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Full text of "Fables choisies mises en vers"

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MISE S^V&rv'E RS, 

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Tde la fontaine. 1 

NOUVELLE EDITION: 

Imprimée fur celle 4e Paris in folio < avec 
les Notes de Mr. Coste, qui fervent 
à expliquer les pafiàges & les expres- 
lîons moins intelligibles pour la Jeu, 
neflè. 

PREMIERE PARTIE. 



C\fi&fi>F% 




à l e i n E y : ..' .;■; - 
Chez LUZAC et van DAAÏME, 

uDccuirin 



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T» WIW YORK 
PUBLIC IIBRARY 

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t ^ /»...** j » 






V I E 

DELA FONTAINE. 

JL*e rang & les dignités ont fouvent jette 
de l'éclat fur de petits hommes qui poffë- 
doient de -grands emplois. Les confeils 
qu'ils reçoivent, les fecours étrangers qui 
leur viennent, le bonheur même d'une 
infinité de hazards , & la flaterie, s'em- 
preflentde déguifer leur jufte valeur, & dé- 
lier leurs aétions aux événemens de l'Hi- ' 
ftoire les plus remarquables. - C'efl: ainffi 
que leu* nom , foutenu des mains de la* 
fortune & décoré d'une gloire qui leur 
fut abfoluffient étrangère, parvient à Ré- 
chapper de l'oUbli. _ Placés ailleurs , dé- 
pouillés de leurs titres & réduits à leurs 
propres forces, 1 ils n'euflènt peut-être rieti- 
laifle de fingulier après eux que la mémoire 
de leur parfaite inutiljté. x Car ni Fimpor- 
tance des emplois, ni l'amas des circon- 
fiances les plus bruyantes, ne nous diftin- 
guent point parmi -ceux qui penfent & qui 
feavent juger. Pour bien connoître les 
homihes, c'eft dans léuf vie privée, dans 
lei 1 Radiions les plus fimples & les plus . 
nati relies, qu'il fauches prendre: c'efl \k 

* .4 



iv VIE DE LA FONTAINE. 

<fu*îls îl'orft d'autres titrés pour être' tirés 
de la foule, que leurs vertus, leurs talens, 
& leur efprit. C'efl là, c'eft dans leur 
ame que réfident les droits légitimes & 
perfonnels qu'ils ont à notre eflime: tout 
le relie n'eil point eux ; & dans ce fens , 
il n'efl. point de légers détails qui ne Ycy,ent 
intérefîàns & qui ne cara&érifent une partie 
efïenticlle de ce qu'ils font. C'efl ce qu'à 
reconnu La Fontaine en nous donnant la 
vie d'Efope. Je ne fçaurois mieux' faire, 
en .écrivant la fienne, que de fuivre fon 
exemple. En effet, fouflraire les petites 
circonflances de la vie d'un Homme illu- 
ïlre , c'ell à mon avis dérober un plaifir 
véritable aux Leéteurs curieux, & les pri- 
ver des moyens les plus furs dç bien dé- 
mêler ce qu'il vaut. - 

C'efl, pourquoi j'ai tâché * en rejettant 
toutes puérilités , toutes anecdotes vulgai- 
res, de recueillir la plupart des chofesque 
"ai trouvées éparfes en différentes fources , 
& qui m'ont paru les plus propres à pein- ' 
dre l'efprit & le çaraftere de ce grand 
Homme, dont la vie fe recontre par-touc 
fans être nulle part (*}. .... 

(* ) J'emploie ici l'expreffion dontfe fervit M. l'Abbé 
d'Olive t .. de l' Acadéasie FrançoHe , lorsque je le confultai 
fur le projet de donner une vie de La Fontaine ; & je 
m'en fers avec d'autant plus de rccornioiflance , qn'en 
ayant lui -"même compare* une , très- fuccinte,à la vérité , 
donc je me fuis aidé , fon jugement jû&i£e la hardiefle £c 
k n^ce&tti de mon éntxcprû< v ~ 



•VIE DE LA FONTAINE, v 

Jean de La Fontaine naquit le 8. Juillet 
1621 , \ Château -.Thierry, ville de la 
Brie fituée fur la Marne. Son père iffii 
d'une ancienne famille- bourgeoife, y cfxer- 
çoit 4a charge de Maître particulier des 
Eaux, & Forêts ; & fa mère , Françoife 
Piddux , étoit fille du Bailli de Coulom- 
miers, petite ville à 13 lieues de Paris. 

Son éducation ne fut ni brillante ni 
fécondée des foins & de l'habileté qui fonf 
naître les talens. Mais la nature préfcrva 
la force des liens de FafFoibliflement , & 
peut-être de rextin&ion, où ils auroient 
pu tomber par l'incapacité des maîtres de 
campagne, qui- ne lui apprirent qu'un peu 
de latin. ' C'eft tout ce qu'il dût aux pre- 
mières inftructions de fa jeuneflè. 

A l'âge de dix-neuf ans , il voulut entrer 
dans l'Oratoire, Ton- ne fçait trop par quel- 
le infpiration. Mais il n'avoit point con- 
fulté fon caraétere , qui commençoit à fe 
décider, & qui l'éloignoit de tout afiujé- 
tifïement. Les règles & les exercices , 
■en ufage dans cette Congrégation ,' lui de- 
vinrent bientôt -un péfant fardeau : fon huV 
meur indépendante ne put s'y plier; il en 
fortit. dix* huit mois après. 

Rentré dans le monde , fans choix d'oc- 
xupations & fans aucune vue particulière, 
fes paréos .fongerënr à le produire. ' Son 
t>ere le œvêcir de fa charge ; on le maria 

*3 



tî VIE DE LA FONTAINE. 

avec Marie Herfcart,. fille d'un Lieutenant 
•au Bailliage royal de la Ferté-JMilon* 
qui joignait à la beauté beaucoup çTe/prit. 
Il n'eut y pour ainfi dire* point de part à 
ces deux engagemens : on les exigea de 
lui, & il 3'y fournit plutôt par indolence 
que par . goût. Aufli n'exerça - 1 - il la ^bar- 
ge pendant plus de vingt ans , qu'avec 
indifférence : ,& quant à fa femme , qui étoit 
d'une humeur impérieufe & fâcheufe , 
^'ën écarta le plus qu'il p.m > quoiqu'il fie 
cas d'ailleurs de foi* efprit r & qu'il la 
conftUtât fur tous les ouvrages qui lui don 
.aèrent d'abord quelque réputation. C'eil 
elle qu'il a voulu dépeindre , dans fà aoit 
telle de Belfegor* fous le nom de 



jBétk 6? bienfait '-, t ,* ♦ * * :* • 
„.-•....• mate d'un orgueil extrême l 
Et dautartt plus que de quelque vertu 
Un tel orgueil patoifoit tevêtUi, . 

Souvent les talens fè déveîopjJeiu par 
les infpirations, que l'on reçoit dans la jeu- 
neflè. Le père de La Fontaine aimoit 
paffionnément les vers % quoiqu'il fut d'ail- 
leurs incapable d^n JMger^ & plus encore 
d'en faire» Cette inclination lui étoit 
chère ; il vouloit la: voir renaître dans fon 
jpls qu'il ne sefToit d'exciœr à l'étude de k 



VrE DE LA FONTAINE, vir 

Poefie. Mais fes âiftances redoublées 
n'avoient encore rien eu de féduifant pour 
le jeune La Fontaine. Ittfjmfible atix attraits 
quon lui vantoit, il avoir atteint (a vingt- 
deuxième aimée , fans donner le moindre 
ligne d'un penchant qui devoir bientôt te 
captiver entièrement. Une rencontre im- 
prévue vint tout - à - coup 4« décider , . & 
fc germer dans fon ame l'amour de la Poe- 
fie que toutes les leçons & le goût parti- 
culier de fon père n T avoient pu faire éclo- 
re. Un Officier alors en garnifon fe Châ- 
teau-Thierry, lut un jour devant lui l'Ode 
de Malherbe qui commence par ces vers : 

Qtte direz • vous , races figurer, 

Si quelquefois un, vrai difiaurs , " 

Fous récite les aMaurts, . . > 

De nos àbomntbles jturî' l 

Cette Ode lue & déclamée avec emphafe^ 
tranfporta La Fontaine, & fit en même 
temps développer en Un le goût & l'en* 
tftoufiasme des vers (*). Malherbe dès cet 
inftanr fut l'unique objet de fes délices: il 
le lifoir, il Fétudioit fans ceflè; & non 
content de l'apprendre par cœur , il alloit 

(*) C'eft alors qu'il eût pu s'appliquer la ïurprif* de Perfci 
Nec fonte labr* Prolui cabatlîno : 
Nie in bictpUi famni*£4\P*r**j[o 
ïismini > nt repente fa Poëta prodirtm, 

Pcrf.'prolog. verfi t.'a, f** ' 



tiii VIE DE LA FONTAINE. 

jusques dans lestais en déclamer les vers. 
11 fît plus, il voulut Fimiter; & comme il 
nous l'apprend lui-même dans une épitre à 
M, Huet, les premiers accens de fa lyre 
furent montés fur le ton.& fur l'harmonie 
des vers de ce Poëte. ♦ 

•v ' * V * 

: Je. pri? certain auteur autrefois four mm.mMtrft' 

- Jlpenfa me gâter: à.lajin, grâce aux Dieux % 
. Horace par bonheur me déjîlla les yeux. 

- L'auteur ayoit du bon, du meilleur, {f la tramât 

- J EJlimoit dansjes vers le tour £f la cadence. 

1 _Qui ne les eut prifis ? y 'en demeurai ravi. * Z 
. Mais ces. traits -ont 'perdu quiconque l'a fuivL] 

C'eft aiqfi que débu.ta La Fontaine ; & 
c'eft ici, à proprement parler, Ja naiffan- 
ce du talent fupéricur qu'on . ne< . peut fe 
lafler d'admirer ; dans. . fes ouvrages , & 
qui les fera pafler à la poftérité la plus re- 
culée.' HeureufementV comme il le dît, 
le charme defîà; il ne s'en tint point à 
Malherbe. Glorieux de fe$ premières pro- 
ductions , il voulut en avoir des témoins 
pour eh jouir davantage. Son père fut le 
premier qui les vit, & le bon homme en 
pleura de joie. Flatté de ee premier fuc- 
' ces , il fut .chercher encore l'approbation 
(d'un de fes parens nommé Pintrel , Procu- 
reur du Roi au Préfidial de Château -Thier- 
ry^ homme de bon fens, quin'étoît point 



Vie de la fontaine . * 

fans goût , _& qui cukîvoit même les let- 
tres (*). Mais celui - ci examinant les cho- 
ies de plus près , loua d'abord Tes efïïris ; 
l'interrogea fur les routes qu'il fuivoit; 
joignit les confeils aux louanges, & vou- 
lut en lui infpirant des principes plus foli- 
des, le guider dans la carrière où il alloit 
fe livrer. Il lui mit entre les mains , Ho- 
race, Virgile, Térence, Quintilien, com- 
me les vraies fources du bon goût & de 
Fart d'écrire. La Fontaine fuivit ces avis 
avec.d'autant plus de docilité, qu'il ne tarda 
pas à fentir ces beaux traits d'une élégartee 
fimple & noble dont Malherbe s'éloignpit 
autant par une ardeur inconfidérée de gé- 
n : e, que par. une étude trop recherchée 
d'harmonie , d'expreffions ampoulées & 
ebrnemens fuperflus. 

A ces livres, il joignit la leélure de Ra- 
belais, de Marot, & de l'Aftrée de Durfé, 
feuls auteurs François qu'il affeétionnât. 
tîs étoient en effet, chacun dans leur efpe- 
:e, très -propres à nourrir & à fortifier la 
trempe d'efprit de La Fontaine, ainfi que 
le genre de compofition auquel fon goût 
& fon penchant le déterminoient plus par- 
ticulièrement. Rabelais lui infpif oit l'en- 
jouement ingénieux qui dévoit animer fes 

f *) On a de lui une traduction des Epîtres de Sénequc ,. 
Tprimcfc à Paris en 1681 «que La Fontaine eut foin (U 
**axr au Fiablic après fa mort. - 

*5 



x VIE DE LA FONTAINE. 

compofitions.. Maroc , qui lui fervît de mo- 
dèle, en préparoi t le ftyle; & l'Aftrée de 
Durfé broyoit, pour ainfi dire , dans fon 
imagination les couleurs riantes & variées 
de ces images champêtres r qu'il a fi bien 
rendues & quïhii font fi familières.. Quant 
aux autres Auteurs François y il en îifoit 
peu, y* divùrfiffant mieux 7 difoit-il/arw 
tes Italiens* Auffi lût r il fit relût - il 
FAriofte 6c Bocace qu'il aima fînguliére- 
ment y & qu'il fçut fi bien s'approprier, 
qu'en les imitant r il a furpaffé ces modè- 
les; Enfin , il fit fes délices de Pkton & 
de Plutafque* L'aflbrtiment de. cesrdeux 
auteurs à ceux* qu'avoît choifi La Fontai- 
ne, & qui nous indique le ; caraâiere fijî- 
guliçr de fon génie, paroît d'abord avoir 
quelque chofe de bizarre. Mais l'on doit 
en être d'autant moins furprrs, qu'un hom- 
me d'un d r efprft original fçait tout mettre 
à profit ; & que du fein de la gravité mê- 
me, fortent fouvent ce fel & ces penfées 
vraies & «ingénîeufes , qui font Famé de la 
badinerie & de l'enjouement , & (ans les- 
quelles toute coropofition languit. AufS 
La Fontaine avoît-il étudié férieufèment 
ces deux Auteurs % dont il avoit noté par- 
tout les maximes de morale ou de politi- 
que qu'il a femées dans fes Fables. C'eft 
ce qu'a remarqué l'un de fes fuccefleurs à 



VIE DE LA FONTAINE^ x* 

l'Académie. (*), {ur les-exemplaires de Pla- 
ton & de Plutarque, qui avoient apparte- 
nus à La Fontaine* 

Dès -lors*. livré aux Lettres * & d'vtt 
caraftere auflT libre qu'indépendant , 11 
s'abafidonnok tout entier à Ton goût & à 
fon penchant, fans fe reflentir des diftrac-» 
fions de fôn état & de fes engagemens , 
loriqu'unc petite avanrare parut troubler 
cette profonde indifférence. Un Capitaine 
de Dragons nommé P oignon , retiré à Ch&* 
teaii- Thierry, vieux militaire, par con- 
féquent homme d'habitude f âvoit pris en 
affeftion la maifon de La Fontaine, & 
confbmmoit auprès de fa femme le loifixf 
& l'ennui qu'il ne fcavoit où porter. Cet 
Officier iTétoit rien moins que gâtant, & 
fon âge autant que fon humeur, pouvoir: 
mettre à Fabri des ombrages, un mari 
même foupçonneux & jaloux. Cependant, 
foit par malignité, foii pour s'en divertir; 
on en fit de mauvais rapports à La Fontai- 
ne. Son caraftere fimjàe- & Crédule ne toî 
permit point de, rien examiner > de rie» 
approfondir: il écouta tpus les .dîfcourç , 
« crut même que fon honneur exigeofc 
qn'ilfe battit avec Poignah. Saifi de cette 
idée, il part dès le grand matin,- arrive 
chez fon homme, réveille, le preflè de 

(*) M l'Abbé a-OUv«t. <Voye* 1-HîiUlrc de l*Acift« 
«ic t Tomi 2. Mit. J743. p. 314* &c* • • ; - . 



J 



xh VIE DE LA FONTAINE: 

s'habiller & de fo*iï avec lui. Poignaft 
furpris de cette faillie, & n'en prévbyàm 
pas lé but, le fuit. Ils arrivent dans utl 
endroit écarté, hors des portes de la* ville , 
je "veux me battre^ avec toi , lui dit La 
fontaine, on. me l'a cotifàtté: & après lui 
en avoir expliqué les raifons, La Fontaine 
fans attendre, la réporife de Poigna» , met 
ï'épée à la main* &le force d'en faire de 
même. Le combat ne fut pas long. Poig- 
aan , fans, abufer, des avantages que l'exer- 
cice des arpies pouvoit lui avoir donné fur 
fon açlverfairç , lui fit. fauter d'un coup 
Ï'épée de la. main, & en même temps fen- 
tir le ridicule dei fon cartel. (Dette fatis- 
faétyon •> .parut ufuffifante à La Fontaine : 
Poignan le ramena chez lui , où ils ache- 
vèrent, en déjeunant,, de s'entendre mieux 
& de fe réconcilier. (*) » 

Les ouvrages de . La : Fontaine acquêt 
roient déjà de la célébrité,; lorfque la fa^- 
meufç Ducheflè de Bouillon , nièce, du Car- 
di^aLMazarin^ fot^xjlée à Châreau-Thierrjv 
Elle joignoit à l'aflèmblage heureux des 

-•(*) M.» Racine le fils , dans les MÉmoités qu'il a don» 
aés fur la vie; de Ton J^erc^ imprimas à Càhfanne k i 
Genève en 4747» Ç- '58, 259, 1^0, raconte ce fait à f^eu. 
|î>è$:de la même manière:' mais il ajoure qu'après ce 
combat, comme J>ighan prote^oit de ne plus remettre 
leV pieds cttez lui 1 , puifque^ cela avoitpû* lui donner 
qpfc^ûè'»uiqtji<ïtiide f Xa.Fontatne lui repartie en lui fer- 
rant la main x ( att contraire, j'ai fait ce que le Public vou- 
tfà-i ■ ivainttnçjttj* vtttx cjHi tu tienne chez..' ftiti ttm les 
jwrs, Jaus quoi je me /fait r A* (ncere avec let\ .... 



VIE DE LA FONTAINE, xitt 

grâces de fon fexe un çi^rfc badin, délîctti 
enjoué & cultivé. -Gurieufe des talens , fur- 
tout éprife de goût .pour le genre d'écrire 
qu'avoit embrafTé La Fontaine , elle s'em- 
preflà de le connaître & de l'accueillir. Le 
Poëte ne fut pas infenfible à fes avances : 
il lui fit affidûment fa cour; & le défir de 
Inï plaire, échauffe par les charmes de la 
Ducheflè , lui infpira cette gaieté libre & 
badine, à laquelle on prétend que nous de* 
vons les plus aimables de fes Contes. 

Lorfque Madame la Ducheflè de Bouil- 
lon fut rappelléé de Ton exil, elle emmena 
La Fontaine à Paris» Cette ville femeufe 
qui rafîèmble tant de beaux efprits; où les 
talens fe développent , & fe communiquent 
une chaleur réciproque ; où le vrai mérite 
peut briller de tout fon éclat ; cette Capi- 
tale , dis-je , avoit de puiflànt$ attraits pour 
La Fontaine. Audi ne Mïbit-il échapper 
aucune dés occafions qui pouvoient l'y 
conduire. Ç'étoit ordinairement lorfqu'il 
étoit excédé des humeurs de fa femme» 
Alors fans aigreur, (ans reprochas, il par* 
toit, & reflet à Paris autant que fes facul- 
tés pouvoient le lui permettre. Mais fon 
peu d'arrangement. dans fes affaires domefti- 
ques, & Ja mauvaifejoeconoînie de fa fem- 
me, ne lui permettoient pas fpuvent d'y 
faire un long ftjour: - L'un & l'autre fem- 
Hoienc être à'acçQrd. pour' diffiper un pa- 

*7 



»? VIE UEvLÀ FONTAme 

jrmïtône.hdï^te^ con- 

dition:. & c'eft peutdhxe le feiri cas où 
ces époux ayent marqué Je plus d'intelli- 
gence. 

A fon arrivée k Paris , La Fontaine y 
fit rencontre d'un de fes parens nommé 
Jannart* favori 'de M. Fouquet .Sur -In- 
tendant des Finances, & pour lors dans 
la plus grande faveur. La Fontaine profi- 
ta de cette rencontre * & de Taccës que fa 
réputation, déjà répandue, pouvoit lui 
donner auprès de ce Miniftre. Il lui fut 
préfemé; il lui plût; & pour rendre fa 
fituation plus aifée,; M, Fouquet lui fit une 
penfion. (*) La reeonnoiflance que La 
Fontaine conferva de. ce bienfait, eft con- 
fecrée par différentes pièces de vers infé- 
rées dans l'édition de fes œwres ftàfthuines, 
imprimées à Paris*» 8°. 1729, où l'on voit, 
qu'indépendamment <fe l'attention qu'il eut 
de feire< fa coût à Monfieur & à Madame 
Fouquet , il eut: là généreufe hardieOe de 
faire éclater. fes plaintes &,fes Regrets fur 
k difgrace de, ce Miniftre* arrivée en 1661 > 

* ( * ) La Fontaine * en tenoit compte à M. Foaquct , 
*ar une autre pepfion de vers qu'il lui payoit exactement 
pat quartier. C'cft en -fe préparant à cette forte de 
payement qu'tf dit dans une épitre à un de fes amh t 
, - , , T*q*ts , jemr. feint, vent antre fnëjiêi 
. ' J'envoirai lors , ]î Dieu me prête v$ê., 
' Peur* etchewr toute Ut penfom , ", 
Quelque Sonnet ptiin de dévêt ien> 
Ce terme ta , pourvoit 'être U pire , 
' .Qnifyvehji* fnt Ul* $4t**< ******* 



vie ïrç la fontaine: x* 

dans un temps où h CDlere du Roi & Ta 
prévention du Public ne permettaient guè** 
res une franchïfe fi courageufè. Quant à 
Jannart, qui fut enveloppé dâm la difgrace 
de fon maître, La Fontaine incapable d'a- 
bandonner foà ami, te fuivit dans fon exil 
& Limoges., 

A fort retour de Limoges d'où Jannart 
fut bientôt rappelle y La Fontaine fut gra» 
rifié d'une charge de Gentilhomme chez la 
célèbre Henriette d'Angleterre r premiéte 
femme de Monjteur* Mais il ne jouk pa* 
long -temps de cette pofirion brillante, ni 
des efpérances de fortune quelle pouvoit 
lui promettre. La mort précipitée de cet* 
te Princefiè Ui St prefque aufll-tôt éva* 
nouir. 

Cependant fès poefies M avoient acquis 
de puif&ns & généreux Protecteurs 5 à la 
tête defquôls étotent MonJ?eur r tyi. le Prin- 
eede Conti* M. de Vendôme, Mesdames 
de Bouillon & de Mazariru Madame de 
k Sablière (*} fur- tout, femme d^efprit 
& d'un mérite rare , te rechercha plus par- 
riculiérement encore. Elle connoiflbit l'in- 
différence de La. Fontaine non - feulement 
fur ce qui pouvoit concerner en gros fa 
fortune 7 mis encôfle- fur tous les menu» 

|*>fclîe aîmôit >a Poëiîc & la Philofb^îc, mais faha 
aJtentation. €*cft pour cll« que Berofer , $ui dcmeuroi» 
ckcz elle , fie l*»b*g< de GUGeadi, 



*vi vie DEXt a fontaine: 

détails de Son enquéri : perfonnel. EIÎôj 
eut la.générofité de. Fattirtr chez elle, & 
de le difpenfer des foins qu'il étoit incapa- 
ble de prendre, . 

La Fontaine jufques - là; ne s'étoit foute- 
nu à, Paris que par les bienfaits des Prote- 
cteurs dont je viens de parler. Mais ces 
fecours ,' tomme -on le fent, venoient de! 
loin en loin., & n'avoient rien de réglé. 
Il n'étoit pas homme à calculer fes befoins; 
auffi fe trou\;oit-il fouvent dans l'embarras. 
Il n'en étoit pas plus émû, & lorfque les 
reffburces lui manquoient , il s'en alloit à | 
Cbateau-Thlerry (**) vendre quelque por- 
tion d'héritage: qu'il revenoit auffi - tôt dis- 
liper à Paris &ns prévoir la néce.ffité future, 
ni s'inquiéter de la diminution vifible de 
fon patrimoine. 

* Chez Madame de la Sablière, il profita 
de la compagnie & des entretiens de Ber- 
nier, dont il prit de bonnes leçons de Phy- 
fique. Son dévouement aux Lettres , le 
rendoit jaloux de l'amitié de tous les grands 
Hommes de fon fiécle. . Il les connoiflbit , 
il les recherchoit avec empreflèment, & 
feififlbit toutes les occafions de s'inftruire, 
foit par leurs convertirions, foit en parti- 
cipant à leur étude &à teurs connoifiànces. 

(**VI1 -fa>foU ordinairement ce voyage tous les aas 
Te» Ic-xpqU de 1 Septembre, accompagne de BoiUau, 
JUcinc , Chapelle, jou de quelques autre* *mis. 



VIE DE LA f OOTAINÊ. xfti 

Il vifitoit fouvent Racial ils faifoient m» 
femble de fréquent* leôures d'Homère & 
des autres Poètes Grecs dans la verfioir 
latine , car La Fontaine a'entendoic point 
leur langue. Tous les deux à portée de 
fentir & de connoître les beaux morceaux 
qu'ils rencorttroient; ils les examinoiemy 
fe communiquaient leurs remarques & leurs 
réflexions. La Fontaine fur -tout s'affec*- 
tionnoit finguliérement des beaux traits qui 
Tavoîent une fois frappé. Son ame alors 
le rempliflbit d'une efpece d'enthoufiasrae 
qui, pendant plufieurs jours , s'emparoit 
de fon efprit au point de lui ôter la liberté 
•de s'occuper de tout «autre objet,, il y re- 
voit fans celle y il en parloit de même, 
Ceft ainfî, rapporte- 1- on, que s'écaftt un 
jour laifle conduire k Ténèbres par Racine , 
& que s'ennuiant de la. longueur de rOffi* 
ce , il fe mit à lire dans un volume de la 
Bible qui contenoit les petits Prophètes; 
11 étoit tombé par hazard fur la. prière des 
Juifs dans Baruch ,. torique fc , retournapf 
tout à coup vers Racine: qui étoit ce Bar 
ruch ? lui dit- il , Jçavtz-vous : que c'e/ï un 
beau génie? Pendant plufieurs » jours il 
fut continuellement occupé de Baruch, & 
ne fe laflbit point de demander' à ttfus ceux 
qu'il rencontroit: wei-vousM Baruch ¥ 
C étoit un grand génie.; Ce trait qui dap$ 
tout autre indiquecoit utfô >fQttç ryrgrife^ 



*vm VIE DE LA FONTAINE. 

«cara&érîfe h préoccupation naturelle donc 
i^efprit de La Fontame étoit fufceptîble * 
& la force impreffion qu'il ifecevoit des ob- 
jets fur lefquels il avoit une fois fixé fon 
«iprit. 

Mais ce qu'il y a de furprenant, c'eft 
que ce même homme fi négligent dans fes 
affaires & dans fes dehors , fi incapable de 
cous foins de fortune , de (routes vues po- 
litiques, étoit d'un confeil excellent & fur 
pour tous ceux qui, dans quelque fituation 
difficile, venoient lui confier leurs peines. 
Inferifibïe pour tout ce qui le regardoit, il 
s'attendriflbit à la vue des malheureux; il 
adpptoit, pour ainfi dire, l'état & l'em* 
barras de ceux qui étoient,dans l'infortune, 
ou <kns l'incertitude inquiette de la con- 
duite qu'ils dévoient tenir en certains cas 
qui pouvoient décider de leur fort: il trou- 
voit des expédkps heureux, & leur donnoit 
les meilleurs confeils. C'étoient les feules 
occafionsioù Ton peut dire qu'il fortoit de 
lui-même. 

* Toujours plongé dans quelque médita- 
tion, où il étoit comme- abforbé, on le*' 
voyoît dans une diftraétion prodigieufe, ne 
fçachant fouvent ni ce qu'on difoit dans une 
converfation , ni ce qu'il y difoit lui-mê- I 
me; h'moins qu'il ne fe trouvât familière- 
iriénrà table avec des perfonnes de fa con* 
noiflance, & qu'oto y traitât quelq\ie fujet 



VIE DÉ LA FONTAINE, xk 

agréable & de ion gobhSAlots fit contenan- 
ce & les traits de fa phyfemoroie- qui, dans 
toute autre tfecafîon , n annonçoient riea 
moins qu'un homme d'efprit, fe paroienc 
des grâces de fbn génie, fes yeux s'ani- 
moient , partaient le langage de fes idées ; 
û difoit tout ce qu'il vouïoit , &le'difoit 
fi bien qu'il enchantoit les oreilles les plus 
délicates» C'eft k ces inftans agréables* 
dont il ne s'eft jamais aperçu lui -même * 
qu'il devoit l'empreflèment qu'ont eu les 
perfonnes les plus distinguées de la Cour & 
de la ville, de jouir de fa conversation & de 
l'admettre à leur table. Mais Ton doit 
bien s'apercevoir par ce que j'ai déjà 'tracé 
de fan caraétere* qu'il ne donnait pas inr 
différemment par -tout la même (atisfaétîo* 
ni le même piaifuv Témoin l'avanture 
lapportéé par Vîgneul Marvîle (♦;. 

„ Trois de complot, dk-it, par le 
„ moyen d*i*n quatrième qui avoit quelque 
„ habitude auprès, de cet homme rare* 
„ nous l'attirâmes dans un petit cpîn de la 
„ vàle, à une maifon conférée aux Mu* 
„ fes* où nous hiî donnâmes uri repas* 
„ pour avoir Je plaifîr de jouir de fort 
„ agréable entretien. Il ne fè fit point 
„ prier ;il>int à* point nommé fur le midi* 
>, La* compagnie étoît bonne , la table pro* 
,, pre & délicate, & le buffet bien garnît 



*x VIE DE^LA FONTAINE. 

„ Point de compfe*ejis d'entrée, point de 

„ façons, nulle grimace, nulle contrainte. 

„ La Fontaine garda un profond filence ; 

„ on ne s'en étonna point, parce qu'il 

„ avoit autre chofe à faire qu'à parler. Il 

„ mangea comme quatre, & bût de même. 

„ Le repas fini , on commença à fouhaiter 

3, qu'il parlâç; mais il s'endormit. Apres 

? , trois quarts d'heure de fommeil il revint 

„ à lui. Il vouloit s'exeufer fur ce qu'il 
,,: avoit fatigué. On lui dit que cela ne 

s, demandoit point d'exeufe, que tout ce 

„ qu'il faifoit étoit bien fait. On s'appro- 

„ cha de lui , on voulut le mettre en hu- 

,, meur & l'obliger à teiflèjr voir fon efprit 
^.mais /on efprit ne parut point, il étoit 

a, allé je ne fçais ou , & peut --être alors 

a , animoit-il, ou une grenouille dans les 

.-„ marais, ou 'une ci^aiv dans les prés,* ou 

„ un .renard dan£ la tanière; car durant 

„ tout le temps que La Fonur'ne demeura 
pr avec nous, il.nç nç\à fembla être qu'une 

n machine fans ^me. On; Je jetta.dans un 

„ carroflè^ où nous lui dîmes açdieu pour 
,,. toujours. Jamais gens, • ne furent plus 

„ furpris, & nous nous difions les uns aux 

„ autres: comment fe peut -il faire qu'un 

„ homme qui a fçu rendre Spirituelles les 

„ .plus , groffiéres. bêtes du, monde y & les 

^ foire parier* le plus joli langage ^'on-ait 

„ jamais oui, ait une converfatiqn û^che 



* 



VIE DE LA FONTAINE, xn 

„ & ne puiflfe pas nota' un quart d'heure 
„ faire venir fon efprît fur fes lèvres, & 
„ nous avertir qu'il eft là. 

Une autre "fois, étant invité à diner dans 
un de ces endroits où le maître de la mai- 
fon pnéfente. un homme d'efprit aux con- 
vives , comme un des mets de fa table ; il 
mangea beaucoup, & ne dit mot. Comme 
S il fe retiroit de table de fort bonne -heure, 
| fous prétexte de fe rendre à l'Académie ; ; 
on lui repréfenta qu'il avoit très -peu de 
chemin à faire : je prendrai te plus iong, 
xépondit La Fontaine, & le voilà parti. (*y 

11 s'avifoit rarement d'entamer la cohver* 
iàtion ; & comme 1 éioit prefque toujours 
préoccupé, il y placent fouvent des idées' 
ou des réflexions bizarres & fingulières, 
auxquelles oh ne s'attendoit guères. Il 
étoit un jour chez M. Defpreaux .avec plu- 
fleurs perfonnes d'une érudition diftinguée; 
Racine , entr'autres ,- & fioileaù le Dodfeeur. 
On y parloit «depuis long-- temps de S. Au- 
guftin & de fes ouvragés ;, majs La Fontai- 
ne trariquille. & - filenrieùx , n'avoir point 
encore pris part à cette convention, lors- 
que s'éveillant tout -V coup au nom de 

(*) Ç'étoit chc* M. Laugeois d'Itnbercourt , Jerasîer* 
général , où M. Frcfon pfétfend qu'il fit fi b'enne cbirt avec 
f\ pt» dt dépe»ft d'tfprtt. M. i Racine», le Als, lAins \c%, 
Mémoires qu'il a donné fur la vjp àe fon pero . die que 
cttoit chez M. le verrier. Yoye* le Tome premier de' 
ce Livre., p*£C a$7» ■ • V ' • ,t 



te« VIE DÉ LÀ FONTAINE.' 

S. Auguftki , mtftowouf*, s'écria- 1.- il , en 
^adreffaitti à f Abbé Botleau , que S. /lu- 

fujîin eut plus d'ejprit que fyabelais? Le 
)oéteur interdit de la queftion, & le par- 
courant des* yeux avec furprife : prenez- 
garde, répondit-il, Monjieur de La Fon^ 
tcàne, vous avez un de vas bas à ftenmtrs 9 \ 
ce qui étoit vrai. 

Le bruit ni les difcours ne pouvoient 
troubler la léthargie apparente de fes mé- 
ditations* Il étoit auffi difficile de l'en re- 
tirer, que d^interrompre dans fa converfa- 
tiôn le fikdes idées, dont il étoit une fois 
gnimé. Dans un Tepais qu'il fit avec Mo- 
lière & Defpreaux, où Ton difputofc fur le 
genre dramatique; ilfe mitik condamner 
tes à parte. -Rien, difoit-il, tfejl plus 
contraire au bon fens* Quoi! le parterre 
entendra ce qu'un jlûeur n'entend pas , 
quoiqu'il foit à côté de céui qui parle ! 
Comme il s'échauflbit en foutenanc fon 
fenriment de façon-qu'il n'étoit pas poffible 
dé l'interrompre de de lui faire entendre un 
mot:. Il faut, difoit Deïpreaux à haute! 
voix, tandis qu'il parioit; il faut que La 
Jfontainejhit un grand coquin, un grand 
maraut,Qi répétoit continuellement les me- 
ttes paroles, fans que La Fontaine cédât 
de diflèrter. Enfin l'on éclata de rire;^ fur 
quqi revenant à lui comme d'un rêve in-| 
terrompii : de quoi riez- vous donc? .deman^ 



VIE DE LÀ FONTAINE, ont 

da-t-ib comment , *liri répondit Defpretnx, 
je rvïêpuife à vous*itojurier fort bout, & 
vous ne trïenpndez peint , quoique je fois 
Ji prés de vous, que je vous touche ; & vous 
êtes furpfis xpfun Atieur fur te théâtre 
n'entende point un à parte, qtiun autre 
AtMàr dis à côté de lui? 

C'étoît ainfi que Racine & Defpreaœt, 
avec lefquels il étoit extrêmement lié ; s*a- 
mufoieat quelquefois à fes dépens» Auflï 
Fappelloientrils le Bon-homme*, quoiqu'ils 
connuflcat bien d'ailleurs tout ce qu'il va* 
loit. Une fois, ^ntr'âutres, qu'ils étoient 
à fouper chez Molière, ave<> Defeoteâux 
célèbre joueur de flûte ; La Fontaine y pa- 
i rat plus rêveur & plus concentré en lui- 
même qu'à l'ordinaire. Pour le tirer de ùt 
diftraôioh, Defpreaux, & Racine qui étoic 
îfaturellement porté à là raillerie (*), fe 
mirent à l'agacer par différents, traits plus» 
vifs & plus piqudnfc lés uns que tes au- 
tres. Mais La Fùritâine ne sW déconcer- 
ta point. ïte avoient cependant pouflë <î 
loin la- raillerie, qtfe Molière touché cte 1$ 
patience & de la douceur de La Fontaine,* 
ne put s^empêcher d'en êtte; piqué pouHuiy' 
& de dire à Defcotèâux, en le -tirant à part 
au fortir de taWe, nos beaux efpfits orip 

I (*> M. a« Vâîîncmtrrifemarqîrc qnil aVcfit l'èfptir por- 1 
I xé à U raillerie, & çrêjfefiunç jc^ilberiç amjère. Voycf, 
, le» Mémoires fur la vie de Jçan Racine , pages 191», 



tenr VIE DB LA FONTAINE. 

beairfo trémaùfff*> ils n y effaceront pas té 
JSon r homme. ./ v *- 

La plupart de fessons n'étoient ni 
préméditées, ni fuivfes: le hazard en pro- 
duifoit une partie, & l'autre^ étoit l'ouvra- 
ge de£ infpirations d'autrui. Lorfque Ma- 
dame de La Fontaine fe» fut retirée k Châ- 
. t£au- Thierry, Racine & Defpreaux repré- 
feAterem à notre Poëte que cette réparation 
tt'étoit pas décente & ne lui faifoit point 
honneur. Ils lui confeillerent un raccom- 
modement. La Fontaine, fans délibérer, 
partit. . Il fe pendit . en droiture chez fa 
femme : mais le- domeftique de Ja maifon 
qui ne le connoiflbit point, lui dit que 
MajdamÊ J^e La Fontaine étoit #u Salut. 
Ennuyé d'attendre , il fut voir pn de fes 
amis qui le retint à fouper & à coucher. 
La Fontaine bien régalé, oublia fa million;! 
& fans fonger à fa femtrçe ,, fe remit le len-- 
demain dans la yoitfcre publique, & revint 
à Paris.. Ses am|s, en le voyant, s^çm-j 
préfèrent de lui demander le fuccèsde fon 
Voyage : Jlai été four voir ma femme 
leur dit- il , mais je m l'ai point trouvée 
elle- étoit au Salut. 

L'amour des Lettres eft fouyènt un vain- 
queur, impérieux , qui- dpmine fur:le$,fenti« 
ipens les plus naturels. Lorfque l'efprit e 
une fois livré à cet amour, les autres fa- 
cultés de l'ame^ languiflàftteg *; femblen 

être 



VIE DE LA FONTAINE, m 

être arrêtées à ce charme pûiflànt, & de* 
venir indifférentes pour les objets extérieurs. 
La Fontaine faifi par cet enchantement, 
écoit non-feulemènt incapable des conver- 
fations ordinaires^ ainfi que le grand Cor- 
neille., la Bruyère > Roufleau, Malbranche 
&c ; mais fon indifférence alloit jusqu'à 
l'oubli de lui-même & des objets qui le . 
regardoient de plus près. « Il eut un fila 
en 1660 (*) qu'il garda fort peu de temps 
auprès de lui. M. de Harlay, depuis Pre- 
mier Préfident, l'avoit adopté , & s'étoic ^ 
chargé de fon éducation & de fa fortune, " 
Il y avoit déjà plufieurs années que Lar 
Fontaine l'avoit perdu de vue , lorsqu'p» 
| les fit rencontrer, dans une maifon où Ton/ 
vouloir jouir du plaifir de la furprife du 
père. .La Fontaine v en effet, ne fe douar 
point que ce fut fon fils. Il l'entendit parier i 
& témoigna à la compagnie qu'il lui trou- 
voit de l'efprit & de très -bonnes dispolî- 
tions. L'on faifit % ce moment pour lui 
dire que c'étoit fon fils; mais fans en être 
plus ému : dh l répondit -il , j'en fuis 
bien-aife. 

Cette indifférence alloït en lui jusqu'à 
l'infenfibilité. Un jour Madame, de Bouil- 
lon allant à Verfailles,le rencontra le ma- 

I f *) Mort en 1722. De ce fils font iflus un garçon & 
trib filles f qui font encore èxiftan* 



^ 



*xvi VIE DE LA FONTAINE. 

tin qui revoit feul fous un arbre du Cours. 
Le fôir en revenant , x elle le retrouva dans 
le même endroit , & dans la même attitu- 
de, quoiqu'il fit très- froid * & qu'il n'eût 
celle de pleuvoir toute la journée.. (*). 
. C'eft ainfi, que travailloit fouvent La 
Fontaine : |pus les endroits lui étoient bons 
& indifférées. Il n'eut jamais de cabinet 
particulier, ni de bibliothèque. La vaine 
recherche des commodités , la manie de 
certains arrangémens , la fymraétrie étudiée 
des ornemens, la. composition & le choix 
d'un appartement ; toutes ces chofes , de- 
venues ibuvent l'inquiétude & le. tourment 
de quelques perfonnes d'éfprit , ' ne vinrent 
jamais piquer fon goût , ni troubler fa 
tête. La feule décoration qui lui vint en 
fàntaifie, fut celle^d'environner l'intérieur 
d'un cabinet, de toutes les figures , en pM- 
tre & en terre cuite , des anciens Philofo- 
phes qu'il pût raflèmbler ou faire jettcr 
en moule. Cer aflèmblage le divertiflbit : 
il appelloit ce réduit la chambre des Phir 
lofophes. (f). 

( * ) Ce n'cft pas dans une pofîtion femblabl* qirHo» 
race eut dit : N j 

~... . h*c *g* mteum l 

CempjreJJù agit* Ubrii. Vbi (juii détur •tt , i 

Itlttde thartis . I 

Horat. Sat. IV. v. 137 » &c. 

( t) V<5yct une T-ettre de lui à M. de Bonrepaux , <I U 3 1 J 
Aoûc 1687, inférée parmi, les œuvres de Saint-Evrcmonc, 



VIE DE LA FONTAFNE. xxm 

Le célèbre Lully natif de Florence, 
fe mit un jour en tête d'avoir un Opéra 
de IuL II fut le trouver, le cajola, & 
le berça fi bien des'promeflès les plus flat- 
teufes , qu'il parvint à fon but. Lully 
jétoit ardent , impatient ; & fon activité 
lue permit point à La Fontaine de s'endor- 
mir. II robfédoit fansceflè, foit pour des 
idispofitions toujours nouvelles de quelque» 
Ifcenes ; foi^ pour des alongemens ou ra- 
courciflèmens de certains vers , foit enfin 
pour des changemens qui varioient chaque 
jour au gré de fes caprices. Cet ouvrage 
étoit enfin fini, lorsqu'au bout de quatre 
mois de perfécution, Lully * fans mot di- 
re , abandonna La Fontaine & fon Opéra t 
pour adopter celui d'Alcefte de Qumault* 
qu'il mit en rimfique, & qui- fut joué, à 
Saint Germain devant la Cour. La Fon- 
taine, auffi fenfible à la perte de fon temps 
&. de fon loifir* qu'au mépris du Mufi- 
cien, ne put fe refufer à l'indignation 
qu'infpira ce procédé à tous, fes amis. 
C'eft à leur folliçitation qu'il cotnpofa le 
morceau plein de fel intitulé le Florentin , 
qu'on trouve dans fes œuvres pofthumes , 
& dans lequel en parlant du mauvais tour 
de Lully, il- peine ainfi fon cawtôere: 



♦ * 3 



xxvm VIE DE LA FONTAINE 

Il me fit travailler. 

Le Paillard s'en vint réveiller 
Un enfant des neuf Sœurs , enfant à barbe grife, 

Qui ne devait en nulle guife 
Etre dupe.; il le fut 9 £f le fera toujours: 
Vienne encore un trompeur, jene\tardera\ guères. QV. 

Incapable de haine., pu de conferver 
long -temps le reûèntiment des injures, 
il ne tarda pas à être fâché d'avoir écrit 
contre -Lully. C'eft c£ qu'on voit dans 
une de fes épitres à Madame de Thian- 
ge, où parmi les excufes qu'il emploie, 
& en parlant des confeils qui lui avoient 
été donnés, il dit: 

Les ccnfeils. Et de qui? du Public; c'eft la ville, 
Ceji la Cour., fcp ce font toutes fortes de gens, 

Les amis , les Mifférens, 
Qui m'ont fait eniployer le peu que j'ai de bile. 
- Ils ne pouvaient fouffrir cette atteinte à mon nom'* 
_ La méritois-je? an dit que non. 

•C'eft le feul reflèntiment qu'il eut dans 
fa vie. Son humeur tranquille & débon- 
naire le rendoit infëhfible à toutes les pe- 
tites délicateffès qui heurtent la vanité & 
qui bleflent l'amour - propre de la plupart 
des hommes. On eût dit qu'il étoit inca- 
pable de fentïr même la raillerie piquante : 



VIE DE LA FONTAINE, xxtt 

| on en a déjà vu quelques exemples. Auflî 
fes amis avoient-ils je droit de lui faire, 
ou de lui dire tout ce qu'ils vouloient: 
1 jamais il ne s'en fâchoit.— Il fouffroit aifé- 
ment leur mauvaife humeur , & ne leur 
tenoir que des propos obligeans , même 
dans les occafions où la patience peut é- 
chapper aux plus modérés. Le peu d'efti- 
jme qu'il avoit de lui-mêm>, (on hurai- 
S lité naturelle, capable de faire honneur à 
la piété même qu'il n'avoit pas > lui déro- 
boicnt la connoiflànce de ion mérite & de 
la fublimité de fes talens. Ses produc- 
tions étoient les fruits d'un génie aifé; 
elles couloient tellement de fource & loi 
| coûtoient fi peu d'effort , qu'il ne faifoic 
pas plus d'attention k ce qu'elles valoient, 
qu'il eh fàifoit à ce qui le regardoit lui- 
même. Perfonne n'ignora plus que lui 
Teftime dont il étoit digne: anffi étoit-H 
| de tous les hommes le moins propre k 
I faire remarquer qu'il la méri toit. 11 rew 
gardoit l'induftrie'qu'il eût fallu pour cela, 
comme une peine, ou comme un foin qvà 
ne le concernoit pas* \& qui n'étoit que 
l'affaire des autres. C'étok en vain qu'à 
| table ou dans un cercle, on auroit attendu 
de lui quelque propos ou quelque récit 
I qui répondît à la licence répandue dans 
I uae bonne partie de fes ouvrages. Perfonf 



*xxii VIE DE LA FONTAINE. 

tfy aura plus çf interprétations. Ce pro- 
jet eut le fuccès qu'on en attendoit: 
chacun fe tût, & La Fontaine reprit fe 
tranquillité ordinaire* . 
. La mort de M.de Colbert arrivée en 1 68 3, 
îaiflà une place vacante à l'Académie Fran- 
çoife, pour laquelle La Fontaine (*) & 
Defpreaux furent en concurrence. Ces 
deux grands Poètes avoient également le 
droit de fe mettre fur les rangs. Mais la 
licence répandue dans ks ouvrages de notre 
Auteur (**} réveilloit dans cette Compa- 
gnie une délicateflè qui femblok ne devoir 
pas lui être favorable. Cependant La Fon- 
taine que la plupart des Académiciens défi- 
roient pour confrère, à caufe de ion rarç 
génie & de fa grande réputation, eut feize 
voix contre^ fept.. Mais Defpreaux étoif 

})lus connu à la Cour. Louis XIV. même 
'honoroit d'une bienveillance particu- 
lière (***). Son parti fe hâtj d'intéreflèr 

(*) Il atfoit alors 6$ ans. 

(**) Lorsque La Fontaine témoigna foohaiter d'être 
admis à l'Académie Françoife , il écrivit , dit M. Perrault, 
une lettre À un Prélat de U Cemptgnie , eu il tnarqueit (r te 
éépUifir de s*étn Itijfé slltr À une telle licence > &. la réfe* 
lutien eu il éteit de ne plms tempejer rien, de femblakle, 

*<***) Il «toit chargé dès ce temps -là par Louis XI V4 

^'écrire fon hiftoirc , conjointement ayee Racine; & 

Y^Tpreauz étoit alors à la fuite de ce Prinre , pour étr* 

tétooin oculaire de fc» expéditions. M. de Val incourt fuc- 



VIE DE LÀ FONTAINE, xxxm 

la religion du Roî: & les ordres qu'on en 
attendoit pour la réception de La Fontai- 
ne , demeurèrent fufpendus. Dans cet 
intervalle y il parut fentîr l'éguillon de là 
gloire qu'il avoit jusqu'alors regardée avec 
trop d'indifférence. Ses amis vinrent i'ex- 
, citer & le tirer de fon inaâion naturelle, 
U fe donna des motivemens, & ^réfenta 
au Roi une Ballade, donc î'eftvoi eft ajufté 
aux circonftances dans lesquelles fe trou- 
voit La Fontaine. Il y follicite en fa fa* 
veur , & tire parti du refrain qui fert- en 
même temps à célébrer la gloire du Mo* 
narque. 

Quelques efptits ont blâmé certains jeux, 
Certains récits qui ne font que /omettes} 
Si je défère aux leçons qu'ils m'ont faites, 
Que veut - on plus ? foyez moins rigoureux p 
Plus indulgent, plus favorable qu'eux , 
i Prince 9 en un mot, foyez ce que vouï êtes t - • 

L'événement ne peut que m'être heureux. 

Il prit fort à* cœur le fuccès de cette 
i affaire y & c'eft le feul trafc d'ambhionî 
I qu'on puiffe remarquer dans le cours de (à. 
I vie. Cependant fix mois s'étoiemt écoulés 

i - . . - 

céda à Racine , & fut alïbcié à Defprcaux , après la. 
mort duquel il ccfU feul chargé* de cet ouvrage. 



xpav VIE DE LA FONTAINE; 

fans décifion de la part du Rof; lorsqu'une 
autre place vint à vaquer à l'Académie par ! 
la, niort de M- de Bezons ; Defpreaux y fut 
élu. Ce fut alors que Louis XIV. mieux j 
difpofé en faveur deDefpreaux, mais qui* 
s'étoit fait une loi de ne jamais prévenir les 
fùffrages de l'Académie, stexpliqua.ainfi au 
Déput% qui venoit lui rendre compte de 
'cette féconde éleftion: Le choix qu'on a 
fait de M* Defpreaux, rriejl très-agréable , 
& fera généralement approuvé. Vous 
pouvez, ajouta- 1- il 9 . recevoir inceffam- 
mènt La Fbntàine, il a promis d'are 

X'Aèadémie reçut avec joie cette appro- 
bation; & fans attendre k réception de| 
Defpreaux qui fe trouvoit en Flandres avec 
le Roi, & qui eut été faite le même jour;! 
elle fe hâta de procéder à celle de Lai 
Fontaine qui fe fit le 2. Mai 1684. ^ et 
empreflèment , & la haute opinion qu'on 
avoit de fes. talens, furent manifeftés publi- 
quement dans cette aflèmblée par M. l'Ab- 
bé de' la Chambre qui étoit alors Direélemv 
Il prit la parole, &.s'adreflànt à La Fon- 
taine: V Académie, dit -il, reconnoît en 
vous, Monfieur, un de ces excellens Ou- 
vriers, un de ces fameux Artjfçws de ta 
belle gloire, qui vatafoulager dans les fr<*- 
vaux qu'elle a ^entrepris pour l'ornement 



v 



VIE D ET LÀ FONTAINE, xxxv 

de la France, &pour perpétuer la mémoi- 
re d 'un régne fi fécond en merveilles. 

Elle reconnoit en votif, un génie aifé & 
facile, plein de déHcatejfe & de naïveté, 
quelque chofe d'original , & qui dans fa 
Jimplicité apparente & fous un air négligé^ 
renferme de grands tréfors & de grandes 
beautés. 

II fut eftimé & chéri de fes confrères f 
parmi le(quels il parut toujours avec cette 
candeur & cette bonté de Carpétere qu'on 
ne peut fe donner, ni même imiter quand 
on ne Ta pas. Simple, doux, ingénu, 
plein de droiture, il n'eut jamais la.moia- 
dre mésintelligence avec aucun d'eux. Lor* 
même que Furetiére fe fut rendu indigne 
de la place qu'il occupait à l'Académie, & 
qu'il fut quefliôn de Fen exclure; (*) La 
Fontaine ne put fe réfoudre à concourir à 
cette flétriffùre. Il voulut 'donc étayer 
Furetiére de fon fuflrage ; niais maîheureu- 
fement, l'une de fes diftraftions ordinal 
res *(t) le.fuiprit au moment qulori alloiç 

* 

{*) Voyez HHftoirc de l'Académie par M., Peli/ïbn» 
où les particularités & les caufes de cette exclufion font 
detaUlées. 

{\) Parmi plusieurs diftra&iôns , on rapporte qu'il por> 
toit depuis deux jours un habit neuf, fans s'en être aper* 
c u ; lorsqu'un de fes amis qu'il rencontra dans î» rue» 
tint lui canfex une grande furprife , ea lui ca ftifani fa» 

**'6 



•xxxvi VIE I>E LA FONTAINE. 

au fcrutin pour cette exclufion. Au-Iieti 
de placer fes* boules comme H le falloît, il 
mit la noire où devoit être k blanche, & 
ajouta une voix à, celles qui étoient déjà 
contre Furetiére ,. ce que celui- ci ne lui 
pardonna ,pas. 

La. Fontaine ne connoiflbit ni .les intri- 
gues m l'art de briguer les faveurs ; il 
fuyoit. la Cour , pouf laquelle il n'avoirpas 
inoins d'éloignement que pou* tous, ceux 
auprès desquels ilfalloit s'aflujettir, fe con- 
traindre^ ou fe déguifer. Mais il n'eft pas 
moins furpreuant. qu'il ait échapé feul, 
fcarmuous lesgrand&Hommes de fon temps* 
aux libéralités & aux bienfaits de Louïs 
XIV. auxquels , comme l'obferve M. de 
Voltaire , il avoit drok^de prétendre & pat 
fon mérite & par fa pauvreté. Après la 
mort de Madame de la -Sablière y il fe trou- 
va réduit dans 1a fituatïon la plus difficile à 
fupEPrcer., £Jn perdant, cette illuflre amie, 
La Fontaine perdit auifi les douceurs de la 

eompUmeiit.' C'Étoit Nfadame d'Hervard . dont j'aurai 
©ccafion de parler dans la fuite, qui, à Wnfçu de I a 
Fontaine , ayoit fait mettre cet habit dans fa chambre à 
la place* de celui qu'il portait ordinairement. 

Une autre fois, & ce fait eft confirmé par une twdî* 
tion bien confiante , il oublia d'avoir été à l'enterrement 
-d'une perfonne , chez laquelle il arriva pou» dîner avec 
OHetaues amis qui s'étoient ejnbarqués.Tous fa conduite, 
Malr le portier lui ayant dit que fon maître étoit mort 
depuis huit jours: . ahl répondit La Fontaine avec ftoa* 



VIE^DE LA FONTAINE xxsro 

vie qui lui étoiént k$ plus chères & les 
plus précieufes. Son repos & fa trariquili- 
té en furent troublés;. H fe vit ifolé, & 
contraint de pourvoir à fes befoms, deve- 
nus plus fenfîbles pair l'âge , & que l'atten- 
tion & la générofitéde fa bienfaitrice lui 
avoient laiflè ignorer pendant une bonne 
partie de fa vie. La néceffité v s'il fiiut le 
dire, penfa pour lors l'exiler de fa patrie, 
& dérober honteiifement à la France l'un 
<les génies qui lui ait fait le plus d'honneur. 
Il étoit auffi connu par fes ouvrages en 
Angleterre, qu'eftimé par le* qualités de 
fon ame. Madame de Bouillon (*) s'jr 
trouvoit alors avec Madame de Mazarin fa 
feur. 'Elles apprirent que La Footaina 
se vivoit pas commodément à Paris: elles 
voulurent l'attirer à Londres", & fe joigni- 
rent pour cet effet à Madame Harvey (**)> 

(*) Elle étoit arrive** en f Angleterre dès l'année 1687s. 
pour voir fa fœur. 

■(**) Elifabeth Moataigu , veuve de M le Chevalier 
cMlarvey , mort â Confiant inople. où il avoir été envoyé 
cd Ambaflade fat Charles If. Cette PtcK »voit beaucoup • 
d'efpric & de mérite. C'eft elle qui contribua le plus 4 
faire venir en Angleterre Madame de Mazarin , ave'c qui 
elle lia enfuite une amitié très- étroite. Etant allée à 
Paris en 168), La Fontaine eut ion-vent occafion de la 
v*îr cïitz Milord Montaigu fon frère ,,Ambafladcur d'An* 
glttcrre. Elle lui donna alors le fujet de la Fable du 
T^tnArd ^*£/«/s, oh La fontaine a fait entrer foa éloge» 
& Qu'il lut adre& r 



sxxrm VIE DE LA FONTAINE. 

-au Duc de DevônsMre, -fc Mildrd Montaf- 
gu, à Mîlord Godolphin, qui tous enfem- 
Me s'engagèrent à lui afluret une fubfiftan- 
ce honorable. Saint -Evremonç ne fut pas 
-le dernier à vouloir le féduire. Il lui écri- 
vit plufieurs lettres , & La Fontaine étroit | 
ébranlé, lorsqu'il fot détourné de ce voya- 
ge par les dernières circonftances de fa vie 
dont je vais rendre compte. (*) 

Vers la fin de 1692, il tomba dangereu- 
fèment malade. Jusqu'alors il n'avoit guè- 
Tes porté fa vue fui* le culte ni fur les ob- 
jets de la Religion ; & les affaires de ion 
falut avoient été enveloppées dans l'oubli 
. & dans la profonde indifférence qui régnoient 
fur fa vie. La loi naturelle dirigeoit fon 
<cœur, & guidoit l'innocence de fes mœurs. 
Son efprit ennemi du travail , incapable d'ef- 
fort ou de contention de quelque nature 
qu'elle put être , ne fe donna jamais la pei- 
ne de fuivre long -temps le même objet^ 
N & moins encore de fe porter à la contem- 
plation des chofes qui fonr liors de la ïphè- 
re naturelle de l'homme. Le Curé^de S, 

( * ) L'on prétend qu'alors La Fontaine fe mît à appren- 
dre la langue Angloife , & que la fteherefle & l'ennui de 
cette étude le détournèrent d'allvr en Angleterre. Mais 
notre langue y étoic dès ce temps auflî connue qu'au* 
jourd'hui. Saint • Evremont , i portée de l'inftruire de 
ce qui s'y paflbit , n'aporit janwii l'Angloisj & ta Fon» 
taine étoït moins capable qu'un autre', d'être arrêté par 
nue précaution auffijuperihic. 



.y 
VI.R DE LA FONTAINE, xxxtt 

Roch, informé de la maladie férieufe de 
La Fontaine , lui envoya le P. Poujçj ( * ), 
homme d'efprit, & qui pour lors étoit Vi- 
caire de cette Paroiflè, Ce prêtre pour 
donner à fe vifite un air moins férleux & 
moins fufpeft, fe fit annoncer de la part de 
fon père, chez qui La Fontaine alloit quel- 
quefois, pour s'informer de l'état de fa fan- 
té. Pour lui ôter toute méfiance , il fe fit 
accompagner d'un ami commun qui l'gtoit 
encore plus particulièrement du malade» 
Après les politeflès d'ufage*, le P. Poujet 
fit tomber infenfiblement la converfatioa 
fur la Religion , & fur les preuves qu'on 
en tire tant de la raifon que des Livres 
faims. Sans fe douter du but de fts dis* 
cours : Je me fuis mis, lui dit La Fontaine, 
avec fa naïveté ordinaire, depuis tjuetque 
temps à lire le Nouveau Tejiament :je vous 
qffure, ajouta- 1 -il, que feft un fort bon 
Vivre \ ouiJ>ar majoi, c'efl un bon livre* 
Mais il y a un article fur lequel je nemefuif 
j>as rendu ^ tefl celui de l'éternité des pei*^ 
nés: je ne comprends pas , dit-il, comment 
cette éternité peut s 'accord r avec la bonté 
de Dieu. Le Père Poujet fatisfit k cette, 

(*) UmmbU P«»j*t\ Il venoit de quitter récemment 
le» bancs de Sorbonne oh il «voit pris tous fes grades fe 
le bonnet de DoSeur. fl entra depuis dans l'Oratoire* 
)1 compofa le Catéchisme de WontpeUier, & mowut % 
Taris en 1713- 



& V.IEDE t,A FONTAINE, - 

obje&ion par les meilleures raiftms qu'il 
put trouver dans ce moment; & La Fon- 
taine, après plufieurs répliques, fut fi con- 
tent de l'entendre , qu'il le pria de revenir. 
Le P. Poujet ne deiaandoit pas mieux; il 
partit , & lui laiflà l'ami qu'il avoir amené. 
Le but de cette réparation préméditée étoic 
d'amener La Fontaine k la confidence de 
fes fentimens. & de. fes difpofitions préfen- 
tes v En effet» farisfait de cette vifite, il 
dit k fon ami , que s'il avoit à fe confeflèr» 
il ne prendrait point d'autre dire&eur que 
cet Eccléfiaftique* 

Le P. Poujet inftruit du fuccès de fa vifi- 
te , fut exaét depuis ce temps à lui en ren- 
dre, deux par jour, dans lefquelles il ne 
'ceflbit, en le familiarifant avec fes dis- 
cours , d'éclaircir fes doutes 9 & de répon- 
dre à fes quefiions avec Tadreflè & la fa- 
gefle d'un habile homme. Ce n'étoit au 
fond, ni l'impiété, ni l'incrédulité qu'il 
ivoit à combattre. La Fontaine toujours 
vrai, toujours fincere &,rempli de bonne 
foi, ne cherchoit qu'à s'inftruire , & à fe 
convaincre. Il ne vouloit point faire tenir 
à fa bouche un langage que fon cœur ou 
fon efprit déraentiflènt. Je ne rapporterai 
point les différentes objeftions qu'il fit , ni 
la manière dont le P. Poujet fçut y-Tatis- 
feire. Mais je ne fçaurois pafler fou$ filen- 



VIE DE LÀ FONTAINE, l» 

ce deux points intéreflàns fur lefquels La 
Fontaine eut peine à^ fe rendre» Le pre- 
mier fut une fatisfeétion publique fur fes 
Contés, que ce Directeur exigea de lui: 
l'autre, la promeflè de ne jamais donner 
aux Comédiens une pièce de théâtre qu'il 
avoit compofée depuis peu , & dont il avoit 
reçu les applaudiflèmens des connoifleurs., 
& des amis auxquels il l'avoit lue. 

Quoique La Fontaine ne regardât pas 
fes Contes comme un ouvrage irrépré- 
henfible, il ne pouvoit cependant kna.- 
giner qu'ils fuflènt capables de produire 
des- effets auffi pernicieux qu'on le pré- 
tendoit. U proteftoit qu'en les écrivant 
ils n'avaient jamais fait de mauvaifes int- 
preflions fur lui : & comme fa manière or- 
dinaire étoit de juger des autres' par lui* 
même; U atcribuoiç ce qu'on : lui difojt là- 
deffîis à une trop grande délicatefle. C'eft 
ainfi qu'il fe deffendoit contre l'efpece d'a- 
mande honorable qu'on .. exigeok de lui; 
jtiaîs l'éloquence du P. Poujet l'emporta 
far fes répugnances. La Fontaine cou* 
vaincu, fe féfigna, & confentit à tout ce 
que ce Directeur jugeroic néceflàire & conr 
venable dans cette occafion. Quant a la piè- 
ce de théâtre, il ne fe rendit point avec la 
même docilité. Les difcuffions &Ja con- 
croverfe, entre fon ami Racine &M. Ni- 



xlii VIE DE LA FONTAINE, i 

. cole fur ce point , étoient encore préfentes 
à fon efprit. La décifion du P. Poujet lui 
parut trop févere; il en appella à une 
confultation en forme de plufieurs Doéteurs 
de-Sorbonne. Elle ne lui fut point fevo- \ 
rable ; & fans balancer il jetta fa pièce 
au feu fans en retenir de copie. Cet ou- 
vrage eft refté perdu , on n'en fçait pas 
même le titre. 

Parmi tous ces débats & toutes ces ex- 
hortations où fe trouvoient employées tantôt 
une douce perfuafion, & tantôt la crainte 
des peines de l'autre vie ; je ne dois pas 
oublier les réflexions de la Garde de La 
Fontaine, qui défignent d'une manière 
*ufli naturelle qu'originale, les fentimens 
•& l'opinion qu'il infpiroit de lui. Eh ! 
ne te tourmentez' pas tant, dit- elle un 
jdur avec impatience au P. Poujet, il eft 
fluf bête que méchant. Une autre fois avec 
un air de compaffion, Dieu n'aura jamais, 
difoit - elle , le courage de le damner. 

Enfin après plus de fix fèmaines de con* 
férences affidues & redoublées, La Fon- 
taine fit une confeffion générale , & reçut 
1e Saint Viatique le 12. Février 1693, avec 
des fentimens dignes de la candeur de fon 
ame, & des vertus du meilleur Chrétien. 
C'eft dans ce moment qu'avec une préfence 
d'efprit admirable, & dans les meilleurs 



VIE DE LA FOItTAINE. xlui 

termes, il détefta fes Contes (*) en pré- 
fence de Meffieurs de l'Académie. l\ les 
avoit fait priçr de fe rendre chez lui par 
Députés , pour être les témoins publics de 
fon repentir, de .lès dtfpofitions, & de la 
proteftation autentique qu'il fit de n'em- 
ployer fes talens à l'avenir, s'il recouvroit 
la fanté, qu'à des fujets de piété» (**) 
Il tint exactement parole* (***} U revint 

(*} Il renonça en même temps au profit qui davott 
lui revenir d'une nouvelle édition de -fes Contes qu f il «voit 
retouchée, & qui ^'imprimait alors en Hollande. - ; 

(**) Quelques - nus entrent alors que La Fontaine étoic 
mort • ou qu'il ne releveroit point de cette maladie : fe 
ce fut dans ce temps que le Poète Ligniérè répandis dan» 
fins l'Epigramme Tuivante. 

Je ne juger** de met trU 

D*etn hemme **A*t <j**il fest Heintt 

Teliffo* êfi port en impie. 

Et Lm Fentdine femme un feint. 

Cependant aucun de ces faits n'étoîent vrais. Car L# 
Fontaine ne mourut pas ; & de ce que 1a violence de U 
maladie avoit furpris Peliuon fans lui donner le temps 
de recevoir les derniers Sacremetis qu'il avoit différé au 
lendemain » l'on ne pouvait en inférer qu'il fût mois eu 
impie. 

(***) C'eft par une erreur oeuiéflécfeie ft «al hasar- 
dée, que Lokman, dans fpn livre des Amours de P fiché 
& de Cupidon, en Amglois, /« 8vo. a 744/ imprimé & 
Londres ,. fuppofe dans une vie qu'il a voulu donner de 
La Fontaine , qu'après cette maladie « M compofa encore 
Quelques pièces trop libres & dans le goût de fes Contes. 
Il en cite pour preuve l'édition d'un livre intitulé Ouvrât s 
gts de Preje & de PoSjte , des fient* de Maucrey & de Lé 
Fentéine, qui parut en i6Sc ; époque bien antérieure à lu 
converuon de La Fontaine, & qu'il pouvait aifémen* 
tojuttjtcr, y 



*ur VIE DELA FONTAINE. 

de cette maladie , & la première fois qu'A 
put affifter à l'Académie, il y renouvella la 
proteffation qu'il avoit faite devant les Dé- 
putés, & fit lefture dans l'Aflemblée d'une 
Paraphrafe en vers François de la Profe des 
morts Dies ira. Il l'avoit compofée pour 
s'entretenir de la penfé de la mort , & pour 
fe pénétrer des vérités les plus terribles de 
la Religion. 

Le jour qu'il reçut le Saint Viatique, 
Monfieur le Duc de Bourgogne qui n'avoir 
encore atteint que fa onzième année, fit 
une aftion digne du fang des Bourbons. De 
fon pur mouvement , & fans y être porté 
par aucun confeîl, il envoya un Gentil- 
homme à La Fontaine pour s'informer de 
l'état de fefanté, & pour lui préfenter de 
fa part une bourfe de cinquante louïs-d'or. 
Il lui fit dire en même temps qu'il auroit 
louhàité d'en avoir davantage; mais que 
jc'étoit tout ce qu'il lui reftoit du mois cou- 
lant, & de ce que le Roi lui avoit fait 
donner pour fes menus plaifirs. Ce Prince 
dans qui l'Europe voyoit de fi bonne-heure 
germer les vertus & les lèntîmens dignes 
de la grandeur de fon rang, fe mit dès ce 
temps à la tête des bienfaiteurs de La 
Fontaine ; & par fes largefles écarta la né- 
ceffité qui , comme nous l'avons vu plus 
haut, ailoît- bientôt livrer La Fontaine % \ 



VIE DE LA FONTAINE, xl* 

l'ambitieufe rivalité d'une Nation qui nous» 
difpute la gloire de foutemr le mérite, &• 
de récompenfer les tajens. 

Après fa maladie, La Fontaine fut invi- 
té par Madame d'Hervard (* ) qui l'aimoic 
beaucoup , à venir loger chez elle; D ac- 
cepta cette offre 9 & retrouva dans cet afyle 
les douceurs & les attentions que Madame 
I de la Sablière avoit eues autrefois pour lui. 
Ufe mit alors à traduire en vers les Hymnes 
de TÉglife. Mais il n'avança pas beaucoup 
dans ce nouveau genre de travail : il Tavoit 
entrepris trop tard pour être fécondé de 
ce feu poétique qui Tavoit autrefois animé; 
& qui fe trouvoit aloErs éteint & diffipé par 
l'âge, la maladie, le régime, & par les 
auftérités qu'il pratiquoit .dans* fa péni-; 
tence. 

Il vécut encore deux ans dans cette, 
langueur , & plus il fentoit diminuer 
fes forces , plus il redoubloit de fer- . 
veur. (**) H mourut le 13. Mars 1695, 
âgé de foixante - treize ans, huit mois,; 

I (*) Femme de M: d'Hervard Confeilfer au Parlement," 
qui conferya la mémoire de La Fontaine avec tant de 
vénération » qu'il fe faifoit un plaîfir de montrer dans fa 
roaifon , depuis lors l'hôtel d'Armenonville , la Chambre ' 

I on La Fontaine étoit motc, comme on fait remarquer à : 
Rome la maifon de Ciccron. 

! (**) C'eft ici l'occafion de rapporter fine lettre oui 
1 fût bien connolcre fes difpôfitions.' Il l'écrivit i fia 1 
ami M. de Maucroy , na moat avant f» mort. 



«lviïi VIE DE LA fontaine. 

Uefprit, lui firent faîfir par -tout les nuan- 
ces & les traits. C'^ft ainfi qu'en rema- 
niant les ouvrages des Anciens, il fe les 
eft rendu propres , & leur à prêté une 
tournure & des grâces qu'ils n'avoient point. 
Auffi fage; auffi fenfé qu'Efope; il l'a 
furpaflë autant par la jufteflè des applica- 
tions, que par f élégance & la précifion. 
Plus vif, plus rempli d'intérêt & de cha- 
leur que Phèdre, il l'a laide derrière lui, 
, & s'eft ouvert dans fes Fables une carrière 
toute neuve, toute parfemée de fleurs & 
d'agrémens piquans (*). Auffi. peut -on 
dire qu'il eft parvenu au plus haut point 
de perfection où l'on puiflè atteindre dansj 
ce genre* I 

Ses Contes, quoique d'une moindre per- 
feftion , font des chef- d'oeuvres d'une 
autre efpece qui, dans le genre naïf, feryi- 
ront toujours de modèle pour la narration. 
L'intérêt & la faillie , à côté du Ample 
& du naturel , y charment l'efprit & fur- 
prennent l'imagination d'une manière agréa- 
ble & féduifante. Lottque Là Fotttaine 

. ~ra- 

( * ) Oeft ce qu'il ne connoifloît pas , fe mettant fort 
au^eflous de Phèdre. Mais, comme a dit M. de Eon-| 
tf»elle , celd nt tire* peint à confluence , & Là fentéint 
ne le et doit ainfi k Phèdre que par betife.. Mot pi ai Tant, 
expresfion (ingulîére , mais qui catacVrife d'une jnani** 
r< aufB fine que jujfte , l'indifférence d'un gftûe fupexicuc 
qui néglige de rechercher fon mérite. 



VIE DE LA FONTAINE- xlik 

raconte, Ton oublie qu'on lit^une fiétion , 
on s'oublie foi - même ; & livré à une efpece 
d'enchantement, l'on croit entendre & voir 
tout ce qu'on lit. S'il change de ftyle, 
& qu'il adreflè quelquefois la parole aux 
| Dames dans fes vers , quelle élégance ! 
| quelle fineflè dans fes complimens ! quelle 
tournure délicate & galante dans fes Iouan«- 
|ges! - • 

A travers tous ces avantages , cet excel- 
lent Auteur n'a pas mis la dernière main k 
toutes fes pièces. Libre en écrivant com- 
me en toute autre çhofe , fon indolence & 
fe pareflè fe manifeftent quelquefois par des 
conftru&ions vicieufes , ou par des défaut* 
de langage. Mais par -tout où. l'on puifle 
s'arrêter à critiquer. ces petites fautes, on 
aperçoit toujours l'homme de génie & le 
grand écrivain. S'il pouvoit être foupçoflr 
né de malice ou de quelque adreflè re- 
cherchée, l'on diroit même que ces né- 
gligences * dans la place qu'elles occupent, 
font fouvent l'effet de l'art ; tant elles font 
imperceptibles & réparées par les chofes 
qui les précédent ou qui les- accompag- 
nent. Mais il ne pouvoit fe gêner, comme 
nous l'avons obfervé plus haut; il fuivoit 
Ton humeur & fa fantaifie, & parcourant 
tantôt un fujet & tantôt un autre , il fe li- 
vroit k différens genres: ce qui lui 9, fait 



l VIE t>E LA FONTAINE • 

< 

quelquefois négliger la corrc&ion dans fe* 
Poêles. Cette légèreté d'humeur dont il 
fe divertiiïbit lui-même, méttoit fort en. 
colère Madame de Sévigné qui , dans une 
de fes lettres , dit d'un air piqué : je vou- 
drais jaire une fable qui lui fit entendre 
combien cela eji mif érable de forcer J on 
efpfit àfortir de fon genre , & combien 
la folie de vouloir chanter fur tous les 
tons y fait une mauvaife mu/ique. En 
ceci cependant, La Fontaine, loin de 
forcer fon efprit, ne fuivit que fon capri- 
ce & , fon incenftance : c'eft ainfi qu'il 
s'en explique lui-même dans un difeours àj 
lyiadame de la Sablière. 

Papillon du Parmffè & femblable aux Abeilles, 

A qui le bon Platon compare nos merveilles; 

Je fuis chofe légère , & vole à tousjujets. 

Je vais de fleur en fleur , £p d'objets en objets; 
. A beaucoup de plaifir, je mêle un peu de gloire. 

J'irais Qlus haut peut -être au temple de Mémoire, 
' Si dans un gertre feul j'avais ufé mes jours. 

Mais quoi l je fuis volage en vers comme en amours* ! 




ésssssssssssssssssssssssssœ* 









A MONSEIGNEUR 

LE DAUPHIN. 



! Monseigneur, 

i 

Vil y a quelque chofe d'ingénieux dans la RèpubVqae 
» Lettres, on peut dire que c'ejl h manière dont Efo- 
U débité fa morale* Ilferoit vèritabliment à fcuhai- 
* çue d'autres m'aiis.que les miennes y eujfent ajouté 
^ornement de la poëjie; puifque le plusfage.des an- 
hs a jugé qu'ils n'y épient pas inutiles. Jofe, 
MONSEIGNEUR , vous en prtjenter quelques ejjais. 
$ un entretien ' convenable à vos premières années, 



tït DEDICACE. 

Vous êtes en un âge où Tamufement & les jeux font 
permis aux Princes ; mais en même tems vous devez 
donner quelques-unes de vos penfées à des réflexions 
Jérieufes. Tout cela Je rencontre aux fables que nous 
devons à Éfope. L'apparence en eft puérile , je le con- 
feffe , mais ces puérilités fervent d'enveloppe i des vérités 
importantes. Je ne dente point , MONSEIGNEUR, 
que vous ne regardiez favorablement des inventions fi tui- 
les, & tout enfetnble fi agréables : car que peut -on . 
fouliaiter davantage que ces deux points? Ce font eux 
qui ont introduit les fciences parmi les lummes. .Efope 
a trouvé un artfinguller de les joindre l'un avec Vautre. 
La le&ure de fon ouvrage répand infenfiblement dans 
une aime lesfemences de la vertu, &? hii apprend à foy 
connaître, fans qu'elle s'apperçoive de cette étude ^ Q* 
tandis qu'elle croit faire toute autre chofe. Ceft une 
udreffe dont feft fervi très-heureufement celui fur lequel 
Sa Majefié a jette les yeux pour vous donner des in- 
Jlru&ions. Il fait enforte que vous apprenez fans pei-* 
ne, ou, pour mieux parler, avec plaifir , tout ce qu'il 
eft- néceffaire qu'un Prince feache. Nous efpérons i 
beaucoup démette conduite; mais, à dire la vérité, y 
y a des chofes , dont nous efpérons infiniment d'avantage, 
G font, MONSEIGNEUR, les qualités que 



D E Ô I C A C E. lui 

««te invincible Monarque vous a données avec la nais- 
ftnce; c'ejt F exemple que tous les jours il vous dorme. 
Qwid vous le voyez former de fi grands deffeins; 
\uand vous le confidérez qui regarde fans s'étonner Va- 
çtatim de f Europe, ($ les machines qu'elle remue 
pur le détourner de fin entreprife; quand il pénétre dès 
/a première démarche jusques dans le cœur d'une Pro- 
vince, où Von trouve à chaque pas des barrières infur- 
imtables, £f qu'il en fubjugue une autre en huit 
;<mï, pendant la faifin la plus ennemie de la guerre, 
lorsque le repos & les plaifirs régnent dans les cours des 
autres Princes; quand non content de doinpter les hom.- 
mes, il veut triompher auffi des élément; £? quand, 
eu retour de cette expédition, où il a vaincu comme un 
Jlexandre , vous le voyez gouverner fes peuples comme 
un Jugufle; avouez le vrai, MONSEIGNEUR; 
msjoupirez four la gloire auffi -bien que lui, malgré 
Impuiffance de vos années : -vous attendez avec impa- 
tience le vems où vous pourrez vous déclarer fin rival 
dans r amour de cette divine mattreffe. Fous fie Pat- 
tendez pas, MONSEIGNEUR, vous le pré- 
venez: je n'en veux pour témoignage que ces nobles in* 
quiétudes, cette vivacité, cette ardeur, ces marques 
ttfprit, de courage £? de grandeur d'orne, que vous 



xi* DEDICACE. 

faites parottre à tous les moment. Certainement c'ejt 
une joie bien fenjible à notre Monarque;- mais c'ejl un 
JpeSacle bien agréable pour V univers, que de voir ainfi 
troitre une jeune plante, qui couvrit a un jour de Jbn 
imbre tant de peuples £J de nations. Je devrais m*é- 
tendre fur je fujet; mais comme le deffein que j*ai de 
vous divertir, efl plus proportionné à mes forces que celui 
.de vous louer, je me hâte de venir aux fables, fi? 
n'ajouterai aux vérités que je vous ai dites , que celle- 
ci: c'eft MONSEIGNEUR, %ue je fuis avec m 
zélé refpeSueux , 



Votre três-humble & très-obéiflânt* 
& três-fidéle fervitçur, 
DE LÀ FONTAINE* 



PREFACE. 



L'i 



^'indulgence que Ton a eue pour quel- 
ques-unes de mes Fables, me donne lieu d'efpércr 
la même grâce pour ce recueil. Ce n'eft pas qu'un 
des maîtres de notre éloquence n'ait desapprouvé 
le deflein de les mettre en vers. Il a crû que 
leur principal ornement eft de n'en avoir aucun : * ' 
que d'ailleurs la contrainte de -la poq/îe , jointe 
à la févérité de notre langue , m'embarraflèroient en 
•beaucoup d'endroits, & bannirbient de la plû« 
part de ces récits la brièveté , qu'on peut fort 
bien appelier l'ame du conte , puisque fans ellç 
il faut néceflairement qu'il ianguiffe. Cette opi- 
nion ne fçâuroit partir que d'un homme <1 ex- 
cellent goût ; je demanderas feulement qu'il ea 
relâchât quelque peu, & qu'il crût que lès Grâ- 
ces Lacédémoniennes-ne font pas tellement enne- 
mies des Mufes Françoifes, que l'on ne puifle fo;*- 
vent les faire marcher de compagnie. 

Après tout je n'ai entrepris la chofe que fuir 
l'exemple, je ne veux pas dire des anciens, qui 
ne tirç point à conféquence pour moi , mais fur 
celui des modernes. C'eft de tout temps , & chez 
tous lés peuples qui font profesfîon de. poëfic, 
que le FarnafTe a jugé ceci de fon appanage. A 
peine les fables qu'on attribue à Efope , virent le 
jour , que Soàrate trouva à propos de les babil* 
1er des livrées des Mufef. Ce que Platon en 
rapporte eft fi agréable, que je ne puis m'empê- 
cher d'en faire un des ornemens de cette préfa- 
ce. Il dit que Socrate étant condamné au dernier 
fupplice, Ton remit l'exécution de l'arrêt à caufe 
de certaines fêtes. Cébès l'alla voir le jour de la 



xvi P R E T A C É. 

mort. Socrate lui dit , que les Dieu* Pavoicnl 
averti plufieurs fois pendant ion fommeil , qu'il de- 
voit s'appliquer à lamufique avant qu'il mourût. 
11 n'avoit pas çntendu d'abord ce que ce fonge 
iignifioit: car comme la muiîque ne rend pas rhom- 
jne meilleur , à quoi bon s'y attacher ? Il falloit 
qu'il y eût du myftére là-deflbus; d'autant plus -que 
les Dieux ne fe laffoient point de lui envoyer la 
même infpiration. Elle lui étoit encore venue 
' une de ces fêtes. Si bien qu'en fongeant aux cho- 
ies que le ciel pouvoit exiger de lui, il s'étoit avifé 
<jue la muiîque & la poëHe opt tant de rapport, que 
posfible étoit -ce de la dernière dont il s'agiflbit. 
Il n'y a . point de bonne poëfîe fans harmonie , 
jnais il n'y en a point non plus fans fixions ; & 
Socrate ne fçavoit que dire la vérité. Enfin il 
«voit trouvé un 'tempérament. C'était de choffïr 
des- fables qui continûment quelque chofe de véri- 
table > telles que font celles d'Efope. Il employa 
•donc à les mettre en vers les derniers momens de 
fe vie. 

Socrate n'eil pas le feul qui ait confidéré comme 
fœurs la poêiie & nos fables. Phèdre a témoigné 
qu'il étok de ce fentiment ; & par l'excellence de fon 
ouvrage , nous pouvons juger de celui du Prince 
des philofophes» Après Phèdre, Aviénus a traité 
le même fujet. Enfin les modernes les ont fuivis. 
Nous en avons des exemples non -feulement chez 
les étrangers , mais chez nous. Il eft vrai que lors- 
que nos gens y ont travaillé , la langue étoit il dif- 
férente de ce qu'elle eft, qu'on ne les doit confl- 
dérer que comme étrangers. Cela ne m'a point 
détourné de mon entreprife : au contraire je me 
fuis fiaté de l'efpérance que fi je ne courois dans 
cette carrière avec fuccès ^ on me donneroit au 
moins, la gloke de l'avoir ouvçctç. 



> R E TA C S. MX. 

Il arrivera posfible que mon travail fera naître 
i d'autres perfonnes l'envie de porter la chofc plue 
loin. Tant s'en faut que cette matière foit épuifée, 
qu'il refte encore plus de fables à mettre en vers, 
que je n'en ai-mis. J'ai choifi véritablement les meil- 
leures, c'eft-à-dire celles qui m'ont femblé telles. 
Mais outre que je puis m'étre trompé dans mon 
choix, il ne fera pas bien difficile de donner un 
autre tour à celles-là même que j'ai choifies ; & fi 
ce tour eft moins long , il fera fans doute plus 
approuvé. Quoi qu'il en arrive , on m'aura tou- 
jours obligation ; foit que ma témérité ait été 
heureufe , & que je ne me fois point trop écarté 
du chemin qu'il felloit tenir , foit que j'aie feule* 
ment excité les autres à mieux faire. 

Je penfe avoir juftifié fuffifamment mon defleîn : 
quant à l'exécution , le public en fera juge. On 
ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême brièveté 
qui rendent Phèdre recommendable , ce font des quali- 
tés au-deflos de ma portée. Comme il m'étoit im- 
posable, de l'imiter en cela, j'ai crû qu'il falloit en 
récompenfe égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. 
Non que je le blâme d'en être demeuré dans ces 
termes : la , langue latine n'en demandoit pas da- 
vantage; & fi l'on y veut prendre garde, on re- 
connoîtra dans cet auteur le vrai carattére & le 
vrai génie de Térence. La fimplicité eft magnifi- 
que chez ces grands hommes ; moi qui n'ai pas tes 
perfections du langage comme ils les ont eues , je 
ne la puis élever à un fi haut point. Il a donc 
fallu fe récompenfer d'ailleurs : c'efl ce que j'ai 
fait avec d'autant plus de hardiefïe , que Quintilien 
dit qu'on ne fçauroit trop égayer les narrations. N II 
ne s'agit pas ici d'en apporter une tàifon ; c'efr aflez 
que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant confidéré 
que cç$ fables étant feues de tout le monde» je ne 



ivm P RE F A H 4P. 

ferois rien fï je ne les rendois nouvelles par quel- 
ques traits qui en relevaient le goût: c'eft ce qu'on 
demande aujourd'hui ; on veut de la nouveauté & 
de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le 
rire 1 ; mais un certain charme , un air agréable qu'on 
peut donner à toutes fortes- de fujets , même Iei 
plus férieux. 

Mais ce n'eft pas tant par la forme que j'ai don- 
née à cet. ouvrage qu'on en doitmefurer le prix» 
que par fon utilité & fa matière. Car qu'y a-t-il 
de recofnmcndable dans les productions 4e l'efprit ^ 
qui ne fe rencontre dans l'apologue? C'eft queiquq 
chbfe de fi divin , que piufieurs ,perfonnage$ 
de l'antiquité onr attribué la plus .grande partie do 
ces fables i Socrate , choifîflant pour leur fervh] 
de père , celui des mortels qui avôit le plus dd 
- communication avec les Dieux, je ne fçais corn- 
ine ils n'ont point fait defeendre^du ciel ces mê- 
mes fables, & comme ils ne leur ont point asfig- 
, v né un Dieu qui en eût la dire&ion , ainfi qu'à 14 
poëfie & à l'éloquence'. ' Ce que je dis n'eft pa^ 
tout- à- fait fans fondement; puisque , s'il m'efti 
permis de mêler ce que nous avons de plus facré 
parmi les erreurs du paganisme \ ne *is voyons que 
la vérité a parlé aux hommes par paraboles ; ti 
la parabole eft-elle autre chofe que l'apologue I 
c'eft- à -dire, un exemple fabuleux , & qui s'infinue 
avçc d'autant plus de facilité & d'effet, qu'il eli 
plus commun & plus familier. - Qui ne nous pro^ 
poferoit à imiter que les maîtres d* la fageiïe , nous 
fourniroit un fujet d'exeufe :,il n'y en a point, 
quand des abeilles & des fourmis font capables de 
cela même qu'on nous demande. 1 

C'eft pour ces raifons que Platon ayant banni 
Homère de fa république , y a donné à Efop$ 
une place très -honorable, il fouhaite que les; 



F r s f Jt c e: La 

eîifaos fucem ces fables avec le lait : il recommande 
aux nourrices de les leur apprendre ; car on no 
fçauroit s'accoutumer de trop bonne-heure à la fagefle 
& à la vertii. Plutôt que d'être réduits à corriger 
nos, habitudes, il faut travailler à les rendre bon- 
nes, pendant qu'elles font encore 1 n lifférentes au 
bien ou au mal. Or quelle méthode y peut con- 
tribuer plus utilement que ces fables ? Dites à un 
enfant que Craflus allant contre les Parthes, s'en- 
gagea dans leur pays , fans confidérer comment il 
en fortiroit; que cela le fit périr lui & fon armée* 
quelque effort qu'il fît pour fe retirer. Dites au 
même enfant que le renard & le bouc descendirent 
au fond d'un puits pour y éteindre leur foif ; que 
le renard en fortit , s 'étant fervi des épaules & 
des cornes de fon camarade comme d'une échelle : 
au contraire le bouc y demeura , pour n'avoir pas 
eu tant de prévoyance ; & par conféquent qu'il faut 
confidérer en toute chofe la fin. Je demande lequel 
de ces deux exemples fera le plus dlmprefCon 
far cet enfant, ne s'arrêtera -t -il pas au dernier, 
comme plus conforme & moins disproportionné que 
l'autre à la netiteffe de fon efprit? Il ne faut pas 
m'allégijer qi* les penfées de l'enfance font d'elles- 
mêmes affez enfantines , fans y joindre encore do 
nouvelles badineries. Ces badifieries ne font telles 
qu'en apparence; car dans le fonds, elles portent 
un fens très-folide. Et, comme par la définition 
du point, déjà ligne, de te furface, & par jd'au- 
très principes très - familiers , nous parvenons à des 
connoiffànces qui mefurent enfin le ciel & la ter- 
re ; de même auffi , par les raifonnemens & les 
conféquences que l'on peut tirer de ces fables, on 
fe forme Je jugement & les mœurs -, on fe rend 
capable de grandes chofes. 
. Elles ne font pas feulement morales : elles don* 



» PRE FA C E. 

nent encore d'autres connoiflances. Les propriété* 
des animaux ', & leurs divers caraétéres y font ex- 
primés; par conféquent les nôtres auffi, puisque 
nous fommes l'abrégé de ce qu'il y a de bon & de 
mauvais dans les créatures irraifonnables, Quand i 
Prométhée voulut former l'homme , il prit la qua- 
lité dominante de chaque bête. De ces pièces fi 
différentes il compofa notre efpece ; il fit cet ou- 
vrage qu'on appelle le petit monde. Ainfi ces 
fables font un tableau , où chacun de nous fe trou- 
ve dépeint. Ce qu'elles nous repréfentent qonfir- 
me les perfonnes d'âge avancé dans les connoifîàn- 
ces que rufage_leur a données, & apprend aux 
.cnfans ce qu'il faut qu'ils fçachent. Comme ces 
derniers font nouveaux venus dans le monde, ils 
n'en connoiflent pas encore les habitans ; ils ne fe 
connoiflent pas eux-mêmes. On ne les doit lais- 
fer dans cette ignorance que le moins qu'on peut : 
il leur faut apprendre ce que c'eft qu'un lion , un 
renard , ainfi du relie ; & pourquoi l'on compare» 
quelquefois un homme à ce renard , ou à ce lion» 
C'eft à quoi les fables travaillent : les premières 
notions de ces chofes proviennent d'elles. 
- J'ai déjà paffé la longueur ordinaire des préfa- 
ces ; cependant je n'ai pas encore rendu raifon de 
la conduite de mon ouvrage: - L'apologue eit com- 
pofé de deux parties, dont on peutappelter l'une 
le f orps , l'autre l'ame. Le corps eft la fable ; 
i'ame efl la moralité. Ariftote n'admet la fable 
- «jue dans les animaux ; il en exclut les hommes & 
les plantes. Cette régie éft moins de néceffîté que 
de bienféance, puisque ni Efope, ni Phèdre > ni 
aucun dés fabuliftes ne l'a gardée : tout au contraire 
3de la moralité dont aucun ne fe difpenfe. Que s'il 
m'eft arrivé de le faire, ce n'a été que dans les 
endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, &.oii 



P Jt R F A Ç Ê. ixr 

il eft aifé au ledteur de la fuppléer. On ne conftdin 
en France que ce qui plaît: c'eft la grande régie, (f 
pour amfi dire la feule. Je n'ai donc pas cru que ce 
fût un crime de pafler par-deflus les anciennes cou- 
tumes, lorsque je ne pouvois les mettre en ufage 
fans leur faire tort. Du temps d'Efope, h fable 
étoit contée Amplement, la moralité féparée» & 
toujours enfuite. Phèdre eft venu qui ne s'eft pas 
aflhjetti à cet ordre : il embellit la narration , & 
tranfporte quelquefois la moralité de la fin au com- 
mencement» Quand il feroit nécefTaîre de lui trou- 
ver place, je ne manque à ce précepte, que pour 
en obferver un qui n'eft pas moins important : c'eft 
Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut p*s 
qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de fou 
efprit, ni contre celle de fa matière* Jamais, à 
ce qu'il prétend," un homme qui veut réuffir, n'en 
vient jufques -là; il abandonne les chofes dont il 
voit bien qu'il ne fçauroit rien faire de bon* 

Et qum 
Defterat traSata mtefcere pjje], relinquit. 

Ceft ce que j'ai fait à l'égard de quelques moda- 
lités, du fuccès desquelles je n'ai pas bien efpéré. 

11 ne refte plus qu'à parler de la vie d'Efope. 
]ene vois presque perfonne qui ne tienne pour 
fabuleufe celle que Planude nous a laiffée. On 
s'imagine que cet auteur a voulu donner à fon hé- 
ros un caractère & des aventures qui répondiflent 4 
fes fables. Cela m'a paru d'abord fpécieux ; mais 
j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette, criti- 
que. Elle eft en partie, fondée fur ce qui fe paffe 
entre Xantus & Efope : on y trouve trop de niaifo- 
ries; & qui cil le fage, à qui de pareilles chofes 
n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a p'aa 

♦ ♦ 7 



Itxti P B £ F À C E, 

été fériecfe. Ce qui me confirme en rtdto fentt- 
ment, c'eft que le caraftére que Pknude donne à 
Efope , eft fembiable à celui que Plutarque lui a 
•donné dansfon banquet, des fept Cages, c'eft-â-dirp , 
tfun hoimne fubtil , & qui Jie laifle xien pafler* 
On ine dira que le banquet des fept (âges eft auflj 
«ne invention. 11 eft aifé de douter de tout: quant 
à moi , je ne vois pas bien pourquoi Plutarque au- 
roït voulu impofer à la poftérité dans ce traité -là, 
lui qui fait profeffion d'être véritable par -tout ail- 
leurs» & de conferyer à chacun ton cara&ére. 
truand cela feroit, je ne fçaurois que mentir fur la 
foi d'autrui : me croira-t-on moins que fi je m'arrê- 
te à la mienne? car ce que je puis, eft de compo- 
ser un tiflu de mes conjeftures , lequel j'intitulerai» 
Vie d'Efope. Ouelque vraifemblable que je le ren- 
de , on ne s'y aflurera pas ; & fable pour fable , le 
lelteor préférera toujours celle de Plamide à la 
mienne. 



LA VIE 

D' Ê S O P E 

leI phrtgiek 

J^I ous n'avons rien d'sffuré touchant la naiîfance 
d'Homère & d'Efopç; à peine, même fçait-ori ce 
qui leur ett arrivé de plus remarquable. C'eft dont 
a y a lieu de s'étonner, vu que l'hiftoiie ne re* 
jette pas des chofes moins agréables & moins néces- 
sites que celle-là. Tant de deftru&eurs de na- 
tions , tant de Princes fans mérite ont trouvé des . 
gens qui nous ont appris jufqu^ux moindres parti* 
cularités de leur vie; & nous ignorons les plus 
importantes, de celles d'Efope & d'Homexe, c'eft-à- 
dire, des deux perfonnages qui ont le mieux me- 
nte des fiécles fuivans. Car Homeie n'eft pas 
feulement le père des Dieux, c'eft auffi celui des 
bons Poètes. Quant à Efope, il me femble qu'on 
le devoit mettrgau nombre des. Sages , dont la 
Grèce s'efl: tant vantée, lui qui enfeignoit la véri- 
table fagefle, & qui l'enfeigiioit avec bien plus d'art 
que ceux qui en donnent des définitions & des ré* 
gles. On a véritablement recueilli tes vies de ces 
deux grands hommes ; mais la plupart des Sçavans 
les tiennent toutes deux fabuleufes, particulière- 
ment celle que Planude à écrite. Pour moi je n'ai 
pas voulu * m'engager dans cette critique. Comme 
Planude vivoit dans un fiécle où la mémoire des 
chofes arrivées à Efope ne devoit pas être encore 
éteinte , j'ai cru qu'ir fçavoit par tradition ce qu'il 
a laiffé. Dans cette croyance , je l'ai fuivi, fai$ 



lxiv E A V I E D'ESûP E. 

retrancher de ce qu'il a dit d'Efope que ce qui m'a 
femblé trop puéril , ou qui s'écartoit en quelque 
façon de la bienféance. 

Efope étoit Phrygien, d'un bourg 1 appelle Amo* 
rium.. 11 pâquit vers la cinquante - feptiéme Olym- 
piades quelques deux cens ans après la fondation de 
Rome. On ne fçauroit dire s'il* eut fujet de re- 
mercier la nature, ou bien de fe plaindre d'elle: 
car en le douant d'un très -bel efprit, elle le fit 
nattre difforme & laid de vifage , ayant à peine fi- 
gure d'homme, jufqu'à lui refufer prefqu*entiére~ 
ment l'ufage de la parole. Avec ces défauts, quand 
il n'auroit pas été de condition à être efclave , il 
ne pouvoit pas manquer de le devenir. Au refte , 
fon ame fe maintint toujours libre & indépendante 
de la fortune.. 

Le premier maître qu'il eut, l'envoya aux champs 
labourer la terre ; foit qu'il le jugeât incapable de 
toute autre chofe , foit pour s'ôter de devant les 
yeux un objet fi defagréable. Or il arriva que ce 
maître étant allé voir fa maifon des champs, un 
payfan lui donna des figues : il les trouva belles , 
& les fit ferrer fort foigneufement, donnant ordre- 
à fon fommeiier , appelle Agathopus , de les lui 
apporter au fortir du bain. Le hazard voulut qu'E- 
fope eut affaire dans le logis. Auffi-tôt qu'il y 
fut entré , Agathopus fe feryit de l'occafion , & 
mangea les figues avec quelques-uns de fes camara- 
des : puis ils rejetterent cette friponnerie fur Efo- 
pe, ne croyant pas qu'il fe pût jamais juftifier, 
tant il étoit bègue , & paroiflbit idiot* Les chàti- 
mens dont les anciens ufoient envers leurs efclaves, 
étoient fort cruels, & cette faute très- puniîfable. 
Le pauvre Efope fe jetta aux pieds de fon maîtres 
& fe faifant entendre du mieux qu'il pût, il té- 
moigna qu'il demwdoit ppur toute grâce qu'on fui- 



LA VIE D'ESOPB. lxt 

fie de quelques momens fa punition. Cette grâce 
lui ayant été accordée , il alla quérir de l'eau tiè- 
de , Ja but en préfence de fon Seigneur , fe mit les 
doigts dans la bouche, & ce qui s'enfuit, fans ren- 
dre autre - chofe que cette eau feule. Après s'être 
ainfi juftifié , il fit ligne qu'on obligeât les autres 
d'en faire autant. Chacun demeura farpris : on 
n'auroit pas cru qu'une, telle invention pût partir 
d'Efope. Agathopus & fes camarades ne parurent 
point étonnés. Ils burent de l'èau comme le Phry- 
| gien avo.it fait , & fe mirent les doigts dans la 
bouche; mais ils fe gardèrent bien de les enfoncer 
. trop avant. L'eau ne laifla pas d'agir , & de mettra 
: en évidence les figues toutes crues encore & toutes 
1 vermeilles. Far ce moyen Efope fe garantit: fet 
aceufateurs furent punis doublement, pour leur 
gourmandife & pour leur méchanceté. 

Le lendemain , après que leur maître fut parti, 
& le Phrygien étant à fon travail ordinaire, quel* 
ques voyageurs égarés ( aucuns difent que c'étoient 
des Prêtres de Diane ) le prièrent , au nom (te 
Jupiter Hofpitalier, qu'il leur enfeignât le chemin 
qui conduifoit à la ville. Efope les obligea pet* 
miérement de fe repofer à l'ombre; puis leur ayant 
préfenté une légère collation, il voulut être leur 
guide, & ne les quitta qu'après qu'il les eut remis 
dans leur chemin. Les bonnes gens levèrent les 
mains au ciel : & prièrent Jupiter de ne pas laifTer 
cette aéfcion charitable fans récompenfe. A peine 
Efope les eut quittés , que le chaud. & la laffitude 
le contraignirent de s'endormir. Pendant fon fom- 
meil il s'imagina que la fortune étoit debout devant 
lui, qui lui délioit la langue, & par même moyen 
lui faifoit préfent de cet art dont on peut dire qu'il 
eft l'auteur. Réjoui de cette aventure, il s'éveille 
en furfauc, & m s ^voilant; qu'eu ceci? dit -il., 

3f 



lxvi 1A.VIE D'ËSÔPÈ. 

ma voix eft devenue libre ; je prononce bien un 
râteau, une charrue, tout ce que je veux. Cette 
merveille fut caufe qu'il changea de maître. Car 
comme un certain Zénas, qui étoit là en qualité 
d'œconome, & qui avoit l'œil fur les efclaves, en 
eut battu un outrageufement pour une faute qui ne 
le méritoit pas, Efope ne put s'empêcher de le 
reprendre , & le menaça que fes mauvais traitemens 
feroient feus. Zénas , pour le prévenir , & pour fe 
venger de lui , alla dire au mair re qu'il étoit arrivé 
un prodige dans fa maifon ; que le Phrygien avoit 
recouvré la parole; mais que le méchant ne s'en 
fervoit qu'à blafphêmer & à médire de leur Seig- 
neur. Le makre le crut, & paflk bien plus avant; 
'car il lui donna Éfope, avec liberté d'en faire ce 
qu'il voudroit. Z'énas , de retour aiçc champs , un 
marchand l'alla trouver, & lui demanda fi pour (Je 
«l'argent il le vouloit accommoder de quelque bête 
de femme. Non pas cela, dit Zénas, je n'en ai 
r pas le pouvoir ; mais je te vendrai , fi tu veux , un 
'xle nos efclaves. Là-deflus, ayant faît venir Efo- 
pe, le marchand dit : eft -ce afin de te moquer que 
*tu me propofes l'achat de ce peffonnage ? -on Je 
prendroit pour un -outre. Dès que le marchand 
tut ainfî parlé; il prit congé d'eux, partie murmu- 
rant, partie riant de ce bel objet. Efope le rap- 
pella, & lui dit: acheté -moi hardiment, je ne te 
lierai pas -inutile. Si tu as des enfans qui crient 
'^c qui foient méchans , ma mine les fera taire: 
on les menacera de moî comme de la bête. Cette 
railler iç plut au marchand. 11 acheta notre Phry- 
gien trois oboles, & dit en riant: les Dieux foient 
loués; je n'ai pas fait grande acquifition, à la vé- 
rité ; auflï n'ai -je pas débourfé grand argent 

Entr'autres denrées , ce marchand trafiquoft 
^.'efclaves*; fi bien qu'allant à Ephefe pour fe <M-' 



1A VIE D'ESOPE. Lxvh 

faire de ceux qu'il avoit, ce que chacun d'aux 
devoit porter pour la commodité du voyage fut 
départi félon leur emploi & félon leurs forces. 
Éfope pria que Ton eût égard à fa taille ; qull 
étoit nouveau venu, & devoit être traité douce- 
ment. Tu ne porteras rien, fi tu veta, lui repar- 
tirent 'fes camarades. Efope fe piqua d'honneur , 
& voulut avoir fa charge comme les autres. On 
le laifla donc choifîr. Il prit le panier au pain: 
c'étoit le fardeau le plus pefant. Chacun crut 
qu'il l'avoit fait par bétife : mais dès la dinée le 
panier fut entamé, & le Phrygien déchargé d'au- 
tant: aitrG le foir, $ de même le lendemain; de 
façon qu'au bout de deux jours il marchoit à 
yék Le bon fens & le raifoimement du per- 
fonnage furent admirés. 

Quant au marchand , il fe défit de tous fés 
efclaves , à la réferve d'un grammairien , d*ua 
chantre , & d'Efope , lesquels il alla expofer 
en vente à Samos. Avant que de les mener ftfr 
la place, il fit habiller les deux premiers le plus 
proprement qu'il put , comme chacun fttdé fa 
marchandife : Efope au contraire ne fut vêtu que 
d'un fac, & placé entre fes deux compagnons , afin 
de leur donner luftre. Quelques acheteurs fe pré- 
sentèrent, entr'autres un philofephe appelle Xaû* 
tus. 11 demanda au grammairien & au chantre ce 
qu'ils fçavpient faite: tout, reprirent -ils. Cela 
& rire le Phrygien , on peut s'imaginer de quel 
&• Planude rapporte qu'il/ s'en' fallut peu qu'on 
ne prit la fuite , tant il fit une effroyable grimace. 
Le marchand fit fon chantre mille oboles; fôh 
pmnairien trois mille , & en cas que l'on achetât 
l'un des deux, il devoit donner Efope pardelTus le 
marché. La cherté du grammairien & du charitrfe 
Xantus. «Mais pour ne pas retourner chea 



wviii LA VIE D'ESOPE, 

foi fans avoir faitquelqu'emplette, fes difciples lui 
conseillèrent d'aefteter ce petit bout --d'homme qui 
«voit ri de fi bonne grâce : on en feroit un épou- 
ventait,' il divertiroit les gens par fa mine Xan- 
tus fe laiffa perfuader, & fit prix d'Efope à foixante 
.oboles. 11 lui demanda, devant que de Tacheter, 
à quoi il lui feroit propre , comme il l'avoit de- 
mandé à fes camarades. Efope répondit : à rien , 
.puifque les deux autres avoient tout retenu pour 
eux. Les commis de la douane remirent généreu- 
sement à Xantus le fol «pour livre , &lui en don- 
nèrent quittance fans rien payer. 

Xantus avoit une femme # de goût aflez délicat, 
& à qui toutes fortes de gens ne plaifoient pas ; fi 
bien que de lui aller préfenter férieufement fon 
nouvel efclave, il n'y avoit pas d'apparence, à 
jnoins qu'il ne la -voulût mettre en colère, & fe 
faire moquer de lui. Il jugea plus à propos d'en 
faire un fujet de plaifaQterie, & alla dire au logis 
. qu'il venoit d'acheter un jeune efclave le plus beau 
du monde j & le mieux fait. Sur cette nouvelle 
les filles qui fervoient fa fçmme fe penferent battre 
à qui l'auroit pour fon ferviteur; mais elles furent 
bien étonnées quand le perfonnage parut. L'une 
fe mit la main devant les yeux, l'autre 's'enfuit, 
.l'autre fit un cri. La maitrefifc du logis dit que 
.c'étoit pour la chaffer qu*on lui amenoit un tel 
monflre; qu'il y avoit long -temps que le philo- 
sophe fe laflbit d'elle. De parole en parole le 
différend s'échauffa jufqu'à tel point, que la fem- 
me demanda fon bien, & voulut fe retirer chez 
fes parens. Xantus fit tant par fa patience, & 
Efope par fon efprit^ que les chofes s'accommo- 
dèrent: On ne parla plus de s'en aller , & peut- 
êcre que l'accoutumance' effaça à la fin une partis 
de la laideur du nouvel efclave* 



LA VIE D'E S OPE. lot' 

Je laifleraî beaucoup de petites chofes où îl fit 
paraître la vivacité de fon efprit: car quoiqu'on 
puifle juger par là de fon caractère , elles font de 
trop peu de conféquence pour en informer la pbfté- 
lité. Voici feulement un échantillon de fon bon 
fens & de l'ignorance de fon maître. Celui-ci 
alla chez un jardinier fe choifîr lui-même une fala- 
de. Les herbes cueillies, le jardinier le pria de 
lui fatisfaire l'efprit fur une difficulté qui regardoit 
la philofophie auffi-bien que le jardinage: c'eft 
que les herbes qu'il plantoit & qu'il cultivoit avec 
un grand foin, ne profitoient point; tout au con- 
traire de celles que la^ terre produifoit d'elle-même , 
fans culture ni amandement. Xantus rapporta le 
tout à la Providence, comme on a coutume de fai- 
re quand on efl court. Efope fe mit à rire ; & 
ayant tiré fon maître à part , il lui confeilla de di- 
re à ce jardinier , qu'il lui avoit fait une réponfe 
ainfi générale , parce que la queftion n'étoft pas dig- 
ne de lui; il le laûToit donc avec fon garçon, qui 
affurément le fatisferoit. Xantus s'étant allé pro- 
mener d'un autre côté du jardin , Efope compara 
la terre à une femme , qui ayant des enfans d'un 
premier mari , en épouferoit un fécond , qui auroit ' 
des enfans d'une autre * femme: fa nouvelle épouife 
ne manqueront pas de concevoir de l'averfion pour 
ceux-ci, & leur ôteroit la nourriture, afin que les 
liens en profitaffent. Il en étoit âinG de la terre, 
qui n'adoptok qu'avec peine les productions du tra- 
vail & de la culture , & qui réfervoit toute fa ten- 
dreffe & tous fes bienfaits pour les tiennes feules : 
elle étoit marâtre des unes, & mère paffionnée des 
autres. Le jardinier parut fi content de cette rai- 
fon, qu'il offrk à Efope tout ce qui étoit dans fort 
jardin. 
Il arriva, quelque temps, après, im grand diffé* 



xxx. LA VIED'ESÔ PE: 

rend entre le philofophe & fa femme. Le philo- 
fophe étant de feftin , mit à part quelques friandi- 
fes , & dit à Efope ! va porter ceci à ma bonne 
3mie. Efope l'aila donner à une petite chienne qui 
étoit les déliçps de fon maître. Xantus , de retour,, 
ne manqua pas de demander des nouvelles de foa 
préfent, & fi on l'avoit trouvé bon. Sa femme ne 
comprçnoit rien à ce langage : on fit venir Efope 
pour l'éclaircir. Xantus, qui ne chercboit qu'un 
prétexte pour le faire battre , lui demande s'il ne 
lui avoit pas dit exprcffément : ya-t-en porter de 
ma part ces friandifes à ma bonne amie ? Efope 
répondit là-deffus, que la bonne amie n'étoit pas 
la femme, qui, pour la moindre parole, menaçoit 
de faire un divorce; c'étoit la chienne, qui endu- 
roit tout, & qui revçnoit faire des carefTes aprè« 
qu'on l'avoit battue^ Le philofophe demeura court; 
mais fa femme entra dans une telle colère , qu'elle 
£e retira d'avec- lui. Il n'y eut parent ni ami par 
qui Xantus ne lui fît parler , fans que les raifons ni 
les prières y gagnaflcnt rien. Efope s'avifa d'un 
ftratagême. Il acheta force gibier, comme pour 
une nôçe confidérable : & fit tant qu'il fut rencon- 
tré par un des domeftiques de famaitreflfe. Celui-ci 
lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Efope lui dit 
que. fon maître ne pouvant obliger fa femme de 
revenir, en alloit époufer une' autre. Auffi-tôt 
que la Dame fçut cette nouvelle, elle retourna chez 
fon mari, par efprit de contradiction , ou par ja- 
loufie. Ce ne, fut pas fans la garder bonne à Efo- 
pe, qui tous les jours faifoit de nouvelles pié- 
ces x à fon maître , & tous les jours fe faavoit du 
châtiment par quelque trait de fubtilité. 11 n'étoit. 
pas pof&ble au philofophe de le confondre. 

Un certain jour de marché , Xantus qui avoit le. 
defiein de régale* quelques -«ns de fes amis , lui 



LA VIE D'ESOPE, lxxï. 

commanda d'acheter ce qu'il y avoit de meilleur , & 
rien autre chofe. Je t'apprendrai , dit en foi -mê- 
me le Phrygien , à fpécifier ce que tu fouhaites, fans 
t'en remettre à la difcrétion d'un efclave. Il n'ache- 
ta donc que des langues , lefquelles il fit accommo- 
der à toutes les fauffes : l'entrée , le fécond , l'en- 
tremets , tout ne fut que langues. Les conviés 
louèrent d'aBord le choix de ce mets , à la fin ils 
s'en dégoûtèrent. Ne t'ai - je pas commandé , dit 
Xantus , d'acheter ce qu'il y auroît de meilleur ? 
Eh qu'y a-t-il de meilleur que la langue? reprit 
Efope. C'eft le lien dç la vie civile , la clef des. 
fciences , l'organe de la vérité & de la raifon : par 
elle on bâtit les villes & on les police; on inftruit, 
on perfuade, on régne dans les affemblées , on 
s'acquitte du premier de tous les devoirs , qui eft 
5 de louer les Dieux. Et bien , dit Xantus , ( qui 
prétendoit l'rttraper) acheté -moi demain ce qui 
eft de pire I ces mêmes perfonnes viendront chez 
moi ; & je veux diverfificr. 

Le lendemain Efope ne fit fervir que le même 
mets , difant que la langue eft la pire chofe qui 
foit au -monde. C'eft la mère de tous les débats , 
la nourrice des procès , la fource des divifions & 
des guerres. Si on dit qu'elle eft l'organe de la 
vérité, ç'eft auffi celui de l'erreur, '& qui pis eft, 
de la calomnie. Par elle on détruit les villes , on 
perfuade de méchantes chofes. Si, d'un côté, 
elle loue les Dieux, de l'autre, elle profère des 
blasphèmes contre leur puifTancc. Quelqu'un de 
a compagnie dit à Xantus , que véritablement ce 
vakt lui étoit fort néceffaire ; car il fçavoit le 
mieux du monde exercer la patience d'un philofo- 
phe- . De quoi vous mettez -vous en peine? re- 
prit Efope. Et trouve -moi, dit Xantus, un hom- 
me qui ne Je mette en peine de rien. 



£x»x L A V Î-E ÎV E S Ô P É. 

Efope alla .le lendemain fur la place; & voyant 
lin payfan qui regardoit toutes chofes avec 1; 
froideur & l'indifférence d'une ftatue, il amena ci 
payfan au logis. Voilà, dit* il à Xantus , l'hommi 
fans fouci que vous - demandez. Xantus comman- 
da à fa femme de faire chauffer de l'eau, de la 
mettre dans un baffin ,. puis de laver eila-même 
les pieds de fon nouvel hôte. Le payfan la laiffa 
faire , quoiqu'il fçût fort bien qu'il ne méritoit 
pas cet honneur, mais il difbit en lui-même: c'eft 
peut-être la coutume d'en ufer ainfl. On le fitafleoi 
au haut bout; il prit fa plact fans cérémonie. Pen- 
dant le repas, Xantus ne fit autre chofe que blâ- 
mer fon cuifînier : rien ne lui pîaifoit ; ce qui 
étôit doux , il le trouvoit trop falé ; & ce qui 
étoit trop falé, il le trouvoit trop doux. L'home 
me fans fouci le laiflbit dire, & mangeoit de tou- 
tes fes dents. Au deffert, on mit fur la table un 
gâteau, que la femme du philofophe avoit - fait J 
"Xantus le trouva mauvais , quoiqu'il fût très -bonj 
Voilà, dit -il, la pâtiflerie la plus méchante que 
j'aie jamais mangée : il faut brûler l'ouvrière , c; 
elle ne fera de fa vie rien qui vaille: qu'on ; 
porte des fagots. Attendez, dit le payfai*, je m 
vais quérir ma femme, on ne fera qu'un buchei 
pour toutes les deux. Ce dernier trait défarçonns 
le philofophe , & lui ôta l'efpérance de jamais at- 
traper le Phrygien. 

Or ce n'étoit pas feulement avec fon mali 
qu'Efope trouvoit occafïon de rire , & de direj 
des bons mots. Xantus l'avoit envoyé en certaiij 
endroit: il rencontra en chemin le Magiftwt, qui 
lui demanda où il alloit. Soit qu'Efope fût diJ 
lirait, ou pour une autre raifon ; il répondit! 
qu'il n'en fçavoit rien. Le Magiftrat tenant àj 
mépris & irrévérence cette xéponfe, le fit menet 

en 



LA VIE D'ESOPE, lïxiîi 

çn prifon. Comme les huifliers le conduifoient : 
ne voyez -vous pas, dit -il, que j'ai très -bien ré- 
pondu ? Sçavois-je que Ton me fcroit aller où 
je vais ? Le Magiftrat le fit relâcher , & trouva 
Xantus heureux d'avoir un efclave û plein d'efprit. 

Xantus , de fa part, voyoit par là de quelle im- 
portance il lui étoit de ne point affranchir Efope, 
& combien la pofTeflïon d'un tel efclave lui faifoit 
d'honneur* Même un jour, faifant la débauche 
avec fes difciples , Efope qui les fervoit, vit que les 
fumées leur échauffoient déjà la cervelle , auffi-bien 
au maître qu'aux écoliers. La débauche de vin, 
leur dit- il > a trois dégrés; le premier, de volupté; 
le fécond, d'ivrognerie; le troifiéme, de fureur. 
On fe moqua de fon bbfervation, & on continua de 
vuider les pots. Xantus s'en donna jusqu'à perdre 
la raifon* & à fe vanter qu'il boiroit la mer. Cela 
fit rire la compagnie. Xantus foutint ce qu'il avoit 
dit, gagea fa maifori qu'il boiroit la mer toute en- 
tière; & pour aflurance de la gageure, il dépofa 
l'anneau qu'il avoit au doigt. 

Le jour fuivant , que les vapeurs de Bacchu* 
furent diffipées » Xantus fut extrêmement furpris 
de ne plus trpuver fon anneau , lequel il tenoit 
fort cher. Efope lui dit qu'il étoit perdu , & que 
fa maifon P étoit aufli > par la gageure qu'il avoit 
faite. Voilà le Philofophe bien ailarmé. il pria 
£fope de lui enfeigner une défaite. Efope s'avifa 
de celle-ci. 

Quand le jour que l'on avoit pris pour l'exécu- 
tion de la gageure fut arrivé , tout le peuple de 
Samos accourut au rivage de la mer, pour être té- 
moin de la honte du philofophe. Celui de fes dis • 
ciples qui avoit gagé contre lui ,. triomphoit déjà. 
Xantus dit à l'affemblée : Meffieurs, j'ai gagé véri- 
tablement que je boirois toute la mer, ma&nçn pas 



miv LA VIE D' E S O P E. 

les fleuves qui entrefit dedans : c'eft pourquoi , que 
celui qui a gagé contre moi détourne leur cours, 
8c puis je ferai ce que je me fuis vanté de faire. v 
Chacun admira l'expédient que Xantus avoit trouvé, 
pour fortir à fon honneur d'un fi mauvais pas. Le 
difciple confefTa qu'il étoit vaincu, & demanda par- 
don à fon maître. Xantus fut reconduit jusqu'en 
fon logis avec acclamation. 

Pour récompenfe , Efope lui demanda la liberté. 
Xantus la lui refufa , & dit que le temps de l'afFran- - 
chir n'étoit pas encore venu: fi toutefois les Dieux 
l'ordonnoient ainii, il y confentoit; partant, qu'il 
prit garde au premier préfage qu'il auroit étant fortî 
du logis : s'il étoit heureux , & que par exemple 
deux corneilles fe préfentafTent à fa vue , la liberté 
lui feroit donnée : s'il n'en voyoit qu'une, qu'il ne 
fe lafïat point d'être efclave. Efope fortit auffi - tôt. ' 
Son maître étoit logé à l'écart , & apparemment vers 
un lieu couvert de grands arbres. A peine notre 
Phrygien fut hors, qu'il apperçut deux corneilles 
qui s'abbattirent fur le plus haut. , H en alla avertir 
fon maître , qui voulut voir lui-même s'il difoit 
vrai. Tandis que Xantus venoît, l'une des corneil- 
les s'envola. Me tromperas -tu toujours? dit- il à 
Efope : qu'on lui donne les étriviéres. L'ordre fut 
exécuté. Pendant le fuppHce du pauvre Efope, 
on vint inviter Xantus i un repas : il promit qu'il 
«'y trouyeroit. Hélas ! s'écria Efope ; les préfages 
font bien menteurs ! Moi qui ai vu deux corneilles, 
je fuis battu; mon maître qui n*en a vu qu'une , eft 
prié de nôœs. Ce mot plut tellement à Xantus, 
qu'il commanda qu'on ceflat de fouetter Efope : 
iriais quant à la liberté , il ne fe pouvoit réfoudre à 
la lui donner, encore qu'il la lui promît eAdivcrfes 
arecafions. 
^Un jour ils fe promenoient tous deux parmi àp 



IrA VIE D' ESOPE, tttv 

vieux monumens , confidérant avec beaucoup de 
plaifir les inferiptions qu'on y avoit mifes. Xantus 
en apperçut une qu'il ne 'put entendre , quoiqu'il 
demeurât long- temps à en chercher l'explication. 
Elle étoit compofée (i) des premières lettres de 
certains mots. Le philofophe avoua ingénument 
que cela paflbit fon efprit. Si je vous fais trouver 
un tréfor par le moyen de ces lettres , lui dit Efo- 
!pe, quelle re^compenfe aurai-je? Xantus lui promit 
la liberté, & la moitié du tréfor. Elle figiiifie* 
: poorfuivit Efope , qu'à quatre pas de cette colonne 
nous en trouverons un. En effet ils le trouvèrent, 
après avoir creufé quelque peu dans la terre. Le 
philofophe fut fommé de tenir parole ; mais il recu- 
loit toujours. Les Dieux me gardent de t'affran- 
chir, dit -il à Efope, que tu ne m'ayes donné avant 
cela l'intelligence de ces lettres : ce me fera un au- 
tre tréfor plus précieux que celui que nous avons 
trouvé. On les a ici gravées, pourfuivit Efope, 
«hbbc étant les premières lettres de ces mots : 
v A*#j3<rç, fa/iar*) &c. c'eft-à- dire, Ji vous recw 
te quatre pas > S> que vous creujîez, vous trouverez un 
tâjar. Puisque tu es fi fubtil , repartit Xantus y 
i'aurois tort de me défaire de toi : n'efpere donc 
?3s que je t'affranchiffe. Et moi T répliqua Efope T 
je vous dénoncerai au Roi Denys ; car cfeft à 
lui que le tréfor appartient ; & ces mêmes let- 
tres commencent d'autres mots qui le lignifient. 
Le philofophe intimidé , dit au Phrygien qu'il 
prit fa part de l'argent, & qu'il n'en dît mot; 
«te quoi Efope déclara ne lui avoir aucune obli- 
{^tion , ces lettres ayant été choifies de telle ma- 
£&e qu'elles enfermoient un triple fens , & fîg.- 
tàoient encore , En, vous en allant vous partagerez le 
t r -Jv que vous aurez rencontré. Dès qu'il fut dé 



ixxvi LA VIE D* ESOPE, 

retour , Xantus commanda que Ton enfermât te 
Phrygien, & que Ton lui mit les fers aux pieds , de 
crainte qu'il n'allât publier cette aventure.. Hélas l 
s'écria Efope, eft-ceainfi que les philofophes s'ac- 
quittent de leurs promefTes ? Mais faites ce que vous 
voudrez, il faudra que vous m'àiFranchiffiez malgré 
vous. 

Sa prédi&ion fe trouva vraie. I! arriva un pro- 
dige qui mit fort en peine les Samiens. Un aigle en- 
leva l'anneau public (c'étoit apparemment quelque 
fceau que l'on appofoit aux délibérations du Confeil) 
& le fit tomber au fein d'un efclave. Le philofophe 
fut confulté là-deffus, & comme étant philofophe, 
& comme étant un des premiers de la République.. 
Jl demanda temps ; & eut recours à fan oracle ordi- 
naire,- c'étoit Efope. Celui-ci lui confeilla de le 
produire en public; parce que s'il rencontroit bien, 
l'honneur en feroit toujours à fon maître ; linon , 
ii n'y auroit que I'efclave de blâmé. Xantus ap- 
prouva la chefe, & le fit monter à ia tribune aux 
harangues. Dès qu'on le vit, chacun s'éclata de 
rire; perfonne ne s'imagina qu'il pût rien partir de 
raifonnable d'un homme fait de cette manière. Efo- 
pe leur dit qu'il ne falloit pas confîdércr la forme 
du vafe, mais la liqueur qui yétoit enfermée. Les 
Samiens lui crièrent qu'il dit donc fans crainte ce 
qu'il jugeoit de ce prodige. Efopje s'en exeufa fur 
ce qu'il n'ofoit le faire. La fortune , difoit - il , 
avoit mis un débat de gloire entre le maître & l'ç- 
- fclave : (i I'efclave difoit mal , il feroit battu ; s'il 
difoit mieux que le maître , il feroit battu encore. 
Aufli - tôt on preiîa Xantus de l'affranchir. Le phi- 
lofophe réiîfta long- temps. A la fin le Prévôt de 
ville le menaça de le faire de fon office, & en, 
vertu du pouvoir qu'il en avoit, comme Magiftrat, 
de façon que le philofophe fut obligé d'y donner 



LA VIE D' ES P E. lxjh* 

vm 4 la connoiffance d'Efope , il Te chafla. 
L'autre , afin de s'en venger , contrefît, des let- 
tres, par lesquelles- il fembloit qu'Efope eût in- 
telligence avec le» Rois qui étoient émules' de. 
Lycerus* Lycerus perfùadé par le cachet & par« 
la fignatu&e de ce» lettres,, commanda â un de, 
l'es officiers nommé Hermippus , que fans autre- 
l^quête* il» fit. mourir? promptement le traître 
Kbpe-, €et Hennippus étant ami du Phrygien ,. 
ht fauva la vie ; & à l'infçu de tout le monde , 
ta nourrit long -temps dans un fépulçre , jusqu'à 
ee que Nedtenaho , Roi d'Egypte , fur. le bruit de la 
mort d'Efope, crut à l'avenir rendre Lycerus fon 
tributaire.. U ofâ le provoquer ,.& le défia de lui 
envoyer des arçhite&es qui fçuiTent bâtir une tour - 
ci l'air, &. par même moyen, un homme prêt à- 
répondre à toutes fortes de queftions.. Lycerus ayant 
lu les lettres , & les ayant communiquées aux plus- 
habiles de fon état, chacun d'£ux demeura court;. 
ce qui fit que le Roi ïegmta Efope; quand Her- 
mippus lui dit qu'il tfétoit pas mort , il le. fit venir.. 
Le Phrygien fut. très -bien reçu, fe juftifia', & par- 
donna à Ennus. Quant à la lettre du Roi d'Egypte,. 
il n'en fit que rire,. & manda qu'il envoyeroit an. 
printemps des archite&es & le répondant i toutes 
fortes de queftions. Lycerus remit Efope en poffes- 
lion de tous /es biens r &lui fit livrer. Ennus pour 
en faire ce qu'il voudroit. Efope le reçut comme 
fon enfant; &, pour toute punition , lui recom- 
manda d'honorer les Dieux & fon Prince, fe,ren* 
&e terrible à fes ennemis, facile & commode aux 
satresjbten traiter fa femme, fans pourtant lui con* 
tofon fecret; parler peu., & chalTer de chez foi 
b babillards; ne fe: point laiffer abattre aux «mal- 
heurs ; avoir foin du lendemain ; car* il vaut mieux: 

tarichir fes ennemis par. ft mort, quç d'être ho? 
****** 



txxx LA VIE D'E S O V E. 

portun à fes amis pendant fon vivant; furtout n*é-' 
tre point envieux du bonheur ni de la vertu d'^u- 
trui, d'autant que c'èft fe faire du mal à foi -même. 
Ennus touché' de ces avertiflemens & de la bonté 
d'Efope , comme un trait qui lui 1 auroit pénétré le 
ooeur , mourut peu de temps après. 

Pour revenir au défi de Ne&enabo, Efope choî- 
fit des aiglons,, & les fit inflruire (chofe difficile à 
croire) il les fit, dis -je, inflruire à porter en l'air 
chacun un panier , dans lequel étoit un jeune en- 
fant. Le. printemps venu, il s'en alla en Egypte 
avec tout cet équipage, non- fins tenir en grande 
admiration & en attente de fon defTein les peuples 
chez qui il pafToit. Ne&enabo qui , fur le bruit de 
fàmort, avoit envoyé l'énigme, fut^ extrêmement 
furpris de fon arrivée, il ne s'y attendoit pas , & 
ne fe fût jamais engagé dans un tel défi contre Ly- 
cerus , s'il eût- cru Efope vivant. Il lui demanda 
$11 avôit amené les architectes & le répendant. Efo- 
pe dit que le répondant étoit lui-même, & qu'il 
feroit voir- les architectes quand il feroit fur le lieu» 
On fortît en pleine campagne, où les aigles enlevé- 
ient les paniers avec les petits enfans, qui crioient. 
qu'on leur donnât du mortier, des- pierres -& du bois. 
Vous voyez, dit Efope à Ne&enabo, que je vous* 
ai trouvé les ouvriers : fournKTez-leur des- maté- 
riaux. Neclenabo avoua que Lycerus étoit le vain- 
queur. Il propoffe toutefois ceci à Efope- J'ai des. 
cavales en Egypte qui: conçoivent au hanniflement. 
des. chevaux qui font devers Babilone : qu'avez-vous. 
à* répondre là-deffiis? Le Phrygien- remit fa ré- 
ponfeau lendemain* & retourné qu'il fut 1 au logis,, 
il commanda à des enfans de prendre un chat , & 
de le mener fouettant par les rues. Les Egyptiens* 
qui adorent cet' animal , fe trouvèrent extrêmement':: 
fcandaiifés du traitement que. l'on lui faifoit. Ds 



LA V I E D"£ S O m F E. lxxvh 

fte mains. Cela fait, Efope dit que les Samiens 
Soient menacés de fervitude par ce prodige ; & que 
i aigle enlevant leur fceau, ne fignifioit autre chofe 
ça'un Roi puiffant qui vouloit les aflujettir.. 

Peu de temps après, Créfus, Roi des Lydiens, 
k dénoncer à ceux de Samas qu'ils euffent à fe 
rendre fes tributaires ,. finon qu'il les y forceroit 
per les armes-. La plupart étaient d'avis qu'on lui 
obéit. Efope leur dit que la fortune préfentoît deux 
chemins aux. hommes; l'un de liberté, rude & épi* 
neux au commencement , mais dans la fuite très- 
îgiéable; l'autre d'efclavage, dont les commence^ 
icens étoient plus aifés ,. mais la fuite laborieufe- 
Cétoit confeiller, allez intelligiblement aux Samiens. 
& défendre leur liberté. Ils renvoyèrent fcAmbas- 
fadeur de Créfus avec peu de fatisfa&ion. 

Créfus. fe mit en état de les attaquer- L'Ambafla- 
fcir lui dit,; que tant qu'ils auroient Efope avec* 
cm, il auroit peine à les réduire à fes volontés v 
vu la confiance qu'ils avoient au bon fens du per- 
Jonnage. Créfus le leur envoya demander, avec 
promeus de leur laiffer la liberté, s'ils le lui li- 
vraient. Des principaux de la ville trouvèrent ce&. 
conditions avantageuses, & ne crurent pas que leur 
repos leuï coûtât trop- cher, quand ils l'acheteroienk 
aux dépens dEfope*. Le Phrygien leur. fit. changer 
k fentiment, en leur contant, que les loups- & les, 
brebis ayant fait un traité de paix,, celles-ci don- 
nèrent leurs chiens pour otages : quand elles. n!eu? 
œnt plus de défenfeurs, les loups les étranglèrent 
avec moins de peine qu'ils ne faifoient. Cet apô- 
toguefi&fon effet: les Samiens prirent une délibé- 
ration toute contraire, à celle qu'ils avoient prife... 
E%e voulut • toutefois aller vers Créfus,, & dit. 
qu'il les ferviroit plus utilement étant près duRoi,,; 
ïefll demeuroit-à Samo*.. 



( 



^/-tt^.Cï <sClJu<*~ 



l*xviii LA VIE ^ESOPE, 

Quand Créfus te vit, il s'étonna qu'une fi chéti- 
ve créature lui eût été un û grand obftacle. Quoi ! 
Voilà celui qui fait qu'on s'oppofe à mes volontés ! 
s'écria- 1- il'. Efope fe profterna à fes pieds» Un 
homme prenoit des fauterelles, dit- il ; une cigale: 
lui tomba auffi fous k main : il s'en alloit la tuer 
comme il avoit fait des fauterelles. Que vous ai- 
je fait? dit -elle à cet* homme: je ne ronge point, 
vos bleds ; je ne vous procure aucun dommage ^ 
vous ne trouverez en moi que la voix , dont je 
me fers fort innocemment. Grand Roi , je reflem- 
ble à cette cigale ; je n'ai que la voix , & ne m'en 
fuis point fervï pour vous ofFenfer. Créfus , -tou- 
ché d'admiration & de pîtié, non - feuletnent lui 
pardonna , mais il laifTa en repos les Samiens à fâ 
confîdëration. 

En ce temps -là, le Phrygien compofa fes fables» 
lesquelles il laiffa au Roi de Lydie , & fut envoyé 
par lui veis les Samiens, qui décernèrent à Efope 
de grands honneurs» Il lui prit auffl envie de voya- 
ger, & d'aller par Ife monde, s'entretenant de di- 
verfes chofes avec ceux que Ton appelloit PMofo- 
jihes. Enfin iî fe mit en grand crédit près de Ly- 
cerus, Roi de Babilone. Les Rois d'alors s'en- 
voyoientles uns aux autres des problêmes à réfoudre 
fdr toutes fortes de matières , à condition de fe payer 
une efpece de tribut ou d'amende , félon qu'ils ré- 
pondroient bien ou mal aux queftions proposées : 
en quoi Lycesus , affifté d'Efope , avoit toujours 
l'avantage, & fe rendoit ilhifrre parmi les autres, 
fôit à réfoudre* foit à propofer. 

Cependant notre Phrygien fe maria, & ne pou- 
*ant avoir d'enfans r H adopta un jeune homme 
d'extra&ion noble, appelle Ênnus. Celui-ci le 
paya d'ingratitude, & fut iî méchant que d'ofer 
fouiller Je lit de fon bienfaiteur* Cela étant 



LA VIE D* E S O P È. lxxx* 

Panachèrent des mains des enfans , & allèrent fe 
plaindre au Roi. On fit venir en fa préfence le 
Phrygien. Ne içavez-vôus pas, lui dit le Roi,. 
que cet animal eft un de nos Dieux? pourquoi dona 
fe faites -vous traiter de la forte? C'eft pour l'of- 
ferte qu'il a commife envers Lycerus , reprit Efo- 
pe; car la nuit dernière il lui/a étranglé Un coq. 
extrêmement courageux, & qui chantoit à toutes le» 
heures. Vous êtes un menteur , repartit le Roi t 
comment fèroit-il pofEble que ce chat eût fait eu 
fi peu de temps un fi long voyage? Et comment 
eft -il poffibte, reprit Efope, que vos jumens en- 
tendent de fi loin nos chevaux hannir, & conçoi- 
vent pour les entendre? 

Enfuite de cela, le Roi fit venir 'd'Héiîopolk 
certains perfonnages d'efprit fubtil , & fçavans en 
queftions énigmatiques. 11 leur fit un grand régal * 
où le Phrygien fut invité. Pendant le repas, ils 
propoferent à Efope diverfes chofes, celle-ci en* 
tr'autres :• 11 y: a un grand temple qui eft appuyé fur. 
une colonne entourée de douze villes, chacune des- 
quelles a trente areboutans, & autour de ces arc- 
boutans fe promènent, Tune après l'autre, deux 
femmes, l'une blanche, & l'autre noire. 11 faut 
renvoyer, dit Efope, cette queftion aux petits en- 
fans de notre pays. Le temple eft le monde; la- 
colonne , Tan ; les villes , ce font les mois ; & les 
areboutans, les jours, autour defquels fe promènent 
alternativement le jour.& la nuit. 

Le lendemain Ne&enabo affembla tous fes amis. 
Souffrirez -vous, leur dit-il,, qu'une moitié d'hom- 
me, qu'un avorton fait la caufe que Lycerus rem- 
porte le prix ; & que j'aie la cpnfufion pour mon. 
partage? Un d'eux s'avifa de demander à Efope qu'il 
leur fît des queftions de chofes dont ils n'euiïent 
jamais entendu parler. Efope écrivit une cédille* 



ixxtn LA VIE D'ESÛPR 

par laquelle Neétenabo confefToit de devoir- deûs 
mille talens à. Lycerus; La cédule fut mife entre 
tes 'mains de Neétenabo, toute cachetée. Avant 
qu'on l'ouvrit, les amis du Prince foûtinrent que 
ta chofe contenue dans cet écrit étoit de, leur cou- 
noiflancc. Quand* on Peut ouverte , Nectenabo s'é- 
cria: voilà la plus grande faufleté du monde; Je 
vous en prens à témoins tous tant que vous êtes. II 
cft vrai, repartirent -ils, que nous n'en avons -ja- 
mais entendu parler. J'ai donc fatisfait à votre de- 
mande , reprit Efope. Ne&enabo le renvoya con> 
Blé de préfens, tant pour lui que pour fon maître. 

Le féjour qu'il fît en Egypte eft peut - être caufe 
que quelques-uns ont écrit qu'il fut efcteve avec 
Rhodope , celle-là qui, des libéralités de fes amans, 
fit élever une des trois pyramides, qui fubfïftent en- 
core , & qu'on voit avec admiration : c'eft la plus 
petite , mais celle qui éft bâtie avec plus d'art. 

Efope, à fon retour dans Babilone, fut reçu de 
Lycerus avec de grandes démonftrations de joie & 
de bienveillance:, ce Roi lui fit ériger une ftatue. 
L'envie de voir & d'apprendre lui fit renoncer à 
Cous ces honneurs. Il quitta la cour de Lycerus , 
où il avoit tous les avantages qu'on peut fouhaiter , 
& prit congé de ce Prince pour voir la Grèce en- 
core_une fois. Lycerus ne le laîfla pas partir fans 
embrafTemens . & fans larmes t & fans le faire pro- 
mettre fur les autels qull reviendrait achever Tes 
Jours auprès de lui. 

Entre les villes où il s'arrêta/ Delphes fut une 
des principales. Les Delphiens Técouterent fort 
voïbntiers , mais ils ne lui rendirent point d'hon- 
neurs. Efope x piqué de ce mépris, les compara 
aux bâtons qui iiotent fur L'onde : on s'imagine' de 
loin que c'eft quelque chofe de confid érable ; de 
près on trouve que ce a'eïl rien. La comparaison 



LA VIÏ D' tSOVÊ. Lztnit 

loi coûta cher. • Les Delphiens en conçurent une 
teiîe haine , & un û violent défir de vengeance f 
(outre qu'ils cfaignoient d'être décriés par lui} 
qu'ils réélurent de l'ôter du monde. Pour y par- 
venir, ils cachèrent parmi fes hardes un de leurs 
raies facrés , prétendant que jpar ce moyen irs con- 
vaincroicnt Efope de vol & de facxilége, & qu'il* 
|lc condamner oient à la mort. 
I Comme il fut fortî de Delphes , & qu'il eut prU 
le chemin de la Phocide , les Delphiens accouru- 
rent comme gens qui étoient en peine ; ib Faccufe- 
rent d'avoir dérobé leur vafe. Efope le nia avec 
des fermens: on chercha dans fon équipage, & il 
Fjt trouvé. Tout te qu'Efope put dire , n'empêcha 
point qu'on ne le traitât jcomine un criminel infâme. 
li fut ramené à Delphes, chargé de fers, mis dans 
des cachots , puis condamné à être précipité. Rien 
ne lui fervit de fc défendre avec fes armes ordinai- 
res , & de jaconter des apologues : les Delphiens 1 
s'en moquèrent. 

La grenouille, leur dit-il , avok invité le rat â 
la venir voir. Afin de '-lui faire, traverfer l'onde , 
elle l'attacha à fon pied. Dès qu'il fut fur l'eau, 
«lie voulut le tirer au fond, dans le deflHn de le 
noyer, & d'en faire enfuite un repas. Le malheu- 
reux rat réfifta quelque peu de tems. Pendant qu'il 
fe débattoit fur l'eau,, un oifeau de proie i'apperçut, 
fondit fur lui ; & l'ayant enlçvé avec la grenouille 
lui ne fe put détacher, il îc reput de l'un & de 
l'autre. C'eft airïfi , Delphiens abominables , qu'un 
plus puuTant que nous me vengera; je périrai; mais 
vous périrez auf&V 

Comme on le conduifoir au fupplice,>il trouva 
moyen de s'échapper , & entra dans une petite cha- 
pelle dédiée à Appollon. Les Delphiens l'en arra- 
chçrent. Vous viole* ççt afyie; leur dit-il^ parce 



ixxxrv LA VIE D' Ê S Ô P t 

<jue ce ri'eft qu'une petite chapelle ; mais un jovk 
viendra que votre méchanceté ne trouvera point de 
retraite fûre, non pas même dedans les temples. 
11 vous arrivera la même chofe qu'à J'aigle, la- 
quelle, nonobftant tes prières de lfcfcarbot, enleva- 
un lièvre qui s'étoit réfugié chez lui. La généra- 
tion de l'aigle en fut punie jufqucs dans le giron de 
Jupiter, Les Delphiens peu touchés de tous ces 
exemples* le précipitèrent. 

Peu de temps après fa mort* tffie.pefte très- . 
violente exerça fur eux fes ravages. Ils dem'an- 
<derent à l'Oracle par quels moyens ils pourroïent 
appaifer le courroux des Dieux. L'Oracle leur 
répondit-, qu'il n'y en avoit point d'autre que d'ex- 
pier leur forfait , & fatisfaire aux mânes d'Efope. 
Auffi-tôt une pyramide fut élevée. Les Dieux ne 
témoignèrent pas* feuls combien ce crime leur dé- 
plaifoit ; les hommes vengèrent auffi la mort de 
leur fage. La Grèce envoya dès commiffairefr 
pour en informer , & «n fit une punition rigou- 
jeufe. . 





F À B L E'S 

C H O I S I E S. 

A MONSEIGNEUR 



(0 



LE DAUPHIN. 



e chante les Héros dont (2) Efope eft le père, 
jTroupe^de qui i'Hiftoirc , encor que menfongére, 
1 Contient des vérités qui fervent de leçons. 
Tout parie en mon Ouvrage , & même les Poiflbns. 
Ce qu'ils difent s'adreffe a tous tant que nous fom- 

mes* 
Je me fers d'Animaux pour inftruire les hommes. 
iUlustre Rejetton d'un Prïncb aimé 

des Cieux , 
(Sur qui le inonde entier a maintenant les yeux, 

(0 Fils de Louïs XIV. 
UM>'elckre Inventeur des Fables.' 



7. a A MONSEICMEUKLE^DAUrtïlN. 

Et qui , faifant fléchir les plus fuperties têtes; 

Comptera déformais fes jours par Tes conquêtes, 

Queiqu'autre te dira, <Tune plus forte' voix, 
<- Les Faits de tes Ayeux , & les vertus des Rois. 
* Je vais t'entrefenir de moindres avantures , 
v Te tyacer , en ces Vere, jào> légères peinâmes £ 

Et fi de t'agréer je n'emporte le prix, ; 

J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. 





FABLE PREMIERE. 

La Cigcde & la Fourmi. 



JL/a 



fa Cigale ayant chanté 
tout Tété, 

Se trouva fort dépourvue. 

Quand la bize ( i ) fat venue. 

Pas un feul petit morceau 

De mouche pu de vermhTean. 

Elle alla, crier famine , 

Che2 ta Fourmi fa voifine, ' 

La priant de lui prêter 

Quelque grain pourfubfifter " ; 

Jufqu'à la faifon nouvelle. ■ ' l 

Je vous pairâï, lui dit -"elle , 

(i.) Avant rote; foi d'animal > 

Intérêt (3) & principal. 

• • 1 • • . 

M Vent du Kord> qui contribue ic plus au fond <U 
lyver. 

'M Avant la moiflbn, avant le teins où l'on recueille 
ft grain$. .. j ; 

S)) La femme que tons drantc* prêtée, ajnec le» ix». 
*«* de cette fournie, '* • * 

A a / 



F ARLES CHOISIES 

La Fourmi «n'eft pas préteufe; 

. C'eftlà Spn mcandi-e défaut,, 
Que faiSez-votis au temps chaud fc 
Dit -elle à cette emprunteufë, ^ 
Nuit & jour à tout venant 
Je chantois , ne vous déplaife. 
Vous chantiez,? j'en fuis- fort aife; 

' Hé bien, danfëz maintenant. 4 



FABLE IL 

Le Corbeau & le fâriard. 

JlV JLaître' Corbeau fui* un arbre perché , 

Tenoit en fon bec un fromage : 
Maître Renard, par l'odeur (i) allécjré, 

Lui tint à peu près ce langage. 

Hé bon jour, Monfieur du Corbeau! 
Que vous êtes joli ! <jue vous me femblez beau 

Sans mentir, û votre ramage 

Se raporte à votre plumage, 
Vous êtes je ( % ) phénix des hôtes de ces. bois. 
A ces mots , le Corbeau ne. te fejit pa& de >joie : 

Et, pour montrer fa be>Jic voix* 
Il ouvre un lafgé bec , kifle tomber fa proie. 
Le Renard s'en faifit, & dit: mon bon Monfieur 
Aprenez que tout flatteur 

Vit aux dépens «de celui -qui l'écoute : 
Cette leçon vaut bien un fromage fans doute. 

Le Corbeau honteux & confus 
Jbta,mais un'pM tatfd^u^bn nel'y prcndroit plus 

(iV-Afcfet. ' ' ' • " ; / ' : 

(l) l*e plus beau de tous les oîfeaux , unique en foi 
«f^êcei -SC' ii tare; qiril u'cft frâ* trop 'fût qu'il ait j* 
joais exifté. * 



l r V R E I. 



FA B L E III. 

la Grenouille qutje veut faire aujffi groffe 
que le Bœuf. 



U. 



ne Grenouille vit un Bœuf, 

Qui lui fembla de belle taille. 
| Elle qui n'étoit pas grotte en tout comme un œuf, 
Envieufe s'étend , & s'enfle , & fe travaille , 

Pour égaler l'animal en grofleur, 

Difant: regardez . bief} , rna fœur, 
Eft-ce affez ? dites - moi ; n'y fuis - je point encore ? 
Nennj. M'y voici donc? point-du-tout. M'y voilà? 
Vous nleû apjochez- point.. La chétive pécore 
! S'enfla fi bien , .qu'elle creva. 

Le inonde eft plein de gens qui ne font pas plus fages; 
Toot Bourgeois veut bâtir comme lc$ grands Sei- 
gneurs; 
Tout- petit Grince a des Amhafladeurs'; 
Tout Marquis veut avoir des Pages. 

r ' < 

F A B L E I V. 

Les deux Mulets. 

lOeux Mulets chemînoient ; l'un d'avoine chargé , 
itïutre portant L'argent de ( i ) la Gabelle-. 
£elui -ci , glorieux d'une charge fi belle , 
faut voulu pour beaucoup en être foulage. , 
| 11 marchoit d'un pas relevé , 
l») L'argent des Jmp6tj. 

A 3 



jf FABLES .CHOISIES 

Et faifoit fonner fa fonnette: 
Quand l'ennemi fepréf entant, 
Comme il en vouloit à l'argent, 

Sur le Mulet du (*&) fife une troupe fe jette; 
Le faifit au frein $ l'arrête. 
Le Malet , ëti fe défendant ,• 

Se fent percer de cfcups,il gémit, il foupire. 

Eft-ce donc là, dit -il, ce qu'on 'm'avoit pxotn'i 

Ce Mulet qu| me Huit , du danger fe letire , 

Et moi j'Y tombe & j'y péris. i 

Ami, Jui dit fon camarade, 

Il n'efl pas toujours bon devoir un haut anpld 

Si tu n'avois fervi qu'un Meunier , comme moi , 
Tu ne ferois pas k fi malade. 

• ( 2 ) Deniers publics. 



u. 



CABLE V. 

* Le Loup & le Chien. 



n Loup n'avoit que le$ m & la peair, j 

Tant les. Chiens faifoiçnt bpnne gajr4e; : 
Ce Loup rencontrç^un Dogue aùflï puiflànt que beaj 
G*as y poli , qui s'était fourvoyé par mégarde. I 

L'attaquer , le mettre en quartiers , 

Slip £oup l'eût feit volontiers. 

Aîais il falloît livrer bataille, 

Et le Mâtin étofr $3 taULe 

À fe défendre hardiment. 

Le Loup donc l'aborde humblement, 
' Entre en propos , & lui fait compliment 

Sur fon embonpoint qu'il admire. 

Il ne tiendra qu'à vous, beau Sire, 
-lyêtre auflî gras que moi , lui réparti* le Chien. 

Quittez les bois, .vous fere^ bien.; 



i I V R JE k4 I t ; f 

Vos pareils y font miférables, 

Cancres , ( i) beres 8t pauvres Dkblft, : 
Dont la condition eft de mourir de faim. 
Car quoi ?Hien d'afluré: point <de (x} franche lipée; 

Tout à la pointe de i'épée. 
Um -moi , voqs agirez un bien meilleur deftîn. , 

Le Loup reprit: que me faudra-t-il faire? 
Piefque rien , dit le Chien , donner la chafle aux gens 

Portant bâtons, & menctfans; 
flatter ceux du logis , à fon Maître complaire : • 

Moyennant quoi , votre falaire 
Sera force ('3 ) reliefs de toutes les façons, 

Os de Poulets, os' de pigeons, 

Sans parler de mainte careflè. 
le Loap déjà fe forge une félicité , 

Qui le fait pleurer de tendreflfe. 
Chemin faifant, il vit le col du^Chien pelé : 
Qu'eft cela? lui dit-il. Rien. Quoi rien? Peu de chofe. 
Mais encor V Le colHçr dont je fuis attaché , 
De ce que vous voyez eft peut - être la caufe. 
Attaché! dit le Loup: vous : ne courez dotac pas 

Où vous vôulé2 ? Pas toujours , mais qu'importe ? 
*1 importe fi bien que de tous vos repas 

Je ne veux en aucune forte ; 
Etne voudrois pas même àx:e prix un tréfor; 
wla fit, maître Loup s'enfuit,. & court encor. 

(0 Malheureux. 

U) Repas qui ne coûte rien à des impudent qui vont 
IPfnufee paft.fanf avoir été inyfcc* , 
13 J Les reftes d'un repa*, 



A4 



FABLES CHOISIES 



F A B L E V I. 

Jm Géniffe } ta Chèvre & } ta Brebis 9 enjbczété 
avec le Lion, 

JLfa (i) Géniflê , la Chèvre r & leur fœur la Brebis, 

Avec un fier Lion », Seigneur du voifinage, 

Firent fociété, dit -on, au tems jadis, 

Et mirent en commun le gain & lé dommage. 

Dans les lacs de la'Chévre un Cerf fe trouva pris. 

Vers fes aflbciés auflî - tôt elle envoie. 

Eux venus, le Lion par fes ongles compta, 1 

Et dit: Nous fommes quatre à partager la proie; 

Puis en autant de parts le Cerf il dépeça : 

Prit pour lui la première en qualité de (2) Sire; 

Elle doit être à moi , dit -il ; & la raifon, 

C'eft que je m'apelle Lion; 

A cela l'on n'a rien à dire. 
La féconde, par droit, me doit échoir encor : 
Ce droit, vous le fçavez, c'eft le droit du plus fort 
Comme le plus vaillant je prètens la troisième. 
Si quelqu'une de vous touche à la quatrième , 

Je l'étranglerai tout d'abord.* 

* ( 1) -Jeune vache. L 

( 2 ) Seigneur cm Roi ♦ • le Lion étant réputé Roi de* 
animaux , comme l'Aigle celui des oHeaux.^ • 1 






•LIVRET- 9 

FABLE VIL 

LaBeface/ 

Jupiter dît un Jour r que tout ce qui refpire 

S'en vienne comparoître aux pieds de ma grandeur. 

Si dans fon compofé quelqu'un trouve à redire, 

lr peut te déclarer" fans peur? 

Je mettrai remède â la chofe. 
Venez, Singe, parlez lepfemier , & pour caufe r 
Voyez ces animaux; faites comparaifon 

De leurs beautés ' avec les vôtres; 
Etes -vous fatfsfait? moi, dit -il, pourquoi non? ' 
N'ai -je pas* quatre pieds aufli-bierr quelles autres? 
Mon portrait jufqu'ici ne m'a rien reproché : 
Mais pour mon frère fours on ne Ta qu'ébauché £ (i) 
Jamais, s'il me veut croire, il (2) ne fe fera peindre» 
L'ours venant là-deflus , on crut qu'il s'alloit plaindre. 
Tant s'en faut, de fa forme il fe loua très-fort,. 
Glokfur rélépfianr, dit qu'on pourroit encor 
Ajouter à fa queue , ôter à fes oreilles , 
Que c'étok une mafle informe & fans beauté. 

L'éléphant étant écouté, 
Tout fage qu'il étoit, dit des chofès pareilles. : 

Il jugea qu'à fori apétit, 

Dame baleine étoit trop grofle. 
Dame fourmi trouva le ( 3 ) ciron trop petit, 

Se croyant pour elfe- un colofle. 
Jupin les renvoya s'étant cenfurés tous; 
Du refte content d'eux. Mais parmi les pte fous 
Notre efpéce excella;, car tout ce que nous forâmes, 

(1) Très - imparfaitement forma, 
fx) Vu fou jExtrême laideur. . . _. ^ „ 
\ } ) Très - petit fcriïmal ,' qu'on" ne peut voir qpe fiât I* 
■ûjcn d'un microfeope. 

A 5 



/ 

*% FABtES ÇHO ISIES 

Attraperont petits oifeaux, • 

Ne volez plus de . place en place ; . , 
Demeurez au logis, ou changez de climat r 
Imitez le canard, la grue & la bécafle. 

Mais voijs n'êtes pas en état - . 

De pafTer, comme nous, les déferts & les ondes,. 

Ni d'aller chercher d'autres mondes ; 
C'eft pourquoi vous n'avez qu'un parti qui foit fur ^ 
C'eft de • vous .renfermer aux trous de quelque mur. 

LeSTolfillons , las de l'entendre > 
Se mirent àjazer auffi confufément, 
Que faifoienjt lés (o)Troyens>quahd la pauvre (io) 
Caflandrç 

Ouvroit la bouche feulement. "* V"" v 

Il eh prit aux uns comme aux autres» 
Maint Oifillôn fe vit efçave retéiiuu ,~". 
Nous n'écofjton'l d'inftipftsqué cei^x. qui* font les 

* nôtres," . */ * ,* j \/'.' '*"* ' - t 
Et ne croyons le mal s quç cjûçrçid $ eft yeiiu. 

féaux. Ce mot ufité <fans quefo,iies'Proirîncèy, <efr incon- 
nu à Paris, où les Oifelicrs difent Trebuchet, Collet % 
&c, au - lieu de %tg*ntiette, ,*.'/. *-* -* # 

(9)f Les habitans de J'ancîenne ville de Trby'e , dans le \ 
tems qu'elle ctoit attaquée /par les Grecs. - * ' •- 
. ( »9 ) FiUe <Ju-Rsj Priam v \ dojvt 4 on mépxifm* tes grophé^ J 
'tics qui cependant fe trouyoie^ toujours tres^ /véritable s. j 

msssmfi!9»ssasifm^ms^ \} nu ; ' rs çssat ! 
£e Rat fa ViÙe éf U &at Jes Çbariyps* 



A« 



autrefois le Rat- d* .vfllp ; ' 
, - . -ïiivka;leLB^ : dei;tham^. -\ m r •/ ' 
.'. . , ..«li'iinê» façon,' fort. civiiôL^.' ,. ,.:.;-' 

, A des reliefs (ij d'ortolans.* • - ^ ^. 

fî> Reftes d'oiftfaui'd'tfn ccft* '''ééicttî^ttaf kttticl* 
1 Onalan" paflV pour un y dt s maiid* mbf céâix» 



,Sm un tapis 4e Turquie -. } 

Le couvert fe trouva mis» 
Je laiflè à penfer ia ; yie 
Que firent ces deux amis.' 

Le régal fut fort hoônéte, 
Rien ne manquoit au feftinr 
Mats quelqu'un troubla la fête m _ 

„ Fendait qu'ils étaient en train* 

JV la porte de la falle 
Ils entendirent du bruit. 
Le Rat de ville détale* 
Son camarade le fuit 

Le bruit cefle, on fe retirer 
Rats en campagne auffi- tôt, . : 

Et le (2 ) Citadin, de dire ; . 
Achevons, tout notre rôt. . 

C'eft afTez, dk le Ruftîque r 

Demaifl vous viendrez chez, moi; 

Ce n'eft pas que je me pique . *: 

De. tous vos feftins de RoL 

Mai*. rie& ne vient m'interromprez t 

Je mange toyt à^ loifir.. '-y 

. Adieu .donc r  du : ptaiftr . ■ j v . „ 
Que la crainte peut corrompre». . 



O 



(i) Le Raj: de Ville* 


i 

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+ W 1 




:t;' \ ) 
i . * 


' 





14 FA&LES CHOISIES 

F A B t % X. , 
Le Loup & t* Agneau. 



La 



fa raifon du plus fort <tâ toujours la meilleure, 
Noue 1-alfons montrer tout à l'heure* 
Un Agneau fe défaltéroit 
Dans le courant d'une ohde pure»'' 
Un Loup furvient â jeun , qui cherchoit avanture, 
Et que la faim en' ces lieux attiroit. 
v Qui te rend fi hardi dé troubler mon breuvage ? 
Dit cet«animal plein de rage. 
Tu feras châtié de taj témérité. ' - 
Sire, répond L'Agneau, que votre majeflé 
Ne fe mette pas en colerd , 
Mais plutôt- quelle conUdere 
Que je me vas désaltérant 

î)ans lé courant, 
Plus de vingt pas au-deffbus d'elle; 
Et que par conséquent en aucune façon , 
Je ne puis troubler fa" boi0bn. - 
Tu la troubles , reprit cette bétç cruelle ; 
Et je fçafc que dû moi tu médi* l'ah'paSfe. 
Comment l'aurois-je fait & ri'-éfeis pas né? 
Reprit l'Agneato, je tette encor ma mère. 
Si c* n'eft toP, c'eft donc ton frère. , 
ft Je n'en ai point. C'eft donc quelqu'un des tiens; 
Car vous ne m'épargnez guère-, 
Vous, vos bergers, & vos chiens. 
Ça me l'a dit: il faut qpe je me vange. 
Là-deffus, a|fo5d dj* forêts 
Le Loup l'emporte,, & puis le mange, 
Sans autre fojine de procès. 



LIVRE!. If 



F A B L E XI. 

U * Homme (fjbn Image, pour M m te Z)uç 
de la Rocbefoucautt. 

U. : 
n honupe v <Jui s'^moitianstroiF^e rivaux, 

Paiïbit dans fonf efprit pour le plus beau" du inonde. 

Il accuftJit toujours, les: miroirs tf&ra faax , . 

Vivant plus que content .da^s fon er*çur profonde. 

Afin de le guérir , ' le fort officieux - - • - 

Préfentoitpajrtoutifesyeux , » 

Les confeillers muets dont fe fervent nos Damesf 

Miroirs dans les logis , miroirs chez les Marcb|ndp à 
Miroirs aux poche*. cîçs galans , 
Miroirs aux ceinturés cîes~femœep. 

Que fait notre (i) Narcifle? ilfe va confiner, 

Aux lieux les plus .cachés- qu'jtf peutVimaginer, 

N'ofant plus des miroirs éprouver l'avantijre. ' 

Mais un canal, formé par une fource pure, 
. Se trouve en ces^ lieux écartés : 

11 s'y voit; il fe fâche; de fies yeux irrité* 

Penfent apercevoir une chimère vaipç. 

Jl fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau. 
Mais quoi ! le canal eft il beau , 
t Qu'il ne le quitte qu'avec pe&ç. 

On voit bien où je veicç venir. \ 

Je parle à tous; & cette erreur; extr|œ$ 
Eft un mal que chacun fe plaît d'sntrQft r4r f 
Notream^ ç'eilc^t h^mp a^omei^ 4f lju-fBqngfc 

U) On. apelle Ndrcîjpt tour bomme entêté de (* .beautés 
rfclfe ou cWiWwqaeV^at âllanoti à ce que dît ) a Fable, 



d'un 
ment 



beau jeune homme de ce nom V^bi' devint fr folfc- 
amoureux de lui-même* qu'il *»'BcidftM**ii*t -* 



16 fables: choisies 

^Jant. de miroirs, .ce. font les fottifes .cfauttui *- . j 

Miroirs, de nos cTéfauts les peintres légitimes» 
Et quant au canal , c'eft -celui.; 

Que cHâCurf fçait j~îe Livre des Maximes. 

( t ) Celui des Maximes morales. , faft pas U Dite de' /* 



F A B L E X I I. 

Le Dragon à.ptqfieurt têtes; &te Dragon 
à ptujieurs quevïeh 



u. 



_ f n Envoyé Ai -Grand- Seigneur, - 
Préféroit, dit l'hiftoire, un jour chez (i) l'Empereur* 
Les forces defon maître à celles de l'Empire. 

Un Allemand fe mit à dire t 

Notre Prince a des dépendons 

Qui, de leur chef, font fi puûTans, 
Que chacun d'eux pourroit foutfoyer une année. 

Le Chiaoux, homme de fens., 

Lui dit: je fçais par renommée, 
Ce que chaque Electeur peut de monde fournir; 

•Et éela me fait fouvenir ' N 

D'une avanturé étrange , & qui pourtànreft vraye* 

J'étois en un Heu fur, Iorffjae je vis paffer 

Les cent têtes d'une ^-Hydréau travers d'une-haie. 

Mon fang commence à (e glacçr ; 
, Et je croîs qu'à moins on s'effraie. 
Je n'en eusC toutefois que. la peur fans- le mat. ' 

Jamais le corps de l'animal - 

l*e> pût venir ve*s taôf ,♦ ni trouver d ; ouverture. 

Je revois à cette avanturé.,. 
Çfaahcf un autre Draçôri qui h'âvpft. qu'om ftul chef; 

*:!*) Celui d'Allemagne, . 3 . . . 



l i v r E i; n 

Et bien plus d'une queue > à paffer fç préfente. , 

Me voilà faifi derechef 

D'étonnemertf &* d'épouvante. 
Ce chef pafle , & le corps 9 & chaque queife auflï; 
Rieq ne les empêcha; Tua fit chemin i l'autre. 

Je foutiens qu'il en e(t ainfi 

De votre Empereur & du nôtre» ' 



FABLE XIII. 

Les Voleurs & fAne. 



p 



our un Ane enlevé deux voleurs fe battaient t 
L'un voutoit le garder ; l'autre le vouloi/vendrc. 

Tandis que coups de poing trottoient, 
Et que nos champions fongeoient à fe défendre. 
Arrive un troifîéme larron, 
• Qù 6îût maître (*) Aliboroiu 

L'Ane, c'eft quelquefois une pauvre province 
* Les voleurs font tel & tel prince: - . 
Comme le Tftnfilvain, le Turc, & le Hongrois.; 
Au - lieu de deux j'en ai rencontré trois* 
Il eft affez de cette marchandife. . 
De nul d'eux n'eft fouvent la province conquflè. 
Un quart voleur furvient qui le$ accorda net» . \ 
En fe faififlànt du baudet. 

(i) Nom burlefqwe qu'on donne l-VAact 



*m 



1* FAB1L ES CHOISIES 

FA B L E XIV. 
Stmonuk prefervê far les Dieux. 



O 



n ne pfcut trop louer trois fortes deperfennes* 
Les Dieux, fa MaîtrefTe, & fon Roi. 
Malherbe ( i ) lé -difoi t : j'y ibufciis quant i jtmï 

Ce font maximes toujours bonnes. 
La louange dhaJ3Quille,J# g^ffie 1$ efpfits; : 
Les faveurs d'une belle en f<?nt fouvent le prix. 
Voyons comme tes Dtfeux l'ont quelquefois payée. 

Simonîdè (2) âvoit entrepris 
L'éloge (3) d'un athlète; &, la chofe effayép* * 
JL trouva fon ftijet pteàj de récits-tout nus. 
Lesparens de l'at&lete étaient gpos inconnus» 
Son père un boa boucgsoîs, lui fans autre mérite; 

, Matière Jqfatife .& petite. . tl 

Le Poète d'abpnd , fïarfa de fp* flérpe. " 

Après en apoit dit ce qu'il çç f^v^c dû?, 

Ji fe jette à côté / fe inet fur le propos 
)e Oaftor & PeUux; m» manque pas d'écrire 
e leurjsxeippte éîojt aux luteurs glorieux; 
àve leurs coiibats » Tpécjfiant les lieux 
Où ces fartes s'é&àéa* figr&lés davantage» . 
Enfin, Téloge de ces Dieux 
. Fatfoit les deux fiers de l'ouvrage., 
L'a&lete ayoit protnis d'en payer, un $aleat : 
Mais quand il Le vit» ItjaHing- . 

( 1 ) Excélen* ?9'è$c F&ftÇgU . W& a vécu fou* Hepri 
XV , & Louïs^II. ' 

( 2 ) Ancien Poète Grec , ttès - célèbre ,\ donc il ne nous 
refte que quelques fragmens. 

( 3 ) On nommoit ^itkHut «ew qui • dans U Grèce » 
paroiffbient en divers lifcu* & eq divers cems devant de 
npmbreufes aflemblécs de peuple, pour y difputcr, le 
prix de U courfc , de U lutte, kç. 



L 1 V R Jt I, *9 

N'en donna que le lier*; & dit Ibrt franchement 
Que Caftor (4) & Poliux {5) acqukflfient le refte* 
Faites -vous contenter parc* couple ç^Ic^le. • 

Je vous veux traiter cepeixfcutf : 
Venez fouper chez mot : nous ferons bonne vie. 

Les conviés font gens ch^ifis, 

Mes paréos , .mes meilleurs agis. 

Soyez donc de la compagnie. 
Simonide promit» Peut-être qu'il eut peur 
De perdre , qutre fory dû , le gré die fa Jouang©, 

Il vient, Toq fefitine, Wonmags. 

Chacun étant en belle humeur, . 
Un domestique acooiirt y l-'avwrtit qu'à la porte 
Deux hommes deigandoieot,âle isw pseomptement. 

H fort de table , & la ( s) cohorte 

N'en perd pas un feul coup de dent. 
Ces deux hommes étoient les gémeaux de l'éloge- 
Tous deux lui rendent grâce , & pour- prix de fes vec% 

Ils raverttlfent qu'il déloge , 
Et que cette mâtïbn va tomber a ré&ve*s s : - < 

La prédiction en fut vraie. 

Un.pjiliéf manque , 5 le fclafo&l ' I 

Ne trouvant plus rien qui l'étaie, 
Tombe for le fèliui , brifîe plats JSl fiâcoflfc, v 

N'ea fait pas moins aux (6) échanfons. 
Ce ne fut p$s le pis :. car cour rçspdrç. complet» 

La vengeance due au poëte, 
Une poutre causes" Ja^^bès ài'^e*^ 

Et renvoya les conviés % ' 

pour la plupart eftrûpiés. . *" ~ ~ ' 

La renomçiéfif eut foin de publier i'à&eiïev. 
Chacun cria .mirade , on doubla 4e falaire 

(4) Frères gémeaux, fils de Jupiter & de Eé4a , qui 
l'étant rendus fameux par leur adreffe dans le» exercices 
du corps , & pair leur yalcu*, furejae ffocjs entré lot 
étoiles après leur mort. 

{1) Tout le refte de la compagnie. * , > 

{6) Çtu* qui aY0i«ttt~&lft 4* b»ff«fc" 



i 



a© FABLES CHOISIES 

Que mérkoient les vers d'un homme aimé des Dieux 
. . - : Il n'étoit fils de bonne mère > 

Qui , tes payant à qxfr mieux mieux , 
/ Pour fes ancêtres n'en fît faire. 

Je reviens à mon texte ; & dis premièrement, 
. Qu'on ne fçauUnt manquer de louer largement 
LesDieux& leurs pareils :de plus^ue^Melpoméne 
Souvent, fans déroger, trafique de h peine: 
Enfin , qu'on doit tenir notre art en quelque prix. 
Les grands- fe font honneur dès lors qu'ils nous font 
grâce: - 

Jadis (8) l'Olympe & le {$) Parnafife 
Etpient frères & bons amis. - 

(7) Ici .Melpiméne fe prend pour le Poe te lui* même > 
qu'on fupofe infpîré* par cette Mufe. 

(8) Le fejoùr des Dieux. ' -" ' 
(9 ) Montagne habitée par les Mules, 



F iA B L -E X V. 

La Mort & û Malheureux. 

F A B L E XV I. 

Lu Mert & te Bûcheron* 



u» 



■ q- malheureux apeloit tous tes jours » 
La JVfort.à fou fecoiirs. 
O^Mort* lui difoit : ii, que. tujftç fembl'es belle! 
Vieri vite, vien finir ma- fortune cruelle. 
La Mort crut, en venant, l'obliger en 'effet. 
Elle frape à fa porte, elle entré, .elle, fe montre* 
Quevois-je! crk-t-ijU ôtez-moi ; cet ofyet;, ..'. 



L I V R B i > : Hv 

Qu'il eft hideux ! Que te rencontre ' - : ' 
Me çaufe d'horreur & d'effroi! 
N'açroche.pas, à Mort, ÔMort, retire -toi. 

Mécénas ( i ) fut un ga!arit homme : 
Il a dit quelque part : (2) qu'on me rende impotent, 
Cul de-jatte , goûteux , manchot, pourvu qu'en Pomme 
Je vive, c'eft afle2,. je fuis plus que content. . . 
Ne viens jamais,. ô Mort > on t'en dit tout autant. * 

(1) Favori de l'Empereur Auguftc, & grand prote- 
cteur .des ge*ns de lettres. 

( 2 ) DebiUm f dette ntAM/^ 
Débitent pede , coxd : 
T»ber adjhue gibbermn , 

Lubricos quate dente*. 
Vit A dum fuperefl^ benè eft. 

Hanc mi ht 9 vfl acitta 
Si fedeam cruce , fuftine. 
Ces yen de Mécénas nous onc été confervfs par Se* 
néoue } Epift. loi-. 

Ce figet a été traité d'une autre façon par Efope, 
comme la Fable fuivantç le fera voir. Je compofai celle* 
ci pour uie raifon qui me contraignoit de rendre la cho- 
fi wifi générale. Mais quelqu'un me fit comoitre que 
feuje beaucoup mieux fait de fuivremonwiginal, & 
que je laiffbis JpaJJe'r u\ des. plu/beaaf traits quîfùf 
dans Êfope. Cela m'obligea d'y avoir recours. Nous ne 
fç aurions .alkr' p}us - ayant -quelles Ancifins: ils ne mus V 
ont lai (Je pour notre part \ que la gloire de les bien fui- 
vre. Je joins toutefois mis Table à celle 4'Jfope, «0.1 
que la mienne le mérite, miisà caufe.du mot de Mé- 
cénat que j'y fais entrer, fiP qui ejifi beau (fji £ j>r«« 
pos , que je n'ai pas crû le deyoir omettre. 



u. 



' n "pauvre Bucheroa tout Couvert de (ï) 1 ramée, 
Sous le faix du fagot, auffi* - bien que xles ans , 
Cénûflknt & courbé mwchoifc4'pas pefensV •* u ' r 
£t échoit de gagner fa châumire enfumée, . , . . 
(-) Paquet de branches avec leur* icutflc* . ' 



*4 FABLES CHOISIES 



FABLE XVIII. 

te Renard & h Cicogne. ^ 

/ompere lé Renard fe mît un jour en frais , 
Et retint à dinèr cômmeré la Cicoghe. t 
Le régal fut petit, '& fans beaucoup d'aprêç. 

... Le galant, pour toute befogrïe, 
Avoitlin brouet (i) clair, (il vivoit chichemeht) 
Ce brouet fut par lui fervï fur une aflîette. j 

JLa Cicogne au long bec n'en put attraper miette ; 
Et le drôle eut lapé le tout en un moment. 

Pour fe venger de cette tromperie , 
A. quelque téms de -là, la Cicogne le prie. 
Volontiers , lui dit-il , car avec mes amis 
Je ne fais point, cérémonie. 
A l'heure dite , il court au logis 
' De la Cicogne fon hôtefle , 
Loua très-fort fa politefle , 
Trouva le dîner cuit à point. 
Bon apétit fur-tout, Renards n'en manquent -point:, 
Il fe réjouiïîbit à l'odeur de la viande 
Mfe' crf menus morceaux^ & qu'il croyait friande. 

On fervit, pour Pembarrafler , 
En un vafe à long col, & d'étroite embouchure. 
Le bec de la Cicogne y pouvpit bien pafler, . 
Mais le mufeau du fire étoit d'autre mefure, | 

Il lui fallut à jeun retourner , au logis, „ j 

Honteux comme un Renard qu'une Poule atiroit pris, 
Serrant la queue,- & portant bas Poreiiié. - 

Trompeurs ^eftpoaj vous que j'écris, 
Attendez-vous £ Ja gireille. 

(« ) Efpéce de bouillie fort claire, 

FABXE 



L ï V TL E I. ij 

FA B L E XIX. 

VEnfant & te Makre dEcoh. 

JLJffflis ce récit; je prétend faire voit 
D'un certain fot la remontrance vaine. 

Un jeune enfant dans l'eau fe laiffa cheoir, 
En-badînant fur les bords de la Seine. 
Le Ciel permit qu'un faule fe trouva, 
Dont le branchage, après Dieu, le fauva. 
S'étant pris , dis-je, aux branches de ce faule; 
Par cet endroit patte un Maître d'Ecole. 
L'enfant lui crie , au fecours , je péris. 
Le Magifter fe tournant à fes cris , 
D'un ton fort grave à cotttre-tems s'aviff 
De le tancer. Ah le petit babouin ! 
Voyez , ditr-il , où l'a mis fà fottife ! 
Et puis , prenez de tels fripons le foin. 
Que les parens font malheureux , qu'il faille 
Toujours veiller à femblable canaille 1 
Qu'ils ont de maux f & que je plains leur fort 1 
Ayant tout dit, il niit l'enfant à borch 

Je blâme ici plus de gens qu'on ne penfe. 
Tout babillard , tout cenfeur , tout ( î ) pédant, 
Se peut connoître au difeours que j'avance. 
Chacun des n'ois fait un peuple fort grand : 
Le Créateur en a bént?engcance. # 

i) C'eft-à-dire toute perfohne fujette à étaler avec 

n ition & mal-à-propos fes leftures , fa feience , & 

; Ion éloquence. Cette defeription une fois admife , 

des hommes & des femmes qui fe croyent ï couve it 

[ n;c de pédanterie, en font vifiblem^nc infeftés. 

M 



i 



iô FA B T L ET^S K HO I S î E S' 

~ : * rJBn'^xjnÊ^affiaœ.v :ijs ne Jfeot que fonger I 
Au moyen d'exercer leur langue. 
HéJ' pqnl$mi , v tî*te-mo^ dur (langer, . r \ 
Tu feras après ta harangue. 

> '.v i ' . j 

FA BLE XX. 

Le Coq & la Perle. 

\J n jour un Coq détourna 
Une perle qu'il donna _- 
Au beau premier ( r) Lapidaire.. 
. , Je la crois fine,' dit-il, 

Mais le moindre grain de mil 
/ Seroit bien mieux, mon affaire. • 

> ■ " Un ignorant hérita 

D'un nianufçrit qu'il porta 
Chez fon voifin le Libraire. 
.Je crois, dit-il, qu'il eft bon, 
Mais le moindre ducatôn 
Seroit bien mieux mon affaire. 

( î ) Celui qui taille , polît , & met en oetiYir les pîeri 
précicufei, &c. 






L IV R B I. tf 

,t A B h E X XL ; : ; 

Les Frétons V & Us Moucbet cf tnieL , 



l'œuvre on connoît Partifan, . 
Quelques tayoW îde mîel 1 fàiis msfttre fe trouvèrent: 

Des Abeilles s'oppofant, ^ , - * J 
Devant certaine : ( 2 ) (juèpe oii tradulfît la cafufe# 
ll^toît maï-aifé dé décider- hrchûffeV" ' v 
Les témoins déppfoient 'qu'autour de ces /rayons ,^ f 
Des animaux allés ,! bourddnrians , un peu longs ,' ° 
De couleur tort tanàéd, & tels -que tes Abeilles, 
A voient long-tems paru. ^Ma^s qitpiîDins^es.Frêloûl 

Ces en feignes 'étaient pareil tes.' r [ m m ^ ^ 
ta TTtfèpr ne^cîiant que 'dire Yxçs raiforis ,' " ~~*~ 
Fit enquête iropvejrte ; &.* pour plftt deiuml^re, 

Entendit une fourmill;éi;p. * 

Lé point n'efr pût être' éàalrcf. 
» De grâce ,- à quoi bon tout cedf ? 
• ..- ;3^uneiAbiïUler*fort*prùaertiej. 
Depuis tantôt fix;ïûQÎfc queiac&fe(;$ >£fl pendante / 
: Npusr voief comme aux premier jour). 1 j 

P.QO&Dt cela le miel Se gâte- > : 
Ll eft teins déformais Ique le Juge fè hâte. • 

N'a-Ml point afièz (4) léché FOurs? 

( I ) Efp<?ce de mouchés qui s'introduïfent dans les m- 
thes desAbciUest pour en piller te miel, Inctptble* elles- 
némes de compoitr un .fue fi délie*?. »• • : * 

( z ) Autre forte de mouche* 1 mal-ftifantetv >'"•'» 

(3) Eft plaides &uh»tt?ttue^ •»• • * * 

(4) Expreflîon proverbiale, pour dirt, fticl, txtftkttti* 
K» Parties en prolongeant isi^ocè*;. M '««.»* J •' <* l - J 



a$ FABLES CHOISIES 

Sans tant de ( 5 ) contredit & d'interlocutoires, 
t : .-. . - . f£ fe fatras , & de grimoires f /' m : r . 

Travaillons, les Frelons & nous:^ 
On verra qui fçait faire-, avec uiifuc É doux, 
Des cellules fi bien bâties. 
Le fefus des Frelons fitrvoir , \ 
Que cet art paflbit leur fçavôir ; 
Et la Guêpe adjugea le miel à leurs parties. 

.•••"•-: î ■■,•}"•'• /. *1 J ;^ 
Plût à Dieu qu s qn réglât ainfï tous les procès î 
Que des Turcs en cela L'on fuivîtja .méthode ! ( 
Lé fîmplefens commun nous .tiendroit^liqu de ( 
Code:* / . : '\ i 

, i JÏ-ncfaùdrbit point tant de frais. 
Au-lieu qu'on, nous mange , on nous gru| 
. On nçus mine par des longueurs.. j 
On* fait tant à la. fin que l'huître efl: pour le Juge 
Les écailles pour les plaideurs. 

,ii) Terme de Pratique. 1 

<4 tô)C*eit lerçcifeil de toïx.' * I 



i-F À ,B L E XX I I. 

Le Chêne & te Rofeau. 



X. 



/e. Chêne Tin-lbui* dit au RxHeau : 
Vous L âvez bien fujet d'aedifer la Nature;* : *» ! 
Un .(a ) Roitelet pour yous efiun ^pefant farde* 
Le moindrement qui! tatontureî 
- Fait rider la face de itau, " | 

Vous oblige à baiffer la tête; 
Cependant que mon front, au (2) Caucafe pari 

-X*. ) Fort p«tit Oifeau. .Qui voudra i fçavoir pourj 
•et oifeau a été apeié T^citeiet^ c'cil-è^dirc , petit fi 
n'a qu'à confult-er Phitacqus , dati» fon Traité, inrit 
imJiru&Un po»r ceux qui TfMnUnt mjfttti d*&rt ch.. 7. dl 
•ftaduûjon &*4mjMt; . 

|*J Haute Montagqf cutAfif. . w ::: c; 



L I V R E I. t» 

Ion" content (fàrrêter* les rayons *Iu Soldfl, ' + * 

Brave TefFort de la tempête* ' \ 

out vous eft (3) aquilon , tout me femblô (4) z^phir. * 
oeor fi vous naiffie? â l'abri du feuillage . , 

. Dont je couvre le voi/ïnage^ . , s * - 

Vous n'auriez pas tant à fouffrir , 
j Je vous défendrois de l'orage. 

Mais vous naiflèz le plus fouvent 
(or les humides bords des ( 5 ) royaumes du- vent, 
b Nature envers vous mô femble bien injufle. 
(otre compaffion , lui répondit l'frbùite , * 
m d'un borjr naturel ; mais quittez ce foucï : 

. Les vents me font moins qu'à vous redoutables. 
(tplie, & ne romps pas; Vous avez juftju'ici * 

Contre leurs coups épouventables 
> Réfuté fans courber le dos : 

liais attendons la fin. Gomme il difoit -ces mots , 
pi bout de (6) l'horifon accourt avec furie 

Le plus ( 7 ) terrible des cnfans : -, 

fcç le nord eût pbrté'Juftjuès-Tà dans (es flânes. \ 

L'Arbre tient bon; le Rofeau plie : • 

Le veiit redouble fes efforts , : . 

Et fait fi bien qu'il déracine 
i8) Celui de qui la tête au ciel étoit voWïrtc, 
jj>)Etdont les pieds touchoient à l'empiré des mortel 

(3) Vent très-impétueux. 

U") Vent fort doux. 

(ï) Les* eaux, comme les étants, 

(6) L'extrémité aparentecUi Ciel. .' - . _ 

(7) Un vent des plus violens. 

(8) Imite' de Virgile , qui dit en partant, du Chenet 

.... ££jm quantum vtrtice ad auras. 
, ^tbtreas, tant mm radia in Tartara tendit... 

\ Georg. L. IL v. ic^r, 191. 

/9)txpreflion poétique, pour dire* Et dunt Us racfpt 
f*»w'««i ftrt avant dams la tint. 

| Fin du premier Livit. 

i B 3 




L I KR E SECOND. 



^*<^*«£*<^#«^*«>*^*^*< 



FABLE PREMIER 

Contre ceux qui ont te goût difficile. 

V>rua*d j'aurois en naîffant reçu de ( i ) Callij 
Les dons qu'à fes Amans cette Mufe a promis , 
Je les confacrerois aux (2) mçnfonges d'Efop* 
Le menfonge & les vers de tout temps font ami' 
Mais je ne. me crois pas fi chéri du ParnaffQ 
Que de fçavoir orner toutes ces fixions ; 
On peut. donner du luftre à leurs inventions: 
On le peut, je Teflaie; un plus fçavant le fafl& 
Cependant jufqu'ici d'un langage nouveau» ; 
J'ai fait parler le loup & .répondre l'agne»u * j 
J'ai pafTé plus avant ; les arbres & les plantes ' 
Sont devenus chez moi créatures parlantes. ' "I 
Qui ne prendroit ceci pour un enchantement? 1 

Vraiment , me diront nos critiques , . 
** " Vous' parlez magtiifiquetnent, ] 

De cinq ou lis contes d'enfant» " j 



! 



1 ) Uhc des Mu fes. 
1 j Fables, fi&ions* 



- L I V R E I I. Si 

Cenfcurs , erf.vQulefc-vous qui foient plus aptentiques , t 

Et d'uif fttie plus haut? En voici. Les; Troyens , 
Après dix ans de giierjçe autour.de leurs >murailles, v 
àvoicut laflTé les Grecs , qui , .par. mille moyens , < 

Par, mille aflmits , par cent batailles , 
K'avoient pu mettre à bout. cette jiéçe Cité : 
Quand un cheval de bois, pa^ Minerve inventé, 

. D'un rare & nouvel artifice , 
Dans fes énormes îancs reçut lé rage'(3)Tnyfle, 
Le vaillant ( 3 ) Dioméde , ( 3 ) Ajax l'impétueux, 

Qud ce ÇoîoflTç înonjftrueilsc ' 

Îrec leurs efcadrons devoit porter dans Troie , 
Ivrant à -leur fuieur'fes EUeifit mêmes eJH pi;oie? 
Stratagème inoui , qui des Fabricateurs 
i Paya la confiance & la peine. 

C'eft affçz, me dira quelqu'un de nos auteurs, 
La période eft longue, il faut reprendre haleine. 

Et puis , votre cheval de bois , 

Vos héros avec leurs (4) phalanges, 

Ce font des contes plus étranges, 
Çu'un renard qui cajdle un corbeau fur fa voix. 
De plusj il vous fied maî d'écrite en fi haut ftyîe»- 
Et bien , bàiflbns d'un ton: Là jaloufe Amarille 
Songeoit i fori Alcipe > & çroyoît de fes foins 
N'avoir que fes moutons & fon chien pour témoin*. 
Tirets qui l'aperçut , fe giifTe entre des faulcs ; 
H entend la bergère adreflant ces paroles - - i ■ - 

• Au doux Zéphir , & le priant • • 

De les porter à fon amant. • j" 

« Je vous arrête à cette rime, •» ! ' 

Dira mon cenféur à l'inftantr 

Je ne la tiens pas légitime , " * . 

Ni d'une afïez grande vertu. • • ' 

Kemettez, pour le mieux, ces deux vers à la fontes 

/ 

(i) Princes, news ,-Grtcs; 1 -'* ' • ' 

ii) Troupe* dç Soldats, 

B 4 ' ' " . ' ' '. 



32 FABLES CHOISIES 

Maudit Cenfeur, te tairas-tu?- - 
Ne fçaurois-je achever mon conté ? 
C'eft un deffein très-dangereux 
Que d'entreprendre de te plaire. . 
l,cs délicats font malheureux : • 
Àien ne fçauroit les fetisfaire. • 



s* 



F A B X EU 

Confeil tenu par tes Rats. 



ù 



n Chat nommé Rodilardus , m 
FaiÇoit de Rats- telle { i ) déconfiture^ ; 

Que l'on n!en voyoit prefque plus", 
Tant il en avoit mis dedans la fépuiture. r 
Le peu qu'il en reftoit n'ofant. quitter fon trou, 
Ne trouvoit -à manger, que le quartde fon ft^j. -, f0 
Et Rodilard paJToit, chez la gent miférable , / ,' ,. : - 

Non pour ip Çhat> mais pour un didble* 

Or un jour qu'au haut & su loin 

Le galant alla chercher femme» 
Pendant tout le fabbat qu'il fit avec fa dame , 
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin 

Sur la néceflîté préfente. 
Dès l'abord, leur Doyen, perfonne très-prudente, 
Opina qu'il falloit , & plutôt que plus tard, 
Attacher un grelot au cou de Rodilard ; , 

Qu'ainli , quand il iroit en guerre , 
De fa marche avertis ils s'enfuiroient fous terre; 

Qu'il n'y fçavoit que ce moyen. 
Chacun fut de l'avis de monfîeur le doyen. 
Chofe ne leur parut à tous plus faluttiie; 

( i ) Pcftruaion. 



L I V R E I h »3 

La difficulté, foc d'attacher te grelot. 

L'un dit: Je n'y vas point, je ne fuis pas fî fot; 

L'autre : Je ne fçaurois. Si bien que fan» rien fairo 
On. fe quitta. J'ai maints chapitres rus, 
Qui pour néant fe font ainfi tenus ; 

Chapitres, non de Rats, mais chapitres, de Moines; 
(2} Voire chapitres de Chanoines. , 

Ne faut-il que délibérer ? 
-. La Cour en Confeiïlers foifonne» 
Eft-il befoin d'exécuter? 
L'on ne rencontre plus personne. 

( 1 ) Vêirt cft un vieux mot , mats fi bien placé d*ne 
cet endroit , que les Dames qui lifcnt cette Fable , ne 
S'aperçoivent pas de Ton ancienneté. D*où je fuis tenté 
de conclure, qu'oit pourroit employer avec fuccès bien de** 
mots furânnés qu'on a lai (Té perdre fans en mettre d'an* 
tires 2 la place , & qui , employés à propos , pi ai roi en* 
comme dans La Fontaine , ce qu'on ne peut pas dire *<te 
cette foule de mots nouveaux qu'on fubititue tous Tes 
ours à d'autres très-uiites, qui par- là font en danger de 
perdre. . 



FABLE III. 

* 

Lie Loup plaidant contre te Renard par Jt* 

vant te Singe. :. 



u. 



' n Loup difoit que l'on l'avoit volé. 
Un Renard, fon voifin, d'aflez raauvaife vie, 
Pour ce prétendu vol par lui fut (1) appelé* 

«Devant le Singe il fut plaidé, 
Non point par Avocats, mais par chaque partie. 

Thémfc n'avait point travaillé , 
De mémoire de Siftge> à Fait pli» embrouillé* 

(1) Accuft e» Jufticc. 



•34 fa-èleS cirorsrES 

Le Magiflrat fuoît en fori Ht de Juftîce. 

Après qu'on eut bien contcfté , 
1 , Répliqué, crié, tempêté; 

Le Juge , inftruit de leur malice , 
Leur dit: Je vous connois de long-tems,.mes amis; 
* Et tous deux vous pairez l'amende 2 

Car toi,Loup, tu- te plains, quoiqu'on ne t'ai* rien pris, 
Et toi, Renard, as pris ce que Ton te demande. 
Le Juge nrétendoît, qu'à tort & à travers, 
On ne fçauroit manquer , condamnant un pervers. 

Quelques perfonnes de bon Cens ont cru que Vmpojfi- 
\ilitt &'la contradfàiw qui ejt dans le jugement de ce 
Singe \ ètwt une choje à cenfurer, mais je ne m'en fui* 
fervi qu'après Pkédtre. Ceft en cela que amfiftete km 
met; felm mon arts* 



FABLE IV. 

Le? deux Taureaux Çfune Grenouille. 

\ : j t > 

JLJIeux Taureaux eombattoient à qui poJTécJefoii? - 

* Une (renifle avec l'empire. "" ' *"* 

Une Grenouille en' folipiroit. 
Qu'avez-vous? fe mit à lui dire"" y 
•'* Quelqu'un du peuple (1) cioaflàn*. 

Et ne voyez -vous- pas r dit-elle, 
• Que la fin de* cette .querellç . > . 1 

Sera l'exil de l'un; que l'autre' le* chaffànt^ 
Le ftta renoncer anX cantjvagries fleuries ?' \- • r: . 
11 ne r.égnera plus fur l'herfo des praiiië* , 
Viendra: tfeHS'lrt* idaïal^régnei for les Mferak* .'I 

(1 ) Vnt tutrt Grenotiill*. <* ••'• v 1 é 

> «i 



1 L ' 

Irî /V; R 5. - I* • 3ff 

h nous Roulant aux pieds; jufque? au fond des eaux^ 
Tantôt l'une , & puis i 'autre , il faudra qu'on. pâtûT* 
Du cojpbat qu'a caufé madone la Gàyfifr- - > 

Cette crainte étoit de bon feus. 

X'an des Taureaux en leur demeure 

S'alla cacher à leurs dépens^ 
• Il en écrafoit vingt par heure,. • 

(a). Hélas i on vpit qpe de tout tçmpa 
^Lcs petits ont pâti des fottifçs des Grands. 

: ( i ) Ce mu revient à ce qu« dît Horace i l'occatitn «f* 
I I» guerre de Troye « - 
| Quidquid dilirtnt T{e$u pltRuntwr sArim/K 



FABLE V. 

LaÇhqsuve-fmris Çf ter deux Bektter. 



U. 



ne Chauve - fourîs donna tête bahTée r 
Dans un nid de Belette : & iî-tôt qu'elle' y fat,' 
L'autre, envers les Souris de long-tems courroucée^ 

Pour la dévorer accourut. 
Quoi ? vous ofez , dit-elle , à mes yeux vous produire, 
Après que votre race a tâché de me nuire ? • 
N êtes-vous pas Souris ? Parlez fans fi&ion. 
Oui, vous fêtes , o» bienr je nç fuis- pas Belet&H 

Pardonnez-moi , dit fà pauvrette » 

Ce n'eft pas ma profeféon. 
Moi Souris ! Des médians vous ont dit ces nouvelles; 

Grâce à l'Auteur de l'univers , 

Je fuis oifeau: voyez mçs sîtes^ "' 

Vive la gent qui fend les àv^. « ' i. 

Sa raifon plut , & fembla bonne ■ ' - : J 
* Elle fait fi bien, qu'on lui dogne 
• 'liberté de fe retirer. - / "*'.'' \. 



$6 FABLES CHOÎSfES 

Deux jours après, notre étourdie 
* - Aveuglément fe va fourrer 
Chez une autre Belette aux oifeaux ennemie» 
La voilà derechef en danger de fa vie, 
La dame du logis, avec fon long mufeau, 
S'en alloit la croquer en qualité d'oifeau , 
Quand elle proteiïa qu'on lui faifoit touçrage. 
Moi, pour telle pafler ! Vous n'y regardez pas. 

Qui fait l'oifeau ? c'eft le plumage. 

Je fuis Souris :. vivent les Rats; 

Jupiter confonde les Chats. 

Par cette adroite répartie 

Elle fauva deux fois fa vie. 

Hurleurs fe font trouvés qui (i) d'écharpe changeans , 
Aux dangers , ainfi qu'elle r ont fouvent (i) fïitia ligue. 
Le Sage dit, félon les gens, 
Vive le Roi, vive ia (3) Ligue. 

( 1 ) Paroi flant tantôt^ d'un parti & tantôt d'un autre. 
C'eft .une choie ordinaire que les* partis fe distinguent le* 
«ns des autres par des écharpes de ditfe*rentea couleur* 

(2) Faire la figue fi gni fie le moquer. - 
, (3) Parti opoW à celui du Roi. 



« 



» F A B L E V I. 

L'Oifeau blejfé <? une fléchi. 



M. 



Lortellenient atteint d'une (1) flèche empennée, 
Un Oifeau déploroit £a triftedeftinée; . 

(1) Munie déplumes, qui contribuent i 1* dircûie* 
* 1 U rapidité de fon Vol. - 



L I v a E 11. ' ' 3? 

Et difoit en fouffraH un furcroft de douleur , - 
Faut -il contribuer l ïbn propre malheur? 

« Cruels humains , vous tirez de new ailes 
De quoi faire voler ces machines mortelles. 
Mais ne vous moquez point, engeance feus pitié : 
Souvent il vous arrive un fort comme le nôtre. 
Des enfans de ( a ) Japet toujours une moitié 
Fournira des armes à l'autre* 

( 2)* Ci , félon la fcabîe , ( les hommes font tn finis it fà* 
ut y on ne voit pas trop bien comment elle a pu attribuer 
la formation de l'homme £ Promette fils de Japet. Mai» 
il ferait ridicule de s'arrêter icr à démêlcr~cctte i fuféc 



FABLE VIL 
La Lice &fa Compagne. 



U. 



1 ne (1) Lice étant fur fon (2) terme, 
Et ne fçachant où mettre un fardeau fi pelant, 
Fait fi bien qu'à la fin fa Compagne confent' 
De lui prêter fa hute, où la Lice s'enferme. 
Au bout' de quelque teins fa Compagnie revient. 
La Lice lui demande encore une quinzaine : 
Ses petits rtemarchoient, difoit -elle, qu'à peine. 

Pour faire court, elle l'obtient. 
Ce fécond terme échu , l'autre lui redemande - 

Sa maifon, fa chambre, fon lit. 
La Lice cette fois montre les dents, & dit r. 
Je fais prête à fortir avec toute ma bande-, * * 

Si vous pouvez nous mettre hors. 

Ses enfans étoient déjà fbits. 

(1 > Une groffe # chienne. ...:'.* 

(1) Prête à mettre bat fcf petits. 

JB 7 



, t 8 FA.BÎ.E* CHOISIES 

Ce quVmddnae aux mécbap^ tfHijoura on 1& rfl 

grctte, . . * \ 

Pour tirer d'eu^ ce qu'on leur prête y \ 
Il faut que Ton en vienne aux coups ; ; 
U faut plaider , il faut combattre. 
Laiffez -leur prendre un pied chez vous * 
, Ils en auront bien -tôt pris. quatre,. _ - _ 



L-. 



FABLE V III. 

V Aigle & PEfcarbot. 



f'Aïfjîe dopnoït la chaflfc i maître Jean Lapin, 
Qui droit â fon terrier s'enfuyôit au plus *ite. 
Le trou de TEfcarbot fe rencontre en chemin. > 

Je teifle à penTer lî cegtte ' 
Etoit fur : mais où mieux? Jean Lepto s-'y blotit. 
Jb' Aigle fondant fur lui, nonobftant cetafyle, 

(i) L*Efcarbo( intercède , & dit : 
Princefle des oifeaux, il vous eft fort facifo 
D'enlever, malgré moi, ce pauvre malheureux t 
Mai3 ne me faites pas cet affront, je vous prie; 
Et puHque Jean Lapin vous demande la vie, 
Donnez -la -lui, de grâce, od l'ôtez à tous deux i 

C'eft irçon voiiîn, c'eft mon compeïe. 
L'oifçau de Jupiter , fans répondre uà'féul mot* 
. Choque de l'aile l'Êfcarbot , 

L'étourdit, l'oblige à fe taire \ . 
Enlevé Jean Lapin. L'Efcarbpt indigné ,. 
Vole au nid de JOifeau, fracafTe en (on âbfènce * 
Ses œufs , fes tendres oeufs , fa plus doucV efpérance : 

Pas un feul ne fut épargné. 
L'Aigle étant de retour , & voyant ce ménage^ 

(i) Efpécc d'ia^û* 



; L I VK £ ' II. 4 SA 

Remplit le ciel de crt5; &, pour comble 'de rage, 
Ne^fçâit fur qùî vérigbr'îe torf qtféîîfra'fôOTer'C;— . 
Elle gémit -en vain , fa plainte au vept fe perd : 
:Ii fallut, pour cet an, vivre en mère affligée. 
L'an fuivant , elle mit fon nid en lieu plus haut, 
L'Efcarbot prend fon tems , fait faire aux <fcufs le faut» 
La mort de Jean Lapin derechef eft vengée*. „ ..., 
Ce fécond deuil fut tel, que, l'écho de ces bçis 

N'en dormit de plus de fix mois. ' ' • 

L'oifeau qui porte (2) Ganiméde, 
Du Monarque des Dieux enfin implore faide, 
Dépofe en fon giron fes œufs, & croit qu'en paù* 
Ils feront dans ce lieu; que pour Ces intérêts, 
Jupiter fe verra contraint de les défendre : 

Hardi qui les iroit là prendre» 

Aufli ne lçs_ y prit - on pas. 
. Leur ennemi changea de note;, 
Sur la robe du Dieu fit tomber une crotte : 
Le Dieu la fëcouant jetta les œufs à bas. 
- - Quand l'Aigle fçut l'inadvertance, 

Elle menaça Jupiter 
D'abandonner fa Cour, d'aller vivre au défert» , 

De. quitter toute dépendance , 

Avec, mainte, autre extravagance* 

Le pauvre Jupiter fjs t\it. ^ 

Devant fon Tribunal l'Çftarbot comparut > , _ . 

Fijb fa plainte', & cbpta l'affaire. * 
On fit entendre à l'Aigle enfin qu'elle avoir tort 
Mais les deux ennemis ne voulant point d'accord-* 
Le Monarque des Dieux s'avifà, pour bien faire» 
De tranfporter le temps où l'Aigle , fait, l'amour* 
En une !autrie faifon , qiiancfrja race Efcarbotê . 
Eft en quartier d'hyyer , & .comme là IWfarmote > ' • 

Se cache & ne voit point le jour. 

*(iT Bel enfant» ztm4 dd Tupîtci/ qui l'cnleVaTur fat , 
Aial«. , ., 



& FABLES CHOISIES 

FABLE IX. 

Le Lion & le Moucheron. 

\ a-t-en, chétif infeéte, excrément de la terre : 
Ceft en ces mots que le Lion 
Parloit utf jour air Moucheron. 
X'autre lui déclara la guerre. 
Penfes-tu, lui dit -il, que ton titre dé roi 
Me faflè peur , ni me foucie ? 
Un bœuf eft plus puiflànt que, toi, 
Je le mène à ma fantaifîe. 
% peine il achevoit ces mots, 
Que lui-même il fonna la charge, 
: Fut le trompette & le héros. 
Dans l'abord il fe met au large, 
Puis, prend Ton temps, fond fur le cou 
Du Lion qu'il rend prefque fou. 
Le ( i ) quadrupède écume , & fon œil étincelle r 
11 rugit: on fe cache, on tremble à Penviron ; 
Et cette allarme univerfelle ' 
.- Eft Toiivragc d'un Moucheron, 
tin avorton 4 de mouche en cent lieux le harcelle, 
- Tantôt pique l'échiné, & tantôt le mufeau* 
Tantôt entre au fond du nàfeau. 
La «rage alors fe trouve à fbn faîte montée. 
L'inviflble ennemi triomphe , & rit de voir 
Qu'il n'eft griffe ni deijj en la bête irritée > 
Qui de la mettre en~fang ne fafTe fon devoir. 
Ler malheureux Lion fe déchire lui- même , : - : 
T'ait raifonnerlà queue à l'entdtlr de ffes flancs, 
Bat l'air j .qui n'en peut mais> & £§ fiççm exfrégQt 

( i ) Une bête i quatre pied* 



L I V R v E I I. 41 

Le fatigue, l'abat ? le voilà fur les dents. 
L'infecte,- du combat fe retire avec gloire: 
Comme il forma la charge, il forme la viâ&îre, 1 
Va par-tout 1'annoncfer , & rencontre en chemia 

£2 ) L'embufcade d'une araignée : 

11 y rencontre auffi fa fin. 

Quelle chôfe'par-là peut nous -&re enfetgnéet 
J'en vois deux, dont Tune eft qu'entre nos ennemît 
Les plus à craindre font fduvent les plus' petits : 
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu fe ïouftrairê, 

Qui périt pour la moindre affaire. 

, ■ . *: .' -.'i \ ' ." • • /* 

( 1 > Unç toile d'Araignée où. le moucheron £ut prit. > 



F A B L. E X. 

• . ; -••• ,■:■ : . ) 

VAnp ebargf d éponges , €f VAét çbargi 

"" ' i\ & M '■ ,' '■'^ 

1 n Arrîer,,fon (1) feeptre à là min) 
* - Menok en Empereur Romain r > 

Deux (2) courfîers à longues oreilles. 
L'un, d'épongés chargé, «archok ranime uncourier;" 

E^l'HUtre, fe faifairt prier,. -. . , 

(3) tEoxtoit^ comme pn dit , les bouteilles. 
Sa charge étoit de fel. Nos gaillards pèlerins _ 

Par mont , par vaux & par chemins 

( i ) Son fouet t on Ton bâton. 

( 1 ) On donne le nom de Cbmr/ttr à de beaux & bons 
chevaux ; ici ce font deux Anes , dont les oreilles font , 
i proportion, beaucoup plus longues que celles des che- 
Taux \ 

(3) Marchoit lentement, comme s'il eût porté le* 
bouteilles. 



u. 



4* FABLEâ CHOIS I ES 

Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent f . 
: :Et fort empêcha fe trpurçerent. 
L'Anter y qui. tous les jours traverfoit ce ; gué - là , 
: ./ Sur l'Ane à l'éponge flvonta , : . . j 
; : Chaffant devait lui l'autre bète\ 
Qui voulant enflai*** à fa tête , 
Dans un trou fe précipita , 
Revint fur l'eau, puis* échapa : ; . 
Car au bout de quelques nâgées 
.Tout fon.ftl fe fondit û bien, • ] 

/,:. . . Que le Baudet ne : fendit rien , ^ 

. i&br fe$' épaules; fpulagées. : ' 
Camarade Epongier prit exemple fur luf , 
Comme uh moutotf qui va dèQbs l lâ* (4) 'foi cPaotrfa 
Voilà mon Ane à l'eau, jufqu'au col il fe plonge 
•£?;.. ,* Luf, fe conducteur cTPéï>oa£èV*- ! 

Tous trois burent d'autant : l'Anier & le Grifoa 
(.5) Firent à l'éponge i2tfori_ 
Celle-ci devint fi pefante, 
V -, . .V $t çft 6®t cj>au «'esiplifd'abof^, : •• 
Que l'Ane ifuccombant x ne putrgagnëHe bôrcL 
L'Anier remtinfloiè dans l'attente 
D'une prompte & cettaine*po|t. 
Quelqu'un' vint au fécours : qui cerfut ; il n'impotte, 
C'eft aflez qu'on ait* vu par * là qu'il ne faut point 

. Agir chacun de même -forte. 
i , .J'en voulois »enk à ce point. | 

ff } Fait.fottement ce qu'il voit faire A d'autres, 
fj) Se remplirent d'cia comme l f ep©nje.? . 



M 



I 



LIVRE. II. ■ 43 

F A B L E X I. 

Le Lion' & te Rat. 

. • • • • • -t 

F A B h E XII, 

La Colombe Ç? ta JFburtni. [ \ 



1 faut, autant qu'on peut , 'oblïget tout le mondé* 
On a fouvent befoin d'un p lus petit que foi. 
De cette vérité deux Fables feront foi , 

Tant la chofe en preuves abonde. * * 



Entre les pattes d'm> Lion, : ' - > 
Un Rat fortit de terre, affez à Pétourdie< ; ] 
Le roi des animaux, en cette occafièh, 
Montra ce qu'il étoit ,; & luï'danria la vie»' . f 
Ce' bienfait ne fut pas perdu; " ' . S 
Quelqu'un" auroit - il jamais, cru , . ' ^ 
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire? 
Cependant il avint qu'air fortir des forêts , - \ 
Ce Lion fût pris dans des rets, ; 

Dont fes rugifTemens ne le purent défaire. 
Sire Rat accourut, & fit tant par fes dents, 
Qu'une» màifie rongée emporta tout l'ouvrage. -* "* : 



L 



ÎPatierice & longueur de" temps 
Font plus que force ni que rage. 



autre exemple eft tiré d'animaux pjus petits/ 

Le long-jd'un clair ruifleaubûvoit uhe Colombe r 
Quand fur l'eau fe pç nchaqt une.Fotfrn^s y tombe* 



44 * FABLES CHOISIES 

Et dans cet Océan ( i ) l'on eût vu la Fourmis 
ffe ff wcw ^ airatt vwin ; jtejragagner?!a rtacr 

La Colombe auflf- tôt ufa* de charité. | 

Un brin d'herbe daijs l'eqif , par eliqr pétant jette , 
Ce fut (2) un promontoire où la Fourmis arrive^ 

Elle Je- fauve ;& là- deflte 
Pafle un certain ( 3 ) troquant quî marchoit les 

pieds nuds : . . 
Ce croquant , -par hasard , tavofoune «frbaldte. 

Dès qu'il voit (4) TOifeau de Vénur, 
Il le .crofcea- fon pot , # déjà lui /ajt fête. 
Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'apprête , - * 
% ,;,, . " La Fqunnis le -piqua au talon. 

Le (5) vilafn retourne la tête. 
La Colombe l'entend, part, & tire de (6), long. 
Le foupé dii croquant avec elle_ s'envole* 
" Point de Pîgèon pour une obole. 

( 1 ) La grande «mer, ptr «port à la Fourmi. 

(2) Poin(c de terre ou de roche_vqui avance .da» fermer* 

(3) Un Patfan. En 1637. fous Louis XI II. il- lu fie u» 
foufevement 'de quelque* communes dans le PCrfgord 8c 
la Xalntoage, qui» fous préteicte de liberté ne- voulaient 

f»lus payer de fubftdes ; & fe-nommoient C fqutm. De 
à • ce nom a été employé pour défignar eu général un 
pauvre Paifan, un Villageois, 

(4) L * Colombe. 

(î) Mot ancien, qui fi g ni fie un P aï fan. De fW/'.Mai- 
fon de campagne , a été formé VUUnm^ qui n'eft que de 
la bafle latinité. ' 

( 6) S'envole au plus vite. 1 . 



FABLE XIII. 

UAftrologie quifejaiffe tomber dans 
un puits. . .• 



■u. 



n Aftrotoguè un jour fe laiflà cheoïr 
Au fondxfunpuits. On lui* ditrPauvre bête, 



L I V R E I I. 45 

Tandis qu'à peine ites pieds tu peux voir,' 
Penfes -tu lire au-deffus de ta tête?' > - ' 

Cette avanture en foi, fans aller plus avant, 
Peut Tervir de leçon à la plupart des hommes. 
Parmi ce que de gens fur la terre nous fonlmes, 

11 en eft peu quî fort fbuvent 
. Ne *fe piaiferit d'entendre dire , 
Qu'au livre chrdfeftia \èè mortels peuvent lire. 
Mais œ livre qu'Homère' & tes fiens ont chanté * ^ 
Qu'efl- ce , que te hazard pàtmi l'Antiquhé^ 
: ^ Et parmi nous la Providence ?> 
. Or du hazard il n'eft point de feience ; - ■ » 

S'il en étoit , on auroit tort 
De l'appeler hazard, ni fortune, ni fort, •' • ■ • 

Toutes chofes très - incertaines. 
. :rzi"^ffPA wwi pnté ft farceames; 
De celui qui fait tout, & rien qu'avec deflein , 
Qui les^fipit|que1uifeifl : ?Cqirimeptlire , enf6p feinf 
Auroit -il imprimé fur fe front des étoiles 
Ce que la nuit des temps ,enferme dans fe* voiles ? 
A quelle utilité ? Pôuf exercer Tefprit ^ 
De ceux qui de la fphére & du globe ont écrit? 
Pour nous faire éviter des maux inévitables? 
Nous rendre,, dans les biçns,de plaifirs incapables? 
Et caufantdû dégoût pour ces. biçns : (i)' prévenus J 
Les convertir en. maux .devant qu'ils, foieftt yeau*^ 
Ceft erreur ; ou plutôt, ç'eft crime de \e croire. 
Le Firmament fe meut, les Aûres.fpnt Içur cours , 

Le Soleil nous luit tous les jours r ' ; ': 
Tous les jours fa clarté fuccede à l'ombre noire, 
Sans que nous en puiflîons autre chofe inférer / 
Que la néceflité de luire & d'éclaiier ♦ •'.._ 
D'amener les faifons^ : de rnéur^r ljes fç pences, <. ) 
De verfer 'fur les. corps, ^tajnesj jnfljU£j#es. " 



48 FA.BLE4 CHOISIES 

Je dois faire aujourd'hui vingt poftes fans manquer 

Les tiens & toi pouvez vaquer , 

Sans nulle crainte , à vos affaires; 

Nous vous y fervirons en frères; 

Faites -en les feux dès ce foir ; 

Et cependant vieps, recevoir j 

Le baifer d'amour fraternelle. 
Ami, reprit le Coq, r je ne pouvois jamais : | 

Apprendre une plus douce & meilleure nouvelle, 

l: ~ ■ . '. : . Que celift . - | 
De. cette paix. 

Et ce m'eft une double joie | 

De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers i 

•- -Qui» je.m'affure, font epuriers, , 

Que pour ce fujet on envoie. 
Ils vont v^itç -., & feront dans un moment à nous. 
Je. defoçns , nous pourrons nous entrebaifer tous. " 
Adieu , dit te Renard-, ma traite «ft longue à faire. 
Hqus nous .réjouirons du fuccès de l'affaire 
Une autrefois. Le^ galant auffi- tôt 
t /; tTirefes (2) grégues, gagne au haut, 

Mal -content de fon ftratagême. 

Et notre vieux Coq , en foi - même , 
. 2 : . -Se. mit à. rire de fa peur : . . 
Car c'eft double plaifi* de tromper un trompeur. 

( 2 ) Vieux mot , pouf dire , tirer Tes chauffes , s'enfuir, j 
Ménage foupçon^o âne 'Grttote vient de prêt ça , comme 
^ui cïiroit, CuloU à'U Grtcjï*.~ ' ± •••*•-- 






FABLE 



L I V R E I I. 4* 

FABLE X VI. 

Le Corbeau voulant imiter l y Aigle* ! 



JL/< 



f'bifeau ( i } de Jupiter efilevant un mouton ; 
Un Corbeau témoin de l'affaire, 
Et plus foible de reins, mais non pasmoins glouton, 

En voulut fur l'heure autant faire. 

Il tourne à l'entour du troupeau , 
Marque, entre cent moutons,> le plus gras , le plus beau, 

Un vrai mouton de (2) facrifice. 
On l'avoit ïéfervé pour la bouche des Dieux.' 
Gaillard Corbeau difoit , en le couvrant des yeux , 

Je ne fçai qui fut ta nourrice; 
Mais ton corps me paroit en merveilleux état : 

- Tu me ferviras de pâture. 
Sur Tanimal bêlant, à ces mots il s'abat. 

La moutonnière créature 
Pefoit plus qu'un fromage ; outre que fa toifon 

Etoit d'une épaifieur extrême , 
Et mêlée, à peu près, de la même façon 

Que la barbe de ( 3 ) Poiiphêmë. . 
Elle empêtra fi bien les (4) ferres du Corbeau, 
Que le pauvre animal ne put faire retraite. 
Le Berger vient, .le prend, l'encage bien & beau, 
Le donne à fes enfans pour fervir d'amufette. 
Il faut fe mefurer , la conféquence eft nette. 
Ma! prend aux volereaux de faire les voleurs. 
L'exemple eft un dangereux (.5 ) leure. 

( 1 ) t-Aïglc. . ' 

( 2 ) Tel qu'on les oflfroît aifx Dieux. 
{3) Un Cyclope. des plus monitrueux, 1 

(4) Les Titres. 

( 5 ) Attrait captieux , qui n'eft bon qu'à tromper ceux 
«jai coûtent après* 

c 



'So FABLES CHO ISIES 

.Tous les mangeurs de gens <pe font pas grands Sq 

gneurs : 
Où la^guêpe a paffé, le moucheron demeure. 



FABLE XVI I. 

Le Paon fe plaignant à Junon. 



JL« 



fe Paon fe plaignoit à Junon. J 

DédTc , difoit - il , ce n'aft pas fans raifon 

Que je me plains , que je murmure : 

( 1 ) Le chant dont vous m'avez fait don 

Déplaît à toute la nature: 
Au 'lieu qu'un RolEgnol, chétive créature, 
Forme des fnns aulfi doux qu'éclatans , 

Eft lui feul l'honneur du Printems. i 

Junon répondit en colère : 
Oifeaux jaloux , & qui devrois te taire , 
Eft - ce à toi d'envier la voix du Roifîgnoj ? 
Toi que l'on voit porter à lîentour de ton col 
Un Arc - en- Ciel nué de cent fortes de foies , 

Qui te panades, qui déploies 
Une fi riche queue , & qui fcmble à nos yeux 

La boutique d'un Lapidaire? 

Eft -il quelque oifeau fous ïes deux 

Plus que toi capable de plaire? 
Tout animal n'a pas toutes propriétés ; 
Nous vous avons donné diverfes qualités : 
Les uns ont la grandeur & la force en partage ; 
Le Faucon, eft .léger, l'Aigle plein -de courage; 

Le Corbeau fext pour le préfàge, 

(1) Le chant du Paonne ifeft' 4' agréable, C»c 
p'urôt ua miaulement qu'un chant* 



1 - L I V R E II. SX 

la Corneille avertit des malheurs à venir* 
! Tous font contens de leur ramage* 
Ceflè donc de te plaindre , ou bien, pour te punir, 
! Jç t*Ôterai ton plumage. 

j 1 . i ' I ' ' ■ r ■ „' ! ■ U— JM . 

FAB L EXV1II. 

La Chatte métamorphofée en femme- 



Un 



Homme dëriflbit éperdffinent fa Chatte/ 
11 la trouvoit mignonne , & belle, & délicate >à 
Qui miauloit d'un ton fort doux ; 
Il étoît plus fou. que les fous. * 
Cet Homme donc, par prières y pat larmes, 
Par fortiiéges. & par charmes , / . , 
Fait tant qu'il obtient du deïbiii, 
Que fa Chatte , en un Hea\i matin * 
Devient Femme ; ; & le matin même » 
Maître fot. en fait fa moitié. ' 
„ Le voilà fou d'amour extrême , 
De fou qu'il étoit d'amitié. 
Jamais la Dame, la plus. belle 
Ne charma tant fon fevori>, 
Que fait cette époufe-ribtrvelle 
Son hjyocondre de mari^^ 
ÏÎTamàdoue; : éîîchT^amrr " ' : -'- - : * ' <l - 
Il n'y trpuve pjus rien de Cl^tte i 
• Et pouîïànt l'éf reur \jufqu'au hfcut, . 

La croit Femme en tout & partout» 
Wque quelques Souris qui rofigèoiefit delà natter, 
meublèrent le plaifir des nouveaux marié.s. , i. 
Auffi - tôt fa Febriié eftfur pieds:' }--' 
Elte mànqitë foft avaitture"» 
Souris tfe revenir , fàémè d'être fen pefture. 
Pour cette fois elfe accourut japon**:. -.. . 
. .C a 



£r F A BLE S CHOISIES 

Car ayant changé de figure , 

Les Souris ne la craignoient point. 

Ce lui fut toujours une amorce , 

Tant le naturel a de force. - 
11 fe moque de tout : certain âge accompli , 
jUc^afeefrlmbîfô, î'étofre a pris foirpli. ! 

( i ) En vain de fon train ordinaire 

On le Veut défacooutumer ; . 
.Quelque chofe qu'on putfle faire, 

On ne fçareoit le réformer. 

Coups de fourches ,„ ni d'étriviéres 
: Ne' lui font changer de manières ; 

Et fuflîez-vous embâtonaés , 

Jamais vous n'en ferez les maîtres. 

Qu'on lui ferme la porte au nez , 
f - > .11 reviendra par les fenêtres. 

{ i ) Tout ce que noivs dît ici La Fontaine » Horace l'a 
renfermé plus hetireufement , * mon avis-, dans ce versd 
Nyuram txpettes fur ta , tamen nfane rtcurret. 
.Epift. x. lib. i. 
& je *Tie Tçaurols m'empêcher d'ajouter (fans décideç 
pourtant) que La Fontaine auroit beaucoup mieux fait 
<te terminer fa Fable par ces deux vers: 

// fe moque de tout $ certain âge accompli , 
Le vufe ejt imbihé t l* étoffe a pris fon fit» 
car le rcite n*t:ft qu'une foible répétition de la même 

f en fée , ou je crois que La Fontaine s'eft engagé pat 
envie d'imiter Horace. 



]U< 



F A fc L E X I X. 

Le Lion UVAne chaffant. 



fe Roî des amiraux fe mit un jour en tête 

De ( i )' giboyer, . Jl célçbroit fa fete. 

Le gibier du jlion ce ne font point moineau^, 

(i ) Aller à' la <h$(k -du giWec, - .'..-.• r. 



LIVRE IL 53 

Mats beaux & bons Sangliers , Daims & Cerfs bons 
& beaux. _ v % 

Pour réftfir dans cette affaire. 

Il fe fervit du miniftere 

De l'Ane , à la voix de ( 2 ) Stentor. 
L'Ane à méfier Lion fit office de (5) cor. 
: Le Lion le pofta, le couvrit de ramée, 
Lui commanda de btairc , afluré qu'à ce fon 
Les moins intimidés fuiroient de leur maifon- 
Leur troupe n'étoit pas encore accoutumée 
! A la tempête de fa voix; 

L'air en rétentifToit d'un bruit épouventabie. 
La frayeur faiiîflbit les hôtes de ces bois ; 
ïous:fuyoieht, tous tomboient au piége inévitabfe 

Où les attendoit le Lion. 

N'ai -je pas bien fervi dans cette occafion? 

Dit l'Ane, en fe donnant tout l'honneur de lachafltv 

1 Oui , reprit le Lion , c'eft bravement crié. 

•Si je ne connoiflbis ta perfonne & ta race, 

J'en ferois moi-même effrayé. 
L'Ane , s'il eût ofé r fe fût mis en colère > 
Encor qu'on le raillât avec jufte raifon: 
Car qui pourroit fouffrir un Ane fanfaron ? 

Ce n'eft pas -là leur caraftere. 

(1) t7n Grec, qui, félon Homère, avoir, la voix fott 
fopérieurc à celle des autres hommes. 

( 3 ) Trempe de chaflq qui rf jouic & anime les Cbas- 
iéurs & les Chiens. 



F A "B L E X X. 

Tejîament expliqué par Efope. 



S, 



H ce qu'on dit d'Efope eft vralV 
C'étoiuroracle de la Grèce : 
Lui feul sveit plusde-fageflfe • 
C 3- 



54 F A BLE. S CHOISIES 

Que tout ( i ) l'Aréopage. En voici , pouf efiâi j 
Une hiftoire des plus gentilles;. 
* Et qui pourra plaire Ale&eur. 

Un certain, homme avoft trois-'fiHes % 
( Toutes trois de contraire humeur :• . j 

Une buveufe , une coquette , 

La troîfiéme avare parfaite. 

Cet homme par fon teftament , 

Selon les {2) loix municipales ,. 
Leur laiila tout fon bien par portions égales * 

En donnant à leur mère tant , 

Payable quand chacune d'eHes I 

Ne pofféderoit plus fa ( 3 ) contingente part* 

Le père mort » les trois femelles 
Courent au teftament, fans^attendre plus tarcL 

On le -lit ; on tâche d'entendre 

La volonté du Teftateur ; 

Mais en vain : car comment comprend* 

Qu'auffi-tôt que chacune fœur. 
Ne poffédera plus fa part héréditaire , . - I 

Il lui faudra payer fa mère? 
-Ce n'eft pas un fort bon: moyen? i 

Pour payer, que. d'être fans bien* 
Que vouloit ddtac dire le père?* 
L'affaire eft confultée; & tous les Avocats ' 

'- Après avoir tourné le cas ;„/ j 

En cent & cent mille manières,' 
Y jettent *(4) - lear bammifp ç<wfeffenty*mq& 

Et cpnfeillent aux héritières 
De "partager le bien fans fongçr au furplus. 

Quant à la fomme de la veuve, - 

( 1 ) Sénat , ou ai&mblée des Juges d'Athènes. 
( 2 ) Loix de la Viîle d'Athehes. 
( 3 ) i-a part qui lui devoit être donnée. 
(4) Expreffion figurée, .pour dite qu'ils Je déclarent 
incapables d'expliquer le tcitaxne^u 



L I V R E I L *5 

Voici , leur dirent -ils , cç que le Confefl treuve : 
! ft faut que chaque fqpur fe charge par traité 

Du tiers payable à volonté r ' 
Si mieux n'aime la mère en créer une rente 

Dès le décès du mort courante. 
La chofe ainfî réglée , on compofa trois lots ? 

Eni'un Y les maifons de bouteille y 

Les buffets tlreffés fous la treille , 
La vaiflelle d'argent , les ,cuvettes , les brocs y 

Les magafîns de ( 5 ) Malvôifîe , 
Les efcîaves de bouche ;& pour dire eh deux mots , 

L'attirail de la goinfrerie. 
Dans, un autre , celui de la coquetterie T 
La maifon de la ville y & los meubles exquis,. 

Les; Eunuques & les coëffeufes , 
Et les brodeufes, 

Les joyaux r les robes de. prix. 
Dans 1 le troifïéme lot* les .fermes , le ménage,. 

Les troupeaux & le pâturage r 

Valets & bêtes de labeur. 
Ces lots faits , oti jugea que le fort jjourroit faire» 

Qup peut- être pas une fœùr 

N'auroitcequi lui pourroit plaire» 
Aiafi, chacune prit ibn inclination, 

Le tout à l'e/Hmation. 

Ce fqt dans la ville d* Athènes , 

Que cette ^encontre arriva. 

Petits & grands , tout aprouva 
Le partage & le choîx. Efope feul trouva # 

Qu'après jpien du temps & des peines> 

Les gens avoient pris juftement. 

Le contre -pied du teftament. 
Si le défunt vivoit, difoit'-il, qiie (6) L'Afrique? 

Auroit de reproches de lui ! 

(5) Vin Grec , fort doux. Ici Mslvoifî* fc prend pour 
toute force de bon vin. 

(6) Ctttc partie de la Grèce ,. dont Athènes ewùt- la f 
Cagiulc. 

• -. Ci 



56 FABLES CHOISTES 

Comment"! Ce peuple qui fe pique 
D'être le plus fubtil des peuples d'aujourd'hui^ 
A fi mal entendu la volonté fuprême 
D'untcftateuri Ayant ainfi parié, 

Il fait le partage lui-même, 

Et doane à chaque fœur un lot contre fon gré, 

, Rien qui put être convenable, 

Partant rien aux fœurs d'agréable : 

A la Coquette l'attirail 

Qui fuit les perfonnes buveufes ; 

La Biberonne eut le bétail :. 

La Ménagère eut les côëffeufes. 

Tel fut l'avis du ( 7 ) Phrygieq y 

Alléguant qu'il n'étoit moyen 

Plus fur , pour obliger ces rilles 

A fe défaire de leur bien : 
Qu'elles fe mariroient dans, les bonnes familles * 

Quand on leur verroit de l'argent t 

Pajroient leur mère tout comptant;- 
Ne pofféderoient plus les effets *le leur père," 

Ce que difoit le teftament. f 
Le peuple s'étonnna comme.il fe pourvoit faire' 
.. Qu'un homme feul eut plus de fcn* - 

Qu'une multitude de gens. 

(7) Efopc né en Phryçie. 

Fin du fécond Livre*. 



Vf 




LIVRE TROISIEME. 

I 

FABLE PREMIERE. 

Le Meunier, fm Fils, & VAne. . 
A. M. D. M. 



Li 



/'Iitvention des Arts étant un droit d'alnefle , 
Nous devons ( i ) l'Apologue à l'ancienne Grèce r 
Mais cexhamp ne fe peut tellement moiflbnner , 
Que les derniers venus n'y trouvent à glaner. 
La feinte efl un pays plein de terres défertes : - 
Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes. 
Je t'en veux dire un trait^aflez bien inventé : 
Autrefois à (2) Racan, Malherbe Ta conté. 
Ces deux rivaux d'Horace , héritiers de fa Lyre, . 
Difciples d'Apollon , nos Maîtres , v pour* mieux dire, 
Se rencontrant un jour tout feuls & fans témoins ; 
( Comme ils fe confioient leurs penfers &'leurs foins ) 
Racan commence ainfî; Dites -moi, je vous priç,, , 
Vous <jui devez fçavoir les chofes de la vie, : . , . 
Qui par tous fes dégrés avez* déjà paffé, 

( 1 ) Fable inftraâive.. t ] m . ' 

Ù) Excellent Tocù François , mort «a 1670. " k * 

Ç 5 



jfft FABLES CHOISIES 

Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé ; 
, A tytol rBê réfojidfeî-jÈVireft tems (Jue f y jfenfe;i 
Vous cbnnôiffez mon bieri, mon talent, ma nsiflànce. 
I)pis-je<ians la province établir mon féjour? ! 
JPren^re emploi dans. l'Armée., ou bien charge à la ! 

Cour? ■--"•■- » ■ "• • 
Tout au monde eft mêlé (l'amertume & de charmes: 
La Guerre a fes douceurs, i'Hyçen a; fes- alarmas. 
Si je fuivoîs mon' goût, je fçaurois où buter; 
Mais j'ai les miens , la Cour , le peuple à contenter, 
tyalh.erbe là -defîbs : contenter tout le anonde l 
Ecoutez ce 'récit 'avant* que Je réponde. ; 

J'ai 1Û dàrçs^uel'que endroit, qu'un Meftniçr & fçn fils, ' 
L'un vïeîllafd-; l'autre enfant , tfon pas clés "plus petits, 
Mais garçon de quinze ans , fi j'ai bpnne^némoire, 
Alloient vendre leur Ane un certain joiir de foire. 
Afin qu'il fi)t plus 'frais' & de-' meilleur débit, 
On lui lia les pieds ,. on vous le fufpendit : 
Puis cet homme & fon fils le portent comme un (3) 

' luftre. " ! " 

Pauvres gens, idiots, couple ignorant -& ïuftfe! 
Le ^premier qui le vit, de rire s'édata. 
Quelte farce , dit -il , vont jouet ces gens - là? 
Le plus Aile des trois n'éft pas celui qu'on -penfe. 
Lê'Meûmer, à ces mots, connoît fon ignorance* 
Il met fur pieds fà bête , & la fait détaler. 
L'Ane-qui goûtoit fort l'autre- façon daller , 
Se plaint en fon patois. Le Meunier (4) n'en à cure. 
il fait monter foh fils , il fuit ;• &'d*avànture . 
Paflent trois bons marchands. Çe&6bjet leur déplut. 
Le plus vieux , au garçon, s'édria'tant qu'il put: 
Oh le:, -ôh, defçendez quel'-qh ne Vous le dife, 
Jeune hetfmieqm menez laquais à batbé gr ife: 

( 3 ) Grand Chandelier à branches, 
(-f) N« s'en met poiac en peinç. 



l i v; k et rrr; s* 

f était t vous de fuiVre r au vieillard • de morfl&r. * 
Meurs, dit le Meunier, il vous faut contenter*. 
L'enfant met pied à terre, & puis le vieillard montei- 
Quand trois filles- paffant , Tune dit : c'eft grandiront* 
Qu'il faille voir ainfî clocher ce Jeune fils ,. 
Tandis que- ce nigaud, comme .un Evêque affis, 
Fait le veau fur fon Vine v & penfe être bien fage.. 
Iln'cft, dit le Meunier, plus de veaux à mon âge*. 
PafTez votre chemin, la fille , & m'en croyez. t 
Après maints quolibets coup fur coup renvoyés , v 
L'homme crut avoir tort, & mit fon ûls en croupe* 
Au bout de trente pas , une troifiéme troupe 
Trouve encore à glofer. L'un dit r ces gens font fous P 
Le Baudet n'en peut plus , il mourra fous leurs coups ;; 
Hé quoi , charger ainfî cette pauvre Bourique ? .. ^ 
N'ontHlé'pofntde jntië de leur vieux domeftique t 
Sans doute qu'à la foire ils vont vendre fa peau. 
Parbieu , dit le Meûçier, eft bien fou du cerveau 9 r 
Qui prétend contenter totit le monde & ibn père. 
M'ayons toutefois , û par quelque manière 
Nous en viendrons à bout. lUdefcendent tous deux s 
L'Ane, {5) fe prélaflant, marche feui. devant eux.. 
L'û quidam les rencontre, & dit: Eft -ce la mode 
Que Baudet aille à i'aife ,& Meunier s'inoommode î? 
Qui de l'Ane ou du Maître eft fait pour fe lafTer? 
]e confeille à ces gens de- le faire ehehaffer.. 

(j) Prenant l'air grave & îpajefhieux d'un Prélat. Otf> 
trouve ft. prélafer dans Rabelais ; & c'eft aparemmenr de- 
là que La Fontaine l'a tiré. Je vis Diogentt , dit Epifre- 
«ont revenu des Enfer», qk$ ft prélajfoit eh r»a£»ffi«*tt 
I J v f c **' grande robe d* foulprc |*r un fuptre en fa «lettre ,&, 
U<) a 'i tnraget ^Alexandre le- Grand , quand il n'avêit kien> 
'W'P ft* cWavffu. Pantagruel ,' I:iv. 11. Chap 30. Et 
fleurs , parlant • du. Bufehéroni k <\xi\ Mercure avoir pré* 
«nié trois coUnées ». l'une- d'or,. L'autre d'avgent; & une 
j ^oilîdme' de bois*, « qui s'étant contente de celle de 
| "°fc qu'il avoir perdue , reçut les, deux- «titres en ré- 
co »p<iife de la bcftne foi , il ajoute : ^iihjt le B'ucheron* 
r nt*ttéfafitrtt -p4t h Pur/, fàifanr bifirie U*int. farmi Jeu 
HtHbim & vifms. 

■ Ctf • 



J 



60 FABLES CHOISIES 

Ils ufent leurs fouliers , & confervent leur Ane r 
Nicolas , au rebours : car quand il va voir Jeanne , 
11 monte fur fa' bête , & la chanfon le dit. 
Beau trio de Baudets! le Meunier repartit, 
Je fuis Ane, il eft vrai, J'en conviens-, je l'avoue r 
Mais que dorénavant on me blâme, an me loue , 
Qu v on dife quelque chofe, ©u^u'on ne dife.rien, 
J'en veux Caire à ma tête : il le fit, & fit bien. 

^nant avons, fuivez Mars , ou L'Amour, ou le Prince, 
Allez* venez, courez, demeurez en province, 
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement r 
Les gens en parleront, n'en doutez nullement. 



FABLE r r. 

if* Membres & t'Eftomac* 

Jj e devois par la Royauté 

Avoir, commencé mon ouvrage t 
A la voir d'un certain côté ,, 
Méfier (i) Gafter en eft l'image. 
S'il a quelque befoin, tout le corps, s'en reffenc 
De, travailler pour lui les membres fe laflant, 
Chacun d'eux réfolut de vivre en gentilhomme, 
Sans rien faire , alléguant l'exempte de Gafter. 
II faudroit, difoient,- ils, fans' nous qu'il vécût d'aîr. 
Nous fiions , nous peinons comme-bêtes de foraine : 
Et pour qui V poux lui feul : nous n'en profitons pas ; 

( i ) L'Ffîomac. C'eft dans ce fcns-H que Rabelais s'eft 
avife d'employer le moi de Vtjifr, qn «* originaire, 
«eut Grec. .-.,.. 



LIVRE II.I. ** 

Notre foin n'aboutit qu'à fournir fes repas, 
êhom'mons , ( 2 ) c'efi un métier qu'il veut nous 

faire aprendre. 
Ainfî dît-, ainfî fait. Les mains ceflent de prendre, 

Les bras d'agir , les jambes de marcher. 
Tous dirent à Gafter qu'il en allât chercher. 
Ce leur fut une erreur dont ils fe repentirent... . . 
Bien -tôt les pauvres gens tombèrent. en langueur:; 
11 rie fe forma plus de nouveau fang au cœur : 
Chaque membre en fouffrit : les forces fe perdirent* 

«.* Par ce- moyen lès mutins virent 
Que celui qu'ifc çroyoient oifif & parefleux*. 
A Tintérêt commun contribuoit plus qu'eux. 
Ceci peut s'apliquer à la grandeur Royale. 
Elle reçoit & donne ; de la chofé eft égale. 
Tout travaille pour elle , & réciproquement 

Tout tire d'elle l'aliment. 
Elle fait fubfîfter l'artifan de fes peines , 
Enrichit le Marchand, gage le Magiftrat, 
Maintient le laboureur, donne paye au foldat* 
Diftribue en cent lieux fes grâces fouvetfaines ,. 

Entretient feule tout l'Etat. 

( 3 ) Menenius le fçut bien dire : 
La Commune s'alloit féparer du Sénat. 
Les mécontens difoient qu'il avoit tout l'Empire, 
Le pouvoir, les tréfors, l'honneur, la dignité; .. 
Au -lieu que tout lfc mal étoit de leur côté ; * 

Les xributs ,. les impôts* les fatigues de guerre. 
Le peuple hors- des murs étoit déjà porté , 
La plupart s'en alloîent chercher une autre terre > 

Quand Menenius leur fît voir 

Qu'ils étoient aux membres femblables; 
Et par cet Apologue ïnfigne entre les Fables, 
, Les ramena dans leur devoir. 

(2) Çbotnmct, xreft fc repofe* comme .dans un joue 
de fête. . " 

(3} Sénateur* Romain, du tëms des Confiai* 

C 7 



fe FATITCS CHOISIES ' 

e== asssm 



FABLE II I. 

Le Loup devenu Berger: 

\J h Loup/qul commençoît d'avoir pçtite pârr 

. Aux Brebis de Ton voiflnagé, 
Crût qu'il falloit s'aider d© la peau dû Renard,, 

Et faire un nouveau perfonnage/ 
11 s'habille en Berger, endoïïe un hoqueton,. 
. * * Fait fa houlette d'un t)âton , 

Sans oublier Ja Gorneinufe. /, 

Pour pouffer jufqu'au bout fà rufé,. 
Il auroit volontiers écrit fur fon chapeau, ' 
Ceft moi qui fuis Gaillot , Berger de. ce troupeau* - 

Sa p'erfonne étant ainfî faite , "" ' " 
Et fes pieds de devant pofés fur fa houlette , 
Guiliot le (i) Sycophante aproche doucement- 
Guillôt, le vrai Guiliot, étendu Tur> l'herbetté , . 

Dormoit alors profondement. 
Son chien donroit auffi, comme auffi fa tnufétte* 
La plupart des Brebis dbrmoiènt* pareillement* 

L'hypocrite les laiffa faire; 
Et pour pouvoir mener vers, fon fbrt les Brébi$ t * 
11 .voulut ajouter la parole aux habits , . 
. - t^hofe qu'il croyoit néceflàire ;■. ' ' 

Mais cela gâta fon affaire. 
H fie put du Pafteuf contrefaire la voix r; 
Le ton dont il parla fit retentir les bois,,. 

Et découvrit tout le myftefe. - 

Ghacurî fe réveille à ce fon , 
, Les Brebis ;: lé Chien , "te Garçon; 
: Le pauvre Loup ibolcet e£ckûdrC£ 

(i) Tree&cus*. 



L 1 V K £ IM. ** 

Empêché par fon hoqueton ,. . . x * 
Ne put ni fuir , ni fe défendre,. 
Toujours par quelque endroit fourbes fe ktuTenç 
prendre- 

Quiconque eft Loup, aguTe jen Loup; 
C'efl: le plus certain de beaucoup. ^ 



FABLE I W 

Les Grenouilles qui demandent vin Rou 



L. 



/es Grenouilles fè laflant 
Décrétât (i) Démocratique, 
Par leurs clameurs firent tant . 

Quejupin les fournit \( 2) au pouvoir Monarchique». 

Il leur tombe, du €fel nn JBfti toot-padôque. *~- - * 

Ce JLoi fit toutefois un tel bruit en tombant., 
Que la gent marëcagéufe , 
Gent fort fotte & fort peureufe, 
S'alla cacher, fous- lés eaux, * 
Dans les joncs, dans les rofeaux,. 
Dans les trous du marécage, ... 

Sans ofer de long -teins regarder au vifage . 

Celui -qu'elles croyaient être un géant nouveau* 1 
Or c'étoit un: foliresài ,. ' ' 

De qui la gravité fit peur à là première t 
Qurde ie voiryavantiiraiit^ 
Qfa bien quitter: fo tanière. 
Elle aprocha, mais en tremblant* 1 

Une autre la fuivic, uûè atitrç en fit autant, • > 
Il en -vint une fouçmiiliéie*. . * 

\i) Gk le Peuple gouverne. 

U) Au gouvernement fouveraîtr *«hfii féal, fu'oa fiOtQ^ 



*4 PA.BLES CHOISIES 

Et leur troupe à la fin Te rendit familière 

Jufqu'à fauter fur l'épaule du Roi. - 
Le bon Sire le fouffre , & fe tient toujours cou. 
Jupîn en a bientôt la cervelle rompue. 
Donnez-nous., dit ce peuple y un Roi , qui fe remuer 
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue, 

Qui les' croque, qui les tue> 
t Qui* le» gobe à-fon plaifir: 

Et Grenouilles de fe plaindre; 
Et Jupin de leur dire :., & quoi , > votre défit 

A fes loix croit -il nous aftraindre? 

Vous avez dû premièrement 

Garder votre Gouvernement: 
Mais ne l'ayant pas fait, il vous dcvoit fuffire 
Que votre premier RoL fut débonnaire & doux. 

De celui - ci conteniez - vous , 

De. peur dïen rencontrer un pire." 



FABLE V. 

Le Renard & te Bouc. 

V*/apitafne Renard alloit de compagnie 
Avec l'on ami Bouc ,. des plus haut encornez. 
Celui -ci ne voyoit pas plus loin que fon nez;-. 
' L'autre étoit paffé maître en fait de tromperie 
La foif les obligea de defeendre enfun puits-» 

• Là, chacun d'eux fe- désaltère. 
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris r 
Le Renard dit au Bouc : que ferons - nous compère? 
Ce n'eft t pas tout de boire, il faut fortir d'icu - 
Levé tes pieds; en. haut r & tes cornes aufB ; 
Mets -les contre le mur. Le long de ton échine 
... . Je gçimperai premièrement; 

fuis fur tes corne* m/élevât, ,. 



LIVRE' III» tS 

î A l'aide de cette machine, ' 

: De ce lieu - ci je fouirai , 

'Après quoi je t'en tirerai. - 
Par ma barbe , dit l'autre , il eft bon , & je loue 

Les gens bien fcnfés comme toi. 

Je n'aurois jamais, quant à moi,. 

Trouvé ce fecref,. je l'avoue. 
Le Renard fort du» puits, laiiïe fon compagnon» 

Et vous lui fait un beau fermon 

Pour l'exhorter à patience. 
Si le Ciel t'eût , dit - il , donné par excellence % 
Autant de. jugement que de barbe au menton , 

Tu.n'aurois pas, à la (i)iégerc, 
Defcendu dans ce puits. Or adieu , j'en fuis hors; 
' Tâche de t'en tirer , & fais tous tes efforts : 

Car pour moi j'ai. certaine affaire 
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin* 

En toute chofe il faut confîdérec la fin* 

(i ) Imprudemment, fans réflexion» 



L 



FABLE VI. 

&Aigte, la Laye&la Chatte* 



J % Aiglç avoît fes petits air haut d'un arbre creu*; 
La (î) Laye au pied , la Chatte entre les deux : ^ 
Et fans s'incommoder , moyennant ce partage, 
Mères & nouriflbns faifoient leur tripotage. 
La Chatte détrufîç, par fa fourbe , l'accord. 
Elle grimpa chez l'Aigle,' & lui dit : notre mort,, 
(au moins de nos enfans , carc'eft tout un aux mères,) 

( i ) ta femelle du Sv^Uer. 



66 • FABLES/ CHOISIES 

Ne tardera poflîble guères. 
Voyefc-vous à nos pieds fouïr inceflamment 
Cette maudite Laye , & creufer une mine ? 
C'eft pouf déraciner le chêne aflurément , 
Et de nos .nourhTons attirer la mine. 

L'arbre tombant, ils feront dévorés : 
» Qu'ils s'en tiennent pour affinés. 
'S'il m'en reftoif un feul, j'adoucirois ma plainte J 
Au partir de ce lieu, qu'elle remplit de crainte „ 
\ La perfide defeend tout droit 

A l'endroit 

Où la Laye étoit en ( 2 ) géfîne. 

Ma bonne amie & ma voiûrie,. 
Lfci dit -elle tout bas , je vous dorme un avis. 
L'Aigle, û vous fortez, fondra fur vos petits^ 

Obligez -moi de n'en, rien dire; 
' Soft courroux tomber oit far moi. 
Dans cette autre famille ayant femé l'effroi , 

La Chatte ea fon trou fé retire. , 
L'Aigle n'ofe fortir, ni pourvoir aux befoins 
De (es petits : la Laye ericôre moins ; ' * 
Sottes de ne pas voir que le plus grand, des foins > 
Ce"doît 'être celui d'éviter HTaffiffi»/-'^.-. -rr:— ~ : 
A demeurer chez foi» l'une & l'autre s'obftiiie, 
, Pour fecodrif les Cens dedans l'pccaflonv 

L'Oifeau royal , en cas de mine ; 

La Laye, eiîcas d'irruption^. . » ; 
La fahn détruifit tout: il ne refta perforinè - 
De lagent Marcaffine , • & de la gent Aiglonne* • 

Qui n'allât de vie à trépas :' * * 

Grand (3) renfort pour meilleurs les Chats- 

Que ne fçait point outdir une langue traitrefle ' 
. Par fe pernicieufe adrefîe ? 
Des malheurs qui font fortis ; ; r 

(t) Venoit de mettre bas (es petics MarctiHns* 
(i) Groffe proYiûoA dc'bouthi. .' 



LIVRE ML 6T 

De la boîte de (4) Pandore, 
I Celui qu'à meilleur droit tout l'Univers abhorre, 
. C'ett la fourbe, à mon avis. 

j (4) Très -Mie fille., forgée par Vulçaiu » â laquelle 
Jupiter donna une boîte remplie de toute force de maux. 



FABLE V 1:1. 

V Ivrogne &Ja Femme. 

V/haom a ion défimt-où tonjonts>itîevtent:. **. 
Honte ni peur n'y remédie. 
Sur ce propos , d'un conte H me-fouvientr 

Je ne dis rien que je n'apuie 
De quelque exemple. Un fuppôt de (1) Bacçhua 
Altéroit fa fanté , fon efprit & fa bourfe.- 
Telles gens n'ont pas fait la moitié* de leur coi^Dç* 

Qu'ils font au bout de leurs écus. • 1 
Un jour que celui-ci , plein du jus de la treille* 
/vote laifTé fes fens au fond d'une- bouteille*- " * 
Sajemme renferma dans un certain. tombeau.. 

Là, les vapeurs du vin nouveau 
Cuvèrent à loifîr. A fon réveil il treuve 
L'a(tirail .de la mort à l'entour de fon corps , 

Un lufninàfre, un drap des morts. 
Oh! dit-il,, qu'dft ceci?' Ma femme eft-ell,e veuve t 
Là-deflus, fon époufe, en habit (2) d'AJeûon, 
Mafquée, & de fa voix contrefaifant le ton,. 
Vient au prétendu mortj approche de. fa bière, 
Lui préfente un (3) chaudeau propre pour Lucifer.. 

( 1 ) Un franc ivrogne* 

li) Une des tçois Furies de l'Enfer* 

( 3 ) Bouillon OU potage. Chandia» , Jufcuîum , Ntcst^ 
D« Caldeftmm, parce qu'on le prend chaud/ dit "M*na£* 
du» ton JDi S Umuirt Èu'mhgîq**. 



70 FABLES CHOISIES 

FABLE IX. 

Le Loup &Ja Çicogne. 



JL^e 



/es Loups mangent gloutonnement. 

. tJn Loup donc étant de (i) frairip, 

SeprefTa, dit-on, tellement, | 

Qu'il en penfa perdre la vie. * 
Un os lui demeura bien avant au gofierv 
De bonheur pour ce Loup, qui ne pouvoit crier, 

Près de-là pafle une Cicogne. 

Il lui fait figne , elle accourt. 
Voira l'opératrice auffi-tôt en befogne. 
Elle retira l'os ; puis , pour im fî bon tour, i 

Elle demanda fon faiaire. 

Votre falairë? dit le Loup, - 
. Vous riez ma bonne conimere. - I 

Quoi! ce n'eft pas encor beaucoup - 
D'avoir de mon golîer retiré votre cou? 

Allez, vous êtes une ingrate; 
. ' Ne tombez jamais jpus ma patte. 

( i ) D'un grand pas. 



£ A B L E X. 

Le Lion abattu par F Homme, 



O. 



*n expofoit une^peinture, 
Où Tartifan avoft tracé . 
Un Lion d'immenfe flature. 
Par un feiU homme terraÇé. 



' L I V R E I IL 71 

Les- regardais çn tiroient .gtoire* 

Un Lion en paflant rabattit leur caquet. 

Je vois bien, dit-iU qu'en effet . 

On vous donne ici la vi&oire; . 

Mais l'ouvrier vous a déçus , 

il avoit liberté de feindre. 
Arec plus de raifon nous aurions le deflus , 

Si mes confrères fçavoient peindre. 



F A B h E XI. 

Le Renard &les Raijîns. 

r 

Vertain Renard (i) Gafcon, d'autres difent (2) 

i Normand, " " - t 

Mourant prefque de faim, vit au haut d'une treille 
Des raifîns mûrs aparemment, 
Et couverts d'une peau vermeille. 

égalant en eût fait volontiers un repas. 

Mais comme il n'y pouvoit atteindre ; 

& font trop verds , dit-il , & bons pour des (3) goujats* 

I Fit-il pas mieux que de fe plaindre ? 

f (0 Fanfaron , effronté , toujours prêt à juftifier fes 
"Mes par quelque trait de plaifanterie , bonne ou m»u- 
v «(e. . , , _. ' 

, (0 Plein de diflimulation , porté , comme par inftinét , 
* rtpondrc indirectement & obfcurément à ceux qui lui 
Ncnt;& lotfqu'il \t trouve bon., à leur dire nettcm.cn* 
«w le contraire de ce qu'il penfe, . 
| U) Valets de Soldats. 



T î FABLES CHOISIES 

F A B L E X I I. 

2> C)g»£ & te Cuifînier* 

JLJJans une (i) ménagerie 
De volatiles remplie, 
Vivoient le Cygne & l'Oifon : 
Celui-là deftiné pour les regards du Maître , 
Celui-ci pour fon goût : l'un qui fe piquoit d'être 
CommenÇiI du (2) jardin, l'autre de la maifon. 
Des FofTds du château faifant (3) leurs galeries, 
Tantôt on les eût vus côte à côte nager ^ - 
Tantôt courir fur Tonde , & tantôt fe plonger , 
Sans pouvoir fatisfaire à leurs vaines euviqs. 
tin jour le Cuifiniçr, ayant trop bû d'un coup, 
Prit pour Oifon le Cygne , & le tenant au cou , 
1* aHoit l'égorger , puis le mettre en potage. 
L'oifeau , prêt à mourir , fe plaint en fon ramage. 
Le Cuifinier fut fort furpris , \ 

Et vit bien qu'il s'étoit mépris. 
Quoi ! Je mettrois, dit-il, un tel (4.) chanteur en foupe ! 
•Non , non , ne plaife aux Dieux que jamais ma maii: 
coupe 

La gorge à qui s'en fert fi bien* 

Ainfi dans les dangers qui nous fuivent en (5) croupe, 
Le doux parler ne nuit de rien. 

(1) Ou l'on, nourrit la volaille. ! 

( 1 ) Fréquentant le plus ordinairement le Jardin » conv 
ne l'autre la Maifon. 

(3) Leur Heu de pîaifance. ' 

i 4 ) Le chant mélodieux dés lignes n'eft fonde* que ftil 
une Tradition poétique, dojot 4a vérité n'a jamais étt 
confirmée par l'événement. ' 

( 5 ) C'eft-à-dirc , qui nous talonnent , qui nous fuivent 
de fort près. 

FABL? 



LIVREE III. n 



FABLE XIII. 

. . \ .T ."i /. 

Les Loups & les Brebis. 

près mille ans & plus de guerre déclarée , 
Les Loups firent la paix avecque les Brebis. 
Cétoit apparemment le bien des deux partis: 
Car fi les Loups mangeoient mainte bête égarée > 
Les Bergers, de leur peau,fe faîfoient maints habits*. 
jamais de liberté , ni pour les pâturages , 

Ni d'autre part pour les carnages. 
jlis ne pouvoient jouir, qu'en tremblant , de leurs biens. 
La paix Te conclut donc : on donne des otages , 
Les Loups r leurs Louveteaux, & les Brebis , leurs 
I Chiens. f 

iL'échange , en étant fait aux formes ordinaîfes > 

Et réglé par des ÇommhTaires , 
An bout de quelque temps que Meffieurs(4)les Louvats 
Se virent Loups parfaits , & friands de tuerie , 
Ils vous prennent le temps que dans la bergerie " 

Meffieurs les Bergers n'étoient pas ; * 
Etranglent la moitié des Agneaux les plus gras , 
Les emportent aux dents , dans les bois fe retirent. 
Ils avoient averti leurs gens fecréteme^nt. 
Les Chiens qui, fur leur foi, repofoient fûrement, 

Furent étranglés en dormant. 
Cela fut fi -tôt fait qu'à peine ils le fentirent. 
Tout fut mis en morceaux, un feul n'en échapa. 

' Nous pouvons conclure de là , 

Qa'il faut faire aux méchans guerre continuelle. 

La paix eft fort bonne de foi , 
i J'en conviens: mais de quoi -fat -elle 

Avec des ennemis fans foi ? 

(0 Les jeunes Loups. » 



7+ FABLES CHOISIES 

FABLE X IV. 

Le Lion devenu vieux. » 



Le: 



Lion, terreur des forêts, 
Chargé d'ans, & pleurant fon antique prouefie»; 
Fut enfin attaqué par fes propres fujets, 
Devenus forts par fa foiblefle. 
Le Cheval s'aprochant, lui donne un coup de pied, 
Le Loup un coup de dent , le Bœuf un coup de corne. 
Le malheureux Lion languiiïant, trille & inorne, 
Peut à peine rugir , par l'âge eftropié. 
21 attend fon deftin fans faire aucunes plaintes; 
Quand voyant l'Ane même à fon antre accourir, 
Ah! c'eft trop, lui dit -il, je voulois bien mourir; 
Mais c'eft mourir deux fois que foufFrir tes atteintes* 



F A B LE XV. 

Phitornék & Prognl 



An 



autrefois ( i ) Progné l'Hirondelle 

De fa demeure s'écarta; 

Et loin des villes , s'emporta 
Dans un bois où chantoit l^pauvre (2) Philoméle. 
Ma fœur , lui dit Progné , comment vous portez-vous ? 
Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue : 

< 1 ) Fttîe de Pandion , femme de Térée^ changée en 
Hirondelle. 

(1) Sortir <Te "Progné : qui ayant été violée, par Térée, 
K$»i 4e Thracc , fuc changée sa HoflignoU 



Je ne me fouVicns point que vous foyez venue 
Depuis letems de Thrace habiter parmi nous. 

Dites - moi , que penfez - vous iaîre ? 
Ne quitterez -vous point ce féjour fo! fraire? 
Ah! reprit Philoméle, en èft-ii de plus doux 9 
Progné lui repartit: Et quoi, cette mufique. 

Pour ne .chanter qu'aux animaux, 

Tout au plue à quelque ruftiquet 
Xe défert eft j ii fait pour des taleris û beaux f - 
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles, 

Auflî bieta en voyant les bois , 
Sans cefle il • Vous fouvient que Térée autrefois. 

Parmi des demeures pareilles, ' 

Exerça fa fureur fur vos divins apas. 
Et c'eft le fouvenir d'un fi cruel outrage , 
Qui fait , reprit fa fœur , que je ne vous fuis pas : 

En voyant les hommes , hélas ! 

Il m'en fouvient bien davantage: 



F A B LE X V I. 

La Femme noyée, 

e ne fuis pas de ceux qui dîfent : ce n'eft rien, 
* ' C'eft une femme qui fe noie. ' 
Je dis que c'eft beaucoup; & ce fexe vaut bien 
Que nous le-regrettions , puifqu'il fait notre joie. 
Ce que j'avance ici, n'eft pas hors de propos > 
Puifqu'il s'agit dans cette Fable, 
D'une femme qui dans les flots . 
Àvoit fini fes Jours par un fort déplorables* 
Son époux en cherchoit le corps/ 
. Pour lui rendre en cette avanture 
Les. honneurs de la fépulture. 
JU- arriva que *w les- ber<k 



7*5 F A B L E S C H O I S I E S 

Du fletive , auteur de fe diigrace , 
Des gens fe promenoient; ignorant V accident. 

<„ Ce mari donc leur ^eiaandant. 
S'ils n'aboient de fa femme apprcuf nulle trace; 
Nulle, reprit l'un d'eu*; mais cherchez-la plus bas 

Suivez Je §1 de la rivière. 
Un autre repartit? non, ne Le. fuivez pas, 

Rebrouûez plutôt en arriére. 
Quelle <jue foit la pente & i'inclinatïop . .■ I 

Dont l'eau prar fa courfe l'empote, 

L'efprk de 1 contradi&ioa • * 
.; ; L'aura fait flotter d'autre forte. ; | 

Cet homme fe railloit affez hors de faifon. ! 

Quant à l'humeur contredisante , 

Je ne fçai s'il avoit raifon : 

Mais ^ue cette humeur foit, ou non, 

Le défaut du fexe & fa pente; 

Quiconque avec elle naîtra, • 

Sans faute avec elle mourra, 
, . - Et jufqu'au bout contredira , . 

Et," s'il peut,' encor par-delà. 



FABLE XVII. 

'La Befofte entrée' dans un Grenier. 



Da 



Jamoifelle Belette au corps Lon&& fluet, i 
Entra dans un- grenier par un trou fort étroit : | 
Elle fortoirde maladie. 
Là, vivant à diferétion , v 

La Galante fit chere ( i ) lie, ; . 

. f O Grande; chixe. Cbere lie qu'on trouve fouvent da 
Rabelais , figrftfïe proprement thére joytuft. J £e mot £ 
ti'tit guère plus entendu dans <£e fens-lâ, quoique //*, 
qui «n a tti formé, &c foi* escere ni ba^arç , ni cou 



LIVRE III. .77 

Mangea, rongea: Dieu fçait la vie, 
Et le lard qui périt en cette occafion* 

La voilà, pour conclufion, .1 

Grade , mafiue & rebondie. 
Au bout de ia femaine, ayant dtné fon fou, 
Elle entend quelque bruit, v x eut fortir par le trouj 
Ne peut plus repafler, & croit s'être méprife. 

Après avoir fait quelques tours, 
C'eft, dit-elle, l'endroit,, me voilà bien furprifc: 
|'ai pafTé par ici depuis cinq 09, fix jours, 4 

Un Rat qui la voyoit en peine. 
Lui dit : Vou^aviez lors la panfe un peu moins pleine. 
Vous êtes maigre entrée , il faut maigre forcir : 
Ce que je vous dis là , l'on le dit bien à d'autres. 
Mais ne confondons point, par trop ap'profQndir , 

Leurs affaires avec les vôtres. 

t-fait hors d'ufage , témoin Notre* Dttme de Lîejfe ^ & ce 
Kn de La Fontaine qui'clt entendu de tout le monde; 
w/*** nous d'un Tjratr ttut le peuple en tieje- 

Fable xi. Liv. 6. 

■eggggssg '■•'.. ' . ==q 

FABLE XVIII. 

Le Chat & un vieux Rat. 

JJ 'ai lu , chez un conteur de Fables t 
(Ju'an fécond Rodiiard; (1) l'Alexandre des chats, 
U Attila, (2) le ftéau des ruts, 
Rendoit ces derniers miférabks. 
J'aî lu , dis -je , en certain auteur, 
Que ce chat exterminateur , 

(t) Le plus raillant d'entr'eux. 

(2) A%mU. Roi <ka Gotiw, qu'on îtmataa 1* &6*u <** 
ieace • humain*. 



78 ' FABLES CHOISIES 

Vrai. (3) Cerbère , étoft craint une lieue à la rond 
Il vouloit de fouris dépeupler tou* le monde. 
Les planches qu'on fufpend fur .un léger appui, j 

La mort aux rsts , les fQuxiciéies , 
, ' N'étoient que jeux au prix die lut. 

Comme il voit que dans leurs tanières 

Les fouris étoient prifonniéres , 
Qu'elles n'ofoient fortir, qu'il avoit beau chercha 
'£e gîilant fiait le mort, & d^aut d'un plancher 
Se pend la tête en bas. La bête fçélérate 
A de certains* cordons fe tenoit par la patte. 
•Le peuple des fouris croit que c'eft châtiment % 
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage, 
Egratigné quelqu'un , caufé quelque dommage ; 
Enfin, qu'on a pendu le mauvais garnement; 

Toutes, dis -je, unaniméme&c 
Se .promettent de rire i fon enterrement, 
JVletteBt le nez à l'air, montrent un peu la têtè t , 

Puis rentrent dans leurs nicfe.à rais ; 

Puis, reffortant, font quatre pas, 

Puis enfin fe mettent en quête* 

Mais voici bien une autre fête. j 

Le pendu reflufcite; & fur fes pieds tombant» 

Attrape les plu$ pareffcufes» 
Nous en fçavons plus d'un, dît -il, en les gobanj 
Cefkour, (4) de vieille guerre; & vos cavernes creufl 
Ne vous Jauveront pas , je vous en avertis ; 

Vous viendrez toutes au logtç; 
Il prophétifoit vrai. Notre maître Mitis , 1 

four la féconde fois, les trompe & les affine > j 

Blanchit fa robe & s'enfarine ; 

Et, de la forte déguifé, 
Se niche & fe blotit dans une huche ouverte. 

Ce fut à lui bien avifé, 
La gent trote -.menu s'en vieht chercher (à perte : 

M$> Êhlén-i wofe tétt*. qui garde Ucntrfe des Enfci 
(4) Ku(c connue des vieux foldau. •• , • 



LIVRE III. 



V 



Un rat, fans plus, s'abftient 'd'aï 1er flairer autour. 
Cétoitim vi'etHC routier, il fçavoit plus d'un tour; 
; Même il avoit perdu fa queue à la bataille. 
Ce bloc enfariné ne. me dit rien qui vaille, 
Sécriart-il de loin.au Général des chats. 
Je foupçonne deflbus encor quelque machine. 

Rien île te fert d'être farine ; 
Car quand tu ferois fac , je n'aprocheroïs pas» 
I C'étoit bien dit à lui; j'aprouve fa pjudçnce : 
I II ëtoit expérîtneiité^i * \ - '. 

Et fçavoit que la méfiance 
, Eft'merc de-la fûxeté. - - -. 



'FrtJutrùjfiime Lim>' 








»-**. 



D* 



*o 




1 W4>WH^ W 



LIVRE Q'VA T R I £' M È.\ 

FABLE PREMiERE. 
Le Lion amoureux. 

A Mademoifelle de Sévigné. 



_ltp:viGNE ( i ) de quttes attjpkft 
Servent aux gface&'de modèle, 
Et qui naquîtes jt.oûte bejje, ^ 
A votre indifférence prés : 
Pourriez -vous être -favorable 
Aux jeux îhnoçens .d'une Fable % 
Et voir , fans vpjjs épouvanter , 
Un Lion qu'amour fçut dompter t 
" Amour eft un étrange maître. 
_ Heureux qui peut ne te connoftre 
' Que par récit, lui ni fès coups! 
Quand on en parle devant vpus , 
Si la vérité vous offenfè, 

(i) Fille d'efprU ,xjui fot marine au Comte de G lignas j 
& dont la mère eit iraœortalifée par le génie , U vfvacr 
té, la politefle & le bon -feus qui remuent dans fetLctticj 
tapriatfc* après (a nwrt* - 



L jt V X E IV., 

la FaWe au ipoms fe- petit IbuffriÇr 
Celle-ci prend bien l'aflurance- 
De venir îLvos pieds s'offrir , 
Par zèle & par reconnoifiâncc* 

Du tems que les Bêtes parfoienr, 
Les Lions- entre autres: vouloient 
Etre admis dans notre alliance. 
Pourquoi non ? puifque leur engeance 
Valoît la nôtre en ce tems-là» 
Ayant courage , intelligence,. 
Et belle hure , outre. cela : . 
Voici comment il en alla. 

Un Lion de haut parentage, 

En paffant par un certain pré. 

Rencontra Bergere.il fon gré* 

11 la demande en mariage. 

Le père auroit fort fpuhaité 

Quelque gendre un peu moins terrible? 

La donner lui fembloit bien: .dur; 

La refufer n'étoit pas fur : 

Même un refus eût fait poffible, / 

§u'on eût vu quelque beau mati» 
h mariage ($) clandeftin. . : 

Car outre qu'en toute manière 
La Belle étoit pour fcs gens fiers , 
Fille fè coêffe volontiers 
D'amoureux à longue crinière. 
• Le Père donc ouvertement 
N'ofarjt renvoypr notre amant r 
Lui dit : ma -fille eft délicate : 
Vos griffes la pourront blefler 
Quand vous voudrez la careflfeiv- » 
Permettez donc qu'à chaque patt* . 

U) Suret Jt €tçfe£ . 

Us v ' 



& F À B L Ë~S TC ïfOl Sï E S 

On vous* les rogne; & pour fei dents r 
Qu'on vous . les lime en même - temsz 
Vos baifers en feront moins rudes , 
. Et pour vous plus délicieux ; 
Car ma fille y répondra mieux 
Etant fans çe$ inquiétudes. . 
Le Lion confent à qe£a r 
Tant fou ame étoit aveuglée. . \ 
c Sa|is .dents ni griffes, ievoitt 
Coipme .place démantelée,. („ / 
On lâcha fur lui quelques chiens ^ 
Il fit fort peu jde téijftance, . 

Amour , amour , quand tu nous tiens r 
On peut bien dire : . adieu pxudçoœ ? 



Di 



FABLE I I; 
Le Berger & (a Mer. 



^iraportd'nn troupeau jdont il vivoit fans foins j 

Se 'contenta long-tems un voi*in_ ( i ) d'Àjnphitrite 
Si fa fortune étoit petite, 

. Elle étoit fére tout au moins, i 
A la fin, les tréfors déchargés Un la (2) plage 
Le tentèrent, fï bien , qu'il vendit fon troupeau m 
Jrafiqua de J'argent, le mfc entier fur l'eau. 

-Cet argent périt par naufrage. • 
Son maître fut réduit à garder, les brebis* 
Kon plus berger en chef, comme il étoif Jadis , 
Quand fes propres niactons paiffoieiit fur le rivage 

/ 1 ) La " Mer ," aiufi apelée du nom dé la femme d 
Hcptune. 

(1) Sur le bto* 4c la M«r t "* " " * - 



. li 1 V K S Ï.T. y O 

Celui qui s*é8& vft ( a) Coridon ou Tirfis t 
Fut ' ( 4 ) Pierrot & rien davantage- 
Au bout de quelque temps y fîtquelques juofits ; 

Racheta des bêtes à laine ; 
Et comme un jour (5) le* vente retenant feur haleine* 
Laiflbient Çaiïîbtement aborder les vaifieap. 
Vous voulez de l'argent, A mefdames les eaux* * * 
Dit-il ;'acire&ôz-vous , je vous prie, à quelque fti&t; 
Ma foi , vous n'aurez pas le nôtre* 

Ceci n'eft pas un conte â plaifir inventé* 
Je me fers de la vérité, 
Four montrer par çxpérience, N ' 

Su'un fou , quand il eft aflujé, 
aut raieu* que cinq en efpérancc ; 
Qu'il faut fe contenter de ft condition, 
Qu'aux confeils de la mer & de ^ambition, 
• Nous devons ferme* les oreilles. 
Pou* un qui s'en louera , dix mille s'en pfcrindtfan& 

La mer promet monts & merveilles : 
Rez-vous-y , les vents & les voleurs viendront» 

; (3) Maîtres de leurs troupeaux. 
(4) Berger à gages, fous 'un maître. ' 
(0 UurtUy parlant des premiers habitai* de le Terre-*. 
nt que coréens 4c fe qo/iprir des ff\ùt$ de U Tcric, il» 

»c iQogeojent point à s'enrichir par des voyages fur 1» 
M « traits voy oient tantôt agitée par de violentes ttn*> 
petes, & tantôt dans une traiiquilité ^charmante. Ce cal- 
me, H fui et à changer» ne le* tenta jamais de fc fier àV 
'« fi belles apareneca. . « . 

Nu pêtêrdt qmmquêm plâcidi ftflUtW ïonti 
SubdêU ptiiùtn in fr**4t/* rid*ntibus a^hîs, 

, Lueret. Lib. v>/ 

Ces images fi gracieuTcs & fi vives n^aur^ientf pas convo 
Bu *u ton que La Fontoint eft obttfci de prendre dan* 
cette Fable; & je n'oferois due que La Fenùine le* ai^ 
•«* (Une l'efprit e» la eompofant. • • 



p* 



U TAIttES CHOISIES 

F A B L E II I. 

La Mouche &ta Fourmi. 



la, 



i Mouche & la Fourmt centcftoient dcfeur pria. 
.. O Jupiter,, dit la premier, ; 
Faut -il que l'amour propre aveugle les efpxit» 

D'une fi terrible manière*,, ' 

Qu'un /vil & rampant animal, 
( i > A la fille de l'air ofe fe dire égdt 
Je hante les palais y je m'affieds à ta table : 
Si Ton tfiminoîe un Bœuf , j'en goûte devant toi; j 
Pendant que, celle -ci, chétive & mifér«îble,: 
Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez foi,. 

. Mais t . ma mignonne , dites - moi , 
Vous campez -vous jamais fur la tête d'un Roi> 

D'un Empereur r ou d'une belfe ? 
Je -le fais;. & je baife un hèau fein quand je veux r 

Je me joue entre des cheveux : 
Je rehauffe d'un teint la blancheur, naturelle * 
Et la dernieie main que met à fa, beauté . 

Une femme allant en, tonquête, - 
C'effun ajuilement des mcoiches emprunté* 

, . ■ Puis , allez - moi rompre la tête , 
* _ •• Dfr vos grenie». Avez -vous dit? 

Lui répliqua la ménagëre. 
Vous hantez les palais.; mais on vous y maudit* 

Et quant ajouter la première 

Dé* ce qu'on fert devant les Dieux, 
* Groyez- vous: qu'il en vaille mieux? 
Si vous entrez par - tout, -auffi font» les profanes* 
Sur îa tête dç^ Rois # fur ,cclie des' Anes. 

~t i ) Kfa dàm« D«rVr Étoit charmée dé ce trait peëttyi&r 
comme je U lui ai oui tUie à elle-même,. 



; h l y% & IV; - ; fj 

.Vûw^Œbz vouçjpiootçr : je n'en difcpjwfcîfêj?»,^ 
" 7 "Et jê'fÇâr queiïun prompt trépasv- - • ^ 
Cette impartialité biçn fouvent eft punie, 
Certain ajuiiemeht, dites -vous*, rend jolie: 
J'en conviens » il eft noir ainfi que vous & moi. 
Je veux qu'ii'ait nom Mouche; eft-cé un fldjet pourquoi 

Vous faflïez fonner vos mérites ? 
Nomme - 1 - pn pas aufli mouches , > les parafîtes ? 
Celiez donc de tenir un tangage fi vain ; 
N'ayez plus ces hautes penfées. ' 
Les (2.) -mouchés de cour font thaflTée*: 
Les (3) mouchars font pendus;& vous mourrez de faim, 

De froid , de langueur , de mifére , 
Quand (4) Phœbus régnera fur un autre hémifphére* 
• Alors js jouirai du fruit de mes travaux. { 

Je r n'iiai par monts, ni par (5) vaux > 
M'expofer au vent,, à la pluie: 
Je vivrai fans mélancolie : > 

Le foin que j'aurai pris , de foins m'exemptera* ; 

Je vous enfeignerai par - là 
Ce que c'eft qu'une faufile qu véritable gloire. v 
Adieu: je perds letems; laiffez-moi travailler . 
Ni mon grenier» nirmort aratoire , 1 

. . Ne. fç remplit à tebUlçt* / 
> ■ 

(0 Les' importuns. 

(3) Les efoionsr ; 

(4) Le Saleih quand Miyver. fer»>emr. . 

($) Au-lieu de vaux > vieux mot, on dit, aujeard'Eul 
têtfeti. Par monts & par vaux eft' pourtant une expreflioa 
oui peut encore être adroite avee*gfa<* -dans» ufr ftyle 
hmofe & familier, comme celui dont La Fcntai** a trou- / 
« oon de U fenrit d«is U plupart dp fc* Fables, 



D; 



;|tf F A'BL E'S £ HO ï S I E S 

fr A B LE ïV. 

Le Jardinier &f<m Seigneur. 



tJ. 



' n amateur du Jardinage , : , 
Demi - bourgeois , demi * manant* • - 
■PoJTédoit y. en certain vidage , 
Wn jardin aflez propre, & le clos (1) attenante 
11 avoit de plant vif fermé cette étendue i , 
Là croiflbit à plaifîr rofeiile & la laitue; 
De quoi faire à Margot pour fa fête un bouquet; 
£cu de jafrain d'Efpagne , & force ferpotet* 
Cette félicité, par un Lièvre troublée-, ,. 
Fit qu'au Seigneur du bouig notre bomme fe plaignit. 
Ce maudit animai vient prendre fa goulée 
Soit & matin, dit- H; & des pièges fe ri£: 
Les pierres , les bâtons y perdent leur crédit : 
11 eft forcier, je cjois. Sorcier? Je l'en défie, 
Répartit le Seigneur. Fut -il diable» (2*) IMiiaut^ 
En dépit- «te 4fe» tours , Tatttapera bientôt. ' 
Je vous en déferai, bon honjpie, fur- ma vie. 
Et quand ?^& dès demain, fans tarder plus lQng-tejnpa. 
La partie ainfî faite, il vient avec.fes gçns» ; 

, Ç'à déjeunons-y dit-il : vos poulets font-ils tendres? 
La fiife'du logis, qu'orî vous? voie, approchez.. 

.Quand la marierons -nous? Quand aiuroos-nous des 

* % gendres? 

Bon htoiime, c'eft ce coup -qu'ir ftrat, vouym'éntemtefc, 
Qu'il faut fouiller à. ( 3 ) Tefcarcelle». 

tt) Tout proche. .*'•'*' 

(2) Mon d'un Chien <Je e^fle*. 

( 3 L Vieux mof. , four dire une grande bourfe. v4if«»« 
Frère Jean, defand en t<tre 9 dit Rabelais, mit /« *•<•/*» à 
/on efcArttitt, en tit* *in& êjcju àU $ii$ii. JPaaUfcrucl, 
J.ÎY. IV. Cfe. i& 

ta 



L I V K S 1T. # 

Difant ces mots , il fait connofflànce avec clic, 

Auprès de ki Fa fait affeoir, 
Prend une main , un bras , levé un coin du mouchoi* t 
• Toutes fottifes dont la belle 
Se défend avec grand refpeéfc ; 
Tant qu'au père à la fin* cela devient fufî>e& r 
Cependant on^fricaffe , on fe ,rue en cuifine. 
i De quand font vos jambons ? ils* ont* fort bonne mine». 
I Monfieur,ilsfontàvous. Vraiment, dit le Seigneur r 

' -Je les-" reçois ^ & 4 deH>otf cceurA 
I 11 déjeune très -bien , auffi fait fa fàmUie, 
' Chiens, chevaux & valets ,tou*gens bien endentésr 
Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,. 

' Boit Ton vin , cârefle fà fille. 
L'embarras des chaffeurs fuccede au déjeûné. 

Chacun s'anime & fe prépare : • . , -, 
Les trompes & les cors font un tel tintamarre „ . ! 

Que le bon homme eft étonné. 
Le pis fut flue Vonplt en pitieux équipage 
Le pauvrfe potager : adieu planches, quarreaux t 
Adieu chfcorée & pôreaux : 
* Adieu de quoi mettre au potage. 
, Leîiévte étqtf gîté ctefîbus un maître chou. 
i On le quête, on le lance; il S'enfuit par un trou,, 
I Non pas trou, mais trouée, horrible cl large plai« 
"Que _Pon fit à là pauvre haie l .) 
Par ordre du Seighéuf : car il eût été mal 
i Qu'on n'eût pu du Jardin fortir tout à cheval. 
I Le bon homme : dîfoït i ce tbnt-lî jeux (4) de Pjincc* 
Mais on le hiffbk dire ; & les chiens & t les gen* 
ïâent plus de dégât en une heure dé temps , 
Qfiie n'eh aUroîent fait en cent an* 
1 ' Tous les lièvres de la Province. 

1 \\\ -Qui ac pUifent , iit If jWwrfr f qpl Ycujp <juî ïq> 

•tut. • • ■ * w *-•*.<* %-.•"'* * " ' * 



i 



tZ PflLIJ CHOISIES 

Petto Erïnces, vuidez vos débats entre vous,:. 
De 'recourir aux Rois, vous feriez de grands four» 
Il ne les faut jamais engager dans vos guerre,. 
Ni les faire entrer fur vos terres. 



F A. B l e v. 

UArie & tenait Chien. 



N* 



I e forçons point notre tarent r 

Nous ne ferions rien avec grâce. 

Jamais un lourdaud ' y quoi qu'il fafle* 

Ne (çauroït pafler pour galant- 
Feu de gens le ciel chérit & gratige , 
Ontîe don d'agréer infus avec la vie. 

C'eft un point qu'il leur faut Iaifîèr; 
Et. ne pas reflembler à l'Ane de la Fable ,, 

Qui pour fe rendre plus aimable 
Et plus cher à fon Maître, alla le careiîer. * 

Comment, difoït-il en fon ame, 

Ce Chien, parce qu'il éft mignon,, 

Vivra de pair à compagnon 
" * Avec Moniïeur, avec Macfemer * 

Et j'aurai dès coupç de bâton? 
"\ . Que fait -il? \\ donne la patte.^ 

Puis auflî rXÔt il", çff baifé : 
S'il en faut faire autaqt, ajh que Ton me flatte > 

Cela n'ell pas bien mal -aifé. 
* Dans cette admirable penfée, * * 

Voyantfbn Maître en joie, il s'en vient lpurdement, 

. LeVe Une coïne toute iifée, ' * 
Lg Jui porte au menton^fc^rt.amoureufement 
^oïlïans accom|fagn'er, pour plus grand ornement) 



L I 'V R E • ï y. <*» 

De fon chant gracieux cette à&iôn hardie. 
Oh, oh! quelle careffe, & quelle mélodie! 
Dit le Maître auffi-tot. Holà, (ï) Maitin-bâtoru 
Martin -'bâton accourt; l'Ane ctengede ton. 
Ainfî finitla Comédien : '• / 

(ï ) Un valet .a^mé d*un grôi bâte». Ici Métrtin-hitem 
i;e peut tucrc. lignifier autre chofe : mais.fi je ne me 
trompe, il doit Te prendre pour le bâton même dans, cet 
tndroit de Ha bel aïs , ©ù il tait dke, à Panutge » j» t>*:tray 
m* femme en Titrt fi elle me fâcbt. Mdrtim-baJii»* ajoute* 
t .il , en fer* l'epci. En fente de hàfiên % lt DUiile mt Nt«»fgf , * 
/je ne U ménleeis tant* vive K &c k Pantatniel» Liv. UU 



F A B L E VI. 

Le combat des Rats & des Bekttet* 

JL^/a nation des . Ôelcttes , 

Non plus que cetle des Chats, 
% Ne veut aucun bien aux Rats ; 

Etfens les portes étroites 

De* leurs habitations , 

L'animal à longue échine 

E^feroLt, je m'imagine, 

De grandes deftruétions. 

Or une certaine année 

Qiïil en étoit à foifon; 

jucur roi , nommé Ratapon r 

Mit en campagne* une armée. 
. Les Belettes , de teur part» 
.Déployèrent l'étendard. 
-Si l?qa£Xoft la renommée, 

La victoire bakttfa*- ' - l ■ 






fo FABLES €H;0}SiES 

Plus d'un guéret-s'engraiffii ,,. | 

Du fang de plus d'une ljandê. : 
Mais la perte la plqç grande. " V | 

... Tpinba prefique en tous. endroIts rjL . 
Sur le peuple Soprigypfs. . . \ 
Sa déroute fut entière.: 
* 'Quoique pût faire ( i ) Artârpax, 
(ï) Pficarpax, îjïertdaïpax^ ! - % - 
v Qui, tout «ouverts de pouffiére, ' 

Soutinrent affez long* tems " 

! . . 4 ,J*es effort? ^es combâttans.. 

Leur réfiftance fut vaine: ' \ 

11 falut céder au fort : 

f ^ • - Cha^n- s4aafui^au*plu* fait»,,..,., ... 
Tant foldats", que capitaine» 
J^es -Prince pérjrenç. tous.. 
•La tacaUrérdans-des trous*» * | 

\ . ^Trouvant -fa retçaite prête ^ _ 

'SefWa fi^s-grandtrava&v '— •»; '■•u. 
Mais Jes Seigneurs fur leur tête; ' 
Ayant chaçurç. uu plumail , f • 
Des cornes ou des' aigrette», '• 
Sôit comme marques d'honneur , 
Soit afin que les Belettes- 
En conçurent plus de peur, 
Cela caufa. leur malheur,. 
Trou/ni fente, ni crevaflfc 
Ne fut large aflez pour eux r 
Au - lieu que la populace 
Entroit dans les moindres creiric 
La principale jonchée i 

Fut 4 donc des principaux Ratfc y 

(O Koas de *Rat& ,, plaifamment inventés J>ar Homère 
dans fa Batm bomyomAchtc\ de quôt tomberont d'accord 
tous ceux oui entendent afle& .de Grec pour découvrit la. 
Traie figniftcatioa de ce; nttos-jà. 



L I V R B I V.. . p<£ 

Une tête empanachée J 

N'eft pas petit embarras» 

Le trop fuperb* équipage | 

Peut fôuvent en un paflfagc , , 

Caufer du retardement 

Les petits en toute affaire l 

Efquivent fort aifément: 

Les grandi ne le peuvent faire., 



S» 



FA BLÉ VII. 

Ia Singe &U Dauphin, 
r ■ - .[ 

\^/ ;étoit chez^ les . Grecs un, ufagq^ 
Que fur laûier tous voyageur* ." ' 
' Menoient avec eux feîi voyage ' ' 
Singes &, chiens de bateleurs. 
Un navire en cet équipage ; f ' - 
Kon loin cTAthèiiés fît naufrage. " 
Sans les Dauphins tout eût péri» < 

Cet animal ^eft fort amf 
De notre éfpece : en fon hiftoïrci 
Pline le dît , a lé faut croire. 
Il fauva donc tout ce qu'il put* 
Même un Singe en cette occurrence* 
Profitait de la rcfïfcmbiance , 
Lui penfa devoir fon faiut. . - 
Un Dauphin le prltv pour un homme, 
Et fur fon dos le fit afleoir 
Si gravement, qu'on eût cru voir 
Ge Ci ) chanteur que tant on renomme. 
Le Dauphin Palidit'çiettre à bord , 

( » ) C'cft Arion , fauve d'un naufrage par un Dauphin» 
$u ee Fais mcrvtillcu* , \oyQt tiér 9 dot* >hïv. a. 



/ 



il FAftLES CHOÎSIES 

Quand, par hâzàrd it lui demande: 
Etes -vous d'Athènes la grande? 

Oui , dit l'autre , f ôti m'y connbtt fort j j 

S'il Vous y furvient quelque affaire , | 

Employez' -moi: car mes parens' | 

Y tiennent tous les premiers rangs : ! 

Un. mieri c'ôùfîrt eft Juge - Maire. I 

Le Dauphin dit bien grand merci; [ 

Et le ( 2 ) Pirée a part auffi | 
- - — " A 4'riônneur de' votre pfèBBWT -- - ^ * i ; 

Vous le voyez Couvent, je penfe? | 
•Tous lu jotuW: iivêft mon aôii, '•* 
Ceft. une vieille connoiflàrice % . * 
Notre Magot- prit pour ce -cèu£ 
Le nom d'un port pour un nqnx d'homme; 

*De telles gens il eft beaucoup > 
Qui prendroient (3) Vaugirard pour (4) 
Rome ; ' ■ ' • 
Et qui , * caquetans au plus dru , ! 
Parjçntf de tout , & n^ont nW yû*' 

Lé Dauphin rit,, tourne ,1a tête; ", I 

Et le Magot confîderé , 
H s'aperçoit qu'il n'a tiré 
Du fond des eaux ri,eri qu'une bêtè. 
,,11 .l'y replcmge > & va trouver ' 
* " Quelque homme afin de le fauver* 

( 2 ) Fameux Port <!» Athènes, . 
( 3 ) Village prc$ de Paris. . 

(4)*La Capitale de l'Etat Eccîéfiaftique , '& U pto* 
grande Ville 'ÏHtaKc. * T F 



L I V R, E -IV. •- 9$ 

F A ! B L E -VlIL 

L'Homme, & l'Idole de boit. 

ertairt Payen chez lui gardoit un titieu de bois f 
De ces Dieux qui font fpurds,biqn qu'ayant des oreilles. 
Le Payen cependant «'en pronjettoit fnerveiiles. 

11 luiycoûtoit autant que trois. . 

Ce n'étoit que vœux & qu'offrandes, 
Sacrifices de boeufs cçuronnés de guirlandes. 
. Jamais Idole, quel qu'il fût, 

N'ayoit eu cuifine fi grafle, 
Sans que pour tout ce culte à fon. hôte il échût 
Succeflion, tréfor, gain au jeu, nulle grâce. 
Bien plus, fi pour un foi d'orage en quelque endroit 

S'amaflbit d'une ou d'autre forte , 
L'homme en avoit fa. part, & fa bourfe en fouffroit. 
La pitance dur Dieu n'en étoit pas moins forte. 
A k fin fe fâchant de n'en obtenir rien , 
11 vous prend un levier , met en pièce l'Idole , 
Le trouve rempli d'or. Quand je t'ai fait eu bien , 
M'as-tu valu, dit- il, feulement une obole? 
Va, fors de mon logis , cherche d'autres autels. '" 

Tu reflembles aux naturels 

Maiheureufc , groflîérs & 'ftupides : 
On ntn peut rien tirer qu'avecque le bâton. 
fius je te rèmpiiflbis , plus mes. maîns étoient viiides : 

J'ai bien fait de changer de ton. 



^ 



i 



$4 FAB LES CHOISIES 

mBmaemBBammmmmaÊmmaamÊÊÊÊÊmamm 

.J?: À B L E' IX.; 
JLt Geai far'é des plumes du Paon. 



U. 



' n Pacm muoït: im Geai prit fon plumage; ' 

Puis après Te l'accommoda : •' J "^ I 

Puis, parmi dWres Paons, tout fier fe parada, j 

Croyant être un beau perfonnage. ! 

Quelqu'un le reconnut : il Te vit bafoué , 

Berné, fîfflé, moqué, joué; 
Et , par Meflïeurs les Paons , plumé d'étrange forte : 
Même vers fes pareils s'étant réfugié , 

il fut par eux mis à la porte. 



Il efl allez de Geais à deux prcds comme lui , 
. Qui fe parent fouvent des dépouilles d'autrui , 

Et que Ton nomme (i) Plagiaires. 
Je m'en tais, & ne veuxjeur caufer nul ennui: 

Cène font pas îà mes affaires. 

< i ) Auteurs qur'pillent le* Ouvrages des autres. 

t 



tf A B L E X. 

Ze ■ Chameau & tes bâtons flottons» 



i 



L. 



fe premier qui vit un ( i ) Chameau, 
S'enfuit à cet objet nouveau. 
Le fécond approcha , le troWîéme ofa faire 
Un licou pour Je (2) Dromadaire. 

(1 ) Animal propre à porter de fitos fardeaux. - 

'*> ) Autre nom de Chameau. C'eft proprement «ne 



L I V X E ; I V. 9S 

.'accoottiffifflice atofinons fend tôt* fâtoUtef,' 
fc qui nous paroiflbît terrible & fîflguHer ; 

S'aprivoife avec notre vue , 

Quand ce vient à la continue, 
fc, paifque nous voici tombé fur ce fujet, 

On avoit mis des gens au guet* 
M voyant fur les eaux de loin certain objet, 

Ne purent s'empêcher de dire, 

Que c'étoit un puiflant navire. 
[uelques momens après, l'objet devint brûlot, 

Et puis nacelle , & puis baiot , 

Enfin bâtons flottans 1 fur l'onde. 

J'en fçais beaucqup de par le inonde, 
A qui £eci conviendroit bien : 
Jeknn c'eft quelque chofe,& de prèscen'eft rien, 

jpcce de Chameaux qui vont d'un pas plus léger » &Tpluf 
« c que les autres. 



T. 



FABLE XI. 

• La Grenouille & te Rat. 



el, comme dit (i) Merlin, (a) cuidfe engeigner 
autrui', 

Qui fouvent s'engeigne foi -même. 

(0 Oui, diftingue* afi fon temps, ou par fon. habileté, 
h par la fubtilité de fon efpric, pafîbit communément 
jMf forcier. C'eft un fameux enchanteur dans YOrUndê 
™»/« d'Arioftc. Merlin prétendu Magicien, étoit An» 
poil u vtvoit vers la fin -du cinquième fiècle. Si vous 
roulez en fçavoir davantage .voyez U Di&ionn*in dt M^ 
'in, 

( l ) Penfe duper , tromper. Cm it ingtigntr font deux 
61515 à prêtent (untines & tottft-**fritbar» d'ufage. Cuidcr 



56 TABLES C«0 IS IES 

J'ai regret que ce mot foit trop yieûx aujourd'hui 
11 m'a toujours fembl,é d'une énergie extrême- 
Mais afin d'en ven^r a» deflein que j'ai pris ; 
Un Rat plein d'embonpoint, gras,& des mieux nourri 
Et qui ne connoiflbit rAventni le Carême, 
Sur le bord d'un marais égayoit fes efprits. 
Une Grenouille approche, & lui dit en fa langue 
-Venez me ypir chez moi , je vous ferai feftin. 

Mejfire Hat promit foudain-: 
Il n'étoit pas befoin de plus longue harangue- • 
Elle'ailégua pourtant les délices du bain, 
La cùriofité, le plaifif du voyage, 
Cent raretés à voir le long du Marécage î 
Un jour il conteroit à fes petits enfans 
Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitons, 
Et le gouvernement de la chofe publique 

Aquatique. - 
Un point fans plus tenoit le galant empêché : I 
Il nageoit quelque peu , mais il falloit de l'aide. 
La Grenouille à cela trouve un très -bon remède. 
Le Rat fut à fon pied par la patte attaché : 

Un brin de jonc en fit l'affaire. 
Dans le marais entrés, notre bonne commère 
S efforce de tirer fon hôte au fond de l'eau, 
Contre le droit des gens, contre la Toi jurée ; 
Prétend qu'eHe en fera ( 3 ) gprge chaude & curéâ 
{ C'étoit , à fon avis , un excellent, morceau ) 
Déjà dans fon efprit la galante le croque. 
Il attefle les Dieux: la perfide s'ea moque. 
Il réfîfte : elle tire. En ce combat nouveau , 
Un (4) Milan qui dans l'air pîanoît , faifoit la roncfc 
Voit d'en haut le pauvret fe débattant fur Tonde. 1 

1 

fe trouve encore dans Aroyot. Pour enseigner ou tngignti 
comme l'écrit Ménage dans fon Diftitnntirc LîjTmhîi^ 
il vient , félon, ce fçarant Etymologillc , cWngirtfffJ 
tromper. 

(' 3 \ Qu'elle mangera • 
" (4) G *°* oiiwu de. proie, . . _ . 



L I V R E I V. 97 

fond deflus , l'enlevé , & par même moyen 
La Grenouiile & le lien. 
Tout en fut, tant & fi bien , 
Que de cette double proie 
L'Oifeau fe donne au cœur joie, 
Ayant , de cette façon , 
A fouper chair & poifîbn. 

La rufe la mieux ourdie 
Peut nuire à fon inventeur $ 
Et fouvent la perfidie 
Retourne fur (on auteur. 



FABLE XII. 

Tribut envoyépar les animaux à Alexandre. 



U: 



ne Fable avoït cours parmi l'Antiquité; 
Et la raifon ne m'en eft pas connue. 
Jue le Le&eur en tire une moralité : 
Voici la Fable toute nue. 

fLa Renommée ayant dit en cent lient 
'un fils de Jupiter, un certain Alexandre» 
voulant rien iaifler de libre fous les cieux # 
Commandoit que , fans plus attendre , 
Tout peuple à fes pieds s'allât rendre , 
ladrupédes, Humains, Eléphans, VermifTeaux, 
Les Républiques des Oifeaux, - 
La (i) Déeire aux cent bouches, dis-Je». 
Ayant mis par tout la terreur 
1 Publiant l'édit du nouvel Empereur ; 

E 



jg FABLES CHOISIES 

. Les Animaux, & toute èfpece (2) lige 
De'foafeul apétit, crurent que cette fois 

11 falloit fubir d'autres loix. 
On s'aflêmble au défert. fous quittent leur taniérfl 
Après divers avis, on réfout, on conclut, 
• D'envoyer hommage & tribut. 
Pour. l'hommage & pour la manière, 
•Le Singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit 
Ce que Ton vouloit qui fut dit. 
Le feul tribut les mit en peine. 
Car que donner? Il falloit de i 'argent. I 
On en prit d'un Prince obligeant , 
Qui pofTédant dans fon domaine 
Des mines d'or , fournit ce qu'on voulut. I 
Comme il fut queftion de porter ce tribut, 

L e Mvtet # l'Ane s'offrirent , ! 

Affiliés- au Cheval, ainfî que du Chameau. 

Tous quatre en chemin ils fe mirent 
Avec le Singe, ambafladeur nouveau. I 
La caravanne enfin rencontre en un paflage 
Monfeigneur le Lion. Cela ne leur plut point. 
< Nous nous rencontrons tout à point, ! 
Dit -il, & nous voici compagnons de voyage. I 

J'ai lois offrir mon fait à part; 
Mais bien qu'il foit léger , tout fardeau ro'embarrafl! 
Obligez -moi de me faire la grâce , I 

. " Que d'en porter chacun un quart. 
Ce ne vous fera pas une charge trop grancle ; 
Et j'en ferai plus libre, & bien plus en états 
En cas que les voleurs attaquent .notre bande , 

Et que l'on en vienne au combat. J 

Econduire un Lion , rarement fe pratique. | 

Le voilà donc admis-, foulage, bien reçu; 

(1) ACervi* à foft fewl tp*tU.' C'tft le plus haut p^ 
de liberté où puiïïent parvenir les Animaux. Et l'hom 
eft lige du Seigneur, Iorfqu'ïl dépend dt ce §eîgncu| 
certaine égards , qu'il cii, fon raflai. 



LIVRE IV. J». 

i Et malgré le ( 3 ) héros de Jupiter ijffli , 

l Fàfant chère cV vivântf fur la bourfe puWtqôeL 

' Us arrivèrent dans un pré 

Tout bordé de ruifleaux; dé fleurs tout diapré , 

Où maint Mouton cherchoit fe vie, v 
Séjour du frais , véritable patrie 
Des Zéphirs. Le Lion n'y fut pas, qu'à ces gens 
I IL fe plaignit d'être malade. 

! Continuez votre Ambaffade , 

Kt-il, je fens un feu'qui me brûle au -dedans, ' 
i&veux chercher ici quelque herbe falutaire. 

Pour vous , ne perdez point de tems : 
Rendez -.moi mon argent, j'en puis avpir à faire. 
On débale ; & d'abord le Lion s'écria 

D'un ton qui témoignoit fa joie : 
|Qûe de filles, ô Dieu?, mes pièces de monnoie 
Ont produites ! Voyez ; la plupart font déjà 

Auflï grandes que leurs mères. * 
^ (4) croît m'en aparticnt. II prit tout là-defîus; 
Ou bien, s'il ne prit tout, il n'en demeura guère». 

Le Singe & les Sommiers confus , 
Sans ofer répliquer , en chemin fe remirent. 
Au fils de Jupiter on dit qu'ils fe plaignirent, 

Et n'en eurent point de raifon. 
Qu'eût - II fait? C'eût été Lion contre Lion; 
& le Proverbe (lit ; ( 5 ) Corfaires à Cor/aires , 
L'un l'autre ? attaquant , ne font pas leurs affaires. 

(3) Alexandre r qui fe difoit fils de Jupiter. 
U) L'accroifiemenc , le produit, ce qu'il y a de pins» 
10 Efpece de Proverbe , .que La Fontaine a pris moç 
r>ur mot de *B&nien Satjre xii. à la fin, ; 



e* ■izifàS&à. 



I0O FABLES CHOISIES 

I— — ^—— — — — — ^— — — — ■ 

FA B L E XIII. 

Le Cheval i étant voulu venger du Cerf. 



D. 



te tout temps les Chevaux ne font nés pour lv. 
hommes. 
Lorfque le genre humain de gland fe contentoit , 
Ane , Cheval & Mule aux forées habitoit : 
Et^l'on ne voyoit point, comme au fîècle où nous 
fojnmes , 

Tant de fclles & tant de bâts, 
Tant de harnois pour les combats % 
Tant de chaifes , tant de carofles ; 
Comme auflï ne voyoit -on pas 
Tant de feftins & tant de noces. 
Or un Cheval eut alors différend 

Avec un Cerf plein de viteffe , , 

Et ne pouvant l'attraper en courant, 
Il eut recours à l'Homme, implora fon adreflfe. I 
L'Homme lui mit un frein, lui fauta fur le dos , 

Ne lui donna point de repos , 
Que le Cerf ne fût pris , & n'y laiffât la vie. 

Et cela fait , le Cheval remercie 
L'homme fon bienfaiteur, difant; Je Tris à vous ; 
Adieu. Je m'en retourne en mon féjour fauvage. 
N«>n pas cela, dit l'Homme , il fait meilleur chez nous 
Je vois trop quel eft votre ufage. 
Demeurez donc, vous ferez bien traité, 
Et jufqu'au ventre en la litière. 
Hélas ! que fert la bonne chère , 
Quand on n'a pas la liberté! 
Le Cheval s'aperçut qu'il avoit fait folie; j 

Mais il n'étoiç plus temps. Déjà fon écurie 



LIVRE IV. k>i 

Etoît prête & toute bâtie. 
II y mourut en traînant Ton lien : 
Sage s'il eût remis une légère offenfe. 

Quel que foit le plaifir que caufe la vengeance ; 
C'eft l'acheté/ trop cher, que Cacheter (i) d'an bien 
Sans qui les autres ne font rien. ' 

(i ) Là Liberté. Pêthu met al lis Libertar* caret f dit Ho- 
race fur le mène fujet. Epi/}, x. h'b i. Le cour qu'a pris 
La Fo&taine, ctt plus original, & plus délicat, fi je ne 
me trompe. 



FABLE XIV. 

Le Renard &le Bujle. 

JL/3S Grands, pour la plupart, font mafques de 

théâtre ; 
Leur apparence impofe au vulgaire idolâtre. 
L'Ane n'en fçait juger que par ce qu'il en voit. 
j Le Renard au contraire à fond les examine , 
Les tourne de tout Yens; &. quand il s'aperçoit 
Que leur fait n'eft que bonne mine, 
Il leur applique un mot qu'un ( i ) Bulle de Héros 

Lui fit dire fort à propos. 
C'étoit un Bulle creux & plus grand que nature. 
Le Renard, en louant l'effort de la Sculpture, 
! Belle tête, dit -il, mais de cervelle point. 

Combien de grands Seigneurs font bulles en ce point? 

I ( * ) Figure de Tête en bofTe , de métal , de pierre , ou 
oc bois. 

! E3 



r*2 FABLES CHOISIES 



F A B L E XV. 

Le Loup 9 la Chèvre & te Chevreau. 

FABLE XVI, 

Le Loup, la Mer* & l'Enfant. • 

/a (i) Bique allant remplit fa traînante jnameilc ; 
Et paître l'herbe' nouvelle, 
- Ferma fà porte au loquet , 

Non fans dire à Ton ( 2 ) /Biqufci : 
Gardez -vous , fur votre vie , . 
D'ouvrir que Ton ne vpus die 
Pour enfeigne & mot du (3) guet, 
Foin du Loup & de fa race. - 'Ç\ 

Comme elle difoit ces mots> ' -~ : ' K ' ' \ 
Le Loup de fortune pafle : 
Il les recueille à propos , 
Et les garde en fa mémoire. 
La Bique, comme on peut croire, 
N'avoit pas vu le glouton. 
. Dès qu'il la voit partie, il contrefait fon ton, 
- ' Et d'une voix (4) papelarde | 

11 demande qu'on ouvre,, en difant; foin du Louri 
Et croyant entrer tout -d'un -coup. 

Le Biquet foupçonneux par la fente regarde. 

Montrez -moi patte-blanche, ou je n'ouvrirai point 

S'écria -t- il d'abord. (Patte blanche eft un point 

( 1 ) La Cfcévre. 
(*) f-c Chevreau. 

( 3 t Mot ponr reconnoître ceux de fon parti* 1 

44) Douce & contrefaite. 



LIVRE IV. i#3r 

I Chez les Loups , comme on fçrit , rarement en ufage.) 
Celui - ci fort furpris d'entendre ce langage r 
Comme il étoit venu s'en retourna chez foi. 
,0ù feroit le Biquet s'il eût ajouté foi 
I Au mot du guet, que de fortune 

Notre Loup avoit entendu? . 

Deux Curetés valent mieux qu'une; 
Et le trop en cela ne fut jamais perdu. 

\.ye Loup me remet en mémoire 
On de fes compagnons qui fut encor mieux pris. 
11 y périt: voici THiftoire. 

Un villageois avoit à l'écart fon logis : 

Mefler fèup attendoit ( i ) chape"- chute à la porte • 

il avoit vu fortir gibier de toute forte , 

Veaux de lait, Àgneaiix & Brebis, . 
Régiment de Dindons , enfin bonne X 2 ) provende. 
Le larron comménepit 'pourtant à s'ennuyer. 

11 entend un enfant crier. 

Lanière auffi-tAt le gourmande, 

Le menace , s'il ne fe tait , 
Ce le donner au Loup. L'animai fe tient prêt j 
lemerciant les Dieux d'une' mile avanture; 
Quand la mère appaifant fa chère géniture, 
Lui dit; ne criez point: s'il vient, nous le tuerofir» 
Qa'eft ceci? s'écria le mangeur de Moutons* 
Kre d'un , puis d'un autre V Eft-ce àinfi que l'on traite 
Lesgpns faits comme mol? Méprend-on pour un fût?' 

Que quelque jour ce beau marmot ~ 

Vienne au bois cueillir la noifette. 

I ( 1 ) Quelque bonjte avanture. 4$"/ vous voulez, ffévêtw 
j»?»» 4 donné lie» à ulte txprejjitn, vijtz. le Ûi&oiuuire 
«Trévoux, au mot Chapeaute. 
(*) Provifion de bouche. 

. ' ■ E 4 



104 FABLES CHOISIES 

Comme il difoit ces mots , on fort de la maifon : 
Un chien de cour l'arrête répieux & fourches fiérej 

L'ajuftent de toutes manières. 
Que veniez -vous chercher en ce lieu? lui dit-oa. 

Auffi - tôt il conta l'affaire. 

Merci de moi, lui dit la mère, 
Tu mangeras mon fils ? l'ai -je fait à defiein 

Qu'il aflbuviîTe un jour ta faim? 

On aiTomme la pauvre bête. 
Un manant lui coupa le pied droit & la tête : 
Le Seigneur du village à fa porte les mit, 
Et ce dicton Picard à l'entour fut écrit: 

Biaux chires Leups n'écoutez mie , 
Mère tenchem chen faux qui crie. 



FABLE XVII. 

Parole de Socrate. 



!5c 



Socrate ( i ) un jour faifant bâtir, 
Chacun cenfuroit fon ouvrage. 
L'un trouvoit les dedans, pour ne* lui point mentir. 

Indignes d'un tel pprfonn;ge. 
I/autre blàmoit la face; & tous étoient d'avis 
Que les appartenons en étoient trop petits* 
Quelle maifon pour lui-! L'on y tournort à peine. 

Plût au Ciel que de vrais amis ; i 

TeUc qu'elle eft , dit - U » elle pût itxe pleine I 

Le bon Socrate avoit raifon , 

De trouver pour ceux-là trop grande fa maifon. 

" i 

( i ) PhUofophe Grec » dont la fagefTe & la venu n»i 
peuvent être afle 2 admirée de quiconque prendra la peine*' 
d'étudier fon caractère. 



L I V R E IV. ioj 

Chacun fe âk ami; mais fou qui s'y repofe. 

Rien n'eft plus commun. que ce nom, 
Rien, n'eft plus rare que la chofe. 



FABLE XVIII. 

Le Vieillard &fet Enfant. 



T. 



oute puiflance eft foibîe , à moins que d'être unie. 
Ecoutez là-deflus (i) FEfdave de Phrygie. 
Si j'ajoute du mien à fon invention , 
C'eft pour peindre nos mœurs , & non pas par envie ; 
Je fuis trop au-deflus de cette ambition. 
Phèdre enchérit fouvent par un motif de gloire : 
Pour moi, de tels penfers me feroient mal-fëans. 
Mais venons à la Fable , ou plutôt à PHiftoire 
De celui qui tâcha d'unir tous fes enfans. 

On Vieillard prêt <ÇaIler où la mort Pappeloit; 
Mes chers enfans, dît -il (à fes fils il parloit,} 
Voyez fi vous romprez ces dards liés enfemble : 
Je vous expliquerai le nœud qui les aflfemble. 
L'ainé les ayant pris , & fait tous fes efforts , 
Les rendit en difant : (2) Je le donne aux plus forts. ■ 

(1) Efêpt, né en Phrygie. 

(z) ff défit les plus farts d'en vtnfr à fout, c'eftlâ dite, 
de T0t*fre tes dards joints enfemble. Dans la plupart des £• 
dltiqns des Fables de La Fontaine , au -lieu dt. Je le dart- 
re aux plus ferts : an trouve , Je les denne aux pins ferts , 
faute grofiiére qui a été corrigée par La Fontaine lut- 
même dans une. Edition de Paris % publiée, en ifv/B. . La 
même faute 'à reparu depuis dans' plufieurs autres Edi» 
tious • par la négligence ou l'ignorance des Côrre&eurr» 
mais on peut compter pré fente ment , que cette "Note mu- 
nie de l'autorité de La Fontaine , la fera difparoître point 
toujours. 

E5 



T. 



S46 FABLES CHOISIES 

Un fécond lui fuccede , & te met en poflure r 
Mais en vain. Un cadet tente auffi i'avanture- 
Tous perdirent leur temps , le faifceau réfifla : 
De ces -dards joints enfemble un feul ne s'éclata. 
Foibles gens ! dit te père , il faut que je vttfc montre 
Ce que ma force peut en fembiable rencontre. 
On crut qu'il fe moquoit, on fburit, maïs à tort. 
11 fépare les dards , & les rompt fans effort. 
Vous voyez , reprit - il , l'effet -de la concorde. 
Soyez joints , mes enfans , que l'amour vous accorde* 
» Tant que dura fon mal , il n'eut autre difcour*. ■ 
Enfin fe fentant prêt de terminer fes~ jours $ 
Mes chers enfans, dit -il , je vais où font nos pères: 
Adieu, promettez -moi <Je vivre comme frères ; 
Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant. 
Chacun de fes trois fils l'en affure en pleurant. 
11 prend à tous les mains : il meurt ; & les trois frères 
Trouvent un bien fort grand, mais fort mêlé d'affaires. 
Un créancier faifit* un voifin fait un procès : 
D'abord notre Trio s'en tire avec fuccès. 
Leur amitié fut courte autant qu'elle étoit rare. 
Le fang les avoit joints, l'intérê* les fépare. 
L'ambition, l'envie, avec les (3) confufrans,, 
Dans la fucceffion entrent en même temps. 
On en Vient au partage, on contefte, on chicane r 
Le Juge fur cent points tour à tour les condamne. 
Créanciers & voifins reviennent auffi-t;ôt, 
Ceux-là fur une erreur-, ceux-ci fur un défaut. 
Les frères défunis font tous d'avis contraire : 
L'un veut s'accommoder , l'autre n'en veut rien faire. 
Tous perdirent leur bien; & voulurent, trop tard, 
Profiter de ces dards unis , & pris à part. 

(.5) Avocats qui ne plaident plus au Barreau, mais 
<|u*on va confultcr chez eux. 



*$* 



LIVRE IV. 



107 



V, 



FABLE. XIX. 

' V Oracle & Fltnpie. 



ouloir tromper le Ciel , c'eft folie à la Terre. 
Le (1) Dédale des cœurs en fes détours n'enferre 
Rien qui ne foit d'abord éclairé par les Dieux. 
Tout ce que l'homme fait, il le fait â leurs yeux, • 
Même les actions 91e dans l'ombre il croit faire» 

UnPayen qui fentoit quelque peu le (^2) fagot, - 
Et qui croyoit en Dieu , pour ufer de ce mot, 
(3) Par bénéfice d'inventaire. 
Alla confuher Apollon. 
. Dès qu'il fut en fon fanéhiaire , 
Ce que je tiens , dit -il , eft-il en vie ou non? ' 

Il tenoit un moineau, dit -on , 
1 Prêt d'étouffer la pauvre bête, 

! Ou de la lâcher auffi-tôt, 

Pour mettre Apollon en défaut. 

(Ole Labyrinthe, que les Poètes nomment fervent 
*M*/«, dans le feus propre, & dans un fens figura, par 
'llufion à DMslt Architeac Athénien , qui bâtit le iV 
acux Labyrintlie de Crète. 

(1) Qui s'expofoit à être brûlé comme Athée. 

U) Qu'us homme fe trouve héritier par Teftaraent» 
ni foupçonne que l'héritage pourroit l'obliger à payci 
ut créanciers du défimc plus qu'il ne> lut a {aide* par fou 
Marnent» il n'accepte l'héritage que par kcnéfic$ dtf*> 
J w J , 'm» & dans ce cas il n'eit tenu de payer des âettes 
•■ «font que jufqu'à la concurrence des biens inventa- 
n **- Ainfi , un homme qui croit en Dieu ♦ fais être fort' 
«Tut* 4 e £on exiftence . (e réferve U liberté de n'y peine 
ttoire du tout. Un tel bemrne , dit La Fontaine r croh 
ï Û '*J» povr ufer -de ce mot» par Mnifiet d'immitaïr* r 
"prefton hardie, qui n'eit ni fort jufte , ni fort claire,. 
^"ac il fcffibU )e xecoimoîtrc lui- même. 

£ 6 



io8 FABLES CHOISIES 

Apollon reconnut ce qu'il avoit en tête. 

Mort ou vif, lui dit -il , montre -nous ton moineau» 

Et ne me tens plus de panneau , . . 
Tu te trouverons mal d'un pareil ~ftratagême. 

Je vois de loin , j'atteins de même. 



FABLE xx. 

V Avare qui a perdu Jbn Trefir. 



L* 



r 'ufage feulement fait la poiïèffion. 
Je demande à ces gens , de qui la paillon 
Eft d'entafler toujours , mettre fomme fur fomme „ 
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme. 
( i ) Diogene là- bas eft auffi riche qu'eux; 
-Et l'Avare ici haut, comme lui vit en gueux. 
L'homme au tréfor caché qu'Efope nous propofe» 
Servira d'exemple à la chofe. 

Ce malheureux attendoît, 
Pour Jouir de fon bien, une féconde vie, 
Ne\pofTédoit pas l'or, mais l'or le poffédoit. 
H avoit dans la terre une fomme enfouie, 

Son cœur avec, n'ayant autre (2) déduit > 
Que d'y ruminer jour & nuit , 
Et fendre (a ('3) chevance à lui-même facrée. 
Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'iL bût ou qu'il mangeât J 
On l'eût pris de bien court à moins qu'il ne fongeât 
A l'endroit où giflbit cette fomme enterrée. 
Il y fît tant de tours qu'un FoiToyeur le vit* 
Se douta du dépôt, l'enleva fans rien dire. 
Notre Avare un- beau jour ne trouva que le pid. 

(1 )*Phiîofophe fort pauvre , mais ptttvrc rolontairc. 

(2) Pas de plus grand pUifir, - » '• 

(3) Son bien/ -fort trÉfor. .:...•• 



LIVRE I Vr se* 

Voilà mon homme aux pleurs : il gépiit , il foupire, 

"Il fe tourmente, il fe* déchire. 
Un paffant lui demande à quel fujet Tes cris. 

C'eft mon tréfor que Ton m'a pris. 
Votre tréfor? okpris? tout joignant cette pierre* 

Eh î fommes - nous en temps de guerre 
Pour l'apporter fi loin ? Nidifiiez -vous pas mieux fait 
De le laiflfer chez vous en votre cabinet, 

Que <k le changer de .demeure? 
Vous auriez pu fans peine y puifer à toute heure. 
A toute heure» bons Dieux! ne tient -il qu'à cela? 

L'argent vient -il comme il s'en va? 
Je n'y touchois jamais. Dites -moi donc, de grâce, 
Reprit Vautre , pourquoi vous vous affligez tant ; 
FuÛque vous ne touchiez jamais à cet argent % 

Mettez une pierre à la place, 

Elle vous vaudra tout autant* 



u. 



FABLE XXI. 

&œil du Maître. 



n Cerf s'étant fauve dans une étable â Bceufr, 

Fut d'abord averti par eux, 

Qu'il cherchât un meilleur afyle. ^ >- 
Mes Preres , leur dit- if, he me décelez pas : t 
Je vous enfeignerai les (î) pâtis les plus grair 
Ce fervice vous peut quelque jour être utile; 

* Et vous n'en aurez pas regret. 
Les Bœufs , à toute fin > promirent le fecret. 
Il fe cache en un coin, refpîre & prend courage» 
Sur le foir on aporte fterbe fraîche & fourage, 

Comme l'on feifoit tous les jours. 

( i )f Lieux çfc a y a beaucoup d'herbe , & la meilleure, 

E? ~ ■ • 



ïïd FABLES CHOISIES 

L'on va , l'on vient , les valets font cent tours 
L'intendant même ; & pas un d'avanture 

N'aperçut ni (2) ccr,ni (2) ramure» 
Ni Cerf enfin. L'habitant des forêts 
Rend déjà grâce aux Bœufs, attend dans cette étabh 
Que chacun retournant au travail ( 3 ) de Cérès, 
11 trouve pour fortir un moment favorable. 
' L'un des Bœufs ruminant, lui dit: cela va bien ; 
. Mais quoi? L'homme aux cent yeac n'a pas fait G 
revue : 

Je crains fort pour toi fa venue. 
Jufque-îà, pauvre Cerf, ne te vante de rien. 
Là-deflus le Maître entre, & vient faire fa ronde. 

Qu'eft ceci? dit - il à fon monde, " 
Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers. 
Cette litière eft vieille ; allez vite aux greniers. 
Je veux voir déformais vos bêtes mieux foignées» 
Que coûte -t-il d'ôtef toutes ces araignées ? ' 
Ne fçauroit-on ranger ces jougs & ces colliers? ' 
En regardant à tout, il voit une autre tête 
Que celles qu'il voyoit d'ordinaire en ce lieu. 
Le Cerf eft reconnu : chacun prend un épieu r 

Chacun donne un coup à la bête. 
Ses larmes ne fçauroient la fauver du trépas. 
On l'emporte, on la fale, on en fait maint repas, 

Dont maint, voifin s'éjouit d'être. 
Phèdre (4) fur ce fujet dit fort élégamment: 
* Il u'eft pour w)ir que l'œil du Maître. 

Quant à moi, j'y mcttrois encçr l'œil de l'Amant* 

( 2 ) Terme de Chaïïcur , pour dire les cornet du Cer£ i 

(3) Le labourage « ou autre travail de la terre. 

(4) Phèdre , excellent Auteur de Fables , ou'il a écrites i 
ca vers J-atins, d'un itflc auflj pur que celui de Ttrcna, ' 



< 5gJ!* 



L I V R E IV. m 



F A B L E X X I I. 

V Alouette &fes petits 9 avec te Maître 
dun Champ. 



c t'attens qu'à toî feri,c*eft un commun proverbe. 

Voici comme Efope le mit 
(t) En crédit. 

Les Alouettes font leur nid 

Dans les bleds quand ils font en herbe, . 

C'eft-à-dire environ le temps 
Que tout aime , & que tout pullule dans îe monde; 

Monftres marins au fond de Tonde, 
Tigres dans les forêts , Alouettes aux champs. 

Une .pourtant de ces dernières 
Avoit laîffé paffer la moitié d'un Printemps 
Sans goûter les plaifirs des amours printanniéres. 
jA toute force enfin elle fe réfolut 
D'imiter la nature , & d'être mère encore. 
Elle bâtit un nid, pond, couve, & fait éclore, 
À 1a bâte : le tout alla du mieux qu'il put, 
les bleds d'alentour mûrs, avant que la (2) nitée 

Se trouvât aflez forte encor 

Pour voler & prendre Peffbr f . 
|De mille foins divers l'Alouette agitée, 

(1) Far la Fable fuîrante qui nous •» été conferrle en 
Utin par *Aml*-Gtllt , L. II. c. 19* On n'a qu'à comparer 
la manière de conter de cet Auteur , aflex' dégante , avec ' 
celle de La font+int> pour être convaincu que La Fon- 
uint a trouvé* l'arc d'embellir fc» originaux , qu'il leur 
frète des grâces fi naturelles , qu'en les imitant , il de» 
vient original lui-même, & un original; qui, félon tou- 
tes les aparences , réitéra long- teins inimitable. 

(1) On a trouve* fi/rct, dans l'Edition ia qu*rt» de. 1668; 
On parle ainfi dans pluûci^u Provinces ; t jojujis. Où cUf .F 1 ** 
communément nkhiu ■ * 



m FABLES CHOISIES 

S'en va chercher pâture, avertit fes enfans 
D'être toujours au guet & faire fentinelle. 

, S| le poiTefleur de ces champs . 
Vient àvecqtfe fo» fils , comme il viendra, cKt-elle, 
Ecoutez bien : félon ce qu'il dira, 

Chacun de nous décampera. 
Si -tôt que l'Alouette eut quitté fa famille, 
Le poiTefleur du champ vient avecque fon fils- 
Ces bleds font mûrs, _dit- il; «liez .chez nos amis, 
Les prier que chacun apportant fa faucille, 
Nous vienne aider demain dès la pointe du jour» 

Notra Alouette de retour, • 

Trouve en alarme fa couvée. 
L'un commence : il a dit que l'Aurore levée* 
L'on fît venir demain fes amis pour l'aider- 
S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette, 
Rien ne nous prefle encor de changer de retraite t 
Mais c"eft demain qu'il faut tout de bon écouter. 
Cependant foyez gais : voilà de quoi manger. 
Eux repus, tout s'endort» les petits & la. mère. 
L'âiibe du jour arrive ; & d'amis, point du tout. 
L'Alouette a l'eflbr. Le Maître s'en vient faire 

Sa ronde ainfi qu'à l'ordinaire. 
Ces. bleds ne devroient pas, dit -ir> être debout. 
Nos amis ont grand tort, & tort qui fe repofe 
Sur de tels pqreffeux à fervir ainfi lente. 

Mon fils ,. allez chez no>s parens 

Les' prier de la même diofe. 
L'épouvante eft au nid plus forte que jamais. 
Il a dit fes parens , mère , c'eft à cette heure. . . . 

Non , v mes enfans , dormez en paix : 

Ne bougeons de notre demeure. . 
- L'Alouette eut raifon , car perfonne ne vint. 
Pour la troifiéme fois le Maître fé iouvint 
De vifiter fes. bleds. Notre erreur eft extrême, 
Dit-il j de nous attendre à d'autres gens' que nous* 
11 a'fcft meilleur ami ni parent que foi -même* 



L I V R E I V. nj 

Retenez bier* cela , mon fils ; & fça vez - vous 
Ce qu'il faut faire? il faut qu'avec noÇre famille > 
Nous prenions dès demain chacun une faucille ; 
C'eft-là notre plus court; & nous achèverons 

Notre moiflbn quand nous pourrons. 
Dès -Ion que le deûein fut fçu de l'Alouette, 
C'eft à ce coup qu'il faut décamper, mes enfuis: 

Et les petits en même temps 

Voletan», fç culebutan» , 

Délogèrent tous fans trompette. 



Fin du quatrième Lim* 









L I V R E CINQUIEME. 

FABLE PREMIERE. 
Le Bûcheron & Mercure, à M. te G D, B. 

Votre goût â fervî de règle i fcon ouvrage: 
J'ai tenté les moyens d'acquérir fonXuffrage. 
Vous voulez qu'on -évite un foin trop curieux, 
Et des (i) vain*>oniemen$ l'effort ambitieux : 
Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire- 
Un Auteur gâte tout quand il veut trop bien faire. 
Non qu'il faille banni? certains traits délicats r 
Vous les aimez , ces traits ; & je ne les hais pas. 
Quant au principal but qu'Efope fe propofe , 

J'y tombefau jnoins mal que je puis. 
Enfin , « dans mes vers je ne plais & n'inftruis , 
11 ne tient pas à moi , c'efl toujours quelque chofe» 

Comme la force eft un point 

Dont je ne me pique point, 

( i ) Ornemens inutiles & afle&és. Horace qui les nom-, 
tne des orntnuns ambitieux, nous dit expreflement , qu'un 
cfpric juiie & éclairé les retranchera ians façon de tout 
Ecrit fournis à fa critique. ïAmbititf* ntidtt $mdT»vHéL 
De Arte Poêtica,, &c. v. tfjk. 



*r 



L i V R * V. ^15 

Je tâche d*y tourner le vice #n ridicule , 

Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule. 

C'eft -là tout mon talent ■; je ne fçai s'il fuffiu 

Tantôt je peins en un récit 
La fotte vanité jointe avec l'envie-, 
Deux (2) pivots fur qui rouie aujourd'hui notre vie* 

Tcleftce (3) chétif animal ^ . 
Qui voulut en groffeur au bceuf fe fendre égal- 
foppofe quelquefois par une double image 
Le vice à la vertu* ia fottife au bon fenS , 
Les agneafcx aux loups raviflan*, 
La mouche à la fourmi ; faifcnt de cet ouvrage 
Une ample comédie axent àétes divers, > 

t , Et dont .la feene eft l'univers. 
Hommes, Dieux /jAnimaiau tfcuty fait <ju$iquc w role> 
Jupiter comme un autre. Introduifons celui) 
Qui porte de fa part atfx heltesJa parole; _ L 
Ce n'eft pas de cela qu'il s'qgitaujouxdbtû. : 
.... . ■ .'j- ; * .• ,. v ->,- . . t 
Un Bûcheron perdît fon gagne -pain; 
C'eft fa tagnée ; & Iricbefcchant ep, vains 
Ce fut pitié là-deffçs de l'entendre. ^ > 
Il n'avait pa* des xiotiis à- revendre. \ 
€ur celui - ci touioit tout fan { 4 ) * v ?k> 
Ne fçachant donc où mettre fon efpoir, 
S* face étoft de pteHB toute ba^née. . --. 
O ma cognée l O ma pauvre cognée l 
S'écrïbitMl, Jïipitecl rends -ft-moi, ^ 
Je tiendrai l'être f çjicore un coup de toû 
Sa plainte fut <fc £5$ TOiympe entendue- 
Mercure (6) vient. Elle n'efl pas perdue, 
Lui dit ce Dieuj la connokras - tu bien? 
Je crois l'avoir près d'ici rencontrée. - 

fi) Ce qui fuportc quelque ctofe àç mobile, 

( 3 ) La Grenouille , Uvrt 3, ÏAkU 3. , , 

(4) Son bien» -Ta reflburec. ' 

(5)LeCki. 

(6) Meflajer des pieux. 



xi<5 FABLES CHOISIES 

Lors, une d'or à l'homme étant montrée, 

11 répondft : je n'y demande rien. 

Une d'argent fuccede à la première; 

11 la refufe* Enfin une de bois. 

Voilà, dit -il, la mienne cette fois; 

Je fuis content fi j'ai cette dernière. 

Tu les auras , dit le Dieu , toutes trois ; 

Ta bonne foi fera récompenfée : 

En ce cas-là je les prendrai, dît-il. * * 

L'hiftoire en eft auffi-'tôt difperfée; 

Et Boquillons de perdre leur outil , 

Et de crier pour fe le faire rendre: 

Le roi des dieux ne fçait auquel entendre. 

Son fils Mercure aux* criards. vient encor % 

A chacun d'etox il en montre une d*or. 

Chacun eût cru pafler pour une bâte , 

De ne pas direauffi-tAu-la voili. • ' .. 

Mercure , au - lieu de donner celle - là f 

Leur en décharge un grand coup fur la tête* 

tfe point mentir , être content du fien ; *• 
Ceft le plus fur : cependant on V occupé 
A dire faux pour attraper du bien. ; 
Que fert cela? Jupiter n'eft pas dupe. 



F A B L E , I I. 

Le Pot de terre 9 ,& te Pot de fer. 



L. 



*/e Pot de fer propofa 

Au Pot déferre un voyage. 

Celui - ci s'en excufa , 

Difant ( i )' -qu'il feroit que fage 



LIVRE V. 



uj 



De garder Je coin du feu ; 
Car il lui fàlloit fi peu , 
Si peu, que la moindre chofe 
De Ton débris feroit caufe : 
Il n'en reviendroït morceau. 
> Pour vous, dit -il , dont la peau 

Eft plus dure que la mienne, . 
Je ne vois rien qui vous tienne* 
Naos vous mettrons à couvert, 
Repartit le Pot de fer : 
Si quelque matière dure 
Vous menace (2)' devanture, 
. Entre $teux je paierai , 
Et du coup vous fauvcrai. 
Cette offre le perfuade. 
Pot de fer ton camarade 
Se met droit à fes côtés. 
Mes gens s'en vont à trois pieds, 
Clopin dopant, comme ils peuvent. 
L'un contre l'autre jettes, 
Au moindre hoquet qu'ils trouvent. 

cftune expreflïon un peu furannéc, mais qui fe cjfonvc' 
communément dans nos vieil* Auteurs . fans en excepter 
Amyot lui - même » l'Ecrivain le plus correct & le plus 
poli de Ton temps , qui l'a employée dans fa traduction de 
Mutarqut. Tu fais que fage , Geminim , «lit • U dans la Vie 
de Marc «-Antoine , ch. u. dtuenfejjer la vérité avant qu*«m 
U dtnne la géhenne pour te la faire dire. La Fontaine touché 
«kla naïveté de cette expreflïon , s'eft fait un pi ai fi r d'en 
orner fon ftile. Mais un Correcteur d'imprimerie » fore 
Soigné d'en fentir la naïveté , ^trouvant barbare , parce 
qu'il ne l'entendoit pas . a cru faire merveille de mettre 
* U place , qu'il feroit plut fage $ & cette prétendue cor- 
reâion a été recire dans toutes les Editions des Fables de 
La Fontaine qui ont paru depuis en France , en Hollande, 
&c quoiaue dans l'Edition de Paris de 1678. corrigée par 
ta Fontaine lui-même, il y eût , qu'il feroit que fage, 
comme dans toutes les Editions précédentes , ce qui au- 
rait dû tenir en refpe$ cet imprudent Correft eu* , ou du 
moins empêcher les Editeurs* qui font venus après, lui » 
de marcher aveuglément fur fes traces, 
ii) De quelque fâcheux accident. • 



v -^.. 



&T FABLES CHOISIES 

Le Pot de terre en fouffire : il n'eut pas fait cent pas a 
Que par Ton compagnon il fut mis en éclats , 
Sans .qall eût lieu de fe plaindre. 

Ne nous affrétons qtfaveoque nos égaux , 
Ou bien il nous faudra craindre 
Le defttn d'un de ces Pots. 



^ FABLE III.. 

JLe petit Pùjffbn & h Pêcheur. 

Jtetit Poîflbn deviendra grand, . | 

Pourvu que Dieu .lui prête vie, 
Mais le lâcher en attendant , 
, Je tiens pour moi ,que c'eft folie : 
Car de le rattraper, il n'eft pas trop certain. 

Un Garpeau qui n'étoiï encore que ( i ) fretin , 
Fut pris par un Pêcheur au bord d'une rivière. 
Tout fait nombre , dit Thamme en" voyant fon butin y 
Voilà commencement de chère & de feffin: 

Mettons - le en notre gibecière. 
£e pauvre CarpHlon lui dit en fa manière. 
Que ferez -vous de moi.? je ne fçaurois fournir 

Au plu9 qu'une demi - bouchée : 

Laillez- moi Carpe devenir; 

Je ferai par vous repêchée. 
Çjuelque gros partifan m'achètera bien cher r 
" Au - lieu qri'il vous en faut ^chercher 

Peut-être èncor cent de ma taille . 
Pour faire un plat; Qpelpftt? Croyez-moi, rien qui 
'vaille. * ' 7 ■ 
(i) Très-petit. ,;...... 



,4,** 



L I V R e y. m 

Rien qui vaille ? & bien fait , repartit le Pécheur 
Poitibn, mon bel ami, qui faites le prêcheur , ' 
Vous irez dans la poêle , & vous avez beau dire, 

Dès ce foir on vous fera frire. 
Un (2) tien vaut , ce dit-on , mieux que deux tu Faurar* 
• L'un eft fur, l'autre ne Tell pas. 

(1) Prcns cela, je te le donne. , 



F A B L E I V, 

Les Qreilfos du Lièvre. 



u. 



îi animal cornu blefla de quelques coups 
Le Lion , qui plein de courroux * 
Pour ne plus tomber, en la peine, 
Bannit des lieux de fon domaine 
Tonte bête portant des cornes à fon front* 
Chèvres, Béliers , Taureau* auffi-tôt délogèrent;. 
Dains & Cerfs de climat changèrent : 
Chacun à s'en aller fut prompt. . 
Un Lièvre apercevant l'ombre de fes oreilles, 
Craignit que quelque ( 1 ) Inquifîteur 
N'allât interpréter à cornes leur longueur , 
Ne les foutifit en tout à des cornes pareilles. 
Adieu, voifin Grillon., dit -il, je pars d'ici; 
Mes oreilles enfin feroient cornes aufïï : 
Et quand je les aurois plus courtes qu'une ( 2 ) Au* 

truche, 
Je craindrois mêpe encor. Le Grillon repartit : 

(1) Délateur, qui fait métier de noircir, de décrie* 
les aâions les plus iqueçchtes. ' 

U) G tôt otfeau qui a les oreilles £*t courtes» 



*ûo FABLES CHOISIES 6 

Cornes cela ! Vous me prenez-pour cruche : 

Ce font oreilles que Dieu fit. 

On les fera paflfer pour cornes y 
Dit l'animai craintif, & cornes de (3) Licornes, 
J'aurai beau protefter; mon dire & mes raifons 

Iront aux petites (4) Maifons. . 

Xî") Animal qui n'a qu'une corne tr&-fenGble^au bas 
Au front. . . 

(4) Lieu où l'on renferme les Fous a Parts. 



P A B L E V. 

Le Renard qui a fa queue coupée. 



U. 



_ n vieux Renard* , mais des plus fins , 
Grand croqueur de Poulets , grand preneur de Lapins, 

Sentant fon ( 1 ) Renard d'une lieue , 

Fut enfin au piège attrapé. 
Far grand hazard en étant échappé, 
Non pas franc , car pour gage il y laifla fa queue , 
S'étant, dis-je, fauve, fans queue & tout honteux; 
Pour avoir des pareils , ( comme il étoit habile ) 
Un jour que les Renards tenoient confeil entre eux, 
Que" faifons- nous, dit -il, de ce poids inutile, 
Et qui va balayant tous les fentiers fangeux? 
Que nous fert cette queue? Il faut qu'on fe là coupe; 
Si Ton me croît, chacun s'y réfoudra. / ! 

Votre avis eft fort bon, dit quelqu'un de la troupe, 
Mais tour nez -vous, de grâce, & l'on vous répondra. 
A ces mots il fe fit une telle (2) huée, 

(1) C'eft -à -dire, des plus rufés. 
(1) Cri de mocquerie. 

Que 



*• 



LIVRE V. xzi 

Que le pauvre écourté ne put être entendu. 
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu: 
%a mode en fut continuée. 



FABLE V I. 

La yieiUe & tes deux Servante!, i 



1 étoit une Vieille ayant' deux Chambrières. . 
Elles filoient û bien , que les fcëurs (i) filandiéres 
Ne fatfoient que brouiller au prix de celles - ci. 
La Vieille n'avoit point de plus preffant fpuci 
Que de diftribuer aux Servantes leur tâche i • 
Dès que (2) Thétis (3) chaflbit Phœbus aux crini 

dorés , --.'.* 

Toarcts entroient en jeu, fufeaux étoient tirés, • 

Deçà, delà, vous en aurez: 

Point de celle , point de relâche. 
Dès que 1* Aurore, dis -je, en fonchar remontoir, , 
Un miférable Coq à point.nommé chantôit : 
Auffi-tôt notre Vieille, enepr plus, miférablç 
^S'affubloit d'un jupon crafleux & déteftablê , 
Allumoit une lampe, & couroit droit au lit, 
Où , de tout learr pouvoir ; . de touHeur apétft,.;, _ 

Dormoient les deux pauvres Servantes. 
L'une en|tr r ouvroit un «il , l'autre étendoit un bras; 

Et toutes deux^ très -mal contentés , 
Difoient entre leurs dents : maudit Coq, tu mourras» 

(1) Les trois rarques occupées £ filer la vie des hom* 

BMS. ' 

(1) Décflc de 1* Mer, & la Mer même, d'où les Poe. 
tes fuppofVnt que le Soleil , qu'ils nomment Phœbus , fe 
lève tous les matins* après s'y être allé coucher tous les 
loics. • „ 

(}) Ceft-i-dlre , dit que U Soleil fe lewit* 



i 



Î22 FAJSTLES CHOISIES 

Comme elles Pavoîént dit, la bète fut gfîpéel 
Le (4) réveille -matin eut la gorge coupée. 
Ce meurtre n'amandà nullement leur marché. 
Notre couple, au contraire, à peine étoit eouché, 
Que la Vieille craignant de laiffer parler l'heure, ' 
Couroit comme un Lutin par toute fa demeure. 

Ceft ainfi que le plus fouvent, 

Quand on penfe.foxtir d'une h&uvkife affaire, 

On s'enfonce encor plus avant: 

Témoin ce couple & fon falaire. 

La Vieille, au - lieu du Coq, les fit tomber par -là 

' ' De (5) Caribde en Sylla. 

(4) Comme le Coq chante régulièrement au point du 
jour, La Fontaine s'cft avifé fort à propos, de lui don- 
ner le nom de HévtiJle-matin « nom propre de cette efpc- 
ce de Montres , qui , faites pour carillonner i telle heure 
qu'on veut,tervent à réveiller ceux qui les montent pour 
être, éveillés précifément à cette heure-là. 

< 5 ) Deux Ècueils .dans le détroit qui fépare l'Italie de 
la Sicile : dont l'un , lunette aux Vaiflcaux qui s'apro- 
choient de trop près des Côtes d'Italie , fe nommoit 
Ay(l*i & l'autre, gouffre horrible en Sicile, vis-à-vis 
de Sylla , fe nommoit Caribde. Il arrivoit fouvent au 'on 
donnoit contre l'un de ces. Ecueils en voulant éviter l'au- 
tre , ce qui a fondé le Proverbe- r Tomber de Ctribd* tn 



gaggggHB i mI '. .i.,,», ,',',' sa 
F A B L E VIL 
Le Satyre. & te PaJJanu 



A«: 



fond d'un afitre fauvâge, 
Un Satyre & fes enfans, 
Alloient manger leur potage 
Et prendre Técuelie aux dents. 



L I V R E V. Uj 

€>n les eût vas .fur la moufle 
1m, fâ Fciftmè , & maint petit: 
Ils n'avoïent tapis ni. bouffe, 
. Mais tous fort bon gpétit. 

Pour fe fauver de la pluie 
Entre un paflànt morfondu, 
Au brouet on le convie, 
11 n'étolt pas attendu. 

Son hôte n'eut pas la peine 
De le ( i ) femondre deux fols. 
D'abord avec fon haleine 
Il fe réchauffe les doigts, 

Puis, fur le mets qu'ort lui donne, 
Délicat, il fouffle auffi. 
Le Satyre s'en étonne ; 
Notre hôte , à quoi bon ceci t 

L'un refroidit mon potage, 
L'autre réchauffe ma main. 
Vous pouvez, dit le Sauvage, 
Reprendre votre chemin. . . 

Ne plaife aux Dieux, que je couche 
Avec vous fous même tofc. 
Arriére, ceux (a) dont la boucha 
Souffle chaud & froid. 

(0 Vieux mot, q*l fignifîe invhtr, envier* 
(i) Qui difent d'une même Perfonne, d'un même Fait _ 
■«blanc & le noir, le pour 8t le contre , louar.s & bl»« 
■jm indifféremment foutes chofes , dans des vue* int«\ 
*««> &ns *ucùn refpçft pour la vérité. 



F * 



&4 : FABLES CHOISIES 

FABLE VIII. 

Le Cheval & te Loup. 

\J n certain Loup., dans la ( i ) faifon 
Que les tiédes Zéphirs ont l'herbe rajeunie » 
Et que les animaux quittent tous la maifoiï, 

Four s'en aller chercher leur vie ; * 
Un Loup, dis-je, au fortir des rigueurs de i'hyver, 
Apperçut un Cheval qu'on avoit mis au (2) vert. 

Je laifle à penfer quelle joie. ~ 
Bonne çhaffe^ dit -il, qui l'auroit à fon croc. 
Eh que n'eft-tu Mouton! car tu me ferois (3) hoc: 
Au -lieu qu'il faut rufer pour avoir cette proie : 
Ruions donc* Ainfi dit, il vient à pas comptés, 

Se- dit (4) Ecolier d'Hippocrate; 
Qu'il connoît les vertus & les propriétés • 

De tous les (impies de ces prés : 

Qij'il fçait guérir, fans qu'il fe flatte, 
Toutes fortes de. maux. Si Dom Courfier vouioit 

Ne point celer fa maladie , 
• Lui Loup gratis le guériroit. 

Car le voir dans cette prairie 
: Paître .ainfi fans être lié, 
Témoignent quelque. mal, félon la Médecine» 

J'ai , dit la Bête chevaline , 

Une apoilum& fous le pied. 

(O Au Printems. ] 

(1) Dans un jjré , pour manger I'htroe. j 

(3) T» fltêh à mit ' 9 par'alluiion à une fortic de jeu ai 

carets qu'on nomme U Hec t ou l'on dit H«c en jcttaH 

fur le tapis certaines cartes qui font gagner ceux qui Ici 

jouent. 

(*) Médecin. 



L I V R E V. izs 

Mon fils , dit le Doéteur , il n'eft point de partie 
Susceptible de tant de maux. * 

J'ai l'honneur de fervir NofFeigneurs les Chevaux; 
Et fais auffi la Chirurgie. . 

Mon galant ne fongeoit qu'à bien prendre fon temps, 
Afin de haper fon malade. 

L'autre, qui s'en doutoit, lui lâche une ruaçk, 
Qui vous lui met en marmelade 
Les (5) mandibules & les dents. 

C'cftbîen fait, dit le Loup en foi -même fort trifte, 

Chacun à fon métier doit toujours s'attacher. v 
Tu veux faire ici x (o") THerhorifte , 
( Et ne fus jamais que Boucher. 

(f) Les mâchoires. 

(6) Qui $' api i que à la connoiflance des Plantes. 



FABLE IX. 

Le Laboureur &fet Enfant. 



■T. 



ravaillez, prenez de la peine:'. 
Ceil le fonds qui manque le moins. 

tJn riche Laboureur fentant fa mort prochaine, 
fit veitfr fes enfaos , leur parla fans témoins. * 
Cardez -vous, leur dit -il, de vendre l'héritage .. 

Quq nous ont iaiffé nos parens : 

Un tréfor cft caché dedans, 
ne fçais pas l'endroit ; mais un peu de courage 
tous le fera trouver , vous en viendrez à bout. 
Remuez votre champ dès qu'on aura fait ( 1 ) i'out. 
Creufez, fouillez, bêchez, na biffez nulle place 

( l ) Apres qu'on aura recueilli les grains , après la 
BoiiRm, 

r 3 



ï 



\ 



i 



lié FABLES CHOISIES 

Où la main ne paflfe & repaffe. 
JLe ptre mort, les fils vous retournent te^ champ f 
ïte-çà, de -là, par'- tout; fi bien qu'au bout de lai 

Il en raporta davantage. 
D'argent, point de caché. Mais le peie fut fage 

De leur montrer avant fa mort» 

Que le travail eft un tréfor. 



F A B L E X. 

La M&itagne qui accouche* 



u. 



ne Montagne en mal d'enfant ' 
Jettoit une clameur fi haute , 
Que chacun au bruit accourant, 
Crut qu'elle accoucherait , fans faute * 
D'une Cité plus groife que Paris : 
Elle accoucha d'i»e Souris. 

Quand je fonge à cette Faible,. 
Dont le récit eft menteur, 
• * Et le fens eft véritable, 
Je me figure un Auteur , 
* Qui dit: Je chanterai la guérie 
Que firent les Titans au Maître du tonnerre. 
Ceft promettre beaucoup : mais qu'en fort'il fouvent 

Du (i) veni 

1 Rien du tout , ou fort peu de chofe 






LIVRE V. «» 

• s- \ 

FA B L E * X I. ' 

La Fortune & te jeune Enfant. 



s, 



Par le bord d'un puitsirès- profond, 
Dormoit, étendu- de Ton long, 
Un Enfant alors dans fes claÎTes. 
Tout eft aux Ecoliers couchette & matelas. 

Un honnête homme- en pareil cas, 
Auroit fait un faut de vingt brafles. 
Près de là tout beureufement 
La Fortune -pafla, réveilla doucement, 
loi difant : mon mignon , je vous fauve la vie 
Soyez une autre fois plus fage , je vous prie. 
Stvofos fuffiez tombé, Ton s'en fût pris à moi, 
Cependant c'étoit votre faute. 
Je vous demande, en bonne foi, y 

| Si cette imprudence fi haute 

îiûtieût de moa^ç^xice? Elle part à ces mou* ' 

* Pour moi , j'approuve fon propos» 
Il n'arrive rien dans le monde 
Qu'il ns- faille qu'elle en réponde t 
Nous la faifons de tous ( i ) écots : 
Elle eft prife i garant de toutes avantures/ 
£ft-oj* fot, étourdi, prend -on mal fes mefures, 
On penfe en être quitte en aceufanffon fort : / 
Bref, la Fortune a toujours tort. 

(t) Ecoteit la part que chacun doit payer pour un re- 
ps commun. Faifons - nous une fottile , nous en mettons 
«meilleure partie fur le compte de la Fortune. Nou» 
lui faifons payer largement fon écot pour le mauvais fuc» 
€ " d'aie affaiic auquel elle n'a contribua en aucune m*» 

■&erc.« . . 

F4 



US FABLES CHOISIES 

FA B L E X I I. 

Les Médecins. 

te Médecin (i) Tant -pis alloityoir un malade, 
Que vîfitoit auffi fon confrère- (2) Tant -mieux. 
Ce dernier efpéroit , quoique fon camarade 
Soutint que le ( 3 ) gifant iroit voir fes ayeux. 
Tols deux s'étam trouvés différens pour la cure, 
Leur malade paya le (4) tribut à Nature'; 
Après qu'en tes confeils Tant-pis eut été crû. 
Ils triomphoient encor fur cette maladie. 
L'un difoit, il eft mort, je Pavois bien prévôr 
S'il m'eût crû, difoit l'autre, îl feroit plein de vie. 

( 1 ) ( 2 ) Médecins d'un caractère oppofé • dont l'un 
faifoît toujours des pronoiiics funcltcs , & l'autre des' 
pronoftics heureux 

(3) Le malade qui étoît au lit» 

(4) Mourut, 



FABLE XIII. 

La Poule aux œufs d'or. 

JL/'avaric^ perd tout en voulant .tout gagner. • 

Je ne vteux pour le témoigner 
Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable, 
Pondoit tous les jours un œuf d'or. . 
Il crut que dans fon corps elle avoit un tréfor. 
Il la tua, l'ouvrit; & la trouva femblable 
A celles dont les œufs ne lui raportoient rien , 
S'étant lui-même ôté le plus beau de fon bien» 



I L I V R E V. ' î 2 p 

Belle leçon pour les gens chicesî 
. Pendant ces derniers temps cqmbien en a-t-on vus , 
} Qui du foir au matin font pauvres devenus , 

Pour vouloir trop tôt être riches ? 



FABLE XIV. 

V Ane portant des Reliques. 

\J n Baudet chargé de Reliques, 

S'imagina qu'on l'adoroit. 

Dans ce penfer il fe carroit, 
Recevant comme fiens l'Encens & les Cantiques. 

Quelqu'un vit l'erreur, & lui dit: 
' " Maître Baudet , ôtez-vous de l'efprit 

Une vanité fi folle. 
. Ce n'eft pas vous , c'eft ( i ) l'idole > 

A qui cet honneur fe rend, 

Et que la gloire en eft due. 

D'un Magiftrat ignorant, 

C'eft la robe qu'on falue. 

1 (i) L'image v la Statue de quelque Divinité*. 



Un 



FABLE XV. 

Le Cerf & la Vigne. 



Cerf, à la faveur d'une Vigne fort liante, 
Et telle qu'on en voit en de certains climats , 
S'étant mis à couvert, & fauve du trépas, 
Les Veneurs pour ce coup" croyoient leurs ( i ) 
chiens en faute. ' 

( O Qu'ils iToi^ût perdu la pifte de la bétc qu'ils cTmU 
fbifjtt. 



î S o FABLES CHOISIES 

Ils les rappellent donc. Le Cerf, hors de danger $ 
Broute (2) fa bienfaitrice, ingratitude extrême ! 
On l'entend, on retourne, on 1er fait déloger: 
Il vient mourir en ce lieu môme. 

Î'ai mérité, dit -il, ce jufte châtiment, 
rofitez-en, ingrats. 11 tombé en ce moinent* 
La Meute en fait ( 3 ) curée. Il lui fut mutile 
De pleurer aux Veneurs à fa mort arrivés» 

Vraie image cle ceux qui profanent l'afyle 
Qui les a contervé^ 

(%) La Vitné qui lui aroit fenri de retraire. 
( 3 ) Les chiens mangent la portion que les Clufleurs 
leur en donnent» & qu'on nomme Cmriê. 

«SBaSBaSSSBSESSSSSSS^^ 

FABLE XVI. 
La Serpent & ta Urne. 



o. 



_ Fn conte qu'un Serpent, voifîn d'un Horloger, 
(C'étoit pour l'Horloger un mauvais voifïnage) 
JEntra dans fa boutique , & cherchant à mène» > 

«N'y rencontra pour tout potage ^ 
Qu'une Lime d'acier qu'il fe mit à rctoger* 
Cette Lime lui dit-, fans fc mettre en colère , 
Pauvre ignorant ! Et que prétens - tu faire.? 
Tu te prens à plus dur que toi r 
Petit Serpent à tête folle; 
Plutôt que d'emporter de moi 
. Seulement le quart d'une, obole, 
Tu te romprpis les dents : . * 
Je ne crains que celles du ( x ) temps. 

(1) Les dents du Temps, qui détruit toute» ciioic* 



L J V R E V. jjl 

Ceci sVrérefle à vous, Efprfts du dernier ordres 
Qui n'étant bons à rien,cherchez (2>fur tout à moidrer 

Vous vous tourmentez vainement. ■ 
Croyez-vous quç vos dents impriment leurs outrage» 

Sur tant de beaux ouvrages ? 
Ils font pour vous d'airain , d'acier , de diamant. 

(2) C'cft-à-dire , à prendre, à trouvera redise fut cône* 



F A B L E XVII. 
Lu JJèopt & ta Pn>ènx. 



I 



1 ne fe faut jamais- moquer des miférables : 
Car qui peut s'affurer d'être toujours heureux? 
Le fage Efope dans fes Fables , 
Nous en donne un exemple ou deux» 
Celui qu'en ces vers je propofe, 
Et les fiens, ce font même chofe. 

Le Lièvre & la Perdrix, concitoyens d'un champ,. 
Vivoient dahs un état , ce feirible , afez tranquille : 

Quand une meute s'^pprochant, f , 
Oblige le premier à chercher un ( 1 ) afyle. 
Il s'enfuit dans. fon- fort, met les chiens en défaut; 

Sans même en excepter (2) Brifaut. 
^nfin il fe trahit litf-même 
P» les (3) erpfits fortant de fon corps échauffé* 
(4) Miraut , fur leur odeur ayant philofophé , 
Conclut que rtft fon Lièvre; &, d'une ardeur extrême^ 

( \ ) Un lieu pour fe cuber» 
(1) Nom de Chien de cbafTe. 

(j) L'odeur que répand une bête pourfuîVie. ' . 
4f > Autre no* d» Chien. ' 

. F 6 



xgs FABLES .CHOISIES 

Il le pouffe ?& Ruftant, qui n'a (5) jamais menti; 

Dit que le Lièvre- eft reparti. 
Le pauvre malheureux vient mourir à fon gîte. 

La Perdrix le raille, & lui dit: 

Tu te vantois d'être fi vite ; 
Qu'as -tu fait de tes pieds? Au moment qu'elle rit, 
Son tour vient , on la trouve. Elle croit que fes aîles 
Isa fçauront garantir à toute extrémité : 

Mais la pauvrette avoit compté 
* - • -Sans #5) MutouFirax *(?)' fer res cruelles, 

(O Qui ne s'cft jamais trompe*. 

(6) OÎffatf dtproTre. •' ~ *• 

(7) Ltfs griffes de l'Autour. 



L 



F A B L E XVI IL 

* JJ Aigte & te Hibou. •' *' 



f'Aîgie.&leChat-huant leurs querelles ceflerent; 
Et firent tant qu'ils s'embrafferent. 
L'un jura foi de Roi, l'autre foi de Hibou, 
Qu'ils ne fe goberoient leurs petits peu ni prou. 
Conhoiflez-vous les miens ? dit (1.) l'Oifeau .de 
: ÎMinerve. 
Non, dit l'Aigle. Tant pis, reprit le trifte Oifeau; 
Je crains en ce cas pour. leur peau: 
* Ceft hazard , fi je les conferve. 

Comine vous êtes Roi , vous ne confîdér#z 
Qui ni quoirRois & Dieux mettent, quoiqu'on leur die, 

Tout en même (2) catégorie". 
Adieu mes nourrifibns fi vous les rencontrez. 
Peïgnez-lês-moî , dftl'Àïglé > ou bien me lès montrez, 
Je n'y toucherai <te ma ^vie. 

(1) Le HiI>ou # . ,.-..'' 

(2) Au sScmc rang, fans faire la meînda dîfrnStfon. 

3 i 



L IVRE V. :• fsj 

Le Hibou, rApartit ; jne& petits font mignons , . . ,» 
; Beaux , bien faits , & jolis fur tous leurs compagnons': 
Vous les reconrioîtrez fans peine à cette marque. 
N'allés pas l'oublier: retenez- la, fi bien, 

Que chez moi la maudite ( 3 ) Parque . ^ 
T N'entre point par votre moyen. 

Il avint qu'au Hibou Dieu donna géniture : 
De façon qu'un beau foir qu'il étoit en pârare, 
! Notre Aigle aperçut d'avanture , 

1 ' Dans les coins d'une roche dure, 

Ou dans les trous d'une mazifre , 
(Je ne fçai pas lequel des deux) 
JDe petits monftres fort hideux, 
Rechignes, un air trifte, une voix de Mégère* 
Ces enfans ne font pas , dit l'Aigle , à notre amî : 
Croquons -les. Le galant n'en fit pas à demi : 
; Ses repas ne font point repas à la légère. 

Le Hibou, de retour, ne trouve que les. pieds 
! De fes chers nouiriflbns , hélas ! pour toute chôfe.: 
I II fe plaint; & les Dieux font par lui fuppliés 
De punir le brigand qui de fon deuil eft caufe. 
j Quelqu'un lui dit alors : n'en aceufe que toi , 
Ou plutôt la commune loi , 
Qui veut<Ju'on trouve fon femblable ./' 
Beau , bien fait , & fur tous aimable. 
Tu fis de tes enftns* à l'Aigle ce portrait: 
En avoient-ils le moindre trait? 

(3) Celle des troi^qui coupe le fil de la vie. Les Poe» 
Us difent communément que c'cft xAtrtyou 






m 


>A*LI'8 CHOISIES 







Le 



FABLE XIX. 

Xéi Lion s y en allant en guerre. 



fe Lion dans fa tête avoit une entreprife. 
11 tint confeii de guerre > envoya fes Prévôts, . 

Fit avertir les Animaux : 
Tous furent dii deflein, chacun félon fa guife. 

L'Eléphant devoit fur fon dos 

Porter l'attirail néceflaire,. 

Et combatre à fon ordinaire : 

L'Ours ^'apprêter pour les aflauts : 
Le Renard ménager de certaines pratiques; 
Et le Singe amufer l'ennemi par fes toursi 
Renvoyez , dit quelqu'un , les Anes qui font lourds ; 
Et les Lièvres fujets à des terreurs paniques. 
Point du tout , dit le Roi , je les veux employer ; 
Kotre troupe, fans eux, ne feroit pas complétée. 
L'Ane* effraira les gens, nous fervant de trompette; 
Et le Lièvre pourra nous fervir de courier. 

Le Monarque prudent & fage , 
De fes moindres fujets fçait tirer quelque ufage, 

Et connoit les divers talens. 
Il n'eft rien d'inutile aux perfonnes de fen*. 



FABLE XX.. 
JJOurs & tes deux Compagnons. 



De 



feux Compagnons preflës d'argent, 
A leur voifm Fourreur vendirent 
La peau d'un Ours encor vivant; 
liais qu'ils tueroient bientôt, du moins à ce qu'ils 
dirent. 



t I V R E V. ïj£ 

Cétolt le Roi de» Ours , au compte de ces gens. 
Le Marchand , à fa peau , devoit faire fortune : 
Elle garantirait des froids les plus cuifans ; 
On en pourroit fourrer plutôt deux robes qu'une, 
(i) Dindenaut prifoit moins fes Moutons qu'eux 

leur Ours, 
Leur, à leur compte, & non i celui dé la béte. 
S'offrant de la livrer au plus tard dans deur jours, 
Us conviennent de prix , & fe mettent en quête , 
Trouvent l'Oura qui s'avance, & vient vers eux au trou . 
Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre» 
Le marché ne tint pas , il fallut le réfoudre : 
(2) D'intérêts contre l'Ours , on n'en dit pas un mot 
L'un des deux Compagnons grimpe au faite d'un arbre; 

L'autre plus froid que n'eft un marbre, 
Se couche fur le nez , fait le mort, tient fon vent,. 
Ayant quelque part ouï dire , 
Que l'Ours s'acharne peu fouvent 
Sur \m corps qui ne vit , ne meut, ni ne refpîre. 
Seigneur Ours , comme un fot , donna dans ce panneau» 
11 voit ce corps gifant, le croit privé de vie ; 

• • Et de peur de fupercherie , 
Le tourne, le retourne, approche fon rnufeau, 

Flaire aux paffages de l'haleine 
C'eft, dit -il, un cadavre: ôtons-nous, car il fenk 
A ces mots , l'Ours S'en va dans la Forêt prochaine. 
L'un de no^deux Marchands de fon arbre defcend t 
Court i fon compagnon , lui dit que c'eft merveille, 
Qu'il n'ait eu feulement que* la peur pour tout mal. 

(0 Marchand de Moutons, nommé Dinà*n*m % févére- 
*«« puni pour avoir kifuké Panurge, & mis à trop haut 
pnx fa marchandée ; comme Rabelais le raconte plaifam- 
? ft'ft* ** mani * xc * v °y c * P*nt*&r*tl , Liv. iv. chap. 6 » 

W Quant à la peine & * la dépenfe qu'a voit coûté 
"tic expédition contre ïOuà*>** nt tm <* dît?** AuijNt* 



*3? FAB'LES «HOiSîES 

Et Jnen , ajouta-- 1 - iL, la peau de ranimai ? 

Mais que t'a -t - il dit à l'oreille ? 

Car il t'approchoit de bien près* 

Te retournant avec fa ferre, 

li m'a dit qu'il ne faut jamais 
Vendre la peau de l'Ours qu'on neTaitmispar terre. 



fable XXI. 

L'Ane vêtu de ta peau du Lion. 



De 



re Ja peau du Lion l'Ane s'étant vêtu, 
Etoit craint par - tout à îa roîide ; 
Et bien qu'arrimai fans vertu , 
Il faifoit trembler tout le monde. 

Un petit bout d'oreille échappé par malheur, 
Découvrit la fourbe & l'erreur. 
( i ) Martin fit alors fon office. 

Ceux qui ne fçavoient pas la rufe & la maiic^, 
S'étonnoient de voir que Martin 
Chaflîc les Lions au moulin. 

Force gens font du "bruit >en France , 
Par qui cet Apologue eft rendu familie* 
Un équipage cavalier 
Fait les trois quarts de leur vaillance. 

£«) Valet de Meunier, armé d'un gros bâton. 
Fin du*cinquiéme 'Livre. 







LIVRE SIXIEME. 

EABLE PREMIERE. 

Le Pâtre & te Lion. 

F A B L E I h 

Le Lion & le Çhqffeur. * 



JL/E 



tes Fables ne font pas ce quelles fcmblent être: 
Le plus fimple animal nous y dent lieu de maître. 
Une morale nue apporte l'ennui: 
Le conte fait paûer le précepte avec lui. 
En ces fortes de feintes il faut inftruire & plaire; 
Et conter pour conter me ferable peu d'affaire. 
C'eft par cette jaifon , qu'égayant leur efprit» 
Nombre de gens fameux en cq. genre ont écrie 
Tous ont fui l'ornement & le trop d'étendue. 
On ne voit point chez eux de parole perciue. " 
Phèdre étoit û fuccinft qu'aucuns l'en ont blâmé. 
Efope en moins de mots s'eft encore exprimé. 
Mais fur tous, certain (i) Grec renchérit &fe pique 
D'une élégance ( i ) Laconique. 

(i) Oakriét. * 

(i) Trcs-fuccinUe, comme celtes des LacCdémoniens» 



i 



à 



Î3S FABLES CHOJSIES j 

U renferme toujours-fou conte en quatre vers; 
Bien ou mal , je le teiffe à Juger aux Experts. ' 

Voyons - le avec Efopê en un fujet fcmblablp. 
L'un amène un ChafTeiir, l'autre un (3). Pâtre en 
. fa Fable. - . . 

J'ai fuivi leur projet quant à l'événement, 
Y coufant en chemin quelque trait feulement.. 
Voici comme, à peu près , Efope le raconte. 

Un Pâtre à fes brebis trouvant quelque mécompte, 
Vioulut à toute force attraper le iawon. 
II s'en va près d'un antre , & tend à l'enyiron 
Des laç$ à prendre loups , foupçonnant cette engeance. 

* • Avant que dé partir de ces lieux, 
Si tu fais, difoit-il ,<ô (4) Monarque des Dieux, 
Que le drôle à ces lacs fe prenne en ma préfence, 

Et que je goûte ce piaifir, 
• Parmi vingt veaux je veux choiâr 

Le plus gras , & t'en faire oflpnde. 
A ces mots fort de l'antre un Lion grand & fort. 
Le Pâtre fe tapit, & dit à demi mort: 
Que l'homme ne fçait guère , hélas ! ce qu'il demande! 
Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau, 
Et le voir dans ces lacs pris avant que je parte , 
O Monarque des Dieux, je t'ai promis un veau; 
Je te promets un bceuf , fi tu fais qu'il s'écarte* 

Ceft ainfî que l'a dit le principal Auteur: 
Pafibris à fon imitateur. 



u. 



1 n Fanfaron , amateur de la chaflb, 
Venant de perdre un chien de bonne race, 
Qu'il foupçonnbit dans le corps d'un Lion, 
vit un Berger. Enfeigne -moi de grâce, 

( } ) Ou Berger qui gude des troupeau* de fcrebi*. 
14) Jupiter. 



' L I V R E V I. 499 

De mon voleur, lui dit- il, la ïnaifon, 

Que de ce pas je me Me raifofi. 

Le Berger dit: c'eft vto cette montagne. > 

En lui payant de N ( 1 ) tribut ua moutoa 

Par chaque mois, j'erre dans lu campagne 

Comme il me plaît; & je fuis en repos; 

Dans le moment qu'ils tenoient ce propos > 

Le Lion fort, & vient d'un pas agile. 

Le fanfaron aufE-tôt d'efquiver. 

O Jupiter, montre -moi quelque afyle, 

S'écria -t- il, qui me puifijs feuver. , 

La vraie épreuve de courage -> y . 

N'eft que dans le danger que Ton touche du doigt: 
Tel le cher choit , dit - il , qui , changeant de langage* 

S'enfuit aufB-tôt qu'il le voit. 

( i ) Comme une vente Seigneuriale. 



FA B L E Ml. 

(i) Pbœfas & Borée. 

j3orée & le Soleil virent un Voyageur, 

Qui s'étok muni par bonheur 
Contre le mauvais temps. On entrott dans Fautomûe* 

Suand la précaution au* Voyageurs eft bonne i * 
pleut; le Soleil luit: & l'écharpe d'Iris 
Rend ceux qui tortent avertis 
(2) Qu'en ces mois le manteau leur eft fort néceffiri» 
LesLatins les nommoient(3)douteux pourcette affaire- 

(1 ) L* Soleil, & le Vent du Nord, qui effc-eu général 
très-violçnt. ««- * * w 

( 1 ) A caufe de U pîuye qui forme actuellement l'Arc- 
en Ciel , a la faveur des rayons du SoleiL ' 

(3) Incertains. Inctrtis fi mmfihêi amnis abonda» exil». 
Viri Gcorg. L. 1. v. lit > i»i« 



Ï4© FABLES CHOIS TES 

Notre homme s'était donc à la ploie attendu. 
Bon manteau bien doublé , bonne étoffé bien forte. 
Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu 
A tous les aeddens ?.mais il n'a pas prévu 

Que je fçaurai fouffler de forte , 
Qu'il n'eft bouton qui tienne: il faudra, û je veux, 

Que le manteau s'en aille au diable. 
L'ébattement pourroit nous en "être agréable : 
Vous plaît-il de l'avoir ? Et bien gageons nous- deux 

(Dit Phœbus) fans tant de paroles, 
A qui plutôt aura dégarni les épaules 

Du Cavalier que nous voyons. 
Commencez : je vous laifle obfcurcir mes rayons. 
11 n'en fallut pas plus. Notre foufHeur à gage 
Se gorge.de vapeur, s'enfle comme un balon, ' . 

Fait un vacarme de démon , 
Siffle, fouffle, tempête, & brife en fon paflâge 
Maint tçît qui n'en peut mais , fait périr maint bateau : 

I Le tout au fujet d'un manteau. . . - : 
Le Cavalier eut foin d'empêcher que l'orage 

*J*Ç f^pût engouffrer tfedarjà. £ 
Cela le préferva : le Vent perdit fon temps r 
Plus il fe tonrmentoît, plus l'autre terioit ferme: 

II eut beau faire agir le colet & le plis. r - 

, Si •* tôt qu'il futau èout du terme 
Qu'à la gageure on ayoit mis , 
K 'i- Le Soleil diffipe la nue 
Récrée > & puis pénétre enfin le Cavalier, . . 
Sous fon (4) balandras fait qu'il fue, 
Le contraint de s'en dépouiller. . 
Encore fc'ufa-t-il pas de toute fa jmiflànce. 

îPlus fait douceur que violence. 

(4) On Balandran, gros manteau de campagne*. 



•fr 



' L I V R E VI. 7 b+c 

■I . , i ' j ,,..'.. ■ \± 

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» 'S 

FABLE IV. 

Jupiter & te (i) Méayer. 

J upker eut jadis une ferme à donner. • 
Mercure en fit l'annonce; & gens fc présentèrent; 

Firent des offres, écoutèrent: 

Ce ne fut pas fans bien tourner. 
. L'un aliéguoit que l'héritage 
Etoit (2) frayant & rude; & l'autre un autre (3) îï.' 

Pendant qu'ils marchandoient ainfî , 
Un d'eux le plus hardi, mais non pas le plus fage, 
Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter 

Le laifUt difpofer de l'air , } 

Lui donnât faifon à fa guife, 
Qu'il eût d j chaud , du froid , du beau tems , de la bife,: 

Enfin du fec & du mouillé , 

Auffi - tôt .qu'il auroit. baillé. 
Jupiter y confent. Contrât pafTé : notre homme 
Tranche du Roi des airs , pleut, vente ;& fait en fonime 

( 1 ) Fermier ouï tient "des biens à loyer. 

(i) Héritait frayant, qu'on ne" peut mettre' en valeur, 
fans faire de grofles dépenfes.. Les Fermiers & les Païfant 
de Champagne , & des environs de Château - Thierry oh 
eft né La Fontaine , fe fervent fort communément des 
mots frayant Se frayer. La Vigne, difent-ils , & certaines, 
Terres labourables frayent beaucoup* c'eft-à-diré , que la 
culture de la Vigne & de certains Champs exige des foins 
& des frais considérables.* C'eit ce^ que j'ai apris d'une 
Demolfelle Champenoife, d'un efprit très-jufte & très» 
delicat ,_quî fçait obferver & retenir exactement ce qui 
mérite d'être obfervé. Le mot de frayer eft prt lentement 
inconnu à la Langue Françoife dans ce fens-là ; Sç c'efr 
pourtant de frayer qu'eft venu défrayer , terme fort connii,*" 
fort ufite" , & dont le fen4 conferve un raport' très - fenfi-. 
ble avec celui de fr*ytr , que lui donnent les Païfaiu de 
Champagne, .- . ' 



f - 



»is FABLES CHOISIES 

Un climat pour lui feul : (es plus proches voifins 
Nes'earentoient non pliâ^têd^XAnârSpiBiU 
Ce fut leur avantage : ils eurent bonne année , 

Pleine moifibn , pleine vinée. 
Monfieur le Receveur fut très -mal partagé. 
. L'an fuivant, voilà tout changé. 

Il ajufte d'une autre forte 

La température des Cieux. 

Son champ ne s'en trouve pas mieux. 
Celui de tes voifms fruftifie & rapporte. 
Que fait -il? XJL recourt au Monarquç des Dieux; 

Il confefle fon imprudence. 
Jupiter en ufa comme un Maître fort doux. 

Concluons que la Providence 

Sçait ce qu'il nous faut mieux que nous. 

(4) Peuples de l'Amérique. 



FABLE V. 

Le Cochet y le Cba$ & le Souriceau. 

\J n (1) Souriceau tout jeune,& qui n'avoit ripn vu, 

Fut prefque pris au dépourvu. 
Voici comme il conta Tavanture à fa mère.' 

Javçis franchi les Monts qui bornent cet Etat, 
Et trottois comme un jeune Rat 
Qui cherche à fe donner carrière ; 

Lorfque deux animaux m'ont arrêté les yeux, 
x L'un doux , bénin & gracieux > 

(1 j Une jeune Souris. 



. ; l i v r e vi. m 

Et r«rtre tariraient &*pletn d'inquiétude* - • t 

Il a la voix perçant & rude; 

Sur la tête un morceau de chair; 
Une forte de bras dont il s'élève en l'air,. 

Comme poyr prendre fe volées 

La queue en panache étalée. 
Or c'étoit un Cochet dont notre Souriceau 

Fit i fa merc le tableau, 
Comme d'un Animal venu de l'Améfl)ue» < 
Il fe battoit, dit -il , les flancs avec Tes bras, 

Faifant tel bruit & tel fracas, 
Que moi, qui grâce aux Dieux, de courage me pique, 

En ai pris la fuite de peur, 

Le maudiflànt de très -bon cœur. 

Sans, lut j'aurois tait connoilTance^ 
Avec cet animal qui m'a femblé fi doux. 

Il eft velouté comme nous , 
Marqueté, longue queue, une humble contenance, 
Un modefte regard , & pourtant l'œil luifant. 

Je le crois fort fympatifant 
Avec Meilleurs les Rats : car il a des oreilles 

En figure aux nôtres pareilles. 
Je l'allois aborder, quand, d'un fpn plein d'éclat, 

L'autre m'a fait prendre la fuite. 
Mon fils, dit la Souris, ce douect eft un Chat, 

Qui, fous fon minois hypocrite, 

Contre toute ta parenté 

D'un malin vouloir eft porté. 

L'autre animal , tout au contraire , 

Bien éloigné de nous mal faire, 
Servira quelque jour peut -être à nos repas. 
Quant auChat,c'eft fur nous qu'il fonde fa cuifine. 

Garde -toi , tant qye tu vivras , 

De juger des gens fur la mine. 



*%& 



>44 FABEES CHOISIES 

FABLE V I, 
Le Renard y U Singe & les animaux. 

JLrfes Animaux, au décès du Lion* 

En fotufivant , Prince de la contrée , 

Pour flffe un Roi s'aflemblerent , dit -on. 

De fon étui la Couronne efl tirée. 

Dans une (i) chartre un Dragon la gardoit. 

*' ' .fl fe trouva que fur tous eflàyée, 
A pas un d'eux elle ne convenoit. 
Plufieurs avoient la tête trop menue , 
- Aucuns trop grofle , aucuns même cornue. 

— Le Singe auffi fit l'épreuve en riant; 
Et, par plaifir, la thiare effayant, 
Il fit autour force grimacerîes , 
Tours de fouplefle , & mille lingerie* * 
PaflTa dedans ainfi qu'en un cerceau* 
Aux Animaux cela fembla fi beau, _ 

Qu'il fut élu : chacun lui fit hommage, 
> Le Renard feul regretta fon fuffrage , 
Sans toutefois montrer fon fentiment. 
Quand il eut fait fon petit compliment, 
11 dit au Roi : Je fçais , Sire , une cache ; 
Et ne crois pas qu'autre que moi la fçache. 
Or tout tréfor, par droit de royauté, 
Appartient, Sire, à votre majeflé. 
Le nouveau Roi bâille après la finance : 
Lui -même y court pour n'être pas trompé* 
Cétoit un pi^ge : il y fut attrapé- 
Le Renard dit, au nom de l'affiftance, 

(i) Le mot de Chdrtrt fîgnifie proprement une Prifon, 
& no» vieux Romanciers l'emploient foavcnt.cn ce fens- 
li. Il fe prend ici pour un UtiLproprc à mettre quelque 
«bofe en fureté. •...*. 

Prétendîroifi- 



L I V R E V I* t45 

Pïétendrois-tu nous gouverner *éncor , 
Ne fçachant pas te conduire toi-inêrae ? 
Il fut démis; & l'on tomba d'accord, 
Qu'à peu de gens convient le Diadcme. 



F A B L E^ v II. 

Le Muktfe vantant de fa (i) Généalogie. 



L» 



Mulet d'un Prélat fe pîquoft de noblefle , 
Et ne parloit inceflaminent 
Que de fa mère la Jument , 
' Dont il contait mainte proueflfe. ' 

iEile avoît fait ceci, puis avoit été là. 
\ - Son iils prétendent pour cela, î 

Qu'on le dût mettre dans l'hifloire. 
Il eût crû s'abàifler fërvant-un JVlédecin. . i 
Etant devenu vieux, on le mit au moulin. 
;Son père l'Ane alors lui revint en mémoire. 

Quand le malheur ne feroit bon 
i^u'à mettre un fot.à là raifon. 
Toujours feroit<e à jufte caufe , 
Qu'on le:dit bon à quelque chofe# 

(O La fuite de fes Ancêtres. 



FABLE VIII. 

Le Vieiltard& fAne. 



U. 



Vieillard furfon Ane apefçtit en paffant ' 
.Un prC* plein, d'bcrbç'&'fleuriaaiù» . . 
' G 



V**" FABLES CHOISIES 

Il y lâche fâ btte; & le Grifon fe rue 
'Au travers de l'herbe menue, 
Se veautrant, grattant & frottant, 
Gambadant,' chantant & broutant, 
Et faifant mainte place nette. 
L'Ennemi vient fur l'entrefaite. 
Fuyons, dit alors; le Vieillard. 
» * Pourquoi V répondit la paillard ;- 

Me fera-t-on porter double bât, double charge? 

-Non pas , dit te Vieillard, -qui prit d'abord le large. 

Et que m'importe , donc dit l'Ane, à qui je fois? 
Sauvez- vous &me laiffez paître. 
Notre ennemi , c'eft notre Maître : ^ 
Je vous le dis en bon François. 



F A B L E IX. 

Le Cerf Je voyant dans l'eau. 



.B» 



'ans lecriftai cï'une fontaine, 
Un Cerf fe mirant autrefois , 
Louqit la beauté de fon ( i ) bois ; 
Et ne pouvoit qu'avecque peine 
Souffrir fes jambes de ( 2 ) .fufeaux , 
Dont il voyoit l'objet fe perdre dans les eaux, 
Quelle proportion de mes "pieds à ma tête ! * 
jDifok-il,, en. voyant leur ombre avec douleur : 
Des (3) taitiis les plus hauts mon front atteint le faîte: 
Mes pieds ne me font point d'honneur. 
Tout en pariant de la forte , 
.Un (4) Limier le fait partir: 

(1) Ses Cornes, qu'on apelle Bois, 
(x) Foet me jiuts. 

(3 ) Bois que l'on coupé de temps en temps. 
♦ (*) ©to* Oien , bon pour U chafle du C«w. 



LIVRE VI. I4f 

l\ tâcfie à fe garantir , 
Dans les forêts il s'emporte. 
Son bois, dommageable ornement, 
L'arrêtant à chaque moment, 
Nuit à l'office que lui rendent 
Ses pieds, de qui fes jours dépendent. 
Il fe dédit alors , & maudit les ( 5 ) préfens , 

Que. le Ciel lui fait tous les ans. v N 

lNous faïfons cas du beau , nous méprifons l'utile; ' 
Et le beau fouvent nous détruit. 

Ce Cerf blâme fes pieds qui le rendent agile : 
11 eftime un bois qui lui nuit. 

(5) Le bois du Cerf tombe, & revient toutes les années. 



FABLE X. 
Le Lièvre & la Tortue. 



R* 



.içn ne fert de courir : il faut partir à point. 
Le Lièvre & la Tortue en font un témoignage. 

Gageons , dit celle-ci , que vous n'atteindrez point 
Si-tôt que moi ce but. Si-tAt? Etes-vous fage? 
Repartit l'animal léger. 
- Ma commère , il vous faut purger 
Avec quatre grains d'Ellébore. 
1 Sage ou non , je parie encore. 

! Ainfi fut fait, & de tous deux 

On mit. près du but tes enjeux 
Sçav.olr quoi, ce n'eft pas l'affaire; 
[ Ni de quel Juge l'on convint. 

Notre Lièvre n'avûit que quatre pas à faire , 
fentens de ceux qull fait, lorfque prêt d'être atteint, 

G 2 



'f 



H8 FABLES CH/OlSfES 

Il s'éloigne des Chiens ,. les renvoyé ' ( i ) aux Caleti 
des , 

Et leur fait arpenter les (a)- Landes. 
Ayant, dis-jc , du temps de refte pour brouter, 
- . ' ~ Pour dormir , & pour écouter 
D'où vient le vent, il laille la Tortue 
Aller {on traiivde (3) Sénateur. - 
Elle part, elle s'évenue, 
Elle fe hâte avec lenteur. 
Lui cependant méprife une telle' victoire , 
Tient la gageure à peu de gloire , 
Croit qu'il y va de fon honneur 
De partir tard. JJ brpute , il fe repofe , 

Il s'anuife à toute autre ' chofe 
Qu'à la gageure. A la fin , quand il vf t 
Que l'autre tpuchoit prçfque au bout de. la carrière 
11 partit comme un trait; mais les élans qu'il fît 
Furent vains : la Tortue arriva la première. 
Hé bien, lu! cria-t-ellc, avols-je pas râifon ? 

De quoi vous fert votre vîtefïej . 

Moi remporter ! Et que feroît-ce 

Si vous portiez une ( 4 ) maifon ? j 

(1 ) S'en éloigne fi bien, que les Chiens ne penvet 
le ratraper , & ie trouvent par -la dans- le Cas où eft u 
Créancier que fes Débiteurs renvoyent aux Calendes G re« 
qwes, ternie de payement tout - 2 • fait chimérique , pa 
ce quil, n'y a point de jour dans l'année que les Grc< 
ayent nommé Calendes ; quand ferez.- vous hors de dtbtà 
demanda Pantagruel. Et Calendes Grecques, répondit P\ 
muge, ioncjue tont le mende fera content , tjyc. P+nt*.ar M€ i 
Liv*. III. chap. 3. La Fontaine fupofant fon Lecteur de 
inftruifi fur ce point de Littérature fort trivial , & qu , j 
doit avoir apris au Collège, s'eit contenté de dire ^ qJ) 
le Lièvre renvoyé les Chiens*, aux Calendes, * ^ ' 

( 2 ) Terres itériles , incultes , fort propres pour 
châtie.» 

( 3 ) les Magiftrat« marchent poTemeni. 



écai! 



( 4 ) Comme la Tortue , c^ui cft couverte d'une gro, 

aille. 



I 



* L I v V R E VI. 149' 

— — — ^ • ^ 

FABLE XI. 
' VAne &Jèi Maîtres. 



Ane dlun Jardinier fe plaîgnoït au Deftfn 
k ce qu'on le faifoit lever devant l'Aurore. 
-es Coqs , lui difoit - il , ont beau chanter matin , * 

Je fuis plus matineux encore. 
fe pourquoi ? pour porter des herbes au marché. 
telle nécefRté d'interrompre mon fomme ! 
I Le fort, de fa plainte touché, 
Lui donne un autre Maître; & l'animal de fommÇ; 
faffe du Jardinier aux mains d'un Corroyeur. 
w pefanteur. des peaux, & leur mauvaife odeur 
Eurent bien -tôt choqué l'impertinente bête. . 
pi regret, difoit -il, à mon premier Seigneur: 
I Encor , quand il tournoit la tête , 
I J'attrapojs, s'il m'en fouvient bien, 
Quelque morceau de chou qui ne me coûtolt rien ; 
pis ici (i) point d'aubaine , ouii j'en ai quelqu'une , 
(î'eft de coups. Il obtint changement de fortune ; 
! Et fur l'état d'un Charbonnier 
! Il fut couché tout le dernier. 
pe plainte. Quoi donc , dit le Sort en colère , 
i Ce Baudcç - ci m'occupe autant 

Que cent Monarques pourroient faire. - 
fait -il être le feul qui ne foit pas content? 

N'ai -je en l'efprit que fon affaire ? 
ta Sort avok raflbn : tpus geris font ainfi faits ; 
(foire condition jamais ne nous contente : 
i . La pire eft toujours la préfente, 
tous fatiguons le Ciel à force de ( 2 ) placets. 
j[u a chacun Jupiter accorde fa requête , 
i Nous lui romprons encor la tête. 

( ' ) Nul profit cafucl , nulle bonne aventure. 
U) Demande*., 

G 3 



S5» FABLES CHOISIES 

Envtfyât gens le vifiter , 
Sous promellb de bien traiter 
Les Députés , eux & leur fuite ; ' 

Foi de Lion très -bien écrite; 
Bon pafle-port contre la-dent, 
Contre la griffe tout autant. 
L'édit du Prince s'exécute : 
De chaque efpece on lui députe» 
Les Renards gardans la maifon , 
Un «Teux en dit cette raifon. 
-• Les pas empreints fur la pouiHére, 
Par ceux qui s'en vont faire au malade leur cour* 
Tous, fans exception, regardent fa tanière} 
Pas un ne marque de retour. 
Cela nous met en méfiance. 
Que fa Majeflé nous difpenfe. 
Grand - merci de fou pafle-port. 
Je le crois bon : mais dans cet antre % 
Je vois fort, bien comme l'on entre , 
Et ne vois pas comme on en fort. 



FABLE XV. 

VOifeteur, F Autour, & F Alouette* 



I 



l^j es injufttces âés penters - 
• Savent fouvent d'exeuffes aux nôtres. 
Telle eft la loi dé l'Univers : 
Si tti veux qu'on f épargne,, épargne auffi les autres. 

Un Manant au ( i ) miroir prenoit des Oifillons : 
Le wntôme brillant attiroit une Alouette.' . 
Aufïï - tôt un ( 2 ) Autour planant fur les Allons » 
Defcend des airs , fond & fe Jette . 

{t) Efpéee dcchaflc'atix petits Oifeaux,. 
{ 2 } Oiieau de proie. ' .. . 



L I V R E I V. is* 

Aperçut un Serpent fur la neige étendu ; 
ïranfî, gelé, perclus, immobile rendu , 

N'ayant pas à vivre un quart d'heure. 
Le Villageois le prend , l'emporte en fa demeure; 
Et fans confidérer quel fera le ( i ) loyer 

D'une aftion de ce mérite , 
| Il rétend le long du foyer , 

Le réchauffe, le rcflufcite. 
L'Animal engourdi fent à peine le chaud, 
Que l'ame lui revient avecque la rolere. 
11 lève un peu la tête , & puis fiffle auffi-tôt, 
Puis fait un long repli, puis tâch» à faire un ( faut 
Contre fon bienfaiteur, fon fauveur & fon père. 
ingrat, dit le Manant, voilà donc mon falaire? 
^mourras. Aces mots," plein d'un jufte courroux, 
il vous prend fa cognée, il vous tranche la bâte, 
| Il fait trois Serpens de deux coups , 

1 Un tronçon, la queue, &~la tôte. 

pnfefte, fautillant, cherche ( 2 ) à fe réunir, 

Mais' il ne peut y parvenir. 
\ 

\ 11 left bon d'être charitable : _ 
> Mais envers qui , c'eft le point. 

| Quant aux ing;rats ,.'il n'en eïl poipt 

Qui ne meure enfin miférable. 

I ( 1 ) La récompenfa. 
k (0 Se rejoindre. 

f F A B L E XIV. 

Le Lion malade, & le Renard*. ;. 



D, 



e par le ( 1) Roi des Animagx, 
Qui dans fon antre étoit malade , 
Fut fait fçavoir à Xes vaflaux 
Que chaque efpcce en Ambaflade . , 
(OLe Lion. ' ., • 

G 4 



IJ4 FABLES CHÔ I'S 1 E S 

FABLE XVII. 

Le Chien qui lâche fa proie pour F ombre. 



C 



\ hacun fe trompe ici bas : 
On voit courir après l'ombre 
Tant de fous , qu'on n'en fçaït pas, 
t La plupart du temps, le nombre. 
Au Chien dont parle Efope, il faut lés renvoyer. 
Ce Chien voyant fa proie en Peau repréfentéc , 
La quitta pour l'image , & penfa fe noyer ; 
La rivière devint tout d'un coup agitée , 
A toute peine il regagna les boris; 
Et n'eut ni l'ombre , ni le corps. 

F.A' B' It E XV I L I. 

Le Cbariier embourbé. 



JL^e 



'e ( r) Phaeton d'une voiture à foin 
Vitfôn char embourbé. Le pauvre homme étoit loin 
De tout humain fecours. . C'étoit à la campagne , 
Près d'un certain canton de la bafle Bretagne 
• Appelé Quinper - corentin. 

On fçait aflez que le Deftin 
Adrefle-Ià les gens, quand il veut qu'on enrager 

Dieu nous préferye du voyage. 

Pour venir au Chartier embourbé dans ces lieux, 
Le voilà qui détefte éc jure de fon mieux, 

; Pefiaat en fa fureur extrême , 
Tantôt contre les trous, puis contre fes chevaux, 

Contre fon char , contre lui - même. 
Il invoque à la fin, le Dieu, dont les travaux 

( i ) Phaëton , fils du Soleil , voulut . conduire le Chat 
de fon Pcre : &'perforine n'ignore quel fut Ul fucecs d'u- 
ne entreprife 43 téméraire x 



LIVRE VI. 155 

- Sont fî célèbres dans le monde. 
Hercule , lui dit-il , aide -moi : fi ton dos 

A porté la machine ronde , 

Ton bras peut me tirer d'ici. 
Sa priéte étant faite, il entend dans la nue 

Une voix qui lui parie ainfï : 

Hercute veut qu'on fe remue , 
Plus- il aide les gens. Regarde d'où provient 

L'achopement qui te retient : 

Ote d'autour de chaque roue 
Ce malheureux mortier , cette maudite boue f 

Qui jusqu'à l'eflïeu les enduit. 
Prends ton pic& me romps ce caillou qui te nuit- 
Comble -moi cette ornière. As-tu fait? Oui, dit 

l'homme. 
Or bien je vaist'aider, dit la voix: prends ton fouet. 
Je l'ai pris. Qu'eft - ceci ? mon char marche & fouhait I 
Hercule en foit loué. Lors la voix : tu vois commet 
Tes chevaux aifément fe font tirés delà* 

Aide -toi , le Ciel t'aidera* 



9 



FABLE XIX. 
Le Chartatan. 

JL^e monde, n'a jamais manqué de Charlatans. 
Cette fcicnce de tout temps , 
" * Fut en Profeflfeurs très - fertile. 

Tantôt l'un en théâtre affronte (i) l'Acheron, 
Et l'autre affiche par la ville 
Qu'il eft ( 2 ) une Paffe - Ciceron. 

( \ ) Affronte la mort , faîfant fur lui - même des épreu- 
ves très - périllcufcs en aparence , pour juiiifier au* yeux 
foi Speâuews la bonté de foi» Antidopc , &c. 

Ci) fins éloquent que Cicexpa. 

G 6 



IS 6 FABLES CHOISIES 

Un des derniers fe vantoït d'être 
. En éloquence lî grand maître , 

Qu'il rcndroit difert un (3^ badaut, 

Un manant, un nuire, un lourdaud. 
Oui, Moeurs, un lourdaud, un animal, un ane: 
Que Ton m'amène un ane, un^ane renforcé, 

Je le rendrai maître pafTé ; 

Et veux qu'il porte la (4) foutanc. 
Le Prince fçut la chofe: il mandate Rhéteur. 

-J'ai, dit -il, en mon écurie, 

Un fort beau rouflin d'Arcadie , 

J'en voudrois faire un Orateur. 
Sire , vous pouvez tout, reprit d'abord notre homme» 

On lui donna certaine fomme. 

11 devoit , au bout de dix ans , 

Mettre fon ane fur les (5) bancs : 
Sinon, il confentoit d'être, en place publique , 
Çuindé la hart au col, étranglé court & net, 

Ayant au dos fa Réthorique, 

Et les oreilles d'un baudet. • 
Quelqu'un des Courtifans lui dit qu'à la potence 
il vouloir l'aller voir; & que, pour un L pendu p 
îl auroit bonne grâce & beaucoup de preftance: 
Sur -tout qu'il fe fouvlnt de faire à l'afliftance 
Un difcoîirs où fon art fût au long étendu r 
Un difeours pathétique, & dont le formulaire 

Servît â certains Cïcerons 
, ., Vulgairement nommés larrons. 

L'autre reprit; : avant l'affaire , . 

LpRoi, l'ane^Qu moi nous mourrons. 

< Il âvoit raifdn. C'eft fôlîe 

De compter fur dix ans de vie. 
Sôyoris bien buvâns, bien /nângeans, 
Nous, devons à la mort de. trois l'un en dix ans. 

-<3).Nwis, imbécile. • ^ 

(4) Kobo longue que portent le#tBach«li«t$ en Licence 
(j)Dcs Ecoles p«blicp«* ' •'- 



"•LIVRE VI. 157 

gs=as== ' ; , n 

_F V A B L E X X, 

La Difcorde. 

JL^a Déefle Difcorde ayant brouillé lesDieux, 
Et feit un grand procès là-hautpour une (ï)0biimle; 
On la fit déloger des Cieux. 
Chez Tanimal qu'on apelle Homme, 
Gn la reçut à bras ouverts, • 
' Elle, (a) & Que-fî : que-non , fon frère, 
Avecque Tien-œ-mien , fon père. 
JEUe nous fit l'honneur , en ce bas Univers , 

: De' préférer notre Hémifpheïe, 
A celui des (3) mortels, qui nous, font oppofiés, 

. Gens groflîers , peu civilifés , 
Et qui, fe mariant fam Prêtre. & fans Notaire, 

De la Difcorde n'ont que faire. ^ 
Pour la faire trouver aux lieux où le befoin 
Demandoit qu'elle fût préfente, 
La Renommée avoit le foin 
DeTavertïr; & l'autre diligente, 
Gouroit vite aux débats, & prévejioit la paix; 
Faifoit, d'une étincelle, un feu long à s'éteindre. 
La Renommée enfin commença de fe plaindre > J 
' Que Ton ne lui trouv'oit jamais 
- "De demeure fixe & certaine. ' 
Bien fouvent l'on pçrdoit, à; la chercher, fa peine. 

/ 1 ) La Pomme d'or prétendue par J»»on t P allas , & 
Vén»s f & qui fut donnée à latlerrtiéw par P&nt. 

<zï £L«?fk> <*»' »•»•' termes que répètent roceflanar 
ment- ctîk qui font en dHpute , J;un*oi* affirmer ce qiifc 
Wttwc nié. tes uns difent ^ jî. &" 1« ™tres V» *•+ 

^mNoifs^es «ommonsnos Antipodes 5 & W fom- 
m eVleurs Antipodes à leur égard, étant oppofés » eux, 
comoaç ils le font à. nous. * . 

G 7 



te© FABLES CHOISIES 



ï ï W) EPILOGUE. 

JI3 ornons ici "cette carrière : 

Les. longs ouvrages me font peur. 

Loin d'épuifer une "matière ,. 

On'Ven doit prendre que la fleur. 

Il s'en va-temps que ]è reprenne 

Un peu de forces & d'haleine , i 

ïour fournir à d'autres projets. ' 

Amour , ce tyran de ma vie , 

Veut que je change de fujets : ! 

Il faut contente^ ion envie : j 

(2) Retournons Jà Pfychë. Damon ? 'vousm'eXhortC2: 
A peindre fes malheurs & fes félicités; ' ! 

J'y cbnfens : peut - être ma veine 
. En fa faveur s'échauffera. 
Heureux! û ce travail eft la dernière peine,* 

Que Ton Epoux me caufera! 

(1) Conclu fion. 

(2) Ici La Fontaine veut parler d'un petit Ouvrage cli 
Profe .& en V«rs , ou il a raconté très - agréablement Us 
vivant ures dt Pfychê 9 mars qu'il n'avoit pas encore acné 1 
vé quand il dit , \etottrnans à P fiché, Quoiqne le fond de | 
cet ouvrage foit tiré 4'wty«/«>, Auteur Latin, La Fon- \ 
taine a trouvé le fecret de l'enrichir de pltifieûrs beau* 
Tableaux de fon invention» qui dans l'opinion de bien des | 
gens_, le mettent au-deflus» de l'ancien original. 

- ■ fin du Jixtème Livre. 



T'A BLE 

DES -FABLES 



I CONTENUES 



DANS LA PREMIERE PARTIE. 



LIVRE PREMIER; ; 

Fable I. JL/a Cigale {$ la Fourmi, Page 3 

Fable II. Le Corbeau & le Renard , \ 4. 

Fable III. La Grenouille qui Je veut faire aufli greffe 

que le Bœuf, » . ♦ j 

Fable IV. Les deux Mulets, - ibid. 

Fable V. Le Loup £? le Chien, 6 

Fable VI. La Gemjfe, la Cliévre fcp> Brebis, enfo- 

ciètè avec le Lion , S 

Fable VIL LaBeface, . 9 

Fable VIII. L'Hirondelle £p les petits Oifeaux , 10 
Fable IX* Le fLatdeVUle, (f le Rat des Champs , 12 
Fable X. Le Loup &? V Agneau. 14 

Fable XL L Homme &fm Image, 15 

Fable XII. Le Dragon à plujieurs têtes f £? le Dragon 
à plufieurs queues , s 16 

Fable XilJ. Les Pâleurs £? fjiiie, 11 



TABLE DES FABLES 

Fable XIV; Sïmonide préfervê par les Dieux , Page i$ 

Fable XV. La Mort £? le Malheureux , 20 

FaBle XVI. La Mort fc? k Bûcheron , 21 

Fable XVII. L'Homme 4ntre deux âges- & fis deux 

' ' Maîtreffes , " 22 

Fable XVIII. Le Renard £f la Cicogne , 24 

Fable XIX. L'Enfant 6? te Maître d'Ecole* 25 

Fable XX. Le Coq 6? ia l¥rte , - 26 

Fable XXI. Zw Frelons g» ter AfowAtf à «feZ, 27 

Fable XXII. Z,<? Chêne £? te rtç/êat* , 28 



LIVRE SECOND. 

Fable I. %^ontre ceux qui ont le goût délicat , Page 3a 
Fable II. Confeil tenu par les Rats, 32 

Fable III. Le Loup plaidant contre le Renard para- 
vant le Singe, 33 

Fable IV. Les deux Taureaux &P une Grenouille , 34 
Fable V. La Chauve-fouris & les deux Belettes, 35 
Fable VI. L'Oifeau Ueffé d'une flèche, 36 

jFableVII. La Lice & fa Compagne, 37 

Fable VIII . L'Aigle 6? l'Efcarbot , - 38 

Fable IX. Le Lion É? te Moucheron, 40 

Fable X. L'Ane chargé- d'épongés, 6P VAne chargé de 

fil* î4i 

Fable XI. Le Lion fcp te Rat , 43 

" Fabîe XII. La Coterofr? £f la Fourmi , , ibid. 

Fable XIII. VAftrohgue qui fe laiffi tomber dans un- 

puits , 44 

Fable XiV. Le Lièvre £p les Grenouilles', ' 46 

Fable XV. Le Coq £f te tonori, 47 

Fable XVI. L* Corbeau voulant imiter F Aigle, • 49 
Fable XVII. L* Paenfi plaignant à ?mm$ ■ ■ - 5* 



DE LA I. PARTIE. 

Fable X Vin. La . Chatte mJtmwpJiafû ■ m -Sem-t* i 

Page 51 
Fable XIX. Le, Lion fcp l'Ane chajjant ,. 5 2 

Fable XX. Tèjlament expliqué par Efope, . 53 



LIVRE TROISIEME, 

Fable I. JL/* Meunier , fin Fils £? l'Ane l Page 57 

Fable IL Les Membres fcp VEfiomac , 60 

Fable III. Le Loup devenu Berger, ' 6z 

Fable IV. Les Grenouilles qui demandent- un Roi , 63 

Fable V. Le Renard £? le Bouc , ' 64 

Fable VI. £' Aigle, la Laye fcp la Chate, * $5 

Fable VII. V Ivrogne & fa Femme, 67 

Fable VIII. La Goûte &p F Araignée , • -. , . : : 6$ 

foblelX. Le Loup & laCicogne, " " ' 76 

Fable X. Le Lion abattu far V Homme*.. jLbid. 

Fable XI. Le Renard & les Raijins , 71 

FableXII. Le Cygne ($ le Cwfinkr, 72 

Fable XIII. Les Loups £p les Brebis > 73 

Fable XIV. Le Lion devenu vieux, ,74 

Fable XV. Philomèle £? Progné, ibid. 

Fable XVI. La Femme noyée, 75 

Fable XVII. La Belette entrée dans un Grenier, 76 

hbkXVULLeChat&mvieux Rat, . 77 



TABLE DES FABLES 



LIVRE QUATRIEME. 

Fable I. JfiL/ff Lion emouraa: r : ftge So 

Fable II. Le Berger £? fo M<?r ,- 82 

Fable.III. La Mozw/zf 6? la Fourmi, * • - 84. 

-Fable IV. L<? Jardinier & fin Seigneur , S6 

Fable V. L\^foe 6f te petit Chien , v . 83 

Fable VI. Le combat des Rats fc? des Belettes, 89 
Fable VII. Le Singe fc? te Dauphin , 91 

Fable VIII. L'Homme &f r/rfofe Je ZwV, " 93 

Fable IX V L* Geai paré des plumés dit Paon, 9+ 

Fable X. Le Chameau &? te.r Bâtons flotoans , > ibid. 
Fable XL La Grenouille & le Rai, ' \ ■* 95 

Fable XII. 2>ifatf em>oye? £ar Us Animaux à jfièxan- 
s dre, * ' ; : ' , 97 

table XIII. L« Cfov*J /fewtf yw/fo vtngqr'du Cerf, 

ICO 

FablteXIV. Le'- Renard &> le Bufte, ~ : .' 101 

Fable XV. Le Loup , la Cltévre & le Cîiéwau, 102 

Fable XVI. Le Loup , la Mère fcf. l'Enfant; ' ■ 103 

Fable XVII. Parole de Socrate, ' \ 104 

Fable XVIII. Le Vieillard & fes Enfans > ' . . 105 

Fable XIX. L'Oracle & l'Impie, ' 107 

Fable XX. L'avare qui a perdu Jon Tréfor y s .108 

Fable XXI. L'œil du Maître, ' ; ic9 
VMeXXll.- L'Alouette & fes petits", avec le' Maître 

dan Champ, ni 



DE LA I. PARTIE. 



LIVRE CINQUIEME. 

♦Fable I. jLje Bûcheron Ç3? Mercure- > Page 114 

Fable IL Le Pot de terre fcf le Pot de fer % nf 

.Fable IIL Le Petit Poiffbn & le Pécheur > 118 

FabJelV. Les Oreilles du Lièvre, lip 

Fable V. Le Renard qui, a la queue coupée , 1 20 

Fable VL La Pïeille & les deux Servantes, 121 

Fable VIL Le Satyre & le PaJJantj ,122 

Fable V IIL Le Cheval & le Loup r " ha. 

Fable IX. Le Laboureur & fes Enfans, 125 

Fable X. La Montagne qui accouche , 126 

Fable XL La Fortune Jf? le jeune enfant, • .127 

Fable XIL Les Médecins , r 128 

Fable XIII. La Poule aux- œufs d'or,, îbid. - 

Fable XIV. LAne portant des Reliques, I2p 

Fable XV. Le Cerf & la Vigne , c ' ibîJ, 

Fable XVL Le Serpent fcf & Lime , 130 

Fable XVII. Le Lièvre & /* Perdrix y 131 

Fable XV1IL UAfgk &fr Hibèu , • • î 132 

Fable XIX. Le Lion s'en allant en guerre , 134. 

Fable XX. LOurs & les deux Compagnons , ibid. 

Fable XXI. LAne vitu de la. peau du Lion, 135 



LIVRE SIXIEME. 

Fable 1. JL/<? Pâtre f£ le Lion, Page 137 

Fable IL Le Lion # le Chajfeur, 138 

Fable IIL Phœbus & Borée, 139 

Fable IV- ffnpiter & le Métayer , 141 



TABLE DES FABLES. 

tobleV. Le Cochet , le Chat, & le Souriceau f 

Page 142 
Fable VI. Le Renard , le Singe £3? les Anùmux , 144 
Fable VIL Le Mulet Je vantant de fa Généalogie, 145 
Fable VIII. Le Vieillard & VAne, îbid. 

Fable IX. Le Cerf Je voyant dans Veau, - 146 

Fable X: U Lièvre £p la Tortue* > 147 

tfable XL VAne J«f fes Maîtres, 149 

Fable XII.» Le Soleil & les Grenouilles, 150 

Table XIII. Le Villageois & le Serpent, ibid. 

Fable XIV. Le Lion malade, & le Renard, 151 
Fdble XV* VOifeleur, Y Autour & V Akuettë , 152 
Fable XVI. Le Cheval fcf VAne, 153 

Fable XVII. Le Chien qui lâche fa proie pour t ombre, 

154 
Fable XVIII. Le Chartier embourbé, ibid. 

Fable XIX. iLe Charlatan, i S5 

Fable XX. La Difcorde, . • 157 

Fable XXL Lajtunc Veuve, 158 

Epilogue, . -' Kïo 



Fin.de la Table de la première Partie. 



***** 



FABLES * 



FABLES 

C H I S I E S, 

MISES en VERS, 

FAR 

J.DE LA FONTAINE. 

NOUVELLE EDITION: 

Imprimée for celle de Paris in Jbtio, avec 
les Notes de Mr. Coste, qui fervent 
à .expliquer les paflàges & les expres- 
fions moins intelligibles pour la Jeu. 
neflè. 

SECONDE PARTIE.-.' 




i à L E I D E, 

'Chez LUZAC et van DAMME, 

11BCCLX XV I I !._ 



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AVERTISSEMENT; 






.* jk»»k- . 



(^*sM% atc i un. fécond Tecoeîhder: F&* 
a yf hto&qie/JBpy^bnié. àfc®riâic*i 
fit* ^ J' a U u gé à propos de donner à 
^}*Q*ç&r la plupart de celtes -ci un air & 
un tour un peu différent de celui que j'aï 
donné aux pftmîH&r * tfcft Jffeaufe de la 
différence des\ filets ^..qûe- pour* remplir 
avec plus de vfenété mon Ouvrage. Les 
traits familiers quêtai ftmé avec affez d'a- 
bondance dans celles -Jà , convenoientbien 
mieux aux inventions d'Efope qu'à ces 
dernières, où j'en ufe plus fobrement, 
pour ne pas tomber en des répétitions: car 
le nombre de ces traits n'eft pas infini. H 
a donc fallu que j'aye cherché d'autres en- 
'richiflèirçens, & étendu davantage les cir- 
coiïftances de ces récits, qui d'ailleurs me 
; fembloient le demander de la forte. Pouf 
f peu que le Lefteur y prenne garde, il le 
reconnoîtra lui-même : ainfl je ne tiens 
.pas qu'il foit nécefiàire d'en étaler ici tes 



1 



**4 ÂVEJtTISS EM.ElfT. 

taifons, non plus que de dire > où j*aipuïfé 
ces derniers rojets. Seulement jç dir*i par 
rèconnoîflance, quej'en'dois la plus grande 
partie k Pilpay , fage Indien. Son Livre a 
été traduit en toutes les Langues. Les' 
gpus du Pays le croyent^fort ancien , & 
original à l'égard d'Efope, fi ce iTéftEfo- 
pe InU xnéme ', fous le nom du fage Lac- 
rnàn. Quelques autres m'ont -fourni" des 
fujets allez heureux* Enfin, j'ai tâché de 
mettre en ces deux deMéres Parties toute 
la diverfité dont j'étais capable. 




.. . . *;* *, 




À MAD AME 

DE MONTESPAN. 

JLy'ÂPCULoatJi eft m donquivient des Immortel t 

< Ou fi c y eft un préfint des hommes % 
Quiconque nous Va fait > mérite des autels. 

. Nous devons* tous tant que nousjhmms, 
* Eriger en Divinité 
Le Sage par qui fut ce tel Art inventé. 
Ceji proprement un charme : il rend lame attentive ê 

Ou plutôt il la tient captive^ 

Nous attachant à uSsrétés_ ^ 
g»' mènent à fin gré lès cœurs & lese$ricr. 
vous qui rimitez, Olympe, fi ma Mufe 
4 quelquefois pris place à la table des Dieux , 
Sur fis dons aujourd'hui daignez porter les yeux : 
Favorifez les jeux où mon efprit s'amufe. 
Le temps qui détruit tout , rcfpeSant votre appui. 
Me laijfira franchir les ans dans cet Ouvrage ; 
Tout Auteur qui voudra vme encore après lut. 

Doit s'acquérir votre fuffrage. % 

Ceft de vous que mes vers attendent tout leur prix ; 

II rieft beauté dons nos Ecrits , 
Dont vous ne connolffiez jusquss aux moindres traces i - 
Eh ! qui connoit que vous les beautés & les grâces f 
Paroles & regards , tout ejt charme dans vous. 

Ma Mufe; en unfujet fi doux^ 
IL Partie. , H 



; \ •» . Voudrait s? étendre 4avantagex. * : 

falaise faut rfetfyr à iï'éutàs cet Wpïù y 
'.! L '.. & & m P ius ê 1 *™} Maître que mal*;. 
. . .*. J^« M>uang<i/i k fartage. > .. *. .... 

Frôre «o» Jêrv* un jour dç rempart £? ^*^n • 

^lotigçi dtformqi s lç Ltyte favori 
Par qui j'ojatfpérer une jeèonâe vie :* 
, Sous vosfeuls aufpices ces Fers 

. ** > tewJw s nWtgrérfiye n r 
„ / «. 1 * Erçgttâr &f y&x deXuufreri. . 
y* 0* w&te pflj une faveur fi grande ; 

La Fable, en fin nom , /a demande: 
Fméfa*bri pm #&* mmjfagevfeff sms.;\ 
5?'«7 procurç à mee Vm le bonhm Ve' yaks phke , 
Je croirai lui. devoir un temple ppurfalahe : 
Mou je ne. yeux bâtir, des, temples que pour vous.' 



i *â i W£€»~ 




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. - > <v-*^ ~^- "^ . ~>v •> 



L I P R E SEPTIEME. 



<^*K>*<»»^*<>* ^ *«>*<>*'fr 



■• ** » 



FABLE PREMIERS.: 

:. .,.■■:* f. <■. ' 1 . » 

Les animaux matades par ta pijîe: ' 

r ■ \J n mal qui répand la terreur/. 

^talque le ciel ea fa fiùfeur ; . ; • \l 

Inventa pour puajr le* cfimes de .la terre , 

La perte, (pulfqu'ii faut l'apode* par fon nom) 

Capable d'enrichir en un jour < i) i'Àchéron, 
« Faifoit aux Animaux la guerre. 

Ils ne mouroient pas tous > mais tous étaient frappés* 
. On n'ep voyoit point d'occupés V 

A chercher le foutien d'une mcurante vie; 

Nul mets n'excitoit leu^ envie. ! ' 

Ni Loups, ni Henards n?épioient, 
La douce & l'innocente proie. 
Les Tourterelles fe fuyaient; s * 

Plus d'amour , partant plus de joie. 

Le Lion tint confeil , & dit : mes chers omis, 
« Je crois que le Ciel a permis t %t 

Pour nos péchés cette infortune: 



4 



( i ) Le* Ea&N * f$*iic dcs,mott*> 
H 2 



169 FABLES -CHOISIES 

Que le plus coupable (te nous 
Se façrifie-eux traits du célefte courrottK, . 
Peut- être il obtiendra la guérifon commune. 
t'Hifloire nous apprend qu'en de tels acddent 

On fait de pareils dévoûmens. 
Ne nous flattons donc point, voyons fans indulgence 

L'état de notre confciencë. - 
Tour moi, fatisfaiftnt mes apétits gloutons, 

J'ai dévoré force moutons. 

Que m'àvoient-ijs fait? NoUc jbffenfe : 
Même il jn'eft arrivé quelquefois de manger 

Le berger. 
Jejjie dÔ^oùratdèffc» s'itïe ftut;;taaii j$ peiife. 
Qu'il eft bon que chacun s'accufe" ainfi que moi : 
Car on doit Souhaiter* félon toute juftice, 

Que le plus coupable périfTc. ' 
Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi; 
Vos fcrupules font voir trop de délicatefflrç 
Et bien , ( manger moutons , canàilte } Tocte efpéce , 
Eft-ce un péché ? Non, non : vous leur fites, Seigneur, 

En les croquant beaucoup d'honseucw 

Et quant m berger, Ton peut dire 

Qu'il étoit digne de tous maux, * 
Etant de ces gens -là qui , fur les AnrmâuTj 

. < Se font un chimérique empire. 
Àînfî dit le Renard, & flatteurs d'applaudir, 

On n'ofa trop approfondir 
Du tigre, ni de rpurs, ni des autres puiflances, 

: Les moins pardonnables offenfes. 
Tdus les gens querelleurs, jufqu'aux (impies mâtins, 
Au dire de chacun , étaient de petits fakifâ. 
L*ane vint à fon tour, & dit: J'ai fouvenance 

., Qu'en un pré de. moines parlant,- 
La faim, l'occafion, l'herbe tendre, & je penfe. 

Quelque diable auffi me pouffant, 
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue : 
Je n'en avois nul droit, puifq^il faut parler set. 



L I V R £ V II: i5p 

À ces mots on cria (a.) haro fur le baudet. 
Un Loup , quelque peu ( 3 ) Clerc , prou\ a par & 
harangue, ^ 

Qu'il failoit dévouer ce maudit animai , 
Ce pelé , ce galeux , d'où venoit tout le mal. 
Sa peccadille fut jugée un cas pendable. 
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! 

Rien qiiè la mort n'était capable 
D'expier fon forfait; on le lui fit bien voir. 

Selon que vous ferez puiflfant ou miférable, 

Les jugeirçens de cour vous rendront blanc ou noir. 

( 1 ) Cri pour arrêter un criminel* 
(5 ) Sçavans dans les Loix. 



FABLE IL 
Jje mal Marié. 

\JPue le bon foit toujours camarade du beau-, 
^ Dès demain je chercherai femme : 
j Mais comme le divorce entr'eux n*eft pas nouveau. 
Et que peu de beaux corps , hôtes d'une belle "ame* 
| AfTemblent l'un & l'autre point, 

, Ne trouvez pas mauvais que je né cherche poirie. ^ 

I J'ai vu beaucoup d'hymens/ aucuns (feux ne me 

tentent: 
Cependant ,', des humains prefque les quatre parts 
S expofent hardiment au plus grand des hazards : 
Les quatre parts auiD des humains fe repentent. 
J'en vais alléguer un, qui s'était repenti, 
Ne put trouve* d'autre parti , 
. Que de_ renvoyer fon époufe 
Querelleufe, avare & jaioufe» 
H 3 



j 7 o FÀBLES'CHOISIES 

Rien ne la contentoit, rien ft'étoit comme il faut; 
£>n fe levoit trop tard , on fe eouchoit^ trop tôt : 
Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre ohofe. 
Les valets enrageoient, l'époux étoit à bout: 
Monfieur ne fonge à rien, monfieur dépenfe tout, 

Monfieur court, monfieur fe repofe. 
Elle en dit tant, que monfieur à la fin , 

Laffé d'entendre un tel lutin , 

Vous 1* renvoie à 1a campagne 
Chez fes parens. La voilà donc compagne 
De certaines Philis- qui gardent les" dindons, 

, . Avec les gardeurs de cochons* 
Au bout de quelque temps qu'on la crut adoucie, 
Le mari la reprend. Eh bien, qu'avez -vous fait? 

Comment paffiez-vous votre vie? 
l'innocence des chainps eft.-elle.yxjtre feit? 

Aflfez", dit -elle : mais ma peine 
Itoit de voir les gens plus pareffeux qu'ici : 

Ils n'ont des troupeaux nul fouci. 
3e leur fçavois tfcyi dire ; & m'atfijrois la haine 

De tous ces gens fi peu foigneux. 
Eh, Madame, reprit ton époux tpOt- à- l'heure, 

Si votre çfprit eft fi hargneux . 

Que le monde qui ?ne demeure 
©tfun moment avec vçus, & ne revient qu'fui foix % 

' £ft déjà laffé de vous voir -, 
Qufe feront des vak*ts,qui , toute 4a journée , 

Vous verront contre eux déchaînée ? 
. - * - Et qup pourra faire ufl époux.. 
4^ue vous voulez qui foit jour & nuit avec vous? 
Retournez au village: adieu. Si de ma vie 
Je vous rapelle, & qu'il m'en prenne envie, 
Puiffig-Je.cbcz les jports avobc, pour mes péchés, 
Deux femmes comme vous fans cette à mes ctais* 



L IV RE V-i.L X7t 

F A B L E II I: 
Z> JRof qui s'eft retiré du monde. 

JL/es (j) levantins en leur (a) légende, 
Diient quiih certain Rat, las des foins d'ici -bas, 

Dans„un fromage de Hollande - 

Se retira loin du tracas. 

tafolitude étok profonde, . 

S '.étendant par -tout à la ronde* 
Notre hermîte'nouveau fubfiftoit là - dedans» 

* Il fit tant des pieds & des dents, 
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'hermitage, 
Le viyr* # fecMffla?<9«rft&r* ît davantage ?~ * < 
Il devint gros & gras : Dieu prodigue fes biens 

A ceux qui font trœu d'être' fïensî 

Un four, iu dévot perfonnage, 

Des. députes du peuple rat 
S'en vinrent demander quelque aumône légère ? 

Ils alloient en terre étrangère 
Chercher quelque fecours contre le peuple chat: 

(3) Ratapolfe étok bloquée ; 
On les avoit contraints de partir fans argent, ~ • ;' 

Attendu l'état indigent 
[ De la république attaquée. 

I Us demandoient fort peu, certains que le fecours 

Seroit prêt dans quatre ou cjnq joutf, : 

(t ) Les peuples du levant. 

( 2 ) Livre qui contient les Vies de plufieu» Sàinçs. 
* Il fit t*nt des pités & du dftts'ydLc. 
C'eft ain& qMe La Fontaine l'a imprim*. On dit pitfs coot*' 
munément d*s pîedf & dtr jaaïnt. "i\ s'eft exprime encore 
de même. Liv. v, 11. p. lz. Vers 19. Le. Cerf upîtt tiafi, 
£ire 9 lt xtjf»pt de f fours, frc-. > * 

(3) La Ville capitale des Rats. 

11 ♦ 



J 
J 



il% FABLÏS CHOISIES 

: Mes amis, dit le Solitaire ~ 

Les cbofes d'ici- has ne me regardent plus : 
. En quoi peut on pauvre reclus 
Vous affifter? Que peut -il feire, 
Que.de prier le eiei qu'il vous aide en ceci? 
J'efpere qu'il aura de vous quelque fouci. 
; Ayant parlé de cette forte , 
'• Le nouveau Saint ferma fa porte. 

Qui défîgnai - je , à votre avis , 
Par ce Rat fi peu fecourable? 
Un Moine? non, mais un (4.) Dérvis. 
Je fuppofe qu'un Moine eft toujours charitable. 

(4) Religieux Tare. 



FABLE IV. 

Le Héron* 

FABLE V. 

LaBtte. 



U. 



f n jour fur fes longs pieds alloft je ne fp» <*t 
Le Héron au long bec emmanché d'un long cou. 

Il côtoyoit une rivière. " (i om9 

L'onde étant tranfparente , ainfi qu'aux plus beaux 
Ma commère la carpe y faifoit mille tours 

Avec le biopbet fon compère. 
Le Héron èh eut fait aifément fon profit; * 
Taus apprôchoient du bord, Foifeau n'avoft <p'* 
v prçndre r 

Mais il crut miepx faire d'attendre 

Qu'a eût un- peu plus d'appétit * 



L I V X B VIL T »7S 

II vivoit de ( i ) régime; & mangeôit à fo heures» 
Après quelques momens Pappétit vint r, l'oifeau 

S 'approchant du bord , vit far Peau 
Des tanches qui fortoient"du fond de ces demeurer. 
Le mets ne lui plut pas, H s'attendoit à mieux, 
; Et montroit un goût dédaignqfx 

Comme le ( 2) rat du bon Horace. 
Moi des tanches ? dit- H , moi Héron que je fade 
Une fi pauvre chère? Et pour qui me prend -on? 
La tanche rebutée, il trouva du (3) goujon. 
Du goujon! Ceft bien -M le^îner d'un Héron* 
J'ouvrirois pour fi peu le bec! aux Dieux ne plaife» 
11 l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon 

Quir ne vit plus aucun poifibn. 
La faim le prit : il fut tout heureux & tout aife * 

De rencontrer un Limaçon. 

Ne foyons pas fi difficiles : 
Les plus accommodans , ce font les pk» habiles* 
On hazarde de perdre en voulant trop gagner. 

Gardez -vous de rien dédaigner, 
Sur -tout quand vous avez à peuples votre compte. 
Bien des gens y font pris : ce n'eft pas aux Héxons 
Que je parle: écoutez, Humains, un autre conte. 
Vous verrez que chez vous j'ai puifé ces leçons» 



%+/< 



certaine fille un peu trop fiére, 
Prétendoit trouver un mari 
Jeune, bien fait, & beau, d^agréable manière, 
Point froid & point jaloux : notez ces deux point - cf. 

( 1 ) C'eft manger av*c précaution. 
( z ) Le Rat de Ville < qui gbûtoït d'Un air dédaigiieitx 
tout ce emt hrf p«éfa«oit Je R»r de camp*g*c , p«uf le 
égaler de Ton mieux. , 

— tupitus vdtta fafiidU tank ' '< 
Vinctrt, tangent i s m*ti fin%*U dtntt ■ fmpirlê, 

■ ' ■ < Ho*at.>-6a*. vi. U %* 
<3) ïSptct de petit Poiflca. 

4JS 



* 7 <S FÀILES CHOISIES 

Ordre lui vient d'aller au fond de la ( 4) Norvège 
Prendre le foin d'une maifon 
- . En tout temps couverte de neige; 

Et (si d'Indou qu'il étoit* on vous lefeit (6) Lapon. 

Avant que de partir, l'Efprit dit à fes hôtes: 
On m'oblige de vous quitter ; 

► . Je -ne fçats pas- pour -quelles faute*,* 

Mais enfin il le eut, je ne puis arrêter, 

Qu'un teipfcs .fort court, tin gois» peut -être une 
femaine. 

Employez - la : fortaèz trots fouhaits , car je puis 
Rendre trois fouhaits accomplis; 

Trois faas plus. Souhaiter, ce n'eft pas une peine 
Etrange & nouvelle aux humains. 

Ceux-ci pour premier vœu, demandent l'abondance; 
Et l'abondance , à pleines mains , 
Verfe en leurs coffres la finance , 

En leurs greniers le bled, dans leurs caves les vins; 

Tout en crevé. Comment ranger cette (7) chevance ? 

?uels registres , quels foins , quel temps il leur fallut i 
bus deux font empêchés fi jamais on le fut. 
.Les voleurs contre eux complotèrent, 
Les grands 'Seigneurs leur empruntèrent , 
Le Prince les taxa. Voilà les pauvres gens 

Malheureux par trop de fortune. , 
Otez-nous de ces biens l'affluenoe importune, 
Dirent -ils l'un & l'autre: heureux les indigensl 
La pauvreté vaut mieux qu'une telle richefie» 
Retirez -vous, tréfors: fttye3;& toi, Déefle, 
Meredu bon efprit, compagne du repos, 
O Médiocrité, reviens vite. À ces mots 

(4) PaY» très -froid au Nord de l'Europe, 
. (?) Indien , habitant des.In.des>. 

( 6 ) Habitant de la Laponie , le païs le plus Septea» 
•donnai de l'Eurojpe. 

(7 j VUiuc mot , pour dut têtu a kitn t t$uUs tu ri<ktfi$ % 



L I V * E Util. . %7J 

La Médiocrité revient; on fui firit place; 

Aveçdle ils rentrent en grdee , . '. ) 
Au bout de deux fouhafts, étant auffi chaaceux 
- Qulls étoient , & que font tous ceux 
Qui fouhaitent toujours , & perdent en chimérest 
Le temps qu'ils feroient mieux de mettre à letaf 
affaires. # 

Le Fofat en rit avec eux. 
Pour profiter de fa largefie, 
Quand il voulut partir, & qu'il fût fur le points •. 
Us demandèrent la Cageflê : '. . . j : .. 
Ceft un tréfor qui n'embarraflb point 



> 



«8SS59SSS===SS=5SSB5S=-SSBS95S^^ 

F A B L E V IL . 

,Xa Cour et» ÏJoh. ' 



S, 



1 a Majefté Lionne fan Jour, voulut conaottr* 
De quelles nations le ciel Pavoit fait maître. 
11. manda donc par députés : 
, Ses ( i) vaflaux de toute nature ,, 
Envoyant de tous les côtés 
•• . Une circulaire écriture, .7 . . 
Avec fon fceaù. L'écrit portoit 
Qu'un moïsdurant, le roi tiendrai . - 
| . ( 2 } Cour plénrére , dont l'ouverture , l 

Devôît être un fort grand feftin„ * v 
Suivi des tours de- ( 3 ) J? agotitt. * 

Par ce trait de magnificence 
Le Prince à fes fûjets étaloit fa puiffance. 

H > ) tes Animaux qui 'dépendoîtent de lut 
(*) Aficmblee générale de fes Vaflavx. 
( 3 ) ^ora d'un Singe qui , en fon temps » amufa W Pt*« 
$* dç Taxis. 



y 



I7t FAJBL/E S" CHOISIE S 

Enfbn Vtàrttà H les iavitei * 
Quel loutre 1 un viai (4) chasmer, dont l'odeur 
fe^poita "•;'■::• - : . • <* . :. . • 

D'abèKt au nez des ^e»s^ Uouts bouda fa narine : 
Il fe fût bierii paffé. de faite jeetto mine*. » 

Srgtfttaa^dépkA. , Le monarque itlité < 
L'envoya chez (5) Fluton faire 

,Lfc dégoûte. 
Lé finge approuva fort cette févérité ; 
Et*âàttçitt!e&cel&f, il Ioùa,ht .colère; »/ :'. f 
Et la griffe du priait & l!ancrè^&xetœ odeur: 

J . lijiStafc «*»,!:$ ntttûfc :fleiir^ 
Qui'ne fût ail au prix. Sa fotte flatterie 
JHt Wfl nw,rrig fitrnAfî, ft fijMrnirnr piinfr. » 
Cemonfeigneur du Lion -là, 
^Fi* pa/ent c% (6). Cal^iila. - 
Le renatd éfanrproclte: *ça, v lui dît leïire, 
Que fens-tu? Dis Je -moi: parle fans déguifer. 

L'autre auffi^ tôt -âe- Àxco»r , 
Alléguant un grand rhume : il ne pouvoit que oW 
&?i } Sans odorat rrtafef il s'en UM/ •''*-•■' 
.v ; -.1 .• : i ._■,.•'.*;.: •. *• , 
Ceci vourfert dtenfeignement. 
Ne foyeze à^ia Cour , fi vous voulez y plaire, 
Ni fade adulateur* *ni parieur trop fincére; 
Et tâchez quelquefois de répondre en ( 7 ) Normand. 
" : '.••'..-• ji y • \ 

(4) Ut* o&.l'P*. renferme Ifes bêtes <jû f «* f *% ot l* 
poot,le« vendre â la feouçketict . - i . 

^ (j*)- Dieu d'Enfer, c'eft-a-dke, le .fit mdunr. 

(6) Empereur Romtin tr^swcrwel. 

(7) fin wmt* équivoque*» qui *nt »« «toutyc fens* 






F A--lP\t3«E^..y.-I-Ik. ;.T 

: *\ ._ ^ "*; ...; i.'/. :.;•,.;'. i \ 

Z>/ Vautours <<& tei^Pi^ecmi.^ ~ * - 

ÎVJL ars ( i ) aiprefois mit* toutjf'air 'eft ^mtec. '. r 
Certain fwet fit .naître là clifpute * , , • <«.,■.') 
Chez les Oifeâjjx, non ^; 3 bùx/jue lp Vf înteiqpf 
Mène à & Coûr r '& jgpi loni la (euJUée,,! I '.. , j 
Par leur exemple & leurs fans &latjins, • \ 

Font que ( 3 ) Vénus efl en noiis réveillée ; 
Ni (4) ceux encor que la mère d'Amour . . 
Met à Ton èhar : mais le peuple Vautour r 

Au bec retors, à la tranchante ierri. k . ^ ' . • . j 
Pour un cÊîen mort fe fit, dit : W» U ggerrjêr ; '<j 

11 plut du ( S ) frfrg i h n'ékageïe point, 

Si je voulois conter de point «n point,. t ., ;, — 
Tout le détail , 'je manquerons d'haleine, . ] ^ 
Maint chef périt, mainte héros expira; ."<• 

Et fur foh roc ($) Prométhée efpéaa \ . * . , 
De voir bien -tôt une fin à fa peine, > 

Cétbit plaifir d'bbferver leurs efforts * 
C'étoit pitié de voir tomber les morts. . > 
Valeur , adrefle , & mfes», & furprifes , 
Tout s'employa. Les deux troupes* éprtfes* •* • * • . 



( 1 ) Le Dieu de lai Guerre. 
( 1 ) Les, moineaux % &ç. 
( 3 ) La paflîon de l'amour, 
ù) Les Colombes. 



(j) Parce que Us Vautouca fe battolent dans l'air* 
(0) Condamné par Jupiter à être continuellement ron- 

If par un Vautour , pour ayoir enlevé du Ciel le feu dont 

H ittoit fervi pour animer l'Homme. 



,I«p r^BLESCHaiSIKS 

Bardent courroux, n'épargnoient nuls moyens 

T"ôiit élément "remplit 'de "citoyens 

Le vafte enclos «qu'ont les (8) Royaumes fembrei. 

Cette fureur mij Ja coï^paHîon 

Dans 1» efprtts «l'une sutre ( g) ftatiob 

Au col changeant, au cœur tendre & fidèle : 

Elle employa Ta' médiation 

Bout accorder une telle querelle. 

Ambaffadçurs par le peuple Pigeon 

Furent choifîs ; & û bien travaillèrent, 

Que les Vautours plus ne fe chamaillèrent* 

fk firent trévç ; & la ' paix s'enfuivït. 

Hélas 1 ce ftt aux dépens de la race 

A qui la leur atnroiîdû rendre grâce. 

La genë maudiçe auflî - tôt pourfuivit 

Tous les- Pigeons , en fit ample carnage, i 

En dépeupla les bourgades, les champs. > 

Peu de prudence eurent les pauvres gens»' ^ ' 

D*acaommod$r un peuple fi fauvage. \ 

Tenez toujours dlvifés les médians; 

la fureté dir refte de la terre . / .< - • ' ; 

Dépend de Iâ : femez entre eux la guerre, 

Ou vous n'autez avec eux nulle paix. 

Ceci foit dit en paffant: Je me tais. . ^ 

(7) Lts morts qv! fout aux Enfers* 7 

(8) Les Enfers, félonies Poètes. < 
(9 ) \Lc* Siççons* 






LIT* E VIL ift 



FABLE I X. 



D 



Le Coche & h Mouche. 

.:i »- -i 

ans un chemin montant, fablonneu^, mal-aifé, 
Et de tous les xtxôs au Soleil étpoCè , ■- ■ *. 

Six forts chevaux tiroient un Coche. - •■■ - 
Femmes, moines, vieillards, tout étoit defcendu. 
L'attelage fuoit, fouffloit , étoit rendu. 
Une Mouche fur vient, & des chçvaux s'approche, 
Prétend les animer par ton bourdonnement, 
Pique l*un , pique l'autre , & penfe à tout. moment x 

Qu'elle fait aller la machine., . 
S'affied fur le timon , fur le nez du Cocher. 

Aiiffi -tôt que le char chemine , 

Et qu'elle voit les gens marcher» - 
Elle s'en attribue uniquement la gloire , 
Va, vient, fait l'empreflëe: il femble que ce foit 
Un fergent de bataille, allant en chaque endroit 
Faire avancer fes gens ,, & hâter la vi&oire. 

La Mouche, en ce commun befoin, 
Se plaint qu'elle agit feule, & qu'elle a tojit le foin p, 
Qu'aucun n'aide aux chevaux à fe tirer d'affaire. - 

Le moine difoit fon bréviaire : 
Il pfenoit bien fon temps l Une femme chantotec . 
C étoit bien de chantons qu'alors il s'agiflbtt ! 
Dame Mouche s'en va .chanter à leurs oreilles, 

< Et fait cent foçtifes pareilles. 4 / ^ . ; , 
Après bien du travail , le çoe^e arrive au haut. 
Kefpirons maintenant, 'dit la Mouche aufH-tot; . t 
îa! tant Fait que nos gens font enfin dans la plaine. 
Ci, meffieurs les chetwux, p sgttfciai 4* à»$eink 



Il* FA^ES^CgO^SrlftS 

Ainfi certaines gens, faifant les empreffës, 
r .._ „ . SUmpidnifenr damte-agrafis^ r> -* 

Ils "font "par - tdutlês néceSaîres ; 
Et par -tout importuns, devraient être chalTés. 



p 



F A B L E X. 

La 'Lqititr* & te Pot omLoàu 



érrètte , for fa tête ayant un pot au lait, ' 
Bien pofé fur un couffinec >' 
ïrétendoït arriver fans (i). encombre à la ville. 
Légère & court vêtue , ' frite allqit à grands 4 pas y • 
Ayant Hlis *& jour* là, pour ètre.phis agilfe 1 , ' - - ■ - 
CptilFonfimpîe& foùliérs plat». . 
. ;' Notre Laitière ainlî trdulfép/ r l * " 
^ Gôtnptoit-déjàdafts fa penfée : ' ~ 
Tout le pïîx de fon Iàit, i e!f'éinpioyoitî , argept^,. 
Achetoit un cent d'œufe , faifoit triple couvée : 
Là chote alloit à bien par fon fdiVctilifcent. . 

11 m'eflr, difoît-Wle 1 , facile 1 
- D'élever des pouleb 'aùtoutf dé mi maifbn* 

>'■ Le ^èriârd^fèra , bien habile, : ; \ . .. 
fftf ne m*etï feiffè-aflêz pour avoir un cochbri. 
Le f orc âYèn^aiff<^ fcaû^ : 

11 étoit, quand je l'eu?, de grôfleur taîftnipable. 

Etifcâi , le revendant , de l'argent bel $ bon ;"■"'' 
qui m'empêchera de mettre en notït Stable ; 
Vu le : prix dont il eft, une vache~& fon veau* 
Que je verrai- fauter au milieu duttoupeai?. . ', 
PerreÉôlà^deffos fettt^auffi;, trkrifïtàitée. r c ? l 
Le feît^ojiibê :kèi<tè véai; vacfife^cocfictaVebuvée, 



MYR E/ VIT. il} 

\a Dame de ces biens 7 quittant d'un œil marri 

"SaTbrtune aifîu répandue \ '•".:** 

Va s'excufer à fon marf , 
Jtn"£and &ngejfd'ê<fë bajtoe.';; 

j Le récit en farce en fut fait; 

Qa l'appela le Pot au Liai. - 

Quel efprit ne bat la campagne? 

Qui ne fait châteaux eti'Efpagne? 
(2) Pichrocole , (3) Pyrrhus , la Laitière, enfin tous; , 

Autant les fages que le$ fous. •/ 
Chacun fonge en veillant, iln'eft rira déplus doux, 
Une flatteufe erreur .emporte alors nos âmes ; . "^ 

Tout le bien du monde eft à nous , 

Tous les honneurs, toutes «les femmes. 
Quand je fuis feul, je fa» au plus brave un défi: 
Je m'écarte , je vais détrôner le ( 4 ) SoÔ ; 

On m'élit Roi , mon peuple m'aime : 
Les diadèmes vont fur ma tête pleuvant. 
Quelque accident fait -il que je rentre en moi-même, 

Je fuis Gros -Jean comme devaiit. 

(1) Prince colère » ambitieux fc TÎfîonatire , dont 
parle Rabelais. G*rgant*+ , Liv, i . ch. 33. • ■ , 

( 3 ) Pyrrhus , Roi des Epirotçs s autre ambitieux vî* 
£onnaixe ,defceiuiu d'Achille. Voyez fa vie dans Plm *r<p*U 

U) Empereur de Petfe* '• r •' ' 




•'. V -.';. :..,. :«.,.■* V.llo\: 



184 FABLES CHOISIES 
I » 

FA B L E X L 

Le Curé & le Mort. i 

\j n mort s'en alloît triftemeat 
S'empara de fon dernier gîte : 
Un Curé s'en allott gaiment 

K Enterrer ce mort au plus. vite. 

Notre défunt étoit en carotte porté , 
Bien & dament empaqueté , 

Et y&u d'une robe, hélas! qu'on nomme bière, 
Robe d'hyver, robe d'été, 
Que les morts ne dépouillent] guérc« 
Le Pafteur étoit à côté, 
Et récitoit à l'ordinaire • • 

?: Maintes dévotes oraifons, 

Et des pfeaumes & des leçons, 
Et des verfets & des répons. _ 
Monfieur le Mort ^ laiflez - nous faire , 

On tous en donnera de toutes les façons : 
Il ne s'agit que du falaire. 

Wcffire Jean Chouart couvoit des yeux fon Mort, 

Comme fi on eût dû lui ravir ce tréfor; 

Et, des regards, fembloit lui dire: 
Moniteur le Mort» j'aurai de vous, 
Tant en argent, & tant en cire, 
Et tant en autres menas coûts. 

H fondait là-deflus l'achat d'une feuillette 
Du meilleur vîn 4es environs : . 
Certaine niéce affez proprette, 
Et & chambrière Piquette 
Dévoient avoir des cotillons» 

Ste 



.LITRE VII. 1B5 

Sur cette agréable penfée 
. Uft heurt furvient : adieu le char, 
' . Voilà Meffîre Jean Chouart 

Qui du choc de fon mort a la tête caffée ;. 

LeParotfEen, en plomb, entraine fon Pafteur, . 
Notre Curé fuit fon Seigneur : 
Tous deux s'en vont de compagnie. 

Proprement, toute notre vie 
Eii le Curé Chouart, qui fur fon mort comptoit», 
, Et la Fable du Pot au lait.' 



FABLE XII. 

V Homme qui court après la Fortune, & 
l'Homme qui l'attend dans fon lit. 



^ui ne court après la Fortune? 
Je voudrois. ecre ùi lieu d'où je pufle aifément 
* Contempler la foule importune 
- . De ceux qui cherchent vainement 
Cette fille du fort- de 'ro'ydume en .royaume, 
Fidèles courtifans d'un volage fancôme, 

. . . Quand ils font près du bon^mqment , 
L'înconftarjtè. auflî - tôt ',; à leurs défirs échappe : 
Pauvrçs gens ! Je les plains ; car on a pour Jes fous 

/ plus de pitié que de courroux, n 
Cet homme, difent-ils, étoit planteur de choux; 

Et le voilà devenu .Pape : 
Ne le valons -nous pas? vous valez cent foisnrie*x: 
: '7 Mais que, vous/ fert, votre mérite? 
La Fortune a-t-elle des yeuxV 
Et pais ,' la papauté vaut -elle ce' qu'on quitte, 
Le repos / le rçpo$ è ixéfox iï précieux , 
11. Pmiu , V ^ •. 



il6 F KH L E S C H O IS I E S 

Qu'on en faîfoit jadis" (O le partage dès dieux? 
Hajemefit la fortune à fes hôtes le lafflfe. 

Ne cherchez point cette déeffe , 
Elle vous -cherchera : ' Ton fexe en ufe aihfi. 
Certain cookie d'amis, en un bourg établi , 
Foflëdoit quelqae bien. L'un foupiroit fans celle 
Pour la fortune : il jdït à l'autre un jour, 

, Si nous quittions notre féjour ? 
. " Vous fçaVcz que nul n'eft prophète 
fin Ton pfcyS: cherchons notre avanture ailleurs. 
Cherchez, (fit l'autre ami : pour morjfe ne fouhail 

Ni climats , ni deftins meilleurs. 
Contentez -vous; fuivez votre humeur inquiète: 
Vous reviendrez bientôt.. Je feis vœu cependant 

De dormir en vous attendant. 
L^ambitteux, ou fi l'on veut, l'avare, 

S'en va par voie & par chemin. 
■ • * • Il arriva le lendemain 
En un lieu que devoit la Déeffe bizarre 
Fréquenter fur tout autre ; & ce lieu, c'eft la coi 
IA donc, pour quelque temp*, il fixe fon féjour 
Se trouvant au ( 2 ) coucher , art lever , à ces heu 

Que Ton fçait les meilleures, 
Bref fe trouvant à tout, & n'arrivant à rien. 
Qu'eft ceci ? fe dit * il : cherchons ailleurs du bi< 
La Fortune pourtant habite ces demeures. 
Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci, 

<2hez celui-là: d'où vient qu'auffi 
Je ne puis (3) héberger cette capricieufe? 
On me l'aveit bien dit, que des gens de ce liet 
L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieufe. 
Adieu, meffieurs de cour, meilleurs de cour, a^ 
Suivez jusques au bout une ombre qui vous fiatt 
La fortune a, dit -on, des Temples à (4) Sui 

( i ) Selon Epicnrç Je Ces Seâiteur* , le* Dieux vW 

d**s'un doux repos , fans fe.mêlcr des affaires du M 

{1) Du Roi. < 3 ) LùgÀ che» mol. 

ii) feglfe Vffle 4t xommwk dans lt* fedff. 



- l i y r t vu. tit 

Allons là. Ce fut un de dire & s'embarquer. 
(5) Ames de bronze ^hupiains , celui-là fut fans dout* 
Armé de diamant, qui tenta cette route, 
.Et le premier ofa l'abysme déjîer. 

Celui-ci, pendant fon voyage, 
Tourna les yeux vers fon village 
Plus d'une Cois; effuyant les danger» 
Des^ç) pirates, des vents, du calme & des rocher^ 
Miniftres de la mort. Avec beaucoup de peines 
On s'en va la chercher en des rives lointaines, 
La trouvant aûez tôt fans quitter la maifon. 
L'homme arrive au Mogol ; on lui dit qu'au (7) Japoi 
La Fortune pour lors diftribuoit fes grâces. 

Il y court : les mers étoient lafies 

De le porter ; & tout le fruit 

Qu'il tira de fes l6ngs voyages , • / v 
Ce Fut cette leçon que donnent les fauvages : 
Demeure en ton pays , par la nature inftruitr. % 
Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme 

Que le ( 8 ) Mogol l'avoit été : . 

Ce qui. lui fit conclure en fomme, 
Qu'il avoit à grand tort fon village quitté. 

Il renonce aux courfes ingrates , 
Revient en fon pays, voit de loin fes (9) pénates* 
Pleure de joie, à dit: heureux qui vit chez foi, 
De régler fes défîrs faifant tout fon emploi. 

(y) La Fontaine imite aiTet heureufement ici ce pat* 
fage d'Horace , 
Mi rohtr ér ** tripltx- cire* fe&*s état. 

Ode 3. Livre t. 

On ne peut pas dire la même choie de ce qui fuît, 

Sjii frtgHem ttuci cvmmifif ptUto rattm Primuf. 

Car l'e&prçtâon du. Poète Latin cft fans doute beaucoup \ 

pins jufte & pins naturelle aue celle - ci , 

Et tt frtmitr pf* Ptbimt défitr. 

(6) Voleurs de mer. 

< 7 ) PjttiOantL Royaume au Nord - Eft de la Chine. 

(8) Grand Royaume des Indes; 

(9) La maifon o^ftofcqt fes Dieu* domcfiiqucs# 

1 a 



188 • FABLES CHOISIES 

Il ne fçait que par ouï-dire 
X2e que c'eft que la cour, la mer, & ton empire, 
Fortune , qui nous fais paffer devant les yeux 
Des dignités , des biens , que jusqu'au bout du monde 
On fuit, fans que l'effet aux promeffes réponde. 
Déformais je ne bouge, & ferai cent fois mieux. 

En raifopnant de cette forte , 
Et contre la Fortune ayant pris ce confeil , 

Il la trouve affife à la porte 
De fon ami plongé dans un profond.fonlmeiI. 



FABLE XIII. 

Le deux Coqs. 



D. 



'eux Coqs vivoient en paix , une Poule furvint 

Et voilà la guerre allumée. * 
( i ) Amour , tu perdis Troye ; & c'eft de toi que vini 

Cette querelle envenimée, 
u du fang des dieux même on vit le (a) Xanthe teint 
Long-tems , entre nos Coqs , le combat fe maintint 
Le bruit s'en répandit par tout le voifinage. 
La gent qui porte crête au fpeftâcîe accourut. 

Plus d'une Hélène au beau plumage 
Fut le prix du vainqueur : le vaincu difparut : 
11 alla fe cacher au fond de fa retraite, 

Pleura fa gloire & fes amours ; 
Ses amours , qu'un rivale tout fier de fa défaite I 
PoÎTédoit à fes yeux. . Hvoyoit tous les jours j 

f t ) A caufe de l'enlèvement d'Hélène par Paris Prij 
«* Troy.cn. 
.{*) ttirttie qui couloit * Troye, - 



. L I y R E V I I. iS* 

Cet objet rallumer fa haine & fon courage. 

Iiaiguifoit fon bec, battoit Pair & fés flancs; 
Et s'exerçant contre les vents , 
S'armoit d'une jaîoufe rage. 

Il n'en eut pas* befoin. Son vainqueur fur les toit» 
S'alla percher & chanter fa viftoire. 
Un Vautour entendit fa voix : 
Adieu les amours & la gloire. 

Toutcet orgueil périt fous l'ongle du ( 3 ) Vautour. 
Enfin , par un fatal retour , 
Son rival autour '. de la Poule 
S'en revint faire le coquet : 
Je laifle à penfer quel caquet, 
Car il eut des femmes en foule* 

La Fortune fe plaît à faire de ces coups : 
Tout vainqueur infolent à fa peite travaille. 
Défions -nous du fort, & prenons garde à nous, 
Après le gain d'une bataille. 

(3 ) Oifeau 4e proie , qui dévora le Coq* 



FABLE X IV. 

L'ingratitude & Pinjuflice des ^Hommes 
envers la Fortune. 



u 



n trafiquant fur mer, par bonheur s'enrichit: 
K triompha xles vents pendant plus d'un voyage. 
Gouffre, banc, ni rocher, n'exigea de péage 
i'aucun de fes- ballots : le fort l'en affranchit. 

13 



j 



*$o FABLES CHOISIES 

Sur tous fes compagnons , (i) Atropos fit (2) Neptune 
(3) Recueillirent leur droit, tandis que la Fortune 
Prenoit foicr d'amener fon marchand à boû port. 
Faveurs , aflbciés, chacun lui fut fidèle: 
Il vendit fon tabac, fon fucre*, fa canellc 

Ce qu'il voulut, fa porcelaine encor» 
Xe luxe & la folie enflèrent fon tréfor : 

Bref, il plut dans fon eicarcclle. 
. On ne parloit chez lui que par doublés dutats; . 
Et mon homme d'avoir chiens, chevaux & caroflês : 

Ses jours de jeûne étoient des noces. 
TJn lien ami, voyant ces fomptueux repas, 
Lui dit: & d'où vient donc un fi bon ordinaire? 
Et d'où me viendroit-il, que de mon fçavôir- faire? 
Je n'en dois rien, qu'à moi , qu'à mes foins , qu'au talent 
De risquer à propos, et bien plaCei* l'argent 
Le profit lui femblant une fort douce chofe , 
Il rjsqua de nouveau le gain qu'il avoit fait ; 
Hais rien, pour cette fois, ne lui vint à foubafc 

Son imprudence en fut la caufe. 
Un vaifleau mal (4) frété fcérit au premier vent 
Un autre, mai pourvu des armes néceffaires, 

Fut enlevé par les Corfaifes. - 

Un troîfiéme, au port arrivai 
Rien n'eut cours nldébit. Le luxe & la folk 

N'étoient plus tels qu'auparavant. .- 

- Enfin> fes (5) fadeurs 4e Uompait, 
Et lui-même ayant fait grand fracas , chère lie, 
Mte beaucoup en plaifirs*, en bâtimens beaucoup* 

- Il devint pauvre tout cl'un coupi 
Son ami le voyant en mauvais équipage , v 

Lui dit: d'où vient cela? De la Fortune, hélas! 

( i ) Une <fes Parqyes, qui «ft charge* aie couper le fi 
JK la vie des hommes. ' 
( 2 > Le Dieu de la Mer. 

(3) Lta ayant fait pefir par. de ftmeftes naufrage* 

(4) Terme de marine, pour dire, mal éauifé. 
( X ) C«ux qui âToicnt fwri <U foif h€gùç<t; 



L I VI E »VIL m 

Confokz- vous., dit l'autre ; & s'il ne lui platt pat 
Que vous foyez heureux , tout au moins foyez Cage. 

Je ne,fçais s'il crut ce con&il : 
Mais Je fçais que chacun impute , en ca& pareil» 

Son bonheur à. fon induftrie ; 
Et fi de quelque échec notre faute eft fuivie, 

JKous difons injures au fort : 

Chofe n'eft ici plus commune. 

Le bien, nous le faifons: le mal, c'eft la Fortune. 
On a toukur; raiibnj le deftin toujours tort. 



c 



FABLE XV. 
Les DevinereffeSr 



*eft fouvent du hazard que naît l'opinion ; 
Et c'eft l'opinion qui fait toujours la ( i ) vogue* 

Je pourroîs fonder ce prologue 
Sur gens de tous états : tout eft prévention , 
Cabale, entêtement, point ou peu de juftice. 
Ceft un torrent: qu'y faire? il faut qu'il aitfonc©uis> 

Cela fut & fera^ toujours. 
Une femme i Paris faifoit-la .(a) Pythoniflfe 
On l'alloit confuiter fur chaqpe événement : 
Perdoit-on un chiffon , avoit-qn un amant, 
Un mari vivant trop au gré de fan époufe , 
Une mère fâcheufe, une femme jaloufe. 

Chez la Devineufe on cojjroit 
four fe faire annoncer ce que l'on défirofo* 

Son fait confiftoit en ad* eflç i 
Quelques termes de l'art , ' beaucoup de hardief!** 
Du hazard quelquefois , tout cela concourent;, 

iO Qu'on voiu tecberohe *vec~ enpttlfcvKAfc 
U) La. Dcvincreife. ' 






ipa FABLES CHOISIES 

Tout cela, bien fôuvent, faifoit crier miracle. 
Enfin , ç-uoiqu'ignorante ( 3 ) à vingt & trois carats, 

Elle paflbit pour un (4) oracle. 
L'oracle étoit logé dedans un galetas. 

Là cette femme emplit fa bourfe; 

Et, fans avoir xi'aatre reffourçë , 
Gagne de quoi donner un rang à fon marf : , 
Elle acheté up office, une maifon auflU 

Voilà le galetas rempli 
D'une nouvelle hôteffe, â qui toute la vitie 
Femmes; filles, 1 valets , ^ros meilleurs , tout enfin 
Alloit, comme autrefois, demander fon deflin: 
Le galetas devint l'antre de la (5 ) Sibylle. 
L'autre femelle avoit achaîapdé^ce lieu. 
Cette dernière femme eut beau foire, eut beau dire, 
Moi Devine ! on fe moque : eh ! meilleurs , fçai-je lire? 
Je n'ai jamais appris que ma croix de pardieu. 
Point de raifon : fallut deviner & prédire , 

Mettre à part force bons ducats , 1 

Et gagner , malgré foi , plus que deux Avocats* 
Le meuble & l'équipage aidoient fort à h chofe : | 
Quatre fïéges boiteux, un manche de balai,. 
Tout fentoit fon (6) fabbat, & fa métamorphofe. 

Quand cette femme auroitdit vrai 

Dans une chambre eapiffée j I 

On s'en feroit moqué : la vogue étoit pafTée 1 

Au galetas , II avok le crédit : 1 

< Ltautre femme fê (7) morfondit 

E'enfeîgne fait Ta chalandife. ' 
J'ai vu dans le paîais une robe mal îliife- 

( 3 ) Métaphore , pour dire > a» dernier peint- 

(4 )~ Faillie divinité , qui ptfdifoit l'avenir par le 

niftère d'un Prêtte ou d'une Prctrcfle. 
(O Prophétefle* 

<6) Lieu mal propre, ou s'aflemblcnt le» Sorc J cr5 ^ A j 
(7) AteeiuUnc inutilement qu'on vint encore w «* 

lulrer dans fa nouvelle maifon, 



L I V R E' -V I L IJ3- 

.' Gagtoer grosî les gens l'avoient prife 
Pour Maître tel , qui traînoit après foi, 
Force écoutans i demandez -moi pourquoi. 



FABLE XVI. 

Le Chat, la Belette, & lé petit Lapin. 



B« 



f a palais d'un jeune Lapîn 

Dame Belette , un beau matin , 

S'empara : c'efl: une mfée. 
Le maître étant abfent , ce lui fut chofe aifée. 
Elle porta chez lui fes ( i ) pénates un jour 
Qu'A étoit allé (2) faire à l'aurore fa cour, v 

Parmi le thim & la rofée. 
Après qu'il eut brouté , trotté , fait tous fes tours , 
Janot Lapîn retourne aux fouterrains féjours. . 
La Belette avoît mis le nez à la fenêtre. 
O dieux hofpitaliers ! que vois -je ici paroître? *■ 
Dit l'animal chaffé du paternel logis : 

Holà , madame Ja Belette , 

Que l'on déloge fans trompette, 
Ou je vais avertir tous les rats du païs. 
La datfïë an nez pointu répondit" que h terre * ' 

Etoit au (3) premier occupant. 
- C'étoit un beau fujet de guerre 
Qu'un logis où lui-même \l n'entn>it qu'en rampant: 

Et quand ce ferôit un royaume , 
Je voudrois bien fçavoir , dit - eîîe , quelle loi 

£n a pjur toujours fait l'ofltroi 
A Jean , fils ou neveu ~de"Pierre ou de Guillaume , 

( 1 ) Dieux cîômcfliques , pour dire » elle alla ft k>gct 
chez lui. "* w 

(2) Avant le leter du Soleil. 

(3) A cc ^ c l ui s '* n emp^e le premier. 

' - .15 



■&' fautes cHaistirs 

Jean Lapin allégua la coutume & = 1 «^ , ^ 
fce font, dit- il , leurs touc qui m'ont de ««f» 
SnÏÏmatere & feigneur ; & oui , de père enfik^ 
iSït de Pierre à Simon , puis àmoi > Jean r***f*> 
LeTtSter occupant, eft-ce »«Joi pta ûgeî 
, Of bien» fans- crier davantage, 

Un Chat faifant la chateimt*; r , 
th Mut homnrde Cnat,bien fwirrë ,.gtos &gm, 

Arbitre expert fur tous les cas. ^ 

Jean Lapin pour Juge l'agrée» 

Les voilà tous deux arrivés. 

Devant fa majefté fourrée, 
«rippen^maud leur dit : me* enfans,.. approcher, . 
ïpîK: je fois fourd, les ans en font .la cauf*, 
îtar& l'autre approcha, ne craignant nulle chofe, 

(4) Grippeminaud, le bon apôtre v 
lettant des deux côtés ïa.griffe en même -temps, 
jftit tes plaideurs d'accord en croquant lua& L autrui 

Cfed reflembte fort aux débats qu'ont par foi* 
Xes/petto fouverains fe japoitant.aux rois* 




•t I ( V R E -,TIL J9* 

F A B L B XVïï. 
(i) La ifite &ta queue au Serpent, 



L» 



Serpent ^ deux parties 

Du genre humain epnemies T 

Tête & queue; & toutes deux 
• . Ont acquis un nom femeux 

Auprès des parques cruelles ; 
1 Si bier* qu'autrefois , entre elles r ' 

U furvint de grands débats 
Pour la pas. 
Ira tête, avoit toujours marché devant la queue j 

La queue au ciel fe plaignit r - 
Et lui dit r 

Je fais, mainte & toainte liebe,. 

Comme il plaît à celle-ci; 
Ccoit-elle que, toujours j'en veuille ufet aûîû? 

Je fuis fon humble fervante; 

On m'a faite, Dieu merci, . 

Sa fœuf , & non- fa fuivante» 

Toutes deux de même fang, 

Traitez -nous- de même forte z 
• Auflï-bfen qu'elle, je porte 

Un poifon prompt & puiflanfc. - 
j Enfin , voilà ma requête :. 

' C'efr à vous de commander ' 

Qu'on me laiflfe précéder > 

A mon tour ,. ma fœur , la tfte: 

fi ) Cette Fable fe troove dan» 1* Vîë d v v4g/* fr tlérn- 
mines Y ch* î. par Plutarquç ,. qui en fait «ne; ttèa-Brflét 
aplfcation à ceux <Juf dans le Gouvernement: feljy rente 
mconficlérémcnt- au* fantaifie» dit Peuple, & c*cit tt&a»* 
rem ment de U que I,» Fontaine t> tireV . • > , 

19 



i 



*p5 T AB LES C H O I è I ES 

Je la conduirait bien*, 
, Qu'on ne fe plaindra de rien. 

Le ciel eut pour fes vœux une bonté cruelle* 

Souvent fa complaifance a de médians effets. 

11 devroit être fourd aux aveugles fouhaks. 

11 ne le rut pas lors ; & h guide nouvelle, 
Qui ne voyoit au grand jour,'. 
Pas. plus clair 'que dans un four , 
Donnoit tar^ôt contre un marbre , * 
Contre un paflànt., contre un arbre : 

Droit aux ondes. du Styx (2) elle mena fa fc^ir/ 

Malheureux les Etats tombés dans fon erreur. 

(1) Lui caufa la mort. 



F A B h E XVI I X. 

p Un Animal dans Va Lune. 



endant qu'un Philofophe jafftre, 

Que toujours par leurs fens les hommes font dupés; 

Un autre Philofophe jure : 

Qu'ils ne nous ont jamais trompés. 
Tous les deux ont raîfonj Sx, la Philojbpty'e 
'Dit vrai, quand elle dit, que les fens trojnperont 
Tant que fur le rapport les hommes jugeront. 

Mais aufll r & J-ton- rc£Uâe • - 
L'image de Uohjet fur fon élojgrjement, , 

Sur le milieu qui l'environne , 
>\ -'■ Sur roTg3iie-&Yiff Hrîfri , ument ? ' 
x ' - ■ .-"Los (bns : ne tromperont perfôupe. 
Ih Rature ojrjdoçna ££s. choies fageroent : 
J'en 'dirai guelqw jour tes* raifoi** amplement.' 



LIVRE VU. : tyf 

Jîaperçois le foteil : quelle en eft la figure ? 
Ici bas ce grand corps n'a que trofe pieds de toui : 
Mais 6 je ïe voyois là -haut dans fon féjour , 
Que feroit-ce âmes yeux que (i) l'œil de la Nature? 
Sa diftanee me fait juger de fa grandeur : 
Sur l'angle & les côtés ma maij> Ja détermine. 
L!ignorant le croit plat, j'épaiflis fa rondeur: 
Je le rends immobile; & la Terre chemine. 
Bref, je déments mes yeux en toute" fa machine. : 
Ce fens ne me nuit point par fon iilufion. 

Mon ame , en toute occa/îon , • 
Développe le vrai Caché fous l'apparence. 

Je ne fuis point d'intelligence 
Àvecque mes, regards peut-être un peu trop prompts, 
Ni mon oreille lente à m'apporter les fons* 
Quand,(2) l'eau courbe un bâton,ma raifonle redrefle: 

La raifon décide en maitreflç. 
Mes yeux, moyenfiant ce fecours, 
Ne me trompent jamais en me mentant toujours. 
Si je crois leur rapport , erreur affez commune > 
Une tête de femme eft au corps de la Lune. 
Y peut-elle être V non. D'où vient donc cet objet fr 
Quelques lieux inégaux font dé loin cet effet. x 
La Lune nulle part n'a fa furfacè unie : , 
Montueufe en des lieux, en d'autres applanie, 
L'ombre avec la lumière y peut tracer fouvent 

Un homme', un bœuf, un éléphant. 
Naguère l'Angleterre y vit chofe parejlle. . 
La ( 3 y lunette placée , "un animal nouveau 

Parut (4) dans cet aftre fi beau; 

Et chacun de crier merveille. - ' 

( O U n'cft pas fort néceflaire , ce me femble > d'ex-* 
pliquer comment le- $.oleil.eit llœil *U \)i Nature, à ceux 

3ui croyent l'entendre , & je me joins à ceux qui deraan- 
ent cette explication , parce que je ne fçaurois la trouver; 
(2) Parce qu'il paroît cent-fcg dans l'eau. 
<3) Lunette d'aproche , ntopre à regarder lis Aitte** 
{* ) Dans ce bel Altrc > u Juuae. 

.17 



1* FABULES CHfflSIf» 

Il était arrivé là -haut «n changement, 
Qui préfageoit fans doute un grand événement 
Sçavoit-on fi la guerre entre tant de puiffances 
N'en étoit point l'effet? Le monarque accourut: 
11 favorife en Roi ces hautes connoiflànces. 
Le monfbre dans la Lune à Ton tour lui parue 
C'étoit une Souris cachée entre les verrçs : 
Dans la lunette étoit la fource de ces guerres. 
On&arkrpeupte heureuxiquandpourront les François 
Se donner, comme vous, entiers à ces emplois? 
Mars nous fait recueillir d'amples moiflbns de gloire; 
Ceft à nos ennemis de craindre fcs combats y 
A nous de les chercher , certains que la Vi&oire, 
Amante de ( 5 ) Louis , fuivra par -tout fes pas. 
Ses lauriers nous rendront célèbres dans PHifloirCr 

Même les Filles de mémoire 
Ne nous ont point quittés : nous goûtons des pîaffîrs: 
La paix fait nos fouhaits, & non^point nos foupirs. 
(6). Charles en fçait jouir : il fçauroit dans la guérie 
Signaler fa valeur, & mener l'Angleterre 
A ces-jeux qu'en repos elle voit aujourd'hui. 
Cependant s'il pouvoit appaifer la (7) querelle r 
Que d'encens i eft-il rien de plus digne de lui? 
La carrière ( 8) d'Augufte a-t-elle été moins belle 
Que les fameux exploits du premier des (p) Ceïars? 
O peuple trop heureux ! quand la paix viendra-t-elte 
Fous rendre comme vous tout entiers aux beaux arts? 

( f ) XIV. alors Rot et* France. 
(o) II; du nom, Rot d'Angleterre. 

(7) La France étoit en guerre dans ce tems-!*V 

(8) Qui a prefcjue toujours régné en paix. I 

(9) fiUu-Cifn, qui fit toujours fe guerre. ' 

T A» ditfip&m Um. 



w 



*# 






L I f \ k X H V I T t X M EL 

FABLE PREMIERE. j 

La' Mm & te Mourant* 



JL/a 



te Mort ne fàtprmd point: fe fige* 
IL eft toujours prêt à partis , ; 
S'ëtarit fçu lui- même avertir 
9a temps oî l'on fe doit réfoudre i ce paflage* 

Ce temps , hélas ! embrafîe tous tes temps : * 
Qu'on le partage en jours , en heures , en moment» 
IL n'en, eft point qu'il né comprenne. < 
Dans fe fatal tribut i ton* font cfefon domaine r 
Et le prèmieif mitant où tes enfaos. des*, roi* 
Ouvrent les yçux à fe lumiéce,. : 
EftceW qut vient quelquefois r 
Fermer poor toujours leur paupléte» 
f Défendes -vous: par fa grandeur^ 

Allègues 1» beauté, la vertu , la jeunefie* 
La Mort ravit tout fôns pudeur- 
tfojom fe monde entier açcçoitra fa ricfcefie* 
H n'eft* rien de. mbïns ignorée 
' Er r pwifqu'il frasque, je ie die^ 
.».' liej^oii'oa&itfii©iûsptépax&. 



too FABLES CHOISIES 

Un Mourant qui comptait plus- de cent ans de vie, 
Se pïaignoit à la Mort que précipitamment 
Elle le contraignait de partir tout à l'heure, 

Sans qu'il eût fait fon teftament, 
Sans l'avertir au moins. ' Eft-il jufte qu'on meure 
Au pie4 levé? dit* il : attendez quelque peu. 
Ma femme fie veut pas que je parte fans elle : 
Il me refte à pourvoir un arriére -neveu: 
Souffrez qu'à mqn logis j'ajoute encore une aUe. 
Que vous êtes preffarite, A Béeflè cruelle! 
Vieillard, lui dit; la Mort, je ne t.'ai point furprfc. 
. Tu te plains fans raifon de mon impatience. 
Eh! n'as -tu paTcent ans? trouve -moi dans Paris 
Deux mortels auffi vieux , trouve-m'en dix en France. 
Je devois, ce dis -tu, te donner quelque avis 

Qui te difpofât à la chqfe : 
J'aurois trouvé ton teftament tout fait, 
Ton petit -fils pourvu, ton bâtiment parfait. 
Ne te; doiina4-on pas, des avis , «quand M caufe 

JDa inarcher & du mouvement , 

Quand les efprits , le feritimenr, 
Quand tout faillit en toi ? plus de goût , plus d'ouïe? 
Toute chofe pour toi femble être évanouie : 
Four toi l'aftte du jour prend des foins fùperflus: 
Tu regrettes «des biens qui ne te. touchant plus. 
:* :' Je t'ai fait voir tes camarades ,• ' 
- /;Qu morts, oujnourans* ou malades. 
t Qu'eft-ce que toutxeia, qu'un àverriflement? 

Allons, vieillard r & fans réplique : 

Il n'importe à la république 

Que tu'feflfes- ton teftament. 
La *Mort avoit raifon :. Je voudrois qu'à cet^âge. 
( i ) On fortit.de la vie amfi.que d'un banquet, 

(i) Belle image que La Fontaine a. empnijlte'e xfc e€ 
Tcn de Lucrèce, .* •• 

Cur **n M fUnui vit* *f#vjv* ricedh. 



L I V K E VIII. r lot 

Remerciant Ton hâte ; & qu'on fit ion paquet : 
Car de combien peut -on retirder le voyage? 
Tu murmures , vieillard î vois ces jeunes mourir , « 
Vois -les marcher, vois -les courir '. - • 
A des (2) morts, il eft 1 vrai r glbrieufes & balles, 
Mais fûres cependant, & quelquefois cruelles. 
J'ai beau te le crier , mon zèle eft indifcr*t : 
Le plus femblabte-aux morts , meurt le plus à regrec 

(2) Que les gens de guerre rencontrent fouvent dans- 
la fleur de leur âge. 



FABLE II. 
JLe Savetier & te Financier. 



U. 



n Savetier chantoit du matin jufqu'au foir : 

Cétoit merveille de le voir, 
Merveitte de l'ouïr: il faifok des (1) paSages* .: 

Plus content qu'aucun des fept (2) fages. 
Son voifin, au contraire, étant tout coufu d'or, 

Chantoit >eu, dormoit moins encor. 

Ç'étoit un homme de finance. 
Si fur le point du jour par fois ii'fommeilloit, 
Le Savetier alors en chantant Féveillok; 

Et le Financier fé piaignoit, 

Que les foins de la Providence 
N'euflent pas au marché fait vendre lé dormir, 

Comme le manger & le boire» 

, Ea fon hôtel il fait venir 
Le chanteur , & lut dit : or, ça , fire Grégoire, 

( 1 ) t>es fredons , des roujemens de voix , tels qu'e* 
pouvoit faire un homme de f% forte. 
U) De Grtcc, connus fous ce aotn*U. 



sot FABLES CHOISIES 

Que gagnez-vous par an ? Par an ? ma foi , moniteur , 

Dit avec un ton de rieur . 
Le. gaillard Savetier , ce n'efl: point ma manière 
De compter de la forte; & je n'entafie guère 
Un jour fur l'autre : i! fuffit qu'à la fin 

J'attrape le bout de Tannée : 

Chaque jour amené fon pain. 
Et bien, que gagnez-vous, dites-moi, par journée? 
Tantôt plus,, tantôt moins : le mal eft que. toujours, 
(lEt fans cela nos gains feroient aflez honnêtes,) 
Le mal eft que dans Tan s'entremêlent des jours 
Qu'il faut chommer : oa nous ruine eu ïêtes^ 
1/une fait tort" à l'autre: & monfieur le Curé, 
De quelque nouveau Saint charge toujours fonprône^ 
Le Financier riant dé fa naïveté» 
Lui dit : je vous veux mettre aujourd'hui fur le trône*. 
Prenez ces -cent écus : gardez- les avec foin * 

Pour vous en fervir au befôin. 
Le Savetier crut avoir tout l'argent que la ters* 

Avott, depuis jttutf dexfenft-âns, 

Produit pour l'ufage des. gens. 
U retourne chea lui: dans fa cave 3 enferre 

L'argent & fa joie à la fofei 

Plus de chante il perdit la voùr 
Pu moment qu'il gagna ce qui catfc nos peines 

Le fonrmeU quitta fon logis, 
" t " Ii eur-poMr hôtes les foucis , 

Les foupçons, les aHarmes vaine?* 
Tout le jour il avoit l'œil m guet*; & la nuit,. 

SI quelque chat faîfolt du bruit, 
Le cbai: prenoit l'argent. A Ja fia le pawre h*mm» 
S'en courut chea celui qu'il ne réveilloit plus.. 
Rendez-moi , lui dit-il ,mes cftanfans&mon fomme* 

St reprenea % vos cent écus* 



& 



I i vi'ï vin, _ ior 

JH'flW l tl llgagHÉBBBftgBgcaàegMai 

♦ 

FA B L E III.' r 
2> i/o», te Loup & le Renard. 



U. 



n Lion décrépît vgdttëBtt», n'en 'poovant plut, 
Vouloit qofe l'on trouvât rdmfcte à'fctvieîHefle* . 

Alléguer l'impoflîble aux rois, c'efl un abus- 
Celui'- ci, parotî chaque espèce, 

Manda des Médecins : il en eft de tous arts. 

Médecins au Lion viennent de toutes parts :. 

De tous côtes M 'vient dés donneurs de recètéeé. 1 * 
Dans les vifîtes qui font faites, 

Le regard fg difpenfe,,, & fe^ tient : clos & coi. 

Le Loup en fait fa cour, daube au coucher dthrot* 

Son camarade abfent. Le prince tout à l'heure 

Veut qu'on attife enftfijier Kenapt dans fa^emeure* 

Qu'on le fafle venir. Il vient, eft préfenté; 

Et fçachant qœ le Loup : M faifoircettff affaire : 

Je crains, Sire, dit -il, qu'un raport peu finceio 
Ne- m'ait, à mépris,- imputé' - 
Devoir différé cet hommage : 
Mais j'étois en pèlerinage, ^ 

Et m^cquittois. d'un vœu fait pour votre finté. 
Même j'ai vu dans mon voyagé - : . 

Gens experts & fçavans; leur ai dit la langueur ' . ! 

Dont votre majefté craint, à bon droit, la fuite. 
Vous ne manquez que de chaleur; " 
Le long âge en vous Ta détruite. 

D'un Loup écorché vif, appliquez -vous la pesa. 
Toute chaude & toute fumante : 
Le fecf et fans doute eh eft beau 
flttu» la naitte riéfettllam»» 



2©4 FABLES -CHrOISIES 

Meffire Loup vous fervira, 
: •. ' StU vçm\ pteît,^ de xôbc de chwibre. \ 

Le Roi goûte cet avis - là. 
Qn écorche , on ta^le , .pn démembre 
AlelEre Loèp. Le Monarque ea-foupa, 
' ,. Et çle fa peau s'cnvelopa. 

Meffieurs les courtïfans , ceflez de vous détruire : 
Faites, fi vous pouvez, votre cour fans vous nirire. 
Le mal fe rend chez vous au quadruple du bien. 
Les (i) daubeurs ont, leur tour,d'une ou d'autre 
manière : 

Vous êtes dans une carrière 
. Où l'on ne fe pardonne, rien. 

(i) Ceux qui pajr de mauvais «Ufcours , tâchent de 
»uire aux autres. 



F A B L E I V. 

Le Pouvoir des Fables. 

A (i) MQNSIEUR DE BARILLON. 



JL^a 



/a qualité d'Ambaflàdeur 
Peut-:.elle.s'abaifler à des contes vulgaires? 
Vous puis-je offrir mes vers & leurs grâces légères ? 
S'ils ôfent quelquefois prendre un air de grandeur, 
Seront -ils point traités par vous de téméraires ? 
Vous avez bien d'autres affaires 
* A démêler que les débats 
, ; Du Lapin & de la Belette. 

(1} Qui pour lot* eWt Ambaffadeuc ta Angleterre. 



t L I V R A E VI IL 205 

Lîfez-lés, ne les lifez pas: '_ « 

Maïs empêchez qu'on ne nous mette 
Toute l'Europe fur le* bras. " 
Que dd mille endroits de la terre 
^ 11 nous vienne des ennemis , 

■ J'y confens : mais que l'Angleterre- : 
Veuille que (2) nos deux Rois fe laflent d'être amis, 

. •* J'ai, peine à digérer la chofe. 
N'eft-il pas encor temps que Louis fe repofe? .- 
Quel autre. (3) Hercule enfin ne fe trouveroit la* 
De combattre cette (4) Hydre?& faut-il qu'elle oppofe 
Une nouvelle tête aux efforts de fôn bras? 
Si votre efprit plein de foupleffe , 
Par éloquence & par adrefle , 
Peut adoucir les cœurs, & détourner ce coup, 
Je vous facrifierài cent moutons : c'ell beaucoup 
Pour un ( 5*) habitant du Parnaffe. ; 
, Cependant faites - moi la grâce 

Pe prendre en don ce peu d'encens.. 
Prenez en gré mes vœux! ardens , 
Et le récit en vers qu'ici je vous déo'ie. 
Son fujet vous convient; je n'en dirai pas plus, 
* * Sur les éloges que l'envie 
Doit avouet qui vous font dûs , 
Vous ne voulez pas qu'on apuie^ 

Dans Atbpne autrefois, peuple vain 6t léger, 
Un Orateur vpyant fa patrie en danger, . 
Courut à la (<5) tribune; & d'un art tyrannique, 
'" Voulant forcer les cœurs dans une république, • 

* 
(ï) £dirïs XI V. Roi de France » & Charles II, Roi 

d'Angleterre. • ' ■ 

- ( 3 ) Héros fameux par les 'grands travaux. 
(4) Serpent « plufieuts fêtes , auquel une tête étant 
coupée; il en renaiflbit.nonibte J d'autres, - '•/ t 
1 W) Un Vo'ctt , qoi' d'oVdrnaite 'n'étt. JuM-A?- ' 

(6)Xieu élevé» d'où Ion hwanguoit leTeifplt. > 



**oô" ?A|B L E * CH 1 S I E S 

ll.paHa fortement, fui le commun Mau ■ 
Ont ne l'écoiitoit pas : l'Oxateur recourut' 

A ces ( 7 ) figuras violentes 
Qui fçayçnt exciter les âmes les plus lentes. 
11 fit parler les morts ,- tonna , dit ce qu'il put. 
Le ventemportfi tout; perfonne ne s'émut. 

(8) L'animal aux têtes frivoles 
' Etant fait â ces «traits, ne daignok l'écouter. 
Tous regpxdoient ailleurs : il en vit s'arrêter 
A des combats d'enfans, & point à fes paroles. 
.Que fit le harangueur? il prit un autre tour. 
(9) Cérès , commença-t-il, faifoit voyage un joui 

Avec l'Anguille & l ; Hirondelle : 
Un fleuve les arrête; & l'Anguille en nageant, 

Comme l'Hirondelle en volant, 
Le traverfa bientôt. L'affemblée à Pinftant 
Cria tout d'une voix : & Cérès , . que fit r elle ? 
"Ce qu'elle fit? un prompt courroux 
L'anima d'abord contre vous. 
Quoi! de contes d'enfans (10) fon peuple s'embarraffel 

: Et du péril qui le menace, 
Lui feul, entre les Grecs, il néglige l'effet! 
Que ûe demandez -vous ce que (11) Philippe fait? 
A ce reproche l'aflemblée " . . 
Par (12) l'Apologue réveillée 
' Se donne entière à l'Orateur : 
v Un trait, de Fable en -eut l'honneur. 

Nous fommes tous cPÀthene en ce pgint;& moi-même^ 
Au moment que je fais cette moralité , 

$ I'Efpnt des images vîVcs , touchantes , &c. 
(8) L^feuple, -. 

- .J9Î-h J>HOc des bleds. " 

- * 10 } £ c ? Atbenieii 1 éjfojent f fons 1« pnoteajon deCejfr 
< u l *°iteH*<*dQinc . qui Jcw. fai&ii^ li. «ico* 



X*l' V* B VII L mi 

. Si (13) peau-d'aaem^ok-côaié,- 
J'y prendrois un plaifir extrême. 
Le inonde eu vieux, dit; -on, je I e crois ^ cependant 
U le faut anàifer encor comme un enfant* 

(13) Vieux Conte, donjon amufe les petits enfant. 



FABLE V. 

Lt Homme & la Puce. 

Jt ar des voeu* importuns nous fatiguons les dieur, 
Souvent pour des fujecs , même indignes des hommes. 
Il femble que le ciel, fur tous tant que nous fomm^s. 
Soit obligé d'avoir inceflàmment les yeux ; 
Et que le plus petit de la race mortelle , 
A chaque pas qu'il fait, à chaque bagatelle. 
Doive intriguer l'Olympe & tous fes citoyens , 
Comme s'il s'agifToit des Grecs & des Troyens. 

Un fot .par une Puce eut l'épaule mordue , 
Dans les- plis de fes draps elle alla Je loger. 
Hercule, fe dit -il,, tudevois bien purger 
La terre de cette hydre au printemps revenue. 
. Que fais -tu , Jupiter, que du haut de la nue 
Tu n'en perdes la race, afin de .me .venger ? 
Pour tuer une Puce il vouloit obliger 
Ces dieux à lui prêter leur foudre & leur maffue. 






:••« FABLES' CHOISIES 



/ 



FABLE V I. 

Les Femmes &le Secret. 



TC« 



Le porter loin eft difficile aux dames ; 
Èc r je fçavmêœfe Çv&cefyit r f 
Boa nombre d'hommes qui font femmes, 
Pour éprouver la (ïenrie un mari s'écria , 
La nuit étant près d'elle : ô Dieux ! qu'efl-ce cela? 

Je n'en puis plus , on me déchire : 
Quoi ! j'accouche d'un œuf! d'un œuf ? oui le voilà 
Frais & nouveau pondu: gardez bien de te dire, 
' On m'apelleroit poule. Enfin nWn pariez pas. 
La femme neuve fur ce cas , * 
Ainfî que fur mainte autre affaires ' 
Crut la chofe, & prômitfes grands dieux defe taire. 
Mais ce ferment s'évanouit 
Avec les ombres de la nuit. 
L'époufe indiferete & peu fine, 
Sort du lit quand le jour fut à peine levé; ' 

Et de courir chez, fa voifïne. 
Ma commère, dit -elle , un cas m'èft arrivé: 
N'en dites. rien fur* tout; car vous me feriez battre. 
Momnari vient de pondre un œuf gros comme quatre. 
Au nom de Dieu, gardez -vous bien 
D'aller publier ce myftere^ 
Vous moquez-vous? dit l'autre: ahf vous ne fcavez 
guère • - 

Quelle je fuis v Allez., ne craignez rien. 
La femme du pondeur s'en retourne chez elle. 
L'autre grille déjà de'contér la nouvelle ; 
Elle va la répandre en plus de dix endroits. 
Au -lieu d'un œuf elle en/dit trois, 

Ce 



L I V R-fE Vril. 109 

Ce.i&ftjpaç: encor tout; car^inc autre commère 
, En dit .quatre ;-& raconte à l'oreille te fait: 
e i Précaution peu néceflaixe , t . 

:j ; Car ; ce n'était plus mifecreti. V. 
Comme Iq nombre d'œufs, grâce à la renommés* 
Dé bouche en bouche alîoit aôuTant , 
.Avant la fin de la journée , 
Ils fe montoient à plus d'un cent. , ^ 



F A B LE VI L 

Le Chien qui porte àfon cou te dîner 
de/on Maître. 

ous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles/ 
Ni les mains à celle de l'or : 
| % Peu de gens gardent un tréior 

[ Avec des foins affez fidèles.. 

Certain Chien qui portoit la pitance au logîs, 
S'étoit fiait un collier du dîner de fon maître. 
H étoit tempérant plus qu'il n'eût voulu l'être,' 

Quand il voyoït un mets exquis : • 
|Mais enfin il l'étolt; & tous tant que nous fommetf, 
[Nous npus laiflons tenter à l'aproche àes biens. 
Œhofe étrange î on apprend la tempérance aux Chiens, 

Et l'çn ne peut l'apprendre aax hommes» 
Ce Chien -ci donc étant de la forte atourné, 
tin mâtin pafle, & veut lui prendre le dîné. *' 

li n'en eut pas toute la joie 
Qoï/efpéroit d'abord > le Chien mît basja prortf # ' 
Pour la défendre mieux , n'en étant plus chargé. 

<înmd combat*: d'autre* chiens arrivent. 
-, Ils étoient dç ceux - 1} qui YiveAt - > 

n. Partit. "' • , "*.£ • 



3tio FAtiLES^CHtf ISIÈS 

Sar le rto^çY'cV craignent peu lès coupsï- 
Notre <îhiertfe voyant trop faible contrè-ei**^ 
Et que la chair ^cpuroïtr un danger mànifefte, 
Voulut avoir fe part r' & W ftgfeï * W* 4 il : 
lk>tnt de courroux , «cffièurS 4 , mon' lbpîu me faffli 

Faites Votre profit du refte. 
'■ A ces mots , lé premier ; il vous hapc un morceau, 
Et chacun de tirer, le mâtm, la canaille, 

A qui mieux mieux ; ils firent tous (i) rïpaillej 

Je crois vcïr "en ceci'ïimagjé d'ùhc ville, ! 
Où l'on met les deniers à la merci des gens, 
Echevins», FrevAt dés marchands, 
Tout fekfa,mainc ie plus habile 
Donne aux autres l'exemple; & c'eft un paffe -terni' 
De leur voir nettoyer un monceau de piftoles. 
*Sî quelque fcrupuleux, paf des raifons frivoles, 
,Veut -défendre l'argent, & dit le moindre mot, 
On fui fait voir qu'il eft un fot. 
11 n'a pas de peine à fe rendre : 
Cefkbien-tôt le premier à prendre* 

(i) Firent grand'chér*. 



O. 



F /A B LE VIH. 

Le Rieur & ks Faiffbns* 



_ *n Aerche les Rieur»; & moi je les évite. 
Cet art veut fur tout autre un &pjrêine mérite. 
Dieu ne créa que pour les^ts 
Les (jl) méctens (Jifçurs de bpns mots. 

(|J Gqaâv* tf|>rtc Mt, ptâwr $t fiijîcrfitfeU * 



■t- IV «.' E * VI 11. kif 

^.-.IttUgfr» JgRt-être^en.uneFabte r ,^ 
* Introduire tm:" peut- ê^^trfn - • --- — 
Que quelqu'un trouvera que j'aurai réuffi. 
-il I ' ' ïl Jï Ci A I, 
Un Rieur étoit à la table 
H.'un Financier; '& ridait '-en fàp coin 
Que de petits pendons; tous les gros étoient loin. 
U prend donc les menus, puis leur parie àl'oreltleT 
r' : ' '■ Et puis fl fefet, à la paiieiliè.; . '* .■ _ : . 
D'écouter leur réponfe. On demeura-farprfs;, > 
t Cela fufpehifâ: les.efprjts. : 
Le Rieur alors, d\»i ton fagej \:,...\ . $ 
Dît , qu'il craigûoit qu'un fîen 4mi 
Pour lés grandes Indes parti, , . f 
.- .* > N'eût -depuis en £& (fait naufragé, -t- •> 
Il s*en informoit donc à ce menu fretin: I 

Mais tous lui' répondotent, qu'ils; nlétoient points 
-/rfuâ âge •» ' . ' ;. -. •:. • i •'. .t. f ;i 
- A fçiivoir au Vrai fon deftto : ^ i. A 
. : . . Les gros:en fçaùrdient davantage, i . n-'> 
N'ea.jHiïs -je. donc y Meffieuis, un gros interroger & 
De dire û la compagnie i ' ' f 

. Prit goût à fa plaifatnterie , '. ... 

J'en doute: mais enfin ii les fçut engager . » 

A lui fervir d'un nxmftre àfflzvieux pour lai dire: 
Tous les no9B-des(a)eherchfcûrs de àonde* inconnus > 
t .: ;; i.vQui. n'en. étoient pas ttvenus* *:•'-> - 
Etquedepuis.centans^fpus ; ( 3 ) f àby&maav-oientvû* 
. Les: anciens du vaille Empire. I 



u 



croyant WVoir agréable, vif, profond & délicat , noti#3 
débitent hardim.fiftt des pe.nftéà vulgaires £ très ? iiifipidi, 
comme quelque ehofe d'exquis & de^vérittbkment pl&l 
i?ftt » dp^vtt jl5.ricnt>.jpo\u J$«, jmmiea* ,'u •: ,• .,...;. 

(i) Ces Voyageurs. 

(S) E*M U Mer. -.'• > 

■• A'I '. î> ';«' - 3n-:r; • •. ": £» ■>• '> • "W :-J •' ) 

' '. ' "' ' J 

«5.. ic. t:î'. - •*' M .*>*■>..'/ » -•- •* 

K a 



*t* FABLES C H 01 Sî EfS 



f; 


A B L E I X. 


•;•- 


Ee Rat & Wûhn. - 



\J n Rat , hôte d'un champ v Rdt de peu dè-cervelle , 
Des Ç^)il^GSip^tQrhQh(tin.putiGXron^£oiaM . 
11 laiffa-Ià le champ ^.ie;grain:& kg avelle, 
Va courir le)pâysi,:jabaitàonnC'îfon tiôii. T . 
I î :Si r tôt rqufifc fut hoirs dé : la café ; : 
Que le monde r dît -11 , eft grand &-fpadeux ! I 
Voilà les £2 ) jafipeiioin*, & voici >le j( 3 ) caucafe c 
La moindre :taùpinée étoit mont à Tes yeux. ' 
JtttlbouC.dâtqueJqu&^joqtSi iejvoyageur alrrive* 
En un certain canton, où (4.) Thétis tfur <la rive 
Avoit laiffé matôtfc Huîfrè:, &j notre -Sât d'abord 
Crut voirvrn les voyait > des vaaTeauxde haut bord* 
Cofljçs ; iditt il » : moa père étoit un pauvre fiio ; '•[ 
11 n'ofoit voyager i craintif au dernier point, 
Pour moi, j'ai t déjà vu le maritime empire : 
J'ai paffé les déferts,, nrçis nous n'y bûmes point. 
B'iiti certain magiftenle Rît tenait ces cfiofes, 

€ -î« / :. Et .Wdifoit ktorers champs; .1;-.; • ' 
N'étant pas de ces Rais $ qui, les livres >ongeans, 

ki> . •:•: o&Jiontîfçay'ans jusques «aux dents. •/; ;-., . 

Parm (pir d'Hultces toutes, ;doffes, - 
Une s'étoit ouverte^ & bâillant .au Soleil, 
J^' f " ' \ 'Par lin doux Zéphir réjouie, 
Hunibit Taîr , reïpitoîfr, &oit' épanouie, . 
Blanche, graffe, & d'w goût à la voir; nonparéil. 

( 1 ) De fa maifon. - .': i . . _ 

( 1 ) Hautes Montagnes qui régnent le long de l'Italie* 

< 3 ) Grande Montagne en Afîc. 

(4) Inerte de la Mei, pour la Mer même. 



* -ï; r v*r «^rur.- <ar 3 

TTauflî loin que Ië Rat voit cefté Huître qui ; Sallfc , 
Qu'apperçôis-^drt'-'tf, c*e# quelque 'vi&àaillei 
Et iî je ne me trompe à là coufeW du metd ** **- ; * 
Je dois faire aujourd'hui' bonne there- &u jamais» 
Là-déflus ; maîtrfe Rat,- ptein <îe belle éfpérance , 
Approche dé 1 Fécaillc, alonge \in f pëû le cou, 
( 5 ) Se Cent pris comme- eux fees,car ' PHuitife tôlk 

f- d'un COUp l . i ; t ; t 

i Se referfce ; & voilà ce'que L fait Tigriorance. 

Cette fable contient plus d'un enfeignemciit , - ^ 

: ; Nous y voyons premièrement , 
»Qae ceux qui n'ont du monde aucune expérience, 
Sont aux moindres objets frappés d'étoshement; 
: Et puis , notis y pouvons apprendre^ J * 

Que tei eft pris qui^royofr prendre, 

(0 On m*a allure xîu'jl.tft a fiez ordinaire de yoir df* 
Aats ♦ qal ' ont actuellement donne dans ce piège. Mais 
la Fable tr'eft pas moins' ingèmeufc'i ni moins inUtuâive» 
ifout ttre. fondée ftiiiU Vtàté. t . . . :i •. > V 



FA B L Ë X. ' 
Zï Owrs & P Amateur dés JardihrJ . 

p. • r, ; . .... , 

Vyertafn Qnrs montagnard, Ours à demi, léché 4 
iConfîné parle fort dans un bois fôlitaire, 
Kouveau ( 1 ) Bèlleropihon , vîvoit -feul & cacbi: 
fi fut devenu fou : la raifon d'ordinaire r 

: ( 1 ) Prince Talwmix • - qui; aptes avoir mis ) >4Ln les 
pins terribles a van turcs , accablé d'une noire mélancolie", 
le retira dans, un dtffert , dît Homère/ pour rompre tout 
commerce avec les- homme». Je- n'ai garde de mettre tei^ 
les paroles du Poète. Du Grec * Eh ! qui s'attendroit à, 
»oir du Grec dans des Notes fut lf«s "Fafcfes de La Fon* 
fsîneî Cette bigarure ehoqiterolt infailliblement 1» fleut 
des plus beaux ci'prits de ce fiècla, - ■ 

K 3 



*î4 K4BfcE$ CHOISIS 

N'habite p» Ipçg-^n* cfcez Je$ gens.Oi} feqpeftrâ* 
11 eft bpn de parler , & mçilleijrvdç fe ttire, 
jtfais tytœ fievix fout mauvais lorsqu'ils fppt oijtr^ i 
: t j , ijïui anàpal n'ayoit affaire . .'.*.',' 
tt Dans les lieux qwe VQww habitpîj; . 
Si bien » <que toyt Durs qu'il étoit» 
£} vtpt ^s'enpuyer.de cette, txiile vie. ; , 
.Pendant qu'il fe livroit à la mélancolie , : 

Nqn loin; 4e là qgffliR Viçillarè , . . 

S'ennuyoit auffi de fa paît. 

11 aîmok les jardins , . étoit Erltre àp . (3 ) flûtes | 

" Il l'étoit de ( 4 ), Porçone: encore : | 

Cç$ deux emplois, font l)eati?:v mais j^vc^d^paiml, | 

Quelque doux & difçret ami. . 
Les jatclias parlent peu, fi pe n/eil.dsyîsjnon Livre: 
Pe façon que laffé 4p vivre t > 




Venoit de. quitter vf* montagne:- : j 
Tous deux, par un cas furprenant^ | 

£!.: V. . *Se- rencontrent ^èn m toemanK*---*-" | 
L'homme eut peur-: mais comment esquiver. & que 
faire?" '«.••-■» * ^ * , 

-Se tir;çr en^con d'unç.fc^W*^; 2 ^!^ ^ 




. * - ■ iSe/gpéiy, 
# Vous voyez mon logis; fi. vous vouliez mç faire . 
: lTant J d1ioniieuï que d'éprendre up champêtre irepaç , 
J'ai des fruits,' j'ai du lait. 1 Ce h r eft peut-être pas' * 
iJDe-fioffetgneuitf'te Ourêle manger ordinaire , 
;Mais;j'offre ce que j'ai. L'Ours l'accepte; & d'aller, 
j^es'yoilâ'bons amis. ayant qufe. d'arriver. <_ • 

,. (3).uecflc,dcs Flefit*. • ; .♦ 

(4) Wcffc des Fruits . t- 4 \ ; 



rJ5r J V R E Vfjfl" ws 

Arrivéf , ; jke&qpity*. fe #o^aflt f bien; enfçmble., 
Et bjep opWibït , ice quai femble , 
: Peauçovfl ??oins feul qu'avec des ibts , . 
Comme.. i'Qu& £ij yn joiy: ne fiifoit pas dcyx mot% 
L'hrapae ppUToit ûps briuit v^qu^r 4 fo» ouvrgç» , 
I^'Gçrs ailok à Ja chaflè , apportok du gibier, 

Faifoit fon principal^ métier 
X>'tet bon (5) ^noucheur, éçartoit du vifage 
De (çu apai dormant , ce parafite aMé 

rQue. ijouê. ayons, mouche appelé.* \ 

Un jbpr que le y isillard dowpoi^d'un profond femme > 
Sus lçjb^n dé fbq ne? une allant fe placer/. 
1SÀ# Vtym auj^éfefpoir, il eut, beau, la chaffler, , 
Je Rattraperai bien, dit -IL Et voici comme. 
,Aiiffî-t& s f*it que dit; le fidèle émoucheur 
Vous empoigne us pavé, Je iance avec roideur, 
CafcUttfce A tfreflroe en ëcrafagt la mouche, 
Etoo»;©oin§:{)p«;v^îiefio^ mauvais: raiftumeur.» 
ïoide moj$r:éfei*}u UiA $*« jjt Je couôhe. 

.Mievurvajdrqit ^ fiç et /ennemi* . . 1 
1 (5) De chaflcT les Couches au! venolwie piquer fotf 









Be 



leax vrais amis viyoient au (1 ) Monomotapa; 

L'un ne poffédoit rien <ful appartînt à l'autre : 

Les amis de V^jliys - là 

Valent bien, dit -on, ceux du nôtre. 

(i) Païs au Sttd-Eft de l'Afrique; 

K 4 



-216 FABLES CHOISIES 

Une <riuit que chacun s'occupôit au fbrijmèîly'-' ' • " ' 
Et mettoit à profit Pabfence dir foleil , • \ ! 

Un de nos deux amis fort du lit eh alanfté : , 

il "court chez fon intime, 'éveillé les v^lett:"* * r - I 
(*•) Mofph'ée avoit touché le feulîtfé'célralëk. ' | 
L'Ami couché s^étonne, ilprèndfabôurfe, ils'aifae, | 
Vient trouver Vautré , & dit : il vous arrive peu _ I 
De courir quand on dort : vous meparoiflicz homme T 
A mieu£ ufer ctàfcemps deftinéponr le femme * : - ) 
N'auriëz-tfôus point perdu tout vètré argfcht au jeu? | 
Eâ. Voici': sll voiis efl *énu Quelque ^leréHè'i ; ; .» ' 1 
J'ai monépée, allons: vtfus Sïhityez-vètte peint • ! 
De coucher toujours feiil? une* efclavé affe^^élle' 
Etoit à mes càtés; voulez -vous qû'oti l'appelle 9- ; '-'. 
Non, dit l'ami , ce n'eft ni l'tin ni l'autre poihr: 

Je vous rends grâce de té zélé. 
Vous, m 'êtes , efc dormant f un peu trifte apparu : • 
J'ai craint qu'il ne fût vrai* jêAife vltè-âeco««W ' 

Ce maudît fèage -en è&!i* r 6aufe; > • "i - - i - - 1 

Qui d , eu1t'aÎIt'éi^fëhîfel7jc','quèt , etf femblè/t^éto^ 
Cette difficulté* vaut-' bièn : qu'dh fe prô£cBS. 
^Ju'un ami véritable eft une douce chofel, , ,, 
Il cherche vos befoins* au fond de votre cœur'; / . 

Il vous épargne la pudeur 
;■ . :; . - r £fr tes :bxk .dégottyctr . je ei« L;m taet~ ~g» 
Un fonge , un rien , tout lui fait peur 
Qu&p il s^it dç ce cgi'U fîme^J 

(i) le Dieu du fommeil , c*eft-*-di*e , tout le monda 
àouaoit dans ce &Uta v 'J.">*«i \..\ 






...>.■ t 



E-iit>m^a::vrrr;. ai* 



F A 3 h ^ t ,t.i. ..;... 

X* .Ç&ïi&o» j. la Çbêvre y & te,Mduto^ 



U. 



nddé^re^bnMouton^âvecflin Cochofl gras, 
Montés fur même char, s'en alloient à la foire: 
Leur divertiffemenrne les y poitoit ]pas ; 
On s'en alloît les vendre, â ce que dit l'hiftoire : 
; Le Chartao.ii'aïoit^asLdeflfeiû L . . «, 
De les mener voir ( i )* Tabarin. 
Dom Pourceau crioit, en chemin , 
! Comme s'il avoiteu cent bouchas, à fia* troutTes: 
C'étoit une dainçur Prendre les gens fûùrds. 
Les autres animaux, créatures .plus douces, 
Bonnes gens, s'étoriiibtent qu'if trîjt au'fecours : 

Ils ne voyoicnt nul mal, à'cralÀdre. 
Le Charton dit au Porc; qu'as-tu tant" à té plaindre? 
Tu nous étourdis tous , que he te' tïéifc-'tu coi ? 
; Ces deux perforinels * ci , plus.honnêtes que toi, 
1 Devraient t'appretidre ; à vivre , ; ou du tooîns à te taire. 
Regarde ce Mouton: a--t -il dit utïîea! inot? 

Il eft fagc. - fl eft • un .fit , * : * 
Repartit le Cochon : ViF îçavoitYon 7 affaire, 
11 crieroit comme moi' du 1 haut de : fbh gcJfier; 
Et cettieTautre petfonné honnêtfe» 
Cfieroit tout du hnt èe $ tôt». 
Ils penfent qu'on les veut feulement décharger 9 
La Chèvre et fon l îait ? • ie Moiiton de : £a laine. 
Je ne Tçai pas s'ils ont ràHbn , f 
Mai» ^juarit H moi .qtfi néfcfe-bpn 
Qu'à ntënge* J , - ta* ntart ; efi ëèÂaine : 
... rAfUeu moft tojt fcmjcamffa^ , v/î > t < 

(i) N.om : 4'u9 faWHr» pour cpitfç.UîdKWftf. j !>, 



ttS E AB'LJB S . CjH <H S I S S 




La plainte pi lipeur ne changent le defUn; 
Et le mdina prévoyait eft 'toujours le plus fage. 



- ' * x -y* 3 v - 



p A B LE X;IJ)L 
Tircit & Amarante: ■: 
JOUR MADÊMîQISELLE DE SILLERY. 



J'avok Efope quitte, ,.-, ., 

Pour être.tout-à (i) Bocace:^ 
Mai* une : divinité 
Veut revoir' fur le parnafle 
De§ fables de ma façon. _.* : 
Or.d'aLier lui dire non, 
, Sans quelque valable exeufe , 
Ce n'eft pas comme on en ufe 
• • .•» . Avec des divinités; ... 

\ .Sur* tout quand ce fonrde, celtes 
Que- la qualité de belles • 
,. Fait freines des/vqlon tés. : . • • 
. ' * Car afin, que Ton Je fçache > 
" f . Ceft Siliery qui s'attaefte 
7 ' A- vquloir .quq de. nouveau. m ; . » 

Sire Loup, fire Corbeau . , , ^ 
„.,"•; Chez f moi fp parlent ç^ripiç, cr . 
Qui, dit; Si\ifiry i9 dk^out:-. 3 -* 
f: Peu; çje^géns en teur'efttpiô ,<l 
„i. . ^rè4 fpfàsiît le haut bout. /. ; r> 

(O Hcrivali't^liftreV^fH eri'lWfe 1 îtaîfefae, *dmîr& 
des contioifleurs , a comppfé de» Conta donc pluilcurs 9& 
•*té a^44^WC4it ii*fc«* ■ en Vtr« $tr *4 F««t aftlf. 



m . H & r . *s ? sir. xi *.'i «if 

...-, Courierit'ilt pbjtfMt'-ta fifre* " .-• 

Pour Veéfr ;*nGttre 'affaire, 
. :: Jtfes cotHé*, àfonâvls, w > 

. . Sont obfcurs. Les beaux efprfts 
. JTenteadeht pas toute <hofc: 
Faifons donc quelques récte . - 
v Qu'elle' déchînre fans glqfe. • . 

Amenons" des bergers, &puis nous rimerons ' '' 
Ce que difl&t éfitr'éox les loups & 4 lés 'moutons* 

Ahl fi vxpw jconnoiffiez çomjne moi certain mal, 

'• *Qui nous plak cV^ui rious énchaifte l 
' Il n'e^ bien fous Je ciel qui vous parût ted : 
'SôuÔréîfHjtfdri vous lé communique. 
Croyez -moi, n'ayez point doreur: 
Voudrois-je vous tromper,- vous pourvut je me pique 
Des plus doux fentïméns que puïflb ayoii'un cœur? 

Anjpwntèauûl- tôt répliqué: 
Comment Tappeléz-vaus , ce mal ? qpiel eft fo» norot 
L'Amour. Ce moteft beau; «dites *iuqi quelques 

marques 
A quoi je le pourrai conriofcr* y que ieaf - on ? 
Destines, près- de qui lè.plaifi* : to^ch^nqu^ ; 
Eft ennuyeux S /aide; •an-Voublie > ."ôn-fe plaît 
Toute Téuïe çn une .forât., A l 
> Se 'mire -t-on- près d'um rivage? ' 
Ce n'eft: pas fin qu'on voit , on ne voit qif une imag© 
Qui fans celte revient ;&, qui fuit en tous lieux: 
Pour tout ïe refte^on && fans yeux, 
11 e#,un berger du village t ,... > 
Dont l'abord V/dont la voix ,' dont le pop jfcHjrççgfeî 

~On fôupîre à ion fbuvenir : ' « - 
On ne fçait pas poaw^uoi , ijepotidatet 'onîfdu^iri r ? : 
On a *peor idè 4e v<wr 'enebr - qu'on Ife àêfiiet ' 

: Amarante dit- ô l'fnftanf, \- \ '• '*"■-** 
Obi oh i cfe&là ,ce<a»J que voué «rprêchez tant? 
KG 



9S0 FAB t L£S;XH CXISIES 

11 ne m'eil pas nouveau; je penfe tejtoônoitre. 

Tircis à>fon 4>ut croyait, être ./i 
' Quand la Belle ajouta: voilà. tout juftenfcnt 

Ce que je fens pour Clidamanfc 
L'autre penCa mourir de dépit & de honte. 

Il cft force gens- comme luji* x * 
Qui prétendent n'agir que potir leur pjr Qçïei compte. 
Et qui font le iriarcfcé 4*Wtxui* ; . ' > 



F A BLE X IV. 
JLes. Obféques de la Lionne. 



L. 



fst femme du Lion înourut r 
Auffi-tfa chacun accouftit /\ , 
• . V oûr s'acquîter envers le Prince 
De certains cômplimens de cônfblation , 
' . . 'Qri font furcroît d'affiîc^n. ; : '• 
II fit avertir fy province , 
S: ' Que les obféques. tè ferofënt 
Un tel jour , en tel Heu : fes : p'révôts y feroïent : 

v ' Pour régler là cérémonie ? ; ' *; • 

, Et pour placer la ; compagnie. ; 
v Jugez fi chacun Vy trouva. \/ 
•" Le Prince aux cris ^'abandonna * 

Et tout fon antre en' réfonnâ. I' ' * 
- Les Lions n'ont point d'autre impie. 
On entendît,' à fon cxetnptè, :i . ., 
Râgît'eh lettré patois meflSetcrs les cowttfens. 1 * 

Je.défipfcla cour un .peys. feù te*ger* - ; r. î v* * 
Trïftes', gpis*, prête à to^t,- à<outjt]dîfféi»m« . - 
Son$ ce qu'il plaît au prince ; pus'jfc ae p*uûen t l'être» 
T&chent *u moins de Iç. paraître i < • 



Peuple >( i) cûméteo»,(2) péuplû'fingç du naîtra, 
On.dirokiqqHin fcQ>wt anime jniflc. corips :. : t u 
C'eftbien-èàque les genarpntde (3)fiffipie3rçflbm» 

. Pour revenir â notre affiure , * 
Le Cerf ne pleura point; comment l'exil $& Uitd 
C^ae mortjle v^rrgttoit.n la Reine avait jadis .-* ^ 

.Etranglé fa rfemme ci fon fils, -,:, 
Bref, il ne pleura point. m .Un flatteur l'a%fiire^ 

Ètlfdutiift'qu'fll'âvoftvÛ 1 ^'. 1 
La colère du roi, comme dit £4) Salomon, 
fit terrible ", &t\it -tout celle du : roi tïon : ' - • * 
Mais ce Cerf n'avoir pas accoutumé de lire» 
Le monaiqûeûiui dit; chédf hdfc deft.boi&, 
Tu ris , tu ne fuis pas ces gémifTantes vdix. 
Nousn'appli^Lè^ônè pôri^rftirt^m^bres profane» 

Nos facrÀ ongles : venez , Loups , 

Vençez la reine ; immolez tous Q 

" : : Côiofafcre, àrferaûgufteçr ihanes. 'j -j £.* 
Le Cerf reprit alors : fîre, le tems des pleurt 
Eft paffé.r la douleur eft ici fuperflue. . > 
Votre digne moitié , ' couchée entre des ' fleuri» 
. Toufcprés d'ici «m'cft apparue J 

Et je Vii d*abiîrd reconnue» 4 :^<- :-J 
Ami, m?a-r-felle <Str -gardenque t&casmn, ■ % J;:S.i 
Qu^jervatechcziésdfeBar, tw tf&blîgeàdes larmes* 
Aux cbainjte ( f ) niyfica** #ai goûté milfe charmes» 
Converiimt avec ceux ^iii'fôm faim^'ccrtnine mou 
LaiÛfc. agûiquelque: temps le. défefpoir dû roi : . 

{« ) AnftW qm pttnà M eoalètel dft'lje»'©* H 4P, 

J a «ne, roufec, &c, ; •■».:. 
U) Scrvllc infiftiteur" du maftfe. "- r */- 
U) Sans rar&ftineqfeiit ^foh^àfcftàfelitf, Wfcime Dtfcar» 

54) Kollfc* Juift.qui a fait un Recueil de Provcibcay 
. (S) LiCttd«£nJçw ofc'Jta'MBtabciittiub ' \ 



t%% F.&BiE , ES r CJi(nSl#S 

D'une précaution furlqpfc fouloit 1a tfte * 
De celdt qu'il ahnoit , défendit que Jamais 
On lui laiflk pafôrJe feuil de fon palais. 
Ilpouvoit, fans&rtir, cQntenter fon envie; 
Avec fes compagnons tout le* jour badine* , 
: 'Sauter, courir, fe promener. 
. *j » ï ; Quart il fi* en l'âge où fc chaife 
« , < Baie le plus aux jeunes efprits, 
% . . • •• • > ' Cet exercice avec mépris - 

:. : Lui fin dépeint : quais quoi qu'on faflfe, 
< > Propos, confeil, enfeignement, 

Rien ne changeun tempérament. 
le jeune homme inquiet*, atdent, plein de courage, 
A peine te fentit des 4x>uiilons (fini tel âge, 

, Qu'il foupira pour ceplaifir. 
Plus l'obOad^étoic gfand^plus -fort fi£ le défir. 
IVfçavoit le fujet des fatales défenfes; ; ... 
Et comme ce logîs , pléiif "de magnificences , ' ' 

Abondoit par -tout en tableaux, 
«=«« Et qùè^TT>-ïaihe^« Q^piiicém 
Traçoient de tous côtés chaflès & payfages, 
. * Eh cet endroit das. animaux;"; •] 

En cet autre des perfonnages , 
Le jeune homme s#méUÉ*yO)$at*j>eint un lion. 
Ah , monftre ! cria -r- il î c'eft toi qui me fais vivre 
Dans l'ombre & dans les fers! A cesplofc il fe livre 
Aux tranfportSJvIMèns'ide tfiiidignaticni^.. 
./. .'. : Porte te poing- fur- i'iofiocènte- bête* » 
Sous la tapifferie un clou fe rencontra : 

Ce clduie hlofTe , il pénétra 
Jusqu^ux- refforte.de raaî4;,& cette. cheré tête . • 
Pour qui l'art (3):d'Escùtepe .en jvain. fit. ce qu'il put; 
Dut fa perteà ces foœifjkaxL prifcpour flm faluu 

(i) Les TttiMteh'^ L vu .., ,! '.r : .1- ... . l 
( 3 ) Pktt de la taedtfcfet 'fc'dc 1 2t çiltt^* 



?r" ' 



Quekjuè devin lé menaça,} dît*ofl f I 
- •* Déilâ4feôi» ii'unô'maifotf; ' - >r- t^Y-M 
- . ' ' -Auffi^tof'ilqUCtta ïavillei' -1-:/? .': s >) 
IWit fbfi HiWï>leta*haï*|Slotà dôSt<J|ttr,EMttlerciciixJL 
Un aigle qui ptfftoit ttl î*afr'ime tortue;) 
PaflTa par-lft : , vît Phbmme, &4ur fatété nue, 
Qui parut un morceau de rocher à fe&yçux, / : 

t^-Etairtîdeîcheveiflc pourvue, - . . '* 
JjAS&^ksMth pote atotfeiai:affîit:r';ï .ly '-/- 
Le pauvre aSfchile aiafi- fçut fe$ >Jdb» avancer* 

De ces exemples il réfulte, 
Que cet art, s'iîëft- Vrai,' fifît* tomber daiis les mam 
" r: 'Quê craint feetal qui le confclte ; '•'-' 'V 
Mais je l'en juftfoe, & maintiens «p'U eft faux. ' 
j. . - Teneerofe point qû#ta àattfte. Vî--;; ; '.î. 
Se foit lié' lès taaîa&y A h6^4&4teretfcor,3"'-<: il 
Jufqu'au pointde-riarqtie^drfnS-l^cîii^-hotre fort 

i. ? !i" '^e^lieuXj'^rperfismnçsi'-de tén?ps; 3 . [ cr 
Non des^ confondions detoustces charlatans^ -'■' » 
Çé befger & ce foi font fous même jplarietté; ' . .; 
È'urT d'eux porte lë'fcèptjre STâutre la boulotte': "l 

( 5) Jupiter ie vouloit ainfi. , ^ i 
Qu'eft : te ; iquç 3 Jupiter ? uà corrps fafcs' ctmnbiflki^ce# 

Iï'où yiqnt àiOf\ç :i qu â e, fpp £$Hpncé» t ,. i 
Agit différemment fur ces deux hommes -ci? 
Puis cornaient pénétrer jufques à notre monde ? 
Comment percer des airs la campagne profonde ? 
Percer (6) Mars, Je $oléih, & dès vuides fans fin? 
Un atome la peut efctownér eh \é3iemiiu 
' ' > ^ * '* 

(4) Ancien Poète Crée», dent il nous refte quelques 
Tragédies. **'* 

(îj C'eft une des grandes Flanettes. 

(6) Autre Planette au-dcfloiu de Jupiter » par rapott 
* U Terre, . 



%±6 FA B V% S 7C H <>,i Sri £S 

Où.JîrQût T reçrpûv«^) le^feîfea^^pr^feepç?? 

Vétst <)& bous ;ywQp»J'Air^ tf ^ 
Mérite que du wwtosrqiœlqUÎU* ÂlràllMt prevû: 
Que ne !Vt-iM<W #tÏHWis qui d*a*ç^ne l'a fçû. 

Celte a*ffi de i»o$ f*ffio?»v : 

De fui via pas à pas toutes j)oi aftiow ? . . 
Notre fort çn,dép*n(jb:,& «cnwft^WÔltyie, 
Me va, non:pUftipe tfror jamais ^i>Q^ê»Q f»i 
••Lh 49k cte<*eaa Yrfi&t autf&ŒKB*,;; 
Tracer le cours de notre vie! 

r -r vi Hue.fe&iitppint^rt^ri r : j.-, :-■' 
Aux deu$ ffo.Mhie i i!ifm:fa y.im. de <>onter. 
Ce fife p* ir»p tiMri'9 Jtf te jbo^trçmnKï JBfcbfk 
*Ty font rien,. T^lt^iigte&iwiKQjffW'eftcetar^ 
ïl peut ( ft*ppet.au but? Wtf fpiç $*«?$ jatflfci ; - 

( 7 ) Charlatan'! qui veulent' nous ' taire" ac^grofae qu'Ai 
ToyentiéïtÎTcibcnt «mit le Mén'Jfc totft le -ml qui doit 
arriver l+u6 yerfaaite, par la jfawationo» te msofaff ici 
Planettea daaa la «ornant de fa naU&occ. - De ton* lef 
métiers ., celui de Charlatan eft le, plus aîfé i apprendre. 
Deux chofet fuffifcnt jpewr lé fçaveir patftkemenc s k 
première , la ciédaHté dea hoviniçs ., qt£ ae; dépend pai 

feÇtaj^V) 1 »*** ****$ W^V kUa r tftr R'ax le moycm 
«le la ïecond*, qui çonfifte a leur dire hardiment qu'il 
iÇiit fart bien ce qui lui è^aWohtaéitt focoétui. 



i • ., ' i. - 1 ;- ■• j ■ 

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I 



1 16' faift ëiitfaidë* , rtft là toi dôiiatijrfc': - ' \ 
„I/Ane un jour pourtant s'en moqua:, J '" 
' " Et' île fçafe cothmç il y mariquârç 
Car il eft bonne créature." 

Gravement, fans fonger à rien, 
• ] î Tou* d&* fuivîf d'uq cotffnun/çiaJqe. 
Ce maître s'endormit: l'Ane fe mit à paître: 
;jaétoitfdoïs#l0>n'jTé7 \ 
Dont l'herbe étoit fort â fon gré. 
Point de chardons pourtant , il s'en paflà pour Haute 
11 ne ftiitp»otoi*w»,4ffie f fic4«iWi!3 ^ , r r l_J 
Et faute do ffervlr, œ plat) . ^ • ■ - :3 ^ . * r 
RarcmeBt uaieftln «dçflaeurfl^ : ; h-.-.Vtr 
•; JNotre Baudet skn fçut fcafti . , . .\"t'/; 
ïaffer pour cette fois. Le Chien 8¥>&l9itt:de feifflv 
Lui dit :*ther compagnon > baûTc-toi> je^piie^ 
Je prendrai mon dîner dans le panier m, pain» . : 
Point' de réponfe, mot: le (î) Rouffia d'Aveu 
: ; Craignit jju'en. peidan t uft aaomeû* v y : 5 
. U imt perdfc un coup ;de deût. -, , j 's ; ;> 
11 fit l^ng,-t^ùip9 Ja- fourde atdllfi;: -./ -> X 
Enfin il répondit: ami;ij«f tccanfeiUè r:»;.. v! v* 
D'attendre que: t©ri majia^f ait Êtii fon fotameih: £ 
Car il te donnera fans faute à fon réviil , • <•. 
Ta portion accoutumée ;Y * ' "•» 
Hue fçawpitt^ider .beaucoup^: ; • ' - ,7 
Sur ceai^ntr^ites un Ldup : ? . ; .. ri r: ik 
Sort du bois, & s'en vient; autre bête affamée* 



i** FÂftLËS CHOISIES 

Le trOB^estf sta* ftbtît: 1k ta té feftftir 
•Btf chbfct de festtâb&ântiHIe. 
Si ta fais bïfea , ftt rerëeti&as i moi* 
LeGree le m*, fcec-i tàoàtrt aux Provinces 
Que tout c&rof*é,nHeûx vaut ,enàdhte fol,» 
- - S'aSandonacr i «unique purifiant Roi ; 
Que rtppoye* w^rtufleMirpéti» Érfacer. 

— — ■ i«Ét— fr^»*— »— i ^— ■■■in i tf .i ■■■■ 



F À B- L % XIX 

IJ avantage &'la Sciqkff~ 



i. 



r •• 



K 



/ntre 'deux touigeoûr aitoè vitté 
S'énrot jadis un difféïend.- 
L'un étbît pauçfé / mais îhafcîle : \\ * 

L'autfé* riche % mais ighorant. 
Cetai -et fur fôn <rctocnrrent J 
.. ypuloitwnjjo^ yavaifag^; 
'; Pr'étendok que tout iiomiàè fage 
- ""Etoit tenu de Phoriorèr. 
Cétoit tout homme fot: car pourquoi révérer' • - 
Dés biens dépourvus de mérite? 
La jMfoi^ jiferi ferruble petite.. \- '~\'"' 
Mbtf anii/, diroit-ïlibuvërit; • . 
....,,.., .....' , \ .'ÂurçâyanLV' ."! ":. • ; -> 
"• » ' "Vous vous croyez cpnfidérabfe : ' " 

.. >feW "dues -moii tenéi^vûus fiable? • , .• • 

Sué' feft î vos pareils de' tirer inceflamment'? * 
_ i font foujodrs logés à la troisième ejiambfe, 
y^tus au mois 'de Juin 'comme au mois deËécetnhrej 
^jantjpow tcôit Laquais jeur ç mbr$ fcvtfswçhC' " 
" ta république a bfeïj i affaire ' '. '. 

Je ne fçais d'homme néceflàire , :. 

Que celui dont le luxe épand beauccfcjp de tifea** 



Il y a de$:g$rai9Mf jrôfr pqgr le vçngcr. 
Quelque ;po|ft>a ; IVTOMV* protéger . ; i ; r i l 
Les «vifigm^qpii.feBt gv.i'wft> W*)fa - j 
Sur .cet av&r* le Tuic fe je on&porty • _ » /<> 
Commç ( 3 ) Alexandre : & plein de cçnfiance 
CbeR Jte:Mrçrebqn<t tçut <^oj$ il s'en ail*.^ 
Se mit à table. On vit tant d'aiïurance 

Qu'on ne crut point qu'il fe doutât de rien» r 
i Ami , diK-iîï j/içais «jjtie tulme qûittefc i 
Même Ton veut que L'en, craigne lesfuitjps: 
Mais je te- r Ôois "lin trop ^TOiâàie cfë-fcïettï 4 - 
Tu n'as point l'air d'un donneur de (4)~toeuvage* 
Je n'eli #s.pas là^deffus,da¥fintage. .. k »i! 
Quant à "ces gens qui penfent t'appuyer,* /' \ 
• Ecoute -inoU r ^n's tant. de r 'dj'alogue ? : t ;. , 
Et de raifons qUi,' r poùrr oient Tênnuyej-/ 5 '.'. 
Je ne te veux conter cp'uu^ôiôgud ".*'.. > 

11 étoit un berger, fën ; chien J à fofl trôu^au. 

Quelqu'un lui delharida ce qu:H prétendoit f^iro 
^ Ç'un dogue de qui l'ordinaire ' .' . 

Etoit 'un pain ehtièt: Ilfarlôit bfen & be^ti "''" ' > 

Donner cet ''animal air Seigneur du village. 
Lui berger^ pour t)itu de "ménage, % ' 
Àuroit deurbu troiVrilatînaux-, * 

Qui, lui dépendit moins 1 , véHleroientauxtrcaipeau}^ 
Bien .TOieux^què' cette fr&fe fêuïe^^ r 

U mangeoit bhisijue* .trois; ?Àai$ on ne jfifo{tj>as r/ . v 
Qu'if avbit aiïffitripje gtreule , .' '' ; ; ; [ r 
Quand Tes loups lïvrbient des combats.' 




^kPfS9 l i?**ïizAk.i.ï ozul al 3uoa M'*-* j-,J> 



t Tu;'P&iitëi cette fois. : : -j .,, j , j t , 
Jiîpitâf ^c$»^guerp ,^v >•. ;,k>- 

O,voûs, rois, qù'H' vôùfut feîrc 
Arbitres de notre -fort, - ' / 

« I^aiffëç entre là colère ' ' , 

,£tV^aie,,^i.là;fiut,,-';/ .: \" 

v „ ; . ,1; Llntervallé. 4'une nuit. ' r ,: ,'%' * 



(I 



Le Dieu ifônî- fi) l'aile cft légère, 
Et la langfe la: des i (3 y douceurs y - 
. Alla v&fr l&nofrcs fleurs.' « ' 
;c A ( 4 y Tifiphone 3c : ( 4) Mégère 
Il préféra; ce diï-ôri; 1 -" " ' 

L'ip>pitoy:able.(4) Aleéton.» 
Ce' dfarihr ïs tehdii fi : fierëy ' 
Qu'elle jura, par^C 5;) ^Hutçrj f ., .. 
' Que toute l'engeance humaine 

D.e§ déjtés dç là - bas. 
. Jupiter n'appriuva pas <7 A '?. 
Le ferment $}e l'^uménide.. 
Il la renvoie* & pourtant -^ \ 
i» Il lance un foudre à l'icftant _<, 

Sur certain peuple -perfide. } 

Le tonner e 'ayant pour gw*cfe *» 
A Le père* même' de ceux "'-'*' ' ' •• * ' 
^trHl trfeaaçbit d$f fes feu* , ' 
^ Se contenté de leur crainte. 
Il n'embrafa que Penceinte 
D'un défèrt Mffiatnté. ' . ' 

Touttere*^ ) 'ftirtM. côté.' - ; 

(i) Mtrcure, inefla^àes Dieux. 3 .,*,"• 
{3) Qtii parle agréattemeft. ' w :J ' ' i ' 

f ç) Nom général des Funa, . „ » , v «, ;. 
(0) Ayant peur de faite du m'ai t ton Infant/ 



LIVRE VIII. '* 3 j 

Qu'arriva -t- il? notre engeance, 
" Frit pied fur -cette indulgence , 
Tout l'olympe s'en plaignit; 
Et (7) l'affembleur de nuàgeg t 

Jura le (8) Styx, & promit 
De former d'autres orages : 
Ils feroient fors. On fourît : 
On lui dit qu'il étoit père ; 
Et qu'il laiffât , pour le mieux f 
A quelqu'un âes autres Dieux 
D'autres tonnerres à faire. 
(9) Vulcan entreprit l'affaire. 
Ce Dieu remplit fes fourneaux \ * 

De deux fortes de carreaux. 
L'un, jamais ne fe fourvoie, 
Et c'eft celui que toujours 
L'olympe en corps nous envoie. 
L'autre s'écarte en fon cours : 
Ce n'eft qu'aux monts qu'il en coûte : 
Bien fôuvent même il fe perd; " 
Et ce dernier en fa route 
-Nous vient du feul Jupiter. 

(7) v Ipithftc qu'Homère donne très-fouvent à Jtipîtejr. 

(8) fleuve de l'Enfer, par qui les Dieux Uiroient. * % 

(9) Ou Vulcain, Dieu du feu. x 



U: 



FABLE XXI. 

Le Faucon & te Chapon. 



ne tratareffe voix bien fôuvent vous apelle : 
Ne vou$ preffez donc nullement» * 

H. Tank. L 



) 



2U FAE LE S : C H O î S I B S 

Ce n'étôit pas un fot., non* non, & croyez -m'en, 
Que le ( i ) chien de Jean de Nivelle. 

Un citoyen du Mans, Chapon 'de fon métier, 

Etoit fQmmé de comparottre 

Pardevant les (2) lares du maître, 
Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. 
Tous les gens lui crioient , pour déguifer la chofe 
Petit , petit , petit : mais loin de s'y fier , 
Le ( 3 ) Normand & demi laiffoit les gens crier, 
Serviteur ,- difoit - il , votre appât eft greffier : 

,On ne m'y tient pas ; & pour caufe. 
Cependant un (4) Faucon fur fa perche voyoit j 

Notre Manceau qui s'enfuyoit. , 

Les Chapons ont en nous fort peu de confiance, j 

Soit inflinét , foit expérience. 
Celui-ci, qui ne fut .qu'avec peine attrapé, j 
Devoit, le lendemain, être d'un grand foupé, j 
Fort à l'aife, en un plat, honneur dont la volaill 

Se feroit paffée aifément. 
L'oifeau chaffeur lui dit j ton peu d'entendement ' 
Me rend tout' étonné: vous n'êtes que racaille, 
Gens groffiers , fans efprit , à qui Ton n'apprend riefl 
Pour moi, je fçais chafler, & revenir au maître- 

Lef vois -tu pas à h fenêtre ? 
Il t'attend, es -tu fourd? Je n'entens que trop bief 
Repartit le* Chapon : mais que me veut -il dire, 
ït ce beau Cutfînier armé d'un grand couteau? 

Revicndrois -tu pour cet appeau? 

Laiffe -moi fuir, ceflê de rire 
De l'Indocilité qui me fait envoler, ' 
Lorsque d'un ton fi doux on s'en vient m'appela 

( 1 ) Qiiî s]enfuyoit quand on l'appel oit. 
( 2 ) La cuifinc. ^ 

( 3 ) Nom que l'on donne aux Manceaux. 
(4) Un Oilcau dttSJé pour la challc. 



x i v r e:;viil 135 

. Si ta* voyofc mettre à la broche . , 

Tous les jours autant de Faucons : 
Que jy vois mettre de Chapons , 
Tu ne me fer ois pas un femblabie reproche. 



F A B L E XXII. 

, ' Le Chat & te Rat. ' 

^J'uatre animaux divers , le Chat Çrîpperfromàge; 
Trifte oifeau le Hibou , Ronge-maille le Rat/ 

Dame Belette au long corfage, 

Toutes gens d'efprit fcélérat , 
Hantoient le tronc pourri d'un Pin vieux & fauvage. 
Tant y furent qu'un foir à l'entour de ce pin 
L'homme tendit fes rets. Le. Chat 'de grand matia 

Sort pour aller chercher fa proie. - 
Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne 
' ' voie. ' 

Le fîlpt : il y tombe , en danger de mourir; 
Et mon Chat de crier , & le Rat d'accourir , 
L'un plein de défefpoir, & l'autre plein de joie. 
Il voyoit dans les lacs fon mortel ennemi. 

Le pauvre Chat dit : cîher ami , : 

Les marques de ta bienveillance 
. Sont communes en mon endroit r .'- \. ; 
Viens nVaider à. fortir du piège où l'ignorance 

M'a fait tomber : c'eft à bon dfoit 
Que feu! entre les tiens, par amour finguliére,' 
Je t'ai toujours" choyé, t'aimant comme nies yeux. 
Je n'en ai point regret, & j'en/ends grâce aux dieux» 

J'allois leur faire nia prière; 
Comme tout dévot Chat en ufe les matins : 
Ce rézeau me retient; ma vie eft entre tes mains: 
h 2 



330 FABLES Cff OISIFS 

Viens diflbudre ces dœuds. Et quelle récoibpenfe 

En aurai -je? reprit le Rat., 

Je jure étemelle alliance 
• Avec toi , repartit le Chat. 
Difpofe de ma griffe , & fois en aflurance : 
Envers & contre tous je te protégerai; 

Et la belette mangerai 

Avec Tépoux de la chouette. 
Ils t'en Vfeulent tous deur. \a Rat dit : idiot! 
Moi ton libérateur? Je ne fuis pas fi fot. 

Puis il s'en va vers fa retraite. 

La belette étoit près du trou. 
Le Rat grimpe plus haut, il y voit le Hibou: 
Dangers de toutes parts : le plus preffant remporte.' 
Ronge - maille retourne au Chat , & fait enforte : 
.Qu'il détache un chainon , puis un autre ,"& puis tant! 

Qu'il dégage enfin l'hypocrite. 

L'homme paroît en cetinftant; 
Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite 
A quelque temps de là, notre Chat vit de loin j 
Son Rat qui fe tenoit alerte & fur fes gardes. 
Ahi mon'freie, dit -il, viens m'embrafler : ton foiai 

Me fait injure; tu regardes 

Comme ennemi ton allié? 

Penfes - tu que j'aye oublié 

Qu'après Dieu je te dois la vie? 
Et moi, reprit le Rat, penfes -tu que j'oublie 

Ton naturel? Aucun traité 
. Peut -il forcer un Chat à la reconnoiffance ? 

S'aiTure - 1 - on fur l'alliance 

Qu'a faite la néceîiité?- 



<*$<* 



'L I V R E VII \: 237 



FABLE XXII L 
Le Torrent & la Revivre. 



Àv 



k vec grand bruît & grand fracas, \ 
Un Torrent tomboit des montagnes» . 
Tout/uyoit devant lui: Ihorrcur fui voit fcs pas;. 
11 faifoit trembler les campagnes. 
Nul voyageur n'ofoit paffer 
l : Une barrière & puiffante. 

Vn feul vit des. voleurs ; & fe Tentant prefler, 
,11 mikentr'cux & lui cette onde menaçante. 
Ce n'étoit que menace, ,& bruit. fans profondeur.: 
< Notre homme- enfin n'eut que la peur. ; 

. Ce fuccès lui donnant courage, 
|£t les mêmes vcleurs le pourfuivant toujours, 
1 11 rencontra fur fon paffage 

Umç. Rivière dont le cours , 
Image d'un fojnmetl doux, paifible & tranquile, 
i.ui fit croire, d'abord ce trajet fort, facile. ) 

Point de bords efearpés, un fable pur & net. 

Il entre, & fon cheval le met ' 

A couvert des voleurs , mais non de Tonde noire, 
f Tous deux au Styx ( i ) allèrent boire; 

Tous deux,- à nager malheureux, > 

Allèrent traverfer au féjour ténébreux, 

Bien d'autres fleuves que les nôtres. 

# 
Les gens fans bruit font dangereux^ 
< Il n'en cft pas ainfi des autres. ' 

( » ) Se noyerenr. ' , 

L 3 



a 3 8 FABLES CHOISIES 



FABLE XXIV. 

L' Education. • 



JL^a 



,■ Tandon & Céfar, frères dont l'origine 
Venoit de chiens fameux , beaux ,bien fiits fthaws 
A deux maîtres divers échus au tcmp* jadis, 
Hantoient, l'un les forêts , & l'autre la cuifinc, 
lis ayoient eu d'abord chacun un autre nom : 

. Mais la diverfe nourriture 
Fortifiant en l'un cette heureufe nature, 
En l'autre l'altérant, un eertain marmiton 

Nomma celui - ci Laridon. 
Son frère ayant couru mainte haute avanture, 
Mis maint cerf aux abois, .maint fangiier abattu ; 
Fut le. premier Céfar que la gent chienne ait en, 
On eut foin d'empêcher qu'une indigne 1 maitreup 
Ne fît en. fes enfans dégénérer fon fang. 
iaridon négligé témaîgnoit fa tendreffe 

À l'objet le*premier paflant. 

Il peupla tout de fon engeance : 
^ i ) Tourne-broches; par lui rendus- communs eg 

. France, ' : ♦ ' 

Y font un corps à part, gens fuyans ies hazards 
- Peuple ( i ) antipode des Géfarsi . 

On ne fuit pas toujours fes ayeux ni fon père: 
Le peu de foin , le temps , tout fait qu'on dégénère, 
Faute de cultiver là/natore & fes dons, 
-O combien de Céfars deviendront Laridcmsf 

(iV Chiens dreffés à faire tourner une roue, d° nt 
irouvemenr fait ttnitne'r là broche. ' 1 rf M 

(2) D'un naturel dfeeftement contraire * ^ CJU * 
Chiens hardis & courageux. 



LIVRE VIII. 



*30 



FABLE XXV. 
Les deux Chkns & l'Ane mon. 



JL/e 



es vertus devroient être fœurs , 
- Ajnfi que les vices font frères : 
Des <jue l'un de ceux-ci s'empare, de nos cœurs, 
Tous viennent à la file, il ne s'çn manque gueres; 

J'entends- dé ceux qui n'étant pas contraires, . 

: " Peuvent foger fous même toit. 
A regard des vertus , rarement on les voit 
Toutes en un fûjet éminemment placées, 
Se tenir par la main fans être difperfées. 
L'un efl vafllanç , mais prompt : l'autre eft prudent, 

; , mais ftoii .;'...., 

tarmi les animaux, le. Chien fe piquç d'être 
Soigneux 6V fidèle à fbri maître : 
Mais* il eft fpt, il eft gourmand: 
Témoin ces deux Mâtins qui , dans l'éloignement f 
Virent Jin, Ane moxt qui flptfoit fur les ondes. . 
Le vèrït de'pîusen plus rfclôîghoft de nos Chiens. 
Ami , dit tun , tes yeux, fout meilleurs que les miens , 
Porte un^eif tés regards ftit cfes plaines* profondes . 
J'y crois voir quoique chofe :, .eft -ce un bœuf, 191 
" chevcli? , ''''.' 

Hé qu'importe quel animal ? 
Dit Pun de ces Mâtins ; yoilà toujours. ( 1 ) J curée. 
Le point eft de l'avoir; car le trajet eft grand; 
Et de plus: il nous faut nager contre le vent. 
Buvons toute cette eau : notre gorge altérée 



(t.) Dïquoi manger*- 



X- 4 



*40 FABLES CHOISIES 

En viendra bien à bout : ce corps demeurera 

Bien -tôt àfec, & ce ferâ J • J 

Provifion pour la femaine. 

Voilà mes Chiens à boire'; ils'pe^ireUt rjaleinfc 

Et puis -la vie : ils firent tant 

. Qu'on les vit ciexer à l'inftant 

L'homme eftainfibâtl: quand un fujet l'enflammq 
L'impôflibilité difparoit à fon ame. .' 

Combien fait-il de vœux ? combien perd-ii de pas? 
S 'outrant pour acquérir des biens ou de la gloire? 

Si j'arrondiiïbis mes états ! 
Si «je pouvons remplir mes coffres de ducats i ■ 
Si j'apprenoîs l'hébreu, lès fdènces, l'hlfloirel , 

Tout cela c'eft la mer à boire. 

Mais rien à l'homme ne fuffit : 
Pour fournir aux projets que forme un feuî efprif, 
M faudrait quatre corps, encor ïoîn d'y fuffife, 'j 
A mi-chemin je crois que tous detneureroîent: I 
Quatre ( l ). Mathufalems\bout à bout nepourroienf 
* Mettre à fin ce qu'un feul délire. j 

( 2 ) Nul homme n*» Yéc* fi long-tems que MathuMca»» 



FA BLE XXVI. 

(2) Démocrite & tes Abdirïtaint. 



'ue j'ai toujours ha! les penfers du vulgaire! 
7* Qu'il me femble profane, injufte & téméraire, 
Mettant de faux milieux entre laxhofe & lui» 
Et mefurant par foi ce qu'il voit en autrui ! 

(i) Un des plus gtvâs Pbilofopfces .de l'ttrfyW* fl * 
à Abdere. 



X I VU E VII I. 242 

Le Maître (2) d'Epicure en fit Papprentiflàge. 
Son pays le crut fou : petits efprits ! mais quoi ? 

Aucun n'eft prophète chez foi. 
Ces gens étoient les fous , Démocrite Je fage. 
L'erreur alla fi loin, (3) qu'Abdere députa 

Vers (4) Hippocrate, & l'invita 
[ Par lettres & par ambaflade, 

% venir rétablir la raifon du malade. 
Notre concitoyen, difoient-ils en pleurant, 
Perd refprit: la leéture a gâté Démocrite. 
Npus l'eftimerions plus s'il étoit ignorant. 
(5) Aucun nombre, dit -il, les mondes ne limite i 

Peut- être même ils font remplis 

De Démocrites infinis. 
Non content de ce fonge, il y joint les atome?, 
Mans d'un cerveau creux; invifibles fantômes; 
Et mçfurant les deux fans bouger d'ici - bas , . . . r- 
Il connoît l'univers,- & ne fe connoît pas. - 

Un temps fut qu'il fçavoit accorder les débats : 

Maintenant.il parle à lui-même. 
Venez, divin mortel, fa folie e<ï extrême. 
Hippocrate n'eut pas ( 6 ) trop de foi pour ces gens ; 
Cependant il partit: & voyez, "je vous prie, '" 

Quelles rencontres dans la vie 
,tc fort caufe; Hippocrate arriva dans le *emp$ '-- 
Que celui qu'on difoit n'avoir raifon ni fens, 

t ' ' 

(i) Autre célèbre Pkilofopiie, à qui La Fontaine don» 
! Be ùémâcrit » pour Maître â très -jufte.. titre;: car quoi* 
«lu'E| lcurc n > c û t j anaa i s v û Démocrite, c'eft des Ouvra- 
ges de Démocrite qu'il tira les grands principes iur*Ie£* 
S^s ft bâtit fon Syûeiie. 

. U) Ville de Thrace» dont les Habitans étoient géntra* 
«ment fqrt" ftupides , au jugement des Crées. »• 

4) Le Prince de la Médecine. 

M) Opinion particulière 4e Démocrite^ qui a été rt»- 
«ojiveWe de nos jours. t 

N (?)Par la ration marquée cî-devatit dans la Note (3)* 
w Ï" dit un mot des Habitans d'Abdtxe, 



X, 



242 FABLES êHOÏSÏES 

Cherchoît dans Pîiommc & dans la bête, 
Quel fîége a la raifon , foit le cœur , foit la tête. 
Sous un ombrage épais , aflîs près d'un ruifleau , 

• Les ( 7 ) labyrinthes d'un cerveau 
L'occupoient. Il avdit à fes picdsmaint volume; 
Et ne vit prefque pas fon ami s'avancer, 

Attaché félon fa coutume. / 

Leur compliment fut court, ainfi qu'on peut penfçri 
Le fagê eft ménager du temps & des paroles. 
Ayant donc mis à part les entretiens frivoles , 
Et beaucoup raifonné fur l'homme & fur Pefprit, 

Ils tombèrent fur la morale. 

Il n'eft pas befoin que j'étale 

Tout, ce que l'un & l'autre dit. 

Le récit précédent fuffit 
Pour montrer que le peuple eft juge récufabla 
En quel fens eft donc véritable 
' * Ce que j'ai lu dans certain Heu , 
Que fa voix eft la voix de Dieu? 

• ( y) Les vf ntricnîci^ les finuofités , les différentes par- 
ties du cerveau. 



FABLE XXVli. 

Le>JL6up & le. Cèqtfeur. ' 



Fu 



ureur d'accumuler, monftre de qui les yeux 
Regardent comme; un point tous les bienfaits dc& 
> Dieux, " *.' r : ■ _' ' . ' . ' 

Te comKattfcaî*-^\«i vain Ans cefle en -cet ouvrage? 
Que} temps demandes -tu.ppur fuivre mes. leçons? 
L'homme fourd à ma voix / fiommç à celle du fage^ 
Ne dira - 1 - il jamais : c'eft aifez x jouiflbns ? 



V 



L I V R È VI I L 24^ 

tlàte -toî , mon ami : tu n'as pas tant à vivre. 
Je te rebats ce mot , car il vaut tout un livre. 
Jouis. Je le ferai. Mais quand donc? Dès deinain. 
Eh ! mon ami , la mort te peut prendre en chemin# 
Jouis dès aujourd'hui : redoute un fort femblable 
A celui du Çbaffeur & du Loup de. ma Fable. ^ 

Ite premier, de fon aie avoit mis bas un daim. 
Un fan de biche pafle , & le voilà foudaïn 
Compagnon du défunt ; tous deux gifent fur l'herbe. 
La proie était iionnête; fan daim avec un fanl 
tTout modefte chaffeur en eût été content. 
Cependant un fanglier,iîiônftre énorme & fupetbe; 
Tente encor notre archer, friand de tels morceaux* 
Autre habitant- dû Styx : là parque & fes cifeaux 
Avec peine y mordoient ;' ( i ) la Déefle infernale* 
Reprit à plufîeu/s fois l'heure au monftre fatale : 
De la force du 'coup pourtant il s'abattit. ' ' 
C'étoit aflez de biens; mais , quoi ?. rieu ne remplit 
Les vaftes appétits d'un faifeur de conquêtes. 
Dans le temps que le parc revient à foi, l'Archer 
Voit le long du fillon une perdrix marcher, 

. . . Surcroît chétif aux autres têtes. 
De foi* arc toutefois il bande les, reflbits. . , 
Le Sanglier rappelant les reftes de fa vie , 
Vient à lui, le (2) découd, meurt vengé fur fon corps; 
Et la Terdrix lé remercie. ~ N 

. Cette part du fécit s'adrefîe aux convoiteux. 
L'avare aura pour,lui,|e iefte4e l'exemple. 

Un Loup vit-en paffant ce fpe&acle piteux. . 
Fortune! dit -il, Je te promets -un temple. 

(1) Le Sanglier conferva quelque temps un refte de 

vie 1 quoique la bleflure fût mortelle. 
(1) Le déchire avec fes défenfes. 

L <î 



V 



244 FABLES CHOIS. I £>S 

Quatre corps étendus! que de biçns ! mais pourtant 
11 faut Jes ménager ; ces recontres font rares. 
(Ainfî s'excufent les avares.) 

Î'en aurai , dû le Loup , pour un mois , pour autant, 
7n, deux, trois, quatre corps „ ce font quatre fe- 
* maines, 

Si je fçai compter , toutes pleines. 
•Commençons dans deux jours ;& mangeons cependant 
Xa corde de cet arc : il faut que l'on l'ait faite 
De vrai boyau ; l'odeur me le témoigne. afTez. 

En»difant ces mots» il fe jette 
Sur Parc qui fe détend, & fait de la (3) fajette 
Un nouveau mort ; mon Loup a les boyaux percés. 

Je reviens à mon texte: fl, faut que Ton jouiflê, 
Témoins ces deux gloutons punis d'un fort commun. 
• La convôitife perdit l'un,. 
L'autre périt par l'avarice* " ' 

" ($) La flèche dreffiîe fur l'Arc. Sagette y vieux -mou 
formé dt Sagittd, qui veut dire flèche. Sagett e ttoh an- 
coxe en. ufage du temps, de < R k egpier , témoin ces Ycrs qui 
méritent d'être retenus. 

xAînfi les aftions aux langues font fujettes: 
Mme cet divers raforts font de faibles fagetres, 
£jv bUJfm feulement ctu» qui jw nuL *miu 



Itn du hidtiétne Livrer 



**Â 



$@s^s©5§*©3ss^; 




L 1 V A E , N E V V I £ M E. 



FABLE PREMIERE, 



Le Dfyojitaire PnfidHe. 

AJTr ace aux Filles de Mémoire > 
J*ai chanté des animaux : 
Peut-être d'autres Héros 
M'auroient acquis moins de gloire. 
Le loup, en langue des dieux, 
"Paxle au chien dans mes ouvrages» 
- Les bêtes , à qui mieux mieux, . 
Y font divers . perîbnnàges : 
Les uns fous , Tes autres. fages > . . 

* De telle forte pourtant 

Que les fous vont l'emportant: 
La jnefure en eft plus pleine* 
Je mets auflï fur la fcene 
Des trompeurs, des fcélérats,' 
Des tyrans, & des ingrats, 
Mainte imprudente pécore, 

' Force- fots, force fiateurs. 
Je pourrois y Joindre encore 
Des légions de menteurs. 

h 7 



^v 



* 4 S FABLES CHOISIES 

Tout honune œenr, dît le Ci) Sage, , 
S'il ny itiettoît feulement ' 

Que les gens du bas étage , 
On pourroit aucunement' 
Souffrir ce défaut aux hommes. 
Mais que tous tant que îious, fommes,. 
Nous- mentions y grand & petite 
Si quelqu'autre l'avoit dit, 
"':: * Je foutiendreis te contraire*- r V -r -; 
Et même qui mentiroit 
Commë^Efope, & comme Homefe, 
Un vrai menteur ne feroit. 
Le doux charme de maint fonge, 
Par leur bel art inventé, 
Sous lés habits du meûlpngé 
Nous offre la vériïér 
L'un & l'autre a fait un livre- . 
. Que je tiens #gne de yiviie 
*~ Sans fin, & -plus, s'il'fe peut; 
Comme eux ne ment pas qui veut* 
, Mais mentir, coujmç fçut faire 

Un certain Dépofitaire 
. Payé par fon propre rfiot, ' 
Eft d'un jnéchant; cVdW Ibt. ' 
Voici lé. fait' ;Un. trafiquant de Perfe 
Chez Ton voifîhj s'en allant pn commerce, 
Mit* en~ dépôt' un cent de* fer jin Jour. 
Mon fçr, dit -il, quand il fut de retour. 
Votre fer? il n'eft plus: j'ai regret de vous dire, 
.^ . Qu'un ràt l*a mangé tout entier. 

J'en ai grondé. mes g«ns : mais qu'y faire? un grenier 
A toujours quelque trou. Le trafiquant àdm/re 
Un tel prodige^ # ftint de le' croire pourtant* 
Au bout de quelques jours il détourne l'çnfan* 

{ iï Salomon , dans' l'es Provoie* 



Du v perfide vtfifin j puis à fbnper coéyÉo - 

Le peréqui s'excufe, & lui dit en pleurant: 

Difpenfez-moi, je vous fûf>plîe ; * 

ïous plaifirs pour moi font perdus. 
J*aiinois un fils plus que ma vie ; 
Je n'ai que lui : que dis- je ? hélas ! je ne l'ai plus.' 
Oiuone Ta, dérobée, f lai^y.,niooL,juifQ|tunfi^, .^ 
Le'iriarchànd repartit: hier au Fofr Fur là brune/ 
Un chat -huant s'en vint votre fils enlever : 
Vers un vjfcui bâtiment- Je lé lui vis p&iter. 
Le père dit: comment voulez -vous que je croie 
Qu'un hibou pût jamais emporter cette proie ? 
Mon fiis , en un befoin, eut pris le chat -huant. 
Je ne vous dirai point, reprit l'autre, comment, 
Mais enfin je Pai vu, vu de mes yeufc, dis -je, 

Et né vois rien qui ^rous oWige 
D'en douter un moment après te que je dis. 
"Faut -il que vous trouviez étrange 
Que les Chats -huants d'un pays 
Oit ^ 2 ) Je quintal de fer par un feul rat fe mange, 
Enlèvent un garçon pefant un demi -cent? 
1/autre vit où tendoit cetëe trifte avanture, - 
11 rendit le fer au marchand, 
Qui lui rendit*. fa géniture. 
< ' ■ - 

Même difpute avint entre deux voyageurs.. 
L'un d'eux étoit de ces conteurs 
Qui n'ont jamais rien vu qu'avec un (£) microfcôpe. 
Tout eft Géant chez eux: écoutez -les, l'Europe^ 
Comme- ji'Afrique aura- des monftres à- foîfon. . 
Celui-ci fe croyoit l'hyperbole "pcrmife. • - 
J'ai «vu , dit - ; il , un chou plus, grand qu'une maifon. 
Et moi , • dit l'autre , un pot àuffi grand qu'une Eglife. 
Le premier fe moquant; rautirtf reprit : tout doux, 
On le fit pour cuire vos; choux* , 

(i.l I,e «Qîda de cet* tfyjfc** , ... ., :*; s *► 

( 3") Verje qui grolfît beaucoup les objet» qu'où regarde 
travers. 



L'homme au pot fat plaifant: l'homme au fef fut 

habile. 
Quand l'ablurde eft outré, Ton lui fait trop d'honneur 
De vouloir , par raifon , combattre fon erreur : 
Enchérir eft plus court, fans s'échauffer la bile. 



FA B L E 'IL 
Les deux Pigeons. 



D. 



r eux Pigeons s'aimoient cPatnour 
tendre : , 

L'un d'eux s'ennuyant au logis, 

Fut aflez fou pour entreprendre 
t Un voyage en lointain pays. 

L'autre lui dit: qu'allez - vous faire? 

Voulez -vous quitter votre frère? 

L'abfence eft le plus grand des maux: 
Non pas pour vous , cruel. Au moins que les, travaux, 

Les dangers, les foins du voyage, . 

Changent un peu votre courage 
Encor fi la faifon s'avançoit davantage! 
Attendez les Zéphirs : qui vous preiTe? un corbeau 
Tout à l'heure annonçoit malheur à quelque oifeau. 
Je ne fongerai plus que rencontre funefte, 
Que faucons , que rezeaux. Hélas ! dirai -je , il pleut : 

Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, 

Bon foupé, bçn gîte* & le relie? 

Ce difcours ébranla le cœur 

De botre •imprudent voyageur: 
Mais le défir de voir & l'humeur inquiète 
L'emportèrent enfin. . XI dit : se pleurez point; 



L I V R> E I X • : tyfl 

Trois jouta au- plus rendront mon- ame fatisfaite : • 
je reviendrai dans peu coûter de point eu point 

Mes âvantures à mon frère.. 
Je le.défennuirai: quiconque rie voit guer^ 
N'a guerer à dire âuflL Mon voy.age dépeint 

'Vous fera d'un-pjaifir extrême, 
le dirai :' J'étois-là* telle chofe m'avint : ^ 
j Vous y croirez être vous - mêrn?. 

À ces mots, en pleurant, Us fe dirent adieu. 
Le voyageur s'éloigne ; & voilà qu'un nuage » • r 
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. 
Un feul arbre s'offrit, tel encor que l'orage 
Maltraita le Pigeon en, dépit du feuillage, r ... 
L'air devenu ferein,"il part tout morfondu, 
Sèche , du mieux ;qu'il peut, fon corps chargé d^u|cy> 
Bans .un champ à l'écart voit du bled répandu,' 
Voit un Pigeon auprès , qela lui, donne, envie.; . • 
îf y vole * il . eft pris : _ ce. bled cc^ivrok d'un las * 

c Les mençeurs. & traîtres appâts, y V 
Le las étoîtufé; û bicoque, de fon aile, ; . j 
De fes tueds , de fon bec,, Toiftiau .le rompt enfin i 
Quelque plume y périt; & le pis .du deitin . i£ 
ïut qu'un certain vautour à la ferre cruelle, 
Vit notre malheureux, qui traînant la ficelle, 
Et les morceaux du las qui l'avoit* attrappé , • . • * 
\ Sembloit un ( i ) forçat échappé. . . ■ . ; 
Le vautour s'en alloit (2) le lier, .quand 'des nue» 
Fond à fon tour un Aigle aux aîlés étendues, . 
Le Pigeon profita du .( 3 ) conflit des voleurs , * 
S'cavôla, a'abatitiraupr es d'une mazure, 

Crut pour ce coup que fes malheurs* 

Finiroient par' cette avanture : 

(0 Un Galérien qui s'*£ (au^e*. 
(O x £*#r fendit , lorfque l'oifcau enlève fa proie ttans 
, fc$ ferres. 

( 3 ) Un Combat de ces Oifeaux de proie » qui fe dt* 
IputQiçm i e p aU vtc Pigeon. 



.450 Tables 7 Choisies. 

Maïs un fripon d'enfant, cet âge eft fans pitié , 
Prit fà fronde, & da coup; tua plus d'à moitié 
La VQlatille malheûreufe , 
Qui maudiffant fa curiôfité , : 
; Traînant Taîlç , & tirant le pied , 
Demi - morte , & demi - boiteufe , 
Droit au logis s'en retourna : 
Que bien, que mal,' elle arriva, 
Sans autre avanture fâcheufé. " 
Voilà nos gens rejoints ; & Je iaiffe à juger - 
De combien de plaifirs ils payèrent leurs peifees. 

Amans, heureux amans, voulez -vous voyager? 

. 'Que ce foit aux rives prochaines. 
Soyez -vous l'un à l'autre un monde toujours beau, 

* Toujours divers , toujours nouveau : 
Tenejz - vous lieu de tout , comptez pour rien le refte. 
J'af ^quelquefois aimé:' je rr'àurois pas-alorsy 

Contte lé Louvre &;fes tréfors ,- 
Contre le Firmament & fa voûte célefte , 

î; * Change les bo;s, changé les lieux, 
Honorés f par ïes pas 9 éclairés par les yeux 
f De t'annable & jeune Bergère, 
< Pour qui, fous le fils de Cythere, 
Je fervis* engagé par mes premiers fermens. 
Hélas ! quand reviendront de fémjrfables momens? 
ftut-tf que* tant d*objets v fîdoux'Sc fi-charmans, 
Me lahTent vivre au gré' de mon ame inquiète , 
Ahl Si mon cœur ofoit encor fe renflammer! 
Ne fentirai-/é plus de charme qui .m'arrête? 
Ai- je paflé le temps d'aimer? 



t I V H ^ IX. 



*s* 



FA B LE III. 

Le Singe & te Léopard* 



JLr.< 



r.e Singe avec. le Léçpard . yJ 

G^gnoient de Targept i la foire ; " * 
Ils affictioient chacun à part. 
L'un d'eux difoit: mef&eurs^monmérî^&magloiia 
Sont connus en bon lieu: le Roi m*a voulu vcfir$ 

Et fi je meurs , îl veut avoir ' 
Un manchon de ma peau, tant elle eft bigarre, 
„ Pleines de taches > marquetée}, 
Et vergetée, mouchetée.. f 
La bigarrure plafr- partant ctyicunile. vit. \ 
Mais ce îxsa bie»*- t&t fait , bien - tôt chacun fortifc 
Le Singe de fa part difoit: venez de grâce, " i4 J 
Venez , meneurs : je fais cent tours de paffe -pafiô* 
Cette diverfîté dont on vous parle tant, 
Mua ruiftrr£jéupaii]4% (m j fui fculameut .*■ . /*?rr^ 
Moi je l'ai dans Tefprit: votre fervitèur gille, 
, Goufin & gendretde Bertrand, 'j 
^îngé du Pape en fon Vivant , 
Tout fraîchement en cette ; Vilte 
Arrive-(i) en trois bateaux, exprès pour vous parler^ 
Car il parle, on. l'entçnd,.U fçait dgnfer* baler, • < 

( i ) C'eft une façon de parle* fort ufitée encore parmi 
le Peuple de Parts. Lotfqu'on lui furfait, par exemple ♦ 
du poiflbn , .comme le MerUn • le Maquereau , &c. l'a- 
cheteur , pour en ravaler le prix » répond ironiquement 
au vendeur , Oh je. le voit bien , et poijftn ,eft venu en troU 
bateau». Celui qui le premier imagina ce trait, trouva^ 
plaifant 'de comparer la méchante petite fctrque d'uni 
Kchcuç à . un Vaiffc** Marchand xichf aiont chargé » qui 



152 FAB-LES CHOIS fE S 

Faire^des tours de toute forte , ; 

ftfler en des*cerceaux; & le' tout pour ûx blancs i 
Non , meflîeurs , pour un fou : fi vous n'êtes contens, 
Nous rendrons t chacun fort argent à/ la porte. 

Le Singe «voit raifon: ce n*eft pas fur l'habit 
Que la diverfitéme'plait, c'eft dans Pefprit: 
L'une fournit toujours des chofes agréables, 
L'autre , en moins d'un moment , laffe les regardant 
O que de grands Seigneurs , au Léopard femblables, 
•N'ont que l'habit pour tous taiens ! 

furoic été efcorté oat deux vaîfleaux de guerre , d'oà It 
Propriétaire prend droit d'augmenter Te prix de fei 
Marchandifés 4 proportion de ce que lui a. Coûte* le con- 
voi. La pUifanterïe plut au Peuple: & ici La Fontaine 
trouve le moyen de la mettre agréablement en œuvre , quel» 
que fade qu'elle foit en elle - même. Car pour relever 
pi ai fa m ment f le mérite dtf Singe ^ il lui fait dire à lui- 
même, qu'il (vient ' d'arriver à Paris, en tùit bateaux r& 
par ft , tout' le ridicule «de cette exprefïïon que lé Peu- 
ple n'employé jamais, que dan* un Cent Ironique r tombe 
dirç&emcnt fur G///#-, '- 

' Coujin iy gtndn de Bertrand % 
•0- :. J - '• £'jg# dm P*pt t» fin vivent. 

i .,' i 

F A B L E I V. 

Le Gland & là Citrouitk. 



D. 



' îeû fiait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la 
. preuve 

En tout cet univers, & l'aller parcourant, 
Dans les Citrouilles je la treuve. 

Un villageois confîdérant 
Combien cç fruit eft gros, & fa tige menue,. 
A.quoi fongeoic, dit -il, l'Auteur de tout cela? 



i a bien mal ptaeé-eecte Citroutl^lèi^v-r^ 3 

Hé, parbleu, je l'aurois pendue 

A l'un des chéries <fue vdllà. ; l 

C'eût été juftement l'affaire : 

Tel fruit, tel arbre, pour bips foire. ' *» 
C'eft dommage, Garo, que tu n'es point entré 
Km confeil de celui que prêche ton curé : 
Tout en eût été mieux : car pourquoi , par exemple , 
Lq Gland qui n'eft pas gros comme mon petit doigt , 

Ne pend - il pas en cet endroit? 

Dieu s'efi: mépris : plus je contemple 
Ces fruits ainfi placés , plus il femblo à Garo' 

Que l'on a fait un ( 1 ) quiproquo. 
Cette réflexion embarraflànt notre homme , 
On ne dort point , dit - il , quand on a tant d'efprit. 
Sous un chêne auffi -tôt il va prendre fon fomme. 
TJn Gland tombe : le nez du dormeur en pâtit, 
Il s'éveille ; & portant la main fur fon vifage, 
U trouve encor le Gland pris au poil du menton.. 
Son nez îneurtri le force à changer de langage : 
Oh, oh , dit -il , je faigne ! & que feroit-ce dont " 
S'il fût tombé de l'arbf e une mafle plus lourde , 

Et que ce Gland eût été (2) Gourde? 
Dieu ne l'a pas voulu : fans doute il eut raifon : ■ 
;jen vois bien "a préfent la caufe. 

En louant Dieu de toute chofe 
• Garo retourne à la maifori. 

( 1 ) Pris l'un pour L'autre. 

(i)Efp*ce de calcbaflc , moins grofla qu'ijn* c* 
trou\Uc. ' / ' * 



£?« FABtË-S CHOISIES 



F A B LE V. 

L'Ecèikr, te Pédant, & h Mattre, dm 
Jardin. 



\~/£ 



/ertain enfant qui fentoit fou Collège, 
Doublement fot & doublement fripon, 
Par le jeune âge & par le privilège 
Qu'ont les Pédans de gâter la raifon, 
Chez un voifm déroboit, ce dit -on, 
Et, fleurs & fruits. Ce voifïn en automne 
Des plus (i) beaux dons que nous offre Pomone, 
Avoit la fleur, les autres le rebut. v 
Chaque faifon apportoit fon tribut: 
Car au Printemps il jouifToit encore 
Des plus beaux ( 2 ) dofis que nouspréfente(3) 
Flore. 
Un jour dans fon jardin il vit notre Ecolier, 
Qui grimpant, fans "égard, fur un arbre fruitier, 
Gâtoit jusqu'aux boutons ,; douce & frêle efpérance 



Avant -coureurs des biens que promet l'abondance; 
Même il ébranchoit l'arbre ; & fit tant à la fin, 

Que le poiTefreur du jardin ^ 
Envoya faire plainte au Maître de la (Me. 
Celui-ci vint fuivi d'un cortège d'enfans. 

Voilà le verger plein de gens 
Pires qitè là premier. Le Pédant, de fa grâce, . 

Accrut le mal £n amenant 

Cette jeunefTe anal initruite : 
Le tout, à ce qu'il dîç, pour faire un châtiment 
Qui_pût fervir d'efcemple; &* dont toute fa foi» 

( 1 ) Tes plus beau* fruit*. 
( a ) Les plus belles fleur». 
(3) Décile des flcuw. 



L I -V R E I X. ; f £$$ 

>£e fouvlnt à jamais comme d'une lççon. 

Là -deflus il cita Virgile & Cîceron, 

\ Avec force traits de faïence. .' . \ 

Son difcours (Jura tant, cjue.Ia piaùdite engeance 
^Eut le temps 'de gâter en ceiit lieux le jardin. 

Je hais les pièces d'éloquence 
Hors de leur place, & qui n'ont point de fin; 
Et ne fçais bête au monde pire 
Que l'Ecolier, frcen'eft le Pédant. } 
Le meilleur de ces deux pour voifin, à vrai dire, 
, Ne me plairoit aucunement. / 



FA B L E V L 

Le Statuaire & ta Statue de Jupiter. 



u, 



n (.1 ) bloc de marbre étoit fi beau , 
Qu'un Statuaire en fit l'emplette. 
Qu'en fera, dit -il, mon cizeau? . , 
Sera- tr il dieu, table, ou cuvette? 

11 fera dieu : même je veux 
Qu'il ait en fa main un. tonnerre. 
Tremblez, humains; faites des vœux : . 
Voilà le maître de h terre. ! * 

L'artifaii exprima fi bien 

Le cara&ere de l'idole , 

Qu'on trouva qu'il'ne manquoit rien 

A Jupiter que la.parole i . * .... o >- . ; 

(O Pièce de marbre, telle qu'oui'» tirée de la carrière. ^ 



Ïf6 FABLES 7 CHOISIES- 

Mim6 l'on dît qijé l'ouvrier 
Eut à peftie achevé l'image, 
Qu'on lé vit frémir le premier, 
r Et redouter fon propre ouvrage. 

A la foibleffe du fculpteur , . 
• Le poète autrefois n'en dut guère, 
Des dieux dont il fut l'inventeur 
Craignait la haine & la colère. 

Il étoit enfant erf ceci : 

Les enfans n'ont l'ame occupée 

Que du continuel fouci 

Qu'on ne fâche point leur poupée. 

Le cœur fuit aifément l'efprit : 
/ De tette Çource ell'de'fcêndùe 
L'erreur payenne qui fe vit 
Chez tant de peuples répandue. 

* 

. Ils embraflbient violemment 

Les intérêts de leur chimère. 

( 2 ) TPigmalion devint amant 

De la Vénus dont il fut père. 

Chacun tourne en réalités 
Autant qu'il peut, fes propres fonges. 
L'homme eft' de glace aux vérités, 
Il eft de feu pour les menfonges. 

(1) Sculpteur, qui devint amoureux d'une Statue d'y 
voire qu'il «Voie faite lui* même. Voyez les Métamor* 
Choies d'Ovide, Liy % Xi Fab. i*. . . . . 



f/a; b l e vil 

La: Souris métamorpbofh en Fille. , 

ÏT • 

\J ne Souris tomba du bec d*un chat -huant : 

Je ne Teuffe pas xamaiTée ; 
Mais un (î) bramin le fit: je le crois aifément, 
i * Chaque pays, a fa penfée. 

1-a-Souris étoit fort froiffée: 

De cette forte de prochain 
Nous nous foucions peu ; mais le peuple bfamia , 
I Le. traite en frère. Us ont en tète 

; Que. notre ame , au fortir d'un roi , t * 

Entre dans un ciron , ou daits telle autre bête 
%'il plaît au fort : c'efl-là l'un des points de leur loi, . 
(0 Pythagore chez eux a puifé ce myflere. 
Sur un tel fondement le bramin crut bien faire 
De prier un forcier qu'il logeât la Souris 
Dans un corps qu'elle eût eu pour hôte au temps jadis. 

Le forciez en fit une fille 
De l'âge de quinze ans^ -& telle & fi gentille, - 
Que le fils de (3 ) Priam pour elle auroit tenté 
fius encor qu'il ne fit pojur la grecque beauté. 
Le bramin fut furprjs de chofe lî nouvelle. , , 

Il dit à cet objet fi doux : 
Vous n'avez qu'à choîfir ; car chacun eft jaloux 

De l'honneur d'être votre époux. 

,(i)Kom qu'on donne aux Prêtres chez les Perfans 
idolirrcs. • 

(1 ) Qui t enfeigné la Me'tempfycofe , ou le pafîage 
l'une ame dans plu ileurs corps fucceflivemenc. . 

(3) Paris , gui enleva la belle -Hélène , femme de M«- 
«Us. ., v > 

IL Partie. /M * 



«» FABLES ^CHOISIES 

En ce cas je donne, dit- elle K ^ 
: - ■ - - : Ma voix au piujrpurffimt de tou*v 
Soleil, s'icria lors le bramip à genoux, 

-C'eft foi qui ferafr-nottfr génère. - 

Non, dit -il : ce nuage épais 
Eft Plus puiflfefit que moi, puisque cache mesttaits ; 

Je vous confeille de le prendre. 
Et bien , dit le bramin au nuage volant , 
Es-tû né'pour ma Fille? helas ! non ; car le vent 

Me chaffe à fim pM* * «fÇ * T?Â\Lêe 
fe n'entreprendrai point fur-les droits de (4) Borée. 

•* >Le bramin fâché, s'écria: * 

O vent donc, puisque vent y a 3 

Viens dans les bras de notre Belle. 
Il accouroit: un mont en chemin l'arrêta. 

( * ) I/étceuf paffant à celui - là , 
H le renvoyé,. & dit: J'aurois une querelle 

Avec le rat; & l'offenfer 
Ce feroit être fou, lui- qui peut me percer. 

Au mot de rat, la Demoifelle 
' Ouvrît l'oreille ; il fut l'époux : 

Un rat l un rat: c'eft de ces coups 
. Q'amour fait, témoin telle & telle: 

Mais ceci foit dit entre nous. 
On tient toujours du lieu dont oir vient; cette fable 
Prouve allez bien ce .point : mais à la voir de près, 
Quelque peu de fophisme entre parmi fes traits : 
Car quel époux n'eft point au foleiî préférable, 
En s'y prenant ainfîV Dirai -je qu'un géant 
Eft moins fort qu'une puce ? elle le mord pourtant 
Le rat devoit auffi renvoyer, pour bien faire, 

La Belle au chat, le cbat au chien, 

(4) Vent du Nord, l'un des plus viole w. 

}*) VHanf pnjfà** À celui- M.* Le mot *et?*f n'tft 
ms tout a -fait hors d'nfage: mais il eft ;to*™** 
pour n'êtte pas entendu deliien des gens.. feD»""* 
Kire de l'Académie Ftançoife le dtfftit âiaût ?W *** 
au* 4M j$m À U Imita £4***, 



Le chien au loup. Bar le moyen 

De cet argument circulaire , '','•*' 

{5) Pilpay jusqu'au foleil eût enfin remonté* 
Le foleil eût joui de la jeune beauté. 
Revenons, s'il fe peut, àlaméterapfyto&: : 
Le forciez du htamin fit fans doute une chofo 
Qui, loin de la prouver; fait voir fe fenfièté, - 
Je prends droit laVdeftus contre le bramin même : 

C&r il faut, felofn fon fyftême , 
Que l'homme, la fourïs, le ver, enfin chacun 
Aille puifer fon ame en un; tréfor commun. 

- Toutes font donc de même trempe; . ' 

Mais agtflànt diverfement 

Selon, l'organe feulement, 

VuneVéleve^ & l'autre -rampe^ 
D'où vient.donc quecé corps , li bien organîfif # -• 

Ne put obliger fon hôtefle * 
De s'imlr au foleil V un fat efut fai wndreffe?' r ' . 

"... j r , 1 ; J • : < " "* i 
Tout de#aîty} v tout bien pefié , ^ ; 
j es amesebss Soifrjs jJ} & les; aine^des Belle* t 

'Sont très ^différentes -eplre elles» 
31 en faut revenir toujours à fqn; çteftin , . . ; ^ 
C'eft - à -dire , à là loi par îe ciel établie. 

Parlez- au diabte,,- emal oyez kinagje,;^ 5 

Vous ne détournerez nul être de fa fin. 

U) Auteur kutteii, inventeur de qwçlqac* Fable*. . ; , 

■ * . • ' \ ' • f 

sggggBgsB '' ,u -I j» "■■' ; '■ vV"'» il * 
F À B LE VÏI I. * 

f:Lr3Fbu qulvtndlaSageffe. 
amais auprès des* fous ne te mets à portée : • . 
ne te pi^is donner uo plus fage cpnfeil. ':''. -, 
. îl'ri'eit erif&gnenient pareil ' . fc ' m \ 

k cclul-U de fuir une tète évcfttée. 
Ha 



4#* FÀHBLES CH-OlSlfeS 

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui : 
Comptez ce qu'il en refte à beaucoup de famillesj 
Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui; 
Et ne laifle aux plaideurs que le fac & les quilles* 



FABLE X. 
Lt Loup & ti Orimimaigre. 

xTLutrefots carpillôb " ftefîn > 

ïut beau prêcher , il eut beau dire» 
. . On le-mit dans la poeflei frire* 
*Jé fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main. 

Sous efpoir de grofle avanture, 

EU imprudence toute pure. 
Le pécheur eut raifon; carpillon n'eut jms toxt| 
Chacun dit ce çfi'il'peut pour défendre fa vie. 

•Maintenant il faut cpie. j'appuie 
Ce que jlayançai lots» de quelque trait encorw 

Certain.Loûp auffi fbt que le Pêcheur fut fage, 
.... , Trouvant un Chien hors du village* 
"S'en alloit l'emporter : le chien repréfenta 
Sa maigreur. Jà ne plaife à votre feigneurio 
De 'n*e -prendre .en' cet état - là ; 
: Attendez > mon .makre marie 
, Sa fille unique» & vous jugez 
'Qu'étant de noce il faut , malgré moi , que j*engraiflk 
Le Loup le croit, le Loup le laifle. 
Le Loup , quelques jours écoulés , 
Revient voir fi fon Chien n'eu point meilleur à 
prendre. 

Maïs le drôle étoic au logis. 
Il dit au Loup par un treillis : 
Ami, je vais fortir ; & fi tu veux attendre 



L I V B. E IL **» 

Xc polder Ai logis & moi , 

Nous feront tout à J'heure à toi. 
Ce portier- du logis étoit un Chien énorme*" i 

(i> Expédiant les Loups eh forma. 
Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier, 
Dic-il, 4& de courir. Il étoit fort agile, 

Mais » il n'étoit pas fort habile : 
Ce Loup ne fçavoit pas éncor bien fon métier. 

(i) Qai les étraagfck. » 



.; » .ZRie&ditrojû 



l 



_J e ne vok-point deNcréature s 

Se comporter modérément. * ■ -. 

Il e.ft,c|rtain, teropéraœment -..«»•. '} 

Que IéMaltré*dé la najuré 

Vent que J'on-garde $ç tput. I«ç fait-6n? nullement 
Soit en bien ,-fioit en mal , cela 'n'arrive guère. 
Le bled , riche jfréfent de la blonde ( i ) Cérès, 
Trop touffu bien fouvent épuife les guérets ; 
En luperflùités s'épandaht d'ordinaire , 

Et pouffant trop abondamment f > 
* Hôte? à fon fruit l'aliment. •' 
L'arbre n'enTàït pas moins,, tant le luxe fijàit plaire/ 
Pour corriger ïé bled Dieu .permit aux moutons 
De retrancher l'excès des prodigues moiffons. 

Tout aux travers ils fe jetterent, 

Gâtèrent tout, & tout broutèrent; 

Tant «jue le ctcL permit tfux 1 lotrps 
D'en croquer quelques -tins l'Es les croquèrent tûitf:' 

tOltoiTe des bleds. 

M 4 



i 



*&4 FABLES CHOISIES 

S'ils ne le firent, pas, du moin^ils y*àcfcerçnfc 

JPihs le ciel permit aux humain 
De punjr ces derniers ; les humains abufec fini . 
.j- A leyr<our des ordres «divins. 

De tous les animaux > l'homme a le plus de pente 
A fe porter dedans l'excès. - 
11 faudroit faire le procès 
Aux petits comme aux grands. . Il n'eft ame vivante 
Qui ne pèche en ceci* Rien à» trop , * dl un pofnt 
Dont on parle fans ceffe , & qu'on n'obferyejojnc. 



.: A s\ >A il ■ 1 

F A B L.~E:~tX I I* 

c: . : Le Qerge^. , ! 

vL/'eft duféjour des dieux (jiiç le* abeilles vie* 

iiQCït: , ; ' ' \ ~\'~y ; 

tes premféres, dit -ori,' s'en aîlerent loger 

Au mont (i > Hymette *. & ft gorgti 
Des tréfors qu'en ce lieu , les Zéphîœ entretiefloenC* 
Quand on eut des palais dç ces filles du ciel, 
v Enlevé l'ambroîfîe en leurs chambres enclofe, 

Ou, pour dire en françoîs la chofe f 

Après que Tes ruches fans miiel . ^ 
*Pfeurent plus que la cire, on fît mainte bougie t 

Maint Cierge auffi fut façonné. 
Un d'eux voyant la terre en brique au feudiircîô, 
Vaincre l'effort des ans, il eut la mêïnc envie; 



X i ) Hymette étoit une montagne célébrée pjr les ^ oc * 
?s^(îtuee dans l , Attique,'& où les Grecs reciieiUowM 

«l'excellent miel. J\û lu quelque part qu'à ptffcnt •» 

Je réfcrvc tout pour le Grand • Seigneur, 



' LIVRE i'x/ r Ja*5 

ft nouvel Empedode Çi'J'zixx flammes condamna 

• Par fa propre & pure folie, 
II fe lança dedans " Ce fut malTarfonnë»: 
Ce Cierge ne fçavpit grain de phrfofophie. 
Tout en tout eft divers : ôtez-vous de refprit 
Qu'aucun être ait été cômpofé fur le vAtre. 
L'Empedocle de cire au brafier fe fondit: 

11 n'étoit pas plus fou que l'autre. • '•• - 

(1) Empedocle- étoit un Phiîofophe ancien, qui ne 
pouvant comprendre les merveilles du Mont • Etna , fe 
«tta dedans par une vanité* ridicule ? & trouvant l'alHon 
belle , de peur d'en perdre le fruit , & épie la porttrûfc 
m l'ignorât, laifla fes pantoufles au pied du Mont. . 



F A B L E X III. 

Jupiter &te Pàfîager r , , . . ^ 

\J combien le péril enrichiroit les dieux, 

Si nous nous-fouvenions des weuxqu'ilàous Ait faire ! 

Mais, le péril palTé, Ton ne fe fouvient guère 
De ce qu'on a promis juiXjçieux : 

On compte feulement ce qu'on doit à la terre. 

Jupiter, dit l'impie, eft ufi bon créancier: *j" 
11 ne fe fert jamais d'Huidiër. ■- --*'- 
Eh qu'eft-ee donc que le tonnerre? 

Comment appelez * vous ces aveitiiïefeens? - ' > 

Un Paflàger pendant l'orage , , r 

•Avoit voué cent bœufs au vainqueur des titàiis, > 
H n'en avoit pas un : vouer cent éléphans ; l 

. N'auroit pas coûté 'davaittagel • 
Il bru& quelques as -quand il fut m tivagk - f -i -I 
Au nez de Jupiter la fumée en r mpnta. ^ â • - » 
Sire Jupin, dit -il, pren'ds tnoiî vœu,' levoilij 
US 



v*<tf FABLES CHOISIES 

Ceft un parfum de bœuf que ta grandeur refpire» 
Xa fumée eft ta part:, je ne te dois" plus rien^ 

» Jupiter fit femblant de rire : 
Mais après quelques jours le dieu rattrapa bien, 

Envoyant up fonge lui dire 
Qu'un tel tréfor étbiè en tel lieu. L'homme au vœu 

Courut au tréfor comme .au feu. 
U trouva des voleurs r & n'ayant dans fa. bouffe 

Qu'un écu pour toute reflource, 
: ' Il leur promit ; cént talens d'or, ^ 

* Bien comptés & ; d'un tçl tréfor T 
dOn l'avoit eateir^ dedans telle bourgade. 
L'endroit parut ûifpeéfc aux voleurs , de façon 
Qu'à notre prometteur Min dit: mon camarade, 
Tu te moques de nous , meurs ; & vas ehez (i) Pintoa 

Porter tes cent talens en don. i 

. . . - \ .* - « - . i 

4 i ) Décffc des enfers. 

FA B h E XIV. 

Le Chat & te Renard. 

/e Chat .& le Renard,. comme beaux petits feints, 
«; •: S'en agiotent. en fceyérinage. î 
C'étaient dçujç vrai* (jt) saa»fs^ idetrçt (i*).*rtft- 

patelins , 
©eux francs, pâte - pelus , gui des , fraix du voyage , 
Croyant nwiiue volaille* efarôqaajit maint fi*- 
BUgg* : • v :,: n " : .-. .:. .. • 

S r inde«ûfoie»t à q»i mieux, Mieux. 
Le cheT&ntt&itlwz,. &ipôftan^eniauyepx, 

!*} Pc firanci kyçpcritei. / . 



LIVRE IX. 26} 

" Tcar Raccourcir ils difputerent. 

La difpute eft d'un grand fecoure : 

Sans elle on dortniroit toujours. 
►Nos pèlerins s'égofillerent. 
Ayant bien difputé Ton parla du prochain. s 
% Le Renard au Chat dit enfin : • 

Tu prétends être -fort habîk , 
En fçais-tu tant que moi? J'ai cent rufes au fac. 
Non^dit l'autre Je n'ai qu'un tour dans mon'biffaçj 

Mais je foutiera qu'il en vaut mille. 

Eux de recommencer la difpute à l'envi. 

Sur le que - fi , que -non , tous deux étant ainfî , 

Une meute appaifà la noife. 
Le Chat dit au Renard : fouille en ton fac , ami s ; 

Cherche en ta cervelle matoife 
Un ftratagême fur; pou* moi, voici le. mien. 
A ces mots , fur un arbre il grimpa bel 4 bien. 

L'autre fit cent tours inutiles , 
Entra dans cent terriers, mit cent fois en (2) défaut 

Tous les confrères de Brifaut. 

Pai-tout il tenta des afyles'; 

Et ce fut par -tout fans fuccés; «■ 

(3) La fumeée y pourvut, ainfî que les ( 4) baflets; 
Au fortir d'u-n terrier deux chiens aux pieds agile** 

L'étranglèrent du premier bond. 

Le ttbp d'expédiens peut gâter une affaire: 
Od perd du temps au choix,on tente, on veut tout faire: 
N'en ayons qu'un, mais qu'il (bit tjon. « 

(t) leur donna le change, le» dérouta en cent maniè- 
res différences. 

( 1 ) Quand un Renard eft dam un terrier , en l'ehfwpm 
p<»t l'obliger d'en forrir. 

(4) Certain» petits «bien» qui entrent fous terre* 



*%B$ 



M0 



s<53 FABLES CHOISI* S 

FABLE X V. 

Le Mari, ta Femme % & h Voleut- 

. \j n mari fort amoureux, 
Fort amoureux de fa Femme., 

Bîen qu'il fût jouiflant , fe croyôit malheureux. 
Jamais œillade de la Dame , 
Propos flatteur & gracieux, - 
Mot d'amitié, ni doux foufire, 
( i ) Déifiant le pauvre fîre , 

K'avoient fait foupçonner qu'il fût vraiment chéri. 
Je le crois, c*étoit un Mari: 
Il ne tint point à Thymeiiée 
^>ue , content de fa deftinée r 
Il n'en remerciât les dieux. * 
Mais quoi t fi l'amour n'aiïàifonne 
Les plaifîrs que l'hymen nous donne,. 
Je ne vois pas qu'on en foit mieux. 

Notre Epcfàfe étant donc de la forte bâtie. 

Et n'ayant careffé fon Mari cte fa vie , 

Jl ei^faifoit fa plainte une nuit. Un Valeur 
Interrompit la dpléafice. 
L? pauvre Femme eut.fi grand peur» 
' Qu'elle chercha- quelque aflurancfe . 
Entre fesbras de foh E*poux. 

Ami Voleur, dit-îl, fans toi ce bien fi doux 

Me fercit inconnu* Prends donc en. récompenfe 

Tout ce qui peut chez nous être' à ta bienféance ; 

Prends le logis àuflï. Les Voleurs ne font pas 
, T Gens fcpQjçux,: ni /art délicats: . . 

Cekri-ci fit fa main. . J'infère de ce cont» 
Que la plus" forte paUEon, 

( i ) Capable de le rcndxe bniKUJt comme us DM* 



" r L I V A E .11 *& 

C'eflr la peur: «Ue fait vaincre l'aterfion * - - . • - L 
Et l'amour quelquefois: quelquefois (2) illadomte: 

J'en ai pow preuve cetaûiaa:, . 
Qui brûla fa maifoa pour embrafler fa daine* . 

L'emportant à travers la flamme. 

J'aime afTez^cet.emportement : 
Le conte m'en 'a plû toujours infiniment:: . 

11. eu bien cf'une ame efpagnolie 9 

Et plus grande, encore que folle. 

(1)* Et quelquefois c'eft l'amont qui 'dompte la'ptur, 
témoin cet amant qui brûla fa maifoa, &c. 



U. 



FABLE XVI. 

Le Tréfor & tes deux Hommet* 



' n homme n'ayant plus ni crédit, ni reflburee. 
Et logeant te diable en fa bourfe 
C'eft- à-dire, n'y logeant tien, 
S'imagina qu'il ferait bien 
De Ce pendre , & finir lui-même fa mtfere : 
PuisqtfaulE bien . (ans lui , la faim le yiendroit faire $ 
Genre de mort quf ne dbtt pas" , -r 
K gens peu curieux dégoûter le trépas. 
Dans cette intention uùe vieille riiâfure 
Fut (1) la feene o£ devoit fe pafler Pavanture: 
11 y porte une corde ; & veut avec un clou 
Au haut d'un certain mur attacher le licou. 

La^ muraille vieille & peu Forte, ' ' v * 
S'ébranle aux premiers coups , tombe avec un tréfor. 
Notre d(ifefpéré leramaffe, & l'emporte: 
Laifle là le licou, s'en retourne avec l'or, 
Sans compter : ronde ou non, la fomme plût au fixe. 
Tandis que le -galant à grands pas (e retire , 
U) L'indiQit , le lieu ckûUX • 

M 7 \ 



i 



L'homme au trtfoif «rive; &trou?efoii argent 

Abfent* 
Quoi, dit-il, (ans mourir je perdrai cette fommeî 
Je ne me pendrai pas ? '& vraiment û ferai , 

Ou de corde je manquerai. 
Le lacs étoit toutptêt, iln*yin»nquoitqu\in homme: 
Celui-ci fe l'attaché, &fe pend; bien- & beau* 

t - Ce qui le ' coafola peut •• être , 
Fut qu'un-wtrc -0& pour lui tait lès fraixdu cordeau. 
Auffi -bieDLque rangent le iiçou trouva maître. 

L'avare rarement finit fes jours fans pleurs: 
91 a le moins de paittnrtréfor qtrli cnfcnfc f 
.Xhéfaurifant pour les voleurs, 
Four îes parens , bu pour la terre. 
Mais que dire du troc que la fortune fit? 
Ce font-là de-fts traits:- elle s'en dîvaertik 
Plus le toyr eft bizarre , & plus elle eft contente. 
Cette Déei& inconftantfe 

- Se mit alors ien l'efprit 

De vdir un homme fe pendre, 
Et cehiî qui fe pendit, 

- S'y devoit le Jnoins attendre» 

# A B L E; XV IL 

\ Le Singe &' H Chat. 

lertrand avec Raton , l'un Sirjge , & Pautre Chat, 
Commenfaux d'un logis, avoient un commun maître. 
D'animaux malfaifansc'étoitun très- bon plat: 
Ils n'y craignpient tous deux aucun /quel qu'il pût être» 
"Trouvoit-r on quelque çhofe au l'ogis de gâté, 
L'on ne* s'en prenoit point âyx gens dp voiûnage. 
Bertrand dé'robdit toàt : Ratofi ; dé ion côté; 
Etoit moins attentif aurfoùrb'qti'au fromage» 



Il 'V X E IX; i *?» 

Un jour, mi coin du feu, nos deux makresfripo» 
-Regardoient râtir des-toarons: ; - 

Les efcroquei étoit une très - bonne affaire : 

Nos Câlins, y voyoî^nt double profit r à faite, [ 

Leur bien premièrement, & puis le mal d 'autrui. 

Bertrand .dit à Raton : frère , il faut aujourd'hui 
Que tu faffes un coup de maître. A 

Tirfr~jqoi ces maioae :. û dieu m'avoU &t:naipe^ 
.Propre à tirer majons du feu, " 

Certes „ ouïrons , verroient 7 beau jeu» ? 

4ufli «t£t fait que dit : Raton avec fa; patte, . * 
D'une manière délicate, 

Ecarte im peu la cendre, & retire lesdaigft^ 
Puis -les reporte à plusieurs- fois ; 

Tire un maion, puis deux, & puis teçfcen*fiçr$que£ 
- : Et cependant Bertrand tecçqque. 

Une fervânte vient: adieu mes gens * Raton 
N'étoit pas .content , ce dit w on. 

Aufli ne le font pas b plupart de ces Princes' 
Qui , dattes d'un pareil emploi.,, 
Vont s'échauder en des Provinces* 
Poux le prpfît de quelque Roi. 




irç* tfA'BLES CHOISIES 

i :...■*," • ' • ■ ■ 

I. 1 . ' 'I V I I , » . ■ In ■ ' ■' 

FA BLE XVIII. 

Le Milan & te Rqffîgnol. 

L près que te (i) Milan , manifefle voleur > 
Eut répandu l'alarme en-tout le voîfinage, 
Et fait crier fur lui les etafahs éi village, 
Un Roffignol tomba dan9 fes mains,' par malheur» 
Le (2) héraut du printemps lui demandera vie : 
AuiB-bien que manger en qui n'a que le (on? 

Ecoutez plutôt ma chanfon : - 
Je vous raconterai Térée & fon envié. 
Qui , (3) Térée? eft-ce un mets propre pour les 

Milans ? 
Non pas , c'étok un Roi, dont les feux violens 
Me firent refleurir leur ardeur criminelle : 
Je m'en vais vous en dire une chanfon fi belle 
Qu'elle vous ravira: mon chant plaira chacun. 

-Le Milan alors lui réplique: - 
Vraiment nous voici bien , lorsque je fuis à jeun , 

Tu me viens parler de mufîque ? 
J'en parle bien aux- rois. ^Quand-un roi te prendra, 
Tu peux lui conter ces merveilles : 
Pour un Milan, il s'en rira: 
Ventre affamé n'a point d'oreilles. 

(0 Gros oifeau de proie. 

(1) Parce qu'il l'annonce pair fon chant. 

(3) Mari de Progné, fœur de Philomèle. Celle -ci fut 
changée en Rofltgaol, Progn* en Hirondelle. & Ter* eu 
ttupe* 



■ r 



^MÉÉM^iû' 



2> Berger &fon Troupeau. 



Q, 



■ uoi toujours il me manquera 

Quelqu'-un de ce peuple imbécille ! 

Toujours le loup m'en gobera! 
T'aurai beau les compter : ih étoffent plus de mille; 
Et m'ont laiffé ravir notre pauvre robin ; 

Robiçu mouton, gu>par la yille 

Me fïïivoit pour un^peu 4e pain, 
Et qui nVauroit fu}vi jusques au^bout du monde-: 
Hélas î de ma mufetps il entéitdoit le Ton : 
il me fentoit venir ^e cent ^à la ronde. 

Ah le pauvre rdbin mouton ! 
Quand Guiilot eut fini cette oraifon funèbre , 
Et rendu de robin la mémoire célèbre, 

il harangua tout le troupeau , 
Les chefs, la multitude, & jusqu'au moindre agneau^ 

Les conjurant de tenir ferme : 
Cela feul fuffiroit pour écarter les loups. 
Foi de peuple d'honneur ils lui promirent tous. 

De ne bouger non plus qu'un (i) terme* 
Nous- voulons , dirent -ils, étouffer le glouton, 

Qui nous a pris robin mouton. 

Chacun en répond fur fa tête. 

Guiilot les crut, & leur fît fête.. 

Cependant devant qu'il fût nuit, 

Il arriva un nouvel encombre. 
Un loup parut , tout le troupeau s'enfuit.. 
Cfr n'éfc>it pas un loup , ce n'en était que l'ombse* 

W Efplce4c Sutue qu'on met dâiç les jtrcUar 



-174 rABLErS CWOlStEi 

.._ - * *-Hs •pKwjuetiïOut ae flrtre rage ï~ ■ 
Mais au moindre danger adieu tout leur courage 2 
Yotre ekemp Ie/& vositria oie testretiebdioat pas. 







j . . : . , 




JL I V R E DIXIEME.* 
mBssssssssaassf^ 

FABLE PREMIÈRE. 
Les^4tux Rat* > te Renard ÇffOtiifc 

i> îs g o y n s ; y 

£ .MADAME 0E LA SABLIERE 



JLris je vous foàrois, îln!cft qfue trop affijî 
Mais vaiisavea ccftt fb» notre encens refufé; 
En cela peafembhbie au refteides mortelles, 
Qui veulent cous les 1 jours des louanges nouvelle»* 
Pag une ne. s'endort* à ce brait fî.fïatteur, *• '. 
Je ne les blâme point, je fbuffire cette; humeur; 
Elle eïl commune auxdieux,aux monarques, aux bpUet» 
Ce breuvage vanté par le peuple rfraeur,? 
Le nettar que L'on fert au mattce du tonnerre,, 
Et dont nous enivrons tous les tHdux de li terre K 
Ceft la louage, Iris : tous ne la goôtezpotot. 
D:auttes..pr0f«asjcbç2 vous récomfeofeut cepoint^ 



: c Prbpos *,:flgr&U&.eomrâerces, 
!Où le hazard fpurrjitXent matières diverfes: . 
* ; ' Jusquès^ là qvCem - votre fcntretf en 
^JgBÇtte, a-RÇr: ;1&Jtf$Dfe:.tf&£^ tien. * 
Laiflbns le monde .& fa croyance- 
La bagatelle, la fcience, 
Les dçmeres ,Ue *iei^, t$ut eil^bon-: Je foutions 
'* Qu'il Yaut* de tout aux entretiens : 
Ceft un parterre , où Flore épand fcs biens : 

"Et fait cfûmieTde toute chofeV 
Ce fondement pofé, ne trouvez pas mativaîs, 
Qu^ïc^IÎTatlisMOîj^tffoêEd^ttlaiJl [ 
De certaine philofophie 
Subtile , engageante & hardie. 
^On fapjfeîle feouv^lte Eh avea * vous ou ifca ■. f 
" " ' ' Ouï parler ? Ils difent donc 

Que la Bâte eft une machine; 
Qu'en ellegpujjfe ^git 0ps ^îofe & par reflbrrs : 
Nul fentiment, point d T amc, en elle tout eft corps. 

Telle eft la montre qui chemine, 
AïSJpfiiP»? .^i&,îav»38îe &f«nê &ffeW ;. 

Ouvrez -la, lifez dan.s fon fein : 
Mainte roue y tient lieu de tout refprit dji monde* 

La première y meut la fecorîde, 
Une ûscrifiéme fart, élté foime l là «fin. . 
Au dire derces gens, la bête eft tpute telle r 
- L*objet la frappe en lin endroit : 
"... Ce iieu frappé^en va tout droit t 
Selon nous, au vfcifîn en porter la.nouveller 
Lçfenside proche en proche auffi- tôt la reçoit^ 
&impi&£fion & fait/ mais comment fe fait -elle? 
Selon eux, parnéceffité, 
,v Sans paflïon, fans ;volonté. . 
,v L'animal, fe-fent agité '. 
i>e mcarvemetis que le vulgaire appelle 
Ttiftefle r joie, ^mour, plaiïix, dcwiçur cruelle-. 



. L I CV. H. ff X. T ffr 

. -: ' Ou qndqii'antie de ces. états r \ , . ; *j n I 
Mais ce n'e^t point cela ; ne vous y trompcztpa&i 
Qu'efl-ce donc? une montre. Et nous? c'eft autre! 

chofe t , .' » . ... 

Voici deia façon que Defcartes Pexpofey 
Defcartes , ce mortel dont on eût fait un dieu 

Chez les. payens, & qui tient le milieu 
Entre l'homme &l'efprk * comme enqre l'huître de, 

l'homme 
Le tient iel de nos 'gens ; franche: bête dUTomme. 
Voici , dis- je , comment raiforine cet auteur. 
Sur tous les animaux, enians du Créateur/ 
J'ai le don de penfer, & je fçafc que. jepèhfe» 
Or vous fçavez , Iris , de certaine feience, 

Que quand la bote penferoit, 

La bête ne réfléchirait 

Sur l'objet , ni fur fa penfée. 
Defcartes va;pius loi»* &jfoâttent nettement ï i 

Qû'elleine penfo nullement > 
: Voui n'êtes point embarrafféâ 
De le. croire; ni moi. Cependant quand aux bois ' 

Le bruit des cors , celui des voix 
N'a donné nul relâche à la fuyante proie, 

Qu'en vain elfe a mis fes efforts >î 
^ A confondre & brouiller la voie; 
L'animal chargé d'ans , vieux cerf ; & de dfr cors., 
En fuppofe un plus jeune, & l'oblige par foreçj '"* L 
 préfenter.aux chiens une nouvelle amorde. 
Que de raifpnnemens /pour concerter fes jdurs ! 
Le retour fur 'fes J>a&, les malices, les toérs, 

Et ie change ,' & cent flratagémes 
Dignes des plu*granA chefs>,dignes d'un meilleur fort! 

On le déchire après fa mort ; 

.;i''" .. * • ,v '■■■■ '*• i ' :ï 

t . t Quand ta Perdrûl . . h / lL..; 



ftT» F ARLES CHOISIES 

En danger, & n'ayant qu'une plume nouvelle, 

Qui ne peitt fuir encor par les airs le trépas, 

Elle fait la bteflée , j& va traînant de l'aile , 

Attirant le chafTeur , & le chien fur fes pas , 

Détourne le a dangçr , fauve ainfî fa famille; 

Et puis quand le chafleur croit que fon chien la piile,. 

Elle lui dit adieu, prend fa volée, 6Viit 

Bfe l'homme, qui. confus, des yeux en vain Ia.fuiL. 

Non. lôita : du* nord ih eft us nk>nde 9 
, Où Von fçak que les.babitans 

Vivent, ainfî qu'aux premiers temps 
. Dans une ignorance profonde : . 
Je parle des humains : car quant aux. animaux. 

Us y conftruifent des travaux, 
Qui des torrens groffis arrêtent le ravage ,, 
Et font communiquer fun'&i l'autre rivage. 
1/édifcft. téfiflfi , & otite . en ftm entier ; : - 
Après un lit de bois, éft un,ik:de:mortiep: 
Chaque caftor agit : commune en cft là tâche : 
Le envieux y fait marcher >le jeune fans relâche.. * 
Maint maître d'oaivjreycourt, & tient haut le bâton. 

La République de Platon » 
Ne.ferofc rien que l'apprentie 
t • JDejtetfe famille amphibie. % 
Us (çarefctcq byfceit élever, leurêmaffow, 
. Paflcni les étangs fur- des ponts , 
î Fruit ;<fe*tair. art, fçavent ouvrage; 
t Et noi pareils ont beau ]e voir , 
Jusqu'à préfent tout leur fçavoir 
\ . - ES de paffer l'onde à la nage. 

Que cesaltoi«,neifoiemcqu'fia«)rps vuifcd'efprit, 
Tamsis on ne pourra m 'obliger â le croire. 
Mais voici beaucoup pfas : ècootez ce récita ' 
Que je tienûha w>i ptefo de gloire. 



, I* I V E t . X. ; *» 

Le défenfeur du nord en fera mon garant; 
je vais* dter un prince aimé de te Wôotofe* ' ^ . J 
Son nom feut eft un mur à l'empire Ottoman: 
C'eft le roi Ftfonois ,' jàntti$ un rot lie aient. 

Il dit donc que fur fa frontiérie-^ _ 

Des animaux èntr'eux ont guerre dé tout temps: 
Le feng qui fe transmet des pères aux encans, 

En renouvelle la matière. '■••.. 

Ces aniinaux, dit -il, font germaiift dutfenard. 

Jamais là guerre avec -faitt d'art 
' Ne s-eft faite parmi les hommes* 

Non pas même au tiède où nous fommes. 
Corps de garde «avancé, vedettes^ cQ&iojï*, 
Embufcades , partis , & mille inventions 
D'une pernicieufe & maudite fctence , 

Fille au? ftyX, & mère de* héros, 

Exercent de ^ces animaux 

Le Bon fens &> l'expérience. 
Pour chanter leurs combats ,rAcheron nous derroit 

4 Rendre Homère. Ah , s'H le rendoit, 
Et qu'il rendit auffi le ( i-) rival d'Epfcure ! > -'• 
Que diroit ce dernier fur ces exemples - d ? 
Ce que j'ai déjà dît , qu'aux bêtes la nature 
Peut par les feuls reffbrts opérer tout ceci ; 

• Que la mémoire eft corporelle ; 
Et nue , pour en venir aux exemple» divers , 
- Qiife fài mis'*u jourdan» ces vers,, * ' ' 

- L'animal n'a befoin que d'elle. 
L'objety lorsqu'à revient, ivVda^fcn magaita" < r -'l 

Chercher par le même chemin _ - 
/ L'itnage auparavant tracée, , 
Qui fur les mêmes pas revient pareillement , 
. Sans le fecours de la penfée f 

Caufer un même événement. > T 

Nous agiffons tout autrement* : >> '■} 



FA RUE S CHOIîSrES 

£a ^cmtérnoHfc ëétérwtoci* ':' r / 
Non l'objet*** ririftki&i Je.parle^je^c^iqine: 
: i . je r ftïii riq moi jcartain agent r . 
.; .Tout obéît dafcs ma. machine- • .• ._; . 
A: ce: principe, intelligent* • 
Il eft difHnfl; du corps, fe conçoit nettement, 

Se conçoit mieux que le corps même ; 
De tous nos mouyeinensc'eft l'arbitre fuprême. 
. .'_-. i Mais comment te corps l'entend- il ? 
Qeft-ii le point: je vois l'outil 
Obéir à la maini mais h main, qui. la guide? 
EbJ,«|ui guide les cjeu?, & leur courfe rapide? 
Quelque angceft attaché peut-être à ces grands 

corps. 
Un efprit vit en nous, -& meut tous nos refîbrts; 
L'imprefljon fe fait; le moyen-, je l'ignore. 
On ne l'apprend qu'au fein de la Divinité; 
Et s'il faut en parle* avec fincérité, , 
Defcartes l'ignoroit encore. 
Nous & lui, .fâ-delTus, nous fommps tous égaux. 
Ce que je fçajsy Iri$ ,' c'eft qu'en ces animaux 

1 Dont je viens de citer l'exemple, 
Cet efprit n'agit pas, l'homme feul eft fon temple. 
Àuflî faut r il donner à l'animal un point 

Que la plante après tout n'a point. 
, Cependant la plante refpire:, .. 
Mais que répondra- 1 - en à ce qu$ je vais dire ? 

Deux; rats cherchant leur viç > ils trouverez; un 

œuf. . - i 

te diné fuffifoit â gens de cette efpéce : 
Il n'étojf pas befom qu'i& troutteffent un Bœuf* 

Pleins d'appétit & d'alégrefle , 
Ils alloient de .leur œuf manger chacun fa part; 
Quand un quidam.parut, C'étoit maître renard : 

Rencontre incommode & fâcheuie. 
Car comment ûuvei l'œuf? le. bien eB&pâguctér, 

Puis 



L I V R E X. *8a 

ftiis des pieds dé devant enfemble le porter, 

Ou le rouler r ou le traîner, 
C'étoit chofe impoffible autant que hazardeufe. 

Néceffité, l'ingénieufe, - 

Leur fournit une invention. 
Comme ils poùvoient gagner leur habitation , 
L'écornifleur étant à demi -quart de lieue, . 
L'un fe mit fur le dos, prit l'œuf entre fes bras, 
Ttàs y malgré quelques heurts & quelques mauvais.pas, 

L'autre le traîna par la queue. 
Qu'on m'aille foutepir, après un tel récit, . 

-Que les bêtes n'ont point d'efprfc. 

Pour moi , fi j'en &oïs le maître , 
Je leur en donnerons auffi-bien qu'aux enfans. 
Ceux-ci penfent- ils pas dès leurs plus jeunes ansfc 
Quelqu'un peut donc penfer, ne fe pouvant connoître. 

Par un exemple tout égal , 

J'çttribuerois à l'animal, 
Non point une raifon, félon notre manière, 
Mais beaucoup plus auffi qu'un (i) aveugle reiïbrt* 
)e (2) fubtilifèrois Un morceau de matière, 
Que Fdn ne pourroit plus concevoir fans effort*, 
"(3) Quinteflence d'atome , ( 4 ) extrait de la lumière , 
Je ne fçais quoi plus vif, & ^lus mobile encor 
Que le feu : car enfin , fi le bois fait la flamme » 
La flamme, en s'épurant, peut- elle pas de l'amè 
frous donner quelque idée, & fort -il partie Tôt 

; ( 1 ) Tel que Defcartcs ïàttriïite k "tous les Animaux 
differeas de l'Homme. 

( i) Je le ljuppofcrois , je Wmaginerdis x corapofe* de par- 
ties extrêmement fubtiles. Ptnr Jfavir ce que l'efprit b%~ 
main peut inférer de dite fnppofitUn , vejez. l'a Note ( ç ). 
r ( 3 ) Dont les parties feroient de beaucoup plus petites 
fique le plus petit atome. 

(4). Et plus fubtilcs que le» parties qui composent U 
lumière. 

- «. Pmk. N 



*8i FABLES CHOISIE* 

Des entrailles du plomb ? Je rendrais ( 5 ) mol 

ouvrage 
Capable.de fentir, juger, rien davantage, 

Et juger imparfaitement , 
Sans qu'un finge jamais fît le moindre ( 6 ) argument 

A l'égard de nous autrefc hommes , 
Je ferais notre lot infiniment plus fort : 

Nous aurions un double tréfor : 
L'un , cette ame pareille en tous tant que nous font 
mes, > 

Sages, fous> enfans, idiot»," 
Hôtes de l'univers, fous 4e nom d'animaux : 
L'autre , encore une autre ame , entre*ious & les angfll 

Commune en un certain degré; 

Et ce tréfor à part créé» 
Suivroit parmi les airs les céleftes ( 7 ) phalange* 
'Entrcroit dans un point fans crfêtrc prefifè, \ 

Ne finiroit jamais quoiqu'ayant commencé : "| 

jChofes réelles quoiqu^tranges* 

"Xant que l'enfance durcroit , 
* Cette fille du ciel en nous ne paroîtroît 

Qu'une tendre & foible lumière : 
L'organe étant plus fort, la raifavpercerofc J 

Les ténèbres de la matière, - - ' 

Qui toujours envelopperait 

L'aiïtre ame imparfaite & groflî^e. 

^e) MaU cet Ouvrage n'étant toujours que pure M 
titre , on aura "beau dormer à cette MatieYe des parti 
mille & mille fois plus fubtiles & plus mobiles que cç 
les du Feu & de la t*mî*re , ïinl Pniioibphe * «flez 1v 
tere peur n'affirmer <jue ce qu'il comprend veritabh 
ment, ne pourra jamais nous faite comprendre, ni cou 
prendre lui-même, qu'i force de ftibtililer la Matkrt 
& d'augmenter l'adiviié de fes parties, oti puiffe 
*tmdrt capah/i rf> fartir fr «h juger : & c'eft aufli ce qa' 
s ne le croira jamais en droit d'affirmer » quoi qu'en J>uif 
y «iïre des Philofopkes d'un aurre ctrj&erc. 

(6) Rationnement. S 

X 17) tes Efprit* bienheureux, t 



' tivi.i.x 



«(3 



* Mj i i m. i y 



I 



F ''A B t E II, 
ZSHbmme £f/a Couleuvre. 

• - - %^ n homme vfc une Couleuvre r •■ . ♦ 
Ma ! méchante, dît- H, je m'en. vais faire une <*<**« 
Agréable à tout Vwivets, 
A ces mots , l'animal pervers \ 
(Caille Serpent que je veux dire, . 
ït nonl Homme, on pourroit aifément s'y tromper } 
ï ces mots , le Serpent fe laiflan* attraper , ' 

Sft pris , mis en «n fa<r, & ce qui fût îê pire» - > 
On réfolutfa mort, fi*-il.coilpa6ie oti ntav:' 
afin de le payer toutefois <te raîfpn / j - -. * ! " 

L'autre lui fit cette harangué» • • 
ïymbole des ingrats, être botirâux mécfiafl$, • - 
2'eft être fot; meurs donc: ta eolere actes denté 
¥eme nuiront jamais. Le Serpent, en «fa langne* 
Reprit du mieux qu'il put: s'il faloit condamner 
Tous les ingrats qui font a« monde , 
A qui pourroit -on pardonner ? : ■ ' 
Toi -même, tu te fais (son prdcês. Je me fonde 
ter tes propre* leçons: jette les yeiïx fur toiV » 
Mes jours font en tes mains, tranche-les': ta juffic* 
*'eft ton utilité , ton pîaifîr, ton capricfe: 
Selon ces loix condamne -moi : 
Mais trouve bon qu'avec franchifc f 
En mourant au moins je te dife, 
Çufi le fymbole des ingrats 
fcen'eftpoiftt le Serpent, t'eft l'Homme. Ces parole* 
Firent arrêter l'autre i il recula. d!tm pas.* 
tarin II repartit": tes raifons ifont frivoles': 

N 2 



*84 FA EX ES CHOISIES 

Jepourrois décider , car ce droit m'appartient r 
fgfiSs rapportons - hotë - en.* Soït ftît , m le Reptita. 
Une Vache étoit là, Ton l'appelle, elle vient, 
Le cas eft propofé K c'étok chofe facile. 
Taloit - il piuif cela > *dit *5le ,£«n'appeler ? 
La Coulejivre a raifon , pourquoi cÙflîmuler ? 
Je nourrifincelui -ci depuis longues années : 
Il n'a, fans mes bienfaits, paffé nulles journées: 
Tout n'eft que pour lui feul : mon laft cfcmes enfaos 
Le font -à la maifon revenir tes lûainfc .pleines: 
Même j'ai rétabli fa. fan té que lésons 

Avoient altérée; & mes peines 
Ont pour but fon plaifir ainfi que fon befoin. 
Enfin. me voilà vieille; il me laifle en un coin 
Sans herbe : s'il vouloit encor me laifîer paître? 
Mais je fuis attachée; >& fi j'eufle eu pour maître 
Un Serpent,, -eût -il fçu jamais pouffer fi loin 
L'ingratitude? qdieu. J'ai dit ce que je penfe. 
L'Homme tout, étonné d'une telle fentence,. 
Dit au Serpent: faut -il croire ce qu'elle dit? 
Ç'eft uaeradoteufe, elle a perdu Tefprit. 
Croyons ce Bœuf. Croyons , dit la rampante bête. 
jfyiîiG dit, ainfi fait. Le Bœuf vient à pas lents; 
Quand il eut ruminé -tout le cas en fa tête., 

11 dit que du labeur des ans , 
Pour nous feuls, il portoit les foins les plus pefans, 
Parcourant* fans cefler, ce long cercle de peines" 
Qui , revenant fur foi , ramenoit dans nos plaines 
jgeque Cérès nous donne, & vend aux animaux 

Que cette. fuite de travaux 
Pour récompenfe avoii, de tons lant que nom 

fouîmes , 
Force coups , peu de gré.: puisquand il étoit vieux, 
On croyoit l'honorer chaque fois que les hommes 
{fi ) Achetoient de fon fang l'indulgenc$ deçDieux. 

.(.O f^orgcoicfit^poiir apaifer Ici Pieu* jar fçn fang, 



r I V R Ê X, *8S 

Aiufi parla le Bœuf. X'Homffi%4it : faifoos- taire. - . : 

Cet ennuyeux déclaniateur. 
Il cherche de grands mots, & vient, ictfe faire, 

Au lieu d'arbitre", accufateur. 
Je le *ecufe auffi. L'Arbre étant pris»pour juge/ 
Ce fût bien pfs encor'. lî fervoït de refuge , 
Contre le chaud, la pluie, & la fureur des ventes- 
Pour oous feuls il omoit les jardins & le» champs; 
L'ombrage, n*étoit.p$s iefeul bien qu'il fçût faire; 
Il courboit fous les fruits; cegepdant^our-falairo'' 
Un rurtre Tabattoit r c'étoit-là fon loyer, * 
Quoique, pendant tout l'an, libéral il nous donne 
Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en jaytomne; 
L'ombre, l'été , l'hiver, les plaifirs dit; foyer. 
Que ne (2) l'émondoit-on faœ prendre^ la' (3) 

coignée ? 
ï)e fon tempérament il. eût encore* vécu. , r 
L'Homme trouvant, pouvais g^ Toi i'eûtcou* 

vaincu , . ( . . \ " . ' 
V oui ut»'.à~ toute. force avoir caufe gagnée, / 
Je fuis bien bon,- .-dit* il, d'écouter ces geos-là. 
Uu fac & du Serpent auiti - tôt il donna 

Contre les murs , tant -qu'iUua la béte. 

On en ufe .arafî chez les grands! 
Ea.raifon les ofFelife.r ils>fe mettent 'en tété 
Que toilt^fi né pour eux, qi^djupédes & gens, r . 

Et Sèrpens.- , 
_ - Si quelqu'un deflerre les dents , ; , 

O'eïl un fot. J'en conviens. Mais que faut* il donc 
' faire? . 

Parler de loin ; ou bien fe tairo. 

(1) En couper le» brandies inutilei^ 
il) Pous l'abattre tout -à- fait - 



?** FÀ-BLES CHOISIES 



FABLE IIÏ. 

La Tortue & tes deux Canards. 

%J ne Tortue étoit , à la f i ) tête légère, 
Oui laflfe de fou troti votilot voir le pays. 
Volontiers on*ftft tas .d'une tebe étraflgeiç-i 
Volontiers gen^ boiteux haîflent le logis. 

Detix Canards à tjui la commère 
; ,; Comtnumqua ce beaudeffein, - 
lui dirent qu'ils avoient de' quoj la fatisfaireî 

' 'Voyez -votfc cô largfe tbemin ? 
Nous vous voiturerons par l'air en (a) Amitl^ 

.Vous venez mainte-république, 
Maint? royaume , 4rtaint peuple ; & vous profiterez] 
Des différentes mœurs que vous remarquerez. % . 
( 3 ), .Uliffe en ïç -autant Ori n* Vattendôit go«l 

-De voir Uliffe en cette affaire. 
La Tortue écouta la proportion. 
Marché' fait, 'les oifèaux forgent une fflâchfne, 

Pour tranfpprter la pèlerine. 
Dans la gueuîe en travers on lui pafle un bâton: 
Serrez Bien,' dirent-ils : gardez de lâcher prife: 
Puis chaque 'Canard prend 3 ce Mton par un bout. 
La- Tortue enlevée, on s'étonne partout 

De vofr'aîlèr , eft cette guife, 
' L'animal lent & fa maifon, 
Juftement au miliçu de l'un & l'autre Oifon. 
Miracle , xrioit- on i venek voir dans tes nu# 

Pafler la reine dies* forti|es. 

( i ) Folle , imprudente* - >' -:i. j-. 4 - 
(2) Une des quatre parties du Monde. ^ 

( 3 ) Héros Grec , qui |ud engage" dans de longs ▼°T a 5 cs ' 
r «pres la'prifc de Troyc. 



I 1 V R E. X. ; $87 

La reine! vraiment oui ; je la fuis en effet : 

Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup 

mieux fait 
De paffcr foh ctemin fans rien dire autre chofe; 
Car lâchant le bâton en defferrant les dents, 
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardais. 
Son indiferétion de fa perte fut caufe. 

Imprudence, babil, & fotte vanité, * 

Et. vaine curiofité , 
Ont enfemble étroit partage? 
Ce font efcfens tous d'un lignage. 



FABLE IV. 

tes Poijfons & te Cormoran 



1 



n'étoït point d'étang dwa tout le voifippge 
Qu'un ( 1 ) Çormontn n'eût mis à contribution. 
Viviers & réservoirs Juj payoient penfion ;• 
Sa cuifine alloit bien : mais lorsque le long âge 

Eut (a) glacé le pauvre animal, 
• ..ï-a même onOne^lU mal. ; 

Tout Cormoran Te fert de pourvoyeur lui-même* 
Le nôtre un peu trop vfetfn ppur voir au fond des 
eau* é 
N'ayant ni filet», ni réfeaus, 
• Souffroit une omette extrême» 
Que fit- il ? le befoin, doôfur en ftratagémo. 
Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un étang 
Cormoran vit une écrevifle,. 

f 1) Gro» Qifav qui f< nourrit 4c poinont. 
(î) Loi eût ôté les forces nSecflaires pour tller à U 
P«cb« lui . même. 

N4 - 



m FA&LES CH0IS4ES 

\lz commère, dit -il, allez tout àJ'inftant- 

Porter un avis important 

A ce peuple; il faut qu'il périfle: 
Le. maître de ce lieu dans huit jours péchera. 

L'Ecrevifle en Mte s'en va 

Gonter 4e cas : grande ef* i*émûte. 

€)n court , on s'àffembfe , on députe 

A Poifeau. Seigneur Cormoran, 
v D'oîi vous vient cefc avis ? queL eft votre garant* 

Etes -vous fur de cette affaire ? •. . 
N'y fçavez-vous remède? & qifeft-il bon défais? 
ehaiîger dé lieu, dit- -il. €ommcnt le ferons-nous? 
j&rén foyez point en foin : je vous porterai tous 

L'un après l'autre en îna retraite. - 
$Jul , que Dieu feul & moi , n'en connoît les chemins* 

Il a^ft ; deme]ure plâs fecretten v 
Un vivier que nature y creufa de fes mains L 

Inconnu des traîtres humains». ■- 

Sauvera votre, république. 

On le crut. Le peuple aquatique * 

I*'uh après_Faufcre , fut porté 

Sous ce'rocber peu fréquenté. ^ 

Là, Cormoran le bon apôtre, 

Les ayant mi^en un endroit 

Tranfparent, pçu creux ,, fort étroit, 
Vous les prenoit fans peine, un jour l'un, u? 
jourl'autre. * 

Il leur apprit à leure dépens , 
Que l'on ne doit jamais avoir de confiance j 

En ceux qui font mangeurs de gens. 
Ils y perdirent peu ; puisque l'humaine engeance 
En awoit auffi bien croqué fa bonne part. 
Qtfimporte qui vous mange ? homme ou loup> 
toute panfe - 

Me paroit une à cet égard ; 

Un jour plutôt, un jour plus tardif 

Ce n'eft pas grande âifférençc te 



FABL E V: 
. ^ y £nfoui{feur. &/on Compère, . 

VJ n (i) Pihce-maillé avoit tant amaffé,*» 
* .Qu'il ne fçavoit ofi loger fa finance. 
LJavaâce, compagne # f<pur de lTgnçrance, .„ 

Le rendoit fort embaraffé " ' -*. 

Daps Iq choix d'un dépofitaira : , r 
Dsfr il en vbuloit un ; & voici Ùl raifbh. , 4 
L'objet tente; iiiaudra çse ce jponceau s'altère; 

Si je lelaiflê'à la nTâifon:' * - 
MLoi -même» de mon bien je ferai le laqroi» 
Le larron ? quoi jouir , c'eft fe voler foi - même t 
Mon ami,* j'ai pitié de ion erreur extrême-. 

Apprends de moi cette leçon : 
Le bien > n'eu bien qu'estant que l'on s'en peut. 

défaire. 
Sans ceia^.ckffcim mal. Veu^tùl&réfervçr • - , - 
Pour un âge&ttes temps qjiin'çn ont pHusgue'faifçf» 
La peine d'acquérir , le foin de conferver ," 
Dtent le prix à l'or qu'on croit fi néceflàire. - 

Pour fe décharger d'un tel foîn , 
Notre homme eût pu trouver des gçns fûrâ aubefotiv. 
[î aima mieux la terre ,.& prenant fon compère, f 
Celui-ci l'aide: ils vcmt enfouir- le tréfor.* 
Aii bout de quelque temps l'homme va voir fon or ; » 

11 ne trouva que le gîte. 
Soupçonnant à bon droit le Compère,' il va vit* . •„ 
Lai dire : apprêtez vous; car il me refte encor 
Quelques deniers : je veux les joindre à l'autre maûe. ! 
Le Compëre auflï -tôt va remettre eu (a place 

( î ) Un* Àvârc «utif , ' » • -^ • . . • . •- - • 

N 5 - ' ••■• 



*& ÏABJETESI CHOISIES 

Tout reprendre à la Fois, fans qu'il y manquât ries» 
Mais pour ce coup J'aitfre fut fage : 

11 retint tout chez Iui,*réfelu4e jouir', 

Plus n'eiKafTer-, plus n'enfouir; , » 

Et le- pauvre voWur rre^cWànt phis foh gage, 
Penfa tomber de fa hauteur. ,* ^ 

% v ... . ■ *...., - r A « 

Il n'eft.pas mal-aifé de tromper un £romp£ur. 

fi V ■» ■'"' •''• ; / * 

F A B L E V I. 

' : Le Loup ÇflfT' Beiferf. • '■ 



n 



n Loup *empH ( i ) dlwaïamté, 
X S'il en eft de tels dans le.monde) 
Fit un jour fur fi cnrautè , 
Quoiqu'il ne l'exerçât que' par fiécefBté, 

Une réflexion profonde. 
Jç fuis : ftaï , dit* il , #de qui? de chacanu 
;Ji '* Le loup eft l'ennemi conmam : 

(i)Dc ckmceur , d^affeétionipouT 1« Ànimau* de tonte 
efpècc. Les Jioœmet » bien éloignés d'avoir cette huma- 
airê-li,' ne paroiflent pas même refpe&er,' ou plutôt 
connoître une autre forte d'humanité' qui ne concerne 

3 ne <les* animaux de leur efpè6e.. Comme elle eft ia bafe 
e toute véritable fociécé , & de , toute bonne Religion , 
&r qu'elle n'oblige les hommes qu'à ne point maltraiter 
les autres hômme's , qui >eur rendre à tons les mêmes 
Services » à avoir pour eux lie s. mêmes égards qu'en pareil 
cas -chaque' homme fe *roit en droit, d'exiger de* autres 
hommes , il femble que |a pratique de cette vertu lent 
devroit. être auflî naturelle c(ue la refplratlon. Mais la 
jriiniéré dont -ils fe traitent les un& les autres, montrent 
évidemment , .qu'eiy général ., l'Homme n'à^guère plus 
d'humanité pour les autres hommes», qu'eut pour les 
Brebis de fon voifinatje le £çup dp&t parle ici X^a Foi- 
tiioc. 



Chiens , éhaflfeurs ■, villageois , s'affemblcnt pour fa 

peftè. 
Jupiter eft là -haut étourdi de leurs cris?' 
C'efl par-là xjue de Loups l'Angleterre eft déferte: 
On y mit notre tête à prix. v 

Contre nous £3 ) tels bans publier : 

il nfeft marmot ofuit aier , * > 
Que du Loup aiiffi -tôt & inere m menace. 

Lfc tout pour un ane rogneux , 
Pour un mouton pourri, pour quelquç efy'enhar* 
.gneux 

Dont J'aurai paffé mon envie. 
Et bien, np mangeons plus de cKofe ayant- eu vie t 
Paillons Phejbe , broutons, mourons, de faim plutôt» [ 

Eft -ce une chpfe û cruelle? 
Vaut -il mieux s'attirer la haine uniyerfelle? 
Difant ces mots , H vit des JBeigers , pour l*ur rôt > 

JMangeans un agneau cuit en broche, 

Oh foh ! dit - il , je me j-eproche 
Le fang de cette gent : voilà [es gardiens . 

S'en xepaiilàns , eux & leurs chiens ; 

Çt moi Loup , j'en ferai fcrupule ? 
Non, par tou$4es Dieux, non: je ferois ridicule* 

Thibaut l'agnelet paflera , 

Sans qu'à la broche je le mette ; 
Et non -feulement lui , mais la mère qu'il tette, 

Et le père qui l'engendra, 
Le loup avoit raifon. Ett-U dit qu'on nous voie { 

Faire feftiii de toute jproie , 
Manger les animaux; & nous les réduirons -\ 
Aux mets.de (4) l'âge d'or , autant que nous pourrons T 

A}) Vieux mot qu'on n'employé «[u 'ironiquement pou* 
«ligner un petit Gentilhomme de campagne. 

( 3 ) Déclaration faite à cri public , par laquelle an 
Promet récompense À qui tuera un Loup ,f&c # • 

(4) Des premiers temps» où les hommes vivoient a* 
$** & de légumes. 

N 6 



Ils n'auront ni croc , ni marmite? 
Bergers, Bergers,* le Loup n'a tort . u 
Que quand if n'cft pas le plus fort: 
Voulez -vous qu'il vive en hermite? . 

I , , , „ ssssaaesseBSggBgm 

F A B L E V I-It 

• EAraignét &?IfironM'? -. 



O 



Jupiter, quifçus de ton cerveau* 
Par un lepret d'accouchement nouveau, 
Tirer ( i ) Fallas, jadis mon ennemie,^ 
Entens ma plainte une fois en ta vie. 
(2) JProgné me vienç enlever les morceaux.* 
Caracolant j frifant l'air & les eaux , 
Elle me prend me* mouches à ma porte:- 
Miennes je puis- les -dire : & mon rézcau 
En feroit plein fans ce maudit oifeau: 
Je l'ai tiffa de. matière aflez forto* 
Ainfr, d'un difctnirs infolent* 
$te plaignojt l'Araignée autrefois tapiffiére-, 

Et qui- lors étant filahdiére, 
Prëtendoit enlacer- tout infeéte volant* 
La Sœur de (3) Philomele, attentive â.firproies 
jflaîgfé le beftîon ( 4) happoit mouches dans l'air, 
pour fes petits , pour elle , impitoyable joie , 
Que fes «nfans-.gloutons, d'un bec toujours ouvert, 

( 1 ) T>ÉcjTe . : fille de Jwpirer, qui changea Aragnc 0} 
araignée. 

< 1 ) Princeffe » qtii Ait *l»»gée en HirqndeUe. 

{ 3 ) Autre Prince/Te * ckangée en Roffiguol. 
*J(4> . , • - Ipfàqnt volettes 
Ore fitHnt 4Mcem ni4i> immitiku* tfaum», 
Tîtg. Gcor. L. 1 v. verf . 16,17.. 

On ne peut guère douter que L* Fontaine n'ait cadet* 
Jrrn çHautei c* deraier rec* de. Virgile., ' 



f^un ton demi -fonpé , T bégayante couvée r . 
Demandoient ,par des cris egcor mal entendus** 

La pauvre Aragne n'ayant plus 
Que la tête & les pieds , artisans fuperflus ^ 

Se vit elle -même enlevée. 
L'Hircmdelip en paflànt -emporta toile &toot, , 

J£t Tanimal pendant.au bout. . , 

Jupin pour chaque état mit deux tables au monder-. 

Ëfedroit, Vvigrtant,* & le- fort font «ffis^; 
A (5) la première; & les petits 
Mangent leur rcfte à la féconde* _ n ,. 

( 5) La mieux fervie. 



P 



F A B" L E V I I I. 

La Perdrix & les Coq&„ 



armi de certains Coqs incivils, peu galâîis, . - 

Toujours en noifc & turbulcns, 

Une Perdrix étoit nourrie. 

Sonfexe.& rhofpitalité, 
De H part de ces Cpqs, peuple à l'amour .pçxté*» 
Lui fajfoient efpérer. beaucoup d'honnêteté.;, 
lis fejoient les honneurs delà ménagerie. 
Ce pçiiple cependant fort fouvent en furie, 
Pour la dame étrangère ayant peu de refpeft,' . 
Lui donnoit fouvent d'horribles coups de. bec. 

D'abord elle en fut affligée : 
Mais fi* tôt qu'élis eut vu cette, troupe enragée r 
S'entrèb'attre e\le-même, &fe percer les flancs # 
Elle fe.confola. Ce font leurs mœurs, dit- elle: 
N£ les aceufons point; plaignons plutôt ces gens*, 

Jupiter fur un ftul modelle 

J X 7 



«* FAX LE S CfttflêflES 

N*a pas formé tous les efprits. 
11 efldes naturels de Coqs & de Perdrix. 
S'il dépendent de moi , je pafleroîs ma vie 

En plus honnête compagnie. 
Le maître de^ces lieu* en ordonne autrement. 

Jl nous prend avec des (i ) tonnelles , 
Nous loge avec des Coqs,' & nous coupe les ailes: 
C'eft de l'homme qu'il faut fe plaindre flMemçnt. 

( i ) Filets dont on fc fert pour prendre les Perdrix, 
dans le temps qu'elles font arrêtées par un Ckiea. 



FA B t E. I X, 

Le Chien à qui on a coupé les oreilles. 



Ju'ai-je fait pour me voir ainfi 
- Mutilé par mon propre maître? 
1 Le bel état oil me voici ! 

i Devant les autres Chiens oferai-je paroître? 
1 O rois des' animaux, ou plutôt leur tyrans ! 
Qui vous feroit chofes pareilles? 
Ainfi crioit Moufflar, jeune dogue; & les gens , 
Ffcu touchés de fes cris douloureux & perçans, 
Venoiént de lui couper fans pitié les oreilles. 
Moufflar y croyoit perdre. Il vit avec le temps- 
Qu'il y gegnoit beaucoup : car étant de nature 
A piller fes pareils, mainte méfaveoturé 

L*auroit fait Retourner chez lui 
Avec cette partie en cent lieux altérée : 
Chien hargneux a toujours Pareille déchirée. 

te moins qu'on peut laiflfer de prife aux dents cfautrui, 
Ceft -le iuieuV Quand oa n'a çp'un endroit à d£ 
fendre, 



' On k mur^rde peur d'efichota : -. ; # 
Témoin maître Moufflar armé d'un ( i ) goxgerin ; 
Du relie ayant cToreilie autant que fur ma main, '' 
Un ioup n- eût fçu par où le prendre. 

( i ) Quelque feus qu'on donne an mot de Gor^tt**- 
dansjes Diàionrialres , Il ne peut frgnifier fri qu'un gto* 
colier 'hénflfe <k' portes de Ver, qui fort à défend» ie' 
Chien conte* U§ «waque* du toHp. ' 



« 



D. 



FABLE X. 

Ite Berger & 4e ifo* 



j^eux démons, à leur gré, partagent ridtyevie,' 
Et de fon patrimoine ont chaffé la raifon. 
te ne vois point de cœurs qui ne leur facrifie. 
Si vous demandez leur ^tat & leur nom , 
J'appelle l'un , amour.; & l'autre, ambition. 
Cette dernière étend le plus loin fon empire; 

Car même elle entre dans l'amour. 
Té le ferois bien voir :" mais meta but eft de dm 
Comme un Roi 'fit rènir un Berger à fa cour . 
Le conte eft du (i) bon temps, nondufiécle oli 

nous fbmmés. 
Ce Roi vit un troupeau qui couvroittous les champs, 
Bien broutant, en boncorps, raportant tous les ans, 
Grâce aux foins du Berger , de très - notables Comme*. 
Le Berger plut au Roi par fes foins dihgens.. . 

Tu mérites, dit-il, d'être pafteur de gens:- 
Laiffe -Jà tes moutons , viens conduire de* hommes. 

Je te fais Juge fouVèrain. .y; 

Voilà notre Berger la (2) balance à larûanu 

liV Du vieux temps , qui *tojt meflkttx que le piticitx. 
W C-cft le fyttboic de la Juttu*. < ; 



i&ï pabljîs ca&isrr.s 

Quoiqu'il n'euttguére. vû.d'autrcs gens qu'uû her- 
- mite , ! 

'Son* troupeau , fes mâtins, leloup,&puisc*cfttout,« 
11 avoit du bon fens : le refte vient enfuîte ; - 

Bref, il en vînt fqjt bien à bout. 
X'hfcrmîte Ton. voifin accourut pou* lui dire: ~ 
Veiftai-je* n!eft ^ce point un fonge; que je vois? ^ 
Vous favori! vous grandi défiez -vous-desrok>: : 
Leur faveur eftgliffante, ons'y trompe; &lepire>_ 
CWt qu? 11 enxom» cher : de pareilles erreu» - . » 
Ne produifent jamais que d'illuftres malheurs. 
Vous ne connqiffez pas l'attrairqui vous- engage. 
Je vou* parle- en ami. Craignez tout. L'autre rit; ; 

Et nç$revheJ?nitç poiwfuhrit; 
Voyez combien déjà la Cour vous rend peu fage. . 
Jç jçtoîs voir cet aveugle, à qui dans un voyage : 

Un ferpent engourdi de froid,. . 
Vint s'çgrir fous la main : il le prit pour un fouet • 
Le fien s'étoit pptdu tombant de fa ceinture. . 
Il rendort grâce au ciel <k L'Jbeureufe ayanture , 
-Quand unpaffant cria: que tenez > vous? ô dieux L- 
Jetteçcèt animal traître & pernicieux, . " (dis -je: 
Ce ferpent. C'eû un fouet. C'eft un ferpent, vous. 
A me tant tourmenter, quel intérêt mloblige? 
Pj&étcndes - yous; garder, ce tréfor 2 Pourquoi non ? ' 
Mon fouet étoit ufé /j'en retrouve un fort bon; 

Vous n'en parlez <jue par envie.. . 

L'aveugle enfin ne le crut pas,.. 

Il en perdit bien -tôt la vie.: 
L'animal; dégourdi piqua fon homme au bras* - 

Quant à vous , j -ofe vous prédire 
QuCH.VOus arrivera quelque ehbfe de pire.. 
Eh? que me fçauroit- il. arriver que la mort? ~ 
Mille dégoûts .viendront, dit. le. prophète hetmïte.* 
Il en vint en effet: l'hermïté n'eut pas" tort. 
Mainte X3)peftedecour fit tant par maint reiïbrt, m 
ii) Lcs envieux & aKctffito*, 



Que la< candeur du Juge, ainfîque fon mérite, 
Furent fufpe&s au prince. On cabale, onfufcite. 
Accufateurs $ gçns (4) grevés par fes arrêts. 
IDe nos biens , dirent,- ils-, il s'eft fait un palais» . 
lie princç. youloit voir <fes riçheffes ûpurçitfes , 
Il de trouva par -tout que m^iocrité^ 
Louanges du défert & de la pauvreté : . 

C'étoit-là fes magnificences- 
Son fait s dit -on, confifte en des pierres de prix: 
Un grand coffre eiveft plein , fermé de dix .Serrures, 
LuJ-méme ouvrit ce coffre, & rendit bien furpris ,- 

Tous les. machineurs dtfnipofruirçs. 
JP^ coffre étant ouvert, on y vit dos lambeaux^ . 

tt'habit d'un gardeur de troupeaux, 
Petit chapeau, jupon, panetière, houlette* 

"Et y je penfe , auΠfa mufette. 
Douxtréfors ! ce dit -il, cher s gages , qui jamais , 
N'attirâtes fur vous l'envie & le menfonge, 7 . 
Je vous reprens : fortons de ces riches palaût,,. 

Comme Ton fortiroit d'un fonge. 
Sire, pardonnez -moi cette exclamation, 
pavois prévu ma chute eg montant, fur le faite. 
Je m'y luis trop complu : mais qui n'a d^yps la téta " 

Un. petit grain d'ambition? 
(4) Opprimés » condamnas injuftcment ptr fes Décifiop* 



F A, $ L E % . XJ. 

Les Posons, & k Berger qui joue 
dt ta flûte* 



T.: 



ircis,- qnl.pour laleule Ànnettç 
Faifoit- réfonner les accords 
D'une voix & d'une mufette 
Capable* de toucher les morts ^ 



àp» FABLES C S Ô î S f E S 

Chantoit un jour le long des bords 
D'une onde arrofant des prairies , 

Dont Zéphire habitoït les campagnes fleuries. 

Anriettc cependant a la ligne pêchoijt : 

Mais nul poiffon ne s'apprôchoit. 
La Bergère perdoit fes peines* 
Le Berger qui , par fes chànfons , 
- Eût attiré des inhumaines , 
Crut, & crut mal, attirer des poifïbns. 

Il leur chanta ceci .-citoyens de cette- onde , 

Laiffez votre (î) nayade en fe grotte profonde; 

Venez voir un objet mille fois plus charmant. 

Ne craignez point d'ehtrer aux prïfôns de la belle i 
Ce n'eft qu'à nous qu'elle eft cruelle : 
Vous ferez "traités doucement; 
On n'en veut point à votre vie. 

Urï vivier vous attend, plus clair que fin criflaL 

Et quand à quelques-uns l'appât (feroit Fatal, 
" Mourir'des mains d'Annette eft un fort que J'enviCi 

Ce difcouis éloquent ne et pas grand effet : 

L'auditoire étoit foùrd auffi-bien que muet. 

TJrcis eut beau prêcher: ees paroles miellées, 
S'en étant au vent envolées, 

11 tendit un long rets. Voilà les poiffons pris: 

.Voilà les poiffons mis aux pieds de la Bergère, 

O Vous! pafteurs d l humains & non pas de brtbfy 
Rois, qui croyez ga§per par raifon les eiprits 

D'une multitude étrangère, 
Ce ri'eft jamais r par- là que Von en vient à bout; 

Il y feut une , autre maniéré : 
Servez -vous de vos rets, la puiffance. fait tout. 

(0 £fp4ee 4e Wymph* qui fcjoume dm Idéaux, fdo* 
^5 Ppëtes. 



- t~ IVRE X ' a» 

FA B'L E Xït. ~ 

c £«f dtuxPerroquas, ItRoi.&fonFUf. 



De* 



eux Perroquets , Pua père & l'autre fiïs, 
Du rôt d'un roi faifoieht lefcr ordinaire. 
Deux demi -dieux, l'un fils & l'autre père, 
De ces oifeaux faifbîent leurs fcvoris. 
L'âge lioit une amitié fincere , - " 

Entre ces gen& Les deux pères s'aimoient : 
* Les deux enfans, malgré leur cœur frivole, 
•L'un- avec l'autre auffi s*accoutumoient; - J 
Nourrie enfémble & compagnon* d'école. 
Cétàt beaucoup dTioWur au jeune Perroquet ,- ' - 
Car l'Enfant étoit prince, & fon Pete monarque. 
Par le tempérament que lui donaa la ( r ) parque , 
11 aimoit les oifeaux. Un moineau fort coquet, 
Et le plus amoureux de toute là province f 
Faifoit auffî fa part des délices du prince. ; 

Ces deux rivaux un jour enfémble fe jouans^ 
Comme H arrive aux jeunes gens, 
< Lé jeta devînt une querelle. 
Le-pafTereau, peu ckconl^éa, 
S'attira de tels coups de bec, 

Sue demi - mort & traînant l'aile , 
n crut-qu'il n'en pourroît guérir, y 
Le prince indigné fit niourir 
Son Perroquet. Le bruit en vint au père. 
I/mfottufté vieillard oie & fc défefpere ; 

( i ) Qui , au dire des Poètes , préfidt * *U »»iflt«çe 
le cow$ de leur Vie. 



JW FA*LE'S CB-0ÎS4ES- 

Le tout en vain : fes cris font fuperflus : 
•:; -; - • ifrifeau parleur eft dé# dans 'te ^barque : 
Pour dire mieux, J'oifeau ne parlant plus , 
Sait qu/en fureur fur le fijs di* moparque , . 
Son père s'en va fondre & hri crève les yeux. 
'Il fe fauve auiïi-tôt, &choifit pour afile 

- . Le hautxhm pin. ,Là, dans Je fein des dieux, 
Il goûte fa vengeance en lieu fur & tranquille : 
Le roi lui-même y court, & dît pour l'attirer : 
Anii 3 reviens chea moi: que nous fert de pleurer? 
Haine,* .vengeance & deuil , laiSbns tout à la porte. 
t . Je fuis » contraint de. décl^rer^ : 
H&cor que ma douleur ibit forte* 
Que le tort vient de jïous : mon fils fut Pagrefleur. 
3Mpp fils i non : c'eft le fort qui- du coup eft l'auteur. 
La parque ayoit écrit de tout temps en fon livre, 
Que l'un de nos enfans devoit «ceffer de vivre, 

. Kautrç de. voir, par ce malheur c - 
CoQfolons-nous^oùs deux, . & Jfeviçns dans ta cage* 
. Le. Perroquet dit: ûïe Roi,. , 
, Crois -tu qu'après inrtel outrage. 
* latine. doive_ fier à toi,? . 
Tu m'allègues le.,fo«:.,p.rétens-tu par ta foi « 
Me leurrer de l'appât d'un profane langage? . 
Mais que la Providence, pu, bierj que.le deftin 

Kégle les affaires; a\ monde,,. ' 
K eft écrite (2) là -haut qu'au faîte de ce pin* 

- Ou dans Quelque /<*rèt profpnde, ; 
J'achèverai mes jours loin,-du fatal objet ; 

* Qui doit V4tte un .jufte fujet. . . - j \ - 
De ha/ne- & de fureur. Je fçais que la vengeance 
Eft un (3) morceau de roi, car vous vivez on dieux» 

. Tu «veux publier cette offenfe: 
Je le créis :. cependant^ il me faut,, pgur le mieu** 
Eviter ta main & tes yeux. 
t*) Dans le-Clet. 
(*) C<mb«* fout tesîtffo** <*M*fottt ttffetrés la W 



" ï, I V «. "te ' X. ryh 

Sire roi, mon ami, va t'en, tu p$rds ta< peine-, 

Ne me } parle point dq retour: 
L'abfence eft auffi - bien un remède à la haina, 

Qu'un appareil contre l'amour. 



SBSgSffl 



F AELE -.Km. 

• La Liowe & l'Ours. 

IvJLere Lionne* avoit perdu loir ( i ) 'fan : - 
Unchafleur l'avoit pris. ' La pauvre infortunée ' 

x PouiToit un tel rugifTemçnt, 
Que toute la forêt étoit importunée. - 
. "La nuit , ni fon obfcurité , 

Son fîlence & fes autres Charmes -, 
De la Reine des. bois n'arrêtoit les vacarmes. 
Nul animal n'étoït du fomioeil vifité. 

L*Onrs enfin lui dit: ma commère* 

Un mot fans. plus: tous les erifans ~ 

Qui font paffés entre vos dents , . 

N'avoient-ils ni père ni mère? 

Ils en avoient. S'il eft ainfî, " . 
It qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompue* >' 

Si tant de îneres fe font tues, 

Que ne vous taîfez- vous àuiîî? 

Moi me tafre? moi mafbeuïeufe! 
Ah! j'ai perdu monfils! il me faudra traîner 

Une vieilleffe douloureufe. 
Dites -moi, qui vous force à vous y condamner? 
Hélas ! c'eft le deftin qui me hait. Ces paroles 
Ont été de tous temps eu la bouche de tous. 

Miférables humains, ceci s'adrefTe à'vous. 
Je n'entens réfonner que fe plaintes frivoles, : 
{j ) Son Petit, •• ' 



$& TABLES CHOISIES 

Quiconque, en pareil cm, fe croit haï des deux, 
Qu'il confidere (a) Hécube, il rendra grâce aux 
dieux. 

( 1 ) Femme du Roi Prisai , réduite en «fclavage après 
évoir vu mettre à more Ton mari, & k plupart <ic fes 

entas 9. Bt C m - * - 



FA B L E XIV. 

Les dmxAvanturiers &leTtdismcm, 



A« 



L ucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. 
Jç n'en veux pour témoin , qu'fiercule & (es 
' travaux. - 

Ce dieu n'a guère de rivaux : 
J'en vois peu dans la fable , encor moins dans Thf- 
toire. 
En voici pourtant un , que de vieux (1) Talismans 
Firent chercher fortune au pays des (2) romans. 

II voyageoît de compagnie": 
Son camarade & lui trouvèrent un poteau, 
' . Ayant au haut cet écriteau: 
Seigneur Avanturier, s'il te prend quelque envie 
De voir ce que n'a vu nid (3) Chevalier errant , 
Tu n'as qu'à pajjer ce torrent >r 

1 1 ) Certaines figures gravées, ou taillées fur quelque 
pierre ou métail avec jpjuficw» vaines obfervations furies 
caractères & les difpofitions des corps c dettes : auxquelles 
«figures les Charlatans attribuent des vertus m érveillcufcsT 

(z) Hiitoire d* pure invention ,- dont la plupart font 
compofées de faits arrives dans des lieux tout auflt chi- 
«briques que ces faits. Teilc cit l'avauture ùui&it le fuiet 
4c cette Faole. 

( 3 > 0»* «ouït <U cottrec et contrée pour chercher loi 
Avanturcs. 



LIVRE?. Sof 

fuis prenant dans ttsbrasun éléphant de pierre. 

Que toi verras couché par terre > ~~ 
Le porter tt'une kçleine aufimmet de. ce mnt 
Qui menace tes deux êc fin fuperbe ffont. 
L'un des deux Chevaliers (4) faigna du nez. Si Tonde 

Eft rapide autant que profonde/ 
Dit - il , & fuppofé qu'on la puiffie paûer , 
Pourquoi de l'éléphant s'aller embarrafiêr ? 

Quelle ridicule entreprife ! 
Le fage l'aura fait pà/tel art & de guife,, 
Qu'on le pourra peut-être porter quatre -pas : 
Mais jusqu'au haut du mont , d'une haleine , il n'eilpag 
Au pouvoir d'un mortel , à moins que la iigure 
Ne foit d'un éléphant nain , pigmée , avorton , 

Propre à mettre au bout .d'un bâton : * 
Auquel cas, où l'honneur d'une telle avantureî 
On nous veut attraper dedans cette écriture : 
Ce fera quelque énigme à tromper un enfant. ' 
C'eft pourquoi je vous iiiflfe. avec votse éléphant. 
LeRaifonneur parti, l'Avanturief fe lance, 

Les yeux clos , à travers cette eau. 

Ni profondeur ni violence 
Ne purent l'arrêter ; & félon l'écriteau , 
Il vit fon éléphant couché fur l'autre rive* 
11 le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive» 
Rencontre UDe efplanade, & puis une cité. 
Un cri p ar l'éléphant eft ausfî - tôt jette. 

' Le peuple ausfi- tôt fort en armes. 
Tout autre Avanturier, au bruit de ces alarmes, 
Auroit fui- Celui - ci , loin de tourner le des , 
Veut vendre au moins fa vie , & mourir en héros, 
11 fut étonné de voir cette cQhorte , 
Le proclamer monarque au -lieu de fon roi mort. 
11 ne fe fit prier que de Ja bonne forte , , ' . „ 
Encor que le fardeau fût, dit -il, un petf fort, 

i<\ ) Fut rebuté d'une celle entreprife. 



V>V FAÈLËS TpHTOlSlES 

(5) Sixte en difoit autant- quand on le fitfaint père, 
(Séroit-ce bien une mifere 
'Que d'être pape, ou d'être roi?) - 

On reconnut bien -tôt fon pçu de bonne foi» 

Fortune aveugle fuit aveugle hardieffe. 
Le fage quelquefois feit bien d'exécuter, 
Avant que de donner le temps à la fageflfe 
D'envifager le fait, & fans la confulter. 

( y ). Ciaquiémrdû nom ', quiad il fut élu Ptpc. 



FABLE XV. 

hes -Làpifù. 
D I § C O U R S 

% Mr. 1È DUC DE LA ROCHEFOÙCAULT. 

JJ e me fuis ibuvënt dît, vôyarit de quelle forffe 

• L'homme agît, & qu'il fe comporte 

En mille occafîons comme les animaux : 
Le roi de ces gens- là n'a pas moins de défauts 
.' Que fes fujets; & la nature 
A mis dans chaque créature 
Quelque grain d'une niafie où puifentles (ï) efprits, 
pentens les efprits corps , & paîtfîs de matière. 
f Je vais prouver ce que je dis. 

A l'heure de l'affût, îôît (2) lorsque la lumière 



( 1 ) Qui font dans le fang, 
•<*) Un ptu avaft U |wic t 



Précipite fes traits dans l'humide féjour, 
Soit lorsque 1e foteil rentre dans fa cariére , 
Et que n'étant plus nuit , il ri'efl pas encor jour, 
Au bord de quelque bois fur un arbre je grioipe; 
Et-, nouveau Jupiter, du haut de cet olympe, 

Je foudroie à difcrétïon 

Un Lapin qui n'y penfoit guéres. 
Je vois fuir aufli - tôt toute la nation 

Des Lapins , qui fur la bruyère f 

L'œil éveillé, l'oreille au guçt, 
S'égayoft, & de thim parfumoît leur banquet. 

Le bruit du coup fait que la bande 

S'en va chercher fa fiftreté 

Dans la fouteraine cité : 
Mais le -danger s'oublie ; & cette peur fi grande 
S'évanouit bientôt» Je revois les Lapins 
Plus gais qtfauparavamt revenir fous mes maint. 
Ne reconnolt-on pas en cela les humains? 
• Difperfés par quelque orage , 

A peine ils touchent le port, ' 

Qu'ils vont hazarder encor 

Même vent, même naufrage* 

Vrais Lapins , on, les revoit 

Sous les mains de la fortune» 
Joignons à cet exemple une chofe commune." 

Quand des chiens étrangers pafîènt par ^quelque 
endroit 

Qui n'eft pas de leur détroit , 
Je laiffe à penfer quelle fête! 
Les chiens du lieu n'ayant en tête 

QuHm intérêt de gueule , " à cris , à coups de den* 
Vous accompagnent ces.palTans 
Jusqu'aux confins du territoire. 

Un intérêt de biens > de grandeur, & de gloire, 

Aux gouverneurs d'Etats, à certains courtifans^ 
if. Pmk, O 



y* FABLES CHOISIES 

A gens de tous métiers, en fait tout autant foire 

On nous voit tous, pour l'ordinaire, 
Piller le furvenant , nous jetter fur fa peau. 
La coquette & l'auteur font de ce caractère : 

Malheur à l'écrivain nouveau ! 
Le moins de gens qu'on peut à i'entour du (3) gâteau , ( 

. Ceft le droit du jeu, c'eft l'affaire. 
Cent exemples pourroient appuyer mon difeours. , 

Mais les ouvrages les plus courts 1 

Sont toujours les meilleurs. En cela; j'ai pour guide 1 
Tous les maîtres de l'art, & tiens qu'il .faut biffer 
Pans les plus beaux fujets quelque choft à penfer: 

Ainiî-ce difeours doit ceffer. 

Vous , qui m'avez donné ce qu'il a de folide, 

Et dont la modeftie égale la grandeur, 

Qui qe pûtes jamais écouter fans pudeur { 

La louange la plus pprmife ,, 

La plus jufte , & la mieux acquife ; | 

Vous enfin, dont à peine ai -je encore obtenu < 
Que votre nom reçût ici quelques hommages , ! 

Du temps & des cenfeurs défendant mes ouvrages, | 
Comme un nom qui des ans & des peuples connu , ; 
Fait fconneur à la France , en grandsnoms plus féconde 

-Qu'aucun climat de l'univers ;. 
Pertncttez - moi du moins d'apprendre à tout le monde, 
Que vous m'avez donné le fujet de ces vers. 

( 3 ) Un bien qui cft à partager eatrç pluficor*. 



L I V B. £ X. 507 



F A $ Z E XVI. 

Le Marchand* le Gentilhomme , te Pdtrt 
&leJUs de Roi. 



Q 



luatre (1) chercheurs de nouveaux 
mondes , 

Presque nuds, échappés â la fureur des ondes , 
Un Trafiquant, un Noble, un (a) Pâtre, un Fils ' 
de Roi, 

Réduits au fort de ( 3) Belifaire, 

Dcmandoient aux pafTans de quoi 

Pouvoir foulager leur miferç. 
ï)e raconter quel fort les avoit afTemblés , 
Çuoiquefous divers points tous quatre ils fuflent néSf ' 

C'eft un récit de longue haleine. 
Ils suffirent enfin au bord d'une fontaine. 
La, le confeil fe tint entre les pauvres gens. 
Le Prince s'étendit fur le malheur des grands* 
Le Pâtre fut d'avis , qu'éloignant la penfée . 

De leur avanture pafTèe , 
Chacun fit de fon mieux, & s'appliquât au foînt 

De pourvoir au commun befoin. • 
La plainte, ajouta- 1- il, guérit -elle fon homme?, 
Travaillons : c'eft de quoi nous mener jusqu'à Rome. 
Un Pâtre ainfi parler! ainiï parler? croit -on v 
Que le ciel n'ait donné qu'aux têèes couronnée» 

De l'efprit & de la raifon; 

(1) Engtgés dans de longs voyages par mer. - 
(1) Un Paifan Qui mène paterc les Beftiapx. 
(3) Belifaire étoït un grand Capitaire , qui ayant coill* 
mandé les Armées de l'Empereur luftinien, & perdu les bon* 
nés grâces de fon maître » tomba dans un tel point de ttjfcrt» 
' qu'il dèmandoit l'aumône far les grands chemin* 

o % 



308 FABLES CHOISIES 

Et que de tout berger comme de tout mouton , 

Les connoiflances foient bornées? 
L'avis de celui - ci fut d'abord trouvé bon 
Par les trots échoués au boni de l'Amérique. 
L'un ,. c'étoit le Marchand , fçavoit l'Arithmétique , 
À tant par mois , dit- il, j'en donnerai leçon. 

J'enfeignerai la politique , 
Reprit le JFils de Roi. Le Noble pourfuivit, 
Moi, je fçai le (4) blafon, j'en veux tenir école; 
Comme fi devers l'Inde où eût eu dans l'efprit 
La fotte vanité de ce jargon frivole. 
Le Pâtre dit : amis , vous parlez bien : mais quoi ? 
Le mois a trente jours , jusqu'à cette échéance 
•Jeûnerons - nous par. votre foi ? 
Vous me donnez une efpérance 
Belle , mais éloignée ; & cependant j'ai faim. 
Qui pourvoira de nous au dîner de demain ? 

Ou plutôt , fur quelle afTurance 
Fondez- vous , dites -*moi , le fouper d'aujourd'hui? ' 
Avant tout autre c'eft celui 
Dont il s'agit : votre fcience 
Eïl courte là-deflus: ma main y-fuppléra. 

A ces mots , ' le Pâtre s'en va 
Dans un bois : il y fit des fagots , dont la vente, 
Pendant cette journée & pendant la fuivanttf, 
Empêcha qu'un long jeûne à la fin ne fit tant, 
Qu'ils allaffent là - bas exercer leur talent. 

Je conclus de cette avanture, 
Qu'il he faut pas tant d'art pour conferver fes jours ; 

-Et grâce aux dons de la nature, 
La main eft le plus fur & le plus prompt fecours. 

(4) La Science des Armoiries. 

Fm du dixième Livre. 



*S!SSfegS5©£®!SSSSSSSSSSSSSSS.^ 




*îS6SSSSSÎ9ÎSgS{:©S®S@SStSSSSSf* 



JL I'F R E ONZIEME. 



FABLE PREMIERE. 



Le Lion. 



(O Uulta» Léopard' autrefois 

Eut, ce dit -on, par mainte ( i ) aubaine 
Force bœufs dans les prés, force eerfs dans fesbois, 

Force moutons parmi la plaine. 
Il naquit un Lion dans la forêt prochaine. 
Après les complimens & d'une & d'autre part, 

, Comme entre les grands il fe pratique,-- 
Le fultan fit venir fon (3) vifir le renard, 

. Vieux routier & bon politique. 
Ttl crains, ce lui dit -il, (4) Lionceau mon voiGni 
Son père eft mort , que peut - il faire ? 
Plains plutôt le pauvre orphelin. 
: Il a chez lui plus d'une affaire , 

( t ) Riche & puîflant Seigneur. 
(2) Confifcation , certain droit' de Seigneur, 
<3) Miniftrc d'un grand Prince d'Orient, tel que le 
Turc , le Pcrfan , le Grand Mogoi. 
. ii) Jeune Won, 

O 3 



\ 



310 FABLES CHOISIES 

Et devra beaucoup au deftin, 
S'il garde ce qu'il a fans tenter de conquête. 

N Le renard dit , branlant la tête , 
Tels orphelins, feigneur, ne me font point pitié; 
H faut de celui -ci conferver l'amitié» 

Ou s'efforcer de le détruire» 

Avant que la griffe &,la dent 
Lui foît crue , & qu'il foit-en état de nous nuire: 

N'y perdez pas un feul moment. 
J'ai fait fon horofcope : il croîtra pour la guerre. 

Ce fera ie meilleur Lion » 

Pour fes amis , qui foit fur terre; 

Tachez donc d'en. être, fïnon 
Tâchez de l'affaiblir. La harangue fut vaine. 
Le fultan donboitlors'; & dedans foa domaine 
Chacun dormoit auffi, bêtes , gens: tant qu'enfia 
Le Lionceau devient vrai Lion. Le (5) toefln 
Sonne auffi-tôt fur lui : l'alarme fe promené 

De toutes parts , & le vifir 
Confulté là-deffus^ dit avec *n foupirr 
Pourquoi l'irritez - Vous ? la chofe eft&os itiedei 
En vain nous appelons mille gens à notre aide. , 
Plus ils font,' pjus ils coûtent, & je ne les tiens M» 

Qu'à manger leur past des moutons. 
Appaifez Je Lion : feul. il pafle en puiffance 
Ce monde d'alliés vivant fur notre bien. 
Le Lion en a trois v qui ne lui coûtent rien, 
Son courage, fe force, avec fa vigilance. 
Jcttez -lui promptement fous la griffe un mouton; 
S'il n'en eft pas content, jettez- en ^davantage: 
Joignez- y quelque baeuf ? choififlfe*, pour ce don, 

. Tout lé plus gras du pâturage : 
Sauvez le refte ainfi. Ce confeil ne plut pas : 

11 en prit mal ; & force états 

Voifins du fulian en pâtirent ; 

Nul n'y gagna , tous y perdirent 

fî) : Cloche qu'on frape à coups pre/Tes, po« a * c . rtlf ' 
peuple de pendre lu «nnej à l'arche de l'ej»eau 



L I V R E X I. 3U 

Quoi que fit ce monde ennemi * 
Celui qu'ils craignoient fut le maître» 
Propofez - vous d'avoir le Lion pour ami, 
Si vous voulez le laitier croître. 



F A B L E I I. 

Les Dieux vôuhrtt injlrum un fifo 
de Jupiter. 

POUR MONSEIGNEUR 
(i)LE DUC DU MAINEL 

J upîter eut un fils , v qui fe fentant du lietj 
Dont il tiroit fon origine, 
Âvoit l'àme toute divine. 

(2) L'enfance n'aime rien : celle du jeune Dïeij 

Faifôit fa principale affaire 
Des doux foins d'aimer & de plaire. 
/En lui / l'amour & la raifon. 
Devancèrent le temps , dont les ailes légeret 
N^aménerit que trop tbt, hélas! «chaque faifon. 

(3) Flore aux regards rians , aux charmantes manidiw r 
Toucha d'abord le cœiir du jeune (4) Olympien t . 
Ce que la pasfion 'peut infpirer tTadrefTe , 
Scntimens délicats & remplis de tendreiTe, 
Pleurs, foupirs, tout en fut: bref, il n'oublia rien. 

( i ) Fils légitimé de Louïs XIV. Roi de France. 
( x) Les enfa*s ne s'attachent à rten pour l'ordinaire. 
( 3 ) Péeflc des fleurs » jeune & brillante. 
( 4 ) Parce <jue Jupitej: *& nftatoe des Cieux ou de !'<»»* 
lympe. 

, 4 



5 i2 FÀJBLES CHOISIES 

Le fils de Jupiter devoit, par fa naif&nce, 
Avoir m autre efprit, & d'autres dons des deux, 

Que les enfans des autres Dieux. 
Il fembloit qu'il n'agît que par (5)-rémtnifcence > 
Et qu'il eût autrefois fait le métier d'amant , 

Tant il le fit parfaitement. 
Jupiter cependaut voulut le faire inftr-utre. 
Il aflembla les Dieux, & ditr'j'ai fçu conduire 
Seul & fans compagnon jusqu'ici l'univers; 

Mais il eft des emplois divers | 

Qu'aux nouveau* Dieux je diftribue^ 
Sur cet enfant chéri j'ai donc jette la vue* 
C'cft mon fang; tout eft plein déjà .de fcs autels. 
Aflri de. mériter le rang des immortels, 
Il faut qu'il fçacbe tout. Le Maître du tonnerre 
Eut. a peine achevé , que chacun applaudit. 
Po»r fçavôir tout, l'enfant n'avoit que trop à'efprîz, 

Je veux, dit le (6) dieu de la guerre, 

Lui montrer moi-même cet art 

Par qui maints héros ont eu part 
Aux honneurs de l'Olympe * & grosfî cet empire. 

Je fer^i fon maître de lyre, 

Dit le blond & dofle Apollon. 
Et moi , reprit Hercule à la peau de lion y 

Son maître à furmonter les vices , 
A dompter les tranfports, monftres empoifonneurs; 
Comme hydres renaiffans fans cefle dans les cœurs; 

Ennemi des molles délices, 
Il apprendra de mot lés fcntfers peu battus 
Qui mènent aux honneurs fur les" pas des vertus. 

Quand ce vint au (7) Dieu de.Cythere» 

Il ditj qu'il hii montreroit tout. 
L'Amour avoit raifon ; de quoi ne vient â bout 

L'efprit joint au défîr de plaire ? 

( 5> Le fowvenir du paffé, fclon les principe* de Platon # 
qui fuppofoii que les âmes av oient exiité loug-tcmft 
avant que de venir animer nos corps (kr. la trac, 

(6) Mars. 
- (7) L'Amour. 



^ LIVRE XL s 5 r3 N 

FABLEIIL 

Le Fermier, te Chien, & le Renard. 



JL/e 



fe Loupà le Renard font d'étranges voifîns; 
Je ne bâtirai point autour de leur demeure; 

Ce dernier guettoit à tout heure 
Les poules d'un fermier: & quoique des plus fini, 
Il n'avoit pu donner atteinte à la volaille. 
D'uae part l'appétit, de l'autre le danger, 
N'étoient pas au compère un embarras léger. 

Hé quoi, dit -il, cette canaille, 
. * Se moque impunément de mdï? 

Je vais , je viens , je me travaille, 
J'imagine cent tours : le ruftre, en paix chez foi, 
Vous fait argent de tout , convertit en monnoie , 
Ses chapons , fa poulaille : il en a même au croc ; 
Et moi , maître pafTé , quand j'attrape un vieux coq^ 

Je fuis au comble de la joie* 
Pourquoi ûre Jupin m'a -t- il donc appelé 
Au métier de Renard? Je jure les pûuTances 
D* l'olympe & du ftyx, il en fera parlé. 

Roulant en fon cœur les vengeances r 
11 choifit une nuit libérale en (i) pavots. -.. 
Chacun étoit plongé dans un profond fe^oé: • 
Le maître du logis, les valets, le chien même, 
Poules, poulets, chapons , tout dormoit. LcFermiçr 

Laiflant ouvert fon poulailler, 

Commit une fottife extrême. 

! - - ■ 

(0 tes Fayots iffoupiflcat & foat dormis^ 

os 



5x* ' FABLES CHOISIES 

Le voleur tourne tant r qu'il entre au lieu guetté i 
Le dépeuple, remplit de meurtres la cité. 

Les marques cle fe cruauté , 
Parurent avec (2 ) l'aube: on vit un étalage 

De corps fanglans , & de carnage. 

Peu s'en fallut que Ile foleil 
Ne rebroufllt d'horreui vers fe manoir liquide *! 

Tel i & d'un (peélacle pareil j 

Apollon irrité contre le fier (3) Ateide, ■', 

Joncha fon camp de morts r on vit presque détruit j 

(4) L'oft des. Grecs; & ce fut l'ouvrage d'une nuit ; 

_j Tel encore autour de fa tente, 

(5) Ajax à Pâme impatiente, 1 

De moutons &,de boucs ût un vaile débris, 
Croyant tuer en eux fon concurrent (6) UlyfFe* S 

Et les auteurs de l'injuftice 

Par qui l'autre emporta le prix, < 

Le Renard, autre Ajax, aux volailles funefte, ! 
Emporte ce qu'il peut , laifle étendu le refte. 1 

Le .maître ne trouva de recours qu'à crier ■• 

Contre fes gens , fon chien : c'eft l'ordinaire uûgff. ' 
Ah l maudit animal , qui n'e* bon qu'à noyer „ I 

Qjie n'avertiflbis - tu dès l'abord du carnage ? 
Que ne l'évitiez - vous ? c'eût été plutôt fait. j 

Si vous,- Maître & Fermier, à qui 'touche le fait, 
Dorme* fans avoir foin que la porte foit clofe, ; 
Voulez - vous que moi , .chien , qui n'ai rien? à la chofe» ; 
Sans aucun intérêt je perde le repos ? 

Ce chien pdr loit très - à - propos s 

Son raisonnement pouvoi^être 

Fort bon dans la bouche d'un maître, 

(1) Au. point du jour, 
x <$) Agamemnon, fila d*Atrée. 

(4) Le Camp des Grecs, vieux mot. 

U) Prince Grec, qui fe diflingua par une valeur ex- 
traordinaire aji ftége de Troie. • 

(6) Autre. Prince Grec, qui entra en débat contre Ai** 
pour les Arme* d'Achille. ' 



LIVRE XI. 315 

Mais n'étant que d'un fimple chien. 

On trouva. qu'il ne valoir rien : 

On vous fangla le pauvre drille. * 

Toi donc, quï que tu fois, £pere de famille, 
(Et je ne t'ai jamais envie cet honneur ) 
T'attendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c'eA 

erreur* 
Couche - toi le dernier , & vois fermer ta p^rte. 

Que 11 quelque affaire t'importe , - 

Ne la fais point par (7) procureur. - 

(7) P*r le moyen d'une autre perfonne. 

F A B LÉ IV. 

. Le Songe cTun ffabitant du Mogof. . 

, Jf adis certain (r) Mogol vit en fongeun (2) vifir^ : 
Aux champs (3) Elyfiens poffefleur. d'un plaifîr 
Auffi pur qu'infini , tant en prix qu'en durée:: 
Le même fongeui vit en une autre contrée 

Un hermite entouré de feux, ' * ' 

Qui touchoit de pitié même les malheureux. 
Le cas parut étrange» & àmtre l'ordinaire. 
(4) Minos en ee* deux morts- femblôits'êtremépnV 
Le dormeur s'éveilla, tant il en fut furpris. 
Dans ce fonge pourtant foupçonnant du myfl&e,. 

11 fc fit expliquer l'affaire. 
L'interprète lui dit: ne vous étonnez point, 
Votre fonge a du fera; & fî j'ai fur ce point 

(1) Habitant d'un Royaume des Inde», ainfi 

(2) Un grand Miniftre. 

(3) Séjour des bfenheureux aux Enfer* 
U) te grand Juge des morts. 

* 



é 



#6 FABLES CHOISTES 

Acquis tanï Coit peu d'habitude,. * 
C'eû un avis des dieux. Pendant l'humain- fé jour 
Ce vifir quelquefois <:hercboit la (5) folitudc; 
Cet hernûte aux vifîrs alloit faire fa (6) cour* 

Si fbfbis ajouter au mot de l'interprète, 
Jfinfpirerois ici l'amour de la retraiter 
Elle ofFre àfes amans des biens fans embarras, 
Biens, purs * piéfensdû cieî', qui naiflent fous les pasv 
Solitude où je trouveune douceur fecrete, 
Lieux que j.'aimai toujours , se pourrai - je jamais, 
Loin du monde & du bruit goûter l'ombre & le frais.? 
O qui m'arrêtera fous vos fombrçs afyfes ! 
Quand pourront les neuf fours, loin des cours. & 
T. des viîîes 

M'occuper tout entier ,, & Rapprendre de* cieux 
Les divers* monvemens inconnus à nos yeux, 
Les nçms & les ve.rtus -décos clartés errantes y-' 
Par qui font nw deftins & 'nos' mœurs différentes* 
Que fî je ne fuis né pour de fî grands projets , 
Dumoiûs que les hrÉèàux'm*offrenfe dedeôx objets! 
, t^ue je peigne, en. mes vers quelque rive fleurie l 
La parque à filets d'or n'ourdira point ma vie ; 
Je ne doronirai point fous de riches lambris : 
Mats voit- on.que le fomme efrperxte de- fon prixf 
En eft-il,*ioins profond, & moins plein dedéKtes? 
Je hri voue au défert de nouveaux facr4fieesi 
Quand le moment viendra cfalter trouver les morts,, 
J aurai vécu fans foias, & mourrai- fans remords. 

(5) St retîroft en particulier pour penfcr à fou Wnfc 
tfil Qi>H(Qit la foiitnde par ambition. _, 



r LIVRE X. ut 

F A B L E V. 

Le Lion 9 te Singe, & tes deux Ane*. \ 

JL^e Lion , pour bien gouverner, 
Voulant apprendre la morale , r 

Se fit , un beau jour , amener 
Le Singe ( i ) maître es arts chez la gent animale; 
La première leçon que donna le régent, 
Fut cçlle-ci : grand roi, pour régner fagement, 

Il eut que tout prince préfère 
Le zèle de l'état à certain mouvement, 
Qu'on appelle communément - 
Amour- propre; car c'eft le père,' 
Ceft l'auteur de tous les défauts , 
Que Ton remarque aux animaux. 
Vouloir que de tout point ce fentiment vous- quitte-, 
Ce n'eft pas chofe fi petite , 
Qu'on en vienne â bout dans un jour r 
-Ce* beaucoup de pouvoir modérer cet amoux* 
Par là votre perfonne augufte 
N'admettra jamais rien en foi 
De ridicule ni d'înjufte. 
Donne- moi, repartit le roi, 
Des exemples de l'un & de l'autre» . 
Toute efpece, dit le docteur, 
(Et je commence par la nôtre) 
Toute profeffion s'efthne dans fon cœur, 
Traite les autres d'ignorantes, 
Les qualifie impertinentes , 
Et femblables dHcours qui ne nous coûtent rfenv - 
L'amour-propre, au rebours , fait qu'au degré ftiprérae 
Oo poîte. fe? R3ieils ;. car c'eft un b.Qn moyen 

' ' De s'élever auffi foi -même*. • : 

(ilDodcur^w cft o»<foft être c*paM« d'enfcf&itcs lit wtttx 



y*r FABLES CHOIS IIS 

La lime au fond d'un puits,; (3) i'orbiculaîre 

Lui parut \m ample fromage. 

Deux féaux alternativement 
; Puifoient le liquide élément. 

Notre Renard, preffé par une faim (4) canine, 
S'accommode en celui qu'au haut de la machine 

L'autre feau teno& fufpendu. 

Voilà l'animal draendu, 

Tiré d'erreur , -mais fort en peine, 

Et voyant fa perte prochaine : 
Car comment remonter, fi quelque autre affamé, 

De la même image charmé» 

JEt fuccédant à fa mifere . 
Par le même chemin ne le droit d'affaire? 
Deux jourç s'étoient palTés fans qu'aucun vin t au puits ; 
Le temps qui toujours marche, avoit, pendant deux 
nuits, 

Echancré, félon l'ordinaire, 
(5) De l'aftre au fond d'argent la face circulaire» 

Sire Renard écoit défefpéré. 

Conjpere Loup , le gofier altéré, 

Paffepar-là: l'autre dit: camarade, 
Je vous veux régaler; voyez -vous cet objet V 
C'eft un fromage exquis. Le dieu (6) Faune l'a fafo. 

La vache lo donna le lait. 

Jupiter , s'il étoit malade , 
Repreïidroit l'appétit en tâtant d'un tel mets, 

J'en ai mangé cette échancrure, 
Le refte vous fera fufpfante pâture. 
Defcendfez dans un feau que j'ai là mis exprès. 
JBien qu'au moîns mal qu'il pût il ajuftât l'hiftoire, 

Le Loup fut un foc de le croire. 

(3) r a forme ronde de It Lune dans Peau. 

(4) Très -gjrandc faim , à laquelle font fujet* I«t 
khiens , & bien d'autres animaux. 

(5) V*r« très -figuré, qui figniffie que la Lune con^ 
•lénçant à décroître • ne paroifloit plus ronde» 

46 j Dieu de» Zronpeaiuu ... 



L I V RI ïl. 3*1 

If defcend , & fon poids emportant l'autre part, 
Reguinde en haut maître Renard. 

Ne nous, en moquons point: nous nous laifTon* 
féduire 

^ Sur aufli peu de fondement: 
~ Et chacun croit fort aifément 
Ce qu'il craint & ce qu'il délire. 

1 BBB 



i 



FABLE VII. 
Le Payfan du Danube. 



i ne faut point juger des gens fur l'apparence. 1 
Le confeil en eft bon; mais il n'eft pas nouveau. 



lis , Terreur du ( i ) fouriceau 
\&e fervit à prouver-Ie difcours que j'avance» - V 

J'ai , pour le fonder à préfent , 
Le bon (2) Socrajte, Efope ; & certain Payfan 
Des rives du (3) Danube, homme dont.CO- 
" Marc-rAurele 

Nous fait un portrait fort fidèle. 
On connolt les premiers: quant à l'autre, voici ' 

Le perfonnage en racourti. 
Son menton nouriiflbit une barbç touffue; 

Toute fa perfonne yelue 
ftepréfentoit un ours , mais un ours mal léché. 
Sous un fourcil épais il avoît l'œil caché , 
Le regard de travers , nez tortu ,. grofle lèvre ; 

Portoit (5) fayon de poil de. chèvre , 

( 1 ) Qui charmé de l'air doucereux du Chat , fut fur 
le point de s'aller livrer entre (es pattes.. Lit, VI. Fab. ?. 

(1) Le plus fage des Phflofophes, & le plus moral*, 
mars d'un extérieur à peu près aufli disgracie que celui 
qu'on donne communément a Efope. 

1 3 ) Grand, fleuvç d'Allemagne. X ■ - ■ 

(4) Sage Empereur Romain du fécond uccjfc r 

( J ) Sorte d'habit groJuer* 



322 FABLES CHOISIES 

Et cefnturç de joncs marins. 
Cet homme , ainfi bâti , fut député des villes 
Que lave le Danube : il n'étoit point d'sûle» 

Où l'avarice des Romains 
Ne pénétrât alors, & ne portât les maint. 
Le député vint donc , & fît cette harangue : 
Romains, & vous, Sénat affis pour.m'écouter, 
Je fupplie, avant tout, les dieux de m'affifler : 
Veuillent les immortels , condu&euîs de ma langue, 
Que je ne dife rien qui doive être repris. % ' 
Sans leur'aide il ne peut entrer dans les elprits, 

Que tout mal & toute injufticç: ! 

Faute d'y recourir on viole leursioix. 
Témoin nous que punit la romaine avarice , 
Rome elt, par nos (6) forfaits, plus que par fe* , 
exploits , 

L'inftrument de nôtre fupplîce. 
Craigncte , Romains , craignez que le Ciel quelque/ont 
Ne tranfporte chez vous les pleurs & la mifeie > 
Et thëttant en nos mains, par un jufte retour» 
las ^rmes dent fe ïeit fa vengeance févere , 

11 ne vous rafle, en fa^colere, 

No« efclàves à voçre tour. 
Et jHmrquoi fommes-nous tes vôtres? qu'on mite 
En quoi vous valez mieux- que cent peuples divers? 
Quel droil vous a rendus maîtres de l'univers ? 
Pourquoi venir troubler une innocente vie ? 
NouscUkïvions en pàixd'heur eux^hamps,& nos mains 
Etoient propres aux arts, ainil qu'au labourage: 

Qu'avez -vous 'appris aux ( 7 ) Germains? 

Ils -ont Fadrefle & le courage : 

S'ils avoient eu l'avidité , 
- Comme vous, & la violence, 
Peut-être» en. votre place, ils auroient Iapuifiance, 
Et fçauroient en ufe* fans inhumanité, 

(6) Le mal que noas avons fait aux autres , eft pu»! 
par celui *qtrits nous fuftt. 

(7) Les Allemaads/ .-■ • % .. 



LIVRE XL 323 

Celle que vos (8) Préteurs ont fur nous exercée, 

N'entre qu'à peine en la penfée. 

La majefîé de vos autels , . 

Elle-même en eft offenfée : 

Car (cachez que les immortels . 
Ont les regards fur nous. Grâces à vos exemples P 
Ils n'ont devanfles yeux que des. objets d'horreur, 

De mépris d'eux, & de leurs temples, 
D'avarice qui va jufques à la fureur. 
Rien ne fuffit aux gens qui nous viennent de Rome: 

La terre & le travail de l'homme 
font, pdût Ieg , ^rbwir > ^eftTe®5TOfBpBrô» . 

Retirez - les : on ne veut* plus 
. ] Coltiyer . pour qpx l& 'campagnes. ; 
Nous quittons les cités, nous fuyons aux mou* 
tagnes; , 

Nous laîflbns nos chères compagnes : 
Nous ne converfons plus qu'avec des ours affreux*' 
Découragés; de mettre aa joqrjJes .malheureux, 
Et de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime. 

Qu^nt à nos enfans,$iéjà b& » 
Nous fouhaitons de voir leurs J9ûrs bientAt bornés: 
Vos préteurs «au malheur, nous fopt joindre le crime* 

Retirez -les, ils ne nous apprendront 
„ Que la moleffQ, j8t que le vice. , 

Les Germains comme eux deviendront 

Gens, de rapine & d'ayarice : 
Ceft tout ce que j'ai vu dans Rome à mou abord* 

N'a- 1- on point de.jfréfent à faire? ■■;.„. 
Point de pourpre àdoQuertc'efrenyain qu'on efperfe 
Quelque refuge auxjoix : encor leur miniftere 
A-t-il mille lorigueiirs. Ce difeours, un peu foré,. 

Doit commencer à vous déplaire* 

Je finis. PunûTez de mort 

Une plaintç un peu trop fincere. 
A ces mots , \\ fe touche , *& chacun étonné , ,. mZ 
Admire le grand cœur, le bort fens, l'éloquenca 
{%) Gouvcrneuia Romains, en Allemagne. 



324 FABLES CHOISIES 

Du Sauvage ainfî profterné. 
On le créa (9) Patrice ; & ce fut la vengcnce - 
Qu'on crut qu'un tel difcours méritoit. . On choifit 

D'autres préteurs: & par écrit 
Lé fénat demanda ce qu'avoit dit cet homme , 
Pour fervir de modèle aux parleurs à venir. 

On ne fçut pas long -tems à Rome 

Cette éloquence entretenir. 

% <ç>) Sénateur. 



FABLE VIII. 

Le Vieillard & tes trois jeunes 'Hommes. 



U. 



'n (1) Octogénaire plantoit. 
Pàffe encor de bâtira mais planter à cet âge I 
Difoient trois {2) Jouvenceaux enfans du vdifinage, 

Afluf ément il radotoit. A 

• * Car , au nom des dieux , je vous prie ^ * 
Quel fruit de ce labeur pouvez- vous recueillir? 
Autant qu'un (3) patriarche il vous faudroit vieillir. 

À quoi bon charger vôtre vie 
Des foins d'un avenir qui n'eft pas fait pour voust 
Ne fongez déformais qû r à vos erreurs paifëes. 
Quittez le long efpoir &4es vaftes penfées : 

Tout cela ne^ convient qu'à nous. 

< l ) Un hoaiffle de quatre - vingts ans. 
*(i) Par le titre de cette Fable, "Xm Fontafne fait en- 
tendre à tous Tes Le&curs ce que c'efi que J**v*tceA» 9 
terme , qui bien qu'exclu du ftile fublime , eft d'ailleurs 
aflez connu & fort bon François/ 

f 3 ) Tels que ceux dont U eft parle dans lHiftoirç 
tonte. ' « 



L. I V R E XL 32* 

Il ne convient pas à vous -mêmes , 
Repartit le Vieillard. Tout établiffement ' 

Vient tard & dure peu. La main des parques blêmes 
De vos jours & des miens fe joue également 
Nos termes font pareils par leur courte durée. 
Qui de nous (4) des clartés de la voûte azurée 
Doit jouir le dernier? eft-il aucun moment 
Qui vous puiffe affiner d'un fécond feulement? 
Mes arriére -neveux me devront cet ombrage : 

Hé bien, défendez -vous au fage 
De fe donner des foins pour le plaifir d'a^trui? 
Cela même eft un fruit que je goûte aujourd'hui : 
J'en puis jouir demain , & quelques jours encore : 

Je puis enfin compter l'Aurore 

Plus d'une fois fur vos tombeaux. 
Le Vieillard eut raifon : l'un des trois Jouvenceaux 
Se noya dès le port allant à ( 5 ) l'Amérique. 
L'autre -, afin de monter aux grandes dignités , - 
Dans les emplois de Mars fervant la République 1 , 
Par un coup imprévu vit fes jours emportés. 

Le troifiéme tomba d'un arbre 

Que lui r même il voulut enter ; 
Et, pleures du Vieillard, il grava fur leur marbre 

Ce que je viens de raconter. 

(4) C'eft-â-dire , doit être le dernier à jouïr de I» vie, 
( y ) Une des quatre parties du monde* 



FA B L E IX. 

Les Souris & te Chat -huant. 



I 



.1 ne faut jamais dire aux gens, 
Ecoutez un bon mot, oyez une merveille. 

Sçavez-vous fi les écoutans 
En feront une eftime à la vôtre pareille? 



$i« FABLES CHOISIES 

Voici pourtant un cas qui peut être excepte ; 

Te le maintiens prodige , & tel que d'Une fable 

H a l'air & les traits , encor que véritable. 

On abattît un pin pour fon antiquité , 

Vieux palais d'un Hibou , trifte & fombre retraite 

De i'oifeau (i) qu'Atropos prend pour fon interprète. 

Dans fon tronc caverneux & miné par le temps, 

Logeoient , entre autres habitans , 
Force Souris fans pieds > toutes rondes de graifTe. 
L'oifeau les nourriffbit parmi des tas de blé , 
Et de fon bec avoit leur troupeau (2) mutilé; 
Cet oifeau raifbnnoit , il faut qu'on le confeffe. 
En fon temps, au* Souris le compagnon chaflà. 
Les premières qu'il prit , du logis échapées , 
Pour y remédier , le drôle eftropia 
Tout ce qu'il prît enfuite ; & leurs jambes coupées 
Firent rm'il les mangeoit à fa commodité , 

' Aujourd'hui l'une , & demain l'autre. 
Tout manger à la fois , rimpoflibilité 
S'y trouvoit, joint auffi le foin de fa fanté. 
Sa prévoyance alloit auffi loin que la nôtre : 

Elle alloît jusqu'à leur porter 

Vivres & grains pour fubfîftcr. 

Puisqu'un (3) Cartéfien s'obiline 
£ traiter cet Hibou de montre & de machine ! 

N Quel reflbrt lui pouvoit donner 
Le confeii de tronquçr un peuple (4) mis en mue ? 

(x) Celle des trois parques qui donne la mort. 

( 1 ) Eftropie* tn lui coupant les jambes. 

( 3 ) Difciple de Defcartes. 

(4) Enferme" pour être engtaiffé. On apelle mut une 
cfpèce de cage longue , étroite & obfcure , oh l'on en- 
ferme la volaille pour l'engraifler. Et lorsqu'on nourrit 
des Chapons , & des Oifons, , &c. dans cette cage , on 
dit qu'on les a mis en mue. Ainfi le Hibou qui v oui oit 
nourrir fes Souris pour les manger quand il en auroît 
envie fe fervit du tronc caverneux d'un Pin pour les 
y mtttn en mue , dit La Fontaine* L'image cft pl«ifan- 
te, & d'une jufteffe admirable. 



L I V R E X I. tu 

Si ce nïeft pas là raiforiner , 

Laraifon m'eft chofe inconnue* 

Voyez que d'argumens il fit! . 

Quand ce peuple eft pris, il s'enfuit: 

Donc il faut le croquer auflï - tôt qu'on le happe. 

Tout ? il eft injpoffible. Et puis , pour le befoin 

N'en dois- je pas garderl donc à faut avoir foin 

De le nourrir fans qu'il échappe. 

Mais comment? otons -lui les pieds. Or trouvez-moi 

Chofe, par les humains, à fa fin mieux conduite I 

Quel autre art de penfef ( 5 ) Ariftoté & fa fuite . 

Enfeignent -ils , par votre foi ? ( * ) 

(ï) Chef d'une fe&e de Philofophes qu'on nomme 
Ariltotéliciens , & Péripatétidenîj. 1 

( * ) Ceci n'cft point une Fable i & la chofe , quoique 
«îerVeittcufe & presque incroyable , eft véritablement 
arrivée» J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance de 
ce Hibou , car je ne prétens pas établir dans les bêtes 
un progrès de raisonnement tel que celui- ci: mais ces 
exagérations font toermifes à la pociie, furtout dans la 
manière d'écrire dont je* me fers. 



(O EPIL.O G UE. 

^/'eft ainfi que mamufe, aux bords d'une onde 
pure,^ ' 

Traduifoit en langue des dieux 
Tout ce que difent fous les deux 

Tant d'êtres empruntans la voix de la nature. 
Truchement de peuples divers , 

Je les faifois fervir d'adeurs en mçn ouvrage; 
Car tout parle dans l'univers :, 
Il n'eft rien qur n'ait fon langage. 

Plus éloquens chez eux qu'ils' ne font dans mes 
vers, 

(s) Conclufloa* 



3 i8 FA^BXES CHOIS TES 

SI ceux que j'introduis me trouvent peu fidèle ; 
Si mon œuvre n'eft pas un aflez bon modèle, 

J'ai du moins ouvert le chemin : 
D'autres pourront y mettre une dernière main. 
Favoris des neuf Sœurs, achevez l'entreprife: 
Donnez mainte leçon que j'ai fàns doute omife : 
Sous ces inventions il faut l'envelopper : 
Mais vous n'avez que trop de .quoi vous occuper. 
(ft) Pendant le doux emploi 4e ma mufç Innocente, 
Louis domte l'Europe ; & d'une main puiiTante , 
Il conduit à leur fin les plus nobles projets 

Qu'ait jamis formés un monarque. 
Favoris des neuf Sœurs, ce font- là .des fujets 

Vainqueurs du temps & de la parque. 

( i) Efpèce d'imitation de ces beaux Vers 4e Virgile, 
qui font la conclufion de fes Georgiques : 

Hoc foper orvorum cuba, pecorumque ianebam 
Etfuptr arboribus: Qéfar dummagnus adaîtum 
Fulminât Euphratetn beUo , viStorque volentes 
Perfopulosdatjura , viamque affe&at Olymp$. 
Mo Firgilium me tempore dulcis alebçt 
Fortkenope, Jludiù fiorentem ignobilis otL 



Fin du onzième Livra 




*ÎSSS$©5S$S$S^®JS3©$ffl6&©S©* 




^^^SSSSSÎS^^S^SSSSS^» 



LIVRE DOUZIEME. 

easBaBassaEEssssfiafifiesaas^ 

A MONSEIGNEUR 

L E DU C • ,\ 

DE' BOURGOGNE (ij. 



Jid O NS E I &NE V R, 






Je ne puis employer pour mes Pokhf, 
de protection qui me J oit plus glorieufe que 

(i) Fils, du Dauphin, & qui Dauphin^ eriîuîte 
lui-même * mourut âgé de trente ans le 18. Fé- 
vrier 17T2. Il' teiffsr un Fils , qui teccefleur 1 de 
Louïà Xiy. -eï! & préfet ûir le Jtôtio^ ou 1745. 
& porte le nom de Louïs XV. 

IL Partie, P 



Ë P I T R E. 

ta vôtre. Ce goût exquis, & ce jugement fi 
folide que vous fentes paraître dans toutes 
chofes au-delà d'un âge où à peine lesautres 
Princes font-ils touchés de ce qui les envi- 
ronne mec te plus d'éclat; tout cela joint au 
devoir de vous obéir & àiapaffion drvous 
plaire, m' a obligé de vous préf enter un ou- 
vrage don* foi^md^aéé^0dmim$iw^ 
tous les ftécles, auffi-bien que celle de tous 
Usfags. Vous m'avez même ordonné de 
continuer ; & fi vous me permettez de le 
dire, il y a desfujets dont je vous fuis rede- 
vable, & où vous avezjeété des grâces qui 
ont été admirées de tout le monde. Nous 
.tfaùpns.plus Bçfoindè con/iittèr ni Apollon, 
ni les Mufes, ni aucunes des Divinités du 
Parnqffe. Elles fe rencontrent dans lespré- 
fens que vous a fait ta Nature , & dans 
cette feience de bien juger des ouvrages de 
t'efprit, à quoi vous joignez déjà celle de 
connoitre toutes les régies, qui y conviennent. 
Les Fables cCEfope/ont une ample matière 
pour ces talens. Elles embraffent toutes for- 
tes (févémmens &de caraôieres. Ces men- 
songes font proprement une manière d'Hi- 
- ^floire, où on ne flatte petfonne. Ce ne font 
pas chofes de, peu d .importance que cesfujets. 
Les animaux fontt les précepteurs des home 
\ mes dans mon ouvrage, je ne fa' étendrai 
\ptfdavmt<%ttà~de^ 



É P I T A E. 

ue moi te profit qu'on en peut tirer. Si vont 
ous connotffez maintenant en orateurs & 
% poètes y vous vous connoitrez encore 
lieux quelque jour en bons politiques Sf 
& bons généraux d'armée; tf vous vouï 
wmperez aujjipeuau choix desperfonnes 9 
u'au mérite des a&ions. Je ne fuis pas 
*un âge à efpérer d'en être témoin. Il faut 
ue je me contente de travailler fous vos 
rdres. t? envie de vous plaire me tiendra 
eu d'une imagination que les ans ont affoi- 
lie. Quand vous foubaiterez quelque fable* 
? la trouverai dans ce fonds -là. Je vou- 
frois bien que vous y puijjiet trouver des 
vuanges dignes du ( i ) Monarque qui fait 
ncàntenanî le dejiin de tant de peuples & 
ie nations, & qui rend toutes les parties 
h monde attentives à fes conquêtes, àfes 
tiftoires , & à ta paix qui femble fe 
*aprocher, & dont il impofe les- conditions 
wec toute la modération que peuvent fou- 
haiter nos ennemis. Je me le figure comme 
m conquérant qui veut mettre dès bornes à 
r a gloire &àfa puiffance, & de qui on 
bourrait dire à meilleur titre, qu'on ne Va 
Ht d 'Alexandre-, qu'il va tenir les états 
ie l'univers , en obligeant les mini/ires de 
tint de Princes de sqffembler , pour ter-, 

\ (O Louis XIV. foaÀyeuï. 



E PI T R E. 

miner une guerre qui ne peut être que té- 
neuf e à leurs maîtres. Ce font des fujets 
Qu-deflus de nos paroles: je les laifle à à 
meilleures plumes que 4a mienne - ? (ffuis 
ceoec un profond rejpeSt f 



Monseigneur, 



\ 



Votre très - humble , très - obéïlant 
& très - fidèle Serviteur. 

DE LA FONTAIN*. 



LIVRE X II. 333 

FABLE PREMIERE. . 
Let Compagnons éfUlyJJe. 
A MONSEIGNEUR 

LE DUC DE BOURGOGNE. 



P 



rince , Tunique objet du foin des immortels , 
Souffrez que mon encens parfume vos autels. 
Te vous offre un peu tard ces préfens de ma rnufe ; 
Les an9 & les travaux me ferviront d'exrtife. 
Mon. efprfc diminue ; au -lieu qu'à chaque inffant, 
On apperçoit le vôtre aller en augmentant. 
H ne va pas, il court, il femble avoir des aîles ; 
(i) Le Héros dont iî tient des qualités fi belleç , ' 
Dans le métier de Mars brûle d'en fafre^ autant : 
11 ne tient pas à lui , que forçant la victoire > 
Il ne marche à pas de géant 
Dans la carrière de la gloire. 

Quelque Dieu le retient, (c'eft notre (2) Souve- 
rain}-, 
Lui, qifunmois a rendu maître & vainqueur dû rhiru 
Cette rapidité fut alors iïéceflaire : " 
Peut- être elle fer oit aujourd'hui téméraire. - < 
Je m'en tais ; auffi-bien les ris & les amours . 
Ne fotit pas foupçonnés d'aimer les longs difcours» 

{ 1 ) Louis Dauphin , fils du Roi Louis. 
(*) Le Roi fan porc. 



33$ TABLES CHOISIES 

De ces fortes dé dieux votre cour fe compofe, 
Ils ne vous quittent point. Ce n'eftpas qu'après coîk 
D'autres divinités n'y tiennent le haut bout : 
Le fens & la raifon y règlent toute chofe. 
Confultez ces derniers fur un fait où les Grecs , 
Imprudens & peu circonfpe&s, 
S'abandonnèrent à des charmes 
Qui métamorphofoient en bêtes les humains. 

ie$ compagnons (3) d'Ulyfle, après dix ans d'alarmes, 
Erroient au gré du vent, de leur fort incertains. 
- lis abordèrent un rivage ■. 

Où la fille du dieu du jour, 

Circé, tcfiC:: :ÎÔ:5 fa cour. 

Elle-, leur ft; prendre un breuvrage 
Délicieux , mais plein d'un funefte poifon. 

D'abord ils perdent la raifort; 
Quelques momens après leur corps & leur vi&ge* 
Prennent l'air & les traits d'animaux différens, 
Les voilà devenus ours, lions, éléphans; 

Les uns fous, uns mafle énorme > 

Les autres fous une autre forme; 
11 s'en vit de petits , exemplum u* taîpa: 

Le feul Ulyflè en échappa. 
Il fçut fe méfier, de la liqueur traîtrefle. 

Comme il joignoit à la fagefïç 
La mine d'un héros & le doux entretien > 

Il fit-tant que Pençhantereflè 
Prit un autre poifon peu différent du fîen. 
Une déefle dit tout ce qu'elle a. dans raine ; 

Celle-ci déclara fa flamme. 
Ulyflfe étoit trop fin pour ne pas profiter 

D'une pareille conjoncture : 
Il obtint qu'on rendroit à }çs Grecs leur figure. 
Mais la voudront- ils bien , dît la nymphe , accepter ? 

(O Le, refte iïe s Soldats qu'il avoit amené au Siège 
t\e ïroyc, & qu'il tâchait de rajnenc* à Ithaque. 



LIVRÉ XI I. 335 

Allez le propofer de ce pas à la troupe. 
Ulysfe,y. court, & dit: îempoifonneufe coupe 
A fon remède, encoïe* & je viens vous l'offrir : 
Chers amis, voulez -^vous hommes redevenir? 

On vous rend déjà la parole» 

Le lion dit, penfant rugir, •/ 

Je n'ai pas la tête fi folle. 
Moi renoncer aux dons que je viens d'acquérir f " 
J'ai griffe & dent, & mets en pièce qui m'attaque : 
Je fuis roi, deviendrai -je un citadin (4) d'Itaque? 
Tu me rendras, peut-être, encor fimple Soldat? 

Je ne veux point changer d'état. 
Ulysfe , du lion court à l'ours : eh ! mon frère , 
Comme tç voilà fait; Je t'ai vu û joli. 

Ah ! vraiment, nous y voici, 

Reprit l'ours à fa manière ; 
Cqjmne rn« voilà fait! comme doit être un ours. 
Qui t'a dit qu'une forme eft plus belle qu'une autre? 

Eft- ce à la tienne à juger de la nôtre? 
Je m'en raporteaux yeux d'une ourfe mes amoitfs/ 
Te déplais - je ? Va - 1 - en , fuis ta route &me laisfe: 
Je vis libre, content, fans^nui foin qui me presfe; 

Et te dis, tout net & tout plat, 
: Je ne veux point changer d'état. 
Le Prince Grec au loq> va propofer l'affaire: 
Il lui dit, au hazard d'un femblable refus: 

Camarade, je fois confus, 

Qu'une jeune & belle bergère . ... 
Conte aux échos les appétits gloutons 

Qui t'ont fait manger fes moutons. 
Autrefois on t'eût vu faitver fa bergerie :- 

Tu menoisunç honnête vie. 

Quitte ces bois , & redevien , 

Au -Heu de loup, hoipme de bien. 
En eft-il , dit le loup ? pour moi , je n'en voisguerc, ■ 
Tu t'en viens me traiter de bête^carnaciere: 

U) Petite Ifle où régnait Ulyfle. 

- p+. 



336 FABLES CHOISIES 

Toi , qui parles , qu'es-tu ? n'auriez-vous pas fans moi 
Mangé ces animaux que plaint tout le-village? 

Si j'étois homme, par ta foi, 
* Afmerois -je moins le carnage? 
Pour un mot , quelquefois , vous vous étranglez tous; 
Ne vous êtesjvoùs pas l'un à l'autre des loups? 
Tqut bien confidéré, je te foutieas en fomme, 

Que fcélérat pour fcélérat, 
11 vaut mieux être un loup qu'un homme; 

Je ne* veux point- changer d'état. 
UlyiTe fit -à tous une même (5) Temonce r 

Chacun d'eux fît même réponfe, 
< Autant le grand que- le petit. 
La liberté, les bois* fuivre leur appétit» 

C'étoit leurs' délices fuprêmes : 
Tous renonçoiefit au lôs des belles actions, 
Us'croyoi'ent s'affranchir , Suivant leurs paflkm^ 

Ils étoient efclàves. d'eux-mêmes. 

Prince, j'aurqis voulu, çhoifir un fujet 
Où? je pufle mêler lé plaifant à l'utile: 
; C'étoit fans doute un beau projet, 

Si ce chois eût été facile. 
Les Compagnons d'Ulyffe enfin fe font offerts t 
Ils ont force pareils en ce bas univers , 
. Gens à qui j'impofe pour peine 
N Votre cenfurq & votre haine., 
(s) Pcopofition* 



,f Wt 



• L I V R E X I L J37 

F A B L E I I. 

Le Chai & tes deux Moineaux. 
>A MONSEIGNEUR 

LE DUC DE BOURGOGNE 



U* 



n Chat ; comtemporain d'un fort jeune Moineau^ 
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau. 
La cage & le panier avoiént mêmes ( i ) pénates. 
Le Chat étoit fouvent agacé par l'Oifeau ; 
L'un s'efcrimojt du bec , l'autre joitoit des pattes. 
Ce dernier, toutefois, épargnait fon ami, 

Ne le corrigeant qu'à demi. 

Il fe fut fait' un grand fcropule» 

D'armer de pointes fa férule. 
* Le PafTereau moins circonfpecl, 

Lui donnoit force coups de bec : 

En fage & diferette personne % 

Maître Chat exeufoit fes jeux. 
Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonner 

Aux traits d'un courroux fërieux. 
Comme Hs fe connoifToient tous deux dès leur bas 

â s e > , -..■•< 

Une longue habitude en paix les maintenoit ;, 
Jataais en vrai combat le jeu ne fe tournoie 

Quand un Moineau du voifinage . 
S'en vint les vifiter , & fe fit compagnon 
Du pétulant Pierrot , & du fage R >toa 

1 1 ) Scoicnt dan» la mètœ malfon. 

?S 



53* FABLES CHOISI*» 

Entre lès deux oifeaux il arriva querelle : 

Et Raton de prendre parti. 
. Cet inconnu , dit -il , nous la vient donner belle- 

D'înfultcr ainfî notre ami; 
Le Moineau du voiiin' viendra manger le nAtre? 
Non, de par tous les chats. Entrant lors au combat 
Il croque l'étranger : vraiment^ dit notre Chat, 
Les Moineaux ont un goût exquis & déliât. 
Cette -réflexion fit.auffi croquer l'autre. 

Quelle morale puis -je inférer de ce fait? 

Sans cela , toute fable eft un oeuvre imparfait. I 

J'-en crois voir quelques traits, mais. leur ombre ; 

m'abufe. 
Prince , vous les aurez incontinent trouvez : 
Ce font des jeux pour vous, ^ non point pour 

ma mufe : 
Elle & fes fœurs n'ont pas l'efpritque vous avez. 



u 



FABLE III. 

Du Théfaurifeur fif du Singe. . 

n homme *ccumùlôit. On fçàit que cette er- 
reur 

Va fouvent jusqu'à te fiireun 

Celui-ci ne fongeoit que. ducats & piiîoles. . 

Quand ces biens font oififs, je tiens qu'ils font 
frivoles. 

Pour fureté de fon tréfor, . 

Notre Avare habitoit un lieu dont ( r ) AmphitritO: 

Défendoit aux voleurs de toutes parts l'abord.. 

Ul , d'une volupté , feioa moi, fort petite* , 

( I ) La mer cntouroit^fa n&aifoa*, 



7 



L I V R'i E XI r; 33» 

Et félon lui fort .grande, il entaffoit.toujtfursr . . % 

Il paffoit les nuïfs & les jours * * 

A compter, calculer,, fupputer fans relâche; 
Calculant, Supputant, comptant comme à la tâche r 
Car il trouvoit toujours du mécompte à fon fait 
Un gros Singe, phis fage , à mon fens f que fon Mai tre, 
Jettoit -quelques doublons toujours par le fenêtre, 

Et rendoit le compte imparfait» V 

La chambre bien cadenâffée , 
Permettoit de laiffer l'argent fur le- comptoir. 
Un beau jour Dom -Bertrand fe mit dans la p.enfélL 
D'en faire un façrifice au liquide manoir. 

Quant à moi , . lorsque je compare 
Les pîaifîrs de ce Singe à ceux de cet Avare r - ■ 
Je ne fçai bonnement auquel donner le prix. . l 
Dom -Bertrand gagneroit près de certains esprits •:) 
Les raifons en fcroient trop longues à déduire. î 
Un jour dofic l'animal, qui ne fongëoit qu'à nuire,, 
Détachoit du monceau tantôt quelque doublon , . 

Un jacobus , . un ducaton , , 

Et puis quelque (3 ); noble à là rofe, , 
' Eprouvoit fon adrefle & fa force à jetter • 
Ces morceaux de métal qui fe font foubaiter* «- 

Par les humains, fur toute chofe» 
S'il n'avoit entendu fon Compteur .à la fin 1 

Mettre la clef dans la ferrure, 
Les <iûcats auroient tous pris le même chemin y . 

Et couru la même avanture. 
Il les auroit fait tous voler jusqu'au dernier 
Dans le gouffre enrichi par maint'à maint naufrages- 
Dieu veuille préferver maint & maint financiers 

Qui n'en fait pas meilleur ufegc . 

(2) A bi ipcr. , . * 

(3) Efpèce de vieille monnoie, . 



-— -- . ^ 

uo FABLES CHOISIES 

éGBJSSSSSS. , .j— _ 

FABLE IV. 
« Les deux Cbévres. 



D< 



F es que ljes Chèvres ont brouté , 
Certain efprït de liberté. 
' £?eur fait chercher forrjme : elles vont en voyage 
Vers les endroits du pâturage 
Les moins fréquentés des humains. 

Là, s'il eft quelque, lieu fans route & fans chemins, 

Un rocher , quelque mont pendant en précipices ,. 

Qeft où ces Dames vont promener leurs caprices : 

Rien ne peut arrêter cet animal grimpant» 
Deux Chèvres donc s'émancipant , 
Toutes deux ayant patte blanche r 

Quittèrent les bas près , chacune de fa part. 

L'une, vers l'autre alloit pour quelque bon hafard. 

Un ruifleau ferencontre,.& pour pont une plancha; 

Deux belettes à peine auroient paffé de front. 

Sur ce pont : 

D'ailleurs : , l'onde rapide & le ruiffeau profond 

Dévoient faire trembler de peur ces Amazones. 

Malgré' tant de dangers, l'une de ces perfonnes. 

Pofe un pied fur la planche, & l'autre en fait autant, 

Je m'imagine voir, -avec Louïs le Grand, 
Philippe quatre qui s'avance 
Dans ( i ) l'ifle de la Conférence; 
■. Ainfi s'avançoient pas à pas, 
Nez. à nez. nos Avanturiéres ,. 
Qui toutes deux étant fort fïéres f 

VeBs îe milieu du pont, ne fe voulurent pas 

(t) Près faint Tean^d*- Lu2, ob la Piix entre t ouï* 
XJV. & Philippe IV. ftt ftgnéc en 16*9. 



7 



* L I V R E XI 1.- MX 

L'une £,Va»tte céder. Elles avoient la gloire 
De compter dans leur race ( à ce que dit L'hiftoiitf) 
L'une, certaine Chevreau mérite fans pair, 
Dont ( 2 ) Pplyphême fit piéfent à Galathée;! 
Et l'autre, la Chèvre (S) Amalthée 
•Far qui fut nourri Jupiter. 
Faute de reculer , Jeur chute fut commune i ^ 
Toutes deux tombèrent dans l'eau. * 
Cet accident n'eft pas nouveau 
Dans le chemin fie la fortune. < ~ 

(i) Fameux Cyclope, amanr de la Nymphe Galatéc;] 
(3 ) Qui fut pour cela placée parmi Je* Aitres. [ 



A MONSEIGNEUR - 

LE DUC DE BOURGOGNE, 

Qui avoit demande à M. de La Fontaine 
une Fable .qui fût nommée le Ctiat 
& la Souris. _ 



JL ow plate au jeune Prime à qui. la renommée 

Dejtine un temple en mes écrits, 
Comment compoferai-je une fable nommét 
Le Chat & la Souris? 

"Dois -je repréfenter dans ces vers une belle, 
£ui douce en apparence, & toutefois cruelle T 
ra fe jouant des cœurs que fes charmes ont pris * 

Comme le Chat de la Souris? 

Prendrai- je pourfujet les jeux de la fortune? \ 

Jfe'w ne lui convient mieux > S* c'eft cboje commune - 



3** FABLES CITÔISIES 

Que de lui voir traiter ceux qu'on croit fes mms % 
• Comme le Chas fait la Souris. 

Introduirai -je un roi, qu'entre fes favoris 
Ellerefpe&e eul, roi, qui fixe fa roue, 
Qui riejt point empêché d un monde d'ennemis; 
Et qui, des plus puiffans , quand il lui plaît, Je joue > 
-Comme le Chat de la Souris? 

Mais infenfiblement , dans k tour que fui pris 9 . 
Mon de£einfe rencontre; &.fije ne m'abufe, . 
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits*. 
Le jeune Prince alors fe joûroit de ma mufe 
Gomme k Chat de h Souris* 



E A B L R V. 

Le vieux Chat & ta jeune. Souris. 

%J ne jeune Souris dé .peu cTèxpérieiïce, 

Crut fléchir un vieux Chat implorant fa clémence* 

Et .payant de raifons le Rominagrobis. 

Laiflez - moi vivre: une Souris.: 
De ma taille; & de ma dépenfe • 
Eft-elle à charge en ce logis?.' 
Affamerois - je , à votre avis , . 
. L'hôte, rfiôteffe, & tout leur monde£° 
D'Un grain de bled je. me, nourris : . 
Une noix me rend toute ronde» 

A'préTerit je fuis maigre :■ attendez quelque temps» 

Kéfervez ce repas à meilleurs vos enfans. 

Ainfi parloit au Chat la Souris attrapée. . 
L'autre lui dit: tu fes trompée». 

Erf-ce à moi que l'on, tient defemblables difcoms? 

Tu gagnerois autant de parler à des lourds. 



£ i r T> R E 3r:i i; 34$, 

Chat & vieux* pardonner ? cefa n'arrive gu&es*. 

Selon ces loix, defcenck là -bas, 

Meurs, ôcva-t-ende ce pas 

Haranguer les fœurs filandiéres. 
Mes cnfans trouveront aflfez d'autres repas- 

-" * - Il tint parole. Et pour ma fable, ... 
Voici le fens moral qui y peut convenir. ;_ 
La jeuneflfe fe flatte , & croit tout obtenir'^ 

La vieilleffe eft impitoyable. 

^ssssssssssssssssssssssssm^ 
E A B h E V I. 
Le Cerf malade. 



e; 



fn pays plein de Gérfs", un Cerf tomba malade» 

Incontinent maint camarade 
Accourt â fon'; grabat lé voir, le fecouriri 
Le confoler du moins : multitude importune. 

Eh l 'meffieurs , laiffez - moi mourir ; 

Permettez qu'en forme commune i, 
La parque m'expédie, & finiflez vos pleurs. 

Point, du tout: les confôlateura 
De ce triite devoir tout au long s'acquittèrent ; : 
' Quand il plut à Dieu s'en allèrent : 

Ce ne fut pas fans boire un coup f 
Ceflr-à -dire fans prendre un droit de pâturage. 
Tout rfe mit à brouter les bois du voifinage. 
La pitance du Cerf en déchut de beaucoup. 

Il ne trouva plus rien à frire : 
, D'un mal , il tomba dans un pire; ; 

Et fe vit réduit à la fin 

A jeûner .& mourir .^faixrju. .. 



U4 PAFtIS' CHOISIES 

. Il en coûte à qui vous réclame, 
Médecins du corps & de l'ame. 
O temps, v A mœurs! J'ai beau crier, 
Tout le monde fe ait payer. 



FABLE VIL 

La Chauve-Souris, te Buiffbn & le Canard^ 



JL 



te Buiffbn , le Canard & la Chauve -*5ourïs, 

Voyant tous trois qu'en leur pays* 

Ils faifoient petite fortune , 
Vont trafiquer au loin > & font boiirfe commune. 
11 avoient des comptoirs, des fafteurs, des agens, 

Non moins foigneux qu'intelligens , 
Dés iegiftres exafts de mifé & de recette. 

TouJ alloit bien , quand leur emplette > 

En paflant par certains endroits 

Remplis d'écueils, & fort étroits ,. 

Et de trajet très -difficile, 
Alla toute emballée au fond des magafins> 

Qui du ( i ) Tartare font voifins- 
Notre trio pouffa maint regret inutile, 

Ou plutôt il n'en pouffa point. 
Le plus petit marchand eft fçavanfc fur ce point: 
Pour fauver fon crédit , il faut cacher fa perte. 
Ceite que par malheur nos gens, avoient fouffertfcv 
Ne put fe réparer : le cas rut découvert. 
Les voilà fans crédit , fans argent , fans refiburce, 

Prêts à porter le (2) bonnet vert. 
^ Aucun ne leur ouvrit fe bourfe , 

( 1 ) C'eft à - dire , au fond des eaux. Tartare , l'un des 
noms dont les Poètes fe fervent pour defigner \ts Enfers. 

( z ) Qu'autrefois les Banqueroutiers étoient obliges de 
porter. 



LIVRE XII. 345 

Et le fort principal , & les gros intérêts, 

Et les fergens , & les procès > 

Et le f créancier à. la. porte, 

Dès devant la pointe thi jour , 
N'QCCupoient le trio qu'à chiercher maint détour,: 

Pour contenter cette cohorte. 
Le Buifïbn accrochoit les paiïans à tous coups : 
Meilleurs, leur difoit-il, de grâce apprenez -nous 

En quel lieu font les marchahdifes 

Que certains gouffres nous ont prifes ? 
Le ?,longeon , fous les çaux s.'en alloit les cherche!' 
L'oifeau Chauve - Souris n'ofoie plus approcher, 

Pendant le jour , nulle denieure : 
x . Suivi des fergèns à toute heure, 

En des trous il s'alloit cacher. 

Jeconnok niaint detteur, qui n'eft ni Souris-chauve, 
Ni Buifïbn , ni Canard , ni dans tel cas tombé , 
Mais fimple grand feig&eur» qui tous, les jours fc 
fauve 

Par uu efcalier dérobé, . 



£î 



FABLE VIII. 

La querelle des Chiens Sfdes Chats f & cette 
des Chats &des Souris. 



L. 



/a difcorde a toujours régné dans l'univers; 
Notre monde en fournit mille exemples divers. 
Chez nous cette déelTe a plus d'un tributaire. 

Commençons par les Eléjnens : 
Vous ferez étonné de voir qu'à tous moment 
Ils feront apointés contraire.. 



34$ FABLES CHOISIES 

' Outre ces quatre potentats, 

Combien d'eues de tous états 

Se font une guerre- éternelle ? 
/ 
Autrefois un logis plein de Chiens & de Chats» 
Par cent arrêts rendus en forme folenmelle, 

Vit terminer tous leurs débats. 
Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas, 
Et menacé du fouet quiconque auroit querelle , 
Ces animaux vivoient entr'eux comme coufins : 
Cette union û douce, fc presque fraternelle, 

Edifioît tous les voiflns. 
Enfin elle cefla. Quelque plat de potage , 
Quelque os , par préférence , à quelqu'un d'eux donné, 
Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené 

Repréfenter un tel outrage. 
J'ai vu des croniqueufs attribuer le cas 
Aux paiTe- droits qu'avdit une Chienne en géfine; 

.Quoiqu'il en foit» cet altercqs - 
Mit en combuftion la falle & la cuifihe : 
Chacun fc déclara pour fon Chat , pour fon Chïetr. 
On fit un règlement dont les Chats fe plaignirent, 

r ' Et tout le* quartier étourdirent. 
Leur Avocat difoit, qu'il falloit bel & bien 
Recourir aux Arrêts. En vain ib les cherchèrent, 
Dans un coin où d'abord leurs agensîes cachèrent, 

Les Souris enfin les mangèrent. 
Antre procès nouveau : le peuple Souriquois 
En pâtit. Maint vieux Chat, fin, fuhrJL& narquois, 
Et d'ailleurs en voulant à toute cette race , 

Les guetta, les prit, fit main-bafle. 
Le Maître du Jogis ne s'en trouva que mieux. 

J'en reviens à mon dire. On ne voit fous les deux 
Nul animal , nul être , aucune créature 
Qui- n'ait fon oppofé : c'eft la loi de la Nature. 
D'en chercher la raifon , ce font foins fuperflux* 



LIVRE XII. UT 

Dieu fit bien ce qu'il fit, & je n'en fqaïs pas plus. 

. . Ce que je fçais , c'eft qu'aux greffes paroles 
On en vient» fur un rien, plus des trois quarts 

du temps. ' 

Humains, il vous faudrok encore à foîxante ans 
( i ) Renvoyer chez les Barbaçoles. - 

' ( i ) Commç de petits enfans « qui , toujours prêts i 
s'emporter & à f e quereller fort férieufement pqur de pu • 
tes bagatelles , doivent être corrigés de cette humeur vi- 
ciemfe pat leurs Maîtres , que La Fontaine nomme B*rb*~ 
cotes y terme plaifant & burlesque , emprunté des Italiens» 
qui l'ont inyenté pour défignêr un Maître d'Ecole qui , 

Ï»our fe rendre plus vénérable à fc* Ecoliers , porte une 
ongue barbe , Barbam colit. 



£ A B L E IX.' 

Le Loup & 'p Renard, j 



(oD 



où vient que perfoijne en U vis 
N'efl fatisfait de fon état? 
. Tel voudroit bien être foidat/ 
A qui le foldat porte envie. 

j Certain. Rçnard voutot^ dit-on, 
gç fairp Loup. . Hé, qui peut dire 
Que -pour le métier de mouton 
Jamais ^ucun. Loup ne foupire? 

(i) Légère imitation du commencement de la prçmié* 
re Satire d'Horace. 

Qui fit, M4ctndi t ut nmo quam fiki fôrttm, 
S eu ratio dederit , fe* Fors êltféctrit , M* 
Gmê&Hh vivM , Uudtt diverfa jt<jutntet i 



348 FABLES" CHOISIES 

Ce qui m'étonne eft qu'à huit ans, 
Un (2) Prince en fiable ait mis lachofe, 
Pendant que fous mes cheveux blancs 
Je fabrique à force de temps . 
Dos vers moins feflfés que fa profe 

• Les traits dans fa fable femés , 
Ne font, qn l'ouvrage du poëte, 
Ni tous , ni fi bien exprimés. 
Sa louange on eft plus complette. 

xi De la chanter fur la Mufette 

- • C'eft mon talent ; mais je m'attens , 

Que mon Héros, dans peu de temps, 
Me fera prendre la Trompette. 

Je ne fuis pas un grand Prophète x 
Cependant je Ls dans les deux, 
"Que bientôt/es faits glorieux 
Demanderont glufîeujs Hpmefes ; 
Et ce temps -ci n'en produit gueres* 

^ Laiffant à part tous ces myfterés , 
EflâydT&s de conter la fable avec fuccès. 

Le Renard dit au Loup: notre cherypour tous met? 
£ai fouvent un vieux coq, ou de maigres poulets : 

C'eft une viande qui me lafle. 
Tu fais meilleure "chère avec moins de hafard» 
J'approche des maifons : tu te tiens à l'écart. 
Apprens-moi ton métier, eamarade, degrfccer 

Rends - moi le premier de ma race 
Qui fournifle fon croc de quelque mouton gras, 
Tu ne me-mettras point au nombre des ingrats. 
Je le veux, dit le Loup : il m'eft mort un mien frère, 
Allons. prendre fa peau, tu t'en revêtiras. 
11 vint , $. le Loup dit : voici comme, il faut faire , 

( a ) Monfeigncui le Pue de Bourgogne. 



L-î V "R -E" X II. : 349 

Si tu veux écarter les mâtins di* troupeau. - , 

Le Renard ayant mis [à peau , 
Répétait les leçons que lui donnoit fon maître. 
D'abord il f£ prjt pal , piis ua^eu âûeûx, puis bien : 

Puis enfin jl n!y manqua rien. . 
A peine il fut .inilruit- autant qu'il pouvoit l'être, 
Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau Loup y 

court, 
Et répand la» terreur dans les lieux d'alentour. 

Tel vêtu des armes d'Achille, 
(3) Patrocle mit Pallarme au camp & dans I3 ville; 
Mères, brus &;vibillards au temple courofent tous. 
L'oft du peuple bêlant crut voir cinquante loups : 
Chien, berger & troupeau, tout fuit vers le village. 
Et lauTe feulement une brebis pour gage. 
Le larron s'en faifît. . A quelque pas de là 
Il entendit chanter un coq du voifinage. , 
' Le dîfciple auffi - tôt droit au coq s'en alla, 

Jettant fras fa robe de clafTe , _J 

Oubliant les brebis , les leçons , le régerït,. 

Et courant d'un pas diligent. 

Que fert - il qu'on fe contre/afle? y$ 

Prétendre ainfî changer, eft une illufîon; 
L'on reprend fa première trace 
' A la première occafion. 

De votre, efpfit que nul autre n'égale , , r 
Prince, ma'mufe tient tout entier ce projet. 
Vous rn'avez donné le fujet, 
Le dialogue & la morale. 

(O *™« ce Gfec • ami :d*AchiVle. Il fut tu* & dé- 
pouillé des Afmes.à* Achille par He&or. _ / 






35 i FABLES CHOISIES. é 



Caquet bon bec ma mie : adieu , je n'ai que faire 

D'une babillarde à ma cour : 

Ceft un fort méchant caraétere. 

Margot ne demandoit pas mieux. 
Ce n'eft pas ce qu'on croit, que d'entrer chez 

les dieux: 
Cet honneur a fouvent de taortelles angoifles, 
Redifeurs, efpions, gens à l'air gracieux, 
Au cœur tout différent, s'y rendent odieux; 
Quoiqu'ainfî que la Pie, il faille dans ces lieux 

Porter ( 2 ) habit de deux Paroiffes. 

(1) Eue toujours prêts à joiwr divers perfonnages, 
«Ure&ement oppofés. 



FA BLE XI L 
. Le Roi, k Milan, & le Chaffeur. 
A SON ALTESSE SER.ENISS1ME 
n M ON S E I G N E V R 

LE PRINCE DE CONTI. 

^/omme les dieux font bons, ils veulent que 
le6 rois 
Le foient auffî : c'eft l'indulgence 
Qui fait le plus beau de leurs droits , 
« Non les douceurs de la vengeance. 
Prince, c'eft votre avis. On fçait que le courroux 
S'éteint en votre cœur fi- tôt qu'on l'y voit naître, 
Achille, qui du lien ne put fe rendre maître, 
Fut par - là moins H4rç>s . que^vôus. 

f ...... ' ù 



.LIVRE XIL 855 

Ce tïfre n'appartient qu'à ceux d'entre les hommes 
Qui , comme en l'âge d'or, font cent biens ici-bas' 
Peu de grands font nés tels en cet âgeou nous fommes 
L'univers leur fçak gré du mal qu'ils ne font pas. 

Loin que vous ûiiviez ces exemples, 
Mille actes sénéreux vous promettent des temples. 
Apollon, citoyen de ces auguiîes lieux, 
Prétend y, célébrer votre nom fur fa lyre. 
Je fçafe qifon vous attend dans le palais des dieux* 
Un liécle de.féjour ici doit vous fuffire. 
Hymen veut féjourner tout un fïécle chez vous. 
. Puiflent fes plaiûrs les plus doux 

Vous compofer des deftinées 

Par ce -temps à peine bornées,! 
Et. îa (i) Princeffe & vous, n'en méritez pas moins: 

J en prends fes- charmes pour témoins i 

Pour témoins j'en prends les merveilles 
Par qui le ciel, pour vous prodigue en fes préfen* 
«De qualités çpi n'ont qu;en vous feul leurs pareille/ 

Voulut orner vos jeunes ans. * 

Bourbon, de fon efprit fes grâces aflaifonne. 

J,e ciel joignit en fa perfonne 

Ce qui fçait fe faire eitimer, 

A ce qui fçait fe faire aimer. 
11 ne m'appartient pas d'étaler votre joie ; 

Je me tais donc, & vais rimer . 

Ce que fit un qifeau xle proie. 

Un Milan, de fon nid antique poflefleur, 

Etant, pris vif par un Chafleur, 
D'en faire au Prince un don cet homme fe prooofe 
La rareté du fait donnoit prix à la chofe. *■ 

L'Oifem par le Cbaffeur humblement préféré, , 

Si ce conte n'eft apocryphe , 

Va tout droit imprimer fa griffe 

Sur le nez de fa Majèftè. " ' \ 

Ti ) Fille légitime de louis XI V. mariée en 168* 



§54 FABLES CHOjSiES 

Quoi, fur le nez du Roi? du Roi même en perforais 
Jl n'avoit donc alors ni fceptre ni couronne? 
Quand il en auroit eu , ç'auroit été tout un. 
Le nez royal fut pris pour un nez du commun* 
Dire des courtifans les clameurs & la peine , 
Seroit fe confumer en efforts impuiffans. 
Le R6i n'éclata point : les cris font indécens 

A la Majefté fouveraine* 
L'Oifeau garda fon pofte. On ne put feulement 

Hâter fon départ d'un moment. 
Son. Maître le rappelle, & crie, & fe tourmente, 
Lui préfente le leurre, & le poing, mais çn vain, 

On crut que jufqu'au lendemain 
Le maudit animal à la ferre infolente, 

Nicheroit là malgré ie bruit , 
Et fur le nez facré voudroit palier la nuit: 
Tâcher de l'en tirer irritoit fon caprice. 
II quitte enfin le Roi , qui dit : laifTez aller 
Ce Milan , & celui qui m'a cru régaler. i 

Ils fe font acquîtes tous deux de leur office , 
L'un en Milan, & l'autre en citoyen des bois. 
Pour moi, qui fçais comment doivent agir les Rois 

Je les affranchis du fupplice. 
Et la cour d'admirer. Les courtifans ravis 
Elèvent de tels faits, par eux fi mal fuivis. 
Bien peu , même des Rois , prendroient un tel modeI< 

Et le Veneur l'échappa belle, 
Coupable feulement, tant lui que l'animal, 
D'ignorer le 'danger d'approcher trop du maître. 

Ils n'avoient appris à connoître 
<Jue les hôtes 'des bois; étoit-cê'un fi grand mal5(j 

(2) Pilpay faitvprèsdu (3) Gange, arriver l'avac 
Là nulle humaine créature 

(i) Auteur indierO V$y*z* cl-deflus ce que La Fontaii 
en clic dans un AvertîïTemene , page 163. 
(3 4<iwnd fleuve., des Inde*. . . 



L I V R E X I L 35$ 

Ne touche aux animaux pour leur fang épancher; 

Le Roi même feroit fcrupule d'y toucher. 4 

Sçavons -nous , difent - ils , fi cet Oifeau de proie 
■ N'étoit point au fiége de Troie? 

Peut-être y tinr-il lien d'un prince ou d'un héros, 
Des pljus hupés & des plus hauts. 

Ce qu'il fut autrefois , il pourra l'être encore. 
Nous croyons après ( 4 ) Pythagore , 

Qu'avec les animaux de forme nous changeons, 
Tantôt Milans , tantôt pigeons , . 
Tantôt humons , puis volatilles 
Ayant dans- les airs leurs familles. 
Comme l'on conte en deux façons 

L'accident du Chaffeur, voici l'autre inaniére. 

Un certain Fauconnier ayant pris , ce dit- on * 
A la chaffe un Milan (ce qui n'arrive guère) 

En voulut air Roi: faire tnvdon , ' 

Comme de chofe finguliére. 
Ce cas n'artive pas quelquefois entent ans, 
C'eft le non ( 5)' plus ultra de la fauconnerie. 
Ce ChafTeur perce donc un gros de courtifans , 
Plein de zèle , échauffé s^il le fut de fa, vie. 

Par ce parangon des préfens 

Il crpyoît fa fortune faite , 

Quand l'animal porte -fonnette 

Sauvage encor & tout groffier, 

Avec fes ongles tout d'acier, ' 

Prend le nez du Chafleur i, happe le pauvre iîre* 

Lui de crier, chacun de rire, 
Monarque & courtïfans. Qui n'eût ri? quant à mol 
Te n'en eufle quitté ma part pour un empire. 

Qu'un Pape rie, en bonne .foi* 

( 4) FMlofophe • qui • cru que les âmes paflbfcnt dan* 
les corps de cUffërens animaux . ' 

( j ) te c» le plus tare , le plus extraordinaire, 

■ . s- Q* ' • 



3s« FABLES CHOISIES 

Te ne l'ofe attirer : mais je tiendrois un Roi ' 

Bien malheureux s'il n'ofoit rire : 
C'cft le plaifir des dieux. Malgré fon noir foura , 
Tnniter & le peuple immortel rit auffi. 
R fc des éclats, à ce que dk ( 6) Thiftoire, 
Ouand Vulcain. clopinant , vint lui donnera boire. 
Oue le peuple immortel fe montrât fage ou non, 
Tai changé mon fujet avec jufte rahon; 
Car , puisqu'il s'agit de morale , 
Oue nous eût du Chaffeur l'aventure fatale 
Enfeiené de nouveau? L'on* vu de tout temps 
Plus de fots Fauconniers, que de Rois mdulgens. 

m Hméti dans Wliade LÎv. L ou ce Poète dit que 
* Us Dieux' éclatèrent *«»""' inextinguible, ,ce qui parait 
peu dîne de leur caradère . comme La Foxtcainc l'uuV 
nue affez ouvertement. 



F A B L E XIII. 

Le Renard, ter Mouches, & te Hériffo^ 

X^lUX traces de fonfang, un vieux hâté des bois, 

Renard tin , fubtii & matois , 
Bleffé par des chaffeurs, & tombé dans la fange, 
^Autrefois attira ce (i) parafïte ailé 

Que nous avons Mouche appelle. 
Il aceufoit les dieux , & trouvoit fort étrange 
<juc le fort à tel point le voulut affliger, 

Et le fît aux Mouches manger. 
Quoi! fe jetter fur moi, fur 'moi te plus habile 

De teus.lçs hôtes des forets,? 

( i ) Celui qui fait métier d'aller impudemment maag« 
où il n'eft pa* appelle'. 



...LIVRE XII.. 357 

Depuis quand les Renards font - ils un û bon mets ? 
Et que me fert ma queue? eft-ce un poids inutile? 
Va , le ciel te confonde , animal importun : 

^ Que ne vis -tu fur le commun? 

1 Un Hériflbn du voifînage, 

Dans mes vers nouveau perfonnage, 
Voulut le délivrer de Timportunité 

Du peuple plein d'avidité. 
Je les vais de mes dards enfiler par centaines , 
Voifin Renard, dit -il* & terminer tes peines, 
Garde-t-en bien, dit l'autre: ami, nô le fais pas: 
Laiffe - les , je te prij3 , achever leur repas. 
Ces anirriaux font faouk:unQ troupe nouvelle 
Viendroit fondre fur moi \ plus âpre & plus cruelle. 

Nous ne trouvons que trop de mangeurs ici -bas : 
Ceuxrjci font courtifans , ceux-là font magiftrats: 
Aiiûote appliquoit cet apologue aux hommes. 
tes exemples en font communs, 

. Sur -tout aux pays ou nous fommcs. 
(2}, Plus- telles gens .font pleins, moins ils font- 

"importuns. ... 

(x) On fait un conte qui vrai ou faux, peut fervîr 
Également à illuftrer cette ancienne Fable. Un riche 
Financier, qui s'étoit engraiffé dei malheurs de la Fran- 
ce , fous le régne de Louis XIV. fe trouvant un jour à 
la campagne , comme il fe promenoit dans Ces jardins 
délicieux, ordre lui vinç de fe démettre de Ton Emploi. 
Surpris de cette nouvelle , il dit à celui qui la lui an» 
Conçoit. J'en fuis fâché: car aptes dvtir fait met affutn, 
j'dUiii-fiur* celles dtt %•*• 



Qs 



358 FABLES CHOISIES 



FABLE XIV. 

U Amour & ta Folie.. 

JL out eft myftèrç dans l'Amour , 
Ses flèches, fon carquois, fon flambeau, fon en- 
fance. / 

Ce n'eft pas l'ouvrage d'un jour, 

Que d'épuifer cette fcience* 
Je ne prétens donc point tout expliquer ici. 
Mon but eft feulement de dire à ma manière 

Continent l'Aveugle que voici , 
( C'eft un dieu ) comment , dis-je , il perdit la lumière ; 
Quelle fuiçe eut ce mal , qui peut-être eft un bien; 
J'en fais juge un amant x & ne décide rien. . 

La Folie & l'Amour jôuoîent tin jounenfemble. 
Celui -ci n'étoit pas encor privé des yeux/ 
Une difpute vint : l'Amour veut qu'on afleiRbte 

Là-deflus le confeil des dieux* 
* L'autre n'eut pas la patience/ 
Elle lui donne un coup fi furieux, 

Qu'il en perd la clarté de» deux. 

Vénus en demande vengeance. ' 
Femme & mère , il fufHt pou* juger de fçç çib : 

Les dieux en furent étourdis , 

Et Jupiter, & (i) Néméfis, 
Et les juges d'enfer v enfin toute la bandb. 
Elle repréfenta i'énormité du cas. 
Son fils , fans un bâton , ne pouvoit faire un pas. 
Nulle peine n'etoit pour ce crime affez grande* 

( i ; La Pdefle de h Juflfcc vengerc/ïc. 



L 1 V R; E X I I. ■ 35$ 

Le dommage devoit être auflî réparé. 
"* Quand on eut bierT confidéré 
L'intérêt du public , celui de la partie , . . > 

Le réfuitat enfin de la fuprême cour 

Fut de condamner ia Folie 

A fervir de guide à l'Amour. 



FABLE XV. 

Le Corbeau , ta Gazette } la Tortue 
& le Rat. 

(i) A MADAME DE LA SABLIERE 



e^ypus gardois un temple dans mes vers : , 
1 n'eût fini qu'avecque l'univers. 
Déjà ma main en fondoit la durée" m ' 

Sur ce bel art ( 2 ) qu'ont les dieux inventé , 
Et fur Je nom de la Divinité 
Que dans ce temple on auroit adorée : 
Sur le portail j'aurois ces mots écrits;' 
Palais Sacre" de la De'esse Iris, 
Non celle - là qu'a Junon à fes gages ; 
Car Junon même , & le' maître des dieux , 
Serviroient l'autre, & feroient'glorieux 
Du feiil honneur de porter fes meflàgei?. 
L'apothéofe (.3) a la voûte eût paru.' 
Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu. 
Plaçant Iris fous un dais de lumière. 
Les murs auroient amplement contenu 
Toute fa vie, agréable matière , 
Mais peu féconde en ces événeméns' 
Qui des v états font les renverfemens. ' 

( 1 ) Daine iiluftrc par fon beau génie. / * 

(1) La'Poëfîe. 

(3) L'hiftoitc de foti entrée dan* le Ciel. 

Q4 ' 



^60 FABLES CHOISIES 

Au fond du temple eût été fon image y * 
Avec fes traits , fon foûris , Ses appas , 
Son art de plaire & de n'y penfer pas , 
Ses agrémens à qui toue rend hommage. 
J'aurois fait voir à fes pieds des mortels,. 
Et des héros, des demi-dieux encore, 
Même des dieux: ce que le monde adore 
, Vient quelquefois parfumer fes autels, 
J'eufTe en fes yeux fait briller de fon ame 
Tous les tréfors , (juoiqu'imparfaitement; 
Car ce cœur vif & tendre infiniment,. 
Four (es amis , &~non point autrement; 
Car cet efprit qui, né du firmament, 
A beauté d'homme avec grâces de femme, 
Ne fe peut pas, comme on veut, exprimer. 
O vous , Iris , qui fçavez tout charmer , 
Qui fçavez plaire en un degré fuprême, 
Vous , que Ton aime à l'égal de fol -même, 
(Ceci foie dit fans nul foupçon d'amour, 
Car c'eft un mot banni de votre cour , 
Laiflbns : le donc) agréez que ma Mufe 
Achevé un jour cette ébauche confufe. 
J'en ai placé l'idée & le projet, 
Pour plus de grâce, au-devant d'un fujet 
Où l'amitié donne de telles marques , 
Et d'un tel prix , que leur fimple récit 
Peut quelque temps amufer votre efprit. 
Non que ceci fe pafie entre monarques :. 
Ce que chez vous nous voyons eftîmer 
N'eft pas un M quf ne fçait point aimer, 
C'efl un mortel qui fçait mettre 'fa vie 
Pour fon ami. J'en vois peu de û bons.. 
Quatre animaux, vivant de compagnie, - 
Vont aux humains" en donner des leçons. 

La Gazelle, le Rat, te Corbeau, fe Tortue* 
Vivoient enfembie unis : douce foçiétà 



LIVRE XII. 26x 

Le choix d ? une demeure aux humains inconnue 

Afluroit leur félicité. 
Mais quoi, l'homme découvre enfin toutes retraites. 

Soyez au milieu des déferts , 

-Au fond des eaux, au haut des airs, 
Vous n éviterez point fes embûches fecrettes 
La Gazelle s'alloit ébattre innocemment, 

Quand un chien , maudit infiniment 

Du plaifir barbare des hommes , 
Vint fur l'herbe éventer les traces' de fes pas 
Elle fuit; & le Rat, à l'heure du repas, 
Dit aux amis reftans ; d'où vient que nom ne 
fommes ~ . 

Aujourd'hui que trois conviés? 
La Gazelle déjà nous a -t-elle oubliés? 

A ces paroles la Tortue 

S'écrie , & dit : ah.! fi j'étois , 

Comme un Corbeau, _d'aîles pourvue ' • 

Tout de ce pas je m'en irois 

Apprendre au moins quelle contrée, 
. Quel accident tient arrêtée 

Notre compagne au pied léger : - 
Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger. * 

Le Corbeau part à tire-d'aîle : 
11 apperçoit de loin l'imprudente Gazelle, 

Prife au piège, & fe tourmentant. 
Il retourne avertir les autres à l'indant. 
Car de lui demander quand , pourquoi , ni comment 

Ce malheur eft tombé fur elle, * ' 

Et perdre en vains difeours cet utile moment, 

Comme eût fait un maître d'école, 

11 avoit trop de jugement. 

Le Corbeau donc vole & revole. ^ 

Sur fon raport les trois amis 
• Tiennent confeil. Deux font d'avis 
- De fe tranfporter fans rernïfe , 

Aux lieux où h Gazelle eft prife. 
Q 5 ^ 



S 62 FABLES CHOISIES 

L'autre, dit le Corbeau, gardera le logis : 
Avec fon marcher lent quand artiveroit-ellc? 

Après la mort de la Gazelle. 
Ces mots à peine dits , Ils s'en vont fecouiir 

Leur chère & ridelle compagne , 

Pauvre Chevrette de montagne. 

La Tortue y voulut courir; 

La voilà comme çux en campagne, 
Maudiffant fes ,pieds courts avec jufte raifan , 
Et la néceflité de porter fa maifon. 
Rongemaille ( le Rat eut à bon droit ce nom) 
Coupe les nœuds du lacs ; on peut penfeHa joie. . 
Le Chafleur vient , & dit : qui m'a ravi ma proie? 
Rongemaille , à ces mots , fe retire en un trou , 
Le Corbeau fur un arbre, en un bois la Gazelle: 

Et le Chafleur à demi fou 

De n'en avoir nulle nouvelle , 
Appcrçoit la Tortue, & retient fon courroux. 

D'où vient, dit -il, que je m'effraie? 
Je veux qu'à mon fouper celle -ci me défraie. 
Il la mit dans fon fac. Elle eût payé pour tous. 
Si le Corbeau n'en eût.averti la Chevrette. 

Celle-ci quittant fa retraite , 
Contrefait la boiteufe & vienHe préfenter. 

L'homme de fuivre , & de jetter 
Tout ce qui lui pefoit; fi bien que Rongemaifle 
Autour des nœuds du fac tant opère & travaille 
* Qu'il délivre ençor l'autre fœur 
'.Sur «qui s'étoit fondé le foupé du Chafleur. 

Pilpay conte qu'ainn la chofe s'çft paffée. 
Pour peu que je voutoflè invoquer Apollon , 
Veta feroîs, pour vous plaire, uo ouvrage auffi long 

Que l'Iliade ou l'QdhTée. 
Rorgepiaille feroit le principal Héros , 
Quoi qu'à vrai dire ici chacun foit néceflàire. 



; L I V R E XI l. 36 3 

Porter- maifpn l'infante y tient de (4) tels propos, 
Que monfieur du Corbeau va faire 

Office d'efpion, & puis de meflager. 

La Gazelle a d'ailleurs l'adreiTe d'engager 

Le ChafTeur à donner du temps à Rongemaille. . 
Ainfi, chacun en fon endroit 
^ S'entremet, agit & travaille. ' 

A qui (tonner le prix? au cœur, fi l'on m'en croît! 

Que n'ofe & que ne peut l'amitié violente ! 

Cet autre fentiment que l'on appelle Amour, 

Mérite moins d'honneur : cependant chaque jour 
Je ie célèbre & je le chante. 

Hélas! .ilji^n rend pas mon ame plus contente. 

Vous protégea fa fœur , % H fuffit ; &' mes vers 

Vont s'engager pour elle à des tons tous divers. 

Mou maître étoit l'Amour, j'en vais fervir (5) 

' un autre ; 

Et porter par tout l'univers 
Sa.glo/re auffi-bien que la vôtre. 

(4) Des difeours fi preflTans.fi pathétiques, qu'à fa 
perfuafion le Corbeau va faire office d'Efpion, 8çc. 

I j ) Amour fondé fur l'eftime , & dont le nom propre 
eft amitié. > 



FABLE XVI; 

La Fbrêt & te Butheron. 



u. 



_' n Bûcheron venoit de rompre ou d'égarer 
Le bois dont il avoit emmanché fa coignée. 
Cette perte ne put fi -tôt fe réparer, 
Que la Forêt n'en fût quelque temps épargnée. 
L'Homme enfin la prie humblement 
Dé lui laitier tout doucement 



3*4 FABLES CHOISIES 

Emporter une unique branche 
Afin de faire un autre manche. 

Il iroit employer ailleurs fon gagne -pain ; 
; Il laifferoit debout maint chêne & maint fapin ,* 

Dont chacun* refpe&oit la vieillefle & les charmes» 

L'innocente Forêt lui fournit d'autres armes. 

Elle en eut du regret. Il emmanche fon fer. 
Le Miférabïe ne s'en fert 

§a'à dépouiller fa bienfaitrice 
e fes principaux ornemens._ 
Elle gémit à tous momens. 
Son propre don feit fon fupplice- 

Voilà ie train du monde & de ïcs fe&ateurâ : 

On s'y fert du bienfait contre les bienfaiteurs. 

}e fuis las d'en parler : mais que de doux ombrages 
Soient expofés à ces ^outrages', 
Qui ne fô plaindroit là-deflus! 

Hélas ! J'aî beau crier , & me rendre (i) incommode - r 
L'ingratitude & les abus 
N'en feront T>as moins à la mode. 

(i ) Par -mes remontrances. 



E A B h E XV II. 

Le Renard, te Loup Sf le Cheval 



U. 



n Renard jeune encor , quoique des plus madrés , 
Vit le premier Gfrevai qu'il eut vu de fa vie. 
Il dit à certain Loup, franc novice, accourez; 

Un animal paît dans nos prés; 
Beau, grand, j'en ai la vue encore* toute ravie. - 
Eit-il plus .fort que nous ? dît le Loup en riant : 
Fais-moi fon portrait, Jeté pr te. • 



LIVRE X I 1. . 3<tf 

Si j^tois quelque peintre, ou quelque étudiant, 
Repartit le Renard , j'avancerois la joie 

Que vous aurez en le voyant. 
Mais venez: que fçait-on ? peut- être eft - ce une proie 

Que la fortune nous envoie. 
Ils vont ; & le Cheval qu'à l'herbe on avoit mis > 
AfTez peu curieux de femblables amis , 
Fut presque fur le point d'enfiler la venelle. 
Seigneur, dit le Renard, vos humbles ferviteurs 
Apprendioient volontiers comment on vous appelle- 
Le Cheval qui ii'étoit dépourvu de cervelle, 
Leur dit : îifez mon nom , vous lie pouvez , Meilleurs , 
Mon Cordonnier Ta mis autour de ma femelle. 
Le Renard s'exeufa fur fon peu de fçavoir. 
Mes parens, reprit- il, ne m'ont point fait înftruire. 
Ils Cxmt pauvres', & n'ont qu'un trou pour tout avoir. - 
Ceux du Loup , gros meffieurs, Pont fait 'apprendre 
à lire. 

Le Loup, par ce difeours flatté, 

S'approcha; mais fa vanité 
Lui coûta quatre dente. Le Cheval lui defferre 
Un coup ; & haut le pied. Voilà mon Loup par terre, 

" Mal en point, fanglant & gâté. 
Frère, dit lie Renard, cecl^nous juftifie 

Ce que m'ont dit des gens-d'efprk: 
Cet animal vqus a fur la mâchoire écrit, 
Que de tout racpnnu te tëge fe.méfie. : t 



FABLE ; X V II I. 
Le Renard & 'les Poulets, d'Inde. 

vL/otitre les affauts d'un Renard 
Un arbre à* des Dindons fcrvoitde citadell* 
Q7 .r 



$66 FABLES CHO I S I ES 

Le perfide ayant fait tout le tour du rempart,* 

Et vu chacun en fentineile, 
S'écria: quoi, ces gens fe moqueront de moi! 
Jîux-feuls feront exemts de la commune loi! 
Non, par tous les dieux, non. Il accomplit fon dire, 
L? lune alors lui&nt, fembloit contre le lire . 
Vouloir favorifer la dindonniére gent. 
Lui, qui n'étoit novioe au métier d'ajiïégeant, * 
Eut recours à f on fac de rufes fcélérates , 
Feignit vouloir gravir, fe guinda fur fes pattes, 
Puis contrefit le mort, puis te reffufcité. 

Arlequin n'eût exécuté 

Tant de différens perfonnages. 
31 élevoit fa queuç, il la faifoit briller, 

Et cent mille autres badinages, 
Pendant quoi nul Dindon n'eût ofé fommeiller. 
L'ennemi les faifoit en leur tenant la vûé 

Sur même objet toujours tendue* 
Les pauvrçs gens étant à la longue éblouis , 
Toujours il en tomboit quelqu'un : autant de pris : 
Autant de mis à part: prés de moitié. fuccombe. 
J*e Compagnon les porte en fqn carde -manger. 

Le trop d'attention qu'o/i a pour le danger, 
Fait le plus fouvent qu'on y tombe. 



F A B % L -E XIX. 
Le Singe, 



i. 



Ll eft un Singe dans Paris 
A qui l'on avôit donné femme r 
Singe en effet d'aucuns maris, 
.. H la battoit. La pauvre Pâme. 



"LIVftl.XlL 3*f 

En*.* *ant foupiré qu'enfin elle n'eft plus* 
Leur fils fè plaint d'étrange forte, 
Il éclate en cris fuperfl us: 
Le père en rit ; f^ femme eft morte. 
Il a déjà d'autres amours 
^ < Que Ton croit qu'il battra toujours* w 

11 haute la taverne, & foùvent il s'enivre. 

^attendez rien de bon du peuple, imitateur, . _ 
Qu'il foit Singe ou qu'il faffe un livre," 
- La plre-efpece ç'eft l'Auteur. .:* 



F A B L E X,X. 

, Le Phikfopfo Scythe. 

\J n Philofophe auftèrè (i) & né àm la Scythiej 
Se propofant de fuivre une plus dbuce vie , 
- Voyagea chez les Grecs, & vit en certains lieux , 
Un fage affez femblable au vieillard de (2) Virgile, 
Homme égalant les rois, homme approchant des 
dieux , " # . 

Et, comme ces derniers, fatisfait &tranquiîe. 
Son bonheur confiftoit. aux beautés d'un Jardin. s 
Le Scythe l r y trouva, qui , la ferpe à la main ,. 
De fes arbres à fruit retranchoit l'inutile , 
Ebranchoit, émondoit, ôtoit ceci, cela, 

Corrigeant partout la nature 
Exceffive à payer fes foins avec ufure. ; 

Le Scythe alors lui demanda, 

(O Cette Fable nous ji M confervéc par *A*l*&iU, 
Liv. XIX, ch. 11. „ tr . ' w . 

(2) T^i»m tituba* ty* *nims, dit Vxrg. Lvr. IV. de» 
Ceocg. verf, 132% 



5*4 FABLES CHOISIES- 

Pourquoi cette ruine: étoit-il d'homme fage*.^ 

De mutiler ainfi ces pauvres habitans ? 

Quittez- moi votre ferpe, initrument de dommage, 

Laiflez agir la faux du temps : 
Ils iront affez-tôt border le noir rivage. 
J'ôte le fuperftr, dit l'autre ; & l'abbattant, 

Le refte ea profite d'autant. 
Le Scythe retourné dans fa trifte demeure, 
Prend la ferpe à Contour, coupe & taille à tome 

. heure: 
Confeille aies voifins, preferit à fes amis. 

Un univerfel abattis. 
U Ate de chez lui les branches les plus belles , 
Il tronque fon verger contre toute raifon, 

Sans obferver temps ni faifon, 

Lunes (3) ni vieilles , ni nouvelles. 
Tout languit & tout meurt Ce Scythe exprime bien 

Un indiferet Stoïcien. 

(4) Celui - ci retranche de Pâme 
Défirs & paffions , le bon & le mauvais, 

Jusqu'aux plus innocens fouhaits. 
Contre de telles gens, quant i moi je reclame. 
Ils ôtent à nos cœurs le principal r effort. 
11 font ceffer de vivie ayant que l'on foit mort. 

(3) Les temps propres à tailler les arbres. 

(4) .Sic ijti APâlhU ftclatout qu^vidtri Je eflt tranquille! > 
ér intrtpido* , CT immobile» volunt dttm nihil eupiunt , nibii 
doUnt, nihil irafkutttùr., nihil gandent f omnibus vebtmtnti tri- 
bus énimi '•fficiti dmputdtis, in ctrpore ign&v* y & qmfi 
tntrvdt* vit* enfenefeunt. Paroles pleines de force & dfr 
fens, qui font ta conclusion de cette Fable dans Aulucelle, 
& dont La Fontaine n'a pas laiiTé Iciuper un îcuF trait 
«ligne d'être confervé. 



A 



LIVRE XII. 269 

F A B L E X X I. 

L'Eléphant & le Singe de Jupiter. 



autrefois l'Eléphant & le Rhinocéros , 
En difpute du pas & des droits de l'empire , 
Voulurent terminer la querelle en champ clos» 
Le jour en étoitpris, quand quelqu'un vint leur dire 

Que le Singe de Jupiter , 
Portant un caducée, avoit paru dans Tain 
Ce SingQ avoit nom Gille, à ce que dit rHiftoire* 

AuflS T tôt l'Eléphant de- croire . 
• Qu'en qualité d'ambafladeur 
. Il venoit trouver fa grandeur. 

Tout*' fier de* ce («jet-de gloire, 
ïl attend maître Gille , & le trouve un peu lent 

A lui préfenter fa créance. 

Maître Gifle enfin» çn paffant,, * 

Va faluer fon Excellence; 
L'autre ^étoit préparé fur la légation; ; 

Mais- pas un mot: l'attention 
Qu'il croyoit que les dieux euflent à fa querelle* 
N'agitoit pas^epçpr çhez_eux çe#e nouvelle. 

Qu'importe à ceux du firmament 

Qu'on foit Mouche ou bien Eléphant? 
Il fe vit donc réduit à commencer lui - même* 
Mon couiin Jupiter , dit- il,, verra dans peu 
Un affe? beau combat de fou trône fupr^ipe : 

Toute fa cour verra beau jeu. 
Quel combat? dit le Singe, avec.un front févere* 
L'Eléphant repartit: quoi, vous ne fçavez pas 
Que le Rhinocéros me difpute le pas? 
Qu'Eiéphantide (i)aguerreav.ecque(2) Rhinoceref 

(i ) Terme inventé pour dire la Capitale des Eléphans» " 
U) De même, Ville feinte dés Rhinocéros, 



370 FABLES CHOISIES 

Vous connoiffez ces Meux, ils ont quelque reiicm 
Vraiment je fuis ravi d'en af prendre le nom, 
Repartit maître Gille ; on ne s'entretient guère 
De femblahles fujets dans nos vaftes lambris. 

• L'Eléphant honteux & furpris, 
Lui dit : & parmi nous , que venez - vous donc faire ? . 
Partager -un brin d'herbe entre quelques fourmis. 
Nous avons foin de tout : & quant à votre affaire, 
On n'en dit rien encor dans le confeil des dieux. 
Les petits & les grands font îgaux à leurs yeux. 



m 



FABLE XXII. 

. Un Fou & un Sage* 

'L^ertain Fou pourfuivoit à coups dç pierre un Sage. 
Le Sage fe «retourne, & lui dit; mon ami, 
Ceft fort bien faità toi ,. reçois cet écu - ci : 
Tu fatigues affez pour gagner davantage. 
Toute peine, die -on , eft digne de loyer. 
, Vofs cet homme qui paffé , il a de" quoi payer : 
AdrefiV lui tes dons, ils auront leur falaire. 
Amorcé par le gain , notre Fou s'en va faire 

Même infulte à l'autre bourgeois. 
On ne le paya pas en argent cette fois, 
Maint eftafier accourt : on vous happe notre homme, 

On vous l'échiné, on vous l'afibmme. 

Auprès des Rois il eft de pareils Fous. 
A. vos dépens ils font rire le majtrc. 
Pour réprimer leur babil , irez • vous 
Les maltraker ? vous n'êtes pas peut-être 
, % Aflez puiflant. Il faut les engager 
A sladrefier à qui peut fe . vanger. 



I I V R E X I L 37* 

FABLE XXI IL 

Le Renard Anglois. 
A MADAME HARVEY. 

JLte bon cœur eft chez vous compagnon du bon 

fens, 
Avec cent qualités trop longues à déduire, 
Une nobleffe d'ame , un talent pour conduire 
i Et les affaires & les gens , 

Une humeur franche & libre , & le don d'être amie» 
" Malgré Jupiter ciême, & les temps orageux.: 
Tout cela méritoit un éloge pompeux : 
Il en eût été moins ; félon votre génie. 
La pompe vous déplaît', l'éloge vous ennuie: 
. J'ai- dofic fait cetyi-ci court & flmple. Je veux 
Y coudre encor un mot ou deux 
. » En faveur de votre patrie : N 
Vous l'aimez. Les Ariglois penfent profondément,' 
Leur efprit en cela fuit leur tempérament. 
Creufant dans les fujets, & forts d'expériences, 
Ils étendent par - tout l'empire des feiences. 
Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour. 
Vos gens , à pénétrer , l'emportent (Ur -les autres : 
Même les chiens de leur féjour 
'Ont meilleur ne2 que n'ont les nôtres. 
Vos Renards .font plus lifts, je m'en vais le prouver 
Par un d'eux, qui , pour fç fauver, 
Mit en" ufage un ftratagême 
Non encor pratiqué , <ks mieux imaginés. 
Le fcélérat réduit en un péril extrême , 
Êt.prçrçuQ jniâ.à bout par ces Chiens m tonnez, , 



$7* FA.BL.ES ; CHOISIES 

Pafià près d'un patibulaire. ""* 

Là, des animaux raviflàns, 
Bléreaux, Renards, Hiboux , race encline à mal faire r 
Pour l'exemple pendus, inftrùifofeht les. paflàns. 
Leur confrère, aux abofs, entre ces morts s'arrange. 
Je crois voir, Annibal qui , préffé des Romains., 
Met leurs Chefs en défaut, ou leur donne le change, 
Et fçait envieux Renard s'échapper de leurs mains. 

Les (i) Clefs de meute parvenues 
A l'endroit où pour mort \€ traître fe pendit, 
Remplirent l'air de cris : leur Maître Jes^ rompit, 
Bien que de leurs abois ils perçaflent les*hites. 
11 ne put foupçonrier ce tour affez plaifant. 
Quelque terrier, dit -il, a fauve mon galant. 
Mes Chiens n'appellent point au-delà des colonnes 

Où font tant d'honnêtes perfonnes. 
Il "y viendra, le drôle. Il y vint, à fon dam. 

Voilà maint Baflet clabaudant ; 
Voilà nôtre Renard au charnier fe guindant. 
Maître pendu croyoit qu'il en iroit de même 
Que Je jour qu'il tendit de fembiabtes. panneaux; 
Mais le pauvret, ce coup % y laiffafes (2) houfeainç 
Tant il eft vrai^u'il faut changer de ftratagême. 
1& Chasfeur, pour trouver fa propre fureté , 
N'auroit pas cependant un tel tour inventé; 
Non point par peu d'efprit: Efl-il quelqu'un qui nie 
Que tout Anglois n'en ait bonne provifîon ? 
.Mais le peu d'amour pour la vie 

Leur. nuit en mainte occafion. • 

Je reviens à vous , non pour dire 
• • , D'autres traits fur votre fujet.; 

(1) Clefs d'émeute, terme de Vénerie, pour défigner les 
meilleurs Chiensqui fervent à conduire & 3 drefler les autres 
Chiens de U. meute. Quelquefois c'eit un feul Chien qui tft 
la Clef de la meute. 

•fz) Pour dire', perdît U vie. Voyeï fur cette expreffio* !c 
IH&toimake de l'Aca<témfc Exaoçoife-, au mot Hs*f**n » 



L I V R E X I L S79 - 

— -Tout long étoge eftûn projet 

Peu favorable pour ma lyre : 

Peu de nos' chants, peu de nos ver» ] 

Par un encens flatteur amufent l'Univers ; 
Et fe font écouter des Nations étranges. 

Votre Prince vous dit un jour , 
: Qu'il aimoit mieux om trait d'amour 

Que quatre pages de louanges. 
Agréez feulement le don que je vous fais 

Des derniers efforts de ma Mufe : 

Ceft peu de chofe : elle eft confufe 

De ces ouvrages Imparfaits. 

Cependant ne pourriez - vous faire 

Que le même hommage pût plaire 
A celle qu* remplit vos climats cPhabitans 

Tirés de. lTfle de Gythere? 

Vous voyez par -là que j'entens 
(3) Mazarih, des Amours Déêfle tutélaire. 

(|)La belle Htrtjnfe, Ducbefîc de Mazarin , nièce du 
Cardinal Mazarin , laquelle pour vivre éloignée de fon 
mari , fe retira en Angleterre-, où elle finit fe; jours cm 1699. 



FA B L E XXIV. 

Le jSoleU & tes Grenouiller. 

IMITATION D'UNE FAIBLE- 
LATINE. 



Le 



(es filles du Limon {îroienj: du Roi des aftres 
Affiftance à? proteàicm. 
Guerre ni pauvreté , ni ferobtables défaftres 
Ne pouvoicnt approcher de cette nation. 
Elle faifoit valoir en cent lieux fort empire. 
Les reines des étangs, Grenouilles, veux -je dire» 



174 FABLES CHOISIES 

(Car que coûte -il d'sppeller >. ^ 

Les chofes par noms honorables?) 
Contre leur bienfaiteur oférent cabaler, 

Et devinrent infupportables. 
L'imprudence, l'orgueil,* & l'oubli des bienfaits % 

Enfans de la bonne fortune, 
Firent bien-tôt crier cette troupe importune ; 
On ne pouvoit dornûr en paix. 
Si l'on eût cru leur njurmure, 
Elles auroient, par leurs cris, 
Soulevé grands & petits 
Contre l'œil* de la nature. 
Le Soleil * à leur dire, alloit tout cojpfuiger, 
Il falloit promptemeçt s'armer 
Et. lever des troupes puiffantes. ' 
Auffi-t6t qu'il faifoit up cas, 
AmbafTadçs croaiTantes 
AUojent dans tops les v états* 
A les ouïr, tout le monde > 
Toute la machine rôndé, 
Rouloit fur les intérêts 
De quatre méchans marais* 
Cette plaint© téméraire 
Dure toujours, & pourtant 
. Grenouilles doivent Te taire*. ' 
Et ne murmurçr pas tant; 
Car il. lé Soleil fe pique, 
x II le leur fera fentir : 
. La République Aquatique ~ 

Pourroit bien s'en repentir. 



*Sfitf* 



L I V R. E . X I I. 37s 



FABLE -XXV. 

JL'Hymen/e & V Amour. 

-4 LEURS ALTESSES SERENISSIMES 
MADEMOISELLE DE BOURBON, 
ET M-ONSEIGNEURLE PRIN- 
CE DE CONTI. 



H, 



Lymenée & l'Amour vont conclure un Traité 
Qui les doit rendre amis pendant tangues années. 

Bourbon, jeune divinité, 
Conti, jeune héros, joignent leurs deftinées. 
CondB' l'avoit , dit -on ,,. en mourant fouhaité; 
Ce guerrier qui transmet à fon fils en partage 
Son efprit r Ton grand coeur, avec un héritage 
Dont la grandeur , non plus , n'eft pas à méprifer , 
Contemplé avec plaifir de la voûte éthérée , 
Que ce nœud s'accomplit, que le Prince l'agrée, 
Que Louis aux Condé ne peut rien refufer. 
Hymenée eft vêtu de fes plus beaux atours. 
Tout fit autour de lui , tout éclate de joie. 
Il defcend de l'Olympe environné d'Amours, 
Dont Conti doit être la proie; 
Vénus à Bourbon les envoie. 
Ils avoient l'air moins attrayant 
Le jour qu'elle fortit de l'onde, 
, Et rendit furpris notre monde,. 

De voir un peuple fi brillant. 
Le chœur des Mufes fe prépare, 
On attend de leurs nourrifjbns j_ 

Ce qu'un talent exquis & rare 
Fait eftimer dans nos çhanfons* 
/polloA y joindra fes fous* 



375 FABLES CHOISIES 

Lui-même il apporte fa lyre. - - 

Déjà l'amante de Zéphyre 
.* Et la Déeffe v du matin , , ^ 

Des dons que le printemps étale , 
Commencent à parer la falle 
Où fe doit faire le feflin. 

vous ! pour gui le6 dieux ont des foins fi presfans^ 
Bourbon, aux charmes tout- puisfeas, 
jfmfi qu'a l'ame toute belle ; 
CoNTi; par qui "font effacés 
Les héros des fiecles paiTés; 
Confervez l'un pour l'autre une ardeur mutuelle. 
Vous poffédez tous deux ce qui plaît plus d'un jour, 
Les grâces & Pëfprit, fëuïs foutiens deramôur. 
Dans la carrière aux époux asfignée , 
Prince & Pr inceflè , on trouve deux chemins ; 
-L'un de tiédeur, comme chez les humains; 
La paillon à l'autre fut donnée. 

N'en fortez point , c'eft un état bien doux, 
Mais peu durable en notre ame inquiète. 
L'amour s'éteint par le bien qu'il fouhaite, 
L'amant alors fe comporte en époux. 
Ne fcauroit - on établir le contraire , 
. Et renverfer cette maudite loi? 
-Prince & Princesfe, entreprenez J'affaire", 
Nul n'ofera prendre exemple fur moi. 
De ce confeil faites expérience, 
Soyez amans fidèles & conftans: 
S'il faut changer, donnez- vous patience, 
Et ne foyez époux qu'à foixante ans. 

Vous ne changerez point, écoutez Çalliope; 

Elle a pour votre hycfefc dresfé cette horefcope* 

Pratiquer tous les agrémèns ' , 
Qui des époux fontes amas, 

Em- 



I 1 VR! XII. 37J 

Employer fa grâce ordinaire, • 
C'eft ce que Conti fçaura faire. 
Rendre Conti le plus heureox 
Qui foït dans l'empire amoureux,' 
Trouver cent moyens de lui. plaire, 
C'eft ce que Bourbon fçaura faire* 

Apollon m'apprit l'autre jour 
Qu'il naitroit d'eux un jeune amour* 
Plus beau que l'enfant de Cythere, 
En un mot femblable 4 fon Père. 
Former cet enfant Air les traits • . -- 
Des modèles les plus parfaits , < 
C'eft ce que Bourbon fçaunr faire; 
Mais de nous priver d'un tel Wen, 
C'eft à quoi Bourbon n'entend rien* 



F A B LE, XX V I. 
La Ligue des Rats. 



u. 



ne Souris craignoit un Chat , 
Qui dès long -temps la guettait au paffage. 
Que faire en cet état? Elle, prudente & fage, 
Confuke fon vpifin;; e'étoit un maître Jtat, 
Dont la rateufe Seigneurie 
S'étoit logée en bonne hôtellerie, , 
Et qui cent fois s'étoit vanté, dit -on, 
; i De np craindre, ni <hat ni chate, 

Ni côup.dç dçnt, ni coup de pâte, 
• r Dame Souris ,. lui dit <& fanfaron , 
a . M* foi^guoi.que jeifaffe, 
Seul je oe puis chaffer le chat qui vous menacer 

"• U. Partie. R 



^7* FABLES' CHOISI.ES 

Mais affembloos tous les Rats d'alentour , 
Je lui. pourrai joiier d'un mauvais tour. 
La Souris fait une humble révérence» 
Et le Rat court en diligence 
A l'Office, qu'on nomme autrement la dépenfe, 

. Où maints Rats affemblés . 

Faifoient aux "frais de l'hôte une entière bombance 
Il arrive les fens. troublés, 
; Et tous les poumons eflbuflés. 
Qu'avivons donc? lui dit un de ces Rats; parlez. 
En deux mots , répond -U , ce qui fait mon voyage, 
C'eft qu'il .&ut parompteiaent fecourir la Souris; 
, Car Rominagrobîs 
Fait en tous lieux un étrange carnage. 
s Ce: chat , le -plus diable des chats , 

S'Umawpie <k Souris, voudra manger des Rats. 
Chacun dit , il eft vrai. Sus , fus , courons aux armes. 
izlquzs ÏUtçs^.ditrOU,. répandirent des larmes ; 
'importe," rien n'arrête un fi noble projet, 
. phaçua fe met £n équipage ; t 
Chacun mît dans-fon iWta morceau de fromage; ! 
Chacun ptomet enfin de rifquer le paquet. I 

Ils .nUçftnt. jtgu% . comrne à Ja fête, ) 
L'efprit content, le cœur .joyeux. 
Cependant le Chat plus fin qu'eux, 
.ïenbtr déj* la Souris' pa* l'a tète. j 

1k s'avancèrent à grand pas N < 

, . Pour fecourir leur bonne amie: 
. Mais le chat , qui n'en démord pas , 
Gronde & marche au -devant 1 de la troupe ennemie; 
A ce bruit, nos très-prudens Rats, * 
, '■' . Craignant mauvaife deftînée; 
Font, fans pouffer plus loin leur prétendu fracas/ 
.. Une retraite fortunée. 
' . Chaque Rat rentra datis foa triu : 
Et û quelqu'un en fort / ga*à èuàx le matou. 



■V\ 



X I V R E X I I. $79 

^ssssgssgssassssssssssssssssssss^^ 
FABLE XX VII. 

Doptmis & Akimodure. 

'Imitation de Theocrite. 
•AMADAMEDELA MESANGEftÈ 



Aï< 



.imabîe fiHe d'une inerc 
h qui feule aujourd'hui mille cœurs font la côur # 
Sans ceux que l'amitié rend foigneuxde vous- plaire* 
Et quelques -uns encor que vous garde l'amour» 
- Je ne puis qu'en cette préface 

Je ne partage entre elle & vous 
Un peo <fe cet encens qu'on recueille au parnaffe^ 
Et que j'ai Ie-fecrçt de rendre exquis;& doux. 

Je vous dirai donc. . . . Mais tout dire,. 

Ce feroit trop , il faut choifir , 

Ménageant ma voix & ma lyre, 
^ui bientôt vont manquer de force & de loifîr. 
Je ioôrat feutarççnt un cœur plein dé tendreflfd, 
Ces nobles fentimens> ces grâces, cet efprrt: 
Vous n'auriez e$ cela ni maître , tii maltreflfe*. 
Saps celle dont fur vous l'élôgè réjaillit. 

Gardez' d'environner ces: rofcs 

Dé trop d'épines. Si jamais' ' 
: L'Amour vous dit les mêmes chofes* 

Il le dît mieux que je ne fais: ' 
Auffi fçaît - il punir ceux qui ferment l'orèrillo 

A tes conféiïs : voiis l'aile? voir» 

Jadis une jeune' merveille - - • -+* - 
IdépriToit de ce Dieu le fouverain pouvoir: , 

& a 



3fio FABLES CHOISIES 

On l'appclloit Alcimadure , 
Fier & farouche objet , toujours courant au bois , 
Toujours fautant aux prés,, danfant fur la verdure, 

•Et ne connoiffant* autres loix 
Que fou caprice : au relie égalant les plus belles, 

Et CurpafTant les plus cruelles , 
N'ayant trait qui ne plût, pas même en fes rigueurs. 
Quelle Veut -on trouvée au fort de fes faveurs ! 
Le >eune A beau Daphnis , berger de noble race, 
L'aima pour fon malheur : jamais la moindre grâce, 
Kr ie moindre regard, le moindre mot enfin 
Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain» 
Las de continuer une pour fuite vaine , - 

Il ne fongea plus qu'à mourir : 

Le défefpoir le fk courir 

A la porte de l'inhumaine. 
Hélas! Ce fut aux vents qu'il raconta û peine; 

On .ne daigna lui faire ouvrir 
Cette maifon fatale,' où, parmi fes compagnes t 
L'ingrate , poux le jour de fa nativité , 

Joignoit aux fleurs de : fa beauté 
Les tréfors des jardins & des vertes campagnes : 
J'efpérois , cria - 1 - il , expirer à vos yeux, 

Mais je vous fuis trop odieux, 
Et ne m'étonnç pas qu'ainiï que, tout le refle, 
Voué me refufiez môme un plaifîr fi fanefre, 
Mon père, après ma mort , & je l'en ai chargé, 

Doit mettre à vo$ pieds l'héritage 

Que votre oœur a négligé, 

- Je veux que Ton y joigne auffi le pâturage. 

Tous mes troupeaux avec mon chien; 
Et qtfe du refle de mon bien 
ty[es compagnons fondent un temple f 
' Où votre image fe contemple; 

- Renouvellaht Vie fleurs l'autel à tout moment- 
J'aurai, près de ce templç, un Ample monument: 



LIVRE XII. 381 

On gravera fur la bordure; 
baphnis mourut d'amour; paffarit , arrête -toi: 
Fleure , & dit : celui - cifuccomba fous la loi 

- ; De la cruelle Alcimaàure. - 
A ces mots, par la (i) parque il fe fentit atteint: 
Il auroît poHrfuîvi , la douleur le prévint : 
Son ingrate fortit triomphante & parée._ 
On voulut, mai» en vain , l'arrêter un moment, 
Pour donner quelques pleurs au fort de fon amant. 
El le' infulta toujours' au* Gis de cythérée ; 
Menant , dès ce foir mëijie, au ,mépris de fes* loix. 
Ses. compagnes- danfcr autourde fe ftatue. 
Le Dieu tomba fur elle' 9 ' & Pàccabla dix poids : * 
* ~ Une voix fortit de la nue , 
Echo- redit ces mots dans lés airs épandus : 
Que tout aime à préfera , l InfenfiMe n'eft plus. 
Cependant «de Daphnis Pombre au Styx defcendue, 
Frémît,. & s'étonna la voyant accourfif. 
Tout Vérebe. entendit cette belle homieide 
S'excufer au berger qui ne daigna Fouir, 
Non plus qa'AJax Ulyffe, & Dirfon fon. perfide. : - 

( i ) Celle des trois qui domi« la more. 



r a B L ,E XXVIII. 

PbiUmôntyBàucis: <> 

A; MONSEIGNEUR LE DUC DE 
VENDOSME. 



Ni 



) L l'or , ni la' grandeur ne nous rendent heureux: 
Ces deux divftiités n'acèôrdent à nos veteux 
Que des biens £cu certains , - qu'un pîailïr peu 

Q^nquiHe,-- -V - : . - , 

Des, foucia dévorans c'eft l'étemel afyle, 



jta FABLES CHOISIES 

Véritable vautour que le fils de Japet 
Hepréfente enchaîné fur fon txifte fommet. 
l/humble toit etf exempt d'un tribut lî fùneflej 
Le Sage y vit en paix, & méprife le refle. 
Content denfes douceurs, errant parmi les bois 4 
11 regarde à Ces pieds le; favorisâtes rois; 
11 lit au front de ceux qu'un vain luxe environne* 
Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne. 
Approche- 1 - il du but , t quitte » t - il ce féjour ; 
Rien ne trouble fa fin, c'éit le foir d'un beau joui 
Phiiémon & Baucis nous en" offrent l'exemple, 
Tous, deux virent changer leur cabane, en un temple* 
Hymenée & l'amour, par des defirs conftans, 
Ayôient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps : 
îïi le temps, ni Thymen n'étçignitent leur iknuoet 
Cloton prenoit pïaifir à filer cette trame. 
Ils f curent cultiver, faas fe voir aGGItés, 
Leur enclos & leur champ par deux fois vingt Et^ij 
Eux feuis ils compofoient toute leur république; 
Heureux de ne devoir à pas un domeftique 
Le plaifir ou ta gré des foins qu'ils fe rendoient? 
Tout vieillît: fur leur front les rides s'étendoieny 
L'amiti£*Bft>déra leurs feux fans les détruire ; 
Et par des traits d'amour fçut encor fe produire. 
3^s habitaient un bourg plein de gens , dont le cœur 
loîgmvt *u* frétés- un renamenj uukjuw*»* 
Jupiter rêfôlut d'abolir cette engeance. 
11 part avec ton fils, lé Dieu dô l'Eloquence, 
Tous deux en pèlerins vont vifiter ces lieuxj 
Italie*. logis y* font, un feul ne s'ouvre aux Die&x. 
Prêts enfin de quitter tnVfiyour.fi profane, 
Ils virent à l'écart une étroite cabane , 
Demeure hofpitaliere, humble àchaftemalfon. 
Itferèure frappa, on ouvrç : auûl-tdc J?faIWjcon 
Vient au devant des Dieux % & l#ur : tient ce langage; 
Vous me tembléz tous deux fatigués du voyage» 



r l i -y r:e' xri: - m 

Repofez - vous : uf<**du peu que août, avons : 
L'aidé des Dieux a Tait que nous le confervons, 
UCcz-en-: faiuea ces pénates d'argille. 
Jamais le del ne fat aux. humains 5 facile, 
Que quand Jupiter môme ^oit de fimple bois: 
Depuis qu'on l'a fait d'or,, il eft fourd à nos voix* 
Baucis, ne tarde2 point, faites tiédir cette onde; • 
Encor que le pouvoir au dtûr ne réponde, 
Nos hôtes agréroot les foins gui leur frnt dûs* 
Quelques wftes de feu fous* la cencfrc épandus, c 
D'un fouffie haletant par Bauds s'aKomerenu 
Des branchée de bois fec anm*tôt s'enflammeifnc; 
Londc tiède, on lava les pieds del Voyageurs. . ï 
ïhilémoifiàB pria d'excufer ces- longueurs ; 
Et pouf tromper l'ennui d'une attente importune, 
Il entretint les Dieux, non point fur la fortune, . 
Sur fes jeux, fur la pinlpe & la grandeur des rois ( 
Mais* fur ce que le&ctanpsy tes vergers & les bois 
Ont.de plw innocent ', de plus doux , de plu* taxe : 
Cependant , /par Baucis, letfelUn-fe prépare. 
La table oà l'on fervit te champêtre repas, 
Fut d'ais nbn-T façonnés à l'aride du compas : 
Encore affurç * t • on , fi l'Hiftoire en eft crée v 
Qu'en un de fes fupportt* le temps l'avait rompue. 
Baucis en égala les appuis chàticekms > . 

Du débris d'un vieille Va£e» fcjjtte -injure- des S»*. • 
Un tapis tout ufé couvrît deux eTCôbel lès r : r «: j \. . 
11 ne fervoit pourtant W&ux fêtes fol^hînetves» ' 
Le linge orne de fleurs fut couvert, pour 'tout nw»l 
D'un peu de lait), > de fruits, &"des dofcs é&-Cètà$. 
Les divins voyageurs altérés dé leur couïfe , 
Mêloient au vin greffier le cryfta!' d'une fource. • - 
Plus le vafe verfoît,* moins il s'aUoft vuidant. ' 
Phflémon reconnutce tniràcle^évîdeiitî >- • ,: -> • 
Baucfe n'en fit pas méins : totas deux s'agertouillerentj 
A ce figne d'abotd -leu* yete fo déffiilerent; 

R 4 



5S4 FABLES CHOISIES 

Jupiter leur parut avec ces nolm fourciis 
Qui font trembler les deux furleurs pôles affir. 
Grand Dieu , dit Philémon , exeufez notre faute. 
Quels humains auroient crû recevoir an tel hôte! 
Ces mers, nous l'avouons, font peu délicieux, 
Mais quand nous ferions rois , que donner à des dieux? 
C'eit le coeur qui fait tout : que la terre & que l'ondt 
Apprêtent un repas pour les maîtres du monde » 
Ils lui préféreront les fouis préfens du cœur. 
Baucis fort à ces mots pour .réparer Terreur; 
Dans le verge* couroit une perdrix.privée , 
Et par de tendres'foins. dès l'enfance élevée i 
Elle en veut foire un mets % & la pourfuit en vain; 
La volatiile échappe à fa tremblante main : 
Entre les pieds des Dieux elle cherche un afyle: 
Ce recours , à Toifeau , > ne fut pds inutile : 
Jupiter intercéder Et déjà les vallons [monté. 
Voyoient l!ombre/ en croiffant tomber du haut âeâ 
1res. Dieux forcent enfin , & fcntfortii leurs hôtes- 
De ce.Bourgv dit Jupîn> Je veux, punir les fautes': 
Suivez -nous; Toi, Mefeurev appelle lès vapeurs. 
O gens durs ! vous, n'ouvrez vos logis > ni vos cœurs. 
Il dit.; & les Autans tioublent àéji la plaine. 
Nos deux Epoux fuivoient,oermarchant qu'avec peine. 
Un appui de lofeaa foulageok leurs vieux ans. 
Moitié fecours des Dieux , moitié peur , fe hàtan? ft 
Sur un mont aflez proche enfin ils arrivèrent, 
^iicunr pieds auffi-t<5t cent nuages crevèrent. 

J>CS llùnmiç» iftvXXct* les ClUnJiuu 5 notTdBS 

Entraînèrent fans choix animaux , . habitans , 
Arbres, maifons, vefgers, toute cette demeure: 
Sans ve/Hgo dii bourg, tout _difpa*ut. fin: l'heure. " 
Les vieillards déploroient ces févères deftins 
Les animaux périr 1 . car enopr les humains , 
Tous avoient dû tomber fous les çéteftes armes - 
ïaucis çn répandit en focres quelques. Igrmes^ * 



LIVRE ÏIL ' 3« 

Cependant Phomble toit devient temple , & fes murs 
Changent leur frêle enduit en marbres le» plus durs. 
De pilaftrés maflifs les cloifons revêtues , 
En moins de deux inftans s'élèvent jufqu'aux nues ; 
Le chaume devient or, tout brille en ce pourpris: 
[Tous ces événemens font peints fur les lambris. 
Loin , bien lorh les tableaux de Zeuxis & cPApelle, 
Ceux - ci furent tracés d'une main immortelle. 
Nous deux Epoux furpris , étonnés , confondus , 
Se crurent , par miracle , en l'olympe rendus. 
Vous comblez, dirent -ils, vos moindres créatures : 
Aurions -nous bien le cœur & les mains aflez pures 9 
Pour préfiderjci fur les honneurs divins , 
Et Prêtres , vous offrir les vœux des pèlerins ? 
Jupiter exauça leur prière innocente. 
Hélas î dit Philémon , fi votre main puiflânte 
Voulpit fevorifer jufqu'au bout deux mortels , > 

Enfemble nous mourrions en fervant vos autels; 
Cloton feroit d'un coup ce double facrifke; 
D'autres mains nousrendroient un vain & trille office ? 
Je ne pleurerois point celle-ci, ni fes yeux 
Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux» 
Jupiter, à ce vœu, fut encor favorable : 
Mais oîferài-jedire un fait prefque incroyable? 
Un jour qu'affistous deux dans le facré parvis y 
Ils contoient cette hiôoire aux pèlerins ravis, 
La troupe à l'entof* d'eux debout prêtoit l'oreille 
Philémon leur difoit : ce lieu plein de merveille 
N'a pas toujours fervi de temple aux Immortels. 
Un bourg étoit autour , ennemi des autels , 
Gens barbares , gens durs, habitacles d'impies : 
Du célefte courroux tous furent les hoiries ; 
Il ne refta que nous d'un fi trifte débris: 
Vous en verrez tantôt la fuite en nos lambris: 
Jupiter l'y peignit. En contant ces annales , 
Philémon regaxdoit JBaucjs par intervalles : 

* S 



S9é FA.PLES CHOISIES 

Elle devenait arbre, & Uii tendoit les bras; 
IL veut lui tendre auffi les liens, & ne peutpaj* 
Il veut parler , l'écorcc a fa langue prefEe : 
L'un & l'autre fis. dît adieu de la penfée;. 
i^e corps n'eft tantôt plus que feuillage & que boiî. 
D'étonnement la troupe, ainfî qu'eux, perd lavoir; 
S4ême mitant, même fort à leur fin les entrains; 
Baucis devient tilleul, Philémoa devient chêne. 
- On le» va xpir encore , .afin de mériter 
Les douceurs qu ? en hymei* Amour leur fit goûter» 
Ils courbent fous le poids desoffrandes fans nombre. 
Pour peu que des époux féjournent fous leur ombre, 
Ils s'àimerlt jufqu'au bout, malgré l'effort des acs. 
Ah! fi . . . Mais autre part j'ai porté mes prête 
"Célébrons feulement cette métamorphofe. 
De fidèles témoins m'ayant conté la chofe, 
Clio me çonfeilla de retendre en ces^vers, 
Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers. 
Quelque jour on verra chez les races futures, 
Sous l'appui d'un grand nom pafTer ces avanturw» 
Vendôme, cenfentez au los que j'en attens; 
J&ites -moi triompber de l'envie & du temps. 
Enchaînez ces Démons , que fur nous ils n'attentent) 
JEnnemis des Héros & de ceux qui les changent. 
Je voudrais pouvoir, dire en un ftyle affez haut, 
jQu'ayant mille vertus , vous n'avez nul défaut 
Twites les célébrer feroie œuvut. infinie : t 
L'entreprife demande un plus vafte génie; 
Car. quel mérite enfin se vous fait etfimer, 
Sans parler de celui qui force à vous aimei? 
Vous joignez à. ces dons l'amour des beaux ouvrçgeti 
Vous y joignez un goût plus {ût que nos fnffrîgesj 
Don du ciel, qui' peut ffeul tenir lieu des péftat 
Que nous femt à «egtet le travail & les- «* 
Peu de gens élevés , peu d'aueres encor même, 
Font voir jai ,cei Javeui* qpe Jupiter te* m& ■ 



Si quelque enÊuût des Dieux les pôfféde, c'eit voù* 
Je J'ofey dans ceé ven , foutenir devant; tous. 
Clfo, furfon gîron, à l'exemple d'Homère, 
Vient de» ies. recoucher. attentive à vous plaire: 
On dit qu'elle & fes fours* par Tordre d'Apollon, 
Tranfpprtent dans Ànettoùt le facré vallon; s 
Je le crois* PMfflons'-nons chanter fous {es omhragèi 
Des arbres dont ce lieu v,a border fes rivages f .- 
FulTent -iis, tout d'un coup, élever leurs fourcils 
Comme un vit autrefois Fhilémon &Bwwiôl . 

I ' . I LU.U .il,!,,,,! , " ■ ' Il 

— - v. 

F A B L E XX IX ^ 

tes Filles de ffîni*.\ 

JJ e chante dans mes vers les Filles de Minée, 
Troupe aux arts de Palla* dés l'enfance adonnée, f 
Et de qui le travail fit entrer en courroufc 
Bacchus, à jufte droit, de fes honneurs jaloux. 
Tout Dieu veut aux humains fe faire reconnaître. ( i 
On ne voit point les champs répandre* aux foins dp 
ni^kre, : 

Si dans les jours ftcréi, autour de fes guère te, 

II ne marche en triomphe en rhohneur de Cérès. r 

La Grèce étott e» jeux pour le fife de Sémele. 
Seules on vit trois fours condamner <e faint zèle, t 
Alcithoé l'aîné, ayant pris fesfufaaux, 1 

Dit aux autres t quoi donc y toujours des Dieux «nbii^ 

veaux? i , 

L'olympe ne peut plus contenir tant de tétés, i 
NI tem fournir d& jours affea pour tant 'de fêtes. 
Je ne dis rien dts voeux dûs aux travaux divers , ) 
De ce DUtt mi purgea de moqftres ^uûiver*: , \ 



3M FABLES CHOISIES 

Mais à quoi fert.Baccnus , qu'à caufer de? querelles*. 
Affoiblir les plus fains y enlaidir les plus belles, 
Souvent mener aux Styx par de trilles chemins ? 
Et nous irons chommer la pefte des humains? 
Pour moi , j'ai réfdude pourfuivre ma tâche. 
Se donne ce jomVci qui voudra du relâche, 
Ces mains n'en prendront (point. Je fuis encet d'avis 
Que nous<rendions le temps moins long par des redis. 
Toutes trois r tour à tour j racontons quelque hiftoire. 
Je pourras retrouver feos peiner en ma mémoire 
Du monarque des Dieux les divers changemens ; 
Jdtais comme- chacun fçait tous. ces évJiBemea.s, 
Difons ce que l'amour infpire à nos pareilles : 
Non toutefois qu'il faille çn contant fes tper veilles ,. 
Accoutumer nos cfœurs à'goôter ftm poifon; 
Car, ainfi que Baççhus, iL trouble 1$ raifon» 
Récitons - nous les maux'que Tes biens- nous* attirent 
Àlcithoé fe tut x & fes foeurs applaudirent* 

Après quelques momens, hauflant un peu là vohr, 
Dans Thebes, reprit -elle, on conte qu'autrefois 
Deux jeunes cœurs s'aimoient d'une égale-tendreffe: 
Fyjsme, c'efl: l'Amant y eut Thisbé pour maitrefîe. 
Jpmais couple Jie. fut £ bien âiTorti qu'eux : 
L'un bien fait, l'autre belle, agréablesjtousdeux, 
Tous, deux dignes de plaire , Us fc'airnerent fans peine» 
D'autant plurlot épris.,, qu'une invincible haine 
Divifant leurs païens, ces deux aman» unit, 
%x doneburut aux traits dont l'amour fe fervit. 
Le bazar d, non- le choix, avok rendu voifinefc 
Leurs maifons où régnoieirt c#s guerres inteftjncs: 
Ce fut un. avantage i Jems defir^ naiiTans. 
Le cours en commença par des jeux innpcens; 
La prenriete étincelle eut emb|afé*leur 4imc, 
Qu'ils ignoroient encor. ce que.c'éflpit que flammcl 
Chacun favorifoit leurs transports mutuels, 
Mais £'étoit à l'infçu de icurs parent cruels. 



La dëfenfe eft un charme : on dit qu'elle affaifonne 
Les plaifirà , & furtout ceux que l'amour nous donne» 
D'un des logis à l'autre, elle infbuifit du moins 
•Nos amans à fe dire avec (igneieurs fpins» x 
Ce léger réconfort ne les put fatisfaire ; • 

Il fallut recourir à quelque autre jnyftere, 
UtL vieux mur entr 'ouvert féparoit leurs matfons r ; 
Le temps avoit miné fes antiques cloifons : • 

Là , fouvent de leuts maux ils.déplorpient la caufeç 
Les paroles paffbient;. mais c'était peu de chofe* \ 
Se plaignant d'un tel fort; Pyrame dit ua jour i - 
Chère. Thisbé, le çrel veut qu'on S'aide en amour» 
Nous avons à nous voir une peine infinie; 
Fuyons de nos parens l'injufte tyrannie : 
-J'en ai d'antres en Grèce, .ils fe tiendront heureux 
Que vous: daigniez chercher un* afyle' chez- eux i 
Leur amitié , leuts biens, leur pouvoir , tout m'inviûe 
A prendre le pafcti dont je vous, follitite. 
C'eft votre feul repos/qui me te fait choiiîr 9 
Car je n'ofe parler , hélas ! de mon. delîr : 
Faut -il à votre gloire en faire un facrifice? 
De crainte de vains bruits , faut-il que je languifle t 
Ordonnez* j'y cenfens; tout me femblcra doux; - 
Je vous aime , Thisbé , moins pour moi que pour voue* 
J'en pourrois dire autant x lui repartit l'amante; 
Votre amour étant pure encor que véhémente , 
Je vous fuivrai par- tout : notre commun repos ' 
Me doit mettre au- deflus de tous les vains propos 
Tarit que de. ma vertu, je, ferai fatisfaite, . 
Je rirai des difeours d'une langue indiferette x 
Et m'abandonnerai uns crainte à votre ardeur, 
Contente que je fuis des foins de ma pudeuj» - 
Jugez ce que fefctit Pyrame à ces paroles ! 
Je n'en fais< point ici de peintures frivoles. , 
Suppléez au peu d'art que te ciel r mit en moi : 
Vous-même peignez - vous; cet amant hors defot.. 
Demain, dit-il, il faut fortir avant l'aurore ; 



'§*' FABLES ttHOIfiUS 

K'atteTMk» point lès traits que fon cbar fait éelôrci i 
Trouvez - vous aux degrés du terme de Cérès : 
Là, nous nous attendrons : le rivage eft tout près: 
Une barque eft au bord , les rameurs, le vent même, 
Tout, pour notre départ, montre un hâte extrême; 
L'augure eu eft heureux , nttrç fort va changer; 
Et les Dieux font pour nous , û je'fçais bien juger. 
Thisbé confent à tout: elle en donne pour gage 
Deux baifers , par le mur , arrêtés au paflàge. 
Heureux mur I tu devois fervit . mfeux^ear défir j 
Ils n'obtinrent de toi qu'une ombre de plaifir. 
Le lendemain Thisbé fort & prévient Pyrame; 
L'impatiente, hélas! maîtrefle de fon ame, 
La fait arriver feule dt fane guide aux degrés ; 
L'ombre ft le jour luttoient dans les chinps azuré* 
Une lionne vint, monftre imprimant la crainte, 
JD'un carnage réceftt fa gueule eft toute teinte.. 
Thisbé luit; à fon voile emporté par les ai», 
Source d'un fort cruel, tombe dans ces défera» 
La lionne le voit, le fouille, ledéchixç; 
Et Payant teint de fang, aux forêts fe retire. 
Thisbé s'étoît cachée en un buiffoa épais. 
Pyrame arrive, & voit ces veftiges toiisfrafc 
-ODieuxtQue devient*il?Un froïdeourt dans (çsvefodk 
Il apperçoit lé voile étendu dans ces plaines; 
11 le levé ; & le fang joint aux traces des pas. 
L'empêche «& douter d'na funefte trépa* 
Thisbé, s'écria- 1- il, Thisbé, je t'ai perdue/ 
Te voilà , par ma faute, aux Enfers defeendue! 
[e l'ai voulu ; c'eft moi , qui fuis le monftre affietf 
>ar qui tu t'en vis voir le féjour ténébreux : . 
Attendb^moi, je te va» rejoindre aux rivcsfombresj 
Mais m'oferaT- je à toi préfenter chertés ombre* f 
Jouis au moins du fang que jette Vais offrir, 
Malheureux de n'avoir qu-Sifle mort à fouffrir. 
Il dît, -& d'un poignard coupe aufB*tât fa traîne. 
Thisbé vient; Thisbé voktmte £&(&*¥)**** 



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jt- jl;, Vr ît nE ;. * J j. • *. 3$?* 

Que devient -elle auffi? Tout lui, manque i kfeisyr 
Les fçns & les eCprks auffi bien que la voix. . . ' n 
Elle révisât enfin; Cloton, pour l'ampur d'elle, r 
L^iflè à Fyrame ouvrir & Jao^aniej^Mnçlle. 
11 ne regarde point la lumière des deux: ~ ' j 

Sur Thisbé feulement tt *©urçe encor tes yeux-. > 
Il voudiofc loi pa*lpr t & tagpe eft retenue; . 
Il témoigne ©purir conter* de. l'arqir vue. 
Thisbé prend le poignard; à découvrant Ton fcii» ^ 
Je n'aceuferai point, dit -elle, ton deffein, 
Bien moins encor l'erreur de ton ame alarmée : - 
Ce feroit t*accuj[er de m'avoi* trop aimée, 
e ne t'aime pas moins : tu vas voir que mon cœur 
'a, non plus que le tien» mérité fon malheur. 
Cher amant , . reçois, donc ce , trifte fecrifice. 
Sa main & le poignard fontaiors leur office; 
Elle tombe , & tombant raçge fes> vétemens, 
Dernier trait .de pudear , même ^ux derniers moment» ] 
Les Nymphes d'alentour v liri donnèrent des larmes^ 
Et du fang des amans teignirent par des charmes 
Le fruit d'un îtaier proche >& blanc; jusqu'à ce jouf p 
Eternel monjaoent d'un fi parfait amour» 
Cette hiftoire attendrit les filles de Minée ; : 

L'une aceufoit l'amant, l'autre kdeâinée r ; 
Et toutes, d'une voix» çoircluatentquenosccBW» 
De cette: pasfion^ Rendent être ya^Rqgews. 
Elle meurt quelquefois avant qu'être* caateiaste : , 
L'eft- elle ? Elle devient ausfKtét tanguiflante. 
Sans4*hymen on n'en doit recueillir aucun fruit, . 
Et cependant l'hymen eft ce. qui la détruit. 
11 y joint, dicClimene, une. âpre j'aloufie, { 

Poifon le pk» cUucl dont l'âme fbit faifie. ; . * 
Je n'en veux pour témoin que l'erreur de Prooia» ? 
Alçttboé ma fœur, attachant vos efpriu, , 
Des tragiques amours vous a conté l'élite ; > 

Celles que je vais, dire ont auafi leur mérite* . 
l'awmirciffftte temp&> aiaû grtUe* & mon laut» . 



Jf» FABLES CtiOISîÉS 

Peu s'en faut que Phœbus ne partage le jour; 
A fes rayons perçons oppofon» quelques voiles r 
Voyons combien nos mains ont avancé nos toiles. 
Je veux que fur la mienne, avant que d'être au foir. 
Un progrès tout nouveau fe faffe appercevoir : 
Cependant donnez -moi quelque heure de fîtenee, 
Ne vous rebutez poiht de mon peu d'éloquence; 
Souffrez- eh les défauts; et fongez feulement 
Au fruit qu'on peut tirer de cet événement. 

Céphale aimoit Procris , il étoît aimé d'elle r 
Chacun fe propofoit leur hymen pour modeler 
Ce qu'amour fait fentir de piquant & de doux , 
Combloit abondamment les vœux de ces époux: 
Ils ne s'aimoient que trop : leurs foins & leur tendreflfe 
Approchoient des tranfports d'amant & de mattrefle; 
Le ciel même envia cette félicité : 
Céphale eut à combattre une Divinité. 
Il étoit jeune & beau, l'Aurore en fut charmée, 
N'étant pas à ces biens, chez elle, accoutumée* 
Nos belles cacheraient un pareil fenthnent; 
Chez les Divinités on en ufe autrement 
Celle-ci déclara fon amour i Céphale* 
Il eut beau lui parler de la foi conjugale; 
Les'jeunés Béïtés qui n'ont qu'un vieil époux. 
Ne fe foumettent point & ces loi*, eomme nou* 
La Déefle enleva ce héros fl fidèle : 
De modérer fes feux il pria l'immortelle. 
Elle Je rit: l'amour devint fimple amitié: ~ - 
Retournez, dit l'Aurore , avec votre moitié ; 

ie ne troublerai plus votre, ardeur fci la tienne: 
lecevez feulement ces marques de la mienne. 
(C'écoit un javelot «>uj©urs fût de fes coup?.) 
Un jour cette Procris , qui ne- vit que pour vous» 
Fera ledéfefpoir de votre ame charmée, 
Et vous aurez regret de l'avoir tant aimée. 
Tout oracle eft douteu;, & porte un dottbJefew; 



Celui - ci mit d'abord notre époux en fufpcns : 
t'aurai regret aux vœux que j'ai formés pour elle? 
Et comment? N'eft- ce point qu'elle m'eftinfidelïe ? 
Ah', finiflent mes jours plutôt que de le voir ï 
Eprouvons toutefois ce que peut fon devoir. 
Des Mages auflKtôt confultant la fcience, 
D'un feint adolefcent il prend la reffembiance, 
S'en va trouver Procris, élevé jusqu'aux cieux 
Ces beautés» qu'il foutient être dignes des tlieux , 
Joint les pleurs aux foupirs,commeuÉi amant fçaitfeirt^ 
Et ne peut s'éclaircir >par cet art budinaire. r 
Il fallut recourir à ce qui porte, coup > • . f 
Aux préfens : il offrit,.. donna, promit beaucoupV ' 
Promit tant que Procris lui parût incertaine. i 

Toute chofe a fon prix: voila Céphalè en peine; * 
21 ienbnorice aux cifés,Ven>va dans les forêts", " 
Conte aux vents, conte aux bois fesdépiaifirsféereisi 
S'imagine y en;chaffint* diflaper fon martyre? • 
C'étoit pendant ces. mois : où le chaud qu'on refpird v 
Oblige d'implorer l'haleine des zépbirs*. 
Doux vents, s'écrioit-:il, prêtez- moi dés foupi« > 
Venez, légers démons , par qui nos champs fleur iflent; 
Aure, fais -tes venir: je fçais qu'ils t'ohéïflènt; 
Ton emploi dans .ces Heux è& de tout ranimer. 
On l'entendit, on crut .qu'il venoit de nommer 
Quelque objet de.fes vœux, autre que fon époufe. 
Elle -Qt : eft avertie,, & la voilà jalqufe., . • 
Maint yoifîn charitable entretient fes ennuis : 
Je ne le puis plus voir , dit - elle, qôe les nuits. ? • 
11 aime donc cette Aure, » & me quitte pour elle a ? . 
Nous vous plaignons; il l'aime, & fans cefle il l'appelle; 
Les échos de ces lieux n'ont plns.dlauttes emploi* 
Que. celui d'enfeigner^le nom d'Aureà nos bois. 
Dans tous les environs le npmtfAure réfonne*. . ..; 
Profitez d'un *yfs qu'en paflant on vous donne. 
L'intérêt qu'oft y prqfcd eft de vows obliger. ' i 
SUs «n profite t hélas} & ûft Aût qu'y Coogei^ . „ -r" 



194 FABLES C^OlSIÏS 

Lés amans font toujours de légère croyance j 
S'ils pouvoient conferver un. rayon de prudence, 
t Je demande un grand point , la prudence en amours ) 
Ils feroïent aux rapports Menfible* & foutds* 
Notre époufe ne fut l'une ni l'autre cbofb : 
Elle fe lève un jour; & lorsque tout repofe , 
Que de l'aube au teint frais la charmante douceur 
Force tout auîommeil, hormis quelque chafféux., 
Elle cherche Céphate: un bois l'offre à fa rue. 
11 invoquait déjà. cette Aure prétendue. 
Viens -me voir, cBfok-il, chère Déefle, accours: 
Je n'en puis pks , je meurs ^ fais que par ton feceutt 
L* peine que je fens fe trouve fouiagée. 
L'époufe fe prétend par ces mots outragée : 
Elle croit y trouver, non le fens qu'ils cachoient, 
Mais celui feulement que fes fdupçons cherchoient» 
O trifte jaloufie! O pasfion amere! 
Fille d'un fol amour , que l'erreur & pour mère f 
Ct 'qu'on voit par «tes yeux caufe afîez d'enabarm, 
Sans voir encor par eux ce que l'on ne voit pas* 
Fïôcm s'étoir cachée en la même retraite 
Qu'un Fari de Biche avoît pour demeuré fecrette* 
Il en fort; & le bruit trompe ausfi-tôt l'époux. 
Céphale praid le dard^ toujours fur de lès coups» 
Le lance «en cet endroit, & perce fa jaloufe : 
Malhçureux affafTm d'une ft chete iépoufe* - 
Un cri lui fait d'abord ibtrpçofenfi» quelqùô-erreur; 
Il accourt, voit fa faute ;'& .tout plein detftireur, 
•Du même javelot il veut s'ôtôr la vie, 
L'Aurore filles deftina arrêtent cette envie» 
Cet officb lui fut plus cruel qu'indulgent. 
L'infortuné mari (ans celTé s'afflîgeant , 
Eût accru par fes pleurs le nombre des fontaines, 
Si la Déefle enfin , pour terminer- fes peines, 
N'eût obtenu du fort que l'on tranéMt fôs jours : 
Trifte fin d'un fcymen bien divers, eh fon cours ! 
Fuyons «* maudu «frèstews / je ne {toit trop te &* 



t 1 V R E X î I. $pf 

Jugez par te meilleur quel peut étire Je pire. 
S'il ne nous eft permis d'aimer que, fous Tes loix, . 
N'aimons point. Ce dèffein fut pfispér toutes, trot* 
Toutes trois, pour chafler de fi triftes penfée** 
A revoir leur travail fe montrent empretTécs» 
Climene en un tiflu rkhe , pénible & grand t 
Avoit presque achevé 4e fameux différend 
D'entre le Dieu des eaux & Pillas la fçavante. 
On voyait en lointain une Ville BahTante. - 
L'honneur de 4* nommer entr'eux deux tc«tefté> > 
Dépepdoît.du préfent de chaque déité» 
Keptune fit le Cen d'un fymbole^de guerre^ 
Un coup de foatrideôt fit fortir de la terre . , 
Un animal fougueux, un courtier plein d'ardeuÉw n 
Chacun de ce préfent admiroit la grandeur* 
MInerys l'effaça, donnant à la contrée 
L'olivier, qui de paix eft là marque affûtée* 
Elle emporta: le prix y- & tawama la cité. y.. 
Athene offrit fes vœux à oettedéité. - • n :< 
Pot» ks lui préfenter on choifit cent pucdle*, r . 
Toutes fçaehint broder, auffi ftges que belles* 
Les premières portôient force préfens divers; 
Tout le refte enfcouroit la déeffe aux yeux>pera* 
Avec un doux fouris elle acceptait l'hommage. 
Climene ayant enfin repioyé fon ouvrage \ 
t - j-™« th* commence en ces mots fén /!récit» ; 

. . , ' î , i ■ * > .i ' '■. 
Qjurement pour les pleurs mon talent renflât f 
Je fuivrai toutefois la matière ùhpoÊée- 
TÇétamfcn pour Clorif avbit Tarne embrafée ; : \ 
Cloris pour Télamon btûloit de fon côté. 
La naifîànce,' Ternit, les grâces, là beatté* ^ 
Tout fe trouvok en eux, hormis ce>qne les «tommet 1 
Font marcher à\*anttom dans Iciîécieo^nousfoaïme^ 
Ce fewtitle» Weaa^c'eftrx», mérite tmiverfel* i :J 
CcsAmans^ quoiq^épi(is d'uw'd^ir flwtuél; .-. > 
N'ofoicat; au U<^MymmiLfoxiêeïxncaîe % < : -d 



&6 FABLES CHOISIES 

Faute de ce métal que tout le monde adore. 
Amour s'en pafleroit; l'autre état rie le peut: : 
Soit raifon, foit abus, le fort ainfi le veut. 
Cette loi qui corrompt les douceurs de la vie, 
Fut par lé jeune amant d'un autre erreur fuivie. 
Le démon des combats vint troubler l'univers. 
Un pays contefté par des peuples divers, 
Engagea Télamon dans un dur exercice. 
Il quitta pour un temps l'amoureufe milice. 
Clotis y iconfentit , mais non pas fans douleur. 
Il voulut mériter Ton eftime & fon cœur. 
Fendant. que fes .exploits terminent la querelle, 
Un parent de Cloris meurt ;&Iaifle à la belle 
D'amples poflefEons à d'immenfes tréfors : 
11 habitait les lieux où Mars- régnoit alors. 
La belle s'y tranfporte , & par -tout révérée, 
Par - tout jdes deux partis Clorjis confldérée , 
Voit de fes .propres yeux les champs, où Télamofi : 
Venoit de confacrer un trophée à fon nomr . 
Lui; de ïa part accourt; dt tout couvert de gloire 
Il offre à fes amours' Jes fruits de fa vittoire.. 
Leur jencorjtre fe fit non loîrt de l'élément 
Qui doit, être évité de tout heureux amant. 
Dès .ce jour l'âge d^or les eût joints fens myftere: 
L'âge de fer en tout a coutume d'en, faire,. : 
Cloris *ne voulut donc couronner tous ces, h**»™ 

?u'au fcî*» Oc Vd pacne , ce ae l'aveu des Cens. 
out chemin, harslamer^ allongeant leur fouffranec, 
Ils commettent aux flots cette douce efpérance. 
Zéphyre les fuivoit, quand v prefque en arrivant, 
Un pirate furvient, prend le deffus du vent, 
Les attaque, les bat. ■> £n vain /-par fa vaillance, 
Télamon jufqu'au bout poite fa réfiitence::' 
Après un long combat icm parti fut ;défait r ■ r 
Lui ptia ; & fea efforts. Meurent pour tout effet 
Qu'un eiclavage indigne. O Dieax.qui 1,'cût pu croire f 
Lefort, Jjms.re^âernilon-facç^ni la gloire» 



LIVRE î I I. SM 

Ni Ton bonheur prochain , ni les vœux de Claris, 
Le fît être forçat auifî - tôt qu'il fut pris. 
Le deftin ne fut pas à Cloris fi contraire; 
Un célèbre marchand l'acheté du corfaire : 
Il l'emmène; & bien- tôt la belle, malgré foi,. 
Au milieu de fes fers , range tout fous fa loi. 
L'époufe du marchand la voit avec tendrefTe : 
Ils en font leur compagne, & leur fils fa maîtrefle* 
Chacun veut cet hymen : Cloris à leurs défirs. , . 
Répondoit feulement par de profonds foupirs. 
Damon , c'étoit ce fils , lui tient ce doux langage : 
Vous foupirez toujours , toujours votre vifage^ 
Baigné de pleurs , nous marque un dépiaifir fecret. 
Qu'avez-vous ?Vos beaux yeux verroîent-ils à regrec 
Ce que peavent leurs traits,. & l'excès de ma flamme? 
Rien ne vous force ici , découvrez-nous votre ame; 
Cloris , c'efhnoi , qui fuis l'efdave , & non pas vous, 
Ces lieux, à votre gré:, n'ont-ils .rien d'affez doux? 
Parlez , nous fommes prêts à changer de demeure, 
Mes parens m'ont promis de partir tout à l'heure. 
Regrettez -vous les biens que vous avez perdus * 
Tout le nôtre eft à vous , ne le dédaignez plus. 
J'enfçais qui l'agréroient; j'ai fçû plaire à plus d'une: 
Four vous, vous méritez toute, une autre fortune : . 
Quelle que foit la nôtre , ufez * en ; vous voyez 
Ce que nous pofTédons & nous -même à vos pieds. 
Ainfl parle. Damoa, & Cloris toute en larmes , 
Lui répond en ces mots accompagnés de charmes : . 
Vos moindres qualités > & cet heureux féjour 
Même- aux filles des dieux donneraient de l'amour : 
Jugez donc fi Cloris , efclave & malheureufe , 
Voit l'offre de ces biens d'une ame dédaigneufe. 
Je fçais quel eft leur prix: mais de les accepter, 
Je ne puis; & voudrais* vous pouvoir écouter. 
Ce qui me le défend, ce n'eft point l'efclavage: ^ 
' Si toujours la naifiance éleva mon courage , * • 
Je me veis, grâce aux Dieux» en des mains çùjepuit 



S9t FABLES CHOÏSIIS 

Garder ces fentîmens taalgré tous mes étmûa. 
Je puis même avouer (hélsl faut -il le dire?) 
Qu'un autre a, fur mon coeur ,coztfervé fon empire. 
Je chéris un Amant, ou mort ou dans les fers; 
Je prétends le chérir encor dans les Enfers; 
Pourrîez-vous eftimer le cœur d'une inconftantet 
Je ne fuis déjà plus aimable , ni charmante , 
X3otis n'a plus ces traits que l'on trouvoit fi doux, 
Et, doublement efclave, eft indigne de vous. 
Touché de ce difeours, Damon prend congé d'elle; 
Fuyons, dit-il en foi, foublîrai .cette Belle: 
Tout pafle, & même un jour fes larmes pafieront? 
Voyons ce que l'abfence & k temps produiront. 
A ces mots il s'embarque, & quittant le rivage, 
Il court de mer en ner^ aborde en lieu fauvage; 
Trouve des malheureux de leurs fers, échappés, 
Et û» le boid d'un bols à chaffer occupés. 
Télamon, de ce nombre, avbfe brifé fa chaîne: 
Aux regards de Damon il fç préfente à. peine, 
Que fbn air, fit fierté r fon cfprit, tout enfin 
Fait qu'à l'abord Damon admire fon deftin: 
Puis le plaint , puis remmène , & puis lui dit fa flamme» 
D'une efçlave, dit -il, je n'ai pu toucher i'amec 
Elle chérit un inort ! un mort, ce qui n'eft plus 
L'emporte dans fon cœur ! mes vœux font fxiperflui- 
Là^deffus, de Cioris 11 lui fait la peinture. 
Télamon dans, fon ame admire PavenUre, 
Difiimule, & fe latte emmener au féjour 
Où Cioris lui conferve un fi parfait amour» 
Comme il vouloit cacher avec foin fa fortune, 
Nulle peine pour lui n'étoit vile & commune. . 
On apprend leur retour, & leur débarquement* 
Clqris fe préfentant à l'un & Pautfe Amant, - 
Reconnoit TéLamon fous un faix qui 1 accable; 
Ses t^grins. le rendoienfc pourtant mëconnoiffable J 
, Un œil indifférent à le voir eût erré, J 

Tanf la peine. & l'aaQiir l'avaient dé£gur4 . ' 



Le ferdeau qu'il portent ne fut qu'un vain obflaclc; 
Çloris le reconnolt , & tombe à ce fpe&acle : 
Elle, perd tous fes fens & de honte & d'amour. 
Télanion , d'autre part, çombe prefque à fon toux»> 
On demande à Çloris la.caufe de fa peine, 
Elle la dit; ce fut fens s'attirer de haine: 
Son récit ingénu redoubla la pitié 
Dans des cœurs prévenus d'une juifc amitié. 
Damon dit que ion zélé ayoit changé de face. 
On le crut. (>perKknt, (^oi qu'on dife& qu'an Me ^ 
D'un triomphe fi doux l'honneur & le plaifir . 
Ne fe perd qu'en laîftasti des refles de defir. 
On crut pourtant Damon. Il reftràignit fon «de 
A feelier de l'hymen une union fi belle; 
Et, par un (entament à qui: rien ri'eft 4gal, 
11 pria fes païens de doter fon rival. 
Il l'obtint, renonçapt dès»- lors à l'hyménéew 
Le foir étant venu dfe i'heureu/e journ4«, 
Les noces fe faifoient à l'ombre d'un ormeau : 
L'enfant d'un voifin vit s*y percher un Corbeau: 
Il £& partir de Tare une. â^che maudite, 
Perce les deux époux o^'une atteinte fubite. 
Cloris mourut du coup , non fans que fon amant v 
Attirât fes regards en ce. dernier moment- 
Il s*écrje en voyant finir fes deftinées :. ' 
Quoi! la^ Parque a tranché le cours de fes années? 
Dieux,, qui l'avez voulu, ne fuffifoit-ii pa* 
Que la haine du fort avançât mon trépas? 
En achevant ce$ mots il acheva dç vivrç; 
Son amour, non le coup, l'obligea de la fuivre: 
Bleffé légèrement il pana chez les morts; 
Le Styx vit nos époux accourir fur fes bords; 
Même accident finit leur* prétieufes trames : 
Mçme tombée** teucs çojps , même féjour leurs ame* 
Quelques-; mis çmt écrit ; < mai^ qe fait eft peu fur} 
Que chacun d'eux devint Statue & marbre dur. 
ù couple M0rtua4 &ce i ûoe icpofe, 



*oo FABLES CSOISllS 

Ja ne garantis point cette métamorphofe : 

On en doute. On le croit plus que vous ne penfez, 

Dit Climene ; & cherchant dans les fiécles paffés 

?ûelque exemple d'amour & de vertu parfaite, 
out ceci me fut dit par le fage ; interprète. 
J'admirsa, je plaignis ces amans malheureux; 
On les alloit unir: tout concoûroit pour eux; 
Ils touchoientau moment; Patente 'en étoit fûrej 
Hélas! il n'en eft point de telle en la nature; 
f>ur le point de jouir tout s'enfuit de nos mains,; 
Les dieux fe font un jeu de l'efpoir des' humains. 
Laiflbns, reprit Iris, cette trifte renflée. 
La : fête eft vers fa fin, grâce au ciel, avancée; 
Et nous avons paffé tout ce temps en récits, 
Capables d'affliger les 1 mojnJ fombres efpritsï 
Effaçons, s'il fe peut, leur image dunette : 
Je prétends de ce jour mieux employer le refte; 
Et dire uh changement , non de corps , maïs de cœur : 
Le miracle en eft grand; amour en fut l'auteur: 
Il xn fait tous les jours de diverfe manière. 
Je changerai de ftyle'cn changeant de matière. 

Zoon plaïfok aux yeux, maïs ce n^ft pas affés, 
•Son peu d'efprit , fon humeur fombre, 
Rendoient ces talens mal placés : 

Il fuyoit les eîtés, H ne cherchoit que l'ombre, 

Vivoit parmi les bots , concitoyen des Ours , 

Et paflbit fans aimer les plus beaux de fes jours. 

Nous avons condamné l'amour, m'allez-vbus dire; 

J'en blâme en nous l'excès ; "mais je n'approuve p« 
Qu'infenfible aux phft. doux appas , 
Jamais un homme ne foupire. 

Hé quoi, ce long repos eft -il d'un fi grand prix? 

Les morts font donc heureux: cen'eft pas mon avis. 

Je veux des paffions; & fî l'état le pire 
•'• ^ Eft le' néant, je ne fçais point 

De néant {dus complet ^u'un- ccwir froid à ce poâA 



LIVRE X 1 t. 40f 

Zoon n'aimant donc rien, ne s'aimant pas lui-même, 
Vit lole endormie, & le voilà frappé: 

Voilà fon cœur développé. 

Amour, par fon fçavoir fuprême, 
Ne l'eut pas fait amant, qu'il en fit un Héros. 
Zoon'rend grâce au Dieu qui troubloit fon repos: 1 
11 regarde en tremblant cette jeune merveille. 

A la fin Joie s'éveille : . 

Surprife & dans Tétonnement, 

Elle veut fuir, mais fon amant 

L'arrête , & lui tient ce langage : 
Rare & charmant objet, pourquoi me fuyez- vous f 
Je ne fuis plus celui qu'on trouvoit fi fauvage : 
C'eft l'effet de vos traits , auiïï puiflans que doux ? 
Ils m'ont l'ame & l'efprit , & la -raifon donnée. 

Souffrez que , vivant fous vos loix 9 
J'emploie à vous fervir des biens que je vous doû? 
lole, à ce difcours encor plus étonnée, 
Rougit, & fans répondre, elle court au hameau, 
3£t raconte à chacun ce miracle nouveau. 
Ses compagnes d'abord s'affemblent autour d'elle : 
Zoon fuit en triomphe , & chacun applaudit. 
Je ne vous dirai^oint, mes fœurs, tout ce qu'il fit; 

Ni fes foins pour plaire à la Belle» 
-Lieur hymen fe conclut : un Satrape voifin , 

Le propre jour de cette fête, 

Enlevé à Zoon fa conquête* 
On 'ne foupçonnoit point qu'il eût un tel defleia. . 
Zoon accourt au bruit , recouvre ce cher gage, 
Pourfuit le raviffeur, & le joint, & l'engage 

En un combat de main à main. 
3Ôle en eïtle prix, auffi-bien que le juge. 
Le Satrape vaincu trouve encor du refuge 
• Eh lar bonté de fon rival. 

Hélas! cette bonté -lui devint inutile: . 
11 mourut du regret de *et hymen fatal. . 
Aux plus infortunés h tombe fert d'afyle. 



/ 



j|x* FXBLES CHOISIES 

Jl prit pour héritière , en finuTant fes jours , 
lolé, qui mouilla de, pleurs fou maufolée. 
Que fert-il d'être plaint quand l'ame eft envolée? 
Ce Satrape eût mieux fait d'oublier tes amours. 

La jeune Iris à peine achevoit cette hiftoire; 
Et fes fœurs avonoient qu'un chemin -à la gloire . 
Ceft l'amour : on fait tout pour fe voir eftimé: 
Eft -il quelque chemin plus court pour être aimé? 
Quel charme de s'oûir louer par une bouche 
Qui mêinc,ftns sîeuvrir,nous jenchante & nous touche! 
IVtnii'difoient ces fœurs. Un orage foudain 
Jette un fecret remords dans leur profane fein. 
IBacchus entre , & fa cour, confus & long cortège: 
Ou ftmt, dit -il, ces fœurs à la main facrilégeV 
Que dallas les défende, & vienne en leur faveur 
jOppofer .fon égide i ma jufte fureur : 
Rien ne m'empêchera de punir leur offenfo: 
\iùysz; & qu'on fe rie après de ma puiflànce. 
Il n'eut pas.dit, qu'on -vit trois monfbresau plancher, 
Ailés , noirs & velus , ?en un coin s'attacher. 
On cherche les .trois fœurs : on n'en voit nulle trace: 
&,eurs métiers font brifés : on éle*e à leur place 
Une chapelle au Dieu, père du vrai neûar. 
Pailas a beau fe plaindre , elle' a beau prendre pat 
Au deftin, dé ces fœurs par elle protégeas. 
Quand quelque Dieu voyant fes bontés négligées, 
Hms fzk fentir fon ire, un. autre n'y peut rien: 
L'Qlympe s'entretient en paix par ce moyen. 

Profitons , s'il fe peut, d'un fi fameux exemple. 
Chommons : .c'efl: faire affez qu'aller Je temple e 

temple v 
Rendre à chaque Immortel les vœuxquilui font dûs 
Les jours donn^6 .aux ûr«ttx ne : font jamais perdu 



s 



■£ i f R E XII. 4*4 

M 1 ,, , i i ,, » , i 'i sagBsggaegagBr;- 
F A B L E X X X. ' 
La* Matrone jTEphefe, 



il eft un conte ufé , commun & rebattu i 
C'eli celui qu'en ces vers j'accommode* à ma gutfaf 

Et pourquoi ^donc' le choifis - tu ? 

Qui t'engage à cette entreprife? 
N'a - 1 - elle point déjà produit affez d'écrits % 

,. Quelle jgrace aura ta Matrone, N H 

Au prix de celle de Pétrone? 
Comment la rendras -tu nouvelle à nos efprits? 
Sans répondre aux cenfeurs ; car c'eft chofè infinie^ 
Voyoas iî dans mes vers je l'aurai -rajeunie. 

Dans Ephefe il fut autrefois 
Une Dame en fageffe 6c > vertus fans égale y 

Et , ' félon la- commune voix , 
Ayant fçû raffiner fur l'amour conjugale. 
Il n'étoit bruit quer d'elle & de* fa chafteté: 

. JÛn Palloit voir par rareté : 
pètoit l'honneur du fexe : heureufe fa patrief 
Chaque «mère à fa^bru Pailégûoit pour patron : 
Chaque -époux la* pronoit - à fa femme chérie : ' 
JQt'eUe defcendent ceux- de la Pruddtef i6, - 

Antique? & célèbre Siaifon. 
' Son mari raîmoit d'amour folle» 

31 mourut* De dire comment, v 
, Ce feroit un détail frivole : 

.Jl naourw;; & *» ' tefcament ' 
ÎTôoit plein que de legs -qui l'aurofcnt confolé^ 
Si les biens réparôieiit la perte 'd'un mari - - 

' Ania«»eux autant «que : chéri. • 
Mante veuve pourt^it fait la déchevelée. 



4*>* FABLES CHOISIES 

Qui n'abandonne pas le foin du dsntëuig&t». . , 
Et du bien qu'elle aura , fait le compte en pleurant 
Celle-ci, par fe$ cris, mettait tout eh alarme; 

' Celle -xi faîfoit un* vacarme , - 
Un bruit, & des regrets à percer tous les cœurs, 

Bien.qulon fçache qu'en ces malheurs, 
De quelque défefpoir qu'une ame foit atteinte, 
la doulçur eft toujours moins forte que la plainte; 
toujours un peu de Cafte entre parmi les pleurs. 
Chacun fit fon devoir de dire à l'affligée , 
Que tout a fa mefure , & que de tels regrets 

Pourr oient pécher par leur excès ; 
Chacun rendit par -là fa douleur rengrégée. 
Enfin ne voulant plus jouir de la clarté 

Que fon époux avoit perdue, 
Elle entre dans fa tombe, en ferme volonté 
^'accompagner cette ombre aux enfers defeendue. 
Et voyez ce que peut Fexceflive amitié, 
( Ce mouvement auffi va jufqti'i la" folie) 
Une efeiave en ce lieu la fuîvit par pitié, 

Prête à mourir de compagnie. 
Prête , je m'entends bien , c'eft- à-dire, en un mot, 
N'ayant examiné qu'à deipi ce complot, 
Et, jufques à l'effet, courageufe & hardie. 
L'efciiive avec la Dame avoit été nourrie. 
Toutes deux 6^ntr'aimoieatM& dette. paiCon 
Etoit crue avec l'âge m c<stedes <teux*femellès; 
Le monde entier à peineeût fourra deux .modèles 

D'une telle inclination,. 
Comme l'ofciave avoit plus de fens que la Dame, 
Elle laifla gaffer les premiers mo*ivemens :. 
Puis tâcha, mais en vain, de remettre cette aiae 
Dans l'ordinaire train^es icommuns fentimens. 
Aux. confolations la Veuve # inacçeffiMe , 
S'appliquoitfeiileiqent A toutjmoyen poffible, 
De iuivre le. défunt aux. mi&& triftes lieux, 
Lcf er au{Qlt été . le plus court &. le fltf eu* * 
M*s h dajae vouloj* jftftre encore /es yeux 



; L I V. R' Ë X I L 4^5 

... Du tréfor qu'enfermoit la bière, 
Froide dépouille , & pourtant chère* 
C'étoit là le feur aliment 
Qu'elle prit en ce monument. 
La faim donc fut celle des portes 
Qu'entre d'autres 'de tant de fortes, 
Notre Veuve choillt pour fortir d'ici -bas. 
Un jour fe pafle , & deux fans antre nourriture 
Que fes profonds foupirs-, que fes fréquens hélas," 
... Qu'un inutile & long murmure 
Contre, les dieux, le fort & la nature. 

Enfin fa douleur n'omit rien , 
Si la douleur doit s'exprimer fi bien. 

Encore un autre mort faifoit fa aéfidence 

Non loin de ce tombeau , mais bien différemment^ 

Car il n'avoit pour monument 
-. Que le deflbi» d'une potence» 
foui exemple aux voleurs on I'avoit là laifljÊ. 

Un foldat bien récompenfé 
. Le gardoit avec vigilance. 

U étoit dit par ordonnance 
Que fi d'autres voleurs, un parent, un amî 
L'enlevoient, le foldat nonchalant , endormi, 

Rempliroit auffi - tôt fa place. 

C'étoît trop de févérité ; 

Mais. Irpublique utilité 
Défendoit que l'on fît au garde aucune grâce. 
Pendant 1* nuit il vit aux fentes du tombeau 
Briller quelque clarté , fpe&acle affez nouveau* 
Curieux, il y court r entend de lofn la Damer 

RemplifjTant l'air de fes clameurs. 
U entre, efl étonné, demande à cette femme, 
• .- Pourquoi ces cris , pourquoi ces pleur»,; 
. Pourquoi cette trifte mufique-, 
Pourquoi cette naifon noire & mélancolique? 



,0* FABLES CHOISIES 

Occupée à fes pleurs, à peine elle entende 

Toutes ces demandes frivoles : 

Le mort pour elle y répondit 
s Cet objet, fans autres paroles y 
• Difoit allez par quel malheur 
JJat Dame s'enterroit ainfi toute vivante. 
Nous avons fait ferment, ajouta la fuivante, 
De nous laiffer mourir de faim & de douleur» 
JEncor que le foldat fût mauvais orateur, 
Jl leur fit concevoir ce que c'efl^que la' vi* 
Xa Dame cette fois eut de l'attention; 

Et déjà l'autre paffion 
. Se trouvoit un peu ralientic 
Xe temps avoit agi.' Si la foi du 'ferment, 
, Pourfuivit le foldat, vous défend l'aliment, 

Voyez -moi manger feuleinpnt, 
*Vousn'en mourrez pas moins. Un tel tempérament 

Ne déplut pas aux deux femelles ; 

Conciufion jqu'il obtînt d'elles 
Une permiffïon d'apporter fon foupé , 
Ce qu'il fit; & l'efclave eut le cœur fort tenté 
De renoncer dès -lors à la cruelle envie 

De tenir au mort compagnie. 
Madapie , ce dit -elle , un penfer m'eft venu t ' 
Q'importe à yotre époux que vous ceffîez de vivieï 
Croyez-vous que lui-même il fût homme à.vousfuivrc, 
Si par votre trépas vous l'a#iez t prévenu? 
Non, Madame , il voudroit achever fe carrière. 
Xa nôtre fera longue encor , fi natis: voulons. 
Se faut - il , à vingt ans , enfermer dans la bière? 
Nous aurons tout Ioifîr d'habiter ces maifons. 
On né meurt que trop tôt : qui nous prcflfe ?■ Attendons: 
Quant à moi je voudrois ne mourir, que ridées 
Voulez -vous emporter ^os appas chez les morts? 
Que vous fervira-t-ild'en être regardée? 

Tantôt,* envoyant les tréfors . 
Dont le ciel prit glai/k d'orner votre vifagè, 



LIVRE XII. *n 

Je difois : hélas ! c'eft dommage , 
Jfous -mêmes nous allons enterrer tout cela. -, 
A ce difcours flatteur la Dame s'éveilla. 
Le dieu qui fait aimer prit fon temps , il .tira 
Deux traits de Ton carquois : de l'un il entama 
Le foldat jusqu'au vif; l'autre effleura la Daine: 
Jeune & belle, elle avoit fous fes pleurs de l'écla£ 

Et des gens de goût délicat 
Auroient bien pu Pairner , & même étant leur femme» 
Le garde en fut épris : les pleurs & la pitié, 

Sorte d'amour ayant fes charmes , 
Tout y fit : une belle alors qu'elle eft en larmes, 

En eil plus belle de moitié. 
Voilà donc notre veuve .écoutant la Ipuango ; . * . 
Poifon , qui de l'amour eft le premier degré : 

La voilà qui trouve à fon* gré 
Celui qui le lui donne : il fait tant qu'elle mange : 
11 fait tant que de plaire : & fe rend en. effet 
Plus digne d'être aimé que le mort le mieux* fait : 

11 fait tant enfin qu'elle change-; . * 

Et toujours par degrés, comme L'oa peut penfer, . 
De l'un à l'autre il fait cette femme pafTer. v 

r r * v Je »e le trouve ga» : étraiig&x*^^ » - 
écoute un amant , elle en fait un mari , 
Le tout au nez du mort, qu'elle avpit tant chéri., 
Pendant cet hymênée , un voleur fe hazaf de f 
D'enlever le x dépôt commis aux foins du garde : 
Il en entend' le bruit ; il y court à grands pas 1 * 

/" Aiais envain>r lachofe^tpitfaitç. 
U revient au tombeau conter fon embarras , _ 

i Ne fçachant où trouver retraite. ' ~ 7 
L'efclave -alors lut dit, le voyant éperdu : * 

L'on tous a pris votre penduf" r . 

Les loix ne Vous feront, f dites -vous, nulle grâce? 
Si Madame y confient, J'y remêdîrai t)ien. - 
- Mettons notre mort en la place , 
Les pafians n'y connoîtront rien- 
S 4 



4oS TABLES 1 CHOISIES 

La Dame y confentit. O volages femelles ! 
La femme eft toujours femme : il en eft qui font belle*; 
Il en eft qui ne le font pas. 
' S'il en étoit d'affëz fidèles , 
Elles auroient allez d'appas. 

Trudes, vous vous devez défier de vos forces; 
Ne vous vantez de rien. Si votre intention 

Eft de Téfifler aux amorces, 
La nAtre eft .bonne aufii : maïs l'exécution 
•Nous trompe également : témoin cette Matrone : 

Et, n'en déplaife au bon Pétrone, 
Ce n'étoit pas un fait tellement merveilleux, 
<Qo'il en dût propofer l'exemple à nos neveux. 
Cette Veuve n'eut tort qu'au bruit qu'on lui vit faire» 
Qif au deffeia de mourir mal conçu , mal formé : 

Car de mettre au patibulaire, 

Le corps d'un mari tant aimé, 
Ce n'étôit pas peut-être une fi grande a&aire. 
Cela lui fauvoit l'autre; & tout -cônfîdérë, 
Mieux vaut Goujat debout, qu'gmpeur enterré. 



F A -B L E XXXI. 

B E L P H E G O R. 
•Nouvtiie tirée ch Machiavel. 



U. 



_ ' n Jour Sata», monarque des enfers > 
Faifoit ptflerfe fujets ei^ revue. •. . 
Là , confondus tous les . états divers , 
Princes & Rois la tourbç menue, 
Tettoiçnt maint-pleur , pojiflbient maint & maint ai, 
Tant que. Satan en étoit ftourdi^ 



LIVRE X IL . 4P* 

11 demandent, en paflantY à chaque ame: 
Qui t'a jettée fen l'éternèlte flamme ? 
L'une difoït : hélas ! c'eft mon mari ; 
L'autre auffï-tôt répondoit : c'eft ma femmev 
Tant & tant fut ce drfeours répété , 
Qu'enfin Satan dit en plein confiftoire : 
Si ces gens - ci difènt la vérité , 
11 eft aifé d'augmenter notre gloires 
Nous n'avons donc qu'à îe vérifier. 
Pour cet effet, il nous faut envoyer 
Quelque démon plein d'art & de prudence ; 
Qui , non content d'obferver avec foin- 
Tous les hymens dont il fera témoin , 
Y joigne auffi fa propre expérience. . 
Le prince ayant propofé fa fentence r 
Le noir fénat fuivit tout d'une voix. 
De Belphegor auffi-tôt on fit choix. 
Ce diable étoit tout yeux & tout oreilles , 
Grand éplucheur, clair -voyant à merveilles^ * 
Capable enfin de pénétrer dans tout, 
Et de pouffer l'examen jusqu'au bout. 
Pour fubvenir aux frais de Fentreprifev 
On lui donna mainte & mainte remife, 
Toutes à vue, & qu'en lieux cfiffiér/eo* 
11 pût toucher par des correfpondans. 
Quant au furplus, les fortunes humaine* « 
Les biens , les maux, les plaifirs & les peines, 
Bref, ce qui fuit notre condition , 
Fut une annexe 1 à îa légation. 
Il fe pouvoit tirer d'affliSîon, 
Par fes bons tours & par for* induiïrit j 
Mais non mourir, ni revoir fa patrie, 
Qtfft n'eût ici confumé certain temps? 
Sa miffion dévoit durer iiix ans. 
Le voilà donc qui tîaverfe & qui paû*& 
Ce que te ciel voulut #$ttre d'efpace 

&5 



4* FABLES CHOISIES 

Entre ce inonde & l'éternelle nuit: 
Il n'en mit guère, un momeçty conduit- 
Notre démon s'établit à Florence , 
Ville, pour lors, de luxe & de dépenfe; 
Même il la crut propre pour le trsffle. 
Là, fous le npm du feigneur Roderic, 
Il fe logea, meubfa comme un riche homme, 
Groffemaifon, grand tfei», nombre de gens, 
Anticipant tous les jours fur la fomme 
Qu'il ne devoit confumer qu'en dix ans. 
On s'étonnoit d'une telle bombance- 
11 tenoit table, avoit de tous côtés 
Gens à fes frais , foit pour fes voluptés*, 
Soit pour le fafte & la magnificence. 
L'un des plaifirs où plus il dépenfa* 
Fut la louangp. Apollon l'encenfa; 
Car il cft maître en l'art de Batterie. 
Diable n'eut onc tant d'honneurs en fa vi& 
Stn cœur devint le but de tous les traits 
Qu'amour lançok: il n'étoit point de bclfc 
Qui n'employât ce qu'elle avoit d'attrait» 
Pour le gagner f tant feuvage fût- elle; 
Car de trouver une feule rebelle, 
Ce n'eft la mode "à gens, de qui la main 
Par les préfens s'applanit tout chemin* 
Ceft u» reffort en tous deffcifis utile* 
Je'fti jà dit, #lc redis encor, 
je ne connois d'autre premier mobile 
Dans l'univers, que l'aiçeat &. que l'or- 
Notre envoyé cependant tenoit compte - - 
De chaque hymen » en journaux différa» * , 
L'un , des époux fatisfaits & contens , 
Si peu rempli ,' que le diable en eut honte*. 
L'autre journal incontinent, fut plein. 
A Belphçgo* il ne reiloit Infm 
Que d'éprouver la chofe par lui-même.. 
Certaine fille 4 Florence étpit lofs a 



L ï : V> R EXIL 4U 

Belle & bien faite , & peu, d'autres tréfors, 
Noble d'ailleurs , mais d'un orgueil extrême ; - » 
Et d'autant phis , que de quelque yèrt».. 
Un tel orgueil paroiîfoit revêtu. 
Poar Roderic on en fît la demande. 
Le père, dit que. madame Honeila, 
-Cétoit fon nom, avoit ei* jusques r'Ià . 
ITorce partis i mais que parmi la bande : 
Il pourroit bien Roderic préférer , , 

Et demandoit teinps pour délibérer.* : ; ' 
On en coanâent; Le, pourfuivant. s'applique* 
A gagner celle où fes vœqx s'adreflbient. 
l'êtes & bals * férénades, mufique, 
Cadeaux, feftins, bien fort apetiffoient, 
Aitéroient fort le fonds de rambaffadei 
H n'y plaint rien, eaufe en,grand fdgneur y , 
S'épuife en dons. L'autre fe;pjerfuader- 
Qu'elle lui fait encor beaucoup d'honneur., 
Conclufion, jqù'après force prières, 
Et des façons de toutes les manières, 
Il eut un oui de madame Honeûa. . - 
Auparavant le. notaire y paflà, 
Dont Bëlphegpr fe moquant en. fon amev 
Hé quoi , dit- il , on acquiert aine femme' . 
Comme muchâteau! eesr gens ont tout? gâté. *■ 
Il eut raifon : dtiez d'entre les. hommes.: w 
La finiple foi,; te meilleur eft àt£ j j- 
N ous nous jettons , pauvres gens quernûus fomam È 
Dans les procès , en prenant le rtevers. 
Les fr, les 7 car, les contrats font la pôrÇ* 
Par où la noife, entra dans l'univers : 
N'efpérons pas que jamais elle es tam. • i 
Solemnités& loix n'empêchent pas 
Qu'avec l'hymen amour n'ait des débat»: 
C'eft le cœur- foui qui peik rendre tranquille. ' 
Le cœur fait tout, le refte efl inutile/ ' ; * 
Qu'ainfi ûe. foiï r voyons jdiautte»* état*. . > * . 
S 6 



4tt TABLES CHOISIES 

Çtpzles amis tout s'exorfe, tout pafTe: 
Chez les amans tout plaie, tout eft parfait: 
-Chez lefc époux tout ennuie & tout laffe. 
Le devoir nuit .chacun eflfainfi fait. 
Mais, dira -t- on, n'eft-il en nulles guifes 
D'heureux ménage? Après mûr examen, 
J'appelle iin bon * voire un parfait hymen, 
Quand les conjoints fe foirent leurs fooifesv 

Sur ce poîne^là c r eft ailes raifonné.* 
Dès^ue chez lui le Diable éut.amené 
Son époufée , U" jugea par lui * même 
Ce qu'eil: l'hymen avec un tel démon : 
Toujours débats, toujours quelque fermer* 
Plein dé fottîfe en un degré fuprême. 
Lç bruit fut tel» que madame Honefta 
Plus d'une fois les voifins éveilla : 
Plus. «Tune fois on courut à k noïfe. 
Il lui falloit quelque fimple bourgeoMc > . 
Ce difoit -elle : un petit trafiquant 
Traiter ainfi les filles de mon rang î 
Méritait -A femmelï vertueufe* 
Sur mon devoir je fufe trop ferupuieufe r 
J'en ai jegret, & fî je faiCob bien-. * . 
Il uSeftpasfûr qu'Honefta ne fît rien : 
Ces prudesilà nous en -font bien accroire 
- Nos deux é)ariux r à fit que dk L'hiftotre/ 
f «Sans dîfputer n'étoient pas un moment. 
Souvent.teur guerre avoit pour fondement 
Le jeu, la jupe , ou quelque, ameublement 
D'été, d'hyver, d'entre. -temps, bref un monde 
D'in venttQtw jpjroptes k tout .gâter. 
Le: pauvre Diable ^ut. lieu de regretter - 
Ba fautîre^eriftr la. demeure profonde* 
XqW,.W9blft jiAfia» ilo^eric Éqûuûl • 
la parehté de; madame; Hofleûa ^ 
4ï^to^fc&Je jpere £„ la mère* . . 



>L I V R B X I L ; •%$ 

Et fe grandTœw avec lCpetit frère y : » 

î3o fes deniers mariant la grandTœur ,' 
Et du petit payant le précepteur. . \ 

Je* n'ai pas dit la principale caufe 
JDe fa mine s infaillible accident? ■> * 
Et j'oubîiois qu'il eut irji Intendant. 
Un ••Intendant? Qu'eft-ce que cette chofe? » 
.^. Je définis cet être, un animal, ! 

<Juî , comme on dit, fçait pêcher en eau trouble; 
V. Et, plus le bien de fon maître Va maî, 
* -Fhis le fien croît/ pli» fon profit redouble, 
-** m4 f3ht qiVaifément lui -même scheteroic 
£: Ce qui de net au feignéur refterolt : 
*^l>ont par raifon bien & dûment déduite 
l| On pourroit voir chaque chofc réduite 
En fon*état, s'il : arrivoit qu'un jour 
L'autre devînt l'Intendant à fon tour; 
. •• Car regagnant ce qui! eut étant maître, 

Ils rêprendroient tous' deux leur premier &re& 
•■.;"*' Le feul recours* du pauvre. Roder ic, 
;•'.. * Son feul efpoir étoit certain trafic 

"\ Qu'il prétendoit dévoir remplir fa botttfe^ 
..^ tW Efpoir douteux , incertaine reflburce. * 

" % .\-}}tX étoit dit qu* tout ferolt fatal 
. A -notre époux, ainfî tout alla mal; 
* : : Ses ageris, tels que là plupart des nôawi - 
"r En*abufoicnt. H perdit un varfleau, 
>. tn vît aller îe commerce à viau- Teau r 
'Trompé des uns, mal fervi par les autres > 
>.;ll emprunta.- Quand ce vint à payer f ■ 
Et qu'à fa porte H vit le créancier, 
Force lui fut d'esquiver par la fuite , 
." Gagnant lés champs, oiîdé l*£pre pourfute ' 
. Il fe fauva ûbèz uu certain fermier, .' 
Enftertain coin remparé'de fumier. 
A Matheo, c'étoit le nom du Sîre, 
Saos taûttoujBfr, il-dit ce^i^U étoit; 



tfâ FAICEST: CHOIS IlES 

Qu'un double mat che? lui .te toumenteit ; - 
Ses créanciers , & fa femme encor pire : 
Qu'il n'y fçavoit remède que d'entrer 
Au corps des gens, & de s'y r emparer, 
D'y tenir bon: iroit-on là le prendre? 
Dame Honefta viepdroit- elle y prôner 
Qu'elle a regret de fe bien gouverner ? . 
Chofe ennuyeufe, & qu'il eft las d'entendre F 
Que de ces- corps trois fois il for tir oit, 
Si -tôt que \m Matheo l'en prîroit; 
Trois: fois fana plus, & ce, pour récompenfe 
De l'avoir mis à couvert des Sergens. - 
Tout auffi - tôt l'AmbafTadeur commence 
Avec grand bruit «d'entrer au corps des gens. +* 
Ce que le, fien, ouvrage fantaftique, 
Devint alors, Thiftoiré n'en dit rien. 
Son coup d'effai fut une fille unique 
Où le galant fe trouvoit aflea bien: 
«Mais Matheo, moyennant groffe fomme, 
L'en fit fortir au premier mot qu'il dit. 
C'étoit à Naple, il fe tranfporte à Rome; 
Saifitun corps; Matheo l'en bannit, 
Le chaiTet encore : autre fomme nouvelle. 
Trois fois enfla, toujours d'un corps femellr,/ 
Remarquez bien , Qotre Diable fortit. 
Le Roi dé Naple, avoit loi* une fille, 
Honneur, du: fcxe, efpoir de fa famille: " « 
Maint jeune Prince étoit fon pourfuivant ; ' 
Là, d'Honefta* Belphegor fe ûuvant , 
On- ne le putr tirer de cet afyïe. 
Il n'étoit bruit, aux champs comme à la ville» 
t Que d'un manant qui cbaffpit les efprits. 
Cent utflte étus d'abord lui font promis. 
Bien affligé de manquer cette* fomme , 
(Car les trois fois i'empêehoient d'efpérer 

Sue Belphegor fe Jaiflàt qonjurer) 
la rts&fa; il. .fe dit iia pauvre homme, ,* 



% ï V R E -:*u.- ; 4?S, 

Pauvre pêcheur, qui, fafis fçavoir comment ^ { 
Sans dons du ciel, par haferd feulement, 
De quelques CQïps achaffé quelque diable, 
Apparemment chétif & miférable ,. 
Et ne' conneit celui-ci nullement. 
11 a beau^iire: on le force, on l'amené^ 
On le menace, on lui dit que fous peine. 
D'être pendu, d'être mis haut & court 
En un gibet, il faut que fa puUEmce 
Se manifefte avant la fia <du jour» 
Dès l'heure même on vous met en piélence 
Notre Démon & fon conjurateur. / 

D'un tel combat le Prince eft fpeâateiwv 
. Xhacun y court , n'eft fils de bonne mère». 
Qui , pour le voir , ne quitte toute affaire. 
D'un côté font le gibet & la hart,, 
Cent mille écns bien compté» d'autre paru 
Matheo trempe , & lorgne la finance* 
Lefprit malin .voyant fa contenance , 
Kiplt fous cape, alléguait les trois fbk, 
Dont Mathep fuoit dans fonharnois, 
l^reflbit, prioit , conjuroit avec larmes : 
Le tout en vain* Plus, il eft en alarmes , 
* Plusl'autre rit Enfin le manant dit , 
Que îur ce Diable il h'avoit nu^ crédit. . ~ 
On vous le hape & mené à la pçtence. 
■ Comme il allok harangues l'affiftanee, 
• Néceflké lui fuggéra ce tous. 
11 dit tout bas qu'on battit le tambour r 
Ce qui fut fait; de quoi l'Efprit immonde 
Un peu furpris , au manant demanda : 
Pourquoi ce bruit?" Coquin, qu'entens- je là? , 
L'autre répond: c'eft Madame Honeila 
Qui vous réclame, & va par tout le monde 
Cherchant l'épouz que le ciel lui donna» 
Incontinent le Diable décampa, 
S'enfuit au fond dçs enjefs,, & conu 



4iff F AB Ï/É S 'fc II" 01 S I E S 

Tout le fuccèé qû'avoît eu fdft voyager 
Sire, dit -il, le nœud du mariage 
Damne auffi dru qu'aucuns autres états. 
Votre Grandeur voit tomber Ici -bas, 
Non par floccons , mais menu comme pluie ; 
Ceux que l'hymen fait de fa confrérie; 
J'ai par moi- même examiné le cas. 
Non que de foi la cfcofe ne foit bonne r 
Elle eut jadis un plus heureux dcftin : 
Mais comme tout- fe corrompt à la fin, 
Plus beau fleuron n'eft en* votre couronner 
Satan le crut:- il fut récompense, 
Encor qu'il eût fûn retour avancé. 
Car qu'eût - il fait ? - Ce n'étoit pas merveille* 
Qu'ayant fans cefle un diable à Ces oreilles, 
Toujours le même, & toujours fur un ton, 
Il fût contraint d'enfiler la venelle : ' 
Dans les enfers encore en change -t- on; 
L'aut/e peine eft : , à mon fens., plus cruelle.. 
Je voudrois voir quelques gens y durer. 
Elle eût à Job. fait tourner la cervelle* 

De tout ceci que ptétens-je inférer? 
Premièrement je ne fçais pire çhofe f 
Que de changer ion fogis çri priforir - ' 
En fécond lieu* fi par quelque raifbh 
Votre afcaidant à l'hymen vous expofev 
N'époufez point d'Honefta, s'il fçpçutr 
N'a pa$ pourtant une Honefta qui veuw 



*?©f 



LIVRE XII. 417 



^SSÈSSSSiaSBÊÈÊËÊÊSBÊSeÊÊÊÊË 



FABLE XXXII. 

I<9 Juge Arbitre y V Hospitalier , & tj 
Solitaire. 



T. 



rois Saints, également jalon* de leur falut, 
Portés d'un même efprit, tendoient au même but» 
Ils s'y prirent tous trois par des routes diverfes. 
Tous chemins vont à Rome : ainfi nos concurrens 
Crurent pouvoir choifir des rentiers différens. • 
L'un , touché des foucis , des longueurs , des traverfei 
Qu'en apanage on voit aux piocès attachés ; 
S'offrit de les juger fans réccanpenfe aucune, 
Peu foigneux d'établir ici -bas fa fortune* 
Depuis qu'il eft des loix, l'homme, pour fes péché*, 
Se condamne à plaider la moitié de fa vie. 
La moitié ? Les trois quarts , & bien fouvent le tout. 
Le Conciliateur crut qu'il viendroit à bout. 
De guérir cette folle & déteftable envie. 
Le fécond de nos Saints choïfit les hôpitaux* 
Te le loue ; & le foin de foulager les maux 
Efif une charité' que je préfère aux autres. 
Leè malades d'alors étant tels que les nôtres , 
Donnoient de l'exercice au pauvra Hofpitalier; 
Chagrins , impatiens , & fe plaignant fans cefle ; 
U a pour tels & tels un foin particulier , 

v Ce font fes amis : il nous laiiïe. / 

Ces plaintes n'étoient rien au prix de l'embarras 
Où fe trouva réduit l'Appointeur de débats. 
Aucun n'étoit content ; la fentence arbitrale s 

À nul des deux ne convenoit: 
. Jamais le Juge ne tenoit 

A leur gré la balance égale. 
De femblâbles dîfcours rebutoient l'Appointeur.' 
H court aux hôpitaux,, va voir leur directeur. 
Tous deux ne recueillant que plainte & que murmure , 
Affligés ,,& contraints de quitter ees emplois, 



*ig FABLES CHOISIES 

Vont confier leur peine* au filence des bois» 

Là , fous d'âpres rochers , près d'une fource pure , 

Liçù refpeflé des vents , ignoré du foleil , „ 

11* trouvent l'autre Saint, lui demandent confefl/ 

IL faut; dit leur ami, Je prendre de foi -même. 

• Qui mieux que vous fçait vos befoins*? 
Apprendre à fe connoîtrè eft le premier des foins 
Qu'impofe à tous mortels la majefté fupréme. 
Vous êtes -vous connus dans le monde habité? 
L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : 
"Chercher ailleurs ce bien, eft une erreur extrême. 

Troublez l'eau: vous y voyez -vous? 
Agitez celle-ci. Comment nous verrions -nous? 

La vafe eft un épais nuage 
Qu'slux effets du cryftal nous venons d'oppofer^ 
Mes Frères, dit le Saint, laiffez-la repofer; 

Vous verrez alors votre image* 
Pour .vous mieux contempler , demeurez aa défera 

Ainfî parlaie Solitaire.. 
Il fut cru , .l'on fuivit ce confeil falutaire. 
Ce n'eft pas qu'un emploi ne doive être fouffert. 
Puifqu , onplaide&qu , oameurt&qu , opdevientmalade, 
Il faut des Médecins , il faut des Avocats. • 
Ces feçours, grâce adieu, ne nous manqueront pas, „ 
Les honneurs & le gain, tout me leperfuade. 
Cependant on s'oublie en ces communs befoins. 
O vous! dont le Public empans tous les. foins, 

Magiftrats , . Princes K & Miniftres , s 
Vous, que doivent troubler mille acridens finiflres, 
Que le malheur abat , que le bonheur conbmpt, 
Vous net vous voyez point , vous ne voyez perfonne. 
Si quelque bon moment à ces penfers vous donne, 

Quelque flatteur vous interrompt. 
Cette leçon. fiera la fin de ces ouvrages : 
Pui(& -t-elie être utile aux fiécles à venir! • * ' 
Je la préfente aux Rois , je la propofe aux Sages : 

Par oit fçaurpîs -je mieux finir ? 
Un du,dûuzàm Lara & du qw^m$)fctmtVëmtê 



■j ',!■■' m h i " mu ' n 

AVIS DU LIBRAIRE. 

J E prens la liberté de joindre à ces Vers , qui me 
font tombés entre les mains , une Fable qui m'a été 
recommandée par un favsnt Abbé , comme affeé 
digne de voir le jour. L'on, n'y trouvera pas , m*a-t-il 
dit , les agréments qui couloïent fi naturellement de la 
plume de ta Fontaine % qu'on d'iroit quïtne s'en ap per- 
cevait point lui-même* Mais fi je ne me trompe , elle 
1er a pour tant reçue du public avec' indulgence , par le 
flyLeJïmple- dont elle eft contée , & fur- tout à caufe du 
fens moral quelle contient , lequel intèreffe & intèref- 
fera toujours les perfonnes jeunes y vieilles , de moyen, 
âge , de différent fexe , de quelque rang 6* de quelque 
condition qu elles foient. 



FABLE. 
La Cigale trouvée parmi une foule de Sauterelles. 



i3l7r le midi , dans le temps (i) 
Qu'aux moucherons chaflent les hirondelles , 
Un villageois chafToit aux fauter elles , 
Qui , fautant & voletant dans fes champs , 

Les tondoient à belles dents. 

Il les prend , il les empale (2) , 

Réfolude tout tuer. 

(1) C*eft-à-dire en été , <jue les hirondelles volant de tout 
cèics , tapent mouches & mouche: o m pour elles & pour leuri 
petits. 

(ij Pour entég.i!er la volaille de fa bafle-cour» a 



444 F A B L E; 

Lors fous la main lui tombe une cigale ; 

Et , tout prct à l'écrafer , 

D ? un ton dolent la cigale s'écrie : 

Confidérex , bon homme, je,yousprie, 

. ' Que je n'ai <Je ma vier 
Gâté vos fleurs , vos fruits , votre herbe , ni ros boisi. 
Pourquoi te trouvois-tu , reprit le villageois , 
En fi mauvaift compagnie (3) ? 

(l) Quelques perfonnes trou- que t'eft moi <jui ai mis ci 

vent à piopos que je me dé» vers cette Fable dont Efope 

date l'auteur de cette petite eft l'inventeur «comme on peut 

pièce de ver», pour empêchet le voit dans fa vie , r 

ou'un Editeur inlcnfé ne s'avi- pofée pai la fontaine , 

àt un jour de la donner à la *xxvj. 

fontaine. Je déclare donc ,pat t COSTE» 
Référence pout ers Mcificurs , 



conx* 
page 










/: 



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.' v^ 



TAELE 



T A B X E 

DES FA':BL E S 1 

t- '■ '■ '• - • • 

C O MT T r K tr É ff ' 

DANS LA SECONDE PARTIEL 

lu ' ssaasmmassssgssssssssm 

LIVRE SEPTIEME, 

faftîe I. ^^es minimaux malades de la Fejte, Pàgertf? 
table IL jLe mal marié, " " 16& 

FaHe III. Le Rat qui s'ejt retiré du mande» 1 7T 

Fable lV. Le Héron-, ; tjx 

Fable V^ La Fille , ^ 175 

Fable VL Les Souhaite, \ 17s 

Fable VII. La C<wtfȣfcff, "jfir 

Fable VIIÏ. Les Fauteurs & lès Pigeons:} ' 179 

FabîelX. LeÇoche (flaMpùehe y " i3r 

Fable X. La Matière Ê? fe Poe aa Labl 18^ 

FaHe XI. L* Curé fcf k Jft*. .184. 

Fable XII. L'Homme qui court après la Fortune; W 

V Homme qui ^attend dans fin Lit» ' y ' 185: 

Fable XIII. Ltt <fc«x Obpv * "' ' , . '"18» 
Fable XIV. L'ingratitude gf . FinjujUce des ; JÉBwimer 

envers la Fortune % ' *Lf& 



420 TABLE DES FABL'ES " 

Fable XV; Les De^mefejfes , ~ Page jgi 

Fable XVI. Le Chat i la Belette, & le petit Lapin, 

m 

Fable XVII. La tête fcf ta queue du Srçffo*, 195 
tfable XVlîî. Un Animal fans h Lune, .. 196 



as 



LIVRE HUITïFME. 

Fable ï. JL/a Mort 6? le Mourant* Page 199 

Fable II. Le Savetier £? le Financier , 201 

Fable III. Le Lion, le Loup (f k Renard, 203 

Fable IV. Le pouvoir des Fables, 204 

Pable V. V Homme ftf la Puce , 107 

Fable VI. Les Femmes & le Secret, . 208 

,Fable ViïrLe Chien qui porte à : Jbn cêîf If djmer de 
- fin Maître , * '209 

Fable VIII, Le Rieur fif les PoiJJbns, t - al 1 

, fable IX, Le Rat tf . Iffutoe , - • 21a 

Fable X. L'Ours 6f l'Amateur des Jardins, 21$ 

Fahle XI. Le* <fc«* Jmis , 215 
Fable XII. Le Cochon ,la Chèvre fc? le Mouton, 217 

Fatfe XIII. Tirets fcp Amarante , 21S 

Vdh/leXIV. Les Obféques delà Lionne, 220 

Fable XV. Le Jtof fif VÊUphak, , 222 

Fahle XVI. LHorôfcope, 223 

Fable XVII. Z'^/je £? te Cfe'e» , 227 

Fable X VIII. Le Sofia fc? le Marchand, 228 

Fable XIX. L'avantage oV /a Science, 230 

Fable XX. Jt^er fcf &r Tonnerres , 231 

Fable XXI. Le 7fatf<w ^ fe Chapon, 233 

table XXII. Le Chai & te Rat, . 23S 

Fable XXIJL Le Ter?** 6? & JWW**i " *37 

F^bleÇSty, VEducation\ 238 



- DE LA IL FARTlfc. w 

Fable iXV. Les deux Chiens &VAne mort, Page 23g 
Fiable XXVI. Démérite & les Abdéritains, 24$ 

Fable XXVII. Le Loup fi? le ChaJJeur, s 4a 



LIVRE NEUVIFME. 



Fable I. Jkzfe îïépojitaïre infidèle ," Page 24$ 

Fable II. Les deux Pigeons, K 248 

Fable 111. Le Si?ige & le Léopard, 251 

Fable IV. Le Gland & la Citrouille, . 252 

Fable V. LEcdm, le Pédant, g> le Maître d'un 

jardin, 254 
Fable VI. Le Statuaire £? h Statue de Jupiter, 

Fable VII. La Souris mitamorphqfée en FiUe, 257 

Fable VIII. Le~Fou~fui vend la SageJJe, 259 

Fable IX. L'Huître & les Plaideurs, ' tôt 

Fable X. Le Loup £f le Chien maigre, ±6% 

Fable XI, Rien de trop, 26$ 

Fable'XII.X,* Cfc?r#>, v 264 

Fable XIII. Jupiter £f k Paffaget, 26$ 

Fable XIV. Le Chat &p U Renard, • ' 266 

Fable XV. £e 'Abn7 k Femme, & le Volet» t 26S 

Fable XVI. Le Tréfor fcp les deuxHotomcs, - ' 269 

Fable XVII. Le Singe & le Chat, 27* 

Fable XVIII; Le Mmn & k Ktffigniï] ' ' 27* 

Fable XIX. £e Aijer fcf/w Troupeau, 273 



itt tfAïLÈ DES FABXES 

^— lui ■■ h .. i .r nwfra» 

^p< ^i i ■■■■■! I i h > nu » ^.«p—^— w^— mmm*^mm m ■ ' ■ * ■ T i i n 

^ LIVRE DIX IF ME. 

Fable IL JJLées deux fais, le Renard &p Jœuf, 

Page 275 
Fable II. L'Homme £5? & Couleuvre, - 283 

fable III, La Tort^ &? fer <fetfr Canards ^ &8tf 

Fable IV: Lw Pi^aw £5* le Cormoran, 287 

Fable V. L'EnfwijJevr & fon Compère, ^89 

Fable VI. Le Loup fip les Bergers, -290 

Fable Vil. JL^rdignée &f l'Hirondelle, 292 

Fable VIIL'Z.» Pm/râ: &f &r Ctyj-, 293, 

Fable JX l*e Chien- à qui en axoupéf les oreilles, 294 
Fable X'. Le Berger £s? le Roi , , 295 

Fable XI. Les Poiflons, & leJÏKgerqui jtue de k 
flûte, - 2ç-j 

FablcXII. Les deux Perroquets, M? Itoi & fon 

Fable XIII. La Lionne fcf Y Ours, . ,301 

Fable XIV. Les deux jtoariturieis & k Talis- 
man, 302 
Fable XV. Les Lapins, 304 
Fable XVI. Le Maxhanji, fc Gmtilhmme, k Pâtre, 
& ltfib.de RqÏ, 307 



LIVRE O NZ IF ME. 

Fable L JLf* Lion, Page 309 

Fable II. Lçs Dieux voulant vnftruin m fils de Ju- 
piter, , 311 
Fable IIL Le Fermer, k Ofci & fe Renard, 31s 



&& LA IL f A4* IR 47% 

Fable IV. Le Songe d'un Mabkart du Mogol , 

Page 315 
Fable V. Le Lion, le Singe (fies deux j&es, -317 
Fable VI. Le Loup & le Renard, 319 

Fable VII. Le.Palfan du Danube, 321 

Fable VIII. Le VwUard fcf les trois jeunes Hom- 
mes, * 324 
FablelX. La Souris §p le -Chat -huant, , 325 
Epilogue, 327 



LIVRE. DGUZIE'MJE. 

Vable I. 1 - JL/w 'Compagnons d'UlyJJe , Page 333 
Fable IL Le Chat ê? ^ &«* Moineaux , 337 

Fable 111. i)tt Théfaurifeur fcf^w Swrç*, 33? 

Fable IV. Les deux Chèvres , 340 

Fable V» Le vieux Chat (f la jeune Souris j 34* 

Fable-Vl. Le Cerf malade, 343 

Fable VU, La Chauve - Souris, le Buijfon & le Ca- 
nard, 344 
Fable VIII. La querelle dès Chiens- & des Chats, & 
celle des Chats & des Souris, 345 
Fable IX. Le Loup &p le Renard, 347 
Fable Xw LEcreviJfe y fa fille , 3 50 
FaMeXI.I/afefeÉ?fc.J»,. « ' 35i 
Fable XII. L* Roi, le. Milan & le Chaffeur, 353 
Fable XIII. Le Renard * fcr Jfmto, £# fc i#- 
*•#»> * 356 
Fable XlV. Tjimw fcf Za Fo/fe , 358 
Fable XV. Le Corbeau, Ja Gazelle, la Tortue. & le 
Bat, 359 
Fable XVI. La Forêt fcf le Bûcheron , 363 
FaUeXVII. Le Renard, le Loup & le Cheval, 



'«s* TABLB DÉS f ABLËS DE LA II. PARTIE. . 

Jftble XVUI. Le <Re/kwtf b> les Poulets tlnde, 

. Page 365 
Fable XIX, Le Singe, 366 

fable XX. Le Phikfpphe Scythe , ^ $67 

Fable XXI. VElépltant & le Singe de Jupiter > 369 
Fable XXII. Un Fou & un Sage , 370 

Fable XXIII. Le Renard Anglois, 371 

table XXIV. le Soleil & Grenouilles , - 373 

FaÙeXXV. L'Hymenée & V Amour > 375 

Fable XXVI. La Ligue des Rats , ' 377 

Fable XX VU. Daphds & Alcimidure , 379 

Fable XX VIH. Philémon £? £aw* , * 381 

s 

Philémon & Rancis , Ç Sujets * tirés des J 
Fable XXIX. Les Fêles <MétamorphofesV 
de Minée, ^d'Ovide. 3 3^7 

Fable XXX* L* Mtfroft* fEphèfe , 403 

Fable XXXI. Belpheger, Nouvelle tirée de Machia- 
vel, 4°8 
FableXXXlLl*3%^fov, THoffràlier, &* 
Solitaire^ ~ 417 

Fin de (a Table de la féconde Partie. 















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