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Full text of "Fin du répertoire du théâtre français, avec un nouveau choix des pièces des autres théâtres"

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/ ; 



^ 



FIN 

DU RÉPERTOIRE 



BV 



THÉÂTRE FRANÇAIS. 



34. 



»M«%W^« 



SENLIS, 

IMPRIMERIE STÉRÉOTYPE DE TREMBLÂT. 



^ Printed in ï^mnce. 

A 



( 



FIN 

DU RÉPERTOIRE 

THEATRE FRANÇAIS, 

AVEC UN NOUVEAU CHOIX DES PIÈCES DES AUTRES 

THÉÂTRES , 

ba8ssmbx.£e« pae m. L£P£INTR£. 
VAUDEVILLES. — TOME UI. 




A PA.RIS, 

CHEZ M"ΠVEUVE DABO, 

A LA UBBAIBIB flSiBionPB,'mïE DU FOr-DE-FEB , n<^ l/^j 



>v\V/ 



:.:iART 







.À. ; 



K 




I ; \-iA AND 



PIERRE, 

PAUL ET JEAN, 

COMÉDIE EN DEUX ACTES , 

MÊL^E DS VAtlUSVILLES, ^ 

Pak mm. SEWRIN et OURRY ; 

Bepnétaitée , ^potBt k première fois, sur le théâtre 
du VaoaeyiUe » le 3 novenabre i8ai» 



F. Tan^leTlIlts* 3* 



•■Mapa 



PERSONNAGES. 



LE GÉNÉRAL BUISSON. 

PAUL BUISSON, fabricant à Quimper. 

BIBI, ■_ \ . . t 

ALISON, } 

PIERRE BUISSON, fermier. 

MARIE-JEANNE, femme de Boisson. 

TIENNETTE, fille de Buisson. 

M. VERRÀDEC. 

M"* YERUADEC. 

HENRI, leur fils. 



PIERRE, 

PAUL ET JEAN, 

COMÉDIE. 

acte: PilEMIEIt 

le tKéâbre Kpiaiseole , à «Iroite êa spectateur , une 
cbaiioiière avec une grange ; à gauche , les bâtimens 
d^une fenne , avec cette affiche sur la porte : Petite 
F^rme à t^endre ; dans le fond y une mamn foomr- 
ge«se , dont tous les volets , peints en vert y son 
fermés ; on voit sur b porte cette a0tche : JoUe 
Maison bourj^ernse à vendre^. 



SCÈNE ï. 

TIENNËTTl» seule, et iitant avec un rouet 
devant la porte de la ferme. 

(EUediante , en fifeat , une ancienM chanson conniio 
iODs le nom de la Pastourelle du duc de Brahant,) 

JiiN revenant de Nivelle 
Monté sur mon palefroi , 
Rêvant a je ne sais quoi , 
Rencoutre aaejnstoureDe. 



4 PIERRE, PAULET JB^K. 

Je Taborde poliment j 
Descendant de ma monture , 
Et lui fais un ooropfiment 
Convenable à Payentnre ; 
Hais eUe , d'un air mutin , 
Me répond : « Que Teut-il dire ? 
.a Passez vof chemin , beau sir 
« Passez Tof chemin. » 

SCÈNE II. 

TIENNETTE, HENRI, en pcHt habit 4e 
de chasse , avec son fusil et sa gioeciére. 

{Henri parait dans le fond ; il aperçoit Ttenndte qui 
file et chante, il s'arrête pour Pécouteri il s^ayance 
sur la pointe des pieds, et arrivé auprès de Tiennette, 
U lui dérobe un baiser tout à coup. ) 

TIEITNBTTE jette UD Cri. 

Ah !... C'est bien mal à voas^ Monsieur, 
de preodre com* ça le m ou de en traître ! 

9 E If B 1 5 voulant lui baiser la main. 

Ma chère petite Tieonette !... Pardon! 

xiBiffliETTEs Utt donnant qn coup de qucnouiHe sur 

les doigts. 

Laissez- moi , Monsieur... Tous allez cm* 
brouiller mon fil... Finissez , ou )' vas vous 
dire comme la chanson : 

« Passez vot^ chemia , beau siie> 
n Passez Tot! chemin. » 



ACTE ï, SCÈNE IL 5 

BB5BI. 

Ah ! TOUS m'aimez trop pour que cela 
s'adresse à moi. 

TiENNETTE, se levant ' 

Je TOUS akne ! Par exerape, n'ayez pas 
d' ces pensées -là 9 Monsieur... Yous sayez 
fort bien que je n' dois pas vous aimer et que 
)e n' vous aime pas du tout, du tout, du tout. 
C'est vrai ça... Sî nion père vous entendait, 
il croirait que.... Allez-vous-en, M. Henri, 
i' TOUS en prie , on m'a défendu d' vous parler. 

BE5RI , la regardant d^an air sopplîant pour rester. 
Ma chère Tiennette ! 

TIENNETTE. 

Mais , mon Dieu ! quelle familiarité ! Ma 
chère Tiennette !... Je n' suis pas vot' chère 
Tiennette, Monsieur... A la bonne heure sî 
fdevais vous épouser, j' vous appellerais aussi 
«mon cher Henri!... » Mais vous êtes ben sûr 
en vous-même que je n' serai jamais vot' 
femme... La fille d'un fermier d' Basse-Bre- 
tagne n'épouse pas des mcssicux d' la ville. 

HENRI. 

AIR : Parmi les filles du canton^ ( De Joconde, ) 

Ah ! revenez de cette erreur, 

Et regardez-moi sans rien craindre ; 

A la ville on est connaisseur , 



G PIERRE, PAUL ET JEAN. 

Vous auriez grand tort de vous plaindre | 
Vos grâces , vos naîssans attraits 
T recevraient un juste hommage : 
De la ville on vient tout exprès 
Pour chercher des fleurs au village» 

TIEWITETTE. 

Tout cela est bel et beau^ mais vos parens 
sont ûers , ils sont riches... Nous n'avons pas 
grand' chose y nous... Ainsi, allez-vous-en , 
M.'Henri, allez- vous-en. . . Je crains toujours. . • 

Oh ! n'ayez pas peur. .. ( // tire du gibier de 
sa gibecière. ) Si votre père sait qae je vous ai 
parlé , vous lui direz qu'en revenant de la 
chasse , et en passant par ici ^ je vous ai priée 
de lui remettre quelques pièces de gibier... 
Tenez y ces deux bécasses... 

( Il ks pose sur la chaise de Tiennette. ) 

TIBNNETTE. 

Des bécasses!. . . quelle idée, par exempc! . . . 
!Est-ce que nous mangeons des bécasses ?.... 
M. Henri, reprenez vos... [Elle entend quel" 
gu^un. ) O nion Dieu ! sauvez-voos» on nous 
surprendra encore ensemble , et pais je serai 
grondée. 

BEIfBI. 

Grondée ! oh I ea ce cas , je tous quitte. 
Adieu , adieu , ma bonne petite Tiennette... 

( n lui baise une inj»in. ) 



ACTE I, SCÈNE HT. ^ 

ktn : Mon galoubet. 

Pensez i moi ^ Çeu, ) 

Ma Tiennette , mon bieo iuprâne 1. 
Si quelqu^UD , youj offrait sa foi , 
Vous dit y dans son délire extrême , 
Qtt'on ne peut aimer plos qu'il n'aùiie..., 

Peiiaez à moi i r^ig^ \ 

(n «'en Ta en oooraat. } 

TiEirifETTE, de loin. 

^h bien ! M. Henri ?... Et vos bécasses ?..^ 
Allons 5 il n* m*écoute pas. 

(Pierre Buisson , son pérc, entre an moment où elle 
tient encore les bécasses suspendues à sa main.Comme 
Ijennette se retourne, elle aperçoit tout à coup son 
1^ , ci elle ne sait plus quelle contenance iaire. } 

SCÈNE III. 

TI^NETTE, PIERRE BUISSOIf. 

PIE»>E. 

En bien !... qu'cst-o' que c'est qa'pa ? 

I 

TlBVlfBTTe^ embarrassée. 

Ça , mon père P.,. C'est. .• c'est des bécasse» 
y»c M. Henri, qui passait , m'a dit de vou»^ 
donner... l\ parait qu'il a fait bonne cbaise. 

PIEBRE) ironiquement. 
Oui !... Il a fait bonne chasse! 



8 PIERRE, PAULET JEAI?, 

iLiR : Traitant V Amour sans pitiés 

Je sais qu'il est not^ voisin , 
Qu^il possède un beau domaine , 
Et que souvent dans la plaine 
On Tapcrcoit drès V matin. 
Mais j* crois que Pgibier qu'il guette 
IS'est qu'un' gentille fillette ; 
Et sais-tu c' qui m'inquiète ? 
C'est de voir que , par malheur , 
Le gibier , dans cette terre , 
Devient assez téméraire 
Pour ^Itçndire le chassçur, 

TIENNETTE. 

Mon père, j' lui ai bien dcfeDdu de m* par<« 
1er davantage, 

PIERBB. 

Et G*e9t ce que Ui peux faire de mieux; car 
M» Henri n'a pas du tout envie du manage. 

TIEJfHBTTE. 

C^eat-à'i'dire y mon père... Je suis bien sûre 
quMl le voudrait, lui; mais ce sont ses pareas 
qui n' voudraient pas d' moi, 

•Et c'est tont simple... M. Henri t*ahne , 
parce que vous êtes du même âge , du même 
endrait, et que vous avez été élevés ici pxes-« 
qn'cnsembe ; mais monsieur et madame Ver-* 



ACTE I, SCÈNE III. 9 

Wec doivent trouver mieux qu' toi pour leur 

fils. 

Mieux... pour la fortune... oui; mais du 
ivste, j*ai bien aussi mon petit mérite. De- 
Diaadez plutôt à M. Henri. 

AiB : J*a9ais employé la dwceur. 

Il s'y cottnsdt , el bien souyent 

Il m'a dit : « Ma chère Tiennette , 

» Je préfèr^ ton minob piquant 

> A la beauté la plus parfaite «<• 

» Pour mon bonheur , je trouve en loi 

» Tout ce qui peut diarmer et plaire. » 

PIBREE. 

Ah ! H fa dit cela ? 

TIENNBTTE. 

£n conscience , était-ce à moi 
De lui soutenir le contraire ? 

PI«BRE. 

Tws-toi , car v'ià ta mère qui n' badinerait 
l»« là-dessus. 

^Twimclte court se remettre à son rouet , et Pierre 
cache les bécasses dans sa poche. ) 



SCÈNE IV. ■' 

LES FsiçÉDEiis, MARIE-JEANNE. 

- HABIE-jEiHIfB. ' 

TiB!nraTrE?...Tiennftlte?...Ehbier»lqu'esi- 
c' qu'elle fait , c'te p'iîte fiUe? Dopuis mu 
heure je la cherclie. ■* 



Ali I te v'ia revenu , 
bien ! qo'eat-c' que l'a dit 
TU des acquéreui 
«'trouve pas d'not'pelil 
vaut, fiiudra 

diable 1 quatre graadi 
et son Ëlat perdu 1 
Tuillc) on s' donne^ 
crédit, les fonds 
les OUI 

pourtant qu<! Icsi 
quefois exposer 

là... J' 
a plus 
n' ïeuJonaj 
dessus, et 




ACTE I. SCÈHE IV. ,i 

M4' toiles f>eiutes à Quïmper, ne manquera 
pi|Ou|e d' m'appelle poiat Marie-Jeanue. 

PIBKKE, traosport^. 

Embrasse-moi , ma braTc Temme!... Ab! 
•tel d' bonne soncht 




lo PIERRE, PAUL ET JEAK. 

SCÈNE IV. ' 

LES PBicEOENS, MARI E-JEÂN N £. 

MABrE-rJEANlfB. 

* 

TiE!mETTE?...Tiennfilte?.., Ehbîen! qu*est- 
c^ qu'elle fait , c'te p'Ute fille? Depuis ua« 
heure je la cherche. 

PIEBBE. 

Tu vois qu'elle est à son ouvrage. 

MARIE-JEANNE. 

Ah ! te v'ia revenu , notre homme !... Eh 
bien ! qo'est-c' que t'a dit le notaire ?... A-t-il 
TU des acquéreurs?... Je t'en préviens, s'il 
n' trouve pas d'not'pelîte ferme le prix qu'elle 
vaut) faudra aviser à un aut' inojen pour 
venir au secours de ton frère Paul... le pauv* 
diable! quatre grandes filles bonnes à marier, 
et son état perdu I. .. V'ià c' que c'est ! Un tra- 
vaille, on s' donne ben du mal, on liirrc à 
crédit, les fonds n' rentrent pas, faut payer 
les ouvriers,... et avec quoi?... C'est com' ça 
pourtant que les plus honnôtes gens sont quel- 
quefois exposés à...Maié, Dieu merci, j' pense 
com' toi, notre homnie... Nous ï tirerons de 
là... J' n'ons qu'un enfant, il en a quatre, il 
a pl^s besoin qu'nous.... £h bioni si je 
n' vendons pas la ferme, j'emprunlerons 
dessus, et la maison de Paul Buisson, fabri- 



ACTE!, SCÈNE 17. it 

eantd^ toiles peiutes à Quioiper, ne manquera 
fa», ou je n' m'appelle point Marie- Jeantie. 

FIEBRE9 transporté. 

Embrasse-moi , ma brave femme !... Ab ! 
c'est d^ bonne souche , ça ! 

MAaiE-JEAlTNE, 

Et j* m'en vante ! ( En se retoarnant , elle 
wî Tiennette qui s'essaie les yeux avec son ta" 
i^.} Eb bien !... qu'est-ce quêta as donc> 
toi? 

TiEiriTETTE, le cϞr gros. 

Kien , ma mère. 

MARIE-JEANSE. ' 

Tu t'essuies les yeux. .. c'est que tu pleures. 

TIEHVETTE. 

Hais dam^ ^ aussi , c'est tous qui m' laites 
pleurer 9 ma mère»., avec tout c'que tous 
dites 1% de mon pauvre oncle... Jç suis bien 
naibeureuse de n'être pas ricbe, tous Terriez. 

MAAIE-JEANITE. 

£til faut pleurer pour pa, petite bête! 

BiEtas; 

EU' tient d' toi... «Me a bon ootiir... 

MABlE-KlBiLil9X, à^et effusion. 

Dis doQG, dû doiicy n^tre li»iiime... Si 
}' Teadona la ferme , est-c' qoej' serons pltia 



la PIERRE, PAUL ET JEAN. 

mal que j' n'étions il y a ringt-cînq ou trente 
ans ?... Eshc' qu'il n' nous restera pas encore 
c'te grange et c'te chaumière où feu ton père 
nous a mariés... où j^étions si heureux? 

^ 1 E B & E 9 coutemplaDt la chaumière. 

Eh ! mon Dieu , oui ! C'est là-dedans qu'il 
nous a tous élevés, moi, mon frère Paul, et 
ce pauvre Jean!... qui est parti si jeune, et 
dont j' n'avons pus entendu'parîer... Tu n'I'as 
pas connu ^ toi , not* frère Jean. 

MÀEIE-JEAIÎ5E. 

O que si, que si!... J'étais hen petite; mais 
je r vois encore avec sa veste rouge... ses 
cheveux blonds comme de l'or... et son gros 
cataugan... qui m' fesait rire I... 

PIEBBE. 

Qu'est-il devenu ? 

MABl£-JEAKJï£é 

Ah 1 il s'est passé tant de choseSi jlc depuis... 
Ne pensons plus à tout cela. Tiens, songeons 
à ceux qui restent, à ton frère PauU qu'il f^ut 
d'abord tirer d'embarras. 

PIEBBE4- 

T'as raison , c'est 1' pua {HrœSé. 

VABIE-IEAirnS* 

r m' vient une idée !..• Monsieur et ifia- 
dame Yerkadec» nos toisins^ sont d'yieul 



ACTE I, SCÈNE IV. i3 

richards qui ont des écus... Si j' leu' d'inan- 
(EoDs d'nous prêter une souime par iinpo* 
tcque sur tous nos biens ? 

PIEBRE. 

Dam* y essaie ; car , moi , je n'oserais pas. 
TiEWBTETTB, se levant. 

àiA : De la blonde à là brune. 

Quelles craintes 'Sont les vôtres ? 
On peut bien parler , je croi. 

MARIE-J£ANN£. 

Cest vrai \ pariant pour les autres , 
On est pus z^hardi qu^ pottr.soi; 
Sur ce mdtif quand i^toi' fotfdk ,' ^ 
Rien a^st capab' de m' trbubler ; 

£t, voulant servir ^ la' ronde 

Ceux qui craign^ de parler , 
Moi , )e suis bon avocat : 
Quand il y a qneuq^ <l|^bat«. 
Je me sens en état 
De parler pour tout V monde ! 

riE&RE. 
C'est qu'i' n' faudrait pas l'en défier/ 

MABIE-'JEÀirNE. 

Tiens, les T'ià justement... Attends ^ at- 
tends , tu vas voir. Sois bien^ po|i t notre 
^omme, entenfis-lu? 

p. VauiféViÛcs. S; a 



,4 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

SCÈNE V. 

LES PEÉCÉDEKS, M. ET M»« VERKADEC. 

(M. et maflamc Verf^éc, jwrsontt&ges grotesques, 
costumes du vieux tems; ik an-ivcu? en se tenant 
par le bras. Madame Verkadec porte un grand ri- 
dicule et uo parasol. ) 

M. ET M"* TERKADEC. 

AIR : no I ^e V Héritier de PaimpoL 

Le beau pays que la Bretagae 
C'est un air pur !, .. un ciel scrrin ! 
JVime surtaux à 1» campagne 

La promenade dtii matia 1 

MARI B-^ E A.î« » 1. - 

J' somm' vot' set-vafite , ManSîeuf èl^ Ma- 
dame. Tiennette» offrez dc^nc mcrlre chaise à 
madame Verkadec. » * 

Merci , «aofci , 1*- bpn.o« fef^mc^» , 
M. VEREADECi à T4ewttcttc quUpporte sa chaift. 

Ne to«3 dérangez pa»» ma p^ite, qouinc 
Toulons pas ï>ous asseoir. 

m"*" terkadec- 

Iiou8 marchons pour notre santé. 



ACTE î, SCÈNE V. i5 

Savez- VOUS 9 la bonne femme, si quelqu'un 
l'est présenté pour acheter notre maisou ? 

( Ik indiquent celle au fond. ) 

MARIE-JEAIfNE. 

mon Dieu , personne... G*est comm**^ 
ions, not' ferme... à moins d' la donner pour 
lien, j' crois que nous serons forcés de la 
prder. 

M. TERKADEC 

À.hl... mes amis 9 rarg;ent est rare. 

MARIE-JEANNE. 

Rare... pas pour tout le monde ; et si 
loQsîeur te Touiait bien , î' n' sVait pas em- 
barrassé de nous prêter là-dessus... dix mille 
iiocs. 

11"^ TEBKABBGy bas à son mari. 

Ne TOUS ayisez pas de cela , entendez-?ous? 

MARIE-JEANNE. 

/ 

Quand on est riche, c'est si doux d'ren- 
^ service I 

n. TBBKADEG. 

* Riche ! riche 1 Tous tous trompez , ma 
hinne amle^ oons arons des charges, beau- 
coup de charges ; demandez à ma femme ; 
àt% Don-raleurSy des rentes mal servies, des 
fermiers qui ne paient pas, la grêle,, les 



i 



i6 PIERRE, PAUL ET JEÀlf. 

orages , le diable ! Madame est là pour tous 
le dire. 

m"*' TEftKADEC. 

C'est Trai. 

PIEBRE. 

Tout r pays assure pourtant qu' vous êtes 
joliment à votre aise. 

M™* verkàdec. 

Le pays... le pays ne sait ce qu'il dit. 
M. Verkadec3 allons au labyrinthe. 

PI erre 5 â sa femme. 

T'as ben réussi , toi , avec tes politesses. 
( Haut à M. Verkadec , et cCun iir un peu 
piqué, ) y vois 5 Monsieur , qu' vous avez peur 
de comprometlTe vos fonds; vous avez tort; 
et j' suis ben sûr qu' monsieur Tot' fils, s'il 
était à vot' place , ne se serait pas tant fait 
prier. 

M'°' TERKAUBG^ Se retournant vivement. 

Mon fils!... Je trouve bien singulier que 
vous mêliez mon fils dans une affaire pareille! 
Est-ce qu'il vous a jamais donné à penser 
qu'il eût d'autres sentimeus que les nôtres? 

PIERRE. <• 

Dam' y Madame y quand i' vient nous par* 
1er.... 

M"^ VERKADEC. 

Est-ce que mon fils vient vous parler ? 



ACTE I, SCÈNE V. 17 

PIERRE. 

Mais j* croîs- qu'il n'est poiot déshonoré 
pour ça. 

V. YERKADBC. 

Non, mon amî.. . mais chacun doit se tenir 
à sa place , et ce n'est point ici la sienne. 

PIERRE. 

Ah?... en c' cas, dit'-Iui vous-même quT 
icrerienne pusVôder par devers cheux nous; 
et... tenez... rendez-lui ses bécasses.... {il 
ks tire de sa poche ) qu'il a apportées encore 
ic' matin là... à not'fiUe. 

I. TERKADBG, tenant Ics bécasses H regardant 

sa femme. 

Des bécasses ! 

hf^^ TERKADEC. 

Cela n^est pas possible ! 

PIERRE. 

Non ... {Il va chercher Tienneite , et C amène 
devant monsieur et madame Verkadec. ) Viens 9 
loi... et parle , je te l'ordonne. Qu'est-c' qui 
est venu ici c' matin ? 

TIEVNBTTB, déconcertée.' 
Qui... qui... mossîefi Henri. 

M. ET V""* TERKABEG. 

Benri! 



r6 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

PiEKBE^ à sa fille. 
Après ? 

UAEIE-JEANITE. 

Oui, oui.... aprè»? Dites tout> Mam'selU 

T1B99ETTE. 

Eh bien ! j' dirai tout , y'ià tout : 

▲im : de PréyiUe. 

En traTaîlIant, je chantais pour m^ distraire. 

Quand tout à coup je Fai vu , ce matm , \ 

Auprès de moi s' glisser avec mystère : 

J^ lui dit alors de [lasser son chemin. (Bit. } 

Il nVn lit rien , puisqu'il faut que j' Tavoue ^ 

Je V croyais loin , mms le petit sournois 

S^est ayancé soadain en tapinois... 

Il m'a donné deux baisers sur la joue... 

Mof , j'ii ai donné deux bons coups soi les doigts. .. 

TOUS. 

Deux baisers !... Après ? 

TIEKNETTE. 

Après , il m'a appelé sa chère l^iennette I 
Je lui ai dit que si c^était pour le mariage, à 
la bonne heure , mais que... 

M. TEEKADBG. 

Le mariage ! 



ACTE r, SCÈNE V. 19 

AI a : Vaudeville de la partie carrée. 

Un écolier » dans m folle tendFesse , 
Parie déjà de s^unir sans retour ! 
Grâce aux écarts dHioe areugle jeunesse , 
Les moeurs chez nous se perdent chaque jour, 
rai pu jadis , dans mon humeur gaillarde, 
A maint tendron conter quelques douceurs.. •• 
Mab l'épomer !... ah ! je n^aurais eu garde..» 
Par respect pour les mœurs. 

m"»* T2&K.ADEG. 

Nous saurons bien empêcher de pareilles 
liaisons ; et aujourd'hui même M. Henri 
partira pour Rennes. 

TIB1V77ETTE, à part. 

Qu'entends-je ? 

MABlE'JEANir £. ^ 

De pareilles liaisons!... Eht mon Dieu 1 
Madame 5 il n* faut pas non pus avoir l'air de 
tant i-abaisser le monde ! tous n' savez pas 
cocore si j' voudrions d'vot'fils pour not* 
gendre. 

m"** verra DEC. 

Là, là!... la bonne femme! vous oubliez... 

M A E I E- J £ A lî N £ 9 sVniportant. 

La bonne femme rf'est pas bonne du tout 
quand on la prend du mauvais côté. 



ao PIERRE, PAUL ET JEAN. . 

M™' VERRADEC. . , 

SaweZ'UOus ben qu'à la parfin, ( De la Dat^ ] 

Ah ! c'est trop fort , en vérité ! 
Du respect sans crainte on s'écarte î 

MARIE-JEANNE. 

Tant pis pour qui s^ croit maltraité ! 

Mais tout c'que j'pense... il faut qu'ça parte ! 

M. YERKADEC. 

Respectez-nous , 
Entendez-vous ? 

^ MARIE-JEANNE. 

Jamais je ne m'arrête , 

Un' fois qu'on m' mont' la tête. 

PIERRE. 

Avec elle, il faut filer doux. 

TIENNE7TE , 4 sa mère. 
^ ._ Apaisez-vous ! 

MADAME VERKADEG , à son miri. 

Poursuivons notre promenade ; 
Que venions-nous chercher ici ? 
Pour deux mois je serai malade 
De m'cntendre traiter ainsi. 

MARIE-JEANNE. 

Oui , poursuivez vot' promenade, 
Au lieu de nous traiter ainsi ; 
Dussiez-vous en dev'nir malade , , 
Vous n'auriez pas 1' dernier ici. ^ 



ACTE I, SCÈNE V. ai 

M. VERKADEC, à «a femme. '''*- ' 

llab pourquoi donc vous compromettre ? 

Pourquoi vous mettre 
Eu courroux contre ces geus'-là ? 

PIERBS ET TIEVKETTE, à Marie-Jeaolie. 
Afa ! calme , calme ta colère ! 
Ah l calmez , calmez vot^ colère ! 

Il ne faut pas, < , ' 

(ma mère, 

Te ) ' 

Vous \ cl^agriipeï d^ tout cela. 

M. VERKADXC , à sa femme. 

Madame , cette indignité 
Est votre faute , en vérité . 
Contre eux Tous êtes en fiirechr : - 
Pourquoi leur faire tant d'honneur? 

MARIE-JEANNE. 

Faut que je me retienne, 
Car pieux chanterais une antienne!... 

Biais jVeux en ce moment , 
JVeux m^expiiquer tout doucement 

MADAME VERKADEC. 

Ah ! c'est trop fort , en vérité ! 
Du respect ainsi Ton s'écarte ! 
C'est vraiment une indignité ! 

MARIE-JEANNE. 

Tant pis pour qui s'croit maltraité ! 
Hais tout c'quc j'pense... il faut qu^ça parte ; 
Et je dis tout' la vérité ! 



89 PIERRE, PAUL ÇT lEAIT. 

M. V£11KADEÇ,> ta icosma , PISK&S ST TXS1VNETT& 

à Marie-Jeanne. 

Afoins de vivacité. .(^^'0 

(h. ft madame Yerladec sortent.) 

SCÈNE VI. 

PIERRE BUISSON, MARIE- JEANNE, 

TIEXNEXTfi. 

(Tous trois Mat atterrés de la scéae qui viçiit d^ayoïf 

Meu. ) 

PIBREE. 

Eh bien? 

MAEIE-JEAirifS. 

Ne m*en parle pas... j'en suis.*. 

TIEirifBTTB. 

Et moi donc?... J* suis bien fôchéequ'roas 
TOUS soyez fâchés!... si j'avais su... je n'au- 
rais rien dit du toat. 

MAElE-JEAIflTE. 

Ce qui est fait est fait. 

FIEEEE. 

« 
AIR : Des Landes. 

Oui ; raais, diaprés c'tebisbîQe, 
L^insratîel est que leur fib 
N^ vienn^ pus acostcr nof fiQe... 



ACTE i, S€ÈKE VII. • • a3 

Poisqu'iU ont tâSl de lif éj^rk î 

(a TîtllHetttf. ) 

ht foi V ne «dis |iio ii boirac , 
'£Bteiids-lu y ma dière enfam. 
S'il y revitnt ,v)e:t?oid[oiniie 
Pe tn'9Vj»^>siNr*le^€hafBip. 

Éù c* tâi îà , 
Tvom avertis qae le v'ià. 

SCÈNE Vlli 

^ LES i»RBGéDENS, HENRI. 



■ e ^ j? « 



B E ir A I , accouraot et parlant tréf-vite. 
' M. BLïssoNVitt* ^isspii î 

PIEBRE ET MABIE-JEANNE. 

Coouneot! c*est cncote Tt)us, Monslear ? 

HENlily très-vftc. 

Oui , oui , je sais tout, j*aî tout entendu... 
Mais c'est égal.,,. Je YÎcns vous dirç que tout 
à rheufe, \iû générât... fe i^é Bais pâs i^on 
nom... est arrivée dans- 1^ vîU<^e... ii a un bel 
habit, des. épaulel-tes , et trojs^, ou quatre 
croix..!, il a rcncoalre.mgn père et ma mère, 
ils se sont salués; le gèncrtilleur a dît qu'il 
venait pour voir dcSbîetJS ^ui étaient à vendre 
dtû^hffkjBi m^fi p^re a parti aussitôt de 



a4 PIEftRE, PAUL ET JEAN. 

sa maison , de celte loaifioar Jà... (IL indiqué 
celle du fond, ) Mais comme ma mère est fâ- 
chée contre yous^ o» rt'iai point parlé de yotre 
ferme , et je voua en averti», afin que si vous 
avez toujours envie: de la Tendre , tous ne 
mniquiez pas une sr banne ocGasion..^. un 
général ! Çi^,.p«iie bjcip î.^ A4*l^ , M. Buisson, 
je me sauve; ne dites pas qtje. c'est moi qui 
vous ai prévenus.... Adieiu, ^mademoiselle 
Xiennetle. . . : y . ii,. 

TIEN NETTE. 

Adieu, M. Henri. ' . ';; ; ' 

(Il s'en va en courant. } 

SCÈNE vm. 



PIERRE BmSSO'N, MARIE -JEANf^B 

TlÉirNEl*rE. ■• ■'•■ ■ 



9 



^ * \t ".» 



».4 *-,^ ** 



X;Ç.IfTïETTE^ 



Ce bon jeune hon>me !,cpn venez, ma mère, 
qu'il est bien servia1>le." 

Opi, q'ejsjt une attention jï sii pari-. 



é • « 



• Pilotons toujours de l'avis; viens ,Tien- 

ueltei viens ranger tout dans là fi;rrae. 

.. , -. . . ' » ' 

PIERRE^ 

> . . < 

. Oui , qu' ça puisse dqnaer.daus l'^ildec* 



ACTE I, SCÈNE IX. d5 

ftoéral... et moi , y yas V guetter pour le faire 
«ûtrcr. 

( Marie- Jeanne et Tiennette rentrent. ) 

SCÈNE IX. 

PIERRE BUISSON, LE GÉNÉRAL 
BUISSON, M. VERKADEC, UN 
VIEUX DOMESTIQUE portant ungros 
trousseau de clefs. 

M. YBRKADEC* * . 

Par ici, mon Général, par ici... {Au vieux 
éomestique, ) Thomas, ouvrez vile les portes, 
les fenêtres , les volets , ouvrez tout, 

(Le vieux domestique ouvre la porte de la maison do 
fond ; il entre , et quelques instans après on le voit 
ouvrant les fenêtres et les volets du haut, 

riEi B E 9 à la vue du Général ,. àte son cht^eau et 

dit à part. 

Il a une bonne phy^*onomîe. 

LE GBifÉAAL salue aSectueusemeul, Pierre et dit à 
part à M. Verkadec. 

Duel est cet homme ?, 

* - ' • ..■":'■■.■. 

Un ,V£RKàDEC. ; ^ 

Oh ! c'est un petit laboureur de l'endroit.A 
qu'on appelle Pierre Bui^soQ. 

as G B N B a A L fait un nit)uvçto(6nt. 

Pierre!.,. ^ 

F. y aude villes. 3. 3 



a6 PIERBE, PAUL ET JEAN. 

If. irEB«âDEC» 

Oui, ne faîtes pas attention , mon Général 
et vénéï voir... . 



LB GénÉftAL. 



J*aime ce pays ! 

M. Verkadeg. 

Votis êtes donc décidé, Général, à tous] 
tiier ? 

LE GENERAL. 

Oui 5 c'est mon projet. 

AiA : Vaudeville de Turerme, 

Je crois que ce Keo solitaire 

Aura pour moi bien des attraits ; 

C*e$t lorsque Toa a fait la guerre , 

Qu'Où sebt tout le prit de la pait. 
• Coiïtr« ttu. danger qui m'îoquiéte 
Je dois d'ailleurs m'assuter un abri ; 
Car l'âge vient ; c'est le seul enncoH' 

Qui uoQs oblige à la retraite. 

H. Veb&adeg. 

i 

Mon Général... Tair est excellent â^ini ce 
pays 9 nous y tftons deliE' centenaires ^ Fan- 
.cieli bedeau et le makre d'école. 

Ah^oh'f,.. le maître d'école yU encore... 
j'ai habité autrefois ces cantons... Tout est 



ACTE I, SCÈNE IX. 37 

Wa changé depuis trente-septt ans* Je n'y 
ncoanais plus rien... ces maisons-là n'exis- 
Iskûi pas. 

M. TERRADEG. 

Mon Général ,' il n'y a que huit ans que la 
sienne est bâtie. 
{Pemlant cette scènç^ Pierre a pris un balai, etU 

cpousselte les toiles d^araignée du devant de sa 

saison : il est censé ne pas entendre tout ce que 

dit le Général.) 

u GÂififtAty portant ses regards du côté de la 

ferme. 

Qu'est-ce que îe toIs sur cette porte?... 
we affiche !.. . {Il Ut, ) Petite ferme à vendre. 
Ah!... vous ne ai'aYÎez point parlé de cela^ 
M- Verkadec. 

M. TEBKAnEGy bas au Général. 

Ob! les plus mauvaises terres du pays. 

p I E R B E s^arrêtc , salue , et dît : 

Oui , monsieur V Généra! ; c'est aussi à 
Tendre. 

u. y E R K ▲ n E G 9 bas au Général. 

Ça ne toqs conviendrait pas. 

PIERRE. 

Si monsieur le Général veut la toir, la vue 
n'en coûte ri-on. 

LE cénéRAt. 

Tout à l'heure , mon ami> je... 



i 



us PIERRE, PAUL ET JEAIf. 

M. Y E R K A D E C , au Gëocral qu'il tire U part. 

Je ne tous conseille pas d^avoir des aHaire 
d'intérêt avec ces gens-là... 

LÇ GÉirÉAAL. 

Est-ce que?... 

V. VERKADBC. 

Je TOUS conterai cela... (^Haut. ) Donnez- 
vous la peine de passer, mon Général... je 
viu's vous tnontrer ma maison, le jardin... 

LE GÉNÉRAI., machinalement, et jetant toujours 

les yeux sur Pierre. 

Combien a-t-il d'arpens ? 

M. VÉBK.ABEC. 

Dix... traversés par une petite rivière où 
l'on pêche de la truite et du brochet. De plus 
je vous donnerai droit de chasse dans naa 
petite forêt. 

LE GÉNÉRAL. 

Monsieur est chasseur ? 

H. VERKADBG. 

Je m en pique un peu. 

AIR : De V Incognito, 

Ici je laisse aux amateurs vulgaires 

Le sot plaisir de tuer un lapin. 

Plus- hardi qu^eux , moi , je ne poursuis guéres 

Que ie renurd , le sanglier , le daim. (Bti.) 



ACTEI, SCfelfEX: «9. 

kwÊa ardeur , qu'auGun danger n^arréte , , 
tqpûs vingt ans donnant un libre essor , .^ 

J'ai dans mes bois chassé la g^rosse bête... 
Maàs U en reste encor. ( Ter. ) 

LE ciNÉBAlb 

h m'en rapporte k vous... Allons voîr 
lîotre propriété. ( // passe devant Pierre BuiS" 
*Rj lui serre la main et lui dit ; ) Je reviens 
ws un instant , mon brave homme. 
' [Il entre avec M. Yerkadec dans la maison du fond. .) 

MoQ brave homme!... et il m^a serré la. 
^ÎQ !... Oh t... c'est un bon diable , ce gé-* 
&éral-là j et je commence à espérer... 

SCÈNE X. 

PIERRE BUISSON, MAKIE- JEANNE. 

liE I E' J E À V N E 5 accourant , une lettre à la main.' 

PiEEaE 9 vois donc, vois donc vite , c*est 
une lettre de ton frère Paul y de Qnimper, 
qu'on vient d'apporter. 

p I B B R E 5 regardant Tadresse. 

Oui y ma foi , c'est son écriture. . . oh ! oh f . . • 
est-ce que... ( // Couvre et lit, ) « Frère, j'ai 
• à te faire part d'un grand événement. At- 
«tends-moi pour dîner, je t'amènerai mes 
> quatre filles, et nous resterons chez toi, si 

3. 



3o PIERRE, PAUL ET JEAW. 

» tu reux nous donner à coucher. » Âb I nu 
Dieu! est-ce qu'on l'aurait déjà mis ik la por 
de sa fabrique ? 

Un grand 'éyénement ! l'imbécile f T n* d 
pas si c'est bon ou mauvais 5 s*il faut s* ré 
|ouir ou se désoler. 

FIBBRB. 

C'est yrai que c'est bien maladret d'sa part. . 
Mais qu'importe après tout?... Ils seront tou 
jours les bien Tenus. 

MABlE-JEilfirE. 

▲la : De Marianne, 

Oui , tninieiit , oiii , qneuqu* cho«' qu'arrive , 
Noos les recevrons de bon cœor. 

VIBRRB. 

Not* tendress' n^cn s'ra que pins vive , 
S'ils se triMivent dans le malheur. 

UABiS-JBATfNE. 

De lenr fortune , 
Cent fois pour une 
Leur amitié 
^ Noi|s ofDcit h moitié. 

pnBBB. 

A nosaecoars 
S'ils ont recours , 
Pour eux nos bras 



ACTE I, SCÈNE XI. 3t 

9e se fcvmenmt ptt. 

UA.RIB-JXANN£. 

Faut s^entr'alder clans la nature ; 
IkHl-4>n y coinin^ tant d^gens d^aujourd'hui , 
He donner la main qvCk celui 
Qui descend de voiture ? ITer.) 

PIEBEB. 

Et puis 9 j* vons p'têtre lui trouveçla somme 
int il a besoin ; car j'ai idée que je m'arran- 
|erai avec ce mossleu V Général. 

Ta eroîs ? 

PIEBBE. 

Oai, oui. Tais- toi , le ?Mà qui ressort 

SCÈNE XI. 

t 

iispiicéDE99> I»£ GJÈN^&AL^ U. VER- 

&AOËG. 

M. TEBKADEC. 

Mov Général , je yais chez moi attendre 
îotre réponse. 

(Il sort. ) 
iE HivànALf s'avançaat yers Pierre. 

BoDoes gens, je suis à tous maintenant. 

PIEBRE ]PT MABIE-JEA1I9E. 

s 

Monseigneur ! 



32 PIERRE, PAUL ET JEÂIT: 

LE céNEBAL) âTec bonté. 
Oh f pas de monseigneur, je tous eo prie. 

PIERBE. 

Mossieu r Général , nous serions ben con* 
tens que tous fussiez notre acquéreux, parce 
que c^cst du bon , tout est en plein rapport 

HAEIE-JEANNE* 

Grâce à notre homme , qui a ben traTaillé 
pour ça ! 

PIEBBE. 

Oh ! oui 9 i' peux dire que c*est mon oo- 
Trage , et que, si j' m'en défais, ce n' sera pas 
sans regret. 

UABIE-JEÀ5]fE. 

C'est Trai. 

LE GBIvéBÀL. 

Et pourquoi tous en défaites-TOUS ? 



I 

I 

/ 

MÀBIE-JEANNE. 



Ahl monsieur V Général... c'est qu' TOjei- 
vous, j'aTons un frère... 

PIEBBB. 

Marie -Jeanne, d'histoire - là ennuierait 
Monsieur. 

I.B GiN^BAt. 

Non, non, mes amis, acheTex. 

FIBBBK. 

£h bien ! monsieur Y Général» nous afoni 



ACTE I, SCÈNE XI. 35 

un frère qu'a quatre enfans. Il est fabricant 
de toiles peintes à Quimper, ici tout près. 
II a éprouvé par-ci, par-là, des faillites, si 
bien qu* son éiat court risque det' perdu, et 
c'est pour l'empêcher d' manquer que nous 
toqIods Tendre... 

C'est bien y mes ami^. ..Cette actîon*Iâ tous 
portera bonheur. Je veux voir Totre ferme , 
le Tenx la voir tout de suite y et nous serons 
bientôt d'accord. 

PIERBE,. 

Uossiear 1' Gé|iéraJ[,, [e suis à. vos ordces.. 
LE céiréAAii. 

AIR : De Folie el raison. 

Votre amour pour un frère 

Vous honore à mes jeux \ 

A ce marché, fespére, 

I7ou8 gagnerons tons denx. , 

PIERRE. 

Je crains que Pprlx que j'en demande... 

LS ù'intKkL, 
Je cabnerai votre frayeur. 

PIERRE. 

Et puis la maison n'est pas grande... 

LE CiNÉRAL. 

Il linil peu de place au bonheur. 



34 PIE&RB , PAUL ET l£AN. 

LE 0«NBXit« 

Voire amour fM>iir un ktife 

Voiu «honore à mes yeux ; 
^1 A et ouirché, pespère, 
ta j Kotts gagncroiifi tous deux. 

g \ PIERRE ET MARIB-JE\KNS, 

H 1 A sauver notre Mrt 

Nous bornons tous nos touix : 
J^ ce m:irclié , j^espère , 
lïous gagnpjTons tous deux. 

(pierre conduit le GénénX daa$ sa ferme. ) 

MAaiB-jBAïf N E, seule. 

Quen bon vent nous a amené ici ce mon- 
sieur-là ! C*est qu'il n*û pta Tair du tout 
d' vouloir naarchander... au contraire. 

( On entend dans la ceuUsse du fond y à droite , des 
cris de \(ùe, et ces mots : ) 

H ohé ! hohé ! ma tante ! ma sceur ! 

MAEiE-JEANiTE, ëtonnée , regarde. 

Qu*C8t-c' que j'entends?... Eh! Dieu m'par- 
donne^ c'est Paul àTcc mes quatre nièces 1 



ACTE î, SCËNE XII. 35 

SCaÈNE XIÏ. 

MARIE-JEÀNNB, PAUL BUISSOlPï, 

TfCa en bon bourgeois dfe QaixDpcr \ B I B I , M A- 
EIANNE FIFINB et ALISON, ses 
quatre filles, toutes habillées cle même en toiles 
peintes de leur fabtiquè. Pdul Buîsaôn a aussi ua 
grand gilet de la méoûtt éiàSé. 

[ Paul Buisson et ses qtnlrë filfe» ateeoiireDt , et viennent 
galment entourer Marie-Jeanne , %u'ib entrassent 
four a tour. ) 

kiK: Les /lie flac,^ 

£h bonjour t bo^ollr , bMjdur I 
Chère tante 1 
Que j Ws contente! 

MARIB-JEANHE, les embrassant l'une après Ttutri. 

Eh bonjour , bonjour ^ bonjour ! , ^ 

Chacune aura son tour. 
Je n^comprends pas t'^qwè èH teât ^è^ 
Je TOUS cro5«istods malfaeurem : 
Loin quVous pleuriez , je vous vois rire.», 

■ 

BIBI. 

Jfa tante , ça n\aut-il pas mieoi ?. 

MARIE-JEÂNNtf. 

Je suis tduf r^MÎe 
De votre air satisfait ; 
Mais jYrai ben pltts' ravie 
Qoand vous m' mtWtz an hijL 



36 pierre; PAUL ET JEAN. 

Nous TOUS y mettrons^ mais en atteodan f. . 

(Tous reprennent, en Tembrassant de nouveau. } 

£h bonjour , bonjour , bonjour I 
Chère tante ! 
Que je suis contente ! 
£h bonjour , bonjour , bonjour ! 
Le bonheur a son tour ! 

Ah f à ! Yt)Ud ayez donc gagné à la loterie 

PAVI.. 

Pas si bête I 

Avez-yous trouva un trésor? 

PAUI. 

A peu près. 

BiBr. 

Mais où est mon oncle ? 

mabiavre. 

Où est ma cousine P 

BIBI, 

Nous leur apportons tout plein d* choses» 

km : Eh ma mère i 

A Tiennette je destine 
Ce joli fichu d'couleor 



••• 



ACTE I, SCÈNE XII. 3; 

MARIANNE. 

C'tablier pour ma cousine., 

PAUL. 

C'te robe est pour tous , ma sœur. 
Le tout est d'bon teiot , j^m^en pique ; 
Car je n^ vous présente ici 
Que des objets d*ma fabrique... 
Et mes quatre fili' aussi. 

UAaiE-XEANNE. 

Ben obligé de tos attentions, mais me 
direr-TOus?... 

PAUL) étalant la robe en pièce. 

Admirez ce dessin-là.. .Quel goût! heîn?... 
C'est d' mon invention. J'en ai fourni déjà dix 
pièces pour V département d'Ile-et-Vilaine. 

MA RI B-J SAN NE. 

Décidément, <TOt* fabrique n*est donc pas 
suspendue ? 

PAVL. 

Suspendue! 

BIBI. 

Ben du contraire! ça roule joliment main-> 
tenant ! ...... 

MAEIE-^EAKNB. - 

Mais il y a queuq' jours , tous étiez sur 
r point... 

P. YaudeviUes. 3. 4 



18 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

BIBK. 

Eh bien! oui^ de mettre la clef sous la 
porte. 

PAUL» 

Et d'être coffré peut-être par-dessus V mar- 
ché ; mais, tenez, ma sœur, H y a une pro- 
TÎdence pour l'es honnêtes gens. 

BIBI. 

Oh ! çà , oui., il y en a une I 

PAUL. 

Figurez-yous qu' samedi dernier... c'était 
samedi , n'est*ce pas , Bibi ? 

BIBI. 

Oui , mon papa... Le jour des paiemens , 
quoi ! une fin d* mois , les billets échus et la 
caisse vide. 

PAU t. 

Elle sait tout cela , elle... c'est mon pre- 
mier commis. 

. MABIE-JEAIflCE. 

Eh bien ? 

PAUL. 

Eh bien ! y 'là que je reçois une lettre^ de 
monsieur chose... 

BIBI. 

De M. Lebon. 



ACTE I, SCÈNE XII. ^ 

PAIOL. 

Notre juge de pnix, qui m'învîle à passer 
chei lui sur-le-champ... J'y \ole avec Bibî. 

AIR : F'wc une femme de tête* 

« Asseoyez-vous , mMit c'brave bomme , 
£t signez c''te quittanc^-Lî. 

— Un' quittance !... et de quefl' somme?... 
De vingt mitl^ fmacs que voilà. 

— Par exemple , v'ia qirest uoiqiie ! 
Et d^ou me vient cet argent ? 

— D'un liomm' qui dans voC fabrique 
Veut le placer utilement 

n sait qu'vous ê.V dans b peine , 
Mais sans l'avoir mérité ; 
Qu'si vous éprouvez d'ia gène ^ 
Vous avez d''la probité. 
11 croit fair', d''aprcs c' système ^ 
D'son or un usage lieurenx. » 

— Parbleu ! me dis-je à moi-même , 
Un frèr' n'agirait pas mieux. 
JPprofitons d'son obligeance , 

Je sign' ! j'emport' le magot ; 
J'pai' tout c'qu'était en souffrance : 
Via la barq' remise à flot. 
Alors courant d'i^n train d'poste , 
Les chalands et les commis , 
Chacun revient à son posté , 
£t j'ai r'vu tous mes amis. 



4ô PIERRE, PAUL ET JEAN. 

MABIE-JEAniTE. 

Cela n*est pas possible!... Il fallait donc 
uous écrire ça plus tôt. 

FAVL. 

vNoD 9 ma foi 9 nous nous fesions une fête 
de yenir vous l'apprendre nous-mêmes. 

SCÈNE XIII- 

I.ES PKÊcéDENSy PIERRE BUISSON. 

p I £ A B E 9 accourant avec joie. 

Femme ^ embrasser-moi... Eh ! te v^là^HODOO 

frère ! 

LES QVATBE F1LIX8. 

Bonjour 5 mon oncle. 

p A IJ L 9 lui serrant la maiii. 
Bonjour, Pierre. 

BIBI. 

Mais où est donc ma cousine Tiennette ? 

PIERBB. 

Elle est dans la salle basse... Allez , allez f 
elle sera bien contente de vous Toir. 

B I B 1 9 entraînant ses sœurs. 

Courons vite Tembrasser, et lui faire nos 
petits présens. 

(Elles entrent dans la ferme. ) 



ACTE I, SCÈNE XIV. 4i 

SCÈNE XIV. 

?IERRE, PAUL, MARIE-JEANNE, 
ensuite LE GÉNÉRAL. 

PIERRE. 

Ces pauvres enfans î Je v'nons de travaiDer 
pour elles... Femme , c'est une affaire faite, 
monsieur r Général est enchanté d'son iaqui« 
siâon ; la ferme est vendue, 

Tendue ! . , , 

PIERRE. 

Quarante mille francs. ..dont dix mille payés 
â'^avance et comptant en tons papiers.,. Les 

;il montre un paquet de billets. Le Général sort de la 
ferme , et écoute dans le fond la scène qoi suit. ^ 

. p ATII, , avec inquiétude. 

Comment ! frère, tu t' défais de ta ferme? 

p I E B R E , le tirant à part. 

Oui... et prends c't àcompte-là, mon ami, 
prends. 

PAUL. 

Pourquoi faire ? 

PIERRE. 

Tu me le demandes... Crois-tu que j* souf-< 

4. 



4a PIERKE, PAUL et JEAN. 

frirons qu'il y ait un banqueroutier dans la 
famille? Non, moo , morgue! prends ça^ et 
ya vite parer 1* coup. 

p A u L 9 (oui ému. 

Par exemple?.., J'te r'mercie, frère, mais 
j'ai trouvé des fonds... plus qu'il n* m'en faut 
pour faire aller la maehine. 

PIEB&&9 étonné. 

Ohloht 

PAVL. 

Va rendre à c' monsieur son argent, [c n'veux 
pas que tu vendes ta ferme , un bien que ta as 
gagné à la sueur de ton front ! 

PIBBUE. 

Rendre... c'est bien aisé à dire. 
y a-t-îl un écrit ? 

PIEftRV. 

Pas encore... mais ma parole... 

PAVI. 

Diable ! 

LE GENERAL s^avancc. 

Mes amis , j'ai tout vn , tout examiné dans 
le plus grand détail y et je suis content. 

PAUL 9 à Pierre et à Marie- Jeanne. 

Si on pouvait lui faire entendre ratson».. 



ACTE I, SCÈNE XIV. ^ 

riERKEy k Marîe-Jéanne. 
Va, toî qui parles pour tout le monde. 

MAEIE-JEANITE. 

Essayons... {Haut, ) Mossieu V Général... 

LE ciNÉBAL. 

Je sais 5 ]e saîs... Soyez tranquille, je n'oit 
Iblierai pas les épingles. 

M ABIE-JEAiriVE. 

Uossî^u rGénéraL.. yous êtes ben bon, 
«aïs... ( ui Pierre etàPauL ) Parlez, si tous 
Toulez , moi , je n'oserai jamais. 

PAUL, d'un air détermÎQé. 
Modskur le Général... 

LE oàirÉBAL, à Pierre. 
Quel est ce... 

PIERBB. 

C'est Dût' frère Paul, le fabricant de Quim- 
pcr. 

LE GBifÉBAL. 

Ah I ah ! fort bien. Je connais le motîf pour 
lequel... 

PAU u 

Oui, Général, mais... 

LE GÉHBB'AL. 

Votre frère m'a- tout dit. C'est son procéda 



44 PIERRE, PAUL ET JEAN, 

four vous qui m*a surtout décidé à cooclure 
le marché. 

FAUL. 

Je conçois cela; cependant... 

LE &EIIÉAAI.. 

Je m'en félicite d'autant plus que je traite 
îcî avec de braves gens; j'habiterai ce pays, 
et nous nous verrons souvent, car je me 
regarde déjà coname un ami de la famille. 

. ( Ils le saUient tons. ) 
PAU t. 

Général 5 vous êtes trop honnête... (^ 
Pierre et à Marie" Jeanne, ) Ma foi 9 il est sî 
poli, qu'il n'y a pas moyen d* lui dire un mot. 

LE GÉNÉRAL. 

Monsieur Pierre , je m'invite à diner chez 
vous, et nous passerons l'acte... 

PIEERE. 

J'ai fait avertir le ootairc. 

MARI E-JE Ajsr lî E , ba9 à Pierre. 
Il y tient. 

LE céNÉRAt. 

Je suppose bien que nous n'aurons aucune 
difficulté pour... 

F A u L 5 comme firappé d^une idée. 

Ahl... si fait!«,. un moment!.*, pênes 



ACTE I, SCÈNE XIV. 45 

garde ! nous ayons un frère qui a sa portion 
Sijr ce côté-là. 

(n indique les bâtimeos à droite. ) 

LE céicÉBAt. 

Ah! ah !... est-ce que ces vieux bâtimeos 
font aussi partie de la yente ? 

p 1 E R a E 9 vivement. 

Non 5 non , mossieu le Général ; Paul se 
trompe, ceci n'en est pas... Oh! pour un 
royaume je n' donnerions point c*te grange 
et c'te chaumière. 

LB GBNÉBAL. 

J'en suis fûché pourtant... j'aurais fait 
abattre... 

PIBBRE. 

Abattre!... L'ancienne maison de not* père! 
que j' conservons comme... 

MABIB-JEANNE. 

D'ailleurs, comme dit Paul, mossieu le 
Général , i) y a un troisième frère qui a sa 
portion là-dessus. 

PIBBRE. 

Not' frère Jean, qui est parti... 

PADI. 

Et que nous n^avons pas reru depuis plus 
de treute ans. 



46 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

PIBRBE. 

Le notaire dit bien qu'il j a proscriptio*) ^ 
et qu' la loi est pour nous; mais c'est ég^al. 

AIR : Cîiantons Vcunour et le plaisir. 

De c'tc loi , comme de ben d'autres , 
Assez d'gens sauront profiter ; 
Mais ce n'sVa ni nous , ni les nôtres , 
Qui par ell* voudront hériter. 
Moi , je sens bien qu'il en est une 
Qui défend de faire ainsi fortune... 
£t cette loi des bonnet' gens 
Ça n's'écrit pas , mais c'est là d'dans. 

( Il indique ton coeur. ) 

LE céNÉBAL. 

Je n'insiste plus , mes amis ; tous ares 
raison , si ce frère revenait un jour... 

PIEIBB. 

Abl... c'est fini, nous ne l'espérons plus... 
Ce pauvre Jean !... 

( Ici Henri paratt, court à la fenêtre de la fenne , et 
frappe aux carreaux ; ensuite il se sauve dans le 
fona , et se cache derrière des arbres. ) 

PIEBBE. 

AIR : d€ Montènéro, 

Ah ! de revoir ce frérc aime 

N 'aurons-nous jamais l'avantage ?^ 



ACTE I, SCÈNE XV, 4; 

LB GÉNÉAAL. 

Croyez qu'avec vous je partage 
Le vœu que tous avez fonnc. 

Mais patience , 

Oui f patience ! 
Le Ciel vous doit la récompense 
Des vertus dont je suis témoio... 
Le bonheur qu'on cherche bien loin' 
Est souvent plus près qu'on ne pense. 

TiENVETTE» sur ia porte de la ferme. 
Mon papa , le notaire est arrivé. 

LE GéNé&AC. 

Allons 9 mes amis , allons dresser Tacte de 
îcnte. 

TOOS reprennent. 

Le bonheur qu'on cherche bien lofo 
Est souvent plus prés qu'on ne pense 

(ib centreat tous dans la ferme. Tiennetie reste la demièrf { 
Bcvî , qui la guettait , accoort à elle , et la relient. ) 

SCÈNE XV. 

TIENNETTE, HENRI. 

HBlfAI. 

Mademoiselle Tiennetie . 

TIEWNETTE. 

Que TOUS êtes imprudeat y M* Henri ! Si 



4d PIERRE, PAUL ET JEAN. 

ma mère vous avait vu,., et mes cousines 
qui étaient avec moi !.«. 

fiENai. 

Ma chère Tiennelte I vous me voyez au 
désespoir. Je suis perdu! j'ea mourrai. 

TIENNETTE. 

Ah ! mon Dieu ! que vous est-il donc ar- 
rivé ? 

BENRI. 

Je viens d'avoir une explication avec mes 
parcns.... ils ont traité les vôlresl... et de- 
vant moi ! cela m'a fait une peine !... Voyant 
cela, j'ai eu le courage de tout dire : je leur 
ai avoué que je vous aimais, et que je ne 
pourrais pas vivre sans vous.... Ils se sont 
mis dans une colère !... si vous saviez.. . Mou 
père a fait venir le vieux Thomas , notre do- 
mestique, et l'a chargé de me conduire sur- 
le-champ à Bennes , chez un négociant de ses 
amis. De là je dois partir pour Paris ; que 
sais-je ce qu'ils ont envie de faire de moi ! 
Pendant que Thomas attelait le cheval au 
cahriolct, je me suis échappé , j'ai couru bien 
vite par ici... Jugez s'ir était essentiel poar 
moi de vous voir, de vous parler ! 

TIENNETTE. 

Ah ! M. Henri , c'est moi qui suis cause de 
tout cela. 



ACTE I, SCÈNE XVI. 49 

HENRIETTE. 

Promettez - moi de ne pas m*oublier, de 
m'écrire, ,. ma chère Tiennetle... promeltez-i 



! fc-moi ! 



I 

TIENNBTTE. 
Aia : Pauure Riquet I ou Romance de Romagnésie, 

Puis-je vous fair' celte promesse I 
Quoi! TOUS partez.... 

Dans peu d^instaos. 
De la rigueur de mes parent 
Consolcwiioi par ta tendresse 

TIENNETTE, à part. 

Combien mon cœur est attendri ! 
Je sens que sa peine 
Est la mienne !... 
Pauvre lienri ! pauvre Henri ! 

(l>'air est interrompu par celui qui suit. On eotend des chants 
i'ailégresse , qui partent tout à coup de Tinldrieur de I4 
£enne. JTiennette, surprise, s'arrcte et «'conte. ) 

Morceau chanté dans Vintérieurdc lajermeparla 
fandlle Buisson , réunie» 

Am De Joconde. 

Jour lieureux ! 
Le ciel comble enfin nos vœux ! 

Ab !' pour nous 
Combien ce moment est doux ! 
F. Vaudevilles. 3. S 



5o PIERRE, PAUL ET JEAN. 

— mes amis ! — mon frère ! 

— Mon cher Paul ! — Mon pauvre Pierre ! 
— Est-ce loi... toi que je revois encor?... 
Quel momcat! quelle ivresse! quel Iransport ! 

TIZNNETTE , étoonëc. 

Qu'enlcnds-je ? Quels accens ! 

SCÈNE XVI. 

tES PBécéDENS, MARIE-JEANNE, 

LE YIEOX D0ME9TIQBE THOjVlAS 

MARI£-Jli;ANNB, eoUraînant Tieouette. 

Mon enfant , viens donc , ne perds pas de tems ; 
Viens prend^ part au bonheur de tes parens I 

TIENNETTB BT HENAI ^ à part. 

Ah ! quel chagrin I 

MAEIE-JEANIfB. 

^ Quelle ivresse I 

LE VIEVX THOMAS , accourant par I« fond et prenant 

Henri par le brais. 

Mais , Monsieur , le tems nous presse : 
Tout est prêt ; il faut partir à Tintant 
Venez donc , la voiture vous attend 

TlfilfniTTE. 

Henri! 

REITKI. 

Tiennette!.... 

.TOVS DEUX. 

Ah ! quels momens ! 



ACTE I, SCÈNE XVI. 5i 

TIK DE L^ÀIR de la Romnnce de Roma^si, 

HENRI de loin, ET TIENNETTE, ensemble. 

Console-moi y par ta tcnilresse , 
De la rigueur de mes parens. 

S I MARIS- JEANNE, enlrainant sa fille dans la ferme. 

toi 

% \ Viens partager notre allégresse , 
r 1 £t le bonheur de tes parens. 

THOMiS , entraînant Henri vers le c^té droit. 

H faut partir, le tems nous presse ; 
Obéissez à vos parens. 

[ibrie-Jeanne rentre dans la ferme avec sa fille ; Henri s'en 
Ta avec Xboaxas pnr le fond à droite , et la toile baisse.) 



M 
58 
to 

M 

« 
H 



rZjr DU PREMIER ACTE. 



ACTE SECOND. 

Le tbéâtre représente une chambre rustique dont k 
fond ne s^étend pas au-delà du deuxième plan. Oi 
y voit un vieux fauteuil de tapisserie et des esca- 
belles. Un portrait de vieillard est attaché à la mu- 
raille. 



SCÈNE I. 

Au Icrer du rideau , toute LA FAMILLE 
BUISSON est en scène. 

TABLEAU. ^ 

( Le Général est assis dans le grand faufcuU ; il occupe 
le milieu du théâtre. A sa droite , Pierre et Marie 
sont assis sur àcs escabelles ; h sa gauche est Paul 
avec une de ses Biles : deux autres filles de Pauï 
sont debout , appuyées sur le dos du fauteuil. La 
quatrième est assise par terre , un bras appuyé sur 
le genou du Général , et de Tautre elle tient îe cha- 
peau de son oncle. Tiennette est debout , à Textré- 
mité droite , devant une petite table couverte de 
fleurs des champs , dont elle arrange un bouquet. 
Le Général est censé achever le récit de ses aven- 
tures ; tout le monde Pécoute en silence et avec un 
grand intérêt. } 

{ LE GÉlfÉRAl. 

Oui , mes amis , après cette journée fatale 
je fus fait prisonaier , et envoyé à reitrémitè 



ACTE II, SeÈIfE I. 5» 

de l'Europe , dans un pays presque sauyage : 
fj demeurai huit ans. 

TO€S. 

Huit ans ! 

Et tu n'as pas pu nous donner de tes nou- 
▼elles ? 

LE GÉNÉRAL. 

Toute communication était sérèrement in- 
terdite... J'ai beaucoup souffert; mais ni 
moi ni mes compagnons d'infortune nous 
n'ayons jamais dései^péré. 

AIR : Du Verre. 

Pendant qu^un espoir plein d'appa^ 

Raffermissait notre courage , 

Da récit de nos yieui combats 

Noos amusions notre esclavage. 

Calnies an milieu des déserts , 

écrivant gaiment nos mémoires , 

An fouTenir d^un seul revers 

Nous opposions trente -victoires < ^ 

MABIE-;»E AlflTE. 

Un Français !... ça tire parti de to^ut. 

LE GBNÉaAL. 

J'ai reru ma patrie !... et tous mes maux 

ont cessé. Wes blessures m'ont valu une re- 

- 5. 



54 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

traite honorable ; j'ai aequis une fortune dont 
)e n'ai point à rougir, et je Tiens finir ma 
carrière... où j'ai passe mon enfance. 

A.IR : Du Pot de fleurs. 

Jeune , on s'embarque , Ton voyage , 
Et gatment ou brave le sort : 
Plus tard , échappé du naufrage , 
On aime à renXrcr dans le port. 
Assis à Tombre d'un vieux, hêtre , 
Entoure de ses vieux amis , 
On sent que le plus beau pays , 
C'est le pays qui nous vit naitre. 

PIERRE. 

C'est ici ! v'Ià la chaumière encore telle 
que tu l'as quittée. 

PATI t. 

Excepté qu'elie est bien plus rieiUe. Vous 
souTenez-YOus , mon frère le général, que 
jfious couchions, tous dans la grange qui est 
là... à côté? Comme nous fesîx>ns des cul- 
butes sur les bottes de paille f hein ? 

PIERRE. 

Et v'ià r TÎeux fauteuil de not' bon père. 
Le cher homme! combien de fois... assise... 
là... cofnme tu es , il nous a parlé de toi ! 

PAUL. 

S'il vivait, serait-il heureus; de roir son 
fils en général ! 



ACTE II, SCÈNE I. 55 

t£ ciffÉRAL jettcse&regatds vers- le tableau attaché 

à la muraille. 

Mai3 c'est son portraît que j'aperçois! 

(n se lève.) 

PJEBRE. 

Eh ! mon Dieu l oui y c'est lui-même. 

( Tout le monde se lève. ) 

TlBnNETTE. 

Mon oncle» Toilà un bouquet d^ fleurs des 
champs... que ]* viens d'arranger pour tous. 

LE GivéhAL. 

Grand merci , ma chère petite nièce,., tu 
es bien aimable... tiens , va le placer sur ce 
cadE». 

( Tâcnnette va attacher le bouquet au tableau. ) ' 

Ah! çà, mes amis, me voilà arec vous, 
point de façon , point de gêne , je veux que 

TOUS me traitiez comme comme votre 

frère. 

PIERRE. 

Oh ! dame, nous ne pourrons pas te trai- 
ter en grand seigneur ^ mais nous ferons d' 
nol' mieux. .« . Femme, songe au dîner, 
d'abord. '' 

HAEiE-JEANVE. 

Oui, oui, notre homme... sois tranquille. 
Où faudra-t-il mettre la table ? 



S6 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

LE céïlé&AL. 

Ici. 

MA&IE-JEANITB. 

Oh I c'est bien petit, c' t'eodroit.... nous 
n' seroQS point à notre aise. 

LE GÉNÉRAL. 

Ëh bien ! pourquoi pas dans la grange ?... 
elle est assez grande... Je me souviens que 
c'étaient les ruines de Tancien château.... 
nous y prenions autrefois nos meilleurs repas. 

PAUL. 

C'est vrai : ça nous rappellera not' jeune 
lems. 

/LiR : A nos goàts conJormeZ'Vous vite. ( De Pantin. ^ 

Grâce au souvenir aimable.. , 
De tout cMont nous fùm' témoins , 
I^ons allons à cette table 
Avoir quarante ans de moins/ 

MARIE-JEANNE. 

Je n'svÀs pas assez coqnette 
Pour vouloir arrêter V tems ; 
D^ailleurs aurais-j' ma Tiennette, 
Si j^ n^avais que mes vingt ans l 

LES TROIS FRERSS.' 

Grâce au souvenir aimable , etc. 

PIERRE. 

^Si le r'pas est vaille que Taille , 



ACTE H, SCÈNE II. 57 

Par le coear il s^n servi ; 
£1 sur ce champ de bataille 
Tu n''verTais pas un en^mi. 

LES TROIS FRERES, rëanû. 

Grâce au souvenir aimable , etc. 

(ils sortent tous , czespté Tiennatto et le OénéalL ) 

SCÈNE II. 

LE GÉNÉRAL, TIENNETTE. 

LE GENERAL. 

Restb... TieDoette... )*ai à te parler^ 

TIEilTlTETTE. 

Me Toilà I mon oncle. 

LE GénÉBAL. 

Dis-moi un peu : tantôt 9 quand tu es Tenue 
m'embrasscr.... tu étais bien émue.... tu 
pleurais... pourquoi cela ? 

TIENHETTE, COnfuSC. 

Mon oncle... c'était le plaisir... de tous 
Toir... la joie... 

LE GBVÉ&AL. 

Oh î la joie... L'amour n'est-îl pas pour 
quelque chose dans tout cela ? 

TIENWETTE, 

Mon oncle , je tous assure... 



58 PIERRE, PAUL ET JEAN. 

LE GÊifÉaAL. 

Cependant M. Henri m'a dît... 

TIENNETTB. 

M. Henri vous a dit ?... 

LE GÉNÉRAL. 

Qu'il t'aimait. . Et pourquoi en rougir ? 
tiewnette. 

Je ne rougis pas , mon oncle ; mais il est 
bon que vous sachiez tout.... Si j' pleurais 
tantôt, ce n'était pas sans cause : M. Henri 
est parti pour Rennes. 

LE GÉNÉRAt, en confidence. 

Pas encore. 

TIEWKÏTTÉ. 

Pas encore ! est-il possiWc ? ah! que j' suis 
donc contente ! 

LE GÉNÉRAL. 

J'ai fait prier M. Verkadec de suspendre 
ce départ 5 et de la'ameoer son fils. 

TIINNBTTK. 

Oh ! il est brouillé avec mon père et liia 
mère ; il n' viendra pas. 

LE GÉNÉRAL. 

Il viendra. L'espoir de me vendre une 
maison dont il a grande envie de se défaire 
le fera bientôt accourir. £h ! parbleu !... re- 



ACTE II, SCÈNE III. 5g 

garde par cette fenêtre : n'est-ce pas lui qui 
Tient par là-bas ? 

TIEIfNETTE. 

Oh! mon Dieu! oui... Je tremble, mon 
oncle, je n' veux pas rester... je... 

LE GÊNÉ BAL. 

Oui , oui , va-t'en... laisse-nous, et sur- 
tout ne dis encore à personne que je suis ton 

oncle. 

TIEVKETTE. 

Bon! je comprends.... Je vais sortir pur 
ici pour ne pas les rencontrer. 

(Etie sort par la droite. AI. Verkadec et son fils entrent 

par la gaucbe. ) 

SCÈNE III. 

LE GÉNÉRAL , M. VERKADEC en 

liabit de visite; HENRI en frac noir, gilet . 
blanc , pantalon et bas de soie noirs. 

M. VEEKADEC. 

GÉHÉBAL, je me rends à votre invitatioD. 

tB GiSirÉBAL, regardant Henri. 
Ah!... voilà votre fils? 

M. VERKADEC. 

Oui , Général. ( j4 son fils. ) Saluez donc . 
Monsieur. {Ju Général,) Ma foi, il allait 



6o PIERRE, PAUL ET JEAN. 

TBonler en Toiture au moment où j^ai reçu 
Totre billet. 

LE GENEE AL. 

Pardon , Monsieur , si je tous reçois dans 
cette modeste demeure. 

H. TERKADBC. 

Général 9 je suis honteux pour tous... Si 
î'aTais su que tous dussiez rester quelques 
jours d«ns ce Tillage, je tous aurais prié 
d'accepter un logement chez moi. 

LE GENEEAL. 

Oh ! je ne suis pas di/Ticile... Dans mes 
campagned je n*ai pas toujours été aussi bien 
logé. 

M. TEB&ADEG. 

C'est que j'ai acheté, moi , un Tieux châ- 
teau oélèbre en souTenirs magiques et che- 
Taieresqaes ; il a été bâti , je croîs > dans le 
tems des Goths. 

LE civitiku ' 

Je TOUS eh félicite 

H. TERKADEG. 

Oui, j'ai Toolu même que cet antique ma- 
noir conservât les noms du Tieux tems. 

AIR : Amour, hasard , ont/ait plus d'un prodige, 

(Des Fiancés.) 

Auprès de la tour des Trophées 
Voas auriez vu la tour des Preux , 



ACTE II, SCÈNiî IIL 61 

Et , non loin de la tour des Fées , 

La tour des amans malheureux. 
Ua femme tient à la tour des Folies : 
lUais j''aurals pu , sans aucun embarras , 
Vous installer dans la tour des Génies , 
Que je n*habite pas. 

LB GBNéBÀI,. 

Vous êtes trop bon ! Mais je tous deman* 
derai la permission de faire ma cour à Ma- 
dame. 

X. TKHKlDEC. 

Ab! Général... je gagerais que tous ayez 
serri dans TaDcien tems. 

XE GBHBKAL. 

Mai»..* oui. 

M. TERKADBC. 

Od Toît cela... A yos manières... |*aî de- 
viné tout de suite que vous étiez..^. 

LB GBNBRAIr. 

J'ai été soldat. 

K. VERKADEC. 

Sol... 

LE GÉNÉRAL. 

Soldat... dans les chasseurs bretons. 

M. ? E R K A D E C. 

Ah! ah!... c'est le régiment qui est en 
garnison k Quîmpcr. 

F. Vaudevilles. 3 6 



6a PIERRE, PAtJL ET JEAN, 

LB GéKCAAt. 

Vraiment?... J'en suis charnaé; j*y trou- 
verai peut-être quelques anciens compagnons 
d'armes. 

M. YER&ADEG. 

Et vous ttes devenu général!... c'est su- 
perbe I Nous avons eu les Fabert, les Ca- 
tinai.*. qui ont fait comme vous. 

LÉ GÉïïÉRÀty isourtaitt. 
Et quelques autres... que vous ne noiïimez 

pas. 

AIR : Un chet*€Llier* 

L^ancienne France eut Fabett , Catînat , 

Dont les noms seuls valaient presque une aràiée j 

Mais , de nos jours aussi , plus d^un soldat 

Sur ses talons fonda sa renommée. 

La gloire eniîn , de tant d^exploits gUtnîé^s 

Formant jine immortelle cbaine» 

Sur nos drapeaux peut flotter incertaine 

Entre les vieux et les nouveaux lauriers^ 

Je ne dis pas non. 

HEIVBI. 

Si mon père avait voulu... à préseot ja 
serais peut-être oflicier. 

M. VERKADEC. 

Taisez-vous > monsieur mon fiU. 



ACTE II SCÈNf: III. 63 

LE céNBRAL. 

Ah! ahl j«iune homme, vous auriei du 

goût?... 

HENRI. 

Oui 9 Général... Je sais les malhcmatiqueS) ' 

le dessin... 

LE céNEBAL. 

C*est quelque chose... mais « pour être des 

aôlrcs. , 

AiB : Unejîlle. 

Avez-yoïis. fait avec frait 

Les études militaires ? 

De Bos manœuvres guerrières , 

Jeune homme , êtes- vous instruit ? 

ÏIENJRI. 

II s^en laut que )e connaisse 
Ce bel art qui m'intéresse f 
Mats mon ;èlc et ma jeunesse 
Réppndêtit de meis progrès. 
Eh ! croycz-^ous que je puisse 
Demeurer long-tems novice 
Bans un régiment français ? 

M. TERKADEC. 

Général... excusez... aae ^euoe tête... 

LE GÉNÉRAL. 

Il me gloU y voue fils; et je serais charmé 



Ç4 PIERHE/PAUL E/r JFAN. 

si , par le rang que j'occupe , je pouvais con-^ 
tribuer à- sa fortune et à son aTancemeoit. 

M., TBRKADEC. 

Général.., {A Henri,) Remerciez doDC >, 
MoDsieur. 

HEITBI. 

Ah!... je n*ai plus d*auil>ition depuis que^ 
je n'ai plus d'espoir de.... 

LE céNÉEAL. 

Que dit-il ? 

Des folies... une passion ridicule... pour- 
une petite villageoise... qui n'a rien... et que 
Monsieur voudrait épouser !. 

nBiiBi. 

Mon père !... 

U. VER&ÂDBG. 

Taisez-?ons> Monsieur... Il y a de quoi- 
irriter des parens... aussi inadaaie Verkadeo 
est furieuse !... 

lE CBRBBAX» tirant à part M. Verkadec. 

Soyez tranquille , je me charge d'arranger 
cela. J'ai un parti... un excellent parti..... à 
"VOUS proposer pour votre fils. 

M. VEBKADEG. 

En vérrté^ Général. .. vous songeriez !..« 



ACTE II, SCÈÏfE Uli 69 

LE CBHBRAL. 

Noos en reparlerons : je reirx auparayaat 
termiDer pour la maisoa ea question. 

If. TEftJLADEC. 

Général... n ou srn 'mirons point de di/!icul~ 
tés; je Yous laisse le maître des conditions. 

LE céKBUAL*. 

En ce cas, faites-njoi ramitîé de dîner ayec 
moi... là... sans cérémonie... Amenez ma- 
dame Totre épouse , et nous signerons l'acte 
aa dessert. 

M. YKItKADEC. 

Ifta foi 9 Générale on n'est pas pltis r«nd 
que TOUS en affaires.^. Je cours chercher 
madame Yerkadec. 

L£ cénÉBAi. 

Vous ferez un mau.yaîs dîner;. mai& la 
franchise et la bonne humeur... 

M. TBAKADEC. 

Oui 9 oui... la gaîté, îa cordialité... 
LE céiréRAL, bas à M. Yerkadec. 

Laissez-moi votre fils , je serais bien aise 
de causer an peu avec lui. 

M. T EAKADEC. 

Gomment donc ! mais c'est beaucoup- 
d'honneur !... Henri') restez ayee monsieur 
le Général , et tâchez de profiter de ses^ con-*^ 

6. 



. , ,MU« swwn» ICI dans une 
'"^"S^' JT» Jweo rhoprjewr de 
,.«(ïsa]u«'» '^11 sort.) 

SCÈÎiE'ÎY: • 

jgi^:fÉRAL, AENRL 



f f 



iiieBl moo cliier ^Qllli^,aolttlSoalID«tt 

^0^* n© pa« V^tre» de Tiénn^tite^' 

LE géné:r ai. ' ' .' 

irîffif*^^"' sérieusement? 

BENRI.' 

>^l^^ue VOUS ne pouvez rim^gîner ! 

I jkut réfléchir pourtant Vne .jpetite 

.^l^ise.,. sans fortune... 

HENBI.. 

>giitis fortune ! 

AIR : Sol mûrgîne del ri<K 



ACTE II, SCÈNE ÎY. 6j 

S9D biinieur peit cofjuette... 
£C surtout sa bouté .... 
Simple , douce , innocente, 
partout elle plaira ,' 
Bien de«. beauiés ^^on* vante 
N^onl pas o^i ti?4soi;-là. 

LE GÈNE fi AL. 

Propos d'amoureux... Vous dites cela au- 
jourd'hui ^ et daus six mois tous tiendrez un 
autre langage. 

Jamais 9 mon Général, jamais ! 

LE GÉNEBAL* 

J'ça suis lâché..*, j'ai dans, ce pay^ une 
nièce.... fort jplie... 

HENRI y TÎvement. 

Est-ce que tous auries eu le dessein ?... 

LB &ÉNÉRAL. 

Oui, je yeux lui donner un marî^ et fran- 
chement 9 j'avais jeté les yeux sur vous. 

H B IV R I , vivement. 

Sur moi ! que dites-vous? ah! pardon ! ne 
me la proposez pas , je serais forcé de vous 
refuser. 

LE GÉNÉRAL. 

PiaWe ! refusy... Songez que je lui donne 



70 PIERKE, PAUL ET JEAN. 

PIBRUB. 

Oh I c'est èèyÀ fait : pour son oncle ! elle 
est parée qu'ail* n' «çpj^it p9S pis le jour do 
ses noces. . Ah ! çà^ oion irère> tu as doao 
engagé du monde ? 

LE GENERAL. 

Oui 9, oui. Devine qui ? 

PIERRE. 

^'a Gne ! je n' sai&. 

LE 6 BIT é RAI., 

M^et madame Verkadcc, ayec leur fils 

H^API. 

PIERRE. 

.Qaollcîdée! 

LB GBlfiRAL. 

Laîsse-^moî foire, j'ai des raisons poar 
cela. 

PIERRE. 

* ' __ • 

' Mais \h n''toûdront poinf ^ner arec noiis, 

LE qÉlï.ÉRAL. 

• • • • ' 

C'est possible i njais ils . voudront bien 
dîner avec moi. 

'PÎERRiÈ. 

Oh ! toi, c'est différent;. Ma*s^noiïs avins 
eu encore i\ d oo^tin. une. (marelle... 

" . . •*■ LE. çiji:^R.AL. . " -, 

Le dfner raccommodera toeH c^ela. 



ACTE II, SCÈNE V. ^t 

PISBBB. 

Bo c* cas, j* n*aî pas d' rancune , moi.... 
J' lats ben vite mettre leux cou teits... Dit 
doQCy frère... les yolot déjàl 

LE céirÉBACé 

Bon! fais entrer.. «. et enToie-moI ta fille 
jdaBS quelques iostans. 

IPIEBBE. 

I 

Donnez-Tous la peiue d'entrer, Monsieur 

|etBIadame. 

I 

X<B GENEBÀI.* 

Madame». < permettez qu'un Tieuz ixdli'^ 
bire. 

Mi VBBI&ÂdÉG^ è Pierre. 

Laissez-nous, bonhomme... No'ùS atone âi 
causer a?ec monsieur \ù Général; 

A Totre aise ^ Mônfiî^tir , à Totre aise. ( A 
P^L ) S'il savait que V général est le frère du 
koohomine ! 



I II fié t I 



^ PIERRE, PAUL ET JEAN. 

SCÈNE VL / 

LE GÉNÉRAL, M. vt M™* VERKADEC 

"HENRI. 

^ Madame Yetltadcc est en grande toilette. ) 

lE GÉNÉRAL, à madame Verkadec: 
Votre fils s'est acquitté de ma commission? 

M™* VEBEADEC. 

Oui , Général... Mais yoje?. le caprice des 
jeunes gens... Monsieur , il n'y a qu'un ins- 
tixûXy ne Youlail point partir pour Rennes, 
maintenant il faut se fâcher pour le reteoir, 
et nous ayons eu beaucoup de peine à le ra« 
mener ici. 

ïiE GÉiféAÀX., souriant. 

Oh ! je dcTinc. . , L'offre que je lui ai faite... 

M. TERKADEC. 

Comment! Général, vofots avez en la 
bonté?... 

Oui , |e lui ai fait part dn projet dont je] 
vons ai parlé... Je D*aî pas été henreax dai 
mes néguciatrons , on m'a refusé. 

M. TERKADEC. 

Refusé !... Vous ne nous aviez rien dit df 



ACTE II, SCÈNE Vii j3 

ceh?... Refuser ait hiarrîa^e aiiquel moQsIeur 
le€énéral yétU bieir ^'intéresser ! 

LE QévàtLà.L, 

J'en suis AVutanf plus êtôhrié que la jeûne 
personne me touche de ijfëë ^è^... C'est moi 
qui la doterai../ €'e«ti9a nièce^ 

M. ET M"** rÉïï^iiA»JLQi . 

Votre nièce , Général ! 

Nous nous réjouissons très fort d'une al- 

LE GBrTBB AL. 

Vous allez la toir^.;/ ne Tintîmidex pas 

M"*" TEBSADEC. 

Oh f pou?ei'-TOiJrs pei^r Pi .» , 

tu ûiHwâVJ . 
Elle est jeune,., sans expérience. 

Je suis sûr d'ayance qu'elle éii él&âfijiàifie 
Je bfdld du àGÉjhr Aë ^émràiééfl 

Jéf ttmdrils âéfà pôuVaiH Vàp^lkt ma 
fille. 

F. TattdtTilIei. 3. m 



>4 piesRRE,paul{:ï JEA». ^-^ 

LE GBNÉAi^t. ., 

Il ne lient <}u!à tous de lui . doimerlxi^ ^ 
^om... la voici. 

H. VEBK.ADEC5 d'un air de coateatemeat. 
Madame 'Verkadec 

• • • 

Je suis eachaotée ! ..- .:r. 

SCÈNE VU, . 



« I. û 



'il 






^liis beaux atours. 






lMo5 père ux'a dit que tous me dcmaodiè^j 

us GSNEaAXi val&pïéndre {)ar la maîa, et la |jresente 
à M. et madame Yerkadccv « : . ]\ • ^ 

Avance 9 ayauce^ ma ohcre amie..«. n'aie 1 
jas peur. . . > 

Queyois-îef 

y. TERKADEG,. 

Mais c'est la fille du père Buisson l 

Ehbien! oui, ma .nièce.. •.?."? ^P^''^'^^* 

fel'use. 

r' .• 



ACT£iî,'SCÈNE vit; ^t; 

HEiTRi, vivênkent 
Taccepte , Généra! , j'accepte F- ' 

IiE GÉNÉRAI. " 

la nièce du général Buisson* * 

TIENNE TTE. 

Mon oxîWéy '• ' ^' ' '*' '•• 
I r '' 'î»c'. oi iHi'i K'À t;.-' • T t * 

I Regardez-la. .. N*^sMI 'd^as Vrhî ,:;Màda||tte, 
j <|«e votre bru est tdul-iV-faïît j'ôlje ? ";: * 

. '• "v .' ' '*_ 

I ■ t 

èiitLi MmFOfwIietté^stthdrmante. !" , 

Ma Tienrfèirtè'est élÂnnânté , ' ' ' ' 
Sans art et sans apprêta; i j . :.. j ' 
La fortune incon'stanîfe*'^' ' ' ' > • ■ 
rîe vaut pas ses* alïraitîî.'' 

■' 'mrifRT, tt ses parèhs. 

Oui , Tien'nette est cliarnrante , 

Sans art et'sans a{>prétsj»^ - 

La fortune inconsfanfe :■;•..'[ ' 

Vaut-elle ses altraifs?'-: -' '- ;•: / 

« 
« 

M. ET MADAME VERKA.DEC* 

Oui, Tienhette est piqi^ante 
' 9abi^!âH\;t'^abn5 dppr^ts-j ' ' ' ' ' 
' MaiaFihië^tottAci rente «'i'' • '• î 
Doublerait ses attraits. 

HENRr.- 

VoT n^ii Tien qui nie tento; 
Ma fortuoc.eit brillante... 



96 PIEftEE, PATII ET J£AX 

Pourtairt 9 i^otrfs biei| 
Je joins moitié du mien. 

M. ET M™* TEKKADEG. 

Moitié du YÔtre ! 

LS oàviKkh ST BfBJf^l. 

Ouï » Tienoeite tsi chsnMnte, 

, S^ps arl et ?j^ii? jipprètei 
La (ôrtune ip^nstaote . 
Ne vaut pas ses attraits. 






g J Oui , TienoeUç ea,f;h^mfx^j, - 

S ( Sans art et sans j)|i(ur/Sjts^f • ■ ,^ 

g \ Mais une bonnc^^e . ^ 

r^ I Va doubler ses ^^'jts. 

J' somn^' 1^ rcicopvaîss^fil^ y ; 

Mon oncle » d^ 1^ bietij^. 

Et mon ame conj^ttle 
MHes oublira jamais. 

LE GÉNEEAt. . 

Ah !... eh bien ! iqqt^ P.lî^ri J9^f> «« t'a- 
vais-je pas dit tantôt /ct^a' J(u„i9«F^jri} mon 
neveu? ■ . * 

H,E9IL1. 

Monsieur. . • jxum: eher ^ikelc I 

(It lui saute au cou. ) 



ACTE H, SCÈNE VIU. .77 

LE G en ^ BAL, àUenri. 

Embrasse ta future. (A madame f^erkadec.) 
Hbintenant vous allei dîner avec toute ma 
i^njUe... Ycjfiez* Madame <, nous termine- 
rons toutes les affaires à table , et vous 
Terrez une sa^e cb festin d*un nouveau 
genre, 

Noos serons bien... partout oi!i yous serei. 

Il Cjfc9fi«RAli lui ^oone la iiu|îa, ensuite il dit à 
ïiennctte et à ficoiri. 

Passez devacit, j^eujaçs g^en?... vous n^êtes 
fas e»pore iqjàjrlés,. 

Tilïif E T T ç 5 ^aliQcnt, et dçnnant l^raain à Henri. 

kh I le b^Qi petit .09c1e I 

(ÎOQs sortent par le côté droit , Paul entre par la 

gaache. ) 

SCÈNE VIII. 

Mon frère 1 mon frère ! Eh bien I o\\ est^l 
donc ? je le croyais encore ici... et le dîner 
qui est tout prêt 1... Il no s'attend pas à une 
ÀrprU^ 1... ]|i.9)UAÎqu«4e3 phasseuri brelons 
qui vient dcyfenir. Ils'X>9itSiLi l'arrivée de noi' 
frère le général , e^ îlf y^i^t lui.... bcin î.... 

7- 



78 PIERKE, PAUL ET JEAN. 

qu'est-ce que f entends ?..• {En ce moment 
on entenctune fanfare militaire» ) Est-ce qu'on 
se serait mis à table sans moi 7 courons vite I 
(Il sort en courant par le côté droit.) 

SCÈNE IX. 

( Deux grands panneaux du fond de la chaumière s*ou- 
yrent tout à coup ,. et laissent apercevoir une belle 
grange formée des nùnes d^un ancien château , et 
au nuiieu de laquelle est dressé^ une grande table 
toute servie. Le fond de la grange est ouvert et 
donne sur la campagne.. Des guirlandes de fleurs et 
de feuilles décorent cette salle à mander. La porte 
du fond est occupée par la musique des chasseurs 
bretons qui exécute des fanfares. Tous les convi- 
ves sont a table : le général dans le milieu , ma- 
dame Veriiadec à sa droite, Marie-Jeanne à sa 
gauche ; Tiennette prés de madame Verkadec ; 
Henri prés de Marie-Jeanne \ le reste dans Tordre 
naturel.) 

(Apres la fanfare.) 

PIEBRE, se levant , le verre à la main. 

Méat enfans.... à la santé de votre oncle 1* 
Général ! 

TOUS. 

i not' frère 
A la éanté de \ notre oncle \ le Général ! 

( moùsieur 

( Fanfares. ) 



ACTE îr, SCÈNE IX: 79. 

LE GÉEfÉBAL se lève et vient sur le (levant delà scéiie;. 
tout le monde quitte la table. 

{A madame Verkadec, ) Convenez 5 Ma- 
dame , que je suis comblé par le sort. Quitte 
euTers TÉtat, Je n*ai point oublié que j'avais 
des parcns... Je les revois, je les embrasse y. 
je Q*ai jamais c:té si heureux! 

PiAVL. 

Mon frère , à présent je vois à qui j^ài l^l• 
bligatioD... 

Que veux-tu dire , mon pauvre Pàuf? 

PAUL, en confidence. 

Les vingt mille fraoos que le juge de paix, 
de Quimper... 



LE GÉNÉRAL. 



Silence ! n'en aurais-tu pas fait aulant-pour 
moi ? 

PAUL. 

Oh ! ça... 

LE GÉNÉRAL. 

Eh bien! qu'as-tu à dire?,.. Nous nous 
sommes retrouves 9 mes amis 9 ne nous 
quittons plus. 

AI A : //in«yà«</ns.' (Vaudeville des Atna^onts,) 

Ton» trois, de front ^ iqsqulà la tombe » , 
Suivons toujours uieme chemid. 



ao / PIERRE, PAUL ET IEAK. 

Si Tun de nouji chancelle .et tombe. 

Les autres lui terniront la ms^îQ* 

Entre frcres chaque fortfinQ 

I?e doit former qi|\ufi seul trésor... 
Qti\à Pun de npus le sort en enlève une , 
Pour le braver il en est deux encor- 

i MABIE-JBÂlflCE. 

Yous ne nous en voulez plas y madame 
V.erka^^ç ? 

p lE RR E 9 la retenant. 

Tais-toi donc , tqujt (iî^ ^s^ oublié. La paix I 
oot' feipine ^ la paix ! 

. yAUOBVaLE, ^ 

AIR : De Doche, 

¥A4iB-^BA9rN|£ 

Lç àiip^fà^ «^ IPC pjait gi^àrp } 
Mais je ris lorsque les méchaos , 
Les ingrats et les ioUpijg;^ 

Se font la guerre. iP^^) 

Pendant qaHls sp )ap9snt dç^ jtraîts , 
Et qoç des tipublps sont leurs fête| , 
^r Êîut s^dire entre gens honnêtes 
* Fcsoiu la patx.^ C*i'*} 

CHOEUR 

La piîi > b pùi h pavx, (a pat^S 

PIERRE. 

. 0rè8 Pmatîn, quRad vot* inënagcrç 



ACTE I|, S CE HE IX. 81 

Gronde , querelle et fait du bruit , 
Quand tout Tlong du jour eU* tous dit . 

Pesons la guerre; ' (bU.) 

A votre plac* , moi , 9e rirais , 
Et je la laî^T^s coAtr^^jve. 
Faut bco que ysoir tlV yj^ïC yfius d'iKC ; 
— Mon p'âlli^me ....;Miu la.p^«, .( Bis. ) 

La paix , la paix ; fa pajx , \a paix ! 

.](QMr ravir à jeune bergère 
Avec adresse un àf^ b^scr 
QnVlle prétend, nous refuser , 

Fesdns la guerre. (Bis. ) 

Mais 91 ce -baiser plein d^attraits 
Lui ^ausc une colc^re extrême , 
Pour en obV^iir un deuxième « 

Pesons la faix. ^ ( B<«> ) 

CHOEUR. 

La paix , la paix , la paix ^ la paix ! 

LK GÉNÉRAL. • 

Si quelque ennenii téméraire 
Troublait encore nos états , 
Chacun criait : Jfwor^ tff^ àr^f^ 

Fesont la guerre ! ( Bis. ") 

Mais pour qu^alors d^autres succès 
Couronnent nos vieilles bannières , 
Plus de discorde entre des frères , 
Français, Français ^ fesons la paix. 



Sa PIERR£\ PAUL ET JEAN. ÀCT. 11^ SC, 

. ■ . .ÇHOÇyR. * .... 

L» paix, la paix , la paix, .la paijLÎ;' ; 

Je n'ai pas Miumewr trcs-gacrriére ; 
Je sens p»àTtatit au fond du cœur , ' 
QuaDdon insulle à ootre hoDuiiut'y 

Qu'il i'atit la f .yeiçfe. ( ^''- ) 

Mais pour fair' Heurlr à jamab. 
Au sein de not* belle patrie 
Les arts , le commbrc' ,' l'industrie... 

Il faut la paiJE . • i ' '• "'{BWI'Jî 






1 . 



La paix f la paix ^ la paix ,'Ia paixf .. 

TIENNETTE, au p^^f... , ,^, .- 

On m'a dit que dans le partenre; : 
L'indtdgence , appui des talehs^ ! : - .. • 
£t la critiq', depuis loDg-tei|[is ' ' 

Se fout la guerre. (^i^O 

Entre elles , pour nos intérêts , 
Terminant cett' lutte fatale, "' . ' 

Que toutes les mains dans Ja salle 

Signent la paix (Bisi) 

caoËUB 
La paix ,- la paix y la paix , k paix ! 



Fin Dfe PIEKRE, PAOL ET JEAN. 



• ■ • 



LE FIFRE 

DUJROÏ DEPRtrsSE, 

OU 

lES PRISONNIERS DE SPANDAU, 

COMÉDIE EN UN ACTE, 
I ^% ii£l£S de vaudevilles , 

PAR M. REVEL; 

tée, pour la première foû, sur le théâtre 
des Variétés^ le i8 norbiibirt' 1^18. 



^^J"^ 



PERSONNAGES. 



FRÉDÉRIC-LE-GRAND^ roi de Prusse. 
CONSTANC^y: baronne de Lf4)0iii^g. 



"*~Tes du Roi. 



HIPPOLYTB, r^S< 



Tl>ftÉ.t)ïl^tEI , fiff^e dû roi dé Prtwsé/ 
SCHLAGUE , caporal et concierge de Span^ 

duu. 
NIC£TT£^ sa iUe. 



La scène se passe it Sfpandai^.- 



LE FIFRE 

DU ROI DE PRUSSE ; 

COMÉUIÊ. 

« ♦ 

Le théâtre représente les jardins de S{Mndati ;.a droite 
de Facteur, Tentree de la prisoiv) à gauche , un 
b(»quet ; dans le fond , une grilte qui s'ouvre au 
mîRen; à côté, ta tiialsôn de Scfilaguè :' une (Me 
f t *n hoM de i^nte' sut \t devint de là séfyé , à' 
dMifé. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

TURLUTUTU, NICETTE. 

TUBLUTVTV. 

i 

EircoBB ùtte fôUf iâam*setté' AicéUé> Idfs^ez- 
moi tout entier aut riotiTetfeà foncliôôs dont 
je suis e£argé« . . . ï^ài besoin de Coût mon 
esprit 

Eh I mon Diea ! je n-en veux pas à votre 
\, esprit, M. Turlirtuiu. 

F. Ytaderillet. 3. 8 



«6 LE FIFRE DU ROI DE FRUSSE. 

TURHITUTU. ' 

C*est à mon cœur^ n'est-ce pas ?... Maïs 
c^est que j'en ai besoin aussi pour le mo- 
ulent, . 

KIGSTTE. 

Infidèle ! 

In6dè]e si vous voulez; mais un homme 
dans la situation où je me trouvé' ne peut 
pas songer à Tamour^pour deux raisons : la 
preiniere, c'est que l'amour est incompatible 
avec 1^3 ^^ flaires d'état ; et, la seconde c*est 
que les afl'aires d'état sont incompatibles 
avec l'amour. 

KICETTE. 

J'vois beh'qûe voiis.o^qa'4raiéz plus , vous 
avez oublié votre petite Nicette. 

AIR du partage de la richesse. 






Vous souvient-il de la prairie , 

Où tous les deux nous allions si souvqit?. . , ^ . 

Vous me. trouviez assez jolie , . ., , ^ 

El VQus n'héliez heureux qu^en me voyant 

Dans ce tems-là près de vous une belle 

N^aurait obtenu qu^un refus ; 

Vous me juriez d'être toujours fidèle... 

:. TDRLrTVTtJ.- . 

Je ne mVa souviens presque plus. (Bit. ). 



SCÈNE L $7 

Méhùcdr, 

Vous jouvient-il- que dans notre village , 

Tous les gak'çoûs àes alentours • ! ' 

M^avaient présenté leur hornuiage 

Et venaient me parler d auuKHs ?.. 

^ais , moi , fidèle à ma tendresse j - . : 

J'ai rendu leurs vœux sii|)crâus ; . ■ 

Vous souvient-U de ma sagesse ? ^ 

TVRLUTUTU. . . ' 

Je ne m'co souviens presque plus. ( Bis. } 

Ml CETTE. 

Vous De inc disiez pas ça , il y a tin mois. 

TCR LUTCTU. 

Il y a un mois je n*étais pas ce que je 

suis. 

Àh! mon Dieu, ah! mon Dieu! Le. roi 
arait bien aFuire de vous donner une place. 

TCRLCTUTD. 

CeFt à ma valeur que je la dois. 

NICETTE. ' 

Vol' valeur, vot' valeur! vous en parlei 
toujours. 

TUR tUTUTC. 

' C'est elle qui fait que je suis inspecteur 
I <les prisonniers ù Spandau. 



«8 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

iri(C«vfE. 
Conlez-moi dopfi eonune c'est arrivé. 

Oh! cVst une grande xiffairef... Figurez- 

TOUS d'abord un champ de ba(allfe... L*en- 
neiTiî est là. . . . Supposons que tous soyez 
reniiemî; moi, je suis l'ormée...ie m\'ivance 
courageusement. Vou4 vous défendez d'abord 
cela ?a sans dire; mais ensuite quand vous 
TOUS trouvez bloquée ^ vous vous rendez» 

IflCETl'B. 

Cela va aussi sans se «dire... Quand on se 
trouve bIo(|U£e. 

IVei^aarq'W Wep irjpn coMrage, ^ q^oi, pien- 
dant toute cette bataille.... 

NICETTE. 

Vous vous battez ? 

TDBLCTBTU. 

r^on 9 non » du tout. 

91CETTB. 

Vous enlevez des drapeaux. 

TUBLDTVTV. 

Non. 

JfICETrB. 

Vous faites des prisonniers ? 



SCÈNE I. Bg 

Ah ! bah 1 Encore plus que çà. 

Kl CETTE. 

Eh bien ! qu'est-ce que vous faites donc ? 

TORL€TUTU. 

Je reste en place , et je joue du fifre. 

9iCl{TTE. 

C'est là tout ? 

TVItUTIITU. 

Conamentl c'est là teotl... Et c'est par- 
bleu ! bien assez j dem^niêz au roi, auprès 
de qpî je ?uîs resté toqt le tems du combat... 
Après la victoire que nous avions remportée, 
le reî derpande à sea officiers : « Messieurs, 
• que! est celui qui a montré le plus de 
» bravoure dans cette bataille ? — Sire , 
» c'est vous , disent tous les officiers — Ex- 
>ceptez-moi, répond le roi. • Ces Mes- 
sieurs , bien embarnissés , se regardent ; ils 
n'eseet pas dire, c'est moi, qnoiquHls le pen- 
sent , et chacun d'eux nomme son voisin , 
quoiqu'il ne le pense pas... Mais le roi leur 
dit : « Vou9 n'y êtes p^s , McAsieurs ; c'ost un 
» fifre qui p'a cessé dans le fort du cotnbqit 
» de souffler dans son tupluti^HM, et qui a tou- 
« jours joué juste... » Depuis ce tems-là le 
nom de Turlututu m'est resté... Dame! c'est 
une justice à me rendre> jo me suis bien con- 
4oît. 

8. 



90 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

AIR </u Fjfre et du Tambour, 

Pavais une ardeur sans pareille , 
Mon fifre sVn est ressenti ; 
Pour mon rot c'fut une merveille 
D^enteudr' soufikr jusf prés de lui ; 
Car on sait que ioriqu^à i^oi^cille 
Les courtisans lui soufflent deux mots : 
C^csl toujours fau& , c^est toujours faux. 

iriCBTTE. 

C'est ce qu'on dît. 

TURLtlTtJTU. 

Le roi m'appelle alors , et me dit: « J^aîme 
9 les braves , je veux t*attacher à moi ; je te 
> nomme inspecteur des prisonniers â Spao- 
dau... » Depuis ce tems , le roi et moi nous 
sommes très-bien ensemble^ j'ai mon franc 
parler avec lui. 

WICETTE. 

Et toutes ces grandeurs vous ont fait ou^ 
blier Nicette ? 

TUBLUTUTC. 

Non, je ne vous ai pas oubliée^ maïs songez 
donc un peu: surveiller mes prisonniers! sur- 
veiller ma femme ! Ah ! mon Dieu !... 

Kl CETTE. 

Ah ï j'sais bien pourquoi vous dites tout 
ça f parce qu'il y a depuis quelque tems chs^ 



SCËNEI. 91 

Catherine, la fermière de madame la baronne 
deLisbourg, une jeune paysanne qui se donne 
hi airs d'une dame de la ville. .. J 'm 'aperçois 
bien que tous lui faites la cour. 

TCRLUTUTU. 

ConTenez qu*elie est bien gentille. 

HICETTE, pleurant. 
Pas plus que moi , M. Turlututu. 

TUAttJTUTC. 

Elle est douce 9 elle a de Tesprit. 

IVIGETTB. 

Pas plus qae moi. 

TURLUTUTU. 

Et puis f elle est vertueuse , ah ! 

BICETTB. 

Pas plus que moi. Âh ! ah ! ah I 

TUftLUTUTU. 

Allons ) allons ; soyez raisonnable, Mam'- 
selle Nicette.Je vais visiter mes prisonniers: 
je n'en aï que deux pour le moment ; deux 
pages, M. Victor d'Herleim, et son ami, mon- 
sieur H ippolyte... Ils se sont fait emprisonner 
pour une petite escapade de jeunes gens.... 
Au revoir, Mam'selle Nicet te , consolez-vous. . . 
(A part, ) Elle me fait de la peine, vrai- 
ment... Je crois que je Taime encore un peu... 



9!k LE FIFBE DU ROI DE PRUSSE. 

Qh I mais l'autre est si joiie I £Ue pie OQOfieal 
bien mieux. 

AIR : VaudevUlè du Bouquet du Roi. 

(Htut. ) 

Ne pleurez donc pas comme ça , 
Mademoiselle Nioette. 

m CETTE. 

Allez afi[W8s d' To(' coquette. 

T17IlI.17TnTV , ^ bM- 

Je suif sÀr €pCt\\fi en moufra. 

mCETTE. 

Ah ! TOUS m^abandonnez , traître ! 
D^une autr^ femm' siii?ez la loi , 
Elle TOUS troq;)pe)ra»p^i|t-êtr^.... 
M'aviez-voQS pas assez d'moi? 

TURLUTUTF. 

Ne pleurez doue pas oomme ça , etc. 

( Il entre dwtf ^ ^i«o«, ) ' 

SCÈNE II. 

WÎCETTE. 

Les hommes soot des mon^^res, et le meil- 
leur n'en vaut rien !... Lui ^ qui m'arait juré 
tant de fois de m'aimer toujours !. .. Oh I le 
iFailre !••• Mais je ne yeux pa^ qu^Ql) dijse que 
hojfï infidélité m'a fait d'Ia pejpe 9 c\ puisqu'il 
m^abandonue , je veux faire de ipêipe. 



sc^ffï. m. . as 

A m : Le beau Lucas aimait The'rmre. 

Lubin dit que je suis jolie ^ 

Que je puis seiiT le rendre heureux ; 
Qup ï*fetf»$ te fc^oh^ur «le 49 vie. 
£|j bien ! je vais caml^jr ses v^ujc. 
Ah J c^en est fait , c^en est fait ^ je me venge , (Bi« ) 
£t je prends Lublo pour mari ; (fils.) 

P«i«<|ii^aajoaciPhiiil mon amant dkWtgs 
}Êûi je puis bien changer aussi. : . 

Oui 9 v'l<\ qa*eM éi^xi^^.. Ah ! mon Dieu! 
RM)j& X>iet4 ! $ui$rj^ malbçttpçiise ! 

( Elle pleure. ) 

Sa^NE III. 

NI CETTE, SCllhAGVK 

JBb i>ien I petite filU , qa We2t-fpu9 A Terser 
des lann«s dU blf^jirs ? 

Kl CETTE. 

Je ne pleure pas , mon père ? 

SCHLAGUB. 

Fous foulez Tire , en disant que fous ne 
hUufiiz pa$,,. 'Qu'afe*-vons ? 

Je n'ai rien. 



94 LE FIFREbu ROÏ I>E PRUSSE. 
Faut pas bleurer pour ça. 

VlCBTJfZ.. » 

■ . 

Tiens , ça vows est bîeo aîsé À dire , mon 
père , faut ^as 'pleurer ! ' 

, ' * SCHLAGU E. 

Sans toute... Un petite ûUe doit tiou jours 
être gaie, saâs. tristesse >. raisoQuapliuiieat 
parlant. 

i * . ' .'. ..ir-rciTT ».•*.':> -'i ' . " . ~ 

Oui, gaie... Quand" Tululutu me laisse là. 

SCHLAGVE. 

Que tite-fous donc ?...'Mopsir Tirlititu ? 

. *. .. . i 

NICBTTE, 

Dëpuis-'qÀ*!! est inspectfe'a rides prisonniers 
a Spandau , il ne veut plus de moi. 

SGBLAGUR. 

• Je ra'avre toujours douté ' que \a for- 
tune le changerait, ce monsir Tirlilitn.... 
barce quMI est iui^peoteurde Spandau!... Ëh 
bien ! moi ! j'en suis le concierge , et s*il 
être tetans dans la prison , je suis à la porte 
moi. 

NICETTE. 

£h bien I oui , il nous y laisse. Ah ! ah ! 

, SCBLAGOE. 

VoilÀ comme sont tous les hommes, rai^ 



SCÈRE^IH.; • gî 

sonnaplement barlan t.. Allons, bleurez pas, 
jo'manque pas de maris. 

..... i ' . 

VIGETTE. , . M 

Il y a mari et mari. » ; 

SCHLACUE.' 

C'est chuste... Cette paunre bretite^ elle 
me fend le cœur. ^.: : ■ ^ 

AIR des PùrrQts. 

Allons , nia 6l!e ,* plufi ^é tristesse , 

Tu troufeitts^Cin ai^Ur? ainant. 

11 aura pour toi plus d^tcndresse 

Qu^nVn avait tdti pifctnitt garant ; 

Plus d*un jciin^gens vÎEiilra^'icçagie, . 

Te iair' la cour ;-tii cboisiras, ■.,.:,..,. 

£t tons les garçons du (Ulage 

T'^épouseroDt quâud lu voudras. 

■ • 
ttiCette. 

Vous avez beau dire j mon pèrçi c^est in- 
digne de la part de Turlututii, » " " * 

SCffLAGtE. 

Ooî , ouï; c'est intigne... Fan t. dire comme 
elle, raisonnaplement barlant' • • ^ i ' ' 

TÎICBTTE. 

Me tromper pour faire la cour â une autre! 

SCntAGtE. 

' Comment? 



96 LE FIFBE Blé KdîîyK PRUSSE. 

Oui 9 Monsieur est aitiQureui âe cette de-- 
iDobelie ConslaDce, q[iîî semble être venue 
tout exprès pour m^ealdver oa^û amant» 

5CI&A0«Br 

Voilà cp»i est particulier.. .Cettejéuimdame 
m'ayre demandé un rentré-.vous , Ici tout à 
rheure , tout de suite , pour me dire quelque 
chose de bieniBF(èf^^sad(. 

]fl€STfB. 

Je parie que o*est pottr voir Tiïrtù tutu, 

scaiiAGué. 

Allons^ TOUS a'afesi que TOtreTirUtutu daus 
la tête... Rentrez à la maison. 

JCIGETTÈ. 

Je sais bien ce que je ferai. 

SGHLAGHE. 

Eh bien ! que fereE-vous ? 

iriCETTB* 

Le roi Tiendra sans doute ici ayant la ba- 
taille 9 je lui parlerais 

SGBLACVBi 

Vous lui barlerei ? 

VI CE TTC. 

Oui , oui 9 je lui parlerai. 



SCÈNE IV. gy 

SCffLÀGOi:. 

Il ne TOUS répondra pas... Rentrez , encore 
une fois. 

Kl CETTE. 

Prenez garde sartoift « mon père , de ne 
pas TOUS laisser attraper par cette demoiselle. 

Sd^lÀGÙE. 

Est-ce que j*aî une figure qu'on attrape ? 

Non , mais tous pourriez bien ne pas Yoir 
qu'on téut... 

SCBLACBE. 

Che yoîs tout. 

NiCBTfÉ) à part. 

Excepté ce qtk*il ùe YOit pag. ( Hâu^ ) Mé- 
fiez-vous toujours , mon père. 

( Elle sort. ) 

SCÈNE IV. 

SGHLArGUE. 




98 LE FIFRE DU ROI DEPRUSSE* 

pour elle^che suis in^cnsible.^ . et froid comme 
un marbre de glace. 

▲i& .* Lise épouse Vbeau Gemance, 

Quand j^étais dans la jeunesse , 
J'étais tout plein de tendresse ; 
Et pour proufer mon ainour , 
J^en barlais la nuit, te jour. 
Maintenant c'est une autre affaire , 
Cbe ne suis plus éloquent, 
A mon âge on doit se taice.^ 
Raisonnaplemenl barlant, 

Je Tentends ,iche crois... Tertef ! £He être 
pien cholie aujourd'hui 1 

SCÈNE 

CONSTANCE, SCHLAGUE. ' 

• . . . '» 

♦ ' i • f \ t f j 

CONSTANGB. 

Yoici Schlague , je ne sais comment lui 
dire... 

8CBLAGVE. 

Me la regardons pas. 

GONSTASCif. 

Que pensera-t-il de moi en apprenant que 
la baronne de Lisbourg a pris ces habits pour 
chercher à voir son amant ?... C'est là qu'il 
est enfermé. . . 



SCÈNE V. 99 

SGBLAGtJE. 

• « 

Elle se consulter Montame ^ j'êcôute... )e 
regarde pas. 

CONSTAKCE. 

Mon cher Schlague I... 

SGELA6I7E. 

Mon cher Schlugno î Elle a dit mon cher 
Schlague! .. O fertu des Allemands^ sou liéns- 
moi. 

COjrSTANCE. 

N'allex pas concevoir une mauyaisc opi- 
Dion de uioi. 

SCHLA.GUE. 

Plus te toute ! 

COVSTÀIïCE. 

Mon bonheur dépend de vous. 

SCHLAGUE. 

La voilà bartie. 

GOIfSTAKCE. 

H. Schlague , ne soyez pas cruel. 

SGBLAG m. 

Montamel... ( A part, ) Ché pien envie 
de ne pas l'être. 

CONSTANCE. 

f 

Tous VOUS laissez toucher? 



ïpo LEFIFRE DUftOI^E'PRUSSE. 
Ya!yAl 

^ COIfSTAIfCE. 

Vous VOUS aU«edris^e» ? 
Ya ! ya ! 

jÇOKSTÀlf GJI^ 

Ah 1 feitest-moi voir cekii que j^aimie* 

SCHLÀG1JE. 

Allons , regartez à votre aise. 

CONSTANCE. 

Ah ! je croîgnais de rencontrer en vous un 
de ces geôliers insensibles... Tenez, prenc» 
celle bourse. 

sCHtAGVE f étonné. 

Celle pourse ! 

cou 5TATICE. 

En récompense de voire humanité. 

SGRtAGUE. 

Comment ! vous tpnnez de Targent... 

CONSTANCE. 

Croyez que I4 baroniie de Lisbourg a'en 
restera pas là. 

SGHLAGDE. 

La baronne de Lisbourg ! 



SCÈNE Y. i<^r 

CONSTANCE. 

C'est clic que vous royet devant tous. 
J*ai pris ce déguisement pour éloigner tout 
soupçon. 

SGHIÀGUE. 

Entendons -nous, s'il vous plaît..,. Tous 
Usiez tout à l'heure.... 

COVSTAHGE. 

Que j'aime le jeune Victor d'Herlcim qui 
est enferme dans cette prison , et que Fré- 
déric a puni pour une faute dont je suis la 
eause. 

SCHLAGVE. 

C'est bien difTurcntl... Che ne peux plus 
TOUS écouter. 

aoifSTAiircB. 
Comment ? 

SGHLAGVB. 

Foict fotre.bourse. 

CONSTANCE. 

Mais écoutezHnoi. 

AIR : L'amour est un dieu volage. 

Ail ! puisque par ma prière , 
Je ne pub vous attendrir ; 
Si rien ne peut vont ttécbir , 
Pourrais-je au ai<Hi|$ «ibiepif 
Uùe faveur biep \è%m ? 



xoa tE FIFRE 1)U ROI DE PRUSSE. 

De ma part, et promptement» 
Allez prés de mon amant , 
Et dites-lui que sa belle » 
Fuyant les plaisirs ^ liélas ! 
Lui sera toujours fidèle. 

SCULAGUS. 

Montame , ça n^se peut pas. 

CONSTAH CK. 

Comment , tous ne pouvez pas ? 

SGHLAGCE. 

Si fait 9 che le peux , si che yeux me faire 
chasser... 

CONSTANCE. 

Croyez que ma reconnaissance... 

SGRLACl'E. 

C*hentendre pas de c't'oreille-lâ, 

AIR de la lég^re^ 

Impossible , 

Impossible , 

A tout chMois ctie insensible. 

Impossible , 

Impossible , 

JHe retenez pa& ^ 

Mes pas 

CONSTANGB. 

Je veux lui dire un seul mot 
Pour calmer sa vive flamme. 



SCÈNE V. ,o3 

SCfiLAGUE. 

Je VOUS l'répète , Madame ; 
lia mot , c^ej>t bcaacoa|) de trop. 

CONSTANCE. 

£n vain vous voulez coiniiattre j 
Un mot , c'est sitôt fini. 

SCHLAGUE. 

Mais , moi , Ton m'en dirait quatre : 
&lon.sieaT Sclilague , sortez d'ici l 

Impossible , 
Impossible , 
A tout ch'dois être insensible. 
Impossible , 
Impossible , 
Ne retenez pas 
H I Mes pas. 

t I CONSTANCE. 

^ \ Impossible , 

Impossible , 
A tout il est insensible. 
Impossible , 
Impossible , 
Ne retenons. pas 
Ses pas^ 

(6cblaga« sort.) 



io4 LE FIFRE DU AOI DE PRUSSE. 

SCÈNE VI. 

CONSTANCE. 

Me Tollà bien avancée.... Maudit soit cet 
homme intraitable... Je n*ai pu le séduire.,.. 
Mais que dira-t-on, si Ton apprend ?... £ii I 
qu'importe... Veure à yingt-cinq ans du baron 
de Lisbourg 9 neisuis-je pas maîtresse de mes 
actions^ de mon choix?... Un jeune page de 
Frédéric me distingue , sa persévérance me 
le fait remarquer; sa famille vaut la mienne; 
}e suis prête à lui accorder ma main y lorsque 
par malheur Victor oublie auprès de moi 
rheure à laquelle il devait se présenter chez 
le roi.... Le sévère Frédéric le fait enfermer 
pour quinze jours À Spandau. ..Quinze jours... 
C*esfrun siècle quand on aime... Aussi ai-je 
pris ce déguisement pour tâcher de le Toir j 
de lui parier... On blâmera peut-être ma dé- 
marche ; mais. . . 

AI à de Jùlte, ou U P&t de Fleurs, 

VtxX en vain qu^à naiate folie , 

La raison voudrait s'émoiivoîr ; 

Aitpfés d'une femme jolie 

On sait qu^elle a peu de pouvoir. 

Tout le teras que le cœur soupire , 

Il Êiut obéir à ses lois ; 

La raison élève la voix 

Quand le cœur n'a plus rien à dire. 



SCÈWE VIÏ. io5 

Maïs quel moyen employer, maintenant? 
Je ne dois plus rien espérer de Seblague^ 

TuaLUTOTU, i)erriére le tbéâtrç. 

C'est boa 9 jlen parlerai. 

ÇOTfSTAlfGHk 

Ve^tmwàs quelqu'un... C'est ee fifre que le 
roi a nommé inspecteur de Spandau. Je ut 
dois pas me confier à lui^ son dévouement à 
Frédéric m'assure d*avance d'un refus,... El 
deux refus en un jour, c'est beaucoup trop 
pour quelqu'un qui n'y est pas habituée 

SCÈNE VIL 

CONSTANCE, TCRLUTUTU. 

SVILCTVTU 

C'est fort bien... Les prisons sont dans un 
très-bel état... ( j^ part, ) Ab ! mon Dieu I 
que ¥ols~je. ?... mademoiselle Constance !... 
Knfio , c'est plus fort que nv>i , quand je Tois 
cette femme-là , je ne sais plus où j'en suis... 
3e ne puis ni parler ni marcher , et je reste- 
là comme une statue... Allons donc, Turlu- 
tutu, ne soyez pas si modeste, regardez votre 
tournure; parlez, et Ton tous écoutera. [Il 
^opour avancer, ) Oui, mais il faudrait trouver 
un moyen neuf et ingénieux d'entamer la 
conversation... Voyons un peu... {Haut) 



loB LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

Mademoiselle « ne Irouver-yous pas qu'li £iit 
bien beau pour se promener? 

CÎONSTANÇE. 

Aussi, je profite de la permission que vous 
in*ayez donnée de fréquenter ces jardins. 

Ah ! Madeti^oiselle 9 c*est un bien grand 
bonheur pour ces jardins... Ûuf ! 

COBfSTAWCE. 

Ah \ mon Dieu , quel soupir ! 

TUKLUTUTU , à part. 

Elle Ta entendu ; c'est bon signe. 

.CONSTANCE, 

Sçrieïi-Yous amoureux ? 

TURLCTUTU. 

Si je suis amoureux!... Comme on ne Test 
pas. 

C N s T A N C K. 

Comment, tous 9 amoureux !... Je croyais 
que la gloire seule occupait votre esprit. 

TORLUTCTU. 

Ah î Mademoiselle ?.., (A part. ) C'est là 
le moment de lui déclarer... Mais comment 
fairepour lui arouerque c'est elle que j'aime?.. 
«Tamais je n'oserai le lui dire en face. En ne la 
regardant pas , j'aurai peut-être plus de cou- 
rage. 



SCÈNE VU. lo; 

CONSTANCE, à part. 

Mais je perds ici un tems précieux... Â\i« 
tons aiix moyens de voir Victor. 

f Elle sort.) 

TUELDTVTU) loujours à part. 

Oiii,.c*est une bonne idée l.«.. Fesons 
comme si elle n'y était pas. .. C'est pa.... 
(Haut 9 sans se retourner. ) Oui ! Mademoi- 
selle , je suis amoureux ! Ne tous mettez pas 
en colère , si je tous le dis... Ah I thon Dieu 
je parie qu'elle me fait des yeux !... C'est que 
tous êtes si jolie !...Mademoiâ^le9 permettez- 
moi de baiser votre jolie ntain... Ticùs 5 elle 
ne dit rien !... Qui ne dit mot consent. ( Il 
u jette à genoux en se retournant. ) Eh bien ! 
il n'y a personne!... Ahl tant mieux ^ elle 
a'aara pas entendu ipa déclaration... Je m'y 
étab mai pris. ( // se relève,) Quel dommage 
qae je ne sache pas écrire ; on est bien plus 
hardi dans une lettre... C'est embarrassant... 
ih! mais Toici l'heure o\\ j'ai prorais'à mes 
prisonniers de les laisser prendre Tâir... Le 
devoir avant tout... {li ouvre, ) Messieurs, 
TOUS pouTes sortir. 



loff LE ^FREÏIU ROI I>é PRUSSE. 

SCÈNE VIII. 

â 

TURLUTUTU, VICTOR, HIPPOLYTE. 

TICTORy HIPPOLTTB. 

Àtft de VEnfiait et le Grenadier. 

Rivaux d'amour , rivaux Je gloire , 
Dans la mênie prison , restons ; ^ 

Puisque tous deux nous conij^attons ' . 
Eoserablc aux champs de la victoire, « 

VICTOR , 4 Hippolytc» 

Mddèle des amis âncères y * . 

D*étre ici puis^je m^attristcr ?<.. ' 
Mes cbaloes me semblent légèrct» 
L'amitié m'aitle à hs porter. 

Rivaux d'amour , etc. 

TICXOBé 

Eh ! Voilà notre ami Turl'utatir. 

TUBLUTUTU. 



«•• 



Messieurs , je suis biecE r^Ubre aotyiti 
£h bieni commencez-vous à vous habituer 
à votre retraite ? 

VICTOR. 

Gomment donc?... nous serions bien dif^ 
ficiles... Il n*est pas de séjour plos agréable, 
Q est-ce pas , Hippoljte ? 



SCÈNE VIIL to^ 

BI^POLTTE. 

Je te conseille de plaisanter 9 quand c'est 
par ton étourderie seule que nous somoies 
ici... 

VI CTDII. 

On dirait que tu n'es pas content d'j être. 

HIPPOLYTB. 

Toi f tu as mérhé ta disgrâce ; mais moi > 
qu'ai-je fait pour la partager ? 

VICTOR. 

Tu t'es sacrifié à l'amitié... tu joues dans 
cette affaire un rôle superbe ! J*cn appelle à 
Turlututu... Suis-je bien coupable ?*.. j'aim« 
une femnie charmante. 

TVR.LVTIITI7» 

Je sens bien ça. 

VIOTOH. 

Cette femme charmante m'aime* 

Cette femme charniante l'aime... est -il 
lieureux ! 

VICTOH. 

On me donne un rendez-vous. 

TCaLUTUTIF. 

On vous donne un rendei-vous I... Bon- 
heur sur bonheur l 

r. YaadcYiUei. 3. *® 



910 tEFIFUEDUBOI D£ PRUSSE. 

\IGTOB. 

J'y Tole de suite. 

TTRCUTCTU. 

Oh I comme c'est cela. 

TICTOR. 

Mon cher Hîppolyte m'y accompagne, 

BIPPOI.TTE, 

Jusqu'à la porte, qui se referme sut* moi et 
me laisse le maître de contempler la nature. 

TICTOA. 

Te mets-tu à ma place , Turlatutu ? Je suis 
I£te-à-^t45te avec une jolie femme^ je lui parle 
de mon amour. 

Ah ! Dieu ! il y a de quoi... 

▼ ICTOR. 

PouTais^-je penser que Theure m'appelait 
auprès die Frédéric ? 

AIR : Dû ha roîhe tt Us bottes^- 

Lorsqu^on est prêt d*tine femme qu'on aime , 

Et qu'on «dmioe ses attraits ; 
^Lorsque les yeux dam une ivresse eitréme 

Devinent maints charmes secrets ^ 
Quand la pudeur rougit le itciat de roses 
I>e la beauté qui reçoit nos aeimens , 



SCËREVfIL ut 

Mon cher , on pense à tant de choses ^ 
Qu'il est pennis d'oublier les instans. 

HIPPOLTTE. 

Sans doute ; mais tu coo viendras qu*il est 
cruel pour moi » qui 5 preoant le frais sous 
lesarbresy atrats letems de compter tes heures 
d'être puni comme les ajaut oubliées. 

TICTOR. 

Parce que tu a*as pas voulu abandoBoer foo 
ami... c'est un beau trait l 

t. 
Oui , c*est joli !..> Mais M. Victor est bfen 
excusable: d'ailleurs, grâce à moi, votre 
captivité n'est pas très-désagréable ; je vous- 
laisse la liberté de vous promener dans ce 
carré une deml-'heurc par jour... Vous êtes, 
libres de rire et de chanter^ d'écrire même si 
cela TOUS amuse , vous pouvez me- parler 
quand vous voulez : convenez qu'il y a. peu 
it prisons aiîssi agréables que celle*ci«. 

TIGTOB. 

J'en conviens; mais il est bien cruel do 
vivre éloigné de celle qu'on adore. 

Je suis de yotre avis ; je prends part aux 
peines dij cœur j parce que je suis amtoureux 

aussi. 



lia LE FIFREDUBOIDJEPRUSSE. 

TICTOB. 

El quelle est la belle qui a su charmer Ion 
cœur ? 

TURIUTUTU. 

Imagîneit-\ou9 tout ce qu'il y a de plus 
joli !,.. des yeux !.,. ah l... et une bouche ! 
oh ! .. vous ne vous en faites pas dldée,.. Jo 
pense à une chose... vous êtes si obligeant, 
M. Victor, si vous vouliez lui écrire une pe- 
tite déclaration en mon nom. 

HIPPOLTTE. 

Et comment se nomme cette beauté ? 
Constance. 

VICTOB. 

Constance!... Est-il possible ?... 

TURI.UTUTU. 

. Oui, 

TiCTOB, à part. 

Mon amie ! 

BIPPOiTTE* 

Parbleu î n'y a-t-il qu'une femme au monde 
qui se nomme Constance ? 

TUBLUTCTF. 

Qu'est-ce qu'ils ont donc ?• .. Eh bien oui, 
elle ae nomme Constance. 



SCtNE VIII. . n3 

TICTOB. 

C*est UT) bien joli nom. 

TDBIUTUTU, 

11 y a huit jours qu'elle est venue dans ces 
environs. 

TICTOR. 

Huit jours P... 

TURlUTUtr. 

Oui.... justement le lendemain de yotre 
arrivée ici- 

TICTOR. 

Ah I mon Dieu ï si c'était.., 

BIPPOLYTE. 

Allons 9 OÙ diable vas-tu t'imagîner?... 

TORLUTVTV. 

V 

Elle demeure chez Catherine > la fermière 
de madame la baronne de Lisbourg^. 

VICTOR. 

Madame la baronne de Lisbourg!. .. tu l'en- 
tends ; ah ! mon ami !.... c'est elle t.... plus 
de doute. . Mon cher Turlutulu, je vais écrire 
ta lettre... vite de Tencre, une plume... Ah ! 
mon cher ami !... que tu as bien fait de de- 
venir amoureux de cette femme-là , tu me 
rends un grand service... je vais lui écrire. 

TraïuTCTu, 

Je vais vous dicter. 

10. 



ti4 LE fIFKE DU ROI DE PRUSSE. 

( TlGTOm. 

Oui « oui 9 dicte tout ce que tu roudras. 

TOALUTVTV. 

« li^idenioiselle. > 

T I GT o A 9 vWemeiit. 
Ma chère Constance ! 

TOftLITTUTlI. 

Oh ! non , il ne faut pas mettre ma chère 
Constance, nous n'en sommes pas encore 
là... « Mademoiselle. » 

YIGTOl. 

Mademoiselle. 

TURLUTUTU. 

c Depuis huit jours que fe tous vois... » 

TIGTOa. 

Depuis huit jours que je ne tous toîs pas. 

TtELUTÛTU. 

Que je TOUS toîs , donc. 

TiGTOa. 

Oui. 

«Je languis 9 je sèche... tos jeux m'ont 
> tourné la tête... et... comme je vous disab, 
» depuis huit jours que je vous vois... je suis 
» amoureux... Prencz^tîé d'un malheureux 



SCÈNE Vlir. I.1& 

» que vos charmes rendent imbécile f... Im- 

• bécile... y êted-fous ?.... imbécile !..*• s^ur- 

• ce , Mcidemoiselle , je tous prie d'excusée 

• ma hardiesse. •• Ma hardiesse... a?ec la- 
» quelle j*ai l'honneur d'être le plus respec- 
» tueux des fifres 9 Turlututu. » Ça n'est pas^ 
mai comme çst , n'est-ce pas ? 

YICTOE. 

C'est très-bien ! 

HIPPOLTTK. 

Oh ! je te jure qu'elle sera énchaûtée du 
stjrle de cette lettre. 

Jastementjerentend3...Messîeurs3 rentre! 
et je vais... 

TIGTOB. 

C'est elle ! Grand Dieu I 

TVELVTUTU. 

Qu'est-ce qu'il a donc aujourd'hui y arec 
ses exclamations ! Allons , rentrez y rentrez I 

TICTOB. 

Comment I tu yeux ? 

H le faut ; tous savez que la cohsi^e est 
très-sérère lik-dessus... Yousne pouvez voir 
personne. 

( Victor et iiippoljte rentrent dans la priioa. )^ 



Xi6 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE.' 

SCÈNE IX. 

H 

TURLUTUTU, CONSTANCE. 






CONSTA-irCE* ^ 

Je n'ai pu rien obtenir de Schlague... En- 
core ce fifre I • ' *k 

ttJRlPTDTTJ. il 

Mademoiselle, je vous demande bien par- ^ 
don. C'est,, ^ 

COHSTAMCE, \-* 

QueTOulez-TOus? ^ 

ï u 11 I. \J T U T c , lui présenUttt la lettre. 
Yous Yoyez.*. \ 

i 

CONSTANCE. !j 

Comment !.,. Quelle est cette lettre ? 
. Ah ! dame , je ne peux pas tous dire ça , | 

moi. 

CONSTAWCE. 

Maïs puis-je au moins saroir de qui ? 

- ' AH ! c^esl difféfenl. . .. C'est. - . Ah ! Je ne 
peux pas vous dire oelit n^n plus-- ( ^ 
part ) Cachons-nous, et voyons un peu 
c(>nLme «lie prc^di?? Ça^ • 



SCÈKEIX- 117 

COifSTANCE) ouvrant la lettre. 

Toîlàqui est extraordinaire... Giell... que 
Tois-je ? récriture de Victor I * \ 

TTJftLVTVTIT. 

Ah ! Tollù que ça fait son effet. 

CONSTANCE. 

t Ma chère Constance ^ depuis huit jours 
foe je De vous vois pus , je ne connais phis 
le bonheur... Le hasard, ou plutôt Tamour 
ie ce fifre pour vous , me fournit le moyen 
k TOUS écrire... Servez-vous du même pour 
îépondre, et comptez sur l*amour de Victor.» 
Oh! quel bonheur! 

TURLXJTUTU. 

Ah ! çh y si je ne me trompe , elle parait 
biea contente. 

AiA : yi ma Margots 

Voyons comment ça fiofra , 
Puisque ça commence comm^ çà. 

CONSTANCE. 

Pour moi quelle aimable surprise f 
Le Dicti d^amour me favorise. 
Par cette lettre de Victor y 
Je suis stj:^ qu^il m^aime cncor. 
bonheur ! ô bonheur ! j^ai de sa constance 
La douce assurance. 

(Ette baise b lettre.) 



tiS LE FIFRE IVU ROI DE PRUSSE. 

TBBlUTUTtï. 

Dieu me parde|ine I elle baise la lettre !.•• 
^Ah ! ç'd y mais alors. 

Voyons commet ça fînip , 
Puisque ça commence comm* ça. 

Elle $*asseoît , elle écrit. 

GOjrSTAKGB. 
DEUXIÈME COUPLET. * 

Servons-nous de la même ruse. 

TUELUTDTU. 

Je ne sais pas si je m^abuse ; 
Mais je crois quelle me répond. 
Vraiment mon bonheur me confond. 

CONSTANCE . fittfsstDt n lettre. 

Cher Victor ! cher Victor ! tu sais que je t'aime ; 
Aime-moi de même. 

( EU« plie la lettre. ; 

£st-on plus heureux que raoi ? 

Ah I ça devait finir par là , 
Puisque ça commençait oomm*ça. 

( f I t'evaiice. ) 

Mademoiselle , o*est en tremblant si... 

CONSTANCE. 

Rassurez^Yous ; je vous sais gré de votre 



SCÈNE X. n^ 

déroarche... Prenez cette lettre^ tous y verrez 
quels sont mes Téritables sentimens. 

(Elle sort.) 

SCÈNE X. 

TURLUTUTU, d'abord seul; puis YICTOK 
ET HIPPOLYTE. 

TUALDTOTU. 

lUsstBEz-vous... Je voqs sais gré de Totre 
démarche... Prenez cette lettre, vous y verrez 
quels sont mes véritables sentimens... Oh; 
ce n'est pas ainsi que parle une femme qui 
oVime pas... Elle est amoureuse... Ohl Tur- 
Itttutu... quelle belle journée pour toi !,.. Mais 
voyons ce que contient sa lettre... Comin^ 
je ne sais pas lire, appelons... M. Victor l 

( Il ouvre h prison. ) 

VICTOIi. 

£h bien ! 

J'ai rerais la lettre. 

VICTOft. 

Bon ! 

TUJ&LCTOTV. 

On a exprimé une douce joie en la xece-' 
raiit. 



120 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

VICTOR. 

, Est-il possible ? 

TDBLCTUTU. 

£tde plus... 

VICTOR. 

De plus ? 

T.BRLC-TUTU. . 

On a baisé la lettre. 

VICTOR. 

On a baisé la lettre!... Oh I mon ami ! 
combien je te remercie...' 

TUBLÇTUTU. 

De quoi donc ? 

VICTOR. 

De me conter cela ^ ça me fait plaisir pour 
toi. 

TrRLUTtîTU. 

Ce n^st pas tout , on a répondu. 

VICTOR. 

On a répondu !... On a répondu !.;. Oh ! 
en vérité , Turlututu j tu es un homme char- 
mant ! 

TURttJTtJTU. 

Et voici la réponse. 

VICTOR. 

Donne, donne vite!... Ah ! ma chère Cons- 
tance f • ' . 

( Il baise la lettre, y 



, SCÈNE X. . lai 

TUBLUTUTU. ' 

£h bîeo ! qu'est-ce que vous faîtes donc ? 

VICTOR. 

C'est rintérêt que je te porte... ( // dé~ 
cacheté la lettre^ après C avoir parcourue il dit : ) 
Ah ! mon ami , cette fem.mc-là t'adore. 

TUELUTUTU. 

Âh ! que dit-elle ?... Je vous en prie ^ ne 
me faites pas languir. 

V iCTOR , à part. 

^ Oh ! quelle idc^e ! Pro6tons-en... ( Haut. ) 
Ecoute bien : « Monsieur j'ai reçu saus colère 
» Taveu de vos sentinnens. » 

TURLUTCTC. 

Hein !... Dites donc 9 elle a reçu sans co- 
lère l'aveu de mes sentiinens... Ça dit toat, 
ça : o'est-ce pas ? 

HIPPOLTTB. 

Certainement. ^ 

TIF RL ITT II TU. 

Contiauez. 

n ' 

VICTOX. 

« Je m'étais déjà aperçue de votre an^our. 

ti;rlctutu. 

Elle s'était déjà aperçue de mon amour.. .^ 
Od n'écrit pa» mieux que cela. 

F. Vaudevilles. 3. 1 1 



laa LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

TICTOE. 

« Comme |e ne yeux pas tous ôter toute 
» espérance ^ je cooseos non pas à vous en— 
» tendre , parce que je craindrais un pareil 
lè entretien. » 

TURtUTUTU. 

Il y a ça , qu'elle craindrait un pareil en- 
tretien ? Vous Tentende* ? 

TICTOE. 

« Mais faîtes -moi parler de Totre amour 
» par un interprète de vos sentimens , et je 
p lui répondrai ce que je crois dcToir loi ré- 
» pondre. » Tu Tenlends , Turlututu P 

TVELVTUTV. 

Ah ! diable l Toîlà qui m'embarrasse. 

TICTOR. 

• Comment ? 
Oui... où trouTcr cet interprète ? 

<r TICTOE. 

Oh l dame ! c'est difficile.... Moi , je t*en 
serTirais bien , si tu Toulais. 

Vous, ML Victor?.., Oh! oui; mais la 
consigne... ^ 

VICTOR, 

Ah ! c'est juste, la consigne... Qae toux- 



SCÈNE X. taS 

tu qne j'y fasse ? Adresse>toi à Schiague , si 
tu veux... 

TrRlUTtJTU. 

Le YÎeiix concierge !... Y pensez-vous ? 

y IGTOB. 

Je ne toîs que lui. 

Oh î mon Dieu 1 mon Dieu ! Quel em- 
barras !. . . . Maudite consigne ! M* Victor ^ 
cherchez donc un moyeu de... 

VICTOB. 

Mais après tout , la consigne peut se violer 
on peu... D'ailleurs 9 nous ne sortirons pas 
d« là... Amène ta belle ici , ce sera bientôt 
fait... Si Ton nous surprend , c*est moi qui 
serai puni ; mais n'importe... Tu as eu pour 
moi beaucoup d'égards 4 je me sacrifie... Va 
chercher cette Constance qui a Fair de si bien 
t'aimer, et )e te réponds qu'elle ne résistera 
pas à mon éloquence ; je plaiderai ta cause 
avec ce feu.... enfin je ferai comme pour 
moi. 

TUAIUTUTU. 

Oh ! M. Victor, qne tous êtes bon ! ( A 

part, ) Voilà oomme un bienfait n'est jamais 

perdu... J'ai eu pour ce jeune homme des 

égards , des prévenances ; eh bleu ! il se 

charge de mes intérêts... Vraiment on n'est 

pas plus obligeant. 

( n sort.) 



y 






124 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

SCÈNE XI. 

VICTOR, HIPPOLYTE. 

■VICTOR. 

Oh ! quel bonheur ! mon cher Hîppoljte. 
Je vais la voir, lui parler... Mais partage dooo 
ma joie. 

HIPPOLYTE, 

Je la partagerais sincèrement, si nous étions 
hors d'ici. 

V 1 c T o a. 

Eh ! qu'importe , puisque Constance j est 
aussi ? 

HIPPOLYTE. 

Cela me fait beaucoup de bien, à moi. 

TU R LU TU TU, CQ debovs. 
Par ici , Mademoiselle , s'il tous plaît. 

VICTOR. 

La voici !... Oh ! mon ami , rends-moi un 
grand service, occupe Turlututu tout le tems 
que je parlerai à Constance. 

HIPPOLYTE. 

C'est cela , toujours les petites commis- 
sions agréables. 



SCÈNE XII. 125 

SCÈNE XII- 

tEs phécedens, constance, TLR- 

LUÏUÏU. 

VICTOB. 
AIR : Quand toi sortir, etc. 
Approchez , charmante femme. 

- 

HIPPOLYTE, remparant de Turlattttu. 
Reste là pendant ce tems. 

VICTOR. 

Daignez répondre à la flamme 
Du plus tendre des amans , 
L^amour tourmente son ame. 

tuululutu. 

Monsieur , votre ami vraiment 

£st pour moi bien complaisant. ( Bis. ) 

VICTOR. 

Il VOUS adorera sans cesse , 
Et soyez sûre que jamais 
U ne trahira sa tendresse. 

TURLUTUTU. 

Comme il prend mes intérêts • 

VICTOR. 
DEUXIEME COUPLET^ 

Doatcz-voiis de sa constance ? 

XE. 



ia6 LEFIFRE BUROI DE PRUSSB. 

Vos yeux , si jolis , si doux , 
Vous en domient rassurance , 
Je me jette à vos genoux. 

TURLUTUtU. 

A-t-on plus de complaisance ? 
, Il se jette à ses genoux. 

HIPPOLYTE. 

Il se jette à ses geHout. 

CONSTANCE* 

Cidl Victor i y pensez-vous? o 

VICTOR. 

n veut vous consacrer sa vie ; 
Encouragez ses feux discrets. 
Il baise votre main jolie. 

TURLUTTÏTV , à Hippoljte. 

Comme il prend mes intérêts ! (4 foSt. ) 

( On entend battre tnz champs. ) 
TVEtQTUTU. 

Oh ! mon Dieu ! c'est le roi ! Eh ! vite , 
Messieurs, rentre» dans TOti*c prison. 

(Us rentrent.) 

(Constance tort) 



SGËNEXIII. twj 

SCÈNE XIII. \ 

rURLUTUTU , TILtAGEOIS , TIltAGEOISES , 

puis FRÉDÉRIC et DHARLEIM, son 
MAJoa; SCHLAGUE, NICETTE. 

CHCBITR* 

▲iji : jih ! pour Smnt-Cjrr, 

Livroos-iious k l^allégresse ; 
D'être joyeux tout nous fait la loi. 
Uo prince , en ce jonr d'ivresse , 
S^montre à nous plein de tendresse. 
Vive le fVoî î Vive le Roi ! 

Il £l> i'ft I G ^ entrant en scène avec le major d^Har- 

Icim. 

Eh ! non 9 morbleu ! M. le Major 9 ]e ne 
TOUS donnerai pas raison sur ce point. Ces 
boutpns ne sont pas trop u$ès ; il n'y a que 
trois ans que je les porte; ils n*ont fait que 
cinq campagnes^ ilssoût bien un peu rouilles 
mais qu'importe 1 

AïK : FijUe à qui Von dit un secret. 

Les boutons nnûltés des soldats 
Doivent-ib donc choquer la vue ? 
Peut-on , après tant de conibab , 
Obserrer là mène tenue ? 



itS le fifre du roi de PRUSSE. 

Beaucoup de gens ont des boutons bien beaux ; 
A les polir leurs mains sont occupées , 

Lorsfpie souvent dans leurs fourreaux 

Ils laissent rouiller leurs épées. 

LE MAJOB. 

Je n'insiste plus , Sire. 

FEBDÉBIC. 

Et VOUS faites bien.,. D'ailleurs, réconomîe 
est le soutien d'un état... £h ! comment au- 
rais-je complété mes superbes compagnies 
de grenadiers ? (^Allant à ses officiers.) Bien ! 
mes amis, je suis content de vous ; mémo 
activité, même zèle. {A Schlague. ) Caporal, 
comment 1 tu as une montre ? Il faut que tu 
sois bien économe pour avoir fait une pareille 
empiète ; la mienne va mal... Quelle heure 
est-il à la tienne ? 

Sire.... elle ne marquait point les heures 
m les minutes.' 

(Il tire sa. montre. ) 

FRÉDÉAIC. 

Que vois-je ?... Une balle ! - 

SCHLAGYIE. 

Ya, Sire... Ce être une balle. 

AiA : // me faudra quitter l'empire. 

Je la reçus en Silésic , 

Sur mon cœur elle vint s^amortûr ; 



S<:ÈNE XIII. Tag 

Elle pensa m^ôter la vie i 
Mais je puis encore servir ; , 
. Dans mon gQUsset elle demeure ; 
Cette montre est pour 1901 $a^s prix , 
Car elle m^avcrtit à toute heure . . 
Que jMois mourir pour mon pays. 

FBÉBÊRIC. ' 

Bien , mon camarade, bien... Cela ne m'é- 
tonue pasl.. de vieilles moustaches ! 

^AiR des Amazones, 

Couverts de nobles cicatrices. 

Je contemple ces grenadiers , 

Après de glorieux services , 

Se reposant dans leurs foyers. (Bis. ) 

Ail ! maintenant , si leurs gcnou!L fléchissent 

Sous le poids de soixante hivers ; 
De nos soldats si les cheveux blanchissent , 
. Leurs vieux laïuicrs resteront toujours verts. 

Ah! le voilà, Turlututu. {Bas au Major.') 
C*esC un bouffon; il nr.imuse, et je lui passe 
bien d*;s choses ; d'ailleurs , c'est un brave ! 
(Haut, ) Eh bien! comment te trouves-tu 
daos ta uouvelle place ? 

TURLUTUTU. 

Dame 9 Sire , assez bien.... Cepeiydant je 
regrette le tems où je jouais du fifre auprès 
de vous. 



i3o LE FIFRE D0'rÔ1DE*PPiUSSE. 

C'est ton courage que j'ai récompeosé^ ' 

Vous êtes bien bon, Sire : maïs que voulez- 
vous , quand ou se trouve là, à quoi ça sert* 
il d'avoir peur ? 

F R é D é a I c. 

Tu as raison... Et tes deux prisonniers 
en esi-tu content ? 

TUBLUTUTt-. 

Ah ! Sire , ce sont de bien aimables jeunes 
gens que ces deux pages ! II me semble p 
Sire... 

FaiDéaiG, sévèrement. 

Il TOUS semble P 

Non , don , il Ae ihe semble pas. . . Je pense 
seulement.... 

rSSDBRIG. 

VoQS pensez ? 

TVtitVrVTV. 

Non, Sire j je ne pense pas ; je disais... 

FRÉDÉRIC. 

Yous^ dîtes ? 

turlotutu. 
Je ne dis rien. 



SCÈNE XIIÏ. ,3, 



VftBDBBlC. 



Ils ont enfreint la dbcipline milîtaîre , ils 
doivent être punis... Voilà comme on fait les 
bons soldats. ( Se tournant. ) Mes amis ayez- 
TOUS quelques plaintes quelques réclomaiions 
à faire?... Parle» ;i je «uis prêt à vous rendre 
justice... Tout le monde est content ; c'est 
bien. 

HICETTB^ sVançaot. 
Sire !... 

FBBDBBIC. 

Hein ?... Quelle est cette jeune fille? 

TUBLCTUTU. 

Ah ! mon Dieu ! c'«»t Nieette !... Je 8upplî« 
Totre JMafjesté de ne pas récouter. 

Pourquoi donc ? 

TÙBLUTUTV. 

Mai5«*« 



» r 



FBBOBBic^ seyeremcnt. 
Tais-toi. 

TVBLUTVTV. 

Oui 5 Sire. 

FBBDÉBIÇ5 à Nieette. 
Parlez , ma belle enfant. 



l3â LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

NI CET TE. 

* É » 

▲la : Mon gahuh^U 

Turltitutu, (bîs.) 

M^aîmait jadis d*amour eitrême , 
Mais d*pûts qu^il s^est si bien battu , 
Il lu^abandunn' ^ pourtant je Faime. 
Ah ! pour moi ce n^est plus le même 

Tuiiutulu. (Bis.) 

SSUXlèMB COUPLET. 

TurlututU) (bî**) 

Jouait sous ma fenêtre un air tendre , 
Et mon cœur en était ému j 
Mais j'ai beau' maintenant attendre , 
Helas ! il ne m'fait pitis entendre 

TurUilutu. (Wa.) 

Cooiment ?... 

inCETTE. 

Oui, Sire 9 depuis qu'il est înspçctdurde 
Spaadau , il m*trouye trop pauvre. 

F R B D £ B 1 G. 

Est-il vrai , M. Turlututu ? 

TUELUTUTV. 

C'est que mon cœur... 

FfiÉDÉEIG. 

Votre cœur ne sait ce qu'il dit. Je veux que 



SCËNE XIV. i33 

tous épousiez cette petite fille... Faites venir 
mes deux pages. 

(Turlututu va ouvrir la porte et les fait sortir, ) 

Kl CETTE. 

Od a bien raison de dire que Votre Majesté 
est juste. 

ff 

SCÈNE XIV. 

uspRÉcÉDBjïs, VICTOR, HIPPOLYTp. 

FBÉsÉniC. 

Vota voilà , Messieurs. 

y I GTOR. 

Ah I Sire , nous ne demandons point notre 
grâce ; mais permettes-noiis de vous suivre 
au combat, de vous défendre , de mourir 
pour FOUS* 

TCRLUTUTt. 

Ah ! votre Majesté ne peut pas leur refuser 
cela. 

FRÉDÉRIC. 

Tais-toi!... Non, Messieurs, îl faut un 
exemple... ( A part, ) Il resteront en prisoii 
tout le tems de la bataille ; je les connais , 
c^est la punition la plus sévère qu'on puisse 
leur infliger. 

F. Yaudevillcf . 3« 12 



i34 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE,. 

TIGTOB. 
kiK du Petit Courrier» 

Ah ! de mes vieux le plus ardent , 
O^est d^xposer pour vous ma vie. 

HiPPOLYTEv. 

Faut-il, pour une étourderie , 
Nous punir si sévèrement ? 

FAEDÉAIC. 

{.a disciptiae militaire 

Doit être tout (lour un soldat. 

VICTOjl. 

Sire , rien n^aurait pu nous faire 
Oublier Theure d^un combat. 

F A Epia. ic. 

C*est bien ! c'est très^bien 9 Messieurs !.«. 
Mais vous resterez «n prison 'inalgré cela , 
l'exemple le ie\}t,\ Allant à ses officiars. ) 
Messieurs 9 des rebelles osent encore élever 
la voix; mais rassurez-vous ^ mes ^rcpadiers 
sont là pour les faire taire». « An revoir , c^e» 
amis, 

GHQEtTR. 

livToni-DOus à Tallégresse , etc. 

{Q «oit aiwi que.kt viliageois. Oa cnlend le casospar iwf 

.tervaUen.) 



SCÈNE XV. i35 

SCÈNE XV. 

VICTOR , HIPPOLYTE , TURLUTUTU. 



On va se battre 9. et nous sommes ici ? 

HIJPPOLTVE. 

Quelle honte i 

TtlRlUTlîtU. 

Allons , Messieurs 9 consolez-yous. 

TlGTOa. 

Mon cher Turlututu ! 

TCRLTJTOTV* 

M. Victor ? 

TICTOB. 

Tu as TU ce que j'ai fait pour loi tout à 
llieure ? 

TVtiLVTVTV, 

Certainement , je Vous en ai une grande 
obligation. 

TICTOR. 

Rends-moi un service. 

TUatUTlTTU. 

Parlez , si je le peux. 

VfCTOB. 

Laisse-nous sortît 



ï36 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 

TURLUTUTU. 

Sortir î y pensez-vons ? 

HIPPOLYTE. 

Mon cher Turlututu ! 

TUBLUTUTÏÎ. 

Impossible ! Mess-.eurs , impossible ! 

V IGTOH. 

Écoute , Turlututu. 

AIR du major Palmer. 

Nous Yolons à la bataille , 
Et pleins de zèle et d'ardeur , 
Bravant bombes et mitraille , 
Nous prouvons notre valeur. 

HIPPOLYTE. 

Sur rrunemi je m'ébnce 
Dans le moment le plus beau , 
Et redoublant de vaillance , 
Soudain f enlève un drapeau. 

VICTOB. ^ 

Moi , près du roi je me range , 
Et courant de toutes parts , 
En un seul instant je change 
Nos ennemis en fuyards. 
Frédéric qui nous remarque 
Est charme de nos transports, 
Et cet auguste monarque 
Dit, en oubliant nos torts^: 



SCËNE XV. Mâg 

« Nous TOUS deyons la victoire ! » 

Sire , dis-je à ses genoux , 

Votie fifre à cette gloire 

A bien plus de part que nous» 

Ce trait superbe le touche , 

n est bientôt rëpandn ; 

L^on entend de bouche en bouche 

Le nom de Turlututu. (l'^'O 

TURtCTTîTU. 

Au fait y ça pourrait bcn arriver comme ila 
le disent. 

niPPOLTTE. 

Ça ne peut pas manquer. 

TiGioa. 

D'ailleurs , nous te promettons d'être ici 
ayant le retour du roi.... seulement le tems 
de la bataille. 

TOatUTUTU. 

Oui y et si TOUS êtes tués ? 

VICTOR. 

Ah! alors 9 je ne te promets pas... Ccpen^ 
lant nous ferons notre possible. 

HIPPOLTTE. 

Allons» Turlututu, lâi8se->toi gagner ; on se 
bat maintenant , et nous perdons du tems. 

TwaLnuTu. 
Allons j tenez, je le yeux bien ; mais dé* 



i38 LE FIFREDUROIDE PRUSSE. 

péchez T0U9 de sortir, que Schlague ne tou^ 
Toie pas... Suivez-moi. {Il leur ouvre la portm 
du concierge t et leur dit:) Sauvez-Tous. 

(lis sortent.) 

SCÈNE XVI- 

TURLUTUTU, 

.ObI Diea^ comme ils courent! sont-ils 
lestes. ( Ôt) entend Schlague qui tousse dans 
la cabane, ) Voici Schlague qui rient? évitons 

»a présence, 

( n se eaehâ dans le jardin. ) 

SCÈNE XVII, 

^CâtAGtJB:, d abord seul, CONSTANCE, 

en toilette élégante, 

SCffliAGVB. 

On a pîen raisoii de dire , raisonnaplement 
barlant, que les femmes font dd Vous co 
qu'elles veulent ; ch'avnis pien churé de rte 
pas me laisser gagner ; eh bien ! cette tame ' 
paronue , afre tant lait qu'elle m'avait se-» 
rfiiit.,. GhC (aïs lui vaire Mt son prisonnier 
amant,,.. Monsir ïuflututu ny êlre pas, 
ainsi.,. Ah ! lerlef , j'y pense , la grille qu'y 
Être ouverte; pendant qu'il causerait Ici , il 
n'aurait qu*à s'échapper. ( // ferme la ^nlle. ) 



f 



SCÈNE XVIL iSç 

Maintenant che suis en sOretè... Ah! tous 
voilà^ Mootame. 

CONSTANCE. 

Tous allex vous acquitter de Tolre pro- 
messe ? 

Oui 9 Montarae... ( // ouvre la porte ^ et ii 
appelle. ) MoRsrr Victor!*.. Il va venir, Mon- 
tame... Monsir Victor?... vous pouvez sortir. 

coirsTAirci. 

If ne rient pa^. 

SCBtAGUB. 

Monsir Victor !... allons, il ne feot plus 
sortir à présent*.* il est peut-être endormi... 
che vais vous Taniener. 

( Il entre dans la prison.' ) 

COlfSTAIf CE. 

Je vais donc pouvoir îni parler sans té- 
n'oifi , la présence du (îfrc nf)*a tout à Theore 
empêché de lui répondre ; mais cette fois.». 

SCBLACÎIJE. 

Montante , Montame , pins pei^sonne. 

«OlfSTAlirCÉ. 

Que dites-vous ? 

SOBtÀGiiri. 
le pfisônnkr , il est enfolé. 



i4o LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE: 

CONSTAKCE. 

Grand Dieu ! grand Dieu ! 

SCHLAGCE. 

Monsir Turlututu ! monsîr Turlututu ! 

SCÈNE XVIII. 

LES PttECÉDEirs, TURLUTUTU. . 

TURLUTUTU. 

Eh bien ! eh bien ! qu'est-ce qu'il y a ? 

SCHLAGUE. 

Le prisonnier , où être-t-il ? 

' CONSTANCE. 

Par pitié ! où est Victor ? 

tURLUTUTU, étonné et à part. 

Que vois-je ?.... mam'selle Constance en 
belle dame t... quelle toilette!... Et puis c'te 
familiarité, où est Victor ?... {Haut. ) D'où 
savez-YOus son nom ? 

* 

CONSTANCE. 

Encore une fois , où est-il ? 

TURLUTUTU. 

I 

Il est allé se battre. 

CONSTANCE. 

Voilà le malheur que je craignais arriré. 



SCÈNE XVIU. tix 

Je bénissais son esclavage , parce quHl l'em- 
pêchait d'assister au combat. 

TVRLUTUTUy à part. 

Qu'est-ce que cela veut dire donc ? 

COTTSTAirCB. 

Âh I mon Dieu ! il va revenir blessé... Je 
luiavais pourtant écrit que ses jours m'étaient 
cher-, ? 

TVBLVtVTO. 

Comment f vous lui aviez écrit que ?... J'y 
suis... La lettre 5 c'était une lettre de lui ^ 
c'était pour lui la réponse... Eh bien I j'ai 
joué là un joli rôle. 

GONSTAIICJS. 

Oh ! ne vous en repentes pas 9 vous noiM 
avet été bien utile. 

C'est fort agréable pour moi 9 et je ne m'é- 
tonne plus de tout son empressement... Ah! 
Dion Dieu ! mon Dieu ! et moi qui^me suis 
brouillé avec ma petite Nicette que j'aimais 
tant. 

Allons , consolez-vous j je vous racommo- 
derai ensemble. 

TURI.UTUTU. 

Justement^ la voici. 



gli LE FIFEE DU 1\0I DE PRUSSE, 

SCÈNE XIX. 

hEi paécBDE^s» NKIETTE* 

HiCBTTEy à part. 

Je saU inaiotenant que cette prétendue 
f^f satine est !a barooiie de I/isbourg ! ah ! 
j^b ! M, Turlututu ! 

Ma chère Nicette ! 
riaît-il, Monsieur ? 

Tous avez eu la bonfé de demander au roi 
lie tn'épouser, 

y yiGETTE, 

Je ne sarais ce que je disais i Monsieur. 
Nicette ! 

IffIGETTK. 

Ne me parlez jamais, % 

COKSTANCB, 

Allons, allons, ma belle amie, pourquoi 
affecter cet air d'indifférence qui est loin de 
ton cœur ?... Faîtes ïa pait. 

AIK : Aimable et jolie ( du nouveau Nicaise. ) 

Pnisqu^il est fidèle , 
Y^\% moins ki cruelle , 



SCÈNE X!X. ,4$ 

À son amour 
Ke sols pas léteïLt ; 
Piûsqtt'O est fidèle , 
Fais moins la cruelle, 
A son amour 
Réponds à ton loor. 
l^ar le bonheur , songcs-y , ma beBe ^ 
Il faut savoir diarmer chaque jour ; 
Tous les inslans qu'on paçse en querelle- 
Autant d'instans perdus pour Tamour. 

ï0aL0TUTU , «ux geoous de Nieettv^ . 
Piùsquef suis fidèle, 
Fais moins la cruelle , 

A, mon amouf 
Ne soûlas rebelle. 
Puisque j'suis fidèle , 
Fais moins la cmeUé , 

A mont amonr« 
Réponds k ton tour. 

CON9TAJrct« 

Puisqu'il est fidèle^ 
Fais moins , etc. 

^nisqu'Ucstid^, 
J'iais moins la cnfeUe , 

A son amoor 
H'soyons pas rebelle. 
l>uisquHl est fidèle, 
J'Êiis mokis la cnaeUe f 

A son amofir 
JVéponds à mon tour. 

(On entend l< iMahw»» ) 



i44 LE FIFRE DU ROI DE PRUSSE. 
Voici le roi. 

TUBLUTUTU. 

Ah! çà, mes prisonniers ne reyienncnt 
pas.... ils m'araient taiu promis d'ôtre ici 
ayant le rot. 

CONSTANCE. 

Pourvu qu'il ne soit rien arrlyé à moo 
cher Victor, 

SCÈINIE XX. 

LES PRECEDEES, FRÉDÉRIC, OFjriGIERS. 

CfifOCUB. 

Victoire ! (fer, ) 
Plus de guerre , plus de combats I 

La gknre ('^<^''') ' 

Guide nos pas. (Bis.) 



FIEDERIG5 à ses officiers. 

Bien, mes amis, vous avez tous fait preure 
de valeur... vos troupes ont bien maooeuTré, 
mais je ne vols pas parmi vous les deux offi- 
ciers qui ont surpris ce fort occupé par l'en- 
nemi et qui ont enlevé les drapeaux ; dans la 
mêlée , je n'ai pu distinguer letir s traits, j 

LE MAJOB. 

Sire 9 ils vont vous être présentés dans 
lliistant. 



' SCÈNE XX: ,4Î 

Vailà des brayes !.., Eh bien ! Turfutufa , 
c'est de la faute de tes priionniers^ si tu n*é- 
tais pas à la bataille. 

ComiiieDt donc » Sire ? 

»■ t 

FAéDBBIC. 

n fallait que ta restasses fiour les garder* 

Ti7Bt.i}TiJTU) à part. 

Cela a biearéussf. {tiauù) Ah ! ouï. Sire, 
comme tous dites , pour -les gardefr. 

Fais-les sortir maînteôàiit ; je vettï leur 
pafdouneTi 

toaiuTUTii^ tvpubl^. 

Âh I mon Dieu ! comment dites-vous? 

FBÉDÉRIG. 

Fais-les sortît 

TUBLOTUTt, i 

Schlagne ^ le roi demande à toir les pri-' 
sonniers , entendez-yous ? 

Gh'entendre fort pîen ^ ndais tous afcï la 
clefc 

TtBLVTOTIF. 

Non 5 je ne l'ai pas. i; 

F. YandeviUet. d< Ici 



)46 LE FIFKE DU KOi D^ PRUSSE. 



:F&âll»lcJ' 



M'obéît-on ^ 
Ah l Sire l... , 
Qu'est-ce ? 

fO-»«,1I««TV«- 

Yos page» J 

FHéi^éaic» 

£Ii hievt 1 me^ pages 9 . 

Ils «e.,aimt ép^pf^ 

Ils se sont éch'appé^ f.... 'Morbleu t.tjit'oa 
les pôUTSuive > et^a'îld soient pour'tînq ans 
en prison» 

C'était pour aller & la bataiHe. 

FRé»éftIC. 

A la bataille... Deux ans !... (Là baronne 
de Lisbourg s'aoamee, ) Que Yois-j,e ? La ba- 
ipoDûe à^ {i>isl|OiAi>g t . 

cosrsTAycE. 

EUe-tneme , qu< est cause de la préoiij^re 
faute de Victor. 



I 



SCÈNE XXI. 14^ 

FKéDÊEIC. 

La s^Qo.nde est iiDpardoiiQ<^kIe< 

Non , Sire , €^e e»t exousabk. 

riiÉDéftio. 

Tous faites des observations. £h bien ! fe 
iQus caise de vos fonctions. 

SCÈNE XXI. 

us 99AakpE$s t VJCTOa ^ BIPPOLTIE. 

LS MAjroa, 

SiMy TOtci les deux officiers que tous afes 

demandés» 

C098TA,KGB. 

Qde Tois-je ? Victor 1 1, jj. . 

CBCBOR. 
AIR : Honneur à ia miùùjue^ 

Pour eux plus d'eadavage ^ 
Car les deux, officiers . 
Qui montrèrent tant décourage , 
Soot cc:^ deux prisomù^^. 

aivpeinrfa. 
Aia du Maginna îPtéfttocbahU. 

Nous méritoOs, liélas! votre colère , 



sis L£FIFft£9UR0ID£PRUSSI^ 

Car nous ayons brayé rautonté ^ 
Ifaîs cependant chacun de nous' eipère 
Voir teimmer notoe ca{»tiTfté. (nié) 

Oni , conoaÎMant yolre ioilice taUtxèmt , 
19ou9 foiiuDe$ sûrs de sortir de prison ; 
Cpac nous yenons nous racheter nous-mcme. 
fiire l toi}à notre rancofa. 

( B* présettiettt det drspeauz. ) 

CoippQent ! ce sont eux««. Oh ! les braver 
feunes gens !•#. Messieurs , ]lr Rûi vous par^ 
aoone. 

FaiùéÉic. 

Tu m'as^ien JQgè... Victor «t Hippoljte^ 
|e TOUS Domme tous deux aides de camp 
de Bk^'' gardes. Madame la baroone , ce grade 
r&od Victor Totre égah 

I^A BAplOirVE. 

Je T0M8 enf ends , Sire. 

TIGTOA ET BIPPOLTTE. 

Que de bontés I • 

A U bomie heures* o*est parler, cela.., 

FilDiaifc. 

Je t'ai ôté la place d'iuspeoteur de Spaodau 
parce que tu as trop bon cœur pour la rem* 



s CÈNE XXI. ^49 

plir; je te pomine hui9sier de la chambre ^ à 
coodition que tu apprendras à lire. 

TVBLVTUTV. 

Et à écrire aussi \ ça fait que je lirai et que 
j'écrirai mes lettres moi-même* Je ne tous 
irai point cl^ercher pour, cela , H. Yictor. 

VAUDEVILLE, 

AIR : ymuhviUe des Ikihors troMpeuri, 

n ùmX hk* soî-mem' tcê affaires , 

L'pniTerb* le dit, il n^a pas tort ; 

Aux autres on ne songe guères , 

C*cst à soi qu*on pense d'abord. 

^M. p^t' Nicctte , quYaim'nd sans cesse » 

Deviendra ma femme demain , 

'.Et pour lui prouTer ma tendresse I 1 . . 

rn^irai pas chereher le voisin. J > ^' ^ 

HIGETTX , à Turlutvt««' 

Sai^ espérance de me plaire , , 

Et malgré mes refus çopstans ^ 

Lnbin , le Yoisin de mon père , 

Me fiiit la cour depuis long-tems« 

Dans le moment de ma disgrâce^ 

Quand tu me fuyais ce matin y 

ComlHcn de femmes, à ma place, ( /g: '\ 



1 -^ ^ 

. Seraient allé* cbçicher le v(Msin ! 

aiPPOLTTB. 

' L'hymen» suivàut toaiours son frère 



i3. 



} («..) 



ï5o LE FIFRE DU ROrOE PRUSSE. 

Aime à (Femeirrer prés de lui j 
Le niaKn amour, aci contraire , 
Ne peut le voir qu^ayec eanin. 
Quaac! dans le même voisinage 
Ils se trouvent, Tamour soudain 
Doone coofé , puis dîémënage. 
Sans aQer dtercher son toliin» 

Sous le voile de Panonyme , 

Vùjtt cet écrivaîit rampant , 

DistiUaut le fiel (yii Panime , 

Nous iusulter impunément. 

A celui que son pasnpiîîet blesse 

Il donne sa dîemeufe enfin ^ 

Mais quand on court à son adresse, 1 

Il est toujours chez h voisin. î (*•' ) 

F2l£D£AIC. 

La paix est enfis rétablie ^ 

Apres de gloriçUx combats ; 

Et puisque la guerre est fiuic , 

Amis, ne la raHumons pas. 

A cette paix so jolis fidèles , 

Et sachons nous etiteudre enfin j 

Pour faire finir nos querelles , l / «^ ^ 

N^allons plils chercber le voi*>in. j ^ *^ 

COirSTÂlfCE , au Puklic. 

Sur le destin de son ouvra^ 
Notre auteur est tremblant ce soir j 
Il redoute certain orage : 
Messieurs , ranimez son espoir. 



SCÈNE XXI. i5i 

Pour que sa craiate à TinstaDt cesse , 
Il ne lui faut qu^ua coup de main. 
Ce soîr f pour appkudir sa pièce , 
N'aUez pas cberclier le voisin. 



j (BU.) 



flir DU FIFEE DU KOI DE FEU8&B. 



LE JUIF, 

COMÉDIE AS^CDOtlQUE EIÏ DEUX ACTES, 

wfhd^ ms YAUDcyaLEs , 

Pae mm. a. ROUSSEAU , DÉSAUGIERS 

«T MESNARD; 

u 

Aencésentée» pour la première fois, snr le théâtre 
de la porte Saint-Martia , le i4 mai.iSaî* 



£,VJ) 



ifci irt. 



PERSONNAGES 



•a» 



ÏSAAC SAMUEL , juif. 

LUCETTE RICHARD. 

M"« SIMONNE , aubergiste. 

CHARLES, »oi>f^!s, soldai: 

M. PINCE', procureur. \ 

BRILLANT, p«ti4.,»aitre. )., 

DELAtNE, tiulJeur. >voyaffeur$, 

M-DESCÉaULIS,plaid€iwô.L ^ 

HORÏENSE, actrice. J 

RUSÏADT^ Cènducleur àé hb dîUgew». . 

THOMAS , gaj^û d'auberfl». 

UN SERGENT. 

ROSSIGNOL^ f , 

BRISETO«T, J^<^'«"«'S- 

Paysans. 

Soldats. 

VOLECBS. 



La scène est an Tillage de Rémival , sur la route d'Or- 
jeans , dans Tauberge de madame Simonne. 



LE JUIF, 

COMÉDIE. 



ACTE PREMIER. 

Le théâtre représente la salie basse d^une auberge âc 
village y il y a plusieurs tables , sur lesquelles sont 
des verres , brocs , bouteilles, eic. . , et sur chacune,. 
noe lumière ioiUquant qa^il fait nuit , des bancs de 
boi> et des ciiaises de paille j à droite de tracteur , 
au dernier pbn , uoe.ptote conduisant dans Tinté- 
rieur; au fond , la porte 4^^Dtrée , et de chaque côté, 
im Titrage qui permet de voir la campagne à Tex- 
teneur; nue cneminée à droite: une fenêtre du 
même cote. 



SCÈNE I- 

ROSSIGNOL , fiRiSÉTOtJT, THOMAS, 

PATSATTS. 

( Au lerer du rideau , ilos^ignol et Brisetout sont assis 
m une taUc à droite , sut le devant de la scène , et 
boivent... Plusieurs paysans hoi'vent par groupes 
aux difféventcs tables , Thomas va de Tuuc à Tau- 
tre.) 

AIR : D*un chœur dts f^faMçais en catUonnement. 

JtiN bons 
VigiiVons , 



ï56 ' LE JUIF, 

Caressons • 
Les flacons f ^ 
Soignons 
La treille , 
ti fêtons 

La bouteille , \ 

Qua'hd d*ces produits , 
renriebissoBS Vpays , 
rdevoBS être les premiers servis. 

ÛN BUVEVRi ^ une' table. 

A boîr^, garçon î 

THOMAS , k partr 

Dieu ! comme ils sont avides ! 

ÙN ATJTBE BUVEua ) à une autre Ubie. • 

Thomas , du vin I 

TBOMAS , portant nne pinte & dMCiin' d'eux^ 

Vous allez en avoir» 

(a part.) 

Du train qu'ils vont, nos tonn's sVaient bîentâf vîdes^ 
S'il D^jr avait pas de Peau dans Trésej^voir. 

CHŒUR nXS BUVEÛBS. 

En bons . . 

Vignerons , etc. 

»AT8ET0UT,fcasà RossîgnoL 

■Dis donc, Rossigùd , est-ce que ces ehien» 
de paysans ne s'en iront pas? 

ft088iGKO&9 de m&ae. 

T»îs-*t&i^ tu BOUS feJ^ai8V6IûanIuer• 



ACTE I, SCÈNE I. iS; 

BUISETOOT, de même. 

Ça t'est facile à dire ; maïs les àmîs nous 
attendent; la nuit est Tenue et voilà Theure 
où passe la diligence, 

THOMAS^ s'approdiant. 

Qu'est-ce que ces Messieuris parlent de la 
dUigeoce? 

BBISETOCTT, d'un toD hrutal* 

Hein ? qu*est«^ce que cela te fait ? 

mossiONOt, bas à Brisetout. 

Yois-ta, animal! (^Haut tfun ton douces 
reux. ) Nous disions que la nuit approche , 
que ces braves gens vont rentrer dans îeur 
logis > et qu'il nous faut aussi regagner le nô- 
tre en diligence. 

tBonics. 

AhTc^est ça... regagner en dili... c'est le 
mot, Toyez-vous, qui m'a fait de l'effet,, 
parce qu'il n'y pas encore un mois qu'elle a 
tlé arrêtée à une lieue d^cu 

I BBISETOOT. 

La diligence^ 

Bossicirou 
Pas possible l 

1SOMA9. 

Si fait.... que trop ! on dit que font près 

V. VaudcTlUes. 3. i4 



,58 lÊJUIF. 

de ce village 5. dans la forêt, il y a uoe ùttre 
bande de voleurs! 

BBISETOUT9 toujours brusquement. 

Des voleurs?.... allons donc, c'est -ua 
conte..» 

LE s PATS ANS. 

C'est vrai... c*est vrai. 

TBOMAS. 

J'crois ben que c'est vrai,..,, Comment î 
Monsieur, vous ne croyez pas aux voleurs? 

BRIS ET ou T. 

Non, et JMsqu^à ce que j'aie àlè volé,. 

Si feit, S4 feil. . . {Bas, )TfAê-i6\âù nfc. [Haut, ) 
Oui , il y croit , j'y crois aussi , tttcii ; «t pour- 
quoi pas? est-ce qu'il »'y en a pas eu de tout 
tcms? je crois aux voleurs comme... à naoi- 
même. 

il» : Ifu vaudevîUe dé la Sonmamhtite, 

Tant que Ton verra l'ignorance 
Tlfiiirper les droits cla talent, 
Et dans les enipluis de finance 
En quelques nïois sVnridiir un traitant \ 
Tant qu^on verra l^effronté parasite , 

.Écornifler les diners les meilleurs , 
Et le banquier riche après sa faillite , 
Mes amiji , croyons auiL voleurs. 




ACTE I, SCÈNE L ,5^ 

THOlfAS. 

Vous avez bien raison , Monsieur; aussi , 
c'est pa pour vous renvoyer; mais si vous 
avez ù aller loin , je vous conseiHe de ne pas 
TOUS altorder... quoiqu'il n'y oit pki^ tant de 
danger à présent, parc^ qUé ' depuis Tadaire 
de la diligence il y a toujours un détache- 
ment de la garnison qui veille à notre sûreté. 
BBISETOUT^ murmurant. 

Que le diable les emporte ! 

THOMA». 

Qui? les soldats? 

& o S s I G N OL 9 vivement. 

Non , les voleurs qui compromettent ainsi 
la sûreté des voyageurs honnêtes. ( Bas à 
Briselout,) Tu ne te tairas pas? 

PAYSANS, criant ensemble à différentes tables. 

Du vin! Thomas... garçon, un litre ! al< 
Ions donc, paresseux. 

THOMAS, avec humeur. 

Eh! un moment... comme ils crient,, donc', 
il n'y en a plus, là î... [A demi-voix.) L'puils 
est à sec 

FAISANS. 

Comment ! comment ! H n'y en a plus. 

THOMAS, se reinrenant. 
Faut-il pas en garder pour la diligence , 



^6o LE JUIF. 

quand ail' s'arrêtVa pour changer de che* 
vaux ? de ce tems-I^ , lejs yojagqurs sont sî 
siUérés. 

PATSANS9 frappant sur les tables. 

£h ! va - t'en au diable , avec tes voja-- 
gcurs... du yio ! du vin 

SCÈNE II. 

tEa t%iciiizvs f SIMONNE, entrant 

par la droite. ^ 

slMONiiE) aux buveq^ 

QuEX. tapage faites-VQUs donc? j'^i cru qqe 
gipus étions assaillis par la bande de la forêt. ,. 
Qu'est-ce que vous demandez à ce garçon ? 
du vin ? il n'y en a pas. 

Xià • Yoye^ •* TOUS ? la bourgeoise vous le 
dit, 

Ah I m^id^me ^îiBopne. 

aiKOIf NE, 

Non ) il n'y en a pas, pour vous, toufours; 
il est l'heure de rentrer; est-ce que vous vou- 
lez vous griser ! si c'était de jour , encore 
passe, mais à. la nuit, vos femmes ne me le 



ACTE I, SCÈNE II. ,(5., 

pftrdonneraieDt pas; voyons, que chacun 
paie 500 écot, et partez. 

( Ole rc^it Tarj^ent à chaque table , et 2e met dans 

tin petit SBC.) 

KO S SI QH 0](., appelant, 
A nous , garpoo , le compte ? 

THOMAS, allant à leur table. 

On y ya ! Six litres , ïe paiu , Ja tranche 
de iamboo , uoe omelette.., oh ! diable ! ça 
f^it uoe dépense conséquente. 

^Ais^Tàu Tj, d'ufl top farusfpje, l^i jetant une. 

pièce d*or, 

Faie-toi« 

T H O M A 9 , examinant la pièce. 

De For!... oh J ahî tenez, rendez, not' 
bourgeoise... DiabJe } on voit bien que vous 
n'êtes pas de ce pays-ci , car nos paysans 
p*ont pas souvent de c'te mounaie-là. 

B0SSI6NOI, basa Bris tout. 

loibécile, avec ton orl 

s I M FN E , rendant à Brisetout. 

Si vous en avez beaucoup comme ça , dé- 
fiez-vous de la grande route d'Orléans ; il est 
bien tard, elle n'est pas sûre : et si vous-n'c- 
tes pas bien armés , avec de bous chevaux. .% 

tAlSETOVT, d'un ton brutal. 

Nous n'avons pas peur, 

»4- . 



i6a LE JUIF. 

ROSSIGNOL. 

Et puis, je crois qu'on exagère le danger, 
nous ra?oiT5 traversée tantôt , celte foret 
qu'on dit pleine de brigands , et je vous as- 
sure que nous n'y avons vu... 

BIISBTOVT. 

Que nous. 

BOSStGNOC, bas. 

Chien de Brisetout... (Haut.) Et un jeune 
soldat qui marchait avec précaution dans les 
fourrés les plus épais ^ et qui parafssait aVoîr 
plus peur que nous. 

8IMONNE9 venant à lai précipitamment , et laissant 

son sac. 

Un soldat ! ah ! mon Dieu ! et de quel âge 
à peu près? avez-vousvu sa figure? comment 
ét^ait-ilfait? 

TBOUAS^ riant. 

Tiens, sa figure!... alFez-vous pas vous fi- 
gurer... soyez tranquille, not' bourgeoise , 
c'était pas M. Charles , il est bien paisible à 
la garnison, dans la caserne d'Orléans. 

(Pendant que Thomas parle ^ Biisetout gagne insea<ii^ 
blement la table où est le sac , le couvre dUuie ser- 
viette et s^approche de Rossignol.) 

THOMAS, en confidence. 

Faut pas prononcer ce mot de soldat de- 
vant la bourgeoise, voyez- vous, ça lui fait 



ACTE I, SCÈNE II. ,63 

àes souleurs , parce qu'elle a un fils qui s'est 
engagé à Orléans , par un désespoir d'amour, 
où c'qu'il est à présenf. C'est dommage que 
fous partiez^ je vous aurais conté cVhis- 
toire-là. . . 

itisSTOVTjbasà Rossignol , hii indiquant le sac. 
Regarde donc... 

ROSSIGNOt, bas à Rttstîtotit. 

Fi donc! quand on trayailfe sur la grande^ 
route , descendre à de» menues filouteries ; 
des jeux d'enfaus l... «'est se déshonorer. 

»EïSïîT0»T, «le même. 

Oh ! je ne suis pas fier, moi.^. 

THOBfASy k ttadame Simonne. 

Allons, madame Simonne ne vous attris- 
tez pas comme ça devant ces hommes esti- 
mables. 

SIKONIfK. 

C'est Yrai... excusez. Messieurs, mars que 
Toulez-vous, c'est mon seul fils, et une nlère 
est bien pardonnable... 

aossiGNoi. 

C'est juste; allons, adieu, ma bonne 
dame,.. 

. BfiiSETOfiT prend le sac. 

Adieu', là mère. 



i64 LE JUIF. 

0iMONifE, le prenant des mains de Brisetout et 
qroy^nt que c^est pour le lui remettre. 

Ne vous donnez pas la peine... bien obli- 
gée de TOtre complaisance. 

BBisi^TOUT^ avec humeur. 

Il n'y a pas de quoi.., {A part.) Diable de 
femme ! 

1 s SI Gif L 9 bas à Brisetout. 

C'est bien fait, tu méritais ça. 

( On entend des cris.) 

SIMONKC. 

Messieurs , bon voyage. {En $e retournant^ 
elle aperçoit Rustaut qu'on voit passer derrière le 
vitrage. ) Ah ! ah l qu'est-ce qui nous arriye 
donc là?... C'est le conducteur de la dili- 
gence. 
( Rossignol et Brisetout , prêts à partir, s'arrêtent.) 

BOSSIGNOtf bas* 

Brisetout , ne nous en allons pas encore , il 
y a peut-être quelque cliose de bon à appren- 
dre* 



ACTE I, SCÈNE III. i65 

SCÈNE m. 

ROSSIGNOL , BRISETOUT, écoutant dans le 
fond , SIMONNE , RUSTAUïV-entrant par 
la porte du fond , THOMAS, 

B V ST ÀUT, â la cantonade. 

Eh bien! quoi ? quand tous crierez»., *quand 
TOUS jurerez... mol aussi ^ je jure ^ mais le 
mal est fait. 

SIMONNE. 

Comment ! Rustauti est-ce que votre Toi- 
ture.'... 

EVSTAUT. 

£h ! noo^ d'une pipe ^ ne nrren parlez pas. 

AIR : Fwe la Liûiogrophie, 

Moi , <{!if ( le diable m^eniporte ) , 
Jour ni nuit n'ayais yersé , 
Descendre à dîiL pa^ d'Ia porte , 
Patatras , dans uu fossé ! . . . 
Mes vojageurs sont là tons , 
Qui s'démcnent sens d^sus d'sous , 
Et notez bien , s'il vous plait , 
QuUls étaient au grand complet. 
Chaqu' voisin sur Paiitrc enjambe , 
Udiable n^s^y^reconnaitralt pas... 
Monsieur, ren.lcz-moi ma jambe , 
Madam', rendez- moi mon bras.. 



t66 LE JUIF. 

Cest une actrice dTaris , 
Qui n'^peut r'^prendre ses esprits ; 
C'est un petit monsieur musqué y 
Criant qu^il est disloqué ; 
C^est un' petite riense » _ 
Dont la langue est un moulin ; 
C^est une vieille plaideuse y 
'Sanglotant sur son carlin ; 
C'est un juif baragouinant 
Le français avec Tallemand : ' 
Un iirocurcur re|)êchant 
Sa perruqu^ dans un étang ; 
C'est un tailleuf , aux injures 
Joignant un geste assez lourd , 
Qui mMit qu'j^ai mal pris mes mesures 
£t que j^ai coupé trop court ; 
C'est qu'il faut voir tous ces gens. 
Moitié dehors , moitié d^dan^t 
Criaut après moi comm^ si 
J'n'éfais pas d'ia chute aussi. •« 
Au diable les chevaux , l'omiére « 
Le postitlon de malheuc 
£t la diligence entière.. « 
Excepté le conducteur. 

SIMONTf E. 

Mon Dieu ! que faire de tout ce moude-là? 

THOMAS. 

Tiens! fa vous embarrasse, not' bour- 
geoise ? les liâmes dans -^V chambre , le 
p'iit-inaître dans le colombier , Tprucureur 



ACTE I, SCÈNE IV. 1C7 

n grenier , Ttailleur dans la mansarde , le 
j'jif dans la soupente; et si par hasard il y a 
qaeoq' musiciens, à la cave : allez les cher- 
iber, allez les chercker, M. Rustaut , j'ar- 
rang[eroDs ça cq^Tenablement. 

BUSTAUT. 

C'est dît 9 }c Tais achever de les tirer d'ia 
caisse^ et jVous les amène. 

(Ilsort. ) 

SCÈNE IV. 

ROSSIGNOL, BRISETOUT, M»'' SI- 
MONNE, THOMAS. 

THOMAS. 

Cest-il malheureux, un «éTénemen^ ocoi-' 
dentel comme celui - là : tous Cds pauvre» 
diables qui vont être obligés de passer la nuit 
ici... dites donc , not' bourgeoise , si nos voi- 
sins de la grande route étaient instruits de 
ça, ils pourraient bien venir Yoiis rendre tî-* 
site. 

Voyez , Pimhccile ! tu me* ftfis trembler, 
avec tes sottes reflexions. 

THOMAS. 

Heureusement , ils n'en sauront rien. 

BBISETOU.T5 s^approchant* 
Qui est-ce qui le leur dirait ? 



i^o > LE JUIF. 

Plalt aux %^^% qu^on arrête..^ 
Ce nVst pas tout d^étre voleur^ 
Faut encore être lionnéte. 

BBISETOVT. 

Ma foi 5 chacun a sa manière 5 et à tout 
prendre ^ je crois que la mienne est la meiU 
kure. 

AIR : Vu pas redoublée 

. Toi , tu caresses d^une main , 
Quaud tu prends dTautre ua^ montre ^ 
(kloi , je n^connais que rdrott diemin , ' 

. l'el que }e suis je m^mon^re } 

' C Vest pas moi qu^on verra jamais 
Flatter ceux que jVançonne ^ 
Je vole tout le monde , mais 
Je ne trompe personne. 

ROSSIGNOL, 

Je te conseille , en effet , de le piquer de 
délicatesse ; uu reste , comme je tiens à faire 
encore quelque tems des affaires , je le pré- 
viens que si tu ne changes pas tes manières y 
je romps toute association avec toi. 

BRI 8ETOIÏT. 

Eh bien ! à la bonne heure, mais en alten-' 
dant... 



k 



ACTE I, SCÈNE V. 171 

AIR : Mon système est cTaimer le bon vin. 

Courons vite , vite au rendez-vous , 
Nos coofrères doivent nous. 
Attendre. 

ROSSIGNOL. 

El dans un quart d^heure à pas de loups | 
Revenons les surprendre 
Tous 

BRtSETOUT. 

Ami , pour ta part de la victoire , 
Je veux bien te laisser le tailleur. 
Mais moi , qui ne connais que la gloire , 
Je prétends voler le procureur 

E1V»SMBLK. 

Courons vite , etc. 

(Faosn sortie.) 

ROSSIGNÛZ.. 

A la porte je les vois paraître ; 
Ils sont huit... ali! quel revenant bon! 
Disparaissons par cette fenêtre , 
Pour sVnricbir tout diemin est bon. 

ENSEMBLE. 

Courons vite , etc. 

( Ile lortanl par la fenêtre. ) 



17» LE JTJIF. 

SCÈNE \h 

DELAUNE, M. PINCÉ. LUCËTÏE, 
IVUSTAUT, HORTENSÉ, BRIL- 
LANT, M^ DESCÉDÛLÉS, THO- 
MAS, SAlilUEL, Uparattkdemief. 

( Rustaut entre k premier, tous let yojageors le f ui- 
vent dans Tordre indiqué ci-dessus ; Je Procureur 
est sans perruque avec un boonet de nuit, Hor- 
tense s'appuie sur Brillant , madame Desoédisles tient 
un oreiller , sur lequiel est un cariin* avec k pâte 
enveloppée^ Thomas va et vient.) 

TOUSt LES VOTAOEVAS, 

. AiB : Du Dèjetinef tHHci, etc. 

VOTJkGERA. 

Qoî voudra , 
En diligence , 
Bien fin , je pense , 

Sei^ 
Qui m'y reprendra. 

HOfiTENSS , k BrillaoV 

Croyez qu'une telle culbute , 
Monsieur, est ma première chote ; 
Jus({u'içi je n'avais , hélas ! 
Fait tout au plus que des faux pas. 

TOtlS. 

Voyagera. 
Qui voudra , etc. 



ACTE I, SCÈNE VI. 173 

BBILLANT. 

Moi , f ai brisé dans la bagarre 
Un flacon d'une essence rare. 

PINCB. 

Mol, le reste d'un pâté fin. 

MADAMJt DESCBDULES , avec èXcUinatiOfli. 

Moi , la pâte de mon carlin ! 

(Elle le pOM sur 1» table , et défait -«oo maotelet |>our Pea 

couvrir.) 

TOUS. 

Voyagera 
Qui voudra , etc. 

BOaTENSE. 

Le conduoteur doit être responsable de h 
catastrophe. Moi qui dois débuter aprèst 
demain à Orléans ^ dans les Voitures verséesy 
jugez du tort que le nioîndre retard pourrait 
me faire. 

H. PJIfCB. 

Oh I qu*il n'en est pas quitte ! je Tais ver- 
baliser ^ et à notre arrivée à Orléans je l'at- 
taque en dommages et intérêts. 

RVSTAVT* 

Je ne vous crains pas^ monsieur le Pro- 
cureur; de quoi vous plaignez-vouus ? vous 
ne vous êtes cassé ni bras ni jaro^bes. 

M. PINCE. 

Et ma perruque noyée dans le bourbier ? 

i5. 



exposer un homme de robe à la risée pu- 
blique ! 

DELAVNE. 

Et le détestable souper qui nous attend 
daos cette bicoque ? 

M™* DESGBDVI.ES. 

Et mon pauvre Azor qui g;émit dans des 
souffrances intolérables I encore s'il y ayail 
un homme de Tart dans cette bourgade ! 

HORTEN SE. 

Et mes pauvres nerfs qui ne se remettront 
de long-tems d'une pareille secousse ! c'est 
ma faute aussi ; il ne tenait qu'à moi d'accep- 
ter une place dans la calèohe d'un Anglais de 
ma connaissance. 

BRlttANT. 

Oh ! c'est fini ; pour les grands voyages 
je ne me sers plus que de mon boghei. 

RUSTAUT. 

Messieurs et Mesdames, faites coname vous 
Toudrez ; je vous ai trouvé un bon gîte ^ vous 
pouvez manger et dormir : cette nuit on va 
réparer la voiture , et demain nous serons de 
bonne heure à Orléans... vrai ; ne vous plai- 
gnez pas : vous ne tBouverez jamais de con- 
ducteurs qui vous verSetît aussi doucement 
que moi. je vous souhaite bien le bonsoir. 
( II sort par l« fond et menacé par les vx>yagcur$.} 



ACTE ï, SCÈNE VII. 17^ 

SCÈISE VII. 

izs pftficÉoBNS, excepté AUSTAUT et 

THOMAS. 

( Horlense s^assiéd , Brillant s'appuie sur le dos de sa 
chaise , Piaeé se met à la cheminée, madame Des- 
cédules s'assied et soigne son cariin. Delanoë brosse 
son habit , et le Procureur écrit à la table à droite.) 

BORTEirsEy sortent un rôle de son ridicule. 

Fdisqve je snis condamnée à attendre , 

repassons mon rôle de début ; pourvu que 

ma voix ne se ressente pas de cette aven*- 

lure ! 

(Elle fait une roulade.) 

BAILLÀIf T. 

Ah f divin ! divin ! 

HO RTBNSB. 

Vous trouvez ? 

BRILLANT. 

Je me suis cru à TOpéra-Bufifo. 

SAMUEL^à Lucette. 

£t fous, mon chentil Demoiselle^ fous li 
être pas plessée ? 

B E 1 L L A V T. 

Ah! miracle ! voilà le premier mot que nous 
dit le cher compagnon de voyage. 



i^O LEJUIF. 

SAMVEI,. 

C'était pas à fous que je Tadressais. (^ JLu- 
celte,) Vous li être pas plessée ? 

LU CE TTC. 

I^on ^ Monsieur. 

Sli^MÇEI.. 

Non 5 dUout ? ditout ? malgré la rudesse 
de la chocPIe bouleversement des voyageurs, 
la secousse des contre-coups ? 

ItV CETTE, 

Mon Dieu ! doo« 

SAMUEL. 

li être îiiîmaginabile.,.. fous pien heu-» 
rçuse. 

Lr CETTE 9 vivement, 
]Pst-ce que vous-même ? 

SAMUEL, 

Pas plus que fous 9 mais moi li être fort.. . . 
robuste... Vous aire eu uiie belle peur tou« 
jours Pbein? 

LU CETTE. 

Non. 

SAMUEL. 

Vous pien heureuse encore. 

LU CET TE. 

Je suis seulement bien aiHi|[éc de ce re* 



Q 



ACTE I, SCÈNE VII. 177 

tard... j'espérais revoir ce soir mofl pauvre 
Ciiarles. 

BRILLANT. 

Ah! son pauvre Charles... La petite est 
sentimentale, c'est charmant; mais, ma toute 
belle , d après ce que vous nous avez conté 
en voyage , le cher Charles ne peuf entrer 
dans les chaînes de l'hymen qu'en se déga- 
geant <|u joug de l^ars. 

LUCETTE, naïVenient. 

Je ne sais pas , Monsieur ; mais je suis bien 
f ûre d'une chose , c'est qu'il pourra m'épou- 
ser dès que j'aurai acheté son congé et à pré- 
sent que j'ai tant d'argent !... 

SAVDEL, il part. 

Tiaple de langue l 

X. p 1 N G^ , quittant vivement la table sur laquelle il 

est dippuyé. 

Hein ? quoi ? qu'est - ce que vous parlez 
d'argent ?. 

LVGETTE. 

Oui A onze mille francs en billets que j'ai 
sur moi. 

s A M c B i , lui piienaiil la maû^. 

Ch€))ti Temoiselle , fous li être pien 
cheuQc , c'était peut->être le première fois 
que fous foyachez ; je foulais tonner à fous 
un pon aûs p c'est de chamais conter ses pe- 



1^8 LE JUIF. 

tits affaires dans une foiture publique à tes 
ctranchers, c'était soufent pour repentir fous 
beaucoup* 

LVCETTE. 

Pourquoi donc ? quand on est heureux , ii 
est si dou^ de le dire ! < 

I 8AU0EL. ' 

Oui f mais... 

AIR : f^audeviUe de la bêUe Fermière, 

Le bonheur fait des chaloux , 
Et puis , mon enfiint, à votre âche , i 

Tant d'arcbent, corapreocz-TOus^ i 

Ça provoque la pafartadie. 

LUCETTA. 

Si , me voyant sans soutien ; 

Un bon ooeur m'oArit le sien , 
Et daigna me faire du bien » 

Faut^il qu-on s*en étonne ? 
Je n^ai fait de mal à personne. 

B&iLtAiVT, s^approchant 

Elle a raison , M. le Juif allemand ; si tout 
le monde était aussi discret que vous , que 
deviendrait cette confiance réciproque qui s'é- 
tablit toujours entre voyageurs , et grâce à 
laquelle nous avons su tous qui nous étions 
à une demi-lieue de Paris ; une demi-lieue ! . 
c'est trop dire... nous avions le bonheur dp 



ACTE I, SCÈNE Vil. 179 

connaître Madame (ihnontre madame Descé" 
dates) avant d'avoir passé les barrières». 

M. PIKCi* 

C'est vrai , excepté M. le Juif, qui. s'est 
obstiné à garder Tihcognito i personne n'a 
laissé languir la conversation. ■ 

V^" DB9CBDULËS. 

Dieu merci* c'est tin ' l-éprocbe que je ne 
mèriterm limais. .^ r. ' . .: . 

£h bien I ^ trou tais fa ibiiï piî^; 'cef datait 
le plaisir tos.Ct^njtQtures^ntnoiicibe aittia^» 
fort à téviner 9 cbe avais le co^p ti^'cièil ^im^ 
coup cbuste ^ et suinle tixvpnure, les expres- 
sions , che, foyais tout te suite, / 

Quelle perspicacité î AlVlsJ Vrttis hvèz tlc^ 
tiné au premier abord qoi nous étions ? 

.. . 9AHÉÈL.1 ' " ' • 

Oh ! pour fous , Monsir , cbe me être 
trompé ; mais fous tefez |)àrtîî)nfter à moi , 
U fesaU le nuit toute aoWfkuM^A e^'in^i^ 
uyi dans le carrosse à côtéiiià^ Imis. '• "*■ 



07 



si) 



kiKiDe VÉcu^f fif^ivncs 

I^otis parliez dWe pmif fbh; (t{>ucé 
Te fotre petite santé y 



é 



i8o LE JUIF. 

A la plus lécbére segousse , 

Un cri par fous était cheté ; ^ 

Ce toa mignard , sans épigramme y 

A trompé mon sagacité , 

Et choscpi^alors* en vériié ^. 

tJ*avais pris tous pour ma' p^tif femme. 

DfiLAtzcEf à part» 
Attrape. 

Et TOUS Toilà bien détrompé ^ f«8pèreî.»» 

&«. u u E L. 

Ckïî, crâce à-fotre habit. «. mais pour re- 
Tenir, je tis encore à le choli temoS^Ile Tê- 
tre pki& tiscrète^ 

Qh ! fe le Teuz bien , il ne in*en coûtera 
pas beaucoup; pendantjqueje ne dirai rien ^ 
je penserai à Charles. •^ 

A 

BRIILAIIT. 

Parbleu ! ce 1^ Charles est un heureux 
mortel. 

H0BTB5SE« rcpfi^Qt spa Tole. 

Ah! me Toîlà tranquille > je sais mon rè\& 
sur le bout du d^igt, et on petti lever le ri- 
deau quand on voudra. 

Vous devei ^tre bien impatlemmc^n,! at« 
tendue. 



ACTE ï, SCÈNE VIL t8i 

HORTENSE. 

Je TOUS en répoads. 

kiAi De Mariarma, 

Sttivabtja coutume ordinaire , 
Par la gaxelle cl*Orléa)iis , 
Depuis uué quinzaine entière 
Je fais proclamer mes talens. 

On me désire , 

Chacun n^aspire 

Qu'à voir enfin 
Mon jeu brillant et fin; 

Je suis Tidole 

Dont on raffole. 

Après demain 
Mon triomphe est certai n , 

BAILLANT. 

Oui , de totts ftt points de la salle ^ 
Je prédis que sur yotre Iront 
Trente couronnes tomberont. 

HOIITEIVSB , ëa <ïonfideiice. ^ 

Elles sont dans ma malle. ( Ter.) 
8 À M t E II* 

Li être fort bîéit;' tuais en attendant qu'on 
^*fe le liteau poUfr Montànne ^' si on mettait 
ïa nappe pour nous, chc croyais que ce se- 
rait pas trop mal non plus. 

En effet 9 je m'aperçois que Tcrscr donne 
on appétit de tous les diables. 

f. YaudrviUes. S. l6 



i 



i82 ^ LE JUIF. 

SCÈNE VIII 

lES PKBCBDTTTS, KP»« SIMONNE, 

M™' S I 11 o N NB, yémmi an ttilieo. 

Messieo&s et d^mc^s » le souper est servi 
dans la salle ; quand \oaâ voudrez... 

DEL À UNE. 

Ah ! bonne nouvelle ! 

H. rrvci. 

Nous ferez-TOus faire lK>DBe obère ^ au 
moins? 

Je ne m*attends pas à "être merTcilleuse* 
ment traité daos votre viUaniî de... dè«.. 

Rémivalé 

t 
LCGETTE, Irès-cmue , s| part» 

Le village de Rcmival ! 

M"« SIMOHNEr 

J*ai fait pour le .mieux» «t f espère 4fn'.^ 
ne sera pas trop ; mécontent f^e l'auberge de 
là veuve Simoùne. 



f. « 



LaveuTO Sirnoonel ah ! moq Dieu 1 c'fest 

elle ! 



ACTE r, SCÈKJ- VIIi; i«3 

SA MB E L , bas à Luceltc cj«'i4 observait. 

Qu'aveï-vous donc, mon cheniil temoi- 
sclle P 

LUCETTE, trcîWîmue. 

I 

Ah! Monsieur, c'est la mère de Charles. 

SlMUELy â demi -voix. 

Ne Ikes rien te£ant le monde; il fallait cba- 
piajs... 

X. C C E T T E , de lucme. 

J*ai tant d'envie d€ lui paricri 

SAMVE L. 

Attendez. 

DELAUNB et M. PIKCÉ. 

Allons^ à table, à table. 

BRILLANT. 

Messieurs, la main aux dames. 

M. PI NCÉ 

AIR : Tu vas changer. 

A taWe ! à tabjc ! et prenons sons façon 
Ce qu'ici le Iiasard nous donne. 

DE L AU If E. 

Mauvais souper peut nous paraître bon, 
Lorsque rap|)ëlit Tassaisonne. 

BBILLANT , oOrant la main à Hortente. 
CVst toujours aux. mets délicats 
Que je donne la préférence. 



i84 LEJUJF. 

M. PINCE) offrant la main à madame Dcsc^dulef» 

Moi , quand j^ai faifQ , je ne dédaigne pas 
Une pièce de résistance. 

l^*"" PESCÉPÇI.ES5 prenant $on carGû. 

Un momentj MoDsicur^ que je preDoe mon 
Azor. Comme lu souffres 9 cher petit ! ( A 
madame Simonne. ) Madame, ayez soin de 
mettre des macarons au dessert^ Azor les 
aime beaucoup. 

SAMUEL. 

Et moi aussi ; fous en mettrez pour moi et 
pour M. Àzpr. 

Tova. 
Allonf: , atnts , et prenons sans façon » etc. 

{ 0nll;rnt sorl en donnant Ja main à lïurteniie , M. Pincd à 
madame Dcsçddules', Delaune les suit ^ LuccUo reste eu 
scène , Samuel fait quelque pas pour sortir y madame Si- 
monne suit ; il la grood par ta main, et la ramené en face 
de Lucetle.^ 

SCÈNE IX. 

SAMUEL, M-»» SIMONNE, LLCETTE. 

M"' SlMQVHEt à pnrt. 

QoE me veut donc ce voyageur? [Haut, ] 
Eât-ce que Monsieur et Mademoiselle ne veu^ 
leut pas souper ? 



ACTE I, SCÈNE IX. ' i8& 

LCCETTE, avec émotion et timidité. 
Madame , vous ne me CQonaisses pas P 

M™' SIMONNE. 

Je ne pense pas avoir Thonoeur.., 

I.17CETTE. 

Je suis Lucette Richard. 

M™* siMQi^N^^ avec colère. 

Lucettç!,.. comment I cette jeune orphe-- 
line... £t vous ose^ vou3 présenter chez moi? 

LVGETTE. 

CNîSt notre accident qui m'y a conduite... 
je ne le savais pas , Madame , je vous assure; 
je m'étais mise hier en voyage , j'allais voir 
Charles. 

M°'* SIMONNE. 

Vraiment P ah ! j'espère bien que voiis n'en 
ferez rien , par exemple ; ce n*cst pas assez 
peut-être de m*avûîr ravi mon pauvre en- 
iant ? Sans sa folie passion pour vous , il se- 
rait encore dans Télude où je l'avais placé à 
Paris , ou bien il serait devenu huissier^ avo- 
cat ou clerc de notaire : qui sait où le talent 
peut conduire ? 

AIR : En naissant , promis à ThaliQ» 

r 

Mais , hclas ! sa folle tciidrrsse 
Me sépare à jamais de lui ) 

16. 



,S6 LBJUIF. 

n eât SMikigé ma Vieittcssc y 
Et vous m^eakvez soa a^pul. 

A mon cœur épargnez ce blâme , 
Loin de vous ravir un enfant 
S'il n'eût tenu qu'à moi , Madame , 
ViMis en auriez deux à présent. 

M*^* SIMONNE. 

C'est justement ce que je n'ai pas voulu et 
ce que je ne yeux pas encore ; je jure bien 
que plutôt que de ooB^ettitir à un pareil ma- 
riage^ j'aimerais mieux... 

SAMUEL. 

Li être fort piea de ehurer, si Montamë i! 
iifait reçu sur le compte de la cheunc per- 
sonne des rcnsei^aamens^.. 

M*^ SIMONNE. 

Du tout; elle est snge, laborieuse , bien 
élevée , mais ça n'a rien; une petite ou- 
vrière en broderie , orpheline , abandonnée 
dès sa naissance par son père , qui , après 
s'être ruiné en France dans le commerce, c>i 
parti il y a dix-buît ans pour rAmcrique, san» 
que depuis ce tetns on en ait eu vent ni nou- 
velle. 

s A M V B L. 

Paufrc petite ! et après le papa , il n'afrc 
pas de parent proche dans les iles ? 



ACTE I, SCÎlNE XL 187 

tu CETTE. 

Hétas ! ùofi , Monsieur. 

S/lMTEL. 

Pas un oncle 5 un frère, un tante, un pe- 
tit cousin sur qui reposer fous du soin de fo- 
ire afenir ? 

LU CETTE. 

Le ciel m*^ refusé cette ccrnsolalîon. 

M™" SI MOTtNE. ■ 

Aussi , sans une brave femme qui Vu re» 
cueillie 9 élerée • et qui lui a appris l'état de 
broderie , c^ue serait-elle dev.enue ? él4i4-ce 
là , je vous le den^ndfi» PB parti convenable 
pour le fils de rnadame Simonne , éduqué 
comme le* fifs d'un duc etpair^ et héritier, 
après ma mort,' de Taubcrge du Soîeil-d'Or? 
Aussi 9 quand on m*a écrit de Paris rhisloire 
de ces amours-là , j'ai refusé mon consente- 
ment comme je le devais ; là^dessus , mon 
jeune homme se monte la tête , s'engage , rt 
depuis deux ans qu'il cs4 en garnison à Or- 
léans ,, Tin grat n'est pas venu voir une seule 

fois sa mère. 

\ ■ * 

SA M TEL. 

Ainsi, c'était foire- rigueur qui afait privé 
fotre fils de sojn liberté ? . 

tvCETTE, viveipitnt. 
Et c'est mon amour qui va la lui rendre ; 



iS8 LEJUJF. •* 

ohl écoutez-^moi , ma bonne madame SK 
monoe , je suis riche 4 présent , bie.n ric^^e, 

M™* siMpNNÇf l^vec [oie et surprise. 

Comment ! ma chère enfant > yqus êtes ri- 
che? 

LUC ET TE* 

J*ai onze mille francs. 

V"^ SIMONNE) radoucie, 

Oaze mille francs! 

s A M V B 1. 4 bas à Lucette* 

Encore I j'afais dit à fous de chamais dire, 
et fous dire toujours. 

»™ 8IM0NKB. 

Savez-YQus bien que c'est vn trésor que 
cela? Comment cela s'est-H fait? Votre père 
a-l-il écrit, est-il revenu, a-t-îl fait fortune? 
Les braves gens prospèrent toujours..» cou-^ 
teai-^moî di^uQ (^o* 

SAM CEI" 

Gontez-moi tonopa!..Gonte2-moi toncçaî.. 
Laissez donc à Tenfant le tems pour gootcr. 
(^I.a^fi//tf.)ilèpcndez... votre père?.,. 

tUCETTB. 

Hélas! il n'est pas revenu, mais... C'est 
Tavenlure la plus étonnante... Vous n*avîez 
pos voulu de moi pour voire bru , parce que 
je n'avais rien , et je me suis dit ; Pour va- 



ACTE I, SCÈNE IX. 1S9 

chetcr Charles, pour pouvoir Tépouser ^ ii 
faut de l'argent... travaUlons; mais j*ayais 
beau faire: depuis deux ans^ne quittant mon 
métier ni four ni nuit « je n'avais pas amassé 
graûd^'cbose.,, Dlmantîhe dernier, une dame, 
(|uc je n'avais jamais vue, vient chez moi ; 
elle avait monté mes cinq étages , j'en étais 
toute honteuse. 

M"' SIMONNE, rinleiromiMnt. 
Et cette dame était donc?... 

SAMUEt. 

Ah ! si c'est vous qui voulez gonfer, le 
cbeune 6Ile il gontera pas. {A Lucelie.) Lais* 
sez gonler le JVjUmtame. 

M"*" SIMONNE. 

Non , non , je ne dis plus rien ; maïs cette 

dame ?... 

L17CETTE. 

« Vous êtes mademoiselle Lucette Richard, 
> me dit-elle? moi je suis la sœur d'un ban- 
n quier de Paris , et voilà onze mille francs 
» qu'il m'a dit de vous remettre. — A moi ? 
» mon Dieu ! et de quelle part ? — Je ne peux 
» pas vous le dire. — Mais qu'en vais-je faire? 
N — Ce qu'il vous plaira; la personne qui vous 
» envoie cette somme vous laisse niaîtressc 
» d'en disposer à votre gré, adieu. » Vous 
jugez, madame Simonne, que mon cœur en 
a bien vile trouvé l'usage. 



I90 LE JUIF. 

Air : /e voudrais pourtant bien. 

Je cours oiiovcher celui que j^aime , 
J'espère que par un refus , 
£û voyant notre amour estr^e , 
Vouft n« nous affligerez plus. 
Je possède e» vain la fortune , 
Charles manque encor à mes veeor. 

Plus éc raucuoe, 

LUCSTTE. 

Seul , on n^cst point heureux , 

^aii on Test tant quand on est deax. 

H^' SIMORKE. 

C'est coanne hb miracle cette hîstoîre^Ià ; 
ma pauvre Lucette, tu mérites toa boobeur, 
combien je t'aitne à présent ! tu vas me ren- 
dre mon pauvre file. • . • Non > certes y je ne 
I uinigerai plus, 

SAMUEL, malignement. 

Mais, Montnrac, si fous afez churé de ne 
chamaîs consentir à ta mariage , fous pou fez 
pas, pour la bagatelle de onze mille francs... 

M^* SIM OH NE. 

Ab! Monsieur 9 vous ne savez pas ce <|ue 
€*«i»t que la tendresse maternelle. 

SAMUEL. 

Non , che connaissais pas le tendresse ma- 
terncUe de onze mille francs. 



ACTE I, SCÈNE IX. ,^, 

Écoule , il ne faut pas qu'une jolie fille 
comme toi voyage toute seule... demain, je 
t'accompagnerai à Orléans, je reverrai, j'em- 
brasserai mon Charles. 

SAMUEL. 

£t le au perche ! 

Ah ! l'auberge deviendra ce qu'elle pourra; 
et puî5, après tout , j'aî... nous avons à pré- 
sent onze «iille francs... et je n'ai pas envie 
de passer toute ma i^ie ati service des voya- 
geurs. 

PLD»IEVB8 ¥ 1 ï , éaBS Thitérieur. 

Madame Simonne ! La maîtresse î 

THO Ma s , sur la poirte. 

Venez donc , not' hourgicoise, pendant que 
TOUS jasez là, fe rôli ht'ù\t9 et le éhat em- 
porte les côtelettes. 

SAMUEL. 

AhJ çà, quel auperche il était que ça? le 
chien y mangeaii les macarons , le chat y 
mangeait les côtelettes, et les voyageurs... 

PLUSIEURS V o I X , dans rintcricur. 

Madame Simonne ! garçon ! 

THOMAS. 

Tenez, les entendez-vous? Ils mangent 



19^ . LE JUIF* 

comme des ogres , et ils crient comme de» 
possédés. 

Allons , f*y vais , mais c'est pour Ta der- 
nière fois... Tu ne vas pas souper, rnoo en- 
fant ? 

LUCETTB. 

Je n'ai pas faim... J*aime mieux rester lâ, 
au milieu de tout ce monde je ne^ pourrais 
pas penser à lui. ( A Samuel, ) Mais tous » 
Monsieur? 

SAMUEL* / 

Moi ? mon gentil temoiselle , che afai's pria 
pour fous le plus grande amhié, et«.« che al- 
lais souper. 

M°** SIMORHE. 

Merci, Monsieur, merci. {Samuel rentre,] 
Il a Tair d'un brave homme , ce monsieur juif. 
Embrasse-moi, ma Lucette, Ta... demain,, 
à cette heure-ci, j'espère que nous seroniT 
tous contens. 

( On appelle encore , elle j va.) 



( 



ACTE I, SCÈNE X. 193 



SCÈNE X. 

LUCETTE^ CHARLES. 

On Toît arriver Charles par la route qui est au fond 
du tltéâtre ; il cherche a voir dans la maison à tra- 
vers le vitrage ; il est vêtu en militaire , sans avmes 
et sans sac , dans le désordre de quelqu^un qui a 
Ibit une longue route à pied.) 

• LDCBTTE. 

Ah! je me sen» plus heureuse ; j*ai TaTeii 
de sa mère, mou cœur ne me fera plus de 
reproches. Je le verrai demain ! demain ! maî,s 
lui il est bien loin de m*attendre! On dit qu'une 
grande surprise est souvent funeste... il fau- 
drait le prévenir d'avance; à nfton arrivée^ un 
billet que je lui enverrai.... c'est cela , écri- 
vons-le toujours»», quand il ne devrait pa» 
servir. 

( Elle se met a la table , à droite , et écrit.) 

CB A & L E S^ eatranl avec précipitation et regardant 

de tous côtés. 

Personne ! entrons... m'y voilà donc en- 
fin.», mais je ne veux pas la voir; elle u 
causé mon malheur, je voudrais seulement 
parler à Thomas. (// aperçoit Lacet te. )Que\\e 
est cette jeune personne ? Grand Dieu ! cette 
taille.», c^est. elle l mais non 9 cela ue »e peut 

F. Taad«vU)es; 3. 17 



194 LE lUlF. 

LUCETTE9 se levant et le recoûDaîssai^t. 

Ociei! c'est TOUS? Voas!... quel bonheur! 
Charles! mon ami! et votre i).onoc mère , 
qu'elle va être contente*! ( Elle vu pour Cap- 
peler,) Madame!... 

CEÀftLES^ ranrétaat. 

N'appelez pas! je ne veux... je ne .puis par- 
ler qu'à vous... Mais, vous iciî... cb«* îHjh 
mère, qui vous a repoussceî..; comment se 
fait-il?... 

LUGIS.T'SE. 

J« fie pouvais supporter pîirs fong-tems 
TOtre absence... J'allais à Orléans. 

è 

CnAAL^iS. 

J 'allais à Paris vous revoi f, et... 

te OETTE. 

1 

• ■ 

A Paris? vous avez donc obtenu uoaipf-r- 
missioix? 

CB uIl a, L & s , (roaUé. 

Une permission ? Au nom du ciel , ne m'in • 
terrogez pas; laissez-moi fouir d'un bowhien^r 
«i cruellement acheté... dites-moi seuleroçill 
que vous m'aimez toujours. 

' LUCETT^. . . 

Si je v«u9 aime!... Charles... *éh1 -selrttis- 
je ici sans cela? 



ACTE I, SCÈNE X. 19$ 

€ & ▲ B LE s 5 doutoureuMiuettl. 
Vous m'aimez !... et dous ne serons jamais 

UQÎS. 

X.DGETTE, avec une joie naïve. 
Mais oui... tous allez m'épouser. 

CHARLES. 

Ma mère?... 

tcCE'TT'É. 

Elle y consent. 

CHAliiES. 

Mon fatal engorgeaient ? 

AU G s TT Bu 

Vous allez être libre ; je strlB rîchej demain 
jachète votre congé. 

CAÂBLES. 

Mon congé !,.. Ah,I mall^eureax! qu'ai-je 
fail? 

LU c E TT E » étonnée. 

Mais pourquoi ds chagrin ? 

€ H A ir t É s ^ au désespoir. 

Je suis perdu ! 

LOCETTE. 

Charles! vous m'effrayez. 

CHA«VES- > 

Depuis deux ans que jç suis soldat , la dqu- 



196 LE JlfIF. 

leur a abattu mon courage, troublé ma rai— 
sxjn 9 j^ai cédé au désir de vous revoir» ]e lui 
ai sacrifié mon devoir, Thonneur, j'ai des- 
serte. 

t V CETTE. 

- Que dites-vous ? 

CHAR LE s. 

AIR : Sans murmurer ( de Michel et Cbristine. } 

J'ai déserté , 
La faonle et rinfamie 
Vont s'attacher à mon nom détesté. 
3'al tout trahi... le serment qui me Ke , 
L^honneur, mon roi , mon devoir, ma patrie 

J'ai déserté. 

LTJCETTE. 

Àh ! grand Dieu ! Comment avez-vous pu ? 

CHARLES. 

A peine ai-je commis cette jconpable ac- 
tion , que le remords s'est emparé de moi ; 
j'ai senti, mais trop tard, que pour tous 
revoir un seul instant je vous perdais pour 
la vie. 

LUGETTE. 

C'est une grande faute, je le sais bien; 
mais ne pouvez- vous encore ?... 

CHARLES. 

La réparer?... Il est trop tard. 



ACTE I, SCËRE XI. 197 

SCÈNE XI. 

SAMUEL, LUCETTE, CHARLES. 

LU CE TTB , courant a Samuel. 

Ah l Monsieur, tou$ m'avez dit que vous 
TOUS intéressiez à mol... Venez à notre se- 
cours , donnez -nous un bon conseil pour 
uous tirer de peine... le voilà... tenez, c'est 
Charles... 

SAMUEL. 

Ah! c'était le cbeune soldat., physiono- 
mie heureuse... 

LUGETTB. 

Il m'aime toujours. 

SAMUEL. 

Il fesaît pien. 

LU CETTE. 

Il ne pouvait se passer de me voir. 

SAMUEL. 

Il fesait pien encore. 

LUCETTE. 

Et il a... il a... 

SAMUEL, gaiement. 

Eh bien ! qu'est-ce qu'il avait encore fuît 
la cheune soldat ? ' 

LUCETTE. 

Il a... déserte. 



1 •* 



19a LE JUIF. 

SAMUEL, changeant fout à coup d'^expressioD Je 

pliysidÉdttie. 

Oh! il fesaît niai; il fesait pien uval; cLeune 
hotnm^, èaAfc-totfs ce que c*est qu'il q dé- 
serteur? 

CHARLES. 

Que t#op, Modsîèur. 

AïK : Voilà, voilà tout le secnt. 

Lûîd des bf>jets qu^ àîmé , 
Aller cacher son sort ; 
£n horreur à rul-même , 

F&nr et chercher te faort. -^ 

Se voir . tant que la vie • * 

, Prolonge sa dooleiirv 
Sans amis , sans amie , 
Sans espoir de bonheur, 
Sans parens , sans pahiè , 
Et sans consolateur : 
Voilà, voilà le dë^iteuf. ' 

SAMUEL. 

Eh bien I vous safiez tout ça , et ça n'avait 
pas einbêché tous de faire... Ahf cheunes 
chens y cheunes cheàs! . . . J'afre été cheunu 
aussi ^ pien cheune même»i»' j'âft*e ^ie de:» 
miennes... maû le» mie^nnes et les fôtres, ça 
fesait deux. • 

CHAULES. , 

Ah! Monsieur, je sens toute l'étendue de 
ma faute. 



I i 



ACTE i, SCÈNE XL i<)9 

C*est chuste, le reproche il était inatile 
à présent ; dites i cheune soldat, depuis corn- 
bien de tems fous avez quitté le rc^' '"'înl ? 

CHARLES. 

Depuis cinq jours... troublé par mon ac- 
tion y |e me suis trompé de chemfn , j'ai erré 
tout ce tems dans ks hois, et ee n'est que ce 
soir que je me suis trouyé dans ce village.. « 
derant la maison de ma mère. 

Cinq chours! tiaple ! il jrafait presque plus 
de remède. 

LUCBtTB, effrayée. 

Et que pèut-îl donc loi arriver? 

SAMVÊL. 

Aien , que il serait fusillé. 

LUCETTE. 

Grand Dieu t 

s A M V E L 9 examinaut Puniforme de Ch^irles. 

Eh! mais... chc trompais pas moi , votre 
rèchiment il était à OHéans?... {j4 Lacelte.) 
Aassurez-Yous , ce n'était pas encore lait. 

LUCETTE. 

Ah! si tout mon argent... 

s AM E L9 allant s'asseoir à une table. 
C'était inutile. 



900 lEJUIP. 

LUGETTE. 

Qu'allez-^TOus donc faire ? 

SAMUEt. 

Écrire... Appelez un carçon. 

LUGETTE. 

Pourquoi pas sa mèr« ? 

9ABf UBJCy écrivant. 

' Non» pas la mère^ il fallait qu'utile ignore 
que sou fils était ici. 

LVGETTE. 

Elle Taime tant ! 

SAMUEL. 

C'était pour ça, elle était trop papillarde... 
il fallait rien lui dire. 

CHARLES. 

SauTons-lui du moins les tourmens de Fia- 
quiétude. (^Passant près de Samuel,) Aion- 
bieur, si quelques recommandations étaient 
nécessaires.,. 

SAMUEL. 

Non , non 9 en fait de recommantations, je 
recommandais à fous de pas recommencer , 
foiià tout. Où était le carçon?... Il s'appe- 
lait Thomas, je croîs. . . (// appelle, ) Tho- 
mas ! 



ACTE I, SCËNE XII. ',. 201 

SCÈNE XII. 

LES PBÉGÉDF.NJT» THOMAS, accourant. 

TBOMAS. 

Me T'ià , quoi qu'il y a ? {ji percevant C/iar^ 
ies,) Ah ! mon Dieu , est-ce que j'ai la berlue 
tloQC ! nou , je ne me trompe pas , e'est no- 
ire jeune bourgeois... ah! jami queu conten- 
tement! (// appelle.) Madame Sim... 

s A M u E L9 lui mettant la main sur la bouche. 

Silence! fous été un bafard.,, écoutez-moi, 
fous afez des chefuux ici ? 



THOMAS. 


Ceux de la diligence. 


SAMUEL. 


Marchent<rils? 


THOMAS. 


Si les chevaux marchent ? 


SAM V EL. 


£h! oui, pête!... 


THOMAS. 


Oh! par exemple... 


SAMUEL* 


Marchent^ils rite ? 



ao» LE JUIF. 

THOMAS. 

Pardine! desi chevaux de dilig^ence... Si 
ceux-là. . . 

C'était pas uae raison ; il fallait en pren* 
dre un. 

THOldAS» 

tonrqnxA faire? 

SAMUEL. 

Pour monter dessus, et partir pour Or^ 
iéans à franc étrîer. 

THOMAS. 
SAM'tJfB. 

£t revenir de m^êmey tout de suite , tout 
de suite. 

^ THOMAS. 

Pas si bête que jîa, voye^z-vous... et la fb-» 
rêt à traverser en pleine nuit tfrèc ces hon- 
nêtes gens qui y sont par bandes comme deg 
corbeaux ! 

s A M E 1 9 lui montrant une bonrse. 

Et cçtte pourse A gagner, si tous fesez fa 
commission te porter cette lettre et rappor- 
ter le réponse à uaoi afonl neuf heures te~ 
main. 

THOMAS, indécid. 

C/te bourse ? elte est dodue , c*est tentant, 
mais» ma foi... 



ACTE t, SCtKE XII. 2c3 

OHJk4ULEë. 

Thomas 9 veux-tu me sauver la vie? 

TBOIIAS. 

Dîeu de Dieu! j*iraî$ au milieu de leuz 
bandes pour ça. 

LUCETTE. 

Mon bon ami , au nom du ciel , partes 
sur-le-cfaamp» 

xaoii.A«. 

» 

Tiens f c*Xe voyageuse qui s'intéresse aussi 
à ça ? diable mi'emporte si |e comprends rien^ 
c'est égal 9 vous m*en. avez dît assec... je me 
risque... me v'ià parti... Pour qui c'te lettre? 

Samuel. 

L*atresse il était tessus^ prenez aussi la 
pourse. 

"Non pas, çardei -* la-moi Jcrsqu'à ceqtre je 
revienne; j'ai c'te damnée de forêt -A passer^ 
je ne veux pas m!expo«er 'à perdre mon ar- 
geot avant de Tavoir gagné... Ahl.çà ,. en- 
core une réflexion... si la bourgeoise o^e de- 
mandait?... 

SAMtJË'L. 

Chc prenais toute chose stif^Ai; ^'fmis » 
eheune soldat. . . afez-vous tans cette v iUocbe 



904 LE JUIF. 

UD pon entroît pour cacher fou5 jusqu'à te— 
maia ? 

Me cacher! 

SAMUEL. 

li le fallait. 

THOMAS. 

J'ai Totre affaire 9 chez ma nourrice, tout 
à Tautre bout du YÎllage. On peut se fier à 
elle; elle ne Toit ni n'entend, c'est la femme 
la plus discrète du pajs... justement je passe 
devant ; j*vas vous y conduire en m'en al- 
lant. 

SAM u El.. 

Alors 9 ce était pien, partez. 

CHABLES. 

Mais vous ^ Monsieur, qui vous intéres.^ez 
à moi 9 sans que j'y aie aucun titre, qui donc 
êtes-yous ? 



SAXOBl.. 



* • I 



Che étais rien que un paufre ehuif alle- 
mand..^. allez-TOUS-en. 



• * *# 



CBABtES, douloureusement. 
Adieu i Lucette I 



ACTE I, SCÈNE XII. 2o5 

THOMAS. 
A» : Tourterelle , bien fidèle,^ 

Confiance 

Et pradence , 
Mais je n'pnis calmer ma firayenr, 

Quand d^avance 

V'ià que j^pense. 
Que j'puis tencontrer queiiqa'' volew.j 

SAMUEL. 

Confiance, 
m I Espérance, 

H y Comptez sur un destin meilleur^ 
^ \ Ma prutcnce , 

Che le pense , 
Fient Cassnrer iotre bonheur. 

lUCSTTE et CHARLES. 

Confiance , 
Espérance , 
Comptons sur un destin meilleur^ 
Sa prudence 
Va, je pense, 
y Mettre un terme à notre maUieuv. 

CHARLES. 

Faut-il , 6 mon amie , 

Quitta )0nr oii puisse dire , héla» l 

« Une fois éins sa vie , 

» Charlc a fui ie trépas!..» 

f. Tande-villei. 3. 1^ 



M 

n 



H 



iTBOMAS, 
Confiance, etc. 
SAMUEL. 
CoElfîance , etc. 
LUCETTE ET QBi^lihl^&, 
Confiance , etc. 

* 

SCÈNE Klti, 

i 

tvCETTË, le suivant, 4^ j^px. 

Pavtbe Charles ! qui m^eûit' '4il que o^iis 
nous reverrîdiM ainsîP 

SAMirEL. 

Chut ! les v^jAif^pr» ,iï» die^i^iHkeDt y et 
che répétais. eQCore .à iûj^s j^u'il fallait fst» 
dire devant eux... . , 

LVGBTTK. 

Oh ! non , ne craigne2 rien , t^éi^i bios 
quand j'étais heurei»se. 



ACTE I, SCÈNE XIV. ao; 

SCÉÎSE XIV. 

SAMUEL, DELAUÎfE, M. PINCÉ, BWL^ 
LA NT, HORTBWSË. «*• DESCÉDULES, 
LUCETT£> SIMONNE. 

Eb bien ! non , je ne sais pas trop mèOMt» 
tent du souper : qué* dilable voulez-vous ? on 
Miitbîcn qn'oa nV^t pa^ici chez^BeauvilUers; 
à la guerre connue à la guerte^ ' 

BBILLAKT. r 

Et vous avez mts le précepte en exemple... 
monsieur le Procuréul- srétis^ s'é^ fort bien 
conduit à table. 

M. PINCé. 



(i 



Oui, en voyage on a beaucoup plus d'ap-* 
petit ; car à Paris je mange infiniment peu. 



r ... 

BRI LLANT. 



Sans doute ^ vous devez l'exemple à vos 

clercs. 

m"*^ DESCÉDULES* 

I ♦ • 

4 

Pour moi, je n'ai rien pris; )a situation 
de mon pauvre A'zor ni 'absorbe à un point !.. 
Madame* , uii« cîifarhbi*e , s'il Vous phit; cette 
innocente petite béfee ar tant besoia de repos, 

Veset- bassiner u» Ht. 



»o8 LE JUIF. 

DOETEHSE. 

Ahr ouï , dt grâce une chambre , je suis s£ 
prodigieysemeat fatiguée... 

M*^ SIMOHlfE. 

Mon Dieu! tout de suite y Messieurs et 
Mesdames; c'est que j'attends le garçon pour 
vous y conduire y et je ne sais où il s'est 
fourré* 

«AM UBL. 

Le garçon^ il n'était pas ici , Montame » 
c'est moi qui k afais chargé t'une commis- 
sion. 

H"^ SIMOWWE. 

Quan4 r<e viendra- t-il? 

SAMUEL. 

Temain matin. 

M**** SIMONWE. 

Et il y est allé ? Il faut que tous lui ayez 
donné une bonne récompense ; car c'est le 
plus grand poltron que je connaisse; et d'or- 
dinaire à l'heure qu'il est, rien ne pourrait 
l'obliger à passer le seuil de la porte. 

BBILIANT. 

De quoi a-t^il donc peur oel imbécile? 

M"** 81 MO 9 NE. 

De quoi ? des yoleurs qui désolent ce pays, 
et qui rôdent sans cesse sur cette route. 



ACTE I, SCÈNE XIV. 209 

TQOS. 

Comment» des voleurs! 

BAILLANT, riant. 
Ah ! ah! âh! la bonne plaisanterie ! 

M™* SI MOU NE. . 

Oui 9 riex si vous voulez; mais au lieu de 
TOUS plaindre de votre accident ^ félicitez- 
vous plutôt qu*il vous ait dispense de traver- 
ser la forêt pendant la nuit. 

BQBTENSE. 

Âhl n^on Dieu , s'il était vrai !.. exposées, 
sans défense, dans cette maison écartée, à un 
quart de lieu du village ! 

BaiLLàRT. 

Eh! non; contes de vieilles femmes, tra- 
ditions populaires que tout cela. 

DE LA6NE. 

Diable, Monsieur, comme vous êtes brave! 
vous n*avez pas peur des voleurs ? 

BRILLANT. 

Pas plus que de M. le Procureur. 

•f. PIIfCB. 

De moi ! de moi I qu'est - ce que cela 
prouve? 

« SAMUEL. 

Que le Monsir U afait chamais te procès , 
foiU tout. 

18. 



ita LE JUIF. 

Ah î çà, mais pcmWiiits^ifri'ôil^'ëà â^rftaît 
ici , ça serait ioft' dèsaf^èabie. 

Ah! Mon sieiir, TOUS me faîtes frémir, 

P'étrt'itiiaî, cHê lé^ c^âl^Aaîs p55... ch« avais 
pâ^lWgtJht, uî^pàtfyre chûif! • .. 



' ■ » 



BRILLANT. 

■ îi 



Eh! tranqpilisèz-Yous, Mesdames, jp ;suis 
yôt^ dhèVatfei^; qùlls viennent césVièâîAds 
4c te féi^iH..; je réï attends. 



j . • 



r ' 



I L 



ACTE I, 8C£NE XV. an 

. 5CÈNE XY. 

I.SS PE^cÉDENS, ROSSIGNOL, BRI^ 

SETOUT, LB5 TOLBUBS. 

(Pendant la scène précédente ^ on a ivii les'Vpkurs 
paraître dtli/'Héife lès Vitrages, examinant furtive- 
ment dans rintérienr de Tauberge, «^introduire 
doucement et s'emparer des issues. L'un d'euxa été 
ouvrir ctoiiM<ibéitt la feitôfté et d*antres sont iîntrés 
par là. x\u dernier mof tpa dit Brillant, Rossi* 
gnol , Brisetout et deux autres viennent en scène 
parmi les voyageurs^ d^Buties MOI datis h sd\&, aux 
denx portes , sur la iienctre , en dehors de la maison 
et à travers Hî» ¥It%€S. £h lés ipeitdkwvni Lucette 
se <;^cbe derrière ii)adame Simonne | flertenifteet 
niadaiffe Descédtûlcs tombent d'efl^oi snr Leurs sié^ 
%es : Brisetout est entre Delanne et Pincé ; Kossignol 
entre Pinaé et Btfillaiit; iia adtie tolélit entre Bc- 
niface et Defaune ; un quatrième entre Hortense et 
DMkfeiM D(és(â}dù1è^f Sanikiel s'eaft àtc^on^i derrière 
une iBMe , mt lé ofMikr plan , à là droite du pa* 
bUc.) 

VOIiVDBS. 

AtA : Frii%tHeHt de la Clociiette, 

Nous voilà. 

Nous voilà , 
àcèôurshi poàr Vous [Aaîre , 

N<H» voiiâ , 

NeU& idàt , 
Ptrétl à voÉë satisfaire. 



\ 



aia LE JUIF. 

Qu'atteodez-vous de notre ministère 
Pour vous montrer tout notre savoif-faîre « 
Nous voilà , 
j^ous voila. 

» • 

LES VOTaOEUBS. 

Ah ! Ciel ! nous sommes perdus. 

r 

Ab î Uaple ! la factieuse afeature t 

9QRT^irsB. 

J« vais me trouver mal. 

BMSETOOT, damnent. 

Attendes; quand nous aurons réglé nos 
comptes 

AOSSi6i!fO&9 dlun ton poli. 

Pourquoi dootc ?... si fait ; oes dames peu- 
vent s'évanouir: est-ce que cela oous eiapêche 
de remplir nos fonctions ? 

M""* siMOTTVE, étonnée. 

£h ! mou Dieu , ce sout ces hommes de 
tantôt. 

ROSSIGNOL. 

Ah çà, procédons... ( U s'a4jlresse à mon- 
sieur Pincé et Briselout à Deinanê. ) 11 n'est 
pas nécessaire , je pense ^ de vous répéter le # 
compliment orcUuairet... vous $arex.... la/ 



ACTE I, SCÈNE XV. ai3 

bourse ou .. c'est une formule consacrée par 
Tusage. 

M. PINCÉ 5 treniblaut. 
AIR : Pu vaudeyiUe deVAvat^ et son ÀnU, 



.1 i 



ToiU njoa saç de procédure^. 

ROSSIGNOL. 

MoDsiei» scrsdt-il procaieur ? 

DELAITNB , tr«iniktMU 

Mes échantillons, me^ mesurei. 

BRISETOUT. 

Vous éles donc?... 

DELAUiri^.- . -.rv ■ 
Je suis tipUcur.. 

BRISETOUT et ROSSIGNOL , Jaôr /«nnt ub grand tdut. 
Eh qaoi ! tailleur et procureur ! 

liOSSIGNOt ' 

Grâce à nos statuts très-sérétes \ 
De nous ne.cr^gœz lâen vàf.. 
Nous savons |rop bien , Tfi.cn merci , 
Ce qu'on se doit entre confrères. 
(Pincé et Dektuie gagnent là àf\»U «le la tcène. ) 

BRISETOUT9 àHôrfense. 
A notre tour ^ Li belle. 

HOBTBNSB. 

X Insolent ! 



rtf iSlit O^vVy' lui piijnànt sbusàt. 

Pardi ! demandez-nous de ia galanterie. 

E s s^i G N 6 1 9 à Briâsetout. 

, CVitvvreri , oa ♦» tô a^ mattvaft' Wh , c'est 
donner une opinion défavorable de soi. («S'a* 
vançant vers madâihe D^Mcfàîes^cTun (oh ga- 
lant. ) Tiens, re{^dfd(?-itt'(yl... Voulez-vous 
bien 9 belle dalné !: i . 

M'"^>*«9CBiy'lTC.E9.; 

Ah ! Monsieur ,-}é'n*al' rittn , absolument 
rien, 

BRiSETODT^ durei^oH «rAîUslit. . 

A VOUS, monsieur k/ fanfaron , videz vos 
poches. ; , • ;. . 

9 & I it jL.4,;(fr 9u Ijffaal d«-. sii i pociift «»t koitrje et wà 

Voilà ma bourse. 

(. Voubiit resserrai: Tageniila; )\ 
BRISE TOiKT^ liil'reieadi]it>le bf«#V ' 
Qu'est-ce cfuW c'est que ça i '' 



' » 



( t 



KiK'iDe Tur^nne., 

Cest mon albnin , Hiscri^ dëpokitave < 
Des vers heureux c^iie me dicte Pamour. 

AOSSIGNOL , pesHat la bourbe ,. 

ta bourse me parait légère. 



ACTE ï, SCÈ5E XV. arô 

•^BAISBT&W., .tentât tIagmitU. 

QsAraiiHieivofis. prier mainteaaDt de.àoue 
prêter votre montre ? 

Jie.^ai'ai «:îeiii^.à<T)0UBirefu^t.u([/^^/a «foM^. ) 
J'y tenais jpourta.u.t,bç>ï,uco^iy). 

Achetant Vain^- - à * 

De la garder, tant elle m^élait cbèrç^, ^ 1 /, = 
J'avais formé la réspl^jlKm . ^ 

Il fallait celte occasion , 

^ôor'iifèîigager à' m'en défaire. 



» 



Jusqu^à présent la recellc va mal ; ^hiCj 
a pas là fl^^pj m^^k \r^mh(kW§^T rfies frais 
de rexpédition,.. Tout le Jiîonde j a-l-il 
passé. • • ■ •" 

LU CETTE ^ 'isas ¥ madame Simonne. 
Oh ! ma boune amîe ,^[6 tfemWù. 
ROSSIGNOL, se baissant ,: anercoit Samacl. 

Et ce petit Monsj|lttr^q^^:<fte,^q»iA»ilà der- 
rière la table. (f^îP#f4jf«Û.)l(l>ite6 dftAC Tami 
est-ce que comme fiés Jjf oitskinrâ (u/ xtésigne 
Delaune et M, PiWfl^î^îtQii'S'iaTOî.WBîi brevet 
d'exception ? , ..,:: vu -, \ .. ,. . <f.4 ) 



aid LE JUIF. 

SAM VE L ) bas tiux voleurs. 

Pourquoi pas ? Ya , mes braves gens;. . Je 
cachais pas moi pour la peur... li être pour- 
faire signe à fous , et fouS pas comprendre 
moi^ depuis une heure que je démentibulaîs 
mon tête. 

BftiSBTOUTi briis^eaiettC. 
Ëh bien ^.poiii^uoi nous' fésais^d' slgne^?' 

QAMYiEI; mystérieusement. ' - *' 
Plus bas donc. 

BOSSIGNOL. , 

11 a raison. 

Li être pour dire à fous que tous amusez- 
vous à la moutarde^ et que moi li être capable 
pour enseig^ier vous une chose qui fera votre 
ibrtune. ■ - 

BHISETOOT ET BOSSIGNCU 

Notre fortune ! que faut-il faire > 

SAMCBL. . 

àiB : De Ift ronde du Solitaire. 

Commencez par leur readre 
Tous ces pekhs larcins j 
• '^ Faut-it se faire prêfrdre 
< Pour des vols si mcsquôis ? 
Onze billets de banque ' 
De mille francs , bien nets 
( Pas un denier n'y manque )^ 



ÀCTfi I, SCÈNE XV. ai7 

Vous consoleront ; n»ab.... 
Chut ! je ne puis rien , sans que 
Un petit pot de rin * 
Soit le prix du butui. 

ROSSIGNOL et BRISETOUT. 

Un petit pot de vin ? 

SAMUEL. 

Ta , pour prix du butin. 

BISETOUT. 

( Pari^ ) Eh quel serait ce pot de tîq ? 

SAMUEL. 

Ile onzième de la somme , li être pas 
trop. 

ftOSsiGiroi. 
Mille francs. 

SAUtÉt. 

Ya. 

B lis 1^7 ou T. 

D'ayanoe ? 

SA M U £ L* 

Non, après. . . " 

BBISETOUT. 

' • ■ € \ # 

4 « ^ I t . 

A la bonne heure. ( A RossignoL ) Qu'en 
penses-tu ? 

BBiiLAifT, pendant qu'ils se coneeistent. : 
De quoi peut-U leur.par{^^si long-tems P 

Ks ont l'air de s^entendm. . j i 

F. VattdcYiUe*. 3. 19 



9i8 LE luir. 

Ma foi, je né Tbîs^jpas ce que notis ns— 
quons ; d'un côté , ce procédé les empêchera 
délicatement de nous faire poursuivre. 

BRISEXQVT. 

Et de l'autre , je .ne crois pas le marché 
très-mauvais. 

SAM U Et. 

£h bien î .. • : 

R0f?s«r6>iio^ :£i^ iiBTViiroto^^ lui ^titMiilbiil^ 

la main. 

Eh bien ! touchez là. . 

M. PINCÉ. f 

Ils se prennenl 1â Mdfih. . 

Quelle horreur ! 

Mesdames et Messieurs , à la demande' de 
ce brave homme (' fhontrdnt Samuel,] n^us 
TOUS prions de reprendre ces 6l)jet9/dont la 
privation vous sérail p\ùs pénible que leur 
pasftsâis(oà 'Élè mà^ îeÀh(>»Vëtitâgë<f è«. 

T01J s ^ avec la dennère surpnse. 

Et de nous i^arddbtiëi'Tïhstaiàt de frayeur 
que nous vous atoh» oatfsé» 



ACTE î, SCÈWE XV. ai^ 

toua» 4emânie. 

lEiLLAVTj à qui on donne une montre d'ai,gen( 
Permettez , ma montre était d'or. 

itbssiGNOL. 
C'est juste. 

( il lui i«a4 sa iBoutce. ) x 

ï V &• 
Méprise da tmir. 
Be leur fcipomieriie 
Bougiraient-ils tout l)9Ji ? . • 
Je n^ai vu de paa yje . 
Voleurs plus. 4él^c^« 

De gens loysw^ et (^Ç6. 

BOSSlGNpL 9 de m^nw. 

Dis-nous donc qui recèle 
Les onze mille francs. 

SAMUEL. 

Chutl c^est la demoiselle 

Qui , là-rlMS , tout Ikrb^Sf 

N^ose pasf&ftre «a ^. i 

RI9ET0UT. 

Cetenfant-U? 

SA4M0E^. ' 

PJusbas. 

mossicffOL. 
Ceb ne se peut pas. ' 



330 LE JUIF, 

LDGBVTE; 

( Parié, ) Ils m'oDt regardée ^ je suis per- 
due... 

EOSSIGH0{4. . 

Au reste 9 il ne coûte rleo d'y voir. 

SAMUEL. 

Elle les a&ît ; moi che étais sûr... 

ROSSIGirO L. 

Camarades 9 quepersonne ne sorte... 
£t malheur à toi 9 si... 

SAMUEL. 
Suite de fair 
Chut ! ia somme est sur èRe. 

BRISETOUT , couranl vers Lacieit6. • 
Allons tôt , toii argent ! 
Obéis sur^le-diauip. 

ROSSIGNOL. 

Sans façon , belle enfant , 
. Donnez-nous yoJ^e argent. 

S I LUC£TT£. 

g / Je me mcu|rs , quel moment! : . . 

g \ Plus d^époux , plus d'awâul I 

Juste Ciel ! le brigand 
A trahi cette enfant. 

SAMUEL , il part. 

Ils ^wennenii son sirgeul ' 

C'est charmant ! e^cst charmant 1 



ACTE I, SCÈNE XY, aai 

ItSICIStTB) s^éçbappant de leurs mains. 

Arrêtez; ne me, touchez pas... vous' les 
voulez... les Yoîlà... prenez-les. {Avec dés- 
espoir. ) Prenez tout mon bonheur, toutes 
mes espérances ! prenez ma vie , elle était 
attachée k cette somme. Oh!. Charles^ il 
n^est donc plus d'espoir. 

( Elle tombe accablée sur une chaise. ) 
viiiSETOUT, prenant les billets. 

C'est bon, kl belle, pas tant de yérémiades.. . 
y sont'-ils bien ? pasde fript^nnerie au moins. .. 
(7/ U$ compte, ) Oui ^ ma foi... camarade^ , 
Texcellente aubaine. • 

SAMDBI,. 

Mes prafes Morisîrs ,' fous safez bien, q^ue 
fous m'afez promis ?... 

a^ssiAifûL. ^ 

Cal , la probité avant tout, notre parole 
est sûre ; voilà tes mille francs. 

SAMVEL, à partv 
Autant de pris sur Tennemi. 

B R 1 s E T II T j' bas' à Kossïgnol , voyant ks ' signes 
que ses camarades lui font de loin. 

On a fait le^^ignal de retraite. 

ROSSlGnOL. 

Allons , ces Messieurs et ces Dames ont 
besoin de repos. C'est à regret que nous vous 

19. 



132 LE JftfIF. ACTE r, SCÈ3ÎE XV. 

quiitjdBfi i eaiîbai»liÎ84'a Voir fait TOtrctënnaîs- 
sanç^. 

Naud pareiU4»miBnt* 

(Le« voleur» donne ^tikc poigfné' fh maÎB aHX voyageurs 
qui la ittçaîycnt en 4reinbibat. ; * 

LES TOTAGEVBS. 

AIR \Ftvgment d'un chœur de Lodoiska, 

g 1 Ne pas TOUS trouver 9g| mlawr^ 

S I Ai»îÇtf»teoimçBuit,>pj|Ypya|C9 
^ ■ Puisse encor à notre fctpàr,' 

Le sort , nous garder Tavantage 

De Qou:» reDéoàtrer^u^HF^c jour. 

les voyageurs rw»tf«»< df^* J'^»a>ff|ge.. .^Brè» ^ffjf^ ffs^s 
chacun un des chandeliers qui sont »ur \e% tables « et les 
voleurs sortent par la porte du' fond -, oa les voit passer 
derrière lea vitra^at. Sainud vai^o«r anivn Itt «Tiiyageiir». 
(lui lui ^ëqiçiçnept leur nië|»rM . il toft par le ctU oppoa^. 
Le thëitce ff^f a^#cfir.) 



fin DP ^Jl|;^l]$R ACTI. 



^■^«^^^v^'*^^/*^*^-^ \'%,^ 



ACTE ,§SCOND. 

Même âécorMion. Le fojir vient pendant Fentr'acte. 



t / 



/ 

DELALIMB, *MtLAiNTr, M. PINCÉ. 

Âh ! Messieurs ,'ia brulslle ^chose qu'une in- 
êamsû^f^ i^ia'fii pastéfirini iiii>86àl instant ; 
mais le.nuM^Ctt PiOn^anrart^nai» tous lesbosmiee 
dans une même pièce ; pas un appartement 
séparé '^>è«r «H)i ; en vérité , ces g^ens-là n'ont ^ 
pas plus d'égarés pour quelqu'un... Qjù est 
ma rue du Helder ! mon bôtél du Dauphin ! 

Ça oe m'a pa» eîBpêdlé ée dormir tout 
cVon somme : '(Jue ne fesî«ï-vou8 de même ? 
.le ne -vois pas ce qui a pu trouMer Totrc 
lommeil. 

BRICLAlfT. 

Parbleu! iMonsievr yC'est le Tôtr e ; vos 
ronflemens ébranlaient les murailles de cette 
bicoque ; et joignes à cela 'monsieur le Pro- 
cureur q/ài n'a^MSsi de parl«;r de céfuré, sani- 



zrzj 



324 LE JUIF. 

• * 

mation . jugemeos exécutoires 5 prises de 

corps. ' . 

• "M. PI k ce, 

C'est possible; }e suis un pteu ^mnacnbule. 

BRILLANT. 

Alors , je tous conseille de oe pas dormir 
en compagoie^ vous t cabine^ tous les secrets 
de la Bazoche. ' 

M, PIN ci 9 'avec humeur. 

Parbleu! quand on rêye...» vous rêvici 
aussi cooime les autres > probablement. 

..•,.....• Bai.i.xAir.T. 

Mal ? f ètais.bieB éveillé 9 et f ai pensé sans 
pesse àlnotreaveniture.dliîer.afti.son', • 

De glpîre moi^ cœur trop ayîje 

Prévoyait d^adtres ennemis , 

Et par une honie homiolde 

Nous etinns encore astaîllis f 

Mais ce bras , combattant leu» rage-, ■ • , 

Les ab<ittaii tQus, à mes pieds > 

Par des prodiges de courage... * ( 

.M.PJNCC. 

Vous vpye4 bîeii qup .vou$ rêvk^, ' 

. BAILLANT,,^ 

Pas mal , pas ihaL... le trait y est.... |'a« 



ACTE II, SCENE IL QaS 

voue 9 par .exemple 9 que j'ai admiré ia tran- 
quillité de noire Juif^ quoique Thôtesse fu- 
rieuse contre lui » lui ait à peine accordé un 
Ut de sangle dans le coin de la chambre ; il 
s'est endormi avec autant de sérénité que s*ii 
eût fait hier ia meilleure action du monde. 

DE LA UNE. 

Écoutez donc il nqu* a feit rendre tout 
ce qu'on nous avait pris. 

SCÈNE n. 

lEs paicÉDENs, HORTENSE. 



B R I L L A if T allant au-devant d^Horfente. 

Voici celle que je pourrais surtout accuser 
de mon insomnie. 

M^ F 1 K c é 9 bas à Bnllant. 

Je vous laisse ensemble ; $u2s-je aimable ? 
lieînl 

BRILLANT. 

Charmant. , 

PRI^AUNlt. 

Et moi • je vais yoi^ si la diligence se vë^ 
pare. ( Bas à Brillant. ) Les tête-à^têtcs ^ en 
▼oyage, peuvent,, faire, faire beaucoup de ' 
chemin. 

BRILLANT. 

Vous vous en souvenez? 



3^6 LRJUir. 

Eii ? fh! { Hiepre^ant te ton grave.) Ma- 
dame 9 fm bien i'iioiinetir... 

SCÈNE III. 

BRILLANT, HORTENSE. 

BRILLAHT. 

Eh bien ! chArinaate fiortense^ un peu de 
repos vous a-t-i! remise de yotre ag;itatioti ? 

BOiiTEnsE, languissammeot. 

D*honneur ^ je le disais ; dans une misé> 
rnble auberge , tout manque ; point de pcr-* 
siiJdnes, de «ûublos rideaux...' d'ilUeups le 
jour vient de trop bonne beure à la oam- 
pagne. 

BORTKNSE. 

C'est vrai 9 on Ta dès qu'il paraît; et puis 
par «m ton? Il^rrlble » que je reproc^rai à 
riiôtesse 9 on m^a fait partager la ehnmbrè 
de c^te madaiiie Deseèdales, qui Q'interroni* 
pait riiistoire de ses procès que pour déplorer 
rindîsposilion de son carlin ; aussi je n'ose 
pa*> me regarder ce matjn : le teiqt pâle ^ les 



ACTE II, SCÈÎVE III. 227 

traits gonflés , les yeux daus un état ! est-ce 
que je ne fais pas peur ? 

BBILLA9T. 

Toujours belle à ravir. 

ilOlTEjrSE. 

Flatteur ! non 9 vrai , tout ceei ai'« fait un 
mal... aussi y je Youdrais êtr« bm Ma : est- 
ce que le conducteur ne nous fera pas bientôt 
partir ? 

BI11LI.ANT. 

Cela m'est tout-à^>fyit ii>di<ft)>étft ; pour 
tien au monde je ne TO^idraid ùotttihuer ce 
malencontreux y(ffVgé : f «Ikiis voit un yieit 
oncle enfoui dans TOrïi&tfliftiè , fe lui dois 
quelques é§;ards 9 f'en hêfftife ; itiïiis, tdut bien 
considéré, il recevra jiiti^'hi poste léf témoin 
gnages de ma tendresse ; él et tïtadiû même 
je retourne à Pari». 

Ht)ii'l*-Ifrsk. 

O ciel t TOUS nous quittée ? maàs e*est du 
dernier mal. 

£h bien ! non , belle éanie f ««v«ib s alar- 
mez pas ; î*ttai «^sis't^r 4 ¥0S «lèbtitif ; ' je 
les protégerai , je me charge èCfiS'éèuron nés, 
TOUS verrez comme fb $èf$ hvèâi ëmfîs j mais à 
minuit préd^... ^ I4.1ëi*e^âé:) >ït>h , k èi^t 
, Leuies du mattq , je reprenfd^ 'là ^Oute de la 
l capitale; car ce n^estqtee là (pe petit vivre 
I un homme comme moi. 



-. 



32a LE JUIF. 

AIA : Séjour d*amaur, 

Paris y 

Des ris 
Douce retraite , 
Charme mes foisirs^ 
Piqac mes désirs 
Par HQ essaim de plaisirs y 

Qm tous y 

Jaloux 
De ma conquête. 
Semblent s'inviter. 
Pour se disputer > . 

Le pouvoir de m'enchanlof . . 
À chaque aurore ; , 
Qui vient d'éclore ^ . 
. Plus fraîche encore 9. • 
. Lisette en secret 
Vient et m'apporte -» . . . i. 
Lettre ou... n'import|C y , 
Et puis renwor^ , ■ 

Un fraiser cÉscretV 

Blonchevll; -«^ ' 
. Superbe, animai, '.. 
A mon le^er m^s^tcnd , n'emperle et iro)e , 
. , , nfend Faiff, ' ■ ', . . 

. Plus promt que. réclair, 
Cest le rivad , c'est le vauoqueur d'Éole. , 
Au retour, 
Beauté faite au tour,. 
A son tour, 



ACTE n, SCÈHEIII. as^ 

Gaiment npe propose 

UnjoU 
Déjeuner , qu''arrose 

Le Chablj, 
Le Beaune oa VAj' : 

Après 
' Les frais 
Qae j'ai dû faire , 
Je pars en chantant f 
Un concert m'attend , 
Je n'y reste qu'un instant. 

J'entre au 

Caveau ^ 
Où sur la guerre 
Buvant du sGubac, . 

Prenant du tabac ^ 
Je parle ab hoc et ah hoc. 
J'entends qu'on vante . i .'. 

Les mets qu'invente . '. * 

La main savante . •' ' 

D'un maitre-d^otel f u a.'. \ uL 

Cornus m'invite , 

Bacchus m'excite y. * i:> .. 

£t jcrceurs vije ■ . . . . / 

Encenser leur auteî.' ' ' ' 

L^opéra 
Comique ou Buffa 
A du nouveau , j'y suis indispensable, 

Jusqu*au bout 
Je critique tout y 

r. "Vaudeville». 3. 2© 



83o LE lUir. 

Car applatulîr est d'un fou ^éleailabll*. 

Pour un thé 
Le soir inyité , 

L'écarté , 
Qu^UQ perdant dédOAe , 

Me ^duit', 
Et de perte en perte 

Me conduit 
Jusques à minait. 

Alors 
Je sors , 

Car cVst Fosage , 

L'instant obligé 

Où riiomme rangé 
De son monde prend 4Migéé 
Et dé- 
cidé 

A rester sage , 

Je regagne enfin 

L^hôtei du Dauphin , 
Au plus tard... le leddèmAfai. 

HOBT&irSV. 

Voilà bieD rexistence la plus déllëieuse. 



ACTE II, SCÈNE V. a3i 

SCÈNE IV. 

LES micip^uss M°» DESCÉDt^fcES. 

M"^ DESCBDULBS^ - 

AhI rheareuse aouveilei Madame! l'heu- 
reuse nouyellel 

BtlLLAUT. 

Les voleurs scmîent^ls j^ris? 

M™* DES ce DU LE s. 

Non ; mais mon pauvre Azor va beanconp 
mieux... Je^ours l^annoneer à tout le monde, 
et je viendrai , j'ospère, bientôt vous appren- 
dre sa parfaite guérîson... La pauvre bête! 

(Elle «ort prëcipitaminent.) 

BEILLANT et HOBTBNSB. . 

La vieille folle ! 

SCÈNE V, 

DELAUNB,HORTENSE,Ll!CeT'tE, 
M«* SIMONNE, BRILLANT. 

a eav BNf a , ««rw^ \ L«çQHe, 

BoMïovBy chère petite, si vo«is sav^ot covn- 
bien votre malheur nous désespère I nous \\w 
parlons pus d'autre chose. Peiqaiides à IVIa- 
ûamo. 



a33 LE JUIF. 

m"* s I m o n w e j avec Immcar . 

Vraiment, vous pouvez bien y prendre 
pari; elle a payé pour tout le inonde » €?t 
grâce à votre maudît juif, que Dieu puisse 
confondre, il ne vaus en a pas coûté une 
obole, 

BORTEirSE. 

Ne parlez donc pas de cet bomme là ; sa 
conduite est odieuse. 

Horrible. . ; 

m"**' SIMONNE. 

Épouvantable; grâce à lui,voiU le ma- 
riage manqué , et mon pauvre .Cbarleè soldat 
pom' Jong-tenas encore... ob! ce damné d'Is* 
raélite, si |c le tenais... 

SCÈNE VJ. 

LES PBÈÇÉDENSj S^MIJEL. 

S AM 17E L , entrant par le fond, 
' Fous teoianlez moi , Montarrtfe? 

m""' SIMONNE. 

C'est VOU5, vtewx fripoti PVenes-vous en- 
core. insulter kU victime d^ voUe avarioe? 

* Ce n'était pas mon faute; sî le Temoiselie 



ACTE II, SCÈNE VI. a33 

il afait pas papille tans le foîture, che aurais 
pas su qu'il afait onze mille francs. 

HOKtEirSB. 

Parce que yous le saviez « était-ce une rai- 
son pour la dénoncer aux brigands? 

M"**" SI MO UNE. 

Qui sait s'il n'était pas d'intelligence aveo 
eux ? vous arez vu hier... 

I.VGETTE. 

Ne Tinjuriez pas... quoiqu'il m'ait rendue 
bien malheureuse ,. quand il n'aurait rien dit» 
les voleurs m'auraient-ils plus épargnée que 
les autres? ils auraient bien su découvrir... 

■'SÂMUEt. 

Excellent cœur! il prenait encore mon té- 
fense. 

M"* S 1 MO N N E , à Lacette. 
£hl non, on aurait pu leur cacher... 

BEIILANT. 

Si fait, ce que dit Mademoiselle est très- 
Juste; elle aurait tout perdu, et nous pod- 
vions perdre quelque chose; ainsi i, tout bien 
considéré, Monsieur a agi en homme de sens 
et d'esprit. 

.SAiiîOÊL, à mac^ainc Simonne. 

Che approufe les inchures... [j^ Brillant») 
Et che mt'^prise le éloche. 

•20» 



»34 LEIUfF, 

A m : Du Parnasse des î)atnes» 

Que me fesait Ce 4\u'o^ eu ftnse y 
Mon cœur il était bteo content , 
Pour ce qu'en cette circonstance 
Ch^ai fait ponr )a dbolie enfant ; 
Ch^ai |>our fous tiae^milie' tettdre , 
£t ce cbour serm pas fini 
'Sans que chc puisse enoor yoius X€ndtt 
Un nouveau service d^ami. 

Mort de ma fie ! ne tous en avisez pas !. . • 

lU CETTE. , 

Ah! Monsieur 9 jsi |e tous entends bien , 
Tons pouvez encore mériter ma reconnais- 
sance. 

Qu'est-ce que cela Tent dire? Qu'as-ty à 
démêler aTec ce tcpro«Té? 

Madame» ne Tirritez pas. 

M?* siMOirir« 

JOï ! teot (oif qfi'tl ast^ ÙU-U le imi «i^ 
rant, je répéterai toujoars que c'est untnaf^ 
honnête homme... Allons I la force armée» \ 
présent f... 






ACTE U, SCtfeîTE VH. a35 

SCÈNE vn. 

LES VAicÉDBirs, CN SERGENT^ 

. ,. • »• 
LESEmCEKT, enti^ mtdbM Simoime et Samuel. 



MBçuiÉxmê^iBhmà4e l'éTéMmenloiii tous 
est arrivé hier «'«st proinpiçifte^^t répandu; 
instruit d« ce fait , à Fa pointe du jour^ je luis 
accoora arec 'le poste que je Commande à 
^nx ftcocs d'îd ^ pciur ftiïîlîter vos recher- 
ches et punir les coupables. Au moment eé 
je TOUS p.i#iis;Vi9£ %f^pà^ fêHie4t mes hom- 
mes parcourent les..^pxiroB3^ «^ le^ malfei- 
leurs ne pourront leur échapper. ( Désignant 
Lacelte, ) N'cist- ce pus ¥^ la fêone personne 

qui ^ éié âivhriifHMvIf ur *hQtim^ \ ' 

Oui 9 monsieur le Sergent, c^est cett^ pau^ 
vre LpeèiMe qui, «ans cek, «orait épouse 
mwa Al^p Ah l \e va*idr^î.8 Wqh /lu'uriîfîfuces 
coquiA^fût Afcrèlé.,, feiitnç\i:e b|c*n q^'iKi 4^ 
sas aviîMic éf^k^Wçimttiç 4^Ue^ çAtc^». . 

tE SERGEnr, «'en aperecvant. 
Que Toulez-v«>ii8 diveP 

«''**, s moîHiE. 
Ces gens-là ont des amis partout^ et quel- 



3i36 XE imf. 

quefoîs mêlés .parmi les voyageurs ^ ne se 
pourrûît-il pa8<{u*uu de leurs confrères !.. 

• LE 8£li6BIfT .vivement. . 

Exp1iquez--T0us joueux^ auriei-vous quel-» 
que indice? 

. Madame Simonne > pouvez^vous?... 

H*^"" si H N ir B 9 éclatant. 
'■'■ . ■ 
Tout ce que tu voudras... tu ae n^'empê- 

cheras ,pa3 4ç dife que ton J^if ^ fait ui^tour 

pendable. ... . • , 

!■ «BRCiirT^'tfés^vîfedièRl. 

Maïs ce Jtilfoù dst-îl? ' 

/SiA)|i^Zï,, froidement. 

Cctait moi> tlion^ir le Scfpdieiït^; mois re^ 
cartez mes papiers, che fous prie, che étais 

pas capablçpour... 

• ■ ' • 

LV SBBjGEfl'T, oxamtoant ks 'pa|»8rs. 

Non , sans douie , ces papiers prouvent que 
Monsieur exerce une profession honorable et 
jouit d\]hei»onne réputation; je vous invite « 
madame Simonne, à ne pas accuser si légè- 
rement. 

C'est ça , vous verrea que c'est un honnête 

homme. 



ACTE II, SCÈNE VII. ^S; 

LÉ- 8EE6E1VT. 

Le conducteur de la diligence étaît-il pré- 
seot? 

M"^ SIMOIÎNE. 

Non ^ il a passé la nuit à réparer sa voiture* 

LE SERGEIfT. . 

Où sont les autres voyageurs ? 

M** SIMOiriîB. 

I 

Ils sont réunis duns la salle à manger. 
Veuillez tous les rcijoindre ar€C moi. 

TOUS. 

Tous?,,. 

t£ SERGENT. 

Oui , il faut que je recueille la déposition 
de tous ceux qui ont été les témoins de Té- 
vénement ; voulez-vous bien nous accompa- 
gner aussi 9 Mademoiselle? 

LOCETTE, 

Âh! Monsieur, dispensez-moi... 

SAMUEL. 

Oui, monsir le Serchent, je répontrai pour 
le temoiselle , car che raimais comme mon 
fille. " 

M™*^ SlMOïTIfE. 

Allons, je vois que dans cette aifaire-là on 
ne punira pas leti plus coupables. 



238 LEIUIP. 

Ni les pltLs pavardë. 

(Ils tutrcDt tous , lessolilats suivent le sergent.) 

SCÈNE VIIL 

LUCETTE. 

Je ne sais pourquoi cet kotnme, malgré sa 
conduite , m'inspire de Taffection et presque 
de la confiance ; ah ! je le bénirais encore , 
s'il pouvait sauver le malbetireux Charles... 
ù présent il faiu essajer de Teubli^r.** mais 
non pas tant qu'il sera malheureux. 

AiA : Nouveau de M, Alex, Ptccini» 

Pour rendre ma peine éternelle , 
Je sens qu'un invisible attrait 
À non coeur sans cesse rap}K'lLe 
Le Ixmlieur qui nous attendait. 
Des biens perdus la douce iuiage 
De nos chagrins accnift le tours : 
On pourrait supporter Torage , 
Sans ie souvenir des beaui jours. 

Si jamais une ardeur nonvcilc 
Prés d^une autre engage sa foi , 
Il pourra la trotivf r plus belle , 
Mais non plus aimante que moi. 
Que se* destins soient sans nuagC'i , 
Ciel ! proti'gc-lc toujours , 



ACTE n, SCfe^E IX. a^ 

Réserte pour mei les orages , 
£1 fftrde po«r lui les Imaiu jours. 

SCaÈNE IX. 

LUCETIE^ CHARLES, entrant préci|û- 

lammenl. 

iiVGSTTS. 

Geavd Dtea! tous tel! imprudent! qii'o- 
sez-Yous faire ? la maison est pleine de sol- 
dats : si Ton vous apercevait! 

Ehl que m'importe? je n'ai tu que Totrer 
raalheur^ les dangers que* vous avez courus; 
le^ bruit en est parvenu jusque dans ma re-^ 
traite; fai tout bravé. .« chère amie^ ei6t-i| 
bien Trai ?«.. 

Ouï j Charles, on m*a tout enlevé ; ainsi ^ 
plus de mariage , {Hus de bonheur ! je suis re-^ 
devenue pauvre, je ne puis plus être à vous; 
maiSy «B BOBi du Ciel , ailoK«To«is-*eB; je trem- 
ble que l'on ne vous i[oie« restez bien caché 
jusqu'à ce que le secours que nous a promis 
M. Samuel... 

X&AKLSS. 

Samuel 9 n'est-ce pas ce malhtureux juif, 
i6n\ l'infâme trahison... le perfide! j'aime 



24© LE JUIF. 

mieux subir foute la rigueur de moa sort que 
de lui en devoir radouci$:$eiiieQt : écoute , 
Iiucette; ici, nous ne serons jamais heureux; 
€onûe-toi à mon aoiour, à ma loyauté; suis- 
moi dans un autre pays, où la plus douce 
union... 

LUGETTE. ' 

Je devine... n'achevez pas ; non jamais , 
Charles; je vous aimeplus que tout au monde, 
|e ne vous préfère que mon deyoir. 

AIR : De VErmite de Sainl-AveUe, ■_ 

On m'a ravi celte opulence , • ^ 

pont je n'ai joui qu'un seul jour : 

On m^a ravi tonte espérance , . . . 

Pai toul perdu , hors mon amour f 

Mais j'iai les biens dont on s'honore , 

L'innocence et la paix du cœur ; 

Ah ! pour que je sois riche encore , 

Mon ami , ûissezHtnDil'hoBntur. 

: . * 

SCÈNE X. — ^ 

I.E9 PRÉCÉBEWS, M*^ SIMONItB, 

dans la couliisse. < ■ 

ih"**' SIMONNE, accourant» 

Que vois-je !... mon filsJ.t. Charles... mon 
pauvre enflint , ,tu t'es donc souvenu, de l» 
mère. 



ACTBil, SCÈNE X. * ai}! 

Je a'ai jamais cessé de tous chérir, et pour- 
tant «votre rigueur a préparé ma perle ; écou- 
tez f ma mère , les instans sont chers : voie» 
Lucette,T0Udsave2sî je l'aime!... accordez* 
nous TOtre aveu. 



M"^ SIMONNE. 



Comment ! qu'est-ce que cela veut dire ? 
est-ce un complot entre vous ? n'es-tu veftu 
ici que pour m'afQiger encore ? 

GHABI. ES. 

Ma mère 5 accordez-moi Lucette..» il j va 
de ma vie. 

M™* SIMONNE,. 

Bah ! propos d'amioureux; ta Taimes» c'est 
)iiste , cette chère eniant , ^e Taime aussi , 
moi, elle le sait bien ; mais enfin elie n^a rien, 
et son aventure d'hier?... allons, allons, 
qu'on ne m'eo parle plus , cela ne se peut 
pas. 

CHABLIS» 

Ma mère-, vous ne savez pas»., j'en mour; 
rai. 

( Samnel entre et écoate au fond.) 
SAKiTEt, à pari. 

La cheune soldat et son tiaple de mère , 
chustement que je foulais pas.*. 

F. VaU'JeviUe». 3. 21 



24a LE.tUrF. 

M*"' SI MON Kit. 

Bah! on Bt meurt pas de. ça... Lueette^ f o 
n'as plus uffaîrc A Orléans, reprends la route 
de Paris; la voilure pas»e dans une iieure ^ 
lïmi , je Tais préparer la chaHilire de «non ftls 
qui vient en congé chez moi ; et eomitie H ne 
serait pas bien de rester avec lui... 
( Elle lui fait sigiie de la suivre , et va pour sortir.) 

cnARLKSy rarrétant avec énejrjgie. 

Un moment : puisqu'il le faut ^ apprenez 
tout; j'ai déserté, c'est un crime que la loi 
militaire punît de mort. ' 

%V^ SI M i!f NE , avec angoisse. 
Mon fib! 

Sî voû« perststei dans totre refiis^ fe courâ 
Me Imer au cooéeil de guerre; sî vous m'ac- 
oordez Lucettè, je retourne à<)rlèans, mais 
pour me Jeter aux pieds dé mon colonel; il 
ra'tnm^^ eanr ftistfu'à ûb fùur j'^vats toujours 
fait mon devoir; il me protégera , il me sau- 
vera du danger qui 4i[iie menace , et j'atten- 
drai , heurenx de xolt^fn^miçR^ y j'jnstansloCi 
la loi assure ma Tiberlé. 

ïtfiilhëureux ! IP ne ,doat«6 pas de ma lenn 
dresse... 

chahees. 

Prononcez. 



ACTE II, SCÈNE X. ^43 

Une fille sans fôrlune , c*esl impossible. 

CHARITES. 

Je pars. 

s A M u c 1 9 sortant précipitamment. 

£hl vite! eh! vite i il j afre pa« d'autre 
moyen. 

M"** SIMONNE. 

Arrête ! 

tUCËTT*. 

Madame , ce n ««t pas pour moi que je vous 
implore 9 mais il y va de sa vis. 

De sa vie! ah! je suis mère., embrasse- 
moî, et épouse ta Lucelle; quel dommage 
pourtant que ce maudit Juif... Mais tu es sûr 
uu moins que le colonel... 

CHAALBS. 

Oui , j'en puis répondre. 

M"** SI MO sus. 

£h bien ! pars vite ; il y a ici des soldais 
partout^ si Ton t'arrêtait. 

LU CETTE. 

Oui 9 partes. 

AIR : Le calmé de ta nuit, (de M. Bérat.) 

Ptfî$sKms-Tî(lti.<$ (iésorraais , 
Puis(|u'un sort pieiii U'attriiiis 



Hi iEJUIF. 

Semble en6n nous sourire , 
N'avoir plus à nous dire ,- 
Grâce au plus tendre nœud : ' 

Adieu t adieu , adieu. 

TOUS. 

Adieu, adieu, adieu. 
CBARLBS , approchant de lui Lu<;etle et sa mère. 

Si j'en crois de mon cœur 

Le présage flatteur, 

Objets de ma tendresse , 

Ce n'est qu'à la tristesse 

Que obus dirons dans peu : ' 

Adieu , adieu , adieu. 

TOUS. 

Adieu , adieu , adieM. 
( Charles est prêt à sortir , lorsque San^uel ei^tre amenant les 
soldats , et suivi de firiliaot et Delauae i ils eolrent par 
la poale de droite.) 

SCÈNE XI. 

DELAUNf;, BRILLANT, SAMUEL, 
LK SERGENT, soldats, LUCETTE, 
CHAR.LES, M-» SIMONNE. 

SAMVEU 

AIR : Chœur des Savoiarth* 
MBSSiEUfis , à mpi ) main forte ! 

LUCSTTK , CHARLES , MADAME SIMONffE. 

Nous trahir de la sorte !... 

1 



ACTE n, SCÈNE XI. 2'|5 

Vile aD6 bonne esœrlc , 
Et déployex voire rigueur ^^ 
Empêchez qu'il ne sorte , 
Je me fais son accusateur, 
Cet l^Oiume , il est un déserteur. 

CHAAL£S. 

Eh bien ! oui , je suis dései^etir. 

LUCETTB et MADAME SIMONNE. 

Quel coup affreux ! ah ! quel malheiu: t 

SAMUEL. 

Oui y cet homme , il est déserteur ! 

LES VOïAGEUI\S , LtS SOLDATS. 

Quoi i ce serût un déserteur ! 

MADAME SIMONNE. 

Rendez-le-nous. 

LDCETTK. 

C'est mon époux. 

CHARLES y mcaaçant Samuel, 

Âh ! tu vas payer de ta vie , 
Pétfide , ce nouveau forfait. 

( Les soldats le retiennent. ) ^ 

BRILLANT , k Dclaune. 

Ce Juif est leur mauvais génie. 

DELAUNE. 

11 veut les perdre tout-à-iait. 

SAMUEL , montraut Ghanes. 

]l faut partir. 



b46 le juif, 

' MADAME SIMOffNB» tUCSTT«, 

Rcodez-le-Dous. 

I.ES SOI^DATS. 

Noa , non. 



Ctsison ) . ^ 



I.ES SOT^DATS, 
SAMVEL 9 HUXJIolcktS. 

A fous^ Mesaieuis , je le confie , 
Coiiduisez4e vite en prison. 

CHARLES , à SaïQUel, 

Ah ! traitre , fh (a perfi<îîe , 
^ J^eiipère avoir bientôt raison, 

è I BBILLANT. 

jd ^ Ah ! quelle infâme perfidie!... 
Ah ! ({ueîîé nôtre Ifrahîson ! 

L^S VOYAâECRS, ' ^ 

(1 s'appIauJit de cette tralûson, 

MADAME SIMONNE et LUCETT^I, , 

Latssez-noiu , je vous prie, 
Partag^er sa prison, 

Lis SERONT, 

Camarade ) tous êtes mon prisoimier. 



ACTE^J, 8Cfii\E XL ^47 

COARtES, 

Je me rc.si^ot À mon forl) u«iis lais^ex-^mol 
du moins punir ce misérable. 

LE 8«1ft«fil»T, têt^tenaat. 
Doucement, pas de riolence. 

SAMCEb* 

Le incrat! il foulait tuer moi poar me re- 
mei'cier de mon protection. 

BBIttART^ 

Jolie protection que la vôtre ! la veille , 
f%iK tùïuiBt lé Ttri^Hste^e; le lendemain, t'ous 
faites arrêter Tamant. 

LE ^BltCENT. 

Camarade y mon devoir fn^oMîge de tous 
cootluire sur-le-cbavip à Orléans» 

Monsir le sercbeot^ ai fous foulez payer 
moi de mon pon afis, tardez 4e eoidat ici 
«ne htture seulement 9 cne aUendais. quei^ 
qu'un... l'avais un craat impatiences 

LE S«>a«E|lf, 

IntpèsÀïAt , marcboY». 

CHAat.ES. 

Adieu , ma mère; adieu • Lucette. 



-148 LEIUIf; 

SCÈNE XIL 

LBS PftieiDBirs, THOMAS, accourant du 

debors , essoufilé. 

THOMAS. 

Plage i place ! il j a de grandes nou Telles ! 
Quoi doQC? 

SAMUEL. 

. Grande nouYelle! grande nouvelle! mon 
réponse, d'abord? 

THOMAS^ 

Quelle réponse? 

SAMUBL. 

A mon lettre, impécille ! 

TBOMAS. 

Tiens ! c'est vrai ; c'est que dans tout ce 
fooulevari de voleurs ^ je n'y pensais plus; at- 
tendez. ( // se fouille.) Ëh bien ! la v'ià, vot' 
réponse, j'ons eu assez d'peine à l'trouver 
vot' colonel... au beau milieu de la nuit: il 
dormait qu'ça fesait plaisir; mais je l'ai fait 
lever, moi, comme ça , sans gêne. 

SAMUEL. 

Tonne , tonne , tonne , tonne. 



ACTE I!, SCÈNE XII. 249 

THOMAS. ' 

Toune, tonne, il çst clair... qu'il faut que 
]e vous Ja donne, mais pour ^ a faut que jlu 
trouve» aU! h v'ià. 

. SAMC^El. 

Cêtalt pieu heureux. 

M"° SIMOHUE» 

Et la neuYelle donc ? 

TnoaiAs. 

Pour en revenir donc, figurei*vous que c'tc 
nuit, en traversant le bois, |'treinblaî»l... ça 
n*est pas étonnant, parce que le courage n'em- 
pêche pas d'avoir peur ; je prenais tous les 
arbres pour des voleurs; iluiie semblait que 
de derrière chaque buisson on me criait :La 
bourse ou la vie! pourtant je n'ai rencontré 
personne .. je crois bien , ils étaient ici i\ foire 
leur coup. 

LE SER€RNT. 

Mais enfin caninacnt sais-tq P . 

THOMAS. 

Ah! v'ià l'intéressant!... c'est que tout à 
l'heure , en passant près du moulin de Gros- 
Pierre, \\ tout à l'entrée du viNnge, comme 
j'étais descendu de cheval, je me mets à pen- 
ser à la bourse que ce Monsieur doit me don- 
ner pour ma commission, j'veux aveindro 



$tSo LE JUIF. ^ 

mon argent pour calculer combien qii'ça 
mTra aycc deux p'tits écus que j^ayais déjà 9 
y\k iftie fseos nne n^ain qu'était entrée dans 
êùa pùAé aratit la mienne; )'m6 r'toume , 
j'yols une figure, j'en Tois deux, troi«, fcrîe 
comme un aveugle; tos messieurs qu'étaient 
là tout prêts surviennent, et T*là qu'on prend 
toute la nichée de filous d'un seill coup de 
lilet..' Us s'cttout fourrés sous la grande roue 
du moulin ; alors quand j'ai Ttt qu'il n'y arait 
plus de danger, le courage m'est revenu ; je 
9UÎS remonté sur ma bête, et j'arrivons tous 
les doux bien essoufllés , pour roua raconter 
(fi'tei b!>diiB nouvelle* 

\ TOPS, 

Ils s60t pris ? 

tItOMAS. 

Pardlne , es|<!>ce qu'il n'j a pas une provi* 
dence% donc!. 

PréToyant notre arrivée, Ils n'auront pas 
osé rentrer dans la forêt. Consolez - vous , 
Mademoiselle, sous une heure , tout vous sera 
rendu. 

THOMAS, à Laoette. 

Tiens , est-i-ce qu'il vous ont aussi volé 
qneuqti' chose, Mam'selle? 



ACTE II, SCElîÊ XU. att 

lE SEBGEITT. 

Et as-tii reconnu les i5çurcs de c^u? fUfi 
sont v^nus Lier soir. 

TH OM AS. 

Non j TU que j'étais i Qrléiio» qmnd ils 
étaient ioi... muis patience... du train do&t 
on y Ta. ( On entend des coups 4^ pUUtlei si 
de fusil.) Miséricorde! 

TOUS. 

Qu'est-ce que c*€ist 4|Me 4)#to.P 

( Cliarle« , quoi<|iie fans ftrmes s^éhmse « 'frtftV«r$ 1iï$' 
solclaù qui regardent d^titù -^ kimeut les coopt (kf 
pi&tolet , et disparait ; toits les ^o^age^r$ ACfi|n(' 
renl.) . .' 

LE SERGENT^ 

Où côurez-TOus ? 

Où mon devoir mr'appeWe. 

s A M V E L 9 M^' s lAlO K INI» i(rA€#t« f il' 

Ain : Quand j^etnis Garde-marine, 

Où PeiTiporlc wp courage f 
Il court à d^Miitres périls. 

les voyacjetIVI^ ' . 

C'est un combat qui ^>j[if4«^e ^ , >' - 

Les brigands revienrîraiint-ib '* 



a«»2 LE JUIF. 

LUCKTTI. 

D^une amante , d'ane mère. 
Ciel ! exauce la prière. 

MADAME SIMOKNE. 

De ma fille et de sa mère , 
Ciel! exauce la prière. 

S f SAMUEL. 

^ ( Maïs bieutôt de cette affaire 
S \ n reviendra sauf, inespéré. 

LES VOYAGEURS, 

Braro \ TexoeUente affaire ! 
Les soldats leur font la guerre. 

THOMAS. 

Oli ^oi^oé \ la bonne affaire , 
Nos soldats leur font la guerre. 

CHOEUR j derrière le thc'dtre. 

Rendez-TOus , rendez- tous. 

LBS YQTAGBVRS. 

Ça va bien , rassurez-vous , . 

Plus de danger, plus d'alarmes \ 

Hs rendront bientôt les arntes , 

^ I bientôt , nous les tiendrons tous. 
M y 

% < MADAME SIMONNE et LUCETTE. 

H \ 

S ] Quand du bonheur d'être époux 
Ils entrevoyaient ) ,^ ^j^^^^ 
Nous entrevoyions ) 
Fallbit-^il voir les alarmes 
Troubler uo espoir si doux ?..- 



ACTE II, SCÈNE XIII. a&3 

SOÉ^NE Xlil. 

CHARLES, LE SERGENT, THOMAS, 
M-« SIMONNE, BRÏSETOUT, ROSSI- 
GNOL, VO&BD&S, SOID^T^» , 

CHOEUR, t 

AIR : C'^st chatmant. 

Ils sont pnSf (BU.)' 

Us la pairont jejier j; ^aps: dbjiiie , 

Us sont pris y, Bis.). 

Plus de voleurs sur la route. i •- 

Quel bien pdur notre pays ,'- 
Sil'oa voiilaitœiçux^^ei||c^]fdie, ; 

Et c|ue Ton pût enfin prendre 
Les grands comme les petits. 

BAiiirAifT, d'un air triomphant. 

J'étais bieo sûi>^pie nod» fiQÎripns par les 
soumettre. 

LE SSEGERT. 

Reconnaissez-TOU9 ces hommes-là? 

tHOUAS» 

Tiens! o*est liies braves gens d'hier soir! 
Ce sont nos voleurs fie cette nuit ! 

TOU S.; 

Oui, oui, ce sont eu]^. 

F. Vaudovilles. 3. ^a 



2^ - : tEJUIF. 

M"* SIMONNE. 

Fouillez-les, ils^'doivëtrt avoir sur eux Tar- 
gent <l€. cette pauvre Liicette« 

Allons, coqutA®; r^dez'toût. ^i . 

Kendre ? 

Sur-le-=-champ. ' . î' 

Et £Î nbus restituons? 

Vous aure«<ifèlà'dc toorns' sur la conscience. 

BOSSIGNOL, àpàrt. , 

Et dans la poche. 

;;-'-''Tr6Mis. 

Cote n^étti !' ^ies ti6nifit(t's ' ho^taiéi 'étalent 

des... Oh! Dieu! * .i>. ...(;. 

irE SlB A G E NT , remet les billets à madame Simonoc. 

Maintenant, en route. 
(Les soldats s^apprôbhe&t,'te Sergent lenr parle bas, 

et au même ;m9^e«t'6viéeloiit!liû ticeldaisa^oclie 
soD mouchoir qui sortait ; le soldat se retourne ma- 
chinalement, Bmétoè/t^eiàtdcilt'essuyer une larme.) 

M"» siM'ôv'irB. -- "^ 

Un moment, ità VrliD^ïnent; ça ne fait que 
dix billets , il y en avai» «Of c. 



1 • . M 



ACTE II, SCÈNE XIII. a55 

' M. PINCé. 

C*cst juste, où est le onzième? 

BRidETOVT» oi(intriint Samuel. 
Le onzième ,. c'est ip.carp^r^dcr qui V^ 

Là, quand je disais^ 

La poignée de main s'explique. 

THOMAS. 

Tiens, TJuif qu'a l'onzième! 

BRILtA^T, 

r M 

Complicité ! 

D E L A U K E. 

Connivence ! 

». PIN ce. 
Collusion ! 

LCSERGBNT. 

En prison avec les autres. ' 

TOUS. 

En prison ! En prison ! 

SAMUEL. 

Un moment donc ! en prison ! en prison ! 
bhe étais pas le camarade de ces Messieurs , 
le sergent il afre vu mes papiers^ 



^5« LE JUIF. 

tE SBfLQBBT. 

Les papûer^ ne prouyent rîen ^ quand les 
toiiis les démentent. 

SAMTTBC 

Si ie9 papiers ne prouvent rfen, alors c*é* 
lait pas l^a peine pour apprendre à écrire. 

LE SERGE H T. . 

Allons, pas de raison j restituez , et suives 
vos eomplices. 

SAMUEL, donnant |e billet. 

Ghe foulais bien restituer; mais che foii« 
iiiis pas suivre. 

LE SEBGEKT, le remettant à Lucef te. 

Mademoiselle, tout Totre argent vous est 
.risndu... 

SAltfVBI.. 

Non 9 tout li était pas rendu encore , ii 
manquait un misère... 

Qu'est-ce donc? 

SAMUEL. 

Rien, que teaz cent n^illc francs, 

TOUS. 

Deux jDent mille francs ! 

LE SEEGEKTr 

Et où sont-ils? 



ACTE II, SCÈNE XIII. bSv 

SAMVEi:.. 

Dans mon pocfae. 
^ Les voleurs font im mouYement nonj sauter sur 

Samuel.) 

EOSSIGROI.*, 

Ab 1 si nous avions su ça ! 

Silence! 

( Il fait signe d^emraniGr les voleurs.} 

SÀMpEft. 

Che lisais pi«n que foas amusiez fous ^ la 
g^ou tarde. 

(On emmène les voleurs.) 

AIR : Ban Jt^fige, 

I.ES VOTAGCVnS. 

Bon voyage , 

Mes chers amis , 
Pour quelque tems vous voilà sans ouvrage; 

^U voyage , mes chers amis , 
Pour quelque tems vous voilà sans pro6ts^ 

LIÇS V0I«£V11S. 

pou voyage. 

Mes chers amis , 
NoAs saurons bien romprt notre esclavage ; 

Bon voyage , mes clu:rs amis « 
Nous reviendrons bientôt dans le pays. 

(Les volciirs sont emmenés, trois soldats restent.) 

aa. 



/* 



358 LE JUIF. 

SCÈNE XIV. 

LES PBéCBDENSy eXCeptéLES VOLEVRS. 



■me 



Quoi ! Moosîeur , ces deux cent mille 
francs ? ' 

SAMUEL. 

Li être à la petite» 

LUCETTE. 

A moi, tout ceiàf... 
Tout cela. 

LV CETTE. 

Mais 9 Monsîçiu*, <|Mi $lQ$^yous donc? 

SAMUEL. 

Samuel , l'ami intime et Tassocié de fotre 
père 5 que Iti guerre afait toujours retenu en 
Amérique, et empêché d'entojer à vous ni 
archent ni noufelles. 

LUCETTE. 

Ah 1 Monsieur, quand pourraî-je le revoir? 

Chamais , mon pmvre enfanl ! 

LucETiri 
Ciel! mon père!... * 



ACTE tl, SCENE XIV. aSc) 

SAMUEL. 

Mais chfi fieixs pour rej^glf^ieç ^yi prts de 
vous* Samuel, m*a-t-il àh à ses teraiers mo- 
mens, pendant quinze ans y intérêts , peines , 
plaisirs, tout il afre été coaimun entre nous, 
iUaUt ODU^ séparer; cbe m'^nfas sans re- 
mords, mais non san^ fpg^t ; puisque che 
peux pas embrasser le seul enfant q^e le Ciel 
m'afrc donné. Sois' plus'Heurpux c[ue moi , 
porte à mon Lucettt^ lesVœux que' che afre 
fait pour elle chia^v'à mê ternier soupir ; 
convne^u afre aimé le^ père , tii aimerî^s l'ejn- 
fant , n*ëst-il pas vrai, m,on cjier Samuel., 
qu'il tne tisaîl, en sèrra,nt mes mains qu'il 
mouillait de ses larmes ? aide-lâ de tes con- 
seils, guide sa ckeune cœur, unis-la à un 
homme sage, laborieux,. hop^ète; che lais- 
sais à elle un fortune suffisante pourteux, et 
si un chour li être heureuse, qu'elle pénisse le 
Ciel, qui ne recheler chamais les prières de 
rhouiA'êtë fcomme et do 'Bon pïère.- En tisant 
ces mots, il serra moi encore une fois datis 
ses pras, et ce fut la tcrnière ; mais li être 
égal ,, TQtre père jl {5fr4 pi)ur vous tant oue 
che'^fraij.ettog^ q^ que je tésire ai\ ffloiîde, 
c'est (ie mourir chamais* 

M™''- t ru» » ir &..: 

PduVquk)i"nc vous être. pas fait connaître de 
suite? " ■ ' 



?^ LE JUIF. 



SAMUEÏ.. 



Je foulais savoir l'usache que le petite il 
ferait tes onxc mille francs que j'afre envoyé^ 

tu CETTE, 

Quoi I c'est encore à tous que je dois ?.., 



^BII£AlrT. 



Maïs alors pouroupi Ven avoir fait aussitôt 
dépouiller par les brigaqds ? 

Pour saiifer aoo,ooo frapcs que je afre dans 
ce porte-feuille, et qui être }c fortune te Lu^ 
cette et te spn Cfcarles. ^ * 

^1^ imoirvE. 
Oh I le digne 4iomme ! 

SAMUEL; ^pçmi le porte-fciwUc à Locètle qujl 

pleure. 

Comipenti xno^ enfanj, fous n'être pas 

encore consente ? 

• ». » 

irCETTE. 

Ah! Monsieur'; puîs-je l'être lorsque j'ai 
perdu mon père , et que ma fortune entière 
oepeut sauver Charles.... r .. 

£S SEftCElTT. 

C'est impossible, Madempî/jcIIe. 14 Char- 
ges. ) Allons, jeune homme, marchons... 



f 



ACTE II, SCÈNE XIV. a£i 

CHA1I.B8* 

Je suis prêt. 

LVCBTTI^ 

Monsieur Samuel !..• 

iAMVBL^ 

Un motneut, un moment, le cheune homme 
il marchera pas, il peut pas marcher... il est 
lipre. 

( n remet an so-jg^eot la lettre que Thomas loi a ap- 
portée.) 

T0O6. 

ISkrel * 

LB SBEGBJTT, lisant. ' 

Son congé I 

CBABBBS. 

Il sé pourrait 1 

LE SEECBNT, lisant. 

Il est en forme, c'est fort bien ; mais il ne 
4étruit pas le fait de la désertion^ ainsi... 

SAMUEL. 

Partonnez... le tésertion, il était de cinq 
jonrs seulement, et le congé, il afait huit jours 
de date , fojes. 

CBABLBS. 

Ahl Monsieur, vous nous avez tenu pa- 
role. 



aGa LEJUIF. 

LE .seR«&iir. 

Pardonnez, Monsieur, votre- eopduîld est 
digne d'éloges, et.)^^ voidr &^ec plaisir que 
noire présence ici n'aura coûté de pjçurs à 
personne. 

( IllsèTt iivee ses soldab.) 

. .SCÈNJB.XV." •^••- 

us Pftéfitowîfi.,. RUÇTAliX, HPJITEW4B:, 
M. PINÇPi, ïflOMAS. 

( Oo entend le fouet du-postSiOn , Rostaut entre par le 
fond , tous les voyageurs reprennent leurs palets , 
parapluies , s«çs <k uui| , etç y etç; , qu'ils avaient 
au premier acte , et qui* leur sont apportés par 
Thomas.) 

Allons, messieurs les voyageare^ Ift-pos- 
tillon est à cheval^ les bctps s'inopatientent , 
parton$. 

SAMUEL. 

Le Temoiselle restait y et moi aussi. 

RU.STAUT. . 

Gomme you^ voudras ^ I03 places sont 
payées; mais vrai , vous avez tort; la i;oiture 
remise presqu*à neuf, la route libre , un om- 
brage continuel et les bords de la Loire donc! 
rien que pour les voir, il faudrait faire le 
voyage : ainsi , croyez-moi... 



ACTE II,SCËNE XV. 363 

VAUDEVILIxE. 

AIR : Tfq}e ^frappe. 



Vite ,eu route. 

Coûte que coûte. ^ , 

Vite en route , 

Et sans trébucher ; 

Vile en route , 

Coûte que coûte , 

Vite en route , 

Et foue'tte cocber. 

TOUS. 

Vite en rpul^ , etc. 

Si je connaissais un p^s 
Où l'on ne fit que dés' habits 
Dont la mode fût paisSângiêre , 

L'étoffe légère j 

Lafaçon trés«ebéie, > 
Ah ! comme j^irais , 
£t comme j&ijijtais : 
Vite çn toute , etc* 

Si je connaissais uA )$ajs ' 
• Où , moins sévércf qu'à PaliS , 
Lcpublic fût , par'bOfité rare ^ 
Du sifflet barbote "' ^' * 
Un plus av4tre , ' 
Ah! comme firab. 



< ♦ 



266 LE JUIF. ACTE II, SCENE XV. 

Entre la crainte et Pc^pésance, 
Flotte iin «&;rooment toortàtoor, 
Ah ! proufezrkii , conrae il «mpede 
Quelque oracbe, quelque idéM y 
Que le merrredi pour' ma 6e«le 
N'être pas le chouridu sai^bat. 

'inîOEVRr " 

Vite en route , etc. 



FINtDfU Jtri7. 



..;.: 



Nota. H faut au septième -VeBï.substitàcr à « pour 
ma secte » ces mots :, pour notret $é^tt , lorsque ce 
couplet sera chanté le uindi.t.npaicdl^u». jf^di de la se- 
maine ; et le quatrain suivant auz.qi^tre'ilerniers vers, 
lorsque ce sera le samedi. 

Oubliez tous , comme il suspecte 
Qudqne orage ,i«|iielque débat /> . 
Que le samedi pour ma secte 
Li cire le jourdu sabbat. 



\ 



LA 

VE¥ VE.DU< MM ABAB , 

COMÉDIE EN UN ACTE, 

MÊLÉE DE TAVDETIIiI.ES, 

^ PAR M. SÀINT-AMAND; 

Bqirésentée , pour la première fois , an Gymnase 
dramatique » le 19 août i8aa. ^ 






PERSONNAGES. 



DUPRÉ , négociant , établi au Malai)ar. 

M"« DU PRÉ, sa femme. 

SUR VILLE , jeune Français attaché à la com< 

pagnîe des Indes. 
ZÉILA f jeune yeuye indiennp. 

ALI-BRULLr-PHA-GOS^ courtier de com- 
merce. 



La scèae est dans une TîHe , sur la cote du Malabar. 



LA . 

VEUVE DU MALABAR , 

COMÉDIE. 



.%/«*.^^ 



Le théâtre représente une salle de ràpparteraent de 
Pvpré ; .on voit çà et là quelnnes ballots de mar- 
chandises. A droite , un cabinet qui conduit au ma- 
gasin. A gauche , d'autres appartemens ; au fond 
des croisées qfui donnent sur la yiUe. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

DU PRE 9 parlant au fond à la cantonnadc; sur le 
devant de la scène , UNS FEMME, tenant itne 
lettre à la main. 



r 



DUP&B. 



Sebb^z ces briUots de marchandises , et pre- 
nez garde de rien gâter... Ces domestiques 
indiens sont d'une maladresse !... En France 
quelle différence !.. Je me rappelle que quand 
|*étais laquais , j'avais toujours plus d'esprit 
que mes maîtres. 

LA FEMMEj s^avançaoL 

Monsieur... 

a3. 



270 LA VEUVE DU MALADAR. 

DU PRÉ. 

C'est jasle ; on m'avait dît que quelqu'un 
m'attendait dans mes magasins.,.. (D'a/i to?i 
imposant,) Qu'est-ce que, c'est? 

LA FFMME 

De la pari de Sïîladî , ma maîtresse. 

DUPRi, pFenaat br tettiM!. 

Voilà une soubrette qui a une fort jolie 
tournure... une charmante petite feoim^ ! 
( La regardant j ) Àb ! ntoii Dieu ! quel sou- 
Tenir ! 

lA FBMME. 

Quel son de rofx ! 

DUpas. 
A k SBfeur froiefe qui' me «saisît.., 

£^A F E M M E. 

A la terreur que j'éprouve... 
Je ne peux pas m'abuser. 

LA FEMME. 

Je ne me trompe pas... c'est I« frjpon'dd 
Dupré! 

DUPfti. 

C'est ma femme ! 



SCÈNE I. 9^1 

LA FEMME. 

C'est mon m a ri î... Gomment î après cinq 
ans d'abience , je te reçois enfin ? 

Comment 1 malgré FOcéan qni nous sépa- 
rait, je te retrou Vie encore ? 



Hime Dupm^^ 



&em est foit^ je evois à la sympathie. 

Et moi à la fatalité. {Uonirmt sa femme, ) 
Je la laisse en Europe 9 et m^'embarque pour 
les Indes... seul moyen 9 avec elle , pour taire 
bon ménage... Eh bien ! il faut que le hasard, 
plus pnîssattf cpsie nos cœurs, no u^ péuntsse. 
Où?... au Malabar... un pays qui , jusqu'à 
présent, m'avait poné bo«heur ! C'était bien 
la peine de faire le Toyage ! ^ 

m"* DUPHé. 

Plains*toi donc ! 

AIR : j^ soixante ans. 

J'ai , comme toi , vu Iç cap des tempêtes ^ 

J^ai , comme toi , passé, sous Péquateur ; 

Des ouragans qui gronriaient sur nos têtes , 

Ainsi que toi , j^ai bravé la fi^iir! 

Mais toi , du moiusu, dans le fond de ton ane » « 

Un tendre es^ioir te sûlfait jusquMci... 

Car ce vojfage... hélas Iqucje maiidi ,. 



27a LA VEUVE DU MALABAR. 

Tu le fesais pour éviter ta femme , 
Et je Pai fait pour trouver mon mari. 

Et quel mari ? un mauTais sujets uq bru- 
tal f un jaloux^ uq dissipateur... un... 

D V p A i , h regardant avee tendresse. 

Cette chère Angélique!... elle n'est point 
changée. Eh bien ! donc , Qia douce com- 
pagne 9 puisque les vents contraires tous 
ramènent près de moi , donnez-moi des 
nouvelles de mon ménage d'outre^mer ?.. . 
Voyons... qu'as-tu fait pendant les cinq ans 
de mon absence ? 

Ce qu£ j'ai fait ? J'en ai profité pour être 
heureuse. 

Et moi pour faire fortune. 

M"' DUPfti. 

Comment! il serait possible? Ce riche 
négociant chez lequel je venais... 

DUPRÉ. 

C'est moi-même.... et tout ce que tu vois 
m'appartient. Cette maison... 

m"** duphe, avec tendresse. 
Dupré ! 

D v p A B. 

Ces esclaves » ces marchandises... 



SCÈNE L 273 

M"' DVP&B , de même. 

Mon cb^r Pupré F... 

D.DPBB. 

Et dans ma caisse , cinquante mille pias- 
très. 

M"« D T7 P B É , de même. 

A^|i ami ! et j'osais t'aqpuser !... soupçon- 
ner ta conduite !... 

POPBÉ. 

Tu 40 e pardopnes donc mon départ ? 

M™* DUPEE. 

T'en ai-je jamais gardé rancune ? 

fraude fille de la SomnombiUe. 

Après cinq ans de d^cpcde et d^^bsence , 
Ah ! qu^il est doux, de se revoir ! 

MADAME DUPEE. 

Ainsi que toi , mon bon ami , je pense. 

OUPAlSy la regardant avec surprise. 

Fortune , quel est ton pouvoir , 

Tu Élis , rien C(u^en daignant paraître , 

Ce que Taraour n^a pu faire jadis I 
Pottr la première fois , peut-être , 

Ha femme ei moi sommes du même avis. 

M™* pppRé, de même. 
Mon ami !.., 



274 LA VEUVE pu MALABAR. 

DDPRé. 

Mon Angélique !... (lis s^ embrassent.) Quel 
bonheur de se retronrer-!* 

^ De s'aimer plus que jamais! 

D u p R é. 
De ne plus parler du passé 1 

Oii plutôtde le farfe oublier parles soins... 
les égards , les prévenances... Tu dis donc , 
mon ami, que tu as gagné cinquante mille 
piastres ? 

Oui , ma fbmme. 

M"* DtPRÉ. 

Et que cette maison , ces esclares j ces 
marchandises nous appartiennent ? 

DU PRÉ. 

Oui y madame Dupré. Dô plus » je jouis 
d'une certaine considération dans lé pays : 
d^abord je m*j suis fait naturaliser , ce qui 
augmente encore la confiance ; et à la pre- 
mière occasion farorable , je nie retire des 
affaires, je réalise mes fonds et vais m'établir 
en France , où je n'aurai plus rien à faire 
qu'ù vivre en honnête homme. 



SCÈNE I. 2^5 



M"' 0UPftÉ. 



El moi , en grande <iaine. Q«el bonheur! 
Je vais le dire àiadj.Anthony , ma maîtresse, 
ayecqai j'étais Tenue en ce, pays. 

C'est lo4l|ile<.* rJe, $ors.*..et; jeioe charge- 
rai de ta commission.,. Si on venait me de- 
mander, je reviendrai dans une heure. 

Tq me quittes^ dcjè? 

jDUPiEiB. 

Il le faut pour une affaire importante qÀî 
regarde un de mes£ompatriotes , M. de Sur- 
ville^ un jeune Français t|:^srriçhe. 



me i 



M™-PBP»B. 

Eh I quelle est cette affaire? 

Oh 1 ce n'est pas une affaire^dé comtnerce 
proprement dité.«..|)arce4}u'il s'agît , vois- 
tu bien... ]\Iais dans pe, moment je) ne^peux 
pas t'en dire davantage. 



M"" DO PRE. 



Et pour.queUjejraisjon ? 
Vearce que c'est un secret. 



a;6 LÀ VEUVE DU MALABAR. 
Vous en ave^ donc pour moi? 

DVPRB. 

Sans contredit. 

Apre» Tamour que j'ai pour tous ( 

DtpaÉ. 

Eûfendons-Dous. Je suis sûr de ton amour^ 
mais noopas de ta discrétion. 

M"* BVPfti. 

Tu auras beau faire , cependant il faudra 
bien que je sache... 

Tu ne le sauras pas. 

m"* Dvpai. 
Je le saurai I 

DVPRB. 

C*est ce que nous verrons. 

Âh ! tu espères me cacher ta conduite ! 
mais j'y mettrai bon* ordre. 

&UPHÉ. 

Ah ! tu crois que je me laisserai mener ! 

M™' DUPEE. 

Et moî, que je me laisserai tyranniser !..• 



SCÈNE I. 377 

non... J*a! été trop dbace jusqu'à présent ; 
mais je yeux être inaîtpoâse chez moi. Je yeux 
être obéie^ et si tu ne me dis à Tinstant... 



DIJPRE. 



Là!..., ybîfà nos querelles européennes qui 
recoin nrien cent. 



■me 



M"^ D II P fi E» 

lin : Cteur infidèle, coeur volage, ( Fragment d'un 
duoxle Blmsc et Babet. ) 

BNSÏMBLS. 

Crois-moi , redoute ma colère ; 
Oui , tu prétends en yain le faire ^ 
. Je montrerai du caractère ; 
Oui , redoute ici ma colère. 

DUPRS. 

Crob-moi , redoute ma colère y^ 
Comtpcnce d''ab9rd par te taire f 
Je montrerai du caractère : 
' Oui ,' redoute ici ma colère. 

Bien \ pourquoi donc suis-je vernie ? 

DVPAÉ. 

Plus que toi je suis mécontent ! 

MADAME DUPAE., 

Je ne puis supporter ta vue. . . 

DUPRÉ. 

Tu peut Rembarquer à Pinstanl. 

F. Vaudevilles. 3. ^4 



278 LA VEUVE DU MÂJLABAR. 



^ ENSEMBLE. 



Oui ,. jK^oiAt^ ici ma colère ! 

( A part.) 

Dieu ! quel sûmaMe caractère , 
Sur Fun ou sur Tautre hémisphère» 
. Touiours le même caractère : ' 

( Haat.) 

Oui i redoute .ici. ma colère. 

^ Duprtf pcend son chapeau et sort. ) 

SCÈNE IL 

M- DO PRÉ. 

Lc9 maris sont partout les ii^êo^es. Le pajs 
n*y fait rien... En France , en Angleterre 9 
ainsi qu'au Malabar , ce sont toujours des... 
des maris ^ et puisque me Toilà de nouTeau 
enchaînée auprès du mien', puisqu'il Tautab^ 
solument que je fasse bon ménage , je n'ai 
plus qu'un moyen pour virr^e avec lui , c'est 
de le faire mourir de chagrin. Iteîii ! qui 
vient là ?... quelle est cette grotesque figure ? 
C'est sans 'Aouip quelque mai^abou da pays. 

SCÈNE m. 

M- DUPRÉ, BRULL-PBÂ-GOS. 

BBT LL~PHA-G0 9. 

Le seigneur Dupré est-il chez Juî ? 



SCÈNE III. ^79 

M"" BOPBK. 

Non 5 Monsieur, il vient de sortir. 

BBVLL-PffA-^GOS. 

Ah 1 ah ! moi qui Tenais lui parler pour 
affaire importante. ( Regardant madame Du- 
pré. ) Serait-ce là une de ses esclayes ? 



i'"'' Dupai. 



C'est tout comme , je suis sa femme. 

BEULL-PHA-GOS. 

Eh ! mais , je ne le croyais pas marié. 

M™* dupr£ 

Plût au ciel !... Je suis venue le retrou- 
ver. 

BRVLL-PHA-GOSy la regardant. 
Ah ! ah ! vous êtes sa femme , et vous ha- 
bitez désormais ce pays : c'est fort heureux... 
pour nous. 

M"^ i>VT&à, sèchement. 
Et pourquoi P 

BRVLL-PBA-GOS* 

Pourquoi ? parce qu'on ne sait pas ce qui 
peut arriver... non pas que je le désire , ce 
cher Du pré ! mais enfin, j'espère, en cas 
d'événement , que vous vous adresserez à 
moi. 

«"• DVPItB, 

Qui êtes-vous donc ? 



a8o LA VEUVE DU MAXABAR. 

B B U L L-P H A-G S. 

Ali, Briill-Pha^Gos, courtier de commerce, 
commis feûtiei* , employé aux bûctiers du 
Malubar. 

Quelle est eette place-là 1^ 

B BVLt-PHA-G os.. 

C'en est uue fort bonne dans ce pays « 
quand on a une certaine clientelle , et je puis^ 
me flatter d'itrcun des plus occnpés. A pro- 
pos de cela, oserais-je vous offrir des billets 
pour la cérémonie d'aujourd'hui? elle sera 
superbe !... Il y aura long-tems , je m*ea 
vante , qu'on n'aura tu un spectacle aussi 
magnifique. 

Qu'est-ce donc ? 

BBULt-P.HA-COS. 

Gomment! tous n'en aTez pas entendu 
parler ? 

Eh ! mou Dieu ! non , j'arrive. 

BUVtt-PHA-JGOS. 

Vous ne pouviez pas mieux tomber : c'est 
la TeuTe du Tieil Amrou, la jeune Zéila, qui 
doit se brûler. 



SCÈNE I H. 28< 

Gomment! se hrûler! et pour quelle rai^ 
son? 

Je TOUS Tai dit ; parce que son mari est 
mort 

Elle raimait donc bien ! 

Elle ne pouvait pas le souffrir , mais c'est 
égal, c^estTusagedupays.. Dèsqu'un homme 
marié vient à mourir, J* "'y a pas de milieu, 
il faut que sa femme soit brûlée vive. 

M°*^ nu pMÎ 

Mais voilà une ÇQOtume qui n*a pas le sens 
commun I 

BRVLl-PR A-GOS. 

Je ne dis pas non , mais elle est très<pro^ 
ductive pour nous antres courtiers. Écoutez 
donc 9 iJ faut que tout le monde vive... Au- 
jourd'hui , par exemple , o'est une fort belle 
jififaire!... Ce n'est pas que nous n'ayons des 
frais... douze voies de bois de sandal, six 
fagots d'aioës.., ce qui est énorme. 

Vaudeville de Voltedre chez Ninon. 

QufJqtiefols pourtant, j^en conTÎcn, 
Lu famille nous en tient compte ; 

34- 



aBa LA VEUVE DU MALABAK. 

Aussi mes affairés vont bieo , 
Et ma fortune sera prompte. 

MADAME DUPRE , à plrt. 

Je n^eo reyiens pas , c'est aflfreur ! 

(A BruU-Pha-Ooa. ) 
An moios > dlles-moi , je yous prie , 
Pent-OD se faire , dans ces lieux , 
Assurer contre l'iacendie. 

BAVfiL-PBA-€OS« 

Il n'y a pas encore de compag[iiîe d'assu- 
rance. 

Mais 9 Monsieur, lorsque les gens ne sont 
pas du pays y leurs feiiitnes sont-elles obli- 
gées?... 

BRULL-PHA-GOS. 

Non 9 certainement. A nïoiiis'queles maris 
ne se soient fait natui^aliî^ëri aûquef cas il 
est jtiste qu*i1é jôùîsSént des préro^dtiVCs et 
desavantag^s^... « 

M«« Dvpas. 

Ah I mon Dieu l 

vitii-ftiA'GOs. ' 

Qu*aYez-Yous donc? 

M*' DOPRé. 

Bien... Vous appelez cela un avantage ? ^ 



SCËNEIV. 263 

BRULL-PHA-GÛS. 

C'en est uq réel. 

Âii. : îRi Ménage de garçon. 

Chez nous , aouTent glacé par Page , ^ 
Maint vieil épouz a le maliicur 
De ne trouver dans son ménage 
Qu^indififérence et que froideur \ 
Mais un espoir calme son amc 
Et , tût ou tard , cliaque mari 
Est toujours cerlaîn que sa femme 
Finira pai^ bktâcr pour lui. 

Allons , je reviendrai voir ce cher Dupré.. 
Ah! il est marié... {ji parti ) Encore une 
pratique de plus..» 

(Il sort.) 

SCÈNE IV. 

M"»" DUPRÉ. 

YditAun ârbotnîDablê hotïiQoiie ! et si jamais 
il refliet fes pîeds chez moi.. . Mats , en effet , 
je crois me rappeler maintenant que j'ai en- 
tendu dire autrefois qu'au Malabar... On n'a 
jamais vu une coutume pareille î... C'est un 
pays où l'on ne peut pas vivre... Comment! 
si mon brutal de mari venait à mourir , je 
fierais obKgée... Cette idée-là serait capable 
de vous dég^oûter du yeuvage. 



364 ^^ VEUVE eu HÂLÂBAPu 

SCÈNE V. 

M°^ DIAPRÉ, DUP&É. 

|> u p R É entre pf écipitamoieiit , et jette son diapeau 

sur la table. 

Ouf ! ce n'est pas sans peine ; maïs enfin,.. 
( Apercevant madame Du pré, ] Âh ! te yoilik 
encore là ? 

Pendant ton absence il est Tena une vi- 
site... (Se reprenant,) Ah ! mon Dieo ! comme 
tu a^ èhaud..«. S'il est possible de courir 
ainsi !... Voilà comme on attrape une mala- 
die. 

DO PRE. 

Tais-toi donc^.. J'j;i/ bien d'autres choses 
qui m'occupent. 

M"* ^upBÉ. 

C'est pour cela que ce soin-là doit me re- 
garder... ( Lui essayent le front avec son mou- 
choir» ) Vrai , ixion ami , tu dçvrais changer.. . 

D V p B B. 

le te répète que je n'ai pas le tems. 

Je l'en supplie... Si ce n'est pas pountoi^ 
que ce soit pour moi*.. Il n'j a rien de plus 
dangereux. 



s. 



SCENE V. '385 

DUPRR. 

£h i mais , je n'en reTÎens pas... Comme 
te Toilà radoucie! Quels égards!*., quelles 
aUeatjoas 1 

M"« D Vf fié. 

C'est que , depuis un instant ^ j'ai /ait ties 
réflexions... J'ai cace matin un mouvement 
de vÎTacité que je me suis bien reproché : 
cette scètie m'a fait un mal !... 

Et à moi donc ! elle m*a tourné le sang. 

M™* pu PB 6, vivement. 

Il serait possible !..* Je ne t'en ferai plus, 
mon ami j }e te le promets. 

Allons 9 ma femme vaut mieux que je ne 
croyais , et je con^mence à penser que son 
caractère... C'est bien, ma chère amie; mais 
laisse-moi , j*ai des affaires à terminer. 

m"* dvprb. 

Toujours des affaires! Tu travailles trop , 
ta te fatigues... t^ ne te soignes pas assez. 

OVPRÉ. 

Encore'!... Àh ! çà, je t'en prie, modère 
(on affection , et rentre dans ton appartement. 



a86 LA VEUVE DU MALABAR. 

I ê 

- 4 

AIE. ; Berce , berce , bonne grande-mire, 

VcStle v^*l^ » ^ Diett tQtéliifcl 
Sur des jours amsi précieux. 
(▲ ton mari.) 

Car c^est d^une santé » chère 
QUè dé|idnd la nôlre à toàs'détik. 

DUPRS. 

T^^eo iras-tu ? 

HADAMB DUPRÉ , retenant. 

Surtout pai'dliDprttdeQce l 
TttiB^eâtèads-biSen?. . . 

DUPR]£. 

Tu ¥eux donc , je le ?oi , 
Mk fkyé id motirir d'iib-^àtieùfcé?* 

MADAMS DUPR£, s'éloignaot viveiaéiit.. 

Non, ce seul moi me Taîf fôourir d'effroi. 

fiNSZMULE. 

Veille , yeiUe, 6 Dieu lutéiait^ ! 
Siir des jours aiisSi précieux j 
Car' c'est d'une santé si chère 
Que dépend la nôtre à tous deux. 

DUPRÉ. 

Enfin tu partiras , j'espère , 
Tous mes instans sont précieux. 
Ah ! d'une tendresse aussi dière. 
Combien les liens sont ennuyeux. 

( madame Ou|)ré tort. ) 



I. 



SCÈNE VI. 

'»..■.. . .! • 

Les femmes, so.nt çj^içêiqes ^p. {^^\,,. ^ la 
I mienne se met une fois à m'adorep / il n'y 
aura pas moyen dytènîi', moi surtout qui 
n'en ai pas Thabitutle.-EiÉfin eiîê^est paj'lîe... 
ouvrons à M. de SuryUle. Je ne sais à quoi 
je m'cxpos^/:^,^ epoiwlftnt,^jî^pr9J^^,,, j^jï^ui 
indiquant ce ^a^sage; .S||irtg5r#in c^ui.ritfôane 
dans les caT^^u;^ 4^.l^ffiip^5 HWi^.JQfftQ pftu- 
▼ais pas faire autrjçgvB»to-»i*iR»iFfmi^j»Uun 
compatriote... D'un autre^côté , cette pauvre 
Zéîla!... la pitié... rhumânité... et les.iringt 
mille piastre^ qà^oh m'a 'pVôniisêsl !?îèjiiô% 
de résister à des motifs aussi prépônÏÏèrgns^I.. 
( Pendant ce tcms il câ'érc^e parmi un-ivoussèau 
de clefs, et va ouvrir une p et à é' porté secrète qui 
est à gauche, ) EntrësSèVriétraignez rien, vous 
êtes en.:àkv&téi ■ : "-.n •{:.."-. »;'i r '3 

DUPRÉ, SU||Ly.i;[<LE, ZÉILA. 

A travers ces voûtes ^literrdines , 



388 tÀ V£UVE DU MALABAR. 

SURVI£LE. 

C^est Vamour qur vient briser tes chaînes y 
Zéiià, calme enfin ^n effoi* 

Ah} gi^and Dieu! cVsl Henri que je vot. 

JSURVXLLB. 



I . < I • 



Oui ,. TQOS ites chez moi. ;< , 

'Veus-révôiir a^aint iwa dèrnîete héîiW, '[ 
De Wdï Toeux c'était fc pfos doûxi; " ' ' 
An tombeau cil! rëpdux que j& ^leorè , 

""U jpirUlift» et je pensais i vous; 

.,.'.■> . • >ii 

. SNSEMBXiS. 

De frajeur mon oœut palpite et treanble ^ ^ 

De Brama redoutez le courroux ,' 
' ' Au lombeaai.ie dois suivre- un époux : 
De giace eloignez-vous. 

C'est Tamour qui tous deux nous rassemble y. 
De Brama je crains peu le courroux , 
Car je suis votre ampnt , votre époux ; 
Oui i je suis vobe époux. 

Oui, Madame, Monsieur vous afme, 
TOUS épouse et vous eoiiuèue. 

ZÊILA. 

Ilclas ! que je le voudrais ! Mais un autre 



SCÈNE VII. a99 

sort m'attend : mes amis, mes parens le disent 
tous. 

Je crois bien , si vous consultez yos héri« 
tiers. 



ZEILA. 



Non 9 ils prétendent qtie Brama me puni- 
rait 9 si je désobéissais à mon époux. 

▲IR du vaudeville de Vhomrhe uer*t*\ 

£d mourant , son ordre suprême 
Veut que je partage son sort f 
Car nos maris ont pour système 
Qu^on soit iîdèle après leur mortf 

DUPBJB. 

Après leur morl^ être Bdèle 1 
Chez nous Fépoux, moins exigeant, 
Est trop heureux lorsque sa belle 
Veut bien Tétre de son vivant. 

ZEICA» 

Sahs compter qu'on est irès-mécbant dans 
cette yille. Si je ne meurs pas^ toutes les 
dames de ma connaissance vont dire du mai 
de moi ^ et me voilà déshonorée dans le 
pays. 

Quoi ! c'est là le Vrai motif 7 

ZÉlLA. 

Ouï , Monsieur , il n'y en a pas d'aufre } 

F. Vaudevilles. 3. ^^ 



29© LA VEUVE DU MALABAR. 

6an^ ceia y je n'ai pas plus «n?ie que yous 

d'être brûlée. 

■/ 

TRIO. 
àimDire à moi sans mystère, (D'Elisca. ) 

SUJIY1LI.E. 

Quoi ! rhonneur vous invite 
A Djiourir pour votre époux ? 

ziiLA. 
Oui y oui. 

DVPRE. 

Ce mari qui vous quitte, 
La , franchement , Taimiez-vous ? 

ziiLk, 

Non f non. Mais c^est là qu^est le mérite y 
A ce que l^on dit chez nous. 

SUAV1I4LE. 

Dieu ! quelle erreur profonde ! 
Pour ne plus être avec lui , 

DUPKlê ET SURVILLE. 

S^il est dans Tautre monde , 
Demeurez en celui-ci. 

/ ZEILA. 

g I Je vais en Tautre monde 
g T En regrettant celui-ci. 

^ \ ' j 

w \ SURVILLE ET BUPRB. 

" f S^il est dans Fautre monde , 
\ Demcureaf en cclui-d. 



SCÈIfE VII. 291 

DUPAÉ. 

Oui y calmez TOtre peur , 
Vous voulez , à ce qu'il me semble ^ 

Mourir par point d'houDeur ^ 
£h bien ! si j'accordais ensemble 
£t votre amour... 

ZÉILJl, 

Et mon amouK. < 

' SUPAÉ. 

£t votre honneur... 

ZÉILA. 

Et mon honneur ! 

DUPRi.. 

Tous deux ensemble ! 

ZÉILI.. 

Tous deux ensemble. 
L'existence alors , je le croî , 
Aurait trop de charmes pour moi* 

BTJPR^. 

Sur moi que Ton se fonde , 
Et j'espère qu'aujourd'hui ,, 
Morte pour tout le monde , 
Vous ne vivrez que pour lui. 

ZÉILA ET SURYILLK. 

I Par quel moyen? 

DUPRli. 

Je ne dis rien. 
Promettez-moi... 



39Î LA VEUVE DU MALABAR. 

zilLA. 

Oui , sur ma Toi. 

DUPBÉ. 

D'être tranquille 

Eu cet asile , 
Et (le uos soins, je le promets, 
Bien'ot vous verrez les effets. 

Oui , de vos soins , je le promets, 
Je vais attendre les effets. 

SURVILLE. 

Oui , de ses soins , de ses bienfaits , 
Daignez attendre les elFels. 

ZÉILA. 

A vous je me confie , 
Et je renonce à raourîr, 
Comment quitter la vie , 
Quand Tamour peut rcmbclUr \ 

g < SDRVILLE ET DUPRlé. 

g j C'était une folie , 

De vouloir ainsi mourir. 

Comment quitter la vie 
Quand Tamour peut Tembcllir ! 
( Dupr^ conduit Zeila dans la chambre % droiU. ) 



SCÈNE VII I. . 393 

SCÈNE VIII. 

^ES pRBcéDENS^ excepté Z É I L A . 

6URTILLE > suivant des jeux Zéila qui entre dans la 

chambre. 

Pauvbb femme ! quelle horrible coutume I 
( A Dapré, ) Mais , dis-moi : comment es- 
pères-tu la sau?er 9 et quel est ton moyen ? 

OVPRB. 

Le mojen le plus simple , et qui plus d'une 
fois sans doule a déjà dû être employé. Ap- 
prenez donc, Monsieur, que toutes celles 
qui montent sur le bûcher n'en meurent pas. 
J'ai connu , sur la côte du Coromandel , une 
brave femme qui avait déjà été brûlée en 
premières et en secondes noces, et qui con- 
volait en troisièmes. 

SVRYIttE. 

Il serait possible ! 

DVPRÉ. 

Vous sentez bien que cela n'est pas natu- 
rel, et qu'il y a là-dessous quelque tour de 
gibecière ou d'escamotage. Eh bien! Mon- 
sieur, partout où il y a des escamoteurs, il 
faut des bompères et des dupes. Les dupes 
«eront les spectateurs, qui sont déjà placés et 
quf attendent la cérémonie; le compère, ce 
sera vous, si vous voulez bien le permettre. 

35. 



294 LA VEUVE DU MALAbAR. 

SG&Vl LIE. 

Moi î et que poiirrai-je faire ? 

DrpfiB. 

Aller trouTerun certain AHBruU-Pha-GoSy 
tme espèce. de courtier 5 qui est chargé des 
détails de la cérémonie ^ de l'ordonnance du 
b(Vcher , et surtout du soin de conduire la 
veuve 9 dont les traits sont presque toujours 
cachés par un grand yoile , notez bieti cette 
dernière circonstance: /Comme FindiTidu au- 
quel je vous adresse est un coquin , et que je 
le connais , c^est uà de mes amis, vous pou- 
vez hardiment aborder la question. Offrez- 
lui jusqu'à la concurrence de trente à qua- 
rante mille piastres; vous pouvez marchander, 
mais c^cst un prix fait^ vous «e Taurez pas à 
moins ^ ,et, moyennant cette somme ^ il se 
chargera du reste. 

SOBVJILE. 

Comment IZéila... 

DUPEE. 

Sera brûlée par procuration ; c'est â lui de 
trouver quelqu'un , de découvrir un rempla- 
çant. 

AIR : VmideytilU de Partie carrée. 

On fournit <out , et de ce sacrifice 
C^cst à lui seul alors de se mêler. 



scÈiTE vnr; 99S 

SUAVILLE. 

T penses- tu ? comment veux-tu qu^il puisse; 
Trouver des gens qui se laissent bcà)er« 

DUPRi. 

Pourquoi donc pas? en ces Heux comme en France^ 
On trouve tout , et pour de For , morbleu ! 
Combien de gens de notre connaissance 
Qui se mettraient au feu ! 

Pendant cctems^ nous nous embarquons^, 
vous et votre veuve, moi, ixia femme , mes 
richesses , et le peu de marchandises qui me 
I restent. 

8URTILLC. 

Comment ! tu veux aussi ?... 

DU PRÉ. 

Je n'irai pas rester dans le pays après notre 
expédition; depuis long-tems je veux rétour- 
■ ner en France , et je ne p.uis trouver une 
plus belle occasion. 

6«K VILLE. 

Qui ; mais songe donc que de te voir partir 
ainsi avec armes et bagages , cela peut exci- 
ter des soupçons. 

Bupsé. 

Vous avez raison, il faudrait d'ailleurs 
trouver un moyen pour fermer ma maison ,^ 
renvoj'er mes domestique^ , et pt*océdeÊ.' 



9^ LA VEÛTEDUMâLâBâB. 

tranquillement an déménagement... J*ai une 
idée... silence !... c'est ma femme; il faut 
qu'elle ne sache rien : faites seulement sem-* 
IflsLUt de me chercher dispute. 

8VBTII.LB. 

pour qiielle raison ? 

QUBIB9 bas. 

Je TOUS le dirai. (Haut, ) Monsieur, voua 
l^renez chez moi un singulier ton ! ( Bas. ) 
Allons.... 

SCÈNE IX. 

Uss PRiciD«ii9> M™" DUPRÉ. 

8UATI£LE. 

MoNsiBVB.,, je trou?e|e vôtre encore jplti^ 
singulier, 

M*" DUP&B. 

flh I mon Dieu ! qu'y a-t-il done ? 

ou P Ré 9 très-haut. 

C'est-à-dire, Monsieur , que tous me prc-« 
nez pour u^n sot P ( Bas. ) Dites que oui. 

SVRVILLE, très-haut. 

' ■ • t 

Monsieur..^ je tous prends pour ce qun 
TOUS êtes. 



SCÈNE IX. 397 

DVPBÉ. 

Cela me suffit, Monsieur... tous m*iûsul- 
tez... et si tous m'avez compris... 

SORYILLE. 

Pns encore, Monsieur, et c'est moi qui 
TOUS demande une explication. 

DUFftÉ. 

Je ne demande pas mieux. ( Bas^ ) Descen- 
dez avec moi , je tous dirai ce qu'il faut faire. 

M°^ DU PRB. 

Ab ! mon Dieu ! ils se parlent bas. 

t DTJPRÉ, bas. 

Je reste ici avec un esclave qui m'est dé- 
Toué ; et , grAces à la ruse que je médite , 
nous serons depuis long-tems en mer qu'on 
ne se sera pas aperçu de ma disparition. 

suaviLLE. 
Cela suffit... sortons. 

! DU PRÉ. 

Oui , sortons. 

m"" du PRB. 

Mais, mon ami , où vas-tu?... et songe 
donc... s'il t'arrivail malheur !... 

* DU PRÉ. 

Cela ne te regarde pas. 

(Il sort avec Surville.) 



a^8 LA VEUVE DU MALABAR, 

SCÈNE X. 

M™» DIJPRÉ. 

Comment? cela ne rae regarde pas!.., Eiv 
France , à la bonne heure... mais dans ce 
vilain pays , avec leurs maudites coutumes ^ 
on est bien obligé malgré soi de se mêler des 
affaires du ménage.... Mais je ne reconnais 
).lns mon mari... lui qui était si poltron et 
si maladroit... il ne sait pas qu'il défend ses 
jours et les miens; et il est capable de se 

laissertuer comme un simple célibataire 

Hein! qui vient là ? s'ont-ce des nouvelles 
que Ton m'apporte ? 

SCÈNE XI. 

M»= D U P R É , B li l) L L-P H A-G S. 

r 
BRTJLL-PHA-GOA. 

Par exemple! voilà un événement! je ne 
m'y serais jamais attendu. 

W"" flUPEF.. 

11 est arrivé un malheur? 

BRVrL-PHA-GOS. 

Le plus grand de tons... Vons savez bien 
Zéila , cette jeune veuve doni je vous ai parlé 
ce malin... et qui paraissait si bien disposée..* 



SCÈNE XI. 299 

Je Viens de descendre dans le caveau où elle 
était... Disparue avec les diatnans. 

Comment l ce n'est que cela ? 

BBULL-PHA-GOS. 

Ce n'est que cela! mais c'est inoui!.. 
sans nous prévenir encore!... nous qui y 
comptions... Songez donc que tout est prêt 
pour la cérémonie, et je venais consulter ce 
cher Dupré , qui a quelquefois des idées !...• 
Est-il rentré? 

M™' DUPKÉ. 

Ah! bien, oui , rentré..,, bien mieux que 
cela... il est ressorti... Où croyez-vous qu'il 
soit dans ce moment?.:.. A se battre. Mon- 
sieur. 

BRULL-FH A-COS , sc frottant les mains en signe 

de salisfaclion. 

Comment! à se battre/... il serait p os*- 
sible ? 

M"* DOPRi, àp»t. 

Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai dit là ?.. 
{Haut.) Non, Monsieur, non... c'est une 
simple explication... {On entevd un coup de 
pistolet,) Un raccommodement... une ex- 
plication... avec un ami... et vous , qui devez 
le connaître... vous devinez que dans un mo- 
ment... cela finit par un déjeuner... Tenez 



3oo LA VEUVE DU MALABAR; 

s*csl lui qui revient... {j^ percevant Surville*) 
C'est 4*autre... ah ! mon Dieu I mes genoux 
fléchissent. 

SCÈNE XII. 

LES PRBGKDEI789 SUftYILLE* 

svAYilLE, à part. 

ÀLioi^s, fcsons ce que Dupré m^a dit> 
puisqu'il a ses raisons 

£h bien! Monsieur ^ parlerez - vous ?««.. 
qu^avez-YOUS à m'annoncer? 

svavii.£E. 

Madame... mou silence et mon trouble 
VOUS en disent assez... vous êtes témoin que 
c*est lui qui m'a provoqué : mais l'événement 
n'en est pas moins aifreui:.., ce pauvre Du- 
pré!... 

Il est défunt ? 

SUKVILLE. 

C'est vous qui l'avez dit. 
Dieu !... je suis veuTc. 



SCÈNE Xfll. ^ 3oc 

BAO K.L-P HA-G OS, tirant son calepin et écrivant. 

Ce que c'est que de nous!... Comme les 
accideos arrivent ! 

SURVILLE. 

On vient déjà de renvoyer les acheteurs 
qui étaient en bas dans les magasins : on a 
fermé les portes, les fonêtres... 

BHULL-PHA-GOS. 

Conformément à Fusage. 

SVBVILLE. 

Je n'ose moi-même rester en ces lieux > et 
vais porter ailleurs mes regrets. ( A part. ) 
Pendant que Dupré dispose tout pour notre 
départ , courons chez le courtier de com-< 
merce dont il m'a parlé, Ali Brull-Pha-Gos, 
près la grande pagode : il faudra bien que je 
le trouve. 

(Il sort.) 

SCÈNE XIII- 

LES PBÉGÉDBR S, exccpté SUKYILLE. 

BRVLL-PBA-GOS. 

Dieu! comme cela se rencontre!... moi 
qui venais demander à Dupré quelque moyen 
pour sortir d'embarras. 

F. VaudeviUes. 3. ^6 



3t)a J.A VEUVE DU MALABAR. 

une D V p A É • qui , pendant tout ce tems , est restée 

sur sa chai&e. 

On n*a jamais vu de femme plus malbeu<- 
reuse ! 

BRULL-PHA-GOS. 

Je conçois combien votre douleur est lé- 
gitime : ce cher Dupré était si bon ! 

Lui ? il était brutal , colère , ah ! 

BRULL-PHA-G09. 

Je ne dis pas non... mais Tamour qu'il 
Avait pour vous... 

M™* D V P r£ 9 de mêroe. 
Depuis cinq ans il m'avait abandonnée. 

BBVLL-PHA-GOS. 

Je ne dis pas non... mais la concorde qui' 
auparavant régnait entre vous... 

M™*' DU PRB. 

Nous nous disputions sans cesse... Ah! 
quelle perte I je suis bien malheureuse. 

BftUtt-PHA-GOS. 

Je VOUS en prie , madame Dupré , calmez 
voire clonlenr; votre désespoir est si grand, 
que ce «era pour vous une consolation de 
remplir votre devoir. 

( Il lui présente Tagenda sur lequel il a écrit. ) 



SCÈNE XIII. 3o3 

M™'' D u » a é 
Qu'est-ce que c'est ? 

BRULL-PHA-GOS. 

I 

Une simple formalité : il s'agit, comme 
veuve , d'écrire là votre aom. 

jj uc D u PUÉ , essuyant ses yeux. 

Comment ! voilà tout ce que vous exigez 
de moi ? 

BRULL-PH A-GOS. 

Pas autre chose. 

la™* DU PRÉ. 

£h bien ! alors... 

BRt LL-PHA-GOS. 

C'est tout uniment pour prendre date.... 
parce que souvent U y a foule... mais main- 
tenant que vous êtes enregistrée, vous voilà 
certaine... 

M™* DVPRÉ. 

De quoi ? 

BRULl-PH A-GOS. 

De ce que je vous disais ce matin... de 
paraître à celte auguste cérémonie qu'ont 
établie en ces lieux nOs lois et nos usages. 

m"* du pré. 

Comment ! Monsieur ; je serais obligée de 
mourir pour un mari qui ne sait pas vivre ? 



3o4 LA VÈUVEDUMALADAR. 

BUrLL-PH A-COS. 

On ne force personne... Mais dès qu*oa a 
signé 9 il n*y a pas moyen de s*eQ dédire. 

( M"** DU PRÉ. 

Mais c'est donc une fournaise y un enfer 
que ce pays-ci ? 

BRDLt-PBA-GOS. 

Vous avez an moins l'avantage de ne pas 
attendre, et de profiler d'une belle occasion... 
un bûcher magnifique !. .. bûcher de première 
classe. 

M"*® DU PRÉ. 

Ah I mon Dieu ! que faire ? Personne 
n'arrivera-t-il à mon secours ? 

BROLL-PHA-GOS. 

Walse de Hossiiii, 

Oui , partons à Tinslant , 

Déjà Ton TOUS attend. 

Et voyez quel bonheur 

D'avoir un protecteur , 

Songez <2ooc que personne 

N'eût un pareil honneur ; * 

Le tour que je vous donne 

Est un tour de faveur. 



SCENE XIV. 3o5 

SCÈNE XIV. 

LES PRECEDEES, ZÉILA, sortant du cabinet 

à droite. 

* 

* ZEILA. 

Sst-ceIuî ? je croyais reconnaitrfe ses pas ! 
Bélas ! j^attends eu vain , Henri ne revient pas. 

BRVLL-PRA-OOS. 

Que TQÎs-je ! Zéila... 

ZJÉIL\. 

rencontre cratlle ! 

MADÀMS DUPRi. 

Que dites- vous ? c^est cUç« 

BRULL-PEÀ-GOS , à Zéila.* 

Et l*on osait pourtant accuser votre xèle , 
Partons , suivez mes pas... 

ZÉILA. 

Que vais-jc devenir ? 
Henri !... Sans le revoir il faudra donc mourir. 

BHUiL-PHA-GOS , à part. 

Deui pour une... 

^ A madame Duprê. ) 

Ce soir je compte revenir. 

a6. 



/ 



3o6 LA VEUVE DU MALABAR. 

Oui, partons à l'instant, ; 
Déjà Ton nous attend , 
Et je sens que mon cœur 
Succombe à îa douleur. 
Oui i comment vivre encore 
Après un tel roallieuri 
Le destin que j^implore 
Est plus qu''uae faveur. 

MADAME DtJl'K£. 

J'échappe en cet instant 

Au destin qui m'attend ; 
g / Voyez donc quel malheur 
g ( Qu'un pareil protecteur ! 

Pour déplacer personne . . 

J'eus toujours trop bon cœur , 

Et ne veux qu'on me donne 

Aocaik tour de faveur. 

«HtLL-PHA-CDSv 

Oaiî-, paitmu; à TinstaDt , 
Déjà l'on vous attend ; 
Mais selon votre gré , 
Bientôt je réviendrai , 
Car'vous voyez la suite 
De votre peu d'ardeur ^ ' 
Une autre ici profite 
De ce tour de faveur. 

Mais , qu^ici votre cœur ne sott pas 4i^ j.lloux ; 
Pour vous prendre , bientôt je reviendrai chez voiis. 

(il soit et emmène Zéila.') 



M 






SCÈNE XV. 3o7 

SCÈNE XY 

M- DUPRÉ. 

Pauvre femme!.... elle v va : et voilà 
connue je serai demain... ce n^est que dif- 
féré... • et tout cela y c'eët de la faute de 
Dupré. 

▲lA de Turervie. 

Omî , de sa p«t t^tst une perfidie. 
Pleurez , mes yeux ^ et foudcz-vous eu êau » 
Vous le voyez , la moitié de ma vie 
Va, dans ce jour, mettre Pautre au tombeau. 
Perdis lèu époux est ua tdup bien foBCste ; 
Mais , j'en oonviens , dans ua pareil revers, 
Je^plairis , béla^ ! là moîllé que je perd« 
Biea moius que œlle qpni me reste. 

( S'essuyaot les yeux. ) 

Mais }c SUIS bien bonne d*être là à me dés^ 
espérer et à attendre le danf^er... Arrivera 
ce qu'il pourra 5 puisqu'il doit revenir ce soir, 
je pars à Tinstant même , quand je devrais 
aller au bout du liionde ... ( E iU va pour bot- 
<'r, ety rencontrànrDupréy ellepouêse un grand 
(ri ) Ah I 



3o8 LA VEUVE DU MALABAR. , 

SCÈNE XVI. 

DUPRÉ, M- DUPaÉ. 

Ma femme L... ma femme!.... qn*as-to 
donc? 

M™* Durai. 

Cette fois , je ne me trompe pas , c'est 
bîeo lui : tu existes ^ n'est^e pas ?•.. tu en es 
bien sûr ? 

DUFRB. 

Je t'en donne ma parole d'honneor* 

Alt : Du partage dfla^hesse. 

Jiis aujoârd^bui nous quittons ce rivage , 
Mais on pouvait soupçonner nos projets \ 

Et j'ai piis le parti fort iage' 
D^être défunt pour m^en aller en paix. 
Ma mort notait qa^une ruse nouvelle ; ' 
Mais j'ai voulu , par un ordre prudent y 
Qu'on te Tapprit , afin que la nouvelle 

St répandit plus proinptement. 

M"»* BVPBi. 

Si tu savais TcfTet que cela a produit sor 
moi!... la joie... la crainte... 



SCÈ5EXVI. !3o9 

DUPEE. 

Mais 5 euectivement*.. sa physionomie est 
toute reayersée ! Je n'aurais.jamaîs cru que 
ma femme m*aimât à ce point-là. 

M"* D tr p R é , le retenant par la main. 

Reste là ; ne t'éloigne pas... que je te re«- 
garde encore... Dieu ! qui m'aurait jamais 
dit que la vue de mon mari me ferait tant de 
plaisir! 

BUPRB. 

Ma femme... ma chère Angélique !... ai-je 
été injuste à ton égard!... Etre adoré à ce 
point-là f et sans s*en douter ! 

M"* DVPRB. 

Quand j'ai cru t'avoir perdu , si tu savais 
quel a été mon désespoir!... j'ai manqué ne 
pas te survivre. 

DVPRB. 

On n'a pas d'idée d'un dévouement comme 
celui-là !... va... je reconnaîtrai cet eicpè^de 
tendresse... Toutes nos affaires sont en or- 
dre... tont est disposé,., nous n'attendons 
plus que M. de Snrville et notre jeune veuve... 
Où est-eiie donc ? 

Qui? Zéila? Ah! mon Dieu! elle était là 
tout à l'heure, lorsqu'il est venu un courtier 
qui voulait te parler, un nommé Brull-Pàa- 
Gos. 



3io LA VEUVE DU MALABAR. 

D O P B É. 

Oh ! Ciel ! eb bien ? 



jjinc |>upRi^. 



Eb bien !... Zéila a voulu partir avec lui, 
et il Ta emmenée. 



dupbe. 



Et tu l'as laissé faire?... tu les as laissés 
partir ?..- Malheureuse ! c'est fait «le nous, 
de notre fortune... Que dire maintenant à 
M. de SurvJlle ?... Je n'ai plus qu'à me brû- 
ler la cervelle. 

M™* DU p B É , tombant dans un fauteuil. 

Dieu ! impossible qu'aujourd'hui j'en ré- 
chappe. 

D D p B É 9 regardant par la fenêtre. 

De cette fenêtre, qui donne sur la grande 
place , on aperçoit déjà tout le peuple ras- 
«einblé... et ce graud bûcher qui s'élève au 
centre... les feux sont allumés, mais personne 
encore n'y paraît... {Regardant par la porta^,] 
ph ! mais, je ne me trompe pas... quel boii- 
heur! M. de Surville et Zéila qui viennent 
clfMccôté... Brull-Pha-Gos les accompagne; 
K'oublions pas que pour lui je suis mort.... 
Ma femme, reste là ; je revfensdans l'instaat. 

Gomment! mon ami , tu t'en vas? 



S€ÈNEXVII. 3n 

DUPBB, 

Je tfi dis que je suis ]à. 

M™= DU PUÉ. 

N'importe... ce n'est pas la même chose., 
j'ai besoin de ta présence. 

(Duprë entre dans le cabinet , madame DUpré reste 

dans le fond.) 

SCÈNE XVII. 

M-' DUPRÉ, SURVILLE, BRULL-PHA- 

GOS, ZÉILA. 

DBrLL-PBA-GOS. 

Venez donc vite... au moins ici on peut 
parler en sûreté. 

8VB VILLE. 

Zéila , quelle a été ma surprise en vous 
voyant traverser les jardins de la pagode, où 
depuis une demi-heure j'attendais Monsieur ! 

BBDLL-PHA-C0 9. 

Mais il n'est pas question de cela ; parlons 
de nos affaires , entendons-nous. Nous avons 
dit quarante mille piastres... 

SVRVILLE. 

Les voici dans ce portefeuille en bons sur 
la compagnie des Indes. 



^li LA VEUVE DU MALABAR. 

BHULL-PHA-609. 

C4ela suffit : et comme un honnf;te homme 
ir^a que sa parole, je me charge de tout. Le 
nom de Zéiia sera à jamais en-iionneur dans 
le pays : chacun porte aux nues cette nou- 
velle Arthéinise. Ainsi Madame peut se re^ 
garder comme authentiquement brûlée. 

m"* DVPaé; à part 

Ah ! le fripon... si je Tavais su ! 

BaVL L-PBA-60S, à Zéila. 

Voici même le procès- verbal que j*avais ré- 
digé d'avance, et arec lequel vous pouvez 
attester à qui de droit... 

ZBILA. 

Je n'en ferai pas usage; envoyez-le à ma 
famille, c'est tout ce que je demande. Mais 
comment espérez-vous faire ? 

BRUil^'PHA-GOS. 

Cela me regarde... J'ai ici quelqu'un de 
disponible et sur lequel je compte pour vous 
remplacer. 

M""" D u p H i , à part et s'avançant. 

C'est ce que nous allons voir. 

BLULL-PHA-GOS. 

Sans cela , vous sentez bien que je ne me 
serais pas avisé au moment même... Ah! 
vous voilà ^ madame Dupré 9 je suis enchanté 



SCÈNE XVn. 3i3 

de vous troiiTeK.. £h bien! ma chère amie, 
voilà un éyénemeut qui vous avance... vous 
m'av&z dit que tous étiez prête... voici le 
moment. 

SrKYILLB. 

Gomment ! ce serait Madame? 

BRUIL-PBA-GOS. 

J'espère que vous n'avez pas à vous plain^' 
dre... une petite femme fort gentille | fort 
convenable... Allons | partons. 

M"* DU PRE. 

Avec grand plaisir, mon honnête Mon- 
sieur ; mais il n'y a qu'une petite di.flicultè. 

BaULl-PHA-GOS. 

Et quelle est-elle, s'il vous plaît ? 
M™* i> V p R É , ouvrant la porte. 
Tenez ; la voici. 

BRXJLL-PHA-GOS« 

C'est Dnpré ! 

SUEVILLE. 

Ah ! mon ami, viens donc ; combien je te 
remercie l J'ai suivi tes conseils , et tout est 
arrangé. (Montrant Brull-Pha-Gos. ) N'est- 
il pas ¥1*31 ? 

BRUXL-PHA-GO ». 

C'est-à-dire , tout est Cbt arrangé... dans 

f . VaudcYillcr. 3. ^3 



3i4 LA VEUVE DU MALABAR. 

ce 9.en% que je suis dans on furieux embarras^ 
et que je ne sais trop comment faire. 

s URYILLE. 

Comment ? morbleu ! Toudriei-Tous vous 
dédire ? 

BRULL'PBA-COS. 

Do tout y du tout y TOUS ayez ma parole... 
(Regardant madame Dupré. ) Mais c>st que 
je comptais... {Regardant Dupré.) Il se porte 
bien. , 

DVPRé. 

Je vous préviens du reste que tout le peu- 
ple s'impatiente , et qu'il y a déjà quelquesi 
minutes que la cérémonie devrait être com- 
mencée. 

B B r t L-P H A-6 o s 9 il part. 

Allons, il faut sortir de là... Ce beau 
mannequin que j'ai enréservepour lés bonnes 

occasions... il n'y a pas d'autre moyen... Ah! 
çà , quoi qu'il arrive, vous meproip^tleB le 

secret ? 

SORTILLÉ. 

Vous pouvez être tranquille, nous nou» 
embarquons. 

BRULL-PBA-GOS. 

C'est encore mieux ; maïs ne tardez pas... 
Au moment où vous verrez la flamme briller, 



SCÈNE XVIII. 3i5 

sortez alors 9 c'est le momeot le plus favo' 
rable ,v parce que tout le monde sera daos la 
grande place à jouir du spectacle. 

DU F HÉ. 

Nous profilerons de vos avis, 

T r s. 
Adieu , M. Brnll-Pha-Gos. 

M™* DUPAË. 

Adieu, honnête courtier. 

B&ULt-PBA-GOS. 

Adieu , mes aiuis , bon voyage. Allons , je 
n*ai pus perdu mon tems ; maisvoili^, je puis 
le dire » une journée fièrement chaude. 

(Il sort. ) 

SCÈNE XVIIÏ. 

LES PBBCÉDÇNS^ exccpté BRULL-PHA-GOS. 

D V p R é « à son époui<*. 

Ma chère femme , après toutes les marques 
d'amour que tu m'as données... 

Ne parlons pas de cela ici ; en Fi^oce ce 
tcra autre chose. 



» 



3i6 LA VEUVE DU MALABAR. 

FINAL. ^ 

SUBVILIS. 

▲lA du ballet de l'Enfant prodigue. 

Guidés par Tespérance , 
Embarquons-nous promptement \ 
Aux rivages de France 
Le bonbeur nous attend. 

TOUS. 

Guidés par Fespcrancc , etc. 

(ils regardent par la fenétw du fond.} 

sunyiLLE. 

Prés du bûcher comme ou sVmpresse l 
J'entends leurs accens d'allégresse j 

Le peuple répète déjà : 

a Honneur, honneur à Zéila! » 

CHOEUR en dehors , accompagné d'instrumens militairef, 
ti Honneur, honneur à Zeîia« » 

SURVILLZ. 

Et oous , pendant ce tems-là , 

CHOEUR. 

(a demi-voix. ) 
Guidés par Pespérance , 
Embarquons-nous promptement , 
Aux rivages de France 
Le bonbeui' nous attend. ; 

ZÉILA , au Public* 

Échapi^ée k Tinccndie , 



SCÈNE XVIIl.' ^3i7 

Ah ! daignez , en ce moment , 
M^assurer , je vous en prie , ~ 

' Contre un malheur bien plus grand. 
£t je dkai galmcnt : 

Reprise, 

Guidés par Pespérance , 
Embarquons-nous promptement t 
Aux rivages de France / 

Le bonheur nous attend. 



flK Dl IiA TBVYB DV KAlAlAft. 



^ 



• \ê 



LA 

CARTE A PAYER, 

OIT 

L'AUBERGISTE BOURGMESTRE , 

COMÉDIE EN UN ACTE, 

MÊLlLs P9 YAUDETILLES , 

Par HM. MERLE, BRAZIER xt CABMOUCHE ; 

Représentée , pour la première fois , sur le théâtre dt$ 
Ynriétés , le ai février i8z8. 



^-.^J) 



PERSONNAGES. 



RAZCOFF, aTocat et barbier. 
GONNINBE&G, juge et aubergiste. 
SAINT-CYR, peiotce français. 
GaLOPMâNN, courrier, fils de RaxcoS 
CATHEEINK, fille de Gonninberg. 
UN GREFFIER. 

BOMMBS ET VEMMES. 
«ARÇONS d'aVBEKGE. * 



ÏA.tcÙÊt le passe dans on' petit .yillage d'AlkiHigiiej 



LA 



CARTE A PAYER , 



.M». 



COMEDIE. 



Le tbéâlre représente un saloa d^auberge. j 



SCÈNE PREMIÈRE. 

CATHERINE, GONNINBERG, des 

papiers à la main ; GiRÇQNS d'avbe&GB. 

GOXfKlIîBEEG. 
AIR : Quand on est mort c*est pour long-'tems» 

ixAiiçoNS , De vons amusez pas ; 
Du courage , 

Vous avez de l'ouvrage ; 
Faites marcher du même pa^ 
La justice et les bons repas» 

Que mon commerce 

Ne sonfire en rien. 

Qu^à faire bien 

Ici chacun s^exerce.' 

( à un Garçon. ) f 

Toi mets en perce 



3aa LA CAKTE A PATER. 

Un vieux tonneau. 
( A un autre. ) 

Chez- ma |)artîe adverse » 

Toi « varren de nouyeau. 
( A Un autre. ) 

Cbez mon huissier 

Porte uu dossier. 

( A UQ autre. ) 

Vile qu^on parte 

Me porter cette carte. 
^ A un autre . ) 

Que le rôti surtout soU hieu doré. 
Garçons , qu^on ne s^ainuse pas , etc. 

LES GAfiCONS. 

^lons ) ne nous aiuusdas pas , etc. 

( Ilf sortent. ) 

SCÈNE II. 

LES raiciDEKSy excepté les gaeçovs; 
puis GALQPMANN. 

GAtopuAirir. 

£oiiJ[Oi7& f 'papa Gonornberg^* 

coiririirBERG, gatmient. 

Ah ! te Toilà 9 Galopmann^ déjà de retour 
de Yiennc !... diable ! c*est affaire à toi. Que 
viens-tu faire ici?.*» tu viens déjeuoer : j'ai 
des grillades excellente»^. et de U çbxmcraute 
de Magdebourg. 



SCËREIL 3a3 

Non 5 M^ Gonniobecg, |e vieD8.4. 

GONZiiirBEBG, grat^nteot. 

Ab! f entends, te plaindre de quelqucf 
foyageurs qui font mal paj.é. 

GAL0PHA9. 

Non, M. Gonninbergo. 

ÇOKNINBEBC. 

C'est donc de quelques camarades qui t*ont 
£iîtun passe-droit?... Parle, mon ami, parle^ 
je te ferai rendre justice... qne dis-je?.,, je tè 
la rendrai moi-même : je ne sois pas bourg- 
mestre pour des prunes. 

GALOPtfANV. 

Mais 5 mon Dieu ! ce n^est pas ça. 

GOHNI^iLRC. 

Porte ta plainte, mon garçon, por!^ ta 
plainte, et passe chez mon greffier..^ Tu ar- 
rives au bon moment^ j'expédierai ton affaire 
ce matin. 

CALOPMA.NTf, à part. ' 

Diable d'homme I ( Haut. ) Quand je yons 
dis qu'il né s*agit pas d'un mot de tont cela. 
Je viens pour vous parler de voire fifle. 

GOifKiNDERC, OTCC bumcnr. 
Pour me parler de ma fille ?... Parbleu î je 



3a4 l'A CARTE A PAYER. 

suiâ bien bon de Técouter et de perdre mon 
tems ayeo cet imbécile. . . Me parier de mm 
fille!... Voilà une coDTersation bien intéres- 
saote pour un bourgmestre ^ un jour d'au* 
dieace encore. 

GALOPMANIV. 

Mais , M. Gonnînberg, Catherine est d'âge 
d'être mariée, et moi je l'aime depuis six 
mois. 

GONVINBBBG. 

£h bien! qu'est-ce que ça me fait? d'ailleurs^ 
ma fille est encore bien jeune , elle a le tems 
de songer au mariage. 

; CATBERIlfE. 

Qu'est-ce que tous dites donc b , mon 
père ! 

AIR : yaudeyille de lron9-nous à Paris, 

5i i'al la ieaneMe en partage » 

Dans un^ femme c^nVst pa$ un défaut. 

Pour le bonheur il n^cst point d^agc y 

On ne saurait aimer trop tôt. 

Tous deux nous brûlons d'ia mëm' flamme ; 

Il raBfoUe de mes seize ans ; 

S^il veut que déjà f sois sa femme , 

C'est pinu: être heureux pins long-tems. 

CORNIlf BERG. 

, Propos d'amoureux . . . Laissez - moi tran- 
quille. 



SCÈNE III. U% 

GAIiOFMAlfir. 

J'aperçoi» mon pèreî.w. M. Gonpiubcrg, 
tâi4i«SE dooc d'arranger ça. 

GOiiNiNBEac, sans L'écouter. 

Cailierine , £aÎ3 - pioi le fldîsLr d'alkr roir 
à la broche si j'y suis... et toi, M. le courrier^ 
ya à ton poste ou à }^ pp^le. 

(Galopmonn et Cajlheri^e ^Upt. } 

SCÈNE III. 

GONNINBEBG, RAZCOFF, enhabît 

^e ye^qqwr. 

coarvisBi^aa. 
Eh ! bonjour ^ mon cher Haacoff. 

BAZGOEF. 

« • ' T 

Salut à monsieur U bourgraeslre. Gomment 
ya Fauberge ? 

«ovvjSBJEac 

Pas mal, et yous?... 

Je ne me plains pa3 ; la |uriâpjriajdeAce y9 
assez bien. 

' GONViSBEKG. 

Et les baibes ? 

F. Vaudevilles.. 3, aS', 



3)6 LACÂRTE APÂTEJR. 

RAZGOFF. 

Elles poussent beaucoup... la saison est 
fayorable; vous savez, l'été. .. la végétatioD.», 

Convenez) mon chec, que votre état est 
bon« 

•Kazgoff. 

Ahl mon amî, défendre et raser Thuma- 
nîté, sont les deux pkiatbeaux privilèges dont 
l'homme puisse jouirt 

AI& : Vaudeville â^AAequin Mmard* 

Be l'un suis-je avocat , eh ! vite , 
Je m'offre d^ctre son coiffeur. 
Qu'un autre à le coiffer m'invite , 
Je m^offre pour son défenseur.. 
Prenant mon intérêt pour base » 
Grâce à ces métiers différens , 
Si je défends ceux que je rase » 
Je rase ceux que je défends. 

Ah çà I à propos, vous avez un étranger ici ? 

GONNlNBEEG. 

Oui 9 un jeune homme , que je soupçonne 
être un grand personnage qui voyage inco- 
gnito. 

EAZCOFF. 

A-t-il un valet de chambre ?••• 



SrCËNEIIf. da7 

COJfNlIlBEEG.. 

Non» 

BAZGOFK. 

En ce cas» il doit aToir besoin de mes ser* 
Tlces : je repasserai... je repasserai d*abard 
mes rasoirs , et puis je repasserai poar le coup 
de peigne. 

GONNINBEEO*. 

Ah ça Y écoutez dooc; nos dîahres d*enlkns 
me rompent la tête ée leur amour, il CEiut 
nous en débarrasser.. «.Voyons^ que donneres- 
Yous à TOtre fils ? 

B AZ C F F. 

« 

Qu*cst-ce que je donnerai à mon fîlstM,, 
Qu'est-ce qu'il yeut ? 

Q.OIîIfIjrBEB«i^t 

II veut se marier.. 

E^zcaFF. 

Puisqu^il veut se marier, je Ini dlonDerai».... 
)e lui donnerai une femme. 

QOIÇNIJIBEBG. 

Est-ce que fous ne lui donnerez pas ^el- 
que autre chose 7 

KA^GOFF« 

Un barbier de Tillage n*est pas un fermier* 
général ; tous savez aussi^ bien que moi quel 
est le prix d'une barbe... deux sous... quand 



3a8 LA CARTE A PAYER. 

je les ferais payer six b'IanOs $ il en faudrait 
diablement pour faire fortune. 

GONNINBeiiG. 

Mais ma fille, jolî^ coiniiie elle est , peul, 
aiijoard'hai pour demain, Irolaver un riche 
parti, 

Bi.ZC0FF. 

Mon fils a un très-bon état, courrier de 
cabinet ; c'est unie des premières places di- 
plomatiques ; c'est un gaillard qui tous mène 
lès ambassadeurs... 

GOHirilIBEBG. 

Oui , quand ils courent la poste» 

EAZCOFF. 

Il est en très-beau cbeiidih. 

G0HHI5BÉRG. 

Je le crois bien y deux fois par mois sur la 
reutè dé Vienne, là plus belle roule de l'Al- 
lemagne. 

BAZCOf F. 

Tout pftYc. 

GONTTIIVBEBC. 

Mais songez donc, mon bcin ami , à Tbon- 
neur de mon alliance , à ma double profession, 
qui est excellente. 



SCfeNÊ III. 3tïô 

PREMIER COUPLET. 

AIR de Préville et Taconnet, 

Quand un procès chez mcfi rassemUe 

Des amaitélirs au jus cllvm , 

Je hs coadamne à boire ensemble 

En magistrat qui vend du vin y 

Et je ne parle pas en vain. 
Servez , gai-çon , dit le perdant tout triste ; 
Le çaguant crie : Allons , versez du vieux ! (Bis. ) 
De iiigè , alors , je deviens aubergiste , 
Je vends mon vin et je trinque avec eux. 

DEUXIEME COUPLET. 

Mdn tribnnal est ma guitiguette : 

Cela double mes intérêts , 

Car les tables de la buvette 

Servent' de boréaux au Palais ; 

Mais tout i^hange lio moment après : 
Devant Bacchns et sén joyeux délirb ^ 
On voit Tiiêmis prompte à se retirer , ( Bis. ) 
Et L'on entend soudain chanter et rire 
Aux mèincs lieux où Ton voyait pleurer, 

RAZGOFF. 

Malhcureusetnent il n'en est pas de même 
chez moi , attendu que je ne me sers que d'caa 
chaude.'. 

AÏÏons^ allons, mon cher Razcoff, faites 

a8. 



25o LACARTEAMYER. 

un sacrifice... saignez-Tous ^ moD ami, sai- 
gnez-vous. 

KAZGOFF. 

Je sais assurément quel honneur il y aura 
pour mon fils à être le gendre do bourgmes- 
tre ; mais aussi le bourgmestre ne peut pas 
vouloir marier sa fille comme un grigou. 

G01fITI5BBBG. 

MaiS) mon cher, tous savez que mon an-i 
berge ne ?a pas : ce n'est pas un métier d'or 
que celui d'aubergiste... Excepté ce jenne 
Français qui est logé chez moi depuis deux 
jours, je n'ai pas vu une pratique de la 
semaine , et cependant je fais tous les jours 
des provisions que je suis obligé de manger. 

AAZGOFF. 

Je sens votre position; mais alors il faut 
que la fille d'un aubergiste ait une dot pour 
épouser le fils d'un avocat. 

GONVIUBERG. 

Ah! voilà tout de suite... ^ avocat! belle 
affaire ; avocat sans causes. 

RAZCOFF, se fâchant. 

Avocat sans causes!... oh! ne touchons pas 
cette corde-là , je vous prie... Un avocat sans 
causes vaut bien un gargotier qui mauge son 
fonds. 



«0H5I9BEEG> encolérc. 

Si je n'avais que des pratiques comme you»> 
â la bonne heure. 

aAZGOFP. 

Vous ne trouveriez peut-être pas beaucoup- 
d'avocats qui se contentassent de votre cui^ 
sine. 

6 OVU IN B E B G f se fâcliaDt. 

' Ma cuisine !... ma cuisine!... vous avez uql 
air de la ravaler... Savez- vous > mauvaî» 
avocat , que j'ai élé dix ans dans la bouche de 
TArchiduchesse ?... 

IHallait y rester , monsieurMe magistrat 
des marmitons. 

GONNiNDEEGy avcc mépris. 

Ah çà! dites donc» monsieur de la Houpe^, 
aUez démêler vos perruques et débrouiller 
vos procès. 

EACGOFF. 

Jevous préviens d'une chose, vous n'aureft 
plus ma pratique... à daler d'aujourd'hui, je 
ne dine plus diez vous. 

GONiriNBEEG. 

C'est autant de gapiê. 

EAEGOFF, fllrieilX. 

C'est une horreur!... je sors, oarj'étouflè. 



33îi LA CARTE A PAYER. 

Ain : t^auàépîlîk dé Vécu de sixjftwics, 

Ali ! c{uelle conduite est la yètre ! 
Non : plus de liens entre nous : 
Faites-vous 'aser par lin ibtre , 
Qtt^ «fiOre ii^ssi ^hiAt chez VoOs. 

GOKHtNDÈBG. 

Parbleu ! tous ferez des merveilles ! 
Vous ni^ôbligercz , su. snrpîiii j 
Gar vous ne m^écôrcherez plus 
Ki ie neotott ai les oreiUet. 

EAZCOFF> forien. 

Ah ! par exemple^ c'est trop fort I...I1 n*y a 
rien à répondre... Il n*y a pas un mot à ré- 
pondre S cela... s'il y en avait un 9 moi qui 
suis avocat , bien certainement je le trouve- 
rais... mais il n'y en â pas bii seiil... ( Fausse 
sortie, ) Si 9 en ToHà trois on Cfuatrë... Silen^ 
iiarn e9t àrgmntntam smpientke, ou , il Tùut 
mieux se taire que de dire des bêtises. 

(Il sort ) 

SCÈNE IV. 

GONNlNfiERG. 

Jb n*en puis plu^.. iCe misérabtie barbier 
m'a mis dans nrâ colènb !... Se permettre de 
mépriser un bourgmestre de moa espèce !..• 



SCÈNE V. 353 

on magistrat I... Allons voir .un peu ce qui se 
passe h la cuisioe. 

( n va pour sortir. ) 

SCÈNE V. ^ 

GONNINBERG, SAINT-CYR, sortant 

de la chambre. 

COVVIlTBERe. 

Ah ! ah ! voici mon voyageur. ( Satuanl, ) 
Seigneur Irançais... 

SAINT-CYR. 

Bonjour 5 mon cher hôte. 

GONNITTBERG. 

Vous devez avoir passé une bonne nuit ; 
mps lils sont excellens; vous avez la meilleure 
et la plus illustre chambre de Tauberge. 

SAlNT-CYR. 

Que m'importe ? je dorsbien partout. 

GONNINBERG, à\\n air d^iuipor tance. 

Il est pourtant agréable de dire : J'ai cou- 
ché dans le lit de Tarchiduc Léopold. 

SAINT-CTR, 

Malepeste ! 

GONT^INBËRG. 

t'est une chambre que je ne donne pas à 



334 LA CARTE A PLAYER. 

tout le monde , et si je ne vous ayats pa» jugé 

un homme d'importance.*. 

SàlWT-CTB. 

Vous TOUS trompe», mon cher hôte, je suis 
un modeste Toyageur, un peintre français. 

A d'autres! à d'autres!... je m'y connais- 

SAlTft-CTR. 

Je me rends en Russie pour... 

GOKHIWBEEG. 

Oui , pour une mission secrète.. 

SAITST-CTII. 

Pour faire des portraits, 

GOHKINBEEG, fineiBcnt. 

Vous êtes un grand seigneur. 

saint-cyh. 
Vous êtes un fou l mais [e vous dirai fran- 
chement que..... 

Parle* , Monsieur , parle». 

SAIKT-CTB. 

Je suis à jeun , et un petit déjeuner ap- 
prêté... là, à votre goût, avec ce talent qui 
distingue l'hôte illustre de l'archiduc Leopold, 
me rendrait heureux comme un prince. 



SCÈNE V. 335 

eONNINBEEG. 

Je TOUS eDteDdS) Mooseigoear^ que faut-il 
foire? 

SAINT-CtA. 

€e que tous Toudrez.- Surtout de boo vin, 
et songez que je Teux me remettre en route 
tout de suite après le déjeuner. 

€01fNINBEE6« 

Quoi! TOUS ne nous ferez pas l'honneur de 
Toir les curiosités de la ville ? 

SAiifT-CTB, le regardant. 

J'en ai déjà tu plusieurs. 

GOITiriNBERG. 

Je TOUS prie de receTOÎr mes regrets bien 
sincères. 

SAINT-GTB. 

Préparez mon déjeuner et la note de ce que 
je TOUS dois. 

GOifiriirBERG, à part. 

Nous Terrons s*il est généreux. ( Haut, ) 

Je sois désolé de tous Toir partir... Mais 

Traîment je tous plains de quitter si tôt ma 

maison...» Dans la minute tous êtes servi , 

Monseigneur. 

(Il sort.) 



336 LA CARTE A PAYER. 

SCÈNE VI- 

SAlHT-CyE. 

Le plaisant original !... On n'est pas plus 
curieux... Holii! holà ! mon couvert!... Gar- 
çousî...la fille!... Allons donc! 

SCÈNE VII. 

SAINT-CYR, CATftPïlISP amvecD 

pleuraoti 

Ah ! ab ! ah l 

saiht-ctr. 
Comment ! vou$ pleurez, mon enfant ? 

J'en ai bien sujet de pleurer... Allez , si 
TOUS saviez pourquoi..; 

Je pourrais trouver les moyens de vpas 
consoler. 

GATBEBIlfC. 

Oh ! non » c' n'est pas vous... Ça tous se- 
rait bien dinicile. 

SA I N T-C Y ». 

Peut-être. 



SCÈNE V\ÏI. 33; 

CÀTREBIN E. 

J'aîme un garçon de not' endrûit,qui m'aime 
bien aussi. 

SAINT-CYR. 

Je ne vois pas li^ de quoi vous chagriner, 

CATHERINE. 

Il est fou de moi, et il veut m'éponser... 
Ah ! ah ! 

SAIIfT-CTB. 

Est-ce que vous ne voulez pas ? 

CATHERIlfE. 

Si fait, mais c'est mon père qui s'y oppose. 

SAINT-CYB. 

Quelles raisons donne-t-il? 

CATHEBllTE, | 

Il dit que Galopmann n*est qu'un courrier, 
et que dans ce mélîêr-Ià on ne fait pas for- 
tuné... C'est dommage , car nous aurions Ailt 
un si bon petit ménage ensemble... Si vous 
le connaissiez... 

AIR : Et pourtant papa. (Encore un i^onrceaugoac. ) 

PRîMIEX COUrtET, 

Son amour extrême 
Frilie à tout moment ; 
De r chérir de même , 
J'ai fait le serment j 
F, Vaudevilles. 3. 29 



338 LA CARTE A PAYER. 

£l pourtant papa 
N ' veut pas que je Taioie ; 
S'il avait c'cœiir-là , 
Il n' dirait pas ça. 

DEUXIEME COUPLET. 

L'aut' jour , à la fête , 

Tout bas il m'apprit , 

Dans un téte-à-téte , 

Des choses pleines d^esprit ; 

Et pourtant papa 

Dit que c'n'est qu'un' bêle s 

S'Ueûtétëlà, 

Il n'dirait pas ça. 

TROISIÈME COUPLET. 

Quand il x'fuse d'faire 
C'mariage k mon gré , 
Jl m'dit : J'suis ton père , 
£t j'te rprouverai ! 
Et pourtant papa , 
Du vivant d'ma mère , * 
Devant elle, da, 
N'eût jamais dit ça. 

SAINT-GTB. 

Allons, allons, ma petite, du conrag^e; 
tout cela s'arrangera ; je parlerai à TOtre père f 
je lui ferai entendre raison. 

CATHERINE. 

Vouj croyez, Monsieur? Eh ben ! Monsieur^ 
allez > TOt' déjeuner est serri. 



SCÈNE IX. 339 

8AJNT-GTB^ à part. 

Elle est charmante I oe serait dommage de 
ne pas la marier. 

(Il sort.) 

SCÈNE VIII. 

CATHERINE. 

Ma fine 5 ii faut caQ?enir que ce voyageur 
est tout-à-fait aimable!... Que disait donc 
mon père, qu'on ne pouvait pas çn avoir deux 
paroles de suite ?•.. Il cause très^bien. 

AIR : La marmotte a mal au pied, 

C Voyageur est plein d^bonté , 

Il faut le bisser faire. 

J'crois quVil s^en mêle , en vérité » 

Il arrangera Taffaire ; 

Dans tous ses propos anjoard^hoi 

LMésir d^obliger brille , 

Et si la chos' ne t'nait qu^à lui y 

Je n^serais pas long-teni5 611e. 

SCÈNE IX. 

. CATHERINE, GONNINBERG. 

GATHERIITE9 se croyant seule. 

C*£ST toujours bien'ennuyeux d'être à ma- 
rier. 



3^0 LA CARTE A PAYER. 

€0NN1NBBRG. 

Encarts ! finiras - tU tes jéréhiiades ! que 
diable I semble-t-il pas que ta manqueras 
d'cponseurë... Il faut que je fasse le compte 
de cet étranger... Diable ! je suis fâché qu'il 
ne séjourne pas ici; il m'aurait défrayé des 
pertes que je fais journellement avec les 
\ojageurs... 

CATHERIITE. 

Qui ne viennent pas. 

GONNINBERG. 

Puisqu'il ne veut pas rester plus long-tems» 
fesims-lui sa carte en conséquence. Catherine^ 
mets- toi là. 

GATUERiiCE) s^asseyaot. 

Me v'ià^ mon père. 

>| GOltlflNBERG. 

Si c'était un habitué » je ne le ferais pas, â 
cause des principes ; mais on peut bien plumer 
un oiseau de passage... D'abord, pendant 
dcdx jours et deux nuits la chambre où a logé 
rarciiiduc : elle vaut plus qu'une autre , il a 
été logé là comme un prince ; cinquante ' 
francs , je crois que c'est en conscience. 

GATAESirrE, surprise. 

Cinquante francs 1 

GOHNINBERG. 

Pour deux jours de nourriture j déjeuner^ 



SCÈNE tX. 54i| 

dîner» souper, etc, ctc, cinquante francs... 
Ce n'est peut-être pas assez cher. 

CATHERINE regardant 8on père . 

Cinquante francs ! 

GOifNiif BERG9 dictant. 

Pour le déjeuner d'aujourd'hui , un cha- 
pon... Il se dit artiste, mais il est appelé à la 
cour... douze livres dix sous. Quel vin lui a- 
t-on servi ? 

GATBHRlIfE. 

Dame ! mon père , du vin ordinaire 9 de 
votre petit vin du crû. 

GONNIKBERG. 

Ah bien! c'est ç.i. Écris... pour deux bou- 
teilles de vin de Bordeaux, vingt -quatre 
francs. 

CATHERiVE, écrivant. 

Pauvre jeune homme !... C'est payer kien 
cher, pour un peintre. 

GOTÎNINBEBG. 

Oui, uo peintre qui est rais comme un 
seigneur.^, mets vingt-quatre francs, te dis- 
je..,De plus, menus frais, vingt-six francs... 
Pis-moi le total ? 



CATHERINE. 

Cent soixante-deux livres dix sous. 



29. 



54a LACAKTE A PAYER. 

GOUNINBEBG. 

Tiens, ma fille , je te charge du mémoire; 
on n'ose pas marchander avec une^oiiefemme, 
et Ton paie pour ses beaux yeux... Vois-tu , 
ça fait cent soixante-deux livres dix sous à 
recevoir; et moi, je vais me préparer pour 
mon audience, qui a lieu ce matin. 

CATHERINE. 

Cependant , je trouve cette carte bien chère. 

air: yaudeville de $ Anglaises pour rire. 

Dans une auberge si mince , 
Vous allez tout lui compter 
Aussi cher que pour un prince. 

GONNINBERO. 

Vraiment , c^est pour le flatter : 

Je ne crois pas qu'il résiste 

A cette marque d'honneur j 

Il est beau pour un artiste ^ 

De payer comme un grand seigneur. 

Le voilà , je te laûse avec lui* 

(11 sort.) 

SCÈNE X, 

CATHERINE, SAINT-CYR. 

SAIKT-CTR. 

Ea bien! ma belle enfant , et nos petits 
chagrins, sont-ils passés? 



SCËNEX. 3^3 

C A T H E E I If E y luî remettant le mémoire. 

Pas- tout- à- fait : tous avez demandé le 
mémoire de ce que vou^ devez. 

SAIWT-CYB. 

Quoi ! c*est vous , gentille Galherine , qui 
Tenez régler avec moi ? 

CATHERINE. 

Ouï, Monsieur; et je tous prie de ne pas 
oublier la fille si vous êtes content. 

SAINT-CYH. 

AIR de M. Deschalumeaux» 

Je ne saurais vous refuser , 

Et je veux vous faire une offrande : 

Acceptez un petit baiser. 

Pour répondre à votre demande. 

cathehine. 

Ôh ! je ne prends rien , en ce cas : 
Je suis sage plus que gentille. 

SAINT-CYB. 

Un voyageur ne doit-il pas 
Donner quelque chose ù la fille ? 

( Il lit la carte et marque une grande surprise.) 

Ah! mon Dieu î... cent soixante-deux livres 
dix sous. ..Votre père a fait une erreur, ou il 
Teut;ne tromper. 

CATHERIIfE. 

D'abord y papa ne se trompe jamais. 



344 LA CARTE A PAYER. 

SAINT-CYR. 

Ceci est trop fort, morbieu ! cent soixante- 
deux livres dix sous!... {Appelant,) Monsieur 
l'aubergiste !... cent soixunte-dcux livres dix 
sous!... J'aimerais mieux rester ibi toute ma 
vie , que d'en sortir à pareil prix... M. Gon- 
ni^berg! Taubcrgiste !... Il est donc sourde? 

SCÈNE XI. 

LES paÉGÉDEïfs, GONNINBËKG» 

GONNiirBEBGy accottraof. 
Que désire Monseigneur î 

SAIWT-CTB. 

Il est bien question de monseigneur... Je 
vous appelle depuis une heure pour savoir si 
vous vous êtes trompé en fesaril cette carte. 

CONNlIïBEnG. 

C'est possible , Monsieur. 

SAllîT-CTB. 

Vous dvet marqué cent soixartle-dfeux livre» 
dix sous y c'est beaucoup trop. 

Vous tron vez que c'est trop cher. . . Écoutez» 
\e ne veux pas disputer avec vous... (li prendl 
la carte; il écrit et lui rend, ) Tenez ^ j'ôte...». 



SCÈNE Xî. 345 

SAlIfT-GTfi. 

^ Comment l vous ôtez les dix sous !.. . 

GONlflNBEaG. 

Ça reste à ceiït soitante-Jeirx francs, c'est 
le prix en couscience : je n'en puis rien ra- 
battre. 

SAIIIT-CYE. 

Gomment ! comment I c'est le prix !... 

GONIflJNBEIIG. 

Je n'en diminuerai pas un denier... Les 
denrées sont d'un rare et d'une cherté... 

SAIIfT-CYB. 

Je ne me doutais pas qu'il en coûtât si cher 
pour voyager en Allemagne. 

AIR : yaudet^ille de Haine auxjemmes» 

Sar les dangers des "voyageurs 
Maintenant je n''ai plus de doutes 
Je ne craignais que les voh urs 
Qni pillent sur les gran 'es routes ; 
Mais je disais : entre leurs mains ,• 
Que craignent de pauvres artistes ?... 
J^oubliiiis que les aubergistes 
Sont aussi sur les grundj chemins, 

6ONNINDER6. 
Monsieur, Monsieur! vous m'insultez, je 
crois. 

SAiNt-CYR. 

. Rançonner de la sorte un modeste voya- 



346 LA CARTE A PAYER. 

f!:eur.... C'est uae horreur! Il faut être ua 
fier... 

GOTlirlNBBRG. 

Monsieur y n'allez pas plus loin. 

SAINT-GTB. 

Vous oe m'intimiderez pas.., A-t-on jamais 
TU pareille friponnerie ? 

gonhinbebg. 

Ménagez yos expressions^ tous me les 
paieriez cher. 

SAINT-GTB. 

Pas plus cher que tos repas.. • Mais il y a 
peut-être une justice ici. 

GONNINBERG. 

Comme tous dites 5 peut-être. 

GATJIBBINE. 

Mon père... 

GONRIVBEHG. 

Laissez-moi. 

GATHEBINE. 

Monsieur le Toyagenr... 

SAIRT-GTR. 

Je n'écoute rien... J'aurai raison de tous... 
Je rais chez le bourgmestre. 

GONNINBEBG. 

Vous n'irez pas bien loin. 



SCÈNE XT. 347 

SAINT-CYB. 

Àb ! monsieur l'aubergiste , nous verrons 
comment vous allez vous tirer de Jà. 

GONNINBERG. 

Le bourgmestre ne me fait pas peur. 

SAI5T-CYR. 
AIR du Renégat . 
Vous abusez de votre état ; 
Mais il faudra qu'on vous punisse : 
Je vais trouver le magistrat ; 
De vous il me fera justice. 

GONNINBERG. 

De cet endroit on a toujours cité 
Le magistrat pour son intégrité. 

SAINT-CTR. 

Monsieur , redoutez la colère 
Du juge qui nous entendra ; 
Je suis sûr que , dans cette affaire , 
C'est l'honneur qui triomphera. 

GONNINBERG. 

w J Monsieur , je ne redoute guère 

g / Le juge qui nous entendra ; 

I \ Je suis sûr que , dans celte affaire , 

g I La probité l'emportera. 

CATHERINE. 

Ah ! l'aventure est singulière ! 
Le drôP de procès que voilà ; 
Le voyageur ne s'doute guère 
Que la. partie et le juge sont là. 

( Gonninberg et CaUierine sortent. ) 



348 LA CARTE A PAYER. 

SCÈNE XII. 

SAÎNT-CYR, RAZCOFF, son i)Iat à barbe 
et sa trousse d^une inain, sa robe et son bonnet 
d'avocat de l'autre. 

RAZCOFF. 

Quel bruit? qu'y a-t-il donc de oouTeaii 
dans la maison ? 

SAiNT-CTfty se promenant vite. 

C'est une infamie ! 

H Azc FF y le suivant par derrière. 

Monsieur... 

SAlKT-CTa. 

Une horreur! 

BAZGOFF. 

Monsieur ! 

SAINT-CTB. 

J'en aurai raison. 

BAZCOFF. 

Ob I pour ça y oui ; de quoi s'agit-ii ? 

8A1NT-CTB. 

Quel est cet homme ? 

RAZCOFF. 

Monsieur , je yous demande pardon si je 
TOUS incommode; je renais pour tous ac- 






SCÈNE XII. 349 

commoder.... Vous voyez Laurent -Ignace 
Razcofif, pour vous raser si j'en étais capable. 

SAINT-GTA. 

C'est bien le roomentl... Si vous saviez 
comme je sui^ arrangé. 

BAZC0FP9 le regardant. 

En effet vous me paraissez défrisé. 

SAIIfT-CTR. 

H n'y a donc plus de probité ?... 

RAZCOFF^ 

Un coup de peigne , et il n'y paraîtra plus. 

SAINT-CTa. 

On veut me voler, mais ça jne fiqira pas 
ainsi. 

Bazcopf, posanjt vivenieivt soq pUt à h^xbe et sa 

trouise ;sur la table. 

Tentative de vol ! votre cause est superbe , 
vous la gagnerez. Les magistrats de l'endroit 
sont d'une intégrité... Le bourgmestre sur- 
tout. 

SAUÏT-CYR. 

•S'il ne vaut pats mieux qçie votre fripon 
d'aubprgiste... 

RAZCOFF. 

C'est l'aubergiste î... Ah! Monsieur, laissez 
faire, l'aubergiste a pu vous tromper, mais 
nous aurons raison du bourgmestre. 

F» Vaudevilles. 3. 3o 



35o LA CARTE Â PAYER. 

SAINT-CTI. 

Cest une indignité! 

B A Z C O F F. 

Un vol nianifeste !... Chargez*inoi de TOtre 
affaire , et je vous réponds du succès. 

SAIVT-CTE. 

Comment Tentendez-Yous? 

EAZCOFF. 

Celte robe et ce bonnet doivent tous prou- 
ver que j'étais appelé à tout autre chose qu'à 
faire des barbes. 

SAIIIT-CTB» 

Comment, monsieur le barbier , tous êtes 
avocat aussi? 

RAZCOFF. 

Ça TOUS étonne 9 Monsieur?.. £h bien! 
quand tous m'aurez entendu plaider, tous 
serez forcé de conTenir que je suis le Gicéron 
des barbiers. 

SAIHT-CTB. 

Je TOUS charge de ma cause. 

BAZCOFF. 

J'espère tous prouTcr aujourd'hui que l'on 
peut défendre les gens et leur faire la queue. 

SAIST-GTB. 

J'accepte tos serTices; tous allez Teniravee 
moi chez le bourgmestre. 



SCÈNE XIL . 35i 

BAZGOFF. 

Il demeare dans cette maison. C'est au« 
joQrd*hui jour d'aadîence^ elle Ta s'oUTrir^ 
et c'e&t ici même qu'elle se tient. 

SAINT-CTl. ^ 

Ici? 

BAZGOrF. 

Ici même. Si tous permettez que je tous 
soÎTe, je Tais prendre connaissance des pièces, 
constituer un corps de délîL.. Diable I... ce 
ne sont pas des plaisanteries qu*il nous faut, 
ce sont, parbleu ! de belles et bonnes charges. 

SAITCT-CTB. 

Tenez , Toilà la carte. 

BAZCOFF. 

C'est cela.... Pièce de conTÎctîon. Allons, 
Monsieur , je Tais préparer de Teau chaude 
pour TOtre barbe , un exorde pour mon plai- 
doyer; et quand tous aurez été défendu , et 
par conséquent rasé par mol, tous Terrez que 
je «uis digne de Tenseigne de ma boutique : 
ConsiUôque manu. Ignlace RazcofT, perruquier 
et aTOcat consultant. 

( Ils sortent. ) 



35a LACART£ A PATER. 

SCÈÎSE XIII. 

CATHERINE, GARÇONS, ensuite 
GONNINBERG. 

CHŒUR. 

AIR : T^nez, M. Dnhut. 

Albons , 
^ Dépîclions , 

Vite , arrangeons 

Et décorons 

Lé tribunal ,- 

Poiirqu^au signal 

Ciiacun s^installe 

Dans la salle. 
Ici IMtroandeur , 

Là , rdéfendeur , 

Là , les huissiers , 

Là , les greffiers , 

Et dans les coins "^ 

Tous les témoins. 

UN GARCOÎï'.. 

Place au magistrat , 
Dont on publie 
La probité , 
La sagacité. 

GONNINBERG, en ^uge. 

Ah ! ma robe , je te remercie : 



SCÈNE XIV. ^53 

Je te dois 
L'honneur que je reçois. 

CHOKUR. 

Allons , 
D^chons f etc. 

GOWINIERG. 

Allons, allons, que l'auberge dfsparai^e, 
et que le tribunal soit établi céanS daa^ les 
formes ; je ne suis plus le maître de l'aubergo 
du Grand-Cerf, je suis le bourgmestre de 
Mttldorff. ( jiua garçons. ) L'audience est bu- 
Tèrte , întroduiset leà plaig^ans , fet hmtt 
entrer le ptjblic. 

SCÈNE XIV. 

i£S PBBcfeENs, UN GREFFIER, hommes ei 
FEMMES ;. chacun se place. 

CfiOBDA. 
AIR : >^ boùv, à boire. 

Silence , silence , silence » 

Messieurs , Taudièace 
Commence , 
Pënïfljtit tout le ci»urs dei dâiats , 
Si TOUS donnez t fouiee ixnâ bas. 

ooniriiiBERG. 

Greffier, appelez les causes. .- 

3o. 



3^4 LA CARTE A PAYER. 

LE GREFFIEB. 

Pierre Gottman, contre Catherine Bulder, 
sa feaime... 

G0N91N9Eft6, 

De quoi s*agit-il? 

LE GREFFICl. 

D'une dispute suirie de Toies de fait » à la 
lortie de la taverne , dimanche dernier. 

G0NNI1I9ER6. 

C'est une quenelle de ménage , cela ne nous 
regarde pas.,. Hors de cour... Dépens com- 
pensés , ordonne que les parties se racçom-^ 
moderont dimanche prochain dans Tauberge 
du sieur Gonninberg. Â une autre. 

LE G&EFFIEB. 

Le peintre Saint - Cyr , français , contre 
l'aubergiste Gonninberg. 

GOlCniIVBIÇRG. 

Je connais Taffaire.ii.. Faîtes entrer les 
parties* 

SCÈNE XV. 

LES PEiciDEiis, SAINT -CYR, RAZCOFF, 

ea costume de palais. 

SAIKT-Cta. 

Qii£( appareil ! 



SCÈNE XV. 355 

GOlfNiHBEBG, à part. 

Ah ! ah 1 Razcoff Ta plaider pour ma partie 
ad?erse. 

( Razcoff lui lait des ngnes. ) 

SAI9T-CTR^ regardant autour. de lui . 
Mon coquin d'aubergiste n'est pas encore là. 

60N915BERG. 

Monsieur 9 je n'entends pas qu'on dise du 
mal de cet homme-là devant moi. 

SAINT-CTR. 

Que Tois "je ? C'est lui !.. . Ah ! dans quel 
piège suis-je tombé ! Comment , tous êtes 
aussi le juge de l'endroit ? 

COKVINBEEG. 

Oui, Monsieur. 

SAlIfT-CTB. 

Ah! je suis perdu. Messieurs « ne poussons 
pas plus loin la procédure... C'est bien assez 
pour moi d'être volé par un aubergiste ^ sans 
l'être encore... 

BAZCOFF. 

Du tout, du tout, il faut que justice se 
fasse. 

SAINT-CTB. 

Je ne demanderais pas mieux, mais le 
moyen ? 



356 LA CARTE A PAYER. 

G09VIHBEBG. 

La procédure est entamée , les débats sont 
commencés ; il faut que l'affaire soit jugée. 

SAINT-CTR. 

Allons, c'est un guet-apens.... II faudra 
que j'en paie les frais. Tâchons au moins d'en 
rire 9 et de nous amuser pour notre argent. 

G0NNI5BEB6. 

Parlez, avocat. 

B AZ c F F tousse , cradie , se moache , et relève ses 

manches. 

Messieurs ! si jamais cause importante fut 
soumise ù la justice , c'est sans doute celle que 
je suis appelé à défendre. L'honneur de notre 
ville... quedis-jePde notre ville!... Thonneur 
de l'Allemagne entière s'y trouve compro- 
mis... Les droits de rbospitalité sont violés : 
un étranger est spolié au milieu d'un peuple 
civilisé^ par la rapacité coupable d'un auber- 
giste d'un petit bourg de la Bohême. 

GONNINBEBG. 

Avocat! point d'injures. 

RAZCOFF. 

Je dois défendre mon client : que suis - je 
ici, Messieurs?.... Je suis un jeune artiste, 
j'ai tout au plus... Quel âge avons-oous? 

SAINT-GTB# 

J'ai vingt-cinq ans, et... 



SCÈNE XV. 357 

BAZGOFF. 

J'entre dans ma vingt- si zième année ^ je 
SUIS d'une figure intéresscmie !... Je voyage 
pour mon instruction 9 ye suis un peintre dis- 
tingué, mais ce n'est point une raison pour 
que je sois écorché , pour que je paie tout, et 
particulièrement un déjeuner, dix fois sa va- 
leur, 

G0KNI5BBB6. 

Le déjeuner était bon. 

KAZGOFF. 

Je l'ai trouvé détestable. 

GONIflNBEftG. 

La preuve ? 

BA2C0FF, 

La voici. J'en viens de suite à ce repas. 
(// /// sur la carte. ) Un chapon, douze francs. 

GONNINBERG. 

Eh bien!... Un chapon, ce n'est pas trop 
cher. 

BAZCOFF. 

Ce n'est pas trop cher!... Ça serait trop 
cher pour un chapon , à plu9 forte raison pour 
un coq. 

GONNIITBERG. 

C'était un chapon. 



358 LA CARTE A PAYER. 

RAZCOFF. 

C'était un coql... D'ailleurs les voisins s*eQ 
aperceyronl bien demain matin... Mettez-moi 
ce cliapon-lù sur le pied d'un coq. ' Greffier, 
donnez-moi la patte , et passez-la de main en 
main jusqu'à moi. ( // prend la patte du coq. ) 
C'était un coq«.. Ërgo, je dépose la patte. 
(Il la dépose sur le bureau. Il lit sur la carte, ) 
Article 2. Deux bouteilles de Bordeaux^ yiu^t- 
quatre i'rancs. 

Qu*j a~t-il à redire 9 du Bordeaux ringt- 
quatre francs? 

BAZCOFF. 

Il y aurait beaucoup à redire si c'était du 
Bordeaux , mais il est certain que jamais 9 au 
grand jamais, il n'est entré dans la caye de 
l'aubergiste Gonninberg une seule bouteille 
de Bordeaux... Du moins il ne m'en a jamais 
fait boire. 

GONKiNBjERG y ptemiit les boateillcs qui font sur 

son barcaa. 

Messieurs. , sont-ce là des bouteilles de Bor- 
deaux ? 

RAZGOFP. 

Allons y c'est très-bien , tods ayez raison 
pour la forme, mais nous allons discuter pour 
le fonds... Justement il en reste on Terre. 
{Il remplit le verre gui était sur le bureau du 



SCÈNE XV. 359 

bourgmestre») Messieurs, examinez seulement 
la couleur, et renvoyez-le-moi le plus tut 
possible. {Razcoff reprend le verre de vin et 
Vavale, ) Je tous demande un peu si ce vin- 
là a jamais pu passer pour du Bordeaux... Il 
tient à la gorge d'une manière... Voilà donc 
des faits bien prouvés : il y a dol, fraude et 
lésion; je persiste dans ces trois inculpations. 
Quels sont vos moyens de défense ? 

GONNiiTBEEG, se levant. 

Messieurs! Taubergiste Gonninberg, pen- 
sant recevoir un prince dans son auberge, 
comme il le pense encore , a voulu que sa 
munificence lui rappelât Thonneur qu*il lui 
avait fait en logeant chez lui. 

SAINT-CTR. 1 

Jolie manière d'éprouver la générosité I 
B ▲ z c o F F , re|)reoant avec chaleur. 

Vous chercheriez en vain à vous justifier, 
vous succomberiez sous le poids de mon ac- 
cusation ! Mais je me plais à croire que tocit 
sentiment d'honneur n'est point éteint en 
vous , car si d'un côté le délit de l'aubergiste 
Gonninberg est immense ( Gonninberg fait 
un signe de colère) ; de l'antre la justice da 
bourgmestre est infinie. (// le salue, ) Si je 
suis effrayé de l'un, je suis rassuré par Tau- 
tre; si l'aubergiste Gonninberg, comme il 
n'j a pas le moipdre doute ^ est an fripoÀ 



feiQ LA CARTE Â pâyi:r. 

reconnu {Gonninberg veul lui Un f oser gilenee) 9 
tp^te TAUema^^e connaii rintégrité du 
bourgmestre de MuldoriF. ( Gonninberg salue 
Razcoff. ) No4is ferons punir Thôtelier saos 
pudeur 9 et nous bénirons le juge; l'un est le 
spoliateur de Torphelin. ( Se retournant qîo^» 
msntdu côté de SainUCyr^ U lui dit : ) Atoqs- 
aau3 encore le papa et ia coaman ?... 

SAINT-CYR. 

Oui^ j'ai ce bonheur. 

RAZCOFF. 

• Chut! taisez- vous. {Reprenant son plai^ 
doyer. ) L'un est le spoliateur de Torphelin y 
l'autre est le soutien, le consolateur delà 
veuve... D'ailleurs 9 Messieurs ^ si une action 
aussi noire a pu ternir la réputation de l'au- 
bergiste Gonninberg, ça n'ôte pas un seul 
cheveu blanc de la... tête du bourgmestre, 
de ce bourgmestre dont le cœur nous est 
connn; de ce bourgmestre qui ne cesse de 
voler... {Gonninberg se fâchant ) au-devant 
des besoins du malheureux! de ce boiirgoies- 
ire qui empoisonne... ses jours d'amectume I 
de ce bourgmestre qui... que... {Gonninberg 
s'attendrit. ) Mon éloqiience a pénétré jusque 
,dans les replis de son ame, 0es yeux sont 
mouillés des douces larn)e$ du repeptir... 
Mon juge est attendri. Scpterum eonsci&ntia 
pxagiiaiiu^ j cequi vqutdtre qn allemand ; eé 
ft'irt die isuLung albe v§nig reeJinen, ce quj 



SCÈHE XVI. 561 

veut dire, en français, qu'il ya diminuer In 
t^artç de adollié. 

GOHfflKBBiiGy se levant et i^essujtnl les yeux* 
La carte ! la carte!... 

Ain fi{e JitUe, 

Comme il ne faut p^ qq^on s^ççi^ 
Des deTpirs de la prubité , 
De moitié prix nous irédaisoos la carte »' 
El voilà mon arrêt dicté. 
Je suis fier i|yc ohacun me nomma 
Le digne organe de l^ loi , 
Lorsi(ue je pense que sans moi 
On |Miuvait tromper un brave homme« 

TOUS. 

Oui y vraîracnl , ipiis H j^onn* foi , 
Qfk pQnvqjt tromper xa^ |)rave ho^ime, 

SCÈNE XVI. 

rant; ensuite GALOPMAN^}, 



CATBEB1NE. 

Moif père 9 nnon père 1 ' ' 
Eh bien î qu'est-ce. que c'est ? 

F. VattdevilUs. 3 * 3l 



36a LA CAKTE A PATER. 

GAXHEAÏflE. 

Voilà deux carrosses qui Tiennent de s'ar- 
rêter devant la porte, il y a quatre beaux 
messieurs et quatre belles dames qui disent 
qu'ils sont pressés de diner. 

GOifRiKBERC, 6lant sa robe. 

Eb! vite, vite, à la cuisine. Messieqrs, 
l'audience est finie. Greffier, serrez les- pa- 
piers et mettez le couvert. [ A un autre 
garçon, ) Toi , va mettre la brocbe. 

Q ▲ L o r m A K If , accourant. 

Mon père , mon père ! 

BAZCOrF. 

Qu'est-ce que c'est ? 

" CALÔPMAIflf. 

Deux voyageurs qui veulent se ftiîre raser. 
BAZCOJF, TÎvcmcnt. 

Allons , allons , emporte ma robe à la 
maison,, et va chercher mon plat à barbe; 
charge-toi de nion plaidoyer et ]^répareia'!?a- 
Tonnettè. 

GALOPMANir. 

Mon père , et mon mariage ? 

» Azc o F F , , bas à,«on fils. 
Laisse-moi faire; je vais m'en occuper. 
(^ Gonninberg.) Dites donc, Toisïn, j'espère 



SCÈNE XVI. 363 

que TOUS n^avez pas à vous plaînclre de moi... 
Je croîs que le bourgmestre n'a pas été mal- 
traité dans mon plaidoyer. 

.4îiONiritrSBAG. 

Ouï , le bourgmestre c'est bien; mais l'au- 
bergiste ? 

BAZGOFF* 

L'aubergîste.». à la bonne beure... Eh bien! 
si l'aubergiste en veut à l'avocat, que le bourg* 
mestre marie sa fille avec le fils du barbier. 

SAIWT-CYR. 

Si vous y consentez , je double l'impôt ex- 
traordinaire que vous vouliez lever sur moi 
et je le consacre au repas de noce. 

GONNINBERG^ s^adiessant aux dpax amans. 

Enfans, vous vous êtes rendus coupables 
en vous aimant tous les deux, je vous con- 
damne à vous épouser. 

LE G RE FF I E& 9 des papiers à la main'. 

M. Razcoff! voilà ce que des messieurs 
m'ont chargé de vous remettre; prenez<*en 
connaissance, ils sont \k qui attendent. 

RAZCOPF, prenant les papiers. 

Eh bien! ne voilà-t-il pas les auteurs d'une 
pièce nouvelle qui me chargent de plaider 
leur cause!... Ces messieurs, parce que je 
Tiens de faire répandre d« douces larmes au 



364 LA CARTE A PAYE». SCÈNE XVf. 

bourgmestre, s'imaginent que jye. Yais,fair« 
pfeurer/.. {yi son fils. ) I)onne-inoi ma robe^ 
peut-être... Essayons.. < Messieurs.^. 

ikOidébiStMtihëUè. 

•• • . • • . * 

Th)i«dllàTt6»f<Mers te trûùveiit Étatisée 

D^aroîr voulu surprendre le parterre ; 

Je penche assez pour <prïb «dient excusés 

. Leur crime étant d^a voir voaS.n vous plaire, 

t'oûr bien défendre mes cliens ,. 

Comme il faudrait' des isôins et àe la pehie\ 

^ Attendu le mânqîié dé tems , 

Messieurs , montrez-svmis indulgens : 

Remettons la cause à huitaine. 

(Ces ciiu|, deraieis vera ne te chantent fulk U prem»^ 
préseatation , «t te lendemain les' cui vans.) 

L'asrel^e vetft ailes kncor^ 

ff -est pas une petite chose f 
Ah ! Messieurs , daignez prononcer 
Si vraimeiit ye pub aimoncer 
Que je viens de gagner leur Cause. 



UN DE LA CARTE ▲ PAYES. 



TABLE 

DES PIÈCES CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Pag«f. 

PiEBBB, Paul st Je ah, comédie en deox 
actes , par ]MM. Sewria et Ourri. • . i 

Le fifbe du koi de presse , comédie en 
un acte de M. Reyel 83* 

Le juif , comédie en deux actes de 
MM. Rousseau j Désaugiers et Mes- 
nard i53 

La ¥eute du malabaB) comédie en un 
acte^ de M. Saînt-Amand 267 

La cabte a fateb , comédie en un acte 
par MU. Merle^ Brasier et Garmouche. 319 



nn db la tajlb. 



} 



■ » » r r ^ 



^ > - * » . 



FIN 

DU RÉPERTOIRE 



vv 



THÉÂTRE FRANÇAIS. 



35. 



I 



^ 



SENLIS, 

IMPRIMERIE STÉRioTYPE DE TREMBLAY. 



FIN 

DU RÉPERTOIRE 

1)0 

THEATRE FRANÇAIS, . 

£tec un NotrvEAn choix des pièces des autres 

THÉÂTRES , 

I 

ftAssEMBLiis pAE M. LEPEINTRE. 
VAUDEVILLTîS* — TOME IV 




A P4RIS, 

CHEZ M>« VEUVE DAÈO, 
A Uk inBAimoE irétioTTPS, wjz du vor-»B-rEB , v* 1 4. 

i8a4 



J 



UNE NUIT 
LA GARDE NATIONALE, 

t^ TABLEAU-VAUDEVILLE EN Ulf ACTE, 
P«K MM. SCRIBE ET DELESTRE-POIRSON; 

Représcdté , pour la prefnièrc fois , sur le théâtra cln 
Vaudeville I le 4 noYcmbre i8i54 



^. TMtaavillM. 4' * 



* _y 



/^\ 



PERSONNAGES. 



LE CAPITAINE. 

SAINT-LÉON, caporal. 

DORYAL y garde national. 

PIGEON , garde national. 

LE PÈRE LAQUILLË 5 caporal iostnicleur. 

ERNEST DE VERSAC. 

M"»- DE VERSAC, sa femme. 

L'ÉVEILLÉ , tambour. . 

LA MERE BRIS£MI€H£ , marchande de 

petits gâteaux. 
vu CAPORAL du poste roisin. 

PLfJSiBDftS GA^DIfl JIATIOIfAUX , ) form^Ql 
vif SKRGEHT 9 ) le pOSte. 



UNE NUIT 
DE LA GARDE NATIONALE, 

VAUDEVILLE. 



Le théâtre représente rintérieur d^un corps-de-garde; 
à droite , un lit de camp et une petite porte qui 
mène à la cbainbre du capitaine ; à gaucue , les fu- 
sils rangés sur le râtelier ; une porte au fond et 
deux grandes croisées, à travers lesquelles on voit 
ce qui se passe dans la rue ^ en dehors un réverbère 
alhimé ; une gnérite à la porte et une sentinelle en 
faction ; sur le premier plan un poêle; sur le Kccoad 
une table , un banc , des chaises ; siir la table , un 
cbanrlelier en fer , du papier, des livres , un jeu de 
dames. Les murs sont tapissés de grandes pancartes» 
sur lesquelles on Ut en grosses lettres : Garde na- 
Tio]!(AL£ , Cadre du joua , Gansions <}sn4aal£ , 
etc. 

SCÈNE PREMIÈRE- 

SAINT-LÉON, DORVAL, PIGEON 

et plusieurs gardes nationaux. 

( Au lever du rideau , les personnages sont groupés 
différemment j Saint- Léon , en dehors , relève un 
factionnaire. Pigeon et Dorval jouent aux cartes , 
d^antres jouent aux dames, od lisent, etc. Quel- 
ques-uns sont sur le lit de camp.) 

DORYAL. ' 

QrATaE-viwGT-pix, qualre-vingt-ome > et 



4 TJÏÏE UrUIT PE LA CABDE NATIONALE. 

Ja dernière qualrc-vingt-douze, quatrc-YÎDg;!- 
Xrahp, gagqc. Vousêles capot, M. PigQOki. 

PIGEON. 

Soit. Je ne suis pas fachè que la partie soit 
Soie... Je m'en vais duruiir* 

Bab * déjà ? 

^ PIGEOir* 

Écoutez donc , ma faction est à trois 
heures du iTiatin ; il est bien naturel que je 
me repose d'avance. Je ne sais pas comment 
cela se lait, je suis toujours de faction pen** 
4aiit la nuit, et plutôt deux ibis qu'une. 

t DaavAL. 

Dame ! quand on est bîzet. 

SàlIIT-LÉOlf. 

Tous y un riche marchand f 

piGBdzr. 

Ne TOUS fAchcz pas. Vous snvci que je dois 
dire habillé pour la revue... J'ai côznmaiidé 
mon uniforme. 

A la bonne heure» ' 

fAJB : Ainsi jadis un grand prophète. 

Avec raison chacun s^étonne 
iju^un iustant Ton puisse béâtCTi 



SCÈNE L S 

Qnanil |)arinî DOas il nVst' personne 

Qui ne soit ijer de le porter ! 

Non , )e uc cnnuaî^ pas en somme 

D'iiabit plus uoble et pUis brillant , 

Piii> (ii'il rassure riiouoête hoiutoe , 

£t ^u'il fait trembler le méchant. ^ 

D O B V A L. 

Et ie vous demanda si on peut avoir peut 
d*ui) héros ei^ hubit marron. 

PIGEON. 

Ils ont raison ; il est de fait qu^ivec un 
habit marron... J'aurais mieux fait de preu* 
dre ma ^'dingo^e... la nuit sera froide..,* 
( H se couthe,) Âh ! ah ! 

DOBV AI» 

C'est fort bie.n 9 chacun est au corps-de 
gard^^ comme chez soi : M. Pigeon dort ; moi, 
je nrennuie; ces Messieurs jouent ; et toi, 
tu rêves sans douloù tes aa)Ours...Carturaift 
yne mine !... 

' SAINT-LÉ ON. 

C'est vrai.... Je suis furieux; el quand 
un jeune homme honnête se présente pour 
épouser*** 

D R V A t. 
Il j en a si peu qui se présentent ainsi ) 

SAINT-LéON. 

^u moins doit-on le refuser poliment ]..• 

14 



6 UNE NUIT DE LA GAKDE NATIONALE. 

La lettre la plus impertinente i Écoute seu* 
leitient cet endroit-lù, je t'en prie. {Lisant.) 
tt Je n'aime pas les fats , et je crains que ma 
» sœur ne pense comme moi. Qim voulei- 
» vous ? c'est un goût de famille !.••» 

DORYAL. 

Comment ! c*est cette jolie madame de 
Versac qui écrit ainsi... à toi, qui es la mo- 
destie même. 

SAiRT-Léoir. 

Que Teux-tu ? £He a su que j'étais tOD ami 
intime : foilà ce qui m'a perdu I 

DORVAC. 

Ingrat! cela t'a servi auprès de tant d'au- 
tres l D'ailleurs, pourquoi t'adresser â ma- 
dame de Versac?... Parle à son mari, à Ver- 
sac ^ qui est notre ami... Il y a deux mois 
encore qu'il était garçon. 

Il saur» compatir aux maux qu'il a sonfferis ! 

SAIlIT-LEOir. 

Bah ! il est amoureux de ^a femme y et il 
n'use plus nous voir , depeis qu'elle le lui a 
défendu. {En confidence,) Elle a peur que 
nous ne débauchions son mari. 

D OR VAL' 

Voilà bien le comble de l'injustice. 
LA SBrrTivjBLLB y ea dehors. 
Qui vire? 



SCÈNE IL -) 

vs CAPOBAL9 en dehors. 
Patrouille ! 

LA SE5TINÏLI.E , criaot- 

Halte là! Cap^^ral , hors la garde... recon-' 
naître patrouille. 

SA 19 T-L i N y à deux gardes qoi fortent avec lui. 

Allons ) Messieurs. 

PIGEOV. 

Voilà les rondes qui commeûcent ! U n*y 
« rien qui tous réveille comme ça cd sut- 
saut... 

( Qb entend chaoter eo dehws.) 

SCÈNE II. 

LES PRécBDBtrSy LAQUILLE. 

LAQDiLLBy entrant* 

CasT ua^ bomi^ grivoise 
Qae mamVUe Faacbon, 
Aile vous amboise , 
£t ^ rend saoo lafcoo..^ 
Un jour à Gy thére , 
Cupidon disait... 

DfOaVAL; 

Eh ! vbîci n;0^re brave iûstructeur, le vieux 
père Laquille. 



8 UNE KUIT DE LA GARDE NATiCmALE. 

LIQVILLE. 

Oui , le vieux père Laquille ! qui tou^ 
apprend tout ce qu'il sait^ et de bleu buq 
cqpufi encore. 

AIR : Connaissez mieux le gmnd Eugèn$^ 

Pendant vingt anii , de ma vailiauce 
Les ciineiiiis oui seuti les effets ! 

SolJat (lès ma p!us. tendre enfance , 
faÀ (riom{)bé sous les drapcuui français { 
A mon pays que j'ai t^ervi , que j^aîme , 
J'ai consacré ju<if{u^au dernier soupir; 
JUc pouvant plus le bien sirvir moi-même^ 

V^ taoÎDS j^enseigne à le servir. 

DORVAU 

Vous êtes un brave. 

L 4 Q I L L B. 

Pren(i|roqs-nous leçon... ce soir? 

DORYAI.. 

Ma foi 9 noq... tantôt. J\lni$ tenez , voil^ 
8aint-Léun qui est amoureux , ça le di^si* 
pera. 

SAIIVT-LBON. 

Ma foi « non y père Laquille... Je ne suis 
pas en traiu ; plus tard , si vous voulez. 

LAQCILLE. 

Morbleu ! qu'est-ce que ça veut dire ? 
fimourèu:^ ! 



SCÈNE II. 

AI» : Le hriquet frappe la pierre» 

. ■ ■ ,' 

Vous, Ciilporal, est-c' possible? 
Du désord' donner V signal. 

DOAVAL. 

Mais , j)our être caporal , 
Faut «il donc être insensible ? 

LAQUILLK. 

Oui , le service d^abord , 
Fùl-on mêiii' s^i^ent-inajor. 
JVms brûlé tout comme un antre. 
Et dt;s ffuJL les plus ardens j 
Car on était , de mon tems , 
Amoureux tout comftie au vôtre; 
Mais j^ioiis arrangions chacun 
Pour réire de deux, jours Tun. 

Ainsi j décidez- vous 

AIR : Gai, gai, mariez^vùui,, 

n faut , cVst là ma loi , 
Qtrau service 
Ou obéisse ; 

n faut , cVst là ma loi y 
Choisir entr' l'amour et moK. 
A ce chef plein de malice , 
Drés que vous vous adressez y 
Gn'y a plus besoin dVxercicC» 
L'amour en fait faiie assez. 

Il faut, etc. * 



10 Vm HUIT DE lA GARDE NATIONALE. 

SCÈNE III. 

LES PfcéciDEWs, I/ÉVEILLÉ, chargé de 

divers objets qu'il remet à chaque garde national. 

L*fiVElLté. 

AI& : On dit partout clans le monde, 

A vos désirs fidèle , ' ~^ 
^^ai rempli tous Vos vœux ; 
Je vais , grâce à mon zèle , 
Vous rendre tous heureux. , 
(Donnaat ii Tub le journal.) 
Voilà ce qu'où annonce. 

( A un autre .) 

Voilà votre billet; 

(A an autrt.) 
Voilà votre réponse. 
( A M. Pigeon , en lui donnant une Tobille eaTelopp^ 

dans du papier.) 
Voilà votre poulet. 

TOUS. 

A nos désirs fidèle ,* 

Tu remplis tous nos vœux. 

£tc. , etc. 

PIGEON. 

Allons» tu as'oublié mon bonnet de colon ; 
tour est conjuré corflre mon repos. 



» N 



SCENE m. XI 

Tu as ©té bien long-lems. 

L'éfBiLLé. 

J'avais tant de choses à faire ! L'un m'on- 
Toie porter une lettre d'excuse à sa maîtressi?, 
IVutre demander de l'argent à sa femme. 
Savez-Tous que pour être tambour de ia 
garde nationale 9 il faut de la tête et des jam- 
bes ; et de l'oreille donc !... 

PIGEON. 

C'est juste, il faut être musicien. 

L'ÊVBlLLé. 

Et il n'y en a pas un pour pincer un rou- 
lement comme moi... Ce n'est pas moi qui 
prendrai un fjla pour un rrra; et ça sans 
avoir étudié au Conservatoire, encore. 

DOftVAL. 

Dis donc, petit joufflu... c'est toi qui portes 
les billets de garde ? 

l'ÉVEIIiLÉ. 

Je le crois bien. 

D R V A L. 

Eh bien ! tache donc de ne pas venir sî 
souvent chez moi... Mon portierne voit que 
ton visage. 

l'jéveillé. 

Vous êtes diflicile. 11 y a bien des belles 



> 



td UNE NUIT DE LA GAKDE NATIONALE. 

dames 4^ votre quartier qui me paieraient 
pùar apporter des billets à leurs Qiuri$. 

DOBVAL. 

Bah! 

^ L*£ VEILLÉ. 

AIR : Dujroid avec courage. 

Quand Thenreuse missive 
Arrive ua beau matin , 
Cfac... répouse attentive 
LVnvoie à son voisin : 
Soudain il y regarde 
Le jour du rendez-vous y 
C*çst le billet de garde 
Qui sert de billet donXé 

On s*cn est plaint à la poste... Le facteui* 
du quartier De l'ait plus rien \ mais moi) c'est 
différcut. 

AIR : Vaudeville de Lantara^ 

ti Monsieur craiut ma visite y 
Mailaui* la trouv' d^ son goût ^ ^ 
Vim m' pairait pour v^nir plus vite , 
L^autr* pour n' (>as v''nir du tout ! 
D^ sorte que j^arrive ou que j' turde^ 
Toujours on donne au facteur ; 
Et (lout* moi zun billet de garde 
Est un billet zau porteur. 

SAiNT-iioflr, àpart. 

Parbleu! il me vient une idée. {Haut.) 
Me&ïieurs y quelle heure est-il ? 



SCÈNE IV. il 

l>I6E0N. 

Esl-cc que vous youdrleî vous aller cou- 
cher ?*.. Pas de ç'^ f au moins. 

SAINT-LÉOIV. 

Eh! non, soyez tranquille.. 1 Est-ce qu'un 
caporal quitte son poste! {À un garde.) Ca- 
marade f vouiez-vous me céder la table ua 
inbtaut ? 

Bien volontiers. 

SCÈNE IV. 

IBS pkBCÉDEiis, LE CAPITAINE. 

l'b V E 1 1. L E. 

Dites donc 9 père Laquilie , jouons-noud 
une partie ? la mouche ou 'a brisque« 

LAQUILLE. 

J*aime mieux les jeux de combinaison... la 
drogue... la biitailic. {S^adressanC au Capi" 
iaine. ) Salut à notre digne Capitaine. 

LE CAPlTAlIfE. 

y- 

Bonjour, mon brave. Mes amis^ sommes- 
D0U9 au complet ? 

SAlIiT-LfiOB. 

jOxix^ Capitaine» 

F^ V«ud«v;U«i. 4> ^ 



\ 



i4 UNE NUIT DE LA GÀKDE NATIONALE. 

r 

LE GAPlTAlIfE. 

À la bonne heure. ( Sévèrement. ) Mes- 
sieurs • 

AIR • VaudtviUe d^AlhÀrde. 

Oiti » )e Toas le dis sans détour , 
Dans les heures de Pexercice , 
Qu'à son poste Toa soit toujours ! 
, Point d'excuse pour le sewrice. 
A la rigueur je suis enclia : 
Qii'à ma voix tout le monde tremble ! 
Ce soir obéis;>ez. 

( Riswt.) 
Demain 
Nous déjeunerons toHs eesemble» 

SAlNT-téON. 

Je n'ai pas oublié qoe vous nous avex pro- 
mis un pâté. 

Et un pâté solide au poste. 

£B GAPITAlîTR. 

Et six bouteilles de vin de Soterne qui 
nous attendent en faction. 

OOftTAL. 

Capitaine^ si tous renforciez le poste! 

LE CAP rT AI HE. 

C'est juste... Il y en aura dQuze; mais. 



, SCÈNEV. i5 

Messieurs, je tous le demande en g;râce... 
des bonnets à poil^ il nous en njanque eQ<^ 
cor& dans la compagnie. 

LA MERE BRISEMXÇHB , 60 dehors. 

Buvez lu goutte 9 cassez la croûte. 

SCÈNE V. 

LUS PBKCÉDEifs, LA MÈRE BRISEMI- 
C H £9 avec «les petits pains. 

DORYAL. 

JLbI c'est la mère Brisemiche. 

LA HERE BRISEMICHE. 

Allons, mes entans, buvez la goutte... 
cas^sez la çroute... De la bonne eau-de-fie, 
des bons gâteaux, ils, sont tout chauds. 

V N G A R D E , sur le lit de camp. 

Laisse-nous dormir. 

LE CAPITAINE. 

Bah! elle en a réveillé bien d'autres. 

( Pigeon et Laquille prennent de ses petits pstins.) 

s AiNT-LfiON, bas à rÉveillé. 

Tiens , il faut ù Tînstant me porter cette let« 
tre à son adresse ; ça n'est pas loin. 

l'éveillé. 

£t si le Capîtiiipe me demande ? 



i6 UNE NUIT DE L\ GARDE NATIONALE. 

SAINT-LEON. 

Je m'en charge; va vite... maïs oe dis pas 
que ça vient du corps-de-garde. 

l'éveille. 

Soyez tranquille. 

LA MÈAE BBISEMIGHE, FarrêfaQU 

Dites (Jonc, mon petit, vous ne me pre- 
nez rien? Vous savez bien que je donne tou- 
jours le treizième par-dessus le marché. 

l'éveille. 

.Volontiers, la mère... sî vous voulez me 
donner uue douzaine de treizièmes. 

SCÈNE VI. 

ifrs PBÉGBDE1IS, excepté L'ËYEILLB. 

L&QVILLB. 

Cette linère Brisemîclie , c'est ^ bien ta 
doyenne des marc^handes.. 

LA MEBE BBiSEMiGflE, lui vcTsant à boîre. 

Dame! voilà bientôt dix ans que j'ai ou« 
Te ri mon commerce de gâteaux. 

PIC EON, essayant d'en manger. 

l^n voilà un qui date (le i*ouverture. 

LA MEAE BttiSEMiCHE, vcrsaot il La(|uille. 

Bah !... c'est fait d*hier. 



SCÈNE VI. 17 

tkQV I L LB 9 apirés avoir bu. 
Je le Tois bien. 

liA. MitABB&l SE MICHE. 

Eh bien ! y*iù comme ils sont tou8« 

AIR : JW vu le Parnasse des dàneSé 

Snr moi la médisanc' s^xerce , 

Car, voyez- vous, j'ons des ennemis; 

Od veut farr' torl à mon commerce , 

Biais de leurs caquets je me ris I 

Quand on a d^ la conduite et d' Tordre» 

Ou est au-dessus des |iro|ios ; 

Et f défions qu' jamais on puisse mordre 

Ni $ur moi , ni sur mes gâteaux. ' 

LEGAPITAIVE. 

Au moins, la mère , ça Ta-t-il comme 
TOUS voulez ? 

LAUÈEEBaiSEMICRE» 

Oh! nous avons eu un mauvais moment à 
passer* 

àlR : Sans mentir. 

Pendant c^ tems pas un pYit verre. 
Et pas un gâteau d^ vendu , 
On n* fesait rien à Nanteri^e » 
Le commerce n'allait plus ; 
Maintenant, contre un' présidente ^ 
Je n' changerions pas d'emploi : 



ï8 Vm NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 

On (lirait qii^ la soif augmente 
Et tout r mond' veut lïoir' , f croî 

Depuis qi^on boit , 

Depuis qu'on boit , x 
/ A la santé d' oot' bun Rqî. 

LE GAPITAINB. 

S'il est ainsi... je me dévoue. 

TOUS. , 

Et nous aussi... nous boirons à la santé du 
Roî. 

1£ CAPITAINE, qui abu. 

Diable ! il faut bien Taimer. 

1.AQCILLR9 avalant un grand verre. 
Bah! renlhousiasme fait tout passer. 

LE CAPITAINE^ tirant sa montre. 
Eh ! eh ! Messieurs, voilà l'heure de la pre- 
mière patrouille. 

LAMÈ&EBRlSEMlCBE. 

Adieu, mes enfans... je m'en vas au poste 
voisin... Bonne nuit. Buvei la goutte, casse» 

la croûte, 

(Elle tort.) 



SCÈNE VIL I» 

SCÈNE VII. 

LES PEÉGSDBif», etcepté L4 MÈKE BRI* 

S£M1CH£. 

I^E GAPlTAiliE> lisant scpr la fcuUIe. 

Lis caporal ' Sai|it-*LéoD y Dorral et cioq 
hommes. 

SAiNT-IiBON, àpart. 

Ah! diable! et FÉTeillê qui n'est pas re- 
venu. 

LE GAPITAIVV. 

Allons , Messieurs , il faut vous disposer. 

SAIKt-LÉON. 

Ou!» mon Capitaine. Allons, Messieurs. 

DOBVAL9 à SaÎQt-Léon. 
EhbieTil qu'est-ce que tu as donc? 

SAIN T-L BON. 

Ce que j'ai... Sais-tu à qui j'ai écrit? à 
Yersac. 

nOBVÀL. 

A Yersac? 

s A I s T-L É O ir. 

Oui, un billet doux, un rendei-vous... 
que je lui donne de la part d'une jolie dame 
de ce quartier , qu'il courtisait avant son ma-» 
riâge. 



ao U*\E NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 
El tu crois qu'il y viendra ? 

UAINT-LÉOrr. 

Il se ferait pendre plutôt que d*y manquer. 
A minuit, une heure ^ il doit arriver sous les 
fenêtres de sa belle ^ qui demeure ea Caee. 

BOftVAI. 

£h bien ? 

s A 1 1« T-L é o ir. 

£h bien!... eh bien! tu ne comprends 
rien. Nou.^ nous moquerons de lui , et nous 
lui ferot)^ passer au corps-de-garde une nuit 
qu'il croyait mieux employer. 

DORVALy vivement. 

C'est charmant! il nous paiera du puncfa. 

s A I W T-L E o N. 

Et conçois-tu la colère... les soupçons... la 
|aIousic de sa femme?... car elle est jaiousci 
ah! c'est une béuédicliou. 

- D R V À 1. 

Ah ! elle ne veut pas que nous voyions son 
mari.... et elle nous rel'us^ sa sœur... nous 
verrons. 

saikt-l£oiv. 

£tce l'Éveillé qui ne vient pas! 

•LE CAPiTArzvE^ lisant aaprès du pocle. 

^h bien ! Messieurs y cette patrouille 7 



% SCÈNE Vlli. M 

SAINT- JLËOrr. 

Voilà, Toîli!)^ mon Capitaine. 

AIR : Ma belle est la belle des belles. 

L^o^dre en ce moment vous réclame : 
Allons , Messieurs , disposez -vous ; 

( Ba9 À Dur val.) 
Juge du dépit de sa femoie , , 

Eu ue voyant pas son épaux. ^ 

"^ DORVAL. 

Certes» la .vengeance est croelfe. 

SAINT-LSON. 

Je dois , pour ne pas être ingrat , 
Condamuer au veuvage celle , 
Qui me cobdaïune au célibat. 

Allons, Messieurs, disposez-vous. M. Pi- 
geon!... 

PIGEON. 

Ce o*e$t pas mon heure de faction. 

DOAVAL. 

C'est une patrouille... entendez»vous ? 

SCÈNE VIII. 

rtM9 FAicÉDEKS, L'ÉYEILLÉ. 

t'ivEiILB,liasà Saint-Lé[>n. 
\ J*AlTemis lu lettre. ' 



a» r5î: Kurr de la carde ^çationale. 

SAIST-LÉOH. 

A lui ? 

L*É VEILLÉ. 

Non, à la femme de chambre.. • Monsieur 
n'était pas rentré , et Madame l'attendait 
arec impatience. 

DOITAL. 

^ on la lui remettra ? 

Ayant qu'il se couche. 

saivt-léoh. 
Bon ! il no se couchera pas. Tu as été bien 



long-tems ? 



l'É TEILLE. 



Le tems de changf^r. Est* ce que je pou- 
Tais y aller en militaire? J*ai mis ma reste 
pour être en habit bourgeois. 

LE CAPITAIVE* Ics passant co RTue. 

C^est bien, fort bien.... Eh bien! M. Pi- 
geoii, et votre giberne?... Messieurs , on ne 
doit pas sortir du poste sans gibernes. 

DORTAL. 

On ne doit pas même les quitter; c*est de 



rigueur. 



PIGEOH, an Capitaine. 

Eli bidl!... et!a vôtre?... Ah! pardon. 



SCÈNE VIIÎ. a3 

8 A I NT-L 1& K , bas à TÉ veille. 

AïK : Eh! ma mère..» 

Surtout le plus grand silence , 
Pas un mol , souviens-t'en bien. 

le vous en réponds d'avance , 
Primo d'abord , je n' sais rien! 
Mab ma renommée est faite 
£t Ton sait qu'en fait d'amour, 
J'sis galant comme un trom|>ettey 
Et discret conune un tambour^ 

DORVAtybasà Saînt-Lcon. 

El s'il devançait rheure, s*il venait ayant 
notre retour ? 

SAINT-LéON. 

Je Tais dire un mot â la sentinelle. Allons^ 
partons. 

lE CAPITAINE. 

AIR : Du bnmle sans fin,. 

Allons , partez tous enfin 

En silence , 

Qu'on s'avance ,* 
Et que sur votre chemin 
Kcgocnt l'ordre et la prudence. 

SAIJPÎT-LÉON. 

Vcrsac en ces lieux conduit... 



i 



94 t^E NUIT DE LÀ GâKDE NATIOUAU; 
Koa$ aOoDS tont a notre aise 
Passer une bonne nuit , 
Et sa ficoHne une mauvaise 1 

TOOS. 

Allons y partons tons enfin 

En silence 9 

Qu^on s^avance , 
Et que Tordre et la prudence 
Hègaeat sur notre chemin, 

(Os so^ileaft.) 

SCÈNE IX- 

LAQDILLE et L'ÉVEILLÉ, sur le fit de 
camp, LA SENTINELLE, à la porte du 
fonl, LE CAPITAINE, actieyant de lire 
la feuille 

LàQVïLLE. 

Allons, ]e vois qu'ils ne prendront leçon 
qu'à leur retour... Bonne nuit, mon Capi* 
taîoe. 

LB CAPITAIVB. 

Bonsoir, mon brave. 

l'éveillb. 
Prends garde au serein , malin* 



' SCÈNE X. aS 

SCÈNE X. 

K. 
\ 

LES FftÉciDENS, ERNEST, passanl cUm 

h rue. 

LA SBIVT1SELX.B. 
BBNBST. 

Bourgeois. 

(Ernest ei»t en costume èe bal , bas cle soie blancs , etc.-^ 
et la croix d^ionncur. « 

EBNEST) entrante 

Salut, camarades... Pourriez-yous avoir 
la bonté de me dire qui est-ce qui commande 
ici? # 

C*est le Capitaine lui-même, 

EBNEST. ^ 

Me seraît-il permis de lui parler ? 

LE Capitaine. 

C'est moi, Monsieur. Que puis*je faire 
pour TOUS? 

ERNEST. 

Monsieur 9 je Tiens tous prier.... de vou-» 
loir bien m'arrêler. 

' LB CAPITAIKB. 

Cpmmeotl Monsieur? 

r. -Vaudcvillct. 4« ^ 



»6 UNE NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 

E B N £ s T. 

C'est lin service que j'attends de votre 

obligeance. 

tB C4P1TÀ1JÏE. 

» 

Enchanté de faire quelque chose qui trous 
soit agréable... mais ne pui^-je savoir?... 

Ers EST. 

C'est trop juste... Je vous avouerai donc 
que, quoique je sois militaire, et que j'aie 
vingt- cinq ans, j'aime prodigieusement à 
ni'amuscr. 

LE C APITA 1 HE. 

Voilà qui est bien étonnait! 

BBKEST. 

Mais j'ai une femme. 

LE CAPITÀIICB. 

Et cela ne vous amuse pas ? . 

ERNEST. 

Au contraire, Monsieur, la plus jolie pe- 
tite femme ! gentille , aimable, spirituelle, 
qui ni'aime , qui m'adore ; il y a deux mois 
que je l'ai épousée. ' 

LE CAPITAINE. 

Tant que cela! 

ERNEST. 

Tout autant. Mais ce qui va bien plusToai 
suri>rendre, c'est que moi... Ah! çà , je vous 



SCÈNE X. • 37 

dcïiaantle le phis grand secret... cVst que 
jVij suis amoureux fou. 

LE GAPITÀINB. 

Bah! 

ERNEST, 

Mais qui n'a pas e» de faiblesses? Von*;- 
mCnie... les plus grands capitaines... et la 
mienne ya au point que j'ai promis à ma 
femme de rentrer tous les soirs à neuf heures. 

AiB : Vu vem. 

Cmjez-TOits que depuis deux mois , 
Mot , jadis léger et frivole , 
C'est ici la première fois 
Que je lui maDipie de parole ; 
Et jugez de son désespoir, 
Car, soit aiiiour, soit babîUide , 
Ma {emme... à ce que J'ai cru voir, 
Tient beaucoup à rexaclitude. 

Elle sera désolée... mais que voulez-vous ? 
I3ii dîner charmant, du vin de ('hampagne, 
de jolies fetnmes... On dîne si lard à pré- 
sent... et puis, il y a eu un petit bal. 

LE GAPITAI (f B. 

Oh ! je me mets bien à votre place. 

ER^EST^ 

Vous voyez d'après tout cela que , si je ne 
suis p:is arrêté, je suis un homme perdu... 



aS UNE NUIT DE LÀ G.\P.DE NATIONALE, 
tandis que si demain matîa on me yoit arrirer 
au logis y conduit par deui^ gardes natto* 
naux... ni Comment I ce pauvre maru,, U a 
» passé la nuit au corps-de-garde L., et moi 
» qui osais C accuser, » i^ile m'en aimera deux 
fuiâ mieux. 

LE CAPITAINE. 

CVst même une spéculation. •• Mais tout 
allez passer une mauvaise nuit. ^ 

E a V E s T. 
Bah! Tnutre sera meilleure... D'ailleurs « 
demain, après - demain , ne puis-je pas être 
des YÔtres ? 

LE CAPITAINE. 

Ah! TOUS êtes aussi de la garde nationale? 

E R 11 E s T. 

le m'en fais un devoir. 

AIR : yotdant par ses œuvres complètes. 

Croyez ([lie de vbtre obligeance 
J^aurai toajoars le souvenir ; 
Ah ! 'pour combler mon eqiérance , 
Que ne puis- je ainsi vous servir! 
Si jamais les destins vous mettent 
Dans le cas où nous trouvons , 
Songez que nous nous fâcherons 
Si d^autres que moi vous arrêtent. 

tE CABlTAUfltf. 

• Vv)U?^ êtes trop bon ; mais je serais charmer 
de faire plus ample coiniMi^sance , et de saToir 
le ngm d*un mari aussi fidèle. 



SCtlKEX., 99 

Ahî yolonlîers! je surs... 
( 11 te tire du côté 0[>posé à rÉveillé d k LafjuUIe , et 
lui [y»Ae ïm à roreille. } 

tu GAPITllHE. 

Comment ! je l'ai Tue autrefois chex son. 
père,.. £lle était bien jeune alors!.... Maïs 
donnez-vous dooc la peine d*entrer daos mon 
appartement. 

AIR : Nous verrons à ce ipi^U dit» 

Acceptez donc sans façons 
L^ifiite que je yous présente ; 
Oui , Totre femme est charmante» 
De SCS attraits nous parlerons. 

Ah ! d'ici je vois 

Son joli minois | 

Je vois ' 

Sa taille élégante 

£t son air frt|)on , 

i^t $o|i pied mignon. 

ESKSST. 

Ehbkn! 
Vous ne voyez rien. 

LB CAPITAINE. 

H I Acceptes donc sans façons , etc. 

^\ Oui , f accepte sans façons , 

Monsieur, une offre qui m^enchante^ 
Puisque ma femme est abiiente , 
De ses atlraits uuus paiieiuns. 

I. 



i 



\ 



9o UNE SUIT DE LA GARDE' NATIONALE. 

SCÈNE XI. 

t'É VEILLE , LAQUILLE , endorims, ensuite 
M~« DE VERSAC. 

t SBKTinstLB) à la porte. 

Qui vite?,,. qUî TÎveP... qui vire? ou je 
tire. 

Iime 0£ TBRSAC^ paraissant à Importe du cor|)s-de- 

garde. 

Garde nationale ! 

LA SBKTlNELtB. 

Comment! garde nationale!... Soldat du 
posle , vous roulez dire ? 

M"« DE TBIISAC, 

Oui, Monsieur, soldat du poste. 

LA sbutinelle. 

Comment ! sans sabre ni giberne. ( F'ïve* 
punt^ à partp ) Et cet homme suspect, dont 
parlait le caporaL {Haut, ) Entrez vous ex- 
Ipliquer. 

M™» 0]B VERSAC. 

Ne vous fâchez pas, je reste... Il d'j a que 
manière de prier. 



SCÈNE XlLi Si 

SCÊINE XII. 

LAOt^TLLE , L'ÉVEÏLLÉ , endormis , LA 
' SENTINELLE dans le fond , M*"» DE VEK- 
3âC 9 eu habit de garde national. 

M"'* DB VERSAC. 

Ab ! mon Dieu ! et ma femme de cham- 
bre... ( Apercevant Laquilie. ) Ah ! il m'a fait 
une peur! Non, il dort... Mais qui m'aurait 
dit que jamais!... aussi, conçoit-ou rien à 
mon aventure!... Le perfide! à minuit, 
n'être pas rentré!... {Montrant une lettre/) 
Et il arrive pour lui un rendez-vous, quand 
peut-être il est déjà à un autre!... Cette 
lettre que in'a donnée ma femme de cham- 
bre... ce n'est pas bien à moi de l'avoir déca- 
chetée... C'est vrai!... Mais enfin, pour qui 
me tra-hit-il ?... pour une madame de Sénan- 
ges... la plu<t grande prude... ou plutôt la 
plus grande coquette. Fiez- vous donc aux 
îemmes !... Que j'aurais eu de plaisir à la 
confondre , àtne trouver à ce rendez-vous I 
C'est pour cela que j'ai pris l'habit de mow 
mari !... Et encore, à peine suis-je descendue 
de ma voiture, où m'attend ma femme do 
chambre, que je me trouve arrêtée ici!... 
dans un corps-de-garde-. . ( Regardant autour 
délie, ) Ça n'est pas beau du tout... Des 
(^auus.., une table... ah!,,, des cartes,,, des 



3a UIÎE TOIT DE LA GARDE NATIONALE. 

pajjîers, des livres^ Nos mari;» ne sont pfis ^i 
à plaindre qu^ils veuleul bien le dire!... et 
s'ennuient moins an cûrps-^le-^irde qu<3 
nous à les attendre I C'est lu sans Joule quu,. 
tous réunis 9 ils rient à nos dépens, ou s'oc- 
cupent peut-être des moyens de nous troia* 
per* 

AIR : FaudeviUe de jadis et aujourd'hui» 

Hélas! crédules que nous sommes. 
Plaignons donc encor nos époux ! 
Lorsque ces ntossieurs' sont entre hommes , 
Dieu sait ce qu'ils disent de nous. 
Dans CCS lieux où chacun outrage 
I^otre constance et nos Tertu.<i , 
Que d'é|K)ux se peniraieat , je ga^ç... 
suis a'ëtaieot pas déjà perdus l 

Aussi ma sœur ne se mariera pas^ et quoi 
qu'elle en dise, je la forcerai bien ù rester 
CHe... et à être heureuse malgré elle. 

SCÈNE XIII. 

M"* DE VERSAC, LAQUILLE te léveillant 

LAQOILLE. 

Si fe n'y araîs pas pris ^arde... j*a]|ais 
m'endormir. Ah ! Toilà un camarade. •«.;. 
Allons ^ oamarade... Toyons fa leçon. 



. SCÈNE XIII. IJ 

Quelle Ief6u?... 

LAQVlttB. 

D*exercîce apparerhnQent...JSst«ce que j Va 
donne d*aulres? 

Comment me tîrcr ^e là! 

IAQITI1.I.E. 

Allons, prenez votre fusil... Eh bien! ne 
Bûfez'-vous pas où est Totre fusil?.». Là... 
avec les autres... Est-ce 'que vous êtes aussh 
umoureuxP II n'y a que des amoureux dans 
I» compagnie. 

U^'« DE VB&SAC, à part. 

. ÂlloDS, de la hardiesse... Je ne m'en tire'* 
rat peut-êlre pas plus mal que beaucoMp do 
ces Slessieurs. 

lAQVllLE. 

Bien... Tenez vous droit»., rœiifixe... ks 
épaules effacées... Rentrez-moi cet esto- 
mac... Comme c'est gauche un soldat qui 
n'a pas vu le feu... Attention au commande-* 
roqnt. Portez... Au commandement de por- 
tez, vous élevez Tarme vivement près Fépaule 
gauche; la main gauche sous la crosse, la 
droite à la batterie. Portez... armes! (illa^amt 
tU Fersac porte armes, ) Pas mal... mais ça 
pourrait être mieux! Ah! j'oubliais de vous 



H UNE NUIT DE LA GARDE laTIONALE. 

dire, ainsi qu'à ces Messieurs, que je ne 
pourrai pas cette semaine aller douaer de 
leçon chez tous. 

V^^ BE YBfiSAG, à pai't. 

Je n*y tiens pas du tout. . 

LAQOlL&ff. 

^IR : Du vaudeville de Sophie, ou de V/tubergé* 

N^allez pas pertlre en inoù absence 
, La leçon qif vous r'ceyez Iti. 

)^a tête haute. 

MÂ9AMM D£ trCASAÇ. 

Je vous en donne Tassurance 
Je n^oublirai pas cijfeUc-ci ! 

J'enrage ! 

LiCQlriLLK. 

Jugez pour tous quel avantage , 
D^être au poste venu coucher ; 
Vous n^auriez pas eu d' leçon , j' gage , 
Si vous nVtiez v^nu la chercher, 

to"* DE TERSàC. 

U a raison. 

lAQUILLE. 

Allons.... Présentez.., armes!... Eh bien ! 
qu'est-ce que vous faites donc là ? 

m"* HE TERSAC. 

C'est qu'aussi c'est trop lourd, 



SCJEiVEXlIi. 35 

Bah î vOuS'YOUs y ferez... FI sur lé cliamp 
. de bataille donc! dix co«ps à la minute î Pif, 
paf, on lire, on tue, ou est tué..» la se- 
conde t'ois on n'y fait pas attention. 

LA SENTINELLE* 

Qui vive? 

S ▲ 1 9 T-L EO N • eo dehors. 
Patrouille rentrante 1 

LAQCILLE 

C*est notre ronde qui rerienl atec le ca- 
poral.* je vais en prévenir le coiwniandanl» 
- ^ (Il entre eiicz le Capitaine. ) 

Jll"'*-I)E VER SAC. 

'Si je pouvais parler à ce caporal^ et ob-* 
tenir de lui la liberté et le secret. Mais com- 
ment répondre aux premières questions ? 
Feignons de dormir. 

( Elle s'assied «ir une chaise , et tourne le diW à ceux 
qui arrivent- On relève la senlinettc dû fond ; les 
autres déposent leurs fusils , ou se couchent sur k 
Ut de can^n ) 



M UNE NDIT DE LA GARDE NATIONALE. 

SCÈÎSE XIV. 

LA SENTINELLE, SAÎNT-LÉON, DOR- 
SAL, M- DE VERSAC, PIGEON, et 
autref gardes DationâiuL ifù dormcut. 

TOUS» 

▲m : Des Vendanges du yatidttniU, 

Nous voilà tous de retour, 
Noos ayons fini la ronde ; 
Quand on fait dormir le moncte , 
On peut dormir à son lourb 

DOBVAL. 

Notre z^le fiût menreiUe » 

Et Ton doit être content. 

Dans le quartier tout sommeille. 

PIGEOir. 

Moi , je vais en faire autant. 

TOVS. 

Nous voilà , etc. 

LA SBiiTiKELLEy bas à Saint^Léon. 

J'ai fait entrer quelqu'un au corps-de-gar- 
de.... je ne sais pas si c'est votre homme.... 
TeoeSy il est là qui dort. 

SAlIfT-léoif. 

X'est bieul {Bas à Dorval.) Versac est 
arrêté. ( lis/oiMmceni tous dewv, pas A pus. 



SCÈNE XÎV. 3^ 

^t aperçoivent madame de Versae , qui dort, ) 
Que voîs-je? c'est sa femme ! 

Quelle reûcoDlre ! 

8Ai9T-i.Bdifr. 

Ma foi , je n'j conçois rien... Mais ce tour- 
ci vaut mieux que le nôtre... Dors, et laisse- 
moi parler. ( Haut. ) Voyons donc ce garde 
DatiouaLque Fon et aTrê{é.{Feignantde l'âper* 
cevoir. ) En croirai-je mes yeux ! 

»!*"• DE TKASAC; 

]\}. de Saint-Léon ! 

9AiifT-LÉ0N| à Toix basse , les premiers motS< 

Quoi ! c'est vous , Madame , à la caserne ^ 
en uniforme! Auriez- vous par hasard reçu 
un billet de carde? Noire sergent-major en 
envoie à tout le monde ; ou plutôt ce qu'on 
disait des dames de Pari^ sératt-il vrai ? 

aib: Tu vois en nuU h rêghrwni { JoiU'iWe au camp). 

Ces dainf..s av%eat le projet 

De fonner plusieurs compagnies j 

Peur les coromaucler ou devait , 

Choisir, dit-on , les jiluff jolies* 

Mais je vois que c'est vnst erreur j 

Si la aouvi-Hc tlait c^r^atJ e , 

Au î»u d'th'e sinij^ïp cîm^scuv, 

Riafîa-.oe serait capitaîue. 

à. 

F» Vaudevilles, .j» ^ 



98 USE NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 

WT* 1>E TIRS A G. 

Yous triomphez » Monsieur : tous pouTez 
tn'accabler. 

«AIlTT-ttOir. 

Moi ! ah ! tous me connaissez bien mal. 
( Avec intention, ) El qiioiquje tous n*aiuiiez 
pas lès lats... / 

u^fi DE TER SAC, confose. 

Ah I Monsieur^ combien je suis honreuse ! 

SAIlf C-LBOir.' 

Non 5 je sais que tous ne les aimez pas... 
On ne peut pas disputer des goûts, niai^ un 
fut peut quelquefois être utile... Que puii-je 
faire pour vous ? 

M"' DE TBESAC. 

Vous le savez... me faire sortir de ces 
lieux. 

8A<l»««l.E0V. 

Impossible pouf le moipent./. k moins d^en 
parler au sergent, qui en parlerait au capi- 
taine... qui en parlerait... 

y»< DE YERSAG, avec impatiçkice, 

A toute la légion, 

SAIKT'LÉON. 

Non, pas tout-à-faît.». mais qui en ferait 
son rapport, et, tous sentez que demain cela 
irait à Tétat-major... J*aimc mieux , sans en 



s CÈNE. XIV. 59 

rîeo dire^^aisir la premièro occasion... D^ail- 
leurs ^ déjà nous quitter I cela n'est pas ga- 
lant. 

M^ DB TEB9AG% 

Et comment justifier mon absence aux 
yeux de mon mari? Que lui dire? 

Mais ce qu'il vous dit Iai<»même en pareil 
cas. 

M"* DE TEBSAC. 

Oh! les maris ne manquent jamais d'ex- 
cuses; ils s'entendent avec le capitaine; Us 
disent qj'Hs sont de garde, et tout fini par 
là$ mais moi , quel prétexte prendra!. •• En- 
core, s'il y avait bal de l'Opéra. , 

SAlMT-LÉOir. 

C'est si commode les bals dèl'Opéra. 

DOETAl^ a part. 

C'est la garde nationale des dames. 

ai?* DE VEBSAC. 

Et d'ici- là , si quelqu'un de connaissance.. . 
si quelqu'un moins discret que tous?... 

SAiaT-i.BOsr. 

Il n'y e;i a pas.... Fersonne ici ne vous 
connaît, à moins cependant que le jeune 
Dorval... N'avez-vdus pas idée ?... 

K^ DE VERSAC. 

Oui... oui... je l'ai vu une ou deux fois en 



4o UNE NUIT DE LA GAflDE NATIONALE. 

eodété... et peut-être aura-l-îl remarqué ma 
figure l... 

Il serait difficile qu'il ne I*eOt pas fait 
Mais rassurez - vous , je vais parer le coup 
( Lui frappant sur CépauLe* ) Heio... DorYal»* 
Pprval! 

»""* PB TEBSAG» 

Quoi î TOUS le réreillez ? 

SAIKT-tBON. 

4 

Ne connaîs-tu pas madame de Versac? 
D o B y A L , feignaot de s^éTciller. 

Oui t parbleu ! la plus jolie femme du 
monde .. Un peumaligne... un peu prude... 
un peu.., 

Je te présente M. Dorlis» son frère , un de 
me» camarade^. 

D B V A £. 

Monsieur 9 enchanté de faire votre connais- 
fance ; comme vous voyez y je suis l'ami delà 
famille > et je tiens beaucoup à devenir le 
vôtre, 

M"** DE vebsac. 

Hoasieur.., 

DOBYALy à madame de Versac. 

C'est qu'en effet vous ressemblez bcaMÇûiip 
& votre sMBur!... Charmante petite femme^ 



SCÈKEXIV. 41 

qui ne peut pas me souffrir î... C'est le scvil 
défunt qu'on lui reproche dans \v. monde... 
Pdrdî ! vous devriez bien nous ruccommoder 
iâveceile... 

SAiHT-LÉOH. 

^Je n'osais tous en ^trier... mais c'est là le 
{>lus ardent de mes vœux.; 

AIR : Faudep'tlie de ta Robe et les Bottes. - 

Dites-lui bien qu'a Taiâitié fidèle , 
Parfois malia y mais toujours généreux $ 

l)OaVA.L. 

De faux rapports ndas ont noircis prés d'elle : 
Des étourdis ne sont pas dangereux. < 

SAINT-LÉON. . 

Daignez pour nous employer yeis prières j 
De vos bontés c^est peut-être abuser ; 

( Avec intention , et lui prenant la main.) 
Mais on sait qu^entrc militaires 
On ne peut rien se refuser. 

TOUS TROIS. ^ ' 

Oui, lorscpie Ton est militatre, ^ . 

Ou ne peut rien se refuser. 

S A I H T-L é N ^ à madame d6 Vessee. f 
Silence ! voici le Capitaine. 



4t 



4^ UNE NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 

SCÈNE XV. 

LES pBécÉDBïs, LE CAPITAINE. 

LB GAP1TA1VB. 

Eh bien ! Messieurs , touç f oîlà de retour? 
Qu*ave£-vou8 tu peDdaot la patrouille! 

SAIS T-t i o 9. 

Oh! rien de nouveau, Gapîtaioe. 

^Excepté là pluie. 

LB GAPII^AIHB. 

Encore faut-il que }e sache... 

Oh l très-f oloûtîers. 

Walss i du Bàun. 

•Je pars ; 
Déjà de toutes parts 
La Quît sur nos retnpàrfs 
Étend son ombre 

Sombre; . 

Chez vous , 
DflUtnez , époux jaloui , 
Dormez , tuteurs , pour vous 
La patrouille 

Se mouille. 

Au bal 



SCÈNE XV. 43 

Cniîr? un ongioal , 
Qui d^uD faux pas fatal 
Redoutant Tinfortune , 
Marche d^un air contraint ^ 
S'éclabousse... et se plaint 
î)\m réverbère éteint » 
Qui comptait sur la lune. 

Un luron , 
Que l'instinct gouverne , 
A défaut de sa raison , 
Va frappant k chaque taverne / 
Les prenant pour sa maisoii. 
Texaniine, - 
Cette mine 
Qu^enlumine 
Un rouge bord ; 
Quand au poste , 
Qui Paccoste, 
Il ri^iosti; : 
Verse encor. 
Je vois 
Bcvcnir un bourgeois 
Qui , cbarmé'dè sa voix , 
Sort gatment du parterre ; 
Il chante , et plus content qu^un dieu , 
Il écoTche avec feu 
Un air de Boyelilicu. 

Plus loin , 
Près du discret cOusin , 
Eu nio'leste sapin , 
Rt^nlre la financière ; 
Quand sa couturière 



44 U«E NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 
Sort de Tivoli , 
Dans le galant wlski 
Que prêta son mari. 
A mes yeux s'ouvre une fenêtre 
Que lorgnait un amateur , 
Mais je crois le reconnaître , 
Et ce n'est pas un voleur. 
Je m'efface 
Pour qu'on fasse 
Volte-face 
ATinstant;' « 

(a voix basse.) 
Car la belle , 
Peu cruelle , 
Était celle 
Du sergent. V^ 
Jugeant, - " 
En chef intelligent, 
Çue rieu n'était urgent 
Quand la ville 
Est tranquille; . 
Je renlfe , et voici , Général , 
Le récit littéral 
Qu'en fait le caporal. 

Bien, forC bien. 

pieBoir. 

Et ce qui m'en plaît, à moi,. c'est que, 
jgrace A ma patrouille, inou heure de faclioq 
P^i passée , et que je ne la moolerai pas, 



SCÈI^E XV. 45 

Luissci donc ! votre tour Ya rereatr. 

piGEôir. 

Comment ! mon tour va revenir; il y en a 
donc q.ii munquenl P..» On devrait avoir Tœil 
A celd! Je ne monterai pas ma faction qu*on 
n'ait fait l'appel. 

LK CAflTAlHE. 

C'esr juste. Aussi-bien, je ne Paî pasen- 
core fuît. 

ai"« DE V BESA c, bas à Saint-Léun. 
Il va tout découvrir. 

LE CAPITAINE. 

Vous devez être dix, j compris le caporal. 

PIGEOII. 

Voyez-vous.... et je parie que nous oe 
soumies pas sept. 

LE CAPITAllTE. 

Tauïbour, réveillez tout le monde. 

l'É V E I L L B fait un roulement. 

Allons y Messieurs y à Toppcl, à Tappel. 

PLI^SIEVRS GABDSS katiouaux, sorUat de 
la chambre du CaiMtatae, ouiveoant duiond. 

Présent y présent! 

TOCS. 

Présent, présent! ' 



46 UNE NUIT DE LA GARDE HATIONALE. 

LE CAriTAIHB. 

Rangez* rous « je vais commeneer par tous 

compter.... 

PIGB09. 

On va bien voir. } 

(Ils se rangent tous sur la même ligne ; Pigeon est à fa 
tête , madame de Versae est à rextrémité; a|)rés elle 
Saint-Léon , Dorval , etc. Laquitte et TE veillé re- 
gardent.) 

LE GÀPITAINB, comptant. 

AIR : Un bandeau couvre les feux» 

Un , deux , trois , quaire , cinq , six , 
Et sept , et huit, et neuf , et dix : 

Ma surprise est extrême , 
Sur ma Bste j^ai bien compté , 
Votre nombre h dix est porté ! 

D^oà vient donc le onzième ? 

tous. 
Cn' onzième ! 

LE CAPlTAiNB^quia examiné madame de VersiC« 

£b! mais..^ Cela serait singulier! 

LAQriLLE. 

£h bien! vous voyez, M. Pigeon ; il y en 
a un de trop au contraire. Qu'est-ce que vous 
disiez donc? 

PI6E0K. 

Je/dis... je dis que s'il y eo a un de trop 



! 



SCÈNE XV. 47 

je m'en vais. C'est qu'aassi qui diable avait 
,va ce M.onsteisr? [Montrant madatnc de Fer-^ 
sac) Je ne l'ai pas encore aperçu» 

SAiHT-LÉON) fesant signe à rÉveillé de dire comme 

lui. 

Bah ! il y a cinq ou six heures que j'ai 
causé avec lui* 

DOIYAL. 

Moi Je mêm^. 

l'Eve mi. 
Moi de même. 

LAQUILIE* 

Pardi! je lui ai douné une lepoti d'ezer- / 

cice. 

LE CAPiTAijrE, même jeu. 
Vous lui àrei doané une ieppo I 

li^QOILLB. 

Et bonne, encore. 

SAlHT-LÉOZr* 

* C'est M. Dorlis. 

DO&VAL. 

Notre ami intime. 

LE GAPiTA^HE, avec surpiîM. 
Dorlis! 

PIGBOI!^. 

• D^uilleursj s'il est do garde aujourd'hui. 



$8 UNE NUIT DE LA GARDE NATIONALE. ' 

son nom doit être sur [-4 feuilleton peut bien 
iroir. 

j^me ||£ YEASAC^à SaiottLéon. 

Je suis perdue ! 

LB CâPITJLITïE. 

Ce n'est pas la peine... Vous dîtes, Dor- 
lis... oui , je ine le rappelle!... c'était le troi- 
sième sur la liste... Je l'ai tu. 

SAlHT-LÉOÎf. 

Ahl vousTaveivu! 

LE CAPITAINE. 

Oui 5 j'en suis sûr à présent. 

D R t A L y à part , à Saint-téon. 
Il est bon enfant, le Capitaine. 

Oh ! oh ! voilà le jour qnî paraît. {A Saint-* 
Léon.) Caporal, je voulaift vous prévenir. Il 
y aura, une corvée à faire ce matin. Cr'est ua 
mauvais sujet, à ce que je soupçonne. au 
moins, qu'il faut recojiduire chez lui. Vous 
Tescorlerez, vous- et un homme de bonde 
volonté. 

piCEOir. 

» 

Ce n'est pas moi , d'abord. 

(11 se met sur la chaise et se renflorl.) 

LE Capitaine, montrant maç'ame de Versac. 

IVfîu's peut-être pourrica-voufl demander .à 
M. Dorlis... 



SCÊJÇEXV. ^^ 

8 A i«T-i è K , bas à xDadame de Vcrsac* 
Acceptez vite* 

M«« DE TIRSAC 

Oui, volontiers, CdpitaÎQe, 

i-E CAPITAINE^ àpart. 

Ma foi , je ne m'attendais pas à une sem- 
blable aventure. 

SAiHT-Lioïl, bas. 

Nous sortons ensemble. Jç vous reconduis 
Chez vous... cela vous convient-il ? 

«*"• »B VBBSAC. 

A merveille..., et je ne sais comment re- 
connaître... 

LE Capitaiwé, à Saînt^Léon et à madame de Versac. 
Ah! çà, je vous prie d'avoir quelques égards 
pour ce jeune homme ; il se peut qu'il m'ait 
ditja vérité. Imaginet-vous qu'il est amou- 
reux de sa femme. 

T ir s se rassemblent prés du Capîlaîoe. 
AhîahL.. 

lE Capitaine. 

El qu'il est venu me prier de l'arrêter.... 
aJî. ah.... afin d'avoir un prétexte pour ne 
rentrer que ce malin.... ah! ah'... sans être 
grondu. 

T s. 

Ah ! ah î 

r. VaudeviBec. 4» * 5 



'.r 



5o UNE NUIT DE LA GARDE NATIONALE. 

1>0KY±f*. 

Le moyen est jdélicîeux. 

SCÈNE XVL 

LES paicÉDENSt L'ÉVËILLÉy sortant de 
la cliambr« du CapiUinc. 

L*é VEILLÉ. 

Grakdr nouYelle!... Ce monsieur, tous 
savez bien... Ce malin qui est lâ-^dedans veut, 
avant son départ , pa^er du punch à tout le 
corps -de-g;arde y et je vais en chercher. 

(U sort.) 

TOUS. 

Comment I du punch! du punch! 
p 1 6 E H 9 s^ëyeillant et se levant. 
Présent I présent ! Qu'est-ce que c'est ? 

DOEVAL. 

firavo! il fîiiit boire à la santé de cet ori- 
ginal , et en même temps griser le nouveau 
camarade. 

PIGEOH. 

C'est ça 5 il faut le rendre mauvais sujet* 

D R Y A L. 

AIR : Faud. de Haine aux femmes» 

Cet air et modeste et discret 
Ne couvieut pas à la jeunesse \ 



SCÈNE XVII. 5i 

Dites bonsoir k la sagesse , 
£t devenez mauvais i^ujet. 

SAINT-LEON, il madain* de Yersac. 

Que ce discours vous persuade : 
Allons , preoez ce parli-là ; 
Vous n'y perdrez ricù , camarade , 
Et tout le monde j gaguera. 

TOC». ' 

Oui , tout le monde j f^j^poera. 

SGÈME XVII. 

LES PRÉCÉDÉES, E RN E S T ^ sortant de la 
chambre du Capitaine , un peu etidormi. 

EBMESTi 

Eb bîcnl Capitaine, tous me laissez 1û. {A 
madame de Vei*sac et à Saint-Léon. ) Ah î ce 
sont ces messieurs qui ont la bonté de me 
reconduire. {Prenant la main de piadame de 
Versac). Touchez là , camarade. 

M'** DÉ TBRS&G, le regardant. 

Ciel! mon mari ! 

ERNEST. 

Ma femme I 

Tiens» le camarade est la femme. 



Sa L^£ mm de la garde nationale. 

TOUS. 

AIK : On m^avait vanté la guwguetU» 

Quelle aventure surprenante ! 
Conuncnt croiic que deux C|XNIx , 
Dans iv'ur ardeur toujours constante ^ 
Se donnent td rendez-vous ? 

MADAME DE YERSAC , lui donnant UM letlr»« 
£h quoi ! me tromper de la sorte ! 
TERSAC , prenant la IeUr«. 
Eb quoi ! ç^est vous sous cet iiaUit? 

MADAME DE VERSAC. 

Je devais vous servir d^escorte* 

YERSAC. 

rétais vraiment (brt bien conduit. 

TOUS. 

Quelle aventure , etc. , etc. 
(pânUant la reprise du cbœur, Saint-L^on et Dorval ont es 
Tair d'expliquer à Yersac que' ce sont eux qui ont ^rit 
la leUre.) 

M""* DE TEESAC, àsonmari. 

Si vous étiez chez vous^ Monsieur y quand 
il vous arrive des rendez-vous, je ue serais 
pas obligée d'y nller ù votre place. 

VE ESAC. 

Gorainent ! uo rendez-vons ? 

s A I j«T-tB ON 9 à M'n« de Versac. 
Rassurez^-voiis... ce rendez -vous, adressi 
A votre mari, était de ma façon. 



8CÈNËXVII. 53 

EBKBST. 

Cammentl mal>aDae amie» tous osies 
soupçonner... 

*M"»« DE TEaSÀC. 

J*ayaîs tort en elTet.... Tout une nuit 
dehors. . . ^ 

Sj^JIfT-LÉON. 

Qu'avez-vous à dire? tous TaTez passée 
ensemble... C'est comme si tous a'étiex pas 
sortis de chez Vous. 

M^^^DE TEKSAC. 

£t qu'en dira-t-on,' s'il tous plaît? 

SAIIfT-téoiC. 

AIR : I>u put de fleurs. 

Où dira quVn soldat fdéle , 
Notre ami veillait avec nous , 
Et que sa femme , aimable autant que bslle^ 
Vint pour consoler son époux. 

LE CAPITAINE. 

L'aventure n^est pas moderne , 
£t dans TOlympe , nous dit-on y 
Quand Mars était de faction , 
Vénus venait à la caserne. 



54 UNE NUIT DE LA GâRI^ HÀTIONALE. 

SCÈNE XVaL 

lEs pRÉcéDBNS, L'ËYËILLÉs avec un bol 

(le'puDch allume. 

• > 

L'ÉTBILLi. 

, AIR : Honneur à ce grand soi*cieh ( Bachelier de y 

Sttlaiàaacjue.) ^^- - ^ 

QuVn se mette 

Tous en train ; . • . i 

Gai , gai , yoki là i^ctttè 
Pou)^ $s iaettre tous en traur, 
£( pour bannir le chagrin. 

toos. 

Qu'on se mette 
Tous en train , etc. 

DORVAt , à Bmeit. 

A toi , je bèis le ptêthié^ rette , 
Nous devons te remercier. 

£RllfiâT. 

A toi. C'est pa. 

C*e$t toujours en pareille affaire f 
Uépoux qui finit par payer. 

CUOEUB. 

Qu'on se mette 

Tous en train ; 

pat y gai , voici la récetl 



SCÈNE XVÏIL $5 

Pour se metrre f obs en train , 
Et pdur noyer le cbagrm. 

ff Aiirr^LÉON ) k madame «te Terste. 

En qjuîttaiit l'habit militaîre , 
Baignerez-Tous tous souvenir 
' Des |>roai<;sses de votre frère ? 

MA.D1ME DE YERSIC. 

CVst à nia sœur à hes tenir. • 

Bien » ma femme. 

cnœuA. 

Qû'oik se liifcYte 
Tous en trsûn> etc. 

XRNZST 9 an Capitaine. 

AIR : Bouton de Rose;, 

Mon Capitaine , 
De vous , je m'éloigne à regret , 
Un autre sous ses lois m'euchalne ; 
J'y reste. 

( Montrant ta femsie.) 
Et voilà désormais 

Mon capitaine. 

CHOEUR. 

Qu'on se mette 

Tous en f rain ; 
Oai , gai ^ voici la rccctCe 
Pour se mettre tous en train, 
Et pour noyer le chagrin. 

( On- entend lé tatblïfilur.) 



56 DRE NUIT DE LA GARDE KATIOlfALE. 

LE CAP1TA.1NK. 

Déjà la garde montante... on rient relcrcr 
Me posle... Allons, Messie ur8> sous les armes. 

LA QUILLE, à rÉvcillé , qui est occupé à bonre. 

Eh bien! joufflu, n'entends-tu pas Tap^ 

pelP.... Allons donc, à ton insirumeot... le 

chef d'orchestre i ^ 

(L'Bmilé premiaion tambour.) 

RONDE. 

LAQUILLB. 

AïK : P^tit bonhomme pna^dsa kçci€. 

Eotends-iu Pappel qui sonne ? 

L^E VEILLE , accompagnant sur aon'tainboiur. 

R^Ian tan plan , lironfà , H'rocfa. ' 

LAQtJILLE. 

Au signal que rboancur donne 
Toujours le Français répondra. 

TOOS, 

£nlends-tiji ) clc^ \ 

LAQUILLS. 

Parfois un buveur sommeille 
Près da flacon qu^il vicia ; 
Mais quand d'une autre bouteille 
Le doux glou glou lui dira . 
£nLends-tu Tappel qui sonne ? 

Vevwllb. 

A*ian tan plan , lironfà, Uronfa. 



SCÈNE XVIII. 57 

LAQUILLX. 

Au slg^nal que Baccims donne , 
Toujours le Français répondra ; 

TOUS. . 

Entends-tu , etc. 

SAINT-Lioir. 

Goûtant , après tant d'alarmes , 
Le repos qu'il désira , 
Le Français pose les armes ; 
Mais quand Thonneur lui dira : 
Eutends-tu Fappel qui sonne ? 

t'ÉVElLLÉ. 

B^lan tan plan , lironfa , liront. 

SAINT-LÉON. 

Au signal que Tbonneur donne 

Toujours le Français répondra. (lit.) 

l'éveillé. 

Hier prés de nymphe mignonne 
J' m'embarquais dans V sentiment ; 
J' triomphais , quand la friponne 
Me repousse en me disant : ' 
EnteuJs-tu Pappel qui sonne ? 
RMan tao plan , lironfa , lironfa ; 
Lorsfjue le devoir Tordoune , 
Faut toujours qu'un tambour soit tk, (Bis.) 

TOUS. 

Entends-tu, etc. 
( Pendant ce couplet , tU se sont mis sont les armes , et sur 

Jeux rangs. ) 



58 UKE NUIT DE LA GARDE. SCÈNE XVIII. 

LE GAPITAIRB. 

Portez , armes ! 

MADAME DE YEBSAC , ao PldiKe» 

A ra[)pel toujours docile , 
Aucun de vous n'y manqua ; 
Et lorsque du Vaudeville 
Le tambour vous dira : 

L^EVEfLLi. 

K'ian tan plan , rangeons-nous sous sts lois* 

MADAME DE VEUSAC. 

Au signal que Ton vous donne , 

Daignez repondre quelquefois. (Bis.) 

TOUS. 

Entends-tu Pappel qui sonne? ete* 

LE GAPlTAIirK* 

Présentez 9 armes! 

(Ils présentent les armes au public. Boiilement. La toiltt 

tombe.) 



Flir d'iîHS iriîlT DB LA GABDH HATIORALS. 



LE NOUVEAU 

POURCEAUGNAC, 

COM£pi£ £N UN ACTÏ» 

Par mm, SCfllBE et DELESTRE^POIRSON , 

KepmentéjB » pour la première fois , «iir le théâtre 
du Vaudeville , le i8 février 18^7^ 



€.>• ) 



PERSONNAGES. 



M. DE YERSEUIL y colonel de hussards. 

NINA, sa fille. 

XtiÉOOOAË^ lieutenant de hussards^ amant 
de Nina. 

JULES^ \ ^c)us-Iieutenans de hussards* 

ERiNKST DE ROUFIGNAC, jeune officier 

de cavalerie, prétendu de Nina. 
M. FUTËT , percepteur des contributions. 
M'»« FUIET, sa femme. 
TIEN. NETTE, filleule de Nina. 
UN BRIGADIER de hussards. 
DROLICHON , commis de Fotèt. 

OFFICIG&S DB BCSSABDa 9 et J£V1IBS CBUS DM 

Paris* 



La .«ccnc est dans une petite \llle voisine de Paris, daas 
laquelle «st caserne le régiment de M. de Verseuil. 



LE NOUVE.4P 

POURCEAUGNAG, 

COMÉDIE. 



.^v»%^»»^^»»^< 



SCÈNE PRIÇMIÈRE. 

THÉODORE, LÉON, JULES, et plu- 
«îtîurs OFriciBRS de biis5Ard9 « assis autour 
d'uDe table , et figurant ua conseil de guerre. 

T0C8 y |)ar]aot à la fois. 

Mot . Messieurs 9 je pcose, et moD ans est 
que d'adord... 

jri.ES. 

T.h ! Messieurs , uo peu de silence ; on ne 
peut Juger sans entendre , et si vous pariei 
tous ensemble... 

CVst h moi de tous expliquer... 

JULÈ9. 

Non 4 lès amoureux sont trop bavards.... 
{Se levant,) Voici le fait: 

AIR : De la Rôle et des Boites, 

' Thtorlorc «îmc sa cousine , 
Qui ibut bas brûle aussi pour lui ', ^ 

f, V4iul«7ific«. 4* 



62 LE50UVEAU POURCEAUGNAC. 

Mais pour tm antre oo la destine , 

El cet autre arrive ai^ourd'hoû 
Sur son h jmea il vient , en homme sage , 
Pour implorer vos secours , vos avis , 
Persuadé quVn ùil de mariage 
On doit toujours compter sur ses amis. 

J*aî dit. 

LBOn. 

Aia : Jdieu , je vous fois. 

Eh bien ! Messieurs , quVn pensez-vous? 
Permettrons-nous qu^à nos jeuK même 
Un autre soit Theureux épout 
Ile la jeune beauté qu'il aime ? 

JULXS. 

Nous seuls y puisqu'on veut la ravir, 
Serons ses protecteurs suprêmes... 
Et plutôt que de le souffrir , 
Nous répoaserions nous-mêmes I 

TBéODOBE. 

Mes amis 9 mes généreux amis^ c^en est 
trop... 

Non , voilà comme nou» sommes... Mais 
nous aurions bien du malheur si , entre nous^ 
nous uc trouviijns pas quelque moyen de 
renvoyer le futur dans sa proviiicei 

T B É D B E. 

Pensez^y donc , Mcssieur? ; un préteada 



SCÈNE I. V 63 

de Limoges , et qui se notnme M» c!e Kon- 



De Ruuâgnac!... 



TOUS» 



jlJIiBS. 

De Roufîgnac ! ., Voilà qui rime terrible- 
ment bien à Poiirceaugnac. Et quel homme 
ttst-ce ?... 

THÉODORE. 

C^est ce qu^on ne sait pas précisément... 
Mais songez de grâce qu'il arrive aujourd'hui» 
et qu'il o'y a pas de tems à, perdre... 

JULES. 

Voyons donc quelque moyen bien extra- 
yagant. Si nous... Non 9 cela ne vaut rien... 

THiODORE. 

Nous pourrions... Oh ! ce $erait trop fort. 

LEON. ^ 

Je le tien9.... Nous n'avons qu'à.... Non 9 
cela pourrait compromettre... 

3VtiS. 

Allons y voilà de beaux moyens ! Eh ! 
I^essieurs... au lieu de nous creuser la tête 
à chercher des inventions nouvelles , des 
farces ingénieuses pour éoonduire un pré- 
tendu » n'avous-nous pas sous la main ce 
qu'il nous faut ? Nous avons tous assisté ce 
suir à la représenta Ci 00 de M. de Pourceau- 



64 LE NOUVEAU PODRCEADGBTAC. 

gnao : roilà nos moyens tout trouvé:» : Isi 
farces de Molière eo valent bien d*autres. 

TBâoBonE. 

Laissez donc... C*est trop usé... 

IVLCS. 

Bah ! arec des cliangeinens et des addî-* 
tious 9 voilà comme ou fait du neuf... C'est 
la mode d'ailleurs , et l'on a trouvé plus com- 
mode de refaire Molière que de Timiler. 

AitL : Un homme pour /aire un tableau, 

Dc$ Cotîns qa*il peignît « bien 
Nous voyons b race renaitre. 
Mais d^un crayon tel que le sien 
Nul cncor ne s^est rendu maitre. 
Des hypocrites et des sots 
On oraludrait moins le caractère , 
Si tous nos Tartuffes nouveaux 
Pesaient aaitre uu nouveau Molière. 

THÉOOOBB. 

Ma foi ! faute de mieux , tenons* notts-en 
donc à 'Molière.*. Va pour M. de Pourceair- 
guac* 

tous. 

Va pour M. de Pourceaagnac! 

J ÏJtZS, 

ikdopté ù la majorité* Aujaurd/hui Tarrl^ 



8CËN{ ï. 65 

Tée da futur» demain son départ, et nous 
znariond Théodore le mardi gras. 

THBODOBE. 

Comme tu y ras ! 

AiB : Il n*est pas tems de t^ous qidtttr* 

St marier un mardi gras ! 
Vit-on jamais rien de semblable ? 

JULES. 

£h ! mon cher ami , pourquoi pas ?' 
L^à-propos me semble admirable. 
Ce mardi gras qui voit la gaité fuir 
D'un jour d'hjmen m^ofTre Temblème. 
C^est encor un jour de plaisir 
Mais c'est la veille du carême. 

Il oe reste plus qu*à distribuer nos rôles... 
Au moins si nous avions ici notre cher Futet 
et sa digne épouse ! ce sont eux qui nous se^ 
couderaient merTeilleuseraent.... Mais ce 
cher percepteur des contributions esta Paris 
depuis ce malin. Quel dommage ! lui qui 
passe sa vie à faire des tours , des malices... 
Quelle fête pour lui I II sait pourtant la situa* 
tion où nous nous trouvons : il avait promis 
de nous seconder... £h ! qu'entends- je ? fo 
voici ! 



06 LEKpUYEAUl^ÔlJKCÉà^GNAC. 

r 

SCÈiSE IL 

• « 

LliS yEÉCÉDEHS., FOTET, 

AïK : Lorsquç le champttçne. 

?6UR fuir rb^aneur iioite^ 
^ Jouer chaque jour 
Un tour, 
Chaoterf rire et boiye'. 
C'est là le fait 
De Fulet. 
I^ql sot ne m^écVâ])pe \ 
Sur cbacun je drape ; 
Tous les joùts j'attrape 
No^vcl original. 
Enfin sur la terre, 
Par mon savoir-faire , 
Mon année entière 
Est un trai carnaval. 

TOUS. 

Poi|r fax rt^umeur noire, etç^ 
ToioDO&B. 

Nous yoMS occasions déjà , ipoq chef 
Fulet, ' 

f CTET' 

Ingrat !... je m'occupais de vous... Je n'ai 
fait que rêver à YQlre aventure loqte la quit« 



SCÈNE II. 67 

Von» m'intéressez d'une manière tonte par- ' 
ticiilière... Ce n'est pas à cause des excellens ' 
dinars où vous m*inviter ; je paie toujours * 
mon écot... eu gaîlé. Mais vous aimez tant 
volr« cousine ! elle est si gentille , votre 
charmante Nina I c'est un petit démon en 
vérité. Je me suis dit : Futet, tu te dois tout 
entier à ce couple intéressant. Ce matia je 
me lève à six heures... je m'arrache des bras 
de madame Futet... Je selle Coco 9, et me 
voilà à Paris au bureau des diligences; deux 
ou trois entraient dans la cour..# Quel spec-f 
tucle qu'une descente de diligence l 

A^]^ : Pégase, 

Un monsieur, que je juge artiste , 
Pemandalt le grand Opéra j 
Taudis qu^une jeune modiste 
pemande le Panorama ; 
Corcelet , crie un gastronome ; 
Plus loin dVn air sentimental , 
JTe remarque un petit jeune homme 
Demandant le Palais-Ko^s^l. 

3e me retoutne et paperçois la diligen/^e - 
de Limoges. Je m'informe adroitement du ' 
conducteur si M. de AouHgnacest parmi les 
voyageurs. Réponse affirmative. Je vois des- 
cendre de la diligence un bon nombre d'ori- 
ginaux , de têtes toutes particulières... comme 
(lous les aliûops, nous autres farceurs. Nous 



6S LE NOUVEAU POURCEAU ON AC. 

voilà donc assurés que notre victime est arii^ 
vée , qu'elle est dlgat de nos coups. 

▲IK : Suzon sortait de son vUlagc, 

Quand j^ai remarqué leur 6gure 
Je tourne bride vivement » 
£t de Cuco pressant l^aliure 
J^arrÎTC ici dans un instant» 
( Pour concerteri 

Pour an^tcr 
Tous les bons (ours qu'il faut •exécuter. 
Le carnaval 

Sera fatal » ^ 

Je le parie , à cet original. 

Condamnons , par maintes esdaadres , , 
Notre victime au célibat y 
£t nous brûlerons le contrat 
Le mercredi des cendres. 

TOUS. 

C'est convenu. 

FUTET. / 

Madame Futet nous secondera* C'est une 
commère... Suffit, je D'en dis rien; c*est 
mon épousé , et vous la jugerei dans le 
danger. 

JOtBS. 

T^ous allons t'expliquer... 

F n T B T. 

Songez 9 pour moi , que je veux... que i*ti 



SCËNEIII. 69 

droit à un bon rôle. Ah!.. }e tous recom- 
mande mon commis 4 cheral^ Drolichoo..* 
qui n'est pas une bête... , 

4U£ES. 

Tu seras content... Il s*ag;it donc*. 

SCÈNE ni. 

tis PHÊGÉDEirs, TIENNETTE. 

TIBNHBTTB. 

Cbot... Eh vite! retirez-vous!... 

SVLUS. 

C*est Tiennette qui est notre fentxnello 
avancée. 

PUTBT. 

Tant mieux. Joli talent... Elle peut nous 
seconder dans les ingénues en riostruîsant 
un peu.^.. 

TIEICirBTTB. 

Oh! {*ai de la bonne volonté... Mais il 
faut vous retirer ; M. le Colonel est levé> il 
va sortir » il est d*une humeur !... 

jyxBS. 

Il n'est pas abordable depuis quelques 
)ours. 

fBBOOOBX. 

11 attend à chaque instant le généra! ,: 



Jô X.E NOUVEAU POURCEAUGNAC, 

qui doit Téoir passer en reTue notre régK 
çient.. 

TIENHETTE. v 

Allons , voyons 9 àlfez-rous-en , car d*UQ 
moment à l'autre M. de Yerseuil... 

JVIES. 

Ah! ç^f Tiennette, avancez à Tordre. Nous 
attendons plusieurs jeunes gens de l^endroit^ 
et même de Paris, qui doivent nous servir 
dans nos projets... 

TIENNETTB. 

Oui, dans vos projets de coméâie... Je 

aais*.* 

Léon. 

Comment ! tu sais ? 

TIENKETTB. 

Oui ! j'étais là çn sentinelle et j'écoutaîs... 
Ohl soyez lraiiquille^5 fai tout entendu. 

JIJIiBS. 

Futet a raison, elle a des dispositions. 

Si donc ces'jéunes gens arrivent... Tu sais^ 
ce dont nous somme? eoavcims. 

tlENiETSTTB. . 

C'est tout simple. Oh î mon Dion ! vous 
pouvez vous en -rapporter iV ynoi. Je les fais 
ipos passer dans le jurdin j^isqu'à c^ que le 



SCÈNE ÏIÎ. ^1 

Q.: Colonel soit parti ; et s'il les retiôonii^e , ce 
sont des Messieurs qui tiennent pour noire 
bai musqué > €*est entendu... 

^ V U T B T. 

Vojez-vous^ la petite gaillarde t.*. Em* 
brcisse-moi, mon enfant; tu aurais été digne 
d'être mademoiselle Futet».. Allons , Mes* 
^ £:tiurâ > ue perdons point de temsi. 

^ ▲!& : du Panudom 

Qiue cfaaeim fasse 

Arinstant 

Le serroent 
De promener^ 

De beraer. 
Sans fdire grâce » 
Le préteada 

Éperdu , 

Confondu , 
Et de rendre ses caleùls 
Nuls. 

. Si Tenant de son pays 
A Paris , 
Ce beau-fils 
Prend chez nos detnolselles 
Les plus sages , les plUs belles \ * 

Par ce choix, incivil » 
t^ue nous restera-l-il? 

TOOS. 

Que diaeiin &sse 



•î LÉ NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

A rinsÊuil 

Le sermeiit , cte. 

(Jlf tOzÎMDt.) 

SCÈNE IV. 

TIENNETTÉ. 

Mé Toîlà de la confidence.. •• C'e^t gentil 
d^'être dans une confidence ! et surtout pour 
servir mademoiselle Nina ^ ma marraine , qui 
est si bonne I Que mon papa dise maintenant 
que je suis une bête. 

AIR : C^èst jna mie f là veux. 

Tout bas quand on cause 
J entends toujours breo ^ 
Je sais mainte chose 
Dont je ne dis lieu f 
£t pourtant |>aps| 
Dit que je suis bête. 
Est-ce ma faute ^ dà ! 
S'il m'a faite 
Comm^ ça ? 

TsMS que rvoîsin Pinm 
Gronde tant qu^ii peut| 
Et finit par faire « 

Cqnc su femme veut- ' 
El pourtant papa , etc« 



SCÈNE V. 73 

Je Vois d^ordiûaire 1 

Maint et maint chaland 
Qui YÎent voir mon père 
Pour saluer maman. 
Et pourtant papa , etc. 

Je voudrais bieb le voir ee M. de Rouf\- 
gnac.»«Roufigoac!... Il me semble qae quel* 
qu'un qui a un uom comme celui-là doit 
avoir uue figure bien drôle. 

SCÈNE V. 

TIENNETTE , ERNEST DÉ ROÙPIGNAC , 

en négligé d^ofiicier de cavalerie élégant. {*) 

BEtfBSTé 

QtEL singulier pays!..» Comment! per- 
sonne pour me recevoir !... Ils ne sont pas 
curieux du tout.». Si un prétendu arrivait à' 
Liiiioges 9 toute la fanxille serait depuis le 
matin sur la grande route. 

TtEjriTBtTE. 

Ah ! mon Dieu ! vpilà déjà quelqu^un... 

BJIHBST. 

Ma belle enfant... 

TIECrilETTB. 

Chut! 

(*) Frac et chapeau bourgeois , veste , pantalon ci 
bottes d'uniforme. 

f. VaudeviUet. 4< 7 



74 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

EBFEST. 

Qu'est ce qoe c'est donc? > 

TlEmCETtE. 

Chut! T0U5 dis-je... Vous Teaes de Paris? 

seuest. 
A l'instant même... 

TIEHKETTiB. 

Ces Messieurs et mademoiselle ï?tna tous 
attendent ; maisT il ne faut pas paraître tout 
de suite. » 

Eftlf EST« 

£b ! pourquoi donc ? 

TIENNETTE. 

Le Colonel n'est pas encore sorti... et je 
guette sou départ et l'arrivée du prétenda. 

Du prétendu ! 

TIEHBlBtTE. 

Oui... Vous entendez bien qu'ils^ £aiut pas 
qu'il sache... 

EBVBSIJU 

Parbleu I cela va sans dire.. • 

TIE|i?I.ETTE. 

Parce que s'il se doutait seulement des 
tours qu'on veut lui jouer... ce ne serait 
plus cela... 

ERREST. 

C'est jusfe... Mais dites- moi : le préteudu, 
c'est?... 



SCÈNE V. 75 

TIEWIfETTK. 

Cet ii'ubt'clle qui arrive de Limo^esJ 

CBNEâT. 

Ah! oui... oui... M. de Rou%Bac? 

TIEVVCTTS. 

Justement.... Alit bieu » si tous savez 
déjà... 

ERNEST, 

Oui , je sais... confusément.. . 

TIENWETTB. 

Ch ! nous criions l)ien noo^ amuser! Tous 
ce$ Messieurs , ces messieurs les OQ'cciers , 
bout avertis.... C^est M. Fulet , le percep- 
teur des contributions , qui mène tout cela. 
Mademoiselle va ^e concerter avec eux... 
Elle s'est déjà entendue avec M* Théodore. 

E BREST. 

£h ! quel est ce M. Théodore ? 

TIBRNETTE. 

AIR : Mon galoubet, 

Cest son cousin , 
QuVlle aima dès son premier âge { 
^tt si quelque autre avait sa main... , 

Mad^niuisetle est fi'Jéle et sag^e , 
Et n'aimerait jamais , je g[age , 

Que son oousin. 



76 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC,^ 

ERNEST. 

. C'est cfaannaot... 

TIENHETTE, 

C^est son cousin 
Qui toujours a la préféreuce ; 
£t si la qoœ s^ fesait demaio , 
Savez-vous qui lui Trait d^âvanoe 
Panser la premier' çeptre-danse f - 

C est soQ pQosin. 

X 

EIHBST, 

Cette petite fille -^là a de Tesprlt pour apo 
e*t « 

THERHETtE. 

N'est'Ce pas, Monsienr?... Il paraît qu'on 
vous attendait pour commencer.... Mais 
dites-moi , qu'est-ee que vous &ites donc 
U-rdedaos ? 

BlITEST. 

Ma foi... )e te ravoueraf... je ne sâîs pas 
trop quel rôle je dois jouer.,. Tu dis donc 
que Nina aime Théodore ?o 

. TIEKNETTE. 

Sans doute... ce qut n'empêche pas qu'ih 
n'aient quelquefois de grandes disputes.... 
parce que M. Jul«s est aussi fort aimable... 
Au fait 9 mailemoiselie Nina a raison ; on a 
des prévenances... des égards, et on raccus» 
d«lre coquette... Mais tous les homiuessont 



SCÈNEV. 77 

jaloux... jusqu'à M. Fulet » qui, quoique 
luarié depuis quatre ans... a fait , il y a six 
mois ^ une scèue horrible à sa iemme, parce 
qu*on pré tendait Ta voir rencontrée en car- 
riole dans les environs de Mfelun , tête-à-têle 
avec un jeune homme... Et ça a fait des pro- 
pos , des histoires... parce que dans une 
pelite ville on <ist méchant ^ mauvaise lan^ 
g;ue et bavard , bavard^ bavard , vous n'eu 
avez pas d'idée. 

ERNEST. 

Si fait... si fait... je commence.., 

TIENNBTTB. 

Écoutez... C'est, je crois, le Colonel... Je 
vais le guetter... Courez vite rejoindre ces 
Messieurs, et vous habiller pour la comédie... 
Vous savez bieiif cette comédie qu'ils jouent; 
U. de Pourceau... Pourceau... 

BRREST. 

Fourceaugnac... 

TIERKBTTE. 

Gnac : c'est ça. 

ERVEST. 

Ah! je vois alors le rôle qu'on me destine. ,T 
Dites-moi... Y a*t-il ici un costuaiier ?.. 

t 

tibnuettb. 

Comment donc , Monsieur ! et un qui 
vient de Farii encore... un élève de Babîn..« 



. n 



78 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

dans U grande rue à droite... un magasin de 
masques à côté de f*évêché... tout ce qu'il y 
Si de plus nouveau. «. des Gilles, des Arle- 
quins, Cendrillon • madame Augot, et laiête 
de n)ort. Votre servante, Monsieur ! 

(EUesort.) 

SCÈNE Vï. 

ERNEST. 

Allohs , le son en est jeté 9 et je vois que 
c'est à moi de soutenir Thonneur des habi- 
tons de Limoges. 

41R : Reprends , Edgard, ton vaillant cùnetême. 
(de Mi A. de Brauplaad.) 

Au cliamp d''honneiir, allons , on me défie , 
Et^'clu combat le gage m'est jeté. 
J^ai atntrë moi ruse , uailace et folle ; 
Montrons contre eux. et malice et gaité. 
(>ul , p<wr \ps vaincre , en loyid adversaire , 
Ne niuis servons que de leurs propres traits... 
On vit toujours sous la même t>annière 
L'esprit , IMiount^ur, k gloire et les Franeab 

S'il faut ici leur céder la victoire , 
Si ma défaite ajoute à leurs laurieh , 
Je m'y soumets ; c>sC toujours une gloke 
De résister à de braves guerriers. 
Aiais da combat si le sort m'est prosp<':ie » 



. scÈrcE vu. 79 

Jîs mf* sntTrort pardonner mes succès... 
iKi vit toujours sous k iitêioe bantiière 
l.^csi>i il , rhonncor^ h gloire et les Fraoçais. 

Ne perdons point de tems, et de petir 
d'oublier, prenons mes noies comme au bal 
<1e rOpéra... M. Théodore , M, Jules... Tout 
les deux font la cour... et pour un rien se- 
Taient rivaux. Madenioiseiie Nina, ma fu- 
ture, tant soit peu coquette. M. Futet 

jaloux. Madame Futet... vue en carriole dans 
les environs de Melun.... ayec un jeune 
homme..* C'est cbarniant. On vient... £h 
vite !... au magasin de masques. 

(Il sort. ) 

SCÈNE VII. 

LE COLONEL DE YERSEUIL, NINA, 
UN BRIGADLER. 

l,E COLOBÇL, achevant ^e donner des ordres. 

Qc*0N tienne tous les chevaux sellçs,et qu'an 
premier signal l^ régiment soit prêt à se ren- 
dre sur la place d*armes..."Nous attendons le 
général d'un montent a l'autre... et j'ai pré- 
venu messieurs les Officier» de nepoiat quit- 
ter la caserne. 

LB BRIGADIEA. 

Oui , mon Colonel.. « 



8o LENOUVtAU POURCEAUGNAC, 

LE COLOHKk 

Une reroe ! quel bonheur! . 

Aift : Caftdt taujoitrs plaisir^ 

Que je trouTe de diarmes 
A VMT tous mes çneniers , 
Rangées et soiis les armes , 
Lancer leurs fiers coursiers ! 
Ainsi sous la mitraûlie 
Je les voyais courir... 
C^est presque une bataille ; 
Ça fait toujours plaisir. 

Toi , ma fille... sr M. de Roufignac ^irrl^ 
Tait.... tu lui diras qu'un déjeuner de céré<» 
tnonie m'a forcé de m'absenler pour quel- 
ques heures... mais que ta t'es chargée de le 
reccToir, 

irilfA, 

Mon père... je n^oserai jamais..^ 

LE COLONEL. 

• * 

Comment... tu n*o$eras jamais!... Le fils 
d*nh ancien ami!... un jeune homme qui^ 
\\n éu.îs sûr^ doit être fort bien!... 

A 19 A. 

Mais |e ne le cannai s pas. 

LB COLONEL. 

Qji'est-cê que ça fait ? tous ferez connais-* 
sancc ? |)!coule-moi : j'ai là-dessus uii sys-* 
' têuie. 



SCËNE VII. 8i 

AIR : Ces postliions sont d^une maladresse. 

Oui , sans amour je veux qu^on se raarie ; , 

Ainsi jadis ta mètt m^épousa. 
Quand Tamour vient à la ccrén^onie , 
l,e lenrieniain bien souvent il s^en va. 
Mai<i quand ce dieu ne parpt pas d'avance , 
Ou n'a pas peur qu'il vienne à sVsquiver ; 
Même , au contraire , on garde l'espérance , 
De le voir arriver. 

Aussi arriva- t-il.; et tu réprouveras ainsi. 

WINA. 

Je suis bien sûre que non. 

L« COLONEt. 

MIons , tu as deâ préventions contre lui... 
Non 9 parle franchement... H est impossible 
qu'il ait du mérite parce qu'il est de Limo- 
ges... Voilà comme vous êtes 9 vous y gens 
de Paris. 

AIR : £e brUfuetJhappe la pierre. 

Ton erreur est eicosable ; 

 Paris tous les amans 

Sont plus vifs et^plus galans ; 

Lear ton est plus agréable. 

Mais, je le dis entre nous, 

En province les époux 

Soûl plus empressés , plus doux, 

MNA. 

Oui , j'obéiiai , mon père. 



82 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 
Ponrtant, malgré to5 ans. 
Si fen crob maints beaux esprits, 
Chacan piêteod aa oontniie ^ 

Que c^est toujoun à Pïris 
Qu^on troavc les b^as maris../ 

LE COLOHIL. 

Chimères que tout cela!... Tu sais d'ail- 
leurs que. ma parole est engage^ y et quand 
j'ai une fois promis. AIloos, reotre... 

H 19 A. 

Non» mon père , je veux tous recooduire, 
et TOUS Toir monter à cheyal. 

JLE GGLOHBL. 
AIR : Âh ! quelphÔMir ! 

Mais da repas 
rentends llieare qm m*appdle ; 
£t de ce pas 
Je vais me rendre au repas. 
Prés de sa belle 
Lefutur 
Peut attendre, le fait est sàfi 

NINA. \ 

Avec moi , mon père , je sens 
Qu'il pourrait attendre lon^-tems. 

L£ COLONEL. 

Mais du repas , etc. 
( Il« «ortoot. Juïe» , Léoo et Théodore ratrent de rantr* 
ct\M avec prccftuUoa,) 



SCÈNE IX. 83 

SCÈrvE VIII. 

JULES, THÉODORE, LÉON. 

THÉODORE. 

Vivat!... Le voilà enfin parti,.. 

JULES. 

Et nous sommes maîtres du champ de ba- 
taille. 

( On entend du bruit dans le fond.) 

JULES. 

Quel est ce bruit ?... Eh ! vois daoc quel 
ori||;ina1 ! 

( On entend crier en dehors.) 

SCÈNE IX- 

LES PRÉCéDENS, ERNEST. 

ERR E SX, liabillé grotesquement et parlant à la can- 

, tonade. 

Eh bien I quoi ? qu'est-ce ? Oo dirait qu'ils 
n'ont jamais rien vu..< Je vous demande la 
maison de M. de Verseuil... oui, du colonel 
de Verseuii... Il n'y a pas de quoi me rire au 
nez... 

* L'enUëe d'Ernest doit éCr« la même quk celle de Pour* 
ceàugiuc i elle doit être accompagaée def même» liwsi*. 



84 LE NOUVEAU POURCEAUGiNAC. 

THÉODORE. 

M. de Yerseuil..; Serail-ce notre homme? 

JULES» 

Ma foi! voilà bien 'l'idée que je m*en fe-* 
sais. (Se retournant et partant vurs te fond,) 
Oui 9 iViessieurs; qu'est-ce que ça »îgaitie. 
d'accueillir ainsi les étrangers? 

E^R N E à T. 

A la bonne heure, voilà ùo hoanête 
homme. 

JOLES« 

Monsieur a*t~il en soi quelque chose de n'- 
dicule? 

£BNESt« 

C'est vrai... et parce que je leur dis que je 
viens de Limog;es... il semble que j'aie l'air 
'd'arriver de Poutoise. 

TOUS 9 rentoorant. 

Comment! vous venez de Limoges?.*. 

BRNEST. 

AIR : Ma bouteille et ma brune. 

Oui , vraiment , fen airive^ 
Yoap , youp , f arriye grand train. 
. La flamme la plus vive 
Me guidait en chemin. 
JMois étr^ marié deoiaîa. ^ 



« 



SCÈNE IX. 65 

THÉODORE. 

Quoi! TOUS seriez notre cousin? 
Ail ! pour nous quel heureux destin ! 

£RNEST. 

Eh quoi ! vous êtes mon cousin ? 
Ah ! pour uioi quel heureux destin l 

TOUS. 

g \ Embrassons-nous, mon cher cousin. 
Bravo ! c'est notre cousin. 



S 



t4 



ERNEST. 

Embrassons-nous , mon cher cousin 
Youp , youp, quel heureux destin S 

ERNEST. 

Maïs Toyei donc comme ça se rencontre! 

TaiODOBB. 

Ôn-n'attend que vous pour la^océ. 

> EailEST. 

Ah! ah! 

JUI.ES. 

Il y aura loQg-4ems qu'on n'aura rien tu 
d'aussi beau. 

EBNEST. 

Oh! oh! 

JULES. , 

Ah! ah ! oh ! oh! le futur n'est pas fort sur 
les répliques. 

ERNEST, riant comme d'inspiration. 
Eh! eh] eh! 

F. VaudeviUet. 4« , 8 . 



86 LEKOCVEÀUPOURCÊÀUCNAC. 

TBBODOAB. 

Qu'aTCi-foas donc à cire? 

C'e«l une idée qui me Tient... Est-ccî qat 
▼oiis ue comptez pas me feîre qnekjue drô- 
lerie pour mon mariage? 

THÉODOXe. 

Nous y avions déjà bien pensé. 

EH n E s T. 

Oh! mais... il feut des farces.... Esf-cc 
que vous ne faites pas de farces ici?... Oh! 
à Limoges, les jours gras, on en fait.... od 
en fait... 

IV LES. 

Je sois sûr que Monsieur est un des plus 

malins... 

EBNEST. 

Ah! ah! c'est yraî... Tel que tous me 
voyez, je ne suis pas bête. 

THÉODORE. 

Il y a comme cela des physionomies bien 
trompeuses. 

ER9B8T. 

Mais, par exemple, fout avoir l'esprit bien 
fait, et ne jamais se fràcher... Moi, d'abord, 
on m'aurait assommé, que j'aurais toujours 
ri. 



.SCÈNE X. ' 87 

THÉODORE) à part. 

• • 

Il y a ^riimentcocsciciice de duper ce pau- 
"vre diable-là. 

ERNEST. 

£t même, pour que cela finît plus gaîment, 
c^étaient ceux qui avaient été pris pour dupes 
qui payaient un grand souper aux autres. 

JU LES. 

Très-bien vu. 

TfTÉODOaE. 

On a de irès-bonnes idées à Limoges. 

E EN EST. 

N'est-oe pas? 

JULES. 

Va donc pour le grand repas... Mais trem- 
blez. Messieurs: a y«c iin adversaire tel que 
M. de Rouâgnac, vous m*avez bien i*air 
il'en être pour vos Trais... Moi , d*abord> je 
parie pour lui. 

SCÈNE X. 

LES PRÉCÉDENS, FUTET. 
F U T E T. 

f 

ia bien ! qu'est-ce ? déjeune-t-on aujour* 
d'hui? 

JULES, basàFutet. 

C'est notre homqie. 



88 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 
FUTET^.bas à Jules. 

Oh! alors.* « nous allons nous amuser. Lais- 
sez-moi faire. ( Haut, m fesant un geste de 
surprise,) Oh! ciel! en croîrai-je lires yeux? 
quelle heureuse reocontrc! n'est-ce point là 
M. de Aoufignac? 

ERIfEST. 

Comment, Monsieur ?••» 

FUTET. 

i^e peut-il que vdus ne -reconnaissiez pas 
le. meilleur ami de toute la famille de D^ou- 
%oac ? 

ERHEST. 

Oui» oui... un peu. {A Théodore.) Diable 
emporte si je m'en souviens! 

THEODORE. 

li y a cent choses comme cela qui passent 
de k tête, 

PU TET. 

Je vous ai vu pas plus haut que cela... et 
)cue sais combien de fois nous avons joué 
ensemble. Comment appelez-vouB ce café de 
Limoges qui est si fréquenté? * > 

ERNEST. 

AUX Innocens. 

FDTET. 

Aux Innocens... c'est cela... nous y jouions 
tons les jours au billard... nous étions là une 
vingtaine de lurons... 



I 



SCÈNE X. 89 

ERNEST. 

Ah ! oui. 

FUT ET. 

Embrassons-nous, le vous prie. {Ils s^em- 
brassent,, {Bas,) Hein!... est-il d'aune bonne 
pâle!... (^ Ernest,) Et cet endroit où Ton 
dansait... coinment Tappelez-vous donc? 

ERWEST. 

AU! la Redoute... Hein! le beau bal... 

. FUTET. 

Je n'en manquais pas un... c'était une 
foulé... et vous souvient-H de cette querelle 
que vous eûtes... - 

ERHEST. 

Ah! dame... on en aviiit souvent... ne 
fût-ce que pour retenir ses places.... 

FUTET- 

Oui... mais je vous parle de celte affaire 
où vous TOUS montrâtes si bien... et où vous 
recules un soufflet. 

ERNEST. 

Oommoul! im soufilel?... Qu'est-ce qui 
vous a donc dit?.. 

I U T E T. 

Enfin, vous reçûtes un soufflet, ^convenez - 

en... vous voyez que je suis bien iustiuit... 

{Sas.) Est-il bête ! 

8. 



90 LENOUVEAU POURCEAUGNAC. 

E]l^EST. 

C'est vrai... Mais d'où sa vei- vous?.—' 

P«TBT. 

Parbleu! c'est moi qui tous i*al dooné^^.i 

TOUS. 

Ahî ah! ah! ah! ah! 

ERREST. 

Comment ! c'était tous?... Est-ce heureux 
de^se retrouver ainsi! £h bien! iraaglDez- 
-vous que je n'en savais rien... parole d'hon- 
neur. 

Je crois bien... 

ERIÏEST. 

C'était dans la foule que je PaTais reçu... 
et je vous remercie de m'avoir instruit. 

PUTET, 

Il n'y a pas de quoi. 

E£ 9 EST, mettant son chapeau , et d'un aîr patelin. 

Si , parce que je suis alors obligé de vous 
en demander satisfaction... et comme ces 
Messieurs ont justement là leurs épées«.. 

FUT ET. 

Comitient! comment! 

E R NE s T, à Théodore. 

D'autant plus qu'à Limoges nous sommes 
extrêmement mauvaises têtes. 



# SCÈNE X. 9( 

JOtES. 

AL ! ah ! nous allons rire. 

F13TÏT, 

Oui y ouK, nous uUoas rire. 

THÉODORE. 

Âh ! çà , rous êtes donc un brave , M. de 
RoufîgDâc? ^ 

BfiliEST. 

Ah! mon Dieu! non... Mais comme j'ai 
dix ans de salle , et que je suis le premier li- 
reur de .Limoges... je suis toujours sûr de 
tuer mon homme sans qtiMl na^arrife rien.... 

F U T E T. 

Âli! mon Dieu ! 

ERNEST. 

Ara : Ma comniere truand je danse. 

J^appris , dés mon plus jciine âg;e , 
A manier le fleuret -, 
J'ai le jeu prudent et sage, 
Et suis ferme du jarret. 
C'e.st que mon maître en détachait ; 
Il m'a donné du courage 
A trois livres le cachet. 

Ooyez^vons sans cela que j*iraîs m'expo- 
ser à recevoir quelque coup... qui me ferait 
mal?... pas si bête.,.. Allons ♦ Monsieur, 
ferme. {Aux Officiers,) Vous allci voir o^ 



/^ 



91 LE NOUVEAU POURCEAUGIfl^C. 

coiip-U. Je parie, en entrant en tierce , lui 
percer l'orciUe gauche, et inc retrouver en 
quarte. (-^ Futet.) Baissez donc un peu votre 
collet. 

THEODORE. 

Je parie pour. 

JULES. 

Je parie contre. {Bas à Futet.) Allez... al- 
lez toujours, la plaisanterie est diriiie. ... 
C'est délicieux...» 

FUTET. 

N'est-ce pas.., n'est-ce pas? C'est qu'un 
butor comme celui-là est capable de faire 
quelque sottise. 

JVCBS. 

Ce sera plus drôle..., Allez toujours* . 

ERKEST. 

Allons 9 en garde... 

FUTET. 

Ah! ah! c'est charmant!... Mais je veux 
réserver votre valeur pour une meilleure oc- 
casion... 

ERNEST. 

Comment! une meilleure occasion! où 
voulez-vous que je trouve jamais dei oreilles 
couune les vôtres ? 

PUTET. 

Écoutez : le soufllet était de mon inven- 
tion... je vous Ta vais donné... je vous Tôte... 



SCÈNE X. 93 

Tofre honneur est intact... ainsi rengainez. - 
Mais c'est qu'il le croyait bonnement... Âhl 
ah ! esl-ii bêle!... 

E a N B s T. 
Comment ! c'étuit donc pour rire?... 

PU TET. 

Eh! sans doute... / 

ERNEST, remettant son chapeau. 

Alors je suis obligé de vous en demander 
satisfaction... Allons, l'épée ù lu main... 

F CT E T , aux officiers. 

Ah ! çà , qud enragé ! mais, est -il bête! 
esl-il bête ! je vous demande. (// Krnest.) 
Je vous déclare, Monsieur, que, dans mx 
jour consacré au pkisir, je ujc fais un devoir 
de ne point me Battre... et je ne me battrai 
pas un mardi gras... Demain, si le cœur 
vous en dit... [Bas à Théodore.^ C'est déci- 
dé... il faut le renvoyer aujourd'hui, et je 
m'en charge... 1 

THÉODORE. 

Comment! vous voulez?... 

futEt. 

C'est une affaire qui devient la mienne.... 
Justement voici ma femme!... 

, ERNEST. 

5a femme!... 



94 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

FBTET. 

Soyez  vos rôles... ça ya commeocer. 

SCÈNE XI- 

tes PRÉCÉDÉES, M"»» FUTET. 

M™* PC TE T. 

AIR : Oh ! ohl ohJ ahl^AIahl 

AirUhlah! ah! dh ! ah l ab! ah! àh! 
Qui m^eoseîgneni 
UiDfidc'le 
Qu'en vain j'appelle ! 
Ah! ah ! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! 
Ce perHde-là , 
Qui donc ici me le rendra ? 
Ah ! dans le siècle ou nous j»oninies , 
A quoi donc sert la vertu ? 
Oui , notre sexe est perdu 
Tant qu'existeront les hommes. 
Oh! oh! oh! ah! ah! aU! ah! ah! ah! 
Qui m'enseignera 

L'infidèle / 

Qu'en vain j'appelle? 
Oh! oh! oh) ah! ah! ah! ah!ah!ah! 
Ce per/ide-là , 
^ Qui doue ici me le rendra ? 

PUT ET. 

Ccin!... joue-t-clle son rôle!... 



SCÈNE xr. 95 

M"** FUT ET. 

EilAl vrai que madame de Verseuil donne 
sa fille à un M. de KouGgnac?... 

ïQEODOBEy montrant £mest. 
Le voici lui-même. 

Ifne PU TE* T. 

Ah! Dieu! c'est bien lui... c'est trop (uil 
Soutenez-moi , je vous prie. 

ERNEST'. 

Qu'est-ce qu'elle a donc ? 

m""* PC TET, se relevant. 

Ce que j'ai, perfide!... Tu ne me recon- 
nais pafsP... Après la promesse de mariage 
que tu m'as faite?.. 

AIR : Jeitnesjllles, jeunes garçons» 

CeA ta coupable trafaisoa 

Qui seule égara ma faiblesse. ( Bis.) 

Pour toi j'ai perdu ma jeuuesK , 

Pour toi j'ai perdu la raison. 

J'ai perdu , quelle école ! 

Le sort qui m'était dû ; 

J'ai perdu la vertu... 

SRNCST. 

Vous n''avez pas perdu 
La parole. 

THioBORS. 

Comment! Monsieur, oser faire la cour à 
ma cousiue y lorsque tous avez déjà... 



96 LENOUVEAUPOURCEAUGNAC. 
FUTETy bas à n femine. 

^ C'est bien, c'est bien. {Haut,) Le (ait est 
que si tous ayez déjà... 

M™* FBTIT. 

PaHe» perGde; oserais-tu le nier?... et 
mon souvenir est-il banni de ta mémoire? 
a()rès toutes les bontés que j'ai eues pour 

toi... 

B&NBST. 

En effet... Serait-ce possible ?... Eh ! oui... 
je crois reconnaître... 

FtTET, àpart. 

Il reconnaît ma feuame... C'est charmant T 
Est-il bi^te ! est-11 bête ! 

E&vEsr. 

C'est Trai, Madame a raison. Moi, d^a- 
bord, je ne mens jamais... Mais je vous ai 
si peu vue... cette carriole était si obscure; et 
puis ça ne s'est pas passé comme vous le 
dites*.. 

TOUS. 

Commeut?... comment?... 

EAITESr. 

J'aîme mieux... tout tous raconter. (J 
FuteL) Et c'estYOusque je prends pour juge... 
11 y a environ six mois... oui^ il y a déjà 
cela... j'allais à Meluo... 



- SCÈNE XI. 97 

. prïET. 
A Melunîé.. 

ERSEST. 

Je me trouvai tête-fr-lete... dans une petite 
caiTÎule... avec une femoie charmaate, que 
}ti ne pouvais pas distinguer* 

rOTET. 

l'ae carriole L,/ 

e&hest. 

Je reconnais maintenant que c'est Ma« 
damé... Je suis trop honnête homme pour 
ne pus le dire tout haut... Mais je vous de- 
mande si c'est ma faute... £u carriole le sert- 
liment va si vite! 

Fil TET 9 à sa femme. 
Morbleu ! Madame. . . 

bruest. 

Mais je qVi rienj promis... Dites-le vous- 
même... • ' 

PB TE T. 

Ehbien! avais^je tort d'être jaloux? {A 
Ernest.) Monsieur, ça ne se terminera pas 
uiusi^ etuous verrons... 

eehest. 

Est-ce qu'il voudrait revenir à*notre que- 
relle de tout à l'heure?... Ëh bien! soit... eu 
garde... 

FUTET. 

. Il ne s*agit pas de cela... Apprenez que 

F. Vaudeville*. 4* 9 



98 Lt NOUVEAU POURCEAUGiVAC. 

Madame est manée5 qu''eUe a un mari re5-» 

pectable... 

ERNEST* 

C'est bien agréable pour lui... 

M'"* FCTET. 

Maisy Monsieur... mais, mon ami.«. 

PCTET. 

Fi ! Madîime. 

JULES 9 à Emesh , 

Cela n'empêche pas. Monsieur, que votre 
conduite ne soit Irès-immoralé... très**blâ- 
inable... Ooyez,moii cher Futet^ que nous 
prenons sincèrement part à votre malheur. 
Mais vous serez vengé, il n'épousera pas 
jnademoiselle Nina... Nous allons répandre 
partout son aventure... 

TRÉODO BE. 

Oui ) je rais la raconter à tout le monde... 
et voici ma cousine elle-même^ à qui nous 
allons tout apprendre. 

scÈiNE xn. 

LES PRBCBDBKSy NflNÂ* 
THÉODOBB* 

ff 

VEîfEz, ma chère cousine , venez connaî- 
tre répoux que voire père vous destinait. «< 



SCtNE XII. 99 

et que le hasard vient heureusement de dé- 
uausquer... 

- NINA. 

Je sais tout; j'araîs yu Madame avant vous. 

FUT ET. 

Oui... mais vous oe savez pas. 

VIVJL9 basàFutct. 
C'est très-bien... tout va à merveille. 

PUTET. 

Mais non , au contraire... Maudit Limou- 
sin... vai... 

KINA. 

J'espère, Monsieur, qu'après Téclat d'une 
p^rciiie aventure... [À part,) Comme il est 
déconcerté !... {Haut) vous ne songiez plu:» 
à ma aiain. 

PUTET. 

C'est ça. Renvoj^ea-moi le provincial. 

EaNEST. 

Ah î ah! qu'est-ce .que ça fait?... on a une 
inclination... el on se marie, ça n'y fait 
rien... Vous le savez bien , puisque vous m'é- 
pousez...^ 

Comment? Monsieur! 

JERITEST. 

£U! mon Dieu ! je sais tout... Vous sentez 



foa L£ yOCVXAU rOCE^CEAUC JAC. 

Iften qn'on n'est pas veno de Limo^^^ps saos 
prenilre cle$ ÎDr«>mialî»n5... On assure cfue 

Ton$arezdÎ5lÎD^ié ub iiMHisicor Théodore 

«fil furt î^î ^rron qne je De coonais pas. 

fort aimable , mskls d'an caractère facile « et 
qui ne s^aperceTaît pas qu'on Ta 



Monsieur... 

SI VA. 

£hl q:ii a pn tous dire que je l'aimais? 

EBVKST. 

On n'a point dit ça... C'est bien lui qui 
Touj» fait la cour... Hais c'est un de ses 
amis 9 M. Jules ^ que tous aîmex en secret. 

THBODOBEy fioriein. 

£b bien ! je m'en sois toajoors douté... 

BRVEST. 

Pardi! c'est connu... Tout le monde tous 
le dira. 

BIBA. 

Quelle indignité!... 

IVLB89 bas â Théodore. 
Jeté jure, mon ami... 

TBÉODO&E. 

C'en cut.asseï. Monsieur, et vous ne joui- 
rez pas plus long'tems de votre triomphe. 



SCËNEXII. 101 

JULBS. 

r 

Ecoute donc... comme il te plaira. 

Mais^ Messieurs, degrâce... 
FDTBTy Tiyement. 
Taisez-vous 9 Bladame... 

V 

Aih : Cœm* infidèle (Biaise et Babet) 

* 

TUEDDOAS , a Nina. 

Cœur trop léger. 

FUTXT , \ madame Ftttet. 

Femme volage , 
Peux-tu me faire un tel outrage ? 

TBifOOORE , FUTE>. 

Cœur volage , 
Ne me ^arie pas davantage, 

TB^OOOBS , à Allei. 

A demain. 

. F TET y à sa ffmmc* 

, Il n^est point dVxcuse. 

JULES, k Théodore. 

À demain , soit , je vous attends. 

FUTST, à part. 

Ce Limousin dont je m^amuse 
S^amuserait à mes dépens ! . . . 



»oa LE NOUVEAU POURCE AUGNAC. 

FUTET, THEODORE. 

Cceur icfîdi^e , etc. 

TOUS LES OFFICIERS. 

§ \ Dans le fond du cœur je partage 



n I L'aSiont sanglant qui vous outrage, 

P \ MA.DAMfi FI7TET, KIN4. 

Je n'entends rien à leur bD§;^ef 
Ces)>ons un pareil badinage , 
Ou Lien, après un tel oulruge , 
iVe nie parlez pas davantage. 

( Le^ officiers , Fatot et madama Futef lortcnt. ^ 

SGÈINE Xin. 

NINA, ERNEST. 

WIIÏA. 

C*E8T pourtant ce maudit prcteudii qui est 
pause de tout cela... Oh ! je m'en yengeVai... 
fst je Tais le traiter de manière qu'il ne lui 
rtster^pas d'envie de m'épouser. 

E A II ES T. 

Ma future est vraiment fort jolie , et a l'air 
de m'aimer beaucoup... 

NISTA. 

Eh bîea ! Monsieur, Vous êtes content.., 
Voilà tout le monde brouille , et cela grâce 
à vous. 

ERNEST. 

Ah! dame... Ils ont l'air fâché; mais pour* 
ÇUQ) cela ?... M,oîf je n'en sais rieu... 



SCÈNE XIII. io3 

Comment î VOUS n'en savez rien!... quand 
rous allez justement leur dire... ( A part, ) 
Alu l'ail , il a si peu d'intelligence qu'il ne s«s 
doute pas même... {Haut.) Dites-moi, M. de 
Koufignac, croye7.-vous quVin sot puisse 
époader une demoiselle malgré elle ? 

EBNEST. 

âh î ah!.,, voyez-vous... 
Répondez-moi donc ? 

EBREST. 

Pardon^'Mademoiselie... c'est que je ne sais 
pas ce que vous me demandez... 

If 1 N A. 

Écoutez [lefesani recaler)*, je suis bonne, 
je suis douce naturellement; mais savez- 
> DUS que l'amour peut chauj^er le caractère?... 

EBNEST. 

A qui le dites -vous? C'est justement ce 
que je viens d'éprouver en vous voyant. Oui, 
vous pouvez de\'iner, sans que je vous le 
dise, que je n'ai pas graud esprit... Tran- 
chous le mot... je su\9 un franc imbécile, 
sans éducation, sanstaipns^ sans usage... 
Ehlneii! du moment que je vous ai aperçue, 
je ne saisquelle révolution soudaine s*est opé- 
rée en moi... Il m'a s>embié qu'un nouveau 



io4 LE NOUVEAU POURCÉAUGNAC. 
jour m'éciairait... de nouvelles idées se pré- 
sentaient à mon itnagioatioQ , et sans peine, 
sans effort , les mots souffraient d'eux-mê- 
mes pour les exprimeré 

Quel langage ! 

ERKBST. 

Et qu'a-t-îl (Jonc de si étonnant? de tout 
tems Tamour n'a-t-il pas fait des prodiges?... 
douteriez-vous de ses miracles?... et qui 
plu5 que vous cependant serait capable d'y 
faire croire? 

AIR : Faud, du Piège. 

Oui , d'un semblable changement 

Il faut vous en prendre à vous-même. 

On devient Ihcu vite éloquent 

I^rsqu^on est prés de ce qu^on aime. 

Plus d'un amant fut interdit 

Près de charmes comme les vôtres ^ 

Et si vous me donnez Tesiïrit , 

Vous Pavez fait perdre à bien d^autres. " 

N 1 ïr A. 

Serait-ce une plaisauterie ? ^ * 

ER,lfE9T. 

Qui? mol, plaisanter èur un pareil sujet î 
j'en suis incapable... Et vousaussî, je le pa- 
rlerais...' Et si notre mariage vous avait dé- 



SCÈNE XIU. io5 . 

pin, s: quelques raisons seerèles s'étaient op- 
posées h eette^ union... je suis sâr que vous 
m'en auriez averti... que , loin de me tour- 
ner en ridicule 9 vous auriez eu pour moi les 
é^»^ari!s , les procédés qu'on doil à un ami de 
son père ; que loin de confier votre secret à 
une jeunesse imprudente , légère, qui peut 
TOUS compromettre, vous m'auriez tout 
avoué franchement, et vous vous seriez con- 
fiée à ma délicatesse... N'est-il pas vrai?... 

NINA. 

Monsieur... 

B air ES T. 

Jugez donc de ce qui aurait pu arriver... 
sî« en voyant nn jeune homine simple, sans 
déHaiice, vous vous étiez fait un jeu de le 
tourmenter; si ce malheureux vous aimait 
réellement; si, à votre vue, il n'avait pu se 
défendre d'un sentiment fatal ; si , trompé , 
désabusé, forcé de renoncer à vous, il em- 
portait dans son cœur le trait qui Ta blessé, 
et qui doit peut-être le conduire au tom- 
beau.... 

NINA. 

Grand Dieu ! 

, ERNEST. 

Kassurez-vous... il faut espérer que cela 
n'ira pas jusque-là... Mais si ce n'est pour lui 
que je parle, que ce soit au moins pour 
vous? A quoi ne vous exposez-vous pas eu 



loû LE NOUVEAU POURCEAUGNx\C. 

vous livrant ainsi?... car enfin, vous ne sa- 
vez pasqoi il est... vous ignorer son Secret, et 
il possède le votre... Et s'il profilait de ses 
avantages^ quel parti n'en pourraît-^ii pas ti- 
rer dans une petite ville aoiie du bruit et du 
3Canda[e?... 

NINA. 

^ Ah! Monsieur... 

ERHEST. 

M.'iis heureusement tout dépend de vous... 
rna discrétion se réglera sur la vôtre... Voua 
oviei voulu in'intrîguer un peu , je vous l'ai 
Jbien rendu; ma vengeance sb bornera là... 
Surtout pa3' le mot à ces fiiessieurs... Je 
n'exige pas non plus que vous agissiez contre 
eux... restez neutre... c'est tout ce que je. 
.TOUS demande. Je croirai avoir rempo^té une 
assez belle victoire en détachant de leur coa-* 
)itioQ l'alliée U plus redoutable, 

Je reste stupéfaite... et je ne sais plus où 
j'en suis, 

SCÈNE XIV. 

izs PRÉcÉDEifs, TIENNETTE. 

TiEKRETTEy lc$, apercevant. 

Ab!.«. comment! c'est vous, Monsieur?.., 
A lu bonnfi heure ^ vous voilà bien déguisé... 



SCÈNE XIV. 107 

'VOUS avez bien trouvé le magâsfn... Mais ce 
^n^esit plas C€!la... il faudra eacore changer... 
Si vous vojfiez lej autres^., ils sqiU tout ea 
Doir. 

tîiWA, à Tiennette* 

Commeut! est-c6 que tu connais Mon-» 
sieur? 

tlENHETTÉ. 

Sans doute... Mais ne craignez rien .^ il 
est aussi du secret... Madame Futct a ras- 
Bcniblé les jeuues gens de la ville... ils s*ha^ 
billent de ce dôté..^ Allez ^ allez, ils sont 
Lien'di'ôies , et nous allons bien rire. Vous ne 
savez pas... il paraît que ça allait mal : tous 
ces Messieurs étaient brouillés; mais M. Fu- 
tet les a raccommodés et les a réunis tous 
contre l'ennemi... C'est conune ça qu'ilparle; 
mais il faut que M* Futet en veuille bien au 
prétei>du ; car il y met un zèle ^ une ar- 
deur!.... 

E B.tr E 8T , se mettatA à une table , à part. 

Ah! diable!.. é {Ffaut.) Attende, je vais le 
seconder. 

NINA. 

Mais je ne reviens pas de tout ce que je 
vois.** et cojmment il se fait... 

ERNE8T. 

Que je sofs de tous les partis... n'est-ce 
p2^s? Ahî mon Dieu! ça n'est pas nouveau... 



io8 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

(J Tiennette.yi'ieusj cette note au pâtissier... 
cette autre au glacier... ce billet au Colooel.^ 
et cette bourse pour toi... 

NINA. 

Mais^ BioDsieur... 

E B N B s T« 

Vous m'avez promis de rester neutre... {À 
Tiennette.) Le Colooel est au château ;: il faut 
trouver à i*instant quelqu'ud pour lui porter 
ce billet. ^ 

TIENNBTTE. 

Nous ayoQs Jacques le postillon. 

ERNEST. 

C'est bon. Passe à la poste. 

TIENNETTE. 

Oh ! ce n'est pas là qu'on le trouvera .. 
c'est au cabaret du ooin ou chez l 'orangers 
en face... Oh I ça ne sera pas long... A pro- 
pos 9 le prétendu est-il venu ici? l'avez-vous 
TU? est-il bien drôle? 

ERNEST. 

Oui I oui I oui... mais dépêche-toi. 

TIENNETTE 9 COUraOt 

Votre servante 9 Monsieur. 

(EUesort) 



SCÈNE XV. 109 

SCÈNE XY* 

NINA, ERNEST. 

NINA. 

Que dit-elle? le prétendu est-il venu? Eâl- 

^ ce que vous n'êtes pas M. de Roufîgnac?... 

Au nom du Ciel^ qui êtes-rous décidcmeat? 

ERHËST. 

Le plus dévoué de vos serviteurs... Tous 
saurez tout dans un instant, pourvu que vous ' 
gardiez le silence avec ces Messieurs. 

NINA. 

Ah! je vous le promets. 

ERNEST, lai présentant la main . 

Me scra-t-il permis de vous reconduire 
Jusqu'à votre appartement? 

NINA. 

Tous vous méfiez de moi... 

ERNEST. 

Non ; mais je veux vous éloigner du théâ- 
tre de la guerre. 

(Il la reconduit jusqu'à la porte et la salue.) 



r. Vau'loviUet. 4* '^ 



110 LE NOUVEAU POURCEAUGNAC. 

3ÇÈNE XVJ. 
ERNEST. 

a 

Bon 1 voilà une partie de Tarmée ennemie 
hors d'état de me nuire. Il parait que y maljj^ré 
la divisiqn que j'a?ais seméç parmi les autres, 
ils se sont réunis pour frapper les grands 
coups... Heureusement mes renl'nris vont 
arriver... N'importe, tenons-nuus sur nos 
gardes... ^X couroii:^ faire ^r\ ^9fte— 

SCÈNE XYII, 

ERNEST, FUTET, DROLiCHON, 

€Q robe de médecio. 

FUTET, arrêtaol Ernest. 

No5 pas... halte là. (^a^. ) ^UpQS, {>roli- 
chon , à votre rôle , mon ami. 

€ 

BRNEST, se dégageant , et voulaiit 9'ecfaagprr. 
Qu'est-ce que ça veuf; dire? 

DBpliCilOir, Tarrétai^t 4^ raqtre coU, 
Vous n'irez pas plus loin. 

' FUTET. 

D'après les Inq^ujétudes qu'en a conçues 
pour votre santé, votre beau -père et votre 
nouvelle famille nous envoient vers vous... 



SCÈNE XVII. lit 

DEOLicaoïr. 
Vous nous êtes recommandé. 

FOTBT. 

Et vous ne sortirez de nos mâîkïé (jfué radi- 
calement guéri. 

ËBkBST, apairk. 

Ah! j*^ suis... Les médecins... C^e$i çà^ la 
scène obligée... Sans doute les apothicaires 
ne sont pas loin... Allons^ je n'é?ilerai ras la 
promenade. 

FUTET. 

Voilà un pouls qui n*c8t pas bon... 

EHNEST. 

Je crois déjà les entendre... et je Tois d^ci 
Tanne fatale... Morbleu! 

DEOLlCBOir. 

Cet homme n*est pas bien... 

' EBflEST. 

Non 9 c*est ▼rai...(^ part. ) Quelle idée!... 
{Haut») Ça commence même à m'inquiéter... 
Kt je ne serai pas fâché de yous consulter « 
rar la fatigue dO voyage... Il y a pourtant 
déjà huit jours. {Pesant la grimace,) k\e... 
Mais ils disent -comme ça que le neuvième... 
Aïe... ^ 

ï C T R T. 

£h bren ! qu'est-ce qu'il y a donc ? 



ti9 LEKOUVEAUPOURCEACGKAC. 
Maadit animal ! 

DIOLICBOV. 

Commeol?... 

SmNEST. 

Non, ce n'est pas à tous que j'en tcuz... C Vst 
h un petit chien, pas plus haut que cela, qui, 
H y a quelques jours, s'attacha à mes jambes, 
et tne mordit arec une affection touie parti- 
culière... 

PU TET et DBOLICHOir. 

Un chien!... 

EBVEST. 

•Te sais bien qu'ils Yoolaient tons me faire 
accroire qu'il était enragé... Ah! bien» oui, 
pas si bête... 

PCTET, reculaot. 

Enragé?... 

E & v B s T • le retenant. 

< 

Vous sentez bien que ça n'est pas ▼rat... 
Mais TOUS allez toujours me faire une petite 
ordonnance de précaution... 

FUTET et DR0L1GH0H. 

Ahl mon Dieu!... 

B R ir B s T , le retenant. 

Oh ! TOUS ne me quitterez pas... Et je Teiu 
que vous me voyiez... parce que depuis quel- 
que tems j'éproure de momens à autres cer- 



SCÈNE XÏX. M?,. 

takies émotions..* ms» veui s'enflamment... 
me» nerf» se contractent.. £h.bien !... qu'est-- 
ce que je sens donc.^. .. {Il fait plusieurs con» 
torshns,) Je crois que cela me prend. 

F UT ET. 

Grand Dîeu ! ' 

Nous sommes perdus ! 

( Ernest niarcIiedVa air furieox. ) 

FUTKT, appclaât. ' 

Au secoursl à moi, Messieurs, il est en- 
ragé. 

SCÈNE XVIIÏ. 

LE? pRECÊDEics, THÉODORE, JULES, 
L E ^j , CD médecins , et tous les autres jeunes 
gens eu apotbicaires , entrent aui cris de Futrt et 
de Drolicbon. On entend au même instant battre )e 
tambour et sonner le boitte -selle. Cliacun reste 
étonné. Roufignac s'esquive. 

SCÈNE XIX- 

iES FAECÉDENS, cxccpté ERNEST, LE 

. COLONEL. 

LB COLOK EL, entrant. 
Eh bien! Messieurs, sommes-nons prCts ? 

10. 



ît4 le nouveau pourceàugnac. 

Le çénùrul va bientôt arrirer, et je... {Aper» 
cecurit les officiers déguisés. ) Corbleu ! auc 
veut (lire cette phûsanterie ? 

TOUS. 

AIR : Courons aux prés Saint-Gervah^ 

(Colonel , vous Tavez vu , 
Au devoir nous allions nous rendre ; 
Slab cliacun est retenu 
Par on revers inattendu. 

LE COLOU EL. 

Que veut dire ce mjstère , 
Kt ces aroies-t't? Corbleu ! 
Est-ce donc là (a manière 
D^aller au feu ? 

TOUS. 

Colonel , vous Tjivez vu , etc. 

FUTÎKT. 

Oui, Colonel, quand yous saurez que nous 
avons ici un enragé.;. 

LE COLONEL. 

A Fautre... 

SCÈNE XX 

LB^ PRÉGÉDEHS, TtENNETTE. 

TisifRETTE, accoMl-ant ^ sains voir !ê Colonet 
Mo?îsiErRj les roiU^ les roîlâ. 



SCÈNE XX. . ii5 

F UT ET. 

Qui donc? 

TIEyWETTE. 

Eh bien! lés pâtissiers, lés (raiteurs, les 
glaciers, les UinoDadiers! que sais -je? tout 
ce que ce Monteur qui 'est ai farce a com- 
mandé pour le repas que ces Messieurs doi-* 
-vent lui payer ce soir. 

TOUS. 

Comment! lé rëj|)as? 

TiEHiiETTB, au Coloncl. 
Jacques a dû vous remettre une lettre. 

£E GOLoivki.. 
Oui , qui m'annonce VârriTée du général. 

TlkirifBTTEr 

>■ -.1 . 
Dame! je ne »ms pas... C*est ce Monsieur 

qui rae Ta remise. 

LB COLOHEL. 

, Ce Monsieur, ce Monsieur, et qui en- 
core? Ah! fâ,Toyons; Wesàieurs, m*cxpliqàc- 
ra-t-OD enfin ce que cela signifie 

TIENNETTB. 

Tene« , lé toîcî... kh\ il a repris son autre 
costume. . 



ii6 LE NOUVEAU POUBCEAUGKAC. 

r 

SCÈSE XXI. 

IBS PtÉciDBVS> ERNEST, dans soo prenicr 



I.BCOLOBBL- 

Abbiteb donc. Ah! ç.i, qaî diable êtes- 
Tous, monsieur Tenraçé , qui faites Tenir des 
pâtissiers , des traiteurs ; qui changez en 
pharmaeie une caserne de hussard:» ; qui 
m'annoncez des reyues d'un génér«il qui heu- 
reusement n'arrive pas, et qui enfin rendez 
muet et tranquille un régiment de démons 
que j'ai l'honneur de commander ? 

ERHEST. 

Mon Colonel, je suis un de ces pauvres 
proTinciaux sur le compte desquels on cher- 
che toujours à se divertir. Dans ce m(»nient- 
cî, ces Messieurs s'amusaient à mes dé- 
pens. . . 

lE COLORE L. 

£h bien ! je ne m'en serais pas douté. 

EBBEST. 

Demandez plutôt à Mademoiseïle ( voyant 
Ifina qui arrive) qui, mieux que personne 
VOUS dira qui je suis. 

Qui , moj ? je craindrais trop de me trom- 
per... C'est Tienuette qui seule yous connaît. 



SCr^NE XXI. 117 

TlEIfWETTB. 

PoÎDi du tout... C'est un jeune homme de 
Paris... c'est un ami de ces Messieurs. 

F U T B T. 

A d'autres... C'est le diable. 

BBNEST. 

Pas tout*à>- fait, et puisqu'il faut vous Iq 
dire.. 

AiB : // mejatuirait tpdtter Vmnpire. 

Mon père et tous d'an heureux mariage 
Aviez conçu Tespoir flatteur. 
Mais j'aurai fait un long voyage 

(Montrant Théodore et Nina.) 
Pour assister à leur bonheur. 

LB COLOKEL. 

Comment! tous Toudriez... 

ERNBST. 

Oui , j^aime mieux , en homme sage y 
Pc ces Messieurs , pour éviter les traits , 
Les divertir avant mon mariage , 

Que de les amuser après. 

X.B COLORE L9 aux officiers. 

Messieurs 9 une pareille plaisanterie... 

ERNEST. 

Est bien permise^ Colonel; je suis mili- 



iiS LENOUVEAU POURCE AUG?ï AC. 

taire comme ces Messieurs ; à ce titre s'ils 
veulent bien rae pardbnner de n.e point m'i^- 
ti-e laissé attraper , la btîlle Nina d'avuir 
voulu un insl«int troubler son bonheur... 
M. Fùtet d'avoir un pêù alarmé sa jalousit^: 
vous, Colonel, d'avoir interrompu an dé- 
jeuner de coqils que le dîner de ces messîeun 
va suppléer , nous n'aurons, rien à nous re- 
prc.cber. 

PUTET. 

Comment ! la carriole de Melun?... 

ERNEST. 

Je ne vais jamais en carriole. 

DROLlCBÔ^r. 

Et le petit chien , jplàs plus haut qùé ceînP.. 

£ B N E s T. 

Il court encore. 

FUT Et'. 

£h quoi ! ma femtriè... 

Pouvais -tu douter de moi? (A part, re- 
gardant Ernest.) l'étais bien sûre que ce u'é- 
tait pus lui. 

BBKEST. 

Ah! nous avons aussi à Limoges quelques 
plaisanteries ofiginnles pour les Jours gras, 
et si ces Messieurs veulent bien in'acuorder 
letM^auiitié... 



SCÈNE XXI. 119 

Monsieur... 

s B 1¥ E 9 T. 

S'ils me jugent dîgnc de m'assocîerii eirx, 
nous chercherons ensemble quelques bons 
tours pu ur passer gaîmeht fe carnaval. 

VAUDEYJLLE. 
AIR : Que Pantin y etc. 

Célébrons le eamaval ,- 

Le délire 

Qu^il inspire ; 
Célébrons le carnaval : 
De^^plaisirs c'est le signal. 

* MADAME FUTST. 

AIR : Un soir qm , sous son ombrage,. 

Pauvres humains I dans la vie , 

Qu^an vous joue , bé|as ! 4ç ^P^rs : 

La fortune , la folie » 

£t plus encore les ainouH. 

En vain d^avance on se vjtfite 

De ne plus être trompé j 

Qu^uD minois se présent^ , 

Encore un d^attrupç. 

Célébrons , etc. 

JULES. 

L^araour nous ravit les belles ; 

Bientôt TamouK nous le« rend) T 



120 LE NOUVEAU POURCEÀUGNAC. 

Car rhymen est auprès d'elles 
Notre allié le plus graud. 
Chacun , dans Tespoir précoce 
D^un succès anticipé , 

Peut dire à chaque nooe : . 

Encore un ^^attrapé. 

CéiéhronSf etc. 

TIENNKTTB.^ 

Quand fêtais petite fiUe 
V& amans n'songcaient pas à moi^ 
T devins un peu gentille! , 
L^un d^eux nie lorgna , je croi. 
Maintenant rien ne nt^échappe. 
D^ moi plus d^un est occupé. 

A chaqu* grâc^ que Rattrape , 

Encore un d^attrapè. 

Célébrons, etc. 

ERNEST. 

• De tout ce qui ùiVnvironoe 
A quoi bon m^inquiéter ? 
Les ans que le Ciel me donne 7 
Je les prends tous sans compter. 
Des jours qui forment ma* yie y 
Bien loin de m^étre occupé , 

Chaque soir je m'écrie : 

Encore un d'attrapé. 

Célébrons^ etc. 

PC TET. 

Dès. qu'on parie ou qu'on discute » 
Pour échauffer jç suis là , 



SCENE XXI. ,2, 

Hier, dans une dispute , 
Certain sot m'apostropba ; 
Mais voyez le bon apôtre ; 
Ce coup dont il m^a frappé ^ 
Il était poiur un ^lutre... 
(Se frotUnt les mainc.) 

Encore un d'attrapé. 
Célébrons, etc. 

iriNA y au Public. 

A la critique on échappe 
Dans ces jours où tout est bien } 
Si la pièce est une attra|ie , 
Silence... n'en dites rien, 
Piuur que tout Paris s'avise , 
Comme vous, d'être trompé^ 

Et qu^à chacun l'on dise : 

Encore un d'attrapé. 
Célébrons, etc. 



Fin DV NOOTEIU JPOUGBAUGRAa. 



F. Tatt(l«TiUeB. 4* ' ' 



r 



LC^. 



UNE VlSltE 

A BEDLAM, 

COMÉDIE EN UN ACTE, 

MÊLÉE DE TAUDEYILLES ^ 



Pak mm. scribe et DELESTRE-POIRSON \ 

I 

Éepnfscntce > pour U j^rémieré fols , sur le Uiéatre 
du Vauctevitle , le à4 avril 1818. 



ILV P 



PERSONNAGES. 



ALFRED DE ROSE VAL. 

AMÉLIE 9 sa femme. 

LE BARON DE 1SAINT-ELMB , son oncle. 

CRESCENDO, compositeur îteHen. 

TOMT, }ardiuier du Baron. 



La tùèae se passe aiiprès de la nouvelle maison de fous 
de ikdLun , aux portes de Londres. 



^ 



UNE 

VISITE A BEDLAM , 

COMEDIE. 

Le tfiéâtre rq)résf nte nn parc à Tanglabe fort élégant, 
orné de statues et d^arbres exotiques; dans le lund, 
un jardin fermé d^un grillage , avec une porte éga- 
. lemcnt en treillage; à gauche , sur le premier plan , 
un pavillou ; au troisièine plan , l^entrée du parc ; 
sur le devant du théâtre , à droite , un saule [dcu- 
reur, avec un banc de gazon au pied. 

SCÈNE PREMIÈRE. 

LE B.\RON, AMÉLIE, CaESCENDO. 

CBESCCVDO. 

Oui, Signera, de rame, dou senli^ment, de 
la méthode et de hi vuix ; voilà tout ce qu'il 
faut pour la mousîque italienne , ei vous pos- 
sédez tout cela dans la perfeclioni 

Je crains que vclrc ccolière ne vouvfasse 
pa2< honneur. 

CRESCENDO» 

Point 4u tout. Il n*y a pas, à dix lieues à 

II. 



lîG USE VISITE A BEDLAM." 

la ronds, ounc de no^le Jys qui pouîsse soa- 

luiir la comparaisoo. 

LE ■A.âo^. 

Sarcx-Toas , sîgnor Crescendo , que je 
tn'cUiiine toujours de Toir un talent tel que 
le vôtre rester en Angleterre. 

.CaE$C«SDO. 

Que vouleï-Tous ? 

Aïs : Un homme pour Jaire un tableau^ 

Sur ïes beaux-arts et les talens 
Peu de gloire c*l ici semée ; 
Paris seul dispense en tout tems 
Les palmes de la Renommée. 
Des talens faits pour nUuslrtr 
\\ est ra:»ile tutélaire... 
En France on sait les admirer J 
Mais on les. paie eo Angk terre. 

D'ailleurs , le grand homme est de tous les 
pays... Je vous réserve aujourd'hui un petit 
air d'opéra que j'achève dans ce moment. 

Barbar amor ! cnulel tyran î 

Car je compose , tel que vous me voyez ; 
ce qui ne m'empêche point d'aller à droite 
4't II gauche, donner dus leçons dans les châ- 
teaux voisins. 

LIS DARoir. 

J'entends : I virtuosi ambaîaniî. 



^ 



SCÈNE i. 127 

CRESCENDO. 

C'est cela même. Je déjeune le tTintin A 
Bcdiain 9 je dîne à Suutharyck ^ et je soupe 
à Tudor-Uall : le'génîe nnnge parli»ut. MtJÎ, 
je ne suis pas fier 9 et jViîectionjie surfont 
votre château 9 iiionsou le Baron. Quoique 
Français, vous savez apprécier l§ tiiacaroni ; 
c:t Ton trouve \t\ les égards 9 les attentions 9 
une voix dt!icinuse9 une couisine française et 
une niou^ique italienne. C*est un séjour en- 
chanté f 

LE BÂROir. 

Je suis charmé qu'il vous plaise... MaU 9 
est-ce que nous ne continuons pas la leçon ? 

iCBEsàBUDO. 

La signora a Pair fatigué..* Je vais , avant 
le dîner, revoir fa romance que votre char- 
mante nièce m'a permis de louî dt^dier. Un 
mol encore : comment met(rai-je pour la 
gravoure? A maçlame ou à madamigelle ? 

LB BABON. 

Qu'est-ce que cela fait ? 

CRESCENDO. 

Oh! c'est très-essentiei.... Voyei-vous 9 
en p:ros caractères : Dédié par son très- 
humble serviteur Crescendo à et cae- 
tera , ai cœtera. \ 



ia8 UilE VISITE Â EEDLA». 

Aift : Vaad, eu Pfùatmt9% 

Que finscTÎTe ici ^-otre nom ! 
Du succès je rq^oiuls d^a^anœ ! 
Et Yoas regarde avec raboo 
G)fnme raatcor de la romauoe. 

AUSUE. 

C^est rétie à bon compte , en efifel. 

CMCSCEirSO, 

Eh ? mon Dîen , qae d^antres , je gage , 
Qui sont auteurs , et qui n^ont fait 
Que mettre leur nom à TouTrage. 

Mais il y a'ane dtlJiconUè : c*esl que de- 
puis un mois que je donne des leçons k la 
Signera , je n'.ii pas encore pu savoir si elle 
était jpciadame ou madaniigelle. 

tE BARON. 

Ktnit-cc bien nécessaire à connaître , pour 
lui enseigner des roulades et des cadences ? 

GBKSGBHDO. 

Noullement , et je vous prie d'excouser 
non indiscrétion. 

LE lAUOlff. 

Ce n'en est pas une ; el vous pouvei mettre 
hardiment... 

CRESCENDO. 

A madamigelle?... 



SCÈNE I. ,ag 

lE BAROir, 

Au contraire... à madame ^ madame la com- 
tesse Amélie. 

Crescendo. 

^ Ah î madame !... c'est diiTérent... Je m'en 
clais toujours douté... C'est qq*il est élon- 
na.nt que nous n'ayons pas encore vou M. le 
Comte. Il doit s'estimer bien heureux , M. Fe 
Comte !... et il faut que Madame se soit ma- 
riée bien jeuoe.... Mais, pardon... C'est que, 
Tojrez-vous , J'aîïiour et la jeunesse... 
L'amorè la gioventù... ' 

J'ai un rondeau là-dessus. ( Se frappant le 
front.) Attendez : c'est la fin de mon grand 
air... Depuis deux jours je la guettais. 
Crudel tyran »... ah î ah ! ah ! ali î 

J'y suis : je cours profiter de Pinspiration. 

AMÉLIE. 

Prenez garde qu'elle ne vous Qjcne trop 
loin. 

CnESCEllDO. 

Soyez tranquille : je ne passerai pas Theure 
du dîtier. 

( Il sort en chantant , en gesticulant.) 



i3o UK£ VISITE A BEDlcAV. 

SCÈNE II. 

LE BARON» AMÉLIE. 

AVBLIB. 

Alloua , et lui aussi Ta faire des commen- 
taires sur la conduite de moD mari, s'étonner 
de ce que M. le Comte.. • 

LE BAmox. 

C'ebt qu^en eJQTet il y a de quoi s'étonner. 

AMiliIE. 

Eh ! pourquoi donc, mon oncle? Je trôore 
tout naturel qu'un mari reste éloigné de sa 
femme. 

^ LE lâBOlf. , 

Oui « mais, qu'il y reste pendant huit on 
dix mois ?... On m\i assuré cependant qu'il 
t'aimait éperdûment. 

AMÉLIE. 

Mon oncle , vous n'étiez pas à Paris lors- 
qu'on m'unit à M. Alfred de Roseval!.. ainsi 
TOUS ne pouvez savoir... 

LE B A B 5. 

Non , mais sans le connaître , {é sais qTie 
c'est le plus étourdi , le plus nimahle et le 
plus brave de tous les officiers français. 

AMÉLIE. 

Un véritable enfant , qui se croyait le plus 



SCÈNE II. i3i 

heureux dûS hommes quand il était paré de 
son' grand uniforme 9^ ou qu^il montait son 
cheval de bataille.... et qui aurait toul sa- 
crifié au bouheur de passer son régiment ea 
revue ! 

LE BÀBOET. 

Vrai ?. .. eh bien ! il me semble impossible 
qu'un homme comme cekii-là ne soit pas 
charmant. 

AHéiilE. 

£n vérité, moti oncle, tous me donneriez 
de rhumeur ! 

I.B BAROV. 

^on... mais arec un tel caractère... on 
doit être gai, franc, incapable détromper; 
on doit aiuief sa femine^ et quoi que lu en 
dises 9 iJ faut qu'il j ait un peu de ta faute y 
et tu ne ifi*as pcis tout avoué. 

AMÉLIE. / 

Moi , mon oncle?...' graod Dieu ! si on 
peut dire !.*. Soyez notre juge !... On nous 
maria... il disait' quMI m'aimait ^ je voulus 
bien le croire ; ils le disent tous , et Ton est 
convenu de ne pas disputer là-dessus ! Pen- 
dant huit jours , je dois pourtant lui rendre 
celle justice, il parut beaucoup plus occupé 
de moi que de ses chevaux, et même de son 
uniforme!... 11 fallut partir pour une mission 
importante... il en fut désolé, rien n'égala 
8« douleur; moi-même , par compassion, Je 



i3a UNE VISITE A BEDI AV. 

daignai eo être touchée ! An bout de huit 
iours^ildevailm'écrîre... quinze se passent; 
entin ia letlre arrive ; elle a été retardée par 
une foule d^événemeDS plus ou moins ex- 
traordinaires.... vous sentes qu'on u*est pas 
dupe de tout cela.... Je réponds très-froide- 
ment... On me récrit; mais d'ua ton... vous 
en auriez été indigène. Je ne réponds pus, 
comme vous tous en doutez bien... J'attends 
qu'on me fasse des excuses... qu'on me de- 
mande pardon... eb bien I poin.t ; au mois y 
deux mois se passent; aucune nouvelle... 
vous sentez que ^.ma vie en eût^elle dépendu^ 
)e ne serais point revenue la première* A 
cette époque , vous passez en France.; vous 
me propo.«»ez de quitter Paris 9 dont le séjour 
me paraissait insipide... de Tenir habiter, 
avec vous, un château que tous avez au bord 
de la Tamise , près du nouvel établissement 
de Bediam,... J'accepte avec joiel... et c'est 
dans cet asile enchanteur 9 au sein des arts et 
de Tamitié^que vous croyez que je puis con- 
server quelques regrets^ ou former quelques 
désirs... Non , mon oncle 9 rassurez- vous... 
je ne regrette rien. .. je n'aime rien que vous<.. 
que vous seul... et je jouis , grâc^ au ciel, 
d'une tranquillité et d'une indiflerepce que 
rien ne pourra troubler. 

LE BABOir. 

Le ton dont tu me le dis me persuade , et 
je ne conserve plus aucun doute.,,. Il }a 



SCÈNE II. ,33 

hUn dans ton récit quelq^ies petits détails 
que lu ne in'avafs pas racontés... maïs c'est 
e-a!, tu as raison , complètement raison .. 
lit que fait Atfred maintenant ? 

AMELIE. 

^ J'ai appris indirectement que sa mission 
eaittenninée, et qu'il voyageait pour soq 
plaisir. . ^ 

Air : de la Robe et des Bottes 

On prétend qu'il parcourt le monde , 
Qu'éblouissaol touteci les Cours, 
Il va , proriienant à la ronde 
Son or, son faste cl ses amours. 

lE SAAÔN. 

En tous lieui s'il est iatidéle, 
C'est qu'il veut cooaaitre par là 
La plus aimable et la plus belle... 
Je sm sur qu'il te reviendra. 

AMELIE. 

Lui ! quelle idée !... En tous cas ce serait 
inutile , car mon parti est pris.... je le dis 
î«ans humeur, sans colère... je ne le reverrai 
jamais. Jamais je ne rendrai ma tendresse 
m mon estime à quelqu'un qui , volontaire- 
ment, a pu vivre une année entière éloigné 
de moi. . 

F, VaudeviOct, 4. 12 



'l^ UNE VISITE A BEDLAM. 

SCÈÎSE TIL 

LES PBÉdéoENSy TOMY* 
LE BARON. 

Eû Ltt'u ! -que nous veut Tomy ? 

TOMT. 

Ah ! c'est vous , nol' maître ?.,. tant pire. 

LE BARON. 

Pourq^uoi tant pire ? 

TOMT. 

C'est que j'ai quelque chose à vous de* 
mander I 

LE BARON. 

£h bien l imbécile? 

TOMY. 

Pas tant... Dans le fond, c'estbienàYOUs... 
mais je in'enlends> c'est à JNJadame que je 
voulais d'abord m'adrèsser..., parce q»e , 
quand c'e.st Madame cjui parle y on est tou* 
jours sûr d'obteûlr. - 

AMÉLIE.. 

Vraiment!..* Je ne me crojais pas tant de 
crédit ! 

TOMT.' - 

Oh ! tout le monde ici le sait bien... ailes..* 



SCÈNE m. i35 

ASIBLIE. 

Eh bien ! voyous donc , RI. Tomj... 

TOMT. '^ 

Madame... <%;st que je viens de la taverne 
du Giaiid-Arairul... 

LE BAROIf. 

J*aurais dû m'en douter. 

TOMT. 

Ima^inez-voufi que je trouve là un beaa 
)eune homme qui arrivait en chaise de poste ; 
six chevaux, trois postillons... clic, clac... 
tout était sens dessus dessous pour le rece- 
voir !... « liolù ! la fille , les garçons , toute 
« lu mai.sou ; qu'on me donne à déjeuner !. ..» 
On voulait lui servir de ce bon porter que 
j*aime taut!... car il y en a d'excellent à la 
taverne de TAiniral.... Àh 1 bien , oui ! du 
Champagne , du Bordeaux, du vin de France ; 
"vive la France! Aussr% laut-il lui rendre jus- 
tice , il les a (niités en compatriotes... vous 
voyez que je ne vous pas^e rien. 



ÀiMÉLlB. 



Oh I ïomy conte bien ! 

TOUT. 

Ab I çà , pendant qo'tl déjeunait et qu'il 

avait derrière lui deux grands laquais 

« iViiiilame l'hôtesse, esl-iï po.*sible de visi- 
ter la nouvelle maison royale de Bedlam ?... 



i3ô UNE VISIT E A BEDLAM. 

Je sois étranger, el je voudrais voir en dotai 1 
ce bel élablissertient. » On lui dit alai^ que 
ca n'est pas public, et qu'à. moins d'un mol 
de recoromandation d'un de» propriétaires 
des environs... « Eh ! qui diable voulez-rous 
qui me recommande ?... je nei connais per- 
sonne. » Alors, Monsieur, je nae suis avancé... 
je lui ai dit que s'il voulait permettre > j'allais 
m'adresser à mou maître... 

LEBAROn. 

Ali! nons y voilà. 

TOMT. 

Qui était un riche et brave seigneur... 

te BARON. 

Et tu lui as promis ta recommandation au- 
près de moi? 

TOMT. 

Dam-! oui, Monsieur , le désir d'obliger... 
vu surtout qu'il m'a donné une pièce d'or, et 
que je sois sûr qu'il m'en donnera encore au- 
tant... Vou« ne voudriez pas me faire pei-drc 
cela. 

AMÉLIE. 

D'ailleurs, il ne fout pas compromettre le 
crédit de M. Tomy. 

LE BARON. 

Je vois qu'il a eu raison décompter sur ta 

protection. 

(Il ouvre la porte du pavillon , et écrit.) 



. SCfeNEIII. iS; 

T M T. 

D*aiitaQt plus que 5Ionsieùr çoilnaît le di- 
recteur de la maîsoQ. des fous, et qu'ainsi il 
n'y a besoin que d' griffonner un mol... {^ 
Amélie, pendant que le Baron écrit.) Pour en 
revenir à not' jeune soigneur, je Vax laissé 
arrangeant sa craratc devant une glace 9 et 
cajolant miss Jennj, dette jolie petite fille... 

AMétlB. 

C*est 'bon... c'est bon... 

TOMT. 

AIR : Du ballet du Pierrou, 

Il demande son compte : od P loi présente y 
Il pai' sans en regarder P montant ; 
Et puis il parle , il rit , il chante > 
Et tout ça dans le même instant. 
Il faut voir comme il se démène ; 
Franchement , Bedlam lui convient : 
Et loin d' croir' qu'il y ,va , morguenne ! , 
On croirait plutôt qu'il en vient. 

LBBARON9 ayant acLevé d'ëcrire. ' 
£hl sait-on quel est cet original?... 

TOUT. 

Ma fine, oui... car un de ses gens Pa nommé 
devant moi... et je crois qu*iï u dit le comte 
de... de Roseval. 



138 UPE VISITE A BEDLAM. 

LB BAKON. 

Rose val ! 

AMÉLIE.' 

Alfred ! grand Dieu !. ., 

( Elle court vers le cùlé \iar ou Toùiy est entré.) 

LB BARON. 

Sh bien I où t^is-tu ? 

A slÉ L I £ f revenant. 

Mon onde, je nerçsjtç pa§ ici... je ne veux 
pas m'exposer à le rencontrer, 

LI bARON. 

Bon ! quel enfaiilHlogc!... je ne rois rien U* 
dedans qui puisse t'ellVayer... ce n'est pas ici 
qu'il vient. - ^ 

A M B C 1 E 9 chercliàdt à se reméUrc. 

Vous avez raison... ce n'est qu'une aven-» 
turc fort ordinaire. 

LE BÂROKi 

Oh! fort ordinaire. {A part.) Que! événe- 
ment! Alfred dans ce pays... Alfiéd ai près de 
nous!... Ne laissons point échapper bplte oc- 
casion... mais par quel moyen .^.. Eh! Siins 
doute... {JTomy.)Tlcm... poi'le-lûi celle 
lettre... propose-lui de le conduire toi-même 
À iiedlara... 

TOMT. 

Pnrdin'î.. je sais bien où c'est... la maison 
l)£s ibus... ù deux pas d'ici... 



SCÈNE ÎV. i-îg 

LE BARON. 

Oui... mais alors... 

(Il lui parle bas k roreille.) 

TOMT. ' 

Comment! Mooâieur... mais il n*j a pas 
(]e conscteuce. 

LE BARON. 

Fuis co que je te dis, et surtout*. 

TOMT. 

Ah! soyez trancj[îiiUe... Ma fôî , ça sera 
drôle ; car je n'y comprends rien. 

(Il sort.) 



» ' >. 



SCÈNE IV. 

LE BAAÔÎ^, AMÉLIE. 

AMBLIB. 

I, , . ) 

Mais 9 mon oncle ^ cfuel est voire desdein, 
que prélendez-voùs faire i 



et que prelei 



LE BARÔk. 



Ne l'inquiète pas. 

AÙèLlE. 

Je v6iis l'ai dit, tous savez ce .que je 
pense .. ce que j'ai juré... je ne le verrai 
i>as... je ne le verrai jamais. 

LB teÂROK. 

, r 

A la bonne heure... toi; tu ne peux pas 



V 



i4o UNE VISITE A BEOLAIf. 

bculemenl l'envisager... c'est trop juste... mais 
inui, je o'ai pas fait de sermeot... et la teci- 
dre:i.se qu'on doit à sa famille... 

AIR : Tenez , moi, je suis un bon homme» 

Je dois accueillir sur sa route 
Un nevett qui West incoanu. 
Qui v»ite , sans qu'il s'en doute , 
Un oncle qu'ail n'a jamais vu. 
Au»)rès d'un paient qu'il ignore. 
Crains-tu qu'il ne rc^ toujours , 
Lorsqu'avec les |;ens qu'il adore 
À [Urine reste«t-il huit jours ? 

AMÉLIE. 

Ah ! quel plaisir j'aurais à le tolr a mes 
pitds... et à le désespérer. •• 

LE BARON. 

£h bien l tout cela est très-possible. 

AMELIE. 

Copiaient?-.. 

LE BABON. 

Rentre au château ; je vais aller te rejoîn* 
dre et t'expliquer noion projet. 

AMELIE. 

Vous ne tarderez pas..» n'est-ce pas» mon 
oncle ? 

LB BAR09. 

' Donne-mol au aiuius le tems de le rece- 
Toir, 



SCÈNE V. V i4i 

Si TOUS me le disiez tout de suite».. 

LE BAROV. 

On Tient... ; 

AMBLIB, 

Non, mon oncle.... je tous assure que ce 
n'est personne. , 

L« BARON. 

£t si Traiment , te dis-je. 

AMÉLIB. 

Mon Dieu! que c'est impatientant!... Me 

Voilà niaiiîteaHnt d'une inquiétude... on aTail 

Lien besoin de receToir ici ce niauTuis sujet! 

( £Ue sort eu j^gardaat plasicurs his le côté par le* . 

qiiei Alfred doit venir.) 

satNE V, 

LE BARO»[, puis ALFRED, conduit pair 

TOMY. 

TOMY. 

Par ici, Monsieur, pnr ici. 

ALFRED, dans le fonijl. > 

L'entrée est fôrl bien... c'est un séjour fo.rt 
«gréaMe que Bedlai.o..\ on ne se douterait 
jamais qu'on est dans une maison de fous. 
( Montrant le Baron,) C'en est uu que j'aper- 
çois? 



t4a UHE VISITE Â BEDLAM. 

TOUT. 

Non , Monsieur» c'est le maître de la maî- 
Bon. 

ALFRED. 

. Ah! oui, le directeur... C'est bon^ laisse- 
moi... Tiens, Yoilù pour boîro âî. ma »4^nlé; 
je te remercie de m'avjoir conduit à Bediam. 

TOMT. 

II D*j a pas de quoi^ Monsieur* - 

ALPasu. 

* 

DÎA a ton maître que le comte de Koseval 
demande la permlMsion de lui présenter ses. 
respects ii? ant de quitter ce pajs. 

TOMT. 

Oui, Monsieur. (A part. ) V'iû de l'argent 
bien gaffué... 

SCÈNE VI. 

LE BARON, ALFRED. 

Ses respects!... C'est un garçon fort hon- 
nête que linon neveu. 

A L F a ê D. 

C'eut au docteur Willis que j'ai Flfonneur 
de parler ? 



.SCL\EVI.. 143 

LE BAROK* 

Monsieur... 



\ 

ALFRED. 



Voici une lettre qui vous est acîtessce; dai- 
gnez, je vous prie ) en prendre connais- 
banco. 

LB BAH 01^9 à part. 

Je pourrais m*cn dispenser... (Haut.) 
Hum !... hum !... On m*engage à vous faire 
voir l'intérieur de la nouvelle maison de 
Bedjam... Monsieur, vous n'aviez pas besoin 
(le recommandation... un «rentilliomme tel 
que vous est toujours sûr d'être bien reçu... 
Je suis fiîché cependant que vous veniez au- 
jourd'hui ; nous avons plusieurs parties de 
rétablissement qui ne sont- pas vi.<4ibles... et 
je r^e puis même que dans un instant vous 
conduire dans l'intérieur de la maison... 

ALFRED. 

Comment dope, Monsieur! je suis h vos 
ordres , et j'attendrai lant qu'il vous plaira... 
\os jardins seuls méritent d'être vus... il y 
règne un goût, une variété; en honneur ^ 
j'en coQnais peu d'aussi beaux. 

LE BAEOif^ à part. 

S'entendre dire cela à soî-mcme ! un pro- 
priétaire !... q'est charmant! 



1^4 U.NE VISITE A BEDLAM. 

A L F K E D. ^ 

Alu : du Ferre, 



 vos foas il ce manque rien , 
Its sont les plus heureux du monde \ 
En France on les traite moins bien : 
Cliez nous pourtant Pespcce abonde I 
Que j'aime ces ombrages frais ! 
Ah ! .si chez vous , je le coofess? , 
La FoUe habite un palais , 
Comment logc-t-on la Sagesse? 

On doit 5C trou Ter trop faeiireux de passer 
sa vie dans un séjour semblable. Parbleu ! 
vous devriez bien nae pertnelire de m'y éu- 

bliv. 

LE DAEOSr. 

Y pensez -VOUS? Nous n^avons ici que des 

geu$ dont i'a tête.*. 

A L F 8 B D. 

Eb bien! justement... je vous jure que je 
n'y serais pas plus déplacé que beaucoup 
d*autres. 

LE BARON. 

Auriez - vous par hanard quelques cha- 
grins ? , / 

ALFRED. 

C'est selon, voyt»z - vous... si fy pensais, 
j'tro aurais de Irès-grandïi... Tel que vous me 
voyez, je suis marie... vous ne vous eu dûu« 



SCÈNE VL 145 

terîeK pas» ni moi non plus. Une feinin& 
charmante , qui m'aurait fait mourir de dou- 
leur > si je n'y arais pris garde* 

LB BAftOH» 

Vraiment!*., et où est- elle eti ce mo- 
ment ? 

A II F B B_D. 

Vous allez rire... Vrai... je n'en sais rien... 
|e présume cependant qu'elle est à Paris , au 
milieu des plaisirs et des adorateurs.... Nous 
sommes brouillés îk morti... Une légèreté. .. 
un caprice.... ce serait trop long à vous ra- 
conter. D^aiileurs f tout est uni... je. l'ai 
juré ! 

LE BABOfr* ^> 

Vous Vaxei juré ? 

▲ LFREB. 

Oui ) Monsieur... Cependant j'ai fait les 
avances... j'ai écrit, on ne m'a pas répondu*** 
mu conscienee est tranquille. 

■ lÈ BABOtr. 

Et TOUS ne fîtes pas de reproches? 

AK.FRED. 

^.Ven^eus d'abord envîe.^ mais c'est déjà 
si singiilier d'être mnri!... et puis unmari qui 
se plaint.*, comprenez-vous? on en voit pur- 
tout. Soit dépit, soit aiiioar-proprc, je pré- 
férai une vengeance plus digne de moi..* 

l\ Vaudevilles. 4* I^ 



i4r» UNE VISITE A BEDLASf. 

J'allai au bal .. je me Jançaî dans toutes les 
sociétés ; il faut bien se faire une raîàon. 
CVst ce que je me dis depuis un an; aussi 
les voyages , les balsf les concerts, les spec- 
tacles , je ne sors pas de là«.. Bnfio, Mon- 
siiMir, vous vo}xz rhoimne du monde ie plus 
mulbeureux! 

LE DABOrr. 

Croyez, Monsieur , qyp je compatis bko 
sinccremeul... (^ part.) Allons, je m'en dou- 
tais^ cp n*L*sl qu*uu étourdj. 

SCÈNE VII. 

LES pnicéDENS, TOMY, [>arai^sant et appc- 
lunl par signes , L £ BAKON* 

T M T. 
St, st, 6t9 M. le Baron! 

LBDABON, à part. 

Diable ! il faudrait prévenir inn nièce. 

(Toniy sort.) 
A t ï- R E D. 

Eh bien I qu*utleudons-nous pour comment 
ccr notre visil<; ? . 

Aih'' du vaud, de VA eu de six/roncM, 

Allons, liâtoD^-nmis , je vous plie, 
L't daigaez cuaibler luou C!(poir. 



SCÈNE VIU. i47 

LE BAAON. 

VoQs serez surpris , je parie , 
De tout ce <[ùe vous allez voir. 

AtFRXO. 

Parmi tant de monde , je gage, 
Qui bientôt doit ra*environner, 
Ce qui va le plu$ tti'ëtbhner, 
C^est de me trouver le plus sag£. 

SCÈNE VIII. 

LES pxâcÉD^H-s, GRÇSCENDO. 

CBESCENDO9 tout hors de lui. 

lV1oN5u le Baron j .monsu le Baron ^ mon 
air e.*t achevé... 

Crudel tjran... ah ! ab ! 

LE BAftON, à part. 

Ah ! diable! noti'c musicien; je n'y avais 
pas songé. 

ALFBÈb. 

Quel est cet homme ? 

L£ B AB 9 , bas â Alfred. 

C/eHt lin fou.... ihaîs dfe ceux q«î île «ohl 
pas çlangeredï... et à qni'on hiîssela liberté... 
Vous ne croiriez janiais..,. c'est un grand 
personnage».., un.,., chancelier de l'échi- 
quier.. . qui a la manie de se croire un grand 



i48 UNE VISITE A BEDLAM. 

coinposileury ot qui ne parle que musique... 
Tenez ^ regardez-le, Il voit partout de? pro- 
teoleuri»! et moi-uiême il ine prend pour on 
Larou ù qui il veut dédier uu opéra. 

ALFKBD. 

Ah ! ah ! ah I le pauvrq homme ! 

liBBARORjbasà Crescendo. 

C^est un prince russe.,, grand protecleor 
des beaux-arts... et qui raffole de la musique 
ilulienuc.i. 

CHSSCEIIDO. 

Che gusto I 

LB BAROV/à Al&ed. 

3e TOUS demande encore un instant. (J 
part») Allons retrouver ma nièce. Je reviens 
au plus vite. 

SCÈNE IX- 

ALFRED^ CIIESCENDO, 

CRESCSIIDO. 

^!e sera«t-il permis de vous présenter mes 
respects?... Combien nous devons nous te- 
nir honorés d'ounc semblable visite! 

▲ LFBEDy le regardant. 

VoiU bien la fleure la plus originale ! Qui 
diable reconnaîtrait là un chancelier? [Haut.) 



SCENE IX, 149 

C'est mot y Monsieur 9 qii! suis trop Iieureux 
de faire conoaissunoe avec un aussi, grand ta» 
Jeat.«« Vous dites aue yous tous appelez ?,... 

CRBSGBKPO* 

Il signer Crescendo. 

ALFRED. 

Ma foi> signor Crescendo 9 je troure bien 
étonnant que Tanciour de la composition tous 
ait fait tout-à-fait oublier vos anciennes fonc- 
tions. 

CBZSGEIIDO. 

Non pas... je me rappelle... j'ai été chef 
d'orcheslre à Tufin* et maître de chapelle à 
Florence... ]Vluis l'intrigue 9 la cabale... Bah ! 
à quoi bon les places? Vive le vrai comppsi- 
tor ! Turtiste indépendant qui n'obéit qu'à son 
génie! ^ 

AIR : du vaud, du Jaloux malade,' 

Qurl arl plus noble et plus sublime ! 
Qui sait chaater doit tout savoir : 
La nature à sa voix s'aoîme , 
£t tout reconnaît son pouvoir ? 
Les niorls sVIancent de TÉiébe ', 
Et ce fut ji dis un rondo 
Qui fit bâtir les murs de Tlièbe , 
Et tomber ceux de Jéricho. 



ALFRED. 

Ah! ah!, ma foi, il est trèa-amusant. 



i3. 



iSo ^ UNE VISITEE BEDLAII. 

CIICSGBIIDO. 

A propos Je cela, luoo Prince.. é 

ALFISD. 

Me vuilù prince à pré5eal. 

c a E s G KN D Ov 

J'oubliais de vous oUanter mon grand air: 
Oiiilcl t^i^an» . . ah I ah ! ab ! 

M<etie£-yous dans la ^lualionî..* C'est le 
jeune héros qui marche au supplice. .. et qui» 
avant de monier à Téchafaud» comineoce en 
ini bémoi... • 

Ali!a}i!ab1ah! 

A L F R'E D. 

Le morceau me paraît déjà bien placé. 

cacsoeifDo. 

C*eAt que je vois que vous ne connaissez 
pas mon opéra. Que c'est heureux pour 
vous ! je m'en vais vous le chanter... Il cbï 
en répétition , dans ce moment » au grand 
thérurede Londres... CeiAst pas j^ans peine! 
des passe-droits, deit injustices, qtiiuze mots 
A Tétondo.... ça* ne serait pas pire à TOpcra 
de Paris. L'ouvertourc... maestoso t 

Tra , la ^ la , la,, kl , tra , la , la , la , la... 

£t Toboé qui se fait entendre*. • 

Pon , pon, pon , pon , pon , pon... 

Maïs quand j*y pcuse... quelle idco !... ah! 



1 



SCÈNE X. ,5, 

mon PrÎMce ! sî ce n'était pas abou5er des 
himtés de Voire Allesse... ye Un deuiande- 

)*IÎS... 

ALFREb. 

Vous n'ayez qu'à parler. 

CAESCENOO 

D'accepter la dédicace de mon opéra. 

ALFRED. 

Avec t)Iaîsirî.,, C'est servir la cause des 
beaux-arts que d'éite utileà dn" compositeur 
aussi distingué. 

GRÈSCEntiO. 

Ma forloune est faite i 

SCÈNE X. 

LES PRéctoviTs,' LE BARON: 

CRESCENDO, ati l>JM:ao qui arrive* 

Ah! monsou le Baron.*., il est enclianté 
de mon opéra... ilne r«i pas etitendu ; mih 
il en a accepté 1;^ dédicace : Tiie voiilè:connu 
' à Saint'-Pélershourg î Je cours, écrire mon 
grand air^ et nous rexé(îut«ron« après le 
dincr. Votre Altesse , motiftou le Baron , 
crojfîi que jamais je n'oublierai... 

RÉCITATIF, 

Chc vrgglo... quai .spectacolol... 



i5a UNE VISITE A BED1LA.M. 

Saona TornbU tronibal 

Crudel tyran... aK ) ah ! ah ! ait ! 

( U tort en cham^t et eo (eiticttlant.) 

SCÈJSE XI. 

ALFRED, LE BARON. 

▲ tFRED. 

An\ ah ! dh I j'avoue d'abord que je le 
plaignais.. •• Mais , ma foi , je n'ai pu j r^ 
iiister..« Ce pauyre Chancelier ! savez-vous 
que c'est un fou très-dlYertissaat ? 

LE BAROir. 

Vous ailes en Toir bjen d'autres : renés. 

( Oii entead un prélude. } 

ALFRED. 

Ecoutez donc.^ 

A ni LIE, ea dehors. 

Aiil ; Combien foi douce souvenance. 

Il est parti loin de sa mie. 
Loin du beau ciel de sa patrie ; 
Mab en vain IHograt loos les jours 

M^oublie , 
Serai fidèle à mes amours , 

Toujours. 

ALFRED, avec émotion. 
Quelle jolie voix ! 



SCÈNE XI. i53 

LE ÔiiBOK. 

Chnt! c'est notre Jeune comtesse... Venez 
de (ie côte; gardons-nous de ia troubler. 

ALVBED. 

Vu instant , je vous prie. 

LE BABON. 

T9oQ pas; c'est l'heure de sa promenade. 
Elle aime à être seule , et nous respectons 
sa douleur. ^ 

A L F R B Q y regardant vers la droite. 

Oui... elle s'avance dans celte allée... elle 
9'arrêle... A sa démarche et à sa taille 9 je 
pariepis qu'elle est charmante. 

LE BABON. 

C'est le mot.- Une femme bien, estimable 
et bien à plaindre, qui a eu le malheur d'épou- 
ser un mauvais sujet. 

ALFBED. 

Voyez-vous cela ! 

LE BABOir. 

Et à qui la mauvaise conduite de soq mari 
a fait perdre la raison. 

AI.FBED. 

Vous m'avouerez que c'est indigne. 

LE BABON. 

* Oui, Monsieur I elle est folie d'amour. 



i54 UI^E VISITE A BEDLAM. 

ALFRED. 

Ail ! pas possible. . . ( Danx ce moment , Amé- 
lie par tût dans le jardin du fond; elle ouci's la 
p'We* et vient s'axeoir sous le saule. ) Je vous 
en supplie, laissez-nioi lui parler... Pauvre 
pelile ! folle d'arn^iiir î .. Et vous dites qa'cllc 
est jolie... Je ue lu dérangerai pas de sapro- 
meuude ; luuis penneltez-moi de la voir. 

LE BABOir. 

Songei donc que luoo devoir me réclame. 

ALFHED. 

Eh bien ! cher Docteur, ne vous gênez pas; 
flûtes vos affaires... Je vous reîoÎQ&dans Tios- 
Unt. 

( Il pousse le Barôa dehors par la gauche. ) 

scÈ?îE xn. 

ALFRED, AMÉLIE. 

AvÊLti) b lêlc convcflr dW gwnd chapeatt à II 

Paciëb. 

Il est parti» Fami q« futix} 
Al tottl p«ïÂi> te Iwnl»^ 
K*cn est pour bmî q« arec 

<Htc f aÎBK ! 
"^Lul est ibagrin , t«Ml n'est qa^eonuî! 

Saoshù! 



SCÈNE XII. i55 

ALFRED. 

Celle roixî... quelle illusion!... Mais non^ 
c^est impossible. 

A M Ë t II». 

Iî!nfîn , me Toilà seule. ( Otant son cha* 
peau.) Oui , seule ici y seule dans le monde. 

ALFRED, qui s^est approché. 

Ciel! c^est elle!... Quel changement dans 
5es traits î... Mais c'est bien elle, c'est Amé- 
lie ; plus jolie que jamais. 

AMÉLIE. 

Amélie!... Qui m'a appelée? Que veut cet 
étranger ? 

AtriisP.. 

Elle ne me reconnaît pas!... Am'élic ! 

( Il lui prend la main.) 

AtféLIB. 

Laissez^nroi ; votrç Tue oo^e fait mal. 

ALFBBB. 

Et c^est moi qui suis Ja cause... 

4W9LIB. 

Non 9 ne t'éloigne pas... ïû pleures, tu as 
d.u chagrin.... EcouXe : esît-ce que tu as été 
trahi , abandonné P 

J'aî perdii tout cc que j'aimais. 



,56 UNE VI SITE A BEDLAM. 

AMBJÛIB. 

Reste alors, reste en ces lieux... Et moi 
aussi, j*aî tout perdu... Tu ne sais donc pas... 
Il est parti , il s'est éloigné. 

ALFILB». 

Commeût se peut-il que sa raison se soit 
ainsi... Amélie !... refien» à toi, recoanais- 
luoi..* Je suis Alfred. 

A Mini. 

Alfred , dites-TOus ?.«• Oui, AlAred, c'était 
son nom... Où est-il 7 

AI.V11ED* 

Auprès de toi. 

▲ tt^LlB* 
jLift i de Af. Ft'édéric JtreuU. 

Sêrait-GC Fâmi cpie saos cesse 

Je désirais ? 
VoiUi èz yoïs, endianteresse , 

Voilà ses traits 1 
Mais non , une flaUeuse iVressc 

5rabase ici \ 
Et tes yeux, ont trop de tendresse $ 

Ce a^est pas lui ! 

ALFRBD. 

( Même air.) 
J''avals r|uUlé mon Amélie. 



SCÈNE XIL iS? 

C V$t comme lui ! 

ALfAXd. 

Tavab méconnu mon amie. 

kuiuz, 
Cest comme loi. 

ALFftBl». 

. iloii eœiir n^a lirâlé ^ pour dk; 
J*eii jure vd ! 

Quoi ! ton cœnr fat touiours fidâe ! 

( Doolonrentcnimt.) 

Ce n'est pas lui ! 

Je satais bien que tous me trompiez. 
Alfred ne doit pas reTenir. Mai^ c'est lui que 
)e plains ; oui > Monsieur , je le plains^ 

A» :*^ Paris ef loin eh sa mère. 

Ce n^est pas par coquetterie , 
Mais je crois entendre souvent 
Dire que je suis embellie , 
Et mon miroir ^m^en dit autant. 
Que ce soit ou non un prestige , 
Je ne suis pas si mal encor ! . . . 
Voyez |>ourtant ce qu'il néglige ; 
Dites , dites-moi , n'a-t-il [)as grand toit ? 

ALFRED. 

C*est qu'en effet elle est charmante. 

T, YaudevillM. 4* *4 



ïS8 UNE VISITi: A BEDLAM. 

AMÉLIE* 

El puis.... (inystérieusement) c'est an se- 
cret au moins , il ne fant pas lai en parler!.. 
à son retour, je youbis le surprendre par 
ncies progrès ! Avec quel plaisir j'étudiais I... 
c'était pour luil... {Avec gatté.) ¥oas ne 
«avez pa8?...)*ai fuit son portrait... si j'étais 
sûre que ¥oas ne lui disiez point , je tous le 
montrerais...' (It^^af^anf autour (telle.') Te- 
nez, regardez ?ite; n'est-il pas ressemblant ?.. 

ALFRED. 

Ah! je n'y liens plus, j'en mourrai de 
douleur ! 

AMÉLIE. 

Je ne tous parle pas de ma harpe, de mon 
piano I... mais \ous savez comnrie M aimait 
la walse ?.... eh bien l Monsieur , je walse & 
ravir ! 

ALFRED. 

Elle walse à ravir ! est-on phis inatheurcQx! 
Quelle femme j'ayais làî 

AIR : De Doehe^ 

(Am^ie fait quelques pas de walse sur la rHouroeOe. ) 

Quel charme lieureux ! quelle grâce légère 
Semble aoiiner ses jeux déjà si doux \ 

( Amélie s'arrête et le regarde.) 
Daigne un instant écouter ma prière : 
C'e^it ton amant qui tombe h tes getMux. 



/ 



SCÈNE XIÏI. 1^9 

.AMELIE le regarda ten'lrement , et puis recommence 

à wafser* 

Tra la, la, là , la , la , la , la , la , laîre , 
Tra la , k , t», la , ta, la , liEi , la , la. 

ALFRED; tombant à ses genoiix.. 

C'est Alfred.... €*eslloi>. époux y qui n'a 
^iuai& cessé de t*aiuier» 

SCÈNE XIII. 

LES piâcii^Ms, CRESCEN&O. 

CRESCEHDO 9 paraissant dans le fond , un papîer 
de musique à ta main. 

Ch£ veggio l Quai spectacolo ! ' 

AME LïS t 4»! était prête à se trahir , aperçoit Cres- 
cendo , pousse un gjraod crî ,. et s^eniiiit en fermant 
la grille sur elle. ^ 

Ah! 

CRESCEWDO. 

Son Altesse aux pieds de mon écolière ! 

A i F B B.IH 

EHe a dîâpflruî (Prenant Crescendo au 
cotl^.) Malheureux! c'est ta présence qui 
Ta &iH fuir!... oà eart-elk , dis-tuoii? tu m'en 
répondras. 

Ca>ESGENDÔ. 

Mt)n Prince !... ( d part.) A qui en a-t-îl? 



i6o UNE VISITE A BEJ>LÀM. 

ALFRED. 

£h bien I que fais^je ?... je suU aussi in- 
sensé que lui ; mais yit-on jamais un mal- 
heur égal au mien ? ( Regardant le partraiU) 
Amélie 9 bonne Amélie \ 

CaESCENDO. 

Mon Prince... c*edt ce fameux air en mi 
bémol. 

ALFRED. 

Eh ! laisse -moi tranquille..*. Dis-moi 
plutôt... connais-ta cette jeune dame qui 
toutàTheure?... 

OaBSGBVDO. ' 

Sans >doute. 

ALFRED* avec feu. 

Tu la connais, tu la ?oîs souvent ? Abl je 
t*eo prie ^ parle-moi d'elle. 

CRBSGEKDO. 

C^estia comtesse Amélie. 

ALFRED. 

Oui... 

CRESCENDO. 

C'est la nièce de M. le Baron f du maître 
de ce château > du possesseur de cette maison 
de> plaisance. •• de celui que tous ayez tu. 

ALFRED. 

Allons, le château, le fiaron... Voilà 94 
tête qui se perd.... Aussi', où ih'avisats-je 
d'aller Jui demander des renscigpnemens ?... 



SCËNEXIIT. i6i 

CRB9GBNDO. 

C'est mofï écolière : c^est moi qui lui 
montre la musique... et une ToixI... uue 
méthode !... 

ALFREI». 

£h ! au nom du Ciel » laissons là la mu- 
sique ! Rappelez-Tous que tous a'étes pas 
plus musicien que moi. 

CE ESC END 0. 

Comment 1 pas musicieo ? 

ALFRED. 

Eb i non , M. le CbaDcelier. 

CB.ESCB1ID0. 

Moi » chancelier !• ., rabatsser ainsi un com^ 
posfteur disting^ué!... 

Allons? je ne m*en tirerai pas!... Morbleu! 
laJssez-^moi. , 

CBESCBITDO^ 

Non.... l'on a «abusé Votre Altesse ; maïs 
elle ya connaître il signor Crescendo I Voici 
le? lettres les.piou flatteuses qui m'ont été 
adressées par des princes et des direcleurs de 
spectacles ; voici des lettres de i^comman- 
dation pour les piou grands personnages 
qui doivent être en ce moment en Angle- 
terre; pour M. I^ambassadeiir de France, 
pour M. le marquis de Valuaonl, M. le comte 
de Roscval... 



1^1 UNE VISITE ABEDLÂM. 

De Rosoval ^ dîs-lu ?■ 

caEscÈKfia. 

Oui , Moosieui: ^ luîripêine. 

A&FREn^ \u^ azradbant la. Iettxe> el la déca- 
chetant. 

Qu'est-ce que ça âig»jfi^?> 
MoQseigneuir «st^sane AçQi».... 

Eh! oui... c'est pour moi"; c'est- le dieTa- 
lier de Forlis^ nroli) asnl: intime.... lisons. 
«' O'apri^tA'demi^r^ lçWr«i,, tM. doî$. ôtrc à 
» Londres dans ce mp.qieart. Jie t>a4r«$âe et 
» le recommandent sig||ipr Crescendo « mon 
» maître de \nu5Îqiic... 

GBESCENDO. 

C'est moi. 

A L F. R E "D. ^ coutinuant( 
» Un omginal... 

GRCSCEflDO. 

C'est moi. 

ALFRED, CODlîlUiant. 

» Qui. ne manque pas de, talent, a C*est 
daté d'hier. ..Comment! il serait vrai,., vona 
.seriez réeliement... £t ce dbâlcau... Amélie, 
le Baron?... 



.SCÈNE Xni. ,(53 

CRSSCENDO. 

, Sont réelletnent ce que je vous ai dit. 
▲ LFfi.ED9 vivement. 
Quel bonheur ! Oh ! oui , c'est cela... c'est 
cela même, mon cœur a besoin de le croire... 
Je cours cn'iufonner, acheyer de m'éclair- 
cir... cette. jolie Amélie !... son oncle.,. Ah ! 
vou*- voulez me 'donner des leçons;... Mqr- 
bleui je leur r^ndjai !... Tant d*idfees se croi- 
sent; se "confondent dans ma tête... Moucher 
Crescendo! 

CÎtESCBÎÏtia. 

Monseigneur > vous^ allez entendre mon 
gr^ndraîf '^ 

Va toujours , je t'écoute. 

▲IFBED) à part. 

Mais j'aperçois Amélie et le Baron... Ne 
perdons pas' de terasï 

(11 s'enfuit par la gauche.) 



i64 UNE VISITE À BËDLÂM. 

SCÈNE XIV; 

CRESCENDO, LE BARON, AMÉLIE, 
eutraot avec précaution par la droite. 

CRESCENDO, COUdoiiailt. 

Tba , la, la, la,.. Mille pardons, il ja def 
notes de passées. 

(H corrige m crayon.} 

MoD oncle, il D*est plas làl 

I.B BAKOK. 

Aussi , tu le quittes sans attendre mon ar« 
rirée ; ce n^est pas cela dont noas étions con- 
Tenus. 

▲ MéLlB. 

C'est ce Crescendo qui tout à.coup'm*a 

'effrayée. 

CEESCENDO. 

Trn «la, la... Votre Altesse 9 mon Prince!... 
JEh bien! où est -il donc? 

▲ MÉLIB. 

Quel dommagje! si vous aviez vu son trou- 
ble, son désespoir, le désordre de ses traits; 
c'était cbartnanl!... 

LE BàROV. 

Je vois que tu es moins irritée contre loi* 



SCÈNE Xy. iC5l 

A M É L I E 9 sévèrement. 

Pins que jamais 9 mon oncle ; comme s'il 
Miffisait d'un instant de repenlir pour effacer 
tous les toris du monde! 

GKESCERDO. 

Dîtes-mot, êtes-vous bien tfûr que notre- 
prince nmsse soit dans son bon sens? 

tB BABOH. 

Comment? 

CBBSCENDO. 

Oui, que sa tête ne soit pas... lé... un 
peu... Pendant un quart d'heure il me parie 
d'un tas de balîfernes où Ton ne conçoit 
rien ; et lorsque je yeux eommencer mou 
grand air, il part comme un éclair; zeste !••• 

I.B BA B ON , bas à Amélie. 

Ça n*est pas ai dépourfci de bon sens. 

(On enteod du bruit.) 

SCÈISE XV. 

LES paicBDBirs, TOMY. 

T o K T , arrivant en désordre. 

ÂH !. Madame.... ah I Messieurs... qui l'au- 
rait cru.... ce pauvre jeune homme! 

AMBtIE. 

Eh bien! qu*as-tii donc? Lui serait-il ar« 
rivé quelque chose ? 



i66 UN£ VISITE A BEDLÂM. 

T M T. 

La tête n'y €9* fhis. 

CKKSGBITDO. 

La ! quand je yqus le disais. 

TOUT. 

11 faut que quelque rèTolulioa subite ait 

partroublé sa cerveUe^> mais il est fou... foo 
à lier. 

Moir mari... où estait? eoiiduis<*moî de ce 
côté. 

OEEseeiFB». 

Son mnri! allons^ à l'autre à présent... Ah! 
çà , tout le monde perd donc la tête aujour- 
d'hui? 

Il est dansaine fureur , qu^il a déjà ravagé 
deux plates-bandes et brisé nos cloches ù me- 
lons... Il demande sa feeiine-y il la Toit par- 
tout, il lui demande pardon ^ il s* accuse, et 
il eusse tout^ 

AMELIE. 

Mon Dieu.! qu'avons-nous fait là... tous 
Toyezy mon onple>. avec votre stratagème: 
ce pauvre Alfred ! j'étais bien sûre qu'il m'ai- 
mait!... mais en perdre la raison!... Mon 
oncle, je vous en supplie, envoyez chercher 
des secours. 



SCÈNE XVI. ;67 

LE BAEOV. 

Parbleu ! je vais moi-même voir tin peu ce 
dont il s'agit.*f Ce pauvre jeune homme!... 
aussi avec une tôte comme la sienne... 

AMÉLIE. 

Eh ! allez donc. 

LE BA&on. 
Je reviens dans Hnstant. 

SCÈNE XVI. . 

LES PRECIS) Evs, exccpté le BatoQ.^ 

TCMt. 

Il s'avanee de ce côté... retirez-vous, ^îl 
est furieux! 

GI^BSCÉKDO. 

Ohiofie furioso !. Madame 9 rentrons 5' je 
vous le conseille* 

Non, quel que 8oi<( le danger, je reste ici, 
je ne le quitte plus... 

GBESCEBTBO. 

Moi 9 je nfie sauve. 
(Il reueontre Alfred et »*cnfuitde Tautre côté.) 



iQ% UNE VISITE A BEDLAM. 

A II FE E D 5 dans la coulisse àgauche- 

Laissez-moi ! laissez-moi ! 
(Il entre d'un air égaré ; ses Yêtemefts'iODt eu désor- 
dre; Crescendo, Tomy poussent un grand cri, et 
se sauvent.) 

SCÈNE xvn. 

ALFRED, AMÉLIE. 

(Alfred paréourt le théâtre en UuntyàmBSmtt idfae 

derrière un arbre.) ' 

Oui f cet Alfred est un monstre! c*est à lai 
que j'en veux! 

AKllilB, tinidement. 

Mon Dieu ! qu*il a. l*aîr méchant Alfred » 
c'est moi» ne me faites pas de mal. 

AI.PBBD. 

J()ui êtes-Tous?... approchez. 

AMÉLIE. 

Vous ne me ferez pas de mal? 

AtFRED. 

Vous le savez bien ; c'est Alfred seul qui 
mérittrmu colère... 

AMÉLIE. 

Il faut dire comme )ui.^ pour Tapaiser. 
Oui, sans doute, c'est un mauvais sujet) on 



SCÈNE XVIÎ. 16^ 

méchant caractère^ qui fuît de la. peine ili tout 
)e monde... mafSfâi vous m*aimoz, ft'ait<;9 
comme moi> ne lui en voulez plus... U a 
pre:^ié ma main sur son cœur!... 

ÂLFBED. 

Connaissez-vous Amélie ? 

▲ HBLIB9 tindderaent. ' 
Oui^ je la connais. 

▲LFEiD, aTecfea* 
Vous la connaissez ! 

A M i L I E y s^enftt jatit • 
Ah! mon Dicul {Tremblante.) Non » Mon- 
sieur* non f je ne la connais pas. Âh! mon 
Dieu! est-ce qu'il' ta toujours être conmie 
celât» 

ALffaED. 

Mon , Toas ne la connaissez pa» ? 

AMÉtlE. 

Non, noûy je ne la cotanais pas. 

ALPBI]>. A 

Si TOUS la connaissiez... tous Taimeriez 
comme moi. Si tous saviez quelle fut ma 
conduite... surtout depuis que je suis éloigné 
d'elle,., je veux tout vous raconter. 

Quelle situation! une femme écouter les 
confidences de son mari ! Dieu sait coiùbien 
je vais en apprendre! 

F. Vaudeville*. 4. l5 



ijo UNE ViStTE A BEDLAM. 

AtFRED. 

Quand j\irrivai à Vienne, tous sarei 
bien., jamais la Cour n*avait été si brillante... 
Une foule de fetnnies cliarmaaléd... 

▲ MB LIE. 

Ah! mon Dieu! 

AtFRB*D. 

ài& : de M, MélesifUie» 

Une surtout , fraîche et jdlie , 
An fin sourire , au doux tmaob , 
Des Français vantait la foUe , 
La grâce et les galans exploits. 

N. 

AMPLIS. 

Et TOUS diriez à cette be|{[e..É 

AIJ'JRED. 

Je disais en amant fidèle... 

Trakftnihi, 
Ne me parlez pas de ceb. 

AlfrBblB. 

Comment ! Monsieur 5 tous disiez... Mais 
c^esi très-bien. 

ALFBED. 

Oh! ce n*est pas tout Vons rappefef-> 
Tous> à Berlin, cette |eufie et jolie coni'* 
tcsse ?... Bonne et estimable femme! 

Même air. 

Aux doux plaBshrs ainsi <|a*au raoti^ 
Elle voulait me ra{>peler t... 



SCÈNE XVII. iji 

AMPLIS. 

Çt Qialgré sa doijeiir j^rnl^sadc » 
Monsieur se laissa consoler.. b 

ALFRSD y d'un air effaré. 

Devoirs... égards... dans mondéfive,' 
Oubliant tout... i'asaii lui dire... 
^ Gaiment.) 
Tra la, trah... 
Ne me parlez pas de cela. 

AMiLIB. 

Et moi qui l'aecusais ! maïs c'est un mo- 
dèle de fidélilé cpn^gale. 

ALFBBD. 

Et Toiis-mêmAy voii» êtes bien jolie ! je 
i^'ai jaioaiî* ireoconlrè rien. de. plus attraj^ant... 
eh bien! vous, tentecîez eo vain, cke me sé- 
duire. 

A M K LIE. 

J'ai bien envie d'essayer. [Tendrement.) 
Alfred, si j'avais été abusée; si , vous re- 
trouvant fidèle^ mon cœur vous pardonoail! 

A L F A E D > fesant un mouvement qu'il réprime. 
Non... je ne puis vous écouler. 

Mon Dieu ! il va m 'être trop fidèle à pré- 
senr.... El si j'élals ceUe Amélie que vous 
regrettez. 



t;a UNE VISITE ABEDLAtf. 

ÀLFAEDy arccfeti. 

Amélie , dites-Toos ? êtes-Toas biea bût» 
que ce soit elle } 

Je TOUS jure que c'est moL "^ 

ALFRED. 

f 

Ecoatei... D*espérex pas in*abtiserf fe le 
saurai bien.... Amélie ^ d*ab6rd. ne in*aurait 
pas (fit vous. 

âMÉllB. 

£h bien ! AUred , fe te le jure. 

ALFRED. 

* Amélie me doonait un oom plus doux. 

Eh bien!., mon ami, mon AIfk«dL.. (A 
part. ) Il faut bien faire tout ce qu'il yeut ! 

lia : Quand toi sortir delà caxe, ( PmI el Viistaîe.) 

ALFRED. 

Âm^e , hélas l moins fiére, 
Regardait plus tendrement ! 

^l-je donc l^air si sëyère? 

( A pan. ) ^ « 

Je crains qa^à chaque moment 
n ne se mette en colère. 

▲LfEXD f U rtgardratl 

Oui , c^est son regsrd charmant , 



SCËN& XV11. 

Je mVn soUTiens à présent. 
Hais je me souviens quMmëiîe , 
Loin , hélas ! de me résister, 
U^abandottnait sa fuaia jolie*.., 
(U liii'Siiif« b nuttt.) 

AMSUS. ' 

Il œ fiuitpas rirriler. (ÉUJ) 

«ICOlfD COUVLIT. 
ALFftSD. 

Oui ^ œ moment me rappelle ' 
Des touTeairs bien plus doux ! 
(U la Mrn d«M ««• bm. 

AtfÉLn y imn; 

Quelle contrainte cruelle 1... 
Mais , Alfred , j pense^yôut ? 

iXFAXO. 

S'il est vrai que oe toit elle , 
If e sois-je plus son époux ?. . • 

Mais I au fait, c^est mon époux. 

ALFAED» vivement. 

Non , non , jamais mon Amélie 
Si Iong4cms n^'eùt pu résister, 
A son amant (|ui ]a supplie. 
( U rtmbrnse.) 

U ne faut pas irriter. Ois.) 

( Alfir«d tomb» à ms gtaous.) 



i5. 



174 UNE VISITE A BEDLAM. 

SCÈNE XVIII. 

£C8 PEKCBDB9S, LE BARON, CRES- 
CENDO, TQMY, dansIefoDcl. 

MoNODcIeh» n>{ipiX>ph^ pas!.., il n*3' j| 
queqoQÎ!... 

AIR r (ila pol dejt&xn^ 
Non, TOUS D^iiYcz plus rien \ QFaîndre.S 

( Moi^nt Amelieé) 
Son cœur hVtant plus courroàcé , 
^ A mon tour je cesse de feindre : 
Allez... mon accès est passai 
Sur ma i>asolé qu'on se fonde \ 
A ce baiser je doi^ ma. gi|ërison \ 
£t ce qui n^e rend la,raisoa^ 
La ferait penlre à tout le monde. 

Çomment^Monsieur ? 

ALFRED. 

C'était le seul moyen de te fléchir ! m'en 
veMx-tu d'avoir perdu la. tête? 

jLK lUROV.. 

Bah!... est-ce qu'Une femme ne pardonna 



SCfefîE XVMI. i^5 

pas toujours les folies qu'on fait pour elle ! 
Mais ce que je ne le pardonne pu», ce sont 
mes plates-bandes... et mes cloches de uje- 

lOQS. 

CIVB;$ GENPO. 

Alïî çà, Messieurs,, puisque TOUS ayez tr^is 
recouvré la rai^oà, si.vous eut«ndiez«on 
^îr?... ^ 

LE E^ÀR R\ ^ • 

Après dîner- 

Au moins un petit allegro. 
VAUDEVILLE. 

AIR : de, M' Mélesville, 
^nfîn donc vitit cÂcl plus doux. 
Pour vous succcd vaux, orages ; 
Plus. dç. Giour«c5 , dç voyages , 
A\i ! restez t9^iouvs chez vous. 

CBOEOK» 

EuHu donc , etc. 

LE fiAACX. 

De vos voisina , diarpic jour. 
Français , votre liuuifur kgère 
Vous fait preadre- tour à loue 
L<î costume ci la mauière. 
Chaque pays a fi^% goûts : 
I^HU-iiuoi renonctT au nôlrc ? 
La France en vatit bien un autre. 
' Ai| ! rcUez toujours chez vous. 



i:a UNE VISITE A BEDLAV 

CLa(|ue pajs a ses goûts , etc. 

TOMT. 

Ne cpuroBs point le pajs ; 
Car souvent plus d^uQ ora^^e 
Nous menace hors du logis. 
Et quand dans votre oKoage 
On TOUS dira , tendre cpoiut » 
Que Tair Tons est necesnîie ^ 
Croyez Totre ménagère» 
Mais lestez tonjoan^cfaez rém» . 

CBonrft. 
Si Ton TOUS dit» tendre époax | de' 

▲LFftED, 

Étrangers , quVn sort jalouK 
Tient loin de votre retraite , 
Bientôt enGn puissiez-vous... 
( Ab I mon cœur vons le souhaite) 
Goûter le bonheur si ^oux 
De retrouver votre amie ! 
Rentrez dans votre patne « 
£t restez toujours diez vous. 

CHOBUR. 

Goûtez le bonheur si doux , etc* 

CRESCENDO. 

Dans un somptueux hôtel , 
Lorsque Pappéti^ me gagne » 
JV cinq heures j -entre... ô ciel! 
Monsieur est à la campagne. 



SCÈNE ÏVIÎI. tjy 

Vous , donl les mets sont si doux. 
Dnot on vante la cuisine , 
Vous , enfin , chez qui Ton «fine , 
Ajb ! restez toujours chez tous. 

CHqBVR. 

Vous , d6o( les mets sont si doui , etc. 

AMÉLISy «iFulilîe. 

Deux époux que met d*acGoid 
Vue double extravajfance , 
Pçur être heureux ont encor 
Besoin de yotie indulgenoe* 
Messieurs , toumaat contre nous 
Le re&ain qu*oa tous adretee , 
Quand on donnera la pièce , 
N'allez pas rester chez vour. 

caoBUx. . 

Metiieiirt , tounaDt contre noits» de. 



FIHD^OIIK flIITl ▲ BIOLAX. 



LE SOLLICITEUR, 

00 

L'ART D'OBTENIR DES PLACES , 

»^ GOnÉDIEEN UN ACTE, 

ifiLÉB B£ VAUDEVILLES» 

PAR MM. ^RIBE ET M***; 

Bepcésentée , pour la première fois ^ sur iel théâtre 
des Variétés | le 7 avril 1917, 






mt^Êm^^^^gg^^fgt 



PERSONJNTAGES. 



M. ^ESPÉRANCE, tolUciteur. 
M«« DE VERSAC , jeune solliciteate. 
ARIHANDy surnuméraire. 
GEORGES 9 garçon de bureau» 
li;i»« DURAND > vieiUe soUioileuse. 
ZURICH , suisse. 
SORRËT, limonadier. 
GRIARDET, huissier. 



' 



Lt» scène se pssse dsas le vestibule â^na miiiîslcre. 



I 






Kt 



LE SOLLICITEUR, 

COMÉDIJE* y 



l.e théâtre rrprtî^ote le vcsUbtlle d^un tninisfre.' A 
gauche du qiectaleur une grande porte vitrée , qui 
est censée donner sur îa cour, au'^dessus dç laquelle 
est écrit : Fermez Ià porte S. V. P. Une table à 
droite , un poélc à gauche , un plan au-dessus de' la 
porte vitrée. A droite , Tentreç dc^f bureaux-. Au 
fond , et fesant iace aux spectateurs , un vaste çsca- 
lier, (|ui est celui du «niubtre. 



y 



SCÈNE PREMIÈRE. 

GEORGES 9 avec une petite table ; prés le bureau 
w* I y CIVIARDET) en noir, avec une médaille, 
se promenant au bas de Tesculier du fond ; AR- 
MAND, M"** DE VERSAC , sortant du bureau 
il droite.^ 

ti™* DE VËRSAC. 

Oui, mon cher Annand» vou^ avez beau 
dire^ je parlerai pour you:»| et je réusdirai. 

Je n*eii doute point, mtt ]olîe consme; 
mai? pourtant Je VOUS prie de n*eu rien l'aire. 

k\ VaadfviUe»; 4, , iG 



t<s LE SOLLICITEUR. 

X"* DE TEK SAC 

Eh! pourquoi docc?.. Quand €%i% ne ifr- 
inaofk pas pour soi , on est bien hardi. Lus- 
trée de fotre ministère m'a tait cl'abvffi 
effrayée ; -ees grandes -porte», «• «oaeierfe, 

rcs factionnaires... Oh va Madame P Qu^ài- 
mande Madame ? Votre suisse a an air rébar- 
baiif... Mais ros chefs de bureaux... c'cft 
bien diCerenl! Quel air gracieux!..- queltOB 
•préîenaDlL.. comme le son de leur voix 
«'adoucit quand ils tou5 ofôrtnt le fauleuîl 
«obligé... Ce»t cbariiiant de solliciter!... Je 
i.i; lii clunue plus si tant dépens s'en aiêlent. 

El voilà justement ce qui ine désofêrc. 

AIR : Il me faudra quitter T empire. 

Ou^m intrigant vante st% artl&ccs. 
Prône en tous lieuit cl son zclc et sa foi , 

Loin àe parler de mes services , 
Eux seuls ici doivent parler pour roui. 

Oui , riiona.Ate liomuie qu%>n oublie , 
Loin de se plain^lre et de solliciter, 
Met â, servir son prince çt sa (Milrie 
Le tem» qu'un autre emploie k s*i» iMiler.' 

Hfitic pf YEBSAO. 

Entendoos-DOMs y cepeudaut : c'est fort 
bieo d^avuir du oiérile, aiats faut -il que le 
riiérilt: parle. 






SCtNEI. i63 

, ATA : Le premier pas^ , 

Il faut parler : 
Le talent et le zèle * 

A la laveur doivent se rappeler : 
Dos prj'trctfurs H méoiîire est rebelle , 
Et près des grande, comme auprès cf^une beHe, 

Il faut parler. 

Et si VOUS gardez le silence « le niioii^l'Re 
îr.i-t-ii {îeviiier qtie vous êl^s un officier dis- 
tingu«?... que vous avez payé de voire por- . 
sant^e sur le chainp4t! bataille P qoe dt'puis 
un un vous Iravaiilexgr^Us dans, ses bureaux- 

ARMAND. 

Quoi! vouS$ voulez que j'aille dei^and^r 
Dici-inctiie? 

M""" DB VB&sic. 

Non, certes... Mais sj îe prends ce soin , 
qu'avez-vous à répondre? 

ARMAND. 

Je répoudraî... que ce n'esl pas. i« nainMire • 
qu'il m'impurttt ie plus ^le^ fléchir. 

M'^ PE tCRSAG. 

Que vou/ez-voug dire ?.., 

AIR : d^ Agnès Sorel, 

Il est une pcrsonncenooipe 

Qui peut bien plus pour moa box4>cin' ! 



ï84' LE SOLLICITEUR. 

Vous la connaisse;^ ; mais j^îgnore 
Si TOUS voudrez parler en ma ûiYeiir. 

Loin de croire à la réussite , 

Tout espoir est pour moi perdu. 
Depuis un ao i iiélas ! je sollicite» 

£t n'ai riei) çoccre obtenu. 

m"'^ db TB&SAO. 

Comment ! vous sollicitez quelque chose... 
de moi?... Eh! mais, il fallait donc parler... 
Je suis comme le minisire, je n'entend? pas 
les gens qui se taisent , et ne peux accorder 
çp qu'où ue me demande {^as. 

' . àbmahd. 

Pouviez-Tous blâmer mon silence ?... Vous 
êtes riche!... moi, sans état dans le monde , 
fiaps plucer.f 

M"** D» TBRSAC. 

Raison de plus pour en avoir une. Votre 
chef m*a finit espérer aujourd'hui une audience 
do minisliev.. El frétais si empressée à venir, . 
que je n'ai oublié qu'une chose assez essen- 
tielle,., c'est voirez pélilion que j'ai laissée sur 
ma toilette... Vous aviez raison, pour une 
solliciteuse, je n'ai pas une Irop bonne tête... 
Mais il est encore de bonne heure, et je 
vais... 

ARMAVD. 

Vous avez le laissez-passer pour rentrer? 



SCËNEII. i85 

M™* DE YEBSAC 

Oh f j^ai toul ce qu'il faut 

AIR : Bonsoir, noble dame» ( Comte Ory.J 

Prenez confiance , 
Mol, j'ai l'assurance 
(^iie ce {yrojet^là 
Nous réussira. 

* ARMAND. 

Sans peine on défie 
** Le sort et ses coups, 

Quand femme jolie 
Veille ainsi sur nous. 

MADAME TXRSAC. 

Onî , cVst mon génie 
M 1 Qui veitte sur vous. 

S \ ARMAND. 

r f Quami femme joUe , 
Veille ainsi sur nous. 

(Aroand conduit madame de Y^n^*) 

SCÈNE n. 

ARMAND, GEORGES, 

Pabdon, Monsieur; est-ce que cette jolie 
4liine n'aurait pas pu eqtrer 

\ ■ 



as 



i86 LE SOLLICITEUR. 

r 

Non ; «Ile a?aiè oublié quelques papicrf 
iiiipui'uiiid. 

CEORGES. 

Ah bien! elle est bien bonne... Ce n*érait 
pa» la peine .. Tiens « des papiers avec ces 
yeux-là !... ça vaut un laissez -passer. 

▲ BMAli D. 

Ah ! lu croîs ? 

G E O E G E s. 

Il j en a bien qui n'ont pas ses jeux «f qui 
enlrent tout de incme... Tenez, ce g^rand 
Monsieur s>ec , qui soflieite tonjoups, et qu'on 
appelle M. Lespérance , mulgré le suis^e, le 
conci<-rge et lu consigne, H trouve toujours 
le moyen de pas»er... je nesaispas Goninient 
il fuit son compte y et je ui*étonne de ne pas 
le voir encore. 

ABHAIIB. 

Il est de bonne heure... Neuf heures , ;e 
crois. 

GBOEGES. 

Et vous voilà déjà au bureau! c'est su- 
perbe!... Été cotntne bivfir, je vous vois 
toujours brûlant du mOn^e zèle, et le premier 
à l'ouvrage. Mais dame ! vous êtes surnuujé- 
rairc ; et comme le chef de divisîoti n'arrive 
qu'à midi... c'est trop ju^le... 



SC^iXE II* ^«7 

Allon5i,Georj:«$, taisez -v^us... .D'ailleors» 
c|ii^a donc de si trtsie i*éut de surnumé- 
aire?... 

AiA : de Partie carrée. 

Soos ce titre sans importance , 

On est souvent ti^és^Mnpqrtitnt ; 

^D y g;agne de Tinflutnce, ; 

Si l'*oQ n^y fs^^e pas d^argent. 

Oui, ces messieurs ont*dWdînaire 

Plus de crédit qu^un grand scigBeur. 

GKOHGES. 

Ça se peut. 

( A part.) 

Mais il^ a«j çj^^jl^xh 
Chez le r€sj^vf;ate{ir. 

A B M A n 0^ 

P'arlleur^ ça viendra... De la patience. 

GBUftGBS. 

Delà palience... Ça n'est pas ôclaqui rou» 
manque... Â propos > nous aurons tmis ces 
Messieurs aujouni'hui^ car c*c$t je jour de 
puicinent. 

ARMA?(D. 

Qh 'est-ce que ça oje. fait ? 

GEORGES. 

C'est vr.ii, je u*y pensais pas... Le paie- 



165 LE SOLLICITEUR 

^menty ça ne tous touche pas; ce soot ces 
A^essîeiirs qui toucheot, et tous... 

Et moi f je vais me metfre à Vourragf,,. 
Si cette jeu oe dame revient, tu la feras entrer; 
il vaut mieux qu'elle attende dans le bureau 
qu'ici,- 

CBOmOBS. 

Qui I MoDSÎ(;ttr. 

(Armand scHTl. \ 

SCÈNE m. 

GEORGES. 

Ces pauvres surnamérdires !... ça Tiendra 
^ viendra!... Croyez cela et buvez de l'eaù, 
c'est le plqs clair de leur déjeuner... Ça me 
fait penser au sieq que j'ai oublié de îui ppr- 
ter, le petit pJÎn et la carafe d'eau. Â cela 
près, c'est un bel étal que celui de surnomé^ 
raire. Je sais ça, moj, qui ï^\ exercé pen- 
4ant trois ans. 

AIB : Un homme pour faire un Ut^l e aU f 

^f (irmis qu^on travaille pour deux , 
Et qu'on «e passe de salaire y 
C/est au fait Teinplei V plus beurrux 
QuV<^ puisse avoir dans V piiiii4cre. 
En fait de places , ici-bas 



SCÈNE IV. 189 

J" VOIS chacun trembler pour la sienne ; 
Et f Kl nioins quand on n'en a pas , 
Od ne craint pas qu'on vous la prenne. 

Maïs qu'est-ce qui vient là?... Déjà des 
S^olllci leurs ?... Çà commence bien 9 la jour- 
née sera bonne. 



SCÈNE IV. 

GEORGES, M"*' DURAND, entrant par la 

gauche. 

M*"* D u B A N D 9 parlant au suisse. 

Oui , Monsieur, Toilà mon laîssez-pnsser. 
( A G4or^es. ) Monsieur, ia première divi- 
sion , bureau n*^ 1 ? 

€B0R6BS. 

I! n'y a encore personne. 

M"'* D i: B A 3f D. 

Oui, Monsieur... mais vous voyez que j'ai 
un hnVez-passer, /'t ce n'est certainement pas 
.*»ans peine... 

GFORGES. 

Je vous dis qu'il n'y a encore personne , 
excepté un surninnôraire. 

M'"* DUR AN p. 

Eb bien î dès qu'il y a quelqu'un. 



/ 



i^o LE SOLLICITEUR. 

GEORGES* 

Q»rest-ce qui vous p;jrle de quelqu'iiu ?... 
3e. vous dî.s un Surnuméraire..', vous» arrivei 
de trop bu une heure. 

Fardon , j« croyais qtl-'on ne pou rail fama^ 
arriver de trop boiineheure. Je vous dersian- 
(te>'ai alors la permission d'attendre et de me 
^ chauffer au poêrc. , 

( tUc prend la chaise du. garçon. ) 

G E O E G £ 3- 
£t bieu ! c*est sans gêne. 

Voyez-Tous, c'e?t un entrepôt de tabac 
que \ii Foilicitt^ depws ioo^-tems, et qae 
j'aurais déjà eu sans mou inarL 

6 E B G B ». 

Est-ce qu'il ne voudrait pas ? 

£h! i>0Q I>îeu I il n'a jamais eu de Tolonré , 
et encore moins à présent* le pauvre cher 
liomine ; mais il n'a jamais su faire les choses 
à propos... Imaginez -vous qu'il vient de se 
laisser mourir 

GEORGES. 

C'est bien malheureux ! 

M"*" DURAND. 

Oui y sans doute ^ car sans cela j'avais Tea- 



SCENE IV. 191 

trepOl de Saint -JVIalo. Oti prélend qu'il faut 
im homme pour remplir cette place?... Dieu 
sait pourt^ant comme le dcfunt s'tintenduit à 
remplir une place. ASais comment trouver un 
mari? Diles-moi, vou* qui voyez tanl tie 
roonde ici , vous ne poMme* pas ui'indi- 
qiier ?.«. 

GEORCJ&S. 

Eh! mon Dieu! allendez... je rois d'ici 
votre homme... c'est même un concurrent, 
et un concurrent redoutable... M» Lespé- 
rance> le plus rude suliicitcnr. 

Et vous croyez qu'il voudrait... 

GEORGES. 

Lui ? pour obtenir une place , il esX capable 
de tout... Vous ne le connaissez pas.. 

AIR : Je me suis marie. 

C'est le roi des furets , 
Il guette , il rode , il trotte ; 
Sua unique marotte 
. Est de ccui'ir s^rès 
Ses étemels place ts. 
Du uiiaiilére au Louire , 
Des ({MIC la porte s'ouvre, ^. 

SV)udaia ou peut le voir. 
Avec soD baÎÀt noir. 

Chef de bureau , préfet , 



192 LESOLLICITEUIL 

Commis y il vous menace ; 
CraigDCz tlValrer eu place ^ 
Viiiu aurez son billot 
Avec votre brevet; 
Car c^est d'après b gazette 
Qu*il règle sa courbette , 
£t sou souris flatteur 
D'après le Mooiteur. 

En mai comme en janvi^ri 
Que le iniuistre change , 
Lai , rien ne le dérange , 
11 est , sur Tescalier, 
Ferme comme un pilier ; 
£t Phiiissier du ministère , 
S^il en fes^iit rinventaire , 
Ne pourrait f oublier 
Dans notre mobilier. 

Dans les mêmes instans 
On le voit aux finances; 
Il est aux audiences . 
El trouve eqcor du tcms 
Pour nos reprèsentaus. 
En un mot , il se faliguj: » 
Jilarche , travaiUe , intrigue . 
Le tout pour parvenir 
A ne Mcu obtenir. 

une BVBAND. 

11 pourrait finir par arriver, et c'est un ri- 
Tal tiop dangereux. iVliUd dès que yous me 
piuaicUe^ de lui parler... que d'obligaliuus 



SCÈNE V. 193 

e vous auniil [Fouillant dans son sac.) Mon 
)îeu ! je n'ai là que niuD mouchoir et ma pô^ 
îlion... JMais je crois entendre sonner dix 
leurcs..* je puis entrer, je crois ?.«• 

«BORGBS. 

Oh ! snn9 difficulté ; mais une mitre fois 
Eiye« plus de mémoire ,' et rappelez - vous 
qu'on n'entre qu'à dix heures».. C'est qu'en 
venant Mtôt on se presse 9 et on oublie tou- 
jours quelque chose. ( // part. ) Attrape ça. 
{Madame Durand entre dans le bureau adroite,) 
Et moi , n'oublions pas le déjeuner de M. Ar- 
mand. 

(U eatre également à droite atec un petit pain et une 

carafe d'^eau.) 

SCÈNE V. 

L E S P Ë R A N C E , en bas noir , h^blt noir ser- 
rant la taille , chapeau sur la téie ; il ouvre la porte 
vitrée à gauche ^ et rcgaixle autour de lui. 

Pebsokne... Si je me suis biéh orienté snr 
ma carte topographique du tninistère, Toicî la 
grande entrée et l'escalier du ministre... et 
c'est par là que moi , Félix Lespérance , je 
prétends enlever Tentrcpôt de tabac de Saint* 
Malo, vacant par décès du titulaire. Ils sont 
là, par rentrée ordinaire» trois ou quatre 
cents personnes à attendre It'ur tour, cha- 
cun son numéi*o... Ou appelle n° i^ n® 3 9 

ï. Vaudevilles. 4* '7 



194 LE SOLLICITEUR. 

n° 3... ; moi qui aï justement le 399... elde* 
que je voulais me faufiler ou aiitîcrpcrsurfe 
voifHu, ils étaient toas à crier : à la queael... 
à la queue h*, et puis les bourrades, r*lan, 
v'ian; encore si ça avait dû me faire avancer, 
je ne dis pas... parce que dès qii'oo nvancef 
le reste n'est rien. Mais quaud j*;m vu q« 
c'était en pure perte ^ je les l.ii^se la... jefiù! 
le tour, et j'entre par la grande porte OTri 
Azor, qui ne me quitJe pas, et qui CQOUii 
tous les ministres comme mui-même — Moi 
sieur! Monsieur! les chiens n'cptrent pjs.- 
Je ne prends pas ça pour moi... je coulîoe 
mon chemin. — Monsieur! yolve chien... - 
Je ne lais pas semblant de le connaître, je n 
toujours comme s'il n'était pas de ma coii' 
pagnie...Et peudaïUque le&uisse, en bais^^ani 
sa. hallebarde, poursuit ce pauvre Âzor dankj 
la cour 5 je me glisse impcrcepliliklenient der-i 
rière lui. m et me voilà... et il y a des musarJr 
qui vous diseut : Mais comment donc faites- 1 
V011S9 on vous trouve partout... L*audace?... ' 
je ne conaa» que l'audace 9 moi... Audacieux 
«i fluet) et Tau a^'rive à tout. 



sc'KXE vr. 195 

SCÈNE VI. 

■ LESPÈraNCË, ZURICH, en suUse , 
E avec I<i baudrier et la Itallebairde. 



ZVRMH. 

Ou il être donc c*te petite Moosir?*.» 
Ahl diable!... 

ZtTKlCfi. 

Comment havre -fous fait pour entrir» 
toi?... 

LESPERANCE. 

Pardi!... par la porte. 

ztirtcB. ' 

Tairteff! toi n'entiir pas. 

LBSPKRAHCE. 

Vous voyei bien que si , pursqupe me iroîlà. 

Où être la pelile feuilleton > le garle de ba- 
bicr pour la passage? 

LESPËftANCE. 

Vous Toulei dire ce papier par le moyen 
dooiiei on passe sans difficulté? Vous voyez, 
h\f[) qu'il uie serait inutile... ainsi n'en par- 
lons plus. 



i$6 LE SOLLICITEUR. 

ZURICB. 

J'entendi're boîot^ et être ing^orruplîhle. 

(Tcndaut la uutiu.) 
LBSPéBAKCB* 

Mais encore... 

z n R ) c H 9 tcntfaiit toujours la main. 

A moins de afoir aes molifs brébondé* 

rans. 

LESPÉEARCE. 

Mais quand je vous dis en bon français... 

ZDAIGH. 

3e enlendire point le français. 
LBSPfiRAtrCE, à part. 

Va moi , ail contraire , j'entends fort bien le 
suisse... J'eiilends bien ce qu'il veut dire 
avec ses motifs prépondérans ; je le com- 
prends mieux que lui... mais si une fois on 
les habituait à cela, on n'en finirait pas... 
JViime mieux prendre le plus long, c'est plus 
co-urt. 

AIR : de Gilles en demi; 
Allons , puisqu'il faut que je sorte , 
Sollicitt^ur intelligent , 
Gagnons tout doucement la porie , 
Disparaissons pour un instant. 

ZUilICH. 

Allons, falloir que Monsir^orte... 
Je souis un souisse intelligent. 
Allons, vite, gagnez la porte» 
£t disparaissez à Tinstaot. 



S5 

' lA 



n 



SCÈNE VIL 197 

LESPERANCB. 

Le hasard me sera propice , 
Et je n^ai nul rlésir, vraiment , 
D^aller me faire avec un suisse 
Une querelle cP Allemand. 

m t LESPEAANCE. 

Allons , puisqu^il , etc. 

ZURICH. 

Alloiis falloir que , etc. 

( Lespërance sort.) 

SCÈNE VII. 

ZURICH. 

m * 

Il être ponne, c'te Monsir... te fouloir at** 
traber inoi , qui hafre été autrefois le loustic 
de la récfaiincDt, et qui être toujours crante-* 
ment fine pour le malice. Ce être pien crân« 
tcment tommage que j*hafre la fue un beu 
passe, ce être gabable bour embêcher moi de ' 
faite mon jemin.., n'imborte. Qui fa là? 



•7 



I9S LESOLLÏCITEUB. 

SCÈKE VI II. 

ZURICH, LESPËRANCE. fl atm« ri- 
, \eintnt la porte , et liin'<"rsc te tNcâCre d*ua air lesCe 
et (dégagé ; îl a sur les }e:ix des luo'tfos verfes; 3 
t'st .<;an5 chapt au it rbul.it ouvert ; il a une plime 
dans la bouthe, des |)a{>iers sous le bn», et ira 
rouleau à la main. 11 se dirige vers la porte du bu- 
reau. 

ZORICH. 

Ocifalâ? 

LBSPÉRANGEy parlant avec b plume entre les 

dents. 

Je suis de. la maison , je suis de la maîsco. 

ZURICH. 

C'est chu sic, ce être yn employé; je re- 
tourne à mon boste. 

(Ilsort.) 

SCÈNE IX. 

LESPÉRANCE. 

C'est encore moi. Je suis s(\r qu^à ma 

i)lace un solliciteur ordinaire 9 un paiirrcdia- 
ile comme on en Toit tant se serait tenu 
pour battu. {Prenant son chapeau^ qui est at- 
taché sous la basque de son habit. ) Nais aussi 
il l'aut savoir solliciter. {Atliculant. ) 11 tuut 



SCÈWEX. IQ9 

savoir solliciter... c'est un art comme un au- 
tr«9 et un art qui a seâ principes; pour y ex- 
celler y il faut avoir de certaines qualités per- 
sonnelles; ça ne se donne pas... Par exem- 
ple, une jambe taillée pour la course, voilà 
une Jambe '\, succès... Mais me roîlî\ enfin 
dans le champ des Grecs ; il faut d'abord son-» 
ger ù r&ttaque. J'ai là ma demi -douzaine de 
pétitions; jamais moins, quelquefois plus, 
parce qu*on ne sait pas ce qui peut arriver... 
Si j'essayais... Justement, voici le garçon de 
bureau avec lequel j'ai lait connaissance en 
parlant de lu pluie et de la politique: 

SCÈNE X. 

LESPÉRANCE, G JS O & G £ S > sortant da 

burvatL. 

LESPÉRAlfCB. 

Si )> pouvais me le .gagner par quelques 
familiarités. / 

(Voyant que Georges ^irrud du tabac, il s'avance tht- 
l'ière lui et prend une prise daos sa Ubatière ) 

GEORGES^ se retournant* 

Eh! c'est M. Lespérance. 

LESPëR ANCC. 

. Woi-mêine, mon cher Georges. ( Leregar^ 
dant.) Hem I quelle santé ils ont dans ces bu- 
nsavx; se porte-t>on comme ça \ 



y aoo LE SOLLICITEUR. 

G G O a G E s. 

. Parbleu! je parlais de vous tout à Theure 
à uue dauie. 

LBSPÉRAIfCB. 

Voyez- vous! ce brave Georges... Je te dirai 
quelque chose tout ù l'heure; pour le mo- 
ment, j'ai une affaire indispensable qui me 
forcé à entrer là-dedans. 

GEORGES. 

Non , ça ne se peut pas. 

LESPEDlAITGB. 

Comment! tu crois qu'il n'est pas possî* 
ble?... 

f GCOÈGES. 

Non... à moins qu'un de ces Messieurs ne 
vous fasse entrer; moi, je ne puis prendre 
sur moi... [Lespérance regarde toujours /« 
porte sans écouler Gorges, ) Pour en revenir 
ù celte dame 9 elle voulait vous faire avoir 
l'entrepôt de tabac de Saint-Malo. 

LESPÉRANCE) vivement. 

Hein t.. . qu'est-ce que c'est?... de SaÎDt* 
Malo... celui que je sollicite. 

GEORGES. 

Et même elle vous offre sa main. 

{.ESPÉRANCE. 

Ah ! bien y par exemple y c'est diins cet mo- 



SCÈNE X. aot 

mens -là qu'on apprécie ytv^ment l'orvantage 
à.'ôlrti célibataire. 

GEOBGES. 

Si VOUS consentez à Tépouser, tous n^ayes 
qu'à pnrlei'r 

LBSPéEÀNCE. 

Il D*j a pas de doute ^ et dès qu'elle a Ten* 
trepôt... 

GEOBGES. 

Je ne dis pas cela... Je dis qu'elle est sCUre 
de l'avoir dès qu'elle vous aura. 

LESPÉBANCE. 

Non, non, nous ne nous entendons plus. 

GEOBGES. ' 

Songez donc qu'il lui faudrait Un tnari 
pour avoir Tenlrepôt. 

LESPCBANGE. 

Au contraire , îl faut qu'elle ait l'entrepôt 
pour avoir le mari. Diable! ne confondons 
pas, rien d'obtenu, rien de fait... Dis-lui qu'elle 
sollicite toujours... hi elle est nommée, on 
verra... mais en attendant, je vais tâcher de... 
£h! mais voilà justement quelqu'un qui sort; 
c'est aujourd hui jour de paiement,, et j'ai 
remarqué que ces jours-là on est mieux dis- 
posé. ( Montrant Armand qui arrive* ) i\ fait 
8UDS doute partie des bureaux ? 



101 LE SOLLICITEUR. 

G « O R C E s. 

Partie... jusqu'à uo certain point. ' 

Ah! je devrne.... En effet, je ne liiî Iroo- 
Ynh pas c^tte g'nlé...-au fait, il n'est pas payé 
puiir ça, c'est égaL 

SCÈNE XI. 

GEORGES,LESPÉRANCE,ARMAND, 
auqitel L^s^ïéfaâce' iUit pluiieiirs salutations. 

A B M A 5 D , sans reraarc)uer Lcs}.^raiice. 

Georges, est-ce que madame de Yersac n'a 
point encore reparu? 

6B0BGBS. 

Non, Monsieur. 

A R M A li l>. 

Allons, je vais profiter 4e cek pour déîcMi- 
ncr; car j'ai tant d'uuvr.tgo qu'il m'a encore 
été inip(#Sdîl)fe. , 

LESPKRAVCE, à part. 

Ou'enlends-je?... il n'a pas déjeuné J c'est 
I n houiiiie à uh)Î. Il n y a que tleux moyens; 
il faut prendre les gens p»»' les senliuieuson 
par la fi.iuj; il ne serait pas régulier de com- 
mencer par la faim, débuluus par It-s senti- 
meus. (// lotisse pour se faire remarquer, et 
recommence ses révérences.) Monsieur... 



SCÈN£ XL Qo3 

ARM AND 9 à paît. 

Quel est cet orig;mal?..« Q^e rpe veul-il 
çivcc s^s saiuls? 

^iESPéfiàves, saluant toujours. 

Tous devinez sans doute ce qui m'amène; 
s*î1 VUU3 resluit la plus légère incertitude... 

(Il «alue (le o^iiyeau.) 

^BUAND. 

Vous saluez avec une jg^râce, uDe aisance... 

LESPËBANCB. \ 

Ci'est la g;raacU habitude... il y a dix ans 
(jue j'exerce. 

A R M A fiî p. 

Je deviae que vous sollicitez. 

rEJîPER ANGE. 

Vous l'avez dit... et je compte sur vous, ai- 
mable jeune homme... il faut que voujs me 
dormiez un cou|> de main... ou un coup d'é- 
paule... Préférez-vous me donner un coup 
vd'épciule ?.... ca m'est parfaitement égal, 
pourvu que vous me poussiez. 

AU M A K B. 

Songez donc •que je ne suis rien dansVad- 
ixiiuiaflra'tiou. 

LESPÉRANGE. 

C'est ce qui vous trompe :' vous ne rece^ 
vezpuiat de salaire^ c'est fort bieu ; vous ne 



ai4 LE SOLLICITEUR, 

retirez aucun fniît de voire labeur ^ cV$ti 
merveille ; tous travaillez gratis pro Deff i 
c^est encore mieux; mais on tous paie ea 
égard» y en bienveillance, et^ sous ce rap- 
port , vous jouissez d*un fort joli Iraitemeot. 
{À part,) Voilà pour les seutimeos^* nous 
Verrons après. {HauL) Parlez-moi des égards, 
de la bienveillance 9 cela tient lieu de tout 

ARM Ail 1>. 

Les égards^ la bienveillance, tout cela ne 
suffit pas. 

LESPB&AlfCE. 

C'est ce que je dis. ( ^ part. ) Oh ! alors il 
faut lâcher le déjeuner. ( Haut. ) Quand je 
dis que ça tient lieu de tout, c'est une façon 
de parler. Je conçois , par exemple , qu'on 
n'engraisse pas avec de l'estime; moi^ qui 
vous parle , je jouis d'une considération ti*è.<- 
distinguée, et cependant... et cependant si je 
n'avais pas déjeuné... Avez-vous déjeuné ? 

AEKAHD, oflfensé. 

Monsieur !... 

LESPBRAIIGE9 affirmatiTemrnt. 

Vous n'avez pas déjeuné, vous chercheriez 
en vain à le dissimuler. Yous n'avez pas dé- 
jeuné. 

ABBIAHD* sonriaol. 
Monsieur, je ne prends jamais rico. 



^SCÈNE XI. 2o5 

LESPÉRAVGE. 

Je sais cela à fxierveille. Vousautres, vous 
ne prenez jamais rien > mais tous acceptei 
quelque chose. 

ARMAND. 

Mopsietir... 

LESPÉKARCB. 

Une bavaroise au lait ? 

ARMAND. 

Vous vous moquez. 

LCSPÉRAlfCV. 

I 

Je ?oiâ que vous êtes pour la côtelette. F.h 
bien! ra pour la côlelette et le carafon. {À 
poi't. ) Ma foi , lâchons la côtelette. ^ 

A R M A N D 9 avec dignité. 

C^5t assez plaisanter. 

AIR : Fils imprudent , <<c. 

» 

En ces lieux je n'ai point d*eoipire ; 

Si jamab je dois en avoir , 

En vaio'on voudrait me séduire : 

Je ferai toujours mon devoir. 
Je suis Français « et je fus militaire , 
L'honneur) monsieur, jamais ne se paya. 

Telle est ma loi. 

(nnvt.) 

L^ESPÉRANCE, 

Ce garçon-là 
Sera toujours surnuméraire. 
I. YaudeyiUet. 4« ^^ 



ao3 It SOLLfciTEUfL 

Â!]<ins, c'esr jouer de inalhi-nr... Tïiub^r 
Mir un :» u rn II iBC l'aire qui uc déjeune pa>!... 
Mniâ cViSt égal , il faudra biec... (Quelle est 
i;€(le j€U!ie dauie ? 

SCÈNE XÏI. 

LESPÉRANCE, M« DE YERSAC. 

LESPÉ.R45CK, à part. 

Je suis bien sûr qifune figure aomme celle* 
là ne sera pas refusée... i>i- je pouTais oi'ac-; 
crocher ù elle! ( Haut.) 0?erais-je m'inluruicr 
de ce que dcuianJe IViadanie ? 

,|.ne PB VJ6KSACU 

Je cherche quel^iruo qui puisse m^aQooa- 
cer. 

teSFÊBANCfi. 

Je Tois que Madame a uo iaissez-passer? 

K"* DE VEASAG. 

Oui 9 Monsieur. 

^ESPÉRANCE. 

Si j*osais lui fAÊTrir moa bra»; uoe f^pQDme 
seule se trouve souvent embarrassée^.. Goiii' 
ment se reconnaître dskn» ci*a corcidors , dans 
ces escaliiu's ? tandis qn*aTec'un cavalier... 

M'"* 1)B TER SAC. 

Je vouii remercie^ je ne TCuaLpoIal abuser... 



s C 1. N K X 1 1. aoy 

LEîfPÉ RAKCE. 

Çîi.iiî^ me gêne paî» du loul . an contraire. 
S^iJgil-il d'Hiie place , une rédl.uii'itîoiu une 
|»ôlition !... Si je pouvais être utile à Madame; 
î'udt! dire que je suis assez connu... 

M""', D B V E R s A c, à part. 

En vérité^ voiià un Monsieur bien obli- 
peiiitt. [Haut ) C'est une péti(k)n que je dois 
donner A Son Excellence, rn^iis je dois lui ^ 
être présentée par un chef de division... etje 
ne sais pus au juste où est son bureau. 

LESFÉBAIHGC. 

Toiilrz-vons me permettre de voir son 
nom ? ( Prenant la pétition. ) Oui , M. de 
Siinl-Erneît, r/esl bien là son bureau. {^Gar- 
dant fa pétition et offrant son bras à inudame 
dft Versac») Ei quand, vous voudrez, nous 
pourrons enlrer. 

Iki"* DE VEKSAC. 

Maissi VOUS voulez seulement m'indiqucr... 

LESPén ANCE. 

Je liens à vous conduire n)oî-mêrnè. 



fti""' DE VER SAC. 



Non, déeidéincnt, je ne souffrirai pas... Je 
vo'.is rends mille grâces. 

^ LESPÉRANG8. 

Mille.,. c*e$t beaucoup, l^ais quand qd en 



ao8 LE SOLLICITEUR. 

possède autant que tous, -on peut-*. 5ans se 
gOiier f en accorder une quantité plus ou 
moins grande.*», ce qui fait que je vous en 
demanderai une... Vous refusez ma protec- 
tion , eh bien ! moi , je né suis pas fier^ je 
vous denrtande la vôtre. 

m"^ de TERSAC9 à part. 

Voilà qui est .singulier! ( fToa/. ) Cei-taîne- 
Oit^nt 9 Monsieur , je ntf deni^^nderaL** pas 
mieux... mais, ne vous counaissaut pas , il 
est indispensable... 

LBSPéRANGE. 

C'est à-dîrc indispensable... si Ton veut... 
Il y a beaucoup de gt:ns qui sollicitent , sans 
savoir prcciséinent ce qu'ils demandent , et 
même sans savoir au juste pour quu 

SCÈNE XIII* 

LES PRÉCÉDEVSy ARMAND. 
ARMAI! D. 

Fb quoi ! Madame 9 vous êtes là ? moi qui, 
depuis une heure , vous attendais pour vous 
conduire. 

LESPKRAHCE , à part. 

Maudit surnuméraire ! encore une tenta- 
tivi{ inutile. Je n'arriverai point au ministre... 
J!)b! si, vraiment. Quelle idée!... Qu'est* 



Scène xiii. 209 

l^ie je risque?... Il aura toujours de ma 
prose , et présentée parnine jolie main..w Al- 
lons ^ en avant: le bureau des pétitions. 
^ Il fouille rapidement dans sa poche de côté et tire une 

pétitina qu'il présente à Madame dé Versac à U 

place de la sienne. ) 

▲IB : Quand 0n soft aùaer et plaire. 
Puîsriu'an autre id tous donne 
Le bras que Ton vous offrait , - 
A lui je vous abandonne, 
Et je vous rends ce pla^t. 

MADAME Dfi VSilSAC. 

Grojez qu'au fond de mon ame... 

Ah ! je ne perds pas Pespoir. . 

Peut-être allez -vous , Madame , 
Me servir sans le vouloir. 

Armand. 
Souffrez qu'ici je vous donne ' 

Le bras que Ton vous offrait^ 
A l'espoir je m'abandonne , 
m 1 J'attends tout de ce placet. 

Sa } MADAME DE TEESAC. 

« \ Taccepte , puisqu'on l'ordonne ^ 
H ] L'offre qu'ici l'on me fait ; 

A l'espoir je m'abandonne : 

J'attends tout de ce' placet. 

L'ESPiRANGE. 

Puisqu'un autre ici vous donne , etc. 
( Madiin« d« Yertaa et Armaïul fortcnt.) 

18. 



aïo LESOLLIClTEUFt, 

SCÈiN'E XIV. 

LKSFÉaANCE. . 

< 

RÉCApiTtJtOjïs un peu... Nous âîsons donr, 
une entre les mains de celte dftiTie; âeui ou 
trois que j'ai glissée» dans la loge du portier, 
sous l'enveloppe du Moniteur , trois ou qm- 
tre qui uie restent ; ti f«)Ut croire x^uet ètiv h 
quantité il y en aurâ^Ut^lqti'uUe qui arrirera 
jusqu'au ministre... Où est l« ftiâlUe faire ses 
demandes par duplicata ?... Quan J on derrait 
ayoir deux ou liuis places au lien d'une', 
voilà tout ce qu'on. risque. Voyons donc la 
pétition de cette dame. ( // UL ) Uiabhi ! une 
place d'inspecteur! rieo que cela... Le uiî- 
nisire ne peut qu'y gagner^je ne lui demande 
qu'un entrepôt... Pourtant, si je pouvais par- 
venir jusqu'à lui, et lui parler. moi-UK*mc , çà 
vaudrait encore mi(3ux. (^U ploie la pétition et 
la remet dans su poche de calé. ) Allons, Le^^ 
pérance , un dernier eûbrt... Il faut l'i^usïir 
ou perdre ton nom. 

CRIARD ET, éur TescaliieF. 

le déjeuner de M. le âecfétaîre-GènéralJ ' 

QtOKÇZS f allant vers la porte vitrée. 

M. Sorbet! le déjeuner d^ M. le Secré-' 
taire-&énéra|. 



' . SCÈNE XV, 911 

L 1 9 c 1 S S B , en dehors. 
l.e déoheuiier de la Secrélaûe-Cliénéral, 

LBdP.fiR Aires. 

Voii Dieu ! quel briiil !... toî!i\ tout rbôtel 
sn ruiiK'tir... Il paraît que c'est uoe aiï'aire 
iiuportaiite 9 et qu'elle est de celles qui d^-» 
niaDdetil à être eipcdiées promptemeat. 

SCÈNE xy. 

lESPÉRANCE, M. SORBET, une serviette 
sous le bras , et un gr^iiid plateau chargé d'un dé-» 
jeûner. 

SORBET, entrant. 

Mb ▼qiii^i.ine voilà!.... A peine anjouiv 
d'Viui a-t-on le tems de se reconiiaîlre. A 
• cette heure-ci tout le bureau est au café. 

LESPGRANCE. 

Djal)le î quelle gaucherie h moi de n'avoir 
pas déjeuné chez lui ; il peut m'être fort 
utile... C'est décidé; dorénavant j'y fais tous 
mes i^epas. Il ne résistera pas à une consom- 
iTialion un neu active. Dites-moi, M. Sorbet, 
\\ paraît qtnl y a de rarppélîl parnai les em- 
ployés? 

s B B E T. 

Dieu merci ! ça n'est pas la faim qui leur 
mapque, et ftice n'itaieuties crédits, ça îriiit 



aia LES01.LICITEUR. 

bitfn :c*cst-à-dtre Messieul*:» les emplojêfi.OB 
s'en retire totijours, parce que les jour» de 

ÎMieiHent, aujourd'hui par exemple « od «st 
à des premiers. {Regardant par la portée' 
tréê, ) Ah ! mon Dieu ! 

LfiSPÉRAHCB. 

Qu'est-ce que c*est donc? 

SORBET. 

Vous ne voyez pas y dans la cour, oi 

Monsieur?.. 

AIR : de là partie carrée 

e 

C'est l'employé que , tonte la semaine , 
Dans son logis , j'ai-clierdié vainement , 

Pour me solder d^une quinzaine 
Il m*a remis au jour de son paiement. 

L'£SPiB\NCR. 

Je parlrais qu'il vous redoute ; 
A grands pas je le vois marcher... 
Qu'il est léger! 

SORBET. 

Ab ! plus de ifeute , 
C'est qu'il vient de (ouclier. 

Et s'il pnsse la porte , }e suis pcrAi... Parce 
que Yons pensez bien que le marchand de fin 
et Le propriétaire... 

LBSPBRAlfCE. 

£h bien! courez-j donc... courex thc. 



SCÈNE XVII. ai3 

ILtAÎ prenant ie plateau et la serviette. ) Lais- 
&x— moi cela. 

SORBET. 

Je reviens dans Tioslant. 

(Il «ort) 

SCÈNE XVI. 

LiESPÉRANCE , trnaDt le plaleaa et regardant par 

la porte viiréc. 

Ob! il rattrapera... îl rattrapera. [Regar^ 
dant le plateau, ) £h ! mais... nia foi y dans la 
situation oii je suis » il n*y a qu'un parti dé- 
termine qui puisse me sauver... ( Regardant 
autour de lui, ) Personne^.. Il faudra bien 
qu*on laisse passer le déjeuner de M. le Se- 
crétaire-Général. ( // s^ attache autour du corps 
la serviette de Sorbet , et prend dans ses mains 
leplateuu.) Je Tai déjà dit : audacieux et fluet» 
et Ton arrive à tout. 

( Il monte par IVscalicr du foncT,* Crîardet se range 
()uur le laiiidt'r passer \ il disparaît. ) 

SCÈNE XVU. 

ARMAND, W DE VERSAC, tortantilu 

bureau à ^aaciie. 

♦ 

81*°* DB VVnSAC» 

CoKCEV£s- voos notre malbeur!... le mi- 



5i4 LE SOLLICITEUR. | 

nf<tre qui ne peut pns nous receToîr an]oar- 
dMiUÎ! Il n'a acconlétl'andicnc^es parlfcnli^vt^ 
qu*â deux ou trois pcr>ouoes doot fc vki! 
de Toir les noms inscrits — Vn général 9 oik 
dul-heKile et 110 SI. de laLHibardièj-e y que je k 
VQiin'dii point. 

Notre chef de dirbioo est désolé de et 

contre -tcnis. 

m"* de tersac. 

Et rnpi 1 \en suis d*une bumeur... Mallicur 
AUX perso DO es qui me feront la cour aujour- 

tt'bui! 

A ft V A H 1>. 

.le vois qu'il ne faudrait pas tous derasa* 
der d*audience parliculière. 

Non, certîiioement... Le ministre a des 
caprice», tout lemonde s'en ressentira. Com- 
ment!.,, pas d'audience avant huit jours! 

A K II A IV D. 

Il faut espérer qu'une autre fois... ♦ 

tt™« DE VERSA c. 

Et si un autre vous prévient... s*il oblîent 
lu plare malgré vos droits... Vons vojei bien 
que si l'on accuï*c les grands (l'itijuslice , OQ 
n'a pas toujours tort. 



SCÈNE XVlL . ^i5 

ARMAND. 

On ne peut cependant pas répondre à tout 
le iiiondie. 

U^ PM VEHSAC» 

Si Monsieur !é.. et si jamais je suis minis- 
t:re, on verra. 

C'est différent. Je vous trouve déjà un nit 
ministériel loul-à-fait imposant; et, diins le 
€;as de votre nomination, je vous prie de ne 
point oublier ma pétition. 

M"^* DE VERSAC. 

La voilà , celte maudite pétition que je n'uî' 
pu présenter... mais je pense maîntcnunt à 
cet original qui voulait à toute l'orce m'offrir 
son bras... Je commence à le plaindre, depuis 
que je sais combien il ebt désa^réuble de res- 
ter ù la porte. ' 

AEMA:«p. 

Lui?... il n'y restera pas; il ÛtiirQ par 
entrer.». Il y réussira peut-être plutôt que 

YOilS# 



3i6 LE SOLLICITEUR. 

SCÈNE xyiii. 

LB» FfeiciDESS, LESPÉRANCE. 

( Sur la ritouTnelIe de Tair , on Toît hcspérvaa iai 
ceudre ra|Mdement l'escalier. 3 

LESP^BAHGB. 

AIR : Je triomphe ! ah / quel bonheur! 

Ah ! je trionipbe ! ah l quel bonheur ! 
je suis nommé , j'ai Pealrepôt. 

Eh bien ! tous ne vouliez pas croire i moe 

crédit. ' 

ARMAND. 

Comment ! vous auriez vu le naioistre f 

M"^ DE YBkSAC* 

Malgré la consigne ? 

LESP^èHANGB. 

r- 

Bah ! la consigne. . . est-ce qu'il j en a pour 
moi?... Je^ ne vous dirai pas comment j'ai 
tVîinchi l'escalier... me voilà dans le comdur. 

AIR T J^ai vu le pâmasse des dames. 

Je conçois que dans cette enceinte 
On connaisse mal les détourS ; 
Bfoi^uéuie dan^» ce labyrintlie 
J'ai fa;it , je crois , plus de cent tours. 



SCÈNE XVIII. ai7 

Vainement on passe , on rrpasse ; 
• L^ou va, Ton vient ; pcd s^en fallait 
Qu'en ces ficux je ne m'égarasse..*. 
J^avais vraiaicnt Pair d'un placet. 

J\'irrive sur la pointe du pied jusqu*à Panti-» 

"cbaiiibre du ministre; je guette , j'observe... 

J'aperçois une vieille face de solliciteur... 

.physionomie féodale» dont les bâillemens 

annonçaient au moins deux heures d'attente. 

.Je prête Toreille... il grommelait entre ses 

dents ; « Faire ainsi croquer le marmot à 

.» M. de la Kibardière! » 

M"*'' DE VE&SA,G9 à Armand* 

C'est celui dont je vous parlais. 

LESPÉAAirCB. 

Il avait Tàir de méditer sur réternîlé... à 
laquelle un solliciteur doit toujours croire. 
Son tour vient ; les deux battans s'ouvrent j 
et rhitissier annonce, d'une voix de Stentor: 
M. de la Ribardière I Notre homme cherche à 
se soulever d'un fauteuil oii il avait, pour 
ainsi dire, pris racine... Ëtiibarirassé de sa 
toux, de son parapluie a canne, et surtout de 
sonépèe... une faiblesse le fait retomber dans 
son iîtutéuil. Je ne perds pas un instant, et^ 
. tandis qu'il s'efforce de se sedreéser, je m'é- 
lance comme une flèche; j'étais dans Je ca- 
binet du ministre, et j'avais dé jii fait dc\iX 
' ou trois révérences; qu'il n'étaif.pas encore 
debout. . 

ï* XaudcviJUe». 4, " I9 



ai8 LE SOLLICITEUR. 

V** DX TERSAC. 

J'aToue que je ne connaissais pas ceSH 
lu.iuière d*escain<iter une audieac:e..«, 

Son Excellence témoig;ne d'abord qiielqiN 
fnrnrise... je tire au hasard de ma poeheoiic 
de mes pî;ti(tons; Sun Excellence daigne h 
îire , en disant : Ah ! je sais ce que c*esl,». Je 
h croi» bien , citait peut-être la quatrîèim 
qu'il recevait... Je connais les taiens de n 
jeune homme,,. Ce ^eune homme !••• Vôtre 
Excellence €«t bîeniKMme... ci-Jevant jeuoe 
hoijiiiie. D'ailleurs 9 continua-t-jl, c^est um 
famille de bravss. Je ne sais pas qui a pu dire 
cela à Son Excellence ! le fait est que j'ai eu 
un frère conscrits Alors, après avoir écrit 
quelques mois de sa inaiu, le oiinistre a remis 
la pédtioQ au Secrétaire, en disaiH : Qmh 
brevet soit eapàdU sur^le^champ^, 

M«« DX -VERS A c. 

Comment !... il est possible! 

I.BSP£aA1ICB. 

Comme faî l'honneuT de tous le dire. Ma 
pétition est au &écrélariat-généra! 9 et comme 
c'est à votre bureau qiie ça vient» je TW» 
priiTai de me faire déHvrcT cela prouiptc- 

meiit. 

^l«* DE VBRSAC. 

£li bien! qu'en dites-vous ? 



SCÈNE XIX. ' 210 

AABlAK». 

Ma foi 9 si c'est là ce qu-on îippeiFe Part 
d'obtenir des place», je risque bien de ae ja» 
tuais en avoir. 

SCÈISE XIX. 

IBS rticiDENS, H''^ DURAND. 

ÀbI mon cher Georges! félicitez -mpî. 
clOftCBS) à Lespérance. 

C*est la daine dont je tous ai parlé pour ce 
mariage. 

Je SUIS certaine d'aToîr Tentrepéi de Siuint- 
Halo 9 j*ai la parole fonnelle du chef. 

M™* DB yeirsie. 
Allons, tout le monde réussit, excepié 

lîOOS. 

KESPéRAlfCB, 

Vous avez la parole, cVst fort bien ; fîi^i.t, 
moi, )*aî la place, et YOtts sentez ^'aiors... 

M""* DURAVD. 

Ah! mon ))ien, est-il possible ! 

LESPiRÀNCE. 

Et cet autre, l]uî voulait m'engager à tous 
épouser... j'étais joli garçon. 



aao LE SOLLICITEUR. 

Aift i Ces postulons sont d*une malacbresse! 

Kon , eVn est fait , Don, plus de mariage 9 

Je suis placé , je suis heureux , 

L'entrepôt me tombe en partage... 
J^obtieiis enCu Tobjct de tous mes yociul. 
Depuis dix ans cpie , malgré mon astaoe , 
Je cours toujours , je commence à m*user... 
On Pie fkvait uae place , ne ft^t-cc 
Que pour me reposer. 

SCÈNE XX. 

r 

I.BS mécÉDiNS, SORBET. 

SORBET. 

Il m'a toujours donoé un d-compte, maïs ' 
ce rrest pas sans peine... Où est donc inoa 
déjeuner ^ 

|.BSp£EASr.E. 

Mon ami 9 je sais ce que tous cherchez... 
C*est M. le Sécrétuire*- Général qui s'en oc- 
'cupc dans ce motpeot, 

SORBET. 

Qu'est-ce qui sVst donc donné la peine de 
le porter ? 

(^xxe. ça ne rous embarrasse pas. (Tirant /& 
serviette de sa poche, ) Tenez , voilà toujours 
la sorrielte; c'est trop juste y elle tous appan 
tien(. 



SdÈNEXXI. aai 

• ' SCÈNE XXI. 

w 

t 
» 

LBS PRicÉDBiYS, CRIARDBT. 

GR 1 A B D E T 9 il Annand. 

' C*BST un ordre que le inioistre a mis au bas 
de cette pétition. 

ARMAND. 

Et qu'il faut expédier^ c'est bon. 

LESPBBAVCE. 

' Oui , je ne serais pas fâché qu'on m'ex- 
pédiât. 

C R 1 A R D E T. 

Ah! c'est Monsieur?... {Le saluant,) i^ 
vous en fais mon compliment. 

LESPBRARCB. 

Ce que c'est que le vent de !a Hïveur ! Ça 
vous courbe les uns j ça vous redresse les 
autres... Je suis persuadé que dans ce mo- 
ment- cf je gagne au moins deux bons 

pouces. 

M"* DORAVD. 

LVntrepôt de Saint-Malo donné h un autre, 
après ce qu'on m'a promis !.•• Ça n'est pas 
possible. 

- LBSpéRARCB* ^ 

Signé du ministre, rien que pa.) 4 Ar-» 

19. 



22» LE SOLLICITEUR. 

maîia. ) Donnez-luî-cn lecture , |e tous « 

prie* 

▲ RMAlf D. 

Voloatîcrs', 

^( II jette les yeux sur la signature. ) 

LlftPBRÂVGB. 

Non , liset à&% le comsienieémeiit ; je ae 
suis pas fâché qu'on voie couanent je rédige 
une demande. 

âAVAHD, Usant. 

« A Son Excellence 9 etc. Monseî^pneary 
^. Jules A.rm'iind , ancîep lieutenant de chas- 
■ senrs, a Thunneur de tous exposer... » Que 
'?ois-je ! 

iBSpiRAVCBy rinterrompant. 

Q\f est-ce qu'il lit donc là?... Ne faites 
doue pas de mauvaises pliiisanteries... Lises 
comme il y a... Benoît*- Félix Lespérance... 

ABUAiri). 

IVIals non , c^est bien mon nom , Jules 
Anr.nnd; et plus bas 9 de la main du ministre: 
Jccordé ; je me ferai toujours un devoir derin- 
dre justice au mérite» 

iBSFÉftANGBy rintevronpant. 

Pe rendra Justice tui méritû^.. CfieclîreaMBt 

ce n*e$t plus ça. 

ARHA«»> CÔDlnKmt. 

Et je connais tekd de Af • Armand. 



SCÈNE XXI. 223 

ïhî mon Dieu! c'ejt ma pétition... Qui 
doue »*e9t chargé de la présenter? 

LESVBRAHGBy ibttiUaiit dans tt pocFie. 

Là , vous verrez que c'est luoi-tuêtne; ]e 
ine serai trompé d'exemplaire. 

m"*" de VEasAC) regardant dans son sac. 

Pourtant elle .n'est point sortie de mes 
rrMiins... Que ¥oiâ-j«! BénoU» Félix Lespé- 
raoce ! 

EBSréHâlfCE. 

C'est une des miennes , nous iitions chan- 
gé. ( // montre d'autres ffétitions, ) Tenez, 
-voilà les pareilles. Eh bien ! voilà la première 
place qne j'obtiens de ma vie , et c'est pour 
un autre! ( A madame Durand. ) Il ne m'ap- 
partient pas y Madame , de vanter mon cré- 
dit ; mais vous voyez ce que je riens de faire 
pour Monsieur 9 et tous sentez qu'il serait 
iacile, en nous entendant bien... 

Il rt'est plu5 tems , Monsieur , je auis sûre 
de l'entrepôt » et n'ai plus besoiu de mari. 

LESPRRilf CE. 

C'est différent ! )'ai fait là une )olie jour- 
née!... Jeune homme , vous pouYez vous 
vauter que votre place m'a donné du mal... 
C'est ég^al , il faudra bien que je unisse par 
eu aeerocher une. 



ïa4 Lfe SOLLICITEUR. 

Jl"** DE TES SAC. 

Braîntenont qae j^î Thoiineur de tabs 
connaître , \t penx tous j aider , et si foitf 
Toulez 9 TOUS CD enseigner le mojeo. 

LBSPBEAirGB. 

Comment , si je le Teux !.., 

M** DE' TEESÂC. 

AïK '.du pot de fleurs, 

Da teiiis qm fait se montrer moii» prod^œj 
Aa trayail seul consaorer iisg înstaiis ; 

Ne rien espérer de Tintrigue , 

Attendre font de it& taicns; 
Loin de chercher à sqrprendre iit!& grâces » 
Les mériter par son zélé et sa loi : 
Voilà » Monsieur , voilà , sons un bon nn , 

Le sei|l 9rt d'obtenir des places. 

ESPÉBAirCE. 

J'en essaierai. ( Tirant sa montre vlcement) 
Ah ! mon Dieu ! trois heures et demie ; cela 
ne sera pas fermé à riotérieur. J'ai bien Thoo- 
neur de tous saluer. 

A E H A N D ^ tirant aussi sa montre. 

Qu'est-ce que tous dites donc, trois heures 
et demie ?... deux heures et demie ! 

|.KSPÉfiA5CE. 

Pans ce oas je re9te.*« Aussi'-bien j'ai encore 



k 



^ SCÈNE XXI. aa5 

Cl quelque chose à soUiciler. {Tirant une 
ff'ilJio?i de sa poche et s" adressant au public. ) 
^ie»*sicnrs, Beiiôît-Félix Lespérance aThon- 
keur de vous exposer que... 

DEUXIEME COUPLET. 

Dans ce pays Ton rencontre à la ronde 
Nombre de gens qui ne sont pas placés ; 

Pour qu^icî nous ayon$ du monde , 
Envoyez-nous ceux que vous connaissez. 
Et s''ils craignaient encor quelques disgrâces , 

Messieurs , dites-leur de ma part 
Qu^on est chez nous , à six heures un quart , 

Toujours sûr d'obtenir des places. 



Fin DU SOLLlClTEUa. 



DEUX MARIS, 

COMÉDIE EN UN ACTE, 

m£lke ds vauoetilles, 

PAR MM. SCRIBE ET VARNER; 

Représentée , pour la preitiière fois , sur le théàtr« 
-des Vurîétés , le 3 février i^xg. 









PERSONNAGES. 



M. DE SÉ5A!IGE. 

ÉLISK, tafeamMu 

EIGALD 9 rcceTeor de 

W-* RIGAUD, sa femine (*). 

GERTaLDE, gourcroaolc d'ÉIise. 

LABRIE^ domcâûque. 



LaSccne se passe dans vu ciiâtcsi,aB had êeU 



( " ) Ce rôle ne doit point être joué en caricataïc ;fl 
rit de remploi des preinicxs rôles oa des jeunes 9011- 
Urv'itcs. 



LES 

DEUX MARIS, 

' COMÉDIE. 

Le th^^âtre représente un salon élégant ; une porte au 
fond , deux portes latérales avec deux marches j a 
gauche du spectateur, une table. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

f 

ÉLISE, GlilRTRUDE. 

ÉLISE. 

ÏIb bied ! Gertrude ? 

GE&TBVDB. 

Je Tons disais bien y Mademoiselle , qu'on 
n'avait point frappe et qu'il n'y avait personne 
à lu porte du château. 

ÉLISE. 

A la bonne heure , je me serai trompée. •• 
tant Dileux... car le cœur me battait déjà... 
Soiià pourtant, je crois, ciuq heures passées. 

GERTRUDE. 

Eh [qui voulez-vous donc qui vienne ?.#• 

T. Vaudevilles. 4* ^^ 



23o LES DEUX MARIS. 

Depuis un au que toii^s avez perdu maditiiM 
Yolre tanle , et que tous ui*avez fait Tefii 
habiter avec toi» cet ifumeose château ai 
fond de la Touraine, nous n^aron» pis reça 
une 5eule Tisite... Dieu merci , nous n'atteo- 
dons jamais persouncy et je voas toîs aujoa^ 
ë'hui d'une iaipalreDoe , d'une Inquiétude! 



t*** 



Il est vrai.. . Il y a des jours où Ton ne peut 
réudre compte de ce qu*on éprouve. 

GBKTAVDE. 

Nous y ^oîlji^. Je tous disais bien , moi) 
que cette solitude finirait par tous ennuyer... 
que le cœur vien^ait à parler... Ah!... si 
vous saviez ce que c'est que de rester demoi< 
selle !... Ce n'e:»t pas parce que î*ui oianqué 
trois luuriagesy mais ccrtuinement... 

BLISB. 

Gertrude... 

€EKTBV]>E. 

Oui, Mademoiselle, le dernier étaît ea 
qnatre-vingt^lix-bait... je venais alors d'en- 
trer ihiHS votre fo.Luille en qualité de gouver- 
nante ; j'ai Tudi^puis tout le monde s'élafalir, 
4ii .}t sais restée mademoiselle Gcrlrude. 

EXtSE} 6ou}>irant 
Ah ! ma bonue ! 



SCÈNE I. aSi 

QERT&UDB. 

Eh bien ! voyons, delà confiance... allons , 
je le rois 9 TOUS aimez. 

ÉLISE. 

Oli ! mon Dieu ! ooo* 

CBBTAirSS. 

r 

Vous êtesaimce. 

ELISE. 

.Ce ne serait rien... je sais.,, 

GERTRVDE. 

- £h bien ! quoi ? 

ÉLISE. 

Je suis mariée^! 

G B BIT* u DE 9 stui^éfMte. 

Mariée ! encore une î... comment ,. Made* 
moiselle, avec cet air si doux, si tranquiflel 
qui ^'en serait douté?... onoi qui vous prê- 
chais... et quel est donc ôet époux invi^àibie? 

ÉLISE. 

Je ne Te connais pas. 

GERTBCDE. 

On n*a jamais rien vu de pareil l...£t voiU 
\i première ibis que vous m'en parlez. 

ÉLISE. 

Quevenx-lu ?..! c'était un secret, et depuis 
le tems j'avais presque oublié moi-même 



ft32 LES DEUX MARIS. 

que JVîlais cnchaîuée... j'étais encore en pen- 
sion, lorsque des inlérêts da famille et la yo- 
Ion lé diî ma tante me firent contracter cet 
hymen; nous fûmes séparés en sortant de 
l'église; je vins habiter cette solitude... et 
jamais l'idée d'une entreT^ie ou d!Qn rappro- 
chement ne s'éiait présentée à mon esprit, 
lorsque cette lettre est venue troubler mon 
repos et renvetder toutes mes idées... lis toi- 
même. 

GEETEUI>1S. 

J'en suis encore tout étonnée !... (Lisant.] 
«Paris, ce six décembre... Ma chère nniie, 
» Adolphe de Sénange vient d'arriver ici,..» 
Comment! M. de Séuange<. que j'ai vu si 
jeune? que j'ai, presque élevé?... c'était un 
charmant enfant!... « Vous vous îniagioei 
» bien que huit adnées de voyages l'ont un 
» peu changé; mais l'on s'accorde ù lui trou- 
» ver de l'esprit , de la grace^ et la réputation 
» d'un fort aimable cavalier... Je ne doute 
n point que cet hymen qu'on lui a lait coo" 
» tracter si jeune ne l'occupe beaucoup...! 

ELISE. 

Et moi , donc! 

AIB : du yaudevUle de Haine aux Hommes, 

\ Las ! par un bizarre devoir, 
II faut que je mVfforce a plaire 
Aux yt'ui «Pun époux , Saii^ savoir • 

QiiL'i est son cœiu*, sou caractcrt:. 



SCÈKE I. a33 

GERTiniDE. 

Ccst terrible qii^il faille exprés 
L*aiiner avant de le connailre, 

IBLISE. 

£h ! mon Dieu , ce sera , peut-être , 
£ncor ^\as diiËciie après. 

Et quand je song;equ*aujOurd*huî même H 
peut arriver ! 

GERTRUDE. 

Mais je ne vois point cela. 

Élise 9 lui prenant la lettre. 

, C'est que tu ne lis pas... {LUfint. ) « Il 
» s'informe de sa femme à tout, le monde ; 
» mais y vu re!xtrême solitude oà vous vivez, 
n peu de gens peuvent lui répondre, et je sais, 
» par un de ses amis intimes , qu'il part de- 
» main pour se rendre auprès de vous... 11 
» arrivera à votre château ùpied, inooguito, 
» comme un voya^^eur égaré qui demande 
» rhuspilalitc, décidé , selon les événeuiens, 
» à se faire connaître , ou ù deu>an(ler la dis- 
a solution d'un hymen qui peul-élre vous 
» serait à charge à tous les deux. » £h bien! 
qu en dis-tu ? 

GERTRCDB. 

Je dis que ce mari-hi vous conviendra; 
qu'il iaut ciu'ii vous convienne. 

ao* 



234 LES DELX MxirilS. 

AXA : Ds sommeiller encor, ma chèrs. 

Malgré le teins , tnalgré Pabsmcc , 

A'ous avez fait , assurémeot 

L^in en Ai'ri({iie , l^autre en France , 

IlOQ ménage jiisqu^à présent. 

Ficspt'ctant le lien suprême 

Par qui vans fittes attachés, 

Ne vous brouillez pas le jour même' 

Où vous vous serez rapprochés. 

RLISB. 

J'y suis décidée , je ne demanderai jamais 
la rupture de ce mariage; mais, s'il l'exige, je 
fctiraî prête à y sou6(U*iie... Tu rois quefo n'y 
mt^t^point d'umoùr-propre^et que ma vanîlé 
lîle^sée n'entre pour rien dans la crainte de 
lui déplaire... Mais, dis-moi* comment n'ex- 
ciier:iis>»je pas ses dédains, moi qui n'ai jamais 
quitté cette solitude , qiii n'ai ni les taleos 
ni les grnces des dames die lu ville ?... J'ea 
srtis Gertaiue, il va me trouver gauche, imi' 
pide... je m'en apercevrai, cela me trotiblera 
encore plus^ et je ne pourrai pas lui dire u« 
mot. 

CEàtRDI^Ê. 

AUoos donc, Mademoiselle, 



ÉLISE. 



l^coute : pour les premiers momcnsseule» 
me{it| ne me nomme pas; dis que madame 



SCËNE II. a35 

e Scnange est absente , et désigne - moi 
iitnme tine de ses an)ies. 

Gertrcde. 

Tenez, Mademoiselle, tous ces détours... 
^cs épreuTes-îà portent toujours malheur... 
On ne saurait ajrir trop franchement. .. C'est 
vous , c'est moi! Ça vous convienl-ii ? nous 
voilà! Moi qai vous parle, j*al manqué mes 
trois mariages pour avoir vouhi éprouver 
ixics futurs, et s*il s'en présente jainaii* un 

quatrième , je tous jiire que je le prendrai 

sur parole. 

éLisK. 

I9Umpûrte!enteQds*tu?j'exige«.. AK! moQ 
Dieu, que nous veut ce vulet? 

SCÈNE II. 

1 

les PABCBDenSy LABAlË, en grsHiie fivnle. 

labuie. 

MAt>A]tfE, c'est on homme qui est à la porte 
da château ; i^ dît qu'il s est égare, qu'il ne 
leconnaîl plus son^ chemin. 

ÉLlâ£. 

Eh bien? 

i,ABJiir. 

Il demande à entrer un instant, et à «e 
sécher ail feu de la cuisine» car il -fuit une 
Dtigeet uu froid!... 



a36 LES DèuX MARIS. 

É Li s B , très-ërauc. 

Qu'on le fasse entrer ici : qu'on ait pour 
lui lous les soins, tous les égards..^ 

LAftElE. 

Oui , Madame. 

GtiRTBVDE. 

Les plus grands égarcfs, eôteDdez-roas? 

LABRIE. 

Oui > Mademoiselle. 

BLI5B. 
A m î Adieu ^ je vousjlàs boh cliarmant. 

Dites quV a cet appartement 

A iiuus altcn Ji*e je Pinvite , 

Que i>ous revcaous daus Tiustant. 

GERTBUOE. 

Madame , dépécIions-DOus vite. 
Quaod il vient réclamer ses droits , 
Et surtout qu'il vient en décembre , 
On ne prut décemment , je croîs , 
Laisser l'bymen faire anli-cliaœbre. 

ÉLISE. 

"Viens, te dis-je, ma frayeur redouble, et 
j'ai besoin de nie remettre quelqueî instaus. 

^ ( Elles sortent. ) 



scEkeiii. 937 

SCÈNE III. 

f 

\BRIE , puis RIGALD, tmant sons le bras un 
petit sac de nuit ca taiTt^tas flambé. 

LABAIE. 

Pâe ici. Monsieur, par ici. 

RIG AUD. 

C'est mille foîs trop de br^ntés!... j'aurais 
lussi bitMi altendu" en bfis... je ne déttste pas 
e feu (le la cuisine... Oiuble! un beauchâteUu 

et de beaux appurlcmens ! 

i 

LABRIB. 

. Madame. a dit qu'elle allait venir, et que 
SI Monsieur voulait se reposer et se rafraî- ^ 
cbir».. 

RlG AVD. 

Je n'en reviens pas!... les maîtres de ce 
château sont d'une polilesse!... Ma foi! jV-u 
profilerai , car j'ai une soii'ct un appétit !... 

tABRi^,^ s^inclinant* 

Kouge Qu blanc? 

R 1 G A U D. 

Comment, rouge ou blanc?..* ah î ca m'est 
égal, je prends le lems comme il vient» le» 
gens couiiiie ils sont, et le vin comme il se 

Uouvc. 



a3S LES DEUX MARIS. 

LÂBRIB. 

Jetais monter à Monsieur une bouteille Je 
Bordeaux et uoe tranche de puté. 

( n salue et sort. ) 

SCÈNE IV. 

RI G A 13 D. 

Une rrand)« de pâté et une bouteille de rk 
de Bordeaux! quel accueil ob me fait... m 
m'aura aperçu des fenêtres du salon... Toili 
ce que c*est que de voyager à pied ; on oeTi 
pas vite, il e?i vrai, mais qu'est-ce qui m 
prrsse? qu'est-ce que j'ai en perspective?... 
Madame Rigaud et mon bureau d'enregislre- 
ment... farriv^rai toujours assez tôt , et je 
peux déposer un instant ce havresac conjugal 
<|ue, nouvelle PcnHope, madame Iligaudi 
COUSU' elle-même de ses pudiq.ues mains. 

( 11 laet le sac sur U table. ) 

iiiR : Gai, Cpco, 

Birn loin d'être volaçc , 
Toujours fidèle cl sage , 
J'ofire dans mon niéuage , 

Lu ra'imïi 

D'un taton. 
Msûii si, loin de ma ToAiiie, 
Le basard tue rùdsunc,. 



SCfelîE V. a39 

S**!! faut quitter ma dame . 
Alofi» , ta mort dans Tame 
Xt poussant un soupir. 
Je dis , prci à partir, 

Bonsoir à ma fVmote ^ 

Boujour au |^»laisif . 

C*esl terril»le les femmes !..« p*nrce qne j'ai 
ftU que^uet» «Hccès daos ma jeunesse ; parce 
|U)e \Wi 4S» le malheur ( car c'en ^esi un ) d'clre 
gt\g»alé coimnie ua homaae à bonnes tWtunes^ 
|« nie \)eux pas tu*absenter une quin£aiQ€ de 
^irsvsans que soudain ma femme ne medé- 
ooohe 4jfie douzaine d**épîtres< fulmiuuntes de 
tendresse^ et cela &ou$ .pr>élexle qu elle est 
îalousc !....mais est-ce aia faute à moi si je 
suis doué de quelque sensibîlilé, d'une tour- 
nure entraînante y d'une amabilité conta- 
gieuse?.. Je ne peux pas me refaire, et em-* 
, pêcher les aventures ^lûjue tombent de tous 
côtés. 

SCÈNE V* 

MGAl^D, GERTRUDE, entrant d'un air mys- 
térieux, et à voix basse. 

Monsiecr! 
Qu'est-ce que cr:f>»i ? 



2> LES DEUX MARIS. 

GB&TBroEy de même. 

Monsieur est sans doute ce beaa TOp 
geur... à qui dous ayons doané l^liospâi 

lité? V 

&16AUD. 

Moî-mcroe. 

GERTRVDE, à pa^. 

C'est bien cela... il a une excellente figon 
et j'étais bien sûre que je le reconnaîtrir 
n'en qu'à Falr de faofiilte* {MystérieusrmaA 
Madame est encore à sa toifetle , et j'en 
profité pour venir vous prévenir.... on œ 
recommandé le secret, mais c'est pourv 
bonheur à tous deux , chut I 

• RI6A«D, à part. 
A qui en a-t-elle donc ? 

GERTRVDE. 

On vous attendait avec impatience ; oa 
vous aime déjà. 

R 1 G À u D y d'un air étonné. 
Hein? On m'aime déjà.».., 

GBRTRUDB. 

Silence !.., On voulait se déguiser, tous 
éprouver , mais à quoi bon toutes ces pré- 
cauljons? On ne saurait trop se hâter d'être 
heureux... et vous-même, pourquoi feinJre 
plus lon^-tems? Vous êtes dans votre maison, 
uue femme charmante vous at tend.. •• vous 
voyez que j en sais autant que vous. 



SCÈNE V. a^i 

K16AUD* h part. 

3e dirai même plus... (//aa^) Ali!çà,pour 
|uî me prend-on ? , ' 

GERTRVDS. 

Pour le proprîétîiîre de ce château... pour 
le uiari dé ina belle maîtresse. 

rigAu'd, vivement. 

lîeîn ?... Comment dites-vous?... Répétez-, 
moi cela, je vous en prie. {J part.) Ma foi 9 
-voilà une bonne fortune que je ne cherchais 
pas 9 mais mon étoile remporte! 

GBRTRUDB 

AIE : Le bricjuet frappe la pierre. 

Eecoiinaissez-vous Gcrîrùcie 
Qui vous fil jnarcLer, courir ? 

AIGÂUD. 

J^eu ai quelque souvenir. 

GERTODE. 

Moi , jV'o ai la certitude ; 

(a part.) 
Quoique depuis ce tems4à 
Il ait cliangé... c'est bien ça. 

mQAxrO, à part. 

A^l viendra ce qui pourra; 
J*ai bjuu renoncer à plaire y 
Du monde loe rrlirrr, 
Oïï s\/b>tiue à ui'adorcr : 
F. YAuàtfVtUel. 4* ' 21 ^ 



ji43 LES PEUX MAKIS, 

n ùuilûen se hifitcr 
PiiiM|iie Vim ne |K-ut 
Lutter cooire mm 



-Mai5 «Ueiiee avffc Bfaëaofte ; ae dîies p3S 
que je vous ai prérena ^ et atteuda ic 
moment de vous déclarer.... ça oe lardea 
pas. 

RIGAUD. 

Bla femme est donc gentriie ? 

, Cliarmante , fraîche cl jojie comme on Tes 
à vingt ans. 

£t celte propriété ? 

Superbe !.... des bois , des prés 9 dei 
vignes. 

Ah ! des vignes!... nous avons donc de 
bon vin ? 

B« T R 1; J) B. 

Vous en jugerez... une cave^dmîrable!.' 

n J G A C D , à part. 

Pni'bleu I je ne serais pas fûclic une fois en 
nia vie d*étre propriétcure , ne fût-rce que 
pour un quart d^beure... Il me «emhle qui 



SCÈNE VL a43 

.*ost un do ces frêles qu'on peut foner sans 
.voir appris.. . ( Haut) Ma foi^ Madame... 

GEBTRIJDE. 

Dites donc Gertrudc. 

Hh bien foui, ma obère Gertrude... oaf^ 
oui 5 c'est tout ce que |'ai à tous dire; 

GERTRUDK. 

Et o'cst tout ce que je voulais. 

RIGAUD. 

Ça n'était pas diffioile... Hein l qui tient 
là ?... Est-ce la* tranche de pâté ?... 

SGÈNË VI. 

LES pJiiciBSif»^ LAB'RrIS» 

tABRte. 

Madame n*cst point là ? 

GERTRUDE. 

Que lui Teut-on ? 

LABEIE. 

Je Tenais apprendre 4 Madame un acci- 
dent qui est arrivé dans le, chemin creux ; 
une espèce de diligence a versé non loin 
d'ici. 

GSBftRtDE) iDoptraiit Aigaud. 

Parlez à Monsieur. 



344 LES DEUX JIARIS. 

I.ABBfB, clonnc. 
Comment ? 

CEETBCHB. 

Prenez les ordres de Monsieur. 
RIGA.PD, àpaH. 

C*est bien le moins que je fosse pour en 

ce qu'on vit ni de faire pour moi. ( Haut.] 
Qu'on vole au secours de ces Tojageur?, et 
qu'un ^ empresse de les receiroîr. 

AIR : de Julie ou le pot de fleurs^ 

La maison , les vins et la taUe , 

Il £iat tout offrir, tout donner. 
Dès qu^il s^agit d*obliger son semUabfe , 

Moi , je ne sais rien épar^cr. 
Dans le bonheur que le hasard m^apporle , 
Je ne suir pas de ceux qui , par bon toa , 
Ont oublié , dès qu^ils sont au saloOy 

Qu^ib étaient naguère à la porte. 

CEftTBUDE* à part. 

Quelle bonté ! je le reconnais bien là. 

' RIGAKD. 

Je reviendrai savoir s'il ne leur mnnqne 
rien.... le plus pressé , |e crois , est de me 
rendre présentable ; ( à GtriruÂe ) car je n*ai 
pas trop l'uir d'un uraUre de maison. 

I. A B A I 8. 

Je vais monlrer à jyionsieur^ la petite 
chambre d'eu haut. 



SCÈNE VI. a45 

GERTRU DE. 

Qu'est-ce que c'est?... L'appartement du 
premier, en tendez- vous ?... le grand appar- 
lemeat. 

LÂBRIB. 

Maïs , c'est celui qui est à côté de la cham* 
bre de Madame. 

GERTRUPE. 

Qu'importe! exécutez ce qu'on tous dît.., 
ces gens- là font des questions!... fihl allez 
donc 9 Labrie. 

( Pendant ce tcms , Kîgaud à ouvert son porte-man-' 
teau, et en a retiré une cliemîse, une cravate et des 

bas.) 

BlGAr D y à part. 

Diable ! ne nous négligeons pas... Allons^ 

lU^aud. 

GERTRX7DE. 

. Ne VOUS donnez pas- la peine , on va vous 
porter cela.... Labrie !.... Je vais voir moi- 
mêuie s'ils vous ont allumé du feu > si tout 
est en ordre. 

RIGA VD. 

Voilà bien la meilleure fenime que j'tiic 
jamais vue... ma chère Gertrude, où est mon 
appartement ? 

GERTRCJDEy lui indiquant la porte à gauche. 

^ te voici. 

(Ri2[aud sort.) 
ai. 



N 



i46 LES DEUX MARIS. 

SCÈTSE VU. 

G£RTRUDE. 

La meilleiTre femme! qu'il est aimable !... 
je Tais doDncr un coup d^oèil à sod appar- 
tement... et celte dili^^ence qnî arrive.... cr 
Madame donc 9 je tenx la prévenir que soa 
mari csl chamanCy qu'il lut GdtiTîent à mer- 
vetlle... Mats^ j'ai bien- fait de m'en môler; 
•ans cela, ces pauvres enfans ne se seraient 
jamais entendu»... ah !' mon Dieu ! déjà us 
Monsieur «t sa femme qui Tiennent de ce 
côté !... dépêchons-nous. 

( EUe sort du côté de r«({>;>artemeixt de Bigaud.) 

SCÈNE VIIL 

li»« RIGÂU D, CD cèstome de voyage ëW^aét, 
SENANGE, luidotoaant lô b»s cl pertaiie 
foasac. 

silf AII6 E > à la cantonade, 

. C'est inutile y nous n'avons besoin Je 
rien ; soignez ces dames et les autre:^ voya^ 

H"" KIGAUD. 

Ah! les maudites voitures ! J'avais beau 
crier au postillon : Vous allci verser! Vous 
allez verser! Ça n'a pas manqué... juste au 



SCENE VIII. aÎ7 

t sans Phoppilalité qu'on veut bien nous 
ccorder en ce château... 

SÉN ANGE. 

Je n*« félicite de m'être tfottvé M nii mo- 
ment pour X ons pottet seûoiitê, {À part,) Çn 
oe pouvait pas mieux tomber ; )• ma ftuis 
^^â^é ù la i'aveui^â Ui dWtgètice. 

Ah! Monsieur» qiieilé totts doisje pas?., 
€),<> i»€ pnif^air y luettre plus- de délicatesse... 
do g^ahM»t6ne..i Kh bien ! je l'ai toujours dit^ 
depuis çpjte h naaître de poste de l'Ile-Bou- 
cb»t*d a or^Qwsé s^s pativches on côlérifères^ 
oana VM< <)tte d«» accidenté 

AIR : Lise épouse V hetm Gemahce, 

Grâce à cette nioJê àiigfarse , 
Ail lieu de tmit on itf.nl seize ^ 
Kl iw ce haut pbaéton , 
Ub 58 croit prcsflpi'en boUed» 
Cet voitures qu^on rcdotile 
Ont acqub le di-oit , (Jit-on, 
De vrrser sur chaque route , 
hï brevet d'îaveatiotl. 

Tous rie TOUS êtes point blessée ? 

M"® RIGA 0. 

Noa, mais cette aventure oûus fait perdra 



f 



Uo LES DEUX MARIS. 

Eh foieh I eut^c-éstle nfâUi^de lamai^oé, 
mais il e&ïiiÀ îb'co^nito^ à oausede -lliMlinfie... 
V0U9 «aureft tout coki' plus- taré;. la d'éolofattoa 
D*a pas encore eu lieu. 

M"** aie AU D. 

Abff la declafalion n'a pas encore eu lieu !.. 
J*cUT!'T(rad bon moment. 

fKtrAHGB) qui petîd^itt té temr a toujours rrguêt 
Vrn là' |)drte à^ dcohe. 

Je ne vois rien pai^tré. {J Gerlrude] 
Me .<erait-îl permis (le parler à madame de 
6énan|;e ? 

GBKTRITDB y à part. 

Et lui atis9r?... Enoorfe une yisite F cés-pati" 
?re5 èpoux> u*aaront paâ un nvomeAt pour A 
f oir. ( A Sénange.) Ça ne se peut pas; Ma^* 
dame ne sera point au château d'aujourd'hu;, 
elle fait des visife§ (ftms Ibs environs.... 
( A modam$ Rifu^i.) El. Aidiisiâui' n'est pas 
Vibibje. 

M°**RlGABli, a part. 

J'^crt ^ffoqutf î kliaîs it Vau't liifefti «Té con- 
tenir, «e moùét^ty toir josqo*<)i> il poussert 
la perfidie, et lo 0onfoti4i'é par ma pré- 

Monsieur f 

séNARGK. 

Vous n^Vxcusëiés ; je suis & tous dans 

( Madame Ei^auJ tort.) 



SCÈNE KL ^^ 

SCÈNE X. 

SÉNASOB, GERTRUDE. 

SB V ANGE. 

De sorte que madaipe de Séiiange n^e$t 
point au chûleau ? 

Non , Monsieur > je tous Tai déjà diU 

SÉSAIVGE, regardant à droite. 

Eh î ditçs-moî , quelle est cette jolie per- 
sonne que je viens d'entrevoir? 

CERTRVDE* 

C'est... c'est une dcîiiloisiollc,., une amie 
de Madame.... (^ part.) Mon Dieu! ce 
Monsieur est bien curieux. 

SCÊiNE XI- 

GERTRUDE, g^ÉNANCJî, lÈrÙlSE^ 

ea grande parure. 
ÉLISE. 

Et cette Gerl.rudc qui ne revient pas.*.. 
{ Apercevant Sémitti se.) Ah! m(ui Dieu! c'est 
•iQil • *" ' 

( Ild se saluent profondéineat.) 



25a LES DEUX MABIS^. 

SÉNA9 GB. 

On m'a assuré , Mademoiselle, que Madame 
de Séiiaiige n'élait point au château. 

ELISE 3 à part. 

C*est bien ; Gerlrtide a suivi mes ordres- 
( Haut.) Je suis fâchée que madame dtSi- 
nange ne soit point ici. 

SÉNAVGB 

Je ne m'aperçois plus de son absence. 

AIR : Quand l^ Amour naquit à Cyihère. 

.raurai:» pourtaat , Mademoiselle , 

Voulu la vuir et lui parler ; 

On lira tant dit qu'elle était belle. 

ELISE. 

Hélas ! je commence à trembler. 

SÉNANGE. 

Quoiqtie Ton vante votre amie , 
Je ne saurais me figurer 
Qu'elle puisse être aussi jolie. 

ELISE.' 

Je commence à rae rassureix 

sÉt^takce,^ part. 

Ah! »f c'eût été là œà femme, j'aurais été 
trop heureux ! 

ÉLisc;. 

Madame de Scnan^c ne reviendra que de- 
main. 



SCÈNE XI. a53 

GERTRDDEj appuyant* 
Oui , que demain. 

ÉLISE. 

Miiîs , comme son amie , elle m'a chargée 
de faire les honneurs de chez elle.... et )tes« 
père que Monsieur me fera le plaisir de pas- 
ser celte journée au chôteau* 

GERTRUDE. 

Qu'est-Kîe qu'elle dit donc ? ' 

SBHANGE. 

Madame... {j4 part.) J'ai peur que Tamie 
de tna femine ne soit beaucoup trop jolie. 

ÉLISE. 

Vous ayez» dites-vous , à parler à madame 
de Sénange ? 

SÉHâNGE. 

Oui, Il est vrai, j'avais à lui parler; mais 
je crois que maintenaut ce que j^auraîs à lui 
dire serait inutile... je préfère lui écrire... 
Croyez, Mademoiselle, qu'un devoir indis- 
pensable peut seul m'empêcher d'accepter 
votre invitation. 

AIR : de Montano et Stéphanie, 

Voilà (Ris.) 

Celle dont je rêvais ritnage , 

. Voilà (Bii.) 

Celle que j^adorai^ déjà. ^ 

F. VBudevtiltfs 4< ^^ 



V 



a&4 LES DEUX MARIS. 

Hclas ! quel dommage ! 
J'ai fonaé d'autres Dkudf ! 

L'bonncur m^eogage 
A fuir loÎD de ces lieux. 

éuSEy SÉNIVGI. 

Voilà CBis.} 

^]f l dont je rêvais rimage,^ 
Celle ) • ^ 

Voilà . (BU.) 

(Celui qui me chamulU déjà* 
Celle que j'adorais déjà. 

(Sënaiif e smU ) 

SCÈNK XII. 

ÉLISE, GERTEUDE. 

ÉLISE. 

Oh ! je le comprends , c'est bien lui... ToiU 
bien l'idée q4ie je m^en fesais... Ah! G«r- 
^Tiide, j'eo suis enchantée! 

CSaTRUSE* *^ 

Et de qui? 

ÉL18& 

De lui. 

De laî!.*. de ce Monsieur qui n'a rieo 

ÉLISE. 

C 'est é^al.. . nous nous entendions si hieol... 
Quel air de bonté!... mais aie soin au raoiai 






SCÈNE XII. aS5 

qu'il ne jparte pas ; car je me reproche déjà 
de l*avoir trompé et de ne pas lui avoir dit 
sur-le-champ que ['étais sa femme. 

6BRTAUDE. 

Sn femme!... mais ce n'est pas là rotre 
mari. ^ 

£lis«. ' 

Comment! ce n'est pas là... 

GERTRUDE. 

Il a ma foi une bien autre tournure... Je 
l'ai TU y je lui ai parlé... allez « Madame, 
TOUS en serez enchantée..* £h bien ! Ma-' 
dame 9 qu'avez-yous donc ?... tous vous trou- 
Tez mai ? 

iLlSE. 

Non I non 9 ce n'est rien... Mais celui- 
là?... 

GBRTRUDE. 

Celui-là «est un habitant de ce départe- 
ment qui, pour son plaisir ou ses axTairesi 
TOjag;e en diligence aTec sa femme. 

itlSE. 

Sa femme ! 

GBRTRVDB. 

Oui 9 une petite femme à laquelle il don-* 
nait le bras en entrant. 

ELISE 9 à part. 
Ah! qu'ai- je fait? 



»56 LES DEUX MARIS. 

6ERTE0DE. 

Mais l'Autre, quelle difiërence !..• si toqj 
saviez comme il m'a reçue .. Ma bonne Gcr^ 
Uude !... Il a. le cœur sur la main ; en un ias- 
tant il m'a tout avoué ; qu'il était Toire tiiari, 
qu'il venait vous éprouver; mais quMl voulût 
eucore garder le secrist ; ainsi y motus. 

ÉLISS9 douloureusement. 

Plus de doute. 

» • 

Tenez, le toÎcî... Regardez - moi un peu 
quelle tournure et quel aplomb ! il est en- 
core mieux que tout à Theure. 

SCÈNE XIII. 

iSSrRéCBDESS, RI G A UB, en grande ' 

parure. 

r KIGATD* 

> ■ ■ ■ ' • 

AIR ; f^we les amours qui toujours, 

%KLVT , ô VOUS à jquî je dois 
Le bon accueil qu^aujourd^liui je reçois } 
Ces lieux sont encliautés , je crois , 
Oq est chez vous , ma foi | 
Couuiie chez soi. 
Bien n^est si frais 
Que vos bosquets : 
{Lien de si beau 



SCÈNE XIII. a57 

Que cft ancien cliâleau. 
C'est divin ! 
Jtî ne vols eniio , 
Que vous ici 
Qui so^ez liiieux que lui. 
Salut, etc. 

(41^ Gcrlrude.) C'est qu'elle est charûiante 
ip«i teiiiiiie ! 

gertrudeI 

"NVst-îl pas vrai?... Mais elle est si émue, 
«îc ridée de vous voir... 

RI6ADD. . 

Je connais cela... (^aaf, à Élise.) C'est 
un événement bi^n extraordinaire' que ce- 
lui... qui fait que des g^ens... qui ne se sont 
jaiiiais vus, se trouvent attirés l'un vers l'au- 
tre par une espèce de sympathie. 

GERTRIipE, bas, 

Prenez garde d'en trop dire. 

RIGAUDy de même. 

Sois tranquille, je vais compliquer mon 
style. ( Haut.) En vérité, si je ne croyais pas 
aux attractions soudaines... je ne pourrais 
expliquer ce qu'on éprouve en entrant dans 
ce château ; on y est comme sous l'influence 
d'un charme magique... qui semble -vous in- 
terdire la possibilité de tout mouvement ré- 
tragrade^.r {4 Gertrude.) Eh bien! toi quj 



aSS LES DEUX HÀBTS. 

craignais que je ne me ùsse trop compreo- 
dre , qu'eu dis-tu ? 

GERTRODE« de même. 

C'est bien. {Beat.) Hein! Madame, e9t-€« 

là parler? 

iLiSB, tres-émue. 

Je ne doute point. Monsieur... cfue Totit 
arrivée en ces lieux... ne soit un grand boo- 
bcur... p4)ur nous... mais avant de nous ex- 
pliquer davantage , permettezrtnoi de me 
recueillir... de rassembler mes idées... je ne 
vous le cacbe pas, je suis dans ce momeut 
daus un trouble... 

R16ÂI7D. 

Qui a bien son càté batteur; et quand nous 
nous connaîtrons mieitx... 

ELISB. 

Oui, je dois cliercher à détruire les im- 
pression» défavorable^) que cctie réception i 
pu vous faire naître : vous n'êtes pas bien 
pressé, je crois « de continuer votre vojagc? 

RIGAUD. 

Mon Dieu ! rien ne me gêne . et j*ai du 
tems devant moi. 

AIR : Tenez, pour vous rendre gcnllard, (la LaiticiC 

Suisse.) 

Fâiit-il Tenir ou s^en aller, 

Je suis l'hoinme le plus commode. 



SCÈNE XIV. a59 

ravo ! i un vient de mMnstaner f. 
l^f oi , j^airae assez cette méthode. 
Entre dea\ ménages <|ue fai , 
Je |>renrU , heureux propriétaire , 
l.''un |>our domicile obligé, ^ 
£t Pautre pour un pied à terre. 

• 

GERTRUDBy avec intention. 

Vous vous plaignies tout à Thèure^ Ma- 
anric« d*êtro obligée de souper Seule; pour- 
[uoi Monsieur ne tous ferait*il pas Thon- 
fteur ?... (Bas,) Aux termes où vous en êtes> 
rous ne pouvez vous dispenser de fioviler. 

éLlSB. 

Eh bien! dispose 9 ordonne 9 fais tout ce 
que tu voudras... khi ma bonne 9 je n*j 
tiens plus 9 et je me sens prête à pleurer. 

SCÈNE XIV. 

LES PBBCiDBNS, SÉ^ANGE. 
SBIf^irOB. 

Non, je ne pactirai pas ; il Aiut absolument 
que je lui parle. ( apercevant Rigaud. ) Quel 
est cet homme 7 

BICAIJD. 

Souper en tête à tête!... en honneur5 je 

lois trop heureux. 

(Il baise la main d^Élûe.) 



20O 






. Fa:!»: 

à uue tl.î "î-^ »= 



Vovez- 
quelque ( . 
nient, j'ai 
forcé *3i eiUi 



Non, ça n^ — * 

Comment ! 
ble?... 

Non... à mf» 
TOUS fasse en h 
sur moi... (L' ' 

^ I 

porte sans écon! -^ 

ù celte dcime , . ^ 

rentrepôl de xA,. ^ -^ 

LES P i 

Hein!... que- 1 

Malo... celui que ^ — 

.^ 

Et même elle ^ 
te 
Ah 1 bien , par e 



SCÈNE XIV. a59 

(a part.) 

>t-avo ! I^on vient de m'instafler ;. 
Soi , i'^aime assez cette méthode, 
litre deux ménages <|uc j'ai , 
i^ premU , heureux propriétaire y 
/un pour domicile obligé, ^ 
:t Tsiutre pour un pied à terre. 

GBRTRUDBy avec intention* 

us vous plaigniez tout à Thèure/ Afa- 
ï, d'être obligée de souper dénie; pour- 
Monsieur ne TOUS ferail-il pas Thon- 
?... (Bas.) Aux termes où vous en êle^, 
ne pouvez vous dispenser de Tioviler. 

éLlSB. 

1 bien! dispose > ordonne 9 fais tout ce 
tu foudras... Ahl ma bonne, je o*y 
', plus y et je me sens prête à pleurer. 

SCÈNE XIV- 

LES PBBC«DENS, SÉ^ANGE. 
SBIf^ITGB. 

;oif , je ne pactirai pas ; il fïiut absolument 
je lui parle. ( Apercevant Rigaud, ) Quel 
cet homme 7 

RICAIJD. 

3onper en tête à tête!... en honneur, je 

s trop heureux. , 

(U baise la main d'Élue.) 



aSS LES DEUX MAKIS. 

craignais que je ne me Gsse trop compren- 
dre , qu'eu dis-tu ? 

f 6BRTR0DE« de niême. 

C'est bien. {Baut.) Hein! Madame y est-ce 
là parler? 

iLiSBy trés-émue. 

Je ne doute point. Monsieur... que rofre 
arrivée en ces lieux... ne soit un grand bon- 
heur... pour nous... mais avant de nous ex- 
pliquer davantage , permettezrinoi de me 
recueillir... de rassembler mes idées... je ne 
vous le cache pas, je suis dans ce moment 
dans un trouble... 

R16ÂI7D. 

Qui a bien son côté flatteur; et quand nous 
nous connaîtrons uiiehx... 

ÉLISE. 

Oui, je dois chercher à détruire les im- 
pression» défavorables que cette réception a 
pu vous faire naître ; vous n'êtes pas bîea 
pressé, je crois, de continuer votre vojagc? 

RIGAOD. 

Mon Dieu ! rien ne me gêne . et j'ai du 
tems devant moi. 

AIR : Tenez, pour vous rendre gaillard, (la LaiticiC 

Suisse.) 

Fatit-il Tenir oii s'en aller. 

Je luis l'homme le plus commode. 



i 



SCÈNE XIV. a59 

Bravo ! i on vient de m^instalter f 
Moi , i^airae assez cette méthode. 
£utr«: devLX ménages C|ue faï , 
Je prencU , heureux propriétaire , 
L'^un |>our domicile obligé, ^ 
£t Tskutre pour un pied à terre. 

• 

GERTRUDBy avec intention. 

Yoiis vous pl.iignies tout à Thèure / Ma- 
lainc« d'être obligée de souper Seule; pour- 
juoi Monsieur ne tous ferait-il pas Thon- 
leur ?... (Bas.) Aux termes où vous en êtes, 
v^ous ne pouvez vous dispenser de Tioviler. 

éLlSB. 

Eh bien! dispose 9 ordonne 9 fais tout ce 
que tu foudras... Âh! ma bonne 9 je n*j 
tiens plus 9 et je me sens prête à pleurer. 

SCÈNE XIV. 

LES PBBCiDBNS9 SÉ^ANG E. 
SBIf^ITGB. 

Non 9 je ne pactirai pas ; il fbut absolument 
que je lui parle. ( apercevant Rigaud. ) Quel 
est cet homme ? 

BICAIJD. 

Souper en tête à tête!... en honneur. Je 

lois trop heureux. 

(Il baise la main d^Éliie.) 



36o LES DEUr MARIS. 

8 £ ir A K G E. 

Mille pardons, Madeiiroîselle ; fna présence 
est »aos doute importune, et je me relire. 

ÉtlSE. 

NoD^ Monsieur. 

SÉNANGE. 

Je Tois que ceUe retraite n'est pas aussi ' 
inaccessible que vous le disiez... je ne partais 
pas sans quelque crainte lorsque je songeais 
aux dangers N que vous pouviez y courir... 
mais je touS\ quitte bien plus rassuré ea 
voyant en quelle connpagnie je vous laisse. 

BIGAUD9 à part. 

Quel est ce Monsieur si pincé ? 

ÉLISE. 

J'ignore, Monsieur y de quoi tous pourcx 
TOUS plaindre. 

SÉNAlfGE. 

Moi , Madame , me plaindre !.. . Eh ! qui 
m'en aurait donné |e droit?... Je me disais 
seulement qu*il était moins cruel de perdre 
certaines personnes que de renoncer à Tes- 
time qu*on avait d'elles... qu'il y avait des 
senlimens qu'on regrettait d'avoir éprou- 
vés... et de^ illusions dont on était bleu cruel- 
lement détrompé. 

ÉLISE. 

Grand Dieu! quelle idée &-t-il Jonc de 



SCÈNE XIV. a6£ 

noî ?... Vous êtes bien prompt dans la ma- 
nière dont vous accordez ou retirez votre es- 
time. Monsieur; vous vous hâtez de juger 
avec bien de la sévérité une plaisanterie que 
l'avais crue innocente et dont je vois main- 
tenant les conséquences .. Je vous ai dit ce 
matin que madame de Séoange était absente^ 
que î'étais une de ses amies; jei vous ai 
trompé 9 et quelque opinion que puisse vous 
donner de moi çé mensonge 9 je sens qu'il 
faut vous avouer la vérité : je suis... madame 
de Séoange elle-même. . 

SÉNAKGEy avec transport. 

Comment! il serais vrai!.. i L'ai-je bien 
entendu!... VOUS seriez?... 

EIGJLVD9 appuyant. 
Oui^ Monsieur. 

ÉLISE. 

C'est VOUS dire assez que je ne puis vous 
entendre... et que ce n'est pas à moi qu'il 
faut vous adresser. (J Rigaud,) Je suis bien 
fâchée, Monsieur, de trahir votre inco- 
gnito; mais les circonstances où nous nous 
trouvons rendent cette explication indispen- 
sable... Quoique Monsieur ne soit qu'un 
étranger, jfe tiens aussi à son estime, et je 
vous prie de lui apprendre vous-même qui 
vous êtes, et les liens qui nous unissent 
Viens, Gertrude. 

(Elles SQilcut.) 



\ 



••• 



a64 LES DEUX MJiBIS. 

SCÊ^E XVI. 



An! Monsieur 9 je tous troorc à propaj 
je renais vous raconter... 



B I G A V p, VaptTcewant et 
Dieu I c*est ma femme. 
s é B ▲ H G E ) prenant maJame Rigaud par h uà 

Sa femme I... Ah! çà, 31onsieur, Tousê 
donc le mari de tout le moode ? 

RIGAYID. 

Il ne s'agit pas de cela... Je tcdx saToi 

comment Madame , qui devrait être chexelie, 

' se trouve aujourd'hui dans ce château? 

' «SÉBANGE.- 

Elle y est avec moi. 

BIG AVD. 

Avec VOUS, Monsieur?... Vous m'appren- 
drez, je l'espère, quelle espèce dlnlimité 
exislG entre vous et Madame ? 

SÉNABCE. 

Parbleu ! Monsieur, c'est ma femme* 

RIGAtD. J 

. Comment ! votre femme ? 



SCÈNE XVL a65 

séNATfGEjà part. 

Puisqu'il preod la mienne, je puis bien à 
mon tour... [A madame Rigaud.) Ne me dé- 
disez pas. 

Soyez tranquille » j'ai ma revanche à pren- 
dre. 

RIGAVD. 

Quoi !.... TOUS oseriez me soutenir ici 
inême ?.... 

mme j^ I <j ^ u D ^ à Sénange , (Van air étonné , et moû- 

tiant Rigaud. 

Mais, mon ami^ quel est doue ce petit 
Mon»ieur? 

RIGAUD. 

Comment, mon ami!... El djevanl mai, en 
ma présence?... il y a au moins des personnes 
qui y mettent des procédés, 

M™* & 1 6 A V D , toujours d'un air étonné. 
Kn vérité, Monsieur, je ne vous c'onnais 
pas , je ne sais d*où vient le trouble et Tagi- 
talion oO je vous vois. 

SJENAVGE, bas à madame Kigaud. 

C'eit bien , c'est ça... Allons, du courage, 
tutoyez-moi un peu , n'ayez pas peur. 

M'** RiGArn, à Sénange, hésitant d'abord un jieu. 
Maïs , mon ami , regarde donc comme sa 
figure est bouleversée... tu devrais appeler 
du secours, car il va se trouver mal. 

F.. VaudevilUi. 4* ' a3 



/ \ 



ntCe LES DEUX MARIS. 

Rl€ A U D. 

Tu devrais !... Je ne sais plus où fensak 
et je ne reconnais pas là ma femme, 
cht^re amie^ tâchez de vous rappeler, de 
reconnaître... C'est moi, Narcisse Riga 
receveur de renregislremeut à l'Ile 
chard; je suis connu . 

Rîgaud... maïs attendez donc... noos 
une parente assez éloignée , qui mère 
bie beaucoup par parenthèse , et qui a é[ 
quelqu'un de ce nom-là... Ëslelle Rigaui 

RI6AUD. 

C'est cela. 

M"' RIGiLUO. 

Àh! c'est votre femme... Je tous en 
mon compliment... Comment se porte 
elle ?... (A Sénange,) Dis donc » mon ami^i 
Tas vue a Paris; une petite femme d'un c^ 
ractère charmant! Certainement ce seraita^ 
freux de ne pas la rendre heureuse, carelk 
le mérite sous tous les rapports. 

R I 6 ▲ u D , stupéfait. 

En vérité, je ne sais si }e veille oasij< 
dors. 

AIR : Tenez , moi /a suù un h<m, ItQmmK 

Ce sang-ftoid qui me désespère 
Me Qonfoiid et treiiblfi mea sem » 



SCÈNE XVII. 2^7 

Comment cela $!e$t-il pu faire ?... 
Plus je cherche , et moins je comprends. 
D'accidens quel triste amalgame ! 
Comment retrouver sans éiaot 
Mil femme qui n'est pas ma femme , 
Avec uo moi qui n^est pas moi ? 

SÉITANGB^ à madame Rigaud. 

C*est un homme qui a perdu la tête<«.«« 
rassure-toi ; ma bonne amie. 

( Lui baisant la main. } 

^ BIGAV.D, 

Ail l'c'en est trop y et je n*y tiens plus. (Se 
mettant à genouo^. ) Ma femme ! madame Hi- 
gaud> je yoDS demande grâce. 

SCÈNE XVII- 

IBS piiBCÉDENS, GERTRUDF. 

GEBTBVDB. 

QoÀ ?OTS-je!... Comui^nl.Mci même M. de 
Sènange aux pieds d*une autre que... mais 
leYe^-v-ous donc 9 si Madame venait. 

Et qu'est-ce que ça me fait? 

GEETaUDB. 

Ce que ça lui fait... moi qui en arais une 
' si haute opiuion ! 



368 LES DEUX MABIS. 

ftlGAUD. 

Ha chère amie , je tous eo supplie. 

GEBTEDDB. 

Sa chère amie !... qoel comble de scuh 
dale!... mais prenez garde « si ce n*est pou 
la morale , qu'au moins ce soit pour toqs... 
TOUS ne Toyez pas le mari de celle daflie^qo! 
est là j qui tous regarde ? 

« EICAUD y toDJoiiinàgciioinL,«toiiniaBtdBOÔléi 1 

GertriMic. 

Comment , son mari ? 

CEmr&vpE. 

Liii-raêrac. 
< Sénange fait passer madame Ri||aD<| à sa droite d t 
trouve près de Eigaud. 

EIGAUD. 

Et elle aussi !... ah! ça ne plaisante pas, 
êles-YOUif bien sûr qu'ils soient i-... « 

GBRTEDDE. 

Tout ce qu'il j a de plus mari et femme; 
regardez plutôt. 

X I G A u D 9 prenant la main de Séoange pour celle de 

sa i'cmuie^ 

Ah! c'en est trop!... je ne souffrirai pas 
davaniage... 

SEIVANGB. 

Ni n»oi non plus, Monsieur, et si vous 
parler encore ù uia femme ^ vous m'entendez? 



SCÈNE XVII. 269 

niGAUD* I 

Eh bien! oui. Monsieur , je suis prêt à ' 
vous suivre. ( Regardant madame Rigaud, ) 
Ça ne lui fait ricD... Nous Terrons, je né 
vous dis que cria! (Même Jeu.) Elle ne ée 
déclare pas... Allons» sortons! (fausse sortie») 
Ah ! çà y mais elle ne m'arrête pas ; je crois 
qu'elle me laisserait tuer. 

Monsieur est le maître de disposer de lui. 

B1GAT7D. 

Allons, tout sentiment de délicatesse est 
éteint eu elle. 

AIR : Un homme pour faire un tableau. 

Tous vos forfaits seront transmis 
Aux. yeui de la race fiitare , 
£t de la femme a deux maris 
Vous retracerez PavenCure. 

(A pwt. ) 
Quel que soit le sort des combats , 
Au saug-fxoid dont elk fait preuve , 
On voit qu^cUe est bien sûre , hélas ! 
De n^étre. ^wi tout-à-fait veuve. 

M"*' B1GAUD. 

Je Tais tout disposer pour notre départ, 

( Elle sort. ) 

«a- 



270 LES DEOXUARJS. 

SCÈME XVIII. 

Lvs PAÉcÉDiNSy excepté M»' ftIGAUD. 

ftiOAVD. 

Par exemple, si je la laisse partir. •• 

GSRTKUDB. 

Mais madame de Sénange qui tous attend 
à souper, et qui saii9 doute va venir! 

Qu'elle yienoe, qu'elle s'en aille , ça m*est 
égal.*, j'ai bien d'autres choses en tête... 
Vous lui direz... non, vous ne lui direz ries.,. 
Âhl le maudit château !.•. Allonsencore sup- 
plier ma femme^ et tâchons lié nous faire re- 

connaître* 

(H sort.) 

SCÈNE XIX. 

SÉNANGE, 6ERTRUDE. 

GEaTBUDB. 

^ Voità pourtant les hon^mes f... qui s« 
serait attendu à cela de M. de Sénange? 

SBifAHGB, en souriant. 

Allons, il y a là-dessous quelque qulproqua 
qu'il faut achever d'éclaircir. 



SCÈNE XIX. 371 

Ma maîtresse, qui est si bonne^ne méritait 
Iperlainemenl pas un tel mari. 

SBSANGE. 

Ma bonne Gertrude , il faut que je parle ù 
ta maîtresse. 

6ERTBUDE. 

Dans ce moment elle n'est disposée à roir 
personne, et tous moins que tout autre. 

S^NATCCE. 

£t pourquoi? 

6BRTKUDB. 

Pourquoi.... pourquoi.... tous le savex 
. peut-être bien... qui peut expliquer les fem- 
iuesd*aulourd'hui Hun compliment, un coup 
d*œily et cfac, Toilà un cœur pris... mais 
TOUS n'en seres pas plus avancé pour cela , 
TOUS n'avez rien à espérer... et je vous con- 
seille de partir au plus tôtj votre voiture doit 
être prêle. 

SÈNÀIIGE. 

Non, je ne partirai pas sans l'avoir vue...i 
Tu ne sais donc pas que je l'aime... que je 
l'adore ? 

GEBTRtDB. 

^t c^est à moi que voui t'avouez? 

SÉNANCE. 

Ont ; lu me serviras , tu me feras obtenir 
\in moment d'entretien. 



a7j LES DEUX MARIS. 

GERTRVDB. 

Ah! çà, mais, où en sommeâ-nons?... 
dans quel siècle YÎYons-nous?... Je vous dé-' 
clare que Madame vouâ a positivement dé- 
fendu sa porte. 

SBif ANGE. 

Eh bien! attends; un seul mot, rien qu'uQ 
root d'explication. ( // écrit, ) Dès qu'elle 
Taura lu... je te jure que ça ne contient rien \ 
que d'honnête et de raisonnable... (JÉrrivoiit j 
toujoip's. ) Un moment d'entretien. } 

GERTRDDB. 

Dieu me pardonne, \i demande en rendex- 
vous! 

SÉNÀNCE , écrivast toujours. 

Si tu savais dans quel motif... Les. înieo- 
tions les plus louables... « de tous aimer toa- 
» jours. » Oh! je signe... Va, il n*y a rien à 
Ciaiudr<;}; tiens, porte-lui ce billet. 

GERTRUDB. 

Jésus Maria! le Ciel m'en préserve! 

SÉ9AN6E, apercevant Labrie. 
Tiens, porte ce billet à (a maîtresse. 

CERTRVDE. 

Labrie» je vous le défends. 

SÉNANGB. 

Et moi je te l'ordonne! ( Lui donnant de 
("argent, ) Prends, et va vite. 



SCÈNE XX. ajî 

IiA«RIE. 

Kcoute2 doQC , Mademoiselle 9 dans ces 
cas-là 9 iJ n'y a que le poid^ qui décide. 

sénAUGB. 

Et songe qu'il y aura une réponse. * 

( Labrie sort. ) 

■ SCENE XX. ■ 

GERTRUDÉ, SÉNANGE. 

GERTRVDE. 

Dke réponse !... Vît-on jamais une pareille 
audace?... Apprenez, Monsieur 9 qu'il n*y 
aura d'autre réponse que Tordre de vous 
faire mettre à la porte du château. 

SÉNANCB. 

J*ose espérer le contraire. 

GERTRUDE. 

En Térité, il ne doute de rien... Apprenez 
que ma maîtresse est trop raisonnable... 
Qu'elle a été élevée par moi 9 Monsieur , et 
que je donnais ses principes comme les 
miens. 



a;4 LES DEUX UARIS. 

SCÈNE XXI. 

j 

LB9 MiiCBDEirSy ÉLISE 9 entrant préd|ittaaiiDail, 
la lettre de Séoange à la main. 

silTAVGB. 

C'est clic ! 

B L 1 s K j avec joie à Sénang;e. 

Gomment ^ il serait possible !... A.h I mon- 
sieur , que je TOUS demande ua million d'ex- 
cuses. 

GEBTRUDB, étOttoée. 

Elle rient elle-même ! 

Gertrude, Uîs$c-nous> et que persoftM os 
puisse entrer ici. 

GERTRVDB5 àpart. 

J*en reste muette. {Haut,) Gomment, 
Madame! 

s B N À H G B. 

Vous aTcz entendu , Gertrude, lalisex- 
nous. 

GERTR17PB9 à part. 

Allons, on a jeté un sort sur la maison 9 et 
" maintenant je n'oserais pas même répondre 
de moi. 

( £Ue fort, ) 



SCÈRE XXII. 375 

SCÈNE XXIL , 

ÉLIS£, SÉNANGE. 

ÉLISE. 

CovwBVT ai- je pu un seul instant être dupe ^ : 
d'une pareille erreur I 

AiB t Duo de LulU et Quinauk, 

De votre présence mondaine 
Mon cœur aurait dû m^avertir» 

Oublions un instant de peine 
Qu'efface un instant de plaisir. 
Au tendre amour moi) cœur se livre ^ 
C'est lui qui ^eiii vient m'animer. 
Ouï y t'aimer pour vivre. 

ÉLISE. 

Vivre |)our t^aimer 

Toujours. (4lbif.) 

SXVANGt. 

Oui , f aimer pour vivre. 

ELISS. 

Vivre pour t^aimer 
Toujours (4 foit; , oui , toujours t'aimer. 



276 LES DEUX MAKIS. 

SCÈNE XXIII. 

LE& FEÉcéDENS» RIGAUD danskftoL 

RI G AU D. 

Allons, elle n'en déii:K>rdéra pas... împ» 
sible de lui faire; avouer qu'elle est madai* 
Rigaud. ( Apercevant Sénange aua> pîedsà'i- 
lise. ) Que vois-je!... c'est encore ce ]tto^ 
sieur qui est aux pieds de mon autre..- 
qu'esl-ce que vous laites donc là, s'il rotf 
plaît ? 

Vous le voyez bien, je suis son mari. 

RIGAVD. 

Ah! çà 9 entendons-nous; vous êtes donc 
aussi le innri de. tout le monde?... ei vous, 
Madame, je trouve bien inconvenant qu'étaût 
tacitement mon épouse... 

ÉLISE. 

Moi 9 Monsieur! vous vous trompez saos 
d(>ute«.. Dieu merci ! je ne le suis point; ttae 
Tai jaùiais été. 

RI6 AVD. 

Là, c'est comme tout à l'heure, Icœcmc 
refrain... de deux femmes voilà que je n'en 
ai pliis... après tout, il n*y a pas de quoi se 
désoler, je me retrouve garyou; qui perd 



SCÈNE XXIV. 377 

gagne... je redeTÎens un c^élibataire aiin.ibley 
el je reprends la route de Paris, où m'atten- 
dent de nouYcaux triomphes ! 

( II va pour sortir. } . 

SCÈNE xxiy. 

MS PRÉcÉDBNS, M"» RIGAUD9 qai a entendu 
Its derniers mots et qui le ramène en' le prenant 
radement par le bras. 

M"* RIGAUD. 

Non pas. Monsieur, et avant que vous 
retourniez à Paris, je vous ferai voir du 
chemin. 

RI G A VD , se frottant le bras. 

Aïe! je te retrouve donc enfin... et mon 
cœur te reconnaît à la vivacité de tes trans- 
ports. / 

H""* RIGAVO. 

Oui-dà» c'est donc ainsi que vous prenîea 
votre parti? vous étiez déjà d'un calme, d'une 
tranquillité... 

IllGAVP. 

Que veux-tu, ma chcre amie, je me croyais 
veuf! maintenant que me reste-t-il à dési- 
rer?.., je retrouve madame Rigaud, mon 
bureau d'enregistrement,, et le bonheur! 

F. Vaudevilles. 4* ^4 



378 LES DEUX MARIS. 

VAUDEVILLE. 

MA.DÂMS RIGAUB. 

AïK : tTln/brtuae et GioCc (d^Docbe). 



Mais désomins , plus de TOyage ; 
Il faut, podr (aire bon^nénage , 
Pouvoir répondre â chaque ÎBstaqt : 

Présent. (lis.) 

Quelque bonne que soit sa cauïe , 
De loin à la perdre on s^expose » 
Et souvent le lort le plus grand , 
C^est d^ctre absent. 

UGAUD. 

Les jours qu^à dîner l'on ni'cng^;e , 
Les jours de bal , de mariage , 
A tout heure je dis gaiment : 

Présent. (fi*.) 

Le^ jours où Técot me regarde ^ 
Le jour de Tan , les jours de garde , 
Au premier rappel qu^on entend , 
Je suis absent. 

siiTAiras. 

Dans ces bals donnés à Fânnée , 
Dans nos salons , à PAthénee , 
Le plaisir dit bien rarement : 

Présent. (Us.) 

Mais nos pantomimes , nos drames , 
Nos opéras , nos mélodrames, 
Ah ! quels spectacles amusans. 
Pour les abstns. 



»«•• 



SCÈNE XXIV. «79 

SLISC , au Public. 

Nous aimons assez le grand monde , 
Tout nous sourit , tout <iims seconde 
Quand le public nous dit souvent : 

Présent. (BU.) 

Clicz eux nos maris vous inviteiit : 
Soyez de ceux qui les visitent » 
Et puissiez-vous donner céans 
Tort aux abscns. 



WIV DBS DBUX MAaiS. 



L'ENNUI , 



OU 



LE COMTE DERFORT, 

^^ COMÉDIE EN DEUX ACTES , 

MÊLil DE YÀUDSYIliLES , 

Paa mm. scribe , DUPIN et MELESVILLE ; 

Représentée , pour la première fou , fur le théâtre 
des Variétés , le a février 1820. 



N. 



»4. 



PERSONNAGES. 



ARTHUR, COMTE DERFORT. 

SIR BIRTON, baroaneL 

ARUNDEL. 

MAGARTT, négociant 

MARIE. 

ROBIN , jardinier du Comte. 

TASSAvx du Comte. 






La seêpc te passe en fcosse, das le ébSâam et 

ooDle Deridrt. I 



COUPLET D'AimONCE. 
Àii : de Julie, ou le pot defleurt^ 

Sur notre aflkhe en fesanf ap^nraltre 

Ce mot redoutable l'ennui!!!.,, 
L^auteur au moins ne vous prend pas en traître i 
Et vous savez sur cpioi com(Her iâ. 
Quand chaque jour par le titre on tous triche» 
Vous ne pourrez , Messieurs , nous en vouloir 
Si par basard la pièce allait ce soir 

Tenir ce que promet raffidie» 



L'ENNUI, 

COMÉDIE. 

ACTE PREMIER. 

Le théâtre représente une salle élégante au château ; 
deux portes latérales. Au fond , trois grandes portes 
vitrées, au travers desquelles qh «perçoit un site 
pilt(irest|ue. 

SCÈNE I. 

B I R T O N 9 étendu sur une chaise , et lisant un 
journal. MACARTY, ROBIN. 

IIAGiATTy s'assejant dans une bergère. 

Ca m'est égal; j'attendrai; voîl;i trois fois 
que je viens pour parler ù lord Arthur, et je 
lui parlerai. 

ROBIN) entrant. 

C'est une horreurl une infamie!... 

- BIKTON. 

Qu'est-ce que c'est donc qu'un tapage 
comme celni-là? Robin , vous voulez dono 
réveiller tout le monde au château ? 



a84 TENNUI. 

ROBIN. 

Comment! Monseigneur dort encore h une 
heure de l'apWîS-mitli ? Dieu de Dieu ! qu'us 
est heureux d'être grand seigneur , et de n 
voir pas le tems de se lever plus tôt... mi 
qui veux lui parler. 

. T/LkHkfiTYf brusquement. 

£tmoi aussi; et vous voyez que /'attends. 

ROBlir. 

Vous qui êtes un étranger, o*est bon; maû 
moi , son frère de lait et son jardinier , y de- 
vrais passer avant tout. 

BlRTOir. 

Que veux-tu ? 

ROBIK. 

J' viens lui demander justice; tenei, 
M. Birton , tous qui êtes sop ami 9 ima^- 
nez- vous que le coUecleur, le percepteur.... 
je ne sais pas lequel » ont dressé procés-ver- 
bal pour uo lapin que j'avais tiré dansl'parcy 
et ils m'ont pris mon fusil, sous prétexte que 
c'était la troisième fois qu'on me pardonnait; 
; j' vous demande si ce n'est pas un abus. 

BlBTOir. 

C'est bien fait ; pourquoi yas-tu tirer sur 
les lapins de ton maître? 

ROBIK* 

i/lniSf dam* 9 puisqu'il Q^en tue pas. 



ACTE ;, SCÈNE h aSS 

BIRTOH. 

Qu^est-ce que cela te fait? 

ROBIir. 

Alçrs, qui est-ce qui les tuera? 

AIR : Tenez , mai je suis un bon hûmme* 

V'Ià justement pourquoi f enrage ; 

Qu^il nous laisse au moins cesoin^â. 

Vous savez bien que cVst Tusajfe , 

Et qu^ici-bas le ciel plaça 

L^ collecteur pour être intraitable, 

Les vassaux pour être grugés , 

Les grands seigneurs pour être à table , 

Et les lapins pour êtr' mangés; - 

C'est leur état... mais voyez-vous M. le 
Comte se promenant dans son parc? T'nez, 
vMà comme il va à la chasse... (// met ses 
mains dans ses poches,) £t puis^ quand il a 
fait un tour d'ailée, il rentre au château, s'é- 
tend dans un bergère,et s'occupe à se démon- 
ter la mfllîhoire! Corbleu! qu'v'là un seigneur 
qui a une vie agriable!.. Quand je vois ça , 
ça me met dans des fureurs de n*être que 
jardinier! 

BIRTON. 

Eh bien! ne faudrait-il pas que tu fusses 
(eigneur! 

ROBIir. 

DamM tout comme un autre. 



tM L'EN!7UI. 

BI&TOJf« 

Allons I alloDS, ta trayaiUei^ 

Trayailler, traraîller... ils n*oùt que ça â 
TOUS dire» rien que ce mot-là... ça me fail 
mal... Dites donc ^ M* Birtoa, tous tous 
chargerez de mon affaire? 

BIKTOir. 

C'est bon , oVst bon ; on Ta s'en occuper 
fur-ie-champ. 

V A G A B TT ) à Kobin qui s^en va. 
Ah! çkf mon cher^ je vous en prie^ tâ- 
chez de savoir si ?ptre maître se réveillera 
aujourd'hui. . 

R B I ir 9 imitant Binon» 

C'est bon, c'est bon i on ra s'en occuper 

sur-le-champ. 

( Il sort. ) 

SCÈNE II. 

BmTON, MACARTY. 

BIRTOH. 

Voila ce que c'est de se lever matîa, on 
est accablé de demandes. 

UAGABTT. 

t 

Vous vous levez donc matin > vous. Mon* 
sieur? 



ACTE I, SCÈNE II. Î187 

Oui, Monsieur^ je suis sur^pied depuis 
midi*., j'ai toujours eu les goûts roturiers* 

MACABTT. 

Je vous en fais compliment; car un gent* 
leman qui dort ne vaut pas un roturier qui 
fait ses affaires; et John "Williams Macarly, 
Totre serviteur ; ne serait pas devenu un des 
premiers manufacturiers de PÉcosse, s'il eût 
attendu la fortune dans son lit {regardant 
Binon ) ou sur une chaise. 

BiBTOsr, seievant* 

Ah! vous êtes M. Macarty... Je vous en 
fais complimenta mon tour... ce gros négo- 
ciant estimable qui a toujours de l'argent.., 
£st-ceque vous viendriez en apporter? 

MACAUtV. 

^OU) Monsieur^ au contraire; il faut en- 
fin que le comte Derfort connaisse Tétât de 
ses affaires; je sais bien que son indolence, 
ses intendans et ses amis Tempêchent d'y 
voir clair ; mais ça va mal , entendez-vous , 
ça va fort mal. 

birtOv. ^ 

Eh! parbleu! qui est-ce qui vous dît que 
cela aille bien ; qu'est-ce que ça me fait qu'il 
se ruine! Je ne suis pas son intendant, je suis 
son ami. Je lui dirai cependant que vous êtes 
venu. 



986 L'ENNUI. 

MàCàE.tt, tinotsamcnitre. 

Ce nest pas la peine, fe le lui dirai bien 
moi-même.. t I3ne heure dans riostaat; ahl 
mon. Dieu 5 ei me$ afifaires !... 

Alft : raud^ des Gasama», 

Je pars et je reviens céans ; 

Dans cette salle 

Je mlnstalle ; 
Je pars : nous autres cpmraerçaiis , 
Nous connaissons le prix da tems. 

BIRTON. 

Mais attendez encor. 

MACARTY. 

Bonsoir. 
Je dois être toujours en course , 
Je ne m'assieds qu^à mon comptoir^ 
Et je ne cause qu'à la Bourse. 

Je pars , et je reviens céans , etc. 
- ' COmmi.) 

SCÈNE III. 

1 BIRTON. 

PARBjbttj! Yoilà une visite qui fera grand 
plaisir au^Comte Derfort; quant à naoi, j'en 
ferai mon profit, et je ne crois pas que je reste 
long-tems au château ; ça devient un séjour 
fort ennuyeux... Arthurne dit mot, ou bâille 



ACTE li SCÈNE VI. a% 

LOiJlela journée. J'ai beau faire tout aa momie 
pcHir le distraire.*, encore, hier, mille guinocs 
[jue je lui ai gajjiiées elcinq cents sur parole, 
il ne s*en est âeuleinént pas aperçu; cdu foi, 
i'v re lonce. 

AIR : P^'auei. de la Bohe et les Botlci. 

En (l^aûtr(:s lieux le doux plaisir mVnfralne^ 
J^ai vingt amis t{ui ni^offrcoé lei^rs maisohs j. 
' - Dans leur bourse je vois la mienne , 
Et par ég^ard j^en use sans façonSi ' 

Partager tout est d'un ami fidèle , 
Tout , ehire amis , doit être de moitié > 
£t chaque jour je remplis avec zèle 
Tous les devoirs de Pamitiéi 

Maïs Tamitié a des bortîes quand la fortune 
en a, et je serais déjà parti depuis iong^ems» 
sans cette petite^Marie qui est (Charmante; et 
il faut qu*Arthi^r soit aussi Jusouciant qu'il 
l*est pour ne pas Tavoir remarquée î lih ! 
iDais> «'est elle qui vient de ce côté. 

SCÈNE IV. 

BIKTON9 M.ARIE^ marchant sur la pointe dn 
pied , cl «^avançant ver^ la porte à gaiiehe« 

fclRTOH. 

Eh bien ! que faites-vous donc U ? 



jago L'ENNUI. 

M A RIE 9 Tapcrcevant. 
Oh! mon Dieu! je marchais Ion t douce* 
mcnl. de crainte de réveiller Mouseigneur. 

BIBTON. 

Ahî ne craignez rien; quand îl dort,i 
dort bien, il n'a que cela à faire... Eh bien! 
Marie, tous ne me regardez pasl... Alloflïi 
je vois que vous êtes encore fâchée dubaisff 
d'hier; écoulez donc, si tous me rafieid» 
né , je ne l'aurais pas pris. 

AIR nouveau '^e M, Panseron, 

De toutes mes folies 
Accuse ta rigueur; 
Toujours tu te défies 
De ma sincère ardeur. 
IHaië réponds-moi , traîtresse , 
Par quels moyens , hélas ! 
Te prouver ma tendresse ? 

' MÀBIE.' 

En n^. m^en parlant pas. 

BIRTON. 
DEUXIÈME COUPLET. 

J'ai fait )U)ur toi » cruelle , 
D(^s si'nuens et des vœux , 
lit j'ai fait senti nelle 
Souvent une heure ou deux. 
Alors dis-moi , ma chère , - * 

Tour plaire ii tes beaux yeux , 



ACTE C, SCÈNE IV. Tgi 

De plus que puis- je faire ? 

MARIE. 

Me faire vos aiHeux. 

Quel boubeur! yoilù Monseigneur qui des- 
cend! 

BIRTOir. 

Eh ! non 9 ce n'est pas lui. Ah! çà , quelle 
impatience avez-TOus donc de le voir? 

M A B I E. 

C'est que j'âî de bonnes noureîles A lui 
annoncer, une nouyelle qui lui fera bleu 
plaisir... un ami qui lui arrive. 

BlUTON. 

Parbleu! des amis; quand on est riche, 
il Yous en arriye tous les jours. 

MARBE. 

Oh! non, celui-là, ce n'est pas uiî ami à 
sa foKune; c'est un ami à lui. 

BIRTON. 

Hein? 

MARIE. 

Oui, c'est sir Arundel, celui qui l'a éleré: 
un homme franc et loyal , qui ne flatte per- 
•oune, et dit toujours la vérité. 

BlRTOIf. 

Et ce monsîcur-lù a fait fortune! 



a^î TENIIUI. 

M A R I E9 

Kli! mais... ç*est lui, je crors^ qui Tienl 
fsiiluuré de tout ce monde. 

BIRTOH. 

Adieu , Marie; je cède la place à ootn 
nouvel arni^ 

(Il sort.) 

* . ' SCÈNE V. 

MARIE, ARDNDEL, ROBIN, et pin- 
iii^urs P A Y S A ^i S q^ eiitourent Amndel. 

ABVITDBL. 
AiB : Ah! quel plaisir! ( Jcannot et Coliii.) 

Ah ! quel plaisir de vous revoir. 
Lieux chéris de mon enfance ! \ 
Ah ! quel plabir de vous revoir. 
Après une aussi longue absence ! 

Séjour de ma jeunesse , 

De mes premiers plaisirs , 

Ici , je vis sans cesse 

De mes vieux souvenirs. 

Mes amis, quelle ivresse ! 
Pour mon cœur quçl plaisir ! 
Séjour de' ma jeunesse , etc. 

§ I CHOEUR. 



g / Séjour de sa jeunesse , 
De st$ premiers plaisirs ; 
Il retrouve sans cesse 
Tou« ses vieux souvenirt. 



% 



ACTE ï, SCÈNE T. â^.^ 

A R t7 N T> s L. 

Mes bon* amis! mes cbcrs amis? combien 
>« SUIS aise de vous revoir... Eh ! c\?st Ro- 
bin , le fils (lu jardinier!... Je ne Taurals pu« 
reconou. - 

B B I N. 

C'est vrai que je suis joliment grandi. 

Te pauvre Robin ! ( J pari.) Il a touîourf 
I dit bote. ' 

Ça n'a fait que oroîire et en^iellir. 

A K c N D E t , montrant Marie. 
Eh ! quelle esl cette jolie personne? 

ROBirr. 
C'est Marie ; cette orpheline que M. Itu 

Comte avait recommandée en mourant à Lord 
Arlliur, son fib. 

. ART7NDEL. 

Je sais, je sais ; cette petite fîlfe... Diableî 
^ est que depuis cinq ans ce n'est plus cela, 
lenez, mes -amis, voilà toujours de quoi 
buire à ma santé. ( Les paysans sortent. Re- 
gardant autour de lui.) Quel plaisir j'éprouve 
a revoir ces lieux! C'est ici que j'ai passé m.i 
jednesse avec ce pauvre cou»te Dcribrt,mou 
brave, mon respectable ami, I houmnir de 
son p.'»ys , la gloire de sa famille. JMais j'es- 
père que son Qh , que lord Arthur sera digne 

25. 



C 



agi L'ENNUT. 

de lui... Je lui ai entendu prononcer son 
pi esiiier discours au parlement, et j*élais à 
côlé de lui quand ii fut bleâsé en Portu^jal, à 
la tête de son régiment. 

AIR : // ri* est pas tenu de nous quitter. 

Grâce à nos soins , à nos avis , 
Grâce à Pexemple^e son père , 
Il servait déjà son pays 
Comme un citoyen doit le faire ; 
Soldat , orateur à la fois , 
Il consacrait^ dès Tâge le plus tendre , 
Sa voix à prc*clamer nos droits , 
Et son ë|)ée à les défendre. 

(Regardant autour de lui.) 

Maïs pourquoi n'est-il pas là pour me 
recevoir?.... Non pas que je tienne à Téti- 
quelle 9 mais je tenais à Tembrasser le plus 
tôt possible. 

ROBIN. 

Dam* f c'est qu'il n'est pai encore leré. 

Comment ! pas encore levé !..« Serait-il 

malade y par busard ? 

W A B I E. 

Oui 5 Monsieur , oui , je le crois bien 
malade. 

A R U If D R L. 

Parbleu ! j'arrive bien beureusemeDl.Dien 



^ ACTE I, SCÈNE V. ac^S 

merci 9 je m'eptends ùi tout, et surtout eu 
médecine.*.. ConduUez-inoi vers ce pauvre 
Arthur... mais dites-moi avant tout quelle est 
i%.spèce de sa maladie, et depuis couiblen 
de tcms P.... Hein ?..• £h bien ! tous gardei 
le silence ? 

ROBIir. 

Cest qu'elle n*ose pas vous dire que la 
maladie de Monseigneur c'est... 

(Use met àlMuUerj 

ABTJNDEL. ^ 

Que veut dire cet original avec ses bâille- 
meus? 

Dam\ Monsieur, vous devez bien voir» 
d'après ces symptômes , qu'il est malade de 
ne rien faire... et je troquerais bien sa mala« 
die contre ma santé. 

Sf A R 1 s. 

Hélas î oui. Depuis que notre pauvre maître 
a eu le mulheor de se voir à la tête de 3oo 
mille livres de rente, il n'est plus reconnais- 
sable ; la première année , qui était celle de 
>otrc départ , ça allait encore bien. 

AIR : des Visitandînci^ 

D'être lieiireux , jojeux et content 
. Il avilit d^abord la recette ; 
Tout allait bien , grâce à Targ^cot , 



El dans c' pays où tout s^acliéte , 

Il acletait de la saoté , 

Il achetait d^ Painour vif et tendre , 

Il acti^Uit plaûir et galté ; 

Mais dam\ quand il eut tout achUé , 

Oa D*eut plus rieu à lui yeudre. 

EOBIN. 

Et alors il resta de là, ue ^ackantplus qui 
faire. 

MABIE. 

Tous oubliez tout ie bien qu'il a fait ici a 
les vassaux. 

»OBIH. 

Oui^ ses yassâuxl il s'en occupe jolimeot; 
on né peut seulement pas tuer uq lapin sur 
•es terres. 

V ▲ & I B 9 avec TiTacité. 

Robin y TOUS êtes un mauvais cœur , et ce 
n'est pas à vous à parler ; tous , pour qui il 
a mille fois trop de bontés : lord Arthur est 
sicnsible , généreux plus qu'on ne croit; et il 
e6t étonnant que les personnes qui derraicot 
le défendre soient les premières à l'attaquer, 
ik lui faire perdre tous ses amis... 

AaiIItDEL. 

Kon, non, il en a encore, je le rois; mais 
)f\obin a raison , et j'ai bien fait d'arrivée 
pDiir traiter le malade; moi , lucs ordoiH 
f:anc-es ont toujours réussi ^ et à moins qu'il 



ACTE l', SCÈÎ^E V. 297 

le »oit dans un état désespéré... Mais je 
raïs d'abord commender par moi, car j'ai 
4 ne fiiin d'enter... Conduisez-moi à la salle 
i manger, et surtout ne lui dites pas quejo 
mis arrivé. 

MARIE. 

On vous attendait plus tût. "* 

ARU]ÏDEL. 

Oui , je suis en retard : ù quelques milles 
d'ici je me suis arrêté chez Tom , l'ancien 
garde-chasse ; il y avait de la brouille dans 
le ménage , je les ai raccommodés en pas- 
sant ; moi , ça me fait du bien , ça me tient 
en haleine; mais ça ne m'empêche pas d'avoir 
fuiui. 

AIR : Mon cœur à V espoir s^abandorme. 

Puisque votre maître sommeille , 
Mes anirs , loin de le gêner, 
En attendant qu'il se réveille 
Je vais trouver le d«'jeuner. 
Quand le matin on read service , 
On mange mieux , à ce qu'on dit , 
Et grâce au ciel c jui ra*esl propice , 
J'ai toujours eu bon appétit. 
Puisque , etc. 

(n sort arec Robin.) 



29$ L'ENNUI. 

SCÈNE VL 

MARIE, puis ARTHUR. 

MARIE. 

* Et nous, préparons ce qu'il faut h Mon- 
seigneur ; ah ! înon Dieu , le voîci! {^Arthar 
paraît en négligé et comme un homme qui vient 
de se lever ; it marche nonchalamment ^ arrite 
jusqu'au bord du théâtre , étend les bras.) Voilà 
pourtant comme il commeûce toujours la 
journée j et souvent comme 41 la fiait. 

ARTHUR, sans regarder Marie. 

Holù ! quelqu'un ! quelle henre est-il 7 

M A B 1 E , timidement. 

Deux heures. 

ARTH¥R. 

Deux heures!... Comment! il n'est que 
cela ? les journées n*ea finissent pas... £i) ! 
bien ! mon déjeuner ? 

MARIE. 

Voilà , Monseigneur. 
( Elle approche la table sur laquelle est le ïhè.) 

ÀRTBVR. 

Ah ! c'est loi , ma petite Marie... [A part] 
C*e.st une excellente tille que Marie ; elle me 
gronde quelquefois ; mais quand j'ai causé 



ACTE I, SCÈNE VI. 299 

le matin avec elle , il me semble que je suîs 
plus content le reste de la journée. 

MARIE. 

IVTon Dieu ! Monseigneur, vous vous êtes 
levé bien tard aujourd'hui. 

ARTHV B. 
AiH : d^Arîuîppe. 

Le jour (rop long me fatigue et m^ennule , 

Et je Tabrége cîe mon mieux ; 

Sur les chagrins- de -cette vie , 
Je ravoûrai, j'aime à fermer les yeux. 
De cette erreur où le sommeil me plonge , 

Pourquoi voudraîs-tu me priver ? 

Le bonheiff n^exi^te qu'en songe j 

£t je m'endors pour le ÇrpuYQr. 

MARIE. 

Vous avez beau dire , il y a des gens tout 
-éveillés qui le renconlren!« 

ARTHUR. 

Eh! parbleu! je ne demanderais pasm^îcux; 
mais ce bonheur dont chacun parle , où est- 
il ? où le trouver ? Je l'en fai« juge : je l'ai 
cherché à la Cour, on n'en avait pas de nou- 
velles ; dans les emplois . dans les places , il 
parlait le même jour qu'on y entrait ; dans 
les plaisirs , .ans la dissipation, on croyait 
le saisir ; ou ue reucotUralt que l'ennui y et 



3oo L'ENNUI. 

même près des femmes... Les > femmes dek 

ville, tu be peux pas t'imagiaer, toi Marie, 
couibieii elles sont coquettes. 

MAKIE. 

Fh bien ! pourquoi vous adresser à celles- 
là ? Il en est tant d'autres que leur naissaocsi 
leur fortune, rendaient dignes de vous. 

ARTBÛA. ' 

« 

Tu crois 9 Marie? Il est de fait queceou- 
jriage qu*on me proposait... 

MÂRIt. 

Dû mariage ?.r. 

ARTHUR. 

Oui 3 c'était fort convenable. 
AIR lE 9 vivement. 
Il faut accepter, Monseigneur. 

ARTBUR. 

Ouï, niais je n*ai pas d'amour pour la per- 
sonne. 

Maris, avec joie. 
Ah î vous n*aVez pas... AlOrS, voilà qui est 
bien différent ; et je ne peux pas "Vous con» 
sellier .. Cependant... 

AIR : ^/6 Tobema. 

Je padrais 

(Qu'elle vous c^ira ; 



ACTEI, SCÈNE Vh 3oi. 

Et, par reconnaissance , 

Voire cœur Paiiaera. 

De ce mal qui \oi\s gêne 

On est bientôt guéri 

Quand l^ainour vous enchatnc , 

Car on dif qu^avec lui 

On peut avoir d^ la peine , ^ 

Mais jamais de Tennui , 

Non , non , jamais d^ennui. 

ARTHUR. 

Marie , tu es fort âimaLle , et surtout de 
bon conseil ; et peut-être aurais-je suivi celui 
que tu me donnes, s'il ne m'était pas venu 
une autre idée, un autre projet qui , je crois, 
assurera encore plus ma tranquillité ; et je 
suis étonué de n'y avoir pas pensé plus tôt. 

MARIE. 

Monseigneur , ce projet«-Ià doU-il vous 
éloigner de nous ? 

ARTB UR. 

Oui ; mais je ne partirai pas sans avoir 
assuré votre bonheur à tous, et :\ toi surtout, 
uia bonne petite Marie ; mais nous nous re- 
verrons aujourd'hui. 

MABIE. 

Aujourd'hui , non ; je vais à Falklrk pour 
porter à mou oncle la petite pension que 
vous lui faites : Robin voulait in'accompa- 
gnur ; mais je n'ai pas voulu j el j'irai .*eule. 

F. V»ttacvUUî«- 4* '-^^ 



3o3 L'ENNUI. 

ABTHUK. 

AÎDsi 9 je ne te verrai plus aujoard'hi 
Non, Monseigneur; mais deinaîn- 

, ARTHCft. 

Oui, demain.... Adieu , Marie; je te 
mercie de ton ainitié , de L'attacheineat (, 
tu me portes ; mais , après mon départ, 
penseras encore quelquefois à moi, n*esH 
pas? 

MARIB. 

Uh î toujours. 

AaTHOB. 

Adieu, Marie. 

(Itrcmbrasse.) 

MIRIE. 

Adiea, Monseigneur. 

SCÈNE m. 

LES PRÉCÉDENS, ARUNDEL. 



AKUWDE t , apercevant Arlhur qui embrasse Marv*. 

Kh bien ! courage ; il me semble, innde- 
moiselle Marie, qu'il n'est pas si luai portant 
que vous le di!»iez. 

ARTHUR, courant à lui. 
C'est loi , mon cher Arundel I 



ACTE I, SCÈNE yil. 3o3 

ARVNDEL. 

Moi-même, qui , depuis une berre , 
attende en déjeunant le moment de t*em* 
larâsser. 

ÂRTHUA. 

Comment ! on t'a fuit attendre ? 

ARriYDEL. 

Oh ! je ne me -5uîs pas impatienté, va que 
je ffesais antichambre dans ta salle à manger. 
J'étais là d'ailleurs avcoun original, M. Bîr« 
ton 9 que Ton prendrait pour le maître de la 
maison. Il s'est fait apporter du meilleur 
"vin... Ce n'est pas cela que je blâme; mais 
il dispose de tout avec ue sang-IVoid !... Je 
te préviens qu'il a commandé ta calèche pour 
aller tantôt à Falkirk; ainsi arrange-toi pour 
t'en passer. 

MAKlEy à part. 

Comment! il vient aussi à Falkirk? Pourvu 
que je ne le rencontre pas! Hâtons-nous de 
partir. ( A ArundeL) Adieu , Monsieur. 

A R T7 n D E L. 

Au revoir, ma belle^ enfant. 

( Marie sort , emportant le plateau sur lequel est le 

déjeuner.) 



3o4 L'ENJ^UI. 

scÈiNE viir. 

ARTHUR, ARUNDEL. 

ÂftUNDE t. 

Voila cne charmante fîlle pour laquelle)*»' 

une aHeclioD toute particulière. 

Comment ! tu la connais ? 

Parbleu ! depuis une heure que Je ivà 
arrivé , est-ce que je n'ai pas eu le tcmsde 
faire connaissance, dere\roir tous tesaacieos 
vassaux, de recevoir sept ou huit pétitions.'- 
Lei<> voilà... je t'en parlerai tout a l'heure, et 
il faudra bien que tu accordes , car je suii 
toujours solliciteur^ et surtout tenace eo 
diable : mais voyous d*abord dans quel état 
ffont tes affaires. 

AUTOUR) d\ia air iaso?iciant. 

Mais.^. je crois que cela va bieu. 

ARVNBEL. 

« 

II paraît que tu n'en es pas sûr. 

ARTBîTB. 

Ma foi, non; mais toi qui parles? 

AKUN DEL. 

Moi , ii\sl dlirértiit ^ je n'ai jamais eu beau- 



ACTE I, SCÈÎÏE Vin. 3o5 

•onp d'ordre , et je ne sais pas trop où j'en 
luU ; je crois même quej'ai par le monde 
linéiques lettres de change ; nnais enfin elles 
irriveront y et on verra bien. 

AIR : de Lantara, 

Qu^un antre aux calculs s^abandonne , 
Moi y moD budget est facile est léger ^ 

Je reçois moins que je ne donoe , 

Et j'emprunte pour obliger, 
je puis compter quelques dépenses faites ; 
Je puis compter des services rendus ; 
Bref, j^ai doublé mes amis et mes dettes : 
Voilà Tétat de tous mes revenus. 

Mais , que vcux-tu ? je suis garpon , je n'ai 
pas d'eufans; je me fais une famille; j'ai le 
défaut de me mêler un peu de tout, il est 
Traî 9 mais comme c^est pour rendre service, 
00 Teut bien me le passeï^. 

ARTBtR. 

Et qu"'est-ce que cela te rapporte ?> 

' À RU N DEL. 

Le plaisir d'obliger; c'est une spéculation 
comme une autre : dès que j'arrive quelque 
part , je vois un air amical , des figures ou- 
vertes, le sourire sur les lèvres. On me paie 
♦*n bon accueil. Si tu savais comme ils m'ont 
reçu dans le pay5!...Vrai , je leur redois quel- 
que chose. 

26. 



3o6 L'ENNUI. 

ÀRTHCR. 

Je vois que tu es toujonrs le même; aussi^ 
lu étais digne d*êlre heureux. 

A R U T< D E L. 

Et pourquoi ne le serais- tu pas autant que 
inoi ? Je sais que tu as des chances contre 
toi; tu es riche, tu es grand seigneur; mais 
qu'importe , morbleu ! le bonheur eàt par- 
tout. 

ARTHUR. 

Non pas pour moi, et si tu yeux que je 
t'ouvre mon cœur^je suis le plus malheureux 
des hommes. 

ARrNDBL. 

J'y suis !... quelque passion ? 

ARTHUR. 

Non. 

ARtJNDEL. 

C'est donc quelque chagrin bien profcDd? 
quelque accident imprévu ? 

ARTHUR. 

Plût au ciel! Mais tout semble au contraire 
sourire à mes vœux. 

ARUITDEL. 

t 

J'entends eiiHn , tu es malade de ton propre 
bonheur. 

ARTHUR. 

Oui , je l'avoue que l'ennui est le plus 



ACTE I, SCÈNE VIÏI. 307 

insupportable des fardeaux , que Texistence 
m'est à charge , et que je t'attendais pour te 
faire part de aies résolutions : tu étais l'ami 
de mon père , tu es le mien... C'est entre 
tes ir.ains que je veux remettre ma fortune ; 
tu en feras un bon usage , j'en suis certain ; 
et quant ù moi, ce soir... je n'aurai plus be- 
soin de rien et ne m'ennuierai plus : voilà 
mon projet. 

ABU N DEL 9 froidement. 

Cela me paraît raisonnable , et , dans la 
situation où tu es, tu n'as rien de mieux 
à faire : si tu étais utile à l'État , à ton pays5 
ù tes compatriotes, je te presserais de vivre; 
mais ton immense fortune , tes brillantes 
qualités, tes talens, n'ont contribué nia ton 
bonheur, ni ù celui des autres; tu peux par- 
tir , tu ne laisseras , après toi , ni reproches, 
ni regrets ; ton absence miême ne sera pas 
remarquée. 

ARTHUB. 

C'est ce qui te trompe ; je veux , après 
moi, leur être plus utile que je n'ai pu Têtre 
jusqu'ici : je te conûe ces papiers, ce sont 
mes dernières volontés ; tu verras que je n'ai 
publié personne ; que je donne à toi ^ ù tous 
)nes vassaux. 

àRUIVDBL^ froidement. 
C^c3t là ta dernière volonté? 



3«S rE5.XUÏ. . 

ART H vu. 

Oui, fîxe cl iavariable. 

A au If DEL. 

Eh bien î lu pouvais l'épargner cette peîoe, 
tu ira$ i:ieû à donner. 

ARTHUR. 

Comment! je ne peux pas disposer de mes 
biens? 

 R u N i> c L. 

Tes biens 1 Apprends donc que tu n'en a* 
pas, qnc lu n^as rien. 3i j'ûi consenti à me 
taire par tendresse pour toi, rien ne m'o- 
bliçe maintenant à cacher la vérité , et la^ré- 
solulioa aura aii'moins cet avantage, qu'ella 
rendra au vrai comte Derfort et son nom et 
ses biens. 

A RTB VB. 

Que veux-tu dire ? 

ARONDEL. 

AIR ; ^ soixante cuis. ( Diner de Maileloa.) 

De ce séjour le maitre véritable 
Vit inconnu dans son propre château ; 
Pour f enrichir une adresse coupable 
V'ous échangea tous les deux au berceau. 
A tous les yeux, s^il i'uiit que je Tafificke , 
Je suis lout prêt , et sans rien épargner. 
Son nom , ses biens , je vais louit lui donner! 



ACTE I, SCÈXE VI II. 3o9 

n est faenrruK , je vais le renrfre ricUe ; 
liasse le Ciel qu'il y puisse gagner ! 

ABTBUR. 

£t pourquoi m\i5-tn aussi long-tetns ca-> 
cbé ce secret? 

À A U R D E L. 

Je n'arais d'autre garafat^ d'Autre preare 
que ma parole , et ne f en aurais jamais parlé, 
sans la résolution dont lu riens de me faire 
part. 

▲ RTHVR. 

Oui , tu as raison ^ ces biens ne m'appar^* 
tiennent pas^ il faut les rendre. 

A&VNDEL. 

Je vais chercher, le véritable propriétaire ; 
il nN'st pas loin d'ici ; je le rétablis dans tous 
ses droits... je viens après te rejoindre... et 
Dous ne nous séparons plus. 

ARTHUR. 

Que dis-tu ? 

A R 17 N D E L. 

J'ni promis à ton père de ne jamais Ce 
quitter ; tu vois bien qu'il faut que nous par- 
tions ense:able. 

ARTHUR. 

Est-ce toi que j'entends? 

A R V N D B u 

Oh! moi, c'cstdilTcrent. 



3io TENNUL 

▲lA : des Amazoms. 

Sur mon destin je suis tranfjuille , 

Pour mon pays j^ai combattu , 
A mes amis j^ai tâché d^étre utile , 
' J^ai toujours fait tout le bien que j'ai pa. 
Celui qui voit sa tâclie terminée , 
Au doux repos peut se livrer gaîment ; 
Bon ouvrier j'ai doi ma journée ; 
Voici le soir, et je pars eu chantant. 

Sois tranquille, je vais tout disposer , et 
dans une heure je viens te chercher. 

( Il prend la main d'Artiiur et sort.) 

SCÈNE IX. 

* « 

ARTHUR. 

Il a beau djre... non , je ne lui laisserai pas 
exécuter ce dessein. Mais Marie , cette boone 
Marie, dont j'avais promis d'assurer Iç bon- 
heur, je ne puis rien pour elle, il ne me 
reste rien. 

SCÈNE X. 

ARTHUR, BIRTON. 

Bl&TOir. 

Afl! c'est toi, mon cher; je suis enchanté 
de le rencontrer, ]ft pars à l'iastant. 



ACTEI, SCÈNE X. 3iï 

▲ RTHVU, diotrait. 
Ab ! tu nous quittes? 

BlRTOir. 

Oui 5 une affaîre indispensable m'oblige à 
retourner à Edimbourg.. • et comme j'aurai 
besoin de mes fonds... si tu pouvais me payer 
en ce moment ta dette d'hier au soir ? 

Comment? 

■ 

BIRTON. 

Oui, ces cinq cents guinées que je t'ai ga-* 
gnées sur parole; les aurais-tu oubliées , 
par hasard.? ... 

Non 9 certainement; mais je ne m'atten* 
dais pas... 

2LiR*rox* 

Dans toute autre occasionnée te ferais cré- 
dit; mais dans ce moment... [A l'oreille.) On 
peat te confier cela, parce, qu autrefois tu 
étais un amateur. Je ne sais pas si tu as re- 
marqué ici une Cbarmaiile petite fille que l'ou 
nomme Marie? 

ARTHUR. 

Oui, oui; éh bien? 

BIRTON. 

Je l'emmène avec moi h Édimbotïrg; elle 
consent à me suivre , et je pars avec elle dans 



3*i r ENNUI. 

tu calèche : tu yeux bien me la prêter?... CVst 
bien ; j'en étais sur, et j'en avais disposé dV 
Yaiice. 

ARTBVRy étonne. 

Marie consent à te soivre ?... 

BIBTOR. 

C'est-à-dire y )*atde un peu à la lelti«; 
mais tu sais, ces vertus ùe village ne deman- 
dent pas mieux que d'être un peu contrain- 
tes; pourquoi leur refuser ce plaisir- là ? JVt 
appris qu'elle allait aujourd'hui à Falkirk; et 
John et Williams, mes deux piqueurs, les 
plus hardis coquins , dc5 sujets inipajablcs 
enfin, doivent la joindre sur la roule, la faire 
mouler dans ta calèche y et tu devines le 
reste. 

ABTBTTRy Cma. 

l>irton , Yolre conduite est indigne d'un 
galant houiuie. 

BIBTON. 

Eh bien! qu^est«*ce qu^H a donc? est-ce 
que tu en es aussi amoureux?... Il fallait le 
dire; je suis le premier en date, ce n'est pu 

ma faute. 

ARTH19B. 

Vous me rendrez raison de Tinsulte fjne 
Tcus lui avez faite. 

B]RT0\. 

Ce que tu dis là est tiùs-bcau, cl d»ir.s 



ACTE I, SCÈNE X. 3rS 

toute autre occasion j'accepleniis ts^ propnsî- 
tion; mais dans ce moment ma vie ne m'ap- 
partient pas, mes créanciers n'ont pas d*au- 
ire hypothèque j et je ne peux pas tromper 
leur cunfiaHCc. 

NonsieurI 

BIRTOV. 

AiA : X>« sommeiller encor ma chèr$, 

pins que toi cela: me- désole f 

Mais je te le dis sans détours» 

Mes créanciers ont tna parole y y 

Et bitn loin d^exposer mes jours , 

J^en prends un soin iuconcëvable ; 

Je dors bien , je bois encor mieux > 

Je passe eu6a ma vie à table , 

Tu vois ce que je fais [)our eux. 

ABTHVR* , 

Je te le répète^ si tu n'es pas le dernier 
des homiuesK.. 

31&T0If« 

Je ne suis pas le dernier des hommes , et 
je ne me battrai pas, ici du moins. Je gn- 
- lope sur la route de Falkii k , permis à toi de 
in*y rejoindre; au moins ce ne sera pas un 
duel 9 ce sera une rencontre imprévue^ mes 
créanciers n'auront rien à dice, et la belle 
Hélène que nous nous disputons sera le prix 
eu combat. Adieu ^ mon très-cher nmi. 

(Il sort.) 

t, Vaudevillet 4* ^7 



3i4 r ENNUI. 

SCÈNE XI. 

ARTHUR. 

Uola! quelqu'un! qu'on me selle un che- 
viil. Oui , je le rejoins, je m'attache à ses 
pas... 

SCÈNE XIL 

ARTHUR, MACARTY. 

MAOARTT. 

Enfi5, je TOMS trouve donc. 

ARTHUR. 

C'est vous, tnon cher Macarty... Danslool 
autre moment j'aurais grand plaisir à toui 

Toir... •• ? 

MACARTT) le retenant 

Non, Milord, fous né me quitterez pas...» 

ARTBUR. 

Une aiîaîre indispensable... 

MAGARTT* 

Je n*en connais pas de plus indispensable 
que celle de réparer ses torts et d'empêcher 
lu ruine d'un honnête hommc« 

ARTHUR* 

Que Toolez-Tous dire 7 



ACTE I, SCÈNE XII. 3i5 

MACARTT. - 

Depuis long-lems voire insouciance avait 
lausé le plus grand désordre dans dos affal- 
es ; vous n*avez pas même répondu aux 
Icux dernières lettres où je vous demandais 
les fonds pour le paiement des ouvriers, et 
roil.V qu'en entrant à mon auberge je reçois 
la nouvelle qu'ils viennent de se révolter, et 
[|u^ils veulent tous s'éloigner, 

ARTHUR. 

' Seraîl-il possible ! 

M A G A R T T. 

Milord , je dois tout à votre père ; c'est lui 
qui a créé cette manufacture.... qui depuis a 
daigné m y associer... 

AIR : Çç Magistrat irréprochable, 

Gr^ce à lui , d'un nom respectable 

Je me suis montré le soutien ; 

Mais votre indolence coupable 
A renversé son ouvrage et le mien. (^i<0 

Milord , vous m^ôtez plus , je pense , 
Que ne m^avait donné mon bienfaiteur \ 

Je ne lui dois que Topulence , 

£t vous me ravissez riionneur. 

ARTQTTR. 

I 

Non , mon ami , non ; tout peut encore se 
réparer... Parle, dispose de mol; que veux- 
tu que je fasse ? 



3iê L'ENNUI. 

HAGARTT. 

Que TOUS daigniez seulement parler auc 
ouvriers; ils tous connaissent, ils tous ai- 
inent; un mot de tous les calmera, leur fera 
reprendre leurs travaux... Pendaut ce tenus, 
je m'occupe à rassembler les fonds nécessaires 
pour les payer... Demain, je serai, je l'es- 
père , en mesure ; mais ne perdez pas un oio* 
mcDt, ou ma ruine est déclarée. 

ARTHCR. 

Oui , je le le promets , je te le jure ; fais 
tout prépaier. pour mon départ... quatn 
lieues, c'est i'alîalre d'un instant. 

{hlêcuij mut) 

SCÈNE XIU. 

ARTHUR, pois ARUNDEL. 

ARTaVR. 

Et ce duel... malheureux que je suis... fi 
f allais succomber... Deux heures... je ae de- 
mande que deux heures... que le Ciel me les 
accorde, et je serai trop heureux. 

AR vif DEL, froidement. 

Je Tiens te chercher; quand tu roudras» 
nous partirons. 

ARTBVR, TÎycmeot. 

If on 9 mon ami; non, c'est ito paisible ptir 



ACTE I, SCÈNE XIV. 3i7 

e nrroment; quelques înstans de plus oa ds 
Snoins ne chang^eront rien à ma résolution ^ 
st dans uue heure ou deux je suif à toi. 

ARUHDVL. 

Diable!... Mais comme tu dis y ça peut se 
remettre... Voici d'ailleurs tous tes anciens 
viissaux ; tu vas Leur faire tes adieux 

SCÈNE XIV. 

%m» i^&BG&DEirs > ROBIN 9 PkJ9kv%f rATSiiiRl»* 

Fragment dé Jean de Pariât 

GttoevR. 

GtÂif Ds dieux ! quel événecnenl ! 
Quoi l Monseigneur, on prétend 
Que TOUS devez tout à Theure 
Partir de cette demeure « 
Et quitter notre pays ? . 

AaTKUR. 

H est trop vrai , mes aini5^< 

CHOBUlt. 

Ah ! pour nous tous quel malheur ! 
Vous nous quittez , Monseigneur. 

ARTHUR , bfts ^ Aruadel. 
Oui 9 je pars... et toi demeure ^ 
Je suis il toi dans une heure. 

ARUIVDKL , k part. 

VtsX ftnrt bien , tïae heiux: ou deux ^ 



3i8 L^ENNUI. 

Oui y déjà cela va mieux. 

Mais je ac dois plus prétendre 
Aux bouneurs qu^on vient me rendre î 
Je ne suis plus maitrc ici , 
Je ne suis que votre ami. 

CHŒUR. 

Que dit-il? parlez de grâce. 

▲RVNDBL.- 

D^tm autre il avait la place , 
Et hieatôt dans ce hameau 
On va vous faire connaître 
Celui qiù de ce'château 
Est le véritable maître. 

CHOEUR. 

Dci village et du château 

Quel çst donc le nouveau mallte? 

RORINk . 

£ncore un qui va-t-êtr' maître ! 
Quand donc ce sVa-t-iVuioa tour^ 

ARJHUR. 

Oui , je peux perdre en oe jour 
Et mon nom et ma richesse , 
Mais pour. vous j^aurai sans cesse 
Toujours la même tendresse. 



ACTE I, SCÈNE XV. 3fo 



SCÈNE XV- 



,BS pnÉcÉDENS, M AC ART Y d'un côté , 
DEUX VALETS (le Tautre. 



MAGARTT. 

Allons qvi^on se dépêche ; 
Partons , il faut en Hoir. 

ARTHUR, trouMe , aux paysani* 

Mes amij !... oui , je vous quitte. 

(aux Valets.) 
Je VOUS suis. 

(a Maeorty.) 

Nous , partons vite; 

(A Aruudel.) 
Je reviens de suite , 
J^en perdrai Tcsprit vraiment. 

CBOSUK, 

Oui , Monseigneur, partez vite , 
Ne perdez pas un moment. 

MACARTY. 

Allons , la voiture est prête, 

ARUNDEL. 

C'est fort bien ; luie heure ou deux ; 
Oui , déjà cela va mieux. 



m 



lào L'E5XUI. ACTE I, SCfeîïE XT. 

f AKTRnit. 

Vniaient , jVo perdrai la tête ; 
A rcTenir je m''apprêle. 
Grands Dieux. , dopoez-noi le toat 
De remplir tous mes semiens! 

AROKDEL. 

Tout Ta bien, ma ruse est prête, 
Tai mon projet dans la tête j 
Encore quelques instans , 
£t je tiendrai mes sermens. 

BQBIV. 

Un nonrean seigneur, qneQ* fête ! 
A bien danser je ra^appréte » 
Je prendrai donc da bon tems ^ 
Et nous serons Ions contens. 

MXCAVTT, 

Partons , la Toiture est prête , 
Mus ne perdez pas la tête p 
Nous awtma eocor le ti m$ 
De remplir tous nos sermens. 

CBOBUR, 

A nons quitter il 8^a|>prête , 
Pour le Tiliage plus d* fêle , ^ 
Malgré nos nouveaux sermens , 
Nous TOUS aimions en tout tems. 

( Ib lai-teBl tous ea sutTaut Arthur qui «erre U waia A'Antf- 
det , ol «'éloi^e trèr«(ité. ) 



riir BfF riEXiEii acte. 



ACTE SECOND. 

UcÊatàéeot. 



SCÈNE I. 

AKVNDEL, ROBIN^ «ree «a babU tté$- 
riche , nais a/ant conservé ie reste de soo premier 
^co^tttiue. 

B01I1V. 

CoHtxBNT ! M. Àrundel , e est moi qui «si t« 

seigneur. 

Oui 9 mon garçoQ » et tu V»§ touiotirs été. 

AOBiir. 

Commenl ! je le suis, et de naîss:ince^..^. 
foilà le plus drôle... Je tous demande com- 
ment mon père qui était pajsao a-t*îl tù 
Tesprit de faire un seig;neur? 

R'eii de plus aisé à l'expliquer ; mais si tu 
eii' doutes... 

Koaiw. 

I>ii fout, du tout» mon IJfeiiy je tchis croM 
sur p.Arole ; tous l\»fe% dît^ ça^ solSt^ M 



32a L'ENNUI. 

il'est pas moi qui TOudraU y regarder après 
tous; mais voyez queu reTiremeot... II 
n'y a pas- trois heures que j*étai$ à arroser 
les laitues de Monseigneur , et maiuteuanl 
je vas les manger pour mon propre compte. 

▲AUNDBL* 

Ça te fait dpnc plaisir? 

• BOBIN. 

Parbleu ! il n'y a qu'une chose qui me fait 
de la peine, c'est de ne pas raroir su ce ma- 
tin ayant mon déjeuner; ça aurait fait une 
fameuse différence. 

Tu uVs donc pas maûgé ? 

ftOBlN. 

Au contraire,o'estque)em'en suis donne- 
nt qu'il faut que j'attende à ce soîr pour aroir 
de l'appétit... Qu'est-ce que je m'en rais 
faire jusque-là? 

À&VHDEL. 

Ehhîen! promène-toi. 

ROBIN. 

Le beau plaisir; me promener dans mes 
jardins, et je les connais comme mes pochesj 
je les ai assez ratisses» 

ARUKDEK. 

Ya dans la bibliothèque y prends un linv. 



ACtE II, SCÈNE 1. 3aâ 

ROBiN. 

Faut d^abord que j'apprenne » et je. n'ai ja" 
nais eu de goût. 

A R u If 1^ E L< 

Tant pis* 

Tant mieux, parce que, si j*âîiilaÎ5 à lire ^ 
ie donnerais daos la lecture .«et ie ne ^peuic 

Ift souffriré ^ ;^ , •> 

Monte à cheval. 

ROBIIÏè 

Et si je tombais , moi , ;qui fie yais .qu*â 
6ne; la santé d'un seigneur est autrement 
préciejjse que celle d'un jardinier^ je ne peux 
pas comme ca l'exposer- '' 

ARtJNDEt. *' '" -' 

Eh bien! va voir les vassaux... Ne disais-» 
tu paseeiiîaiin (Jue, si tu (étais puissant > tu 
serais juste ^ aifable , généreux? 

• ROBlNé 

Oh! ça, c*est vrai. 

AIR : Du nouueau ieigtiÉu1\ 

De mes droite, en maître équitable, 

Déjà je me suis ioforhaé : 

J'ai seul ici V droit d'être aimable , 



34 L'EJrifUL 

Têà V droit d'être toujours «me | 
J^OBS aussi le droit de tout prendre^ 
Eftfti jusques «i coilectcur 
Que j'ai le droit de faire {ïeiidvfr-: 
Ah ! le joli droit du seigneiir4 

Et je vais commencer par «n user; son if- 
faire est booDe^ 

J-en suis fâché, mais c'est impossible; id 
eô est obligé de ' juger les gens araot de 
les cou damner. 

101IK« 

Au moins » si )*âTaîs là quelqu'un de mei 
gens, ndus louerions une partie. 

▲ auvDBt. 

Fi donc! ça ne se peut pas... «t la di^iit 
de seigneur et le décorum^ 

Ça n' se peut pas» çb«%' se peut pas..* 
alors, qu'est-rce que |e. peux donc > appre- 
tiet-le moi? 

Très-Tolontiers. 

Àia : On dit tpi*€n marùt^fe. 

Boire la naît entière, 
* S'éveiUer à o&idi ^ 



ACTE II, SCÈNE I. 3a6 

Bâiller dans sa bergét-ë 
Auprès de milady ^ 
Briguer dans les communes 
li''honDeur d'être noitimé ; 
Se montrer aux. tribunes, 
En descendre assommé ; 
Voilà quels sont d'abord 
Les devoirs d'un mi lord. 
Par le Afoming Chroniclé 
Kanimcr sa gaité , 
Arroser chaque article 
D^une tasse de tlié ; 
Pour que Toii vous renomme i 
Acheter du crédit , 
Ainsi que de Pesprit^ 
£t se croire un grand homme 
Quand le journal Ta dit. 

Enfin , mon cher... 

Devant ses dulcinées , 
£oxer, fier comme un roc , 
Placer mille guinées 
Sur la tête d'un coq; 
Toute la matinée 
Courir à New-Market « 
Et finir la journée 
D'un coup de pistolet ; 
Voilà quels sont encor 
Les plaisirs d'un milord. 

ItOBiir. 

Ah! que c'eet ennuyeux de »*amu5eï 
comme ça ! 

F. Vaudevilles. 4* . ^8 



3a« ; , L'ENNUI. 

SCÈNE II. 

LIS «fticÉDE|v$9 MARIE^ temesioufilée. 

EOBlir. 

C*£ST mam^selle Marie. 

M A AIE. 

Ab ! Robin... 

ARTINBEb. 

Vous Yoilà^ lua cbère' enfant. .. Eli bîeoî 

Arlhur?... 

MA&lV. 

, Ail! mon Dîcul si vous saviez ce qu'il i 
fait pour moi. 

AIR : f^ers le ùmple de Vhjnnen, 

Uq indigne ravisseur , 

MVutrahialt malgré mes Yarraes; 
Quand j^eutentis le bruit de^ armes 
Et la voix de,Mon6'eigneur... 
Birton Toutrage et s'avance , 
Mais soudait) uiilord s'élaace , 
£t malgré sa rcsicilance 
Le désarme... 

BOBIir. 

Ob ! sur ma foi , 
ht c^ réck j^ai Tarae émue , 
Et je veux qu'il continue 
A s^battre toujours pour laoî* 



ACTE II, SCÈNE III. l2^ 

▲ RVN^ELj virement, 
[l s^eAt battu! çu va bien... et il n*èst pas 

MàRIB. 

Non y Dieu merci. 

Tant mieux ) tant mieux .. Cependant un 
itit coup d'épée^ oa n'aurait pas mal fiiit; 
ais il faut se contenter de ce qu*on a. 

ROBllf. 

Il s'est battu ! comment diable a-t-il fait 
m compte j lui qui dormait toujours. 

A R U 9 D E L. 

Et quVst devenu notre fou de baronnet ? 

MARIE. 

M. Birton?.,. il s'est en allé d'un coté, 
lïonscigncur a repris au galop la route de 
^'alkirky et moi je suis revenue avec M. Ma- 
;arty dans la calèche de Milord. / 

ROB19; 

Dans ma calèche, c'est très-bien. 

\ ARVNDELy réfléchissant. 

M. Macarty, ce riche manufacturier que 
\W vu m tantôt... si j'allais... je ne le con* 
uuî> p'is, iiiaii c*est égal. 



328 TENNUI. 

r 

AI9 : Époux imprudent , Jils rebelle. 

Il est , dit-ua , plein crhonneiir, de franchise , I 
Jamais n^obligeant à demi ; 
Que même ardeur nous éicchrise , 

Et conjurons pour sauver un ami. 

Puisque Ton voit , dès qu'il faut nous surprendrry 
De raccord parmi les méchaos , 
Pans leurs cumplots , dlionni'tes gens 
Au premier n)ot doivent s'enlendre. 

(U fort.) 

SCÈNE III. 

MARIE, ROBIN. 

R B I ir, 

Altovs, «niions, Wlà un combat qui me 
fait Itoniieiir; il n'y a qu^ine chose qui 
cloche ; Ma m 'selle, vous dites toujours Mon- 
seigneur, milord Arthur, et à moi, RoMii 
tout court; j* vous 1* passe , parce que non» 
sommes seuls ; tuais en compagnie faudra 
vous observer. 

MÀtllE. 

Comment ! Robin , il serait possible.!.. .ce 
qu'où vîtrnt de niè dire serait vrai, c'e>t toi 
qui es le seigneur? 

R0BI5. 

Dam' quelle quoslîon î... est-ce que roui 
»e voyez pas Ihabil brodé? 



ACTE II, SCENE III. 3a9 

£t lord Arthur ? 

R B I ir. 

"N'est plus rien dans le chuleau , Mam'- 
selle ; tout est à irioi, sa furtuue^ ses hon- 
neurs 9 SCS décorations... 

MABIE. 

Ses décorations!... comment! tu oserais 
porter?.,. 

ROBIN. 

Eh bien ! ses blessures donc, ses blessures 
qu'il a reçues en Portugal, si ça ne ïiie comp- 
tait pas, ça serait joli. 

AiA : Va, d*une science inutile. 

Tout c' qu'il a fait d* puis qu'il est V maître , 
Doit me profiter, c'est mon- bien. 

MARIE. 

Pour r remplacer, il fau(!rait étie 
. Doué (l'un mérite égal au sien. 

AUBIN. 

Qii' vous avez donc la têt' rélive I 
tsj)rit, mérite , et cœlera.,. 
C'est mui qu'en ai puisque j'arrive , 
Il n'en a plus puisqu'il s'en. va. 

MABIE. 

AbJ mon Dieu ! mon Dieu, je ne pourrai 
jamais m'habiluer à ne pas l'jippeier Mon- 
seigueur. 



Comment! Mam'selle^.. 

J^en 5UÎS fâcbce , Robin , mal» je ne peux 
pas changer mes affi-ctions -du jour au feu- 
demiiiii, et oublier aiosi celui qui fut notre 
bieuiuîteur. 

Il o B 1 if 9 en colère. 

Eh bien! t'ià c* que )' n'cnlcnds pas, 
Mam'selle , il n*j a que moi de maître ici ; 
il n*j a que moi d'aimable, de respectable, 
et si Tou m* fait mettre en colère • je saurai 
bien vous prguver aussi que je suis votre 
bienfaiteur... c'est que je chasserai tout le 
monde, moi. 

MARIE. 

Ah! voilà Milord; oui, c*est hii... RobîOy 
Robin, mais lève-toi donc, c'est Milord. 

R o B I K , se levant. 

Là, i' vous y prends encore... certaine- 
ment j'. vas m' lever, mais vous n' pouviex 
pas dire : Monseigneur, iève-toi donc? 

SCÈNE IV. 

I 

tBt PRÛCBDB9S, AKTHURy couvert de 

poussière. 

Ji 1 R 1 B 9 courant à lui. 

Miu>R», TouJi voilà enfin de retour? 



\ 



ACTE II, SCÈNE IV. 33i 

A R T B r & y (Van air plus gai. 

Ouï, ma chère enfant, ouï, Marîe, ei , 
grâces au Ciel, j^ai réussi dans l6ut ce que 
j'aViiis entrepris. 

M A B I F. , avec intorct. 

Vous ayez l'air bien fattgné... 

AETBSB9 gatuent. 

C'est que je me suÎ5 doftné une peine de- 
puis troi» heures!... pas une minute de repo?, 
toujours à cheval, six h'eues au gfrand galop ^ 
un tems superbe, des chemins maj^nifiques : 
c'était une pr(ii|3enade délicieuse; j'ai tu tout 
ie mjonde. {Riant.) Aussi, je n'en puis plus; 
je suis harassé. 

M A fi I E y approchant un fauteuil. 

Âsseyez-YO^s donc... îqus devez avoir be« 
SOJQ de prendre quelque chose. 

'A R T H V fi. 

Ma foi, ouï, le grand atr et la course 
iTi'ont donné une faim de tous les diables. 

MARIE. 

Xâ... et il n'y a peut-être rien de prêt. 

ARTHUR. 

Bah! un morceau de pain, une bouteille* 
de porter; la première chose venue. 

MARIS. 

Je cours chercher ce quMI vous faut. 

(Elk fort.) 



33a L'ENNUL 

SCÈNE V. 

AKTHUR, ROBIN. 

4KTHU&. 

Bonite petite Marie! que je me félicUe !... 
{Il aperçoit Robin,) Ah ! uh ! te Yoilà, Robio.^ 
Eh bien ! mon garçon y commeot te trouves- 
tu de ta seigneurie?... commeoces-tu à tj 
faire ? 

^o DiNy le chapeaa à la main et d'un aîrembam» 

Oh! Monseigneur, vous êtes bien bon; p 
xne donne bien un peu de tracas; mais je 
p' m'en plains pas. 

AfiTHUR, s^asseyant. 

Je viens de travailler pour toi. 

ROBIN, toujours debout . 

Oui, Monseigneur, j* sais que vous arei 
ed la complaisance de vous battre. 

SCÈNE VI. 

I.E S PRÉCÈDENT, M Â Pi I E , en eotraot , poK 
stir la table un plati au avec du pain , du vin , etc. 

ARTHUR» 

J'ai fuit mieux que cela ; j'ai vq les ou- 



ACTE II, SCÈNE VI. 533 

i^îers de la manufacture du bon Macarly : ils 
v">iit rentrés dans le devoir, et les travaux 
ront reprendre avec une nouvelle activité... 
£n passant à Falkirk, j*ai vu aussi le receveur 
jes taxes, et j*ai obtenu pour les vassaux du 
L^omté une diminution que j'avais négligé de 
réclamer; enfin, j*aî fait en ton nom ce que 
î^auraîs dû faire plus tôt pour moi-même et 
pour le bonheur de ces bons villageois; mais 
"vaut mieux tard que jamais. 

AIR : de VAuare. 

Mon cher, grâce à cette journée , 
On iM'specte déjà ton nom \ 
Mes soins dans une maûnée 
Ont tout change dans le canton. 
Ou te bénit dans ce doni^iine. 

JtOBIN. 

Soit , je me laisserai bénir , 
Et ça )jù! fait (rautàut plus d^ plaisir , 

Que ça n^ ni^a pas coûté grand peine. 

(Bas M Mario.) 

Là, voyez-vous encore ce que je viens de 
faire, les taxes diminuées. ^ 

MARIE. 

Monseigneur, vous êtes servi. 

ROBIN. 

Atlcndez donc que j'approche cette table. 



33't rEXNur. 

A i T H U ft 9 mangeant avec YÎTacité. 
Bien, bien. 

MAftiR, le servant. 

Je suis désolée de n'avoir trouré que ça â 
Tudice. 

A RTnt; R , mordant dans son paie. 

ExceUent! un verre. • 

a B I if , prenant une servielfc et Tessuyant. 

Voilà... et c'te bouteille qui n'est seule- 
ment pas débouchée. 

(Il la di(f bouche et verse à boire.) 

A HT H m. 

Délicieux! Je n'ai jamais rien bu de meil' 
leur. 

(Ilmanj^e.) 

R B I N 9 le rcgartîant avec envie. 

Comme il mange !...ost-il heureux d'avoir 
faim comme ça! et moi, fa^it que j'attende 
tmco're deux heure» pour mon appétU du dî- 
ner. 

M A R I E 9 regardant vers le côté gauche en allant à 

iirthur. 

Ah! Monseigneur! 

ROBIN, lui fesant des signes de s^adresscr à lui. 

Kh bien ! eh bien ! encore? {A Jrthur.) Dî- 
tes-y donc, je vimis prie,. qu'elle s'adresse I 
moi , \t suis le seigneur. 



ACTE II, SCÈNE VII. 335 

ARTHCA. 

C*e8t trop juste, parlez à Monsieur. 

MARIE. 

Eh ! mon Dieu , voyez plutôt d*\ci : c'e^l 
un coiisiabfe et de» gens, de justice.... Si 
c'était pour ce duel, si on venait arrêter 
Monseigneur! 

B Blir , se levant effrayé. 
Eh ! arrêter Monseigneur!... c'est que ça 
n'est plus ça du lont... Qu'est-ce q<ie ça veut 
direP... Un conslabîe dans mon château!... 
{Fièrement.) Je m'en vas... {A part.) Je 
m'en vas me oach-er. 

(ns'eofuil.) 
M A R 1 E 9 coaraat à Artiiiic:. 

Et moi, je ne vous quitte pas. 

ARTHUR, regardant par le food. 

Je ne me trompe point , Mâoarty est an 
milieu d'eux, et il a l'air de leur donner des 
ordtes. 

SCÈNE VU. 

iE» ÏRKCÉDBNS, MACARTY. 

MAGARTY.àla coulisse. 

Qu'on s'empare de toutes les issties; jevou» 
répète qu'il t\st ici. [Se frottant tes mains,) 
Alil Aiilord! je vous trouve à propos. 



336 L'ENNUI. 

ARTBUA. 

Mûrie, laisse- nous. J 

Mais, Monseîo^neur... 

A & T H tJ B. 

Laisse-Dous , te dis-je ? 

MAGARTT, à part. 

Forme... Portons>lui les derniers coups. 
( Marie sort par Ja droite , en ténioigoant sonioqoié- 
tude j elle se montre de tems en tems pendant la 
SGcne suivante.) 

SCÈNE VIII. 

ARTiaiUa, MACARTY, 

A B T H V &. 

Eh bien! mon cher Macartj, qu'y a-l-il 
donc.^ 

MAC ARTT. 

Pardon, Milord, si je vous ai laissé brus- 
quement... nos affaires sont en bon train. 

AILTHVR. 

Vous croyez?... Mais on vient de me par- 
ler de coustable... 

M AC ARTT. 

Que cch ne vous inquiète pas; c*esl moi 

qni Tai fait venir. 



ACTE II, SCÈNE VIII. 33; 

ARTHUR. 

'Vous?... 

UAGARTY. 

Pour cette lettre de change de trois cents 



^uioées. 



A B T H r K. 

Ah!... votre débiteur est donc?... 

macàrty. 
Ici ; je le suivais à la piste. 

ARTBVR. 

Yl est au château ? 

MACARTT. 

Précisément. 

A R T B U R. 

Et VOUS allez le faire arrêter P 

MACARTY. 

Sans difficulté... Je ne demande pas de 
gnlce pour mes engagemens; mais, ventre- 
bleu! je veux qu*on soit de même, et sir 
Arundel va aller passer quelques mois à la 
Tour. 

ARTHUR 9 troublé. 

Arnndel!... mon meilleur ami !... Quoi! 
c^esl lui ?... En effet , il me parlait ce malin 
de quelques lettres de change... Mais je ne 
souffrirai pas... M. Macarty , je me rends sa 
caution. 

F. Vaudeyillei. 4* 39 



338 ^ L'ENNUI. 

ItfjLCARTT. 

Vous, Mîlord? j'accepte. 

Étourdi !... J^oublîe que }e n^ai plus neni 
que je ne suis plus rien , que je ne puisdi- 
poser d'un schelllng... Jen'ai plus de fortuBff 
il est vrai , mais suiS'-je d<>fic incapable à'tû 
acquérir, de travailler?... M. Macarty^jese 
vous demande que du tems , ou plutôt... OU 
quelle idée .'... Vous êtes à la tête de plusievn 
mauu factures? 

MACAUTT. 

Oui. 

ARTnUK. 

Que donnez-vous â vos ouvriers.' 

HACARTY. 

C'est suivant : je pab bien les bons tn* 
Tailleurs f peu le$ médiocres , et je rearoie 
les paresseux. 

ARTHVB. 

Donnez-moi une placé d'inspecteur, de 
chef d'atelier 9 de teneur de livres^ ça mVst 

égal. 

MACAftTT. 

Scrieuseraent? 

ARtiua. 
P*>urquoi non ? 



ACTE II, SCÈNE VIII. 339 

AI& : </« Julie» 

CXïtt Ârtmrlel , en ce pérîl extrême-. 
De te servir mon cœur me fait la Và\ 
l^our De devoir ton salut qu^à moi-mcme , . 

! Je serai fier du plus modeste emploi ; 

\ Oui , sans rong^ir, au travail je me livtv. 
Je nVrlistais pas jusqu'ici ; 

j Mais je vais sauver uo ami , 

^ D'aujourd'hui je commence à vivre. 

\ «AGARTT. 

Parbleu! vous mVnchantez... J'ai juste-' 
HKient une place dé premier comiiii.s ; ceat 
gainées par an et le logement ^ ça vous cou- 
yient-il ? 

ARTHUR. 

A merveille ! 

M A C \ B T T. 

Je ne vous en puieraiqce k) moitié pendant 
six ans » et votre ami sera quitte à (a sixième 
Muuée. Ah! çà, voyous, un petit bout d'écrit; 
je PC connais que cela, moi. 

ARTHUR. 

Tout ce que vous voudrez. ( Pendant qut 
Macarty écrit à la hâte, Arthur je promène 
vivement en se frottant les mains. ) Ce bon 
Arundel!... Jamais ce- jour ne j}'elV:icera de 
uja mémoire !... J'éprouve une joie , un 
bonheur que je ne me croyais plus capable 
de lesseulir. 



34o L'ENNUI. 

MACARTT9 lui présetitant deux papien. 
Tenez y je crois que cela suffit. 

ARTHUR, prenant b plume. 
Très-bien, très-bien! 

M A G A R T T. 

Ah! çà, vous n'avez aucun regret? 

ARTHUR. 

Des rep[rets, quand vous nne sauvez plus 
que la vie !... Je si^ne aveuglément. 

( ïls prennent chacun un des doubles de récrit ) 

MACARTY, lui prenant la maio. 

Bien, M. Arthur, je vous estime , je vons 
honore : voyez-vous , je respecte beaucoup 
les titres, les distinctions, mais cela avant 
tout, oa ne vous àbandonnejamais,etoa vant 
mieux que le reste... Sans adieu; dans une 
heure je me remets en route, nous parti>i)S 
ensemble, je vous instulie à ta fabrique, et 
corhleu! vous verrez qu'on peut ?ifre heu- 
reux dans tous les- états , quand on est honnête 
et qu'on fait son devoir. Serviteur. 

( Il sort j Marie reparaît, et s^approche lentencR/ 

d'Arthur. ) 



ACTE II; SCÈNE X. /. 34i 

SCÈNE IX. 

ARTHUR. 

Il a ma foi raison 9 et je raïs traraîller 
tnainlcnant avec une ardeur 9 un plaisir!... 
Cent guinées par an! cinquante poiir Arun- 
del 9 cinquante pour moi ^ c'est trop juste... 
Kh bien ! je ne'serai pas à plaindre... cin- 
quante guinées ! je n*aurai pas de. quoi faire 
le seigneur, mais enfin on peut. être heureux. 
Macarty l'est bien; tout respire chez lui un 
air de bonheur... il est vrai qu'il a une fem- 
me, des enCans qui i'aiment. qui le chérissent, 
tandis que moi... £h bien ! je n'avais pas en- 
core pensé à cela... autour de moi, personne! 
( // se relourne et voit Marie près de lui. ) C'est 
toi, Marie? 

SCÈNE X. 

ARTHUR, MARIE. 

VARIB. 

Il est donc vrai, vous nous quittez? 

▲ RTHUB. 

Oui, Marie, et c'est moi qui serai le plus 
à plaindre; car toi^ tu resteras ici , tu t'éta^ 



blitas dans ce village. 



ao- 



343 rE*'«rçur. 

BARIE» Tiveraent. 

Moi ? jamnis» ftliford; ne tous rai-je pas 
dit ce inatiu? 

ARTBOA, la regardant aveclDlêrêt 

En effet. ( ApT'ès un silence, ) Marie, je fotf 
ton «ini, ton meilleur ami... parle-moi frao- 
chement , n'aùrais-tu pas~de Tamour pour 
quelqu'un?... 

MAftlï) bésitant. 

je crois qu*oui. 

1 KT H I! K9 èmxx , et dootoureitsemenC. 

Comment! j'aurais deviné juste ? 

AiH : Je i'aimend. < deSlangiiû.) 

Quoi! vous aimez sans espéraoee? 

Attcnne. 
Son rang peut-être empêche un nœud si doux? 

MARIl. 

IVon y grâce an Ciel ^ sa naissance est cnramune. 

ARTflVl. 

£t aDjez-TOus qu*il ait de la fortune ? 

Pas plus que vous. (bû.) 

DCUXÙMZ COU»|.«T. 

dUiTova. 
Tous aîme-t-il ? 



ACTE II, SCÈ5 X. S43 

MAKIB. 

Uclas ! il me délaisse ; 
iamûs pourtant je n^aurai d'autre époax» 

Quoi! lui ganlcr une telle teiulrcsse!... 
Et crojrC2-?ûa& au moins qu'il la coimaisse? 

MARIS» «veo ej^OMNOO» 

Pas plus que vous. . (Bit.) 

ARTHPB : à part 

Quelle idct ! ( Changeant d'intention. ) Kh 
bien! Marie, j*iii aussi un conseil à le de- 
mander; je t'avais parlé ce matiq d'un ma- 
riage. 

■ A. Brie, viyenifii!. 

Oui, mais vous m'aviez dit aiis5;i, je crois, 
que TOUS n'aimiez pas Ux personne. 

A a T B V A , loluervant. 

C'est vrai, Marie; d'ailleurs un mariage 
de convenance, c'était bon lorsque j'avais de 
la fortune. 

MABIE. 

Sans donle, vous aviez l'habilude de vous 
passer de bonheur; loniulenaut que vous 
li'avez plus rien , il iaui songer à êM'€ heu- 
reux. 

ARTHUR. 

Oui; mais ce bonheur, je ne pourrais U 



3U L'Er^NUI. 

trou Ter qu'aaprès d'une perâonne qui m*â>- 
meraît , et aujourd'hui que je suis privé de j 
mes ricbes9e&.. % 

MÀftlE. ! 

J'entends bien , tous seriez obligé d'époa- 
ser quelqu'un qui tous aimât .pour tous- 
même... Datn*, en cherchant bien... ça peut 
6e trou Ter. 

ÀBTBfiK; lui prenant la main. 

A la bonne heure ; mais , supposé que cette 
personne-là existât, ne s«rais-je pas inii- 
inême bien {-eu généreux de lui avouer moo 
amour quand je n'ai plus rien à lui offrir? 

s* A El 1 E , avec tendresse. 

, Qu*in)porte, offrei toujours. 

• ARTHUR, avec feu. 

Marie, je te dois les plus doux insfnnsqiie 
j'aie «'ncore goOtés; oui , je t'aime > je l'ai- 
iiierai toujours, nous ne nous quiUerons plu5, 
tu seras ma feiTirne, mon amiel... Marie|ie 
Vf ux-lu ? 

; MA niE, avec joie. 

• Si je leveux! Ab! que c'est heureux pou^ 
faut que vous ixyei tout perdu ! 



ACTE II, SCÈNE X. , 345 

DUO. 

rKAGMENT DE JEAKKOT ET CULIXf. 

AIR : jiu son dès musettes. 

Croyez qu^au village 
On peut être heureux ; 
On rit davantage , 
On cbante bien mieux. » 
La , la , la , la , la , la , la , U. 
Gaiment à Touvrage 
On part tous les deux; 
Mais le soir rassemble 
Chacun au hameau ; 
Et Ton peut ensemble 
Danser sous l'ormeau : 
La , la , la , la , la , la , la , la. ^ 

ARTHUR , suivant ses mouvemens. 

Oui , ce que j'éprouve 
Fait battre mon cœur, 
Pi'és <le toi je trouve 
Eunn le bonheur. 
moment pro^ipére ! 
D'un çpoux reçoi 

Cet anneau , ma chère , 

Gage de ma foi. 

( Il lui donne une bif ne.) 

TOUS DEVX. 

Oui y jurons ensemble 
De vivre au hameau ; 
I>(ous irons eDsemblè 



346 L'£îf!fUI. 

Danser sons roimeau , 
Oui , oui , oui , danser sous rog uieim . 
Ira , la , la , la, la , la, la. i 

La, b, la, la, la. 

/ JLATHUJt. 

g I Désormais Marie 

J^ / Sera tout pour moi. 
K < 

» l Muftis. 

1 

^ f A jamais Haric 
\ Te donne sa foi. 

SNSSMBLX. 



Veux toute ma vie 
Danser avec toi. 



{ik dtMcflt.) 



SCÈNE XI. 



LES PRÉCÉDE5S,. ARUNDEL, ROfilNy les 

TlLLA€B01à. 

A U fin du duo , Àruorlel |>arait à la |>orte à gaiicbe , 
Bobin il celle de droite , tous les vilbgeoi» daiu k 
iund. 

ABUifDELy prenant la main a Artliur. 

Allons, mon ami; allons, il est septbeu* 
Tts pa$dée!(..i J^\ieus le chercher. 

Sept heure» î . . Déjà? ( ^4 percgwtnt les vith* 
geois, ) Eh ! mon Dieu ! que veut tout oe 
inonde en habit de fête ? 



I 



ACTE U, SCÈNE XL 34; 

MARIE. 

J« m'en dotjte bien ; ils viennent remercier 
Monseigneur de lu diininulion des taxes; 

ftOBlfk 

Vite , mon fauteuil. 

( Il s^assicd. Les villageois vont droil à Arthcfir quib 
eiiviroiineDtf sans luire attentiou à Eobin, qui rrste 
seul sur son fauteuil , à Pautre bout dn théâtre. ) 

CBOsua. 
km : de Joconde, 

Ccsi à TOUS ( bit) que le village 
Doit la paix (bi«) et le bonhciir* 
Nous vous offrons notre hommage 
Comme à notrr bienfaiteur. 
Vive , amis , vive aotits bon seigneur. 

BObllf. 

Eh bien ! eh bien ! mais Us se trompent ; 
dites donc, dites done« me v'l:\, ils ne voient 
donc pas la bro(l«rie?..» hun^. Ohi les pay- 
sans!... 

( Ardiur , attendri , serre la main de cettx qui Pen- 

lourcut. ) 

AftCK0ELy bas et tirant Arthur par son liabit. 

Allons, allons; si ta t'amuses à écontcr le* 
bénédictions de' tout ce inonde-U\ , nous n*ea 
finirons pas^ et il faut partir. . 



348 L'ENNUI. 

Partir, dis-Ui? non, nmon ami , je ne pan^ 
plus. 

AIR : Conmàssez^vous le grand Eugène. 

LMionneur défend c(ne je dispose ' 

D'un bien qtti ne nrappartienl plus ; 
Mon cœur doit sa métamoi*i:bose 
A tes bienfaits, 

(Montrant Marie.) 

 ses vertus. (Bis.) 

Oni , désonnais l'existence m'est cbère , 
Et je promets , juscpi'au dernier soupir. 
De la consacrer tout entière 
 ceux, qui me l'ont fait chérir. 

ABDKDEL. 

4 

Ah! tn as changé d'avis?... 

A K T B v R 5 lui montrant l'écrit qu'il a signé. 

Juge loi-même , mon ami , si je puis man- 
quer à de pareils engagemens. 

A B V N D E r. , lisant. 

Comment! c'est pour moi. ( Lui serrant li 
main. ) C'est bien , c'est très-bien , je recon- 
nais le fils de mon ancien ami , le noble héri- 
tier du comte Oerfort... tu es digne de soo 
nom et de sa fortune, et maintenant tu peux 
les reprendre : je le lei avais ôtés ce matin, 
je te les rends. 



ACTE II, SCENE XI. 349 

^ JlRTHUR. . 

Ouc dis-tu? 

MARIE9 noBiif. 

Commenl ! milord Arthur... 

ARVNDEL. 

^'a jamais cessé d'être votre seigneur../' 
Mais, pour le guérir, il fallait bien enlever 
fa première cause du ma). 
( Marie ôte Tanneaudesondoigt, etle présente àArtlmr 

en détournant la télé.) 

ARTHUR. 

Ah ! Marie , peux-lu penser que J€ le re- 
prendrai ? 

MARIE, 

Vous êtes riche , maintenant... 

ARTHV R. 

Oui, Marie, je suis riche, mais j'abandon- 
nerais ma fortune plutôt que de renoncer à la 
seule femme que je puisse aimer ; viens par- 
tager le sort de ton époux, et m'aider à faire 
le bonheur de tout Cfi qui m'entoure. 

UACARTY, en riant. 
Avec tout cela, j'y perds un excellent 
commis. 

AO B IN t <:n soupirant. 

Et moi?... 

AAtNDBL. 

Toi? de mon autorité privée je t'avais fait 

F. VauU«viUe«. ^4, 3o 



B5o LEUXUf. 

seigneur; et tnalateDaat je te Caîs farde 

cha:)se. < 

ftOBiir. . 

Cest bon , je pourrai tuer des lapiot. 

▲ BPBDElif à JUarîe et à Robîa. 

Eh bien! quand je tous disais que je il 
guérirais ! it est Trai^ charinaiile ftlarie, ^oe, 
»jn$ vous en douter^ tous in*airez bien se- 
condé, {A Arthur. ) Mon cher Artbur, je ne 
crains phis que pareille fatUaisie te reprenne i 
mais M tu rencouirais jamais de Qe» paurra 
cerveaux» administre -leur mon remèJef 
montre -leur que jusqa*au dernier m omeDt 
on peut être utile à ses semblibles, A ses 
nnm, et ils renonceront bien Tlte&leurpro* 
jet insensé. 

VAUDEVILLE. 

Ail : Du Éendê»- Fvta (out^ulfit 

ûaité , douce fdtiè ^ 
Amour, 
Femme joîie i 
OjTt par tous tptt la vSe 
SVmbeliil tour à tour* « ( Tw.) 

cnoEua. 
Gaite , douce fuUe , etCi 

IfARiK, au i^ukU«4 
ÀX& \ Enfin ifu^elte n*axt rUn de vous. ( La Soottlrt^ 

ta*.) 

Attcftil dVne sombre manie » 



ACTE II, SCÈNE XL ' 35i 

11 'voulait finir ses destins ; 
ais Tamour, mai^s l^amitié cbérîe , 
sur le sauver furent ses médecins. 

Ârtbur, guéri de sa faiblesse , 
n ce moiuent ne conoait plus l'ennui : 
fk ! puissiez-^vous , en sortant de la pièce , 
Vuu5 porter (bis) aussi bien que lui. (Ttr.) 

CBO£UA. 

Caité , douce folie ^ 
Auu>ur, 
Feoime jolie , 
Ccst par vous que la vie 
S'eoibeilit tour à tour. (j^*) 



ttW Dl L*flVVVÙ 



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PES PIÈCES CONTENUES DÂKS CE TOLl'ïE. 

Pu**" 
VVK NUIT DE LA ^AEDS HATlOlfAtC» TAU-» 

deyiile eu un acte , par MM. Scribe 

çt Delcstre-Poirsoii. . . • . . • ' ' 
)j5 NOVVBAU PovRCBAVGNAC 9 cooiédie en 

un acte , par les tnêui^s. . , . • ^9 
Ukb visite a BEDLAAf , comédîé eu ua 

acte , par les ipdiVies. , . . . • **5 
).f sof,LiciT£ua , ooiiiédie en ua ecte» 

par MM. Scribe et M * * * • . • «79 
Lrs DEOx MAfii!), comédie en un acte» 

par MM. Scribe et V^rner» . • . J»/ 
l.'i»^vi, comédie en deux actes, par 

MM, Scribe , Dupla et MélesTÎUe. • tSi 



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PES PIÈCES CONTEIfUES DÂKS CE VOLUML 



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dt;yiile eu un acte» par MM. Scribe 

ai Delestre-Poirson. . * ... . ' 
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un acte » par les tnêin^s. . • • • ^ 
Uab vuiTE A Bedlaai, coiuédié eu ua 

acte , par les qidrnes. , • • • . n^ 
l^f sof^LiciTEUB ) comédie en un ecte» 

par MM. Scribe et M * * * , . . «79 
Lrs DEOX MAHis, cotnédie en ui) actei 

par MM. Scribe et Yarner* . • . ss; 
(«^BiiMUty comédie en deux actes, par 

MM, Scril>e 9 Duplu et MélesTÎUe. . tSi 



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