Skip to main content

Full text of "Foyers et coulisses : histoire anecdotique des théatres de Paris"

See other formats


^1 mi ml 



Aa3AfNn-]\\v 



^^AHvaaiii^ ^^Aavaani^ 







OFCAIIFO/?^ 



^Aaviiaii# 







vj<lOSANCFlfj;> 
I 



'<yojnvj-jo^ <riuDNVsoi^ 




"^/^aaAiNa-îWV^ 



.^WE•UNIVER% 



^lOSANGEl^r^ 



% 




<rilJ0NYS01^ '%il3AINn-3WV^ 



aOSANCElfj> 




:lOSANCEl£j> 



^5a3AiNn-3WV 






5^iLlBRARYQc^ 




\^i\m'\^ 



^mmyi^ 



^OF'CAl!F0% ^OFCAlIFOffx^ 




^•^omwi^ 



■^Qmm\^ 



^ILIBRARY^^^ aWEUN(VERS/a ^skIOS ANCElfj> 

JUI7Î !!^l lOrî 






IIFO/?^ ^OFCALIFO;?^ 



^^WE-UNIVER% ^lOS 




^ 








\m^ >&Aavaaii#' 



"^^il^DNYSOl^ "^/^a] 



IVER% 



^lOSANCElf/^ 







IVER% 




^lOSANCElfJJ^ ^OF-CAllFO/?^ ^OF-I 




'^OTAINA-mV^ 



RARYOc^ >^MIBRARYar^ 



j^^WEUNlYE^/^ ^10' 



IITiiUlVl iî^iifî 



FOYERS & COULISSES 



SEPTIEME LIVRAISON 



GAITE 



TOME DEUXIEME 



EN VENTE: 

L'ANNÉE THÉÂTRALE 1874-1875 

PREMIÈRE ANNÉE 

NOUVELLES DE CHAQUE JOUR, COMPTES 
RENDUS, RACONTARS, ETC. 

Par Georges DlJVAl 

Un Volume in-lS de 400 Pages 

Prix : 3 fr. 50 



DEUXIÈME ÉDITION 

BSSGLÊS 

BIOGRAPHIE ET SOUVENIRS 
PAR E. DE MOLÈNES 

/ roi. in-18, orné d'un Portrait à Veau-forte 
Prix : 3 fr. 50 



Paris. — Irap. K;chard-Be; thier. 18-19, pass de l'Opéra, 



FOYERS 

ET 

COUUSSES 

HISTOIRE AMCDOTIÛLE DES THÉÂTRES DE PARIS 



GAITÉ 

TOME DEUXIÈME 

1 f raixc 50 

AVEC PHOTOGRAPHIES 



PARIS 

TRESSE, ÉDITEUR 

10 ET 11, GALERIE DE CHARTRES 
Palais-Royal 

1875 
Tous droits réservés 



Annejif 



GAITÉ 



ADMINISTRATION 

Directeur . , : , J. Offe^bach 

Administrateur général E. Trefeu. 

Administrateur artistique et pre- 
mier chef d'orchestre. , , A. Vizemini. 

Secrétaire général ..,,,, E. Mexdel. 

Caissier Ch. Grou. 

Inspecteur du théâtre Ch. Bridal'lt, 

Inspecteur de la salle G. Henriot. 

RÉGIE ET CHEFS DE SERVICE 



Directeur do la scène. 
Régisseur ,.,.,., 



Contrôleur en chef 
Chef costumière, . , 

— machiniste,,, 

— costumier..,, 

— d'orchestre , , 

— des chœurs . 

— des accessoires 

Maître do ballet 

Régisseur de la danse., 
Inspecteur des chœurs. 
Accompagnateur ,,,,,, 




E. Taigny. 
Yazeilles. 
Reaudu. 

J. ViZENTIM. 

Ph. Mendel. 
Min« Gervais. 
E. GoDix. 
Constant. 

A. GODIN. 

Bourdeau. 

MONET. 

FUCHS. 

M"^' MONTPLAISIR. 

MM. Vaudegend. 
, . . Martin. 



tiii 



SïîS 






90 FOYERS ET COULISSES 

J. OFFENBACH^ 

Du temps quHl n'avait pas oncor blagué l'Olympe, 
Ni soulevé du bout do son archet la guimpe 

Qu'emplit le buste de Pallas, 
A cet âge où l'on est fier d'être polygame, 
Bien souvent il disait à la sœur de son âme : 

a Ça ne va pas du tout, hélas ! » 

« Ma gloire, la coquine, a le pas des limaces, 
Et je ne suis connu que pour être des basses 

Le triomphant Paganini ; 
Bientôt tout va changer; mon avenir se dore; 
Alors tu quitteras, pour le velours sonore, 

Ta robe d'al;?a^a, Nini 1 

Vienne une occasion, plutôt que je la perde, 
Périssent et Weber et l'aïeul Monteverde, 

Et Boïeldieu, ce liseron ! 
L'univers tremblera du poids de mon génie, 
Je vous égalerai, neuf sphères d'Harmonie 

Que nous décrivit Gicéron 1 
Je n'aurai de respect pour rien; et les antiques 
Seront déljarrassés de ces poses attiques 

Qu'ils ont sur leurs socles de stuc; 
Vainqueur, je transcrirai la musique des fées; 
Et nos neveux pourront comparer nos Orphées, 

Mon pauvre vieux compère Gluck ! 

J'aurai la fantaisie étrange des mers bleues. 
Et la vivacité folle des hochequeues : 

Hoffmann ne sera que mon groom ; 

[beugles ! » 
Donc, j'ai dit ! et je veux, ô Schubert, que tu 
, , ,Et l'homme au nez sinistre écrivit les Aveugles 

Et chanta le général Boum 1 

Cette poésie est de Vermesch. 



GAITÉ 91 

OFFENBACH-DIRECTEUR 

Offenbach est loin d'avoir dit son der- 
nier mot. Il est jeune encore, intrépide au 
travail. 

Une originalité dont rien n'approche, 
un entrain merveilleux, une gaîté persé- 
vérante et une verve à jet continu, voilà 
sans contredit le caractère de son talent 
musical. — Chez lui l'inspiration folâtre 
n'exclut pas la sensibilité, ce qui a fait 
dire avec justesse à un journaliste de 
Berlin : « La musique d'Offenbach a l'es- 
prit français, mais elle conserve toujours 
le cœur allemand. » 

A propos de l'éternel succès d'Orphée 
aux Enfers, certains critiques, voyant le 
sans-gène de l'œuvre, le cachet de naturel 
qui la distingue, et ne sachant pas que 
très-souvent ce qui paraît composé sans 
peine a presque toujours coûté beaucoup 
de travail à l'auteur, s'écriaient : Bah! 
cette pièce est comme l'œuf de Christophe 
Colomb : 

— Chacun pouvait en avoir l'idée. 

— Oui, mais il fallait l'avoir. 

LE CABINET DOFFEXBACH 

est situé au premier étage du côté droit de 
la scène; il est muni d'un certain nombre 
de portes dérobées et de plusieurs esca- 
liers de sortie. L'ameublement est en ve- 



\}'2 rOYERS ET COULISSES 

lours vert. Aumilieuune grande lablc, près 
de la feuêîrc un piano, sur les murs des 
vues représentant la cathédrale de Milan, 
les principaux tableaux de Gènes, Venise, 
etc., etc., des scènes des Deux Aveugles et 
du lîoi Carotte. 



LE FAUTEUIL D'OFFENBACH. 

Ce fauteuil vaut la peine d'être souligné, 
car il a son histoire. — Le maestro affec- 
tionne tout particulièrement ce genre de 
siège. Quand il était directeur des Bouffes, 
il Irùnait dans un vieux fauteuil gothique 
qu'il avait acheté chez un brocanteur. 

Ce fauteuil était le rêve de Yarney, qui 
fut le successeur d'Offcnbach. 

M'y asseoir et mourir! disait-il. 

L'occasion si désirée ne tarda pas à se 
présenter. Offenbach abandonna les Bouf- 
fes, et y laissa son fauteuil. 

Une heure après, Yarney s'y précipitait 

mais impossible de s'y asseoir, il 

était trop étroit!... 



Les détracteurs et les envieux ont plus 
d'une fois prétendu qu'Offenbach avait 
copié Mozart et mis son Requiem en qua- 
drille. — Aujourd'hui, d'après ce que ra- 



GAiTt: 9:J 

conte Timothée Trimm, nous devons pen- 
cher pour l'affirmative. Oui, Offenbach a 
copié Mozart. Il a donné raumônc ù un 
pauvre, de la même façon que rauleur de 
Don Juan. 

Ce nécessiteux, persistant et enlètc, 
poursuivait Offenbach sans relâche tout le 
lonjj de l'avenue des Champs-Elysées... et 
faisait la manche dans la langue de Schil- 
ler... Or, comme le maestro est Allemand... 
il ne peut arguer de son ignorance pour 
refuser la charité. 

Il se fouille. . . pas un kreulzer. 

Pas un sou de France. 

Pas une obole. 

Une vraie pénurie de grand prix de 
Rome sortant du Conservatoire ! . . . 

Et le pauvre implorait toujours sur le 
ton de Patachon des Deux Aveugles. 

— Eh bien ! s'écria Offenbach énervé, je 
n'ai pas d'argent. . . mais je veux te donner 
une traite à vue. 

Et, après avoir tracé sur un feuillet ar- 
raché à son portefeuille les lignes harmo- 
niques, il écrivit pendant dix minutes... 
puis il donna le feuillet au solliciteur. En 
tête, on lisait : 

La Polka du Mendiant. 

— Tiens ! s'écria-t-il, cela vaut bien deux 
cents francs chez tous les éditeurs. . . 



94 FOYERS ET COULISSES 

Huit jours après, Offenbach rencontra 
son pauvre. 

— Eh bien ! lui dit-il, as-tu vendu ?. . . 

— Je suis en pourparlers, répondit celui- 
ci en rajustant ses guenilles. 

— Et tu ne te décides pas ?. . . 

— J'ai le temps. 

L'indigent avait déjà reçu des offres des 
principaux éditeurs de Paris. — Il avait 
fait essayer le morceau au piano par un 
domestique qui a été homme du monde. 

Il veut mille francs. 

Et se réserve : 

Le droit d'éditer à l'étranger ; 

Le droit de perception aux cafés-con- 
certs et bals ; 

Le droit de l'édition populaire à 10 cen- 
times ; 

Le privilège de vendre à l'intérieur des 
Bouffes et de la Gaîté ; 

Le droit de traiter avec Strauss etArban 
pour les bals de l'Opéra, et avec... les 
orgues de Barbarie. 

Pourquoi Offenbach, si intelligent, si 
malin, ne prendrait-il pas ce mendiant ad- 
ministratif. . . pour son administration ? 



ETIENNE TRÉFEU 

Cet auteur dramatique est à la Gaîté 
l'administrateur chargé de la comptabilité 



GAITÉ 95 

du matériel, des achats, et de toute la partie 
du contentieux. 

Les frères Lyonnet sont moins insépa- 
rables que Trefeu et Albert Vizentini. — 
Ils s'entendent absolument en tout et pour 
tout. Tréfeu est aussi calme et aussi fleg- 
matique que Vizentini est prompt et ra- 
geur. Tréfeu veut toujours renvoyer les 
choses au lendemain, ses projets comme 
ses décisions ont besoin de mûrir pen- 
dant 24 heures ; — mais Tréfeu compte 
sans Vizentini, qui est là pour réaliser ses 
projets avant même qu'il ne les ait conçus. 
— Tréfeu fut employé pendant longtemps 
dans les bureaux de la douane. Excellent 
père de famille, il vit tout entier pour son 
ménage. Son rêve est d'habiter sa Nor- 
mandie (il est de St-Lô); il attend, pour le 
réaliser, que son collaborateur et direc- 
teur Offenbach ait gagné un milliard à 
la Gaîté. Tréfeu, toujours de noir habillé, 
n'a qu'une coquetterie, c'est une petite 
mèche blanche qu'il porte coquettement 
sur son front. Serait-ce la mèche de Sylla? 

J'oubliais de vous dire que Tréfeu est un 
des draprons préposés à la garde des ci- 
gares d'Offenbach. 

Vizentini est l'autre ! Malheur à qui 
s'aviserait de plonger une main crochue 
dans la boîte de londrès du maestro de- 
vant les deux vestales en culottes chargées 
de veiller sur son feu sacré. 



96 FOYERS ET COULISSES 



ALBERT VIZENTINI 

Fils d'Augustin Vizentini, administra- 
teur à l'Opéra, directeur à l'Odéon, régis- 
seur général du Vaudeville, de la Porte- 
St-Martin, du Châtelet, une des grandes 
réputations des temps connus, metteur en 
scène ; — petit-fils de Vizentini, le doyen 
des sociétaires du théâtre Ffivdeau (le 
Vizentini qui a créé les Visitandines, la 
Neige, Mazaniello, etc. 

Abcrt Vizentini a commencé par être 
pensionnaire de l'Odéon. En 184711 jouait 
dans Je Dernier Banquet, la revue de Ca- 
mille Doucet, le rôle du jeune auteur. Il a 
fait toutes ses études musicales en Bel- 
gique avec Fétis et Léonard, et il a obtenu 
tous ses premiers prix de violon et de 
composition au Conservatoire de Bruxel- 
les. 

Albert Vizentini a commencé à con- 
duire, comme chef d'orchestre, à Anvers 
en 1860. 

Ensuite, avec M°^« Carvalho, il fit une 
tournée de concerts en Belgique et en Hol- 
lande. Puis il vint se faire entendre comme 
virtuose. Il se fit remarquer comme tel, 
dans nombre de soirées et de représen- 
lations à bénéfice. C'est lui qui inventa, 
pour un concert à la salle Hertz, la femme 
TÉNOR qui n'était autre qu'un contralto. 



GAITÉ 97 

Mais tous ses succès ne valaient pas ceux 
du théâtre. Il se fit donc engager comme 
solo violon aux Bouffes, puis au Théâtre- 
Lyrique, où il resta quatre ans. 

"Sur ces entrefaites, Marc Fournier et 
Albéric Second lui mirent la plume à 
la main, et Vizentini devint critique mu- 
sical. Ainsi que l'atteste sa collaboration 
au Grand Journal, au Charivari (pendant 
dix ans) , à l'Entracte^ à l'Evénement 
illustré, au Paris Magazine, à l'Eclair, 
etc., etc., il fonda avec Strackosh un jour- 
nal de musique, le Télégraphe, dont la 
guerre arrêta le mouvement. 

C'est à la suite d'une discussion, moti- 
vée par un article du Charivari,(\\x'\\ donna 
sa démission au Théâtre-Lyrique. 

Il entra à la Porte-St-Martin comme 
chef d'orchestre, chargé do composer la 
musique des pièces nouvelles. Il alla à 
Londres pendant trois étés, pour monter 
le répertoire d'Offenbach avec Shneider; 
c'est là qu'il eut au doigt un accident 
qui, depuis, l'empêcha de jouer du violon. 
C'est également à Londres qu'Offenbach 
le vit conduire; il le fit engager à la 
Gaîté, par M. Boulet, pour monter le Boi 
Carotte. 

M. Boulet cédant sa direction à Offen- 
bach, celui-ci garda naturellement Vizen- 
tini, qui est devenu aujourd'hui son bras 
droit, son alter ego. 



98 FOYERS ET COULISSES 

Vizentini a signé un engagement de 
seize ans absolument pour tout faire, 
comme les bonnes du bureau de place- 
ment. 

Le jeune chef d'orchestre prenait si bien 
cet engagement à la lettre, que, le lende- 
main matin, il pénétrait chez Offenbach, 
s'emparait de ses bottes et les cirait au 
grand ébahissement du maestro. 

— Ne m'avez-vous pas engagé pour 
tout faire ? lui dit-il. 

En effet, Vizentini le remplace complè- 
tement dans son absence pour tous les 
rouages de la machine. Résiliations, enga- 
gements, traités avec les auteurs, com- 
mandes de décors, commandes de costumes, 
tout lui passe par les mains, tout. . . 

A la répétition générale àQ Jeanne d'Arc, 
les inspecteurs de la censure ayant trouvé 
une jupe trop courte, ont demandé la cos- 
tumière à tous les échos ; elle ne venait 
pas. Que croyez-vous que fit Vizentini, 
qui conduisait son orchestre? Il déposa 
son bâton de mesure sur son pupitre, des- 
cendit de son fauteuil, escalada l'orchestre 
en moins de cinq minutes ; ayant franchi 
les six étages qui mènent chez la costu- 
mière, il les redescendait avec celle-ci, 
qui allongeait la jupe, puis il reprenait sa 
place à son orchestre, comme s'il ne l'avait 
jamais quittée. 

Il n'y a qu'une chose pour laquelle 



GAITÉ 99 

Vizentini n'a pu remplacer Offenbach, mais 
il ne désespère pas d'y arriver. 

Ce sont les rhumatismes. . . 

Le rêve du maestro-directeur et de son 
jeune chef d'orchestre, c'est d'avoir à la 
Gaîté une pièce qui leur laisse le loisir de 
s'enfermer dans leur cabinet pour jouer 
des duos de violon et de violoncelle. 

Vizentini, par son engagement qui le 
reconnaît administrateur artistique, pre- 
mier chef d'orchestre et directeur de la 
musique, se réserve le droit de ne con- 
duire son orchestre tout au long que pen- 
dant les cinquante premières représenta- 
tions de l'ouvrage. 

Il vient de faire transformer son cabinet 
en un véritable boudoir, orné de son por- 
trait-charge très-ressemblant, du portrait 
d'Offenbach, et d'un millier de photogra- 
phies d'artistes... dames. 

A chez lui, dans son salon, les portraits 
des pkis célèbres compositeurs modernes, 
avec dédicaces des plus flatteuses pour le 
jeune chef d'orchestre dont nous venons 
de faire la biographie. 

EMILE MENDEL 

Le spirituel courriériste théâtral de 
Paris-Journal est rarement à son poste, 
par cette raison que ses fonctions con- 
sistent à donner des places; et comme on 



100 FOYERS ET COULISSES 

fait toujours de l'argent au théâtre de la 
Gaîté, sa mission de secrétaire y devient 
une douce sinécure. 

Détail qui fait honneur à ses mœurs, 
Emile Mendcl ne permet pas aux petites 
dames d'être trop familières avec lui. 

Très-brun, très-gentil, très-doux, très- 
aimable, son plus grand bonheur est de 
se précipiter sur le premier piano qu'il 
peut rencontrer, et de le faire vibrer... 
sans prétention, 

Mendel porte toujours les cheveux cou- 
pés à la malcontent, ce qui ne l'empêche 
pas d'être très-content de son sort, malgré 
les migraines féroces qui le retiennent 
quelquefois chez lui {46, ime Lafûttë) au 
cinqui(^mc?. . . au-dessus de l'entresol ! et 
quand, pauvre asthmatique avant l'âge, 
vous maudissez celte ascension, Mendel 
vous répond : Figures-toi que tu es aux 
courses de la Marche! En effet, il faut 
en monter 108 pour arriver à sa porte ! 



CHARLES GROU 

Ce caissier modèle est l'enfant chéri des 

dames de la Gaîté. 11 y a une raison 

pour cela. Les jours de paie, il se ruine 
en bouquets de violettes pour elles, et se 
réserve le bonheur, quand elles ont mé- 
rité une gratification, d'être le premier à 



GAITÉ 101 

lo leur annoncer, ne demandant qu'un baiser 
pour toute récompense. 

Depuis longtemps membre du Caveau, 
et ancien éditeur do musique, M. Gnou 
ferait des romances et des couplets de 
factures, jusque sur celles des fournis- 
seurs de la Gaité, si les chiffres lui en 
laissaient le temps. 

En résumé, petit homme, et grand cais- 
sier. 



BRIDAuLT (CHARLES) 

Nous n'en parlerons pas comme direc- 
teur, puisque comme tel il a été plus in- 
telligent qu'heureux. 

Ancien secrétaire des Folies-Nouvelles, 
directeur du théâtre Déjazet, puis de la 
Tour-d'Auvergne; il est nouvel arrivant 
à la Gaîté, où il paraît appelé à rendre de 
grands services. 

Très-actif et portant toujours des lu- 
nettes, c'est un homme d'un commerce 
agréable et qui a été de suite sympathique 
au nombreux personnel de la Gaîté. Mais 
ne le mettez pas en colère, car lorsqu'il 
se fâche il devient blanc comme Debureau. 
Par exemple, faites-le rire, vous serez son 
ami . 

M. Bridault a pour pour cabinet le salon 
attenant aux baignoires de gauche, dont il 



102 FOYERS ET COULISSES 

est séparé par une des portes de fer qui 
communiquent avec la salle. Ce cabinet 
est plutôt un violon, car c'est là qu'on 
enferme les journalistes indiscrets qui se 
faufilent sur la scène les jours de répéti- 
tion générale. 
C'est l'ancien cabinet de Yizentini. 



GASTON HENRIOT 

Neveu de Roqueplan, ancien directeur 
du Châtelet, où il succédait à son oncle. 
Ancien administrateur de l'A-lhambra de 
Londres. Préconise le système anglais en 
matière de contrôle. 

Tout nouveau à la Gaîté, où dès son en 
trée il a fait une bouillie de placeurs et une 
fricassée d'ouvreuses. 



EMILE TAIGNY 



Ancien directeur des Délassements ; 
a joint aux qualités directoriales le ta- 
lent d'un jeune premier remarquable. 11 
laissa au Vaudeville de la rue de Chartres 
et de la place de la Bourse de glorieux 
souvenirs. C'est là qu'il débuta dans l'abbé 
de Gondi, du Duel de Richelieu, et créa le 



GAITÉ 103 

rôle de Faublas et tant d'autres. Sa belle 
tenue, ses manières distinguées, son jeu 
élégant le placèrent au premier rang. — 
Aux Délassements-Comiques, il servait de 
modèle à ceux de ses artistes qui tenaient 
son emploi, et reprit lui-même sur son 
théâtre, pour lui donnerplus d'éclat, toutes 
ses créations du Vaudeville. Il créa, 
avec sa femme, une pièce charmante, de 
Jules Renard, le Chemin des amoureux. 
Emile Taigny a laissé son nom attaché à 
un emploi devenu typique au théâtre. De 
même qu'on dit : Je joue les Dugazon,les 
Déjazet; on dit : Je tiens l'emploi des Tai- 
gny. — M. Taigny est entré à la Gaîté, 
square des Arts-et-Métiers, dans la com- 
binaison de la Société Nantaise, et comme 
capitaliste et comme directeur de la scène. 
— Il est une des colonnes fondamentales 
de ce théâtre auquel il est imposé. Signes 
particuliers : pourrait être marguillier de 
sa paroisse (si ce n'est déjà fait). 

M. Emile Taigny porte toujours des 
bottes fourrées et boit de l'eau de goudron 
pendant toute la soirée, dans la loge où il 
assiste à la représentation. 

Opinion politique : lit assidûment la 
Patrie et le Petit Journal. 

LÉON VAZEILLES 

Auteur dramatique. Le Cogniard du 



iO'i FUYKIIS ET COULISSES 

théâtre Saint-Pierre. Edite ses pièces lui- 
même. Autrefois, il les jouait. L'été, il 
monte trois ou quatre parties avec des co- 
médiens auxquels il fait jouer des specta- 
cles g-énéralement composés de ses pièces, 
et il se présente trè<-3érieusement chez 
Peragallo, le trimestre suivant, pour tou- 
cher ses droits d'auteur. 

Léon Vazeilles, qui n'a pas encore besoin 
de l'eau Laferrière, se fait friser réguliè- 
rement tous les deux jours, — et géné- 
ralement, ces jours-là, les danseuses 
indisposées s'évanouissent dans son 
cabinet, où se trouve sa boîte de phar- 
macie. 

Les autres jours, il cause politique 
riu foyer, où il commente les articles du 
RappeJ, dont il est, avec Mallet, un des 
lecteurs les plus assidus. 



BÂUDU (JEUNE) 

Celui-là est bien l'enfant de la maison. 

Il a 29 ans et il y en a 31 qu'il est dans 
le théâtre, où il fit sa première entrée dans 
la personne de son père, d'abord, qui est 
le perruquier du théâtre, et de sa mère. — 
Baudu a commencé à jouer à la Gaîté 
dans des rôles d'enfant, c'est le Deus ex 
machina de la scène — Offenbach en fait 



GAITÉ 105 

le plus grand cas, ainsi que Vizentini, dont 
il est essentiellemeut la créature. — Tou- 
jours armé d'un porte-voix en zinc pour 
transmettre ses ordres dans le dessous, 
il est à tout et conduit toutes les pièces 
pendant que M. Taigny est dans la salle 
et prend des notes. — Baudu a ceci de 
curieux, c'est qu'il sait tous les rôles; il a 
doublé successivement Dumaine, Laurent, 
Legrenay, Charly, tous les artistes qui 
ont joué depuis 5 ans à la Gaîté; — quand 
le souffleur perd son manuscrit ou qu'on 
ne retrouve pas la tradition d'une pièce 
on consulte Baudu qui la récite immé- 
diatement sans se tromper d'un coda. — 
C'est un robinet à renseignements. — Il a 
été un peu décontenancé par l'arrivée de 
la musique à la Gaîté ; mais il s'est mis 
courageusement au solfège et le temps 
n'est pas loin où il pourra vocaliser avec 
charme, le jour où madame Dartaux 
sera malade. Déjà, quand il y a des chœurs 
dans la coulisse, il bat la mesure avec son 
porte-voix, et manque de blesser avec, 
ceux qui se trouvent derrière lui. — 
Baudu vient de se marier avec une char- 
mante petite actrice de la Gaîté, M^^® :Mette. 
Son espoir est d'être père; ensuite vous 
verrez qu'il mourra à la Gaîté et qu'il 
voudra y être enterré. 



lOO FOYERS ET COULISSES 



E. GODIN 

A commencé sa carrière à I'Ambigu. 
C'est là que Fetcher le remarqua et l'en- 
j^agea pour Londres, où il resta avec lui 
:iLycéuin, pendant huit ans ; de Londres, 
s'habile machiniste revint, en 1867, à Paris, 
où l'appelait la Gaité, qui lui doit, entre 
autres grands effets décoratifs, l'incendie 
de la Madone des Roses, la dernière cor- 
vette du Fils de la nuit, les nouveaux ta- 
bleaux de la Chatte blanche et ceux du 
royaume de Neptune, dans Orphée aux 
Enfers. Le chef machiniste de la Gaîté est 
un homme très-doux; il a rapporté d'An- 
gleterre les manières d'un parfait gentle- 
man. Ses hommes lui obéissent au doigt 
et à l'œil. 

Signe particulier : n'est pas partisan des 
petits trucs, n'admet, ne conçoit que les 
grands effets, et pour cela il est tout à fait 
de la nouvelle école. 

Bref, le premier machiniste de France 
et. . . de Navarre. 



J. VIZENTINI (ONCLE d'albert) 

A été très-longtemps régisseuràTOdéon. 
Après cela, a parcouru la province dans 



GAITÉ 107 

tous les sens. Est entré, il y a quelques 
années, à la Gaîté, comme troisième régis- 
seur. Il joue clans toutes les pièces : clans 
Jeanne d'Arc, un soldat anglais ; clans 
Orphée, Rhadamante ; a créé, dans Léonard, 
Saint- Pliar, l'égoutier célèbre par son 
]iinocle et son mouchoir parfumé. 



PHILIPPE MENDEL 

Fut pendant de longues années le con- 
trôleur des bals de l'Opéra. Aime à s'en- 
tourer de sa famille. Déteste la cravate 
blanche qu'Offenbach inqiose ti son per- 
sonnel. 

Très-doux à la ville, il est un peu ner- 
veux dans SOS rapports avec le public. 

Frère du jeune secrétaire de la Gaité, 
Emile Mendel, et beau-frère d'Ernest Blum, 
l'auteur dramatique. 



M^^ GERVAIS 



Une maîtresse femme très-apprôciée à 
la Gaîté, et elle le mérite. C'est une autorité 
dans son genre. Pour Grévin, Lacoste ou 
Thomas, dessinateurs de costumes, elle 



108 FOYERS ET COULISSES 

devient un véritable collaborateur. Femme 
d'ordre et de régularité, ses costumes sont 
entretenus, soignés, rangés, étiquetés 
avec le plus grand soin. 



M. CONSTANT 

Un père tranquille. Rien ne peut l'émou- 
voir, même lorsqu'on lui commande 7 à 
800 pourpoints, 900 trousses et 375 paires 
de bottes. Signes particuliers : un coupeur 
de premier ordre. Il hobille surtout les ar- 
tistes à leur taille et à leur physionomie 
avec une sûreté de main qui lui est per- 
sonnelle. Son véritable nom est Constanzo. 
L'habitude a fait supprimer le zo. Il reste 
à la Gaîté son costumier Constant. 



M. A. GODiN 

Correct, propre, froid; il a l'aspect an- 
glais, et pâlit un peu plus à chaque fausse 
note d'un musicien. Il fut second chef 
d'orchestre à l'Opéra-Comique. 

Bon musicien, toujours en tenue de soi- 
rée, il ne lui manque qu'une chaufferette 
pour entraîner ses musiciens. 



QAIT 109 



M. BOURDEAU 



Ancien premier basson de l'Opcra-Co- 
mique et du Théâtre-Lyrique, il est maître 
de chapelle à Passy. Comme l'abbé Pelle- 
grin, 

Il dîne do Tautel et soupe du théâtre. 

Joli garçon, toujours élégamment vêtu, 
il dirige son personnel à l'anglaise, c'est- 
à-dire sans bruit, sans embarras, conscien- 
cieusement, exactement, bref, en gentle- 
man. Fou de musique, c'est entre cet art et 
lui un mariage d'amour où les deux époux 
sont toujours en pleine lune de miel. 



M. MONET 



Grand, fort, beau garçon, il voit tout, il 
pense atout, il fait tout. Gartonnier, truc- 
quiste, ébéniste, décorateur, armurier, 
dessinateur, il monte à cheval, joue, chan- 
te, danse, parle selon les besoins du mo- 
ment. Autrefois, au Cirque, il joua tous 
les héros d'armes et tous les mauvais gé- 
nies. A la Gaîté, il a créé le joueur de bi- 



110 FOYKRf; ET COULISPE?. 

niou dans le ballet du Gascon et le chien 
Cerbère dans OrpluJe. Pour ce dernier 
rôle, son succès fut tel qu'il reçut de plu- 
sieurs fermiers l'offre d'une bonne somme 
pour passer ses nuits à aboyer dans leur 
basse-cour. Dans un théâtre, INI. Monnet 
est l'homme précieux par excellence. 



M. FUCHS 

Un enfant de l'Opéra. 

Jadis l^'^ danseur, élégant, allié aux 
Taglioni. A voyagé dans les deux hémi- 
sphères, et y a remporté des succès cos- 
mopolites. Il le dit avec orgueil : « Je fus 
parfois l'égal des têtes couronnées. » 

Maintenant, M. Fuchs a l'aspect d'un 
bon bourgeois retiré aux Batignolles, ce 
qui ne l'empêche pas de régler les très- 
beaux et très -luxueux ballets de la 
Gaîté. 

Très-sensible aux influences féminines, 
lui et sa canne sont bien gardés. 



M'*'^ .MONTPLAISm 

Femme du célèbre chorégraphe italien, 
elle a jadis dansé à la Porte-Saint-Marlin 



GAITÉ 111 

entre autres, et non sans remporter de bril- 
lants succès. 

Depuis six ans à la Gaîté, elle dirige la 
classe des enfants du ballet, et nous pré- 
pare ainsi les bayadères do l'avenir. 



M. WAUDE6END 



Chargé de surveiller les choristes, qui 
souvent, au lieu de tenir leur partie, pré- 
fèrent raconter leurs petites affaires. 



M. MARTIN 



Organiste de Notre-Dame-de-Bonne- 
Nouvelle. Se préoccupe au théâtre de ce 
que pense son curé, et à l'église de ce que 
dit son directeur. 

Accompagnateur de premier ordre. Des 
doigts do fer, mais un drôle de corps. Tout 
en l'aimant beaucoup, Yizentini lui casse 
quatre archets sur le dos à chaque répé- 
tition. 

Aime beaucoup les banquets et repas de 
corps, où il s'amuse comme un enfant. 

Passion particulière : il adore sa pipe 
et la mène dans le monde. 



112 



FOYERS ET COULISSES 



ARTISTES 



MM. Lafontaine. 
Montaubry. 
Clément Just. 
Desrieux. 
Chri3tiau(VariG 
Daubray. 
Bonnet. 
Grivot. 
Gravier. 
Stuart. 
Legrenay. 
Reynald. 
Habbay. 
Angelo. 
Antonin. 
Scipion. 
Courcelles. 
Troy. 
Gaspard. 
Jean-Paul. 
Meyronnet. 
Damourettc. 
Mallet. 
Henri. 
Chevalier. 
Alexandre fils. 
Galli. 
Barsagol. 
Colleuille. 
Paulin. 
Colleuille fils. 



tés) 



M™*'Victoria Lafontaine 
Lia Félix. 
Marie Laurent. 
Thérésa. 
Théo. 
L. Grivot. 

A. Teissandier. 
Marie Vaunoy, 
Anna Darlaux. 
Matz Ferrare. 
Marie Brindeau. 
Angèle. 

B. Perret. 
El. Gilbert. 
Bl. Méry. 
P. Lyon. 
Guolti. 
Capet. 

J. Eyre. 

Debryat. 

L. Albouy. 

El. Albouy. 

Grandpré. 

Julia. 

Maury. 

Gastello. 

Durieu. 

Davenay. 

L. Gobert. 

Iriart. 

M. Godin. 

A. Mette. 

Sylvana. 

Conti. 

Jeault. 

Morini. 

Wagner. 



GAITÉ 



113 



BALLET 



Chrislina Roselli, 
Viltorina Fontebello, 
Ro:?ina Brambilla, 
Léontino Vernet, 
Eugénie Pelletier, 
Enrichetta -ilaiiry, 
Marie Gardes, 
Berthe Solari, 
Alicia Del Pozzo, 
Aug. Herbinot, 
Laura Garbagnati, 
Antonia Gardés, 
Camille Perrot, 
Emma Salvadori, 
Elvira Viola, 

i8 Coryphées, 

42 Dames, 

16 Enfants, 

82 Choristes, 

10 Enfants de chœur, 

54 Musiciens, 

22 Orchestre militaire, 

85 Machinistes, 
150 Figurants, 

60 Figurantes, 
212 Employés divers. 



1" sujet. 



l'e' Danseuses. 



1"' Danseuses. 



2°" Danseuses. 



Guida. 



Corps de balle 



751 Personnes coopérant à la repiéseutalion. 



114 FOYERS ET COULISSE? 

LAFONTAINE 

Une des meilleures l)iographies de I.a- 
foniaine est celle que iSI. N. Gallois fit en 
1867; nous la reproduisons en entier : 

Nous lisons dans une pclite publication 
intitulée la Lniiterne magique : « Et La- 
fontaine, cet élégant acteur du Gymnase, 
n'a-t-il pas été abbé d'un séminaire, puis 
garçon de ferme en Normandie, puis pa- 
lefrenier, puis que sais-je, moi ? Il a fait 
un peu de tout, et pourtant, voyez-le main- 
tenant, c'est rhomme du monde par ex- 
cellence, la distinction dans tout son éclat, 
tant il est vrai que l'éducation est la pierre 
fondamentale de l'humanité! » 

Louis-Marie-Henri Thomas, tel est le 
véritable nom de }>L Lafontaine; il compte 
parmi ses aïeux l'académicien Thomas et 
Laharpe. 

Lafontaine a été en effet, comme le dit 
la biographie que nous venons de citer, 
séminariste, mais séminariste ayant par- 
dessus tout en haine le séminaire et le 
Intin qu'on y apprenait. Aussi s'évada-t- 
il maintes fois, au risque de se rompre le 
cou ; une dernière fois, ce fut la bonne, il 
n'y rentra plus. 

Garçon de ferme, palefrenier, ceci est 
de l'imagination toute pure ; quand il s'é- 
vadait, il se cachait chez d'anciens fer- 



GAITE 115 

miers de son père qui le traitaient comme 
leur fils et leur maître à la fois. Voilà sans 
doute ce qui a donné lieu à la petite inexac- 
titude que nous avons citée pour la recti- 
fier. Ce fait redressé, nous devons cons- 
tater que Lafontaine a mené sur terre et 
sur mer une vie vagabonde qui, en der- 
nier ressort, l'a conduit à embrasser la 
carrière théâtrale. Il a été commis négo- 
ciant ; il s'est acheminé ensuite vers Paris, 
léger d'argent et rempli d'espérance. En 
route, il s'est fait colporteur, vendant aux 
campagnards des bonnets de coton ; c'est 
ainsi qu'il est parvenu à atteindre la capi- 
tale avec quelques écus dans sa poche. 

Lafontaine cherchait sa vocation ; il ne 
l'avait rencontrée ni dans les austérités 
des ordres ecclésiastiques, ni dans les 
spéculations commerciales, réduites à leur 
plus modeste expression ; mais le goût du 
théâtre lui était venu; il avait joué Buri- 
dan sur des tréteaux, il avait joué à l'A- 
thénée de Bordeaux, charmant petit théâ- 
tre d'amateurs où l'on se souvient toujours 
de lui. 

Aussi, dès son arrivée à Paris, Lafon- 
taine, plein des illusions naturelles à son 
âge, se crut-il en droit de frapper aux 
portes de la Comédie-Française : Sésame 
ne s'ouvrit pas. Alors Lafontaine s'ache- 
mina plus modestement vers les théâtres 
de la banlieue ; accueilli par M. Seveste, 



116 FOYERS ET COULISSES 

il débuta, il joua, il étudia, bientôt il se fit 
remarquer par l'art avec lequel il compo- 
sait ses rôles. Enfin, ô bonheur! voilà le 
jeune artiste à la Porte-Saint-Martin. Mais 
la direction qui l'avait engagé ayant fait 
de mauvaises affaires, le théâtre^ ferma ; 
il dut chercher à se caser ailleurs. 

Gomme la plupart de nos artistes au- 
jourd'hui en renom, Lafontaine, consta- 
tons-le en passant, devait compter avec 
les répulsions de sa famille, s'il eût parlé 
d'embrasser le métier d'acteur; pendant 
deux ans, Henri Thomas, qui a deux 
sœurs religieuses, écrivait à ses parents 
qu'il était employé dans une maison de 
commerce, et ceux-ci le croyaient ; l'ac- 
teur Lafontaine en riait sous cape. 

En 1849, le Gymnase accueillit Lafon- 
taine, qui débuta dans Briitus lâche César, 
dans Faust et Marguerite, en 1851, et fixa 
enfin la critique, dans la Femme qui trompe 
son mari : « Qu'il réchauffe sa froideur ! » 
lui disait la Presse à propos de sa créa- 
tion du rôle de François, dans cette pièce; 
c'était là un de ces conseils qu'on donne 
à des artistes dont on fait cas. A partir de 
ce moment, Lafontaine s'est parfaitement 
posé au Gymnase. Le rôle de Fulgence 
dans le Mariage de Victorine, où il s'est 
révélé avec tant de distinction, lui a con- 
quis la faveur du public, et cette faveur a 
depuis été toujours en croissant; il l'a jus- 



GAITÉ in 

tifîée par d'incontestables progrès de 
chaque jour. 

Nous l'avons va comme tout Paris dans 
un Fils de famille, celte création où il n'a 
jamais été égalé, cette pièce si admirable- 
ment montée à son origine, et nous en di- 
rons, comme M. Théodore Anne : « Il a 
rendu avec un art parfait le rôle du colo- 
nel. C'est le portrait vivant d'un de ces 
braves officiers au cœur droit, à la tour- 
nure un peu gauche, auxquels l'air de la 
caserne convient mieux que celui du sa- 
lon, mais qui portent la tète haute parce 
qu'ils ont le cœur noble et pur. On dirait 
que Lafontaine a cherché sur quelque 
champ de manœuvre, trouvé et dessiné le 
type de la figure qu'il a été chargé de re- 
présenter à la scène. Sa perruque, les 
mouvements de son front, sa tenue, sa 
tournure, son débit saccadé, ses mouve- 
ments convulsifs, tout est d'un naturel 
parfait. Jusqu'alors jeune premier, Lafon- 
taine est devenu tout à coup premier rôle, 
sans embarras, sans effort et sans que 
son talent souffrît de cette brusque tran- 
sition. Loin de là, ce talent expressif dans 
la jeunesse a pris une teinte de maturité 
qui prouve l'excellence des études de cet 
acteur distingué. Chaque création nouvelle 
de Lafontaine montre en effet avec quel 
art cet excellent comédien sait composer 
un rôle ; il ne se ressemble pas, ne se'co- 



118 FOYERS ET COULISSES 

pie pas lui-même, il fait de chaque per- 
sonnage qu'il aborde un type quireslera. » 

La Comédie Française voulut l'engager 
en 1851. M. Montigny eut, de son côté, le 
bon esprit de le retenir. 

A vingt-huit ans, il comptait un nombre 
infini de créations dignes d'un maître, sur 
cette scène du boulevard Bonne-Nouvelle 
qui conserve, elle aussi, scrupuleusement, 
toutes les traditions du bon ton, de la 
vraie comédie. 11 semblait s'y élever à 
chaque nouveau rôle qvi'il prenait ; le 
comte de Diane de Lys avait, en dernier 
lieu, ajouté à sa réputation; le rôle de 
Flaminio, dans une œuvre de Georges 
Sand à présent oubliée, était créé, par lui, 
avec un cachet de fatalisme qui ne lui 
messeyait pas. 

Muni d'un bagage dramatique ({ui eût 
été peut-être bien lourd à porter pour 
tout autre que lui, Lafontaine vint de nou- 
veau frapper aux portes de la Comédie- 
Française; elles s'ouvrirent avec plus de 
facilité pour le transfuge du Gymnase que 
pour l'échappé du séminaire et de l'Athé- 
née de Bordeaux. Pourquoi ne le dirais- 
je pas? Il s'y dévoya tout d'abord. Lui, 
l'homme par excellence de la comédie dra- 
matique, il se lança, en enfant perdu, dans 
les vigoureux hémistiches de Corneille. 
Il joua le Cid ; il comprit à sa manière, il 
en fil. d'accord peut-cire avec la tradition 



GAITÉ ll'J 

historique, mais complètement en désac- 
cord avec la tradition du lieu, une sorte 
de personnage comme ceux du drame ro- 
mantique, là où le Cïc/ personnifiait la tra- 
dition classique. Il ne réussit pas. Apres 
avoir médiocrement réussi dans le rôle 
assez morose de d'Aubigny, de M^^^ de 
Belle-Isie, — on peut bien constater ces 
insuccès effacés par tant et de si beaux 
succès, — qu'on me permette ce jeu de 
mot involontaire, il se décida sans hésita- 
tion. Il alla jouer au Vaudeville Dalila, le 
Roman d'un Jeune homme pauvre, puis il 
revint au Gymnase, où il retrouva une ap- 
probation unanime et méritée, dont il sut 
apprécier la valeur, et où il continua de 
^lus en plus à marquer sa place aux 
Français. 

Là, nous le retrouvons dans la Perle 
Noire, la Vertu de ma mère, les Pattes de 
mouche, les Ganaches, le Démon du Jeu; 
nous devons aussi l'y mentionner dans le 
Bout de l'an de l'amour. 

Quelle physionomie plus touchante que 
oelle du Gentilhomme pauvre, si heureu- 
sement créé par lui, en dernier lieu, à 
son berceau d'artiste, la saile Bonne- 
Nouveile. Quelle dignité dans l'humilia- 
tion de la misère imméritée ! quelle sen- 
sibilité vraie dans ses souffrances pater- 
nelles, dans son orgueil uni à tant d'ab- 
négation! comme Tacteur perfectionnait 



120 FOYERS ET COULISSES 

le personnage créé par l'auteur et en fai- 
sait un type! 

Au Gymnase, Lafontaine était souvent, 
par la distribution des rôles, astreint à 
aimer, parfois d'un amour tout paternel, 
l'une des plus gracieuses et des plus mé- 
ritantes actrices du lieu, M^^® Victoria. 
Cette affection, écrite dans le poëme de 
la pièce, il l'a prise au sérieux, et celle 
dont le nom était si souvent mêlé à ses 
triomphes est devenue madame La- 
fontaine. 

Lafontaine et INI"^^ Victoria-Lafontaine 
sont entrés ensemble à la Comédie- 
Française, le 20 octobre 1863, avec le 
rang de sociétaires, et un magnifique en- 
gagement. L'ex-pensionnaire de M. Mon^ 
tigny y a trouvé un public sympathique 
et bienveillant avec lequel il s'est bientôt 
mis à l'aise. Il y a débuté, le 1^'' novem- 
bre 1863, dans le Dernier quartier, par 
un rôle des plus modestes, où il n'avait 
que quelques mots à dire, et il y a con- 
tinué dans Moi, par un rôle qui n'était pas 
mieux fait pour lui. 

Qu'on me permette de me borner à 
mentionner ses trois dernières créations, 
dans les dernières pièces des Français. 
La sombre figure du jaloux Alvarez dans 
le Supplice d'une femme allait admirable- 
ment à sa taille : celle de Louis XI, dans 
Gringoire, n'a pas été moins bien étudiée, 



UAITÉ 1-21 

moins bien dessinée par lui. Dans le co- 
lonel de Maître Guérin, nous avons re- 
trouvé avec plaisir le colonel du Fils do 
famille. Ne parlons pas, par respect pour 
les mortes, du mari d'Henriette ^Ia^échal. 

Après la guerre, M. et M"^*^ Lafontaine 
donnèrent leur démission de sociétaires 
de la Comédie-Française. 

Lafontaine fut engagé en représenta- 
tions à la Gaîté, pour la reprise du Fils 
de la Nuit, c'était pendant la direction 
Boulet. 

Après, il alla jouer avec le succès que 
l'on sait, Ruy-Blas à l'Odéon ; quand 
Offenbach prit la Gaîté il engagea définiti- 
vement M. et ^I™*^ Lafontaine. La pièce de 
réouverture était le Gascon de Théodore 
Barrière et Poupart-Davyl. Lafontaine 
créa Artaban-le-Gascon et Madame Lafon- 
taine le rôle do Marie Stuart; la pièce fut 
ensuite jouée par eux à Bordeaux, et dans 
plusieurs villes de province. 

A son retour à Paris, Lafontaine alla 
jouer, à l'Odéon, Mazarin de La Jeunesse 
de Louis XIV. 

Il va créer le principal rôle de la LIaine. 

FÉLIX MONTAUBRY 

Fut aussi l'irrésistible ténor... avant 
Capoul. 
Frère du chef d'orchestre du Vaudeville 



122 FOYERS ET COULISSES 

qui a laissé son nom à tant d'airs et de 

rondeaux. 

Félix Montaubry a débuté par jouer du 

violon dans quelques orchestres de petits 

théâtres. 

Je me fais friser tous les jours, 
On me relève ma raouslaolie, 
J'entrecoupe tous mes discours 
De soupirs, d'ambre et de pistache. 

Entré au Conservatoire, il y a fait la 
connaissance de la fille de Ghollet. Ils sont 
partis tous les deux en représentation à 
Bruxelles, où ils eurent de grands succès; 
de là à La Haye, où ils se marièrent. — 
Ses succès de province l'ont fait engager 
à rOpéra-Gomique, où il a débuié dans la 
Circassienne, d'Auber. Il était, dans cette 
pièce, moitié en homme, moitié en femme. 
11 a créé une infinité de rôles à l'Opéra-Go- 
mique. Une de ses plus charmantes créa- 
tions restera Lalla Houek, rôle qui conve- 
nait à merveille à sa nature efféminée, au 
soin qu'il prenait de sa personne. Le Pos- 
tillon de Lonjumeaii et lioso et Colas 
furent également deux grands succès 
pour lui. — Montaubry est bien le type du 
joli ténor enfant chéri des dames. L'arrivée 
de Gapoul lui fit perdre du terrain dans le 
cœur des Parisiennes. Aussi quitta-t-il 
bien vite l'Opéra-Gomique pour se faire 
directeur des Folies-Marigny. 11 y fit jouer 
deux ou trois pièces dont la musique était 



l'IloToGKAiniIK GASTON et MATIIIKI 

•10, BOIJLEVARK BCNNE-NOUVELLE 




RESSE, édit-eur. 



]';.ris 



GAITÉ 123 

de sa composition. Puis il devint directeur 
à Rouen, mais ne fut pas heureux dans la 
Seine-Inférieure. Ce qui prouve qu'il est 
plus facile de roucouler une romance que 
de s'y connaître en chiffres. — Enfin, 
M. Offenbach l'engagea pour trois ans à 
la Gaîté. 11 y a débuté dans Orphée et dans 
les matinées lyriques, il joua deux chefs- 
d'œuvre de l'ancien répertoire, Maison a 
vendre et le Tableau parlant. Musqué, co- 
quet, soigné, parfumé comme un petit 
maître, il prend de sa personne le plus grand 
soin afin d'empêcher Monseigneur le Pu- 
blic de constater « des ans l'irréparable 
outrage ». Montaubry fait des altères et de 
l'hydrothérapie tous les matins en se le- 
vant. — Le personnel de la Gaîté, qui le 
trouve un peu trop collet monté, l'appelle 
Monseigneur. Il affectionne les gilets 
blancs ou chamois, et porte toujours des 
redingotes lui serrant bien la taille. Il est 
père d'un grand garçon qui commence à 
jouer les amoureux au théâtre Déjazet. 

En résumé, qu'est-ce que Montaubry? 
La gaminerie, l'aplomb imperturbable, la 
tyrolienne faite homme, un chanteur plein 
d'adresse et de ficelles, le style le plus 
sucré du monde, le ténor personnifiant le 
mieux l'opéra-comique, mais, par-dessus 
tout, un artiste un peu trop infatué de son 
élégante personne. ^Montaubry a des four- 
mis dans les jambes qui l'empêchent d'at- 



124 FOYERS ET COULISSES 

tendre. Lorsqu'il joue, il arrive trop tôt , 
s'habille de môme, et file des sons en voix 
de lête et arpente trente ou quarante fois 
de suite le corridor attenant à sa loge. 

CLÉMENT-JUST 

Ancien acteur de la banlieue, un brûleur 
de planches, s'il en fut. S'est classé d'em- 
blée au premier rang après le succès de 
la Prise de Pékin au Cirque. C'est lui qui 
a créé dans cette pièce militaire le rôle 
typique d'un reporter anglais qui meurt 
dans les plus affreuses tortures, victime 
de son dévouement pour trois Français 
faits prisonniers avec lui. Clément-Just a 
créé aussi d'une façon remarquable le 
Quasimodo de Miss Aurore. Mais où il a 
fait fureur, c'est à l'Ambigu. Qui ne se 
souvient de Pliénix Porion le Mangeur de 
fer? 

Clément-Just, ne voulant pas être pen- 
sionnaire de M. Billion, a accepté derniè- 
rement un engagement à l'Athénée, pour 
Q,h.[^ïi\evV opéra-comique (malgré son organe 
voilé). Il est vrai que dans Sylvana il 
n'avait rien à chanter; mais enhn tout le 
monde s'étonnait de voir le nom de Clé- 
ment-Just sur une affiche de théâtre ly- 
rique. Offenbach l'a extrait à temps de la 
cave de la rue Scribe, et Fa enrôlé à la 



GAITÉ 125 

Gaîté, où il a joué dans Jeanne d'Arc, 
dans le Gascon; il va créer un rôle dans la 
Haine. Clément-Just est un artiste modeste, 
trop modeste même, car la modestie est 
un défaut capital pour se faire ouJjlicr au 
théâtre, quel([ue talent qu'on ait. Le latin 
aura éternellement raison : Audaces fortiina 
Jiivat. 

DESRIEUX 

Le créateur d'Henri de Navarre de la 
Jeunesse du Boi Henri. Excellent acteur 
de drame ; a joué presque tous les traîtres 
du répertoire du boulevard ; a été engagé 
par Boulet pour le Fils do la Nuit. Offen- 
bach l'a conservé ; il a joué à la Gaîté dans 
Jeanne d'Arc, dans le Gascon. 

Desrieux a épousé Marie Laurent. 

Desrieux est tombé gravement malade 
il y a quelques mois. On le disait atteint 
d'aliénation mentale. Il n'en est rien heu- 
reusement : sous peu, on espère le revoir 
entièrement guéri. 

PAPA-PITER-CHRISTIAN 

Sur ses fiers argots Jupiter s'arcboute, 
Agitant sa foudre aux criards éclats ; 
Viveur efTréné, toujours il écoute 
Les chansons d'amour qui viennent d'eu bas, 



126 FOYERS ET COULISSES 

11 sait tout les trucs, et ce qu'il en coûte 
Pour que la beauté tombe dius ses bras : 
Taureau, cygne blanc, sequin d'or qui goutte, 
Ou mouche émeraude aux gais entrechats. 



Ce n'est plus de Zens l'héroïque scie, 
Buvant le nectar, gavé d'ambroisie; 
Il sable le moët en taillant un bac; 



Parle sport et turf avec frénésie, 

Et pince un cancan plein de fantaisie. 

Sous l'archet de fer de maître Offenbach. 

D'après une statistique digne de foi 
(c'est le souffleur qui l'a faite), Christian 
perpètre tous les soirs, dans Orphée aux 
Enfers, 76 calembourgs soi-disant inédits, 
outre ceux du recueil à trois cents pour 
un sou, dans lequel il puise à indiscrétion. 

Ij'importante maison d'habillements qui 
n'est pas au coin du quai a le monopole des 
annonces et des réclames à sensation ; 
chacun sait cela, car ces annonces et ces 
réclames incessantes sont devenues pro- 
verbiales. 

L'immense manufacture d'habillemenls 
pour laquelle nous faisons une diversion 
qui ne nous écarte pas trop de notre sujet, 
se sert de tout ce dont elle peut se servir 
(honnêtement, bien entendu,) pour attirer 
l'attention publique. L'affichage, le décor 



6AITÉ 121 

mural, le transparent-nocturne, le pros- 
pectus, la chanson, la quatrième page des 
grands journaux et la première des feuilles 
à caricatures, rappellent à tout Paris que 
la meilleure maison d'habillements n'est 
pas celle au coin du quai — la Belle Jar- 
dinière. Tous les soirs , dans trois ou 
quatre théâtres en même temps , cette 
maison fait tomber du Paradis une ava- 
lanche de prospectus, sous laquelle dis- 
paraissent littéralement les tètes des pro- 
fanes de l'orchestre et des premiers rangs 
du balcon. Ce n'est pas tout : de la salle, 
la réclame est passée sur la scène. Le 
comique aimé est chargé de la faire avaler 
en douceur au public. Les revues de fin 
d'année surtout servent admirablement la 
maison de la rue du Pont-Neuf. — Les Va- 
riétés n'en ont-elles pas joué une l'année 
dernière intitulée : La Revue n'est pas au 
coin du quai ? 

Dans Orphée aux Enfers, à la Gaîté, 
Jupiter-Christian avait la partie belle, au 
milieu des 5,000 mauvais calembourgs 
qu'il débite chaque soir, pour faire mous- 
ser la maison qui n'est pas au coin du 
quai, — C'est ce qu'il a fait en improvi- 
sant cette réclame : 

— Madame ma femme, dit-il à Junon, 
vous mériteriez que je me débarrassasse 
de vous en vous envoyant à la maison qui 
n'est pas au coin du quai. 



128 FOYERS ET COULISSES 

— Pourquoi cela, Monsieur : 

— Parce qu'on y rend l'argent de tout 
achat qni a cessé de plaire. 

— Mais je ne vous ai pas coûté un sou ! 

— Il n'eût plus manqué que cela ! 

Et le public de se tordre, et la maison 
du Pont-Neuf de se dire : la Gaîté nous 
enverra cent clients de plus demain. 

Pour plus de détails biographiques, sur 
Christian, nous renvoyons le lecteur au 
volume des Variétés (3« de la collection). 



DAUBRAY 

Le vrai, le seul, le digne remplaçant du 
gros Désiré. 

Offenbach ne pouvait faire faire une 
meilleure acquisition à M. Hostein, quand 
il lui fit engager, au théâtre de la ÎRenais- 
sauce, M^^*' Théo et Daubray. M. Hostein, 
devenu seul directeur de son théâtre, 
Offenbach garda Dau])ray pour sa troupe 
d'opérette qui a ramené le succès aux 
Bouffes avec la Jolie Parfumeuse et tout 
le répertoire du célèbre maestro. 

Daubray nous a fort diverti pendant 
plusieurs années au théâtre Déjazet, où 
c'était déjà le joyeux et sympathique com- 
père que nous retrouvons passage Choi- 
seul. 



GAITÉ 129 

Daabray a toujours la ligure empourprée 
comme une pivoine. On dirait que ses 
joues vont éclater comme de simples bal- 
lons rouges. C'est égal, comment fait-il 
pour être sanguin avec les appointements 
qu'il touche? 



BONNET 

Bonnet de coton, bonnet de nuit, bonnet 
à poi], honnit de police, bonnet phrygien, 
enfin tous les bonnets réputés ne valent 
pas celui-là pour faire passer une soirée 
agréable. Bonnet, c'est les Bouffes Pari- 
siens, les Bouffes Parisiens, ce sont 
Bonnet. 

Allez donc le revoir dans la Jolie Par- 
fumeuse! Les spectateurs se tordent avoir 
Daubray et Bonnet; on entend à chaque 
instant ce cri : Font-i~rire ! 

Bonnet est doué d'un physique auquel 
sied très-bien le costume féminin. Il a 
intrigué bien des nourrices alsaciennes 
dans la Revanche de Fortunia. 

GRIVOT 

Ancien graveur sur métaux. Adroit et 
agile comme un... clown. Si vous en 
doutez, vous n'avez qu'à aller le voir gam- 



130 FOYERS ET COULISSES 

bader en Mercure, au deuxième acte d'Or- 
phée aux Enfers. Il se livre là sur les 
gradins de l'Olympe à une course éche- 
velée ; le plus infatigable facteur renonce- 
rait à le suivre. 

Grivot a joué au Vaudeville et un peu 
partout avec beaucoup de succès; mais, en 
supposant que tous les théâtres vinssent 
à lui manquer, il lui resterait à choisir 
entre le Cirque d'hiver, le Girquo des 
Champs-Elysées, le Cirque Fernando ou 
les Folies-Bergère. 



GRAVIER 

Acteur de mélodrame, doué d'un excel- 
lent organe et d'un physique... à femmes. 
A commencé à Beaumarchais, a joué à 
Belleville etau Ghàteau-d'Eau, Nous l'avons 
entendu déclamer fort bien la Grève des 
Forgerons. Mais le talent n'empêche pas 
les manies et Gravier en a deux. La pre- 
mière, c'est d'offrir cent sous à celai qui 
sera assez fort pour Je tomber, lui le digne 
émule d'Arpin le Savoyard ! La seconde, 
c'est de chanter continuellement l'opéra 
dans sa loge, et même d'aller jusqu'à 
chanter des duos avec Jean-Paul! Pour ce 
fait. Gravier a été surnommé par Alexan- 
dre : Le ténor de couloir. 



GAITÉ 131 

WILLIAM STUARD 

Anglais non naturalisé, pensionnaire de 
M. Larochelle au théâtre Cluny. M. Offen- 
bach l'a engagé à la Gaîté, où il a déjà 
joué, avec de fort beaux appointements. 
Stuard a passé aussi par la Porte-Sî -Mar- 
tin. Au moment de la guerre, il quitta Paris 
pour aller jouer à Nice, en Italie et au 
Caire. Rentré dans la capitale, il débuta 
à Cluny dans les Chevaliers de V honneur , 
joua depuis dans le Presbytère, la Closerie 
des Genêts (où il fut très-remarque), dans 
les Frères d'armes dont il a sauvé les plus 
mauvaises situations. N'a eu occasion de 
se montrer à la Gaîté que dans Jeanne 
d'Arc, où il représentait le Beau Dunois. 
Offenbach l'a autorisé à jouer, au théâtre 
des Arts, le duc, des Sceptiques. Rien de 
particulier dans la loge de M. Stuard, si 
ce n'est quelques dessins dus au crayon 
plus que naïf de ses camarades Georges 
Richard et Alphonse Barralle. A voyagé 
beaucoup ; aussi a-t-il fait moisson d'anec- 
dotes, et voulons-nous en citer une. Etant à 
Berlin pendant l'hiver de 1869, un jour qu'il 
répétait à la cour dans le fameux salon de 
l'Argenterie, au palais, d'Aranda ou les gran- 
des passions, pièce de Scribe, dont tout le 
premier acte n'est joué que par des femmes, 
une porte s'ouvrit tout d'un coup et on vit 



132 FOYERS ET COULISSES 

entrer S. M. Guillaume, alors roi de Prusse, 
qui, après être allé dire bonjour à Eugène 
Luguet, directeur de la troupe, savança 
vers Stuard en disant aux dames : « Conti- 
nuez, que je ne vous interrompe pas.» Puis, 
causant longuement avec M. Siuard : « Ma 
belle-fille a entendu dire que vous étiez 
Anglais, et elle manifeste, quoique très- 
grosse (position intéressante), le désir 
d'aller vous voir jouer Par droit de con- 
quête;-» et enfin le roi fit l'aveu que, s'il eût 
joué la comédie, il aurait pris les rôles 
comiques. M. Stuard répondit, faisant al- 
lusion à la taille du roi : « Sire, vous auriez 
bien fait, car les comiques de votre force 
sont rares. :> Stuart a résilié son engage- 
ment avec la Gaîté; il est parti pour l'Amé- 
rique, où l'appelait un très-bel enga- 
gement pour jouer en anglais les mêmes 
rôles que Fechter. 



LEGRENAY 

Je ne trouve rien de mieux que de re- 
produire le rondeau qu'Amédée de Jallais 
lui a fait : 

Air : Ne raillez pas la garde citoyenne. 

Voyez là-bas, ce grand sécot qui passe, 
Il est encor plus long qu'un jour d'été ; 
L'oreille est fine et bien vite ramasse 



OAITH Ui^ 

Plus d'un propos flattant sa vanité : 

On dit tout haut : <.< C'est Legrenay. l'artiste. 

Qui nous fit rire hier à Déjazet. 

Il n'est, par lui, pas une pièce triste, 

Et la gaité renaît dès qu'il parait ! 

Il a crée cent types en cent rôles. 

Il en créera bientôt d'autres encor; 

Donnant à tous les cachets les plus drôles... 

Gava toujours de plus fort en plus fort!... 

il commença par entrer au service 

D'un serrurier, chez lequel il chorna ; 

C'est pour cela qu'il a beaucoup de vice, 

Oui, mais ce vice est le vis comica. 

Aussi bientôt, désertant la boutique, 

Vers Belleville il monte tout courant, 

Laissant la forge pour Fart dramatique. 

Mettant son feu dans son jeu, dans son chant î 

Là, dans le drame, il excelle, ou l'acclame. 

Il fait pleurer et rire en même temps. 

Le vaudeville arrive après le drame, 

C'est bien l'hiver qui succède au printemps ! 

Puis Déjazet bien vite le réclame. 

Et dans Paris il descend lestement ; 

Adieu ie traître, adieu le mélodrame, 

C'est le comique au jeu fin et charmant ! 

C'est Tricornot, c'est VAmour du trapèze. 

Prés-Saint-Gervais, Trottmann et le Dégel, 

Paris en Chine, où l'on se pâmait d'aise 

Lorsqu'on voyràt son grand œil bleu de ciel! 

Les Vieux glaçons après Juge et partie, 

Belle-hU ou bien Mémoire de cherchez ça. 

Toujours le rire... et le publie s'écrie: 

C'est Legrenay qui nous déridera ! 

On citerait cent pièces... mais je pense 

Que, comme moi. le public les connaît ; 

Son chapelet de succès est immense, 

Ce chapelet, je viens de Legrenay (l'égrener). 



134 FOYERS ET COULISSES 



REYNALD 

Jeune premier rôle de drame. A débuté 
à l'Ambigu dans un Lâche, d'Alfred 
Touroude. 

Le succès qu'il obtint dans le rôle de 
Roger Delatournelle le fit engager à la 
Gaîté pour créer, dans le Gascon, un rôle 
important; il a joué ensuite Thibaut dans 
Jeanne d'Arc. 

Va créer un rôle dans la Haine. 

HABBAY 

Élève du Conservatoire de Toulouse, il 
se mit au théâtre, alla en Angleterre don- 
ner des leçons de chant, et il fit un riche 
mariage, qui ne l'empêcha pas de continuer 
sa carrière artistique. Second ténor d'o- 
péra-comique dans les villes d'ordre, il 
doubla un beau soir d'été Dupuis dans 
Barhe-DIeue, puis partit pour la Russie, 
d'où il revint à la Gaité. — Garçon jovial 
et franc, il attend impatiemment la création 
qui doit le mettre en relief. 11 vient de s'as- 
socier avec le docteur Déclat, d'une part, 
et avec une huîtrière importante, d'autre 
part. Gela peut s'appeler occuper ses loi- 
sirs de ténor à devenir millionnaire. 

Un dernier mot : Habbay vient d'aller 



GAITÉ 135 

habiter Ménilmontant, et comme il va créer 
un rôle important dans Madame l'Archiduc, 
il fait quatre fois par jour le trajet à pied, 
afin de s'entraîner ; car, à l'exemple de 
beaucoup d'autres ténors, Habbay prend 
du ventre comme un abbé. 



AN6EL0 

Jeune premier, joli garçon. C'était le 
boute en train du foyer du Ghàtelet, sous 
la direction Lacressonnière et Deshayes. 

L'été, Angelo va constamment à la cam- 
pagne. La ligne de St-Germain-en-Laye 
le réclame ; il lui arrive même, dit-on, des 
aventures en ^vagon. Angelo est proprié- 
taire 1° d'une maison de six étages, bou- 
levard Montparnasse ; 2*^ d'une agilité et 
d'une force de biceps qui lui permettent 
de concourir avec Grivot pour les ca- 
brioles et autres exercices de gymnas- 
tique. Angelo entre au foyer sur les 
mains, la tête en bas, les jambes en l'air. 
De plus, il cultive le tr;ipeze dans sa loge. 

De mauvaises langues ajoutent qu'il se 
parfume comme une femme, et qu'il sou- 
tient mordicus, que ce n'est pas lui qui 
embaume. Serait, par conséquent, bien 
malheureux, s'il lui fallait jouer le drame 
à La Valette ou à Bondy. 



l'àij FOYERR ET COULISSES 

ANTONIN 

Ancien fleuriste, a commencé la comé- 
die dans les troupes exploitant les envi- 
rons de Paris. Remarquable par une con- 
viction digne d'être plus appréciée. 

A fait son mariage au Bœuf h la modo, 
faubourg du Temple. 



SCIPION 

N'a jamais posé pour l'ozanore. 

Un drôle de comédien! Propre à jouer 
l'emploi le plus comique les jours })airs, 
et l'emploi le plus sérieux les jours im- 
pairs. Cela s'appelle de la souplesse. Long, 
mince, fluet, Scipion passa par la l)anlieuo 
et la Porte-Saint-Martin avant d'aller faire 
son petit tour d'Amérique. Il peut aussi 
])ien jouer le drame que la comédie, et la 
farce que la tragédie. Bon garçon, nouvel- 
lement marié, ayant découvert la photo- 
graphie spirite, ce qui est encore assez 
spirituel de sa part. 



COURCELLES 

Grosse et bonne nature. 

Enfant du peuple, devant plus à lui- 



GAITÉ 13" 

même qu'au public. Né en 1839 (qu'est-ce 
que ça nous fait) ; jusqu'à vingt ans, ouvrier 
en bronze; débuta au théâtre de la Tour- 
d'Auvergne l'année 1860 ; de là, passa aux 
Folies-Marigny, en province, aux Fantai- 
sies-Parisiennes, au théâtre Cluny, au 
théâtre Déjazet,puis, à la fermeture de ce 
théâtre, il accepta un engagement à l'Al- 
cazar. Mais là, Courcelles se trouva m.al à 
son aise. La chansonnette ne mettait pas 
assez en relief sa nature franche et sa 
bonhomie. Enfin , après quelques mois 
passés aux Menus-Plaisirs, il trouva un 
engagement au théâtre de la Gaîté, où, sans 
parler des rôles qu'il créa, il obtînt un 
grand succès dans les matinées littéraires. 
La façon remarquable dont il joua le Bar- 
bier de Séville et la Partie de chasse 
d'Henri IV lui ouvriront tôt ou tard les 
portes d'un théâtre de genre où il saura 
se faire apprécier comme financier ou 
ganache. 

TROY 

Une très belle voix de baryton. Gêné 
quelquefois par un masque impassible et 
un jeu glacial. Chante d'une façon char- 
mante. Serait certainement arrivé plus 
haut qu'il n'est, s'il n'avait été le frère de 
son frère, le regretté Troy du Théâtre- 

II 4 



188 FOYERS ET COULISSES 

Lyrique, qui avait pris pour lui seul une 
grande part de la célébrité de la famille. 

GASPARD 

Ancien second ténor de province dans 
les troupes de M. Harmant, qui a conservé 
pour lui une estime des plus grandes. — 
Aussi la Gaîté, sous le coup de la Société 
nantaise, s'est-elle empressée d'offrir à 
cet artiste la juste récompense des ser- 
vices rendus à son ancien directeur. 

M. Gaspard joue à la Gaîté les rôles dits 
de complaisance. Homme marié et bon 
père de famille... s'il en avait. 

JEAN-PAUL 

Babylas de la Poule aux Œufs d'or est 
Belge... et le filleul de M. Emile Taigny, 
le directeur de la scène de la Gaîté. Jean- 
Paul, artiste soigneux, propre, froid et 
méthodique comme un buveur de faro (il 
lui préfère cependant le vin de Bordeaux) 
est plus amusant dans les rôles qu'il re- 
prend que dans ceux qu'il crée. 

Jean-Paul a été pendant plusieurs années 
le pensionnaire des Bouffes. 

En somme, un acteur consciencieux et 
patient qui a pu se dire quelquefois: 
Jean Paul. ..me le public. 



GAITK 139 

MEYRONNET 

Violoniste, ancien chef d'orchestre, prix 
du Conservatoire, comédien. Bref tous les 
talents réunis, mais ne sachant sur lequel 
chanter... ou danser ? 

M. Meyronnet joue en ce moment le rôle 
d'Orphée, en attendant qu'il puisse l'ac- 
compagner lui-même... à grand orchestre 
l'archet de mesure en main. 



DAMOURETTE 

Chante, peint et joue du violon, le tout 
avec une agréable médiocrité. Il fut au 
Gymnase un temps, où il débuta comme 
jeune premier dans des levers de rideau, 
puis alla cabotiner en province comme 
chef d'orchestre, et, en fm de compte, fut 
engagé à la Gaîté pour doubler Orphée. 
Comme chanteur, petite voix; comme co- 
médien, petit jeu; comme violoniste, petit 
son. N'a pas d'amourette au théâtre. 

MÂLLET 

Est venu au monde à la Gaîté, entre 
deux portants et ne... s'en porte pas plus 
mal. A été à ce théâtre, figurant, choriste, 



140 FOYERS ET COULISSES 

puis acteur. Ne demande qu'à garder sa 
petite place jusqu'à la fin de ses jours. 
Signes particuliers : est marié, père de 
famille, fait sa cuisine lui-même et... 
chambre à part (?) 

HENRI 

Ainsi nommé parce qu'il s'appelle Ur- 
seau. Bien contrarié de ne pas jouer des 
rôles à physique. Je me suis laissé dire 
qu'avant l'avènement au trône de Louis- 
Philippe P"^, roi des Français, un Henri 
jouait quelque part en province les GoUin 
et les Philippe. De cet emploi doucereux, 
il lui est resté les habitudes conciliatrices 
qui le font passer au théâtre de la Gaîté 
pour le fondant de la troupe. Jouerait de 
préférence Henri H à Henri de Guise. 

CHEVALIER 

Cumule. — Commis en marchandises 
pour le compte d'une grande maison de 
soieries. M™® Chevalier peint sur porce- 
laine, et fait des choses charmantes. 

ALEXANDRE 
Fils de son père le grand Alexandre, le 



GAITÉ 141 

célèbre Fouinard, dont nous parlerons à la 
Porte- Saint-Martin. 

6ALLI 

Gros, gras, lourd, empâté. A joué les 
basse-taille. N'en a gardé que le gras- 
seyement. Honnête et tranquille à la ville, 
il joue au théâtre un emploi aussi tran- 
quille qu'honnête. 

BARSAGOL 

Avoir commandé un régiment et rentrer 
courageusement dans les rangs à l'heure 
de la retraite, tel est le cas de Barsagol. 

Ancien premier ténor léger d'opéra-co- 
mique, ayant tenu son emploi à Genève, à 
Lyon et dans d'autres grandes villes à une 
époque où les appointements ne permet- 
taient pas de faire fortune, il est venu 
achever son existence artistique à la Gaîté, 
ou il rend de grands services en jouant de 
petits rôles et en étant chef d'attaque dans 
les chœurs. Homme modeste, honnête et 
consciencieux, il montre aux ambitieux 
qu'à savoir descendre à propos il y a sou- 
vent autant de courage que de bon sens. 

COLLEUILLE 

Grand ami d'Henri, la même douceur, la 



142 FOYERS ET COULISSES 

même conscience et le même sang-froid. 
Jamais, depuis qu'existe le théâtre de la 
Gaîté, on n'a pu savoir où s'habillait Gol- 
leuille. Il arrive à la Gaîté en habit de ville, 
à l'heure fixe, il entre en scène. Mais per- 
sonne ne peut savoir où il s'est habillé. — 
A la ville, pas fier dutout. Fait son marché 
lui-même. 



PAULIN 

L'air d'un quaker. Ancien comédien qui 
n'a qu'une inspiration : oublier que les 
feuilles tombent et que l'hiver suit l'été. 
En est resté à l'ancien répertoire, où il ne 
voit que le personnage de Valaire. 



COLLEUILLE FILS 

Fils de GoUeuille, l'ex-directeur du théâ- 
tre Bobino, où il a commencé à jouer la 
comédie. De là, il est passé à Beaumar- 
chais, où il a également joué la comédie. 
Maintenant, à la Gaîté, où il continue son 
commerce de comédien paisible. Il peut 
dire comme le soldat romain : « Je com- 
bats dans les rangs, et je fais nombre. » 



GAITÉ 143 

MESDAMES 
VICTORIA LAFONTAINE 



C'était, jadis, de face et de profil, 

Un fil!... 
Grasse à présent comme pas une, 

La lune, 
Ronde comme elle, a la même blancheur, 
Le même charme doux, poétique et rêveur. 
Celte artiste, étrange et volage. 

N'a d'âge 
Que ce que lui donnent les yeux. 
Où naquit-elle?... Elle lignore. 
Sans passé ' — comme un météore — 
Son état civil sérieux 
Date du jour qui vit éclore 
Son talent chaste et vaporeux. 
Victoria !... Ce nom de reine 
De sa vie est bien le drapeau : 
Elle est l'orgueil des buveurs d'eau 
Par son amour pour la fontaine. 

Henri Tessier. 



Félix Savard, voulant faire la biographie 
de cette charmante comédienne, la pria de 
vouloir bien l'aider elle-même dans son 
travail, en lui envoyant quelques notes. 
\[me Victoria Lafontaine répondit à l'auteur 
des Actrices de Paris par cette lettre : 



144 FOYERS ET COULISSES 

« Monsieur, 

« Vous me demandez quelques rensei- 
gnements qui vous permettent de faire ma 
biographie. Elle a été faite bien des fois à 
mon insu, et toujours au point de vue du 
roman, car ma vie a été si simple qu'elle 
prête peu à pareil sujet. 

« C'est M. Gustave Lemoine, frère de 
M. Montigny, et sa chère femme, Loïsa 
Puget, qui m'ont ouvert les portes du 
Gymnase. J'y suis entrée presque enfant; 
j'ai été accueillie par M. Montigny et 
M'°°® Rose Chéri avec la plus exquise 
bonté. Pour leur en témoigner ma recon- 
naissance, j'ai beaucoup travaillé. Le ciel 
m'a bénie comme artiste et aussi comme 
femme, puisqu'il m'a fait rencontrer mon 
mari. Voilà ma vie. Monsieur. Vous voyez 
qu'elle peut être intéressante pour les 
miens, mais fort peu pour le public. » 

Non ! la vie de M"'^® Lafontaine ne prête 
guère aux récits. Abandonnée toute jeune 
par son père et sa mère, qu'elle n'a jamais 
connus, elle fut recueillie par de braves 
gens qui relevèrent comme leur enfant. 
La petite Victoria, dès qu'elle eut atteint 
l'âge de raison, voulut payer l'hospitalité 
qu'on lui avait si généreusement donnée. 
Elle apprit avec assiduité la couture, et 
elle profita de ce que le mari de sa maî- 
tresse d'apprentissage donnait des leçons 



GAITÉ 145 

d'art dramatique pour en prendre avec lui. 
Elle n'avait qu'un but : gagner de l'argent 
pour venir en aide à ceux qui l'avaient 
élevée. Ceci se passait à Lyon. Ce fut clans 
celte ville qu'elle joua pour la première 
fois. M°^^ Loisa Puget la vit et la recom- 
manda à M. Montigny, son beau-frère. 
Engagée au Gymnase, elle y débuta, à peine 
âgée de 15 ans, dans Yelva ou FOrpheline 
russe. Elle fut aussitôt remarquée ; mais 
un de ses premiers succès a été Cendril- 
Jon, de Théodore Barrière. Après, sont 
venus ceux de Paméla GiraucI, de Picco- 
lino , des Ganaches, du Gentilhomme 
pauvre, du Démon du jeu, etc. C'est à elle 
aussi que fut confié le rôle de Marie, dans 
la Grâce de Dieu, reprise à la Porte-Saint- 
Martin. Le souvenir de Loïsa Puget l'ins- 
pira; elle rendit ce persor-nage sympathi- 
que avec tous ses élans de pudewr et de 
chasteté ; c'était bien là l'honnête fille, pure 
et candide. 

Le Théâtre-Français engagea M^'^Lafon- 
taine: avant ses débuts elle était sociétaire. 

Elle débuta le 26 février 1864, dans II 
ne faut Jurer de rien. 

Nous ne dirons pas toutes les ressources 
du jeu digne, ému, naturel, pathétique de 
M™^ Lafontaine. A qui n'a-t-il pas été donné 
d'applaudir cette charmante artiste, au 
Gymnase, dans les créations que nous 
venons de mentionner, et rue de Riche- 



146 FOYERS ET COULIf^SES 

lieu, dans : Il ne faut jurer de rien, la 
timide Agnès de YEcole des Femmes, la 
sémillante Rosine du Barbier de Sôville, 
V Œillet blanc, ou le travesti lui seyait si 
bien, et enfin feu Henriette Maréchal, de 
cabaleuse mémoire. M'"'^ Victoria Valons a 
épousé M. Thomas, dit Lafontaine, le 
23 février 1863. Elle s'était assez sou- 
vent mariée avec ce brillant comédien sur 
la scène de M. Montigny, au dénouement 
des pièces, pour qu'elle 'devînt un jour sa 
femme pour tout de bon. 

Je ne sais qui a fait cette originale com- 
paraison du talent de M"'^ Victoria Lafon- 
taine, lors de ses débuts rue Richelieu? 
« Les mièvreries de M™^ Victoria font 
songer à ces petites souris blanches, si 
charmantes dans une petite cage dorée et 
que l'on aurait peine à voir courir au mi- 
lieu du Ghamp-de-Mars. Le Champ-de- 
Mars, pour l'adorable petite souris blanche 
dont nous parlons, ce fut pendant huit ans 
le cadre de la Comédie-Française, et c'est 
le cadre plus écrasant encore du théâtre 
de la Gaîté. » 

l[me Victoria Lafontaine est tout simple- 
ment la première ingénue de Paris. Elle 
ne dit jamais rien au théâtre, en dehors de 
son rôle. Elle fait du crochet dans les cou- 
lisses en attendant son entrée. Figurez- 
vous une pensionnaire que le couvent 
réclame pendant les entr'actes. 



147 



LIA FÉLIX 



Ainsi qu'une Vestale, elle a dévotement 

Gardé le saint foyer tragique: 
Dans ses yeux on en voit luire dis tinctemeat 

La flamme ardente et poétique. 

Kt le public, haletant et charmé, 

Le cœur et lame pleins de fièvres. 

Par ce grand art enthousi ismé, 
Applaudit chaque mot qui tombe de ses lèvres. 
Ah ! la vaillante ! elle a conquis enfin 

La couronne si longtemps due 
Ace talent puissant, vigoureux, fier et fin, 

Justice tardive est rendue. 
L'Étoile aux fulgurants éclairs brille en plein ciel ; 
La foule bat des mains ; la Presse dominée 
La compare à sa sœur et lui verse le miel... 
Eh ! braves gens. Lia n'eut qu'un tort : elle est née 
Lorsque régnait Rachel. 

La parole est, pour la prose,, à mon ami 
Félix Savard, ou, pour mieux dire, à l'in- 
téressant volume qu'il a publié en 1867 sur 
les Actrices de Païus. 

Il y a des familles privilégiées que 
l'art semble avoir marquées au front de 
son sceau lumineux, qui est toute une au- 
réole, et assurément la famille Félix est 
de celles-là. 

Comptons les artistes qu'elle a donnés 
au théâtre ! — Nous trouvons UaphaëJ, 
Dinah, Sarali, Lia, Hehecca et Rachel. 
Hélas ! des vides cruels se sont faits dans 



148 FOYERS ET COULISSES 

cette tribu renommée : Rachel, Rebecca 
et Raphaël manquent à l'appel! 

Adélaïde-Lia Félix est née à Saumur. 
Le temps qui s'écoula entre sa septième et 
sa treizième année, elle le passa en pen- 
sion , et quand elle en sortit , son 
premier mot fut une aspiration vers le 
théâtre. 

Sa sœur Rachel était déjà la grande tra- 
gédienne que nous regrettons ; elle était 
alors à l'apogée de sa gloire, et dame ! ses 
sœurs voulaient toutes marcher sur ses 
brisées, suivre ses traces et se tailler un 
péplum dans son manteau royal ; mais telle 
n'était pourtant pas l'idée de Rachel ; elle 
connaissait trop les luttes de la scène ; elle 
voulait tenir ses sœurs éloignées de ces 
bruits tumultueux, les marier, leur assurer 
ce repos, ce calme, cette tranquillité, dont 
le manque devait la tuer. 

Mais Lia ne voulait pas déroger à son 
nom. Elle insista, et son père (mort il y a 
deux ans) finit par consentir; ce fut lui 
qui lui fit son éducation dramatique. 

Lia travailla avec l'auteur de ses jours 
pendant 2 ans; ce fut son seul profes- 
seur ; il l'a rendue digne du nom qu'elle 
porte. 

Lia Félix joua pour la première fois au 
théâtre de Saint-Germain, dans la Pauvre 
Fille, et l'affiche était ainsi conçue, d'après 
es ordres du père : 



GAITÉ 149 

M"^ LIA FÉLIX 

ÉLÈVE DE S0>- PÈRE 

Et Sœur de Mu^ RACHEL 

jouera le rôle de la Pauvre Fille, drame 
créé à la Porte-Saint-Martin. 

Vers 1850, on se trouvait au théâtre de 
la Porte-Saint- Martin dans un grand em- 
barras ; on répétait Toussaint Louverture, 
la première — et la dernière pièce de La- 
martine, — et l'on n'avait pas la moindre 
actrice sous la main qui lut capable d'y 
créer le principal rôle féminin et de bien 
dire les vers. Déjà on en avait essayé plu- 
sieurs, mais aucune ne marchait convena- 
blement. 

Lia Félix fut recommandée à M. Béer, 
associé de Marc Fournier pour la direction 
de la Porte-Saint-Martin. M. Béer fut de- 
puis l'organisateur et le directeur du Pré- 
Catelan. 

Le lendemain, Lia Félix fut engagée, 
et, le samedi 6 avril 1850, elle débutait, 
sous la direction de M. Marc Fournier, 
dans Toussaint Louverture. 

C'était un brillant début, pour une jeune 
fille de n ans, qu'une œuvre du chantre 
de Jocelvn, avec Frederick Lemaîtrepour 
partenaire. Son succès fut grand et légi- 



150 FOYERS ET COULISSEÎ^ 

timo, et M. de Lamartine, dans la préface 
de sa pièce, fit, en ce style que Ton con- 
naît, pressentir tous les succès qui l'at- 
tendaient. 

Après, on la vit dans le rôle de Jenny 
r Ouvrière... au cœur content... content de 
peu!... Puis dans la Claudie de madame 
Georges Sand, à côté de Bocage; dans la 
Poissarde avec Marie Laurent; avec ma- 
demoiselle Georges dans la Chambre 
ardente; avec Bouffé dans la Fi Ile de 
J' Avare, où elle chantait fort joliment ses 
couplets; d-àiis IUcIiard III, dans les A^oces 
vénitiennes, de ce pauvre Victor Séjour, 
qu'on vient de mettre en terre ! 

Mais la fatigue était venue, sa santé s'était 
altérée, et les médecins lui conseillaient 
l'air de la mer. Sur ces entrefaites, Rachel 
s'étant décidée à partir pour l'Amérique, 
Lia émigra avec elle, et joua, là-bas, à ses 
côtés, tous les rôles de Jeune première, 
tels qu'Aricie, de Phèdre, la P.atarina, 
d'Angelo, Junie, de Britannieus. 

Hélas ! il fut bien triste ce voyage, et la 
pauvre Lia eut bien à souffrir en voyant 
tous les jours les progrès incessants de 
la maladie de sa sœur, que le Nouveau- 
Monde devait nous renvoyer mourante. 
L'illustre tragédienne avait exhalé sa vie 
dans un suprême effort. 

A son retour à Paris, Lia Félix, dont la 
santé s'était sensiblement améliorée, fut 



GAITK loi 

demandée par M. d'Eiinery pour jouer ù 
l'Ambigu les Orphelines de la Charifp. 
Elle consentit, et après une série de bril- 
lantes représentations, elle alla à la Porte- 
Saint-Martin jouer Richard d'Arlington, la 
Closerie des Genêts et la Tireuse de cartes. 
Ce fut vers cette époque que sa position 
commença surtout à devenir meilleure, — 
au point de vue pécuniaire s'entend ; car 
il y avait longtemps que, comme artiste, on 
comptait avec elle et sur elle. 

Quand l'engagement de deux ans qui la 
liait avec M. Marc Fournier fut près d'être 
terminé, M. Harmant l'appela à la Gaîté ; 
son talent fut en quelque sorte mis aux 
enchères. M. Marc Fournier cependant 
finit par la prêter à son confrère, chez qui 
elle joua André Gérard. M. Harmant l'en- 
gagea définitivement pour trois ans. 

Elle créa au boulevard du Temple la 
Fille du paysan, et dans la nouvelle salle 
du square des Arts-et-Métiers , le Château 
de Pontalec (de chûteuse mémoire), la 
Maison du Baignenr, le Marquis Caporal, 
le Mousquetaire du Roi et le Hussard de 
Bercheny. 

M. Dumaine , devenu directeur de la 
Gaîté, renouvela pour 3 ans l'engagement 
de Lia Félix. 

Que vous dire encore, si ce n'est que 
mademoiselle Lia Félix n'a jamais fait 
parler d'elle que comme artiste dramatique, 



152 FOYERS ET COULISSES 

qu'elle vit à l'écart, ne s'occupant pas des 
autres et n'aimant pas qu'on s'occupe d'elle. 

Elle joue avec son cœur, elle pleure de 
vraies larmes, et, en l'écoutant, on oublie 
bien vite le rôle étudié pour ne plus songer 
qu'à l'âme qui s'épanche. 

Au physique, c'est une nature d'une 
apparence frêle, délicate, nerveuse, et l'on 
est tenté parfois de s'étonner en voyant 
cette mignonne personne déployer tant de 
puissance en scène et tant d'énergie. Chez 
elle, rien de forcé, rien de vulgaire; son 
talent est complet. 

Elle a toutes les finesses de la comé- 
dienne, et, avec cela, des élans magnifi- 
ques, des cris qui émeuvent, des sanglots 
qui vont au cœur. Sa diction est vibrante, 
fiévreuse, pleine d'harmonie; son œil bleu 
(et elle est brune ! ) a tour à tour de la fierté, 
de la tendresse et de la colère ; son geste 
est ample et mesuré, et tout en elle enfin 
rappelle la passion vivifiante et la force 
créatrice de la grande tragédienne qui 
n'est plus. 

Le sang de Rachel coule dans les veines 
de Lia, et les éclairs de ses yeux semblent 
illuminer son regard et le faire irradier. 

MARIE LAURENT 

Les artistes sont frères, a-t-on souvent 
répété; ceci est peut-être vrai jusqu'à un 



GAITÉ 153 

certain point, pour toutes les branches qui 
se rattachent aux arts, mais au théâtre 
c'est une vérité rigoureuse. Les artistes 
dramatiques sont frères, beaux-frères et 
cousins, germains et issus de ger- 
mains, etc. A quelques rares exceptions 
près, le théâtre est exploité par quelques 
familles privilégiées, dont les membres 
se marient entre eux, et resserrent ainsi 
plus étroitement encore cette fraternité 
artistique. 

Au nombre de ces familles, et peut-être 
en avant de toutes les autres, nous devons 
compter la famille Luguet. Les Luguet 
sont nombreux comme les grains de sable 
de la mer, leur arbre généalogique a ses 
racines dans les dessous les plus profonds, 
ses branches nombreuses ombragent tous 
les plans de la cour au jardin, et sa tête 
altière va se perdre dans les frises les 
plus élevées. — Les Luguet couvrent la 
surface du globe dramatique, on en ren- 
contre à Paris, en province, à l'étranger, 
à la banlieue, partout enfin où il y a des 
coulisses, un trou pour souffler et un par- 
terre pour applaudir. — Montez sur n'im- 
porte quel théâtre, frappez du pied, vous 
êtes sûr qu'il en sortira un Luguet, tout 
habillé, tout frisé, tout poudré, un rôle à 
la main, vingt rôles dans la tête, cent 
rôles sur le bout de la langue. 

En vérité, c'est une famille d'artistes 

II 5 



154 FOYERS ET COULISSES 

que ces Luguet, une famille où le talent 
est héréditaire, soyez-en sûrs, et vous en 
serez convaincus comme moi lorsque vous 
saurez que madame Marie-Laurent est 
issue de l'arbre généalogico-artistique 
dont nous parlions tout à l'heure. 

Née à Tulle, département de la Corrèze, 
madame Laurent, qui n'était alors que 
Marie Luguet, n'eut garde démentir à son 
origine. Elle n'avait encore que trois ans, 
à peine pouvait-elle prononcer deux mots, 
que son père lui apprit à épeler un rôle, 
le souffleur fit le reste; c'est ainsi que la 
petite Marie Luguet signala ses premiers 
pas dans le monde de la comédie et dans 
la comédie du monde. Un peu plus tard, 
dès que sa mémoire mûrit, elle était char- 
gée des rôles de madame Volnys, et accom- 
pagna son père à Amiens. 

Malgré toutes ses dispositions et la pré- 
cocité d'un talent qui, pour n'être qu'en 
germe, n'en était pas moins encourageant, 
la petite i\Iarie Luguet resta dix années, 
tout autant, dix longues années, sans 
monter sur un théâtre, sans même aller 
au spectacle. — Mais bon sang ne peut 
mentir, le jeûne avait été long, l'enfant ne 
demandait qu'une occasion pour s'installer 
au festin dramatique ; l'occasion ne se fit 
pas attendre , et elle signa un engagement 
pour Rouen, et débuta dans l'emploi des 
jeunes premières. 



G.\ITÉ 155 

Tout le monde connaît le théâtre do 
Rouen, sinon de vue, du moins de répu- 
tation. Le parterre passepour être taquin, 
et souvent même un peu rigoureux. Marie 
Luguct affronta son juge avec toute la 
candeur de son âge et le courage de son 
bon vouloir; elle fut charmante dans Paul 
et Virginie, qu'elle joua avec son frère. 
Le paptcrre avait pleuré, il était désarmé, 
et le succès de la débutante ne coûta de 
larmes qu'au public. 

De Rouen, où mademoiselleLuguet resta 
fort peu de temps , elle alla à Toulouse 
pour jouer le môme emploi, seulement 
elle agrandit son répertoire, et passa 
de la comédie à l'opéra avec la même fa- 
cilité qu'elle avait franchi la distance qui 
sépare le vaudeville de la comédie. Elle 
chanta dans le Puits d'amour le rôle de 
mademoiselle Révilly, et plus tard Edvige 
de Guillaume Tell. Le public toulousain 
lui sut gré de cet acte de volonté qu'elle 
imposait à son larynx, et, voyant dans la 
jeune fille une grande comédienne à côté 
de la chanteuse médiocre, il applaudit 
vivement l'une pour ne point décourager 
l'autre. 

L'événement ne tarda pas à prouver que 
les Toulousains avaient raison. C'était en 
1849, le choléra régnait dans la ville. Tout 
le monde était malade ou avait peur de 
l'être, ce qui revient à peu près au même. 



156 FOYERS ET COULISSES 

Le directeur aux abois ne pouvait monter 
aucun ouvrage , ses premiers artistes 
avaient au moins la griope. — Comment 
faire ? et pourtant M. Bocage était à Tou- 
louse, et M. Bocage apportait avec lui, 
sinon une certitude, au moins un espoir 
de recettes. M. Bocage est un grand acteur, 
nous n'avons pas l'intention de dire le 
contraire ; mais il était difficile ,- sinon 
impossible, à M. Bocage de jouer tout 
seul l'ouvrage de M. Ponsard. — Comment 
faire?... A force de prières, de supplica- 
tions, le directeur finit par réunir autour 
de lui les moins enrhumés de sa troupe. 
Un seul rôle manque, et ce rôle, qui n'est 
pas le principal, il est vrai, est cependant 
iDeaucoup trop important pour le remplacer 
par une pantomime, quelque vive et ani- 
mée qu'elle soit. — Enfin Lucrèce est 
prête, mais Tullie est dans son lit ; or le 
personnage de Tullie, comme on sait, a 
été établi par madame Halley à l'Odéon, et 
madame Halley, loin de dédaigner ce rôle, 
y avait eu un grand succès. — Le direc- 
teur, comme nous l'avons dit, était dans 
le plus grand embarras, mais une joie su- 
bite lui vint : 

((. Nous avons la petite Marie Luguet, 
dit-il à M. Bocage; si vous vous en con- 
tentez, je ne vois rien qui puisse empêcher 
la représentation. » 

M. Bocage accepta, et ce fut lui qui le 



GAITÉ 157 

premier alla serrer les deux mains de notre 
débutante, car c'était un véritable début 
que ce nouveau pas dans la carrière dra- 
matique. 

Ce pas une fois franchi avec une heu- 
reuse audace, iNlarie Laurent abandonna 
les ingénues, et, quoique toute jeune en- 
core, elle entra fièrement dans les premiers 
rôles; c'est en cette qualité qu'elle fut 
engagée à Bruxelles. 

Ce nouvel emploi qu'elle venait d'adopter 
demandait une nature vigoureuse , une 
grande verve, que la jeune Marie ne pos- 
sédait encore qu'en herbe, mais qui ne 
demandaient qu'à être développées; c'était 
quelques leçons à prendre, leçons de per- 
fectionnement bien entendu, mais qu'un 
père ou un frère sont malhabiles à donner. 
Un jeune artiste, M. Laurent, qui chantait 
les barytons au théâtre de la Monnaie , lui 
offrit ses conseils, et bientôt après madame 
Laurent compléta le talent de mademoiselle 
Marie Luguet. Marie-Jeanne, Madeleine, 
deux grands rôles, contiibuèrent, pour 
leur bonne paii, à la réputation de notre 
artiste. 

De Bruxelles, madame Laurent accom- 
pagna son mari à Marseille, et son succès 
fut si grand, que nous renonçons en vérité 
à le décrire. Le régisseur, M. Vizentini, 
se hâta de résilier l'engagement de Marie- 
Jeanne, et lui donna rendez-vous à l'Odéon, 



158 FOYERS ET COULISSES 

qu'il venait de prendre des mains de 
M. Bocage. 

Enfin, la petite Marie Luguet, devenue 
madame Laurent, était à Paris; elle avait 
peut-être pris le chemin des écoliers, mais 
les étapes avaient été si heureuses, qu'en 
vérité elle eût eu mauvaise grâce à se 
plaindre de la longueur de la route. 

Notre devoir d'historien nous oblige à 
signaler le début de madame Laurent, 
dans un ouvrage en vers, Isabelle de 
Castille, et nous devons ajouter que, si 
l'actrice ne subit pas le sort de l'ouvrage, 
elle le dut à cette heureuse constitution 
dramatique dont elle était pourvue. Un 
rôle important dans la Fille d'Eschylo 
vint un peu consoler l'artiste, mais il 
était décidé que son heure n'avait pas 
encore sonné. Le poëte Eschyle avait 
péri de mort violente, sa fille reçut toute 
la révolution sur la tête, elle ne s'en releva 
pas. Madame Laurent partit donc pour la 
province, allant conter son chagrin de ville 
en ville, et recevant des consolations de 
parterre en parterre, si bien que, se trou- 
vant un beau jour assez consolée, elle 
revint à l'Odéon, et déclama Phèdre avec 
d'autant plus de fureur qu'elle se souve- 
nait d'avoir joué Isabelle de Castille. 

L'Odéon n'avait pa^ été trop favorable à 
madame Laurent, une grande compensa- 
tion lui était due. Madame Sand se chargea 



GAITÉ 159 

de cette dette de la direction, et François 
lo Champi lui offrit cent trente fois de 
suite l'occasion de prouver à tous les di- 
recteurs de la rive droite qu'il y avait 
outre-Seine une actrice dont le talent était 
de taille à faire la fortune d'une entre- 
prise. 

Le théâtre de la Porte-Saint-Martin ve- 
nait de rouvrir ses portes. M. Marc-Four- 
nier, qui avait suivi madame Laurent avec 
un intérêt tout particulier, lui apporta un 
beau jour un engagement et un rôle dans 
la pièce d'ouverture; c'était, si j'ai bonne 
mémoire, Vlmagier de Harlem. L'ouvrage 
était littéraire, et n'eut qu'un succès d'es- 
time ; mais le véritable début de madame 
Laurent ne date réellement que de la 
Poissarde. A elle seule tout le triomphe, à 
elle seule tout le mérite d'avoir fait, de ces 
cinq actes aux allures passablement com- 
munes, un succès qui ne se ralentit qu'à 
la centième représentation. — Madame 
Pailleux restera un des types les plus re- 
marquables auxquels madame Laurent a 
donné la vie. 

Madame Laurent a les traits expressifs 
et mobiles, son teint vif, ses yeux animés, 
tout est énergie et résolution dans ce vi- 
sage qui semble légèrement bronzé par 
les tropiques; une bouche aux lèvres un 
peu fortes vient adoucir ce que sa physio- 



160 FOYERS ET f:ouLiss?:s 

nomie semblerait annoncer de rude, et 
donne un airde bonté à cette figure d'une 
fierté résolue. — Madame Laurent est une 
belle actrice, c'est de plus une grande ar- 
tiste. 



THÉRÉSA 



Elle a raconté elle-même sa vie, ses dé- 
buts, ses grands succès à l'Eldorado et 
surtout à l'Alcazar. Nous renverrons donc 
nos lecteurs aux mémoires publiés en 1865 
par la diva populaire. 

Nous nous occuperons de l'actrice. 

Dans ses mémoires, Thérésa disait : 

« Il paraît que Siraudin a eu l'intention 
de me faire débuter au théâtre. 

« Le théâtre, c'est mon rêve. 

« Je sens que je ne serais pas déplacée 
sur une véritable scène, et que j'ai ce qu'on 
appelle la corde dramatique. Mais où est 
le directeur qui pourrait me donner les 
appointements que je gagne en disant de 
simples chansonnettes? » 

Thérésa, on le voit par cette citation de 
ses mémoires , ne manquait pas de confiance 
en elle. 



GAITÉ 161 

Son rêve devait se réaliser. 

Au commencement de 1867, elle tomba 
malade; pendant près d'une année, le 
public, et il y en avait à cette époque à 
Paris, fut privé de la Femme a barbe. Le 
directeur de la Porte Saint-Martin se dit 
que celui qui engagerait Thérésa pour sa 
rentrée encaisserait quelques bonnes re- 
cettes. On répétait justement 1867, revue 
de Ad. Choler, Saint-Agnan-Choler et 
Koning. 

Il parvint à vaincre les répugnances de 
Thérésa (à prix d'or, c'est vrai). On ne lui 
demandait pas encore déjouer : une chan- 
sonnette de circonstance intercalée dans 
la revue, le Retour de Suzon, devait suf- 
fire à attirer pendant trois mois le public 
à la Porte-Saint-Martin, Thérésa fit florès; 
elle fut accueillie avec transports ; les re- 
cettes affluèrent. L'année suivante, Thérésa 
fut engagée à la Gaîté ; pendant près de 
200 fois, elle chanta les Canards tyroliens 
dans la Chatte blanche. La guerre arriva : 
on oublia Thérésa. 

Après la Commune, elle fuf engagée par 
de Jallais aux Menus-Plaisirs. Là, enfin, 
elle devait avoir un rôle, un vrai rôle. Elle 
joua d'abord le Puits qui chante, ensuite 
la Reine Carotte, qui fut jouée 120 fois. 
Après la Reine Carotte, elle fut de nou- 
veau engagée à la Gaîté, pour jouer la 
Poule aux œufs d'or, 200 représentations. 



162 FOYERS ET COULISSES 

Peu d'artistes certainement sont aussi 
populaires que Thérésa. Partout où elle 
joue, elle est sûre d'amener la foule, même 
pour la Famille Trouillat, qu'elle parvint, 
grâce à deux ou trois chansonnettes, 
à faire supporter près de 70 fois de suite. 

Thérésa vient, paraît-il, d'être engagée 
définitivement par Offenbach, Quand et 
dans quoi débutera-t-elle? On l'ignore. 

De la femme, nous ne dirons rien. Une 
observation cependant. 

Daas ses mémoires, la chanteuse popu- 
laire parle plaisamment de l'économie pro- 
verbiale de M. Billion; et savez-vous le 
défaut attribué, à tort ou ù raison, à 
Thérésa ? 

L'avarice ! ! ! l'avarice ! ! ! 



M'^? THÉO 

Une étoile qui se lève, 

Vaporeuse comme un rêve, 

Blanches dents, grands yeux railleurs. 

Jeu leste, voix chevrotante, 

Que c'est un bouquet de fleurs ! 

Pomme d'Api, voilà comme 

On la nomme 1 
Mais le bruit trop laudatif 
Dont on fête sa naissance 
Peut gâter ce fruit hâtif 
Avant toute sa croissance. 



CtAité 168 

Laissez donc mûrir l'épi, 

Et, si la farine est bonne, 

Vous ferez une courunno 

A Pomme d'Api! 

J'emprunte au Sil'flet les détails qu'on 
va lire : 

Vous souvient-il de ce temps d'affole- 
ment où les voitures de maîtres faisaient 
le tour de l'Alcazar d'été en file double et 
serrée ? 

De ce temps où, du peuple au trône, on 
ne répétait qu'un nom, celui d'une diva 
populaire ! 

Cet engouement était aussi étrange que 
celle qui l'inspirait, car Thérésa n'était pas 
belle et sa voix était presque sauvage. 

Mais, quand le public se met à aimer 
quelqu'un, il l'aime bien. Ses engouements 
ne s'expliquent jamais. 

Aujourd'hui encore, il a sa diva popu- 
laire, son étoile de Bethléem, qu'il suit 
avec amour. 

Hier, il exaltait Judic; aujourd'hui, il ne 
veut plus entendre parler que de Théo ! 

Et cette fois, quel contraste étrange avec 
Thérésa! 

Madame Théo est jeune et jolie, sa voix 
est fraîche et pure, douce et pénétrante ; 
son geste, au lieu de la rudesse grossière 
de Thérésa, est d'une provocation mutine, 
tellement adorable, — qu'on irait l'enten- 
dre, rien que pour la voir. 



164 FOYERS ET COULISSES 

Peu de biographes ont dit son âge 
exact, — cet âge qu'elle n'a encore, heu- 
reusement pour elle, aucune raison de 
cacher. LeGuillois, toujours bien informé, 
est à même de réparer cet oubli. 

D'abord, elle est Parisienne, — tout ce 
qu'il y a de plus Parisienne, — car elle est 
née aux Champs-Elysées. 

Quel doux nid que les Champs-Elysées! 
Quel charmant berceau ! 

Sa mère est madame Anna Piccolo, pro- 
priétaire de ce fameux pavillon de l'Hor- 
loge, qu'on vient de se disputer avec tant 
d'acharnement, — et qui passe brusque- 
ment de la folle chansonneite à la musique 
italienne ! 

Elle est née le 22 avril 1854, — elle a à 
peine vingt ans ! 

Vingt ans et la popularité ! 

Vingt ans et le talent ! 

Ah ! Madame, vous êtes bien heureuse ! 

Ce qui la rend plus heureuse encore, 
c'est qu'elle a pour l'aimer deux jolis petits 
bébés, qui gazouillent déjà comme une 
fauvette et un rossignol. 

La fauvette, c'est la petite Madeleine, 

A vingt ans, la biographie n'est pas 
encore bien longue, — mais quand on tra- 
verse une époque comme la nôtre, elle 
est déjà bien remplie. 

Madame Théo a débuté pendant le siège, 
dans un concert donné au profit des ambu- 



GAITÉ 165 

lances. Oui, elle était à Paris, sa ville na- 
tale, pendant ce siège où nous avons tant 
souffert de la faim et du froid. Cette nature 
frêle a supporté victorieusement toutes nos 
privations, mais cela n'a pas contribué à 
lui donner des forces ! 

Le soir de ce concert, il gelait à pierre 
fendre et le canon faisait la basse. 

Oh ! elle ne faisait pas que grelotter, ce 
soir-là ! Elle tremblait ! 

Pensez donc ! Affronter le public pour 
la première fois. 

Mais, il le fallait; on dépensait tant pour 
manger si peu !... 

Je la vois encore vêtue de sa robe 
blanche, aussi simple que sainte Mousse- 
line elle-même. 

Elle chanta : Fontenay-aux-Eoses, Oui, et 
le Pigeon blessé, romances de Lhuillier. 

Ce fut un charme général. On l'applau- 
dit, mais pour son excessive simplicité, et 
l'on bissa son talent révélé. 

Ce succès dura trois jours de suite, ne 
faisant que s'accroître à chaque nouvelle 
audition. 

Alors , le régisseur des Variétés , 
M. Rousseau, l'unique directeur pendant 
le siège, n'hésita pas à lui offrir un enga- 
gement à son théâtre. 

Madame Théo rougit de plaisir. Elle se 
souvenait des leçons d'Halèvy; elle se 
souvenait surtout des leçons de Wartel, 



166 FOYERS ET COULISSES 

son vrai maître; elle so souvenait que sa 
mère, par un pressentiment singulier, 
avait déjà voulu en faire une artiste ; elle 
savait maintenant qu'elle pouvait être elle- 
même, naturelle, primesautière, et qu'elle 
plairait plus qu'avec une correction par- 
faite ; elle n'avait plus peur du public... 

Elle accepta. 

Oui, mais c'était pendant le siège... 

Et quand elle débuta aux Variétés, c'était 
déjà la Commune !... 

Elle remplit le personnage d'Odette 
dans le Beau Danois... 

Au bout de huit jours, sous la pression 
des événements, le théâtre fermait.,, et 
Géligniery devenait ambulancier... 

On a raconté son héroïsme pendant la 
dernière et sanglante lutte, quand on vou- 
lut brûler sa maison, et que pour fuir elle 
fut obligée d'affronter les dangers de la 
rue et des barricades. 

Ne nous y attristons pas. 

Elle remplaça Judic à l'Eldorado, quand 
Judic partit pour la Belgique. 

Madame Théo est elle-même. 

A l'Eldorado, elle a créé : J'viens de me 
marier, — J'suis grise, — Coquin d' Prin- 
temps, — Fauvette et Bouvreuil, — la Fri- 
leuse, — la Peureuse, — la Rieuse, — 
Toc- Toc, etc., etc. 

Parmi les opérettes qu'elle a jouées, il 
faut citer : le Coc/ en jupons, — Madame 



GAITÉ 167 

Nicolas, — le Par/e de Madame Malbo- 
rougb, les Horreurs du Carnaval..., de. 

Pendant l'Exposition de Vienne, enga- 
gée au Karl'Theater, elle obtint tant de 
succès qu'Offenbach, pour la rendre à 
Paris, l'engagea à la Renaissance. 

Elle fut charmante dans Pomme d'Api. 

Elle fit de la Parfumeuse un immense 
succès, qui a atteint plus de 200 repré- 
sentations. 

Le Monsieur de l'orchestre, du Figaro, 
s'exprimait ainsi sur la digne émule de 
Judic , lors de l'ouverture du nouveau 
théâtre de la Renaissance : 

a L'étoile qui doit attirer dans la caisse 
de AL Hostein des recettes pharamineuscs, 
la femme à sensation dont le nom doit 
briller en vedette sur les affiches de la 
Renaissance, la débutante qu'on attendait 
avec une certaine curiosité, c'est Mademoi- 
selle Théo. 

« Il ne m'appartient pas d'apprécier l'ar- 
tiste, ni même de dire si les espérances de 
la direction ont été ou non confirmées ; 
tout cela est du domaine de mon collabo- 
rateur Bénédict. Mais quelques renseigne- 
ments sur la femme sont de ma compé- 
tence. 

« De tout temps Paris, à côté de ses 
étoiles dramatiques, a voulu avoir des 
contre-étoiles. A côté de la Patti, il y a eu 
Nilsson ; Lagier a essayé de contre-balan- 



168 FOYERS ET COULISSES 

cer la vogue de ïhérésa; maclemeiselle 
Théo vient faire concurrence à Judic. Elle 
débute dans un rôle écrit pour Judic ; 
comme Judic, elle vient en droite ligne du 
café-concert. Seulement, c'est une Judic 
blonde. 

« Elle est fille de M™® Anna Piccolo, qui 
fut pendant longtemps la directrice du pa- 
villon de l'Horloge, un des premiers cafés 
chantants des Champs-Elysées. 

« La petite Théo fut élevée derrière le 
comptoir, entre un bock et une chanson. 
Toute petite, elle sut par cœur le réper- 
toire de la troupe maternelle. 

« Mais i\ï^® Piccolo vendit un jour son 
établissement à M. Thomas, du Soleil. 
Celui-ci y installa un gérant inhabile ; 
l'affaire périclita, et M"^^ Piccolo y perdit 
une partie de sa fortune. 

« C'est alors que sa fille sentit la voca- 
tion se réveiller en elle. Elle débita d'abord 
aux Variétés, dans une opérette de Lecocq, 
puis le directeur de l'Eldorado lui fit des 
propositions si belles qu'elle se décida à 
entrer à l'Eldorado. C'est à l'Eldorado 
qu'Offenbach l'a enlevée à prix d'or. 

« M'^® Théo est mariée à un ex-tailleur, 
M. Vachot, très-jeune et très-joli garçon, 
qui reprit pour son compte la brasserie 
fondée par l'artiste Castellano, qui, à un 
moment, blasé des succès du théâtre, avait 
songé à se reposer dans les modestes 



GAITÉ 169 

occupations de marchand d'eau cliaude, et 
qui, plis quelques moments après de la 
nostalgie du lustre, remonta sur la scène, 
et dirige maintenant l'ex-Théâtre-Lyrique. 

« M"'^ Théo est, de plus, cousine de 
M. Planchet, cafetier du théâtre, qui a 
joué quelque peu la comédie. 

« On le voit, l'estaminet joue un grand 
rôle dans la vie de Pomme d'Api. » 

Depuis Pomme d'Api, Théo a créé avec 
le succès que l'on sait la Jolie parfu- 
meuse. Pendant quatre mois, elle a joué la 
pièce à la Renaissance. Elle vient encore 
de la jouer soixante fois aux Bouffes. 

M"^ LAURENCE GRIVOT 

La petite Laurence arriva des Batignolles 
au Vaudeville et y débuta dans la Clier- 
cheuse d'esprit, avec son camarade Grivot 
(qu'elle épousa quelque temps après). Elle 
y eut un succès remarquable, suivi d'au- 
tres créations charmantes. Entre autres : le 
Ménage en ville, la Jeunesse de Piron, le 
Sacrifice, etc., etc. Du Vaudeville, elle 
passa à la Gaîté, où elle joua la Grâce de 
Dieu, et fit recette, malgré la guerre et la 
Commune. Puis elle alla une année au 
Caire, et fut engagée par Offenbach, qui 
la fit débuter à la Renaissance dans la 
Permission de dix heures; puis elle créa 



170 FOYERS ET COULISSES 

la Jolie Parfumeuse, Bagatelle aux Bouf- 
fes. Madame Grivot vient de créer le PHit 
Bonhomme pas plus haut qu çadans Madame 
r Archiduc. S'est fait remarquer aux mati- 
nées littéraires dans le Chérubin de Fi- 
garo, dans le Philosophe sans le sa- 
voir, etc. Pourrait être aussi bien aux 
Français qu'aux Bouffes. C'est une comé- 
dienne de premier ordre; elle porte le 
travesti comme Déjazet. Elle est arrivée, à 
force de travail et de volonté, à chanter 
d'une façon charmante. Maintenant son 
nom est fait : il restera. — Adore son mari, 
qui le lui rend avec usure. 

AIMÉE TEiSSANDIER 

1^*^ rôle de drame. — A commencé sa 
carrière militante à Bordeaux. De là, elle 
passa à Bruxelles et à Reims , d'où Lafon- 
taine la fit engager. Elle commença l'étude 
de l'histoire de France au moment où la 
Gaîté monta Jeanne d'Arc, mais ses oc- 
cupations théâtrales ne lui permirent pas 
d'aller plus loin que le roi Charles VII. En 
ce moment, madame Aimée Teissandier 
est en congé au Caire. — Curieux détail 
pour les initiés : n'aime pas les marchands 
do meubles. 



GAITÉ ni 



MARIE VANNOY 

Fille de l'excellent Vannoy, de la Porte- 
Saint-Martin. Débuta à l'Ambigu, passa au 
Gymnase, où elle créa d'une façon remar- 
quable ï Abandonnée, de François Goppée ; 
repassa à l'Ambigu, fut engagée à la Gaité, 
qui la prêta à l'Ambigu ; revint cet hiver à 
la Gaîté, qui la re prêta à l'Ambigu. 

Elle vient de créer, à ce théâtre la Prin- 
cesse Amélie dans V Officier de fortune. 

M"^ ANNA DARTAUX 

Sous le nom d'Anna Godot, fut danseuse 
aux Folies-Marigny et à l'Opéra-Comique. 
Après cela, elle débuta aux Bouffes, dans 
le Moulin Joli, de Varney, où la culotte du 
dragon promettait tout ce qu'elle a tenu. 

Passa de Bordeaux à Anvers , Gand, 
Bruxelles. Adorée dans ce coin de Belgi- 
gique, où elle faisait la pluie et le beau 
temps, elle fut engagée à Paris pour créer 
l'Eurydice, d^Orphée. Mais à la suite de 
difficultés qui s'élevèrent entre son direc- 
teur et elle, elle ne créa que Pomme d'Api 
et la Permission de dix Iieures. A la 100^ 
d'Orphée, elle reprit le rôle d'Eurydice. 
i\ri° Dartaux est une charmante Dugazon, 
qui aie tort de se croire première chau- 



172 FOYERS ET COULISSES 

teuse. Sa voix est chaude, pure, excellente. 
Elle quitte la Gaîté ou la Gaîté la quitte, 
comme vous voudrez. Les Russes lui font 
un pont d or, mais qu'elle prenne garde à 
la Sibérie. Dans tous les théâtres où elle 
passe, elle laisse la réputation d'une pen- 
sionnaire très-difficile, et l'on ne plaisante 
pas avec le Nord. 



MATZ-FERRARE 

Vous souvient-il de la petite Denise 
Ferrarc ? Enfant du Cirque et cabotine des 
pieds à la tète, elle joua maint et maint 
rôle, tant à Paris qu'en province, jusqu'au 
jour où elle se fit remarquer au Théâtre- 
Historique dans Léonard. Après quoi, elle 
refit son tour de France en gai compagnon. 
C'est à Bordeaux qu'elle épousa M. Matz, 
pianiste. Depuis, entre Bordeaux, l'Italie 
et Marseille, elle obtint de grands succès 
dans toutes les pièces d'Offenbach. — Elle 
revint à Paris et fut engagée aux Menus- 
Plaisirs pour créer le principal rôle de 
l'Eléphant blanc. Elle créa après cela la 
Liqueur d'or, qui fut arrêtée à la dou- 
zième. — La déconfiture des Menus- 
Plaisirs lui permit d'être engagée à la 
Gaîté, où elle créa Cupidon dans Orphée. 
— Madame Matz est restée un peu trop en 
province. Si, depuis Léonard, elle n'avait 



GAITÉ 173 

pas quitté Paris, ce serait aujonrd'lmiune de 
nos principales étoiles. Elle a tout ce qu'il 
faut. Pourtant, il lui manque le je ne sais 
quoi si cher aux Parisiens. Une création 
importante peut le lui donner, à moins 
qu'elle ne préfère retrouver au-delà de nos 
fortifications les grands succès qu'elle peut 
y oljtenir. Le cadre do la Gaîté est un peu 
fort pour elle. A la Renaissance , une telle 
artiste serait un trésor... le trésor des 
Fer rare. 



MARIE BRINDEAU 

Fille de M. Brindeau, le sociétaire de la 
Comédie-Française. A beaucoup joué dans 
les villes d'eaux et dans les salons, et le 
plus souvent avec M. Febvre, du Théâtre- 
Français. Elle a joué à l'Odéon et au Chà- 
telet, dans le JuJi'-Erraiit, dans la Maison 
du Baigneur. 

Les étoiles de première grandeur Font 
empêchée jusqu'à présent de briller comme 
elle le pourrait faire au milieu des autres 
constellations dramatiques. 

AN6ÈLE 

Bordelaise — ce qu'on ne croirait pas à 
voir son pied, — née pour jouer les Vénus. 



174 FOYERS ET COULISSES 

— A paru au firmament dramatique, dé- 
couverte par l'astronome Bernard-Latle et 
présentée par le savant Gogniard. — C'est 
ce qu'on appelle un beau brin de fille ; ah! 
mais pour un beau brin, c'est un beau brin. 
Ce qu'elle aime le théâtre, et les artistes, 
donc ! Dans le drame, c'est le traître qui la 
passionne le plus. Mais ne parlons que 
à' Orphée, où Vénus est toute à Mars. La 
belle Angèle, en souvenir de son ancien 
théâtre, est restée le plus ferme soutien du 
café du Ghàteau-d'Eau. 

Jamais d'Artagnan des Mousquetaires ne 
vint chez Planchet si souvent qu'Angèle. 
Plusieurs théâtres l'ont demandée à Of- 
fenbach pour des rôles non distribués. Le 
maestro a refusé, préférant garder ses ri- 
chesses, et répondant: « A la vue dételles 
actrices, mon public en grille ; peu m'im- 
porte que les autres en gèlent, » 

U^^ BERTHE PERRET 

La chaste Diane. En sortant du Conser- 
vatoire, elle entra aux Folies-Dramatiques, 
d'où elle sortit, avec un procès gagné par 
elle, pour entrer à l'Opéra-Gomique, d'où 
elle sortit pour se fixer à la Gaîté. Elle n'a 
encore joué que dans Choufleury et les 
Dames de la Halle à la Renaissance. 

Excellente musicienne, travailleuse et 



GAITÉ 175 

intelligente, elle supplée, à force de tra- 
vail, à la facilité vocale que la nature lui a 
refusée. Aucune création n'aura pour elle 
le relief de Diane, qui l'a fait valoir comme 
femme et comme artiste. Sa ligne droite 
fait merveille au milieu du déhanchement 
de l'Olympe, J'en appelle à tous les pein- 
tres. 



ELVIRE GILBERT 

Débuta au Théâtre-Lyrique par un rôle 
de bohémienne muette, dans la Fiancée 
d'Ahydos. A la suite de ce début, elle passa 
par la Porte-Saint-Martin, où elle fit ad- 
mirer sa jolie jambe dans un page im- 
portant de la Biche au bois , puis elle alla 
à Berlin, dans la troupe de M. Luguet. où 
elle obtint de très-grands succès. De retour 
à Paris, elle laissa Melpomène pour Tha- 
lie, et passa aux Bouffes, où elle créa, 
entre autres, le Fifre enchanté. Des Bouffes 
à la Gaîté, où elle joua la Chatte blanche, 
et la belle Pompéienne dans le Pioi 
Carotte. 

Un profil grec, des formes presque irré- 
prochables, une voix agréable, une nature 
tranquille, telles sont les qualités de cette 
jeune première, qui a déjà ï opinion pu- 
blique pour elle. 



176 FOYERS ET COULISSES 

BLANCHE MÉRY 

Un petit frou-frou qui vient des Variétés. 
Leste, vive, gaie, fine, intelligente, faisant 
beaucoup de bruit. Signes particuliers : 
des bras dignes de Canova. Fera quand 
elle le voudra une soubrette pour le Vau- 
deville ouïe Gymnase. 

PAULINE LYON 

A commencé au Palais-Royal, sous le 
simple prénom de Pauline. De là est partie 
au Portugal pour le théâtre français de 
Lisbonne (1852), puis a été dans l'Amé- 
rique du Sud, où de comédienne elle s'est 
transformée en modiste. Après avoir 
amassé un petit pécule, est revenue en 
France, où elle a repris la scène sur le 
théâtre Déjazet et autres. Christian-Jupi- 
ter ne pouvait rêver une plus appétissante 
Junon. 

M""^ JEAULT 

Femme de Jeault, l'amusante ganache 
des Folies-Dramatiques. M'"*^ Jeault, qui a 
de la barbe au menton comme feu 
^|me Thierret, est depuis un temps immé- 



GAITÉ 177 

morial à la Gaîté. On dit même qu'elle ne 
se rappelle pas avoir joué ailleurs. 

jM""^ Jeault a plusieurs cordes à son arc, 
notamment celle da commerce. Elle vend 
de la parfumerie à la Gaîté, pendant que 
son mari en vend, de son côté, à ses 
camarades des Folies- Dramatiques. 

M. et M™^ Jeault sont sûrs de rester en 
bonne odeur dans leur théâtre respectif. 

JUUÂ H. 

Une jolie petite souris qui trotte menu, 
parle de même, et se défend comme une 
lionne quand on l'attaque. 

Mère d'un adorable petit bébé. Elle a 
passé par les Yariélés et par l'Amérique 
avant de se fixer à la Gaîté. — Elle doit 
avoir des valeurs à la Bourse , car elle ne 
parle jamais que de reporter. 

MAURY 

Elève du Conservatoire. Très-aimée de 
toutes ses camarades, qui, fait rare, ne 
cassent pas de sucre sur son compte. — 
Une excellente voix, peut-être la meilleure 
de la maison. 

CASTELLO 

La Sagesse, mesdames et messieurs, la 



178 FOYERS ET COULISSES 

Sagesse... dans Orphée. D'ailleurs, a si 
bien muré sa vie privée, qu'il est bien 
difficile d'en franchir le seuil. — Au phy- 
sique, c'est un camée. Au moral, c'est une 
femme distinguée qui possède plus de bon 
sens à elle toute seule ({ue toutes ses cama- 
rades réunies. Au théâtre, on la trouve un 
peu pincée. Dame! quand on joue la Sa- 
gesse... 

DURIEU 

La belle ribaude de Jeanne d'Arc a fait 
la connaissance au quartier latin de son 
mari, le docteur D***, dont elle commença 
la clientèle. Un excellent ménage. Lorsque 
madame chante, monsieur est dans la salle, 
tremblant de peur. Lorsque monsieur a 
une opération difficile, la voix de madame 
s'en ressent le soir. 

Bref, son mari la quittant rarement, elle 
est aimée, choyée et protégée à la ville 
comme au théâtre. 



DAVENAY 

La femme la mieux faite de Paris, — 
après la belle Mariani, de sculpturale mé- 
moire. Rieuse, elle adore les histoires 
folichonnes ; quoique fidèle à l'élu de son 
cœur, chaque fois qu'on raconte devant 



GAITÉ 179 

elle un fait croustillant, elle en rit à 
Georges chaude. 

GQBERT 

L'ex-Gobert de l'Ambigu au temps de ce 
bon monsieur de Chilly. Désespérée de 
faire si peu de chose à la Gaîté, mais à qui 
la faute ? Très-bonne petite personne ; elle 
adore son chien. 

IRIART 

Une voix, un nez, — un nez, une voix. 
— Adore la flanelle. — Son air favori 
est : 

Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans 1 

r/lARlE GODIN 

Est le représentant femelle de la dynastie 
des Godin au théâtre de la Gaîté. 

Fille du souffleur et sœur du second 
chef d'orchestre, elle les confond tous deux 
dans le même regard. — A doublé au pied 
levé Judic dans le Roi Carotte. 

METTE 
Ancienne fourmi du Boi Carotte. Elle 



180 FOYERS ET COULISSES 

était alors mince, mince, mince, comme 
col insecte. Aujourd'hui qu'elle est devenue 
madame Beaudu, la fourmi a pris l'cm- 
hompoint... du mariage. 

Bonne, douce, aimable, et pas canca- 
nière du tout : voilà tout le mal que nous 
pouvons en dire. 

SYLVANÂ 

Quoique Gaston Mathieu lui ait fait des 
portraits les plus ressemblants du monde 
et qu'elle soit très-jolie femme, on re- 
tourne toujours la photographie... Je ne 
comprends pas pourquoi... j'en suis tout 
étonne... Sylvana a dû ses débuts à l'in- 
fluence de la presse. Peu patiente, elle ne 
donne pas beaucoup de ses lectures. Pour 
elle, un journal n'est qu'un éclair. 

CONTI 

Arrivait de la province et y est re- 
tournée. 
En reviendra-t-elle? 

GUIOTTI 

Possède de très-beaux cheveux noirs, 
avec lesquels elle se coiffe le plus mal du 



GAITÉ 181 

monde, chante agréablement... au-dessus 
de la note. A refusé de jouer Vesta dans 
Orphée. Pourquoi? 



LES SŒURS ALBOUY 

Aucune parenté avec la rue de ce nom. 
L'une, petite et grosse, a eu beaucoup de 
succès à Garpentras dans le Violoneux. 
L'autre, jeune et douce, a créé, à la Re- 
naissance, la quatrième femme de chambre 
de la xJolio Parfumeuse. Si les Yapereau 
de l'avenir ne trouvent pas ces renseigne- 
ments suffisants, je donne ma langue au 
chat. 

CÂPET 

Femme du régisseur de l'Eldorado, et 
très-aimée de ^F*^ Godin. G'est tout ce que 
les biographes peuvent trouver sur son 
compte. 

GRArîDPBÉ 

A créé Pandore dans Orpliée. Belle fille* 
Tel était son talent. Le jour de la 20« re- 
présentation, elle oublia le chemin de la 
rue de Réaumur. Les recettes n'en ont 
point baissé. 



182 FOYERS ET COULISSES 



JEANNE EYRE 

Qui s'appelle de son vrai nom Lefebvre. 
- Pose chez Nadar. 



DEBRYAT 

Surnommée plantureuse par Christian. 
Cette charmante enfant a toujours l'air d'un 
bonbon fondant dans lequel on aurait mis 
trop de sucre. Elle fait bien au théâtre, 
mieux encore à la ville. Je ne vivrai jamais 
assez longtemps pour la retrouver au 
Théâtre-Français. — N'est pas parente 
Debrya t-Sa varin . 



PAULY 

9 9 9 

1 iVl *! ! 



Mlle V/AGNER 

Sœur d'un dentiste. — Si grande, si 
grande, qu'elle dérangerait les frises en 
entrant en scène. 

Musicienne émérite, polyglotte. Elle 
quitte la Gaîté pour entrer au Théâtre-Ita- 
lien. 



GAITÉ 183 

Elle laisse à la Gaîté quelques amies 
éplorées. 

Pendant deux ans , fit partie du Conser- 
vatoire, dont elle sortit fruit sec, ce 
qui étonnera toujours ceux qui connais- 



DANSEUSES 

M"^ THÉODORE 

L'étoile de l'année dernière. — Un grand 
talent. 

FONTABELLO 

C'est l'Italienne pur sang, la danseuse 
intrépide, folle de son art et s'élançant au 
début d'une variation, comme on s'élance 
à l'attaque d'une redoute. Le théâtre pour- 
rait sauter, que sur ses ruines on la re- 
trouverait toujours, souriante, furieuse, 
endiablée et terminant son écho aux ap- 
plaudissements... des pompiers. — Très- 
aimée du public de la Gaîté. — A toutes 
les premières, elle remporte le succès du 
ballet. A la ville, c'est un bon garçon, ca- 
marade avec tous et fière du sang italien 
qui coule dans ses veines. — Dernier dé- 



18 4 FOYERS ET COULISSES 

tail : n'entrerait jamais en scène sans faire 
le signe de la croix. 

CHRiSTINA P.OSELLi 

1" danseuse. L'étoile du jour. 17 ans, 
petite, noirotte, une Bosaki de l'avenir. 
Arrive de l'Italie, où elle cueillit à Reggio 
ses premirs lauriers. Ne sait pas sourire, 
chose rare pour les danseuses , et quand 
elle veut sourire au public au milieu d'une 
variation, elle a l'air de dire : « Mon Dieu, 
que mon pal me gène. » 

DEL POZZO 

A filé de la Gaîté sans tambour ni trom- 
pette en Amérique. Le tribunal l'a con- 
damnée à payer 3,000 francs de dommages- 
intérêts. — Avis aux consuls. 



PREMIERES DANSEUSES 

ROSINÂ BRÂMBILLA 

Une Italienne qui se francise. Elle était 
à Bruxelles il y a deux ans, à Lyon l'année 
dernière. Danseuse correcte, elle a de 
petites mines fort bonnes à voir. 

Le demi- caractère est son lot. 



185 



LÉONTINE VERNET 



Danseuse de race. Débuta à l'Opéra, 
[.'une des danseuses les mieux faites qui 
existent. De l'école et du cachet. 

Bonne petite personne. Simple et con- 
sciencieuse, elle n'a d'autres signes parti- 
culiers que de faire du crochet du matin 
au soir et d'adorer ses cinq ou six chiens, 
qu'elle regrette bien de ne pouvoir amener 
au théâtre avec elle ; mais on est si sévère 
à la Gaîté... 



EUGÉNIE PELLETIER 

Femme de M. Buisseret, le maître de 
ballet des Folies-Bergère. Ne manque pas 
d'un certain effet sur le public ; seulement 
finit un peu trop ses variations comme un 
clown. Se plaint toujours du directeur, 
des administrateurs, du maître de ballet, 
de ses camarades, des habilleuses, de ce 
qu'elle a dansé, du temps qu'il fait, bref, de 
tout le monde et d'elle-même. A cela près, 
parfaitement contente. 



186 FOYERS ET COULISSES 

2»" PREMIÈRES DANSEUSES 

ENRICHETTA NIAURY 

Nouvelle arrivée. Grande, blonde, plan- 
tureuse, du ballon, et du ballon. Ne quitte 
Jamais sa camarade Salvadori. 

MARIE GARDES 

Est sortie petit à petit des rangs du bal- 
let de la Gaîté. Il va sans dire qu'elle est 
très-protégée par le maître de ballet, et 
qu'elle mérite cette assiduité par son tra- 
vail constant. Un peu maigrelette, il ne 
lui manque que d'engraisser un peu pour 
devenir une charmante petite étoile. Avec 
Herbinot et vSolari, constitue le trio gamin 
du ballet. 

2^^« DANSEUSES 



AUGUSTINE HERBINOT 

Une très-gentille petite enfant, un peu 
trop douillette. A débuté au théâtre du 



GAITÉ 187 

Chàteau-d'Eau. Rieuse, alerte de son na- 
turel. Ses camarades lui reprochent de ne 
pas aimer les bains froids. 

LAURA GâRBAGNATI 

Est arrivée d'Italie comme simple dan- 
seuse du corps de ballet. Ses excellentes 
dispositions, son assiduité et son intelli- 
gence la firent vite remarquer du maître 
de Ijallet. On lui fit danser à l'improviste, 
devant tout le monde, une variation, et elle 
passa d'emblée seconde danseuse. 

Modeste et intelligente, elle parlait cou- 
ramment français au bout de trois jours 
qu'elle était à Paris. 

ANTONiA GARDES 

Un maréchal du corps de ballet qui, 
pour avoir conquis ses grades à l'ancien- 
neté, n'en est pas moins fort agréable à 
voir. 

CAMILLE PERROT 

Petite, maigre, travailleuse et méritante. 
Son époux est i^"^ violon à l'Opéra, et 
fabrique des chaussons de danse à ses 
moments perdus. 



188 FOYERS ET COULISSES 

EMMA SALVADQRI 

Brune, lymphatique. Ne quitte jamais sa 
camarade ISIaùry. 

ELVIRA VIOLA 

Prima guida — di prima quadrilla. 
Una bella figlia ! ! ! ! ! 

MASCONI 

A de bien vilains bras — comme dan- 
seuse, s'entend, mais une bonne petite 
personne tranquille, qui sourit impertur- 
bablement dans toutes les occasions de la 
vie chorégraphique. 

SOLARI 

Une enfant de la maison. De sérieuses 
qualités, tant comme danseuse que comme 
femme. Mériterait le prix INIonthyon. Esti- 
mée, méritante, mais rieuse, rieuse, rieuse 
comme une enfant de la Gaîté. Ses cama- 
rades l'appellent le clown. 



FIN DU TOME DEUXIEME ET DERNIER 



Henry Buguet. 

Décembre 1874. 



EN VENTE 

A LA MÊME LIBRAIRIE 



FORMAT IN-18 



OPERAS COMlûlES ET OPERETTES 

BAGATELLE, 1 acte 1 fr. 50 

LA FILLE DE M"^^ ANGOT, 3 acUs.. i » 

LA LIQUEUR D'OR , 3 actes 2 » 

LA JOLIE PARFUMEUSE, 3 actes.. . 2 » 

LE FLORENTIN, 3 actes 2 

DON GÉSAR DE BAZAN, 3 actes.. . 1 » 
LE PREMIER JOUR DE BONHEUR, 

3 actes i » 

LA FANCHONNETTE, 3 actes. ... 1 » 

VERT-VERT, 3 actes 1 « 

RÊVE D'AMOUR, 3 actes 1 » 

MAZEPPA, 3 actes 2 » 

POMME D'API, 1 acie 1 50 

LA PERMISSION DE DIX HEURES, 

1 acte d » 

LA LEÇON D'AMOUR, 1 acte. ... 4 >^ 

MAITRE PATHELIN , 1 acte 1 » 

LES PAPILLOTES DE M. BENOIST, 

1 acte 1 > 



LE NOUVEAU SEIGNEUR DE VILLAGE, 
1 acle 1 fr 

LA NUIT DES NOCES DE LA FILLE 
ANGOT, 1 acle 

LES FDLIES AMOUREUSES, 1 aclC. . 

LES BAVARDS, 2 n:!cs 

ELISABETH OU LA FILLE DU PROS- 
CRIT, 3 ados 

DON GREGORIO, 3 aclcs 

MARIÉE DEPUIS MIDI, 1 acte. . . 

L'ÉCOSSAIS DE CHATOU. 1 oClc. . 



50 



DESCLÉE 

BIOGRAPHIE & SOUVENIRS 

PAR 

EMILE DE MOLÈNES 

Un joli volume in-18, orné d'un très-beau 
portrait à l'eau forte. Franco. . 3 fr. 50 



OUVRAGES 

SUR LA CHASSE 

PAR 

ELZEAR BLAZE 



LE LIVRE DU ROY MOOUSET LA ROYNE RACIO. 

— Recueil des anciennes chroniques de 
chasse. 1 beau vol. gr. in-8°. . . oO fr. 

LE CHASSEUR AUX FILETS OU LA CHASSE 
DES DAMES. — Contenant les habitudes, 
les ruses des petits Oiseaux, leurs noms 
vulgaires et scientitiques, l'Art de les pren- 
dre, de les nourrir et de les faire chanter 
en toute saison, la manière de les cngrais- 
ser,de les tuer et de les manger. Un vol. 
in-8°, très-rare (épuisé) 30 fr. 

HISTOIRE DU CHIEN CHEZ TOUS LES PEUPLES 
DU MONDE, d'après la Bible, les Pères de 
l'Eglise, le Koran , Homère, Aristote , 
Xénophon, Hérodote, Plutarque, Pausanias, 
Pline, Horace, Virgile, Ovide, Jean Gaïus, 
Paulini, Gessner,etc. 1vol. in-S rare. 15 fr. 

LE CHASSEUR AU CHIEN COURANT. — Conte- 
nant les habitudes, les ruses des Bêtes, 
l'Art de les quêter, de les juger et de les 
détourner, de les attaquer, de les tirer ou 
de les prendre à force; l'éducation du Li- 
mier, des Chiens courants, leurs mala- 
dies, etc. 2 vol. in-18 7 fr. 

LE CHASSEUR AU CHIEN D'ARRÊT. — Conte- 
nant les habitudes, les ruses du Gibier, 
l'Art de le chercher et de le tirer, le choix 
des Armes, l'Education des Chiens, leurs 
maladies, etc. Un volume in-18. 3 fr. 50. 



CABINET SECRET 

DU 

MUSÉE ROYAL DE NAPLES 



L'art ancien et l'art au moyrn âge ne se 
piquaient pas d'une pudour bien chaste; les 
plus admirables chefs-d'œuvre sont souvent 
accompagnés de détails obscènes qui en ren- 
dent impossible l'exposition aux yeux de 
tous. Le cabinet secret du roi de Naples est 
la seule galerie au monde oîi l'on se soit 
proposé de réunir tous les chefs-d'cjeuvredm- 
pudiques. Le livre qui les reproduit est 1, in- 
dispensable complément de toutes les col cc- 
tions de musées, et doit trouver place dans 
un coin secret de la bibliothèque de l'artiste 
et de l'amateur. 

1 beau vol. in-4° grand-raisin vélin, orné 
de 60 planches, représentant les peintures, 
les bronzes et statues erotiques qui existant 
dans ce cabinet. 

Figures noires, broché 40 fr. 

Figures coloriées, broché 60 tr. 

LE MÊME, avec les deux collections 
de gravures r.oires et coloriées sur 
papier de Chine demi-rel. dos en 
veau à nerfs 120 fr. 



Imp. Richard-Berthier 18 & 19, pass. de l'Opéra. 





^r " 








''>&Aavaaii-i^'^' ^^o^mmi^ 



^l•LIBRARYQc. 




A\\[UNIVER% 



^lOSANCEli-j^^ 




^m nvo- jo^ <rii]3Nvsoi^ "^/^aaMNomv^ 



:OfCALIF0/?^ 




&Aavaan# 



.^WEUNIVERVa 



v>:lOSANCElfx> 




^ — 



3> 



^lOSANCElfj> 




-v^jMlIBRÂRY^/ 



>^IL1BRARY(9/: 




J'5a3AINn3WV^ '^(ÏOJlIVOJO'f^ "^«{/OJTOJO^^ 



^lOSANCElfx* 




î'^iiaAiNn-îvw 



^OFCAIIFO/?^ 



>;,OFCAilF0/?;j^ 




^(^Anviiain^"^ 



^^AMani^ 



Sl-lIBRARYQr^ A\\EUNIVERS'/A ^^^:lOS•ANCElfJ> 





^//5talHU^ 000 069 754 







.^WE•UNIVER% 



).jo-^ ^({/ojiivojo^ ^Ji^iaoNvsoi^ 




avIOSA 



ê .< 



^ c~ï = O I I I ?!? 




.\WEUNIVERVa 

ce 
< 



<ril33NYS01^ 




irni 

:52 



ER% v^lOSANCELfj^ 



-^lllBRARYQ^ 




^OJIIVDJO'^ %0JI1 






^OFCAIIFOff^ 




^(?AavHaii#' 



^RYQ^^ ^nM-IIBRARYQ^^ A\^EUNIVER% ^lOS-/