godefroy, Compl., qui cite, entre autres, cet exemple significatif : 
« crever et defrire et dessechier comme ung craton ». Ajoutez l'article du Calholicon 
de Lille que nous citons à l'art, cheum. 



— 63 — 

Selon toute vraisemblance, le mot français est venu de la frontière 
germanique du Nord-Est. par l'intermédiaire des dialectes rouehi, 
wallon et gaumais : kèrton (Chimay, Givet ; rouehi : Hécart ; altéré en 
guèrdon à Eugies et à Mons : Letellier, Sigart) ; kèrtan (gaumais) ; 
curton (Bastogne) ; crèton (Dinant, Namur, Marche-en-Famenne, 
Liège, Malmedy, etc.). On entend par là, en général, un petit morceau 
de lard frit qui sert à préparer certains mets ( 1 ). En attribuant au mot 
le sens originel de « petit objet recroquevillé », j'estime qu'il appartient 
à la même famille que crètê, kèrtiau, crèfler, kèrtelé, et qu'il représente 
un diminutif du bas ail. krâte, krete « ride, fronce, pli », flam. kerte 
« crevasse » ( 2 ), dont nous avons parlé à la fin de l'article précédent. 
— Au surplus, deux autres termes français désignant le même objet 
sont également dérivés d'un radical germanique à l'aide du suffixe 
-on : l'anc. fr. chaon (voy. cet article), et le genevois greubon, de l'ail. 
griebe. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 561.] 

gaumais cuchale 

Le gaumais cuchale (Virton ; -èle à Prouvy-Jamoigne) « espèce de 
ruelle qui sépare deux bâtiments et où l'on met le bois à brûler », vien- 
drait, dit-on, de cuche, w. cohe « branchage » (BSW 49, p. 149). Cette 
étymologie a le tort de reposer sur une seule forme dialectale et de 
s'inspirer d'une définition où l'accessoire a fait perdre de vue l'essentiel. 
Près de Virton, à Musson et à Ruette, j'ai noté couchale, forme qui se 
retrouve dans le meusien couchèle « cour d'une habitation ; à Metz 
cochèle » (Labourasse). C'est l'anc. fr. courcelle, diminutif de cour ( 3 ). 
L'influence de cuche a déformé le mot en cuchale, qui devient même 
cruchale à Saint-Léger, avec r épenthétique. 

liég. cwasse 

G.. I 120 et 146, donne d'après Dejaer et sans explication : « coise 
ou quase, fagoue, thymus, ris de veau ». Hubert, p. 146, et Duvivier 

( 1 ) Villers (Malmedy, 1793) ajoute : crèton (F htvace « chiquet d'écorce » et crèton, 
au flg., « trésor, amas d'argent que l'on conserve ». 

( 2 ) Le Noriv.-dàn. etym. Wôrt. de Falk et Torp assigne de même au norvégien- 
suédois kart » fruit vert » et à Test-frison krel « fruit ratatiné », le sens fondamental 
de « rugosité, objet recroquevillé ». 

( 3 ) Pour rc ^> ch en gaumais, comparez fochUète « perce-oreille, forficule » (= *for- 
eelette, diminutif de force: forficem) ; pouché « pourceau»; afoch , né «triste» 
(= anc. fr. enforcené « furieux »). De même, rs dans pachône « personne », r'vfchi 
« renverser ». 



— 64 — 

ont un article civass' di vê « ris de veau ». — Ce mot est emprunté du 
flamand kwast « tumeur, excroissance » (Schuermans, p. 314). On sait 
que le ris de veau est un corps glanduleux placé sous la gorge du veau. 
Pour la forme, comparez l'anc. w. lasse (= ail. last ; G.. II 613) et, 
ci-après, l'art, toûlasse. — Le mot est féminin : dèl blanke czvasse, dèl 
neûre cwasse, d'après Semertier (BSW 35, pp. 32 et 87). 

Du néerl. kwast a brosse », vient le liég. cicasse. f.. t. de batellerie, 
« brosse à goudronner » : li cwasse à daguèt. 

liég. cwassî, cwahî, cwahe 

I. Meyer-Lùbke, n° 2000, tire l'anc. fr. quacier (serrer, comprimer, 
coaguler) du lat. *coactiare (dérivé de coactus : pressé). Il faut y 
ajouter le w. cwassî ou cwacî, qui se rencontre dans le coin N.-E. de la 
Wallonie, limité par Glons-sur-Geer, Liège, Stavelot, Malmedy ( x ). 
Pour l'expliquer, G., I 146, hésitait entre l'ail, quetschen et le lat. 
quassare. La phonétique n'admet ni l'un ni l'autre, tandis qu'elle 
recommande pleinement *coactiare. Pour coa - > civa-, comp. 
cwayoû ; pour le traitement de la finale, comp. *suctiare > sucî, 
sucer ; *addirectiare >• adrèssî. adresser. . 

Au sens propre, cwassî, v. tr., signifie « soumettre à une pression 
violente : froisser, meurtrir ; piler, écraser (du sucre, des drogues, etc.) ; 
éculer (des souliers) ; aplatir (un chapeau) ; serrer (qqn contre un mur) », 
etc. ( 2 ). — D'où le dérivé czvassore (Malmedy) « durillon », -are (Ver- 
riers : Lob.) « ampoule, fourche, abcès aux mains des gens de travail »; 
et le composé acwassi (Malmedy : BD 1906, p. 139) « froisser, écraser, 
broyer ». 

(*) Le liég. -î devient normalement -i à Malmedy-Stavelot, -er à Faymonville. 
Dans cette dernière localité, on dit eivèsser. 

( 2 ) La Complainte liégeoise de 1631 {Choix, p. 73 et p. xxi) porte dans un passage, 
d'ailleurs peu sûr : quasse, Crespoufi. L'éditeur Bailleux traduit : « Trinque, mon 
fils Crespou ». — G., II 574, a un article : « quase (Je quase : trinquer), pièces de 1631 
et 1710, d'après Simonon ». Je trouve en effet, dans une liasse de chansons du début 
du xvm e siècle (1714-17) copiées par Bailleux, ce texte auquel G. fait allusion : 

Vocial li pus bell' chanson 
Qui Baptiste a faict di s' veie, 
C'est de fé quas et raison 
Al santé des jonès feyes. 

Il faut sans doute lire civns.se, impératif de notre civassî, qui aurait ici le sens 
spécial de « choquer les verres, trinquer ». 



— 65 — 

Cwassî est aussi intransitif et signifie 1. « mâcher », t. de drapier et 
de couturier, en parlant des forces ou ciseaux dont les deux branches, 
au lieu de couper, s'écartent et laissent passer l'étoffe ( l ) : li çuzète 
cwasse ; vos-alez je cwassî V çuzète, vosse sitofe est tro spèsse (Liège); — 
2. à Stavelot-Malmedy : « plier (sous le faix) » : i cwasse duzos V paquet ; 
one tchèdje qui freût civassi on bâdèt. — Le Dict. malmédien de Villers 
(1793) a cet article : « civassi, v. n., biaiser, caracoler, gauchir, vaciller », 
qui n'est pas repris par Scius (1893). On peut supposer que « biaiser, 
gauchir », s'applique aux forces ou ciseaux qui ne coupent pas nette- 
ment, et que « vaciller » répond à « plier sous le faix » ; enfin « cara- 
coler » serait tout à fait impropre ( 2 ). 

II. On ne doit pas confondre civassi avec le suivant, dont l'aire est 
beaucoup plus étendue : 

rouchi : cwassier « blesser » (Héeart : coissier, quoissier) ; 
Tournai : cwacher « blesser, meurtrir, estropier » ; 
Viesville, Genappe : cwachî ; Charleroi : cochl « blesser » ; 
garnirais : cwachi « aplatir d'un coup violent » ; 

ehestrolais : cwachè « écraser » ; intr., « fléchir » (Dasnoy : coicher) ; 
Famenne, St-Hubert : cwachè « meurtrir » ; 

Namur : cwachî ; Liège cwahî, anc. liég. quasseir (1424), quaxheir (1431) 
« blesser avec un instrument tranchant », surtout au réfléchi « se couper ». 

C'est l'équivalent de l'anc. fr. caissier, quaissier, que Meyer-Lûbke, 
n° 6940, rattache au lat. *quassiare ( 3 ) « casser, rompre, briser », 
dérivé de quassare (> fr. casser). Pour la forme, comp. *bassiare 
> baisser, bachî, bahî ; *incrassiare > engraisser, ècrachî, ècrâhî. 

Nous rattacherons à ce groupe l'adjectif cwahe (Liège : G., I 111), 
cwachè (Namur), coche (Charleroi), qui signifie : « sensible, endolori, 
douloureux » ; d'où, au moral : « timoré » (Liège), « mou, sans énergie » 

( x ) Le Larousse illustré donne « mâcher, t. techn., couper sans netteté et en déchi- 
rant les fibres au lieu de les trancher ; mâchure, partie du drap où les forces ont mal 
coupé et, pour ainsi dire, mâché le poil ». Il faut expliquer de la sorte l'article 
cwassèdje de Lobet, p. 322, que des coquilles rendent inintelligible à première vue. — 
Dans G., II 516, il faut lire cwassî au lieu de quaser. 

( 2 ) L'article de G. dans ses Extraits de Villers, p. 36 : « coise, côte ; coisi, coiseler, 
biaiser, gauchir », contient deux erreurs : le malm. cwasse (côte, liég. cwèsse) n'a 
rien à démêler avec cwassi (liég. -î), que nous venons d'expliquer, ni avec le malm. 
qwûs'ler « chanceler, biaiser » (Villers ; à Troisponts qwans'ler), diminutif de qwansi 
(à Stavelot) = fé lès qivanses, faire semblant, hésiter, tergiverser. 

( 3 ) Grignard, Morphologie de /' Ouest-wallon, § 64 (BSW 50, p. 437) explique cor- 
rectement cochl, cwachî, cwahî par *quassiare. Il faut écarter les propositions de 
G., I 144, et de Marchot, Phonol., p. 42 (néerl. kwetsen, ail. quelschen) ; de Nieder- 
lànder, Mundart von Namur, § 8 (lat. *coactiare), de Héeart, p. 381 (lat. quassare). 

S 



— 66 — 

(Stavelot), « susceptible » (Namur, Charleroi). C'est un déverbal de 
cwahî, cwachî, cochî ( x ) et non, comme l'anc. fr. cas, un produit direct 
du lat. quassus. 

liég. cwate, cwatê 

Le liég. cwate, s. f., signifie « f lâche » (= 1. inégalité dans le pavage 
d'une rue par suite de l'enfoncement d'un pavé ; 2. creux où l'eau 
s'amasse, flaque : Dict. gén.) : ine tchèrète sitantchêye divins 'ne cwat e 
« une charrette arrêtée dans une ornière profonde » ; au fig., il è-st-èl 
cwate « il est embourbé, dans le pétrin ». De même le houilleur de 
Liège, Jupille, Fléron, Seraing, etc., appelle civatê (s. m., diminutif en 
-ellum) un enfoncement dans une voie souterraine, où L'eau peut 
s'amasser de façon à gêner la circulation : ine fossale zvice qui Vêwe keûve 
(« couve « : croupit). — Bormans tire ce mot du flam. kot (cavité), ce 
qui est phonétiquement impossible ( 2 ). G., I 146, se demande s'il faut 
comparer cwate avec le rouchi escwater (écraser). Ce rapport est, en 
effet, des plus vraisemblables ( 3 ). Nous voyons dans cwate le déverbal 
de *cwati « presser, enfoncer » (= anc. fr. quatir, fr. catir : lat. *coac- 
tire ?), qui est resté dans s'acwati « se tapir ». Le sens propre est 
« enfoncement » ( 4 ). Pour la dérivation postverbale, comp. le w. transe, 
minte (mensonge, anc. fr. mente). 

w. cwayoû (Stavelot, Malmedy) 

G. ne parle de cwayoû que dans ses Extraits du Dict. malm. de V Hier s, 
p. 38, et ce en termes très embarrassés. Le mot, dans la région de 
Malmedy, désigne un panneau de muraille en torchis. A Stavelot, ce 
sens s'applique à pari où, et cwayoû désigne une partie qui se détache 
du mur en torchis ( 5 ). 

( 1 ) Comp. le fr. blcme, gauche. 

( a ) Voy. Franck-van Wyk : kot. — On ne peut pas non plus invoquer le moyen 
bas ail. quât (= ail. kot) «saleté, ordure » qui aurait donné -û-, -à-, en wallon ; 
voy. Franck-van Wyk : kuaad ; Falk-Torp : kvadder. 

( 3 ) En admettant que le rouchi escwater (Sigart : skoiter), anc. fr. esquater (God.). 
vient de *ex-coactare ; voy. Diez, p. 260 ; Meyer-Lûbke, n os 1999-2003. 

( 4 ) Signalons ici le lié". (?) recaler (« remettre des pavés neufs où il en manque »), 
qu'on ne trouve que dans Cambresier (G., II 289). Serait-ce une erreur ou une 
altération, pour *rècwater ? 

( 5 ) Voy. J. Bastin, Voe. de Faymonville (BSW 50, p. 557) et, ci-après, l'article 
pariou. 



— 67 — 

G. ne croit pas qu'il y ait un rapprochement possible entre cwayoû 
et le verviétois cwayot (« caillot [de sang] ; motte de terre corroyée » : 
G. II 516, d'après Lobet ; cf. Forir : kwaïott « motte de terre »). En 
réalité, ces deux mots dérivent du lat. coagulum à l'aide des suffixes 
diminutifs -ot et -où (fr. -eul, lat. -eolum). L'initiale cwa- représente 
le lat. coa-, devenu en fr. ca- dans cailler, caillot (comp. coacula: fr. 
caille, w. cwayé). Le sens que Lobet, p. 322, attribue à czcayot (« motte 
de terre corroyée et prête à être mise en moule pour la fabrication des 
briques et des tuiles ») rend bien visible le lien entre ce mot et notre 
cwayoû. Je définirai donc ce dernier : 1. *[torchis (sens général, rétabli 
d'après l'étymologie)] ; 2. (Malmedy, Faymonville) panneau de mur 
en torchis ; 3. (Stavelot) partie qui tombe de ce panneau, débris de 
torchis desséché, plâtras. — Comparez pariou, payou. 

malm. dêve, dêve 

Villers (1793) donne, en dialecte de Malmedy, dêve, s. f., « écorce de 
bouleau » ( 1 ). Scius (ib., 1893) écrit dêve, c.-à-d. dêve. Ce mot n'étant 
pas connu ailleurs chez nous, on lui supposera de prime abord une 
origine germanique et. de fait, nous en retrouvons l'équivalent dans le 
bas allemand d'Eupen, tout proche de Malmedy. Le Wôrterbuch der 
Eupener Sprache a un article : daver, m., « écorce sèche du bouleau », 
davere « l'action d'écorcer le bouleau ». Toutefois, l'on y déclare que 
ces mots se dérobent à toute explication satisfaisante. Si l'eupenois 
daver est aussi isolé dans le bas allemand que le malmédien dêve dans 
le wallon, la question en devient plus obscure. Dès lors, il est bien ten- 
tant de s'adresser au celtique clerva « chêne » ( 2 ). L'écorce du bouleau 
servant à tanner comme celle du chêne, une confusion a pu se produire 
entre les deux essences. 

w. dihâhiné, fr. dégingandé 

G., II 520, signale sans éclaircissement : dihâhiné « dégingandé », 
d'après Remacle, chez qui le mot ne figure que dans cet exemple : 

(*) G., dans ses Extraits de Villers, écrit à tort (lève. — « L'écorce blanche du 
bouleau est appelée dêve. Elle se détache facilement par lanières et servait ancien- 
nement à allumer le feu... De déve vient le verbe déver. Les chênes (à écorcer) dévêt, 
lorsque la pellicule supérieure de l'écorce se détache d'elle-même : cela arrive à la 
seconde poussée de la sève et, alors, l'époque de l'écorçage est finie ». {Folklore 
Eupen-Malmedy-St-Vith, n° 1, juin 1922, p. 24 ; article de J. Bastin sur « les Plantes 
dans la Wallonie malmédienne »). 

(') Cité par Meyer-Lubke, n° 7354. Voy. Du Cange : dervum, celtique denv (chêne); 
Godefroy : dervee (chênaie). 



— 68 — 

c'è-st-ine grosse dihâhinêye vatche « c'est une grosse vache dégingan- 
dée » ( 1 ). Nous trouvons d'autre part : 

hahiner (Blegny-Trembleur) « vaciller » : i hàhinêye so ses djambes. | su 
Whàhiner (ib.) «se dandiner, se balancer en marchant ». | kuhâhiner (Verviers) 
« secouer de façon à disloquer » : dju tu' huhàhœne l'esprit a tûzer (N. Poulet : 
BSW 3, p. 378) « je me torture l'esprit à réfléchir». | hanguiner (Liège: fin 
du xvm e siècle), v. tr., « pendre (à la potence) » : vola qu'on V hanguène 
(ASW 9, p. 160) ( 2 ). | hâguiner (Verviers), v. intr., « vaciller, chanceler » : 
i-èst sô (saoul), i hâguinêye so ses djambes ; je hâguiner F pâ « faire vaciller le 
pieu » (BSW 53, p. 419). | duhanguiner (Verviers, Dison, Hervé), -âg- (ibid.), 
■âg- (Thimister), v. tr., « secouer, disloquer » : su cThâguiner toi Y civinr a tosser 
« se secouer tout le corps à tousser » ; èsse tôt d'hâguiné « avoir les vêtements 
en désordre » (BSW 53, p. 419) ; one houlêye passète tote duhanguinêye (ib., 
54, p. 10) « un tabouret boiteux tout disloqué ». 

Cette famille est propre au pays de Verviers et de Hervé ; elle pré- 
sente le suffixe diminutif -hier, les préfixes du-, ku- (lat. de-, com-) 
et un radical hâh- (hâh-) ou hâg- (hang-, hâg-), où l'on reconnaît sans 
peine le moyen haut ail. hâhen. hangen (tr., «suspendre»; intr., 
« être suspendu »). v 

L'anc. fr. dehingander, qui se rencontre pour la première fois dans 
Rabelais, est- devenu, comme on sait, en fr. mod. dégingander. Pour 
l'expliquer, on pourrait songer, dit le Dict. général, à l'angl. hinge 
« gond ». Ne serait-il pas aussi naturel d'y voir l'ail, hangen, hangen 
ou, ce qui revient à peu près au même, le moyen h. ail. hengen (ail. mod. 
Iienken « pendre ») ? De la sorte, dehingander répondrait — sauf pour 
la finale qui reste obscure --à notre duhàhiner, duhanguiner. Il y 
répondrait mieux encore si l'on voyait dans dehingander une méta- 
thèse pour * délia n gui n(d)er. 

anc. nam. dispatuer. w. daspatouwer (Brabant) 

J'ai entendu à Ste-Marie-Geest (près de Jodoigne. à l'Est du Bra- 
bant) l'expression inédite : dêéspatouwer dès côrts ( 3 ) « dépenser, distri- 

( 3 ) Remacle, I e éd.. p. 361 ; 2 e éd., II 626. Ce mot n'a de liégeois que le préfixe 
di- au lieu du verviétois du-. 

(*) Comp. hanguène as linwes a deûs-ètintes ! (M. Thiry : ASW 2, p. 49) = « à la 
potence les hommes astucieux au langage équivoque ! ». 

( 3 ) Le nam. car ou, étymologiquement, quaurt, c'est proprement le « quart » 
d'un sou, comme le fr. liard et le liég. êdant. Cor désigne encore dans quelques 
localités (Perwez, Ste-Marie-Geest, etc.) la pièce de deux centimes ; mais, d'ordi- 
naire, il s'emploie au pluriel, comme le fr. « des sous », pour dire « de l'argent ». 
Comp. l'espagnol cuartos, même sens. 



— 69 — 

buer de l'argent ». Nous y trouvons une curieuse survivance de l'ancien 
namurois dispatuer, que Godefroy traduit par « écarter, détourner », 
sans autre explication ( 1 ). Il faut se reporter à l'anc. fr. despostuer 
« déposséder » (trois exemples dans God.), altéré de despoester (ibid.), 
par l'intermédiaire d'une forme *despoûster. C'est proprement 1. dé- 
posséder qqn, le priver de sa poesté ( 2 ) sur qqch ; 2. faire sortir qqch de 
la propriété de qqn, c.-à-d. déménager ( 3 ) ou aliéner qqch. De ce der- 
nier sens, le wallon, a passé naturellement à celui de « dépenser ». Pour 
la forme wallonne, on notera dans dispatuer la chute de s par dissimi- 
lation et le changement si fréquent de o protonique en a. 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 562.] 

liég. dital'té, rital'té 

G., I 177, note sans explication le liég. ditalté « fatigué, las, incom- 
modé, souffrant ». Hubert écrit distalté, forme régulière, mais qu'on 
n'entend jamais. Remacle, Forir ont d(i)taltê ; à Malmedy et à Verviers 
d(u)talté (Lobet, Scius). Exemples-: vos-avez Vair ditaVté (1758 : Théâtre 
liég., p. 126) ; dji so tote ditaVtêye oûy. — Dans la vallée du Geer (Glons), 
ditaVté a le même sens, mais il signifie aussi, et plus souvent, en parlant 
d'un objet : « détérioré, abîmé, disloqué » : une bèrwète qu'est tote 
ditaVtêye, dès soles qui sont tôt d'taVtés. — C'est le participe de l'anc. fr, 
destalenter « priver du talent ( = du désir, de l'envie de faire une 
chose), dégoûter, décourager » ( 4 ). Pour la syncope de la protonique en 
wallon, comparez a gai ni ter « soutirer (de l'argent) », composé de 
l'anc. fr. gaimenter (G., I 12, 321) ; apâhHer, anc. fr. apaisenter ; 
fiènïtê (serpette), diminutif de jièfmint : lat. ferra mentum; tchèpHer 
a charpenter » ; spaw'ter « épouvanter » ; boVdjl « boulanger » ; voVtî 
« volontiers » ( 5 ). 

J'ai noté aussi à Verviers k(u)taUté, à Robertville-lez-Malmedy 
k(è)taVté « affaissé, abattu, défait (à la suite d'une orgie, d'une insomnie, 
d'une indisposition) ». Il faut y voir une dissimilation amenée par le 

(*) Dans ce seul texte : « Comme aussi seroit si, après toutes les dites solennitez 
achevées, estoit trouvée icelle vefve avoir dispatué, absconse, ou recelé, faict dis- 
patuer, absconser, receler ou porter dehors la susdite maison » (Coût, de Namur. 
Nouv. Coût, gén., I, 886). 

(*) Lat. potestatem, puissance. La forme pousté est dans Godefroy. 

( 3 ) God. attribue ce sens à l'anc. fr. desjioestir. 

( 4 ) On dit encore en rouchi : i n'a ni d' talé (Ellezelles) < il n'a pas de goût, d'éner- 
gie » ; voy. G., I 162 : datant ; II 415 : talanl. 

( 5 ) Voyez d'autres exemples à l'art, mayeté. 



— 70 — 

grand nombre des verbes à préfixe ki- (lat. corn-) et la difficulté de 
prononcer tôt oVtaVté. 

L'anc. fr. connaît encore atalenter, entalenter, ratalenter. Nous retrou- 
vons en wallon : 

ataVtinê (Comblain-la-Tour) « attifé, accoutré » : èle est droVdimint 
ataVtinêye. Ce diminutif suppose qu'on a dit anciennement *s , ataVter 
« s'arranger avec goût, se parer ». 

ratalHer (Glons) « rafistoler, réparer » (un vêtement, des souliers, une 
brouette, etc.). 

ritaVté (Liège) « remis (d'une indisposition) » : vola Vèfant ftaVté ; 
vo-f-la rHaVtêye tôt V minme ! — Ce mot, que nos dictionnaires ignorent, 
répond à une forme française *retalenté. 
[BD 1911, p. 98 ; remanié.] 

w. djama 

« Deux ou plusieurs jours de fête qui se suivent, soit à cause de la 
solennité, comme à Noël, à Pâques, etc., ou parce qu'une fête conservée 
tombe la veille ou le lendemain d'un dimanche*». Cette définition de 
G., I 250, paraît douteuse à Scheler, ibid:, II 600 ; c'est pourtant la 
meilleure qu'on puisse donner, avec cette légère modification : « deux 
(ou, par extension, plusieurs) jours... ». Quant aux étymologies tentées 
par G. à propos de ce mot, « elles ont peu de probabilité » aux yeux 
de Scheler, qui risque de son côté, et sans grande conviction, une 
proposition nouvelle (dies magni !), d'ailleurs inadmissible. 

Je pense que djâmâ dérive d'un verbe djamer. à l'aide du suffixe -à, 
fr. -ail, lat. -a culum. Le verbe djamer a dû exister jadis ( 1 ) dans notre 
Est-wallon, ainsi qu'en témoigne la survivance près de Malmedy, à 
l'extrême frontière linguistique, du participe djamé ( 2 ) et du diminutif 



i 1 ) [Il existe encore. Depuis la l rc édition de cet article (BD 1910, p. 63). j'ai 
relevé 1° à Erezéc, djat/wr accoupler », dans le cas suivant : pour faire une djanme 
(jambe, botte) d'oignons, on lie les oignons deux à deux par les tiges et on les 
djamèye à califourchon sur une ficelle ; — 2° à Malmedy, djamé, s. m., « arbre 
fourché, deux arbres sur le même tronc » ; — • 3° à Berzée (S.-W. de Charleroi), 
ène djairi'léye ou troup'léye de nochètes « un trochet de noisettes » ; — 4° à Wiers 
(S.-E. de Tournai), ringèm'ler « pousser deux ou plusieurs jets au lieu d'un seul » : 
Vavinne ringèmiêle ou a ringèm'lé (ce qui est un mal) ; au fig., « tramer, combiner 
«les plans : qu'est-ce qu'i ringèmiêle ancore la ? — Voy. ci-après l'art, djèrmale.] 

( 2 ) A Hobertville : deûs-âbes qui sont djamés, deûs neûs qui sont djamées, deux 
arbres, deux noix qui ont grandi ensemble de façon à former bloc. 



— 71 — 

se djam'ler ( 1 ), que le français devrait pouvoir traduire par « se gémeller, 
se jumeler » ( 2 ). 

C'est en effet du lat. geminare, * gemellare, que proviennent 
djamer, djam'ler : le sens impose d'emblée le rapprochement. Phoné- 
tiquement, gemmât donne djame comme seminat : same ( 3 ) ; gemi- 
nare donne djamer comme septimana : samaine. 

Le w. djama a dû désigner primitivement un instrument qui sert à 
doubler, unir, accoupler deux êtres ou deux objets semblables et sem- 
blablement disposés (par exemple un joug) ; puis, au sens passif, ce 
qui est de la sorte doublé, uni, accouplé (comp. ad'vina, hagna). L'em- 
ploi général a pu disparaître assez tôt ( 4 ), et notre mot n'aura survécu 
que grâce au sens spécial et folklorique de « fête double ». Li djama 
dèl Cîqwème dit plus que « la fête de la Pentecôte » ; c'est la Pentecôte 
comprenant, outre le dimanche, le lundi, fête chômée, qui en est le 
double ou la répétition. Suivant de pittoresques expressions liégeoises, 
c'est un « dimanche à fourche » ou « à deux coups ». — S'étonnera-t-on 
que du sens de « joug » (ou tout autre objet analogue), on ait pu passer 
à celui de « fête géminée » ? Mais l'argot foisonne d'images du même 
goût ; il s'en crée aujourd'hui même sous nos yeux. L'étudiant appelle 
« fourche » une heure vide ou libre entre deux cours. Lorsqu'une fête 
chômée tombe le vendredi ou le mardi, certains fonctionnaires réclament 
la faveur de « faire le pont », c'est-à-dire de chômer également le 
samedi ou le lundi. 

L'association des idées est le facteur le plus actif de l'enrichissement, 
mais aussi de l'altération sémantique : si elle multiplie les jets autour 
d'une souche commune, la plupart de ces jets sont destinés à périr, 
quelques-uns seuls survivent. Ou, plus exactement, étant donné une 
souche mère, des racines peuvent se projeter en tout sens et produire 
çà et là de nouveaux jets, entre lesquels l'oeil ne découvrira tout d'abord 
aucun lien de parenté : il faudra mettre à nu les racines et les suivre 
jusqu'au point d'origine commune. Cela est surtout vrai dans les 
parlers populaires et djama en est un exemple caractéristique. 

Pas de grande fête sans bon dîner : ainsi, à Erezée notamment, 
on-z-a jet on bê djama quand on a fait un beau « dîner de fête », et 

(!) « S'unifier par la croissance : dès cohes, dès crôpîres qui s' djam'lèl ». (J. Bastin.) 

( 2 ) Le Dict. gén. donne « jumeler », mais seulement comme terme technique. 

( 3 ) L'anc. w. same est cité par Wilmotte, Notes d'ancien wallon (1897), p. 18, n. 

( 4 ) A Malmedy on appelle encore on djama deux noyaux dans la même écale de 
noisette (J Bastin). 



— 72 — 

le mot s'est vidé de toute autre acception. — C'est aux djamas, surtout 
à celui de Pâques, que l'on étrenne de nouveaux vêtements ; de là : 
dfa mètou m' djama, j'ai mis mon « habit de fête » (Forir) ; dfennè 
freû co mes djamas, [vous avez tort de jeter cela au rebut, moi] j'en 
ferais encore mes « habits de fête » (Hervé, Liège, etc.). — Djama est 
inconnu aujourd'hui au pays de Charleroi ; mais on le trouve dans 
un texte de 1568 : les habitants de Jamioulx remettaient chaque année 
au curé de Nalinnes 18 deniers de Brabant pour ses jamas de Pâques ( x ), 
c'est-à-dire pour son « cadeau de fête ». En namurois, djama signifiait 
aussi naguère : « ce qui se paie au curé à Pâques et à la Noël » ( 2 ). Le 
sens de « cadeau [de fête] » est également connu en liégeois {Bull, de 
Folkl., I 46). — Cette idée archaïque de « redevance » explique qu'à 
Ciney le mot ne subsiste plus que dans : dès vis djamas « de vieilles 
histoires ». 

Pour l'ancienne langue, Godefroy ne donne que gamas (lire djamas, 
fêtes) dans Jean de Stavelot. Il faut ajouter les exemples suivants : 
« por le révérence des haus lamas, a savoir est le Xoel, le Pasque, 
l'Ascension, le Penthecouste, les Toussains, les fiestes Xostre Dame, 
S. Lambert et li dedicasse... » (1353 : Ord. somptuaire ; in Leodium, 
1903, p. 141) ; « az lestes et jamas » (1435 : BSWV p. 102) ; « a hault 
jamae qui y sont estaubly » (1257 : Ch. des Métiers, I 97) ; « les quattre 
jaunis de l'an'» (1573 : ibid., p. 118) ; voy. G., II 600. — Encore aujour- 
d'hui, lès qwate (grands) djamas est une expression courante à Liège, 
comme en témoigne cette croyance populaire : Po s' sipârgnî lès mâs 
d" dints et co tôt plin cVautes mèhins, i fat promète de «' nin magnî dèl 
tchàr as qwate (grands) djamas. D'une personne qui ne rit guère, on dit : 
èle ni rèy qu'as qwate djamas ( 3 ). 

w. djârdeus « ladre » ; fr. jard « poil » 

D'après le Dictionnaire général, le franc, jard « poil long et dur dans 
la laine » est d'origine inconnue. Ce mot a des formes variées dans 
l'ancienne langue : jar, jard, jart. jars, gart, gard (Godefroy, IV, 222, 
238, 635-8; X, 38) ; mais le type primitif est sûrement jard, gard, 

i 1 ) Voy. Lejeune, Ilist. de Nalinnes, p. 68. 

( 2 ) D'après Zoude, ap. G., I 250. Pirsoul n'a pas d'art, djama. 

( 3 ) Les fêtes de Noël, de Pâques, de Pentecôte ; pour la quatrième, la tradition 
varie : jadis, c'était la Toussaint (cf. Raikem et Polain, Coulâmes de Liège, I .'Î00) ; 
aujourd'hui, c'est l'Assomption, sans doute parce que djama emporte l'idée de fête 
joyeuse. — On peut voir à ce propos une dissertation intéressante sur les quatre 
nataux du pays rouclii et les drie nataldaghen du pays flamand dans Edw. Gailliard 
De heure van Hazebroek van 13130, t. II, p. 112 et suiv. (Gand, 1895). 



— 73 — 

comme l'atteste le dérivé jardeus, gardeus, supplanté aujourd'hui par 
jarreux. 

Une étude récente de M. J. Feller (*) a mis en lumière le rapport 
qui unit le franc, jard (en wallon : djâr, t. de tisserand à Verviers, 
« poil long et dur qu'on enlève du drap avec des pincettes ») et le 
groupe wallon djârdeûs « ladre, en parlant du porc », djârder « lan- 
gueyer », djâde « ladrerie ». Avec raison, M. Feller reconnaît dans ces 
mots un radical commun jard- ( 2 ). Son étude, très intéressante et très 
documentée, n'apporte point cependant de solution définitive. Près de 
conclure, l'auteur verse au dossier l'anc. fr. gordement « vilement », 
gordin « niais », gordine « débauchée », qui lui paraissent se rattacher 
à la même racine. Du germanique, il cite, mais pour les écarter aussitôt, 
le flamand gortig, le luxembourgeois garzeg, le bas allemand d'Eupen 
gareteg, qui signifient « ladre ». Le dictionnaire allemand, assure-t-jl, 
ne donne rien qui rappelle la racine jard- ; il ne s'étonnerait pas qu'elle 
appartînt au domaine celtique. 

Je crois, pour ma part, à l'origine germanique de jard, jardeus, 
djârdeûs. Non pas qu'on doive poser comme antérieurs gortig, gareteg, 
garzeg. Ces mots n'ont rien de commun avec la famille jard, ni même, 
malgré les apparences, rien de commun entre eux. — Grandgagnage 
(I 251) tirait djârdeûs de gortig ; c'était s'enfermer dans une impasse. 
D'après Vercoullie ( 3 ), le néerlandais gort « ladrerie » est le même que 
gort, grut « gruau » : la maladie est ainsi nommée à cause des granula- 
tions qui se forment dans le tissu graisseux ; gortig signifie donc propre- 
ment « granuleux » ( 4 ). — Le WÔrterbuch der Eupener Sprache (Eupen, 
1899) traduit gareteg par « garnartig » (filamenteux), « faserig » (fi- 
breux), « finnig » (ladre) ; c'est l'adjectif de gare (ail. Garri), de même 
que son synonyme horeteg (haarig, faserig) est celui de hor (ail. Haar). 
La ladrerie, M. Feller l'a très bien montré, présente des caractères 
multiformes ; rien d'étonnant qu'elle soit, dans des régions diverses, 

( x ) Bulletin du Dictionnaire wallon, 191-t, pp. 21-30. 

(•) M. Feller rattache au même radical d'autres mots qui n'intéressent pas direc- 
tement mon sujet et que, pour cette raison notamment, j'écarte du débat présent- 
Ce sont : 1° le franc, jar de, jar don « tumeur calleuse qui vient aux jambes du cheval, 
à la partie externe du jarret » ; 2° l'anc. franc. jardeau,jarderie,jargerie, etc. « ivraie », 
et des noms dialectaux de diverses variétés de gesse et de vesce. 

( 3 ) Vercoullie, Etijm. Woordenboek (1er Nederl. taal, 2 e éd., Gand, 1898. — Franck- 
van Wyk ne parle pas de gort « ladrerie ». 

(*) Comparez : « Porceau ladre et sursemé : sus grandinosus », cité par Godefroy, 
soursajvié. Voy. le Dict. gén., sursemer. 



— 74 — 

dénommée diversement. — Quant au luxembourgeois garz, garzeg, 
ou mieux gârz, gârzech ( 1 ), il répond, si je ne me trompe, au moyen 
haut ail. garst « goût ou odeur rance, fétide » et à l'ail, garstig. Ici 
encore, on aurait affaire à un autre caractère de la ladrerie. 

Après cette élimination, une autre s'impose : celle des mots qui, 
comme gordement, gordin, gore, etc., ont o bref au radical. En effet, 
le thème que nous étudions est jârd- (plutôt que jard-) ; la voyelle est 
longue comme en témoigne le à du wallon. Dans le fr. jardin, garder, 
barbier, la protonique n'a plus qu'une longueur moyenne ; mais, dans 
le wallon djârdin, zvârder, bàrbî, elle conserve toute sa quantité. 

Quant au sens, le point commun entre jard, djâr « poil long et dur... » 
et djârdeûs « ladre » m'apparaît très clair : c'est l'idée de hérissement, 
d'aspect rude et hirsute. Pour jard, djâr, cela va de soi ; pour djârdeûs, 
on a signalé justement, parmi les caractères que présente le porc 
malade, « l'aspect spécial du poil, rigide et gâté à sa racine ». 

Cela posé, est-il vrai que le dictionnaire allemand ne donne rien qui 
rappelle notre thème jârd- ? Le type germanique correspondant serait 
gard- ; comparez djâbe, jarbe (gerbe), de l'aïic. h. ail. garba ; zcârder, 
garder, du germ. zvardon ; et surtout l'anc. franc, jart, jard (jardin, 
wallon djârdin), de l'anc. h. ail. garto (auj.- Garten). Il convient de ne 
pas confondre ce jard avec son homonyme dont il est ici question ; 
mais n'y a-t-il pas là une indication ? 

Une fois sur la voie, on ira les yeux fermés à l'anc. h. ail. gart « pointe, 
piquant, aiguillon » (gothique gazds, même sign., ail. Stachel). Le germ. 
gart, gard — d'où l'ail. Gerte, néerl. gard, garde « verge, baguette » — 
explique, pour la lettre et pour le sens, le franc, jard et le wallon djâr, 
qui signifient donc proprement « pointe, piquant ». L'adjectif jardeus, 
djârdeûs « plein de piquants » a pris en wallon le sens spécial de « ladre ». 
Quant au substantif féminin djâde « ladrerie », c'est un déverbal tiré 
de djârder « langueyer », suivant l'analogie de zvârder, zvâde, « garder, 
garde », garder, gâde « carder, carde ». 
[Romania, 1914, t. xliii, p. 432.] 

w. djèrmale 

G., I 253, donne le masc. germai (jumeau), qui est assurément une 
erreur d'impression pour germai (lire djèrmê, qui existe encore dans 
nos Ardennes : Stavelot, Vielsalm, Erezée, etc.). En liégeois, il a dis- 

(') Wôrterbuch der luxemburgischen Mundart, Luxembourg, 190(>. Pour la forme, 
comparez ibid. hàrz, hârzec.h (ail. Ihirz, harzig). 



— 75 — 

paru — sauf comme nom de famille : Germay — et le féminin djèrmale 
a pris le sens collectif du synonyme trokète, trok'lète (« trochet ») : 
c'è-st-ine djèrmale « ce sont des jumeaux » ou « des jumelles » ; pour 
distinguer le sexe, on dit ine djèrmale di valets ou di bdcèles. Cet emploi 
remarquable du féminin avec le sens collectif existe dans la plus grande 
partie du domaine proprement wallon ( x ) et concorde avec celui de 
d jumelé à Nivelles et de hmèle dans les Vosges ( 2 ). On dit de même 
une doublée dans les Ardennes françaises ( 3 ). Il y a sans doute ellipse 
d'un substantif telle que « portée ». 

Il va de soi que djèrmale pourra en outre se dire de tout ce qui est 
géminé, par exemple de deux fruits jumeaux ; aux Eneilles, c'est le 
double épi que porte parfois la même tige de seigle, ou encore deux 
gerbes ou copales dressées et liées par la tête. 

G. tire notre mot du lat. gemellus, avec épenthétique ; de même 
Scheler, Niederlânder, Pietkin ( 4 ), qui justifient l'insertion de r en 
invoquant l'influence de germain. Pour ma part, j'ai autrefois combattu 
l'opinion de G. parce que gemellare a donné en wallon djâm'lé et que 
gemellus doit normalement devenir djâmê( 5 ). Aujourd'hui, je crois que, 
si djèrmê se rattache à gemellus, ce n'est pas par voie directe (comme 
l'anc. fr. gemel, jumel), mais par l'intermédiaire d'une forme *gemerel, 
le suffixe -el ayant cédé la place au suffixe plus plein -erel ( 6 ) : djèrmê 
résulterait de la métathèse dont nous citons de nombreux exemples 
à l'article gorlète. Cette hypothèse se fonde sur le rouchi jum'rîle, s. f., 
« épi double », mot inédit que je découvre à Ellezelles. En dépit de la 
différence d'aspect, djèrmale et jum'rîle sont bel et bien, si j'ose dire, 
des sœurs jumelles. 

(*) Liège, la Famenne, Jodoigne, Namur, Dinant : djèrmale ; Stave, Givet : 
djèrmèle. Les exceptions se rencontrent surtout dans la province de Luxembourg : 
on ne connaît pas le sens collectif à Erezée, Odeigne, Ortheuville, Lavacherie. Une 
femme de Compogne (au Sud de Houffalize), qui ne connaissait ni djèrmê ni djèrmale 
m'a dit : djî rïi jamins avou dès djèrmalés. Ce curieux dérivé suppose l'existence 
antérieure de djèrmale au sens collectif. 

( 2 ) Horning, in Mélanges Wilmotte, I 234. L'auteur se demande s'il faut y voir 
un ancien neutre. 

( 3 ) Goffart, Gloss. du Mouzonnais, supplément. 

( 4 ) Scheler, Gloss. de la Geste de Liège, p. 167 ; Niederlânder, Mundart von Namur, 
§§ 23 et 74 ; Pietkin, Orthogr. du w. malmédien, p. 74. 

( 5 ) BD 1910, p. 62. — Depuis lors, on m'a signalé que djamê existe réellement à 
Malmedy, où il signifie : « arbre fourché, deux arbres sur le même tronc ». Voy. 
ci-dessus l'art, djama. 

( 6 ) Comp. le fr. passerelle, tombereau et, ci-après, l'art, hèrnale. 



— 76 — 

liég. djèrson, djèr'çon 

Ce mot désigne une partie de la gorge : le pharynx ou gosier ; on ne 
l'emploie guère que dans certaines locutions : si ramouyî V djèrson 
« s'humecter le gosier », de pèkèt qui v' pice li djèrson « du genièvre qui 
vous pince le gosier ». Remacle et Forir hésitent entre les graphies 
dièrson, gèrson ; de même G., I 168, qui ne donne pas d'étymologie. 
J'ai entendu à Glons-sur-Geer guèrson (avec g dur). A première vue, 
on peut y soupçonner la présence du suffixe diminutif -çon (voy. 
l'article ong'çon) ; mais le radical reste obscur, parce que le mot paraît 
être isolé dans nos dialectes. 

Cependant il existe, au Sud de la province de Luxembourg, un terme 
qui présente avec le nôtre des analogies de sens et de forme : c'est le 
chestrolais-gaumais gargosson «trachée-artère, gorge» ( ] ). Il nous 
suffira de découvrir l'anc. nam. garguechon ( 2 ) « gorge », pour que la 
présomption se change en certitude. 

On admet que l'onomatopée garg- a donné aux langues romanes un 
certain nombre de termes, tels que le fr. gargamelle, gargote, gargouiller 
et l'anc. fr. gar guette « gorge » (Meyer-Lùbke, n° 3685). Le namurois 
moderne connaît encore ce dernier mot, qui. a pris en liégeois la forme 
adoucie djèrdjète (G., I 231, II xxvi). L'ancien namurois garguechon 
est un diminutif de la même racine ( 3 ). En liégeois, par syncope régu- 
lière de la protonique non-initiale, il est devenu *guèrg'çon ; d'où, par 
dissimilation : guèr'çon (Glons), et, par adoucissement normal de la 
gutturale : djèr'çon. 

w. djêve, gawe, badjawe 

Sous le type *gaba «jabot », Meyer-Lùbke cite quelques formes 
dialectales modernes, notamment le picard gav, le wallon gaj et le 
namurois djef [sic] « jabot du pigeon ». Ces indications, en ce qui 
concerne nos dialectes, ne sont pas des plus exactes. Quoi qu'en disent 
G., I 228, II 508, Forir et Sigart, gaj — ou mieux gave comme en ancien 
français — n'a pas cours au pays liégeois (le jabot du pigeon s'y appelle 
jace) ; ce n'est même pas du wallon proprement dit. Gave appartient 

(M Dasnoy, |>|>. 229, 260 ; Ed. Liégeois, Lexique gaum., p. 134. 

(') Cité par J. Camus, Un manuscrit namurois du xr« siècle, in Revue des Langues 
romanes, t. xxxvm (1895), p. 1<>:$. Un trouvère brabançon emploie de même 
gorgeçon (God.), forme qui a subi l'influence de gorge. 

(*) Le chestrolais-gaumais gargoçon est mis pour gargueçon ; gargossê (Marche- 
en-Famenne), gargozia (Vonêche) ont subi l'influence du suffixe -ellum. 



— 77 — 

au picard et au messin. De là il pénètre en Wallonie dans le gaumais, 
le chestrolais, le givétois (sous la forme gave, qui se prononce gâf), et 
dans le namurois, où il devient djâfe (Namur, Stave, Ciney, etc.). Il y 
donne plusieurs dérivés, tels que gavé (Givet) « gaver » ; gaviot ou 
gavion (Fosse-la-Ville) « larynx, gorge » ; gavéye (Neufchâteau) « jabot 
d'oiseau, devant de chemise, gorge ». proprement « gorgée, plein la 
gorge » comme le gaumais gavâye, gafâye ; gavu, ga/w(Virton : Cl. Maus) 
« quia un gros jabot » ; etc. Quant à djef, qui nous est donné comme 
namurois, il ne me paraît pas des plus sûrs. Je n'y vois, pour ma part, 
qu'une graphie approximative de djêve, qui existe notamment à Fosse- 
la-Ville au sens de « gésier », à Gembloux, en Hes*baye, en Famenne et 
dans la province de Liège au sens péjoratif de « gueule », en parlant 
d'une personne ( 1 ). Reste à voir si ce mot bien wallon djêve s'explique 
par le type proposé. 

M. Dauzat ( 2 ) a publié récemment une étude approfondie sur *gaba 
et ses dérivés. Il admet plutôt un type primitif *gava, d'origine pro- 
bablement celtique, et démontre que * g au t'a « joue » postule un 
intermédiaire *gavita (et non * gabata comme «jatte»). Trompé 
par la mauvaise graphie djef de Meyer-Lùbke. il estime que « seul, ce 
mot namurois [lisez plutôt : « liégeois »] est phonétique ». Je ne puis 
partager son avis : *gaba ou *gava aurait donné en liégeois djêve, 
comme faba > fève et l'imparfait -abam > -êve. Pour expliquer 
djêve, il faut comparer cavea > tchêve « grande cage pour transporter 
les pigeons, les poulets, etc. », * s api us > sève « sage, lucide », et 
partir d'un dérivé *gabia (que Meyer-Lùbke ne donne pas) ou mieux 
gavia. Dans l'étude intéressante que j'ai signalée, M. Dauzat admet 
que gavia, mot rare et isolé en latin, attesté seulement par Pline 
l'Ancien au sens de « mouette » (cf. Meyer-Lùbke. n° 3708), se rattache 
nécessairement à *gava, la mouette étant remarquable par la gros- 
seur extérieur de son jabot. Le wallon djêve attesterait que gavia a 
survécu à l'extrême Nord-Est du domaine roman. 

Au reste, ce n'est pas le seul dérivé important que le wallon a con- 
servé sous une forme originale. 

(*) Par exemple, en liégeois, cloyîz vosse djêve ; dji lîfrè peter s' djêve. A Malmedy- 
Stavelot, djêve signifie « bouche bavarde, caquet », d'où les dérivés djêv'ter, djêvler 
« jacasser ». A Dinant, Gembloux et en Famenne, le son ê, tout en restant long, 
n'est pas aussi ouvert qu'en liégeois. A Charleroi, dans le Coq d'Awous'' du 13 mars 
1909, on signale bien djève « caquet » : fé aler s' djève su tôt V monde ; mais il faut 
probablement lire djêve, à moins que ê ne se soit réellement abrégé par altération. 

( a ) Romania, t. xlv (1919), pp. 250-258. 



— 78 — 

A propos du liégeois-namurois gawe, s. f., « guimbarde, petit instru- 
ment sonore... », G., I 233, pour toute explication, se demande s'il faut 
y voir une onomatopée. En réalité, le sens de « guimbarde », aujour- 
d'hui le seul connu, est secondaire. Il est certain que gawe répond littéra- 
lement au fr. joue et vient, comme ce dernier, de *gauta, dont nous 
parlons ci-dessus ; comparez cawe, anc. fr. coue, queue ; hawe, houe, 
mawe, moue, etc. Le sens primitif se perçoit encore dans l'expression 
ironique fé aler s' gœwe « faire aller sa bouche, pour manger ou pour 
parler », et dans le dérivé gaivî (Namur) « brifer. gruger », djawyî 
(Luttre) « bavarder ». 

On notera dans ces deux derniers termes g = dj, comme dans gave, 
djâve, que nous avons cités plus haut ; de même le fr. s'engouer a la 
même origine que joue. On ne s'étonnera donc pas si nous voyons dans 
badjawe un composé de gawe. G., I 42, ne connaissait en liégeois que la 
forme badjowe et le sens de « babil, caquet, bagou ». En fait, badjawe 
est la forme première, connue aux environs de Liège et encore à Liège 
même (comparez le w. cawe « queue », à Liège coice). Ce mot signifie 
1. « bajoue », équivalent littéral, qui subsiste dans l'expression on lî a 
jet peter s' badjawe « on l'a souffleté » ; — - 2. bouche bavarde : cloyîz 
vosse badjawe, je aler s' badjawe ; — 3. personne bavarde ; — 4. 
caquet, bagou,: il a 'ne fameuse badjawe. 

Le liégeois badjawe répond donc à deux mots français bajoue et bagou, 
auxquels les étymologistes n'assignent pas la même origine. Ont-ils 
raison ? Il est permis d'en douter. Le fr. bagou, pour Clédat, est un 
terme d'argot, ce qui dispense apparemment de plus amples expli- 
cations. Diez, Scheler, Kôrting, Meyer-Liibke ne le signalent pas. 
Pour le Dictionnaire général — qui reprend en somme, avec des atté- 
nuations prudentes, l'opinion de Littré. — « bagou est peut-être 
substantif verbal de l'anc. fr. bagouler, parler inconsidérément, lequel 
semble composé avec la particule péjorative ba et goule pour gueule, 
cf. débagouler ». On peut se demander si bagouler n'est pas un ancien 
*bagouer influencé par goule. Le w. badjawe appuie cette présomption. 
Ajoutons que « bajoue » se dit bajole en rouchi, bajote à Tournai 
(comp. jouter « mettre en joue, viser », à Wiers-lez-Tournai) ; or, dans 
ces mots, la finale ne peut s'expliquer que par des influences analo- 
giques. 

liég. djihan 

G., I 252, distingue entre 

1. Gehan, gihan (Jean)... [Lire Dj'lum, Djihan.] 

2. Gehan (mot employé uniquement dans la locution: ci n'esl nin gehan, 
c'est costant, qui, actuellement, signifie simplement : c'est cher ou très cher). 



— 79 — 

Cette distinction est mal fondée. Imaginons la scène suivante. Un 
enfant prie ses parents de lui acheter un objet et répète ses instances : 
djans ! djans don ! lèyîz-v' adiré ! « allons ! allons donc ! laissez- vous 
fléchir ! » Au lieu de lui dire sérieusement : « N'insistez pas ; ce que 
vous voulez coûte trop cher », on lui répond plaisamment par la phrase 
susdite, qui contient un double calembour : on joue sur le sens de djans 
(G., I 251), que l'on feint de comprendre Dfhan, et sur le sens de 
costant (coûtant, coûteux ; ou Constant, nom propre ; voy. des exemples 
dans Remacle, 2 e éd., pp. 40 et 565). 

Ce genre de réponse par équivoque plaisante est bien conforme au 
tour d'esprit du peuple en général et surtout de nos Wallons ; j'en ai 
réuni une foule d'exemples. En voici deux, cueillis dans la comédie 
fameuse de Remouchamps, Tâtî V pèriquî, v. 51 et 548 (BSW 48) : 

Estez-v' la ? « Etes-vous là ? » L'interlocuteur feint de comprendre 
Va « l'ail » et répond : Nèni, dji so Vognon ! 

Qui i>' sonne-t-i don ? « que vous semble-t-il donc ? ». L'autre feint 
de comprendre sonner (saigner) et répond : Dji n' sonne nin, dj' rètche 
tôt blanc « je ne saigne pas, je crache tout blanc ». 

De même, ce serait un tort de vouloir expliquer gravement l'impré- 
cation : qui V diâle èl possîhe ! Ce n'est qu'une" atténuation de : qui 
r diâle èl possète ! (= possède), par jeu de mots entre sèt\ sept, et 
sîh, six. — De même encore, dans dji lî keû a dobe fi (Remacle, II 158 : 
« je le lui souhaite de tout cœur »), il y a confusion voulue entre heure 
(voy. l'art, ci-après) et keûse a dobe fi « coudre au double fil » ; — i 
r'grèfrè s' mérê avou dès-ongues di fier : confusion voulue entre rigrèter 
« regretter » et rigrèter avou dès... « regratter avec des ongles de fer ». 

[Romania, 1911, t. xl, p. 323. — En général, ces équivoques se comprennent 
d'emblée, l'allusion conservant sa force humoristique. Dans : èsse a Sint-Pô 
« avoir le gousset vide », tout Liégeois saisit le jeu de mots entre pô, peu, et 
Sint-Pô, la cathédrale Saint-Paul, à Liège (Rutebeuf disait dans le même sens : 
« être de la paroisse Saint Pou » ; God., pou). Parfois cependant l'allusion, 
moins transparente, n'est plus saisie par le peuple, qui continue à user de 
("expression toute faite. Comment expliquer : aveûr li tièssefoù dès strins (« avoir 
la tête hors de la paille » = être sorti d'embarras) ? Pour ma part, après bien 
des recherches infructueuses, je pense qu'il y a, ici encore, un trait d'humour : 
on a rapproché strin (étrain, paille) de l'impersonnel i strint (« il étreint » = la 
situation est critique). Une locution inédite du vocabulaire de la batellerie 
liégeoise confirme cette hypothèse : si mète a strin, se coincer, coincer son 
bateau entre deux autres par suite d'une fausse manœuvre, ne plus pouvoir 
avancer ni reculer.] 



— 80 — 

liég. djîvâ 

Le djîvâ, c'est la tablette de la cheminée. La ménagère y étale des 
bibelots, des statuettes, deux chandeliers et le grand crucifix de cuivre 
nommé en liégeois bon Diu (V djîvâ ; on y met les brocales (allumettes) 
et Vârmanac (almanach). Un petit rideau tombe d'ordinaire de cet 
entablement : on l'appelle brâye, brayîre (Liège : Forir), rabat do djîvau 
à Bande lez-Marche, gordine do djîvau à Ortheuville. Aujourd'hui, ce 
vieux terme tend à disparaître avec l'antique cheminée ardennaise à 
feu ouvert: on dira de plus en plus so li tcVminêyè au lieu de so V djîvâ ( 1 ). 

L'aire d'emploi de ce mot représente un vaste quadrilatère. On dit 
djîvâ à Verviers, Liège. Hannut ; djîvau à Xamur ( 2 ), Vonêche et dans 
la Famenne ; djîvâ à Ortheuville, Laneuville-au-Bois, Nisramont ; 
puis, en remontant vers le Nord, à Cherain, Malmedy, Spa. Seraing. 
Partout le sens est le même, sauf à Vonêche, où djîvau désigne la 
« corniche d'un meuble », et aux usines de Corphalie lez-Huy, où djîvâ 
désigne le « dessus du four à zinc ». 

Pour expliquer djîvâ, G., I 255, propose le fr. ogive avec suffixe 
augmentatif -â et suppression de la syllabe initiale^. J'y vois, pour ma 
part, le néerl. gevel, aU. giebel « fronton, pignon ». La forme remarqua- 
ble du luxembourgeois gi*vel et du westphalien gièivel convient pour 
le radical et même pour la désinence de djîvâ ; comp. l'anc. w. stivauz 
(BSW 5, p. 386) = néerl. stievel, ail. stiejel ; et le liég. djèrdjà, nam. 
djordjau « jable » = néerl. gergel, ail. gargel ( 3 ). Tout au moins le radical 
djîv- peut en être issu, et s'être combiné avec le suff. -d,*sur le type de 
cave : câvà. — Quant au sens, djîvâ, après avoir tout d'abord désigné 
le fronton (de la cheminée), s'est appliqué spécialement à la partie 
inférieure de ce fronton : la cimaise ou tablette. Ce qui a pu favoriser 
le changement de sens, c'est l'expression ordinaire « mettre qqch sur 
le djîvâ », c'est-à-dire, dans mon hypothèse : « sur la tablette (du 
fronton) de la cheminée » ( 4 ). 
[BD 1912, p. 93.] 

f 1 ) Nous trouvons gyvaz (d'une cheminée) en 1404, Cartul. Ste-Croix, et dans 
Hemrkourt, p. 344. — Cette tablette s'appelle aussi cimâ (Liège : Simonon, Forir), 
cimuudje (Namur, Wavre), cêmaudje (Perwez, St-Géry, en Brabant). C'est le fr. 
cimaise ; voy. G., II 301. 

( 2 ) D'après G. et Pirsoul. Ce dernier ajoute : « mot très peu usité et de provenance 
liégeoise ». — Remacle, II 42, a forgé par plaisanterie une forme nam. djîvia. 

( 3 ) G., I 253, II 001. On dit djèrdjt à Faymonville. 

( 4 ) Même brachylogie dans le fr. familier : « mettre qqch sur la fenêtre » (= sur 
l'appui de la fenêtre) ; de même en flamand, cf. De Bo, luwer. 



— 81 — 

w. djîvèye (Liège), -éye (Naraur, Givet) 

Terme archaïque de la batellerie mosane, qui désignait un « train 
de bois flotté » ( x ). Un article du Couarneû, gazette de Namur, 10 e année, 
n° 28, nous dit que, vers 1840, on dischindèt lès bmès su Moûse avou dès 
grandes djîvéyes. Le Vocabulaire wallon (dialecte givétois) de M. J. Waslet 
signale aussi djîvéye, f., « train de bois monté sur des tonneaux vides 
et servant au transport, par eau, des perches, des étançons, etc. ; on 
disait également pouris-talons ». Je tiens de l'auteur la note complé- 
mentaire que voici : « djîvéye se dit encore à Givet pour désigner, par 
métaphore, de grandes quantités de joncs, d'herbes, que l'on coupe 
sur le bord de l'eau et qui partent d'un seul coup. Le sens propre n'est 
plus connu : depuis longtemps, on n'use plus de ce genre de transport 
pour le bois ». — En liégeois, G., I 255, II 601, note sans explication : 
givêie [lire djîvéye] « train de bois flotté », et l'anc. av. givée « radeau » ( 2 ), 
dans ce texte de 1568 : «achepter de toutes sortes de rond bois à borhea 
et givée » (Chartes des Métiers, 1.82). Il donne aussi l'anc. w. « gyneth 
(bois flottant) », en 1548 : « le tonlieu que l'on lieve à Huy sur les 
Mairines [= merrains] et gyneth ou bois flottant » (Louvrex, I 220], 
où il faut sûrement lire gyvees. Du reste, notre mot a subi d'autres 
mésaventures. Dans des comptes de 1470. relatifs au tonlieu du Pont 
des Arches, publiés récemment ( 3 ), on lit ginée (45 fois) et même 
guinêe (1 fois). Bormans, de son côté, le confond avec tchivèye, dfvèye 
(cheville), dans cet article de son Vocabulaire des houilleurs liégeois : 

chiveie ou giveie s. f. Radeau formé d'une centaine de pièces de bois che- 
villées [?] les unes aux autres et que Ton amène flottant par les rivières pour 
Tusage des fosses. « Retenant leur parte de toutes ustensiles et de toutes 
chyvées de bois avec bavardes (Cour des voir-jurés du Charbonnage, 9 déc. 
1660). — Signifie aussi une broche de bois. 

Il va de soi que tchivèye, dfvèye (cheville, broche de bois) n'a rien à 
démêler avec djîvéye ; mais la forme ancienne chyvee est suggestive. 
Nous la lisons Hchîvêye et nous y voyons un dérivé de tchîf, s. m. 
(anc. fr. chief, fr. chef : *■ capum), formé à l'aide du suffixe -éye (fr. -ée :. 

( 1 ) Synonymes bossêye, bosselêye (G., II xiv). 

( 2 ) G. dit que givée est aussi anc. fr. ; je ne trouve pourtant rien de ce genre 
dans Godefroy, si ce n'est peut-être l'art, gewee (?). — - Sur le mot liégeois, voy. 
également Body, Voc. des charrons, p. 40. 

( 3 ) E. Fairon, Notes sur la. domination bourguignonne dans la Principauté de Liège 
iBull. de l'Inst. arch. liég., t. 42 ; 1912), pp. 76 et suiv. du tirage à part ; Annexes, n° 4. 



— 82 — 

lat. -ata), marquant la quantité contenue dans le primitif. Le w. tchîj 
(proprement : « bout [de corde] ») survit dans les houillères liégeoises 
pour désigner le câble qui amène la cage à la surface, ou la « berlaine » 
au haut d'une pente. La masse de bois flottant était liée par une corde 
qui l'empêchait de se disloquer (*) ; cette corde avait même probable- 
ment une longueur constante et servait de mesure. Sur le type de 
navêye (navée : contenu de la nef), on a formé *tchîvêye (contenu de la 
corde, masse liée par des cordes). — Pour l'adoucissement de l'initiale, 
favorisé ici par le v qui suit, comp. djontî (chantier), djalilâ (G. II 530). 

nam. djôguîye 

G., II 532. cite sans explication le nam. jôguîe « jeu de quilles ». 
Il faut écrire djôguîye, ou plutôt dp ans guîyes, car df est élidé de d t œ 
« jeu » ; comp. dju d' guiyes à Wavre, et one bole aus guîyes (Ste-Marie- 
Geest) « une boule qui sert au jeu de quilles ». 

Voici d'autres expressions où se remarque une élision analogue : 

lîvrèhâye, s. m., « chef d'une brigade de briquetiers » (G., II 30 ; 
BSW 45. p. 24-7) = *lîvreû-è-hâye « celui qui livre (les briques mises) 
en haie », c.-à-d. séchées et prêtes pour la cuisson. — Comparez 
pwèrtâsètch, ci-après. 

mal-gueûye*« soufflet » (Verriers : Lobet) = main-al-gueûye « main 
à la gueule ». [G., II 69 et 540, écrit à tort mâle-gueûye en comprenant 
mâle « maie, mauvaise > ; mais, dans ce cas, Lobet aurait écrit mairi}. 
A Malmedy, j'ai entendu le synonyme one vîal-djêve (djêve est moins 
grossier que gueûye). Pour P élision, comparez Molâvint (1. d. de Dolem- 
breux) = molin â vint « moulin au vent ». 

maukê (nam. : G., II 542) = mau <tuké « mal coiffé » ; voyez ci-après 
l'article wâkî. 

monteûs « éhonté » (ard. : Alle-sur-Semois), = mau onteûs « mal 
honteux ». De même le rouchi ponteûs ^Ellezelles) = pô onteûs « peu 
honteux, impudent ». 

pacawe petit poêlon de terre » (Lobet ; G., II 179) = po-a-cawe 
: pot à queue ». c.-à-d. muni d'un manche. [L'explication : « par 
queue >, nue donne Marchot, Phonologie d'un patois wallon, p. 86, est 
inexacte ; voy. le suivant. | 

pâlècê (Verviers : Lobet. p. 681 ) = liég. po â lècê « pot au (fr. à) lait ». 
On dit aussi pâle (Dison, Hervé), pôle (Neuville-sous-Huy), emprunté 
du IV.. comme le montre U pour lècê. 

(M Comp., dans le Dicl. gén., le IV. brelle (petit train de I mis flotté), où nous voyons 
un dérivé >\>- braie, de même que embreler (le chargement d'une voiture). 



— 83 — 

pwèrtâsètch (Verviers) = liég. pwèrteû-â-sètch « porteur-au-sac », 
= fr. « portefaix ». 

s'ionbran = s'io ombrant ; voy. l'article selanbran. 

t-infini « temps infini » (Neuville-soiis-Hny : BD 1912, p. 48) = tin 
infini : lé messe a duré on t-infini. 

Les noms de lieux fourniraient aussi une foule d'exemples de ce 
genre de contraction. Le nom wallon de Villers-aux-Tours est Viy-âs- 
toûrs (prononcé Viyâtoûr). A Esneux, M. Edgar Renard a relevé les 
lieux dits cratonke, è falcôr, al hâminîre, qu'il explique par creû a 
Tongue, è fond al côre, al hé as minîres. 

D'autres expressions encore s'expliquent par l'ellipse de la conjonc- 
tion et ; par exemple : 1. hoter â ma 'ne awèye (t. de houill. à Seraing) 
« fissurer (la roche ou la veine) avec un mail et une aiguille » ; — 2. du- 
tindeûre (Mahnedy-Stavelot) « de bonne heure ». G., dans ses Extraits 
de Villers, p. 26, y voyait « de tendre heure » ; mais l'expression com- 
plète di tins et d'eûre (= de temps et d'heure ») se lit dans une pièce 
liégeoise de 1634 {Choix, p. 109) et dans la Moralité de 1623 (voy. mon 
étude sur le Dialecte liégeois au XVII e siècle, p. 66) ; comp. esse prèf 
a tin a eûre (Fr. Renkin, Ecrits wallons, p. 69). 

w. djohe (Fléron) 

Dans les houillères à l'Est de Liège (Fléron), une dohe c'est une des 
quatre grosses pièces de bois qui forment l'encadrement du puits de 
mine ; d'où djoKler « mettre des djohes » ( x ). La proposition de G., 
II 532 : « djoh' = fr. joug ? » est inacceptable, si elle signifie que le mot 
wallon est une corruption du français. On ne peut pas non plus penser 
au lat. jugum, qui a donné djoû (Vielsalm, Moulin-du-Ruy, Weismes), 
djeù (Villettes-Bra, Wardin, Gros-Fays, etc. ; voyez aussi Bruneau, 
Enquête, I, 498). Le wallon connaît djoh (se mettre à djok : se percher, 
en parlant des poules) qui, comme l'anc. fr. juc et le fr. jucher, vient du 
francique juk « joug, traverse de bois » ( 2 ). Au point de vue phoné- 
tique, le passage de djok à djoh se justifierait à la rigueur. Toutefois, 
étant donné l'aire restreinte de djoke à proximité de la frontière ger- 
manique et l'emploi spécial de ce mot, nous y verrons un emprunt 
direct de l'ail, joch « joug, support », qui a la même acception tech- 

(!) Communication du D r Randaxhe. Voy. (I., II 532 ; Lobet, 220 ; Bormans, 
Voc. des houill. liégeois. — A l'Ouest de Liège (Seraing), la pièce s'appelle : mimbe 
di cope, et l'encadrement susdit : une cope d'assise « couple d'assise [sur laquelle 
s'appuient les taquets] ». 

( 2 ) Meyer-Lubke, n° 4611. 



— 84 — 

nique ( 1 ). Le yod s'est épaissi en dj, comme dans sardjète (Stave) 
« sarriette ». Pour la finale, voyez l'article sohe. 

w. do gnon 

Pour G.. I 180. donion (Liège, Namur) « enflure ou callosité qui se 
produit à la naissance du gros orteil » est probablement le même mot 
que le fr. oignon, qui a la même signification. 

Le sens de « oignon, durillon, callosité douloureuse au pied » est 
donné par Forir (Liège), Lobet (Verriers), Scius (Malmedy) ; mais 
l'idée de « callosité » n'apparaît plus dans les définitions suivantes : 
« jointure du gros orteil » (Malmedy : Villers, 1793), « gros orteil » 
(Duv.), « excroissance osseuse contre nature aux pieds » (Lobet), 
« saillie exagérée de la tête du premier métatarsien, produite à la face 
interne par la déviation du gros orteil » (D r Randaxhe : Thimister- 
Clermont). D'autre part, l'expression li do gnon de pi (Huy) « l'os du 
gros orteil » montre que notre mot a un sens général, puisqu'on a 
besoin de le déterminer quand il s'agit de l'orteil. ■ — Plus à l'Ouest, il 
désigne uniquement une articulation de la main : à Ben-Ahin et à 
Gives (lez Huy), j'ai noté : les dognons dèl rnivin « les arêtes osseuses 
du poing fermé » ; à Ciney, les dognons « les jointures entre les pha- 
langes des doigts de la main ou du pied » ; à Pell aines (Hesbaye), les 
enfants jouent aux billes pour des clïnokes : coups de bille sur le 
do gnon, c.-à-d. sur l'articulation du métacarpe et de la grande pha- 
lange ; à Namur, le dognon c'est le « dos du pouce » (F. D., Dict. ms., 
1850) ; à Wavre, le « dos des doigts » ; à Charleroi, 1' « éminence arti- 
culaire entre la première et la deuxième phalange du doigt ». 

L'explication de G est inadmissible. Phonétiquement, il faudrait 
justifier la prosthèse anormale de d. Pour le sens, l'idée de « oignon, 
callosité » est visiblement secondaire ; elle n'apparaît d'ailleurs que 
dans un coin du domaine wallon. Pour moi, dognon provient de *doyon, 
par épaississement de y en gn ( 2 ). Le suffixe diminutif -on ( 3 ) s'est 
ajouté au primitif dôye, anc. fr. doie, du lat. *d?ta (comp. w. deû, 
fr. doigt, du lat. *dztum, class. digitus). Notre mot désigne donc 
proprement une partie du doigt, la partie forte et saillante. Comme le 
dognon, surtout au pied, peut devenir calleux, cette particularité, 

(') Au pluriel, die joche, ce serai les supports du cuir- d'un puits de mine. 
•i Vby. les articles bougnou, crâmignon, etc. 

( :! ) Comp. jambon. On pourrait aussi à la rigueur y voir les suffixes -ion (fr. gavion, 
croupion) ou -illon (w. liég. ohion • osselet », deurion «durillon »). 



— 85 — 

jointe à la ressemblance avec ognon, a modifié et restreint le sens propre 
sur certains points du Nord-Est ( 1 ). — Le primitif dôye, qui manque 
au Nord de la Wallonie, se rencontre en Famenne : aveûr lès dôyes 
èdjalèyes « avoir les doigts de pied gelés » ; de même à Ciney : lès dôyes 
(doigts de pied), li grosse dôye (l'orteil). Sur la Semois et dans l'Ardenne 
française, doye, doûye a le même sens ( 2 ). En gaumais, douyon « petit 
doigt de pied » existe à côté de douye « doigt de pied » ( 3 ). Pour la for- 
mation, sinon pour le sens, ce douyon ne fait qu'un avec notre dognon. 

rouchi dona (Mons) 

Sigart donne le montois « dona, imbécile, dupe ». M. Behrens a cru 
voir dans ce mot un don-a(rd) primitif qu'il rattache au gaumais dône 
et au radical dam- ( 4 ). Au point de vue phonétique, cette explication 
prête le flanc à une double objection. Le radical dam-, s'il existait en 
montois, y garderait cette même forme ; comp. fr. marne, montois 
marie, gaum. môle. De plus, le suffixe -ard donne, suivant les localités, 
-ar, -a, -au dans la région montoise, jamais a bref ; on trouve par 
exemple dans Sigart dadlar, tàfiar, lougnar, macard, à côté de macâ, 
hougniâ, hulau. — On reconnaîtra plutôt dans ce mot le prénom 
Donat, employé, comme tant d'autres, dans un sens sarcastique. 
L'exemple donné par Sigart : il a sté dona del farce, signifie : il a été 
(le) Donat de la farce ; comp. le fr. gille, niais, et le montois jacque, 
dupe. La même explication, s'appliquera au montois sara, s. m., fille 
étourdie, remuante, espiègle (Sigart). — A remarquer que l'expression 
de Sigart n'est plus connue aujourd'hui à Mons. On y connaît seule- 
ment, comme dans toute la Wallonie, le prénom Dônat, qui entre en 
liégeois dans une comparaison plaisante : on dîreût on jrtit saint Dônat, 
comme en fr. : « on dirait un petit saint ». 

• [Z.fùrfranz. Spr. und Litt., 1909, t. xxxiv, p. 150.J 

(*) Cette altération sémantique doit être de date récente : à Liège même, on m'a 
répété, en termes moins scientifiques, la définition du D r Randaxhe : « renflement 
naturel à la naissance du gros orteil, du côté intérieur ». Dans le Voyage de Chaud- 
fontaine, III 1 : atot tes dânés scafignons, li m'as câzî spaté f dognon, il faut donc 
comprendre : « orteil », et non « ognon », comme fait Bailleux dans son édition du 
Théâtre liégeois, p. 29. 

( 2 ) Bruneau, Enquête, I, p. 276. 

( 3 ) Maus, Voc. gaum. îles environs de Virton, ms„ 1850 : douille, donillon. — Comp. 
le rouchi pôchû (Ellezelles) « gros orteil », qui est proprement *pouçard (gros pouce). 

( 4 ) Zeitschrift fur franz. Spr. and LUI., xxxm, p. 209. M. Behrens s'est depuis 
lors rangé à notre avis ; voy. ses Beitrdge, p. 77. 



— 86 — 

av. d'ploustrer, d'poûstrer (Verriers) 

G., II 520. cite d'après Lobet (dploustré, p. 159) ce mot verviétois, 
qui signifie « dévaliser ». Lobet enregistre également dpoustré « dépou- 
drer (les cheveux), désargenter, dégarnir (qqn) de son argent ». On 
aurait tort de voir entre ces deux termes un rapport de parenté. — Le 
verbe simple dont d'ploustrer est composé se retrouve dans le moyen 
bas ail. plûsteren, anc. flam, pluysteren « piller » ; encore aujourd'hui, 
le west-flamand connaît pluisteren « éplucher » ( x ). — Au lieu de 
d'poûstrer, ou mieux d'poûstrer, on s'attendrait à d'poûtrer, puisque le 
simple est poûtrer « poudrer » ( 2 ). Pour expliquer Ys anormale, on peut 
invoquer l'influence de d'poûs'ler « épousseter » ; mais il vaut mieux, 
je crois, y voir le résultat d'une métathèse : d(us)poûtrer = d'poûstrer. 
J'explique de même d(is)ivêbi = d'wêsbi (G., I, 178 ; voy. ci-après, 
l'article wêbi), d(is)frêti = d'frêstî (Duvivier : « défrayer >■). 
[BD 1920. p. 10.] 

nam. dronke 

L'eczéma infantile, en fr. les croûtes de lait, s'appelle li dronhe à 
l'Ouest et au Sud de Liège (Engis, Huy, Harzè), à Erezée (Lux.), à 
Noiseux (Namur) ; li dronke en namurois (Xamur, Ciney, Dorinne, 
Stave ; Gembloux, Forville : prov. de Brabant), lès dronkes à St-Géry, 
(Brab.) et à Viesville (près de Luttre : Hainaut). G., I 183, donne sans 
explication le nam. drongue ( 3 ). Ce mot, en dépit de son aspect ger- 
manique, a une origine romane bien assurée. Il reproduit le moyen 
latin dracunculus « aposthème, ulcère » ( 4 ), d'où l'anc. fr. draoncle 
« apostème, éruption cutanée, etc. ». Un texte namurois du xv e siècle 
poite cette recette : « Pour drongles, R. de la farine de soile [seigle] 
pillée en moitiet vin et moitiet yawe» ( 5 ). Au point de vue phonétique, 

(*) Voy. De Bo, ainsi que Franck-van Wyk, pltjiSï 

( 2 ) Lobet . |>. 455 : (i., II 251 . — Forir a poûtlé et poûtré, di poulie et dipoûtriné. 

( 3 ) l'ius loin. II xxi. il enregistre, d'après Simonon, le s. f . dronhe. De là, cette 
forme a passé dans le dictionnaire de Forir ; mais elle n'est pas connue à Liège, du 
moins aujourd'hui. Le liég. dit lès seûyes (« soies »). 

(*) Ci', Du Cange, dracunculus ou dranculus (ulceris vel cancri species). D'après 
M. Anl. Thomas, le gr. Spaxo'vttov « ver qui s'engendre sous la peau « prouve que 
dracunculus a dû exister, au sens correspondant, en latin classique (Romania, 1913, 
p. 393). Pour la sémantique, comp. le west-flam. erfworm (De Ho) : eczéma impeti- 
ginoïdes. 

( 5 ) Cité par .1. Camus, Revue des Langues romanes, 1805, t. xxxvm, p. 202 ; 
cf. ibid., p. 160 : drangler, dranglure (apostème). — L'article de Mever-Lùbke, 
n° 2760, est très incomplet. 



— 87 — 

-comparez le liég. ronhe (rancher ; G., II 324), altération du nam. ronke 
(= anc. fr. ronghe, dans trois textes tournaisiens cités par Godefroy). 
[BD 1920, p. 10.] 

w. d(u) grade (Verriers, Malmedy) 

G., 1 171, se contente d'enregistrer, d'après Remacle, 2 e éd. : « digrâte, 
probablement, assurément : i r'vinrè, d'grâte : il reviendra, probable- 
ment ; vos ni' cafougnîz, vos d?meûr , rez keû, d'grâte : vous me chiffonnez, 
je suppose que vous allez rester tranquille ». — Lobet (Verviers, 1854) 
écrit : dgrande « probablement, vraisemblablement ». De même, Villers 
(Malmedy, 1793) : dugrande « sans doute, certainement » (G., Extraits 
de Villers). J'ai noté aussi à Stavelot : vos n' roûvèyeroz nin eT grade 
du v's-è satfni « vous n'oublierez pas, j'espère, de vous en souvenir ». — 
Cette expression archaïque, qui est inconnue à Liège, n'a pas encore 
reçu d'explication. 

Disons tout de suite que les graphies â, an sont au fond identiques : 
dans le dialecte de Verviers-Malmedy, on ne peut dire à première vue 
si â est un an dénasalisé, ou si an est une nasalisation arbitraire de â. 
Même incertitude pour les finales -de, -te. On soupçonnera tout au plus 
que Lobet et Villers ont obéi à l'analogie du fr. grande. 

Un premier point est probable. G.. I 182, écrit drâhon (beaucoup), 
qu'il faut analyser cT râhon « de raison » (raisonnablement, passable- 
ment ; d'où : « à foison »). De même, il paraît certain que d(u)grâte 
représente une locution composée. Un manuscrit verviétois de 1759 
sépare les deux mots : du grade qu'ira dès ruv'nazves èssé « je suppose 
qu'il a assez de revenus ». Cet exemple montre de plus que notre 
expression peut devenir locution conjonctive et se mettre au début de 
la phrase. 

D'après Schuermans (*), les dialectes flamands emploient geraden 
(« deviner » ; néerl. raden), op het geraad (« en devinant, au hasard, au 
petit bonheur »). C'est là qu'il faut chercher l'origine du w. d? grade. 
qui est emprunté de (op) H geraad, ou plutôt de (i)k geraad « je devine ». 
La réduction de geraad en grâd 7 est normale. Par étymologie populaire,, 
la préposition d(u) s'est substituée à l'initiale H ou 'Je. En somme, 
i r'vinrè, d' grade signifie : « il reviendra, je suppose ». Lancé avec une 
certaine intonation, cela équivaut à : « j'aime à le croire, ce n'est 
nullement douteux pour moi ». 

( x ) Algemeen Vlaamsch Idioticon. Kilian a aussi gheraeden (conjecturer, deviner). 
Le luxembourgeois gerôt signifie « hasard, occurrence ». 



— 88 — 

En namurois, avec le même accent, on dit dandjureûs « dangereux » 
(= il risque fort que ce soit vrai, j'espère que c'est vrai) ( 1 ). En mon- 
tais, azârd joue le même rôle (Sigart, p. 209). Dans le pays gaumais, 
les formules davine, daviney (devine, devinez) émaillent la conversa- 
tion, exprimant un degré plus ou moins grand de probabilité, tandis 
que tâ-f, tâjèy (tais-toi, taisez- vous) affirment ou nient avec plus de 
conviction. 

fr. s'ébrouer, anc. fr. espro(h)er ; liég. sprognî 

I. L'anc. fr, espro(h)er vient du francique sprowan (Meyer-Lubke, 
n° 8188), forme ancienne de l'ail, sprûhen « faire jaillir ». La façon dont 
Godefroy en parle prête fort à la critique. Il fait deux articles au lieu 
d'un seul et, si dans le second espro(h)er, v. a., « asperger, éclabousser » 
est défini correctement, dans le premier où il range trois exemples du 
V. n., il passe trois fois à côté de la traduction exacte : (son cheval) 
esproha signifie, non pas « hennit », mais « s'ébroua » ; chat qui esproe 
« souffle de colère », et non « miaule » ; de même, en parlant d'un oiseau 
à qui vous tenez en votre bouche le bec jusqu'aux yeux, s'il esproe bien 
après, dont est il sains, il faut comprendre : « si cet oiseau souffle de 
colère contre vous, c'est un indice qu'il est sain » ( 2 ). De plus, Godefroy 
oublie la forme sproher, que G., II 639, signale dans une variante de 
Jean d'Outremeuse au sens de « cracher ». Enfin, d'après Godefroy, 
esproement « exprime l'idée de moquerie » ; nous y verrons, au propre, 
un éclat de gros rire, une explosion de rire qui asperge autrui. 

On n'a pas encore, que je sache, cherché dans l'anc. fr. espro(h)er 
l'origine du fr. mod. s'ébrouer. Cependant les hypothèses émises pour 
expliquer ce dernier sont nombreuses et diverses. Pour l'un, « ébrouer 
dérive peut-être de *brou (= brave), l'ébrouement du cheval pouvant 
passer pour un signe de courage » ( 3 ) ; comme si ce n'était pas tout 
aussi bien et plutôt un signe de surprise et d'effroi ! ( 4 ) Pour l'autre, 

(*) Exemple : riji ratind vosse frère : i vêrê va, dandjureûs « j'attends votre frère ; 
il viendra, j'espère » (Pirsoul, I 183) ; voy. aussi Forir, v° danjreû. 

( 2 ) God. ne donne pas de traduction ; celle du Lexique de Bonnard et Salmon : 
« crier » ne vaut rien. — De même le wallon dit qu'un cheval qui s'ébroue (qui 
sprogne) est sain ; sprognî peut se dire aussi d'un chat qui souille bruyamment de 
peur et de colère. Le wallon peut ici servir de guide : dans tous les exemples cités 
esproher répond au w. sprognî, où nous voyons d'ailleurs un dérivé du francique 
sprowan ; voy. ci-après. 

( 3 ) Kôrting, Dict. d'étym.fr. ; c'est l'opinion de Die/., adoptée par Littré. 

( 4 ) Comp. « un ébrouement de cheval soufflant de peur », Zola, Une page d'amour, 
p. 402. 



— 89 — 

s'ébrouer se rattache à s'esbroufer et vient donc du provençal esbroufa 
qui a le même sens ( J ) ; mais comment justifier la chute de / ? Pour le 
Dict. général, « peut-être s'ébrouer se rattaehe-t-il au même radical que 
ébrouer, t. techn. : plonger dans Peau (des tissus sortant du métier), 
l'ébrouement des animaux ayant pour résultat de faire sortir une sorte 
de vapeur par les naseaux » ( 2 ). En somme, la question reste pendante, 
car même la dernière hypothèse, la plus sérieuse, ne va pas sans quelque 
difficulté de sémantique. 

Pour moi, il me paraît naturel d'admettre que esproer, au lieu de 
disparaître comme on le croit, a donné régulièrement *éprouer, lequel 
est devenu ébrouer, v. intr. (1564), puis v. réfl., sous l'influence du 
synonyme s'esbroufer. L'homonyme ébrouer, anc. fr. esbroer (abbruhen), 
t. techn., a pu aussi influer sur le changement anormal de pr en br. 
Pour le traitement vocalique, la concordance est remarquable entre 
(es)broer, (é)brouer . ail. mod. (ab)brihhen, et esproer, ébrouer : ail. mod. 
sprûhen. Enfin cette hypothèse a l'avantage de montrer la survivance 
de esproer dans la langue moderne et la parenté du fr. s'ébrouer avec 
le w. sprognî, qui a le même sens. 

IL L'article de G., II 390, sur le liég. sprognî est incomplet et ne 
donne pas d'étymologie. On le remplacera par ce qui suit. 

Formes dialectales : sprognî Liège (Forir : II dp va sprogne), 
Fléron ; -l Stavelot, Malmedy, Doncols, Wardin-lez-Bastogne, Gives 
et dans le Condroz ; -er Jupille, Trembleur ; -è Bande ; sprougnè Neuf- 
château ; sprugnl Verviers ; spronl Namur, Crehen (Ben-Ahin : Il dj'vd 
spronlh, Il a sprognî : c'est signe qu'il est hêtî ou sain). — Les graphies 
suivantes sont suspectes : s prou gui (G.) ; sprôgner Verviers (BSW 40, 
p. 458 ; lire o ?) ; spreûgner Jupille (ib., 49, p. 375 ; lire œ "?) ; spronl 
Namur (Pirsoul ; lire spronl ?). 

Significations : 1. s'ébrouer, souffler bruyamment de l'eau hors de 
la bouche et du nez ; se dit surtout du cheval. C'est le sens le plus ordi- 
naire ; on le connaît partout : de Liège- Verviers à Neufchâteau et à 
Namur ; — 2. éternuer, en parlant de l'homme : Doncols, Wardin, 
Bande et dans le Condroz ; — 3. pouffer de rire au point de s'engouer 
(Malmedy : Villers), ou mieux : rire en projetant de la salive, rejeter 
de la nourriture en riant la bouche pleine (Fléron) ; — 4. souffler de 

( 1 ) L. Clédat, Dict. étym. de la langue fr., 1912. 

( 2 ) C'est l'opinion de Seheler et aussi de Meyer-Lùbke, n° 1325 : ce dernier dérive 
du germ. brôjan : ébrouer (abbruhen) et s'ébrouer (schnauben). Ch. Joret défend la 
même thèse dans Romania, ix, p. 110. Voy. enfin les Franzôsische Studien, vi,. 
pp. 31-33. 



— 90 — 

colère, en parlant d'un chat (Jupille : BSW 49. p. 375) ; — ■ 5. « souffler 
un liquide qu'on a mis dans sa bouche » (Verviers : Remacle, v° sprugni); 
« pousser un liquide avec la bouche au visage, etc. ; imprégner avec la 
bouche une étoffe d'eau, d'huile » (id. : Lobet, v° sprugni) ; « répandre 
de l'huile grasse ou de pétrole sur une chaîne trop encollée : , l'ouvrier 
projette le mélange d'eau et d'huile par la bouche ! » (ib. : M. Lejeune, 
Voc. de V apprêteur en draps : BSW 40, p. 458) ; — 6. v. unip., bruiner 
(Stavelot, Malmedy) : ! sprogne, il a sprogni ; il a tourné one suprognore 
« il est tombé une légère ondée » ; à Faymonville, on emploie dans ce 
cas le diminutif sprœgn-ter, d'où sprœgnHàre « bruine, légère ondée ». 
Etymologie : Dérivé, à l'aide du suffixe diminutif -iculare, du 
francique sprowan ( 1 ), forme ancienne de l'ail, sprùhen « faire jaillir, 
projeter avec force (par ex. des étincelles) ». Le type schématique 
*sprow-iculare aboutit normalement à *sproeillier, *spro-yî, d'où 
sprogni, par épaississement de y en gn ( 2 ). — - Dans le liégeois Jean 
d'Outremeuse on lit : « a rote sa lenge et les piechez sprelhoit (var. 
sprohoit) hors de se boche » [= il a déchiré sa langue et crachait les 
morceaux] ( 3 ) ; sprelhoit est sans doute une graphie inexacte pour 
*sproelhoit, imparfait de *sproelhier. G., II 639, a deviné dans ce verbe 
un fréquentatif de l'ail, sprùhen ; mais il a négligé de le rapprocher du 
moderne sprogni, qui en est pourtant inséparable. — Comparez au 
surplus le malm. i sprogne, qui répond à l'ail, es sprùht « il tombe une 
pluie fine », et ce que nous disons plus haut du fr. ébrouer. . 

anc. fr. effriboter 

Ce mot se rencontre dans un texte de 1542 : 

S*on ne Feust esté de sus moy, 

Morde, je l'eusse effriboté. (Romania, xxxiii, 34G). 

M. Behrens, Beitrâge, p. 88, le rattache à l'anglais freebool « agir en 
flibustier, piller ». M. Ant. Thomas déclare cette conjecture peu vrai- 
semblable, mais ne met rien à la place (Romania, xxxvi, 264). Ne 
pourrait-on pas invoquer le w. fribote « bribe, lambeau », difriboter 
« effilocher, déguenillcr » ? Pour la composition et pour le sens, effri- 
boter serait analogue au fr. écharper. êcharpiller « mettre en pièces ». 
[Romania, t. xt.vii (1021), p. 563]. 

( 1 ) Meyer-Lûbke, n° 8188, tire de là Pane. fr. esproer. 

( 2 ) Comp. houyot (houle de nei<fe) ^> hougnot, etc. 

( n ) Myreur des histors, iv, :is:ï. - - Godefroy reproduit ee texte sans la variante 
et avec : arntr, au lien de arote, que (i. corrige : a rote. 



— 91 — 

anc. fr. embegaré. begart 

Froissart. dans ses Poésies, parle d'un « poreel ort et embegaré ». 
Scheler et Godefroy traduisent le dernier mot par : « souillé » ; dans son 
Glossaire des poésies de Froissart. Scheler ajoute cette note : « Il y a 
probablement eonnexité entre begarer, troubler, salir, souiller, et 
bigarrer ? Cela reste à examiner ». — - Ces rapprochements sont hors 
de propos ( 1 ). Le mot dérive de l'anc. fr. begart 2. que Godefroy ne sait 
pas traduire (dans ce passage : « tel coup li a doné... ke gambes reversées 
le trebuce el begart ») et que nous expliquons sans peine grâce au liég. 
bègâ « purin, jus de fumier » ; voy. l'article bègâ. Le sens précis de 
« embegaré » est donc : « souillé de purin ». La forme *begard a pu 
donner embegaré, comme dard donne le w. dârer « darder ». Cependant, 
le mot rimant dans le texte de Froissart avec regardé, il faut sans doute 
corriger *embegardé. Le liég. bigârder « arroser de purin » (les fosses 
de houblon) existe encore à Jupille. 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 563]. 

liég. èminné 

D'après G., I, 191, le liég. èmainé ( 2 ) « guindé, maladroit » dérive de 
main et signifie proprement « privé de la main » ; mais, si l'on compare 
spaté « écrasé » (qui répond au fr. épaté « privé de l'usage d'une patte »), 
smané (Alle-sur-Semois) « manchot ». spougn'tè (Marche-en-Famenne) 
« amputé du poing », on comprendra que cette analyse est impossible. 
Le préfixe ne peut être que è-, lat. in-, fr. en-. D'autre part, nous cons- 
tatons que l'on prononce èmë'Cné à Bergilers (Hesbaye) et que, près de 
Malmedy, èméné signifie « paralysé, perclus » ( 3 ). — Ces deux éléments 
nouveaux permettent d'établir l'origine du mot. Le radical est le w. 
mèhin « incommodité, infirmité », anc. fr. meshain « estropiement, 
mutilation » ( 4 ). Le dérivé *è-mèhai)i-é a donné, par réduction normale, 
HrïChl lé. De là : 1° par métathèse de l'aspirée, le hesbignon èmeïïné ( 5 ) ; 

(!) Ailleurs, dans son E'ude lexicologique sur les poésies de GiUon le Muisit, ren- 
contrant desbedarer « souiller », qui vient de bedaire « bmie ». Scheler propose de 
corriger notre mot en *embeduré (Mém. Acad. de Belg., 1884. t. 37, v° desbedarer) 

( 2 ) On prononce èmèné (Liège, Ben-Ahin), -î (Vielsalm). èmêné (Verviers), èméné 
(Malmedy), ènvwèné (Tohogne), èmvcèmè ^Marche-en-Famenne). aimvë >è (Rendeux, 
Tenne ville). 

( 3 ) A Robertville (BD 1908 p. 31) ; à Faymonville (BSW 50, p. 543). 

( 4 ) Voy. les exemples dans Godefroy et cf. G.. II 10 2. 

( 5 ) Comp. liég. mèh'ner [moissonner] « glaner » = mèrther à Bergilers ; liég. 
mwèlîné « corvza » = mzvèn'ttê à Grandménil. 



— 92 — 

2° par chute de l'aspirée et contraction, le liégeois en ené ( 1 ). — Le sens 
primitif « infirme, estropié» ne survit qu'en un point extrême de la 
Wallonie. Ailleurs, le mot a désigné, par hyperbole, un maladroit, 
guindé dans ses mouvements, dont les mains sont gourdes comme s'il 
avait mal au bras. De même èstroupî « estropié » se prend au sens de 
« lourdaud, maladroit ». Comparez le gaumais a-hachière (ci-après, à 
l'article hahîre). 

[BD 1920, p. 11]. 

liég. èstèssiner 

Ce verbe signifie : 1. arroser (un rôti à la broche ou dans la poêle en 
y versant doucement du jus, du beurre fondu) ; 2. par ext., arroser 
(ce qu'on mange en buvant du vin) ( 2 ) ; 3. v. réfl., s'humecter en 
buvant, s'arroser l'intérieur, d'où : s'enivrer ( 3 ). Il a plusieurs autres 
formes : èstèss'ner, stèssiner, ètèssiner, tèssiner ; et des dérivés, dont le 
plus intéressant est stèssinerèce, s. f., « cuiller à arroser » ( 4 ). — Grand- 
gagnage en parle à deux reprises (I 196, II 399), sans donner d'étymc- 
logie. Je ne connais d'autre essai d'explication qu'une note de Borgnet, 
qui pense à l'ail, stechen « piquer » à propos d'umpassage du Myreur, 
I 264 : « viandes rosties et stechinees de basmes qui vient d'Egypte » ; 
Borgnet oublie qu'à l'ail, stechen répond le w. stitclâ ( 5 ). 

Ce verbe appartient à la classe nombreuse des dérivés qui ont le 
suffixe diminutif -hier. Quant au radical, c'est l'anc. fr. esteser (lat. 
*exten'sare) «tendre, étendre», représenté d'ailleurs chez nous par 
l'anc. w. stesani, stensant au sens intransitif de « étendu, situé » ( 6 )» 
Ni Kôrting ni Meyer-Lubke n'enregistrent un type *extensare ; 
le dernier a cependant un article *extentare « étendre » pour 
expliquer l'italien dialectal stentinare « re'pandre v. 

( 1 ) De même le liég. mohon (mansionem: maison) a passé par *vîhon pour 
devenir mon clans : a-mon ou è-mon Djâque « chez Jacques ». — On peut aussi 
admettre que le liégeois a connu jadis la forme hesbignonne èmvnttné et que h est 
tombé comme dans mnâve (mis pour ^vih'nâve, *vicinabilem). 

( 2 ) Dans une pasquille de la fin du xvni c siècle (Choix, p. 187), il est question 
de bons vivants qui stèsinîn' avou de vin dès gozâs, des dorêycs « arrosaient de vin 
des gâteaux, des tartes ». 

( 3 ) (i ., I 1 96, donne les sens 1 et 3. Voici un exemple du dernier : (Li dj»ù dès lioys),. 
qu'on bon crètyin fièstêye lot s'èstèssinant d' vin (J.-J. Hanson, trad. inédite des 
Lusiades, 1783 ; v. 3051-2). Le mot n'est plus employé aujourd'hui en liégeois. 

(') Ci., II :;!»!). Sur le sulï. -aricius, voy. l'Appendice. 

(•') Godefroy, v° slechiné, reproduit l'erreur de Borgnet. 

('•) Voy. <;.. II 640 ; Scheler, Gloss. de lu Geste de Liège, p. 285 ; et le Dict. gén.? 

ÉTRÉSILLON. 



— 93 — 

Le sens propre de èstèssiner est donc : « étendre à petits coups 
successifs (la sauce sur le rôt) », d'où : « arroser (le rôt) fréquemment 
et à petits coups «.—D'après tensare : w. tèzer, et tonsar e : w. tozer, on 
peut objecter que esteser a dû donner èstèziner. Telle a été assurément 
la première forme ; mais, par la syncope normale de la protonique non- 
initiale (èstèz'ner), la douce devient régulièrement forte (èstèss'ner, 
d'où la forme refaite èstèssiner) ; de plus, le groupe st qui précède a sans 
doute aussi exercé une influence assimilatrice sur la sifflante qui suit. 
— On ne doit pas s'étonner de voir une forme èstèssiner à côté de 
stèssiner ; comp. èstoumaker et stournaker ; èstomer et storner ; èstra- 
boter et straboter ; èstèner, espérer, èsprinde, èsprover. — ■ Pour tèssiner, 
comp. le fr. trésillon à côté de étrésdlon, le w. troûler à côté de stroûler, etc. 
Enfin ètèssiner est ou bien *intens-in-are ou bien une altération de 
èstèssiner, par influence de ètèsser « entasser », voisin de forme et de sens 

liég. était, ètêt 

L'adjectif ètêt, archaïque en liégeois, signifie « allègre, aise, satisfait » 
et s'emploie surtout dans avu Vcoûr ètêt « avoir le cœur content, être 
heureux ». G., II xxn, y voit un dérivé probable du lat. intentus ; 
mais la phonétique ne s'accommode pas de cette hypothèse. C'est 
exactement le lat. intactus « intact, frais, en bon état », anc. fr. entait 
« bien disposé, actif, empressé ». A l'anc. fr. entaitier répond ètêtî 
(G. ; Forir ; Villers) « encourager, animer », ètêti dans la vallée du Geer : 
s'ètêti a Vovrèdje. Quant aux dérivés ètêtemint, ètêtîse, ètêtisté « entrain, 
satisfaction », ils sont ou forgés par nos dictionnaires ou actuellement 
inusités. 

av. façon, faucon 

Dans son Vocabulaire givétois, M. J. Waslet note faucon, s. m., 
« petite botte de paille débarrassée des mauvaises herbes et dont on 
a ménagé le chaume en ne battant que les épis : fé dès manches awè in 
faucon di strin d' swèle, faire des liens avec une botte de paille de seigle ». 
J'ai relevé le même faucon dans le Condroz et en Famenne avec des 
définitions un peu différentes : à Ciney, c'est une « gerbe de paille de 
seigle » ; à Marche-en-Famenne, « mie botte de paille toute préparée 
pour que le couvreur en chaume puisse la disposer sur le toit à couvrir ». 
On prononce façon à Villers-Ste-Gertrude (même sens qu'à Marche) et 
à Erezée (« paille peignée et arrangée pour servir de liens »). — On y 
verra sans peine le même mot que le fr. fauchon (forme normanno- 
picarde pour * faucon) « petite faux » ; mais le diminutif a développé ici 



— 94 — 

une acception remarquable : 1. « poignée dîépis fauchés, javelle » (sens, 
général, aujourd'hui perdu) ; 2. spécialement, « botte de paille de seigle 
(Cinev). destinée à fournir les liens (Givet, Erezée) ou à couvrir les 
toits (Famenne. Villers-Ste-Gertrude) ». 

w. fèr. anc. fr. ferlier, fernoer 

Dans le Bulletin du Dict. wallon, 1908, p. 39, M. Alph. Maréchal a 
démontré que le w. tofèr ou tot-fèr, « toujours, constamment », vient 
du latin f irmum et représente en réalité « tout feime(ment) » ( x ) ; de 
môme le synonyme fin-fèr, usité à Viesville (Hainaut). M. Alph. Bayot 
(ib., 1910, p. 59) a noté dans le Miroir des nobles de Jacques de Hemri- 
court un exemple ancien du w. fèr, lat. firmum : « tant fer chevaehoit 
qu'il n'estoit nin a remuweir > ( 2 ). Enfin, pour corroborer l'étymologie 
de M. Maréchal, j'ai rappelé (ib., 1910, p. 60) que fèr existe encore, 
comme adjectif, à Malmcdy et à Larcche, dans les expressions : fé on 
fèr nok a ses soles, loyi ses soles a fèr nok » lier ses souliers à nœud ferme, 
par opposition à nœud coulant » (Mahnedy), loyer ou noker a fèr nok 
(Laroche) ( 3 ). D'où le verbe afèrnokî « lier à nœud ferme » (Malmedy). — 
J'aurais pu citer également loyi a fèr neu (Givet, Ucimont), le gaumais 
farnowèy « lier [ses souliers] à nœud ferme », par opposition à fâre in 
flo (Tintigny),' et le lorrain anfernowé « noué par tous les bouts, difficile 
à défaire, en désordre ; se dit du fil, de la ficelle, etc. » ( 4 ). 

Or l'ancien français possède les verbes ferlier, fernoer, que l'on tra- 
duit communément par « lier de fer, nouer avec du fer » et où l'on voit 
des composés analogues à ferarmer, fervestir, saupoudrer, vermoulu, 

(') Au point de vue sémantique, il est intéressant de comparer les emplois de fer 
(1. ferme ; 2. sans cesse, dans le w. tofèr) avec ceux du grec I'jjutîoov, neutre de 
l'adjectif l').-iïo- (T. qui repose solidement sur le sol, d'où : ferme, solide ; 2. avec 
idée île durée : continu, incessant). Le 8éet ï\j.~iwt d'Homère (Iliade, xxn, 192 : 
il court ferme, MUb relâche) se traduira exactement en liégeois : i court tot-fèr. 

(-) Je trouve dans Grégoire le Pape, Sermo île Sapientia, ces deux exemples qui 
nefigurenl pas dans Godefroy : fer esteir en la sue loi » (éd. Foerster, p. 287, 1. 15) ; 

m seeiz Ici en sele, s'ele n'est dioreie » (ibid., p. 291, 1. 10). De même, dansBaud. 
<ie ( onde : Ii \ ice" o> t fort et fer (cil. Scheler, p. tîo. v. 57). 

( 3 ) L'expression s'esl altérée en : afwi ri uni,- (Liège, Verviers, Wanne, Erezée, etc.), 
afort mil, (( iney) a nœud fort : voy. Cambresier : foir-nouk. 

i 1 ) Jaclot, Voc. ilu pays nussii/. 1854, p. 2. - D'après .1. Feller, yoles, pp. 237, 
389, fèrnoke, farnowèy, fornouer, renferment le préfixe for- (far-, fer-) : lat. foris. 
Cela peul être exact pour le fr. techn. fornouer laisser nouer [un filj en tissant» 
{Dict. gén.) : mais ne convient il j as de distinguer ce fornouer du gaumais farnowèy et 
de/r r nol.r ? 



— 95 — 

cloufichier, etc. ( J ). Etant donnés les termes patois énumérés ci-dessus, 
je crois que l'analyse traditionnelle est inexacte, et que ferlier, fernoer 
doivent s'expliquer par fer(m) lier, noer. Au point de \<ue formel, si la 
confusion est possible en français entre fer(m) < firmum et fer 
< f errum, en wallon le premier seul aboutit à fèr, tandis que le second 
subit la diphtongaison et devient fier. Quant au senr, la traduction 
« lier solidement » convient parfaitement à tous les exemples connus. 

[Article paru en premier lieu dans Roumain (1911), t. xl, p. 325, avec la 
note suivante de M. Antoine Thomas : « Dans l'un de ces exemples, on lit 
fierloier (Alixandre, éd. Michelant, fol. 266), ce qui parait contredire l'expli- 
cation de M. Haust ; mais cette explication est par elle-même si lumineuse et, 
dans le passage en question, l'intervention du fer (métal) est si invraisemblable, 
qu'il ne faut voir dans fierloier qu'une graphie due à une fausse interprétation ». 
— J'ai trouvé depuis lors dans des textes anciens publiés par Romania, ces- 
deux exemples significatifs : ferm seit sur la plaie liée (t. xxxvm, pp. 498, 
53ô), ferm lièrent la sainte pucele (t. xl, p. 3-tO).] 

liég. fiskineû, fiksineû 

G., I 207, signale simplement : « fiskineû, e . m., vétérinaire ». Lobet 
écrit : « fiksineû, vétérinaire, maréchal -ferrant qui panse les chevaux, 
bestiaux ». Forir et N. Lequarré (BSW 20, p. xx) enregistrent les deux 
formes ; Willem, p. 89, la seconde seulement. Près de Liège (Trembleur, 
Fléron, Thimister), on ne signale oralement que fiksineû « empirique, 
vétérinaire ou médecin non diplômé ». 

C'est tout. Le dossier est mince et ne comporte aucun essai d'expli- 
cation. Il s'agit pourtant d'un terme archaïque et qui, sous son aspect 
modeste, peut se réclamer de nobles ancêtres. 

Fiskineû — qui tend aujourd'hui à s'altérer en fiksineû — dérive 
en effet d'un \erbe *fiskiner, syncopé de *fisikiner, lequel dérive lui- 
même de Pane. fr. yhisiquer « droguer, médicamenter », et de physique, 
anc.fr. fisique « science et art de la médecine ». La preuve en est dans 
les passages suivants du Myreur des histors de notre Jean d'Outremeuse : 

Ilh astoit dolans de chu qu'ilh ly avoit copeit ses orelhes ; si prist des cyrur- 
giens et les fist fischiner [variante : esgardeir]. mains ilh fist les plaies envyne- 
meir, si l'en convient morir. (I, p. 273). 

Voilà, bien attestée, l'existence du v. fischiner (lire fiskiner), que 
l'éditeur Ad. Borgnet s'ingénie à expliquer dans cette note : 

( x ) A. Darmestetcr, Mois composés, 2 e éd., p. 101-2 ; Meyer-Lùbke, Gramm. des 
l. rotn., II, § 59-4 ; Nyrop, Gr. hist. de la l.fr., III, § 009 ; Godefroy -.fernoer. 



— 96 — 

Le mot fischiner doit être la traduction du lat. fasciare, entourer de bandes. 
Il y a aussi le v. fascinare, ensorceler, d"où provient le fr. fasciner ; mais le 
premier de ces deux sens me parait ici le plus convenable. 

L'erreur de Borgnet est d'autant plus surprenante qu'il aurait bien 
dû rapprocher son texte du suivant, ibid., p. 477 : 

Adont aperehut Josephus la cause de la maladie, si avisât une chouse de 
phischinerie [variante : phisique] : se dest que toutes chouses contraires soy 
garissent par aultres contraires... 

Au glossaire, ibid., p. 646, phischinerie (lire fiskinerie), — qui a 
pour variante et pour synonyme phisique, — est correctement traduit 
par « médecine ». Nous sommes donc en présence d'une famille fiskiner, 
-cii(r). -erie, dont la filiation est hors de doute. Le moyen âge n'emploie 
physique {fisique, fusique) que comme substantif et lui donne ordinai- 
rement le sens de « médecine » ; l'anc. franc, se phisiquer signifie « se 
droguer, se médicamenter ». Phisique. -er a engendré *phisiquiner, 
dont le suffixe -iner a une valeur diminutive et fréquentative à la fois, 
comme dans le fr. trottiner, le liég. ploviner, gotinerii pleuvoir légèrement, 
le gaumais droguiner, s adro guiner (St-Léger) « droguer, se droguer ». — 
Quant à la réduction de *fisikiner en fis'kiner, elle n'a rien que de 
normal. 

[BD 1012. p. 97.] 

anc. w.-fr. forece, fueresse 

L'anc. w. fueresse se rencontre dans une charte namuroise de 1248 : 
< vint boniers et set verges fuer esses en terre a le mesure de Liège » 
(Roman ia, xix, 86). Pour l'expliquer, M. A. Thomas, Nouveaux Essais 
p. 96, propose un type *foerez signifiant : « dont on se sert pour mesurer 
les terres fouies (?) ». M. Feller, Notes de phil. watt., p. 200, y voit de 
son côté un *foûrerèce, dérivé de foûre « foin » ; d'après lui, « c'est 
l'étendue de terre, comprenant 20 bonniers 7 verges, qui est qualifiée 
de fueresse, c.-à-d. propre à donner du foin ». — D'autres textes liégeois, 
qui ont échappé à MM. Thomas et Feller, infirment ces deux conjectures 
et permettent de formuler une troisième proposition. 

Godefroy a un article forece « s. f., sorte de mesure de terre », avec 
ce précieux exemple : « v boniers et [?] xix verges petites moins 
c'on dist foreces (trad. du xui e siècle d'une charte de 1265, Carf. du 
Val-St-Lambert, Ilichel. 1. 10170, f° 61 6 j. Lat., quinque bonnaria decem 



— 97 — 

et novem virgatis parvis minus quam ( x ) foreces dicuntur ». — Dans 
son Inventaire des archives de V Abbaye du Val-Benoit, M. J. Cuvelier 
cite ce texte du 15 juin 1392 : « xxn grandes verges et xv foreche de 
terre situées en Bruwier » ; il ajoute cette glose sur foreche : « nom de la 
petite Verge dans les environs d'/Vndenne » ( a ). — Enfin, dans les 
registres de la Cour féodale, 37, 90 v°, conservés aux archives de Liège, 
feu S. Bormans a noté : « xxxni verges fowereches de terre erule ». 

On voit qu'il s'agit de terre arable, erule, et non de prés à produire 
du foin. Ce mot féminin en -ece (-eche, -esse) qualifie uniquement verge. 
Quant au sens, le texte de 1392 oppose la verge foreche à la grande 
verge ; celui de 1265 (= 5 bonniers, moins 19 petites verges appelées 
foreces) est encore plus précis. Pour expliquer le radical for-, fuer-, 
fo(w)er-, on s'adressera au lat. forum, anc. fr. et anc. w. fuer, foer, 
feur, four, etc., devenu par exception fur en fr. moderne et signifiant 
« valeur, taux, mesure, coutume ». Le type *f or ici a aboutit réguliè- 
rement à forèce (comp. corèdje, mori : courage, mourir) ; cependant 
forèce pourrait être aussi bien une réduction de *forerèce: *foraricia ( 3 ). 
En somme, verge forèce équivaut à « verge courante ». C'est la yetite 
verge, considérée comme étant « de commun fuir et mesure » ( 4 ), 
c'est-à-dire comme unité de mesure adoptée par la coutume du pays. 

Cette unité variait selon les lieux. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 504]. 

liég. forlôzer, furlôzer, flôzer 

Forlôzer « prodiguer », ou mieux furlôzer comme on dit aujourd'hui 
à Liège, pourrait venir, d'après G., I 215, de l'ancien saxon forliosan, 
néerl. verliezen « perdre ». Behrens, Beitrcige, p. 295, admet sans objec- 

( x ) Sic ; il faut lire que (= quae). Dans la traduction française et est sûrement 
interpole. — Des papiers de feu S. Bormans contiennent ces deux extraits dont la 
source n'est malheureusement pas assez précise : « 8 verges grandes et 2 verges 
fouretes (var. forestes) de terres et de prés »(1274 : Charte du Val-St-Lambert) ; 
« demey bonier de vingne, vintez petites vergez foreiches moins » (xv e s. : Val- 
St-Lambert). 

( 2 ) Bull, de rinst. Archéol. liég., xxx, 589. Ce texte a paru dans le Cartul. de 
V Abbaye du Val-Benoit, édité par le même, p. 697. 

( 3 ) Les formes fuer-, fo(w)er- ont subi l'influence du primitif fuer, four. — ■ Sur le 
suffixe -aricius, voy. l'Appendice. 

( 4 ) Comp. « une ayme de commun fuir et mesure » (Cart. Ste-Croix, 1324). — A 
Liège, la verge courante est de 16 pieds de St-Lambert ; la petite verge (16 x 16) 
vaut 218 centiares ; la verge grande vaut 20 petites ou 4 ares 359 milliares ; le 
bonnier vaut 20 grandes ou 87 ares 188 milliares. — Dans le langage ordinaire, 
verge se dit pour verge grande ; cf. Forir, v° vech. 

7 



— 98 — 

tion cette hypothèse, qui ne va pas cependant sans de graves difficultés 
de phonétique. Je m'adresserai plutôt au flamand waerlocsen « né- 
gliger » ( x ), en supposant que la syllabe initiale s'est modifiée sous 
diverses influences, telles que les synonymes forfé « dépenser », for- 
zoûmer « négliger », fèrlanguer, furlanguer « prodiguer », — Quant à 
flôzer « gaspiller », que G., I 212, voudrait rattacher à forlôzer, il faut 
plutôt y voir un dérivé de flôse « bourde », où Scheler (ap. G., II 520) 
reconnaît avec raison l'ail, flause (nugae, tricae, mendacium); flôzer. 
outre le sens de « dire des sornettes, bourder » (Lobet, p. 562), peut 
en effet avoir pris l'acception figurée de « dissiper (son argent) à des 
futilités ». 

w. forvîri (Verviers) 

G.. I 216, a l'article suivant : 

forvirî (usé jusqu'à la corde, en parlant d'un vêtement, etc.). De l'angl. 
tu ivcar (user, consumer par l'usage) : comp. l'anc. h. aJl.farwerian (corrumpere), 
ap, Ziemann, v° wërn. 

Le mot est tiré de Remacle, 2 e éd., qui écrit forvîri et qui donne 
un exemple de l'infinitif : mi-abit le' mince a forvîri « mon habit cominence 
à être suranné ». Lobet l'enregistre aussi et je l'ai entendu à Mélen : 
on doit donc le considérer comme propre à la région de Verviers-Herve. 
— Quant à l'étymologie imaginée par G., elle n'a qu'un intérêt de 
curiosité : elle nous montre G. enclin à chercher dans un lointain 
idiome germanique une explication qui se présente d'elle-même au 
premier appel. Le liégeois dit forvîli (Forir) « vieillir outre mesure», 
composé de vîli « vieillir » ( 2 ). Le changement de l en r dans le verv. 
forvîri est dû à l'assimilation. 

w. foûrèhan (= foûre èhant) 

G., II. p. xxv, est le premier à signaler « foûrèhan, fôrèhan (printemps) 
dial. du Limbourg wallon ». Il propose d'y voir un « dérivé inchoatif 
de foûre (foin) ou de fore (pâture des bestiaux) ». — On trouve foûrèhon 
dans un conte de la vallée du Geer : nouk nu rivière V foûrèhon, « nul 
ne reverra le printemps » (BSW 29, p. 540), et M. Fréson, de Glons, 
nous donne- cet exemple qui montre que le mot est masculin : on minerè 
l'onsène è cofhê quond i djalerè, et à foûrèhon (au début du printemps) 

(*) Dict. leutonico-lalinum, Antverpiae, Verdussen, 16G7. Voyez Franck-van Wyk 
.t Vercoullie verwaarloozen. 

(-) Le liégeois dit d'ordinaire xAyi vieillir » ; vîli est verviétois et archaïque en 
liégeois (Forir). 



— 99 — 

on V fôyerè-st-è 1ère. — Enfin M. A. Horning explique foûrèhan par 
« fors issant », en comparant le lorrain œchi jijeu (exire foris) qui 
signifie aussi « printemps », et le suisse fori (foris ire) ( x ). 

Je crois que Grandgagnage et Horning ont tous deux partiellement 
raison : mon premier est foûre (feurre, fourrage), mon second èhant 
(issant = sortant), et mon tout a foûre chant signifie « au moment où 
l'herbe sort de terre et recommence à pousser » ( 2 ). 

Pour èhant. point de discussion possible. C'est le participe du verbe 
inusité *èhe (*e X^re). J'ai montré ailleurs ( 3 ) que le liég. èhoive (énergie, 
activité) répond littéralement au fr. « issue » ou plutôt à la forme 
ancienne « eissue, essue », lat. *exuta. 

Mais four- ne peut s'expliquer par foris, qui a donné en wallon 
1° l'adv. foû ( 4 ), lequel se place après le verbe, comme dans le lorrain 
œchi fyeu ; 2° le préfixe for- (fornoûri, forsôlé, etc.), même devant une 
voyelle (foraler, G., II 526). — Pour justifier foris dans notre locution, 
il faudrait tout au moins l'analyser en foû -f- rèhant (*re-exantem). 

M. Horning allègue deux expressions qui renferment un infinitif pris 
substantivement : « le sortir » = l'action ou le moment de sortir, après 
la claustration d'hiver ( 5 ). Mais, dans son hypothèse, ce serait le par- 
ticipe ou le gérondif « le fors issant » ou « le sortant » qui remplirait 
la même fonction en wallon. Cela me paraît insolite, tandis que la 
syntaxe « au feurre issant » n'a rien que de très ordinaire et de très 
satisfaisant ( 6 ). 

Sans doute, on peut m'objecter que foûre désigne l'herbe assez haute, 
bonne à faucher, et surtout l'herbe fauchée et séchée, le foin (ail. Heu). 
Mais le foûre peut être « l'herbe qui doit devenir du foûre » (sens pré- 
gnant). D'un autre côté, à l'origine, la signification était certainement 

(!) Zeitschrift fût rom. Philologie, xvm (1894), p. 218. — Kôrting, n° 3908, et 
Meyer-Lubke, n° 3431, enregistrent l'explication de M. Horning. [Or, le présent 
article ayant paru pour la première fois en 1911, M. Horning, le 17 février 1912, 
a bien voulu m'écrire spontanément : « Pour foûrèhan, je suis entièrement de votre 
avis »]. 

( 2 ) Comp. al cressant ciel erbage, dans Th. de Kent (God., cressant). 

( 3 ) Voc. du dialecte de Stavelot (1904) : BSW 44 ; Projet de Dict. w. (1904), p. 19, 
èheû (dans un texte de 1634) et èiiowe. — Le verbe composé rèchc (*re-ex<rre) 
existe encore dans le namurois et le sud-wallon, au sens du simple « sortir » . 

(*) Je dois cependant signaler foû-r-eûr (« hors heure, trop tard »), qui se trouve 
dans Forir, mais que je n'ai jamais entendu. 

( 5 ) Pour l'idée, comparez le w. bizâhe dans Forir. 

( 6 ) Comparez â solo moussant (Malmedy) « au soleil couchant » ; a le cloke son- 
nant (God., toursel) ; aoust issant (God.) et voy., ci-après, l'article selanbran. 



— 100 — 

plus générale : l'ail. Futter désigne la nourriture des animaux, la pâture, 
et tel est aussi, à mes yeux, le sens premier de foûre ( l ). Or le meilleur 
aliment des vaches, c'est l'herbe sur pied. N'oublions pas qu'il s'agit 
ici d'une région herbagère (vallée du Geer et pays de Hervé), où la 
grande préoccupation du fermier est de pmvoir nourrir les bêtes. On 
y attend avec impatience le moment où l'herbe pousse. — Au surplus, 
le foûre èhant s'allie si bien à l'idée de nourrir les bêtes (forer lès bièsses : 
leur donner du fourrage) que cette idée a produit la forme altérée 
fôrèhan, notée par Grandgagnage. 

Enfin — et ceci me paraît décisif — un texte de 1556 des Archives 
du Ban de Hervé (reg. 10, p. 221) contient un exemple archaïque de 
notre expression : « ne puelent passer parmy le preit synon en wayn 
temps, voir que a temps de four essant aucune fois ». Ce texte est pré- 
cieux pour plusieurs raisons : 1° dans ces mêmes archives, « four », 
« foure » se rencontrent souvent au sens actuel de fourrage, foin, 
jamais au sens de fors, hors ( 2 ) ; — • 2° la façon dont le scribe a coupé 
l'expression montre qu'il l'analysait comme nous et qu'il ne voyait pas 
dans four un simple préfixe ; — 3° si l'on admet mon interprétation, 
l'emploi de l'expression est ici d'une propriété et d'une, précision 
remarquables : on permet de passer dans le dit prë à l'époque du regain 
(,• wayin timps), mais on interdit formellement le passage au temps où 
l'herbe pousse, parce qu'alors les tiges sont menues et fragiles et ne 
peuvent être brisées sans dommage, ce qui n'est pas le cas pour l'herbe 
du regain. 

[Article paru dans BD, 1911, p. 19. — Depuis lors, on a proposé une autre 
explication defoûrèhan (ibid., 1913, p. 80) : la forme première serait foûrèhon 
(saison des foins, e.-à-d. saison où le foin croît) ; elle comprendrait la racine four 
(àll. Futter) et le suffixe -ationem. — Cette thèse ingénieuse se heurte à de 
multiples objections: 1 Non seulement la forme foûrèhan est attestée par le texte 
hervien de 1556 et par G. (qui a trop de scrupule, je crois, pour se permettre 
une « retraduction » sans avertir le lecteur), mais encore elle m'a été spontané- 
ment signalée par un octogénaire de Blegny-Trembleur (au N. de Liège), 
M. Henri Stas, qui prononce foûrèhâ (c.-à-d. -an dénasalisé). — 2° Les substan- 
tifs verbaux du type sèm'Ium, fèn'hon (semaison, fenaison) sont féminins, 

(*) Comparez le w. wêde (de l'ail. Weide : pâturage), qui, en liégeois, signifie 
« prairie », et, en malmédien, surtout « herbe » : dul wêde, de l'herbe, on fiston 
<]' wêde, un brin d"herbe. 

( 2 ) En 1554 : « ung quartron de four » (reg. 10, p. 103) ; 1550 : « charier les foures 
< t waster les wayns ». — « forgangnyt » 1545 ; « forcomand » 1552 ; « forclose » 1555 ; 
« hors délie soxhe » 1532 ; « horpoutaige » 1549 ; « hors déminée » 1552 ; «hors 
rendu 1554 : < hors comander » 1055. — Je dois la communication de tous ces 
textes à l'obligeance de M. Jean Lejeune, de Jupille. 



— 101 — 

comme le veut le suffixe -tionem ; ot foûrèhon est masculin. — 3° Ces mêmes 
substantifs, qui sont trissyllabes à l'origine, ont perdu régulièrement en wallon 
la voyelle médiale ; seul foûrèhon (au lieu de *foûfhon) ferait exception. - — 
4° Ils dérivent tous de verbes : tinfhon, par exemple, suppose tinri (anc. fr. 
tendrir : devenir tendre). Or foûrèhon ne peut venir de forer, lequel a donné 
régulièrement fôr'hon (syn. de fôrèdje « fourrage », d'après Rouveroy, Dict. 
liégeois, ms.) ; il faudrait le tirer du substantif foûre et en faire encore une 
exception. — Je tiens donc pour assuré que à foûrèhon est la forme originelle 
et -on la forme altérée. D'autre part, le trissyllabe ne peut guère s'expliquer 
que si l'on y voit un composé de deux mots. La conjecture « au l'uerre issant » 
présente un sens congru ; elle s'appuie sur de nombreux types analogues 
(voy. l'art, selanbran), sur le liég. èhowe, et enfin sur un texte ancien que, 
jusqu'à preuve sérieuse du contraire, on doit tenir pour correct.] 

gaumais foûsson 

Le gaumais foûsson (Musson, Ruette, à l'est de Virton), foûssan 
(Tintigny, Ste-Marie-sur-Semois, Jaitioigne, Rossignol), désigne l'âme 
ou le noyau d'un peloton de fil : c'est le petit objet (coque de noix, 
boule de chiffon, de paille, de papier, etc.) sur lequel on enroule le fil 
pour faire un peloton ( 1 ). Cl. Maus, Vocab. de Virton (manuscrit de 1850), 
ne signale que l'acception métaphorique de « testicule ». Adam, p. 253, 
donne au lorrain foûsson le sens de « peloton ». 

Je crois que la forme première était *voûsson et que ce mot est dérivé 
du latin *voïsum (class. volutum « tourne, roulé »), d'où le fr. 
voussoir, voussure et le w. vôsseûre, vôsser « voûter » ( 2 ). Le passage de 
l'initiale v à / s'explique par assimilation régressive, c'est-à-dire par 
l'influence de la forte articulation suivante ( 3 ). — Cette hypothèse 
s'appuie sur le meusien ecvawsori, s. m., « âme d'une pelote de fil » 
(Labourasse), dont le préfixe ec-, eg- représente le lat. con- ( 4 ), et la 
diphtongue azv le fr. ou, comme dans cawper, couper, cawreil, coudrier. 

( x ) Exemples : ma grand-mère pèrnout deûs crâfes aVècayèt (deux coques de noix) 
pou fâre in foûsson (Musson, Ruette) ; an raveûdout V filé d'ssus in foûssan pou 
Jure dès luchés ou pelotons (Ste-Marie-s.-Semois) ; voy. BD 1911, p. 17 ; BSW 41, n, 
p. 160 ; 49, p. 150 ; 54, p. 252. 

( 2 ) G., II 472, explique vôsser par volutiare, voltiare. Le type *volsare 
peut >eu\ rendre compte de la final? -er. 

( 3 ) Comparez gaum. vichau, ard. et nam. vèchau > fichau (Charleroi, Mons) 
a putois » ; viersè (Denée), vièsser (Mazy) > fièssî (Hesbaye) « verser [la terre], 
déchaumer ». — De même, pour expliquer *pabdn > bdkdn, il n'est pas nécessaire, 
comme fait Behrens, p. 20, de supposer une influence germanique. 

( 4 ) Comp. dans le même glossaire : agvon'ter, egville, acvillon. — Varlet, Dic.t. 
meusien, a un article : « ichvaousson, écheveau ». Si la forme et la définition de ce 
mot sont exactes, on peut y voir ecvawson, influencé par le fr. écheveau. 



\{}0 

— Le suffixe -on, lat. -onem. a été surtout productif pour les noms de 
choses. Il a d'ordinaire la valeur d'un diminutif et s'adapte notamment 
à des thèmes verbaux pour indiquer l'instrument ou le résultat de 
l'action : comparez le fr. bouchon, coupon, torchon ; Tard, casson, tesson ; 
le gaum. pèton, étincelle, adamon, entame ; le w. djèrmoii, germe. 
djèton, pousse, rètchon, crachat. 

En somme, le foûsson est un petit objet rond qu'on tourne et qui 
sert à rouler, un petit « rouleau », de même que le w. hagnon (dérivé 
de hagni. mordre) désigne une partie d'aliment solide, surtout de fruit, 
qu'on saisit en mordant, un petit « morceau ». 
[BD 1911, p. 101], 

w. foût'ler, froût'ler 

G., I 225. cite, d'après Remacle. le verbe f rouf 1er « tricher », qu'il 
tente d'expliquer par le lat. frustrari ou même fraudulare ; au t. II, 
p. 524, il enregistre, d'après Lobet, foût'ler, m. s., où il voit une altéra- 
tion de froût'ler. Ces diverses propositions sont inadmissibles. 

J'ai relevé froût'ler « filouter (qqch) » à Seraing : on messe froûfleû « un 
maître fripon » ; foût'ler « tricher » à Hervé, à Glons-sur-Geer et à 
Trembleur ; foûtleû, fém. foûtur'rèsse (pour foûtul' rèsse) « tricheur, 
-euse », foûtur'rèi/e (pour foûtul' rèye) « tricherie ». à Trembleur. Ce 
foût'ler — qui existe près de la frontière limbourgeoise (et jusqu'à 
Verviers d'après Lobet, qui donne foudlé et froutlé) — est emprunté 
du limbourgeois foetelen « tromper, tricher, surtout au jeu » ( 1 ). 
Quant à froût'ler, il a subi l'épenthèse de r, comme le liég. frumèle 
(femelle) et le fr. fronde. 

anc. fr. frefel, rouchi fourféle, fouféle, foufète 

On lit plusieurs fois dans Froissart l'anc. fr. frefel « trouble, agitation » 
{être en grand frefel), dont Scheler déclare ignorer l'étymologie ( 2 ). Le 
mot a survécu en rouchi moderne dans la locution être In fourféle 
(Valenciennes : Hécart), qui devient in foufèle (Lille : Vcrmesse ; 
Tourcoing : Watteeuw) et, par une nouvelle dégradation, in fou file 
(Frameries : Dufrane) « être en émoi, affairé, agité ». 

On ne trouve aucune trace d'explication, dans les glossaires de la 
région. Il est hors de doute (pic nous avons affaire au moyen h. ail. 

(') Voy. Schuermans. D'autres dialectes germaniques possèdent ce mot : luxemb. 
faûtelen, fûddelen : westphalien fudeln ; alsacien fudle. 

{-) Gloss. des Chroniques de Froissart, Bruxelles, 1874. Voy. Godefroy. 



— 103 — 

vrevel (ail. mod. frevel) « violence, audace, présomption, arrogance, 
pétulance », néerl. ivrevel (dans Kilian : « stomachus. iracundia »). 
Je vois, par une note laconique d'Ulrix, n° 620, que M. Genelin invoque 
de même l'ail, frevel pour le rhéto-roman frefel ( x ) ; mais, comme Ulrix 
n'étend pas cette explication au groupe septentrional dont on vient 
de parler, je crois utile de combler la lacune. 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 565]. 

anc. w. fud 

Une ordonnance liégeoise de 1451 ( 2 ) termine une énumération 
d'engins de pêche prohibés par ces mots : « le sperwir ou le fud ». 
G., II 595, traduit le dernier par : « épervier : sorte de filet ». Ce fud 
(qu'on prononçait sans doute fût'') est assurément emprunté du moyen 
néerl. fuecke, néerl. mod. fuik « nasse » ( 3 ). La traduction de G. est 
donc inexacte. Dans le texte cité, la conjonction ou marque l'addition, 
non d'un synonyme, mais d'un terme différent du précédent. Il faut 
comprendre qu'on interdit « Tépervier ou [encore] la nasse ». 

liég. furtoye 

G., II 227, définit ce mot : « 1. fressure ; 2. lèyl vèy ses furtoyes, se 
débrailler, montrer ses nudités ». Pour toute explication, il compare 
le nam. fristouye ; mais ce dernier, qui signifie « régal », n'a que faire 
ici. — - Si le liég. furtoye (Cambresier, Hubert), firtoye, -ogne (Forir), 
fèrtoye (Duvivier), désigne des débris de viande et particulièrement la 
fressure ( 4 ), le mot existe ailleurs avec un sens plus général, où il n'est 
plus question de viande. Nous relevons firtoye. à Erezée, « bribe » (de 
toute sorte) ; furtoye, à Stavelot, « bribe, lambeau » (par ex., de vête- 
ments : il est tot-a furtouyes, syn. a brimbâdes) ; enfin, à Seraing, dès 
furtouyes, dans le langage des houilleurs, désignent le matériel (rails, 
boisages, etc.) qui a servi dans une taille et qu'on démonte pour l'uti- 
liser ailleurs. L'acception générale étant celle de « débris, fragment, 

(*) Genelin, German. Besfandfeile des râtorom r m. Worlschatzes, Progr. Innsbruck, 
1900, p. 23. Je n'ai pu me procurer cet ouvrage, que je cite d'après Ulrix, Germ. 
Elementen in de Rom. Talen, Gand, 1907. 

( 2 ) Texte cité par G., II 611, v° houcherale. 

( 3 ) Pour k final devenant t en wallon, comp. ci-après Fart, skèrbalik ; de même 
G., II 234-5, donne plék ou pléf « proue », emprunté du néerl. plecht. Voyez aussi 
mon étymologie de lûte (= néerl. luik), dans BD 1914-1920, p. 97. 

( 4 ) Au singulier : dèl furtoye (des débris de viande), ou au pluriel : dès firtouyes 
(à Huy, même sign.). Comp. fritat/c à Favmonville BSYV 50, p. 567. 



— 104 — 

bribe », nous voyons dans furtoye une forme altérée de *frètoye (« *fre- 
touille »), renfermant le radical latin fractum (brisé) et le suffixe 
diminutif -ucla. Comparez, pour le radical, l'anc. w. fraitîn, fratin, 
fretin (bris de clôture) ( 1 ), et, pour le suffixe, le fr. pop. fripouille 
(dérivé de fripé, chiffon), le meusien frapouille (lambeau d'étoffe, per- 
sonne de rien), l'anc. fr. drapouille (mauvais vêtement : 1504, à Valen- 
ciennes), etc. 

w. verv. furzêye, frèzê 

Lobet seul donne le verv. furzêye, s. f., « godiveau, pâté chaud de 
veau épicé, etc. ». G., II 527, reprend le mot sans l'expliquer. — C'est 
tout simplement un dérivé du w. frase « fraise de veau » ( 2 ) ; mais la 
forme est remarquable en ce qu'on attendrait *frèzêye ( 3 ). En effet, 
le w. a tiré de la même source : 1° frèzé (grêlé, marqué de la petite 
vérole, propr. ridé, plissé ; comp. l'anc. fr. frasillé, ap. God.) ; — 2° frèzê 
(verv. ; t. arch., noté seulement par Lobet, p. 208) « torche de paille 
que les fileuses de laine et de coton à la main entrelacent entre les deux 
poupées de leur rouet » ; il faut y voir un emploi métaphorique de l'anc. 
fr. fresel « garniture fraisée », t. de toilette : on sait que le mot fraise 
(de veau) s'est appliqué, par figure, à la collerette empesée qui fut en 
vogue au xvi e siècle. — A la même famille se rattache enfin Tard. 
afœrsœler « enchevêtrer », que j'ai noté à Alle-sur-Semois. C'est l'anc. 
fr. enfresselé (« une dalmatique enfresselee de pierres précieuses »), que 
Godefroy traduit inexactement par « bordé ». 

w. nara. hesb. galiène, galziène 

A Dinant et à Ciney. stinde ses galiènes signifie « étendre ses 
jambes, ses guiboles ». De même à Crehen (Hesbaye), où l'on prononce 
galyên', que nous écrivons galyinnes. Enfin l'excellent Glossaire de 
Fosse-lez-Namur par M. Lurquin nous donne la forme galziènes « les 
jambes, considérées sous le rapport du mouvement : dfa tant dansé 
qu' dji n? sin pas mes galziènes » (BSW 52, p. 134) ; on y compare 
l'ancien français galer « être \if, remuant » ; mais ce rapprochement, 

(') On tire aussi généralement du même radical le fr. fretin. 

( 2 ) G., I 220, — Le fr. fraise (mésentère) est d'origine inconnue d'après le Dict. 
gén. : Meyer-Lubke, n° :5t98, le dérive du hit. fresum, de frendere, broyer. 

( 3 ) Pour la métathèse et l'assourdissement de la protonique, comp. furtoye à 
l'article précédent ; le verv. gurnî « greni t » ; et < i-après les artic'es parle, trin- 
bèrlin. 



— 1C5 — 

suggéré par la définition, paraît inopportun. A Dinant et à Crehen, le 
mot fait ressortir la longueur des jambes. Partant de là, j'invoquerai 
l'ail, galgen (potence) qui, en dialecte du Grand-Duché de Luxembourg, 
a la forme gâljen. L'expression namuroise est due à une métaphore 
ironique, comme pour les synonymes fr. quilles, liég. hèsses (échasses), 
skèyes (faucilles), nam. crauwes (crosses). Au point de vue phonétique, 
le luxembourgeois gâljen explique à la fois galiène et galziène. 

w. gamète 

La gamète était jadis la coiffe ordinai e de jour et de nuit, où femmes 
du peuple et paysannes serraient leur chevelure. Aujourd'hui, ce genre 
de bonnet a presque entièrement disparu et n'est plus guère porté que 
par Jes vieilles. Nos dictionnaires, qui offrent comme équivalents fran- 
çais « cale, toquet, serre-tête » et autres termes approximatifs, oublient 
« béguin », qui donne une idée exacte de cette coiffure archaïque l 1 ). — ■ 
Le mot existe dans la région N.-E. (Liège, Verviers, Malmedy) ; à 
l'Ouest, nous le relevons à Bergilers (Hesbaye) et jusqu'à Jodoigne 
{gamète), enfin au Sud, à Tohogne et à Villers-Ste-Gertrude (prov. de 
Luxembourg). Jusqu'ici, il est resté sans explication ( 2 ). J'y vois, pour 
ma part, une altération de *câmète, diminutif de came « crinière, che- 
velure en désordre, tignasse » ( 3 ). Le sens primitif serait : « petit objet 
servant à serrer la came ou chevelure » ( 4 ). On sait que le changement 
de A; en g à l'initiale est un phénomène fréquent dans notre dialecte ; 
voyez par exemple les articles coumê, gistel, gorlète, gossê, guduc. 

(') Le fr. béguin désigne une « coiffe unie, attachée sous le menton, que portaient 
les béguines, religieuses des Pays-Bas ; d'où, par ext., toute coiffe unie s'attachant 
sous le menton » (Dict. gén.). 

(?) G., I 231, se contente de comparer « gourmète (bonnet de nuit), d'après 
Duvivier ». Mais 1° phonétiquement, il ne peut exister de rapport entre les deux 
mots ; 2° il faut rayer cet article gourmète de G., 1 239, et la citation qui en est faite 
par Littré, v°gourmtife. Duvivier seul donne gourmète dans l'article confus que voici : 
« gourmett et gâmctt, bonnet de nuit et lime ». Apparemment, il a voulu dire que 
gourmett signifie « liure de gâmett, bonnet de nuit ». Par malheur, même dans ce 
sens, le liégeois ne connaît pas gourmète ; il dit toujours loyeûre. Je n'ai trouvé 
gourmète qu'à Chimay, où il signifie : « rubans qui attachent sous le menton la 
godiche ou bonnet de nuit des femmes ». C'est évidemment emprunté du français. 

( 3 ) G., I 95 et 339, donne : « caime, crinière ; Condroz came ; nam. côme ». — Il 
faut noter que la forme ordirtaire en liégeois est came (rarement Mme, kinme), d'où : 
acâmer, akêmer, akinmer < prendre aux cheveux, attaquer». De l'ail, kamm, 
« peigne ; crête (de eoq), crinière (de cheval), etc. ». 

( 4 ) Sur la valeur sémantique du diminutif, dans ce mot et dans certains autres 
de même frappe, voyez ci-après la fin de l'article hatrê. 



— 1C6 — 

w. gârmèter (Verviers), disguèrmètè (Dinant) 

G., I 234, se contente d'enregistrer : « gârmèter, gourmander » 
(d'après Remacle, 2 e éd. ; Lobet, p. 214). 11 faut lire : su gârmèter 
(Verviers. Hervé. Thimister), v. réfl.. « se quereller, se chamailler » : 
i s-' gârmètèt tote djoû ; dju ri vou né Jc'mincî a m' gârmèter ; c'est bô qu'à 
ri su vont né gârmèter, si us qzvè !... — La traduction de G. n'est 
qu'approximative et mettrait sur la piste d'une fausse étymologie si 
on prétendait voir dans gârmèter la forme wallonne de « gourmander ». 
En fait, c'est le représentant wallon de l'anc. fr. garmenter, forme 
variée de gramanter (ordinairement réfléchi, au sens de « se lamenter »), 
lequel dérive sans doute du germ. gram « triste, peiné ». Les patois 
normand, tourangeau, etc., connaissent aussi guermenter, guémen- 
tcr, etc. (voy. Godefroy). et l'on signale, en dialecte w. de Dinant, le 
composé si disguèrmètè « se quereller ». La phrase dinantaise : 
i ri faynut qui do s' disguèrmètè, est le pendant exact du verviétois : 
i ri jet qiC du s' gârmèter « ils ne font que se chamailler » ( x ). — Pour la 
protonique w. è = fr. en, comparez agâyemèter (Forir) ■»$ filouter » 
(a + gaimenter) ; toûrmèter, tourmenter ; pârmè$,»parmeritier ; amèder, 
amender (voy. p. 8). 
[BD 1911, p. 103.] 

liég. garsî 

Le w. garsî ( 2 ) « ventouser », v. tr., n'existe plus qu'à l'extrême 
Nord-Est (Verviers, Malmedy, environs de Liège). Le sens technique 
tend à se perdre ; du moins, je n'ai jamais entendu à Verviers que la 
locution : va-s' tu fé garsî ! (va t'en au diable !) ; au sens propre, on 
emploie la périphrase : on lî a mètou dès bivètes (« boîtes » : ventouses). 
— G., I 231, se contente d'y reconnaître l'anc. fr. garser « scarifier ». 
Or gercer (fendiller) est la forme moderne de garser, jarser (piquer, 
scarifier), dont les patois de Champagne et de Franche-Comté possèdent 
encore des dérivés ( 3 ). Pour expliquer gercer, Diez, suivi par le Dict. 
gén., proposait le làt. pop. *carptiare. Meyer-Lûbke, n° 2871, rejette 
ce type p<»ur des raisons de phonétique ( 4 ) ; il admet un primitif 

( 1 ) A Ciney : disguèrmotè < gourmander, houspiller (qqn) », syn. diburtinè. 

( 2 ) G. et Forir écrivent à tort gârsî. 

( 3 ) Voy. A. Thomas, Mélanges, \>. 96 ; ajoutez le pig. guersi, guerchiné < raccomi, 
desséché . en parlant d'un végétal (Jouancoux, II -42-:}). 

(') Le / ne pourrait en effet que produire ç el non s : or la forme constante des 
anciens textes est garser, jarcer et non -cier. Pour la même raison, on ne pourrait 
invoquer l'anc. h. ail. gart pointe, aiguillon , dont nous avons parlé à l'article 
djâ deûs. 



— 107 — 

*charassare. tiré du grec i^yy.-Aiizvj (scarifier) et conservé dans 
l'ancien napolitain carassare. Ainsi s'éclaire ce groupe intéressant, où 
notre garsî mériterait de ne pas être oublié, car c'est lui qui reproduit 
le mieux la forme et le sens de l'anc. fr. garser. 
[Romania, t. xxvn (1921), p. 560.] 

anc. fr. gistel, w. custèl. cristal, rouchi aguistiller 

I. Godefroy a l'article suivant : 

gistel, s. m., fût d'une arme ? le manche ? « Puis prent une [eorr. une] 
malhe erant de fier par le gistel » (Jeh. des Preis, Geste de Liège, 24795, ap. 
Scheler, Gloss. philol.). 

L'éditeur de la Geste, A. Borgnet, traduit par « le manche ». Scheler 
dit à ce propos : « Je ne connais pas ce mot et je renonce à en préciser 
la valeur. M. le professeur Le Roy est tenté d'y voir l'ail, gestell (mon- 
ture) ; il a peut-être rencontré juste, mais je doute que le mot allemand 
ait jamais été appliqué au fût d'une arme et que le wallon présente 
d'autres cas d'application du préfixe allemand ge- ». 

Pour le dernier point, Scheler se trompe certainement : il existe une 
bonne poignée de termes wallons qui représentent des mots germa- 
niques pourvus du préfixe ge-. Scheler pouvait trouver dans Grandga- 
gnage les plus connus, gullite, gulmène, guinâde ; pour le reste, je ren- 
voie à l'Appendice, qui donnera une liste détaillée de ces emprunts. — 
L'autre objection ne paraît pas plus sérieuse. Admettons que le germ. 
gestel(l) n'ait jamais été appliqué au fût d'une arme ; il s'agit de savoir 
si telle acception est possible. Or, le sens générique : « disposition, 
arrangement, assemblage », d'où : « monture, charpente, bâti, châssis, 
pied ou base ». conduit logiquement à celui de : « manche (d'un outil), 
hampe (d'un maillet d'armes) ». Dans son Glossaire, Scheler note 
souvent des mots dont Jean d'Outremeuse, pour le besoin de la rime, 
n'hésite pas à étendre la signification ; il dit lui-même que cet auteur 
« a su enrichir le vocabulaire de son temps par une multitude de termes, 
très légitimes de façon et de sens, qu'il a puisés dans le terrain natal 
ou créés selon le besoin accidentel de sa pensée ou l'entraînement de la 
versification » (préface du Glossaire, p. 6). Gistel est dans ce cas. Il 
signifie « manche » et représente le germ. gestel(l). Nous allons montrer 
d'ailleurs que nos dialectes ont conservé le mot dans une acception 
analogue. 

II. De Malmedy à Namur, le brancard d'un chariot et surtout d'un 
tombereau, ainsi que l'espace compris entre les deux bras du brancard, 



— 108 — 

s'appelle custèl (Verviers : Lobet ; ard. : Body, Voc. des charrons). 
crustal (Bormans, Voc. des houilleurs liégeois ( 1 ) ; nam. : Pirsoul), 
cristal (G., II 515 : t. de min., avec un sens quelque peu différent), 
cristèl (Jupille : BSW 49, p. 363). Le mot est ancien : braz de crustelles 
figure dans nos Chartes des Métiers, I 82 ( 2 ), et G., II 573, cite ce texte 
de 1723 : « chevaux attelés, comme l'on dit, al cristalle ». De source 
orale, j'ai recueilli crustal à Dorinne, Ben-Ahin, Marche et Heure-en- 
Famenne, Tohogne, Erezée, Villers-Ste-Gertrude, Yielsalm ; custèl à 
Stavelot et à Thimister-Clermont ; enfin, près de Malmedy : kœstœl à 
Gueuzaine, kèstèl à Robertville. Le genre varie : masculin à l'origine, 
il est devenu presque partout féminin à cause de la terminaison. 

Les dernières formes, originaires de la frontière linguistique, repro- 
duisent nettement le germ. gestel(l) qui, outre le sens général indiqué 
ci-dessus, désigne le train d'un chariot. Cette signification apparaît 
encore dans l'ancien wallon braz de crustelles et attelé al cristalle. Comme 
le mot s'employait surtout à cette occasion, il a fini par désigner spé- 
cialement la limonière ou prolongement de l'avant-train ( 3 \. — Pour la 
forme, on notera 1° l'altération de -èl en -al(e\ sous l'influence des 
nombreux diminutifs en -aie, fr. -elle ; — 2° l'épënthèse de r après k 
initial ; comparez scrène : « échine » (anc. h. ail. skina) ; cronzîre, à 
Sibret, pour conzîre, consîre « amas de neige » ; crèssôde « pâquerette » 
(consolida), voy. p. 59; -- 3° le durcissement de g initial en A;: 
voy. l'art. kichHône. 

III. Il faut attribuer la même origine au montois aguistiller « ajuster, 
arranger » (BD 1911, p. 52). Sigart essaie de l'expliquer par *ajustiUer. 
qui serait un diminutif de ajuster, mais c'est pure fantaisie. Ce verbe 
se décompose en a-{-gestel-}-ier et signifie proprement « pourvoir de 
l'appareil convenable, appareiller ». Comparez l'ail, anstellen « arranger » 
et le fr. agréer, t. de mar., « garnir (un navire) de ses agrès » (de l'anc. 
holl. gereîden : préparer.) 

w. glindis' 
L'ard. glindis\ «grillage d'étang» est signalé à Saint-Hubert par 

(') Bormans est le seul qui propose une étymologie ; il croit y voir deux mots 
flamands : kruyen, pousser, traîner, et stal(l). 

('-) Le texte porte : braz de Brustelles. Il est cite dans C, II 562, où Sclieler, moins 
heureux que d'habitude, voudrait lire : bars de Bruscelles (= civières de Bruxelles) ! 
La correction crustelles, qui s'impose à l'évidence, est de Body, /. /. 

( 3 ) Dr même dans certains dialectes germaniques. Le Wôrt. der luxemb. Minutait 
(l!)0c.) traduit gestell par Gabeldeichsel. 



— 109 — 

M. Marchot, qui le dérive du lat. clingere « enclore, entourer » ( 1 ). La 
tentative est infructueuse : ce mot latin a dû être très peu répandu et 
n'a donné aucun rejeton ( 2 ). En revanche, les dialectes flamands con- 
naissent gelint « treillis de lattes ou de barreaux de fer » ( 3 ) et Ton 
trouve, en bas allemand, glind « clôtura de planches et de lattes » ( 4 ). 
De là le w. glindis\ dérivé sur le type de trèyis' « treillis » et du fr. 
lattis « ouvrage fait en lattes ». 

Ce mot a jadis existé à Liège ; on le rencontre maintes fois dans les 
textes anciens avec le sens de « clôture, grillage, treillis ». Voici quelques 
témoignages : (1311) « juskes a glendice Watelet » ( 5 ) ; — (xiv e siècle) 
« ont steppeis et ars [extirpé et brûlé] les arbres, useries [portes], 
fineistres. bans [corr. baus : poutres], weires et lattes, et destruis les 
glendis entour les vergiers » ( 6 ); — (1510) « muchier en la scaillie [cour] 
de la maison et rompre ung glendice » ( 7 ) ; — (1561) « arat entrée le 
glendice pour aller joindre au puits » ( 8 ). — Aujourd'hui même, glindis' 
survit comme nom de lieu à Crehen (Hesbaye) : il y désigne une partie 
du ruisseau qui passe dans cette commune et qu'une clôture longeait 
sans doute à cet endroit. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 56G.] 

w. gô, gôti ; gaum. djô, djwôti ; fr. mugot. mijoter 

Le w. gô, s. m., signifie : « petite provision de fruits qu'on tient en 
réserve pour ses menus appétits ». G., I 2.31, paraît l'assigner au dia- 
lecte namurois ; mais on cherche vainement ce mot dans les glossaires 
de F. D. (manuscrit, 1850) et de Pirsoul. En revanche, gô se lit dans 
une pièce ancienne de Marche-en-Famenne ( 9 ) et se dit surtout à l'Est 
de Liège, vers la frontière linguistique. A Malmedy, Villers (1793) a un 



(') Marchot, Phonologie détaillée d'un patois wallon (1892), p. 76. 
(*) Voy. Walde, Lat. etym. Wôrlerbuch. — C'est à tort que Du Cange, clingere, 
dérive de là le fr. clenche et l'anc. fr. clicorgne. 

( 3 ) Schuermans, Idioticon et Suppl. ; De Bo. — Le rouchi glin « porte à claire- 
voie » (Luingne-lez-Mouscron) est emprunté du flamand. 

( 4 ) Cité par Weigand, GELâNDER, comme étant une forme parallèle de l'ail. 
geléinde. Nous retrouverons ce radical à l'article landon. 

( 5 ) Cartulaire de l'abbaye du Val-Benoit, éd. Cuvelier, p. 342. 

( 6 ) Jean d'Outremeuse, Myreur des histors, vi, 674. — Godefroy, qui cite ce 
texte, weire (chevron), n'a pas d'article glendis. . 

( 7 ) Cris du Pérou, reg. 71, p. 118. 

( 8 ) Rendages proclamatoires, reg. 3, 15 v°. 

(") Li Marièdje manqué (1806), v. 202 : tant qui «»' aurè dès pomes o gô. 



— 110 — 

article gô. s. m., « magasin, corps de réserve, magot » ( 1 ). A Stavelot : 
fé s' gô « faire sa réserve », surtout de fruits ( 2 ). A Faymonville-Weismes, 
où l'on prononce parfois cô, M. J. Eastin distingue deux sens : « 1. pro- 
vision de fruits cachée, mise en réserve ; 2. portion de fruits donnée en 
cadeau » ( 3 ). A Verviers enfin, Lobet, p. 223 : gô « dépôt (d'argent ou 
autre effet en quantité), magot ». Nos autres lexicographes ignorent ce 
mot, qui d'ailleurs n'existe pas en liégeois. Dans les témoignages cités, 
nous ne trouvons pas l'acception suivante : « endroit d'un bois où 
abondent les fruits à cueillir, notamment les myrtilles » . Tel est pour- 
tant le sens unique que je connaissais à Verviers dans mon enfance ( 4 ) ; 
nous prononcions gon, avec la résonance gutturale propre au verviétois 
devant voyelle ou à la fin de la phrase, et gô devant consonne ( 5 ). Cette 
nasale provient d'une altération : gô, isolé dans la langue ou du moins 
paraissant tel, a subi l'analogie des nombreuses finales en -on : ô = fr. 
et liég. -on ( 6 ). 

De la pointe Nord-Est du domaine roman, il faut descendre au pays 
de Virton pour trouver l'équivalent de notre gô. A Tintigny et à Ste- 
Marie-sur-Semois, un djcfw, c'est aussi une « provision de fruits tenue en 
réserve dans une cachette » (BSW 37, p. 344). Le Vocabulaire des envi- 
rons de Virton par Cl. Maus (manuscrit, 1850) écrit jau, avec la même 
définition ; il a de plus cet article : « sauré, jaunir : mette des peume sauré ; 
syn. jouoti, de là ain jouo de peume ». Au lieu de jau, jouo, jouoti, lisez 
djô, djoi.d ou djouiv, djouôti ou djwôti, comme j'ai entendu prononcer, 
près de Virton, à St-Léger et à Musson. De là le fr. dialectal : « mettre 
joûtir des nèfles », que donne le Larousse illustré. 

Ce verbe dérive de djô, djouw, qui avait donc à l'origine un t final. 
Or le liégeois possède un verbe gôti, dont le rapport avec gô devient 
par là manifeste et que nous devons dès lors comprendre dans nos 
recherches. 

On n'a encore publié sur gôti que des notes incomplètes ou peu 

(') Grandgagnage, Extraits de Villers, p. 54. 

( 2 ) BSW 44, p. 508. De même à Sprimont et dans toute la région verviétoise. 

( 3 ) Voc. de Faymonville, p. 36 (BSW 50, p. 568 ; corr. s.f. en s. m.). 

( 4 ) Il existe aussi à Malmedy : su veiner (se glisse) iP gô a gô loi phmk'tant dès 
frarribéhes (Armonac' do f Santé ne, l !)(><>, p. 30). 

( 5 ) Voy. Mélanges wallons ^Liège, 1892), p. 28. 

( 6 ) Voy. ci-dessus l'article bô et BSW 53, p. 390, où j'explique de même no?j, 
lieu dit d'Ayeneux, altération de ttô, forme masculine du fr. noue : *nauda. 



— 111 — 

exactes ( J ). En partant du primitif gô, nous pouvons résumer comme 
suit le développement sémantique de ce verbe intransitif : c'est, à 
l'origine, un terme d'économie rurale, conservé comme tel dans un coin 
extrême de la Wallonie (Malmedy, Faymonville, Vielsalm) ; non loin 
de là (Liège, Huy), il survit dans des expressions métaphoriques, avec 
un sens dépréeiatif. 

I. Proprement, en parlant des fruits qu'on met sur la paille ou dans le foin : 
« mûrir dans le fruitier » ; sens attesté pour Malmedy par Villers (1793), pour 
Faymonville par M. J. Bastin, qui donne cet exemple : lès bilokes qui-arîri'' 
tourné d'vaut d'esse mawes, ô lès met gôti o foûre « les prunes tombées avant 
d'être mûres, on les met mûrir dans le foin ». [Comme on vient de le voir. 
c'est l'unique acception du gaumais djwôti et du fr. dial. joûfir.]. | Par ana- 
logie : 1. à Vielsalm, les pommes sauvages, dont on veut faire du vinaigre, sont 
mises en, plein air pendant deux ou trois semaines pour les laisser gôti, syn. 
atinri, maw'ri « s'attendrir, mûrir » (BD 1906, p. 35) ; — 2. à Faymonville, 
« s'avachir, s'amollir [= blettir] par un commencement de dessiccation, se dit 
des fruits qui n'arrivent pas à maturité, des feuilles, de l'herbe, qui, peu de 
temps après avoir été coupées, deviennent flasques, surtout sous l'action du 
soleil » (J. Bastin, /. I. ; voy. les exemples). [L'influence de rôti « rouir, pourrir » 
n'est peut-être pas étrangère à cette extension de sens.] 

II. Par métaphore et toujours péjorativement : 1. en parlant d'une prépa- 
ration culinaire qui a mijoté trop longtemps sur le feu : « se dessécher, perdre 
sa saveur » : i n' fât nin lèyî gôti V café (G., I 355), de gôti café (ib.) ; qwand on 
ratint lès-aules po dîner, lès crompîres gôtihèt (Forir) ; lé feû «' va nin assez rû, 
lé djigot gôtih (Huy) ; li tcfiâr est gôlèye, li rosti a V gos' di gôti (Liège) : ce goût 
de gôti diffère du goût de hati « havi, desséché à la surface » et de celui de 
broûlé « brûlé, carbonisé » ; — 2. en parlant d'une personne qui reste paresseuse- 
ment au coin du feu : « se cuire, croupir ». Duvivier donne cet exemple : 
i s' gôtih èl coulêye dé feû, où le réfléchi est sans doute amené par l'analogie de 
i s' rostih, i s' eût « il se rôtit, il se cuit ». Je n'ai entendu à Liège que le v. intran- 
sitif : èle gôtih èl coulêye, à propos d'une femme indolente, dHne crope-è-cindes ; 
— 3. en parlant de l'eau qui se corrompt faute de mouvement : « croupir » ; 
c'est le sens unique que donne le liégeois Rouveroy (ap. G., II 559). Le même 
a un article garni, où il se contente de renvoyer à gôti. 

Enfin gôti a donné, à Erezée, le diminutif gôtiner, v. intr., 1. « mijo- 
ter » ; 2. en parlant d'une personne : « traîner (en route), croupir ». — - 

(*) Trois articles de G., I 239, 355, II 529, donnent sans explication deux sens 
différents que l'auteur ne songe pas à rapprocher. Dans ses Extraits de Villers, il 
écrit gôtehi (!) au lieu de gôti. M. J. Bastin l. /., signale, avec des exemples typiques, 
deux significations dont il faut intervertir l'ordre. Hubert et G. écrivent gôti (?) au 
lieu de l'inchoatif gôti. Cambresier, Remacle, Lobet n'en parlent pas. 



— 112 — 

Quant à godiner, auquel G. compare gôti. sa structure phonétique, 
malgré la ressemb'ance partielle des significations, dénote une origine 
différente. On dit. à Liège et à Jupille, gtidiner, 1. « mijoter, mitonner » : 
dfa mètou m' rosti godiner so V costé de feu ; 2. fig. « dodiner. dorloter » ( 1 ). 
Le verviétois gondiner (Lobet, p. 224) « gratiner, mitonner », avec une 
fausse nasale on (= ô). peut s'expliquer par croisement de godiner et 
de gôti. 

Voilà, en somme, ce que nous savons actuellement de gô et de gôti 
dans le domaine wallon. Quelle est l'oiigine de ces mots ? ( 2 ) Leur 
habitat paraît dénoter une provenance germanique. De même la com- 
paraison phonétique avec d'autres termes, tels que hô « giron », hôVlêye 
« *gironnée » (du néerl. schoot, gothique skauts) ; pôti « patrouiller, 
manier indécemment » (Stavelot). dérivé de pote « patte » (néerl. poot, 
francique pauta) ; rôti « rouir », gaum. rouôti (néerl. roten, francique 
rotjan, d'une racine germ. raid « pourrir » : Kluge, v° rôsten). D'après 
ces analogues, un type *gaut, *gôî, expliquerait gô, gôti. Seulement, 
rien dans les langues germaniques ne permet d'étayer cette conjecture. 

Un fait certain — et qui doit déjà nous satisfaire — c'est que nous 
reconnaissons gô, gôti dans le second élément du fr. mugot, mijoter. 

Le fr. mijoter « faire cuire doucement et loiigtemps » n'a pénétré 
que depuis peu (Acad. 1798) dans la langue générale. Il provient des 
dialectes du' Nord et de l'Ouest (meusien, rouchi, picard, normand, 
manceau), où il a des formes et des acceptions diverses : 1. « faire 
mûrir » (norm. : migeoter), « mûrir sur la planche » (Haut-Maine : id.) ; 

2. « cacher son argent, thésauriser » (rouchi : migoter, mugoter) ; 

3. « bouillir à petit feu » (boulonnais : mugoter). — Il dérive de migeot 
« lieu où l'on garde les fruits jusqu'à maturité » (Haut-Maine) ; migoe 
« provision de pommes d'hiver, etc. » (Baveux) ; mugot « provision de 
fruits qu'on garde pour l'hiver et qu'on laisse mûrir sur la planche » 
(norm.) ; mijau 1. môme sens ; 2. « collection d'objets faite en cachette » 
(Ard. fr.) ; migot, mugot « magot, trésor caché » (rouchi, picard) ; etc. ( 3 ). 

f 1 ) Duvivier donne : « godiner, dodiner, dôrlotiner, fr. dodiner, dorloter ». J'ai 
entendu en liégeois : si godiner « se dorloter ». 

( 2 ) G., qui d'ailleurs ne soupçonne pas de parenté entre gô et gôti, compare sim- 
plement gô avec gômâ, lequel n'a certainement rien à faire ici. 

( 3 ) Voy. notamment de Montesson, Voc. du Haut-Maine : migeot, -er ; Goffart, 
Gloss. du Mouzonnais : mijau ; Baudon, Patois de Rethel : rnigeau ; Sigart : migot, 
-er ; Hécart : mugot, -er, -eu ; Corblet : mugoter ; Jouancoux, Delboulle : mugot ; etc. — 
En Wallonie, nigo (nam. : G., II 162 ; aussi à Charleroi) « amas caché de fruits, 
d'argent, etc. » s'est altéré de migo sous l'influence de nid. — Le fr. magot lui aussi 
est considéré comme une altération de mugot. 



— 113 — 

En français moderne, le Dict. gén. admet mugot « magot (d'argent) ». 
La forme la plus ancienne date du x e siècle : musgode, dans la Vie de 
St-Alexis, v. 254, où le sens est : « provision (de bouche), réserve 
(d'aliments) » ( 1 ). L'étymologie reste incertaine ( 2 ). Le dernier qui en 
parle, Meyer-Lùbke, n° 5776, pose comme étymon * musgauda 
(magasin, grenier, réserve), d'origine inconnue, probablement gau- 
loise ( 3 ). 

Notre étude contient, croyons-nous, des données inédites qui peu- 
vent servir à préciser la question. Il en ressort notamment que musgode 
est bien un mot composé, dont le second élément — le plus significatif — 
a paru suffisant au wallon et au gaumais. De plus, l'aire de gô, djô, 
oriente les recherches vers le domaine germanique. Le premier élément 
de musgode pourrait bien être le moyen h. ail. muos (cibus ; ail. mod. 
mus), comme le proposait Storm ( 4 ). Le second reste énigmatique. 
Sans avoir la prétention de le déchiffrer, je terminerai sur ces réflexions. 

Le groupe gô, gôti, djô, djivôti, postule un type * gautum, anté- 
rieur à * (mus)gauda. 

On admet gabata (écuelle), * gauta (joue) pour expliquer le fr. 
« jatte », « joue » (Meyer-Liibke. n° 3625). Notre *gautum y serait-il 
apparenté ? — J'attire plutôt l'attention sur ce fait que, à côté de gô, 
le dialecte de Faymonville ( 5 ) possède une forme cô. Peut-on en déduire 
que *gautum est altéré de *cautum ? 

Le latin cautum (lieu protégé, enclos ; de Cautus, cavere), qui a 
survécu dans le Sud ( 6 ), conviendrait assez pour le sens (endroit pré- 
servé : réserve) ; mais les conditions géographiques ne lui sont pas 
favorables : il faudrait qu'il eût passé sur le Rhin et fût, de là, revenu 
chez nous, ce qui est bien problématique. 

Dès lors, notre * cautum ne pourrait-il provenir de cavatum 
(endroit creusé : creux, cachette), accentué à la mode germanique sur 

(!) Voy. Godefroy : murjoe, murgoe, mujoe, etc., s. f., « amas, provision ; cellier 
où l'on conserve les pommes ». 

( 2 ) Voy. notamment Scheler, v° mugot ; Romania, n 85 ; G. Paris. Vie de Si-Alexis, 
p. 186 ; Z.f. rom. Phil., xxxn, 445 ; xxxiii, 433 ; Jouanconx, n 215. 

( 3 ) II cite le wallon mi go ; lisez : rouchi (Sigart), au lieu de : wallon. 

( 4 ) Romania, II 85. — Comp. le moy. h. ail. muoshûs, mnosteile. 

( 5 ) Ce dialecte, à l'extrême N.-E. du domaine roman (Malmedy), est remarquable 
par l'abondance de ses formes archaïques (voy. ci-après les articles péri, wahète, 
zvarbô). M. J. Bastin en a étudié le vocabulaire et la morphologie (BSW, t. 50 et 51). 

( 6 ) Fiioul, Espagne, Portugal ; voy. Meyer-Liibke, n° 1784 ; Kôrting, n° 2036 ; 
Diez, p. 442, et Du Cange. 

8. 



— 114 — 

l'antépénultième ? Ou, ce qui revient au même, de *cavitum (com- 
parez *cavitare «creuser»: Meyer-Lûbke, n° 1792) ? 

En dernière analyse, si la réponse à ces questions est négative, il ne 
nous restera qu'à supposer à tout ce groupe une origine celtique. 

w. gômâ , djômi , etc. 

I. Grandgagnage, I 237, 355, II xxvn, traite longuement de gômâ, 
qui signifie 1. écrouelles, tumeur ; 2. réserve, magot ; 3. jabot des 
oiseaux ; 4. grossesse ou, en général, mal, incommodité, à peu près 
comme le fr. paquet. Il propose diverses conjectures qui ne méritent 
pas discussion. Il a vu juste en un point, quand il soupçonne que -â 
est le suffixe augmentatif, fr. -ard. Reste à déterminer le radical. 

Le primitif survit dans le dialecte de Verviers ; gôme « glande, 
tumeur à la gorge » est attesté par Xhoffer (BD 1920, p. 49) et, avant 
lui, par Lobet, qui donne pêle-mêle à l'article gôme, p. 224, les signi- 
fications : « gomme (végétale)... glande enflée... gourme... émone- 
toire, etc. » ( 1 ). — D'autre part, un manuscrit du liégeois Duvivier 
porte goûme signifiant « gourme », et, d'après M. Henri Stas, on dit à 
Trembleur : i-a dès goûmes è hatrê « il a des. écrouelles dans le cou ». A 
Liège et à Huy, on emploie souvent dès gouni ' goumes, forme redoublée 
à la mode enfantine ( 2 ). A Sprimont, d'après M. Henri Simon, être 
gômé c'est avoir des gômeûres, écrouelles ( 3 ). Enfin, dans la région de 
Spa, gômer, v. intr., « se dit des brebis qui ont une sorte d'écrouelles, 
gonflement de la ganache ou mâchoire inférieure, ce qui est le signe 
certain de la cachexie chez les animaux » ( 4 ). 

Il importe de distinguer, au point de vue étymologique, 1. dèl gôme 
« de la gomme » et 2. des gaines « des écrouelles ». Le premier a formé 

(' ) Je tiens aussi de M. Eug. Boullienne, ancien instituteur à Charneux-lez-Herve, 
né en 1847 à Franco rchamps, cette phrase intéressante : il est tchèrdjî cf gômes, 
c'è-st-on gômâ il est chargé d'écrouelles, c'est un scrofuleux ». Il serait bon d'avoir 
d'autres témoignages de i"existenee d'un adjectif gômâ. En tout cas, bien que le 
suffixe soit !e même, il faut distinguer ce gômâ (= qui a des gômes ; comp. pansa, 
pansard ; djôbâ, *jambard, qui a de longues pattes) de notre gômâ, augmentatif de 
gôme (comp. fouwâ, hoc , etc. : voy. l'art, bègâ). Le premier pourrait aussi dériver 
du v. gômer dont il est question ci-après ; ce serait alors « celui qui gôme » (comp. 
brèyâ, braillard : tronty, trembleur ; rètchâ, cracheur, etc.). 

(-) De- même, pour désigner les écrouelles, on dit encore des zizi (Liège), des 
boboyes (Fosses-lez-Namur), des tchip-tehip (Dison), des mogolcs (Ath), des gogolcs 
(Ath, Viesville, Tournai) ; des guèwes ou le colié Sinl-Antotrinne (Huy). 

( 3 ) Le suffixe -ii'nr provient par analogie «lu syn. cosleûres « coutures, cicatrices- 
(d'écrouelles) . 

( 4 ) A. 13ody, Vocab. des Agric. ard. (15SW 20, p. 84). 



— 115 — 

en liégeois gômer, v. intr., émettre de la gomme, en parlant d'un arbre, 
surtout du cerisier : on cèlîhî qui gômêye (= qui jet dèl gôme) ; d'où, au 
figuré : èle gômêye co, en parlant d'une personne qui accumule ses 
rancunes ou préventions contre quelqu'un et qui, un beau jour, écla- 
tera en invectives ( 1 ). 

Comme on le voit par ce dernier exemple, il n'est pas toujours facile 
de faire la distinction, et l'on admettra même une sorte de croisement 
sémantique. Mais gômes (écrouelles), avec sa forme variée goûmes, 
reproduit visiblement Pane. fr. gorme, gourme ( 2 ), qui désigne la tumé- 
faction du ganglion sous-glossien, le goitre, ou encore les écrouelles, 
alors que le fr. moderne gourme ne désigne plus, au propre, que la 
phlegmasie de la muqueuse nasale chez les jeunes chevaux. Si, comme 
il est admis, ce mot se rattache au germ. worm « pus » ( 3 ), nous de- 
vrons voir dans le w. gôme (goûrne) un emprunt direct du fr. gorme 
{gourme) ; car, si le terme wallon venait immédiatement du germanique, 
il aurait conservé le zo initial. Quant aux dérivés, gômé reproduit l'anc. 
fr. gormé ( 4 ) et gômà serait l'équivalent de *gourmard ( 5 ). 

Il serait intéressant d'étudier les représentants de cette famille dans 
les patois de la France. Bornons-nous ici à quelques exemples. — En 
Saintonge, les goumons désignent les oreillons, ou simplement des 
œdèmes ou tumeurs molles. — Le Glossaire de V Anjou, par Verrier et 
Onillon, signale « goumons, oreillons ; goumouner, v. n., s'enfler, se 
gonfler ; goumer, v. n. et réfl., se renfler, se gonfler, devenir turgescent, 
en parlant d'une bouture qui va émettre des rejets ou des racines ». — 
Le Vocabulaire du dép. duDoubs, par Beauquier, donne : « gômer, v. n., 
tremper dans un liquide » (p. 157) ; « goumer, gommer, v. n., cuire à 
petit feu, ou tremper ; se dit, dans ce dernier sens, par ex., d'un mor- 
ceau de pain qui gomme dans l'eau ; fîg., goumer sign. couver sa colère, 

( x ) Inédit ; communication de M Ue A. Gobiet. Le sens figuré pourrait aussi, 
comme on le verra, se rattacher à l'autre gômer (dérivé de gômes écrouelles). 

( 2 ) Pour gourme : goûme, comp. le w. foâme = anc. fr. fourme (lat. forma), 
i toûne = fr. il tourne. 

( 8 ) Meyer-Liibke, n° 9570. Voyez dans Romania, xxxviii (1909), p. 584, 
l'article de M. Ant. Thomas sur l'anc. prov. vorm, où l'on corrige avec raison Gode- 
froy, qui traduit l'anc. fr. gourmons par « goitre » au lieu de « écrouelles ». 

( 4 ) God. donne à gormé le sens de « goitreux » ; c'est plus probablement « scro- 
fuleux », comme dit M. Ant. Thomas. 

( 5 ) Pour la chute de r, comp. le malin, môfier (mâchonner), qui équivaut à l'anc. 
fr. morfier (manger goulûment), rouchi mourfœyî (à Ellezelles ; m. s.) ; du germ. 
morf j an, moyen néerl. morfen ; cf. Meyer-Lûbke, n° 5682. — De même bâbeû = 
pic. barboir (masque) ; veâmaye = ivarmaye (*verminalia), etc. 



— 116 — 

se contenir à peine » (p. 159) ; « joume, s. f., la mousse d'un liquide ; 
jowmer, mousser, fig. écumer intérieurement de colère » (p. 182) ( 1 ). — 
Il y a là des indications précieuses pour l'explication du w. gômer, 
dont nous avons parlé plus haut, et du w. djômi que l'on verra ci-après. 
On peut conclure à l'existence d'un type *gourmer, au sens de « s'enfler, 
se gonfler ». 

II. Ce sens mène logiquement à celui de « jeter sa gourme, se vider, 
se purger de ses humeurs excrémentitielles » ; puis à celui de « vomir », 
sens que possède, par exemple, gormar en espagnol et en portugais. 
Ainsi s'expliquent le picard gomir « vomir », qu'on lit dans Corblet, 
et le namurois gômi ( 2 ) « vomir », que G., I 237, enregistre laconique- 
ment. 

III. Nous trouvons encore dans ce qui précède la clef d'un autre 
terme, djômi, dont G.. I 257, fait deux articles et qu'il laisse d'ailleurs 
sans explication satisfaisante. Voici ce passage, dont je rectifie seule- 
ment la graphie wallonne : 

1. djômi (germer) Rem 2 . — Forme de djèrmi ? Comparez le-suivant. 

2. djômi (couver, en parlant du feu) ; Namuroisj it. — Peut-être ïe même 
mot que le précédent : un feu qui couve est un" feu qui n'existe qu'en germe, qui 
ne fait encore que germer ; comp. l'exemple suivant donné par Zoude : li feû 
a djômi dî djoûs cTvins /' sômî cTvant qu'on )ièl vôye « le feu a germé dix jours 
dans la poutre avant qu'on ne le voie, avant de paraître au-dehors » ( 3 ). 

En réalité, djèrmi « germer » n'a que faire ici et les deux articles de 
G. doivent se fondre en un seul ; djômi est une simple variété de 
gômi ( 4 ) ; tous deux se ramènent à un type *gourmir, dont le sens 
propre serait « commencer à go(u)rmer (c.-à-d. à gonfler, enfler, devenir 
turgescent) ». L'examen de quelques exemples va le montrer avec 
précision. 

( J ) Beauquicr tire joume de l'ail, schâum « écume » (!) et ne songe pas à rappro- 
cher les trois articles que nous citons. 

( 2 ) N'est pas dans Pirsoul : G. écrit garni, mais il faut sans doute i bref ; comp. 
le pic. gomir et la note suivante. Le dictionnaire liégeois manuscrit de Rouveroy 
a un article : « gômi, voy. gôti », pour lequel je renvoie à mon article gô, ci-dessus. 

( 3 ) G. écrit les deux fois jômî avec i long ; Terreur est manifeste : ce verbe appar- 
tient à la conjugaison inchoative (djômih, etc.) ; Remacle écrit geômi, FoTÙjômi, etc. 

Altenburg, II. in. tire également geômi de germi, en supposant une forme inter- 
médiaire *joermi (!). 

( 4 ) Pour l'initiale, comp. notamment gairî : djairî ; agâ : èdjâhe (G., I 229, 249 ; 
II 324), et voy. ci-dessus les art. djèrson, djêve. — Ce qui prouverait, s'il en était 
besoin, l'identité «lu radical de djômi, gômi, gômer, c'est que « le feu couve » se dit 
en liégeois : lifeû djômih, et a Alle-sur-Semois : li Jeu groûme : or groûmer est visible- 
ment altéré de "gourmer. 



— 117 — 

En parlant de l'amour naissant qui tourmente son amie, une jeune 
fille dit, dans une pièce liégeoise de 1757 : i rC jât jamây... lèyî djômi 
on s' -jet mèhin. Bailleur ( l ) traduit en note : « il ne faut jamais laisser 
couver, germer, un pareil mal » ; il est, lui aussi, guidé par la ressem- 
blance extérieure de djômi et de « germer » qu'il souligne ; mais on doit 
comprendre : « (laisser) grandir insensiblement, se développer par une 
accumulation lente ». — De même lès plêves ont jet djômi lès xvassins 
(Rem. 2 ) « les pluies ont fait germer les seigles ». Ici, comme dans d'autres 
phrases analogues, djômi équivaut à djèrmi « germer », du moins pour 
le résultat. Ce fait, outre la ressemblance des formes, explique la 
confusion ordinaire entre les deux termes ; mais au fond, pour le radical 
et pour le sens exact, djômi se rattache à l'angevin goumer et au w. 
gômer de tantôt. — Forir ne donne que l'expression djômi so V cour 
« rester sur l'estomac, causer un embarras gastrique » ; et de fait on dit 
à Liège : Va-magnî m' djômih so li stoumac\ dj'a on djômihèdje so li 
stoumac\ ; mais, de plus, je tiens de vieux Liégeois les phrases sui- 
vantes : li colère 1% djômi héve è cour dispôy lontins, la colère s'accumulait 
depuis longtemps dans son cœur ; li jeu djômih, le feu couve ; et aussi» 
en parlant d'un rôti qui traîne sur le feu : li rosti a djômi so V jeu, i n'a 
pus ni gos' ni sawoura, il n'a plus ni goût ni saveur ( 2 ). — Dans son 
beau livre Li pan de bonDiu, p. 112, le liégeois Henri Simon nous fait 
voir que, sous la terre ensemencée, qui semble morte, on rèsse di vèye 
djômih, ine fzvèce catehêye oûveûre (un reste de vie couve, une force 
cachée travaille) : le second hémistiche commente à merveille le pre- 
mier. Ailleurs, p. 98, le poète montre un ruisselet qui djômihéve dans 
le ravin et que la pluie fait bondir hors de son lit ; la traduction « som- 
meillait » ne peindrait pas la lente accumulation des eaux ( 3 ). — Enfin, 
un auteur de Jodoigne (Brabant) écrit : le je djômicheûve djusqiïasteûre, 
la qiCc blake par bon, le feu couvait, voilà qu'il llambe tout de bon ( 4 ). 

IV. Il nous reste à parler de deux diminutifs de djômi. 

1. Type *gourminer. — Le verviétois Lobet ne connaît pas djômi ( s ); 
en revanche, il est le seul de nos lexicographes qui enregistre djômi lier 

( x ) Théâtre liégeois, éd. de 1854, p. 68. 

( 2 ) Le syn. gôti est plus usité dans ce dernier cas. Je rappelle que Rouveroy a un 
article : « garni, voy. gôti » et que nous avons traité de ce gôti à l'article gô. 

( 3 ) Diez, p. 601, fait état du berrichon eau gourmie « eau stagnante ». Est-ce bien 
le sens exact ? Ne serait-ce pas plutôt : « eau qui s'accumule lentement » ? 

{*) Edmond Etienne : BSW 85, p. 287, 

( 5 ) Il ne donne pas non plus djèrmi, mais bien djârmi germer », à côté de rfjârmon 
« germe », p. 210. 



— 118 — 

« agir lentement » (p. 654). Ce verbe est signalé à Huy dans cette note 
que je tiens de M. W. Gorrissen : « 1. couver, en parlant du feu : lé jeu 
pout co èsprinde, é djômine dêspôy on qivârt d'eâre; 2. faire un séjour trop 
prolongé, en parlant d'une chose soumise à une opération quelconque 
qui ne marche pas assez rapidement : lé tchâr djômine so V jeu ; lé 
s'mince djômine è tére déspôy trzoès samivinnes ». — Il paraît qu'à Liège 
(Cointe) djôminer existe aussi: lifeû(li tchâr, Il s' mince) djôminêye. 

2. Type *gourmiller. — On signale à Dinant djoûmyi, à Vonêche 
djômyi « couver » (en parlant du feu). — - De même, à Stave (prov. de 
Namur), d'après M. L. Loiseau, djômi (où -i est une réduction de -yi) 
signifie 1. couver, en parlant du feu ; 2. geindre, gémir [?] : gn-a s , vinte 
qui djômiye « il y a son ventre qui gémit ». Le second sens paraît bien 
improbable ; M. Loiseau se laisse sans doute influencer par la ressem- 
blance avec le fr. gémir. On comprendrait mieux : « il a le ventre gêné, 
distendu », état de malaise qui peut d'ailleurs s'accompagner de gar- 
gouillements. 

C'est encore un t}q>e en -Hier que nous trouvons dans le gaumais 
djômîr ' « couver » (une maladie, etc., toujours en mauvaise part), terme 
inédit que j'ai noté à Ste-Marie-sur-Semois et à St-Léger ( x ). — Il faut 
en rapprocher cet article du Vocabulaire gaumais des environs de 
Virton, manuscrit de 1850, par Cl. Maus : « chaume, couver sous la 
cendre, travail latent : les zimeur ly chaumain da el couer, la bile le 
travaillait d'une manière invisible ». On lira tchômer (dont l'initiale, si 
elle est bien sûre, est altérée de dj); lès-i meurs lî tchômint dd èl ctvœr se 
traduira littéralement : « les humeurs lui gourmaient dans le corps », 
c.-à-d. s'accumulaient sournoisement. Nous retrouvons ainsi, pour 
finir, le type gômer : gourmer, d'où nous sommes partis. 

liég. gorlète , golète 

D'après des Liégeois que j'ai interrogés, gorlète, s. f., signifie : 1. en 
t. de boucherie : cou (du bœuf) : on bokèt d? gorlète ; 2. fanon, peau qui 
pend sous la gorge d'un animal, surtout des bovidés ; 3. par compa- 
raison de dénigrement et toujours avec une épithète ou un complément 
déterminatif : cou débordant (d'une personne grasse), ou vaste gosier 
(d'un buveur) : i lî va cràn'mint bin, èle si r'fêt ''ne fameuse gorlète. 
Ni brê nin si le, ti fvas je 'ne gorlète di tore ; èle a 'ne grosse gorlète (un 
goître); c'è-st-ine jîre gorlète (un fier entonnoir, un grand buveur). 

G., I 238, dans un premier article gorlète, ne donne que le sens 2, 

") Sur le suffixe gaumais -h- (ïr. -Hier), voy. Feller, Soirs, p. -257. 



— 119 — 

avec cette explication : « Peut-être un diminutif de gorê (collier de 
cheval) ». Il fait, sans explication, un second article pour gorlète, 
« t. de min., manteau de cuir que les chargeurs mettent pour se pré- 
server de l'eau ». 

La conjecture de G. porte à faux. On ne peut admettre non plus sa 
division en deux articles. — En réalité, gorlète est mis pour *goVrète, 
diminutif de golé « collier », et répond littéralement au fr. « collerette ». 
Cela ressort du sens « ajustement de femme, gorgerette », que met en 
première ligne le Dict. malmêdien de Villers (1793). De plus, on relève 
dans les archives liégeoises du xvi e siècle : « une golerette de noir velu » 
à côté de : « une gorrelette de drap noir servant à une femme » ( 1 ). Dans 
ce sens, le liégeois moderne n'emploie que le doublet colèrète, colorète, 
qui est un emprunt récent du français ; mais la pièce de cuir qui couvre 
les épaules des chargeurs et qui s'attache au cou, a gardé le souvenir de 
l'ancienne gorlète, objet d'ajustement. Les autres sens s'expliquent 
d'eux-mêmes. Le fr. collier, t. de boucherie, désigne aussi la partie du 
bœuf ou du veau comprise entre les épaules et la tête. Quant au fanon, 
on y a vu une ressemblance avec la « collerette ». — Au point de vue 
phonétique, rien de plus fréquent que la métathèse réciproque dans les 
mots du type gorlète, où voisinent deux liquides intérieures : firlèsse 
(Choix, p. 114), pour jiVrèsse « fileuse » ; kirlêye (verv. : G., II 511), 
pour kiVrêye « cuillerée » ; ôrlîye (à Crupet), pour ôVrîye « huilerie » ; 
purlê (voy. cet art.), pour *piïrê « petit pilier » ; sarlète (et non sârlète : 
G., II 341), pour *saVrète « salière » ; tchârleûs, pour HchâVreûs « cha- 
leureux » ; trahèrlèye (Esneux), pour trahèV rèye « cohue » ; voy. aussi les 
articles djèrmale, hèrnale. 

On ne peut séparer gorlète du mot suivant, dont G., I 137, II xxvii, 
parle en ces termes : 

golète, fressure. — Paraît signifier proprement : cou, d'où l'expression rap- 
portée par Simonon : toi passe po /' golète. De là : collet (en t. de bouch.), bout- 
saigneux ; enfin, par extension : mou : poumon de certains animaux. Golète 
est donc probablement un diminutif du latin gula. 

La conjecture de G. ne ressort guère des significations qu'il détaille 
avec tant de soin. Nous voyons dans golète une forme féminine de 
« collet », qui se dit en français, comme terme de boucherie, au même 
sens que « collier » ci-dessus. D'après Semertier, Voc. de la boucherie 

P) Reg. aux arrêts, 1530-33. — Godefroy, t. ix, colerete, cite aussi corlerelte 
(à Spa, 1606). 



— 120 — 

(BSYV 33. p. 44), le liég. golé « collier » est synonyme de golète « fressure ». 
En certains endroits (Vottem-lez-Liège), golète remplace gorlète au 
sens de « double menton d'une personne grasse ». Enfin Duvivier 
donne la phrase : c'è-st-ine fameuse golète « un grand buveur ». Ces 
concordances prouvent que golète dérive du lat. collum au même 
titre que gorlète du lat. collare (collier). Au surplus, Godefroy a un 
exemple de l'anc. fr. collette, s. f., diminutif de cou. 

Il existe dans notre dialecte un autre golète, diminutif du lat. gui a, 
qui répond au fr. goulette (entrée en entonnoir) et qui se rencontre dans 
des noms de lieu (BSW 49, p. 247 ; 52, p. 216). Il peut être parfois 
difficile de distinguer entre les deux : un croisement de collum et de 
gui a est des plus naturels. 

[Mélanges Kwrth (1908), t. II, p. 320 ; art. remanié et développé]. 

liég. gossê 

J'ai entendu ce mot 1° à Ampsin et à Bergilers (Hesbaye liégeoise) : 
on gossê cV amène « un petit tas de fumier déposé sur le terrain à fumer » ; 
2° à Jupille et à Liège (Cointe) : on gossê cV joûre « une veillote, un tas 
de foin plus petit que la hougnète ». Le sens générique est donc «• petit 
tas arrondi ». A part Body. Voc. agr., qui atteste aussi le 1° en Hesbaye, 
et G., I 235, 354, qui attribue les deux sens au hesbignon gossia, 
gochâ [nam. -ya = liég. -ê : -ellum], nos lexicographes se taisent à ce 
sujet ( x ). 

Hubert, Duvivier et Forir donnent le terme suivant que, personnel- 
lement, je n'ai pas retrouvé : gossHê « chargé, bien rempli », syn. de 
hop'lé, hoz'lé. On aurait tort d'y voir l'altération de ce hoz'lé, hoss'lé, 
qui dérive de hozê « houseau » ( 2 ) ; gossHé provient de gossê, comme 
hop' lé de hopê. Le sens propre est : « tassé, bourré ». 

D'où vient gossê lui-même ? G. n'en dit mot. Body compare le hesb. 
gossê à Tard, cossèt « veillote », et cette indication se trouve être juste : 
il nous reste à le démontrer. 

Le liég. cossèt, nam. couchet (de même souche que le fr. coche, cochon), 
signifie proprement « petit porc » et, au figuré, dans certains villages 

(*) Forir a deux articles qui ne méritent aucune confiance : < gochâ veillote » et 
« goçal sorte de gerbe de blé ». L'un reproduit une erreur de G., I 235, que G. lui- 
même a corrigée p. 354 ; la définition de l'autre est suspecte et la forme goçal est 
sûrement une coquille pour goçai. — J'ai constaté gossia («le fumier) à Crehen 
(Hesbaye). 

( 2 ) L'anc. liég. gosseaux (G., II .">!i<)) est une mauvaise leçon pour hosseaux 
(voy.BSW .". p. 467). 



— 121 — 

ardennais (Vielsalm, Jalhay, Sprimont), « veillote », petit tas de foin 
qui ressemble au dos arrondi du cossèt ( 1 ). A Hervé également : mète 
lu foûre a cossèts, fé lès cossèts. Du même radical, à l'aide d'un suffixe 
équivalent, on a formé cosse, dont l'initiale s'est ensuite adoucie ( 2 ) : 
une charte liégeoise de 1396, relative aux habitants de Jupille, con- 
tient en effet cocheau, forme francisée qui atteste au xiv e siècle 
l'existence du type wallon cossê ( 3 ) ; une autre charte liégeoise de 
1403 porte la forme gocheau ( 4 ). 

lieu dit Grétry (à Bolland) 

On sait que la famille du célèbre compositeur liégeois a eu pour 
berceau le hameau de Grétry (commune de Bolland, au N. de Liège), 
d'où elle tire son nom ( 5 ). Les formes anciennes sont Grétry, Grettry, 
Gretterix ( 6 ). Nous y reconnaissons une de ces nombreuses désignations 
toponymiques composées de ri (ruisseau) et d'un premier élément 
représentant un nom d'homme : ainsi Gobrî (à Tilff-Beaufays : BSW 52, 
p. 206), anciennement Gobièri, signifie « le ruisseau de Gobert ». De 
même Gfétri, métathèse de *Gêrt-ri, c'est le ruisseau de Gehrt ou 
Geert, forme contractée du germ. Gerhard, nom d'homme. 

w. grimon (ard., brab.) 

G., II 530, signale sans explication Tard, grimon (sorte d'esprit mal- 
faisant), que Borgnet a noté à Muno, à l'extrême Sud de la province 



( x ) De même Pandain s'appelle cochon à Bosséval (Bruneau, Enquête. I 31). A 
Cornesse et à Surister, leû « loup » = petit tas de foin : fc des leûs, rilèver a leûs. A 
Vielsalm, d'après Body, poûtrin « poulain » = gros tas de blé. Meyer-Lûbke, n° 9406, 
admet que veillote dérive de vit u lus « veau (eomp. cependant Thomas, Mé- 
langes, p. 163). — On peut voir, dans Behrens, Beitrâge, pp. 190-192, une disser- 
tation sur les noms d'animaux pris métaphoriquement. 

( 2 ) Même variation de suffixe dans le verv. gossè <•■ aisselier, gousset (pièce de 
charpente) », que Lobet, p. 224, donne à côté de gossèt « gousset ». Pour le radical, 
ce gossê n'a évidemment rien à démêler avec le nôtre. 

( 3 ) « S'ilh advenoit que... demoraist sur les preis foure en cocheaus, par faute de 
cherons ou par plovaige, lydis sorseans... devront contrewardier leurs biestes qu'ilhs 
ne fâchent damaiges ;tsdis cocheaus de four » (Carlulaire de l'abbaye du Val-Benoit, 
p. 721, éd. J. Cuvelier). — Ce cocheau pourrait expliquer le fr. écocheler, t. d'agric, 
javeler, d'origine inconnue, d'après Littré et le Dict. général. 

( 4 ) « Pour le dit four aidier feneir et commourneir puis le mettre en grans go- 
eheauz ». Texte cité par L. Jeunehomme, Flémalle-Haute, p. 29. 

( 5 ) Wallonia (Liège), xn 29, xiv 132. 

( 6 ) En 1352 : Henry de Gretterix (Arch. du Ban de Hervé, 8, 205). 



122 

de Luxembourg ( l ). D'autre part, Edm. Etienne, de Jodoigne, dit dans 
une de ses comédies ( 2 ) : avoz jamê vèyeu mindji corne ce Flamand la ? 
èl a Grëmon è cwar ! (« il a Grimon dans le corps » = c'est un mangeur 
insatiable). — Les nasales an et on ayant une tendance à se confondre 
et à permuter, je vois dans notre mot une prononciation dialectale de 
*griman, forme altérée du fr. nécromant, négromant, de même que nécro- 
mancien devient groumancyin, grimàchin (Liège), grimancyin (Gem- 
bloux, Stave, Givet). Du sens de : « sorcier, magicien », le peuple passe 
aisément à celui de : « esprit malfaisant ». C'est ainsi que Simonon 
définit le liég. é grimancyin : « lutin, loup-garou » (G., 1 188), et que l'on 
dit à Jodoigne : cl est cotchèssi dèl gremancén « il est tenté du mauvais 
esprit ». 

malm. guduc 

Le Dictionnaire malmédien de Villers (1793) a un article : « guduck, 
adj., perdu, confisqué, tombé en commise », qui, dans les Extrait s 
publiés par G., est défiguré en giidiek ( 3 ). C'est le fr. caduc, avec le sens 
que lui donnent les jurisconsultes (bona caduca, quibus nemo succédât 
hères : DuCange, v° caducum; syn. « main morte >). Caduc s'est altéré 
en *gaduc (comme le malm. gabriyole « cabriole » : Villers) ou *guèduc 
(comme le malm. kènon « canon » : id.), puis en guduc ; comp. gumune 
(pour guimène), gurnî « grenier », hugunot « huguenot », harkuboûzer 
« arquebuser » et autres formes malmédiennes. Au reste, ce guduc est 
un terme archaïque de droit, tombé aujourd'hui en désuétude. 

w. guèdin 

On lit dans le BSW 53, p. 405 : « mète li guèdin (Seraing), c'est serrer 
le menton entre le pouce et l'index ; mais quel est le sens propre de 
guèdin ? On dit en Hesbaye mète lès guingons ». 

En Hesbaye même, j'ai noté à Bergilers mète lès guèdins, avec des 
détails circonstanciés qui éclairent l'expression : pour faire rire un 
enfant, on lui serre latéralement le menton entre le pouce et l'index, 

(*) Borpiict, Guide du voyageur ni Ardenne, I :343. 

( 2 ) Nos marians Cadie, se. xi. — Gremonest ici devenu nom propre. D'après M. 
Borlée, de Lathuy, on dit aussi : el a V gicmon è cwar. 

( 3 ) La copie de Villers dont ('.. s'est servi était pleine de fautes graves ; nous 
pouvons les corriger grâce a .M. Joseph Bastin, qui a fait une étude attentive du 
manuscrit original. 11 faut lire par exemple netkufurnet, ôrc, pèche, rcâvelèje, spièk, 
au lieu de netketfurnet, orée, pèchée, fcûvelMe, spiel, que portent les Extraits. De 
même dans (;., Il 311, supprimez l'art, rion ; Villers a écrit rgon et non ryon. 



— 123 — 

et on le lui secoue de haut en bas ( 1 ). Si le lecteur veut bien se reporter 
à l'article guingon, il n'aura pas de peine à reconnaître ici l'onomatopée 
guèdin- guèdin imitant le tintement d'une clochette ( 2 ). A Malmedy, 
d'après Scius, guèdin signifie « hochet, jouet d'entant », ce qui confirme 
notre interprétation. 

J'expliquerai de même cet article assez confus de Lobet : 

guèdin, moulin à café ; se dit aux femmes, faire tourner le moulin à café, 
par plaisanterie ; boire une tasse de café à l'insu de leur mari. 

Le guèdin que les femmes font tourner quand elles veulent godailler 
entre elles, rappelle à l'imagination ironique du peuple le hochet qui 
amuse les enfants ! 

liég. gueûte 

D'après G., II 530, ce terme de batellerie, qui signifie « bois servant 
à soutenir les écoutilles », est probablement le même mot que coyeûte, 
t. de houillerie, « sorte de pièce de bois » ( 3 ). Proposition malheureuse, 
que la phonétique écarte d'emblée. Le liég. gueûte n'est autre que le 
néerlandais dialectal geut, forme variée du néerl. goot « canal, conduit, 
gouttière ». La pièce de bois qu'il désigne est en effet creusée de façon 
à faire couler en dehors du bateau l'eau de pluie qui tombe sur les 
couvertures ou ruines ( 1 ). — Sur la Sambre, on dit gote (lès gotes dès 
couvertures). 

Le néerl. goot « canal » a passé de même dans le w. de Ste-Marie- 
Geest (lez-Jodoigne : Brabant), où j'ai entendu : Vêwe djoke èl gôte, 
l'eau est arrêtée dans le drain ( 5 ). 

liég. guingon 

G., I 248, 355, II xxvn, consacre à ce mot — qu'il laisse sans expli- 
cation — trois articles, dont voici le résumé : 

( x ) Cela s'appelle à Liège fé dès crosses di dbrêye « faire des croûtes de tarte » ; 
à Nivelles : fé 'ne crousse de grand-mère. 

( 2 ) Comp. dans Lobet : guèlin-guèlin « tintin, bruit d'une sonnette, d'un grelot », 
et le fr. drelin, dindin dans le Dicf. général. 

( 3 ) Sur coyeûte (lat. collecta), voy. BD 1914, p. 84. 

( 4 ) Voyez ci-après l'article skèrbalik. 

( 5 ) Il ne faut pas confondre ce mot avec le \v. gote (goutte) qui est bien connu en 
toponymie liégeoise et luxembourgeoise ; d'où le diminutif gotale « gouttelle ». 
Cf. BSW 53, p. 391. 



— 124 — 

guingons, plur. (menus joyaux à l'usage des femmes, tels que pendants 
(1 oreilles, etc.). — Ce mot signifie aussi : 1. (au sing.) la substance charnue qui 
pend au cou des dindons, et : 2. les glandes qui pendent également au cou des 
sangliers et de certaines espèces de porcs. — On dit à Verviers gléption ; en 
Condroz gliiigon. 

Le plus ancien exemple se lit dans une pasquille d'avant 1650, sur 
les jeunes filles coquettes (BSW 11, p. 245) : 

Si v'aront-èles dès fiers d'ardjint 
Et dès gtnngons qui vont si bin. 

Le mot présente des formes et des sens multiples. Duvivier écrit 
ghinngon « clinquant, joyau : mêlez tos vos ghinngons » (lisez guingon, 
avec w = ing allemand). — Forir a trois articles : gaingon « menus 
joyaux des femmes » ; gaingan « clinquant, petite lame d'or, d'argent 
ou de cuivre qu'on met dans les broderies ; falbalas, oripeaux » ; 
kinclan « clinquant ; voy. guing-gan ». Ce dernier faisant défaut, je 
suppose qu'il s'agit de gaingan, que Forir prononçait guingan et 
gui-ng'gan. — M. Lejeune, Vocab. du médecin f 1 ), donne le liégeois 
glin-glan « sécrétion solidifiée restant attachée à des poils, etc. (à cause 
de la forme en battant de cloche ?) ». — A Liège même, j'ai entendu 
gli-ng'glan « joyau » : èle riglatih corne ine catèdrâle, èle a mètou tos ses 
gli-ng glans. Un auteur de Seraing écrit dans ce sens : dès guign' gons 
(BSW 51, p. 68), et Willem, Dict. des rimes, a : guinglon « pendeloque ». 
On ne trouve rien là-dessus dans Cambresier, Remacle, Hubert. — 
Pour le malmédien, Villers donne : « glinglan, s. m., du clinquant ». 
En verviétois, Lobet note glëgon avec un sens nouveau : « scrofule », 
p. 222 ; glégon u 7 ' coq « barbe de coq », glégon rf' pourcê « excroissance 
charnue sous !<* cou du cochon », p. 655. — Enfin, pour achever la 
revue, signalons à Jupille : gléglons cV neûhl « chatons de noisetier » ; 
et en Hesbaye : 1. les gui-ng' gons oVon coq (Bergilers) « les caroncules 
d'un coq » ; 2. mite les guingons « serrer le menton entre le pouce et 
l'index » (BSW 53, p. 405). 

En résumé, on distingue dans cette variété de formes : 1° les suffixes 
diminutifs -on (voy. l'art, foûsson) ; -ion (fr. -illon ; seulement dans le 
verv. glêguion, cité par G.). e1 le suffixe -ant du participe, dans gumgant, 
gui-ng'gant, gli-ngglant ; — ■ 2° un radical gïing- (avec initiale adoucie 

Cl HSW ni. |i. :;.")!). La forme glinglans barbe de coq se lit aussi t. 49, p. 374. 



— 125 — 

pour *cling-), où nous reconnaissons l'ail, klingen « résonner » ( l ) ; 
gling- peut s'altérer en guing-. glingl-, guingl-, tandis que la voyelle 
peut avoir cinq états différents : lu, ign, in\ ê, é. 

Proprement, le glingon ou gli-ng'gant c'est le petit objet sonore qui 
pendille (clarine ou sonnaille au cou des vaches, pendeloque, joyau de 
femme) ; de là, par extension : caroncule de coq ( 2 ) ou de dindon ; 
glande de sanglier ou de porc ; scrofule ; sécrétion solidifiée ; chaton de 
noisetier ; enfin, pour faire rire un enfant, on lui met les guingons 
(Hesbaye), quand on fait le geste de sonner en lui serrant le menton 
entre le pouce et l'index (voyez p. 122 l'art, guèdin). 

Le sens primitif apparaît encore nettement dans les dérivés suivants : 

glingonètes, syn. hiyètes,a sonnettes », désigne, à Lorcé sur l'Amblève, 
les clochettes du fuchsia ; — ■ altéré en guinguignète (Vottem, lez-Liège) 
« petit objet que les enfants fabriquent à l'aide de l'infrutescence de la 
bourse-à-pasteur : ils obtiennent ainsi un hochet dont le cliquetis les 
amuse » (Bull, de Folkl, II 121). 

gligriter (Liège, Huy), v. intr., « sonner, cliqueter », se dit p. ex. d'un 
carreau qui casse, d'une fenêtre que le vent secoue ; — gl-k'ter (Ver- 
viers : Lob. ap. G., II 528) « copter, faire aller le battant d'une cloche 
d'un seul côté » ; — glingoter (Malmedy : Vill.) « sonner les cloches, 
brimbaler » ; d'où : du glingoter, dans cette jolie expression : lèyî 
d? glingoter lès clokes « attendre que les cloches aient fini de tinter » 
comp. l'ail, ausklingen ( 3 ). 

d(is)guingonè (Ciney), v. tr., « débourser », propr. « faire sonner son 
argent ». 

malm. guzouhe , galguzouhe 

Le Dict. malmédien de Villers (1793) donne l'expression aveûr al 
guzouhe « avoir à sa discrétion » ; de même Scius (1893), qui écrit aussi 
cuzouhe. A Faymonville, M. J. Bastin signale : aveûr al k&ssouhe 
« avoir à sa discrétion (p. ex. son patrimoine), gaspiller (qqch), tour- 

(*) Comp. le fr. clinquant, de Fane. fr. clinquer, néerl. klinken. Le kinclan de Forir 
est altéré de clincant, emprunté du français. — Le verbe glinguer existe à Clairvaux 
(Jura) avec le sens de « heurter des objets sonores, en tirer du bruit » ; voy. Behrens 
Beitrdge, p. 214. 

( 2 ) A Jodoigne, les caroncules du coq s'appellent décotes, dérivé de cleker (anc. fr. 
cliquer « faire du bruit »). Le liég. clicote a le sens général de : « lambeau (qui clique), 
chiffon ». 

( 3 ) De même, en meusien : glingoter (Varlet), glingloter (Labourasse), v. n., 
•> résonner, sonner, en parlant de vitres ». 



— 126 — 

menter (qqn) » ; mète al lâssouhe « détruire (p. ex. un habit) » ; djozver 
al kêssouhe, t. arch. du jeu de billes, « jouer à la poursuite avec de 
grosses billes » (BSW 50, p. 5T5). 

Grandgagnage, dans ses Extraits de Villers, se demande si le malm. 
guzouhe n'est pas l'ail, gesuch « demande, requête ». On pourrait en 
effet alléguer le moyen h. ail. gesuch « action de poursuivre (le gibier), 
droit de disposer (d'un pâturage) ». Cependant, il faut plutôt s'adresser 
au moyen h. ail. gezoc (subst. de geziehen), qui désigne notamment 
l'action de tirer à soi, d'enlever violemment, d'attaquer et de piller. 
On comparera souhe à Faymonville, où nous reconnaissons le moyen 
h. ail. zoc, sog (voy. ci-après l'art, sohe). Pour le changement de g 
initial en Je, comp. kiclïtône, kèstèl (à l'art, gistel). 

A guzouhe peut-on rattacher le malm. galguzouhe, que Villers définit : 
« baliverne, sornette, fleurette, fable » ? Il est fort tentant d'y voir le 
préfixe péjoratif gai-, cal-, et le même gezoc, qui, en moyen h. ail., 
signifie aussi : « action de tirer qqch en longueur, de perdre son temps ». 
Ce serait toute espèce de propos oiseux, de contes frivoles. On dit 
galguzoûde à Stavelot ; galguizoûde à Cherain, Liège, Verviers (aussi 
-oîite à Liège) ; galguèzoûde à Xeuvillers, Neufchâteau ; garguèzoûde 
à Namur (G., I 231). Nous trouvons même galguesouille à Mons en 1812 
(Delmotte). Cette dernière forme aurait subi l'influence de couille 
(Sigart : couie « mensonge ») ; les précédentes, celle du w. boude 
« bourde ». Quant à calkizûte (Glons-sur-Geer), la finale serait emprun- 
tée à clûte (néerl. kluit), dont on a parlé à l'article bougnèt. 

liég. hâbiêr, anc. liég. halbier 

Ce mot a des formes et des significations très diverses. Il se rencontre 
seulement dans la province de Liège (Hesbaye, Condroz, Verviers, 
Stavelot), dans la région de Malmedy, au N. de la province de Luxem- 
bourg (Vielsalm, Cherain) et jusqu'au centre de cette province (âbièr à 
Lavachcrie, Moircy-St-Hubert). L'aire d'emploi fait présumer une 
provenance germanique ; le traitement du h initial change cette pré- 
somption en certitude ( 1 ). 

Nous croyons que hâbièr équivaut à l'anc. fr. herberc (masc.) et qu'il 
dérive de l'anc. h. ail. heriberga (fém.), anc. nordique herbcrgi (neutre) ( 2 ). 

(!) En général, l'aspirée germanique disparaît dans la région de St-IIubcrt. 

( 2 ) Le sens propre <lr heriberga <si « campement militaire ». L'anc. fr. herberge 
en a tire les significations «le < campement, tente ; logement, habitation ; hôtellerie, 
auberge ». 



— 127 — 

Il serait donc le frère du fr. auberge, anciennement herberge, héberge. On 
peut dater sa naissance de la fin du xm e siècle, car c'est alors que se 
manifeste et se généralise la diphtongaison en iè de e entravé ( 1 ). 

Essayons de justifier cette proposition en passant en revue les formes 
et les sens du mot. 

I. — G., II 603, cite quatre formes anciennes qu'il a recueillies dans 
les chartes liégeoises : halbier (1440), qui rappelle l'anc. fr. helberc ; 
— habier, habiert (1568) ; — hawîer (1593). 

Parmi les formes modernes, on distingue deux groupes : 

a) celles de la région de Malmedy, qui sont trissyllabiques et qui 
représentent un stade plus ancien et mieux conservé : hâribiêr à Stein- 
bach-lez-Weismes, Robertville ; hâlibiêr à Thirimont-lez-Weismes - r 
hâdibiêr à Faymonville-Weismes ; Malmedy : Villers, Scius ; Spa : 
Body, Voc. agric. ( 2 ). — ■ La forme de Steinbach rappelle très nettement 
herberg : la chute de IV primitive a été empêchée par la voyelle i, qui 
s'intercale assez fréquemment, en malmédien, entre r et une consonne 
suivante ( 3 ). Dans les autres, le passage de r à l, puis à d, s'explique 
aisément ( 4 ). 

b) les formes dissyllabiques, dans les provinces de Liège et de Luxem. 
bourg : hâzvbiêr (Verviers : BSW 44, p. 421) ; hâbiêr (Liège, Verviers) ; 
hâbiêr (Condroz : G., I 356 ; Stavelot : BSW 44, p. 509) ; hâbiè (Hes- 
baye : G., I 260) ; âbièr (Lavacherie, Moircy-St-Hubert : centre du 
Luxembourg). — La forme verviétoise hâzvbiêr rappelle et explique 
l'anc. liég. hawier. Les autres se ramènent à hâribiêr avec chute de la 
protonique, phénomène fréquent qui réduit d'anciens trissyllabes en 
dissyllabes, surtout dans le liégeois ( 5 ). Elles se rapprochent du fr. 
auberge, emprunté, au xvi e siècle, du provençal aubergo, anciennement 
alberga. Au reste, si nous comparons serpillière : sâpîre et serpelette : 
sâp'lète, nous admettrons sans peine le passage de herberc à hâbiêr. 

(*) Wilmotte, Etudes de dialect. watt., dans Romam'a, xvn 557. — Dans l'ail, 
dia!. d'Eupen, le mot actuel est hàrrbereg (auberge), qui a passé en w. de Malmedy 
sous la forme hèrbêrich. 

( 2 ) G., I 357, note, d'après Simonon, un hâdibiè qui ne nous paraît pas liégeois et 
qui a probablement été recueilli en Ardenne. 

( 3 ) Comp., à Malmedy : kirimusse, kermesse ; assêriminter, assermenter ; sérimint 
serment, anc. fr. sairement. 

( 4 ) Comp. 1. angolâ, cèlihe, colidôr, molmve (angora, cerise, corridor, morue) ; — 
2. dacheron (Hécart), pour tâcheron, laiteron ; Diopôl pour Liopôl, Léopold. 

( 5 ) Comp. l'ail. Leberwurst : verv. Icv^go ; anc. w. cortisea : cofhê ; malm. mwar- 
gunê : liég. mwèKnê ; *tchafornê : tchafnê (1. d. de Jupille), sans compter les mots 
plus connus boVdjî, tchèpHî, voVtî, cofteû, cofcî, etc. 



— 128 — 

II. — Du sens propre de l'anc. haut ail. heriberga, « campement 
militaire », dérivent les significations que herberge a prises dans la 
suite en moyen haut ail. et en ancien français : 1. campement, tente 
(= installation qu'on établit à l'étape) ; 2. hôtellerie, auberge (= instal- 
lation qu'on trouve toute prête à l'étape) ; 3. logement, habitation 
(= installation en général). 

Or hâbiêr se présente chez nous avec le sens de « exploitation rurale, 
ferme (surtout considérable) ». 

On comprend facilement cette dérivation de sens si on se reporte au 
temps où le mot a dû passer de l'Est et du Nord dans nos dialectes.. 
Au moyen âge. la grande préoccupation des rouliers et des voyageurs 
était la herberge, le gîte pour la nuit. En pleine campagne, loin des 
villes, cette auberge devait pouvoir se suffire à elle-même, à la façon des 
villas gallo-romaines ou mérovingiennes. C'était, par l'aspect extérieur, 
un grand établissement rural, capable de loger nombre de personnes 
et de chevaux. C'est par V aspect extérieur, en laissant de côté la desti- 
nation de l'établissement, que hâbiêr en est venu à signifier une exploi- 
tation rurale. ■» 

Ce point de départ admis, abordons l'étude des significations assez 
éloignées que notre hâbiêr a prises au cours des temps. Pour cela, il 
convient de 'considérer à part les formes anciennes conservées dans les 
chartes liégeoises et les formes modernes ou orales. 

a) G., II G03, définit les premières : « droit que les officiers des métiers 
nouvellement élus payaient pour leur entrée » et il présume, — avec 
sagacité, selon nous, — que ce mot pourrait bien être connexe avec le 
hesbignon habiè. 

C'est en 1440, dans la Charte du métier des Febvres, que se trouve 
la première mention du halbier : 

Item avons ordonné... que queilconques serat eslen Officier de nostredit 
Mestier aile Sainct Jacques soient tenus de payer pour leur halbier, assavoir 
Gouverneurs et Jureis chascun d'eaulx deux griffons et ceux qui aroient les 
grosses Offices trois griffons, et avec ce voilons et nous plaist qu'il soit à celluy 
jour payeit et debourseit par nostredit Rentier aux frais dudit Mestier huit 
griffons et demy teils que dits sont pour iceulx avec les dits halijiers donneir 
et partir aux vinaves chascun à son marmontant pour les compagnons d'iceulx 
aller bcire ensemble à leurs bons plaisirs sens fraude (!). 

Ces largesses avaient lieu aussi dans les autres corps de métier. En 
L581, la charte «Us Chandelons fixe la somme que les officiers « seront 

(') Recueil des Chartes et Privilèges des bons ituiicrs de la Cité de Liège, I 37. 



— 129 — 

tenus, incontinent l'élection faite, payer pour leur habier, en profit 
dudit Métier ». Et elle ajoute : 

Lesquels dits habier s des dits Officiers, soy deveront partir et divider aux 
vieux Officiers et Compagnons dudit Métier, ayant été présents à laditte élec- 
tion, à faire selon le nombre et quantité d'ieeux : entendu toutefois que les 
Officiers devront avoir double droits, ne fuisse que à ce jour ledit Métier 
tenisse table à disner, lors deveront lesdits habiers être tournez en diminu- 
tion des dépens qui soy feront. 

Et le cas advenant qu'il soit ou fuisse connus avoir par tels dits Officiers 
payé pour obtenir desdits Officiers plus avant que lesdits habiers, iceux tom- 
beront à J'amende, etc. ( 1 ). 

De même, en 1598, la Charte du métier des Charliers stipule ce qui # 
suit : 

Et comme d'anchienneté sont été usez à l'élection des gros offices payer 
quelque habiert lequel se despendoit inutilement aux tavernes et autre 
parte, pour pourvoir à tel abus, est ordonné que doresnavant tels habiers 
soy payeront sur notre Chambre et seront convertis en meubles et autre chose, 
à la plus grande utilité et profit du dit bon Mestier ( 2 ). 

Le fond de ces textes est assez clair. Mais que signifie proprement le 
mot halbier ? Et comment rattacher la définition de Grandgagnage à 
celle du wallon moderne ? 

Le dernier texte cité nous paraît donner une indication précieuse à 
cet égard. Nous y voyons que ces gratifications ne doivent plus se 
dépenser à la taverne, mais qu'elles doivent servir à l'achat (Vobjets 
utiles au Métier. Or, à nos yeux, on ne faisait là que revenir à l'usage 
primitif. 

En effet, le halbier du Métier, c'était premièrement l'avoir de la 
corporation, immeubles et matériel. Cela admis, il est naturel de sup- 
poser que le nouvel élu devait payer une certaine somme pour augmenter 
cet avoir : toutes proportions gardées, c'était à peu près comme si. de 
nos jours, un nouveau député versait de l'argent à la caisse de son parti. 

H Ibid., II 303. 

(-) Ibid., p. 85. art. 41. — Il est question des « hawiers » en 1593, dans un texte 
qui ne nous apprend rien d'intéressant (ibid., p. 145, art. 5 de la Charte du métier 
des Houilleurs). On lit enfin en 1632 : « seront tenus de payer par leur habier... » 
{ibid., II, 92, Charte du métier des Corbesiers). — Cf. S. Bormans, Le bon métier 
des Tanneurs, p. 91 (BSW 5, 215) : c'est, croyons-nous, le seid historien liégeois qui 
ait souligné celte particularité curieuse. Gobert, Rues de Liège, III, 560, ne fait que 
résumer le<- données de Bormans. Poncelet n'en dit mot dans ses Bons métiers de la 
Cité de Liège. 

9 



— 130 — 

L'expression « payer pour le (son) halbier » s'abrégea en « payer le 
(son) halbier » et l'on put dire même « payer quelque habier ». Dans 
cette formule courante, qui sonnait comme « payer la (sa) bienvenue », 
le sens premier du mot s'obscurcit, d'autant plus que, par la suite, le 
Métier étant sans doute assez prospère, cette somme fut détournée de 
sa destination primitive et dépensée en réjouissances publiques. 

Bien que notre démonstration ne repose guère que sur une série de 
conjectures, nous croyons pouvoir affirmer l'identité de l'ancien w. 
halbier et du w. moderne hâbiêr et, à la définition de Grandgagnage, 
nous substituerons la suivante : « somme que les officiers d'un Métier 
nouvellement élus payaient pour le halbier du Métier, c'est-à-dire 
pour l'exploitation en commun, pour la corporation et son matériel » (*). 

b) 1. Hâbiêr a pris tout d'abord chez nous le sens général de « établis- 
sement, installation, exploitation, comprenant tout l'attirail et le per- 
sonnel nécessaires ». Dans ce sens, notre mot est surtout employé à la 
campagne, précédé de l'adjectif grand. C'est à l'expression on grand 
hâbiêr que s'appliquent la définition de Body, Voc. des agric. : « grand 
attirail de labour, mobilier de ferme, exploitation rurale^ qui compte 
beaucoup de bétail et de serviteurs » ( 2 ), et — pour la ville — celle de 
Forir : « grande boutique, commerce étendu ». Exemples : ine cime 
wice qiëi-a -on grand hâbiè (Ilesbaye) ou hâbiêr (Condroz, d'après G., 
I 260, 356). Gn-a on fîr liâbiêr è tisse cinse la (Forir, v° hâbiair). Dfinme 
mis d'esse maîsse d'ine pîtite botique qui de d'pinde d'on grand hâbiêr 
(ibid.). 

Un exemple curieux nous est fourni par le poète verviétois Martin 
Lejeune, qui parle, dans une de ses satires, dès hêyîmes (haines) et des 
colères qiCon-z-a mûzé duvins Vhâwbiêr (BSW 44, 421). L'auteur entend 
par là l'usine, la fabrique. On ne peut cependant traduire aussi simple- 
ment, car la nuance de dénigrement, que ce vieux mot revêt ici, est trop 
prononcée ; c'est à peu près comme si on disait : « dans le bazar » ou 
« dans la baraque ». 

( x ) Notons aussi que l'ail, herberge peut signifier : lieu de réunion des gens de 
métier, maison de la corporation ; le herbergsvater, c'est le père des compagnons, 
l'aubergiste d'un corps de métier. — Comme il est possible que hâbiêr ait, dans les 
premiers temps, conservé le sens originel de auberge, nous pourrions expliquer plus 
simplement l'expression « payer le halbier » pt»r « payer l'auberge, c.-à-d. le régal à 
l'auberge ». 

( l ) Aujourd'hui ce sens tend à disparaître dans les Ardennes : on dit à Stavelot 
hasszvè, à Burnenville-lez-Malmedy hatchwè, à Faymonville-Weismes rahoûr, en 
pays gaumais hasswa, etc. 






—^131 — 

Au sens général de « exploitation (surtout rurale) » se rattachent 
étroitement les emplois que G., I 260, donne en premier lieu pour 
hâbiè en Hesbaye : « 1. district que, d'après convention, chaque berger 
se réserve exclusivement sur le territoire d'une commune ; 2. aler à 
hâbiè : aller travailler dans les champs ». Cette dernière expression 
concorde avec le renseignement que nous trouvons dans le Dictionnaire 
manuscrit de Bailleux : « hâbiè (Hesbaye), hâbièr (Beaufays), dépen- 
dances d'une ferme, culture ». Même sens à Polleur. — Quant à Lobet, 
qui définit haubiair : « appendice d'une ferme, d'une maison, ce qui y 
tient, ce qu'on y a ajouté », il nous paraît avoir confondu « appendice » 
avec « dépendance » ( 1 ). 

2. Ailleurs la signification s'est restreinte de plus en plus ; le mot a 
désigné telle ou telle partie spéciale de l'exploitation, a) A Jalhay, à 
Ster-Francorchamps, à Esneux, hâbièr est synonyme de atèlêye et ne se 
dit que du bétail de la ferme : On mâva hâbièr = dès bièsses qui n' sont 
ni bêles ni crasses. Po 'ne pitite cinse, il ont on bê habiêr = bêcôp d' bisteû, 
one bêle atèlêye. — b) A Vielsalm, tôt V hâbièr d'ine cinse, c'est tôt V meûbe, 
tout le mobilier de la ferme. 

3. Enfin, à mesure que les conditions économiques se transformaient, 
ce mot — rappelant un état de choses ancien, une forme désuète d'ex- 
ploitation, un ensemble d'instruments dont on avait perdu l'utilisation, 
qui étaient devenus encombrants et que l'on mettait au rancart — 
a pris tout naturellement un sens dépréciatif, qui est le plus générale- 
ment répandu aujourd'hui dans nos campagnes. 

a) Précédé ordinairement de l'adjectif vî (vieil), il signifie : « vieillerie 
encombrante et de nulle valeur ». Sens relevé à Cherain, Bodeux, 
Chevron, Villettes-Bra, Stavelot, Scry-Abée, etc. Exemples : / n'ont 
qu' tos vis hâbièrs (Cherain). Nos nos-avans fait qwites du tos ces vis 
hâbièrs (Stavelot). Tôt coula, ç' n'est qu' dès hâbièrs ; ci manèdje la n'est 
qu'on hâbièr (Nessonvaux). On vî âbièr di batimint ou one vîye mâjon 
(Lavacherie). Vî hâdibièr ! (Body, Voc. des poissardes), t. d'insulte 
adressé à une vieille femme. Comp. hadibiez dans G., I 261. 

b) Procédé ordinairement de l'adjectif grand, il signifie : « objet d'une 
grandeur démesurée et encombrante » : hâribiêr (Steinbach-lez- 
Weismes, Robert\ille), « quelque chose de grand, de désordonné, de 
disproportionné, qui n'a ni cou ni tièsse : que grand hâribiêr ! dit-on 

(*) Ce mot était sans doute inconnu à Verviers ; Remacle ne le signale pas, non 
plus du reste que les liégeois Cambresier et Hubert. Toutefois ces trois auteurs sont 
précisément si incomplets que l'argument a silentio n'a pas ici grande portée. 



— 132 — 

d'un bâtiment de forme et de proportions extraordinaires » (*) ; grand 
hâdibiêr ! (Faymonville), grand escogriffe ! Grand hàbiêr qui v's-èstez ! 
(Trooz). Çu tcltjau la n'est qu'on grand âbiêr (Moircy-St-Hubert). 
Que grand habit V d'armé avez-ve situ atchHer la ? (Nandrin). 

c) A Malmedy hâdibiêr (Vill.), à Vielsalm et à Stavelot hâbièr (BSW44, 
509) désignent « un engin, une machine quelconque », avec un sens 
dénigrant qui apparaît dans les exemples suivants : Qu'est-ce po on 
hâdibiêr ? (Body, Voc. des agric). I-gn-a todi on hâbièr ou faute ol vôye 
(Stavelot). Confia, hèrna, hâbièr et vahulemint, onk vât Vaute (ibid.) 
[Résumé et remaniement? partiel de BD 1907, p. 06-77.] 

liég. hadrê, hat' ou hâte 

Lobet signale le verviétois hadrai « baille, baquet fait de la moitié 
d'un tonneau scié en deux ». c.-à-d. ce que le wallon appelle ordinaire- 
ment on côpé (un coupé). Body, Voc. des tonneliers, définit le même mot 
par : « moitié d'un tonneau ; tinette de brasseur » (le second sens est 
aussi liégeois, au dire de G., II 344). Villers donne le malmédien hadrê 
r/' boûre « assiettée ou pelote de beurre » ( 2 ) ; de même Body, Voc. des 
agric. ard. Enfin, d'après M. J. Bastin, on dit hèdrik Steinbach-Weismes, 
hudrê à Faymonville-lez-Malmedy. — On a voulu voir dans ce mot la 
même racine que le moyen haut ail. hader « zerrisznes Zeugstuck » ; 
mais au liég. hadrê répond le nain, seadria (G., II 344) et, dès lors, 
l'initiale postule un se étymologique. Ce seadria — souvent altéré en 
scadia — se rencontre dans les provinces de Namur et de Brabant, où 
il signifie : « euvelle de brasseur (nain.), petite cuvelle peu profonde 
dans laquelle on lave le beurre (Chastre-Villeroux, Thorembais- 
St-Trond, Stave, Meux, Ben- Alun, Namur), sébile (G., II 344), bol ou 
sébile pour donner du grain aux poules (Meeffe), soucoupe (Moniale) ». 
Au Sud, M. Ch. Bruneau a relevé scadre, seadria, scadia, scardia 
« baquet à, lessive » ( 3 ). — Enfin, une enquête faite en septembre 1922 
à Roy (au sud de Marehe-en-Famenne) m'a révélé une forme inédite 

(') Comparez hangar qui se dit à Mons, par mépris, d'un meuble embarrassant 
par sa grandeur (Delmotte) ; abitake, s. m., « habitacle », qui signifie habitation en 
désordre (Tournai, Belœil) et vieux meuble, disloqué et eneombrant (Renaix) ; 
voy. ci-dessus l'article tnn'bô. 

( 2 ) Entendez par là : « motte, quantité de beurre qu'on a lavée dans un hadrê ». 
Ce sens résulte de ce (pie nous disons plus bas du nain, seadria. .J'ai entendu à 15en- 
Ahin : on nul' li houyot <r boûre divins li seadria H on /' brôychye <ivt>i< les mains po 
fé sorti /' boûri (petit-lait). 

( :i ) Bruneau, Elude phonél. des patois d'Ardenne, p. 358 ; Etiquete, I, 71. 



— 133 — 

chadrê, avec cette acception unique, également inédite : on chadrê 
c'è-st-one têre qu'est chate « une terre peu profonde », ce qui en fait 
le synonyme de hadrène dont nous parlerons à l'article suivant. 

G., II 344, a raison de rattacher hadrê (nam. scadria) à hat' (nam. sca) ; 
mais il ne parvient pas à dégager convenablement l'origine de ce 
groupe. 

Il faut, selou moi, s'adresser au germ. scheiden (got. skaidan) « séparer, 
diviser ». Weigand a les articles suivants : 1° gescheit (geschaide en 1494) 
« mesure pour les matières sèches, un huitième du setier (= 2 litres) », 
qui vient du moyen h. ail. gescheide, n., « limite », anc. h. ail. geskeite, 
n., « division, ligne ou point de séparation », anc. h. ail. gascait, gisceid, 
sceit, m., «division, séparation, section» ; - - 2° halbscheid, f., «la 
moitié, ce qui est partagé en deux », bas rhénan halffscheit (xiv e s.). 
anc. h. ail. halpgisceid. 

A mes yeux, haV représente l'anc. h. ail. sceit ( x ) et le dérivé hadrê. 
— qui répond pour le sens à halbscheid — représente un type * skaid- 
aricium, dont la finale a subi l'influence des diminutifs en -ellum ( 2 ). 
Le hadrê ou scadria a dû désigner primitivement une petite mesure, 
puis il a pris le sens général de : « récipient peu profond servant à 
divers usages ». D'où, par métaphore, à Roy le sens de chadrê « terre 
peu profonde, mauvais terrain de culture ». 

Quant à hatf ou hâte, conformément à l'origine indiquée, ce serait 
proprement un substantif signifiant « ligne de démarcation, limite ». 
Ainsi s'explique l'expression adverbiale a hâte (Malmedy-Stavelot), 
a date (Robert ville, Faymonville ; fi = hy, x), a chate (Houffalize) : 
1. « jusqu'à (la) limite (extrême), tout juste » ; 2. « trop juste, avec 
parcimonie, à peine ». Exemples : mu veston è-st-a hâte grand assez 
(Stavelot) ; i-a dol sutofe a hâte yo je one taye (Malmedy) ; n'avons avou 
jet a hâte devant V sole moussant (Gueuzaine-lez-Malmédy). A remarquer 
pèzer al hâte (Huy) « peser trop juste », dji so-st-al hâte (ibid.) « je suis 
à court d'argent », où haie est considéré comme un substantif féminin. 
Une autre forme intéressante existe à Awenne : ni mètez nin Vassiète à 
Vascate (« trop au bord »). èle touni'rè. Nous y verrons une expression 
primitive a-scate (« à [la] limite »), traitée ensuite comme un substantif, 
et nous écrirons a V a-scate. 

(!) Pour le traitement phonétique, comparez le moyen néerl. geit qui a donné 
le w. gâte (chèvre), diminutif gartou (chevrette). — On ne peut objecter le w. liég. 
hèle, nam. chète, skète (écharde), qui dérive de l'anc. h. ail. scît, m. h. a. schîl (écharde ; 
ail. mod. Scheit). 

( 2 ) Voy. Feller, Notes, pp. 179, 201 ; et, ci-après, à l'Appendice. 



— 134 — 

Dans la région liégeoise, au lieu de a hâte on emploie adverbialement 
hâte seul : i peûze hâte (ou tro hâte, ou si haie), ci martchand la ! i côpe- 
reût s' deût ! C'est haie pèzé « c'est pesé trop juste ». 

De là, hâte, chate ( x ) est devenu adjectif au sens général de « stricte- 
ment mesuré » : 1° peu ample, en parlant d'un vêtement : in-abit 
qu'est tro hâte (Liège) ; — 2° peu épais, mince, en parlant d'une tranche 
de pain : côpez-V tote hâte (G., II xxx) ; d'une terre légère, pierreuse : 
ine hâte têre (Esneux), on chate tèrain (Houffalize) ; fig. clji so haf et tène 
(Glons) « je n'ai plus le sou » ; — 3° peu profond, en parlant de l'eau : 
lès-êives sont chates, lé pts' est chate (Pellaines : Hesb.) ; de chaussures : 
dès chates sabots (Pellaines), sabots de femmes ; dès hâtes soles (liég.), 
souliers Molière, opposés à dès hôtes bofkènes ; d'un récipient à bords 
peu élevés : haie assiète (Huy), chate assiète (Awenne), on hâte pot 
(Glons), haie hanse, haie banstê, manne ou panier peu profonds, d'où 
le substantif on haie (Stoumont), un petit panier servant à la cueillette 
des fraises, des myrtilles, etc. 

Dérivés : hafmint (Liège, Chapon-Seraing), strictement, trop juste ; 
ahati (Stavelot), a/lati (Vielsalm), rendre trop mince ou trop court, 
rogner ; cf. BD 1913, p. 81. , 

liég. ard. hadrène 

G., I 261, a ces deux articles : 

1. hadrène (« haut-fond, endroit d'une rivière où il y a peu d'eau ; se dit 
surtout des endroits où les rochers, etc., sont presque à nu ») Remacle, 2 e éd. 

2. hadrène (partie pourrie, endommagée, dans un toit de chaume) Simonon. 

Plus loin, p. 357, il rejette la graphie hadrène et réunit les deux 
mots sous un même chef, avec cette glose : 

hadrène. Le sens radical du mot est : endroit où le fond se montre à décou- 
vert ; de là : 1. terrain dépourvu de terre végétale et où le roc se montre à la 
surface, et ensuite les deux acceptions que nous avons réparties sous les deux 
articles 1. hadrène et 2. hadrène, qui doivent par conséquent n'en former qu'un. 
J'ajoute que 2. hadrène aurait dû être défini : partie d'un toit dénudée de 
chaume. 

Enfin, II 344, il range hâderène 1 et 2 parmi les dérivés du liég. haf, 
nam. sca « trop plat, mince, étriqué », à côté du liég. hadrê, nam. 

i 1 ) La forme nam. sca, fém. scale, paraît avoir disparu. Elle n'est signalée que 
pair F. Delfosse (Dict. nain, ms., 1850), en parlant d'un habit étriqué ; et par G., 
II 344, en parlant d'une assiette plate. — Le gaumais chate (BSW 49, p. 149) est 
peu usité et provient sans doute de l'ardennais. Le gaumais hâte (BSW 41, II, 1G9) 
est suspect. 



— 135 — 

scadria et, pour tout éclaircissement, il compare le rouchi scater 
« écraser ». 

Cela est sujet à caution, tant pour la graphie que pour l'étymologie. 

L'a bref de hadrène « haut-fond, gué, banc de sable ou de roche dans 
un fleuve ou une rivière » est certifié par Remacle, Lobet, Forir, ainsi 
que par des bateliers et des pêcheurs liégeois. C'est bien le même mot 
que Fard, hadrène « terrain pierreux, dépourvu de terre végétale, où le 
roc est presque à nu », que donne Body, Voc. agr., et que nous avons 
relevé à Erezée et à Villers-Ste-Gertrude : on 'nnè veut bin po tchèrwer 
lès hadrènes ! « on en voit bien pour labourer les champs pierreux » ( 1 ). — 
Or Du Cange signale hardiu(e)a, latinisation de l'anc. fr. hardine 
« gravier », dans des chartes picardes de 1197, 1255, 1348 (voy. aussi 
Godefroy). Ce hardine, s. f., — d'où le w. hadrène par métathèse ( 2 ) — 
reproduit manifestement l'anc. h. ail. hartîn (*hardîn), s. f., « sol pier- 
reux », dérivé de l'anc. h. ail. hart, hard, s. m., « sol de sable ferme » ( 3 ). 
Bien que chadrê à Roy (p. 133), soit synonyme de hadrène, on ne peut 
voir dans ce dernier un dérivé de haV , puisqu'il n'existe pas de suf- 
fixe -erène. 

Reste hadrène « avarie dans un toit de chaume », signalé par Simonon, 
Body, Voc. des couvreurs (BSW 11, p. 158) et Forir. Ce terme nous est 
inconnu et il n'y a guère de chance qu'on le retrouve en vie : les toits 
de chaume disparaissent des villages les plus reculés, entraînant avec 
eux, malheureusement, les bons vieux mots du terroir. Je tiens la 
graphie -â- pour suspecte ( 4 ). Il faut écrire hadrène et y reconnaître une 
acception spéciale du précédent : sur les toits de chaume, les parties 
dénudées, suivant la remarque de G., rappellent le terrain pierreux, 
dépourvu de terre végétale. 

(*) Dans le Condroz (à Sarte-à-Ben, ouest de Huy), j'ai entendu récemment 
hadrile (altéré de -ine), même signification. 

( 2 ) Comp. liég. tàdrou «tardif», pour *tàrdou ; chaudrè (Awenne) : liég. hàrder 
« ébrécher » ; ard. (chèdron : liég. tchèrdon « chardon » ; tchèdré (Hervé) : liég. 
tchèrdin « chardonneret ». 

( 3 ) A. Carnoy (Mélanges Ch. Moeller, pp. 308-17 ; Louvain, 1914) explique par 
le suffixe germ. -îna un grand nombre de noms de lieux en -ine, entre autres des 
noms désignant des terres arides et sèches : Wattinne, Custinne, Dorinne, Landenne, 
etc. ; voy. aussi Roland, Top. nom., pp. 519 et suiv. — Notre hadrène a sa place 
marquée dans cette famille : il serait surprenant qu'il n'eût rien donné en toponymie. 

( 4 ) Cette graphie pourrait très bien n'avoir pour elle que le témoignage de Simo- 
non, copié par Body et Forir. Au surplus, la prononciation â, â, fût-elle même réelle, 
on l'expliquerait comme celle du liég. mâgriyète, pâvion, cràmignon (voy. p. 56), 

où â remplace un a bref primitif. 



— 136 — 

w. hahîre, gaum. a-hachière. hach'rôle, etc. 

I. Le Bulletin du Bict. wallon (1910, p. 20 ; 1911. p. 78) a signalé, au 
Sud de la province de Luxembourg, ahackière « estropié, perclus, 
caduc », qui se dit surtout d'un boiteux, d'une personne qui marche 
avec des béquilles ou en traînant la jambe ( l ). — Il faut écrire a- hachière : 
locution composée de la prép. a (fr. en, lat. in) et du subst. hachière, 
anc. fr. haschiere (de l'anc. haut ail. harmskara, peine, angoisse, 
tourment). Comparez le w. è-mar 'mince « en marrimence », d'où : 
« embarrassé, en suspens ». — L'anc. lr. haschiere ne s'emploie au Sud 
que dans cette expression ; mais nous le retrouvons au Nord sous les 
formes bien wallonnes hahîre (Erezée), hachîre (Cherain, Lutrebois), 
avec le sens de : « indisposition, légère maladie (épidémiques) » : 
c'è-st-one h. qui court : i court one h. avâ V viyèdje. A Rachamps-Bourcy 
et à Mont-lc-Ban, on prononce hatchîre, sous l'influence de hatchî 
« tirer, traîner ». 

II. Le même Bulletin (1910, p. 19) enregistre : « acheraule (Virton : 
Cl. Maus), hatcîi 'raule (Rossignol), 1. difficile à manier ; 2. qui se remue 
difficilement ». — La forme hatch'rôle est, en effet, signalée à Rossignol 
et à Chiny ; mais on y reconnaîtra la même altération que dans hatchîre 
ci-dessus. La forme pure est hach'rôle, que j'ai entendue fréquemment 
dans mes enquêtes en pays gaumais ( 2 ) et qui se rattache d'elle-même 
au subst. hachière. Cette épithète s'applique 1° à un objet encombrant, 
gênant [in grS lupin (vase) qu'est hach'rôle], ou difficile à manier [in 
howè (hoyau) qu'est — ] ; 2° à une personne qui se remue malaisément, 
par suite du grand âge, d'un mal ou d'une infirmité quelconque, ou par 
gaucherie naturelle. [ca — qu'il est ! i n' sét boudji : comme il est engourdi! 
il ne sait bouger ; il èsl co mou — , dit-on d'un enfant qui marche encore 
avec peine] ; en ce sens, hach'rôle est à peu près synonyme de a-hachière : 
le premier s'emploie de préférence pour marquer une gêne momentanée 
résultant d'un accident peu grave, ou bien une maladresse due au 
tempérament de l'individu ; l'autre se dit d'une affliction physique plus 
grave et permanente. 

Le suffixe latin -abilem, fr. -able. donne en gaumais -Ole, qui 

(*) On prononce ahachiere en ehestrolais (Neufchâteau : Dasnoy, 15 ; Thibessart) 
et en gaumais (Etalle, Ste-Marie-sur-Semois, Tintigny, Jamoigne, Marbehan, 
Chiny) ; -ire (St-Léger) ; ard. achîre (Offagne, Herbeumont, Ucimont), contracté de 
a(h)achîre. 

(*) Marbehan, Buzenol, Stc-Maric-sm-Semois, Virton, lluette, Musson, Mussy- 
la- Ville, St-Léger, etc. 



— 137 — 

s'ajoute à des thèmes verbaux ( x ) et aussi à des thèmes nominaux ( 2 ). 
Il exprime proprement une possibilité active ou passive ; de là, il peut 
marquer simplement la qualité et devenir synonyme du suff. -eus : 
c'est ainsi que le gaum. amityôle, anviyôle (envieux), frâyôle (coûteux), 
santivôU (bon pour la santé), répond au w. amityeûs, anviyeûs, frèyeûs, 
santiveûs. Il n'est donc pas étonnant que hachière ait produit un adj. 
hacWrôle, signifiant : 1. (objet) qui cause de la gêne ; 2. (personne) qui 
éprouve de la gène. Le pendant, formé avec le suffixe parallèle -osum, 
nous est fourni par le meusien hachureux « malingre, qui croît difficile- 
ment, en parlant d'un enfant » ( 3 ). — En chestrolais, Dasnoy, p. 249, 
donne un autre dérivé intéressant : « hacli'riveux, caduc, cassé, maladif, 
faible » ; pour le suffixe -iveûs, comp. dans Dasnoy : baidiveux, chai- 
tiveux, grandiveux, tourciveux. — Enfin, à Bertrix, j'ai relevé achœrnôle 
(svn. de strœpi. aflidji : estropié), qui devient ach&rneûs à Offagne 
(BD 1913, p. 21). L'épenthèse de n, formant le groupe -m- devant la 
tonique, est sans doute amenée par des raisons d'analogie. 
[BD 1913, pp. 98-101.] 

anc. fi. hamestoc, w. halmustok. amèto 

Godefroy enregistre un mot hamestoc qu'il ne peut définir. L'exemple 
qu'il cite ( 4 ) prouve qu'il s'agit d'un terme de batellerie et qu'il faut 
y voir le néerl. helmstok « barre ou timon du gouvernail » ( 5 ). 

Le vocabulaire du batelier wallon étant, pour les deux tiers, formé 
de termes néerlandais, rien d'étonnant qu'on retrouve dans nos dia- 
lectes ce helmstok, à peine altéré à Liège en halmustok ( 6 ), mais moins 

(») Exemples : acrotchôle (c'è âk (V — : c'est qqch qui s'accroche facilement) 
atrèmètôle (qui se met facilement à toute sorte de métiers sans les avoir appris), 
fènôle (i fût — aneû : le temps est bon pour la fenaison aujourd'hui), maniyôle 
(maniable, en parlant d'un objet), vèdôle, variole (bon à vendre : vote vatche est — ), etc. 
Tous ces dérivés, recueillis à Ste-Marie-sur-Semois et à St-Léger, sont inédits. 

( 2 ) Exemples : adrèssôle, adroit ; amityôle, aimable ; frayôîe, (personne) dépen- 
sière, (chose) dispendieuse. 

( 3 ) Cordier, Voc. du dép. de la Meuse (Paris, 1883) ; Varlet, Dict. du patois meusien 
(Verdun, 1896). 

( 4 ) Douai, xm e siècle : « les nés ki deveront leur euwages li signeur en puent 
oster le hamestoc et ariester le nef » (Tailliar, p. 467). 

( 3 ) Cf. Bly, Onze Zeil-Vischsloepen (Gand, 1902), pp 15 et 81 ; Jal, Gloss. nau- 
tique ; Littré heaume 2. — Les dict. étym. de Kluge, Franck, Vercoullie distinguent. 
helm (poignée, manche) de helm (casque). 

( 6 ) Je ne connais ce halmustok que par G., II 502, beudai (voy. ci-après l'art. 
reûdè). On dit ordinairement haminde pour désigner la barre du gouvernail. 



— 138 — 

facile à reconnaître sur la Sambre dans amèto ( l ). M. Emile Ouverleaux 
m'écrit que dans le Hainaut belge et dans le département du Nord on 
dit aussi aminto (et, avec l prosthétique, laminto) : -in- est ici, comme en 
d'autres mots, un prolongement nasal de -è- dans la bouche des gens 
de Lille. Valenciennes et environs. 

[Article paru en 1911, dans Romania, xl, 325. — Depuis lors, j'ai vu que 
Behrens, Beitrâge, p. 142, explique le fr. jaumière et le fr. archaïque heaume 
(barre du gouvernail : Littré) par le nord, hjalm, ail. néerl. angl. heîm « poignée, 
manche, barre » ; à la fin de son article, il cite le w. halmustok. Meyer-Lùbke, 
n° 4102, admet que ce dernier vient de l'ail, helmstock. La question est donc 
tranchée sous ce rapport. Reste l'anc. fr. hamesloc, que Behrens, p. 130, voudrait 
expliquer par l'ail, hemmslock « barre d'arrêt ». Le doute n'est pourtant pas 
possible : le w. amèto (Charleroi, Thuin) et l'exemple de Tpilliar (cité ci-dessus, 
n. 2) montrent clairement qu'il s'agit, ici encore, de la « barre du gouvernail » ; 
ham- est altéré de helm. Ajoutons que la source est plus sûrement néerlandaise 
qu'allemande.] 

w. hamuslâde (Vervier.s) 

Lobet donne ce mot qu'il définit : « paillon, paillette de fer qui éclate 
en le (sic) travaillant ». G., I 270, reproduit l'article âans explication ( 2 ). 
- On prononce à Stavelot hamuslâde. C'est l'ail, hammerschlag, néerl. 
hamerslag « coup de marteau ; d'où : battiture, écaille qui se détache 
d'un métal sous le marteau de la forge ». La finale s'est modifiée sous 
l'influence du suffixe -âde. Pour la protonique -us-, comp. le malm. 
rômuskirih (G., II 323, écrit à tort -îrîhe) « branle, danse populaire », 
qui vient apparemment de Romerskirchen, nom d'une localité de 
l'Eifel. 

[Mélanges Kurth, 1908, t. II, p. 320.] 

gaumais hand# 

Ce mot, qui ne s'emploie guère qu'au pluriel, désigne sur la Semois 
supérieure, notamment à Tintigny, « les linges des enfants au maillot 
et. rarement, par extension, tous autres linges et vêtements : alez 

i 1 ) A. Carlicr, Dict. zvallon (dans le Coq a"awous\ Charleroi, n° du 30 nov. 1907), 
distingue entre Y amèto «tige rectricc mobile du gouvernail » et Yaminte (= liég. 
hamindc) « tige rectrice non mobile du gouvernail ». Entendez par là que Y amèto 
est une barre ou poignée qui s'adapte à Yaminte et qui peut s'enlever au besoin. 
Deux bateliers de Thuin que j'ai interrogés ne connaissent pas cette distinction ; 
ils appellent amèto la barre, et ralonge de r amèto la poignée mobile que l'on tire et 
repousse à volonté en la faisant glisser sur V amèto. 

( 3 ) Dans l'article de G., il faut lire « paillon » au lieu de « papillon ». 



— 139 — 

r'cude lès handés, allez recueillir le linge qu'on a mis à sécher ; il è co 
mins ses bons handés, il a encore mis ses bons vêtements » ( 1 ). J'ai noté 
andés « habits » à Alle-sur-Semois. Labourasse donne le meusien 
« andie, linge d'enfant, lange », et Jaclot le messin « handée, chiffon ». — 
On ne trouve nulle part l'explication de ce terme, qui est un diminutif 
en -ellum. L'aspirée initiale, caduque dans certaines régions, atteste 
une origine germanique, de même d'ailleurs que l'habitat du mot. Dès 
lors, le radical ne peut être que l'ail, hemd (chemise), ancien frison 
hamede, dérivé de l'anc. h. ail. hamo « enveloppe » ( 2 ). 

w. hanivêr (Neufchâteau) 

Le Dict. wallon de Dasnoy (Neufchâteau, 1856) est le seul qui donne : 
« hanivers, homme grossier, rustre, qui a le sens de travers, allobroge ». 
J'ai relevé, pour ma part, anivêr à Alle-sur-Semois : in drôle d'anivêr 
« un singulier personnage ». Dans cette région, comme en namurois, 
l'aspirée germanique disparaît ; mais elle se conserve en chestrolais. 
Nous admettons donc que hanivêr est la forme exacte, la graphie -vers 
de Dasnoy provenant de l'analogie du fr. travers, envers. — Or nous 
trouvons, dans le Wôrterbuch der luxemh. Mundart (Luxembourg, 
1906) un article : hannevir ( 3 ), adv. « hinten vorn, verkehrt » (= litt. 
derrière devant, à l'envers, de travers) ; s. m., Narr (= fou) ». C'est là, 
selon toute apparence, la source du mot wallon. 

w. hârber, haurbè, haube, etc. 

Famille intéressante, que tous nos dictionnaires passent sous silence. 
Voici les renseignements que j'ai pu recueillir : 

haube (Awenne), s. f., haie, di spènes ou éT fi cTârkè. 

hârbèye (Erezée), s. f., haie ; — ■ l'aurbéye do couchèt (Lustin), petite en- 
ceinte de claies autour du ran (étable), où le porc peut prendre l'air et se 
remuer. 

aurbeû (Ciney, Dorinne, Vonêche), s. m., ouvrier qui s'occupe des haies : 
des mofes (moufles, gants) di aurbeû. [En Ardenne : cloycû.] 

hârber (Erezée, Durbuy), -î (Scry-Abée), haurbè (Awenne, Marche et 
Heure-en-Famenne), aurbè (Ciney, Dorinne, Vonêche), v. tr., enclore (un 
terrain) de haies : haurbè on pachi (Famenne : BSW 2, p. 152) « enclore 

(!) BSW 3>, p. 337. Voy. aussi Bruneau, Enquête, I 527. 

( 2 ) On sait d'autre part que le bas ail. ham-, hamel « arrière-faix » a donné le liég. 
hanvlète « coiffe que certains enfants portent à leur naissance » ; cf. G., I 270, 357, 
II 604, et surtout Behrens, Beitràge, p. 129. 

( 3 ) Composé de hannen (ail. hinten : derrière) et de vir (ail. vorn : devant). 



— 140 — 

un pâquis » ; empl. absol. : faire une haie, ou même : la réparer, en bouchant 
les trous : mais, dans ce dernier cas, on emploie mieux le suivant. 

rihârber (Erezée), -è (Ortheuville), rikaurbè (Awenne), v. tr., renclore 
(un terrain, en réparant la haie) : dès passons po fhârbè Vuclo (Ortheuville) ; 
quand on-z-a fouyè V corti, on V rihaurbéye peû( = de peur) dès pouyes{ Awenne). 

dihârber (Erezée), v. tr., dégarnir (un terrain) de haies. 

Les exemples anciens dont nous disposons ne remontent qu'à la 
fin du xvi e siècle. En 1591, les archives liégeoises parlent de « jardins 
bien rencloz et harbez » (Cour féod., r. 86, p. 257 v°). Dans un bail de 
fermage conclu en 1613 à Dinant, il est question de « jardins qu'on at 
accoustumé de harber » et d'arbres qu'il faut « harber [de peur] qu'ils 
ne soient gastés » (Servais, Hist. de Dorinne, p. 90 ; Namur, 1910). - 
Une charte de Ciney, en 1586, cite les « amendes de forcheruwaiges et 
forhàrbaiges » ( l ) ; une autre de 1602 défend de « desharber jardins, 
encloz, preitz, paxhis et autres pièces de labeur, refermé des haies ou 
soy » ( 2 ). 

Je n'ai rien trouvé d'analogue ni dans les autres dialectes wallons ( 3 ), 
ni en ancien français, ni dans les langues germaniques qui s& parlent 
au Nord et à l'Est de la Wallonie. Un fait est certain. Pour une raison 
de phonétique, haurbè ne peut être de souche romane : h latin aurait 
disparu, comme dans hirpicem, îpe (herse) ; lat. se-, exs-, exe- ou 
germ. se- auraient donné h- ou eh- ou se- suivant les régions, mais ne 
pourraient disparaître sans laisser de trace, comme c'est le cas dans 
aurbè. Il faut un h germanique pour expliquer l'aspirée initiale. D'autre 
part, haube est à haurbè comme baube (liég. bâbe : lat. barba) est à 
baurbî (barbier) ; djaubè, liég. djâbe, gerbe, provient de l'anc. h. ail. 
garba. On est donc conduit à proposer comme seul étymon possible 
un type germanique *harba. 

Or Falk et Torp, dans leur Norwegisch-dânîsches etym. Wôrterbueh, 
supposent et- même type pour expliquer le norwégien-danois haro 

(') J. Borgnet, Carlulaire de Ciney, p. 125. L'éditeur voit dans forharbaige « le 
fait «le couper le foin ou de faire pâturer sur le terrain d'autrui » (!). Il faut com- 
prendre : « action de forharber, de planter une haie en dehors des bornes légitimes ». 
— De même, \c forehermvaige est l'action de forcharner ( 1708 ; ib., p. 184), de labourer 
indûment le terrain d'autrui, de la commune, d'empiéter avec la charrue (cf. liég. 
fortchèrwer : Forir). Godefroy traduit à tort forcharouage par : « droit pour la répa- 
ration des chemins... » ; il aurait <lù se reporter à son art. chaînage. ^ 

(-) Ibid., ]>. 152. Borgnet explique desharber par : < couper les légumes h (!) ; 
comprenez : dégarnir de haies ». 

( ; ) Bruneau, Enquête, I 465, signale wab à. Laforêt-sur-Semois, wnp à Hargnies, 
signifiant « haie ». II n'est t^uère possible que ce soit notre mot. 



— 141 — 

« herse » (d'où est emprunté l'angl. harrow). Cette coïncidence appuie, 
semble-t-il, ma proposition. Du sens primitif « herse » dériverait sans 
peine celui de « claie, clôture, haie » (comp. le lat. craies, le wall. hâhe 
hâhê, anc. fr. harce, harcel, haseau). 

Sans doute une difficulté subsiste : comment se fait-il qu'il faille 
courir si loin pour trouver un parent du w. haube ? *harba est-il 
venu directement de la Scandinavie lors des invasions normandes ? (*) 
Avait-il en Germanie, jusque près de chez nous, des représentants qui 
ont disparu ? En a-t-il encore ailleurs ? ( 2 ) Je dois laisser à d'autres 
le soin de répondre à ces questions. 

[Remaniement de BD 1912, p. 99. Cf. Meyer-Lubke, n° 4054-0.] 

w. hatrê. anc. fr. ha(s)terel 

Ce mot désigne soit le cou (d'un homme, d'un animal), soit une 
partie du cou : la gorge ou la nuque ( 3 ). L'étymologie reste obscure. 
Meyer-Ltibke, n° 4008. rejette -- sans indiquer d'autre solution — 
l'hypothèse de Diez (anc. h. ail. halsâdara : veine du cou, nuque), qu'il 
tient pour « phonétiquement impossible », et celle de Grandgagnage- 
Bugge (anc. haut ail. harst : broche, rôti), « invraisemblable pour le 
sens » ( 4 ). 

Un fait certain, c'est que le primitif est germanique et commence 
par h. L'aspirée liégeoise, qui tombe en namurois (atria, atia), suffirait 
à l'établir. L'aire géographique oriente aussi nos recherches vers l'Est. 

— Cela étant, je propose de s'adresser au germ. halter « licou », qu'on 
trouve en flamand, en anglais, dans les parlers du Luxembourg, de 
l'Eifel. de la Saxe, etc., et qui est une forme dialectale du haut ail. 
halfter, néerl. halster. Par dissimilation, / intérieur a disparu : *ha(l)ter-el 

— haterel. La forme hasterel pourrait résulter de *ha(l)ster-el ( 5 ). 

(?) Ce n'est guère possible, et puis le Scandinave le plus ancien a déjà / ou v, 
et non b. 

( 2 ) Un s. f. arpo (herse) existe en dialecte d'oc du Puy-de-Dôme : Revue de phil. 
française, xxvi (1912), p. 32. 

( 3 ) En anc. fr., c'est généralement la nuque. Dans les patois wallons, c'est le cou. 
A Neufchâteau, d'après Dasnoy, c'est le fanon du bœuf. — A Ellezelles, natcuriau 
(avec n prosthétique) « nuque ». 

(*) Et aussi pour la lettre. En effet harst a donné l'anc. fr. haslier, liég. hâsli 
« broche à crochet » ; au fr. hâlereau répondrait donc en liég. *hàstrê (comp. liég. 
mustê : rouchi mutiau). — Sur l'étymologie de haterel, on peut voir Diez 013, 705 ; 
G., I 281 ; Romania, iv 300. 

( B ) A moins que s dans hasterel ne soit adventice. — Halster se trouve déjà en 
moyen néerlandais. Cette famille n'a rien de commun avec hais ni avec halte ti ; elle 
remonte à l'anc. h. ail. halb « poignée, manche ». 



— 142 — 

Dans cette hypothèse, le mot se serait dit d'un animal avant de 
s'appliquer à l'homme. Mais comment de « licou » passer à « cou » ? 
Deux voies sont possibles. 

La métonymie d'abord. Grâce aux expressions fréquentes « prendre, 
tenir, attacher un animal par le haterel », la confusion entre « licou » 
et « cou » pouvait se produire. Inversement, l'anc. fr. canole, chenole 
(* cannabula), qui signifie « canal de la respiration, trachée-artère », 
puis « cou, nuque », a pris dans maint dialecte les sens de « licou, tri- 
bart, gorge (espèce de porte-seaux), etc. » Au reste, col et collet eux- 
mêmes désignent non seulement le cou, mais aussi ce qui garnit ou 
entoure le cou. 

D'autre part, le diminutif haterel peut avoir signifié dès l'origine, 
non pas « (petit) licou », mais « (petite) place ou partie du corps qui est 
en rapport avec le licou, où s'attache le licou ». Cette valeur du dimi- 
nutif n'a rien d'insolite. Ainsi le liég. wandion (diminutif du germ. 
ivand « muraille » + -Mon) désigne l'insecte qui est en rapport avec la 
muraille, qui s'y cache, à savoir la punaise ; comp. l'ail, wanze, wandlaus. 
Mieux encore, l'anc. fr. oreillette signifie 1. petite oreille ; 2. ^pendant 
d'oreille ; ce dernier sens est aussi celui du w. orilièie et s'explique par 
l'ellipse : « petite [chose ayant rapport avec T] oreille ». Voyez aussi 
l'article gamète: 

A Givet, Yatriyote (dérivé du nam. atria + -ot) est une partie du 
harnachement, la corde qui se met à la tête du cheval (*) : un nouveau 
suffixe diminutif a permis ce retour au sens primitif du radical. 
[Romania, t. xlv (1919), p. 180.] 

anc. liég. herbatte; w. èrbate (Brabant) 

La Charte de 1527 relative au Métier des Drapiers de Liège prescrit 
aux Eivardeus (inspecteurs) d'aller aux wendes (rames, séchoirs) « depuis 
le grand Caresme jusqu'à la herbatte chacun jour deux fois, et depuis 
ladite herbatte jusqu'au grand Quaresme une fois le jour » (Chartes 
et Privilèges, I 241). G., II 608, avoue ne pas comprendre le mot 
herbatte et se demande s'il n'a pas quelque rapport avec l'ail, herbst 
(moisson, automne). Conjecture négligeable. La herbate était ainsi 
appelée par abréviation pour la foire de Herbate, qui se tenait chaque 
année aux prés de Herbatte, vaste espace de terrain vague sous Namur 
près de Malonne: elle avait lieu en octobre et durait quelques jours. 
Dès le XIII e siècle, les produits de l'étranger, et surtout les draps, 

(!) .7. Waslet, Vocub. wallon (dialecte givelois). 



— 143 — 

affluaient à cette foire franche. Il y avait une halle particulière pour 
les draps fabriqués à Maestrieht, Hasselt, Liège, Huy, Di liant, Tournai 
et autres villes ( 1 ). 

Le nom de lieu Herbafte s'employait donc, par métonymie, pour 
désigner la grande foire namuroise. Le Brabant wallon en a conservé 
le souvenir. Dans certaines localités de cette région, èrbate (sans aspi- 
ration, à la mode namuroise) désigne une foire particulière : ainsi, à 
Huppaye et à Noduwez, on appelle « V èrbate de Jodoigne » le marché 
au bétail qui se tient à Jodoigne le jour de St-Lambert (17 septembre). 
Ailleurs, le mot n'a plus qu'un sens métaphorique, par exemple à 
Ste-Marie-Geest : ë mêrinèt one èrbate de sélèrats « ils mènent un vacarme 
de scélérats » ; d'une maison tapageuse on dit : c'è-st-one èrbate ; l'accep- 
tion de « foire animée et bruyante » ne survit plus que dans la compa- 
raison : c'est co pire qu'âne èrbate ( 2 ). A Aische-en-Refail (Liernu), 
V èrbate désigne l'octave de la fête paroissiale. 

Il resterait à expliquer l'origine du lieu-dit namurois Herbatte. Les 
premières mentions datent de 1192 : Herbata, et de 1214 : pratum 
Herbatarum, contenant environ 25 bonniers et demi ( 3 ). Ce herbata ne 
doit évidemment pas être confondu avec le type latin qui a donné en 
namurois yèrbéye « herbes coupées pour nourrir le bétail ». L'aspirée 
initiale, - - disparue aujourd'hui en namurois, mais certifiée par le 
texte liégeois de 1527 « la Herbatte », — atteste que herbata, nom de 
lieu, est une forme latinisée d'un mot germanique, venu sans doute 
du Nord. Ce primitif pourrait bien être *hêr-bate « le chetel seigneurial, 
le profit ou la dépense du souverain » ( 4 ), à moins que — ce que j'ignore 
— la situation topographique ne permette de voir dans le second 

(*) Cf. J. Borgnet, Recherches sur les anciennes fêtes narnuroises, p. 48 (1854 ; 
t. xxvn des Mémoires couronnes de l'Aead. royale de Belgique). On lit dans les 
textes cités : « dedens les 8 jours del Harbates » (XIV e s.), « ceste Herbatte prochain » 
(1417), « a le Herbat » (1459) ; et plus souvent : « le feste Herbatte, le francq fiest 
Herbatte, le fieste a Herbattes, le fourre de Herbatte ». — Voy. aussi un acte de 
1571, cité par Bormans, Le bon Métier des Drapiers de Liège : « à Malone à la fore 
condist Herbatte... audit Malone en la ville de Namure » (BSW 9, p. 229). 

( 2 ) Benseignements recueillis sur place, de la bouche de M. Zenon Meunier. 

( 3 ) Miraeus et Foppens, Op. diplomatica, I 294 ; Borgnet, Cartul. de Namur I, 11. 

( 4 ) Borgnet, op. cit., p. 17, parle d'un édifice (la grange le Comte) « situé sur la 
petite Herbatte... et qui, dans l'origine, servait à l'emmagasinage des provisions du 
souverain » (d'après les Comptes du domaine, 1355). — Sur le germ. baie, voy. 
Weigand, v° batten, Schuermans, v° bat. Le néerl. baat « profit, gain » vient d'une 
forme primitive à voyelle brève. 



— 144 — 

composant le mot wallon baie, batte, synonyme bien connu de « digue, 
quai, bâtardeau ». Voyez ci-après l'article hercot. 

lieu dit Hercot (Huy) 

Le bel ouvrage de R. Dubois sur les Rues de Huy (1910) signale le 
Chemin de Hercot (vers Tihange), qui doit son nom à une propriété 
voisine, appelée dans les actes Hercot, rarement Héricot. Malheureuse- 
ment l'auteur ne cite à l'appui ni texte ni date, ni même l'appellation 
populaire è Herco (è = « en » ou « en le »>). Il se contente d'en rappro- 
cher Floricot, nom d'une propriété de Tihange. 

D'après Feller, Notes, p. 342, ce Floricot, terme assez fréquent en 
toponymie wallonne, correspond au nom de lieu V erlorenkost, commun 
en pays flamand, et signifie : « dépense perdue, terrain ingrat, où l'on 
perd sa peine ». Quant à hèrco, je présume qu'il se compose de deux 
mots germaniques hêr-cost; le sens primitif serait : « le chetel seigneurial ». 
On aurait ainsi le pendant du nom de lieu namurois hèrbate ; voyez 
l'article précédent. 



w. hèrnale (Huy 



I 



Mot inédit de la région hutoise, qui n'est employé que dans une seule 
expression : l&'hèrnale de cou (du cul) «le bas de l'épine dorsale, la 
soudure des deux hanches, juste au-dessus du coccyx » : djé f Va apici 
pol hènète (saisi par la nuque) et pol hèrnale de cou et, d'on plincôp, djé 
V Va hiné a Vouh (lancé à la porte). — Si l'on détache le suff. -aie, fr. 
-elle, il reste un radical hem-, d'origine obscure. On ne peut penser à 
« héron », qui se dit à Huy héron avec ê très ouvert se rapprochant de â . 
Je conjecture que ce mot provient de ^hèn'rale par métathèse (voy. 
l'article gorlète). Le suffixe est -erelle, comme dans bouVrale (tumeur ; 
G., II 505), howp'rale (chouette ; G., I 311), etc. ; comparez djèrmale, 
que nous supposons issu de *djèm , rale et qui présenterait donc le même 
cas phonétique que notre hèrnale. Le radical appartient à la famille 
hène « petit morceau de bois fendu », hin'lète « écharde », hiner « fendre ». 
On sait que ce groupe dérive de l'ane. h. ail. skï'na. moyen h. ail. 
schine (= ail. mod. schiene, néerl. scheen), dont le sens fondamental est 
fendre, séparer ». Dans eeite hypothèse, la hèrnale de cou serait le 
poihl ou commence la fesse (lai. fissa, proprement « fente »). D'autre 
part, skïna a, donné aussi le doublet liég. scrène. nain, serine, skine, 
chine, fr. échine « épine dorsale ». Si hèrnale a poussé sur cette branche, 
il désigne proprement le point où finit l'échiné, le bout (inférieur) de 



— 145 — 

l'échiné, Y « HchirierélU » ( 1 ). En somme, les deux sens de l'anc. h. ail. 
skina légitiment l'une et l'autre de ces interprétations. 

Sans doute la phonétique peut élever une objection : sur le type de 
hin'lète, on attendrait *hin , rale, *hirnale ; mais l'influence de r a pu 
changer i en è. 

liég. heûler, mâ-heûlé 

G., I 293, donne d'après Dejaer « heûler : accoucher » (sens inusité 
aujourd'hui). Il pense que si « accoucher » est ici transitif, heûler dérive 
probablement du holl. heul « secours, assistance ». N'est-il pas plus 
naturel de prendre « accoucher » dans le sens ordinaire, à savoir intran- 
sitif ? De vieux Liégeois me signalent heûler « hurler lugubrement, 
comme font les chiens la nuit « ( 2 ). N'est-ce pas le même mot et le sens 
de « accoucher » n'est-il pas dû à une métonymie ? J'incline à le croire, 
d'après l'analogie de certaines expressions pittoresques qui se disent 
de la femme en travail d'enfant : hawer (Hervé ; propr. « aboyer »), 
brêre as brocales (Dison), brêre as novês harins ou as poûris pelions 
(Liège) : allusion aux marchandes qui crient pour annoncer leur mar- 
chandise, des allumettes {brocales), des harengs frais ou d'autres 
poissons « pourris » ! 

Il existe un autre heûler, que nos lexicographes ignorent et dont je 
ne trouve de trace que dans un article du Vocabulaire des Couvreurs 
par A. Body ( 3 ). A ce que m'apprend M. Jean Lejeune, c'est un terme 
archaïque d'un de ces petits métiers que l'industrie moderne a tués, 
le métier de platîneû, « tôlier » ou fabricant de platènes as dorêyes, de 
platènes di stoûve, de pêlots, etc. ; li platîneû heûléve li bivérd dèl platène 
« le tôlier emboutissait, travaillait au marteau et au repoussoir la 
plaque métallique pour l'arrondir en forme de bassine, de casserole, etc.» 
— Nous y verrons sans peine un emprunt de l'ail, hôhlen « creuser, 
caver » (comp. das Silber hohl schlagen : emboutir l'argent). 

Ce heûler « emboutir » nous donne la clef de mâ-heûlé « mal élevé, 

i 1 ) De même binon (Huy), chinon (Ciney, Dorinne, Yvoir), jkinon (Namur) 
« ligne séparative de champs formée de gros buissons » paraît se rattacher à ce sens 
de « échine ». 

( 2 ) Comp. néerl. huilen, ail. heulen. Nos dictionnaires ne donnent que la forme 
plus usitée hoûler ; comp. moyen bas ail. et moy. néerl. hûlen. 

( 3 ) Voici cet article : « poûheti, puisoir, ustensile composé d'un bassin qui est une 
platine en fer heulée, embouttée [corr. : heûlêye, emboutie], et d'une queue en fer 
plat avec crochet au bout ». BSW 11, p. 172. 



— 146 — 

rustre » ( 1 ), que G., II 55, voulait expliquer par heûler « accoucher ». 
Il saute aux yeux que le sens propre est : « mal embouti », d'où, au 
moral : « mal tourné, grossier ». — Enfin nous rattacherons à ce terme 
technique le composé èhûler « enfoncer », connu à Huy dans cette 
phrase satirique : él a V boke si gronde qu'on î èhûVrût on pzvin (Vamo- 
licion ! « il a la bouche si grande qu'on y fourrerait un pain de mu- 
nition ! » 

liég. heure (fr. hure) et dérivés 

G., I 293, cite les expressions liégeoises : 1. avu (ou prinde) è heure 
« avoir (ou prendre) en grippe » ; 2. i m' pzvète heure « il me porte 
malheur, je ne puis le souffrir » ; 3. qwèri heure « chercher noise ». — 
De ces expressions archaïques, la seconde est sans contredit la plus 
vivace ( 2 ). On la trouve dans le Théâtre liégeois du xvm e siècle 
(éd. 1854, p. 53) : coula ni m' pzvète nin heure « cela ne m'effraie pas » ; 
dans Simonon, pp. 138 et 181 : èle mi pzvète heure « elle me chagrine » ; 
dans Bailleux, Fâves, 1856. p. 53 : coula m' pzvète heure « cela m'inspire 
de l'éloignement, cela me met en défiance » ; dans Hubert, p. 107 : 
pzvèrter heure « importuner, tracasser ». C'est Ja seule aussi que j'aie 
relevée dans le parler moderne : va-z-è fôû (V chai, ti m' pzvètes heure ! 
Dfa vèyou 'ne arègne a matin, èle m'a pzvèrté heure tote li djoûrnêye. Le 
sens est ici : « porter guignon ». 

G. ne donne pas d'étymologie. Pour expliquer pzvèrter heure, Simonon, 
l. c, invoque le fr. heurt, tandis qu'Altenburg, I 16, propose l'anc. 
h. ail. scûr (ail. mod. Schauer : giboulée). J'y reconnais, pour ma part, 
un emploi figuré du liég. heure « hure » ( 3 ). L'expression « porter hure 
à qqn » est aussi logique que l'anc. fr. porter bon visage à qqn « lui faire 
bon accueil » ( 4 ). Le sens premier est : « faire mauvais accueil », d'où 
« inspirer de l'éloignement, de l'inquiétude, de la défiance, de l'effroi » 
et enfin : « porter guignon ». - - L'expression « avoir (ou prendre) en 
hure » se comprend sans peine. La dernière (« quérir hure »), plus rare 

(*) « Mal errçixauché, grossier » (Duvivier) ; « morose, bizarre, morne, misan- 
thrope » (Hubert) ; « malintentionné » (Forir). Manque dans Remacle et Lobet. La 
forme mâ-hûlé est dans une pièee de Ramoux, curé de Glons, mort en 1826 (Choix, 
p. 93). 

( 2 ) Cependant Remacle, 2° éd., donne seulement 1, et Forir seulement 1 et 3. 

( 8 ) Forir, II, p. 21. — On sait que le fr. hure représente un type * hûra, d'origine 
inconnue. 

(*) Godefroy, Complément, porter. Comp. aussi l'anc. fr. faire une hure «faire 
une mine sauvage ». 






— 147 — 

d'ailleurs et moins correcte que les deux autres, résulte sans doute du 
croisement de qwèri mizére et de pwèrter. heure. 

On aura remarqué l'absence de l'article, qui dénote l'origine ancienne 
de ces locutions. Il en est de même dans louki po d'zos hore (Stavelot, 
Cherain : BSW 44, p. 537 ; 50, p. 531) « regarder par dessous hure », 
c. à d. « en dessous, sournoisement » ( 1 ). 

Le mot n'existe plus guère à Liège ( 2 ). Il est mieux conservé au pays 
du sanglier, dans nos Ardennes, où nous relevons : hure (Malmedy), 
heure (Cherain, Ortheuville), heure (Villers-Ste-Gertrude, Erezée ; en 
Famenne et en pays gaumais). Il y prend d'ordinaire le sens figuré de 
« mine renfrognée » : faire une (laide) hure. Spécialement, de deux 
vaches qui penchent la tête d'un air menaçant en se portant l'une vers 
l'autre, on dit à Villers-Ste-Gertrude qu'elles font lès heures. Enfin, en 
pays gaumais, heure a le sens ironique de « tête, cervelle » : il è ène 
heure du hû (il est têtu comme un bœuf) ; i ?i' su mèf mi ça dès la heure, 
i n'è m? ça a la heure (il ne se met pas cela dans la tête, il n'entend pas 
de cette oreille). 

Le mot hure, en raison même de sa force expressive qui devait plaire 
à l'imagination du peuple, a procréé, surtout dans les dialectes, une 
lignée nombreuse qui mériterait d'être étudiée de près. Je ne puis 
aborder ici l'étude complète de cette famille pittoresque. Tout au plus 
trouvera-t-on, dans les notes suivantes, quelques faits nouveaux con- 
cernant le français et les dialectes septentrionaux. 

Ahuri, en anc. fr. : « qui a une chevelure hérissée » ; en fr. mod. : 
« troublé ». De même le liég. ahurê, dans un texte de 1631, et le rouchi 
ayuri (voy. BD 1902, p. 97). — Le gaumais aheurèy (ibid.) « étourdi, 
écervelé » et aheuray « entêté » (à l'est de Longwyon) représentent 
plutôt un type *enhuré. 

Huron, anc. fr. : « personne à la tête hérissée, à l'aspect sauvage » ; 
d'où, en fr. mod. : « individu grossier et malotru ». [Sur un autre w. 
huron, voyez la note à la fin de cet article.] 

*Hureux, *hurir. — ■ Le liég. houreûs « se dit de celui qui souffre 
du froid, de l'humidité, surtout des oiseaux lorsqu'ils hérissent leurs 

(*) Èle mi vcête po d'zos s' houre (Ortheuville), po (Tzos sa heure (Lavacherie) ; 
louki po tfzos V houre (Buret-lez-Houffalize). 

( 2 ) Signalons ici l'expression archaïque hure de pierre, t. de houillerie qui signifie 
« le rocher, la pierre même » (G., I 317 ; Bormans, Voc. des houill. liég.). G. compare 
l'anc. fr. heurt (rocher, tertre) ; mais l'analogie de houra ou hourêye di pire (voy. 
ci-après) et de vizèdje di pire, t. modernes de houillerie, montre qu'il s'agit bien du 
fr. hure. 



— 148 — 

plumes » (G., I 313). Il signifie « frileux », mais désigne un état acci 
dentel, passager, tandis que froûîeûs (= lat. frigorosus) marque une 
disposition habituelle : dji so si houreûs oûy, dji n' mi rik'noh nin, ca 
dji n so nin froûîeûs. On dit aussi: i jet houreûs oûy (il fait aujourd'hui 
un froid noir, un temps humide et froid) ; mais on ne dira jamais : 
i jet froûîeûs. — De même, en chestrolais, hœreûs ( 1 ). — G., I 314, 
invoque le lat. horrere (!) ; plus loin, II xxxv, il rattache houreûs à 
houri « frissonner, grelotter ». Ce verbe, recueilli par Simonon. ne se 
trouve dans aucun autre de nos lexiques ( 2 ). Je l'ai, pour ma part, 
entendu à Jupille, où houri est synonyme de jruzi (frissonner), et à 
Alle-sur-Semois, où &ri signifie « frémir, avoir un haut le cœur » : 
djè œri tout ! -- Il faut rattacher ces mots au fr. hure et à l'anc. fr. 
hurer « hérisser sa crête, ses cheveux ». Le verbe houri, à terminaison 
inchoative, signifie proprement : « (commencer à) se hérisser » ; vous 
voyez celui qui hourih, les cheveux hérissés, la tête baissée et rentrée 
entre les épaules, les bras serrés contre la poitrine ; le frissonnement 
n'est qu'une circonstance accompagnante. Le fr. ahurir recèle une 
image analogue : celui qui est ahuri a l'air de s'ébouriffer de surprise. — 
De même houreûs signifie au propre : « qui a la tête hérissée » ; il fait 
songer aux oiseaux souffrants dont le pliunage s'enfle et s'ébouriffe. 
Appliqué à la température, il prend le sens de : « qui rend hérissé » ; 
comparez i jet malade, il fait un temps à vous rendre malade, une cha- 
leur étouffante ( 3 ). 

*Hurail. -- Liég. hura «trogne, mine refrognée » (Forir) ; je in 
èzbaré hura « faire une mine effarée » (Simonon, pp. 54 et 181). — Nos 
houilleurs, à Seraing notamment, appellent houra d' pire un bloc de 
pierre qui fait saillie et qui menace de tomber ; syn. hourêye di pire. 
Comparez hure de pierre, p. 147, n. 2. 

*Hurard. — Le liég. hura « hure de sanglier » n'est attesté que 
par Forir ( 4 ). De là sans doute le nom de famille Hurard (Liège, 
Verviers). 

( 1 ) Dasnoy, p. 256, écrit : « herreux, frileux ; froid pénétrant ». — A Forrières, 
li houreûs = la bise de mars. 

( 2 ) Voyez la note à la fin de cet article. 

( 3 ) Comparez houpieûs « frileux, qui se tient tout ramassé par le froid » (Liège : 
Forir) ; croufieûs « bossu » (Liège), « frileux » (Chemin, Robertville), proprement 

ramassé en boule, recroquevillé comme si on avait une bosse sur le dos ». Ces 
adjectifs dérivent de houpe (houppe, hupe) et de croufe (bosse) par l'intermédiaire 
de diminutifs en -èye (fr. -iUc) ; comp. noukieûs (liég.) « noueux ». 

( 4 ) G., I 317, a un article hura « trogne », où il voit l'augmentatif du fr. hure. Il 
faut donc apparemment lire hurâ et non -a. 



— 149 — 

*Hurasse. — Wall, hourasse (Cherain, Buret-lez-Houffalize), f., 
« chevelure épaisse et hirsute » ; syn. tignasse. 

Hurer. — Ane. fr. hurer, lieurer « hérisser la crête, les cheveux » 
(God.) ; messin heure « qui a les cheveux hérissés » (M. Lorrain). — 
J'expliquerai de même l'anc. fr. hourer, dans : « dez arrestez [de paille 
d'orge] qi hourent les bouches dez chivalz ». Godefroy, qui cite ce texte 
du xin e siècle, traduit inexactement par : « déchirer ». — Une des- 
cription de la dîme de Heusy-lez-Verviers, en 1667, énumère des prés 
hurant sur tel chemin (*), c.-à-d. situés en contre-haut de ce chemin. — 
Ajoutez le w. hourer (Cherain), v. intr., en parlant des vaches, même 
sign. que ci-dessus fé lès heures ; et le gaumais su heurèy « se ruer tête 
baissée (sur un adversaire) » ( 2 ). 

Hurée, participe du précédent employé comme substantif au sens 
général de : « une hérissée ». On trouve ainsi 1. l'anc. fr. heuree (faire 
une h. ; dans Chastellain, XV e s.), que God. traduit rjar « révolte » ; — 

2. l'anc. fr. huree (« revers d'un chemin creux », dans les chroniques de 
Froissart et de Molinet ; voy. God.). Aujourd'hui encore, le w. hourêye 
(Seraing), -éye (Huy), hurêye (Liège), uréye (nam. ; rouchi) désigne le 
bord d'une route plus élevé qu'elle, un tertre, une éminence ( 3 ) ; — 

3. heuréye (w. chestrolais, Dasnoy, 159) « touffe, trochée, faisceau de 
pousses (de pommes de terre, de fleurs, etc.) » ; — 4. hurée (Rethel : 
Ard. fr.) « nuée, averse » ; au masc. heure « cumulus, gros nuage noir » 
(meusien: Labourasse, chamiau); ourée (rouchi) «ondée» ( 4 ) : acception 
figurée se rattachant au sens 2. Comparez le gaum. horlé « monticule », 
à côté de horlâye « averse », et le meusien huôme 1. « tas de terre, petit 
monticule », 2. « nuage en forme de monticule » (Varlet). De même à 
Viesville (Hainaut), une nuée, une ondée passagère s'appelle un tacha, 
c.-à-d. un petit tas (*tassia) ; — 5. le verviétois hourêye possède, d'après 

( x ) Bull. Soc. verv. cTarchéol., XI, pp. 239-240 (Verviers, 1911) : « Derrier le Hougne 
hurant sur le voye de Jehanster, la waide Collas... ; la haye voisinne hurante sur la 
cornette en haut... ; Devant la Hougne, hurant sur le grand chemin... la waide 
Lina Melen... » 

( a ) Le meusien heursé, hirsu, hourseu (« hérissé »), se heurser (« se rebiffer, se 
hérisser «contre qqn), à Rethel hourissie, hurissie (« frissonner »), a subi évidemment 
l'influence de hure, hurer. Cette même influence me paraît nécessaire pour expliquer 
l'aspirée du fr. hérisser. On trouve en anc. fr. hurucier à côté de hirecier, hericier. 

( 3 ) Les conjectures étymologiques de G., I 318, de Sigart, p. 212, de P. Marchot, 
Revue des lang. rom., 1891, t. 35, p. 440, n'ont aucune valeur. C'est Diez qui le pre- 
mier a rattaché hurée (berge) à hure. — Comp. ci-après l'anc. fr. hurel. 

( 4 ) J'ai aussi entendu à Lantremange lez-Waremme le w. hourêye «averse , 
syn. nûlêye, housse. 



— 150 — 

Lobet, p. 253, des acceptions singulières que je ne trouve nulle part 
ailleurs et qu'on peut résumer comme suit : 1. avalanche, éboulement ; 
2. poussée, effort d'une foule qui pousse. Le sens 1 peut se ramener à 
hourêye berge, talus ; le sens 2 à l'anc. fr. heurée, ruée, bagarre, révolte. 

Le type huret me paraît avoir subsisté dans le nom de famille bien 
connu. C'est lui aussi que je reconnais dans le fr. houret (d'origine 
inconnue : Dict. gén.) « mauvais chien de chasse », et dans le pic. houret 
(Jouancoux) « petit domestique de ferme ». Pour le sens, ce serait un 
enfant, un petit homme ou animal à la tête hérissée, à l'aspect sau- 
vage ; comp. huron et, ci-après, hurel. 

Hurette se retrouve, à mon sens, dans les deux cas suivants : 
1° hourète (w. de la Famenne), urète (nam. : G., I 318), ourète (w. de 
Barvaux-Condroz ; rouchi et picard : Sigart, Hécart et Jouancoux, 
qui écrivent hourette), s. f., « bourrée, sorte de fagot », ainsi nommé 
d'après l'aspect hérissé qu'il présente. Rattachez ici l'anc. fr. houreste* 
que Godefroy ne peut définir. — 2° hourète, hurète (ard. : G., II 538), 
heurète (Chestrolais : Dasnoy, 370), hourète (gaumais, meusien), horète 
(Ste-Cécile, Izel : Bruneau, Enquête, 1 185), s. f., « chouettes. Le liégeois 
dit houlote (à Stavelot, Vielsalm : houlète) et le* françc is a hulotte, qui 
serait proprement picard (Rolland, Faune pop., IX, 72). G., II 538, dit 
que Tard, hourète = houlote, hulotte, ce qui est possible. Selon Diez 336' 
le fr. hulotte viendrait de huler, forme ancienne de hurler avec influence 
de l'ail, heulen. Mais le w. houlote, à côté de hoûler, contredit cette déri- 
vation, qui est pourtant admise par Meyer-Lùbke, n° 9039, non sans 
réserves : « L'anc. fr. huler, dit-il, est la forme picarde de hurler et non 
le m. h. ail. hùlen ; d'autre part, le fr. hulotte peut aussi venir du lat- 
ulula influencé par hurler plutôt que par l'a. h. ail. huzvila ». Pour le 
Dict. gén., hulotte paraît se rattacher à l'ail, eule, altéré sous l'influence 
de huer. On voit que la question est loin d'être tranchée et que la voie 
reste ouverte aux conjectures. Pour ma part, je serais tenté de dériver 
tous ces mots de hure. Le groupe hourète, hœrète, horète ne présente 
aucune difficulté ( 1 ). Le groupe hulotte, houlote, houlète serait altéré 
directement de *lwrote, etc., à moins qu'on ne parte de la forme hurlote 
hourlote, qui existe dans le Pas-de-Calais, la Somme et la Haute- 
Marne ( 2 ) et qui représente un double diminutif hurelote. 

( x ) La hœrète houle (la chouette hurle, crie), dit-on en chestrolais ; il ne peut exister 
de rapport d'origine entre ces deux mots. 

( 2 ) Rolland, Faune pop., IX, 72. A noter, p. 73, les formes : houran (Vosges), 
chahouran, chahuran (Lorraine, Champagne), chahuron (Aisne). 



— 151 — 

*Huraille, collectif de valeur dépréciative, expliquerait le picard 
heuraillis « bruit confus et tumultueux » (Jouancoux) et le fr. hourailler 
« chasser avec des hourets », houraillis « meute où il y a beaucoup de 
hourets » (Dict. gén.). 

*Huru (?) : norm. héru « hérissé » (Corblet) ; comp. hurelu. 

Hurel, type très répandu, dont le sens général est : « petit (individu, 
objet) hérissé ». Il revêt trois acceptions différentes que nous avons 
déjà rencontrées dans ce qui précède : 1° l'anc. franc, hurel 2 (défini : 
« bouffon », par God.) ; c'est proprement un enfant ou un homme qui a 
les cheveux hérissés. — 2° L'anc. franc, hurel* « levée d'un chemin » 
(God. ; Reims, 1431) survit dans le av. ouria (Givet) « talus, terrain en 
pente, peu étendu) et dans le diminutif hourlê (w. de Comblain-Fairon, 
Wellin-St-Hubert), horlé (chestrolais, gaumais) « talus d'une route ou 
talus séparant deux pièces de terre » : type *hureleau. Comp. ci-dessus 
l'anc. franc, huree. — 3° Le rouchi oicriau (Hécart : houriau) « sorte de 
fagot » ; comp. ci-dessus hourète. L'anc. franc, hourel, défini : « osier ? » 
par God.) et l'anc. franc, hurel 1 (non défini par God.) se rattachent assu- 
rément ici : il s'agit du petit fagot nommé bourrée ou cotret. — De là, 
les dérivés : houreler, qui signifie « mettre en fagots », dans ce texte : 
« houreler et copper au ferment ung bonifier de joisne buis » (Lille, 
1415), et : « gans hourlois » (Lille, 1596), c.-à-d. gants spéciaux qu'on 
met pour faire des fagots et aussi pour réparer les haies. Types : 

*HURELER, *HURELOIR ( 1 ). 

Nous rangeons en outre dans la famille de ce diminutif : 

*Hurelée : gaum. horlâye « averse » ; voy. ci-dessus hurée 4. 

Hurelote : pic. hurlote, hourlote « chouette » ; voy. ci-dessus hurette 2; 
— meusien hourlot « hanneton » ; voy. ci-après hurelon. 

Hurelin : le sobriquet messin hurlin « qui a les cheveux hérissés». 

Hurelard : picard hurlard ou hurlu, s. m., « harle huppé » ; c'est à 
sa huppe comparée à une hure que cet oiseau doit son nom (Jouancoux). 

Hurelu : outre le pic. hurlu qu'on vient de voir, il faut ranger ici le 
fr. hurluberlu « personne extravagante, brusque, étourdie ». Le Dict. 
gén. dit que l'origine en est incertaine ; Scheler y voit une onomatopée, 
Littré un mot de fantaisie. Pour moi, c'est un composé des deux adjec- 
tifs : hur(e)lu (qui a les cheveux hérissés) et berla (qui a la berlue). Cela 
peint à merveille la tête hirsute et l'œil hagard d'un individu mal 
équilibré qui se jette inconsidérément à travers tout ( 2 ). 

( x ) Godefroy traduit houreler par « tailler » ; il laisse hourlois sans traduction. 
( 2 ) En chestrolais, à Neuvillers- Recogne, in hurluva : « un hurluberlu ». 



— 152 — 

Hurelon : picard hourlon, heurlon, hurlon, gaumais hourlon, -an, 
« hanneton ». Meyer-Lùbke, n° 9039, rattache ce mot au lat. ululare 
(hurler), de même que le fr. hulotte (chouette), comme on a vu plus haut. 
Je crois que l'hypothèse hure est pour le moins aussi défendable. Si le 
hanneton fait entendre un bruissement quand il vole, peut-on dire 
qu'il hurle ? Au point de vue phonétique, il y a de plus divergence entre 
hourlon et le picard heuler (hurler) ; de même le meusien hourlon 
(hanneton), que j'ai noté près de Longwyon en même temps que hurlay 
(hurler), hœrlau (hurleur). Enfin, comparez hurillon ci-après. — Varlet 
donne le meusien hourlot (hanneton) et Jaclot le messin heulo (hanne- 
ton ; tourbillon de vent). Ce second sens pourrait être invoqué en faveur 
de l'hypothèse « hurler » ; cependant, ne serait-ce pas aussi bien un 
« coup de vent qui vous ébouriffe » ? 

Hurillon. - - Ce type apparaît 1° en rouchi : hurion, hurlion 
« hanneton », d'après Hécart qui l'explique par « une onomatopée du 
bruissement que cet insecte fait en volant » : hypothèse que l'on jugera 
moins vraisemblable encore que pour hourlon ; — 2° en anc. fr. hurillon. 
Godefroy traduit ce mot par « sauterelle » ; mais il y a méprise. Il cite 
un seul texte : « La vin e plaie d'Egypte sont, locustez, c'est-à-dire 
laoustres et hurillons » (Valenciennes, xv e siècle). On doit évidem- 
ment mettre une virgule après laoustres et comprendre que la 
vni e plaie d'Egypte « sont sauterelles et hannetons » ( 1 ). — 3° Dans 
nos Aidennes, à Erezée, j'ai noté l'expression : il a r'çû dès bês hœrions 
« de beaux coups ». J'y vois le sens propre de : « coup violent de deux 
têtes qui s'entrechoquent » ( 2 ) ou de : « coup violent qui vous enfle la 
tête » ( 3 ). Il y a là une indication intéressante pour expliquer le fr. 
horion, dont l'origine est inconnue Les plus anciens exemples montrent 
clairement que horion désigne un « coup porté à la tête » ; d'où, au 
figuré, le sens de « gros rhume », qu'il a en normand. Ce serait une forme 
dialectale pour hurillon. Voy. Godefroy, horion 1 et 2 ; Diez, p. 616 ; 
Scheler, etc. 

P.-S. — Ce qui précède, sauf de légères modifications, a paru en 1919 
(liuis Romania, t. xlv, p. 181. Depuis lors je me suis convaincu que 
deux autres groupes de mots wallons, d'origine contestée, pourraient 
avec avantage rentrer dans notre liste. 

(*) Comp. dans God., laouste, un exemple du Lib. Psalm. : « Et locouste et 
haneton Vindrent sans conte, a grant foison ». 

( 2 ) Comme les coups que se portent deux vaches qui « font les hures « ou qui « se 
hurent » ; voy. ci-dessus. 

( 3 ) Comp. l'espagnol hura, abcès, enflure à la tête. 



— 153 — 

A côté de houri « frissonner » (p. 148), il existe en ardennais un autre 
verbe intransitif houri (Malmedy, Jalhay, Sprimont, Erezée), hori 
(Stavelot) «, s'abriter (contre la pluie) », syn. s' mète a hourisse (Erezée), 
a houriche (Cherain, Houffalize), a ouriche (Ortheuville), a oriche 
(Bande) ; dérivé houriha (Erezée), s. m., « moyen de s'abriter ou d'abri- 
ter qqch », syn. abatou « appentis ». -- A première vue, on pense à 
l'âne, h. ail. scûra (mod. Scheuer), qui a donné le w. heure t< grange »' 
et G., I 305, ne manque pas d'invoquer ce type germanique pour expli- 
quer le liég. si horer « se garer » ( 1 ). Mais îa phonétique ne permet pas 
de confondre heure («grange») et houri : à Faymonville, où l'on dit 
yœr « grange », on prononce houri, (et non youri) ; de plus h est caduc 
dans certaines formes du Sud {ouriclie, oriche). Je crois donc que ce 
houri est formellement identique à houri « frissonner » ; il a seulement 
revêtu une acception figurée toute différente : « se blottir ou s'adosser 
contre une haie, un buisson, qui forment comme une hure au-dessus 
de la tête ». Le dérivé hourisse, -iche répondrait à un type huris, 
fém. -isse, ou serait le déverbal de hurir. 

C'est aussi, je pense, un rejeton de hure qu'il faut voir dans Tard. 
huron (Forrières), houron (Laroche) « gros glaçon » ou mieux « gros 
cube de glace », dont le sommet fait saillie sur l'eau. On lit hurou dans 
Jean de Stavelot (*), mais ce pourrait être une erreur pour huron ( 3 ). 
Quant à hèrô (Huy), hèrau, hurau (G., I 289), hirô (Méry-sur-Ourthe ; 
Liège : Forir), qui a le même sens, on pourrait admettre que c'est le 
même mot altéré par influence de hirî « déchirer » ; mais c'est plutôt 
un mot différent, dérivé de ce hirî et signifiant « débâcle » ( 4 ), qui s'est 
substitué dans le Nord à houron « bloc de glace », alors que ce dernier 
a survécu dans le Sud. Il convient de remarquer que l'initiale de 

(*) Si horer n'a rien de commun avec notre houri ni avec le germ. scu ra. Il s'agit 
d'un emploi figuré de horer 1. creuser au moyen d'une hore (m. h. ail. schor, pic), 
2. drainer, éliminer les eaux. Comp. sêwer (exaquare) et si sêwer «s'esquiver». 
Sur hore, voy. BD 1914-19, p. 95. 

( 2 ) « Et quant ilh relingnat, les hurouz des glachons furent si hisdeuzement grans - 
et cressirent si grandement les aiwes, qu'il habatirent le pont de Gemeppe... » (éd. 
Borgnet, p. 113). 

( 3 ) Comp. honguete (J. de Stavelot, p. 190), qu'il faut sûrement lire hougnete. De 
même wendiés (id., p. 190) = iveudiés (vidés), comme le prouve weudarent (p. 191). 

(*) A Stavelot hirô signifie « rupture de la glace, débâcle » ; hirôder « se rompre : 
lu glace hirôde ; c'è-st-on bê hirô » (BSW 44., p. 537). J'ai entendu à Méry-sur-Ourthe : 
n-a Vêwe qui hirôdêye. « A présent, me disait le vieux passeur d'eau, il n'y a plus 
guère de hirôs (gros glaçons), ils se brisent contre les barrages ». Voyez ci-après les 
articles sizin, trèssèrin, et G., I 289, où Tordre des sens doit être renversé. 



— 154 — 

houron à Laroche ne peut s'expliquer que par un h germanique ; sc- 
germanique ou latin y donnerait ch (voy. l'article horon). 

w. horon 

D'après les dictionnaires liégeois (Cambresier, Remacle, Hubert, 
Forir, Duvivier), horon signifie « madrier, planche épaisse de chêne ». 
A Malmedy, Stavelot, Trembleur, Neuville-sous-Huy, etc., on entend 
par là une « dosse, la première et la dernière planche d'un tronc qu'on 
refend » ; tel est aussi le sens que j'ai noté près de Houff alizé ( 1 ), où l'on 
prononce choron. Enfin, d'autres auteurs (Lobet, Body, Rouveroy) 
donnent les deux acceptions. — Pour G., I 305, horon appartiendrait à 
la même famille que le terme de batellerie hore (= fr. écore, de l'anglo- 
saxon score). Sans doute, l'ancien liégeois xhorron et Tard, choron pos- 
tulent un primitif ayant se- à l'initiale ; mais la suggestion de G. paraît 
des plus contestables. Je préfère invoquer un type *ex-cor-onem, 
dérivé du lat. cor « cœur », à l'aide du suffixe diminutif -on ( 2 ). Un 
horon, c'est, suivant le point de vue, ou bien la croûte, la partie exté- 
rieure détachée du tronc, de façon qu'il reste l'intérieur ou^cœur de 
l'arbre (une dosse), ou bien une partie tirée de te cœur même (un 
madrier). Ainsi s'expliquerait l'hésitation entre les deux acceptions 
traditionnelles.- 

liég. hotche, hotchî 

G., I 300-1, traite séparément hotche « cosse, gousse » et hotchî 
« casser net ». Plus loin, II 319, il refait sur hotche un article plus 
nourri, sans aboutir à une solution satisfaisante : il y voit le fr. (é)cosse, 
ce qui est phonétiquement impossible. Pour hotchî, il ne donne rien 
de sûr ( 3 ). 

(*) À Bonnerue et à Buret. La première planche après le choron s'appelle H vwèzine, 
puis viennent lès plantches de milan. — À Cherain, on prononce aussi choron ; à 
Laroche horon. 

( 2 ) Pour le radical, comp. l'anc. fr. coral « cœur de chêne » ; w. corâ, t. de houill. 
« bois de renfort placé dans certains boisages » (à Seraing ; cf. Body, Voc. des Char- 
rons, v° âbon). — Pour le suffixe, comp. le w. et anc. fr. coron (bout), dérivé de 
l'anc. fr. cor, corn, w. cwèr, lat. cornu . — À Halleux (d'après Body, ibid., v° horon), 
on dit horion, avec un suffixe -ion, fr. -illon ; voy. ci-dessus une note à l'art, cakèdô. 

( 3 ) Il renvoie au fr. escocher, t. de boulanger, « battre la pâte avec la paume de 
la main pour en former une seule masse ». Ce mot est dans Littié, mais je n'en trouve 
l'explication nulle part. — M. Semertier, Voc. w. du boulanger (BSW 34, p. 268), 
attribue par erreur au w. hotchî le sens de ce fr. escocher ; il a mal compris Grandga- 
gnage ; cette acception est en réalité inconnue. 



— 155 — 

Dans l'anc. fr. escouchier, fr. ècoucher ( 1 ), M. A. Thomas a reconnu le 
lat. *excuticare (de ex et de cutica, forme allongée de cutis «peau, 
écorce »). Ce type se retrouve dans l'anc. fr. eskokier « briser, rompre » 
et dans le picard écoquer « casser ». Nous allons voir qu'il rend aussi 
paifaitement compte du liég. hotchî. 

Le sens premier « décortiquer » subsiste 1° dans : hotchî dès peûs, 
dès fèves « écosser des pois, des fèves », expression que nos dictionnaires 
ne connaissent pas ( 2 ), mais que je tiens de vieux Liégeois ; 2° dans : 
dji w' Vî a nin hotchî ( 3 ), proprement : « je ne le lui ai pas écossé, je 
le lui ai fait manger hotches et tôt (avec les cosses) », d'où, au figuré : 
« je le lui ai dit sans adoucissement, sans préparation » ; comp. le fr. 
« ne point mâcher une chose à qqn ». — De là, le déverbal hotche, f., 
« cosse (de pois, de fèves) » ; dans le Brabant oriental : scotche di pzvès, 
di fèves, près de Jodoigne, à Ste-Marie-Geest, Noduwez, Marilles. — 
De là aussi, avec le suffixe -ellum : -ia, le diminutif hotcha (Huy), m., 
« pois mange-tout », scotcha (Namur), « 1. sorte de pois ; 2. gousse 
de pois » ( 4 ). 

Par analogie avec le bris de la cosse que les doigts font éclater, 
hotchî a pris le sens de : « casser net (un ém, une branche, un os, etc.) », 
puis de : « trancher net (la fane des blés, des carottes, des bettera- 
ves, etc. » ( 5 ). Cette acception dérivée est devenue la plus fréquente ; 
elle a supplanté la première et obscurci, comme nous l'avons vu pour 
Grandgagnage, l'origine du mot. En voici quelques exemples : lès jjôtes 
sont totès hotchêyes (Liers-lez- Liège) « les épis sont tout cassés » ; hotchî 
on bwès, si hotchî Vohê dèl djambe « casser net un bois, se fracturer le 
tibia » ; au fig. tôt hotchî « tout net, recta, brièvement » : dji Vî a dit tôt 
hotchî « je le lui ai dit sans détour, sans ménagement » ( 6 ). — Souvent 

( 1 ) Ecoucher le lin, le chanvre (= w. spindji), c'est frapper la filasse avec une 
baguette, dite écouche (= w. spindje), pour en faire tomber les fragments de la tige 
qui y sont restés adhérents. — Voy. Thomas, Mélanges, p. 64 ; Romania, 1910, 
p. 222 ; Meyer-Lubke, n° 2999. 

( 2 ) G. et Forir ne donnent que di(s)hotchî « écosser ». Comp. le nam. splossî ou 
displossî (Pirsoul) « écosser » ; le fr. plumer ou déplumer. 

("*) Remacîe, 2 e éd., et G. ont tort d'expliquer directement par : « mâcher, sens 
figuré dérivé de : casser net ». 

( 4 ) G., II 349, scocha ; Pirsoul scotia. 

( 5 ) Lobet, p. 247 : «effaner... effeuiller». De même à Stavelot: hotchî dès rècènes , dès 
pétroles «décolleter des carottes, des betteraves» (BSW44, p. 538; BD 1910, p. 12). 
Ce sens pourrait aussi bien se rattacher plus directement à celui de « décortiquer ». 

( 6 ) Cet exemple devient ainsi synonyme de : dji n' Vî a nin hotchî. J'ai entendu 
aussi à Liège : dji u' plaWrè (ou coVrè) coula tôt hotchî so vosse tèyeû (assiette), ce qui 
pourrait aussi bien s'expliquer par le sens propre. 



— 156 — 

intransitif : U lame de coûté a hotchî (éclaté) comme de veûle (Liège) ; 
de bwès qu'est sudjèf a hotchî, de hotchant bwès « du bois qui casse faci- 
lement, qui n'est pas coriant (flexible) ». — Enfin, nous rattacherons 
ici le nam. scokèt (Fosse-lez-Namur : BSW 52, p. 158), m., « épi brisé 
de sa tige », scoketer (ib.) « briser », dont le k, au lieu de tch, atteste 
l'influence du rouchi ; comp. le pic. écoker cité ci-dessus. 

liég. hotchèt, fr. techn. hochet 

Le liég. hotchèt, nam. otchèt, signifie « boule de menue houille pétrie 
avec de la terre glaise ». D'après G., I 300, ce mot « vient peut-être de 
hotchî (casser net), les hotchets étant faits de houille concassée ». On 
doit écarter cette conjecture pour deux raisons. Nous venons de voir 
que l'aspirée initiale de hotchî représente le lat. exe- ; loin de tomber 
en namurois, elle y deviendrait se ou ch. De plus, hotchèt a une accep- 
tion moins spéciale que G. ne le jDense. Ainsi, le malmédien connaît 
hotchèt cT boûre ou d'ivièr « pelote de beurre, de neige », à côté de 
hotchèt a broûler « motte [de charbon] à brûler » ( x ). En chestrolais, 
hotchèt se dit d'un « tas de foin, meulon ou veillote » (Dasnoy? p. 159). 
A Stave, au S. de Namur, si cwèfè a otchèt, c'est « se coiffer eh faisant 
un toupet bombé sur une tempe ». Le sens général est donc « petite 
masse arrondie .» ; il a subi la même restriction que le synonyme clûte 
(Ver vi ers, Malmedy ; du néerl. kluit « motte ») ; voy. l'article bougnèt. 

Pour expliquer hotchèt, il suffit d'en rapprocher hokèt d'ansène, qui 
désigne, dans le Condroz, le petit tas de fumier déposé sur le terrain à 
fumer ( 2 ), ainsi que le chestrolais hokète « petite butte, éminence isolée, 
motte » (Dasnoy, p. 263). Ce groupe se rattache au moyen h. ail. 
hocker « bosse », moyen néerl. hocke, flam. hok, ail. hocke « tas de foin 
ou de blé dans le champ » ( 3 ). Il faut tirer de la même source le nom de 
lieu ( 4 ) et de famille Hock et le nom du village Hockai (= hokê ; suff. 
-ellum), qui signifie donc « petite éminence » ( 5 ). Quant à hotchèt, il 
dérive de hok, hocke, comme lotchèt « boucle ou mèche de cheveux » du 

( x ) Exemples tirés de Villers (1793), qui ajoute : « (être) corne on hotchèt «gras et 
dodu ». Forir donne aussi en liégeois hotchèt iV trouje, (F hivèces « briquette de tourbe, 
de tan ». 

( z ) G., I 301 ; Body, Voc. agr. (BSW 20 ; p. 97). Voy. ei-dessus l'art, gossé. 

( 3 ) Voy. Weigand hocke, hocken, hôckeii ; le Supplément de Sebuernians hok ; 
Behrens, pp. 135-0. Comp., pour le sens, le nam. bossale « tas de gerbes de pt-ille » 
(Pirsoul), diminutif de bosse. Voy. aussi Hécart iiocquet. 

( 4 ) Par exemple è hok, I. d. de Neuville-en-Condroz. 

( 5 ) Counson, Toponymie de Francorchamps (BSW 46, p. 225), dérive à tort 
Hockai du germ. haug. 



— 157 — 

néerl. lok, ail. loche. Pour hokèt à côté de hotchèt, comparez le liég. 
flqkèt, flotchète « petit nœud de rubans » ; crokê (Stavelot), crotchèt 
(liég.) « crochet » ; stokc (liég.) « petite souche », stotchèt (Faymonville) 
« tige [de chou] » ; pake, pokète (Liège, Verviers, Malmedy) « pustule », 
potchèt (ib.) « petit tas ». 

Le fr. techn. hochet — différent de hochet « jouet » — signifie, d'après 
Littré : « 1° sorte de bêche usitée dans les terrains légers ; 2° forme 
dans laquelle on moule la houille ; 3° (au Supplément) charbon préparé 
avec cette espèce de moule » ( l ). Littré tire ce mot de hocher « secouer, 
remuer ». Il a peut-être raison pour le 1° que nous ne connaissons pas ; 
mais on retrouve dans le 3° notre hotchèt, francisé à Liège même en 
hochet (de charbon). Le 2° en dérive naturellement (-). Il faut donc 
renverser l'ordre indiqué par Littré et rejeter son étymologie ( 3 ). 

liég. hoûr. anc. fr. heulle 

A côté du liég. hoûr, nam. oûr, m., « tréteau de scieur de long, etc. », 
dont l'origine n'a rien de mystérieux ( 4 ), on connaît à Liège un autre 
mot hoûr, m., « dos (d'un couteau) », que l'on n'a pas encore éclairci 
jusqu'à présent. G., I 312, le rapproche de l 'anc. fr. hoole, qui a le même 
sens, et du w. hour'lê « talus ». Ce dernier n'a rien à voir ici ( 5 ), mais 
l'autre indication est à retenir. Du mot ancien français nous avons 
trois formes différentes : « le hule d'un coutel » dans le Ménagier ; « le 
heulle d'une hache » en 1395 ; « le hoole d'un coustel » en 1426 ( 6 ). Ces 
textes du moyen âge doivent avoir mieux gardé le type primitif que le 
dialecte moderne ; je tiens donc hoûr pour une altération de *hoûl ( 7 ). 
Or Schuermans enregistre le flamand hoesel, m., « dos d'un couteau» ( 8 ), 
qui serait, d'après lui, le même mot que houdsel. Aux germanistes de 
nous dire s'il a raison. Quoi qu'il en soit, le flamand hoesel (prononcé 
hoûs'l) rend assez bien compte de l'anc. fr. hule, etc., et, partant, du 
mot liégeois. 

( 1 ) Voy. aussi le Larousse illustré. Le Dicl. gén. n'admet pas ce groupe. 

( 2 ) Ce sens 2° n'est pas connu, je crois, à Liège. D'après Morand (éd. de 1780, 
II e partie, § 502), les Liégeois appellent lunette le moule à hochets. Je n'ai, pour ma 
part, jamais entendu que le terme général foûme « forme ». 

( 3 ) Le fr. hocher se traduit en liégeois par hossi (du bas ail. hotzen) ; hocher et hossî 
n'ont aucune parenté d'origine ; voy. G. hochè, hosî ; Dict. gén. hocher. 

(*) C'est le fr. hourd, d'origine germanique ; voy. le Dicl. général. 

( 5 ) Sur houflê, voy. ci-dessus p. 151. 

( 6 ) Voy. Godefroy, heulle. Diez, Kôrting, Meyer-Lùbke n'en parlent pas. 
(') Comparez pâhûle (Liège) = pâhûre (Huy) « paisible ». 

( 8 ) De même De Bo donne hoesel, oesel (en Flandre française hoezel, oezel). 



— 158 — 

anc. fr, hovalon 

Godefroy ne peut traduire ce mot dans le texte suivant : « que toutes 
les compaignies et troupes estrangeres eussent a sortir, tant les Espa- 
gnolz que Neapolitains, lanquenetz et hovalons » (1594, Journal 
(VOlier, dans le Cab. hist, t. xxvi, l re part., p. 156). — Il faut lire 
houalons = Wallons. On connaît le rôle joué par les gardes wallonnes 
dans les guerres des xvi e et xvn e siècles : c'était un corps de troupes 
des armées d'Espagne, levé dans la partie wallonne de la Flandre. — ■ 
La graphie houa (= wa) est analogue à hui (= ivi) dans le fr. huile et 
dans l'anc. fr. huihot, huigner, huillebrequin. De même aujourd'hui 
ou = w dans ouest, ouate, ouaiche. 
[Romania, t. xlvii (1921), p. 567.] 

liég. hoye, fr. houille 

Dans sa curieuse Lettre à Ch. Grandgagnage, datée du 13 juin 1856 ( 1 ), 
J.-H. Bormans regrette l'oubli du liég. hoye dans le Dictionnaire éty- 
mologique de la Langue wallonne. Lui-même rapporte ce mot r au thiois 
schol, scholle (défini par Kilian : crusta soli vel te^rrae) et compare le 
liég. hâye « ardoise », qui vient de schael : « sehol et schael sont en effet 
des dérivés du verbe schillen ou schellen, peler, écaler, s'écailler, etc., 
et signifient écaille, éclat, motte de terre, schiste, ardoise, etc. » — Tel 
est aussi l'avis d'Atzler (cité par Diez), qui rattache houille à l'ail. 
scholle, anc. h. ail. skolla. Sans se prononcer ouvertement, Diez laisse 
entendre que cette opinion lui paraît fondée. — Enfin Scheler, DicU 
étym. fr., propose timidement l'ail, kohle « charbon », tout en reconnais- 
sant que « scholle expliquerait l'expression charbon de terre en houille 
dans un texte de 1661 : ce serait du charbon en blocs » ; il cite même, 
à l'appui de cette opinion, la forme anglaise secole dans Palsgrave, 
p. 260 ( 2 ). 

Bormans rejette délibérément l'explication par le thiois kool, ail. 
kohle, pour une raison de phonétique : « le changement du k initial 
d'un mot tudesque en h wallon est peut-être sans exemple ». Et, de 
fait, j'ai passé en revue la série des mots wallons commençant par k 
et par h, et je n'ai recueilli qu'un exemple sans grande valeur : hikliose 
« coqueluche » (Clermont-Thimister ; G., II 536), du néerl. kinklioest, 

(^ Bail, de Vlnst. archéol. liég., t. 2, p. 556. 

( 2 ) Dans son (Jloss. des Chroniques de Froissart, Scheler voulait expliquer houiller 
par fouiller. 



— 159 — 

ail. keichhusten ( 1 ). Quatre cas, qu'on pourrait, à première vue, invoquer, 
à savoir cougnot : hougnot ; coulât : houlot ; corote : horote ; cotchèt : 
hotchèt, ne doivent pas être mis en cause : hougnot « quignon » n'est 
signalé que par Simonon (dans G., II 537) ; c'est une altération de 
cougnot, gougnot aV pan (Forir), sous l'influence de hougnot : houyot 
dont nous parlerons tantôt ; de même le malm. hougnèt a" pan (Villers, 
1 793) ; — coulot = « culot », tandis que le verv. houlot —- « *éculot » ; — 
le verv. horote est un diminutif de hore (canal), tandis que le liég. corote 
dérive de cori (courir) ou provient, du croisement de horote avec cori ; — 
enfin cotchèt et hotchèt ont sûrement un radical différent : cotchèt se 
rattache peut-être à l'angl. coke ; pour hotchèt, voy. l'art, ci-dessus. — 
On ne peut donc s'appuyer sur ces mots, et la formule « germ. k = h à 
l'initiale » reste encore à démontrer pour le wallon ( 2 ). Au surplus, 
nous verrons bientôt que le sens premier de hoye n'a pu être « charbon ». 

Au point de vue phonétique, le passage de l'anc.-h.-all. skolla au 
liég. hoye s'explique aisément. Le se initial, latin ou germanique, suivi 
d'une voyelle, devient régulièrement h dans les mots populaires de ce 
dialecte. Pour le mouillement de l et pour la réduction de ly à y, il 
suffit de comparer le traitement du lat. pull a, qui donne liég. poye, 
montois pouye, fr. poule ; de même gwla = liég. gueûye, gueule ; 
mtfla = liég. meûye, fr. meule ; comparez encore ala = malm. êye, 
liég. éle, fr. aile ; tel a = ard. teûye, liég. teâle, fr. toile ; *stela et 
stipula = ard. steûye (Wardin-lez-Houff alizé), liég. steûle, fr. étoile 
et éteule. On voit que, pour expliquer ly dans houille, il n'est pas 
nécessaire, comme fait Diez, de supposer (si la forme française est de 
provenance wallonne) une forme anc.-h.-all. *skolya. 

De ce côté, donc, nulle difficulté. Mais, si l'on se place au point de 
vue des formes différentes que doit revêtir un mot passant d'un dialecte 
à l'autre, une objection assez grave se présente. Ce n'est que dans la 
région de Liège et du N.-E. que se devient h. A l'Ouest, et notamment 
en namurois, il devient eh : chame, chaule, chète, chache, chupe, chover, 
choûter, diurne, churer, chilète, chou, etc. En montois, il reste se : skète, 
scar, skite, scou, skièle, scoupe, etc. En français, il donne éch, éc : échasse, 
échelle, écoupe, écume, écouter, etc. Cette gamme dialectale s'observe 
par exemple au complet à propos du liég. hoye, ardoise : ard. chaye, 

( 1 ) La forme w. peut s'expliquer par l'influence de hikHer (hoqueter), par dissi- 
milation, ou par influence assimilante du second h. 

( 2 ) La première édition de cet article (BD 1907, p. 125) porte à cet endroit une 
discussion de textes, qu'on juge inutile de reproduire ici. 



— 160 — 

nam. (par exception) et mont, scaye, rouchi et franc, école, écaille. Or, 
partout en Wallonie, dans son rayonnement au Sud et à l'Ouest, le 
germ. skolla aurait produit la forme unique hoye, à peine nuancée 
en houye (à Mons). Comment expliquer cette anomalie ? 

D'abord, il ne faut pas perdre de vue l'important facteur chrono- 
logique. La loi qui a présidé aux divers changements phonétiques dont 
nous venons de parler, a exercé son action à une époque reculée et a 
donné naissance aux différents phénomènes simultanément et indépen- 
damment. Dans les temps postérieurs, en tout cas au xn e siècle, cette 
loi avait cessé d'agir, de sorte qu'un mot a pu et même dû passer dès 
lors sans altération, d'un dialecte dans les dialectes voisins. C'est, 
croyons-nous, ce qui eut lieu pour notre mot. Alors que haye — chaye — 
scaye — escaille étaient nés de bonne heure et en même temps sur 
différents points du Nord-roman, hoye, vers l'an 1200, passa sans chan- 
gement de l'Est-wallon à l'Ouest ; la forme liégeoise s'imposa aux 
autres dialectes et, par suite, au français. Diez a donc raison de définir 
houille : lùtticher Steinkohle... gewiss ein uraltes locales Wort. 

Les données historiques que nous possédons sur la découverte de la 
houille justifient-elles cette manière de voir ? Assurément, puisque le 
premier texte qui en fasse mention de façon péremptoire, date de 
1195 ( x ) et que Liège est considéré comme le berceau de l'industrie 
houillère sur le continent. « On ne trouve pas, dit M. Gobert, une seule 
charte antérieure au xm e siècle dans laquelle le charbon de terre 
serait mentionné. Après une étude complète de tous les diplômes et 
chartes imprimés connus, concernant notre pays, l'érudit archiviste de 
la ville de Bruxelles, M. Alphonse Wauters, est arrivé aux mêmes 
conclusions que nous ». 

Ainsi donc — pour reprendre l'expression de Diez — hoye est un 
« très ancien mot liégeois ». Et voici comme j'expliquerais son évolu- 
tion sémantique. Bien avant la découverte de la houille, ce terme 
existait dans cette pointe extrême de la Wallonie, avec le sens général 

(*) Hoc anno terra nigra ad focum faciendum optimaper Hasbaniam in multis locis 
est inventa {Annales Sancti Jacobi Leodiensis, publiées par M. J. Alexandre, pour la 
Société des Bibliophiles, p. 52). Ce texte fameux est de Reinier, moine de St-Jacques, 
à Liège. Plus loin, en 1213, il parle encore de la découverte de cette terra nigra 
carbonum simillima quae fabris et fabrilibus et pauperibus ad ignem faciendum est 
utilissima. Il est à noter (pie l'annaliste désigne par deux fois la houille au moyen 
d'une périphrase. — Nous empruntons ces textes aux Rues de Liège de Gobert, 
II <>:',, qui a fait de la question un exposé très intéressant. Voyez ci-après l'ar 
ticle tèroûle. 



— 161 — 

de « petite masse, motte » ( x ). On disait en liégeois des hoyes de 
glace, de pierre, de neige, de terre, de beurre, etc., avant de dire des 
hoyes de charbon. Lorsque le charbon de terre fut découvert, ce dernier 
emploi, devenu le plus important, fit oublier tous les autres : de là, des 
hoyes (sans complément) ne désigna plus que «la houille en mor- 
ceaux » ( 2 ). C'est sous cette forme et avec ce sens restreint que le mot 
sortit, vers l'an 1200, du canton où il avait vécu jusqu'alors, pour 
voyager — avec la chose — vers l'Ouest et le Sud et faire la fortune que 
l'on sait ( 3 ). 

A l'appui de cette thèse, je crois que l'étude des dérivés — où le sens 
générique que j'indique plus haut s'est nettement conservé — fournira 
un argument de sérieuse valeur et, en tout cas, inédit. 

1. Parmi ces dérivés, je range tout d'abord kouyot (Liège, Verviers ; 
altéré souvent en hougnot) et houyê (Spa), qui signifient « pelote (de 
neige), motte (de beurre, d'argile, etc.) ». Grandgagnage, I 308, déclare 
tout à fait inconnue l'étymologie de houyot et du v. houyî, jeter des 
pelotes de neige. — Il faut y voir le diminutif (-ot, -ê) de hoye, au sens 
originel indiqué ci-dessus : on houyot (V nivaye, c'est une pelote de neige, 
pressée entre les mains ( 4 ) ; on houyot oV hoûre, c'est une motte de 
beurre. G. cite la jolie expression heure a houyots, boire à tire-larigo, à 
grandes lampées, comme qui dirait « par blocs ». Entendu aussi : 
Vêwe fêt dès houyots « l'eau fait des vagues ». 

(!) On dit encore à Stavelot dès hoyes du hzvaces « des mottes ou gâteaux plats 
d'écorces de chêne moulues » (BSW 5, p. 377). 

( 2 ) Encore aujourd'hui, l'idée de pluralité subsiste dans l'esprit du peuple. 
Le w. dira : brouter tôt plin dès hoyes ; i va vinde dès hoyes so lès viyèdjes. Dans le 
vocabulaire de nos bouilleurs, hoye signifie : 1. bloc [de charbon fossile] : ine grosse 
hoye, ine hoye lî a sprâtchî (écrasé) V pî ; on mâva cvrîfêt dès tro petites hoyes ; — 2. par 
ext., charbon fossile : dèl prôpe hoye (syn. vonne « veine »), dèl crasse hoye (syn. de 
crïïs Ichâfèdje ou tchèrbon). — Les marchands ambulants crient dans nos rues : 
as houyes ! C'est le seul cas où l'on rencontre cette prononciation houye en liégeois. — 
On prononce hoye à Verviers comme à Liège, alors qu'au liég. foye, poye, coye, 
correspond le verv. faye, paye, caye. 

( 3 ) En français, la plus ancienne forme que cite Godefroy dans son Supplément, 
est oille en 1510 ; à remarquer l'expression oille de charbon, en 1511. On trouve ouille 
en 1665 : la suppression de la forte aspiration wallonne n'a rien que de régulier. 
Enfin l'Académie admit houille en 1718. — En liégeois, nous trouvons dès 1278 : 
« lovrage des hulhes d'une pièce de terre » (cité par F. Hénaux, Ilouillerie du pays 
de Liège, p. 111) ; en 1295 :« hidhes ou cherbons » (Chartes de St-Lambert, n° 448), 
et en 1340 : « ouvraige de huilhe » (ib., n° 630). Voyez Gober t, Eaux et fontaines à 
Liège, p. 27. 

(') Dans ce sens, le plus fréquent, on supprime d'ordinaire le déterminatif : 
lès-èfants s' tapèt dès houyots. 



— 162 — 

2. houyî. I. v. tr. et réfl. Assaillir en lançant des pelotes de neige : 
houyî ine saquî ; lès gamins- djouwèt a s' houyî. Altéré souvent en hougnî, 
ainsi que les composés kihouyî, cahouyî : kihougnî, cahougnî « assaillir 
à coups de projectiles, lapider ». — Pour la forme et le sens, comparez 
le fr. motter (un berger qui motte ses brebis) ; lapider, mitrailler, etc. 

II. v. tr. « Herser avec la herse renversée et quelquefois garnie 
d'épines. On houye également avec une traîne d'épines, sans herse. 
Houyî lès prés po lès fnètî ; houyî lès (leurs grains (Theux). C'est au 
printemps qu'on houye les gazons et les céréales d'hiver » (Rody, Voc. 
des agric). De même, à Fléron, Trembleur. Thimister, houyî signifie : 
v. éparpiller le fumier dans une prairie ». — Comp. le fr. émotter (un 
champ). 

III. v. tr. Exploiter (la veine de charbon fossile) : houyî on dressant, 
ine plateûr (une veine en dressant, en plateur) ; in-ovrî qui houye hin 
*' tonne (un ouvrier qui « houille » bien sa veine, ce qui consiste à 
détacher le charbon en gros blocs : i fêt dès grozès hoyes) ; — au passif : 
ine vonne qu'est ma houyêye; ci n'est nin houyî devins lès condichons ; — 
v. réfl. : ine vonne qui s' houye bin (qui se détache par blocs sans donner 
trop de menu) ; — v. intr. ou sans compl. : houyî al vonne ou a tèye 
(travailler à détacher la houille dans une taille) ; houyî al pire (enlever 
le stérile dans une veine en étreinte, strince) ; vola k'mint qu'i fât houyî 
po-z-aveûr dès grozès hoyes ; kimint houye-t-on chai ? (comment va la 
besogne ici ?). — Le composé dishouyî « déhouiller » existe à Fléron : 
c'est tôt d'houyî, il n'y a plus de charbon à extraire. 

Conclusions : 

Les dérivés houyot. houye et houyî (sens I et II) prouvent que hoye 
avait primitivement l'acception de « fragment, éclat, morceau, motte, 
bloc » et confirment 1 étymologie par l'anc. h. ail. skolla, ail. scholle, 
néerl. schol. Le sens III de houyî est postérieur et dérive de hoye employé 
avec la signification restreinte de « charbon fossile ». — L'origine du fr. 
houille (emprunté du dialecte liégeois) n'est donc pas aussi inconnue 
que le dit prudemment le Dictionnaire général. 

|BD 1907, p. 123. — Meyer-Liibke, n° 8005 a (f;isc. 8, paru en 1914), admet 
sans restriction que l'anc. h. ail. skolla a donné le w. hoye, d'où le fr. houille 
(qui a donné à son tour l'esp. huila et Je port, ulha).] 

av. hroûler 

Le liégeois (?) « hrouler, tamiser » est donné par Bailleux et repris 
par (i., I .'510. L'article de (i., malgré sa longueur, est des plus faibles. 
Notre mot est rapproché du holl. krullen, qui nous aurait ainsi donné 



— 163 — 

deux verbes différents : croler « boucler, friser » et hrouler ! — Il faut 
lire hrouler, qui se rattache au latin cribrum, devenu criblum (d'où 
le fr. crible) et représenté en wallon par croule (« égrugeoir » : Lobet 
ap. G., II 516), crûle (« crible » : Verviers, Trembleur, Jalhay, Stavelot, 
Bra, etc.), crîle (« crible » : Villers-Ste-Gertrude, Namur, Houdeng) ( x ). 
Le verbe crouler (crûler, crîler) signifie « cribler, tamiser » ; d'où le 
composé hrouler, proprement « faire sortir en tamisant », qui répond 
au type latin *excriblare (*écribler) ; comparez hrou « écru », hlôre 
« éclore », etc. 

[Mélanges Kurth, II (1908), p. 321. Remanié. Cf. Meyer-Lûbke 2322, 2324.] 

anc. fr. huricle 

Godefroy a cet article : 

huricle, s. f., sorte de plante : « De la huricle client les maistres qu'on la 
doit mangier pour aler a chambre (Liv. de fisiq., ms Turin, f° 10 r°). 

On reconnaîtra dans ce mot le moyen néerl. hederick, herick « rapis- 

trum arvorum » (Kilian), qui est l'ail, hederich « rave sauvage, faux 

raifort ; moutarde sauvage, erysimum ; lierre terrestre, etc. ». Des 

dialectes flamands (Brabant, Limbourg) connaissent encore herik, 

harik, etc.,« moutarde sauvage, velaret, sénevé » (Schuermans, De Bo). 

Enfin Ivramers fait de herrik le synonyme de dolik, ivraie. — Quant à 

la forme, huricle se laisse ramener sans peine à herik : la protonique 

s'est assourdie en u et un / parasite s'est ajouté à la fin, comme dans 

Pane. fr. bouticle, ?nusicle, triade, etc. Voy. ci-après Part, tîke, anc. liég. 

ticle. 

[Romania, t. xlvii (1921), p. 568.] 

rouchi juverne (Mons) 

Le Glossaire wallon de Philibert Delmotte, écrit en 1812 et publié à 
Mons en 1907, donne sans explication l'article suivant : 

juverne : kevau de juverne. Dans un attelage de chariot où les chevaux sont 
deux à deux, c'est celui qui est à la droite du cheval que monte le conducteur 
et que les Wallons nomment kevau de peniau. 

(*) G., I 141, dérive à tort le nam. crîle du Iat. cribellum. — Comp. tribula> 
truie, troûle (truble) ; tribulare> trûler, troûler, nam. Irîler (endetter) ; extribu- 
lare > strûler, stroûler, nam. strîler (endetter) ; nebula > mile, nam. nîle (hostie, 
oublie) ; nebulata > liég. nûlêye, verv. noûlêye (nuage) ; affibulare > afûler 
(affubler). — A Thimister-Clermont, j'ai noté troûleû « crible », qui peut venir direc- 
tement de troûler « émietter », ou être altéré de *eroûleû (*cribloir) sous l'influence 
de troûler. 



— 164 — 

La forme juverne est due à une erreur d'analyse. Il faut écrire jus 
verne, c'est-à-dire « en bas de la verne ou du timon ». On distingue de 
même à Jeneffe (Hesbaye) li dfvâ d'à pané (le cheval de gauche qui 
porte un pané « panneau », couverture ou selle rustique) et li dfvâ di 
djus mène; à Perwez (Brabant), le tclifô aV pagna et celui de d'zos vèdje, 
le cheval de droite, qui se trouve au-delà (= au-dessous) du timon par 
rapport au conducteur, lequel s'assied toujours sur le cheval de gauche ; 
à Wiers (Hainaut, arr. de Tournai) : këvô d' peniô et kevô d' vergue ; etc. 
Le montois jus répond au liég. djus. Pour le sens de verne, viène, dans 
cette expression, voyez l'article vièrna. 
[BD 1907, p. 122.] 

liég. keûre, mèskeûre 

Ces verbes n'ont pas de correspondant français et ne sont connus 
que dans la province de Liège et au pays de Malmedy. Keûre signifie : 
« voir de bon gré qu'un autre obtienne un avantage, le lui souhaiter, 
l'en féliciter » , en ail. : « gonnen », en fr. du cru : « gréer », qui est au 
fond de l'anc. fr. (voy. G., v° grèier). Dji tel keû bin, sês-se, frê ! dit un 
un voisin à Tâtî qui vient de gagner le gros lot ; dji v' keû tôt V bin de 
monde « je vous veux tout le bien possible ». Souvent ironique : dji lî 
keû bin! « je suis charmé de sa mésaventure, c'est pain bénit ! » — 
Employé négativement, il équivaut à mèskeûre (mès- = lat. minus), 
et le fr. offre ici des équivalents plus exacts : «envier, donner à regret 
ou chichement, refuser, reprocher, plaindre » (ail. misgônnen) : mi 
messe ni ni' keût nin (ou mi mèskeût) Vêive qui dj'' beû « mon maître me 
reproche l'eau que je. bois » ; i s' mèskeût V pan qu'i magne « il pleure 
le pain qu'il mange » ; i n' si mèskèyèt rin « ils ne se refusent rien » ; nos 
w' mèskèyans nin nos panes « nous ne plaignons pas notre peine ». 

Pour G., T 105, keûre « est évidemment le même mot que le dial. de 
la Suisse rom. cordere (souhaiter cordialement qqch à qqn), lequel 
dérive du lat. cor, cordis ». Malgré cette conviction, G. ajoute : « D'ailleurs 
on pourrait penser à l'ail, kùren, bas saxon koren, holl. keuren, etc. 
(choisir, approuver, avoir pour agréable) ». — Altenburg critique ces 
deux propositions et imagine une variante de querre, lat. quaerere ( x ). — 
.M. Georges Uoutrepont, trouvant ces étymologies peu heureuses, réfute 
la dernière et se demande si un verbe *curere, pour curare, ne répon- 
drait pas mieux aux données du parler moderne : « Il conviendrait 
pour le sens : avoir souci, prendre soin de, faire des vœux pour. On 

(') Versuch einer Darstellutig der watt. Mundart (Eupen, 1882), 3 e partie, p. 11, n. 



— 165 — 

admettrait alors que le radical tonique heâ s'est adouci à l'atone en è : 
kèyans, hèya, kèyou, futur keûrè » ( 1 ). 

Peu satisfait de ces diverses conjectures, qui tendent toutes, même 
la dernière, à établir un radical keûr- sans expliquer comment r du 
radical aurait disparu de la conjugaison, j'ai naguère ( 2 ) cherché à 
résoudre la question en partant d'un type lat. * quêt^re (rendre coi, 
apaiser ; d'où : quitter, abandonner ; d'où : accorder, etc.). Je renonce 
aujourd'hui à cette hypothèse — phonétiquement correcte, mais 
compliquée et soulevant des difficultés de sémantique. Je reconnais 
que M. J.-J. Marichal, qui, dans son étude sur la phonétique de 
Weismes ( 3 ), donne laconiquement : « heure = lat. cup^re », a vu plus 
juste que ses devanciers. M. Marchot ( 4 ), à l'appui de cette équation, 
allègue l'anc. fr. covir (< *cupire), qui est dans le Saint Léger; pour 
expliquer la conjugaison, il suppose que l'analogie des couples creûre, 
creû (credere, -is, -it), veûr, veâ ( 5 ), avec heure, heu, a produit, sous 
l'influence de crèyans, crèyou, vèyans, vèyou, la conjugaison anormale 
kèyans, kèyou (au lieu de *covans, *covou). — Pareille influence est, en 
effet, des plus vraisemblables. Une modification analogue s'est bien 
produite pour scrîre, nos scriyans (au lieu de *scrivans ; sans doute à 
l'instar de rire, riyans). Le parallélisme de creûre-mèscreûre avec heûre- 
mèskeûre a dû contribuer également à rapprocher la conjugaison des 
deux verbes. Enfin, autre preuve que ereûre et heure marchent de pair, 
on conjugue en Hesbaye (Bergilers, Oleye) : i creûhèt, i mèskeûhèt 
(= liég. crèyèt, mèskèyèt). 

En somme, la question peut être considérée comme résolue. L'extrême 
N.-E. wallon aurait donc l'honneur de posséder le seul représentant 
roman du latin cupere ( 6 ). 

i 1 ) Tableau de la conjugaison dans le w. liégeois, 1892 (BSW 32, p. 102). — Si 
l'auteur parle d'un radical keû-, c'est sans doute par analogie avec heure (dji heû, 
nos hoyans, du lat. excutere) ; mais, si heure venait de *cur?re , le rad. verbal 
serait keûr- et r devrait passer à toutes les formes de la conjugaison, comme dans 
cori, mort, qwèri. 

( 2 ) Bull. duDict. zv., 1911, p. 104. 

( 3 ) Die Mundarl von Gueuzaine-W eismes (Bonn, C. Georgi, 1911), p. 40. 

( 4 ) Zeitschriflf.franz. Spr. und Litt., xxxix (1912), p. 246. 

( 5 ) Veûr (voir) est la forme régulière (cf. G., I 4G1 ; G. Doutrepont, l. c, p. 95) ; 
mais on n'entend guère que vèy, vèyî, veûy. 

( 6 ) Meyer-Lùbke, n° 2403, ne cite que des représentants de cup i r e, entre autres 
le provençal cobir « gônnen » (syn. du w. heure, que l'auteur passe sous silence). 



— 166 — 

liég. kich'tôn' 

Ce terme d'argot liégeois, qui n'est pas dans les dictionnaires, figure 
dans la comédie de Remouchamps, Tâtî V pèriquî, v. 1033 : il a r\:â 
s' kichHôri, il a ravu s' lîvrèt « il a reçu sa punition, on l'a congédié » ( 1 ). 
J'ai entendu à Liège les phrases suivantes : dji lî a cVné .v' kichHôri ou 
dji Va èvoyî je kichHôri 1 « je lui ai donné son congé », en parlant d'un 
ouvrier, d'un amoureux ; dji lî donrè (s') kichHôri « je le rosserai » ; 
Vas-st-avu (f) kichHôri « tu as été rossé » ; nos frans kichHôri oûy 
après V dîner « nous manquerons aujourd'hui après-midi (à l'atelier, à 
l'école) », diront des apprentis, des écoliers. En réponse à qui réclame 
un paiement, kichHôri ! a le sens du fr. « bernique, sansonnet ! » Enfin, 
je trouve dans une pièce manuscrite : i fat todi qu'on Vzî (— aux Sœurs 
de la Charité) djâse de bon Diu ; sins qwè, c'est bernique jyo V kichHôn ; 
cette dernière expression est synonyme de po V bètâle « pour le paie- 
ment », du néerl. betalen « payer ». 

Les deux sens principaux : « punition » et « paiement » se retrouvent 
dans le flam. gestaan ( 2 ), qui signifie « être puni, être mal arrangé » 
(dans : er gestaan hebben : Schuermans) et a,ussi « payer, satisfaire, 
s'acquitter » (De Bo). Le flam. staan devient clitôii comme dans le liég. 
canifichHôri (ik kan niet verstaan). L'initiale g se durcit en k, comme 
dans d'autres mots de même origine. 

w. landon, andon 

En Picardie, le landon est un fort bâton de m 80 de longueur, qui, 
suspendu au cou des vaches en pâture, les empêche de courir ; c'était 
aussi, jadis, le billot mis en travers au cou des chiens pour les empêcher 
de chasser ( 3 ). Dans le Hainaut, c'est la volée, pièce de bois transversale 
attachée au bout du timon pour y attacher deux chevaux de volée ; 
à chaque bout de ce landon s'accroche un laniiau ou palonnier ( 4 ). Le 
mot d'ailleurs prend souvent une acception particulière : à Wiers-lez- 
Pcruwelz, par exemple, le palonnier à deux chevaux s'appelle bafniére 
(« bâtonnière ») et les petits palonniers tèrvèrsiers (« traversiers ») ; 
l'ensemble y constitue le landon. 

( x ) Voy. le commentaire de cette pièce, BSW 48, p. :J.'59. 

( 2 ) C'est l'ail, gcstehen, luxemb. gesclitûcn. 

( 8 ) Jouancoux et Devauchellc, Gloss. étym. picard. — C'est le sens du w. lamé, 
d'après G., II 10. 

(*) Delmotte : landon ; Sigarl : landon, radie. — Epinglons en passant les défini- 
tions fantaisistes de Pirsoul, Dict. namurois : « landon, landau, voiture à deux che- 
vaux ; lamia, landau, voiture à un cheval, landaulet » (!). 



— 167 — 

G. n'enregistre que andan (I 326 ; sans lieu d'origine) et le hesb. ondon 
(II 529, 544), synonyme de lame : « grand palonnier auquel sont atta- 
chés les petits palonniers ». J'ai recueilli andon à Heure-en-Famenne 
et à Dorinne (« grand palonnier » ; le petit s'appelle lame à Heure, 
lamia à Dorinne), ainsi qu'à Erezée (« grand palonnier à trois chevaux »); 
pour deux chevaux, on dit lame ; pour un cheval : lamé ou cope). — 
A Marche-lez-Ecaussines, au contraire, on dit lame pour trois ou quatre 
chevaux, landon pour deux, lamia pour un seul ( 1 ). 

On voit que landon et lame sont au fond synonymes. Sigart allait 
jusqu'à croire que landon « devrait peut-être s'écrire lamedon (!) et 
serait ainsi une variété de lame » ; cela se passe de discussion. Jouancoux 
et Devauchelle y voient le diminutif de l'anc. néerl. laede « pieu, 
bâton » ; mais laede, lade, que l'on rattache à l'ail, et fr. latte, eût donné 
*ladon. Il faut rapprocher landon du meusien land(r)e « perche ou 
traverse servant à clôturer une propriété », lequel dérive du moyen 
h. ail. lander, bavarois lande « perche » ( 2 ). Le suffixe -on a la valeur 
diminutive. Dans andon (ondon, andan), l initial est tombé parce qu'on 
l'a confondu avec l'article ( 3 ). 

liég. leûvrê, anc. liég. leuve, anc. fr. lovier 

Grandgagnage, Duvivier et Body signalent le liég. leûvrê « petite 
lucarne » ( 4 ). Le premier dérive ce mot archaïque de leû (« loup »), par 
l'intermédiaire de l'anc. liég. leuve, s. f., terme de couvreur de toits ( 5 ). 
Là-dessus Scheler écrit cette note : « Selon moi, leûvrê est le diminutif 
de l'anc. fr. hiver, louer (lucarne) qui, à son tour, peut dériver d'un 
simple luve, love ; quant à ce dernier, on peut le ramener à l'ail, luke 
(lucarne, écoutille)... ». — Il faut écarter cet ail. luke non moins nette- 

(!) BSW 55, p. 380. — Voy. ci-après l'article irèp'sin. — A Ben-Ahin lez-Huy on 
distingue li k'mougna (*commun-ellum ; cf. G. I 122) ou grond lamia, et lès 
petits lamias. 

( 2 ) Voy. Weigand GELâNDER et, ci-dessus, Part. glindis\ 

( 3 ) Ne pas confondre cet andon avec l'anc. w. andon « andain » (G., II 550), qui 
existe encore à Fosse-lez-Namur et qui devient landon à Mazy et à Chastre-Villeroux : 
on a dit soyî è landons (faucher en andains) par corruption de èn-andons. 

( 4 ) G., II 25 et 614 ; cf. aussi p. 496, v° airage. — Duvivier (dont Forir a transcrit 
l'article) définit leûvrê : « petite lucarne en plomb sur le toit ». Body, Voc. des 
Couvreurs, ajoute quelques détails. — Un glossaire manuscrit du batelier liégeois 
donne aussi leûvrê « fenêtre de cabine ». 

( 5 ) On ne le trouve que dans le Règlement de 1561 du Métier des Couvreurs de 
Liège : « pour la doublure [= couverture] d'une leuve, [ce sera] à la disposition du 
Mesureur [des toits], ainsy qu'il les trouverat grandes ou petittes », 



— 1G8 — 

ment que le leû de Grandgagnage. A part cela, Scheler a vu assez juste. 
L'anc. fr. lovier, lover, luver (lucarne : God.) et le diminutif liégeois 
leuvrê sortent de la même souche ; et, pour moi, c'est la même que celle 
qui a donné l'italien loggia et le fr. loge, à savoir le germ. laubia « toit 
servant d'abri, galerie ouverte autour de l'étage supérieur d'une mai- 
son, etc. » Parmi les représentants de ce primitif, on distingue le moyen 
néerl. love (projectum tectum : un auvent ; néerl. mod. luif, luifel), 
auquel je rattacherai l'anc. fr. lovier. L'anc. liég. leuve reproduit le 
bas ail. love (à Cologne leuv « grenier », fréquent dans les documents 
des xvi e et xvn e siècles ; en Westphalie lôive « galerie », etc.) ( 1 ). Bien 
qu'il soit difficile de préciser le sens de notre leuve d'après le texte 
unique qui nous en garde le souvenir et où il est seulement question de 
grandes et de petites leuves, il s'agit probablement d'une loge ou galerie 
extérieure située à l'étage ( 2 ). 

Meyer-Lùbke, n° 5151, a deux propositions qui sont franchement 
inacceptables : 1° il rattache au lat. lucubrum (crépuscule, faible 
lueur) le liég. loûr « sombre » ; 2° il se demande si le w. leûvrê n'en est 
pas dérivé. Or le liég. loûr étymologiquement ne diffère, pas du fr. 
lourd ( 3 ) : un ciel lourd, un mal lourd = qui vous» alourdit. Pour leûvrê, 
la source germanique leuv paraît bien assurée. 

liég. lifer 

Duvivier, Rouveroy et Forir donnent le participe lifé « lisse, poli, 
uni » : vos dfvès sont bin lijés (Duv.) « vos cheveux sont bien lisses ». 
Le mot manque dans Remacle, Lobet, Hubert. Je ne l'ai jamais entendu 
à Liège ni ailleurs ; mais il figure dans des pasquilles liégeoises inédites 
du xvin e siècle : 1° au propre, en parlant de chats, qui sont bien soignés, 
bin fièstîs, bin lifés, bin jahîs (1743, Pasquèye M. J. Pondant, v. 663) ; 
2° au fig., en parlant du caractère de certains hommes souples et obsé- 
quieux (1735, Pasquèye du jour des Rois, v. 99) : 

Rin d' pus poli, rin d' pus lifé : 
On-z-è f'reût dès nâlîs d' sole ( 4 ). 

(!) Voy. notamment le Wôrt. (1er Eupener Spr., p. 109 ; Blumschein, Aus dem 
Worischatzc (1er Kolner Mundart (Coin, 1904), p. 19 ; Franck-van Wyk, luifel ; etc. 
— Le Sam. luwer désigne une « fenêtre au haut d'une porte » (De 13o). Serait-ce le 
même mot que l'anc. fr. lovier, luver ? 

( 2 ) Voyez aussi dans Godefroy l'anc. fr. hic « galerie », qui vient sans doute d'une 
forme lodia « portique », donnée par Du Cange. 

( 3 ) Il n'en diffère qu'au féminin qui, en liégeois, sonne comme le masculin : ine 
loùr sîze, nuf, djint, au lieu de faire régulièrement loûde comme en verviétois. 

( 4 ) « On en ferait des cordons de soulier ». 



— 169 — 

G.. II 25, donne l'infinitif lifer « polir, lisser », pour lequel il invoque 
le languedocien lifre « potelé, dodu, beau » et le lat. lêvis ; mais il est 
hors de doute que lifer dérive du moyen h. ail. slîfen (aiguiser, polir 
en frottant ; ail. mod. schleifen). La voyelle tonique î devient proto- 
nique comme dans : stntchî (étriquer), du moyen h. ail. strîchen, mod. 
streichen ; malm. river (râper), du bas ail. (iv)rîven, ail. reiben ; etc. ( x ). 
Pour la réduction du groupe initial si à Z, voy. lotia, et comparez le liég. 
lâker « détendre (par ex. une corde tendue), cesser (par ex. de pleuvoir) », 
qui vient du moyen néerl. et moyen bas ail. slâken, même signification. 

rouchi linche, linse 

A Mons, linche, terme du jeu de courtau ( 2 ), désigne le lieu où on se 
place pour commencer la partie. Sigart compare l'allemand lirih, 
gauche (!). Plus prudent, Hécart ne hasarde aucune conjecture ; il 
définit simplement linee, « terme du jeu de bonque ( 3 ), au moyen duquel 
celui qui l'a prononcé peut recommencer un coup qu'il a manqué... Si 
le joueur dit linee du pas..., c'est pour pouvoir se placer à l'endroit où 
le jeu a commencé ». De même lincse ou a lincse (à Wiers), d-aler al lise 
ou a lise (à Nivelles). A Braine-l'Alleud, quand un joueur, placé sur la 
ligne servant de pas (linee), touche violemment la bille d'un adversaire, 
on dit qu'il la pète d'à linee. L'abbé Renard, dans ses épopées nivel- 
loises, emploie l'expression métaphoriquement : peter d'à linee, répondre 
finement, en touchant juste ; dji pète èl vers d'à linee, je réussis le vers, 
je rime facilement ( 4 ). Enfin, à Court-St-Etienne (Brabant), des arbres 
plantés en ligne droite sont dits plantés d'à léze. - - Il me paraît hors 
de doute que ce mot est emprunté du néerl. lijst (ail. leiste) « bande, 
lisière, bord, cadre ». Le sens convient parfaitement. Quant à la forme, 
on sait que nos dialectes de l'Ouest nasalisent fréquemment è ou i 
tonique ; par exemple le montois grinque, cerise aigrelette, vient comme 
le fr. crèque du néerl. kriek, ail. krieehe ; princheû, qui, à Mons, désigne 
le hanneton, signifie proprement le « prêcheur » ; i prinche, il prêche, etc. 

nam. lotia 

G., II 37, est seul à signaler ce mot namurois. 11 lui attribue deux 

(*) Voy. ci-après les art. mirou, piroa, strifler. 

( 2 ) Ou courlîau, bille de terre cuite, proprement. « petit objet qui court » ; de 
cour-t-eau, dérivé de courir (Behrens, Beitràge, p. 62). 

( 3 ) Bille de terre ou de pierre ; emprunté du néerl. bonk, os, dont le diminutif 
boncket, osselet, a donné le montois bouquette, bouqui.au (Behrens, Beitràge, p. 45). 

( 4 ) Jean d' Nivelles, 3 e éd., p. 211 ; VArgayon, p. 113. 



— 170 — 

sens : « 1. arbre auquel on a recoupé la tête pour servir de borne dans 
un bois : 2. petit fossé creusé pour empêcher le passage sur une terre ». 
Il décide — on ne sait d'après quels arguments — que la signification 
première est « arbre ébranché », ce qui lui permet de rattacher ce mot 
au néerl. loot « rejeton, scion, marcotte ». « La seconde acception, 
ajoute-t-il, doit s'expliquer par ceci, que l'on aura fait abstraction de 
ce qu'un lotia était un arbre pour ne le considérer que sous le rapport 
de son usage comme borne ». 

Personnellement, je n'ai relevé que le sens 2 de lotia. Près de la fron- 
tière flamande, à Ste-Marie-Geest lez-Jodoigne (Brabant), on appelle 
ainsi un petit fossé de m 50 de profondeur, que l'on creuse au-devant 
de la trawéye (trouée ou brèche faite au flanc d'un talus pour permettre 
aux attelages de monter sur un champ plus élevé que la route) ; le 
cultivateur qui a fini de se servir de sa trawéye, y pratique un lotia de 
peur que d'autres ne passent par le même chemin avec leurs bêtes ou 
leurs attelages ( 1 ). Il me paraît infiniment probable que ce lotia est un 
diminutif en -ellum du néerl. sloot « fossé » ( 2 ). Si le sens 1 de Grancl- 
gagnage existe réellement, on peut à la rigueur en faire un .article à 
part et invoquer le néerl. loot « rejeton » (il y a pourtant belle différence 
entre un « petit rejeton » et un arbre, même ébranché) ; on peut aussi 
y voir une acception dérivée de lotia « fossé » : la filiation des sens serait» 
dans ce cas, l'inverse de ce que présume notre auteur. 

w. loton, lôton roton; anc. fr. louton, roton. 

G., II 38, donne le namurois loton « solive qui soutient le plancher » 
et, II 616, l'anc. nam. lotener « traîner des solives, des merrains, des 
troncs d'arbres, etc., ou bien [plutôt] se servir de solives, de rouleaux, 
pour déplacer et pousser de grosses pièces de bois ». Pour tout essai 
d'explication, il suppose que loton est de la même famille que le nam. 
lotia et compare l'anc. flam. loote, holl. loot, lot « rejeton, scion, mar- 
cotte ». On ne peut souscrire à ces propositions : comment, en effet, 
passer du sens de « petit scion » à celui de « solive » ? Au surplus, 
voyez ci-dessus l'article lotia. 

Avant de proposer autre chose, il convient de compléter les données 
sommaires ae G., qui ne connaît notre mot que par le namurois. 

(*) La trawéye s'appelle ailleurs frète (lat. fracta) ; voy. BSW 50, p. 397. 

( 2 ) Le néerl. sloot « fossé » se rattache à sluiten « fermer » ; le sens primitif est : 
« fossé poui séparer des pièces de terre » (Franck-van Wyk). — Le groupe initial si 
se réduit normalement à / en wallon ; voy. lifer. Pour d protonique = néerl. oo, 
comp. clolèt « boule » (BD 1910, p. 22), dérivé du néerl. kloot, kluit « motte ». 



— 171 — 

On lit dans les archives de Seraing-sur-Meuse (10 avril 1820 : admin. 
des Eaux et Forêts) : « obtenir dans la coupe ordinaire 1820 du bois de 
la Vecquée 80 bois dits lôtons pour la réparation du chemin... » (Com- 
munication de M. Nicolas Pirson). 

Près de Malmedy, à Faymonville, on connaît encore lôton « solive 
qui soutient le plancher » (BSW 50, p. 577). Nous en rapprocherons 
,ç' kèlôtiner (ib., p. 575) « se traîner, fainéanter » ; c'est, avec un préfixe 
intensif, le nam. lotener, au sens figuré de « déplacer péniblement ». 
Nous verrons aussi un emploi métaphorique dans le malm. lôton, que 
Villers (1793) définit : « homme bonasse, de bonne pâte, cordial, franc 
cœur ». Comparez ci-dessus l'article canepin. 

Au Nord de la Semois française, M. Ch.Bruneau a relevé loton «pièce 
de bois suspendue au cou des vaches » (Enquête, I 323). 

Un texte français de 1532, publié dans Romania, xxxiii, p. 560, 
parle d'un « corps de louton de la longueur d'environ deux pieds ». 
Behrens, Beitràge, p. 157, se demande si c'est le même mot que le nam. 
loton. Cela ne paraît pas douteux. 

Enfin, à ces trois formes loton, lôton. louton. il faut joindre la suivante : 

Godefroy : roton, m., poutre : «pour une estake et un roton, pour justichier 
d'ardoir » (1373, Compt., Areh. mun. Valeneiennes). 

Brixhe, Essai d'un répertoire... en matière de mines (Liège, 1833), II 515 : 
rotton, m., pièce de bois non équarrie qui se pose en travers du sol d'une voie 
de roulage [dans la mine]. Les rotions sont ainsi placés à la distance d'un demi- 
pied l'un de l'autre pour faciliter le traînage ( 1 ). 

Que loton, = roton. cela ne paraît guère contestable. Dès lors, on 
tiendra pour primitive la forme roton. attestée en 1373. Le changement 
de r initial en l est inconnu en français, mais assez commun en wallon ( 2 ). 
Nous pouvons en inférer que loton a passé du Nord au Sud, et que, 
partant, il est d'origine germanique. On doit, je pense, s'adresser au 
moyen h. ail. ruote (ail. ruté) « verge ou vergue, perche, barre, rou- 
leau », qui convient pour le sens non moins que pour la lettre. 

( x ) Même définition dans Bormans, Gloss. des bouilleurs liégeois, qui donne roton 
comme hors d'usage. On se sert aujourd'hui de rails appuyés sur des soûs (V guides 
(seuils de rails). — A n'envisager que l'article de Brixhe, on pensera naturellement 
à un diminutif en -on de rote « route » (comp. rôtis', t. de houill.); mais le texte de 
1373 et la forme lôton s'opposent à cette dérivation. 

( 2 ) Comp. rapurer : lapurer (BSW 40, p. 447) ; râye-lrêts : Mye-trêts (Ben-Ahin) ; 
ruhin : luhin (voy. ci-après l'art, rouhin) ; etc. 



— 172 — 
w. louwète (Verviers), rouchi loète (Maubeuge) 

Un réceptaire du pays de Hervé, datant de 1775 et publié dans 
Wallonia, t. x (Liège, 1902), présente cinq fois le mot fouette (pp. 144-6 : 
une louette de fort poivre, 33 louettes de sel ; etc.). L'éditeur, ne com- 
prenant pas ce terme, le corrige hardiment en locette, avec cette note : 
« cuillère de bois à long manche, diminutif de loce, louche ». Il suffit 
pourtant d'ouvrir le dictionnaire wallon du verviétois Lobet, à l'article 
louivett (reproduit par G., II 540), pour trouver cette définition : « maille, 
64 e partie de la livre de 16 onces, ou un quart d'once ». Il s'agit donc 
d'un petit poids ancien, valant 7 grammes 65. Quant à l'étymologie, il 
paraît naturel de voir dans louwète un diminutif du moyen bas ail. lot, 
Iode « plomb ; poids de plomb d'une demi-once » (néerl. lood, ail. lot), 
que Kluge ramène à un prototype germanique *lauda ( 1 ). — Pour la 
protonique du mot wallon, comparez le w. pazoène ( = *poutvène, dérivé 
de l'anc. fr. poue, germ. *pauta ; voy. ci-après l'article pawène) et le 
w. touxvê : fr. tuyau, diminutif de l'anc. néerl. *tûda (néerl. tuit). 

Je suis fort tenté d'attribuer la même origine à un terme rouchi, 
inexpliqué jusqu'ici. A Maubeuge, loète signifie : « un rien, un peu : 
donnez-m'en une loète » ( 2 ). Le sens précis s'étant perdu, le mot aura 
survécu avec l'acception vague de « quantité minime » ; comp. liard, 
maille. Quant à'ia forme, elle ne fait, je crois, aucune difficulté. 

liég. lûrê , anc. fr. lureau ; fr. luron 

G., II 43 et 525, signale le liégeois lûrê qui, d'après Simonon, n'est 
employé que dans l'expression fâlûrê (= fâs lûrê) « homme faux » ; à 
Malmedy, d'après Villers (1793), fâleûrê « homme dissimulé, hypo- 
crite ». — Pour toute explication, G. renvoie au liég. lurer « leurrer » ; 
mais la quantité différente de la protonique (lûrê, lurer) fait difficulté ( 3 ). 
De plus, Villers a lurer à côté de fâleûrê. Enfin, on ne peut séparer le w. 
lûrê del'anc. fr. lureau,.que Ch. Nisard définit comme suit : « un bon com- 
pagnon, qui... vivait de repues franches, trompait les femmes, volait les 
marchands, un fripon, maître dans l'art de la pince et du croc » ( 4 ). 

(*) Le germ. loi a pusse en malmédien archaïque sous la forme loâte, s. f., « une 
demi-once » (Villers, 1793 ; encore aujourd'hui à Faymonville, BSW 50, p. 577). 

(-) Vocab. maubeugeois (Maubeuge, 1889). D'après Hécart, locle, lohéte ou loicle 
signifie, dans la même localité : « petite quantité qui se donne en sus de la mesure ». 
Voy. ci-après l'article rawète. 

( 3 ) Forir seul écrit lûrer « leurrer » ; lurer a pour lui Villers, Cambresier, Lobet, 
Duvivier, Rouvcroy, (Jrandgagnage. 

( 4 ) Ch. Nisard, Curiosités de Vétym.fr., p. 78 ; cité par God., lureau. 



— 173 — 

Il faut y voir le diminutif du moyen-haut-all. lûre (ail. mod. lauer) 
« homme rusé, sournois », lûren (ail. lauern, néerl. loeren) « guetter, 
épier ». Pour le traitement phonétique, on peut comparer le moyen 
haut ail. bûr « maison » (ail. bauer » cage, volière »). d'où provient ie 
diminutif anc. liég. burùn, anc. fr. buiron, baron « cabane, chau- 
mière » ( 1 ). — Le pléonasme jâs lûrê s'explique aussi naturellement 
que fâs D judas, jâs Pilâte, jâs Gadèlon {== Ganelon). 

Le Dict. général tient pour inconnue l'origine du fr. luron. Scheler, 
entre autres conjectures, cite l'ail, lauer (anc. lûr), qui paraît en effet 
l'hypothèse la plus plausible. Entre lureau et luron, la différence des 
significations est aussi légère que celle des suffixes. 
[BD 1920, p. 12.] 

rouchi magnon (Harmignies) 

Dans le Bull, du Dict. w., 1912, p. 59, on signale, à Harmignies-lez- 
Mons, l'expression obscure : je ma gnon parmi djakète « marcher de telle 
sorte que le pied droit blesse la cheville gauche et le pied gauche la 
cheville droite » ( 2 ). La locution correspondante employée à Bourlers- 
lez-Chimay explique la précédente : taper Mayon parmi Djakète 
« s'écorcher les chevilles, forger, en parlant des chevaux ». De même à 
Wiers lez-Tournai : taper Jean contre Jène. On a donné plaisamment 
aux jambes des noms de personnes : Jean, Jeanne. Jacquette, Marion 
ou Mayon, d'où Magnon par épaississement de y en gn ( 3 ). 

w. manote. manoque 

G., II 541, a cet article : « 3. manète (petite nef ou nef latérale d'une 
église ; en nam. asente [lire acinte]) ». Le mot venant après manoiî, 
la graphie manète est sûrement une erreur pour manote. Le chiffre 3 
qui précède ne peut servir d'indication ; il faut le supprimer ou le 
corriger en 2 : un premier article manote (menotte) se trouve en effet 
p. 77. — M. J. Peuteman, Promenade à Soiron, pp. 109 et 111 (Verviers, 
1902), cite ces textes d'archives manuscrites : « le pavé de la nef et des 

(*) L'anc. liég. baron se rencontre en 1620 (vos maisons, vos barons : BSW, t. I, 
p. 139) et en 1634 {nos grègnes, nos motions, nos barons ; B. et D., Choix, p. 106) ; la 
graphie baron est sans doute préférable. — Voy. ci-dessus l'article beûr. 

( 2 ) Dans le Haut-Maine (France), on dit cousiner dans le même sens. En fr. fami- 
lier : battre le briquet (voy. Dict. gén., briquet) ; en liégeois : bâte (ou fé) de feû. On 
dit aussi à Liège : ses pîds s' frotèt Vorèye, ou encore : ses pîds s'apicèt po V bctcti. 

( 3 ) Voy. bongnou, crâmignon, dognon, etc. 



— 174 — 

deux manottes » (1726) ; « dans les manottes de l'église » (1727). L'éditeur 
traduit en note : « nefs latérales v. — D'autre part, Bormans et Body, 
Glossaire roman-wallon (partie inédite), donnent cette phrase : « les 
manocques de l'Eglise St-Servais [à Liège] étant mal construites, il faut 
les refaire » (1774, Conseil Privé) ; ils proposent de traduire ce terme 
d'architecture par : « encorbellement ? » ; mais il est clair que le mot 
a le même sens que ci-dessus. Enfin je trouve cet article dans le même 
Glossaire : « bogge, habitation [?] : Messieurs de Stavelot, suivant le 
record de la Cour de Ferier [ — Ferrières] de l'an 1406, doivent détenir 
le bogge du mostier de fond de chy en comble ; item la grosse cloche 
et les manocles ; xvn e siècle : Stavelot, II » ( ] ). 

La forme dialectale manoque (pour manote : « menotte », diminutif 
de main. se rencontre fréquemment en rouchi (voy. Hécart et Dict. gén.) 
où il s'applique notamment à une poignée de feuilles de tabac, à une 
manne ou à un panier munis d'une anse ou poignée, etc. ( 2 ).Dans le cas 
présent, les nefs latérales ont été considérées comme les « mains » 
d'une église, par opposition au tronc (bogge : lisez bodje et voyez p. 32), 
qui. dans le texte cité du xvn e siècle, désigne le vaisseau principal de 
l'église du monastère, et non l'habitation. 

anc. fr. manser 

L'anc. fr. manser. v. tr.. est un mot rare ( 3 ). Il figure trois fois dans 
une page des Trouvères belges (2 e série, p. 122). où l'éditeur Scheler 
ne sait comment le traduire. Dans son édition du Jeu de la Feu il lie 
d'Adam le Bossu ( 4 ). M. E. Langlois a corrigé de façon très heureuse 
un passage altéré, en y rétablissant le verbe manser, que les éditeurs 
précédents n'avaient pas compris. Il vient de consacrer à ce mot 
obscur un article (Romania. t. xlv. pp. 259-261), où l'on trouvera 
tous les textes en question : sa conclusion est qu'on peut hésiter entre 
le sens de « étreindre » et celui de « griffer ». On va voir qu'il faut sans 
hésitation choisir le premier. 

Je signalerai d'abord un article de Grandgagnage. II 541. qui traduit 
le rouchi manser par « étouffer » ; une note de Scheler y reconnaît que 
ce sens convient assez bien » pour le passage qui l'avait embarrassé. 

(*) Indication peu précise ; je n'ai pu retrouver ee texte aux archives de Liège. 

(*) J'ignore si l'on peut rattacher à la même famille l'anc. fr. manoque (1. petite 
maison, cabane ; 2. sorte de bateau : Godcfroy). Kemna. liegriff « SehifJ » im Franz., 
ne parle pas de ce mot. 

( 3 ) L'article «le Godefroy {manser = peigner !) est sans valeur. 

(*) Les classiques français du moyen âge, n° <;, au vers 514. 



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J'ajoute que, dans le nord du Hainaut belge, mansè (Leuze), -œ (Ath), 
-i (Ellezelles) s'emploie couramment avec l'acception de « prendre (qqn) 
à la gorge pour l'étrangler » : on est mansé par une main qui étreint 
la gorge ou par un col qui serre trop fort ( x ). Le sens de notre mot dans 
les textes du moyen âge se trouve donc pleinement assuré. 

L'étymologie de ce verbe, dont la signification exacte était si mal 
connue, n'a tenté personne jusqu'ici. Je me contenterai de remarquer 
que des dialectes allemands ont une expression analogue, notamment 
le bavarois manzen « tenir (qqn) en bride ou sévère