(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "La mécanique des langues, et l'art de les enseigner [microforme]"

3* * 



'>- 







^VES lANGÛES, 



V 



ET L'ART 
J>E LES EmB IGNE R. 



% 



' A. ' ^ 



t Pai^ M. Pl^chî^ 











A p 4 RI s, 

à la Vcno. ^ 



.t 



A- J. 



M. 1>C C IL ' 

\Avec j^fprêbmim & Privilège in Roi. 



:s 



% 



^ 



•»M|#' 



% 



-^ 



r*> 



j. 




*,tUM%imm¥\ mtu 




iii i il i.» ' ■ M ix^ t ^ •^■ i-m >0 i f 



i t*»^ 



ifm* 









où l'ori compare ;iotre mé- 
thode d'apprendre les 
Langues lavantes, 

■ .■:' ■■':■ / • '"■'■'■' "^ 
Avec U manière dent Us 

Romains a^brenoient la - 

langi» d'Athènes. 

U o I jiu'u N E méthode 
^_^ dé'traîwr les fcîences paflè 
pour ètrt ancienne parmi nous , 
&que la coutume iemble nous 
en mire une loi 5 il peut arriver 
ttiic npusy appercevions^les^é- 
wuts & que rexoérieficenoié 
^vahiijcie de la réalité -dii 
délbrdre. Fàjiit. U auflîtôt de, 
mânde^ rintroduâion d'une pra- 





/ 



> ; 



'4 



r- 



^r 



\ 



mi 



\ 



( 



1* ' 



.-*. 




■ II» , pf ^iim I j ■ tu mttmfmm^^mm^ 



'.l- "./r^ 



t- \ 



o 



/ 



% 






> ; ;; j^ toftttè dîflfërencé , & l*cii- 
' isè^^ de celle qui eft 

^i^aibiit ) une telle conduite feroît 
peu prudente. Ce n'eft pas aflfez 

Eft-^on fur , ipn changeant y de 
n^avoir point d'autre da^^r i 

craindre I 

Si cependant ce qui êl 
écart 2c \ifi^ allongement , fe 
pouvbit recik'efler par ua pli 
preique infeàfible , èc fe changer 
en tniefix ii|ms toucher ni à k^ 
forme ^ ni aux exercices de l'an-- 
cîen établîilernent > il y auroît 
alors de la bizarrerie à ne^ou* 
loir pas faciliter ^ à iî peu de 
firais ) un avantage certain. Ce 
â^t entretenir le mal ^ec 
iibftinatfén , ou fe croire infait 
lible en tout v& exempt d'écoo* 
teraucutf ayis«; * , ; 

Voilà ce que nous éprouvons 



4«* 







appretmfll^ 
â,I^nxes, ii y régne 



•■•."«•^ ^SftMAdl 



»-<« » I »nni[ < w 



pfmim* 



mÊÊÈâàmÊàmiÈim iiiffiriiîiiiiiini 



r;> 



••■:>''*"ïr*r*n- 



» ,. . H„ 



/-■•. 



:f\"l^^- 



f< 




«ià''litcoti>»|éiiiM« <^uî lés 
«ttguir & ttj ^mr<le les 
^g»ès. Nou^nivèCi^ en maftû »„ 
renu^ éprouvé & facile. Um 
m «n? cbnceiM ^««rtitèr é^ Tw 
toge cn^ fti»6îr èsow V «î <K^i» 
«a* de le ïwfttreèii pratique 
,!**!; *gard pour la coutume : lé$ 
antres k rejettent par préven- 
tion pour la fhéthode qu'ils fûî- 
?f IW , Jfc Je bJâment par ptovî- 
^t'ïHis Avéîr «é qpi'il en faut > 
penfer. ••'■v'^'^:'' •;; '•'■ '■': , 

;. Gbtemdnçèés par voir fi le > 
mal eft réel , *& en ce cas ta- " \ ' 
choié dîen découvrir les vraies" "^ 
caufes. 11 en fera plus aîféde fen- 
dr la jufteffe du remède. 

Ott eft furprisft fôn demaDr <>""«p>tie 
de rouverit; avec beaucoup dètepï^, 
taifoo,^ pourquoi, malgré leiS^^^" 
leçoursdetar» de IVfaltnfs , mal- f/'^^V 
gré le grand nonAre de cçu^ '*°" 
4^01 écadiear , malgré les avani 
Âges ft les dtftiii<^Bs on! font 

■, .V.: ■„: . --./v K^ 



■1 i 



f 1 



■ j .'1 • 



♦- ;| 



V 



r\ 



*^4:.-:' 



• . 




. »7>»"''i 



'*'.C, 




'-y ^ ,'f ;»/; 



^ l"^ 



^v 



■^, 



^ . - - '' 



l.u 



\.i.t.i 



■■ » 



I- \ 




■— ■ '^'. 



' .I i. '* '-<y 



'% 



K<. 



■-J- 



y 



. 4- 










,t 



i? 



i^»- 



/ > 



, * 



* > 



\ ^ 



^ !/**^ 



■N. 



A 



#■■. r ;n: "■ 









tiç diiÇoUége/iî de pèrfoà-i 

Içf .0rec^^ 

; : A Ijqubî fi: wmiîMnc çàt^ 
ks étadèi de la plupart des i ^ 

"-:ilÇS;/gçn$#- 16 Girec-«ft oauriifcuie; ■ * 










-« 



>'-!!■_• 



Perïbuae b^oiarç çç ii^ 

e^Jb mg|ie tiap^ B^ 
en icaUç. Aa ^tclr des itu^i 
|^x*jpft4^ i^a^ prçmîer m^f 
mcht^ de noçre liberté , nous Jèr 
Ppds communément par.<^r« 




A" 



'< 



A 



. ,A 



le 

liar 

go 

éti 
av< 



*■ 



■^' ; 




t 



*A. 



■ -r ., 



\^ 






fi 

A' 



^x 



V ' 



[-"\: 



à' 

m. 




if' 






:<lôuich tenons la pmpatt pour 
le refte de nos jours à notre 
liani^ naturctlè : ce quî eft 
iH3i aveu IbrÇ cjair du peu de 
que nDUsivons pïis à ces 

avons pérda..^' ,"*;.,:■•: ■>■'/:'■■'-'' .;% 

pam tout Je J^ï'o^^ 
rope (c>ù l!oh iaît plu^^d^tïïage? 
4u latîn^ On pou^rrdit croire qvïé 
%s. iii&ours & les iivi^s fe refL^-^^; 
0iitcnt cpnféqûêfh^ 
délîcatefle 8^ des gracç idcfl^ 
maink. ïl n*en eft iieri tou| 
V0U9 èntendi^le (^d^M 

ngue i;^yMei^ ^M 

tinJ^iuÉ^ part; Au îie^^ 
jçoûf ^ noble & àîiè, qui éaraÛii . 



■f-ï-ï- i- 



«: 1* 



,i' . M ) ■ 



■ .1 -'.i 



■■ f 



:^-v: 









.â'^- 


















iî - 



li-^vt-^i^ 



■«fe-p.v;,. ■ • . ^- , ... 



■1 



!iitr| quelque ftkaûté^ Qèjt 
lei^aK Oc pareil^ iafë^ 




/ 1 



J.:' 



.Jj^C 



<?' 



:^-< ê; 



,■"% ■«; 



'-■ A, 



iV ."V 



L 



.(^' ■\.,." 







4 ..V'. 



r-. 



• ■:;?■•>!.. " * ' "^ 

■ ■ i""»' ■ 

9 ■ *^ -,< 




— i^'» i '»m^-" .-"'• 



îf;V-' 



■\-- 



./■ 



-/.,■ 



/■ 



k^H^>,~ 









.^" -.>>;:■■'- 



*-«:^' 



«f. 



t 



^^^éâ' 



■■«■'-'' 






■■*?■ 



.4. V . 






•,'# f- 






'm:^%p^m^ - y*^-^w- -if: 



■»■ -i ' 



:?^. 



Cc^ de l'dpric qult 

eft pi^rmî nous très-ordinake àft 
chercher , mais peu otdkfÀt^Aiè 
trouver daos rërud^ da Latin ^ 
telle que etôiis la faîfons^ les Ro* 
mains la chércholcnt dans l'é^ 
tude du Grec 8c Ty trouvoicnt, 
féeUemént. Les érodes qu'on 
fisûfoic Jfaire à iâ jeuneffe Ro^ 
.maine prcnnoient un meilleur 
tour que les nôtres. Prcique tous 
ceux qu'on deftinoit aux em- 
plois puUics apprennoicnt de 
bonne heure la langue Greque : ; 
9c ronijie £b bornoic pas â les 
Bleitrç en Aat de rentendre r 
^ ?^ttld^^ la yarlaflfent 

pitopremeot& légèrement G?e(^ ^ 
çe<tiii fît pafler ^cix J^oxiiains fa,.^^ 
poUte^i^ & les taleift des Grec^, 
rQuellc eft donc ki^^ 
: ]^^^ les jeuneé Romains (ai* 
fittotent fi finement les diff'éren^ 
tes beautés de la langue Gte^ 
que fie de lale^ri au lieu que 



:»./'<;• .n 



<» 



.■y€ 












/;••'/ 



■''> ■ 



Çn 
mai 
qu'2 
llati 
, Çoi/ 
totit 
le r 
ties , 
la p 
Ror 
-bien 
flryo 
conc 
d'At 

en rç 
avon 

cre 



1* ■ 



■&ii.. 



iuc 




■. Tf ■ 



1P R ÉF AC E. vîj 

nos jeunes gens dprès cane d*é- 

crimres fie de compofiuotns en 

ces deux langues ont un égal 

éloîgnemenc pour toutes Tes 

deux, Se ne f^vent la leur que 

d'une fâ<jon très-impârfaite ? l 

il écoic cependant naturel qu'il 

çn coûtât davantage aux Ko- • 

mains pour apprendre le Grec , 

qu'à'nous pour apprendra le 

Latin : car nos langues. Fran* 

çoife ; Italienne , Efpagnole , 6c 

totites dtlles qu'on parle ^dàns 

le mi4i de l'Europe , étant ïbr- ' 

tîes , comme elles le font pôuK 

la plupart , de l'ancienne langue 

Romaine v nous y retrouvons 

-bien des traits de celle qui leur 

ar^donndjiaiirance : la Latine au' 

contraire ne tenoit ^ la langue 

d'Athènes par aucun degré de 

. darenté ou de reflcmblance qviî 

en rendît racçès plus aifë. Si péus 

avons moins d'ooftacle àj)yam- 

cre , que n'en avoientJt^ Ro- 
• * ^ .... 

auij ^ 



r^vi_.. 



ir'-i' 



■i 



i. «I 



\ 



\ 



■ ^\ ■ ' ■ 



I V». 





F 


». 


'•S» ■ 


.. • \ 


i^s 



■...^Mm^^-^^^ it* «III '■ 



»^l»|.l !«■ I . l ^ li' » ^^ 




" ■ . " V 



r- 






A. 



'?,« 



liiàins^nous devrions aller plus 

vite fc plus ioîn qu'eux. v 

• Ce ïi'çft point dans l'aflfbiMp. 

_ fçment: des efprits qu'on s'avî* 

^£^^ de chercher la caufe d'une 

il grande difEérehce, La nature 

I ■■% ; cft là^même d'un fiécle à l'autre^ 

^^ &ne dégénère point. Mais les 

^ S jprogrès dç« Romains font dûs 

^ ■ . ^ uni culture mioix entendue, à 

è 'line forme d'éducation qui étoic 

{Jus d'accord que la nôtre avec 
es procédés de l'efprit humain, 
& qui tendoit plus directement 
-V ;. â la véritable nn des études. 
Qu'ils s'y foicnt pris autrement 
que nous ne faifons, la preuve 
' s'en trouve dans l'éducation de 
, Çîtéron & d'Attlcus , dans les 

inftîtutions de Quintilien;^ dans 
les vies parallèles de Plutarque, 
jBc dans d'autres témoignages qui 
fe rencontrent par tout. 

Aifffitôt que les enfans-favoîent 
çiarcher & çommençoiçnt à 



w 



j- 






X 



I * 



au 

àe 

Ixti 

^ fui 

ves 



! 



auf 

avû 

pre 

fte 

le 

Que 

feig! 

pouj 

Tels 

qui 

jeuni 

veno 

II 
aux 
l'édu 
le G 
qu'èr 



•v^ 



y-< 



>U N. 



% 



,.:. V 



t / 



r 

m 
11 



4 



i> 



P RÉFACE. ix 

s^'éic^pper des bras de leurs non* 
ïfccs ^ il étoit d'ufage de mettre, 
auprès d'eux d6s efclares Grecs 
et nacipn , qui avoienc de lapo«. 
liccflT^jSc des lettres. En veillant 
fur les démarches de leurs élè- 
ves ils leur rendoient fans efforts 
fans leçons ,1a langue Greque 
au0i familière que Ia LatiçeVlls 
av oient i fouhait les termes pro- 



Sres , & n'écoîent pas moins ju- 
e^ dans l'afTemblage que dans 
le choix des mots , de forte 



que fans être chargés de ricfn eh- 
feigner à ces enfans , ils étoient 

Cour eux de très-bons maîtres, 
'els étoient les premiers fons 
qui frappoitfnt roreille d*un 
jeune Romain , & dont il de- 
venoit l'écho fidèle. 

Il étoit même très-ordînaîre 
aux Romains de débuter dans 
l'éducation de leur^ enfans par 
le Grec, de ne mettre le Latin 
qu'en fécond j ou de faire marr 



a V 






, ^ 




s^l 



^< 



• • * 



r' 




-*-**■ 



■ «!■ « «■ ■■ HP» 



■'^tl" '* " ' 






^ 



#^ PTCÉF A CR^^y 

pagnlèi Et de Ikms gârahcs (^> 
aras 4ifiireiit qufen iri\/aifahc 
tllèr toàtes d«tix àw j^N^^ 
on ûi xriignoit point qu'unedes 
àéfXfi %x, tort â l'autre , parce que 
jtè ladii qidétoîtlla langue vul^ 
gaire en ttâie , fe préiencoit i 
tout propos ) ic venoit trouver 
Tenfant lorfau'îl y penfoit le 
moins. Cette langue ne pouvoic 
}atnâi$ lui manquer. 
^^ >i 11 y avoît même des pères 
9i qui portoient leur déticatefle 
i» pour l'avancement du Grec 
» lurqu'à l'inquiétude : ils vou^ 
D (oient que pendant une fuite 
f» d'années ^ renfant ne parlât 
>i 6c n'apprît abiblument que le 
f) Grec : ce qui étoit (ujèt à de 
ti âtheufes fuîtes. Quand il fal- 
t> loît v*ttir au tatin^ la pro*- 

. Jhmmrt, fsrmi, Dtmêfètn. fi» CUif, 
Tht hîfiêrf .rftbi Lifê rfàd. tkU, CUm hj 



'*nc 

'' gc 

O 

Incfi 

qu*ii 
les p 

parti 
trcs'h 
dans 
mais 
de Ici 

les CI 

avec 'l 

. De 

inconi 
moyci 
les jeu 
tératm 
de Ja 
qu'ils 
ians ej 
jouantl 
ûoientl 



"%■ 



. ^ -*•*;*-» •"*^'~" 



-VKtrAtt. xj 

^y nonciàtionétoic devenu étran- 
>9 gère y & le tour du langage 
w n'écoit ^oinc celui de Rome. 

On s'aperçut que ce pli écoit 
inefFaçabie^ & pour empêcher 
qu'il ne fe contradâc , les pères 
les plus prudens preniioienc le 
parti de mettre à la véirité de 
trcs-bortne heure leurs ipnfans 
dans la compagnie des (àrecsf 
mais faiis leur mterdire Tufage 
de leur propre . langue ,, 8c; fans 
les empêcher de s'entretenir 
avec ieurs compatriotes. 1 

De cette forte il demeure 
înconteflable que le premiei: 
moyen par lequel on difpofoit 
les jeunes Romains â la belle lit- 
térature étoit Tufage famili^ 
de la kngue Greque , ufage 
qu'ils àcquéroient cependant 
uns efforts , ou comme en fe 
jouant , &c qu'ils perfedion- 
noient dans la fuite par le tra^^ 

* vj> 






\ ■ 



A 



r 
i 



/ 



,\ 



i 



"'■■/■ 



xîj PR ÉF ace; 

y ail de la .compoficîon. Parinî 
nous c'eft le cpntrepié. 
S'il s'apprend aujjourd'hui quel- 

3ues prétendus commtncemens 
e Lacio , ce font des enfans , 
même de fept & huit ans -f^qui 

{>roduîfenc ce latin du crei|x de 
eur cerveau. On exige d'eux 
3u'ils s'affujettiflent au travail 
e la compoiîtion , &c qu'ils fe 
conforment à des régies de pure 
Logique, dès avant Ta naiflànce 
de leur /aifon. Vous les voyez 
trilMItoent affis & dans un repos 
qui fait leur fupplicc. Grand 
iilence. Méditation profonde. 
Choix de mots. Réformes' de 
tour. Enfin il (crû, dit qu'ils com- 
pofênt en Latin , & qu'il y aura 
des degrés de mieux dans leurs 
cpmpofitions avant qu'ils ayent 
acquis la moindre idée ,1e moin- 
dre fentiment du caractère de 
cette langue. Dans le^vrai , elle 



ici 

qi 

• tc\ 

m 

nei 

fau 

des 

hier 

ave( 

fe/î 

tour 

de r 

une 

Maj5 

fortel 
iangi 

vent 
i'ordi 
naturi 
tout 



1^ 



"; préfacé: xif 
Jeur eft en tout auffi inconnue 

^i^'^^f e ^u Pérou pu de la ' 
terre Mageflanique. ^ 

Non leulemenc on les acca- 
ble de régies très-difficiles à com- 
prendÊe: pour furcroît de mal- 
heur la plupart de ces régies font 
faufles. De forte qu'on Teur fait 
des crimes de ce qui eft très-- 

bien dit }& qu'on les couronne '' 
avec applaudiffement quand ils 
le font le plus écartés du vrai 
tour de la langue. Conduits par 
de mauvaifes régies , c'eft déia 
une néce«ité qu'ils s'égarenr. 
Mais voici un autre inconvé- • 
ment , pire qite le premier. 

Ceux qui commencent de la 
lorte à apprendre une ancienne 
iangue par la compofition , fui- 
vent dans l'aflèmblage des mots 
l'ordre de ceux de leur* langue ^ 
naturelle : &: cç dernier éRint 
tout diiFcrenw de l'ordre qu'il 



I / 




\ 




V». 



j 



1 



/ 



' ■'^" 




% 









.< 



■m .. 



I 

4 



faut fttivre^dâns rancîenne lan- 
gue; 5 au Jieu d'y conduire^, il en 
détourne. '^ -. 

Après ces compofîcions qui 
emporcéût coût le ^ cems dans 
les Clades inférieures^ on parle 
ladn dans les hautes , mais par- 
ci par ^ là 9 de. loin i loin ^ 
d'une façon tiipido^ 6c pour Tor- 
<Unaire à demi barbare. Après 
quelques années , il n'éft plus 
queftion de Latin. 

Qiielle différence d'études i 
études ! celles des Romaihi^ fui- 
voient l'ordre de la nature i& 
les degrés de l'expérienèe unî- 
verfelie en fait de langues. Ils 
commençoient par bégayer le 
Grec avec ceux qui le parloiènt 
bien : enfuite ils le parlûient 
avec afiûrance : enfin ils l'écri-^ 
voient avec grâce. Chex nous 
tout au rebours : dans l'enfance 
on çompofe le Latin. Dans la 



kmi 




P RÉ F A ce: 

on le bolbucie. Dans 
râgc viril on y renonce. 

Un autre mal ^ qui eft la (mté 
preiqu'inévîtable de tant de lon« 
^eurs & de tant de l$ç^^jpré^ 
i^turéès^ c*eft de rendrcles Let- 
tres haïiTables , & de ne laifler 
à l*âge fuivant qu'un affreux dé- 
goût pour toute application. 

N 'îniîftons pour le préfent que 
fur le principal point , qui eft 
qu'en fe mettant d'abord à corn- 
pofer en une. langue , avant de 
ravoir appr«(e , on parvient à 
ne la favok jamais en aucune 
forte , ou à la déshonorer ea 
s'en faifant des idées iàuflès« 

Tel eft l'état aducl & conno 
de la langue Latine. Parmi noua 
on dédafgnede la parleV. Çhex 
lios voifîns on la défigure en la 
parlant. Le mal eft avoué. 

Mais on ne convient pas éga- 
lement de la caufè à laquelle 



• I 



'^. 



'V. 



■\ 



k, 



'\ 



•^S >. <■» H»^ . «•« 



l ' , I I ' ■ ! 



7 



) 



xvj PRÉFACE. 

nous attribuons ce double dé(br< 
dre. Plufieurs perfonoés q(ui font 
honneur aux belles Lettres pen- 
fent là-deJQTus autrement que 
moi: Nous ne pouvons donc 
rien faire de mieux , ni eux^ 
ni moi , que de travailler con*^ 
Joiptement &: dans Tintention 
la^^piiLs droite â ht recherche 
des véritables caufes d'un mal 
qui eft univerfel , &\4e voir ce 
qui s'oppofe à leur propre fatis- 
tadi^n comnfie au progrès des 
Lettres. Car aucun 4'eux n'ig- 
nore qu'aune jeune Demoifelîe 
qu'on amené ici de Londres où 
de Florence., peut en moins d'un 
an de lé jour parmi nous ^^ùiijg 
livres & fans écriture , enten- 
dra & parler le François 5 au 
lieu que k plupart de ceux qui 
étudient le Latin y perdent les 
huit Se dix ans qu'ils y mettent. 
Communément il. ne leur en 



Ti 

r n 

cr 

pa 

j 

en 

^ rnc 

lîOl 

nat 
ju.fi 
per 
dan 
façc 
plus 
a Te 
tach 
nienl 
en 

bJeni 

opérj 

fujètl 
diftij 

ceflail 



% 



P R É F AC£- xvîj 

rcfte rien ; ptcfqu'aueun d'eux 
n'entend le Latin : Se ceux qui 
croyent l'entendre ;n*ôfent le 
parler. Ils fe rendent jufticè. 

La trifte épreuve que nous 
en avons faite ou par nous mê- 
^ mes , ou par les exemples qui 
iious environnent, nous conduit 
natunellement à appercevoir au 
jufte^a caufe d'ufie fi étrange 
perte de tems , & à nous afTurer u 
dans l'exacte vérité quelle eft la 
façon d*cn(eîgner les langues la 
plus conforme à nos befoins ôc 
a l'expérience ^ afin de nous dé*^^ 
tacher de celle qui eft ^vifible- 
ment défedueufe , ôc de mettre 
en œuvre celle qui eft indubita- 
blement bonne. 

Tout fe réduira donc à^dèux DWif^on de 
opérations qui embraflent le "''"^''* 
fu jet entier. La première eft de i. ta Mcca- 
diftînguer en quoi confifte né- gSr 
ceilairement le fond ôc la Mé- 
canique des Langues. ~ 



c 



r. 



t i jl p ii I I m 



*i-mm 



■ ■ ■ i. W ill'J 



V 



"l, 



>/ 



.-' s 



> 



.itvîîj* P RÉ FACE. 

*^,^ «»nJ<- LÀ feconde fei^ d-examinciP 
qm eîl ÎS* quelle eft la manière d'enfagner 
«w^Mtaint l^J^iïg^es , & la conduite qui 
^^ décaule de la nature njême de 
-^ laparoltî.^ 

hes efprics les plus fenfts ne 

blâniefont pas une méchpde que 

la nature & les procédéss4? l'cf- 

prit humain nous indiquent: tÙ 

■J' en feront doublement fatisfiiîts 

quaôd ik la trouveront prcfcrite 

en termes, expr^ dans les an- 

i . cîens réglemens désuétudes pu- 

V i . bliquès. :^" ^ ' • ■^^ 

Cette matière qui roule furs 

^ une des plus Jbelles queftîons 

dont la Philofophie puifle s*oc* 

cuper , & où il eft fi fôdieux de 

s*être mépris y avoit été traitée 

avec quelque foin dans le Spec- 

* jvmr j7. tacle dewa Nature * à Poccatfon 

des premiers Uens (^(uijForment 

\. la fociété. Ce que fèn ai dît 

a paru à quelques perfonnes 



av< 

pâi 

( 

ten( 
rois 

quei 

voit 
que/] 
javo 



N ' 






■•r.in 



i-\t<é^f* 



f/- 



xîx 



\ PRÉFACE. 

avoï r bcfoîn d'être îrt^rimé . à 
parc en François 2c en Latift. 

Quoique le Latin foie la lan- 
gue de commerce pour être en^ 
tendu ^r* tout des favans ^j'au- 
rois bien voulu m'en tenir d la 
mienne. Mais on me fît remar- 
quer que ce n'étoîA pas feule- 
ment en France qu!on pou- 
rvoit prendre intérêt à cehe 
queftion 5 que fuivant ce que 
j'avois moi-même établi ^ le pre- 
mier devoir Ôc la gloire de ceux 
qui enfeignent les belles Lettres 
étôit d'cxplîc^uer afBdûment 1^ 
meilleurs ouvrages des Anciens ^ 
^e c^étok proprement là leur 
état, & l'objet des ftatut? qu'ils 
dévoient fuivje j mais qu'il n'é- 
toit pas croyable Jufqù'à quel 
pôîi^t on s'en écaitoit prefque 

Ear tout, mêmç à intention de 
ieh Êdre t que les Maîtres ne 
s'occupdient que ttès peu dés 



* » 



• m 



t 



V 



& 



i 



- \ 



m 




€^ 



l!^ 



t • 



:....X^ 



m^léiiimm»' M«» '*li*<^ *'■ ' 



*«— <>..wn wiiMiiiai I <»<■ 






/ 



î^ 



'■> 



^e 



-X, 



, Aaceûr$^ & n'en foifoîttit tri- 
dmre que «iie4égërcs portions j 
mais que leur grande afraire écoit 
de^di^t^r des fiijèts à comjjfofer 
€0fp3ixm Se de revoir les corn- 
ppfï^bns des Élèves 5 que la Ion- 
g^é durée de eeis^ exercices ne 
ppiivoit planquer de former Tha- 
Jbitude d'une latinité fans ju- 
{^{[ty^ que les réformes qu'on 
y fàifoit étalic fauffes elles-mê- 
mes y <Ja forrifioîc le ïfial de jour 
en jour en 'prétendant le corrî- 
rer j^uè cette pratique fi nuî-^ 
«ble » étant unfverfelle , il falloir 
en faire la l^îtîque de façon i 
ppuvôif être entendu par tout ^ 
maïs avec la précaution de s'en 
prendre uniquement à Pimpru-; 
déçice de ceux^ùi ont autrefois 
introduit cetùfage 5 fans fe plain- 
dre du travail de ceux que la 
coutume aYiifejuguésv que dans 
la vérité cette recherche ne 



o 



\ 



gen 

qui 

2éle 



que 
parle 
pas.o 
toïtl 



% 



i»\ 



\" ■'•■ 






■■»>^ 



•»«*■ 



^cut x|ue Jtc$ ojblig^r I que fî elle 
tend à i*eficlre ièrvice aux En^ 
fans de familje qui étudient ibs 
laneues fa vantes ^^ relie n'intér* 
reue pas moins ceux qui fe char- 
gent d^ les leur apprendre Ôc 
qui s'en acquittent avec tant de 
zélé V que réclairciflTement dç 
cette matière , mèritoit par cç$ 
deux rapports d*être traité a part 
en Latin & en François , puif7;^ 
qu'ii n'y avôît q'ue^ ce nipyen * 
pour (k rendre utile,^ ceux d'en- 
tre les Étrangers qui n'enten- 
dent point nôtre François ^ & 
a teux d'entre nos Compatrio- 
tes qui ne font pas d'humeur à 
fe charger d'ijn Ouvrage de quel- 
que étendue. ?; j 
' ' Ce ne fut pas fans inquiétude 
que j'acceptai la commiffion-de 
parler une knguequi ne m'eft 
pas ordinaire. Mon Latin rh'é- 
icoît fort fufped, & quoique j^ 



K 



■>fr.- v3 



V 



."^ 



1^ 



...^ 



■mim^itKf '^f^ 



f-^ 






■y ./&r ' 









'. ^ 





l*çaii^ peu(-^crç jqueloMC pca 
fli par jiUi Miez long uT^ ^ 
Ancknii^ fâpprâendo 
qa'œ écrijiÀQC en Lacm les gai-* 
iidftxu^ ne itie îouafîeot pus 
d'ua (oor. Q n'y ai^oic pas ja£- 
<l^^^ imtes d'un mauvais ap>- 
prendâ^e^ fait dans Tenfanc^ 
qtiî ne niefiflent pçiuv Y a-t-il 
IQoyen de s'ea délaire ? >- 
^ Mais il y a des renccmcres où! 
les iSMicea ièe ftyte ibnt excufa^ 
b^S. Je ne luis poinc du nonv 
bre de ceux à qui la médio- 
criçé ne fe pardonne poînc , &c 
tsfii faifant imprimer leurs Ou* 
ytages comme des modèles , 
S^méndsmÀ être jœés (ans mi^ 
féncorde. Je fuis bien éloigné 
d^une pareîHe vâe. Si fai riC- 
<pié «fexpofer en Latin ce que 
je penfe ûir l'étude dés langues , 
êc iur ks moyens de fê« faire 
tmib)rle, <feft pour rendre le 



toi 
qui 
noi 
tud 
*qu'< 
ron 
vcfu: 
\(es 
xîi'a 
men 
tons 
ne n 

M 

cette 

/on j ( 

une I 

nouy< 

fera f 

ft do 

gâter 

jeunes 

mains 

de Jeu 

àçs û( 



/ ' 



t« 



Ci> 



P RÉ FACE w 
tout inceUig^^^^ 

2«» s éWnetft encore plus f" 

^tn « **^^*"'? ^«^ langage 
•^Ptt pourra me reprocher /S 

ront la preuve du Aul que je 
jes ettèts dune Jatinité qu'on 

mencemen^. Ce rondes rekT- 

^ J!^ ^r q^e ie défordre de 
crne prati<,ue eût été mis dan! 

«iel"''^f/*''>^^^^"^^'^i^ou^ 
une nouveJle face & avec W« ' 

nouveles preuves, Le%"b,t 

fc dofc?- *^'"'.^' Sentir qu'on 
ic^donne bien des peine» pojr 
gâter le langage & i goûf 3es 

n^ams Ta Mité la plus grande 
de leur procurer le rourd'eS 

*iff^ fiécfes les plus poli. ,E 



i 



' .'m* «n* 0^ » mm^ À 



/ 



toucher tant ibic peu ^ l^for^ 
me des établiiTéVmns pubtic:s ,^ 
ikns altéter xomme ci-dèvaiit 
la fânté àts Maîtres , Çc eh ré- 
pendant fur le crayail de la jeu^ 
neïïe un agrément infînî. 



Wl< 




Lu 



T( 



• :. . *2E^ " 


El 


■■'■ 1r ' 


•38 




faillib 


riî-\ ' ■ ■■"'■■■ •'■ •»•."'./' , ; •. . ■ 


«ppr< 




munc; 
liômni 




fômdo 


».■■ ■'■»■■*•■ .•-■«,. ■■■■•■ 


leur a 




fe fout 




dans le 


iïlfî;! i^'^ili^'-] .^;-.rr ,i -.'^..J^.a^ ;Vv 


n>«tti,i 


ZirRE 


ce dui , 
Wlaiî 


* - 



.,* f 



/ 



/ 



y 




LIVRE PREMIER. 




LA MECANIQU^^ 

■' .; .,■ :•*• 'D E y- . ■■ ■- ■■ 

\ ■ ■ ' ■■■■.' 

■ / 

TOUTES LES LANGUES. 

Ans toutes les langues tant 
anciennes ^e modernes, .«il, 
faut bien di(lingiier ce que la 
nature enfeigne êc inipirc in- 
failliblement à un nombre de ramilles 
rapprochtfes dans une demeure corn* 
mune'» d*avec ce qui eft l'ouvrage des^ 
hommes, d*avec cequi eft d'une in-*- 
ftitution arbitraire. Ce que la nature 
leur a appris eft le même par tout. Il 
ie (butient ^vec égalité : & ce qu'il étoit 
dans les premiers téms du gdire hu- 
main » il Veft encore aujourd^iui. Mais 
ce dui provient des hommes ^dans cha- 
que langue > ce que les évènemens y 

A 



r-* 



'<r'^' 



} 




^•■ 



■:' ' ■ .'■ «■"■- ■ - :' ■„. ' ' . ■ ' ■'' ■•■ . ' ■■,■■'■■ 



MIM I)» .* '* " ' v ' il 



V:> 



I 'y 



^-., 

.!^;*1?/ 



¥• 



i L 4ii^ M É ç A N X qra | î 

ont occafionné) vacie ïâns fin d'une lafv- 
goe à rautre> & (ê trouve (ans (bbi- 
Sré, même dans chacune cTelle^^^ : 
A voir tant de chârigcmcns ^^dc J 
«ràdâicudes» on s*imagihcroic que lèpre-* 
mier fond dçs langues, l'ouvrage oe la 
natiûre /^. dû ^'anéantir ou & dcâgu^er 
jui!qu!à n'être plus récQnhoiflfàbleà Mais 
^^Qi^ue le U^gagev^dcs iiratmes (bit 
jOA^cbodgc^nt qtic leur ωdu^ la 
nature s'y retrouve. Son ouvrage ne 
peut en aucune langue ni je détruire, 
^ fc cacher. • '••■ . ' /v,;';'' 

. L' Autear de la nature âr mettant les 
;ju>nunes en (bciété leur avoit déjà faci- 
lité les mpyens de fe faire connoitte 
le;; uns aux autres les dbo(è$ qui les iiw 
téreilènt > & de (^ communiquer leurs 
penfées par quelques mouvemens de 
la tête& des yeux , ^ar quelques |eAes 
de la main ou ^ du corps entier \ Se par 
.d*autre& marqu^ {ènfiDles. Il y ajouta 
la commodité de s'expliquer beaucoup 
jmieux par le (on de la voix, & d'en 
employer la flexib^ité pour avoir plus 
de fignes » plus d'énereie-, plus de célé- 
rité. Ài^fi en toute Tangue la parole 
n'eft autre cbo(è que l'image ou l'ex*- 
preffion.dc la pcnCéc de l'homme : êc 
autant il entre^ pour ^Q dire ^ de 



fm, 



•^.'^fL*. 




I) j s L AH G U 1 8 > Liv, /. f 

néçeflaires dans nos peniëes , au« 
tant « cntrc-t-il dans notre langage. 
.Commençons donc par voir com- 
ment les hommes forment leurs pct\« 
fées. Par toute terre fintelDgence.& le 
rapport des fens font les deux foqrces 
ou re(prit puifè les idées au il a des^ 
choArs dont il juge. Quand il en porte 
un Jugement d'affirmation, c'efl: en 
unifiant des idées. Il exclut au con- 
traire <Bc. fépare une idée d'avec une 
autre, pour nier le rapport d'une cho(è 
avec une aatre. Un premier jugement 
lui fournit la matière d'un (ècond : âe 
de et qu'il vient d'aflùrer , il acquiert 
les moyens àc le droit d'aflùrer ce qui 
en çftjnféparable. A mcHire que l'ef^ 

f>rit parvient à vm nouvelle connoiG- 
ance , il Odfit clul qui en découle. Se 
va toujours en aVant, 

L'efpritne voit |^ feulement la vé- 
litifW cft fenfible 4u bien âc au mal 
Wil ^^eut éprouver* ^ préfence de 
luo Ac là crainte de f^utrç , l'excite i 
s'approcher ou à fuir , â haïr ou à ai- 
mer. Les impreffions font néceflàires: 
mais' le conientement né l'eft point. 
L'homme demeure maiàe de fes dérer* 
minations. Le fentimeàt;^de fa liberté » 
la Yoii de fà con(cieace , la connoiflance 



r. 




w 









^- 



/. 



A 



■> - 



\ 



*4 La Mécaniqjïb' 

des loix , tout l'avertit de réprimer fe$ 
paflions naiflantes & de Us tetiir dans la 
loumiflSdn. 

Tel eft le premier fond de l'homme. 
Ce fond eft le même dan^ tous les 
rems de dans tous les lieux. Comme il 
eft naturel aux Européens èc aux Amé- 
ricains défaire ufage de leurs poumons 
bout re(prer ', il n'eft pas moins na- 
turel aux Uns qu'aux antres > d'employer 
leur entendement a juger de ce qui les 
environne. D'où il fuit que comme le 
travail de la penfée eft le même par 
tout 9 il y a même redemblance dans 
remploi de la parole dont tous les pçu- 
>le$ fe fervent pour repréfènter ce qui 
Tait le fond de leurs jugemcns 6c de 
leurs afTeétions. Ce n*eft point Tart qui 
nous a donné un poumon & un enren- 
dément. Ce n'eft pas non plus L'indu- 
ftrie humaine qui nous a pourvu de 
la parole. Il n'y àvoit encore ni loei- 
que ni grammaire > que chaque peuple, 
^ \ cliaque fodété avoit reçu de la nature 
l'uûge delà parole , àc conf^quem- 
ment toutes les pièces qui font tflcn- 
tielles â"b parole pour peindre la pen- 
fée. Voyons- Ic*^ peu de mots. 
ict pinici En quelque pays que Thomnie parle, 
l^^r.:^'^ en q"cl««« langue «ju'il «'«P'in^e , 

noi 4if(oiirt. ^ 



fa 



&>r\. 



fon" 
part; 
jugci 
ximi 
meni 



nm. 




le 
ie, 

In- 



<&*-•'- 



ni S Lancubs^ Ziv.7. j 
fûn difcours eft cômpofc d'autant de 
parties qu'il en entre dans le corps dii - 
jugement aâuel dont ce difcours eft 
limitation : & ces parties font pu telle- 
ment diftin<f^es qu on peut les compter 
Se les montrer chacune à, part; ou.fi 
adroitement unies qu'un (èul& même 
mot par quelques changemens légers 
Toit équivalent 4 plufieuts autres donc 
la prcfence devient alofs inutile. La * . 
valeur de ces trois mots : ego eram^can- 
/^/^.fc trouve adroitçndient renfermée 
& pourtant reconiîoiffàble dans un ' 
feul icMJtahém. Ce que les François, 
& les Italiens expriment lourdement * 
par quatre mors : efHils aient finti i cV '■'• 
iglinù hathUm fimito , Ôc les Angloîs 
par cinq : thd they f^ay hétvf filt ; le 
Latîn le reflcrrc en un feul , 7?»/î- 
rirtt. ' ^ 

I. Dans cette interprétation de nos 
idées â laquelle nous donnons le nom 
de phra(e ou de diicours , nous diftin- 
guoiîs toujours où par k rane ou par 
une marque Hire le nom de Ta cho(è 
donc Texiftence ou Taâion fait la ma- 
tière de notre jugement , (bi^Que cecceieooreSuMt 
cbo(è (c trouve nommée (êule *» foie u som M- 
qu'on j joigiQc un nom qui en marque i^^* 
la qualii^. 

Au) 



&>:, 



y 



& 




vJ 






,'/ 






u rrbM>m i« Ôii diftingue par la mime adreflr» 

IiT«Ue7*t5ix; *" pronoms qui timncnt la placé , & 

liJciir.' ' fbnf ks fenâions des noms > doneUs 

cnibèçhenc }es répédtions iflcoRimodcs» 

On appelle encore pronoms, plu/ietlrs 

soms tt&gënérauz,,dont "" 

^^ U^ronom Lés uns firrvetit i défigner (bit k 

'^?""^i«^pçrfonnf ^i parle > (bit celle à qui 

>iil, iii,ci»r<^ adrefle k difcoors > ifett- celle donc 
tiic«,*c. ion parki . v^^ 

Le Démon. P^^autres caraftdrifênt la pré(èncf » 
J^^'j^j^jj^fe voifinage ^ oit Pcloignement def 



fci 

«' 

vous; 



VI 



■•(. 



le wflcffif, lyautpçf (èrvenrà mettre la poïlcf- 
»on , voire , fion d'ooe chofc à la (ùitc de la per- ' 
i^/^• ° ' (bnne à qui cette podèflion convient ; 

te Pronom D*autr«s éclaifciflènt enfin la ch6(c^ 
wiatif, qoe^ou la qualité de la choie dôtièv il faac 
Sfqiclr^"** ' jogcr i en y joignant nn jt^eraent ex- 
u terre, «pffplicatif qui en fixe Tétat, & qui fiici^ 
Slûiime. * "^ l* |ufte(lç du jugement principal 

5. Vfcnnent eniuite \c& vertes qui 
expriment Vexifience on T^W d'une 
choie, le progrès de (bn état , & le 
con[(^ntement que fe^rit donne k ce 
45ti*îl en aflïif e. \ - /^ 
/ Tous les mots ou les (bns fîgnilica" 
éfs que la voix humaise peut produire, 
prennent en latin k nom dé verbes^ 
Id ce inoc cft appliqué par b tâcrvç 



JLc VcrW. 




— «»« 



>& 

itib 
idcs» 
cars 

it U 

qui 

dont 

■, ■■;> ' 

ncp , 
"dc5 

pet-- 
ne -, ' 
chofc^ 

{aac 
titcx- 

feci»- 

paL 

s qcii 
l^une 

& le 

à ce 

lifica- 
luirC) 

Lctvç 



Le Pamf. 



n E S La n g u I s , Uv. I. 7 > 
ont les Grammairiens en ont faite, 
1 fignifier ce qui marque le ptus dans 
le £rcours» favoir rartribucion d'exi- xe s>ubn«n- 
ftence bu d'action , Toit que la chofe " L^aif. 
ou la perfonnctqupn préfente exerce 
ell^fnemc fon action, (bit qu'elle rc- 
Ç(Mve en elle une aéHon qui vient d ail- 
leurs.' ^ . ^^ 

v42^ Souvent auprès du verbe , quel- VAâvfthe. 
qucfois auprès du nom adjeâif > fe 

* trouve Tadvcrbc' qui modifie la x]0a- 
lité rTexiftence , ou Taftion dçnt^l^ dt^ 
iftingue plus (pécialement le lieu > la 
manière, les diffifrens degrés, '- - ^ -^^ ^ 

5 . Dans les anciennes langues Se dans le rartictpe , 
les modernes , le. verbe foitaàifj foit f^J*"! ' 
pâffif, engendre de lui-mcn^e un autre loué. ' 
terme auquel on donne avec iraifbn le 
nom de participe, parce qu'en confer- 
vaj^t le fond de fa ngnificatibn du ver- 
be , il prend cependant la for^ d'un 

] nom , èc paroîr tenir ainfi de la nature 
de l'tm ic de l'autre : ce qui facilite la nouvelle 
rinfenion d'un ioeemenc acddentcl y^"'^ ». ^"7' 
dans «n antre qui tk|ir le premier rang , ctoce. 
en (birte que pluficérs chofès qui ont 
été dires ou qu'on itippofe déjà con- 
nues , (e peuvent rappeller bar un iêul 
mot qui embraffe dans (â fignification 
h dmc ou la peribnne agiflfknte , le 

A liij 






/ 



^ 



I 



-V 












nombre , Taûion, &- le tcrm. Ce fc- 

coûts abrège bien des longueurs. 

lA Pifoofi. ^. Quoiqoe ces preroiers/fijgbes rcn- 

^r";.uî;'i,^ffcni déjà très, bien le fond & les 

4.vaot» ace principaux traies de la pcnfife y on y 

ajouta quelques tejmes courts qui puN 

iene achever de montrer les iîtdations 

rçfped^ives des objets , quand les mots 

précédens ne l'avj^lent pas fait fuffi- 

'^^ ' fiuiuhent. 

iftCcn)onc. 7, Yy*vaxj^ fcrvitcnt pareillenient ^ 

^t^^^&'ç* dilUnguer avec netteté les membres de 

chaque phrafe » ou à mettre un lien 

(ênwle entrç des cbofes dé(unies 6c 



quon ram>rocL 
% Enfin d'autres fer virent i expri- 




foulag 

liberté^ produire au dehors Tagira- 
ûttk qui la tranfpone. 

4i'^^ ^c c^ huit ou neuf fort^ 
<d*aprcflions » ( )è ne vob pas qu'on 
en pnidè imaginer beaucoup) d'autres 

Sut ne rentrent dans la naiture de celles- 
j,) on cft parvenu , enfles reprenant 
(ans fin tour-â-tour , i faire de chaque 
phrase en route la[hgue,ûn tableau vt« 
vaut de la penfée de rhomme. Ceux à 
^ui ledifi:Ws oft adrcffê y retrouvent 



.^'*-- 



— - — ■ ■■ -n" 



4àM l^tflbrametic de cet {Méccs cdm- 
nuioes lUlIcmbiage des idées qui con* 
ftânienc iin jugeaient* Ib 7 apperçoi-* 
venc TEcte donc on eft occupa» la mar 
liière d'ècre V les circonftances qui4'ac- 
compagnent ; l'exifience ; Tadion ; le 
cen» Uc progr^ de roue es qui Ce paflè ; 
Tofdre qu'ont encr'eux plufieurs êtres 
qui (è corre&ondent dans la nature t 
rordre êc la (uite des idées qui (c fuccé* 
dent dans Terprit ^-enfin toute l'adiviré 
de» (èntiinens de l'ame. 

Les cho(ès & les aAions qui diftè-' 
rent le plus les unes des autres y ont 
cependant certaioes^ c^nforinités en 

2uelaues points 9 de les cas de ces TtC- 
:mblances réviennent fréipiemment. 
Tel eft le cas de fe trouver feul» ou 
d*£tre en compagnie ; tel le ca^ déju- 
ger , ou d*é(i;;e lobjêt du jugement d'au^ 
trui > d'éprouver une impreflîon étran- 
gère , ou d'agir (bi-méme au-dehors \ 
tel eft encore le cas d'agir préfènte- 
menc » ou d'avoir agi , où de placer 
(an aâion dans des tems difFéremmeoç 
déterminés* Toutes ces déterminations 
revenant fréquemment les mén^s , il 
' eft d'a(age d'en exprimer la reflem- 
blance ps^ desfignes qui (ê reflcrablenCr 
Telle eft l'origine dés articles qui 

. A v ^ 



\ks 



"* — i 



F 




V 



«S6 



A>* 



>■ 



\ 



précédetft Dieu des/mo{s en èûS&ctîRm 
langues rtielle cftrori^e des (bns ac- 
ddenteli <}tti en terminent d*aucres. Ce 
qu'on app^k Nominatif ,eft renoncé 
ample d^ direct da fujèt dé^t^n af- 
firme qu'il cft^ ou qu'il agît. I^feéni- 
rif marque 11 ponèflènr d'une chofè. 
Le Datir défigfie Fobjèt auquel (e rap- 
{tt^rte rurilité , le dommage > ou telle 
autre attribution; L'Acculatif marque 
pour l'ordinaire l'-objèt (tir lequel Tac- 
çion paflè* ht Vocatif (pécifie le fujèt 
auquel la parole s'adreflè. L'Ablatif ex- 

, prime communément les autres /îma- 
cipns qui ne Ibnt pas contenues dans 

. Its cas préi^dem. Ces termtnaifons qui 
diirerfinent fes mêmes mots , (ont com- 
Hie dçs livrées SS^ des couleurs à l'a(pe6fc 
dé£]uelleS on reconnoir (bus quel étenr 
4art âr ibus quel chef une (tiite de ter^ 
tnesr iC' rangent. Les noms onr ainfi 
leurs marques auxiliaires qui les carac- 
tért(ent. Les Vçd)es ont pareillement 
les leurs. Piar la diifocnce. ou par là 
^t6iôn\rcnance des eernHnâi(btis on recon- 
tioît les mots qui forment une même 

• br^de> & ceux qui (c rapportent â 
uiifê autre. Les mêmes marques (crvent 
à tapprochçr le tout, & à y wettre 



ftA 



r - Trtï-'^-»'. '- * 



V . 



/ 



Ihrennc le cbiccmrs celle forme > tcIi|L 
flharche qu'on voudra : le même motll^ 
s'il y rcvidnt , confcrve (bn être cor- 
porel > ^ fa iignificacion toujours la 
même. Il ne s'y nde-dc^changemenç que * 
dans les plis qu'on lui taiç prendre , o\x 
dans les âdcficions ôc dans les rermi- 
oaifons qu'on y coût. Pour montrer 
nettement ôt promptement i quoi Cç 
rapporte chaque attriout , chaque adèr- 
tioh ; quelle efl: la perfbnne qui agit 
ou qui eft fous une impreflion étran- 
gère i quel efl: le nombre des agens. 
Tordre, le fcxe , le tcms, le fujèt ftir 
lequel l'aétion (c porte -, le mot qui efl: 
régi ou commandé par un autre ,-& 
celui qui exerce les droits d'un verbe 
ou d'une prépofition. ^ 

Je ne mulnplierai point les exemples 
iu(nfiçati& de ce qui vient d'être dit. 
On les trouve par-tout -, dans l'an^ 
denne langne Hébraïque y dans celle 
des Grecs y., dans celle det Romains y 
6c dans nos langaes viilgaires. Malgré 
le grand nombre des mots qui leur (onc 
propres à chacune , perfonrx n^ignore 

3ue dans chaque langue les parties fon^ 
ament^es de toutes nos phraTes 9-& 
même les fyliabes auxiliaires qui diver- * 
£âeat le conweficeitiçiit ou la fia des 



i:- 



Av> 



tai H' i "^ »' ■ ^"O 




l>«<«l»<(lMbM«MM 



-^v 



••M»* 



«■ 



>;■• 



» " 



mots ^oitf en fixer les ranéHotis > fànt 
en dpecic nombre <)a*ttii.enfànr les (kiT 
iic en peu de jonn » & Jes débrouille 
netcemenc 

Jaiqa'id noof n^avott fiât aocone 
. actennoii à h diverfiré des (bus ^J 
font la dtvërfiçé des langues. Unes'ar» 
gic d'abord que des ferviccs qu*on tire 
dans couceis les langues de tous ces (ons 
£ cfifférens. Lçs fondions (èlon le lieu , 
ièlon k cems » en (boc par rour les 
mêmes , 'âc les langues de cette force 
rentrent toutes dans un feul de même 
^tpécantfine. 

Ce n'eft donc aubm homme, mais 
PidÉ (èul (pii a été notre premier mai- 
cre?de langue. Ceft lui qui a porté 
Tintelligence humaine â attacher (es 
pen£^ êcCcs défirs i des (bns qui s'en- 
yoknt, mais qui les repdétlt Icnfiblcs 
^mme eux» Ceft Dieu qui a montré 
k rbocmne l'art de mettre ces (bns dans 
im orâre capable de lui rendre fit'pen- 

J i<te préfènre à lui-memie , i8c intelli"- 
gtbie aux autres. Çeft Dieu qui lui a 

'^ sq^ncrdi faire cnfiiite aux mêmes (bas 
Jk très-l^rs cha^emens pour rame«* 
net kas mêmes objets (bus d^ afeeâs 

^f:0artSiWxM dans des fituatioiis difië- 
^mes^ Un gr«tid traie de /k divinicé^ 



*'" ;• . 



^^ ' Si 



m: 



f-» 



des 
cou 
la 1 
ton 
.?ces 
n'ei 
* s'en 
de 
La 

ioui 
diffi 

&: i 

difei 

vers, 

. Il 

tureJ 

ou \{ 

fiées 

rangi 

încot 

parle 

iaire 

devâi 

doit; 

le pa 

même 

peut 

cune 



^ 



• ,- , --. '-*• • 






.» 



Pli LAtrcuES» £nr./. tf 

des kçoas qui nous font communes à 
eoiis> c'eft que tant de Nations dans 
la ttéceflité perpétuelle de parler de 
tout , non-(èulement faflènt u(àgc de 
ces huit inftnimens du Di(cours , 6c 
n'en employent point d -autres » mats 
s'en (êrvenr avant de les connoitre& 
de (avoir comme il les faut ranger. 
La plupart des hommes paflcnt leurs 
^rs fans Ce doater feulement de It 
différence qui fe trouve entre un nom 
êc un verbe ; fans fàvoir fi ce qu'ils 
difent efl de la profc plutôt que des 
vers. 

Il efl encore bien étonnant qn'il ne 
fc trouve communément aucun lien na- 
turel aucune conformité entre les fons 
ou les inflexions > 6c les chofes figni- 
fiées;qae cependant par le fimplç ar- 
rangement de ces fignes > acraneicmeht 
inconnu pour l'ordinaire à celui qui 

λarle ôc â ceux qui écoutent , on put flè 
aire entendre avec précifipn ce qui eft 
devant bons > ôc ce qnon montre au 
doit ; ce qui efl abfènc ôc reailé dans 
le paflë ou dans fâvenir; ce qui eft 
.même tellement intelleâuel qu'on ne 
peut toi donner ta reflèmblancé d'au* 
cône 6gute qui l'amène fous les yeux. 
L'onivre oe Dieu fe reconnoit là : tc 



y 






J 






.4 



4c même qvc c'eft fa voloiïté noroîrey 
& non aacuiie légiflarion hamainc , qui 
a réglé par tout la différence des ani^ 
maux^la conformité de chaque efpcce;^ 
Tuniformité des rapports de nos îen^ > 
le mariage;^ la propagation da genre 
humain , les devoirs mutuels de la fo<> 
ciétë , les diverfcs facultés de les ac-* 
^tter , le produit annuel de l'agri^ 
culture , la oiocilité des animaux do- 
mefUques , 6c les (ûpports namrels qui 
en ic rcnouvellant tous les jours perpé- 
tuent la fociété ; Dieu ne fe montre 
as moins dans lepréfênt qu'il nous a 
ait à tous de l'intelligence & de la pa- 
role par laquelle » (ans en çohnoitre 
Tordre & l'artifice, nous nous com^ 
mnniquons fûrement nos penfèes. Ocez* 
vous au genre humain ou la penfée pu 
la parole } Les homnies comme les bê* 
tes feront (ans intérêt > âc fans lien : ce 
^ra la même folittide, 

La première confèquence Ariepre- 
jttîcr profit que nous pouvoni^tire^ ici 
«du préicnt de la parole , eft de (endr 
mie le dedèin de celui à qui nous la: 
oevons a été de rendre Thomme dé- 
pendant du fecours de Ces içimblabic^»: 

^ de le mettre en étac de Içs fçr vir^ ce* 

cçroqaçmfutr 






rei 

de 
ék 
de 
nac 
Jeç( 

% 
non 

un 

con< 

fiv<3 

def 

vanr 

celui 

idées 

que ( 
cen'c 
qu'il c 
1er, II 

me d; 
pour 
icra PI 
loir p( 
'a moil 
parole! 
récole 



1 



r 
r 



DIÈ ZahgVIS^ LiV.l. If 

Une autre conféquence aafli natu- 
relle , c*cft qu'il ncft |^ iiéceflàirc 
de nous tourmenter beauêbuprppur.les 
éléniens & pour la première ftruâure 
ic notre langaj^é :c'cft Fonvragc de U 
nature, & la todété nous en fait dos 
leçons. Qu*un homme fâche anatonoifer 
k>giqùement fa ^enfëc , ou faire le dé- 
nombrement des parties qui compofcnt 
un jugement , une proportion quel- 
conque : on ne dira pas que c-eft ce 
fàvoir qui Ta mis en état de pcnfer , 
de former un jugement. Mais c'eft Ta- 
vantage qu'il a de penfer , qui lui donne 
celui de pouvoir obfervcr ôc accufer les 
idées différentes qui font le corps de 
(à pcnféc. De même auflî celui qui par- 
le , remarquera , s'il veut , la mécani- 
que & l'art qui forme fa parole : mais 
ce n'efi: ni à (on favoir , ni à Ces régies 
qu'il cft redevable de Favanragc de par- 
ler. Il (uflît au contraire de jetrer l'hom*- 
me dans la foule de ks fêmblables, 
pour le mettre en apprentifl^c. Il ne 
fera pas long-tems avec eux (ans vou- 
loir parler : ôc il y réuflira fans avoir 
lia moindre idée de la mécanique de la- 

farole. Ceft donc la fociété qui eft 
école des langires» 
Mais dans la fiippofîtion qu'un Koimf- 



■i ■ 



fc tl»l«I..W<*««>*0* 



. --■■pB^ ^ » .. -«iw . 



-«ft^V''*'***"'!*'*^ 



««^■tt»«M.«* «•MMWM^.^aM 



^ iWlii 






i^ 



.9 



■*-^; 



i^." 



ioe ignorâc cocaleinent une liagae dont 
il aoelpîfiriie pourroit^I p«s s'en pro* 

; Èttct ru(àge par kd-même > qi fc eu- 

l:;ûxâ- 'letikmenc donner un recacil de 
roos Ifs mocsde cecre langue » & en 

. les combinant i loUir dant lalblinide» 
-/ xn^me (ans avoir jamais oncendu pader 

^ov ^veèqui il & propo(è deiè metcre * 

lyen n*eft fi peu faifabie : la Provi-^ 

^' dence Y a nus un obftacle invlnctble. 

Sa cojiduice étant bien entendue peut 

jetter un nouveau^ jour fiu: cette ma- 

ChâfifeiBeBc Le don de la pardle aiccordé aux 
toUÎn^r bwnm» d^avant le déluge, fut tcanC- 
finteoaitértrniif par Noé aox fiéclâ fiiivans. Là 
hpmni^ langpç quî fc parloir dans toutes les 
Êunilles provenues de lui».étoic d*abord 
.uniforme : mai» ayant de pafler à leur 
^poAi^riré il s'y fit on changement fiibit 
dont f Auteur eft le même que celai . 
qui a fait la parole. Il la diverfifia fi- 
non par la nouveauté des mots , au 
jDOttns par la nouveauté des inflexions 
fjfà varièrent d'une famille à Paucr^. 

J)|ns tour le tems où les detcendans 
dr Noé s'obftinirent i demeurer en^ 
lonble, (ans vouloir quitter les plaines 
ifdc MéTopoomic^ le refte de la t^rre 






\ 



^ 



-'T-" 



~X' 



-..♦ 



fils LANGUBS)Zr/tf.A 17 

fe couvroit de bois ôc de brofl-iilles. 
Cétoit un défère affreux. Ils furent 
contraints d'abandonner leur premief 
{é)ovit^ âc de ic di^rfèr , par U fubite 
confuifion qui fe nwdans leur langage 
Se par la diverfité des articulations > au' 
lieu qu'elles étoicnt auparavant les mê- 
mes dans toutes les familles. 

Cetoit une étrange nouveauté pour 
eux d'entendre le fon des parô|es q^*on 
leur adreflbit , & de n'en plàs^ com- 
prendre le fens. De-là les dégoûts^mu- 
tuels',puis les dépits ôc les infiiltes. Ne 
VB pouvant plus ni s'entr'aider , ni fc fouf- 
frir , il en fallut venir â la (ëparation. 

On fe mit à chercher des établiflc- 
mens nouveaux » ôc pir d^ré>(5n pé- 
nétra dans les pays reculés. Ceux qui 
ne pouvoient s'tntendre , àevenoient 
étrangers les uns pour les aurres & ha« 
bitoient â part. Ceux qui avoient un 
tout de langage intelligible entr'ecnc» 
faifoient corps> ôc habitoientle même 
canton. C'eit cette diverfité qui a donné 
â chaque pays (es habitans, ôc qui les 
y çonîcrve.- . . ^ 

De cette (brte on doit dire que le 
profit de ce changement extraordinaire 
Se mïdculcni s'étend I tous les âges 
«fnivans. Par la fuite plus lés peuples fe 



% 



^ 



• . .# 



/ 






^ 






MMHMapK 



IM' 



ittT^T^j^^' 



K 



If La MÉCANlQrB 

mêlèrent , plus il y car auffi de iù&$tiç» 
êc de nouyèalités dans les limgues t plus 
elles fc fnulnplièrent , moins détint- 
S aifè de changer de, pays. Cette con^ 
fiifioQ fortifia^ les attaches qui forment 
Tamour de la patrie : elle rendit les 
hommes plus fèdentaires. 
V L'intention de peupler la terre d^ de 
retenir les peepres dans certaines bor- 
nes eft laiin ienfible de la divifîon des 
tangues. CètkzSct de l'avoir apperçue. 
, Il en (brt une aucr« vérité , Uvoir j 
que les premières leçons des langues 
- lont rouvragcde^ nos oreilles 9 & point 

du tout de eehii de nos réflexions. 
Là mênie vérité V2 devenir encore 
^ plus claire (i de Tœuvre de Dieu dans 
1 ta divifion dès langes, nous paiTons i 

ce qui s'y trouve ^drl*inftitution- des 
hommes) à ce qui çft leur ouvrage â cet 
égard* v 

rovmgede II n'y a ni pays ni fièclç bà l'on 
fJ*^*»/^ n'ait rémarqué qu'ot» voit tomber de 
*" tcml en rems , des termes d'ufage & 
des £içonr de parler qui avoient cours *> 

Îu'on /^^.nfèt d'autres en leur place 
ont l^fbn devient' enitiite le même ; 
que des fermes furaiinés (êmblent quel- 

Înefois reprendre vigueur pour rentrer 
e nouveau daoslc néant s «Qu'enfin U- 



kagucs. 



-ff. / 



cotn 
de 
Bttx 
fora 

R 
de c 

fiiper 

bles. 

d*en 

, gAiéi 

ftntCj 

ob/cn 

téeic 

Pot 

rente < 

«^hartgc 

' gue;u/ 

nicme < 

niLégi 
ni rai/î 

«icnsift 

veautés. 
pcnfc,< 
cères & 

E-upIcs 
ixîia 
^ voiiîn 
diyes£té 



■• '^■- 



DIS X AN^GUESy Lft;../.^ If 

condition des langues e(l d'éprouver 
de fréquences- révolutions* Ceft^ un 
aux & reflux continuel > mais fans uni- 
formité & fans régie. 

Rechercher ici les causes 6c les ef{^ 
de ces changemons feroit une peine 
iùperflue , parce qu'ils font innombra^- 
blés. Mais nous nous trouverons bien 
d'en avoir pris une i^ée jufte quoique 
générale , puifque Toccafion s'en pré- 
fente , & que notre (ujèt demande qu'on > 
obfervc jufiju'ou la bifarrerie a été por- 
tée i cet égard 

Pour oifpoftr tout un Peuple à faire 
nfagc d'une langue entièrement diffé- 
rente de celle d'un peuple voiiîn vpour 
changer enfqite la forme de; cette lanr 
gue jufqu'à la rendre différente d'elle- 
même d'un fiéde â l'autre ^ il n'a fallu 
ni Légiilatcurs , ni Philofophci , ni Rois> 
ni iraifonnement , ni autorite, nicon* 
^féntemetit marqué. Ge font des évcne- 
mens imprévus qui introduifènt ces nou^ 
veautés..Tout y contribue fans qu'on y 
pcnifè y comme font les différens carac- 
tères ôc les difl^rentes coutumes des" 
Euples qui fè réunifient fous les mioi^ 
ix *9 la variété de l'air 6t de^cHmats » ; 
k voifinage des bois 6n de la mer ; la 
dlycsiSté des ^tî» & dcs^ occupations 

^^ ' •• • r 




r:- 



\ 



■\ 



*.^**AA<1'^5*' »,- — .-■ 



7 



\ 



mut* 
Le Romans 



' i 



jLo La MécAKiQ u 1 : 
que ces différences occafionnenr; corn* 
me le goût dt la navigation dans uâ 
lieu, celui de la pèche dans uh auri^^ 
ailleurs Teftime de ragriculcure > Vm- 
meur guerrière , Tamour de la paix & 
du repos > les conquêtes , les nouveautés 
dans le gouvernement : joignez-y toutes 
celles que le comoKrce aniene. 

Nous n^avons point d'exemple plus 

(ènfible d une extrême incon(unce en 

ou le ùtin «iu fait de lahgue que le Romans, ou le 

•rigiol de**u^^"g^8^ ^^ ^^°*^ cours en Occident 

hiinit Fran. au moyen âge. Ce jargon a été le tom- 

kk»d'âu«f 4^^" de la langue Latine , & le bercrtu 

% notre François moderne. Mais par 

combien de degrés eft-on venu au point 

"oà nous en fbmmes ?'^qne de rems , que 

"^ d'évènemens (è font écoulés , avant que 

lltalien > rÇ(pagnol , ôc le François» 

^toutw languesprovenues de ce patois 

ruftique , eudent acquis la délicateflc 

ëc Ténergie que nx>us y fçntons â pré- 

fent! 

Nos pères étant devenu citoyens Ro» 

' mains faifoient ufâge des termes ufités 

dans la langiîieXomaine , maôs (ans leur 

donner les inflexions 8c les (icaations 

ordinaires. Ils y joignirent quantité de 

mots & de tours empruntés des différens 

peuple^qui fc m^iéat pavmi eux. 



■ ] 
ni< 
paj 

pot 
mai 
Cau 
det 
del; 

riftai 
&C 
très I 

difFéf 

gue I 

charg 

uRtés 

*<îfipic 

jante , 

noi/Tal 

daban 

3u*ils 
e Icm 
de par^ 

devoir 

minaift 

Jarticlc 

fuppléc 

f^ms c 



*x 



'U, 



Langues, Z^V. 7. xi 
D'abord en changeant de iangue com- 
ine de eeitvcrnemanc , leur façon 4c 
parler le reflèncic de leur ancien lan- 
gage Celtique. Cécoic une nécefEcé 
pour eux de fe (crvir de termes latins : 
mais ils les arrangebient (èlon le tour 
Gaulois. Ils y ajoutèrent des mots tirés 
de la langue* Franque, de la Gotique» ôc 
de la Bourguignone. Sous Pépin Hé- 
riftal y Charles Martel, Pépin le Bref, 
Ôc Charlemagnc , ils en admirent d'au- 
tres tirés de la langue Germanique, peu 
différente de celle des Francs. La lan- " 
guc Latine déjà fort maltraitée fê fur- 
chargea encore des Verbes Auxiliaires 
u(ités*jparmi les Septentrionnaux.. Cet 
infîpide allongement la rendit langiiif- 
fante , au point de n être plus recon* 
noifîable. 

Après le départ des Sarrafins obligés 
d'abandonner les divers établiflcmens 

Ju'ils avoient en Europe ; il nous refta 
e leur langue l'article qui a coutume 
de paroître devant les noms , ôc qui 
devoir tenir lieu des différentes tcr^ 
minaifbns. On les négligeoit alors , ôc 
l'article naturcUânent très-propre à y 
fuppléer ne les remplaça qu'en ccr- 
rams cas : il ne fut d'aucune utilité 



^3-. 



r 



'^ 




-t 



^•. 



2Z La ^ic A NI QUI 

4ans le cas les plus néccflàires{4). 

Quand nous ferons la comparai(bn 
Jic Ténecgie des anciennes langues avec 
la prolixité des nôtres » il fera tcms 
d'infifter fiir le déferdre oco^ionné 
dans les dernières par la maladrcflê 
avec laquelle on y régla lufàge de 
Tarticle. il influa fiir le cour. 

Les mêmes Sar^rafins en quîrtant â 
êiSètcntcs rcprifês la côte de Mague- 
lonc êc le midi de la France;» la côte 
;de Salerne Ôc le refte du royaume de 
Naples, enfin toute FEfpagne ; laifle- 
xent en ces lieux , d une façon plus mar- 
quée <]u*aiileurs , luCige ôc le goût des 
vers rimes, qui (ëlon Tes uns ont cm* 
bellinotrePoë(ie,feton les autres l'ont 
a0ujertie a un ornement puériL 

C'eft encore â eux qu^ nous devoqs 
nos Chifres , notre Algèbre , la plupart 
des termes ôc des inftfumens » tant 
d'aftronomie que de gnomônique > avec 
cela un premier fond de botanique Ôc 
de médecine. 

Quelque^ Croiles nous rapponèrent 
<l'Orient diver&s e(péces de 0eurs , de 

{ # ) Un (eut exemple en donne» l'idée. 
^ L* j€umt HSr$m tuét U Gjiéimt, 

Le Qinut tm» le jeune Ugingu, 
Mêmes artidcs : mimet sûmu :tQ deux (cm coftoar 
diâDires, 

3 . . . . 



>~r 



loAttar 



DES LAKGUBSjj&m /. I5 

fruits > de^légumcs , ôc de graines , que 
nous ne connoiifions pas. Ils enrichirent 
la langue d*aucanc de nouveaux termes. 
Nous en reçûmes d'autres des Anglois 
<lans le tems de leur Cdjoux en France « 
d*autces en plus grand nombre Jes Ita- 
liens ,^ de tous les peuples avec les- 
quels la guerre , les traités , ôc le com- 
merce nous mirent en relation. Nos 
langues font ainfi autant d'amas de 
nouveautés qui Ce mélangent 6c s'accu- 
mulent. 

Les marques diftinAives de la per- 
fonne , du nombre , du tems , ôc de 
toutes les autres circonftances chaneè- 
cent d'un (Iccle à l'autre. Qn imagina 
de nouveaux arrangemens dans la ftruc- 
mtc , St l'on en ht des régies. Ce ne 
fut pas fans bien des exceptions. Après 
même qu'on eut fait de l'exception une 
forte de loi pour tel ôc tel cas , il y fut 
encore porté bien des atteintes dans les 
cas feiTiDlables. 

Tatotôt le goût de la brièveté , tantôt 
une certaine indolence dans la pronon- 
ciation donna lieu i ^es (bppreffions 
fans nombre. Ici c'étoient des fyllabes 
retranchées : la c*ét oient des mots diC- 
parus 9 quoique néceflaires au fcns. 
Ces phrafes auparavant conformes aux 



;t 



■'■'.' 



■«• * ».t 



14 La Mécanique 
régies commqnes ne paroiflbicot plus 
1 ccce depuis ces abbréviâcions. La ftnic- 
cure en écoic devenu énigmatique. 

Prenez ces bizarrentf & cous ces 
tours capricieux , qui fuivenc des rou- 
tes fi pppofèes : cdayez de les rapporter 
i certains chc& » & de les ramener 
chacun â parc à une jiiftc analogie. 
Peut-être votre tentative fera-t-elle heu- 
reniê : car ces omiflions.âc ces chân- 

Î^cmcns ne fe font pas introduits ab(b- 
ument fans qnelque raifbn : Ôc cette 
raifon Ce peut deviner. Mais ce fe 
vous charger d'un travail accablint ^ 
& quel profit en revicndroic il au? pre- 
mières études de la jeunedè ? comment 
pourriez- vous pour votre popre Citis- 
£iâion foumettre à des régies géné- 
rales êc capables de tout embradèr, 
ces façons de parler qui n'ont ni la 
même origine , ni les mêmes fons» ni 
le même procédé > & où l'on croit ne 
voir que les variétés du hazard ? 

Mais ces changemens nombreux fur 
lelquels le raifonnemefic ôc les régi 
onc fi peu de prifê , n'ont pas laific 
d'ctre ime reâburce Ôc un fonds utile 
pour bien des langues. La nôtre fur- 
tout s'en eft très-bien trouvée. Nous 
lui avons déjà remarqué deux défaurs 

eflèntiels : 



predil 

eacoH 
nouvi 



IX fur 

[laiffé 

utile 
fur- 
Mou5 
léfauts 

[nticls :] 



OIS LANCUES^Zit;./. 2f 

eflTcDQeb : je veux dire » la marche pe« 
(ame & le retour fi ennuyeux de (es 
verbes auxiliaires ; enfuice rambieuité 
de Ces articles qu'on employé les mêmes 
dans des cas tour différens. Ces défauts 
anflt anciens qu'elle , n*ont jamais été 
réformés. Mais on les répare oq on les 
dégui(ê par l'adreflè avec laquelle nous 
pouvons ièlon les lieux varier la pbra(e 
Remettre i profit la n^tiplicité.des 
tours de la langue* 

£Ue eft dans Ton origine un amas de 
matériaux informes & qui n'ont jamais 
été fiûts pour s'ajuller enfèmble d'une 
façon rég^lijèré. On ne peut cependant 
difcoBvenir qu'il ne s'en Coït formé unç 
langue très-eftimable. Elle prend hcu^ 
reulementle cairadère de tous les fujèts 
qu'elle traite; elle frappe agréablement 
l'oreille dans tous les ftyles : Ôc l'Europe 
cnrière en fait l'éloge en la parlant par 
préférence. 

*Çet événement redèmblerolt à un 
prodige fi les fources d'^éu les langue;^ 
Créque & JLatine font lorries > n'étoienç 
encore plus fangeu/çs: d'où il fiiivra dj^ 
nouvçauque ces langues n'ont pas été 
formées par régies , Ôc ne peuvent d'à» 
b^4 s'^ippteiwlre par régies. 



r' 



■^. 









!f0^*0 ^m • \^ 



v> 



\. 



f €>• étex langues célèbres doifeiic 
Unir ûntÛmot A des Bafidis 5c à detr 
Pfifài^ Ellef ibivcQC Tmt et Ymté 
KmÉ: «cfciDiiâhMhf i dt$ Barbares. '•^ ^ 

Orkînt ie u"^^**^ ^«^ Maïehartds de Pbé^ 
^ bnforcié- deiairÉÉtttnéH de Phrjgie » ^ Macé- 

1»»' - doilic « dlÛflrié , deii Galatdrr^e* 
Smts* dai batides id^ézilés oa de Caff^ 
Ûa ifà àïif^ktùt le ptéttûeir fond, do 
fil largué Gr6|ite de tant de décUtt^*^ 
(ons, de tadt d'efpéces de Veic1>eside 
. - #luTiade^ intioinbrÀblies » 9^ de tant de 

uhUU^ ta Lâdliè rtl ^rèvéàir dd hâl»tans 
''' d'Ombde & des Qiulois^ Ciâlpios» % 

ici Sàiihs 8t des tkrafmes. Eue fit 

ÏuelqtKS noaydles aiequifitions parmi ' - 
îs Çaii^anieàS^. 5^ les Sjpnkes i ùms 
peuples cheçlefijoels régnbitâ peà près 
llIQiSfiie rtïfedté 9 4f i^oot il ne noas 
iêft rëfté âncttns mQÉtimem ^ faflênt 
preuve, rfè^rit & de finefle.*^^^^:^^-^'^^^ 
^' Ce ^^ dnmiième oa tout 

mt^klÊ^iiàmèaïc l&de de Rome, 
j^ liJaB^ae Latine |iifi]ae*^ là très^ 
IgpÉÉé 9 ÇùtamtoçîL un peu â le de* 
pifiet & â prendre iofênâb^èmenc un 



use; 



^^ftk^pôlii 






•'-''«r 



II M P I ,1 1 . 1 -. ,1 •"■" - t V 'tiiy l-g ^^ ^ ^^^^ 



r 



9 



T .? T—'n 



et* tÉ^k^Êé^th. K if 
Û (fûce loriïjue le droit de bourgeoific 
eor été accordé aux Indiens & t quoi* 
^avec différcnres réicnres» â cTautrqi 
nacions fans nombre ; U langue des 
Romains acqotc là mêii|e ^ftinâion 

. quekor RcpuMiquer; <^<^; ! 
• Les évènemens qui intrédoirent des 
nouveautés dans une langue (ont les 
vraies canfès de û richeflè , pourvu 
qu'en même tems il fe trouve des cf- 
|>rit^ féconds êc hardis > xjui lâchent ti- 
rer, avantage de ces variém » & qui (c 
diftiiiguent dans Tart de parler ou d^é- 
crire , en mettant du choix dans leurs 

« termes > . fie en dif^t avec dignité çç 
que les antres expriment d'une façon 
triviale , ou (ans précaution. Les appfau- 
didèmens- qu'on leur donne , ne man- 
quent: point de former des imitateurs. 
Ceft alors qu'on Ce déshaÙtue des 
tomsgrofllierss que la rudeflè fait place 
i ruroamté \ qu'on apprend à (e^tir 
U $o^ ^ Ift force des expreflkms qui 
diai^enr &Ionles rencoiîtres.Le discer- 
nement des bienleances ne f^ s^fi- 
nuer cheae un peuple , que le difcours 
ne s'embeSiâc 6c ne g^i^ â les oblèr- 
Verr Les rropes fe mqlrifdient comme 
les mots : Se {dus une langue a de tet-^ 
mes & de cours i diicrétion » plus 

3 ij- 



.^> 









' ^■^M^mmmm^mm». , 

■ .' : .;^i^|- ■: il A. M â c A' M 11^ V 7 ■ -1 
ittffi y a^t-U lieu de fc^y^ cv df ^ 
: £urç ipnncur de ion chp^ti» façons 
de parier familières i|tUL vSIes capicaléi 
Il au^ perfoni^es de k nrenaière dift^ 
iiWiiecgpia^ i^ mi^de(cendem 

v^ )ait<}u*aa peiipie. Les di£((^rens jMXuei(s 
qil'on fait aux Poètes & atfx Orateurs» 
^cidenc paircillemeiir dafoct des diffîr 

■\'\ ^^outes cdt caûfc Inflacnt t»iir à toi^ 
iut le lupigage. Il y en a une dernière 

gui n'a Dîtf moins produit d'eâècs que 
1$ cailles précédentes; - " 
iCèmbltftict Ce qu on avoir inventé dp mieux 
teSil^lw ]£d«^ 1» arts fut peu à peu écrir. Les 
j^p §iiix Uconnoiflance^"^ chofci 
IpmiokÉi: 1 tous les Leâpurs de no$i; 
yel|es fiicitinis pour la lan^e^ êcf^nv 
^j^t$:Qioù m %le. Cnacqn me i 
ârtée de conniparpr les façons de parleir 
ui vieUUilbielit j^ oii qui paroiâbient 

|âS^ re^ne^ , & les plus acctédi^ 

j^^par le conïfauit tànpioi qu'en (ùr 

:||i«it les botwies plumes, -^ ^J' 

Itl Atltrefc^ loûjours en guerre» toiU 

^ |durs eii eourfes » iei| Eipnts étoient peu 

f|p|ài;deià^ 

p;|pt^sxn occupa duis la pah^ Ce tfar 
I f/ji! (c pcrfc^^oijn^ daiis^ 



« /•:. 



lanfuet» 



». ' » 



■ >■ '■■•a i ■■• ■■ ■ . '!î ■■• 



"iVS-^^ 



»■.. 



cieni 
mien 






m 



8c par la liberté ttiême que donne 
le cabinet d'arranger toiit à tète re« 
poCéct • 

Ccft ain£ que des langues réelle* 
m^nt itonipofèes de pièces .& de mor- 
ceaux qu'on ^voit rapprochés à Tavan- . 
ture Se coufus enfemble malgré leur 
bigarrure; prirent peu â peu une tein- 
ture uniforme. Elles acquirent un carac- >« 
tcre^qui fe répandit fur le tout. D'in- 
formes & de brutes que font les ma- ' 
tières métalliques > elles fe tournent ôc 
ic poliflènt dans de& mains induftrieu- 
fcsj les langues ont çhaneé de même > 
Se fê font adoucies fous la plume des 
fàvans. Ce^ ou'on y trouvôir encore 
rude » c| que le trop de confonnes dur- 
ciflbit conune un imement , ce quifem- 
bloit difloaué par le choc d'une voyelle "■ 
ui heurtoir contre nçe autre ; to>us ces 
&ns pour aiiifi dire raborcut> firent place v 

àdes font mieux arrondis & plus cqu- 
km. Tout .ce^ni étoit peu ilsnificatif ^ 

&laiiguiflanr prit une foritie plus émt'-. 
gique > ou fut mis ati rebut. 

On ne voit euère d'améliorations conretvacîoq 
fembUbles dans Ta langue Hébraïque, *'^}"'«»« 
fiiMir 6c dialeâ:e de la langue Phéni- pour aSfù^ 
ctennc« Elle fe footiut daûs fa prc* '« promefle^ 
cUère fithplidté prefoue fans aucune 

T% • • • 






*%rtT< H I « * ' 



•'••iff^*' 






t« itagne acquifition tioavellc, eoâjoun rei^fcll^ 

^fiibbâAciic wi larresi Ar caenée dans on com a| 

' tilSMiç > jiii^a>u Cfim oit tSe devoft 

: fovii: 4^ oianiftâtr les promefles dh| 



^pSrtkéoA I^ drémc & la Romaine timbré 






ï^. 



-■v- --"1 



tiorité, aofoietii.ffivf klb(tae$R^i|l 















^^^i^Jinirer & de 

''%yn|me ; Çct émioliént iKHis ntoiiti:è qt^ ce 

:iî^kiplailk m'Qti çbercW 



CL Mntltd des àni» ^i>, 
«fennes Un- 






i^^cli îDraittiBaiit 'tésÉÉicieiis 



Gocii(>ofi!tfons 
d'mtfeox & 
pérfèdioo : ^ ls| 













mV-. 



lS!?p^'- 






■;<i4ïv:i|| 



^%^' 






',* ■■■M.'-' '•yjJ-.-f^iîr^'L' .' '> ■ ■'.r .'J 





kif 



, atitf|!S {) ont que 

^f$Mi|yno Keii i exercer (iS 

àl s'atadiant aux i]|| 

^ j|;pi[xf#véranœ$ ft en 

V ^^ '■ .'r' ■■ ' ■■ ■■ -1 N." ■-'■,•%■ ' .^V V'** -*i .-■ ■*;■ ■•■.■■■A'' '■-''•■'' • 

.:.;<'n^"X':" ii^:-'v -.:'■, ■'•■. /■■■■ ■ ,v^v*,'^l'^;'^-i' *• 






'''•i.: .'■/■, ■•••1 •■ 



'."■■>.■,„'>>■.';■"•'■* 



■^^ %•■!'? 



ï^f^^^<^ér^iF# 



-î i-^';^V 



^^. 



: f r •■■■» > V-* 



'4;'^''''*V>^'!î'-'''''*7^?'-i*'^'rft;', >*'(?■*. ♦!»jvs:;:; <<"'" 



»^' ji«' ♦. vf-o 



■!*'î^i 



Jgûfep la compândfbii de Columellp 
]tvec)?îipç en matière j*hiftoire luua- 
relie. Yott^ n^ pouv^ <^\xc bien tomr 
^r. Ce(l ipi^tpç ôfielJEp par topj ; mêmr 
j^caicbç l)'e^rir. Mais eà convenant 
dç j^le^4 4^ ^^^ g<^ic c'eft à von» 
I pptf 1 1^ à ^e il /QUi$ aimez mieux 
%|:ic jfclail'^ par nri 4î&0|irs vraimenc 
lumineul , qui voi;is Jalfle à vous memer 
j|^ vous ptcupanc func fuicc <f objets 
l^f^g^ avec jui^eâe ^ ou fi vous vou^ 
^lf4rfr 4av/U)tage 4 i^trf toujours p^« 
4^lié par àgs petillemens dCelprit , coil* 
jours ébionî par des tirades d'étinceUes » 
loûjpurs dans T^tatjion ^ dans les 
j&couffi;s. 

Tacite 8f Ti^e^liye (ont deux grancËi 
iK>nis flK^ Içor nfiértte eft fort inégal. 
|^ei||p-9Q ccmipcer âr Tacite qm no^ 
rave mr<<c^ de la poEdqi^e St 
I inyllfe^^^ «à Ics^^^^ penfoient 4 
jrçttte autr^ <;bo{êrAçi contraire on ne 
feiSl^^"'^^TfeÇ-live , parce jof 
^f^l^Mout un hpo^c' ipp 
'^ Hl^rphe des Bàx$ ;^b^ 
oiecttDc en fliifiii*\ft xenr 
.,.™ .«-pxjqiWtç?,;,,!. ^,,,:| 













'^O, 



v^' 



*i« 



\ 



.,. /. 



A^vç 




lll >! 1 ^ ' 



^ 



^» 












» " s '"Vf 



1^-. 



l^.'f* 0» 



m-ék cft duacance » qu'elle tcft £bi» 
dorci^yiktt éj^on. &*aotr<^ iboclric|| 
jRicremcnt fiidsfaits 4e<ctt^ àc yirgiteV 

litre en évitant une çimayaue tnoQ^ 
loâse» <Sten £ulimcà)cbre mi^iixlc^ 
jpr (b vas les pkis foiiore$f aç k cott* 
jrfftc ifc otielque f<»,d|]r M^^^ 






leii^écédec i dei^lé 



'^'.vf i-^f '^." 










t'S 








4^ 

miaraeiit de déckkr eiiixé:||)faânbé 

^Plaiit«^fciS^ de TcrcIM%^ li*Stp^ 

ce da&Ede ifAagoftetft^ encp^ 

li^^^tiière onjiff^ok 

^ OD^ enjlie oui écoic diiâbâ^ 

%tèf ^ ^e&ri^ iÛ^j^mi^ alloic 

âeœeoç à mecaréu vérité laûs^ fou 

fV^Vcttd entre les Autei» fôÊÊmi^ 

fPRmiice très-propre â da^^^Ac^JÉi 

Ipénétranoo & a Ibiuenk |èj^j^|^ 

lit a goûté le b^dinage WliétâMi^ 

(eicat Ptf en «tâc 4e j^yre Pindaiè 

la (bbitmicé de â>o vol:& |^ipi| 

(e tîttr <fe la kftttte de Xénopnoii 

troQver d*al|oM|y^|m %ificé 

Hâtan^; Ëti'liisr ikgré 

^' \ t'y^; ;^> tf^- .Aoccori Taiitife^ /^^<m..e^^ 






■ *'^"-V^ 














:''^^"\/ 



\/' 



" ^''^''' ;,'^t^^^%^ ,:f^^* '^^ „ ^^:y*« 



T»" 11' t>V »' 



â; '^î 



Î4^^ài? 






câtraâèi|||^ifi ftjle^m &tir apparrienc^ 
cÉ prapfi. Oii ctàkok devoir îcôtnm^ 
autant de langà» diSëroÉdi ip^ raà? 
tiqohf lii^ â |li^ d'cnttrragei açPii 
noms célébrÉKiy 4^f ,;-::v;% - ■ :. ^i: fe|f4t 
.: . ; I;e noÉibfè '«#ië^e^àel^i^^ 



4aâîbns de l'eiprit hmndb nous don* 
nènt donc avec là liberté do choix (otis 
les moyens d*acqaérir da gottt: & un 
ftyle. Car rhabtttidi^^^iliten<te 

Jtt'pn iatigagé eiqnis^ nf |^ nûliqaer ^ 
é d^relopper ce qu'en ï de di^& 
don ï réloqçencè. On commence ait 
tpktQ^^^^f^çf^ rexpériençe kwr 
trui 2 Ac I être # Jpéu puis deierncei 




îlèi^ arnuâ ; des^mil>iflattccsv de Gd»^ ' 
tt^lèlfedé^PaliaditnfJ^^ râgncidi' 
VB0 $ 4cs vues de Ttôte, de Tttc-ïivÉt 
li'de Pltttâtque poul1i|K>Iidque^ chl 
fiivall de Qcâf&ir^ tediérchà^ 
Piiilo%fa»m^ "^ 

jtnaietiet répandu paHimr tctlcrirs do^ 
âii» & dés RcHiaaitil > chacm éft.ft 









"fc^ 



s 



\. s 



^^ 



%>. 






V 



J ■ 



♦«;* ,. 



\ 



^i^ 













{•*■'■ *-i 



Fi*' 



^ ., l f <- 



M^ i-ff; 



S.J' 



■.'«.' > .» 







k dé sranâs' 

^ tir J'!c!%dc iftine riche ^ac;^ 
grands objets ».4Sc^ai^il^iâi» 



"-itii'ii 












^tç$ &: 4c|l1Kon[iains> courent le 

^ohrmë'l^tcfllÉMiittiÉl^ 

leméik rcitot des oatioayAvâb- 
SiliBIènc à W^diffce i iitoi«ik 
ac > tè corps ^^^Èl^^i^ 

i|^^(^^ IV#âkbra îli^ a poïdt ifc&a 

«orpi (je l^ldMw|Np( W tef wlBftCSIS'IBraMiir j^ 1^ 







l ! 
















m 



-^ . >.^Spjiw^^ Taccprd , ou 
les i:]|fpôrc5 qui ^ croayeiit. entre |^ 
^i^jèi^ Vp^^, jl^ ba^ ryoiU l'oavfage 

8c &>&ia4t cet arrangement > inême i^à^ 



\'V1 



/' 



jp<-' 



giM n^aic. ,<}€$ G^ ou ^rdcalatipn^.Qui 
lui font pKoprqrt pour cbffigner le^ 






pIî^^V avec cela îui tpur particulier 
^1^ ,iâ .^qâpatip^ deijbs inpis y 8c une 

QÎ afiîijetties I une régie nnifornie , ni 
reûanblant^ entr'elles par ancti||iç sina- 
Ipgici mais, qu'un ufiige conffant :ren4 

n»iç. Ceft £i ce que f àp* 

tm^ ^BpQanlage iminai& de pâtériajix 
i^^cbnre è^çe : <^ le corps de to^ 
YT^e nuquel dçs v^onrés (Se des mt^ 



•••Tr^ )>/■" 



t^J^^J J^ iwlévi 4ç îiiufttf rpa '^ 






^ 






>. 



^ 



I 



•*«. 



, 'I ' n;>^;iiji^.,^-;i^ ' ^- ^ 





^t^- M * c A H I <i w r 

cmtji^l^tîticÀe ces grâces quf Iwr 

ùkfsmûxmàn des autres peapks de 

cks uéclcs divans* m ; ^^^^ >- 

f^Confèmtenfûncht ^ Granmutre qui 

lire ie parfcr régttfcèrcm une 

e y 1^ ucpvc de trois c^^ces fiwt 

ucrammti. La première ell la çonnoiffitnce des 
rc aànçaiâi. éti*iàcii£ Ellç obfervc en tome langue 
^ ^ V ce qull y a de plus Smvk ; (avoir , ks* 
parties cqmnauncs du aifcours > les dé- 
clinaifôns & les conjugaifons , les pro- 
tnièrés liaifbns des mots > & les régies 
les plus univcrfellcs de la céiïCOTdcôc 

la Gnmma). Là (èconde^fôrtc de Grammaire cft 

24Î? bft* te cbnnoiflâncode la propriété* Ccfic- 

pST * âne fc borne p^s aux mpts qui ap>ar- 

riènnent à un^langne^ , mais elle eti 

étudie ïe t#«r & le akââçre. Elle em* 

braÔc la langue en entier.' Or pour (kt- 

î ^ fit ^iabt qu'il cft pofliblc le tour ptr^ 

^' ' / tiçplter <fune laiiguç andenne & nto* 

; d^riiè^'il foit miyjç & rechercher tb 

• «^« (pédales, les 6çow, de pâïleroà 

elfe Véctrte de fcs propres r^cs ifé- 

V tymôlogie des ternies > f anat^ê Set 

exeepno» avec d'autres régi* coiij;;^ 

^nM^> pott|Yâ qs? cc«« mûo^tK 




"* 



•W; 



^i?flWST'ï5*«-T - 



jp^téfeticc arec vr.tilciniblancc -, enfin To- 
tigine, lès'cààfêtv» la naiflQince même 
hiftorique , & les progrès de ces va- 
riété» i il ron juge i pro^s d'aller 

La troîfièmc forrc de Grammaire eft ta ctirinw 

la crirtque des Aateurs. Elle tend à ac* * *****' 
quérir du goût , en ramenant leurs 
compofîiions à la régie du beau : elle 
tend â les comparer encr'cux , à fencir 
ce qu'ils valent , & en quoi ils Tem- 
porccot les un? fur les autres •, i. re- ^ 
prendf e modefiement ce qu'ils peuvent » 
avoir de dél&dtueux ; à remarquer ce 
qu'ils ont de plus parfait pour te fond -y 
enfin â enrichir les lettres des Àçons de 
parler moins érdinaires qu'on peut leur 
avoir^reconnues* 

Voilà crois inftrumens fort différens : 
mais quand & avec quel difcernemenc 
faut-il ic les procurer ,S les mettre 
en œuvre 2 Ceft une queftion très-im- 
portante & dont cependant la (blution 
eftaifée, pui(qu'elie découle fort na- 
turellemeiK de ce qui viem d'être éta- 
bli fiit la Mécanique &: fiir la pro- \; 
priété des langues » en confôquence^ 
non de quelque raifonikment qui me 
foit particu&er V mais ite la oatore même 



V 



% 



■y 



J> 



•in 



.„«•- 



i^i*^: 






t«i 



*^^pu«: pouvons ptâcntowiit en tuw 
^EiflSn* de «nfe l» vraie 

le de les enwlgoei:> y. 



!tiS'i'i:jî&'-^"î''î^'*- -.' 



» 






■.r./ > 



; i 



;-v.-.'^i r;:-jj. 



f i'-V* 



w 






. ,i^* 



r • 



**ftj^,; - 



..i •■■•"• , 



■ r^^jfT'-'vî', 



:.. :'■;■*■ 



oa« t'Â.Jtiàvti,Li(if*l/. ^jf 





LlV^kE SECOND. 



y 



D'ENSEIGNER LES LANGUES. 

JDE LES APPRENDRE 
^far ffi-mème à tout à^e^ 

IL ne peut y avoir apc àeux façons 
d'apprendre les langues. On l«i ap- 
prend ou par f tiiàgc 1 ôc enfuice fi Ton 
veut par une émde réfléchiej on d'a- 
bord p^r une étude réfléchie , puis pat 
la pratique. Voilà une différence très- 
légère an preinier aipeâ i neiab très- 
grande dans la réalité, Vojez dans quel 
or^re vous voulez mettre l'oiâge étmus 
langue , 3c f étude raifonnée de cène 
langue* Débutez-voos par F^fâge delà 
langue» pour venir avec le rems à la 
compofition réguliè^re^ ou coomiences^ 
"VOUS :par ks régies & par la compo* 
fition réfléchie pour arriver à la prar 
.^ue f Voilà le point ùt leqod toBr 



■1 








m^wi^yù^m^^ 



ne 












âPâne langue pir la pririqoe , cfeft-â-^ 
l«io«ief&rc.<lure » p4r U trcKouftamc habiti$Je Jten^ 
^fenJre ptés^ Je fif^ <ks eh^s bien dites, 
idst qoVnfi^e yim aficrmimez cet uûge 
Wc Ttîtade des régies , par la çonnaiif- 
i^ce de la Grammaire ; ^d^U le rrai 
chonin. Telle eft la route connue de 
tput tems» la plus agréable, & l'uni- 
l^e (tire. EIl^ guiile i 

tèitl: qui la itiivent » & non Seulement 
çti^n'égarre point V nais elle eropiêche 
^a*on ne Yégarre. s 

uctieioi» _ Si vous cottHricnçeg ï ^p r èri t î fBge 
j^ le raifbnnemem, iGiaDS aucun «(âge 
préaiUbk de la langue 'i>Jie^ prétendes 
fous la direâion d*une Grammaire paf- 
'ib 4*006 première réeki celles qui 
1^^ i la Wy & que vons 

^mptiez d'arriver à votre bot en fbiûv 
'idflant d*iu>jour à Tautre tme tache de 
i^dques lignes mi(es par éctitfiiivant 
IfUe & telle régie v cetM rdkite eft bien 
Mnêguerelk vous aâtijettit è de longs 

'^vlbs n'arriverez jamab r oti vous 
. '^WkcL^ changé de route, : ^/ 



r 






w -m' 



Dii tkiÊcvt%iUv.tI. 

frtndrc k dernier de cei deoi cbe* 
mins ^ poilane raiirre nous eft incerdiu ' 
Apprendft les langues par rofage cTen- 
tendre ceux qui parlent bien & de par* 
1er d'après eux \ cela eft (on bon poar 
les laneaes vulgaires :. mats c'eft une 
méthode qui ne peut avoir lieu dans 
Tétude des langues mortes* Les anciens 
ne parlent plus. On ne peut ni leur 
adrdlèr la parole, ni attendre d'eux - 
aucune réponiè. Tout commerce étant 
rompu entr'eux êc nous» il y faut (iip- 
plécr : il faut uCcr d'adreflè. Voici corn* 
me nous nous y penons* 

Une langue confifte dans (es mots 
êc dans raflêmblage régulier de (es ' 
mots. Les Grammairiens réunifient dans 
unr volume tous les mots > Se dans un 
autre toutes les régies ou les façons 
<ie mettre ces mots enfèmble. D'abord 
il paroit gênant de chercheur des termes 
iiicomius > de les choifir ,. puis de les 
aflbrdr fuivant telle , telle , &c encore 
telles régles^M^Ms ce qu^on acquiert avec 
peine (ê retient beaucoup mieux : êc 
comme le corps de h^hsagac ne joue > 
êc ne marche que fuivant certaines ré* * 
gles, quoique le nombre n'en (bit pas 
petit , nous nous mettons taot&t â l'une^ 
tantôt i l'aucre. Npus nous^fctooys 



■<» 



■■* 



v_ 



♦ 






h' H ' 



uA\- 



l'f :■ : 






¥S 



&■■ 












s».- 



T 



.-^f' 












>,* -V, 
■^. ■■■'.'■■ 



/ 



^ j||iirtîfinBiiiiii ex^rcs » de raçoti â cm 
%ffitf 6 peu à fca de Is cofiaoi^^ 
«xiocef 1^^ 1^ patienctnc; luoii 

yaiMÉifi^ftombKctàfiiiécs^on croity^ 
^ r '^i fin de r^uvx:^ VoiU l'inûque ap» 
^pennflân d<mt on pmfle afsendK 

Ï[çie iubc^. V^'il^ IcjUuk fmdtmem de 
étude des bcUes lettres. :i«i>»T' n ° 
• ^v^fer^ixmvfens que c'eib-là^ce qui fe 
pratique trè»-conimunéaient : c'cft-U 
«rip coûte pae-tooc tant d'années ôc 
^ ^ii^^ c*çft précUcmetsc qe 

qui ne fe devroit pas Élire. 
«1 1* Exécuter <le pbint en poim ce que 
' f OUI venez de prescrire 9 c'eft vraiment 
vvouloir conftrnire un édifice avant d'a- 
voir mis le /oodement en terce : c'eft 
^ ^ ploQmkaaiii d'ottvrm Iblide à un 
-M jlbâtimàtt chétsf -5^ aum^ cidiouk,que 
IHitoeuXé Vous «ces plein de 4E:ctte pen- 
dG^ fi ocdlnaîre & fi appareace # ^ 
|||^pl%^ langue: 

|i|l^ voug dire quil n'y a point 
"^ "^^^ * "^dMtttWoi jajrcz plus à vous 

»4|tt^ i^ij^àes généralement» 

c^I^ qu'en parle anjjonrd'hui» qœ 

irleplns » peuvent avoir 

fort -éSksmtaAimm 





:\li 



r 






■/ ''>• ■ 



n^^^y^^^^'- 



i 1^^,*" 



m' 



m 

DIS LiliLGVES/XfC/.//«^4| 

CCS lannies (ùùt toutes de même ni^ 
ttite. Eues n'ont qu'une mène mécanh> 
me tôt comtéc il n*y a qu'one iàçon 
de les apprendre » U n^y a- cc^fifquem^ 
ment qyt'unc façon de les en(eigDcr. Le 
ci^ÎK des termes d'une langue»^ des 
combinaiibns de ces termes ^ n'eft poitic 
l'ouvrage d'un ConfclL La prudettce ne 
^en cù. point mêlée. Ce n'eft de la part 
des'peuples gui j'om parlée qu'une rou- 
tine, qu'une mode, â la<[}ueiie ils ont 
conâiiaci* D'où il fuit que chaque lan- 
gue a des façons qui lui font propres, 
un air qui la cataâérifê. Mais pfétcn- 
dre â fJrce de raifonnement » & de 
comportions modelées (iir des régies^ 
atcrapper ce caraâcre 6c ce tour , c'eft 
iê charger d'un travail fort deiagréable 
de fon long pour ne rien gagner: parte 
i^ie tout ce qu'on arrange Se -qu'on 
réforme de cette ibrte , avec le plus de 
régies 6c de fpins , ne rcflcmbte en rien 
à aucttbe langue qui ait jamais été :^ et 
plus on va en avant dans, ces cotnpo^ 
firions « plus on le détourne du vrai Ca^ 
raâère de ià langue. Comln^n cette 
mépriifè U*â «<lle pas produit de %lef> 
tout dUGîfemment ridiculesli^ x i r^y 
XTeft-èFnâse qtill tppartieÉt^iioui 



'^fe^ 



I ' 



■m, a i H i r~T~- ■-'-■* -»- 




iy<^ » fiw<> i' »i» i R! » i' P^y rt 
























-^-^■-'^^^^ ' 

I^H cr&cioa d'une langue > h nûfon 
éKias la poiinroit apprendre. 'I^spuif- 
^ue fulagc a décidé 4e roor ^lil raiibn 
n^^'on prtnnii^ip tt^ {îir'^ 
ll^l^ , & qdèpr-lâxm acquière 
|i#ii6tnr jnîuibitude d'emendre-le firns 
:4É le cour de la langue. Apris qpot il 
iera lèms de prendre la limèj de polir 
ibn langage y 6cdeme^e de la tégi-* 
larité ptjoat/ ^^ - ^ "^ ^ 
-^' ^^prendrc par nfegc tiRÇ:> laMue*- 
morte & qu'on ne patte ptos , (^ett-y , 
(c récrient- on > unepenfèe très-abrurdc. 
Peut-K>n (è mettre en réladoi! avec les 
morts ? peut-on s'entretenir par la pa« 
:itok avec Ici muets >• 
1^ Mal à prôposdonne-t«>oh ici le nom 
:'4t;<muèts i des hommes dont le» dif* 
^lipNirs i!ibfiftenr,&d(mtla vràt (èifatt 
.^entendre. CarpuiWon les lit, on les 
4covm encore r ^ a on leur prête ïo- 

4iitênr, On msi donc parlfr. d'après 

|NM|^^ , piBs en gnmd 

'''f^tMit[^i9ç^toiptm faabitueHe- 

le goût de leur langue. Maisc^eft 

II' même qtie l'u&ge con£fte. Le 

o(âff6 n'eft autre cho(ê que eë qui 

llMiii^tax dk.r T<MU autre à&ge, <fe 



■—À». i.'*4 




•^.-"" 






■'\ .-.'■ ••■ . ,*:i. \ •..■ ■■,■•..•■..■■, . - ■ 

k)ES .LA^«.ujBS)JLrtf.//. 4f 
quçi^c jcecvmu » 4e quelque pluxn^ 
qu*U vienne , oç peut êtce qu'iU^gitime 
oa étranger, Oft nne nécefficé qa'il 
çorcpmpe le goût « ic Tinfeâe des 4é« 
fau^dont U di plein. 

Pour f«ire voir cQmbien cette mé^ 
di^è fi coimmune » de commencer r<^ 
rude d'une la^igue par la compofitiont 
eft uiy cho(è déplacée & abuiive , nous 
emploierons d'abord des exemples fen- 
i^hlcs du defordre qui y régne , puis 
les ipaufes naturpUes des mauvais çffèrs 
qui en découlent néceflâirêment , 5ç 
enfin quelques autorités refpcâables, 
( Apres «avoir vu le faux de cette pra- 
^que, & difirucé de quoi il fè faut 
abftenir « nous paierons à ce qui eft 
d'une nécefiité abfQlue > & qu'il ne faup 
jiwpw pmettrc- . 

^ Ce qu*il ne fafit fas fah^^ 

5i un hommç , cQmpunt fur la mé?- ^««"P^" fj«« 
thpde (k fiir les promcflcs des.éçolc$^3c7â^pi«iiitti 
Çt perfiiade avec raifon qu'il apprendra T^'s^'» 
les langues mortes par l'exaâe obfèr- * 

wion des régies /& par fa perfèyér 
ç^çc cikns Je çrayaii dç$ thçmf s Çf .^çj ^ 



i5 f^ '^'^î'' 



-:■*•' 



f 
i^^ 













k 



t 






^ mfiMiîA \ qui nous empicbc d'ap 

fiiQt traverfer ni la mei^» ai let Alpesj 
Noiii^ltvoiis beibiii ni (tes Aiigioîs » 
mée^ûtÊlkm, pont apprendre leur 
lansue. Qâetque modiqiue que ibit no-! 
iie^icn Tii fera toâioursplus oue Adi* 
fim^^i'flMi nieitre^n(êmble les deux 
Uyres uniquement néceflàires i cette 
encreprife : fc la diftance des lieux n'efli 

"^pas ici plus à redouter quela diftance 
iics tenKfe'— ' ■ ^ '^'^ •'^^'- ''^"^^- Mi^-'^^m'^-j 'i^"<' ^v^ '-j.. ' 
: Gectc idée n'cft pas nouvelle. Bien 
des gens l'ont crû immanquable. Mais fi 
nous pouvons produire des exemples 
qui faflenc voir que Tentreprife d ap- 
prendie une langue vivante par les ré** 

. gles de la Grammaire êc fit la xom* 

poiîtibn ) ^ette dans l'elrat un travers 

J^éfermablet oeaucoup jplus 

^e)k n*aide i le même reprocne re- 

ir^mbe â plomb fur l'^pprenti^Iàge or- 

^Vfe r rf jiiji^ij^ anciennes langues. Car» 

jJMûfque toutes tant qu'elles font , mor^ 

l^antes^ (è trouvent de mène 

I^Éé qui èl^néceflàire pour an- 

prendre les unes ne peut manque* ae 

ihtc égaleracot pour les autrirs^ êc la 



■ yl^'- 




k 






^;v 



w^. 






^■m 



i-ji;»;;.j,jrt:;.>| S'. <■ ■ 'M 



,5?f»p?f'.,T^"rï-' 



>?'■ 



m^fe qm fera nuuiquer l'une » les fera 
manquer totnes^r^i- ly ■ ir^B-. 4-*-.' '^u^'V- ::t .. 

Il n'y a pas loiig«téms qu'un jeune 
Anglois » dans le ddièin d'app«en4re le 
Ffânçob fiiivant Tnâge aflèz ordinaire 
de (à nation « réfolur de s'y prendre de 
la manière que nous venons de dire* 
l4e trouvant tlans (a campagne du c6té 
de Briftolaucùns François donr il put 
mertre l'entretien à profit; il lui vint 
en penfée que comme il avoir appris an 
peu de Latin dans les écoles par la conv 
pofitton des rhèmes Anglois mis en 
Latin \ il pourroit de même i(e mettre 
à rraduire de TAngtois en Ftancoi^; 

Îii'il ne falloir pour cela quatre ndéle 
(es régies de Grammaire ;. qu'avec un 
pèa de patience il parviendroic à, les 
appltouer toutes & â parler François 
avec it$ François , comme s'il eût été 
élevé parmi eux* .11 £t grand amas de 
ces comportions > Ôc dans iin voyage 

Îtt'il fir en France il eur grand foin 
'en charger & vali(è. Voici une ou 
deux pages de Ton Anglois rendu iïa 
inanière en François. Elles (bffironcau 
Leâeur foie qu'ù jette les yeux (ûr le 
texte Anglois ôc lur la traduéèion pr» 
tetidu*Françoi(ê'>:(bit qu'il s'en tienne 
fimpIeuBient i la txaduAioo^pouc fentir 



- 'i 



^ 



■ ^ 



/ 




»> r, n» » m » *' 'i| >l ^ p. ^tt^fmatt^ 




teoR^iir vouloir 
\migBm parla iiitfrli04f 

r^ x^fgtef de flvofhif^'éiii 

Ar|iti0î^ auquel m tît 






.;M; 



Tht Ufi»^ 



Ik^ 



^^■. 



vM^' 



w^^mw^^ figure m 

n ir'f hiBmf. Mimm fifft re^aeft tQ 
sf Piil ' ♦^Ikc Magiftfacc^rwiH» wetçdflwng 









ISpi-f iSIstît hin».. tht CBiiofittei of d» pUée , : wîB 



''•^■•*i-^^'^H. 'i'i'' ■<if- '''XJ' '■ ' ■ ■ 1 • " i- 



ihit 10 his fitrprife hp 






,'.A'VT, '•*■■■),'■■. f- ; 



lAm ail of tbe <iiiatcer«ap4 evçn de«- 
ifn aiadl dbat thece ^paiil|^ittch comt> 

^ f feii:ï/7"^^^ teltitfiotijriip^y^ and fc^ 
^liioànbeccd^^^^ intcfîhid^ and 

llldîa^ thcre iras a ^here wicb a cy- 

f ft'??' ? ^ ^^l|jj^ irooU I^lM^J>e diflSuufci fipm ^c 






4^ 






■. i . 



. ■ ■•■.■«V 



■«,*■ 

* 



. .#>ji 



-. :'■,'.'•■■■ m," 






{ . ii p iw ; '!» ; j i!i , < ^f'.f r >■ *" *■ 



1 



«iMftmé'ié a il^ior iowcr^iÉiir wvcfe. 

i> bt»bcs ^ wkfa ilit èfjpxs: ti£ n %heOo^^ 
»^ and'^cylmdf r iipon ir; Ti£i^ kwf^^ 

9f ibr ^him "dtarr tli0sf--iiptaie fl(k>kii^\. 
>i £MKlQ^ÀdMiic^ iâi«e iicif ro cji<s» \ 

tir nibbish , hd^ (o^ûi «be laicripcioé^v 
9» aUa wtêk he cxpeâbéd > tbo' rte kt^ 
f^cer parc of ail tbe yctrear was efiû^ 
)<6ed. Thor » ixys iM^i 0RO ofche noi^ 
t/^bkftt drièii^ 0£4Sre^e V âiîd oiie ltka*#> 
>rJ|iif^ tfape fik»A 1«flrned^r IwKt Ifho^mi 
)r nochtiig^^ of ihe iHomimfiiriof it'r 
V iMft dèilctvifiû^ and ingenraU): cid^ 
» zei», if k had not bteti* difcovared» 
»<to them by a n«âye of AfpinuAi. 

fit U mr'aiflflr^ ptm vm chét^uê ■ 
ck^ m Mi,^ km Mi4n^, &^ ' 
cMHMMir (<#^ itP'^sy^ 
j<m(^ fiù$ t^ frméfàU f^m^ àm» fié- 

0^MSy ^ àoiêm momnâfs kiiâiet cm* 

la tmnki iAtcbimeaes , éûpuA l^jnÊm , 

C 



\ 



■** 








, : * 



F- 



bii 



\ 



J$i9m0k 






gi^ffim)fiittm mnÀm im dmp . {z) kU 
f$mmMwllf « 0i$ U flm pend nombre 
deimrs piim Seftdchres àoki il wkfirvM 
JémsmJiM^fem ^ i<nr«ififi inr^Àir^ 
€m ^ 0érifiéum^ m hroffsUUr^j îme 
ffm Molme » ikUkiiette /n likf iffifith 
rpfffih (b}imni49Uemm juhdfffhsd€$ rûn- 
M ^èçiéfignH df Injp^^ 
dff 4nrd00m^w, U ftifimement^dà à 
U Cmpétgfrie ^koU I4 fshofi , lâtiHcUe ils 

r itoiem tinrckémê fom* Fnif envoy0n là 
m ff0 jtkmmês ^ foMT Mmfcîr Uttrrê 
dtr^n^is &i dé In^ffins ^ il itpnvd tin- 

Jb^iîimÀi^ mifuhi$ i fmpa 

cii^ ^(iinfi , ^fH s m^Jis fins nMet 

i^l H^mt âkt » dsm mt* «i3#« Mai» h J^Ution* 






Vf 



"K 

*•>*• 






Y^-<- '•;.■ 



PIS Languis,XiV. //. 51 
€Uh de Grèce , 0* d U fois pdrcUlemem 
U flm firvmHi , mhtm e^ttm rien du 
mofimmem de fin le flm méritant &ùn^ 
pnienx Citoyen , s il n^étveit pdi été di^ ^ 
couvert à eux pdr un natif etÂrpinum. 

Un Parifien à oui notre habitant de 
Briftol jurent voulu faire voir par ccc 
(échantillon., ce qu'il (àvoit déjà de FratH 
çois» lavcrtit avec politedè que roue 
ce travail ne Taidoit en rien , & qu'il 
n*en falloir cien attendre pour Tavenii:. 
L'autre qui fe (èncoit autorifë par la 
méthode des écoles » n*^toic pas di(^ 
pofô i iê rendre à cet avis. Le Padfieit 
je vit contraint d'infifter & de le dé- 
tromper en lui montrant que c'étpic 
pour avoir été fidèle aux règles com- 
munes de la Grammaire qu'il s'étoit (î 
fort mépris > que dans ces exprc^flions » 
Jk hifloire , fon le plus méritant Citoyen, 
° ôc dans bien d'autres , on . ne pouvoir 
lui reprocher d'avoir bleflcf aipcune ré- 
gie > mais de s'être écarté du tour pro-; 
pre de notre langue 5 qu'il lulrétoic 
impoflible de deviner eh quelles ren- 
contres l'ufâge nous permettoit ou de 
bledèr la régie pour éviter un fon trop 
dur» ou de faire inverdoh tantôt danr 
l'ordre des mots >*tantôt dans celui des 
objcjts *) que l'ignorance di:ces ^larticu^ 

C ij 



.. ^*.,rfB«>'^«|i^^4!^>«JMb« 



- '.■ ■ ^ » ■ ■ • ' ■ -^ 



- 






fl LÀ MicANIQUB 

laric^ ^nettoie ah Etranger qui vouloir 
compofer» daoïla néccffitd de parler 
fâ propre langi^ plutôt ^ue le François 
xbfisfds co«ipofition$ : qu>hif^ Tunique 
parti à prencûe étoit de reQojriccr à la 
fntfthôde'permcieufe de vouloir mettre 
foD Anglw en ane langue dont le ca« 
raé^ère luiétoit inconnu, dont Tair & 
U^marche ne tenoicnt en rien de la 
fiemie i qu'il lui confeilloit <fe laiff^r^ 
4'oubÛer pour toujours tous les thê* 
mes bâtis fut des régies, s'il ne vouloit 
tout perdre ; qtie quand on ayoiç envie 
4*appre|idcc noire langue dç toute au- 
tre » OU ne gagnoit rien i débuter par 
^nc métbode abrurde èc qui faifbit fur 
rctj[M:it des inipreffiôQs fauflès ôc nui/i- 
blés \ q'u*il valoir beaucoup mieux ù 
unir m repos. 

Mais comme ce ^ n*étoit pas aiïcz 
pour cet Étranger de connoitre le tra- 
vers de fon travail > le Parifien lui con- 
(ciUa les deux moyens les plus propres 

Eour rhabituer au vrai goût de notre 
mgue. L'un étoit de fréquenter des 
per tonnes l^ élevées , Ôc de copier 
leur khgàge. L'autre étoit de prendre , 
étant encore en France:, ou quand il 
feroix de retour à Briftoi , nos meilleurs 
Écrivains François pur â tour > ôc dç 



^ V ■ ti 



m 



ii-^ 



DE8 LAliGmiSiZiv.I/. 5J 

les ^crtrc de François en Anglois d 
TaidoiRun Diftionnairc François de Ak- 
glois , ou à Taide d'un iticcrprécc* La 
raifon de cette conduite étoît fcnfible: 
il pouvoir bien prévoir que la fréquen- 
tation des per(onnes polies & la tra- 
duâ:ioi{ des livres bièft écrits feroient 
pour lui un double exercice,^ où il n'y 
auroit que du profit & jamais de rîfoue, 
parce que le François qu'il ponrroit lire 
en particulier , ou entcnidrccn cotnpa- 
'^ ghie , fer oit dans l'un 6f dans Tautre cas 
du François pur, 6c ic bon allôi 5 qu'en 
comparant enfuite ce beau François 
avec fcs compofirions Angloifts il ap- 

Fcrccvroit auflîtôt 6ns Ce tourmenter 
c(prit & fans fe fai^c le moindre tort , 
en quoi on gâtoit la langue Angloife 
en la- rapprochant trop littéralement 
de la nôtre , ôc en quoi le caraftète de 
l'unc^ s'éloignoit de celui de lautre. 

Si la méthode dejjJ'Ècolcs étoit bon- 
ne, ce jeune Anglois fe feroir-il égaré 
en s*y conformant. A quoi , Je vous 
prie , a-t-il tenu qu^il ne parvînt à fort 
but ? Ce n'efb^i la longueur du travail 
& des annéci', ni la paticrtce qiti lui a 
manqué. Il avoir à, fa difponcibn les 
germes de la langue Françoift : il favoit 
les mâexions des mots , ôc les régies 

C ni 



.-.■•- 



• -v^ ■ 




♦ . ' 



'■: 



/ 



• A- 




»v 



54 La MicANiQui 
é'aflcmblage. Il comporoic exaâement 
Iclon la grammaire > Se ccpendam il ne 
ptfloîc pas François/ Il lui roanquoic 
un maicre : je veux dire Tufage , le 
premier maicre qu'on doive entendre 
pour commencer Témde d^une langue » 
Je Ccùl qui en donne d*abord des im- 
preffions juftes. 

Il y il ici une queftion bien namrelle 
à fkkc* li^ compoijcion dé ce jeune Ari- 
glois eûr^elleété moins d<ffeâueu(ê & 
^motns baroque, fî > ce qu'il mit d'An- 
glois en Français d'une façon fi ridi- 
cule ,. il l'avoir mis d'Anglois en Latin 
£*lon l'u&ge des Écoles ? pourquoi veut- 
on que Tes compofitions Frànçoifes lui.^ 
ayenc nui y Se que nos conipoilcions 
Scholaftiques ne nous nuifcnt pas > Nous 
avons droit d'en conclure qu'on ne peut 
manquer d'être bien bliiiiable ou picn 
à plaindre de Ce porter par choix ou 
par nécedité i composer plufieurs an^ 
nées de fiiire en unç langue dont- on 
n'a aucun ufage ,. Se de vouloir régler 
par (on raifbnnement un langage ou le 
raifonnement n'a point eu de part » Se 
que l'ufàge doit enfeigner , parce que 
; c'cft l'u&ge qui Ta fixé. 

Pour wntir encore micuv le travers 
de ce langage appris par régies ^ il ne 



»» 



-Ç 



N 






t>ni La NGViiil^iv. il. ^j 
fiiùt que jetcer les yeux fur les (ix prc-> 
mièrcsiigncs de la Géogt9fiàe(d) qu'un 
écrivainjAUetitAnd chargé paff|état4'éii- 
feignec le^ bélles^letrrcs r vient de nbu^ 
traduire eu tx^n^ois à. la manière des 
compoiiciqps pranqnées. dans les Col* 
Idgcç. 

>9 A Leipfic je fus prié de tenir un 
HColl<fge GéQgra|>hiqUe(^) :^^~tbm- 
»> me i'avois donne par ^crit les prin-^ 
» cipaux chapitres de nion difcours (r)» 
f> Je me vis engagé à faire an madutcrit 
>>auffi en cette difcipline (//). '' 

Un dernier trait vous fera toucher • 
au doit Tinutilité de ce travail. Figurez- . 
vous un Polonois qui vous con(ûhe 
(ur. la façon de s'y prendre pour-bien 

f)arler François. Débutercz-vous par 
eterenir au logis, parle pourvoir de 
toutes les léeles- & de Tattiraii de b 
compoficion Icholaftique ? lui di<5bercz- 
vous tous les Jours quelques lignes de 
Poionois pour crr^ fur le champ tra- 
duites en François félon les régies ? Sui- 
vez le travail de votre homme : le voilà 
occupé â feuilleter fon Didbiptuiaires 



' f> I 



nu 



(»4 ) Ls vieUlê *& U ntuvelle Gtc^raphii d'Hubtur, • n a voufu 

â Amfkrdtftn chec Occent I7M. dire lUwwwj- 

( b ) Il vevc dire unt tcolt dt Géographie, 
( c ) Il veut dire de fet leçons, 
i^) h oc (ai plus ce qq'tl veuc .dire. 

C iiij 



♦■n* . ^ 



« <»>^ " 



> 



,^ 



\ 



** 



Î^ ^ Và\ Utc^uiQv if et 
fliifti^bft kl xctmcêqm Mif9nieafc i 

§MfJ^f^À/<flotMim lAàcf^ mot ctl 
«0a(wiMi{rfiiit ÉiégfeyiMi lise wcntit 

la peribnhe , le nombre , Ici ytthct 
nuxttittreé;^ ks vctmwSÎom qui rom 
U oiao^ue idc chaque pi^. Pirve&tt 
enfin i régler Jf^at cToiivnoc., il le 
j|)èf'ffl.<)éviMf'<l'dt amtoec wi ancre» 
ikiWidonnér & ii J^ucon de cenx qui 
je lùivenc ; llMbtÇ' A Jéquifige qui 
ieitr convtenc. A^è* «voir méciicà lon- 
guement fiir chaque phra(è » tl la mec« 
trahir le papier. Cecmmiiie fera quel* 
qne^chefQin : mais il en fera peu : ce 
neiênM}u'en râtonQan^Vjqo'cn héfitam 
i chaqntt' pas : il ne voit ^na diéfcnfèa » 
qiieff égloÉticns > qu'Occai^sâDS deichnccs« 
Avaor quU rirqoc de Û produire en 
compagnie» éic qu'il o(ê y tfire ù pen* 
i(^ > ^ tnofi âc les arniéea l'écoule-r 
rônt» M lentetir de iouvrage y h td^ 
HcATe du cabioèr > le dépintfir de ne 
fayoie que des cfe&a générales* tle ne 
pouvoir entendre ce aiVon M dit, ôc 
oè ti^y pouvoir répondre (ans apprécec 
. i rire , tout cela découragera votre 
Étranger. Il forceca ka batû^ » & 



X 



r ▼.■■' >■ '. '^,4''T 



»■ ■ *■' 



<é déUvrera cl*u|ie pareille conrraincc. 

Si c'eft une crpéce d'infalte de s'y 
prendre par la méthode de la compa- 
flcion avec un homme fait» qui veut 
(avoir y ôc que le travail n'épQuvancc 
point V y ar il la moindre apparence 
de raison d charger d'un pareil travail 
des enfans fans pénétration , ,de les y 
aflrujettîr pendant une longue fuite d'an-» 
nées , ôc de les y forcer durement } 

L'apprentiflage étoit ii iîmple. Écou-. 
ter Se répéter ïrcquemmcnt ce qu'on 
a compris : voilà tout lé myftère. Voilà 
l'entrée des langues. En y débutant: pac 
l'utàge » point de triftellè : point de 

Ecrte de rems : enfin aucune de ces 
abirudei vitieu&s > que le tems même 
ne pourra réformer. 

£n nous voyant in(îfler fur le befoin 
d'un grand ufage > vous ne luxis loup* 
çonncrez pas de l'entendre i la façon 
donc il fe pretkl en Pologne , en lk>^ 
hcme f en Irlande y en Flandres , ^ 
parmi la plupart des SepretKriorïnaux 
qui croycnc avoir beaucoup d'afàgc du 
Latin. On fe pique chczeinc de (avoir. 
Ils écrivent beaucoup : mais il fauc 
avouer que le flyle du plujr grand nom- 
bre d'encr'eux ztt étrangement négligé. 
Ce défordce ne vient que de la perutr 

C V 






•f^^TP*?^ 



», 



î. 



'«0 



58 La MECANIQUE 

cicufe pratique de coti^ofir le Latîn 
fur des régies fàudes » au lieu de le 
.modeler fur les Auteurs qu'ils négli- 
gent, f 
Dans tous ces pays quand tes jeunes 

Ircns fortem du èollcge,ils conrinuenc 
a plupart d enpailçr la langue. Ccft 
ce quib appellent parler Latin : Se 
comme ce Latin de tous les jours eft 
horriblemenr plat > il ne peut guère 
manquer par FefRt d'une longue nabi- 
tude , d'être auflî plat dans leurs écrits; 
Il y a donc pour eux deux inconvéniens 
où il ne s'en trouve qu'un pour nous. 
Ce()^ uniquement dans l'enfance que 
nous gâtons du Latin. Une fois échap- 
pés de l'école il n'cft plus queftion pour 
nous ni de composition ^ ni de Latin. 
L'agrément de notre langue & de la 
bonne Compagnie fait bientôt. di(p»t- 
' roitre ce peu de Latin qu^on nous rai- 
foit arranger , ou plutôt eftrèpier à 
l'écart. La perte n'en cft fui vie d'aucun 
regret : âc il eft en /i mauvaifè réputa- 
, tion» qu'on ne peut <lans la converfa^pn 
avanturer le moindre mot Latin , fa^s 
en rougir >,ou fans en faire (es excufes. 
Ça n'eft pas de même dans le Nord. 
e Latin de l'école s'y eft répandu dans 
routes les âm]llesv& a gagné le petit 



^ 




DES LÂnùvttiLsi^. II. 5^ 
(^uplc même dani^ certaines provinces. 
Ou le parle par coac. Mais qnd Latin [ 
Quoique les lettres ayeot ' changif de 
face» abe le^ opinions des Anciens ayenc 
fait place â de nouvelles 9 6t qu'un 
fyftême y donne la chailè i un autre ; 
il n'a pa^ été couché au langage. E« 
ce poinc c*eft toujours ta même bar*' 
barie. 

Je fai que l'Angleterre ^ l'Alletnagne f 
la Hollande , la Suiflfè ôc bien d'autres 
pays ont produit d'excellens efprits ôc 
d'excellences plum^. Le bon goût a eu 
par tout des partimns, & il y a peu de 
pays 011 nous ne trouvions des modelés 
de (iylc. Mais ils ont peu d'imitateurs.^. 
Notre t^ducation nous traverfè tous 
dans lacquintion de la belle Latinité , 
de l'unique ibpériorité du iMidi de 
l'Europe fur le Nord i cet éga^d,c'cft 
que nous parlons uniquement notre 
langue ôc que nous n'altérons point en 
nous le (èntiment de la belle élocu^. 
tion par Tufagç d'un jareon infiptde. 
Mais cette loneue habituel d'un Latin* 
faux que ics uvans du No^d (ê fonc* 
tous à eux mêmes» les rend ii infen*"^ 
fibles«à tout ce qui s'appelle éloauence 
ôc bicnféance du^ftyle» ou'ils desnono- 
rem fouvcnt un profond iâvoir par le 

C vj 



Wfk 



c. 






W 



1^^> k plus gcofficCb U )r , a ponrf 
eux f^âBljilé .difAutoirs irnonmdB <r. 

iàiiis perdra paiionccu Le; i^k.cre&F9e^ 

|re| Wakmbourg t& fàûs goût : celai 

fl^ jB€>ciliaavç eib ii:è»*dtrr : cchii de 

%'Gt^vcCànàl^ cft Jbbtvible t k phpitc 

dffilryplop^mi Flamaddî: a'co pnc 

poinc : & ii je cboifîs de vrais fav^ms » 

çle» noffnti p^ldbçes» ce d'^fl: que pour 

mieiu fàirc^ Ternir les: effets ^l'onewbi'* 

tade coaçraiâéc dès rtufance; x 

il(«»i*»ha9* c^fft uo bien pour nous » de non» 

peren^^u^r^ti^c di^faks de la loécho^e de parler 

lan^ <iu'on Qti nKmvats Lautt > oDf le vootne ea 

■* ****• biiiDimide. PoiMi|a^ itoncnërenooce- 

ihOA pti à 1^ cottrume ég^aleiiBeiir nuk 

i^bki de compofèr plufienra aiitiée^dc 

Alite 011 LaciAdjéfeâueox^^i de d'en faire 

quipts eft la preoâ^e bahitudc de oocre 

eofaocer 

^ / Ge pea d'exemples fi (iniptes » fi fré-^ 
ijMcm » fi upplicablea à la«|ueftion> 
k Ittfifoieiic (Boar la décidcf.Noiis allons 

cependâne réclwarparim moyen fore 
émtctit. Prcnnobs daos la natcire même 
dû langage de cous k$ hommes , ôc 
daoft mifrc expéiience pavcicoKère » <le 
SKHmrUes raifons oui achévem dt 4é- 
BKmtree conibien le parois des thèmes f 



T'r: 



0^S L ANGI7lS>£rBr. //. él 

le Latin de U Fabrique du CoUége » 
met de pcfaniçtir dans Vapprctucti&ge 
des belles ktcifts ^ & fkic de tore i 
l*âgc fotvaïiu ^ / 

I®. Un jeune homme qui n*a l'amab on fait ro» 
entendu parler ni le Grec m le Latin , SJ[;;^];î:';';r 
tifece devant lui la Grammaire âc leture^ ddvx» 

biaîonnairc , cherche les mots , les P^^;^;rVw!l! 
ch6iiir> les aflctnble le mieux qu il peut» lique ik (V de. 
corriger fa compofition foos fe cfiace"'^^^"i^.f "''- 
de (on Maître > ôc prend ces réformes im^^cinoui! 
pour modèles. Tel eft le premier Latin 
qui frappe fon organe. Long-rems il 
n'entendra > ni ne Hf a autre choie. Voild 
le fujèt j^ ks méditations , & l'objet 
de fcs efforts. Il parviendra , s'il peut , 
i copier ce modèle » ^ â le rendre trait 

Sour trait. On ne s'élève» on ne Ce di- 
ittgue quip parla. 

Mais^ ce qu'on prcfcrit à faire , êc et 
qu'on dicke comme fait cooforméH 
Bienr ani régler de l'art >eftinf»ltiient 
élbiginé du oon.uâgt de ta langue* 
» Car tst paèkr L.iriin que ftlon Texac- ^intU.Uri 
» tittidc de la Grainmaire» c'çft ne poiï)C *' ^' 
irler Lariifc 

Qpxx qui enfeignenc & vcnc te mot 
de (^iiinlieii> & m ne difconvienneffr 
pas que la compoittton des enfant 'ne 
ibkgcoi&èfc Ôc défcâiieuiè ; ils avotterir 



•■'■^^-^y 






U 



h. 



.** 



'W 






minié qu'elle eft fore au *de(Ibiis d« 
cette exaéKcude erammaticife 4111 met- 
toifr cxpetulatit QoiiitUieit de rées-mau* 
vaifê humeur. Mais ils fouciennenr aue 
cette façon de procéder & d'apprendre 
une langue en comporanc d'après des 
régies» eft très«-bien entendue; ouec'eft. 
iè conduire prudemment dans lespre* 
inièçes études d'exténuer Ton langage » 
de h'employer d'abord qu'un Latin mai- 
gre &: décharné. '^ 

On doit nie permettre de le dire. 

Cette idée n'eft point jufte. Il n!e(l 
point prudetu de commencer par gâter 
une langue quand on entreprend de 
Tenfèigner. Une Dame intelligente k, 

Sarde bien de fouffrir que fon fils (e 
énoue la langue & en fade les pre- 
miers eflfais en s'habituant aux façons 
dé parler du vilLige , ou à des expref- 
fions faiiflcs. Il eftjvrai qu'on ne doit 
.fréiakerâ des enmis^qae des chofes 
ttès^fichplès^léc faciles à entendre pour 
ne leur pas fàtiguét -ferprit» Rien de 

Ehiijufle. Mais comme on (è g^de 
ieh deles habituer au langage des hal- 
ks> on leur épargne de mime tous les 
tours faux. On en fait tout le danger» 
0r c'eft une vérité rrès*remarquàble y 
fu'U 7 â bestacoAp plus loin dcsmodélcs 



.^,; 



'•^'Tï"",« * 



DES Langoss, trt'.//. ^f 

<k compo/icion qui (èdiâcRt dans les 
bsrllcs Claflfes au vrai caraâèré de la 
langue Lacitie , qu'il n'y a de diftance 
encre la langue du village , ou de la 
province, ôc le beau François :puirqu*il 
eft notoire que le fond, le tour & la 
commune propriété de notre langue , 
fe trouvent- très- réellement dans no^ 
provinces & juftjues dans nt>s villages. 
S*il y a donc peaucoup à craindre pour 
le langage d*im enfant dç le laiflcr long- 
tcms à la ci^mpagne avec des gens qui 
ne parlent/pas mfte ; le da[>gçr n cft pa^ 
moindre/<lans les écoles. 

Çéi>éfrons plus avant dans le fond 
de nofp^ objet. L'cfprit d'un enfant ne 
peut encore entendre la plupart des 
chofes qui font là matière des difcours 
& des livres. Les longues phrafes fur- 
tôut les cmbarra(Tènt. Ils s'épouvantent 
detOMt ce qui s'appelle période. Ils ne 
(avent ce que Veft , ni que diflinâioa 
de membres y ni queniultiplicité de 
nombres , ou égaux ou divertnés. Kïcik 
de tout ccb n cft pour eux. Ce qu'on 
leur dit doit rouler fur des chofes fa- 
ciles : on les chargé peu. Mais quelque 
courtes , quelque îimples que foient le» 
petites phrafbs qn'on leur préfente à 
traduire conformément à la mcfure de 



/ ' 



< 



fyi>i.»n]uiif,iji,i'jw"'?,f ii^p^j^yy^yi 



^i^Mf '-?■>* 



"^ 



ç 



■/f: 



'•':> --tj-i^.' 



m 



JîNir ioNtHigeiice > il ftuc que ces phra(e^ 
oioieié pores & cirées des Anteurs qui 
ont k mieux écrk^ Se que ce qui leur 
en demeurera dans re(pric leurnècve à 
tout âge de modèle pour parler. .. 

Mais regardera-c-oii comme des mo- 
dèles pour raventr , èc comme les vrais 
fondement de réi:ude<les belles Iciti^ » 
ces écraogca façons de parler : Fètrm 
viUvù mi lumc nm* Mugifitr idhtms 
efl ms Msm BMiéfm^Jounnis làkêrmad 
Jl$créinJ4m fiktm vitéim. ;■ 

'Si Ton peiirexèircetK|a jeuneflfe fur 
ces modèles d'qn ùfàge fi ordinaire » 
Se fur cent autres de pareille éfiofk, 
par cette raUbu que les règles n'y font 
pasblefliëesi rieitn'empêcbe un Per|9|:ie 
famille ou im Tuteur , de fe débarraSer 
du foin d'iayotr (es enfims i Paris oti 
^ VeriàtUes. Il peut leur laillèr paflèr 
£x ou fcfn am an village. Ils y cnren- 
<kom fiuis rifijue Ôe répéteront orilc- 
sncnt ces phffiacs tuftiques : ** A quoi 
» vous ÂWK Moas diverti ce matin, 
f» Voua voua iscufft. trop échauffé. Vous 
9» ères Jiémk Preimns mi èlm9 mou- 
fi^hoir. Voilà m quelqu'un qyî entre. 
19 Ceft MotiiSciir votre Tuteur ^ de- 
»> mande ^^pnÀit^Nf. Pendam que vous 
kà.foaMkcfeft k km Fifns » je ' ' 
f 



.. .^è.^-—' !•% 






BIS LAV6UC8ȣ/tf. //. 6j 

H wmtri . U nsfpi* Nttfs lui fcrvirons 
99 une volaille deslmicux tmits. l\ 
pourra iottjptcr 0ê»isdi nom ôc s'en 

^ Cei^ fyfiQOf^ de j»i^rler comme les 
Lacioes pré|C^entcsJbi|c i jpw près d'ac- 
cord avec les régies de itrudare. Eft-* 
ce une raifoQ pour les croke propres 
à déoouer la langue d*un enfant? Écanc 
cpniraires a l'i^Uge iUes ne peuvent 
que faire tort à ceux cjui s'en iervenc: 

fiarce que rhabicude cki mauvais ufàec 
es y rao^ène loriqu ils y pen/ènc le 
moins. On voudra inucilemenc les re- 
dredèr par la fuite â forcé d'avis 9 de 
railleries, 6c de turlnpinades. Ce qu'il 
en arrive x'ed qu'ils hvffitcik » parlent 
avec défiance > ôc fans jg^^ci ou s'ils 
s'enhardiflènt > c'eH: ^n Ct Çùfstnt à eux* 
méme un flyle qui leu| cil tout parti- 
culier. ^ 

Le tour du langage eft fixe ôc réglé 
comme le coin ai^quel on frappe nos 
monpyes. Ni Tuoi » ni VaUrre p'eft 
abandonné aux caprices des pj^ticii- 
liets,:6c,jl eft au/U dérairoi^jâ)lè de 
vouloir faire l'apprantiflàge jdp belles 
Iccires par un Latin faux, qi)e de faire 
Ton entrée dans le commerce en y dé- 
bitant de la iauiTc monQye > ou mttac 



r 




»» V'-ff 



. -i 




) 



■■ ■ ••■ ^-^ ■: ;•■-'' ■'.■■■:"'.' . , ■ 

■ \ • . .■ ■ ' 

., . " * . *■' 

^é tÀ MiCANIQlM 

en commcoçaji^jp^ être fiiu;x«md<* 

Pks itti JecdKfaomme deriendra fa> 
me & aA^iiré wis ce langage côntre'- 
fait & SophiftîqDé *9 phi^'ix fera fait 
d'élogdi élibn rravatl. N'eft-ce pas de 

Saicé de coeur introduire le d<î(brdre 
ans les études qui iuiyront } «« Car na- 
f> rurellement rien ne Ce retient inicux 
tique ce qu'on a appris dans l'enfance, 
t» Elle reflèmble i un vaiflTèau neuf qiri 
n conferve long-tems l'odeur de la pre- 
»i mière liqueur dont, on l'avoit empli. 
n Elle reiflemble à la laine qui a perdu 
» (à première blancheur dans la cuve 
» du reinturier > Se i laquelle il devient 
i> impoilîble d'ôter en entier cette coii- 
>}lcur étrangère pour lui rendre fa 
oulçur naturellcv On remarque me- 
»> me que plus le^ premièies imprefllions 
»> font vitieufes , plus elles s'opiniâtrent 
9>â demeurer. Nous avons beaucoup 
>» de facilité a padèr du hkn aii maV 
99 Mais changer le mal en bien y c'ed 
9> choie rare. Je voudrois donc qu'on 
»> n'accoutomit perfenne > même daiu 
il la plus tendre enfance» à un langage 
99 dont il fera par la fqite obligé de fe 
99 défaire. 
: Nous voilà fuflifammcm eon vaincus 



T)Bs Langues» lit////. 6f 
Jes (uites ficheufès qu*atcircne infaillN' 
blemenc les défauts du langage de l'en- 
faticc. Uautorité & le di(ccrnerncnc de 
QuinrilicA que nous venons d'entendre 
ïiousleperfuadènt. Nous en trouvons 
la preuve jufque dons fa didion > dans 
l'air dc/a latinité. 

Sans le (avoir, fans le vouloir, êc 
par le pur cSèt de réducation qu'il 
avoir reçue , il eft ici * plus pointilleux 
qlie toulant. Ce n'cft plus cette dic- 
tion nombreufè 6c fonore du ficcte 
précédent. Son ftyle fc trouve dé^ 
tombé bien au-de(Ious du mérite Ôc des 
grâces qui relèvent celui de Ciccron. 

Nous allons prendre une preuve en- 
core plus preflantc & plus forte de la 
mcific, véfité dans la nature tant de . 
Torgane de l'ouie, que de Torgafiedc ' ^ 
la parole , dont le premier exerce un 
empire abfolu fur l'autre'. ^ 

1^. TbL EST l'ordre DBIJINA* Suites ré:e(T«)« 

tuR*f QUE LA LANGT7E DE l'hOMMB SOIT '" J" ^ '' f- 
^ , dici oc Touic, 

SOOS LE GOVVERN&MLNT DE LORBlLLEé 

Aufli voit* on uiv rapport néce(faire 
entre ces deux inftrumens. Selon que 
l'oreille eft bien ou mal afFcdfcée > la 
langue cft conféquemment réglée ou 
dcfeâuéufe» Cchu qui vient au monde 

* Dans Ctm Udtu 



i 



^ 



L 



^ 



K»f;-,?-V*' Vf >■"■'■• "•■'■" ■*'' ' .■ ' k '- ■ r-^'j" 

6% ; LiA MiCANKiû'B 

fans rufiige de i'ouie > (è trouve néce(l 

ikifCtnd||E privé de celui de la parole : 

9c fit langue ne fè dénouera jamais, 
lànc que fes oceiUes deniciirerOûc malé- 
fici^çs de, façon à n'entendre ni fons ni, 
articulations : à moins qu*un homme 

Îacient & adroit n'en(èigne â «ce n^uèc 
formier de fa langue des (bns à peu 
près Semblables aux nôtres, en lui fai- 
unt diftinâemcnt voir les mo^vemens 
des lèvres, des dents» & de la langue 
qui icrvent k former les ions par Icf-\ 
quels nous délSgnons les objets. 

Par la même rai(bn& par une fuite 
égaletntnt néccïïàire , fi un enfant aban- 
donné dans une ile ou dans les bois 
y menott une vie vagabonde, âc quil 
apprit à foulager fa faim en rcmpant 
éc en courant avec les bctes \ comme il 
n*a jamais entendu les. fons de la voix 
humaine il n*cn proférera aucuns :^ 
dans la vérité il n*en a :aâuellemcnt 
aucun befoiri à ia conipagnic des bctes. 
Il imitera plutôt ksjignes qu'elles Te 
donnent les unes aux autres. lihuricn 

Slrmi les loups , & avec des éléphans 
contrefera leur cri. 
iHir la fuite cet enfant vient-il à ren- 
contrer & à entendre des hommes ? 
L'imprçflion faite fur fes oreilles éveil- 



.'T- 



■A 



*..\ 



/ 



A- 



;■ • â« 



w 



D^^ Langvi$>£/c;.//. 6^ 
lera & langue. Mais pour imprimera 
cet ififtcùm'enc. de la parole le jufte 
mouvement qui doit former félon (es 
déArs iin tel fon plutôt qu*un autre» 
quc^M^^tre^ lui donnora des leçons^ 
quel Muficiçn lui fera prendre le juftc 
tpn? quel Anatomifte aura-t*il pour lui 
montrer lès cordes qu'il faut remuer, 
<3c pour les lui bander fur leurs chevilles 
ni plus ni moins qu^il né faut? aveugle 
comme il e(t (ur cette multitude d'or- 
ganes compliqués 9 comment fè peut- il 
faire qu'iïmetté en aâion ceux-ci plutôt 
que ceux<U » (ans héfîration ? comm 
peut-il (èlon la circonftance du lieu i 
À\i t>e(bin en tirer le fon (ignificati 
Tart^culer nettement , de le prononcer 
à la (âtisfaftion des oreilles les plu$ 
difficiles à contenter? . 

.Cet ouvrage eft incompréhendble. 
/enfant oui garle enfin > n entend jrich 
au mécanifme aui produit (a parole/ 
le plus grand PnilMbphe n*en (ait pas 
pli^ ^iie lui. L'Auteur de cette mer^ 
veittie çft le Cenl qui fâche commcle 
rdur iS*exéëtire » de la loi ou*ii a étabBc 
c'cft que le (bnqui frappe l'oreille puiflç 
erre copié par la langue , que celle-ci Iç 
puidiç Vendre â fouhait » non par aucune 
Ic^on ou en verty d'aucpnc ^dxçffç de 



- ' ■* 



é 




•»■'%. 
f 



M 



■^ 



è 



«rî> 



. *•■ 



«S 






70 La MicAMiQUB 
la part de l'homme > mais par Teilcc 
de cette communication prompte que 
Dieu a tfiife eatre un organe & l'autre. 

Cette communication fe trouve la 
même dans tou3 les animaux. £llc eA: 
fur tout remarquable dans ceux qui 
ont la langue plus déliée que d'autres^ 
Quaad à force de tourner la manivelle 
d*une ferinctte ( 4 ) on a mis un air 
iiuns la tète d'un fcrin de Canaries , le 
chant padè dans une (\ parfaite eXâtfli- 
tudè des oreilles de l'oifèau à (a lan- 
gue » qu'il en arrive fou vent des dif^ 
[)utes entre ceux qiii l'^ntiendent de 
'antichambre , les uns voulant que "-ce 
foit le flageollèt qui (ifle la leçon \ les 
autres que ce foit l'écolier qui la re- 
père. 

Ccft encore parce que l'oreille influe 
puidamment fur la langue qu'on réudir 
a faire cau(èr les perroquets , é>c tant 
de-difFi^reitis oifeaux. Le mécanifme d'en- 
tendre ^ de redire eft en eux ce qu'il 
eft eo nous. Mais les fons qu'ils articu* 
lent comtne noqs , ne (ont point (tgni- 
fioatifs pour eux^ Ce n'eft que du bruit 
tout pur , faute d'une intelligence qui y 
attache unfcns. * 






Placeollèc eo forme d'orguAi'Alleinagnc pouf 
» iiBriai* 



Te 

admit 
chinai 
pen(ci 
unçaj 

fc rra 
ans au 
bords 
de fcs 
filées ci 
avec de 
avec c< 
les dcu 
Paris 
encore 
l'cnfan 
parce < 
Ton dd 
ftircs ï 
de t^en 
Tofts, 
que ta 
défaire 
provin< 
Rdfugi 
vous r< 
card,â 
de delà 
p^re en 



DIS Lanoûes, Liv. IL 7 c 
Toute \z Çocmé cft pleine des cflècs 
admirables de cet ordre vraicnenc ma- 
chinalf Mais Thabicude empêche A'j 
pcnfer. Voyons ce qui arriveroic dans 
un cas cncièremenc relatif à notre (\x]iu 
Je ruppo(è qu'un boiu'gcois de Paris 
fe tranfporte avec un enfant de deux 
ans au pié des Pyrennces , ou fur les 
bords cle la Garonne ^ & que le bcfoin 
de les ajffaires fy retienne pliï/icurs an- 
^nées de fuite. Lé père fera des liaifons 
avec des hommes faits. L'enfant jouera 
avec ceux de fon âge. Ils feront tous 
les deux leur perfonnage. De retour â 
Paris la prononciation du père fera 
encore celle de Paris : mais celle de 
l'enfant fera la prononciation Gafconne : 
parce que les oreilles du père lors de 
Ton d^art pour la Province étoienc 
faites a l'accent Pariiîcn ,& que celles 
de l'enfant ne connoiifoicnt encore ni 
Tons » ni accens* Delà vient la difficulté 
que tant de pèrfbnnes éprouvent â fe 
défaire totalement de l'acceurde leur 
province. Abordez les petits fils de nos 
Réfugiés établis^ Brcdau ou à Londres s 
vous recotpoitrcz à l'un l'accent Pit , 
catd , à l'autre le Normand, ou celui 
de delà la Loire fidèlement confêrvé 4ç 
père en â)s dans U famille. 



\r 



\ 



4 ..Il 



i 



^ 



71 L A MAcANfQUt 

Il n*eft paf n^ème extraordinaire de 
voit des perfeaoes qbi en cncendam de 
nOBveftux accenrs êc d'astres ^onside 
s'^énoncet > <]uoiqqe dam on Ige déya 
avancé i ne làiflèiK pat de Vy confor- 
mer peu i peu Ife d*y pJjncr leur or- 
gane fans réflexion. De-IA vient qa'une 
infinicé de jeunet gens qui avoitjné dans 
J'enfancé la prononciarion la plus jufte 
A^ la plus ailée ) perdent beaucoup de 
Tagrément qu'ib dévoient attx4e^is 
d'une mère bien élevée. C'eft quelque- 
fois la monotonie du CoUtf^e qui y 
contribue. Ceft plus ordinairement '"^ 
longue fréquentation de gens qui 
lent mal. A cet égard nom ne âtgnons 
ni â parler une autre langue yjini reftcr 
lonz*reins parmi les Étran^rs. 

Il me (èroit aifif de jnroduirc bien 
d'amèéf dé(brdres occa/fonnés dans le 
langage on par les premières impref- 
ûqm domiéef k Tenfanee, pu par la 
longue habitude d*ensendre dans un 
aiirre Ige un patois ou un mauvais 
éccei^. Mais il eft trèf'fniliâftiment dé- 
montré que pour former la langue le 
foui capital eft de former rotreillc; 
hkn loin de débuter par li gâtçr. Il 
deménrrdène eett^uS^hit^'ieiine liotn- 
me ne peut pêtiént une fot^e Tête 

d*annto 



i*uméc$ ^'occuper d'un lacin faux , de 
(ùr-couc ^ compofer cous les jours de 
Ton chcfL fans (c fermer à lui-même 
Taccès ie la vraie latinité «pu fans ac- 
cumulor miHe obflacles aufli noillbles au 
goût Au'à la belle érudition. 

autre mai inévitable daai le train 
cojffktniuï des études publiaues » c'cft 

l'uii jeune homme qui (c gâte To- 
reille par (es comporirions journaliè- 
res » e(t encore obligé d'entendre tout 
le travers de la compofition des au- 
tres : en forte cjue les faqtcs de tous 
les particuliers deviennent contagicufcs : ^ 

il faut que toute la troupe fe re (Tente 
du même mal. 

On fe figure que le remède fe trouve 
auflitot dans ce qu'on nomme le thème 
corrigé. Le latih n'en étant pas de la 
force Se de la pureté qu'un maître 
favant fcroit apparemment en état d'y 
mettre , mais ayant été déiiguré par 
économie & appauvri par complai- 
fance , ce ncû plus du latin. Ces mo- 
dèles font autant de jgallicifmes, ôc au- 
tant d'atteintes portées à la juftedcde 
l'oreille. 

j **. Toutes CCS compo/îtions puériles cnnâcpene 
n'ont pas feulement le défaut J établir f;/*^';*^^* 
dans les cCptits des habitudes vicicufcs li^ni oïdiuâU 

D ^ 



►^*- 



\ 



^4 La MicANiQVB 
>lu(oc oue 4'y en mettre de bonnes? 
t grand malheur eft qu'après bien du 
travail & des années , ou bien Ton ne 
fait pas le latin » ou bien Ton. parle 
coure autre cbolè que le latin. Au lieu 

2u'on pourroic Te proairer un bon 
yle en lieaucoup moius de rems. Tous 
ces thèmes par lefquels on commence 
comme fi cétoit le vrai fondement de 
Tédifice f font entièremept contraires 
à la propriété ôc au vrai ufage de la 
langue. 

J'ajoute que cette compoficion fi 
peu (lire ôc fi trompeulè eft bea^icoup 
plâls difficile i acquérir > ôc demande 
plus d'efforts que l'ufage même de la 
langue , dont on la' croit le préambule 
nécefiàire. Mais eft-il une puis grande 
abfurdité que de vôuloii: parvenir â la 
vraie pratique d une langue par ce qui 
en eft le renvericment ^ Eft-çe par le 
faux qu'on trouve le chemin du vrai ? 
&c (è peutnil une perte de tems plus 
volontaire que de s'entêter du fervicc 
d'un inftrument très-difficile i acquérir 
ôc i manier , pour parvenir a une 
chofe dont chacun eft capable > ôc qu'on 
fe donne uns apprêts cumachine. 

Ceux qui ont (bin par condefcen- 
Jkncc pour les çommençans 4c ranger 






DIS La NQuiSyLii/. /A 7f 

le lacin fclon la marche de notre lan- 
gue » conviennent que c'eft un méchant 
latin , un latin fort éloigné du bon 
' ufage : ,màis ils ne conviennent pas de 
même qu*il en coûte plu# pour ap- 
prendre ce mauvais latin que pour ap- 
prendre le bon, pAtce qu'ayant l'cfprit 
plein de leurs rubriques, â: perfiiadcs 
que ce qu'ils font avec d'autres , efl ce 
qui fe doit faire*, ils ne fonr plus de 
réflexion (ûr l'aâion (3c fur la méthode 
de la nature. En effet , ce n'ed point la 
Grammaire qui engendre l'ufagc d'au- 
cune langue : mais c'eft Tuface d'une 
langue qui peu à peu engendre ia gram- 
maire, les remarques , & les règles. La 
raifon en eft fcnhble. 

Celui qui veut apprendre une lan- 
gue en entendant fréquemment ceux 
ui la parlent bien , ou en traduifant 
réquemment ceux qui l'écrivent avec 
pureté, trouve bien dçs fecours donc 
il feroit privé en fe mettant d'abord ï 
compôfer de fa tête. 

Quand un Étranger fe trouve parmi 
nous , fes yeux 5c fon imagination rtn- 
ftruifent par la vue des oojèts , par It 
prononciation des fons qu'il y entend 
joindre , par le gcftc des pcrfonnes qui 
rtotrcticnncnt. Oo ne iauroit croire 

D ii ^ 



i 



'< 



^ . .• .. ,».. 



r 



fS L A MA C A N IQUE 

combien Tair du vi(àgc» le mouvement 
des yeux , de le ton de la voix fe pro« 
porcionnenc aux circonftance$ àc don- 
nenc d'énergie i la parole. Avec ces 
Cecours i>o«:«i^oyageur trouve autanc 
de maîtres que de perfonncs qui par* 
letic en (k pr^ifcnce. On Tindruic fans 
fongcr à Tinflruire , & il apprend > mê- 
me Torfqu il fe propofe coûte autre chofe 
que d'apprendre. 

Quand ilTiurala langue par le bon 
ufage & par la fréquentation des hon- 
nêtes gens , il peut arriver qu'il veuille 
rendre le tout plus (ur par la connoif- 
fance des régies, qu'irveuillcconnoîtrc 
le génie de cette langue» fes défauts, 
les manières qui la diitinguent ,, fcs ex- 
prenfions (lirannées , ou même entière- 
ment mifcs hors dpf'gç.Il peut fe pi- 
quer de parler non feulement d'une fa- 
çon aifée , coulante , dt gfacieufc \ mais 
même avec pureté &c fans fe permettre 
tutunç faute. 

Rien n'eft Ci bien enteftcîu que cet 
ordre. Ce qu'il fe propofe' alors cft 
i'tftie exécution facile ôc d'un profit 
(ur. Cet honimc qui va fe mettre à la 
grammaire Françoife rie court pas après 
une langue qui lui foie inconnucr L'aç- 
^uiiîrioo en cft faite. Il c(l en renos 4 



cet( 

la U 

Jenc 

alors 

fe(fti( 

mar^ 

hour 

Buffi< 

pous 

profit 
mcAiê 
voulu 
reilles 
Il c 
d'appr 
tion. / 
Qu'on 
^uel â 
(ons , 
îlouie 
ture. > 
mette 
un boj 
Sulpic< 
Qumt< 
félon I( 
rens ftj 
^sccdul 
il eft if 



^ 



<a 



D E'S L ANCtJES, L/V. //. 77 

cet égard. Le grand ufàge lui a donné 
la facilitédVncendre ceu^ qui la par- 
lent , & de la parler lui-même. C'cfl: 
alorj qu'il cft bon \, s'il veut fc per- 
feftionner de prendre en main les re- 
marques de Vaugelas , celles de Bou- 
hours , de Mcinage , de Defmarcrs, de 
Buffier, de Rcftaud , 8c tout ce q^}C , 
pous avons de nouveau fur notre lan- 
gue. Il pourra voir avec plaifir ôc avec 
profit ces ouvrages qu'il n'aurorr pas 
mcrticpu entendre aiiparavant , s'il avoit 
voulu apprendre le françois par de pa- 
reilles levures. 

Il en fera de mçme de la méthode , 
d'apprendre une langue par la traduc- 
tion. Même progrès 6c même fuccès. 
Qu'on commence , & il n'importe à 
duel âge, par bien favoir les déclinai- ' 
ions , les conjugaifons , Se les dix ou 
îouze plus communes régies de la ftruc- 
ture. Avec ce léger appai:eil qu'on fc 
mette tout de fuite à traduire d'après 
un bon maître la petite hiftoirc de 
Sulpicc Sévère , Cornélius Népos, 
Quinte*Curce > & les autres tour à cour, 
félon le degré de force de leurs diffé- 
rcns ftyles : on ne peut manquer de 
s|'acc6utumer peu à peu au bon nfage. 
il eft impofliblc que ce qu'on retient 



M^ 



78 L A Mi C ANIQUI 

ne f^ic'boD. Ce font cous termes [uftes 9 
inflexions juAcs > ficiracions juftes , ôc 
telles que Tufaee les demande. L'habi-^ 
rude cfu bon le fortifie d'un jour à 
l'autre > ôc eft aidée par le fil même 
de la narration hiftorique , par la liai- 
fop des pcnftes , par les lépcititions frd* 
qucntes , par le ton tncmc de la lec- 
ture qu'on proportionne à là nature des 
objets, par Témulatipn qui rdgne dans 
les exercices, & par le fqin de remar- 

?iuer à propos les retours des mêmes 
açons de pjarlcr. De cette forte une 
tcte ne fc. remplira que du bon, fans 
avoir aucune connoifTànce du mauvais. 
Les K^glcs oiï les généralités s'y afTcm- 
b|cnt naturellement à la fuite des bons 
exemples , qui reviennent les mêmes. 
Au lieu qu'à la fuite des régies if ne 
vient qu'un latin machinal , fec , Ôç 
plein ae contrainte. C'eft donc le bon 
ufage qui. avec jcs réflexions en feigne 
peu à peu la meilleure grammaire ôc 
qui l'enfcignc fans fatigue. 

Voici un autre av^ntaee inféparabtc 
de la méthode de n'employer que des 
Auteurs d'une latinité parfaite , foit 
dans les commencemcns , foit dans les 
progrès. On peut dire que leurs ou- 
vrages font la ilcur de Teffric humain. 



Telle cf] 

ne efprii 

Le fcnti 

peu , ôc 

par des 

pedes ô 

infuflifai 

"» Tout 

avantag( 

p/endre 

nôtre fyn 

par des c 

die qu'à 

* Votre 

par fa 

Mais ovi 

uïl} Sa 

faute. M 

régulière 

vaudroit 

échapâé 

retenu fu 

Le prc 

fe trouve 

conde qt 

qui eft d 

trc, c'eft 

kGramn 

tout com 

tcnt fott 



l 



DES L AMGUBS, Z/t/. /A 79 

Telle cft la première nouriturq d'nn jeu- 
ne cfprit qui s'en occupe ù^niquemenr. 
Le (cntimciit du beau Jui vient peu à 
peu , Se fe fortifie en lui fans s'altérer. 
par des comportions vicieufcs ou fuft 
peâes & par des exemples faux ou 
infuffifans. * 

*» Tout cet ordre cft rcnvcrfô Se ces 
avantages perdus dans la nicf tho?c d'ap- 
prendre une ancienne langue , ou la 
notre f^ns aucun ufagc précédent , mais 
par des compositions où Ton ne s*étu- 
die qu'à appliquer les régies. ^ 

* Votre jeune Difciplc les accumulera 
par fâ pcrfévéranec à y être fidèle. 
Mais où cet ennuyeux travail le mène- 
r-il? Sa gloire fera de compofer fans 
faute. Mais ce qu'il compofe lo plus 
régulièrement n'cft rien qui vaille. Il 
vaudroic bien mieux pour lui qu'il lui 
échapâ^ des fautes , Se que ce qu'il a 
retenu fût bon/, que ce fut du latin. 

Le premier mérite du langage cft de 
fe trouver conforme i l'uiagc. La fé- 
conde qualité qn'oh y fpuhaire , mais 
qui cft de beaucoup in(érieure à l'au- 
tre, c'eft Texaéèe fidélité aux régies de 
la Grammaire. Dans notre fociété il eft 
tour commun que les Dames fe met- 
tent fott peu en peine d'étudier les c(î- 
• D uij 




^*.«*»4lk m 



"l*. 



glçs de gocirc langue^. Ella 7 porteiit 
même pàr*ci par«U quelque aneinite. 
Cependant elles favenc la langue » ôcj le 
tour de leur François eft excellent. 
Quand il leur plaira elles fauront/les 
régies »& éviteront jufqu'aux moindres 
méprifes. Il n'en eft pas de même de 
celui qui ne (ait que (à composition 
grammaticale. Où eft- il parvenu } Il eft 
encore dans les avenues de la langue. 
U n*en connoît pas la première entrée. 
Après tant de tems, de peina > Se de 
iréelcs, voyez je vous prie» ce qu'il lui 
xelce à faire.. ill faut qu'il (c remette 
(ur nouveaux, frais à apprendre la lan- 
guelattné entière. Je dis cyr/it/*/ » & la 
chofe eft vraie. 11 ne (kit point le 
btin. 

Car i Texception^^s mots auxiliaira 
te da rvUabes finala qui diverfifient 
tes emplois des. Noms Ôc da Verbes > 
connoiflànce alHirément fort mince ; 
coût ee qu'il fait de téghts ôc ce qu'il 
applique avec tant d'enbrts dans fcs 
' compofitions i n'cft goère plus de fer- 
vice pour le latin que popr (à langue 
tx^arerocllc»aùe pour la langue Portu- 
gaife ou Efcfavonne. Il eft vçnu à bout 
d'entendre la. régies k< plus générales 
^ui fixent rainunbiage.& le régime da 



1IE8 LANCUlSiLrt;.//. gi 

mots dtm toute forte de laneue. II ne 
fait abfolument que cela : mais ce n'eft 
pas là que fe trouve le latia II cft tout 
entier dans la connoiflance des termes 
de la langue » puis du tour propre félon 
lequel les Romains les rangeoienr. On 
a beau y rêver : cela ne fc trouve dans 
aucune tête*, & c*eft uniquement dans 
les bons Auteurs qu*il le faut prendre* 
Mais avant que notre jeune Grammai- 
rien eo&i parvenu au bout des régies 
puiflè en recourant aux bonnes four- 
ces , y acquérir une raifonnable pro- 
viAon de termes > 6c de phrafes ufuellcs ; 
il fera tems de.pafler dans les écoles 
fupérieures. Autres matières. Nouveau 
langage. Ce n'cd pas la langue du liécle 
d*Augufte qu'on y parle. Celle du moyen 
âj^e y a prévalu , 6c s*y maintient. De 
(orte qu*a Thabitude de compofer mal 
(ilccéde l'habitude déparier encore plus 
mal. Si les efprits fc /entent alors quel* 
ques difpofitions pour l'éloquence^ 6c 
pour les ouvrages de goût > tous ces 
neureux germes fç trouveront arrêtés. 
Ce ne fera pas le ftyle de l'école qui 
les fera éclorrcf 

Bientôt après il fera queflion d'un 
choix de vie : les affaires de toute efpéce 
vont (e fuccédcr. iLpc faut plus comp- 

/ Dv 



/ 



r 



2l • v|.A MitCANIQUB 

tec à*ktc À foi. La vie écsinc fi cowxt 
un travail en cbaflè un autre. Nous 
courons où k befoin aâuel nous de- 
mande. Si ce qui méritoit d'être appris 
^ ne pouvoit s'apprendre que par une 
longue pratique commencée d^s l'en- 
fance, a dtc négligé ou mal fait dans 
fon rems vc'eft autant de perdu. Onny 
i:evicnt pre(que jamais. 

Nous aurons dans la féconde partie 
de ce Livre une occafion naturelle de 
faire voir pour quelle raifon la ftruc- 
turc fondamentale des huit ou neuf par- 
ties du difcours dont ta nature enfeigne 
l'ufage à toutes les nations , è(l pour 
nous une étude pénible , de commune- 
ment inutile > quand on confidère cette 
ttruârureen elle-même , qu'on la féparc 
de tout objet, de qu'elle ne tient plus 
tu vrai uf^gc de la langue. Mous ver- 
tons ^ue c'eft cette abitraâion .même 
qui jàte to.it. Au lieu que cette con- 
noiuimce eft ^'iCée , agréable » plus fiire 
de bientôt plus étendue quand on com- 
mence tout d'un coup par f ufage des 
bons Auteurs , quand enfuitc on s'y a A 
fermit , ôc qu'enfin on perfcûionnc 
k tout par les obfervations , par^^a cpnv 
pofitiou , ôè par une étude foignéufc 
4 là Grarnnulre. 



DES LAW<ivBi > £if. /y. 8| 

•40. Il y a ici un autre fujèc de plainte L'habitude Je 
que je ne dois pas paflcr ibus hlcncc. [^^;';»^^[^' ^;;- 
Pcndanc que les jeunes gens (ont oc- «iic paiicr icnj 
ciipcs à méditer fur des réçlcs , d: i Ijjl^i;^*" '^'^'' 
compofcr en filerice , leur Tangue de- 
meure muette pour le latin , & ne (c 
dégourdit guère plus pour' le François. 
Souvent deux heures de travail ne fuHi-' 
fcnc pas pour traduire de François en 
latin ùiic douzaine de lignes. Plus ils 
ont devant eux de régies ôc d'excep- 
tions , plus ils deviennent dcfians ou 
diftrairs. Ils en. concradtept l'habitude ^ 

de rêver ôc d.'héfîtcr, par la çonnoif- 
fance qu'ils ont des dangers qui les en- 
vironnent de toutç part. On leur vcr- 
roit au contraire \uic cpnrcnancc allù- 
rcc, & même pleine de gaîté , (i on 
les mettoit d'abord dans l'utage conti- 
nuel de traduire , i^ de rendre compte • 
aullitôr de ce qu'ils ont compris. 

Que les compofitions qu'on pres- 
crit aux jeunes commcnçans ayent be^ 
loin d'un- arrangement mieux entendu , 
je crois la chpiè démontrée par ces 
quatre inconvehiens .;. i.Jes fuites d'une 
habitude qui ne s'accorde ni avec les 
procédés de la nature, ni avec le génie 
de la langue qu'cm veur apprendre: 
1. le tort qui ic fait irréparablement 

1^ vj 



-^ 



B,»!-". 



84 L A Méc A N I Q U E 

à r^eillc : 3 . la perte de tems : 4. cnhi> 

Tacxroidènienc infaillible d'une timidité 

qui ne nous e(l qne trop naturelle. 

lemaiâûr ^^^ excrcices cjui viennent enfuitc, 

mente en fii- dans les humanités même , augmentent 

fant longtemi ÇQJ.Ç jç mal, Pamii les jeunes ecns 

dei vert Ac Jet ^ -. ' o 

ampUKcationi qu on ODligc a faitç des vers ôc des 
*i^" "* ^*^^*" amplifications , il y en a peu qui nV-: 
prouvent du dégoût ou n>cme beau- 
coup de répugnance pour ces conipo- 
{irions *, très-peu qui ne les * remplident 
de bévues & de fadaifes j d'où il ar- 
rive néceflfairement que ces exercices 
très-bons par eux-mêmes , non feule- 
ment font (ans fruit pour le très-grand 
nombre; mais même tr(}s- pernicieux 
pour la plwpart : puifque c*eft, ppur^ux 
une occalîon continuelle de (c fprtificr 
dans un ftyle déteihble , tandis! qu'on 
\fait très-bien que pour former le goût, 
Se embellir le ftylc , il n*y a point d'au- 
tre moyen qu'un ufage très-foutenu dn 
vrai ^ -du beau, fans prendre aucune 
connoifTance de ce qui eft vicieux. 
le m^me J^ ne voudrois pas répondre que le 
.Uni^pr legar- nnême danger ne regardât les Maîtres 
ùcic.Maîio..^^,^^ç5 Ce qu'ils dirent comme cor- 
rigé, fur-tout dans les balles Clartés , 
ils le proportionnent , difctit-ils , à la 
portée de Tige : êc non feulement ils 



DBS Langues, Liv, //. 8 ^ 
lie fc permettent aucunç hardicflc di 
llylc -, mais cç qu'ils didlcnt cft faiis 
grâces & fans goût pat pure précau- 
tion. La longue habitude d*une latirjtvf 
Cl abjcde émoufl'e la jnftedc de l'orr illc. 
Les Maîtres de cette forte apprennent 
à fc paflèr du beau , ôc pcut-c;re a 
ne le plus fentir. Qiiand ils prennent 
avec le tems la conduite d'une première 
Cfallè, il cft bien a craindre alors , s'ils 
comppfent , que leur ftylc ne ibit Haf- 
que ôc fans vie , quand ils fui^ ent Tha-* 
bitude à laquclk leur elprit cR fait \ ou 

?iu'ils ne cionnent dans l'enflure s'ils 
ont effort pour s'clevcr. 

Vous , qui ne croirez pas devoir pen- 
fcr comme moi > vous ne pouvez me 
refufer la juftice de convenir qu'il n'y 
a ici aucune perfonalirC , aucun dcllcm 
de dëfobligcr qui que ck: (bit. La pen- 
sféc n'en peut venir dans un cœur équi- 
table. CVft ici un fujèt qui intéreflc 
rc'ellcment tout le Pnblip , mais dont 
on peut parler ians compromettre en 
rien ceux qui enfcigrent \ parce qu'on 
ne peut pas leur f^iirc* un crime d'avoir 
fuivi une coutume c^ui cft fi gcncralc- 
^ncnt établie *, ni leur faire des repro- 
ches raifonnables d'y renoncer s'ils en 
appcrçoivtnt le foUblc. 



r^ 



i\ . < 



\ 



\ 



'■^ 






^'>! 

^^^..- 



ù 






xv 



t6 La MécANiQut 

Comme nous traitonsNunc matière 
où la raifon a rpiir droic d'ccrc écou- 
tée , ôc que l'expérience agpuye ici la 
raifbn contre l'allégation de la cou- 
tuf|^e, ileftdela probité de ceux qui 
ne m'approuveront pas i de ne point 
s'aigrir contre moi , 6c de rie me pa$ 
rendre odieux par des reproches vagufes 
de nouveauté ôc de trop d'indulgence 
pour la jeuncdc. ^ 

Eft- ce une choft fi rare dans les 
Académies de dans d*^autres Corps , de 
faire quelques cbangcmens en mieux > 
fans donner lieu d l'acçufatiôn de nou- 
veautc!' Renonçons de part 6r d'autre 
â ces accusations aufli mal féante^^^qu'é- 
trangères au fu je t. Nous a-t-on jamais 
entendu taxer ni de parcflt ,ni^d'igno^ 
raricè , ceux qui cnleignent' les belles 
lettres par la méthode vulgaire ? Mais 
nous ne pouvons nous difpenfer de dire 
que ceux qui l'ont introduite autrefois 
n'ont pas montré touç^ la prudence 
néceffairr, & n'ont pas aficz prévu les 
dommages qu'elle cauferoit. 

Qiielque chrétiennes que foient les 
intentions— de celui* qui enieigne , il 
peut fe méprendre , ou en perdaqt de 
vue le vrai but où tend fon travail ; 
oû^fclaifTant conduire dans ce qu'il 



trop p 

le non 

Or 

fiée pa 

nous r. 

le tém 

celui d 

•cmcnt 

preuve 

rire dc< 

jufteflc 

que les 

reille p 

un tout 

la prpn< 

» de fo 

î) orcill 

» vicicu 

» orgar 

» rable. 

Je ne 

le Pubh 

lettres, 
fiHon, C 
Heur R< 
lus fon 
ai conr 
ioupçoni 
voie» /in 



i 



t> esLancui^s, Liv. //. f^T 
{jLit avec le plus de zèle , par des vues 
trop peu fuies , par la coutume , & par 
k nombre de ceux qui lont précédé. 

Or c'cft une vdritd connue ôc jufti- 
fiéc par le foin qu*a pris Qiiiniilicn de 
nous l'inculquer à pluiieurs reprifes -, par 
le témoignage de la nature mcme^, par 
celui de Texpériencç , ôc par le conicn- 
•ement univerfcl des Muiicicns ^ui fait 
preuve en cette matière ; c'cft une vd- 
rite décidée qu'il n'y a ni progrès , ni 
jufteflc à efpércr pour la langue, tant 
que les annccs (c pafîcront à gâter l'o- 
rcille par des ions difcordans ou par 
un tour étranger dans la phrafe ÔC dans » 
là prpnonciarion. »» Gardons-nous donc 
» de former dans l'enfance ôc dans des 
•)) oreilles encore faines , une habitude 
>j vicicufe qui iè fortifiera comme les 
» organes Ôc deviendra un mal incu- 
j) rable. >> ' ; 

]e ne fuis pas le premier qui avcrtiflc tcj excnv '« 
le Public du tort qu'on fait aux belles^ ks < u'g., 
lettres, en y débutant par la compo-puyic^ 
fifion. Ce que je viens d'en dire , Mon- 1 auion 
ficur RoUin l'avoit dit en des termes 
lus forts , avec la candeur que cliacun 
ui connoît ^ ôc aflTurément on ne le 
ioupçonnera ni d'avoir donné dans le» 
voie» iingulièrcs > ni d'avoir voulu af- 



r 



Kl JC 



l 



J 



[■■■ 



■— ! ■■ 



89 LAMicANIQlTI 

faiblir le goût du travail. Voici Ces pro« 
p4:es paroles. 
TfMiti à«i 9) faut- il commencer par la com- 

a!'t*''' ^*»»poficion des thèmes , ou parTexpli- 
»> cation des Auteurs ? c*eft ce qui fait 
» plus de difficulté, & fur quoi les fcn- 
»> timens font partagés. 

>• A ne confultcr que 7/ ton fins & 

^ ^^la droite rdifin , il fcmble qire la dcr* 

f> nièrc méthode devroit être préférée. 
)>Car pour bien compofer en latin, 
)> il faut un peu connoitre le tour , les 
)> régies de cette langue, 6c avoir fait 
yy amas d'un adèz gra^d nombre de 
9> mots dont on fente bien la force , 
9» 6c dont on foit en état de faire une 
%y jufte appli&ation. Or toM cela ne Je 
19 peut faire tjiien ex^licfHant les Auteurs , 
»9 qui font comme un Dictionnaire vi- 
%% vant àc une Grammaire parlante , où 
99 l'on apprend par l'expérience même 
9via force 6c le véritable ufagc des 
«> mots , des phi^fes» 6c des régies de 
» la Syntaxe. ^ 

f» Il eft vrai que la méth^ con- 
»} traire f prévalu , 6c qu'elle eft affcz 
99 ancienne : mais il ne s'enfuit pas pour 
99 cela qu'on doive s'y livrer aveufii" 
>» ment & fans examen. Souvent la cow- 
ft tume exerce fur les efprits une cf- 



011 L ANC UES,L/I/. //. 89 

»» pécc de tyrdnme qui tes tiem dans U 
i^firvitude & les empêche de faire ufage 
\% de la raîfin ; ^/4 dans ces fines de 
i> matières efi nn guide plus fur efue 
f« r exemple fini , ^uel^uaiam/i (jhU feii 
i^par le tems. 

1» Quintilicn rcconnoîr qqc pendant 
f> les vingc années qu'il enfeigna la Rhd- 
9) torique il avoit été contraint de fui- 
)t vrc en public la coutume qu'il avoic 
»> trouvé établie dans les écoles , de n'y 
91 pas expliquer les Auteurs > & il ne 
i> rougit pas d'avouer qu'il avoir eu tort 
») de le laiflcr entraîner par lé torrent. 
» On ne (c trouve point mal dans l'Uni- 
>^ verûté de Paris d'avoir apporta en 
») d'autres chofes quelques changcmens 
» d l'ancienno^ manière d'cn^ci^^ncr. J$ 
j» voudrais cfiiu fut poJféU d'y faire efuel- 
i^fue effdi de celle d^m mous parlons^ 
» afin de s'aflurer par l'expérience fi 
>» elle aurbit dans le public ic même 
»» fuccès, que je foi ejuelle a eu dans le 
>» particulier , a Nfard de plufieurs en^ 
ytfam. Mais en arten iant on doit être 
» content du fage milieu que fuit rUai- 
i> verfité. *^ 

Quoique M. RoUin paroiue n'avoir 
pas voulu décider la queftion » il la dé- 
cide cependant par l'ioclination qu'il 




\ 



f}o La Méci4Mi Qjo t 
montre pour la mdchodc de s'en tenif 
d*abord â la traduâion des Auteurs 

Îmrs ; par le témoignage qu'il rend .iu 
iiccès de cette méthode \ ôc par les 
fuites naturelles qui découlent de Ton 
aveu. Car les efprits ôc les exercices des 
comniençans font de mcme nature danç 
les Écoles publiques ôc dans le parti* 
culier : êc Je ptocédé qu'ij attefte avoir 
eu des Cixcch fi marqués dans les étu- 
des particulières , il fcroit honteux de 
ne le pas faire tourner i l'avantage de 
tout le Public. 

M. IcFévrc de Saumnr nous avoir 
déjà donné le même avisî& fur la ma- 
nière d'étudier les belles lettres pcN 
fonnc n'avoir plus de droit que lui de 
fe faire écouter. Il porttdoit parfaite- 
ment les ancicmK\s langues, ôc oppo- 
foit des exemples fans réplique aux 
vains efforts qu'on fiifoit pour donner 
un air de raifon à la méthode com- 
mune.* , 

En moins de trois ans, fans aucuns 
thèmes & par le feul travail de la tr.v 
Àttékïon , il avoit misT fon fils en état 
d'entendre en entier la plupart des 
Hiftoriens , pre(quc tpus les Poctcî; 
épiques Ôc dramatiques , foit Grées, 
ibit Latins > (ans y être arrêté nulle- 
part.' - , ■ ^. ■ ' ^-T-;,: ^. 



\ 



# 



DES Langues, L/t/. //. 91 
Cet enfant â 1 agc de treize ans coin- 
mcnçoit à fe faire un nom lorfque le 
pcre vint â le pcrdfb. Il edaya d'adou- 
cir fa peine en doiinant les mêmes foin» 
i. fa nlle , qui par Tunique fccours de 
la traduction cft parvenue à l'cfrudi- 
tion la plus brillante. Chacun fent d'à-* 
bord que je parle de Madame Dacier , 
l'un des grands ornemens de notre Na- 
tion 6c de notre iic'cle. 

Voici le jugement de M. le Fdvre fur 
la méthode vulgaire, qu'il blâme avec 
beaucoup de jiiftcflc quoiqu*avec des 
termes peut-être un peu trop durs. 

»> Dans une éducation h chcrc , je mcIvoJc 
1» me cardai bien de fuivrc la méthode l»^"^ ^•"''" 



menccr Ici 



>» que Ion luit ordinairement-, qui eltnununit/i 

» cic ( 

» Il n'y a rien ic'ion mon icns eu 

» fi fort à un enfant. ]c me iuis toû- 

» jours étonné delvoir. pratiquer une 

»> telle méthode pcn^/l!^'^^^^"''^^ '^'^ 
») cnfans dans la connoW(Iànce de la lan- 
)) gue Latine. Car cette langue eft après 
)) tout comme les aiy^hi^^^^' Ce- 
» pendant qui a jamais oui dire qu'on. 
» commence l'Héfatcu , l'Ai abc , l'Ef- 
» pagnol par la compofition. Un hom- 
)»me qui délibère là-dcflùs n'a pas 
j> grand commerce avec la raifon. Qui- 



^ 






.<5i 



V 



1 9t La M*cami(^ui 

^ * I» conque me demandera pourquot ') je 

M lui dirai que c'eft i lui à prendre du 
t> cetns pour y penfer. ^. 

Qiiciquc rerpc(5bable$, direz -vous, 
que puiflcnt paroître les témoignages 

3j/on vient de proiliiire , il y aurôit 
e Timprudence i quitter notre façon 
d*ckfcigner les anciennes langues. Tant 
d'hommes célèbres par leur éloquence 
êc par leur (^rudition n ont-ils pas paflé 
par le même apprcntiflàge i Tous ont 
fait le même rrajèr. Tous fe font mis 
{îir la même barque , & ont été Tons la 
conduite des mêmes régies. Voilà ce 
qui les^'t menés au vrai favoir & à la 
perfedbion. / (^ 

ToiM€euxi|ûi Vous auriez bien plus (Iijèt de dire 
?Miu "c. îîu* 4"^ ^^' grands hommes , comme les au- 
pji un •roycn très qui ont^perdu leur tems dans les 
fffmf' '* étudet ordinaires , ont tous fait nau- 
dtfi'tcoU. frage, & couru nfque de le perdre les 
uhscommelcs autres par une conduire 
/aulîè. Que fi qytiques-uns font revenus 
â la lumière > ils en .font redevables i 
des fecours poftérieurs » qui comme au- 
tant de planches leur opt été piféfentés 
i temi » 6c dont ih ont Ctx fe fervir 
mieux que d'autrei* fioileau doit fon 
iàlut ao goAequ*il prit pour PArc Poé- 
tique d'Horace de pour k% Pocnics 



. A 



DU LAHGXJlSyLiv. J/, 5/j 

d'Homèrtf en les traduifant. C'eft TQ- 
dydée qui a monté rimaginarbn de 
l'Aufçur du Télcfmaqut. C'cft m tra- 
duâion de l'Iphigénie âc de la;phé^re 
d'Euriptde qui a formé le grind Ra« 
cine. 5igonius doit (a Lacinicé At (à gra- 
cicufc briévcré â Thabicude de lire rous 
les jours Sallufle. Dom Mabillon doit 
Ton ftyle nerveux â la Icîtuic aflîduc 
de Tice-Live. Le Bcmbe , Muret & les 
Manuces doivent le cour nombreux 5c 
la pureté de leur langage au (oin qu'ils 
prirent de très- bonne heure de copier 
Cicéron. Enfin tous ceux qui ont ac- 
quis du goût Ôc une vraie érudition , 
n'ont eu de fuccès qu'autant qu'ils ont 
pris pcrfcvérammenr les Anciens pour 
inod(iles , «île qu'on leur a épargne l'u- 
(age de tout uylc infipidc ôc agrçftc. 

Voici ce qui fait illufion en ce genre. 
On fe figure confufémcnt ^ à force de 
l'avoir entendu dire, que les études de 
lunt de jeunes gens ne demeurent in- 
fruâueulcs que par fc refus qu'ils font 
Ac travailler. Le premier md vient 
d'ailleurs. La plûparr ne fe fiMit détour*' 
nés- du bon chemhi que parce g^p'on 
ne le leur a pas rnontré* Ccux^ui cn- 
fci^ncnc, favcnt ccès^bicn le ^crmc o4 



; 



-. • .) 




H 









^4 La ma ca ni qui 

il faut arriver. Mais voycnr-ils bien ili- 

Ainâemcnc la route qui y mène ?' 

Ceux qui s*(fgarenc » 6c l'on peut fur 
mille en compter neuf cens & plus qui 
s'(f gainent » fou vent avec beaucoup de 
bonne volonté^ tous tant quils font« 
ont d'abord pris uniformément le me- 
roe chemin. Mais ceux qui ont réuHi 
né l'ont fait qu'en quittant de bonne 
heure cette route pernicicufe , ôc en fc 
jettam dans la bonne. Ils fcrnipnt aile'' 
ôc plus loin ôc plus^vite s'ils y avoicnr 
toujours marche'. Enfin ils fc font to- 
talement livrés i la lc(5bure des Anciens, 
ce qui a décide du fort de leurs ccii- 
des. Auparavant les régies mêmes ap- 
péfantiuoient la nurchc Ôc nemchoicnt 
pas au but. pit dites donc point que 
ceux qui ont acquis de Téloqucnce , du 
goût 6c un beau nom doivent leur (iic; 
ces à votre méthode. Mais pour ceux 
donc les études n'aboutiilcnt d rien , 
c'cft votre ouvrage & vous avez tout 
droit de vous l'approprier* >: '^■^ 

Nom avons rancmblé 6c prpciuit Icv 
principales raifons de l'inutilité des écu< 
des publiques pour le très-grand nom- 
bre, &dç la modicité du profit que 
A*mw$ m ûtcnt. Toutes ce» rai/b»^ 



». 



. * 






• >«.■,..'. «i'")'»"-",!» 



É.«flW<' 



i-::-- 



Dis L A N r, u B $, L/v. //. 9^ 

Ce peuvent rdduiic à ce mot de Cké^ 

ton -, qiCift parldfii fouvem mal on par- * LU» » 

viifté * rtéàurelUmem k parler mal. ^''*^*'^' 

Nous avons fait vou: ôc ceux oui cn- 
fcignenc n'ignorent pas , combien les ^ 
premières compofitions font mauvaifes , 
combien la pratique en crd longue C'cft 
confifqucmnient avoir fuffifammenc fait 
icntir ce qui ne fe dcvroit pas faire. Il 
eft tems de venir 1 l'aurrc article ôc d'^f- . 
tablir a tjui fi doit faire ^oixt mieux 
idunir fans allonger le tems des dludcs^ > 
ou mcmc eo le ccilerrant, 

M- 

Examen de ce qui eft de nècefTiti dam 
l^ étude des anciennes lanyies7 

Lis langues vulgaires ôc les ancien- 
nes étant de même nature , *la méca- 
nique en étant la même , le bon fens 
nous conduit à une régie (ÏÏrc , ;l une 
méthode de les enfeigner parfaitcmetir 
/impie À: conforme à ce mécanifme^ 

Cpmmc nous apprcnonj» nos lan;^ ^; 
giies vulgaires par nubirudi: ou d'en- 
rendre des chofes bien dites, ou d'en 
lire de biçrt" écrites , en un mot par le 
l)ort ^fajJe ,.c'pft % mçiuc chofç jjoui: 




.i$ 



^ 




.«;.- 



^ 



i^€ La MicANiQvf 
Ici anciennes. L'ufage de traduire les 
bons Auteurs, le feul oui puiffè nous in- 
troduire i la connôifiànce de leur lan- 
Sue » (t fortifie d'abord par le Recours 
e la petite Granunaire qui contient les 
él<fmensv&: après quelques années par 
le fccours d'une Grammaire phss pleine 
(9c plus étendue. 

Rappellons-nons ce que nous avonç 
dit des jeunes Romain$. Ils cnrcndoicnt 
& parloienr le Grec t avahc qu'on Ick 
cnvoy&t aux Écoles publiques. Nos jeu- 
lies, gens avant ce temé ne connoiflène 
de ces .deux langues que le nom , 6c 
on ne les met au Colivfge que pour 
Y commencer i apprendre» le latin. L\ 
marche ^dc nos études publiques ne 
peut donc pas être la même que celle 
des écoles de l'ancienne Rome : &: c'dl 
une néceffîté de rwnettrc k un autre 
rems l'étude de la propriété de la Un- 
eue Se la critique des Auteurs : ç'étoiciu 
ji les exercices les plus ordinaires dans 
Téducacion publiqiie des jeunes Ro- 
umains. Nous ne pouvons commencer 
par Id : noiîs y Viendrons dans le tem^ 
propre. 

En attendant & pour mettre les jcn- 
nei gens çnétat d'y parvenir , il raiic 
leur faire commencer Tétude its hn- 

1 gUC5 



1 

oblige 

ce qui 

ibnne 

-non ei 

tin fel< 

c'cft u 

condui 

par un i 

des $c 

fait Tac 

Tou3 

font p« 

ufage d 

li^éétab 

f Jour le 
a/èule 
nVftwcc 
de Franj 
gcr : c* 
coinpofîl 

On 
turc ûq'J 

(br telle 
Voilà ce 

(écrire aj 
excellent] 
f^vanc bj 






.'^''â#S:#.-4' 



»B*S LA'|IGUBS»Zi«/. //. 97 

iguo Lftcine de Gréque ) no» en les 
obligeant à parler Lacin avec <l'a\irres » 
xt quilenr nuiroilt infinimesc ( car pet* 
fonne ne ^aic plus parler cette langue \ 
-non en icompoiant de Françoi» en La- 
tin félon jdes régies données» puisque 
c'eft un moyen trompeur ^ ôc qui ne 
conduit perionne au vrai ^ but y mais 
par un ufage fréquent Ôc blenordonné 
des écrivains anciens donc le mérite $ 
fait Tadmicacion de tous les fiédci. . 

Tous les exercices de nos CoUégei 
font pacfaitenienr d^accor^ avec cet 
ufage des Auteurs : ils fcmblent avoir 
i^é établis pour le racccrc en train 6c 

fioutlc porter tros4oin. Exceptons- en 
a Teule compo£tîon des thèmes : encore 
n'c(b*ce pas proprement la compoiition 
de François et» Latin qu'il faut chan« 
ger : c*e(l uniquement la matière de la 
coinpofition > â^ tout le reile rubr)ile4 
On diAe du François choifiâ l'avan* 
ture qu'il faut enfuite me^oe en Latin 
iur telle & telle régie de grammaire* 
Voilà ce <Hie j*appelle un travail perdu % 
ild(àgréable » pernidcux. Qu*on faite 
(écrire au coi]itraii*e le François d'un 
excellent Auteur latm qui a été aupa* 
ravam bien expliqué de bien entendu ^ 

j[)ouritre remis en Latin » de rétabli, s*ii 



1 



f 






\ 




^s La M<cADi<tvi 

(a p«iK*dâaf & première focme tvùilk 
d^xlMfi/k^.ioi Boa. une ombce ou |iii 
rqucUrc .il^ Lâctn. V^lâ le bon ii%e 
idtklAngue. f ic toMi où jceiieâuroi 
ôc CCS campofidQAs 6ronc très/réqQcn«» 
cet» U fiirA iiifiilUblemciic une fouree 
de goût. PAr ce^ce méthode i csoup/liir 
oa o'âc^tttr^ ffîon que de vcaiii on «ne 
letieodrftitdài qui/ jie £»it (tmc 6c àç 
.garde».) ;'< > ^.'^-tn:. >^- ». . 

Le méticc dei dcrivâins d* Achènei & 
td^lliMie » & leic dèliciceflê en tout 
genre de oompoficioni ^. ont nacureller- 
nirnr engagé ceux qui enfeignoieoc les 
bellet letccesoa en public» on en par» 
cieulier^àiire^ i expliquer ces Au* 
teurs â Umdléves. I>'ott eft ren«i Tan* 
den ufage de donner 4 fouslei Maîtres 
le nom de lÀRmru Mais J'efpric de 
Vhbmme toujours ami de lui*m£me 6c 
de Tes produâtons » ne s'en titiic pas â la 
Midir€..de cet exercieè » il voulut y 
inect^o du jfienw Tout ce que lea Maîtres 
rcAcèntroieat dam leursleâiires qui fc 
rcottvflt de. même e(péce t «ni d'un ufage 
û|auafttt ils ae niaïaquoient pas de Je 
qUlPB ibrmç de r^le » puis de faire 
^|MM(cr opnibrmément i çettr régie. 
^Pnharqua 6c les râ^s a'acctimulè- 
WHU Tpttt k n^4M de la proftiCpi) 



parut o 

de la lai 

jeunes i 

rre choi 

rentioa 

leur mé 

propos 

Gramnu 

des cosn 

rems. U 

tion des 

langue di 

le vrai 6c 

ginaire. 

11 cft 
égarré 
l'on veut 
d'après le 
6c parler 
ou clic n 
Mais c* 



l 



DIS LAHovBè, LiV.y/. 9<^ 
parut cpoTifter i rapptllcr la ftruâure 
de la langue â certainei généraltrdi. I,ci 
)euQes cens ne s'occupèrent plus d'au* 
cre chote. Attention lur une régie : ar« 
tention fur une ai^tre. Ils en chargcôicnr 
leur mémoire ôc y ramenoicnt à tout 
propos leur ftyle. Les expUcatiotis de 
Grammaire» les diâées, 6c la réibrme 
des comportions emportèrent tout le 
ccm^. Il n*en refta plus jpour la tra(|uc« 
tion des Auteurs. On le fît ainH une 
langue différente de la Tcur. On quitta 
le vrai ôc le beau pour un langage ima^ 
ginaire. ' 

Il cft bien permis quAnd on s*cft 
égarré dé revenir fur Tes pas : ôc d 
Ton veut entendre les Anciens > cVA 
diaprés leurs livres qu*il faut compolèr 
ôc parler : leur langue (ê retrouve là ^ 
ou elle n*cft plus nulle part. 

Mais c*cft une plainte fort ordinaire 
parmi les perfonnes qui ont le plus de 
difcememcnt , que rien n*eft f i lourd 

3ue le commencement du Latin ) rien 
e plus defagr<l|gble pour caix qui Ten* 
ifeignent ôc pour ceux qui l*aM>rennenr^ 
parce que de tant de Livres Latins qui 
nous retient » il ne s*cn trouve «uctin 
d'aÂes fimple pour être â là portée des 
^ORimcnçansi qu'ionfi ce ferolt^ rcndrf 

E Ij 




Ci 



# 



<} 



> ' 



ly 



% 



* )é%mé 






V loo La Mie a ni qui 

on vtâi fervice au Public > ou de pren* 
dcç Amxa les Auteiin les plus erainés 
une Tuice d*éxtrtirs Droporrionnés au 
befoin de T&ge \ ou de compo(èr dans 
cette vue un recodll de petits ouvrages 
«de» faciles pour être entendus des jeu<* 
nés gens » ic ailèz agréables pour les 
encourager » en v mettant toute la finv 
fîicité convenable â Tenfance » fans 
- oleflèr en rien la pureté du langage ^i 
en ajoutant enfin i toutçs ces précau« 
^ions» celle de fortifier ce ftylc infcn- 
iiblement de par degré. 

Coménios ^ a rapproché les termes 
liA^Mf»». Jiei langues Gréque & Latine : mais 
bien des pejdbnnes ne les trouvent ni 
« co&jours |u(ïes , ni fuHifans. Le (lyle 

qtt*il en employé pour les coudre ell 
mùgre & peu propre d donner le goût 
de la langue. 

Cordier « compofô des Dialogues 
4*1100 bonne latinité > âc dans la vûç 
dW^r les énfans. Mais il faut leur for* 
' mer l>&cit auffihbien que la langue, 
Jk il «ft fi plein dfe puérilités qu*on 
croiroir qu*il n*a jamais pprté les yeu^ 
;tti loin que Ips Quatre murailles de 

/Erafmejaflui de Myeté»il embrafTc 

l^iii 4c rérmcs ^ 4*p|)|^(' ; mijU fou 



t 



♦ 



o 




' M 



^ DBS L ANGOI$ ,Zil^. // loi 

latin cft-il aflez (ur » n écai\c que celui 
d'un moderne f Aioûcons qu il n'cft 
||)otnt du tout ce qu*il faut pour ceux 
qui CQintnencent. 

D*iutres s*y (ont ptis de bien des 
manières fort difFérentes, Il n'y en a 
point qui ayent raifonné moins jufle 
en ce point , ôc qui ayent plus mal (crvi 
la ieuneflt oue ceux qui lui gâtent lo- 
rciilc % en lui faifant d'abord expli- 
quer des ouvrages qui ne font pas La- 
tins »yOu qui lui mettent en main des 
Auixurs dont ils ont rtnverfvi la la^ 
îinitd. 

La traduûion vulgate des fiintcs iioeniutr«i 
Écritures eft un çrand pr^^fent que Dicu^^^f 7;\*"i„ 
a fait à fo^n Egïifè. Nous y trouvons de uvùi^ir» 
la doârine dil falut t la' foi » &: les 
mœurs. Mats n*y cherchons pas la belle 
latinité. La religion Chrétienne n'a rien 
du à Tapparence de Térudition , ni aux 
apprfts de Téloquence. Elle s'cd établie 
par fes propres forces. 

D'aut|es au lieu d'employer le Lttin "^ 
de la Vulgate ont fait imprimer drt 
Auteurs latins dont ils avoient dérangé 
le ftyle en le ramenant à la phraiè 
Françoife. Ce Latin n'aroit plus rien 
dVifratant. M|a& autant il devenoic 
<cml>l«ble i^fW^^I^^ rlftique da 

' 9 



^- 



> 




^ ' 




• .-., ' 



. ' 







m 



.,-< 



i«» 



• - 



jj^ mofén <ge > antaiic rcOkmhlck'U pM 
,T ;^ celle aci boiisliédes.Qacile néc^çé 
y avoiiHii de g^s les anciens » nmdb 
que n0u$ avons du Lad» plac i àxC' 
iccédcm rMaipla pccmière âc longue 
katmtide ài ip|ift;éfei ûicts auffi û^ 
cheu(ès cn%cr<|^%smgoes qu'en fait de 
mœnrs. Ne lire pendant ctoii ik quatre 
ans qv'un Larin déguifé ôc habilld â la 
Francoi& , c'eft Ure do François quatre 
ans de (îiite;: c'cft n'être pas (brri de 
chez ;ibi'', ôc n avoir encore entendu 
d'aiitf e lavage que le fîen. Quand on 
Voudta mettre le pié dans les Auteurs 
mciKiés > on & trouvera en pays écrao- 
gor; :Ci& y fera tout. neiYi^ 
V Difb&s l'exade i^éritë. ^Un enfant 

fât«agDerqwI<pi»'«anae pour les 
:es lettfes 9 en oonunençafitjpar con- 
traâbei: |»ndant ^âtte ans Inabimde 
id'iia I^ebafluréR^enttrès^faux, étant 
|f|:^j6|iri^ Mais ipdtle eft cette 
«yaètéç X 'la mênie qtie ctik^ qu'on 
tt( 46iBi^ jiaBr la langue FrançoKè 
i^n Imi: E(p«nol ^ en ^et^nt 
a^ 4o iiSé èî^àéxl^ jpQXc^ 
ou LinM^^9 dans n|i&n- 
tion de le perfeâîonnér cnfuitç à Ver- 
fiuiles. C^ né conuncil^*V<^ par 
tamcncr à Verfi^pd. ^^, çCt iBden- 



''■f\ ■ 






? 



'#' 





quatre 
Uéàla 
quatre 
brti de 
ntendu 
landcm 
/Vuceors 
s écran- 

,'oifant 
lour les 

yHT COn- 

abimde 
, étaftc 
ft cette 

n 
ct^anc 

cpjpâtois 

e aver- 
ti par 
ftdcn- 



taire v vous le preodrcr bientôt poor un 
ietme Rrançdis, U n'entendinl que le lan- 
gage ck VeciàiMcs &r rccieiidra adUsien 
le iKMi François q^'ii flurciit retenu le 
mauvais f & il ifjki ièra jamais réduic 
à Te défaire des tours & des accens Li- 
mofins^' ^^j; , ^ 

Après tant de vaines tentatives pour 
faciliter l'entrée des études , il reftoit 
un mâyetf à prendre ôc c^étoit 1^ plu» 
fur de tous. Il .coofiffapk à fjkire d^. ex- 
traits des meittcurs Auteurs en n'y pren- 
sant que ce qui convient a des coni- 
mençans , & ei^, ne touchant en rien à 
la pureté de là langue* Ceft ce que 
rUniver^t)^ âe Paris avoit con&illé % 
ëç metne èoinnikndé comme nécefOdrc 
depms r^tr)^ des hsàTcs ÇlaUès juf- 
qu au for«f^ <le la Rilérprique^ en for«^ 
rifiaçtce ijt^^ p . 



Zl.. M 



(m) ^iùp'ttoiiièmt anicle âcs Scanits ie TUû& 
vrrftfé ie l>ârH> tékmntf ^ iXoo. * '^^ 

auioabus l|emM eft . fnéuM leâdrtï qtiofl 
Redtntes «ocj|i(ie^'«c ééBÔimfk ^^tximonttn HDroj 

imAiciimaeiw CraabiMkiH^i^d^atT^i- 

Vit^fii Bucokseisv i& olft Muftnôdt |Mtrk>rtlNii 
autoribus prdcaanc { ptoirtœçténs a^dmà dé 
SaHiifHo ctiiti Oirftmtfii^a^ Cdkis , uficiii 
Cfc«rorâi-& fàciiihfifnitieiuâem Ciccronii ora^ 
booiWr» una ciUD Virgijk» & Ovidio intBrpte» 

v7 . E iiij 



1 



« 






*. r 



j 




.-HWifc».-....- 



—^ . «M* » I ««^iw» wi .!■» m i«ip I I. 



/ 



\., 



■y(- 




^ • 






I On nç poaroic: mieqx entrer ijjans Xti 
Yfies de liUmverfii é ^ |u < ^àff». Ici Jn^ 
leiitiocis dcf 'gciif dekndbqnkc^raaiif- 
dûient depns Jonefcem ce lecotksv 
qu*én donnant an > nsbfic le reoitil ^ja t 
ykkvt .cF.écrf annoncé feos ce titre : X^* 

p-^bmiffims X^ Jâptn:en4s qu-ii' y auta 
'des Extraies fenblaDte^ pour le Grec. 
Ma première obli^raon qu*ofl parqit 
s*7 être impoiSe a été dp rcipcÀcr lé 

. . . •. .1 _■ . .. . '. . .. •, ■■■.,'.';■ V .... .- 



''■t.'i J.'--- 



f- r 



^ètmiri Régulas rubmdè utriui^ Graimnatîcer / 
LadiU cum. Grarcis c6n}iin|^ndo rtpetant , m. 
CQ^ in oogniôcn^ lingiut mnufqtie confirment» 
Maioribus vtro qui in lèctitidâ vel prim Claffe 
6 ^icciiiliilt , i^viora Çj^craBiso^fa nerpe 
OratKMct. JttlçiéH94S oukAioMt^ flia' |phil<v^ 
ibphicâ<»; uwQs de Oraroce Âc mmm Crltorfm 

ciit|i> ' kâto :«i«isiminiçtii/^ 

néfflpe >1nDW> ^ Homio ,^Oiaillb , Tibuuo » 
IStopertib , Ptrfio» Jim^aale^ ili«i?(duflr& jMait- 
ib : & ut liiiguè Gntcà non ^ari ejiftant 
n>ft fipiecepci Guumîttcica aHouS lié Kômeri ^ 
ieii. niaide ^ (eu Ody4M^v^Bmrit,Opiilcuhia> 
flTJ5^-M!iJ'?'*fH|fcinuniriiMniin ^ Siieocnu «opi* 

, gti; Jfanaiii CHadj^ôta |:>ium enain 

.. ^ ^.. Iiiwif>iii6tuni ISaiifinc ^IjuAm 

_ _ : t^ reiK^iflÉ Jr a4^unores 'tontes iè^ 

- ' ' • ■"-•'■ Jtr , . ■ ■ : 








/t 



\ 



-jji^ f f iii ty w< »]i »ii i.. w> M if m i ,, "' in i ff 



ji"ii,r%..ii.j,- "..ûî^jRi '" 



\- 



,1 

, t 






àui:a 
ce. 
aroic 
CI ie 



[lancesr / 
nt « u». 
tmenu 
ClaÛè 
ocirpe 

Itorem 

Poew/# 

cjtftant 
iomen ^ 









-, .' „• 



1, 



Mtte des Auteurs comme une chofe (k* 
crée ; ôc ims ie deflçin d^aidcr les com-*' 
nicnçans.on a pris le parri d e fopprio» 
met ce <)ai iSbroit 4*abord trop dimcile 
, poqr eux » /plutôt qiie de défigurer le 
Latin en l^ r enverfant. v / ' 

Dans céite (tiitc de difFéreils Extraits 
on ne p^iflè pas brufqueinent d'un {kylc 
à un autre de différent caraâfèrc : lo 
premier dirpoiè^au fuivant par quel-* 
que j^eflenoblance -> ôc quoique le jeuns 
jCcâteur s'élève par dcgré^i un (fyle 

>Ius fort » on lui a par tout éparett^ 

es épines ; il ne fc trouve arrêté mule-' 
pan. Chaque page amène une agréable^ 
nouyeaufé>&auliett de Tcnnu/er par 
des4éçons de morale > en rattache par 
des trait» d*hiftoire * qui portent? kur 
morale avec eux y & donnent lieu aux 
réflexion^ y 

\ La tradodiofl qui eft jointe à ces Rè^ 
jcueils ^ peut^fltiectre un jeune homme 
en état qe rendre fervice i d^autres > ôc 
féconder ^la bonne vofpnté db ceux qui 
^veulent daâs un certain Sijx (è remettre 
àTétude deshngpes^^msie donner um 
maître^ /:-*■*': ;. ' / ■' 

Cette petite bibjKothéque , où tonte 
làatre qu on voudrai faire dans cercc- 

fûcj eft (ùfifante pour le ptéiênt:^ 



,-1 • ■ 



■t 



i ■ 

A 




r- 



»ft-.V 



l 



-i.\ 



,\ 



S, 



lÉiriBirfi" I — 



.--^y^/»» «*-^'*- > ^>i ; W! '*»*^' ""." *> 



..V» 






— - «1' .^'» 



;^, 



• J 



V-; 







.• V' : 



f \ 

-" cl 



'*►' 









K*y • • ■ ■■' 
t'i'-. 



1 '[.' 



i^»f. 



1 ■!.''• r. ' 
■;■ ;" If 1 
!■.;(-■ ,. 

■- ■ ;i ■ 



.1 ||1i M 



11. 



mt 



..'■/'i ' 







. •• ■♦ 





'*'a: 



M&tctis flrflei^ clk forÉieilÉ^ jri|^ 
lè!goût > de fà^ câ*en piiiGttfiii^ 
tiimb mtmes^tpfet^ iiiirfeeiâit^el^ 
iMnc à ?<ùr > on reconnoiixâ hl Hoi)* 

a laquelle mtàfmf^W^ 

Jl^Cc recueil (k 

É^Ié GrammaW» voilâ tour Kapbircil 
4àî (iSS& Use Mtt^^m^ 

iKlpi^i^ ^flè^ & rédumnr à 

irions de» huit parties dn Di(cotlrl 

TîtiLe iêcoad q^mait ii|| '{«tl^ 

yj im^t*am> Ce és-P^MMMki" (Umt leàn 

■\r^y^^pmA wn ^ reloienent de h loi 
::t:''Wit^^ y 6c jSMneocjeurs rems dHioe 
j^ kof «ft jMMticulière^^i' 
^p^rièinc coef itfl^ferme 



.:/'\ 



/ 








..*■■'., 



i « w ' j * " ' ».w." v"f*."a 



P*!" 



Vs-.^: 



mi9 



1-. :|., 



y\ 



coûri 



r "■ 



:dj 









. /,. ,,/ / f.-. 




* • 



DES %A V «]iif iixi^^ jr.. ; :• rrer 

qui s^oUênrsat; > m iltimvâc eo «hkc 
kogo|)poaii;«fl 

^lâ tcsibcafibir tÔte:! le prçime 
uii^rv ^ une ârigk pafr ^Ib^ p<nic cpn^ 

«QQftt âekès^oKs v' 4onf^Jie mâut fctà 
concévoinle tens ^êc ï'xiftge^ Tais font - 
4Êcux«ci ou! d'airfres ^ atiffi jpeiK chatgés. v ; 

,^i:^ Rem amnem étudiés, JlndUsHoquâTm , 

On peut y en join<l]:t.un vpecic nam« 
brt d'autres, en fài(ànt toîi|oats choix 
d'cd>)èi:$ tout i faic iênfibks ( à ). I^es 
{eâures » le tems ^ & ks; fréquens re^ 
toun des mtnics âçoos de parler dân- * ^ 
ocrone ^eu jd'eo .amaâ^ peu-â^pf a ce 
«iu'il en Êiut,pu oç m Me^^ie^ii^ 
-i^ Êuir «rpoec «pni iry f iiar afe 4 ^ 




V '\ 



■s/v; 



•^- 






t 

4. 



;/ 



• *«, 



f: 



'"^ 



^ 



^^:. 



-> 



■/' '• 



7:; '(' 
. ■ ,■/ ■■ 

■> 4 



;/■.•■ ■■' 




^' 



.<" 



\ 



V 






f ■ 



r- 



'■>/; 



v 



X 



':-^- 



'\ .1.', 




- 1 



■H^p 



''i^i 



' •> 






„ I I ,I |I IIIW , 1 ,1 » . 






A.-. ."*- 






é:1 



,^, 






•^e- 



-fiiip^' 




» • ' 








Ixiii inic ^nétkik 
^pfoéit&^ïii pour 

foienc trop Ce réduire au plus grand dà- 
ccffaite^ Itfaiir d^^ 
anl vofeiit If n^^^^ ne 

^IJ/^Okéjj^ ÊLCi^ bim ces qoatrt 
j0ffX$pÊB^ Granrniairc^i&iieiîr 

^1 propos ao^fecommcnçans s*cxer- 
/ccik 1 bien éîNDfl^ te ârfmçiK. tt vautr 





■i^ 



-U 



r; 



■■ «U ll llP J? 



*\ 



?fi?#^^^ 



i . 



hck 



foot 
pouc 

tdoér 
mcn- 
m ne 

teOt 

lUtt* 

rzïités 
IbfiP- 




j.»-, 



vaut 



* Abqne' d^ çhanc«Ueil^4 ckaqiie ilnoc ^ 
£uice de pouvoir diftingBOK: Us i apports 
éc les iboâions dfs termes ^ leurs in* 
léidoos > & les communes régie» de %ur 

na:Alù£$ km aucun délai on ie mettra 
i Jk traduâiou des ix>ns Auteurs ,;eii 

Rebutant par^ks phis faciles. Je ne de- 
mande point d-êcre crû 4 cet égard > 
quel>|uc foient les fuccès donrj'ai été 
témouCsje demande <|u'oin; le rcpo(ê 
dcr la rciiiEtfe fur k parde ^e M. le Fé- 

^ iF.re> de ^adame Dacier ^^dii célèbre 
VoflîiB (4),Jktt M. Rollin-. Voilà 
mcsjçarranrs^^^ilv.^-.^ :*••?!:■.,;. •■^•i r ;"„: 
i iLfaut que cehti qui commence l'é- 
mde d'une anctepne langue s'entretienne 
(oii%,d'al>ûrd avec Ici Auteurs di| Wii 
fiécle>iSj: qu'il n'entende qu'eux. C'eft 
propricment le mettre à Veriâilles pouc 
cqpprendke à parler François4r;/<>^: ïi^jr,.: 
nmA chaque mftaiit il trouvera Bëu tib 
rapfvellf c Ôc do fprtifïer par it jiw* 
teatuteânples. tournée, qaon lui a fouff 
ni d*él^ens ôc: depriocipeab M n'enrem- 

Sp que des termes ch0ifis>;.â(:^,pidÉél^ 
ec iufteflè. Par Tbabirudc; derreodre 
contpce de tout ft^de fépéter/1^ n;iè^ 



) 



-/5"V^^l^{^ 






<f 



■'<■ ■■»'• •» 



^ 



"f. 



"î 



.^t 






\. 






£ 




|;^,#MB#«»«" 



«> ,^,^ ■«■i», ^ ^Ml i ' 






/ 



X" 



Vv 



conpltik fim IniâAf 

jliipilrMiiIfliffîirirM- 

' fc fiure «n Latrin tuftiquc , un jargioa 
rtMé da mots fatim & de pkato 

Idhim'^ftcerâ pomt par k traduâioii^cs 
Éibtef de Phàitc. C^mcpc l<i ftyk m 
Mt/t(&£ fimple r on y feàt un coi^ 
mvailtc & un fon poétique. Tout cft 
iiîèfiir6««5 cadcîicsé iMùrte que la pre-' 
Hiièrc knprcffion qu'elles font fiu: !'<>• 
jeilk ne la: ^d^ofc pas i fenrir . le vrai 
eafââtère da Difcoto* ordra^^ v 
; tîi|^.tnc»if cpii a engagé plttfieurspei:- 
fennec à employer pour le$commenr 
itl^É^lÉ petite Ivoire d'Eatrope , 
p^eft p<«kt twé de rarement de ûiiar- 
' i^ qoi ea cft 6« dépoiHwwe , mais 
«j* émpliticé de fa diéttan^ointc à 
#i^î«r 4^ qui inargié^ fa ftctlcteflc eft 
'^ ^ %«4ifeîinèc:ricn de iaux dans 
icottine pcHirroit faire le L^ 



m* 



'.- 



l^quSicnftigtte^ & ceux ^m ff; 
©f cfMc#le tispuveironr mieux de Fbi- 
ioite Eâ;j^ ac Sul^cè sévère, Cc^ 



i. .,sr^i^* 



DIS tAwa^iSifldV.IT. ttt 
homme aufli cftiiiiabk pac ùl vertu que 
par ion favm^ compofé ec pech ou- 
vrage CET fav^ de kjeuneflè <]u!il fair 
feir élever it èratids frais dans la piété 
êc dans rétu<|e'dé5 belles lettres. Son*, 
încencion éco^t 4c lui procurer dans un ' 
aflèz petit volui^e le tond de Thiftoirç ^ 
Vlu monde r ^ kè progrès de la religion _ 
^mffi anâenncliJ^c le jn^^ 

A.C fiijèt de Voiiivrage ne pou voit etfe 
meilletir. Il dmploye uW.fty le Paie- 
ment court Ôc élégant , relevé, d ailleurs . 
par une clarté ^f^ite. S'il s'y trouve 
par-ci par-li quelque phrafe , plus lon- 
gue où plus emlurairéo que de cou- 
tume , on peut l^laiflcr pour le pré- 
icnt , ou4a couper en autant de petites 
phrales Réparées qiVeUe contenoit de 
dilFérens membres. 

Mais^ (bit qu'on tradui/e encore les 
abrégcsdeSulpice Sévère & d'Eutrope-, 
foit qu'on ait jFàit/tm^pas- en avant, & «wrt. 
qu'on ait ^tis^Jtrinn , ou plutôt Cornç- 
Mas Nepos , dont la latînit^é efl tout à 
la fois très-délicate ôc très-açceffible, 
voijjpi le point où vous devez amener ) 
lescommençansfiar la^ méthode de tra- . 
diîirc , de queftionher , Ôc de faire ren- 
dre cbx^pte en Latin. C'eft d'cnrcndre 
& bien ^ de cçdirc en tant de fortei 



t,- 




A 



Cotrrarnr îl 
faut faiic ufa*!^ 
ge «les Au-- 



«>: 



\ 




»» • *••■••*' 



4. 






•j"^- 
'•■*»■ 



C5 



f .1 



i- 



■ i 



.- t 



v/ i 



écÈttm de reptifei lés écrki des mom^f 
«^ ces exercices devieniieiît ei^qael* 
^fUt ifinte ^cpityalém mix eiicretien& 
(^a'^on «uroit avec k^recs <8f îes^Ro"* 
siiims Yils écoienc^eié^re vivans : il fauc 
ijtie les jeumes gens à force de ^^P^\^ 
4c d'imiter les Anciens y n'acquièrent 
pas feaiemcnt k fadHcéde s'énonceÉV 
tnàîs ^c k tour de kar lan^e ne 

Euide pas être difïerenc de cemi de b 
clic antiquité. ii < ^ • 

*Içi nouslùivons la natate pas-à-pas 
êc c*c1ft rhiftoire mcme des langues qui 
régie notre conduite. Puifque chaque 
langue en effet , a d'abord ibnméca^ 
nifme na:turel qui lui cft commun avec 
toutes les autres» âc qti'elle a de plus 
«ne infinité de termes qni lui appartien- 
nent 9 ui^e infinité de façons de les ran- 
Tffcrqui ont été fixées par rufagè.& par 
ks écrits des favans i il fauc bien fè 

^garder dans k manière d'enièigner de 
s'occuper de la première partie aux dé- 

. jpcns de k (èconde^ 6c,fc'cft,.nousra- 
T ons vu y ce qui arrive en les Réparant. 
©r il n'eft den déplus praticable qire 
èc les Étire tout d'abord iparcher de 
^compagnicr /êi" ^ ^ 

Pour diftinguer fir aflTgncf jufte les 
^paid)e& du Diicouis > ou cei fonâions 






>• '^ 



X 



^ 



" \ 



M 



y 



^^ 



"^^^^ 



mmmllcioui font de rinftîhmoft at 
fa iiWUM danicfeaqiic longue , il ne 
-t^c. qiie le fccoors d'une Gramitiaife 
^témc^àfee. ^ ôc ^nôiqu^ les Grecs & 
^ R^omains iouUTènt d'rtnc grande li- 
bcrré dans Tordonnance de leurs phra- 
^ > la Grammaire élémentaire nous y 
montre pajr des marques faciles à d^ 
ftmgucr qircHc «ft k dc'pcnd^îcc dim 
'^oc à regard des âucrc$> quelle eft la 
^fotïâfion de dîacun d'«ïx^ qoel^cft l'ac- 
cord & le réfulrat du rout. On nr peut 

donc j quand on commence à traduire, • 
faire trop d'ufage de la connoifTance des^ 

élcmens. :» 

»■■■,. ^ j. . 

3L Avec ce fecours un jeune hommeVcra 
«n Hitat , non de compofcr par lui-mé^c 
nw latin ou en grec y ce^a*il uç poWr- 
roitfeireavectpu tes les régies & avec 
Vapplioation la plus grande , que d'une 
fâçpn|tiroyabfc , & fans fc noire par 
m langage-vicieux ; mais il fe mettra 
4û état de cecoonoître les parties d'un 
DifcouK bien faity Ôc d 'chaffignà- exac^ 
têiiMnt les divers emplois^ ce qùi>«iî 
§|ie leicns d'une façon {nrc;:'virr- : 

^Bans cette vâc il fera bien d'obfér- 
ver fréquemment dans l'étendue d'uAe 
phrafe le mot principal qu'on nomme 
le Verbe ,. c'cft-à-dirc , le mot qui ex- 



'««i;«;,s 



•I /' 



/J 



y t 






^ 






»à.o««<» , ^ ■ ~**f ' -^ -••" •*• ' ''^••^ 




1 



L-.- 



^ ' 



'•. '. 






-fc:" 



ï^4 ^**dl ^ < C A M 10 U I^ il 

- SStfel»Olfircicâtdiii«^ incl* 

ïieB(i^ li&f» Vcr^ 3'cit 

' tdatstf* iiB(> ^ttortmeiir tionnc. au â^ 

^ donc 0A ▼içfir de patléTf oui la qiift* 

', hfé 4^C3t objéç i e'fft bi^n (m de 

pOiiToi^rcçooiMkfie cas fi^csrsf d« ks 

nommer iufte ^ & de dércnnmi^^ f^ 

i)lp|g|fexîofi$ deé isioaf cetoi qtti e& ac- 

. ^piif^aiiue ibos fou régûde » di celm 

^lii^^lt^l^V ctifiaifaff^ec kiics ra{^ 

il ne ûut ptittrWteN «t CMUoififlfc p& Cttf^fcdl&lf 

M tfaèiiiji^âi^ lipR^ tmshexi L'otdre^énécaldc 

foM^bmëé part te c^ 
ti^e^féi fahciesbe i|mttei£Qa habit 
" poiii^eiidipercebidenQtfelaQgaem 



<3àr rotiMs ic$ liâmes & iùr^coii^ le», 
)nc]yenfies <)^ a^^^ ïnsLxçké 

différence de celle il^p la notre. Çeft^e 
autre m^hede de rangeii tes mpff ^ de 
pcéièfiter les choies. Dec angea^vouà cet 
ordre I vous yous privez dlu plaifîr 
d'entendre im vrai concert*. Vous rom« 
pez un aflbrcimenc de Tons .très-agr(f â« 
l>le$4 Vous affoibliâèz d'aill'eurs Téner- ^ 

gk de re|:prdIion & la force deTimage. 
S&s le vouloir vous vous perdez To- 
reille y au point de ne puis fouf&ir 
qu'avec peine l'airrangenient qui eft pro- 
pre a k phraiè Latine. Vous ne croirez 
erre content en vous mettant à tra- 
duire qi]ie quand voctc oreille aura en- 
tendu ce Latkï entièrement changé ôc 
mis fw l'air de Ja phrafè Françoifc ; 
un exemple aiTez co^rt aclaic;cira cette 

vériré.'v;.t^/ir' '•'■?•/' ^ ;■■ ' ■/. -'■■■ ' - ^ 

f^ M, D4vid éMefiem 2, impaSo in 
Êfmfrênum hfidê Syfmfiravit 4:& 
dhpbjflmn , iCtm imrmU pu^r effet /^ ei 
Jem^Sâglé^^ é ^jsonfecit Tfk^, ^r t ^ Ifjt 

iSi'on & met à ranger cettet p{nraft ï 
laf&çon die l^oi^» on la détruit* :v 

ém virim froçeritéms iriiipmé^ iv l^ curci. 






V 



nauuÀ 



# H 



\ 



^^ 



'*, 







fr*-»*f *' -*»•*.-*• * 



m. 



lié -tA M*CANI0t7« 

ffdiimùalîo in frontem eJHs s , & eùn^ 
fifckm^fhylutn 7 , gf^î^ detroRo iiâ, 
cHffi^mr tffn mermt Si- 
\-> LF Éwomdrt goût fiifiît pour faire 
ftndr que le Urin de cette féconde 
^hràfeia pcfdu toute fa faveur. Il eft 
anéanti. Miîs ce qui mérite le plus d'at- 
tention, > c'eft qu'en déshonorant ce 
xécit par la marche de la phrafc Frân- 
•çoifc, qu'on lui a fait prendre , oif ^. 
cnticrcmeilf renverfé l'ordre des cho(ès 1 
qu'on y rapporte , & pour avoir égard 
au génie » ou plutôt a la pauvreté de 
nos langues vulgaires, on met en pièces 
le tableau de la nature^ 

Car dans cette dernière phra{ê , ( dans 
ce Latin francifé ) le jeune homme 
renverfé avant quon (ache qu'ilyait 
.quelqu^tin à rcnvcrfcr : le grand Go- 
liath eft déjà par tcrr^ , qu'il n'a encore 
été fait aucune mention ni de 1| fron- 
ce |tii delà pierre qui à fait le cOu|»: 
& ce n'eft qu'aptes que l'Étrangef a 
la t^re coupée, que le jeune homme 
ttouve une épée au lieu de fronde pour 
^achever.; y^/,. • ,; - >. ■ 

Cjccïti€fà$ Conduit à niie Vérité fott 

^remarquable, que' c'eft (ê tromper de 

croire» comme on fait, qu'il y aitin- 



y^ 




.DES Langues, ^.//. tiy 
vernon ou renvcrfemenc dans 1^ phrafe 
des Anciens (4)^ tandis que cfeu crèl- 
réellemenc dans notre langue moderne 
qu'cft ce défordre. 

U.a première de ces deux périodes ; 
celle qui eftpure & Larine , eft fore 
différente de l'autre qui eft un; vrai gal^ 
licifine. La latinité de la première » fahs 
ctre dans le goût oratoircf, préféntc 
dans fa fimplicité hiftorique un vrai tar 
bleau du tait : ôc Ci vous y confldércs 
l'adreffe avec laquelle la langue Latine 
difpofe fcs termes , vous y trouverez 
plus que l'art des Peintres mêmes ne 
peut fournir. Ceu3ç-ci n'ont qu'un in- 
ftant à vous livrer. Au lieu que vous/ 
avez ici la continuité de l'adbiôn , & 
le progrès des circonftanccs qui Cç jdicr 
cèdent. 

Vous voyez d'abord ( i & 1 )'^çloti 
Tordre de la mtutc , les deux Chamr 
pions en présence , ôc la difproponion 
dei'un à l'autre ; puis on les met aux 
prifes. La pierre ( 3 ) partiç de la fronde 
du jeune nomme , prife le front du 
Géant ; il tombe ( 4 ) : le jeune Hébreu 
^ fe trouvant fans armes ( y ) > lui enlève 
{bnépéc<é)a:l%chevc(7). 

(«) Voyez le Court de Belles Lectrei par^ Batteux i, 
(jùnpiae de riglife dç Reims i chez Sailiaiiç. 



^ 



\ 



.\ 



/ 



L ■: 



/ 



% 



^ 



.9 t 






^1 ti 



L-' 



> 




"J 



• I 

! 
1 



IIS Xa MlcAiri<|ui 

^vJd Tordre ^amnuticai do Lctin k 
fend eiclivede la namre» ^quaîqn'il 
coaksvt (es dtôits ea donhanc â en»- 
que terme l'iiifleidon j& h ^ terminaifbo 
qui ÇQ carad6:i& l'emploi» cependant 
, u âiire dies ciio(ès fignifiées tt'eft ^iâc 
^dérangée par l'ordre da Ladn : lo con* 
Ctâife la marche de ta phra(iê eft préci** 
£fmetît comme celle del-aâion* ' 

Sulf^ Sévère raconte cette défidte 
ta d'aoïfres ternies t niaii^^éftefi.i^^ 
vànt de même le progr^ de l'évène- 
fneiit qu'il rapporte. Après avoir fait 
mention du Géant il fait commencer 
paâion. '' "«■••■î* ; > ■ >--:.^.. -"'^v" >' 
' JÊ>£vU pùon mêmpuer w fr^mn pro* 
tfèffk. frim»iiHi iflu , mijfi fioNfs iapUe , 
dlffpkyytm fercdit. Cdfm viSli <^Jpolid 
/ohftidit. 

i Pour faire tout d*UH e«ap apercevoir 
lafèrvitude & la ^ibleflfe d<s nos .lan- 
gues modernes à cet ^ard> ii lie faut 
que prendre 1^ trois mot^eiflèndels de 
iaphrafè deSaipiee Siévèrp,&les ran- 
ger tour-â-tour à la manière des Latins 
Îuisi li nàtrc. j^li^hyitmjfirciéU pHfT. 
^oiU U phtaie La^e. AifT pepTMf/r W^- 
I^jlf/M». Ce tour eft moins Latin Ôc ren- 
tre dans le nôtre : c^eft parce que nps 
0tffik^ (ont ùàtcs à celoi-cî que nou5 






DÈS Lancués» £iv.//. fX> 
BOUS, iîgitfoos voir un renverraient 
ilàns l'iacre^ Màiis c]u*on employé la 
premièrcpfcnfè ou la (èconde : il n'im«- 
porte poux le {eus. ileft égalemém 
éclaira dans l'une comme dans Taucte 
par la coaunodicé d^cerminaiibns qui 
o^nt tOQt^^iifàmxfïc. 

Par cet nvàntage les Grecs & les La- 
tins étant toujours^ fats de i^oduice 
nettement leur penfôe , il leur étoic aifô 
d'ajoâccr i la clarté quelques nouveaux 
prnemens » (ans. l'affoiblir » & même de 
ranger teUenicnt les mots de la phrafê» 
qu'il .en réfiiltat une image plus jufte 
il^ une figmfication plus énergique. De 
lâ'yient qa^ dans le Difcoùrs même le 

us i^ui^uier , . c^ qu'ils difent peint 
objet qu'ils ont m tête ^ ôc fait â(i(ir 
la dirpofitioQ^des partie^ > les avantages 
ôii les dangers qui fe montrent > ôc ia 
marche, de T'aétion. Ce qui iîîiarqnaîr le 
plus dans une peniëe, ce quiprefUit le 
plus en toucp xeneontré , c'en cequ'il$ 
mettoient en aVant dans iVur difcours , 
ôc cç qui occuppit le devj^nt du tableau^ 

Lufum fiigc, 

T4firKm, cpmu peât iHe » c^iyeto^ 

Yos iftdc intrp auferte. 

•-Miles, vfdiHmkûf 



fi 






/ 



!« A,, 



- 1 



^ 



/ 



t. 



\ ; 






>» (M i w i ikifi f t m I 




l;--»- 



"\'' 



\K 



* 



:?r^|(^Baiiil il acdvfijCcpaultQÇ <}tie It 
^reonftiuice fltiminôjfif jaifoiinablct 
pcmèt oa boaùnaaJc de jpiremlre un 
airangemcn t nokis ordinurc^ ckft alôf s 
une npitvjcUe beano^ de diijpoih les ter- 
^^ ines nutnpmeiK. C'cft âmu qu<un pcre 

Njans Térénce (c nomoifc d!abord lui- 
^ mênici,^ & met au feroad raog les objets 
<foe riâkgcmettoirau premiet» . 

• '; PrimHs ièndo mala noftra- n 
priptm refôfco omniir' •- .. _ 

Prmitf Pdtrà obnimcio. * 

' i^ecèywitf, fi quid'fir>fcro. 
N<» Uoguçs modecoes n'ont pas la nie* . 
me liberté : c*eft prefque coujoars le 
même air , la même mode > & le même 
babit/J&Ues footcommi\némcQC fi pau- 
vres > qu'elles n'eti ont pas lin ^ond 
pour chanjger. £n voici la |^euve^ 
. fmfr ùerctdk Atlo^lMm. 

Voili I^ m£mes c#nes :49ns {c% deux 
phraiès^ &c le niênie ions. Dali&nos lan- 
gues cjelt autre dkofe^ --^-^.-^v::^ 
, Ixiet^eHé 

Le Phtliftin tua le jcimç Héiireu* ' . 

yoilià les mêmes mots ;5c les racines 

articles i mais ce font deux (èns oppofcs, 

Scott ne les diftiogue L'un de l'autre que 

. f^ U fituation mime 4s$ mçÀ C Vil 

.' .' iouc 



^ 




•0 



donc unendceflicéilci^gligcrk ou mèÊt 
de rcnvcrdcF Kmagc des chofes ^ & <lc 
renoncer :«ix grâces dpla viriécé ,poar 
avoir cet unique arrangemcnc des ter- 
mes fans lecjuel on ne s'enrendroit pas. 
Car pour peu que cet ordre fbît ronn 
pu » ta 'phraiê fprme un autre Tcns , ou 
n'en forine plus aucun. 

Ce qui nous a aflcrvi à cette néceC- 
fité , c'eft l'uniformitif de nos terminai- 
fons , 6c le mauvais emploi de nos ar- 
ticles. Xes terminaifons étant invaria-^ 
blcs » on 6x bien de recourir aux arti^ 
des. Mais ce n*etoit-pIus remuer à Tin- 
iconvénient que de joindre aux mots des 
articles, -qui en bien des rencontres ne 
varioient. point le (êns, ne le fixoient 
en rien r& le rcndoie^t ipéme ambigu. 

Ce vic« > radicalemcnb le mcmc dans 
les langues du^Nord» s'eft conimuni^ 
cpé par-tout dans le midi de TEurope» 
Toutes nos langues s'en reflfcntent,& 
jufqulci les reiTiédcs ont été impuif- 
uns. ■ ■■■■-. V. ,/ , ' :< 

Les l5;alicns , pir exemple > avec les 
mêmes articles forment des fêns con- 
rradiâtoires par le fetil déplacement des 
nets. •- ; . ■ 

» Il Giovanetto uecift il Philiftino, 

uUPbiliftwo ucçifc il Giovanetto, 

• . ' F. ■ 



C 



h ' 



■ m. , f ki » W M I y ■ 



!<«~ 



"^■ 



» , 



■■^ 



■' / 






fi^ La MicAKiQt;» ;** 
^IR encore .de même en AneloiSé 
-j^vThç boi KiUed die Philiftuie. 
^ :«vIbe')PfalIiftkîe Kifled th^ 
Danytoiite i*Eutope celui <)iii parle dr 
>celiii qoiécoatc, portent toute leur at- 
raition Cm Tordre des mots , non fur 
rokdre des choCcs. La loi eft faite. L'or- 
dre Mes mors fixétout^.& on ne peut 
/t»l ecttter. Laifirammàiàe, mène ini- 
pitoyablementîtout le diiêèurs : elle y 
affigoecom première pla- 

ce au S^t qui agit ( i) y laVcconde au 
Yerbe ou à, la ,mai;que de l'i^rtributioii 

2u*on juge lui convenir ('i)\; la troi- 
ème i Pobjèr fur lequel paflc Tac- 

ûon(3). ■ . -A 

SI L'enfant fi ) tua (i) TÉtrangér (3 ). 

Les dernières places fcÉit pour les 

fignes des diâ(^rentes çirconftances* Lcf- 

priteftdiirigé par cette allure cpnnue, 

oti^ar cette enfilade réglée ^ qqarrc 

ou cinq pièces > qui ont le pas prefque 

par tout , Se qui fe fuivent entr'eUes dans 

une phrafe comme dafis une autre. 

/^ On ne pouvoir imaginer rien de pln^ 

froid) ni de moins .propre â jet^r dans 

te éiCc&iiff quelque . utile nouvè^cé , 

oft à éritef^nc monotonie aflbupif- 

^ iàfite. Car outre le, délàgrdment d'en- 

fp»dr0 |Mir-tQut.un ton um£p|:mç»A' 



.7. 



f. ï>- . ïl ■ 



,x 



htîL AU GVESi thf^/l. 115 
cic retrouver une entière reflcmblancc 
dans les petite! ôc dans les longues phra* 
Tes, la lervicude où l'on Ce trouve, de 
faire marcher d'abord le nominatif, pois 
le verte , & auflitoc k régime , pour for-* 
mçF un kns déterminé 1 nous réduit i. 
ne pouvoir prefque mettre aucun^rap* 
port 9 aucune agréable proportion en^ 
tre des mots toujours ranges de même» 
& les objets qui pMrennent des formas 
fi difFérenr|ps« Û faut beaucoup de gpnie 
pour y réufCr, ô^jpour réparer adroi- 
tement cetilfe péfànrc^r prcfq\ic infcpa- 
rable de nos langues. 

Ceft ce que font ou tâchent de faire 
ceux des iiotres > qui traduifcnt'de Grec- 
ou de Latia , en François. S'ils cbm- 
mcnccnt par rcnverfer l'ordre de l'an- 
cienne phrafe SHa iaqiènent à la ftruc^ 
ture de notre François, ils s'appcrçoî'- 
vent d*abord que Timage de^ roDJièt 
n'cft plus la memfc, Ôc que la phrafc 
pleine de feu,6c "degiface dans Ih textes 
ie traîne dans la traduélidn & ^égéT 
nère en 4ïne longueur ou une péûntcur 
dont Ips oreilles font choquées. Que 
^it ^rs le traduâeur > Sa rellburce 
ordinaire eft de convertir en trois ou 
quatre phrafei détach*îfs les différcns 
membres qui dans le texte ancien n'en 



y 






/, 



--M ■ 



- \ 



I ; 



■■U 



> 



^-- 




k^ . 




i Ml <;> W *i— » . . «f > i , ' 






♦•i/^ .■,■* 



/ 



124 L A Miô AN I ^UB 

fàiroietu qu'une feule. LVvancage qu'il 
y lTo^ve^ eft de remectredanslcfran* 
çois au prcmicrtang ce qui s'y voyoic 
d'abord 4^ns le texte â(^ iixts la na* 
turc , puis de faire marcher les autres 
parties du difcoqrs xomme la nature 
avoit rangé les ahtr es parties 4c robjèc. 

Mats il en eft arrivé i bien des Tra- 
dii^eurs^ à d'autres qui manieqtles 
latieues modernes , un accidenr très-» 
4é(agréable*, qui çft de racheter un 'dé- 
faut par un autre» Car en coupant ain(i 
yne (eule phra(è en trois ou quatre au* 
très tout-à- fait courtes , on à introduit 
parmi nous une façon de parler ^ qui ^ 
n'a ni ppids> ni dignki; un % le af- 
franchi de toutes liaifons^ qui ne va que 
par bonds 6c par fauts ^ qui âffe^e en 
tout une^ vivacité |>étillante , & un air 
de petit- maître. ' 

Ceux de nos Écrivains qui ont évite 
tt double inconvénient font d'autant 
pliiséftimables queleur condkion étoit 
plus dcfavantageufe. Il en t^toit bien 
autrement des<Grccs-& des t^tins. £n * 
les (iippofant d'une part 6c nos Écri- 
vains de l'autre d|ins une^ parfaire éga- 
lité de génie» l'avantage eût été pour 
{c$ Anciens, 6c le tour de leur langue 
çn ce cas Içur aflùrpit la fupériofî^t 



^ 



■»> 



«H'V* 



'■^kmi^âk 



DBS LAUCVliiLkf.Ih 11$ 

Car quelque foin quon ait pris de 
çaltiver Ôc de polir nos langues, le: 

Îremier fond des phrafès eft toujours 
î même. Il faut enlpafTcr pa^-lâ , êc 
y revf nif (ans cefle. Si quelqu'un rifque 
par-ci par-là les plus petits écarts ,x)n 
en eft bleflc ,'& il s*expôfe à la delà- 
ercable alternative , ou de donner dans 
robfcurité , ou de palTer pour une tête 
légère. ; - 

Les Anciens par la diverfité des fîtua- 
tions qu'ils doiinoient librement d'une 
phrafe à Tautre aux mçÂ^ parties du 
difcours -, mettoicnt plus VÎe force dans 
leurs comportions. L'e&rit s'y trouve 
fans cèuè acciré & puiuàmment atta- 
ché pat des peintures nouvelles : 6c 
comme la libertd de l'inverfion n'y 
tombe guère que fur Içs mots > pour- 
faire mieut foBtir Tordre, naturel des 
ehofes *, toutes ces phrafes différem- 
m€hç conflruites , enchantent l'oreille 
& tiennent l'efpxit çoUé furTobjèt par 
la façon de^'lc peindre : ou Ci rcfprit 
demeure quelque peu en furpens , c'eft 
une adrefle qui loutient Tattention : 
quand on a fait effort pour arriver au 
iens plein Ôc entier , on le fâifit avec 
plus de feu de de fatisfadtion. 

Si quelqu'un fe figuroit que la pbraiê 

F iij 




'^ 



■^♦^ 



V 



Î-TP" 







;' 



^v 



1^ 



i,- 



a*s.r¥- 






'f- 



crà ôotis venons de rcprdicmcr le com«' 
bit de .David > ne fotirtiit ou n'admet 
ai(&niem une image de Ton ob)èc> que 
parce, quelle eft niftorique > il fèroit 
Êtcik de le déti:0mper* Ceft en tout 
genre que les anciennes langues jouif- 
knt de Tavancagè de tourner ce qu'el- 
les difènt de façon à nous pré(enter 
iinc véritable pein|;ire^ Prennons , pour 
nous en convaincre , une phra(è qui 
joute fur un ob)cc intelleâuel & de 
pure morale : la voici d'abord en fran- 

ÇOIS. ,,..,■ ..;■• r.- ■ . ■ 

i> Noa$(i) devons regarder (i) corn- 
»> me un homme i^)/à'vtnt efpéce peu 
M comtnune'& pref^e divine (4) , ce- 
» lui qui (5)s'eft comporté (6) i 16- 
>)gard de {es amis (7) dans la mau- 
tivaife comme dans la bonne form« 
t>ne (7) d'une mamère noblç^ égale, 
•» & inébranlable (VV * 

ai^piU Tordre grammatical de toutes 
^iftûipbraièsi Mais ce n'eft pas celui de 






» .*'» 



;:ï' 



|tl ) le Komintclf ott liperfimne agidjuite. 
fi) Le Verbe oa rexpreflSon de notre juKmenc. 

1 3 ) Le Régime > ou l'objet fur lequel pi8« VauEdoni 

14 > U manière a*èire de Kobjèc, v 
i% ) le Kclâdf ^i Sàk Paccache <ie la phrafe 



l'f 



C «) Lt Verbe îtiçideiit. 
^, C 7 ) Les Prêpefîûons ». kv^ iûikcs • 9C Ipiitei h 



V 



/■ 



© 



x>is Languis )£/t/.77. 117 
la nature* Ckrdron * range le tout d'une * Bt 
façon fore * différente. Il ne débute 
point y comme nous > par porter nn ju* 
gçment a^^neageux d'un perfonnage 
qu'il n'a encore ni caraâérile ni nom» 
mé : mais après avoir , cotnme il eft 
naturel ) amené d'abord itbus nos yeux ^ 
celui dont il s'agit de porter un juge- 
ment %. après avoir produit en (à faveur 
le témoignage d^une conduite toujours b 
bienfaisante d^ inébranlable , alors il le 
coiiroijne avec jufHce & fait de lui un c 
éloge auquel nous applaudirons. 
, Q^i enim itira^He In re ff'ovem , con- a 
fluntém yfiabUemtjuè fi in éomcitia profil^ h 
tmt y enm ex maxime raro hminum génère c 
puiic/tredihamtsM'parà^tivino.. 
, Cet ordre naturel des objets ; qui fc 
tronve prévue toujours renverfô par 
Tiiniformiré tyrànnique de notre Gram^- 
maire, fe remontre dans 1^ phrafc de 
Cieéron. Ceft l'avantage qui fe tire de 
k libérai Gki'ont les Anciens de rang^ ^ 
Iciiermcs a volonté yôc le mérite réel 1 
de settediemièré image vient moins dq^ , 
OcéroÂ) cptàcÙL langue. 
: S'il y a tant d'énergie, & s'il fe trouve 
des fens fi. gracieux dans le tour même 
du latin , il^ut bien (c garder d'anéan^ 

. JF ui j . 



sAmtciU 



W 



'PtWk-^T. „, 



:,.,-.<.. -■■.y-"- 



^^■ 



\. 



1^8 LÀ MécAviQoi 
/tir ce tour , en le boalcverûnt comme 
on fait dans les Écoles. Ceil empêcher 
roreîU^d'en fentir te carkdère. Ccft 
dépouiller la belle latinité de Tes vraies 
parures, Ce^ la réduire i. ta pauvreté 
des langues modernes , Se accoutumer 
Tciprit à fe familiarifer fans répu^ancc 
avec ]a rufticité.. 

Faites , je vous prie , làcomparaifon 
de l'avantage que vous chctchezicn dé- 
rangeant le latin avec Favânt âge que 
vous ncgiieez. Celui-ci eft très-gratid , 
& l'autre flreft rien. ' \ 

Ce que vous cherchez eft le lêcours 
de la r^Ièmblançe qu'aura ce latin re- 
tourné » avec nqtre phrafe françoife. 
Vous n'y mettez l'ordre ou le progrès— 
auquel vos oreilles font accoutumées , 
oue\pour ne laiflcr entre le latin & le 
françàisque le moins de différence qu'il 
{cra polîîble, 
* Mais c'eft cette reffcmbhncc qui 
^gâte tout , Se que votre imagination 
ne pouvoit trop éviter.. Quand une lan- 
gue ancienne ou étrangère a été à tout 
moment & plufieurs années de fiiitc 
ramenée au caraébère de la vôtre,, elle 
perd le Cizn à votre égard : elle eft dé- 
naturée ôc nVft plus la langue que vous 



/ 



\ 



/ 



DBS lANGbESjLlt/.//. 12$/ 

VOUS prôpofiez d'appirendrc. Vous fai- 
tes exadlemenc ce qu'il ' faut pour ne la 
jamais poflëder. 

Rien n écoit mieux que de faire aycc 
les Grecs & avec les Romains ce qu'un 
François bien confeillé a ^and foin de 
faire à Londres , quand il veut (c mer* 
ire prpmptement le goût & le tour de 
la langue Angloife dans la tctc. Sa prc* 
mière attention cft d'éviter la rencon- 
tre de Ces compatriotes , parce que 
t>our bien entrer dans le fentimcnt de 
a phrafe angloife ^ il faut perdre de 
vue celui de la fienne. 

' Ce que vous cherchez n'efti pas un 
gain : & ce que vous négligez pft une » 
perte très-réclIe. Par cette habitude de 
démembrer le latin , vous perdez le 
difcernemenc de ce qui en conftitue la 
vraie beauté. Vous réduifez a rien li- 
mage de l'objèr , & l'énergie du ftylc. 
Je ne dirai point que ro4:eiIle perde* 
pour cela fa jufteffc : mais l'organe de- 
vient indiflPércnt au bon , par là longue 
habitude de fc contenter du ;nauvais. 
C'eft mal raifonner , dit-on : il faut 
bien éclairer la marche des jeunes voy»- 

Î;eurs» Si ori iie leur renverfc d'abord 
a phrafe latine , fi on ne leur montre 
dans k latin ce qu'Us ont coutume de 

F V 



/ 



V._J 



./ 

/ 



""W > 7' f.- ■>"••'» îv 



/ 



iï 50 t A M * C A K 1 Q V 1 

Voir dans leur langue ; les commei^ 
^ans fe croiront pérHus. Ils ne troùiP' 
ront qu'embarras & gué précipices. 
Gomment voulez- vous qu'ils s'en tirent l 
On (ûppofè ici ce qui n*cft point: 
on met les t<inébres où il fait jour : Ôc 
l'on nous recommande l'ufagc d'une 
kmpe quand nous voyons le foleil luire. 
Gc texte eft d'abord une nouveauté 
pour nos oreilles : mais il n'eft pas pour 
cela d*unc ob(curit<f impénétrable : on 
y voit bientôt clair , 6c jamais la lumière 
n'y manque. La Grammaire latine > il 
' çft vrai , permet de placer les mots tan- 
rôt dune forte, tantôt d'une autre, 
pour peindre Se faire fentir l'ordre na- 
rurel des objets: mais elle ne perd pas 
fcs propres droits, ht ne refufc fon fc- 
coprs â pcrfbnne , &bien loin de donner 
à la phraiè latine u^ forme qui la rende 
obfcure, elle n'j/ fouffre pas l'ombre 
d'ambiguïté. Par-tour il fe préfênte ou 
des mots, ou des fyllabes auxiliaires, 
oui > comme autant d'affiches t vous in- 
diouçpt où il faut trouver l'agent ôc 
f aojion. On y diftingue le mot qui régit 
de celui qui eft en régie. Ainu en tra- 
dui(ânt, il n'y a rien à déplacer: point 
de renverfèment à faire, Ôc c'eft fur- 
tout dans les commcncemcns f mW faitf 



DES LÂnavtSfLlp.I/. 15 1 

êCCOMumer fmreille att caratlère du loti», 
bienloin de tordre le latin du gri deTo^ 
rèdk/ct qui e(l la ruine de Fùn 6c de 
rautrc. 

Tout demeurant en dtat , les tenues 
qui font accord (è diftingueronrprom- 
cernent â l'aide des fyllabes .qui les rer« 
minent. Une faut avec cela que donner 
à chaque mot le Cens qui lui convient 
dans votre langue, fans y mettre encore 
aucune liaiibn. Tout cft fait de ce 
moment: le jeune Lcdfceur n*aurâ pas 
plutôt apperçû le terme principal qui 
exprime l'attribution d*exiftence ou 
d*a6Hony & le nominatif qui conjointe- 
ment avec le verbe^ commande ou 
mène toute la phrafc 5 qn il mettra auffî» 
tôt dans le rede de fa tradué^rôn. Tor- 
dre auquel il fe porte fans réflexion ôc 
par le pur effet d une longue hàbiCQde. 

Ce que nous venons de dire établie 
fuffi(î»nment la néceffité de débuter par 
la traduction en y apportant les troid 
précacitions (ai vantes, 1^. que l'auteûi' 
qu'on explique, foie très-fimple , quoi- 
que par ôc emmé : %^. qu'on joigne à li 
traduéHon qu'on en fait, une fréquent 
te application des élémens ; 5 *'. qu'cii 
traduilam , il ne foit jamab toucné â 

ïordrc «U la phrafe latinCr 

F V j 



^ 



■'c- 






X 



O 






:¥*. 
'/'- 



/■ 



131 La m i CÀ NI QUI 



r\ 



.f 



l^.> e^ 



f. 






H'.. 



• 



^■ 



«. •' 



• îi fjjt en- Ici ladrcffe importante, radredcîi^ 
fr>aer <^omz^^-|m^jç ô^ qui wc pciw manqucr d'ctrc 

i;ic la nature a « *i ^ a ^ > /l j»- 

iuuieiiTcij^ne. du gouc d LiTi Don maître » c elt d imiter 

dans Ton travail la dextétittf de U na- 

^ ture dans les moyens quelle prend pour 

nous inftruire. On ne peut qâfê r<^uiKr 

en s'y conformant* > 

La nature ne nous communique la 
connoiflànce des objets qui nous en- 
' ^- - vironnent , ôc fcs penfdcs de ceux avcjÇ 
qui nous vivons que par des iignes in- 
termédiaires > par des marques (cnfibles 
qu'elle produit au-dehors : telles que 
lont les couleurs > la figure , l'odeur, le 
p toucher, lesmouvemeas de la tctc ou 
des yeux > les gedcs , les attitudes de 
tout le corps , en un mot toutes les 
marques dont la perception fcrt à nous ^ 
faire connoître la préieace ôc la, difFc- . 
rcncc des objets. Tous ces fignes par 
lefquels la nature nous en avertit , font 
tomice fixés dans la ^^cmoire à l'aide 
de quelqu'un des fons de la voix» le* 
qael devient ainfi la marque très-com- 
mode 6c très-abrégé e de l'objet Se de 
V ^ ce qui le caraâérile» Ce Ton par lui- 
t ^ même ne fignîfie rjen^? mais les nommes 

conviennent cntr*ciix qu'il Signifiera tel- 
IcjàïoCc i ôc par une convention toute 
lembUble.pn attache encore ces Tons 



,-f,'f 



/ . 



^11 LAi4GVt$fLh.2f. lyf 
A <}ucl<iue$carâdères tracés fur le pa- 
pier/ ou nUkiu-s. 

i Vïui le concours des fignes natures 
qui font d'abord connoîtr^e Tobjèt, fe 
trouvera grafnd > plus les traces e»^ de- 
meureronr profondement gravées dans 
refpfrk. Il nen eft que plus aifé de les 
unir ta les fai(ânt tenir enfuire à un 
ligne de pure inflirution , ( qui devient 
le mot du guet de chaque idée } deforte 
que le ièul nom lu ou pipuoncd , vous 
rappelle & fait revivre la couleur de 
roojèr, la figure, Todcur & toutes les 
marques dont la nature, le cara6béri(ê» 
Cette adicfTe de la Providence eft 
accompagnée dun caradère de bonté 
vraimenr digne d'elle. Comme l'Auteur 
de la nature & de la focictd a jugé 
qu'il étoit ndceflàire aux hommes d'ac- 
quérir par Ttxercice ôc même par un 
travail rude les chofes dont ils ne 4k 
pourroient padçr yjl a voulu en meme^ 
tems que la prcfcnce de cç$ choses & 
leurs qualités nous fuilcnt déclarées pat 
des marques promptes j^ôc que la di- 
ftinâion de ces fignes ne demandât ni 
tems» niejETorts* Difcerner une plante 
par la figitreg^ ou up fruit par (on goût > 
c'eft chofc ai fée. Mais cultiver cette 
plante Ôc t'^re frtl6bfier > c*cil un crar* 
Vail furieux. 



^ . 



'■ i 



U 



ri,.- ■> 



^.. 



' ■ !v 




umf»'*'* 



-r-*r 



!" 



> 



•) AL 



.■/ 



1. 



A 



fj4 La MIcAwrovt^^' 

Qaati4 \f^ Provkkocc. fàk des pr^/êflft 
à, rhomme & lui prépare de qaot l'oc- 
cuper 9 elle a foin d'y laifl^ beai^coup 
À faire } elle ifiTÎré lamainâ^ f homme 
à rachèver. Eltcia d^ande : elle rat* 
tend. Ceft-lâ qa'il faut du cravaiL'Maîs 
quand elle nous tnftniir ; elle marche 
la première-: elle guide la taiûm 9c 
h conduit où, elle doit arriver , pat 
dés lignes (enfibles ^ U prh ùfn mm :, 
& (bit, que ces fignes (oient de Tinffe^ 
cution de la nature » foit qu'ils (oient 
du choix de la focîct^ pour abil5gçr& 
rappeUer le tout , ces Agnes font d'une 
agilité inconcevable. ^^ ' 

Par quel étrange raifonnemem s'cft- . 
on donc avi(ë db vouloir rendre lourd 
& faftidieux ce que la nature a pris 
foin de rendre ai(e & expéditif î n^ 
quelle fingulièrc exception s'cft-oneni 
en drc^t d'o-rdonncr qu'il (croit em- 
ployé àcs milliers de régies & • de ma- 
chines , pour parvenir à entendre Iç 
latin 9 (i tant ; ft qn*on J parvienne par 
cette voie; raii^is qu'il en eft de cette 
langue comme de toutes les langues, 
êc de tous ïts fîgnes que le (!mpleju(àge 
(àdi (ans obftack > &^ qu'ii emporte 
avec cclériré. ^ 

S'ilfaiùdii foin & dcgNToits.cVfi 



% 



\ 



^ nis Languis, Lrtr.//. ijj 
^ur obtenir les fhofcs mêmes , jamais 
pour apprendre ies mots qui les d(f^ 
fignenr. Plus il vous aura coure de tra-^ 
Vaifi âc^^pplicarion pour (avoir les 

plus la connoiflànce en 
Mais dans rapprcnriflkee 
'aufli biefi^jue dans la ra- 
de les parler , tout doic 
être facile » i^ plein de ga'né. La len- 
teur y gâte tc>ur. Cett 4'excmption mê- 
me* de roiK embarras ôc de toute côn- 
rraiiitf qui en aflbre naturellement le 
facÊk ... . 




Pour ne nous poînr méprcrir^cHafis 
la hiahière d'apprcbdœ les anciennes 
langues ou les niodernes 5 il cft pni- 
dent d'ob(êrver ^ore de plus près, 
ce que lanarure a fcwtftrait à nos re- 
cherches : nous nous épargnerons par- 
là un travail qni||'ef( point néceflàire; 
puis de voir 'ce qu'elle a confié i nos 
foins : tious éviterons par-là de nous 
faire tort à ncnTç^ncmeç, en refuïânt 
notre travail où il eft indifpen(àble. 

Comme iî y a donc deux t ems & 
deux progrès diffcrens dans la révéla- 
tion naturelle ; il y igi aura (èmblable- 
ment deux dans la manière d'enfêigner 
une langue , puifque c'eft tme partie de 
ce qu'on apprend oacurcUemem» le 



/ 



<^ 



^' 




•^"I 



r 



■*'-x 



# I 



^ 



«5^ La MtcANiqjit ^ 
premier degré dcjs leçons que nous âÊt-. 
cevons de la narute > conlîue en ce que 
les objets ^ îcs marques exréricures 
qui les diftinguent > fe préièntenc fans 
efforts de notre patt.& viennent nous 
trouver^ fans le fccours de n^x main 
ou de *nos roifonnemcns. ^^^^ 

Nous pouvons faire uiagHI^pofês 
qui nous environnent > en étant fans 
C(i1è informés ou par le fîmple afpcifb , 
ou par Tindicacion d'autrui : après quoi 
ces ftgaes s^enrraidcnt tellement par 
leur concoun qu'ils nous r<fppc4||t la 
penfëe de l'objet quoiqu abient ; ôc 
qpe k j^réfènce même d'un féal iîgnc 
peut les remplacer tous. 

L'autre degré qui fuit dans la fcience 
hâtureile > confîflc en c& qu'après avoir 
acquis la. connoifCincc des chofes & 
des premiers fîgnes quiyjcienncnt, on 
peut obfcrvcr la natffc ôc les difFcrens 
afages de ces fignes >. puis à force de 
manier ou de Taiyrc les mêmes fignes 
dans des /encontres différentes ,. acqué- 
rir une -connoiflànce ptijs étendue ctc 
Fobièt même. ^ 

. Un Dotanifle ^(^mmencé par diilinr 
giigir unef renonœle d'avec uiie ané- 
mone., une jacintè d*avcc j|n narciffè, 
& la plupart des plantes d*un ufage or« 



/^ 



r. 



X)|8 LANGueSyLre/^/A i^7 • 
âiçùtc, U ne lui a fatk pour cela que 
ce qu*il faut à tous les hommes pour 
acquérir ces connoidànces» Le coup 
d*œil , Todcur , 1| figure ,riir de l'a 
fleur» un nom, en un mot les premiers 
figncs qui Te prdfentenc. Par la fuite il 
range dans itti ordre méthodique & les 
renoncules* i & les rofes , ôc toutes les 
lantes uinellcs , ou même j s*il veut al- 
er jufquc-là , toutes les plantes dont 
on a connoidance. Il lés difttibue en 
différentes claffès par une étude fiiivic 
des cara(5èèrcs qui les diftingfucnt , com^ 
me font les pétales > le nombre ou la 
difpo(ition des étamihcs êc du piftile \ 
la fanne^ Todenr, les couleurs , les 
utilités > les noms propres de ces par- 

> tiçularités. La connoiuance de ces dif- 
férens fignes le mè^ même en état de 

»^ ie faire des idées juftes de plufleurs plan^ 
tes dont on lui fait la defcription fans 
ksr lui montrer en natpre^ 

Dans le premier degré de cette re- 
cherche», il £b fait {ans ennui & uns 
peine une étroite liaifon des fignçs avec 
les chofrs connues, & des lignes eritr'eux^ 
Dans le fécond dégté il faut du foin 6c 
dd travaU. L'étude de ces fignes men 
ordonnée, fiir-tout pour connoitre les 
chofes fans les avoir vncs!, efl une a&ircf 



>#« 



¥ 



^«~- 



»^« ->•»'»■ ■*♦• .ii«^*< 



p. 









u » 



^'• 



^) 



ijj La MécANiQUi ' 
une (cicncc d'une très -grande étendue. 
Mais on y cft aidé ou par la liberté de 
voir les objets précédemment ,- ou par 
le coticôurs des fignes qui fixent les 
objets cn)le^abfence , ôc qui font mcr- 
me un attrait ou une invitation pref* 
fànte à juftificr le tout par une vue plus 
précifc. 

Voilà ce qui arrive dans l'étude du 
iJ^tin , ou de toute autre langue : on. dé- 
bute par connoître conjointement les 
objets âc les fignes qui les cxpritnenr^ 
Enfuite fans avoir ni la vue, ni la con- 
noiflance des objets, on fe fert du c<j)n- 
cours des fignes précédemment con- 
nus , pour luppléer à la préfencc de 
l'objet : on croit le voir : 6c il n'cft plus 

!>ofliblc d'en rappeller la penfée fans fe 
ôuvenir du nom qu'on lui donne > ôc 
de ce qu'on en a entendu dire. 

Mais fi ce progrès , fi cette double 
démarche de laifir d'abord les objets 
avec leurs fignes, puis d'étudiw: les fi- 

Îmcs à part , fe troiîrc néccflairç 5 c'eft 
ur-tbut dans les langues. On ny peut 
pas d'abord fèparer les fignes d'avec ics 
objets , ôc faire entendre ce qu'on veut 
fur la nature ôc fur Tç^mploi de ces 
fignes , comme on le pourroit dans 
bien des arts, -Un- homme peut for: bien 



^is Langues, L/V./7. 139 
parler d*architc6^urc êc d agriculture 
fans avoir (bus fa main les objets donc 
il parké Qui cft-ce qui ne le ftivra pas 
dans les leçons qu'il peut faire furie 
choix-HdW bon einplaGcmcnc j fur le 
choix de l'air & de l'eau 3 fur celui des 
matériaux convenables, ou fur le be- 
foin de pulvérifer la terre , qu*on veut 
cultiver , d'en réparer les pertes par l'a- 
mendement , de nettoyer , dé larder^ 
Chacun lui prêtera l'oreille Se entendra 
fa penfce , parce que ces objets & leurs 
fïgnes font déjà quelque peu connus. 
Eft-ce de même dans les langues ?- 

Débutez- vous, comme il eft d'ufàgc,, 
par l'étude des fignes? entreprenne^- 
vous de faire concevoir â des commcti* 
çans quelle eft la mariière d'arranger 
dans leur cornppfition la peîrfonne , l'a- 
gent , le patienf,le rems , le cas ,,la fub- 
fiance , la manière d'être bu d'agir, le 
gérondif, le fiipin , le ... . n'en accu- 
mulons pas davatitage : vous verrez d'a- 
bord tout ViOtre monde bailler. Ces 
fïgnes ne font fiés à aucun objet connu. 
Ce font des idées purement intellec- 
tuelles fur lefquclles les fens n'ont point 
de prife. Ces leçons expriment des erres 
métaphyfiques , dont Tafpeft eft capa- 
ble de rebuter un homme fait. Corn- 



U 






^ 



•*' 



/ 



4 



.^' 



-■■) 



^à^ 



■mt' 






'14« 1 A MJ c A vi<iji 1 
ment voulcr-vous qu'un enfaoftvy prenne 

Comme c'cft qnc occupation réelle- 
menr très - iffligeancc pour l'çnfancc 
d'entéidrè dKTercèr fur iaGratfirmatrc; 
ce n*efl; pas non plus un début fore 
agréable pour elle d'entendre lire des 
tirades d'anciens Auteurs , dont elle ne 
{ait pas le premier mot. Faites donc 
dans l'École ce qui (ê fait dans la na- 
ture & dans la fodété. Faites marcher 
ou paroître d'abord les cho(cs qu'on 
doit traduire. Que les commençans fâ- 
chent de quoi il s'agit, & ne leur en 
montrez le latin que quand le tout efl: 
déjà conçu , ôc rangé dans leur e(prir. 
Pour lors faites renir â cet obfèt tels 
fons qu'il vous plaira. Termes Latins, 
Grecs , Hébraïques fi vous voulez- 
L'objet une fois connu fixe les /îgnes 
^ ' qu'on y joint, » : 

rremîef àé~ Entretenez la jeunedè de chofcsqui 
îunilflàlre^ fe puiffent montrer au doit. Si vous ne 
des langue;, les avez point (ous vos yeux » faites 
concoutir plufieurs (ignés précédem- 
ment connus qui les rendent comme 
pré(êntes. Si les oi>jèts même o^i la def- 
cription qu'on en peut faire , fe trou- 
• vent, agréables , les fignes que votis em- 

ployez pour en parler ic coUem pour 






© F s L it il G u E « , Liv. il, 1 4 ï 
akifidire à robjèc, & tiennent indivi* 
fibletnent les uns aux autres. Ceft Tac- 
tion de la nature même. Mais autant la 
narure ffiit preftement cette union (des 
chofès cotmues &c des fignc$ qui les re- 

i)ré(èntenr.) autant la compofition fcho- 
àftique y ^pportert-èlle de rcrardemenr. 
Souvent cJle arrête tout en n occupant 
rcfprit que des noms & des foncftions 
de ces flgnes avant que le tems en foie 
venu, 

G'eft viiîblement rcfifter aux loix de 
la nature, & lutter contre l'expérience 
de tous les iîécles \ de vouloir com- 
mencer l'étude d'une langue par un éta- 
lage feicntifique de purs fignes , puis 
par Iç foin cfe ranger les fignes ou les 
mots tout autrement qu'il ne fe prati- 
que dans la langue même qu'on veut 
apprendre y 6c enfin par la trifte corn- 
miflîon de chercher des termes entière-* 
ment inconnus , & d'en faire le choix , 
puis l'aflcmblage conformément à des 
régies métaphyfiques. 

y a-t-il une apparence de po/ribi"- 
lité & de réuflîtç à vouloir qu'un en- 
fant aille fouiller dans tous les recoins 
d'un didionnairc , auflî gros que lui , 
qu'il fe reconnoijiè dans des généralités 
Uès-abftraitcs & très-lugubres j qu'enfin 



-^ 



\ * 






i« 



I II ' i iij ; iPif>|pi>l»ii»tf»l»^N 



,j^^^i' 'y'^s^ 



■fx 



■' »' 



141 La MicAMiQus 
il (c mette en quicc après des mots aux^ 
qiiels il oc peut raiTonnablèment donner 
ni une juftc prjéfdtence iàr d'autres» ni 
un jufte arrangement xntr'eux» enfui- 
vant des régies qui ne kii apprennent 
point le procédé réel de la langue? 

le le uippoic occupé d'un mot fran- 
^ois. H en trourera trois latins qui y 
répondent. Le voila arrêté. Auxquels 
faut-il donner Texcluilon? quelle raifon 
lui en fera prendre un autre i II ne con- 
noit ni la cnofe dont il s'agit> ni le terme 
jufte qui efV'd'ufige pour la désigner. 
Cçft une néceflîté qu'il s'exprime en 
latin » comme le fit en françois cet 
Officier Suiflc à qui fon tailleur dc- 
mandoit s*il étoit content de l'habit 
qu'il lui àveit dTayé. L'Officier eut 
tecours à Ton diâionnaire; il fit (on 
thème & répondit. *> L'habit eft pro- 
-jyfïeêc bel i mais pas eqmtabU i mon 

hie voyez-vous pas que votre cher- 
cheur de mots prendra juftement 
celui qui convient le moins au fujct 
Se fera une Iccond^ chute en le con- 
Aruifànt avec d'autres au rebours du 
bon niâge. Y a-t-il du fèns à exiger 
ce qui n'eft pas faifable ? Vous vouiez 
éjfxm jfime homme Te détcmainc dans 






•%. 



•^. 



DES LAKcuEa,L/i/.7/. 14^ 

te- choix de chaque moc en faveur ds 
celui qui efi le plus conforme aux cir- 
co^ftonces Se qu'il lui donne d'autres 
tennes pour adjoints en s'aflîirant qu ils 
vivront en bonne intelligence. Ccft 
la même conduite que ii vous comman- 
diez durement à un domeftique encore 
neuf d'aller leconnoître à là première 
rencontre dès gens que. vous avez en 
tête , & qu'il n'a jamais vus ; de le$ 
démêler dans la foule -, •& de les mettre 
enfuite en même auberge avec d'autres 
dans la ferme perfuafîon qu'ils fe plai- 
ront enfcmble , & y vivront en paix. 

De plus comme la recherche des 
fignes dont on ne connoîtni le bon 
emploi, ni le jufte Cens , eft un'travail 
trifte, qui n avance qu'avec pefàntéur , 
& qui tait tour i l'aveugle , c'eft une 
complication immanquable de lon^ 
gueur ) de dégoûts , & d'inutilité. 

Les bons maîtres en concluront que 
c'eft pour eux une néceflîté , maisjmc 
néceffité très- agréable ôc exempte de 
tout inconvénient , de commencer & 
de continuer^ l'étude d'une langue par 
l'attention de bien faire connoître d'à* 
bord les objets dont on d0it parler en 
cette langue, & par le continuel ufage 
de traduira les Auteurs ^jui la parlent 



A.-. 



ir*- 



.A..JL. 



t^ 



*f44 Jlil MÉCANIQUf 

bicnvJAm^^ p^r des compelitions qii^ 
égarrcnt , jamais par cçc attirail de ré- 
gies qui n'opèrent par provifion que la 
contrainte 6c la barbarie , au grand 
préjudice de roreiUc , de la langue > du 
^dûti & du ftyle. ^ 

Faifons au contraire ce que fait la 
nature dans les leçons R nnes ôc Ci 
promptes qu'elle nous* donne : que fk 
marche régie la nôtre. Ccft ici qu*il 
faut faire ce que nous avons remarqué 
qui fe pratiquoit pour un Étranger qui 
arrive parmi nous. On lui montre exac- 
tement chaque objièt doiit it faut Jui 
parler. A la vue ou à Findicacipn (uiïî- 
Vinte des chofes , -on ajoute aullicot les 
termes qui les expriment , drondôniie 
à CCS termes leur jufte aflemblage. Il ne 
faut d'abord qu'en faire autant dans les 
Écoles , amorcer , pour ainfî dire , l'en- 
fance, en l'entretenant nettement des 
fiijèts dont on va lui parler dans une 
langue différente de la'fiemie, puis 
apjnigaef aux chofes ainfi-tronnucs les 
termes qifi les défignent. Le commen- 
cement fe réduit là. Les chofês & les 
figncs entreront de compagnie dans la' 
mémoire. 

Mais prennez garde que les lignes ne 
fbicnc point imaginaires ou eftropics» 

^ ^ C*pft' 



qui 
ré-, 
lela 
and 

,du 

' s 

ic la 
5c Cl 
le fa . 
qu'il 
xqué 
t qui 
exao 
Itlui 

odes 
lônhc 

. Il ne 
ms les 
, l'en- 
it des 
s une 
puis 
es les 
Kien- 
& les 
ans U' 

rnes ne 
[opiés , 



■^^ 



€*cft*-à-dîrc arrangés fclon le g^énîc d'une 
autre langue. Auquel cas ce ne (ont 
plus ks figues que vous cherchez. Ils 
n'appartiennenc plus à rancicmie langue» 
& en'iet'ibptémiaiic yolis n*a|^prènnez 

ORsoQÎero parrairement les objets Piurani^ea 
avane^é d'éttldtcr les termes qui lcs;Jf/J^^JJ[^* 
ex^Memt dafts une autre langue. Voilà 
radrçflc/prr fiiTiplc donc fe|çrvit Blu- - 
tarquedahsfa «ieilleflè pour apprendre 
le latifi, qu'il avoir dédaigné jufque-là 
pa g . v m pe tf '«wptfe prédileftion pour 
f4.1ancstip4l|>QU$ apttrcnd/^qû'ilii'avoic * ^''* '•"'*''• 
eu beiom d aucun maître» m navoH:^^^^/ 
faiç,if cune étude pénible des termes de 
U langue romaine* 

*» Ci tfa éré^ dic-îl, que fort tard 
>» & daïis un âge fért avancé que je me 
»^i$ avifè d'apprendre le latin. Il 
»» m'arriva alors ime ehofc fort éton- 
ivnantc, mais qui eft ttcs-céelle. Ce 
n n'eft pojnt pàc Té wde des mots latins 
»quC'jc fiiis parvenu à entendre les 
» chofcs , ( dont les Auteurs ont parlé \ 
».en cette langue:) m^is c'eft par la, 
»> conn^oiflànce que f avois précéden>- 
» incrit'' acquifiî des objets (dont on 
» parle fiir-tout & dont on^ a écriç 
j> dans jçéxi^ langue ) qùc je fuis ^ar* / . 



^ 



.,«-. — Tip.*-,- 



- ^ » m ft tm i^ ■ I I— fc M »» 



l 



i>v- 



f' 



^veim i oftCOidre les ternies qu'on 
tf tmfSojt pour ks exprimer, 

Minarque eft fort (lirpris d'un évè- 
^^vtm^t «ni wr tnérkoic ooint du lont 
Ik fiitpnfe, porrce <{ii« c'en; précifôment 
U l'ouvrage confiant de la nacuce dans 
ce;ïx qui apprenoçm une 4ingw$. Il 
1^ a rien TOfic il ne (bit aifë de (kifit 
'iSt de r-ecmir k £gne ou Texpreffion, 
iquand k connoiflàiice de fobjèr a pré- 
7 ^édé Tulâgie des lignes >qu'on j ^acbe. 
A moins que> comme notre {û)èt 
te demande, oc pour juftifier l'^onne^ 
"mentdic Plutarque» nous ne voulions 
f eniarqci^ y qu'en ce point la condition . 
^ÉesvieiHiirds eft moins avantageitiè que 
celle des enfans. Les organes de ceux- 
id pâ: leur foi^letfc fe prèt^xK ^cux 
oto termes d'une nouvçile/langne y àc 
tux figncs de routes }es chofcs qu'oft 
ieur aura monrrées, que ne font les 
•organes deis pinrfonnes avancées en âge , 
^pFès.s^être etidnrcis Bc ^0er|his dans 
1;h2dMntde de ne parler "qù%ne tangue 
3e|mis PcBifencc. . 

La mémoire des enfans eft une table 
.rà& t>à Ton n'a encore rien cciîr. Mais 
t^éft TOÎmc parce qu'elle eft vnide , qu'ils 
jaiment à la garnir. Toutc$ fortes cf idées 

fcvàfçtit 7 veçrtçr^^MaisVtopecsw s'y 



f .»■■ 



V .♦ 



::-\- :/;" 



on 

Ottt 
iClIt 

[ans 

11 

îtifit 

ion, 

pré- . 

iche. 

fujèt 

>nnc^ 

liions 

lition. 

c que 

jCeux- 

kttcux 
de 

quofi 

nt les 
agc, 
dans 
mgue 

table 
Mais 

,/quils 
'idées 

iç s'y 



eonfcrrcnt pas egalemcnc.il n'y demeure 
guère que ce qui Veft préfencé arec Qff- 
dre & avec quelque iiêncimenc de plai£r. 

Ne débutez point par les réôébres. . . 
Que l'enfant connoifle ou apprenne de 
vous la choiS! ( dont vous allez lui parier 
en une autre ianguei Œi qui va être tra« 
duice d'un Auteur ancien dans la Ciamcji 
voilà le premier pas. Frapcz enfuite fou 
oreille des nouveaux Tons qui fervenc 
dans 1,'auteur i exprimer chaque Cafèt» 
répétez, les mêmes (bns d'un ton très 
naturel , & i plufieqrs.rcprifcs. Coupez 
la même penfêe en différentes queftions. 
Revenez fiir vos pas d'Une forte, puis 
d'une autre. • Dans ces allées & venues 
des objets à leurs fignes >& des fignes 
aux objets précédemment éclaircis , il 
fe forme des liens qui unifient forte- 
ment les idées des fîenes > aux idées des 
objets, & par la fuite vous verre? f 
coup fur la /penfïc d'un objet {uivic 
du terme latm qui l'exprimé, & les 
mêmes fons fuivis du fouvenir des cho- / 
fes qu'on y a jointes. 

Il viendra un tèms où le feuae-homme chok <^cxct» 
fera immédiatement ufàge des' flsnes ôc "*^" corfbr. 

1 j r ^o ff ' lues aux ptm» 

ips entcmdrii fans aupnne ezpiicanoncipecqmvica- 
préalable de ce ^% figoifient. Bien- ?!^\j/^* ^ 
tôt aAcès il iisra ^la& Jl &tz ruricuy, 



'JK- 



I 



], 






\ 



,.:««iMaMi«M 



r 



H«Mu.>. ^^ ^m*.<m» ■*»■' yi>i " 



-^. 



14$ t A M' cA ir I Q-vi • 

' ^c fç <ineccre nûeux au fait de la valeur 

des xerine^* Il en recherchera toute 

/ l'étendue, les divers ufages, les fcns 

propri» , les (èns métaphoriques ou 

de purp comparai^lPr II voudra deve- 
t^y: grammairien; é^ alors par une plus 
exàde connoiflince des /îgnes il Ce 
^ mettra en état de connoître les chofcs 
mêmes plus exaâement fans les voir. 

^èAsàs en attendant qu'il puiiTe utile^ 
me^ (e livrer à cette étude plus pro^ 

% fonde, ménagez une fuite d'exercices 

^ ^ui^l'y mènent, & qui en imitant ce 

que fait la nature, animent de plus en 

fixa la curiofité , bien loin de TétoufFcr 

- > , par le fentiment d'une afïliéèion réelle , 
ou par la crainte d'un fardeau qui de- 
viaiîjiccablant. 

uaéaomU * Avant d'en venir aux exctcices rér 

Se^SJto^g^^^ » '><^n n'empêche d'employer 
— RUS. ^ d'abord ^' de faire cnfuite durer ou 
revenir tant qu'on voudra , la dénomi- 
nation latine de tous les objets connus. 
Ce petit travail eft le vrai lot de l'en- 
fance u ce n'eft qu'un jeu pour elle. 
.r- Toutehramufànt il lui ademble des 

.^X provifions qu.e l'âge (ûivant (croie fore 
^ .;, ai(è de trouver faites. Appellcr d'abod 

)cs objets par leurs noms , telle eft l'cn- 
' ' puie dçs lances; te( a lizénotïç m-^. 



"1 



.BIS L ANC V E S , Liv* IL I 49 
miér fkvàir ,&: l'enfance ^"^ porte d'in- 
clination. Çc Oui plaît a la vue ne 
déplaît jamais à la penfée , & le foiivc-^ 
nir ne ^cn efface pas aiCfment. Voyez^ 
avec quel fçu les enfans accourent, 
quand on leur préfente ou des difeaux 
étrangers y ou la revue d'un, corbs de 
croupes ^ ou 1^ visite d'uD^ v^i|?eaii 
équippé de tous fes agrèts, oii la vue 
d*nne belle campagne, ou -q^^lqu'autre 
nouveauté dont on eft naturelkmenc 
avide à quclquagc quec)£ fpit. 

Ne penfez pas que la diycrfité des 
objets loit ici un obftacle à Vos dcfirs. 
Au contraire quel qu'en foit le tim- 
bre & celui des parties quf les com- 
pofèntj toutes les pièces, tous ks noms 
le retiennent ^n aidant la pen((fe par 
Tordre même qui fe voit dans les ob- 
jets. Il s'en forme dans l'efprit uncv 
chaîne que le tems ne peut rompre: 
c'cft pour la vie.. 

Les enfans ont une mémoire de fer. 
Rappcllez-vous pour un moment les 
riches exemples dont on les occupe. 
Il s'agit d'abord de la muft ^ élfi^e- 
nelofe. Viendront cnfuitc Egidius 6c 
PantdeûH , le trdVMtl & U psreffi^ On 
ks entretient ainfi des années entières ôc 
toui |cs jours de chofes qui font fans 

G iij 



^ 



L 



\ * 



m « 



..^ .■«■ «» im ^ - 



'^ u 



'S$0 La MicANiQOf 
imérètf fins Ordre yfans dignité , (ans 
Ken. S*Us les apprennent toutes décon-* 
facs au'etfes font ; ^ib Icj retiennent ; 
combien ne icroit-îl pas pins facile 
à cet âge de leur montrer nne (uire 
d'objets bien liés & d'en employer le 
bel arrangeniKnt pour lenr meubler la 
mémoire de phificurs connoi/Emces uti- 
les Se de la plupart des termes dont 
il^ auront bcibin par la fuite Vcombien 
n'y auroic-il pas de prudence à faire 
valoir en leur faveur 1 attrait de la nou- 
veauté & â ne leur jamais rien rhontrcr 
fans mettre â profit davantage de Tordre 
pour aider le travail de la mémoire ? 
' il eft vrai que la vue ôc Facçès dç 
bien des chdfçs ne font pas toujours à 
jnotre^drfpofirioh. Il faut donc quand 
un fecours nous manque y fuppléer par 
un autre. Une dcfoription qui ne frappe 
que Toreille touche beaucoup moins 
Teiprit que ce qu'il apprend par le 
rapport de Ces yeux. Rien n'eft ici 
plus parfaitement d'accord avec les 
inclinations de l'homme ôc avec Yc%- 
périence univerfcllc que de préftnrer 
aux jeunes gens de bonnes eftampes de 
la plupart des chofts i portée def- 
quelles il n'eft pas communément pofli- 
ble de les mettre. 



O qtîc TOUS montrez de la forte, 
quoique ce foie un tout compofè cfiin 
grand nombre de parties , s'arrangera 
très-bien dans la m<fmoire. Il ne faut 
que chiffrer chaque partie dans Teftam- 
pc 6c transporter fur une autre feuille 
lc& mêmes chiftres accompagnés des 
noms propres qui y conviennent. Dès 
•que vous mettrez le doit fur un poit\t 
de Tcftampe , on vous en livrera le 
nom *, & fi vous nommer vous-même 
h partie qu*il vous plaît de choifir 
dans une grande figure -, l'enfant por- 
tera auffitôt le d<Mt fur le point que 
vous avez nommé! Ce qui rend ce 
jeu infaillible & pïomc , c'eft J'aflbr- 
tîment bu Tordre même dei pièces & 
renjoumcnt de l'exercice. 

Par ces mcSfyens & par d'autres que 
vous imaginerez vous-mcme, félon le 
befoiri , ou Toccafion , vous pouvez 
de bonne hei^e apprendre nne„ infi. 
nité de chofcs à l'enfance , au lieu de 
la laiflcr dans une ignorance univcrfcUe 
de ce qui fe paflè dans la nature 8c dans 
la fodété. Vous pouvez très-utilement 
mettre dans (à mémoire les noms avec 
les figu^es-dçs animaux , les panics d'un 
vaiflcau , cettfs d'un port de mer , 
les principales matières du commerce, 

G iiij 



f5i La Mécanique 
les objets de l'agriculture &c du jardi- 
nage*) les matières donc on s*habillc, 
6c le travail admirable des étoffes » les 
pièces d'une batterie de cuifine -, les di- 
verfes fabriques de nos manufaâures^ 
ÔC un commencement palFablc ' de l'hi- 
ftoire naturelle. 
. T^nt qu'il ne s'agit loue de mots ou 
de iîmplcs dénominacibns , mettez-en 
dans une« tête tant qucVyous voudrez. 
C'çft un biei> pour ceux\ qui commen- 
cent. C'cft un moyciVpr^prc à éveiller 
la curioficé. Rien .li^xraindre en cela 
pour leur Hylt, Mais s*il vous arrive de 
porter quelque jligtmcnt d'une chofè 
que vous aurez noQimée > & que vous 
mettiez deux mots enfemble-, c'çft ici 
comme dans l'article des mœurs ,, que 
l'enfance rairire une attention particu- 
lière. Ne faites jamais marcher ni deux 
ni trois mots latins félon le procède 
de votre langue. Il ne (uffit pas que ces 
mots foienr latins. Le tour que vous 
leur donnez doit Terre auflî. Cet ordre 
ayant été réglé par l'ufage des Anciens, 
c'eft dans ces Anciens qu'il le faut pren- 
dre , & pour ne rien dire en latin qui 
ne foit pur , ne prennez rien chez vous. 
En puifanrtout dans la belle antiquité , 
ce que vous aurez dit fera un modelé 



BBS La NO uEs, L/t/. //. 15 J 
fiir 6c fc pourra répéter fins rirquc. 
Vous en pouvez même faire Tcloge en 
fureté de cortfcicncei 

Comme on apprend à bien ranger 
le François en ftcqucntant des Fran- 
çois , ceux fur-tout qui font bien ncs 
& bien devés ^ c*eft de même chez les 
feules honnêtes gens qui nous relient 
de Rome & d'Athènes , qu'il faut pren- 
dre le goût de la phrafe grecque ou la- 
tine : jamais ailleurs. 

Pour nous procurer dans la le(5lurc 
des Anciens les mérhes fecours <mi 
dans l'ufage de la vie facilitent rinieliï- 
gencc des choies & le fouvenir des 
cxpreflîons j ccftpour nous un devoir 
de rapprocher un nombre d*e:xercices 
Ôc de moyens qui par leur union même ' 
nous tiennent lieu de 1 adrerfe merveil- 
Icufe de la nature ôc de la converfa- 
tion-, en forte que fi ces exercices ne 
vont pas jufqu'ànous donner un ufagc 
de la langue aufllî Içger qu'il l'eft dans * - 

les langues vulgaires j du moins Tufàgc - 

qu ils nous procurent , foit bon y 6c 
lans aucun foupçon de mauvais arran- 
gement , ni de mauvais termes. 

Comme la nature demande qite la Exercices n*; 
vue ou une fuffifante defcription des"^*""* 
objets en prévienne la dénorbination^ . 

G y 



^ 



^ 



^ 



4m t ^.^mm ^ mi ' 0^0^0 if t^ffli» 



mw. ' .f. ' W" -^^ ' 




• Jj 



[1^4 LAMéeAHiQvi 
/efl imher id conJuite df. là rt^ure Je 
Mmurtcer te pravéil 4es EceUs par Itre 
enfra^çois , oh far rapporter nettement en 
Im^ittVêti^airece^HsfèraUfi 
'dMhff-tjthn va faire et m Amear ancien. 
* **' Il 'faut que les çommcnçans fachenc 
^ Me quoi il s'agît , a^ant qu'on leur faflc 
XtJntendrc le moindre mot grec ou. 1^- 
lin. Ce début les charme. A quoi bon 
teiir dire des mots ^bi ne font pour 
eux que du bruit. Ceft ici leprcmiet 
ïc^ret c^ft lé premier tcms dont nous 
ayons parW : & je crois avoir démon- 
' tré qu'ici les recherches' dfi^ésdifficnlccs 

ibnt entièrement déplacées. 
^ ■ . Mo îmais on h^bticnr rien fins pci- 
" iÀ* II* fàuLque les énfans ayént du mal. 
ils eh* retiennent mieuxr ^*;' 
' Ceux qui tiennent ces difconrs mon- 
xrént qu'ils ne font pas allez an fait 
de la queftiôn , & ne l'ont pas appro- 
fondie. Ceft pour avancer l'ouvrage 
qp'on Ifearre ces peines des commen-'^ 
cemens de l'apprenriflàge. Ceft pour 
imiter ce qui fc pratique en toute lan- 
Mejc'eft pour donner lien â l'admira- 
£le agilité db la nature , & pbur fe 
conformer â la capacité comme aux 
procédés de refont humain. Le travail 
aura lieu dans foo tem& ' • -^ 



D B s L A M 6 XJt S ytlv.IL I f f 

Le fccond exercice eft de life & d% 
rendre fidèlement en notre langue le 
latin dont on a annbncé le contenu » 
tnunmpt dé tréutiùre. 

Le troisième eft de relire de fuite tout 
le Imin tréduit en dûrniam k chaque mot 
le ton & ^inflexion de U voix eft^on y 
donnerait dans U converfation, La mono- 
^ ronie y feroit infupportable , & le ton 
en fè conformant au icns en facilite le 
foBvcnir. 

Ces trois premières démarches font 
TafFaire du maître : celles qui fuivenç 
font l'affaire des commençans. 

Le quatrième exercice confifte 4 ri^ 
peter la traduBion fans dira?^^er l'ordre 
des mots latins. 

Le cinquième a rendre compte en fran^ 
fois de ce quia ité traduit. 

Le fixième à rappeller fidèlement aux 
définitions ,aiix. inflexions , & aux petites 
régies ilirieentaires les parties qui compo- 
jem chaquf phrajè latine, 

Lçtuémè travail pourra fe réitérer 
aulogî^ la plume ié ^^iA^ Il eft bon 
d^7 exts^cxr les ifOniitiehçâSis 4^i^ânt le 
cours de la première année» A. meforc 
qu'il» fe fortifietont on pourri réduire 
cetpe tâche » ou eh^» la mpprkner. 
-Lt f^tième e^etctce^ y après cinq on 



v^ 



ê 



■ ! 



15^ L A M £C A K IQV B 

ûx mois d'écoulés & emplo)v^s à -rra-^ 
duirc fera , 4prw les traduÙions "faites & 
repittu , de remettre cha^^ne phraft en nn 
iMtin qui approche Ju texte le pins îjh'U 
ej^ poffiiU* 

Le huitième (èra Je compofir de tenu 
in tenu & de mettre par écrit fur le cfpar/ip 
le latin de ce cjui a été traduit. 

Tous CCS exercices mettent plus en 
ftuvre le jugement que la mémoire, 
ils peuvent animer l'émularion &c don-^ 
nçr lieu à des éloges fondes. D'ailleurs 
ils ne ibnc au-dcdiis de la portée de 
perfonne *, & ils ne peuvent manquer 
d'jmorcer tous les commençans par 
iiiie apparence de réuilite. Ne craignez 

fisÀt les voir alor^ demeurer dans 
eneoardiilement ou dans la péceflicc 
de le taire par le peu d'habitude où ils 
font de parler leur propre langue dans 
les écoles. Sils n'acquièrent pas prom- 
tement la facilité de s^énoncer en latin > 
comme ils iêront dans Tu (âge perpétuel 
de rendre compte de toujc en ftaoçôis , 
ils s y énopceront bientôt avee plosi de 
\ézhxttéé 11 n'eft pas poflîble que leur 
cÇrit lie. s'ouvre i force d'entendre 
continuellement traiter de beaux fujèts 
dans ieur langue naturelle » ôc enfuire 
da&s les meilleur! termes latins, ll^ ne 



N 



DES Langues, Liv. //. ' ip 
peuvent ni les concevoir , ni en renclrc 
compte à tout propos fans y prendre 
quelque goût. Ce goût fera éprouver 
un nouveau plaiAr dans de nouvelles 
iedbures. Aibiî fe forme la curiofîté qui 
ne fait ce que c'e(J de refter eh chemiti, . 

Un grand point dans cette méthode 
fi praticable ,.c'cft qu'on ne peut y ac- 
quérir la moindre hardieiïè , qu'auflî. 
tôt on ne puiilè > quand on voudra , 
fe mettre à repreuve foi- même , fc 
padèr quelquefois d'un Conducteur, 
& jouir du plaiiîr de marcher feul. Il 
ne faut pour cela qu'une tiaduâion , & 
le texte original. 

Si la pratique de ce que nous pro- 
pofons e(l limple de aifee , la rcuilite 
n'en eft pas pour œla moins infaiUible. 
Chacun peut iquelque âge que ce (bit 
l'eflayer fur lui-même. Après quelques 
mois d'exercice tout prendra figure. Sa 
langue (è dénoûra : quoique feul , il 
ne manquera d'aucun fecours. Il a de- 
vant lui util modelé d'cxpreiîîons choi- 
iics, & un maître qiii ne le perd point 
jdc vue. S'il fe méprend en voulant ré- 
péter en grec ou en latin ce qu'il a lii 
ou traduit, il trouve un moniteur qui 
le redre^è avec Tc^aâiitude d'un ain; 



"4- 



*■.-■ 



V 



■ H—n i » ■ m tj^i 



..-;jV.^.. • 



■t-' £-(■ ', ■ «r- •- f 



15S La MâcAvriQ^g 
éclairé. L'écrivain qu'il tâche de cmkt 
eft encore un (pcâratcur qui lui a|)piau^ 
dit i mcfure qu'il fc fortifie dans Tu-* 
fage de redire en bons termes ce qu'il 
• txpïiqaéy êc de ne s'écaner en rieii 
du t«xce qu'il iniire. 

Totis ces moyens également pro- 
pres à former le larigagc de ceux qui 
fuivent les étifdes pubfiqti^s i àuffi bien 
que de ceux qui s'en- tiennent an tra- 
vail dn éàbinèt ; ne foht point du tout 
^desdioiis nouvelles , ni <fc mon.imreh* 
tion. Ceft ainfi que les laitues s'ap- 
prennent par toute terre. Oh com- 
mence par faire connoître les objets 
&fciir$* noms. Vient enûitc la isépé- 
Héàn fréquenté dés m^mcs termes, uti 
eiii^ parle d'après fi mereè H peitt 
parler- d'après Térencc; L'puvhige avan- 
ce-en Copiant avec légèreté ceux qui 
parlent bien. Il fe perfeétiônne enfin 
par ■ la précaution d'écrire foovient Se 
réettlièrcittéôr. - ' -/' ^''■' '^^^''^ I^^tî- - ■ ■> 
- Cctome les études ;^bfiq(ie$ Ibnt 
¥éHé^ gui intércflî^t fc pIul^fcs'fanMl- 
ks > faiKotis ici la^fiributrioti dés exer- 
cices qui doivent y rempHr h jour- 
née.. On verra que ceux qnî vicrinent 
^^c propofia ^ fwéà. loin dci*oublc# 



» V 1 ,1 . • 



to ncn Tordre des Collèges , en ren- 
denr au contraire Texécution plus aifcc , 
«c le fuccès plus (ur. ' 

Dans la plupart des études publi- Dirtributian 
qtK^a((lanGe dumacineft à peu près^^J^.^:,:; 
de deux heures ôc demie :ceHe de Ta- '« étudrs pu. 
prcs-dînée cft de même. Les jeunes gens ^^'^"'*- 
qrn dans la petite cjaffè ont une fois 
appris les déclinaifons des noms > les 

conjugaifons des verbes ,& une dou- 
zaine au plus dçs premières régies de 
la Syntaxe préfentées par autant d c- 
xcmples courts ôc d*nne bonne latinité , 
fc mettront tout de fuite à entendre ' 
rexplication , puis à répéter la tra- 
duAiôn d*un bon Auteur. Le choix ôc 
les bons extraits applaniilènr tout à cet 
^gard. La divifion des exercices peut 
être là même pour là petite claflc qu'on 

appelle quelquefois feprième , pour la 
fixicmc, Ôc pour la cinquième. En régler 
«ne c'eft en régler trois. 

^land nous parlons ici de diftribu- 
tion d'études & de réglcmens , nous 
ne nous érigeons ni en critiques, ni en^ \ '^ 
légtflateurs. Nous ne voulons que faire 
fcntir la [uftefTc de notre hypothèfe, 
en montrant que ce qui , au rapport de 
M. RoUin , a fi fouvcnt réuffi da^s le 
particulier, peut trè^bien trouv,er Gl 



\ 



'\ 



w 



> ^» » ',1 «; »» " ^. i, p* i». i l- i^ . ' ■! < ' 



-V--.-. 



^?'',.^:V 



'h 



t6o La MécANiQOB ^ 

place dans le travail public y & s'a|ii(lci^ 

parfaicemcBC à Tordre 4c^li ^ v 

impîoidea Ccft Tordinaifc d'cipplo/er une 

ÎI-^K^" ''^'vineiaioc de minutes au plus ârcxcr- 

jiïic heure. . ® 1 , . i-v /• u • 

Manière de ^*^^ **^ mcmoicc. On iouhaice avec rai- 

' «rccr la mé-fon quc k Eijct quî doit être r(^cké foie 

moire. yç- jç ^ ^ qyç j^ manière de faire ce récit 

aie quelque grâce. 

; On n^ peut aller plus direâtmcnc à 
Tunlici^ qu'en fai(ànc réciter aux enfans 
une, partie du Cacechifine duDiocèfej 
& une pa];cie du Catcchiftiie biftorique 
Ôc dogmatique dont M. l'Abbé Fleur/ 
a enrichi le Public ,& qui a mérité les 
éloges de toute TEg^ilè. Onpeur s'afTu- 
xer de donner un air aiit^ 8c gracieux à 
la manière de réciter, fi {bir& matin 
chaque jour on prend foin d'exercer la 
mémoire des jeunes gens fur un traie 
ou hiftoriqueou fabuleux r qu'on leur 
aura choifi , & lu précédemment. J'y 
Importante joins xmt importante précaution, Çeft qqe 
liéwutioa. PC T<^cit fe foflc d'un ton familier & 
avec les inflexions de la voix que de- 
mande la converfatioB» 

Pour mettre chacun en état de s'en 
bien acquitter , c'eft une néceffitc que 
fur la fin de la première demie ^ on leur 
life du bon ton^ouune nouvelle fable, 
ou la fui^ç d'une biAoiic commencée > 



I -} 



de qu'on leur donne à écrire au logis 
le cr^c qu'ils auront itécicçr en com- 
mençant la £^ce fuiidance. 

Il eft fort inutile de s'informer fi 
pour ccrire^e trait, on n'a pas eu re- 
coure à la di(5bde ou au fccours d'un 
ami. C'eft afTez que chacun ^l'apporte 
bien écrit de fa main ,& le récite de 
bonne grâce. Cette liberté les. formera 
Ôc les etihardira. Bientôt ils (auront fe 
padèr d'autrui. - 

Nous -avons une aflcz bonne provi- 
fîon de très- jolies fables dans les tra- 
du(5i:ions françoifes d'Efope , de Phè- 
dre , & de Facrne. 11 faut commencer 
pax celles d'Efope , à caufe de leur ex- 
trême (implicite > ôc ne jamais parler 
alors du latin nj de Phèdre , ni de 
Faerne dont il n'e(l pas encore queftion. 
Où y ajoutera etifuire le recttcil incom- 
parable dès Fables de laFontaitle, ou- 
vrage encore auffi nouveau qu'il l'étoit 
il y a quatre-vingts ans quand il vit le 
jour polir la première fois. Il s'y trouve 
quelques ver^ , Se certaines narrations 
qu'il eft prudent de fupprimer. 

Dans l'exercice du récit il hc s'agit 
de rapporter ni les termes, ni les vers , 
ni les rmies. Ce qu'on demande c'eft 
k fond de la narration» une fa^on na- 



k^' 



^■- 



S 



o 



9 



,i 



^ ' 



\: 



.« m » ,: m mi 






/. 



I 



y 



-^ti^i La Mécaniqui 

tufèHe , ràgr^mcftt des chofc^ , & fe 
toin. Vous kittez qu'en dçrivàjt 6c en 
récitant très-fréquemment dans cc|[ôûr, 
les jeunes gens commencent i fotn-nir 
du leur. Ces peticei chofes ne font point 
inépri(âbles« Ce foàt les élémens <{e 
Tzit de pcnfcr. Un jeune homn^ç petit 
donc très-utilçrticnt mettre tous ces ré- 
cits en réferve , écrits de (à ma!i5& à 
fz façon , nraîs revus par^ime perfonnc 
intelligente. Il aura quelque farisfaébioo 
à les rcHrc lili-mcme i Se a y recourir 
quand on lc3^ hii redemandera. 

Quand les apologues 6c taures les 
fables morales feront épuiftcs , on y 
fera fuccéder Thiftoire. Il eft Juftc dç 
ccMnmenccr par^l^ livre qui eft inti- 
tulé Hi/lâsre de réincien^,Teflémfnt { i) y 
en le diftribuant '<:n autant de portions 
qrfïl conviendra. On continuera par 
la vie de JîÇis - Chrift {b)\ ^uis par 
rexcellcnt Jivrc des mœurs des Chré- 
tiens (r). 

Le récit que le jeune homme aura 
entendu faire 6c qu*il aura mis par 
écrit a la tcrc de (a tâche ordinaire^ 
ît eft égal qu'il le faflfc dans les <;oiJi- 

< « ) Un volume in- 1 l. chez Defaint 5r Saillant. 

( ^ )Par U Tourneux in^ié.cbca JvlTc ^^kT^ÏR*» 

< t) chez Mariette. 



y • 



/ 



) 



■Jp 



une heu* 
emièic 



mcncemens mot poofr cngt comme il 

raécrit , ou ^pil en rapporte le km 

9c ne s^âftreigne pas aux pi^rolçs. H y a 

flièmè une u étroite iiaifon entre la 

langue ôc Iciprir ^ Wil (c remarque 

toujours iin air plus libre dans ce que 

chacun raconte 1' (à façon, à tnefti^ 

qu'il le jicniê ou le rappelle / que dans 

ce qu'il récite d'une &çop fcrvife ,^om- 

tne d'autres l'ont écrit, ^uconimeJl Ta * 

écrit lui-mcmc. . - -^ - 

Après avoir rcflcrré fc plus qu'il cft J^.* méa^oa 
rpofiÎDlc , la durée de l'exct-cice de mé-indcn "peîl^ 
moire, Thcurcqui fiiit fera employée***"* 
toute entière a traduire un imcien Au- 
teur de latin en François, puis ^Icre^ 
mettre en laûnf> Gonwne c'çft là Je tra- 
vail du matin & de l'après-dîhéelc plus^ 
étendu , on ne (àûroit jrrop s'appliquer 
â le rendre profit^le; & rien n'e(! fi 
fur pour y parvenir , que de prendre 
au moins un6. partie de cette cxplica- 
tiofi pour en faire la matière dn tra- 
vail dpmeftique , ou-*de \x petite com- 
pofition qiril faudra mettre par écrit. 

C'cft aflcz dans le$^rcmiers mois de 
faire écrire les parties > çu tons les ter- 
mes du texte latin fidèlement rappelles 
aux élémtns de la Grammaire. On y 
ftra joindre^pcu ï peu quelques phtatcs 




, ' 



/ ' 



'•m* , 



>^l 







M mn M» i m ,»■ .m i * 



>mf^ 



*w- 



P 



«ilitl^ 



© 



T 



1^4 La MécankJui - 
de la traduâiofi ^ 5c ^nfin toute k tra« 
duâion (èra rapportée par écrit» quand 
il ne paroitra plus ncccflàire d'exiger 
Fexplication des partiel. Cette traduc- 
tion avçc la darrntion â la têce voilà la 
tache ordinaire de toutes les cladès in- 
férieures , Se perfbnne ne s'en doit 
, exempter. ^ 

Trâvaiipar' A la fip de cliaque explication il eft 
licuiict pour naturel de propofcr quelques qucftions 

ceux qui ont ^ * , * . . * i / . 

k'piui de fa- fur ce que la tnaticrc a de plus mte- 

reflànt , & d'en donner les réponfes. 

On peut faire (ur k champ répéter ks 

réponfo â ces qucftions ôc les donner 

à rapporter par*ccux qui bnt le plus 

de facilité* Ce n-eft que d'eijx qu'on 

^ exigera ce travail. Mais étant une diC" 

Jtinâion honorable > d'autres û préfên* 

^seront pour y avoir part. . ^ 

^ Ceux qu'on verra héiiter eiKore fiu: 

^élémentaire i on peut les y cetenit 

' plus lông-tcms , ôc les bien' affermir 

^dat^$ ru&gc d'expliquer par écrit la 

qualité & k valeur de chaque partie 

da,tçxte. 

, On épargne 'bien du tems s en fc 

I difpenfan^ aiofi. de la longueur des dic- 

. tées dans un âge oiVla plume n'a encore 

ni légèreté ni -jufte^, > & où l'encre 

-.toue iouvent de maov^ tours. Chacun 



.- M'' 



heure. 



DES Langues, ZL/V. /A i^f 

au contjrat^re fera netcemenc iiiftr:uic de 
Ùl tâche }ournaiièrc. On ne (èra jamais 
cxpofé à entendre mal ce que Iç maître 
dicte , ou à le rendre de travers ,fourcc 
ordinaire du l^rudt ôc des, larmes. 

Nous couperons la dernière heure partage a* 
en deux demies , dont la première fçj^J*'^'^^^^ 
vira à parcourir quelques-unes dts com- 
pofitions. Pour en rendre la le<5turc 
plus piquante par unç forte de nou- 
veauté, après que deux de la troupe 
auront lu par manière de concours 
une partie cie leur tradudion , l'on peut 
exiger des mêmes , puis de deux autres 
qu'ils la remettent en latin à qui mieux 
mieux, & fur le champ , fins avoir de^ 
vant eux ni livre ni écriture. Dans 
ces difputes & dans tous les change-* 
mens d'rxerpces , l'attention la plus 
propre a ménager la fanté des Maî-^ 
très , Se â aider efficacement le pro- 
grès des études , c'cft que celui qui en* 
feigne s*alHenne de parler tant qu'il 
eft poflible, & fafle beaucoup parler 
fes élèves; 

Dans Texamen des comportions il 
peut arriver que la recherche des mé'- 
prifes 3c des expreffions vicicufcs em- 
porte trpp de tetns. Il eft de Ja pru- 
àsnçp commç de l'afie^ioa d'un bpQ 



V 



^ 



.^ 



* 



ié6 La MôcAhiqtji 
maître de parcourir dans (on particulier 
une certaine quantité de ces écritures , 
de marquer d'un trait de pbme ce qu'il 
trouvera déplus défeftueux , & de ren- 
dre is f^"^"^ ^" P"^^ fautives i ceux 
dont elles portent le nom : afin que 
cette marque d'attention les attache i 
leur maître, les rendeplus précautioti- 
nés, & qu'ils Tentent (ur eux une>vigi- 
lance à laquelle rien n échappe. 

La dernière demie heure poiura être 
employée en partie adiré & à redire 
tant en françois qu'en latin , la déno- 
mination des choies naturelles , en par- 
lie i entendre la ledure dc^ quelque 
hiftoire françoife bien écrite. 

Ceft préfcntement au maître à pren- 
dre fon parti Aime-t-il mieux pour 
former la raifon & la langue de les 
difciples fe conformer à la manière 
pleine d'adreflTe ôc de célérité dont U 
oature nous inftruit ? Nous l'avons mon- 
trée: elle eft en fon pouvoir. Ou aimc- 
t-il mieux voiir fcs élèves accables de 
régies très-obfcures , d'exemples encore 
plus triftes , ne produifant jamais un 
^ot qu'à force rfapptcts & de ma- 
x:hines, demeurant tous dans une igno- 
fance univerfcUc ,& auffi neufs au mi- 
to àfi f^^ ^^ ^ fcroi^t dc5 Lapons ? 



DBS La NOUES, L;V.//. 167 
C'eft du difcerneincnr des maicrcs 

Î[uc dépend le iûcçès des études. Il ne 
aut que vouloir occuper & embellir 
les e(prits ptr l'ufage perpétuel de pen- 
fer & de parler d'après les Ecrivains de 
Rome les plus polis. A ce langage fi 
pur joignez en toute rencontre l'hi- 
iloire de la nature ôc de la (ocïécé^ 
N*eft-cc pas de cette forte que le goût 
s'acquiert^ qu'on fe fent porté a iac- 
quérir ? 

Dans ce genre de travail c*eft à tout 
propos qu'il fc ptcfcnte quelque nou- 
veau terme. Un maître peut-il en fixer 
le fehs » qu'il ne fade connoîtrc aies 
difciples un nouvel objet ? Sans négli- 
ger dans fcs interrogations ni les genres 
des noms , ni les tems primitifs dey 
verbes , il leur remplit l'eforit d'un 
jour a l'autre d'un bon nombre d'ex- 
preflions latines , qu'il arrête dans la 
mémoire par l'attrait ôc les attaches de 
l'hiftoirc naturelle ou civile. ^ 

Le progrès de la langue latine ne tra* 
vcr{ê ici en rien celui de la langue fran^ 
^oifc. Qjoique celie-ci foit fort infé- 
rieure à l'autre en plufîeurs points v 
étant le lien de notre fbciété , nous 
ne pouvons trop avoir i cœur de I4 
bien fzdcx ; Sc il faut çonyçm "<ju*i 



^ 



lit La Mécanique 
rexception de cette marche uniforme 
•qui rcnveriê» comme nous l'avons die, 
l'image des objets^ elle a de grandes 
beautés. Se peut plaire daos tous les 
genres imaginables. 
n ffeft pat Pendant ces premières années on 
rncorc tems pgyf j'en tenir à Tufâge du latin & du 
CM u Grec, ftançois. Quoique la mémoire des en- 
fans (oit capable de cour recevoir de de 
tout retenir , il cft aifé de voir que 
l'étude du grec pFoduirpit alors un 
mauvais cftet. Ce n'eft point qu'on 
craigne de furcharger leur déiicateflè : 
mais il faut leur lai (1er contradrer l'ha- 
bitude 6cle tour du latin fans en affoi- 
blir le (cntnnent par le mélange d'une 
- a^tre langue. Le voifînage du -grec y 
ciuiroit epéore par une autre raifbn : 
il partàl^roit l'aûivité , au lieu de Ja 
réunir toute entière fiir l'objet qui prcflc 
Icplu^. 

N'oïKamons point le travail des Claf 
fcs fupéricures fans avoir aidé- les pre-' 
micres par d'autres fècours d'un fuccès 
reconnu. ^ 

Cette méthode de traduire conri- 
nuellcment de latin en françois , puis 
de remettre le même françois en larin , 
4ftant ce que nous avons de mieux pouf 
imiter la façon naturelle dont tour^s 
■ ' les 



■tK 



tue 

dit» 

idcs 

Ut 

on 
kdu 
s cn- 

que 

:s un 

quoti 
tcflc ; 
rl'ha- 

affoî- 

cl*une 

rcc y 
iifon : 
delà 
prcflc 

sClaf- 
:s pre- 
(accès 

conti- 
, puis 
latin , 

|x fowt 

coures 

les 



DES LANGUE8,Zit^. //. î6f 

ks langues s'apprennent , & pour for- 
mer fùremenr le goût de la belle litté- 
rature V c'eft aufli i la réuifite de ce 
double genre de cora portion qu'ik efl: 
raifonnable d'attacher refpérance des 
diftindbons & des^couronnes. 

l'art d'cnfcigner les langues favantes 
rentrera dans la manière dont la na- 
ture nous enfcigne les langues vulgaires, 
fi les petits commcncemens ou les plus 
Amples dénominations des objets n'ont 
aucune apparence de difficulté ; Ci en- 
fuite par l'habitude de répéter légère- 
ment , de vive voix 5 & la plume à la 
main , de très- petites chofes , mais bien 
dites j on acquiert tout d'abord le^bpn 
ufage de la langue ", fi enfin certaines 
nouveautés amenées de tems à autre 
dans le txavail des compofitions , don- 
nent heu à une apparence de difficulté^ 
ôc ail défit de s'en tirer honorablernent, 
fans occafionner des chutes fréquentes 
&c des habitudes vicicufes. 

Dans cette vue on petit employer 
Taprès-dînée de chaque Vendredi à 

icter ôc à faii'e remettre en un latin 



cîi 



pur une partie de ce qui a été expli- 
qué ôc répété ou depuis quelques jours 
ou depuis plufieurs mois. A moins qu'on 
Q aime mietu changer le fujèt du dîA 



•.?•■■ ■ 



I V 



J)f*> 



f 



/ 



170 La Méc\.KiQVB 

. cours en fc contentant cl*en imiter le 
procédé. Ne compofer jamais qu après 
un modèle (ur Ôc qui ait été vu pté- 
cédemmént au moins une fois -, eft un 
moyen forr naturel pour éviter tonte 
ftrudbure bizarre , Se tout ce qui n eft 
point de la langue qu*on veut appren- 
\ dre. La jeunede accoutumée à ce fe» 
cours voudra par intérêt mettre l'ex- 
plication des Auteurs dans fa tÉtc. Elle 
y cherchera fon modèle & (c gardera 
bien de le perdre de vue. 

Notis fommes donc fort éloignés de 
fouhairer qu'on âipprime la compo* 
iition des thèmes, c*eft-â-dire, la tra- 
dudlion de nos langues modernes en 
grec ou en latin. Nous voudrions au 
contraire qu elle devînt plus fréquente, 
Ôc nous en facilitons les moyens. D'a- 
bord dans les Claflès mêmes le matin 
3c l'après-dinée on peut propofer tan- 
tôt i Tun , tantôt à l'autre , de remettre 
de vive voix, une ou plufîeurs phrafes 
> iraii^ojfes en latin. On pevit faire mettre 
ce françois en latin par écrit , & le 
faire cortipofer fur le champ par toute 
}a troupe , en fixant la durée de la corn 
pofition. Quelquefois il vaudra mieu; 
remettre ce travail au logis en ne Icàt 
donnant pour modèle & pôuii: fçco^rs 



o- 



DES LAHG^tStïJv.I/. 171 

^*unc feule Icâure du latin qu'on leur 
redemande. Ils courent' de cette forte 
peu de nCquc de mettre Me l'alliage 
avec le bon latin. Il ne leu^faut poinc 
de didionnaire. Il n y a^ plus de lon- 
gueurs , ni de pertes de rems. Dans les 
Claffès fupéricurcs la compofirion la- 
tine deviendra bea'ucoup plus fréquente 
& plus hardie. 

J'entends par avance ce qu'on va dire, 
"que dans cette façon d'apprendre les 
langues par la très-conllante habitude 
d'entendre des chofes bien dites , & de 
n'en entendre jamais qu^de juftes*, on 
ne met plus au jour les foiccifmes ôc 
les barbàrifm^ Ce font des fautes per- 
dues , qui pt fervent à réformer per- 
fonne. / ' ' 

Mai^ette vieille maxime , difons- le segirietde 
fans cfainte, eft une erreur perniHeuic. "n'j'icsfaii. 

Ljnt une pratique également nuinble cuiieri nmii. 
à^ceux qui cnfeiffnent & 'a ceux qui ^^"**"""^ 

/,,..> ° j» I \ ^ troupe. 

étudient lous eux , d employer â enten- 
dre Se à reprendre dés fautes , le tems 
qui étoit dû tout entrer aux Écrivains 
les dIus purs ; parce que de cette forte 
la faute qui ne nuifoit qu'à un feul de- 
vient un mal commun à tous. Rare-* . 
ment entend-t-on dans les claffcs un lan- 
gage pur , ôc elles retentiflènt fans fin 

H ij 



/ 



|>^ » Wi »*(■ 



yfw.' 



171 La MtçANiQuA 
des exprcffions qu'il ne faudroic jamaii 
répéter , mais qu'on fait Tonner haut 
^ cl^r^ Ne ypit-on pas que c'efl: U ce 
qui époumoniip les nuicrcs » & que 
plus ils fe tourmenrenc à fairje ièncir le 
nombre &c la gfoflîèreté des fautes, 
plus ils font de xçrc â la jeuneiTc qu'ils 
en occupent ? Quand l'oreille eft gâtée 
par une longue habitude d'entendre « 
des expreffiofis vicieufes y la langue Se le 
goût ne peuvent manquer d'en fouff rir^ 
Jamais un homme ne^ fentira la vraie 
propriété & le car^dère d une langue , 
o^ A n'y viendra que bien tard , quand 
on ne lui aura fait entendre ôc fouvènt 
êc long'tems que des façons de parler 
contraires au bon u(àge de cette laa- 

fue , & qu'il fe fera fort occupé non 
es loctitioRS dont il faut uniquement 
contraâer l'habitude > mai$ de celles 
dont il faut s'abftepit 

Nedit^ point qu'en corrigeant ces ' 
fautes on les fait éviter, & que x:'eft 
pour les faire éviter qu'on les jpympa- 
«ifc. Jamais l'oreille n'eft frappée par 
^e mauvais fons , qu'elle ne reçoive une 
•ibrtc de bleflîire :'& fi elle n'en entend 
prefque point d'autres, dans une lon« 

Suc fuite d'années & dans un âge ten- 
rç; jpcnfçï^you^ JU-i^e^dr^ j)lu$ l^inc 



■fl** 



ï)15 L ANGUIS,LiV. //. T7J' 

A force de la déchirer ainfi d'un jour i 
fautre? Le jeune homme qui n'entend 
que des repré henfions fe défiera de plus 
tn plus dé fa langue ; il fera plus timide 
par la connoidànce des dangers : il ne 
connoît que cela. Mais il ne fe. fortifie 
pas cependant par Thabirude du bon : 
& c*eft de quoi il s*agit. Voyez ce qui 
arrive a ceux qu*on ne ft met pas en 
peine d'exercer à parler le latin clés Au- 
teurs, mais qu'on n'inftruit qu à force 
de régies qu'on leur donne à fuivre ,& 
de modèles de fautes qu'on les avertit 
d'éviter. Loin de les encourager à dé- 
gourdir leur langue, on les amène cOm' 
munément au point de paroître muets 
ou ftupides. L'habitude d'entendre des 
fautes & des groflîèretés eft-ellc , je 
vous prie , plus propre a apprendre le 
latin' â un jeune homme, ^e l'habitude 
d*entendre fans fin des fons difcordans 
n'cft propre à former un muficien 5 

Juanqon lesmettrôir bout à bout de 
elTeifl formé , &: qu'on ne les lui rél- 
térerort que pour lui en faire fentir le 
ridicule? 

Avertificz : criez tant qu'il vous plaira, 
que le tout eft faux & exécrable. Ce- 
lui qui écoute comprend la vérité de 
votre avis. Mais cepcndaiit le mauvais 

H iij 



** 



y « ,<» M Wl«»HI ' i 



y 




V.V. 



^• 



Ï74 LAMâcANIQUI 

fon, le mauvais tour de phrafc a affcîlé 
fon oreille. Le mal eft fait. Or ce n*eft 
point la raifon , c'eft Toreille qui con- 
duit la langue &qui lui' communique 
à coup fur fes-affeétions. Si vous vou- 
lez qu'un homme ne làiflfe entendre ni 
aucune expreflion villageoife , ni aucun 
accent provincial , eft-ce un fort bon 
moyen pour y réuflir de vouloir qu'il 
Jbit toujours avec des gens de village 
afin quïïfe moque d'eux voa de vou- 
loir qu'il foit perpétuellement avecTcs 
compatriotes , ann qu'il fente a tout 
moment en quoi il ne les faut pas imi- 
ter ? ^Faites , raites-lui entendre le lan- 
gage de Paris» Qu'il prenne pour mo- 
dèle celui de la Cour. Pour tout ce qui 
s'appeUf fautes ^ patois > ou éccens , 
pm&;;t-i| êtrcfourd ôc muèt^.. ,^^. 
^ïfeft doitc l'expéHence & la nature 
qui nous font ici la loi. Rien ne feroit 
ni plus plçin de bienféance , ni plus 
avantageux pourlcs ^^des pudiques , 
que d'y établir pour maxime^ cle ne 
point relever tout haut ks fautes qui 
ic trouvent dans les çompofitions la- 
tines , ôc de ne les hifTer venir qu'à la 
connoifliànce de celui qui les a faites ; 
afin que celui qui pèche ne faffc tort 
qu'a lui*>mcme > ô:^ jamais à autrui. Le 



- / 



DBS Languis, Liv, IL 175 
bon' fcns & la fimplc conftitution de 
nos organes achèvent de nous démon- 
trer que dans l*étude publique des lan- 
gues plus on entendra de repréhcn/îons , 
& de clameurs , moins il y aura rcfelle- 
nient à gagner. En fait de bien, l'habi- 
tude n'en fauroit être trop grande. En 
fair de mal , la coïinoiflancc mcitie & 
les plus petits commencemeiÈI en font 
à craindre. 

Comme le travail des Claïlcs em- orHrï^durra; 
porte à peu près/fcinq heures far jour, ^**^ *"" ^^i"- 
celui du logis pour fatisfaire à tout en 
demande à peu près autant; 

Le premier (ujct i écrire en ^ en- 
trant j, eft la: petite hiftoire qu'il faudra 
récirer au .commencement de la claÏÏc 
(liivante. Il y faut joindre la tfaduâion 
françoifc de l'Antcur qui vient 'd^ètrc 
expliqué , ou la verfion de quelques 
lignes de françois en un latin i|gu on 
tâche de rendre (cmblable â celui^qu*on 
aura entendu lire au moins une fois. 
Peiyiyêtre fçra-t-il néccffaire d'y ajouter 
les queftions & les réponfes relatives à 
l'explication, fi on eft chargé d'en/tcn- 
drc compte par écrit. 

La matière des petites compofitionf 
ayant été entendue de chacun & fuffi- 
fammcnt éclaircie par le proft fleur _^ • 

H iiij 



i 



p^l»*"*- 



176 t A Mie A NIjQUE 

mcipe > il en srrrivcra un avantage que 
k| matcres les plus fenfés o^t toujours 
recherché fans ûvpir trop comment 
y parvenir , oui eft de tenir les cfprits 
au-<lé(Iiis de leur ouvrage , & de les 
mettre i Taife plutôt que les lailTer fuc- 
combe r fous la charge. 

Cette^m^thode va nous donner du 
tçms. fur -tout le fort. Pour en tirer 
profit vous pouvez mettre en œuvre 
deux nouveaux exercices qui en occu- 
pant utilement la jeunedc ne lui paroi- 
tront ru%& rautrc quun pur ddaflc- 
ment* Uiftude de là fable hcîroïque 
fournira Tun : Tdtudç de la géogra- 
phie fournira Tautre. Pour ôter aux fa- 
blés Icm danger & à la géographie (es 
dégoûts I il n*cft befoin de la par*t du 
maître que d'un peu d'ordre & de pré- 
caution. 
l'i^milcJeU *" Il partager* la fable eh difiBrentc» 
f4bi.c. portions )& fera retenir les' noms des 

Pieux, des Décffès, & des Héros diftri- 
bués par claflcsi leiirs attributs , ou 
les figncs qui les caraébérifent j leurs 
fonctions , leurs merveilleux exploits, 
en donnant a tous ces contes le ton Se 
l'air de ridicule qui y conviennent , de 
peur d'en donner une idée trop avan- 
tageufe > en traitant le tout férieufc- 



> 



■f 



Lïs Languis, ILii/.//. 177 
ftienr. On peut à certains joats rcgl^ 
en faire un exercice de mémoire , ou 
bien en faire la matière dune di^ute 
ôû i*un propofè à l'autre dès quemons 
fur la fable auxquelles il faut répon- 
dre v ou traiter les fujèts fabuleux par 
manière de defcriptions de tableaux > 
dont il faut donner rexplication & de- 
viner lés perfonnages. Toutes les lec- 
tures néceflaires pour faciliter ces exer- 
cices i fe peuvent faire dans le petit dic« 
tionaire de la fable ( 4 J. Tout s*y re- 
trouve au bcfoin par l'ordre alphabd- 
tique des perfonnages & de leurs (yiTV- 
boles ou attributs. 

Si les jeunes gens éprouvent déjà 
quelque plaifir dans cette Içdure, ils 
en auront infiniment plus à. lire les tca- 
duâions que nous avons des plus beaux 
Poèmes de l'antiquité. On ne {àuroic 
croire combien eft agréable l'impreC- 
flon que font fur eux les pocmcs d'Ho^ 
mère, fui; tout rOdyfTce ( i ), en fuite 
l'Éncïde de Virgile (r)y& le Télc- 
maquc de Fénelon(^). L'adroite liai- 
fontes épifodcs avec l'adtion princi- 

(«) Chev Defainr & S«ilUnt. 
{ ù) De la craduûion de Madame Dacier i édicioD 
du Louvre. 

4 c ) Ch?z Defainc Se Satllanr. 

{4) Cbc«iaVeuYO lOiciuM 0c iîiir. - 

H V 



\ 



■J;^" 



Ill%l*.**>" 



' V *" * *" 



178 La Mécanique 
pale> forme de ces parties difFcr entes 
lin tout qui s'arrange agréablement 
dans leur tcte > ôc quils n'oublicnc 
jamais. 

• Ce n'cfl: pas que nous voulions faire 
de la fable une oc(;ppatioti qui em- 
porte /beaucoup de tems. Moins encore 
voudrions nous leur voir prendre goût 
â des récits frivoles ôc paflibnnés. Mais 
outre le befoin qu'ils ont de la fable 

Jour entendre la belle antiquité, c eft- 
*dire > les Auteurs & les tableaux qui 
{c préiintene en ce genre *, les Poiémes 
eue nous avons cités lêmblent faits pour 
former agréablement refpnt. Non feu- 
lement on y prend goût a la Icâure par 
l'attrait des n<5bions : mais on s'y trouve 
naturellement excité à étudier les diffc- 
rens caraé^res , & â acquérir le dif- 
cernement des bienféances. 

, Nous l'avons tous éprouvé : ce font 
des lectures rrès-peu réjouiïïàntes ôc 
mêrne peu intelligibles pour la jeuneiîè 
que tous les traités philofophiqnes de 
Ciccron fiir l'amitié , fur les offices , fui 
la nature du bien 3c du malr II viendra 
un tcfîîs où Ton en (cntira Içs vraies 
beautés. Mais pour lage dont il s'agir, 
rien n'eft ni plus inftruâif , ni plus pro- 
pre i attacher le Leâeur que la colère 



j ' 



CES Languis, L/i'.//. 27^ 

ôc les hauteurs d'Achille qui préfère Tes 
rclîcntimens au faluc de fa patrie^ que 
la dextérité d'Ulyflè dans les avantures 
de Ton retour de dans le rctâbliilèmenc 
de fon domaine-, que la tendre afFclc- 
rion d*Enée pour les reftc* des Troycns 
fugitifs auxquels il cherche de veut aflù- 
rer une nouvelle demeure, que le ca-. 
radtèrc deTélcmaquc également flexi- 
ble aux impreffions du vice & 4c la 
vertu. Tous ces récits enchantent les 
jeunes Lcdcurs par la Singularité des 
évèncmens. Dans la profonde ignorance 
où ils font de tout , ils trouant là un 
premier fond d'idées affèz abondant 
pour les mcttnc en état de parler , & 
d'écrire dans leur langue. 

C'cft aujourd'hui une pranquc trcs- 
comnumc de d'un fuccès immanqua- 
ble d'accoutumer les jeunes gens de 
l'un & dé l'aiitrc fcxe , çl rendre 
compte par écrit , ou tout au long ou 
dans une courte analyfc , 'ics Icdbures 

3u*ils ont (a'ihs dans les traduétions 
es Poèmes de raptiquité i ou dans 
quelque hiftoirè^jnçoife. Outre l'a- 
grcment des fujèts on y trouve des 
avantages qu'il n'eft p*s facile d'avoir 
ailleurs ; un langage pur y un bcaïf na- 
turel qui ne fc dément point y une 



•* 



<i*' 







h 



jto La Mie AN I Q u ï 
éloquence h^ïve iSc fans fard. Ces lec-J 
turcs font trés-bicn coniioîtrc fans le- 
içofisni eiforts y ce qïii fcrc à unir les 
Bommes entr*eux , Se donnent une rrès^^iib^ 
grande ioéç de l'obligacion des fervices 
xéciproque$« iTQut y cft plein d*ame. 
On y éprouve par tout un feu& des 
ientimens proportionnés aux objets & 
aux circonftances. Mais fans les mduve- ^ 
jx{chs du cœur il iie faut attendre ni 
goût , ni plaifir* ^ 

* , Dans la néceffité où loh eft de pren- 
dre quelque connoiflànce de la fable ^ 
& dç Aoifir le&^ écries qui lonc le 
mieux traitée -y je ne voudrois jamais 
confeiller de faire aucun ufage d'Ovide. 
C'eft en fait de mœurs le plus perni- 
cieux de tous les maîtres. Aucun Editeur 
ne Ta rendu fu[5portabIe\ après les plus 
nom'breux rerranchcmens.Cc n'eft point 
^'ailleurs uo Ecrivain à propofer pour 
modèle. Quoiqu'aifô 6c coulant , fcs. 
pointilleries n'ont point de fin. Le fortâ 
de fes pcnfifes eft un délire perpétuel. 
Vous lui trouvez une vraie manir de 
montrer de Tc^prit. On fent par tout 
un homme vain qui eft enchanté de fa 
propre facilité. 

Si j av.ois quelqu'un i înftiriiire , j'ai- 
'mcrois mieux le laillcr dans l'ignorance 



DES L A t^GU E Si Liv.Jl. iSl 

de certaines choies que de lui avoir 
fait prendre des leçons d'un fi mauvais 
maître : à moins qu'on ne veuille ex- 
traire d'Ovide ce quV s'y trouve- de 
!)lus eftimable par un tour extrêmement 
<fgcrj s'en tenir là ,& fermer Êvère- 
mcnt la porte 4 tout le refte. 

Après la fable viendra la céderaphie^" ^°'^7T 
dont il faut bien le garder de remettre géogcaphic 
les cômmcncemens jufqu'aux Glaflès 
fupcricures , de peur ;qu'on n'y prenne 
auifi le parti de la différer jufqu'àr l'âge 
viril oiV rpn n'cft prefquc plus propre ' 

à ce gcni^ de travail. 

Vous ftrc^ d'abord effrayé de voir 
dans un grand nombre de jeunes Etu- 
dians, qu'il y en air peu qui puilTent 
faire la dépenfc de toutes les cartes 
nécefl&ires ; & qu'il y en ait encore / 
moins qui puifTent {c les donner en , , 
les demnant eux - mêmes. Mais il 
neft point queftiqn de faire la rncnn- 
drç dépenfe. Il ne fîut que copier des 
cartesj: ècïly aune façon de s'y pren- 
dre qui devient' un agréable amufe- 
mcnt. 

Se rencontre- 1- il dains la troupe tm 

nfant qui montre , comme il arrive 
(^'ordinaire , quelque dextérité dans le' 
travail des mains? Vous avez. trouvé 



'4 



1 



i8i La Mécanique ^^ 
▼otrc maître géographe. Il dirigera 
bientôt l'ouvrage & les ouvriers. 

Commencez par lui faire imiter tel- 
lement quelîemenc les limites ou les 
cotes maritimes d'un continent > Icsi 
courbures des principaux fleuves ^ & 
Jcs coudes que font les momagncs, 
fans y joindre encore ni aucunes villes , 
ni aucuns nonis. Si fon travail ft trouve 
|ivoir quelque petite reiremblance avec 
ce qu'il a voulu copier , cxmtenrezrvous- 
en. Ne blâmez ti€n. Il le croira capa- 
ble de quelque chofc , & il eft bon qu'il 
le croyè. / 

Le goût de rimitation venu, vous 
gagnerez^bienrôt un autre, point. Il faut 
que votre apprenti deffinateur réduit: 
Une grande carte en petit ; & qu'il ap- 
prenne à en mertre en grand urî^ très- 
petite , toutes les parties, gardant entre 
elles leurs proportions. Y réuffir a l'aide 
d'un même nombre de quarrés pro- 
portionnels datrs les deux champs eft 
une affaire de deux jours. 

Pofez le cas qu'il ne fe trouve point 
d'enfant qui puilTè vous féconder : vous 
aurez recours à une main plus fure ,ou 

a la votre. 

Faites le flîner fur des feuilles de pa- 
pier de moyenne grandeur les princi- 



N 



DES ^L ANGUESjX/t'. //. l8f 

{>aux traits tics carres qui rcpréfêntent 
es conrincns , le tour de la Méditer- 
ranée , les environs dp la Mer Baltique , 
les pays célèbres comme la Palcftine , 
l'Italie , la Grcce , la Perfe , l'Arabie , 
l'Egypte ôc telles autres parties du mon- 
de , comme on les trouve dans Orrcf- 
lius ou dans Cellarius , & principale- 
ment dans les cîrtes de Guiilaunc de ■ 
Lifle. N'y mettez que les grands traits 
ôc point de noms. 

Doublez , triplez les copies de cha- 
cune de ces carres félon le nombre des , 
évcnemcns hiftoriques particuliers â 
telle ou à telle contrée. Le champ d'un€ . 
certaine étendue de pays pourra être 
le même pour diffcrens récits. On y re- 
trouvera les mêmes mers , les mêmes 
anfcs le long des cotes , toutes les mê- 
mes proportions. Mais à l'aide d'une 
enfilade de points bien marqués, on 
apercevra dans une carte le voyage (\'A- 
branam -, dans une autre la marche des 
Ifraiflires -, dans une troifiéme la route 
des flottes de Salomon & de Jofàphat j 
ici Tcxpédition d'Annibnl* puiscejjede 
Scipion ou d'Agarocle; la lesTavantures 
d'IJlyUc ou d'Enée ; ailleurs les voyages 
<Sc les conquêtes de S. Paul , ou les dé- 
couvertes de Chriftophe Colomb> 



\ 



*► f 



«•«1 



ir 



184 La MECANIQUE* 

Il fiiffit d'avoir une feule carte d'une 
cfpécc pour en avoir auflitôt une cen- 
taine de toutes femblables. Arrêtez fous 
votre carte autant de feuilles de pa* 
pier qu'il vous plaira. Piquez d'une 
pointe d'aiguille tous les traits , & for- 
mea; en des files de points i jour. Tous 
les papiers de defîbus feront percé^^ 
même. Les mêmes traits s'y trouveront 
ponébu^s & ouverK. 11 fortira tout d'un 
coup de cette manufadfcure commune 
autatîjt de modèles qu'il en faut i vos 
jeunes gens. Us emporteront chez eux 
chacun le leur ; après quoi il ne faut 
qu'étendre chaque dcflèing' fur un pa- 
pier blanc ôc jetter (ur les traits piques 
an peu de charbon inisen poudre. De 
cette forte on fe doiyie une nouvelle 
copie , & tant d'autres qu'on voudra. 
Ce font toujours les mêmes traits *, qu'on 
peut cnfuite rendre cxâdement coiiti-- 
niis , qu'on peut fortifier inégalement ^ 
& enluminer avec des encres de diffé- 
rente couUur. On fe gardera bien d'cn- 
tafler dans le même champ tous les 
nomj des villes qui appartiennent au 
même pays :rl vaut mieux les partager 
6c n'y taire paroîire que les noms des 
lieux qui marquent dans un événe- 
ment plutôt que dans un autre. C'cft 



— ••••'•^' 



d'une 
: ccn- 
i fous 
c pa- 



DES Langues, Liv. IL i Jî j 
le maîcrc qui réglera ces différences 
klon le befoin. 

Après avoir multiplié à volonté cha- 
cune de CCS cartes hiftoriqucs , on peut 
mettre fur un exemplaire les marques 
des lieux avec leurs homi v & fur un 
autre les marques (eules fans les noms , 
afin qu'au moment où vous mettrez le 
doit fur une ville oir fur un fleuve i on 
vous en livre le nom fur le champ. Mais 
vous ferez fidèlement fervi &: Ton n'hé- 
fircra point dans les rdponfcs à faire 1 
vos qucftions> fi toutes les fois qu'on 
a prononce le nom d'un lieu > l'on a eu 
foin de rappellcr le fouvcnir d'un évé- 
nement qui s'y eft pafTc , & fur-toi^t 
d'une produdbion dont la nature l'eii- 
richit. 

C'eft encore dans ccrtc vue qu'on 
omet fur les cartes les lieux peu remar- 
quables. La figure acquiert par là un 
pluï grand air de netteté. Cette précau- 
tion fait fort ir les objets qu'on a intérêt 
de connoîrrc & les empêche de fc per- 
dre dam la foule. 

Un autre moyen très-propre à aider 
aducllement la mémoire 6c à rendre 
un jour r*étuJe de l'hiftoireplus facifc, 
cft de ne point féparer dans les com^ 
mcnccmcns le nom que porte une vUlc 






jt6 L A M é C A N I Q g É 

d'avec celui qu'elle portoic autrefow, 
Ainfi après avoir nomme Conftanri. 
nople on ajoure que e'étoit ancienne- 
ment Byfance : aprçj avoir nommé Car- 
thage , on ajoute que les ruines s'en 
letroaTenc t côté de Tunis : on dit de 
même de lanciennc Crète que c'eft la 
Candie moderne , Se de Sparte ou Lacé- 
démone que c'cft aujourd'hui Miiîtra. 

On peut encore imiter tous les grands 
fraiç^ d'une carte géographique ou à 
faide d'un papier huilé & tranfparent , 
ou en apphquant «n papier blanc fur 
une carte , & en préfcnrant tous Its 
deux à la fencrrc. Tous ces moyens foir 
d'imiter promtemcnt le fond d'une 
carte, foit de rendre certains lieux j5h;s 
frappans & plus mémorables , nouî. ch 
lainbns le menu détail a la deirérité des 
maîtres qui en peuvent imaginer beau- 
coup d*autrcs. C'eft a(Tèz qu'ils voycnr 
que (ans dépenfc Se fans aucune leçon 
de deffcing , un enfant avec le iîmpic 
(ccours de quelques patrons piqués inii- 
rlfer;^ le fond d'autant de, cartes qu'il lui 
en fanr , Se fc fera fon petit Aths dans 
la durée d'an an. 

Tout ce qui peut tomber fous lr> 
yeux des enfans , ce qu'ils peuvent fai- 
llir ôc manier , ce qui obéir a leur 



^^ 



DIS Langues, Liv. II, i^-j 
gouvernement , ce qui leur tombée» 
partage & leur rcftc en pleine pro- 
priété , ce qui les met en état ou de 
remporter de^ vidtoires oii de meubler 
leur cabinet , voiU \t% chofes où ils ie 
plaifcnt. Proposez leur après la compo- 
îition faite & tranfcritc, de fe mettre 
â une carte de géographie : propofez- 
kur de faire la vifire puis la defcrjp- 
tion àzs pièces d'une machine , de ren- 
dre ' raifon de Tufage des pièces qui 
comppfent un métier , en uft mot de 
faire k dénombrement de quelques- 
imes des chofo qui (c voycnt dans la 
fociété , ou dans la nature , Ôc de les 
appelle r toutes jpar leurs noms : ce font 
de purs divertiflcmens pour eux. Ils s'en 
accommoderont comme (jj^autant de 
fécréarions & de fctes qu'on leur ac- 
corde. Riiflj^ ne leur plaît tant que la 
vue des objets; le latin qui tient à des 
chofes fcnfiblcs eft toujours bien venu. 
C'eft même Tunique façon dp faire 
naître la curiofité & de la mener aiîcz 
loin. Quand un jeune homme s'efl rendu 
1.1 connoi (lance Azs cotes & des lieux 
cliftingucs, un peu familière à force d'y 
paiîcr Ik. d'y repaffcr dans k% courfes 
-géographiques i il ne pourra plus foii 



■ ~^ 



» i » mi*' 



.€ 



fîS La Mie A Kl ^ui 
dans la Icéturc, foie dans la converfi^ 
tion , entendre parler de nouvelles ds 
guerre » ni cf aucune des parties du 
commerce » ni des productions de tel 
& de tel pays •, fans prêter Toreille auflî- 
rôt 9 comme Vil s^agirtbit de chofes 4 
lui appartenantes. Il ne fe trouve plus 
étranger nulle part ^'& ce qui inl^lTc 
le plus la fociété eft ce qui lui paroit 
iç^oins indifférent, 
te feconrf ^ ^Bous avons vû la première opéra- 
^•»'^^.^ '*P rion dth méthode d'enfcigner les lan- 
ëttu'ijua gués, qui confiftc à montrer oui faire 
entendre nettement & fans latin, les 
chofes qu'on doit enfuite lire en latin j 
moyen naturellement propre à mettre 
Fefprit en mouvenicnt , ôc 4 rendre les 
lignes ou Pexpreflîon qu'on attachera 
aux ob)è|$> tout â fait infépacable des 
idées qu'on aura une fois bien impri- 
mées dans l^tfprir. Nous avons uiffi- 
famment fait voir comment par un 
grand ufagc ori peut acquérit la con- 
noiffance des élémens avec une rai-" 
fonnable provision de termes <5r de 

Î^hrafes. Voyons la fecoti^^^rtie de 
a grammaire, celle qui rç^PKhe les 
différens ufâgcs & affcmblages dcVîTic- 
SBCS mots > leurs fignificacions > 6c leurs 



DBS Langues, r^V./A ig^ 

vJcurs différentes félon la façon de 
les mettre en auvre. C'eft ce que nous 
appelions la Propriété de la langue. 

^ La propriété de la langue. 

Comme c*cft dans les écrits qui 
nous reftcnt des Philofophcs , Hifto- 
riens , Poètes , 6c Oraicucs des bons fic- 
elés que fc trouve aujourd'hui la pro- 
priété entière de la langue latine , & il 
en eft de même pour le grec, c'eft une 
^tiide qui d'abord ne ic peut faire à 
propos hors des ouvrages des bons 
Écrivains. 

M. Rollin a parfaitement rraité cet r^hk j^ 
article , Se a montré aux maîtres la EtuJn.' 
vraie façon de s'y prendre. Il fe gardç 
bien de vouloir qu'on s'attende à trou- 
ver les langues grecque 6c latine dans 
des livres de grammai re : mais jj recom- 
mande de puifer la grammaire de ce^ 
deux langues & toute la connoiffancc 
clc leur propriété dans les livres mêmes 
xl'^s Auteurs qui ont le mieux écrite 
Ccft avec la même jufteflc qu'il dé- 
fend d'enfeigoer la poif tique de l'élo- 
quence par la diûée de ces régies qu'on 
traîne depuis fi long-rems dans les Éco- 
les, U HP çpnnoît ^'uijç fajon ftf ç 



-^ 



i^à'' La MâcANiQui 
d'enlêigncr ces beaux arcs : c'efl; de les 

{)rcnclrc & d*cn trouver les régies dans 
fes ouvrages mêmes des bons Poètes Ôc 
des grands Orateurs. 

Horace ne favoic rii ne cbnfcil- 
loit rien de mieux que d'avoir nuit (5c 
jour devant foi les Auteurs grecs les plus 
cftimés. 

G(ftoit aurtî la maxime de Quintilicn 
qui feplaignoit des Écoles de fon tcms, 
où les maîtres prctendpicnc cnfcigner 
l'éloquence indépendamment de la lec- 
ture des Orateurs. 

Vida Ôc Boileau dans leurs Pocci- 
qucs , la raifon ôc l'expérience de con- 
cert avec eux , nous apprennent que les 
plus (urs modelés des beaux arts Ôc les 
vrais principes des langues (âvantcs ne 
manqueront jamais à ceuxquiconcraç^ 
tcnc une habitude condance de lire > de 
goûter , ôc d'imiter les bons Auteurs. 
Car comme le vrni fcns des cxprcifcns 
le tire de ce qui fait le fujcc du difcoiirs 
entier , 5c de l'intention de celui qui 
parle j de même la beauté ôc la force 
des cxpreffions (c rirent* tint des bien- 
féances qui conviennent aux perfonnes , 
au tems , au lieu , aux circonftances ', 
que de l'intcrcr plus ou moins grand 
^uc nous y pouvons prendre. Mais 



DES Langues» Ltv. //. 1 5> i 
pcnfc-t-on pouvoir fliirc fcntir le mé- 
rite du grand art d*imitcT la nature ôc 
les- divcrfcs beautés qui .réfultcnt de 
robfcrvation des bicnfean ces , en déhd- 
rant de froides généralités > & en allc- 
^j^uant des exemples qui perdent infini- ' 
ment^ être tires de leur place. En effet » 
ils (e montrent alors brufquemcnt, fans 
ccre amenés par le fil du difcours. L'ef- 
prit n'y eft préparé ni par la circon- 
ihncc du lieu ôc du tems i ni par la con-r 
noiirance des motifs ôc des payions qui 
font agir les pcrfonnes, L'elprit n'y eft 
aidé ni par les ufages ou le caradlère 
Jcs *pcuples , ni par d'autres rapports 
aduels qui écîaÎTcifrcnt le tout. 

Au contraire les bons Ecrivains comme 
les bons Peintres enfeignent farfiitemçnt 
c: cju'tls exccKtent bien.. On n'en trou- 
vera nulle part de meilleures leçons , 
pourvu qu'en les lifant on s'attache d 
Iciuir la juftefle de leurs expreffions j 
•Lf diverfité des ftyles, ôc les cartidtcïrcs 
[Hoprcs à chaque ouvrage. 

Nous ne manquons, ni de bonnes 
(Grammaires , ni de bonnes Rhcrori- 
cjucs. Mais elles font toujours mieux 
imi les mains des n)aîf tes que de Iciirj 
tlcv'cs. On ne fauroit {e figurer quelle 
il\ l'étendiic de la propriété d'^ne fculç 



■^■iMMk* •.«■ --• '•>' 



\y 



\^% La m Acaniqub 
langue. L*aflcmblage en devient une 
^chareé de préceptes donc Taipeâ fait 
trennoler. Mais la grammaire n'allarme 

Elus personne quand elle tient infépara- 
lement à des Ecrivains polis y quand 
on ne la préfente <}ue par partie , &: de 
vive voix \ quand Ton fccours devient 
néceflaire &: fc trouve araend par l'ob- 
fcurité d'un partage dont on veut fc ti- 
rer. Pour lors vogs ne trouverez plus 
perfonne qui ne con fente â favoir tan- 
tôt ce que c*çft qu'une Ellipft ; tan- 
tôt ce que c'cft qu'un Hcllcnifîne > ou 
tout qiutre tour de langage. L'étude 
de la propriété fc fôuticnt alors par 
l'attrait, à ce qui plaît ne peut man- 
quer d*ctre porté plus loin que ce qui 
^rebuttc. 

Nous n'avons p^r le préftnt aucun 
befoin du détail de la vie> ou des diffé- 
rens ouvrages des Auteurs. Pour mon- 
trer tout d'un coup les fccours qu'oiï 
peut qh tirer 9 il ne faut ^u'cn faire la 
difliribution dans le travail des quatre 
Clartés fupérieures, de façon qu'après 
y avoir partcf > il ne (è trouve aucun 
genre d'ouvrage , aucun ftyle célèbre 
parmi les Anciens , dans lequel les jeu; 
Aes gens ne fe foienc exercés folt par la 
craduAion> foit par l'iniication> A l'aide 

d'uiif 



m m Laugv t s, Lh. Il, t^f 
l'une première facilité acquilê dans les 
exercices préc<fdens« 

On continuera i écrire au logis le Dirtribati.*» 
trait hiftorique dont le ProfcfTcur aura f "j;;^;i;{^;, 
lui-même fait là leiSbure ou le récit : ôc (u|£ricutet. 
la première demie fera en partie em- Premicreiie* 
ployée â ce récit II eft important dç"*^^ 

{icrpémer cette petite tache dans toute ,. 
a durée de rétudc des belles lettres. 
Cet exercice réitéré deux fois par jour 
fcpt ou huit ans de fuite , fera infcnH- 
bfcmcnt parcourir les hiftoircs de~ la 
plupart des nations ôc en donnera une 
idée palTablçu Ni le dégoût > ni la fati- 
gue ne font ici à craindre » le maître 
ϻrcnnant fui; lui de faire le choix Se . 
c récit de chaque fujèt. A force de 
parler ainâ fa lan^^ue maternelle fré- 
quemment» correûcmcnt> ôc du ton 
de la belle convetfation , un jeune 
homme y gagnera un air ai (c » Se ap- ^ 
prendra probablement i narrer avec 
grâce. Ce talent n*cft point du tout in* 
diiTércnt, Il devient quelouefois un pui£^ 
fant aiguillon -y ôc conduit fouvent i 
quelque clxofe de mieux. 

CcA dans la .quatrième Cladc qu'on Commettra. 
peut fans grand inconvénient pour 1^ JJ'J*^' |*^" j/^'^ 
profe latine commencer Tétudc du grccriHcation ea 
& de lai verfification. Durant la pre- ^i"*"'^"*** 

I 



/ 



^"■/•i, 
«.,■- 



J 



\^^ La mi g a if I Vu • 

«nière demie après la petite narratiofl 
françoifc on récirera par cœur une 
partie des élémens de la langue gré- 
que. Le vrai moyen d'à vançtr prom* 
cernent dans les noms âr dani les verbes 
cft d'employer de beau jç Paradigmes, 
& de faire (ur-toiir uûge des vers Teç- 
lîiques(.4)de Mcflier, qui expriment 
nettement un grand nombre de régies 

, >n trés^bèu dé paroles. 

Sur 1 heure qui fuit » ^ qui doit être 
ifcmptoyée à la traduAioh des Auteurs, 
on peut prendre quelques premiers mo* 
mens pour traduire une partie du texte 
gréé de TEvangUe^ou des Aftes des 
Apôtres ,ôc jconûcrcr par cette ledhirc 
toutes celles qui viendronr après. 

Saint Luc élevé , comme on a grand 
fujèt de le croire, à Antioche, eft celui 

^des Écrivains facrés dont le (lyle ap- > 
proche le plus de la pureté de la lan* 

fue gréque , & fe reftcnr le moins de 
hébraiime. Mais on cherche quelque 
chofc de plds précieux dans Te ..texte 
de la nouvelle Alliance que les élémcns 
de la Ungue. On y apprend la nou- 
velle du fàlut & la propagation des 
béojf^iâions promifcs i toutçs les na- 



DES LaNGV|$>L/i/.7/. f^f 

tions : Ton n*cn fait la leâure iju'avcc 
les marques du reipeâ religieux qui lui 
cftdû. 

La quatrième Cbflc tenant le judc 
milieu de la durée des études , on peut 
très-bien s'y fcrvir des extraits qu'on 
vient 4c donner de Cicéron, de Valcrc 
Maxime , de Paterculc , d'Aulu-GclIc , 
Se de Columelle ( 4). Ce ibnt tous traits 
aufli amufans que propres à fortifier le 
ftyle : a moins qu'on n'aime mieux pren** 
dre les hiftoires entières de Quinte- 
Curce*Scde SaHûftcr, les éclâircir par 
de courtes notés , ôc en faire rcndfo 
compte à l'ordinaire en françois > puis 
en latin. ' ^\ " 

Après midi on donnera une heure 
entière à la "ledurc de Tdrcnce ôc Ton 
peut compter qu'elle paroîtra courte. 
Nous ù'âvons de ce Poète incompara- 
ble pour le beau naturel , c^ue quatre 
pièces qu'on puidè voir. Ehcore s'en 
ifaut-il bien que -les éditions en foiçnc ' 
auffi châtiées qu'elles ledevroient çtre. 
On verroic ces quatre pièces avec plus 
de (urcté 6c de proBt > Ci un éditeur 
plein de goût ôc de religion vouloir 
adroitement fubftitucr une aftion diffé- 
reace&lm intérêt honnête aux amouni ' 

\j(4 ) Uto Ici Fxoci Qlierio, 



L 



T 



\ 



. / 



1^6 lA Ml^AKlQVB 

criminelles qui .eo font le fujèt. IIv^h^ 
droit bien mieux pour le fervice des 
jeunes gens altérer par-ci par-li qùeU 
ques vers > difranger ou (upprimer quel- 
ques fcène) iôc changer le fond de 
radUôn principale , que de les occuper 
de leAures nuifibles , ou' de les priver 
d^s dialogues les pli\s parfaits qui nous 
reftent de Tantiquitc. On y ttoîive , & 
difficilement pourroit*on trouver ail- 
leurs > le vrai langage des Romains tel 
Îu*ils le parloicnt dans leur vie dôme- 
ique , tel que la naturelle leur didoit : 
9c autant ce modèle d^naïveté a d'at- 
traits pout les jeunes Leâeurs > autant 
fc trouve-t-il propre à leur donner le 
cour d'crprit le plus déiirab]e. 

Nou$ fi'aurions pas moins d'obliga- 
tion i celui qui voudroit réduire Plaute 
& le mettre à Tufage de la jcuneHc 
Chrétienne, en le déchargq[^t^ d'un tas 
de maiivai&s plaiEmteries qui y four- 
millent i mais fans lui rien ôter ni de 
fa latinité > ni de fon etijoumcnt. Des 
rfprits fait$ s'amuferoient dc.f çtte kc- 
jture : au lieu qu'elfe n a. été prSpre juf- 
qtfici qu'à exercer leur pàtiençe« 

Mal i propos nous rendohs-noiK ' 
lefclaves des livres inipriméi 0n peut 
f*pn fxjKi^ ici» U ne faut que corriger 



^ 



.- •/ 



\-^ 



pci 



D E 9. L A N 6 V I s } lÀV, Il ' tff 

<t qu*gn ne doit pas tire dans ces Au*- 
tcurs , & couper le tout en différentes 
fcèoes qui île tiennent plus Tune à Tau- 
tre. Ce feront autant d'ajjrcables dia* 
logues dont on fe pourvoira unifor- 
mément par la diftée» 

Dans cette Glaflc qui fait le jiiftc 
milieu des études , il n'eft guère pollîblc 
de recommencer tous les joijrs Se un 
an d^ fuite , à traduire Plaure ou Té* 
fence , puis à les remettre de françois 
en latin , fans appcrccvoir un grand 
changetnent. VoVis ne trouverez plus 
: pcrfonne qui ne montre de la bonne 
vqlpnté. Vous en verrez bon nombre 
toujours prccç à parler latin, & qui le. 
feront avec grâce. 

Pour les y amener plus e/Kcaccmcnt , 
la graïkic prudence du nvaitrc cft de 
parler peu & de leur laide r la place li- 
bre. Il peut dans cette vue partager le 
tems de Texcrcice en deux ptirtions 
très-inégales : la plus peritc fera pour 
\fxpliquer le grammatical nécelîàire 
après la tradu(àion : l'autre part qu*on 
ne peut trop étendre , fervira à faire 
rendre compte du texte en françois A: 
cù latin. Cette méthode les tient tous 
en haleine , & ferme la porte k rcnnui» 

1 n) > 



. f. 



y 



nM 

%, 



,^ 



é 



& 






A 



If^S t A M É C> NIQUE 

La continuité de rcxcrcicc amené 
né ccdii renient une habitude qui ne 
change plus : Ôc cette facihté une fois 
ac(Juife peut tenir lieu de bien d'autre? 
fccours : au lieu qu'il n'y a point d'au- 
tres fecburs qui la remplacent ou qui 
lui fuient équivalents. Celui qui part 

1»reftement Ôc s'énonce fans peine par 
e grand ufagc d'une bonne latinité v 
pourra blefler par-ci pnr-là quelque ré- 
gie de grammaire : mais il-nc Taura pas 
moins traduire ôc rendre le fens. Il faura 
le retourner par lui-m/me , & faifir ce 
qui lui échapoit. Ce iera pour lui un 
jeu d'apperccvoir fts faurîps , ôc il en 
rira le premier. ' 

Ajoutons qu'à cet âge quiconque 
cft déjà au point de fcntir & de ren- 
dre fur le champ les grâces dj Téren- 
cc, on pQur dire que fon goût eft^dé- 
cidépour le vrai Ô<:pour le naïf. DiHiV 
cilement fe laiffera-t-il furprendre ni 

f)ar l'enflure des grands mors>. ni par 
c brillant des pen fées , ni oar les* pa- 
rures qui détournent du mjèt ôc ne 
tendent qu a montrer de l'efprit. Il eft 
fait à* la beauté réelle qu'il diftinguc 
très-bien du fard ôc des apprêts. Il 
cherche prî^hahituds ôc fans k favok 



■^ 



iç qui cft naturel , ce. qui cft vrai , 
ce qui quadrc aux circonliaiiccs. Il lui 
faut cela pour le contenter. 

L'air naïf de Phèdre , les grâces de 
Tdrence, ôc rcnjoûmcnrdc Plaurc pro- 
duifcnt un autre bien. Un jeune homme 
qui y prend goût , 5c qui devient fen- 
fiblc d la peinture qu'ils font de no3 
moeurs ; acquiert le tour d'efprit qu'on 
lui fouhaifc pour le rendre (enfible aux 
vraies beautés d'Hoitière , de Cicéron , 
de Virgile. Il eft vrai que fclon le carac- 
tère de chaque fujèt , on trouve dans 
CCS derniers tantôt un parériqiic ravif- 
fant, ailleurs des tribleaux de la nature, 
ou des portraits de rhoinine , «5v: en 
général une riche vniLU* : mais ils ic 
rcfîcmblent tons par ce fi)rid de naï- 
vetc & de droiture que nous adniirom^ 
dans Térence , dans la 1 ontaine , c?c 
dans Mohère. Vous (entez par-tout l'a- 
mour du vrai , <S: In recherche de cha- 
que chofe comme elle eft ; par tout 
ime vive imitation de la nature. Vous 
n'appercevcz nulle part un Écrivain qui 
cherche à (e montrer lui-même. 

La dernière heure fera employée dans l 'emploi 4^ 
la quatrième Claffc à parcourir quel- ''^ d-iuict* 
ques-unes des compofÎTions &: à exer- **"'^' 
ccr toute la troupe fur les clcmeiis 

1 iiij 



tioo La MicAKiQiTi 
de la langue gréquc , en |uftifiant Idf 
tout par des cxcmpicl perpétuels , ôc 
en les accoutumant à (c queftionncr 
les uns lc$ autres fur ce cjui vient d ctrc 
dit. S'il ccftc quelques momens, & l'on 
peut fc précautionner pour en être fur; 
on ne peut les employer mieux qu'A la 
le(5burc d'un Poète ou d'un Hilîoriefl 
François. Dans les Claflcs rupérieurcsn 
fera mieux de donner cç tcms à un 
Orateur choi/î. 
Di/Térrnf Mais avec les exercices courants , il 
«KcnKc^pfo ç^ bon de mettre en œuvre cf autres 

prcï pour lei . ^ \ rr i n i 

c\>ilc% fuié. pratiques très- propres a aftcrmir le ftylc 
ijcuiei. ^ ^ aiguilcr le goût. En voici quelques- 
unes : il eft bien libre d'en imagincT 
d'autres. 

Ceux de la troupe qui montrent 
plus de facilité que d'autres , 6c qui 
commencent à (e faire un nom ; rien 
n'cfl mieux que de les charger de la 
commiilîoH honorable de prévoir au 
logis &c d'expliquer en Claifè , au lieu 
du maître, l'endroit de l'Auteur ou l'on 
e(l parvenu. Quelle farisfadbion pour lui 
d'çtrj fimplc juge du bien qui fc fait, 
^ôc de voir faire ce bien par" des (élèves 
" qiii le reprcfenrenr ! Apres un u(iif;e li 

loffg ik i\ journalier de traduire hilo- 
Icaient Ici Auteurs , puis de les rcuicr- 



rcnt 

qui 

rien 

Hc la 

ir au 
lieu 
Ton 
r lui 
Fair, 

Ile' VIS 

llulô- 



DIS L ANCUlî jZL/t/. //. xnï 

tfc en latin , vous verrez cc!> jeunes 

ecns arriver au point de n'avoir plus 

befoin de traduire, <S: fc contenter de 

lire le .latin pour en rendre compte en 

françois (ur le champ, èc même pour ^ 

vous le rendre en luiin dans Ta même 

pureté. ^ 

Qiianr aux compofitions latines qui } aire coi. .j^.. 
fe peuvent faire en Clafîc ou au loeis, '''^' ^i^jm . 
i". il clt rems de choilu- hcqucmmcnt unm .( . 
dans les meilleurs Auteurs latins quel- t"'»- ^ '•' 'i 
que morceau détourné qui ne foit point . 
dans les mains des jeunes gens. Après le 
leur avoir didé en François , on leur 
en lit le tc^tc une ftulc. fols pour être 
remis par écrit ou fur le champ, ou 
au logis en un latin qni approche le 
plus qu'il eft polliblc de celui qui a 
cté lu. Mais ccft fur toute choie une 
préciution nécclLiire que ce latin ne 
îbic pas du crû du maître. On ne 
peut faire fonds que fur la belle anti- 
quité. 

. Ccft une prudence , dans les modè- 
les qu'on choifîra , de prendre ceux où 
l'on trouve relie ik. telle figure , tel* 
ëc tels .tours gracieux 6c de grand uiâ^ 
gc , qu'on veiir iiicccllivçmcnt incul- 
. qucr a la jcuncilc. 

1 V 



V 






20i La Mûcauïqvw 
Changer le i©, Qn Dcnc fouvciit didcr des pW* 

fi»;ci i<u n»o- j j -ir j ' 

étie , fani ^cs OU dcs partics dc ducours dont on 

«Mailler u aura change le (ujct , pour donner [icit 

. F"*^*' j'^,^ imiter la ftrudure ck le pçocddcf 

après l'avoir entendu depuis peu , ou 

depuis long- rems, 

Partapenin 5**. On pcut partager Cm fujct, 

fujc. en iiiitc ^<^|^ij.^.j p^^ j^ji^j; furtifantc ejcplicarion > 

ti.jin i\um i\ en autant ck cjucltions qu on jugera nC- 

fil le nrer Ici cedàîre , & exi.^cr qu'on y rc^iwnde par 

incomôme. ccrit au logis i de tortr cjuc la rCponic 

fc tire en (Ubftance du texte , ëc qu'il 

faille cependant abandonner ce texte 

eu plus d'un point. 

il eft facile de voir à quoi tend cet 

exercice , ^ quel bien il en doit ré- 

fulter. Il faut encourager ik enhardir 

les jeunes gens à fe mettre une bonne 

fois à la nage fans aide & fans (iipporc> 

à fc cirer du'danoer por eux-mcmes, 

êc ^ D'avoir plus oefoin d'entendre h 

Icftiirc d'ufï modèle pour fc mettre à 

compofcr. 

Souhait Je ^' ^c trouve un autre avantage dans 

Q^iuiilicn. la ndcefTîfé de répondre à ces queftions. 

C'eft cfacji^ei* de reninlir les vues de 

Qjjintilicn qui nièt toujours eufcinhlc 

CCS trois exercices : 

i> Uic ou tradiiiic j, 



> 



nvs Langues» L/V./A io^ 
f> Rcnjrc compte, 
fi Juger de ce qu'on a vu. 

Letiio» 

Eriarràtio, 

Jndiciitm. 

4^. On peut, faire traduire un ex- cx^^h^^^ 
ccllcnt Pocre latin en jprôfc latine*, le ^"^c pooliH!*^ 
faire mettre pour ainu dire en pièces 
jpour en raprocher les membres d'une 
autre façon , 8c en former un corps 
de difcours d'un cara<^cre tout non- 
veau. N'imitez point la Rue cjni a de- 
figuré Virgile, & en à f^it un épou- 
vantable fquc4éte, Suivez plutôt laliù- 
niè're de Joiivenci qui en rcnverfant U 
verfification d'Horace en a tiré vm 
corps de difcours qui a l'embonpoinr 
A: les grâces du naturel» 

5**. Rien n'tft plus profitable que RcviT.rn v 
de prcfcrire fur la nn de chaque fcmai- «:mI •'>''/ ^f 
ne une anaiyle hdciie des Auteurs quon J^jr^ni u »o- 
y a lus , &C fur-tout un expofc jufte des "!■»'"«• 
liailbns par lerquellcs l'Auteur a pallc 
d'une matière à une autre. L'attention 
dti maître (ur ce travail rendra les éle- 
vés plus attentifs ù l'explication de cha- 
que jour , 5c plus clair-voyans pou^- 
Icntir le progrès iica idèc'j ôc le fil dç 
iliacpc di (cours- ». 

^ 1 vj 



lou 



104 La MtcANiQj^t ' 

Faîfc quelque- 6^, Ccctc analyfc pcut dc tcms cri 
i^'liyre "r ^Cf"s leur Être demandée dans un mo- 
,nu«i^rr j une mcuc oii ils s'y attendent le moins. On 
frdtp"x. Pe.'" en XÙLc la matière d'une compo- 
*r lit ion pour des prix ou pour la pre- 
mière place. Jamais vidoire ne peut 
Ccrc ni plus honorable, ni moins cciui- 
votjuc. C'clt l'ouvrage du bon icns 
tout pur. Imaginez-vous coinmcncces 
Auteurs feront lus par avance. 

Je ne (ai, me direz- vous , i\ Ton a 
lieu de lien attendre de bon de cette 

{trafique, oïl il s'agit de fè raprochcr 
e plus qu*on peut d'un Auteur uliic-I 
ôc qi:c tous les Compétiteurs auront lu. 
Qu'en arrivera-t'il ? Qiic tous les orar 
tcurs , Hilloriens , Poètes ou autres 
qu'on leur mèf en mains , feront tour- 
nés Ôc retournés , lus & relus tant de 
fois, qu'ils ne lai/Feront rien cch^npptr 
de ce qui pourra devenir la matière 
d'une compofition , ou d'une analyfc 
propoicc pour les prix. Ils prendront 
îi bien le- devants qu'ils ne le trouve- 
ront étrangers nulle part. Lararefub- 
tillté dc iormer trente v^oleurs qui (c 
difputeront la palme , «u lieu d'ur^yain- 
ijueur qui l'obtienne .\ bon titre ! 
Padbns le terme dc voleurs -.-mais ce 



Tont là des voleurs forr aimables , dont 
on voit avec pUi/ir le nombre s'aug- 
menter. Leurs vols (ont la fin mcmc 
oi\ vous vous propoficz de les faire 
arriver. L:ut faire connoîtrc les écries 
des Anciens , les leur faiVe gourer , les 
leur rendre familiers au point de païkr 
d'après eux (î^ comme eux -, n*ell-ce pas 
là ce qui failbir ou devoir. faire l'objet 
de votre travail ^ de vos vœux. 

Parmi ceux qui tnfcii^ncnr il n*arrivc 
<]ue trop .qu'on rende la rcuiîire des 
compodrions forr diflicile , ce qui t(l 
dircdVcment contraire il la ICgcreré de 
riif'ige. On alVcdtc de çhcfrchcr quelque 
fujèr extrêmement dvftourné ou cMcvc. 
, On en rend l'accès prelqu'imprafica|)lc 
«^ force de pit'ge.s <S: de dangers. Peu 
arrivent au nur. Les autres s'ei^arent, 
tombent, ik vont nifcellàircmcnt don- 
ner dans le précipice. Mais pourquoi 
leut rendre la marche difHcilc ou jxi- 
rillcufw ? Tous CCS embarras n'oçca/ioih- 
nent que le défefpoir ik le dépit con- 
tinuel de ne fe voir propre à rien. Ne 
valoif-il pas mieux par la très grande 
habitude de dire loir iV marin des cho- 
(ts aifoes mais juftes , les ameurt* tous 
i vouloir s'exercer ti'iinc f.n^on nou- 
wlle, &c A i'cleve" par dcijriî } Ne vau- 



»>•«* .W»',-W » J>I . W — «»M 



droic-il pas mieux que le mairre itt 
parue pas ccnTiours voir il clair > <:^ 
<]u'au lieu ik bllmcr ce qui a coucé 

Ï>cu d'cfForcs , il en fît l'éloge, quand 
c tout coule aifcmenc \ afin qu'ils en 
en conrraâent rhabicudc \ Sa mdckodc 
ne peuc manquer de réuUir s'il les en- 
gage  lire frcfquemment y & d ^rerer 
(>ar tout oà ils efpc^rcront rencontrer 
cur capture , enforre que pour dctcrrcr 
dix ou douze ligijies> ils en mettent deux 
ou trois cens dans leur tête. 
temi de 7*^, Quand on commencera d four- 
ÏX?'^*"'n'r de fon abondanccôc i pouvoir fc 
païïcr de modc'lc pourcompoicr*, c'cft 
alors le rems de leur didtcren fran- 
çois des endroits tires de Plaurc , de 
Vitruve> de CoKnnelle , àc d'aurrcii 
qu'ik ne connoillcnr point , pour les 
mettre en latin. Ccft alors qu on peur 
d profit leur donner \ faire en latin ou 
une lettre > ou un itài , ou un dialo- 
gue entre pcrfonncs dont on leur a bien 
fait connoîrrc Tctat, ladilpoiition, ^ 
les intc^rcts. Le fujèt en (ftanr tiré de 
la belle antiquitc -, vous avez une régie 
pour décider de la victoire. Elle appar- 
tient 4 celui qui ap^Hoche le plus du 
modelé fur. . 
Quand ou Iccu: remarque une grande 



^BS L ANC VIS, Z^. //. lo-f 
facilité à manier le ftylc de h convcr- 
(ation , qu'ils (ont aifés , naïuicls, Se 
fâchant varier le ton fclon Tctar &c b 
partion des perionncs, voila lapins iurc 
marque d'un bon génie : c'trt une cl- 
pcfrancc prefcju'infailliblc pour l'avenir. 
Il n'en cft pas de mcmc cjirand ils s'clc- 
yenr , cjuand ils donnent dans le grand. 
Ne vous y fiez¥j>as. 

On rencontrera quelquefois ,^' peut- 
ttre trop foiivcnr , des termes manques» 
&: qui jureront contre Icjî rci:;lcs: vous 
entendrez auHitot des gens qui s'écrie- 
ront : tout cft perdu : on ne (ait. rien. 
Voilà des dtudc^ tifft mal faites. 

Quelle idée l jces fautes d'inadvcr- 
tence (ont.rcclknyent des nfmuties (ans 
conloquence, c^' i]ui n'empcchcnt point 
les progrès rctls. Le grand point con- 
iilU* à cnrcnJre i.i langue,;! la pailci 
aifcmcnt <!' J:ins ion vrai tour à quel- 
Cfue irrcgirlnrirc prè*» , que ru(nge des 
/uiteurs «Se la grande lùibitude decom- 
pofer reCtiiicront allez. 

Ceux qui auront quelque peine A 
rendre /leuis compoïitions exacîUinent 
corredlVs(5c confonncs aux règles, n'ont 
pas perdu leurs peines , s'ils acquièrent 
par la longue hanirude de toujours tra- 
duire & de rcudic compte de toiit>' 



,. Jj • xO»»- ■'■»■« 



tôf LaMAcaniqui 
rAvantage incftimablc de pouvoir lire 
les "Anciens fans répugnance & avcà 
facilité. Faut'il tant s'alïaimcr des Sui- 
tes de leur composition ? (ont-ils ctcfti- 
nvfs à délibérer un jour dans ie fénat de 
Rome, ou à porter la parole au Peu- 
ple de delliis la tribune aux harangues ? 
Il ne faut point difconvenir quil ne 
s'en trouve toujours quelques-uns dans 
la troupe à qui ces compofitions tour- 
neront au plus mal ; & c'cft un accident 
auquel l'ancienne méthode ne (c Hatte 
pas de remédier. Vous en vctrez qui 
ne fc pourront jamais mettre dans la 
tctc la llrudure d'un vers , ou en ap 
plicjuer les régies d'une façon Tuppoi- 
table. Très-comniunément il s'en trou- 
ve qui en profe comme en vers ie guin^ 
dfcnt dans les nues , <5c difent des tx- 
tntvagarices. Ils (ont aflcz i plaindre. 
Pourquoi J'urchargcr leur misère par la 
' dure néccffité de faire tous les jours des 
chofes parfiircmcnt ridicules ? La per- 
pétuelle occalion de faire des fautes les 
rend (î fréquentes , qu'il s'en forme un 
vice d'hah|iudc. Une pareille méthode 
fe peut-e)le défendre? Elle revient cxnc- 
téuicnt/au point de tourmenter beau- 
^ couj^ èes jcimcs gens pour en faire des 
fois par un elfct néccnaùc» 



DBS L AKrGV£S,Z/t/. 7/. ICff 

Quand on a une certitude marquée 
cic ne pouvoir les mettre â certaines 
compoiitions fans leur faire contrarier 
un v^iitablc travers , ëc fans les cmpoi- 
fonner par leur propre travail *, il eft 
bien, plus fage de ne leur pas propofcr 
de pareils exercices 

-Qu'il foit permis i quelques-uns de ifRt»p«fnl- 
n'ctrc pas capables de rouf. Vosdiffc- J^^^^'jj'^^^jj j^_ 
rentes compofiiions n'en iront pas moins x'gcr r*usiei 
leur train. SouftVez cependant avec ^""ZtTZ' 
dilcrétion que tel «Je tel (e Contentent i coup lUr lo 
de traduire le latin en françois, Pcr- '*^''^""^* 
mettez leur de s'cxcrctfr frc^quemmenc 
dans leur langue naturelle , ôc qu'ils 
'ptiidcnt jOuir du mérite d'y avoir rcullî. 
Qirilî» c'criventTouvenc des lettres Tran- 
çoifcs fur des fu;èts faciles ôc ordinaires 
dans la vie. Leur compofiribn eft- elle 
ïupportablc ? il en faut- fliire l'éloge. 
Voudricz-vous leur reprocher une len- 
teur ik des bornes qui ne. font pas en / 
leur pouvoir? Voulez -vous les renir 
dans une badcllè erernelle ? Ceft le 
"vrai moyen d'éteindre en eux tour fen- 
limcnc, route elpcranoc, <^' de leur 
itpcrruadcr qu'ils ne doivent afpirer à 
auciuic tlpccc de mérite. N'ell-ce pas 
un grand gain , une vraie conquête 
de les avoir .micuét à n'ctrc ni Uebeccs^ 



/ 



i 



'tio La MiôcAiMXQut 

ni miièts dans les chofcs d'u(agc , & /îir- 

touc d'en avoir fair par la perfévc^rancc 

de vos bonnes vues des cfprits iurtcs & 

des fujèts dç fcrviceî Ne vauc-il pas 

^ mieux fouftrlr qu'il y en art qui s'en 

tiennenr a bien parler leur langue , que 

de les rendre Ihipidès en latm & en 

fiançois? ^ , . 

' 3'exerccr fol. 8^, A ces diff'cfrentcs façons d'occu- 

nièmc à par. pçj ^ jç former Its jeunes cens ^ je 

k>nla«vâin. n en ajouterai quune; que je regarde 
%t comme le travail le plus utile «ïs: le plus 

praticable pour tous. Chacun en éprou- 
vera Pextrcifle avantage à proportion 
de fa bonne volonté. 

Le loiiîr qu*un jeune homme fe trou- 
vera fou vent après avoir farisfait i 
tour; il ne le peut mieux employer qu*i 
"mettre en latin, ou de vive voix, ou 
par c'crit, non Tes dernières explica- 
tions qui peuvent lui être trop pré- 
fentes ', mais celles qu'il n*a pas revues 
depuis long-ccms, 6^ dont le fouvenir 
icmble perdu. 

Qu'il prenne par exemple qp dans h 
tradudion de Quinte-Gurce par Vau. 
;elas ou dans celle de Tcrençe par 
iadame D^cier tel endroit qu'il vou- 
dra: qu'il le iffe en franc,ois pour le 
,^cmettrc' en latin. Qu'il falfc ciiiuirc 



çel 



©is Lan Gvts\ Lly, II, xii 
la comparaifon de fou ftylc avec celui 
de rauccur. 

Deux ainis pcu>/cnt s'aider : ils peu- 
vent tour a tour lire le fiarK^ois <?c 
<fçoutcr le latin qui y^ rc'pond. Lcyr 
nunquet il quelque fccours? Bon maî- 
tre y bon modelé > bon juge. Ils ne 
peuvent erre mieux fcrvis. 

Quand un jeune homme ou un ' u-iitr n^cef. 
homme fait cil parvenu par une grande [j^'J^ "***"* ^ 
habitude de cet exercice à parler Je 
latin .IV ce Icgcretc, il peut arriver par 
oh trf'èt de cette inclination qui. nous 
porte à imiter, qu'il prenne goût par 
préférence à un auteur, fans trop pren- 
dre garde s'il ell exadlement im modèle 
digne d'crre fuivi en tout. Telle i'eroic 
p^r tx(jmple h phantaific de copier 
Facite ou Floru*;. CÎcs prédilecfbiom ne 
font pas rares, ëc (ont fbnd(^cs (ur l'at- 
trait des matières,, quelques fois fur 
un prc^jugcS fur une imprclîion étran- 
gère, i 

Il eft pollible de prévenir ce mal. 
il ne faut que s'attacher fortement à 
imiter le tQur de Tt'rence, ou celui 
de Cic^ron. Fn ettet il n'y a point de 
Uyle préférable à celui de rcrencc, 
qii^id il s'agit de faire parler un per- 
ioimajjc du commun. Il n'y en a poiut 



-^ 



S.V.iV-"**'^***"""" 



\ 



iii La MâcAviQW 
de plus parfait cjiic celui de Cicérofli- 
foic qu'il faille parler çn orateur, fok 
qu'il faille expolcr une matière de Phi- 
lofophie. Entre Tc^rence de Cicéron 
il y a un milieu: cVftColumelle qui 
s*en cft faifi. Son ftylc n':|i ni la véhé- 
iTîcnce de rorarcur,,m ce dceré de 
familiarité qu'on trouve dans Pcnrre- 
ticn d'un efclavc &-des autres pcrfon- 
V nages comiques. Son langage eft celui 
d'un homme plein de politcflc, qui 
parle dès chofes les plus ordinaires 
avec une certaine dignité. Cet excel- 
lent écrivain, qui avoir de grands fonds 
de terre dans fon patrimoine, s'y étoit 
exerce long- rems dans toutes les par- 
tics de l'agriculture. A la prière de 
Silvin, que lamcié 6^ Tilludracion du 
confulat lui rcndoit cher & re(peda- 
blc , il entreprit de traiter générale- 
ment toute cette riche matière. Il le 
fit avec nobleilè, mai^ iansMe moindre 
aprèf. 

Ccft réellement une attention ,flont 
on s'eft toûjours^bicn trouvé i Tégard 
du ftyle, de s'en donner un de bonne 
heure qui fc rcffcnte de rimprcllîon 
êc des couleurs d'un modelé parfait, 
auquel on s'eft prjdemmcnt fixO. Par 
,}ji on fi^ met i l'abri des mClauijes: 



Wonr 

►onnc 
:rtîon 
Il fat r, 
Par 



$C malgré la variété infinie qu*on é-. 
prouve darts les ledburcs qui (c Succè- 
dent , le ftyle qu'on s^ic acquis de- 
meure toujours le mcine ians fe de- . 
Dicntir. Quel que (bit par la fuite l'E- 
crivain ou le fiécle auquel on fc trouve 
conduit par la nécefl'ué des matières, 
on peut s*y arrêter impunément. Y 

Le point important eft de ne ïc 
point riiéprendre dans le choix d un 
modèle. Le ftyle des Écrivains eftimés 
peut avoir des taches. On fc plaint 
que Salkifte ôc Varron affedcnt trop 
■ les termes furannés \ qu*Ammicn éc 
Apulée donnent dans IcnHuce j que les 
Senequcs ne font jamais las de débiter 
des maximes générales & des traits fcti-^ 
tcntieux ; que Tite-Live ne s'eft point 
défait d'une certaine rndcffe qui le fai- 
foit fentir dans le langage de Padoue v 
que d'autres ont d'autres défauts. 

Afliirément on ne peut que mériter 
des éloges de s'être bien rempli de la 
Icélurc de Varrou , de Sallufte , ôc fur- 
tout de Tice-Live. La latinité de ce der- 
nier eft d'un caraébère mile &c parfai- 
tement d'accord avec la -grandeur de 
fon fujèt. Avec cela il eft admirable 
dans fes récits de dans Ces peinture^. 
On aime i entendre les levons fur Icf 



r^ 



» n 



\* 



"A 



" ' ■ ■% 



'. \ 



tT4 ^lA MécANlQUB 

. moeurs & fur le gouvernement dcéi 
Ecars. Il.y^ cependant un léger ar- 
ticle dont il eft bon d'ctre avertir Bien 
des perfonncs ont remarqué que fon 
ftylc très-agréable pour l'ordinaire, 
n'eft pas en certaines rencontres aller 

■.. égal bu alTez. coulant. Au refte comme 
Tice-Live peint en grandi la force & 
rexcellcncc de fa peinture autorilent, 
ou couvrent quelques traits peu adou- 
ds. On parte fans peine par defïtis 

- quelques ions négligés , & qui (c rcf- 
ienttnt de racccnt de fa province. Mais 
dans de petites pièces d'éloquence qui 
femblent êtrc\dcs tableaux en minia- 
ture quon regarde de tout près, il 
y auroit ,peu de, goût i raprocher les 
coups libres &c hardis du pinaau de 
Titc-Live, fans (c foucier de faire ufigc 
• des grâces &c du beau fini de Cicéroii. 
Ceft une grande iinprudencc de 
cmîrwcfiirc jiiiqu aux défauts de echii 
qu'on imite : &c c'en eft une autre d'af- 
fcder un caraOirc fort Ôc nerveux ou 
il faudroit une manièfé toute diffé- 

tcnte. 

Dans la né-certîté de varier vos lec- 
tures <&: de partcr fouvent des écrivains 
4Î*un fiéclc à ceux d'un autre, vous 
p'avcz poijpit de. moyen j)lu$ propre 



BI8 lANCUES,L/t/.//. iif 

pour mettre votre latinité d couvert ôc 
pour vous conferver un ûylc pur iinc 
lie bien copier le tour de Ciccfron. Le 
iyc ôc le goût y gagnent. Mais autre 
clio(c eft d nnitcr Civdron, autre cliofc 
d'en erre idolaue. Ne vous figurez 
point que ce c]iii ne fe trouve pas 
dans Ciceron.vous Toit pour cela nicnic 
interdit. Ceux qui ont le plus d'eflimc 
pour le ftyle de Cicéron , peuvent en 
toute liberté prendre dans tks c^cri vains 
diffdrens quantitif de ternies ôc de phta- 
ics qui ne fc trouvent pas dans Ciccron, 
parce qu'il y a bien des iujèrs que Ci- 
ccron n'a fait qu'effleurer , ou auxquels 
il n'a point touchd. Ils en peuvent cjC- 
pofcr comme d'un bien qui cl\ i eux, 
ik leur, donner l'air Cicdronien par la 
manière de le? mettre en œifvrc. 

Un bommc-iHfermi dans cet excel- 
lent ftylc fc procure l'avantage donc 
)ouit un enfant de famille qui parle 
bien parce qu'il a l'oreille formée par 
une mcre pleine de politeflc. Les accens 
j^ro/îiers, les tours étrangers, les fons 
les nliis mauvais ont beau fiticr à iû 
oreilles: tout palIc à cotC4 fonjangagc 
n*m fouffre point. Tout copcourr 4 
vous convaincre mie la longue habi, 
tudç de fentir ^fc de répéter dc$ chofci 



\ 



; 



X 



W> -. '«•«««■MPAHliVW" 



/ 



t, f «^ La m é c a m I ^ a i » 
bien dires , cft un moyen auffi (ut 
pour le latin qu'il l'eft pour les langue» 
vulgaires. Lorfque par cette voie ii 
unie on fera parvenu â imiter avec 
hardiefic ôc à compolcr avec goût, 
vous Verrez alors les différens génies 
ôc les caradbèces fe déclarer. Cclui-ti 
montrera un tour d'eifprit propre pour 
un ftylc: celui-là laiflcra entrevoir fon 
penchant pour un autre, C'cit le tcms 
propre pour les fonder tous, pour 
diftinguer leur talent particulier, 6c 
pour voir au juftc ce qu'on en pçuc 
'attendre , aHn de les attacher plus fpi*- 
cialemenc i l'écrivain & au ftylc pour 
lequel on leur npcr(;oit plus de pente 
6c de facilité. 

Souvent on ne tire que des fci vices 
mc^diocres d'un beau cheval confondu 
avec d'autres dans des travaux com- 
muns. Au lieu que fi on avoit eflàyc 
de quoi il eft capabk, fi on l'avoit li- 
vré i fon feu Se a (es agrémens na- 



IturcUi il f^^iok à préfenr moiitt^ P'^r i''^ 
ciiA^rbit (cutir à qui il ap^ 
particnr. 



prince ôc 



Il n'eft pas rare de rencontrer des 
difpoiîtions adiz brillantes pour la poc 
fie : diibns plutôt pour )a verfificarion, 

Il iî'y a pçint de fonds à faire la dc(lî''" 

Ces' 



I 

uffi (ut 
langues 

voie a 

cr avec 
; goût, 
i génies 
Cclui-tî 
re pour 
/o\t fon 
le rems 
, pour 
icr, ôc 
en pçiic 
)Ims fp^- 
Ic pour 
c pente 

fti vices 
m fondu 
X cpni- 
c cflàyc 
avoir li- 
icns n>a- 



; par u 
ui il À[ 



n 



crer des 
r la poc 
ficarioii, 

i-dedii''. 

Ces- 



Ces preniicrcs c^tincelles d'un gtnic 
prc^rcndu poeiitjuc four fort rronipcu/ig 
<î<«: fini rc.ijirc dans Us un.s,nui/il>les 
<Kir pleines de fcdiidion pour les autres. 

l'ts jours, <5i: les années fè paficnrâ 
lue , à ton^parer , a f.nre donner les 
vers de nois ou cjuatre jciuies conclu- 
icns. Du ron donr tour /è fiit il ihu^ 
l)le (ju'il s'.ij;)lîc de décider du tort des 
efprifs. Il (cnible (ju'on ait rencontre 
des anies hors tlu couuiiun , des génies 
d'une rrenipe cxtraordinauc, oc tju'iJ 
foir cjueflion de les ekver pir ces nier- 
vcilleifff-excrcicès à tout ce qu'il y a 
d^-'p'i'S g'''#f Ceux f]iii fe ililHngucnc 
d.ins CCS combats (fu'on rainènc pre(^ 
<|iie tous les jotus , (ont tout de feu 
■poiu la pot lie, nuis urdifiliens pour 
'ni!t le Kflc, (ouvcni fort j^iuflics dans 
les evcuicts les plus ncct llâircs : fou- 
)iii(onscjue celui fi ne les rende ni ex- 
tell/fs ,ni pkinsd'eux-iiieuKs. Si la com- 
l'olinon Puetiipie ed prolîraide ,'*cxfb 
"H/r au plus à ce petit nombre (ju'on - 
y voit réidlîr. Mais dans la vérité ils 
I nui deviennent pas beaucoup plus 
"Iles : 6c t,Aàdis cpi'on tfl fort 0icii|)i5 
•ikrvir nos trois ou t|uatrepoLHeicaux 
Mon IviU' gO'V, tout le relie Je la trouuc 
/^iinc ôc languit fauic de nouiiiiue. 

■ K 



Tenu il'ap 

veililu>iii')H 



■*r- 



iiîJ La Mï?rANiQùp 

Ce ii'cfl donc tiiravct rcftivc qu'il 
faut nropofcr la componrioji en vers 
il.ms les C^l.iilcs (iipciicincs. Donne/, 
à l'explication tics Autcuiî» le tenis in- 
fini (iiie vous emporrenr ces conipo- 
/irions Uiriiciles <k ji (ouvcnr frivoles : 
le pi;otit devient (ur Ôc il t(l pom rous. 

11 y a cependant une )urte connoil- 
fance i prendre de la pn>lc)dic ik de 
la (Iriiéhue des vers. Ôliand on aura 
bien appris en cjuacriènïc les c'Icinens 
de la langue [;rc(jue , Se luron (e fera 
fouvent exerce diuanr la dcrniùre de- 
niie par rnanitie de diipurc â rép -rei 
lé plus grand nombre (pi'd ell polliblc 
dcmois greics , non en les rangeant 
jelon l'ordre de leurs racnes ,mais lelon 
l'ortire que les objets tiennent dans la 
nature ) on peur alors v^rs la lin de 
Thnnce dcuTjicr la tjuanriré des (yllab.*; 
ik la nu'kire des ver^. La chofc' ell (an'» 
danger. Bien des perfonnes (ont per/ 
iiiadccs qu'il ell peu pruden>d'en par- 
ler plûtor , parce que la nouveauté tk* 
cet irrangeuient fait beaucoup d'nn- 
prcfllon (ur les jeunes gens, à< que li 
jiiécaniquc iles vers , qui eft facile à 
iaifir au premier afped, peut affolblir 
iCn eux le (tntimenr du Vrai rour de II 
jprolc* ouks c,a dégoûter qui j[)is cil 



i 



■jf 



iM 



ai II a 



.>lt: 



te ik* 
tl'iiu- 

jllC II 

ici le .1 
oibl.ir 

de 11 
)i*> cil 



htî Languis, Liv, //. 1 1 ^ 
On n'a pas graïul bdoin de tjuanticé 
ni lie règles pour leur lire ce t|ir()ii 
|iigc convenable tic Piatitc Ôc de '1 cren- 
ce , dont Je ftyle s'cloigne a(Ie/ peu du 
langage ordinaire; rnaif» on ne peur s'en " 
palïer lians la IcCtinc îles plus beaux 
pocines grecs (S: latins dont on s'occu- 
pera tous les jours une heure entière 
après-diner pendant les trois dernières 
années , alin- d'ailurer une iieure en- 
tière dans la niaiinée aux iicrivains en 
pr<)(e. 

Autant il y a de rifijue à cxercci 
indillinclcinent une nonil)reiilc |cihkIIc" 
à la coni|)o(uion des vtis \ autant il y 
a d'avaniage pour tllf à niciuie i|u'clle 
s'alknnit ilnis le goni Ôc ilans 1 iilagc 
«le la piole, a coniioine auili les"t)cau- 
tes des Pocies,. Ils ont le privili'^;e(lc 
icunir foiivent le.v fi)P(!h()ns ti'Ijillo- 
liens , d'oiaicurs ,/(ÎJv' de pcinires'. Ils'^y 
joignent Cl Iles de créateurs ou trinven- 
tctirs par la liberté^ des arianginjins , 
cV' par la bardiellè des lidioiis ijui ne 
/ont pasde nieiuc au pouvprr des autres 
artiftes. 

Dans cette v fie on peur en troi/iènic 
prendre le matin S.illulle ik les t.'aii- 
linaircs , ou la première jOecaile de 
luc-J-ivc en y joignant Xinophijnoa 



I 



I 






.^. 



■■«M><«*ià«** 




^ 



V 



-^WK>- 



l)i 



^XO I. A M ft C A M 1 Q H 

Mérotlotc i après-dîner rEncûlc ôc l'Of 

En (ccondc le matin les nutrcs IX^- 
cadcs 4c Titc Livc avec HOrotliCn ou 
Xcnoplion \ ajncîi- dîner les (iecjrmi]ucs 
^'l'Iliade. On peut confcdlcr de join- 
dre d.\n«j le partictilier l.i Icdture de 
plulieiirs livr^'s de Colunicllc d celle des 
(Jeorgiijnes. " 

Eu Rndtoriqnt le matin fe pciir p,tr- 
\ ta^^er entre Dcmodcnc (île QinnnlieiT, 
pu entre CiccroniS; iMiitarijue. L'iiprès- 
'dînc'C (èra poui* l lorace en y joi^^nant. 
tour ;\ tour Sophocle ôc lUinpide. CVi 
peut rcicrver t|ueltjuçs n'iois pour Aii- 
hophanc ^ pour Senecjue le 1 rat;i- 
c]Utfj,II vient ui^ rems où Ion peut 
lans rilquc fane yoir qucloiies moiiolcs 
d'un IVyle dekCtucux. I.c choix cSr la 
quantité des leilures dOpemient île Ta- 
\4iKc des jeimcs gens , ^ ilc la piu- 
dcncc de celui mil enlci^nc. 
)«fnl.e lie Ea mémoire demande .alors quclipic- 
inouc. ^ culture de plus. Elle deviendia un ex- 
ccll-cnr maj^azih i\ l'on y range t n graïul 
nonU^rc Ôc en bon orihe de neaux 
traits i4c conduite ôc x\c% paroles piti 
nés d'un grand (m«. Ainli (an« jamais 
intcrromurc la priitiqirc de raconter en 

/rançolî loir Se maiia un trait lurtorKiuc 



* , 



■ ..(,^* 



« 



donr on a çncciuiii faire la Itrtiirc, 
.s'il (c préfciwc dans les Ornreurs «fc 
clans ks Poeçtf>s des endroits qui atra- 
( lune par dp beaux (èntimens djuima- 
nirc , ou py de puillâns nioiifs de bien 
(cTvir la io^icré , ou pai tpuUjue licKc 
tableaii de }A narure, vodA avec le lif- 
drcouianide quoi orner (5c (ullilani- 



,i, 



nicnr cxeretr là uiCruonc. 

)\ii r6ii)0ur.s reniar<juc^ que veux qui 
niontroienr le plus de jultelle ilans le 
^ouNeiiumenr <ies elprits n'aimoicnr 
pas *A voir piendre (ur 1^ rradiiclit^ 



,1 



n 



u'^euis lie quoi alion^wi' Itvcmce 



lies A 

de nu'inone ;,mouis entoie a voir ame- 
ner la tiilJfjle ik les ilcy^oms par l'ini- 
|>o(uion. ii'une eliai'.;e tii^p Uwic en ec 
genre. C'cft [njur cela innne cju'ds ne 
voudroienr pa-s qu'on lu apj).unilie par 
tcrur les Aureurs tout de fuite', mais 



par parues c*V 'aver t]j()ix : ils \\\\\ ex- 
teprenr que rijieide i\: pliidnus livres 
des Cieorgiques (u^i l'on ne trouve prel- 



<(ï 



h 



l'aucun vers cjui ne (oiL d'une granile 



beaurc , aucune |H'in:iu'c cjui ne (oit 
d'urj t'rand niaîrie» aucini lour oui ne 
ioir d'iM\e laiinitc chari;)anre, iSc c^u'on. 
ne pùillc en lureté propo(èr pour nu)- 
dele. lin public feiojr on ii mal de ne 
pavvuir de fuirc les l c|o|;-ues île Vu- 

K nj 




" i . 



A- . ^ ^ • •'■ '•'■l* ■ 



f' 



\\^ 



111 La m a c a h 1 o VI 

tilc^ Il y en a relie où il Te rronvt 
4lcs obrcuricés preiniic imp(inérrablcs ^ 
ik d\uicrcs qui ne lonr que trop in- 
„ tclligibles. On peut fort bien sVn palTcr. 
ify ft dans Anacréon des chanfons 
d'une élégance cavillanic , ^. qui (c 
. peuvent montrer par-tout. On îriouvc 
dans Catulle , dans Ovide ik arllcurg 
bien des beautés q^i'on (croie fort aile 
de produire pour faire (cntir la divtr- 
i\i^ de leurs génies , 6c l'cxtrcmc faci- 
lité de leur plume. Mais ragiéinciu y 
tient prefquc toujours A des peintures 
(i pernicicufcs qu'il n'y a pas à déli- 
bérer. Le plus court pour la j;cunc/Ic 
Chrétienne cft de n'avoif aucun com- 
merce avec des cœurs i\ corwHiipus , 
. îl moin^ qu'on ne lui dit^e des extraits 
propres li la ré)ouir (ans lui faire tort, 
, ^ en fupprimanr par tout ju(qu'A l'^^p- 
parence au mal. 
Auflmir.lei , Cc bon ufige dc la langue iarine ciuc 
huih^niiéj («vous vops (crcz procuré par une hal>i- 
«ijmerrvMupie tude loutenue durautr* Icpt oc iuui ans, 

l\iUi9 i\e \é Jf n^eMenJrc, & de ne rhher an*; du 
Ih»u«« UiinU I II * I 

ic, f^ff » vous le perdrez promten\ent dans 

leX «nnées (invahrcs , fi vous Tinter- 
", f rompcC'XiuoiqùVn pa(hnf de Rhéto- 
rique en Plûkrfophic il fmllc fe n^crtrc 
'v^ ^tout de bph\à. un autrç travail I c'cft . 




'W/ 



-^\. 



.- •■< 






1' . 



<f 



I Langub$ , 7,/x^. /a X 1 f 
une pratique donc on (c trouve iiès- 
bicn de ne laiilcr palier aucun joui (ans 
faire une ltâ:ure dans iMutarquc ou 
dans, Cicéron tour à tout. Il cil vrai 
tjuc Iç ilyle de Plurarijuc tll allcj: peu 
ti>nlanf, ^' quiKiuelois un peu cnior- 
tillc : mais ony trouve un fouil admi- 
rahlc , un rrc^s-lu)n choix d'oUjcts pour ^ 
exercer le railonneuKnr , lur tout iLui» 
les vies parallèles des Cjre«-< «Se des Ro- 
nuiiiis. A)oute/ ici tfu'un )cirhe kdcui 
i|uc le flyle de Plutarque n'ïpouvaiiie 
plus, (aura (e liier d'aHuiie par-tonr 
ailKiu's. 

Cjciron traire lui-^icMue bien des 

rurries de la philoioplue , (S: nous donne 
e modelé du llyle qu'il y faut em- 
ployer. On peut donc conlcilUr (ans 
rilque aux jeiùies Plidoloplics ces licux 
tlpcccs cranuiiemeni. Les ancienries lan- 

Î;ues lonr Vies inltrumens précieux pour 
'avenir, cV (lui coûtent heaueoup lie ' 
, ren\s a acqut^rn» (Juanif on s en elt 
pourvi\ il ne faut [urinertre ni qu'iU ^* 
sVnu>ullènr , ni qu^Ks'enrtMiilleiu. 

l:es Ofiiiles.puhliq^uej^ achevées /il n'eil ir< roKtnor; 
pas r4re de trouver des perloiuieji qi" !' 'j'. ',i,'''„'^* 
4:oniinu>nt ù aimer les Poètes latins ,t\' J.>iv nu pai 
oui IcUiblent ne trouver de plailir ijue^'^" icjlyio, 

la. On çn devine la raifon. ("eiVtiit- 

^» ' ' ' ' , ' ., 



k.> 





.^ 



(T" ' 



it • 



s» 



1x4 L A M f CA N T Q tJ B 

chant mcliirç^ C'cft une harmonie dont 
ils fentenc la mécanique «Se Tart plus 
marqués que dans là proCc. Les • pre- 
miers momcns de liberté qu'on trouve 
font pour Virgile. On revient encore 
plus (ouvent à Horace. Plailir bien per- 
mis (ans doute ,pouivû qu'on le règle» 
A: qu'on ne vicntie pas nous étourdir 
de poelie «Se d'cxprclîions poétiques , 
où il n'en cil nulk-mcnr quclliou. \h\ 
homme Ibbieboir un peu île vin \ m.ùs 
dans les -repas ; au lieu qu un ivrogne 
en exhale coiuinucllcmcnr loJeur. De 
même unilonime d'clpiit ne |ieiii nvui- 
quer de trouver un plailir cjfqijw ;l re- 
voir liorace c\: Virgile i mais il ne croit 
pas pour cela que leur ,llylc (bit de 
mife par-tour, Hûr-il du génie tHc de 
roreillç , ce (croit donner de Ion goût 
de^ idées peu nvanragtufes , que de 
prendre p.u-ci par U dans les l\)itftes, 
Ôc de coudre endure à un dilcôurs en 
proie des l.iînbeaux qui ont un grand 
»Hr dans leur première place , mais qui 
ont un air rapiécé c^' rifiblc dans la 
^.féconde. 

Qiie votr^ftyle ait donc un carac- 
tère égal : qu'il ne (bit qu'un , «S: vous 
appartienne. Il pai;oirri roûjoiiis de 
"bonne ciortci iàm cmprunis, & ii\m 



I • 



•-V,. ..rA'? 






1.1 



PIS Lancufs, iiV. //. 115 

bigarrure , i]uaiui vous vous icrcz ap- 
proprie ou r.irrondirlcmciu de la plua('e 
de C^iecron , ou le tour iamilicr «Se naïf 
de Teienvc, 

Dans icrrc diflribution de letflurcs 6c 
de conîpoiitions , c'dl juliju'ici j'ulagc 
oui lient le premier *ranj;. Les rccher- 
cnes du rnilonftcnunr ÉlîprctuJc pro- 
fonde des règles de la Ranimai le » ne 
doivent venir iju'en Iteond.Pour pcr- 
f'e^ionncr l'agrOmenr > le prolit , c*^ l'é- 
tendue de cet important ulàge , noire 
travail a Oto règle de f'aijOn 



■i r 



a 



ni>us 



cceupcr beaucoup des objets. Les Au- 
teurs nu'mes t|ue nous avons tou- 
jours en mains nous font ienrii- à 
tour propos ce qui le pratique ilans h 
iocietc , ou eç tjui iv p.illè dans la na- 
ture. Us nous atiaeliau ^ pane tpie de, 
page en pai;e ils lunis preiuucni tpiel- 
i|ue agréable ncniv^auie. IK ne rcllèn\- 
blcnt ni uivx Gramn^airicns , ni aux 
Logiciens qui ne, nous entretienne nt (|uc 
d'idées^ écartées , dirticdes ;i lailir tS: ^ 
débrouiller. Leurs le^jons (eches c\' mai- 
gres (ur la valeur ou fur l'en^placemcnt 
des mots qui ne (ont que d<'^ lignes , 
OMuenrenr ptu nos 4>r^ilL s. Celles-ci 
onr une nvi lite c^- u\k capacic pouv 
ainli dire immej>lè. Il leur (.lur du rétl ^ 



C *.f-i*'-» ■î'**^* ' 



V 



■^ 



-; 



S 



ix^ La M'cANf ^ui 

& ce réel ncftprcfqnc jamais fuffifantr 

Elles afpircnt à 1 infini. ^ 

En ppenn.mt tant de fo'm de cpr^- 
tchrer 1 avidité natiucllc de la jeuncilc 
par la nature des exercices qqe nous 
venons de propolcr \ vous pouvez voir 
qu'en inôme-tcms on n'a pas négligé 
ce qui regarde la juftortè au langage. 
Bien au contraire les bons maîtres n ont 
AS dilcofitinué de remarquer d'un }our 
l'antre dans leurs explicationa , fli^ de 
faire fréquemment employer dans les 
répétitions , les termes propres i cha- 
que matière > les tours quelquefois uni- 
ques dans certaines rencontres. Le nom- 
bre s'en eft grofli iàns fin : le choix 
ou remploi en cil déterminé (clon les 
lieux. Le m.iga(in s'emplir : le diclion- 
naire fe forme : mais celui-ci cil vivanr : 
ê: Ton n'y adnvèt rien 4t^ vague , ou 
d*un uliî^e ambieu. 

Nous avons déjà obfervé , tV c'efl 
une maxime lic grand rcrviv-c en fait 
de langues \ que phis on a appris de 
rerenu de ckotès ; plus on â appris et 
retenu foit de termes jtfrtes , (oit de 
tours , (xiilque fans ces termes 6: (ans 
ces tours, on ne peut rien concevoir 
ni rien retenir. Mais pour allèmbicr ces 
choies preiquc.làns peine , voyc* corn- 



\ '■■ 



> 

t. 



l 



DU Laucvis^LIv. /A 117 
bien de Iccours (c r^unillciic dans n ocre 
indthodc. Une longue habiciidc de n'en- 
tendre que des Écriviiins ijui s'expri- 
ment parfAircmcnt d: t]ui nous prcltn- 
rcnt en matière de langage, ce que nous 
ne trouverions point par tous le's eflorts 
imaginables j une habuudc irès-lbutenuc 
de Tes imiter (Se déparier d'aprc^s eux; 
un foin perfiivtrant de fermer la porte 
à tout ce qui cfl baibare Ôc hors du ca- 
rA^èrc de la latigue \ ajoutez à cela l'a^- 
rcHpidn des maîtres i faire remarquer ce 
caraAère de la langue , tantôt liir un 
point , tantôt fur un autre : c'eft une nc^- 
cctfità qu'un jeune homme long-tems 
mené par des exercices auflî fûrs , ac- 
ijAiièrc du -difccrnement % que le goût 
commence i fixer Ion choix ; ou'il iachc 
faire une jufte prcfcrence d'im tour 
dç phrafc , <!' être railbnnablcmenc 
choqué d'un autre. 

Ce qui l'embarallc à préfc:nt le moins 
cVft le l'ens des mots » parce que dans 
ce grand uiage du bon lur lequel nous 
avons tatu iniiilé , les mots s'unillènc 
AU% objets du difcoMrs Ibuvcnc (ans la 
moindre arretuion lur le lien qui les 
attache. Tout aide cj:rtc union, les 
mouvvMwen'i des yeux , le ron , les .\c* 
cens de la voix,lc^ jjelUs, la rcîcura» 

K.vj 



•< ^ » 



■ i 



a 



« 



•* mi'^'* ''*'' 



V 



% 



l 



:) • 



118 La MAcani^ui 

«on ftrfqiîcnrc : tous moyens propres i 
aflFeniMr rintcliigcnce. Ainli iê tornic 
la raifon telle fe fent*, de fe plaît en« 
6n i marcher (iule. 
Terni iVém- ' Oft à^prcMènt qu'il cft i nropos de 
auc u langue f^j^ç p^^f jç g^çç ^ pour Ic latin ce 

' qu on fait avec tant de (ucces pour les 

langues vivantes. Quand on les lairpnr 
ulagc , on peut fc mettre a lire <S: i 
illivre avec foin les Grammairiens qui 
en ont le mieux écrit , '^ ^^'^iÉ'^ 
tour qui jugent le plus làincmcnrwla 
valeur des bons ouvrages. 

^Celui qui s\ippropric par l\\ù?^c une 
langue qu'il ne (avoir pas.^i nLl^cmblc 
d lin homme qui ajoute un nouveau 
fonds de terre à Ton patriqwuîe. Lui 
monrrc-t-on une fai^on Inrl^ de faire ^ 
valoir (à nouvelle acquîliciou dont il 
cft fou occupe? Il ne demeurera pas 
V inditforcnr â cet aviv : c^' li lafiçon de 
s'y prendre eftlfimplc, éprouvée , na- 
turelle i i\ c*eft (ur-iout une mCihodc 
pratiquable ôc qui ne demande que peu 
U'apprèts , il oe s'y refufera pas : niais 
qu'eu ciit-il fait plutôt î Quand on a pris 
goût aux^ncieuncs Ungues, on fait de 
même. On (è jette avec avidité fur les 
mcilleui^ Gnjmmairicns, c\: (iir les plut 
fivyansvuiquairc$*On$*cHVayoiratîpara' 



<-■ 



A \ 




'I 



DIS LANCVftSyUv. //. li^ 

vant au (cul alpcviidc taiu iic^olumei 
cjiii ne prcùuroicnr cjucdo didcrrations 
lur ks mots , uns ortnr a Tclprir anciiac 
fuite d'ob/èts lies. On en (cnr à prclcnt 
le nicrirc,cHc Ton y vient: La rcrccll f^iirc. 

'l'our ce qui s'appelle concordance, 
rOi;ime » analogie, cilipic, pri^nicct^', 
n'cïl plus nouveau. On a une idée de 
CCS diycrtes parties de ia grammaire. 
Elles (ont venues tour à tour *î^' .i reins 
^^jÊ\ les explications des maîtres. Il 
ciFloir nai^uel de vouloir rapprocliei* 
CCS connoillances , pour ainli dire , 
Cparlcs, cS: d'en tormer un corps de 
i;ran)!naiie. A moiiv< ou oiv' n'aime 
mieux prendre le to^ir , tres/bien range 
dans Iv^ écrits de l)oii\ Lancelot, ou' 
dans'^la Mmervc de Sandius , .«||^ms 
le Mercr.rc de Scioppius. *' / 

Il nous rcttc i parler de la rroi- 
licorne (orce de gramimairc ijui elMa 
plus im[H:)rranrc ou la plus noble dans 
lOtudc des belles lettres ic'clUa (àinc 
critique des diicours CV dés écrits. Ayaût 
tous les jours .1 porrcr notre jui^em eut 
de ce i|ue nous enrct)don$ , «Se de ce 
que Mious liions , nous ne devons ni/' 
le louer ijLixs règle , ni le nKpi^(èr X, 
Tavanture. j^ 

Vut de juger cjue nous pournwS 



- *wy 



>^ 




^: 




^ 




1^ 



/ 



/ 



JÊ^- 



A^o La MécANiQ^ui 
juftcmcnc nommcx ts Logique des Arts', 
pprcc danlj^s livres de Cicéron , tan- 
toc Je nom de GhJIhs , tanrôc celui de^ 
Sapiemia y (\m cous les deux (crendéfrt 
en .françois par le terme engoue. Ce 
beau fujèc par lui-mcmc lî^ajioiiït de 
bornes ; à -quoi nç peuPfl J>|ji;s*écen- 
dre ? renfcrmpns-ijous dans ce qui a un 
rapport exaâb à notre objet aftuel , qui 
cft de former le goût en ciîfcignant 
les langues. - -. 

Zes principes de la [Critique au 
du goût Littéraire. 



Troîfîème 

<Çram maire. 

Lai criïï^. 



■^ 



A 



) 



D A N S Ics^ arcs il ne faijt pas cotl- x 
fondre ces trois termes \ génie , goUt :, - 
^Javoir, Ils expriment des cnofès entiè- 
rement différentes , mais qui s'çntr'ai- 
dent , & reviennent à 1 unitc. 
LtG^JRie. Le Génie cft cette pénétration , on 
cette force d'intelligence par laquefle 
un homme fiifit vivement une choie 
1 faite ou à fiirc , en arranee en lui- 

même le plan , puis la rcamè an de- 
hors, & la produit foit en la faiCuv; 
comprendre par le difc6urs , (oit eî " 
• rendant fendblc par quelque ouvrage 
de fa main. 
i* couu Le Gouc dans les belles Icccrcsy çornme 



.%■ 



/ 









■ ' » 



vDES /LANGTrESjZ/V.//. l^t 

en tottft ptrc ckofe , çft le fcntimcnt * 
'^ii beau y Tamour du boti , l'acquicfcc* 
ment à ce qui cft bien. . 

Enfin/ le Savoir eft dansJcs arts la Le 
rechcrçlic exafte des rcglcT^^qne fui- 
vent Us Artiftes , & la compnsrailon de 
leur travail avec les loix de la vérité , 
&c du bon fens. 

Le génie vient *aa monde avec nous. 
. Chacun a un tour d'efpf it qui lui cft 
p/rticulier *, comme il a ui> tour d» 
viiagc fqiii diffère des traits d'autrui, 
Chacim a fa mefiire d'intelligence", & 
une pente prefqu'invinciWe pour un 
certain genre de travail plutôt que pour 
im autre* Le génie ne peut guère de- 
menrcr orfif : il faut qu'il fe déclare. 

Il n'en eft pas tour à fait de même de 
ce qu'on appelle goot. Il fe peut ac- 
quérir. Celui en qui le fentimçnt du 
beau eft naturellement jufte,, peut ne le 
point produire au dehors , ni l'exercer 
faute d'occafion. Cehii. qui en montre 
le moins peut réveiller , ou le voir 
naître cû lui par la culture. Il n'y a 
perfonnc qui n'acquierre quelque fcn- , 
iîbilité , & plus; ou moins Je difcernc- 
.ment par la dexténté d'un bon maître 5 
par la compafaifon fréquente cïjuQn lui 
t)dt faire des bons ouvrages , & par la^ 



SaT«ic« 



^^. 



/- 



^ 



V 



r- 



j ' 



xji La MicANiQjji 
confiante habitude de juger de tout, 
fuivani.dcs régies fenfcfcs ic lumineufcs. 
C'cft te favoir qui fci hii adèmblc. 

Le favoir n'cft naturellement donne 
à pcrfonne. Ceft le fruit du travail , 
& des enquêtes. On acquiert en ccou^ 
tant les maîtres > en étudiant' les ré- 
gies- que les âfTirres fuivent , »Sc en fai- 
wnt chacun à 'part fe? propres femar- 
qbes. La fcicnce eft toute entière dans 
rcntendemcnr. Il y à loin d'elle an goûrl 
Mais le^oût en cfll aidé; Â: affermi. La 
force de celui-ci câ dans le fentimerit >. 
& dans l'agrénîcnt de llrrfpreflÎQn que : 
le beau fait peu % peu fur nous. 

Un homme qui deméuroit froid de- 
xant les gravures d*£delink , de'Pcfne, 
& de Sadcler , ou qui v^yoit du même 
œil les eftampes hiftoriqucs de Gérard 
Audran & les images de Malbouré, 
peut revenir de fon indiSgrence , ou de 
la méprife. Quelqu'un lui conMlle d a- 
prendre les principes du; deifeing : il 
profite de^ lumières des.grànds maîtress 
loit en les écoutant , fpit ';cn les lifant. 
On lui fait toucher aii dpir en quoi 
celui-ci^. excelle, en quoi cet autre pé- , 
chc. Le bon: fen-s <^ la raifon qui font 



' /, 



fês 



premiers maîtres lui dccouvrcnj: 



fexadtitiidc des bonnes régies , & leur 



» 



# 



^ \' 



DBS Langues, £/t;. //.' 155 

fondcmcnr. dniii la naturp. Il les appli- 
que à relie ëc a relie gravure , a rcl 
&: â tel tableau. Lç di(c*ernemcnt s'af- 
ftrmirpar la comparaifon dq beau avec, 
le médiocre , & avec le mauvais. Le 
plailîr &: le fenrimcnc ruivenc. Voilà le 
gour a la fuire du favoir. 

Mais qnoicjne l'ctude &: les connoif^ 
fonces puidtnr beaucônp conrribiîer à 
former le gôùr «Se à le rendre plus vif, 
il ne faut pas borner l'acqnihrion de 
cclui-ci au lecours des prcccprcs , m 
croire le goiic renferm^' dans ks livres. 
De grands Princes qui Wctoichr point 
favans , â<: que les fo'ns du gouverne- 
ment détouriio'enr avec riiifon de vou-' 
loir le devenir,^ n*onr pnslriflc de mon- 
tter un goûr noble &: ddlicar Leurs 
monurhens en font la preuve. Où ont- 
ils pris leurs leçons^ fi ce n'cfl: dans !i 
canvcrfarion des grands Arriftcs^j de 
dans la comparaifon des beaqx ou- 
vrages? 1 

Comme on peut donc cnfcignei^Jes 
fc^ences , on peiît \au(îî donner des le- 

1"*:' A / ^ V 

çois de gour : Se il n'eft point tare de 
voir un hoïnmè, anparavant inftniîbls 
à la beauté des ouvra'ges de l'art, de- 
venir par degré amateur , connoilTcur ,. 
f:bon juge, . ' 



r'. 



- / 



4P 



4 






./^ 



■f! 



J 



■^ 



.\ 




-:vv 



^ ' 



^ - 



* . . . ■ ■ 

. 1 34 L A Mi ô' A M 1 <xyt 
, ; il n'y a qiuc le %én\ç qui ne puiïle hî 
,.S*acquerir , ni s*cnfcigncr : & quoigu'il 
^pivc beaucoup à la bonne culture > .il 
ne ftut point attendre de riches pro- 
/dudipnsdc celui ,i qui le génie man- 
que. C'eft aux hommes forts & vigou- 
reux â fe prcfencèr aux exercices vie- 
léns. Un tempérament foible en/Oèroic 
plutôt accablé que icrvi : mais(U peut 
être (pedateur & juger des coup>-^_> 
Cette divcrfité des efprits eft comine 
celle des corps. C*eft un préfent très- 
libre'dela Providence qui diverfîfi^Tes 
talents , & les proportionne aux besoins 
de la fociètéou elle les place. En même^ 
tems elle nous a lai lie le (bin & le mérite 
dé la culture. Elle a voulu que chacun 
acquît fa mèfurç dct favoir (êlon le 
degré de fon travail , & que fon goût 
devînt jufte à proportion de fon aâi- 
viré à ne fe point méprendre. 

De ces trojk' facultés la moins com- 
mune eft le génie •, la plus ftérile quand 
elle eft feulejeft le. (avoir -, la plus dc- 
firable de tonteS'jflUe goût >, parce qu'il 
met le (avoir en œuvre , qu*ir ^pêchc 
les écarts ou les chutes du génie , & 
qu'il eft la baie de la gloire des Artiftes. 
11 eft imitile de nous étendre davan- 
tage fur le génie. Ce qiii nous eft poffibli: 



'^S^2 



i cet égard cft de le faire vlo^r où 
d*cn- réparer la modicité par d'auçrcs ; t 
jjvantagcs. On Taidc en ouvrant par- 
tout des écoles. où s'cnfcigntnt Tes clé- - 
^NHicns cfc chaque fcience. Nous avons 
beaucoup de (ecourspour acquérir les^ 
régies. Mais les leçons de goût font , 

mpins comniimesr. Si. cependant les bpns V 

modelés orrtcs ^vis d'un bon inajtre , 
ne dcveloçpent 3c ne fcglcnt en nou;s 
ce (entimcnt , nous ne pouvons ni nous % 

faire honneur de nos ralcns , ni fcntir 
le vrajumériDe. de. ceux des autres. V 

Chaque_g/t (Se chaque efj)cce d'où- - 
vrage a fes régies. Il' s'en forme autant 
de fciences à part , ôc on les étudie '^ 
fçlon le befoin qu'on en a. ^ \ ' 

Klais les^ principes du- goût étant la 
fource des rplaifirs de relprit , & de la 
judefle quil fe trouve dans les opéra- j- 
tions du geW, perlonne ne peut rai- 
fonnablcmenr négliger de s'en inftruire 5 ' . 

& ils demandent fi peu d'efferrs ^pour . f 
erre, entendus , qu'ils doivent^naturelle- 
ment faire partie de la premièrecukLire. 

Puifque le goût qui doit diriger le i-'orîgme dt 

génie & roettre le prix aux ouvrages t^^c^eilc? ^^ 
de l'homme , confifte efTentielIement à 
fcnrir ce qui cft vrairnt^t be^u , ce qui ., / ♦: 
eft vraiment bon > notre premier intérêt ' ', • • 



r^ 



ê 



■e 



JT' • 




.^'1 



/" 



V 



r t- 



X 







vr 



<. A.-' 



'x 



c 



1}^ La M4c AN iq^uÈ 
cft de ne nous pas laiirtr fdduire' pjrr 
un^ fauflc apparence de" bien , & de 
ne pas con|bndre la beauté- avec le 
fard qui la concrcfaic ; quelqnefois la 
cache où elle eft , quelquefois Tan- 
nonce où elle n'cft pas. Commençons 
donc par lavoir quelle eft la marque 
fûre , le caraâcpc reconnoi fiable , qui 
imprimé fur*" une ptoduilion dé Vhom- 
itie nous met dans le droit & dans la 
néceflîté de dire quelle eft belle ,.qu*elle 
cft bonne. 

Nous n'avons p;js tant'' befoin de 

'nous occuper ici de la beauté morale, 
que de k beauté artificielle \ je la beauté ( 
que rhorrime peut mettre dans les dii- 
vrages qui lui furvivent. Celle- c; eft 

. de deux fortes : il y a la beauté réelle , 
& la beauté de reflemblance. La beauté 
réelle eft celle qui fe trouve^ans un 
ouvrage que l'homme a entrepris pour 
fc procurer un fervice efféâif. Telle 
eft la- beauté d*un palais , d'un jardin, 
d'un pont , d'un batinkiit de mer. La 
beauté, do reflèmblan ce eft l'imitation 
d'une chofe abfente qu'on fait 'conce- 
voir fans la metfre fous le^ yeux. Telle 
^ft h beauté d^c hiftoire , d'une fta- 
tuc , d'un panégyrique , d'un tableau , 
qui fom autant de repréfcmations àt 



\^ 



DES La'N'g UPS,Z/V. /A 257 
ciiofcs qu oifi ne voit pas cii cllcs- 

- méfies. 

On peur confiddrcr lattp.iicc icdle /a b:auic 
dans fa naiflançe oti dans les diverles'**^^** . 

' copies & rcpcriîipns qui en ont été 
faites ,& qu on en fait rous les jours. ^ 

Les ouvrages ancienncnicm iriventcs ont 
befoin pour être figement reproduits 
& misa notre u&ge,vd'ctre fbiis la coh- ! . 

duice du favoir ôc du goût:? 4"' ^^n- * 
tenr cç qui cfl: bien^mais qui le trou- ' 
vent fait , ëc le rendept^'prohrable ians 
l'avoir invente. Le génie prend parc a 
ces repctitions'& y met du hen a pio- 
pdrtion quM *en corrige les défauts, 
qu'il les.enrichir de quelque utile nôu- V 

veautc , qu'il les amène à un degré 
de perfeélion préccdcmmcnt inconnu. 
Ainiî, (oit qu'on coiiiidère "les ouvra- 
gés d'c l'hpmme dans, kur commence- . 
ment /foit qu'on les, côniîdère dans ^ 
leurs progrès foccefi^fs , c'eft le génie 
qui cft le père de la première beauté 
qu'q* y trouv^. Se des accroillèniens. 
qu'elle reçoit. D'où il fuit que la beauté * 
réelle ôc de même rimirariojn indu- . 
ftrieufe d*une chofe 'abfencé , comme , 
nous lemontreronsVans un inftant , n a 
rien qui la devance & qui rannoncc. 
Cèft une création neuve. Aufli ne ' 



,.'/ A 



''-K 



y. 



V 



\ 



■f' 



•J^ 



ï^ . 



l'y '-. 



15S La MécANiQUi! 

louons-nous guère les Actiftes que dans 
ce q'Tih proiuffenc de nouveau & du 
leur. Mais la bcaucé n'cft pas à beau- 
coup près infeparable de la nouveauté. 

Le /plus (ûr moyen de connoître la 
nicure de" l:f beauté arrificielle cft de 
voir où le g^ie la puiKe , ëc de (èritir 
coiTibicrn il ù miprenJ quand il quitte la 
véritable fource pour chercher le beau 
aii^s une s(urre qui ne le produit pas, 
N'cft-ce ^^as dans la connoiflànce de 
phi (leurs, chofes déjà belles que Thoiii- 
^e prcn-M'idec 4*une beauté plus gran- 
de , ôc n*eft-cc pas en rapprochant plu- 
fîeurs bçaucés qu'il dévient auteur d'un 
tour plus parfait? 

Voila l'école du goût, & Tencoura- 
gement des bons ouvrage?, non larfour- 
cç de la be^iuré. , La'^^ue du beau en 
aide le difcerriement. Mais ce n'cft point 
iâ l'origine ou le principe de la beauté, 
qu'ireft donné au génie de produire: 
& quoique de plu/ieurs choies fiparé- 
iBcnr belles, on purHfe formet un tout 
très-beau , cer. beautés de détail ne font 

Ïoint te qui a produit la beaucé de 
enfemble , ou h beauté toute neuve 
qui (ort tout a coup de la fîige union 
-de pliiiîeurs pièces*. Il peur au contraire, 
de jlulieurs pièces méine fappofc belles, 



DÈS La NCUIS", ZL/V.//. l^f 

ré„fvilrer un aflembKigc fori laiJ, une 
boucicjuc'de brocaotcurViin vrai cahos: 
de de pludeurs parties qui nom aucune 
beatré aftuellc le génie de Thommc 
peut tirer un tout très-beau. Ce n'cft 
donc point Mans des beâûccs prcexi- 
ilantes qu'il, faut prendre la vraie idée 
dé la beauté : & il nVft point ncceflaire 
que les élémens du beau ayert par avan- 
ce la beauté dont on cherche roriginc, 
' Dicp a voulu au contraire qu'où tout 
paroilloi» brut , engourdi , ôc fans grâ- 
ce , refprit de l'homme pût^ y mettre 
l'ordre . la bien/éance , & rurili^té *, en- 
fof^re qu'Sn vit paroître Tiir laterre'un 
ouvrage tftimable qui n'étoit point 
ïbrci de la main même dii Tour- puit 
fnnt. Telle eft la gloire dont il nous fait 
part. u '- 

L'homme voit ' fous ks pies des ar- 
doifes d'un coloris lugubre , des pierrçs 
maffives^des fables difper fés, des ar- 
bres abbatus & prêts à fé pourir. Tant 
que ces corps demeureront ainfi épars 
à l'avanture , pea lui importe qu'ils 
foicnt d'une couleur ou d'une .autre, 
qu'ils foient durs ou flexibles , qu'ils 
fuient d*unc petite taille ou d'im ample 
•volume. Ces qualités comme le plus & 
le moins dan^les mêmes^ qualités ^ ioDt 






^H% 



V 



, r 



J 






-■î. 



24o> La M^CANîQ^tyi 
pouf lui /chofcs indifT-Tcnres. Il ne lui 
en revient ni plaifir , ni profit. V 

Voici du changement. L'homme qîit 
connpît de quoi il a befoin & de qioi 
il cft cipablc, délibère en lui-même fur 
le tour. Il examine pe que ces pièces 
foBc chacune à part dans leur propre 
nature : & quoique laides ou délagrda^ 
ialcs dans leur état aAuel , il prévoit 
une nouveauté qui fomira de quelques 
aprèfs donnés à ces matières , & de leur 
réunion. Il place en conféquence Jês pier- 
res fur lés pierres : il appuyé les petites 
for les grandes : il en maintient l'alîèm- 
blage par les bols qu'il ctcnd defliis , & 
àjoiite à la charpente une couverture 
d'ardoifes. L'ouvrage achevé , il jouit 
dlTefïct prévu, & il s'en félicite. En 
cela comme dans Ton domaine il eft ri- 
mage du Tout- pui fiant qui créa difFé- 
rens ctres , ^ qui vit avec complai- 
lânce que chacun de ces êtres mis en 
pla ce étoit très- bon. - 

Il trouve de même fous fa ma|n, 
ici des parcelles d'or bu d'argent , la 
des grains! de ciMvre , ailleurs des mol- 
ccaux d'acier. Toutes^ ces madès refte- 
ront pendant des fiéclcsdans leur grof- 
fièfcté fans arrangemertt , fans beauté ^ 
Éùis Utilité , fi 00 les laiiTc où ellei^ font. 

L'cfprir 



x 



%-^ 



•j 



vT- 



L'efprit de rhomtnc S'ingèrc-t-irde met- 
tre un ordre & des rapports entr'ellesr 
Ces métaux fe façonnent , s'cngrainent , 
s'affc^blent en une montre donc les - 
roues , les aens , les pivots , le reflbrt^ , 
le balancier , & l'aiguille horaire pren- 
nent une (or te de vie , marchent ^ êc \ 
produifenc à la fois le beau par leur 
accord, & i utile. par la perfévérancc * 

d un effet régulier^ 

Vous voyez la beauté naître tout à 
coup où elle n étoit pas. Elle proyient 
du raifonncmenc & de Pintention de v 
l'homme cjui a mis entre cfes matières 
détachées & défotdonnécs , une union 
de une harnionie, qui imprime fiir le 
tout un cacà(5tère de rai (on , comme 
nous voyons la Sageffc divine impri- v 
mée en grand fur la nature entière. 
Avec la beauté ^fous voyez naure la ' 
bonté. Celle-ci provient encore de l'in- Ongirrt an 
duftrie de Thomme qui par un jufte ^^'^* 
afTortîment dp pièces dirigées vers une 
même fin» a (u ramènera fon utilité» 
des;Corps dont il ne tiroir auparavant 
ni fervicc ni profit. ^ 

. Une chofe eft donc belle dans les 
arts comme dans la nature, quand les 
parties qui la compofent ont entr'elles^ 
une jufte proportion , des qualités qui 



^f. 



#■■ 



■i 



' / 



«#>• 



l/--' 



141 ÎA MiCANtQVB 

ne iê démenant point, & qui tendent 
toutes à une même fin > en^brte que 
celles d'an haut ibienrt parfaitement 
d'accQrd avec celles dtjLmiliea 9^ que 
les unes comnae les autres ne (oient pas 
^n CQt^tr^iétion avec celles d'en bas. 
Vt)us Voyest un chien de cour qnr'étale 
une groflie tête , & une large encolure. 
Tout eft bien ju(queli« Mais il a rœil 
petit» les paupières rouges & mal (ai- 
nes : fon dos va^cn s'éfilant. Il eft éflan- 
que: il a la patçe roide & maigre. Ce 
fi'eft point la un bel animal. Si de même 
une maifon eft ba(Iè & accompagnée 
d'un très^petit jardin» en ferôit*on un 
Beau corps de logis pour y avoir ajouté 
une grande façade ? Ce ktok faire de 
î)tUes prbmtflès Se donner peu de cho- 
^. Eût-on mis entèmbte dans un en- 
clos toutes ks plus belles & les meil- 
leures plantes , n on ne les c(pace, û on 
ne leur affiga&des places propres à faire 
:valoîr leurs avantages , elles s'entre- 
^ftou^ront ; de il.s'en formera , non 
un jardin jl miBS une friche* 

Pour mieux ordonner ce terrain vous 
:<oi^ltez peuc-icre un homme plus àr- 
iphiteAe ^ue jardinier. Il place ici des 
colonnes » U des va(ès dorés , ailleurs 
4ç§ ft^c^el 18c àçs marbres. Chaque 



DBS L A H «^T^ B S , Lh. IL 14) 

piéco peuc être bonne* Mais une eau 
pure èc abondante s'aflbrciroic mieux 
avec la verdure : c'eft là ce que la na- 
ture a d^e plus beau. Or ce qu'elle étale 
en grand » un jardin le mec en petit 
dans l'habitation de Thomme. Telle eft 
la première intention d'un jardin. Il 
n'annonce ni marbre ni dorure. 

Le premier défordre qui ^te à une 
chofe la beauté qu'oh y fbuhaite, eft 
donc de rapprocher des parties qui font 
(ans accord & fans proportion. C'eft 
attellcif un beuf & un âne à la même 
charge, La fecpnde fourcCfde diffor- 
mité cft de vouloir faire un tout de 
chofès qui tehdeîit à des fins différent 
tes de (ans liaifon. La fuprême diffor- 
mité eft de mettre enfèmole des chofes 
qui s*cntredétrui(ènt. 

Il fè trouve au milieu d'une ville un 
grand terrain libre & qu'on veut em- 
ployer au profit du Public. On peut en 
faire ou tin marché commode » ou une 
Eglifè fp^euTe. Mais rien ne feroic 
moins beau ni plus mal entendu que 
de vouloir , parce que ce terrain eft 
grand , le couper en deux pour y unir 
une Eglife & un marché qui fe gêne- 
roienc téci^roquenient. ^ 

L ij 



\ 



1- 



• 



v.^- 



I- 



/■ V 



y^ 



X44 La MicANiQuj 

Dc-U vient qu'on n*a jamais fait cas 
«func pièce de poë(ie> de peinture, pu 
autre > qui préfcntc pluueurs a^ftions en- 
tortillées Tune dans fautce , ou coufues 
fans vraîfemblarice. L'efprit eft occupé 
de la marche d'une aâion. Il afpire 
après le dénoument > & n'aime pas â 
s'en voir détourner. par une a6kion diffé^ 
rente qui vient à la.traverfc. Que fera- 
cc fi luric jute contre l'autre par des 
caradtères oppofés ? Il y a cependant 
des cas où cette oppofition étant très- 
galTàgcrc , forme un contrafte qui 
ahitue- Ixfprit par une agréable diftrac- 
tion. C'eft ainfi que les Cartaginois de 
VirgTC Teffembient dans leurs travaux a 
un eflàim d'abeilles difperfées fur la plai- 
ne ', & qu'au contraire ks abeilles dans 
leurs différens ouvrages , imitent rafti" 
rite des Cyclopes dans leurs forges. 

Soit donc que vous mettiez enfem- 
ble des pièces élémentaires , qui n'ont 
encore aucune beauté , comme quand 
vous aflèmblez des ma tériaaxmaflîfs 
pour en faire un corps de logis •, foit 
que vous affembliez des pièces déjà 
«nies 5c belles par elles-mêmes , comme 
font des arbres , des légumes > & des 
flçprs ) la heoHti de t ouvrage yw vom 



\. 



].' ©ES LAKGUES5 ZiV //. 14f 

tfl fr dure confifte dans raccord & dans 
furjite. 4 

Voilà le principe du beau dont rhom- / 
me peut étrcauteur. Celui qui ne trouve 
pAS cette fouirce en lui-même fera fagé- 
ment de jouir des inventions id'autrui,^ ^ 

fans produire les fiennes. Que produira- 
t-il de beau qui foit à lui ? 

Nous donnons enfuite le nom de Larou^tf& 
bon à un ouvrage, quand avec rintelli-[^J'^^^^" "^^ 
gence qui en accorde toutes les parties ,, ' 

il sy trouve un *jufte rapport d,*utiliré 
avec nos befoins : & le bon va tou- 
jours en augmentant à proportion qu'il ' 
contente à la fois un plus grand nom- 
bre de nos facultés. 

La beauté & la bonté entrent dans ** 

les avions comme dans les ouvrages * 
manuels. Nos inclinations &c nos goucs 
font auilî bien que nos productions , 
reflfèt d'un difcernemcnt jufte , ou d'un 
choix caprîçieiTx. Clcante aime les oreil- 
les d'ours , & les tulippes. Quand le , 
printems & les tulippes fontf palKs if 
ferme fon jardin qu il tenoit ouvert 
aux curifeux : il paflc onze mois dans la 
folitude pour dénommer & étiqueter 
toutes fe$ richefles ; P^ur mettre un 
rapport parfait entre (es oignons Scks 
livres j pour éprouver , facer , & mé- 

L iij 



* 



^ 



^ 



j 



j 










'"!>*' 1T; 






l^t- ^ 



miré 



^ 
■^ 












^ \ 



/ '■ 



246 L ^ Mi C A N T Q U E 

ïangcr^cs terres , le fable, rargilc , & 
le terreau. D'année en année nous de- 
vons à {ts (iicurs le plaifir jd*unc ou 
deux vifiçes rendues a fa belle plancfiic 
au mois de Mai dans Tc^pacc de quinze 
jours , pourvu qu'il ne pleuve poinr. 
D'autres croyerit fe contenter plus rai- 
fonnablemenr & nous obliger mieux ct> 
mettait dans leur jardin une belle f^c- 
*ceflîon de fleurs , daiij^imes, & de 
, fruits , dont toute l'année fc refTente. 
De ct% deux curiofités on fent quelle 
cft la bonne. 

Ariftc a pour méthode d'exercer 
l'hofpitalité envers tous les inconnus 
ou Etrangers qui fe préfentcnt â fa 
porte. Ceft im heaii trait d'humanité- : 
c'eft une ^<7w»^ œuvre. 

Miis Philopone a une autre maxime 
dans le bien qu'il fait. S'il donnoit à 
Tavanture il craindroit d'aurorift'r la 
iainéantifè. Il cherche dans cette vue 
quelque famillq laboricufè , mais endé- 
tcc & pourftiivie. Il en empêche la ruine 
par un (ecours placé à propos, & la 
met en état de fe foutenir déformais 
par fon propre travail , fans le (ccburs 
d'autrui. Cette adtion eft plus belle; 
._ puisqu'elle produit un bien (moins fuf- 
pc6t & plus durable. ( 



< \' 



/ 



1 

Eiidoxe va plus loin. Ce citoyen bien-- 
faifant s*affligeoic de voir dts maladies 
occafîonnécs par de mauvaifes eaux 
dans tout m ^uanier de fà ville na* 
talc. Il avoir fondé un hôpital pour y 
foulager au moins les plus pauvres , éç 
les plus maltraités. Voild une adlion 
louable & digne de la reconnoii^cc 
publique.; 

Les réflexions ^vi^enncnt. ' Euuoxe 
trouve ce bien trop borné. U a re- 
cours à un meilleur remède'' > ôc em- 
ployé (es r-icheflcs â introduire dans fa 
pacric des eaux (aines & abondantes, IL 
délivre ks concitoyens , de celles qui 
les cmpoifannôiçnt. Cette œuvre eft 
bien fupérieure a Tautre. V.oilà le bel 
emploi des ricHefîès & k y rai bonheur 
dès riches. Ils peuvent mériter les élo- 
ges de leur ficelé 6c de toute la pofté- 
^rité. Sans dpute il eft beau de fouLiger 
des malades. Mais prévenir le mal 6c 
fupprimer la caufe mcme des maladies, 
c'eft le trait d'un pcre -, ceft ce qui 
approche le plus de la grandeur des 
œuvres des Rois ] c'eft imiter t)ieu^ 



ifi 



même. 



Dans 4ç fer vice du particulier , com^ 
me dans celui de la fociété , le mérite 
de chaque chofe eft proportionnel à fon 



\ 



x 



^ 






^ 



t 



^ 



« â- 



•^ f 



14g Ca MicANIQUS 

érendue , & â la farisfadion de nos (}f^ 
ycrfes facultés. Une maifon pa'dè pour 
belle & commode quand elle réunit la 
facilité de la route Se de Taccès , une 
façade avantageufe y un intérieur qui 
y répond par tme diftribution jufte, 
par des jours favorables , ôc par la vue 
de la campagne V pourvu qu'en même 
tcms on n*y fait pas étourdi par les 
clameurs de par le fracas d une lavan- 
dcrie {âacéc dans le voifînage. , qu'on 
n y foitpas infe<5ké par Todcur des eaux 
. .croupiffantps , & qu'on rfy refpire pas 
les exhalatfons d'un marais fans écoule* 
ment. Iba^ beauté ni la bonté ne peu- 
vent (ubiîftei: avec la certitude d'un mal 
préiênt , ni tenir contre le danger qui 
nous menace. L'épée (ufpendue a un fil 
for la tcte de Damoclès troubla toute 
ik félicité > parce que l'homme c^: 
touché de ce qui brille s'il en peut.i 
tué ou bleflè. - 

De ta forte le beau fc trouve qucfc- 
qucfois fëparé du bon. Mais ptefque 
par- tout cette harmonie qui faitqua- 
arcr enfemble des natures différentes 
êc les dirige à une même fin , d'où ré- 
fulte d'abord 4a beauté y produit auflî 
en con(2quence notre utilité, Quand 
ccUc*ci ixe $7 rencontre point , à peine 




DBS LAMGTIfS, Liv.7I. '249 

dit-on d'une chofc qu'elle cft belle : les 
^ pcrfonnes fcnfccs la méprifent. - 

DcJà vient qu on a coutume de con- 
fondre très-conimunéiTient & fans rii^ 
que , les termes de beau ôc de bon. 
Nous pouvons donc par la (iiîte ex- 
primer* fuffifamment ces deux effets par 
un feul terme \ Ôc ne plus parler que du 
beau. " 

, No^ connoiflbns le caradère ôC la 
nature de la beauté^réelle. Nous c« 
découvrons la fource dans la fécon- 
dite du génie de l'homme , & dans 
radfçfle de fes mains qui ordonnent çc^ 

?|ue d'autres laiflbient cojifus & fani 

Nous -avons à préfent imc attention ^^>autM« 
fpéciale à donner â l'autre^ forte de" *"^ *^*** 
beauté qui dl encore l'ouvrage de Ta te 
ou de rintelligence humaine : c'eft celle 
qui provient de l'imitation des chofes 
abfentes vues ou conçues , faites ou fai- 
fables : & nous les injitons pour pro- 
curer aux hommes l'avantage de les 
fcntir quoiqu'elles n'ayent peut-être 
jamais exifté que dans notre pcnfée. 
Cçft ainfi que Racine nous a montre 
Achille 6c* Mitridate en les peignant 
d'après l'hiftoirc. Ccft ainfi qiie Cor- 

L V 



c 



- \ 






150 Xa MtfCAKiQUB 

• neillc Éins le fecours de l'hiftoire V notif 
, a peine les caraâère^ implacables d'E- 
mitie & de Rodogyne d'après tes riches 
^^porrraits qu*il s'en croit formés. 

Qjjand on exprime ce qiji cft, ce qui 
(c voit , ou ce qui a été vu -, le^ mérite 
"^ de la réprcfcntaiion confifte à rendre la 
nature trair pour trait, fans y rJin ajou- 
ter , fans y riea, retrancher. ' , 

Quand on iilventc ou en entier ô^ 
en partie, une entreptife , une aétion , 
un t;araâèrcT la beauté de Tinvention 
confifte à ne ft dànentir en rien par des 
traits contradictoires , & â ne jamais 
ibrtir du po^ble , ni du vr4ifemblable. 
' Autrenient tout dégénère en idées Ro- 
manefqués & en métamorphofês; -^ 

Nous n*examincron$ pas s'il faut plus 
de génie pobrprodtrîrç des beautés réel- 
les que des beautés de fimple imitation , 
pour conftrutrc une digue ou un palais , 
que pour composer l'Iliade ou ks AdeJ- 
phes. Il (uffit de voir que le génie fe dé- 
clare dans ccilcs-ci comme dam les pre- 
mières > par lafinefle de foh invention , 
par l'ordonnance ^es parties, parla 
dextérité des contraftes qui mettent' les 
chô(es en oppofitiooponrîftrcft rç^le 
icnchnej|ic jplus vif > enfin par k cho;:^ 



-- ---^ 



«Nk 



judicieux des circonstances les plus pro- 
pres à faire fencir ce qui doic marquer 
le plus dans le fujèc. i 

Un peintre qui repréfente un/grand 
arbre prêt à tomber ious la coighce du 
bûcheron , ne peut montrer qu'un itl- 
ftant de^ttc aikion : la coignee eft 
levée : mais elle demeure en l'air, Ulfn- 
ftrumenc , Thomme, & Tarbre fcmblènt 

JctJriiics. Mais où vous^nc voyez rjcn 
rânler ni changer de place , radreiflc 
du peintre^ ]r fair mettre du mouTèmeht 
ôc un progrès fucceffif , par le choix 
même des circondances. Au lieu clc 
montrer le premier coup donni i l'ar- 
bre , il vous tranfporte à la fin de Tac^ 
tion. L'on croit voir tout ce qui a pré- 
cédé- L'ouvrier eft en fueur : kilingt 
qui le couvre cft collé fur ks épaules. 
X'entaillc faite au tronc cft profonde > 
& les coupeaux épars achèvent de faire 
entendre ce qu'il ne pe^t montrer» 

Le Génie fe produit ainfl en cent 
fa^ns jdans les chofeç mêmes où il pa- 
xùït le moins libre. TitÊ-Live , comme 
tous les hilk>rie]is » efl: commandé par 
fâjpatière. Il n'y peut rien changer* 
^^isil fe diftingue des autres par les 
refloiirces que fon génie fait lui fournit 
à tems pour rendre fon iinitation plus 

■ L yy 



^ 



/ 



">, 



/ 



♦■■ 



?«>l 






'•■\ 



N 






'# 



251 L A M ACÂIÏIQVI 

V variée. Defcriotions locales *^difcours; 
porcraks , cQutumes » recherches, di- 
greflîons , tout cft fagement employé 
tour-à-tour : & fans paroîtorc ruilk-parr, 
il n>ène les Leftcurs a fpn gré. 

te Génie k montre plus à fdécou-'^ 
vert dans les fujèts dont le fond y quoi- 
que connu , le laiffc maître des iirua- 
tions&c de Tarrangcmcnt du tout. On 

yÊvoit qu*au iîége de Troye dans un 
cbn(cil de guerre Achille avoit eu un * 
démêfcé fort vif avec Agamemnon gé- 
néraLdçs troupes Gréques. Ceft ce que 

, l*hifïoire ou la renommée avoit uni- 
quement appris à Homère. Mais lesu 
l&pifodes , les vingt-quatre livres, & les 
vingt-quatre milk vers font Touvf âge 
d'Homère. Twit cft a lui.* 

Si nous avions à confidérer Tufigc , 
de la liberté de lliomme , nous éta- 
blirions avec foin la nature de la beauté 
morale : & il ne feroit pas difficile de 
faire voir quecon(tftanc toute entière 
dans les aâions de la volonté , elle ren- 
tre d^ la nature de la beauté réelle 
qui plaît , non par une fimple reffèm- 
blancc , mais par Fordre qu elle met en 
tout^ & par Tutilité qui en revient à la 
focfété. , . 

Cc(t« beauté de la vertu > la pte- 




■» -\- 



pis Langues, Z'/V. /A ^ 1^3 

mièrc de toutes les beautés ,.n'cft point 
ce qui nous occupe ici -.nous pouvons ; 

de même nous difpenfçr de fuivrc Iles 
produirions innombrables qui intérêt | 

îènr le corps par des Services rcels,& j 

nous en tenir à celles qui ne. font que 
des reficmblances propres à occuper 
l'efprit. Ccflf proprement noire fujèt. 
Quand il s*agit du corps , il tire des 
objets mêmes les fupports dont il a 
beioin. Quand il s*agir de Te/prit , la ., 
préfence & Tufage des objets mêrne ni^^ .-^^ 
lui eft ni néceflàire ni poffible. Il le»*' 
conçoit i (à pcnfée eft Ii part qu'il y 
prend. Il étend par la ^en(ce fa puit 
lance dans tous les tcms. H s'occupe des 
chq)fcs paffees , des chdfes abfentcs , & 
de l'avenir, en fe contentant, des figne» 
que les fcns lui en procurent , ôc en . 
contemplant une imitation qui l'eryin- 
ftruit fuflifamment. 

Ces deux fortes de befoiçs q\ii don- Dîvlfîon *« 
fient lieu, aux deux fortes de beautés ^"'* 
artificielles , font auflî les fondemens 
des arts qui les produifent. 

Ou bien les arts fervent à couvrir le 
corps de rhomnic , à le nourir , à Je* . 
défendre, en im mot à l'aider de telle 
façon que ce puiflc être 3 cfl lui livraat 




-^■♦. 



les trts 



-ijifx La MicANXQui 

ou un corps d'ouvrage fubiH^ant ou art 

Ut «m mî- fcrvicc aÀuel Se pa/lâger. Tels fonr les 

niflérieU. différents fccours de l'art militaire , tels 

ceux de la navigation , de l'agriculcure ^ 

^e la ferrureric , àt la tidèrandrie. Tous 

,ces arts de métiers, (c peuvent nommer 

Us arts minifliriels. \ 

Ou bien les arts fervent a inftruirc 
Teforit par Timication d'un objets ëc 

Ear la judeH^ de la défîgnatioa (thCi- 
Ic qu'on lui en donne. Telles font les 
connoiflànces que nous prennons des 
objets abfcnrs , par la parole , par la 
peinture,, d: par tous les fignesexté- 
rieors. Tous ces moyens' que l'indu- 
ftrie de rhommc employé pour com- 
muniquer fa penfee à ks icmblables 
fans leur montrer les objets mêmes , 
peuvent prendre le nom délits inflrnElifs 
OH imitatoires, y l 

Cette diftinâioh des artf eft fondée 
*& nécéflàire. Toutes Jes opérations qui 
(èrvent à occuper Tcfptit par les fignes 
de chofes abfenres , comme fait un dis- 
cours» une lettre , un poème, un ta- 
bleau > ne font que des imitation^ou 
des avis. Mais Tagricultiite n'imite- f^en, 
L'architefture ne nou^ donne point 
d'avis. La navigation > les axts les plus 



Ç6 



DIS La NOUES, Z^.//. 2fJ / 

«aifs , la vertu elle-même le plus bel 
exejrcice des facultés de rhdmme, nous 
fervent par des réalités. i 

Les arts purement imitateurs ayant, 
moins befoin que les autres du travail 
d^s mains , ou s'excrçant dans un plus 
gif and repos , fe nomment communé- 
ment ^r/j /i^r^^/^^. Les a^itrcsaïïèz gd- 
ncralement prennent le nom à'arts mi- 
canicfHes ; & le travail corporel , qu'ils 
demandent , en a fouvenr fait prendre 
des idées peu avantageufes. Mais on eft 
bien revenu dç cctteodienfe diftincSlion» 
Tows ont leur beauté 6c même leur no- . ^ 
bleffc. 1 OHS oii la plupart fe 'peuvent 
exercer avec bienfcance par les per- 
fonnes qui ont le plus d'cjucaric^n. Les 
Princes eux-mêmes fè font fouvinr fait 
KonReur d'un laboratoire d'op\tique, 
d'horlogerie , de rnenuiferie , de toufi \ 
& des plus belles parties des arrs mc- 
caiiiques. On y trouve des plaifirs fo- \ 
lides, &d excelle ns moyens d'exercer 
la pénétration chi. la dcxtérifé qu'on 
a reçue de la nature. ■ 

Les arts fo^tmifliftérielst fort inftKic- Les arii(i>t 
tifs de imitatoires , prennent une autre ^"'*"^'' 
forme quand on fe met â en obfervèr 
les procédés ,"^ jqu'on les réduit en réV 
gles pour fon iDftruftion ou pour cellc\ 



\ 



i$6 La MicANiQUi 

des autres. Cqs fpéculations font des 
cfpéces de fciences crès-jitilcs : mais ce 
ne font pas proprement des arts. La 
Ajmpofition ou Tétude de ces traites 
met fur les voies. Ils condiiifent à la 
. pratique. Mais il y a encore bien loin 
de-là à la qualité d artifte. On ne donne 
pasvÇîême le nom de géomètre , ou 
a horloger a celui qui a compilé des 
réglesxde géométrie ou d*horlogcrie. 
Un géomètre eft celui qui /ait opérer 
& fe retourner fuif Je terrain. Un hor- 
loger eft celui qui fait des pendules : 
& un grand artifte eft. celui qui exé- 
cute une nouveauté à la fàtisfaâron du 
Public, ou qui en fuivant la mécani- 
que ordinaire y mèc une précifîon plus 
parfaite. 

Le propre des arti èft en cfïît l'ac- 
tivité & la fécondité. Il faut ou qu'ils 
nous iervcnt par un inftrument téel , on 
qu'ils nous inftfuifent par une vive imi- 
tation de ce qi\i eft fait ou faifable. 
Mais la recherche des manières dont 
ces arts doivent opérer ,& des défauts 
ou'on y doit éviter, font des connoif- 
^ûnces par elles-mêmes ftérilcs. Ces ré- 
gies ft peuvent nommer les gardiennes 
du beau : mais elles n'en font point les 
mercs. Quaiid on y joint le bon goût^ 



/ 



\' 



Il Langu ES^Zit^. //. 2J7 

& la grande habitude de difcerner le 
beau fl'avcc le fard & les emprunts, 
elles peuvent fervir à la direâion des 
ouvrages: mais elles ne les produi ftnt 
point. Çlles contribuent à former Tar- "^ 
tifte. Heureux fi le difcernement Ôc le ^ 
fentimiene'vicnnent à la fuite des. régies! 
Enfin le vrai artifte , ôc le Juge le plus 
compétent des bons oiivrages , eft celui 
qui embellit fon fàvoir, ion goût, ôc . ^ 
(a main par un 'gcnie plein de péné- 
tration ôc d*a<3:ivitéé . ^ 

On pourra fe plaindre de la manière ^ ^^"f« «^'^^ 

d' *^ 1 r "on des arrt 

ont nous partageons les arts , lans p^r lutiVié sc 

avoir tfgard à, la célèbre diftinûion de paricdàcOa- 
ceux qttt nous rendent des fer vices , ' 
réels , d*avec ceux qui ne font nés que 
pour notre plaifir. Ce n*efl: point par 
oubli , c*eflr>â deficin ôc avec connoif- 
fincc de caufc que nous avons laiflë 
cette divifion. Peut-on la trouver jufte > 
s il eft réel que le plaifir accompagne 
les productions de tous les arts ; s'il n'y ^ 
en a aucun qui , en employant Tattrait 
du plaifir , ne foit dfeftiné à nous con- 
duire à notre vraie utilité ? 

Cette importante vérité , dont la 
connoiflànce fert à régler tous les ta- 
lens , fe trouve gravée dans le^Jbnd de 
kos cœurs 2 Se fe retrouve dans Thi-* . 



/ 



V 



\j> 



^ 



1^8 La MicANIQTTÏ 

ftoicc très- connue de Torigine des pluj 
beaux arts. 
Les art! font L'cfprit de Thommc Ipeélateur des 
^rîàœndi^w œuvres de Dieu, & adminiftratcur de 
iiu CiUuùx. fcs préfens , a eflaié par Tinvcntion des 
arts de faire lui-même ce que fait F Au- 
teur de la nature & de la fociéré. Dieu 
n'a pas enrichi la terre de tant de pro- 
duâions , ni la fociétc de tant de (up- 
' ports mutuels , afin que les hommes 

s'abandonnaient au plai/ir : mais il a 
employé les divers attraits dit plaifir, 
à. donner avis à Thommc des chofes 
qui étoicnt convenables à Ces befoins. 
• Ce qui intéreffc le plus Thomme ré- 
', lativement à la vie qu'il parte fur la 
terre , c'eft de trouver à tems des nou- 
ritures & des botfTons pour réïâblir 
fes forces que le travail éptfife f d'à- 
voir une retraite où il fê mette à. l'abri 
des -injures de l'air 8c des infultcs 
des animaux \ de perpétuer le genre 
humain par le mariage ; d'élever des 
cnfans dans les fentiinens de ce qu'ils 
doivent L leur Auteur & â la Cociétc. 
Ces premiers intérêts ôc tous les biens 
que nous avons le plus de raiibn de 
^ * . chercher, frappent nos fens par des 
impreffiôns vives. C'eft un attrait ça- 
turel : Se afin que l'homme fe porte 



r 



'■■■>('■• 



i 



rcrlil^ objets , fans doure avec diC- 
cecncment , il fe fenr touché par quel- 
que plaifir qu'il prévoit , ou qui pré- 
vient &c accompagne fcs démarches. 

Ce n'eft pas a6n que Fhommc fe li- 
vrât au plaiiir , que cts adrions ont été 
refcrites ou accordées à Thomme. Mais 
c plaifîr n'eft que l'avis d'une chofc 
plus néccflàirc : & c'eft dans la vraie , 
Iblidc , & légitime utilité qu'cft la fin 
où il doit tendre. 

Que s'il fe préfente à l'homme des 

f)Iaifirs qui le détournent de fà fin>fi 
ui même laiffant à part Tintention^^dc 
la nature & fon vrai bien , il k borne 
au plai/Ir •, c'eft le renverfement de la 
railon & de Tordre. Ceft une vraie 
proftirution. . 

De cette forte la nature de tous les 
arts &dc tous Ics/fakns eft détermi- 
née très nettement. L'ufage n'en eft pas 
'équivoque. Tous font donnés à Thom- ^ 
me , 8c pour l'homme. Tous travaillent 
à lui pi-ocurer la fin qu'il (è doit pror t 
poftr^ Tous le prciïènt , de peur qu'il 
ne la néglige. Mais aycun ne- le dé- 
tourne avec malignité yde l'accomplifTc- 
rpent des intentions connues de la na- 
tgrc , & c'eft une fauflè imputation de 



^ 






-^ 



\ 



i6o La MicANiQxjB 

dire qu'il y en aie dont l'unique inten« 

rion loir de plaire. -^ 

Geft donc auflî fans aucune jufte fai- 
fon qu'on rangera l'agriculture^ l'ar- 
chiteàure & les arts miniftéricls dans 
la daflè de ceux qui ne font que pour 
l'uriliré •, Ôc qu'on mertra la poiéfie, 
lapeinrurf,& la mufique au rang de 
ceux qui ne fonr que pour le plaifir. 
Puisque la culture d'un jardin , de une 
habirarion commode nous causent une 
fatisfaAion très-grande-, ôc qu'une pièce 
de pocfie , de peinture , ou de mufique 
peut nous donner deiî leçons très- cou- 
chantes. " 

La deftînation des arts qui fe décôa- 
yre par les befoins & par les talens que 
Dieu a mis dans l'homme , fc trouve 
Ja même dans l'origine des arts telle 
que UEcrifure noys la rapporte. 

Quelques beaux efprits qui n'aiment 
pas à puifet leur favoir dans les fources 
communes^à^ous ont découvert l'inven- 
tion des arrs\d'une bien autre manière. 
Ils ont mis Tbohime à l'école de- l'hi- 
rondelle pour 2^>f^ehdre à bâtir; du 
roflignol pour apprendre à ^chanter, 
de l'araignée & des chenilles pour fa- 
voir fabriquer une robe. Se font-ik 



arts 



propofë de gTolIîi; JêWontes de$ Fées 2 
Nos origines font Connues : ce que TE^ 
criturc nous en apprend èft juftiifié par 
'^lesxoutumcs univcrfcUes. 

Cécoit une pratique auffi ancienne orîgînelr^j. 
que la fociéré, Ôc commune à tous les*^^"^ ^^ 

f , , 1 f tous\]c$ art 

peuples, qu au retour de chaque nou- injUuJâiô. 
vel|c lune, jfigiije naturellement propre ^ 

a être appér^V^ns chaque habitation I ' 

l'on s'aflcrnblât auprès <1 un autel ou fur 
quelque éminencc; afin d*y offrir des 
fruits de la terre & des viâimes ; dé 
louer Dieu & de le glorifier de fes bien-f 
faits -, de rappeller ôc de perpétuer le 
fôuvenir ^des grands hommes qui s'é-- 
toient diftingués par leurs vertus, & 
par leurs fervices^ de les proposer pour 
modèles de Conduire; de faire des ré- 

' 'y 

gleméns communs' foit pour maintenir 
Tordre^ les mœurs , foit pour fixer 
le tems des travaux de la campagne: 
enforte que ce qui étoit néceflàirc à 
tous > pût à Taide d une affiche ou d'une 
marque publique , n'ctrcjgnoré de per* 
fonne. Ce que nous venonsxle dire s'eft 
retrouvé julque chez les peuples Bar- 
bares. Telle fut jadis , telle cft encore 
aujourd'hui la fin èc la deftination des 
fctcis» Telle cft l'origine du calendrier 
€^m a toujours fervi i régler la religiba 



,'•♦« 



^ 



\ 



w 



^ 



s. 



.* 



V.) 



-> x 



,•/ 



origine de 

HlotincDce. 



A 



^Çt Là M<CÀN|QVB 

& la police : c'cft aufli l'origine des 

^ "Ces aflcmbléçs qui revenoienc i des 
jours marqués > étant vi/iblemenc pour 
inftruire > les arts qui y ont prii jiaiC- 
(ânce {ont les arts mflnt^ifs , non les 
arts miniftcriels que d'autres befoins 
%nt amenés de tems i autr^ » & qui 
furent aidés ou trayerfçs félon les cir- 
çonftances plus ou moins propres à 
les^favori(er. Ne parlons plus de ce*s 
derniers : ils n'entrent pas dans notre 
plan. ^ 

Quant aux arts imitateurs , & inftruc^ 
tifs , ç'eft la néceflîté de donner aux peu- 
ples les avis convenables fur des dio- 
fes qu'on ne pouv oit mettre foui' leurs 
yçux , qui a introduit ces moyens de 
ft^ faire entendre , dans les aéies pu- 
blics de religion^ ]La même néceflîté les 
y aconfervés, & les y met encore en 
cruyre. 

Ce qu'on avoir à. dire à une multî- 
rudf.de familjes que la piét^ aflèm- 
bloic en un même lieu, prit n<iêurelle^ 
ment un air de nobleflc. On le pro- 
portioi^na fans doute â la dignité des 
chefs de tout un peuple, & encoreplus 
î la fâ^ntété de TacSbion qu'oti^ venoic 
Êûrc^ Qà cpcun3ença donc à diftinguei: 



,' » 



\ 






DBS LahcUSS» lit'.//. i^j ' 

le diicours familier d'avec k difcours 
oratoire & prononcé en publTc. 'On 
Qbfcrva dans celui-ci des bienféances 
plus marquées. | 

Pour faire mieux retenir les louàn-La Mu%»ic, 
gcsdé Dieu, les (èntimens de la recon- 
noiflince qui lui çft dûe^ & les élogeç 
des héros •, on eut recours à là dou- 
ceur du chant. De la forte le tout x^oit 
repéré en famille. Ces cantiques -(cr- 
voienc d'adoucificmerit au travail & 
paflToicnt de bouche en bouche , des 

f>arens^aux enfans j & de ceux-ci i 
eur poftérité. La preuve s'en trouve 
daiis les monumens de toutes les Wt 
tiôns: & l'Ecriture fainte nous a/:on- 
feryé pluueurs cantiques oçcafionnés . 
par différeris fiiccès. On y remarque . 
géncràfement des faillies > effet oaturel „ 
du (cntimcnt : on y remarque^e la. 
ppnipc ôc des images très-vives : au lieu 
que les narrations qui nous reftent de$ 
mêmes terks font d'une parfaite fimpli" 
cité. _',^ '/ ' N 

Pour rendre les paroles plus chan- pc Ryihi^ 
tantes on employa cle rrès-bonne heure 
les tythmes pu les chutes réglées : c'eft- 
â^dire, qu'en renfermant les mots dans 
des cipaces déterminés & en frappant 
Ipreillç par dps WPUi^s atteodus , puil ' 



/ 



i 






Ut la Po^e. 



i$4 La lAtcAMi^wM 
en lai accordant des repos, on rendit 
le chant plus fenfible Se plus pCé à re- 
tenir. '^ 

Enfuite on calcula les Grllabes. Oit 
mefura même julqu'â la durée des fons : 
chaque Hgne fut adgjetti a uni nom- 
bre fixe, Qn>vit paroître le difcours 
poétique , où tout eft (bumis A une 
loi, 

De-là vient que les> anciens Sages ex- 
primoient fouvènt leurs penfècs en vers 
pour les faire mieux chanter & mieux 
retenir. Çétoicnc d'ordinaire desénig-" 
mes ou des images d'invention pour 
fervir d'enveloppe à leurs leçons, ce 
-— qui leur a fait donner le nom d'inven- 
tçurs ou de poçtes. Les difcours l^s 
plus anciens font par cette râifon des 
pièces de poëfie : tel eft le difcours du 
; Démiurge dans les anciens myftèrcs. 

Nous trouvons U le dcnoûment 

^ de ce trait qui fe voit dans Homère, 

6c qui eft ii Ângulier fèlôn nos mœur^ : 

(avoir , qu'Agamemnon partant pour 

l'expédition de Troye confia Ta jeune 

^ iépoufê à un pôcte , afin qii'elk connue^ 

& pratiquât ia vertu. 

Du (Ufcoun La décbuverte du langage poétique 

ffeiodi^ue, ^^g fit pas négliger l'éloquence. On y 

fit quelque ufage /des rythmes ou des 

nombres» 



Nombres. On prit foin d'y manager, • 
/ mais fans ihquictudc, des portions ou 
des membres qui étoicnt cnrr'eux d'une .^ 
dimcnfion femblaWe; de leiir en faire ■ 
fuccédcr d'antres d'une (f tendue diffé- 
rente 4 de procurer ainiî certains repos 
à la vpix & a la penfee ; de varier adroi- 
tement les chutes. En un mot on étu- ' 
dia tous les moyens de contenter To- „ 

reillc. ' 

Le chant , le difcours. poétique , & t^« geff<- «a 
le difcours oratoire furent relèves par **^ ladinfc, 
le gefte , c'eft-à-dire , par des attitudes 
de tous le corps cbn for n^s à la joie, 
à la reconnoiffàpcc , au deuil , a tous les 
fentimens qu'il falloit exprimer. Tous 
ces mouvemelns furent détermines. On 
en faifoit des leçons : & la danfe des 
anciens n étoile ** d'abord xjuc cela. 

Pour prévenir lesl)izareries , rindc» Dcsibonuïcsç. 
cencc , les caprices des particuliers , & 
généralement tout ce qui pouvoit trou- 
bler l'ordre des fètes j rout s'y fit avec 
art : tout y fut mis en régie. Formules ' 

de paroles , formules de geftes , For- \ 

mùies de chant , le tout devint un ufage 
fixe, & paffà de même à la poftérité. 
Voilà donc la raifon fort fimple de la 
haute antiquité de la poëiic , du chaïUij 
&deîa d^fe/ . 

M 



t 



^*~- 



% 



■/fe»" 



/ V 



%6^ La MicANiQUB 

Par U fuite cci^ dhofcs ont été dé* 
tachées de leur prchiièrc fin , & cxcr^ 
cécs à part. Elles ont dcgénérc. L*on 
9, commencé à faire beaucoup de mou* 
vcmcns qui ne fignifient rien, & beau^ 
coup de paç pour n'arriver nffle part, 

Cétoit de plus une pratique univet^ 
felle après le rep^s pris tn commun à 
la fuite du facrificc , après j^voir chanté 
les louanges de Çieu & ie:> éloges des 
grands hommes -, de faire au peuple 
des récits détaillés des avions de cc$ 
derniers ou en vers , ou en proft. On 
faifoit quelque chpfe de plus ; pour 
rendre iimitation des anciens évène- 
niens Se des anciennes coutumes , plus 
agréable & plus touchante , on contre- 
faifort une aâion. On lui donnoir un 
air de réalité au lieu de la raconter. 
On s'habilloit à la manière des an* 
cieris , & c'eft ce qui fit inventer le 
malquc & les déguifcmcns. Ces rcpré* 
icntations avoient lieu fur-tout vers" la 
fin de Tautonne. Les récoltes & les 
travaux écoient finis. L'abondance Se 
le loifir autorifoient quelque joiç. 

L'origine & l'intention des arts com- 
.mence a devenir fcnfible. L'imitation 
léTÏt toute forrc de formes pouf en- 
|pigtîçr les çhofes néccflaircs Sç pour 



DES L)CNGU^S,I/t/. //. iSj 

fijuftcr avec ibupfedè i toutes les dif- 
pofitions des efptirs. Ccft-la ce qui 
donna naiflance au panégyrique y à la 
pocfie lyrique ^ à i'cpopce, & aux re- 
préfcntations. Ceit^ncore l'origine des 
énigmes , des figuresTymboliques , & 
de tous les fignes qui montroicnt uns 
chofe pour en faire entendre une autre. 
C*eft roriginç de la peinture , de la 
fculpture, en im mot de tpuccs les pra- 
tiques imitatoire. 

Tous Cjcs arts ont une façon^d*imi- 
ter qui leur eft propre. Mais leur pre- 
mièrei & commune fin , ctoit de rem- 
plir les aflîftans delà connoidànce de 
Dieu , de la connoidànce des travaux 
de leurs pères ,& dé celle de leurs 
propres befoinj^^ enfin c^ctoit cj'amener 
par des fignesjôu avertiflèmens publics, 
une multitude de laboureurs fort écar- 
tes les uns des autres a pratiquer les 
vertus qui rendent rhomrnçvïociablc 
& à ne fe point traverfer.dans la cul- 
ture de la terre par des opérations ar*- 
bitraires ou contradiAoircs. Tous ces 
arts nés dans le fein de la religion, 
n'imitent que pour inftruire , & ils ne 
cherchent à plaire > que pour parvenir 

Ear Tamorce du plaÙîr a rendre k\xj^9 



•.H» 



» N 



••/ 



1^8 'La MêcANiQ^uB 

Ccft ridoUrric qui a rcnverfô ccc 
ordre. Elle a négligé- les avis & -les in- ^ 
ftruftions raifonnables. Elle n'a con- 
fcrvé des anciennes pratiques que la joie 
& les plaifirs. Le fens même en fut ou- 
blié. Les arts & le culte extérieur fu- 
rent affcrvis &: ramenés en tout à la 
volupté. On négligea tout le refte. La 
volupté devint l'unique Dieu des peu- 
ples , étant devenu leur unique fin. 

Ceux d'entre nou5 qui au lieu de ra- 
mener les beaux arts à leur première 
& unique dcftinaiion; qui au lieu d'aller 

Înr le plaifir à rinftruélion , cdnfacrent 
c\àts talens à la volupté ; font-ils au- 
tre éhofe que ce qu'ont fait les idolâ- 
tres ? Il n'y a plus d'idoles parmi nous : 
mais il y a encore bien de l'idolâtrie. 
Les arts imitateurs Ce fallirent com- 
' me les mains qui les mettoient en œu- 
vre : mais ils fubfiftoient. Il s'en fallut 
peu que rignorance 3c l'indifférence des 
Barbarei ne les réduififlènt à rich. Les 
Mahomérans achevèrent en bien des 
lieux de les ruiner par prindpes.Ils en* 
font ennemis déclarés. La (eule relir 

fion chrétienne vraie dcpp/îtaire des 
oiines pratiques de Tantiquité, empê- 
,cha ï'anéantiiicment des arts. Avec les 

ifptcs^ avec les offrandes ^ Iç UqMqçôc 1 



»Es Langui^,Z/V. //. iSg 

le repas commun , clic a confcrvé pout 
rinftruâion publique la peinture , la 
poëlîe j le chanc, le cérémonial , ôc les 
geftes fignificarifs j en un mot tous les 
arts. Malgré leur ctat de fôiblclîè, ils 
fc (butinrent dans les aiïcmbldcs Chré- 
tiennes. Ils ne ceflerent d'y faire quel- 
ques efforts pour s'améliorer. Tous y . 
reprirent peu à peu quetque vigueur : 
6c le bien qu'ils faifoient aux premiers 
hommes, ils Tont perpétué d'âge en ^.. 

âî^e , Ôc le perpétuent dans nos ailem- 
blées. Ce font les mêmes ferviccs , & la 
même utilité. 

Je crois qu'il eft démontré par l'in- 
rcrct de Thomme , par l'origine & par 
Ica progrès des beaux arts , qu'ils ne 
tendent à nous procurer qu'un plailir • 
pur ôc légitime, en le faiiant fervir à Qpalîr^cj.t 

1'' /r • J î / • / I • pîailu que les 

linlïnuation de quelque vente plus im- ans nous caa, 
portante que le plailir. Il eft cependant^^w^» 
de la prudence de l'artifte de rendre ce 
plaifir auflî touchant qu'il eft poflîble, 
fans détourner l'homme de fa vraie fin, 
èc fans bleflèr en rien la bicnféancc. . 
Car fi le plaifir que l'arrifte produit eft 
foible ; & fiir-tout s'il eft accompagne 
de défatjrs qui choquent v au lieu de 
mettre Tefprit a l'aile, la langueur & 
les dégoûts fuivront de près. Ccft pour 

fH iij 



(. 



N, /.r 



, '^ 



,.ït'' 



^ » 



70 Là MicAHIQUl 

c^tâ que la mufîque & l^rpo'éfic qui 
s*aftreigncnc à des régies plus fèvèrcs, 
ôc qui nous promettent des plaifirs plus 
/ vifs que ne.fonc les autres , font auflî 
plus expofccs que les autres au danger 
de déplaire , & fî elles ne tiennent pa- 
role > Tennui e(l l'effet infaillible de 
* tous leurs efforts, 

tel moyens Ce plaifir fî lîonnête & fi pur par 
de Flaire pour jçqyçj les bcaux arts effayent de.nous 

conduire a la vertu , peut être efnca;- 
cemetu produit pir le concours de 
trois excellens Moyens. Le premier & 
le plus indifpenfible eft la vérité de 
l'imitation , quel que puiilè être l'objèc 
qu'on fç propofe d'imiter : fans quoi 
nulle efpcrance de réuflke. ^ 
" Le fécond eftla jufteffe du choix 
quVn a dû fiiire d'un fujèt digne d*êtrc 
indtc ; d'un fujèt qui attache par un 
caraftère fingulièrcment bon^ou fin- 
gulièrcment mauvais. 

Le troifième mj>yen de plaire en nous 
înftruifant eft unc)q[|te convenance du 
fujèt avec nos vrais befoiûs, jamais avec 
nos phaiitaifies , moins encore avec des 
paflrons qui nous corrompent. 

I. L'imitation eft la nature commune 
des arts inftruftifs. Us n*ont point d'au- 
tre adreffe pcnir' pous informer de ce 



De rimîtâ 

tiott« 



K 



DES Langues, £/V. /A iyr > 
qui cft abfcnt. Cette imitation cft un 
tond , fur lequel ils s'exercent tous : 
mais chacun d'eux a une façon d'imiter 
qui lui cft propre. Pour s'en convainr 
cte , il ne faut que les définir de ks ^ 
fuivre. , 

L'éloquence à l'aide du difcours ôc Commcns 
du gefte Jmitc l'objet qu'il faut faire |;^;;^;=^*" 
concevoir aux aqditeurs , & la paflîbn 
ou l'inrérct que l'orateur y prend. 
Voyez avec quelles couleurs Cicéron 
expofe aux yeux des Romains la ruine 
de leur patrie prête à être faccagée , 
quelles allarmes il jette dans l'amc des 
Sénateurs, du Peuple , & des Efclaves y . 
de quel coup de foudre il frappe Ca- 
tilina , & le fait difparoître. 

L'hiftoire s'y prend d'une autre forte : Comment 
elle employé auffi le difcours pour imi* ^*^"^^^*' 
ter les avStions paflees : mais ce qui lui • 

cft propre eft de les rendtp croyables 
par la produâton des preuves teftimo- 
niales , & par la fuppreffîon totale des 
pcqfées , ou des préjugés de l'hiftorien, 
L'hiftoire cft comme un procès. L'hi- 
ftorien cft un rapporteur qui préfente 
tranquillement & avec dignité , le pour 
Se le contre, s'il y a doute ou contefta- 
tion , Se le lcâ:eur eft le juge. 

Depuis le commencement de l'hiftoire 

M iiij 



*l." ' 



la VoiiGc. 



La MicÀNi<5^ui 
de Tit:e-Livjc jufqu*à la fin , vous voyca 
rcuaic^c d'année en année les débats de 
la Nobleflc ôc du Peuple. Quand il in- 
troduit les Patriciens fiir la fcène , & 
qu'il leur fait plaider leur caufc, vous 
dires en vo^s même :Tite-Live eft pour 
la Nobleflè. Quand il plaide celle des 
Plébéiens, vous le croyez du parti du 
Peuple : tant il met de feu dans les 
plaidoyers des uns Se des autres : tant 
il fait faîre valoir leurs raifons refpecèi- 
ves. Vous arrivez à la fin de îhiftoire 
fans pouvoir aflurçr vers quel côté Thi- 
ftoiien inclinolt à^ns le fond de fon 
GŒur. . /^ ; , _ 

! La pocfie^ xomme l'éloquence & 
rhiftpire , fiit ufagc du (dKcoiirs pour 
imiter lin objet ablènt. Mats elle em- 
bellit fon imitation'cn y laflTocianr roa- 
jours un langage fi mcfuréj, qu'il efl: prêt 
que chantant, & en bien dts rencon- 
tres une liberté entière dîarranget fon 
fu'}h non félon Tcxaftitude de Ja vériV 
hiftoriquc , mais félon la difpofition 

3 u'ell.c conçoit la plus propre à faire 
es impreflîons agréables fans for tir de 
la vrailemblancé. Par cette liberté d'ar- 
ranger à fon grc ce qui eft, ôc même 
d'inventer ou de feindre des chofes qui 
ne font point ^ le Poète eft de cous ks 



DES Lan GUES, i/a//. 317 j 

trtiftcs celui à qui. la qualité d'inven- 
teur , ou de créateur convient le mieu<. 

La piufiqne imitt un objet par Ictinrafi^ 
clianc de la voix huitaine , qui ne ceflè 
pas d être une parole fignificative *, ou 
elle imite en quelque forte le chant de 
l'homme par le fon des inflrumens* 

Jai ajouté ces m o ts^ en quelque forte , - 
parce que les inftrumcns par leur fou 
peuvent bien aider & imiter celui de 
notre voix > mais il^ n'en rendent ni 
Tarticulation , ni le fcns. 

Çitioique les fons des inftrumcns 
foient dépourvus d'aine & ne fignifient • 
rien 5 ils peuvent admirablcmen^lècbn- 
der le plaifir de Vimitation. La muïique 
eh tire de grands avantages. Tantôt elle 
s'en fert pour fortifier la voix de J'hom- 
me en doublant les mêmes fons , <^ 
pour lui donner plus de grâce par TaC- 
Inrançe i^çême de l'appui que la voix 
fcnt à côté d'eUe. Tantôt 'k mufiquc 
fait fervix les inftrimiens à porter les 
fons & les figneS' uéce flaires où la foi^ 
blefle de la voix' humaine ne lui pet- - 
met pas. de parvenir. Qjjelq,ue fois l'in- 
ftrumelit donne à la voix la fracilité 
d'interrompre fon chant ,& de prendre — 
quciquç moment de repos. Les .nftiii- 
meus ccdifem ks airs en fa place , & ci:&. - 

Mi 



■*ÎL 



^ 



Vv 



! 



. -k 



174 La MÉCANIQUE 

font (Tagréables leçons. Plus ordînaîre- 
mcnt la nyufique inftrumentale ajoure 
à la mélodie ôc au çaradtère d'un beau 
chant le concours des parties harmo- 
iriqtks, ce qui porte le tout à la per- 
feâion. La raifon etfeft claire : ces par- 
ties fans être hs mênies, & faifant va- 
riété, ne. ce flcnt pas un inftantde faire 
unitié avec fc chant fignificatif 

La mu fique inftrumentale par elle-/ 
même defti^uée de fens , ne devient jar 
mais plus abufive que quand elle n eft 
pas Tiniitation "d'un chant qui ait lui- 
même une fignification. Alors pour peu 
qu'elle diirc on s'en lallc infaillible- 
'ment, " .j\. -x • ^ ~*- , 

La voix humaines court etle-jnêmc 
ce rifque^ lorfquelle n'exprime aucun 
objet diftinft > ni ne réveille aucun fen- 
timent du cœur -, & c eft le cas où la 
mufique vocale (c trouve , loir que par 
une màuvaifè articulation elle^ceffè d'ê- 
tre intelligible 5 foit que par la volu;:^ 
biKté du chant, ou ^ par l'étalage d'un, 
grand favoir , elle donne à (à compo- 
/îtion des hardicffès & une légèreté qui 
tiendront fi l'on vent du prodige , mais 
fans rien imiter, fans occuper TeCprit 
d'aucune itnagc > & en confondant par_ 
cette légèreté tous, les caractères. 



DES Langues, Z/t/.//. if^ 

Donneriez- vous à un homme le nom 
d'Orateur ou de Poër£ parce qu'au lieu 
d'employer des paroles fîgnificatives il 
fauroir prendre des fyllabcs fonores Ôc 
les coudre d'une façon propre à ibr- 
mer des vers pompeux-, des périodes 
rfdmbreufcs, ôc un chant travaillé -. fî 
ce chant n'exprime rien : ôc quand il 

Frcndroit un air afFc6tueux , Teiprit de 
homme peut-il s'en accommoder long- 
tems , quand c'eft un chant qni le fâ- 
che, qui^ s'attendrir, qui pleure* , qui 
rit vis-à-vis de rien ? Ce n'eft pas un 
bruit mefùré que je demande , ni des 
fyllabes calculées^ Avec le chant, avec 
les nombres périodiques , èc les mcfu- 
res poétiques ,* mon clprit s'attend à 
être occupé de quelque fens. Il a droit 
à côtte image. S'il n'y a ùén pour lui j 
jhn'a plus d'objet ni d'exercice. C'eft 
une iréceflîté qu'il tombe dans la lan- 
gueur , puis dans Timpatiencc/Les bcaiTX 
arts perdent donc leur vrai mérite, des 
qu'ils ccffent d'èrre imitateurs, -y 
Les ciForts^irc font les Aptifte^our 
roduire le>ir efprit & leur favoir , foni: 
a ruine prelqu'infaîllîble de l'imitationié* 
Au lieu qu>Is doivent ne lai fTer voir 
qu'elle , (è réfcjudre à n'avoir jpoinc 
d'eiprit , & à ne pas f^ire ufage 4%/ 
r ' M v) 



r, 



\ 



V* > ' . » 



*•■ 









1 






\ 



r 



I 



tj6 La MécAMiQUi 
touces leurs forces. Une grande montre 
de favoir ou d'cfprit n'eft que poiu" tel 
ou tel : mais l'imication cft pour tous. 
C*eft elle qui décide de la folidicé de 
la gloire qui eft rcfervée aux Arnftes. 
Elle rapproche 6c égale en un km roiis 
ceux qui fe diftinguenc par les talens 
mêmes qui onc le moins de conformicé. 
Homère ôc la Fontaine par rexcrcme 
diverlîcé de leurs compoficions fcmblenc 
n'avoii: abfofu^Ticnr rien de commun. 
Ils fe reflcmblenc darts le point qui fait 
l<^grand Artifte. Ce font deux imita- 
teurs parfaits. Ofcro't-on comparer Ci- 
céron Se Lully? Sans*doute on le peut> 
puifqu'ils imicent admirablement roue 
ce qu'ils manient. En genre d'imitation 
^ornerllc ne remporte pas^fiir Racine, 
o'ik diflferent ce n'efl: point comme imi- 
tateurs , mais comme inventeurs. Ra- 
cine peint d'après les caractères con- 
nus : il n eft perfonne qui n'en rcflènrc 
i^rcablement Ja parfaite reflfèmblance. 
Mais Corneille perce , & va épiei: dans 
fc pofliblc les difFérens, degrés ju(qu où 
le vice Ôc la vertu peuvent être portés. 
C'cft cette nature ûngulière qu'il fe pro- 
^jK>fc de rendre : & par-U il s cléveà un 
lublime qui ixà jamais appartenu qu'à 



©KS Langoes>L;V.//. i7T . 

Tous les acts que nous venons de 
paccburir , ont des procèdes ôc des 
moyens- de plaire qui les diftinguenr. 
Mais cous cmployenc la parole pouc 
imiter. Il en eft d'aucres comme la (çulp- 
ture , Tccrirure fymboliquc, 6c h pein- 
ture qui imir<:nc les objèrs naturels par 
Ta/remb.age des couleurs , des ombres 5 
ôc des traits difïcremment imprimes fur 
la toile y fur le bois , fur la pierre y o\à 
fur les métaux. 

Mais comme les fons qui ne figni- 
fienr rien ne peuvent former qu'une 
apparence de veriîhcation ou de mu- 
fique dont on fera bitntôr las -, de-même 
les ombres ëc les couleurs ranf^ccsavcc 
tel ioin qu*ii vous pLi'ta , ne feront 
point une peinture tant qu'clL-sne tien- 
dront pas à des traits (mis , & ne ferom 
la repréfentation de rien. 

On peut employer le noir pour mar- 
quer le deu'I , ëc h verdure pour an- 
ndftcer une fere. On peut amufer l'œil 
par la vue d*une étoffe brillante, ou 
d'un point de Mongrie bier» nuance» 
Mais un afîbrtiment de coi.leurs , quel- 
qu'adrefTc qu*c)n y mette, n*acqnieit pas 
a un homme Ja qiialicé de peintre. U 
ne doit ce titre qu'a l'i mi ration précifc 
'«l'un objcc abfenc ; c'cft la raifon qui fait 



_7 



MM 



•*•- 



178 La^M<càkiovi 
qu'une longue fuite de papiers marbras 
ciifiufcra au(Iî furement qaune longue 
Tuite dè^vfonarcs. Les arts font nés pour 
inftruiré^ en allant a refprit par le plai- 
fn : mais s*ils laifïcnt rcfprir à part , ils 
rcftcnten chemin & manquent leur 
coup. Ce que refprit attend desfons, 
des geftes , & des couleurs , c'eft Timi- 
tarion : par- tout où celle-ci ne fe trouve 
pas lorsqu'on nous la promet , tou*J les 
moyens de plaire ôc d'inftruire font 

Ferdus : ôc on manque non feulement 
inftrudtion qui êft la fin de l'art , mais 
îe plaifir même que TArtifte avoit uni- 
quement en vue. 

' Les diffcrentes façons d*imiter font 
fondées (Iir la direrfité des facultés de 
rhomme , & font les dépwtemens des 
arts. On en voit les principes avec des 
celai rciÏÏcmens très-utiles dans les Poe- 
tiques d*Ariftore, d'Horace, de Vida , 
& de Boileau y dans les leçons de Ci- 
c(f ron Ôc de Quinrilien fiir l'éloquence ; 
dans les remarques de Corneille , de 
Caftelvetro , d*Aubignac , du P. le 
Bpïlîi 5 de du Bos , ôc de beaucoup d'au- 
tres. Je ne fai Ci on trouvera un traité 
moderne , où les règles des diftérens 
ouvrages ôc des différens ftyles , ayent 
<îtérccuèlïlics d une façon plus conforme 



>— 



v^ 



R-ES tAVGVtSyLh. II. IJf} 

ûiix loix de la nature ôc à la prati- 
que des grands hommes, que dans le 
Cours de Belles Lettres de M.Tabbé 
' Barteux. 

Pour fuîvre mon objet, qui n*eft pas 
d'enfeigner les particularités de chaque 
art , mais d'aider le goût , de le ren- 
dre inféparable de l'étude des langues 
favantes , &i de Tarnener au point de fe 
perfeftionner par lui-mcme -, c'eft afTèz 
de bien faire connoitre Torigine de la 
beauté , ôc tes caufes immanquables de 
ce plaifir'que tous les beaux arts met- 
tent plus cm moins en œuvre pour ac- 
quitter leur commun devoir *, qui çft 
de nous inftruire agréablement. "^ 

Quelle que foir la chofe qu'on im:te, ufîJé!itci« 
cet agrément provient d*abord de la^-p^aiion.^ 
fidélité de rifnitation. Ce n'eft ni la ri- 
chelTe de la bordure ,. ni même la fiheiïc 
du pinceau qui fait le premier mérite 
du portrait du Roi. S'il s'y trouve des 
traits manques, il fait peu de plaifir : 
s'il n'eft pas reflèmblant , il n'en fait 
point du tout. 

Mais y a-t-rl des (ècoiirs , ics régies 
fures pour fe procurer cette fidélité d'i- 
rnitacion qtii eft la première beauté dans 
les produftions des arts inftrucftifs ? 

Nous avons vu qu'il y avoit des 



"•X 






«»- 



s 

180 LaM4cani^i 
moyens propres i- faire naître 8c X 
étendre le g^oûr, m-^Js qii*il n*y en avoïc 
point qui pu/Icnr produire le gcnie, 
première^ (ource de toute beauté artir 
îiciclle , & confcqucmmcnt de la belle 
imitation. Bien étudier la nature ôc la 
focicté, bien fentir tout ce <^ui eft beau 
dans les mceurs & d^ns les producftions 
des hommes; voilà legoût. Affurcmcnc 
qui ne verroit que du beau, ou qui en 
feroit un ufàgerrès-frcquent , (entiroit 
mieux qu'un autre tout ce qui s'en 
éloigne , par cctie raifon mêmç qu'il 
fentiroif mieux roppofition mutudirè : 
6c puisque le goût doit nécefîàiremcnt 
diriger le génie dans toutes fês opéra- 
tions, ce qu'on fait pour acquérir le 
goût eft eflcndel pour perfectionner le 
génie ,ou.pour empêcher qu'il ne bron- 
che. On {^eut donc aider les grâces c^ 
la juftclTe de l'imirarion en mettant à 
côté du génie 5 qui la produit ; le bon 
goût, & k; difcernenicnc des bien- 
^nces. 

Mais avouons- le : la vue du beau ne 
donnera jamais le génie , ni ne mettra 
cehii qui en manque, au point de pro- 
«fuirc'une heureufe imitation. Pour de- 
venir fidèle imitateur de ce qu'on lui 
préfcntera il na pas plus d'avance à 



DBS LAViQVtSyLiv. IL iJï 

avoir vu les traits d'Hclcnc pu de Ra- 
xane , qu'a avoir vu les griffes d une 
tigrcflèjou les dents d'une lionne en 
furie. 

Ceft en lui-même Se dans fa propre 
fécondité que Tcfprit humain trouve 
ridée du beau qu'il peur produire, ou 
la vive reflcmblance de ce qu'il imiteii 

Cette vérité eft fen-lible en fait d'in- 
ventions miniftérielles. L'Attifte ne peut 
prendre cette beauté que dans le fen- 
timcnt intime de TcfFèt qui (ortira de 
relies Se telles piices .idroirdnient nïTor- 
ties. Autrement il n'cll que copiftc ou 
plagiaire : Ôc c'eft li ta' ton pourquoi 
Toriginc des pillai belles invcncions eft 
demeuré incercaine. Elles ont p.i(îè par 
bien des degrés âe par bien des mains. 
Les premières idées en ayant été fans 
effet, on n'en a point connu les auteurs. 
Ceux qui les reprirent enfuite ôc les 
firent vabir , n'osèrent s'en^attribuer la 
première découverte. Mais dans l'exacte 
vérité com ne c ell le génie qui ébau- 
che , c'efl le génie qui achève. 

Il en eft de même de la force de l'î- 
laiitation. L'homme ne la doit pas à^la 
beauté naturelle qu'il imite j f^uifquc 
l'imitation de ce qui eft naturellemenc 
ttcs-beau , peut n'être pas belle j Se 




91 



\« 




m* 



^^ 



%Si La MicAKiotri 

qu'au contraire on peut donner uj 
trcs-bcllc imiradon de ce qui.n'^ffpas 
beau. L'Arcifte ne. s'attendra dofic qu'i 
lui-même pour mettre la juftcflc & Ja 
vie dans (on imitation. Il en doit le 
t'eatoufiaf- premier mérite â ce regard perçant au- 
quel rien n'échappe , a cette ardc^^ de 
génie qu'on prendroit pour une in/pi- 
ration , & qui après s'être formel de la 
choie qu'il coniïdère une idée vive ôc 
nette» en livre cnfuite aux autres une 
image fidèle: 

Lajuftefle&la force de rimitarion 
font donc encore ct^mme .route autre^' 
beauté artificielle , une prodiidbon neu- . 
ve que rien de^ femblable n'i précède. 
C'eft un être qui vient tffUt d'un coup 
à la lumière : c'eft l'ouvrage de l'indu- 
ftrie de l'homme , ôc une forte decréa- 

\ >- tion qui fait fa gloire. 
/: Pour le mieux fentîr remarquons que 
le génie dans les arrs~Ti'cft pas feule- 
ment imitateur : & que c'eft prefquc 
toujours l'invention qui fait la fortune 
de^ l'imitation. Les avantures d'Enée 
j^ient de natui^e à intéreftèr les Ro- 

^ mains kè defcendans. Mais Virgile ren- 
dit cette peinture infiniment plus tou- 
chante pour eux en y montrant l'ar- 
rivée de leur fondateur à Cartage, & 



^ 



»E8 LamguiSjL/V /A 1S5 
roriginc Tpécicufc d^ la haine impla- 
cable qui" éclata depuis entre les Ro- 
mains & les Cartaginois. Son invention 
(c retrouve, dans les plus petites parties > 
ôc c'eft encore ici que ta dextérité de 
Finvention fait la richeflè de l'imi- 
tation. En promenant fon héros de- 
vant les peintiires du temple de Car- 
tage, il rarrêfe & le colle devant celle 
de Troïle rehverfé de deflTus fon char 
ôc entrainé par Ces chevaux fur la plai- 
ne. Ce jeune Prince rient encore lès 
Benes d*une main , Se de l'autre fa lance , 
dont le fer laiflè au loin fur la pouC- 
fîère les traces flicceflîves de fon paf- 
fagc. Par cette invention Virgile mèc 
une dur-ée dans ce qu'il peint , Se ré- 

f)are en grand peintre la ndceflîté qui 
e réduit à une aftion momentanée. 
Ce travaij du génie ne fe fait mieux 
fentir «ulle-part que dans la pocfie, 
où il arrange chaque chofe à fon gré, 
fur- tout dans l'épopée ôc dans le dra- 
matique. En fotte que la verfificntion, 
qui eft elle-même fufccptible de tant cic 
beauté,neft que la moindre partie du 
mérite d'un grand poere. 

, Cependant l'enrpufiafine ou la cha- 
leur de l'imitation & la belle ordon- 
nance qui briUcnt d'utic façon fi avatH 



L 



* 



r . 



%S4 I-A MrfcANlQJJI 

tagcufe dans la pocfic, ne laiflçntp^ 
de fe montrer » qiioiqu'avec plus de 
réfcrvc > dans le difcQurs oratoire & 
dans les ouvragés mêmes les moins éle- 
vés. Il n'y a pas jnfqti'à Thiftoire , où 
le génie, malgré l'ordre qui raflujctcic 
à la fuite des fâ\ts , malgré la loi qui 
lui 'défend de (e mecrre lui-même à dé- 
couvert , ne fâche très- bien fe faire 
honneur de (es recherches , & de la 
dexcéricé avec laqiieUe il fait valoir fes 
preuves, avec Liquclle il fait connoîtçc 
tous fçS' perfonn;iges , ôc dévoile leurs 
plus fécrctes pcnfjcs , non par des at- 
tributions fu(pcâ:cs 5 mais par leurs pro- 
pres dcnirches , ou par les difcours 
d'autrui, C'cft même un grind traitdc 
ginie dans l'hiflorien de Avoir taire (es 
propres fentimcns , <5< d'înfpirer aux 
LecStcurs ceux qu'il fouhaite fans «leur ^ 
en avoir dit le moindre mot. 

Toutes CCS diverfcs imitations font 
autant de bec-futés uniques , faifant une 
cfpéce a part , dont le tout ni les par- 
ties ne fe ^^cuvent trouver ailleurs , qui 
demandent en conféquence un grand 
fcns 5c des talens particuliers que l'étude 
ne donne pas. Mais celui qui n'éprouve 
pas en lui cette heureufe fécondité de 
génie d'où coulent les riches produc- 



DIS Lan GUIS, t/t/. //. 28 y 
rions , peut s'en confolcr , & acquérir 
aflcz de difcernement pour (cnrir la fir 
ncllè ou les écarts de rimiration. La 
fociétc eft heurcufe d avoir un Homère 
ôc uniBolluer. Elle fe trouve très-biert 
auflî d'avoir un Ariftarque. 

Le goûr qui caraâcrife celui-ci , eft 
d'autant plus digne de nos efforts qu'il 
peut en être la rccompenfe. Il s'acquiert 
par dcgt^é comme le mérite ôc l'exafti- 
tude d'un obfervateur ou d'un opticien. 
Celui-ci fc contente d'abord Je l'im- 
preffion que fait fur lui l'cnfcmble ou le 
total de la figure qu'il examine au mi- 
çrofcope. Il prend enfuite une lentille 
qui grollî/îe davantage que la première. 
U fuit avec foin ôc pas-à-pas chique 
partie , puis les menus-détails de chaque 
partie. 11 met fon objet dans toute (brtc 
de jours & de fituations. Dans le goût 
comme dans l'optique , il s'agit , non 
de créer , mais de voir ôc de fçntir^ 
Remarquons cependant que l'optique 
n'a qu'un travail , qui eft d'épier im- 
médiatement les richedès de la nature : 
^que le goût en â deux : Fun de con* 
rioîtrc exaftement la nature qu'il faur 
rendre-, & l'autre dé voir pié a pié fi 
die fe trouve fidèlement & fortcmcfit 
icxxduc dans rimitacipn/^ 



>«• 



# 



l¥ 



lijè L A "MÉC ANïQUl 

Choir de 2. Cc plaiiir fi couchant qui vienC 
hoMtiimi. ^1^ fuifc d»i„^c imitation fidèle , fera 

tout autre fi l'on a fait choix ci*un fiijèc 
qui fut beairpar lui-même , d'une chofe 
qui ftit extrême ou eo bien ou en mal. 

Ici en effet comme dans les arts mi- 
niftcricjs, l'Artifte toujours convaincu 
de la modicité de Ces forces répare tant 
qu'il peut fa foiblefiè par les (ccours 
qu il tire de la nature : & quoique toute 
imitation vraie prôduife conléquem- 
ment une vraie^beauté , l'imitateur (c 
ménage bien d'autres moyens de plaire 
quand il s'eft approprié une matière na^ 
turcUemcnt capable de frapper l'efpric 
ou par un mérite qui la rende extréme- 
tnent aimable , ou par une difformité 
qui en inKpire la haine. Il ne s'agit plus 
que de la rendre préfente par T'imita)- 
rion, ^ 

Un homme qui bâtir ne Cc contente 
pas d'avoir un plan où le veftibule , la 
iàlle , la gallene , l'efcalier , les appar- 
jcemens. Se les jardins ayent chacun à 
^ jpart leur beauté propre , ôc foieïit bien 
id'accord^jjcflicmblc. Sa principale atten- 
pon ^épé.de relever fon édifice par 
fous lies/ avantages poflibles d'un bel 
emplacement. lift garde bien de bâtir 

ffl gtm^ fur mç cwpa^n? m4^ ^ 



• El Langues, i/V. //. lif 
dcfticuéc de toat agrément. Il fait que 
fa bourfc non plus que le génie de Ion 
Archiceârc n'y prpduiroit ni la verdiire 
des grandes forets, ni Tafpcdb des mon- 
tagnesv ni le canal ôc la fraîcheur d'une 
rivière. Mais ce fcjour fera parfait s'il 
a eu foin de bien mettre en œuvre tous 
ces préfens & ces riches avances de la 
nature, - 

La plume de Vertot fait honneur à 
rhiftoire de Malte ^: quel plaifir ne nous 
eût-il pas fait s'il l'eût exercée fur Thi*- 
ftoire de Rome dans le moyen âge, 
ou fur tel autre grand fujèt qui nous 
rtaanque! 

On rendoit à un célèbre peintre Ro- 
main nommé Le Çaravage , lajufticc 
de dire qua,tout ce qui fbrtoit de fon 
pinceau étôtt d'une exaéte vcriré , parce 
qu'il le rcndoit comme il l'avoit vu. 
Mais combien de procès ne lui fit-on 
pas, CuY ce qu'ayant dans fes fujèrs la 
plus entière liberté de choifir , 3c de 
s'aider du beau naturel, il prennoit in^ 
diftindement ou par préférence des 
gures courtes , des figures maigf es ôC 
ilgraciées , comme le hazard les lui 
menoit fous les yeux. Raphaël ôc le 
ouiîîn avoicnt une méthode fort difSff 
ente, Rcncontrojcnc-ils dans les monii? 



f . 



>/- 



\ 



■ l 



\ 



V, 



^ 



^ 



/ 



b » 



ULti La M<gàni<^ui 
mens de Tantiquicé, ou dans les com- 
munes circonftances de la vie, des phy- 
fionomies agréables, de grands traits, 
des tailles avantageufcs , des tctes Pa^ 
triarcaleè? Ils en faifoient leur profit, 
& les faifoient entrer dans leurs com- 
portions. Les figures minces , les airs 
gauches, les mines rechignées n*y trou- 
voient point d'accès fans une exafte n<f- 
ceffité-i 

D ^nc autre part Rubcos , quoiqu'un 
des plus grands hommes qui ayent ma«- 
pié le pinceau , a outré cette précau- 
tion. Il ajoute à la nature : il enfle tout , 
& met par-tout du coloflal. Ce carac- 
tère , qui va plus loin que la nature , 
n'eft eftim^ble que quand il ramène un 
objet vu de loin , au degré du beau 
naturel , & au commua {enriment de 
tous les yeux.. 

Il y auroit de l'imprudence , quand 
on veut plaire par l'imitation , de r'ejct- 
tcr les fccours èc les beautés qu'un fujèt 
ptéfente naturellement &de ne fcpas 
déterminer en faveur de celui qui four- 
«it le plus. Vcfptit fortement emu dans 
ion choix par le degré dp bien ou de 
mal qu'il voit dans un fujèt , ne s ote 
poinic^par la préférence qu'il lui don- 
f^ y it inérice 4c le ^eindri: çrait pour 

^ ^ traifs 



trait 
àla ; 
und( 

à ru 

conin: 

tion, 

de pc 

fociérc 

Cent Iç 

& s'il 

de jpou 

que HO 

Que 

nient \ 

font ce 

jufqu'oi 

quer à 

qu'on 

fenu de) 

^ême c[ 

converti 

féjour ,| 

Il P"^ 9 
1 ^'on n'airl 

fera fort 
à bas. 



trait : & la richcflc de la nature jointe 
à la fineffc du travail de rArtiftc caujc 
un double pkifir au fpeitateur. 

3. Enfin le plus fûr^fnoyen pour utilûéde 
gagner tous les fiifFrages eft d*ajoûcer ^'^^''^'^ * *™ 
a l'heureux, choix d'une nature peu 
commune & à rcxadit^dede^'rimira-' 
tion j une utilité reconnue & capable 
de perfedbionner tous les états de la 
(bciété : autrement le plaifir que eau- 
fent les beaux arts eft un plaifir perdu, 
& s*il en contredit l'intention qui èft 
de Joous rendre meilleurs, il ne peut 
que nous empoifonner. 

Quelques exenfples feront fuffifam-, 
ment voir combien ces trois points 
font communément inféparables , & 
jufqu'où il peut être permis.de man- 
quer a l'un ou à l'autre. Celui des trois 
quon eft le plus indifpenfablemenc ^ 
tenu de fournir , c'eft l'imitation. De 
même en effet qu'un grand Prince peuc 
convertir un terrain aride en un beau . 
féjour , il arrive quelquefois 1 qu'un 
xjrand génie fait naître la beauté oii 
Vx)n n attendoit rien de lemblable. Il u 
fera fortir de l'avanture d'un lutrin mis . 
À bas. Mais ce n'eft pas fans grand rif» 
,<jilC ; ^ U fie réparc la pçpicelfe de fop^ 



S,. 



^■ 



uii 



V 



\ 



%^o La Mécanique 

{ùjèc qu'en nous livrant rimiration U 

plus ingénicufe. s 

Orez du cUfcours humain rimiration 
& la liberté des images > de ce mometîc 
la pocfic demeure fans agrément ôc farii 
vie. On peut voir ce qui eft arrivé patv 
mi nous à ceux qui"bnt voulu riitier 
(de la philolpphie. Faute d'images Télo* 
quence & Iniftoire deviennent dunç 
^chercflc hideufe. Ç'eft par cette raifon 
que TillQtfon n'eft qu un Bachelier ti^ 
midc : au lieu que Bofliiet eft^un Ota#». 
reur Ôc un'^Evéque. Jl ne faut que com- 
parer Tabondance de Tite-Live avec la 
maigreur des hiftôricns du moyen âg.e. 
Ceux-ci ne favcnt peindre hi les hotn^ 
mes , ni les évènemens, C'eft par ce dé- 
faut de peintures qu'on trouve fi peu 
de plaifir dans les traités de n^étaphy- 
fique & de grammaire. On ef éprouve 
très-peu par la même raifon dans la 
plupart des Hvrés qui enfcignent des 
clémens Ôc des régies. Les commence^ 
mens fur-tout en paroiffciit rebutans 

f)arce que nos défirs naturels vont ail- 
eurs. Nous voudrions des réalités : nous 
voudrions un ouvrage fcnfible , ou du 
%ioins l'agréable imitation d'une cljofc 
fenfible. Ge n'cft pas après les préceptes 
^u'pnçourtp 



.11 

' une i 
profil 
fiblcr. 
des n 
connc 

en déc 

CCS (pi 

de la I 

cun que 

^attacji 
rion/ïsfj 

«ue lari; 

h dcfcr 
■ de I4 F 

qpe jce fi 
^cnioini 
On voir 
des ob/èj 
liée, d'i 
^J'tine fie] 
%e , les 
^'cau qiîi 

* ia cafci 
IM)cai 
a Proportj 
l'objet, ul 



» ES L ANC VJ. Sy.IJv,JL. ' 2 ^ r' 

Il eft vrai que par rhabitùdc de voir 
une fuite di4ces nettes 5: de fentir^Ic 
profit qui en provient \ i'efprit infcn- 
îibicnTent fç laide gaigner dan)» Tétiidc 
des matbétDatrqùes , prend goût à la 
connoiÏÏance da vrai tout fimpie, (SclTuic 
av^^ardeur les riches confifqucnces qui 
en découlent. Mais en gcniçralles fcich- 
ces Ipéculatives ne fonV pas du goût 
de la multitude : au lieu que patmi les 
hommes vous q/cn trouverez prefqu au- 
cun que ks beaux arts n'arrêtent , 5ç 
n'attaci^i^nt par les chatmes de l'imita- 
tion/ Nç fiimt-il pas dVntendre la lan- 
gue latinç pour lire avec un vraï plaiiîr 
la dcfcriptioh que nous fait Horace v 
de la Fontaine de Blandude » quoi-& 
que jce fiijèt foit peu de chofe &" fins 
le moindre rapport avec nos befoins. 
On voit volontiers Texade reïlemblancc 
des objets : ne fût-ce que d'une araig- 
née , d'iin coquillage , * d'un pallcreâu » 
d'une fleur, pn aime à voir un pijy^*^ 
fage , les bois , les rochers , un filèc 
d'eau qui y fait tour-à-tour la nappe 
&la cafcade.. ^ 

Lik4)eauté de ces imitationiauementc 
a proportion de la -beauté liiemc dç 
lobjèt. Mais il faut quelque chofe de 
pliiç* Pourquoi la peinture df ces licwK 

Ni; 



/. 



r 



^ 



\ 



■^. 



V 



./ 



o 



/ ■ . ' 



2.511 L A M É C AN I Q U 1 

champêtres ôc folitaires eft-clle accom- 
pagnée d'une fecrcrtc triftc/Iê , la même, 
a peu près que nous éprouvons a ren- 
trée cl*un grand boii ? Nous nous y repré- 
fentonsun profond filence. Ccft un dé- 
fère abandonné de tout le genre. hu- 
main. La feule penfée en eft affligeante. 

Ce n*cft donc pas aflfèz que les ob- 
jets ;qu on nous préfente foient bien 
peints. ' Ge n*eft pas affèz qu ils foienc 
iiàrureUement beaux : nous voulons 
aulïï qu* ils s'ajuftent à nos goûts^ 

Lç peintcc/ajôute-t-il à la verdure Se 
à la chûtç d*eaa qu'il nous montre , le 
mouvement d*uryç fimple roue de mou- 
lin, 8c tin chien ^e cour en fadion ? Le 
payfage commence a tenir à la fociérc. 
La peinture auroit encore plus de vie 
Ôc d*agrémenf fi dans le courant du 
ruiflcatt on voyoit un pceheur étendre 
la Sarne de dedi^tfa barque , ou les poif- 
fbns s*élnnc«r de fen filet fur le gazon. 
'La nouveauté eft un autre moyen de 
plaire qui ren'tre dans notre utilité., 0a 
n*çft pas fort ému de la iîgure d*uri fin- 
gr. Ccft chofe bien commune. Mais 
nous en montrç-t-on qui fbit d'une 
taille peu ordinaire ,■. ço^me le ma- 
aui de la Martinique > ou ces* autres 
/ingcs encore plus petits de moitié, ô^ 



Jonj 
té s 
goû 
té, 

que 
tiqiK 

à cai 

vie c 

exem 

pie il 

, pcino 
de, (5 

qffetc 

donne 

leurfij 

de frai 

nionrr 

veau n 

foir d^ 

Noi 

il tient I 
induftri 
difficiii 
jours v| 
font Goi 
des mo( 
3 1 etroil 



qlwe 



BES L ANOUES> L/V.//. 1^3 

longs de Cïx pQuees au plu' ? La curiofi- 
té s'arrccc d'abord à la figure. Mais le 
goûc peut erre fcrvi comAiela curiofi- 
tc j ^i Tartifte met avec la vérité ce 
qu'on nomme le pittorefque ou le poé- 
tique, c*eft-à-dire des lltuations propres 
a caradlcrifer l'objet., ôc-à lui donner la 
vie pu les airs îjui lui conviennent. Pau 
exemple , au lieu de s*en tenir a la fim- 
ple imitation des traits du maqui , il le 
peindra tout fier d'avoir rompu fa cor- 
de , &.s'accrochant de fcs deux pattes à 
la tige d'un bel ananas , devenu fa con- 
lete. 

Il grouppe les petits finges ôc leur 
donne des grâces aufli plaifanres que 
leur figure. Le mâle apporte un bouquet 
de frailes à fa compagne , ôc celle-ci liîi 
montre avec complaj^ce fon nou^- 
veau né comme le plus bel objet qui 
foir dans la nature. 

Notre plaifir augmente ainfi par de- 
gré quand l'objet cft nouveau , quand 
il tient à nous , quand l'imitation en cft 
induftricufe •, j'ajoute , quand elle cft 
difficile,' fans ^êne cependant , &c tou- 
jours vraie. Les poètes ôc les muficicns 
font commandés pat desmefures & par 
des modes^qui les mètrent fouveni? fort 
à l'éttoit, Auffi cppouvons-nous plus 
> ' N iij 



V 



% 



■^ 






fi r) 



^ 



y.L 



194 t A MfcANIQUl 

de furprifc & de fatisfadion , lorlque 
cette contrainte qui rend d'une part la 
parole plus chantante, n'ôte rien de 
rautre à leur agrément, & qu'on leur 
voit un tour d'cfprîl, un choix d'ex- 
preffionilôûjoiirs libre, toujours natu- 
rel, malgré la gcnc des règles qui les 
captivent. 

Ce rapport fecrèt que nous cher- 
chons par-tout entre les chofes qui fc 
préfentent & notre propre utilité , eft 
caulc que des objets qui nous rempli- 
roient d'épouvante s*ib étoient réels & 
préfcns, nous attachent. très-agréable-- 
ment dans les peintures que nous en 
pouvons voir. 

L'arrivée d'Alexandre parmi des peu- . 
pies que le ravage des autres Ptovinccs 
a conftemés, devient un tableau admi- 
rable dans l'Ecriture : & qucMquellc 
n'y employé qtie cinq mots, c'^eft une 
peinture vive & préférable à de plii.$ 
longs difconrs. La terre fe tut devant lui. 
De-là vient le plaifir qu'on éprou- 
ve à donner des larmes aux mal- 
heurs que la tragédie contrefait. 
Qu'un marchand de tableaux en étale 
ime longue fuite , & que la vue en foit 
libre à toute une grande ville. Si par- 
mi ces pcintures^ on trouve un tigre 



t 

3 

C 

ir 
c- 
1- 
es 



BIS L AHC0 I$,i/V.// 1575 

en furie , ou un j^nglier qui revfent ôc 
dccout les chiens attaches à fa pourfui- 
te ; c'eftrlà qu'on court : c'cft-là qu*on 
s'artrouppe : l'objet eft cfFrayant : mai/ 
on le regarde de près Se fans rifquc. 

Le moyen conftamment éprouvé d'a- 
voir pour foi la multitude ôc toute la 
poftcrité , c'eft d'être vrai dans Ces 
peintures -, d'être coulant Se aifi mal- 
gré les règles qu'il faut iuivrc -, d'ctrc 
heureux dans le choix d'un fujct natu- 
rellement propre à intéreflTèr tous les . 
cfprits ;& d'être en tout inviolablcmenc 
attaché au bien pubhc. 

On ne peut difconvenir que Tite- 
Live, Virgile, Ovide, & Claudien ne 
foient de grands imitateurs : mais Ovi- 
de dans (es Métamorphofes & Claudien 
dans l'Enlévemcnr de Profcrpine n'ont 
que leurs peintures d'eftimables. Les fu- 
jèts ne font qu'un aigas de bagatelles 
harmonieufes, & d'imaginations fou- 
vent plus nuifibles que profitables. Ti- 
te*Livc au contraire c^ nous enchantant 
par fcs peintures, n'ôtc rien à l'esprit 
qui ne le puide rendre plus folide&plus 
propre au fervicc de la fociété. Virgile 
y tend de même en nous préfcntant un 
îégiflatcur tout à la fois intrépide, pru- 
dent , & plein de tendrefTe pour fa co-; 
lonie. Niiij 



I : 
..fi ^ 



^'^^6 La MIcANiQui 
^ Homère &'SalIuftc leur font-ils in- 
férieurs oarce qu'ils ont pris pour fujèt, 
r^n les fureurs & le dcfeipoir de Catili- 
na; Tautrc la colère d'Acnille fi funeftc 
à fa patrie & l'occafion de tant de lar- 
mes ) Je conviens que remportemenc 
d*un homme qui ne fait pins retenir fcs 
pallions n a aucune beauté en genre de 
mœurs & de conduire. Mais fi Ton a 
égard à l'importance des cvènemens, 
cesdcuxfujcrs font des mieux choifis& 
des plus propres à exercer de beaux gé- 
nies. Us (ont infiniment propres à frap- 
per les Princes aufiî-bien que les^Peuples, 
' ^ à les porter puilTamment a fe mâitri- 
Icr en tout , par la vue des maux afïrcux 
que le libertinage amt:ne,^ parla vue 
de ceux que la colère atrrfc même aux 
plus grands hommes , même aux carac- 
tères les plus aimables. 

Dans la leârure d'Homère on oe re- 
"vienr poinr de fon éronncment de voir 
tant de riches peintures & une ordon- 
nance aufii ingénieufe fortifti'un fiéclc 
fans culture, & d*un homme qui n'avoit 
point de modèles devant lui. La vérité 
cft que les maîtres qui Tont forme for-- 
ment les grands artiftes dans tous'lcs fic- 
cJes: ce font la nature, lafaciété , le gé- 
nie , & le goût acquiiî 



r 



DBS L ÀVl GV ISy Liv.l/. IC/J 

Qac penferons-nous du po'cmc de 
Lacrece/donc il a dtc fait tanc d'clbgcs ? 
J'o(c dire que ce n'cfl: ni une bonne imi- 
tation , ni lin bon traité de philofophic. 
Qu'il ait bien parlé fa langue, je n'en 
, diiconviens pas : fa latinité eft exquiiè. 
Qu'il air peint hèureufemcnc quelques- 
uns des plus beaux objets de la nature: 
j'avouerai lans peine la rcflemblance de 
fes defcriptions. Voilà fon mérite , Se il 
n'eft pas petit. Mais le mérite du llylc 
cft bien différent de celui de rouvrage. 
Et un livre bien écrit n'eft pas pour cela 
un bon livre. Si vous.cnvifagcz quelle 
fin Lucrèce fe propofe , quels principes \ 
il croit propres à l'y conduire , Se com- 
ment il amène les diverfes parties de fon 
po'ëme à ce but , vous conviendrez que 
ce n'eft ni un géiiic jufte ni un bon rai- 
fonneur. Peut- on montrer moins de 
jufteftc dans le projet Sz dans l'cxéca- 
tion, que de trouver la nature admira- 
blement belle , & de fupprimcr le feul 
Etre qui foit capable d'y établir desliai- 
fons , de la conftance , de la beauté > 
Quelle philofopliie de vouloir faire 
honneur de cette beauté &:de laperfé- 
vérance , tant des rapports que des uti- 
lités, a des caufes qui ne connoidènc 
riciT> & qui ne peuvent rien4 Pciit-ou 

N V ■ 



's 



r 



2ff La MfcAKri^ui 
donner le nom dephyfîqueâ descoJI^* 
cours fortuits de parcelles , c^ui (ans in- 
telligence 8c fans guides s'en vont ré- 
gulièrement à leur place dans le laby- 
rinthe d'un corps organi(2 , pour (c con- 
former à un modèle ; pour conftruirc 
• ici à point nommé un cœur , aSc là prc- 
ciféracnt uii\cerveaii *, pour ne conftrui^ 
rc qu'un cœur au lieu de trois j pour 
reproduire enfin une hirondelle ou un 
homme, plutôr qu'un cheval , un oi- 
rnon ou une citrouille l 

Il ne faut plus , pour^ombfe d'abfiir- 
' . \ ■ dite , qu'accorder le nom de fàge à ua 

homme affèztéméraire pour entrepren- 
dre d'ôter du milieu de la fociété l'efpc- 
rance & la crainte qui y maintiennent 
rQrdre>^& de travailler de tout foii pou- 
voir à ruiner lesfondemens de la ver«^ 
tu qui établit l'ordre encore plus effica- 
cement l 

Nous voyons ici en quoi conCfte l'a- 
^*^fco* dcj bus comme le^vrai mérite des arts. Le 
travers d'efprit de Lucrèce & les puéri- 
lités d'Ovide n'ont jamais empêché de 
/ lire leurs ouvrages. Pourquoi doric y 
revient-on toujours l Telle eft la force 
des images : tel eft l'attrait de Hmi ta- 
rions Le ftylc vrainienr imitatoire eft 
accompagné d'un plaifir qui ne le quitte 



poi 

Lcé 
œu^ 

CÔC( 

dev 

ver il 

fon. 

cher 

le d 

lou^ 

bien 

celui 

vivei 

treéi 

Le 

phy(| 

reme 

d'imi 

difco 

accoi 

fuite 

leurs 

& far 

M: 

Il ne 1 

ni po( 

de COI 

& pat 

qu'il c 

5'acqu 



BES L ANGUESjXiV. //a l^f 

point) ôc qui fait imprcffion fur roift les 
Lcâcurs. Il ne s'agit que de le mettre en 
œuvre pour tourner les cœurs du bon 
côcc , non pour les pervertir. Ce plaifir 
devoir (an^ doute les conduire a leur 
véritable fin fous la direébion de la rai- 
fon. Ccft abufer du plaifir que de le 
chercher quand il bledc Tordre i àc que 
le devoir nous l'interdit. Mais il eft 
l'ouvrage de Dieu comitie les autres 
biens dont on abufc. Et Fintcntion de 
celui qui Ta cré^f a été de nous avertir 
vivement de ce qui peut convenir à nor 
treétat. V 

Les Scholaftiqucs & quelques Méta- 
phyficiens des derniers tems ontentiè- 
rement^égligé & dédaigné ce goûc 
d'imitation. \\s auroient voulu otcr ç^u 
difcours l'agrément des peintures , & 
accoutumer l'efprit à fe contenter d'une 
fuite d'idées très-fimples , énoncées par 
leurs termes propres, fans mouvement 
& fans figures. ' 

Mais c'eft peu connoître l'Homme.. 
Il ne lui eft ni néceffaire pour fon état y 
ni poffibic félon fcs facultés aârucllcs,» 
de connoître les chofes en ellcs-mcmcs, 
& par leurs caufes. Les cormoi fiance» 
qu'il en prend pour (^s divers bcfoins- 
s'acquièrent par comparaifon i & a l'ai- 

N V j, 



i.. 



> 




3 00 Iji MÉGANIQUE 

de de fcs fcns. Il lui iaffit donc de voir 
les rapports que les chofcs ont entre 
elles èc avec lui. C'cll fur quoi eft fon- * 
dé le caradère de fon langage (^toujours 
fèufible , toujours relatif aux ctrcs cor- 
- porcls & â la focictc. 

Celui qvii a fiiit l'homme fa voit par- 
faitement ce qui eft dans l'homme , ôc 
. coi^iuenr il fe mène. Maigre la fimpli" 
■ cité qui rcgne dans les difcours du Sau- 
. veur , ôc Ipécialement dans celui qu'il 
adrertè de de (Tu s la montagne à fcs Dif-* 
" ciples rangés autour de lui , quelle For- 
ce dans les images ! quelles grâces & 
quel choix dans les objets 1 quelle ad- 
mirable proportion entre les fujèts qu'il 
traite 3c les vrais befoins du cœur hu- 
main I Auflî nVt-on point vu de façon 
l't'îoqiiencc d'enfeigner ni plus populaire > ni plus 
t" !-"'"?" ^ efficace. Les petits l'entendent ôc les 
grands en lont rrappés : 

i> Si votre œil droit vous fcandalife, 

j> nrrachcz-le & jertez-le loin de vous. .. " 

. » Soyez les En fans du vrai Père qui fatc 

3) lever fon foleil fur les bons & fur les 

j) mv,'chans, Ôc qui fait tomber fcs ro- 

\0 )> fées fur les juftes & fur les injuftes. . . 

- >y Quand vous ferez Votre aumône ne 

»j faites point fonner la trompette dè- 

» vant vous. . . Où eft votre ticfor ^ U 



»li 

»b 
» ti 
>> p, 

» p( 

c 

çoiv 

che i 

coeui 

luiqi 

tech( 

doit 

La 

& qu 

mçns 

quell( 

Ceft:, 

re de 

comn- 

loir f 

grand( 
tique, 
lec i 
lontc 
prête» 

Icftion 
l'cloqu 



le- 
U 



DIS L ANflUË S, t/V. //. 3or 
>) eft vôtre cœur. . r Jctte2 les yeux fur 
î> les lis des champs. Voyez les oi (eaux 
3> eu ciel. Quelle eft: Li main qui ksem- 
» beliir & qui leur prépare leur nourri- 
» ture?. .. Pourquoi voyez-vous une 
>> paille qui eft dans Toeilde vorre frère, 
» Se que vous n'appercevez pas une 
» poutre qui heurte contre votre ceil ?<< 

Cc'n eft pas afièz que l'homme con- 
çoive une vérité ; il faut qu'elle le tou- 
che 6c excite une vive émotion dans Ton 
cœur. Mais rien n a tant de pouvoir fur 
lui que la peinture des objets Se fur tou- 
te chofe le (êntimcnt de l'inrcrêt qu'il y 
doit prendre. 

La même SagefTe qui a fait l'homme 
&C qui l'eft venu rappcller de Ces cgare- 
mçns , nous a moncrc: par ion exemple 
quelle ctoit la vraie façon d'cnfeigner, 
C'eft donc une infigne mçprife d'exclu- 
re de l'éloquence le fecoutsdes images , 
comme Locxe s'cft figuré qu'il le fil- 
loit faire. C'en eft encore une plus 
grande d'ôter de nos difcours le pathé- 
' tique , ou ce qui eft propre à tfmouvoir 
le c ur. Par-tout ou vous laiflèz la vo- 
lonté (ans mouvement, Ôc que vous 
prcféHdcisnrous en tenir a la purcintcl- 
leftion, la langueur devient inévitable : 
l'éloquence n'eft plus rien : tous les ou- 



*» 



. I. 



301 La MicAviQVT 
vragCs de Tare font fans vie* 

Il ne fuflit donc pas pour prendre 
rang parmi 4es grands écrivains, d'avoir 
du ftyle, ni de mctcre dans fes vers 
quelque harmonie , ou de mettre dans 
ce qu'on peint de la facilité & de la 
iuftefl'e. Il y a> nous le venons de voir, 
d*autres parues également efTentiellcs : 
la beauté narurelle de Tobjèc qu'on imi- 
te , & notre utilité réelle , qu'on ne peut 
négliger impunément. 

Quand l'efprit s'en eft laifTé impôfcr 
par le brillant d'un Ouvrage où ces im- 
portantes parties font négligées *, on re- 
vient peu- a- peu de cette furprifc. On 
éprouve en foi-mcmc un vuide dcfa- 
gréable : on eft puni d'avoir manqué le 
folide ,ft on fe reproche non feulement 
ce qui déshonore la raifon ,m^iis ce qui 
.. ' ne peut ni h nourrir , ni laperfcdtion- 
ner. Combien de plumes dans le.fiéçlc 
paflc & dans cehii-ci fenyblent n'avoir 
travaillé que pour faire parade de leur 
cfprit ou de la pureté de leur ftyle ? Les 
objets qui! s traitent font quelquefois 
fort bien peints :1e ftyle eft nombreu^t, 
correct, fonore. Mais la matière qui 
fcit le fbn^j de rOiivragc eft fans inté- 
rêt Se fans profit. Il me (cmbic , en les 
lUànf > entendre de beaux carillons donc 



î 



tOH 

elle 
ble 
fipc 
pas; 
ypiit 
BoiU 
coJe 
Les 
niciH' 
. fabJe< 
nous 
d'auti; 
Boi 
Gomb 
èpns 
Me 
. l'imit.' 
joind 
nous fi 
faut 
duire c 
frceux 
corps 
fliuicle 
contou 

diminu 
miiix" y 

ÙQs : 



rc 



DES LANÇUKSjI/f. //. 50J 

toas les tons fe trouvent )uftes &c moel- 
leux. Apres qu'on leur a prccé rorcillc 
elle conlervc un bourdonnement agréa- 
ble. L'in^prtfllon s*affoiblit : elle Icdif- 
fipe &: il ne vous refte plus rien. CcnVil 
pas ainfi que sVchappcront les idées que 
vous aurez pri(cs dans la Bruyère , dans 
Boileau, dans Bourdalouc, dans Ni- 
cole, dans Bo fluet , &: dansMaflîllonr 
Les beaux fons paflènr , &'lc réel de- 
meure. Quel pi ohc , quel fens /dans les 
.fables» de la Fontaine ! Qiielquefois il 
nous dit plus par un feiil petit mot , que 
d'autres par de longs Ouvrages. ' 

Bon )our, Moniieur. ^iî^ Corbeau» O 
combien de Cefars deviendront Lari- 
dpns ! 

Mettre des traits reflemblans dans 
Timitation fans fe mettre en peine d'y 
joindre Tatilitc & les fcntimçns qui 
nous font communs à tous, eft un dé- 
faut qui Te fait bien fentir dans la con- 
duite des peintres. Un bon nombre d'en- 
tre eux ne ccnnoiflcnr que l'anatomic du 
corps humain; les différcns cfFcts des 
mulcles félon la pofit ion du corps -, les 
contours & les diftances des objets ; les 
diminutions proportionnelles de la lu- 
mière j & la façon de jettet les drappc- 
ries ; voiU l'objet de leurs, efforts» Us. 






'^ 



/ 



'à 



5 04 La Mécaniqjji 
font bien de s'y perfcâiionner. Ce Cc^^ 
roic un grand fujèc de blâme d'avoir 
manque aucune de ces parties, Mais ce 
n eft point-là à beaucoup près la con- 
rioiilàncedc l'homme, ni. le moyen le 
plus propre a 1 artacher.'Il veut trouver 
danï: l'imitation l'image de fcs affcdions 
aulFi bien que celle «de fcs traits exté- 
rieurs. Telle eft la grande beauté delà 
peinture ôc de tous les arts. Mais pour 
mettre des fcntimens dans Tame du 
fpeftateur, il faut les connoirre. Il faut 
favoir les produire au dehors , les mon- 
trer dans les yeux, les faire fortir des 
traits du vifagc, d'un air iç têcc , & de 
l'inflexion d'un doigt. Dans l'hômmc 
tout eft ora.teur &: tout parle pour lui. 
Le peintre qui ne connoît que les di- 
veries pofitions de fon modelé ,«n*en- 
tend point cette éloquence qui eft le sûr 
moyen de plai.re. ( C'cft-U c^ztcexpref- 
y7(?;/ qiiç le Sueur pofTcdoir à un C\ haut 
degré , de qui a fi fouvcnt baigné les 
yeux des ïpeâarcurs, arrêtés devant la 
Madelaine de le Brun. ) {a) . 

Mais c'cft un mérite peu commun. 
Gcttc magnifique partie de la peinture , 
dont la4îaturc prend foin de nou^ faire 



( 4 ) Auji Câcmelitci àtU lue S. Jacf^aei. 



DIS Languis, L/V./A ^oj 
i tous des leçons , ôc dont l'imprcflion 
fcfaic fentir à un enfant qu'elle rranf- ■ 
porte, bien dés peintres s'en difpcnfcnr : 
apparemment par le deferpoir où ils 
font d'y atteindre, après en avoir (bu- 
vent entendu parler. Il leur paroît plus 
commode de fe diftinguer par des re- 
cherches d'art, dont chacun n'cft pas<» 
également capable ni i portée d'errc 
inftruit.Mais qiî'tft-ce que le fa voir fùns 
ïexprejjion du (cnrimcnt , qui cft: elle- 
même l'ame de l'imiration ? 

D'où il arrive que pluflcurs peintures . 
êc bien des gravures ne (ont que des 

. ftatues , placées avec d'autres (larucs. 
{ On achevé de les pétrifier par le foin 
qu'on prend de les tenir parallèles entre 
elles, cx4ftemcnt verticales , ôc pour 
.ainfi dire empalées. ) Si un remord de 
confciçnce itvertit ces froids imitateurs 
de mettre dans les attitudes quelque feu 
ôc des mouvcmcns conformes à l'crat 
des perfonnngcs -, nu lieu des traits de la 
colère ils mettent ceux de la rage '•, pour 
animer les yeux ils les font fortir de la 

," tcte. Ils prennent les airs étudie^; pour . 
des grâces : ils confondent le beau main- 
tien , avec la contenance roide, ^ ne 
favent pas diftinguer la dignité d'avec le 
rcngorgcmcût. Ils (Ubftitucnt la puaili- 



\, 



\ 



^06 La Mi cÀ NI Oit 1 • 

té i la douceur : ôc croycnt relever tm 
héros , en lui donnant une fierté farou- 
che & brutale. Ces méptifes pliis com- 
munes qu'on ne penft , viennent de n a- 
^voir étudié que la figure ou lamode,& 
de ne connôître â fond in Thomme , nr 
la fociété , ni Thifloire , ni les mœurs des 
peuples, ni lès^airs des différens âges. 
On fait beaucoup de règles : & on ne 
connoît de l'homme que les mufcles ôc 
la peau. 

Ceft le pctfde foin qu'on prend dcfe 
bien inftruire des vrais reiîbrts de notre 
ame, qui nous rend fi pauvres en ta- 
bleaux hiftoriques , ôc ne produit que 
d'éternelles répétitions des mêmes fu- 
jets. Les vrais amateurs mohtreroicnt 
eux-mêmes leur jufteflc & leur éleva- 
tiôn , s'ils s'unifibient pour aider l'en- 
trcprife de faire deflîner &c graver l'hif- 
toire Grecque , ou la Romame , ou tou- 
te autre. Ils (crviroienr doublement la 
fociété en rinftruifant , ôc en lui procu- 
rant d'habiles defiinateurs. 

Ceux qui font profeflîon de ce bel 
art ôcdc tous Ic^ autres dont le but eft 
d'inftruire par l'imitation ,ont quelque- 
fois beaucoup d'étude , ôc même un 
fond de génie. Ce qui leur manque eft 
ce goût juftc qui règle les ouvriers Ôc 



leur ti 
naïf, 
tous, 
fcls qt 
ils ajo 
belle c 
noidal 
du far 
C'ef 
entend 
fort r 
dit-on 

{)ourqi 
emçnt 
tous le 
Grecs ( 
faite in 
que cel 
" nous 
tous 1< 
noHS r 
cepre 1, 
roidcn 
nous n 
lorfqu'( 
leurs, 
cienne 
fon goi 
que qn; 
pofc d'i 



DIS tANGUlS,L/V./A 5Ô7 

leur travail, ce difcernemcnc cxacît dn 
naïf, première beauté qui nous plaîc i 
tous, & CQfuite des fcncimens uniVer- 
fcls qui nous attachent touj. Ils ôrent,^ 
ils ajourent a la narure , & au lieu de la 
belle expreffion qui eft toujours recôn- 
noiffablc , ils employene la féduâion 
du fard , des dorures , ôc des fleurs. 

C*eft 3 propos de ce travers que nous Pourquoi fa 
entendons fouvcnt faire une demande i"*JJJêm/, M- 
fort raifonnable. Puifque la nature, citation en 
dJt-on , clt la même dans tous les rems , 

f)ourquoi Timitadon n'eft-clle pas éga- 
emçnt vraie , également animée dans 
tous les tems l Voyez les ouvrages des 
Grecs ôc des Romains : c'eft une par- 
faite imitation de la nature. 1,1 femble 
que cela ne leur coûte rien. C'eft ce que • 
nous remarquons avec furprife dans 
tous les genres de compof^tions qui 
noHS.reftcnt des Romains. Si Ton ex- 
cepte la tragédie que les modc^n^s pâ- 
roiflcnt avoir pouflcc plus loin qu*eux, 
nous ne voyons rien qui (c foutiennc, 
lorfqu*on fuit d*aurrcs routes que les ^^-^ '* 
leurs. Qu'il eft honorable pour iVn- . 
cienne Rome que nous confondions 
fon goût avec celui du beau naturel -, ôc 
que quand un artiftc parn^i nous com- 
pofc d'une façon noble ôc fimple > noufi , 



^ 



)o8 ;;^La MicANiQtJi 
difions de lui qu il travaille dans le goflt 
Romain! '"^ 

Voyez au contraire là ouvrages de 
ceux qui ont fuivi la dée^dcnce de 
Tempirc^^ n'eft plus que rufticité. La 
natufe Arles grâces, les hommes & 
leurs fentimcns n'ctoient point changés. 
VoUTne rencontrez cependant pr^cfqne 
aucune imitatidii fupportabie dans la ' 
longue durxfe du moyen âge. On n'y 
fentoit rienj . 

Daiis notre fiëele où il fe montre tant 
d'artiftes ,& d*cmulatioh , pourquoi Ti- 
mitation , très-heureufe dan^ les mains 
de quelques-uns, a- t-ellc dans d'autres, 
mains' fi peu de refli'emblancc avec la ri- 
che variétd de la nature ?" Au contr 
pourquoi ceux qui écrivent ii refTcrn^ 
blent-ils prefquctous? On ne Icurcon-. 
noît point de cara<flère<? qwi les diftin- 
gucnt. La plupart nVn ont qu'un , qui 
cft de s'exprimer d'un air cavaher-, ôc 
de fe donner avec art un air bruique ôc 
néglige'. D'cm nous eft venu ce tic ? 

Il vient de ce qu'on fç laide éblouir 
par la répitacidn d'un homme a qui cet' 
air a tcuîlî. On veut faire comme Pin- 
darc : & cctt. la nature qu'il falloir imi- 
ter. . ' ' 

Le défaut de culture ou d'cxcmples»a 



pu eri^ 
des ari 
ment : 
Jent ôc 
qui le 
cote le 
forme 
goûr. 

Le n 

ouvrag 

Touséi 

l'écart, ( 

bredel 

génie. I 

rejacl 

une ini; 

connoil 

Lôrfqik 

. eut mul 

toute p; 

ôc fait c 

des (laci 

monumi 

jours, c 

même g 

fuccès o 

Hora 

jujftc dif 

ri on d'à 

dciy: i5? 



D E S La N.G u e s yLIv. Il 3 o^ 
pu eri^ certains fiécles affoiblir le goût 
des ^ïiÊffêc le tenir dans rtngourdiiît- 
nient : mais les exemples qui le rcvcil- 
Jcnc & iVncburagenc ne font point cç 
qui le règle ou le maîrrife. Moins en- 
core le^oivent-ils rédyire a une feule 
forme- ce feroic le- renverfement du 



gour. 



Le moyen âge n*a point vu les beaux 
ouvrages des Grecs Scjdçs Romains. 
Tous croient enfevelis ^us terre ou à 
rccartdansla pouffiçre d'un petit nom- 
bre de Bibliorheques. Rien n'animoitle 
génie. Le goût dominant ctoit la guer- 
re Jachaflè, ou les exercices quictoicnt 
une image de l'une Ôc de l'autre. On ne 
connoidbit point d'autre émulation. 
Lbrfqùe la dccouvetce de rimprii-ncric 
eut muhiplic les bons Livres, mis de ' 
toute part la^Guriofi^ç en mouvement, 
c\' f>it connoîtrc le^r/x des bârimens, 
des ftatucs y des fculptures ,• & des autre$ 
monument qu'on dcrerroit tous les 
jours, on cflay,! de travailler dans le 
même goût, if rcftc à voir avec quel 
fuccès on je fit. 

Horace nous a montré !*â faire* le 
juftc difcernement de la bonne imitav 
tion id'avcç la mauvaifç. 11 diftinguc 
dcu^ ft)rte$ ji'imitatipn ^ dpnt jupe çfl; 



r 



' 4 



T. 



,." / 



y 



^v 



-/ 



jxo La Mécanique 
(àvantc & vraie î l'autre cft fervilc , fans 
vérité, & fans vie. Le favant imitateur 
eft celui qui a toujours les yeux fur Ja 
nature & fur la focictc pour en tirer des 
cxprcflîons parfaitement reflcmblantes , 
& pour mettre autant de variété dans 
ki peintures, qu'il y en a dans fon mo- 
dèle. L'in^tatcur eiclaye eft celui qui fc 
propofe de copier uç artifte, un ouvra- 
ge, une manière. 
Tigurez-vous deux hommes^dont l'un 

Frojette les Adelphcs, l'autre conçoit 
idée du Tartuffe. Tous deux fê retn- 
f)lifren| de leur fujèt. Ils en.échauffent 
eur imagination , & rapprochent tout 
ce que la nature & Tufaee du monde 
leur rappellent ï cat égara. Ils mettent 
en œuvre leur génie pour diftrîbuer 
avantageufement tous les plus forts de 
ct% traits, & cherchent des fituations 
propres à les montrer comme fon^ les 
coloriftes , d'une façon tranchante. 
Qu*il y ait au monde, je le fuppofc, 
«ne plume fingulièrement élégante » 
^ont on admire la facilité, dont on 
vante les fineflès -, & qu'il foit du bel air 
4e copier : je voiis le demande : un Mo- 
lière & un Térence feront-ils bien de 
irelcvçr le dialogue de leurs pièces par 
ftoju^^lcs agrémens poifibipj ac ce »PUr 



DES Langues, Llv. IL $xt 
veau goût ? De tels efforts leur fcmblc- 
ront plutôt puérils ou déplaces : ôc 
quand ces tours recherchés (croient au- 
tant de beautés réelles -, les vrais génies » 
les vrais peintres n'en font aucun étàc 
quand elles^efortentpas naturellement 
de leur fujèt. Ils portent cette précau- 
tion jufqu*au fcrupulç, d>c fc'^^dent 
bien de mettre à côté deTimage prin- 
cipale rien qui Tefface , ou qui l'obfcur- 
ciilè. Ils fa pp riment fans nriféricorde les 
fineflès d'elprit, les pcnfées brillantes t 
ôc tous les ornemens qui ne demandent 
u'à attirer les yeux. Au contraire il« 
aififlcnt avec avidité im trait naïf , un 
terme des plus communs , quand il eft 
propre à faire fortir le caradère, ou 
dotinc lieu à un geftc exprellîf j à un ton 
pathétique. 

Une nouvelle raifon qui règle ainfi 
le choix de c^s homnnes judicieux , c'eft 
que les fînefles d'efprit n'amufent que 
peu dcperfonnes. Elles échappent aux 
efprits uns finefle , fi même elles ne les 
fatiguent par Tembarr'às de deviner , ou 
ne les humilient par le mauvais fuccès, 
Un dernier motif qui achevé de don- 
ner Tcxclufion à ces fubtilirés s c'eft 
qu'elles font réellement étrangères à Ti- 

mijcacipn. Cçllp-ci p'cft )am^ en Jpliw 



?. 



«► 



\ 



^11 LAMftCANIQVS 

grand danger que quand ceux qui cul- 
tivent les beaux arcs s'ctudienc de pro- 
Îos délibérée parler, à écrire, à pein- 
re, â compofcr la mufique dans la ma- 
nière qui a réulîî à quelque favant , 
dans le tour de ftyle qui a fait un nom 
à un tel. Ce goût de copie ou de ref- 
fcmblance les ramène tous a une prati- 
que reconnoiflable. Mais la belle imita- 
tion n*a proprement aucune manière > 
& divcrfific fans fin Tes procèdes fclon 
lage, l'ctût, &c la biénféance qui la 
maîtrifc. 

Le grand Corneille s'eft long-tems 
refTenri de l'air contraint ôc outré qui 
avoit pris le dellus, & défiguroit tou- 
tes les compofitions de fon tems. Le 
(èul Monologue de Rodrigue en eft une 

Frcuve fuffîfante. Son jugement exquis 
en a fait revenir- Et peut-être les pre- 
miers fuccès d*un jeune homme nourri 
de la lefture d'Euripide & de Sophocle , 
contribuèrent-iis a ramener Corneille 
avec tout le public i l'imitation du na- 
turel & des mouvemens du cœur , com- 
me aux véritables fources de la beautc. 
Il y a cent ans & plus qu'on lit Mal- 
herbe , Corneille , &: ceux qui avec eux 
rendirent notre langue aimable , en ia 
fjpjjyra^u de I? coxirrainte & de l'uni for- 



ne 11 

vieil 

lesr 

Jucni 

vain: 

trcfa 

leur 

nianii 

hardi 

rc les 

vragc 

tion c 

pe , la 

louvr 

des ar 

propo 

• dans f 

péricn 

Mii 

quelqi 

tionnc 

-ticuliei 

glent II 

imita tel 

de la 

goût a] 

ne feri( 

que coi 

U) Sei 



X ^- 



DES La MG UES, L/v. //. 51^ 
Ittitc de la mode. C'cft ce qui fait qu'on 
ne lit plus le Maître, ôc que Pafcal ne 
vieillit point. Sous Louis XIII , & Tous 
les régnes fuivans , on a vu fucccflîvc- 
nient tomber dans l'oubli tous les tcii- 
vains qui ont eu la foibleflc d'en con- 
trefaii%>un autre, au lieu de Ce livrera 
leur gci>ie,&: de proportionner leurs 
manières à la diveriltc des fujcts. Cette 
hardicflTe feule a fait (fclorre au contrai- 
re les talcns qui marquent, ôc les ou- 
vrages qui fc foûtiennenc; la defcrip- 
tion du palFage du Rliin , le Mifantro- 

Fe , la Phèdre , Thiftoire des variations , 
ouvrage des fix jours. Ainfi l'imitation 
des arts fera toujours favante ôc vraie i 
proportion que l'imitateur prendra tout 
V dans fa matière fous la dircûion dd'cx- 
pcrience ôc du goût. 

Mais ceux qui en quelque tcms Se en 
quelque genre que ccfoit, ont ambi- 
tionne d'atteindre à la manière d'un par- 
ticulier même très-fpirituel, ôc qui rc^ 
glent leurs pas fur les fiens ; voilà les 
imitateurs fer vils que le gt'and Maître 
de la poétique, de l'éloq^ience, ôc du 
goût appelle plus durement que nous 
ne ferions, de vils animaux, qui nevonc 
que comme on les mène, (a) 

( 4 ) ScrvuBi pecuft 



/ ■- 



,& 



<> 



} 14 La Miftc a n I qui 

Orfgine de £a première origine de cette difpo(î« 
non ou nous iommes de nous laiiler 
prévenir par ce qui cft brillant , vient 
d'une habitude qui a été quelquefois, 
trop aidée dans nos études. Notre juge- 
ment alors n'étoit pas formé. Nous ne 
Tentions point la vraie beauté de ce 
qu'on nous mettoit en mains j parce que* 
nous n'en jugions que par partie, &* 
même par les plus petites parties. Nous 
red'cmblions à cet égard aux petits en- 
fans dont la vue n'eft pas encore formée 
bu affiirée. L/:urs yeux s'égarent fans (c 
fixer fufricn. Ils ne les arrêtent que fur 
ce qui brille. Chaque penice actuelle 
nous attachoit à proportion de .fon 
éclat*, &c le mérite des liaifons ou de la 
bienféance nous touchoit beaucoup 
moins qu'un airdefubtilicéoudepompe. 
Ce danger étant prefqu'iiiféparable de 
l'étude des langues éc des ouvrages tra- 
vaillés , il faut le prévenir par quelques 
précautions. . 

La principale eft d'ej^ercer ttès-long- 
tems la je.unc/Ie dans le fty le naïf , fami- 
lier , ôc aifé. Il faut pour cela ne leur 
montrer que très-tard les tragiques & 
les orateurs ; mais s'en tenir long-tems 
aux fabuliftes , aux hiftoriens & avix co- 
miques , choifis 4veç réfcrve. Au licii 



lur t( 
%en 
en tir 
dialo^ 

Kiinc5 
ré. Ri 

(&c', 

prir) ■ 
en nuK 
cft trav 
comme 



i>ES Langues, I/t/. //. jif 

A^Y prendre des penfces détachées, & 
fur tout des maximes de morale que cet 
âge ne gdûcç pas faute d'expérience , on 
en tire des évcnemens choiïis, puis des 
dialogues courts cV agréables , donc les 
jeunes gens puiflcnt cmbraflèr la totali- 
té. Rien ne leur caufe plus de plaiiir, 
( & c'cft un plaifir qui leur forme l'cf- 
prit ) que de voir comment une partie 
en amène une autre , comment celle-ci ' 
eft traverfée, puis Tobllacle applani ,& 
comment la beauté forç" de la jufte/Icdc 
cette marche. Cicéron, Patercule , Au- 
lu-Gclle, Frontin, Valerc-Maxime ôc 
\zs 4iiftoriens fourni (îènc des récits 3c 
des portraits qui font autant de minia- 
tures' qu'on peut con(îdcrer à part. 
Rien fur tout ne mç paro ît pl us faiîabic 
nr plus propre d'attacher Icsycuncs gens 
fins le moindre danger pour les mœurs*, 
que de leur didter , ou de leur faire im-. 
primer tdes Entretiens tirés de Plante 
& de Térence, des Scènes d'un bon 
choix, qui forment chacune à part une 
petite aélion Ôc un caradkcre. Ici c'cft 
un père de famille qui inftruit un encla- 
ve de confiance de la conduite qu'il 
va tenir à Tcgard de fon fils qui fe dé- 
range. Là c'cft un jeune hoi^ime qui 
veut roiicr de Coups fon valer pour lui * 

G ij 



^ 



~^ 



»/ 



^iG LaM^caniqui 
avoir donne un avis qui n'a pas tourné 
(don fes. fouhaits. Ailleurs c'cft une que- 
relle entre deux efclaves, une difcuflioa 
d'intérêt entre un marchand ôc un pé- 
cheur, ou tel autre cYcncment qui ne 
roulanr que fur un objet unique , ne fa- 
tigue point l'clprit par la muhiplicité 
des incidens. Dans la fuite on s'accom* 
modéra fort volontiers d'un rccit plus 
étendu , d'une adlion plus fui vie , où il 
fe trouve une efpcrance,^ un obftacle> 
puis un dcnoumcnr. 

Quand il fera tcms de palTcr-àdcs 
ouvrages élevés; la même régie fcrtpar 
tout pour 'juger faincment de la totali- 
té d'un dilcours , d'un po'cme , d'une 
peinture, ^ pour porter un jugement 
raifonnable fur chacune des plus petites 
parties. Ce principe qui doit diriger 
tous nos jugemcns, cfl: le même quia 
dû diriger en tout le travail de l'Artif- 
te : c'cft toujours le principe du goût, 
qui revient en périt comme en grand, 
à irHiter fidiUment un fujet i . qui plaifè 
par fa beauté rjntnrelle , i , &. par mie 
vraie ut Hué, ^ . 

Nous entreprenons , par exemple , 
la Icdure de la Pharfalc de Lucain. Les 
premiers traits qui nous frappent , font 
çpr(aiacs peufécs quelquefois trcs-fpiri^ 



1 

tuelles ; 
ment h 
a répan 
des prc 
fera bic 
tèrc de; 

bord à 
des rav: 






DE^ Langues^ /v/t/.//. ^1.7 
tiicUes, 6c prcfqoe toujours fiiigulic re- 
nient brillantes & recherchées qu'il y 
a répandues par tout. Prcnons-cn deux 
(des premières qui rcprt.^enreronr. C'en 
fera bien, afi'ez pour connclrrc le carac- 
tère des autres. 

î)jxns le compliment qn'jl ndrcnc d'a- 
bord à Ncron 5 il fwlicire les Romains 
des ravages &: des horrci:rs qui leur ont 
procuré la didlarure de Julc-CCfâr, 
parccqu'il n'y avoir que-ce moyen pour 
parvenir au bonheur de podcdcr Né- 
ron fucceflèur du mcmc pouvoi:-. 

î> Nous approuvons 5 dir-il , L\s cri- 
» mes& les (acrilcges mêmes, quand ils 
» nous produilent un p.ireil dcdomma- 
» gement. <« ( j } 

Enfuite il'^fait remarquer â Néron que 
quand il quircera la terre, (Se jugera a 
propos d'aller prendre poficîlion du 
ciel, ilrell: d'une extrèine con(cqiî:ncc 
qu'il fixe (on^cjoiu" dans l'èquarcur par 
préférence à tour autre point , foit de 
j^niifphèrc feprenrrional , foit du mé- 
riTOnal. La railon qu'il' en apporte eft 
d'unejî.ruilence merveilleufe. 

.» 5i vous veniez, dit-il, à quittet la 



X 



Oiij 



u 



4 

. 1- 



318 L A M É C-A^N I Ct^U I 

» ligne cquinofti.ilc , poiu* vous avan- 
» ccr vers l'un oij vers l'an tre des pôles, 
ï> vous porteriez avec vous un poids 
5) cnorme de ce corc-lù : Taxe du monde 
») fcroïc contraint de Ixiidèr , ôc il n!y 
j) auroit plus dcquilibi-e dans runi- 
» vers. t< ( ^) . 

Voyez ce qu'on feroic devenu (ans 
cet avis 3 place fî à propos avant le dé- 
part de Ncron. Aflurément ces pepices 
is: tant d'autres qui les accompagnent, 
ou plutôt dont tout l'ouvrage four- 
mille , font plus folles que belles.. En 
tout ceci le complimenteur n'imite rien 
qui foit dans la nature , rien qui foir con- 
cevable ou dclirable. Ce (ont ici > & 
bien ailleurs, des idées monllrueules, 
des fonges (emblables a ceux d'un cer- 
veau qui cft dans le délire. 

Si nous voulons enluite porter un ju- 
gement géne^ral fur rordonnance de 
rpuvragc qu'on nous donne pour un 
poSmc épique, notre premier (ujct de 
plainî^ contre Lucain eft d'avoir veifi- 
hé uncHiftoirc au lieu de choifir une ac- 
tion que le génie piit faire marcher d'u- 
ne façon héroïque. ' ^- . 

. ( 4 ) JEtheris immenjî p.xrtem fipreffcris unutn 
Sentiet axis ontts, Lil^r^ti fondât* c»li 
. Çrke Unn viUio, 



I>1 
la g 

la patri 

bic ôc 

mais c'< 

captive 

que la 1 

une a»fli 

librcmc: 

té hifto 

blançe , 

Irc i 



X 



ntei 



y jette. 

Le fei 

hiftoficn 

rou(ia{m 

duirc au 

rimens pi 

loin du 

vous m'a \ 

grès (î^le 

de vous. 

ne trouve 

Qu'un Or 

le fond d( 

n^n eft pc 

pour nous 

pour non 

que lOra 

Encore {i\ 

difccrncnic 



DES Langues, Llv. IL j j ^ 



fa 



U5 



lierre civi 



le fufc 



itcc par 



CcHi 



r a 



(l fans cl( 



patrie, cit lans douce une mancrc no-^ 
ble & capable d'arracher le Lcftcur ; 
mais c'eft une hiftoirc qui mairrifc & 
captive celui qui la veut écrire : au Jicu 
que la matière diitr pocme épique cfl: 
une action illuftre dont le polir c amincie 
librement Ic's parties, non filon la véri- 
té hiftorique , mais iclon la viniidn- 
blançe, ce qui lui donne lieu c!e la ren-' 
*dre intéreiïante par le merveilleux qu'il 
y jette. " . 

Le fécond défuK de Luc.iin devenu 
hiftorien plutôt que poctc, eft de s'cn- 
rouliainier à tout propos, &: île pro- 
duire au grand jour Ion efprit»^' Ces Icn- 
rimens pompeux. Lncain , cjiic vous cres 
loin du vrai ! Occupez-moi de ce que 
vous m'avez promis. Pcigiicz-en les pro- 
grès &^\cs iuires. Voilà ce qOc j'arrens 
de vous. Je cherche votre lu^è: : mni;» je 
ne trouve 4^ie vous «^^ yos rdHexions. 
Qu'un Orateur mette fon jugement Se 
le fond de fon cœur a découvert : on 
n^n cft point bleflé. Ce n'eft même que 
pour nous mettre an fiit de fa pen(ee(Sc 
pour nous remplir de ies fentimens, 
que rOratcur nous adrclfc la parole. 
Encore fiut-il qu'il les produiie' avec 
difcernemcnt , avec un grand air de 

Oiiij 



/ ■- 



'\ 



^ 



çio La M</:antqub 
droiture , en allant au vrai bien de TÀu^ 
diteur, fans faire ctalage de fon propre 
tour d'efprit. L'on s'attend par tout a le 
voir zélé dcffenfeur de la vérité : maris 
cjuand il s'annonce comme bel cfprit ; 
il fair un mauvais perfonnagc.- C'cft ce- 
lui. du Pancgyrifte de Trajan. Qucl- 
cju'aimable que fut le héros de Pline., 
on fcnc par tout dans celui-ci un hom- 
me qui s'étudie a mettre nu jour fa fi- 
ncdcy ôc qui n'a autre chofe en tctc» 
Mais quand quelqu'un s'cfl: donné pour 
hiftoricn , ou même pour poète , com- 
:me il eft défagréable pour le Lcdteur 
<jui fuit le fil des objets , Se afpire après 
l'évcncment, de fc voir détourné pg#, 
une aclion étrangère j'f par une épiiode 
déplacée; vous ne Icrcz pas moins blcIIc^ 
de vous voir contraint de fuivre un ef- 
prit vain qui vous inccrroif>pt pour vous 
avertir qu'il tft là , ôc qu'il faut quitter 
\otre matière pour admirer au bout de 
chaque article celui qui écrit. Ce dé- 
faut eft très-commun. Si l'on ouvre 
Plaute, quelque fujèt qu'il manie vous 
le voyez venir avec fcs jeux de mots &: 
Ces diétons traînés par les boucs des 
halles. Si l'on ouvre Tacite , on doit 
. s'attendre à trouver par tout une poli- 
. tique renforcée i par tout dcjjvûcs qu'il 



prête 
fort à 
. leurs I 
celui Cl 
Certes c 
Cet 
me, cH 
prç ne 
ni dan 
Molicr 
Fl,curi. 
vant CL 
lifanr, 
11 d 
Live d 
pluficu 
de leur 
lés qui ( 
ve-t-on 
aux Mi 
n'cft-il f 

fcmblan 
Cet a 
foin de n 
s'il y a 1; 
f^iii de/Ii 
placé de 
effet dan 
nniform 
iingucur 



Di;s Langues, Lîvs IL 



II 



prctc d cous (rs pcrfonnaf^cs , alliircmcnc 
fort à ravanriuc. Etoit-il (cniiarçiir de 
leurs pcnfecs ? ou l'cCpric de Tacite ik. 



ce 



lui d 



e tous 



les î> 



rinces avoieut-us cic 



-ih 



jcrt'cs dans le même moule ? 

Cette forblelle de le peindre foi-mc- 
me , ^ tous ces retours ^'aniour pro- 



f, 



dins 1 1 



: trouvent jama 
ni dans Vir/gile, dans Tcrcnce ni dans- 
Molière , dans Tite-Livc ni dans l'Ahbi 
Fl,euri. Ils n'ont tous c]uc leur objet de- 
vant eux , (5c à peine ionge-t-on en les 
.li(ant, qu'il y a quelqu'un qui écrit. 

Il eft vrai qu'on a reproché/à Tite- 
Live d'avoir fait parler (ur le champ 
pluficurs de {^s Généraux d'armée , ic 
de leur avoir prêté des diicours travail- 
les qui Tentent l'art & les efforts. Trou- 
vc-t-on là cette, liberté qui ficd bieti 
aux Militaires , <^ Titc^Livc en ceLi 
n'cft-il pas fotti des bornes de la vrai- 
fcmblancc & de fa retenue ordinaire? 

Cet admirable écrivain n'a pas be- 
foinde nos apologies. On fcntaMèzquc 
s'il y a la quelque faute, elle neft pas 
lari^ dcffcin. C'cft un défordrc choili & 
placé de Ja main d'un grand Maître. En 
effet dans des récits fort longs > fou vent 
uniformes, on a Ibuvxnt à redouter la 
langueur. Il a fu prévenir Tennin w^ r.i'- 

Ov 






5i 



La Mécanique 



loupifici 



,i 



rdel- 



:mcnt par cette nouvcautc 
Icmcnt un peu brillante , înais propre à 



iquer lé-Lcdlcur. 



piquer 



On ne s'eft jamais tant éloigne de la 
vérité de j'imitacion ', jamais on n*a 
moins réufli à attacher l'eiprit par le 
plaiiir des (èntimcns raifonnables , que 
quand les Artiftcs le font appliques 1 
faire iiiontre d'crudirion ôc d'c/prit. Ce 
n'cft plus nous pfélcnter l'objet qu'on 
-veut voiri'c'eil nous montrer du Kird ; 
c'eft incrurtcr le vila'ic d'un enduit- 
» étranger. ^ 

Cette manie de quitter fon objet ou 
de le négliger , pour reproduire foi-me- 
nie, faitfouvent tort a l'éloquence, à 
lapoéfie, & àla^nufique. Ceux qui ma- 
nient ces arts rcdèmblent tous à un maî- 
. trc d'hoteL UafFaire decclui-ci*^ la leur 
tft de prclentcr de bonnes cliofes avec 
grâce. Mais en (ervant , qu'ils sçe s'ayi- 
iCht pas de venir faire la belle conver- 
sation , & de nou5 occuper de leur mé- 
rite. 
ï 'uTape âct Cc défordrc Cl commun de multiplier 
tjrc'mojiili/^ P'^^frop les frifures &: les orncmcns , ne 
vient pas toujours d'un fond de vanité 
' qui" aille jufqu'a ncgligcr le folide. Il 
/ peut provenir,^ il ne provient que 
trop d'une tangue habitude de lire per- 



f>dtuc 
e fty 
vrai I 
voyq 
& po 
tons i 
croit. 
On y 
figure 
rinc e 
Tu ré p 
tique, 
la pre 
Le ma 
tre lar 
ni 1 air 
roîtrc 
cent & 
plusqi 
ftyles; 
parle. 

déré , 
nous o 
Içs fcr\ 
neflcp 
une fai 
On 
fouven 
de juft( 



D E s L A N G U E s , Lh, IL $1$ 

f>dtuelleiTienc les poètes , &c d'en îmircr 
e ftyle avant qu'on foit fortifié dans le 
vrai tour du lanijat^e ordinaire. Aullî 
voyqns-nous^que pour un bon orateur 
& pour un bonhiftorien, nous eomp- 
tons facilement cent vcriihcateurs. On 
croit. gagner beaucoup à cet excrci'cc. 
On y contracte-une forte inclinarion i 
figurer tout ce qu'on dit. La profe La- 
tine en fouftVc ctrairgcmcnt. A la me- 
suré près elle eftprefque toujours poé- 
tique, fouvent enflée &: pompcule : on 
la prcndroit po& Icvlangage des Géans. 
Le mal va plus loin,^ g^^i^nc auflTi no- 
tre langue. A la vcritc ni la bouffiflurc , 
ni l'air déclamateur n'oient guère y na- 
roître. Mais le tour énigrammatiquc , ' 
cent & "cent fois fronde^ fe remontre- 
plus que jamais -, il fc glillè dans tous les * 
ftylesj ôc cçjX toujours un poctc qui ^ 

parle. 

*Cc n'cft pas feulement l'ufige immo- 
déré des comportions poctiqucs qui 
nous 6tc cet air ♦tiic , ii déiirablc en tout: 
Içs fcrvices mêmes qu'on rend d la jeu- ^-^^'f^r .': 
neflc peuvent quelquefois la conduire à Lilapiu '», 
une faude éloquence. 

On lui montre à bonne intention, 
fouvent même avec un rrès-gfand f<Midf 
de juftcflc & de vérité, quelle cft la ma- 

^ ^ \ ov, 



314 La Mio Ml Qjj t ' 

nicrc de bien penfer dans les ouvrages 
d*cfprit. Ehflifant & en expliquant on 
leur fait remarquer les beaux çndrqirs, 
& on les invite à prendre ces endroits 
ponnnodçks. C'cll en ce dernier point 
^ iqu'eft le danger. 

Il écoit bon fans do^itc de' leur dcfinir 
les caravSlcres^de chaque pcnfée , & de 
voir enfuire fi celle qiii ell fublime ,,ou 
naïve , ou fine , ou fleurie , ou, palTion- 
iîde,eftbien à fa place -, fi elle quadrc 
jufte avec toutes les circonftances.Mais 
il y a peu de prudence à s'extalîer fur 
ces traiti >3rles faire compiler de imiter 
par préfvfrence. 

l\ en arrive par rdvcnçml^nt que les 
jeunes gens s'accoutument à regarder 
avec indiftérence les autres parties de la 
pièce ,& les autres peîifccsvq»oiqù*au(li 
juftes ôc auflî parfaitement „ d'accord 
avec le fujèt. On y attache une fccrettc 
idée de rrufdiocrité , qui fait naîrre in- 
failliblement le ddfir de fc diftingucr p"ar 
des. façons moins communes , «5c de bril- 
ler. On vife au fublime. On veut être 
bel efpf it ; &c au lieu de fe contenter des 
agrcfmens que la nature amène fans ef- 
fort , on vciir ctrt bel efprit X tout pro- 
<;^po.s',& loiig-tems de fuite. > - 

Mais cette recherche aÛid^c des fcrir^ 



\ 



Dçs Langues, L/t/.//. ^îj 

fées les plus belles dans la ledure des 
Anciens (îs: des Modernes, peur mctcrc- 
de l'txcès ôc du travers dans le goûr» 
Qu'elles foicnc frappantes : qu'elles sa-, 
lèvent de toute la tête au dellùs-du voh 
. linagc, on ne produira rien que denfi- 
fcrable en les contrcfaiiant. C'eft aller 
^x droit au ridicule : 6c Ton en voit la^ai- 
fon.Plulieurs épifodes agréables 6c bien 
' verfihécsne fontpaspour cela ime belle 
cpopée. Etce n'eft px^int de la beauté de 
plulieurs faillics^^ inifes à la hle , que 
provient la première beauté d'une Piè- 
ce d'éloquence , de poéiie , ou d'hif- 
toirc. 

Un archiceftc frappé des beautés de 

certaines Egliles fe mettra en tctc , qu'on 

. feroit un ouvrage admirable en rcuni^-. 

Éint en uii|n"iêmc cour, le chœuc de Beau- 

vais , la nef d'Amiens , le portail '6c les 

dehors de rEinife de Reims. Bien des 

''^:^çns pcnieront que de ces beautés rnp- 

, T^rochécs il rcfulteroit un ouvrage par- 

. fiiit. CeMcroit dans TexaéVe Mérité un 

tbuc très-mal allorri , puifquc ces pièces 

ne (ont point faites Tune pour l'autre. 

Les hi autés de détail , comme un Au^ 
tel, urte Chaire, une tenture de tapiflc- 
rics>'6c d'autres pièces copiées d'après 
ce qu'on a de meilleur en divers lieux , 



■^ 






..«!5& 



^, 



i. 



i 



^ ^3L(j La MIcAKiQjyi 

concourront encore moins que Icsgrm^ 
des parties à faire an beau bârimcnt. 

Dans l'éloquence de même , dans la 
poéfie, dans la mufiquc ôc Silleurs, des 
parties tirées d*un tel de d'un tel ouvra- 
ge ne feront corps que difficilement. Il 
'^ n'en réfulre ni fimplicitc , ni accord , ni 
unitc. Mais en toute matière foit que 
vous-cnvifagicz la totalité de raflcmbla- 
ge ; foit que vous en confidéricz les plus 
petites parties ; vous trouverez que la 
beauté fort de la fuite aaturcllc que les 
\^ clM)fes ont entre elles , ôc des fcntimcns^ 
giii tiennent au tems y au lieu j aux per- ^ 
ïonncs. .Cette beauté prend donc haif- 
fance en ce moment unique. Aupara- 
vant on ne la connoiiïoit point. Elle cft 
pour le lieu où vous la voyczi^ ncCpévcz 
point (Qu'elle foit de fervice ailleurs. Elle 
peut exercer votre jugenknt, &c vous 
iervir de pièce de comparaifon : mais 
c*cft une ^iéce qui ne peut entrer dans, 
«ne autre machine. Tournez-la comnrc 
vous voudrez : elle ne peut être emm':ffr 
chée ou engrainée ailleurs, & rarement 
le'jeu en eft-il bon. ■ •* 

Les jeunes gens fe laiflènt ^brc frap- 

icS'd.f" P^r ^^ l'^^'^f ^" ^^ ••'^ brièveté de cer- 
Sciiunccf. taines maximes qui renferment bcau^ 

coup de uns. On leur coiifcille de les 



O 

vains 
récll( 

^ q| 

vie m 
leur 
prit: 
tcndri 



A 



DES LTng uïs, Z./t/. //. 527 

foûligner. Ils fe plaifent à en faire le dd- 
pouillcmenr, à en cpaj^Ik^lc rco^L 
D où il cirrivc quçfan^- voulotFSc pnr 
pure imprtiridn, urs'habitucnc à gé- 
ncraliicr coût ce qui fe prcfcnrc. Ils mcc^=^ 
tcnt tout en maximes, & avec leurs 
prçcédés fencentieux vous les pren- 
driez pour des Catons. Lorfcjuc ces peu- 
fces morales fe mettent les unes à la fui- 
- te des autres, comme dans Scncjque', 
lors même qu'on les arrange avec plus 
de ftyle & d'oreille , que n'en montre 
Scncque , ces gcncralitcs deviennent un 
caflè-tete , capable de nous ôter le goût 
des meilleures Icftures. Il y a des Au- ^ 
reurs d'ua grand mcriceà qui cette mo- 
notonie <S<: cet afr précieux ont fiit un 
toyx extrême. Ce n'ctoit pas adcz démet- 
tre dans leur compofitipn un très-grand 
fcns, tie l'clcvation , de la.féconditd-, jil 
en falloit bannir l'apprêt Se l'uniformi- 
-•te. 

On voir ce qui a manqué à ces Ecrîr-J 
vains pleins' de Jclicatedè , qui tournent . 
réellement leur (lyle cornme il leurplaîr, 
& qui nous enchantent quand ils re- / 
viennent à l'éloquence des images. On 
leur a rendu juftice en admirant leur ef- 
prit: mais on ne leur ap.is affcz fait en- 
tendre , que les ouvrages dont, on fc de- 



«^ 



5i 



s 



La MicANi 



QJ71 



goûte le plus proiiiremcnt , font cent 
oùTefprit cft prodigué. Ils ne font point^ 
hacurcls. 

Mais s*il faut erre fi fort en garde 
contre toute atfeftation ; s*il ne faut ni 

•ifîirencc dc^^^^^^^^'*^ ^ ^^^^ mnnicrc, ni emprunter le 
J.» i>cautc di-rdiit d'efprit de perlonnej s'il fiutplu- 

mirai ion fie de ^ A ^ • a^ o ^ p- • 

la hciuic dc^^^ "^^*^ ^^ ^^"^'^ ^'^^ nvKrc, oc a 1 inuta- 
iiwgajc. cion de la fimple nature •> pourquoi donc 
avons-nous ci^dcvant établi qu'il falloit 
nous attacher à Tcrencc pour le flylc 
familier , i Cicéron pour le genre ora- 
toire &: pour les differtations ; à Tite- 
Live pour l'hiftouiquc ? Cela n'eft il p.is 
contradi(5loire ? Pouvons- nous imiter 
leur ftylc fans copier leur manière de 
penfer &: d'imiter i 

Il cfl: bien vrai que le caradtcrc du 
ftyle quadre infiniment avec le caradtè- 
rc de l'imitation. L'un aide l'autre ; mais 
îun n*eft point l'autre , &: la^beautc d'i- 
mitation ne s'acquiert pas comme la 
beauté de ftyle. On peut avoir du ftyle. 
Se être mauvais imitateur, ou foiblc 
écrivain. Il faut du goût fans doute pour 
fc donner im. flyk : mais le génie nécef^- 
laire pour peindre (Se pour bien imiter» 
n'eft point nécellàire pour acquérir un 
François pur, ou une belle Latinité. Un 
grand ufige & qucKpie juflelli^°€u font 



ci 



au gi 

menrj 

Italie 

nores; 

é:c , .' 

en toi 

ordre 

langu 

du lar 

dcfqu 

iiv les 



DIS Languis, TJv. //. ^19 
f affaire. Il ne fc peut rien voir de plus 
Cicdronicn que les Lettres de l^uil Ma- 
nucc : mais (a belle Latinité mife d part, 
vous ne trouvez plus. rien. Patru 6c 
quelques uns de fes contemporains ont 
mis dans leurs compolitions une grande 
pureté de ftyle -, ni^iis peu de force ^ 
de giifiie. 

La beauté de (lyle &c les grâces par- 
ticulières à chaque l.inguc,ne font point 
proprement l'ouvrage du génie , ni ne 
le trouvent dans.celens commun qui 
cft le mcme en tous , 6c qui rejid (es 
idées rcconnoiflàbles à tous. C'cll Tef- 
fèc de l'état 5 du tour d'efprit, de lapo- 
liredè , 6c quelquefois des caprices d'iai 
peuple particulier. X!omme on peut s'y 
fa(^bnner frè)-bien (ans étude, à plus 
forte raifon y reii/liia-t~on en ajoiicant 
au giMnd ufage le travail es: ledifcernc- 
menr. Les Imgucs Grecque 6c Latine, 
Italienne 6c Lrancoilc naturellement fo- 
nores 6c féconde^ en exprcflîoiis , ont 
<îcc , avec ces avances, pcrfeétionnées 
en tout genre par des génies du premier 
ordre. Pour atteindre àLi pureté de ces 
Lingues, le parti sûr cft de fe remplir 
du lang.igc dés Auteurs dans la langue 
dcfquels on veut écrire, 6c de choi-. 
iir les plus accomplis dans le genre que 



V 



V ^1 ' 



430 1a MicAwic^ui 
nous avons k cœur. La raifon qui ne trou- 
ve pas en elle-même cerce beauté de fty- 
le qui a été fixée affcz arbitrairement, 
nousconduit à la chercher dans ceux 

?iuiy ont le plus contribué. Et c'cft con- 
cquemment une néccflTué que ceux qui 
ont long-tems cherché la ftruélnre d'u- 
ne langue dans leur propre compofî- 
rion, ou la parlent trcs-md^h, ou même 
ne l'entendent point. Mais quand il s'a- 
git de la peinture des chofcs '!k de Iîk 
force de l'imitation , nous n'emprun- 
tons rien des meilleurs Ecrivains, ni le 
fond , ni les pcn(c\s. C'cll d'.iprc^s na- 
ture qu'il faut peindre : c'eft dnris le gé- 
nie qu'il faut tout prendre : ou c'eft du 
Fond du (n|ctme;ne que le gL^nic doit 
faire forcir la richeilè de la reilcmblan- 
ct par le foin qu'il a pris de s'en péné- 
trer ik d'en en e plein. 

La beauté de ftyle tient à une lingue. 
La beauté d'imitation doit pafl'er par 
l'intcrpriftation dans toutes les langues. 
Quelque pure que foit la tradudion de 
Térence par Madame Daxûe^r, nous y 
perdons l'agrément qui eft inftparabic 
d'une pareille Latinité. Mais la naïveté 
de l'imitation y eft confcrvéc toute en- 
tière. Er au contraire l'Auteur du Te- 
rcntius Chridianus qui a pris toutes les 



DES Languis, Liv. IL ^ j i 
phrafcs de Tércncc comme autant de 
moules pour y jctrtr les ficnncs , a at- 
trape à-pcu-près l'air de (a Latinité : 
mais il n*a ni (a jiaïvctc ni fcs grâces , 
parce qu'il n'a point ion imitation. Lt 
comment auroit-il, avec Tçrence, imi- ^ 
xé la nature , la (bciétc , les hommes , ôc 
leurs (cntimcns ? Il ne connoillbit rien 
de tout cela. 

Il faut doncbien diftinguer entre ce ' 
que nous pouvons attendre du travail , 
6c ce que nous n'en pouvons recevoir. 
Le travail qui ne peut donner de gcnic 
a qui n'en a point , ne peut con(equeni- 
inent fournir m 1 cnrounalnie qui le pé- 
nétre d'un fujet , ni l'ordonnance cpii en 
place avantageufcment les parties, ni 
les penfces ou 1..S traits expreflifs qui 
nattent les objets fous^nos yeux. Q: 
font i\{:s richellès après kfquclles il cTk 
inutile de courir, parée que nous jlef 
trouvons chez nous, ou que nous ne les 
trouvons luille part. ' 

Ce n'eft pas non plus À l'admiration 
des ûiçcès , même les plus brillans , qu'il 
fauf s'en tenir pour faire choix d'une fa- 
çon particulière d'imiter. Nous hono- 
rons routes les écoles ôc tous les noins 
fameux. Mais en toute imitation com- 
me en peinture , il faut être difciple de 



p 



i . 



33» 



La Mé ca NiQ^u i 



la nature Se de la vc^ritc' qui cft de tout 
pays , fans dpoufcr la manière Françoi- 
(c y Flamande , ou Lombarde. Gc qui eft 
accorde^ au travail en fait de compofî- 
tions littcraircs^<'cfl: d'abord de fc don- 
ner un (We, un L>nt;age pur , ôc de le 
pouvoir divcrfificr (don les marièrcs j 
cnfuite de fe former un fivoii- jullc par 
la comparaifon des compo/ltions 3c des 
remarques des plus grande Maîtres qui 
fc rcdredènc mucuellemenr. Ce qui tft 
encore l'ouvrage, Se même le pliis im- 
portant ouvrage de rérude, c'efl d'ac- 
quérir la (cience .de riiiftoire , deç 
mœurs , &: des bienfJances. Ce n'cft 
cependant ni dans votre fiyie, ni dans 
vorre érudition , ni ineiiK* dans votre 
goût que vous [niifeiez la belle imita- 
tion ; (Sv: p>lus von e gofir (Ira naturel , 
moins vous aurorifera t-il .1 prci^tlre une 
manière , un caractère par où vous au- 
riez i cœur de vt)iis diftinizuer en tour. 
La pointe, la .pompe, les Heurs, l'air 
fententicujc, l'air cavalier , voilà autant 
de manières. -Le mieux eft de n'enpren- 
dre aucune. Tout c(l perdu , Se vous re- 
noncer à la vraie beauté des arts dès 
qu'on vous fent attentif d faire valoir 
autre chofe que votre fnjèt. C'eft {.hw'i 
cette rccherclie que confidc la faullc 



beauté 
plus c 
tion. 

On 
trop k 
de doi 
fait loi 
jet dai 
celle c 
d'efprit 
à la pc 
damnei 
prend / 

i^c qui (. 
)lcs er 
moins. 
Une 
ftyleni. 
ver îjf p 
Se natui 
même t 
fo\^ lieu 
celui de.' 
plus réf 
leau , Se 
re ? Il n' 
par lequ 
ièmblen 
Dames 
reflcmbl 



,^ 



bcatitc. Plus une manière cdbrillanrc, 
plus cllcfcnc le vermillon 6c l'aftlébi- 
tion. 

On fe TL^cricra que ce principe va 
trop loin -, qu'il donne arrcinrc à l'a mo- D:Ma mo4c< 
de dont on ne doir pas s'ccarter. Elle 
fait loi parmi nous. îjt avons-nous (ii- 
jet dans le foiîd de nous plaindre de 
celle qui s'introduit dans les ouvrages 
d'elprit ? C*eft s'oppofer à nos plailîrs t5»r 
a la pcrfciflion au goiir, que de con.- 
damner ce l'angagc vit <îs: Irgcr qu.i 
prend faveur paimi nous, ce fty.le cou- 
pe qui débrouille les pcn(ces les plus no- »■ 
nies en quatre paroles, louvent eu 
moins. 

Il ne m'appartient pas de blâmer ce 
Ayleniauciîn autre, quand il peur trou- 
ver ri} place d'une fa^'ou, vrailcmblablc 
&: naturellcr Mai^ eil-il naturel que Iç 
même tour de langage qui a quelque- 
fois lieu dans la couver fation , devienne 
celui des ouvrages les plus (erieux<^' les 
plus réricVhis*> qii^il (e montre nu Uar- . 
reau , (Se fe produife jufque <ians la Chai- 
re ? Il n'y a plus proprement qu'un fly le 
par lequel toutes les compositions (e rei^ 
ïemblent , comme grand nombre de 
Dames de tout âge «Se de tout c'tat If 
rcircmblcnc par le fard. 



J î 4 



La MâcANiQvi 



CcîJ^iii caraftcriic le 
LegoûtRounivcrlcl que l'iiûgc 



naturel & 
nomme * 



nuiii. 



Romain j pour le dilti 



ni! lier c 



lu pi 



le goût 
us mo- 



derne, ç'cft de n'être ailùjetti qu'à la loi 
de la nature: (Se de fc diversifier comme 
elle. Il y a donc autant decaraftères ôc 
de ftyles dans le goût Romnin y dans le 
bon goût, qu'il y a defituations dans la 
narure ëc dans Tdtat des erprirs. Rien 
n'eft plus aimable que ce goût, parce 
que tout y eft fans contrainte. 
^ Sc'grais ôc Dcshoulicrcs ont le goût 
Romain dans le genre paftoral. L.i 
Bruyère ôc Adiilon ont le goût Romain 
dans les [portraits des hommes, ôc de 
Icur^ ridicules. BolTiiet ôc Rourdalouc 
montrent le goût Romain dans l'expo- 
ficion des vérités Chrétiennes. Tous Ce 
reUcmblcnt par la juftedc ôc l'expreflion 
,dc leurs peintures. Mais leurs ftyles va- 
rient comme les matières : ôc (buyent 
dans le même genre ils ont chacun i 

Ïart des grâces lîngulières. Telle eft la 
ccondic^i de la naruT*e : ôc quoique le 
bon goût qui confifte à la fuivre, (êm- 
ble confcquemment n*èti*c qu'un j il fc 
relfcnt des richedcs de la nature , ôc pro- 
duit, en la (iiivant , des diversités iné- 
^uifables. Ainfi quelque eftimc qu'on 
juge i propos d'accorder au nouveau 



ftyle,l 
nous a] 
rad:cre 
Ren 
cfl duc 
^ faire fc 
Lesl 
(lîr-toui 
lement 

eft COU] 

moiivén 

Montag 

vivacité 

furtifanc 

qui ne d 

la conve 
leur fa(^, 

tre , ey 

ils voycil 

fc de l'el 

cllayé dl 

on les Ci 

veau rtyl| 

les difcoi 

la prono) 

rt.* que le[ 

cons\ 

Ceux-I 
lire à Ih 
les rcncol 






DIS Langues^ t/t/.//. jjf 
ftylc , le mettre en œuvre en tout , c'cft 
nous appauvrira abforbcr tous les ca- 
radcrcs. 

Rendons à ce ftyle la juftice qui lui 
cft duc : nous en aurons plus de (iroit de 
faire (enrir l'abus qu'on en peur f^iire. 

Les babitans du midi de la France , &: ^ 
fur- tout les Gafcons , monrrenvnaturcl- Origine du 
lement beaucoup de feu. Leur langage ^*^"*^ "^^^' 
cft coupé. Il va par bonds, & liiit le 
mouvement impétueux de leur ef^irit. ' 
Montagne dt^oit des leurs : mais avec la 
vivacité de (a Province il montre une ' 

furtifance ôc une témcritc de (entimens 
qui ne déshonore que lui. La liberté de # 
la convcriacion s'accommode allez '^c 
leur façon de voltiger d'une idée à l'au- 
tre , VI} fe jettant toujours du coré ou 
ils voyent )our a mettre de renjdriment 
êc de re(prit. Il y a long-tcms qu'on a 
cllayé de leurTeflcmbler. Aujourd'hui 
on les copie plus que jamais. Le nou- 
veau ftyle fe met en pollcrtion de tous 
les difcouris ôc, de tous/lcs ouvrages. A 
la prononciation près o\i pourroir croi- 
re que les François veulent devenir Gaf- 
cons. 

Ccux-menies qui auroicnr de la faci- 
lité à fe donner un ftyle, <î^ qui félon 
les rencontres lîuuoicnt i tems le ren^* 



/ 



i* 



5)6 La MicANiQvit 
ilrc grave, enjoué, nco^cux, gracieux,' 
pac(itiquc, fublimc*, Te laiflcnc gagner 
par le torrent de la mode , ôc ramènent 
roue au même ton. Us compofcnc d'a- 
bord de gcnic, & ce qu*ils ont écrit 
d*unc façon caradlériféc ëc fuivic, ils 
prennent foin de le découdre, de le ha- 
cher en menues parcelles , en un morde 
|e traduire en Gafeon j fans quoi ils 
cfaindroicnr d'avoir un air maflif,&: de 
ne pouvoir pas prendre fcancc au rang 
des beaux ciprirs. Il faut dans cette vue 
que tout (bit feu , faillies , pétillcmens. 
Écoutez-les : c'eft un entou/îalme per- 
pétuel qui s'énonce â demi mot, oui 
palTe précipitamment à une nouvelle 
énigme auih courte que la précédente. 
Ils voudroicnt devenir Orateurs par 
monofyllabcs. Celui qui tient ce lan- 
gage eft un homme charmant. Celui 
qui le devine ôc qui rend fur le champ 
volatil pour volatil, fe trouve de niveau 
avec lui. L*e(Ibr qu*ils prennent fait en- 
vie. Oh I fi je pouvois feulement en ap- 
procher, même lesfuivre de loin. Bien- 
tôt leurs admirateurs qui les voyent en 
plein air, prennent la plumet les con- 
trefont i tête repofcc. Sur toutes cho- 
(es point de liaKons dans leur ftyle. Un 
air de promtitude & de ncgîigencr. 



tl${6t 
gcntiJl 
crirc J 
. renoua 
imnici 
(ans fa 

iVîlc c 
>» ils , 1 
*» ou n' 
» t-on i 

* * 

»IcpJcj 
»»vcnui 
>*Quini 
»> d avoi 
»> foniiii 
»> oreiU< 
» de Bol 
>» drc prl 
>* Racin( 
»»m<init( 
»> vcu/c 
»> idées 

*>dcnoi 
» noMs 

•I lire. 

•» /îéclc 

»»fcm^r( 

«lapIusJ 



BEI Lfiiciii^tZic^. //• )57 

Ils (bnt furpris le$ premiers de toutes les 
gentillefTes que ce nouveau genre de-- 
crire leur fournit. Ge qui a été dit du 
renouvellement des études & de la bonne 
ounière de s'y rifgler, ils l'appliquenc 
fans façon à leur ityle , comme s'il ctoil^ 
l'alUe ou la réglcdu gout^ «iVoilà, difcnt- 
»i ils , le ton ou {)éac: il faut le prendre 
Il ou n être plus de ce monde. Trouve-. 
» t-on quelqu'un qui plaide encore pouc 
i> le plein-chant de Lully } fcroit-on bien 
I» vaiuà faire revivre la profe lyrique de 
>«Quinaut } Nous louofis nos devanciers 
t) d'avoir tendu au parfait : mais nous y 
%} fommes. Qu'on ne nous rebatte plus les 
n oreilles de la J4i(\cilè &c de rharmoniç 
» de Boifeau. Nous (bmmes las d cntav 
t> dre proncr la douceur &c les grâces de 
»» Racine > la naïveté delà Fontaine, l'a- 
nménitc de Fcnclon, l'éloquence ner- 
t> veufe de celui-ci , l'enchaînement des 
t> idées de cet autre. Que fomils vis-à-vis 
il de nous ? Du plomb contre de l'or. Ils 
»> nous morfonaeru. On3'appé(antit d les 
>i lire. C'en cR fait : nous avons rompu. 

•> £lt-ce à tort ? Ces bonnes gens du 
»i (iécle paflé (f toient trop prolixes. Us di- 
•> fent ^op tout ce q^i'ils veulent dire. II y 
«I a plus. Avoicnt'ils bien réellement de 

P 



/ 



t 



»» l cfprit } On h'eitt fait rien. IJIi ont pcdr 
if d'tit fpiorttitr , oii tic hoiw en fuppofèht 

♦* Leur ftyle ^toit fi lourd jleur toin? 
»i cfe^ril fi boùf^tùi^* Noits fonfinies cl«insf 
?i wnc coule .àimtpofitioiié 1I« eommcn- 
iîÇoiÉ?^i toéjoûripot rtgWilet en bâ$. lU^ 
ti ambitioniibiént d'être emcndi» de lï' 
»rnH)lfmide.NoUsA(icresiH)u^ avons Icjbll 
n à <îc <}i/ott p<?nfe iii^dtATuf^ 4c noii». Pla- 
f ? tùii nom entend de non^ goâte : j^ nom 
ti importent le$ jitgertwns du relie de h 
•> terré. On ne pârloit ci-devant que d'é- 
•itwdter le J^ûi le plus général. Ccfoif 
•i j^iire bidleHe. Hé diie nous &ic à hou$ h 
fimolthiiderlcs gérties fupérieut* font 
*• faits poift /affranchir. Il but fcllcr cil 
n tout au délicat ^ à la fkkit de refprie, 
%y On fe fcnt î on a des aîîcs : de on vt)lc. 

T» Volts rcnis plaignez : vous rie pouvc:^ 
tinpiisfitiVrei Tant f^ts. Rampez donc: 
ff votre evMlt RonMtn tte bat plus ^ 
n d'une âc : Jl tombe. Geft rihe thofe 
#r décidée : te h6tre cft ruhl<ïUcfcofTi ^ 

Ceft â itMîs iedhnirs à voir iî or ftyle 
déchiquette cft bien dan^ la na»e»rc , ik 
lYîéifie dans nôtre canrfWit. Caix i é^trl 
féducatrôfi: ^a rendu habrttrel i peuvent 
h ruhrj:t ) oti dflibcrer if Us doivent' tr4* 



c 



vaillcr à 
Vais au 
a qui c< 

vaillciu 
prenne 
nous fa 
qiic!qu 
nous rc 
beaucou 
langues 
comme ( 
pcr en t( 
ticjiiitc , 
nature cY 
toute im 
rendue p 
Ccn'e 
njvinijTres 
daigner 
vent trou 
des Vatrc 
beaux P 
notre adr 
ou la pro 
terics^? L* 
opérera t 
quelle ce 
études du 
nous ram< 



pis L A N ay i s I £;/V. /A } 5^ 
VAillcr à s'en défaivç. Mals.il cft Jç mai|- 
Vais augure pour les lettres (]uc ceux 
à qui cet air n'ç(\ point naturel , tr^^- 
vaillcn4 à fclc dontier par art , que cela" 
prenne , & qu'ut! ainuïemcnt trivalc 
nous fallc perdre des t.alens rccis. Si 
quc'quc chofe peut arrêter le mal ^ 
nous rendre" folidcs , c'cft de cultiver 
beaucoup plus que nous ne t.ufons les 
langues iavantes ; c'eft j dans les kttrts 
comme dans la peinture , de nous frap- 
per en tout du beau carartcre de I an- 
tiquité , parce que nous y trmivons une 
nature choific , upç nature dégagée de 
toute impertcélion ; '& adipirablemcnt 
rendue par la fidélité de Timage. 

Ce nVft pas que uous n^^rilîons nos 
nianières , ni même qu'on uoive de-, 
daigner les petites chofes. Elles peu- 
vent trouver leiïT ^riace. Il peut y avoir 
des Vatteaux diftingucs , mcmc de trcs- 
beaux Pantins, Mais bornerons -nous 
notre admiration i des Panialonados , 
ou la prodiguerons nous à des Bimblot- 
terics'? L'ancienne Rome apparemment 
opérera totljours <|^ns les lettres ce 
quelle continue à produire dans les 
études du deflcing. Ses grands cxeinples 
nous ratiièneront toujours à la beauté 

pij 



• \ 



~> 



J40 lU MicAHiQUi DIS Lakgves* ; 
réelle & durable » à celle qui fe crouvt 
immanquablement ou même unique- 
ment dans la nature >& dans les talcns 
qui limitent qu'elle^ i 



■\ 





t. 



j4 1 




•1750. 



LOI 

CODiCJll 

lemenc, 
Botr<r F 
ris s Bai 
Civils , 
tien ira 
Pluci 
fircioic 
un ouvi 
àtt Lsn 
nous pi 
vilcge i 
vou tnt 
Nouk Li 
Picicucc 



>v#Mvu& Vli uivtl> ilLliX 



f^ 



^ 




APPROBATION^ 

J'Ai Kl par Ordre de Monfcigncur le 
Chancelier un Manufcric intitulé > 
4 AtécAnicjiu dti Lém^ues ^ en Lâùn 
& en FrMnfêis , je n* y ai rien trouvé 
cjui m'ait paru devoir, en empêcher 
rimprcflîon. A Paris ^ce lo Osflobrc 

VATRY. 



Y 



PRIVILEGE DU RO T. 

LOUIS, p«r la grâce de Dieu , Roi de 
^ FrAace & de Navarre : A nos amés &i'caux 
CooIcJllcrs les Gcos icnans nos Cours de Par-» 
lemenc, Maîtres des Requêtes ordinaires de 
«otrc^ Hôtel, Grand Courcil. Prcvôt de Pa- 
ris s BaiHiFs , iénéchaiix , leurs Lieutenant 
Civils , « autic4 nps Julhciers Qu'il appar- 
tienira. Salup. Notre bien-ami le Sieur 
P LUC Kl , Nous à fm expofcr qu'il dé* 
fircioit f. ire imprimer ac donner tu Public 
un ouvrage qui a pour titre. L* Miesni^uê 
dtt LsnfMfs, & lArt dt ks En/r^fnrr ; s'il 
nous plaiiolr lui accorder nos Leccr. s de Pri« 
tilége iut ce nécc (Ttires. A cisC^jsis» 
vouant Éivocablc ocni rr »twr rExpofani: 
Nous lui avons permis , flc \ ctmctron». par cet 
Pwlcutcj , do Iauc impiimci ledit O aviAj^ 



*^ i 



A 



y^ 



'l 









C_ 



<5 






Or 



' 1» 



• - • 

tn an oîi planeurs valûmes , 5: autant de fois 

Jue hon lui rcmblcu , de dcN(c faire tco^ 
rc flc il^bucf par toiTf norre Royaume ; 
pendant le cems de fix annéei confécu- 
tivei f â compter du jour de Ut di|cc« def- 
di es Prefcnres. Faifbns dcfcnfe» i touf 
Libraicff , Imprimeuri Se auctei perfonnet « 
de quelque qualité 5c condition qu^elles 
foient , d'en introduire d'imprcflîon étran* 
gère dant aiicuti ii«u de noire obei^Tjnce > 
commfiauilt d'iniprimer , ou faire imprimer^ 
vendre • faire vendre « débiter ni contref«iir^ 
ledic Ouvrage 9 ni d*en faire aucun Exrrait| 
feus quelque prétexte que ce foît .\d 'au- 
gmentation , correâion , changcmefm on 
autrei , fan» la /perniifrion exprcHe »^J)par 
écrit dudit Expofanc^ ou de ceux q^au- 
ronc droit de lui , à peine dB confifcanon des 
exemplaires contrefaits , de trois mille livres 
d'ameride contre chacun des comrevçrwnf, 
dont un tiers à Nous , utï tiers à rHôtel- 
Dieu de Paris , k ï^nutrc thn audit Ux\r^ 
tmt , ou à celui qui aura droit d« Uii • 
il de coai i\6,^ênâ , démmagcs^ intérêts i i 
hcharfé^^e ces Piéfemes feront QnregH 
Arées tout au long fur le Regiftro de la Coin* 
munauté de s Libraires & Imprimeura de Pak 
t'i9 9 dans trois mois de la diitti$iÀ'ic§ïi<is ; qu« 
Vunprtdion dudit Ouvrage fe/fifaitt doiia no» 
tre kojTàuniQ 9c non ailleurs eo bon papier 
le' béauK earaâiref « cofiformenieiit «,1| 

Isuille i nptimée attachée pour modèle foq* 
k contff - feel des Préfentes , & qut rioipér 

-Want fe conformora en tout aux Règle mena 
de la Librairie , 8c nota rament à celui du dis 

tArrit 17^15. qu^iAt do Vtxpàbt on Torue» 

kMaoHrçm (|ut «un ftrvi do copie i^riittr 



l^refRor) 
même é 
née , < 

Chevali 
celier d 
dres;&( 
pliures 
un dans 
Uu,dans 
lici IcSi< 
France i 
iei\u% : 
dons &( 
ou fcs^î 
ment, ( 
trouble 
pio des 
loo^ au 
Ouvrag 
& qu'a 
nos auK 
foi foit 
maiidon 
gcnt fu 
d'iccllcs 
faui dcM 
clameur 
très à ce 
D o N N 
du moi* 
cent cin 
cinqUiéi 



ntgfjf 
hn Royi 
frimeur 



l^refRofi iaàk Ourrage , fera rtmit dans Itf 
même ^cac oï T Approbation y aura été Jon- 
fiée , ai mains de notre très-cher 6c féA 
Chevalier le Sieur Daguesseau , Chan- 
celier de France , Comniaiidcur de nos. Or- 
dres; 5c qu'il en fera enfuite remis deux Hxem- 
pl'Ures d^ns notre Bibliothèque publique « 
un dans celle de notre Chdteau du Louvic , ^ 
Ui\ dans ctllc Je nottc trcH-chcr ôc fcal CIu-vj- 
lier le Sieur DAGUKSsxAtf, ChaoCclicf de 
France i U tout à pciuc de nullité Hcs Pré- 
Iciitcs : Du cuauQU dcfqucllcs vous man- 
dons &cnjoif;nous de faire jOuir l'Expofaur, 
ou fcs. ayaus raufc , pleinement Ôc paifible- 
ment, (ans fouflPrir qu'il leur (bit Fait aucun 
trouble ou cmp^hcmcnt. Voulons que h co- 
pie des IhiUaUi qui fera imprimée tour an 
lod^ au totntnencement ou a la fij» dudit 
Ouvrage.*, foit tenue pour ducinent^gnifi.c, 
de qu'aux eôpic> collationnécs par, l'un de 
nos auicz 5c féaux Confeillcrs & Sé'cèfetaires, 
foi fbit Ajoutée comme à rofi^inaL;/Com* 
mandons au premier notre Huiflicr 0u Ser- 
gent fui Ce requis de faire pour l'acéfuiiôû 
d'icellcs , tous actes re4uis & ncceflaires, 
(ans demander autre permilMou, nonbSfbnt 
clameur de Haro , charte Norman le &: Let- 
tres à ceconrriires : C'a u tel e(l notre pjaifif. 
D o N N tt .> VerfailKs le quatorzième -jo. f 
du mois (le Février , l'an de grâce mil (cpc 
cent cinquante, Se de notre Reguc le trcfilf- 
(iiiqUiéu.c. Par le Roi en Ton t onfcil. 

Si^né , S A I H * V N. 

nigt/fr^fur le Rfgt/lre XJI. de U Ch/tm- 
hre Royale (^ Syndicale des t ibraires (J» Int' 
frimeun de Paris t N^ ii/i.Fol^ i^^ confor^ 



\ 



•%. 




pamna âu néiluMnt de î7f ^>< M/'-* ^ 
ftnfii Jrt. 4. À umUê tiffifMês dt ^utliëê 
^minéqt^iUn fêhnt , Mim fuê Ut Umjuf 
Ik^if jm#«iri • de Vendre .déi,l$^&f^irt 
smihtr êmum Uvra fênr Ut vmiN à Uurs 
noms Mt iu'iU iên dlfêfU Uè Auuuu êu mm. 
mmm , à U êhftiê d$ fêurrùr ^h^^^' 
Chambré Râjêh ^ SfndUsU dis tUtâirn 
& imprimsdrs dé TmAs IsuH txêmfUïtts ds 
ihscun frê/crits fsr fAH. lol. du mimé 
%ilUmmÈ. A fMU U n. février i7jo. 

SigfU, LE GKAS, Sjndii. 



fit 



FAVTÈS A CORKICBS, 

Pige t|t Jignc^. On icquiçri , Tj/îft Ou 
l'tcqulert. ^ 

Page 173. ligne 17* I* facilité , /i/<*. !• 
lÉcilité. ^ 

J?«j|t tf§. lignç ^j. n'4{C,/i/r* n'pfffc 



%: 



■■|. 



% 



■% 



^ 



I 



\ 



•I - 



'••^ 



•^ï. 



..^ 



■rT- 



^ 



/■ 



X 



V 



>.4 






,«5, 



4 



-4 



^ 



# 



V 



-.4 




«0. 






A K 



V 



»,:,)■ 



) '1 






' h ,-■ 



V 




« 



ïï 



■I* 



i 



^f : 



>. 



f-. 



# 



• 



■ ^ 



f( 






^ 



, V. 



c 





,«. 



TTX 



.t 



/ 



tt\. 



4f'' 






Ç 



"V 



f 



■■/ i 



> 






\ 






^^ — •««•••a' a «vu w •«•# — ^ **^f^ 



•\ 



-y' 



■0 >» 



. «■ 



«i»-. 



« 



NôûïT 



V 



•îV 



% 



w 



\ 



1-» 



# , 



J 



I* 





INou* lui ayons garnis , «/^ crn^cirmu. imi » c» 
Piclcûics, doiiurcimpiiinci Iciic OaviAjj^ 




')- 




'^ 



*|?!!^;tii» 



1-» 



♦ . 



^ 




i 



«s