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Full text of "Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud : de Rio de Janeiro à Lima, et de Lima au Para"

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I 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



p-t. I 



t,Googlc 



i,Googlc 



EXPEDITION 

I lUiuspiiTusciimius 

DE L'AMÉRIQUE DU SUD. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Au dépôt des public(Ui(ms de la librairie P. Bertrand, 
qfiif. MM. TREtTTEf. ET WPRTZ , k STHASBOUBG. 



rtlll, ~ IHniM»l( DK !.. UlBtlKIT, tVf MIGNOn, !. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



EXPÉDITION 

Ml) US piimii cimuis 

DE L'AMÉRIQUE DU SUD, 

DE RIO DE JAnOlO A UlU, ET DE LOU AU PARA; 



PAB. OKDBX DV aOOTS&NSMXWT raAitçAis 

FCnDANT us INNEES 1843 A 1S4T, 



FRANaS DE CASTELNAU. 



HISTOIRE DU VOYAGE. 



> A PARIS, 

CHEZ P. BERTRAND, LIBRAIRE-ËDITECE „ 

KUK SAl\T-AMlItÉ-DGE-AICS, M (iflCIBR SB). 

1851. 



iTGooglc 






Doiirâihy.Googlc 



VOYAGE 

DAMS I* 

SUD DE LA BOLIVIE 



rmr 1I,-A. WEp>piïI«, 



AVIS DE LÂUTBUa. 

. Le ypjagç qîii fait le sujet de ce vo)uinQ. constitue 
çiiviron la dixième partie de i]ae$ pér^rioatioiis dans 
i'Ajoérique daÇi^d. Il n'était pa$ destiné à la puï>liT 
cité ; mais M. 4^ Cast^Inau, a^ant déliré que le récit 
en fût placé à la suftè de sa retalion, me' pria de 
reYcTir cette partie de niop joilroal, et d'y ^i^ quel- 
ques additions, s'il jt ^vail liçu. Ce travail» k l'ai fait, 
COajs biçn impâTfeiteoieDt, à cau^e du peti de temps 
laissé à ma dispositioA par les préparaiti^ d'un nou- 
veau voyage. Mes lecteurs voudront bien prendre 
<^î$fi.ÇÙWSSiaïtÇÇ;e}ï çpj|pj4éfalipï[, -pi «^r^'widuï- 
^ence à mon ^«4, .... -. ■'■.'■ 



424660 •:"' Google 



Tl AVU DE L AUTEUR. 

Parti de France, en avril 1843, avec le titre de 
Voyageur-Naturaliste du Muséum, et attaché en 
même .twnps.conïme médecin à l'eipédition scienti- 
fiquedeM.deCastelDaUfj'accompagDai cet explorateur 
pendant plus de deux ans dans ses longues courses 
A travers les forets et les déserts, et sur les fleuves 
de l'empire brésilien. Je m'en séparai le 24 mai 1845. 
Nous nous trouvions, en ce moment, dans un petit 
village de Matto^rosso, situé sur le rio Pars^uay , et 
à une distance à peu près égale des deux Océans. 

Après avoir visité les iorèts à Ipôcacuanha , qui 
constituent une des richesses principales de cette 
partie du Brésil, je me dirigeai vers la Ironlière de 
la république de Bolivia , que je pas^i le 29 août 
de la mémo année. La province de Cbiquitos, si bien 
étudiée par H. Alc.d'Orbigny(l), s'offrit alors à mes 
regards. Mais je n'en eus pas plutdt atteint les pre- 
mières habitations et les Missions curieuses créées 
par le génie des disciples de Loyola, que je me vis 
contraint de m'éloigner, frappé au vif par le soleil, 
de ce climat embrasant. 



(1) Voyage dmul'Amériqw méridionale. Paris, chéiP. Bertraud, 
libraire-éditeur, meSaint-Andi-é-des-Arcs, 58. 



,-,,11, Google 



AVIB DE L AVTEVn. Tll 

Le 1 3 octobre, je 4faversai le rio Grande , et j 'en- 
trai, le jeiir saivaint, dans la ville espagnole de Santa- 
Cmz de la Sierra; c'est là qu'on doit se transporter 
par la pensée, en (Mnmençaot cette bistoire. 

Un des points les plus intéressants que j'aie visités 
dans mon excursion, est celui qui touche au Gran- 
Cbaco. On ne me saura pas mauvais gré, je crois, 
d'être sorti à ce sujet de mon propre itinéraire, et 
d'avoir accumulé, en quelque sorte, les détails qui 
pouvaient mieux faire connaître une des régions les 
plus curieuses et le plus rarement explorées de tout 
le continent de l'Amérique du Sud. 

Paris, 10 février 1851. 

H.-A. WEDDELU 



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VOYAGE 

DANS LE 

SUD DE LA BOLIVIE, 

PAR M. 'WBDOZIA. 



CHAPITRE I. 

DE SAnTA-CRUZ DE LA SIERRA A GUTIERREZ. 

Un mois s'étajt écoulé depuis mon arrivée à Sanla- 
Cruz de la Sierra. J'étais à peine relevé de la mala- 
die qui m'avait atteint dans les missions deCbiquitos, 
lorsque l'approche de la saison pluvieuse vint m'a- 
vertir qu'il fallait songer au départ. L'idée d'hiverner 
dans une ville qui a mérité, je crois, le nom de Ca- 
poue de la Bolivie, n'était pas, à vrai dire, sans 
charme ; mais ta perspective d'un voyage dans des 
régions où aucun naturaliste n'avait encore pénétré 
en avait bien plus encore. Et après le repos absolu 
auquel j'avais été obligé de me condamner, le mou- 
vement était devenu pour moi un besoin si puissant, 
qu'il me semblait être une des conditions de mon exis- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



G DE SAIfTA-CBÛZ De LA SIERRA 

Je pensais sur ce sujet tout autrement que les Es- 
culapes qui avaient voulu se cBarger de ma guérison, 
puisque C'était casque la mort qu'ils m% promet- 
■taient si je persistais à exécuter le voyage que j'avais 
médité dans le sud de la république; mais, là-dessits, 
j'avais un parti pris. 

L'expédition dont mes amis s'efforçaient de me dé- 
tourner comportait un trajet d'environ deux cents 
lieues; et la direction que je me proposais de lui 
donner à travers la province de k Cordîllera avait 
pour but de me permettre l'exploration des forêts d'où 
l'on avait retiré, quelques années auparavant, une 
quantité considérable d'écorces de quinquina ; j'espé- 
rais, en poussant plus loin vers le sud, arriver à dé- 
terminer avec quelque certitude la limite australe 
de la végétation de ces arbres. Des renseignements 
précis me portaient ensuite à croire que la vallée de 
Tarija recelait dans ses alluvions des restes fossiles 
plus curieux et plus complets que les fragments que 
l'on en avait retirés jusque-là. Enfin, sans compter 
les menus profits d'un aussi long trajet, j'espérais 
trouver plus d'un sujet d'étude dans les nations sau- 
vages qui habitent les bords du Pitcomayo, et qui 
errent dans les parties voisines du Chaco. 

En fallait-il davantage pour me décider à hâter 
mes préparatifs de voyage. Grâce aux secoors obli- 
geants que je reçus de plusieurs de mes nou- 
veaux amis, grâce en particulier aux soins em- 
pressés de mon hôte, le colonel Thompson , mes 



Doiii--c,ih,.Googlc 



1 GBYIKIBSZ. t ■ 

alfeirea ftirent bientôt tenninéei, et, le SI septembre^ 
j'eus la satiafection de Yoir ma petite ixojipe rélinie 
dans la cour de mon habitatiooa. Les malles de cuir 
ipetacas) (i) que je venais de substituer ant lourdes 
caisses de bois de cèdre (Cedreta brasilienêu)f avec 
lesquelles je voyageais au Brésil, étaiéht chargées i jâ 
fls quelques derniers adieux ; je recueillis en passant 
quelques nouvelles iMtres de recominandatioa pour 
les provinces vers lesquelles je me dirigeais, et après 
avoir soulevé une dernière Fois le sable de Santa-Crax» 
je me lançai dans la plaine (pampa) presque snië qui 
s'étend au sud de la ville. Le colonel Thompson, dob 
Urbano mon premier h6te, et deux médeoins de la ville 
dont j'avais été le patient, m'aocompagnèrânt pendant 
l'espace d'tine lieue ^ et me ftreai aussi leurs adieux 
eti me lançant quelques quoUbets assez piquants sur 
l'air tin peu chétiF de mes animaux, et peut-être 
de leur maître. Il y avait dans tna troupe» com- 
posée en toat d$ èidq bètes , un vieux obeval qui 
par sa maigreur attirait particulièremeot le» épi- 
grammes de ces messieurs. Le maquignon auquel je 
l'avais acheté au Bréiil l'appelait Gttaycdra , jpdrce 
qu'il l'avait eu d'uh Indien de cette nati<n. Il était 
assez replet lorsqu'il entra à mon set-vice, et sa dou- 



(1) Ces balles, fafieB de cnir Don labné, soni dd (tes ttrlndjiaax 
«bjels de ettinmerce HeV Cf fiMlMM ', Hs les «ktOtent i «te snHMMs 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



8 DE SÂHTA-CRIIZ Dg Là SIERRA 

ceur était telle queje le pris bientôt en af^tion ; j'es- 
sayai de le monter, mais il avait un trot si saccadé, 
que je fus obligé de lui mettre le bât, et je le destinai 
à porter les collections botaniques^ dont, malgré sa 
bonne volonté, il compromit plusieurs fois l'existence. 
Les fatigues d'un long cbemln avaient réduit le 
pauvre animal au triste étal où il se trouvait , et il 
avait maintes fois été l'objet de comparaisons peu 
flatteuses pour ma dignité de la part des jeunes Cru- 
zefias, lorsqu'on passant devaût ma cour elles me 
voyaient caresser sa tête anguleuse. Quant à mes mé- 
decins, ils se disaient, je crois, entre eus, que nous 
n'irions pas plus loin l'un que l'autre. 
' Les fonds que j'avais à ma disposition n'étant pas. 
très considérables, il m'avait'été impossible de faire 
de nouveaux frais pour augmenter mon personnel ; 
je n'avais pu en conséquence engager qu'un seul do- 
mestique , qui devait m'accompagner jusqu'à G«- 
tierrëz, capitale de la province de la Corditlera ; il me 
servait en même temps de guide, de' muletier. ot de 
cuisinier. 

Le ciel était nuageux, et il faisait un vent frais 
très propice au voyage ; aussi, malgré l'heure avancée 
à laquelle je m'étais mis en route, parvins-je à laire 
six lieues avant la nuit. Au reste, il ne se présenta 
rien de remarquable durant la route. La surfece 
aride de la pampa n'était interrompue que pE^ quel- 
ques larges cours d'eau pluviale qui se dirigeaient 
rapidement vers t'est, pour gagner de grands nuntis 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A. GUTlËRItËZ. 

(patitona/es) appelés tas Madrés, après s'être firayé 
eux-mêmes un lit qu'ils devaient bientôt abaQdmner. 
Je m'étais arrêté dans une petite ferme {estanda) 
abandonnée, pour y passer la nuit, et j'y fis étendre 
mmi lit, qui s'était compliqué d'un matelas depuis ma 
dernière maladie. Mais un vent violentdenord-ouest, 
qui s'éleva tout à coup, secoua si rudement les murs 
de mon établissement, que je goûtai à i>cine quelques 
heures de sommeil. Lorsque je sortis de la cabane, il 
tranbaitune pluie fine. Je me mis néanmoins en roule, 
et après avoir fait deux lieues, je quittai la pampa 
pour aborder une grande forêt, au milieu de laquelle, 
dans une petite mare appelée Poço del medio monte, 
passe ta limite de la province de la Corditlera. Cette 
forêt est presque entièrement composée d'une espèce 
de Myrte, dont le tronc grisâtre et rabougri, d'un 
diamètre de 2 à i décimètres , était tout cou- 
vert de fruits noirs et globuleux, comme de petites 
prunes, que je cueillais sans descendre de ma mon- 
ture, et qui me tirent bien vite oublier ta mauvaise 
nuit que je venais de passer. Les habitants de Santa- 
Cniz font une grande consommation de ce fruit, 
qu'ils appellent guaipuru, et ils le regardent comme 
très salutaire. Il se trouve abondamment dans pres- 
que toutes les forêts de la province , -et, pendant 
mon séjour dans la capitale, on en apportait tous 
les matins des charretées cueillies dans les bols 
des environs, et qui disparaissaient presque aussitât. 
L'arbre qui le produit mt également très commun 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



10 DE SANTA-CRÏZ DE LA SIERRA 

daBS quelques parties du Brésil, où il porte le nom 
de Jabttlicabeiro {Eugenia cauliflora). 

La journée s'était passée pendant que je chemi- 
naisau milieu des Gtiaipurus, dont je finis cependant 
par être rassasié, et je me mis en devoir de chercher 
quelque petit ruisseau tiuprès duquel je pusse cani' 
per, et un petit pâturage Ipotrero) pour y parquet 
les bétes; mais l'obscurité survint avant que 
j'eusse atteint ce but, et pour ne pas m'égarer, je ne 
trouvai rien de mieux à faire que d'attacher mes 
animaux, à jeun, aux arbres du chemin. Je me sus- 
pendis, pour mon compte, dans mon hamac, et j'au- 
rais complètement oublié jusqu'au matin l'incommo- 
dité du Heu, si de grosses gouttes d'eau qui me 
tombaient sur le visage ne m'eussent averti que ma 
sécurité était menacée. Je ûs alors étendre au-dessus 
de mon dortoir un petit toit de serge que je portais 
toujours avec moi. Mon muletier s'y réfugia ainsi 
que moi, et nous réusstmes à passer assez tran- 
quillement le reste de la nuit. 

A mon réveil, il pleuvait encore ; mais monfecto- 
-toin,aidéparunjeuneIndiep, à qai il avait persuadé 
de feire route avec nous, n'en avait pas moins chargé 
tes animaux, pressé qu'il était lui-même de sortir de 
ce bds désagréable. A midi, nous ftmes en effet nos 
adieux anx Gnaipurus, et après avoir laissé pattre nn 
peu les mates près d'une petite ferme, appelée la 
Palisa, je qnttUi la rrrate principale ptHir prendre, 
v«iB l'est, u&.90tttàer qui se dinge»it sar nno chiEâiie 



t,Googlc 



A GtTlKRRfiZ. ii 

de montagnes élevées qui bornaient compiétement 
l'horizon de ce cftté, et après une lieue de marebe 
il travers une nouvelle forêt marécageuse, presque 
entièrement formée de palmiers Motacus auv troncfe 
courts et ramassés, je déïmucliai au bord d'un joli 
lac, sur une pampa ondulée de l'aspect le plus pit- 
toresque, bordée d'un côté par le bosquet de pal- 
miers que je venais de quitter, et de l'autre par un 
grand rideau de montagnes sillonnées de ravins ot 
couroDBées de vapeurs (serra de ParabanA). 

Je mis pied k terre dans la ferme {hacienda) de 
don Hernando Araus, pour lequel j'avais une lettre 
de recommandation. J'espérais tirer de lui quelques 
renseignements utiles au sujet du quinquina qui 
s'était exploité autrefois dans les montagnes voisines ; 
mais le pauvre homme était fort peu en état de me 
répondre, étant depuis le matin même sous la charge 
d'un crime capital; On ne l'accusait de rien moins 
que d'avoir assassiné un Indien du village voisin 
de Piray, dont il était un des magistrats, parce que 
cet Indien, complice d'un sacrilège commis dans 
l'église, était mort trois jours après avoir reçu qua- 
rante coups de fouet administrés parsou ordre, mais 
sans qu'il fût prouvé que ce fïlt par l'effet du suppliœ. 

Comme s'ils devinaient que je devais être jusqu'à un 
certain point l'instrument de leur salut,ces braves gens 
me comblèrent de soins pendant la nuit que je passai 
dans leur naiMn^ et ils oe voulurent me laisser partir, 
Je lendemain, que lorsque j'eus ftcoepté une pdtitc [Ke- 



i,Googlc 



12 DE SANTA-CRUZ 0& LA SIEBBA. 

visi(m desucrçet d'autres comestibles dont ils ju-^ 

geaientqueje pouvais avoirbesoin durant mon voyage. 
Don Hernando étant sorti après souper pour res- 
pirer l'air frais delà nuit et pour fumer soncigarrilo 
sur la pelouse, deux de ses plus jeunes enfants se 
mirent à danser devant nous, au son de la guitare. 
Ils se servaient, pour varier les figures, de longues 
guirlandes lumineuses faites avec un Coléoptère (1} 
appelé Curucuçi. Le corselet de cet insecte est orné 
de deux disques jaunâtres, semblables à des yeux 
qui jettent dans l'obscurité ou à la lumière artifi- 
cielle un feu d'un vert brillant : vrais joyaux vivants, 
que la coquetterie des jeunes filles de Santa-Cruz de 
la Sierra a mis à profit pour se créer des parures char- 
mantes. Emprisonnés dans une gaze, à laquelle ils 
sont fixés par une soie, et portés en couronne sur la 
tête, une couronne des plus riches éueraudes ne 
produirait pas un effet plus délicieux. Je les ai vus 
convertis en colliers ou ornant -une ceinture, et tou- 
jours il m'a paru que l'or pâlissait auprès de cette 
œuvre de la nature. Je doisdire, au reste, que l'orfè- 
vrerie est peu avancée en Bolivie, ce qui rend plus 
fecile la victoire des Curucuçis. Il y a de ces insectes 
qui, placés sur la page d'un livre, dans une obscurité 
profonde, l'éclairent assez pour qu'on puisse la lire 
sans difficulté. 



(Ij II appartient au genre Pj/rophorut ; m )ar*f vit sur le Motacu 
{Maximilienaprûwtpi HarL). 



t, Google 



A CCTI^REZ. 13 

Piray est le premier village que Ton rencootru 
dans le nord de la province de la Gordillera; il fait 
partie d'un réseau de missions fondées par les infa- 
tigables jésuites pour arriver à la civilisatioD des 
Indiens Chiriguanos, mais dont il ne reste guère au- 
jourd'hui que des traces. Ces Indiens parlent te 
guarani ou lingoa-geral, que parlent également les 
Indiens de l'Amazone et les habitants du Paraguay. 

Le corrégidor de Piray, auquel j'étais recommandé 
pardonHeroando, me traita avec toute l'urbaDité dont 
il était susceptible, et me logea dans sa maison, située 
sur un des côtés d'un grand carré couvert de gazon, 
et qui constitue la place principale du village. Mais 
ce qui me causa encore plus de plaisir que son hospi- 
talité, ce fut la promesse qu'il me fit de me donner le 
lendemain un guide qui devait me montrer l'arbre 
qui produit le quinquina. Le désir de contempler vi- 
vantle végétal quifournit le plus précieux médicament 
que l'homme ait à sa disposition étai t peut-être le plus 
vifquej'eusseëproùvédanslecoursdemesvoyageston 
peut donc se figurer l'activité que je mis à le satisfaire. 

Montés sur de bons chevaux, nous eûmes bientôt 
gagné le pied de la chaîne que j'avais cétoyée à dis- 
lance en quittant la maison de don Hernando, et 
nous commençâmes aussitôt à la gravir, ce que nous 
Fîmes en remontant le lit abandonné d'un torrent. 
Mais ce chemin était si rude, tellement à pic dans 
quelques points, et si encombré de pierres rou- 
lantes dans d'autres, que nos montures n'auraient 



i,Googlc 



14 DE SANTA-CfiUZ DK Li SIERRA 

pu y passer. Noue les laissâmes en ckemin et nous 
continuàipas la route à pied. 

Au bout de quelque temps, le soleil brûlant, rêver* 
béré par les parois blanches du ravin, goit par me met- 
tre dans un tel état d'exaspération, que je crus que je 
tomberais d'épuisement ; au moins pensais-je que 
j'allais avoir un nouveau retour de la fièvre cérébrale 
dont j'avais été allaqué à Santa-Cruz. Il me semblaitr 
je me le rappelle, que les ballemerits de mes artères 
devaient s'entendre à plusieurs pas. Je gagnai cepen- 
dant le sommet du versant, etje me réjouissais d'être 
sur le point de satisfaire ma curiosité. E^ effet, mou 
guide m'appelle ; j'accours. Qu'on juge de ma décep- 
tion : l'arbre qu'il me montrait comme le Quinquina 
n'en était pas un ! Je parcourus tous les alen- 
tours, mais ce fut sans succès, et je dus reprendre 
enfin le chemin de Piray, en maudissant les gens qui 
m'avaient mis à la torture si inutilement. Ma santé 
ne souffrit heureusement aucune atteinte nouvelle 
par suite de cette excursion. 

A mon retour au village, je me trouvai au milieu 
d'une scène si singulière et qui se liait si intimement 
à l'histoire de don Hemando, que ce ne fut pus sans 
intérêt que j'en suivis les diverses phases. 

L'autorité judiciaire de Santa-Cruz de la Sierra 
ayant décidé qu'une enquête sévère serait faite sur la 
mort de l'Indien, qui était, à ce qu'il parait, le capiton 
(chef) des Cbiriguanoa de Piray, avait ordonné que 
l'on procédât à l'exhuination de son corps; on ve- 



t, Google 



et CUTIpItREZ. tft 

ï^it de choisir, pour en foire l'au^peie, deux indivi- 
dus qu'on avait décorés du titre d'experts, ijuoiqu'ib 
n'eussent jamais vu de leur vie une opération de ce 
ganre. Leurs lîgures, au reste, le déoiontraioit asse»; 
car l'idée seule de s'approcher d'un cadavre enterré 
depuis vingt jours leur avait imprimé un cachet de 
tristesse indicible. Le plus vieux en avait les larmes 
9UX y«ax ; mais cette circonstapce pouvait tenir, je 
crois, k la présence de deux quartiers de àtron dont 
il avait eu soin de se remplir les narines afin d'em- 
pêcher l'infection. 

he eorrégidor m'^pnt Invité à l'accompi^er en 
dehors du village, jusqu'au ciipietière, où une grande 
partie des habitants se portait aussi, je me rendis avec 
lui sur les lieux et je fus témoin de la manière dont 
les experts s'acquittaient de leur mission. Le mal- 
heureux Indien avait été retifé avec beaucoup de tra- 
vail de sa tombe, et il était couché sur le dos, dans 
le sable, au bord de la fosse ; les individus qui avaient 
accompli cette rude tâche s'étaient aus^tét retiré^ 
pour laisser le champ libre à ceux qui devaient s.' oc- 
cuper d'en laire l'examen. Les experts se détachèrent 
alors de la foule qui occupait un des côtés du cime- 
tière et s ^ipprocbèrent lentement du cadavre; mais 
arrivés à une distance de 2 à 3 mètres, ils s'ar- 
rêtèrent, et, tournant autour de lui à plusieurs 
refurises, en tenant devant leur figure un mouchoir 
imbibé 4'un0 eau spirilaeuse, ils déclarèrent qu'ils 
étaient lati^ts. C^ me p»nit»i surprenant, que je 



t,Googlc 



16 DE SANTA.-CBIiZ RE LA S1EBR\ 

me hasardai à leur insinuer timidement que le jury 
de SanU-Gruz pourrait peut-être ne pas regarder 
comme suffisant un examen dans lequel ils avaient 
négligé de jeter les yeux sur la partie qui avait reçu 
les coups que l'accusation supposait avoir été la cause 
de la mort. Le corrégidor, ayant entendu cette obser- 
vation, leur ordonna assez péremptoirement de faire 
leur devMr avec un peu plus de conscience. Alors, le 
corps ayant-été retourné, les jrauvres gens durent se 
résiguér à prolonger encore quelques minutes leurs 
investigations. 

■ Ce n'est qu'en arrivant à Tarija que j'appris que 
le malheureux Heroando avait été jeté en prison sur 
la foi du rapport des experts de Piray, et condamné à 
perdre une grande'partie dé ses biens au proBt de 
la femille de sa prétendue victime. Il avait appelé de 
cette condamnation, et ayant appris que j'avais as- 
sisté à l'autopsie qui avait donné lieu à la pièce fatale 
dont était résultée sa perte, il obtint qu'on me la 
soumit; ce qui. fut fait. Je vis alors que les délégués 
de-la justice ne s'étaient pas contentés de mettre sur 
|e compte des coups de fouet plusieurs effets de la sim- 
ple putréfection, mais qu'ils avaient encore attribué 
à la même cause une affreuse déchirure faite au corps 
parles pieux dont on s'était servi pour le retourner. 
le m'étais informé à Pitay des circonstances qui 
avaient suivi l'exécution de l'Indien, et j'y avais acquis 
la conviction que le châtiment subi par lui n'avait été 
que la cause indirecte de sa mort. L'acoès de fureur 



t,Googlc 



A QDTlBRItEZ. 17 

coDcentré dont il avait été saUî par suite de sod hu- 
miliation comme cbef, et une averse qu'il avait reçue 
sur les mêmes entrefaites, à travers un trou de son 
toit, y avaient au moins contribué pour une part 
égale. Toujours est-il que je n'eus pas de peine à ré- 
futer les raisons apportées à l'appui de Taccusation 
par mes savants confrères de Piray, et j'eus le plaisir 
d'apprendre quelque temps après que don Hernando 
avait été entièrement acquitté de la charge portée 
contre lui. 

Le 27 novembre, je quittai Piray, et je traversai, 
àun quart de lieue au sud, la rivière du marne nom. 
Comme tous les cours xl'eau qui prennent naissanco 
dans les Cordillères, le rio Piray a , pendant la saison 
sèche, des proportions bien différentes de celles 
qu'il a pendant le temps des pluies. Son Ht, qui a 
20 mètres de largeur au point où je le traversai, 
était presque entièrement à sec: le courant lui-même 
étant réduit à un mince ruisseau. 11 se réunit, à peu 
de distance, à une autre rivière de même nature, que 
je traversai avant d'entrer k Piray; et à dix lieues 
plus loin, il va, sous le nom de rio Florida, augmen- 
ter le volume des eaux du rio Grande. Le village de 
Florida est éloigné de deux lieues de celqi de Piray, 
avec lequel il a la plus grande anal<^e. 

Le soleil était si ardent, que je ne fus pas fâché 
de quitter la plaine assez unie dans laquelle sont 
situés ces villages pour entrer dans un pays boisé. 



t'vGooglc 



18 I»: SàHTA^CftVZ DK lA SIERRA 

Uu0 fotét de sis lieues d'éteodue mé séparait, en 
affot, du prtteblo (1) de Cabszas, habité, comme les 
précédentg, ^r un mélai^e de Chiriguanos et de 
nétis espa^ooU, maU d'un aspect bien plus animé ; 
«a population n'est, du reste, que de 150 ftmes; 
ta commune en renfenne, d'après le témoignage du 
curé, eaviron 600. J'avaia demandé l'hospitalité à 
Q8 bon ecclésiastique, et je n'eus qu'à me louer des 
bontés qu'il me témoigna; il m'obligea môme d'ac- 
cepter un mouton pour remonter mon magasin de 
YÎvres. On a eouvent reproché aux ministres de la 
religi(Hi en Amérique de n'être pas, en général, aeses 
sévères envers eux-mêmes, sous certains rapports, 
4t sans trop considérer les circonstances exception- 
nelles dans lesquelles ils se trouv^ttt placés ; mais s'il 
y a quelque chose de vrai dans cette assertion, on 
ne peut nier du moins qu'ils ne possèdent au plus 
haut degré celle de toutes les verluschrétiennesqui 
^1 la plus belle : la charité, dont l'hospitalité n'est 
qu'une forme. Que de fois, durant mes pérégrina- 
tfOBfi. il m'est arrivé de irapper à la porte de ces 
digiws ecclésiastiques, lorsque, nouveau venu dans 
des villages où les auberges sont chose inconnue, et 
souvent Buqiris par la nuit, je ne savais où diriger 
mes pas; et fu-esque invariaMeiqent j'ai été reçu 
aven la otéme bonté- 



(1) UlUrtiemaat, peuplade, bowrg,viUagt. 



i,Googlc 



A GUTKKREZ. 19 

Le rio Grande, en décrivant le vaste coude qui le 
conduit au nord vers la province de Gtiiquilos et le 
rio Béni, passe à une faible distance deCabeKas; le 
village d'Abapo, vers lequel je me dirigeais, en est 
séparé par une plaine sablonneuse d'environ quatre 
lieues d'étendue. Je marchais presque parallèlement 
au fleuve ; mais la route eu reste assez éloignée pour 
qu'on ne se doute nullement de son voisinage. 

Le curé d'Abapo me reçut comme celui de Cabezas; 
et, une de mes mules de charge s'étant blessée assee 
grièvement par suite d'un défaut de son aparejo 
(bât), je me décidai sans peine à séjourner un jour 
entier dans celte maison hospitalière. J'espérais pén- 
itent ce temps trouver à acheter une bète de charge 
supplémentaire pour remplacer cellequi venait d'être 
mise hors de service. Je m'occupai le lendemain de 
cette recherche, et je réussis à m'enprocurer une sans 
trop de difficultés; on me dit même tant de bien de 
mon acquisition que je consentis à conclure le marché 
sans la voir. On m'en demandait au reste une somme 
assez insigniSante. Jusque-là , le plus bas prix que 
j'eusse vu donner pour un mulet était de 30 à 40 
piastres(i50 à 200 francs), taudis que pour celui-ci 
on n'en voulait que 15. 

Le 29, pendant qu'on était à la poursuite du mulet 
dans les bois, où il menait, disait-on, depuis quelque 
temps uue vie vagabonde, je sortis pour chasser et 
h«Tboriser dans te? environs. La chaleur était tel- 
lement forte, que j'avais de la peine à l'eudurer : à 



Do,i,,-,;,ih,.Googlc 



20 DE SAKTA-CROZ DE LA SIERRA 

trois heures de l'après-inidi , le thermoraèlre centi- 
grade marquait 48 degrés. Je me rappelai alors 
que le rio Grande coulait à peu de dislance, et, 
un peu avant le coucher du soleil, j'allai pour m'y 
baigner, accompagné d'un cortège de vieilles Chirigua- 
nas vêtues de ûpoias (1) noires , comme le sont celles 
de presque toutes les Indiennes de celle région. Ces 
femmes porlaientchacune une grande jarre suspendue 
entre les épaules par une bande qui passait sur le 
front, et elles allaient, selon leur habitude, puiser 
au fleuve l'eau dont on se servait au village. C'était 
une opération bien plus difficile que je ne me t'étais 
figuré, et j'avoue que l'idée du bain me sortit bien 
vile de l'imagination lorsque je vis que, pour remplir 
leurs pots, les nymphes qui m'avaient piloté eurent à 
relever leur tîpoia presque jusqu'à mi-corps, afin de 
ne pas la souiller en traversant une couche de vase 
demi-liquide qui séparait le courant de la terre ferme, 
et qui pouvait bien avoir une vingtaine de mètres de 
laideur. Lorsque mes Indiennes sortirent de cette 
fange noire, dont la profondeur était dans quelques 
points de près d'un mètre, leur tipoia. roulée en 
bourrelet autour des reins, elles avaient un aspect 
assez difficile à décrire. Je m'enfuis pour ne pas en 
voir davantage. En rentrant au village , où mon hôte 



(1) La tipoia ou tipai est uae robe flotUnW et sans miDcfae*, qui 
descend du cou Jusqu'à mt-Jambe, et sOus laquelle il n'y a souTent 
aucun autre vètemeni. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A GUTIERREZ. 21 

m'attendait depuis quelque temps, j'eus le chagrio 
d'apprendre que le mulet n'était pas encore retrouvé; 
je me décidai à en louer un , ce qui me permit de 
partir le lendemain. 

Ayant appris qu'en remontant un peu le âeuve, je 
pourrais le guéer sans trop de difficulté, je dirigeai 
ma marche en conséquence ; et je trouvai an point où, 
le fond étant de sable, on pouvait s'y appuyer sans 
enfoncer. La partie du Ut recouverte d'eau était bien 
plus considérable dans le point de la rivière que j'a- 
vais visitée auparavant; mais, par compensation, la 
profondeur du courant était bien moindre. Cependant 
elle l'était encore trop pour que les animaux pussent 
y passer avec leurs charges. Je fis passer celles-ci 
dans un cuir de bœuf replié sur ses bords, et formant 
une espèce d'assiette assez semblable, à la grandeur 
près, à celles que font les enfônts avec des cartes à 
jouer. On emploie fréquemment dans quelques parties 
de l'Amérique ces bateaux improvisés, et on leur 
donne généralement le nom de pelotas; ils portent un 
poids assez considérable tant qu'ils ne sont pas trop 
imbibés d'eau ; car, dans ce cas, le cuir perd toute sa 
roideur : on est alors obligé de les sécher pour s'en 
servir de nouveau. 

Trois voyages suffirent pour transporter à l'autre 
bord du fleuve tout mon avoir : les Indiens poussant à 
pied ou à la nage la pelota devant eux. Les mules, 
qu'on avait eu soin de passer d'abord, furent aussitôt 
rechargées, et nous nous remîmes en route sans avoir 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



âS DE SAHTA-CRUZ DE LA SIERRA 

éprouvé un grand retard. Au delà du rio Grande, le 
sol est couvert d'une fbrét assez épaisse et coupé par 
un nombre considérable de ravins. La route que j'y 
suivis occupait le fond d'une large vallée dirigée du 
nord au sud, et limitée dans celte dernière direction 
par une montagne de peu d'élévation formant comme 
un pont qui relie entre elles les deux chaînes dont la 
vallée est encaissée à l'est et à l'ouest. Cette montagne, 
ou plutôt cette côte, porte le nom de Cuesta de Li- 
monzito ; le chemin qui la traverse suit, au fond d'une 
ravine, le lit d'un torrent. Le voyageur chemine entre 
deux murs de grès quartzeux et ferrugineux qui s'é- 
lèvent au-dessus de sa tête à une hauteur considé- 
rable. Les animaux ont de la peine à maintenir leur 
équilibre sur la surface anfractueuse qui constitue le 
pavage de cette route naturelle. Près du sommet les 
grès sont remplacés par des argiles scbistoïdes de 
couleur rougeâtre ou ardoisée. J'étais à l'entrée de 
cette espèce de défilé, quand je crus entendre derrière 
moi les pas pressés d'un cavalier et même quelques 
cris qui semblaient m'élre adressés. Je suspendia 
aussitôt ma marche, et'Je ne fus pas peu surpris de 
voir arriver, quelques instants après, mon marchand 
de mules d'Abapo, monté sur un beau mulet noir 
qu'il me dit être celui qu'il avait vainement cher- 
ché le jour précédent. Je lui en donnai le prix con- 
venu, en lui rendant la mule qu'il m'avait louée, et je 
passai ma selle sur ma nouvelle monture, qui s'élança 
aussitôt augatt^dansle défilé pour rejoindre le gros de 



tvGopgIc 



A OVTIUUK. I 9S 

l» troupe i sonardeur était telle qiie j'avais de la pane 
à la modérer, et il Irébocha plusieurs fois si violeoa- 
menl que je craignis un accident Heureupemeot qae 
la pente devint de plus en plus rapide, et son fea Unit, 
sinon par s'éteindre, au moins par s'apaiser beau- 
coup : il était rendu de lassitude Iwsque nous par- 
vînmes au sommet de la côte, ie m'arrêtai quel- 
ques minutes eu ce point pour admirer le paysage qui 
se développait devant moi-, j'y Couvai un ample dé- 
dommagement de la peine qae j'avais eue pour y ar- 
river. C'était la vallée qui porte le nom de Vallé dt- 
X.iffîonzito., Bornée sur les côtés par les grands braa 
de la Cordillère , dont les arêtes crénelées se dét»* 
chaient sur un ciel sans nuages, limitée- au nord 
par la colline qui me serrait d'c^servatmre, sa mr£ac« 
verdoyante se terminait au sud sur les riveg blanches 
et mates du mystérieux lac d'Opabùza, dont la nappe 
reSétait tes derniers rayons du soleil avant que celutci 
se cachât derrière les sommets noirs de* monta- 
gnes ; au delà s'étendait une grande forêt de palmier*, 
dont les cimes bleuâtres formaient comme une antre 
mer à la suite de celle dont je viens de parler. Quelques 
habitations entourée* de plantations de bananier* se 
groupaient aussi ver* l'un d^ cAtés de ce joli lien. 
Je ne doutai pas, vu l'heure avancée, que ma trompe 
ne se Mt arrêtée à l'une d'elles, ie m'y dirigeai auMi 
vit* que je le pus; et je ne tardai pais à m'aasurerda 
'eiaotitude de mes conjectures- 
l4 profiriélaire de la butte où mon muletier avait 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



24 DE SANTA-CSEZ DE LA. SIERRA 

demandé l'hospitalité était un ancien hdbitaDt de 
Santa-Gruz de la Kerra, et j'appris avec satisfection 
qu'il était venu habiter ces lieux pour s'y livrer à 
l'extraction du quioquioa. J'obtiûs sans difficulté qu'il 
me menât le lendemain au çoint le plus voisin où se 
rencontrait cet arbre précieux. Il me dit que ta va- 
leur des écorces que I'mi tirait de la province était 
assez grande lorsqu'on en commença l'exploitation, 
mais qu'elle était tombée presque subitement, sans 
qu'il pût en dire la raiscm. Je lui demandai ensuite 
quelques renseignements sur le singulier lac qui oc- 
cupait une des extrémités de la vallée, et dont j'avais 
maintes fois, pendant mon séjour à Santa-Cruz, en- 
tendu narrer les prodiges. Ces histoires roulaient sur 
des apparitions que l'on prétendait avoir aperçues 
dans les lies qui oocupent le milieu de cette petite 
mer. Mon héte m'assura qu'on les avait vues quelque- 
Ibis devenir resplendissantes de lumière pendant les 
nuits obscures, et qu'alors on en entendait sortir des 
sons musicaux. Quelques personnes y avaient vu ap- 
{^rattre subitement des bestiaux, qui auraient dis- 
paru presque aussitôt au milieu des fourrés qui les 
recouvrent ; d'autres enfin y avaient aperçu distinc- 
temeiU des chevaux sellés; mais personne n'avait 
. jamais osé pénétrer jusqu'à elles, quoiqu'on fût as- 
suré qu'il s'y trouvait des trésors considérables. Un 
prêtre, me dit-ii, fit une fois- construire un canot 
pour pénétrer jusqu'aux îles, persuadé qu'avec 
des prières , il conjurerait les mauvais esprits 



,-,,ii,Goo(^lc 



.1 GOTlHtREZ. ZS 

qui les gardaient; mais il ne put arriver à son 
but, et s'en revint sans avoir mis pied à terre. 
Notre conversation s'était prolongée jusqu'à une 
heure avancée de la nuit, et le lendemain je me ré- 
veillai assez tard. J'entendis en me levant un grand 
bruit de piétinement près de l'habitation ; il était ac- 
compagné de clameurs qui m'indiquaient, à ne pas 
m'y tromper, une lutte acharnée; j'appris trop tôt 
que tout ce désordre était occasionné par le mulet 
noir auquel j'avais recommandé qu'on fit porter 
la charge, n'ayant pas été très content de son main- 
tien lorsque je lui confiai ma personne. Une nuit 
de repos avait suffî pour mettre, au jour son vrai 
caractère , qui était cause que , malgré sa belle 
ai^rence, on me l'avait donné à si vil prix, et je 
restai convaincu que son maître avait usé de strata- 
gème pour que je ne m'aperçusse que trop tard qu'il 
m'avait dupé. A peine lui avait-on mis le licou, ce 
qui ne se fit pas du premier coup, qu'il commença à 
laacer de tous côtés des ruades, dont l'une avait at- 
teint la figure de mon pauvre cheval Guaycuru et lui 
avait fendu la lèvre. On réusait cependant à lui ban- 
der les yeux en lui jetant, comme c'est l'habitude, 
un poncho (1) sur la tête; et, profilant d'un moment 



(1) Od Mit que ce nom est donné A one espèce de manieaD qae l'on 
porte bablluellCDieBl dans l'Amérique du Sud. C'est une (dèce d'éloffe 
carrée, percée au centre d'une outerture en forme de boutonnière, 
pour donner panage t la Ute. 



t,Goo(^lc 



26 DE SAirTÀ-CKUZ DE LA SIERRA 

de répit, on lui avait placé le bat (1 ) sur tedos sans qu'il 
fît une trop farte résistance. Mais à peine eut-on 
serré la courroie qui entoure celui-ci en payant sous 
le ventre de ranima), que les ruades devinrent réel- 
lement effrayantes, et peu s'en fallut qu'il n'arrivit 
quelque événement sinistre au muletier ou à son 
aide. Le mulet était devenu furieux, et dans ses 
elïorts pour se débarrasser de l'appareil qui lui 
cei^ait le dos, mais qui tint bon, il fit une culbute 
complète; nous crûmes qu'en retombant sur la 
tête, il allait se la briser. Epuisé par tant d'efforts, 
il devint plus tranquille. L'ayant alors coudait jus- 
qu'à une barrière .qui eatourait la plantation, nous 
essayâmes avec les plus ^ndes précautions de lui 
poser sur le dos les malles qui renfermaient les pro- 
visions, et qui, étant de cuir, ne pouvaient se briser. 
Mais aussitôt, comme percé d'un coup d'éperon, il 
s'arracha de la barrière en rompant son licou, et se 
relevant tout debout, il retomba violemment en ar- 
rière. N'ayant pas réussi à se débarrasser immé- 
diatement de sa charge , il lui lança une terrible 
ruade qui porta droit sur la fermeture de l'une de* 



(t) Le bât usiie en Bolivie <t au P^rou, où il est coona sous te nom 
de aparejo, est bien différent de In cangalha des Brisilienu, ei 11 esl 
bien mieux adapté qu'elle*aui voyages dans tes paya moDlagoeux. 
Il esl composé de cuir de bœuf tasué (iutla) , couu sur une 
carcasse de Joac (lolora) et de laine. Sa forme est celk d'un livre 
carre à demi ouveci i ses dîiu«i)si»BB sobi un p«u supérkuw i celle» 
du bit bTéiilten. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A GDTIERREZ. 27 

caisses, dont le contenu fnt dispersé snr le sol. Bref, 
il était impossible de penser à nous servir plus long- 
temps de eette béte , et je me résîjjnai à la laisser 
suivre en liberté, espérant qu'après quelques jours 
de fetigue et d'abstinence, elle deviendrait plus rai- 
sonnable. C'est ce qui arriva ; mais non sans qu'elle 
eûtrépété encore plusieurs fois les mêmes évolutions, 
l'une desquelles lui causa une affreuse contusion au 
garrot, et m'obligea de m'en défaire. Elle était de- 
venue alors presque douce, et malgré sa plaie qui h 
mettait hors de service pour plusieurs mois, je la 
vendis presque au prix qu'elle m'avait coûté. 

Une fois mon équipage convenablement en marche, 
je regagnai avec mon hâte le fond de la vallée, en 
prenant un chemin pen différent de celui que j'avais 
déjà suivi, et nous atteignîmes Wenlôt la côte de Li- 
monzito, sur laquelle, au bord des bois qui en rem- 
plissent les nombreux ravins, nous ne tardâmes pas 
à rencontrer l'objet principal de mes recherches dans 
ce pays : l'arbre, ou au moins un des arbres qui pro- 
duisent la précieuse écorce de quinquina. Je ne dirai 
pas le plaisir que j'éprouvai en contemplant pour la 
première fois de ma vie un objet tant désiré; cela 
est trop facile à concevoir. Mais à ce plaisir se joi- 
gnit le regret de ne pas trouver la plante en fleur; 
j'eus même beaucoup de peine à en trouver quelques 
fruits. Puis les arbres que j'avais sous les yeux n'é- 
taient que des rqels partis de la souche d'autres 
arbres plus grands que l'on avait abattus poar tes 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



28 1>E SANTA-CfiUZ DE LA. SIERRA 

déponîHer de leur écorce. Cette circonstance démon- 
trait, an reste, un fait fort intéressant : c'est que si 
les arbres à quinquina étaient abattus avec discerne- 
ment, ils ne disparaîtraient pas pour cela entière- 
ment, puisqu'il' en naît d'autres de leur base; mais 
encore iaudrait-il que Ton ménageât celle-ci, ce que 
l'on hit rarement. Mon hâte m'assura qu'à quelques 
lieues de là il y avait des forêts considérables où ce 
même Quinquina atteignait des dimensions beaucoup 
plus grandes, et il me dit qu'il comptait s'y rendre 
au retour de la belle saison pour les exploiter ; il ne 
voulut pas cependant m'y conduire, pensant sans 
doute que je pourrais le frustrer de sa découverte. Il _ 
me conlirma enSn dans l'opinion que le Quinquina 
deLimonzitoetceluiquej'avais cberchéeu vainsurles 
montagnes de Piray appartenaient à la même espèce. 

Après cette excursion salisfaisante qui avait occu- 
pé une partie de la journée, je me mis en devoir de 
rejoindre ma caravane, etaprès avoir traversé encore 
une fois les petits taillis de Solanées en fleur qui 
émaillaient le bassin de la vallée, je gagnai le lac 
d'Opabùzu, dont je longeai la rive orientale. Quelque 
temps avant d'y arriver, je perçus l'odeur qu'il ré- 
pand, et que l'on peut assez bien comparer à celle 
qui émane d'une grande masse de plantes marines. 

Pendant la saison des pluies, alors que le bassin 
du lac est plein, il a une forme plus ou moins oblon- 
gue, et sa longueur est d'environ une demi-lieue ; 
mais quand ses eaux se s<mt concea^ées sous l'in- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A GUTIERREZ. 29 

fluence du soleil (il n'a pas de déversoir naturel), il 
se rétrécit en plusieurs endroits et prend une Hgure 
irrégulière. Il s'entoure alors d'une plage plus ou 
moins large de sable limoneux, sur lequel on ne peut 
marcher qu'avec danger à cause des perfides fon- 
drières qu! s'y rencontrent; on m'a affirmé que plus 
d'une fois des hommes s'y étaient engloutis. L'eau 
est parfaitement stagnante ; elle a une teinte verte 
très marquée, qa'ellè doit à la réflexion des monta- 
gnes, mais surtout à la présence d'une petite algue 
qui forme à sa surface une écume très légère ; 
dans quelques parties cependant , elle est d'un 
brun plus ou moins rougeâtre : couleur qui passe 
presque à celle du sang dans d'autres points. Sa sa- 
veur est celle de la plus forte lessive, et la bouche a de 
la peine à l'endurer ; au toucher, elle donne l'impres- 
sion d'une dissolution concentrée de savon. On m'avait 
assuré qu'aucun être vivant ne s'approchait jamais 
des bords de cette eau singulière; mais il y avait là 
de l'exagération, car au moment de mon passage, j'y 
vis plusieurs oiseaux qui ne paraissaient pas craindre 
de s'en approcher, et l'un d'eux s'y était même aven- 
turé à la nage, probablement pour recueillir les 
insectes qui flottaient à sa surface, et qui y étaient 
sans dOute tombés accidentellement, car il m'a été 
impossible de découvrir dans son sein le moindre être 
remuant. Quant aux animaux supérieurs, il paraît 
certain que jamais ils ne s'y mouillent les pieds ; 
ayant voulu y i^ire entrer de force ma mule, je faillis 



t,Go,oglc 



30 DE SlNTA-CRUt DE LA SIERRA. 

y être lancé luoi-même par l'animal récalcitrant. 
En abandonnant le lac auquel je m'étais promis 
de faire une seconde visite, je traversai une forêt de 
ces palmiers qui portent, en Bolivie, le nom de Co- 
randaîs {Copernicia ceriferà). Le^r tronc nu et cy- 
lindrique est employé, dans la région que je parcou- 
rais, à la confection des toits des maisons, ainsi qu'à 
bien d'autres usages économiques. Parmi ces pal- 
miers, j'en remarquai deux qui étaient dignes de 
fixer l'attention, en ce que, au lieu d'avoir un tronc 
simple d'une extrémité à l'autre, comme cela a ordi- 
nairement lieu chez ces arbres, ils se divisaient près 
de leur sommet, l'un en deux, et l'autre en trois 
branches qui se terminaient chacune par un bouquet 
de feuilles: Un peaau delà se trouve une ferme ap- 
pelée Taiarenda, agréablement située sur les bords 
d'un gros ruisseau ; mais le jour était déjà si avancé 
que je ne pus m'y arrêter, bien que j'y fusse invité 
par le propriétaire, lorsqu'on passant devant sa porle^ 
je lui demandai des nouvelles de mon muletier. Il 
me fît espérer que je le rencontrerais à un village in- 
dien du nom de Caraguatarenda, situé deux lieueB 
plus loin, et à quelque distança du chemin; mais la 
nuit me surprit avant que j'y arrivasse, et je dés- 
espérais déjà de coucher soas un toit hunaain, lors- 
que le son d'un tambourin, qui partait d'un monti^ 
cale que j'avais laissé en arrière depuis plssieurs 
jnmutes, arriva distinctement k mon oreillo. Je ren-t 
die ^ces au ciel d'avoir donné aux Chiriguanes 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



31 

l'Idée de ffiter ca jour, et je poussai vers reodrott 
d'où était parti le salataire avertissement. Les sons 
devinreid déplus ea plus nets, et eu tournant le monti- 

' cale, je me Uvnvai devant une douzaine de mauvaises 
masures qui occupaient l'embouchure d'une petite 
ravine. Un grand feu allumé devant un de ces réduits 
flairait b scène dont les accents m'avaient étéd'un 
secours si opportun. J'y cherchai de l'œil mon lidèle 
muletier ; mais il n'y était point. 

Une sale vieille, h moitié nue, était accroupie au 
milieu de la réunion, derrière une énorme jarre à la- 
quelle elle puisait une liqueur jaune, qu'elle distri- 
buait aax assistants, dans nne calebasse. C'était, à 
vrai dire, plutôt une orgie qu'une simple danse, et 
il était clair qu'il y avait déjà quelque temps que 
cela durait, à en juger par l'abaiHemrait considé-' 
rable du niveau de la liqueur dans la grande jarre: 
aussi les plus jeunes delà réunion commençaient-ils 
îi se re^enUr des effets de leurs libations, et trébu- 
chaient-ils un peu en se balançant et en tournant 
joyeusement sur eus-mémes, au son du tambourin ; 
tandis que les plus âgés, assis sur des escabeaux ou 
sur des lambeaux de nattes, conservaient un sérieux 

- imperturbable, et ne se mouvaient que pour prendre 
dm mains de la vieille La calebasse qu'ils vidaient 
tour à tour. 

' Ne sachant pas tris bien de quel c6té me tourner, 
car je ne voyais auc^n indice. de la présence de ma 
troupe» je me détenninai à aller en demander des 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



32 DE SAnTA-CRD7 IW hk SIKBR& 

nouvelles à la vieille, qui me parut être la reioâ de 
ces lieux. Elle était bien évidemment celle de la fSôte. 
Je poussai donc tout doucement la tête de ma mule 
au milieu du cercle en écartant les Indiens amonce- 
lés ; et la vieille s'étant retournée, se trouva si ino- 
pinément avertie dé ma présence (car Tobscurité 
l'avait empêchée de me distinguer jusque-làj, qu'elle 
poussa un petit cri de frayeur; mais se ravisant aus- 
sitôt, elle remplit jusqu'aux bords la calebasse qu'on 
venait delui remettre entreles mains, etmelaprésen ta. 
Pour merendre propice celte vieille harpiej'avalai jus- 
qu'à la lie le vilain breuvage, en réprimant avec peine 
les nausées qu'il me donnait, et dissimulant dans une 
agréable grimace de remerciment ma peine intérieure, 
je lui demandai si elle avait vu dans le voisinage un 
cheval rouge et quelques mules chargées; mais la 
vieille, ne sachant pas l'espagnol, ne me répondit pas, 
et comme elle paraissait disposée à m'ofïrir une nou- 
velle dose de sa liqueur jaune, je profitai du moment 
où elle se retournait pour rentrer dans l'obscurité, et 
j'y Fus presque aussitôt accosté par mon domestique, 
qui avait eu vent de ce qui se passait. Il me mena à 
une petite cabane située sur les derrières du village, 
et où il avait cru devoir établir le quartier général, 
pour être moins dérangé par l'hilarité des Caragoa- 
tarendois. 

Le lendemain, 2 décembre, j'arrivai de bonne heure 
à Gutierrez. Quatre lieues le séparent de Caraguata- 
renda ; l'aspect du pays que l'on traverse pour y 



i,Googlc 



A GUTIERREZ. 33 

arriver est analogue à celui de tout le district 
que je voyais depuis Tatarenda; le chemin court 
en effet presque' directemeDl du nord au sud dans 
des vallées ouvertes qui figurent de longues plaines 
étroites et presque unies, encaissées par de petites 
chaînes de mentîmes boisées (I). Le sol y est cou- 
vert presque partout de maigres pâturages, cl semé çà 
et là de jolis bosquets de Mimosées ou de Solanëes ar- 
borescentes. Lorsque j'y passai, quelques espèces 
de Casses faeri>acées et un Zygophyllum rampaient 
çà et là sur le sol glaiseux et avaient ouvert- au 
soleil leurs corolles orangées. 

k mi-chemin, entre Caraguatarenda et Gotierrez, 
se rencontre un petit village insignifiaDt appelé fpita. 



(1) LaâoublQ chatae qui encadre h cbemlD de QntierreE n'est cam- 
nae que eom la dâuoDiInatloD vague de terraniu. Sod élévailoo 
eu peu coualdérabie et cd général se« sommets sont arrondis. 
Dans les points oti, par une cause ou une autre, la iDoniasaeae trouve 
taillée à pic, et permet d'examiner aes élémenti léologlques, c'e^t lou- 
iours du grëa de coolcur variable que l'on j déconvre ; il est le plus 
ordiDalrementrange, mais, dans quelques points, il est jaune ou blanc. 
11 présente rarement des slraies oettemeat dessinées, et celtes-d 
sont toujours horliontale*. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE II. 

6ÉI00K A GOTIEnaEZ. 

Arrivé à la ca]ntale delà province de laGordtUen, 
je dQ9 demaader plusieurs fois si j'y étais, pour en 
être bien convaincu. Bien ne ressemble, en effet, 
moins à une capitale que Gutierrez. dont une grande 
prairie marécageuse fait presque tous les frais. C'est 
pour ainsi dire la seule cbose que jy vis, lorsqu'ea 
quittant le vallon dans lequel j'avais cheminé depuis 
le matin, j'appr» que j'étais arrivé. Cependant, en 
cherchant bien, je finis par distinguer à une des ex- 
trémités du pré une cabane surmontée d'une croix, 
que je reconnus sur-le-champ pour l'église. 

Je savais que la maison du gouverneur se trouvait 
dans ce voisinage, et je vis bien, en m'y rendant , 
que je m'étais trompé en prenant une prairie pour U 
capitale d'une province ; en effet, je rencontrai ep 
chemin une douzaine de masures de boue et de paille 
qui constituaient- la vraie capitale. Quelques arbres 
d'une espèce nouvelle pour moi donnaient à cet en- 
droit une physionomie spéciale ; il y en avait auprès 
de toutes les maisons ; et il était facile de voir qu'ils 
avaient été plantés pour l'ombre épaisse qu'ils répan- 
daient. Leur cime était presque orbiculaire, et le 
tronc qui la soutenait s'élevait tout au plus à une 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SÊJOVK A GOTURItEK. % 

hauteur de 3 iiaàlres avant de se diviser^ J'aurai 
occasion d'en reparler sous le nom d'Algarrobo. 

Un autre v^tal attira aussi monattentÎDa: c'était 
le Cactus, connu sous le nom de Raquette. On le cul- 
tive pour ses fruits qu'on appelle tunas; ils oui 
un peu le goût d'une poire anglaise; j'aperçus autour 
de plusieurs des habitations de Gutierrez des enclos 
remplis de ces plantes qui y formaient des arbres de 
3 mètres de hauteur. 

Je n'eus pas de peine ii trouver l'habitation du gou- 
veraour, le colonel Hontero, pourlequd j'avais plu- 
sieurs lettres de recommandation. Elle était située, 
comme on me l'avait dit, sur un des côtés de l'église, 
et elle me parut bien plus soignée que celles des 
autres habitants; je ne fus pas ^ché qu'il m'int 
viiât à m'y loger. Le colonel avait d'ailleurs voyagé 
dans le pays, et il pouvait me donner des renseigne- 
ments utiles. J'npprie de lui que Gatierrez avait été 
érigé en capitale assez récemment [il portait aupara* 
vant le nom de Ëstançias). La position à peu près 
centrale de ce village lui a seule mérité un tel hon- 
neur; car l'humidité du sol environnant en rend 
leiîlii]Qat.9i,iiBj!ilsain que peu d'habitants peuveût s'y 
bire. Presque tous les individus que j'avais rencon- 
trée portaient sur leurs figures des traces évidentes 
des ravages de la fièvre intermittente. Il setait bien 
fiv^ile, il est yrîiâ, de dessécher les marais de peu 
d'étendt^ qui semblent ôtré la cause du m^tl ; mais 
ep trouve plu^sioiplede ti:ansporter ailleura sonrdçr 



t,Goo(^lc 



36 SËMDIt A GUTIERnEE. 

ffiidle; c'est ce qui fait que Guti«rrez est et sera 
peut-être toujours une capitale dépeuplée. 

Ayant appris par mes lettres que mon projet était 
do continuer ma route directement Ters le sud, en 
passant par la partie du paya des Chiriguanos qui a 
reçu le nom de Barbarismo, mon hâte m'en dis- 
suada fortement; il m'assura que ces Indiens étaient, 
au delà du rio Parabiti, en rébellion ouverte contre 
les chrétiens, et qu'ils ne se foraient pas scrupule, 
si je m'y aventurais , de confisquer mes valises à leur 
profit. Il ajouta que ta récolte du maïs venait de se 
faire, et qu'il était toujours dangereux, à cette épo- 
que, de passer dans leurs villages, la liqueur fer- 
mentée, ou chicha, qu'ils composent avec ce grain, les 
maintenant dans un état d'enivrement presque 
continuel. Dès que leurs greniers sont vides, ils 
deviennent, à ce qu'il parait, assez doux pour 
qu'il n'y ait aucun danger à se rendre au milieu 
d'eux. 

Malgré la bonté apparente de ces arguments, je ne 
pus me décider à abandonner un vopge dont je 
.m'étais promis des résultats aussi curieux. Voyant 
que je persistais, le gouverneur me promit de Ëiire 
tout ce qui serait en son pouvoir pour m'aplanir 
les difScultés qu'il prévoyait. Il fut ensuite con- 
venu qu'il m'accompagnerait dans la nouvelle visite 
que je comptais fajre au lac de Opabàsn : visite 
durant laquelle je me proposais d'essayer de péné- 
trer dans les (les enchantées qui en occupent le 



h,Gôoglc 



etMnn a. evruiuwi. 37 

centre. C«tte excamoB fol reavoyée an «arlen- 
denoain. 

Le 3 décembre, \e dépêchai k Sabta-Cniz mcm 
muletier^ dont la science itinéraire était à bout, et 
je le chargeai de rassurer mes amis sur le compte 
de ma santé. Ayant ensuite fait parquer mes ani- 
maux dans un des meilleurs pâturages des «virons, 
en reconmiandant qu'on leur distribuât tous les jours 
une bonne mesure de mais et un peu de sel, je me 
mis à parcourir le voisinage. Les forêts de cette parUe 
de la Bolivie sent loin d'avoir une physionomie aussi 
trotucale que celles que j'ai vues en traversant le 
Brésil; non que les arbres y soient beaucoup moins 
déyeloppés , mais on n'y remarque pas un aussi ma- 
gique péle-u^le. Le gouverneur m'avait assuré que 
le Quinquina se trouvait aux environs de sa capi- 
tale , et le curé offrit de me l'indiquer; mais arrivé 
à l'endroit de la forêt où ii croyait l'avoir aperçu 
qoelquç temps auparavant, il ne sut plus le distin- 
guer. M'aidant alors de mes connaissances botani- 
ques, je lui montrai un arbre (1) de la même fa- 
mille naturelle que le Quinquina, eb lui disant que 
c'étoil probaUement l'objet qu'il cherchait; conjec- 
ture qu'il confirma aussilM en me téroo^nant un 
{prand éfonnement de mon art divinatoire, dont je 
ne crus pas nécessaire, au reste, delui donner la clef. 



(1) Ccat mou Chruioxfktn febrifvgum. 



t,Googlc 

9 



M StMOB Â «OTimiIftK. 

Mon guide Tôt plus hébreux lorsqu'il s'agll ée me 
montrer l'arbre dont il retirait l'encens qu'il brû- 
lait sur l'autel de l'église de Gutierrez. C'est un des 
végéttux les plus répandus , et en mtote temps les 
]daB intéressants des forfits de la Cordillère des 
Andes, où il cet généralnnent connu sous le nom de 
Quinaquina (f) (JA/nKn/ton peruiferum.) La résine 
qui distille des plaies feites i son écorce est ce que, 
dans le commerce, on appelle Baume de Totu ; elle 
s'accumule souvent au pied de l'arbre en quantités 
eonaidérablea , et répand une odeur -de benjoin 
des plus agréables. Son bois est d'un rqnge foncé 
•t d'une durabîlité telle qu'on le regarde comme 
imputrescible. L'Algarrobo {Protopis duleis des bo- 
tanistes) f dont j'ai déjii dit quelque mots k propos 
de mon entrée k Gutierrez, mérite une mention spé^ 
^ale parmi les vitaux de première utilité qui at-" 
tirent, dans cette région, l'attention du voyageur. 
Son bois n'a pas une valeur à boaucoup près aussi 
grande que celui du Quinaquina, ni do Cedro (O- 
dreta bnmliênsà), ni môme d& plusieurs autres tef- 
iaes forestiers de ces |Ays ; il sert néanmràM, kv» 
qu'on est obGgé d'abatbe cet arbre utile , à bien des 
«HgBS auxquels ne seraient pas propres les bois 
<|ue)'atcilés.Se8fraît$,iiu4800t desgooiBradedeiixà 



(1) Oq crorait aatn fois qtte le qttlnqnina était tm des prodtitts de 
cet arbre ; de li le nopi qa'l\ porte, et qui n'est autre qu'une contrac- 
tion de qatna-quina. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



StMini A GUTIBttRU; N 

trois déctOtèttei de Imguaorj MmlBUplcrjés partoufeti 
eDgraisser les besliaux; on les cseille ii cet effet, 
quelque temps avast leur maturité; Les graines, ré» 
duites ea forme, contribuent à la nourrilwre des ha* 
bitants eux-mâmest et la matière résimrilâe qoi ciMilê 
des blessures fail^ i son écoree, conHnée avee un* 
matière ferrugineuse, feumit «ne teintare Dom* 
L'écorce elle-même sert à tanner; mais au lira d« 
donner au cuir une eouleur ferrugineuse oonmie 
l'écorce de YAcncia An^o (Oirnpaù, Biloa où SmH 
des Boliviens), il leur commnnique une nuiaee jaiff 
oAtre. 

Le 4- , nous montâmes à dKral de grand matit 
pour feire k Limoniito la visite que nous avÙMs prof 
jelée^ mais la pluie gita un peu le plaisirde ia roubft. 
L'odeur de varech^ cfoe Té{Mtndait le lac» commeaça ^ 
se feire sentir k près d'une demi-lieue de ses nvei; 
nons y arrivAmes assen tdt pour, pouvoir cboiair li 
notre aise le point de d^rt le fd«a convensMe 
pour mon voyage aux lies. Le MHtps empèdit qu'il 
nes'e^otuàtca-jour même. i 

A roen amv^e dans le pays, j'arais aam h botà 
<m«ntald)i-lac; je veul», po»r compléter idm exfitr- 
ration, oAtoyer avec le goure maur la rive eppoaéet Oito 
me|»ermit d'en desnner tontleocntoor. Venà^/t^tpnii^ 
m'occupais de en travail, i|aelquM ol^etf «iagtttians 
atti^rant mon «ttpiition : c'étafentrdeainaaiMnoùrw 
ellrrë^lièna ({ai s'élevaient, de la sUrfece de i'wa. 
Ofr-pownitl«spafedrepMV desMuclies dd.pabùMs 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



OU pour (kit madréporefl. Quelqaes unes de ces 
masses s'étaot trouvées à la portée de ma saaia, je 
pus me oonvaiocre que c'étaient des coQcrétions cal- 
eures formées par les d^ôts soccessift do lac; elles 
MMt comparables, sous beaucoup de rapports, à des 
stalactites ; j'en cbcnsift quelques unes ^s plus 
petites pour les ajouter à mes collectioQs géoto- 
giques. 

I/heure étant avancée, nous allâmes demander - 
^hospitalité à un àes habitante de la vallée, chez le- 
quel iMMis rencontrâmes ntmibreuse rétjnioii. Le gou- 
verneur lui dit que je voulais tenter, le lendenoain, 
t'entrée des lies on des cerritos, cooone on les ap- 
pâte dans le pays. Ce dî^e honnie déclara sur-le- 
champ qu'il ne me laisserait point aller seul, et il 
jura qu'il m'accompagnerait partout. Un de ses voisins 
se joignit 'aussitôt à lui, puis un autre, et bientât 
l'eapédition devint tellement nombreuse, qu'il n'y 
avait plvs moyen de craindre les plus noirs démons. 

Parmi les personnes présentes ce soir chez notre 
hftte de LimoDzilo, il y avait un vieillard qoi par- 
lait le^uarani t it me dit qne le mot optdmsu, ei^ifiait 
4a«s .oette langue , tomt disparut. Il existe d'après 
lui cher les Chirignanoa de la Cordillère ime tratU- 
ti(m singulière. Elle rapporte que sur remplacement 
ooeupé aujourd'hui par le lac de Opabhsn il existut 
uB village considérable qui , un jo«r, s'enfonça su- 
bitement, en laissant ii sa place cette nouvelle Hér 
Morte. Il n'y a ii«n là d'inpeeuUe^ je pms mdme 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SÉJQUft A GUTI^RSKt. 41 

ajouter, & l'af^ui du la tradîtioB des Gbiriguanos, le 
iait de l'apparltioii subite et très récente d'un lac 
d'eau sulfiircase dans tes montagnes de Buena-Vista, 
à peu de distance deSanta-Cniz de la Sierra. L'évé- 
nement dont je parle eut lieti vers la 6a de l'année 
1849, à la suite d'un trembleawnt de terre qui fit 
éprouver aux habitants des craintes sérieuses. Une 
partie de la montagne d'Anamborô s'écroula, et une 
rivière prit naissance dans ses décombres. 

Le 5 , re|,pédition destinée à rompre Le cbarme 
du lac se mit de bonne heure en marche. Avant 
d'arriver au iîeu déjà désigné comme le point de 
départ de la partie aquatique de l'excursion, elle 
se grossit d'un corps de femmes de tout Age , dési- 
reuses, disaient-elles, d'assister au moins de leurs 
prières au succès de l'événement; mais leur plus 
grand désir, je pense, était de dissuader leurs maris, 
frères ou âls de toute. participation aune entreprise 
qui pouvait bien passer pour quelque peu folle. Aussi, 
qu'arriva -t-il ? A peine fut-il question de retirer les 
poocbos f les bottes et autres vêtements, que les bons 
habitants de Limonzito se retirèreijt un à un jus- 
qu'au dernier de la partie, me laissantJseul pour af- 
fronter les esftits A^s cerritos. 

La pjus grande des Ues , vers laquelle je voulais me 
diriger d'abord, n'est pas très éloignée de la rive ; 
j'avais pensé qu'en nageant je pourrais facilement y 
arriver ffli dix minutes ; j'y mis plus du double, car il 
se présenta une diffij^ulté sur laquelle je n'avais pas 



t,Goo(^lc 



42 SÊIODR A GVTIEHREZ. 

compté : ce ne fut pas, en effet, dans de l'eau que 
j'eus à me débattre les trois quarts du temps, mais 
dans de la vase. Près de la rive celle-ci n'a qu'un ou 
deuxpiedsdeprofondeur,et elle est recouverte d'un ■ 
pied d'eau; plus loin il y a un pied et demi d'eau, et 
trois pieds de boue.Dès lors on n'en atteint plus le fond, 
et il ne reste au voyageur d'autre moyen de progres- 
sion que celui qui est propre aux poissons; je m« 
hâtai d'autant plus de l'employer, que je trouvai assez 
peu commode de marcher en ayant de la boue jus- 
qu'à mi-corps. La couleur de ce limon, qui est par- 
ticulièrement douce au toucher, était noire comme 
de l'encre; à chaque pas que je ftiisais, sa teinte se 
communiquait à l'eau, de sorte que ma route resta 
dessinée à la surfoce du tac'par un grand ruban som- 
bre. Une chose qui me frappa fut la fecilité avec 
laquelle je me soutenais sur cette eau; j'en trouvai 
plus tard là raison dans l'immense quantité de sel 
qu'elle tient en dissolution. Toujours est-il que je fus 
particulièrement satisfait de sentir, à environ deux 
brasses de l'Ile, que le fond de vase prenait de la con- 
sistance sous mes pas. Lorsque je mis pied àterre, 
ma couleur était telle qu'on aurait pu sans peine mé 
prendre pour un des diables de ces lieux: Je déclare 
que je n'en trouvai pas d'autres, pas plus que je ne 
trouvai de trésors; mais je m'aperçus qu'au Keil de 
irois lies dont on supptftaitce petit anAipel oomposé, 
il y en avait quatre; d'où il résulte qUej'ai découvert 
une lie, ce qui est quelque chose. 



Po,i,,-c,ih,.Googlc 



SÉJOUR A GUTIERREZ. 43 

Lés gens du pays m'avaient dit qu'au milieu des 
ttes^ il y avait un déverser, une sorte de gouffre 
par lequel se vidait le trop plein du lac; il n'y a rien 
de tel. Chacun des cerrilos est élevé de 4 mètres en- 
viron au-dessus du niveau de l'eau. La grande île est 
couverte de végétation; mais je n'y vis aucun arbre 
en fleurs. Sur le bord même de l'eau je remarquai que 
les pierres étaient couvertes d'une matière violacée 
qui me parut être de nature végétale; j'en emportai 
plusieurs pour ma collection. Convaincu enfin que je 
n'avais pïuè grand'chose avoir, je retournai à la terre 
ferme comme j'étais venu. Je retrouvai mes compa- 
gnons presque fichés que la cbose se fût passée si 
simplement. Quant aux femmes, elles avaient tenu 
parole , car elles étaient restées à genoux pendant 
tout le temps qu'avait duré l'expérience. 

Il me re^e à ajouter, pour terminer le récit des évé- 
lieiiiehlsdn jour, qu'ayant mis mon cheval aii galop 
pour cliercher un abri contre un orage qui commen- 
çait à s'épancher, il sombra tout à coup dans une fon- 
drière en me prenant la jambe sous lui. La mollesse' 
du terrain me préserva heureusement de tout acci- 
dent; mais' l'animal ne ë'en retira qu^avec la plus 
grande difficulté, et dans ïe plus triste accoutre- 
meàt. 

■ Le jour qui suivit mon retour à Gutierrèz je m'oc- 
cupai à feire grosso modo l'analyse de l'eau du lac, 
dont j'avais eu soin de faire rapporter une grande 
jarre. ïe cherrihaî surtout à m'assurèr quelle était la 



Do,l>7rlh,.GOOglC 



44 SÉJOUR A GUTIERREZ. 

proportion de malières salines renfermées dans le li- 
quide; je trouvai qu'il y en avait environ 7 pour 
cent. Je ne crois pas que l'on connaisse encore 
de source aussi chargée. Les matières en disso- 
lution sont formées en majeure partie de carbonate 
de potasse et de clilorure de sodium et de ma- 
gnésium. 

Je m'informai si l'on s'était servi quelquefois de 
l'eau d'Opabùsu comme d'un moyen curalif , et l'on 
m'assura que non. J'engageai alors le gouverneur à 
exciter les gens du pays à faire quelques essais; je 
leur citai un certain nombre de maladies qui 
pourraient être traitées favorablement par un agent 
de cette sorte. Je sus, plus lard, que, sur la foi 
de mes conseils un homme atteint de rhumatismes 
s'était 5dt transporter sur les bords du lac dans le- 
quel on l'avait baigné plusieurs fois par jour , et 
qu'il avait été presque complètement guéri au bout 
d'un temps assez court. Je témoignai le désir qu'on 
essayât sur les lépreux l'effet de cette eau, mais 
j'ignore si l'on a encore expérimenté son action sur 
cette affreuse maladie. 

Malgré la bonne volonté qu'y mit le gouverneur^ il 
me fut impossible de trouver un guide qui voulût me 
conduire à travers le pays des Cbiriguanos. J'appris 
même que plusieurs des gens du pays sur lesquels le 
gouverneur avait une influence directe s'étaient ca- 
chés pour qu'il ne les contraignit pas à m'accompa- 
gner. Je fus donc obtigé, à mon grand regret, d'aban- 



,-,,ii,Goo(^lc 



- sËionit A gutierrez. 45 

donner pour le moment la partie de mon projet dont 
la réalisation devait mo mettre en communication 
avec quelques unes des nations sauvages les plus cu- 
rieuses de l'Amérique. Un autre contre-temps vint 
s'ajouter encore h celui dont il vient d'être question. 
Le chemin par lequel je voulais primitivement ga- 
gner Tarija suit, parallèlement à la Cordillère, une 
série de vallons encaissés analogues à ceux dont ila 
été question dans la dernière partie de mon voyage à 
Gutierrez. Les mules et les chevaux pourraient, sans 
user Içurs sabots, marcher éternellement dans, les 
chemins qui parcourent ces districts; il n'en était 
pas de même de la seule route qui me restât ouverte, 

. celle des montagnes. Dans ces chemins pierreux mes 
animaux non ferrés devaient nécessairement s'estro- 
pier aubout de quelques jours de marche, et je pré- 
voyais déjà que je serais forcé d"en laisser quelqu'un 
en route. Quant aies J^rrer à Gutierrez, il ne fallait 

,pas y songer: au prix de l'or je n'y aurais même pas 
rencontré un clou. Ilfôut ajouter que les pluies com- 
mençaienl déjà à se faire sentir; mais de ce cdté-là 
an moins je ne rencontrais que des obstacles prévus , 
et qui ne pouvaient m'arrêter qu'autant que je per- 
drais trop de temps en route. Il me tardait par-dessus 
tout de traverser le formidable rio Pilcomayo qui 
sépare la province de Tomina de celle de Cinti. Un 
jour de retard pouvait en rendre le passage impossi- 
ble, malgré tous les moyens auxquels on aurait re- 
cours; j'en étais, au reste, encore loin. 



,-,,ii,Goo(^lc 



46 SÊIOVR A GUTIERRfiZ. 

En attendant mon départ, que j'avais fixé au 
10 décembre, mais qui n'eut lieu que le 12, le eolonel 
mon hâte continuait k me soigner comme si j'eusse 
été de sa propre famille; il ne se passait guère de 
jour qu'il ne m'accompagnât dans les courses trop 
rares que la pluie me permit de iîiire dans les envi- 
rons du village, qui offrent, dans quelques parties, 
des points de vue remarquablement pittoresques. 
Sous ce dernier rapport la vallée dans laquelle se 
rencoDtre la lagune d'Ibiuaua mérite une mention 



Les plantes cultivées à Gutierrez ne sont pas très 
nombreuses. Le maïs, le manioc et le riz constituent 
le fond de la nourriture v^étafe des habitants. On y 
cultive également la patate, le maai, le bananier et la 
canne à sucre. Les Boliviens font du maïs une COD- 
sommalioji plus grande encore peut-être que les Bré- 
siliens. Ils l'accommodent de manières très variées. 
Cependant c'est sous forme de ferine qu'on l'emploie 
le plus ordinairement ; il sert ainsi à épaissir les sou- 
pes. Les grains entiers cuits à l'eau consii tuent ce qu'on 
appelle le môle; rôtis, ils portent le nom detostadQ, 
et remplacent presque universellement le pain chez 
les'gcns pauvres des régions chaudes du pays-, je n'ai 
jamais vu torréfier la farine de mais en Bolivie ni au 
Pérou, comme on le fait au Brésil. Avant sa maturité, 
l'épi de maïs porte ordinairement le nom de chocio;. 
le grain encore tendre se sépare, alors très difficile- 
ment de l'axe cenlEal^ et on cuit l'épi d'une seule 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



StMHin 1 CUTlBBItEl. 4? 

{ùàoe. Avec de très jeuae^ çk/oclos on fait an meU 
très délicat nommé uminta. Enfin, c'est, aussi avec 
le mais que se.iait ]n chicha. Cette liqueur pourrait 
6tre appelée à juste titre la boissoa oationale de 
l'Amérique Espagnole ; puisque, à peu d'exceptions 
près, toutes les classes de la société la prennent avec 
plaisir. Je dois dire, pour mon compte, que lorsque 
j'eus appris dans tous ses détails le mode ordinaire 
de préparation de ce breuvage, qui par le tait n'est 
autre chose qu'une sorte de bière , j'eus quelque 
r^ugnance à en prendre (1 ) t mais je vainquis bientôt 



(0 Je transcrtrat Ici poar l'ëdlflcatlon de mes lecteurs une recède 
dt tMtfca, toile sous li dleiéa d'une Indleone dm village de Sanur» 
AuaâeCliiqoiios. 

Prenei du mab; (orréRez-Je léei^reinenl ; réduisez^e en farine 
grossière, et faites cuire celle-ci dans une forte propurifon d'eau, en 
ajant soin d'eo réserver une petite partie que tods portez cliei vos 
■tBia;priet-leade]a mleher et de tous la rendra. Reiireiladécotlioii 
dv feu.IaJsiex refroidir, et ajoulex ce que vous rapportent vos amis; 
mélei et remetlei an feu ; fallcs bouillir huit heures ; passez au tamis 
Ou au travers d'une toile ; vcrstï dans des vases appropries, couvret 
MeBt et laissez reposer troU Jours, en malatenant b une isinpéntiiKe 
doue*- Votre diicba est alors prête t boire. 

L'ingrédient fabriqué par. vos amis porie le non de mastiga, et a 
pour but, dll-on, d'édulcorer le breuvage; il paraît plus probable 
qi]'llKrtdeleva!û.£)aD>lousl«s cas, partout où j'ai vu faire la chleha 
kvee U matUga on m'a assert qu'D éiiit iBpostdble de la faire aa- 
tremenL Ce q^i n'empêche paa que dans plusieurs parties da Pérou 
h chicba ne se fasse sans mastlga. A Arequipa on lait germer le mats 
avant de s'en servir, comme on fait germer l'o^ dans la fabrlcarlon 
de la bl«r« orAnalre ; et oa 7 ajmite, pour M»i It femesMUoD, oie 
|MtM p«t1l«4li «h^t (c4neJH>)«ui m forme dam la cJticiia déjà ùiit. 



t,Googlc 



M séiour a gutierrbz. 

ce sentiment, et je ftois par devenir un chkkero 



Parmi les autres plantes économiques de cette lo- 
calité je puis encore citer le Mocomoco , espèce de 
Gomphrena. C'est une des herbes les plus communes 
du pays ; elle garnit les champs incultes , les bords 
des chemins et le voisinage des habitations comme 
quelques Ghenopodes de nos pays ; les bestiaux 
mangent avec avidité ses feuilles tendres , et on se 
sert de ses cendres pour faire du savon. 

Les animaux domestiques de Gutierrez sont les 
mêmes que ceux de Santa-Cruz ; les moutons y sont 
extrêmement rares, si ce n'est dans quelques points; la 
chaleur est en général trop grande pourqu'ils puissent 
prospérer. La viande du bœuf est celle qu'on con- 
somme presque exclusivement ; je n'y ai vu aucune 
chèvre, et presque pas de cochons. 

La province de la Cordillera est divisée en deux 
cantons : celui de Piray au nord, et celui de Gutierrez 
au sud. Du temps des jésuites le premier de ces can- 
tons contenait quatre missions : Piray , Ftorida , 
Cabezas, et Abapo ancienne capitale de la province. 
Le canton de Gutierrez en renfermait dix qui étaient, 
du nord au sud: Masavi, Aimiry, Tacuru, Saypuru, 
Tapulà, Taquarembo, Borapucutî, Piriti, Oùay et 
Parabili. Mais depuis le départ desRR. PP. il s'est 
établi un assez grand nombre d'autres hameaux, sur- 
tout dans le canton de Gutierrez -, les principaux sont 
Gutierrez lui-même, Ipita, Itay, LimtHtzito, Taperazi 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SÉIOUfl A tiUTIEURET:. 49 

el Aquio. Lieur population réunie peut se monler 
à neuf cents habkants, celle de la capitale et de "sa 
commune y entrant pour le quart; tandis que la popu- 
lation de chacune des missions dont j'ai donné les 
noms était autrefois de cinq cents à mille âmes. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE Ml. 

DK liUTlERREZ A SAUCES. 

Le 12 décembre, je pris congé de Gutierrez el de 
sespàtes habitants, pour medirigervers la province de 
Azero. I^s animaux s'étaient bien trouvés du repos 
qu'ils venaient de prendre, et je vis avec satisfaction 
que s'ils n'étaient pas précisément gras, ils n'étaient 
pas non plus très maigres. À l'exception de Guaycuru 
dont on pouvait déjà compter les c6tes , il me sem- 
blait que j'avais une troupe capable de supporter les 
fatigues de la route. Quant à un muletier, on ne put 
en trouver un qui connût le chemin que j'allais 
suivre; )e gouverneur me prêta un de ses vachers 
pour m'en tenir lieu. En arrivant à un endroit 
nommé Taperazi, je devais l'échanger contre quel- 
qu'un de plus expert. 

J'eus bientôt laissé en arrière le vert vallon qui 
feit suite à celui de Gutierrez, et je me dirigeai sur 
une gigantesque pierre blanche qui en occupe le fond. 
A partir de là le chemin quitte sa direction sud, pour 
gravir à l'ouest une c6te escarpée ; il descend ensuite 
dans une autre vallée, qu'il ne fait que traverser pour 
s'attacher à l'escarpement d'une seconde montagne 
plus élevée que la première; d'où, descendant de 
nouveau, il remonte encore, tout en conservant, au 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DE r,UTIEflIlf:Z A SAI!r.F<<. 51 

|i||]îeu ()e ce? évolutions, un^ dir^lion générale ani- 
larm^. Je ^éboitchai enfin dans ui^e dernière vallée, 
«i Qpoaissée par des mpnlagpes de grès rouge com- 
plètement taillées à pic', qu'il semblait impossible 
à tout jamais q^e Ton pratiqua} un passage au delà. 
^ Partir ^e c^ poipt, la route se dirigea^ en effet, aq 
SiY^ et po^s meiia à un petit village appelé Peiîa. Les 
m^iBOQS qMÏ le composent sont perchées sur de petits 
Kl^m^loDS , au pied des gigantesques murailles qui 
purplombeot la vallée. Ces demeures de l'homme 
^y^iept un air bien mesquin auprès des grandes 
' constructions fiaturelles auxquelles elles étaient 



j^n&n, à deuf Ijeu^ de Pe^, je rencontrai un 
^pfre vfll^^ apjtelé Agu^^ Terazas. Le colonel 
IffjPfero yposs^f^it upe sucrerie où je m'arrêtai pour 
|a n^it- Sur l'ordre qu'il en avait reçu de son maître, 
le majordome de pette petite usine fît couper pour 
fme^ qtules une grande botte d'un fourrage que je 
reypyais peur la première fois depuis ma sortie de 
i'Çurope : c'était notre luzerne commune, {Medicago^ 
fativa^. L^ ^cilit4 dç sa culture, les récpltes abon- 
]|fif|fes qu'elle fouri^it ^ds presque fatiguer la terre 
d^6 li^ueile elle est semée, te plaisir avec lequel tes 
^jmf ux 1^ mangent , et le bien qu'ils en retirent : 
jftll^ 9ÇS «lYântages expliquent pourquoi cette plante 
fif\ §1 $^9\^^]^^^^ ciiltivée dans toute l'Amérique 
^j^pole tempérée, où , si J'on excepte l'orge et je 
ni^is Yprt, il n'existe, pour ainsi dire, aucun autre 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



sa DE GCT1P.RREZ 

fourrage. Le nom d'alfalfaou alfa, sous lequel elle 
est connue en espagnol, est évidemment d'origine ' 
arabe. Les champs dans lesquels elle se cultive 
s'appellent alfares. 

13 décembre. — Continuant ma marche, je tra- 
versai , à une lieue d'Aguas Teraïas, un autre petit 
village du nom de Tunal ; et à une lieue de Tunal je 
vis celui de Lagunillas. A vrai dire, les agglomérations 
de huttes qui portent les noms que j'ai signalés ne 
méritent pas encore le titre de villages. Un seul 
syndic distribue la justice depuis Peâa jusqu'à Lagu- 
nillas : district qui forme la commune appelée Tape- 
razi. J'avais reçu du gouverneur, pour ce magistrat, 
une lettre dans laquelle il lui était' enjoint de me pro- 
curer au plus tôt un muletier pour me conduire à la 
ville de Sauces, capitale de la province de Azero. 
Celui que j'avais amené de Gutierrez ne connaissait 
plus rien au delà du point où j'étais parvenu. 

Aussitôt arrivé à Lagunillas, je m'informai de la 
résidence de ce personnage important ; j*appris que 
j'en étais encore éloigné d'une demi-lieue. Le 
paysage qui s'offrit ii ma vue pendant ce trajet était 
d'une beauté sans pareille, el les habitants avaient 
ajouté cncoreà lavariétédespointsdevue par le choix 
des lieux oii ils avaient établi leur domicile. Leurs 
huttes, au lieu de se réunir autour d'un centre com- 
mun, comme cela se pratique ordinairement, étaient 
disséminées dans ta campagne; elles occupaient le 
sorametde petites collines boisées, au pied desquelles 



i,Googlc 



A SAUCES. 53 

se voyaient çà et là de cbarmaDtes lagunes .entourées de 
vertes prairies. Mon syndic habitait sur l'une de ces 
buttes. Lorsque je me présentai à sa porte, j'eus le 
déplaisir, non seulement de ne pas le rencontrer, 
mais encore d'apprendre qu'il ne rentrerait à son 
logis que très tard. Son épouse, qui était une lo- 
dienne assez sale, me reçut d'une manière très 
gracieuse. Elle m'oFfrit de la chicha et du fro- 
mage de brebis, dont j'essayai de faire un dtner, 
eo y ajoutant quelques biscuits restés des provisions 
emportées de Santa-Cruz. Il était déjà près de minuit 
lorsque le syndic arriva; je me disposais à me lever 
de mon matelas, pour le recevoir, quand je m'aper- 
çus qu'il était complètement ivre. Il avait passé sa 
journée à se gorger de cliicha. Toutefois le lendemain 
il avait repris son sang-froid, et ce Fut avec un véri- 
table plaisir que j'appris de sa bouche qu'il avait déjà 
choisi pour m'accompagner deux de ses sujets; mais 
comme il fallut encore les envoyer chercher, et que 
chacun d'eux demeurait d'un côté différent, je n'en 
fus pas moins obligé d'attendre jusqu'à un autre jour 
pour continuer mon voyage. Je m'occupai pendant ce 
temps à recueillir des plantes, et à errer au milieu 
d'une grande plantation de Tunas; elle occupait un 
des versants de la colline sur laquelle était bâtie la 
hutte de boue de mon h6te. 

Le 15, les deux Indiens promis pat le syndic se 
trouvèrent de bonne heure à leur poste; les ani- 
maux reçurent leur charge accoutumée, et je prit< 



t,Googlc 



54 DE GUTIKHKKZ 

congé du syndic et àe sa Famille pour reprendre le 
chemin de Lagunillas, d'où, côntÏQuànt à mè diriger 
vers le sud, je gagnai Âquio. Ce village est hàbilé 
uniquement par des Indiens Chiriguanos; il est pit- 
toresquement silué aii pied du versant sépteiitrionàl 
d'une côte très élevée, cotinue sous le nom de Cuestà 
. de Aquio, et qui constitue la limite méridionale dé 
la province de la Coïdillera. 

Du sommet de cette élévation on voit se dérouléi' 
comme une mer houleuse une inlmense perspective 
de montagnes entrelacées. Elles couvrent de leur 
âpre relief la pluâ grande partie de la province de la 
Cordillera, et supposeront pendant bien longtemps 
à l'établissement de communications faciles entre séâ 
diverses parties. La tuésta d'Âquio Poriné partie 
d'une chaîne qui, dans son extension vers le liord, 
sépare les départements de Santa-Cruz et de Chu- 
quisaca. Le nom de Ingauasi appliqué à cette Cor- 
dillère signiiSe en langue guarani, maison de t'inca. 
il existe, en effet, à trois lieues de Néaïrehdà , des 
constructions quel'oii rapporte à une haute antiquité. 
À deux heures de l'après-midi, j'entrai Jt Càràpa- 
rirenda(I), autre village chiriguano, où je me décidai 
à demeurer le reste du jour, afin de laisser reposer 
mm animaux que le passage de là Cuestà d'Aquiô 



(I) La termlDaisob reitda que l'on retrouve ai fiéquemment dans 
les noms projjties il? pafs parmi les Ciiirigjanos sigiiilie viltagi. 



t,Googlc 



A siuci». 55 

avait cunsidéràblémentàbaitus. Ce puêbtof ainsi que 
celui d'Aquio, qui était resté de raiitrê cdtè de la 
moDtàgDe, est bien moÎDS civilisé encore que ceu\ 
que j'avais étudiés avàal d'arriver à Gutierrez. Là il 
y avait un mélange presque égal de m^tis et d'Es- 
pagnols , il y avait des églises et une religion ; tandis 
que parini les douze ou quatorze huttes qui com)}o- 
seot chacun des villages d'Aqùio et de Caraparirénctâ, 
il n'y eh a peut-être pas une où il se soit jamais dit 
une prière. Il est vrai qiiMl fut un temps où les 
Chiriguanos qui habitent au nord dij Parabiti étàtëiii 
chrétiens ; mais cette époque est déjà bien loiii ; et, si 
l'on jugeait la nation par les tbdiens de Caraparirenilâ, 
il seraildiflicile detrouverdes sauvages qui mènent iiné 
vie plus absolument matérielle. Leur seule foi est dans 
une espèce de gros bouton (iembeta) dont ils se servent 
pour boucher un trou percé dans la lèvre inférieure, 
où mieux entre la lèvi-e cl le menton, et qui est re- 
gardé par eux comme un préservatif puissant contre 
toutes les maladies. Il est en même temps le sîgiië 
distinctif de leur nation. Ce bouton, qui atteint des 
dimensions àSsez fortes pour qu'il relève la lèvre vers 
son inilièu, modiïie quelquefois slngulièreiaénl Vè\~ 
pressioii dé la physionomie. 11 est presque toujours d'é- 
tain, et l'ony ench&sse ordinairement un fragm^it de 
faïence verte, ou une pierre de même couleur qui nj'a 
paru être de la malachite. ()n a vu des Chiriguanos 
donner un cheval pour Un joli ilnolrceati do mt*) 
subslàucti. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



56 DE GUTIE&RCZ 

LesChiriguaQosn'ayantaucuneespècedereligira(l), 
on compreod qu'ils aient peu de cérémonies. Leurs 
mariages sont de la plus extrême simplicité : je ne 
puis mieux les comparer qu'à ceux qui ont lieu entre 
deux oiseaux de sexe différent. A Caraparirenda, au 
moins, cet acte n'est accompagné d'aucune cérémo- 
nie particulière. La polygamie est en usj^e chez eux, 
mais seulement parmi les cliet^- 

Les habitations do ces Indiens scmt assez bien 
feites. Toutes sont sur leméme plan : elles consistent 
en une (jraDde chambre carrée dont les murs, assez 
bas, sont construits en bambous ou en boue ; le toit 
est de chaume. Leurs meubles consistent en quelques 
hamacs de coton tissés à la main, en un mortier pour 
broyer le maïs, en quelques petits escabeaux, et enfin 
.en jarres pour la cuisson des aliments et la fabrica- 
tion et la conservation de leur chère chicba. Dans 
presque toutes les maisons que j'ai visitées, l'un des 
côlés de l'unique salle qu'on y trouve était occupé 
par une ranjjée de ces jarres, à moitié enterrées dans 
le sol; leurs dimensions sont presque fabuleuses: 
j'eus la curiosité de mesurer l'une des plus grandes 
et je lui trouvai 1 mètrede largeur sur 12 décimètres 
de hauteur. Ceci pourrait me conduire à garler des , 



(1) En a-t-ll loujonrs éié alasf T C'est ce dont H est permis de dbu- 
IPT. I) est possible qae ces Tndiens aient en nne croyance propre, an- 
tMesrameiil i leur clvllisalion par les Jémiles. Ce n'est qu'en retom- 
bant dans la barbarie qa'lls seraient restas sans religion auciiqe. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A SAUCES. 5? 

festins qui occupent une grande partie de la vie des 
Chiriguanos; mais une meilleure occasion s'en pré- 
sentera plus tard. 

Les femmes de Caraparircnda ne portent pas la 
tipoia, comme celles des missions ; elles se conten- 
tent de s'entourer les reins d'une pièce de toile gri- 
sâtre qui leur descend jusqu'à mi-jambe; un autre 
morceau plus grand est quelquefois porté , comme 
une toge, sur une des épaules et sur le bras du même 
côté qu'il cache; il passe de là sous le bras du côté op- 
posé quireste découvert. Leurs cheveux sont d'un noir 
roussâtre; ils ne sont jamais taillés et flottent libre- 
ment sur les épaules, mais la longueur n'en est jamais 
considérable. 

Le costume des hommes est semblable à celui des 
Femmes ; cependant au lieu de toge, ils portent assez 
souvent un poncho très court de même couleur , ou 
rayé de brun. Leurs cheveux sont coupés carré- 
ment sur le front, mais ils restent longs par derrière 
et sur les côtés. Leur tête est ordinairement entourée 
d'une petite bande d'étolïe rouge. Lés enfants vont 
entièrement nus. 

Les traits du visage dos Chiriguanos son t loin d'être 
jolis. Les yeux soflt petits et obliques et les paupières 
sont presque dépourvues de cils; leur expression, 
s'ils en ont, est celle de l'astuce. Chez les femmes la 
grandeur démesurée de la bouche et l'épatement trop 
considérable du nez les empêchent même d'être ce 
qu'on pourrait appeler belles pour des Indiennes. 



i,Googlc 



5â 0£ GliTIEHRRZ 

Quant à la couleur de la peau chez cette Dation, elle 
est cuivrée, si l'on veut, mais d'un cuivré sale , que 
je comparerai à la nuance d'un vieux sou. C'est la 
leinte que l'on remarque plus ou moins chez la 
plupart des peuples indiens que j 'ai vus dans le cours 
de mes voyages à travers l'Amérique occideotaie. 
Lorsque la peau prend la couleur brillante du cuivre 
d'une casserole propre, c'est que la teinture de 
rouco'u s'en est mêlée. 

tout en menquérant des mœurs et des habitudes 
dé mes hôtes de Caraparirenda, Je n'oubliai pas qu'il , 
fallait ne pas déroger aux miennes, et l'heure de mon 
dîner ii'étant pas éloignée, j'envoyai mon muletier à 
la recherche de provisions fraîches; il n'eut pas de 
peine à en rencontrer, car il y avait beaucoup de 
poiiles dans le village, mais je n'eus pas à me louer 
de leùi" embonpoint. Ce que j'appréciai davantage 
ce fut iine douzaine d'œufs frais que mon majordome 
destinait à mon déjeuner du lendemain. On trouvera 
peut-être que pour un seul repas ce nombre d'œufs 
était considérable, mais on s'en étonnera moins quand 
on saura que chacun de ces produits avait à peiné 
le volume 'de la moitié d'un des œufs dés marchés de 
Pairis. 

L'arme liabitueÙe des Chiriguanos est l'arc, avec 
lequel ils chassent et pèchent ; ils ont aussi des lances 
ei dés casse-tete, mais ils s'en servent ràrein'ent. 

Ils ne poriehi comme obnemeiit que të boûtÔD dont 
il a déjà élé question, et assez souvent iine sdrtc de 



t.Goojj^lc 



A SAUCES. 59 

sitlËètJile bois long et plat, du en forme de dlsqiie, qa'Vh 
se suspendent au cou, et dont Ilâ sàvéht tirei* t^Uël- 
ques notes pour atiimer leurs danses. 

Le 16, je fis cha^er m'a troupe de ^and ihatltt. 
Eil tn'éldignànt, je considérai encore l'admirable po- 
sition du village sur son petit tertre entouré d'AIgar- 
rbbos et au pied d'une montagne formée d'un roc 
tout ëilloniié de verdure. J'accusais tout à l'heure leâ 
CliinguatiOR de manquer de poésie ; ils ne méritent 
pas Ce reproche en ce qui regarde le choix du site oQ 
ils érigent leurs bases; car sous ce rapport ils foïil 
preuve d'une véritable coquetterie. 

Auc'uile description be peu t donner une idée juste dé 
la route qui unit Caraparirenda à Sauces, vers lequel 
je me dirigeais. Oh pourrai t difficilement imaginée une 
ligne plus rompue. Circulant au fond de ravins ^rt^ 
fonds,dansle litmémed'un torrent; grimpant ausoih- 
metd'une cordillère; descendant au milieu des rochers 
poursuivre les sinuosités d'une humide vallée; traver- 
sant le courant rapided'une rivière ; pénétrantdaos dé 
nouveaux ravins, ou rampant sur le bord dé grands 
précipices ; courant enfin successivement vers tohs lea 
points du compas, elle semble être plutôt le résultat 
dii Caprice de quelque esprit maliii qu'un mbyeil 
destiné à ioaetire l'bom'me en communication avec 
ses semblables. 

Lëriode Caraparirenda, dont le voyageur suit 
d'aboriî le lit, qui heureusement pour tnol , n'étârt 
recéîl'v^ qii^ de quelques décimètre^ d'eaa , éSt n'a 



,-,,11, Google 



60 DE GliTlKllREZ 

aMuent du rio Grande. Il so jette dans ee Heuve, à 
trente tieuea de Sauces. 

Après une marche d'une lieue et demie dans cette 
voie humide, je me trouvai au pied de la Cuesta de 
Âltaroca, que je traversai-, et, à une lieueau delà, j'arri- 
vai en inclinant vers le sud à l'Estancia de Néairenda, 
près de laquelle je pénétrai dans une petite rivière 
appelée Inguaqui-Celle-ci s'unit, aprçs un cours d'une 
demi-lieue, au rio Coripoti dans lequel entre aussi le 
voyageur. Il est obligé alors de feire une bonne lieue 
vers le nord-ouest avant do gagner le vallon et la 
Cuesta de Taperilla, qui est à un peu plus d'une lieue 
à l'est du point où il a abandonné le lit du Coripoti. 
Un peu au delà de la montagne de Taperilla je péné- 
trai, par le lit d'un torrent appelé Uanauîiaca, dans 
un défilé étroit ou angosttira qui porte le même 
nom; sa direction générale est ouest. Le chemin 
tourne ensuite directement au sud en traversant une 
forêt assez épaisse qui couvre jusqu'à son sommet 
la Cuesta de Illinchupa, et celle de Las Naranjas, 
qui en est £■ une lieue cl demie, ainsi que toute 
l'étendue du pays qui sépare cette dernière deren- 
virons immédiats de ta ville de Sauces, à deux lieues 
de laquelle la route change encore de direction pour 
se diriger à l'ouest, puis un peu au nord, et enfin au 
sud-ouest. 

Pendant le trajet de Caraparirenda ' à ^ Sauces , 
trajet dont on peut estimer l'éteudue à une douzaine 
de lieues, le paysage était d'une grandeur quelque- 



i,Googlc 



A SAUCCB. ôt 

fois gublîme. he point le plus frappant de la roule 
est sans contredit cetui dont j'ai parlé soas le nom 
de Angostura de Uanaunaca (littéralement : Tète de 
nègre). Le voyageur, qui chemine dans l'eau même 
du' torrent , voit s'élever de chaque côté de lui , à 
wra hauteur de plus de 100 mètres, deux murs ver- 
ticaux de roc, sur les parois desquels une humidité 
ooBslante, qu'aucua vent ne balaie^ a développé uno 
brilhnte mosalqaede fteurs et de verdure, au-dessusde 
laquelle apparaît le bleu du ciel. Le murmure des eaux 
du torrent donne à ce aile sauvage un charme inex- 
primable. Mais le calme ne règne pas toujours dans 
ces lieux. Lés arbres déracinés qui barrent çà et là 
le courant, les rochers que l'on y voit amoneelés, et 
que Faction de l'eau a polis, les profcmdes déchirures 
qui se remarquent dans quelques parties de son 
lit, montrent bien que ce ruisseau murmurant n'est 
qu'un monstre endormi. I^alheur au voyageur. qui 
fl«'ait obl^ de se conlier au torrent de Uanauûaca , 
pédant ses inomentsde réveil. —Que d'années s'é- 
eouleront encore avant que des ohemins praticables 
en tout temps soient établis dans ces malheureuses 
régions I 

Les montf^nes que je traversai en me rendant de 
Caraparirenda à Sauces sont toutes formées de grès à 
divers d^rés de consistance. Les cailloux que je 
ramassais dans les rivières étaient de la même sub- 
stance; qtielques uns étaient d'une couleur verte 
Irèsprononcée, comme s'ils eussent contenuducuivre. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



62 ne rutierrez a si^ucEs. 

La Cordillère de UUnchupa, sîluée à trois lieues 
au aord-est de Sauces, présente au intérêt particulier, 
«1 ce qu'elle forme la ligue de parts^e des eaux du 
rio Grande et de celles du Parabiti. 

Qiielqu'un m'a dît que l'on avait rencontré lequùi- 
quina dfius les bois qui s'étendent entre l'Aiigofr- 
tura de Uanaunaca et la Cuesla de lUinchupa-, je 
n'ai pu l'y découvrir, et l'assertion n'a pas été cou- 
Srmée par d'autres personnes; je pense donc qu'il a 
pu y avoir quelque erreur commise à ce sujet : ce 
serait néanmoins un point qui mériterait d'être exa- 
miné de nouveau , car si le tait était vrai, ta limite 
de la région cincfaonifère devrait être reculée un 
peu plus vers le sud que je ne l'ai fiait sur la carte 
que j'ai donnée de - ces points dans mon Histoire 
naturelle des Quinquinas. 

J'ai parlé d'une montagne nommée Cuesta de las 
Naranjas, que rou traverse à une lieue au sud dp 
' la Cuesta d'illincbupa; elle doit celte désignation au 
nombre considérable d'Orangers que Voa rencontra 
dans les forêts d'alentour : ces arbres s'y sont com- 
plètement naturalisés. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE IV. 

SÉJOtJR A 8AKCES. 

L'aspect de Sauces me surprit agréablement. Non 
seulement ses maisons me parurent mieux construites 
que celles de tous les autres villages que j'avais eu 
occasion de visiter depuis mon départ de Santa-Cruîi, 
la plupart d'entre elles élànt recouvertes en tuiles, 
mais elles semblaient indiquer un certain degré 
d'aisance qui manquait tout à fait dans les autres. 
L'espace que Sauces occupe est assez considérable, 
quoique le iiombre de ses habitants ne s'élève pas au 
delà de quatre cents. Il s'étend sur la rive gauche 
d'une petite rivière qui le sépare d'une chaîne de 
collines recouvertes de gais pâturages. Les jardins 
qui entourent ses habitations, les Algarrobos dispersés 
çà et là, enfin quelques grands saules (1) qui s'élè- 
vent des prairies voisines, contribuent encore à lui 
donner l'aspect animé qui le caractérise. J'entrai, à 
mon arrivée , dans la grande place du village : une 
petite tour carrée qui appartient à l'église s'élève à 
une de ses extrémités. Je demandai la maison dugou- 



(t) C'est an grand nombre de saules qui se renconirent aui entl- 
roni de Sauces qne cette ville doit son nom : le mot lawxt signtflant 
Sm^u va «tiwgnol. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



64 SÉJOUR A. SAUGES. 

verDeur, auquel j'étais recommandé; mais j'eus le 
r^ret d'apprendre qu'il était en voyage à Cbuqui- 
saca, la capitale de la république. Je m'adressai alors 
au curé pour lequel j'étais également muni d'une let- 
tre : celui-ci me fit aussitôt donner pour demeure le 
presbytère {casa parrochiale), qu'il n'babitait pas 
lui-même, et me iit servir chez lui un excellent sou- 
per. Il prit en même temps ma petite troupe de mules 
sous sa protection, et me promit de la faire conduire 
au meilleur de ses pâturages et de l'y faire soigner 
comme la sienne. Cependant, malgré ces attentions, 
je pus difficilement me consoler de l'absence dugou- 
verneur, qui pouvait seul me fournir les moyens de 
continuer mon voyage dans la direction que je dési- 
rais suivre, et dont j'avais déjà été détourné une fois, 
c'est-à-dire, à travers le pays des Chiriguanos; je te- 
nais d'autant plus à Faire un nouvel effort pour la 
réalisation de cette partie de mon plan, que l'on 
m'avait aflirmé que le rio Pitcomayo coulait depuis 
plusieurs jours à pleins bords. Je craignais qu'il ne 
me fût impossible de le traverser autre part que 
devant San-Luis de Tarija où, à cause de sa lar- 
geur, il avait beaucoup moins de profondeur que 
dans les autres parties de son cours. Or, pour arrir 
ver là et pour faire face aux dangers plus ou moins 
réels de ce chemin , que les habitants appellent ca- 
mino del Barbarismo, il me fallait une escorte, et 
c'est afin de l'obtenirque je désirais tant voir legou- 
Verneur. Je me décidai, en son absence, à m'adreSâer 



,,-c,ih,Googlc 



SÉJOmi A SADCES. 65 

aucorrégtdor, qui so Irouvàit chargé, pnrinlériin,du 
pouvoir suprême. Celui-ci me promit sans hésiter 
tout ce que je lui demandai, mais sans fixer de temps 
pour l'exécution de ses promesses. 

Le lendemain, 17, je retournai à la charge, et le 
magistrat m'assura que j'aurais, sous trois jours, les 
soldat» que je désirais. Ce délai , me dit-il , lui 
était indispensable pour les rassembler. La garnison 
de Sauces résidait, en effet, tout autre part qu'à Sau- 
ces, et le seul moyen de la réunir était d'envoyer le 
tambour parla campagne pour avertir tour à tour les 
soldats que l'on avait besoin d'eux. Le corrégidor, qui 
était en même temps commandant militaire, me dit 
qu'il se proposait de partir, le 26 du mois, avec cent 
hommes, pour faire une razzia chez les sauvages. Ces 
expéditions, qui ne sont pas toujours Êtites à titre de 
revaDcher(l), ont lieu une ou deux fois par an; elles 
sont censées avoir pour but de châtier les barbares 
des vols de bestiaux qu'ils commettent sur les terres 
des chrétiens. Dans ce but, on attaque subitement les 
villages, dont on a préalablement bien reconnu la po- 
sition, et on les met au pillage. 

Les Indiens surpris lancent contre leur ennemi 
une première volée de flèches , puis ils prennent 



(1) Des personnes cUgnes de foi m'oDl assuré que l'aDloriU, o'syani 
pas les mojens de donner h ses soldais une paie régulière , lenr ac- 
corde, i titre d'indemnité, ie droit de prélever cliez 1rs sauvages le 
montant de leur solde ; ce qa'ils font avec usure. 



t,Goo(^lc 



66 StiOOR A SAUCES. 

invariablement la fuite, laissant tout ce qu'ils ont à 
la merci des vainqueurs. Quelques fëmmes sont 
tuées; on en laisse échapper d'autres; mais on bit 
main basse sur tous les enfants, qui constituent le 
bénéfice le plus clair de l'excursion. Ils sont, en effet, 
considérés, dès ce moment, comme la propriété de 
leurs capteurs, et sont gardés ou vendus par eux, ni 
plus ni moins que s'ils étaient des nègres. 11 n'est pas 
d'habitant de Sauces qui n'ait trois ou quatre de 
ces esclaves Indiens, dont il peut disposer selon son 
bon plaisir; je dirai plus : il s'en fait un commerce 
pi'esque régulier entre cette localité et les grandes 
villes du centre. Cependant je dois à la vérité d'a- 
jouter que beaucoup de petites Chiriguanas y sont 
transportées à titre de cadeaux ; mais il n'y a pas 
moins là une- sorte de traite, m petto. Lorsque le mar- 
ché est-bien fourni, le [H-ix d'une petite indienne 
{cuhita) n'est que de 3 à 4 piastres. Plus on s'éloigne 
du centre, plus leur valeur augmento. Ona essayé de 
soumettre à cet esclavage les Indiens qui avaient déjà 
atteint un certainâge; mais jamais on n'a pu.y réussir; 
à la première occasion favorable on les voyait dispa- 
raître. Au contraire, lorsqu'ils «ont élevés dès leur- 
bas âge dans une famille, ils finissent par en fïiire 
partie intégrante, et jamais ils ne songent à s'en' 
éloigner. 

Le 18, je fis avec le curé, mon hôte, une série de 
visites chez divers habitants de la ville, qui sont pour 
la plupart des métis de la race espagnole et des la- 



t,Googlc 



gt30VR A SAUGES. 67 

dioM Oaicbuas. Je voyais ceux-ci ponr ]a première 
fois. On sait que cette nalioB et celle des Ayma- 
ras se partagent les hautes terres de la Bolivie. 
l^es Quichuas hahitent en particulier les départe- 
méats du sud. Los Aymaras, au contraire, se ren- 
contrent plus spéciakement dans le nord, et en par- 
ticulier dans le département c^: la E^az. La langue 
quicfaua parut remarquablement douce à mes oreilles, 
accoutumées depuis quelque temps aux sons plus 
ranques du Guarani. 

Le costume des Sauâeik» diffêre beaucoup de celui 
des habitants de la province que je venais de quitter; 
je parle ici du costume des indigènes, car celui des 
Boliviens est le même partout et ne ditïère guère du 
nôtre que lorsqu'on l'étudié dans les classes infé- 
rieures {i)où il se rapproche beaucoup de celui des 
Indiens mêmes. La pièce' la plus remarquable do 
twstume des femmes de Sauces est une espèce de 
^lerine de serge de quelque couleur brillante , 
qu'elles fixent sur la poitrine au moyen d'une grande 
épingle*, leurs chapeaux sont de môme forme que les 
chapeaux ordinaires, mais à rebords plus larges. 
D'autres fois ceux-ci sont remplacés par un couvre- 
chef de drap bleu garni de ganses ou d'étoiles rouges. 
Cette coiffure a un peu la forme d'un plat à barbe 



(1) Le costnme déshabillé des Boliiiens des parties chaudes con- 
sitie en une JaqueUe et un panlaton blanc». En voyage, ils porlent 
te poncho. U msntnn npagno) (capa) mi aussi parioiil en us^. 



,-,,ii,GoO(^lc 



6S SÉJOUR A SAUCES. 

sans échanci'urc ; elle esl fournie, en arrière, d'une 
ianguelte qui pend jusque sur le dos de celui ou de 
celle qui la porle. 

I^s boutiques et les magasins de Sauces ne s<mt 
pas attrayants à la vue, mais ils ont cela d'avanta- 
geux, qu'en général ou trouve réuni dans le même 
établissement à peu près tout ce qui se vend dans le 
pays. Je fus surpris, en y jetant les yeux, du grand 
nombre de substances tinctoriales qui y étaient expo- 
sées; et je ne fus pas longtemps à apprendre que les 
habitants de cette ville avaient acquis une véritable 
réputation dans l'application de ces produits. Les 
ponchos rayés de Sauces sont remarquables par le 
brillant de leurs nuances. 

L'un des articles auxquels j'ai fait allusion est 
connu sous te nom de chapi. Il constitue un objet de 
commerce important dans cette province. La couleur 
que l'on en retire no le cède en rien à celle qui est 
fournie par la Garance; aussi ne sera-t-on pas étonné 
d'apprendre que le Chapi et la Garance appartiennent 
à la même famille naturelle. 

Il y a deux sortes de chapi, qui toutes deux sont 
produites par des plantes du genre Galium. L'une 
{Ckapi del monte) habite les forêts, où elle grimpe à 
une hauteur considérable en se soutenant dans les 
, branches des arbres voisins. L'autre (Pampa-Chapi) 
est unchumble herbe delà pampa. Dans la première, 
c'est la tige surtout que l'on exploite ; dans la seconde, 
qui est peu recherchée , c'est la racine. L'une 



i,Googlc 



SÉJOUK A SAUCES. 69 

et l'autre m'ont paru èlre des plantes annuelles. 

On se sert aussi beaucoup ii Saiices, pour obtenir 
une couleur rose, d'une espèce de cochenille {majna) 
que l'on recueille dans quelques points de la pro- 
vince, mais que l'on importe surtout abondamment de 
diverses parties de la république Argentine, où elle se 
produit sur un Nopal indigène nommé Àîrampo. 

C'est une chose assez digne de remarque que le 
fruit lui-même de l'Âirampo donne une couleur 
anal(^ue à celle de la cochenille ; on s'en sert 
fréquemment pour colorer les boissons , sor- 
bets, etc. (1). 

Mais, outre le chapi, on rencontre encore plusieurs 
matières tinctoriales végétales qui méritent d'être 
mentionnées. Ainsi, on se procure par la simple coc- 
tion d'un Baccharis sous-fputes'cent, appelé ToliHa, 
une belle couleur jaune ; et l'on tire une teinture verte 
assez brillante d'une galle développée sur une autre 
espèce du même genre qu'on appelle Cuatro-esquinas 
(quatre-angtes) : probablement le B. genistelloides. 
L'Indigotier est commun partout, dans cette région, et 
produit à bon compte la teinture bleue (2). La combî- 



(1) Les fruits d'un arbuste appeld Phytolacca decandra sevveni, 
dans quelques parties de l'Amârlque du Sud, au mBmc usage. 

(2) Les Sauceîïos ont essayé k diverses reprises de préparer l'indigo 
pour le commerce, mais Jamais ils n'ont pu réussir à donner â la 
pSle le reflet mélatlirjue qui caractérise l'indigo de l'Amérique centrale ; 
Il n'a pas trouvé de débit par celte raison. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



70 SEJOUR À SAUCES. 

naisoQ decescouleurs fou mit toutes les autres nuances ,' 
excepté le noir, qui se fait avec quelqu'une des dom- 
breuses matières astringentesdupayset une substance 
feiTugineuse. EnSn on recueille abondamment sur 
les collines nues des environs la racine d'une plante 
appelée Palillo {Escoèedia scabrifolia): On s'en sert 
pour donner aux mets la couleur orangée que les Es- 
pagnols-obtiennentdu safran, et les Brésiliens quel- 
quefois du roucou. Le palillo a. un geùt particulier, 
peu marqué à la vérité, et bien différent de celui du 
safran , mais très apprécié de cenx qui en font 
usage. 

Le mordant employé par les Saucenos pour fixer 
la couleur sur leurs laines est l'alun, substance qui 
se trouve abondamment sous forme d'effloresconces 
à la surfôce de certaines roches, dans plusieurs par- 
ties de la province, où il est connu sous le nom de 
milto. 

Dans les excursions que je fis pour me proeufer 
des renseignements exacts au sujet des plantes que 
je viens do mentionner, je trouvai plusieurs autres 
végétaux bien intéressants pour moi : entre autres, une 
Renoncule à ileurs jaunes, identique sous bien des 
rapportsavecunedecellesquiémaiUent les prés de la 
Franco pendant une partie de Tannée. En même 
temps que cette plante me rappelait bien des souve- 
nirs qui m'étaient chers, elle me présageaifqu'un 
grand et prochain changement allait se manifester 
pour moi dans la constitution botanique des régions 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SilODR A. SADCES. Tl 

que je parcourais ; «lie me disait que j'avais déjà 
monté UQ échelon du grand escalier qui, des plaines 
lorrides du Brésil, conduit sur -les plateauK glacéd 
des kndm. 

ie remarquai enfin que notre sureau commun 
{Sambucus tUgra) était partout sauvage. On pouvait 
presque croire qu'il était indigène de ces lieux. 

Tout en m'occupaot avec prédilection des végé- 
taux, je ne négligeais pas pour cela les autres pro- 
ductions naturelles ; j'avais , entre autres objets , 
recueilli depuis ou» départ de Saata- Cruz une 
boite d'insectes assez curieux et quelques beaux 
reptiles ; mais dès les premiers jours de mon 
séjour à Sauces, j'en perdis plus de la moitié. J'étais 
en effet poursuivi, dans mon habitation, par dés raj' 
riades de Fourmis qui , uon contentes de me donner la 
ct^we jusque dans mon lit, où elles me harcelaient 
sans cesse, s'étaient jetées sar tout ce qu'il y avait 
d'un peu comestible dans mon bagage. Ge qui me 
restait de sucre fut enlevé presque dans une nuit;' 
puis vint le tour des collections. J'étais décidé à ne 
pas leur abandonner celles-ci aussi philosophique' 
ment ; mais je sortis battu de la lutte. 

La persévérance avec laquelle ces vofaces insecte* 
poursuivirent mes Coléoptères est digne de remarque; 
Ne trouvant aucun endroit ordinaire qui f&t à l'abri de 
leur invasion, j'imaginai de suspendre la botte, par 
une longue ficelle, au toit même de la maison, après 
l'aroir complètement puisée des ennemis. Mais je ne 



t,Googlc _ 



72 SÉJOUR A SAUCES. 

fus pas peu étonoé, en l'ouvrant Iriompbaiemeut le 
lendemain, de la trouver encore complètement en leur 
pouvoir. Le singulier instinct de ces bétes leur avait, 
à ce qu'il parait, fait deviner que leur pâture était pen- 
due au bout de ce fil, et elles s'en étaient aidées pour 
descendre dans ma boite et y tai te de nouveaux ravages . 

Je crois avoir dit que le corrégidor de Sauces 
m'avait promis une escorte pour me garder pendant 
le voyi^e que je comptais foire à travers le pays des 
Chiriguanos. Il désigna , en effet , quatre soldats 
pour m'accompagner , mais ceux-ci refusèrent posi- 
tivement de marcher, si l'on ne portait leur nombre 
à vingt ou trente. Le commandant fut alors obligé 
de m'avouer qu'il n'avait aucun moyen de les con- 
traindre ; et je me vis obligé d'abandonner toute 
idée de gagner le Pilcomayo par le côté que j'avais 
précédemment choisi. Je me décidai à l'aborder 
un peu au sud de Pomabamba , dans la province 
de Tomina. Pour effectuer ce voyage, je n'avais be- 
soin que d'un guide et d'un bon muletier, que j'ob- 
tins après quelques difficultés, presque tout le monde 
étant occupé aux champs, à faire les semailles. La 
seule condition que mirent à leur départ mes nou- 
veaux serviteurs fut que je leur accorderais une jour- 
née pour se procurer des montures. J'étais d'autant 
plus disposé à leur faire cette concession que je ve- 
nais de ressentir quelque trouble dans l'équilibre de 
ma santé. 

£n effet, le lendemain, 22, je me vis aux prises 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



sÉjouB X sAoces. 73 

avec un accès de fièvre tierce, cl je fus obligé de 
garder le lit. Je pris l'antidote, et je ne tardai pas à 
retrouver mon ressort normal. 

Pendant la nuit du 23, il plut si abondamment, 
qu'on me conseilla de retarder encore mon départ 
pour donner aux torrents le temps de baisser. Je 
ne quittai donc Sauces que le 24, et je passai le 
temps que dura ce nouveau retard à boire du thé de 
coca (1) afin de me préserver de l'humidité froide qui 
remplissait l'atmosphère. On r^arde cette boisson 
comme stomachique et diurétique. 



(1) La cota, que J« voyais pour la première Ivia à Sauees , est la 
feuille deaaécUée d'na arbrisseau que l'on cglU*e sur une grande 
échelle dans les vallées chaudes de la Bolivie, dn Pérou ei de l'Equa- 
teur. Les Indiens Qulchuas et Aymaras en font une consommation 
énorme; mais ce n'est pas sous forme de thë. Ils la mâchent, on, 
encore mieux, la chiquent, en j ajoutant une petite quaniUé d'une 
pAtc très alcaline faite avec les cendres de phtsieurs végi^taux. Celte 
paie sert, selon toute apparence, i aider L'aciionde la feuille. Les vertus 
delà coca sont, pour ces Indiens, tellemenipulsuntes qu'ils ne peuvent 
se livrer à aucon genre de travail toisipitls en sont privés. La coca 
peut piesqne leur tenir lien d'aliments, ouioutau moinstrompe-t-elle 
l'appétit pendant assez longtemps. De la manière dont je la preaal.s , 
celle feuille faisait sur moi, qnolqa'i un moindre degré , l'cCfel du 
tM ou du café. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE V. 

DS SAUCES k POHABAUBA. 

Eg sortant de Saaeos je traversai la pQtiie ri- 
vière qui coule au sud de la ville , et je me dirigeai 
eofiuite presque directemeot à l'ouest, en pénétrant 
dans un humide ravin au fond duquel roulaient avec 
furie les eaux torrentielleti du rio de las Pampas, tri- 
butaire du Parabiti. Le lit de cette rivière est hé- 
rissé de rochers, et il est dangereux, de la traverser 
après une pluie un peu forte; il i^ut donc que le 
pays ait été bien à court de moyens de communication 
pour que l'on se soit décidé à en faire une partie de la 
grande route de Pomabamba. Je sortis enfin de celte 
voie &tigante sansautreaccidentqued'avoir les bottes 
elles jambes mouillées, et je me trouvai bientôt après 
au sommet d'une montagne appelée Hérédia, qui sé- 
pare la province de Azero de celle de Tomina. Plus 
loin, le sentier serpente au milieu d'un groupe de 
rocbes gigantesques sur les flancs perpendiculaires 
desquelles, cl sous une couronne de verdure, cou- 
laient en nappes argentées les sources des torrents 
voisins. Quelques Indiens avaient fixé leur demeure 
dans ce lieu enchanteur, et y avaient fait quelques 
petits défrichements. Je ne pus résister à la tenta- 
tion d'y passer au moins une nuit, et je n'eus qu'à 



t,Goo(^lc 



DE SAUCBS à. PMUBAHBA. 75 

me fôliciter d'avoir pris cette décision, car la pluie 
se mit k tomber peu après ; elle dura toute la nuit et 
une partie de la matinée suivante : ce qui retarda un 
peu mon départ. 

A une lieue et demie du point où j'avais fait halte, 
lieu qui porte aussi le nom de Hérédia, je traversai 
une nouvelle montagne appelée Gussta del Cassadâro; 
puis, à une lieue au deU, toujours vers l'ouest, nous 
rencontrâmes une barrière des plus formidables : le ' 
Rio^raode de Ghapimayo, dont les eaux rougies pa^ 
le limon, et gonflées par la plûiadii jour précédentj 
roulaient avec le fracas d'une cabiracte. Les detix 
premiers animaux de ma troupe y étai«it entfés eq 
suivant le cbemia qui 7 aboutisMit, et je n'y arrivai 
que juste à temps pour empêcher qu'ils ne hissent 
entraînée. Uon muletier, après avoir examiqé l'état 
des choses, déclara que le passage était tout à 
liait impossible, et il ne nous resta, pour le me- 
ment, d'autre alternative que de camper sur les 
lieux, et d'attendre la baisse des eaux : ce qui pouvait 
avoir lieu en quelques heures ; ou de prendre un 
autre chemin : ce qui, tout en étant possible, ne pou- 
vait se hV6 qu'au risque d'être déchiré par les épi- 
nes, dans HUA forèl où il n'y avait pas de chemin frayé. 
Noua nous décidâmes, provisoirement, h camper ; et le 
lendeniaiD, 86, j'eus la satisëactioii de io'apercevoir 
que le aiveàu de la rivière avait baissé ; mais nwm 
guide, après un examen attentif, secoua b tête, et me 
dit qu'il Êillait ren<«aerà nit^% projet Pour en aTOir 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



76 DE SAUCES 

le cœur net, je me déshabillai, et j'entrai dans le 
courant ; mais à peine eus-je i^it quelques pas que 
je perdis pied, et le courant me saisissant aussitôt, je 
fus emporté à une distance considérable avant que je 
pusse, en m'accrocbant aux rocbers de la rive oppo- 
sée, y reprendre baleine. Pour retrouver mes habits, 
j'eus à recommencer la même cérémonie. Je le lis 
en ayant soin de me mettre à flot à quelque distance 
au-dessus de mon camp, où j'abordai directement. La 
troupe fut bientôt prèle à se mettre en marche, et 
nous ftmes nos dispositions pour nous fi^yer un che- 
min à travers la fbrét qui bordait le rio, atin de ga- 
gner le village deChapimayo, distant de deux lieues 
environ. Nous cessâmes dès lors de nous diriger vers 
l'ouest, pour prendre directement au sud, en nous 
tenant presque continuellement à une portée de fiisit 
de la rivière. Ce trajet, quoique assez court, occupa 
toute la journée. Presque à tout moment nous étions 
obligés de décharger les animaux, afin de traîner le ba- 
gage par-dessus quelque nouvel obstacle, infranchis- 
sable sans cette précaution ; quelquefois nous étions 
arrêtés par des pentes tellement rapides, qu'il fallait 
porter, pour ainsi dirje, les mules elles-mêmes jus- 
qu'en haut, après nous être taillés un chemin de 
toute pièce. Que de fois aussi, après être arrivées 
presque au bout de ces petites ascensions, roulaient- 
elles derechef jusqu'en bas I Tout mauvais' qu'il était, 
ce chemin avait cependant son bon cêté, et je le re- 
commande aux voyageurs à qui it pourrait venir l'en- 



t,Goo(^lc 



A POIIABAHBÂ. 77 

vie de visiter Cbapimayo. La forât, dont la traversée 
nous coùlail taat de peine, est farinée en grande 
partie d'une Myrlacée géaate, appelée Sannî, dont 
le fruit, parfaitement mûr au mois de décembre, 
a un goût des plus agréables. A chaque station que 
nous luisions pour donner du repos aux bêtes, je di- 
sais abattre par mon muletier quelques branches 
de cet arbre, ou même l'arbre entier, s'il n*élait pas 
trop gros; et bien que cette opération se renouvelât 
assez souvent, je ne me rassasiai pas de manger de 
ces fruits. Le village de Cbapimayo, auquel je n'ar- 
rivai qu'après le coucher du soleil, est formé d'un 
assez grand nombre de huttes clair-semées, conte- 
nant en tout environ cent habitants, tant métis qu'In- 
diens; je l<^eai chez le syndic. 

I^e cours du Rio-Grande de Cbapimayo est des plus 
curieux. Il natt à quelques lieues au sud de Chuqui- 
saca, de la Cordillera del ,5ombrero; se dirige en 
droite ligne vers le sud ; reçoit , chemin faisant , de 
nombreux affluents de la même origine-, puis se re- 
courbe vers le nord, après avoir reçu le rio de Tarbita; 
et va enfin ae jeter dans le Rio-Grande. 

Le '27, je me remis en route, accompagné d'uR 
nouveau guide, avec lequel je pénétrai dans une ra- 
vine profonde où coulait un affluent du rio Chapi- 
mayo, le rio Canical, que je Fus obligé de passer 
à guç près de vingt fois, en trébuchant à tout moment 
sur les pàerres roulées qui garnissaient son lit. Les 
sites devant lesquels je passai durant ce trajet me 



Do,i,,-c,ih,.Goi")glc 



78 M MOOB 

rappelèrent tmpea le défilé de UaDauSaca, mais ils 
avaient quelque chose de plus surprenant encore. 
Par UD bizarre effet de réfraction, les ^ndes mu- 
railles qai encaissaient le ravin semblaient trembler 
au-deuusde matMe, etk» cascades qui s'en précipi- 
taient remplissaienl l'air d'une pluie fine sur laquelle 
le soleil venait qoelquefins frapper, en y suspendant 
ohacunedescouleursdn prisme. Presque tous les ar- 
bres qui croissaieat dans cette atmosphère avaient 
leurs rameaut t^rgés de la curieuse plante épiphyte 
connue des botanistes aeus le nom de Tillandsia 
umeoidas. Ella pendait en longs festons grisltres , 
comme uneécumeouune mousse légère, et donnait k 
la forêt un aspect nuageux qui avait quelqoeGhose de 
surnaturel. Les rochers qui s'élevaient de l'eau 
étaient couverts égalemait d'un tapis de fleurs qui se 
détachaient brillantes d'un fond de verdure. Hais au 
milieu de toutes ces productions végétales le r^ne 
animal paraissait mort, et c'est à peine si je rencontrai 
deux ou trois insectes pour remplacer tous ceux que 
m'avaient dévorés les fourmis de Sauces. Les oiseaux 
étaient si rares, que je me fëlicitai d'avoir laissé mon 
lusil dans son étui. 

- Au sortie du ravin de Canieal que Ja route parcourt. 
pendant environ deux lieœs, je passai, à l'oaest, la 
€uesta de la Seja dojbl le visant occidental me con- 
duisit dans le ravin ou quebrada du rio de San- 
Lorenzo, avec lequel le chemin s'enlace comme je l'ai 
^t en parlant des rivières précédentes ; mais après 



t,Goo(^lc 



k POHABAIttA. 79 

ait trajet d'une lieue, il s'en dégjige sans ceMer de 
AuiTr&sa direotion, et vient abwjtir au rancko (I) de 
San-Lorenzo. t'y campai et y fis sécher une de mes 
charges qui s'était mouillée an passage des gués 
de la rivière. 

Le &8, je me via obligé de retarder mon départ 
jusqu'à midi pour attraidre le syndic ; mais ne le 
voyant point paraître, je me décidai à partir sans 
guide, nte fiant aux obserratiMu que je recueillis de 
la bouche d'un vacher qui avait dormi tous le même 
toit que moi. Sur les indices qu'il me donna, je ren- 
trai dans le lit du rio San^LoreoM qui s'était coudé 
brusquement à l'ouest. 

Aptes une tiéue de marche dans cette direction, le 
ravin se bifurqua de manière à former une croix 
assez régulièce , dont diaqne branche correspondait 
à une des trois origines {cabeèerua) du San-Loranzo. 
Eki prônant la braïuibedu sud, je m'engageai dans le 
cours do rio Monontai que je remontai péniblement 
pendant an peu plus de deux lieues. Là, les obstacles 
physiques se iQultiplièrènt vous nie» pas : c'étaient 
des arbres sipés par lé torrent qui' étaient lOfdbés en 
travers de ma route et autour desquels il ibltut mé- 
nager un pBËsage ; d'autres fw» c'éteit nnç partie de la 
hei^ê, sur iaquetfaa on avait été obligé de-conduire 
le ch««Qin, qui s'était éboulée, etc., etc. 



(t) ttpy» de bingsr k r«a^e de* «•fâKnn. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



80 J>£ SAUCBS 

Nous sorLtines e^a de cette i^uvaiw patse, pour 
grimper jusqu'au sommet d'une côte glaiseuse et nue 
dont il t^llut descendre bientôt encore, et aborder 
un nouveau ravin où. nous nous trouvâmes en rapport 
avec un gros ruisseau appelé Urito. Nous quittâmes 
celui-ci à son tour pour monter sur la côte qui porte 
le nom de Trastornada de G^urarallo, et nous descen- 
dîmes enfin dans le lit du rio Caravallo lui-môme. 
Cette rivière est plus considérable que les précé- 
dentes et appartient au système du rio Parabiti , tandis 
que tous les coursquej'avais eu occasion de voirdepuis 
le rio de las Pampas se jettent plus ou moins direc- 
tement dans le Rio-Grande. 

Le soleil se couchait lorsque je m'arrêtai. J'avais 
traversé le rio Caravallo douze (bis, et dans la journée 
entière j'avais passé uh peu plus de cinquante gués. 
C'était une des plus singulières marches que j'eusse 
foites de ma vie. Je passai la nuit dans une maison- 
nette habitée par une pauvre femnie goitreuse. J'étais 
à cinq lieues d'une montagne très connue dans le pays 
sous le nomdeUIi-Uli ou de Curi, au pied de laquelle 
je devais faire ma dernière halte avant d'entrer à 
Pomabamba. 

Le 29, le jour se leva menaçant, et je me b&taide 
reprendre le fil des gués du rio Caravallo, tremblant 
à chaque instant de voir survenir l'orage avant que 
cette délicate opération ne fût terminée. 

Pour aider à comprendre ma position par rapport au 
rio Caravallo, et par rapport aux rivières de ce pays en 



t,Googlc 



81 

gikiérrf, <fieie lectewreit saûs dm te snrpris de me voir 
traversAr si Bravent, lorsqu'il semble bien plus sîm- 
fde d'ecBWTrelesrives-.poaraklereDunmotàseiaire 
une idée de ce que «ont les voilages de quebrada da- 
ntâ pUsîeyrsmms de l'aBsée, Je rappellerai que le lit 
des torrente est, ocdiaairemeBt, beaucoup plus large 
qoele coaraut lui^néme. Or ce lit étant le plus sou- 
vent très eocaiisé «itre sra beiges , pour peu que 
le courant se ntf^rocfae dans ses évolutions de l'une 
d'eHes, le cbemin devra, s'il suivait le même côté, 
le traverser pour gagner la plage libre , et il le fera 
d'autant plus souvent que le courant sera phis tor- 
tueux. Maintenant si l'on voyage avec des animaux 
chargés, il fiiut que la profondeur de l'eau smt telle 
qu'en la traversant, les charges effleurent à peine sa 
sunEace ; li elle est plus con»déraMe, non seulement 
tes malles du vojrageur courent le risque de se 
mouiller, mais ie courant peut les entraîner avec 
l'animal qui Im [«rte. C'est précisément là ce que 
j'avais à cramdre du cûfé du rio Garavallo. Dans l'état 
où étaient ses eaus je n'échappais que tout juste à cet 
încwivéDiaits; lîmdi& qu'une pluie de quelques minu- 
tes pouvait m'arréterpl&Meurs jours. Aussi en voyant 
s'amonceler de ntûres vapeurs au-'<tessus de ma tête, 
presa^iede mon mieux le passage desderniersgués.- 
A pdne la tftcbe lut-elle accomplie» qte les nuages 
fondirent sur notts comme d'un accord simultané ; 
et j'essuyai, au mUieH. de la petite Pampa que'nous 
venaioas d'atiteinAre , un des phis puissants bains 



i,Googlc 



rocevw. Le vent qiâ MConqtaçaa i'oadée étaii («Ufr- 
meat Tiotettt, foe mtis moles ea iiirent ea»p«rtée»; 
et, sortSAt du -dieinia, eU«e k dirigèraïkt au g>kip 
vers la rivière, ma%ié tous mes eiEerts pour las ar- 
river. Ëtlœ étaient eobralnées eoume par osq Sbeoi 
invin(âU$. Je crus us instant que tout aMnt être, en- 
glouti , quand par banhesT im hoiHfttM d'arbres ar- 
rêt* les fuyardes. Dé» ce nwawDt eltes. restàrenl hn- 
mobileSr et se co&tsDtlrent de piésenler stwfùe^ 
ment, comme le fusait leur maitve^ le ikw aui 
élément^ ééchaioéë, c'est-k-dire, an vent, à ta i^ai'e 
0t a la grêle. 

En un olin d'œil le rio Caravallo était déveiHi uli< 
torrent fuvieuxqo'en n'eût pas bi:avéHec imfAuilé) 
et <|iKind, après une heure ou pip* d'att«ate, je rat* 
pris mon mouvement pso^estif, je- me trouvai wrâtà 
à chaque instant pr le* coursais qui aCiuaieait dm 
montages voisines, et qui se pcéoipitaieot «n tnami 
avec ' une vélocità qui seral^it presque participer 
du vol. 

La pluie avait tellement détr^Dpé le sol, natimb 
lement ar^leti:i, et l'avait rtfàdu si ghatant, qw ec^ ' 
ne fut, pour ainsi dire, qu'^ force da btas qu'it noua 
-fut possible de ^ire grimper les niœanx sables es-i 
. carpenteots qvi se ppésMlèimrt sur le roste deU 
route. 

DauG un de ces points difAnlen) I» aalbevr^us 
mulet qui portoit les proviMoaa-A».fa««eIie, «tqvi 



i,Googlc 



83 

était defWis. tengt^df» ii^rme des hatiehes, fit tnt 
hwi pas, et ronfe avoe «a charge au fond d'une cre- 
vasseoù il se trouva pm c<Hnnid un coin. Noos réus- 
sivKS à te tirer de cette position critique en-abattant 
vu des pans de sa prison; mais h tftte du pauvre 
aAin^ avait porté-dans la chuta, ei il monrat qs«è- 
«iHeajettrs après. C«tle fidèle créature avaà4 mhwd»- 
pagvé l'eipédîtioncleimisi&ifr^e-Jajieiro; mais il était 
écrit qu'elle ne verrait pas les plages de Vocéan Pa- 
cjûctnfl. 

Je mis enSn les pieds dais le petit village de llti' 
Uli , assez satiaËiit après toul de la nanièie dent les 
évéœiikËsMrS s'étaient terminés. Hais i'accidefet arrivé 
à- une de mes bêtes et 1^ Migaes qu'avaient éprou- 
Ttéfisies a»tres me Eaisai^t regarder aveceffroi la vaste 
ôcbeHe de montagne^ qui s'élevait devant tasiconme 
un iiftmeQse: rideaa, ou comme nne cloison qui me- 
aéparait d'vit autre nood». Les sommets de la chaîne 
étaient, C3clié& dans les nuages , et la route que je de- 
vus parcourir se perdait- sur s(Hi flanc sous ftHrme 
d'un fil vertical. 

Faute de mieux, car Uli-Uli est bien misérable, je 
me logeai avec ma.catgaison sous ua hangar dégradé 
dont te toit n'était cDuyMit^»e par places d'une paiUe 
u^ : un» famille cmisidérable d'enfants des deux 
SfotQss'y ^itdéjà établie; ils étaient tousaecroupis 
uitour d'un feu de cui^ne, et dierchaient à se ga- 
rantir mutuellement de l'air friùsqui venait deS'quatre 
pcànU cardinaux, araiger levw» corps d«mi-tt«fi. L'an- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



84 DE auicEs 

torité locale de Uli-Uli, qui était en même temps le 

chef de celle femille intéressante, arriva bientôt sur 
les lieux, et il me promit, sur le vu de mon passe- 
port, de me faire évacuer la place, ce qu'il fit en 
e^t; je parvins à y suspendre mon hamac; mais 
malgré toutes mes précautions il me tut impossible 
de me garanlip du froid. Peu s'en fallut que je ne 
Fusse gelé, quoique je me lusse placé immédiatement 
au-dessus du loyer. 

La pluie dura une grande partie de la nuit, et il en 
résulta que la rivière de Uli-Uli, que je devais passer 
trois fois avant d'arriver au pied de la montagne, se 
gonfla tellement qu'il me fut impossible, tout le lende- 
main , de m'y aventurer. Je demeurai donc sous mon 
hangar, occupé duranluue grande parliede la journée 
à sécher les paquets de papier qui renfermaient mes 
plantes, et qui s'étaient mouillés un des jours précé- 
dents, sans que j'en eusse<»>nnaissance.M'étantaperçu 
que les moutons devenaient beaucoup plus communs 
de ces côtés, j'en achetai un dans l'après-midi, et j« 
le fis préparer pour la route. 

Sur les mêmes eiitretaites, une bonne femme m'ap- 
porta une jolie paire de poulets vivants et me lespré- 
senta, en me témoignant tout le bonheur qu'elle 
éprouvait àcontempler «le fils de son souverain » . J'ac- 
ceptai avec empressement l'offre de la digne habi- 
tante de Uli-Uli, et je la confiai à mon muletier, qui 
n'était pas tout à fait étranger, je crois, à la super- 
cherie dont cette généreuse personne avait été kt 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A POMABAHIIA. 85 

victime. Je me hâtai, au reste, de la détromper, en 
lui disant que, puisqu'il n'y avait pas de -roi en Bo- 
livie, il ne pouvait pas y avoir de fils du roi. « Com- 
ment, me dit-elle, vous n'êtes pas le fils du roi?» Et 
en parlant ainsi elle jeta un regard de tardif regret 
sur les deux poulets, auxquels mon muletier commu- 
niquait un mouvement de fronde dont la bonne 
dame ne savait que trop le résultat fatal. Elle prît 
son parti et s'en alla. 

La journée du 31 décembre fut inaugurée d'une 
manière peu satisfeisante, par Fincurie du nouveaa 
guide que j'emmenais de Uli-UIi. Cet homme était 
arrivé, en tète de la troupe, au premier gué. de la 
rivière qui coule entre le village et la montagne de 
Curi, quand, au lieu de continuer à leur montrer le 
chemin, il poussa brusquement les animaux au mi- 
lieu du courant en les excitant par derrière. Cette 
manoeuvre stupide eut pour conséquence immédiate 
la submersion d'une de mes charges. La mule qui la 
portait tomba dans un creux et fut livrée aussitôt au 
courant qui l'emporta avec rapidité; situation criti- 
que dont elle n'échappa que par miracle. Elle allait être 
perdue pour toujours, lorsqu'un rocher l'arrêta et lui 
permit de reprendre terre. 

Après cette mésaventure nous commençâmes à 
gravir la montagne. Ce fut une des marches les plus 
fotigantes dont j'aie gardé le souvenir. Sans la mer- 
veilleuse bonne volonté de mon arrière, je crois que 
*m.e$ pauvres mules ne s'en seraient jamais tirées. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



M . ' BB SAUCES 

Privées, depuis loDgtemps déjà, de malB, leur atimeot 
par excellence, elles résistaient biendiftlcilemeot ans 
efforts réitérés qu'exigeait cette pénible asoeasion. 

Il me suffira de dire, qu'avantd'arriver au sommet, 
nous eûadesà grimper, pendantl'espiicede trois lieues, 
■oe pente teUemeot rapide que dans la plue grande 
fnrtie du tnjet on conçoit à peine qu'il soit possible 
que desanimaux y circulasseot. Dans plusieurs points 
le sentiern'élailabsolumeût Formé que par un simple 
sîIkH) creusé sur la Face nue d'un rocher presque à 
pic ; dans d'autres, il n'était représenté que par une 
série de trous percés dans la pierre, et où devaient 
«'engager les pieds ; dans ces endroite un feux pas 
peut coûter la vie. 

. Le temps étant couvert, nous ne tardâmes pas à 
sous trouver envelo|^>é8 par les nuages. Cette posi- 
tion, dans laquelle quelques uns de mes lecteurs se 
sont peut-être rencontrés , sinon sur le Curi , du 
Moins sur d'autres montagnes, donne lîeu à de sin- 
gulières illusions. Je me i^ppelle que me trouvant 
sur UB mamelon isolé, dont le sommet était coupé 
presque sous mes pieds par un nuage épais, il me 
semblait que j'étais transporté dans les airs avec mon 
piédeslal. Les sommets d'autres mamelons voisins 
semblaient ftoller à l'aventure autour de moi. 

Pendant cette marche, qui ne se termina qu'à ta 
suit, jeSs une herborisation des plus intéressantes, et 
j'ajoutai à mon herbier une foule d'espèces qui m'é- 
tai^it totalement inconnues auparavant : -c'étaient des 



t,Googlc 



A nniABAMBA, 8T 

Btrbetiê ai» graftpes doriei , des l'acnsMm» dm 
.Amf/omei/a et des <yaBJiAma aiu akoHob blatichw 
et TOses, des OiloMm, des 0«a^t5 à oarollet purpo- 
t'Ae^, ^e., etc. Sur le point culmivaiit que j'^4<- 
gms aa oMreb«rdu «oleit^ je coeillis dm AkhMotttt 
raffipanteqni y fornaut an ^toa velouté panemé de 
potite»tMffe8d8l<moBpoiln8(Lu£ida). Jecalcvlai q^e 
j'élaÏB aloft à ahe ^vatien de 4,000 ibètres au-dtfct 
sas da niveaa de U mer. 

Pendant qee je m'ooeupaie de mw fteu^, ia tmup» 
avaitpris tes d#vtfttsy«t, lorufoe je la xeioignis, la noïl 
était entiôreiqent dose. L'instinct de ou monture me 
conduisit au casg^^ cax an milieu du ^rt>uillard qui 
envuiopptiit téotiseeibpQteiirs, je ne pouvais, ra^nw 
pendant !• jour» dittiDguer/lwf^ets à quelques mà- 
tree en avaat ; c^a était aaoah'e bien moins peuibla 
pMdant k nit. La troupe était. rasseniblée autour 
d'uUe petite eakiae d'iodief» qui s'était trouvée Iwa 
à propos sur ootm chemin , et nous y rencdntrâmev 
par bcwlkeur quHqnes pçigaées- de msâs. Les mal» 
beureales mulee étaieqt ù épuisées, qu'elles étaient 
restées i la placu même où oq les avait débarraeséet 
d& leurs ^strgfls, «t ce n'est qu'w entendant le ff é 
missetuent si cAniioides i^ains dont on amorçait leuri 
saés, qu'elliBpsHrur«ntdoaner^^devie, eu feisant 
«btendre des pebta ^rogOMuents de satiefecttiHi.. 

Sous- le peint de vue géologique, la montagne d« 
Gut-i préttnib beaucoup d'intérêt, à cause des nom*- 
iMMa pûnts eè ae» âéçHpts soat à découvert. Cette 



t,Googlc 



H m SAUccs 

circoBsUBCâ dépend sarlout de ta graade moUsKi- 
84» de ses couches. Dans une partie de la moat^iee 
où celles-ci sont presque verticales, l'acUon des eaux 
et du tonps a produit un effet bien curieux ; elle a 
dissous et eutralné dans une étendue considérable 
les strates les plus molles, et basse debcmt, et iso- 
lées cmame des murailles de Titans, les coûtâtes les 
-plus dures. Des schistes compactes (phtanites), des 
psammiles et des grès de consistance et de couleurs 
diverses, alteraant avec de minces couches de car- 
bcHiate de chaux, en constituent la masse principale. 
Âlahauteurràje me trouvais, la température était, 
comme on le pense, un peu différaite de ce qu'elle 
avait été dans la té^oa que j'avais quittée le matin ; 
aussi sentis-je promptement le besoin de ^e couvrir 
davantage. Cette fraldieor eut, au reste, un eff«t 
salutaire sur les animaux, qui se trouvéreatleleiide- 
inaia beaucoup plus dispos que je n'eusse osé l'es- 
pér^. Je profitai de cet état pour gagner Pona- 
bamba, qui n'était éloigné que de quatre à cinq lieiies 
de l'endroit où nous avions passé la nuit. Pendant 
les IrtHs premières nous parcourûmes un pays ma- 
gnifique. Les forêts avaient reparu, coupées çà et là 
par des ravines profondes remplies d'arbres et d'ar- 
bustes à fleurs éclatantes. Ëll^ nous accompa^è~ 
rent dans la descente graduelle que nous fîmes à la 
^ebradade Pomabambâ. Celte vallée est arrosée par 
une petite rivière connue sous le nom de rio de Po- 
nabamba ; le sol en est presque uni, et le chi 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A POMABAUBA. 99 

n'y ^t accidenté que par les gués de la rivière, au 
nomlu'e de vingt environ. De cbaquc c6té se trou- 
vai«Ui]e8 prairies ématUée» de jolies fleurs, dans les- 
quelles pussaieot des vaches et de petits troupeaux 
do montais. Les plaçH de la rivière étaient plus 
laf^ que lecourant lui-même, et étaient couvertes de 
gros gjdets. Après ubo forte pluie, l'eau y augmente 
teUement, que toute l'éteodue de ces plages en est 
couvwle. 

Le cours du rio Pomabamba est assez compliqué, 
mais il n'y a aucun doute qu'il ne sMt la véritable 
soarce du rio Parabiti. Après avoir reçu le rio Cara- 
vallo, à une lieue au sud-est de Uli-Uli, il prend le 
nom de rio Saucesitos, et ne porte celui de Parabiti 
qu'au delà du village de Uacareta, vers le ptânt où il . 
s'unit avec le rie de las Pampas. , 

La ville de Pomabamba, dans laqueUe fe fis bien, 
tét môp ^trée, est située sur une iminence entourée - 
de cellinËS assez élevées ; elle occupe le c6té sud de la 
v^lée, à' environ une lieue et demie du point où 
je l'avais abwdée. 



Do,i',,-c,ih,.Googlc 



CHAPItftE VI. 

SËraOA A POMUAltBA. ' - 

Les maisons de la ciipitale de Totnina sont assex 
lien alignées, et ïeur^ toits' sonl en tdilcs comme 
ceux de Sauces ; elle a sur cette ville l'avantage 
d'avoir plusieurs de ses rues pavées. 

Je m'étais aperçu, en entrant, qu'il y avait uo inou- 
vement considérable dans les rues et dans les habita- 
tions ; mais ayant hâte d'arriver, atîn de préparer un 
It^ement pour ma Irotipe, je n'y avais pas porté mon 
attention d'une manière spéciale. En atteignant la 
maison du corrégidor, j'appris enfin la raison des cris 
de joie que j'avais entendus éclater autour de moi. 
On fêtait la nouvelle année; nous étions au 1" jan- 
vier 1846. Ayant appris que le corrégidor prenait de 
la chicba chez le juge de paix, je_lui envoyai la lettre 
dont je m'étais muni pour lui, et il Jibë fit conduire 
dans une espèce de grange que je fus obligé de ba- 
layer moi-même, avant d'oser y faire placer mes 
effets (1). 

Je profitai ensuite de quelques rayons de soleil pour 



(1) Le iw«inier magistrat de Pomabamba était sans doute un 
peu pria de chlcha , lonqu'U lu la lettre que m'avait donnée pour 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SÉJOUR A VONABAHBA. 91 

étendre etfaifi sécher une partie de ma cai^ison, 
qui s'était mouilfée au pied du Curi. Les habitants, . 
croyant que c'étaient dés objets que je mettais en 
vente, s'aasemMèrent aussitôt, et quoique je n'eusse 
pas de peine à les convaincre de ce qu'il en était, le 
cirele de cnrieuK qui s'était formé autoiir de mon 
domicile persista* jusqu'à h nuit, l'eus le sommeil 
tfoablé par des myriades de pucÈs q\xi avaient pris 
naissance dans les imtaondices qui couvraient le sol 
de ma chambre. 
Les réfouM^anees continuèrent pendant toute la 



lof SM dmnrËre de SaDces. S'il eQt eu tome «a raison, ]e pense qu'il 
KfûleAluaNé délire loger dan* la^InsbHte malsoiidell ville «n 
pf^^fqnnage recommndf cowpw ^ \'mt% ce^mr-tt. Qa'oa en J^ 
plutôl. Void la copie de la pièce doot j'awtsiété portcfir, «l que IBDO 
etitoyé, je ne sais poar quelle ralsoD, ne rapporta : 

S'- Corref D" Oettar» MU. 

Sawtt Pic sa de iil^. 
« Ui digno compaiiero , 
• Con mfftivedi la marcha por es3 carrera 4el S' D. D. Hugo 
» Wfi4^UmrMpeiiéoruomenimiùmàW. aih>de queteU faoUUe 
» su paso de tte tu panUm adeiantt por m ruta, legun u lo pidira, 

■ y uiando de la filantropiacon qwdevemoimanejarnot, lo hago 
H en obKguio de nueilro dever encaredefidome de nu parle p* q' te 
« hpropwtiow tBétoi V artimâltt, y eMOtto tteettUê de el« Carre- 
D gim" que <ui to eaçijf la cottùcion alta «w oAUene eite grtn 
» hombre , qut otro tatUo le hemot detptdido con lai que no te 

■ âemore. 

■ Con etia oeacion me tutcrivo de V. tu comf y lervidor. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



92 . sÉJOuit 

journée du 2. — Je reçus la visite des principaux per^ 
sonnages de l'endroit. — Le oorrégidor hii-môme s'ar- 
* racba pour quelques moments de la fêle, et viql me 
tenir compagnie. En s'en allant, il voulut absolument 
que je l'accompagnasse chez son ami le jugedepaix, 
où, bon gré, mal gré, il me fallut avaler un grand verre 
de chicha. La compagnie était dans un état d'anima- 
tion quifrisaït singulièrement l'ivresse. Cependant 
elle n'en continuait pas moins à vider à tout mo- 
ment de nouvelles cruches du liquide diéri. 

Dans )o fond de la salle il y avait une sorte d'autel 
orné de branches fenées, sur lequel était un petit 
lit de 4 à 5 décimètres de longueur, garni d'oreilleps 
et de morceaux de mousseline; une grosse poupée, 
dont on ne voyait que la figure rose qui souriait au 
public, y était ensevelie : c'était l'enfont Jésus. Tout 
autour du petit lit il y avait d'autres poupées qui 
représentaient la sainte Vierge, saint Joseph, les Ma- 
ges, des bergers, etc.; puis on y voyait des figures 
d'oiseaux et de divers animaux etsurtout de Hamas; 
des fruits, des bonbons, au milieu desquels plusieurs 
assiettées de froment germé faisaimt un assez drôle 
d'effet. Tout cela formait ce que l'on appelle un 
nascimiento. 

On retrouve partout, dans l'Amérique espagode, 
l'usage de célébrer la Noël par des compositicms 
de ce genre -, quelques personnes y déploient un 
luxe vraiment remarquable. On ne saurait se figu- 
rer le nombre de bijoux, de cristaux, de statuettes , 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



de porcelaines et autres ch<»es que l'on y enlasse. 
L'exposition qui en est f^ite dure une dizaine de 
jours, pendant lesquels tous les amis de la maison, * 
et même des personnes étrangères, viennent la visi- 
ter. Quand arrive le jour des Rois, la chambre du 
nascimiento est fermée, et les objets précieux sont 
renfermés, pour reparaître de la même fôçon une 
autre année. 

Mais rentrons dans la salle de bal du juge de paix 
de Pomabamba, où l'on m'avait foit pren(ire an siège. 
Les danses, interrompues au montent de mon arri- 
vée, avaient repris de pins belle, et j'eus la plus 
grande peine du monde à conserver mon sérieux, 
lorsque je vis chaque membre de la société fournir 
tour i lonr un pas de danse devant le petit lit dont 
il a été question pkis haut. Ce fut bien pis lors- 
que, pour fêler l'hôte du corrégidor , ils eurent 
. la fantaisie de reproduire leurs grotesques altitudes 
devant moi. Pour le coup je n'y tins plus -, il vint un 
moment que je partis d'un si grand éclat de rire, que 
la Pomabambina dont c'était le tour de poser en mon 
honneur s'arrêta tout court ; mais prenant l'amuse- 
ment qu'elle me causait pour une naïve admiration, 
elle cessa d'être déconcertée, et muta la figure jus- 
qu'au bout. Je dois dire que le costume était aussi 
pour quelque chose dans l'hilarité que produisaient 
chez moi les danseuses de Pomabamba. Il y avait 
quelques unes de ces dernières dont le diamètre nor- 
mal était presque triplé par le grand nombre de ja- 



1,-0,1 h,Googlc 



pons qu'elles t'étaient so^Miubu aux fatkélM». Cm 
vdteaifints étant d'une étoffe de laine très éfwsse, oo 
peut aisément imaginer l'effet qu'ils produisttieiit. O» 
m'a assuré, mais je ne certifierai pas. l'eiactiiMâe du 
fajt, q^uele rang occupé par une Çeiamâ^ à Pqnnbaïube, 
^t en raison du BMpbsecia ses jupena. £^ tout cm^ 
il est bien certain i|ue'^e»PwiabiUQtiinas erùpuent- 
déroger, si elles se mettaient le même WHakra de 
jt^KuiSi que les < GuuKiea desf aub-e» p«ti«> du 
monde (1). ■ - ■■ ■ ' 

Le couvre>chef d«s Pomabasabiaos est seoiblaUe: 
h celui que j'ai décïifc es pwlant des Sauseios j on le 
(ait souvent de cuir noirâtre ; s«6 rebof ds nmi de 
bois,cequi lui dwne un poid^ ccfisidèialtle: il forte 
1« ntm de moJitera. Stn. asa^e est bien pl»8 géBér»- 
lement répandu dans ce canton que dans bt province 
voisine d'Azero. 

Si je n'ai pas encore parlé de la chaussure des 
classes inférieures des habitants de cetl« r^^iMi, c'est 
qu'elles n'en 09X aucune. Les autres classes pHten* 
des souliers; nuàs il n'y a guère que le gettveraeury 



(1) Je connais une TiHe, au Pérou, où les Indiennea s'habillent un 
pe« cenwM les indo-BtpagnotPB de Ti capihrieW Tmnina. On les ap- ' 
pfUt tielt^ptUeriu l,\e».atpi-j^Saa&), L4» uim MbiuMs de eei» 
Ttlleprélen4en[quele9 ludieiineïajouientjlpus les ans, lui Jikpon «euf - 
par-dessus ceux qu'elles portent déjà, et n'Aient les auticsque lora- 
qAth londipnl (le térssté. De sorte qu'il y aurait des femmes soigueii- 
Mftteit 11^ pMrnit tfMMBWi ^vniiBblIreDMm par h iKimbre 
de.lapet.qi)'elM.P<H'i^ à ht Us.wi le GWf*. 



,-,,ii,GoO(^lc 



l«etu^f|iii^u«» Mtcesiketabililéf^qui aient dq8t«9> 
L»rs4|ue le» I^djma soai an wyiige, ik poiMiU s»»- 
veal une esfJwe de ftaftâftle decutr de ix^vf ne» ttfuté, 

maintenue aux ptads fax w .»y«tÂBH) de ^ooii^ £m^ 

4e Dft «43 oon^wa 4& lewpft je s«niâ iç«»(é k 
admirer la grâce dos djuOi8«iut, âv i«ge (ie inô, sk 
n«nu'«^ tfiHibWjufâA^tat ^ «pot^pJa^cui Uais 
oomww il n<»si»Qhla qw W wnrQdficbii^ q^ j'avki» 
INlte QMun^iQtiit U tAo^v %iu noi d'wi4 fidiniàK fl- 
cfaeiiM,jeprét«xtM«iiln»L^8eetj4ngj»gM!iiM»l«9if.i 

I^ lei^ frétMfc ttâiatQfto-iieira |wndMd.IearjoiMn 
an&vwte^ je cwinMsçaft^ à eepécw (|u« je pttBrniia 
pwiH le £iicoc(Ayo.i!iiiM duj|!» } mhh b* dàâMiuliés 
qK^'tTaîB K^tcontràe» pftrtdwiaéUawn^ |nar trowtii 
aa HkukUer ei hd G^ùde^, ^ rcfivgàwireaLï et k)t 
cocffégklor oe n'»ld^, odotste, <^ a bii w da, qua da 
ptoiMtsM^ A% r(»^, -c'était sDCf «ft Ift filçoni^yo qyl 
4Uit U c^Ut» prioQÎpftk de.fct ^«Mttf.que j'éproa- 
vttM. tïaniB U sùsoa dos plt^ss,. «eUa rivière- i»e^ 
pif4 »iu. gf^s, du. pojsi us« peit4 eiMoM); «I, s-'iW. 
Ffl^uksaieotdis tt'4c«««^4eiwr ^Cipti* giû n'eai^ère 
(^'à ^ttKipte lie««» do. PM)id)M|i)»a t «'«sA pEtK«! 
i|u'ils4»9ig[>akiiti)ft'itleiHÇ retour lQ^»96ag«^u &evi.e, 
«* fût plti» mwe. Si,cAlei wnTût, Us wiaiaB^oblngéE; 
df faille qS-détour die.jeixattM ^ cplatre-viB^ts lieoea 
pour ne pa» re^r tép«ré» de Iëvw ËjtmUte p^4atU 
pia9J«ai& looift. Qufnl à «ms aiômami^ ilsi^ieitl 
daw) L'^t^le piw p ita yA tei ^'f»»K owaWe. de jm3t 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



96 sétCKTi 

heur, je n'en trouTftî aucun à louer dans toute la 
ville. Il fotlnt me résigner à leur donner encore quel- 
ques jours de repos et à tenter la fortnae avec les 
moyens que j'aurais à madispositioD. 

J'ai déjà dH que Pomabamba était plus grand que 
Sauces; sa population est estimée h sept cents Ames, 
y compris les habitations voisines. 

La hauteur de cette ville au-dessus du niveau de 
la mer est d'Miviron 3,600 mètres, et la t^apérature 
moyenne de l'année y est, à peu de chose près , de 
14- de^és ceul^rades. C'est la région du froment 
que je voyais vivant pour la {H^mière fols depuis 
mon départ de France. J'avais, i! est vrai, mangé da 
pain dans plusienrs parties du Brésil, et notamment 
à Rio; mais la forrûe dont il était fait venait des Etats- 
Unis. Elle y revient à meilleur compte que si on hi 
tirait des parties de l'empire où le blé est cultivé, 
telles que quelques points de la province des Mines, 
tesprovincetf deSan-Paulo, de Rio-Grande, etc. Iji 
ferine que j'(»i consomme à Santa-Çruz vient des 
districts tempérés de la Cordillère. Le pain de Po- 
mabamba me parut être tout aussi bon que celui de 
Paris ; mais il coûte plus du double. Les pommes de 
terre y prospèrent également, mais tohtes celles que 
j'y ai vues sent très petites. La pauvreté du sol et le 
peu de soin que l'on donne au labeur suffisent pour 
expliqner ces résultats. Je fer^ remarquer ici que 
la charrue dont on se sert presque universellement 
dans les ci-devant colonies e8pBgm)les de l'Amérique 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A POUikUMBA. 1^ 

ne di^ke DHlleinent de celle ioul m wrvaient oos 
premiers pères. Ëlkt cotisiete en ua^aad crwhat dç 
bois garni d'une peinte de fer, et rien de [dusi Ce 
sont des bœufc que l'on y attôlei 

Les produits dent il vient d'être question suffisent 
tout an plus ^ la consommation intérieure. Il en est 
un autre dtmt les habitants font un coraoterce consi- 
dérable ; je veux parler des ËroâMiges. Us ont uae 
renommée aaflez grande , même en de)i<H^ de la Bo- 
livie, où on tes e:^rte quelqueCùs. l^eui* voluue est 
plus considérable que celui d'aucun de ceiut ^ui 
se fabriquent en France; mais, par leur goût, ils se 
rapprochent de quelques fromages crémeux de oe 
pays; 

Ënân, dans les montagnes des ebvirQns, en ren- 
contre plusieurs riches mines de cuivre et de plombi 
mais elles n'ont encore été l'c^et d'aucune exploi- 
tation sérieuse 1 

La langue parlée à PcuBabimlâ est le tjutcltua, bùa 
plutôt que l'Espagnol; cependant presque tous les 
hid>itants, qui sont la [^upart des métis {ckolos}, par-> 
lent aussi cette dernière langue. LesChiriguanos n'y 
sont pas babitHeJl«n«it en grand n(Hii^>re; mais ils y 
viennent fréquemment an visite, et beaucoup d'entre 
eux parlent aussi quichua. 

Une ismille considérable de cette natit» s'établit, 
le lendemain de mon arrivée^ sous un hangar à côté 
de mcm habitaticai. 

Lwraqne le soleil veaikit frapper de mon cf^té, je 



i,Googlc 



M 

sortais mes pEiqnet» de piantes, et je lei appuyais 
contre le mnr^ afin qu'ils séchassent plus prompte- 
meot; pour les surveillerje me nmltais i cdté d'eux, 
et mon attention se fixait naturellement sur les Ghi- 
rlguanos mes voisins , qae j'ens ainsi plasienrs jours 
sous les yeux. Ils étaient constammopt a«sÎ8 par 
terre, et tons avaient la mâme oeoupation. Ils 
prenaient de la ttxiM de mais dans une calebasae 
qai était i leur droite, la portaieitt à leur bouclie, 
l'y laiiMient séjourner quelque t«nps en la triturant 
entre lea m&oboireft, puis la rendaient, «n état dd 
liquéftictiMt, dans une autre calebassa quiaa trouvait 
à leur gauche. 

Plusieurs femmes, parmi les moinsâgées de cette so* 
clété, s'étaient avisées, poar n« |»8 perdre leur temps, 
d'an singulier ettmul(j'oit6 ii peine rappeler ces souve- 
nirs) : elleBétaientaccroupies, l'une davantl'autre, da 
manière à former une sorte de chapelet, et diaeuna 
diercbait des yeux et^tdoîgU, dans la dievelnre flot- 
tante de sa voisine, certains petits ins^tes dont il est 
bien inutile de dire le nom; Mais ce qui est k peine 
croyable, c'est qu'elles employaient, en ce nHnnent, 
pour les détruire, le même moyen que les sin^a. 

Mon bMesse me dit qu'elle avait foit vrair c^te Sa* 
mille chez elle pour l'aider à confectionner une Sort» 
partie de cbicha qu'elle avait été chargée de prépa- 
rer pour quelqu'un de la ville, l'apivis d'elle, mais 
je n'eus pas lieu de vérifier le fait, que lee Cbiri^ 
guanos dé cette previnee étaient «oanls li «■ iri- 



t,Goo(^lc 



A POHABjLHBA. 99 

but annuel, comme les habitants de Chiquitos, les 
Quichuas, et les Aymaras. 

Le 7 décembre, je réussis ea^n à trouver un mu- 
letier pour m'accompagner jusqu'à Cinti, capitale 
de la province voisine, et je lui adjoignis un In- 
dien comme aide, ie partU de PctOMiibamba le lende- 
main dans l'après-midi. 



,-,,ii,Cooglc 



CHAPITRE VII. 



DB POMABAMBA A GINTI. 



L'individu que j'avais engagé comme arriero étail 
venu se proposer à moi en secret, sous prétexte que, s'il 
se montrait, il serait arrêté pour quelques dettes qu'il 
avait contractées dans la ville, et qu'il n'avait pas pu 
acquitter.il désiraitàcausedecelame rejoindre aune 
lieue de la ville, à quoi je consentis. Je le retrouvai, 
en effet, au lieu indiqué, et nous conlinuâmes notre 
marche vers le sud-ouest, jusqu'à une petite cabane 
abandonnée qui occupait le sommet d'une colline es- 
carpée,au milieu d'arides rochers. Unchcf-d'œuvre de 
la création v^élalecroissaitaulour de ce lieu: c'était 
une sorte de Lis, en arbre, dont le tronc rabougri se 
terminait par une ou plusieurs immenses rosettes de 
feuilles roides et acérées comme celles d'un Yucca. 
Du centre des rosettes naissaient des grappes de Seurs 
de plus d'un demi-mètre de longueur et du plus beau 
bleu d'azur; les hampes qui portaient ces grappes 
pouvaientavoirunmètreàunmètreetdemi de hauteur. 

Dès que les mules furent déchaînées et qu'on leur 
eut posé des garrots afin qu'il no leur prit pas envie 
de retourner en arrière, nous nous occupâmes du 
dîner. Ce fut seulement alors que nous nous aperçû- 



Daui™ih,G00glc 



DE POHABAIfBA A. ClIITI. 101 

mes que noua n'avions pas de briquet pour allumer 
le feu. Mais l'Indien ne fut pas embarrassé pour s'e» 
procurer. Le moyen qu'il employa était exactement 
le même que celui que nous avions vu adopté par les 
Indiens du Brésil. Il ramassa un morceau de bambou 
de 5 à 6 décimètres de l<mgueur, qu'il coupa en deux. 
Jl équarritgrossièremont l'un des morceaux, et creusa 
sur l'une de ses faces un trou superficiel destiné k 
recevoir la pointe mousse de l'autre bâton. Enfin, au 
niveau même du Irou, qu'elle échancrait, il fit une 
petite. rainure transversale. Pour obtenir du feu avec 
ces instruments, il me suffit de tenir le bâlon équarri, 
avec sa cavité tournée on haut, sur une lame de cou- 
teau posée à plat par terre. Mon Indien y appliqua 
fortement, par la pointe, le second bâton, et le tourna 
avec rapidité sur son axe en le roulant entre les deux 
mains ouvertes. Au bout d'une minute la poussière 
qui était résultée du frottement, qu'on rend encore 
plus vif par quelques grains de sablOj tomba le long 
de la petite rainure latérale, sur la lame de couteau, 
y forma un petit tas, fuma, et prit feu. J'ai remar- 
qué que c'était toujours le bois d'arbres mono- 
cotylédonés que les Indiens emploient pour cet 
usage (1). 



(1) Ainsi Je trouve noté dans mon journal, que c'élait avec le pé- 
«loBcule du régime dn palmier Aciiri ou avec la lige desséchée d'un 
DeimoM«ui qtN l'avaiB *b Ln bidleos do Brétll (aire lear> Uimhu. 



i,Googlc 



Le d, je continuai ma course ascendante : le che- 
min devenait plus difficile à chaque pas. 

La composition du sol était très simple : elle était 
«ependant bien curieuse en certains points. Les 
«Chittes qui le constituaient semblaient avoir été sou- 
«ij8 & une ébuUition pénible pendant laquelle leur 
j>|[te s'était subitement solidifiée. Ils étaient toiil 
toursouHés, et souvent mêlés à des matières femi- 
gineuses qui leur donnaient une physionomie scoriacée . 
Leur surfeice raboteuse acheva de mettre hors de sèr- 
TÏce mon cheval Guaycuru. Déjà, en arrivant à Sauces, 
le pauvre animal était si rendu que j'avais abandonné 
toute idée de m'en seiTÎr ; il suivait la troupe en 
volontaire, et ne portait que son bât; plus tard, je 
lui ôlai même celui-ci. J'espérais ainsi pouvoir lecon- 
duire jusqu'à Tarija,oi!i il se serait remis peUt-être; 
mais pour cela il aurait fellu pouvoir le ferrer. Ses 
sabolss'étaient tellement amincis, qu'il ne posait plus 
le pied en avant qu'avec douleur; souvent il ne le 
posait pas, il le tenait suspendu, et regardait autour 
de lui, comme pour chercher s'il n'y avait point 
quelque endroit moins dur que ces vilains schistes 
qui nous entouraient de toiltes parts. Alors il faisait 
un nouveau mouvement en avant, puis s'arrêtait en- 
core. Il vint enfin un moment où, accablé par la dou- 
leur, il n'avança plus. Cependant il ne se coucha 
pas; la tête tristement baissée, il semblait attendre 
avee résignation son sort. Ses y«uK dirigés vers nous 
paniissaientsupplieFqa'onle laissât mourirlftoùit^il. 



i,Googlc 



A cHiTi. ioa 

J'étaii bien cMcîdé à céder à la aécftsaité qui n'o- 
bligeait à abaBdonaer le fwuvre Guaycuru ; mais il 
m'avait wrvi tn^ fidèlement pour que je ne lui dtm- 
nasBo pas au xûmas quelques cbanceit de prolongâr sa 
vie. Je me mis à expktrer les environst ^^ j^ trouvai 
k peu d« diataqœ un£ petite ravine au fond de la- 
quelle !>ouiltoiwait un groa ruisseau. Sur ses bords 
il y avait eu autrefois une hutte d'Indien, dout les 
dâ)m BUbaistaieut enccM-et «t près de cette hutte je 
trouvai un petit champ entouré d'arbustes et couvert 
de ^zon. C'eat daos ce lieu que je me dét^minai à 
établir mOn vieux cfaeval. Pour y arriver il n'y avait 
guère qu'à dMcendpe. JWamiwti d'ajwrd bien ses 
i^Mts, et j« m'KMurai que c'était surtout l'un de ses 
jMds de devant qui lo faisait souffrir. Je renvelojp- 
pai d'un mwcaau de cuir détrempé dans l'eau ; et, 
gtAc« à ceM précautitm, il atteignit, enfin, sans 
nouvel inddent la propriété qui lui était dâstinée. 
£n aeotant Vb^be loua ses pieds, il hennit de jwe, 
«t, paraissent oublier ««s maux, il S4 mi à Itfoutar. 
Qu'il était donc maigre, mon pauvre cbaval I 

-Au 'moment de doubler le sommet do la colline s^u 
pied de laquelle nous l'avions laissé, je me retmimai 
une dwuiàra fois pour le regarder; il s'était appro- 
ché du rawaeau, «i comne il tendait sa longue tête 
de notre côté, je pensai qu'il allait traverser poar 
s'appnMAwde nousi mais il buvait. EUicon quel- 
que pas,, et je le perdis pour t^i^ours de vue. 

L« natvfe a réuni dans «ette ré^^n doscoaditiws 



t,Googlc 



104 DU P»HABAIIB&. 

bien précteuseii pour l'étude de la ^^ogie ; elle l'a sil- 
lonnée, de toutes parts, dé seclifuis profondes, dans les- 
quelles la croûtedela terre estaussi net tementàdécou-^ 
vert que si un monde de géologues y eût travaillé dans 
ce but; mais encore, quelle différence dans les propor- 
tions de l'œuvre PS0U6 ces rapports, le ravin dans lequel 
nous pénétrâmes, après avoir fait dob adieux à Guaycu- 
ru, est biendîgned'être cilé.6e dirigeant directement 
de Test à l'ouest, il coupe à angles droits lœ strates 
do Técorce terrestres et celtes-ci sont relevées sur 
un angle de près de 80 degrés. En émergeant de ce 
passage, où nous marchions en cetir^gnie d'une petite 
rivière qui allait comme nous à la rênoontre du Pil- 
comayo, nous déËouebâmes dans une vaUée trè» pit- 
toresque où se trouve situé le petit village de Uanca- 
rané -, l'heure étant avancée, nous ne noua y arrêtâmes 
pas, mais traversant la rivière qui coule à ses pieds, 
nou« gravîmes les collines du côté opposé, et nous' 
atteignîmes aux approches de la nuit l'hacienda de 
-Tafaacal, pour le maUre de laquelle j'apportais. quel- 
ques roots de recommandation. Je fut reçu au ^é de 
mes souhaits, et Don Pedro (c'est ainsi que se nom- 
mait mon hôte) offrit de m'acoompagner lui-même 
jusqu'au gué de Pilcosnayo, dont j'avais d^è 9D- 
trevu la nappe boueuse avant de descendre vers la 
ferme. 

Le 10, de grand matin, je me mis en marche pour 
me rendre au bord du fameux rio. La ferme en est 
distante d'une Keue et dénie, et tous les t^iïtins 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



.A ciNTi. l«a 

intenuédiuresiBB <l^»efident. Getle^Kipriélé appar- 
tenait aulrefoù à U Compagnie. 

La descente, qui avait été d'abord été assez rapide, 
devint gradqellemeDt plus douce, et le chemin pas^ 
eoâa dans le Ut d'un tofr^it, qu'il De qiiitta que pour 
déboucher mr lee bords mêmes du Heuve. 

Arrivé là, je pus juger de ce qu'il y avait de formir 
4able dans le courant tant appréhendé des voyageurs. 

La largeur totalçdu Ut dufl^ive, que de hautes mon- 
tagnes enoùss^t' dfi toutes parts, peut être évaluée à 
15dmètre8au moins; mais grâce à l'absence des pluies 
pondant les jours précédâDt«, la plus grande partije 
decelitsetrouvaitàseCjdesorteque l'espace occupé 
par le courant n'avut guère que 30 mètres de lar- 
geur. La violeDce avec laquelle roulait ce peu d'eau, 
compensait l»en ce qui pouvùt lui manquer d'au- 
tre part. EUIe était, en outre, tellement chargée de 
vase, que la main que l'on y piongeait en sortait 
salie. 

Don Pedro étut entré, en pusant, dans phiaifiors 
hnStoa d'Iradiras, et en avait taôt sortir deux iodir 
vidus dont la proféttioft étnt l'étude des gqés de la 
rivière; oa appelle les gens qtii s'y livreid, des busoi. 
Ils s'ei^gent, ii leurs rtsqiies et pénis, moyennant 
une s<HBme q«i varie aebn la difficulté du trajet, i 
faite passer d'une rive .à l'autre Iw voyageurs qsi 
fipéquentent la imite, avec leurs aiùnaax et leurs 
bagages. B*a Pedro nte raconta qa«, peu de jours 
aa^ravaai, l'vn d'wu «irait pwi dans une de cas 



' Do,i,,-c,ih,.Googlc 



106 DE HWâlIAHBA.. 

pArlUetMes opévatiODe. Toajoan est^îl qtw kt biuos 
avaient fiondé avec soin le lit delà riv>èr« le jour pré- 
cédent, et ils nûiis Assurèrent qne ooub pourrions 
pftsecr en toute sécurité. Ils nous meùi^Dt en effet, 
le long de ia rive, jusqu'au point qu'Us avaient re- 
connu, et s'étant mis à i'eau, chacun arma d'an long 
bftton, et en se tenant par la main, Us- nous montrè- 
rent qu'en aucun point la profondeur du oouraat 
n'excédait la hauteur des épaules. Us tirant éubite 
élever davantage les obargea sur IM bAt», et la tn- 
versée s'effectua. Ils se mettaient tovs let deux il la 
léte de l'animal, en la tenant de chaque c6té ; une fois 
qu'il était entré dans t'ean, son instinct le poussait 
à rester en route te moins de temps postible. Je a%- 
prouvai d'autre dommage que l'immersion de deux 
caisses, dont le contenu porta pendant bien long- 
temps, et dont quelques objets portent même escore 
les traces de ce limon iuide. 

Au moment où je venais d'opérer mon passage, il 
arrivait du ttétt* cM4 mie troupe d'ànes hub la con- 
duite d'autrel 6«se». ËUe portait à Potoii une our- 
^lon (te fromages, et noe autre oargaiaoa 4e petites 
Indiennes tout récemment captaréM, et destinétfs à 
être vendues dans les haatei régions de ta république. 
Hais tes towii diolarèreat, à l'uMnimilé. qu'il était 
complétemQDt impossible que des àttesohargée paiMk- 
sentte fleuveaHBi dei risques iauat«eats. Galuiàqni 
appartenait la troupe, s'edrsMaBt alertàttm, me d*- 
uaBdau je vwlû lui prêter loee ftaiWHU pour 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



filire h transport de »«• eargaïMffls à TMitn me ; i']r 
cob&entie, et tout se passa pour 1« ntietix. 

Ud semblable servioe oe pouvait pas rester aam 
récompHiae; moQ obligé retira en effet de set pa- 
niers un dfises plus beaux fromages, et le-metlaot 
dans les bras de la plus gentille de se« petites Cbi- 
riguaDae» il s'avança 4e mon câté; j« pus croire un 
in^nt qu'il allait me iaire un doubk présent : maif 
je n'eas que le fromage. 

Peâdant que l'on rech«rgeail les nides, j'allumai 
du feu sur la plage, afin d'obtenir, par k détermina* 
tion du point d'ébuUition de l'eau, la hauteur de ce 
point intéressant. A ce niveau la végétatioD était profr- 
que entièraoeot composée de forêts d''arl»«s de ta' 
Jamille des Légumineuses, parmi lesquels le Sevil o« 
Acacia An§ko se faisait surtout remarquer. A une 
centaine de mètres'au-dessus, je vis ceaameac«r une 
régiwi de Cactus présentant les espèce* las plus va- 
riées, et très di^érentes de toutes œllec que j'avais 
rencontrées jusqu'ators. Beaucoup d'entre elles 
éUieiit malheureusenwnt sans fleursi Ces plantas 
disparurent Mifin à leur tour, et nous arrivAmes à tm 
p<ùit âe la moQti^e oiï le aol était couipléteffient 
nu ! il s'y trouvait un petit plateau étroit et gaiooné, 
sur les bords duquel suintait «ne soiu'oc. J'y établis 
mon campi dans la craint» de ne pat trouver un autre 
eadtoit aussi oonvenablc. Ce plaWan formait le pre- 
mier échelon de l'immBoss éclwtie que je devais 
gravir pour^river aux hautes lama dn la pnwince 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



JM DE POHABAHBA 

de Cinti, <tans laquelle qwis nous tronvioiu depuis le 
passage du Pilcomayo. Du point où j'élais, je jouis- 
sais d'une perspective magnifique de l'immense ravin 
au fond duquel coulait celte rivière, et des sinuosités 
qu'elle décrit dans le sombre cadre que lui forment 
les montagnes. 

Le 11, nos travaux recommencèrent. Il nous res- 
tait encore deux lieues de la montagne à escalader 
pour arriver au plateau terminal. Nous avions dépassé 
la zone des pOTéts. Dans beaucoup de points, le roc 
était complètement à vue. Les plantes des pajs froids 
se multipliaient autour de moi. Je sentais ma respi- 
ration singulièrement accélérée. En ce moment, il 
me survint un violent mat de tête, et je fus obligé de 
me coucher pendant plus d'une heure au bord du 
chemin. Était-ce à l'élévation où je me trouvais, ou à 
une autre cause, que je devais attribuer ce malaise? 
je l'ignore. Mais ce que je puis dire, c'est qu'en me 
relevant j'oubliai bien vite et la cause et l'effet. 

J'étais presque au sommet de cette grande échelle 
qui porte le nom de Cuesta de Periguani ; les flancs 
des rochers baignés d'humidité étaient semés de 
touiïes de Calcéolaires, de Renoncules et de Gen- 
tianes ; le froid devenait de plus en plus vif. Enfin un 
dernier pas me conduisit à l'apogée. 

On ne peut rien imaginer de plus frappant que le 
spectacle qui s'offrit alors à mes regards. J'étais à 
l'entrée d'une longue plaine Banquéo de part et 
d'autre de montagnes de grès ronge (psammite) dont 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



W Hancs j parfeitement verticaux et nusy s'élevaient à 
tine hauteur de plusieurs centaines de mètres. Su- 
périeurement, chaque masse se terminait en table. 

L'arrondissement de toutes les arêtes deces masses 
énormes, l'isolement de beaucoup d'entre elles, les sil- 
lons profonds et également verticaux qui les divisent, 
leur doDuent l'apparence de gigantesques fortifica- 
- tions. Mais à quelle cause attribuer tous Ces effets di- 
vers? ~- Ils marquent ÎDdubitahlemeDt le passage et 
l'action, longtemps prolongés, de prodigieuses masses 
d'eau. Si l'on considèreïnaiDteDant l'hôriziontalilépar- 
feite des strates dont ces montagnes de grès sont ior- 
mées, et leur superposition constante aux autres ro- 
ches qui constituent la chaîne, rochesdontl'inclinaison 
est souvent telle, qu'elles semblent être presque verti- 
cales, on est amené à penser que ^ formées postérieure- 
ment au grand soulèvement des Andes , les grès ont 
é^uvéles déchirements dont Us çont partout sipa- 
lés, ]^r la rupture des dtgUes d'une mer qui se déve- 
loppaitjadis sur toute l'étendue de la répondes Andes 
Boliviennes et dont la grande Laguna de Tilicaca 
serait le reste. On trouvede tous cAtés, dans le sud 
(te la Bolivie, les traces de l'écoulement de ces eaux. 
Pendant dés lieties entières on rencontre des pentes 
de rochers dont les strates ont été taillées en biseau 
par l'action prolongée de courants toujours dirigés 
vers le même point. Sur ces surfaces déclives s'élè- 
v«af çà et là, à des hauteurs considérables, des roches 
Htéee par le frottement^ ayant la forme de champi- 



i,Googlc 



114 DE MHABàHBA 

gRODs OU de p7*Mnidei, et oon tinoei par l««v twsdaree 
I« roche qui «oBstitoe le plan indiné. Je ne puis 
mîauK Isa oosaparer qu'à ces buttes on forme de ct>r 
tonnes, ces témoins, que ménagent les terrassiers 
pour attester quel est te eobe de terre qu'ils ont au 
à déplaeer. 

La vallée de Tarija, est un des points principaux 
de passage de oea courants qui ont Aii, de là, atloF 
bftlay» les Pampas de la république Argentine; aussi 
son bassin n'est-il autre chose qu'un imw^we dép4t 
d'alluvîons. . . Mais je m'aperçois que je m'éloigne trop 
de la c6te dePériguani, à laquelle je reviens. Lorsque 
mes regards se détacbèrmt de ce sublime panorama 
des ruines d'un monde, je les pwtai à mes pieds, oh 
ils 9e reposèrent sur une délicieuse pelouse de plan- 
tes alpines qui formaient un tapis fin comme da t&- 
lours. 11 y avait là des Violettes à feuilles hucairw , 
dont les oorolles blanches étaient striées de pourpre, 
des Papilionacées à fleurs bleues ou liks, des Com- 
posées sans tiges, dont les fleurs, assez comparables 
à des Pâquerettes géantes , étaient assises au mili^t 
d'une rosette de feuilles radicales ; j'aurais volonliers 
passé tout le r^e de la journée étendu sur ce joli 
gazon. Mais craignant que mes bêtes ne s'accommo- 
dassent pas aussi facilement que moi d'un semblable 
pâturage, je dus me remettre en marche. 

En* abandonnant le point culminant on apacheta 
du Périguani , je suivis, à quelque dlstuice, la base 
des montagnes de grès; en me dirigeant «uastfoord- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



i ciifn. Itl 

ottAit. 11 foiiftit un v6Bt piquant) é» mmhvùv» tor* 
rente à'om E^acùlâ iniwceplaùnt là obemin, qui, ^ 
twqtfi à mise, ifl 0oatoqruBit pour éviter un ravin, 
Aprà» deux UeiiM de ourchâ , noys arrivAmes k uae 
oattane indieoite construite en pierres suu ciment, 
et si basse qu'il était impossible de s'y tenir d^ut t 
sa l(H)gueur n'exeédut pas 3 mètres. Il s'y trouvait 
UQQ pMte , mais pas d« fenêtres ; le toit était en 
dtoume groMier, Pour tout amoublanent j'y vis un 
large banc en terre recouvert de peaux de moutons , 
et servant da Utt quelques pi«rrei, placées dans un 
WHB, soutenaient un pot de terre où cuisait la soO|» 
des baUtasts de ce dMnicile si peu somptueux. La 
fumée, k laquelle on n'avait ménagé aucum issue 
particulière, s'était atlaebée à chaque {aille du {da- ~ 
fond «t y avait donné naissance k autant de noires 
stalactites i eUe m'aveugla tellement, lorsque j'y en* 
trai, et me« yeux oontinuàraut k aouffrir si fort du 
contact de l'atmosphère irritante qui m'ostaurail, 
qu'au risque de ^elar, je pr^^rai coucher debora. 

Nous rôtîmes le lendemaio notre marche par une 
tetapérature asseis voisine de sére. L'aspect du pays 
et la directiods de la route restèrent à pea pnàs les 
mêmes que le jour précédait , jusqu'à ce que noua 
«unans travené une petite rivière af8u«ite du rio 
PiUya. 

A partir de oe pùnt, nous toum&Baes de nouveau 
av aud-euMt> et nous aiteigsUies bientôt une autre 
isnM, semblable, seus preiqu» to«« les ntpporte, it 



t,Googlc 



lia DE POUABAHBA 

coUé qui noas avait reçus la veille. Une forte grêle 
suivie de torrents de pluie, nous obligea de nous y 
arrêter, quoiqu'il fût encore de bonne heure; «je 
profitai du temps qui nous restait pour faire tuer un' 
petit mouton que j'achetai de mon nouvel hôte. Il me 
coûta 4 réaux (environ 3 tir. 50 c). 

Les plaines froides de la natare de celle dans la- 
quelle nous cheminions depuis deuxjours^porteDtlë 
nom de punas. L'herbe qui les tapisëe est tellement 
courte qu'elle ne peut servir qu'à la nourriture de 
certains animaux, tels que les moutons, à Télêve des- 
quels se livrent en particulier tous les Indiens de ces 
régions^ Mes mules se trouvèrent, comme on le pensé 
bien, quelque peu dépaysées au milieu de ces gra- 
minées qui ne s'élevaient tout au plus que de quel- 
ques eentimèlres au-dessus du sol. Dans la crainte 
d'une désertion de leur part, je fus obligé de les 
tenir attachées toute la nuit, après leur avoir f^it dis- 
tribuer un peu de maïs. 

La matinée du 13 se leva ft-oide et pluvieuse, mais je 
n'encontinuaipasmoinsma marche. Nous descendions 
sensiblement ; la végétation alpine et rase de la Puna 
avait disparu, pour feire place, peu à peu, à une autre 
végétation de l'aspect le plus singulier. Quelques 
arbrisseaux s'étaient d'abord montrés ; puis plus 
bas des arbusles d'espèces assez variées, qui tous 
étaient chargés de longues épines^ comme pour faire 
envie aux inyriades des Cactus <pii hérissaient tons 
les rocher» de leurs aiguillooe aoérési Les uns aviiient 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A CINTI. 113 

le tronc tout à fait sphérique el donBaîenlBaissaDce, 
à leur partie supérieare, à de belles fleurs roses ou 
d'un jaune doré; d'autres s'élevaient souvent à la 
hauteur de plusieurs mètres, et portaient leurs fleurs 
latéralement, sur un des angles dont la tige était par- 
courue. Il y avait de ces Cierges qui étaient complè- 
tement revêtus dejongs poils blancs, ce qui, de lola, 
leur donnait l'apparence d'être recwvertsd'une cou- 
che de neige. 

Entîn,au milieu de ces végétaux curieux apparut un 
arbre, le seul qui se rencontre à celte élévation : c'est le 
Queiiua (Potylepis vulgaris). Son tronc tortueux est 
pourvu d'une écorce rougeâtre qui se divise à l'infini 
en feuillets papyracés ; il s'élève ù une hauteur de 2 
» 3 mètres. Les Indiens se servent de son bois, qui 
est blanc et tendre, pour construire les toits de leurs 
huttes ; ils n'en ont pas d'autre. La partie interne de 
l'êcorce a des propriétés astringentes et peut servir à 
tanner. Son feuillage gris a un aspect de tristesse tout 
particulier. 

Un objet bien intéressant pour moi fixa aussi 
mon attention durant cette journée : ce fut un trou- 
peau de LIamas. C'était la première fois que je 
voyais cette espèce d'animaux en Amérique ; s'ils 
descendent quelquefois dans les régions chaudes , 
ce n'estque passagèrement. Leur patrie véritable esj 
la Puna. Les LIamas que j'avais sous les yeuX étaient 
des animaux domestiques ; ils portaient chacup un 
sac de maïs ou de pommes de terre qui pouvait peser 



t,Googlc 



tl4 DE I>OHABAMBA 

environ 5Ô où 80 kilos. Ce sac était chargé sur leur 
âm sans aucuD intermédiaire, l'épaisseur de leur 
laine suflbant pour les garantir de toute meurtrissure. 
Je fus Frappé de l'odeur qu'exhalaient ces animaux, 
et qui n'étaitrieDmoinsqu'agréable. Mon muletier me 
dit que le Guanaco, qui ressemble de loin au Llama, 
était très commun sur toutes les montagnes de celte 
partie de la province; mais nous n'en vîmes aucun. 
Sa chair est plus estimée que celle de son congénère, 
quoiqu'elle ne soit jamais très tendre, à moins qu'Mi 
ne la prenne sur un individu encore jeune. 

Leslndiens qui conduisaient le troupeau étaient, de 
même que ceux que J'avais rencontrés dans les e$tan- 
cias où j'avais passé mes deux dernières nuits, ce 
que l'on appelle des Indiens de la Cordillère.^ Leur 
costume est différent de celui des autres Indiens Qui- 
chuas, que j'avais vus . Ils ont, malgré le froid , les pieds 
tout à fait nus, excepté qaand ils portent des (^otas 
(sai»lales] ; mais lesrs jambes sont couvertes, jus- 
que près du cou-de-pied, par deux caleçons dont 
l'extérieur, invariablement de couleur noirâtre, ne 
descend pas au-dessous du genou. Une sorte de ja- 
quette de la même couleur, un poncho court, et un 
chapeau à couronne hémisphérique et à laides bords 
échancrés de chaque côté, complètent leur costume. 
La plupart de ces vêtements sont tissés par eux- 
mêmes avee les laines indigènes dont ils choisissent 
de préférence les couleurs les plus somlM'es, comme 
les moins Baissantes. 



t,Googlc 



* €mn. tu 

£m ft'af priMhaai ilu rio d« dont», auquel oa ar- 
rive par un istvin 1res fûtlora^que, la r0ut« cfawgs 
ewwe de dir ecUw pour plonger dirâctoiaent vws le 
sud. ËllequttU) ensuite ce (^turs d'âau poor teaver-r 
ser une r^oo aride, où les rocbee scbisteu^aB per- 
ceat prâH[ue partout le sol, et d^aot tçute autrf 
vâi^tati(»B tjue cdlle des Cactus et de dav ou troi« 
arttfisswux ^œux. Hais ploa loii), la pt^rr^ se rar. 
couvre d'un pw de terre, et l'oa voit appa^tjre avec 
■ Batîsfi|Otio& «D dMimaant petit arl^e du groupe des 
Mimosas, doot le bouc court est ccHironné par u«e 
largç ciwe verte de l'aspect le plus ^yaat. Après 
avoir chaaûaé poMiUat quelque tamjps dao» la forftt 
mim forokde par l'aocuaiulation de ces végétaux 
éUnaots, j'atteigQÎs une {Wtite ferme ^pelée Anda- 
HUM|uc. La latitude de-BkâsaiwcQauxm'obUgâpL 4e m'y 
arrMw, quoique j'eusw wulu Ssàn encore qnelquw 
lieues, afin de gagner le leQdeiaai& la ville de Cioti, 
qoi u'étùt plus éloi^ée que de dix à otue lioues. 
Il no s'y. trouvait aucime trace de (âliurage, luais 
nous y SfV^pJéâBMS par- i^ae aboadaate provision à» 
paille et de grain d'orçe. Cette céréale forme, avec b 
luterfUB on alfuîfa, ^m I'od cultive aboudaoHBeDt un 
peHplus bi^), I9 m^rriture desiouilesetdeBcbevavix 
4e tMJW !«■ puties lempéréeti de l'Âm^ùpie o«ir 



1.0 14, j« gmpui le viUAge de Taquaquira, qof 
(faitte Usutt'jiépai«^d&Cinti< Le sol avait contiaoé 
i9frai<»M4Ctristene&4uide>De'4««lqttec6tâqttâ l'os 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



118 DE POHABANBÀ 

portât la Vue, ob reocôntrait les traees du V>ul«ver- 
sement paissant auquel a été soumise cette partie 
du gïobe. Là encore apparurent pendant un tng«t 
considérable de vastes dépôts de grès roug^ aux Aancs 
nus et per[wndic«hiire8 , dent les strates hwizon- 
tales reposaient immédiatement sur les strates presque 
verticales des schistes* Ces derniers coftrtituent, en 
quelques points,le fond d'immenses canaux dirigésdu 
nord an sud, et dont les gr^ ou psaoimit«s forment les 
itergëB. Quelqnesbancs de calcaire bleuâtre se montré- ' 
rent aussi pendant la journée , superposés aux grès 
rouges, et alternant avec des couches de graviers de 
diiférentes couleurs, et plus ou moins concrMs. 

Les phntes les plus remarquables étaient cnoore 
des Cactus, surtout des Ciei^ês. Ces végétaux sont 
si nombreux dans quelques endroits, qu'ils forment 
de véritables taillis, dans lesquels on ne manœuvre 
pas tout à feit sans danger. J'en, recueillis une 
espèce dont les ram«mx pouvaient avoir l'épais- 
seur de ta cuisse, et portai«it, sur leurs angles, des 
fleurs blanches qui avaient plus de i décimètres de 
longueur. 

Le 15, à neuf heures du matin; je parfis de Ta- 
quaquîra en y laissant le jwiuvre mulet qui s'élaH 
l)Iessé dans und chute sur les bords du Caravalle. 
Dans l'impossibilité où je m'étais trouvé de ie t&bi- 
placer par un autre animal , il a^t cOAiinué, tant 
bien que mal, ^ porter sa charge; mais ses finoes 
'dimiottèrent de jotr «n jour. Il »e ébsciift mr h. 



t,Goo(^lc 



roQle, à une portéttd^fMil 4d Tac|ii«tBvar et ne le 
lylevft plus. 

Ëa ijlaAt «le Tuioaqaira à Cinti, on sait coostam- 
mwt les bords de la rivière da Qatï, qai coule daas 
le fond d'uB rayio profûsd, aait bords duquel on voit 
l'éeorcja du globe à nu sur une inuoeme épaisseur- 
Le cbemia, quoique asse» bw, ne laissait pas que 
d'être extrêmement jHOrreux , surtout dans les 
jKHUts OÙ il se trouvait taiUé m\ àép&as de la mu- 
raille méoM du ravin. Ma mde, dont les pieds 
étaifflit devenus très sensibles par raninciwement 
de ses sabots, Swtpar se refuser à me porter, et je 
fa» obligé, enfin, d'aller h pied. Cela me permit, au 
reste, de dooner plus d'attention aux approches de 
la ville, et elles en sont réellement tr^s dignes. 

Les bords de la rivière sont presque partout oc- 
cupés par les hacioidas des Gntenos , qui, à force de 
soins, ont réussi à remplfleer la nudijtô première de 
leur 9IÀ par u^ suite do vergers dont la verdure 
éclatante forme un cbarmapt eontrasle avec la coq- 
leur roQge M tente des précipices qui les encadrent. 

On peut imaginer le plaisir que j 'éprouvais à revoir, 
dans ces joUes oasis, la plupart des arbres &uUiers 
de l'Europe. La vigne surtout y croissait abondam- 
ment. On tire de son firuii un vin excellent, le meilleur 
peut-être de tous les vins d'Amérique. Le pommier 
et le poirier s'y trouvaient à côté du pécher , et sous 
ces arbres s'étendaient de grandes plates-bandes do 
fraisiers en plein raj^rart. Plus lou c'étaient des 



'Do,i,,-c,ih,.Googlc 



118 ai POMASAMBA A CINTI. 

figoiers oïl des pruniers, et le sol éUparaiâsait «ns 
les grandes feuilles des melons. De petits cbaiBps de 
lazerne, aux fleurs violettes, se montraient aussi çài 
et \i, ii côté de semis de mïTs et de plantations de 
Tuuas , dont les Cinteîios sont particulièrement 
friands; enfin, je remarquai encore sur roa route 
UB assez grand nombre d'arbres d'une espèce qtli 
m'était moins familière, quoiqu'elle soit assez fré- 
quemment cultivée dans le midi de l'Enrope : je 
veux parler du M<^!e {Schinus Moite), qui est indi- 
gène de cette région de l'Amérique, ainsi que du 
Chili, et de la répubrique Argentine. Cet arbre a le 
port de l'Acacia, mais le feuillage en est plus Idger 
encore; ses rameaux sont un peu tombants. 11 porte 
de petites grappes de fruits roses, de l'effet le plus 
agréable. Son bois est rougefttre et assez mou. 

Mes yeux restaient attachés avec tant de plaisir sur 
ces sites eocbanleurs, que Je me trouvai à rfmtrée 
de la ville presque sans m'en douter. Le «^emin qui 
longe la rive gauche de la rivière, en quittant Taqna- 
quirà, passe, plus loin, sur son bord droit, à quelques 
portées de fusil d'nne hacienda nommée Sarcarca. 11 
continue ensuite k se diriger directement au sud, et 
traverse, à tfne Ueue de la TiUe, le petit v^ge de la 
Torre, où je ne m'arrêtai pas. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE VUL 

SÉJOUR A CIHTI. 

N'ayaDt aucuue lettre de reccHomandalion pour qui 
que ce fût à Gintî, je me fis iodiqaer la maison du 
gouverneur Carmona, que je trouvai occupé à diuer; 
et je m'acquittai si bien de ma présentation, qu'il me 
retint chez lui toute la soirée, et m'engagea à reve- 
nir tous les jours le voir à la même heure : proposi- 
tion que j'acceptai d'autant plus volontiers que sa 
table était excellente. En même temps, il me fit pré- 
parer un logement dans le voisinage^ et y Et conduire 
mon bagage et mes animaux. 

L'absence totale de pâturages dans les environs 
m'obligeait de garder ces derniers avec moi. Toutes 
les maisons sont pourvues, à cette fin, et à plusieurs 
autres qu'il est superflu ^e mentionner, d'ao^e couf 
bien fermée que Ton nomme corrat. J'y faisais por7 
ter tous les Jours quelques Ix^tes d'alfolfa, etdiaqiie 
animal avait en sus , matin et soir, une ration de 
mais. 

J« reçus le lendemain h visite du gouverneur^ qui 
ttut présenta à quelques autres habitants de la vilIâ 
avec lesquels je fus ravi de faire connaissance. Parmi 
ceux-ci SQ trouvaient plusieurs réfugiés Argentines, 

hmntf 4'm*lriïçUoft qui formwaftt «ta» e^ièce de 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



f20 SÉJOUR A CIN'fl. 

petite cour autour du colonel Carmona, origiaaire, je 
crois, du môme pays qu'eux. Je trouvai enfin un Fran- 
çais, appelé Perucas, établi eu ces lieux. Je me plais 
à consigner son nom dans une de ces pages, à cause 
des nombreux petits services qu'il me rendit durant 
le trop court séjour que je fis à Cinti. L'état qu'il 
exerçait était celui de menuisier et de mécanicien ; 
mais il était aussi tonnelier, et je ne sais s'il n'avait pas 
égalementélé cuisinier. Ildemeurait un peu endehors 
delavilICjdansunfaubourgappeléSan-Francisco. On 
y arrivait en traversant un petit ravin ordinairement 
à sec, et que l'on franchissait très facilement en po- 
sant les pieds sur quelques pierres, mais qui se rem- 
plissait d'eau après une pluie un peu forte, et deve- 
nait un obstacle réelà la circulation. Quand cela avait 
lieu, on disait, en employant une figure, que le ravin 
{la quebrada) était arrivé [kabia Uegado). 

De ce même feubourg de San-Francisco, on jouit 
d'une vue complète de la singulière situation dans 
laquelle se trouve nichée la ville de Cinti : position 
si remarquable, que, de quelque côté que la vue se 
dirige, "elle est arrêtée par une de ces murailles 
géantes de grès rouge à strates horizontales dont j'ai 
déjà si souvent parlé , et dont je parlerai probable- 
ment encore , car elles donnent à cette partie de ht 
Bolivie un cachet tout particulier. Mais à Cinti elles 
s'élèvent si brusquement de leur base, et entourent 
8} complètement l'aire assez étroite où se trouve (Con- 
struite la ville, elles paraissent tellement surplomber 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



9ËJ00R A CinTI. iSf 

c^le-ci daïis quelques points, que leur eosemblo 
forme un des coaps d'oril les plus frappants que j'aie 
jamais aperçus. 

La vHle de Cinli n'a rien de remarquable en etle- 
mêine; ses maisons, dont la plupart ne sont com- 
posées que d'uii re/-de-cfaaussée, sont construites en 
adobes, comme presque Routes les maisons de cette 
partie de l'Amérique, et elles sont blanchies à la 
cbaiix. 

La demeure du gouvemear est située sur un des 
c6té3 d'une aâsez belle j^ace, au centre de laquelle 
on' a placé, sur uoe petite ti<^onne, un cadran solaire ; 
iMis son principal ornement est un magnifique 
NoUequi ombrage une fontaine. 

Après rnd^|)endancc , en même temps que Von 
changea les noms de phisieurs antres villes de la 
BolWie , pour leur donner ceux des libérateurs , on 
substitua au nom de Onti celui de Gamai^ , en 
l'honnenr d'an, chef de ^errtUerox; mais la nouvelle 
diaigiiati<Hi ne. se trouve guère que sur quelques 
M^es où elle est oM^atoir«, et il n'est pas impro- 
bAblç qœ l'ancien nom, que Ton rencontra senl d&u 
la boHChe des habitants , ne reprenne un jour tout ï ■ 
fait le de»uB. On semble anesi peu aecoutumé à ap- 
peler Cmti, CaBK^d, ^"'à ^^er la cspttaje de la 
a^ÎMiUiqiK, Svere^ som qui est eependast oodSidéré 
w^oord'W cOEMM le seul vrai. 

-DQjBÔtéAi hmatexe, Gnti a beaucoup de n^- 
pdr^.ww SaQta-lku d«>a 8iem. do y rmounfire 



,-,^,!i,Goo(^lc 



133 s&iwK A cwn. 

le nuéme naturel , le mâuie abstodcm , la nateie bieD- 
venue (carino) wv^s les étrwgers, sofia le mtaw 
amour du plaisir. Il ne se passa guère de nuit , pea- 
daat mon séjour, %u'il n'y eût dans ane det maisons 
de la ville quelque soirée oà l'on aeréjnùaeait |Knir 
danser ou pour jouer aux jeius innoceBts.Danslejottr 
c'était des visites à uo^ des uomltfeuws baciendas 
des environs , où Ton se donnait rendez-vous pour 
manger des fraises. On m'invita à faire partie de |dtt' 
fiiiSiirs de ces excursùm^, et j'euft occAsioa de voir 
cemment étaient traités les ar^^ frui^ers qui finit 
la principale richesse du pays. Je me contrôlerai de 
dire à ce suj«t que^ quoique ces cttltutoi meAt ccut- 
duites avec soin , elUs sont entendant tûe» lois diî 
ceHes du méiae genre que l'on possède en Europe. 
Un bit qui m'a surtout &appâ est le peu d'ecapresse^ 
nient que l'on met dans cepaysà obon^faer à d>tai)ir des 
wiét^ {^us parfaites, ou wètoB, tout umpleiawt, 
ebes variétés. C'est partout la laéioe poire, la -H^ne 
^se, la u^me poauœ, la Hiftme^ pmœ <|«e l'on 
r^ocontre. LesfraisMqtiej'ainangéwàGwti^tkitvt 
wisez bonnes, les pèches l'étai^t iU«a ibcÔbs. Le 
raiûn n'était pas encore mâr, et Ton sb f^gnaH que^ 
dfUiB plusioura parties de la qtttbraMa , la grtie 1^ 
Qùt (sk iMftVGfHjp de tort. J'ai d^ en oceamoD df 
«ttH)«AtaiiM,ffMlR dn Gaetauqui porte, k eeus de 
la forme particulière d« g—rtweat^k aem <^ B*- 
ijttette. h a'ù vu aocwib villa où on pr«4a)t fltt tenu 
NkftiUM grtode «ttia» qvH Cieti ; fn cmam pfo* 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



JÉMOH k QWn. Itl 

HeBT».Cnit«à(» qui> toua ké v^Hm , «m ae tlMa^i 
consoramient me doauÛDe dt aièaw (ieax douiùaa» 
àé ces fhôts. Un de mes patiaats m'ai «swja ut 
jour UD pkam dont je mta pouvur wer to«t «hdum 
UQ Cinteno ; mais j'eus lieu de regretter ma gourman- 
dise, et, en voyant avec quelle intensité agissaient 
sur moi ses vertus rafratcbissantes , je me vis (^Ugé 
de m'en priver complètement. Il fout peler la tuna 
avec soin avant de la manger, et ne la manier jusque- . 
là que du bout des doigts ; sans cette précaution, les 
innombrables petits poils qui hérissent les cicatrices 
ou les nœuds dont sa surfece est parsemée pénè- 
trent dans la peau et occasionnent une démangeaison 
des plus désagréables. Sa saveur est celle d'une poire 
fondante. On emploie, dans quelques contrées, le mu- 
cilage abondant que renferment les tiges de la Ra- 
quette, en guise de colle. A ce titre on le méie sou- 
vent au lait de cbaux avec lequel on blanchit les 
maisons. Dans quelques endroits les femmes s'en 
servent pour se lisser les cheveux. 

Les renseignements que j'ai pu recueillir sur k 
population de Cinti la portaient à environ onte cents 
âmes, y compris ses. haciendas; la ville elle-même ne 
parait pas en renfermer pins de cinq cents. La pro- 
vince entière contenait, à de que m'assura le gouver- 
neur, un peu moins de quarante mille habitants, 
dont six mille Indiens. Cette population était répar- 
tie entre les divers cantons de la manière suivante : 
San -Lucas comptait sept mille cent habitioits , 



ih,G00Qlc 



124 SÉJOVH A oucn. 

Aidiilla, tr^ mille; SaMU-Kena, cisq mîHe de«x 
eenls; Loma, trois mille; LiviUvi, mille cinq cents; 
Camataqui, six nulle ; Colpa , deux mille huit cents, 
et Garaargo, vote mille deux cent cinquante et on. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CSIAMTOE IX. 

BR CIN-ri A TAttU*. 

Savais été reçu avec tant *a bi«nvoHknce dans la 
jolie Tftle de Cind , que Vidée de m'en séparer me 
hisait de lit peine ; on me conseiHait partout d'ajour- 
ner mon départ jusqu'après le carnaval, pour lequel 
bn faisait déjà des prépafatifc : j'hésitais ; mais le 
désir d'arriver i Tarlja l'emporta; et, le â6 janvieri 
ayant réussi à louer deux animaux supplénwntaipes, 
je me mis en roate, sans que mes stmis se dautassent 
que j'eoBse seulement eu l'idée d'une ManUable dé- 
(crmination. Je n'allai pas loin. A deux Keoes d« 
Ctnti , sur la rive droite da rio €hicomayo (1) -, m 
trouve une mste hacienda appelée la Pat^-Cfaica; le 
ministre d^tat , José Santos 'Cabrera, qui en était 
pro[^étaire , m'avait invité, quelques jours aupara- 
vant , à mettre pied à terre chez lui on pasKint , et , 
autant par curiosité que pour avoir le plaisor de con- 
verser quelques minutes avec lai, j'efitrti dans la 
cour de l'établissement. Mais là on usa envers moi 
de tant d'aimables prévenances, qu'il n'y eut plus à 
unger à. me remettre ea route avant le lendemain. 



(f) C'en It eawlawihm d« rto de Qnlt. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



126 DE CINTl 

La Journée se passa en elfet en pntme&ades cbos le 
verger et dans les enviroos, à visiter les canaux d'irri> 
^tion, etc. L'intérinr du b&ttasnts méritait égale- 
ment d'être vu. Ces constructions avaient été éta- 
blies sur UQ plan d« magnifioeace j^u commune en 
Bolivie ; mais élevées, par malheur, sur un sol mal 
ifaiêj les aujnbftiUaieBtdttU plusd'tw ^uliQit,.et il 
uriv«r^ sans dwjte an jour <)u'ils s'éçcoqlerwt. ha» 
àèesaaXioai intérienres ont été lùen maltraitéw par le 
tenps; mais elles ont dû élre très l»eUes. Les lam- 
bris ei les plafBodi de plusieurs chaatbres étaieiit 
cmiv«rts de peioturM «t de duruiv» qui n'aurùent 
pM délivré ua diàt«ui ds Fmace. 

Ifi.mCJùcaati^Q (1) ou de la Pa]icai-Ci4ea, dont 
ysnajà «ttivi U rivedreit^ dès na sortie de Cinti, se 
iêit» , à une partie àfi canon de l'hacifaida où j'axiût 
pnssé la uiût, dans i« rio de U PalcaHGrafMi&. Conun* 
U n'avait pas ^u depuis quel^ttes {Mrs, je Iraversù 
utui-ci sans trop de diEûculté» en l^JHstnt à m? 
droite vue autre belle hacieqda connue tous le non 
dis la Pa)«si-G<94ite, à «a«»e de sa position sur la ri- 
vière qui est ainsi dAsi^tée. J'ahM^bouai dès lors 
le lavin ineaissé an £»nd duquel j'avais xurché 1^ 
jttur {tféoédont , «t je suivis , en ioclin^nt légèrement 
jt l'eil, la base d'une, petite cordillère, sair un sfl 



natre en BoUtIc et au Pérou tant de cosn d'e«i dont le* noms ont 
celle ntaw dMnenee. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



légètreiMftt tnéiAê , jasqa'à Canaaiaqai , village de 
éêax. à trois cents ftines, et à cinq lieues de dislance 
de Chiti. Le rio de la Palca-Girandc se réunit au rio 
de San-^Han, à six lieues à l'est de ce poiut, pour 
former le rio Pllaya , bras principal du Pilcomayo. 

Le 38, je contiauai & garder en vue la petite 
(Aitlie qw j'avais côtoyée à l'cBt le jour précédent. 
Se» fivK» vetticanx làitsaient paraître les strates dé 
gris qui hi cunlitoent, et toujours avec cette même 
ooolefBr reoge qui les rend si recoonaissables. Lé 
c^emifi , dont ta direction onitianait à être le même, 
se trouvait tracé dans une pampa presque unie, cou- 
verte, en quelques parties, de charmants petits taillis 
fwmég pH \m arbuste k fteurs jaunes appelé larilla 
(Larrea divaricata). Les habitants vantent beaucoup 
Ml propriétés médicinales. En m'approchant de JSan- 
Joan, vill^e iiui est situé sur une éminence, je lon- 
geai, i une eertaibe <fistance, h rivière de San-Juan 
q;ui eottle %u nord à rencontre du rio de là Palca. La 
I^ae devint ici plus humide, et paraissait avoir été 
inondée dans quelques points. L'élégant Holle s'y 
montrait fréquemment. 

Gr^Uîe 11 une lettre de recommandation de don José 
Stntos, je trouvai sans peine on logement pour la 
bvitj «t je passai de bonne heure, le 29, la rivière 
qui curie au pied du village. EHe était, par bcmheur, 
pre^e à sec. Ce cours d'etii forme la limite du dé- 
partement de Tarija en le séparant de celui de Chu- 
qnta&Ga. Après avoir traversé cette rivière, la route 



,-,,11, Google 



328 it^ ciHTj 

commence à ^'écarter «ncorç un pew 4a sud»^, knwp 
lieue du gué, elle se dirige direclament à l'est, et pér 
Dètre eu même |«m^ daeï une pr«^nde creruoe 
sur les parois de laquelle se dessinaiwt tdaiM uAe 
effrayante nudité les strates tans nwobre de Tierce 
terrestre. A ce ravin en succédèrent d'autres, dirigés 
en sens divers , mais prénen^t les nénos cafoc- 
tères. On a peùie à imaginer un eoap d'owl plut 
triste que ces chevtiDS qui n*(mt d'as^ IwriBMi que 
cet horizon de roc aux sombreicouIeJirs.safig ver- 
dure, presque sans ci^. L'esprit, qoe ri«i me distrait, 
si ce n'est peut-être l'eau qui bouilloone dans le fond 
de ces passages presque soiUerraÏAS, se dirige iave* 
lontairement sur les causeï qui ont pu produire de li 

grandes catastrophes 

Àpr^s cinq heures de marche, Iq terrain ayaitcon- 
mencé à s'élever considérablem^; la montée devint 
ensuite de plus en plus rapide,'; le ravin préseotait, en 
quelques points, l'aspect d'un vi^itablâ emlier. 
Quelques pas encore, et je débouchai tout à coup, au 
sommet de la m(mtagne, sur une grande puHa dont 
la surfoce unie se perdait dans l'éloignement. C'était 
la pnna d'Iscaiachi. Il y soufflait unvent si gkkcial, 
que je me hâtai , pour m'en garantir, de m'eny^p- 
per dans un double poncho ; mais le iïpoid perçait 
encore ces couvertures. La unit survint sur cet ^tre- 
iailes; et mon muletier^ qui n'était que médiocr«- 
ment sûr de la direction que nous devions prendre, 
s'égara et me c<wduisiit à vjx ip^xc de Llaioai, lorscpiie 



i,Googlc 



A TARIJÀ. 126 

je peiunis arriver à une fSerme considérable. Heureu- 
sement que le berger de ces LIamas voulut bien se 
laisser décider, pour de l'aident, à nous remettre 
dans la bonne voie. Il était onze heures du soir lors- 
que nous arrivâmes à l'hacienda d'Iscaîachi, où il y a 
une salle destinée à l'usage des voyageurs. J'étais à 
demi'geté^ et je Fus très heureux d'y trouver un feu 
qui brûlait encore. Deux individus auxquels jedevais 
cette bonne fortune étaient étendus sur le banc de 
terre qui faisait le tour de la salle (1), el ronflaient 
comme des bienheureux. Pendant que mes hommes 
déchargeaient les mules, et leur donnaient la ration 
d'o^e qu'ils s'étaient procurée à la ferme, j'ajoutai 
de la taquia{2.) au Feu el je préparai mon dtner; puis 
j'allai prendre une place sur le banc commun. 

À une demi-lieue environ de la ferme, vers l'est, le 
chemin s'élève encore, par une montée assez rapide, 
qui porte le nom de Cuesta de Quefiua; puis il plonge 
subitement jusqu'à la vallée de Tarija, dont le fond 
est à plusieurs milliers de pieds au-dessous du ni- 



(1] C'eit de la sorte qne lonl géni raiera eut disposëB les logis que 
l'on trouve sur beaucoup (te routes de la BoUf ie et du Piirou pour la 
réception des voyageurs. On leui' donne le nom de Tambot, Ce sont 
de TérttablM CaravanserBia, dont on a trouvé le modile dans les hA- 
telkTies que les Incas avaient dUlrlbaéea le long (te leuri routes, an 
lionl de chaque Journée de marche. 

{2) On donne ce nom au combuMible ordinairetueni en usage dans 
le» Ponts où 11 n'r a, comme Je crois l'avoir dit, presque aucun végéM 
Itgnevx i la Uiquia n'est antre cboseqae le croltin deaatfcbë de Uama. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



13P DE CINTl 

veau 49 la Puna. La descente s'opère par trois vastes 
gradins dont l'ensemble constitue ce que l'on appelle 
laCuesta deCalama. C'était, sans contredit, un des 
plus (pauvais chemins que j'eusse vus, quoique bien 
plus uni que celigi de la Guesta de UH-Uli. 

Arrivé au pied de la montagne, je cdtoyai pendant ~ 
doux lieues un petit bras du rio de Tarija, qui cou- 
lait vers l'est , et j'arrivai de bonne heure encore au 
village de San-Lorenzo, qui est à trois lieues de la 
capitale. Je medécidai à m'y arrêter pour ne pas être 
obligé de faire mon entrée pendant la nuit. Le cor- 
régidpr, auquel je m'étais adressé pour un logement, 
m'oftiitune chambre dans sa maison, avec une com- 
plaisance dont je lui sus beaucoup de gré. 

Le lendemain, 1" février, le jour se leva magnifi- 
que, et je me mis en route avec une satisfaction peu 
cQijimune, pour accomplir la dernière fraction de ma 
longue tâche. Le rio de Tarija, que je côtoyais, cou- 
fqjf, directement vers le sud, au milieu d'une large 
plaine encaissée à l'ouest pat la cordillère d'iscaia- 
chi, cl. à l'est, par une autre chaîne de moindre .éléva- 
tion. 

Ainsi limitée, cette vallée a l'aspect d'un immense 
canal ; et telle était indubitablement autrefois sa des- 
tination. Les rochers arrondis qui sèment sa surface, 
et qui s'élèvent, dans quelques points, à une asset 
grande hauteur au-dessus du sol , attestent évidem- 
ment qu'elle a été parcourue par des courants bien 
autrement puissants que ceux gui sillonnent aujour- 



■Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A TARIJA. 131 

d'hui son sol. Ces apparences étaient cependant dis- 
simulées, dans la plus grande partie de sun étendue, 
par de superbes ch^p^ de iQîii^, qu'on était presque 
étonné de voir dans celte plaine caillouteuse. Aux 
approches de la ville, la nature diluviale du sol de- 
vient plus évidente. Le terrain y est coupé dans 
tentes Iû8 directions par des ir^itctiêes profondes qui 
l'entrecrojeent de mille maaières, ep formuift de vé- 
ritables labyrinibos, et laissent souvent isolées au mi- 
lieu d'elles de grandes bultesde terre, des tbrmes les 
plus fantastiques. Ur la plus simple inspection 
d'une de ces buttes, ou des parois d'un de ces ra- 
yiaa, dépionlre <nxe le sol de la vallée de farija est 
formé, jusqu'à une profondeur très considérable, 
d'un^ immensd couche de limon, dont l'origine a éié 
due, taniôt à une eau tranquille» et tantôt à un cou- 
rapt rapide, comme semblent le prQ^ver les strates 
de cailloux roulés qui s'intercalent çà et là au sein 
dfi la niasse boueuse. 



t,Googlc 



CHAPITRE X. 



A peine eus-je passé la partie déchiquetée de la 
vallée, qui occupe une petite élévation, que la ville 
de Tarija apparut. Sa physionomie était frappante. 
Ghaquehabilation semblait sortir d'un petit massîFde 
verdure. De son centre s'élevaient les tours de bri- 
ques de deux églises. Les toits des maisons étaient 
d'une construction singulière : ilsélaient presque plats, 
comme des dos de punaises, et complètement recou- 
verts de boue. Quelques-uns seulement étaient ornés 
sur leurs bords d'un mince liséré de tuiles. Les rues 
étaient bien allées et assez bien pavées ; des réver- 
bères y étaient suspendus è des dislances régulières. 

Parmi les lettres de recommandation dont je m'é- 
tais muni, il j en avait deux* pour un général bo- 
livien, du nom de O'CoQor. On m'avait fait de son 
caractère un éloge si particulier , que je m'étais 
décidé en tout état de choses à lui &ire ma pre- 
mière visite. Je n'eus pas de peine à trouver sa de- 
meure-, mais il était absent. Ce fut dona Francisca 
O'Conor, sa femme, oudoiîa Pancha, comme on l'appe- 
lait plus ordinairement, qui me reçut en son ab- 
sence , et la bienveillanee qu'elle me témoigna dès 
l'abord me consola un peu du contre-temps que 



i,Googlc 



TAHUA. 133 

j'avais éprouvé en apprenant l'absence de son mari. 
Ma satisfaction fut augmentée encore par la récep- 
tion de plusieurs lettres que me remit la même ex- 
c^lente personne : l'une d'elles me rassurait sur le 
sort de plusieurs sommes assez considérables que 
j'avais fait diriger sur Tarija, et qui m'y attendaient 
depuis quelque temps. Cette nouvelle était d'autant 
plus importante {Wur moi, que le voyage que je ve- 
nais de faire avait complètement épuisé ma bourse ; 
et quoique je comptasse un peu sur les ressources 
de mon art, j'étais bien aise de savoir que je pouvais 
jusqu'à un certain point m'en passer. 

L'arrivée de ma troupe , que j'avais précédée , me 
rappela que je n'avais pas encore songé à chercher où 
je pourrais me loger. Ce fut encore doua Pancha qui 
se chai^ea de ce soin; et, à sa requête, don Sébas- 
tien Caïnzo, jeune avocat de Tarija, et député à l'As 
semblée nationale, m'invita à occuper une partie de 
sa maison, et me lît'en^âme temps d'autres offres 
pleines d'obligeance. 

Je prïs sans tarder possession de ma nouvelle de- 
meore, qui n'était pas brillamment meublée, il est 
vrai , mais qui , par la tranquillité dont j'y jouissais , 
rerai^issait suffisamment mon but. Mon appartement, 
qui consistait en deux pièces, donnait, d'un cdté, sur 
une rue peu fréquentée, et de l'autre, sur une grande 
CQur entourée d'autres habitatiims plus ou moins 
semblables à la mienne ; à l'exception toutefois de 
celle du maître. Au fond de cette cour était un 



.Do,i,,-c,ih,.Googlc 



t34 TAtliJA. 

pÈissaget]uimcnaitd'unet)3Ttàutigrandjardin potager, 
et d'autre part au corral, ou mot) hdie avait liti cbd^ 
\A\ , lit 0(1 je tse décidai b gafder aUEsf uU d^ meB 
aiiimâux ; les autres Furent envoyés par doâa Pan6lia 
à titie des fel-mes qiie possédait le gébétal à qu^lqnes 
iieucs de la ville. 

A peincëus- je terminé ma première installation, qu'il 
survint uh des plus copieux oniges dont j'eusse jamais 
été téiilbin. Il se prolongea durant toute la nuit, et h 
|)elne y eut-il quelques instants de reUcbe petltladt 
la jourtiée du 2, que je passiii à àchevet les arrange^ 
ments nécessaires pour râtldre mon habitation au^sl 
bôinmode qde possible. J'étais retourné dès le 
biatitl chei dofla Pancha, et je reçus d'elle l'invItâtlMl 
Hë prendre place à sa tablé ditratit tout le tenifiS que 
Je devais séjourner àTàrijà, Ce qdé j'àccéptftl «vée 
recUnnftiâëance. Elle me {itrësefita en même IkApè 9- 
ih fotnille , composée d'une jeune fille de dou26 I 
treize 8hs, et de sa nièce, déjà vetive à vihgt et dit 
ans. Je vis également chez elle, ce jour-là, lei dêdt 
médeéins de la villb, led docteurs CastafiôetSëfrabo; 
et dans la soirée , elle me fit Kite la cotmàissafite 38 
provisoi- , ou curé principal du département. Ce 
boii vieilht'd vivait en patriarche au milieu d'tiUé 
ubrabreuse t^mille qu'il avait élevée , et qtli tul t§* 
Ihtngilalt une vénération toUté p»rticuUêl-é. Il M 
réunissait l6\ii lès soirs cWï lui une soclétl! d'àtfiift 
])MiM^ , et j eu^ l'oî^cfTslon d'y |tasser, duràtit itlOb 
s^jdltr, pliis d'une faedt-e agréable. Uitë visite au pt<^ 



,-,,11, Google 



TAnuA. 1^5 

fet suivit de (irès celle dont il vientd'étrequêstion; et 
j'en fis ensuite un àssei grand nombre d'autres fiouf 
distribuer mes lettres de recommandation. Mes pre- 
mières connaissances en amenèrent d'autres î et ail 
bout de quelques jours, j'étais présente Bans toutes 
les bonnes maisons de la \ille. 

Tarija, dont ta population lie dépasse pas quati-e 
mille âmes, est l'une du petit nombre des villes bbli-' 
viennes dans lesqiielles l'élément Indien est eh graiide 
minorité, et où, par cotiséquetit, on ne parte que la 
tangué espagnole, ce qiii fait que le peuple a une cou- 
leur locale bien moins frappante que dans celle où 
l'élément indien est au contraire en majorité, telles 
que La Paz, Chuquisaca, Cochabamba , etc.. Tarijà 
étant plafcé sur lés confins de la République Argenti- 
ne, contféë dont il a dépendu longtemps (f), petit être 
considéré , sous le rapport de ses moéilrs et de Ses 
coutiiibes; comme feisaut encOre partie de ce pays. 

Le costume des femmes est semblable à celui ieU 
Criicenas; comme elles, les Târijenas portent leuts 
cheveUx divisés sur le front et réunis eli deux treâseà 
qui leur pendent sur le dos. Ce n'est que bien t-are^ 
ment qu'elles les relèvent sur la tète, cominé en Eu- 
rope, et comme le font les femmes de Cbuquîsaca et 
de La Paz Lorsqu'elles sortent, elles se couvrent lll 



(1) Celle partiede la Bolivie a dépendu de U oatioD Argenilne, 
jusqn'à l'année 1826, époque à laquelle elle en fut séparée violem- 



i>,G'ooglc — 



tôte d'uD chapeau semblable à (^lui que portent les 
hommes en Europe, mais à couronne plus basse. 
Plus souvent encore, elles n'en portent aucun, et se 
garantissent de l'air en se mettant la tête sous un 
châle^ comme cela se pratique avec la mantille. Je 
n'ai jamais vu ce dernier vêtement à Tarîja ; il est 
même très rare en Bolivie. Dans l'intérieur des mai- 
sons, on voit aussi constammeot les femmes envelop- 
pées de leurs châles. Afln qu'ils ne tombent point, 
elles ont l'habituded'en jeter un des angles par dessus 
l'épaule, comme les hommes le font du pan de leur 
manteau ou capa. 

Un usage qui m'a semblé propre à Tarija, ou , du 
moins, que je n'ai remarqué et qui ne m'a été signalé 
dans aucune autre ville de l'Amérique, est celui 
qu'ont les femmes de se larder (1). Cette coutume est 
portée si loin dans quelques familles, que l'on pour- 
rait dire qu'il s'y trouve des femmes dont on n'a ja- 
mais vu la couleur naturelle. De toutes jeunes filles 
usent même de ce genre d'apprêt, et, certes, elles 
n'en ont pas besoin, car, sous ce climat tempéré, et 
surtout à un âge peu avancé, le teint est naturelle- 
ment coloré. 

Il y avait néanmoins, je me h&te de le dire, quel- 
ques lamilles, parmi lesquelles je citerai celle de 



(t) Je fala ici atlusloD aux femmes des classes ëlefées; car presque 
piriout le fard est employé daus certains rangs du bas peuple. 



t,Googlc 



dona Pancha, qui dédaignaient d'user de semblables 
moyens. Avant que j'eusse eu Texplication du 
fait, j'étais presque tenté de regarder ces iamilles 
comme douées d'une constitution différente de celle 
des autres, à câté desquelles elles me paraissaient 
ébre affectées de chlorose; mais mon jugement 
finit bientôt par se réformer. Les substances em- 
ployées par les Tarijenas pour se peindre sont, 
sans doute, en partie, les mêmes que celles dont 
se servent les actrices , dans nos pays. Cepen- 
^nt on a remarqué que le blaiïc, qui porte le 
nom de soliman (1), attaquait et faisait tomber les 
dents à la longue, ce qui n'a pas lieu , que je sache, 
chez nous. Il est vrai aussi de dire que les personnes 
mlires du beau sexe de Tarija, et même quelques 
unes qui ne le sont pas, en font un usage démesuré ; 
j'en ai vu qui s'en barbouillaient tout le cou et les 
épaules, ainsi que les mains, sur lesquelles on pou- 
' vaît voir se dessiner des petites veines bleues, là où 
il ne devait pas y en avoir, et des fossettes roses où 
il n'y en avait depuis longtemps que d'obscures. En 
guise de rouge, j'ai vu vendre une teinture concentrée . 
de carmin, appelée vina^rt7^. On voitpar cette descrip- 
tion que, sous le rapport de la couleur, au moins, ilya 
une certaine différence entre les Tarijenas et les 
Gruceiias. Soub celui du caractère, il y a de l'analo- 



(1] C'«M le nom du Biibllmé corrosif; maii t« fard ordinaire fl'ai 
que du nugisiërc de bismuth. 



,,-,-,ih,Googlc 



138 TàHUA. 

gie, sahs y avoir tiiie cotnplète ressemblance. Chei 
les Tarijefias, il y a moins de naturel (Jtle cHez leâ 
Crucenas, ce qui dépend de l'isolement remarquablte 
dans lequel se trouve Santa-Cruz. Adossée comrflë 
elle l'est aux extrêmes frontières du Brésil, avec le- 
quel elle n'a aucune espèce de communication, Ut 
saiis commerce, pour ainsi dire, cette ville ho reçoit 
que tarement des étrangers, et ies mœurè se con- 
servent à peu près intactes. Tarîja, au contraire, 
quoique presque aussi éloigné des centres comitier- 
ciaux' de la Bolivie que Santa-Cruz, entrelient avec 
eut des communications bien plus étendîtes. Il se 
trouve, d'autre part, à la proximité de la Républi- 
que Argentine, dont il reçoit continuellemenl les vê- 
ftigiés politiques (I), et avec laquelle il se livre â ilh 
certain comtaerce. Celte position peut servir à expli- 
quer pourquoi, comparativement, Tarija est ce que 
l'on est convenu d'appeler plus civilisé qiie la ville S 
laquelle je l'ai comparée. On verra néanmoins qilte, 
sous plusieurs rapports, ses habitants ont coriseKé 
dans leurs mœurs des nuances assez primitives; il 
.en sera question lorsque j'arriverai à parler de U 
semaine du Carnaval. 

Outre le provisor et un certain nombre d'autres 
ecclésiastiques qui sont immédiatement âotis ses tir- 
dres, il y a, à Tarija, iine congrégatioti de fl-èrès 

<!} J'alcrn cet>eiidai)t comprendre ^u'il éiaii d^ndti i ixui-dde 
résider au-delà d'un certain nombre â la Tois dané la ville. 

Do,i,,-c,ih,.Googlc 



{fruités) Frianclscains qui , pat là pUrêté d6 leuH 
mœdrs et pat- les services qu'ils ont l'endUs & là vlllëj 
ont su s'dttirer le fëspéct de tontes les classes de M 
société. LeOf" couvent {convento), ijrtl a nn étage au- 
dessus du rez-de-chaussée, occupe un carré cohsidé- 
rable au centre de la ville; Utie des églises qii4 
j'âvâiâ aperçues El moti arrivée en dépend. Cet édifice 
est entlèreihëtit construit en briquet , Inais les ail- 
trëà t>artiesdu couvent sont enadobés (l),âltisi que 15 
totalité des maisons de iVirlJEl. Les cloîtres avatbdt 
été destinés dans l'origine à recevoir soixante frères ; 
mais l'absence de fonds suffisants obligea d'en lais- 
ser une partie inachevée. l>es frères eux-mêmes y 
travaillent de temps à autre , et ils espèrent que 
dans quelques années tout sera terminé. L'objet le 
plus remarquable du couvent est, sans contredit, sa 
bibliothèque, qui ne renferme pas moins de quatre 
mille volumes reliés et bien catalogués. La plupart 
de ces ouvrages traitent de sujets religieux ; mais it y 
en a aussi un certain nombre sur la géographie, l'his- 
toire et quelques autres sujets. 

Plusieurs des moines du couvent sont instruits 
dans des matières entièrement étrangèresàla religion; 



(1) On donne le nom Ct'aiobtt à de grandes brlqaea failei avec 
de la terre el de la paille hacha <% et aéchée» à ralr;.ce)lea <t<ie l'on 
fait avec la paille de riz durent pi id^ longtemps. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



^40 TARliA. 

et deux ou trois d'entre eux se sont rendus utiles par 
leur habileté dans 1% arts mécaniques. L'un avait 
inventé un fusil dont on pouvait tirer un grand 
nombre de coups sans le recharger. Il venait, avant 
mon arrivée, de soumettre cette arme à l'apprécia- 
tion du gouvernement. 

Pendant le séjour que je fis à Tarija, j'eus sou- 
vent occasion de visiter les bons religieux dont je 
viens de parler, et je n'eus jamais qu'à me louer des 
égards qu'ils me témoignèrent. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



OIAPITRE XI. 

HISTOIRE DBS MISSIONS CRÉÉES PAIt LES RELIGIEUX 
DU T4RI1À (1). 

pMSODoe a'ignore que ce fat en grande partie au 
efforts des missioanaires que l'on dut la cessation 
des atrocités qui, pendant si longtemps, remplirent de 
deuil le nouveau monde. C'est sous ce rapport surtout 
que la compagnie de Jésus a rendu d'immenses 
services. On ne peut cependant se dissimuler que la 
dépendance absolue sons laquelle les Indiens con- 
vertis étaient tenus par les religieux de cet ordre, 
n'ait eu sur beaucoup de nations sauvages une in- 
fluence fftcheuse. 

Certaines missions avaient alors bien plutôt l'as- 
pect de communautés -religieuses que de villages, 
d'hommes soriis, depuis peu, de la barbarie. La vie 
presque monastique qu'on leur feisait mener, les 
pratiques ascétiques auxquelles ils étaient soumis, et 



(1) L> idnpart des (Uliils que fe ilonne dans ce chai^re «ont titéa 
d'un recueil de docnmeDli publies, en 1S36, par don Pedro <te ADgells, 
k Baeiu«-A;re«, ei inUtulé : CoUecioa ée obra» t documentM rtkai- 
vo* a la hiitoria antigva y moderna délai jtrovinciai dél Rioi» 
laPlata; et en parlicuUer d'an rippori fait, en l'année IMO, sur 
te* Missions de Tarija, par le commissaire et préfet de* Misons, Fray 
Antonio TomajniKosa, au nmiTerKenr 4e ta province de PMosi. 



t,Goo(^lc 



142 HISTOIRE 

par-dessus lout , l'absence de toule propriélé parmi 
eux, et leur Isotement complet des nations voisines, 
énervèrent à la loogue les Indieps, et les jetèrent 
dans une profonde apathie, où ils continuèrent à vé- 
géter pendant lout le temps que dura l'inSueBce de 
la Compagnie; cet état persista même après l'expul - 
sioD de cette dernière , tant était grande l'intluence 
ée l'habitude sur ces natures sauvages; et c'est sur- 
tout aujourd'hui qu'il est curieux de voir la AHfé- 
r«Dce qui existe entre le caractère des Indiens qui 
ont vécu sous la férule des disciples de Loyola, et 
ceux qui ont continué a jouir de leur indépendance. 
Hais malgré cet état de choses , sans lequel l'œuvre 
immense qu'avaient eqtreprise les Jésuites n'aurait 
peut-être jamkis pu s'accomplir, la conditi(»i des In- 
~ diens était, sous bien des rapports, incomparable- 
ment meilleure que ce qu'elle avait été aupara- 
vant. On ne' comprit la difficulté que les ('ères 
avaienteu àsurmonler pour parvenir au résultat qu'ils 
atteignirent, que lorsqu'ils n'y furent plus. L'insuF- 
fisaoce des moyens mis en usage pour maintenir sur 
pied l 'immense édifice élevé par ces hommes patienis, 
pe montra que trop tôt le vide qui' suivit leur ex- 
pulsion. 

La puissance organisatrice déployée par les Jéçuilep 
dans U créatton de leurs Réducttona (1) était inouïe. 



(1) Ca IMt fM «rwWP» <ilt RM If tHÙiM. 



i,Googlc 



DES HISSIONS DE TARIJA. 143 

et l'on peut dire que leur persévérance ouvrit dans 
l'Amérique du Sud le chemin a bien des conquêtes 
imporlantes, parmi lesquelles aucune ne te fiit peut- 
être davantage que celle de la nation des Chiriguanos, 
accomplie par les missionnaires de Tarija. L'histoire 
de ces faits étant celle de plusieurs des lieux à tra- 
vers lesquels j'ai conduit mes lecteurs, je crois qu'il 
ne sera pas sans intérêt de leur consacrer quelques 
pages, qui trouveront d'autant mieux leur place ici, 
qu'elles serviront à donner quelques idées générales 
sur la nature de celte espèce d'établissements colo- 
niaux. 

La fondation du couvent de Tarija remonte à celle 
de la ville elle-même, c'est-à-dire à l'année 1574. 
Dans le principe, et même pendant bien longtemps, 
cet établissement, qui portail le nom de Convento de 
N. P. S. Francisco de religiosos observantes, n'eut 
aucune espèce d'importance. Mais la Compagnie s'é- 
tant aperçue que sa position la rendait propre à de- 
venir un excellent point de ralliement pour les Mis- 
sions qu'elle avait créées, et un point de départ pour 
cellesqniétaientencore à fonder dans cette partie de 
^Amérique, l'agrandit considérablement, ou, pour 
mieux dire, la réédiHa complètement, et en lit le si^e 
d'un de ces principaux Collèges. Il fut désigné d^ 
lors par le nom de Colegio de propaganda Fe dt IVuet' 
ira Senorade los Angeles de Tar^a. En 1769, tort 
de l'expulsion des Jésuites, il passa entre les maînê 
des Pères Franciscains, 06 il se trouve f 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



144 HISTOIRE 

. Les nations vers la conversion desquelles se diri- 
geaient les principaux efforts des missionnaires de 
Tarija élaient celles desChiriguanos ou Chiriguauaës, 
desChaneses, des Mataguayos et des Vejoses. La pre- 
mière et la seconde, qui sont de beaucoup les plus 
nombreuses daas les contrées avec lesquelles Tari^ 
était plus spécialement en communication, parlent la 
langue guarani. Les Mataguayos (qui sont, je pense, 
les mêmes que les Matacos), lesTobas elles Vejoses, 
parlent au contraire des dialectes d'une autre langue 
que l'on peut appeler la langue Toba. Les Chirigua- 
nos habitaient au nord du Pilcomayo, entre ce Seuve 
et Santa-Cruz de la Sierra. Les Ghaneses se rencon- 
traient en petit nombre dans la même r^ion ainsi 
qu'au sud du fleuve. LesTobas ne s'éloignaient guère 
des bordsdu même cours au-^lessous des points occu- 
pés par les Chiriguanos ; enfin tes Mataguayos et les 
Vejoses habitaient plus spécialement le voisinage du 
rio Bermejo. 

Les Chiriguanos se distinguaient, parmi toutes les 
autres peuplades, par leur caractère indomptable. 
Une poignée de ces sauvages avait suffi pour mettre 
en fuite les armées desincas, lorsqu'ils s'avancèrent 
contre eux, sous les ordres de leur empereur Yupan- 
gui; plus tard, ils obligèrent à la retraite le vice-roi 
don Francisco de Tolède, qui essaya en vain de pé- 
nétrer avec les troupes dans ce pays, que la nature 
avait, en outre, si bien fortifié. 

Ces succès donnèrent une «i haute idée d« la \a- 



Do,i,,-c,ih,.Goog[c^ 



DES MISSIONS Ui TARUA. 145 

leur des Cbiriguanos, qu'il se passa ensuite blendes 
années avant qu'on ne pensât à les subjuguer. La 
gloire d'y réussir était. réservée aux Jésuites; mais ce 
ne fut pas par la Force des armes qu'ils arrivèrent 
au but, ce fut par la parole. En 1633, le père Di» 
Tano, qu'un long séjour dans les missions de La 
Guayra (1) avait familiarisé avec la langue guarani, 
dont se servaient les Chiriguanos, fit un premier 
essai pour les convertir; mats il fut obligé d'aban- 
donner son dessein en présence du peu de disposi- 
tion que montraient les Caciques à abandonner l'au- 
torité qu'ils exerçaient sur leurs tribus. Les choses 
continuèrent dans le même état jusqu'à l'année 
1690. Il éclata alors, entre les Indiens du rio Pa- 
rabiti et ceux qui habitaient le Pilcomayo , quel- 
ques dissensions à la suite desquelles les derniers 
sollidtèrent l'appui des missionnaires de Tarija. 

Seuls et sans défense, les pères Arce et Zea se je- 
tèrent courageusement entre les partis contondants, 
et un incident dont ils surent habilement profiter, 
vint faciliter à tel point leur t&che, que leur triom- 
phe fut bientôt assuré. Un des principaux caciques 
du Guapay, ou Rio-Grande, avait provoqué la sévé- 
rité du gouverneur de Santa-Cruz de la Sierra, et on 
ne voyait déjà aucun moyen de le soustraire à la 



(1) La Guaira on U Guair, était noe de» Iroîs provinces daus les- 
((nelles émit ititbé auirefoitt le Paraguay ; oh y oomplatt, en 1717, 
trente deux oiImiodo. 



i,Googlc 



146 HISTOIRE 

mort, lors(]iie, cédant aux larmes et aux supplica- 
tions de la sœur de ce chef, les deux missionnaires 
s'ettgagèrent k le sauver. L'influence dont jouissaient 
alors lés Jésuites pouvait seule arrather la victime 
des mains de la justice. Les pères Âice et Zea Se 
rendirent eux-mêmes auprès du gouverneur dont ils 
obtinrent sans difficulté qu'il délivrât le prisonnier; 
et ils s'empressèrent de le rendre à sa tribu qui 
dcviiii le itoyaii d'une mission que les pères fondè- 
rent aussitôt, sous le nom de Presentacion de Nues- 
Ira Senora. 

Lès commencements de cet établissement , élevé 
sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui Abapo, 
Turent assez prospères ; mais ses progrès furent en- 
través par le caractère inconstant des Indiens, par 
iliverses intrigues , et surtout par l'cloignement dans 
lequel la iiiission se trouvait du siège de la direc- 
tion, qui était Tarija. Le père Arce s'occupait à rem- 
plir, jusqu'à un certain point cette lacune, en fon- 
dant, biet) plus près de Tarija, dans la vallée de 
Tîlriquea,unenouvellemission, lorsqu'un soulèvement 
général des naturels rétablit les choses dans l'élàt 
où elles se trouvaient auparavant, et où elles se 
maintinrent jusqu'à ce que le marquis de Castel- 
ftierte, vice-roi du Pérou, eut fait feire, en 1731 et 
1734, deux nouvelles tentatives qui n'eurent maU 
heureusÊment pas un meilUur résultat que tes pré- 
Cédeoles. La première échoua par suite d'une insttf- 
reclion, et la seconde par suite d'un tremblement 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DES HISSIONS DE TARIJA. 147 

de tefré qui iul aitribué, par les Indiens, à ujie 
Vengeance (Jue leurs dieux voulaient tirer de l'in- 
iroductioD du christianisme chez eux. La seule des 
laissions qui résista à ces crises fût celle del Ho- 
éaAo, datis la vallée de Sàlinas. Ce fut grâce à 
cette dernière, que les roissionnaires purent main- 
iëhir des relations avec leurs néophytes, et qu'on 
t'éussU à relever, plus tard, les établissements aban- 
doiihés ou détruits. 

i'ki dît quel était l'état de beaucoup des Missions 
de Tarija à l'époque de inon voyage en 1845. Voyons 
ck qu'il était â la fin du siècle passé, époque à la- 
quelle ces établissements étaient sous la tutelle des 
pères Franciscains; on aura ainsi une juste idée de 
là décadence de ces inalheureux pays. 

Les Réductions dépendantes du collège de Tarija 
étaient situées entre l8°,40'et23",15', latitude sud, 
et entre 3l4°,45' et 316'',9' dé longitude. Quatorze 
aéiitre elles étaient situées au nord du Parabiii , 
à t'est de la cordillère qui sépare le Pérou du Ciiaco ; 
dviatre avaient été établies dans la cordillère de 
Sauces, et deiix sur la frontière de Tarija; enfin, îi 
en existait une dans la plaine de Centa, près de la 
vihè d'Oran. Cette dernière était composée d'Indiens 
Mataguayôs et Vejoscs; deux d'enire elles étaient 
formées d'Indiens Chaneses; les autres ne renfer- 
màiëiil que des Chiriguauos. Plusieurs des Missions 
dii nord du Pàrabiti étaient très rapprochées de 
Sahta-Cruz de la Sierra; elles confinaient, d'autre 



t,Goo(^lc 



148 HISTOIRE 

part, avec les terreB- des sauvages infidèles des ral- 
lées de Ingré^ de Àbatiré el de Gnacaya ; à l'est elles 
élaieot limilropbes avec les peuplades sauvais de 
Izozog et avec la province deiChiquit08;eDfin, elles tou- 
cliaient, vers l'ouest, aux districts de Laguaa et de 
Valle-Grande. 

Les Indiens qui habitaient ces missions étaient 
robustes et bien Ëiits ; leur caractère variait un peu 
d'un point de la contrée à un autre; mais on peut 
dire que tous généralement se disaient remarquer 
parleur inconstance, leur amour de l'indépendance, 
une certaine vanité, et une propension remarquable 
au jeu, à l'ivrognerie et à l'oisiveté. Ils étaient gais, 
courtois et intelligents; mais, en même temps, men- 
teurs, astucieux et méfiants , surtout avec les Espa- 
gnols, pour lesquels ils professaient une aversion qui 
paraissait être innée chez eux. Ils portaient la su- 
perstition à l'extrême, et ajoutaient bien plus de 
foi aux paroles de ceux qu'ils reconnaissaient pour 
leurs sorciers, qu'à tout ce que leur prêchaient les 
Pères. En un mot, ils préféraient la liberté brutale 
de la vie sauvage à la douce sujétion imposée par le 
christianisme. 

En les étudiant du nord au sud, les Réductions 
dont il a été question étaient les suivantes : 

1° PiHAY. — Celte Mission fut fondée, aune épo- 
que très reculée, par les Jésuites, sous le nojn de 
Potrero. Les Indiens qui l'habitaient se soulevèrent 
au bout de peu de temps, et chassèrent les Pères ; ils 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



IIBS MISSIORS Wi lAUUA. 149 

brâlèrenl la chapelle, ol jetIèreDt l'image du sanfa 
{(osa, sa patrone, dans ud tac voisin. La crainte qu'ÎU 
avaient d'^e réduits à l'esclavage par les Espagnols 
les porta à cet acte , h la suite duquel ils se main- 
tinreot longtemps indépendants. Soumis enfin par 
les Crucenos, sur les terres desquels ils avaient fait 
quelques excursions, ils prièrent l'évoque de Santa- 
Cruz de leur envoyer quelqu'un pour les instruire, 
ce à quoi il consentit. La mission Fut donc reconsti- 
tuée eh Fannée 1*768, époque à laquelle elle prit le 
nom de Misioa de Nuestra Senora de la Àsumpcion 
def Piray. Enfin, en 1773, elle fut réunie aux Mis- 
sions dépendantes de Tarija. En 1774, le feu prit 
au village et le détruisit entièrement ; mais on le re- 
leva aussitôt, et on y construisit une église plus spa- 
cieuse. En 1800, sa population, qui était presque 
toute chrétienne (1) , comptait seize cent trente âmes. 
Tous les habitants de ce village étaient, presque 
sans exception, atteints du gottre ; et on observa que 
ceux qui ne buvaient que l'eau de la rivière avaient 
cette tumeur encore plus développée que ceux qui 
se servaient de l'eau prise & quelques puisards du 



2» Florida. — La Mission de NuestraSenora del 
Pikr de la Florida , située, à deux lieues à l'ett de 



(1}0q appelâmes iDdieiu non C0BverlUdesHiwi0DsCii(ecMmeiw( 
(CatéchuinèDes); ceux qui avaient r«<;u le l>;ip4e[ne étaient désIgDés 
pirle BOm d« Ao^oi(N«o|Aïles). 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



lâQ IUBT018E 

Piray, Ait fondée le 12 novembre 1781, partes soins 
du docteur D. F. Ramon de Merbosp, arcbevâquf 
de la Plata, et s'appela, dans le princip0, Cojçigua. 
Cette Réduction Fut peuplée par des Ghirigy^qcM 
veQusde l'autre côté du rio Grande, des vi|li^^ d^ 
Mazqvi, Aimiri et Tacuru. Ces indiens, fuygpt I3 
guerre et la lamine qui désol^reot ï^ur pays en (T79, 
s'étaient réfugiés dans les missions de Pirsy, dQ 
Cabe^as et d'Abapo; mais les Pères cfaigni^âRf qu'il 
ne s'élevât quelque rixe sangiapte entre des peu-* 
plades aussi mêlées, et qui avaient été en guejrepfll} 
de teipps auparavant; et ilsprirent la dé^rfoin^tiqi^ 
de les réunir en une missiiHi séparée, Ce fiir0nt Jeif 
premiers habitants de Florida, où ils restèrent s^( 
ans. Au bout de ce tepape, il paraît qu'ils f^tmi {^i| 
d'un accès de nostalgie, car ils aj>aiidt>nnàrent jufi 
qu'au dernier la RéducUoji, et retournèrent à Iqpf» 
anciennes demeures, m sud dn GuQpayt ^ ta fin dit 
l'apnée J788, quelque» habitiifit« de piray et d'vi- 
Ires lieux allèrent .prendre popsefêien d^n {^ttoo 
videg de Florida ; et sa population se moulait ^CSrSt 
ïers l'année ISûO, à près de cinq .cent*- iMilàte»^, 
tous néophytes. 

3' Cabeza.s. — A huit ligues au ^ud de Floridâi'se 
ri^ncontrait la Hi^sion de Nuestra Shmn ddl CarMil 
de Cabezas. Fondée en 1763 par le curé Mariscal, et 
à ses frais, elle fut remise entre les mains des mis- 
sionnaires de Tarija en 1772. En 1800, il s'j \rq^- 
vait réunis treize cent quatre^vîr^ts babliPiltSt ftftfwi 



t,Googlc 



DES HISSIONB DS. TAKIJA. 151 

lesquels quarante-quatre n'ayatenE p^ eocpr^ reça 
le.t^aptéme. Le goilre y étajt ii)CooDu. 

4° Apapo. ~ Cette mission (Sanlisima TrjjijfiaiJ ^ 
A^po) était à qii^tre lieues aif su^ de la pf^^dapte 
e|. à un quart de lieue du Guapay. Ce fgt syr le si^ 
qu'elle occupe que les Pèreg ArcQ et Zea, fondèref^t» 
eq 1600, comme il a été dit plus haut, la Afissioii df 
lî^ Preseatacion de Nuestra-Senora , qu'ils furenf. 
bientôt obligés d'abandonnev pour aller se réfugipr k 
San-Xavier de Chiquitos, poursuivis pqrjep Jndipiis^ 
qjji s'étâiept persuadé que ces Jésuites étaient f\^ 
étions des Espagools, et que leur but était ^e )es 
T^duire en servjtudc. Soixanfe-qpatorz^ apnées aprélj 
cet événeijaent, la Missiop y fuf reconsMtuée, à J| ' 
deip^cf^ piprcsse des Indiens-, et, » partir i)^ iTJtt 
e)le 'A continué à dépendre du Collège ë^^rft, 
ççœine ce^e^ que j'ai déjg n()mmées. Le village re^r 
fiQffl)4^i ^R l^op, eei^e cent quaranterl^uit h^^i? 
tanls. 

5" M^ïf Yf- — L^ Mi^pion de San-IJpf^^J Arefiqgel 
d$ Mazavi» si^iléç à seize liene^ d'Abap^, au )iv4 dV - 
riQ Grande, fut fondée en 1788, par Fray f rantiscîft 
del Pilar. Sa population ét^tt «je triçizé cpn^ qif^tf'^.T 
ving^-qualre Âtnes ai^ commenceiiieQ t ^^ ce sièple. ^ix 
mille vingt-trois de ses liabitapts étaient afors convfir^ 
tis au christianisme. 

6" La Mission d'AisuR^ pu Igmiri, située ^ jj^i 
liçueau st^d die 1^ prépédente, ftft fopdée, ^v^^j^, 
p^y- Fç^ï Françispo dej Piïiir. qui l'^ppe^ \i WWWÏ 



t,Googlc 



153 IIISTOIUI': 

de Nuesfra Seiiora de Guadalupe de Igmiri. Sa po- 
pulation, en 1799, était de cinq cent cinquante 
iœes, dont cent soixante-dix étaient chrétiennes. 

7' Tacurv. — La Misîon del Patrocinio de San- 
José de Tacuru dut son origine, en l'Isa, au même 
relifipeux que les deux Missions précédentes, de la 
dernière desquelles elle est éloignée de deux lieues. 
Ses babilants étaient, en 1800, au nombre de trois 
cent onze, dont trente-six étaient des catéchumènes. 
Cettepopulatioii avait été, quelque temps auparavant, 
extrémementréduiteparuneépidémiedepelite-vérole. 

8" Zaypurv. — Autre Mission créée, en 1788, par 
Fray 'Francisco del Pilar, à trois lieues au sud xle 
Tacuru , sous le nom de Mision de San-Antonio de 
Paduade Zaypuru. Sa population, qui augmenta ra- 
pidement dès le moment de sa fondation, était, douze 
ans après, de huit mille soixante-quatorze âmes. Il 
y avait parmi ses habitants trois cent soixante-sept 
Indiens non convertis. 

Celte Réduction était défendue par un fortins^i- 
* fiant avec une garnison de vingt-cinq soldats. A une 
lieue et demie, se trouvait un petit village de sauvages 
connu sous le nom de Ibuitirapua. 

Les six Missions suivantes, qui existaient entre 
Zaypuru et le rio Parabiti, furent envahies, au mois 
de novembre 1799, par les Indiens infidèles. Ceux-ci, . 
de concert avec une partie des habitants de ces 
mêmes Hissions, qui aspiraient à rentrer dans la vie 
indépendante, livrèrent les établissements aux flam- 



t,Goo(^lc 



Dta iHlSfilOns DE TAIIUA. 153 

nés, el détruisirent en un momenfles fruits du tra- 
vail de bien des années. 

Cette insurrection contre l'autorité des Pères lie 
parait pas avoir été le résultatd'une résolution subite. 
Presque toutes ces Missions avaient été fondées à 
l'époque d'une femine qui' désola le pays pendant 
plusieurs années. Les Indiens demandèrentalorsavec 
instanceque l'on plantâtle drapeau delà religion parmi 
eux, sachant que les Pères ne les laisseraient man- 
quer de rien ; mais dès que rabondance reparut, ils 
pensèrent déjà k secouer le joug. Toutefois quelques 
uns des habitants de ces villages, persuadés que la 
famine leur avait été envoyée par le grand Dieu, pour 
les punir de ce qu'ils s'étaient opposés jusque-là à 
leur conversion, se tinrent constamment tranquilles, 
et montrèrent toujours de la vénération pour leurs 
directeurs; mais ce fut le plus petit nombre. La plu- 
part des Indiens ne cherchèrent aucunement à cacher 
leiw répugnance pour la religion et pour tout ce qui 
tenait à la vie civilisée. 

Quelques Espagnols de mauvaise vie, plus sauva- 
ges encore que les sauvages eux-mêmes , étaient en 
outre toujours là pour exciter au désordre, partout 
où il en paraissait quelques germes. 

Les Chiriguanos de Parabiti furent les seuls qui, 
dans ces circonstances, montrèrent quelque fidélité 
à leur nouvelle religion, et ils firent de nouveaux 
efforts pour repousser l'invasion de la barbarie ; mais, 
englobés comme ils l'étaient, par d'autres villages qui 



t,Googlc 



154 HisTomç 

avaient prêté main-forle à l'œuvre de destruclioQ, 
ils furent enfin obligés de céder. Les habitants dq \fi 
Réduction de Tapuila, dont la fondation ét^H eacqre 
récente, furent cuuxqui se montrèrent lespl^s ach^r- 
i^és à se délivrer du joug de la Compagnie, et à ren- 
trer dans la vie sauvage. 

Voici l'éputpération de ces Missions: 

9° Tapuita, fondé en décembre 1795, par Ffaj 
Francisco del Pilar, auquel fut due égglemept I9 
créaliûD des cinq Mis$iopssuivafites,.cpiit^pait, av^ot 
S3 dpeirgction, cipq cent cinquante-deux habiJanls, 
dontdeiix cent quarante-trois étaient bapligcs. CetL^ 
Mission, connue aussi sous le noip de Sanlo-Domin^ , 
de Tapnila, était à dcHX lieues au sud de Zaipurij. 

10» Tacuahemboti. — La Iflission de San^Puens- 
vpntura dç Tapuareniboti ou Tgcu^rembo, prit n^iis-r 
sance ei^ novembre ^7^1 - Huit années après su fQ^t 
d^tio") ^He coipptajt quatorze cent un hsbitanlf, 
dont trois cent quarante-uj[) patent reçp le b^pf^mj^t 
On venait d'y construire une église plu^ .spacio^]qç, 
lorsque l'insurrection eut (ieu. 

11° Ibibapucuti, ou San-Francisco Solano de Ibirj- 
pucuti, fut établi en octobre 1790, et renfermait, aiji 
moment de l'invasion des infidèles, sept cgnt dix- 
neuf âmes, dont quatre- vingt-di)( seulement étaient 
converties à la foi chrétienne. Ce village n'él^it él()ii 
gpé que d'une deipi-lteue de la Mission précédente. 

12° PiBiTi, fondé en mai 17^, reçut de FrayFra% 
cisfip 4el Pil^F Iç noip d«^ San-Geojniroo de pif^i. 



i-rllyGOOJj^lC 



DES Missions DE TARUA. l&g 

Avant Fiacendie qui le détruisit, il s'y troijvaii se^Hl 
cent quatre-vingt-dix-huit habitants, dont {^af 
soix^fitc-treUe chrétiens. Deux {ieues le séparaient 
du village jpr^^dent. 

tâ'ÛB^iG. — CetlQ RéductioQ, que l'oo appelait 
agssi Ubay, Ouai om Ibai , était située à une lieu^ si 
demi de Pirili. fA\e fut fondée en mars 1793, souR 
le Bpro (Jç San-DiegP de Obaig. Celte Mission, doai 
la grande famine de 1779 diminua c<)nsidéral>leq[ieQ( 
la popalatj,oi), contenait, au moment de t'attaque des 
s^vag^^, huitCQQt soixante-quatorze habitante, dont 
tjTQis cent soixante -s^pt étaient baptisés. 

H° pARAPiri, ou Parabiti, fondé, en janvier 17S3i 
sur les bords du rio Parapiti , fut la première d^fl 
^istioQ^ à UqijËUe Iqs sauvages donnèrent l'assaut, et 
elle l^nv résista jusqu'au dernier moment. Âvaqt ce dé- 
^^Ifeux éven^meQt, sa popiilation était de septoont 
cjpquante-eiîf âmes» dont cent tânquante-cinq e^ulQ- 
m«u( étaieni cpavertieg.. Cet établissement était m 
dQB miepï^ partage de tous par sa sittiatioq. Il e^ 
trouvait dans une campagne ouverte et fertile, Wt 
mée de taillip et riche en pâturages f et le rio Pa- 
rapiti t qui copiait à i^es pieds , fournissais è> §6$ 
halfitol^ts du poissçn en abofidance. le^ avaptaggf 
q^ jç viens de signaler expliquent pourquoi P^rï)'- 
pj^i pQontra si pieu d'empressement Ji accuei^ljr ceux 
q^i Içur apportaient ^'indépendance. 

1^ çecop<}jç sérÏQ des ^fissions dçpei[id9i>^^&duCQ)T 

'^ ^f Jm^ çoppfepd m^ifif qwi mmmi riaos 



i,Googlc 



15t> HISTOIKL 

la cordillère de Sauces ; elles étaient aunombre de 
quatre. 

15'TAYAREHDA(San-Pedro-AIcantaradeTayarenda), 
situé à vingt-quatre lieues à l'ouest de Zaypuru, dut 
sa création , ainsi que celle qui suit, au même mis- 
sionnaire infatigable qui fonda les Missions précé- 
dentes. Sa population, formée d'Indiens Chiriguanos, 
était, vers l'année 1800, de trois cent deux habitants, 
dont cent trente et un chrétiens. 

Entre Zaypuru et cette Mission , il y avait beau- 
coup d' estandas {fermes) appartenaat à des Espagnols, 
surtout dans les lieux qui portent les noms de Ipita, 
Ibibola et Pinçai. Dans plusieurs de ces endroits , 
il s'est formé depuis des villages. 

16' Iti fut fondé en 1709, à] trois quarts de lieue 
de la Mission précédente, sous le nom de Mission de 
Nuestra-Senora de la Candelaria de Iti. On y établit 
des Indiens Chaneses, qui étaient au nombre de 
mille quatorze vers la fin de l'année 1799. A cette 
époque, il n'y en avait que cent soixante-sept qui eus- 
sent reçu le baptême. 

17» La Tapera, ou la Mision del AposloI San-Pablo 
de la Tapera, fit établie dans un petit village indien 
qui existait depuis longtemps. Fray Pilar, déjà si 
souvent cité, essaya d'y réunir tous les Indiens dont 
les huttes se trouvaient dans le voisinage de ce lieu; 
mais il ne put y réussir. Ces sauvages, plus pervertis 
encore par les conseils des Espagnols, qui vivaient en 
apostats parmi eux, que par leurs propres instincts. 



i,Googlc 



DES HISSIONS m. TARUA. ' 157 

tentèrent plusieurs fois de soulever la Mission, mais 

ils Dépurent heureusementen venir àbout. La popu- 
lation de la Tapera n'était, en 1799, que de soixante- 
sept habitants, dont vingt avaient reçu le baptême. 
Cette Réduction était située à quatre lieues d'Iti, et à 
huit lieues à l'est-nord-est de Sauces, dont les habi- 
tants vivaientalors dans des craintes perpétuelles des 
Chiriguanos. Plus d'une fois, les habitants de cette 
ville , dans la crainte d'une agression de la part des 
sauvages, avaient tous pris la fuite, en laissant 
leur curé seul. 

A une demi-lieue de Sauces , dans un endroit ap- 
pelé Pampas, se trouvait un village considérable , 
assez récemment formé par les Indiens Chiriguanos 
infidèles. Le curé et les habitants de Sauces qui ne 
voyaient pas sans quelque souci les barbares établis 
si près d'eux, et qui s'apercevaient que tous les mal- 
faiteurs de la ville et des environs se donnaient 
rendez-votis dans ce village et s'efforçaient de les 
indisposer d'avantage contre les chrétiens, sollicitè- 
rent des Pères qu'ils voulussent bien tenter de les 
assujettir ; mais les circonstances empêchèrent ceux- 
ci d'acquiescer à leur demande. 

18° AzERo^sur les bords de la rivière du même nom, 
était situé à treize lieues à l'ouest de la Tapera, et 
à huit lieues au nord de Sauces. Environ deux mille 
Indiens Chaneses, poursuivis par les Chiriguanos, 
leurs ennemis^ s'étaient réfugiés, en l'année 1757, 
dans ce voisini^e, sous la conduite d'un capitaine 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



(58 HisTOiRn: 

oommé Clùndica , et la tranquillité des iiabilànls des 
villageschrétiensdelaLugunudeVillareldeSopachui 
en fut tellement troublée, que le gouverneimeiil de là 
province fil immédialement demander le secours du 
Collège de Tarija. Celui-ci envoya aussitôt sur les 
lieux Pray Francisco del Pîlar et le Père P. Thomas 
Amayaqui, au milieu de dangers immenses, et à force 
de persévérance, établirent les Indiens qu'ils avaient 
conquis par leur parole, partie dans une petite mis- 
sion qu'ils appelèrent Pilipili , et partie dans celle 
de N. P. S. Francisco de Azero, dont î'églisé fut in- 
augurée le 12 novembre 1767. 

La mission de Pilipili, qui se trouvait située à 
six lieues à l'ouest de celle d'Azero, ne prospéra 
point à cause de l'insalubrité de son climat, de sorte 
que l'on se décida à incorporer sa population, qui ne 
s'était jamais élevée même jusqu*à cent âmes, à celle 
d'Azero, ce qui eut lieu en 1792. Le village d'Azero 
est à iine distance de trente lieues de Chuquisaca. 

Les ttéductions dont il me reste à parler, sont 
celles que le collège de Tarija établit au sud du Pit- 
coinayo; elles élaient au nombre de trois à l'époque 
à laquelle se rapporte cette revue, et ori les désignait 
par les noms de Satinas, de Ilau et de Centa. 

19' Saliras. — Dès l'année 1607, les pères Ortega 
ei G. de Villarnao avaient fiiit des tentatives pour con- 
vertir les Chiriguanos et les Mataguayos qui occu- 
paient la partie du Chaco qui se trouve à l'est de 
tarija; mais quoiqu'ils eussent obtenu dans les com- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DES MlSStOris tiE TARIJA.' t59 

mencemenls queTques apparences de succès, ils Fu- 
rent obligés de fee retirer an bout de deux ans. Lâs 
sorciers de ces nations étaient même parvetius à 
exbiter à un si haut degré, contre eux, l'e&prit des 
néophytes, que les courageux Pères ne sauvèrent leur 
vie qu'avec peine. Cependant, vers le même temps, 
un autre missionnaire, Fray Augustin Sabio, se ren- 
dit ia milieu de ces nations, en compagnied'un second 
Père. Les deux religieux réussirent, contre toutes 
les espérances, à élever parmi eux une église, et ti se 
faire écouter d'un grand nombre de naturels ; mais 
leur succès ne dura que deux années ; car Fray Au- 
gustin s'élantvu alors obligé de s'absenter momen- 
tanément, une rébellion éclata, et tous les Iruitsfle 
ses travaux précédents furent perdus. Ils essayèrent 
de regagner l'obéissance des Indiens, mais leurs ef- 
forts n'aboutirent à aucun résultat. 

Enfin, en l'année 1690, le Père Jésuite, José de 
Arcf, qui s'était déjà signalé au nord de Pilèomayo, 
entreprit de faire des tentatives dans la régiondu sud. 
Il pénétra, à cet effet, en compagnie du P. Miguelde 
^aldoUvas; dans h vallée de Salinas, îi (tente lieues 
â l'est de Tarija, où se trouvait déjà établi un lieute- 
nant du curé de Tarija , qui exerçait le gouvernement 
spirituel sur les Espagnols de cette partie de Ih pro- 
vince. Les missionnaires établirent, tout d'abord, 
à l'extrémité sud de celle vallée, quelques fbHiflles 
He Malaguayos ; et passèrent de là aux Vallées en- 
core ^eu côpnues deChimeoet deCnfacnti. 



t,Googlc — 



160 HISTOIRE 

A leur retour, les Pères trouvèrent les Mataguayos ' 
qui se préparaient à partir^ quoiqu'ils eussent déjà 
élevèdes habitations. Plusieurs années se passèrent 
ensuite en tentatives, pour assurer les bases de l'é- 
tablissement nouveau; mais les Indiens, constam- 
ment excités par les Espagnols apostats qui s'étaient 
réunis à eux, ne s'y prêtèrent que très imparfaite- 
ment. Enfin les Indiens de Chiquiaca et de Tariquea, 
qui étaient déjà à moitié soumis à la direction des 
Pères, se soulevèrent de leur côté, et mirent à sac 
la vallée de Salinas ; ils détruisirent rétablissement 
naissant de la Comi^gnie, et avec lui, trois petites 
Missions établies dans le même district par les Pères 
Dominicains, sous les noms de Rosario, San-Miguel 
et Santa-Rosa. Trois de ces religieux y cueillirent la 
couronne des martyrs. 

11 faut arriver à l'année 1734 pour voir une, nou- 
velle tentative faite dans cette contrée. Les jésuites 
entreprirent à cette époque (Je restaurer la mission 
de Nueslra-Senora del Rosario, et ils y réunirent un 
assez grand nombre d'Indiens , mais le troupeau se 
dispersa encore, et ce ne fut enfin qu'en 1737 que le 
Père Pons réussit à établir la Réduction sur les bases 
solides où elle s'est maintenue constamment depuis , 
malgré les bouleversements auxquels ont été soumises 
la plupart des autres. 

En 1769, cette Mission passa, après l'expulsion des 
jésuites, entre les mains des pères franciscains, qui 
la firent reconstruire prosqueen entier, en 1794. On 



t,Googlc 



DES MrSSIOKS. 16t 

ta divis» alors en deux parties : l'une pour les Chi- 
riguanos qui étaient en plus grand nombre, et l'autre 
pour les Mataguayos; mais cette dernière, par suite 
de l'iDcurie naturelle de ses habitants, n'a jamais été 
dans un étal bien prospère. L'habitation des pères, 
l'église el les écuries (corrales) furent entourées de ' 
murs épais en adobes , de manière à constituer un 
véritable fort , dans lequel tous les habitants pou- 
vaient au besoin se retirer. Le nombre de ses habi* 
tants ne s'élevait pas, au commencementde ce siècle, 
au delà de 375. 

20. Itau. — Un missionnaire du Collège de Tarija, 
nommé Lorenzo Ramo, fonda en 1791, dans la vallée 
d'ilau, une mission sur l'emplacement d'un village 
indien, appelé Tabarillo, et y fit élever un petit fort 
en adobes pour la défendre contre les attaques des 
tribus hostiles; mais les Indiens s'étant obstinément 
refusés à s'y fixer, il se décida à l'abandonner. Alors 
un capitaine, du nom de Tabicha Mini, l'invita à 
s'établir à quatre lieues plus loin vers le nord, dans 
la même vallée ; ce qu'il fit, en donnant à la nouvelle 
réduction le nom de San-Miguel. Les Indiens qui 
l'occupaient étaient des Chiriguanos. A six lieues au 
nord se trouvait le village de Zapalira ou Zapatera, 
oùonaélevé depuis un fort;età neuf lieues on ren- 
contrait celui de Chimeo, où il y a aujourd'hui une 
Mission assez florissante. A une lieue vers l'est, on 
voyait une petite peuplade de Chiriguanos, appelée 
Nacagaya, et une autre à cinq lieues, que l'on dési- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



162 HISTOIRE 

gnaît sons le nom de Cwraculi. Salinas était à l'ouesl, 
et, entre les deux, "on remarquait un autre village de 
t!hiri(;uanos , appelé Ibuica-Tapuri. Carapari enfin 
occupait le sud, et on rencontrait au delà de nom- 
lireuses peuplades de Mataguayos et de Chaneses. 
Ces derniers envahirent la mission d'ilau en 1798 ; 
ils incendièrent la plus grande partie du village, et 
mirent au pillage toutes les habitations de la vallée. 
Ils tuèrent dans cette occasion cinq Indiens el em- 
menèrent soixante-deux captifs. Pour empêcher une 
seconde invasion, les Pères prirent la résolution d'en- 
I«rmer dans un fort flanqué de quatre bastions Fha- 
bllation et tes officines qui en dépendaient; grâce a 
cette précaution, la Mission résista avec succès à 
toutes les nouvelles attaques qui furent dirigées 
contre elle. A cette époque, le village d'Itau conte- 
nait trois cent quatre-vingt-sept habitants, dont cin- 
quante-neuf chrétiens. 

Outre les Missions dont il vient d'être question, 
il y en avait deux autres dans le district de la fron- 
tière de ïarija, qui s'appelaient Tariquea et Garra- 
patas, et qui étaient habitées par des Chiriguanos; 
mais ni l'une ni l'autre n'existaient plus à l'époque 
à laquelle se reporte cette revue. Il a déjà été ques- 
tion de la première au sujet d'une invasion que ses 
habitants firent dans la vallée de l^linas; je n'y re- 
viendrai pas. Leur abandon eut lieu vers l'année 1788. 

Il me resté à dire quelques mots d'une dernière 
ttéduction dbnt il n'a pasété parlé jusqu'ici : elleest 



Do,i,,-ciih,.Googlc 



DES MISSIONS. K>^ 

Bîtiléë dans 1h province de Salla {qui dépend, comme 
ttn le sait, de ta république \r{;online ou de la Plala), 
k quatre-vingt-dix lieues environ de la ville deTarija, 
et à un quart de lieue seulement de l'emplacement 
où s'éleva, en 1794, la ville d'Oran. 

21" La mission de Nuestra Sefiora de Angustias de 
Cenla était composée d'Indiens Vejoses et de Hata- 
gUayos. Elle flil fondée en l'année 1779, époque à 
laquelle on y construisit, pour sa défense, un fort en 
adobes, avec des bastions, une habitation pour les 
pères, et une église. 

Les cases des Indiens étaient, dans le principe, 
construites sans ordre, et elles étaient à peine habi- . 
tables; mais, en 1795, les Pères obtinrent d'eux 
qu'ils en élevassent de nouvelles en bois et en boue, 
qu'il» recouvrirent de chaume; avant cette époque, 
on avait établi, dans la Mission dont je parle, de 
grandes plantations de cannes à sucre", d'orangers 
et âe limons, et des cultures étendues de froment, 
de rii et de légumes. 

Quoique entourée de toutes parts d'Indiens bar- 
bares, de Cbiriguanos au nord, de Matacos au sud, 
■ de Tobas à l'est, Centa n'eut jamais à souffrir 
d'attaques de leur part, mais sa population avait sou - 
teiat des disputes avec les habitants de la nouvelle 
ville qui s'était élevée dans son voisinage. A la suite 
ftè l'une d'elles, les Indiens se retirèrent tous de 
h mission , et gagnèrent les bois où ils vécurent 
Itdelque teràps, et ils ne «éîlèrent aux instances 



t,Goo(^lc 



164 HISTOIRE 

des Pères, qui les invitaient à se remettre sous leur 
directioD, qu'à condition qu'en les Axerait à quelque 
distance d'Oran. Quelques uns des chefs ipdiens 
allèrent mâma à Salla pour en demander la permis- 
sion au gouverneur. 

On établit alors la Réduction à six lieues au sud 
d'Oran et à une lieue du fort de Pizaro, sur les bords 
du rio Bermejo. Tous les Indiens Vejoses s'y pprlè- 
reni; mais les Malaguayos, qui ne vivaient pas toujours 
en parfaite harmonie avec eux, et qui craignaient le 
voisinage des Vejoses barbares, dont les premiers 
villages n'étaient qu'à deux lieues, résolurent de re- 
tourner à l'ancienne Mission. Ces derniers étaient, 
en 1800, au nombre de quatre-vingt-treize. Les Ve- 
joses établis dans ta Réduction nouvelle compEaient, 
à la même époque, quatre cent vingt-sept ftmes, dont 
cinquante-trois étaient déjà converties à la religion 
chrétienne. 

Aux détails qui viennent d'être donnés j'en jou- 
terai , pour terminer , quelques autres d'une nature 
plus générale , sur le mode d'administration des 
Missions. 

Les Capilans ou Caciques que tes Indiens recon- 
naissaient, lorsqu'ils étaient encore à l'élatsauv^, 
conservaient leur prééminence dans les Réductions ; 
on leur donnait, comme une nouvelle marque de dis- 
tinction, un bâtoDàpoignéGd'argeBt(l}; et ils avaieat, 

11) Aujourd'hui la canne à ponme d'argeni est donnée dnis.la 



t,:Goo(^lc 



DES Missions. It» 

dans l'églieCf an si^e d'honneur. La dignité «le Gi- 
pitan était héréditaire; mais il n'en était pas de même 
^Qant aux antres fonctionnaires indigènes qui por- 
taiecit le titrede Gouverneurs, de Lieutenants, d'Alca- 
des, et d'Agents du fîse. L'élection deces pefsonn^es 
se bisait chaque premier jour de Tan, avec totrie la 
solennité possiUe ; et, à ta même époque, ceux qUî 
avaient occupé antérieurement ces emplois, venaient 
remettre leurs insignes entre les mains duPère prin- 
cipal qui profitait de cette occasion pour les louer ou 
les Uâmer publiquement de la manière dont ils 
avaient rempli tes fonctions qui leur avaient été con- 
tées. Le r61e principal du gouverneur , de son lieu- 
tenant,, et des idcades, était de réunir la popukti<ni 
de la Mission k l'église , et de feire la petite police. 
Les ageotis fiscaux ne leur venaient guère en aide que 
lorsqu'il s'agissait de la répartition des'a:liments, et 
Burlwit des viandes qui se distribuaient de temps à 
autre aux habitants. Mais dès qu'il s'agissait d'une 
ùite?vention plus active , ces fonctionnaires n'étaient 
plus que des canaux par lesquels passait la volonté 
du Père. Ainsi, s'il se commettait quelque excès, ou 
«o crime dans la Réduction, le gouverneur, le lieute- 
nant ou l'alcade en donnaient aussitôt connaissance au 
Père , et apprenaient de lui la peine qu'ils devaient 
ap^tquer aux délinquants. Les punitÎMis le plus 



villages de la Bolivie, et dans le Térou, aux Alcades IiidlcoB, comme 
s^M é* le«F mandcDKii, 



Do;,-c,ih,.Googlc 



1S6 

swivwt employées étaûnl la priswi, le pilori ou 1* 

fouet. 

Des ordroa Bévèrec étaient dotinéi pouc qua Isf 
Indiens de U miuion n'entretinsBont aucune oomnu' 
nicalitm avec les élablissementa e^ta^ols, maù bm 
ordres n'étâiect pas partout égalesoent fùaii exéeotéi. 
lia l'étaient cependant très rigoureusemoit , bÏ ces 
•ommunicatioiis avaient pour but l'introduction d« 
l'eau-de-vie. 

Les devoirs religieux occupaient, comme oa doit la 
penser, une grande partie des momeutsdeslndiensqui 
comiwBaiÊni les NissioiiB ; cependant il n'y avait qua 
les. plu» jeunes qui yfussent ahsoluuient tenus; oeuK 
qui étaient mariéEs'eo dispensaient B0uvrat,plas ou 
moins. Le matin, au lever du seleit , tous les habi^ 
lants étaient appelés à l'église et y entendaient ré- 
citer les articles de la doclrinA otirMimfiB altorpatÎK 
veinent , un jour en espagnol , et un autre m leur 
laitue propre. 

AiicQucbçr du soleil , ils étaient répnis de hùu- 
ve^upour eQteqdre les prières du soir et ils se retii 
raient ensuite pour la nuit. Dans les réducticms Dé- 
cemment établies, toutes les prières étaient dites par 
1^ Pérès; mais, lorsqu'il se trouvait déjà' dans la 
village quelques jeunes gens sufBsamment instraits, 
c'était l'un d'eus qui les disait sûus leur div^^i^. 

Les jours où les Pères expliquaient à leurs 
ouailles quelt^ues points de doctrine ou un mvR- 
tère de la religion (ce qui avait li^u toim l^g ^Ijin 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DES BUÏ^IPPS. ^1 

,cbe^ ft les jpur^ de fâte), u» des favcliQqftAir^ 
répétait le? pjfp'i^l'i'^'is daQs la langue du p^ys, 

f^p^n, cb^quç ^pnée, à l'époque ducarâpia, Igf 
père^ çouqietlaieut leurp disciples à une sorte d'e^iii- 
men; et çBm qui s'oo sentaient capablee se coofi^iii- 
paient et communiaient. Mais en cela chacun était 
fibre de faire ce que bon lui semblait ; aucune espèce 
dé contrainte n'était exercée sur eux- Il en était (}# 
même du baptême, qui ne se ^onqait qu'à cetix qui li^ 
désiraient et qui ifvaient séjourné daqs )a Mission uif 
j«mp^ su^s^nt pour .qu'ils ctisi^ent quelque idée df 
PC qu'ils allai^flt recevoir. 

. Ijgs Pèrçs faigaiept chaque jour la visite des (na- 
ïades, leur appliquaient les remèdes et les secoure 
dont ils pouvaient avoir besoin, et les administraient 
quand cef^ ét^it nécessaire. Les mariages itY^ienU'Qu 
s^lpn le§ r)te§ de l'église chréiipnue. Lee enterrer 
m&t\\^ ^e taisaient de même. Il y avait à cet effet up 
iç(n}etière pitepant à i'église ; naais il y? ganç dire quç 
les Ipetii^PB baptisés y étaient seuls ensevelis. L^sai;- 
tres habitants de la I\éduction , que l'on nomm^llr 
cçmjftpU^éié di{.,desCalé'^t)umènes,etquiforaiaiBnt 
09 gèlerai la ma^se de la pQpulatjon ;i étaient ef}- 
lerrés m dehors du village. 

!fous CÇ3 SfiFviceç rendus par |es Pères mission- 
naires à leurs tppupeaux l'étaient gratuitement, çtils 
entreprenaient au môme titre I educ^ljoii (Jes e^- 
ÉSn'S'A çptte %) il y f^ait çpji^taniroent, pttacjiéps à 
^'hst)iJ^|iop,d^f école^ ^îi.le^ garÇQPS et les filles ap- 



' Do,i,,-c,ih,.Googlc 



prenaient, dans des divisions séparées, le catéchisme, 
la lecture , un peu de chant, à filer, à coudre, etc. 
Les élèves les plus avancés servaient de maîtres aux 
autres. A quelques enfants enfin, on enseignait éga- 
lement la musique et divers arts mécaniques. 

Quelque économie qu'on y mit', on comprend que 
ces établissements ne pouvaient se fonder qu'au 
moyen de sacrifices souvent considérables. Toutefois 
c'était par des aumônes que beaucoup d'entre eux 
fiirent élevés. Il feut dire que le gouvernement aidait 
aussi très fréquemment à leur fondation au moyen de 
sommes assez considérables, sommes qui se sont 
élevées quelquefois jusqu'à trois ou quatre mille 
piastres (trente ou quarante mille francs) pour une 
seule Mission. 

Les frais d'alimentation auxquels les fondateurs 
des Réductions étaient constamment obligés de sub- 
venir pendant les premiers temps où les Indiens 
étaient occupés à élever les habitations, absorbaient 
une bonne partie de ces fonds. Plus tard l'établisse- 
ment se suffisait en générallt lui-même, au moyendes 
plantations et des semis, qui se faisaient dans son 
voisinage, et surtout par l'élève de bétail, dans les 
fermes ou estancias qu'elle créait dans des sites con- 
venables. Chaque année les bestiaux étaient comptés 
sous les yeux de l'autorité , et les nouveaux-nés 
étaient m^ués au fer rouge, du sceau de la mission. 

Les cultures consistaient, selon la nature du cli- 
mat , en plantations de cannes , de cotonniers et 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DES MISSIONS. 169 

d'arbres fruitiers, ou en semis de maïs, de haricots, 
de riz, etc. Il y eo avait gui dépendaient de la c(fm- 
mane, et dont les fruits revenaient à la Direction; 
mais chaque habitant avait au moins, à lui, quelques 
cotonniers d'où il tirait les matériaux propres à se 
vêtir ; et beaucoup d'entre eux avaieiit quelques 
têtes de bétail. La plupart des Missions pouvaient 
par ces moyens se suffire entièrement à elles-mêmes 
après quelques années d'existence, et beaucoup d'en- 
tre elles avaient un surplus qu'elles vendaient ou 
échangeaient contre les articles qui leur étaient ap- 
portés par quelques commerçants de Santa-Cruz et 
de 'Valle-Grande , de Lagunaoude Tarija. Mais les 
Pères ne permettaient aux Indiens de se défaire des 
objets de première nécessité, que lorsqu'il était bien 
démontré qu'ils pouvaient s'en passer. 

L'habillement ordinaire des Indiens des Réductions 
consistait en une chemise courte et un pantalon. 
Les femmes portaient le tipoi. 

Le tableau qui suit complétera les idées que j'ai 
essayé de donner dans ce chapitre , sur l'ensemble 
lies Missions de Tarija. J'ai marqué, dans la troisième 
colonne, la latitude des Réductions, telle qu'elle est 
donnée dans l'ouvrage que j'ai cité. La dernière co- 
lonne indique le nombre de bestiaux que possédait, 
vers une même époque, chacune d'elles. On pourra 
en inférer jusqu'à un certain point quelle était 
alors leur prospérité relative. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



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HISTOIRE DBS HISSIONS. 



Tableaude t'étai des iHstiomdeTarija vers la fin du jyiw siècle j 





1 B. 




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INDIENS ; ifl 


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593 




10, TKciiiremb 








19 38 


1.431 


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IJ. BoMpueiUI 








19 39 


719 


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ij. Pirlii. . 








19 ii 


798 


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13. Ubiy. . 








1» 46 


874 


(b1 




11. Pinbilt, 








19 SR 


756 


686 




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19 !0 


Î8ï 


seî 




16. Itl . ■ 


. Cbin<sei , 






19 îî 


1,01 4 


843 




17. f* T»|iefi 








19 14 


«7 


41& 




ts. Aiero . 


. Cban«»^> ■ 






19 IS 


43^ 


l,8ÎS 




18. SillnH . 


. ChiiiguanOB 


el 


Ha- 












. Chlriguenoi 






31 37 


376 


4.727 




to. Iiaa . . 






îl IS 


387 






21. Ceou . 


. Utiaguaioa elVe. 












Joie». . . . 


23 IS 


S!0 


3.568 




I6,&78 


33,183 



I pombrc 



M rbilTrea lont ipmpri». non lenUment les bétet i 
]iie baoti moutons el cbcrrei , niaU égalein«nl le* 
IS mules, qui a'étiieDt, «d reste, jamais tn grand 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITHE XII. 

TAïujA (Suite). 

J'étais étajili depuif qaelquat jours cfaei le dooi 
tpur Caiq^o, dopt je pe quittais guère la maisop qua 
ppqf îiller pFSpdrQ mets repas che» Dona Panottà, 
quand arriva le général O'Conor. Ce oe fvU pai saiu 
ài3[tption que je pns la nain que m'offrait ce vétéran, 
sorti de l'école du grand Bolivac, Je fus toueb4 
^'appreodre qu'averti par une lettre de Sauta-(^z 
qq^ Je ]H<QJetaiM de traverser le Pilcoaaayo au voir 
Nmfi9 <t4 ^W-J^ws? ilin'y avaitaitenduplufi d'un mois 
dans une ferme qu'il y possédait, n n'avait quitta 
tm p^tâ qufl. Iprequ'il y arait été obligé par les 
pluies* doPtla v«Qiu«Dape les cQmviuiipationf) tvaa 
la villAdaraPt une partie dp rannée. 

Les sentiments affectueux que me tâmaigoa U 
gin^ral Q*ConâP ne se démentirent jamaîa. Tel je le 
vis le jour da notre premi^ rweonb-e , tal je l« 
trouvai toujours : un des hommes les plus inteUi^ 
Cflnto» \p* p\t\9 loi^uK et les plus désintép«aHéa qiM 
j'ïiaoMQU*- 

0» s'étonotn wuu doute qu'un personaagf stm« 
}M\^m trfinvU pour ainsi dire enterré dan« lâfpiul 
d'uiw pTonaM Mtviwn^» lorsqu'il pucvatt p«Ht^lr8 
I jMfi' m E^e ooR^rablA. f*mi^ iufa 



t,Googlc 



172 TAKIJA. 

comprendre , il feudrait entrer dans des détails qui 
ne peuvent trouver place ici . 

Je me contenterai de dire en quelques mots 
comment il lui arriva d'aborder ce canton retiré de 
l'Amérique. 

Francis Burdett O'Conor appartient à une des 
meilleures :fômilles de l'Irlande, dont il eiit le mal- 
heur d'être l'eofont cadet. Son père avait, à ce qu'Q 
parait, des 0[Hnions politiques très avancées, et il se 
trouva, par celte raison , l'objet de poursuites assez 
vives de la part du gouvernement : il passa une 
partie de sa vie en prison. 

Roderick, le fils aîné, après avoir hérité des biens 
de ses pères, fréta un navire qu'il remplit de colons, 
et alla chercher dans la terre de Dîemen une patrie 
plus conforme à ses goàts. 

' Feargas, son autre frère, est trop connu de tout 
le monde pour qu'il soit nécessaire d'en parler; il 
est devenu un des princ^ui ehefii des Ghartistesdu 
Royaume-Uni. 

L'enfisutce du jeune Francis se passa à chasser des 
renards et à feire de temps à autre des escapades hors 
la maison paternelle, r^ette habitude lui valut l'ani- 
madversioQ de l'auteur de ses jours, qui cependant 
te faisait ordinairement poursuivre et ramener au 
logis. Il m'a souvent raconté comment il avait été 
la cause innocente de la destructioa du ch&teau de 
ses ancMres. Il fondait un jour du plomb poor eft 
mouler des balles , lorsqu'on l'appela pour dtHT. 



t,Goo(^lc 



TAEIIA. 173 

PendaDt l'abseoce qu'il Ht, quelques charbons échap- 
pés du réchaud mirent le feu au vieil édifice, et les 
flammes s'étendirent avec une telle rapidité qu'il de- 
vint impossible de les maîtriser. 

Après la mort de son père, il demeura quelque 
tempsavec son frère, qu'il aida à liquider ses biens .Le 
soulèvementde la Colombie eut lieu sur ces entreliaiteS} 
et l'on vil coxQUiencer cette longue guerre qui devaif 
amener enfin l'indépendance de toute la terre ferme 
de l'Auérique espagnole. L'occasion lui parut bonne 
pour se faire dans le monde une position honorable. 
Il consulta à ce sujet son parrain, sir Franciti Bur- 
dett , et obtint avec son assistance le grade de lieu- 
tenant-colonel, dans la troupe qui venait de se for- 
mer, sous le nom de Légion Irlandaise, pour aller 
au secours du Libérateur. 

Embarqué alors avec seiie cents de ses copipa- 
triotes, il abandonna l'Europe, etarriva peu de. temps 
' après à l'Ile de Margarita, sur les cdtes de la Colom- 
bie. Mais ce ne fut qu'après de nombreuses vicissiti^ 
des de fortune, et après avoir lutté longtemps contre 
la foim et la maladie, que cette troupe, réduite de 
plus des trois quarts avant même d'avoir combattu, 
se réunit à l'armée libéralrice, Sur les pl^es san- 
glantes de Rio-Hacha, de Santa-Marta et de Cartha- 
gène, O'Conor vit périr jusqu'au dernier homme de 
son régiment. Lui seul vécut pour voir l'accomplisse- 
ment de l'oeuvre de l'indépendance. Envoyé à Panama 
pour lever des troupes, il s'embarqua de là pour le 



tvGooj^lc 



174 TABiJA. 

Péroli, avec mille soldats qu'il réussil à enrôler, et 
ftvec des armes et des munitions pour deux mille 
àulfes. Une tempête le sépara des deux tiers de ces 
recrues, et il ne débarqua enfin qu'avec de grandes 
Sifflcultés les trois cent soixante hommes qui lui 
testaient. Ce fut à Patabilca qu'il joignit Bolivar. Il 
le voyait pour la première fois. 

Le Libérateur l'éleva bientôt au grade de colonel, 
bt à celui de chef de son état-major, à la suite d'une 
tnIssioQ 4if0cile (1) dont il s'était brillamment ac- 
quitté. 

Dès ce moment, il accompagna l'illustre chef du- 
ratit tout le cours de son aventureuse campagne , 
jusqu'à ce que, après la bataille d'Ayacucbo, qui eut 
lieu le 9 décembre 1824, il entrât dans le haut Pérou, 
avec le général Sucre qui le chargea de libérer la 
province de Tarija. Mais il ne se fixa définitivement 
dans ces lieux qu'après avoir essuyé beaucoup do 
nouvelles ti-averses. Il fut promu au grade de géné- 
tal de division par le président Don Ândres Sanla- 
Cruï; mais depuis lors il n'a plus eu l'occasion de 
servir activement dans l'armée de sa patrie adoptive. 

Les dernières années de cette vie si agitée se paâ- 
isent doucement au milieu des travaux de Tagricul- 
iure , et à l'aibélioration des biens immenses que 
pOssWe le général entre Tarija et la frontière. 



(1) C'était la reconnaiwance de la place forte de GoroDgo. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TARUA. iHt 

Revenons aux habilans de tarija, aux mœurs des- 
quels je m'initiais de plus en plus. L.'époque de 
l'année où j'éiais arrivé prétait merveilleusemeut à 
des études de ce genre. Aux approches de la se- 
maine du carnaval, Tarija est, en effet, livré à un 
entrain qui est loin d'exister aux autres époques de 
l'année. Les bons Frères de saint François semblent 
avoir fermé les yeux et sommeiller pendant ces 
jours que les traditions ont appris aux Tarijenosà 
consacrer à une longue orgie. Dans les autres villes 
de ta République, l'on est bien loin en arrière des 
Tarijeiïos sous ce rapport. 

Mais il n'est pas besoin d'élre arrivé au Carnaval 
proprement dit pour voir le commencement des 
iëtes; on en a un avant-goût dix jours auparavant; 
il s'agit du Jeudi des Commères {Jiieves de Gomma- 
dres), dont nous n'avons, je crois, aucun équiva- 
lent en France. 

Pour peu que l'on se mêle à la^société de Tarija, 
on est étonné du nombre vraiment disproportionné 
des gens qui se disent " Compère » ou « Commère » ; et 
c'est en vain que l'on cherche les tilleuls, i'ai eu 
l'explication de ce problème le jour dont j'ai parlée 
Le fait est que pour user entre eux d'un degré de 
femiliarité plus grand que dans les cas ordinaires, 
les jeunes gens ont imaginé de se lier par une sorte 
de parenté, bas^e sur le baptême de' poupées de suere 
que l'on vend à cet effet dans plusieurs boutiques 
de la ville. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



17Ç TARIJA. 

Je me trouvais en visite, le jeuiji des commèces, 
dans une des meilleures maisons de Tarija, lorsque 
je vis enlrer une petite cbola (i), tenant à ia main 
un grand plat, sur lequel, entourée de fleurs et de 
feuilles, gisait une des poupées dont il a été ques- 
tion. Ce. fut là que l'on m'expliqua ce qu'il en était, 
et je reçus et acceptai l'invitation d'assister à son 
baptômo. Je m'y rendis dans la soirée avec le doc- 
leur Caïnzo, et nous trouvâmes déjà réunis, quel- 
ques amis de la maison. Le futur compère parut 
bientôt avec un panier de bouteilles de liqueur, des- 
tinées à remplacer l'eau du Jourdain, La commère, 
de son côté, avait préparé aussi quelques rafrai- 
chisseuients. Le premier acte de cette folie com- 
mença aussitôt. Les acteurs se déguisèrent de leur 
iuicux en s'affublant de tout ce qui leur tombait 
sous la main pour remplir leur rôle respectif: l'un 
de curé, les autres de sacristains, de témoins, etc. 
Tout cela se passa bien vile. Il n'en fut pas de même 
du second acte où figuraient les bouteilles de liqueur. 
Celui-là dura jusqu'au matin. L'habitant paisible qui 
aurait passé, au lever du soleil, sous les fenêtres de 
cettechapelleimproviséeyaurait pu reconnaître, peut- 
être, encore, dans les sons expirants d'une guitare,rair 
d'un de ces pas nationaux appelés baîtesitos, dont 
aucune danse, importée dans les salons de Tarija, 



(1) Métis d'Espagnol et dUndienne. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TARIJA'. ITI 

tt'élail encore venue troubler le règne presque aburfa. 
Lejaudi qui suit, celui, par cooséquent, qui prieid« 
immédiatement le carnaval , porte le nom de Jeudi 
des Compères {Juevet de Ccmpadres) ; c'est une répé- 
tition de l'anlre ; on peut ^re, de plus, qu'il Tar^a S 
commence le carnaval , qui dure ainsi toute une se- 
ouine ; et c'est une bien singulière semaine , je vous 
assure, lecteur , que celle du carnaval à Tarija. — 
Quelle riche mine à exploiter pour un observateur 
de sang-froid l— Mais ce n'était pas chose Uen iacile 
que d'être acteur (il fallait l'être pour obserrer), ^ 
de sang-froid ; car la scène entièrese passaitanmilieu 
des vapeurs enivrantes de l'alcool. Que de fois ma 
tète vacilla à l'épreuve ! Souvent il me semblait que 
je rêvais, en voyant tourner autour de moi ces tlgures 
bouillantes d'animation; mais j'étais bien éveiUé, et 
Unit cela tournait bien effectivement. 

Dans les réunions qm ont lieu durant ces fêtes, 
à Tarija, tonte cérémonie est bannie ; devant les jarres 
dechicha, la formalité et l'étiquette font place au 
plus inUme des pêle-mêle ; le verre drcule sang cesse ; 
refuser une coupe offerte, c'est presque faire une in- 
sulte. La jeune fille qui veut conserver sa ptése&oe 
d'esprit ne le peut pas, et la nère qui la surveille ne 
le peut pas davantage.-- Ken des choses sediseiU et te 
font durant ces moateats, dont on rougira peu ajH'èsl ' 

La coutume un peu barbare en vertu de laquelle on 
doit,bon gré malgré, accepter toutes les liqueurs qui 
vous sont présentées, porte le nom d'obligo ; elle est en 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



ITt TARIIA. 

piilti^e ûwts tontes >ëa iilleB àe la Bolitfe , triain . 
Bblls ptrt Gllb d'est plus ImpilôjaUe q«'à Tftrijft, Je 
îà» Bbuvientd'aVotr vn uoe feii un Individu 6e placer 
fcrimt Que jeBaè fUtoy mè hontmih es liqueur et 
AeHX vétrésàla mhin, et y lester jusqu'à tKqii'ït n'-y eÛ 
eèt plus Une gouite-, k chaque rerre qu'il anMt 
a fsllait qse son obUgdda en bât exactement la même 
^oporticHi. 

fo ma qualité d'étruget^, je me trouvai pitrtit}(l-< 
tifoônsBi bnbutte k ce genre d'attaques, de Id part da 
beau msetApïjeirien; 6t, qadiqu'il ne mefÉtpastrèb 
diffloile de tenir tête s an ou deux de ces adversai- 
nt, ««la l'étfiitj je l'avobe^ dès qu'il s'agtebait d'util 
«Mbàt pl« inégal. Je ift'a'risài alors d'ua expédient : 
je ooDserTats la Kqueur dans la booclie, sans l'avaler^ 
M je l'ésaayûs ensuite teat douoeuest avec mon taon- 
choir; oubieD,jeI'espédtai8, saiis<|ifeaeleparàt,(]Elfis 
quelque ooin. Mais ee stratagème jae ne réniisslt fias 
toijours^ et je fus obligé d'en emploifer d'auttes quS 
je oe dâtaillerri pas ici. 

Qaaat à U chicha, il fttUni eu prebdi-'e moh pitli^ 
Je dais dire, au reste, que cette boisson estd'utle na- 
hire trèB bénigne , et qu'il est possible d'eb btnte 
des Quantités vraiment prodigieutes «anâ en éprou- 
ver a««n mauvais sfSël (1). Elle est, sous ce ntfiport^ 
bécn préférable aux bière» dff t'Kufope. 



(l) Ces qualité» de la cblr.ba d^pead<>nt sârioni , j« crois, de mi 
proprléléa dlnrédqueg. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



■ H <f S oh âfllrt objet tjiii jWue dans res Fêîes 
%tl ^élé presque aussi capital que la chi<êM et leis 
ïlqdeùts : c'est l'amidon, dont oh fait des poudres dé 
diverses couleurs, mais le plus souvent blanchesj 
«connues &0u6 le nom de poudres du carnaval (po(i;os 
tfe tat^àval). L'usage que l'on feit de res matièr» 
tfeïie ; Wâîs ô'estaux yeux qu'elles sont spéciàlemetit 
destinées, et il feut être sans cesse sur ses gardes, 
ïif'oB veut conserver à ces organes leur huiflidité na- 
Utrelle: Je dois dire que, ponr mon compta, j'en ai 
beaucfflipBoaHfert. Après les yeux, c'est la chevelure 
i]Ui sert de point dé mire le ^lus ordinaire des polvàs'. 
Lorsqu'un nouvel arrivant se présentait Wans nn 
des irèéepiacles dfe folie dont il a été question, le 
«iodé le plus technique de le recevoir était *é lui 
drikset SUT la tête d%ux ou trois œufe, dite kuevos Se 
cftmAvai (1), et d'essuyer l'eau qui s'en écoulàft 
au moyen de quelques poignées d'amidon. La pAle 
qui Bé fwraait était ensuite étalée, et formait Siiv 
hi tetë %ne espèce de casque qui la protégeait très 
t^Seaceiwent contre toute nouvelle atteinte. J'ai vu 
qwelques pauvres femmes assez peu satisfiiiies de 
**w leurs beabx cherenx disparaître sous ce nouveàd 



;i) Ce BODi de» œnfedoot on a vidé te contenu natnret, pour le 
iMkfitiavr paraîie «ta de wBteurquf cm erAaaIremeiH d'hit vif 
c«n»lB. I) y a beaiuoup de moiaoi» où Ira eeufe m se «Ment JamA 
que par de loul petits perluis, afin queues coqxiiles puls-seni Atreali; 
^l!es de la série. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



180 TARUA. 

geore de bonnet. On devine aisément , et sans t^u'il 
Boit nécessaire de l'indiquer, l'immeuse parti que 
l'on peut tirer des œufs, en s'en servant comme de 
projectiles. 

Tant que durent les fêtes ^ la liberté d'action est 
portée à un tel point, qu'il est entoidu que, sans 
aucune espèce d'invitation, on peut se présenter dans 
toutes les réunions qui ont lieu dans la ville, y de- 
meurer tant que l'on veut, et y faire ce que bon il 
semble. Les journées se passent ainsià voyager d'un 
bal k un autre ; et la nuit de même. En général, pen- 
dant toute la durée du carnaval, on n'a aucune heure, 
ni aucun lieu ftxe pour se reposer. On dort là oh le 
sommeil prend, et souvent où le hasard conduit. 

Ainsi qu'à Saola-Craz de la Sierra, il y a à Tarija 
une très grande disproportion entre le nombre des 
htnnmes et celui des femmes, d'où il résultait sou- 
vent qu'il n'y avait pas assez d'hommes pour flaire 
danser les filles. C'est pour cela qu'on eut l'idée, 
dans quelques maisons, lorsque le nomlve des dan- 
seurs se trouvait au complet, de fermer les portes 
à cleF, en refusant absolument la sortie à qui que 
ce fût. Uue fois, la patience des prisonniers s'étant 
lassée sans que pour cela l'inexorable maîtresse 
voulût se dessaisir de ses clefs, il follul enfin, pour 
s'échapper, faire sauter les serrures. 

Les danses en usage au carnaval de Tarija ne di#- 
Arent de celles que l'on y pratique en temps ordi- 
naire que par un entrain tout particulier. Les chants 



t;Goo(^lc 



TARUA. l'St 

qui les acoon4)agne&t se font remarquer psr des ca- 
ractères analogues. Dans les moments de repos , qui 
étaient "peu nombreux , on se réunissait pour chanter 
en chœur ; les verres, poidant ce temps, continuaieot 
k circuler. Vers minuit, on était appelé dans une 
autre pièce , où se -trouvaient étalés de grands mer- 
oeasx de viande rMie, que l'on dévorait k qui mieui 
mieux ; ils étaiwt suivis de ri^oûts fortement |»men- 
tés, qui excitaient à foire de nouvelles libations. 
Pendant que ' les uns continuaient à danser, d'autres 
dfxriBaient sur les bancs, ou dansqnelque chambra 
voisine; on voyait quelquefois deux individus sur le 
même lit. Il y en avait enfin qui ne dormaient pas, 
mais doBt la liqueur avait sii^Uèremeat modiM 
l'allure. 

Comme on le doit bien supposer, il élevait nattre 
d'un tel état de choses des scènes assez singulières, ' 
quoique pas toujours tr-ès poétiques. En voici un 
exemple dont je me souviendrai longtemps. J'errais 
un peu à l'aventure dans la ville, lorsque, voyant oo- 
verie la maison d'une jeune femme de bon ton, à la- 
qMlle on avait expédié quelques minutes auparavant 
un messager, pour l'inviter au bal, j'y titrai. Le 
. logis paraissait désert. J'allais rétrograder, torsqu'es 
poussant une dernière porte , je me trouvai dans la 
diambre à coucher. Vnci ce que j'y vis : l'invitée était 
étendue sur son lit, ivre morte; sa bouche était renà- 

plie de gros morceaux de râti Le mess^^r était 

aissis à côte d'elle, également ivre , la tète inclinée 



h,Googlc 



lis TABUA. 

sur l'oreiller, et U iguN baignait dasg wte mape é$ 
produits stoia«:aiis 

le a^rtU sur b pointe dei pisds, peurne pat tfM- 
hler le eepes de ce joli groupe- 

Enifl» c'est surtout pMidant les orgies du caraaval 
qu'ont lieu de bïKarres loaràgcs, qui ne le cèdaM 
CD rien ifux uoituis de Grettt<i-Green , et qui ne ««it 
pas moins valides. Us ae font en aarprenani ie enté, 
comme on dit {snrprendieTtdo al cura). Il y ea eut un 
pendant nioa séjour; miûs je ne fus pas assez beur 
reas pour eu étre.témoip. Le ami que le mariage filt 
eétébré, le Provisûr fut réveillé e» sursaut, et, au se 
mettant sur mn séauf, il vit un jeuue homme et iwe 
i«HBe tille, à genoux, au bord de son lit, qui lui dé- 
clarèrent qu'ils désiraient être unis par les Irais da 
tuuriage. Dwrlère eux étaient d'autres persennes qui 
Murvaiept de t^oins. Le curé leur donna aussitôt, 
et sans auUe fern^alité, la béuédietian nuptale. C^ 
uaieus par aurpnse ont aussi lieu daiis d'autres par- 
ties de l'AmÉFique, mais elles ne se font pas teujpnie 
eenme k Tarija. Il arrive, par exempte, qu'à la in 
de la neue , au momMit oii le curé étend les Iwfs 
peur donner la bénédiction , les futurs se lév«it et 
-preenent k témoin les assistants que luir d^ir est 
d'être unis l'un à l'autre. Il n'en f»ul pts darinlay 
peur qu'ils soient ausqitAt reconnus otmune inari et 
inaiiie. 



t,Googlc 



CHAPITilË XIH. 

lASfiA (Suite). 

OptM 1^ ^ivertmenautH dmt il a ât^ quMtùMi 
4wK U cbspitTQ pi^QM<»^ , U 911 est q» tutm qi^ 
4^0M»j|e i»! uo« ^(ite ptM9 f^ittt 1«^ IfiJaiF* 4i» 
L'tnhituif 4e Tatij4 t JQ veux p^rtec dm e«qik3U 4f 
cQty . j/fls bwitm«9 QBt, po{ii c^ jeu Urkutre, r^i#<ift 

i4^sta9fNikw otàta dft ^a ville ^« BnDqu» JHQaù., 
las ifudif «t «))S4«aobQ^, de si) ni(seti»U«r dui« 1« 

menl ; et c'est chose curieuse ée voir iveo qD^Uft. 
TiliwtiM w waa^e , avec «piel soin «« pète, 
4'i^r4 à k K8tt> |*ii« » k l>%lapo6> 1m valeiHipu 

gtUÏRM^; ^ÏK llM(^Uion& et Qbkuifif. lASptlM 

fi«it>f)v)Vflrt«,44bfUUl$ «t eiufi|t:a««eptés, (te s'qbci^ 
QMftHe d'tiniHt? tas ouentix limUi^^* ; to# «roMi 
Djritin^e» ne ppo^ui^vat pai d«fi in^vItaU shu 
p^eiapli ■ L'-^iwrw lîQFaéds la pEttto gitK^ eut abtlta 
p«r un tnit de 8oi« «» rfimptooé p^r uns la^ft IfWn 



(1) Le gouvernement en fait tous les ans radiadication an plus of- 
rnnt. L'«l]adlcfeHireV^K^e ensnite un dtott d^wrM Burehàqirt 



Do,i,,-c,ih,.Googlc. 



184- TARUA. 

cette solidement ajustée. Elle est protégée par aoe 
gïtne , afin que son tranchant ne s'émousse point 
avant le moment d'être nus en réquisition. Les oi- 
seaux sont ensuite présentés l'un à l'autre , chacun 
tenu car son parrain. Leur premier geste, diver- 
sement interprété , amène ordinairement quelques 
nouveaux paris. Enfin la sonnette du juge des jeux 
appelle le silence des spectateurs , et il est tel, dans 
ce moment, qu'tm entend le bruissement des plumes 
qui se hérissent sur le cou tendu des combattants.' 
Le combat est commencé, et toute l'Âme des pa- 
rieurs semble s'élancer de leurs yeux fixes pour 
animer le courage de leurs héros. Mais cev'eat certes 
pas celte vertu qui manque aux pauvres gallos; 
tout leur sang s'échappe le plussouvoat avant qu'ils' 
se soumettent. Quand l'un d'eux recule, il est 
aussitôt déclaré vaincu. 

Les cMnbats de coqs et les dés sont les ennemis 
les phis acharnés des bourses tarijmiennes ; mais 
aussi est-il plus d'an petit capitaliste qui leur doit 
tout son avoir. Le cirque dwit il vient d'dire ques- 
tàdn est une dépendance du marché des comestibles. - 
Cet édifice consiste en un corridor couvert qui en- 
toure une COUT assez spacieuse. Les marchands s'y 
accroupissent au milieu de leurs sacs et de leurs 
paniers. Ils paient au gouvernement une légère ré- 
tribution, et ils sont tenus de vendre leurs denrées 
au taux fixé par la police. La curiosité me conduisait 
souvent de ce côté, dans l'espérance que j'y déow-r 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TAMU. 185 

vrirais qnelqtiea uns àm fruits savoureux pour les- 
quels <Hi m'avait toujours hit croire que Tarija était 
&meax. Jettie bftte de dire que, sous ce rapport, 
Targ*iie m'a hit éprouver que des déceplloiis. Com- 
l»ui je trouvai Ginti pkts riche, malgré sa pauvreté ! 
Od m'assura, il est vrai , que , cette année, la grêle 
aisit causé dans les vergers des dommages considé- 
ratJes. Mais je comprenais difficilement, je l'avoue, 
que cette raison eût suFH pour modtfter la qualité 
des fruits. Les pèches que je vis étaient certaine- 
ment très iolérieuFes à hos plus vilaines pêches de 
T^te , et , pendarit toute la saison , je n'en trouvai 
pM une seule qni fût c(»&plétem«it mûre. Le raisin 
était un pen meiUeur, mais bien au-dessous de notre 
b(»i raisin de Fontainebleau : son grand défaut élait 
' d'avoir la pellicule déinèsurément épaisse. Les noix 
étaient très communes. Les pommes et les poires me 
semblèrent être d'une seule sorte et très médiocres. 
Les figues étaient abondantes et bonnes. C'est la 
grande variété brune que j'y vis ; la verte paraît y 
être inconnue. Quant aux fruits des pays chauds, 
teU que le» bananes, les anan^, etc., il n'y en a 
aacm. 

' Les' légumes que je ' rehcï)ntrai sur le marché de 
Tarija n'étaient pas non plus très variés. La pomme 
de terre jaune et ronde est la seule variété de cette . 
espèce qui y paraisse. Le chou se cultive dans les 
environs, mais il ne pomme jamais ; les navets , les 
carotteSfles artidiauts et les dAiux-fleurs ysont rares, 



Do,i™ih,.Googlc 



t^ T4itMi- 

s{irto\it \f dpraiar ; le peirew , U pwatB ^ le radis 
PfijtiisseBt y ôtre ^ peu près inoonnus. L'Mgku wt 
d}DairQ ^t t<^a comnaun, ffi«ia il est petit< Le mé», 
^nX j'ai d^^ p^rlé , et Ijt praHue de terre fiMuest^ 
fu) définitive, (e fio^d de la noupr iiure des gani ptut 
VI<es de la ville. 

t^ p^ia de firQm«nt Sfi repcontr« asw» alKmduw 
mgTit; mais, ofHQme it<e|t ««aei ober, il aya (|ufl h 
Q}(|fli« ai^àe qui puisse a'^n a»urrir. 

ï>e »uere est ^aleexenl tr^ cher, et ¥lent pMK^ 
t^t de Sitpta-Crus de h Sierra ou d'Orao. 

^e B0 dois pas oublier nu autn praduit vég^k 
dopt le r01â 4aQS l6« ouiùitca de Tarija, eteagioéM^ 
4^1t$ ^nto^l'AMriquft eapagnele, e»t hie» plat otm* 
^4évabl? qu'on fie peut w l'ima^oer eu Fruiee i j* 
^i:^ allvi^ion au piaient on q^ ( prononoQz uhi). Il 
^'^t gii^re 4^ n^^X où l pn n'en iptrodoise, et qudl? 
qtiçp espèces d^ fbufié (1) »> aent révget. Ceuxctà 
09 r^Ht . spéoif^lepiettt le ihw de t^ièt,' et <ent eo 
^ès grande estime parqi les tlâclieros. Les pnt 
de la classe inféri^ufS SmX de ce condiment, je poon^ 
rais presqae dire de (M légnne, un abu» extraorAn 
naire. Un chupé assez pimenté pour emport» le 

m La dupé ardiualre, on nitlonal , ei( bm sgiip« cblre, dabs !»■ 
■malle D^(f ni ^ tqorcMux de mouton ou de bi^if , ^ poninfK 4t 
rcrre et des oignojis. Dana le c^qiro, qui e»t le chiipé de^ I"^^9<te 
la Puiia, lès pommes de terre fraîches sont remplacées par des pom- 
nn d« terr^Bel^es (ehuno). EnBn , dans le pebré , on ajoute aoi 
[imm IMrfc**:»» 4w wrwilii' (tachnae IMriw!«tWHiiiliWl>. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TàKIll. fSt 

b»a(^e Ji une pefSoiiBe Hncoiratumée leur parait 
BOUTCBt |rresgne irisipide. 

Au ^rou, ot, ainsi qu'en Bolivie, la monnaie éé 
ctlirre eet inconnue : la plus peUtd pièce d'argent (la 
cMrliUa) a encore, i peu dé cbose près, une valeurde 
qUhiM centimes ; maisceâ menues pièces sontsi rares, 
qtt^fl Be les volt guère qu'à Lima. A Arequipa et 
^ Onco, la plus petite valeur métallique est le medw, 
qui vaut trente centimes. Eb bien , dans ces villes, 
et même dans plusieurs autres , ce sont les gousses 
de piment rouge (aji colofado) qui tiennent Heu de 
«os nennaies de cuivre. 

*^t-on aller au marché, on commence par tro- 
t{iler un meéh (kmtre des piments. On en a vingir 
quatre pour cette somme, et, avec chacun d'euii, on 
peut se procurer on objet diEWrent. Le medio est 
d^ee considéré dans ces endroits comme une pièce 
-de vingt -quatre piments. Hais pour que le pî- 
mesti serve de monnaie conrante , il feut qu'il soit 
bitaet ! dès que la gousse conunence â s'user , ou 
qu'elle perd sa queue, elle n'est plus bonne qu'à étK 
AMMagée, et rile est refusée dans le commerce. 

8nr l'aperçu rapide que j'ai donné du marché de 
i^lr^a, on peut se faire une idée assez exacte de son 
elimat, qpi se rapproche beaucoup de celui de quel- 
quet parties de la Pranoe. L'élévation du s«l de la 
Tallée est d'eavirou 1,77Q mètres (1) an-dessus du 

(t) CeUe hauleor a éié ctlculée sur le polnl d'âbulUldit Hli l'WI' 



t,Googlc _ 



M8 TABIU. 

piyeau de h mer. La. tempéraUre moyenne de raanéa 
est à peu près de 13 degrés centigrades. Le mois I« 
plus froid dans cette partie de la Bolivie est celui de 
juin, pendant lequelle thermomètre s'abaisse conU- 
Duellement au-dessous de zéro, la nuit- Lee frtHiis 
viennent ordinairement par accès subits ; ils durent 
environ une semaine, et l'atmosphère se tempère 
presque aussi subitement qu'elle s'était refroidie^ Le 
ciel s'obscurcit souvept et persiste ainsi quelquefois 
durant plusieurs jours ; mais une fois que l'on se 
trouve dans la saison sèche, il ne pleut plus pendant 
les six ou huit mois qu'elle dure. Sous ce rappcrt, 
cette époque de l'année diffère de oe que Ton nomme 
la saison sèche, au Brésil, où il y a presque <M)nstam- 
ment de temps k autre quelque orage. 

Les conditions hygiéniques dans lesquelles se 
trotive bâtie la ville de Tarija sont excellentes ; aw^ 
les maladies que l'on y observe sont-elles en assez 
petit nombre, et dépendent-elles en général d'écarts 
de r^ime. La dyspepsie et la dysménorrhée saut les 
affections pour lesquelles j'ai été consulté le plus 
fréquemment. Les fièvres d'accès sont fréquentes 
dans quelques parties des environs, et je remarquai 
que beaucoup d'autres maladies a^ctaiçnt souvent 
nue forme analogue, découverte qui me permit de 
faire à peu de frais un asàez bon nombre de miraoles. 



elle ne doit, par coBséqnent, être rffardée que comme hdc meanre 
■^rexiDMlive. 



t,Googlc 



1 



TAH»A. 18$ 

Pendant tout le temps que dura nutn s^our.je ne 
ns pas un seul cas de pfathisîe pulmonaire. 

Je crois avoir dit que lors de mon arrivée k Tarij» 
mes deux collègues en médecine m'avaient reçu avec 
une certaine affebilUé; mais cette bonne intelligence 
ne dura pas longtemps. L'un de mes rivaux, le doc- 
teur S., surtout, supportait avec peine que je lai 
flcse concurr»ice; et il cherchait sans cesse le 
moyen de &ire tomber en discrédit la science médi< 
cale du jeune francès. 

Cette occasion ae présenta enfin, du moins c'est ce 
qui lui sembla, et il la saisit avec empressement. Une 
vieille dame, assez riche, souffrait depuis longtemps 
d'une tamé&c^on considérable du ventre. Elle fit 
^feter le docteur S., et elle commença, sous sa di- 
reclioD, un traitement curatiF qui durait déjà depuis 
plusieurs mois lorsque j'arrivai. Voyant que son état, 
loin do s'améliorer, empirait au contraire tous les 
jours, ses parents lui cwseillèrent de m'appelor en 
consultation. Le docteur S., que je rencontrai au lit 
de la malade, me fit l'histoire de ta maladie, et donna 
ooimme son opinion que l'enflure était causée par une 
obstruction de l'intestin [una obslrucçion) ; et il plaida 
fortement pour la continuation du traitement pur- 
gatif qu'il faistit suivre à sa- malade dans le but de 
vsèncre cette maladie obstinée. Je constatai de mw 
«ôté qqe l'intestin était sain, et que c'était le cœo? 
<{l4: triait aaUde ; «t apcès avoir essayé, mais en vaia , 
de déHHmtrer à mon ctmfrère que son obstractian 



t.Gooj^lc— 



1M TAKI»: 

n'était ^'ulte hytlrottibié con^MUtM ti fli milif^. 
du cœur, Doni iâoUs séparâmes. Le tlOeWsr %, Ae 
lDftn4ua ]pas de ptiHlier qile j'étais tobifcé ait bujet de 
là |iatieilte dans uhe suite d'ert'eurs. 

Quinzé'jours xm trois semaines après, bfiUL'appela 
de nouveau , et je trouvai celte lois Id itiàlaiie 
Sans un état désespéré. Elle avait donne codgé au 
docteurs., et désirait que je luidontias^edessoinï; 
j'y consentis volontiws, mais j'eus soin d'ai^rth- Ses 
parents qu'il n'y avait plus de resseuree. lé cessai 
néme, au bout de peu de jours, tout trailemebt, et 
je ne m'occupai que d'allégOT les Souffrances qui ac- 
ebmpa^rent ses derniers raomeats. 

A peine eat-clle rendu le dernier soupir que taïAi 
itfipitoyable rival s'empressa de dire qUe TerheurdlEBS 
laquelle J'étais tombé au sujet de b nature vrave dï 
sa maladie, et le traitement qui «n était résulté, 
Avaient été les seules causes de sa mort ; que si U 
pauvre dame fâi restée entre ses mains, elle eût été 
In^Uiblement sauvée. 

Dans un semblable état de dM»es il n'Jr wvaft 
qu'un seul moyen possible de feire éclater la vérité, 
«*étaii de feire l'ouverture du corps en présence, lie 
ttooibfi, et de constater le véritable siège Stt ma!. 
Mais jamais il ne s'était pratiqué d'autopsié ^tis le 
pays. Dès que la famille en entemlit parler, ellfe s'êâEi- 
|»»Bsa *dê faire enterrer le corps. J* m'adrésWi alérs 
an préfet (qui était un hoaiœe db pi<t)gr4s)> et oea 
sbdtemet^l j'(*tins de lui tons h» poiltoirt taéces- 



t,Goo(^lc 



TAKïiÂ. tm 

m*ns poikr it^r, Mm W déclara <iii'il itséiâtëHit tui- 
ffiébe 6 TËutopMe, aihM ^iié l'iiltendaDt de police 
êé là ^Ife et le procureur dé là République {Juki âè 
fjètrnS). !1 feomûiâ eu rnêttib temps le docteur S. et 
tes adirée petsonties de Vart qui se trouvaient â ta- 
tjjîl â'J assister 6galemeht, et il fll procéder, saiis 
têtard; k l'exhtimàtittti. Toutes les autres notabilités de 
U viUe,"J3atmi iesquellesse trouvaienlle Provisorel un 
bsse2 gràttd aothbre de feinmés, se rendirent aussi 
(ib cihietiêré à l'hfiurè iiidiquéé, et ï'àutopsîé eutlieii 
sûr léft b^tds tié la tombe, au milieu clé ta foiile ks^eih- 
ttlfie. L'e^ résultats observes fiit-ent tels que je les 
atàis prédits. D'Une part, le Sac qui envéioppail le 
cœur renfermait plusieurs litres d'eau, et le cœur 
Hji-méme était comme attoptiié ; d'autre pari l'iit- 
teftlin déroulé fut reconnu sain dans toute sa lon- 
gueur. 

Le docteur S. avait dédaigné d'être présent à cette 
fctirieuse t^érémoiiié, unique, sans aucuii doute, 'dans 
\ei fasteà'de't'arija; inais la Voix publique liiî eii eut 
MehtOt potté les nouvelles. Peilt-éire cet évêiiëineut 
bofilHbtlà-l-it même un peu i là résolution qu'il prit 
de <|uUter la ville , ce qu'il 8t quelques jours après. 

La maiiiéte dont l^vénement que je viens dé râ- 
Èdbter s'était passé ne laissa pas que de me happer. 
ie doute que daus beaucoup de villes de France 
je fusse arrivé aussi focilement à un but MmfaJable. 

Vdiei itte auUe «v«KtBre médicale qsi se ralMAe 
également à ma vie de Tarija. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



193 TA.UJA. 

Je reçus un jour la visite d'uoe dame qui venaiL 
me consulter au sujet de l'une de ses filles que Voa 
supposait être attaquée de la lèpre (I). Cette maladie 
terrible est regardée partout, en Amérique, comme 
contagieuse ; et autant par cette rajson, que parce que 
lesindividus qui en étaient atteints étaient des objets 
de d^oût pour le public, le général Margarinos eut 
l'idée de tes isoler complètement du monde. Il fit 
construire dans ce but, en un lieu isolé et exposé, au 
pied d'une montagne, à environ deux lieues de la 
ville, un Lazaretto, où il fit enfermer indistinctement 
tous ceux de son département qui étaient considérés 
comme ayant la lèpre, par la commission de médecins 
nommée h, cet effet. Cette affection une fois dédarée 
étant regardée comme tout à fait incurable, les mal- 
heureux ainsi renfermés n'étaient soumis à aucun 
traitement, et, une fois la porte fermée sur eux, elle 
ne se rouvrait que le jour de leur mort. 

Un gardien vivait dans le voisinage , et c'était lui 
qui déposait tous les jours à la portée des lépreux les 
aliments qu'on leur allouait. Un ruisseau , qui leur 
fournissait l'eau dont ils avaient besoin, traversait 
leur cour ; et celle-cr, ainsi que l'habitation elle- 
même, était partagée en deux ; l'une des divisions 
étant destinée aux hommes, et l'autre aux femmes. ; 



(1) C'est réléptaaniiasls des Grecs, eu miladle de Salat-Laz>rc 
( iraJ de .'ïon Laniro ) . Voyei ce q«e i'ei) al AI t daiu le pranier voloBe 
de )■ relatliw de M. de Cutcbao. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TiRIiA. 108 

mais une grille les faisait communiquer. C'était dans 
celle espèce de prison que se trouvait, depuis quatre 
aDs , la jeune fille dont j.e voyais la mère ; elle vou- 
lait savoir si la maladie dont souffrait son enlaot 
était réellement celle pour laquelle on l'avait arra- 
chée de sa iamille, et si, dans ce cas, il ne pouvait 
pas y avoir quelque espoir de la guérir. 

Persuadé que la lèpre n'était nullement une ma- 
ladie contagieuse, je promis à cette dame de faire 
comme elle le désirait; et je. me transportai en 
effet, le lendemain, au Lazaretto. Le gardien crut 
qu'il devait , dans mon intérêt , faire quelques diffî- 
cullés avant de me laisser entrer ; mais voyant que je 
persistais, il entre-bâilla la porte, me fit passer, et la 
referma sur moi , en me laissant dans la cour des 
lépreux. J'avaisdéjà visité au Brésil des établissements 
semblables, la position dans laquelle je me trouvais ne 
m'affecta doncnuUement; mais il n'en Futpas de mâme 
des malheureux qui m'entouraient; ils semblaient 
Bie r^rder presque comme un être d'une nature 
particulière. Je n'essaierai pas de décrire l'aspect hi- 
deux que présentaient ces infortunés dont le corps 
ulcéré laissait chaque jour échapper, quelques nou- 
veaux lambeaux. — Après m'ôtre convaincu que la 
jeune fille pour laquelle je venais était lépreuse comme 
ses compagnes, je passai à la division des hommes 
que j'examinai tour à tour. Quelle ne fiit pas alors ma 
stupéfaction , en arrivant devant l'un d'eux , un 
individu de dix-huit à vingt anà, de trouver qu'il était 



h,Googlc 



184 TABIIA. 

parfaitement sain. Il répondit à mes questions, qu'il 
avait eu une maladie que tout le monde avait prise 
pour la lèpre , et qu'il avait été enfermé dans le 
Lazaretto dès l'époque de sa fondation. Le seul essai 
de traitement qu'on eut fait sur lui, depuis le com- 
mencement de sa maladie, avait été de le placer dans 
le ventre d'un âne ouvert immédiatement après sa 
mort. C'était, assurait-il, à partir de ce moment 
qne les symptômes du mal avaient commencé à 
s'améliorer-, et ils avaient continué à le faire jusqu'à 
sa guérison complète. Depuis longtemps il n'éprou- 
vait plus la moindre indisposition, quoiqu'il fût, tout 
comme avant, en contact continuel avec les autres 



Ce fait remarquable suffirait, je crois, pour prouver 
que les idées que l'on se fait encore dans l'Amérique 
du Sud au sujet de la nature contagieuse de la lèpre 
sont au moins exagérées , puisque ce jeune homme 
eontinuait, après sa guérison , à vivre impunément 
dans les conditions les plus capables d'engendrer de 
nouveau la maladie. Doit-on en conclure aussi que la 
lèpre est susceptible quelquefois de guérison (1)? Je 
le crois. U n'y a aucun doute, pour moi , que la ma- 
ladie dont avait souffert ce garçon ne fût bien la 



(1) Au moniQBt oA je quittais l'Amérique, m parlait buocoup des 
bons effets obtenus, dans le traiiemenl de la lèpre, de l'emploi du 
jfwino i l'extérieur et i l'intérieur; J'Ignore quel a été le résultat 
ifes esMls BBbséquenis. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TARI] A. 195 

lèpre. L'aspect de sa physionomie laissait peu de 
doutes à cet égard. Mais la guérisoD qu'il avait ob- 
tËDue était-elle radicale? O'est ce que le temps doit 
démontrer. Toujours est-il que lorsque l'on sut que 
l'un des habitants du Lazaretto n'avait pas, ou n'avait 
plus la lèpre , le préfet se hâta de l'en faire sortir, 
et de lettafe examiner par des experts, qui dëclarè- 
feot à l'unanimité qu'il n'avait rien. 

On peut se figurer la joie de ce jeune homme en 
fecouvrant aussi inopinément une liberté qu'il croyait 
perdue à tout jamais; j'eus un moment la crainte 
qu'il n'eût l'idée de se jeter à riion cou pour m'era- 
Imisser, mais il se contint. ïl partit le même jour pour 
San-Lorenzo où demeurait sa femflle, et je n'en 
entendis plus parler. 



i,Googlc — 



CHAPITRE XIV. 
TAHUA (suite). 

Au carnaval avait auccédé le carême; la vdix des 
pieux enEaols de Sainl-François'Be fit «nteadre de 
nouveau, et, pendant quarante jours, il ne fut plus 
qoestiofi que de sermons. La population entière se 
mit à la diète la plus sévère , et ne sembla plus se. 
complaire qu*a la messe. Singulier contraste avec ce 
qu'elle croit pouvoir se permettre durant le reste de 
l'année! Les pluies, pendant ce temps, avaient con- 
tinué; je me trouvai, en conséquence, dans la néces- 
sité d'abandonner pour le momrait toute idée d'ex- 
cursioDS botaniques ; celles-ci n'auraient pu se faire, 
au reste , que dans des points assez éloignés de la 
ville , car les environs immédiats sont presque corn* 
plétemenl dénués de végétation. Il n'en était pas de 
même de la recherche des ossem^ls fossiles , qui 
était pour beaucoup, comme je crois l'avoir dit, dans 
la détermination que j'avais prise do visiter cette 
partie de la Bolivie. Les pluies, loin d'être un obsta- 
cle aux fouilles que j'avais eu l'idée d'entrq)rendre 
pour déterrer quelques uns de ces restes curieux, 
m'étaient, au contraire, du plus grand secours, en 
me fournissant un moyen facile d'ouvrir des tranchées 
dont je n'aurais pu venir à bout en toute autre aaisoa 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TAItlH. iWl 

qu'avec des frais très considérables. Dans quelques 
parties des enviroos, et notammeut du côté de SidU- 
Ana, à ^es^sud-e8t de la ville, on trouve de ces fos- 
siles à la surface ntême dti sol ; mais la plupart M 
rencontrent à une distance plus ou moins grande aa^ ' 
dessous de sa surface, dans le sein de ces boues so- 
lides dont il a àé^ été question, fls sont souvent en- 
veloppés dans une couche de caîHonx roulés; et 
parfofs quelques ans de ceux-ci sent unis à leur sub* 
staoce d'une nianière presque indissoluble. Les os- 
sements sont d'ailleurs presque toujours iselés, et il 
est extrêmement rare d'en rencontrer de parlbit»- 
ment entiers. I! est évident d'après ces circonstances 
qu'ils ont été amenés dans la vallée de Tarija , d'une 
(fistance plus ou moins considérable, et que les ani- 
maux auxquels ils ont appartenu n'en étaient pas ori- 
ginaires; qu'en outre, les courants qui les ont amenés 
étaient mus avec une violence peu commune. 

Lorsque j'entendis pour la première fois paiitr 
de ces fossiles , ce fat sous le nom de Auems de fi- 
gante (os do géants). On sait que quelques parties 
du squelette de grands animaux , et surtout des Élé- 
phants et des Mastodontes, ont été jplus d'une fois pm 
pour des 08 d'hommes d'une race particulière; il n'est 
donc pas surprenant que ta même fable ait em omhi 
au sujet des fossiles de Tarija. Je savais que ceux-ci 
devaient être attribués à une espèce de MattoéWf 
et je ne pensais pas qu'on mit beaucoup d'héska- 
tûm à admettre la même opinion. Il n'en fut cejpen- 



t,Goo(^lc— 



«Uairiefi. Je itovnaixatam Vidéo, que oes oss^meau 
i^i«at appartenu à des hoounes , teUeioâat enra- 
cùkéeehe» lesmoioas fruKHBcainSf qu'il» m'aoc«8è> 
•wt de naoquâr de foi d^Qi les Écritures saiiit«i , 
ptfOtfdpM je BW refusais, à crare qu'il y e4t eu des 
beouneft de taille k avmr des fàmuïs de U«&to^ 
dwt*. Ue croyaiolit devoir ea conchire que je niais 
l'exiefawce de Goliath. H me réùguai alors à ne 
plus parler que de géai^. Or, voici ce qui arriva ; 
J'avais la réputation de pcwséder on merveilleux .se^ 
cret pour guérir les fièvres iutwDjittentes (1), et ua 
QUHiM du couveut vint ua jour me cltercher pour 
gu^ir un de se» frères attaqué de celte maladie. 
i^ais &it transporter le matin même chez mei une 
w^eriie i^fwse de Mastodonte, qimj'étaisen^D par- 
venu à découvrir avec sa pointe entière. Celte dé" 
inwe, qui était presque droite, n'avait paa moins de 
2 mètres de longueur, et elle était éteiidue.w tfavers 
de U dmnbre ; de sorte que lorsque le naeioa entra 
<^M ra<H, ce fat la première (^se qu'il vit. « Qu'est- 
caque vous avefi douclà?» me dit-il. — «Monpère>» 
répoodifi-je, «c'^t une dent de géant. » 

Attcuoe desporsoDoes que j'avais connaes à Ta- 
a:qa n'avait vu une de ces défenses dws son inté- 
grité; et les morceaux que l'on déterrait de temps à 



[1] Mon secret était toai sEoipleineDl d'administrer le salfale de 
quinine à doses convenables, et non à doses bomœopatliiquea, comme 
Û /abalent les médecins dti pBjs. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



autre étaieût génécaJemeDt pris poor 1m ÊragmeoU 
. dfl quelque os des jambes {canilias) du géant. 

Cependant à l'échantillon qui gisait dana fiia efaan^ 
bre, il n'y avait pas m&y«i de se tromper ; auesi j« 
pense que l'hypothèse, que le géant qoi portait des 
cwïinés {colmitlos) de cette dimensini pouvait t«en 
^re une bote à quatre pattes, trouva, en ce momeat, 
grâce devant mon inteïlocuteur. 

« C'estbien singulier, » continua le moine. « Ëtcom- 
ment supposez-vous que cette race s'est éteinte? » 
Je répondis que je pensais qu'elle avait élé noyée. 
« C'est juste, » dit-il, «dans le déluge I "■ — «Alors, 
mon père, dans votre opinion, l'arche de Noé n'était 
|Hts assez grande pour contenir une paire de ces créa- 
tures?» Le ^a3/ecMiTint,c6ttefoi8,qu'ils'était trompé. 

J'ai dit que ce n'était pas seulement à Tarija que les 
restes lossites du Mastodonte avaient été pris pour 
dasossements humains. L'histoiredesprétendus 06 de 
Teutobûohw, roi des Gmlwes, découverts dans le Dau- 
pbiiié en 1613, sont là pour le prouver. Il y a pr^ 
dç Bogota, nous dit M. de Humboldt, un champ tout ' 
rempli d'ossements de Mastodontes, et qui porte par 
cette raison le nwn de Campo dos gigantes (Champ 
des géants). Des contes semblables ont couru au su- 
jet du Mastodonte de l'Ohio. Quant aux géants fossiles 
du plateau mexicain, ce sont de véritables Ëlé^ante. 

Je ferai remarquer ici que ce qui peut avoir con- 
tribué à soutenir l'idée que les ossements de Tarija 
ont réellement appartenu à des hommes, c'est un^ 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



300 ' l'ARIJA. 

tradilioD rapportée par plusieurs anciens historiens 
da Pérou, d'après laquelle il aurait existé, dans des 
temps très reculés, une race de géants sur les con- 
fins du grand désert d'Atacama. Je dirai plus : j'ai 
rencontré dans les relations des jésuites du Paraguay 
an récit qui, s'il était véridique, prouverait qu'il a 
existé des géants à une époque très rapprochée de la 
ndtre. Voici, par exemple, ce que dit à ce sujet te 
Père Osorio, dans une lettre qu'il adressait, du 
Cfaaco, à un missionnaire du Paraguay (1) : 

a J'ai trouvé (dans le Chaco) une nation dont le 
» langage est si beau, qu'il ne cède quasi rien, en 
» politesse et en beauté, au latin ; il est encore si 
» riche qu'il a quatre mots pour exprimer le nom de 
» Dieu ; ce peuple se tient pour le plus généreux et 
» le plus civil de toutes ces contrées ; il est d'une 
» stature qu'à peine puis-ie, le bras estendu, tou- 
» cher leurs testes. Leur naturel est doux , toutes 
» fois l'esprit vif, etprennent goust incroyableà tout 
» ce qu'on leur monstre d'Europe; leur rivière, belle 
» et fort large, se nommo Taricha. » 



(1) Voyez le litre intitulé : Relaiian des insignes progrez de la re- 
ligion cbrestienne faits au Paraguai, proulDce de l'Amérique méri- 
dionale, et dana les Tasies régions du Guair et d'Urusig noauellement 
dtoniTertes par les Pères de U compagnie de Jésus, les tnaëes 16JS 
el 1627, envoyée aa R. P. Muiis Vile tesci, Général de la mfme com- 
p^ple, parle R. P. Dvrau, proulnclal en la proaloce du Paraguai. 
— Trad. do lalln par un PËre de la mdine compagnie. — Paris, 
|I,UC.KXXV11L 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Beaucoup objecteront, sans doute, qu'il y a bieii 
loin de la taille des géants' du père Osorio à celle des 
hommes, dont le corps aurait eu pour charpente les 
monstrueux ossements des alluvions de Tarija ; mais 
à cela les habitants actuels ont toujours une réponse 
prête: c'est que les os ont subi une certaine crois- 
sance depuis qu'ils sont enfouis dans le sol (1). Il 
me semble qu'avec cet argument on pourrait facile- 
mwit arriver à prouver que les os de Mastodonte 
ont appartenu à des nains. Il suffirait, en e^t, pour 



(1) Cette opinion est soutenue, dans les termes snivanl?,. daDS on 
ouvrage qui a pour titre : Tetegrafo mercantit M Ko de la l'tatti, 
par D. Francisco ADlooio Cabdio, I. IV, p. 281. 

» Le sol de la ville de Tarija a la lerta de faire crotire les os pulre 
u mesure. SI un cadavre de taille mofeniie est enterré, et qu'on 
■ vienne à le retirer au bout de quelque temps, on rencontre les oa 
»«icessiTement grandis; circonstance qui a fait penser quil t Bvafl 

» des gJBDb dans ce pays. Hais les faits ayant <t^ ex>- 

» minés par des liommes capables, il est resté bien di!|iioniré qu'U 
I» n'r a jamais eu de gëauts de ce cdié, et que U grandeur d^s os 

> profieni de ce que la ttrre a la propriété secrète de les allonger «t 

> de les grosdr, tint que leur trame contfnàe à exister; dès que 
» celle-d se détrall, la terre n'ayani plus sur quoi travailler, les osse- 
u menis se réduisent en poussière, i> 

Pedro de Angelis, qui cite également ce passage daui le siiième 
volume de sa précieuse Colleceion de docvmentot, &lt mention, i ce 
sujet, de la découverte d'un immense squelette, A l'exbnnailon du- 
quel aurait élé présent le générai O'Gonor, alors ct^neL Je profita- 
rai de l'occasion pour dire que le général m'a assuré n'avoir jamais 
vu, durant son séjour à Tarija, de squeteltes proprement dits, mais 
slm^eiDent des os isolés. Ce que lui et d'antres avaient pris pour tels 



t,Goo(^lc 



a02 TARIU. 

cela, de Mre uae part sui'&saDle au tempe et ftux 
propriétés nutritives du sol. 

Les buesos de gigante ont, à Tarija, la réputatioD 
de porter bonheur aux maiaoDs daos lesquelles on les 
conserve^ il m'est souvent arrivé 4e rencontrer, dans 
le coin d'une salle, des. fragments de tibia ou de fé- 
mur dont je n'ai pu, par aucune prière, me roidre 
maitre : c'étaient pour ainsi dire les dieux pénales de 
l'hâbitatioB. D'après cda, on comprend que ces objets 
devaientdtre bien connus de tous les habitants, et qua 
je ne devais pas avoir beaucoup de peine à rencontrer 
des gens qui m'aidassent dans mes recherches. Dès 
que l'on sut que j'attachais du prix aux ossements, 
une foule d'individus se mirent à leur recherche, 
et il ne se passa guère de semaine que l'on ne m'ap- 
portât, de divers côtés, la nouvelle de quelque dé- 
couverte importante. Je ne tardai pas aussi à m'aper- 
cevoir que ce n'étaient pas seulement des Masto- 
dontes dont les ruines peuplaient les alhivions de 
la vallée; et j'engageai mes hommes à diriger leur 
attention sur les plus petits os qu'ils rencontreraient, 
tout comme sur les plus gros. Je tis moi-môme beau- 



n'avait jamais éié autre chose que la rëunion accidentelle de qiKl- 
qma os qn'tm oe pouvait mf me pas certifier avoir apparlenn au même 
indiTtda. II suffit de lire la description de l'exhumatlMi citée par 
Angelts, dans le Voyage de sir E, Temple, pour Stre convaincu que, 
dans ce cas, il en était de même que dan.s les autres. J'ai eudeuom- 
breuses occasions d'examiner le fait , et toujours les clioses se sont 
présentées comme je l'at annoncé. 



t,Goo(^lc 



TiRiM. aM 

coup <k fou^M daas jle oaéne but, et je Ais assez 
heot^ix pour découvrir, duraot les quatre ou cmq 
nms que dura mon séjour à Tarija, les restes de prit 
de qohue Himmifères. Parmi eux, je dois citer en 
premier lieu, après \eMastodon HumboldUi, plusiears 
de cesfiwiwtnieux édentés dont M. Owen a Mt ces- 
Bàltre dans c«6 derniers temps quelques grairea si 
iMKtrqoabtas, et dont le corps était généralement 
reeouTert d'une cuirîuïse osBoaie, comme celui des 
Tat08S de notre époque. > Une des retiques les plus 
carieuses que j'aie rapportées, de ces animaux sin- 
guliers, est une tête entière de Scelidotherium tepto- 
tephatum . Je rencontrai aussi quelques os et des dents 
da Megatherium, héte dont la taille était sup^ieare 
à celte des plus grand» lUiinocéros ; des fragments 
d'âne cuirasse de Glyptodon?; enfin une pertion de 
tête d'an petit Tatou, très voisin de l'un de ceux q«î 
se rancontrent actaetlemeat en Amérique. 

Les Ruminants étaient abondamment représoitAe 
dans le dépôt. A côté de plusieurs grands Ceris, je 
citerai ici le curieux Macrauchetâa pataehonica de 
Owen, que Darwin, l'intelligent naturaliste duBeagle, 
découvrit le premier, à l'antre extrémité de^a répu- 
Uique de la Piata. Cet animal avait la taille du Cha- 
meau. 

En tait de Rongeurs, je ne trouvai qu'un Cabiai 
qui, à en juger par les fragments de sa mâchoire, 
êeulfi vestige que j'en rencontrai, devait être as^z 
voisin du Cainvara de nos jours. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



204 TA BU A. 

Les Solipèdés avaient pour représentant une supeiiie 
espèce de Cheval, plus grande apparemment que la 
n6tre, et particulièrement remarquable par la lon- 
gueur de sa mâchoire, et le grand intervalle qui existe 
entre ses dents inciHTesjet la première molaire. 
Peut-être cette espèce est-elle ta même que c«Ue 
dont Darwin a rapporté une dent, mais à laquelle 
H. Owen n'a pas cru devoir appliquer encwe de nom 
spécifique. Comme personne, d'un autre c(tté, n'a 
songé àéndoniier un à la mienne, je proposerai, en 
mè fondant sur le caraet^e que j'ai signalé, de l'ap- 
peler Equus macrognathits. 

Enfin, pour clore la liste de ines découvertes patéon- 
tologiques, je dirai que M. Laurillard a récemment 
reconnu, dans ma collection, des os tarsiens qu'il 
rapporte au genre Ours. Ce serait le seul Camasner 
qui aurait existé au-milieu de tant de phytovores. 

Quel était l'aspect du pays qui nourrissait ces 
, grands quadrupèdes, et où était-il situé? — Cela 
n'est pas facile à dire. — Cepeadant, je te ré- 
pèle, l'isolement presque constant (1) des fragments 
de squelettes que j'ai dl)servés, l'état incomplet dans 
lequel la grande généralité des ois«nents se pré- 
sente, leur distribution déswdonnée au sein d'une 



(1) Le Scolidotherivm Beal m'a présenté nue excepUon à celle 
règle, puisque j'ai irouïS la colonne »ertébraie presque Intacte 1 côlé 
da crSne- It est asseï CBrieiix qne cet aaimal soit aussi le «enl dMt 
M. Darwin ait rencontré le ifucletle CJiUer. 



t,Goo(^lc 



TAAUA. M5 

TB&sse d'alluviofts assez liéiérc^nc , enfin tes nom- 
breux eailloux roulés au milieu desquels ils se tfoa- 
vQDt, portent à croire que ces débris oat été char- 
riés d'une certaine distance, et qu'ils ont été déposés 
par les eaux à leur passage dans la vallée, grâce, 
sans doute, à un ralentissement considérable de leur 
courant. Ce que j'ai ditde la con^ration géolt^que 
du snd de la Bolivie pourrait peut-élre aider à 
élargir davantage le djapip de cette hypothèse. 
Mais, pour se prononcer sur un sujet aussi délicat, il 
fendrait d'abord étendre à d'autres parties de la lé- 
gion les recherches que j'ai feites à Tarija. 11 serait 
difBcilede comprendre que des ossements d'un tel vo- 
lume fussent venus de loin, sass qu'il en fût resté 
aittsi des traces en chemin. Ce qui semble prouver que 
qu^ques uni au moins des animaux dont je parle ont 
vécu à une bien plus grande élévation que la vallée de 
Tarija, o'est que des restes analogues se rencontrent, 
près de Bogota, à une hauteur de 2,660 mètres au- 
dessus du niveaa de la mer ; et M. Pentlïnd m'a as- 
suré avoir vu, dans la cûllectiçm de Indaburu , à la 
P^, des dents de Mastodonte trouvées dans une des 
Ues du lac de Titicaca, c'mt-à-dire, à use élévïttion de 
plus de 4-,000 mètres. 

Une autre question qui ne me paraît pas résolue, 
est celle de savoir si quelques uns des ossements da 
alluvions de Tarija et des Pampas n'étaient pas d^ 
plus ou moins fossiles avant d'y Être apportés. Ce qui 
me porte à soulerer cette hypothèse, c|est qu'il in'a 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



S96 TARUA. 

seœl^ que les différences que l'on remarque dans 
ht nature du sd de ces altuvions ne sont pas sqIH- 
gautes pour expliquer les variétés de pélrltication 
que l'on constate dans les os qui y sont enfouis. Si 
cette supposition venait k se yérifier, ne pourrail-<m 
pas en inférer, jusqu'à un certain point, que les 
espèces dont on trouve les squelettes entiers ont 
vécu à une autre époque géologique , plus rappro- 
chée de la nMre, que cdles dont les ossements sont 
épars? 

Je désirais beaucoup me procurer une tête entière 
du Géant, et j'ofMs une récompense à cehri qui, le 
premier, en découvrirait une. Cette promesse porta 
bientôt ses fruits, car quinze jours ne s'étaient pas 
écoulés que l'on vint me chercher pour me foire voir 
l'objet de mes souhaits ; mais cette tête n'était pas très 
entière, et la pétriication y était tellement prononcée, 
qu'il lallut six hommes pour la transporter à mon 
dranicUe, opération d'autant plus difficile qu'il ftitlait, 
pour y arriver, traverser la rivière. Je vîsbientét qu'il 
me serak impossible de conduire ce bloe jusqu'à 
Paris, et j'offris une plus forte récompense pour une 
tète j^us parfaite ; mais il se passa longtemps avant 
qu'on en retrouvât une seconde. On y réussit néan- 
moms, et, un jour, à la suite d'une pluie torren- 
tielle qui avait ouvert, dans la vallée, plusieurs nou- 
velles tranchées, on vint me prévenir que des dents 
s'étaient nionifées sur les parois de l'une d'elles dont 
la profondeur n'était pas de moins de 12 à 15 mètres. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TABIJA. 2Ô7 

Je Us aussitAl creuscv do haut en bas, afin de mettre 
toute la pièce à découvert, et j'eus la satisfaction de 
trouver une lête dans un état de conservation par- 
feite. Cela ne dura malheureusement pas longtemps. 
Pour la retirer de la petite terrasse où elle se trou- 
vait, il fallut la monter avec des cordes, et, en disant 
cette opération, la partie poslérieu/e se détacha' et 
alla se briser au fond de la ravine ; la partie anté- 
rieure, qui comprenait la mâchoire supérieure, fut 
amenée sans accident. Je me consolai de celte perte 
par la pensée que, quand même j'eusse réussi à pla- 
cer le morceau chez moi, sans le briser, il m'aurait 
été impossible, avec les moyens que j'avais à ma dis- 
position, de le porter plus loin, à cause dé son im- 
mense poids. 

Des occupations du genre de celles dont je viens 
de parler m'eurent bientôt mené, à travers la triste 
époque du carême, jusqu'à la semaine de Pâques. 
Tarija, redevenant alors lui-môme, changea encore 
tout à fait d'aspect. Il y eut une sorte de seconde 
édition de la semaine du carnaval, avec ses bals, ses 
festins et ses chants appropriés à la circonstance. Les 
gens du peuple, ou ckolos, se ftibriquent pour cette 
occasion de tout petits violons , avec lesquels on les 
voit arpenter les rues et les campagnes par grandes 
troupes , en chantant à tue-téte un air de Pâques 
qu'ils accompagnent sur leurs glapissants instru- 
ments. 

Une seule setoe m'intéressa véritablement au m\- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



208 _ TAItlJA. 

lieu de lout ce mouvement : ce fut la procession qui 
eut lieu le dimanche de Pâques. La nuit précédente, 
la dernière du carême, avait été passée à veiller, en 
attendant l'heure de minuit où Ton mangea du 
rôti de bœuf , plat consacré pour cette partie de 
la iétë. 

Dès la première apparition de l'aurore , on c^ébra 
dans la cathédrale une grande messe , et , aussitôt 
après, la procession se mit en marche, ayant en tête 
le clergé richement costumé. 

Sur le trajet que devait parcourir la sainte file, on 
avait élevé pendant la nuit, de loin en loin, des au- 
tels devant chacun desquels on faisait une balte, 
comme cela se pratique à la Fête-Dieu dansles vil. 
• lages de France. Toutes les rues étaient garnies d'une 
longue série d'arcs de verdure de l'aspect le plus 
élégant : c'étaient de longues et minces cannes revê- 
tues, dans toute leur étendue, de gerbes de feuilles 
assez semblables à celles d'un Lis géant. La grande 
place était complètement entourée de ces légers ber-, 
ceauK, et, vue au clair de ta lune , cite présentait un 
tableau des plus frappants. Lorsque le premier rayon 
de soleil vint éclairer ta scène, et lout ce peuple 
agenouillé sur le passage de la brillante image, on 
pouvait se croire au milieu d'un songe. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE XV. 
TARijà (suite). 

Dans les premiers jours de mai , la nouvelle se ré- 
pandit tout à coup que le président de la républi- 
que, le général Ballivian, allait visiter Tarija. Il n'en 
fallut pas davantage pourvoir se dissiper la léthai^e 
dans laquelle on commençait à tomber à la suite des 
émotions de" Pâques. Son Excellence avait, d'après 
les premiers dires, quitté Ghuquisaca vers la fin du 
carême; puis de nouveaux avis firent croire que 
le départ ne s'effectuerait que cinq , dix ou quinee 
jours plustard, et l'on ne sut en définitive, la vérité, 
que lorsqu'il était sur le point d'entrer dans la pro- 
vince mômede Tarija. Toujoursest'ilque,dè8rarrivée 
des premières nouvelles, la police se mit en campagne 
afin de disposer la ville à recevoir digoecnent i'ilhis- 
tre vainqueur d'Ingabi {!). La plupart des rues 
furent repavées, et tous les babitants reçurent l'ordre 
de blancbir sans délai leurs maisons ; de sorte qu'en 



(1) La balailie d'Ingabi (ul livrée dans les eavlrons de la Pas, 
pendani l'espace d'anarchie qai succéda 1 la reiraite du président 
Vela<:co. L'armée bolivienne, composée à<^ 3,800 hommes sous les 
ordres de BaltlTlan, y déùi 6,(H0 PéniTleos. Le président Gunaita 
qui les commandiil y perdii la île. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



SIO TA.&I1A. 

peu de jours Tâdj^ perdit son aspect boueux et som- 
bre, pour revêtir ub habit de noce. La meilleure des 
habitatioos Fut choisie pour en faire un palais. On 
construisit un théâtre dans la cour du marché, et 
l'on envoya quérir à la frontière des taureaux in- 
domptés pour le grand combat qui devait avoir lieu 
anr la place de la ville. Enûn, il se forma immédiate- 
ment daD8> diverses parties de la ville des écoles de 
danse, où se répétaient, tous les soirs, les figures qui 
plaisaient le pins à Son Excellence, et, en particulier, 
les quadrilles, jusqu'alors inconnus à Tarija. Puis on 
envoya sans retard des exprès à Potosi et autres lieux 
pour en Êiire venir, dans le plus court délai, des li- 
queurs, des bonbons et toutes sortes de friandises, 
sans en excepter de la glace, qui n'était pas la chose 
la plus focile à rencontrer. Le 14 mai, nous sûmes 
que le grand visiteur devait entrer dans la vallée de 
Tarija le jour suivant, et, d'un commun accord, tous 
les principaux habitants montèrent à cheval pour al- 
ler à sa rencontre. J'avais pour mon compte une 
grande curiosité de voir celui qui avait la réputation 
d'être le plus bel homme de la Bolivie. Nous le joi- 
gnîmes après un galop de quatre lieues et demie, qui 
nous mena au pied de la Cuesta de Calama. Chemin 
faisant, nous passâmes un bataillon d'infanterie qui 
avait mérité , me dit-on , la désignation de bataillon 
d'Ingabi, pour avoir devancé tous, les autres dans 
cette rencontre. Ces hommes avaient l'air vraiment 
martial. Le président était entouré d'un cortège 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TAItlM. âll 

-d'aidea de éamp que précédaient deux cuirassiers, 
ses seuls gardes. Il portait iln poncho dfi soie rouge 
qui dissimulait parfaitement un léger excès d'etn- 
bonpoiDt, seuldétaut que je lui trouvai. 

A San-Lorenzo, Il fut reçu parle curé, qui lui 
avait préparé une collation à laquelle tout le monde 
prit part. Le général O'Conor choisit cette occa- 
sion pour me présenter à lui ; mais , au milieu de la 
presse, je pus k peine lui dire un mot. Le repas fini, 
nousreprlmes le chemin de la ville , en laissant seul 
le-président qui ne devait entrer à Tarija que le len- 
demain. Pendant le trajet, je lis la connaissance du 
ministre Galvimonte , homme d'instruction et do 
beaucoup de sagacité. Los nouveaux venus furent 
pUcés danâles meilleures habitations de la ville, et 
l'on profita de la musique qui accompagnaitlebalail- 
londingabi pour dansertoute la nuit. 

Le 15, nous sortîmes encore de nos murs ; mais 
nous n'eûmes, cette fois, qu'un petit quart de lieue 
àftiirepour rencontrer le cortège. Le président était 
en grand uniforme, et il me parut moins bien ainsi, 
qu'avec son joli poncho , qui cachait son obésité. À 
l'entrée de la yille se trouvaient deux colonnes blan- 
ches sur lesquelles on avait inscrit deux versets qui 
ttonlaient tes louanges de l'astre d'Ingabi, mais, je 
dois le dire, d'ane manière un peu obscure. 

A partir de là, ce ne fut qu'une suite non inter- 
rompue d'arcs de triomphe de toutes les formes ima- 
: tes uns modestement construits en ifeuil- 



,,-,-,ih,Googlc 



S)2 TARUA. 

laffe , les aulres plus somptueux, ornés de gaze et de 
nibaos. Une longue ligne de gardée nationaux garnis- 
sait chaque côté des rues , et toutes les portes et 
toutes les fenêtres étaient occupées par les représen- 
tantes du beau sexe de Tarija. Au laoment où le gé- 
néral passait devant elles, elles disaient pleuvoir sur 
lui des poignées de fleurs, en les accompagnant de 
cris d'enthousiasme. 

Le 16, après avoir assisté à la messe, le président, 
s'étant trouvé indisposé, fut obligé de se retirer, au 
moment ou les députations des diverses corporations 
de la ville se présentaient pour lui adresser des dis- 
cours. Mais il y eut un speech qu'il ne put se dispenser 
d'écouter, car il lui fut feit dans la chaire même, im- 
médiatement après l'office divin. Dans ce rare mor- 
c«iu d'éloquence (cause assez probable de l'iodispo- 
sitioa du président] , l'orateur, qui était un moine 
franciscain , n'hésita pas à comparer le vainqueur 
d'ingabi à Moïse délivrant les Israélites du joug, à 
Numa Pompilius, à Alexandre le Grand , à César, et 
àje ne sais plus qui encore; il le doiwa enfin comme 
modèle de toutes les vertus publiques et privées. 

Le jour suivant avait été désigné pour le premier 
combat de taureaux. La ^ande fA&ce avait été barri- 
cadée, à cet effet, de manière à représenter un im- 
' mense cirque, où caracolaient une trentaine de jeunes 
gens et d'officiers prêts à courir sus au premier com- 
battant qui se présenterait dans l'artoe. 

Le premier étage du palais de justice {cMid»), 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



qui occupait ud des côtés du carré, t'ai de bonne 
heure rempli de spectateurs. Le présideet tui-misH 
vint bieûtdt y prendre place , pendant que le peuple 
se pressait à l'eDvi en dehorâ des barrières, et gar- 
nissait toutes les mes qui abouti&saieat k la scèw 
d'action, et les lenélres et les toits des Htaisoios qui 
avaient vue sur elle. 

Le s^oal fut donné. Une nuée de poussière s'éleva 
du cété de la cour où se trouvaient enfermés les tau- 
reaux ; un instant «près, deux cornw oiMuçantes pa- 
rurent au guichet qui s'ouvrait sur ]» plaoe. Il y a«t 
un moment d'anxiété; les cayaliers les plus voiaiiiB 
avaient d^à tourné la tète de leurs cfaevauiLpeur ^ 
gner le c6té opposé du cirque, lorsq[ue les eomes dis- 
parurent. Un autre nuage de poussière s'éleva biea- 
tdt, accompagné de cris, et de l'apparition d'autres 
cornes qui disparurent comme les premières, pwr 
reparaître encore et s' effacer de nouveau. Notts ap« 
primes alors que l'ëhelos oà se bwivaîeut les tau- 
reaux avait été si artistement disposé , qu'il était 
comptétement impossible de les en foire sortir, mon 
y feire quelques changements. Pcmr nous dédomma- 
ger de ce contre-temps , un peloton de la garde nt- 
tii^iale exécuta une série de maïKBUvrei de fantaisie 
avec une justesse qui faisait son éloge ; ^rès q«ai on 
se retira. 

Le sur, quelques jeunes gens de la ville jmièrent 
avec assez d'ensemble, sur le théâtre qu'on avait im- 
provisé daiis la cour du marché, une coKédio en cinq 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



ti4 TJUtUA. 

aot«s>. appelée Et Hetin^ente hmraâo. Dans un des 
w(r^icte«, mon ami, le docteur Cainzo, %l au prési- 
d«Bt une allocution qui devait être suivie d'une ptuie 
de fleurs ; ces fleurs étaient contenues provisoirement 
dus une grande boule suspendue au-dessus du 
trl^e ; DMtii à peine le poids du général se fut-il l^it 
sentir quelques minutes sur la trop faible plate-fbrmc, 
que les planches cFaqnèrent, et que fauteuil et occu- 
psftt feîllirent être engloutis. Cet accident ayant em- 
pédié qae la boule se trouvât ^i rapport suffisant 
avec son objet, elle resta close. 

LelS,ilyeut un nouveau combat de taureaux; mais 
il ne -valut- guère mieux que celui qui avait déjà eu 
lieu. On réussit toutefois à faire sortir un des ani- 
BUiux de l'enclos. Le« cavaliers prirent aussitôt la 
fuite vers le cMé opposé de la place. Le pauvre tau- 
BMtt bondiseait de douleur, en se sentant brûlé de 
toutes parts par les pétards et les toiles enflammées 
qu'onlui avait allumées sur te dos, et il chercha de tous 
cétés quelqu'un sur qui il pût «e venger ; mais per- 
•aone ne se présenta. Voyant enfin qu'il n'avait pas 
les moyens d'amuser tant de monde , étant tout 
BUil au milieu de cette place , il prît le parti de 
s'«aliùr par une des barrières qu'imprudemment on 
avait-laisBée ouverte. 

La troupe de ligne, amenée de Chuquisaca, fit en- 
suite une série de manœuvres dans le genre de celles 
exécutées par la garde nationale de la ville, mais 
avec encore plus d'habileté, et au seul son du clairon. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TÀBUA. SI 5 

ËnâD, un Baltimbanque, dont l'af^reil avait été 
établi devant te caUldo , se mit en devdr de nom 
montrer son adresse sur la corde roide ; maii 1« rs> 
tour du taureau lugitif vint tout à coup mettre &i à 
ses élans, et la séance fut levée. 

-Sans l'après-midi, j'eus une audience du présideatr 
et je n'eus qu'à me louer de la manière presque ami- 
cale avec laquelle il me reçut, ie ne trouvai pas dans 
le général Ballivian un homme de grand génie, mais 
il me parut être doué de beaucoup de sens commun.- 
On le disait très brave et commandant habile. 

Ayant appris que j'avais formé le projet de tenter 
la traversée du Gran-Chaco, de manière à gagner le 
Paraguay, en suivant par terre l'une des rives du 
Pilcomayo, Son Excellence voulut bien m'o^ir de um 
donner tous les secours nécessaires à cette explora- 
tion, comprenant qu'elle pouvait devenir de la pim 
grande importance pour la Bolivie, à laquelle, en oaf 
de réussite, elle ouvrirait une communication directe 
avec l'est du continent , l'Atlantique, et, par suite, 
l'Europe (1). Je comptais, après un court séjour an 
Paraguay, essayer d'effectuer mon retour par le ri* 
Bermejo. 

Mais pour traverser avec une certaine sécurité cm 
régions presque inconnues et habitées par des bw^et 



(1) Je reviendrai, plus loin, sur celte question dont le (çou- 
vernement du général Balllvlao s'élail déjï occupé d'une mtnlère 
Ion te spédcile. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc ■ 



216 TAitiJA. 

bôsliles, il était nécessaire d'entrer d'abord en com- 
munication avec ses habitants, et d'obtenir d'eux des 
goides et une sorte de sauf-conduit-, au besoin même 
une garde. Par ce moyen, an petit nombre d'hommes 
arriverait à faire ce que des troupes considérables 
essaieraient peut être en vain d'e^ectuer. Jeproposai 
donc de feire,aus8ltdtaprèsledépartdeSon Excellen- 
ce, une excursion préparatoire , qui devait avoir pour 
but de mo rendre favorables les chefs des tribus du 
Qiaco, et d'aller aussitôt à, Chuquisaca en rendre 
compte au gouvernement. Le président m'ayant , 
là-desBUS, renouvelé encore les mêmes offres de se- 
cours, je pris congé de lui. 

Le 19, il y eut un troisième combat de taureaux , 
auquel je n'assistai pas , n'ayant été que médiocre- 
ment satisfait des deux précédents. Je dédommagerai 
mes lecteurs de cette lacune par la reproduction 
d'une page de mon journal , qui contient le récit d'un 
combat de taureaux dont je fus témoin à Sanla-Gruz 
de la Sierra; il eut lieu quelques jours, avant mon 
départ de cette ville, lors de l'anniversaire de la la- 
meuse bataille d'Ingabi. Cette description complétera 
les idées que l'on doit avoir sur les jeux de taureaux 
actuellement en usage en Bolivie. J'ajouterai qu'il 
n'y a plus nulle part en Amérique de véritables com- 
bats de taureaux, si ce n'est à Lima, où il existe un 
cirque destiné spécialement à cet usage , avec des 
toreadores exercés, des picadores, des chuachillos, 
des matadores, et tout ce qui s'ensuit. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



ÏAHIJA. -217 

Voici mon extrait : ■ ' 

.... Je me faisais d'avance une fête du spectacle 
qui se préparait pour l'après-midi, et qui n'était rren 
moins qu'un combat ou course de taureaux. On avait 
Converti, à cet effet, la place de la Préfecture en une 
grande arène, en en bouchant toutes les issues, et on 
barricadant, aussi parfaitenrtent que possible, les 
points les plus vulnérables des habitations, où étaient 
préparés, sous les varandas, des sièges pour de nom- 
breux spectateurs. J^e peuple se pressait, avide, au- 
tour du théâtre ; mais personne ne pouvait l'être plus 
que moi. 

A un signal donné, une barrière tombe, et un tau- 
reau se précipite. Au même instant, un pétard prend 
feu entre ses jambes, et le feit bondir en avant. Je 
crus qu'il allait éventrer quelqu'un des curieux qui 
occupaient, à cheval, le milieu de la place; mais ceux- 
ci mirent aussitôt leurs chevaux au galop et gagnè- 
rent le bord Imposé du cirque; le taureau, de son 
côté, ayant rencontré, chemin faisant, un point où 
l'herbe lui parut appétissante, se mit à la brouter, et 
ce fut à grand'peine qu'un homme, à habit bigarré, en 
agitant devantcetanima! un morceaudetoile rose, finit 
apparemment par le convaincre qu'il n'était pas là 
pour manger; toujoiirs est-il qu'il cessa de brouter, 
et quelques nouveaux pétards venant à l'aide du 
chunchiUo, le taureau partit à toutes jambes pour 
gagner l'autre extrémité de l'arène, les cavaliers 
fuyant devant lui, et le chunchillo courant derrière, 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



âl8 TARDA. 

av^ son mouchoir rose, qu'il a^tait alors ioaUle- 
oient. Il me semblait alors que c'était le taureau qui 
s'amtisait à foire la chasse aux hommes. Après deux 
ou trois passages de ce genre, la pauvre bâte, Q*«n 
pouvant plus, fut menée, la corde au cou, devant la 
siège du préfet. Là, on lui jeta, sous le nez, des 
morceaux de sucre, que les enfants allaient ramasser. 
Le taureau tes laissait taire avec la plus grande 
bonhomie. 

Plusieurs autres taureaux furent successivement 
lancés dans le cirque, à la suite de celui-ci, et j'as- 
sistai à leurs ébats avec un intérêt toujours croissant. 
U y eut quelque mieux sous le rapport de la férocité 
de ces animaux; le second, surtout, après avoir 
sauté par-dessus une batterie de pétards, poursuivit . 
les cuneux, toreadores, pendant un bon demi-tour de 
place. ËnKn il y eut un moment où il fut sur le point 
de pénétrer sous la varanda, où, perché sur un baQQ 
élevé sur deux tables, je prenais, entre deux aima- 
bles Crucenas, ma leçon de tauromachie. La béte, heu- 
reusement, Fut arrêtée par l'explosion d'un pétard 
habilement jeté sur son passage, et elle s'élança, 
furieuse, sur le malheureux chunchillo qui s'était 
rendu coupable de cette diversion en notre faveur. 
Celui-ci allait échapper par une feinte habile, l<ws- 
qu'il embarrassa ses pieds dans une racine de chien- 
dent, et' tomba à la renverse. Je crus que c'était 
faât de lui ; un cri d'effroi s'éleva dans toute la place ; 
mais le taureau, après avoir flairé un moment sa 



tvGooj^lc 



TAItlIA. 319 

fTtÀt, releva ses cornes et alla chercher plus loio^e 
nouvelles victimes, etc. — Revenons àTarija. 

La nuit du 19, le commandant militaire dnnna au 
pré&ident un grand bal. Aucun des salons de la ville 
n'ayant des dimensions suffisantes pour contenir tous " 
les invités, on en improvisa un dans une belle cour 
carrée, dont on dissimula les dalles sous d'amples 
tapis ; sur son plafond de toile, on voyait briller le 
soleil d'ïngabi. Les murs furent garnis de candéla- 
bres ; enfin, des sophas et des cbaises pour environ 
deux cents personnes (1) complétèrent l'illusion. Il' 
n'yeutj du reste, rien de bien particulier dans cette 
réunion, qui eut une physionomie tout européenne. 
Le président et ses ofSciers se présentèrent à huit 
heures, et trouvèrent tous les invités à leurs postes; 
on avait préparé, pour Son Excellence, un grand feu- 
teuîl de cérémonie, mais il le fit retirer aussitôt, et 
alla s'asseoir auprès de la plus jolie personne du bal, 
qu'il sut dépister du premier coup d'oeil, et avec la- 
quelle il conversa une grande partie de la nuit. On ne 



(1) Il T a vjngi aDs, on n'aurait pas troavé 4an> toDie la vllk om 
Dombre aussi grand de sièges mobiles. Ils étaient en e&l reni|dacés 
diDi touies les maisons par des bancs d'adobes qui faisaieni le tour 
des salles, et dont on se sert même encore dans beaucoup d'entre 
elles. Ces bancs liaient recOUTeris de lapis. Une remarque curieuse 
à faire, c'est que la plupart des chaises de Tanja viennent des 
Etats-Unis. Quelques nnes d'entre elles paraissent Ctre de travail 
diinois. Elles arrivent en Bolivie démontées, pour la facilité du 
transport. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



i^ TAKIJA. 

d^a d'abord que des quadrilles ou des valses, et des 
contredanses, dans lesquelles Son ExcellencejoQacon- 
stanjment le rôle principal. Plus tard, ce fut le tour 
des baiiesitoSf où figurèrent particulièrement les dan- 
- seuses qui n'avaient eu jusqu'alors qn'un rôle pure- 
ment passif. Ce que je vis ce soir me convainquit 
que l'on devrait s'efforcer d'introduire le baile- 
sito (1) partout, puisqu'il permet à toutes les jeunes 
personnes réunies dans un bal d'y prendre an moins 
une petite part, sans qu'il soit nécessaire qu'on leur 
ait fait, à ce sujet, aucune invitation spéciale. 

À minuit, les senoras furent conduites par leurs 
cavaliers dans une salle voisine, oii se trouvait une 



il) Dans U partie liJBtorique de son vofage, M. AIdde d'Orbl^UT 
douDe, parmi une foule de notes plqQanles sur les mœurs des Cru- 
ceâos la descripiion suivaDte d'un baiteëito: 

« Un cavalier invite une demoiselle; ils se placent Tis-à-vis l'un 
de l'autre, un mouclioir blanc à la miiia. Le chanteur commence des 
couplets de la plus dirauBe naïveté, dont aucune périphrase ne voile 
ou lie déguise le sens ; la musique l'accompagne. Les deux daiueun 
aglietit leurs moucboirs avec grâce , frappent du pied rn mesure, 
s'avancent, reculent, traverseni, paraissent se fuir, se j^pprocber, 
tournent l'un autour de Taulre. Les assistants frappent des maios en 
cadence et la figure est finie. i> 

Voici, pris au basard, ua des mille couplets qui se diaiilent pottr 
accompagner ces danses : 

Ocho y oeho, iits y teU, 

j/ veittte cuatTO, cuarenta. 

No kay hombre que muera moehv, 

ni muger «i» comamenta. 



i,Googlc 



grande table de rafratoliissements servie avec beau- 
ooap dégoût; au centre de cette table, s'élevait, du 
milieu d'une troupe d'angelots, une pyramide de 
sucre d'orge représentant le monument d'ingabi. Son 
Excellence profita de l'occasioû pour prononcer quel- 
ques paroles en l'honneur des beautés présentes, et 
die fut vivement applaudie. Quelques autres prirent 
également la parole avec des succès divers, et l'on 
retourna ensuiteau salon. 

Le lendemain et le surlendetnain ce ne îut«at en- 
core que bals et festins ; et les avertissements au- 
raient continué je ne sais combien de jours encore, 
s'il ne fût arrivé un courrier extraordinaire, porteur 
de nouvelles qui exigeaient le retour immédiat du 
président à la capitale. Il n'était question de rien 
moins, disait-on, que d'une ligue contre la Bolivie, 
ayant pour but rinvasi<m et le partage de la républi- 
que. Quoi qu'il en fût, j'appris en me réveillant, le 
matin du 26, que le président avait déjà quitté la 
ville et qu'il était sur le chemin de Tupïza. Je mon- 
tai aussitôt S cheval avec-le général O'Gonor, et nous 
le rejoignîmes à trois lieues de la ville, dans un petit 
village nommé Tolomosa, où il déjeunait. Après avoir 
feit de même, nous l'accompagnâmes encore à une 
lieue au delà, jusqu'au pied de la côte de Tlnga, où 
nous primes d^niliyem«it congé de loi. Un nou- 
veau galop nous ramena ensuite chez nous. 

Tarija reprit bientôt après sa tranquillité habi- . 
tuelle; et, n'eût été le blanc vernis qui couvrait ses 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



a^ TARtU. 

maisons, mais que la première pluie devait enlever, 

cm Be serait à peine douté qu'elle venait d'dtte le 
Uiéâtre d'uQ mouvement si inaccoutumé. 

Parmi les avantages plus solides que le départe- 
ment retira de la visite du président, on doit noter, 
en première ligne, les encouragements qu'il accorda 
à la colonisalion de la frontière orientale, ou de In 
frontera, comme on l'appelait tout court ; c'est-ît-dire 
la région située au delàdeCarapari, entre les rivières 
Pilcomayo et Bermejo. Tous les colons qui s'y éta- 
blissaient devaient non seulement être exemptés de 
service mililairej mais ils étaient encore dispensés 
de payer les redevances connues sous le nom de die:^ 
mot et de primmas (1). 

Les derniers jours du mois de mai furent employés 
à emballer les collections que je vonlais envoyer en 
Europe, et à foire les préparatifs pour mon voyagea 
la frontière. Le fossiles que j'avais réunis formaient 



(1) Les dieimos soni l'analogue des 4imeg, et les primiciai, des 
premieri fruit», en Fraoce. Ils Taisaienl aulrerois partie des revenus 
de l'Église: mais depuis quelques anuées le gouTernement s'est ap- 
proprié une partie du produit des dîmes, dont le clergé ne loucbe 
iDul au plu4 que tes deux ou irois neuvièmes, et sonveul tien. La 
premiers Truils conlinuent, au contraire, à Ëlre le partage exclusif de 
ce dernier. Cette taxe ne porie que sur les grains, tandis qae les 
dîmes parlent sur tons les produhs de l'agriculture, La recette de 
l'un et de l'autre de ces impOts est vendue annutilemeitt, et pw 
poilions, au plus baat enchérisseur. Le vestibule de la caiiiMfale 
est converti dans ce but en une sorte de liureaii, où a lieu l'adju- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TAniJA 223 

ensemble un poids d'environ 2,000 kilogrammes; 
mais je ne gardai guère de cette masse que le tiers , 
qui fut expédié à Potosi, et qui gagna ensuite le port 
de Cobjja, où il fut embarqué pour l'Europe (1). Le 
reste fut abandonné, à l'exception de quelques pièces 
que le président me demanda pour envoyer au Chili, 
- qix il les fit dépécher avant son départ de Tarija. 



(1) M'élant trou»é dans la oÉcessité d'pmplOTer dea *ne« poor le 
transport de celle LollectioD,car on oe voit presque Jamais de taules i, 
Tarija, je fus obligé , pour économiser le poids, de me servir de cuirs 
de bœaf, au lieu de caisses, pour embailer les ossements. 11 en résulta 
qu'on assez grand nombre d'enire eux se brisèrent dans le trajet i la 
cote. Mais la plupart ont déjà été restiuirés depuis leur arrlr^aa Mn- 
aiam , et les autres le seront sans doute avaDl peu. 



Do,i,,-c,ih,.Gt")oglc 



CHAPITRE XVI. 

DE TARUA. A SAN-LUIS. 

Le 4 juin , après avoir pris coDgé de mes amis 
pour quelque temps , je partis de Tarija. J'étais ac- 
compagné du général O'Conor, avec lequel je devais 
faire route jusqu'à San-Luis, où il possédait, comme 
je crois l'avoir dit, une propriété. 

Je n'emmenai avec moi que mon cheval de selle 
et uoe seule mule. En arrivant à la frontière, je 
comptais louer d'autres bétes de somme pour me 
mener au Chaco, afin qu'au retour les miennes pus- 
sent résister au voyage que je me proposais de 
faire immédiatement à Chuquisaca. Mes malles ren- 
fermaient , outre une (oilette des plus modestes, 
quelques objets de régal pour les sauvages. 

En sortant de Tarija, notre roule suivit une direc- 
tion sud-sud-est, côtoyant à distance le rio de Tarija, 
qui resta à notre droite. Maig , arrivé au point de la 
séparation du chemin qui conduit à la vallée de la 
Concepcion, c'esl-à-dire, à environ une lieue et trois 
quarts de la ville,, nous nous dirigeâmes presque di- 
rectement à l'est, jusqu'auprès du petit village de 
Santa-Ana. Tournant alors de nouveau au sud, nous 
arrivâmes en quelques minutes à la ferme du général, 
où nous devions passer la nuit. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Plusieurs raviafi a&scx profoutls s'étaioDl. offerts ù 
notre vue pondant le Irajot ; mais, coaunc il oe s^ 
trouvait prexiue pu d'eau , ils ae présentèrent aa-* 
cun obstacle à notre marche. Les prUicipaux de cet 
ràvÎAs, ou qmbradas, portent les ncnns de Quebrada 
del Monte, Quebrada Fonda, Quebrada del Puente, et 
Quebrada de Matarra. Tous sont eronséa dans le fer- 
rain alluvial dont il.a déjii été question, et préswUent, 
à^peu de chose près, les mentes caractères. Dans l'un 
d'eu«c, je remarquai, au-de^us du limon , une eou- 
ehe ayscE épaisse d'une terre argilo-sableote blaDche, 
qui ne porte pas d'autre nom que celai de lterr« 
bUmca, et qui sert quelquefois, comme le gypae, o« 
yejto, à blanchir les maisons. Cette même substance 
existe on quantité considérable, mais plus ou moins 
mélangée, dans un morne assez élevé qu« l'on tra- 
verse à une demi-lieue de la ville, et qui portf, ï 
cause de sa couleur, le nom de Morro-BIanco. 

Sur un des ravins que j'ai mentionnés, il existait 
-un pont naturel où passait le chemin, mais il'a élé 
emporté par l'eau. La résistance, de ces dépôts limo- 
neux k l'action des pluies est si finible, qu'il me paratt 
certain qu'avec le temps il en disparaîtra une grande 
partie de la vallée. Les immenses sillons dont tout^ 
la plaine est labourée sont 4«s preuves lucoiUcstf • 
blés de la vérité de cette assertion. On est éktqfbâ 
souvent des changements que quelque^ jours 4* 
pluie amènent dans la configuration de certains 
points des environs de la ville. 



i>,Googlc 



ittt ni TAftux 

Lo 5, le général ayant qaelques autres à régler à 
Santa 'Ana, proposa de prolooger d'an jour notre 
h*Ue. Peodant ce temps , je m'occupai à parconrif 
les environs, que je connaissais au reste déjà pour y 
être Tenu plusieurs fois pendant mon séjour îi Tarîja. 
Santa-Ana étant situé à peu de chose près au même 
niveau que Tarija, le climat y est le même. Mon hôié 
y avait un très beau vignoble qui couvrait un coteau 
dont la petite rivière de Santa-Ana baigne le pied. 
Le capricieux courantvenait de causer à la pn^rîété 
quelques dommages, et aurait pu même en entraîner 
la deslroction totale, si le général n'y eût mis ordre 
Hu plus vite. Alors, comme pour se venger de l'<tf}- 
ktaclë qu'on lui svait opposé, le rto alla labourer lée 
coteaux de l'autre rive, que couvraient également 
if innombrables ceps. 

' le me trouvais en visite chez le général au moment 
où la vendange avait lieu : c'était à la fin d'avril. La 
nouvelle de la visite du président s'était déjà répan- 
due, et l'on avait appelé tous les paysans à la vifle 
"pour les enrôler dans les lignes de la garde nationale 
et leur enseigner les manœuvres. De sorte que ce ne 
Aitqo'avéc la plus grande peine, et lorsque le raisin 
était déjà très avancé, que la cueillette put être feite. 
"La vendange futeiposée ensuite pendant deux jours 
stirle toit du pressoir, afin qu'elle reçût quelques 
'Ulerniert rayons de soleil. Ayant ensuite égrené le 
'raisin , on s'occupa de le fouler. Cette opération se fit !t 
bien peu de chose près comme dans beaucoup de cam- 



i,Googlc 



pKgAMcleFraticè.lje raisin futraUâttitt titl« chnmbrc 
doDt ie sol, ainsi que les murs, au lieu d'être en bbil; 
êfiiil en mortier battu. La légère Inclinaison que 
i%ty aVjtît ménagée permettait au jus (le s'écoulèt* 
SknÈ des cuves, îi inésurequeleh^uit sublssàllVe^ef 
èu piétinement ; on terminait t*opératloh avec ta 



Un des piélineurs dirigeait les autres. Mon hôte 
n'assura que du choix de cet hoiOQiËe amendait là 
t^rfeMion et surtout la rapidité avec l&quelle se (ai- 
Mh le foitlage. Les hommes que l'on choisit pour 
retnpllrce rôle de contre-mattré sont ordinairement 
tki peu poêles, et doivent, pendant tout le temps que 
dure l'opération, iînproviser des couplets qu'ils ac- 
compagnent s«rlin petit violon. Les piétîneurs, pieds 
^idos nus, le sUiVent à la aie, en dansant en mesure 
sur la vendange, et, à la fin de chaque couplet, ils en- 
tlJinhént tous ensembiè îe refrain , qui estordînaire- 
àïént celui-ci : Hat, ta, ta! hai, fa, la! hai, ta, Id, la, 
ta, ta, ta! Les vers qui composent les couplets ne 
brillent pas par là richesse de la rime, qui souvent 
manque tout à tait ; mais on en entend quelquefois 
délHrt dtflïfes, Carie chanteur cherche ordinairement 
té motif de ses improvisations dans les paroles où 
ââtis Ie9 gestes ife ceux qUi le regardent. "D'autres 
tâk, 6'esl au raisin et surtout au propriétaire q'u'il' 
s'Sâresse ; lûais celui-ci se garde bien de suivre tous 
tés avift qui lui sont donnée. En tout cas , l'énorgie 
^ud lâti |>iétlnéurd apportent à leur' travail paraît 



Do,i,,-c,ih,.Googlc ■ 



tal Wt TARIM 

èlru cooftiaUM»^ ou râiwa àt! l'espril t)o l'io^»* 
viiatflur. 

Quant à la qualité du vin de Sanla-Âna, je m 
puis en parler &i termes très ftatteurs, car malgré 
tout le Boin qu'appOTte le général à sa con^tion, lit 
feimentation acétique s'en empare souvent, et alorsil 
ne sert plus qu'à la fobricatioD de l'ean-de-vie. . 

Parmi les plantes indigènes des enyirwts de Santa- 
Ana, il n'y en a qu'une dont je ferai une menUon 
spéciale : c'est une espèce de Tabac, frutescent à I9 
base, et à feuilles glauques {Nicoiiana glauea), qû 
s'élève à une hauteur de plusieurs mèlre». Selon les 
gens du pays, lorsque le suc de ce végétal, qu'ils ap- 
pellent Carallanta, est pris en quantité suffisante, il 
prive comp élément , pendant un certain temps, de 
l'usage des facultés motrices, sans pour ainsi dira 
affaiblir l'action d'aucun des sens. J'ai retrouvé le 
Carallanta, depuis, en beaucoup d'endroits, et Van 
m'a plusieurs fois répété ce que je viens de raconter 
de ses propriétés, mais je .n'ai jamais vu par moi- 
même les effets des. singulières vertus qu'on li^ 
attribue. 

Le 6, après un déjeuner copient, inH aux dépens 
d'un mouton que mon hôte prévoyant avait fait tu«iF 
le jour précédent, nous partîmes pour Polla, autre 
propriété du général , située au nord-est de Santa-, 
Ana, ik environ quatre lieues et demie de ce villagp. 
La route, qui monte presque constamment, court 
sans cesse dans le lit des torrents, çoqiue 1^ pUipart 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A aikit'iMm. Mi 

dw «iMMiiM é» eu pays; Ban cik n'en mi' pm 
noiiH très pasubfe, et elle nous nena & notte Irat 
avant le OMidter an soleîl. 

Le petit pied-à-terre où nous descendîmes était 
nicbé au bord d'un profond ravin, a« nilieu de vastes 
pftturages, qai passent pour les malletirs An la pro- 
vince, à cause de la nature saline du stÀ (1). Hais h 
gelée avait bi«n changé la phyNonomte qu'ils avaieat 
quelque temps auparavant. Ilsparaissaient avoir été 
la proie d'un incendie. L'abscnee coBOf^ie d'arbfw 
ou d'arbustes sur kur surface soubre doime k on 
pttnas un aspect indignement triste. M(n ingteiew 
bdte avait suspendu, pour ainn dire, un petit jardn 
potager au flanc du précipice, et un filet d'eau q«t 
av^t sa source à une centaine de mètres ji.M haut y 
arrosait des files de carottes , de panais , d'cngaona, 
de choux, et de {dwieurs autres légumes, qui peraii- 
saient tout surpris do se trouva* dans ce désOTt. Im . 
twrat, ou écurie, n'était pas moins pittwesqueiMtl 
ailoé; il semblait collé sur la paroi de la uKntfagw- 
qui s'élevait au-dessus delà maison, et ressemblait 
bien plus à ww aire de vautours qu'à un asUe pov 
des mules ^ «tes baudets. 

Le froid que nous ^rouvi^ms kSwta-Ana seuldait 
pronostiquer qu'à Polla nous trauverions une ten^tè- 



(1) Lca eflBoresceuces qne l'on rencontre en conciles 
sur In bords desrorsseauxquilraTcrseiH la l'OM sont 
!• par dn iltre {Mlilr«). 



t,Googlc 



MI0 ttfhmik 

«tuM'piw 'bMè* eiwere, vq Ifr bHKe«r MA pMt 
HMn^ is c« Nte. Ge^t cependant le cootmit* q« 
eut lieu; nous y trouvàm6a,'par «xception, im air 
MUki iHàde que «elai d'uD bem jour de nm 6 Paris. 
£et4t»tde f^seï persifita ^oQrele T, af ma per- 
4Diit d'examiner à non ai»e les tuirifint^ dei envir 
«DBS. j'avais appris qu'il existait> près- de PoUa^des 
Haoes d^ine population indigène qui était arrivée i 
in état de «viKsalion ssmk avanoé. 3e n'eus pas ^ 
j'pttfta à les r^tcoBtPor, grSce à la bonté de mon guide. 
Jfais, nailieursuseineBt, 1» plu grande partie de em 
swtAt curiettx avait été détruite. La FNtna était «ou- 
/nrte en plastetirs endroits df lignes de pierres qin 
jo^t dû 7 âtvfi appof tées d'assta loin; car il ne parait 
pas qu'il y en existe aucaiM nalnrellement. C'étaient, 
^ n'«s pas douter, des mines de villages ; quelqtras 
«PS d'Mfre en'onl inânedâ être consid^btes, k 
sah Juger par les iMtériaux qdi eost restés. H y a 
lAMt 1^ ptaltie, fpwr les -bestiaux , des «lelos in- 
<ftmgifto, dent les murs sont exclssiveinent constrtfils 
'^veo im piefres prvKenant de la démoMon de o*s 
«n^en^es habitaiens. Après une reeberelM ; assek 
minutieuse, nous réusstmes enfto k d^oavrir me de 
«s* -dernières encore debout en grande: pÈif lie. Mais 
■j%oue que j'en serais encore à loe ^manâer4n« 
jjuel but on avait pu la construire, si, depuis, je 
n'eusse vu actuellement habitées des mais^ûns pres- 
4|Ufi aufitù ridicules. Les babitatiom de Polla tionsi|- 
laient en uii long boyau, dont. la largewr élaH à^M 



i,Googlc 



^'im.ïdètre fit denûf el qvi n'avdit ,%^D'uae s^ufv oit- 

Yf(rtui;ç étfoi(«j ^ui servait de porte. La patie|ice.dqi4 
l'ouvrier ^yait ^it preuve dans la coofitructton de ces 
iQurs excita au plus haut degré mon admiration. 
Ils étaient composés, de coucties alternatives de cail- 
loux et de dalles ^ns ciment,, mais unis aussi exac- 
temeat que si .c^fravail eût été fait par un des plus 
habiles maçons de nos jours. Je n'ai pu savoir à 
quelle nation appartenaient les auteur» de ces tra- 
vaux; n^is ils datent évidemment d'.une antiquité 
a^sez reculée. 

Plu& loin , d'autre otyet^ vînrept Sxer mon attf^T 
tioD. Ç'ét^ent d^s sortes de terriers. cylindriqueti 
d'un.n^redç largeur, qui se montraient sur lefi|anç 
d'un mojrne de terrç blanche, et qu'on me dit avoir 
été creusés jadis par les Indiens, pour se soustraira 
aux poursuites de leurs ennen^is. On qi'avait assuré 
qu'ils conmtuniq^tiaient avec uue caverne qui occi^i^ 
le centre de la çolljne; et qui s'ouvrait à sqh sommet, 
(^'élaitf^p grande. I^rtie,. pour vérifier ce &ît cur 
t'\^u%, f|im noqs QtM^s étions dirigea de ce c$té, pt nous 
avwnç eu soin d'apporter les iostruments nécessaires 
à ce g^joe d'exploration. Les terriers se présenr 
tèrent au i;u^re de quatre , et deux d'eptre euit 
étA^t ^fi partie obstrua par. de la terre et des 
pj^rr^- ^ choi^^ cçlui des d^u^ outres qià parais-r 
s^it Être le moins euçpmbré, et, ii^ne Juçiière d'une 
miajja, .un ,cou(eau de l'aiitre^ tout ps^fiiant de (juric^ 
sité,iï,DépétjfiU lin «p^Tftnt, jç ^uti$. tpu( d'abord 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



232 uiù TJktiliA 

une très forte odeur de renard ; maiseBe disparut un 
peu plus loin, et je continuai sans interruption mon 
chemib dans ce tuyau souterrain, rampant à peu près 
Comme un crapaud , et essayant de me iiiîre une idée 
des choses curieuses que j'allais rencontrer au bout 
de ma course; mais tout k coup ma galerie se ter- 
mina en cul'de-sac, sans qu'il me fât possible de dé- 
cider si jamais cite avait été plus loin. La distance 
que j'avais parcourue pouvait être de 15 à 20 mè- 
tres, le rebroussai chemin, et je m'insinuai dans un 
second Ireti , mais sans arriver à un résultat plus in- 
téressant. ËntÎD, nous fîmes déblayer l'entrée d'un 
troisième terrier ; mais il nous fut ïmpossiMe d'y pé- 
nétrer bien avant, à cause de la quantité de terre qui 
y était amassée, et qui en réduisait par trop lo ca- 
libre. 

Ffous abandonnâmes alors la partie, assez peu sa- 
iisiàits do nos découvertes, mais convaincus, toute- 
fois, que l'histoire de la caverne n'était qu'un conte. 
Nouslintmcs même par adopter l'idée que les souter- 
rains n'avaient jamais eu d'objet bien défini. Le pre- 
mier propriétaire de Polla, un des hommes les plus 
riches du pays, avait fait bâtir, dans la Puna, une 
grande maison, près de laquelle on admiré encore 
plusieurs grandes cours, dont les murs, solidement 
bâtis en belles dalles, sont dans le plus parfait état de . 
conservation. L'une de ces cours a 60 mètres de c6té. 
Mais le site ne plut pas à celui qui acquit ensuite la 
propriété; car il fii démolir tés toits des habittttion!^ 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A UICLUH. têt 

panr en oiL[Mter Im sotivet, feit (^ peut doiinar k 
BMBBpede la i^relé du tKùa de cowtriictHa dans œttft 
ooDtr4«t Oa trauve, il est vrai, des forêts à unej^nir- 
née os èeax de distanœ, mai* oq n'en est^ère ipimt 
avancé ; car l'état des cbemins ne permet pas que des 
ftirdeKBX de ee genre puissent y (feuler. 

La graade haôeada tfô Potla n'eat donc ptm' duûb- 
tMMt qu-uae gvande mine qui, selon tente peuMat^ 
Utè, ne tardera mène pas à s'iécraukr, si elle ne l'a 
déjà liiit, car le torrent qui fofirmtnil de l'ean à ses 
kabilimts vfn»t, lorsque je I», visitai, do faire oq 
écart capricieax de son côt-é, et avait creusé de trile 
sorte la tierge d'où elle s'élevait, qa'ttne oatMtroplie 
paraissait inévitable. 

Le ^ aotre petite troupe *e remit en marehe d'as- 
sez bonne heure ; noos avions à faire nae ooarsa de 
ail Keuee ; notre route était pour ainn dire ibcatplé* 
dans d'Apres oMmtagoes qui foment u»6 cbalae di* 
rigée parallèlement H )a grande cbatve des Andes, 
courant à peu de chose jwès nwd-stid, etcenaue sous 
le nom de Cuesla Vieja ; k> direction que nous sui- 
vions ét^ généralement Est. • 

Dans Une «atstin pins favorable, mes «jHectiont 
Ikotaniques-auraientpa; d'aftrès ce qu'il m'était per- 
mis d'en j uger par tes squelettes encore debout, s'en- 
rîebîr, sur ces montagnes, d'une bien belle moisson ; 
mais la gelée n'avait rien épargné. Dans les poiftts 
abrités de la descenie, je rencenfpai des monoeauic 
de neige qui me Hrent tine HRpres^on ti'^s agréablt; , 



Do,i,,-c,ih,.Goog-lc 



IM W TAUik 

Unt il l'étûl- jfÊUBé d'anoéw nuit qw: j-e» -Tinq 
^HTÇii. Il y avait, au>Eùli«u de cette œii», ^w^ik 
iiU lailUs d'Auneï dépoiuUAs de f^uiHes, mail «Min 
rarts de <^toiu, qui ma lappel^ot biw vtve«HM^ 
•Mwe Le oliiutt de i^ pays. 

La foDte de U ^ige (jui eeuTiût, me ditutHiaf 
t«utle jMiy&, huit jours auparavaDt* avut oie lescfce- 
nins dans un état détttsti^le; m^g, eomifi^ dmh 
a'avions avec bous que dm forgée itè» légèras, 
•OUI n'éproav&iOM ancuoe difficulté aérienM f et, 
p«u avant te oouoker du s<d^l , nou» aberdànw ia 
jolie vBlIâa de Narvaei, oU noua vlmea la nudité 4ei 
oaoDtagaes que nous laisuons &i arrière r«iopIiMiéa 
peu à peu par de denses forêts. Gellâs-ci s'ouvrirent 
plsi Ifàitf etlaiaaéreiit ^wrcaveir one dea plun clipr- 
IMBt«a caa^gBee que j'eusse j«mai|i wa^. t t«4fi^ 
tmaM de riantea ouU«r6ti et de çajb*nes fiitlWQfir 
qoes. C'étut à l'extrémité de ce n^on, ^i éjAift 
tout entier sa prt^riélé, que mon génial avait placé 
UBe autre de aes hjtbitatwiu. Elle «e trouvait-^u aaa- 
UKt d'uQjnaBàelfHi élevé, d'où l'ceiil pouvait .^c^lvas:- 
ser une pecspectivedélicieiiaement variée. I^ea nua^M 
qui s'étaient aeaonoelés à l'borizW: pendant la t^r- 
nière partie de notre course nous avaient fj^H b^taR 
le pas t. acma arrivâmes juste à temps pour éqli^peE 
à une pluie violente qvii dura une grande partie. (1a 
languit. 

Le lenfleimain, ratDw^pbèreétiiit Jroide, et laa 
nous, conseilla de retarder de v)Bgl-4uatre, It^r^^ 



t,Goo(^lc 



)« f[9i«il pârw4 qu^lquM tostantg, mm l'herbe n'tm 
rwia pw moJRB très bumide. J'aurais âoiic passé 
tout« U journée au logis , li dae sons tûen coanu 
nft m'en etiasent tiré. Ih provenaient d'uae b»sde 
4« grVQdfi Galliofteés^ ou de Pw^peâ , ai l'on ain» 
mieux ^qm l'on ^«DContre -très Iréqueuwent daqa 
frwqMe toutes let-for^ls de l'Amérique du Sud, lurr- 

. tmit au veisto^fle des eauY. (hi les ^>^lle Pavas 
^JKnéona) en Bolivie, 6t Jaeus au Bréûl. LeuF taille 
«M cclk d'uve i^rande poule, et leur ceuleuT ait 
d'uB vert ntùràtra, aauf les pattes, qui sont rouges 
tew l'espèce à laquelle je fois allusion. C'est un des 

. JuiUfiUTB^ùersqae je connaisse. 

Lattach⻫rtèFede cas oiseaux &it au devant de 
Atomufo iilusieurs coudes très prononcés, dispoùtion 
qai donoe à )ea> voix une intonation très forte et 
pvoKt qu'elle soit 'entendue. à uBe granite distance. 
Dès que ces accents feront arrivés à own oreille, je 
Jtt'Miuù'dela grande carabine de mon héte, et fen- 
tOH'dai» la ior4t, en suivant un petit cours d'eau qtn 
^e^it ta séuree à un quast de lieue de la nalson, et 
^ paatait ^mit la porte. Le bois se refennait aur- 
^Uestts du catiâl en y fermant un petit berceau na- 
turel, sous lequel, en me baissant de tonps à autre, 
jevitaÈ gtisui'si «lenfïieusement , que j'arrivai tout 
pisè»! d'on^TM arbne dans les branches dbquel ae 
jbiaôeM deuridousaines au moins des oiseaux que 
je coBCéi^aa», 4M»iqBe j'eussû encore éveillé Ifur 



Dg,l,,-c,lh,.GOOglC 



3M Ofi TàRU* 

attentioa. J'en tenais d^ un en Joae, lorsque Je fac 
aperça, et toute ht troupe se leva au tnôme kistant au 
milieu d'un brouhaha général. Le coup partit^ toaU 
le PéQélope n'eut que l'aile cassée et il tomba eft 
poussant des cris déchirants. Alors voici ce qui ar- 
riva : les autres Pénélope qui entendireat les cris 
qui c(Hitinu»ieDt de s'élever de l'endroit où ils étaient 
perchés, revinrent aussitôt s'y replacer, quoique en 
plus petit nombre (ce devaient être les plus tendres), 
et j'eus le temps de recharger mon fusil (A d'en 
atraUre encore un. Celui-là ne ditrie& en tombant. Teu- 
te^s, comme ma première victime contmaait à crier, 
quelques Pénélopes osèrent encore revenir comflH 
pour savoir de sesoouveUes, et il s'en ajouta un au- . 
tre à ma collection. Mais ce fut ledemier, car il n'en 
revint plus. D'ailleurs, mon blessé, de gu^re lasse, 
avait pris le parti de se taire. Quelques minutes 
après, je rentrais en triomphe au logis, cha^ destra- 
. phées de mon humide expéditioB. 

Vers le soir , le frdd augmenta , et le géfiéral flt 
distribuer du {Hinch à ses domestiques po«r entre- 
tenir leur bonne humeur; il réussit, si bien qu'ils 
passèrent toute la nuit à danser, en compagnie de pi«^ 
»eura des habitants de la vallée qu'ils étaient alUs 
inviter à la fête. 

Le 10 , la jolie vallée de Narvaez reata de boxMfi 
heure derrière nous ,. et nous marehftmes sur le lil- 
lage de San-Luis qui se trosvait à uoA distuioe de 
sep4 lieues au sud-est de ce poûU. La ^im avait 



t,Goo(^lc 



\ .SAN-LUlii. 2â7 

raodu le cUemin i^i-esquû impialkablc dansquclquo« 
points , et les boues qui y avaient pris naissaoot 
étaient d'autant plus dangereuses , qu'elles se mon- 
traient souvent sur des pentes très escarpées. 

A trois lieues de notre point de départ, nous pa»* 
sâmes an vieux fort de boue, nommé Fuerte de San- 
Diego, n est situé au milieu de beaux pâturages, etii 
été construit, il y a bien longtefnps déjà , pour gar 
rantir la frontière de la Bolivie, qu'il était censé in-* 
diquer, des excursi<ms des sauvages. La création M 
ce fort marque le second pas feit par la frontièredf 
Tarija, dans la marche graduelle que sa population 
entreprise a dans la direction du Paraguay. 

A l'entrée de la vallée de Narvaez, on voit les ver- 
tiges d'un autre fort qui date d'une époque encmt 
antérieure. Plus tard , s'éleva le fort de Siw-Luis; 
puis , la colonie se trouvant encore trop à l'étroit, 
celui-ci fut abandonné, et l'on construisit, bien m 
delà , le fort de Zapaiera ; puis , toujours plu^ loiv, 
vers l'ouest, celui de Carapari ; enfin, il y a peu d'UK 
nées, le général Margarines fit construire, à l'entr^f 
du C3iaco, le fort de Villa-Rodrigo qui forme la Ut 
mite actuelle de la république , de ce cCité. Mais j| 
va sans direqae celui-là, tout comme les précédent4| 
ae doit être regardé que comme un pas de plus lait 
vers la possession de tout le territoire qui se tr^uff 
situé a« nord du rîo Bermejo. On parlait, en efibt, 
déjà, loffs«)ue le président se trouvait à Tarija, d'«( 
élever un nouv«Mi sur les bords du Pilcomayo, Aif 



oGooglc 



delà de Sen-Diè^ , nous trâveriàmes la rivièi'e de 
ÎCârvaei qui feçoit toutes les eaux courantes dft'cè 
eftté dePolla, traverse San-Luis, et va, douze' lioueà 
plus loiti, et après avoir passé à ta mission deSali- 
nhs, se réunir au rio de Tarija et former aveé lui 
i'ôrigiiie principale du Bermejo. A peu de distance 
fle San-Diego, An pied d'une petite cbatoe qtii coupé 
Kl direction de la route,' le rio dont je parlé s'en- 
gouffre avec fracag sous un immense fochéi', à l'en- 
trée d'un profond ravin qui fend en ce point la mon- 
tagne. Après aVoii* traversé à notre tour la chaîne, 
ttais d'une manière moins directe , ficus sdîvtmes 
une longue raviné qui porte le nom de Quebrada de 
Sinta^Lucia, au sortir de laquelle nous suivtmc^ une 
trtte brisée, ou cuchilia, d'une lieue dé longueur, 
^i noQS mena à la vallée de Safi-Luis. 

Du point élevé où nous nous trouvions , notre vue 
n embrassait presque toute Tétendue. La rivière de 
Ifarvaei, dOBt tious veobns de tious rapprocher, y 
(Jttsinait soti cours "serpentin au milieu de vertes 
prairies, et des montagnes couvertes de Forêts l'eu- 
eadntient de toutes parts. Tout cet ensemble mé plui 
beaucoup , je dois l'avouer , et je compris en ce 
moment qu'on eût eu l'envie de s'y étatitir. Hais 
tHtlusioli ne dura pas longtempà. I^e sol de la val- 
Mé était marécageux et devait nécessairemeilt en- 
gendrer des fièvres. L'aspect des habitants il6 tariïà 
fÊ6 à (JônHrmer cette impression : il me séOiblait (jue 
J'Avais rtremelit tu deïi figures d'iin àkpect plu^ 



i,Googlc 



A SAN-LUIS. 339 

chétif. Le village, que l'on appelle encore El Fnerie^ 
quoique le fort ait été détruit depuis longtemps par 
les pluies qui déaoleitt «ans eaase cet infortuné cli- 
mat; ce village, dis-je, est situé vers l'extrémité sud 
du vallon, et n'ett composé que de misérables petites 
cabanes de boue , couvertes de chaume à moitié 
ponrri pai rbumidité, et dont beaucoup «mt déiertes 
et ea ruines. 

Le soleil allait «e «oucher lorsque noas y ntmee 
les pieds -, aussi ne nous arrdtâmes'nous qu'un in- 
Maatpour saluer, en passant, le gouverneur don Sé- 
bastian Ëxtensoro , dont le palais se diilinguait à 
.{mue des habitations que j'ai défà décrites. Avec eh 
lMrb« de huit jours, sa cravate nouée ïEUtour de m 
«eintare, et sa jaquette sur le dossier d'une traite, 
k premier fonctionnaire de San-Luisn'atail que trop 
bien ta ooulem locale. 



t,Googlc 



CHAPITRE XVH. 



Gtmtiniiaat noire route, hoqs arriv&mes, après 
avoir h\t un quart de lieue, à la doroière des hal»- 
talims que possédait le général dans la direction 
delairoBttèred& TaHja. Je la trouvai aussi jcJiment 
située; et aussi ceunmode que celles que j'avais vaee 
les jours précédents ; elle était surtout très sp^ieuse. 
>C'était là qOB mon bOte avait pris Tbabitude de paswf 
la ^w grande partie de la belle saison, et il y lemit 
égêl^nent ses troupeaux durant plusieurs mois de 
l'aADée. Peu de teu^psi après s'y être établi, il s'; it 
construire un moulin à eau qui lui rapporta, dans le 
principe, un assez bon revenu, diminué depuis par 
la concurrence qu'il eut à soutenir d'un établisse- 
ment de même nature créé dans le voisinage. L'objet 
principal de ces moulins est de moudre le maïs pour 
la fabrication de la chicha. 

Mon intention étant de ne rester à San-Luis que le 
temps nécessaire pour y trouver un guide qui me 
conduisit au delà, j'allai, le 11, au village avec mon 
hâte, autant pour y prendre quelques renseignements 
sur ce sujet, que pour savoir quelque chose de po^- 
sitif relativement à une insurrection que l'on disait 
avoir eu lieu parmi les Indiens de la Trontière ; maïs 



Do,i,,-c,ih,.Googlt 



SÉJOUR A SUf-LUIS. SbH 

le gouverneur n'en savait pas plus que nous^oÊmât 
là-dessus. Nous fîmes ensuite une visite àun curiau|L 
personnage que nous ne nous attendions pïs du tout 
à rencontrer en ces lieux. L'individu dciitf je veux 
parler avait passé par Tarija deux mois auparavant; 
il n'y avait séjourné que deux jours, et s'était dit 
rigô en hàle vers cette frontière , malgré tous les 
conseils qu'on avait pu lui donner pour l'en délour- 
ner. Il y allait, disait-il, pour voir des Indiens ; maîf 
il cachait soigneusement le but réel de son voyait 
à tout le monde, excepté à tm jeune IwHlune qui était 
arrivé avec lui, et qui ne le quittait pas d'un seul 
instant. Le plus âgé des voyageurs (il pouvait avotK 
cinquante ans) était Anglais-, il s'appelait Gardnêr,k 
Cl était capitaine de la marine royale. Son jeuo^ 
compagnon était Andalous, mais il avait été élevé 
en Angleterre. Leur excursion à la frontière avait eu 
lieu sans autre accident que quelques chutes dans la 
boue. Bientdt ils se mirent en communication avec 
les Indiens sauvages les plus voisins '• c'étaient les 
Chnneses , tribu des Chiriguanos ; ils en furent tràa 
bien reçus, et séjournèrent plusieurs jours dan^ 
Leurs cabanes. Au bout de ce temps, la capitaine 
Gardner leur témoigna le désir qu'il avait de leur 
acheter un petit terrain. Alors les choses prirent^ 
à ce qu'il parait, un autre aspect; car les sauvageà 
donnèrent à entendre au capitaine et à son adjudant 
qu'ils eussent h vider les lieux au plus vite, sous 
peine d'être tués; sur quoi ceux-ci s'en retournèreiU 



i,Googlc 



iM SÉJOUR 

I Sen-Luis en j rapportant chacun une fièvre tierce. 
Le pauvre capitaine eut, de plus, une dyssenlerie , 
4dBt il souffrait encore lorsque nous le vtmës, et 
qui le tenait alité, à cause de Textréme faiblesse qui 
«n «Tait ité la suite. Peu s'en fallut qu'il de perdit 
btvie. 

Le préfet de Tarija avait envoyé des ordres pour 
qti'on surVëilISt de près ce mystérieux voyageur; 
mais il était, ainsi que tous les autres , bien loin 
Aê soupçonner le but de l'étranger. 

On sait qu'il existe dans plusieurs pays, et notam- 
tBent en Angleterre , des sociétés dont le but est de 
eoùvertir & la foi chrétienne les nations sauvages 
qtii Tivettt encore éparpillées à la surlace du globe. 
Foùr parvenir à cette fin, il faut d'abord que quel- 
ques jeunes gens dévoués s'établissent chez elles, 
et s'instruismt dans leur langue ; ils sont destinés 

II servir d'interprètes aux ministres de la reli- 
gion, qui n'interviennent que plus tard. le croyais, 
dans le principe, que le capitaine Gardner était 
diargé par une de ces sociétés de placer son jeune 
compagnon chez les Indiens du Chaco, afin qu'il se 
tendit maître des langues qui y sont parlées, et qu'il 
pré(tarftt la voie à leur conversion ; mais j'ai su dé- 
pais qd'il agissait de son propre chef, étant ce que 
les Anglais appellent : an itinérant missionary. ta 
maladie qui l'avait attaqué si subitement avait em- 
(lëclié qu'il Q'édt foit immédiatement une seconde 
ièntative^ malfi il iné parut en avoir l'intention dès 



,,-,-,ih,Googlc 



k ftAN-LVIS. 24S 

qu'il se ierait rélaMi; Il comptait pour cela petonr- 
n«r saits retard k Tarija. 

L'obligation où lecapitaine se trouvait de se rendre 
âeneoveau k ta capitale devait me retenir près d'art 
mois à Saii-Luis. Il avait, en efFet, pris ii son service, 
depnis plusieurs jours, et engagé pour ce voyage, 
!e seulhommedu pays qxii connût la langue desChiri- 
guanoe, c'est-fcdirele'guaram.et il m'était compléte- 
iuent impossible de mettre mon plan de voyage à 
ftxécution sans Tassistance de cet homme, qui s'appe-< 
lait GelesttDo Valdibiezo. J'eus avec lui une longue 
conversation qui me confirma dans la bonne opinion 
que je m'étais Formée sur son compte. Décidé alors à 
prendre patience josqu'au retour de mon guide. Je 
repris, avec le général, le chemin de la ferme. 

Le 14, on célébra la Féle-Dieu (t/ Corpus), et j'eus 
la cutiosilé d'aller au village pour voir comment les 
(^oses allaient se passer. Cela pouvait se comparer 
à ce qui a lieu, lors de cette même fête, dans un 
pauvre village catholique de l'Europe « si ce n'est 
qu'il y avait, en plus, à San-Lui» des Chiriguanos et 
de la cbicha ; et que la laideur des paysans de ce vil- 
lage dépasse infiniment tout ce que j'ai vu de plus 
laid de ce côté-ci de l'Atlantique. 

La procession fut tout à fôit en harmonie avec les 
Wwx , et 11 en fut de même pour le reste. Le capi- 
taine Gardner, qui s'était traîné, ce jour-là, à sa 
■ porte, pour recetoir un pen de soleil, devait, je crois, 
soutire i la vtie ^ toute cette boitetrsc céréniont*; 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



S44 SÉJOUR 

et les pauvres ladiens, qui la contempUdent si oaï- 
vement, devaient se dire que leurs fêtes à eux, avec 
leurs vêtements de plumes de toutes couleurs , étaient 
bien plus jolies ; c'est précisément aussi ce qui mft 
vint à la pensée. Le fait est que j'ai rarement eu Toc* 
casion de voir la religion aussi misérablement repré- 
sentée. La Bn de la journée se passa à boire , partie 
de la fête que lés sauvages comprirent bien mieux. 
Les scènes .bouffonnes qui s'y passèrent né méritent 
l^s d'être racontées. Une seule d'entre elles excita 
un peu ma gaieté, qui Bt bientôt place à la pitié. 
Deux drôles, pour nous diverliç, tenaient à terre 
un pauvre Cliiriguano, pendant qu'un autre vau- 
rien, d^uisé en vautour, lui bécotait le dos avec 
un énorme bec crochu qui lui masquait la figure. 

Les jours qui suivirent la fête du Corpus se pas- 
sèrent pour moi bien agréablement dans la soCiété 
de mon hôte, que je ne quittai que pour Caire quel- 
ques excursions dans les forêts d'alentour. Le gé- 
néral s'occupait en ce moment à renouveler les roues 
de son moulin. Ces roues n'étaient pas coiistmites 
sur le plan des roues hydrauliques que l'on voit or- 
dinairement en Europe, c'est-à-dire que ce n'étaient 
pas des roues verticales. Celles que j'ai vues par- 
tout en usage dans cette partie de l'Amérique sont 
horizontales et de dimensions bien plus petites que 
les autres. Elles sont formées de palettes en forme 
de cuillers, au nombre de huit à douze seulement, . 
qui s'attachent iu^médiatement k l'axe. La conca.- 



t,Goo(^lc 



A SAM-Uns. t4K 

vite lie leur parHo évasée est un peu oblique par 
rai^rt à l'hcmiOD, de manière qu'elles reçoivent 
fim utlteniettt le choc de l'eau qui tombe sur elles 
d'en haut, et un peu d'arrière en avant. Pour que 
ces roues poissent résister à. )» force qui les Éaeut, 
et à l'action continue de l'humidité, oo est obligé de 
les &ir8 d'uQ bois très dur : c'est celui du Quina- 
quina dont le général fit choix pour les siennes, i'ai 
déjà parlé des qualités toutes particulières que pré- 
sente ce bois. L'odeur qu'il réfund lorsqu'on le 
cenpe «st des plus agréables. 

Pendant les courses que nous fîmes à la fbrét pour 
surveiller les progrès du travail, j'eus une idée que 
je me hâtai de mettre à profit, car il aurait été di^ 
cîle de retrouver une occasion aussi favorable. 
Celait de faire use collection des bois des arbres 
,fiKefftiei% de ces environs. Mon aimaMc hAle, auquel 
je fis appel, se mitaussitôt à l'œuvre, et, peu après,' 
la haehe et la scie avaient si bien feit leur devoir 
qu'il ne me restait que peu de chose h désirer sous 
ce ra{^rt. C'était la fomille des Légumineuses qui 
avait, parmi les soixanteespècesquenous recueillîmes, 
le plus grand nombre de représentants. J'ajouterai 
qu'un assea grand nombre d'enU-e elles n'étaient pas 
^Msamment développées, dans cette saison, pour 
qu'il ait été possible de déterminer leurs noms bota- 
niques avec toute la précision désirable. 

Les plus beaux bois du pays sont, ouirc le Quina^ 
guina, le Cedro, dont il a été aussi plusieurs fois bit 



t,Googlc 



CM StMVH 

neotitm, te Loarct, te rfogtU, le Solo, le Moêani, l« 
LatnOy \eJarcagateada,\eJm-caeoterad&,ie Tipa^ 
lieux espèees de Lapaeho. Le JVo^a/ n'est pas, «onSM 
BMi lom semble l'indiquer, le Noyer, dont il ae rap- 
proche cependant par la forme de tea iteuillM : c'est 
le RhnsjttgtandifoHttm des botanistes ; ma bois 4Èi 
d'un brun foncé. Le Laurei,' qni est un des phu beank 
arbres de la Ibrét, est un vrai Lauri» ; il faarait ua 
bois qui ressemUe un peu, lorsqu'il est fnii, heeldi 
de notre Noyer que je citais tout à l'heure ; maa en 
vieillissant il devient presque noir. Le coeur thiiAm» 
goteadtt est brua et présente des marlmires na^iS- 
^es; celui du Lanza est très dur et presquenoir. Les 
bois de SoU> et de CfUrintoUe sotit d'un rouge el^r 
.vers le centre du tronc, et celui deJarcacoloradaisl 
d'un rouge foncé. Enflu, les Lapaehas (1), ainsi que 
le Ckurqui, fouraîssest des bcùs qui odt beanoo^ 
d'aualc^e arec le palissandre. 

Tous les arbres que je viens d'énum^^r mt wi 
aiubier plus ou moin^ blaocfaâ^e ; ceux 4ent le bc^ 
est blanc dans toute so» ^isseur, sont le Mm^tf, le 
Sm^ûiiio, le Tipa, le Yuruma,, etc. 

Les ricbesses min^^les de ceUe partie de la B^- 
vie sont wworetrèi peu connues; j'ai entendu .pl«- 
sievrs fois parler de gimments oonsitiérableB <le 
saMes aurifères que les Indiens ont décourerts eu 
côté du Pilcomayo; mais on ne les exploite ' pts 

(1) Ce sont des Blgnonlaciei. 



,,-,-,ih,Googlc 



à. UM-MIIK. Mî 

eatfor^ ii).Eii d^^tive, h 90uiB inîiw^iie j'y ai* T«a 
e»t une «nUie d^ lal gemme ^i 8» treuvtit sur 1m 
t«rr«sdugéa6ral,eUta'iliaemwa,u»JMfYÛiil»t. TfMW 
I4& petits cogi* d'eau^joe dow passant» ^r,y w- 
river av^ki^at uAjoùt umuiâAre, où» \m «flbva»* 
««0C«fi qu'U» dàpQtaMnt'Mr.leuriwoR n'étaJAnt |ih 
à ^uc^tif prêt aussi aboi^aotw ^ue «tOm gn* 
j'avais yiMsaii bçrd des ruisseiiux d» PoUa. 

[^^ gawoQ «Mi^ue im dépM ImriMAt»!, d'us* 
^MÏssear iacopoioe, au-de^^wu d'ii|ieos«cJb«d'trgii| 
«« sw« d« b^uelia as iW»ot>^r«&t de« raMsed d'un* ro< 
cJie crittallioe If-^ polyœrphQ, qui 11 '«»t autre cham 
que de gypso ou y«M. Taotdt compacta «t UMBoba^ 
d'autres i»U cette matièeâ est d'upe ceuleor violaoie 
ou pisUrd ; après l'afoir br6J4e, o» l'emploie* dsM 
piMQiu ttHtte la BoUvief peftr blaiclùr iH flMisâWt 

L ' iplnit H i cn dfrb m rtiè r e tnîim n'aviit a W ii st i 
woore qae liu» I0 prcMMat d« p«it« vf ctieu^ , fié 
InvenaieBt 1m tripto et la oDvcbe de sypse. Htis «M 
poils M fMpptisaaiwI onwbiiwwl, an fetMr ^» 
pluies, et il follait sans cesse recommeocer le tmii). 
1^ situation de la couche saline dans l'épaisseurd'une 



(1] Mon hAte m'unira qu'il «tait rare qu'après ane erae nu pea 
forte do rio de Tarifa, ob at AtoMvrtt pu dana «on Ht qndqvea 
(ragoieota de quarU, pina aa atÂas ûeiéa d'or. 

On dit égalemeDl aïoir constaté aux eufironi de la capitale, la pré- 
sence de la houille, et cela îi une très faible profuodenr. Il serait à 
déairer que le goavemenieRl fil faire de nouvelles rechetchea t ce 
sujcL 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3M SÉJOUR A SAN -LUIS. 

bei^e dontlapenles'inoUnejiisqu'au bord d'un ruis- 
svau a permis an général de l'attaquer d'une ma- 
■ière bien plus avantagease. Au moyen d'un che- 
mn à eic4 ourert dont la pente permet aux eaux 
de s'écouler fotnieiBeDt, il retire aujourdliaî Bon sel 
Vfoc des brouettes , et peut le livrer aux éleveurs 
debesliaux & raison de quatre réaux (deux fraies 
cinquante centimes), la charge de six arrobes (envi- 
rtm 70 kilogramiBes). Il s'en consomme amtoelleiaent, 
par cette classe d'agnculteurs, une quantité eon^- 
dérable. La manière de le donner est d'en mettre un 
morceau dans le Keu où les animaux se tiennent 
habitueHnnent, et où ils vont tour à tour le lécher. 
Ce sd natif contient toujours une certaine propor^ 
tioD de sel de magnéne, et donne lieu à des effets 
pWTjgatift lorsqu'il est administré en qaandté consi- 
dénble; i) est quelquefois pariaitemeat Uaïc, et 
trMspu«nt comme du cristal ; mais il est , tout aussi 
swiveBt o^oré par des oxydes minéran, et il devient 
opaque, en prés^^Rt uàe colerMien rese ou lemir 
giaetate. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE XVni. 

H SAK-LVJS k tlLLA-RODMCO. 

i«e« voyages a» viU»ge, h chasse mx Péiiélopes on 
MX Ums, etde loogves conversations avec mon bâte, 
flr«Rt pawec bi«n vite le tenps qae (tevatent durer 
l'atlar et le retoi» de Celestiao, dont l'absence se 
pf(^ongMoa peu ^Aoe qoe je oe t'avais oklcolé. Mon 
tntffinrttz (inlerppète) p&rat à la ferme le 9 juittet, 
jfvac la trovp» <le jvnefltfi qui avait servi à t'expédi- 
tim du cifitaiDe Gntlner, dont |>ar parenthèse 
CriwttBO De ^raiafait pts trc^ eooteQt ; car il pr6- 
tendait qoe les aervima qu'il ai^it rendus à son loca- 
Uare avai^t éti si délkiats, q»'Us méritaient d'être 
payés ima pliïs que h somoad à laqmlle lùi-méflie 
lea avait fixés, le compris l'iDsianation , et je lui 
pfoons qa'il o'aisrait pas Hea d'être méconteat de 
GMÎ. Je m'eccapai eusoite de mes derniers prét>a- 
ratift ; et, le 1 1 juillet, j'en» la satist^ction de ioê 
mettre en route , laissant mon hôte occupé plas ao- 
tivementque Janais it'taitler les palettes de ses toam 
bydranliqws- Ma troupe ne consialait qu'en deux aw- 
Biaux de a^te et une nwlede charge. Ceteatiao éta^ 
à pied, et poussait devant lui son trei^eau de ju- 
mesAi qui se traînaient à peine, et qui retardèrent 
betacocp notre laardK peadant im premiefs jours. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc — 



3d0 M SAN-LUIB 

Il était aidé dans cette tâche par un jeune garçon 
(muchacho) qu'il avait emmené avec lui de Cara- 
pari, lorsqu'il en partit )^our «ooempagner le capi- 
taine Gardner. 

J'entrai hiâBtàt à Sao-Lui*, où -je «empiétai la 
petite cargaison de présents que je destinais aux 
Indiefta. Nous bow d^^mes eneaite ven le Bdd, 
et, arrivét au lieti qui est comiu soiu k oom 4* 
iwetéf sous cbwBgeâAiM de directe poar pranditt 
vers l'est j direction tpie le ehemiBd«vaiteoa»«cver; 
avec asMz peu de vari^ioss, jusqu'à Zapatfen. Us 
mvin D<Ms coadokil au riodeZererétqtteniwseApM 
à pftsser sept fois. Une coUiaefeafss. sépare la tavÏM 
où il coule de là losgue Quebntda del Veiocal^.^u'vH 
avtreoMa, un peu pl«s élevée tépave, de ia Qoebf^dA 
del Aokcral dont j'aYait «i^àté pouvoir awtir aiMMt 
le soir; mail o^a me fut imposBÎbk, et jo ine rài 
oUiffé de passer la nuit au miUaii de }a to<ôt. Le 
lampe était, aure^e, si hemt, etUiluAe ûbnUanÉs, 
<ipje je n'eus nollemeat k me pUindcode iqea-aari. 
. ILa petite rivi^fc àà Zeteré est digae d'Mre n- 
marquée, en ce qu'eUe est l'aSiutitle plus méridi»- 
Bsâ du Pilonmayo , dus. W dii^t«flwat de '€ui^t 
^fi'y trouve ctuBflïe eadav^e aui asfJieu dttslci^'- 
tairefi du rio Bero^o. Le ho î£ii«ruitt, astre affiûnKt 
4a Pilceaiiayo, est uD-peu Âaas Je n^ana casw 

La \Stf k peine le jour coAmeoiçitttil à psûadro, 
4«e Ci^tino était sur piod- Aédé de m» tm m i m 
ekttflvU^bh^i^ iHit W-t>Npnaiili»<^ 1« ImtiAi 



t, Google 



A VUJ>*HMM)MGO. $bt 

caaà^f et noift ^^Atioei «ne sMAilagoe uMz «ingti- 
lièr«, à peu de liittamte du lisu où bouI aviôM oo» 
ûbé; os t'ftpp^U te GmiU MBMa, à eâitte de H 
coai«H. EUe élail coflopocée en eatitr d'ooe tertli 
argîl«u*6 blin)ch« daos teqilelle 1m pi«d8 «'«afov- 
^«nt comme ^na uo monmiu de cendre». Lfe aHÏ»- 
dre iioufll« du veat wulevftit csHë tet-ra légire^ i* 
l'cw Ile iHHiTiU £iic« HD p« sBni en av«ir ht bwete 
ou to yeux soninéi. Du sonmet ds h mintagve, 
, iunts dâscfndtaes è 1b vaUée de KutTara , qu» pr^ 
eM« BUS mviae assoz lar^ et Basa en , joMMe «me 
1» lu^ de Ganon Secco. Le fond de k. TiUâe dé Zua- 
rUTO' est asMs ftccideBlÀ ; qaelqvafl inonaes , 4m 
tatUia épaÏB, des petits mini, l'eutteconpetit, et en 
£Mt tiD diioelUiDl «ndroit pear dM rarprise* k bm^ 
amée. Àuuia-t-eilejottéua eeHaùa rôle dans l'bil^ 
toire de eette partie dn départesneBt , et ne -réveili»- 
t-ettfrdanfl l'esprit d« eelui q« la tpwerae <^e dw 
peMées tristes. Elle Mt tottte aesHe de» lomfeeMK 
ie$ drétieHS que lei ia^eoe y ent assasenéB) et dee 
Mieme&ts UaoohiB an arieil de ceux âuxquek la lé- 
pnkare a été reiiiséb. GaleetlM, eh lae moBtnml ces 
Inces de Teageattce- du de justice, ne donnait en 
flkineteapa las détail* de qttekjses aaea deescèBes 
qtD s'y élanot paseéet, et dkos fesquelles il arait 
i f ct y i efoM été actear lui-Hâme. « A cet atitre, lae 
dit-il, naiK BBBpmdtDaeB «n jeur èJla^s cinq <M- 
r^^nes ; maie les cordes m sont poviies, et lee Clbi- 
' iig«aHs lentteMlràft : ce ^m vo«s wjn iàét Umc, 



i,Googlc 



Mt H SiIf-I.Dt8 

m sont leurs os. » Un^peu au d^ de l'arbre que me 
mfmtraft Celestino, nous passâmes le premier gtlé du 
rio de Zuaruro, et plus loin plusieurs autres gués 
de h même ririère. Au niveau du dernier coude, se 
troavait un corrat abandonné, au delà duquel se pré- 
SNita la Goesta de Zoamn, ou de Amareta, qui est 
la montagne h plus élevée de la province. La vue 
s'étend de wn sommet sur une immwise étendue de 
pays, si ce n'est du cd^ de l'est, où elle est bornée 
par le dernier bourrelet que formait les Andes de ce 
edté, e( qui constitue la limite occidentale deChaco. 
Les deux cbalnes isont séparées par la vallée de Za- 
patera, que je voyais à mes pieds, et par celle duGa- 
raperi. Le aoleil s'était couché pendant que je con- 
templais l'admirable perspective qui s'ét^idait autour 
de moi, et je me décidai à camper, un peni plus loin, 
sur un petit plateau que prâtentait la descente, du 
tMé de ZapMera. Parmi les végétaux qui attirerait 
aartout mon attention dans le trajet de onze lieuas 
que j'avais Ait à partir de Safi-Luis, il y en avait un 
qui mérite plus particulièrement d'être noté : o'eet 
l'aritre auquel les habitants du pays ont donné le 
nom de Soroche (espèce de Ihmbax). Il cnàu- 
sait très communément sur les cK^lines un peu éle- 
vées od il ne ae trouvait aucun autre arbre; et il 
se distinguait de loin par la forme de son tronc q«i, 
très épais et bombé au nilieti, était r^réci en haut 
et en bas, de manière qv'il avait une resseaablaBce 
très eiacte avec on féwau. La tiam iatériew du 



,-,,ii,Goo(^lc 



A VILLA- RonnifiOv $S3 

tronc est, si mou, <|u'en peut le creuser ave« des in- 
slruments de bois, et los Indiens onl mis à profit 
celle circoDslance pour faire avec le Soroche des 
vases pour contenir leurs boissons. Au moment de 
mon passage, cet arbre, ainsi que biend'aatres, était 
sans feuilles. 

Le 1 3 , nous traversâmes, sang nous arrêter , le 
petit village de Zapatera, que défend un fort de 
bouc semblable à ceux dont il a déjà été parlé. 
Ce lieu passe pour un des plus sains de toute cette 
région. Plus loin, le chemin pénètre dans un étroit 
ravin que revdl une forêt é^sse. Nous y rencon- 
trâmes, campés au ^rd d'un petit ruisseau qui tra- 
versait la Forât, une dizaine d'Indiens Chiriguanos. 
Ils étaient venus d'une assez grande distance pour 
faire la cbasse aux Pénélopes, qui abondaient tel- 
lement en cet endroit, qu'il aurait été facile sans bou- 
ger de place d'en abattre une vingtaine ; mais pour 
cela il aurait fallu ne pas foire de bruit. De mes 
deux coups j'en Ss tomber une paire, et la troupe 
e^yée s'éloigna à lire-d'ailo , au grand méconten- 
tement des Chiriguanos qui perdaient probablement 
plus de Pénélopes que je n'en emportais. Je ne pus 
me disûmuler que, pour ce genre de chasse, leurs flè- 
ches valaient bien mieux que mon fusil. C'était <k 
grand matin qu'ils dirigeaient leur attaque princi- 
pale contre les Pénélopes. En effet, ces oiseaux des- 
cendaient alors de la cime des arbres, où ils res- 
taient en général perchés pendant le jour, et ils se- 



i,Googlc 



ihi bE SAN-LOiS ' 

jouaient ensuite sur le sol de la forêl et sur les 
iMrds du ruisseau, oîi les flèches des Cbîriguanos les 
atteignaient bien plus fecilement. Les chasseurs plu- 
maient leur gibier , et lui faisaient subir une demi- 
cuisson : ce qui permettait de le conserver plus long- 
temps. 

Pendant le rélard occasionné par notre conversa- 
tion avecles Chiriguanos, le mue ftacfto, dont il a été fait 
mention plus haut, avait continué à pousser en avant 
avec les charges , et la nuit nous surprit, Celestino 
et moi, avant que nous eussions pu le rejoindre. Nous 
nous trouvions alors à l'entrée d'un grand bois appelé 
Monte del Acheral, dans lequel Celestino crut pru- 
dent de ne pas nous aventurer plus avant, de peup 
de ne pag renconter de pâturages pour les animaux. 
Nous nous installâmes donc de notre mieux, en nous 
consolant de l'absence du garde-manger général avec 
les dindons que le sort avait mis à'notre disposition. 
Cependant l'idée que notre pauvre mucAac/io se trou- 
vait seul à cette heure au milieu de la forêt, avecles 
juments et ma mule de charge, nous inquiétait d'au- 
tant plus que les Jaguars étaient, à ce qu'il parais- 
sait, assez communs dans ces lieux. Aussi nous re- 
mtmes-nous en marche le lendemain, dès que le jour 
eut paru ; et nous ne tardâmes pas à nous convaincre 
que le muchacho s'était préoccupé encore plus que 
lious des tigres ; car lorsque nous eûmes atteint le lieti 
où il avait fait halte, nous le trouvâmes étendu entre 
deux énormes feux et entouré des hétes de charge, 



t,Goo(^lc 



A TIttA-ItODRIGO. S.ï^ 

qu'it avait altàehées en cercleaiitour(ie Son pelitcamp. 
Les pauvres juments avaient conservé leurs harnais 
toute la nuit, et songeaient, ~j 'imagine, à bien autre 
cbose q'u'âi des bétes fauves. 

Délivrés du bois, nous entrâmes dans uiie plaine 
que la nature saline de son sol avait fait nommer Sa- 
ladillo, et qui pouvait avoir une lieue d'élendue. J'y 
remarquai un joli petit arbre touffu appelé "Chiri- 
molle, dont on mange le fruit qui est de la grosseur 
d'une cerise. Le chemin, qui avait conservé une di- 
rection générale vers le sud-est, à partîr d'une cuesta 
qui coupait la forêt de l'Acheral, prit directement 
vers le sud, au sortir de la plaine de Saladillo. Nous 
entrâmes alors dans la vallée de Carapari, qu'arrose 
une jolie petite rivière dont le chemin coupe les nom- 
hreuses sinuosités, avant d'aboutir au triste village 
qui était le but de notre marche de ce jour. Celestino, 
douLCarapariétaitkpatrie, s'empressa de me faire les 
honneurs des lieux, en me menant k te qu'il m'assura 
être la plus belle habitation du pueblo, lequel, aii 
reste, n'était composé que de deux douzaines de ca- 
banes dispersées dans le pré, à côté d'un de ce^ fof is 
de boue dont j'ai déjà parlé, et qui était composé, 
comme eux , d'une grande cour carrée , avec une 
porte cochère sur un des côtés, et une sorte de bastion 
à toit de chaume à chaque coin. Mon domicile était 
au premier étage d'une masion qui n'était composée 
que tfe deràt chambres ; encore fus-je d>ligé de par- 
tagériààn dortoir avec quatre autres personnes^ et avec 



t,Googlc 



336 DE SAn-LCis 

des myriades de puces cl de punaiset fiai ne-ise lus- 
sèrent pas un moment de i'ej)o&, pas plus qu'une 
vieille Seûora qui occupait le milieu de la pièce, ei 
qui ne cessa, pendant toute la nuit, de remplir im[H- 
toyablement l'air des échos de sa digestion troublée. 
Pour échapper h tant de maux, je ne trouvai pas de 
meilleure ressource, lu jour suivant, que de plaoer 
moDlit dans un petit jardin potager qui se trouvait 
derrière la maison. 

Caroparj est un des lieux les plus malsains de la 
frontière. Dans la saison des pluies, il est impossible 
d'y passer, même un seul jour, sans y prendre la liè- 
vre; aussi la mortalité y estelle si prodigieuse, qu'il 
n'est guère douteux que l'on n'abandonne un jour 
complètement cette vallée, dont les pâturages pa- 
raissent avoir été presque épuisés par le grand nom- 
bre de bestiaux qu'on y a élevés. 

Ce ne fut pas sans quelque surprise que j'appris 
du curé de Carapari, qui était un moine franciscain, 
que les projets du capitaine Gardner étaient connus 
au couvent de Tarïja. Il me dit qu'iln'en avait pas le 
moindre souci. 

Le 17, nous sortîmes de la vallée par un temps 
magnilïque, et, en nous dirigeant vers le sud-est, eous 
gagnâmes la Quebrada de Abarenda, dans laquelle 
nous fîmes deux lieues au milieu d'une forêt assez 
épaigse,et en coupant à chaque instant lescoades sans 
nombredela petite rivière qui y serpente; puis, après 
l'avoir quittée, je me trouvai au sommet de ce der- 



Do,i,,-c,ih,.Googl'c 



A VILLA -BODHIGO. 257 

nier échelon dos AadeR qui avait empêclié, deux jours 
auparavant, que ma vue ne s'étendît de cecdté. Je ne 
puis dire la sensation de joie que j'éprouvai en jelant 
les yeux sur les belles plaines qui s'étendaient, comme 
une grande mer, à mes. pieds : c'était le Chaco tel, 
pour ainsi dire, que nous le contemplions, deux aas 
auparavant, des rives du Paraguay. Dans un point du 
lointain, l'horizon était voilé par un rideau de fumée 
résultant sans doute d'un incendie. Peut-être y avait- 
il là un campement de quelqu'une de ces hordos 
errantes de Tobas ou de Malacos que je désirais tant 
voir. 

La descente de la chaîne, sur laquelle nous avions 
grimpé avec assez de facilité, était extraordinairo- 
ment rapide, et le sol y était formé d'une terre sèche 
et glissante sur laquelle on roulait bien plulfit qu'on 
ne marchait, de sorte qu'en quelques minutes nous en 
eûmes gagné le pied ; mais non sans que Celestino, 
qui voulait tenir le pas à ses juments, n'eût fait quel- 
ques culbutes assez plaisantes. 

A une lieue plus loin , se trovivait le village de 
Âbarenda, habité par des Indiens Cbiriguanos, ou 
Abas, comme on les appelle assez fréquemment au- 
jourd'hui. Le si^eil était couché quand nous y en* 
trimes, et je me décidai facilement à y passer la nuit. 
Celestino se trouvait, là, tout à fait en pays de con- 
naissance, et il me mena, immédiatement, k la hutte 
du capiian qui me reçut à merveille, et que je trou- 
vai dégustant, au milieu de sa famille, une calebasse 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



iSS oc sAiv-i.i<is 

^6 (iirehâ, qtl'il Htà ^téienta. Le lecteur devait s*y 

iittehdrê. 

Les habitations d'Àbareiida ne diNéraiéiit de celles 
qUfe j'avilis Vlifes à Càrapàrirenda, et dans quelques 
itilres' villages cbiriguanos 'de-U Cordillet'â, que parce 
t^e leurs murs étaient entièrement construits en 
baibboUs disposés verlicatement les uns h la suite 
àes autres, et reliés à d'autres qui les croisaient de 
distance en distance, db manière que l'air pût y 
ciriculer Hbretnent; tandis que dans les villages que 
J'til cités plus haut , oî) le climat est tnoins ardent , 
les murs étaient crépis avec de la terre. Les toits, qui 
avaient exactement la même forme que tes Qdti'es, 
Si Ce n'est qu'ils avançaient davantage au-delà des 
mul's, étaient également construits en bambous et 
recouverts de chaume. Du reste, même profusion de 
j^ands pots !t chicha, tant en dehors qu'en dedans. 
L'intérieur des huttes était remarquable par sa pro- 
preté, et je ne pus m'empécher, en me couchant sur 
le lit defines cannesque le capitan, mon hdtci m'aban- 
donna, de foire quelques comparaisons assez défevo- 
rables, je dois le dire, à mes derniers hôtes chrétiens. 

Ce n'est pas cependant que je veuille affirmer que, 
durant la nuit que je passai au milieu de l'intéres- 
sante famille du cacique d'Abarenda, je n'aie pas, 
de temp3& autre, eu occasion de me rappeler la vieille 
fembié de Carapari; mais au moins, à Abarenda, me 
'trouvâis-je libre de la vermine qui m'avait assailli 
daijs Ib botige malpropre du village bolivien. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



, A viLLA-RonniGo. 259 

Oilelques InstahïB a^rès mon eritréedaiisla huUô, 
j'iavais fait présent au capitad d'un peu de tabac, éï 
j'avais dohné à sa femme un Collier de verroterie'. 
Pour tn'eil témoigner leur reconnaissartcfc! ces bOriS 
sauvages tuèi-ent une poûIe et me la fifent ti\iire dé- 
Vaht le fêu tini brâlâit sur le sol, au milieti dé ta 
.fiùlle. 

En attendant ce souper, nous continuions à boit-fi 
àè la bhicha. Depuis les longues séaiicés auxquelles 
i^âvate assiste durant le Carnaval de Tarija; je com- 
ihèn^kiià'm'habîtuertoUt à faitàfcelte liqueur. Pouf 
^ arriver là, j'avais pris le parti de ne plus demandéh 
TJÔJTitilfent on VA foisàit ; et l'idée de la masîiga me ve- 
nait biert raremertt à l'esprit. 

La colonie de Vinâ-Rodfigb,aihsi.nomméé fenrhàii- 
tteur-UbgénérSldôtiRoiJrîgoMarganJnys/qui en fut Je 
ftadateut-, est située S de\ix Ifeues et demife d'Abà- - 
ifetidia. Oh j arrive par deS plaines parfaitement unies, 
fencadréês par quelques collines basses qui soïit les con- 
treforts da la chaîne que je tràversaiavant d'arriver 
Wt '#iUà|yft bhiriguano. Ces plaines portent, ainsi que 
toute la partie environnante dti Chaco, jusqtl*aU riô 
fïlcbffia^, le hoffi de pUine de Caiza. Les pâturages 
ijufe j* nhiversar étaient fermés d'une herié durô 
que les bestiaux refusent de brouter. Plus loin celle- 
ci prend un tout autre caractère ; le sol y est en 
même temp^ lég^ement salin, e& sorte qm Ton y 
■«aeoatr« les meillderes conditims po^H>lt» pthlr 
Pengrais des bestiaux dont on a déjà introdùft 



t,Googlc 



260 DE Si^N-I.UlS 

une quantité immense. L'édit rendu par le prési- 
dent, à son passage à Tarîja, était de nature à porter 
les colons à donner encore plus de développement 
à celte branche de l'agriculture, qui a formé, en tout 
temps, la principale richesse du département (i). 
Presque tous les bestiaux introduits à Caiza ont été 
amenés des environs d'Oran qui est, sur le rio Ber> 
mejo, la ville de la République Argentine la plus 
voisine. Le prix d'un bœuf d'un an n'est, dans cette 
localité, que d'une piastre (cinq francs) ; le bœuf de 
deux ans s'y venct deux piastres ; celui de trois ans 
trois piastres, et ainsi de suite. A Caiza ils se ven- 
dent le double ; et à Tarija, le quadruple ou davaO'^ 
tage. C'est dans les villes des parties élevées de It 
république que les éleveurs réaliseraient de beaux 
bénéfices s'ils pouvaient y mener leurs bestiaux plus 
facilement ; mais la nature pierreuse des routes de 
la Cordillère et le manque de fourrages s'y opposent. 
Ils pourraient obvier en partie à la première de ces 
difficultés en ferrant leurs bœufs, ainsi que cela fl« 
pratique dans quelques parties de l'Europe; mais 
l'idée ne leur en est point encore venâe. 

I^ village de Villa-Rodrigo, auquelje ne tardai pat 
à arriver, me frappa par son aspect de gaieté ; les au- ' 



{1} Ontre he ïxpoHalions cmsMérablfs de bteuta en nalare qatMt 
Tarija bhk départements «olsii» de PoiMi et de ChaqalMCS, Il fMrati 
«neore m dépariements, de culm t»miéf.(.tuttiu). 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A VILLA-RODRIGO. 2S| 

très viUages de la frontière m'avaient inspiré un sen- 
Anent toat oppoté. Les maisons qui la composaient, 
quoique d'une construction un peu trop simple, puis" 
que la plupart ne consistaient qu'en une seule pièce, 
étaient bien alignées , et avaient un aspect de pro- 
preié qu'étaient Iràn de posséder celles de Carapari. 
La phii»rt étaient construites en iroDCS de Carao' 
daïs ou en bamhous , et recouvertes de chaume. 
Les murs d'un petit nombre d'habitations avaient, 
•H outre , un crépîsEage de boue. Les meubles 
qui les garnissaient étaient des plus élémenlai- 
res, et quelques unes en étaient dépourvues, à moins 
qu'on ne voulût donner ce nom à quelques cuirs de 
bœuf sur lesquels les colons s'asseyaient, mangeaient 
et ceucbaient. Quelques uns y avaient ajouté deux ob 
trois crânes de cheval ou de bœuf qu'ils avaient rap- 
portés de la [Kimpa , et qui disaient des tabourets 
assez commodes. En passant devant les portes ou- 
vertes des habitations de cette ville naissante, et m 
jetant les yeux sur ces intérieurs si peu attrayants , 
je me ra^^lai involontairement le bon lit de 
cannes du capitan d'Abarenda, et jo fis encore quel- 
ques comparaisons, tout en faveur des sauvages, 

Surun des cètés de la grande place, qui comprenait 
alerspresque tout le village de Villa-Rodrigo, s'élevait 
un fort de boue, en tout point semblable à ceux 
dont j'ai déjà parlé. Mais ce ibrt, n'étant construit 
que très récemment, avait réellement un aspect sé- 
duisant; ses bastions à toits de chaume, me rappe- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



%9ê DK SAN'LUIS 

iaÂQfkX (^eiquM pigsuûiûrs de m«n pa^. th avaient 
We pbysiwiomie lî o^queûe que je n'eus rira é« 
plus pressé que de -eberoher à Aire da l'yn d'iBui^ 
toa demeure. Un lieutenaatd'artillerisiuHiitqé Arat 
oivt) ^isail, par iniériiQ, l'once de oeamaBdaat 
du fort; je na me fus p»s plutM ftémat^ k in* 
qu'il m'offrit lui-môme de ipe loger daias l'ime du 
tourelles. Uce de mes coimaissances do Tanjâ, Ut 
général Raiïa, en occapait une autre, enatloadutt 
que la maison qu'il gisait bfttir, pour Ui et s« 
^eoe, fût terminée. 

Mon plan de voyage à travers le GbaoQ était eo^ni} 
àVillarRodrigo depuis quelque teinp^, et le Uetit«- 
Aanl AFaqiva offrit de m'^id^r à lo uteUre à e:|éeu-^ 
4iop par tous les moyens qui étaient en s0Q PQU-^ 
yoir; il commença par prescriroaucorrégùJ^deia^e* 
fournir des animaux pour le voyage pcélimii^ire qu^ 
j'allais faire auj^ rives du Pilcomayo. J'^i^^is av9g 
plaisir que les différends qui s'étaient élftyjis eptfV 
Içs. ïia|)itant$ 4^ la frontière (frqnterittfif) ■ f% |$f 
Indieps, par suite de quelq^ies menacea faitos sagf 
réScxioQ par le dernier goiivera^r, s'étaieat arr^r 
gcs à |['amiable. Mais ma saiisfactipp ^taît ^n p^ 
troijtilée par la crainte que le mauvais voulâir des 
sauvages ne.se ipontrÂt de nouveau, ai le gQuvwW~ 
ment venait à effectuer, avant jnon, retour, unprojftt 
au sujet duquel il avait pris nne première décisif, 
en vertu de laquelle on devait élever up nouv^fii 
fort sur les bordsmémesdurio PilciQmayo, dont VU^- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



\ VlUA-RODHteO. 943 

• Bp^F^ est élolgoé da 4ix-buit à vingt lieues, Un 
Sfiitlèy^eqt g^o^ral des naturels aurait été i^torsi 
preeqqe ifiévitable» et j'avoue que je n'eusse ^f. 
voulu a^ trquver ai) milieu d'euf danç de $g|Bb}ar 
Itl^ cfladitioi:^. l^ea reuseigneipeiits que j'ol)Mw l¥f 
lfl9 tribus qui se trouvaient alors (la^s le yai^to^g^ 
de I4 partie du Pjlcoipayo qu^ j'allais ^})orflet mp 
donnèrent lieu d'espérer que j'y rencojitrerais 1^ fik^ 
prÎDcipal de la nation d^sToltas , le iameux Nokoé, gû 
fit une oppositioD assez 4éterminée au^ ntouvemeiU^. 
du général Margarines, lorsque celui-ci fit I9 ten^ 
t^tive de paviguer le Pilcomayo , cowni^ il sera ^It 
plus loin, fn cette occasiop, le capitan Yu^baji 
fut le s^ul des cbel^ de cette nation qui re^t^t 
&4^h aux fioliviens. Tous s'accordaient à dire que 
ce Yumbai était l'^mi le plus déclaré qu'eussent 
tes pbrétiens, p^rmi les Tob^s , et j.^ me d4termiu9i 
op copséiqjfeDce à chercher à entrer tout d'^bor^i 
en commHniiDation avec lui , d'autant ipieux qtie Ce- 
lestin», ipou linguarfu, le coofutissait partipuliiè- 
rement. 

Ayant que je me retirasse, Arauiva voujut mt 
fuse visiter la salle d'armes du fort, qui contgeufit 
un armement con»;4et pour quatre-vingts )iontm«#, 
en très bop él^t; il appela particulièrement niog 
a^l^utioD sur un petj^ canon de brouzQ qni s^ 
troHVfût à l'entrée de fa cour, i^tqui ËMsait, àçpqH'^ 
me dit, l'^vtfi des sf ujr^gies qui l^ regardai^frt cpmtittf 
spï^e 4e 4iyinitp. , , 



Doii,,-c,ih,.Googlc 



â64 PB SAN-LUIS 

On s'imagine, sans doute, que je passai, daas ma * 
tourelle, une nuit très agréable; mais la venté est 
que jamais je n'en avais passé une aussi mauvaise. 
Il y avait tout au plus une heure que je me livrais 
aux douceurs du smnmeil, quand je fus réveillé par 
une sensation de piqûre, que j'éprouvais à la fois sur 
toute la suriace de mon corps qui s'était couvert 
d'ampoules. J'allumai une chandelle, etjevisque 
BMMi lit était occupé par un bataillon serré de pu- 
naises ; mais ce n'étaient pas des punaises de l'es- 
pèce de celles que se rappellent si bien mes lecteurs, 
et que j'appellerai la punaise cosmopolite : c'étaient 
des punaises longues et effilées comme des spectres, 
et que je ne connaissais que depuis que j'étais entré 
en Bolivie , où elles portent le nom de Vinchucas. 
Ces insectes repoussants n'élaient pas sortis des mea< 
blés de la tourelle (il n'y en avait pas d'autres qi;|.c 
mes petacas, et le cuir de jaguar sur leqad j'avais 
l'habitude d'étendre mon lit); ils étaient descendus 
du toit qui leur servait de lieu de refuge pendant le 
jour, et qui était composé^ comme je l'ai dit, de bam- 
bous et dd paille. Le commandant, à qui je me pbi- 
gnisle lendemain de l'attaque dont j'avais été vic~ 
tkoe dans sa forteresse, m'assura qu'à une certaine 
heure de la nuit les Viochucas sortaient loutra en- 
semble de leur retraite, et se laissaient tomber comme 
une grêle sur les malheureux destinés à devenir leur 
proie. Toutes les maisons du pays paraissaient en 
être infectées. Je n'attendis pas, au reste, ces es- 



tvGoogIc 



A VltLA-RODRIGO. ^6 

pticatioBS , o«r à peine eus-je vu mon lit d^rrassé 

4çs ViDchuoa3(eUes disparurent comme par enchan- 
tenent au premier rayon de ma chandelle), que je 
le portai au. grand air, comme je l'avais iait à Ga- 
nipari; sealement, au lieu d'âtre couché daus un 
jardin, je le ^s dans une cour, maia dans una 
cour i^Dt le sol était aussi uni qu'un parquet. 

11 était grand jour lorsque je me réveillai de nou- 
veau ; j'entendis pousser au dehors de grands cris de 
joie qui annonçaient quoique chose de particulier : 
c'était la fêle de la patrone de Villa-Hodrigo, que 
Ton se préparait à célébrer. Les habitants du voi- 
^ sinage, et ménae de plusieurs villages éloignés, étaient 
accourus en cette occasion, et ajoutaient encore à 
l'aBÏmation du moment. Le malheur voulut que le 
temps se g&t&t; le vent et la poussière s'élevèrent 
si fort qu'on se vit obligé do remettre la procession 
au lendemain, ainsi que le coup de canon qui de- 
vait en annoncer la Un , et qui n'était pas considéré 
comme la partie la moins impwtsDle de la cérémo- 
nie dont il était en quelque sorte le bouquet. Il y 
avait un grand nombre de Chiriguanos reconoaissa- 
btes à leur tgmbeta, qui étaient venus expressément 
pour entendre la votxdu/>teu de bronze; du moins 
c'est ce que l'on m'affirma. Il est cerlain que ce 
dieu formait le sujet de conversations très animées 
dans quelques groupes, car ils montraient le canon 
du doigt à chaque instant. J'étais assez curieux de 
voir l'effet que le tir {voduirait sur eux ; aussi , le 



,-,,ii,Gopglc 



SM DB SAH-LD» 

leDdeiBidn, dès que je vis qae U processif était 
fiuF le point de rentrer à l'égUse, la quittai-je pour 
me rapprocher des sauvages qui suivaient avec gb- 
riofiité les mouvements de la mèche allumée d^nt 
était anné le commandant Araniva. Je vis alors qiie 
lapeur qu'ils avaient de hgueule de ^eu n'était, en gé- 
néral, qu'une peureuiantine ; ils riai^t en se cachant 
les uns derrière les autres, et il n'y avait guère que 
les plue jeunes qui montrassent une véritable appré- 
hension de ce qui allait arriver. Enfin, je remarquai 
que, lorsque le coup "partit, tandis que quelques uns 
poussaient des cris de joie, d'autres se regardaient 
d'un air qui semblait vouloir dire : Comment, ce n'est 
que cela? 

La procession, qui ne présentait en elle-même nen 
qui fût digne de remarque, était accompagnée d'un 
cortéged'individusenlièrement cachés, ainsi que leurs 
cttevaux, sous un véritable monceau de plumes d'Au- 
truche ; ils représentaient les Indiens Tobas, qui igno- 
rent sans doute qu'ils jouent un si grand r41e dans 
les fêtes boliviennes (1). Enfin la place fat occupée 
par une demi-douzaine déjeunes gens, à cheval, qui 
donnèrent le spectacle d'un jeu qui est très pqra- 
laire dans tout le sud de la Bolivie, ainsi que dan^ 



' (1) J'ai oublié de dire, dans la descrlpiion que j'ai doonif de l'efiicéç 
dD général BalUvUn à l'ariji, qu'il était précédé de plusieurs de ces 
Tobas parés de plumes d'autruclie. J'ai retrouvé le mènie accou- 
UemHt dans de* procemioBS de pludenr* auuts |Kii|Hs delà Bolivie. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



A VILLA-RODRIGO. 267 

une partie de la république argentine : on l'appelle 
chibato.{aiot qui signifie littéralement chevreau). 
C'est en efi^t un ^ ceq ai^if^au^ fui sert d'app&t 
dans ce jeu, et voici comment : l'un des cavaliei^', 
dont le cheval est Uasé au galop, tient à la main 
l'extrémité d'une corde, de 2 mètres on plus de lon- 
gueur, du milieu 4e laquelle pend, alt^cbé par (es 
pattes, le pauvre petit chibatp. Uq second cirvalieff 
-survenant, ^aisit l'autre extrémité de 1^ corde et cbefi 
che, en excitant sa monture, à dépasser spq ^nt^g^rr 
{liste pt à eplever le chibato, S'il y répssit, un autru 
vient ^ son tour essayer ses forces contfe le vain- 
queur, ej ^*^^\ (|e suite, ^e chevreau reste, ^ii dé^i 
lûtive, la propriété de celui qui peut Le conserver. 
Quelquefois on subtitije un canard (pat9) aq Çhet 
yreau, naais le jeu q'en coi^erve pas moins son nopi} 
de chibato. 



ih,Googlc 



CHAPITRE XIX. 



LE GRAN-GBiCO. 



Pendant que les Habitants de Yilla'Kodrip,o conti- 
nuent de célébrer la fête de leur patronne par des 
libations de chicha, et pendant que Celestino selle et 
bride les chevaux qui doivent servir à mon excur- 
sion, jetons un coup d'œil général sur la région 
curieuso dans laquelle je vais i^ire pénétrer mes 
lecteurs par la pensée» et à travers laquelle je 
voulais ouvrir un chemin de communication avec le 
Paraguay. Cette digression, si c'en est une, ne sera 
pas inutile^ car elle donnera une idée du genro de 
difficulté que présentait l'entreprise que je proje* 
tais (1). 

D'après Lozano {2),\e nom de Chaco ne serait pas 
très ancien; il n'en est pas même hit mention dans 



(1) Ce chapitre, dans lequel je Ter*! conaattre les jM-lncIpalei (eu- 
tatives qui oui élé faites poar effecrner la trafersée du Chaco par 
terre, d'uae manière régulière, sera complélé par ce que je dirai plut 
tard sur la navigation des deux grandes arlÈres de celle régloit, le rio 
Pilcoinayo et le rio Bennejo. 

(2) Dttcripcion chorografica dellerretw, rtoirOrlioIei y oim- 
maleê de lot âilataditimtu prooinciat delQran Chaco Gv<Uamba,, 
y ée loê rio* y coilumbra de lot intinmerablet nacione» barbarat 
in/klatqtu tu hobitan ; por d Padre Lomoo. Cordoba, 1783. 



i>,Googlc 



LB CHACO. MV 

I9 vie ié saUit François Solaao, religieux i]â l'cvdre 
de Sai^UFrunC^Bi qui a parcouru le pay? désigqé 
sou» ce nonifliour y répandre la lumière de l'Évan- 
gile. Dans la langue quichua, on appelle chacu, cep 
grands troupeaux de bétes feuves que les peuples de 
cette partie de l'Amérique rassemblent dans leurs 
classes, au moyen de battues ; et on a donné le mtaie 
nom au pays dont il est question, parce que, quand 
François Pizarre se fut rendu maître de l'empire 
péruvien, un très grand nombre de ses habitants s'y 
réfugièrent. De Chacu, que les Espagnols pronon- 
cent Cbacou, l'usage, a fait Chaco. Losano dit encore 
qu'on n'a compris d'abord sous ce nom que la région 
qui est renfermée entre les montagnes de la Cordil- 
lère, le Pilcomayo et le Bermejo; et qu'on l'a étendu 
ensuiLe, à mesure que d'autres nations se sont jcàntes 
aux PéruTÎens qui s'y étaient réfutés pour défendre 
leur liberté cmitre les Espagnols. 

Quoique l'on puisse trouver quelque chose à redire 
à cette étyraologie, et surtout aux raisons apportées 
à «on appui, ^e ne croie pas qu'il soit bien utile de 
s'y arrêter; mais un feit qui mérite d'appeler i'at- 
tttillw, c'est que ce nom de Grui-Ghace, qui eet 
d'un usage si généntl dans une grande partie de l'A* 
mérique Méridionale, et qui s»t à dési^» uae ré- 
gion immense, soit omis dans i^usieurs traités de 
géographie moderne, et ne paraisse qu'incidemment 
^ns d'autres. 

Oa eom|iuad «ajourd'hui ious le nom de Gran- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Iffa LE tiÉAeo. 

Chmi an 'de ime^fhMhfnbà, ëëttë HUb Itëhduè 
81 pip ttlAtqiii s6 troUve sttilëè ebtrè lé l9'* et lé 
30' dë^ré de latitiide sud , et qui ést limitée , k l'est, 
^r le rio Paraguay et le Parana; et, & l'ouest, t>ar te 
Ho Pàrapiti, les fi-ï»nti6res de la province dé Sâlifl 
«t \b rlO I^Ktdo. Getté dernière Hvièt-e, et tés rio^ 
PilCTHni^ et Bennéjti qui trarersent !e CHabo 6À 
Wagttliale, 1« partagent, comme l'a mohiré Àreuales, 
eu trois Mktioiis (1), que l'6ti désigné pa^ lëà épi- 
thètfes dé 8epteairidnale, Centrale et Austtate; Dé 
ces sedioAs, la première, qui cObiSne au iiDrd atéè 
1m immenses marais de Xarayâs et dé San-Joséj èàni 
la provinee de Chiquitos, dépend ntttttrellémeht de 
la Bolivie ;' et la troisième^ comprise entre lé ^1^- 
nejoj le Salado et le Parana, doit a|^rten1r, aeloà 
toute évidence, à la républiquede H Plata. Quanti 
la seconde section, c'est-à-dire la grande buftdé qni 
se trouve entre le PiloHnayo et le Bermejo, H ^ àui^U 
tans doute à discuter, s'il s'agissait de déteriUlH^ k 
laqndle de ces deux républiques voishie^ etié 
^vrait revenir de droit ; je me contesterai àk bon- 
«later qne, de feit, cette belle ponidn dtl XSktt^d 
ttt sow la dépendance de la BoHvie, uâti quffcHé IVl 
]firâuvé en y plantant ht colonie de Yilla-:Radrig5; 
Aeste à savoir si la républiq«« dé la Plata, qfti rv- 



(1) Notiàat hiitoricai y'deKrtpfitW tobrê tl grah ^aii Sel 



i,Googlc 



Lfî CHACO. 271 

gaMe ëbcore le département de Tarijd codime lui 
appartenant, consentira à abandonner tes droite 
qu'elle peut avoir sur la partie correspôndaote du 
Chaco. 

fksayons maintenant de â<Huier une idée, de la 
physionomie de cette région intéressante, dont l'éten- 
dueet lés richesses, dit Arenales, ne sont compara- 
bles qu'à celles du fleuve majestueux qui la limite. 

Un des caractères les plus remarquables du Cbaoo 
est l'uniformité de sa surfoce, et la feible élévation 
de son sol au-dessus du niveau de l'Océan. Haènke a 
feit cette remarque au sdjet de plaines de Santa- 
Cruz de la Sierra, de Moxos et de Chiquitos , qui se 
continuent avec sa partie septentrionale. Azara a £aît 
la même observation sur la partie qui avoisine le 
Paraguay. J'ai mesuré, de mon côté, Télévalion du 
Chaco vers la frontière de Tarija, et je ne lui ai 
trouvé qu'une hauteur de 160 mètres au-dessus du 
niveau de la mer : ce qui ne donne guère, pour la 
pente générale de ses rivières^ que 10 mètres. par 
degré. 

Ce faitseal permetdéjà do présumer quelesmonda- 
tions doivent être inévitables dans ces districts. Leur 
.fréquence doit, je pense, être considérée comme le 
plus grand obstacle qu'auront à rencontrer les com- 
munications qui devront s'effectuer à travers ces 
diatricts, et les étabUssements que l'on voudrait y 
fonder. Lee inondations sont, au reste, beaucoi^ 
plus étendoeadaBS le oonl du Chaco que dans le sud» 



i,Googlc 



272 LE CHACO. 

Pendant la saison des ptuies, qui dure d'o«t(d>re 
en mars, ces plaines inondées présentent l'aspect 
d'un grand océan semé d'tlots de verdure. Les rivières, 
qui, quelque temps auparavant, coulaient limpideti 
entre leurs berges, se gonflent alors outre mesure, 
en descendant de la Cordillère , et leurs eaux se char- 
gent d'un limon abondant qui se dépose, lorsqu'en 
arrivant dans la plaine, leur courantvient à perdre 
de sa violence : il en résulte un changement presque 
continuel dans la constitution du lit de plusieurs des 
rivières qui parcourent leChaco,et, par conséquent, 
un obstacle à leur navigation. 

La monotonie de la surface du Chaco se reproduit 
dans sa végétation ; mais celle-ci n'en prend qu'un 
cachet plus spécial. On y voit d'immenses espaces 
recouverts, à bien peu de chose près, d'une seule 
espèce d'herbe, d'une même espèce d'arbre. U n'est 
pas de voyageur dans le Chaco qui n'ait fait mention 
des Palmarès, ou vastes accumulations de Palmiers, 
qui s'y présentent. Vues d'une certaine élévation, 
les forêts constituées par ces arbres sociaux offrent 
l'aspect d'un océan. L'A^rrobo { Prosopis ■ duteis ) 
forme encore des bois d'une grande étendue , aux- 
quels on donne le nom A'Argarrobates. On peut 
en dire autant de l'élégante Himosée connue sous le 
nom de Vinat. Cet aiiire crott surtout dans les lieux 
sujets aux inondations , et porte des épines très 
épaisses qui ont quelquefois plus de 2 décimètres de 
longueur. Le suc de ses feuilles, qui est astringent, 



t,Goo(^lc 



LE CIT4C0. â7S 

fsst regardé comme un remède souverain contre Iqs 
opbtlialmies. Le Gayac, que l'on appelle, à cause de 
ses vertus, Palo-Sanlo , forme aussi des bosquets 
dans quelques parties. LaBombacée, connue sous le 
nom de Palo-Borracko , y est également assez fré- 
quente, et, surles bords du rio Bermejo, on voit pres- 
que partout des bouquets de Saules et de Peupliers, 
que les navigateurs de ce fleuve décrivent comme le 
plus bel ornement de ses rives. 

Je pourrais aussi parler des animaux qui habitent 
les rivières, les vastes pâturages dépourvus d'arbres, 
ou les bosquets si variés du Chaco ; mais comme if$ 
n'ajoutent que fort peu à la physionomie du pays, et 
qu'ils sont les mêmes que ceux qui se rencontrent 
dans les contrées civilisées adjacentes, je crois qu'il 
est inutile d'insister sur ces détails. Arrâtons-nou« 
cependant un moment sur l'homme. 

On est étonné, en lisant les narrations de queli- 
ques anciens auteurs , du nombre vraiment pro- 
digieux de nations différentes qui sont signalées 
comme peuplant le Chaco, et dont on ne retrouva 
même plus les noms dans les historiens qui les ont 
suivis. Voici les raisons de cette confusion. 

Avec le temps, dit Azara, les nations et leurs sub- 
divisions ont changé de nom ; et , ceux qui ont voulu 
prendre, plus tard, des informations sur ce sujet, 
ont trouvé encore d'autres noms qu'ils ont accep^ 
lés, sans chercher à déterminer s'ils ne s'appli- 
quaient.pas à des tribus déjà connues. C'est ce qui 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



274 l'E CHACO. 

fêit (jtiëj dans les caries du Chaco tracées par tes 
Jésuites, il y a âpeihe de la place pour toutesles dé- 
nominations que l'on y a accumulées. 

Lés conquérants ei les missionnaires, dit eilcore le 
îiieme auteur, ii'ont jamais cherché à foire une aes- 
ci-iption véridique des nations qu'ils ont rencontrées ; 
iéuf but n'était que de donner la plus haute idée pos- 
sible de leurs prouesses, ou d'exagérer les travaux 
qu'ils avaient exécutés. C'est ainsi qu'ils ont grossi 
3 l'ihiicîi lë nombre des Indiens du Cbaco ; et , de 
quelques peuplades, ils ont même foit des anthropo- 



ftiarfa croit que toutes les tribus qui habitenl le 
(^abô doivent se rapporter aux dix-sept nations 
^ivànfeë : le^ Giiaraiiis, les Aquitequedîchagas, les 
Hitiaquiguilas, les Guanas, les Mbàyas, les Lenguas, 
les Machicuys, les Enimagas, les Guentusés, les 
Tobâs, les ï*elilagas, les Aquilotes, les Mocobis, les 
Abîpones, les Vilelas, les Chunupès et les Guay- 
éurtis. La plupart de ces nations sont errantes; te 
fièu où elles fixent leur domicile momentané est 
dôtertnirié par les exigences de la pèche et de la 
chasse, qui constituent leurs moyens d'existence ; ou 
bien, par la nature des relations qu'elles entretien- 
nent avec les aiitres tribus du inémé pays. Ëiiiin, les 
iiiobdations auxquelles leChacoegl et sujet, peuvent 
encore ôtte considérées comme bne des principales 
cikileéâdéletnlinantl^S des migrations de ses habitants. 

Du coihpfeitd combien il doit être difficilie d'ari'i- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



i.È CHAcô. 275 

Ter à un cfiinre même âpproximàtir au sujet de la 
jwpuiation d'un pays sémklaWe. Arbnales croit ^u'aiï 
commencement dii xviii' siècle, elle pouvait ôtie en- 
tirôb de ceiit initie àmès; maintenaat, si l'on prend 
en considération lés persécutions nombreuses qiii^ont 
éfé exercées cobti-e elle, êi surtout Ifes ravagée fait^ 
tons sel rangs par la petite-Vérole, on se convain- 
cra nicilem^nl que, déduis tors, elle a dû diminuer 
Éoiasidlrabléinent 'de nonibré. D'après l'auteur (jqe 
je vi^s dé ciiér, h pbpulalîon de la section australe 
ail CtiaCo peut être estimée a trente ou quarante 
iBttieliâyiants.. 

. 11 s'^côula un teints assez considérablèi à Ja suite 
aé là côiiatiéte, avant gué les Espagnols tentasseni 
^ pehëtrèi' dans le t^âco, dans le but d'y former 
0^ Slablîsséinenlsrégiillers. Le premier jqui l'essaya 
rot le capitàiiié Âiidr^s Mahzb. Cet officier, ayant 
tte en Diitté S àiielques persécutions de la part du 

tuVel'riemeni,pètûviéh^pâssa,dît-on,leï'ilcomayo^t 
èrcha îi s'établir sur les rives bccideniales de cetie 
îWièrë. Éaîs,' àHàqiié dé toutes parts mr les Indiens 
Cttlrlgit^dà, u 'j perdit la vie, laissant a cette partie 
3A Châëo lé îiom îje Ltanos de JUânsô, soUs lequel 
Mfë éiï idïlîqu^ encore, j'usqu'^ ce jour, dans qilel- 
^1^^ £mês! Là mauvaise réussite de cette entreprise 
ftt abandônBbl- toute idée dé pénétl-ef dans le Cuacb 
pucexdté. 

La Compagnie de Jésus, ii. laquelle la position 
qu'elle occuf^ dstlt l6 Pikt&^aSi dôfuildtâtte tk^ïlité 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



276 LE CHÂCO. - 

toule particulière pour entreprendre cette immense 
coaquéte, crut qu'ellç y arriverait sans rencootre^ 
des obBtacles très considérables, mais elle y consunia 
UD siècle sans obtenir d'autre avantage que celui 
d'augmenter le nombre de ses martyrs. 

Tant de sang versé inutilement, dit Angelis (1), 
tant de périls encourus en vain, réveillèrent la solli- 
citude des gouvernements, qui finirent par prendre 
une part active à ces entreprises. Don Angel Peredo, 
gouverneur de Tucuman, pendant les années 1670 et 
suivantes, organisa diverses expéditions dans le bqt 
de punir les Indiens qui avaient envalii lujui et rasç 
Esteco, Cet exemple Ait suivi par un de ses succes- 
seurs, D. Estevan de Urizar, qui avait été témoin, jt 
Salta, des malbeurs causés par l'invasion des bar- 
bares. « Hais comme Don Ësteban était avant tout up 
parfait chevalier p selon l'expression de Lozano, k, et 
très attaché à ses devoirs de bon chrétien, il voulut 
d'abord consulter les tribunaux supérieurs du pays 
afin de savoir s'il lui était licite de hire aux Indiens 
de la frontière une guerre offensive. » 11 exposa donc 
formellement ses griefs devapt les magistrats, et l'Au^' 
dience royale de Cbarcas, ainsi qu'un concile de ihéo^ 
logions à Lima , conclut , des informations qui lear 
furent données au sujet des méfaits des Indiens^, 
qu'il n'était que juste d'en tirer vengeance. , 



(IJ Ditturiofnlimimr al Oiqrh de Matotrti. 



t,Googlc 



LE CBAGO. 27T 

A la suile de celte déclaration, les milices des 
^rovîQces limitrophes furent convoquées, et il fut 
décidé qu'elles feraient une entrée générale dans le 
Chaco. Celles de Jujui, de Salta, de Tucuman, de 
Santiago et de Calamarca, devaient se réunir sur la 
frontière de Tiicuman et marcher en avant, jusqu'à 
ce qu'elles rencontrassent les troupesdeSanta-Fé, ve- 
nant de Calchaqui; celles de Corrientes devaient re- 
monter le rio Bermejo , et celles du Paraguay le 
Flloomayo. Tous ces contingents formaient an 
total de deux mille quatre cent seize hommes, sans 
compter les milices de Tarija et un corps auxiliaire 
dlndîens Chirigùanos. Cette force était plus que suf- 
fisante pour dominer le Chaco. 

La mauvaise direction sous laquelle fut entreprise 
la campagne rendit cependant stériles ces ef^rts 
qui, mieux combinés, auraient pu produire des ré- 
sultats si favorables. L'expédition revint sans autres 
trophées que quelques ^milles qui furent arrachées 
à leurs foyers, et qui servirent de noyau k la nouvelle 
peu{âade de Valbuena. 

Après la mort du gouverneur Urizar, qui eut lieu 
en 1724-, il fut feit plusieurs autres tentatives pour 
pénétrer dans lé Chaco, mais aucune ne mérite d'élre 
mentionnée, si ce n'cstcellequcfit, en t759, le gou- 
verneur de Tucuman D. J. Espinosa. n fit son entrée 
avec neuf cents hommes; etseize centsautres, partis 
en même temps deSanta-Fé, de Corrientes et du Pa- 
raguay, ainsi qu'il avait été convenu avec les gouver* 



t.Goojj^lc 



neursde ces pays, devai^f le jQJfi^i^ ^t^ fxjgi^ 9^^ 
4if Çh^co. Le but que se proposait |'Q|(i^i|io^ i\^^ 
d'ouvrjr uo chemiu qui îil çon)ipuni<j^çr ^i^^m^Ml 
16 Tuçumap avec les firovinçes du par^^ia. 

Espiaosa partagea ses qeuf cents bo^^e^ eg d^u 
troupes : l'une partit, spus 8pi\ comif^nd^^lf (If ^^^ 
de SaO'Ferpapdo, et se tjirig^q sur le rio Çf^pdfl ; |'^ii- 
tre^ qui était composé^ dpa coptingepts de f^itflf de 
Rjoja et de Tucumap, se réuDJt dan^ uf| lieu 3|^]é 
Campo Hermoso, ^ur le rio ^l^do, et cop|ip^^ U; 
marche, par V^bueoa, vers Pito^, d'fijp elle ^ dJi'ÙEiM 
au nord-est, par up chemip no|iyQau qui fH^Mt^j^jç 
Sentier ^Senda] de Macopit? , pt aUa sç ré^a^r ai^ gou. 
verneur sur la rive australe dp rjjoBçjrpAejo^frf'exD^h 
tioQ c6toya en||uite la rivière, et a||a Q^ipper ^ QU^bipB 
dï^tapce dans ud ppiot qui a çippa^fv^ ^ep^is 1^ Rpm 
de Trerf de Espinosa. Up détapbeaiept 4& quat^^C^^ 
hommes ^ reçut du gouverneurl'prdre de coptipuer Îa 
marche, soixante lieues pjiis |oin : djst^pc^ qpi ^&^~ 
biait être, pon seulemept suffisante pour repçoQtrw 
les forces qui venaient du Paran», {ft^f ^^fft^ VMHf, 
arriver à la ville de Corrientes. 

Malheureusement, le chef d(\ çe\i% ay^n|-gar4<i fu^ 
obligé de se séparer du rio Berqieio, pppr éyii^i ^^ 
grand l^c qui lui barrait le chemin , ^\ il ^'^f^ \ 
tef point, qu'il lui fut imppsf|ible de joindre \ti^ con- 
tingents; il se décida en0n à retoçrpçr çur f^ pMi 
apr^9 s'être approché dç Co|-rictPt^ *|'^^y||>Qn tf^A^;. 
cinq lieues. 



t,-Gpo(^lc 



LE pifACU. %'m 

\j6 gouverneur IfaRino^ cegagaa do^q Sal^ »m 
ayçir accofDplî son projet. 

i^u^tre PU cinq ans après, uq ^ut^e go^yein^i)]; 4k 
Tuciimaq, doQ Juan Mftifuel Campero, eut^çnouy^U 
l'idée 4'oiiyric iii)c|)ei^io jusqu'à Gopriefit^, ç(il^g ' 
confia VexécMlioD à un oom(^é Afra^çaç^, sftpçl^ Çf- 
dçes duquel il mit quatre-ving^ bon^nje^. ]\ fQ^ptait 
d'ailleurs sur )a coopération d'uu chef rençoipté du - 
Chaco, appelé Colompolop, dorjt la Iribu viv^Jf de- 
puis quelque temps en ppfaite harpioniç aveQ (es 
chrélîens, dans la réduction de A|acapiUo(t}.f^^trQUD^ 
arqvas^i^s encombre jusqu'à un endroit appelé l^aCfiQ- 
gayé (2), où, ui^ matin, elle trouva ^on camp assiégé 
par pij'ès de sept cet^t^ Indiens ennemis, comni^pdés 
par huit Caciques, parmi lesquels figurait, commç 
chef principal, up nommé Lachirikin. Une défensç 
sérieuse était impossible, car le gouverneur Çam-< 
pero avait négligé de pourvoir à ce que les hopin^s 
cju'il envoyait à ccfte expédition difficile eussçnî Ief| 
munitions nécessaires ; et il arriva qtje, le jour d4 
l'attaque, il n'y avait pas, dans toute la troupe, deu:f 
cents cartouches. Dans cet état de choses ils fiir^nt 
obligés de demander l'interyention de ColQmpo^pi 
qui obtint qu'on leur laissât la viç sauve; mai^ 
les insultes ne leur furent pas ménagées, e( i}s 

(1) La Alisaioa de Macaplllo «lait située sur le rio Salado , i 
2«°30'delatilRderad. 

(^] U; |(erqie]o y [orm< npe «oi» de iMifi Ml de lac Ce ptdV tt\ k 
enviroa qHtWWMfWt * (JwrJeiWs. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



280 LE CUACO, 

ue regagnèrent leurs foyers que dépouillés de (ouC 

Les choses en étaient là , lorsque don Geronimo 
Matorras sollicita et obtint le gouvernement du Ta- 
cuntan. Actif, vaillant et ambitieux, ce chefréunÏB- 
sait tontes les qualités pour mener à bonne fin une 
grande entreprise ; et telle était la confiance qu'il 
avait en lui-même, qu'il s'engagea, par un contrat, 
et sous une caution de cinquante mille piastres, à 
pacifier le Gran-Obaco. 

Ayant été chargé, vers 1769, de faire un rapport 
au roi sur les Réductions qui existaient alors dans 
le Cbaco, il exposa la nécessité d'en établir plu- 
sieurs autres, et fit sentir que les discussions qui 
avaient éclaté entre les nationsMocobisellesAbipo- 
nes (1) présentaient une occasion très favorable pour 
la réussite d'une nouveUe expédition vers le cœur 
du Cbaco : expédition qu'il offrit de diriger lui-même. 

Le roi ayant donné son assentiment à ce projet, 
Matorras partit du fort del rio del Valle (latitude sud 
25°,5'), le 8 de juin, 1774, avec trois centsoixante- 
dix-huit hommes montés, six cents mules de charge, 
huit cents chevaux de rechange, et douze cents têtes 
de bétail destinées à la consommation de cette 
troupe pendant les quatre mois que l'on supposait 
que l'excursion durerait. 

I^a petite armée, qui accompagnait Matorras, dé- 



fi) Lti AbipoMS liaMialem Ib partie <iu Cliaco qui conlinaH avec 
la province de Gorrleoies ; el le» MoceW», un peu ptt» m aord. 



Do,i,,-c,ii,Googlc 



LE CHACO. 28 t 

vait être, d'après ses calculs, plus nombreuse de 
près du tiers; mais la veille du départ cent trente 
hommes du contingent de Tucuman désertèrent avec 
les armes, les munitions et autres objets dont on les 
avait pourvus. 

L'armement général de Texpédition consistait en 
carabines munies de leurs baïonnettes, en mousquets, 
ItDces et coutelas; beaucoup d'hommes avaient, en 
outre, des pistolets et des sabres. On emportait aussi, 
comme artillerie, des éperviers et quelques faucon- 
neaux; puis boit arrobes de poudre et deux mille 
cartoadies à balle; enfin, des haches, des pioches 
et autres instruments nécessaires à une expédition 
de ce genre. 

Les provisions consistaient, en oulre du bétail, en 
cent hnit charges de mule de biscuit, de farine, de 
maïs torréfié et de farine de froment, de tabac, d« 
sel, et de viande sèche pitéc. 

Lestenlesdugouverneuretdu commandant général, 
don Francisco Gavina de Arias, ainsi que les présents 
que l'on destinait aux Indiens, composaient trente- 
deux charges ; et environ quatre-vingt-dix autres aiti- 
maux étaient employés à porter le bagage desofficiers. 
La mauvaise discipline qui régnait dans la troupe 
maintint Matorras dans des alarmes continuelles, et 
ce fut à grand'peine qu'il put arriver au lieu appelé 
Tren de Espinosa (I) , où il se vil obligé de laisser 

(1) MatoRu «It, en w ItfU, va arbre dont le tronc avait ité en partie 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



^5? LE ct|4C9. 

cent cin(]ijante hoqimeSf ayec une gi^^Jt^e pDrtie 4f) 
ses provision^. Ce corps i)vaU déjà cbercfi^ à ^é'uMi;*- 
ter,quelques jqurs aupa^»v^(lt,lo^sq^'o^ était ^rriv^ 
à l'endroit, connu sous le i)oin de la fincruc^odu W 
Senda de Macomka. Mais Matorras, par sa prée^MU) 
d'esprit, avait empêché alors que ce %J)evs événe- 
ment n'eût lieu. En prenant congé (}e çeyx qui rÇ9- 
taient en arrière, il donna au lieu où i) l^s UUs^it 
le nom de Acampamento de cobar<ies{Ç^m^ 4cs p^l» 
Irons). On élajt alors au 12 juillet. 

La réduction que sa troupe venait d^ subiç p^tm\ 
au gouverneur de poursuivra ça marché av^ plm 4$ 
rapidité. 

Le 15 , il arriva en vue d'un campement de Tobas» 
mais les fndtens eurent-peur, et ^e réfiig^r^t s^r 
les bords du fleuve. Cepei)daot, persuadée biea(ût 
qu'on ne voulait leur içire aucun ipf^, jU ^e ritPPÏft~ 
chèrent, et quelques présent^ açt^evè^ent de g^RM 
leur confiance. Leur chef offrit de senir liH.-|iiêç{ie 
de guide à Matorras. Parmi ces In4iâps se trouvait 
une sœur du fameux Cacique Palkin, graiu) c))l^f de 
la nation des Mocobis. 

Le jour suivant, deux Indiens Tobas que \f g(|)i- 
verneur avait envoyés à Paikin , et à Lachirikiii, pojir 



briltJ par les Indiens, mais sur leqael tm ponvail encore lire les mois 
solfMISffQ «■pagDOl, «lalspliosa r avati fait graver: i4nné« 1779... 
juiqu'ià arriva Don Joaqain Etpimua y Davalai tKêc 3M btgtifi, 
i,000 chevaux et 900 fctrmme*. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



•* ah"*- W. 

L||jii|in)iiB ïeq%it ^f leur <^l^ , »Y«f "RS m'^i 

4fl H fevi'!»' ç( in'"» S'* «' p»* Wlf de Psilf"» 

•w ilPIiWî'IW'flf- '^ «Bppmre eut lie» llieqtM 

■iMli^p;, et il le/( iiccif^jUit ^vec Içj jjns psnijes ^i. 
HOfistqlipps (^'afgffjpit. ypy^ql qu'ils ^taiçnt (OV: 
r^jiiç ij^ fRJf »»' ii W( sssira de $es |)0uiea i^(«i|, 
%!!! * 1?"' ^'■((' 8' 'fi^ cq»*";'»!» <)aBS l'i(l<|e qi)'»! 
^'Si^ïWi) poift (Rilçr ^e t? jwij jïf» ei», ptpjMjj- 
•iRl! SU l'* fSï"«en( «vpc joii), || (egr ti( fim'\\\<i iHl! 
tritiuçt Je 1^ yjjnilo (^ [((ules ^tte; de présç ()(» , fij 

d««vf i l<!>cl»iri|iw m WHent^t PffnD'^t' 

Ù vm\¥^ <)f)|)t qe( évtoemeiil ;'#â)| t^m flll 
rqi>r<M> ^'«1' !^'i°0 CDivne 4'«q l>ei) «ugute, |!([ 
l4«HinM<) él»it ua des ca^igues dopl le* fcfbimni 
d« Ijl frootière ajTjiiept «|i le |)Iks i sij Hl«ii)dn;, 

|^j<iiiia|Hisaiit«, on {)<|(ilin>i!| i> suivre )ea bp^i]» 
4^ la çfyiâre, \ travers uppay^tjélicieuaemeotvaçij^i. 
^f 1^ 1^, If GQrR^ e^péditi^nqi^ire at^j^it le^ny^ 
d'un lac que les experts reconuilPent être l^ Caqpy^ ; 
ppjgt 1)^ i^ afriïé, en )7A*. D.'Migusl Arntsc^f ja. 
I4 gq^iypp^eup J fit upe nouyelle ^slfibutiQ^j ^1 
piSfeels. Ul) pffl plus loin, en fut averti ije l'JHJIÏ: 
n^ de.Paikip, ^t 9P 0t iUspilÇt les préfaratUp B^JIjl- 
s^i[3(|puç Iç [jîfçYoiç, "' , 



t,Gooj^lc 



284- LE CH&CO. 

Le quartier-général était au pied d'un arbre touffu. 
Le gouverneur b'j trouvait en grand costume, avec 
un bonnet à poil sur la tête, armé de pied en cap, 
et assis sur une de ses malles de voyage, et sous un 
dais formé de couvertures de lit. Un pierrier et 
d'autres armes étaient attachés ou pendus à l'arbre, 
à côté de lui. La petite troupe fut partagée de telle 
sorte, qu'elle formait une longue Rie de l'un et de 
l'autre cdté du tronc. Le commandant Arias alla, avec 
quelques oMciers, au-devant de Paikin, qu'il ren- 
contra à moins d'un mille du camp. Il était monté 
sar un -magnifique cheval gris pommelé, et portait, 
dans son fourreau, une longue épée. Il était entouré 
d'un assez grand nombre d'Indiens, mais il n'en té- 
moigna pas moins une certaine frayeur, lorsqu'en 
s'approcbant des Espagnols, il vît que tout le monde 
portait des armes à feu. Arrivé à Tendroit où l'at- 
tendait le gouverneur, il mit pied à terre et lui offrit 
la main. Matorras se leva aussitôt ; et les deux cheh 
s'embrassèrent. Après quelques compliments qu'ils 
échangèrent par l'intermédiaire des interprètes, ils 
s'assirent, et on apporta du maté, dont Paikin prit 
succeasivement cinq fois. 

Le gouverneur fit ensuite divers présents au 
Cacique et à tout son entourage, el l'entretint deS 
grandes qualités du roi d'Espagne, sort seigneur, en 
l'engageant à se reconnaître son vassal et à lui pro- 
mettre fidélité. Il termina en lui remettant, au nom' 
cUt monarque des Ëspagnes, un bfiton dé commande- 



i,Googlc 



I.E CHACO. f$^ 

me&l. Paikin consentit avec joie h tout ce (|u'od lui 
proposa. 

Après cette cérémonie, qui dura deux heures, le 
Cacique et son compagnon Lachirikin se retirèrent 
au camp de Colompotop, qui sortit pour les recevoir^ 
avec les cérémonies usitées chez les Indiens à l'égard 
de leurs grands chefs. 

L'âge du cacique Paikin, qui reçut le titre de Pre- 
mier caporal du Ckaco, pouvait être de soixanteans; 
son air était sévère et imposant. 

Le jour suivant, le gouverneur fit servir du maté 
à tous les Caciques, chez cux^; il reçut ensuite dans 
sa tente, en grande cérémonie, les chefs déjà 
nommés, ainsi que deux autres capitaines nommés 
Taruri et Coglocoiktn, les Sis de ces capitaines, et un 
cortège d'au moins soixante hommes -, les femmes de 
ces personnages se présentèrentensuite,accompagnée8 
d'un grand nombre de personnes de leur sexe. -Oq 
leur distribua d'abord à tous des biscuits et des fruit? 
secs; puis, ^ chacun d'eux, selon sa position, dos 
articles d'habillemeat, des miroirs, des rosaires, des 
médailles, desbagueSj des colliers et d'autres objets. 
Les Indiens se ipontrèrent très heureux de ces dé- 
monstrations d'amitié; mais ce qui leur plut da^ 
nntage, ce furent les vêtements et, en particulier, 
les ponchos, ainsi que les mors et les éperons. 

Avant la nuit, les conditions d'un traité de paix 
furent stipulées entre le goiivemeut et les caciques. 
Pour perpétuer le souvenir de ce fait, on grava su? 



i,Googlc 



C§B ht cWkco. 

Uh ^hmî Viriàl \i) rihscn^llon sîiîvânle : Ano ^ 
J774, — Paces entre el S' D. Geronimo Maïàrraî^ 
^obèrAaâor del TUè'uman, y Paikîn. 

Le i%, la matinée fut employée 5 iirie grandb fête 
t^tgieiise, ))èhdftnt laquelle Malot-ras s'étforçà ^*é\- 
^ïlqùér à t*aikih el aux autres ca'cicjùes les mystères 
de la foi catholique, l'immortalité de i'am€, l^s rS- 
cbidpeDSes et lëschâttiilentsde l'autre inonde, etc. , etc. 

b'^ntfes indiens, ïjtii étaient arrivés dàiis t'intêP-'' 
valle, furent reçus côiiime on avait reçii les préoê- 
âéiilsj et ié camp ^iit ensiiite lève. Mais on hé put 
ftiré, cèj()iir-IJi, qùè trois lieues, et on s'arrêta de 
tioltvéâû, â trois qiiàrts de lieues da n'ô Bërméjo, aii 
IkiM tl'iin lai^. Ou constata âàns te voisliiâgè l'exis- 
tehbé icies restes àe plusieurs ttiiirs, qui indiqtiâiéiit 
qu'il avait existé des édifices dansées parages (â). 

BeUit autres caçiqùês mocobis, Aigoîtfîii et Qtiià- 
^ài'ii; ^e pt'ésentèrènf S Matorras, daiis la s&it^^j et 
^èi^ure'nt, Êointïie lés àuti-es; despf-Ssedll. 

le S4, oh tie flt qtt*uiie liéuO du CÔlê dfe Cô^î^etïlêlj 
et bti l'établit à dii jpoint ôti k ëeriiiéjt), ih âM^èill 
& i'ésl, el UeVenaiil très sinueux, limite ^af M étiP 
coôvolutlbhs utt t:ertain nombt-è Ëë beâÛx t)!ltU{'a^ëà' 
CfeliéU rebut le boni fle Pôtrèros ï^ fSan-SliWàktoî 
ti ôû s'y iWèU jiisqu'àu H, ^i ildhïiéï dû Hp 

iti Ofbuit Ulmwte. — Vld. pa|.;m - 
(2) Qd iguore abaolumeDi i quelle époque r^ORleat ce* comtroftr 
Uotu. tl leriil lût^esMDl de «olr ce iax\ éclalrci. ' ' 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE CHACO. 287 ■ 

aai âniiAauxl Lés Indiens, dont le nombre augmen- 
tait sans cesse, reçurent de nouveaux présents. 

Oh J>engait être alofs arrivé à une distance de deux 
cent quarante lieues de Salta, et on calculait que ta 
Tille de Gorrientes n'élait éloignée que de soixante 
Iteuës. On i'ésolui d'envoyer aussitôt à la dernière de 
Ces villes, aihsi qu'à Santa-Fé, deux messagers por- 
teurs des tiouvellês dé ce qui s'était passé, avec 
prière aux gouverneurs de ces pays de cwitinuer 
ï'tEuvré commencée. 

Pàikin les ût accompagner de guides sûrs, et le 
^titiVerDeur leur recommanda, entre autres choses, 
de prendre des informations exactes sur la ville ap- 
pelée toncepclbn de Buena Esperaiiza, située, d'après 
Lozano, â trente lieues de Gorrientes, et détruite 
^r lés Indiens quelque temps après sa Sudation. 

Enfin, le 29, la paix Fut définitivement scellée ; et, 
le 30, les bfficiers se reuiiirent en conseil, afin de 
Bèlibérer si, dans l'étâl actuel des choses, il y avait 
llei] de continuel* là marctie jusqu'à Gorrientes, ce 
qui obligeait à traverser le pays des Abipones, avec 
leâtthets Palkin était en guerre ; ou bien, s'il fallait 
retoutheir àli camp des Poltrons , dont on n'avait 
«i dut^uné ttouvelré, quoiqii'oil y eût dépéché deux 
coiirtiers. Ce fut ce dernier avis qui prévalut, et en 
cttilSéqténcble catilpfutleVé.Légouverneur regàeni 
le campeméiit i)h il avait laissé le reste de ses ror- 
éës, et ott H h'êtAit H'en arrivé de particulier. 

Oll ^ dlsti'lbûsi ta plus grande partie des aniinaux 



,-,,11, Google 



qui y étaient restés et dont les fatigues du voy^ 
avaient plos ou moins abattu les forces ; enfin, un nou- 
veau conseil ayant rejeté le plan dans lequel Ma- 
terras proposait de traverser le rio Bermejo sur des 
radeaux, alîn d'explorer les' rives septentrionales de 
cette rivière jusqu'au pied des montagnes de Genta, 
Matorras reprit sans retard le chemin de Salta, 
où il rentra environ cinq mois après qu'il en était 
sorti. 

Si j'ai parlé un peu longuement de l'expédition 
de Matorras, c'esfqu'elle peut être regardée eomme 
une des plus importantes, par ses résultats, qui aient 
été entreprises dans le Chaco ; et si cet homme per- 
sévérant n'arriva pas à accomplir lui-même la traver- 
sée du Chaco, au moins ce passage fut-il effectué 
par les deux émissaires qu'il envoya àCorrïMiies et k 
Santa-'Fé, et qui y arrivèrent malgré, les graves obsta- 
cles qu'ils eurent à rencontrer. Celte histoire démon-r 
tre en outre clairement que l'on a tout à gagner en 
usant de douceur envers les Indiens de ces régions, 
. Les sauvages avec lesquels Matorras conclut son 
traité étaient, en effet, précisément ceux quiavaient 
été te plus souvent en guerre avec les chrétiens, et, 
jusque lii, on n'avait pour ainsi dire rien pu en ob^ 
tenir. Tous ceux qui voudraient employer la force 
pour réduire ces hommes, si jaloux de leur indépen- 
dance, ne rencontreraient que d^ échecs. 

La mort du gouverneur Matorras, qui eut lieu eft 
1775, ne changea aucunement le^ bonnes dts|»»çi- 



.Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE, CHACO. 2Sfl 

tioBS des caçi(|Bes (t); M le colonel D. Francisco Ga> 
bino Arias, qui succéda par intérim à M^orrts, an 
[ffoâta pour mettre à exécutioD une des idées feroritet 
de son prédécesseur, qui était de fonder des établis- 
seaumis ookmiaax sur le rioBermeio. Toutefois, naU 
gré l'activité qu'il déploya, cinq ans se passèrent avamt 
qu'il réussit à obtenir l'assentiment du vicft-roi k 
l'exécution d'un prc^et dont ton les frais devaient, k 
ce qu'il paraît, être à sa chaire. 

Arias se mit en route, le 2 juin 1780, avec und 
suite de cinquante hommes ; et, suivant les traoes<te 
Matorras, il arriva sans accident à La Gangayé, après 
soixanle-six jours de marche. Il s'occupa atmitét de 
r^écQtion du projet qui l'avait amené, et jeta les 
fondations de deux Réductions, auxquelles il doank 
les noms de Santiago et Saa-Beraardo. 

La première, formée d'Indiens Mocobis, hxt élevée 
à La Cingayé môme ; l'autre fut placée à quinte lieaes 
k l'ouest, au bord d'un lac connu sous le nom do 
Laguna de las Perlas; mais elle était, ainsi que San- 
tiago, dam le voisinage imnédiat du Bwmejo, dent 
les deux Missions occupaient la rive droite. 



(1| ralkin mourut environ a la marne époqne que Maiorras, Lei 
. AtfBduMocobli et des Tobu djfereat BUK-nestoi k Sriià annMCtr 
OHie Daavelle, cl remelire, de la part de «a veuve, lu aatorlMi d« 
celle province le bSioii ï polgni^e d'or qui avait i\é donoé par le goii' 
verneur an Grand Caporal. Les fils de Paikiii D'élaleni pa> encore 
NT Igt de lil Boccdder. 

TI. 19 



,,-,-,ih,Googlc 



iM LE GflACO. 

Penâant les six «oii qa'Arias passa à surveiHer 
«as opérBtioHs, il envoya, par ferre, à Comèntes, 
^«sieurB métsagers, parmi lesquels il y en avait un 
qui éiait chargé de lui ramener des provisions pour 
HnrttaiUeraon camp. Le gouverneur lui-mAine, après 
amir vu ses deux établiisunents timver i un état asaei 
avaneé pour qu'il erât ponvoir les laisser aux soins 
éea minioBnaires qui devaient en avoit la dh«ction, 
s'embarqua sur un radeau qu'il Ht construire k cet 
^st, et gagna Corrientes. Son expédition avait duré 
hait mois. 

il est bien à ra^etter qa'Arias n'ait pas profité 
des boonei dippoaitions des Indiens qui l'entouraient, 
' pourlùre queiqme excursions endehora du chemin 
4éjà reconnu par Matorras. Il n'est pas douteux 
qu'avec les moyens qu'il avait à sa disposition, II au- 
rait pu, sans frais nouveaux, étendre immensément 
la ^bère -de. nos coaqaîssances acfu^les sur le Cbaco, 
el surtout sur la aone qui s'étend entre le Bermejo ef 
lePilcomayo. 

Les deux colonies de la création desquelles Arias 
espérait tirer de ai beaux fruit» sont aujourd*bai 
rentrées dans le néant. Elles furent gouvernées onze 
ans par l'acbidiacre Cantillana, qui eut la douleur de 
voir, chaque jour, diminuer le nombre de leurs habi- 
tante, aana qu'il fût en son pouvoir d'y portar r«- 
mède. Elles passèrent ensuite sous la direction de 
deux moines, entre les mains desquels elles fondi- 
rent complètement. En un mot, on u'^t paapUi». 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



VÈ CHACO. 29ï 

avuooé tnjotfrd'hui en ce qui cOnoerne la ciflltsation 
de cette partie du Chaco, qu'avant l'expéditittn de 
Hltwrai, et les sacrifices nombreux qui ont été ftiits 
pour ouvrit- des communications entre les pays que 
cette région tient séparéa, n'ont eu d'atttre résultat 
qm de montrer qu'elles sontpoesîbles (1). 

N'est-U pal lii^ulier qu'avec des exemple^ sem-^ 
blablës devatit lee yeuX;t les habitants de la Plata 
négligent de mettre à profit les voies ouvertes par 
leurs prédécesseurs. Funès, dans son Ensayo de una 
Ifistoria del Paraguay, dît, en parlant d'un voyage 
effectué de Tucuman au Parana, à travers le Cbaco, 
par le lieutenant Bazan et quarante hommes : « Ce 
feit, et beaucoup d'autres de même nature, démon- 
trent bien vivement combien est énorme la distance 
qui nous sépare de nos pères. Une entreprise sem- 
blable pisserait aujourd'hui pour plus que témé- 
raire, parce que nous avons, des sauvages, la même 
crainte qu'ils avaient autrefois de nous. Les paroles 



(0 On peul attribuer en grande partie l'abandoa de Santiago de 
La Cangayé au mauvais choix du site où Tnt fondée cette Réduction. 
Il Ml singulier qu'Arias, qui avait à sa disposition toutes les rives du 
Bermejo, ait eu la mauvaise Idée d'établir les Indiens dans un point 
anssl marécageux que celnl-là, entre un lac d'nnepari, et la rivière 
de l'autre. Cependant réijrmotogle du mot La Cangayé aurait dû 
l'avertir. Ce mot slgnliie, en effet, en langue Mocobi, avaletiie de gens 
{tragadora de j^mtt) , parce que Ton rapporte qu'un village y fut 
ci^outi avec logs «es habitants. 



t,Googlc 



292 LE CHACO, 

tic Funès n'ont jamais été plus applicables qu'aujoar - 
d'faui. 

Je dirai, en lerminant, que tous tes faits passés 
mettent hors de doute, et M. Félix Friasl'a parfaite- 
ment démontré dans la note qu'il a publiée sur ce 
sujet en 1845 (1), que les difScultée que présente 
la traversée du Chaco, dans quelque direction que ce 
soit, sont bien plutôt apparentes que réelles. 



(t) Nota iirijiâa à S. Gel Senor Don Tomas Friai, m 
rtlacitmet titeriortt de Bolivia, por don Félix Frias, consul de la 
minna llepubllca en (Mil. Valpatalso, 18A5. 



i,Googlc 



CBAPITRE XX. 

EXCCRUWf DANS LE CIUCO {sttite). 

As moBuit où j'ai commencé I> digression qui a 
fait le sujet du chapitre précédent, j'ai laissé Geles- 
tÏDO Bellaot et bridant les obevaux, avec lesquels 
j'allaiB foire mon excursion aux rives du Ptlcomayo. 

Une demi-heare après la rentrée de )b procession 
dans l'église, et le coup de canon du commandant 
Aramva, je sortis de Villa-Rodrigo. Mon interprète 
m'accompagnait, et j'emportais pour les sauvages 
une paire de petacat remplies de rouleaux de tabacj 
d'étoffes de diverses couleurs, de verroterie, de cou- 
teaux, etc. 

Mail intention étant de me rendre d'abord au vil* 
Utge de YumifHinlarâca , résidence du capitaine 
Yumbai, nous nous dirigeâmes nord-nord-est ^ en 
coupant à travers la plaine sans bornes qui s'étend 
4e tous les cMés ï partir du pied du grand cbatnon 
que j'avais descendu deux jours auparavant. Nue dam 
quelques parties , cette plaine est revêtue de taillis 
dans d'autres, et elle présentait, dans certains pcnnts, . 
degrutdes flaques d'eau (agoadat) autour desquelles 
étaient réunis quelques bestiaux. A une lieue et de- 
mie environ du village, je traversai un marais de pen 
A'étesdM, couvert de hautes Graminées, assez eem- 



i>,Googlc 



â94 EXCDHSION 

blables, parie port, à nos grands Arundo. On dbnne, 
aux lieux caractérisés parcette végétation, le nom de 
canaverales; ils sont fréqveiit» <faBS toule l'étendue 
du Chaco. Plus loin, la plaine est complètement dé- 
couverte, et porte te nom de Campo dé Yauaqua. 
Au point par lequel j'y entrai on élevait une habita* 
li^n t ^ B^ula et unique que je vis. L'arnTésdel» Auit 
m'abligea H m'arrôt^r, aprè» une màrcfcé^de ski à 
Wpt lieues. Je Hs» mon camp août un grand Algaiv 
lobo, un peu au d«là d'un eadroit qoa GslektiDo nif 
dit se nommer Palma-SoU. 11 y avait dans le volsi- 
dage une petite mare qui nous fournit l'eau béoea* 
«aire pour notre ouislae. £& m'y rMidant, je fUUii, 
deu:» Qu trois foi^, me casser les jambas m 1« «a« 
Iw^ant da^s les terriers d'un petit rraigear, de la 
Jforme d'un Cof^uon d'Inde» que j'avaib déjà apdrçn 
plusieurs fois sur ma route dans le couratit da la 
iflornéa. Le s(À était idl«ni«Dt driUâ , qù'U était 
4futgBr^vx d'y fiure an pas» sai» anir d'd6oi4 soadi 
la t^emn d«rvttftt m. 

■_. H fm réveillé de grand malin par usa totopa 
^'Indiens qui s4 re&daifint k VUte4todnga pou 
yrfflidie part aux fètea. 

' Au boutAD ou tembeta qa'ilÈ portai«kt à la lèfra 
ioiéiiâurâ» je reoolinus qne c'étûeot des CUrigwl- 
«H» «u des Abas, connue on apfialle «ttte natwn % 
VAla-Rodrigo. L4s uns étaient k cfaoval, ks raliei 
èj^» et il n'y en avaitqqe é«û% ou taaù dM plai 
iumm^i^ ou i w W d» unaa» t «'éNâaai daa^awi» et 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



dàn tm OMco. t9ft 

«lige* et Aou» o^FtatdB^it'iU vMiù«ait dfuM nHM 
Aba située au nord du Filcomayo, et appelée TanArtf 
\U Aouf BfwiràraiU auni que Yairàai n'étais pl»oJt 
WHH cr»yibafe le tn«ver> tasiit qu'il était m vint* 
nstiM iliuiif ÛDbi qufl ^k)0»é; Ces ntfÊ^feA^, <|wi4 
^yâ)pHit*e4ti«tribali0Q detabnt àfutter, nedétsi^ 
dHDièrtiiU.tusstUittt ehani^p ttwn itiaératte^ 0» Ml 
vat4 ïaniré ^uaje^ésolnB dsrasdiriger. > 

À deux lieues lie l'AIgarrobo sons letfAei j'aviiit 
fH^ la fttti^ Bouftpéaéti^à^es.daa« un«t gmid* Mrèt 
4e Pbliâiâr» Cuiuulan (Coperutct* e€>ifera)f^\'im* 
tréfi4« la(|uelle je Jaiseai, à ma dnâte, le: cbaste 
de Yat^Opuntalneat pour narcber praupie dirocti« 
in^tJui.HGfd, parallàleiiiffliL ux nsatoga*!. Le-asl 
é(«it,eft^trèlieiBMA sibloBitrax dMW |e poitit q«tMM« 
Y4AMQS d'atteindM, etilâlttt oovvevt, en (fuél^MB 
^Bdrqita» 4'.ttD9.- wche miw épwssc d'e M o i wwwcW ' 
l;â»iM^BS* qu'tni^^t }e rfootnae Atr&fertDéw, éi 
gniad* fnrtie au neiDs, dq lûlre ) ae^unM pu «enM 
«iq'il'ébHt tofflibéd» la neige eu ce» «■draita^ J« ^î^ 
dire cepemlant que la température était loin de'ptf^ 
■fiwttf£ ui»» aamU&ble sÉppmtwH. GvifitiaMini piat- 
éiut wcor« pltu ÉoUte sUtfidtit^ 4)«e Iss «fAsMI^ 
«HWNS, o'àlwMnilM MmbraisaiùDfH«MMhMltp«CM| 
4igtJi0m (Jagaan^ ^ui » deMinaieM éamlMB Mk 
|i»i«te «ù la '«)!C>lles«e «bu- asl l'avait pctitei». Il'ii'f 
»«»4 de yitt»wiid49&i ^u^eUâs^^e leat^mtffAft 



i,Googlc 



SM EKDMIOR 

d'«M Ueae cairée, et nos cheruu t'absUsMiit mm 
CMM w pI<H)g«aBt leurs saboU dans ces vilaîAs 
nid*' 

Lorsque l'horison se décourrit encore une lois, 
moa guide me montra, duu le #«ac de la Cordillère, 
1> 0iHrge pu lM|neIlele Pikomayo se déverse dans le 
Gran-Chaco. Ibis nous en étions l»en Ma. L'ean 
devenait de plus en plus rare; et là où nous en re»- 
ciHitrions die était si saun&lre qu'A allait aT<«r Uen 
sùf pour la supporter. 

A la grande forêt de Palmiers en suecéda bientM 
une autre de ntaie essence, au SCTtirde laquelle cm 
Mitre, en se rapprochant du rio Pilcomayo, dans une 
réffosk de bois^aillis ^ de broussailles de la nature 
la plus ftwlidicDse. Ëa la traversant, on se croirait 
vt^ontiers tranq>orlé dans un bosqaet de végétaux 
donl les branches seraient de U de Ser. C'est à peine 
si leurs croiâieU ia^Htoyables firent gr^» à mes 
grandes biMes, dans lesquelles j'ensse voulu entrer 
JDMitt'au oeu. Cefestino, qui voyageait jambes wies, 
jr taiiaa, j« orsie, plw d'une parcdie de sa brune 
peau. 

Lb aoWil ^ enait dedi^rallre, lorsque nous mimes 
«nia le pied sor les bords de la rivière. La large 
plage qw la séparait de la forM était sonée partout 
àé truies endi^ts de débris boueux ; et elle était 
couTerta de grosses pieires roulées. Personne ne s'y 
nenba. 11 nous sembla cependant entoidre, coofo- 
•éveat, 4e« voix sur la rive opposée, que rdksowrité 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DA»8 LB GBACO. SOT 

e&vrioj^ii ddjài Coleitino m coBoaissait pas \e gtté, 
«t il était cempi^muftt impossible de le dlerchér 
é^as les lénèbret ; dobs bous détermiiiftaiies donc i 
camper-suT )m lieux, filea noos «o prit, car étant 
entré, ^dqaee minutes après, dans l'eau pour m'y 
rafraîchir le corps, je trouvai la violence du (Mturadt 
tel)* qu'il me fol.impofisiUe de m'y tenir debevt-, et, 
«i je ne m'étais retenu aux pierres, j'evMeétéinévi- 



Àprès avoir dessellé les (Aevaux , CelestifM) les 
mtu 8vr la Usiéve du bms aSn de les laisser paître un 
fea ; mais, au boutde quelques minutes, il les rameua 
en me disant qu'il n'était pag prudent de les perdre 
dâ vae, mime un instant. Pendant que mon gaide 
était occupé de» animaux, j'avais rassemblé les ntor- 
ceanx de bois éfwrs sur la plage, et j'en avais formé 
un grand bùcber, auquel je mis le feu. Il se passa 
akcs ime chose HngnliAre : à peine les Éammes 
s'él^èrcnt-eUra, que nous vîmes britter on autre (ee 
imné^temeat va face de nous, snr la rive opposée 
da PUcomayo. Il ét^l peu douteux pour nous , dès 
lors, que oatre préseiice ne fèt &é^ connue paiuri 
]m saflTagea qui habitaient ces environs , qaoiqoe nous 
n'm euasions rencontré aucun. En voyant les mou- 
vemaate rajndies que Celestino imprimait à see traits, 
aui plus légers bruits qui sortaient de la forât, je me 
convainquis, en outre, que l'un de nous, au moins, 
B«ppo«ait que les ««rfinelles avancées de nos voisins 
n'MaioBt peut^tre qu'à qnriqoea pas de notre camp. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Wl BWWMion 

Use fou» une ToaHereUe roucetUa à pdlro érpito, e» 

WW «utreTourtemlle lui répoudità g4n^e : rot quoi 

saoat akvtAi tDt«ntfète m'arma {waitifeimiit qa» 

MHH étions enviromés d« Ttbai^Hl aat t'iiabttpd*, 

4«M de BH»blaUM QOoMioQB, de k -bAl^ ^ lauffM 

d'mvmtix. 

Qlwi9Mii4 IM Au8« qa'à d«4Û pcrBoadé» ie edn^- 
liW uteniBaiBft qu'il avait été 1res pradml é'Ml»'' 
cher DOS chevaux près de noas; et maa cutofa^fatm 
m'ayant praBois de v^ler sur mu, Je iitis pav-a'en- 
doruir. Mûi ja me térsillai de leisps i sulie sb^ 
Uindwt Celés tino jeter de nouveUet bâches itu le feu. 
Uwfoi» cependant je levai la tâtè, éi(»iDé^ }e oioii> 
de ne plus riao entendre du touti et^ partant lu 
yeux dt) oAtô des chevaux, je m'aperçua ()n'ii «■ 
iWAquait «n. Ma vivante aeatineUe^ qui n'avaU 
OttUeraeDt remarqué oe déOcit, se mit wuàtM à «a 
rcfib^Mfaây «t E«vv^t dix Hùtntw apfte wren le éigr- 
tif. Il BBC OM^ft qu'il l'avait remuai »)ir be» iMida 
vâsiMte de la ririiii , à deux «enis pM «nviran Ah fNMit 
oùnoHatFoqviwsïet i) mejuea qu'A sen jq^ktwMs 
il.avait vu diKtinoteninit de«:i IndieiH ee jtàtx ^k 
rivière, et la passer àla nt^e* Li'expértcaceqae j'avaÏB 
4cqttisedi)(»uraDt4u Pikovayo, nepoita^jtfl'awHc, 
i, ne pas acc^>tsr eKtiètemest cette petite Jùrtobe. 
ie me ^rd»k c^peadant d'ei^riaier nw» deutee à oa 
»4^î et fatigué par l'anxiété produite par «a pnlit 
é^aeuent^ et l«ulioyeaxde latMinwsftaali 
<|Kk'^ a«ulpEJae4a n'aModenwÀdi» nûMMtHMi* 



t,Goo(^lc 



0km tm CHACO. flttS 

n&il ; eeUe fois, lorsque je me réTefllai, i) faisait grat^ 

Celeitiao était absent, mal* 1«8 trois chéraux {Mil- 
aairaitnuBquilIoBuitRUFleécoiitefldiibds. Fendâttt 
«fU i« m'oâoq«ia dea préparatifs de moh dij6Uiwt, 
«piidevait eoRiisteT ea use tàsM deeboeolat, Oelek^ 
lio0Nparnt,ooadUisaDtdeus vilains Indiens, tt^iltt^ 
pttfeitement T^tuo, qaUtaaetËt ètradM M ata«m ou des 
iobesM. lia avaient ebaçun à ta niaintin petit SIet-éè 
fil d'agave (pUa); et ils pdcliaient à une eeotaitie dé 
aitrts de mon earap, lorsque C^lestioo, qui é4aît 
«»li dau l'espérance d'nne reaeontre setnbtaMe, 
«ptra au oon<rerMtion avec eux } il aVait pu le 9iifh 
d'autant plus fedlMaent, que l'un de ces liata^ 
ooa parlait la Utngne des GhiriguanM. Ils oRVirent, 
■ttajennaait «ne légère gratiS«kti(tn, de nous niMtittt- 
le gué de la Tiviète ; et l'ua d'eux, qui vit que je Kd- 
aaia lespréparatill d'un repaB> aae donna an beâa 
paiaaaQqull avait dans son Dtett je lai turavai «se 
eKfebr-détimaaa . 

La ealBp étant levé, Maa okMninAuHM qdc4qne 
-lanfa avec mr^ noeveaux gnidea, e» vonimunt la 
fèagic : ain de gagoçr un pMart où h rivièfetptw 
laige, ne coalait pas avec autant dfrviele&ce; atwnu 
paMémeg à la live oppoiée sans aoKMiHIer, peur eiaiâ 
dinre, tea aanglea denos aellea. 

A peine eûmes-nous mis le pied sur l'autre JilBge, 
qoewMU vlmei paraîtra dmx ou tveii Indieipesqul 
at4^i|eM«alé*iwtK«ôK avee da «raNha nMm 



t,Goo(^lc 



999 ESC0UHI9 

ses; mais à peine non» âureat-ell^ aperçus qu'ellei 
s'enFuîrent, sans nous donner seulem^t le tempftdc 
nous assurer si eUes étaioat réellement aussi noes 
qu'elles le paraissaient. Nous les sQÎvtmesdarièreuB 
mwsif de hautes herbes qui garnissaient le bord^ 
la plage ^ et nous nwi^ trou-vÂmes presque au môme 
instant, au milieu d'un village de Tobas que le rideau 
de gnuninée» avait 4enu masqué jusque-U, et qw, . . 
par son étrangeté, piqua au plus haut degré ma cu- 
riosité. 

hm huttes de ces Indiens nomades, jelées sans 
(Nrdre sur les bords d'une plaine semée de gruidi 
bouquets de Ban^us et de Casses en fteurs, me rap* 
pdaient un peu, par leur simplicité, celles que les 
Carajas du Qrésilb&tisisent sur les bords de l'Araguay. 
Mais les babitati<»ifi du Pilcomayo étaient encore plus 
simples. Elles ne consistaieiit qu'eu quelques brfmf- 
cbes ou en huit ou dix bambous fichés efi terre, et 
réunis au sommet, de manière À former le squelette 
d'une espèce de, ruche, de deux mètres wvirond'élé- 
TajtioB, que l'on recouvrait ensiiite d'Iierbe ou.de 
leuillage, eo ménageant sur un des c6tés lue ouver- 
ture en gueule de four, par laquelle on ne pouvait 
pénMrer qu'à quatre i»ttes. Au moment de mon appa- 
rition, je fus entwré par une faule d'halùtuili de 
ces bizarres b&tisses qui en sottaieut comme des 
fourmis. 

. Ce qui me frappa d'id>Md, à la vue des Tobas, Qe 
fet Uur taille élevée et la beauté da Iran fnfar- 



ih,Googlc 



DkJiS u ouco. 901 

tiuis. Je trouvai peut-être moins de finesse dans 
i«an traits qae dans ceux des Chiriguanos ; mais ils 
avaient un plus grand air d^ franchise. Lçur teint 
me parut, aussi, généralement, plus obscur. La pau- 
vreté les oblige également de se vêtir beaucoup plus 
tégèremeat que les Chiriguanos. Les enfents et les 
jeunes gens des deux sexes, au-dessous de quatorze 
ou quinze ans, étaient com)ilélement nus ; mais les 
hommes portaient, pour la plupart, une pièce de 
sei|;e du p^ys {baieta) autour des reins. Leurs che- 
veux étaient, en général, coupés carrément antour 
de la tôte, et sur le front ; mats ancun d'eux n*; pw- 
tait le cordon rouge dont les Abas ont l'habitude 
de se ceindre si fréquemment. La lèvre inférieure 
n'est percée chez aucun d'eux, mais le lobule de 
rweUte Test, comme chex les Apin^s du rio To- 
cantins et dtes quelques autres nations encore. Its 
parviennent à donner i cette partie une telle disten- 
sion, que queues uns d'entre eux arrivent à y in- 
sérer des disquN en bois léger, qui n'ont pas moins 
de S c^itimôires de diamètre. D'autres, et c'était le 
cas le pins ordinaire parmi cenx que j'eus occasion 
de T(âr, portent dans l'ouverture du lobule un mor- 
ceau de paille de mais (cfta^, routé en cylindre. 
Cette mime paiHe de mais avait aussi fourni des bra- 
celets à quelques uns d'entre eux, et 11 y en avait 
un qoi s'ra était fait nne courMine. 

Mais de tons leurs ornements, ceux qui enlevaient 
la palme, consistaient en de longs chapelets com- 



i,Googlc 



^t^ nCUBMOM 

fKtsfc de |>etlt| fragmenta de coqailln i'vêè ptr- 
^itâ blancheur , arrcndis en forme de boatona^ et 
«lifilés de la niftDière la j^us ingéaieaae , afin de 
leur conserver une position uniforme. Quelquet 
nu» de ces cbapelels avaient plua de a laètrea de Joa> 
gueur, et élai^at pwtéa en baodonltàra, ou entou* 
ruent le corps à la manière d'une «einture ; d'au- 
tWB pius cpurts aervaie^ de coUié» ; mais leur effet 
àteit toujouM agréable et méineélégutt. J'appris qoâ 
ces jQ]niDt étaient Jat^quis par tea TaimMs, natien 
({ui babite pin* bas, aqr la rlTe gancbe da fleuve. Làa 
Toba& y attaQbùeot un grand pvix} cependant la He 
df quelques màtrw de serge, qne je retirai de deisoua 
mon p<HiçbOr 1^ ^^^ biwtôtdéctdésà s'en déCaire en 
ma ^veur. 

Les instruments de guerre que je vis n'étaient pas 
en grand non^re. L'aro, qui est l'arme fcvQrita des 
GbirigaanqSf estd'unuaage bien moin* iréqHmtcbax 
le» Tobas ; ceux-ci «e servent de fséiétmot^ la lance, 
qit'ila manient avee une grande dextérM; et ib ma- 
ptoient égql^{Be&t, tersqu'iU comteUent à pied, sn* 
mawue courtq ^pelée makaïaa, qu'ib pc«tent à ht 
ceititutei par derrière. La plupart de leurs iances 
avaient des pointes . de fer. Ne pounat, à cause de 
leur longueur, ÊtreidacéesdanB l'intéiws- des huttes, 
^les étaient fichées en terre à leur entrée. 

L'babillement des femme» était à peu pria le méma 
qfifi celui des btmimee : il consistait an oa siaoïple 
mwceau de aerge roulé autour àta rMBs. Les p)us 



i,Googlc 



DANS tn CDACO. SOS 

ftirtuftém fi'étfaient enveloppé le corps, depiiis les 
aiiedlts jusqu'au-dessous des genoux. Beaucoup 
4'entre elles avaient les cheveux coupés ras , ce qui 
1m défigurait beaucoup ; mais les moins âgées les 
laÏMaient crottre, et ils flottaient librement surleurâ 
éftentm. Quelques unes des jeunes Biles Tobas que 
j'aperçus avaient des flgures très passables, pour ne 
pts «Ëre jolies. 

L'tAget presque unique que me demandaient 
ton* o«s gens, c'était un peu de tabac, denrée dont 
je «'éti^B heureusëiiKint bien approvisionné, car j'en 
avMi an» mftlle pruque remplie ; mais il n'in fial- 
Ittt qu'une jùncée pour feire un content; qu'on 
juge donc du nombre d'heureux que je Hs. ..Les 
Tobas fument souvent des cigarettes de pallie dé 
mais (eftate), OMome les chrétiens, leurs voisins; 
mais ils se serrent tout aussi souvent d'une espècede 
pipe ou de bréie-gueule faite avec un morceau de bois 
dar, at peroé d'un canal qui est évasé à une de ses 
extrémités po«r CMMtitu^r te foyer. 

Après être sorti du village dent j'ai donné la des-* 
orvptiBn, et oh je m'éttds arrêté qnelqné temps, 3 
cauw d« sa nouveauté, j« ne tardai pas & eo rencon- 
trer UBsecond, où je m'arrêtai beauUmp moins, parce 
qu'il me sembla ealqué sur le premier; puis f eh vis 
un tndstème , pois un quatrième , où je né m'^r' 
rétai que le temps justement nécessaire pour j 
distiîbutr msB pùcées de tabae, qui semblaient, par 
pareÉthAte, m'iMmr bon nonûire de bénédSctimri 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



304 EXCORSIOK 

dans la langue de ces gens. Je distribuai austt anx 
femmes des colliers et de grosses aiguilles qui les 
disaient loucher de satisfaction. Eo sommes dans 
l'espace de moiusd'une heure, jevisje ne sais ccMobiea 
de ces petits villages dont chacun n'était guère com- 
posé que de huit à dix huttes, bien rarement d'un 
plus grand nombre. Partout enfin, je (oa reçu avec 
les mêmes démonstrations amicales, ce qù medanna 
beaucoup d'espérance relativement à bki im)jet8 
ultérieurs sur le Chaco. Je laissai bien échapper ' 
quelques mots à ce sujet, on passant au milieu de mes 
hôtes Indiçns ; mais la diftlcullé que j'avais à commu* 
niquer avec eux, Gelestîno ne sachant que le guarani, 
m'empêcha de recueillir, sur les ptùnls qui m'inté- 
ressaient, des lumières bien nettes. 

Les Tobas. vivant principalement de pèche à 
l'époque de l'année où nous nous trouvi«is, ieun 
villtgôs étaient agrégés dans le voisinage de la 
rivière -, nous ^mes eit conséqueoeo assez vite dé- 
passé la zone qu'ils occupaient, et nous poursui- 
vîmes ensuite, sans c^stacle, notre route vers Ta- 
rairé, dont nous nau« étions fait indiquer la direc- 
tion. Le pays dam lequel nous enlrimes, en quit- 
tant la région riveraine, était assez ondulé «t nous le 
trouvâmes recouvert presque partout de fcH^ta et de 
laillia. Il paraissait désert, mais il était percé de ohe- 
miiubien supérieurs à ceux que j'araie lusses de 
l'autre cAté du Pilcotta^c. De teaps à Autre, nous 
Ikjaus croistops «voq de petits peMons de Cfairigui- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DAH» tR CHACO. 905 

DM, l'arc en main, avec lesquels Céleslino échangeait 
quelques paroles d'amitié. Quoiqu'il y eût déjà bien 
longlemps qu'il n'eût été de ces cdtés , il semblsrit 
connu de presque tous les sauvages que nous ren- 
contrions. 

. Nous .arrivâmes enfin à un charmant petit 0001*$ 
d'eau ronnu bous le nom de rio de Tarairé, que nons 
traversâmes plusieurs fois en le remontant. Au poi«t 
oik nous l'atl^ignlmes d'abord, il coulait tranquille- 
ment au milieu d'an beau bosquet de Bignoniacées à 
Ifeurs roees, appelées Lapackos. Plus loin, la campa- 
gne se découvrit un peu, et le courant luttait, «d tk 
brisant, contre les pierres qui semaient son lit. C'ett 
. .vers ce point que nous commençâmes ji voir des vil- 
lages abas. Ces vilïages seraient réellement presque 
innombrables s'il était vrai, comme on me l'assurar, 
qu'ils sont répandus sur toute l'étendue de la basé 
de la Cordillère, dans une aussi grande proportieM 
qu'ils l'étaient dans cette vallée. Je ne pouvais fairi 
un quart de lieue sans en voir an moins «n, et sou- 
vent plusieurs. La plupart se faisaient remarquer par 
leur situation pittoresque, sur le flanc ou sur te som^ 
met de jofles petites collines. Tous étaient d'ailleurs 
composés de hilttes de bambous, semblables à celles 
que j'ai décrites en parlant de Abarenda. Elles en^^ 
tonraient, ao nombre de dix à quinze, une placé pe«f 
étendue, dont le centre était assez ordinairement 
occupé par un grand arbre, et qui était , en outre , 
presque toujours traversé par une rangée d'immenies 



t,Googlc 



BoU. à chieba à dâini enfoncés en Lerre. iVuc^n 
'•utre trût oe distinguait oe» vlllagne des villages 
tAlii^aAos que j'avais vus dans taon passage à tn- 
.yers la province de la Cordillera. 

Le maïs se montrait abondamment partout i po»r 
le soustraiee aux attaques dea animaux ok l'avait 
suspendu en grands bouquets, sur les arbfes, autoar 
éw^uttes) d'auUes l'tivaient anwncelédws de Imges 
«toges de latlnbous ouvertes par en haut. 

La culturedela terre, àlaqueUeselivrentletliidieiis 
Cbiriguittios pour obtenir ce grain et vn ceriain nom- 
bre de Lé^ities, leurs mœurs lédentaires, enfin le 
-s^n quHU apportent à la construction de lea«t d«t- 
^eur^, mettent cette nation bien au-dessys de La 
plupart des autres du Cbaco, et^ en particulier, de 
jLeurs- voisins les Tobas, auxquels leur vi^ emvte ne 
^rpiet guère d'avoir d'autres riobesses que leiiirs 
Iffebis, etJes chevaux qui servent au transport de 
^(^V9 nattdSt de leurs fliets et de l«ar» calasses. , 
.. Xa grande .dil£ér«nce qui slobserve dans; les mceuirs 
4e .c^ 4^ux nations, voisines devait natufeUeiiitwt 
{^e prosâentir qu'elles- avaient une origine bien disr 
tincta. L'étude de lettra langues n'est venue ,pour 
»iS&i dire quecinifirmer nette 3appoiiti0n,,en démon- 
trait qUQ les Ghirignanoe n'étaient qu'un dâmi^bror 
^Bt d(i la nation .Guarani (I), laquelle- est ûrigH 
«fliiNh,ci(Wlb« on sait, du Panif[uay. :7 : î. 



'■^tii^itMl ■iiMnimi<\t,tM*. ptUTfe.gfMnlrr.- 



Do,l,.cdtyGoO(^lc 



DAHSLB CBACO. 8W 

Les Guaraois sont du .p^llt nomlxe 4«£ iutljttnfe 
ù^diesnes sur le berceau desquelles: «q .p«s>sèâ4 df^ 
notions quelque- peu déSuies. La iraditùm qoa-i'w 
a cooservée des premiers àge^ d$ ce ptlupleest :si 
peu t^ofiaue, que je la rapporterai iQi>si -' <i 
' <t hea^îtère^j (Ut iB Pare GuevBfa> d^os eon/ifiift- 
tmredu Paroffuayy arrivèrent pai mdr^.tàvea leurs 
femmes, au cap Frio, dans leBirésiK Iki^rdràëeAt 
4e tous les c0t^ d'iiutres bomoifes ftoar lear:>M«r 
c^UNtpagnie. l^ais.l^s moiMagnes, le» lorétd et-le&«aÉ»- 
pagnes Df^nourrissaient^tede* b^tâs i^^rocesk Llifb- 
.tUijté de ^rs. reaberclies leq «onVMbq^Hiq^^ibi 
él^i^t tes He,uls haf)itaatp du pays, 6t ilà ném^énp. 
de fonder des villes pour en faire ia:44BtËura'>de 
lepr^ d«6C8i)dAnl«'> , ■■-..' 

'. .9 Upis parles Uensd'uae si étroite .alliaflee|,lQS.de)dt 
cl)e& vécurent longtemps daos la. praap^lé.'Afir^ 
■çux, leurs-. CaHÛlles s'acc«m)ent .eopsidâiaJU«ipmik 
JH^, à,la;44(Wue, ^ ^pit P^- «'éliev^f daa»..<^t» 
multitude qui augmentait sans cesse, des dspMu, 
4e{),d^i^0D.8:e|t4eS;fi^e^JTe8:ciTjtefl.">:.! -i^ .j->.l 
I. .^,Lfi)(fWJLble priA eoni origine. davfiun* iinerolteide 
,4^u,(.feDiUQ«s, mané^ V^^ux fi[}èc«^,itb«fei^^l«B 
deux de nombreuses familles. Il s'agissait dans cette 
dispute d'un Perroquet (Papagayo) parleur. TTës 
femmes la querelle pasaa va.- uarM^.îde caux-»ci, 
krixfimnts, «t «toc» deruleK, en8h, à-la hatlon 
iHlh 18ntlfeVa.' Atti de tie ^s s*'ëhilre^iêtrmr'f j^r 1^ 
armes, la sépàrai^m des,fvniUes. fut .,rjëSQln^4 '^M^, 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



908 ExcuKsioii 

le Irèrc aîné, resta au Brésil, en possession des terres 
qu'il avait occupées jusque-là Guarani, le plus jeune, 
fe retira avec tous les siens jusqu'au riode la Plata; 
«t y ayant fixé sa demeure, il devint le père d'une 
nation très nombreuse qui s'étendit sur les rives An 
Seuve, et arriva jusqu'au Chili, au Pérou et à Quito. 

» La race des Guaranis ne s'éteignit pas k>rs du 
4élnge universel, dont la nation possède quelques 
Mottoni confuses. Tamanduaré, un de leurs plus an- 
ciens prophètes, fevortdeTupa (1), reçut, par anti- 
ri|iatloD, avis du déluge futur, et, suivant les com- 
Mik de la divinité, il se sauva de l'inondation, aveb 
quelques familles, en gagnant le sommet d'un im- 
Éiense Palmier. 

» Les privilégiés se nourrirent des tîraits dont l'ar- 
bre était chargé, jusqu'il ce que les eaux se fussent 
retirées. Tamandua ré descendit alors à terre avec ses 
compagnons, et ceux-ci multiplièrent tant, que tout 
te pays se couvrit de colonies de$c<mdant de Gua- 
riAi (8). * 

L'époque précise de l'émigration de la partie de U 
nation, qui est devenue la nation cbiriguano, n'est 
p«s connue, tl paraît certain que vers le milieu dh 



(1) HvtiilW àet uckni BrétlHetif. 

(S) En r(%ard de ceire t* MjiiiM , ott d«i«a Un k .captai Au» 
récemment mis au Joar par M. Ferdlnaarl Deaia , tifc ce liir^t 
Tragttiinl d'une Ihioffonie hréiUienne recueilli an xvf lièele. 
Vvrn-.F«ltbrigiHeiinee4ltb'réeéHoneniiiiii6'. ' ' "'''' 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



BAM$ LE CHACO. ^^ 

\\f siècle a» corps considérable de Guaranis tra- 
versa le Gbaco, pour s'établir au pied des Andes ; 
mais il n'est pas du tout prouvé que celte émigration 
soit la première que la race ail faite de ce cdté. Les 
raisons apportées à l'appui de cette opinion, par 
M. Àlcide'd'Orbigny, me semblent avMr quelque 
force : a Les Incas, dit ce voyageur {Histoire de 
l'homme américain), sous Yupanqui, à (miu près en 
1430, cbercbèrent à subjuguer les Cbiriguanos; et 
Garcilazo de la Vega nous apprend qu'alors, assez 
nombreux pour ne pas être vaincus par les troupes 
guichuas, ils vivaient nus, sans maisons, et étaient 
antbropopbages, mœurs qui s'accordent assez avec 
celles des Sirionos (!]. D'un autre côté, suivant l'as- 
sertion des historiens (Pedro Fernandez, Relacion 
kist. de ïos Chiquîios), ne doit-on pas croire qu'un 
corps de Guaranis d'environ quatre mille âmes se- 
rait, après le meurtre d'Alexis Garcia, vers 1541„ 
parti du Paraguay pour aller s'établir au pied des 
Cordillères, soit dans la crainte d'être châtié par les 
Portugais, soit parce que le pays lui aurait plu? 

nCesGuaranis sonlbiencerlainementceuxquiha- 
bitent aujourd'hui les mêmes lieux; mais rien ne 
prouve, comme l'assure Lozano, que ces nouveaux 
iîuaranis aient entièrement anéanti les habitants 
qu'ils rencontrèrent, et l'unité des langues entre les 



(lX>(i(w htmfniJffr«^t^criHdte.la skrn cLHpxt^ 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3T0 e!£cuk8ion 

Seilx'séxéSjTe peu de corruption de la langue, le 
grand nombre de Chiriguahos actuels, nous dfinKent 
lâcertitiide que les Cbiriguanos des Incas étaient 
aussi des Guairanîs auxquels se mêlèrent les nouveaux 
venus du Paraguay, en ne faisant plus avec evf\ 
qu'une seule el même nation, qui dès ^ors devint plus 
civilisée, 'se construisit des maisons, comme les Gu%r 
hinis du'Pâraguay, et bientôt abandonna l'antli^ppor 
pbagie, que tous les auteurs attribuent aux Cbiri- 
guanos ,' quoique les relations des missionaires 
prouvëùtau moins que, dès 1690, ils avaient déjà 
abandonné cette coutume répandue cbez tpute la na- 
tion des Guaranis, si toutefois on l'y a jamais appli- 
quée^ d'autres qu'à des prisonniers de guerre. » 
' ' « Les Cbiriguanos, dit unautréauteur, soi^tsivàioç 
tfelëar antique origine, qu'ils méprisent les espagnols 
qu'ils ["egardent comme upi^ race de pauvres parve- 
AIis! Vaillants et pleins de frugalité, ne connaissant 
d'autres "besoins que ceux qui leur sont inspirés PW 
fà simple nature, ils entreprennent quelquefois la 
guerre^ lÀiiquemèntaBnque les jeunes gens profitent 
clé l'oitpérience des vieux, en combattait' à leura 
côlés. » ' . 

'Césjnàiéns n'ont d'autre gouvernement que celiij 
dètc'urs caciques dont l'autorité est béréditaire. pha- 
qiie chef a environ quarante ou soixante sujets': c'est 
le nombre d'babitanis que l'on rencontre ordioaire- 
ment dans un de leurs villages. En temps de paix, 
leur iaflu^oerne s'exeree poor ainsi i)}fe-|>«s;ttM)8, 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LE CB&CO. 311 

en leiïrps 'de guerre, rfle est très ptFissante. Lés ««-' 
jets De paient d'antre împM k leurs capitiiine» qu«- 
cehiide qaelquee jôntnéeB de ti^vail; aussi toat 1* 
monde, daas ee' pays, est-il pauvre à peu pfte m 
méibe degfé. Genx parmi \eÉ eaeiqties iqai se sont' 
randûs fameux par letirs exploits, par lear s»gisme, 
où par leur éloquence dans tes conseils, peuvent Mfs- 
reoonnus comme grands dieh > et sont appelés , éau^ 
les occasions critiques, à diriger toute la nation. -' 

Les Gliiriguanos ont évidemment quelque idée d'tme' 
vie ftitnre ; les précautions qu'ils prennent ponr en^ 
terrer leurs morts le prouvent suffisamment. Lors- 
que l'un d'eux vient à mourir, «n place son oadavr« 
datfS.UBpotà'cMcha, avec ses armes, sesomements,' 
du mais,' nne cruche d'eau et du bois pour fsirS àtf 
feu ; orrie recouvre ensuite avec le fond d'un autre pot,' 
ottaveeunedalle, et on le dépose dans le^olmémètle 
sa maison. Sekm leur croyance, tout dmt dlrQ^iAsir 
dans l'auti^vie. Qo»it à la punition des mécliaïifs, H 
n'en est pas question, ornais les «tifisionBRires n'oall 
pu arriver à donner aux Chiriguanos une idée nette 
des supplices éternels. On raconte que quand on les 
menaçait des flammes de Tenfer , les néophytes ré- 
pondaient tranquillement que s'ils venaient à se 
.trouver dans cette position, ils écarteraient les char- 
bons ardents avec les doigts. 

J'ai déjà dit que la polygamie était en usage parmi 
les Chiriguanos. Pour avoir plusieurs femmes il leor 
su^t d'avoir les moyens de les nourrir, et , avant 



,-,,11, Google 



312 EXCtHSIÛN »ANS LK CBACU. 

tout, de les t^^nir do leurs pareots ; ce q«i «et l'af- 
fiiire do quelques présents. La cérémonie qui coa~: 
sacre le mariage ne parait pas être la môme partout ; 
quelquefois elle e«t presque nulle. A Abarenda, an 
n» .raconta que le futur, après avoir obtenu le con- 
sentement des parties, se rendait à la forôt, et es 
rapportait une grande charge de bois qu'il empilait 
devant la porte de sa préLeudue. La nuit venue , il y 
mettait le feu et entrait dans la case : le mariage était 
coiiehi. Si plus- lard il se décidait à prendre uqe 
autre femme , il ne lui en coûtait qu'un Êigot de plus. 
\s% Cbiriguanos montrent beaucoup d'affeptioa 
pour leurs ^entants, et jamais on n'a vu en usî^e. parmi 
lei.femmes de celle nation, la coutume barbare quia 
4lé si^alée chez la plupart des tribus nomades du 
Qiaeo, et qui consiste à donner la mort dans leur sein 
à lous les premiers conçus. Peut-être cette circon- 
stjUkce peut-elle aider à expliquer pourquoi les Cbjri- 
g^anps se sont multipliés plus r^idement que toutes 
tes peuplades auxquelles j'ai foit allusiou. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITBE XXI. 

EXCURSION DANS LE CHACO (sutte). 

ConUoDaDt k remonter la vallée de Taraifé, j'af: 
rivai, vers le soir, au village d'uncarâqae npinmé 
Chaviraos, aVec lequel Celestino avait été en ti"è» 
bons rapports quelcpies années auparavant. ParsoaL-- 
heur il était absent ; il avait été invité avec beaucoup. 
d'autres chefs à un village du nom de Caniatindi,.OÙ, 
Rêvait avoir lieu une grande fête. Le père de Cha- 
viraos, qui nous reçut en l'absence de son 01s^ etqui 
nous fit les honneurs de samaison, en nous remplU-. 
aant l'eatotnac d« cbicha, n'assura que, seUn toute 
prcdKibiUté, je rencontrerais Noc6é dans ee dernier 
village. Je me décidai, en conséquence, à essayer de 
glaner ce point le lendemain, et je m'endoriuis sur 
macouche de bambous, assez satisfait de ma journée. 

Mes malles m'avai^it déjà causé quelque gène , 
pour plus d'une raison; je; me décidai donc, après. 
a.voir mis dans mes sacs de voyage une partie de leur 
contenu, à partir sans e^les. Je tes laissai sous ta' 
sauvegarde du vieux sauvage qai m'avait béb«^ , 
et nous reoomoieuçimes à cheminer vers le nord dans 
notre belle vallée. De nouveaux villages, dont je ne 
nw lassai pu d'admirer la position pittoresque, s'ctf- 
Fraient sans cesse à ^os regard; l'in^QMe Ttdeau 



i>,Googlc 



314- EXCURSION 

des Aodes, auquel étaient adossés les monticules ver- 
doyants sur lesquels les Cbiriguanos avaient établi 
leurs demeures, dotiôaitau tableau 'une beauté im- 
posante. Des bois fleuris s'étendaient souvent aux 
alentours. 

Nous traversions dans l'après-midi une de ces pe- 
tites forêts lorsqu'un grand broit de voix, SuxqtiSlIes 
ge-mdiaiefitdes chants, parvint à nos oreilles; nous 
ne doalions pas que noos ne fussions arrivés k Ca- 
roiarindi , tnais on Indien , qui passait au même 
iqomeot nous assura que nous en étions encore 
loin. 

~ A la sortie du bois, nous nous tronvJtmes au pied 
d'qn gros mamelon, dmit le sommet était occupé par 
un villa^ composé d'une dizaine de Mrttes tout an 
pkis, Mats^danK la place ëuquél se trouvaient réunis' 
environ cinq ou m cents Indiens qui s'agitSKOl 
cMnme des inseoleB. Notre arrivée, dont ils avaient 
déjà eu oonnaissaoce, les dérangea à' peine ; et ce as 
fut que lorsque nous fûmes au milieu d'eux qu'ils 
s!aooupèrspt réellement da nos personnes. Le oaci- 
qua du.lieu^ que T-on appeilait Uoioré^, vint au'de- 
va&tdenoua,,etBOuae»Qdufeit4u centre de la place, 
sous un Slimosa, où se troavaieat aesisen rond, sur 
des bùeltes recouvotes de peaux 4e ttooto», une 
dMB»-doaiaine de cfae& abas et Ujib»^ Parut eox , 
Gftlosfino .reeoiiDSt auasîi^ son ami Chaviraos, le 
cqpi|aj««; du villfige ùù^ naus> nf ions coiKtié la noit 
prâQ^nl», **> uii avttç oaeiiiBe nonmé Aorimakt 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS' 'IV CKaU*. 9ii 

qtll'tftteiitcTdtre élevé, %ee^uél>ii doqs apt^fit , 
à la digtiité de grand cbèf des Abas. : - - 

On nous Ht asseoir sur , de petits taliourels aff 
milieu du cercle, et, un instant après, une vieille €fa^ 
ricana plaça devant notisune grande jarre deMèvv 
Itidigèbe^utub tarda pas à disparaître j ctqu'M rem< 
pteçaattssiWi. ., i . . .. 

'' Une vingtafn^ d'atifres ' femmes cfreulalent avep 
rapidité au milieu de la cohue qxà nous enrtourslf/ 
éh dfshibnaot' partout de petites calebasses é6 la 
même boisson, qui se lidaient comme par enebàiH 
léinent. ■ . - ,;. 

' Les grotipés, qui s'étalent rom^a im instant lers^ 
qiie boas led avions traversés, se feforofèrenlde'noo' 
Vfeati âpres uÀc Urge distrlhuiton de prises de tabae 
qtte^ je'Iiis à tWàtoùr, et les danses eH les ebanls hi-' 
teiTÔmpus reprirent de plus beïle. -Oa serafil peot-éM 
ici létiéu'ae décriréies danses des Ghiri[;uanos ; miais 
je me' vois obligé, à mon grand' regret , d'étre'trds 
sobre de paroles à'cètéfeafd, car, bien qoe fm 
aie été témoin plusieursftJls, 'j'avoue (jne je o'yal 
rieri compris. Qu'on se figure une douaftine d'hoi»- 
foe^'qèï'se'régardent ou qni'se tonnlent le dotf, qqi 
Fèvenf aritcmativement les preds 'et ies bras, qoi ifbfui'- 
tebtj'éiiln, en langue '«hiriguano, umsaite'dft neli 
qu'ils répèlent indéfiniment sur le mémetouiiefrlfM 
UutA' thiè Idée, p4Wr )é taittins au8bi'exaot«"(fae' la 
Mîèliiië', 'désdhhses qui avalent' lieu autour lée mms 
ittFlir't)liJè«'dWvill^<d1l'eftpftaKlMi«v4.'- - ■ 'i- >' 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Au wovM« dira-t-Kw, tous oe» sauvog^^ é^i«flt*il8 
vêluB, pour la fftte, de i|iiel(|iies ubs ()e .ces beaux 
<IQstuio«8 de plumes «ous lesquels on çf^réB^te 
pjEÇsque invariablement les hidiens des. deux. Améri- 
^vw, Ici encore j« suis obl^ de déMruire une- illu- 
fitont La plupartdee invita 3ba84u^^taioe Uoioré 
n'avaient pour tout habillement que le cordon roi;^ 
qui leur ceigoaiil la léle, et leur iem^ta; beaucoup 
méxm n'avaient que ce dernier. 

'Qoant aux Tobaa, ils avaient leurs bouclesdV 
i^ll^s de paille de mais, et quelques autres portaient 
des colliers. Les plus richement vêtus avaient au-r 
tour des rein» la piiècft de toile dmt il a déjà été 
qmftMn dans et; volume. Le seul ^riipak avait, 
outre ce vâtenient, un cjbapean de peil|e et un pon-^ 
cbo qu'il avait jeté sur une de ses épaol«s. Les fen* 
sfifis étaient un peu phis couvertes que ]£» hommefi, 

: Une observatioi) que je tiens à placer à -la suite de 
ces remanques, c'estque l'on se f^ït, eu général, uns 
idée beaucoup trop fleurie des Indiens sauvages. 
C'est loBt au plus s'ils sont teU qu'on se les Sgure, 
uae ou deux fois Tan à l'occasioa de leurs pl»s 
grandes fêles. £iM:ore les oroewents dont qti^quçs 
voyageurs «« plaisant à affubla chfhcun d'e^kti» ç^x 
Aevraient-ils souvent èUe r^riis eotre plusieurs 
individus. 

,,i Parmi les cheb qui se. trouvatent assù autour de 
BOut, au foyer de la scèœ que je décrit, il y en.%v^ 
deux qui étSfMU'd» tawitii^ tQtf»,.L'ifikd'euxx qj^i 



'Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LE cwco. EM7 

piHimtai>«iir dnquante-ciBci aat, ôlatl iw Yni géaM. 
11 était l'ami intime el le confident de NecAé, et s'ap- 
pelait ZaïaU. Nous sûines par lui que le grand eb- 
ciqve^tait biea allé, comiae on nous l'aTaitawar^ 
k- GaiBatkidi; et qne Ynaibai, l'aoïi 4e6 el»étiaM<, 
étpit i Pàr^ifi, ob^un de ses enfoats vimait de 



Iffona^étietts à pnne aatis depuis «ne* heare ioqs 
la Mhnon, quand il s'opéra parmi les Indw». un 
0nnd moinroiiienl. tia venait d MM^cer que l&pvo- 
^Blonde cètciia4u eapius Uoior6 était épuisée, ima- 
nlAt la maaie de ces sauvais, déjà i^ mottié ^'iv, 
s^ébmida, el se nk en rnowernent pmir gagMran 
witre vilb^ situé à qoelquet oeMtaine» da pas phas 
loin I et où> les mènes t^évéoioniefi ae ranoDreUrenl. 
Moos les sutrlaMB, et l'on nous plaça oomine Mtparaf- 
Tdnt dans 1q «nile dos ehefv. Pendaat que j'y dégâa- 
niis la calebasse. dacèiclia ifo'on se hàia de bous 
lénlr, bt ^e je vépondats télécnphiqoeiipeait.aux 
WHUbrevsea «plesliMa que «a'tdvesnieait mes^^Mix' 
TOiaiD», te giiand Basati et le eaciqiM.du viUage où 
■MH Toniona du nevs installer (il s'apfwlait lÏMé).; 
pendant ec temp», dia^je, Cetestmo avait eiàlané, 
«ree Aovlmak, «ne oeoTeraaiion qu'il me rapporta 
«nduile, et ide laquelle il vésuUa ^e 00 chef a'ea- 
gaglm^ ne^nnatU un paiMnent ratsannalileyè nous 
aider de tout son pouvoir dans nos - pn^ata «ar le 
Kragua^. H^ffril égalcoient de DooaaocdmpKgQer 
^«qa'ft^atatiadi, 0* îlptonit'deiMriaagréeE'M^ 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



jm aZCUKMOII . 

fim p«ri NotiSé et lei aiitrei «t^âUfHiês tfù àtmmf. 
flff tpouvet-' rassemblés. Sur CH ^trefeîtes, qd: dêis 
«beb présebts ayant demandé à Gelefitino déviai bif 
.{^utr quelle était ta natsra de. l'afma qus je pfw^ 
tan il BËt oeïBture, et qti né I«igtaarais*bilipu-dtm 
lin «Mteau iwdiDaite} nion iaterp*à|e itti dit.^ 
c'était un couteau qui faisait feu. Auesitét vtn-QQt- 
riotitédeila part^ toiM (teTfir ce-fliagalan^iftié- 
■nomèMé} et-,-;stBpéiactioii génër^, ioi;9^'iU eiv- 
tmdttenti i'expkMÏNi y ût ^*its ^Arént la lome'dbiiinin 
eoilteaa- de dosse ' s'edraloppeT Ae BàÉMBb vt da 
.fiuiée^€e nft fat pas toat^ il Mlot enooK dËâbiie- 
■ger éevofit ««^l ohm fMil et naas pistolets «d'mite^ 
m^»<l4 tdniwiTe qui B'é<^ppa dfteiae (MiûeraiAit 
Icilcâtent étourdistànt (j» le^ afûs thhrgâs.fKM 
■l'ocqawdn), qu« mesKUwagei déclMàtwit^-itil'ttDi^ 
■i^nilé, «a'iti étaiwt •aUlAâts, bt lia ponftaèrtntdAS 
^ria de joie (tour .m'ev. oobvaÉBinfe. . . i - >i ■■' ;• 
ÛMlfoes mlneties après, l«a^&^s.pftside,«liHifaa 
9^t, été aeoHiBud videa^ toaèaila bande- i»ébniBlfi 
de i^teaof fmip gagacrun auttei viJttcg4f,.dItiih.itB 
sèacÉioli^m doUe Mbdu daiU!Uit.ai)bby<«UiMi 
.d0saiie;«aT o'ast4a bi vie.qu^iaJqHnllaaijIèi^gvi- 
aoB.duia&trËiMiquA.^iM.le.iMÎs.iaboAAe.dWiâ lents 
freaiertf. PeDdapL lbut,«e; tealtw ^«hiAa i(ini«j|ilMir 
aaid «liaMitv.Uan'iatiiM.iféineL'idtad'Mirw^iif- 
ï4h««-uB!a|iiitf. I, .. ,, .,| _ .._ ;,.,,j lit 'i-i-i.-j 

.1 dupBt à.duoi^ qttltromiati déji,t»4(»e.*Ml;«»#|- 
eufee^ j*,qoiufti:l«: Ittoltt^;:eC.jeittn4lJe<^«Ifl^lf|e 



t,Googlc 



DANS .i>E CHACO. ' 319 

Canfttiitdi av9C'GelQt»tmo, Âoriœak^ et le Tobo' Za- 
Bali»auqaelledbef cbiriguano , qui parlait toi», çodi- 
muDÏqQa ohdmin fvisani mon projet.- Pour es parler 
-pbu ànotrâ alte^ bous noas étioas aftsie dana une 
petite olainàrc de la forât, et Van â^eax D'avant pqs 
rdusBÎ à obteoir du fe^a, pour aUbsoer sa pipe, je tirai 
dti ma pocbe ud petit étui que je portais ordininre- 
uMl sur ttoi, et je les rendis témoibe de l'iacan- 
deaceice subite d'une aUuuMtte pbospborique,' oe 
qti les remplit d'étoQuemeot, et- diit^ je n'«a doute 
pas f augAienta euoore le resplect qn'ilfi avaiedt poiir 
ma perMffiQe- J'eus Ueu^ avant la ftade sotre petite 
çonCéreoce, de me aonvaiocre que les dispeùlioos du 
Toba u'étaieut pas moioa bonnes que c^es de l'Abtf, 
e(j'a{^s, en outre, un feit du ptu^ battt intérâl: 
c'est que Zazati et plusieurs autres Tofias avu«fet 
déjà âté au Paraguay eu traversaatje Otato. JMaJsje 
ne pus parvenir k savcnr dans quel but iii «vaieat 
foit.ce voyage. Lorsque je lai deœaadsi qublla dl»- 
tancç il pouvait y avoir du lieu où noua iwii trou- 
vions aç Pangqay, il x^fKudit, après, quelques mor 
meAtsilf- réflexion, et ^ cooiptaBt sur aesfdt^ts!) 
s DlormutUimM nuilSf m OKrém. x^Juiproposaied^ 
KWt«,de n'y-aoBonpi^er, e* lui offrant de fikef)lil»- 
f^i^e 4t D{»Bi>re.«ft la Jtature d&% pcés«nt4 qw'lui 
9ff «itfat idooBé9i eu récoupenaede ee aervic»r<inMil 
i^A^-piu obtenir dct Uû uoeicéponte Affa'ipMn^^ 
aaj«L' U.Sait.par me dire.q«'il«dparleMitJt'lOHi«hii 
NwjÛé^.,--.-.,-. .^„.,. t.:-u^,-..i 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



320 ExcuitsioH 

Nous Dous rcintaoes en route, et passâmes aoprès 
de plusieurs autres villages, oîi bous ne trouvâmes 
que des femmes et des enfants, toes les hommes 
étant à t)oire. Cependant Camxtindi ne paratBsait 
pas^ et le soleil s'était couché ; nous n'en eonlinaatnw 
pas moiqs à marcher, car il nous aurait été dif- 
ficile de nous arrêter au milieu de la forêt dans la- 
quelle nous cheminions depuis quelque temps. Enfin, 
k la nuit- close, nous débouchâmes tout à coup 
dans Hne grande clairière occupée par un petit Hc 
dai^ les eau% dsquci se r^Aéchissaient les tuears 
d'une cinquantaine de fetix allumés sur ses iwrds. 
C'était -un grand CMnpement de Tobas. Et le co- 
^ee qui s'avança anssilôt sur nous , et qui me serra 
dans ^s ^s, n'iUalt autre que le femenx Nocêé. Je 
n'exagère pas en l'appelant un colosse, car à la taille 
, de Zazati il ajoutait un poitrail de taureau. Il était 
«n peu plus véi« que ses sujets ne l'étaient en gé- 
^ serai ; il portait «omme eux. une pièce de grosse serge 
grisê autour dds reins; maisil avait, en outre, une 
espèce de gilet, marbré de brun et d« gris, feit avec 
du fil d'une BroiAétiacée, qu'r^ appelle, en Bolivie, 
Caraguata. Sa tète était coiffée d'un vieux canon de 
chapeau noir, autour duquel était noué un cordon 
rouge. Le rebord de ce couvre^cfaef s'était efbcé par 
l'usure. Aucun autre ornement n'indiquait la dignité 
de NooM ; niais il y avait sur sa figure, que se dispu-i 
t«i«Ét las rides et les cicatrices, et sur laquelle se 
jouaient quelques poils grisonnants, une exprewioA 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LE CHACO. 321 

d'astuce et d'intelligence que l'on ne voyait ear au- 
cune des physionomies qui t'entouraient. Le grand 
cheF des Tobas paraissait avoir soixante ans. Il nous 
invita à mettre pied à terre, et nous fit allumer un 
feu à quelques pas du sien ponr y établir notre ba- 
gage, c'est-à-dire nos selles et nos manteaux. Nos 
animaux furent attachés à des arbres voisins. Les 
huttes de mes bdtes, dont je n'ai pas encore parlé, 
étaient formées par une ou deux nattes fixées verti- 
calffluent ou obliquement à un ou plusieurs bambous 
fichés en terre, de manière à former un abri contre' 
le vent ou la curiosité, mais nullement contre le froid 
ou contre la pluie, s'il eût dû y en avoir. 

N'ayant rien pris de la journée que de la chicha, 
et n'en ayant pas, sans doute, absorbé une quantité 
suffisante pour pouvoir me passer d'une autre sorte 
d'alimentation, je proposai à NocAé, par le double 
intermédiaire de Celestino et d'Aorimak, de me ven- 
dre un mouton. Le marché se conclut pour deux^ 
annes de serge blanche. L'animal fut aussitôt tué et 
dépecé, et, j'en offris le quart en présent à NocAé, 
qui se retira alors derrière la natte de feuilles qui 
formait son palais. Je croyais ne pas le revoir avant 
le lendemain, et je m'étais couché sur mon manieaa 
auprès du feu, en attendant que le souper fât pré- 
paré. Hais, peu de temps après, l'odeur savoareus« 
du r6ti que mon interprète s'occupait à tounier de* 
vant le feu, s'étant élevée dans les airs, je sentis 
comme une grosse main qui s'appuyait snr une «fe 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3â9 Ex.r.unsiOK 

mes jambes, et me donna une petite seeousse; 
. m'étant reUvé aussitôt, je vis la grande ferme du 
oaçique Toba qui venait de s'accroupir devant mol. 
Celestino, qui comprit, à ce qu'il parait, ce que si- 
gnifiait ce mouvement, enleva la brocbe de dessus 
les fourches qui la soutenaient, et la piqua en terre 
entre nous. La scène qui eut lieu ensuite fut si 
comique, que je fus obligé de me retenir, pour ne 
pas éclater de rire au nez du grand cbef. La broche 
itait, cf}san(e je l'ai (Ut , piquée en terre, entre nous 
dewx^ afin que cfaacan pût couper, à sa ^çon, les 
lynchées qui lui semblaient les meilleures. Or, je 
ne lardai pas à m'apercevoir que Noc6é enlevait, i 
dtiiqiie coup, une tranche qui à elle seule aurait 
dà le rassasier. Mes soupçons ayant été ainsi excités, 
je suivis, sane qu'il s'en aperçut, le trajet que fai- 
saient cet tranches, et je vis qu'elles ne s'appro- 
clKÙent de la bouche que pour la forme, et que, 
mw être pour ainsi dire entamées, elles allaient 
f'englo«lir dans une grande bourse que mou eoH- 
yive portait suspendue à son cou. Mon souper y ayant 
passé presque .en entier^ Nocdé se relira de nouveau 
derrière sa natte, et je ne tardai pas, de mon câté, à 
w'enâormir, laissant Celestino s'escrimer, conjoin- 
taioÉQt avec Aorimak et Zazatï, contre tout Le me&u 
ia pauvre mwitoQ, qui ne devait pas Laisser, le Ua-r 
drimarn, bMUcoup de traces de son existence. 

AmoD réveil, il £ùsaitunfroidliumidoqse je sen- 
tis pénétrer jusqu'à moi, malgré l'épaisseur de mon 



t,Goo(^lc 



DANS LK ea&oo. sas 

n»Dteau- La plupart des feux étaient éteints ; les au- 
tres étaient languissants. Un brouillard épais eoti- 
vrait la surlace du lac ; et les seuls sons qui i'k 
ftcseiit entendra provenaient des oiseaux aquatiques 
qui se jouaient dans les touffes de roseaux que la va- 
peur dérobait à notre vue. Le soleil s'étani fait jour, 
le brouillard s'amincit peu à peu. Les Tobas sortirent 
alors, un à un, de derrière leurs nattes, et vinrent se 
grouper autour de nous. Nocdé parut à son tour, et, 
wnaat droit à moi, il me montra du doigt le centré 
du lao toujours couvert de brouillard, et ensuite mon 
Aisil, en me fbisant comprendre par des signes qu'H 
éésirait que je tuasse Toiseau qui s'y trouvait. C'élaii 
Un da cas leurdi Gallinacés appelés Inhumas, au Bré* 
■U, Pslioanos par les boliviens (1), et dont la taillé 
n'est guère inferienre & eelle de notre Dindon domcs- 
lJK]tte. Son chant a quelque chose du croassement dâ 
Garbeaa, et du orl d'un vieux gond ; on ne s'étonnera 
dmc pas que sa présence se lïtt trahie bien avant 
qu'oa put l'apercevoir. 

Apeino euS'je pris mon fusil, que tous les Tobas 
H lei^nt pour voir, beaucoup d'entre eux pour U 
Reniera fois, le terrible effet de la gueule de fktl. 
Ut^étaiflnt dani| une si grande attente qu'ils semblaient 
rstMir laar hataine. Enfin, quand l'oiseau tomba, en 
IMtP^teri sur lui<m«me, après s'être élevé presque 



(1) 6>«|l h P»rrtt ehmaria (te Lintit<. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3ÏM- EXCURSION 

verticalemenl au-dessus de l'endroit où il avait été 
frappé, ils poussèrent tousuahurlementd'allégresse, 
et ils se précipitèrent à la fois dans l'eau pour s'as- 
surer de leur capture; chacun voulut en avoir aa 
moins une plume ; Noc6é et Aorimack s'en partagè- 
rent la chair. Quelques minutes après, on s'occupa 
de la levée du camp ; mais nous n'attendtmes pas lé 
départ général. On avait amené un assez grand nom- 
bre de chevaux sur lesquels Nocdéet les aulreschefi 
montèrent aussitôt, en nous invitant à suivre leur 
exemple. Ce fut en cette sauvage compagnie que j'en- 
trai, une heure après, au grand galop, dans le vil- 
k^e de Camatindi, où se trouvaient déjà assemblés 
près d'un millier d'Indiena Chiriguanos et Tobas. I) 
était, au reste, facile de voir que l'on ne nous avait 
pas attendus pour commencer les libations. Les ca- 
ciques étaient assis, comme nous les avions vus pré- 
cédemment, en un cercle, au milieu duquel plusieurs 
i^mmes, de petitescalebassesàlamain,distnbuaient 
alentour les flots généreux de la chicha. On nous fit 
place, et nous participâmes au festin. J'avais lieu de 
penser qu'à l'arrivée de Noçéé il y aurait quelque 
démonstration particulière; mais il n'en fut rien; 
tout au plus lui fit-on une place un peu plus htrge 
qu'à moi et à Celeslino. Il s'y accroupit, en croisant 
les jami>es, à la manière des Orientaux. Sa télé était 
courbée sur sa poitrine, et ses mains, réunies devant 
lui, semblaient occupées à éplucher quelque chose, 
lorsqu'elles ne tenaient rien. C'éUit là, à ce que l'on 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LE CHACO. 3t5 

m'assura , son allitude favorite ; il passait même 
une grande partie de sa vie dans cette position, paN 
lant à peine aux membres de sa propre famille. 

L'occasion que j'avais cherchée était enfin venue; 
je priai Celesliao, mon interprète, d'exposer l'objet 
de ma visite, et il ne l'eut pas plutôt fait, qu'avec 
une promptitude vraiment merveilleuse, toutes ces 
figures, qui ne respiraient que l'Insouciance, prirent 
l'expression de Tintérét. La dislribuliou de chicha 
fui suspendue, et il se forma autour du cercle des 
chefs une haie épaisse d'auditeurs attentifs. Il y eut 
en même temps quelque changement de position 
parmi les caciques. Les Tobas se réunirent tous du 
même côté, et les Âbas de l'autre. Une vieille femme, 
qui parlait les deux langues, fut ensuite introduite 
dans le cercle pour servir d'interprète aux deux na- 
tions; et un Aba, qui parlait toba, offrit d'ôtre le 
ndtre. 

11 me serait bien difficile de dire tout ce qui fut 
échangé de paroles, pendant les deux heures que 
dura cette séance parlementaire; je me crus même 
bien heureux d'en avoir saisi les points les plus sail- 
lants : ce à quoi il était surtout difficile de parvenir 
lorsque j'avais affaire aux orateurs tobas, puisque 
leurs discours ne pouvaient parvenir jusqu'à moi, 
qu'après avoir [âssé par deux autres bouches. 

Je me contenterai de dire,qu'en général, les divers 
chefs qui prirent la parole parlèrent avec une volu- 
bilité extrême, et plusieurs avec feu. Nocêé resta 



i,Googlc 



«s EXCUKSlOfl 

l^gNimpej la tète baissée, et semblait k peioe ï'occu- 
per dâ ce qui se passait; mais il s'aniitta entii tout \ 
coup, et parla près d'un quart d'heure sans désem- 
parer. 

Il résulta, de la discussion, une assurance, de la part 
de totis, que Texpédition que je voulais conduire à 
(ravere le Ghaco, jusqu'au Paraguay, n'avait rien à 
craindra de leur part; mais ni les Abas ni les îôbaâ 
ne voulurent s'engager officiellement à nôuâ prêter 
la main en deliors des limites de leur propre terri- 
toire; ils ne voulaient pas, disaient-ils, que les na- 
tions voisines pussent dire qu'ils avaient mené des 
étrangers chez eux. Je fus charmé, en sotnme, du bon 
sens, pour ne pas dire de l'esprit, que déployèrent 
ces SSUvages d'an bout à l'autre de notre pourparlêr. 
Lorsqu'en terminant, je leur demandai de me renou- 
veler l'assurance qo'ils n'opposeraient aucune étt- 
traveà notre marche vers le Paraguay, Nocôé s'écria : 
'■* Mail puisque vous êtes venu ici, pourquoi crain- 
driez-Véus d'aller là?» Ces mots terminèrent la séance. 
Le brouhaha qui l'avait précédé recomtnença incon- 
lihent, dt la chicha coula dé nouvean. Le tapage de- 
"vint btentftt si infernal, que je crus prudent de me 
retirer. Il- était en effet difficile que dans Une si 
grande- masse d'hommes ivres, il n'y eût pas quelques 
querelles; et je ne pouvais me dissimuler que des 
circonstances pouvaient se présenter, où ma personne 
aurait couru des risques assez grands. Celestino, 
qui était toul à fait de mon avis, amena donc les cfaè- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LK CUACO. 3^ 

vaux qu'il avait attachés à quelques pas, etnous nous 
élAign&mes rapidement de Camintindi, en nous bor- 
nant à prendre congé du cacique de l'endroit qui s'ap- 
pelait Uoralré , et qui se chargea de renouveler aux 
chefs les offres que nous leur avions faites. 

Nous allâmes passer la nuit dans un petit village, 
à trois lieues de celui où j'avais laissé mon bagage. 
11 ne s'y trouvait que des femmes ; plusieurs d'entre 
elles m'apportèrent, le lendemain malin, quelques 
(p.nh de poule, en me faisant des signes que je ne 
compris point. Celeslino m'expliqua que ces œub 
m'étaient offerts à condition que je leur donnerais 
une représentation des propriétés de mon couteau à 
feu. Je n'eus garde de m'y refuser. Dans un autre 
village que nous traversâmes, je gagnai un poulet par 
le même moyen. 

Dans l'après-midi, nous arrivâmes au village d^ 
capitan Chavlraos, où je repris mes malles; mais il 
me fut impossible d'atteindre les bords du Pilcomayo 
avant la nuit, et je fus obligé d'en remettre le pas- 
sage au jour suivant. 

Des feux peu éloignés ayant attiré notre attention , 
nous nous y dirigeâmes. Ils appartenaient à un vil- 
lage de Matacos. J*y trouvai, en abondance, dû poisson, 
dont je fis un excellent souper, moyennant quelques 
pincées de tabac. Il me restait encore un peu de celte 
drogue que je distribuai au groupe qui s'était ac- 
croupi auprès démon feu. Cela me fournit l'occasion 
de remarquer, plus particulièrement que je ne l'ataiE 



DoilralhyGOOglC 



3iS tXVUKSlUN 

fait jusqu'alors, la jouissance que le tabac procure 
à ces sauvages. Leur jùpe ressemble exactement, 
comme je crois l'avoir dit, k celle des Guaycurus 
du Paraguay. Ils la bourrent comme ud canon, et la 
fument en faisant des aspirations énormes, auxquelles 
tout le corps semble être appelé à concourir. Après 
la première aspiration, la fumée est complètement 
avalée, et le Matac reste un instant comme en proie 
à une extase qui lui a ravi l'usage de ses sens. Il rend 
ensuite, peu à peu, sa bouffée, et en aspire une se- 
conde avec les mêmes efforts ; puis il éteint sa pipe. 
De celle manière il ne perd aucune particule de sa 
drogue, et .une seule pipe de tabac peut durer pen- 
dant un temps assez long. 

Les Malacos parlent la même langue que tes Tobas. 
Je ne puis me dispenser d'en dire ici quelques mots. 
On vient de voir les efforts que les Malacos font pour 
fumer. Eh bien! ils n'en font guère moins pour s'ex- 
primer. Il serait dif^cile d'imaginer des sons plus 
durs et plus pénibles à émettre que ceux qui consti- 
tuent la langue de ces Indiens. Chaque mot que 
le Toba prononce semble lui coûter une souffrance. 
Il y a des syllabes qui sontde profonds gémissements. 

Dans la séance à laquelle j'avais assisté, à Cama- 
tindi, on parlait le guarani et la langue toba; c'était 
une excellente occasion pour juger, par comparai- 
son, de l'efTel produit sur l'oreille par cette dernière 
langue. Afin de donner une idée delà fréquence avec 
laquelle certains sons s'y reproduisent, et pour mon- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



DANS LE GH&CO. 3K9 

treren même temps jusqu'à quel point cette langue 
est pauvre et compliquée, j'ai cuirait d'un écrit de 
Pedro d'Aogelis , el réuni en tableau les mots qui ser- 
vent à désigner les nombres chez les Tobas et les Clii- 
riguanosr et parmi les Indiens Aymaras el Quichuas. 



Naihedac 

laiDffNi on HWoti 



(leui lula iToia) . 

Nivoca nalomp'g 

ideta M* (ladn 



tobqiialre etdeuij 



Chokla . . 
pakaUco - 



Htia . . . . 
atta-Heia. 



zokia- 

KaVChU. 
Fitton. 



mia yupana 



Dans la matinée du 26, je pris congé des Hataeos, 
et je traversai, sans accident, le Pilcomayo, peur re- 
gagner Villa- Rodrigo. 

Le chemin que nous suivîmes fut le même que ce-, 
lui par letpiel nous étions venus. A l'entrée de la nuit, 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Boui arriTàmes sur les contins de la grande forêt dô 
FKlBii«rB'GBrBQd&îs , que nous avions traversée en ve- 
Daut; et, comme il s'y trouvait de l'eau passable, 
nous nom décidâmes à y camper, quoique, d'un autre 
oété, il ne se trouvât au milieu de ces sables auoua 
pâturage pour les chevaux. Nous les allacbâmes aux 
arbres, et nous allâmes nous placer, à peu de dis- 
tance, dans un petit espace découvert, oil nous allu- 
mâmes UD grand feu. Enveloppé dans mon poncho, je 
ne tardai pas à m'^ endormir. Hais Célestino, qui as 
dormait pas, à ce qu'il parait, ne me laissa pas long- 
temps jouir de mon repos. Il me réveilla pour me 
feire écouter les hurlements de deux ou trois tigre», 
qui se faisaient entendre autour de notre campement. 
Quoiqu'ils me parussent être à une distance raison- 
nable, je n'hésitai pas néanmoins à charger mon fu^il 
qui ne l'était point, et nous ajoutâmes du bois à no- 
tre flSu, dont la flamme s'éleva aussitôt et répandit sa 
clarté, au loin, sur le sol blanc de la forêt. 

Les palmiers au:t troncs argentés, et aux feuilles 
en éventail, ainsi illuminés, avaient quelque chose 
de fantastique. 

Rien de nouveau ne s'étant fait entendre, je cédai 
encore au sommeil; mais je n'en jouis pas plus long- 
temps que la première fois ; j'en fus tiré par un 
Mutsubitquefitmon lingaaraz sur ses jambes, et par 
les mots: Et tigre! el tigre! qu'il répéta plusieurs 
fois. El tiyre, sehor! me dit-il encore, dès quejefus 
dibout, en me montrant le ruisseau qtii coul^ût k 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



AA» Lk CUAQO. SSl 

qniDze pas de dons. Je regardais, ibni tiea voir, 
Idnqu'oD ^nd rugisBement partit du point indt^ui f 
el oependant j« ne vis encore rien. Non fitsil «n 
avant, {e conroB ver* le ruisseau, aocompat^aé d« 
Célefltino qui tenait à ta main une de ces carabines 
oout^tea que l'on connaît loas le nom d'espingolea. 
J'atteignis en un instant U bord du petit creux art 
fond duquel coulait le ruiueau; que l'on Juge dft la 
sensation que j'y éprouvai, en me trouvant flice k foce 
avec le tigre t et je m'y trouvai si inopinément, oar j« 
n'avais pas songé que ce creux le cachait , que» m* 
foi, il faut bien le dire, j'eus peur. Le serrement d4 
MHir que j'éprouvai, ne dura, il est vrai, qu'un Instant 
assez court; mais cet instant avait encore été trep 
long, car, lorsque je levai mon fusil, -l'animal avait 
disparu; il nous avait jeté un seul coup-d'œil et était 
allé, en un bond, se perdre dans tes broussailles. Il faut 
croire qu'il avait eu encore plus peur que moi. Nous 
le suivîmes quelques instants, mais l'obscurité étant 
beaucoup trop grande pour que nous pussions con- 
tinuer de le poursuivre, nous retournâmes sur nos 
pas, pour attendre, près de notre feu, que le jour 
parût. 

Le 27, nous rentrâmes, sans aventure nouvelle, 
dans Villa -Rodrigo, où nous attendaient les félicita- 
tions de nos amis, sur le bon succès de notre excur- 
sion. Je passai te jour suivant à me reposer, et à cher- 
cher à convaincre les habitants des avantages qu'ils 
retireraient de l'ouverture d'une communication di- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



332 EXCURSION bàhs le chaco. 

recte entre la frontière de Tarija et le Paraguay. L'in- 
térêt qui s'attache à ce sujet est si grand* que je vais 
consacrer quelques unes des pages qui doivent ter- 
miner cette narration à Texamen rapide des deuK 
grandes routes fluviales qui font communiquer le sud 
de la Bolivie avec la république du Paraguay, ou, si 
l'on veut, avec le Rio de la Plata. 

Je dirai seulement, [Mtr avance, que, malgré les 
grands avantages que l'on devra nécessairement reti- 
rer de l'une , au moins de ces communications { le 
Rio-Bermejo), la voie de terre me semble devoir être 
plus particulièrement suivie par les Boliviens, autant 
à cause de sa simplicité, que parce qu'elle aboutira 
plus directement chez eux. 



i,Googlc 



CHAPITRE XXIT. 

I.G BIO PILCUHATO. 

Le nom de Pilcouayo ou Piîco-Mayo vient, d'après 
Garcilazo, des deux mots quîchuas Mayo et PilcOf qui 
signifient, ensemble: Rivière des Moineaux. 

Le cours d'eau tfti'on appelle ainsi, prend sa source 
au nord de Potosi, vers le 19* degré de latitude sud, 
et passe un peu au sud de Chuquisaca. It se dirige, de 
là, au sud-est, jusqu'à près du21« degré de latitude, 
oiï il reçoit le Rio-Pilaya ou Tupiza. Il traverse enfin, 
comme nous l'avons vu, la cordillère de Abarenda, 
pour pénétrer dans le Chaco qu'il parcourt oblique- 
ment, en décrivant un arc, dont la convexité est di- 
rigée vers le nord-est ; et il va, enfin, se jeter dans le 
Rio-Paraguay, par 'deux bras, dont le plus septen- 
trional, qui est en même temps te plus considérable, 
se rencontre à dix lieues environ au-dessous de la 
ville de l'Assomption. C'est celui qui porte le nom de 
Araguay ou Araquai , mol qui veut dire en guarani : 
ftivtèrc d'entendement; parce que , dit Garcilazo, i! 
fout y naviguer avec précaution. 

Le second bras du Pilcomayo débouche dans té 
Paraguay, à environ neuf lieues au-dessous du précé- 
dent. 11 est divisé en deux, à son embouchure, par 



t.'Googlc 



334 LE RIO PILGOHAYO. 

une immense tie ; ce qui a fait dire que le Pilcomayo 
avait trois bras. 

D'après Fune^ I9 (l,écouv^[te de.Ut|>artie du Pilco- 
mayo qui est située en dehors des Cordillères aurait 
été faite en 1719; mais elle est évidemment anté- 
rieureàcetteépoque,comme l'a fait observer Àngelis; 
et, sans remonter jusqu'à Âodres Manzo, qui parait 
avoir eu ponnaissance de cette partie du Seuve, on ne 
peut douter que, lors de l'attaque simultanée qui se 
fit surleChaco, en .1672, on ne l'git aperçue. I^ozano 
raconte qu'à celle occasion, le sergenl-major don 
Diégo-Marin, qui commandait le contingent dé 'Tarija, 
suivit, par en bas, les bords ,de Pilcomayo, e}.arrivaen 
vue de la nation des Palalis et de celle des Guaycurus. 

On peut dire, néanmoins, que les npiions que l'on 
jwssédfiit sur le Pilcomayo furent d'une nature très 
Yïigue jusqu'à l'époque citée par Funes et qui corres- 
pond au gouvernement 4^ don Ë^tevan de Urizar 
(V. p. 276). 

Les Jésuites cbercbaient alors à ouvrir des CQtnmu- 
nications directes et faciles entre leurs missions du 
Paraguay et celles de Cordova et de Chiqujtos. Ils se 
jetèrent donc, «i bras opverts, dans le plan qui leur 
fut proposé par le gouverneur de Tucuman. Il' fut dé- 
cidé que Ton tenterait la navigation du fleuve en re- 
B^ontapt sop embouchure vçra sa sourcQ-Xe conïm^n- 
(îemeQl .d^ l'expédition fut confiée au père Gabri^ 
PàtinO; et trois embarcations, dont laplusgi'ai^e Cu- 
vait porter '7,()00 arrobes, furent destinées à recevoir 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE tllO MLCOHAYO. 836 

le matériel et les g«Bs nécessaires au voyage. Le per- 
sonnel complet comprenait soixante-onze personnes, 
dont soixante étaient des Indiens Guaranis. 

Les barques du Père Patino partirent de la capi- 
tale du Paraguay, le 14 août 1721 , et entrèrent, le 
20, dans la branche septentrionale du Pilcomayo 
qu'elles remontèrent durant un mois entier, sans 
rencon irer d'obstacles graves. Alors, la profondeur de 
la rivière ayant diminué , la grande embarcation 
échoua sur un banc d'argile , et il devint impossiMe 
delà faire avancer plus loin. Un mois s'étant passé 
à attendre inutilement une crue de la rivière, U fut 
décidé que l'on aviserait à d'autres moyens. La grands 
barque resta donc, ainsi que la moitié de l'équipée, 
sous le commandement du sergent Portello ; pendant 
que le père Patino avec un autre Père, continuè- 
rent la navigation dans les deux petites. A sept lieues 
au-dessus de l'endroit où étaient restés leurs compa- 
gnons, les deux Jésuites arrivèrent au point oji le 
fleuve se divise en deux branches. Au-delà de ce 
lieu, la rivière coulait d'une manière plus régdlière, 
en décrivant des sinuosités moine prononcées; et les 
seuls obstacles qu'ils rencontrèrent, provenaient, 
soit du peu de profondeur de La rivière qui ^it tra- 
versée çà et là par des bancs d'aigle qu'il serait&eilâ, 
selon le père Patino, de détruire, soit des tnnei 
d'arbres que le courant avait entraînés, et qw y4v 
talent agglomérés dans les points oCi la lai^ur du 
courant était moindre. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3SA LE RIO PILCOHAVO. 

L.es rives du fleuve varièrent beaucoup d'aspect, à 
mesure qu'ils avancèrent ; la campagne était quelque- 
fois presque nue et ne présentait à la vue que d'im- 
menses pAlurages; d'autres fois ils traversaient des 
forêts de Palmiers ou des bosquets d'Algarrobos ou 
de Chanares ; le poisson était très abondant, surtout 
dâm les lacs qui communiquaient avec la rivière. Il 
en était de même de la chasse. ^ 

Le 7 novembre, époque -à laquelle le père Patiiîo 
calculait avoir fiait cent quarante-sept lieues au-delà 
du point de division de la rivière, on aperçut, sur 
les rives, des huttes abandonnées, et beaucoup de 
traces du passage de chevaux. 

Le 14, les voyageurs s'étaient avancés, de soixante- 
sept lieues plus loin, dans une campagne unie, cou- 
verte en partie de forêts de Palmiers. 

Le 15, la rivière se trouva plus encaissée, et le 
sol qui était moins humide, présenta encore beau- 
coup de traces du passage des Indiens. Il en fut de 
même les jours suivants, jusqu'au 32 novembre, es- 
pace de temps durant lequel on navigua, selon le père 
Patino, soixante-seize lieues de plus. 

Le S3, on fit encore une marche de dix lieues, et 
on vit deux troupeaux de juments avec leurs poulains; 
plusieurs chemins très battus se présentèrent dans 
le cours de la reconnaissance qui fut faite dans les 
environs de la rivière. 

Le 27, après avoir avancé de quarante lieues de 
plus, les embarcations arrivèrent, toutàcoup, en vue 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE BIO PILCOMAYO. 337 

d'un village adossé à un petit bois sur les bords de 
la rivière. Les hahilanls prirent presque aussitôt la 
fuite eo entendant un coup de fusil qui fut tiré d'une 
des embarcations, et abandonnèrent tous leurs us- 
tensiles sur les lieux. Le "Père Patino pénétra dans 
le village , mais il défendit que l'on touchât à quoi- 
que ce fût. Eq se retirant, il laissa quelques présents 
suspendus aux arbres, afin que les Indiens vissent 
qu'il était venu dans des intentions pacifiques. Les 
seuls êtres vivants que l'on y rencontrât furent un 
cheval et trois chiens ; et il ne s'y trouvait d'autres 
vivres qu'un lézard rôti et un peu de ferine d'Al- 
garrobo. 

Le 28, pendant que l'on continuait à remonter le 
fleuve, les Indiens dont on avait vu le village le jour 
précédent, se présentèrent sur la rive au nombre de 
cinquante-six ; ils avaient le corps barbouillé de di- 
verses couleurs. Les canots furent attachés sur la rive 
opposée de la rivière, d'où l'on Rt signe aux Indiens 
de s'approcher; mais ils ne l'osèrent pas. Le Père 
sauta seul à terre, et, s'élant placé à une certaine 
distance des bateaux , il les invita de nouveau à tra- 
veiner. Un jeune Indien passa alors la rivière, en por- 
tant un fruit à la main; on lui fit quelques présents, 
et il appela aussitôt ses compagnons qui allèrent gai-, 
ment le rejoindre. On leur donna du tabac, des cou- 
teaux, des hameçons, des aiguilles, des épingles et 
des colliers. Le Père offrit à un jeune homme, qui 
faisait partie du groupe, de l'emmener; mais ses pa- 



t,Googlc 



338 I.E RIO PILCOMAVO. 

rents s'y opposèrcnl. Ces Indiens élaient ^e haute 
slature, sveltes et agiles; leur couleur étail assez 
pâle, et leur visage ne manquait pas de beauté. Le* 
hommes avaient les cheveux taillés comme les Indiens 
des Missions. 

Plusieurs autres troupes d'Indiens se présentèrent 
dans le courant de la journée, ei on leur fît de nom- 
breux présents. Quelques uns d'entre eux portaient 
des morceaux de cuir de bœuf dont on leur demanda 
l'wigine. Ils donnèrent à entendre qu'ils seles élaient 
procuré» de l'intérieur, du côlé du rio Bermejo. Ils 
promirent au padre Patiiio de lui amener des bœufs, 
mais ils ne parurent plus. 

Le 29, on fit douze lieues. Deux beaux jeunes In- 
diens de douze à quatorze ans, se montrèrent à che- 
val; on les appela, et ils s'approchèrent des embar- 
cations. On voulut les emmener, mais ils s'y refusè- 
rent. Un peu plus lard, on vit quatre autres Indiens 
qui crièrent, en espagnol, ces mots : « Ami, cama- 
rtde; nous sommes Tobas, et noire cacique est avec 
nous! «Comme les Indiens de celte nation ont la 
réputation d'être quelque peu traîtres, on usa envers 
eux de certaines précautions. Ils habitent les fron- 
tières de Salta, du côlé du Bermejo, et ils ont l'ha- 
bitude de s'arracher les poils dès l'enfance. 

Ils firent comprendre qu'il y avait beaucoup de 
nations différentes dans ces districis. Interrogés par 
signes, des Missionnaires et des Espagnols qui habi- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



tuatt 4e l'autre c6té du Chaco,il8 répondire&t.qii'il« 
jt'eit savaient rieo. , 

Pendant les derniers jours de la navigation, on 
avail aperçu plusieurs planlaiions et des semis ap- 
parteniint à celte nation qui s'adonne à Tagrieulturei 
Il s'y trouvait du mais, des baricots, des melons 
d'eau, du coton et une espèce particulière de potiron^ 

Le 30 novembre, les Tobas se présentèrent, à che- 
val, de très grand matin, et en plus grand nombre, 
aftn de guider les voyageurs jusqu'à leur village; 
floais il était trop éloigné pour qu'on pût l'attein- 
dre, quoiqu'on fit douze lieues. Le 1" décembre, 
après quatre nouvelles lieues de navigatioft, ok 
arriva au grand campement des Tobas. Les em- 
barcations s'arrêtèrent avec précaution à quel- 
que dislance au-dessous du village; et le Père, 
cédant aux instances des Indiens qui l'invitaient à 
visiter leur village, descendit à terre. Les équipages 
demeurèrent sous les armes. Le Père fit, comme 
avant, des présents aux Indiens, et on le traita avec 
avec amitié. On lui offrit quelques tissus de laine et 
de coton, mais il les refusa. Les Indiennes qui aller 
rentau devant de lui étaient blanches comme des 
espagnoles, et avaient de jolis traits ; elles portaient, 
pour tout vêlement, une pièce d'étoffe autour des 
r^ins. 11 leur fit des cadeaux plus considérables 
4^'aux hommes, afin que les autres Indiens fussent 
plus di^osés à laisser voir leurs femmes. Le caciquf 
du village lui apporta trois moulons;, «e j^i^Htfles 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3M LE RIO PILCOMàYO. 

seuls ot^els qu'il consentit à recevoir. Trois Indien- 
nes vidrent successivement danser et chanter devant 
.lui, d'un ton lugubre. Pendant que ces choses se 
passaient, et que le Père s'occupaitagréablement (dit 
la relalion), à enseigner, par des signes, les divini 
ni^rslères, les Espagnols et les Indiens, qui étaient 
restés dans les bateaux , allèrent à terre , lee uns 
pour acheter quelques objets aux naturels, les autres 
afin de couper du bois pour une croix que le Père 
voulait élever sur la rive. Maïs les Indiens entouré- 
ruit et attaquèrent les coupeurs de bois, dont l'un 
mourut sur place ; un second resta prisonnier ; les au- 
tres s'ouvrirent un chemin avec leurs haches, et arri* 
vèrent enfin aux embarcations, où le Père . était de 
retour. Une forte escarmouche eut lieu ; les Indiens 
remplirent l'air de leurs flèches et reçurent à leur 
tour de nombreuses balles. Ils se mirent à l'eau pour 
entourer les canots, de sorte que ceux-ci se trou- 
vèrent , pendant quelque temps , dans une posi- 
tion assez critique. Mais le feu de la mousqueterie 
empêcha les sauvages de s'approcher. Enfin, à la suite 
de quelques manœuvres , on réussit à mettre les 
barques à flot, et on s'échappa en reprenant le fil du 
courant. Les Indiens qui s'étaient présentés en armes 
dans celte attaque pouvaient être au nombre de six 
cents. Ils ne cherchèrent pas à poursuivre le convoi; 
et le Père Palino regagna la grande barque après dix- 
huit jours d'une navigation continue. 

Le Journal du révérend voyageur ne s'étend pas 



t,Googlc 



LE RIO PILCOHAVO. 341 

aa dâU, et ne feit aiicane espèce de mentioif du r&- 
tour de rexpédition è l'Assomption. Toujours est4l 
que, d'après la relation dont je vions de donner un 
aperçu , ce religieux aurait navigué le Pilcomayo 
à une distance de quatre cent soixante-onze lieues 
au-dessus de son embouchure, ou bien de trois cent 
8oixante-dix-buit lieues au-dessus de son point de 
division; et il est à remarquer que le Père Patino 
prétend être toujours resté, dans ses calculs, eadeçi 
de la réalité. Or, il me semble qu'il a dû se commet- 
tre, à l'égard de ces calculs, quelque grave erreur. 
Le trajet parcouru par le rio Pilcomayo, depuis sa 
sortie de la Cordillère jusqu'à son embouchure, n'est, 
abstraction faîte de ses sinuosités , que de cent 
soixante lieues espagnoles; et, en supposant que ce 
trajet soit doublé par les sinuosités, on n'aurait en- 
core que trois cent vingt lieues. Si les embarcationi 
du P. Patino eussent Êiit le chemin dont il a été 
question, elles eussent alors dépassé la longitude de 
Chuquisaca; et la vérité est qu'elles n'arrivèrent pai 
même en vue des premières ondulations des Andes ; 
autrement le Père Patino en aurait infoilUblement 
hii mention , lui qui s'est plu, s'il faut en croire 
Arenales, à noter dans son journal tant de détails 
superflus. Dire que l'expédition des Pères n'est peut- 
être même pas arrivée à se mettre en communica- 
tion avecjes Tobas, ce serait peut-être trop s'avan- 
cer; mais un feit à noter, c'est que beaucoup des dé- 
tails donnés par le P. Patino, sur la oatton avec la- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



342 LE HIO PILGOUATO. 

quelle il s'est trouvé en rapport, ne s'accordent pas 
du tout avec ce que d'autres ont écrit sur le même 
sujet. ÉnBn les essais de navi{ration ont présenté, en 
général, des difficultés bien plus sérieuses que celles 
que le révérend Père y a rencontrées. Je citerai par- 
ticulièrement à ce sujet le voyage de Âzara qu'il est 
d'autant plus intéressant d'opposer à celui du P. Pa- 
liîio , qu'il a été entrepris exactement & la même 
époque de l'année et par le même bras de la rivière : 
circonstances qui m'ont fait penser qu'il serait inté- 
ressant d'en donner textuellement le récit; mais 
pour procéder mélhodiquement, je dois d'abord dire 
quelques mots de plusieurs autres tentatives qui ont 
été faites pour naviguer le Pilcomayo à des époques 
antérieures. 

Le voyage du P. Castaîîares, sur le Pilcomayo, dont 
il est fiiit mention dans YHistoire du Paraguay, dà 
P. Charlevoix, eut lieu en 1741. Ce serait, au dire de ' 
Pedro de Angelis, auquel je vais emprunter quelques 
détails, le plus important- de tous ceux qui ont été 
entrepris sur ce fleuve. Il en commença la navîgatiiin 
par le bras septentrional, ou Araquài, employant, Ji ce 
qu'il paraît, six jours (du 20 au 25 septembre), poufr 
y avancer d'une lieue ; après quoi il prit le parti de 
retourner en arrière, pour prendre le bras méridional 
dontlànavîgalion dura qualre-vingt-trois jours, c'èst- 
ardir^ depuis le 3 octobre, jusqu'au 24 décembre; 
niais il faut remarquer que la moitié de ce temps fut" 
cniployée en haltes. Les incidents de la navîgaiït^ 



t,Goo(^lc 



LK RIO PILCOUAÏO. 343 

se réduisirent à la déseflion des Indiens qui accom- 
pagnaienl le révérend Père, et à la construclion de 
deux canots qui furent confectionnés en six jours. 
Une petite note insérée sur la carte dressée par le 
P. Castanares, i calé du jour 24 décembre, indique 
que ce fut le manque d'eau qui Tobligca à abandon- 
ner la poursuite du voyage. L'objet de l'expédi- 
tion était encore de trouver une communication entre' 
les Missions du Paraguay et celles de Chiquitos, plus 
fecîle que celle qui avait lieu par Xarayes. Ce fui 
dans une autre entreprise du même genre, que le 
ï*. Castanares trouva la mort. 

Le troisième essaî fut fait en sens înversedes deux 
précédents, puisque ce fut la descente du fleuve que 
l'on voulut opérer. Un nommé Càsales reçut, à cet 
effet, de l'Audience de Charcas, un secours de neuf 
mille piastres, et s'embarqua sur le Pilcomayo, avant 
la sortie de celui-ci de la Cordillère ; mais l'embarca- 
tion que montait le voyageur chavira, à ce qu'il pa- 
raît, en passant une chute que feit la rivière peu après 
son entrée dans le Chaco, et Casales fut trop heureux 
de conserver la vie. 

Voici maintenant la narration du voyage d'Àzara. 
Elle a été extraite, par Angelis, d'un ouvrage inédit 
de cet autour sur ta géographie du Paraguay, et 
publiée dans le sixième volume de sa CoUeccion de 
Documentos ; je n'ai i^it que la traduire. 

Considérant les avantages qui résulteraient pour 
l'Étal, d^une communication directe avec le Pérou ^ 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



344 LE UIO PILCOMWO. 

ayant entendu dire, d'autre part, que la Pilcpnsayo 
que l'on appelle ici (au Paraguay) Âraguai, était na- 
vigable jusque dans le voisinage de Potosi, je résolus 
d'entreprendre sur cette rivière une expédition régu- 
lière, je vais indiquer soramairement-les précaîitions 
que j'ai cru nécessaire de prendre pour ce voyage, 
afin que d'autres puissent en user dans des cas ana- 
logues. 

« Je louai une petite barque dont chaque bossoir fut 
armé d'un pierrier. J'y fis fixer horizontalement, de 
chaque côté, à hauteur de poitrine, un gros bambou, 
de deux aunes et demie de longueur, de manière à ce 
que, en y mettant à cheval des cuirs de bœuf plies 
par le milieu, les rameurs s'y trouvassent à couvert 
des flèches, sans cependant être obligés de quitter 
leurs rames. Et pour le cas où, par suite de l'encais- 
sement de la rivière, nous serions assaillis par en 
haut, il y avait un autre bambou , au milieu, sur le- 
quel les cuirs pouvaient être placés de manière à for- 
mer unloit. 

a Ces arrangements faits, et m' étant muni de pro- 
visions en quantité suffisante, je pris à bord huit sol- 
dats vétérans, un expert, et dix-sept journaliers 
choisis: dont trois pour manœuvrer un petit canot 
que j'emmenais également. Je m'embarquai le 
6 août 1735, dans l'après-midi, avec le pilote don 
Pablo Ziguer qui devait se charger de. marquer la 
route. Une fièvre dont je souffrais depuis quatre 
mois, m'empêcliait d'y donner moi-même toute l'at- 



t,Goo(^lc 



LE ItlO PILCOHA^VO. S<^5 

teulioD nécessaire. Nous pensioDS mouiller cette nuit 
même à l'embouchure du Pllcomayo, mais l'expert 
n'étant pas de cet avis, nous prîmes terre sur la rive 
opposée. Il y eût cette nuit un vent si violent et une 
houle si forte , que le canot fut submergé. Il en fut 
de même pendant la journée du 7, et l'expert n'osa 
passer la rivière. 

« Le S, le temps s' étant amélioré, nous quittâmes 
la plage, et nous fîmes la traversée du Paraguay, 
dont les eaux étaient si hautes que les plus vieux as- 
suraient n'avoir jamais vu de crue aussi forte, ni qui 
eût persisté au^iji longtemps. 

Elle fut cause que l'expert manqua rembouchuro 
du Pilcomayojou Âraguai, et nous induisit nous-mêmes 
en erreur en nous laissant croire que ce point se 
trouvait sur la latitude de 25" 20' 38" et 0° 3' 14 de 
longitude, position que nous déduisîmes de celle de 
la colline de Lombaré qui était au nord, 80,13 Est, 
et de celle de Tacumba, qui se trouvait au nord. 
32, 42 Est; nous nous assurâmes ensuite que la 
véritable embouchure était à 25° 21' 9" de latitude, 
et 0" 4' 27" de longitude. 

a L'embouchure supposée de la rivière était., une 
espèce de ruelle formée par les cimes de certains ar- 
bres élancés appelés alisos (Aunes }, par quelques 
Saules, et des plantes grimpantes. Nous naviguâmes 
sans découvrir la terre de quelque cdté que ce fiitf 
jusqu'à quatre heures de l'aprês-midi ; nous arrivâ- 
mes alors, à la rame, à un escarpement qyi SQ.trou-^ 



t,Googlc 



iié LE niO PltCOHAVO. 

vaît à gauche, et où j'aperçus deux sauvages qui mi- 
rent aussitôt leurs chevaux au galop et se cachèrent 
dans lé bois. Cette apparition ne nous causa aucune 
surprise, car à peine avions-nous pénétré dans la ri- 
vière, que nous vîmes, en avant de nous, la fumée de 
^ux allumés par les sauvages. Continuant à avancer, 
nous vtmes, sur la berge, deux indiens sans armes, 
et une indienne qui avait une taie a l'œil gauche; 
tous les trois étaient à cheval, mais ils montaient 
sans étriers; leurs mors étaient en fer, mais leurs 
selles étaient détestables. Ils portaient leurs Bolas (i) 
à la ceinture. L'un d'eux nous appela, en guarani-, et je 
lui envoyai le petit canot, mais il n'osa s'y coDêer ; je 
lis alors approcher la barque du point où le groupé 
était arrêté. L'un portait un caleçon et un gilet bleu; 
un autre un chapeau, une chemise et un rosaire; et 
la fçmrae un morceau d'étoffe qui la couvrait très 
impar&itement. Ils me dirent qu'ils étaient Tobas, 
qu'ils désiraient la paix, et que leur cacique et leur 



(1) I.UUralemeni ; bouUi. C'est une arme formfdabfe, en usa^e 
dm ua asMz graRd nombre 4e peapladt-a âa Cbac* n mima d'au- 
tres pariliv de l'Amtriqiie. Elle consiste eu deux, ou quelquefois t» 
trois boules pesâmes et recouTertes de cuir, ù\éei à autant de cordes 
iTenfiron on mètre de longueur qai sont réunies par leur exirJmitë 
Kbre; Les habitants des Pampos se servaient des iotas dans la cbasse 
am dievtui.oo ain bœata gnange», et dans celle de l'aalrwlie. An 
ClfUl, où cette arme est également en usage, elle sert dans la cbasse 
aox GuanacoB. Dans tous ces cas, c'est en s'enroulant fortement auioor 
des mémires de l'animal pouranivi, que nnstramenl agti. 



t,Goo(^lc 



LE ItIO PILCOHA^ïO. ^{7 

campement étaient dans le voisinage, derrière ud 
mîissif d'arbres. Ils conclurent en me demanfdani de 1^ 
viande et du tabac, en écbange de cuirs de cerf. Nous 
satisfîmes à leurs demandes te mieux que nous lé 
pûmes, en leur assurant qu'ils n'avaient rien è crain- 
dre de notre part. Je les chargeai enfin de prier leui* 
cacique de venir à ma rencontre, pour recevoir quel- 
ques présents; et fe reçus d'eux là promesse qu'ilâ 
viendraient le lendemain. En attendant, nous contï- 
nuâmés à remonter là tortueuse rivière, dont là lar- 
geur se laissait déjà assez bien apprécier : elle était 
de cinquante à soixante vara^ (Aunes) (1]. Quant à' soii 
colorant, fl était nul. A cinq teures de l'après-midi, 
nous calcdiàmes que nous avions navigué, ^ coinpnè 
les détours, quinze milles marins; et, ayant rencon- 
tré lin pé» de lérre sur la rive droite, nous lious (lè- 
cîdimés à nous arrêter dans ce point, pourypassè^ 
la nuit. Le rhumb dé l'Assomption était. Est 3, i^ 
sud. La colliiie de Lambaré était au sud, 44, 47 èst", 
et la colline de Tacumba à l'est, 26, 13 sud. Comme 
l'inondation dû Paraguay s'étendait à une grande dis- 
tance sur ses rives, nous n'avons pn détenn'iiier te 
moment précis oîi nous avons pénétré dans le canal du 
Pilcomayo. Malgré Tes préventions de inon éqùîpago, 
jemé décidai à mouiller ào miïieu de la rivièM; âjifês 
avoir pris les précautions nécessaires. 



(1) La vara espagoole équitatA S 88 cent. , &$v 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



348 LE niO PILCOHAYO. 

« Le jour suivant (le 9),nous partîmes de trèsgrand 
matin, et, vers midi, nous nous arrêtâmes pour que 
l'équipage déjeunât; nous pouvions avoir lait alors 
huit milles. La rivière présentait toujours les mêmes 
détours, et ses rives continuaient à être inondées. 
La plus faible profondeur que nous lui ayons trouvée, 
par des sondages répétés, a été de quinze pieds. Ses 
berges étaient d'argile ( greda ). La seule nouveauté 
qui nous ait frappés était que les plages s'élevaient 
insensiblement ; que les plus grandes crues indiquées 
par des détritus sur les troncs, étaient à un pied et 
demi au-dessus de l'eau, le matin , et d'une tara et 
demie, à midi : d'où je conclus que la profondeur de la 
rivière dans ses plus fortes crues est de dix-neuf 
pieds. Ils se présentait quelquefois , quoique rare- 
ment, au milieu des taillis de la rive, quelques parties 
découvertes, avec des lies forméespar des arbres plus 
élevés, et des Carandais. Nous vîmes également des 
Cabiais {capivaras) et beaucoup de Hoccos {yacus){i). 

» A une heure, nous nous remîmes en route, et 
nous observâmes, peu après, un grand nombre de Vau- 
tours Urubus qui volaient autour d'un massif d'ar- 
bres à peu de distance de nous : ce qui nous fit sup- 
poser qu'ilyavaitjde ce côté, uncampement d'Indiens, 
mais nous ne vîmes pi gens, ni chevaux, quoique 



(1) (Le vrai oom de cet animal, en Guarani, est capuqUd,vi.<Hqni 
■iRDlfit! ; habitant des prit. Im EspacDola l'ai^lleiii indltUncie- 
mtaicapivara, capiguara ou carpincho. > 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE BIO PILCOUAYO. 349 

leurs traces Fussent très marquées sur la rivé gauche 
de la rivière. Après une marclie de six à sept milles, 
nous amarrâmes la barque. La rivière ne présenta 
pas, celte après-midi, autant de détours que précé- 
demment, et ceux-ci étaient plus longs. Le fond que 
nous rencontrâmes, à dix heures etdemie, à f6pieds^ 
était d'argile. La largeur était un peu plus considé- 
rable. Les beiges continuaient à s'élever tout douce- 
ment; et, au point où nous nous arrëlfimes, elles 
avaient déjà (rois varas de hauteur. Il n'y avait plus 
dllots de bois, et on voyait de tous côtés s'élever des 
Palmiers Carandals; ei les rives, surtout la droite, 
étaient souvent couvertes de Cotonniers sur lesqueU 
mes hommes recueillirent un bon nombre de livres 
de coton. Les traces des plus hautes crues se pré- 
sentaient là, à trois varas au-dessus du niveau ac- 
tuel de la rivière. Tout faisait croire que le sol s'éle- 
vait, et que le débordement du Paraguay ne s'éten- 
dait pas beaucoup plus loin. Je regardai comme fort 
probable que là où l'influence du grand fleuve cesse- 
raitde se foire sentir, là, par conséquent, où le Pilco- 
mayo se trouverait réduit à son volume propre, celui- 
ci serait beaucoup trop foible pour permettre qu'il 
s'y établit une navigation jusqu'à Potosi par celte 
voie, fait que je m'étais proposé de constater. 

» Dans la malinée du 10, il plut beaucoup, et la 
pluie continua à tomber une grande partie de l'après- 
midi. Malgré cela, nous mimes à la voile, et le calme 
étant survenu, nous continuâmes notre route jusqu'à 



t,Googlc 



^ LE R^ 91i£fl||UY0. 

8i|[ tuturesderaprès-inidi. Nou8D(HUAn'6tfa^&)PM 
pour passer la nuit, calculant que npifs avions ceura 
peuf à dix milles. \a rivière avait plifs de courant 
et moins de laideur; les coudes qu'elle formait élaieut, 
^ussi, n>oini réguliers. Le fond était à 7 à 13 pieds* 
les beiges argileuses, peu boisées, et blutes de vingt 
taras envirçp. La hauteur des plus fortes crues, a»* 
dessus du niveau actuel, était de quatre vara9, Nou» 
en inférantes que le Paraguay faisait peu sentir sw 
inflpeQce dans ces parages. Noos vjffl«s, pendant 
tpute la journ^f une forât, à trois lieues dedistiqçn, 
sur notre droite; elle se prolongeait à peu près pa- 
rallèlement à notre route. Le reste de la plaine était 
rase et sans limites. On y voyait un assez grand nom- 
bre deCarandaîs. 

» Le il^nouscommençimesàramerdèelemalin; 
et, à neuf heures, nous rencontrâmes une pointe de 
rocher qui faisait saillie de là berge droite, et s'éten- 
dait jusqu'au milieu de la rivière. Dès le moment de 
notre départ, un banc de roc se montra à la partie 
inférieure de la berge , qui pouvait avoir en tout 
vingt varas d'élévation, et qui était taillée à pic. Les 
trois varas supérieures de la coupe étaient de sable. 
Immédiatement au-dessous, on voyait une strate ho- 
rizontale de terre noire, mêlée de beaucoup de dé- 
tritus végétaux consistant en fibres de diverses cou- 
leurs qui n'étaient pas encore réduites en terreni. 
Celte couche, dont l'épaisseur est peu consi^éraMe, 
est serrée de la roche dont il n'y a qi^'une. faible 



Do,i,,-c,iivGoOglc 



L% piO PILCOUAVQ. 9^f 

p9rtiç en vue, par i|q banc d'argile jauDÇ ei rouge. |^ 

disposition que je viens de signaler semble démon- 
trer que les deux couches supérieures ont été rapr 
portées (1). 

» Les sondes accusèrent le fond à six pieds. Le 
courant était si fort, en beaucoup de points, que les 
rames ne sufiisaient plus pour le vaiacre, et nous no 
pûmes les passer qu'en tirant l'embarcalion avec des 
cordes ; encore cette opération exigea-t-elle un travail 
considérable, à cause de la hauteur des berges qui ne 
permettaient pas à la force d'agir directement. L'eau 
de la rivière était trouble comme de la boue, et char- 
riait des feuilles et des plantes. De toutes ces cir- 
constances, nous crûmes pouvoir conclure, àn'en pas 
douter, que, dans son état normal, la rivière n'est 
propre à porter ni des barques chargées, ni des bar- 
ques sans chargement. Même à l'époque de ses crues, 
la violence de son courant rendra impossible sa na- 
vigation , qui le sera d'autant plus que le canal se 
trouvera plus encaissé , les voiles devenant inutiles 
dans ces cas. 

» Dans cette persuasion, et sur les protestations de 
l'expert qui ne voulait pas se hasarder à aller plus 
loin, à cause de la force invincible du courant, et 



(i; Le fail, constaté par Aiara, de la présence d'une conrhe «paiSM 
d< SKttte alluTial au-denn* (l'uue tiraie de lerre ?«sélate, ot UAa 
iDiëressaBt à noier; 11 vleal à l'appui deald^esémlaeiii la page 10» 
de ce volDDie. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc — ■ 



352 I.E mO PILCOMATO. 

du peu de profondeur de l'eau, nous nous décidâmes 
à retourner sur nos pas, ce que nous ftmes sans nous 
arrêter un instant ; si bien qu'il minuit nous rentrâ- 
mes à la capitale. » 

Un siècle s'est écoulé depuis le voyage d'Azara, 
etavant qu'on ail' pensé de nouveau h la navigation 
du Pilcomajo. En effet, c'est seulepaentde nos jours 
que le sujet a été repris, et que deux expéditions 
ont été tentées dans le but d'opérer la descente du 
Pilcomayo, à partir de la frontière du département 
de Tarija. Mais je me hâte de dire que ni l'une ni 
l'autre de ces expéditions n'ont eu le résultat qu'on 
en espérait. Elles eurent lieu dans les années 1843 
et 1844, par ordre du général Ballivian, et aucune 
dépense ne fut épargnée pour atteindre le but. 

La première expédition, qui fût mise sous les ordres 
du général Margarines, nommé à cet effet ministre plé- 
nipotentiaire auprès du gouvernement du Paraguay, 
devait se faire dans deux navires pontés, pour la con- 
struction desquels ont fit venir, exprès, des ouvriers 
du Chili. Le temps exigé pour l'armement complet 
de ces navires, se prolongea malheureusement trop ; 
et, lorsque le départ eut lieu, la saison se trouvait 
n'être pas des plus favorables. Il arriva, par consé- 
qiient, comme on devait s'y attendre, que les embar- 
cations, auxquelles on avait eu, à ce qu'il parait, 
l'imprévoyance de mettre des quilles, ne trouvèrent 
pas assez d'eau; et, à peine eurent-elles descendu la 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE BTO HLCOMAYO. 353 

rivière de quelques milles, que la plus grande échoua 
sur UD banc de sable et fut renversée complètement 
sur le c6té par la force du courant. Le colonel Thomp- 
son, mon hôte de Sanla-Cruz, avait le commande- 
ment du plus petit des navires. Il me raconta 
qu'ayant passé lui-même le banc sans difficulté il ne 
songea pas, tout d'abord, à s'assurer comment la bar- 
que du général, qui était à quelque distance on ar- 
rière , allait s'en tirer ; et il continuait sa course ra- 
pide en avant, lorsqu'un coup de ifeu ayant attiré 
son attention, il vit que l'autre navire avait disparu. 
Ilfit arrêter aussitôt, et, ayant gagné la terre, il se di- 
rigea avec qvielquRs hommes vers le point où l'acci- 
dent venait d'arriver. Enfin il ne tarda pas à voir au- 
près du malheureux navire , dont ou n'apercevait 
plus que la moitié de la coque, le général et son 
équipage, dans l'eau jusqu'à la ceinture, et ne sachant 
ce qu'ils allaient devenir; car les deux rives du 
fleuve étaient couvertes d'Indiens, qui, avertis de 
longue date, s'étaient rassemblés pour profiter des 
événements. Heureusement ils n'opposèrent aucun 
obstacle au sauvetage, et beaucoup d'entre eux aidè- 
rent même à ramener à la rive les malencontreux navi- 
gateurs. Cet incident mit fin à la campagno, car H ne 
fut pas jugé prudent de continuer la navigation avec 
le navire qui restait. On coupa dans la cale de celui- 
ci un grand trou, et on le laissa couler. Le retour ne 
présenta rien de particulier. 

Un des membres acIîFsde rexpédiH<m dont il\ienf 



Do,i,,-,i,ih,.Googlc 



354 LB RIO NLCOHAYO. 

d'être questioD, un jeune marin belge, nommé Van 
IJivel, persnadé que la mauvaise réussite de l'expé- 
rience de Margarines était due à ce que les embarca- 
tions tiraient beaucoup trop d'eau, persuada au gou- 
\eraement de faire faire un nouvel essai, en rempla- 
çnnt les navires pontés par des radeaux i et il obtint 
qu'on le <^argeàt, l'année suivante, de la direction 
do l'entreprise. Elle eut lieu durant la saison des crues 
de la rivière ; mais, quoique Van Hivel réussit à des- 
cendre le fleuveunpeuplusioin, sur sonplancher/qu'il 
ne l'avait fait avec Margarinos sur les navires à quilles, 
le résultat définitif de son voyage fut tout aussi nul. 
Les raisons qui l'obligèrent à abandonner l'exécution 
de son plan, lorsqu'il était à peine commencé, n'ont 
jamais été, je pense, bien nettement définies. Tou- 
jours est-il que la raison qu'il donna de son retour 
fut que le Pilcomayo se perdait dans un immense lac, 
à travers lequel il lui avait été impossible de se diri- 
ger, feute d'un courant qui lui indiquât la direction 
normale du fleuve. Celestioo, que l'on chargea du 
soin de délivrer les navigateurs d'entre les mains des 
Indiens, avec lesquels ils se trouvèrent aux prises en 
abandonnant leur radeau, semblait penser qu'ils 
avaient reculé devant d'autres difficultés encore que 
celles qu'ils mettaient en avant. La multitude tou- 
jours croissante de sauvages qui apparaissaient sur 
les bords du fleuve, aurait eu, selon lui, une aussi 
grande influence sur la détermination qu'ils prirent 
derclotuner en arrière, que les- diHicultés physiques 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE ftiO WLCOMAtO. 355 

de la navigation, qui auraient pu être surmontées avec 
plus de persévérance. La plus grande faute peut-être 
que commit Van Hivel fut de ne pas avoir cherché à 
gagner l'amitié des Indiens; tout au contraire il se 
rendit odieux à leurs yeux, par les mauvais traite- 
ments qu'il fit subira plusieurs d'entre eux, et tiotanl- 
meût au capitaine toba Yumbai, qui s'était toujours 
montré bien disposé envers les Boliviens de la fron- 
tière. Le général Margarines suivit une autre voie, et 
se fit presque généralement aimer. Nocâé parait être, 
en effet, le seul chef qui se soit positivement opposé 
à son projet de voyage. 

On peut conclure, je pense, des hits exposés dans 
ce chapitre, que la navigation de Pilcomayo, que l'on 
n'a jamais pu faire que partiellement, qu'on l'ait 
essayée par en haut ou par en bas, est, pour le moins, 
entourée de difficultés très nombreuses, et d'une 
nature telle, que, quand même on parviendrait à en 
éluder quelques unes, on tombera inévitablement 
dans les autres. Je crois en un mot que si quelque 
vopgeur heureux vient un jour à l'effectuer, ce 
ne sera que par hasard. Il en est tout autrement, 
comme on va bientôt le voir, de la navigation du 
Bermejo. 

En résumé , les circonstances qui s'opposent à la 
librenavigalionduPJlcomayo,pendantlasaisoQsèche, 
sont : la profondeur tout à fait insuffisante de l'eau, 
dans beaucoup de points, pour toutes autres embar- 
cations que celles de très petite dimension ; et la force 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



356 LE HIO PII.C01IAV0. 

prodigieuse du couraul, dans les parties resserrées 
de la rivière. 

Dans la saison des pluies, on a, au contraire, affeire 
à ces grandes inondations où le courant est dissimulé 
sous une nappe d'eau partaiiement tranquille, et où 
rien n'indique plus la direction que l'on doit suivre. 
Avec le temps, on viendrait peut-être à bout de celte 
difOculté; mais un obstacle qui paraît devoir être 
beaucoup plus difficile à vaincre, c'est la variation 
presque continuelle éprouvée par te lit de la rivière, 
à des distances plus ou moins grandes de la Cordil- 
lère, par le dépôt des terres et des arbres que les tor- 
rents ont arrachés des montagnes à leur passage à 
travers les régions élevées de la Bolivie. On com- 
prendra combien il doit être difficile d'éviter, dans la 
descente du fleuve, les bancs qui ont été formés 
d'une manière si impromptu. 

Quant aux Indiens, je crois qu'ils doivent plutôt 
être considérés comme des auxiliaires que comme 
des obstacles. Eu tout cas, pour qu'ils le deviennent, 
il suffira qu'on les traite bien. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



CHAPITRE XXm. 

LB &10 BERHEJO. 

Le cours d'eau dont il va être question dans ce 
chapitre tire son nom de la teinte rougeâtre que 
prennent ordinairement ses eaux à l'époque des 
grandes crues. Le Bermejo est formé par la réunion 
de plusieurs petites rivières qui viennent des monta- 
gnes de Tarija. Après avoir passé par celte ville, il 
reçoit les rios de Narvaez ou de Satinas , de Itau, de . 
SanJacinto, etc. C'est surtout à la suite de ces af- 
fluents, que le nom de Bermejo lui est généralement 
appliqué. Plus bas, c'est-à-dire après avoir traversé 
du nord au sud la frontière de Bolivia, pour entrer 
dans la république de la Plata, il reçoit le Rio-Pes- 
cado et, à quelques lieues au delà, Je rio de Centa. 
A partir de ce dernier confluent qui se trouve dans 
le voisinage de la ville d'Oran (latitude sud, 22° 45'), 
le Rio-Bermejo serait déjà navigable pour des em^ 
barcations considérables, si les écueils qui barrent 
son lit dans quelques points n'y faisaient obstacle. 
L'endroit où le Rio de Sanla-Maria se jette dans le 
Bermejo porte le nom de Juntas de Santa -Cruz ; il se 
trouve sur le 23' degré de latitude. 

C'est à quelques lieues seulement au-dessous de ce 
coniuent, au niveau de l'ancien fort de Pizarro, que 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



358 LE BIO BEBMEIO. 

la rivière qui nous occupe reçoit, à angle droit, son 
principal affluent, le Rio-Grandede Jujui, formé lui- 
même par la réunion des rios de Umaguaca, de los 
Reyes et de Yala, qui naissent de la chaîne neigeuse 
qui parcourt cette région du nord au sud- 

Au-dessous de Jujui, St une distance de vingt lieues, 
le Rio-Grande reçoit le Rio de Lavayen ou de Siancas 
qui prend sa source au nord-ouest de Salta ; il se dir^e 
de là vers le nord- est, en décrivant une ligne courbe, 
et reçoit successivement par sa rive gauche les rios 
Negro, de Ledesma, de San-Lorenzo, de Sera et de 
las Pedras, qui descendent tous de la Sierra de Jruya, 
entre Jujui et Oran. La conâuence du Rio-Grande et 
du Bermejo est située presque immédiatement au-des- 
sous du point où ce dernier reçoit le Rio de las Pe- 
dras ; elle porte le nom de Junlas de San-Francisco, 
et se trouve à seize lieues au sud d'Oran, à cinquante 
lieues à l'ouest-sud-ouest de Jujui, et à une distance 
a peu près semblable au sud-est de Tarija. 

La direction générale du Bermejo au-dessous des 
Juntas de San-Francisco est à peu près parallèle à 
celle qui suit le Pilcomayo, Il est à remarquer, tou- 
tefois, que les sinuosités que décrit le Bermejo sont 
incomparablement [plus grandes que celles que les 
cartes prêtent au fleuve rival. 

Au niveau même de la confluence du Rio-Grande, 
le Bermejo estassea profond pour porter des. navires 
de 4 à 500 tonneauXf mais à mesure qu'il pénètre 
davantage dans 1^ cœur du Chaco, m le sol est plus 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE RIO BBimuo. 3S9 

uoi, 6oa lit devient plus large, et sa profondeur di- 
minue en proportion. 

En se réunissant, les nos Bormejo et Grande for- 
ment une vallée magnifique qui parait être le lien le 
plus convenable pour établir le port du Bermejo, 
lorsqu'on se sera décidé à ouvrir au commerce celte 
belle artère de l'Amérique du sud. De bons chemins 
de terre devront faire communiquer ce point avec les 
villes voisines, dont l'importance augmentera à un 
point qu'il est tacile de se figurer. 

Les avantages que les provinces septentrionales de 
la Plata retireraient de la navigation du Bermejo, se» 
raient nécessairement très grands ; je suis intimement 
convaincu, cependant, que, pour la Bolivie, uncbemin 
de terre, ouvert directement à travers le Chaco, au 
nord du PilcoDoayo, en se guidant, pour la direction 
à lui donner, sur l'étendue des inondations de ce 
fleuve et sur celles du Paraguay lui-mdme, offrirait 
des avantages plus réels encore. 

La première pensée de naviguer le Rio-Bermejo, 
et d'ouvrir, par ce moyen, une communication entre 
les pays qui occupent les deux côtés du Cbaoo, fut 
due à un habitant de Salta, d<Hi Juan-Adriano-Fer- 
nandezCornejo. 

Après la mort du gouverneur Hatorras, le pacifi- 
cateur du Cbaeo, pendant qu'Arias préparait son 
expédition aux rives du Bermejo, Comejo cherchait, 
do son côté, à obtenir la permission d'étudier les 
moyeas 4« naviguer sur ce fleuve. GroiraitKtn que 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



300 LB ElO BERHËJO. 

celte entreprise, dont il offrait de taire lui-même 
tous les frais , rencontra, de la part de ceux qui au- 
raient dû la protéger, l'opposition ta plus vive, et que 
ce ne fut qu'après quelques années de conSit qu'il 
réussit à obtenir les pouvoirs qu'il demandait? 

Le colonel Gornejo, muni alors du titre de capilan 
y cabo subalterno det virey (capitaine et caporal su- 
balterne du vice-voi ), s'occupa des préparatifs né- 
cessaires à l'expéditiMi qu'il méditait. Cependant le 
peu d'expérience qu'il possédait en ces matières lui 
6t perdre beaucoup de temps; et ce ne fut qu'après 
cinq mois de travaux, que la construction de ses em- 
barcations s'acbeva. Elles étaient au nombre de trois, 
et consistaient en une barque à quille de neuf aunes 
(varas) de longueur, sur quatre pieds et demi de lar- 
geur, et en deux canots de la longueur de neuf et de 
douze aunes. 

Son chantier était situé à trente-huit tieues de 
Salta, et à vingt-six lieues du Rio-Grande de Jujui, 
sur les bords du Rio de Ledesma , d'où il partit le 
5 août 1780. Le personnel de l'expédition étaitcom- 
posé de Gornejo et de ses deux 6Is, de deux officiers, 
d'un Jésuite nommé Fray-Francisco Morillo qui ser- 
vait de chapelain, d'un pilote nommé Guzman, d'un 
interprète, et de seize hommes d'équipage. 

Les premiers pas de l'expédition furent lents et 
difficiles. Le Bio de Ledesma, dont la profondeur est 
tr^ làible et le courant peu sensible, arrêta les cx- 
plwaltturB un mois entier ; et quarante-cinq jours se 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE RIO BERHEJO. 361 

passèrfDl ensuite sans qu'ils réussissent à sortir du 
Rîo-Grande. Dans ces soixante-quinze jours on ne fit 
en tout que cinquante-huit lieues. La lenteur tout à feit 
inattendue de cette marche provenait de l'extrême 
sécheresse qui s'était Mt sentir cette année dans tout 
le haut Pérou^ sécheresse qui était telle , que les 
moulins de Potosi cessèrent pendant quelque temps 
de fonctionner. Hais Angelis fait observer avec rai- 
son que la grande insurrection de Tupac Amaru pou- 
vait bien être pour quelque chose parmi les causes de 
ce dernier fait^ 

Quoi qu'il en soit, lorsque Cornejo fut parvenu, 
après des peines inouïes, à conduire ses canots dans 
le voisinante même de l'embouchure du Rio-Grande, 
il se vit obligé, par un dernier obstacle, à remettre à 
une autre époque la réalisation de son plan. 

Cornejo abandonna donc ses embarcations et re- 
tourna par terre au fort de Ledesma. Les observa- 
tions que ce voyageur eut lieu de ftiîre pendant son 
exploration le portèrent k assurer que, au-dessous 
de l'embouchure du Rio de Ledesma, le Rio-Grande 
de Jujui est navigable depuis le mois de décembre 
jusqu'au mois de juillet; tandis que le Bermejo le 
sérail pendant toute l'année, à partir de sa réunion 
avûc le Rio de Centa. 

Un Jésuite du nom de Morille avait été,comme on 
l'a vu, chargé par Cornejo de remplir les fonctions 
de chapelain de son expédition. Le pauvre colonel ne 
pensait pas alors que ce prêtre allait usurper la gloire 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



368; LE MO BSRHEJO. 

qu'il avait tant rêvée: celle d'ioaugurâr la navîgalioD 
du lUo-Bermejo. Ce fut cependant ce qui eut Heu. 

Quelques jours avant que Cornejo abandonnât 
définitivement son projet, il chargea le père Morille 
et le pilote Guzman d'explorer, dans la plus petite 
des embarcations, la partie du Rio-Grande qu'il leur 
restait encore à descendre, et ceux-ci^ étant arrivés 
sans difficultés jusqu'au Rio-Bermejo,. crurent être 
assurés que tous les obstacles qu'ils avaient rencontrés 
cesseraient en quittant le Rio-Grande. 

Cependant les bancs de sable qui barrai«»t la der- 
nière partie du lit de cet affîuent étaient trop élevés 
et trop nombreux pour qu'on pût avoir l'espérance 
que la grande barque pourrait les franchir. D'un autre 
côté les provisions commençaient à manquer ; oe qui 
porta le colonel Cornejo à charger le père Horillo 
d'aller en quérir à la Mission de Centa que l'on sa- 
vait devoir se rencontrer à quelque distance du point 
où ils se trouvaient. Le Père arriva à cette Mission 
en descendant encore le Rio-Grande, puis en remon- 
tant le Rio-Bermejo et ensuite le Rio de Centa. La 
colonel Cornejo, auquel il envoya, peu après, des cbe< 
vaux, an-iva à son tour à Centa, d'où il se transporta 
au fort de Ledepma, sans avoir pu réussir à obtenir 
les secours qu'il demandait. Rebuté par ces cmtre- 
temps, il s'en retourna à Salta. 

LepàreMorillo, dont la résolution avait, saasdoute, 
été prise bien auparavant, de concert avec le pilote 
Guzman, se décida aussitôt à tenter d'effectuer, de 



t, Google 



LS MO BRBHEJO. 9«S 

soD chef, la doBcente du Bermejo; et, le 15novembre 
de la même année (1780), il se rendit aveo les ba- 
gages nécessaires à l'endroit où Gornejo avait aban- 
donné sa barque, dans l'intenlion, disait-il, d'y con- 
struire un canot ; mais, ayant rencontré un de ceux 
qu'avait amenés Gornojo, il résolut de s'en servir 
pour son voyage. Il s'y embarqua le même jour avec 
Guzman et trois antres individus qu'il avait engagés, 
et il se dirigea en toute bâte vers le rio Bermejo qui 
se trouvait à une distance d'environ dix lieues. Il y 
pénétra dans la matinée du 16. Trois cents Indiens 
Mataguayos se montrèrent ce jour-là, et reçurent de 
lui quelques présents, lis demandèrent au père de 
les réunir en Mission. 

Le 17, les voyageurs firen\ dix-neuf lieues, et en- 
trèrent en communication avec quelques centaines 
de Malaguayos, parmi lesquels se trouvaient quel- 
ques Orejones. Le révérend Père fit des efforts pour 
lesdisposer à se convertir; mais à tout ce qu'il disait, 
ils ne répondaient que par ces mots : « dame, Padte » 
(donne-moi, Père); il leur donna du tabac, des cou- 
teaux et autres objets, et continua ensuite son che- 
min. Au coucher du soleil il se présenta deux cents 
autres Indiens ; six d'entre eux se jetèrent à la ri- 
vière, etctmduisirent le canot à la rive. Le Père donna 
alors quelques aunes d'étofiie à celui qui paraissait 
être le chef de la bande en lui disant : « toma, Capi- 
tan » (prends. Capitaine). Alors tous voulurent se 
faire capilans pour recevoir davantage. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3M LB HIO BBKHEJO. 

La profondeur de la rivière au milieu du courant 
varia pendant ces deux jours de 3 à 4- mètres. Les rives 
étaieat bordées de saules ou de hautes graminées. 

Le 19, le canot continua à descendre le courant 
sans obstacle, et l'on rencontra, dans la matinée, une 
autre grande bande de Mat^ayos. Ils avaient avec 
eux un interprète Quichua: douze de ces Indiens 
suivirent l'embarcation pendant quelque temps. Il 
apparut alors du côté du sud une autre bande de 
près de trois cents Matacos. Les Mataguayos s'en- 
fuirent aussitôt; leur tribu étant en guerre avec 
celle qui était en vue. Le Père eut beaucoup de 
peine à contenter les nouveaux venus, qui lui répé> 
taient sans cesse : « Donne, Père, beaucoup de tabac, 
bjscuits et couteaux. » 

Cependant, lorsque deux ou trois de leurs capi- 
taines eurent reçu un chapeau et quelques aunes 
de Ipile, le passage fui ouvert. A une lieue au delà, 
ce fut une autre troupe que l'on eut à traiter de la 
même manière. On s'arrêta, à l'entrée de la nuit, près 
d'un village qui se trouvait sur les bords mêmes du 
la rivière, et où le Père fut bien reçu. 

Le 20, on continua ta navigation, malgré un orage 
violent, afin de s'éloigner des Indiens ; mais à peine 
eut-on Élit une lieue que le canot fut assailli, sur 
la rive septentrionale, par près de deux cents Indiens 
qui se jetèrent à l'eau, hommes et femmes, pour 
l'entourer. Ils se contentèrent, heureusement, do 
quelques objets de peu de valeur. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE -RIO BBHHEJO. 365 

Les jours suivants, jusqu'à» 25, ce fut sans cesse 
la répélilion des mêmes aveDtures. On dépassa alors 
le pays des Matacos et Mati^uayos, pour entrer dans 
celui des Chunupiés, Sinipes et Malbalacés. Le caci- 
que principal de ces tribus avait été récemment en 
communication avec le gouverneur Arias, qui l'avait 
chargé de remettre un bœuf à ceux qui devaient des< 
cendre la rivière. Mais le père Moritlo, qui savait 
que ce présent ne li4i avait pas été destiné, recom- 
manda à l'Indien de le manger en son nom. A B<m 
départ, le général (c'est ainsi que l'appelle Morille) 
l'embrassa et le supplia d'intercéder auprès du gou- 
verneur pour qu'il lui formât une Mission dans ce 
canton. Le village du cacique Antecapebax conte- 
nait trois cent trente Indiens Chunupiés et Malba- 
laés. 

Justj^'au 27, la profondeur de la rivière étant à peu 
de chose près la même, on continua à passer en vue 
de villages ou de troupes de Chunupiés et de Sinipes, 
qui se présentaient sur la rive occidentale du fleuve. 
Du c6té oriental, par contre, on ne cessa de voir de 
temps à autre des bandes nombreuses de Mataguayos. 
Les entrevues que le père Morilloeutavec ces Indiens 
Furent toutes de nature très amicale. 

I^e 28, on vit sur la rive droite une soixantaine 
d'Indiens de la nation des Atalalas qui avaient dé- 
serté de la Mission de Macapillo. L'un d'eux consen- 
tit, moyennant quelques présents, à accompagner la 



Do,i,,-,.îih,.Googlc 



366 LE RIO BERHEfO. 

petileexpMUioDjuiqu'aalieaeù se trouvait Arias (1). 

Le 29 et le 30, on avança encore de trente-cinq 
lieues; et, le 1" décembre, après avoir passé en ftice 
d'un village Toba, on arriva, au coucher du soleil, à 
la nouvelle ville de Sah-Bemardo, <\ne venait de fon- 
der le commandant général Arias. 

HorBlo eut avec lui une entrevue dans laquelle il 
lui fit connatire les raisons pour lesquelles Cornéjo . 
s'était décidé à abandonner son entreprise. Le com- 
mandantlui donna l'ordre de rester sur les lieux jus- 
qu'à ce qu'il se fût assuré de la vérité des faits qui 
lui étaient rapportés. 

EnOn, le 26 janvier, Morillo s'embarqua de nou- 
veau avec le commandant général et sept officiers qui 
s'étaient décidés à se rendre, par eau, au village de 
Uolores de Santiago des Indiens Mocobis; ils y arri- 
yèrent le jour suivant, et ils y séjournèrent jusqu'à 
ce que l'église que l'on y construisait fût achevée. 

Pendant ce temps, Arias fit construire un canot de 
h grandeur de celui de Morillo. En réunissant ces 
deux bateaux , on forma un radeau sur lequel Mo- 
rillo, le commandant général, et dix-huit personnes, 
a'emterqaèrent, le 9 février, pour se rendre à Cor- 
rienles; ce jour-là, on ne fit qu'une demi-lieue. Le 
iOet le 11 , on avança de vingt lieues sans obstacle. 
Le la, on patsa an grand tac qui communiquait avec 



(1) II 7 anrair, d'après Morillo, deux cent seize lieues enire ce point 
ei le conOnent du Bio-Grande de Jajul. 



t,Gop(^lc 



LE ftlO BKttMEJO. 367 

la rivière, laqudlle se rétrécit ensuite tellement, que, 
dans un espace de huit lieues, sa largeur n'était que 
de cinquante aunes, et après une marchede dix-huit 
lieues, on s'arrêta sur la rive septentrionale du 
fleuve. 

Le 13,1a rivièreaugmeti ta delai^eur,eLron fit seize 
lieues ; on campa, avant le coucher du soleil, dans la 
localité qui porte le nom de Paso de los Guaycurus, 
parce que c'est le point de la rivière où les Indiens 
Guaycurus la traversent pour aller assaillir les Abi- 
ponès. 

Le 14, on fit dix lieues déplus, etl'onarriva à un 
endroit où la rivière se partageait en deux bras, dont 
celui de droite avait le plus d'eau. Il y avait, au point 
de partage, un remous considérable. On enfila le bras 
droit,surlequelonfithuit1ieue8;le courant avait une 
profondeur qui variait entre trois et neuf aunes; sa 
largeur était peu considérable. . 

Le 15, on parcourut une distance de quiuM lieues. 
Pendant ce trajet, la rivière paraissait se partager 
plusieurs fois, en donnant naissance à des canaux pins 
ou moins laides qui se réunissaient ensuite an cou- 
rant principal, en formant des lies de grandeur va- 
riable; un remous violent retint l'embarcation pen- 
dant quelque temps au niveau de la première lie; 
les bei^s, dont l'élévation était de 3 à 12 mètres, 
étaient formées d'une terre noirâtre; et les rives 
étaient partout couvertes de différentes sortes d'ar- 
bres, de Saules, de Palmiers, etc. 



t,Goo(^lc 



368 LE RIA BERHEIO. 

Le 16, les berges de la rivière s'abaissèrent, cl on 
oavigua, pendant près de sept lieues, au milieu de 
foréls de Palmiers. On passa l'ouverture de plusieurs 
grandes baies ou lacs, et devant l'embouchure du 
grand bras dont on avait vu, le 14, l'extrémilénord. 
Enfin, après une nouvelle marche de onze lieues au 
milieu de grandes saussaies, l'expédition débouc^ 
dans le Paraguay. Ujie marche de onze lieues, sur 
les eaux de ce dernier, conduisit les voyageurs au 
fort de Cui^piiyti, d'où une dernière course de treize 
lieues les amena dans la ville de Corrîentes. 

La lecture du journal de Morillo, dont je viens de 
donner un aperçu rapide, est à elle seule suffisante 
pour montrer combien la voie de transit par le Ber- 
mejo serait supérieure à celle qu'écrirai t le Pilcomayo. 
L'embarcation dont le Père se servit pour effectuer 
son voyage, était, il est vrai, de dimensions bien plus 
faibles que celles des navires que l'on devrait em- 
ployer pour satistaire à des besoins commerciaux ; 
mais le soin avec lequel il s'assura par des sondages 
de la profondeur des eaux de la rivière, dans les di- 
vers points de son cours, comble en grande partie 
cette lacune, et démontre que, presque partout, le 
canal principal du tleuve a, pendant la saison sèche, 
une profondeur d'au moins 2 à 3 mètres. Ce n'est que 
dans quelques cas exceptionnels que cette profondeur 
se réduit à 2 pieds. 

Quant à des chutes de la rivière, il n'en est pas 
question, comme pn l'a vu t Morillo ne parle en effet 



Do,i,,-c,ih,.Goog"lc 



LB RIO MRMEIO. 369 

que de quelques remous qu'il rencontra vers le 
point où la rivière se divise. Il est boo dédire, 
dès à présent, que l'un de ces remous Ait (diservé 
à l'endroit même où se trouve le salto, ou saut du 
fleuve, dont parlent les voyageurs postérieurs, et que 
Soria» te dernier d'entre eux, désigne sous le nom 
de Salto delso. Dans le journal du commandant Arias 
qui accompagnait Horillo, on trouve ce même remous 
(remanso) dépeint d'une manière bien plus vive que 
dans cehn du jésuite: « Le 15, dit-il, nous partîmes 
avec le jour; nous march&mes vers l'est, et nous re- 
connûmes que la rivière devenait plus étroite; son 
courant était plus rapide, et il formait sans cesse des 
ressacs où la sonde ne trouvait pas de fond. Après 
trois heures de marche, nous nous Irouv&mes, sans 
pouvoir l'éviter, dans une situation assez pénible. La 
rivière se partageait en deux bras : I'uq se dirigeait 
à l'est, et le courant paraissait s'y précipiter en for- 
mant une chute ; mais la plus grande masse d'eau se 
portait vers le sud; et ce fut à grand'peîne que l'on 
put feire prendre à la barque cette direction dans la- 
quelle l'eau paraissait plus calme ; car nous fûmes pris 
dans un tourbillon où nous nous mimes à tourner 
pendant une demi-heure. Les rameurs et les pilotes 
firent de vains efforts pour en sortir ; tout ce qu'ils 
purent foire fut d'empêcher que le courant ne nous 
entraînât vers le précipice. Enfin,. Sa Seigneurie 
invoqua la protection de Notre-Dame de Itaty, en lui 
foisMtt un vœu, et à l'înstani le tourbillon nous livra 



t,Googlc 



370 LE BfO SfiRMeiO. 

passage".....-. Il j aorait deux moyens d'éviter ce 
reotous ; le prèmîcrr serait -de feire disparaître l'Ile 
qui partage en deux la rivière^ et qui n'a que peu de 
kmguenr; le second serait de prendre le bras de la 
rivière dont nous avons vu l'emboucliare le 14, et 
qai se réunit au canal principal à vingt lieues au- 
dessous. » 

Dix ans s'écoulèrent à la suite du voyage de Mo- 
rille et d'Arias, avant que l'on pensât à foire de nou- 
veaux essais sur le Berniejo. Ce fut encore Comejo 
qui eut l'honneur de soulever la question, ii l'occa- 
sion d'une visite que le vice-roi Arrédondo fit à Salta. 
Grâco à la protection qui lui fut offerte par ce per- 
sonnage élevé, le colonel sentit revivre en lui le désir 
qu'il avait déjà éprouvé, quinze ans auparavant ; et il 
se prépara aussitôt à renouveler l'essai qui avait eu 
un résultat si malheureux en 1780; mais, fort de 
l'expérience qu'il avait acquise dans sa première cain- 
pajjne, il fit cette fois construire sa.barque sur le rio 
de Centa, dans le voisinage de Bermejo. Elle était de 
dimensions suffisantes pour contenir une trentaine 
d'hommes ; une autre embarcation plus petite devait 
servir pour la pêche, etc. Il fil mener ces bar- 
ques, tans chargement, jusqu'à l'embouchure du rio 
de Centa dans le Bermejo. C'est là qu'il se proposait 
de s'embarquer pour son nouveau toyage d'explo- 
ration. 

Le 27 juin 1790, tout étant disposé, le départ eut 
lieu; mais h peine eut-on quitté la rive, que la 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE RIO BEMIEJO. 371 

grande embarcation frappa contre un tronc caché, 
ei il s'y déclara une fuite d'eau qui manqua de la 
faire sombrer. On perdit par cet- accident près d'uB 
millier do livrer de biscuit, et il fallut passer deux 
jours à réparer les avaries. 

Ou employa ensuite onze jours à foire les douze 
lieues qui séparent le confluent des rios de Centa 
et BN-mejo de l'embouchure du rio Colorado, point 
qui porte le nom de Juntaade Santa-Cruz. Le fleuvo 
n'avait, en effet, qu'une assez faible profondeur dans 
ce trajet, et il était coupé par une suite de bancs qui 
donnaient lieu à autant de petites chutes ou de ra- 
pides où l'eau courait avec une violence extraordi- 
naire. Les cordes dont on se servit pour retenir 
l'embarcation s'étant rompues, celle-ci fut livrée 
tout à coup à l'impulsion du courant, et alla se jeter 
contre un rocher. Heureusement qu'elle ne se rom- 
pit pas; mais l'eau y pénétra une seconde fois, et 
l'on perdit encore une partie des provisions. Le mal' 
heur poursuivait, comme on voit, le pauvre Gornejo ; 
mais cela ne devait pas durer. 

Le 9 juillet, la petite troupe arriva au confluent 
du rio Grande de Jojuï (Juntaa de San-Francisco), à 
quelques lieues duquel s'était terminée sa navigation 
de 1780; et, à partir de ce point, il trouva partout 
la rivière libre d'obstacles. 

Le 13r on était à enviropVingt-^leux lieues du coo- 
imnX du rio Grande, lorsqu'on trouva la rivière par- 
tagée ea deux bras, dont le plus ébK>it, qui se diri- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



372 l-E RIO BERMCIO. 

geail au sud-est, avait tont au plus douze mètres de 
largeur. Presque toute l'eau de la rivière 7 passait, 
et il y avait à son eotrée un tourbilloo où la barque 
resta près d'un quart d'heure sans pouvoir s'en tirer. 
Au reste, les seules avaries qu'on y éprouva provinrent 
de quelques grands Algarrobos qui étaient tellement 
penchés surl'eau, quelabarque, enypassant, ylaissa 
une partie de sa tenture. Après un cours d'une lieue, 
les deux bras se rénnirent de nouveau. 

Le jour suivant, on aperçut les ouvertures de 
deux autres bras de peu de longueur. Les Algarro- 
boB, les Saules et de hautes Graminées, formaient 
l'essence de la végétation des rives. Les bosquets que 
formaient ces plantes étaient entrecoupés par de 
beaux pâturages. On vil, pendant ces journées, 
quelques nuages de fumée dans le lointain, et des 
chemins battus, mais pas d'Indiens. Cependant, le 
15, il se montra sur la rive une baude assez considé* 
rable de Mataguayos, auxquels le colonel donna du 
tabac et quelques autres présents, et qui lui donnè- 
rent en échange des poissons et un mouton. II en fut 
de m^e les deux jours suivants. 

Le 18, on constata l'existence d'une nouvelle divi- 
sion du fleuve. Le 20, l'expédition arriva à l'embou- 
chure d'une petite rivière qui porte le nom de Arroyo 
dcl Cayman, et dont l'eau est, dit-on, salée. A ce 
niveau, le rio Bermejo décrit un grand coude, cir-r 
constance qui a fait donner à la localité la dénomi- 
nation de Esquina Grande. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE niO BKAHËJO. 373 

Il s'y trouve des forêts de Gayacs et de Vioals, en- 

tremélésquelquefoisd'autresarbresd'espècesvariées; 

les rives sont encore semées, par places, de grands 

bosquets -de Palmiers. 

Au-dessous de l'Esquioa Grande, ou commença à 
rencontrer, sur la rive occidenlale du fleuve, des 
Indiens ChuDupiés; un de leurs chefs les plus cé- 
lèbres, nommé Ctilncfain, demanda à être embarqué, 
et resta toute la Journée du 21 en compagnie des 
voyageurs. 

Les Mataguayos continuaient à se montrer en nom- 
bre censidérable sur la rive orientale ; et, le 22, sans 
cause connue, les embarcations tombèrent dans une 
embuscade que leur avaient préparéo ces Indiens, 
mais qui n'eut, par bonheur, aucune suite fâcheuse. 
L'expédition descendait tranquillement le courant^ 
lorsque tout à coup une grande volée de flèches partie 
do la rive des Malaguayos vint s'abattre autour d'elle. 
Un feu actif fut aussitôt dirigé du côté du bois d'où 
l'attaque étaii partie; les Indiens décampèrent promp- 
lement, et allèrent se réunir autour d'un grand vil- 
lage qu'on voyait un peu plus bas; il s'y trouvait déjà 
une autre troupe de près do deux cents hommes à 
cheval. Le colonel fit arriver, et l'on ouvrit le feu 
de leur côté ; alors ils gagnèrent tous les boifi. 

On chercha ensuite à garantir les rameurs de l'at- 
teinle des flèches en plaçant des pnrapets sur les 
côtés de la barque. 
A un quart de lieue du i>oiul d'attaque, un Indien 



Doii™ih,.Googlc 



374 LE RIO BERMEIO. 

■ans armes se montra sur la plage, et assura le colo- 
Dftl Coroejo que la majorité des Indiens était inno- 
cente de celte affeire, qui avait été commencée par 
quelques enfants, dans le but de s'amuser. On se 
contenta de cette mauvaise excuse, et les bonnes re- 
lations furent reprises; mais l'expédition reçut bien- 
tôt après une seconde attaque, qui se borna cepen- 
dant à une seule volée de flèches qui n'atteignirent 
personne. Un peu plus bas, enfin, l'attaque fut renou- 
velée une troisième fois, et un des rameurs eut, cette 
fois, le bras traversé. Le colonel ordonna alors qu'on 
attaquât les Indiens de plus près, et l'on réussit à en 
tuer deux et à en blesser un assez grand nombre. La 
nuit du même jour, Cornejo jugea nécessaire de for- 
tifier son camp, mais il ne se présenta rien de nou- 
veau. On entendait seulement, dans le lointain, tes 
lamentations des Indiens au sujet de la mort de leurs 
guerriers. 

Le 23, on Indien s'approcha seul de la rive, et, 
jetant ses armes à terre, à l'approche des barques, 
il fit signe qu'il désirait parler. Il se ditenvoyé par 
les habitants d'un village voisin qui désiraient s'en- 
tretenir avec l'expédition. Ces Indiens protestèrent 
qu'ils n'avaient pris aucunepartà l'attaque, quoiqu'on 
leur eût fait une invitation à cet effet; et que les vil- 
lages qai avaient été agresseurs s'en repentaient déjà, 
ayant eu, dans les diverses affaires, sept hommes tués 
et un très grand nombre de blessés. Après cette ex- 
plication , les relations amicales furent encore re- 



t,Goo(^lc 



prises; mais le colonel y mit^ur cooditioDs qun les 
Indieos ne s'approclicraieDi de la plage que désar- 
més, atîn qu'il pâl distinguer quels étaient sesunniA. 
Le 25 , sans aventure nouvelle , les uav^teura 
passèrent en vue d'un endroit où la Hvière ferme wie 
baie ou lagune assez çûasidérable, adossée à «bê ImH, 
et près de laquelle aboutis^it le ebemin qui allait 
au petit iort de Pitos, sur le rio Salado. Ce soèXitat, 
dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, sous le non de 
Senda de Macûmito, est à qnarante-quatre liieiies de 
l'Ësquina Grande, d'après Cornejo. Un fait intéres- 
sant à noter, c'est qu'entre les deux points que je 
viens de signaler on ne trouve pas sur la rive occi- 
dentale du fleuve un seul) Indien Matagoayo ; et que, 
sur la rive opposée, ou ne voit uniquemopt que^^es 
Indiens de cette nation. 

Il n'y eut rien de nouveau jusqu'au 28 ; ce jouHà 
on arriva à la localité que l'on désigne par le «019 de 
Tren de Espinosa, qui est à trente-sept lieues de 
l'Encrucijada de Macomita, et à quatre-viqgt-we 
lieues de la Ësquina-Grajide. Aucun Indien oesepré- 
senta en vue. Les rives continuaient iétra g^nûps 
de bosquets de Viuiils, de Gayals (paj|ii$an^} etd'Af- 
garrobo?. .. 1 

Le 30^ on vit quelque* Tojbas qw d^>ead«^t4e 
la réductjjOBde S^n-Berniardo- -L'i»xpé#tiQp 9»mp, 
le t ^o^^t, à cette Ifission, -et l'aJiQ^e'en soctit,:^ la 
télé do ses lydiens», p^r recevoir. le cnloni»LX«. vil- 
lage él^iteilué à unijuant de lieuede lajrivtàre; fr^r 



,,-,-,ih,Googlc 



376 LE II 

une lagune formée aux dépens de cette dernière, et 
dans le voisinage d'autres bas-fonds qui sont inondés 
pendant la saison des pluies. La chapelle était sans 
loit, et ses murs étaient déjà dégradés par l'action 
de l'eau. Tout l'établissement était dans un état très 
misérable, et le curé en était absent. 

Le 5, on rencontra an envoyé de l'archidiacre Can- 
tillana, un des principaux apAtres du Chaco; et, peu 
après, les embarcations louchèrent au port de la ré- 
duction de Santiago de Mocobies, désignée encore plus 
souvent peut-être par le nom de la Cangayé. L'ar- 
chidiacre parut bientôt, et le colonel, qui avait mis 
tous ses hommes sous les armes afin de recevoir cet 
excellent religieux avec les honneurs qu'il méritait, 
s'empressa d'aller au-devant de lui. Le Père Cantil- 
lana était accompagné de to^is les Indiens de la 
Mission qui le vénéraient comme un oracle. 

Le lendemain, le colonel et ses officiers rendirent 
à l'archidiacre sa visite ; et, dans la conférence qu'ils 
eurent ensemble, il fut convenu que le cacique La- 
chitiqui (Lacbirikin) des Mocobis , et le cacique des 
Tobas de San-Bernardo, accompagneraient le colonel 
pendant le reste de son voyage sur le fleuve, afin de 
lui aplanir les difficultés qu'il pourrait rencontrer de 
la part des nations qui habitent ces parties. Comejo 
trotrva la Mission de Santiago en meilleur état que 
celle de San-Bernardo, quoiqu'elle eût eu également 
beaucoup à souffrir des inondations qui arrivaient 
quelqueftns jusque sous les murs de l'église. La 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LK UO BSMIEJO. 377 

distaoce de ce lieu à Sm-Beraardo est d'enTÎnm 
vingt-six lieues. 

Le 7, OQ quitta la Cacgayé, et la navigation fut 
reprise. On conununiqua dans h journée avec quel- 
ques Indi,ens de la nation des Atalalas. 

Jusqu'au il, rien de particulier à noter. Le caei- 
que qui accompagnait le colonel lui fit remarquer un 
sentier qui ^sait communiquer la rivière avec un 
site qui porte le nom de Zapallarcito. 11 se trouve au 
bord d'un lac très poissonneux. Ou voyait, à pea de 
distance, les ruines de l'ancienne ville de la Conoep- 
cion, détruite par les Indiens. 

Le 14, on passa devant rembouchure d'une rivière 
qui coulait du nord. Un peu plus bas te cacique mon- 
tra l'endroit qui perle le nom de Paso de los Guay- 
curus. Depuis le 11 , on n'avait pas aperçu d'Indiens. 

Le 15, après avoir navigué envirm deux lieues, on 
s'aperçut que le courant devenait plus rapide ; et, à 
deux lieues et denûe plus bas, la rivière passait avec 
violence par-dessus une espèce de banc d'une ai^ile 
rouge et solide, qui traversait, d'un c6té à l'autre, le 
Ht du fleuve. Il fut nécessaire de décharger la 
barque pour francbircet obstacle, opération qui dura 
trois heures. A trois quarts de Hette de cet écueit ht 
rivière passait dans un défilé ; c'était un canal très 
profond que la rivière s'était creusé au milieu de son 
lit ordinaire. Ce canal s'effoçaitplos loin, et repanié- 
sait ensuite un peu pim bas. Gomejo feit remarquer 
qoe ces pariioalarités deivept disparaître dans los 



t],Googlc 



378 LE UO BEMIEra. 

crue», et qtie la chvle diHt alora preD<be la ferme 
d'un simple rapide. 

Le 16, ilee présenta udû roche élevée au milieu 
de la riviôre, qu'elle partageait eu deux bras. Celui 
de l'ouest recevait ji peine de l'eau, et sou lit était 
très iuégal; oo pouvait présumer par là que, même 
daos lesi^ueB, il devait être hériwô d'écurâls. Le 
i>raSiOrieiUal, au contraire, ne prôaenlait aucune es- 
pèce d'obstacle. Les berges de la rivière étaient très 
élevées dans toute cette partie. Quelques rapides «e 
virent encore au-dessous. 

Le jour suivant, on constata l'existence do plu- 
sieurs bras auxquels te Beuaejo donne naissance en 
temps de pluie ; maie ils étaient alors à sec t le fond 
d« l'un d'&xx était à quatre mètres au-dessus du ni- 
veau de l'eau. 

Le iS, eu observai deux autres .bras, dont l'un 
pouvait avoir une longueur d'un quart de lieu^; l'au- 
tre, àmt on ne vit que l'embouchure, avait lit mène 
largeur -que le canal prinuipal. 

L'expédition avait cassé, depuis le IS, de voir d^ 
Indiens ; il en fut dû môme les joçrs suiva^tt^^ jus- 
qu'au 80, où 1^ voyagfurs débûuohèreut, «ans iaci- 
d^nit notiveau, datts le rio, Paraguay. , 

Goroejo emidoya donc quaraïu^-trois joufs àcew- 
fdéter la navigation du rie Berm^p, depuis l'eta- 
boHolture du t'\9 Grande i ^ndis ^que U Padre Moritlo 
c'avait mis que. viiigt-Qioqjouts à fai^ le a)toie>tra- 
j4t. La di^r«n6â.d« gMnd«ur dM,«inb(irMti<Aa sv^t 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE RIO BERHËJO. 379 

je'peme, a e1l9 Mule, pouf expliqner celte d}ffiétfeiie« 
de iMsps. On a pu s'apercevoir, an reste, que les ob- 
Blacles reDContrés n'otit pas été d'noe niiture plus 
formidable dams nn voyaf^ que dam l'autre. 

La troisième, et, à nia corinaissanco , la dernière 
oxpAoralÎDn du Bennejo qai se soit friite, l'a été de 
nos jours ; car elle eut lieu dans l'an née 'i820. SI je 
me décide à entrer dans quelques détails à son sujet, 
c'est plutAt pour compléter l'aperçu que je m'^aÏB 
proposé de donner des voyages entrepris i travers le 
Cbaco, que pour fùre ctHtnattre des détails nouveaux 
sur le fleuTo qui ferme l'objet de ce chapitre. Le 
voyage dont je vais parler ne hit en effet que confir- 
mer les résultats des explorations entreprises déjà 
par Horillo, Arias et Comejo. 

Ce fut ^ l'époque où le commerce de Bnenos-Aires 
avait atteint, pour ainsidîre, «on apogée, c'est-à-dire 
en 18S4, que don Pablo Soria, anoien badkitantde 
Jujui, souleva de nouveau la question de la naviga^ 
tion du rio Bermojo. A cet effet, il sollicita et obtint 
des gouvernements de Selta el de Boiends-AireG les 
-ooncessions et les privité^s qui lui semblaient in- 
dispensables pour la réussite de son projet. Il créa 
ensuite, dans ces villes, une Société de seize action- 
naires qui souscrivirent une somme de trente mille 
piastres (150,000 francs), qu'ils s'engageaient à ver- 
ser au fur et i\ mesure que les besoins do l'ontreprise 
l'exigeraient. Mais con^mc o» ne. po^édait aucunes 
données sur l'état du paysqueivaversait cette rivièra, 



ni.fl,i,,-,7rih,.G00(^lc 



380 LK RCO BERIUJO. 

ui si^ la nature des difficultés qu'eik pouvait ofFrir à 
iï navigation ( les voyages précédents ne parainaient 
être connu» alors que comme de vagues traditions ), il 
fut décidé que Soria lui-m^e y entreprendrait un 
voyage d'exploration, et que les opérations ultérieures 
de la Compagnie seraient réglées sur les données qu'il 
y recueillerait (1). 

Don Pablo Soria partit, à cet effet, pour Salta, en 
juillet 1825; et, au commencement de janvier 1826 
(époque des plus grandes crues ], il avait d^à con- 
struit à l'embouchure du rio Grande (Soria dôme i 
ce point le nom de Palca de Soria ) une barque à 
f<md plat, d'une cinquantaine de pieds de longueur, 
de seize pieds de largeur et de (rois et demi de bau- 
Icur. Voulant, avant de s'embarquer, attendre que les 
eaux eussent baissé un peu, il s'occupa d'abord de la 
reconnaissance du rio Grande. Les résultats de oeilc 
exploration, qu'il fit dans deux canots conslrnits k 
l'emboudiure du rio Negro, lui permicpnt d'affirmer 
queleriode Jujui estnavigable, à partir du confluent 
du rio de Ledesma, pour des embarcations de tou- 
tes les dimensions durant les crues de la rivière,' et 



(Ij La narration du tf^tgc fluvial deSorI) a é« f)iiUtéc, parlul- 
m^me , saut forme d'OD raj^MKt qu'U adresuit à sm aciloanatrei 
(/«/"orme del comUionado de la Sociedad det rio Bermejo, a l'» 
itgnoret accionislai; Bueaon-Akes, 1851, in-i). Aicnales en a 
place uti résumé dans son Voyage sar kChaco; c'est de ce irafall 
que J'ai ntitit lu déliils Aonii^ ici. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LR RIO BCnilBJO. 381 

(Uns (leË bateaux plats durant toal lo reste' de 
l'année. 

De retour au rio Berinejo, il fit préparer aumitàt, 
peur le voyage, sa grande barque; et il y monta, le 
15 juin, avec son pilote, don Nicolas Descalzi, et un 
passager nommé don Lucas Creser. Son équipage se 
composait de quinzo forçats que l'on venait de faire 
sortir de prison, d'un volontaire, d'un jeune garçon, 
et d'un Indien Mataco, destiné à servir d'interprète : 
en tout vingt et un individus. L'embarcation portait, 
en outre, quatre-vingts arrobes de tabac, des vivres, 
des armes, etc. , et lirait vingt-deux pouces d'eau , 
toute chargée. 

La première portion du voyage ne présenta que 
peu de circonstances qui soient dignes d'intérêt. 

«. Les deux rives, dit le voyageur, sont habitées 
dans toute l'étendue de la rivière. Ce fut une des 
raisons qui nous fit perdre le plus de temps; car il 
fallait nous arrêter à chaque instant pour parler aux 
Indiens, pour gagner leur bon vouloir, et pour les 
intéresser à ce qne le trafic s'établit sur la rivière. 

» Les tribus qui occupent les rives du Bermejo sont 
nombreuses ; chacune a un district à elle, et un idiome 
qui lui est particulier. Elles sont en rivalité presque 
constante les unes avec les autres, et vivent presque 
toujours en discorde; circonstances très favorables 
pour ceux qui sauront en tirer parti. 

»Les Malacos, qui occupent te pays qui s'étend en- 
tre la Palca de Soria et l'Esquina Grande, ainsi que 



i,Googlc 



383 LK EIO BERHBJO. 

les Qiaaupiés de ce denier polnt^ont pour habitude 
d'allor travailler les terres des colons des froatiôres 
de Salla^ de Jajni et d'Oran. Ces lodiens aont devc- 
nas nécessaires aux propriétaires de ces lieox, et 
surtout aux pianLeurs de cannes, qui, sans eux/ne 
pourraient pas venir à bout de leurs travaux. Le 
eommerce avec les chr^iens leur est donc déjà femi- 
Uer, et il n'a litllu que peu de chose pour les inté- 
teaser à l'oli^et quo nous avions en lae. 

B A la suite des Chusupiés de la Esquina Grande , 
se présentèrent d'autres tribus de Malacos^Ies Ocoles 
et les Atalalas. Tous ces Indiens s'approchaient de 
nous avec confiance, dès qu'ils s'apercevaient quo 
nous apportions des présents, et les caciques ve- 
naient à bord et naviguaient avec nous aussi long- 
temps que cela leur plaisait. Ils nous offraient des 
moutons, de la résine de Gayac, des cuirs de che- 
vreuil, de cerf et de loutre, des plumes d'autru- 
che, do miel, de la cire, et des tissus de diverses 
natures, qu'ils abandonnaient pour du labac ou toute 
autre chose. Un cacique nous donna, une fbis^ de 
grandes écailles d'huttre, mais il nous fut impos- 
sible de savoir d'où il les avait tirées- 
fa Dans un endroit où noua dous étions arrêtée pour 
passer la nuit, une grande multitude d'Indiens se 
réunirent autour de nous; nous les trait&mes comme 
d'habitude , et après qu'on leur eut dwné à aoup^, 
ils se couchèrent sur les lieux. Or il y avait, dans la 
forêt voisine^ un village où l'un des nôtres s'était 



t,Goo(^lc 



LB MO flESMUO. 393 

glissé inaperçu ; et lorsque tout le monde somiMillait, 
il eo sortit en courant cie notre cAlé, ponrsuiTi qu'il 
était par deux Indiens. Il se jeta à l'eao, et nous le 
recueillîmes à bord, percé de trois conps de lance 
qu'il avait reçus dans le bois. La troupe d'IndienG, 
que cette apparition avait surprise autant que nous, 
disparut au même instant. Le blessé mourut le len- 
denain. Nous quittâmes ce Heu, au lever du soleil, en 
lut laissant le nom de Farias (I), qui était celai dn 
moribond. 

» En passant près d'une bei^e élevée qui se trouvait 
d^ns le voisinage, nous reçûmes plusieurs flèches que 
les Indiens nous décoclièrent de derrière les arbres, 
tandis que l'un d'eux essayait d'appeler, à l'aide de 
grands cris, l'attentirai des Indiens de la rive oppo- 
sée. Supposant que Farias avait essayé de voler ces 
Indiens, ou qu'il les avait provoqués de quelque autre 
façon, nous ne ripostâmes pas. 

Nous marchâmes deux jours sans communiquer 
pour ainsi dire avec les sauvages. Dans 4a soirée du 
second , nous rencontrâmes ceux de la Cangàyé, qui 
étaient de nation toba , plus belliqueux par consé- 
quent , plus voleurs et plus mécbants que les autres. 
Les caciques de la partie supérieure de la rivière 
ilons.avalent réeommandé d'user de beaucoup de pré- 



(1) {Taprfa AreDtles, ce potni serait situé entre la Encracijada de 
HKpciiia et le Tren de EqiiliOH. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



3M LE RIO BERHEIO. 

cautions avec eux ; toutefois ils ne nous parurent pas 
différents des Indiens que nous avions vus aupara- 
vant, e4, nous les traitâmes de- même. 

En km des anciennes Missions de la Cangayé, la 
foule des Indiens était encore plus grande; ils élevè- 
rent sur les bords de la rivière une espèce d'autel 
recouvert de draps et de toiles de couleur, et orné de 
bouteilles et de pots de faïence; mais nous ne j'u- 
geâoies pas prudent de descendre à terre, et les In- 
diens ne crurent pas devoir l'exiger. Nous avons 
vu parmi ces sauvages des captife venant de Santiago 
del Estero, une petite fille de Santa-Féet deux mu- 
lâtres ; mais il n'était permis à ceux-ci de dire que 
ce qu'on leur dictait. Ils avaient aussi des chevaux et 
des mules qui portaient les marques de nos fron- 
tières. Quelques uns d'entre eux ont appartenu aux 
Hissions de Salta et de Jujui et se disent chrétiens. 

bNous partîmes de la Cangayé avec un cacique, 
appelé Paisin , qui manifesta le désir que l'on réta- 
blit sa réduction. Il envoya un de ses Gis prévenir 
un cacique de ses parents que nous venions en amis. 
H nous quitta un jour avant d'arriver aux Llanos de 
Aspa. Jusque-U nous ne vîmes paraître aucun être 
vivant. 

» Au coucher du soleil , nous aperçûmes de grands 
feux qu'on allumait de l'un et de l'autre côté de la 
rivière. Nous continuâmes à avancer, durant la ma- 
tinée, sans que personne s'approchât; mais, peu 
après, nous vîmes paraître le cacique Pototi, auquel 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE MO BEMIEJO. 3t& 

ncus avail recommandés le chef de la Câogayé. Il 
nous pria de l'embarquer. À quelque disUnee au delà, 
Teculqui, le cacique de la rive orientale , et cinq au- 
tres furent aussi reçus à bord, malgré les prévHk- 
lions que nous avions contre eux. Afin d'être prêts 
pour tout événement, chaque honuse fut aruté d'une 
baïonnette. 

» Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir qu'il y 
avait quelque complot parmi les chefs Indiens. Te- 
culqui était inquiet, et il s'approcha trois fois de moi 
avec des intentions qui se laissaient lire dans ses yeux; 
mais, voyant qu'il était surveillé de près, il chaires 
de plan, et prit le parti de nous faire passer la nuit 
dans l'endroit où se trouvaient rassemblés ses gens. 
A peine fûmes-nous arrivés à ce point, qu'il se pré- 
senta, en effet, une grande multitude d'individus de 
tout âge et de tout sexe. Nous mouillâmes, et l'on fit 
descendre à terre une partie des sept Indiens qui se 
trouvaient à bord. On amena ensuite deux paciqves, 
qui furent habillés, et auxquels je donnai du tabac, 
et d'autres objets pour leurs sujets; puis ils furent 
reconduits à terre avec Pototi , et nous levâmes 
l'ancre, en ne gardant que deux Indiens et Teculqui. 
Dès que celui-ci vit son projet contrecarré, il devint 
abattu, et, ayant aperçu deux Indiens dans un bois 
d'Âlgarrobos , il demanda qu'on le débarquât, sous 
prétexte que ces individus étaient ses frères ; mus à 
peine se fat-il rapproché d'eux , que nous, le vîmes 
entouré d'une quantité d'hommes qui avaient été en 

VI. ' 25 



Do,i,,-c,ih,.Goo^lc 



3tC LB 1 

MubaKttde dans le bois. Il nous resta peu de doutes 
sur ta nature du dai^er que nous avions couru. 

» Noue nous arrêtàmœ, à la nuit close, avec toutes 
les précautions nécessaires ; le jour suivant, à peine 
nous fûmee-nous mis en mardie, ayant six de nos 
hommes sous les armes, que nous fûmes assaillis par 
une volée de flèches, partie d'une berge boisée où 
nous ne voyions paraître personne , mais d'où il 
s'échappait un Jirult étourdissant de cris et de coups 
jle sifftet. On répondit par une douzaine de coups 
de Fusil : nous attendîmes, dans l'espoir que les 
agresseurs se moulreraient plus à découvert; maia 
ils nous suivirent, en nous adressant pendant toute 
la journée de nouvelles décharges, sans qu'on pût 
mieux les distinguer. Le soir, le pilote déclara qu'il 
était nécessaire qu'on allégeât la barque en jetuU k 
Teau une [tartiede la cargaison. Nous nous débarras- 
sâmes, eu cette occasion, d'une collection de soixante- 
Ireia espèces de bois et d'une grande partie du 

tl^MtC. 

n Le jour suivant, leslndiens, ayant négligé de pren' 
dre, pour leur sûreté, les mêtnes précautions que les 
jours précédents, reçurent une leçon qui leur dla 
l'envie de nous tirer de nouvelles flèches ; cependant 
ils continuèrent encore, toute unejournée, à nous sui- 
vre le long de la rive, dans l'intention, sans doute, de 
nous tounnecter à la chute de la rivière; mais, cal- 
culantavec raison qu'ils ne pourraient pas nous sui- 
vre peikdaBt un li-èfi grand nombre de jours, Saute de 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



LE RIO Bi.RltKJO. 39f 

vivres, nous marcliàmes plus lentement, et ils nous 
laissèrent en paix le Iroisième jour. 

» Délivrés de leur présence, nous arrivâmes auSalto 
de Iso. C'est un banc d'argile glissant d<mt la consis- 
tance estcelle du savon. Il partage la rivière en deux 
bras : celui de l'est emporte presque toute l'eau dtf 
son côté. Le courant s'y rétrécit en un canal étroit 
qui descend sur un plan incliné, comme cela a lieu 
dans un canal de moulin, et avec une égale rapidité. 
Le bras de l'ouest est plus étroit. Sa pente est de la 
même hauteur ; mais ayant moins de longueur, elle 
Mt plus rapide ; le courant y forme deux -espèces 
d'échelons, et rien de plus. 

» C'est par le dernier bras que nous passâmes, sans 
autre difficulté que celle d'éviter, par voie de précau- 
tion, a« moyen d'un câble, quelques petits écueils à 
fleur d'eau, qui se rencontrent au point où les deux 
eanaux se réunissent. La partie du banc quel'on voyait 
au-dessus delà surface de l'eau s'élevait à la hauteur 
d'un pied et demi. La hauteur total du banc peut 
être estimée de six à sept pieds. Il me parait évident 
qu'ii l'époque des crues, il ne doit y avoir dans ce 
point qu'un fort courant qu'il serait facile de vaincre 
au moyen d'une machine, s'il s'agissait de remonter 
ta rivière; et qui ne serait pas même un obstacle, s'il 
s'agissait de la descendre. 

» K une demi-lieue au-dessous de la chute, nous vî- 
mes, sur la plage, un Indien qui péchait, et qui parlait 
quelques mots d'espagnol. IL ^'embarqua avec nous ;~ 



ihyGoo^lc 



39R IX RIO BEHHUO. 

et une escorte de ses gens (car il était cacique) nous 
suivit par terre jusque près de l'Ile de Nacunilù ; là 
il prit congé de nous avec de nombreuses démons- 
trations d'amitié. 

» Nous dormîmes sur l'ile ; mais nous avançâmes 
peu, celte journée, à cause du vent qui nous tenait 
collés à la berge. Le jour suivant, 12ao&t,noQS dé- 
. bouchâmes de grand matin dans le Paraguay, près de 
Nembucii, après cinquante-sept jours de voyage. i> 

A neuf heures, l'expédition découvrit, sur la rivo 
orientale du grand fleuve, une habitation où il sem- 
blait se passer quelque chose d'extraordinaire. Soria 
s'en approcha avec une conBance tout à fait incom- 
patible avec les circonstances. 

Cette habitation était la maison de garde deTalli, et 
dépendait du dictateur Francia. Une voix qui en partit 
cria : « A (erre, le patron de la barque 1 » Soria ne se 
le lit pas répéter deux fois; mais aussitôt on mit 
l'embargo sur tous ses papiers, sur les armes et sur 
les munitions, et enfin sur le personnel même de 
l'expédition qui demeura, à ce qu'il paraît, prison- 
nière du dictateur pendant cinq ans. Ce ne fut qu'en 
*831 que Soria recouvra la liberté, ainsi que son pi- 
lote Delcalzi , et qu'il put présenter au public 
l'histoire de son voyage. Mais il ne retrouva pas ses 
papiers. 

Pour ceux qui saventavec quelle tyrannie le gonver- 
mement du Paraguay traitait tout étranger qui osait 
s'approcher de ses frontières, la conduite de Frauda 



Do,i,7c,ih,.Googlc 



LE RIO BËRHEJO. 389 

à l'égard de l'expédition de Soria ne doit pas paraître 
extraordinaire; mais ce que l'on s'expliquera plus 
difficilement, c'est la singulière bonhomie avec la- 
quelle elle alla se jeter dans le guêpier, lorsqu'il lui 
était si focile de l'éviter. 11 est fort possible que 
l'équipage de forçats que Soria avait amené deSaltaait 
été pour quelque cbose dans ce mouvement. Au Pa- 
raguay la position de ces hommes ne pouvait en e^t 
que s'améliorer, tandis qu'en rentrant dans leur pays, 
ils restaient toujours des forçats. 

Quoi qu'il en soit, la captivité prolongée du chef de 
la compagnie du Bermejo, et les circonstances dans 
lesquelles la république de la Plata s'est trouvée de- 
puis lors, ont contribué ensemble à retarder indéfi- 
niment la mise à exécution des plans que l'on avait 
formés pour l'exploitation du Bermejo, et il est évi- 
dent qu'il y aura beaucoup à recommencer, lorsqu'on 
s'occupera de nouveau de cette affaire. En tout cas 
les faits acquis par les voyages dont je viens de donner 
l'aperçu démontrent, non seulement que le Bermejo 
est navigable, mais qu'il l'est facilement, et on tout 
temps. II n'est nullement douteux en outre que, 
pendant au moins quatre mois de l'année, c'est-à- 
dire, de janvier en avril, des bateaux à vapeur pour- 
raient fecilement y circuler, à partir du confluent du 
rio Grande de Jujui , et peut-être de beaucoup plus 
haut. 



h,Googlc 



CHAPITRE XXIV. 

RETOVR A TARHA. —VOYAGE A CHDQDI8ACA. 

Ne doutant nullement que le président Ballivian ne 
tînt les promesses qu'il m'avait faites, je m'occupai, 
avant mon départ de Vitla-Rodrigo, de m'assurer le 
concours des hommes qui m'étaient nécessaires pour 
le voyage projeté au Paraguay, et qui, parleur connais- 
sance du pays ou des Indiens, pouvaient le mieux 
m'en feciliter l'exécution. Le commandant Aranîva et 
Celeslino m'aidèrent dans ce travail, et je ne tardai 
pas à réunir sur ma liste les noms d'une trentaine 
d'individus qui auraient traversé, je ne dirai pas le 
Chaco seulement, mais bien pis encore. Je vis moi- 
même plusieurs de ces hommes, et je les trouvai tout 
disposés à m'accompagner, moyennant une bonne 
paie. Je fis le calcul approximatif des dépenses 
qu'exigerait mon expédition, et je vis qu'elles ne dé- 
passeraient pas six mille piastres. En définitive, les 
seules difficultés que j'eusse à craindre", étaient celles 
qui pouvaient provenir de quelque nouvelle brouille 
entre les babitans de la frontière et les Indiens. 
Cette crainte me semblait d'autant plus fondée, que 
j'avais appris qu'un nommé Cornelio Rios, qui était 
commandant militaire de la frontière, était chargé 
secrètement, par le préfet du département, de faire 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



RETOUR A. TAftIJA. VOYAGE A CHUQUISACA. 391 

une descente chez les Chirigonnos et de se saisÏF 
d'un certain nombre de petites IndienDes (cunitat) 
dont Sa Seigneurie avait besoin comme esclaves. Il 
n'aurait pas été bien étonnant si, après une taitativc 
semblable, il y eût eu une oouvelle insurrection. 

J'ai déj^ parlé, dans un autre chapitre de ce vck 
lume , de cette espèce de traite des Indiens qui a 
lieu en Bolivie; le nouveau fait que je cite prouve 
que la même chose se pratique dans plus d'un point 
de la république. 

Outre les Indiens dont il a été questi(»i, il existe 
aux environs de Villa-Bodrigo une autre tribu sau- 
vage que je n'avais pas eu l'occasion de voir. C'était 
celle des Chanezee. Elle habitait la vallée d'Itiura, 
à douze lieues environ au sud de l'endroit où je m» 
trouvais. 

Gomme le détour que j'avais à foire pour visiter ces 
Indiens ne devait pas exiger plus d'un jour, je réao- 
■luB de feire ce sacrifice. 

Le 29 juillet 1846, je quittai Villa-Rodrigo et j« 
pris la route d'Abarenda; mais au lieu de suivre It 
chemin deCarapari, je tournai directement au sud^ 
et j'allai passer la nuit dans une petite cabane, k pea 
de dislance du but que je désirais atteindre. 

Le lendemain, je joignis le rio de Carapari, t|U|i 
débouche dans la vallée de Itiuro, qu'il arrose^ avaat 
d'aller se perdre dans les sables à une dizaiaé à» 
lieues au delà. Nous passàmra plusieurs fois ctAto 
pMito rivière, et noua arrivâmes, de bonne beur* enr 



t,Goo(^lc 



392 ItflTOUB À TiHUA. 

core, au premier village des Chanezes. Il ne différait 
absohiment en riea de ceux des GfairiguaDOs. À ce 
signe seul, j'aurais presque pu affirmer que les 
Cfaanezes étaient de la môme nation que leurs voisios, 
quoique portant un nMn différent. La physionomie 
des habitants de ces jolies huttes de bambous vint 
promptement confirmer cette hypothèse, qui le fui 
encore plus par leur langage, que Celestino reconnut 
être du pur guarani. 

Ces Indiens étaient cependant, pour la plupart, 
bien plus complètement velus que les Chiriguanos ; 
beaucoup d'entre eux portaient des jaquettes de cuir 
de cochon très bien travaillées. J'appris même qu'ils 
Ëtisaient un commerce de ces articles, que les vachers 
de Villa-Rodrigo apprécient particulièrement. 

Je passai plusieurs heures à me promener dans les " 
villages d'Itiuro. Ils forment un groupe assez considé- 
rable à l'extrémité de la vallée, au milieu de monta- 
gnes admirablement pittoresques. On me dit quec'était 
dans l'un d'eux que le capitaine Gardner avait voulu 
acheter un pied-à-terre, lorsqu'on lui fit les menaces 
qui le décidèrent à se retirer. Or le cacique de ce 
villî^e, qui parlait un peu d'espagnol, m' ayant invité 
à prendre de la chicha dans sa case , je profitai de 
l'occasion pour lui demander pourquoi il avait refusé 
la demande du capitaine. Je m'attendais , pour le 
moins, à lui voir témoigner quelque humeur à cette 
question; tout au contraire; il me répondit, en me re- 
gardant avec ce demi-sourire naïf qui est particulier 



t,Goo(^lc 



VOY&«E * CHUQUISikCA. 893 

aux IndieDB, et qui, chez eux, témugne ordinairement 
d'une conviction profonde : « Si ce senor, dit-il, était 
notre ami , comme il nous l'assurait, il n'avait qu'à 
rester chez nous, à prendre sa chicha ; les amis sont 
toujours les bienvenus, et nos maisons sont pour eux 
comme pour nous. Mais il voulait avoir de la terre 
chez nous ; nous avons luen vu alors qu'il n'était pas 
notre ami , et nous n'avons pas voulu de loi. — 
Mais, diS'je à l'Indien, le' senor a voulu s'établir au 
milieu de Vous pour améliorer votre sort, pour vous 
rendre plus heureux. — Nous sommes ce qu'étaient 
nos pères, et si nous voulons quelque chose, c'est 
qu'on ne se mêle pas de nos araires. Esl-ce quenous 
allons nous mêler des vôtres?» La conversation fut 
continuée encore quelque temps sur ce terrain. J'in- 
terrogeai ensuite mon hôte sur ses rapports avec les 
propriétaires chrétiens de la vallée. Il m'apprit que 
le général Mangariîios avait fixé des limites aux ter- 
rains qui devaient appartenir à chaque village, mais 
que là où les limites n'étaient pas formées par une 
rivière ou-par un accident de terrain aussi facile à 
définir, on cherchait sans cesse à rt^er leurs do- 
maines. 

Nous nous remîmes en marche un peu avant la 
nuit, et ntwB allâmes coucher dans un village chiri> 
guano qni se trouvait à quelque distance. Le lende- 
main, nous étions installés de nouveau à Carapari, 
où nous entrâmes en même temps qu'une grande 
troupe de mules et d'ânes chargés d'oranges, et qui 



t,Goo(^lc 



3M RETOUR A TARUA. 

arrivait d'Oran, ville voisine âe la république Argen- 
tine. 

N'ayant plus besoin de Celestino, je le soldai, et je 
me procurai un autre muletier pour me conduire à 
San-Luls, où je fus de retour le 3 août. J'y retrouvai 
le bon général O'Conor qui me pressa de rester avec 
lui; mais j'avais tellement hâte de me rendre àCbu- 
quisaca. que je dus me refuser ce plaisir; et si je 
passai à San-Luis le lendemain de mon arrivée, ce 
Piit pour me procurer un autre animal de charge, 
celui que j'avais emmené s'étant fiiit au garrot une 
blessure qui m'obligea de l'abandonner. Ce ftitdonc 
le 5 que je fis mes adieux h mon excellent héte, que 
je croyais revoir bientôt; je laissai derrière moi le 
sale village de San-Luis, puis le vieux fort de San- 
Diego, cl j'arrivai enfin au joli village de Narvaez. 

Le surlendemain, je traversai la froide pona de 
Polla. Je n'étais sorti que depuis quelques minutes 
du petit cottage du général, lorsque je rencontrai, 
couché au milieu du vent et du veillas, entre deux 
malles, le capitaine Gardner qui, à peine sorti de son 
lit, allait pousser une nouvelle pointe vers la fron- 
tière, tentative qui ne devait pas être plus faenrause 
que la précédente. Le pauvre homme était dans une 
triste position} car ses animaux avaient foi pendant 
la nuit, et le domestique qu'il avait amené avec lui 
n'entendait rien aux moyens de les retrouver. Je ne 
pas malheureusement lui être d'aucone utilité quant 
à cela, et je le quittai en lai souhaitamt un {dus Inu- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



VOYAGE A CHDQIIIgAGA. S99 

reux voyage à Favenir. Je traveTsui Santa-Ana, sans 
m'y arrêter; et j'entrai, à l'iieure du dîner, à Tarija : 
rien de nouveau ne s'y était passé durant mon ab- ' 
sence. 

J'employai les deux jours suivants à des prépara- 
tife, et je me mis en route, le 10, pour Cinti. J'aban- 
donnai , afin d'économiser du temps , ma première 
idée, qui était de gagner la capitale de la Bolivie en 
pMsant par Tupiza. J'allai coucher à San'Lorenzo, 
où je m'étais arrêté la veille de ma première entrée 
à Tarija. 

Traversant San-Juan et Camataqui, j'arrivai le It 
à Cinti, qne je ne reconnus pour ainsi dire point. La 
verdure brillante qui égayait toute la vallée lorsque 
j'y passai au mois de janvier avait disparu, pour 
faire place à une couleur sombre, en harmonie avec 
la teinte aride des mors gigantesques qui l'entou- 
raient. 

Les jours suivants tVirent passés sur te chemin de 
Chuquisaca, que je trouvai triste et monotone au plus 
haut degré. Toute la région que je parcourus n'était 
composée que d'une vaste étendue de collines et de 
vallons , les uns plus stériles , plus pîwreux , plus 
tristes que les autres. Partout où la vue se portait, 
c'était la même teinte grise, la même aridité. Les 
seo^ êtres vivants que je rencontrai furent quelques 
petits troupeaux de Llamas : bête? de somme en ssà- 
niature , aux yeux de gazelle. lia s'arrôtaienit lorsque 
}e passais , redrassaiwt letivt twgtwa orâilte* U- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



396 BETOVR k. TARIJA. 

quées, jetaient sur moi un regard d'intelligente 
curiosité , et reprenaient ensuite leur petit pas 
grave et mesuré. Les conducteurs de ces troupeaux 
étaient des Indiens do la Puna, dont j'ai déjà parlé 
autre part, et dont les misérables cabanes étaient 
éparses, de loin en loin, sur la surface de la plaine. 
C'étaitdans quelqu'un de ceslieux que jepassai la nuit, 
luttant, comme leurs maîtres, contre le froid, sinon 
contre la faim, et presque obligé d'employer la force 
pour obliger mes bâtes à accepter mon aident en 
échange d'un peu de paille d'orge pour le souper de 
mes bêtes. On a de la peine à concevoir que l'on 
puisse pousser aussi loin l'apathie. Rien ne démontre 
mieux, je crois , cette disposition de l'Indien dont je 
parle, que le mépris qu'il a pour ce que, nous autres, 
nous appelons la propreté. Ij'eau ne touche le corps 
de ces Quicbuas que quand il plaît à Dieu de la faire 
tomber du ciel sur eux. tTn vêtement une fois mis, 
.ils ne l'ôtent jamais ; il tombe à la longue de lui- 
même, détruit par l'usure. Le vêtement neuf est mis 
par-dessus l'anciendontlesderniers 81s finissent sans 
doute par faire corps avec ceux de l'étoffe qui leur est 
superposée. 

Tel est le peuple que gouvernaient les Incas ; ce 
peuple qui porte, dit-on, jusqu'à ce jour, le deuil de 
son dernier empereur. C'est, comme on voit, un deuil 
assez économique. 

Je quittai enfin la puna , pour descendre dans le 
lit d'une petite rivière, appelée Mataca. J'avais, ce 



t,Googlc 



VOYAUË A CHUQUISACA. 397 

jour, quille mon abri de meilleure heure que de 
coulume , et sans déjeuner. Un vent glacial avait 
soufflé sur moi jusqu'à mon entrée dans le ravin, et 
m'avait donné une secousse violente, qui se traduisit 
bientôt après par une attaque de fièvre tierce, mala- 
die dont j'avais été exempt depuis bien longtemps. 
- Je me voyais obligé, à chaque moment, de descendre 
de ma monture, pour reposer mes membres, fatigués 
par le tremblement qui s'était emparé d'eux. 

Dans le ravin, le vent cessa, et l'atmosphèro était 
dans une immobilité si complète, que les rayons du 
soleil, qui tombaient d'aplomb sur ma lète, ren- 
daient ma position plus piteuse encore. La chaleur 
devint bientôt si étouffante , que Je ne pus plus y 
résister; et, malgré mon désir d'avancer, je me vis 
obligé d'attendre sous un buisson l'abaissement de la 
température; puis, tant bien que mal, je poursuivis 
ma route, afin de rattraper mon bagage avant la nuit< 
Mais cet espoir était d'autant plus vain, que dans la 
quebrada de Mataca, où le chemin se trouve encaissé 
de chaque côté par un mur vertical de trente à qua- 
rante mètres, le jour disparaît bien avant qu'il baisse 
dans la plaine. 

J'attachai donc ma mule à une racine d'arbre, et, 
e&veloppé dans mon poncho, je me couchai sur le 
sable chaud de la plage, qui me servit de matelas ; 
pendant que ma selle me tenait lieu d'oreiller. Je ne 
tardai pas à m'endormir dans ce lit improvisé. 

J'apprii,lelendemain, que mon muletier avaitpalsé 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



398 RETOUR A TARIIA. 

la nuîlà une demi-lieue en avant de mon camp, et 
qu'il avait pris les devants, de grand matin, avec mon 
bagage. Un peu inquiet de cette nouvelle, je conti- 
nuai ma marche, et étant sorti bientôt après de la 
Quebrada, j'arrivai sur les bords du Pilcomayo, dont 
la largeur est assez considérable dans ce point. Ses 
plages étaient couvertes de Llamas qui se rafraîchis- 
saient dans le courant et disaient leur provision d'eau 
pour la route. Je marchai toujours, cropntétre sûr 
de rejoindre mes geng et mes charges bien avant d'en- 
trer à Yotala, gros bourg où il avait été décidé que je 
m'arrêterais à la veille de mon entrée àChuquisaca. 
Mais mon espoir fut déçu, et une nuit noire m'enve- 
loppa sans qu'il me fût possible de voir l'objet de ma 
course. Il y eut un moment cependant où je crus être 
arrivé, car j'entrai bien effectivement dans un vil- 
lage; mais ce villi^e était Nuschu. Comme il faisait 
alors encore un peujour, je me décidai à continuer ma 
route. Bientôt après, l'obscurité devint telle, que je 
ne parvenais plus à distinguer le chemin, et j'allais 
prendre le parti de m' arrêter, lorsque ma mule me 
parut ètreanimée d'un tel désir d'avancer, que je lui 
abandonnai lesrônes.Elleparlitaussitôtau grand trot, 
et me menadroitau village, qui était cependant encore 
éloigné d'un bon quart de lieue, ie me fis indiquer Hi 
demeure du corrégîdor, qui s'empressa de m'offrir 
un gtle dans sa maison. Je dois ajouter que mon 
arrivée la nuit, sans guide, lui parut un prodige. 
l^e lendemain, qui était le 19 août, je n'eus pas 



t,Goo(^lc 



VOYAGE K CHU^OISACA. 3v9 

plutôt fait les apprôlâ nécessaires pour mon entrée 
dans la capitale, qui n'était éloignée que de quatre 
lieues, que je vis outrer dans la- cour de mon hôtel 
mon équipi^e perdu. Le plaisir que j'en éprouvai me 
fît oublier que je ressentais déjà les avant-coureurs 
d'une nouvelle attaque de fièvre ; et je n'eus rien de 
plus pressé que de me lancer au galop sur le chemin 
de la ville. Je jetai à peine un regard sur les rues de 
Yotala, qu'un bataillon d'ini^nterie traversait en ce 
moment pour se rendre à Chuquisaca. 

Tout en cheminant, je sentis mon malaise augmeo- 
ter. Bientôt je fus pris de vomissements qui me don- 
nèrent quelque soulagement. Plus loin le tremblement 
de la fièvre me saisit ; et malgré la chaleur, il me pa- 
rut que j'étais dans une glacière ; je ne m'arrêtai ce- 
pendant pas. 

Enfin, au pied d'une petite coliine,j'aperçus deux 
cavaliers qui venaient au devant-de moi, et que je 
reconnus aussitôt pour des Français : l'un était M. Hu- 
bert, qui avait déjà trouvé l'occasion de me rendre 
plusieurs services précieux, et qui venait encore m'of- 
frir l'hospitalité dans sa maison; l'autre était M. La- 
rivière. 

La colline oïl nous nous étions rencontrés était tout 
cequi nous séparait de Chuquisaca; nous y arrivâmes 
en quelques minutes. 

Alors j'oubliai encore une fois ma fièvre, et je Fus 
pris d'un véritable ravissement. 

Il me semblait que je n'avais jamais vu de ma vie 



Dortl^7rlh,■GOOglC 



400 RETOUR A TAR1JA. 

un ptas charmant endroit, une vilte plus propre, 
plus gaie ; j'admirais ses rues si bien alignées, ni 
trop larges ni trop étroiles , ses pavés mignons, ses 
trottoirs unis. Les maisons atlirèrent surtout mon at- 
tention ; elles avaient toutes un air de comfort qui 
perçait même à l'extérieur. 

Les fenêtres étaient garnies de balcons de fer. Les 
portes cochères, grandes ovwertes, laissaient voir de 
jolies cours dallées, ornées d'un jet d'eau, et plan- 
tées çà et là d'orangers et de Daturas à fleurs vio- 
-lelles. 

Liorsque nous fûmes arrivés à la maison de M. Hu- 
bert, l'excitation qui me soutenait cessa, et je rentrai 
douloureusement dans le domaine de mes sensations 
physiques. 

Pour terminer, il me reste à dire qu'après ma gué- 
rison, qui fut prompte, je fis auprès du gouverne- 
ment des démarches pour obtenir les fonds né- 
cessaires à mon expédition à travers le Chaco ; mais 
ces démarches n'eurent pas de résultats. La réponse 
que l'on me donna peut se résumer en ces mots : 
« Nous n'avons pas d'argent. » 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



GLOSSAIRE 

DBS MOIS 

SCIENTIFIQUES ÉTRANGERS ET AUTRES 

EHPLOTËS DANS LE COURS DK LA RUAIION. 



Explication des abréviations. 



Aiulali (Angl.) Indien (tnil.) Genre. , 

BaUTlrn (Bollv.) P«ruvlcn (Ptruv.) FunlUe. 

BtéailiED iBc«>-) PortuRali (PorL) E>ptc«. . 

E)p<i|iDol (&>p.) Scientifique (Se.) 






AtxAra d'Agoa (Brés.}. Esp, de 
Potiron. 

AcafraO (Port.]. Racine ft tein- 
ture jaune, safran. On donne 
cenom, au Brésil, il plusieurs 
plantes 1res difrérentesdusarran 
d'Europe. 

Acari [Se.]. Nom d'un singe ap- 

Earùnant à la fam. des Sa- 
is, et décrit sous le nom 
de Brachyurw rubicundus par 
HM. i. Geoffroï-Sainl-Hitaire 
et E. Deville (Comptes rendi 
de l'Académie des scieuces). 
ijccipttre* (Se.). Groupe des oi- 
seaux de proie. 



Aeroamia (80.). G. de Palmien. 

Adartba» ou Adobei (Port, et Esp.). 
Grandes briques foites avec oo 
la terre et de la paille hachée 

et sécbées à l'air. 
..4d^o« (Port.). Adieu. 

il/ium (Se.). G. de Fougères. 
^ecAmea (Se, J. G. de plantes de la 

fam. des Broméliacées. 
Affeclionado (Port.). Amateur, 
Agamis (Se). Nom d'un oiseau. 
Agoa (Port.). Eau. 
Agoada (Esp.) Mare, Saque d'eau. 
Agouti (Se.]. BoDgear ou esp. de 

rat. 
Aigrette [Se.]. Sorte de Héron. 
Airampo (Esp.}. Nom vnlgain 

d'une esp. de Nopal. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



403 CLOS 

Aji (Esp.). Nom donné an Piment: 
ce moldoitseprononcerafti. 

Aji Colorado (Esp.). Pi menl rouge, 

Akèite 00 AcUaine (Se). Fruit 
dont l'apparence est celle d'une 
graine. 

Alameda (Esp.)- Proffienada pu- 
blique. 

Alcade (Esp.). Magistrat d'un 
rang inrérieur. Il estau-dessous 
do corr^idor. 

Jiéa m AUiya [tré».}. Od dési- 
gne généralement ainsi les vil- 
lages d'Indiens. 

Aleuriles{Sa.). G. d'arbres. 

Alfiilfa (Esp.) Nom donné à la 
Luzerne cultivée, 

Allmigue (Esp ). Ë^p. de bonboii. 

Jlfereg (Port.). Sous- lieu tenant. 

At^azroboê (Boliv.). Arbre de la 
fam. des Légumineuses. 

Alguaeil (Esp.}. Huissier, algaa- 
lil, sergent. 

Alko (langue qaichna). Nom donné 
au chien de race propre à 
l'Amérique du Sud. 

Alwiate {Se). Nom générique du 
Singe hurleur. 

Alpaca (Péruf., Boliv.]. Animal 
ruminant, propre aax parties les 
ptus élevées des Andes. Il est 
du même genre que le Lama. 

Alqueire (Port.). Mesure de capa- 
cité équivalant an boisseau. 
Elle varie un peu d'un point du 
Brésil à un autre. 

Atta camara (Esp.). Haute cham- 
bre. 

4maranthaeée$ [Se,), Para, de 
, plantes. 

iïmendoïm (Bréa.), Frnit huileuî, 

Amigo (Esp.]. Ce mot signiHt 
ami. 

Âmmonii» (Se). Coquille fossile, 

Amoeafra (Brés.}. Pioche dont se 



servent les ouvriers employés à 

la recherche des diamants. 
Amparadat [Esp.]. L'hospice des 

protégés. 
Amphibole. Substance minérale 

qiA le préswile ordinairement 

en crietaux d'un vert foncé, 
Amphisbme (Se.) G, de reptiles. 
Vulg, : Serpent à deui têtes. 
Andes. Nom donné à lacbatoede 

montagnes qui parcourt du 

aonl av sud la cM« «ccldeniale 

de l'Amérique du Sud, 
Andromeda (Se), G. déplantes 

formé presque mtièremeat 

d'arbustes et d'arbrisseaux. 
Anémia ISc.). G. de fougères. 
Angica (Brés,), Arbre A écorce 

laonante. 
Anil (Port, et Esp.), Indigo. 
Annétides [Sc-]. Classe d'animaux 

qui comprend les vers de terre, 

les sangsues, etc. 
.4noilon(e[Sc.), G. de coquilles. 
Anotis (Se), G, de lézard. 
Ània (Brés, ) Nom donné au tapir. 
Apaehela {Es,p.). Point culminant 

d'une montagne. 
Apar^a (Esp,). Nom douni an 

bat. 

./pion (Se,). G, d'iosecfea cotéo- 
plëres de (a famille des (tbaran- 
çons. 

Apirés (Esp,). Nom ap(>îiqué aux 
ouvriers qui charrient 1» mi- 

Âraclmidei (Se.). CTne des âivî~ 
sions des Animaux articulés. 
Elle comprend les Ârûgnées, 
les tlicins, etc. 
.4ragomYe [Se, J, Minéral. 
Arapuha (Brés.)-, Sorte d'abeille. 
Araê (Sc.J, Grands perroquets de 
Amérique du Sud, En pOrtn- 
Bis, Ararai. 



bo,i,,-c,ih,.Googlc 



ilnwoarta (Se.). Arbre de ta faai. 
des Coniières. 

irbilrio [E»p.). Artntre, volonté. 

Àfw4it (Sg.). g. d'insecieB coléo- 
ptères. 

Areidit» (5c. ). Fam. de plantes. 

Arraial (Poft.], Ce awt signifjp 
litléralemeat camp, mais on 
t'applique à dsa villagas. 

Arrieiro (Brés). C'est le muletier 
BD chef d'une troupe d« mules; 
il a sous ses ordres les Teea- 

Aftobê. Poids, L'arrobe brésilien' 
ne, qui est la mëoie que l'ar 
reba portugBlsa, est de 31 li- 
vres de iS8,92l grammes. 
L'arrobe aspagnele est deSS li 
vraade 0>i,i6«0»6. 

Auiàit» (Se). G. de Mollusques. 

A»fvki IfisiA.). Sorte d'Abeille. 

>4itrocarvum (Se. ).G. de Palmiers. 

jllHplte^«3(Sc.). Fain. déplantes. 

Att»Ua (Se.). G. de Palmiers. 

AttoUira (Port.). Fondrière, 

itvMOl (Se.). Fruil d'une espèce 
de laurier [Laanti p#raAi). 

^irif (So.). Esydaverf de l'Inde. 



0ae«èa(Bris). &. de Palmiers. 

Baearii. Voyez BaechaHs. 

JBwfJteHt (S«. ). G. ds ptantes de 
la fanilla d^s Coaiposées. C'est 
■n da^plus nombreux en espè- 
ces de tout ie groupe. 

S^lml*.^S69.]. Étoffe da laira; 
serge. 

BaiUtU(t{'Efapi'). Dans» en usaga 
dans la Bolivie et ie Pérou. 

âoff» ($)■?'-) Sorte de radeau. Od 
lui doBM to formea très va- 



40» 

Balitrot (Bap.). Nota éonai aa* 
hommes qai cooduiseiri les 
BalM», 

Bananes (Se). Froit du BsiUDier. 

Bananier (Se.) Arbre fruitier d«ff. 
tropiques. 

Band^ira (Botiv. et Brée.). Nom 
que l'on donne aui eapédilioas 
envoyés pour faire des razzies 
parmi les sauvages. 
lobab (Se,). Nom vul^ire d'im 
grand arbredn Sénégal, l'jMon- 
Sonia digitata. 

BarbaetHia (Se.). G. de plantsa. 

BarbaKo (Se.) Nom d'nn poissou. 

Baril [Port.) Petit tonneau dont la 
capaciié varie danschaquebraH' 
ehe de commerce. 

Barra (Port.). Appliqué è une ri- 
vière, ce mot signifie son muv 
doucAurs ,' il veut dire aussi 

£arreirQs(Brés.}.OndonneceiKiiii 
» certains pointa du bord des 
riviéresouil se fait des eiandi- 
tiona salinaa. 

BarrtUrM [Esp.), Oavriera em- 
ployés à l'extraction da oeriaim 
minerais. 

Barrilha (Boliv.)Nom donné an 
cuivre naltt de quel^MS mims 
de l'Amérique, 

Barrique. Mesure de la capscilé 
de MO kil. 

Baêailit (Se.). Nmb appli^Bé pv 
les géologues â des rocbead'une 
grande dureté et ardioaimnsM 
de couleur noira, qui te nu-i- 
costr«nt souvent sou» fora*', 
de cotûnnead'ane grand» réga- 
larilé. 

Batea (PorU Auge Irèf aplMw. 
dans laquelle on lave fea aMaâ.\ 
aotifèrMotdiannMitèrèe. 

Batuca (Brés.], Danse brésilioMK. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



404 CLOS 

Batvear (Bréa.). Danser la bsl' 

Aauhi'nta (Se.). G de plinles très 

répandues an Brésil. 
Btata* lEsp.) Femme» dévotes. 
Btatorio (Esp.). Nom que l'on 

donne ft la maison de com 

naatè on ee retirent les femmes 

dévotes. 
Bécarde (Se.). G. d'oiseani. 
BegoniA (Se.). G de plantes, 
BlUtmia (Esp.) C'est une classe 

de religieux. 
Baufieateia (Esp.). Bienfaisance. 
B«ta rka , V«la on Beta (Brés.] 
'Veine, filon métallique. 
fiieho(Brés.). Poce pénétrante. 
fiid«tM (Se.). Plante de la famille 

des Composées. 
Bielbergia (Se. ). G. de plantes de 

la même famille que l'Ananas. 
Bignonia{Sc.). G. de plantes gri m- 



1. G. d'il 



1 orlho- 



Bbilte{& 
ptères. 

Boea (Fort.). Bouche , embou- 
cbnre ; s'applique ans rivières. 

Bombaeitt (Se.). Fam . des plantes 

BomboiD (Se.). Groupe d'arbres 
caractérisés par le renflemeni 
nmarqoabie de leur tronc. 

Bombkc (Se ). Le Papillon du ma- 
rier ; la chenille est le ver ' 
soie. 

AorracAudo (Brés.). Esp. de mou- 
eherons. 

Sot» (Brés.) . Dauphin d'eau donce. 

i{ol4'a(B8p.). Bouteille. 

jBMm (Brà). Bateaux pontés doni 
on se sert dans quelques riviè- 
res du Brésil. 

Batiea (Port.). Pharmacie. 

Botgai, Botija (Esp.). C'est 
jarre on espèce de bouteille de 



Boaeaut, Mesure de capacité em- 
ployée pour le BDCre. 

Boumonilt. Minéral composé de 
plomb, d'antimoine elde cuivre 
sulfurés. 

Boulùtte». Les boaleilles que l'on 
rencontre ordinairemeoiau Bré- 
sil , sont celles d'Oporto, qui ont 
à peu près le même contenu que 
les nôtres. 

Brabo (Port, et Esp.). Féroce, 
s'applique parUculièrement aux 
Indiens, 

firacMn; (Se.). G.d'iBseetes co- 
léoptères. 

BrocWf«(Sc.). On donne ce nom 
aux feuilles qui embrassent les 
fleurs de beaucoup de plantes. 

Branam (Port.). Homme blanc. 

BraMB, La brasse portugaise est 
de 2°>, 1 8 ; la brasse carrée est 
un carré de 2°>,18de efité. 

Bri (Esp.(. Espèce de goodron 
dont on se sert pour les bateaux 
ou embarcations. 

Brea (Esp.). Même sens que le mot 
précédent. 

Broméliacée» (Se.). Fam. de plan- 
tes. 

Brosa(Esp.).OD donne ce nom au 
minerai le plus abondant dans 
une exploitation. 

firucAua (Se), Genre de Charan- 
çons. 

Bugainvillea (Se). Plante grim- 
pante, remarquable par ta belle 
coulevr rose de ses feuilles flo- 

Sutfnw (Se.). G. de coquilles ter- 
restres. 

BupreUis (8o.). G. d'inseclw co- 
léoptères. 

fiuroco (Port,). Tnu ou carême. 

Bwnti (Brés.). Nom donné par les 
Brésiliens au Ma»ritiavn>(f«ra. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Btum (Ësp.). Indiens occupés 
spécialemeot à l'élude des gués 
dee rivières. 



Caballeroi (Esp.}. Cavaliers, 
Cabeçag (Port.}. Tâtea. On diL 

100 cabegas de gauado, pour 

100 têtes de bétail. 
Cabeceùv (Porl ). Source d'une 

Cabiai (Se.). Rongeur amphibie 
de l'Amérique tropicale. 

Cabildo (E»p.). Palais du jaslice. 

Cabouret. Enfanl né d'un Indien 
et d'une négresse. 

Cacao (Se). Plante de la Tarn, des 
byttnériacées, Fruit de l'arbre 
du cacaoyer. 

Cacaoyer (Se.). Arbre qui produit 
le cacao. 

Calque. Cher indien. 

Cadiia (Port.). Prison. 

Cadeie (Port.}. Volontaire do bonne 
famille. 

Cabnan{Eep.), Esp., de crocodile. 

Caitiara (lud ]. Ce mot signifie eo 
guarani gronda cour. 

Cajanut (Se.). G. de plantes. Ha- 
ricot en arbre. 

Cajon (Esp.). Mesure employée 
par tes mineurs ; elle contient 
environ 10,000 marcs de mi- 
nerai. 

Cuia (Brés.). Pomme d'Acajon. 

Catcatre (Se.). On donne ce nom 
ans diiïérentes formes do car- 
bonate de chaux. 

Caldera (Esp.). Chaudière ou grand 
chaudron de cuivre. 

CaUia (Esp.). Calèche. 

CaUanaa. Etablissement dans 
quel on fond l'argent. 



405 

Coma. Plante. 

Camaratios (Port.), Uuletîer, do- 
mestique. 

CameteaO [Brés ). Nom donné au 
Brésil à l'Iguane et à L'Analis. 

Camotai (Ind.1 Esp. de pomme 
de terre. 

Campât (Port.). Littéralement, 
champs. Les Brésiliens dési- 
gnent par ce mot les partias 
déboisées de leur pays. 

Canada (Port.). U es are 4e ca- 
pacité pour les liquides := 
1 lit.. 37S. 

CantiTeiat- Blatte, 

Can£raIha(BréB.). B&t des, maies. 

CautUa (E^p.). Os des jambes. 

CantMt (Brés.). Canots, auges dans 
lesquelles ou lessive certaines 
terres salines. 

Caminha (Brés.). Petite pirogm. 

Capa (Esp.). Manteau. 

Capil&Q (Port.). Capitaine. 

Capivara (Brés.). Nom brésilien 
du Cabiai. 

CapMbiiuu (Esp.). Veste dont le 
dos et les manches ne sont pas 
de la même étoffe que le devant 
Veste à la capocine. 

Com(Brés.). Nom donné i une 
racine comestible fournie par 
plusieurs esp. de Ùimtorta. 

Carabiguei (Se.). Fam. d'insectes 
coléoptères. 

Caroeaja (Brés.). Esp, de Tortue 
terrestre. 

Caracara (5c.). Esp. d'oiseaux de 
proie de la taille d'un Faocon. 

Caraiba (Brés.}. Arbre à Qeuri) 
jaunes très commun daaa lee 
campos du Brésil. 

Carallanta (Boliv). Nom d'nne 
esp. de Tabac. 

Caramuraa (Brés.). Parti ptdHîqoB, 
ipérialisto. 



t,Goo(^lc 



Caratida [Brés], Nom brésilien 
d'an Paknier {Copemitia ter* 
fera). 

Oarapotos (Brés.). Tiques, rieiii. 

CarbH. Hmte des IndiMS de la 
0«yane. 

Cann6 (E*p,). Bienvenue. 

{i;anHi«ii«r> (fie). Fam. d'asii 
«amwifereg. 

yîorn»»B«n(Port.), Vlinde séchée 
ao eoletl, 

Carrtlra (Pwt.). Carrière. 
Brésil M applique ce nom aax 
amas de roches qui intercpptent 
le cours (te quelques rivièree. 

GarUt regta (Port.), Décret. 

Ca§a (Port, el Esp.). Maison. 

Catcalho (Bcée.). Altiivions stiri 
Ibres oaëiamaDtifères; il oon- 
tient en général bMocoHp de 
eeilloM roaléa. 

Catoarilla (Pérov). Quiiugoing. 

Cateudo (Brés). Non d'une e«p, 
de poisewiB de ta fan. dee Si- 

OHtMM (Se.). Fam. de pisntea. 

Oatttgtte (Se.). Q. d'eiseaax. 

{Rwtanha (Port.). Châtaigne. 

Casuarina (Se). G. d'drbres de 
Nouvette-HAitande. 

ettingvtftvi (firés.). Nom donné 
par les Brésiliens ' 
Cerf. Ce mot s'applique i toat 
objet qui répand «ne très oiau- 
iwse odeur. 

Caiivai (Port). CapUb. Les la. 
fvan d'or et de diarnsHts di 
Brésil appetlnit «ossi de ce 
fKim certaines pierres qui ac- 
evm^gmM ordiRurement cof 
malièrps préojensei. 

OuMfa ^Srée.), Eiu-de-vie de 
canne. . 

Owiw t rp M Oacho^m (Port.). 
Cataracte. 



Caya (Esp.). Grand btton. 
Ceeropit (Se.). G. darfores très 

fréquents dans les totV» U<^i- 

cales. 
Ceganot (Brés ). Nom donné à an 

oiseau du Brésil. 
Céphalopodes (Se.). Fam. de Mol- 
lusques. 
Céphaloplère (6c.). Oiseau. 
Cerrilos (Esp.), Collioes. 
Cerro (Esp,). Uenlagne. 
CmIo» (Eep.). Panier d'oeier, «i»- 

sure ancienne. 
Cétueés [Sic). Fem- de Hasanift- 

res amphibies, 
Chaki (Esp.). Paille de mais. 
CMnar(B<dLV.). Nom d'un atfen 

de la Tarn, des Léçuminessee du 

g. Ormoieo. 
ChatKacm (Esp ). Sacre brut. 
Chapada (Brés.) Plateau d'une 

DMntagne, ou région élevée en 

forme de plateau. 
Chapi (Botiv;). Plante tiMtMWe 

de la Be4iwie, 
Ckargue» (Péwv.). Plaquée kri- 

gulières de cuivre natif. 
CWfrflto (Esp,). Cherres». Nom 

d as jeu en usage dans qoelqtNS 

parties delAmériqueespagaole. 
Chicka (Boliv., Péruv.). Liq«e«r 

faite avec du mais fermenté. 
Chiiih«rei (Péfuv.). Oh désigue 

ainsi ceux qui est l'habitude de 

la (Aieha. 
Chimangot (Brés.). Parti pothîque 

dans la province de HtMs 

Geraes : ce sont les libéraui. 
ChinefUlla (Se.). Animal péruvien 

de la famille des Rongmm, fort 

estimé pour la beauté de «en 

poil. 
Chirimoya (Péruv.), FnaH de 

V^nmK ekiHmof», eep. 4* C»- 

rossol. 



t,Googlc 



Chlarima ^c). G. d'insectes co- 

léoptferee. 
Choea (Srés.). Esp. d'Oies HaQ- 

vages. 
a^hoehoat. kKmtmi prépart de 

pomiBâ de lerre sèclie. 
Chola (Pérov.). Métis d'Espïgnol 

et d'Indienne. 
Gholo(Vérav.). ftlSscuIindeChoio 
(7Atm«M(o« (fiîp.). Nom appliqué 

aux tiommes qui sont chargés 

d'exciter les tÂureaas lorsque 

ces animaux se présentent d 

l'arène pour élre combattus 

les toreadorei. 
dkuno (Férav.). Soupe faite avec 

des pommes de (erre gelées. 
Clmpé{témv., Boliv,].-Softe de 

eoupe. 
Cieindela tiîoeo (Se). Inseote co 

téoptère. 
Cidwle{Port.). Ville. 
Ghtabre (Se.). Variété de mercure 

de coulear rouge. 
Cipô ttÀgoa. Liane à eas. 
Ctawffsr^Sc.). G. d 'i« sectes «9- 

téoptères de très petite taille. 
C»i(i(Se.). Mammiforecarnaesier. 
Coo* (Péruv,, Boliv.). Arbrisseau 

cultivé dans plusieurs parties de 

la Cordillère des Andes. Les la- 

dienedupaye chiquent ES paille. 
Cix» («rés.}. On appelle ainsi les 

fruits de beaucoBp d'espécee de 

PalBiiere. 
Goemt. Kom donné an tissu 

soyeux que se lilent un gram 

nombre de chenilles pom- «'y 

IraDsrormer en chrysaiide. 
CotaUtrs (Se.). }*ale)iers qaî pre- 

duiwet tes noix de coco. 
Goiéopliret (Se.). Fiim. d'wseeles' 

qui ceMpr«fld le Haiaeton , les 

BdM^iéee. etc. 
Co(Mito(S^'}. Racine sAiingente, 



IBE. Wf 

employée en médecine poor ar- 
rêter les diarrhées, etc. 

Cotnarea (Port.). CantOl, divigiDn 
de ta province. 

Compana. Compagnie, soqété re- 
ligieuse. 

Compoifes (Se.). Faut, deptaates. 

Conde (Esp.). Ce met signifie 
comte. 

Conego (Porl ). Chanoine. 

Cvnqitiitadore» ..(E^,). Les pre< 
miers conquérants. 

Consejo Tuuwnal. Conseil d'admi- 
nistration du pays. 

CoMulaAo lEsp.). Chargé d'affïi- 
res ; en porta gai s ce» la dooane 
d'eiporlalion. 

Contador (Esp.). Pluaienrs Blgni- 
fiestions, terme générique, csl- 
culatenr, comptoir. 

Contaéoria ^Port.J. dttmbre des 
comptes. 

Contos (Brée.). Cooto de reis. •= 
1 nrillion de rets, etnfrontnûs 
mille francs, 

Cotmentû (Btp.). Couvent. 

Coniiiderio (Gsp.). Nom que les 
jésoites donnaient S Ihabitation 
qu'oecupaierrt les étudiants. 

Gopahu. Baume liquida que l'ot» 
lire par ifieisîoB d'un arbre du 
Brésil, et très employé dans la 
médecine de (eus les pays. 

Oopat. Gomme résine, fréquem- 
ment employée dans nnduEtriéi 
— elle est Fournie par plesiears 
arbres de la fam, des Légumi- 



Coroisot. Fruit très SI 

tropiques. 
Gorfu»{Eap.). FMe-Oiea. 
Owroi. Écurie, 
Corregidor (Esp.). Ilair«. 
Corrego ('Port.). Raiesewi. 
Corrupeào (Brés). Maladie fvrti- 



Do,i,,-,7,ih,.Googlc 



44)8 

culiëre aux par liée centrales du 
Brésil. 

Coru (Esp.), deui sigoiGcatiODs}: 
1° Gl d'une épée, d'un cou- 
teau, etc.; 2° coupure, ou feute 
(aillée d'une plume. 

Cotingas (Se.). G. d'oiseaux re- 
marquables par l'éclat de leurs 
couleurs. 

Cotioi (Esp.). Nation indienne. 

Cmados (Port.). Mesure de lon- 
gueur employée surtout pour la 
soie et le drap. Le covado ^ 
0'",65577. 

Couguar, ou Lion d'Amériqui 
C'est après le Jaguar le pk 
grand carnassier du nouveau 
monde. 

Cowoueoiu [Se.]. G. d'oiseaux à 
couleurs très brillantes. 

CralMomu» (Se). G. d'insectes 
coléoptères. 

Crawi (Se). Clou de ^rofle. 

Crique, mol employée la Guyane. 
Petite rivière. 

Ooion [Se.}. G. de plantes de la 
fam. des Eupliorbiacées. 

Crutade. Au Brésil, la crusadeest 
une monnaie fictive j elle vaut 
environ 1 fr. 25 c. 

Crmtaeés (Se.]. Classe d'snimaux 
articulés qui comprend les 
Crabes, les Ëcrevisses, etc. 

Cmxmias (Boliv.]. Habitants de 
Santa-Crnz de la Sierra, 

CuarUllo (Esp.). Lequart duréal 
c'est la plus petite pièce de mon- 
naie au Pérou j sa valeur est 
d'environ 15 c. 

Cuehitla. Arête d'une montagne. 

Cucurbitaeéea (Se.). Fam. de plan- 
tes. Le Meloa et le Potiron sont 
des Cucurbitacées. 

Cwita. Côle. Plaac d'une 
lagtie. 



Oarato (Port.J. Paroisse. 

Currat (Port.). Étable, bergerie, 

et, en général, tout enclos à 

bestiaux. 
Cwrvpa. Suteliacequa les Indiens 

Omaguas usent en guise de 

tabac. 
Cayaea (Brés.). Sorte de caisse 

dans laquelle se font les lara- 

ges des sables diamantifères. 



Dalbergia (Se.). G. de plantes de 
la fam. des Légumineuses. 

Dalechampia (Se.). G. de plantes 
de la fam. des Euphorbiacées. 

Damier (Se.). Oiseau aquatique. 

Dalura (Se). G. de plantes de ia 
fam. des Solanées. 

Uegrtw (Esp.). Endroit oii l'on met 
la canne à sucre lorsqu'elle a 
été broyée. — A Cayenne, mar- 
cbod'un embarcadère. 

DescaUas (Esp.). Déchausser. 

Deiembargaior{Potl.). Conseiller 
des cours suprêmes de juslice. 

Dibi^o (Esp.). Faire un dessin. 

Didelphea (Se.). UammUère (Mar- 
supial). 

Diesmoi (Esp.). Dîmes. 

Diorite (Se). Boche de formation 
ignée, composée essentiellement 
de feldspath et d'amphibole. 

Dioscorei (Se). G. de plenies dont 
la partie souterraiae est renQée 
et comestible. 

Diplolhemium (Se). G. de PaU 
miers. 

Diptèret (Se), Classe d'insectes. 

Ditpolvar (Esp.). Machine pour 
reteuir la poussière de la poudre. 

Doctrine» (Esp.). Doctrines. 

Doit (Eap. ). Titre de noblesse 
donnée presque tout le monde 



i,Googlc 



en Espagne. Au Brésil, il B'ap- 
ptiqoe à toutes les femmes; mais 
les seuls hommes qui y ODt 
droit sont les membres de la 
famille impériale et les descen- 
dants de quelques grandes fa- 
milles , en général d'origine 
espagnole. 

Doneellat (Egp.). Mot qui signiSe 
petites Elles. 

Dorade (Se). G. de poissons. 

Dortienia (Sc.].G. deplantesdela 
famille des Urticées. 

Dragonier (Se). Arbre de la fam. 
des Asparaginées , qui at'teinl 

, quelquefois des dimensions 
lossales. 

i>U9Ue(E3p.]. Duc. 



Eehité» (Se). G. de plantes h 
fleurs, de couleurs très bril 
lanles. 

Edueandoê (Esp.]. Maisons d'édu- 
cation de jeunes filles. 

£(a(«r(Sc.). G. d'ioseclee coléo- 
ptères. 

Slemi. Résine odorante du Brésil. 

Elmiê (Se.]. G. d'insectes coléo- 
tères. 

Encanada. Dans l'Amérique du 
Sud, on dooQO souvent ce nom 
i des rélrécissements considé- 
rables de rivières. 

Eneapadoi. Soldat portant un 
manteau. - 

Engenbo (Port.]. Usine ou moulin. 
Ce mot s'applique surtout 
usines & sucre. 

Engouieventt {Sc.l. G. d'oisei.— . 

£ntaifjana«(Brés.J. Rapiditéd'une 
rivière. 

EnUmvs (Se.). G. de Coléoptères 
qui comprend quelques uns des 



insectes les pins beaux que. l'on 

connaisse. 
Erioeavlon (Se), G. dépiautes. 
Eroiylut (Se.}. G. de Coléoptères. 
ËsiancJa(Esp.). Ferme. 
Euclaae (l'I. Substance minérale 

du Brésil , qui se trouve dans 

les mines de topazes ; elle est 

d'une grande rareté. 
EuphoaeJSc,). G. d'oiseaui. 
Eaphorba (Sc.]. G. de plantas, 
Euphorbiacées ( Se. ). Fam. de 

plantes très nombreuse un esp. 

tropicales. 
Euterpe (Se.], G. de F&lmiers. 



FaeAo (Port.). Coatdas. 

Factor (Esp.). Commerçant, ac- 
teur, commissionnaire. 

Falua (Port.]. Bateau h un m&t 
sans pont. 

Fandango ( Esp. ]. Dsnse espa- 
gnole. 

Faixega (Port.]. Uesore de capa- 
cité. — i algueires. 

Farinha [Port.]. Farine. S'ap- 
plique surtout à la ferine de 
manioc, 

Fazenda {Pari.). Ferme. 

Faxmideiro (Port.). Fermier. 

Feifoes (Port.), Haricots. 

Feitor (Port). Bégisseor inten- 
dant. 

Feldipath. Nom donné è nn miné^ 
rai trèfl répandu dans la nature, 
et appartenant au genre des 
Silicates, Uni au quartz et au 
mica, il constitue le granit. 

Feliciana (Se.). Arbre de la fam. 
des Myrtacées, 

Fiitcas (Esp,), Effet, situBtion. 

Florin. LeÛwin ludlandais est uife 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



410 



- pttae ^«rgeiit 4e la Tatwr de 
S rr. 4 3 c. 

R>MMtenM{Esp.}. É4j-an-er. 

ApfufMa {Port}. Fourche, Instni- 
ment <k»rt oo «e sert quelquefois 
poar remonter Ane rivière con- 
tre le OHiraiit. 

n^meéï (e»p ) Français. 

Frayle. Retîgieuï, nroiae. 

PregtàtMùt (Port). Paroisse 

Frmuera (Efp.). Frontière. 

trotàtrittat [ E«p. ). Babitents 
d'une frontière, 

runii(Pon). Entonnoir. —Point 
très rétréci d'one rivière. 

Fvro (Brés ). Lorsqu'une rivière 
se divise, un ou plusieurs de 

- ses bras portent ce nom. 
Furriti (Port.). Fourrier. 



fiLOASAUtE. 

faile flvec le jas de h eaiiH ii 
sucre. — Eau snerée. 

fformipriroi (Wrés.). On désigne 
wnsi les chercbenrs de dia- 
mants. 

GavUU) (Port.). FascoB, — Oi- 
eeaoi 4e proia 

Gaviota (Brés,). Mooette. 

Gecani* (Se ), G. deCn)Stae6s. 

Genipapa. Fruil d« Genfpa aw- 



Galiue, Hinéral compoeèdef^omb 
«t 4la «outre , «t jouisamt 4'«b . 
éclat métallique. 

OaUrile («c ). G. d'insectes eo- 
léoptëres. 

GittiUa (Srée.). ËDibarcatràn lé- 
gère. 

Gallon. Mesure de capacM. 

Gameleira (Brés.]. Ce mn es' 
donné , au Brésil , à l>ea«ooup 
d'espèces de Figuiers. Queiques 
•nés Blt^igHeDt 4'énornes di- 
mensions. 

ê*m*UM {fatt. ] . A«ges très «plt 



«ablw aurtrères M ^cnanti- 

fhret. 
GamUoa. FI aine. 
fioNfiu. SubaUnca dans laquelle 

on minéral critMtiieéce trouve 

nUsrrilement engagé. 

a <b{>.). eàp. de beieaon 



iSeiniTifts{^.). Faoï. de plantes. 

Giaucops (Se.). G. d'oiseauï, 

Gfaitcus (Se.), G. de mtrflos^uw. 

Glubarivm (Se.). G. d'insectes 
coléoptères. 

GneiK (Se). Boche composée es- 
sentiellâmeDt de mica en pall- - 
lettea et de feldspaib. Elle cod* 
stitue un des lerrains les plus 
répandus à la surrace du globe. 

Go5erno(Jor (EspJ. Goavemeor. 

GoWerno (Bsp.) Gouvernement, 

Goffloioï (Péruv.). Esp. d'oies. 

Giwemodorrt (Esp.l. Gouvernewr. 

Goyavié (Se.]. Arbuste de la Tarn. 
des Hyrlacées, dont le fnilta 
une saveur très agréaHe. 

GranAnits (Se). Fam. déplantes. 

Graphite (Se ). Substance cmitine 
dans l'induslrie sous le nom de 
raine de piomb. Cest an tsxbon 
de fer. 

Crimperenu(Sc.). G. d'eiseani. 

Grimpeur» (Se.). Fam. d'otseans. 

Guaipuru (BoHv,). FreK d'une 
esp. de Myrte. 
4iH dans («eqMtlei on 4av« tes Gwma. Nom donné dans qoe^ptn 



parties du Brésil II l'Igoai». 

Guanaco (Se). Arfnwri des parties 
les plus élevées des Andea. fl 
ressemble beaeempaD iMom. 

Guono(Péruv.), Substance-çrovo- 
nant de la décompeaitien drt 
«icrémenta 4e pi OBiwrs oista ax 



,,-v,ih,Googlc 



4« mer. Blleisnne dn couches 
d'une Rrandeépaisseu 
«ertatn nombre d'Ilots iV« mers 
tropicales, où elle est «xploJtée 

comnie engrais. 

6uarana(Brés.]. On désigne ain 
une pftle sollrle, dont |a poudi 
•D suspension dans 4e l'esB si 
«rée forme une boisson Irès 
mitée dîna qnt^qoea parties de 
fAmérique da Snd. lïile est 
ftileavec 1e« Traits d'une planti 
appelée PauUnea torbilh , et 
iftielqueB autres ingrédients. 

Oii(ir»po(Enp,) Seisfionfaileavec 
diOérents fruits. 

Swrda-Mor [Port.]. L'i» de« 
pr tac i pan X «iMeie rsdeladousne. 

Stiaréia[Porl.y Maison de gnfde. 

Guaiibai lires.). Singes h urievrs. 

GuerrilSero (Esp.]. Chef de parti. 

Gutiifères (Se.). Fam. de plantes. 

Gymnota[Sc.). Poisson électrique. 



Maitmiàa (Sap). Forme. — Bien 

poblio. 
Barpfâ (Se.) Oiseaa dt proie. 
Biaoirop«s{St.). Ë»p. de Tourne- 
sol. 
Hfttv» (Se.). 6. d'ioseetes calëor 

ptferes. 
Héto}»(Sa.). G. d'iaeeclesc^éo- 

plérea. 
. tUmatU* (Se.). Pierre eangvine. 

— Otyde rouge de t«r. 
npoMfUH (80.). Plantes TOÎMaee 

des UousM*. 
Hermana» NeiraB ( Esp ]. Les 

«Btiri de Nolre-SdgQwr iétu»- 

ChriM. 
fflf^mérM (Se.), Ordrad'inMCles 

«oMoptime. 



Mi 

Homo (Se.). G. d'oiMUi pW- 
nacés. 

ffoipedana (VoTi.). BâtflUert*. 

Hotpicio (E«p ). Heepice. 

ifour Bird (Angl.). Oiieia de 
l'heure. — Oiseau de la cfiM de 
Guinée connu des naturalistes 
sous le nom de Mtuophage, 

Huaca (Ind.). Vase de terre. — 
Vases antiques trouvés dans les 
tombes du Pérou. 

Huerfama (Esp.). OrpheliBB. 

Bueio» 4e gigana (Csp ). Os (!• 
géants. — Ce sont des 1» de 
Mammifères g igaotesquee, H/»- 
todontes. Éléphants, «te. 

Hurleur (Se.), Singe Èi qaessfre- 

Ifyale (Se.). G. d'aviman mal- 
lusques. 

Bydmte. Corabineison d'one «A- 
stance avec de r«au, 

Hydrocotyh (Se.-). G. de ftlaMN 
Ombellifâree. 

Bydroxydet. Combimiso* d'4H«t 
d'un oiyde. 

ByménaphylUes (Se). Gf(mpe4e 
Fougères à feuiltes ordioiire- 
menl presqne IranslucideB. 

Hyméitoptéres (Se.). Ordre 4in- 
eectasqui comprend Im Abeil- 
les, les Fourmw. el«. 

ffyptia (6c.). G. de plmtN 4e ta 
fam. dee Labiées. 



IMi (S0.4. Oieeau. 

Iguane (Se.). Lécerd BWpWbie 

dont 11 longueur estq«t4^fiMMi 

de près d'an mètre. 
Indaia (Brés.). E»p. dePateiers. 
Ininma (Brée.). MoMbrénUiw^ki 

Kamietti. 
fMiMrf<uMf«{Pém.). Iti^tce, 



D-o,i,,-c,ih,.Googlc 



Ipécaeuanha (tsC.)- Racine émé- 
tique d'une plante delà fam. des 



Itaeolumile (Bréa }. Nom d'une 
formation particaliëre à l'Âme' 
riqua du Sud, C'est le grès 
Qeiible. 



gado est l'utalogae du mwu- 

Junta (Port., E§p.). Assemblée , 
conseil. 



Jabtttieaba (Brés.). Frnil d'one 

espèce da Uyrie. 
Jacamar (Se.). G. d'oiseaux. 
Jaeanas (Se.). G. d'oiseaux aqoa- 

tiques. 
Jacaranda. Bois de palissandre. 
Jacolinga (Brés.). Nom donaè i 

an minerai d'or du Brésil, 
Jaeu (Brés.). I>éQélope {G. de 

Gallinacés). 
Jade. Minéral. 

Jagwir (Se.). Tigre d'Amérique. 
Jalap. Raciae purgative d'unt 

plante du genre des Liserons. 
/ont/une (Se.). Coquille. G. de 

Mollusques. 
Jararae (Brés.). Nom donné h 

pUisieura serpents venimeus du 

Brésil, du mâme genre que l( 

Trigonocéphale. 
Jenipapo (Brés.}. Genipa Ameri- 

cana. C'est avec le fruit de cet 

arbre que les Indiens du Brésil 

se peignent le corps en bleu. 
Jvcas (Bsp.). Manioc, 
Juez de ietnu (E^.). Procarear 

de la république. 
Jvezdepai (Bsp.). Juge de pal 
Jws gado (Bsp.)- District d' 

joge. 
Julgadot (Brés.). Division de la 

comarca; elle se subdivise en 

fr*giM»ta ou parocMos. Le jul-| 



Kanùehi (Se.), CHseau. —Grand 
Gallinacé du Brésil, roDoar- 
qoable par une coriw de 40 à 
12 c«ottmètres de longuenr 
qu'il porte sur le sommet de la 
tête. 

Kaolin. Sorte de terre qui entre 
dans la composilioa de certaines 
porcelaines. 

KaratsoaCarat. PoJdsde i grsinsi 
1 2S centigrammes. 

Kietmeyera (Se). G. de plantes^ 

Kiueaioua (Se,). MammUère car>- 



Labiéet (Se.). Fam. de plantes. 

Laço (Esp.). Nom donné à une 
longue corde de cuir , terminée 
par on nœud coulant , dont n 
servent les habitants des plaines 
de l'Amérique do Sud ptwr 
prendre les grands animsuix à 
la course. 

Lagt» (Port.). Dalles de pierre. 

Lagotriches (Se.). G. de singes. 

Lagtma (Bsp.). Lac, étang. 

Lama ou Ltama (Se.). Animal ru- 
minant domestique desCtvdiltë- 
res , servant de bÔte de somme. 

Lain«U«s (Se ). Terme scientifique. 

Lameatin (Se.). Mammifère am- 
phibie. 

Lattgutorfia (Se.). G. de plantes. 

Laxaro (Brés.). Celui qui est at- 

I teint de la iépn. 

{.«gua (Bsp., Port). Lieue.La lieue 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



Mptgnole Mt de B kil. ,672720 : 
la lieue portDgaiae est ài 
6kil.,1797t. 

Lèpre. C'est l'élâpfaaDtiasis des 
Grecs, ou maladie de Saiot-La- 
zare (mal de San Lazaro). Voir 
tom. I.pag. 1, 126. 

Leucottide ^Sc.). Minéral. 

Libertaéor (Esp.). Libérateur. 

Lieues, La ifeae de terre portugaise 
=: 6 kil., 17974, il y 
eo degré; la lieue rrançaiBe,de 
S6 au degré. =ikil..Uii. 

Lignitt (Se). Produit Tossile com- 
buatible de couleur noire. Il est 
d'origine végétale. 

Lkiguaras [Esp.) Interprète. 

jLinAa (Brés.) Ligne. 

Livret. La livre brésilieuDe , qui 
est la même que la livre portu- 
gaise, = kil.,i53924gr.; 
la livre française 1^0, I895gr. 

Livra d'or. La valeur de l'or natif 
dépend de son titre. Le ]>lus 
par que l'on renconlre eu Amé- 
rique a pour titre 953 milliè- 
mea; il vaut à Paris 3,aiS0 fr. 

' le kilogramme. 

ZJatna ou Lama. Voyes ce dernier 
mot. 

loMta (Se). G. de i^ntâs. 

£(V'a (Brés.). Boutique. 

Loma (Brés.). Colline, marne. 

Ijmtra (Port.). Loutre , mammi- 
fère amphibie. 

Loranthuê (Sc.). G. de plaolM 
, analogues sa Gui. 

Luxemburgia (Sc.) . G. de plantes. 

Umopodtt (Se,). Fam. de plaotei. 



Ifoea (Eip.). Bspèce de ponme 
date •. 



413 

Jfocnupii (Se.). Genre d'insectu 
coléoptères. 

ISadrinha (Brés.). Nom donné à 
l'animal qui, dans une troupe 
de mules ou de cbevaux, con- 
duit tous les autres. C'est d'or- 
dinaire un vieux cheval. 

Makana ( Ind. ). Nom donné à 
une massue courte, en asage 
cbez qodquBB nalioDS indiennes 
de l'Amérique du Sud. 

Malpiqhiaeia ( Sc. ). Fam. de 
plantes. 

ifaJt)ac^H[Sc.). Fam. de plantes. 

Manakia [Se.), G, d'oiseaux. 

Mandhea (Brés.). Manioc. 

Mangabeira (Brés.). Nom vul- 
gaire d'un arbre de la Eam. des 
Apocynéee. 

Mangue. Fruit du manguier. 

ifanguier (Se.). Nom vulgaire ds 
Mangifera indtea. 

Manioc (Se.). Plante qui produit 
une racine farineuse très nu- 

Manso (Port.). Doux, apprivoisé. 

Uanlo (Eap.}. Vêlement des fenb- 
mes de Lima, composé d'une 
étoSe qui Tecouvre la tète et va 
s'attacher à la ceinlnre. On 
donne aussi ce nom ii un voile 
qui descend de la tête aux 
pieds. 

Maraea [ Brés. }. Nom vnigaire 
d'un oiseau aquatique 

Marafidi, Monnaie. 

Marc. Poids de bult onces. 

Maringouins (Hap.j. Espèce de 
monsquites. 

Marquex {Bip.). Marquis. 

ifoigua (Ind.). Variété de la 
pomme de terre. 

MaUiga (Boiiv.], Nom donné iil> 
pftte résultant de la mastication 
de la brine de ma'ia : c'esl<Ha 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



M4 

im itgT«(H«u 4* h ekie». 

Matlodoiite (Se.)- G. lia Hummi- 
itrw (touille gigmtesqoe dont 
)• taeé «4 toinifl. 

ifctadMV* (Bsp.V Le« Bsfwgmli 
doHMnl c« nom ■ax honmeG 
qui portant le coap nori«l «hos 
IWMinlnWdo Uiiream. 

Mm. Tbé Ai Paraguay, ou, pluE 
êuewment , te tase daHa le- 
quel oa prend et iM. 

Hauntidad {E»p.). Maternité. 

Uatrieuto (Ësp.). Inscription. 

MtttrtnfMie (Ksp.). CoopteBiaFié. 

Jfatrii (Port.). Calbédrate. 

Mauritia (8e.). G. ds Palmien. 

ilatro (M.) Hot qnietK» q» si- 
girit» rivtdre. 

ifayor de Cuenlas (Ksp.). Veil- 
leur de« cooiptee. 

ifa ta xa (Eap. ). Montieula» de 
BBbles mouvsnM. 

Mtéio (Cep.). ]f( 



a>{ te ciÉqM«(»<iui«tt>Mp«-- 

lie du (togrA, 
Milho (Bréa.). Mali. 
Jfl(l0 Voyei MUha. 
Mille marin. La troiaifemff panie 

de la lieoa ottilMt. '-•4 Ùton. 

851861. 
ift»o(l!sp.). AIdd. 
MinuMén (Se.). Pam. de ptantt». 
ifmas (Port., Ssp.). HinM. 
Mintiroi (Port.). Hineora. 
Minhofto (Krés). Monstre mafio 

dee BrMIiew, probaUemAut 

fibolewi. 
Motte (Bsp ). Arbre trèt itigflat 

de la Bolivie, da Ptroo, eto. 
^olIu(9u«»(Se.). Ordre d'mteMM 

qui comprend laa cotpiillee'. 
Monitor (!(c.). Septils Burkn*"»' 

fiap. de Ittard. 
MenoHih». Toutgrtnd nontHDt 

formé par une seuli pierre. 
à'Vrgem' MefUem (Boliv.). Sorte de ftoh* 



de la vatedrde S^eeniime». 1 peau fait atec d« e< 
Médiue (Sc.J. G. d'aiiimaui ma-LVoradw (Port.). HabiUnt du 

tïM. pays, 

JbgwMphdla (Se.). 6. d'ineeetee Moravts. MieaioanBjreft proitt- 

CotéopUrea. ' 1 taols. 

MtUMoméM (9c.). Fan. de iforay (PémV,). Nom donni pir 

plaiTHs. - I les Indiens au Chuno. . 

ttmnbftKidé» (Se.). TvibM d'In- itfor»fro(Port.>; Cbauve-aoïfto. ' 

seciei hémiptère», [jHorro (Port.). Cetline. 

Menino (Purt.). Enfant àa ae^t Mosgnitbi [St.). HôsqnHm. "^ 

Mile, jeam garçon. | Insfcles frès analogM» an^ 

Mereed}iriat!{Esp.).Tnnqo«l'oit\ cousins de TEurope. 

donne am TeligSeuses. 'Mit6tiacli(f-(E^p.'). Jrane gM^O»,' 

Mergulimù-ôti (Se). Non A' m Mviel te {Se.). &. de eeqwHIeff fci- 

'oisea», Plongwa. | valves d'ee^ dosce. -' 

Mica. Nom d une ractke très ré- Manieipim. IftHTicipaHIé, dfvWBtf 

pandue. «OïlfviBalit en feiiiKela delà comarca; c'est l'analogue 

mmcee. étesti()ues, flexiMea et du juigado. 

n éclat mélilliqafl. 'Muêophage (Se.); G. d'oiseaox. 

" w(8e.). Sotiièa aMê- Mygale {Se.). G. d'araignées : la 
BMtricbeseit mica. i 'ptvflsrbdW «pècaa «telgMrii 

a (Brié.). Le mille portiigaiB de tr6s grandes dioMBMM, 



Do,i,,-c,ih,.GoOglc 



ifyrliu^*^.). Faïa. def^aslM. 



.ATaMMfenlo (Esp.). FftedeMoël, 

Hutfon. On appelle ainsi le car- 
bonate de soude naturel. Il est 
teujmrs maté h d'mires sub- 
Btances. 

NaâartnaÊ ( E?p. ). Naiaréena, 
hommes il longue chevelure. 

Iffphrodmm (Se, ). G. de Tougères, 

iVfopo. SnbEtanre que les Indiens 
Oionflqoea osent en gnise de 
tabac. 

ffopâttiê (Se.) Sorte de Cacfos. 

PtMlelado (Bsp,). MoTicrat. 

O 

OsitK (8c.). G. d'oiseain. 

Obtigada (Esp.). Obligée. 

Obtigo{Esp,). ObligaiîoD. 

Ob*icUemie, SorW d'émail volca- 
nique. 

Oea (Esp.). Eep, de pomni» de 
terre. 

Oetlot (Scv). Eip. de Chat sau 
vage. 

Octave. La huitième partie do 

l'ODW. 

Ottaw) (PoTl.), OcUve. — Gros 
— Lft huitième partie de ['once 
brésilienne ou porlngaise. 

0j9taê (Bap.), Sandale de euir 
de boBufnOfl tanné. 

OUgint. Uinerai de fer. 

OtnaJtum (So.>, Q. d'ioMctes 
Uoptères. 

Onça (Se.). Jaguw. — Tigre do 
Sré»& 



AIRE, 4» 

Omcm. Syaott^BW de f*|ivars 

(Tigres d'Amérique). 
Ophidiens (Se.) . Nom ocienfiS^ 

du i^roupe ôet SerpeatB. 
Ophite (Se.). Minéral. 
Orchidéei (Se). Fam. de plantea. 
Ordenadoret (Bsp.). Semnes qo! 

soignent le» Taches, les fare^ 

bi8, etc. 
Ortgone*. Nalion indienim. LemM 

aignitie : qaia degrande» ernliei. 
Oreillard (Se.). Nom d'une eap. 

de Cliauve- Souris. 
Orobarthées (Sc.), Fan. do 

plante». 
Ouistiti (Se.). G. de SiagM de 

trèe petite taille. 
Oueidor (Port. ), UagKtrM. — 

Peu eaiployé aujonrd'biri m 

Brésil. 
Oxalis (Se,). G. de plante», 
Oxyeliêila (Se.). G. d'inseelas e»-. 

léoplères. 
OMcma (Se.). G. de CUéopMrw. 



faea (Péruï., Boliï.). Vey« Al' 

paea. 
Paco Nom donné aux ntinerais 

retirés des umeuremeotft. 
Pacù (Bréa.). Nom d'une Mp, 4a 

poiSBOB. 

Padre {Esp.). Cbi*. 

Pagne. VéWcrwBt à l'otage dek 

nègres. 
Paléothirien, Sa dit d'un gioi^ 

de terrains sédimenteus. 
Paléluwer, Àrbcedes marais. i 
Palillo (Boliv,). Nomd'nne.plaate 

neloriale. 
Paknaret (Esp,)- Fov^ 4e £«V" 

Pakm (Fort.). Hware det«t0Mar 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



416 

(palme), la troisième partie du 
cavado. 

Palndinv (Se,). G. de coquilles. 

Pampa (Bsp.). Plaine unie. 

Panagé (Se.). G. d'insectes co- 
léoptères. 

Panit. NalioD iodietine. 

Pantanal {Esp, , Port,), Marais. 

Pao (Porl.). Arbre. 

Poo-Terra (Brés.), Ndai vulgaire 
de l'arbre d'une espèce de Vo- 

Papa (Esp,). Pomme de terre. 

Papavéraciet (Se,). Fam. do 
plantes qni comprend les Pa- 
vots. 

Papo-Amaretlo (Brés,). Nom yqL 
gaire d'une espèce de Caïman. 

Par(l<ito[e{Sc.), G. d'oiseaui. 

Pareba (Brés.), Ualadie érysipé- 
latense. 

PareAU) ( Port. ). Muraille de 
roche. 

Parochia (Port.). Paroisse, sous- 
division de la comarca. 

PaMol«s(Sc.). G. de Coléoptères. 

Pcuto feehado (Port.). Prairie en- 
tourée de clÛtures. 

Palaea. Monnaie fictive du Brésil 
= 360 reis. Sa valeur varie 
en général de 80 centimes I 

Pato (Esp.). Canard. 

PaulUlas (Brés.). Habitants de h 
province de Saint-Paul. 

Pava (Esp.). Nom donné an Din- 
don parles Espagnols; on l'ap- 
plique souvent, au Brésil, au 
Bocco. 

Patmo (Brés.). Nom brésilien du 
' Paon. Il se donne à plasii 
autres oiseaux. 

Patiottado (Pérnv,). Nom d' 
esp. de minerai d'argent. — 
Variélé de galène argentifère. 



Pécari (Brés.). SMglier da Bfésa. 
Pechtteinl Quartz résinile, 
Pedinut (Se.). G. d'însecles co- 

léoplèrea. 
Pedro (Port,), Pierre. 
Pedreira (Port,), Carrière. 
PeiUmet (Esp.j. Tapis dont on 

recouvre la selle pour en rendre 

le siège moins dur. 
PeloKa (Esp.). Nacelle faite avec 

un cuir de bœuf. 

n^Iop« (Se,), G. d'oiseaux de la 

fam. des Gallinacés, 
Peperomia (Se). G. déplantes. 
Pépites. Fragmentsde métal natif. 
Pereskia (Se). G. de plantes. 
Peroia (Port.)! Perle. 
Petaca (Esp,). Halle de cuir. 
Pélasophore (Se,). Esp. d'oiseaux- 
mouches. 
Pétrtldamitr (Se.). Oiseau de 

Pkanœus (Se,]. G, de Coléoplères. 
Phlomia (Se,). G. de plantes la- 

Phonolithe (Se.). Roche feldspa- 
Ihique qui , lorsqu'on la réduit 
en lames minces, rend un cboc, 
un son particulier. - 

Phylla». Hoche de nature feuilletée, 
schisteuse , composée en gé- 
néral de divers silicates d'alu- 
mine. 

Physalie (Se). G. d'animanx ma- 
rins aux formes les plus bizar- 
res. Les marins leur donnent les 
nomade Galères, Frégates, etc. 

Piassdva. Produit d'un palmier. 

Piastre. Monnaie espagnole de la 
valeur de 5 fraucs environ. ■ 

Pieada (Brés,). Sentir. 

Picadores (Esp,) Ceux qui , dans 
les courses de taureaux , etlft> 
quent les premiers ces sni- 
maai. Les picadores sont tou- 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



jours à cbevid «t améa d'ane 

luwe. 
PiûueuU (Sb.). g. d'oÎMiiiz. 
Pted «ngloit. ItMora de loogMor 

éqmTalaoU O^iOifSi. 
n^nê». Frait de VÀratMiria oa 



Ptp«. llAMn dMl h ca^tfilé n- 

riede 60«t 6i0 lilr». 
nfMi (Bite.). Nom yaigfân do 



.a(Bfi«.),Nomd'H^ 
wnoe'te riviirea do Btiteîl, 

i^mra (Sc.).Nan d'un poÎMOa 
groupe des Bilnrei. 

Pirarwm (W».). Nom brétilira 
du VutrÉi gAiot , gfand piiHiDD 
d« l'Araazone et de m* af- 
farati. 

PrMara (Bré».). FonnattM gMo- 
giqw. 

PttfodM (Se.), û. d'iOMQIM «>- 



Pita (Etp.). Notd donné à l'igave 

piclM Eepagnols ; U a'ippliqm 

auwi t la fte^e d'agav» 

par «tnMdruJre, k toute as- 

pècetefioUi. 
riùnga (Se.]. Arbuste brdaiiîciide 

la Tarn, des Myriea. 
IHtmimia (So). ft.de {riantes. 
PiKmt. Oo dMDe.daai \m Antilles 

fnaoaia», ce MMB 1 

les plus tierés des 
Ptatano (Esp). Banane. 
PMyrAvHfua (Se.). O. d'oiaeaux. 
Phifom'fiM. Qui eat produit par 1 

(M. 
PiMte(Bréa.]. IpAcacoanba. 
PmMroa (Br4e.)- Crax qai font le 

oaoïBerqe ou l'eimclH» de 1" 

pisaaaaBha. ' 
Pptavt (Bap.). PMTrat. 
fV) (Porlî). Poita. 



, c.).FHai.dai 
(Se.). 
téopliree. - 
PoUmu (Rip.). Japona. 
Palvorilla. ttam d'une eiptM de 

miaeni d'argot, 
foneko (H^.). EspècedemanteM. 
PtmMtria (Se.) . Ncraid'iM plaote 



Poeoroeat. Sorte de rat de naré* 

de t' Amazone. 
Porpkfn. Bocbehtd^lUqueqai 

présente des cristaux ^rs aa 

nùliav desspAte. 
Portada (Esp.). Ugrfade porta 



Porloria (Brés.). Pasa^nrt délivré 

par le chef du pmveraenent. - 
PorlukieAf (Se.). Faa.da]danUs. * 
Poi(MM>0«ton (Se.). G. de plantée 

aquatUiiiea. 
Poirtro (Esp.). Pâturage. 
Po u d U ig u ai. Beobes knttta do 

noraDx ordîBaîrenieat rimm 

par uBciaient. 
Povoaçào (Port.). Ville, vitlage, 

peaplade. 
i>McNE»<Bap.}. Expert. 
PrMtdto (Port.). Gamisoa. Lieu 

de dépertatioB. 
PHnwctai (Bap.). Premien fraiu. 
Primipa (Bsp.). Priaoe. 
Prïoiu (So.). O. d'îaaeetes eo- 

Uopl^.» 
Prior (Esp.). Pheor, aapérianr 

d'unconvenl. 
PriMMiifHM. Ayant b isnaa te 



PnanM. Forme crialriliaa. - 
Pne^ (Se.). G. d'(âsea«. 

DAolaiatiDn peli- 



ProtofarwmnliM [Sêf.)-. Pn- 

mier pkartuuan, 
PntQtnediealo (Esp.). TfifaUMl 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



4ta 



Pnxïmlor fPort.). Re c wear . 



- 4etetMiWr*dea Aade»' 



Oumoa (Se.). Plante cvHMhdMS 
Jw iMdeï. 8k grtàn* Mt »li<: 
mentaire. 

iMMfirtw ^V Mm d* IwfiBr- 
dillèredes indes. Sm éMa» 



Outnwi l^pt). KstiB* ^fi 

levé par le goavernentMt bit 
"Mp^Mhd'vMMw. 
OuMot. Pcàds-i* «M-tivw, de 



Piammte (Sc.), Orte 

" " " i« (âa.). Gto*p« (W a»4 du pcÙBon dont u 
Indieuda I'Am^uu 

l^lflrtji <SB.>.-ft. < 

AmuAo (BH>')i HMgW, 
°lpa*nH^riK>. P«iM4aH«i* 
brttt. 

iM d» MT*. VagoM Mi é|p*iii 



P«tllaetnu (Se.). 

emtÊÊ» fak). g. tinimém c» 
lé^tères. 

fwUo (Km.). VWm*. 
fuma (Se.). LiM d'Anéri^M. 

Amh <Un;, PéroT.). «tfcirfj iMiMpif t^iâÉ6>.<ig 

froides sur les pbl wn » éee des marie». 
GtHliMimt. JlHl<ili4i.).l>*<>W>^AriMl«» 

. PvMMfife). ScMMntifdafer piffKto ds la «riv 4v A fr. 

■ dt«taim> Bt,M. 



flkMM» (llpj>. QMIrt de «il* 
«kwM (Se.). Gmtti 4e mhiL 
&uarail« ( Sc. ). QMtbi b^D 

fiMQ. 

Ofbrada (Esp.). Ravi». 
Qiuimaâa {«eft ). ClMipa 




MnéMira te FtMM f Juteil 
n'existe ni m Portagal.ùMr 
Ikimi, ée autaii te hr vdoM' 

naies d'argent et d'or onklK 



oa>p»ir»pir la papi» 
te leia i^é^aïaiM ^a qilà 
enviroa trois diiikaMK iaa 
cenlime; lwwliiii)n:»nilHHBii. '. 
sa valeur est *m pea ffaste 



ih,Googlc 



«mité. SoMiriai ^Mr.). 

iHM itHM^skofa aurtstré- 

Mrs M[fl«lmi«Ds4iM^<3{Sin«<Férav.).HmdoMé 

cm-ci ne ' ' 

ont 01» valeur ae f(M»flifi " -" - r. 










Sarg«nU)-nu>r (Port.)4li«ie «ùli- 

«tMiw feur aKw(»Kt.'). fi^le, BvrUfkaa- 
ladie de la peau. 
atàaàmiSe.). G. ri'tHKM» léfR- 
doptëres de la Lrjbu dm* jRom - 



Kbeiraô (Port. 
Jlto (Bsp., Port.). Rivière, Beove. 
Boom. Plante Ât se senent les 
ludiei» pour se teindre en 
- ' MW^ 

Jto/o(ilré8.).Bou'leau. 
ihaiWHsIBai^. <lbMee 4'Mint*b 
ftweto*- (iipb^ .Nmd'atoaep. 




4 

pierre, Atntméi 



fV»* 



a«M(Baliv.). ft'HiàdMarimda 

i^ bwImm lee CmmAIm, «M 
Léiar^B, etc. 

Mwm. LiwflaiiléAMiriM. 
aiiia»,prilpi<M«oi^. 



Saya {SÊf.).-H^ nUérinra.deB- 



^'tffi^. G. *) OolÉ^liP*» 



fèM^mdsnaeclet oomuw. 



ScAtMMtik^.jfcR'd'uMPC 
'«épMiii», mtcxttMii^uiilMii»; 



SmAora [Port.). Madaia»^ «ne 






préparations " 



Serra (Port.). ifiMl» i* MÊm\» 



ih,Googlc 



420 CLOS 

SfTO (Port.). Hwtagne, coltiue. 

Sertcui [tutu]. DéBartiBOB ap 
pliqaé aax riions inhAbitée 
on peu hitHtém da Brésil, 
quelle que eoit d'aîlleois U 
conlbrmatioo de boa xd. 

S«rlMi (Fort.). Pluriel de S«rMo. 

Servieia (Poi^.). BiploîtatioD. 

Sit^ra (Bréa.). Nom d'un artm. 

5F<Ja(Sc,).a.depl>iUeBde laiaiD. 
des Hune. 

SidéroerkUi. Nom d'une roct 
composée de quartz et de lèf 
oligisle. 

Sidéropiammilet. Grôa argito-fer- 
riigioeux. 

Sigtiarda. Nom donné aux haïmes 
de KHileur au Séoégal. Ce mut 
est une corruption de Senora. 

Silicifié. Changé en silice. 

SUnnudM (Se.). Fam. de Pois- 

S0D8. 

Sirima (Bréa.). Nom d'un 

des -caBfDs éa BréalH ciMt le 

Cariama des. naionliaMa- 

Sitio (Brés.). Site, babitatk 

Sobre {Eap. ). Mot qui signiâe au- 



SbHifw. Mot an^a», signiluil 
bocari ; mtàHoé 11 broyer- les 

Slaplitm (Se,). G. d'ioMCM C0-. 

MopUn». 
St«rculM(Sc.). G.depto«fli. 
StraUê. Os applique-ce nom ais 

csnclwa dent se G«mpoM l'é- 

corceda gld}e. 
!botSUM«(vado(Brte.).âcM«HMé9vé. 

Higiatrat principal d'un village. 
Suekt (Se.). Cnir d&biBDr tanné. 
SuperMattUmeia{fmi.). SaiinMi- 

daaoe.- 
Suprtmo flOMaqo (Bip.). CodimI 

BBpériavr. 
Syémte. Roclw oon^Miéa de feW- 

spalh lamdlaire, de qurts et 

d'ampUiMle. 



rais ctùué daoa une montagne. 
Sottméei (Se.). Fam. de pbntes. 
SoUmim (Eap). Sublimé corrosif . 
&Hnbm*o(Esp.). Chapeaa. 
Sonehiu (Se). G. de plantai. 
S^rooli» (Esp.). Trouble ds la rea- 

piralion eaosé par ta raréliotioii 

de l'air. 
SpatUqM (Se.). Terraia de 

sitioQ. 
SpatuU (Se.). G. d'oisetai. 
Sptwmaeeti (Se.). Blase d( 

.teine. 
Stockât iSe.), G. de plmMaée ta 

luKL aeaSMgee. 
Suilactikt. ConcrélKm ealciÉns , 



Tabula* (Port.). Sorte de «afi- 

tUTM. 

Tafia. E^. d'alcoo) htt anc I» 

jBB de oaaae k anon. 
Tagmia (Sc.). G. d'taeeetes co- 

léoptèrea.. 
Taie. Sabstace minénle qoi a 

ordinaiNBMUmDe textumfaoif- 

lelée. HIe te oompoM de aiHce, 

de magnésie , d'oxyde de fcr, 

d'ea pead'alomiiwet'd'eBn. 
TaMa. Mica altéré par l'aetioa 

du feu. 
7aIAM (Port.). Taille. impAt. 
Tamar^dva (Bréa.). Fourmilier. 
Tamarin, Fmit d'un grand arbre 

originaire de l'iade. II «mUent 

une pulpe lazatÏTe. 
Tamariiu (So.). Bsp. àé Singes ' 

appartMtat k ta fiiDi. des 

Ogiititla. 



ih,Googlc 



TomAm (Piruv.). Sorte d'bMeU 
on de tsmansâniilB contrnitg 
4n tAnp&dw-JnbwH berddes 
nateg du Péroa et de ta Bo~ 
IMe. 

Tangara (8c,). G. d'oiMMn 

TmOalê {8e.). G, d'oiseBO. 

IVdft (P<rav.): Nom dout, ï 
Lima i la f^nmeyetétne do 
Mtmio. (Vajr. te dernier mot.) 

IVifMra (Eàp.). IbiaoK abeodoD- 
née. 

Tapir (Se. ). Gnid uinttl pscby- 
TdBcBM , tlaule nei ti«t BHongé 
en forme d'au petite Innpe. 

Taquara (BtéB:). BuataN. 

niante. Cntla-dMtéehé-dBLama 

' «t de qndfwe «otree herbe- 
yorei. C'est le ooaAiwUUe 1 
plus ordinairemeot employé 
dans lie partièa éievéie dés 
Andea. 

liirtahàg» (Port.). Tortw. 

Tatou (Se.). G. d'animaDs éd«- 
léa dent le corpe est leoottTMl 



Tarmta (Brria,). BeaUqae. - 



Tmbtia CUW.). (taiemMit des 
' ItidiMU CkirignaoM porterai» 
! UD 4Rm de la (âvro Wériene. 
n mfi MaH i ai m {Ssp.). HaveoD 

Wnponl d'nreacIMaatitw. 
- - (Se). «. d- 



Ttreewas DomUàeoM (Eap.). Le 
troisième jeorda Seigneor. 

TtrmitM (Se). G. d'insectes né' 
vroptéree vivaDt en eodété 
comme les Foannia. 

rmno (Brés.). District. 

Tetortria (Eip.). ^énrerie. 

7*itvit (Se.). G. d'artnwvwtt. 

Tiitamom (Se. ) . G. d'OlMdi. 

7^ ou npoia. Robe IlotMil* et 



IBE. Ul 

mm manches , qui dMoend da 
cm JDBqD'i mi-jembe. 

Toeadoret (Brés.). On appelle 
ainsi lee aidée de larririro; ils 
vont ordinafrement fa pied , et 
ont en général otiacnn k leur 
charge, pendant la marche, un 
lot de sept ranlea; 

Toetnho . ToieMo on Touettiho 
(Bréa.). Lard. 

ItosMau. Considéré comme vase da 

, coDlenance, le tomeaa n'est pas 
nne mesnre; il y a des toa- 
neani de taules les grandeura. 
Appliqué BU marchandises en 
général , le mot tonneau dé- 
signe, soil un poids de 1 .000 ki- 
logrammes , ou bien l'espace de 
(,iiD décimètres cubes. 

Toréadoret (Esp.). Nom donbé fc 
ceoi qui combattent les tau- 
reau, 

7brr*i»« fPorl.), ToureHe. ' 

Toitado (Ter.), farine de maït 
rflli. 

Totora (Per.). Nom de ptusieurs 
espèces de roseaux. 

Toueanê (Se). G. d'oiseaux. 

TourUturOttS (Se). Nom vnlgaire 
des Crabes de terre du g. Ge- 

Tonmaliiu. Eep. de silicate qui 
devteilt électrique par la cha- 
leur. 

Trabalhadoreê (Esp-). Hofflmee 
travailleurs. ' 

TraehyU (Se. ). Hoobe i plte de 



nvNMrm (Rrés.). Nom dé Dn- 



TrUAognabu ^). G. d'ioseetea 



ÏVQmHoo^rlIab (Sc). fletpMI n- 

BMdm k tèle triangoMn. 
TVt'nftan'ot (Bsp.). Triotté. 



t,Googlc 



nofiie^rt* (Se.). 9' d'mran 
Trompeteira (HÉ[k) : Oinn apfilé 



3Vopa (Brte.). Trat^ fW mlM. 
fh^wrof (Bréi.). Ctet qai pw- 

•Meol mw sa phûMi ' 

de iholes. 
nieuyo (Bsp.). PiAie dw toila de 

eolûû qo) sert au Ildienk 
nnva (Se.). Arbr* 4d BrWIi 
IWi (NniT,). VMit Al OutaU 
. »pp»lé fti qn a m . 
IVnn (Se.}. G. d'MKi 



t;ta{BréB.). Pirogue. 

Vibtco (PéruT.), PlaaU BHtriUve 

cnltivée au Pérotu et dont Im 

tobercules <uit quelque aaalogic 
- avec la pomme de terre. 
VMotniàadii» taCttriiod [Sâp.}i 

Dniversitâ if il Qiânté, , 
Vrma[Sc.). G. déplantes. 
[fru*u ark\ «*P. d? Vautour, 
VrviOea (Se.). îj, dç piaulas 

griii)MDl«S. 
UMiOaSft (Kep.). UtilUC 
t^tWculario {ScO, Q. oa p'antps, 

èrdlti ai rement aquatiques. 
Çm.{hrii».), Grgminé^ li^Qe})»* 

âput \e^ t)|j;et>çrve<it ^ Ftîre 

dèsOèclita. 



Vara. Âune portogaififl «lit VSt 

gnole, en Dsw» M Plhr«| «»«D 

Vanmdai^rés.). Oon^M^V*; 

d««Mrl« mimm im^tim- 

coopila.fHrstlMmlB,. ^ 



KarMà (fls.). FlM 

Kaf#)M (Mi.)} ÊÊtimgMtr Va- 
r^. ParcbM. ' 

Vtdor (Bsp.). OTBeiN de tMÉû- 
niiimies éipignOt*. 

pnnBrM. ' 
Vmu (Pen). Bo^M tmfm 

«m4 4e« «MMetiUfi. 
Veto. Pilon. 

KMoria(Se.),Gu dsphalM^aa- 
rkpiW ds (a BitB* iin. qM !s 
NéntalArd'Eitra^ 

Ki9a0Mr(aa.). AnDui te geM* lUt 



qodiléaéBia Wm. U ettfnpn 
abB ABdM. 
Vtfla(nirt. etl^h). Boiifgtfie- 

lita ville. 
n*Ml (Mir.}. Up. et Wnfc 

ftitiMi ^Miv.). Nwi d'ns 
eap. particiiUèMé 

de 80 reis. - 

Ml la ptMpeliMM 

fM W M WtaB M BiMI ;. la 



floffe.esill^BBfarlacaUaa* 

m pM 9iW smda qw 1(1 |H*c« 
da«««MllisMda naMii,.wit 
Poids de i graina <««*<roa 
S dâlMnoMi). 
('iuda (tiap.). Vmw. 

i^wptiM (fc.)^ SotMimt Mit 



,-,,ii,GoO(^lc 



Yafmu. Indiens. 
YmcAana. Matière extraite d'un 
palmier, qoe lea Iodi«w 



Ymrd. Heaora iDgUÎM. - 

— 0-914383. 
Ytêo (Ssp.). Gypse. 



YtÊMt (E*p.)'Bq>. de laandioc, 
l^ticalaR. 1 7* ligne de la note. 



ZoguM. Sorte de lance doDt u 
servent les nègres sauTages. 

Zoophyte*{Sc.), Classe d'à nimam 
infârienrg qai comprend les 
Méduses, les Ëpooges, etc. 



t,Googlc 



i,Googlc 



DEUX AiBS aiDIENS 

DE U COBSIILERE ses jWDK, REetEKUS À La PAZ 



tJJl Win^fMlL ROMDCXLAS (de CHIIQOISj^Ll). 




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i-rllyGOOJj^lC 



DE LA COflÈiLLikb Mi ANDES. AT 

DÈtJXIÈME »IR- ,. 



' Ândante. ^ 



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i'i'Vjjî]inii'''''i ni 



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AlAB INDIENS. 




Do,i,,-c,ih,.Googlc 



NOTES DE L'AUTEUR. 



1. J'ai eu occasion, dans ma desceate de VÀmatone (i. V, p. 105), 
de rappeler la tradiiioa qui est répandue dans le pays sur l'exhieuce 
d'une race à'kommes à queue. Depuis lora, afant Itilerrogé im grand 
nombre de nègres du Soudan, détenus en esclavage à Bahla, sur tes 
contrées qu'ils aTaieni eu occasion de visiter , je fus étonné de re- 
trouver parmi eux la même croyance, et plusieurs m'assurËrem avoir 
vu des bommes mnnis de cet appendice, en avoir tué. Je compte 
publier de cutieui détails sur ce sujet dans un petit onvrage ftiiiinlé 
tRenuignemenls »ur l'Afriquecentrale H iur une nation d'hommeê 
d queue, qui s'; ironveraii, d'après le rapport de nègres du SoudaiL " 



3. Le gouTcrneraeni Brésilien a publié une nouvelle statistique de 
la ville de Bio, et il en résulte qu'en lSâ9 la population se montait 
à 366,466 habitants , dont 205,906 pour les buii paroisses comprises 
dans Tenceinle et 60,660 pour les buit autres. 



ih,Googlc 



ERRATA DES DEUX PREMIERS VOLUMES. 



TOMK 1". 

!»»■ ligne, 

S6 17, aulitude; e( ce n'est pas. lUa: et ee ne Iblpas. 

SS 17, im lieu de ntiieui% du pcfs, lim: olMaui Ala «Me d'Afrique. 

M 0, aulitndti rolnbMdenutiie, (iwi.- miaiUre de Fiskc 

m 1, nlmtét: I* bibliotbtque, Uiit: In bibiiotbi^uM. 

Me U, M lieu dt. ■ fiuiity, liut.- mvhj. 

133 9 (DOte) , an lùn d«; tjyi (HaïUei, lîui: 1,731,01)0 piwtres. 

!7Â 3&, nu lira ib; le Pic d'IUbiri. etc., Uui: l« Pic d'Itabiri at une 

érupUon ferrique Irèspronancée; lilndur unpPal«aii, etc. 

353 iO , au tint de : les eipfdiUoDs. liiei: l'eipËdition- 

360 î, au litude: nassu , lisit : aaasu. 

TOME II. 

il 6, au lieu dt: at, Utei : ou esL 

85 8 etll, mlieude: Utt, IfMi .- Léry. 

35 15, au limdc; macaro, ItMi: martn. 

7» M, oHli'niiit.-il, fi*».- il*. 

3*0 33 . ouliwdc; dii-iept, fi'wx.' dU-aepi mille jeNt. 

391 3. au'iVude.-qualre reis, IiMi.quairBcentïreis. 

191 11, aprn quîDie cents ajouHt: reis la lirre- 

968 18, ou lïiu^.' appelés pantanals, lùa: appelés pan lanafs. 

383 3S , au tien de: celle de In riiiëre, 'Iiki.- l'ean de la rivière. 

Ï33 t&, im 'in< de: t.e KOuTeroeor, )t»i.- Le gouvernement. 

150 11 , au lieit de: Ubotetin, titei .- [Ubnlcliu. 

i6e 18. a» liai de: Gunas, titei: Guanas. 

172 16, au h'cu de: de peinlum lea plus. etc. , ïitet: des peintures, etc. 

tS3 ID, nu lieu de: Fabirus, \iut: Jabinis. 



Do,i,,-c,ih,.Googlc 



TABLE DES MATIERES 

DU TOME SIXIÈME. 



Avis de l'anteur 1 

Chapithe I. — De Santa-Gnit de la Sierra à Giiliprrez ... 5 

Cbapithe II. — Séjour à Guilerrez SU 

Chapitre Ht. — De Gullerrei à Sauces 50 

Ceapithe IV. — Séjour h Sauces 63 

Chapitre V. — De Sauces i Pomabamba 7A 

Chapitre VI. — Séjour à Pomabamba. ...... 90 

Chapitre VII. —De Pomabamba ï CiDLi . 100 

CHAPITRE VIII. —Séjour à ami tw 

Chapitre IX. — De Cinii h Tarija 132 

Chapitre X. — Tarija 132 

Chapitre XI. — Histoire des missions dp Tarija l&l 

Chapitre XII. — Tarija {sulle) 171 

Chapitre XIII. — Tarija (sulle) 183 

Chapitre XIV.— Tarija (suite) 196 

Chapitre XV. — Tarija (suiie) 209 

Chapitre XVI. — De Tarija iSao-Luis . 22i 

Chapitre XYII. — Séjour â San-Luls. aAo 

Chapitre XVill.— De San-Luis a Villa-ltodiigo 249 

Chapitre XIX. — Le Gran-Ch.-ico 269 

Chapitre XX. — Excursion dans le Chaco. 293 

C^APiTRK XXI. — EacuralondansleChaco(si)lie; .... 313 

Chapitre XXII. — i.e rio l'ilcomayo, 333 

Chapitre XXIII. — Le No Bfrmejo . 357 

Chapitre XXIV. — Retour i Tarija. — Voyage à Gbiiquisaca. 390 
Glossaire des mots srJentlflques <^iraD|çers el autres employés 

dans le cours de la relation àOl 



t,Googlc 



432 TABLE DES MATIÈUE5i. 

Deux AiKS iDdirns ùlâ 

Notes de l'auteur. 429 

Errata d» lomts 1 ei 11 430 

E de la cane de rExpédiiiou pin. 



FIN DE LA TADLR DU TOME SIXIÈME ET DEniSIER. 



i,Googlc