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Full text of "Gazette archéologique; recueil de monuments pour servir à la connaissance & à l'histoire de l'art dans l'antiquité et le moyen-age"

GAZETTE 

ARCHÉOLOGIQUE 

RECUEIL DE MONUMENTS 
POUR SERVIR A LA CONNAISSANCE ET A L'HISTOIRE DE L'ART ANTIQUE 



POITIERS 

TYPOGRAPHIE ODDIN FRÈRES 

4, RIE DE L' ÉPERON, 4 



GAZETTE 

ARCHÉOLOGIQUE 

RECUEIL DE MONUMENTS 
POUR SERVIR A LA CONNAISSANCE ET A L'HISTOIRE DE L'ART ANTIQUE 

PUBLIÉ PAR LES SOINS DE 

J. DE WITTE 

Membre de l'Institut 
ET 

FRANÇOIS LENORMANT 

Professeur d'archéologie près la Bibliothèque Nationale 



CINQUIÈME ANNEE 
1879 



PARIS 

A. LÉVY, ÉDITEUR 

13, RUE DE LA FAYETTE, PRÈS L'OPÉRA 

Lyon, Georg. — Marseille Samat. — Vienne, Gérold et C ic . 

Londres, Dulau et O. — Leipzig, Twietmbter. — Bruxelles, Lerègue et C'«. 

Amsterdam, Van Bakkenès. — Rome, Bocc.a frères ; Spithôver. 

Milan, Dumolard frères — Naples, Riot. Maruhieri de Gius. — Florence. Wurtembergf.r. 






CC 

3 
G3 






5" 




GAZETTE ARCHEOLOGIQUE 

RECUEIL DE MONUMENTS 

POUR SERVIR A LA CONNAISSANCE ET A L'HISTOIRE DE L'ART ANTIQUE 



LES DIVINITÉS DES SEPT JOURS DE LA SEMAINE. 

( Planches 1 et 2. ) 

Dans un travail qui a paru il y a deux ans (1), j'ai tâché de recher- 
cher à quelle époque de l'antiquité on a commencé à désigner par 
des noms de divinités les sept jours dont se compose l'espace de 
temps que l'on nomme semaine ( septimana) . Ces recherches sont 
comme un résumé de ce qui a été écrit sur ce sujet par divers savants. 
J'y ai joint la description aussi exacte que possihle de tous les 
monuments parvenus à ma connaissance, sur lesquels sont représentés 
les dieux et les déesses dont les noms ont continué jusqu'aux temps 
modernes à être attribués à chaque jour de Phebdomade. 

Deux planches (pi. 8 et 9 de 1877) accompagnent ce travail et re- 
produisent les dessins d'un vase de bronze avec incrustations d'argent, 
trouvé à Gap et conservé au Musée de Lyon, et d'un petit bracelet d'or, 
venant de Syrie et actuellement en ma possession. 

Au n° XII, p. 79 de 1877, j'ai donné la description d'un vase d'argent 
en forme de casserole, trouvé enl633 àWettingen, village des environs 
de Bàle en Suisse. Ce précieux vase n'existe plus; il a été fondu, ainsi 
que tous les autres objets d'argent du trésor découvert à Wettingen. 
Gravé aux deux tiers de la grandeur originale dans la Topographie de 
la Suisse de Mérian (â), il a été publié de nouveau en 1864 par 
M. Ferdinand Keller, conservateur du Musée de Zurich , d'après des 
dessins faits au dix-septième siècle, lors de la découverte, et conservés 

(1) Gazette archéologique, 1877, p. 50 et suiv. ; I (2) Topographia Helcetiae , Francfort, 1642, 
p. 77 et suiv. | 1G5I, 1658, petit in-folio, p. 51 ou p. 58. 

Gazette Archéologique. — 5" Année — N* 1 — Janvier 1879. I 



— 2 — 
à la Bibliothèque de la Société archéologique de cette ville (1). Plus 
tard, feu Théodore Muret, employé au Cabinet des médailles de la 
Bibliothèque Nationale, a fait un dessin soigné de ce vase, d'après les 
planches lithographiées publiées par M. Relier, et a taché, avec une 
habileté remarquable, de rétablir le caractère original de la compo- 
sition. C'est cette restitution que nous avons fait reproduire dans notre 
planche 1. 

J'ai donné une description exacte des sept divinités qui président 
aux jours de la semaine, ainsi que des symboles et des accessoires qui 
les accompagnent et des figures qui ornent le manche. Il ne reste d'in- 
décis que l'objet placé dans le champ devant Vénus, et dans lequel 
Lersch (2) croit reconnaître un miroir. J'ai dit que plusieurs détails 
sont dorés. Je me bornerai ici à indiquer ces détails, d'après les 
planches de M. Keller, n'en ayant rien dit dans mon travail de 1877. 

Dorures du vase trouvé en Suisse : 

Le Soleil: les rayons, lachlamyde, la partie inférieure de la tunique, 
les bracelets. 

Accessoires : les bords supérieurs du canthare, les stries du globe, la 
partie supérieure et la base de l'autel. 

La Lune : le croissant, la flamme de la torche, le voile qui s'élève 
au-dessus de la tête, et autres parties du vêtement, la partie supérieure, 
la base et les spirales de la colonne. 

Mars : le casque, les lambrequins , le bord extérieur du bouclier, 
les bords des bottines, l'aile du cygne posé sur la colonne. 

Mercure : les ailerons à la tête, la bourse, la crête, l'aile et les pattes 
du coq, les bords supérieurs et inférieurs ainsi que les spirales de la 
colonne. 

Jupiter : la couronne, le foudre et le vêtement, l'aigle tout entier, la 
base et les spirales de la colonne. 

Vénus : le vêtement, la pomme, le bord du canthare, le couronne- 
ment et la base de la colonne. 

Saturne : la tunique et la harpe. 

(1) Mittheilungen der antiq. Gesellschaft in Zii- I (2) Jahrbiicher des Vereins von Alterthums- 
rich, t. XV, livr. 3, pi. Mil et xiv. I freunden im Rheinlànde, V et VI, 1844, p. 302. 



— 3 — 
Sous le n° XV, p. 82 de 1877, j'ai décrit une charmante figurine d'ar- 
gent doré, trouvée en 1 764. à Mâcon, et aujourd'hui conservée au Musée 
Britannique. Grâce à l'obligeance de MM. Ch. Newton et Regiuald 
Stuart Poole, conservateurs du Musée de Londres, nous pouvons 
mettre sous les yeux des lecteurs de la Gazette (planche 2) une repro- 
duction en phototypie de cette curieuse figurine , vue sous deux 
aspects par devant et par derrière, avec sa hase antique et de la 
grandeur de l'original (11 centimètres environ, sans la base, mais 
y compris le couronnement avec les bustes des sept divinités, la 
figurine seule n'ayant que 7 centimètres et demi de hauteur). Nous 
ajoutons sur la même planche la phototypie d'une autre figurine; 
celle-ci est de bronze, et haute de 10 centimètres, par conséquent 
plus grande que la figurine d'argent, puisque les sept divinités 
de la semaine qui étaient placées au-dessus des ailes manquent. 
Trouvée en 1859, au Champ de Mars de Vienne (Isère), elle re- 
présente une déesse ailée et drapée, portant une coiffure ornée de 
quatre tours ; cette déesse avançait la main droite qui est brisée et 
qui tenait sans doute une patère. L'aile droite également brisée manque 
aussi ; l'aile gauche qui subsiste porte un petit buste barbu, coiffé 
d'un bonnet pointu. Il parait évident, malgré les mutilations qu'elle a 
subies, que cette figurine de bronze, conservée aujourd'hui au Musée 
de Vienne en Dauphiné, devait être semblable à la figurine d'argent 
du Musée Britannique (1). Dans la main gauche, elle a dû tenir une 
corne d'abondance, sur ses ailes étaient placés les bustes des deux 
Dioscures, l'un barbu, l'autre imberbe (2). Au sommet s'étendait une 



(1) La figurine de bronze de Vienne m'a été 
signalée par M. Antoine Héron de Villefosse dans 
une lettre écrite le 21 juillet 1 877. 

<2, Yoy. le sarcophage chrétien publié par 
M. Edmond Le Blant dans la Gazette arch., 1878, 
pi. i, et Étude sur les sarcophages chrétiens d'Arles, 
pi. xxm et p. 38. 

M. Ernest Curtius, dans un Mémoire sur deux 
groupes de fronton de Tanagra [Zwei Giebelgruppe 
aus Tanagra, extrait des Mémoires de l'Académie 
Royale de Berlin, 1878, p 46, note 2), a rappelé 



un passage de Pausanias (V, 19, 1) dans lequel il 
est dit que sur le coffre de Cypsélos, l'un des 
Tyndarides était représenté complètement im- 
berbe : » fTSfos eux tx"» * M y""*- On peut con- 
clure de ce passage que si l'un des deux frères 
était représenté imberbe, l'autre était figuré barbu. 
Aussi M. E. Curtius n'hésite-t-il pas à rapprocher 
les deux Dioscures des deux génies ailés, Hypnos 
et Thanatos, l'un imberbe, l'autre barbu, qui, sur 
les vases funéraires de fabrique athénienne ayant 
la forme de lécythos, sont représentés emportant 



bande en forme de croissant avec les sept divinités des jours de la 
semaine. 

J'ai proposé (p. 82 de 1877) une explication pour la curieuse figu- 
rine d'argent du Musée Britannique, en disant qu'on pouvait lui 
attribuer le nom de Nicopolis, ville fondée par Auguste en souvenir 
de la bataille d'Actium. Une étude plus attentive me fait abandonner 
cette explication. Je crois que les deux figurines (pi. 2) représentent 
l'une et l'autre la ville de Rome, comme Tutela ou protectrice, forme 
sous laquelle elle était adorée en différents endroits. On connaît le 
passage de saint Jérôme, où il est dit que Rome, la dominatrice de la 
terre, était honorée comme Tutela dans plusieurs îles et dans plusieurs 
maisons ou familles (4). Tutela est représentée au revers des monnaies 
de Carausius et de Tétricus, tenant une patère et une haste (2), et 
Artaud (3) cite un médaillon de terre-cuite sur lequel est figuré le buste 
tourelé de Tutela avec son nom entre les deux rivières , le Rhône et 
la Saône qui jettent de l'eau par la bouche. 

Les ailes conviennent à Tutela , à la déesse Roma , à laquelle était 
associée étroitement la Victoire, et qui sur les monnaies porte l'épithète 
de VICTRIX (4). Quant aux Dioscures, ils figurent à cheval sur les plus 
anciens deniers de la République, et ils sont honorés comme Pénates 
de Rome, DEI PENATES (5). Tous les attributs, tous les accessoires des 
deux figurines reproduites dans la planche 2, conviennent tous sans 
exception à la Ville éternelle. 



un mort. Albert Dumont, Vases peints de la Grèce 
propre, p. 22, extr. de la Gazette des Beaux-Arts, 
1873; Max. Collignon, Calai, des vases peints de 
la Société arch. d'Athènes, n os 630 et 631. 

Je dois ajouter que déjà, dans sa lettre du 21 juil- 
let 1877, M. Hérjn de Villefosse rappelait, à 
propos du Dioscure barbu, le sarcophage d'Arles 
publié en 1878 par M. Edmond Le B!ant. 

(1) Hieronjm. Inlsa. lvii, t. III, p. 418, éd. de 
Paris, 1704 : Ipsaque Roma orbis domina, in sin- 
gulis insulis domibusque , Tutelae simulacrumcereis 
venerans ac lucernis, quam ad tuitionem aedium isto 
appellant nomine. 

(2) Cohen, Monnaies de l'Empire romain, t. V, 
p. 53b, no 247, et t. VII, suppl., p. 362, n° s 14 et 



15 ; ibid. p. 315, n<> 54. Cf. mes Recherches sur les 
empereurs qui ont régné dans les Gaules , pi. 
xxxix, n° 145. 

(3) Discours sur les médailles d'Auguste et de 
Tibère au revers de l'autel de Lyon, notes, p. 3, 
note a . — Ce médaillon est dessiné dans l'ouvrage 
manuscrit d'Artaud , La Cérame , conservé à la 
Bibliothèque du Musée de Lyon. 

(4) Monnaies de Galba, de Yespasien, de Titus. 

(5) Voy. Cohen, Monnaies de la République 
romaine, pi. m, Antia, n° 1 ; pi. xvm, Fonteia, 
n° s 2 et 3 ; pi. xxvm, Sulpicia, n° 1. Cf. Eckhel , 
Doct. num.vet., t.V, p. 319; R. H. Klausen, Aeneas 
und die Penaten., t. II, p. 663 et suiv. 



— 5 — 



La vignette ci-jointe reproduit les sept divinités de la semaine 
d'après une lampe de terre, tirée du recueil de Passeri (4), déjà décrite 




sous le n° XVI , p. 83 de 1877. La tète couronnée de tours qui occupe 
le centre est plutôt Rome, comme Tutela, que Cybèle ou la Terre. 
Une autre vignette reproduit la plaque de bronze décrite sous le 




n° XVIII, p. 84 de 1877, de la grandeur originale. Les noms des sept 
divinités y sont répétés deux fois en abrégé (2). 

(1) Luternae fictiles, t. I, pi. xv. I chêologiques faites aux sources delà Seine, pi. xiv, 

(2) H. Baudot, Rapport sur les découvertes ar- \ n» 15. 



— 6 — 
J'ajoute encore ici la description d'un carré de mosaïque , décou- 
verte à Vienne (Isère), en 1841, et conservée aujourd'hui au Musée de 
Lyon. Ce compartiment ou carré faisait partie de la mosaïque repré- 
sentant l'ivresse de Bacchus. Malheureusement, pour l'installer dans 
la salle des peintures au palais de Saint-Pierre, on en a enlevé plu- 
sieurs bandes, et c'est précisément dans un des registres détruits que 
l'on voyait les sept divinités de la semaine. M. Héron de Villefosse 
a eu l'obligeance de me communiquer une gravure, exécutée en 1841, 
au moment où la mosaïque était encore complète. Le dessin laisse 
beaucoup à désirer. Les bustes des sept divinités figurent dans le 
carré du milieu de la bande supérieure; chaque buste occupe un 
médaillon. La tète à longue barbe placée au centre semble être celle 
de Saturne; on reconnaît encore la Lune au croissant qui surmonte 
sa tête, et Mars au casque, du reste à peine indiqué dans le dessin. 
Les autres divinités ne sont distinguées par aucun attribut, ce qui 
n'exclut pas l'idée que, dans la mosaïque, elles étaient accompagnées 
probablement de quelque signe ou symbole particulier. Quoi qu'il 
en soit, il m'a paru utile de mentionner ici ce carré de mosaïque, 
d'autant plus qu'il n'en reste d'autre souvenir que la mauvaise gra- 
vure que j'ai eue sous les yeux. 

J. de WITTE. 



LE JOUR DES CHOES 

DANS LES ANTHESTERIES ATHENIENNES. 

J'ai déjà signalé ici même (1) le rapprochement qui était à établir entre la 
peinture de la charmante petite œnochoé athénienne du cabinet de M. Eug. Piot, 
publiée sous le n° 2 de la pi. 7 de l'année 1878 de la Gazette archéologique, et celle 
d'une petite œnochoé de Vulci, qui fait partie des collections du Musée de Berlin (2). 
Mais je n'ai pas insisté sur l'explication du sujet de ces deux gracieux monuments. 
Je voudrais y revenir aujourd'hui avec plus de détails, car il me semble qu'il y a 

(1) 1878; p ,, 55 . | (2) Archœol. Zeit., 1852, pi. xhvii, n« 2. 



— 7 — 
lieu à ne pas se borner à y appliquer la désignation vague et quelque peu banale de 
Bacchanale enfantine. A la différence du petit vase analogue édité par M. Heyde- 
mann (1), et dont la peinture n'offre aucune circonstance d'un caractère précis, 
je crois reconnaître , dans les deux œuvres de céramographie que je rapproche 
entre elles, certains traits d'une nature spéciale qui doivent nous y faire voir un 
épisode essentiel de la fête athénienne des Anthestéries, arrangé par les artistes 
en scène enfantine, et où les acteurs, sur le vase de Berlin, sont désignés par des 
noms qui en font des personnifications allégoriques. 

Pour établir cette opinion, il est nécessaire d'entrer d'abord dans quelques 
détails sur la fête des Anthestéries, et en particulier sur les cérémonies et 
les divertissements qui en marquaient la seconde journée, dite des Xosç, moment 
culminant de la solennité (2). 

Fête de la fin de l'hiver et de l'aurore du printemps, les Anthestéries devaient 
leur nom aux fleurs, ôv0ïj, que l'on y présentait en offrande et dont on s'y parait. 
Elles duraient trois jours, du 11 au 13 du mois d'Anthestérion (3), ce qui 
correspond approximativement ( en tenant compte du déplacement des jours de 
l'année lunaire athénienne dans l'intervalle des années de retour du cycle métonien ) 
au début de mars (4). C'est une date où, sous le climat d'Athènes, les premières 
fleurs de printemps sont déjà abondantes. 

Les Anthestéries étaient originairement, comme les Lénées, une fête particulière 
de la ville d'Athènes, asrzv • mais de bonne heure elles passèrent au rang des 
grandes fêtes générales de l'Etat athénien, nôliç (S). Les Lénées ne furent élevées 
que plus tard au même rang (6). Du reste, au point de vue religieux et politique, 
les Anthestéries avaient une bien plus grande importance. La solennité du mariage 



[V, Griechische Vasenbilder, pi. xi, n° 5. 

(2) L'étude imprimée la plus récente et la plus 
complète sur les rites des Anthestéries est celle de 
M Auguste Mommsen : Heortologie, p. 345-373. — 
M. François Lenormant, dans son cours de l'année 
1878 à la Bibliothèque Nationale, a aussi consacré 
à cette fête trois leçons dont j'ai pu profiter. 

L'important Mémoire de Gerhard , Ueber die 
Anthesterien, publié dans le recueil de l'Académie 
de Berlin pour 1858, est extrêmement riche en 
aperçus mythologiques de la plus haute valeur. 
Mais il repose malheureusement en grande partie 
sur une fausse donnée, l'identification des Anthes- 
téries et des Petits Mystères d'Agrae. En réalité, 
comme le témoignage des inscriptions ne permet 
plus d'en douter, les deux fêtes n'avaient aucune 
liaison entre elles et tombaient à des jours diffé- 
rents du mois d'Anthestérion, après un intervalle 



de près d'une semaine: voy. Fr. Lenormant, 
Recherches archéologiques à Eleusis, p. 67; A. 
Mommsen, Heortologie, p. 375. 

(3) Pour la date du premier jour : Plutarch., 
Sympos., III, 7, 1. 

Pour celle du second : Thucyd., II, 15 ; Demos- 
then. ap. Harpocrat., v. Xo'ît. Il faut corriger 
<JWfxaT»j, au lieu de <TîxaT>i, dans l'indication du 
jour des Choës chez le Scholiaste d'Aristophane, 
Acharn., 961. 

Pour la date de la troisième journée do la fête : 
Philochor. ap. Harpocrat., v. Xi/rpoi; ap. Schol. 
ad Aristoph., Acbarn. 1076. 

Voy., du reste, A. Mommsen, p. 345-347. 

(4) Plutarch., Sull., 14. 

(5) Thucyd., II, 15. 

(6) Voy. A. Mommsen, p. 341. 



— 8 — 
symbolique de la femme de l' Archonte-Roi avec Dionysos, qui se célébrait dans le 
second jour, avait aux yeux des Athéniens une aussi haute signification qu'aux 
yeux des Vénitiens le mariage annuel du Doge avec la Mer Adriatique. C'était, 
d'ailleurs, au moins dans sa première partie, une fête particulièrement joyeuse et 
l'une des plus chères aux Athéniens de tous les rangs, à tel point que Thémistocle, 
retiré dans les États du roi de Perse et établi par lui comme tyrannos, comme 
seigneur de Magnésie du Méandre, y institua cette fête en souvenir de sa patrie (1). 
C'était une fête où tout travail était suspendu, où les esclaves même, en l'honneur 
de Dionysos Eleuthereus ou Libérateur, avaient un congé complet de leurs rudes 
occupations (2). De là le proverbe : 0-JpaÇc Kâpeç o-jxst' 'AvÔamjpia (3). Le 
Scholiaste d'Hésiode (4) ajoute même qu'on leur donnait à cette occasion le vin à 
discrétion. 

Les trois journées des Anthestéries étaient désignées par des noms particuliers, 
qui quelquefois sont appliqués abusivement à l'ensemble de la fête (o). La première 
s'appelait ta ILiôotyia, « l'ouverture des tonneaux », la seconde ol Xoé;, « les brocs », 
et la troisième oi Xjtsoi (6), « les marmites ». 

Les deux premiers de ces noms sont en rapport avec les épisodes mêmes de la 
vinification, qui avaient donné lieu à la primitive institution de la fête. C'est d'abord le 
jour où l'on ouvre pour la première fois le couvercle des grands pithos de terre cuite 
contenant le vin de la récolte de l'automne précédent, couvercle qui avait été soi- 
gneusement luté quand on y avait enfermé la liqueur au moment du transvasage, 
avec lequel coïncidait la fête des Lénées (7). Le propriétaire goûte alors son vin, 
pour en connaître la qualité définitive, et l'extrait du pithos pour le vendre au 
marché dans des outres. Le paysan l'apporte en ville pour y trouver acheteur. Le 
lendemain, le jour des brocs, est le jour où tout le monde fête la fin du travail du 
vin et l'acquisition qu'on vient d'en faire, dans une joyeuse et bruyante compotation. 
Ici nulle préoccupation dogmatique et philosophique sur une haute et profonde 
signification du personnage de Dionysos et de son essence. Dionysos y est purement 
et simplement, pour le populaire, le dieu du vin. C'est dans les pots que l'on 
cherche la manifestation de sa puissance et de ses bienfaits ; c'est là qu'on lui 



(1) Athen.,XII, p. 533. 

(2) K. Fr. Hermann, Gottesdienstl. Alterth., 
§ 58, 15. 

(3) Zenob., Proverb., IV, 33. 

(4) Ad Op. et dies, 370. 

(5) A. Mommsen, p. 347. 

(6) KJ6po< dans une inscription athénienne de 
basse époque : "Eç*/*.. a'pxa<»A., 1862, n° 199, 



(7) Sur la vraie signification du nom de cette 
dernière fête et du mot Anvot , qui n'y désigne pas 
le pressoir, comme on l'a pensé généralement à 
tort, mais la cuve de bois où le vin opérait sa 
fermentation, voy. A. Mommsen, p. 339 et s. 

Sur le rapport du jour des Pithoigia avec la 
dernière phase de la vinification : Plutarch., Quaest. 
sympos., III, 7; cf. VIII, 10, 3, et Schol. ad Hesiod., 
Op. et dies, 366. 



demande d'être véritablement Eleuthereus, libérateur, en faisant oublier les soucis 
de la vie. 

Le nom du troisième jour, au contraire, est dû à un rite d'un caractère bien moins 
simple et moins primitif, qui s'y pratiquait, à un rite qui n'a pas pu appartenir à la 
combinaison première de la fête, car il est en relation avec le rôle infernal que les 
mystères avaient attribué à Dionysos. La cérémonie des Xvrpoi est funèbre (1), liée 
au souvenir du déluge de Deucalion et à l'idée d'une montée des âmes à la surface 
de la terre au moment où la végétation se développe. M. Auguste Mommsen (2) a 
très-ingénieusement conjecturé qu'elle appartenait primitivement à la fête des 
Diasies, qui avait lieu dans le même mois, en l'honneur de Zeus Meilichios , le 
Jupiter infernal, et que c'est seulement après la réforme d'Epiménide, et sous l'in- 
fluence des progrès du mysticisme, qu'elle fut ensuite rattachée aux Anthestéries 
dionysiaques. Quoiqu'il en soit, il est du moins certain que les rites de la troisième 
journée des Anthestéries avaient un caractère tout à fait à part, une signification 
distincte de celle de la fête bachique, populaire et agraire, qui remplissait les deux 
premières journées, les seules dont je m'occuperai dans ce travail. 

La grande solennité religieuse publique du culte d'État était celle de la seconde. 
A ce point de vue, le premier jour, le 11 d'anthestérion, le jour des Pithoigia, était 
une sorte de vigile, napa.'JY.îuri , du jour des Choës. 

Cette journée des Pilhoigia s'ouvrait par un sacrifice domestique qu'offrait chaque 
maître de maison, entouré de sa famille et de ses esclaves, sacrifice après lequel il 
faisait aux esclaves la distribution du vin qui leur était accordé pour la fête (3). Ce 
sacrifice domestique devait se faire sur l'autel d'Hermès Agyieus, placé à chaque 
coin de rue (4), ou sur l'autel de Zeus Herkeios, situé dans la maison même, auprès 
du foyer ou dans la cour (5). 

Profitant du congé dont les ouvriers jouissaient comme les esclaves, c'est dans 
ce jour que se faisaient les engagements des ouvriers ruraux pour l'année (6), 
ouvriers dont le travail ainsi loué commençait à partir du 16 d'anthestérion (7), 
après la fête. Par suite, le premier jour des Anthestéries était devenu l'époque usuelle 
du commencement et de la fin de beaucoup d'engagements annuels. Ainsi Athénée (8) 
nous apprend que c'est à cette date que l'on payait les sophistes et les rhéteurs de 
leurs leçons de l'année. 

Le jour des Pithoigia était aussi pour Athènes le jour d'une des plus grandes 
foires de l'année (9). C'était avant tout le marché des vins , qui avait même été 



(1) Sur les rites de cette cérémonie, \ 
Mommsen, p, 364-369. 

(2) P. 19-25. 

(3) Schol. ad Hesiod., Op.etdies, 370. 

(4) Harpocrat., v. 'Ajujeu'f. 



(5) K. Fr. Hermann, Priv. Alterth., § 19, 19. 

(6) A. Mommsen, p. 350. 

:7) Corp. inscr. graec, n°103. 

(8) X, p. 437. 

(9) A. Mommsen, p. 351 et s. 



— 10 — 
l'origine de la cérémonie, mais aussi une foire de toute espèce de, denrées. En par- 
ticulier, on y tenait le plus important marché de poteries, circonstance amenée' par 
la nécessité où chacun était de se monter en pots de terre neufs pour les banquets 
de la journée des Choës. C'est à ce marché de poteries des Anthestéries que Scylax (1) 
nous montre les coroplastes venant vendre leurs statuettes de terre-cuite ; et la 
vente s'en continuait pendant une douzaine de jours, jusqu'aux Diasies (célébrées le 
23 anthestérion), car Aristophane fait dire à Strepsiade, dans les Nuées, qu'il a 
acheté pour son enfant un petit chariot de terre-cuite aux Diasies (2). Dans la 
comédie des Acharnie?is, c'est cette foire des Anthestéries que Dicéopolis organise 
sur sa propriété, après avoir fait son petit traité particulier avec les Péloponnésiens, 
de manière à profiter de la paix en établissant chez lui la liberté du commerce, que 
les fureurs de la guerre entravent partout ailleurs. Dicéopolis prend trois fouets et 
« les institue agoranomes (3) » ; une inscription athénienne des temps romains (4) 
mentionne les agoranomes qui ont exercé leur office à la foire des Anthestéries ; 
l'usage est ici resté le même depuis le temps d'Aristophane jusqu'à l'époque im- 
périale. 

C'est aussi, semble-t-il, dans cette journée des Pithoigia que tous les participants 
à la fête prenaient les couronnes de fleurs qui lui valaient son nom (5). LesThesmo- 
thètes se distinguaient du peuple par leurs couronnes de lierre (6). L'Archonte-Roi 
avait la direction générale de la fête (7), comme de toutes les solennités religieuses 
qui étaient définies en tant que se célébrant xatà ta itârpta (8). On ne dit rien du 
rôle et des insignes qu'avaient à cette occasion les deux autres membres du col- 
lège des Archontes, l'Éponyme et le Polémarque; probablement ils se confondaient 
avec les Thesmothètes. 

Tous les temples de la ville étaient rigoureusement fermés à partir delà matinée 
du 11 (9), et le demeuraient pendant les trois jours des Anthestéries (10). Un seul 
restait ouvert, qui était fermé pendant tout le reste de l'année. Dans l'enceinte 
sacrée du Lenaion, au quartier des Marais, il y avait deux temples, que vit Pausa- 
nias (11), et dont on croit avoir retrouvé des vestiges dans les fouilles des alentours 
du théâtre de Bacchus (12). L'un était petit et très-ancien; il contenait le vieux xoa- 
non de Dionysos Eleuthereus , le plus antique simulacre du dieu que possédât 
Athènes, celui que l'on disait avoir été apporté d'Éleuthères par Pégasos, sous le 



(1) P. 250, éd. Klausen; cf. K. Fr. Hermann, 
Gottesdienstl. Alterth., § 58, 15. 

(2) Aristoph., Nub., 864. 

(3) Aristoph., Aeharn., 723. 

(4) E<pa/*. apx<*»A-> 1862, n° 199. 

(5) A. Mommsen, p. 355. 

(6) Alciphr.,11, 3, 11. 



17) A. Mommsen, p. 350. 
(8) Pollux, VIII, 90. 
(9j A. Mommsen j p. 355. 
[40) Thucyd., II, 17; Athen. X, p. 437; K. Fr. 
Hermann, Gottesdienstl. Alterth.., § 59, 10. 

(11) Pausan., I, 20, 3. 

(12) Ruusopoulos, Eipii/*. « f x tt " A -> 1862, p. 287. 



— 11 — 

règne d'Amphictyon (1). L'autre, plus grand et plus somptueusement décoré, ren- 
fermait la statue chryséléphantine de Dionysos Lenaios, exécutée par Alcamène (2), 
celle qu'aux grandes Dionysies on transportait dans le théâtre, en l'installant au 
milieu de l'orchestre (3). Ce second temple était celui qui demeurait seul accessible 
aux dévots pendant le cours de l'année, servant au culte habituel et public. Lors 
des Anthestéries, on en fermait les portes et, de plus, on l'entourait d'une corde 
pour le mieux clore, rite particulier qui était appelé mt)Vjyo'm<j\).u. (4). L'autre sanc- 
tuaire, celui que l'auteur inconnu du Discours contre Néère , attribué à Démos- 
thène (5j, appelle tô àpyonâtonov kpov ioît Aigvjwj /.aï à-yiànazov iv Ai[j.vouç, où le 
xoanon de Dionysos Eleuthereus demeurait constamment caché aux regards des 
profanes, avec le règlement sacré des Anthestéries, gravé sur une stèle qui se dres- 
sait auprès de l'autel, ne s'ouvrait qu'une fois dans l'année , pour cette fête. L'au- 
teur du Discours contre Néère dit formellement qu'il n'était ouvert que le 12 anthes- 
térion (6). Ceci m'empêche d'admettre, avec M. Auguste Mommsen (7), que dès la 
veille, c'est-à-dire dès le jour des Pit/ioigia, on en extrayait le xoanon pour le 
transporter dans le petit sanctuaire du Céramique extérieur, où la procession du 
second jour prenait son point de départ. Cette translation, dont nous parle Pausa- 
nias (8), n'avait pas le caractère d'une pompe publique ; il semble qu'elle se faisait 
avec un certain mystère, et par conséquent il est probable qu'elle avait lieu dans la 
nuit du 11 au 12, entre le jour des Pithoigia et celui des Choës. 

La matinée de cette seconde journée était employée aux préparatifs de la proces- 
sion solennelle, préparatifs qui, comme tous ceux du même genre, devaient avoir 
pour théâtre l'édifice destiné noèç Tiaouav.ivhv twv 7rop.7icôy, lequel était situé dans le 
Céramique intérieur (9), et dont l'emplacement est aujourd'hui marqué par la petite 
église de Haghia Paraskevi, l'ancien titre de sa destination s 'étant transformé en 
nom de sainte. 

C'est seulement à la tombée de la nuit, vers 5 heures du soir dans cette saison, 
que la procession se mettait en marche (10). Elle avait lieu aux flambeaux, et il 
semble qu'il faille y rattacher la lap-nàç 'AvQî'JTopitov, exécutée par les jeunes gens 
sous la conduite d'un gymnasiarque, dont parle une inscription de l'âge impérial (11). 



(1) Pausan., I, 38, 8. 

(2) Cette statue, assise et du type barbu, est 
reproduite sur certaines monnaies attiéniennes : 
Boulé, Les monnaies d'Athènes, p. 261. 

(3) Dio Chrysost., Oral. XXXI. p. 386, éd. 
Dindorf; Eip»^. ap^a/oA., anc. sér. , nos 4097, 
4098 et 4107. 

(4) Alciphr., II, 3,11; Poilus, VIII, 141 ; voy. 
A. Mommsen, p. 354. 



(5) Contr. Neaer., 76. 

(6) Airai; toC niavTov sxa;rT»v avot'ycrai, tvJ ifa- 

tfÉXCtT*] TOU AvÔÊO-THpiWVOÎ /AHVOf. 

(7) P. 353. 
18) h 29, 1. 

(9) Pausan. I, 2, 4; cf. Meurs., Lect. Attic, 
II, 15. 
(10, A. Mommsen, p. 356. 
(11) Ross, Demen, p. 55, n" 29. 



— 12 — 
Comme dit le dieu lui-même dans la tragédie d'Euripide (1), les cérémonies dio- 
nysiaques avaient lieu « de nuit pour la plupart, car les ténèbres ont quelque chose 
d'auguste ». 

Partant du petit temple du Céramique , où le simulacre vénéré, qui remontait au 
temps des anciens rois, avait été préalablement installé, et venant se terminer au 
Lenaion, la procession parcourait une partie de la ville, avec des stations marquées 
par des chants et des danses sacrées (2). Une de ces stations avait lieu sûrement à 
l'édifice voisin du Céramique, où Pausanias (3) signale les images en terre-cuite de 
Dionysos et d'autres dieux, ainsi que de Pégasos et d'Amphictyon, introducteurs du 
culte de Dionysos Eleuthereus. Une autre tout à côté, à l'ancienne maison de Poly tion, 
jadis théâtre de la parodie sacrilège des Mystères d'Eleusis, puis transformée en 
sanctuaire expiatoire à la suite du procès desHermocopides. On y voyait la statue de 
Dionysos Melpomenos et, encastré dans la muraille, le masque du démon diony- 
siaque Acratos (4), le vin pur, qui précisément montrait sa puissance dans le jour 
des Choës (5). 

Toute une mascarade bachique se déployait dans le cortège : Satyres et Pans, 
Silènes montés sur des ânes, choreutes vêtus de peaux d'animaux et couronnés de 
feuillage, agitant des crotales ou des sonnettes de cuivre ; femmes costumées en 
Heures, en Nymphes, en Ménades, dansant tout en marchant au son de la flûte, et 
imitant les scènes de fureur des fêtes nocturnes du Cithéron. Apollonius de Tyane, 
en voyant celte partie de la mascarade, s'étonna (6) et la trouva indigne de la sa- 
gesse des Athéniens, qui s'étaient défendus, au nom des mœurs et du bon ordre, 
contre l'introduction des Nyctelia de la Béotie. Une portion des hommes masqués 
étaient montés sur des chariots et de là lançaient aux spectateurs ces apostrophes 
bouffonnes et grossières, véritables engueitlements de carnaval, que l'on nommait 
èS, âu.a.£,ûv (7). Divertissement de haut goût très-apprécié du peuple athénien, elles 
finirent par trouver place aussi dans les Lénées (8) ; mais à l'origine elles étaient 
propres aux Anthestéries, où elles rappelaient les grasses plaisanteries des paysans, 
qui primitivement se joignaient à la procession avec les chariots dans lesquels ils 
étaient venus apporter leur vin au marché. 

La mascarade et la cavalerie athénienne, convoquée officiellement pour cette oc- 
casion (9) comme pour les Panathénées, escortaient le char triomphal qui portait le 



(1) Bacch., 486. 

(2) A. Mommsen, p. 357. 

(3) 1,2, 4. 

(4) Pausan., Ibid. 

(5) Aristopb., Acham., 1229. 

(6) Philostrat., Vit. Apollon., IV, 
éd. Kayser. 



H, p. 73, 



(7) K. Fr. Hermann , Gottesdiensll. Alterth., 
§ 58, 9. 

(8) A. Mommsen, p. 341. 

(9) Corp. insir. graec, n» 147; voy. Bœckh, 
Staatshaushatt d. Alhen.,i. II, p. 17. 



— 13 — 
xoanon de Dionysos Eleuthereus (1) ; et la procession annuelle renouvelait ainsi 
celle dans laquelle, aux temps antiques, le roi Amphictyon avait installé ce simulacre 
dans son temple du Lenaion , après l'avoir reçu de Pégasos. Mais cette procession 
était aussi et avant tout une pompe nuptiale. On y conduisait la nouvelle épouse à 
son époux divin, et cette épouse était la femme de l'Archonte-Roi (2), représentant 
la cité même d'Athènes (3) et tenant la place d'Ariadne (4) ou de Coré (5). En ceci 
la fête athénienne des Anthestéries se rapproche étroitement des Theodaisia des îles 
de l'Archipel (6). 

La procession a lieu à l'heure ordinaire où la pompe nuptiale conduit, également 
à la lueur des flambeaux (7), l'épouse à la maison de son mari. Comme dans les no- 
ces (8), elle comprend le char de la fiancée (9), sur lequel la Basilissa (10) est assise 
en costume d'épousée, tenant d'une main le sceptre comme reine et de l'autre un- 
coing comme mariée (11), telle que Gerhard l'a heureusement reconnue à ces attri- 
buts dans la peinture d'une amphore pélique à figures rouges portant la signature du 
potier athénien Epictète (12). Autour de son char marchent les quatorze çerarai(i3), 
conduites par l'hiérocéryx (14). Ces gerarai ou « femmes d'honneur » étaient choisies 
parmi les femmes les plus respectables et les plus distinguées d'Athènes, autant que 
possible dans les rangs des Eupatrides, et on les voit reparaître dans deux rites, encore 
très-obscurs, d'une attribution difficile, les Theognia et les Iobaccheia, que M. Au- 
guste Mommsen (15) place aux petits mystères d'Agrœ et aux Eleusinies, dans la 
grande procession d'Iacchos. L'auteur du Discours contre Néère nous a conservé le 
texte du serment qu'elles prêtaient avant la cérémonie, dans le Lenaion, la main 
posée sur la corbeille sacrée qu'elles devaient porter dans la procession, en présence 
du héraut sacré qui leur lisait la formule (16). 

A l'arrivée du cortège dans l'enceinte du Lenaion, après un sacrifice solennel, 
les quatorze gerarai entraient avec la femme de l'Archonte-Roi dans l'ancien sanc- 



(1) A. Mommsen, p. 357. 

(2) K. Fr. Hermann, Gottesdienstl. Alterth., 
§ 58, 11. 

(3) Preller, Demeter und Persephone, p. 390. 

(4) Petersen, Geheim. Gottesd., p. 16. 

(5) Ottfr. Muller, dans l'Encyclopédie de Halle, 
I, 33, p. 290 ; A. Mommsen, p. 359. 

(6) K. Fr. Hennann, Gottesdienstl. Alterth., 
§ 67, 34 et 46; Preller, Griech. MythoL, 2<- édit., 
t. I, p. 532. 

(7) Schol. ad Euripid., Troad., 315; Phoen., 
346; voy. Welcker, Rhein. Mus., t. I, p. 425; 
Panofka, Bilder ant. Lebens, pi. xi, n» 3. 

(8) Sur tous ces rites des noces, voy. K. Fr. 
Hermann, Priv. Alterth., § 31. 



(9) On peut admettre aussi, a\ec M. A. 
Mommsen (p. 357), que la femme de l'Archonte- 
Roi n'était pas sur un char spécial, mais sur le 
même que le simulacre de Dionysos. 

(10) Poilux, VIII, 20;Ba<nA(<,Eu*tath.« ( /O(/i/ss., 
p. 1425; B<t<n\™, Plat., Charmid , init. 

(11) Plutarch., Praecept. conjug.,\; voy. Gerhard, 
Auserl. Vasenbilder, t. I, p. 132. 

(12) Auserlesene Vasenbilder, pi. ccxcix. 

(13) Sur ces femmes, voy. K. Fr. Hermann, 
Gottesdienstl. Alterth., § 58, 12; A. Mommsen 
p. 308. 

(14) Psejdo-Demosth., Adv. Neaer., 78. 

(15) P. 359. 

(16) Pseudo-Demosth., Adv. Neaer., 78. 



— 14 — 
tuaire de Dionysos Eleuthereus, où l'on venait de réinstaller son xoanon. Là, en 
leur présence, sans autre témoin que l'hiérocéryx, s'accomplissait le rite mystérieux 
du mariage symbolique du dieu avec la Basilissa (1). Les gerarai se retiraient ensuite 
avec le héraut, et la nouvelle épousée restait enfermée pour la nuit dans le sanctuaire 
de son époux divin (2). Un personnage masqué, représentant le démon dionysiaque 
Comos, se plaçait devant la porte close pour en éloigner les profanes (3), à titre de 
dvpapoq, (4), ainsi que Philostrate (5) le décrit dans un de ses tableaux. 

C'est alors que le populaire se transportait enfouie dans le Théâtre pour l'épisode 
final de la journée, celui qu'il préférait de beaucoup et qui avait donné naissance au 
nom de « jour des brocs », yii%. Il s'agit de celui auquel je crois pouvoir rapporter 
les peintures de nos petits vases d'Athènes et de Yulci, du grand concours de « beu- 
verie », comme eût dit Rabelais, que l'on disait avoir été institué par le roiûémophon 
en mémoire du banquet qu'il avait offert à Oreste (6). Des juges étaient installés pour 
ce concours burlesque comme pour les jeux (7). Chaque rasade était annoncée au son 
des trompettes (8). Le plus vaillant buveur recevait un prix (9); c'était une couronne 
de feuillage et une outre pleine de vin (10), pour d'autres, sans doute comme second 
prix, un gâteau (11). Ceux qui voulaient se distinguer particulièrement par un tour 
de force, combinaient avec leurs exploits de buveurs une variété du divertissement 
de Yascoliasmos (12), essayant d'avaler leur mesure de vin en se tenant debout sur 
l'outre huilée et glissante. 

Aristophane, dans ses Acharniens (13), parodie la proclamation par laquelle le 
héraut public annonçait l'ouverture du concours, après les libations inaugurales à 
Dionysos Choopotès (14) et à Hermès Chthonios (15). « Écoutez, peuple; voici le 
moment de vider les brocs au son de la trompette ; et celui qui aura le mieux bu 
recevra une outre aussi grosse que Ctésiphon. » Ce concours bachique tient, en 
effet, une grande place dans la dernière partie de cette comédie ; Dicéopolis y est 
vainqueur, et en revient ivre entre deux courtisanes. C'est par le prêtre de Dionysos 
qu'il y a été appelé (16); et en effet celui-ci devait nécessairement présider à cette 



(1) Hesych., V. Aiovi/Vou yà/j.t;; cf. Pseudo- 
Demosth., Adv. Neaer., 73. 

(2) A. Mommsen, p. 360. 

(3) Ibid. 

(4) Pollux, III, 42. 

(5) Imag., p. 381. 

(6) Euripid., Tphig. Taur.. 949 et s. ; Phanodem. 
ap. Alhen., X, p. 437; Tzetz. ad Lycophr., 
Cassandr., 1374; voy. Welcker, Nachtrag zur 
Trilogie, p. 210 et s. 

(7) Aristopli., Acharn., 1224. 

(8) Ibid.. 1001. 



(9) .Elian., Var. hist., H, 41. 

(10) Aristoph., Acharn., 1002, et Schol. ad h. /.; 
cf. Acharn., 1091. 

(11) Phanodem. ap. Athen., X, p. 437; cf. 
Aristoph., Acharn., 1092. 

(12) Suid., s. v.; Alciphr., III, SI. 

(13) 1000 et s. 

(14) Athen., XII, p. 533; voy. W. Vischer, 
IV. Schweiz. Mus., t. III, p. 68. 

(15) Schol. ad Aristoph., Acharn., 1076; voy. 
A. Mommsen, p. 362. 

(16) Aristoph., Acharn., 1087. 



— 13 — 

solennité du culte de son dieu (1), assis sur son trône de marbre au centre des 
gradins du théâtre. 

Cette partie de la fête est celle que Thémistocle, grand buveur, se plaisait à cé- 
lébrer tout particulièrement dans sa retraite de Magnésie (2). Les Athéniens de 
toutes les classes n'auraient pas cru pouvoir se dispenser de ces défis bachiques , 
qui constituaient un acte rituel des Anthestéries ; mais les gens comme il faut, en- 
dehors des autorités publiques et sacerdotales que leurs fonctions obligeaient à être 
au théâtre, évitaient la joie bruyante et crapuleuse (3) qu'y déployait la foule popu- 
laire. Us fêtaient « les brocs » dans des banquets privés où l'on invitait ses parents 
et ses amis (4). C'est dans un de ces banquets que Sophocle mourut, étouffé, dit-on, 
par un pépin de raisin (5), de raisin sec évidemment, car on n'en avait plus de frais 
aux premiers jours de mars. 

Dans les repas privés de la nuit des Choës, comme dans la grande « beuverie » 
du théâtre, l'usage traditionnel voulait que chacun apportât son yoùq propre (6), un 
vase de terre tout neuf acheté à la foire de la veille. D'après l'antique ordonnance 
de la fête, que l'on attribuait au roi Démophon, ce pot devait avoir la même mesure 
pour tous (7), probablement celle qui dans le système métrique athénien portait le 
nom de chons. Cependant, nous le savons par des témoignages formels, l'emploi 
consacré de ce terme, à l'occasion de la fête, tenait à ce que la vieille ordonnance de 
Démophon prescrivait d'y boire dans un vase d'une forme particulière (8). Lorsque 
le mot ypvq est employé en grec pour désigner un type céramique spécial, il désigne, 
conformément à son étymologïe, un vase à verser le vin, de la nature du npôvpoq , 
de Yovjoyyi) ou de Yùpînaiva. (9). « Les choës, dit Cratès (10), étaient d'abord appelés 
péliques, car la forme de ce vase se rapprochait originairement de celle de l'am- 
phore panathénaïque; d'où ce nom àepélique. Ensuite le nom de chous fut appliqué 
à un vase du type de l'œnochoé ; c'est cette forme qu'avaient ceux dont on se servait 
dans la fête à laquelle ils donnaient leur nom, vases à verser le vin. » La particu- 
larité propre et rituelle de la compotation du second jour des Anthestéries consistait 
donc à ce que les rasades auxquelles on se défiait devaient être bues dans des 



(1) A. Mommsen. p. 363. 

(2) Athen., XII, p. 533. 

(3) KpaiTaAo'xM/ior »xA« est l'expression même 
dont se sert Aristophane , Ran., 218. 

(4) Athen., VII, p. 276; X, p. 437; Plutarch., 
Anton., 70; Schol. adAristophan , Acharn., 1087. 

(5) Biogr. min., éd. Westermann, p. 130. 

(6) Euripid., Iphigen, Taur., 9513; Ari-toph., 
Acharn., 1067 et 1085 ; Schol. ad Acharn., 360 : 
voy. A. Mommsen, p. 363. 

(7) Euripid., Iphigen. Taur., 950. 



(8) Athen., X, p. 437; Euripid., Iphigen. Taur., 
952. 

(9) Voy., entre autres exemples, Anaxandrid. ap. 
Athen., IV, p. 131; Eustath. ad Odgss., p. 1835. 

(10) Ap. Athen., XI, p. 495 : Oî x"< *t\i*cu 

(xa8airfp imn/xii) axo/ia'ÇovTO , a fi tv'tos hï toC ày- 
yinv TrpoTfptv p.a rut waiaOnva/xoîf n/xwf, n'u'xa 
txaÀfîVo «eAi'xti* vs-Ttpov /s' ta-yn oîvo^ont a-y>{p.a., 
oi'oi' tlViv o! e» rr, îopT»i Torpar.6('^tiiii , ... ^pw'^îvoi 
irpof thv tou onou iy£V7tv. 



— 16 — 
brocs (1), et non, comme à l'ordinaire, dans des coupes ou des gobelets, et c'est 
pour cela que l'on disait « le jour des brocs, » yôiz,. 

Les ordonnances attribuées à Démophon prescrivaient en outre que , pendant les 
banquets de cette nuit et les concours de buveurs du théâtre, tous devaient déposer 
les couronnes de fleurs qu'ils avaient portées sur leurs tètes pendant la première 
partie de la fête, et en entourer chacun la panse de son chous (2). C'est ce qui avait 
été fait, disait la légende, au banquet typique auquel Oreste avait pris part. Mais 
il parait aussi résulter d'un témoignage précis d'Alciphron (3) qu'à la différence du 
reste du peuple, les Thesmothètes gardaient alors, iv xoïç tspoïç xo')/jt.otç, le front ceint 
de la couronne de lierre qui était leur signe distinctif. 

Les bruyantes buveries du théâtre duraient toute la nuit (4). Aristophane nous 
décrit, au lever du jour du 13 anthestérion, le peuple remplissant encore le théâtre 
et y dansant ivre (S), tandis que commençaient les préparatifs des rites funèbres des 
yù-poi, tandis que l'on élevait dans l'enceinte du Lenaion les quatorze autels impro- 
visés sur lesquels les gérerai allaient venir sacrifier (6), et que dans chaque maison 
le père de famille allumait sur l'autel de Zeus Herkeios le feu où il plaçait la mar- 
mite sacrée contenant la rcavcmpfjua (7), commémorative du déluge de Deucalion et 
destinée à fournir un aliment aux ombres qui, ce jour-là, remontaient sur la terre. 
Mais peu à peu ce bruit tumultueux cessait, le théâtre se vidait, et tous ceux qui y 
avaient pris part au concours bachique, comme ceux qui s'étaient assis aux banquets 
des particuliers, se rendaient par troupes à l'enceinte du Lenaion, conformément à 
l'ordonnance du roi Démophon. Là chacun remettait à la prêtresse (8) sa couronne 
de fleurs, comme offrande funèbre aux morts, à qui la journée qui s'ouvrait était 
désormais consacrée, et versait en libation en leur honneur un dernier reste de vin 
de la fête, apporté dans le broc où il avait bu (9). 

Reportons-nous maintenant à la composition peinte sur nos deux petits vases, 
dont l'un provient d'Athènes. Une circonstance caractéristique doit tout d'abord y 
attirer l'attention, c'est le vase que portent à la main les personnages qui fêtent 
Bacchus à la lueur des torches, et dans lequel ils ont évidemment puisé leur ivresse. 
Ce vase est celui dont on se servait exceptionnellement pour boire dans la nuit des 



(1) Des brocs ventrus, d'où la comparaison co- 
mique qu'Aristophane établit entre le chous et la 
cuirasse : Aristoph., Acharn., 4131 et s. 

(2) Athen., X, p. 437. 

(3) II. 3, 44. 

(4) C'est ainsi que le Scholiaste d'Aristophane 
{ ad Achnrn., 1076) a pu dire que les rites des 
X«" et des X" T (" avaient lieu dans la même 
journée de 24 heures. 



(5) Rail. , 218 : 'O xpanra.,\ix.wft.{H Tins ispoîV, 

XvTpQt! X.Ut>U y.CLT €/*oy TtttÉVOÏ Attâï 0%Aof. 

(6) A. Mommsen, p. 367. 

(7) K. Fr. Hermann , Gotlesdienstl. Allerth. , 
§ 58, 20 ; A. Mommsen, p. 365 et s. 

(8) Sans doute la AiovvVou ei cco-tei Upaa que 
mentionne une inscription : Rhangabé, Ant. 
hellén., no 816. 

(9) Athen., X, p. 437; voy. A. Mommsen, 
p. 365. 



— 17 — 
Choës, le yo-j; à la forme d'œnochoé (1), tel que le décrit le passage de Cratès que 
nous avons cité plus haut ; et de plus il a la panse ceinte de la guirlande que les 
vieilles ordonnances de Démophon commandaient d'y attacher. Sur l'œnochoé de 
Berlin , il est tenu par les trois protagonistes de la scène ;, sur celle de la collection 
Piot, il n'est porté que par le personnage principal, celui que »le vase de Berlin 
appelle KfïM05. C'est en effet celui qui tient dans la scène le rôle principal, 
celui du vainqueur de la lutte brandissant triomphalement l'instrument de sa vic- 
toire. On le ramène en pompe , comme Dicéopolis à la fin de la comédie des 
Achamiem; ivre à pouvoir se soutenir à peine, à la suite de ses exploits de buveur, 
il s'avance soutenu par son éromène NEANIA2, de la même façon que le 
paysan d'Aristophane parles deux prostituées (jiôpvui) qu'il a ramassées au banquet. 
Du moment que l'on donnait aux personnages des noms allégoriques, celui-ci lui 
convenait mieux que tout autre. Comos, qui figure si souvent parmi le thiase de 
Dionysos dans les peintures de vases, était le vrai roi populaire de la journée des 
Choës. Non-seulement c'est lui qui apparaissait comme gardien des portes de l'édifice 
où la Basilissa était enfermée avec son époux mystique ; mais la fête bruyante du 
théâtre était appelée par excellence tspbq [xâjxoç (2) , ceux qui y prenaient part 
xoo/j.àÇ-3VT£; (3) et jtpawwXôxwfioç ô/loz, (4). Le personnage qui l'accompagne par 
derrière, en éclairant sa marche d'un flambeau, comme le VEaviaç en tient un éga- 
lement, est nommé flAlAN sur le vase de Berlin. C'est donc la personnification du 
chant qui célèbre la victoire, et aussi, comme l'a remarqué Gerhard (o), du chant en 
l'honneur des dieux parlequel on terminait les banquets ; chant auquel s'appliquait 
aussi la désignation de péan (6). Comos, sur le vase de Berlin, a le front ceint de la 
bandelette des vainqueurs agonistiques ; sur celui de la collection Piot , les trois 
personnages principaux ont les couronnes de lierre qui dans les Choës distinguaient 
lesThesmothètes. C'est qu'en effet Comos, son éromène et Péan, ont un droit parti- 
culier à cet attribut ; ils sont bien les magistrats qui président à la fête et la dirigent. 
Maintenant faut-il se demander pourquoi cette scène finale d'une des plus 



(I) On a déjà remarqué que dans les peintures 
des petites œnochoés du genre de celles qui nous 
occupent, si petites qu'elles n'ont pu servir que 
de jouets pour les enfants, l'artiste s'est presque 
toujours étudié à introduire la représentation 
d'un vase du type de celui qu'il décorait. Le 
plus souvent l'œnochoé y est employée aux jeux 
des enfants, copiés sur la vie réelle (Ch. Lenor- 
rnant et i. de Witte, El. des mon. céramogr. , 
t. I, p. 307; Heydemann, Griechische Vasenbilder, 
p. 13). Dans les compositions que nous com- 



mentons, où l'on a prêté à des personnages 
enfantins des actions d'hommes faits, le céramo- 
graphe s'est encore plu à choisir un sujet qui 
permettait de mettre dans leurs mains un vase 
de cette forme. 

(2) Alciphr., 11,3, 11. 

(3) Phol., Lexic, p. 565. 

(4) Aristoph., Ran., 218. 

(5) Archœol. Zeit., 1852, p. 404-407. 

(6) Xenoph., Sympos., II, 1; Aniiphan. ap. 
Athen , XV, 47; cf. XI, 110; Plat., Sympos., p. 175. 

3 



— 18 — 
joyeuses fêtes du culte dionysiaque athénien est représentée par des acteurs 
enfantins? On pourrait se borner à rappeler combien la fantaisie des artistes grecs, 
à partir du iv c siècle avant notre ère, et, à leur exemple, celle des artistes romains, 
s'est complue à transformer en scènes d'enfants des épisodes de la fable ou des 
traits de la vie réelle (1). Une exquise œnochoé athénienne à peintures accom- 
pagnées de reliefs dorés, des mêmes proportions minuscules que celles dont nous 
nous occupons, donne des traits enfantins aux trois personnages de XPY505 
NIKH et PAOT05 ; dans une composition allégorique qui rappelle la dédicace 
du trépied gagné au concours des Grandes Dionysies, par l'or qu'a prodigué 
libéralement le riche citoyen chargé des frais de la chorégie pour sa tribu (2). 

Mais il y avait une raison de plus pour donner des enfants pour acteurs à une 
scène des Anthestéries, en leur y prêtant les actions des hommes faits. Cette fêle 
était spécialement, dans l'année religieuse attique, celle à laquelle les enfants 
étaient associés. Non-seulement on leur donnait alors congé de toutes leçons, 
pourqu'ils pussent voir, nous dit-on, les beaux spectacles qui s'y déployaient (3). 
Mais encore, couronnés de fleurs, ils avaient leur place dans toutes les céré- 
monies de la solennité (4). On les y admettait dès l'âge de trois ans, en souvenir, 
racontait-on, de ce qu'Eurysace, fils d'Ajax, avait à cet âge pris part aux Anthesté- 
ries avec son père (S). Aussi, dans la première journée de la fête, celle des Pithoiffia, 
les enfants d'Athènes se réunissaient à l'autel d'Eurysace (6) pour apporter des 
offrandes solennelles à ce jeune héros (7). 

Léon FIVEL. 



DIONYSOS ZAGREUS 

(Planches 3, 4 et 5.) 

Zagreus, comme tout le monde sait, était le Dionysos mystique que 
les Orphiques popularisèrent clans la Grèce, au temps de la grande 
influence de leurs doctrines , et qu'ils parvinrent à faire pénétrer 
jusque dans le sanctuaire auguste d'Eleusis. 

Voici comme on racontait son histoire. 

Zeus avait eu commerce avec sa propre fille, Perséphoné ou Coré, 

(1) Ch. Lenormant, Ann. de l'Inst. arch. , i (4) Schœmann, Alterth., t. II, p. 439; A. 
t. XVII (1845), p. 221 et s. Mommsen, p. 355. 

(2) Slackelberg, Grœber der Hejlenen, pi. xvn ; I (5) Philostrat., Heroic, p. 314. 

Ch. Lenormant et J. de Witte, El. des mon. ce- I (6) Sur cet autel, voy. Pausan., I, 35, 3. 
rarnogr., t. I, pi. xcvii. (7) A. Mommsen, p. 355. 

(3) Theophrast., Charact., 30. I 



19 — 



à laquelle il s'était uni sous la forme d'un serpent, après s'être glissé 
par surprise dans le sein de la jeune enfant (1). Cet inceste était donné 
comme une forme plus mystérieuse et plus relevée du mythe vulgaire 
de l'enlèvement de Perséphoné par Hadès ou Pluton; Zeus y était 
envisagé comme un dieu chthonien ; aussi Eschyle désignait-il Za- 
greus comme le fils de Hadès (2). Neuf mois après l'attentat de son 
propre père, Perséphoné avait mis au monde un fils à forme de tau- 
reau (3); c'était Zagreus, le Dionysos chthonien (4), envisagé quelque- 
fois comme étant lui-même Hadès (S), celui que Cicérou (6) désigne 
comme le Bacchus des mystères orphiques , fils , dit-il , de Jupiter et 
de la Lune. 

Dionysos Zagreus avait le caractère d'une divinité de la génération, 
d'une personnification de la puissance vitale qui circule dans la 
nature, et c'est en cette qualité qu'il est invoqué dans les hymnes 
orphiques (7). Né de l'union mystérieuse de Zeus et de Perséphoné (8), 
il était le dieu premier-né, itpaiéyovoç (9) , celui que Zeus avait, dans 
ses éternels desseins, résolu d'engendrer (10). Bien que tous les attri- 
buts de l'ancien Dionysos subsistent chez ce dieu nouveau, qu'il lui 
emprunte, par exemple, les cornes de taureau (11), il présente un 




phrygien (14). Il a mille formes et mille noms (15); il préside à la végé- 
tation comme à la mort; et tous les éléments qui entraient dans la 
légende de l'ancien Dionysos sont subordonnés au nouveau caractère 
qui lui est assigné (16). On explique son nom de Zaypéç, , « le fort 
chasseur » , comme s'appliquant à la chasse dans laquelle le dieu 



(1) Galliraach., Fragm. 171 ; Clem. Alex., Pro- 
trept., II, p. 13, éd. Potter ; Arnob., Ado. gent., 

V, 21 ; Etym. Magn. , v. Zayftvs-, Ovid. , Metam , 

VI, 114; Nonn., Dionys., VI, 264. 

(2) Ap. Etym. Gudian., v. Zay^ivc Cramer, 
Anecd. Oxon., t. II, p. 443 ; G. Hermann, Mschyl. 
tragoed. , t. I, p. 331 ; Welcker, Mschyl. Trilog., 
p. 556. 

(3) Clem. Alex., /. c. ; Arnob., I. c. 

(4) Callimach., I. c. 

(5) Heraclit. ap. Clem. Alex., Protrept., IV, 
p. 30, éd. Potter; Etym. Gudian., v. Zayftvn 
Cramer, Anecd. Oxon., t. II, p. 443. 

(6) De nat. deor. , III, 23. 

(7) Orph. Hymn., XXX, XLV, XLVI, XL VII 
et L. 



(8) Hymn. XXX, 6 et s. 

(9) Hymn. XXX, 2. 

(10) Hymn. XLVI, 6 et s. ; cf. XLV, 6 et s. 

(11) Hymn. XLV, 1; XXX, 3. 

(12) Hymn. XLV, 2. 

(13) Procl., In Cratyl., p. 59, 334 et 336; In 
Parmenid. , p. 91 ; In Tim. , p. 334 ; Nonn. , 
Dionys., VI, 264 et s.; X, 297 et s.; Oriyen., 
Contr. Cels., III, 23. 

(14) Voy. surtout les hymnes XLVI et XLV1I de 
la collection orphique. 

(15) Hymn. XLV, 2. 

(16) Voy. Maury, Histoire des Religions de la 
Grèce, t. III, p. 323. 



— 20 — 
de la mort pousse devant lui et frappe ceux qu'il destine à son em- 
pire (1). . 

Après la naissance de Zagreus, les mythes orphiques racontaient 
sa mort, ou, comme on disait, « sa passion », xà itaBipaxa (2). Jaloux 
de la puissance promise au jeune dieu, les Titans avaient conspire sa 
mort et pour le protéger Zeus l'avait confié à la garde des Curetés, 
qui avaient veillé sur sa propre enfance (3). Mais les Titans parvin- 
rent à l'attirer hors des regards de ses défenseurs par l'appât d un 
miroir (4) ou de jouets (S). Au moment où il s'approchait d'eux, ils 
le saisirent traîtreusement et le mirent à mort (6). Ils dépecèrent 
ensuite son cadavre, le firent bouillir et le dévorèrent (7) : d ou les 
hommes, descendants des Titans, participent encore à la vie divine 
communiquée par le sang de Zagreus (8). C'est cette scène que Ion 
commémorait dans la cérémonie des Omophagies, sur laquelle nous 
reviendrons un peu plus loin. _ 

Cependant le cœur du jeune dieu avait échappé à la voracité des 
Titans (9); Pal las l'apporta tout pantelant à Zeus (40), déjà prévenu du 
meurtre par Hécate (11). Accourant sur le lieu du crime, Zeus foudroya 
les Titans (12), puis chargea Apollon de recueillir les membres h. demi 
dévorés de Zagreus et de leur donner la sépulture (13), ce qu'il fit à 
Delphes, au pied du Parnasse (U), sous le trépied mautique suivant 
les uns (15), sous l'omphalos suivant les autres (16). 



Zagreus ressuscita 



(1) Etym. Gudian., ». Zayftvs-, Cramer, Anecd. 
Oxon., t. II, p. 443; voy. Creuzer, Religions de 
l'antiquité, trad. Guigniaut, t. III, p. 236 ; Preller, 
Griech. Mythol , 2<= édit., t. I, p. 627 ; Gerhard, 
Griech. Mythol, g 438, 2, et 457, 4. 

Pour Eschyle (ap. Etym. Gudian., I. c.) Zagreus 
est le Zeus des morts, celui qui reçoit tous les 
hommes dans son empire, l'époux de Gè. 

(2) Pausan., VIII 7, 5. 

(3) Clem. Alex., Protrept., Il, p. 15, éd. Potter; 
Procl., Theol, V, 35, p. 322 ; Orph., Hymn., XXX, 
31 ; voy. Lobeck, Aglaophamus, p. 554. 

(4) Lobeck , p. 555. 

(5) Clem. Alex. Protrept., II, p. 15, éd. Potter; 
Arnob., Adv. gent., V, 19; voy. Lobeck, p. 699. 

(6) Clem. Alex., I. c. ; Arnob, l. c ; Cornut., De 
nat. deor., 30 ; Tzetz. ad Lycophr., Cassandr., 355. 

(7) Clem. Alex., ( c. ; Arnob., I. c. ; Procl., In 
Cratyl., p. 115; In Tim., III, p. 184; Firmic. 
Matern., De error. profan. relig., p. 423, éd. 
Gronov. 

(8) Procl., In Cratyl., p. 82 ; cf. p. 59 et 114; 
Dio Chrysost., Orat. XXX, p. 550; Olympiodor., 



InPhaedon., ap. Mustoxyd. et Schin., Anecd., 
part. IV, p. 4; cf. Ha.rsil. Ficin., 1. IX, Ennead. 
1, p. 83 et s. 

(9) Dans le système d'interprétation orphique, 
la pomme de pin, «rTpo'fiiAot, kSioi, qui surmonte le 
thyrse dionysiaque, est envisagée comme un em- 
blème de ce cœur de Zagreus : Suid.. b. mn»ç»pw. 

(10) Clem. Alex. I. c; Arnob., I. c. ; Hygin., 
Fab., 168; Firmic. Matern., I. c. ; voy. Lobeck, 
Aglaopham., p. 559 et s. 



voy. Lobeck, p. 564. 
III, p. 200; Schol. ad 



(11) Lobeck, p. 561. 

(12) Clem. Alex., 7. c. 

(13) Procl., In Tim. 
Lycophr., Cassandr., 208. 

(U) Clem. Alex., I. c. ; Arnob., I. c. 

(15) Schol. ad Lycophr., I. c; Etym. Magn., v. 

AsAtpixa. 

(16; Tatian., Orat. ad Graec., 13; Philochor., ap. 
Johan. Malal., II, p. 45; Cedren., Compend., t. I, 
p. 43; Syncell., t. I, p. 36. éd. de Bonn; cf. 
Lobeck, p. 572 et s.; Chr Petersen, dans le 
Philologus, 1860, p. 79 et s. 



— 21 — 

ensuite et reprit sa place glorieuse dans l'Olympe (1). Suivant une 
autre version , Zeus ht avaler à Sémélé dans un breuvage le cœur du 
jeune dieu, où s'était concentrée toute sa vie, et rendit par là cette 
héroïne enceinte d'une nouvelle incarnation du même personnage , 
qui fut le Dionysos thébain (2). 

Telle était l'histoire qu'Onomacrite racontait dans un de ses poèmes. 
Pausanias (3) l'accuse formellement de l'avoir inventée, de même 
qu'Athénagore (4) et Tatien (5) attribuent non moins formellement 
aux Orphiques l'introduction chez les Grecs de la fable de la naissance 
du dieu , produit par Zeus métamorphosé en serpent. Pourtant , 
comme l'ont remarqué Creuzer (6), Ottfried Millier (7) et Schvyenck 8), 
il est difficile de croire que le faussaire de la cour des Pisistratides 
ait forgé cette légende de tontes pièces. En réalité, c'est un mythe 
d'origine étrangère qu'Onoinacrite et les Orphiques greffèrent sur des 
traditions qui existaient déjà chez les Grecs , mais à l'état vague et 
imparfaitement déterminé jusqu'alors. La notion d'une mort du dieu 
n'était pas absolument étrangère à la conception primitive du Diony- 
sos hellénique j elle tenait à un ensemble d'idées symboliques que 
l'on trouve déjà très-nettement développées dans le Rig-Vèda , au 
sujet du dieu Sonia, son prototype originaire (9). A Delphes, où Ono- 
macrite plaça la sépulture de Zagreus, on montrait depuis une haute 
antiquité le tombeau de Dionysos (10), et les cinq prêtres de noble race 
appelés "Oîioi y offraient , à époque fixe, un sacrifice mystérieux en 
souvenir du trépas du dieu (11). Mais les traditions sur cette mort de 
Dionysos (12) avaient pris plutôt dans la Grèce la forme adoucie d'une 



(1) Procl., In Tim., V, p. 313; Justin. Mart.. 
Contr. Tryphon., p. "295; voy. Lobeck, p. 562. 

(2) Hygin., fab., 168; Nonn., Dionys., XXIV, 
48; Commodian., Instruct., p. 29, éd. Rîgault ; 
p. 624, éd. flalland ; Hymn. in Minerv., ap. 
Wakefield, Silv. critic, part. IV, sub fin. ; voy. 
Lobeck, p. 560. 

(3) VIII, 7, 5. 

(4) Légat, pro Christ., 32. 

(5) Orat. adGraec, 8. 

(6) Religions de l'antiquité, trad. Guigniaut, 
t. III, p. 237 et s. 

(7) Prolegomen. z. ein. wissensrh. Mythol. , 
p. 390. 

(8) Mylhologische Andeulungen, p. 151 et s. 

(9) Langlois, Mérn. de l'Acad. des Inscr., nou\ . 
sér., t. XIX, 2« part., p. 354 et s. ; Maury, 
Histoire des Religions de la Grèce, t. III, p 325. 

(10) Philoclior. et Dinarcii. ap. Juhan. Malal.. 



II, p. 45; S. Cyrill. , Adv. Julian.,~S., p. 341. 
On indique aussi une autre tombe de Dionysos 
à Thèbes : S. Ca?sar., Dial. II, Resp. 112, p. 66, 
éd. Galland. 

(11) Plutarch., De Is. et Osir., 35. —D'après 
Plutarque, ce sacrifice avait lieu au moment des 
jours les plus courts de l'année et coïncidait avec 
la fête nocturne où les Thyiades, sur le Parnasse, 
réveillaient Dionysos Licnitès, c'est-à-dire le dieu 
nouveau-né porté dans le van mystique. La con- 
cordance voulue des deux cérémonies de mort et 
de renaissance, en rend la signification parfaite- 
ment claire. 

(12) Plutarch., De El ap. Delph., 9; cf. Preller, 
Griech. Mythol., t. I, p. 537. 

Parmi les auteurs qui parlent do la sépulture de 
Dionysos à Delphes, les uns disent qu'il avait été 
tué par Lycurgue (Johan. Malal., /. c. ; Cedren., 
Compend., t. I, p. 43), les autres par Persée 



— 22 — 

descente du dieu aux enfers (1); à Delphes même, il en était probable* 
ment ainsi à l'origine, car on y célébrait une fête appelée lierais , en 
mémoire du voyage souterrain de Dionysos (2). 

La légende de Zagreus a un caractère différent de celui de ces 
mythes proprement helléniques. Elle se rattache directement et étroi- 
tement à la famille des récits basés sur le dogme du dieu solaire 
mourant et ressuscitant périodiquement, dogme fondamental des 
religions de l'Asie antérieure, et en particulier de celles des peuples 
sémitiques (3). C'est , on ne saurait s'y méprendre , une forme parti- 
culière du grand mythe auquel en Egypte s'attache le nom d Osiris, 
en Phrygie celui d'Attis , en Syrie et en Phénicie celui d'Adonis ou 
Tammu7°(4.;. Les Orphiques l'ont emprunté à la Crète; c'est ce que 
Diodore de Sicile (5) dit formellement et ce que confirme un beau 
chœur des Cretoises d'Euripide (6), où Zagreus est nommé comme un 
dieu national de la Crète , où les principaux traits de sa légende sont 
rappelés par allusion, et où le tout est présenté comme formant l'objet 
d'une partie de ces mystères crétois dont parle aussi Diodore (7). C'est 
pour cela que le nouveau Dionysos des Orphiques, dans son enfance, 
resta toujours gardé par les Curetés , comme dans les traditions de 
son pays d'origine. La religion de la Crète était aux trois quarts 
phénicienne, à peine recouverte d'un léger vernis pélasgique et grec, 



(Dinarch.ap. Euseb., Chronic, p. 292, éd. Mai; 
ap. S. Cyrill., Ado. Julian., X, p. 342). C'était, 
en effet, une tradition très-répandue que celle 
d'une lutte entre Dionysos et Persée (Euphor. ap. 
Meineke, Fragm., p. 136 ; Ovid. , Metam., IV, 606 ; 
Nonn., Dionys., XLVII, 475), dans laquelle le fils 
de Sémélé avait été vaincu et avait trouvé la mort 
(S.Augustin., De civ. Dei, XVII, 12; Schol. Vict. 
ad Iliad., S, 319; Eustath. , ad Iliad., p. 989). 
A Lerne, cette légende était combinée avec la 
donnée mystique qui identifiait Dionysos à Hadès 
et en faisait le roi des enfers ; aussi tenait-elle une 
place importante dans les mystères locaux. Les 
traditions argiennes racontaient que Bacchus , 
venu des iles avec une armée de femmes, avait été 
vaincu par Persée (Pausan., II, 20, 3; 21, 1), puis 
les représentaient réconciliés et recevant en même 
temps les adorations (Pausan., II, 23, 7). Dans 
celles de Lerne même, Dionysos, tué par Persée, 
avait été jeté dam le lac Alcyonien (Schol. Vict. ad 
Iliad., I. o.}, où, lors de la célébration des mys- 
tères,' on l'évoquait du fond des régions infernales 
(Pausan., II, 37, 5). 
(1) Voy. Preller, Démêler und Persephone , 



p. 210 et s.; ma Monographie delà Voie Sacrée 
éleusinienne, t. I, p. 408. et mon article Bacchus, 
dans le Dictionnaire des antiquités de MM. Darem- 
berg et Saglio, p. 609. 

(î) Plutarch., Quaest. graec, 12. — 11 importe 
de remarquer que sur le beau miroir étrusque qui 
représente la réunion de Dionysos et de Sémélé, 
après cette descente du dieu aux enfers {Mon. inéd. 
de l'Inst. arch., t. I, pi. lvi a ; Gerhard, Etrusk. 
Spieg., t. I, pi. lxxxiii; Miiller-Wieseler, Denkm. 
d. ait. Kunst, t. I, pi. lvi, n» 308), Apollon assiste 
à la scène, comme le dieu qui règne à Delphes et 
celui qui a réuni lesmembres dispersés de Zagreus 
pour leur donner la sépulture. 

(3) Voy. Gerhard, Griech. MyShol., § 1001, 
N. et O. 

(4) Maury, Histoire des Reliyions de la Grrre. 
t. III, p- 326 et s.; voy. aussi ma Monographie 
de là Voie Sacrée, t. I, p. 413-417; et mes 
Premières civilisations, t. I, p. 378-390. 

(5) V, 75. 

(6) Euripid. , Fragm. 476; ap. Porphyr., De 
abstin. cam., IV, 19. 

(7) V, 78. 



23 — 



qui se montrait surtout dans les noms des divinités et leur assimi- 
lation aux dieux helléniques (l). C'est donc dans ce pays que devait 
naturellement s'implanter d'abord et s'helléniser un mythe qui a 
gardé, comme celui de Zagreus, tous les traits essentiels de sa prove- 
nance asiatique. Le nom même de Zaypeùç, « le chasseur », rapproche 
le Dionysos emprunté par les Orphiques à cette île du dieu de lîyhlos 
et de Cypre, et achève de montrer qu'il n'était autre à l'origine que 
l'Adonis crétois. Son mythe y reproduisait presque trait pour trait, à 
une autre génération divine, celui de l'enfance et de l'éducation de 
Zeus (2), également né dans la Crète. 

On voit ainsi où les Orphiques ont emprunté le mythe qu'ils gref- 
fèrent si habilement sur les traditions qui parlaient déjà d'une mort 
de Dionysos. Mais si le poëme d'Onomacrite popularisa définitive- 
ment l'histoire de Zagreus et en fit désormais un des points fonda- 
mentaux de l'Orphisme, ce mythe crétois avait commencé à se ré- 
pandre en Grèce avant lui. Ainsi que l'a montré Ottfried Mûller (3), 
un passage d'Hérodote (4) indique que le culte de Dionysos subit, au 
temps de Clisthène de Sicyone (vers 600 av. J.-C.) , des altérations 
qui se lient manifestement à une introduction du mythe originaire 
de Crète dans la légende du fils de Sémélé. Dans les récits relatifs à 
Adraste , roi d'Argos , à la physionomie héroïque du personnage , la- 
quelle a peut-être conservé quelques traits d'histoire primitive, se 
mêlent certaines particularités qui le rapprochent d'Adonis (5) ; un 
Adrastos ligure dans les fables phrygiennes d'Attis (6); ce nom est 
étroitement apparenté à celui de l'Adrastée-Némésis de l'Asie-Mineure, 
dans laquelle on reconnaît une forme de PAstarté syro-phénicienne (7); 
l'origine du roi d'Argos lui-même est en Crète (8). Il semble donc 
qu'à une époque fort antique il s'était établi une fusion entre le héros 
argien Adraste, et un Adrastos plus divin, analogue à Adonis et à 
Zagreus. On célébrait à Sicyone, au dire d'Hérodote, les malheurs 
d' Adraste dans des chœurs cycliques, de même que cela se pratiquait 
pour le dieu de la Syrie et de la Phénicie. Or, Clisthène substitua au 
culte d'Adraste celui de Dionysos, en l'honneur duquel il prescrivit 



(1) Voy. la Kreta de Hœck, et Movers, Die 
Phœnizier, t. I, p. 27-32. 

(2) Voy. ma Monographie de la Voie Sacrée, 1. 1, 
p. 403-405. 

(3) Prolegomen. z. et», wissensch. Mythol. , 
p. 395 ; cf. Maury, Histoire des Religions de la 
Grèce, t. 111, p. 326. 

(4) V, 67. 

(5) Maury, t. III, p. 327. 



(6) Ptol. Hephaesl., p. 12, éd. Roulez; cf. Hero- 
dot., I, 35 et 45 ; Diod. Sic, IX, Fragm. 17. 

(7) Christ. Walz, De Nemesi Graecorum, Ttibin- 
gue, 4852; voy. aussi ce qu'en a dit M. L. Fivel 
dans la Gazette archéologique, 1 878, p. 106. 

(8) Apollodor., I, 9, 13; Antimach. ap. l'ausan., 
VIII, 25, 5; cf. Odyss. , A, 236 et 258; Pindar., 
Nem., V, 47. 



— 24 



des chœurs analogues. C'est le premier exemple où l'on voie appa- 
raître dans le culte dionysiaque de la Grèce une fête commémorative 
de sa passion (ta nàGy , c'est l'expression d'Hérodote), et le fait ainsi 
rapporte par l'historien d'Hali car nasse indique le moment où la 
légende de Zagreus, venue de la Crète, commença à pénétrer sur le 
continent grec. 

Mais dans la formation du mythe complet de Zagreus, tel que nous 
l'avons raconté, tout ne paraît pas avoir été pris à la Crète. On est en 
droit de croire que, pour la partie qui raconte la naissance du 
dieu les Orphiques s'inspirèrent aussi du culte et des mythes du 
Sabazios de la Thrace, originaire de la Phrygie , où la métamorphose 
du dieu père en serpent pour séduire sa fille, était particulièrement 
développée (1). Cette donnée n'était pourtant pas étran- 
gère au mythe crétois lui-même, car les tétradrachmes 
de la ville de Priansos (2) offrent l'image de Persé- 
phoné, ou de la déesse indigène qui lui était assimilée, 
le torse nu comme une Aphrodite, assise sur un trône 
auprès d'un palmier et caressant le serpent qui se 
dresse devant elle. La relation de ce type avec le mythe de la nais- 
sance de Zagi-eus me paraît incontestable. 

Quand les Orphiques eurent acquis une influence prépondérante 
dans le sanctuaire mystique d'Eleusis, Zagreus fut complètement 
assimilé à l'Iacchos des mystères éleusiniens (3). La confusion alla en 
se prononçant chaque jour davantage et devint si intime qu'à partir 
d'une certaine époque il est impossible de distinguer ce qui se rap- 
porte à l'un et à l'autre. C'est alors que l'on parle du déchirement 
d'Iacchos, 'lax/o-j anaioa^p.bç, (4) • et cette expression est parfaitement 
conforme à ce qui se passait au même temps dans l'époptie d'Eleusis, 
où tout le mythe de Zagreus, depuis sa naissance jusqu'à son enseve- 
lissement , était représenté sous les yeux des initiés et attribué à 
Iacchos ou Brimos (5). 




(1) Voyez mon Étude sur Sabazius , dans la 
Revue archéologique , nouv. sér. , t. XXVIII et 
XXIX, novembre et décembre 4874, et janvier 
1875. 

(2) Pellerin, Médailles de peuples et de villes, t. III, 
pi. c, n° 52 ; Mionnet, Descr. de Méd. ant., t. II, 
p. 296, n°s v99 et 300 ; Ch. Lenormant, Nouvelle 
galerie mythologique, pi. xvm,n°3. 

(3) Schol. ad Pindar., Isthm., VII, 3; Arrian., 
Exped. Alex., II, 1 6 ; Schol. ad Euripid., Orest., 
952; Schol. ad Aristophan., Ran., 321; voy. 



Preller, Griech. Mythol. , t. I, p. 614; Maury, 
Religions de la Gréée, t. II, p. 365 et s. 

(4) Lucian., De saltat., 39. 

(5) Voy. à ce sujet l'argumentation de Ch. Lenor- 
mant dans son Mémoire sur les représentations qui 
avaient lieu dans les mystères d'Eleusis : Mém. de 
l'Acad. des Inscr., nouv. sér., t. XXIV, 1 r « part., 
p. 378-397 et p. 428-437.— Les deux témoignages 
les plus formels sont ceux de Tatien (Orat. ad 
Graec.,Vi) et de l'auteur des Philosophumena (V, 8, 
p. 1*5, éd. Miller). 



— 25 — 

Les monuments où l'on peut reconnaître avec certitude des repré- 
sentations du mythe de Zagreus sont peu nombreux ; même après son 
identification avec Iacchos, les œuvres de Fart restent en général 
fidèles aux anciennes données des mythes éleusiniens sur l'histoire 
de celui-ci et n'empruntent pas les traits qui étaient d'abord propres 
à Zagreus. 

Panofka a très-exactement reconnu l'attentat de Zens sur sa tille 
Perséphoné, dans la scène que retrace un morceau d'ambre qui faisait 
autrefois partie de la collection Pourtalès (!}; le grand serpent dessiné 
au revers de ce sujet fait manifestement allusion à la métamorphose 
de Zeus. Mais la biche placée auprès de la jeune déesse enlevée, en 
la caractérisant comme une Diane plutôt que comme une Proserpine, 
semble indiquer que l'artiste s'y est inspiré des mythes thraces sur 
Sabazios et Bendis plus que des poésies orphiques sur la naissance de 
Zagreus (2). 

En revanche, c'est bien au rôle de Zeus trans- 
formé en serpent dans le mythe spécial de la nais- 
sance de Zagreus, envisagé comme dieu national de 
la Crète, que se rapporte le type des tétradrachmes 
de Priansos que nous avons cités tout à l'heure. Il en est de même de 
celui de petites litrœ d'argent de Sélinonte (3), où l'on a depuis long- 
temps reconnu ce sujet (4) et dont nous croyons utile de placer ici le 
dessin. On y voit sur une face Coré recevant le serpent dans son 
sein (b), et sur l'autre le taureau à face humaine, si habituellement 
figuré dans la numismatique de Sélinonte, comme sur celle de pres- 
que toutes les cités de la Sicile et de l'Italie méridionale. On l'expli- 
que d'ordinaire, sur les monnaies de Sélinonte, comme représentant 
le fleuve local Sélinos. Pourtant ici il est difficile de ne pas être frappé 
d'une liaison, trop remarquable pour être absolument fortuite, entre 




(1) Panofka, Cabinet Pourtalès, pi. xx. 

(2) Voy. Foucart, Des associations religieuses 
chez les Grecs, p. 78, et surtout ce que j'en ai dit 
dans la Re-o. archéol., nouv. sér., t. XXVIII (1874), 
p. 382 et s. 

(3) Le développement du culte dionysiaque à 
Sélinonte est signalé par Pausanias , VI, 19, 20. 

(4) Torremuzza, Sicil. net. num. , pi. lxvp 
n° 6; Eckhel, Doctr. num. vet., t. I, p. 240; 
Millin, Galerie mythologique, pi. lxvi , n° 345; 
Reinganum, Selinunt, p. 174; Streber, Ueber d. 
Stier mit d. Menschengesichte , dans le-; Abhandl. 
d. k. bagr. Akad., 1836, p. 504 ; Panofka, dans les 
Mém. del'Acad. de Berlin, 1839, p. 22, note 7 ; 



MUller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, t. II, pi. vin, 
n° 97 ; Gerhard, Gesamm. akad. Abhandl., t. II, 
p. 56, noie 86, et p. 55 1 ; Imhoof-Blumer, dans 0. 
Benndorf, Metopen von Selinunt, p. 77, n° s 32-36, 
et p. 80 et s.; Overbeck, Griech. Kunstmythologie, 
t. II, p. MS.Miinztafel, ix, no 27. 

[5) Cette représentation rappelle étroitement 
celle du bas-relief de Palatitza en Macédoine 
(Heuzey, Mission de Macédoine, p. 217, pi. xx 
bis), qui retrace aussi l'union de Zeus serpent et 
de Coré, mais en rapport cette fois avec le mythe 
et les thiases du Sabazios thraco-macédonien (voy. 
ce que j'en ai dit dans la Rev. archéol, nouv. sér., 
t. XX VIII, 1874, p. 388). 

4 



— 26 — 

les deux types de la pièce , si Ton se reporte au témoignage de 
Macrobe sur la représentation du Dionysos Hébon de la Campanie, 
sous les traits d'un taureau à face humaine barbue (1), et surtout au 
vers d'un hymne que Clément d'Alexandrie (2 cite à propos du mythe 
de la naissance du Dionysos des Orphiques, Tta.viip lav^m fyâxav (3). En 
effet, parmi les diverses formes de Dionysos, Zagreus est une des 

Sébéthos — représenté sur d'autres monnaies, avec 
son nom, par une tête juvénile cornue(B«/to. arch. 
Napol., 1852, pi. iv, n<> s 4 et 2), — quand un flot 
d'eau s'échappe de sa bouche [Bullet. arch. Napol., 
t. III, 1852, pi. iv, n<> 8 ; Archœol. Zeit., 1853, 
pi. lviii, n° 16), d'autres fois il porte empreint sur 
son épaule un grand astre Streber, Abhandl. d. k. 
bayr. Akad. , 1836, p. 526; Rev. numismatique , 
1840, p. 397 ; Mttller-Wieseler, Denkm. d. ait. 
Kunst, t. II. pi. xxxm, h° 381), qui convient bien 
mieux à Dionysos comme <puo-<popof aoriip (Aristo- 
phan., Run., 340), c^rpocpan'î (Eumolp. ap. Diod. 
Sic, I, 2) ou /_opa>o's Sj-rpoï (Sophocl. , Antig. , 
1146). Un tétradraehme de Catane, associant un 
Satyre au taureau à face humaine, donne claire- 
ment à celui-ci une signification dionysiaque (Tor- 
remuzza, Sicil. vet. num., pi. xxxi, n° 7; Streber, 
mém. cit., p. 526 ; MfiUer-Wieseler, Denkm. d. 
ait. Kunst, t. II, pi. xxxm, n<> 380). Ainsi, tandis 
que le témoignage de Macrobe, que l'on ne saurait 
écarter, surtout confirmé qu'il est par l'intaille de 
Florence, atteste l'identité des représentations 
sous cette forme de Dionysos Hébon et les dieux 
fleuves , les particularités que les graveurs 
monétaires de l'Italie et de la Sicile ont jointes 
au type du taureau à face humaine, semblent 
caractériser celui-ci tantôt comme un Fleuve 
et tantôt comme un Bacchus.N'y a-t-ilpas ici une 
ambiguïté voulue, cherchée dans un esprit de 
raffinement symbolique ? C'est déjà la conclusion 
à laquelle arrivaient, il y a trente ans, le duc de 
Luynes {Nouv. ann. de l'Inst. arch., t. I, p. 385) 
et M. le baron de Witte [Rev. numism., 1840, 
p. 397-404). Et en effet on ne saurait méconnaître 
des points de contact importants, au point de vue 
de la conception symbolique et religieuse, entre 
Dionysos, envisagé comme roi du principe humide, 
et lesdieux des fleuves. (Outre les observations du 
duc de Luynes et de M. de Witte dans les travaux 
qui viennent d'être rappelés, voy. Panofka, Musée 
Blacas, p. 94, et ma Monographie de la Voie 
Sacrée, t. I, p. 288.) 



(1) Liberi Patris simularra partim puerili aetate 
partim juienili fingunt, praeterea barbata specie, 
senili quoque ut Graeci quem Bassarea, item quem 
Brisea appellant, et ut in Campania tauriformem 
célébrant Hebonem : Macrob., Saturn., I, 18. 

Dans une célèbre intaille de la Galerie de Flo- 
rence, où sa représentation est incontestable, ce 
Bacchus en taureau à face humaine emporte au- 
dessus des flots une Ménade tenant le thyrse : 
Gori, Mus. Florent., t. II, pi. lui, n» 2; Gall. di 
Firenze, t. V, pi. ix, n" 2 ; Wicar, Gai. de Florence, 
t. IV, pi. xliii; Jluller-Wieseler, Denkm. d. ait. 
Kimst, t. II, pi. xlv, no 578. 

(2) Clem. Alex., Protrept., II, p. 14, éd. Potier; 
cf. Arnob., Adv. gent. V, 21 ; Firmic. Matern., De 
error. profan. relig., 27. 

(3) Nous sommes ainsi amené à toucher ici en 
passant à l'un des problèmes encore les plus 
difficiles et les plus compliqués de l'antiquité 
figurée, celui de la signification du type du tau- 
reau à face humaine dans la numismatique de 
l'Italie grecque et de la Sicile. Les antiquaires 
d'autrefois, se fondant sur le passage de Macrobe, 
n'hésitaient pas à y voir Dionvsos Hébon (Eckliel, 
Doctr. num. vet., t. I, p. 36,40 et 121 ; Lanzi, 
Opusc, p. 171 et s.); mais la question semble 
aujourd'hui tranchée en sens contraire, et d'après 
des faits d'un caractère très-positif on y reconnaît 
généralement les dieux des fleuves locaux (Miner- 
vini, Bullet. archéol. Napol., t. III (1852), p. 62; 
Welcker, Griechische Gotterlehre, t. II, p. 616; 
O. Jahn, Archœol. Zeitung, 1862, p. 322 et s.; 
voy. aussi l'intéressant mémoire de M. Percy 
Gardener sur les dieux des fleuves, publié en 
1876 dans les Transactions delà Société Rovale 
de Littérature de Londres). Pourtant, à côté de ces 
faits il en est d'autres, d'un caractère non moins 
significatif, qui se prêtent mal à cette explication, 
et qui semblent militer dans certains cas en fa\eur 
de celle qu'elle a remplacée. Si sur les monnaies 
de Néapolis de Campanie le taureau à face humaine 
est bien positivement caractérisé comme le fleuve 



— 27 — 



plus essentiellement tauromorphes (4); clans le récit cl'Onomacrite, il 
naissait comme le rcaî; taupô/xopipoç. Aussi Gerhard, en pi'ésence d'une 
tête de marbre rouge du Musée de Berlin (2), qui représente Bacclius 





enfant couronné de pampres et derrière se termine par une tête de 
jeune taureau, n'a pas hésité à l'appeler Zagreus (3). 

Le dieu nouveau-né, de ligure entièrement humaine, se voit sur 
un bas-relief du Vatican (4), jouant dans le van mystique, en Dio- 



(1) Outre les passages cités plus haut, au com- 
mencement de cet article, voy. encore Auson., 

Epigr. 29 : <Ti'xfpwî TiTavoAtTHS Aïo'vuo-of. 

(2) Gerhai d, Berlin' s antike Bildwerke, n° 45 ; 
Archœol. Zeitung, 1851, pi. xxxm. 

(3) Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 
2e mémoire, p. 540, note 216. 

(4) Gerhard, Antike Bildwerke, pi. civ, n° 1 ; 
Mûller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, t. II, 
pi. xxx, n» 412. 

La composition, ou plutôt la série de composi- 
tions dont ce fragment faisait partie, est donnée 
dans son intégrité par l'ivoire de la collection 
Palagi, actuellement au Musée archéologique de 
Bologne, qui a formé originairement la partie 
antérieure d'un coffret {Archœol. Zeit. , 1846, 
pi. xxxvm). On y voit, en effet, sans que rien ne 
les sépare, cinq scènes successives qui combinent 
es données de la naissance de Zagreus et de 



l'éducation du Dionysos Thébain. C'est d'abord 
l'enfantement du jeune dieu, qui naît de Pro- 
serpine; la déesse est couchée sur un lit et vient 
démettre au monde Bacclius, qu'Ilithyie tient dans 
ses bras. La scène suivante montre l'enfant divin 
couché dans le van, auprès duquel les Curetés 
exécutent leur danse armée pour étouffer le bruit 
de ses vagissements; un personnage agenouillé 
présente un miroir au petit Bacclius, ce qui 
rappelle un des moyens par lesquels les Titans, 
dans les poésies orphiques, attiraient Zagreus 
pour le mettre à mort (Lobeck, Aglaopham., 
p. 555). Un peu plus grand, le jeune dieu apparaît 
ensuite confié aux soins de Silène son précepteur, 
qui lui enseigne à chevaucher sur un bouc. Enfin, 
parvenu à l'adolescence et entouré d'un Pan, d'un 
Satyre et d'une Ménade, il s'exerce à conduire son 
char, traîné par deux panthères. 



28 — 



nysos Aotvfnijç, le nom qui à Delphes était en rapport avec sa mort et 
sa résurrection périodique (1). Il y est placé sous la garde des Curetés, 
qui exécutent autour de lui leur danse armée , comme sur d'autres 




-J>^4f« 



monuments autour de Jupiter enfant. Le Satyre et le Silène, qu'on 
voit encore sur le même bas-relief, et qui sont les restes d'une série 
plus développée de personnages du thiase dionysiaque, y montrent le 
Zagreus crétois complètement identifié au Dionysos thébain. 




Un autre bas-relief célèbre (2> , conservé à la villa Albaui et mal- 



(1) Plutarch., De h. et Osir., 35. 



(2) Zoëga, Bassirilievi antirhi, pi. lxxxi; Miil- 
ler-Wieseler, t. II, pi. xxx, n« 413. 



— 29 — 

heureusement fragmenté , retraçait sur un sarcophage les différentes 
scènes Je l'enfance de Zagreus. On y voit encore un des Curetés armés 
qui dansaient auprès du berceau du dieu enfant, puis celui-ci saisi 
par deux Titans à l'aspect farouche , qui le mettent en pièces. 

Je crois également, comme je l'ai déjà dit ailleurs (1), devoir rap- 
porterai! mythe du même dieu la peinture d'un beau vase découvert 
à Panticapée et conservé au Musée de l'Ermitage, à Saint-Péters- 
bourg (2) , peinture dont je joins ici une réduction. L'omphalos, placé 




sur le premier plan, un peu à gauche, en donne suivant moi la clef; il 
figure ici le tombeau de Zagreus. Perséphoné , assise auprès de la sé- 
pulture de son fils, implore Zeus et lui demande de le ressusciter. 
Pallas l'assiste dans sa prière , comme la déesse qui a préservé de la 
destruction le cœur de l'enfant divin , où s'est concentrée sa vie et 
d'où sortira sa résurrection. Hermès, de l'autre côté, est là comme 
psychopompe , non-seulement comme le dieu qui conduit les âmes 
dans l'empire de Hadès, mais surtout comme celui qui chaque année 
en ramène Coré pour lui faire reprendre sa place dans l'Olympe; il 
rendra le même service au jeune Zagreus et le ramènera des demeures 
infernales sur l'ordre de son père. Athéné et Hermès reçoivent, du 
reste, Iacchos nouveau-né des mains de Coré sur un autre vase de 
Panticapée (3) ; après avoir présidé à sa naissance , ils présideront na- 



[\) Monographie de la Voie Sacrée, t. I, p. 392 
et suiv. 

(2) Compte-rendu de la Commission archéologique 
de Saint-Pétersbourg , 4860, pi. n. 



(3) Compte-rendu de la Commission archéologique 
de Saint-Pétersbourg, 1859, pi. i ; Gerhard, Bil- 
derkreis con Eleusis, 1er mémoire, pi. i. 



— 30 — 

turellement à sa résurrection, car le vase que nous expliquons appar- 
tient à un temps où l'assimilation d'Iacchos à Zagreus était déjà faite. 
Nice, apportant la couronne à Zeus, est l'emblème de la victoire que 
le maître des dieux va remporter sur les Titans, meurtriers de son 
fils. A l'extrémité gauche, Aphrodite, le haut du corps s'étalant dans 
sa nudité, assise sur un siège, assiste à la scène. Est-elle là comme 
une sorte de dédoublement de Perséphoné? ou bien ne doit-on pas 
l'envisager en tantqu' <4phrodite-Héra (1), la forme juvénile de l'épouse 
de Zeus ? Dans cette dernière hypothèse , la ligure de femme qui s'ap- 

fmie familièrement sur son épaule serait Hébc, que nous voyons dans 
a même attitude auprès de Héra sur un autre vase de la même prove- 
nance, où elle est désignée par son nom (2). A l'extrémité opposée, le 
groupe de Séléné montée sur un cheval (3) et de Pan Phosphores ou 
LyccBos, personnification de l'aube, qui précède si souvent les divi- 
nités de la lumière sur les monuments de l'art (4), exprime l'idée que 
le jour va succéder à la nuit quand le jeune dieu renaîtra. L'assimi- 
lation des deux courses , diurne et an- 
nuelle , du soleil est constante dans 
les religions antiques. Si le dieu lu- 
mineux semble chaque année , au mo- 
ment de l'hiver, disparaître et mou- 
rir pour s'enfoncer dans les régions 
inférieures, d'où il ressortira au prin- 
temps avec une jeunesse et une vie 
nouvelles, il s'éteint de même chaque 
soir pour renaître le matin. 

Le revers du vase de Panticapée, 
que nous reproduisons aussi , repré- 
sente le jeune dieu ressuscité, en oppo- 
sition avec le moment où il était mort; 
Dionysos, florissant de jeunesse et de 
beauté , dans tout l'éclat de son triom- 
phe et de sa gloire, y est assis au milieu 
des Mena des. 




(1) Pausan., III, 13, 6. 

(2) Compte-rendu, etc., de Saint-Pétersbourg , 
1861, pi. m. 

Sur l'association de liera et d'Hébé, voy. Pa- 
nofka, Ann. de l'Inst. arch., t. IV, p. 223-230. 
Devant la statue chrysélépbantine de Héra assise, 
par Polyclète, à l'Hérason d'Argos, était placée une 
statue d'Hébé par Naucydès (Pausan., II, 17, 5; 



Overbeck, Grieclt. Kunstmythologie, t. II, p. 41 et 
4i) ; le groupement des deux figures est représenté 
sur une monnaie d'Argos, de l'époque impériale 
(Overbeck, t. II, Miinztafel, m, no 1). 

(3) Voy. Stephani, Compte-rendu, 1860, p. 43 
et suiv. 

(4) Entre autres exemples, Ch.LenormantetJ.de 
Wilte, EL des mon. céramogr., t. Il, pi. exiet exiv. 



— 31 — 

Voici maintenant une peinture céramique qui a été publiée et par- 
faitement Lien expliquée par M. Minervini (1). Zeus, armé du foudre 
et monté dans un quadrige auquel I fermes sert de conducteur, ac- 
court pour combattre un personnage armé du bouclier et d'une 
longue lance, tels que sont ordinairement représentés les adversaires 
des dieux dans les Gigantomachies des vases peints. Celui-ci s'avance 
au combat contre le maître de l'Olympe, montant un char que traî- 
nent deux panthères. C'est un des Titans meurtriers de Dionysos, qui, 
comme trophée de victoire, s'est emparé du char de sa victime; Zeus 
va le châtier en le frappant de sa foudre. Entre les chars des deux 




antagonistes, comme dans beaucoup des représentations de la fureur 
de Lycurgue ou de la mort de Penthée, Lyssa , la personnification de 
la Rage, vêtue comme une Ménade (2), agite sa torche et brandit deux 
javelots. 

Cette peinture est tracée sur le col d'un grand vase de Ruvo , et le 
sujet qui , placé immédiatement au-dessous, est dessiné sur la panse 
du même vase (3) , la met directement en rapport avec les représenta- 
tions sacrées de l'époptie d'Eleusis. En effet, cet autre sujet, que nous 
reproduisons à son tour (4), offre , comme l'a déjà remarqué Gui- 
gniaut (5), le symbole que l'auteur des Philosophumena (6) appelle « le 



(1) Monumenti inediti posseduti da Raffaele Ba- 
rone, p. 100 et s., pi. xxi. 

(2) Auo-a-a patiàs, dit le fragment d'un tragique 
cité parPlutarque, Amator., p. 757.— M. P. Knapp 
vient de traiter dans un -Mémoire spécial la ques- 
tion de l'affinité de représentation de certaines 
Ménades et des Érinnyes : Archœol Zeit. , 1878, 
p. 143 et s. 



(3) Minervini, ouvr. cit., pi. xxn, n» 4. 

(4) Nous supprimons seulement une partie des 
personnages qui de chaque côté apportent des 
offrandes. 

(5) Mèm. de l'Acad. des Iriser., nouv. sér. 
t. XXI, 2e part., p. 211. 

(6) V, 8, p. 113, éd. Miller. 



— 32 — 

plus grand, le plus merveilleux et le plus parfait mystère de l'ëpoptie », 

zà [xbjot. x«i 0au/xa<7TC)v xai zù.sioza-ov èxû fjLUt?m}(3iov , les épis moissonnés , zéz- 
pttrpvoç ozi/yz , que l'on montrait en silence, su ffioMri} , pour couronner 
le spectacle de la pannychis mystique de Dé'méter et de sa fille. Ils 
sont placés sous une sorte d'édicule ou de naos, et des adorateurs de 
l'un et de l'autre sexe, des initiés, viennent y apporter des offrandes 
diverses. 




Deux compositions encore se voient sur le revers du même vase et 
complètent l'enseignement de celle-ci , car elles ont trait aux « belles 
espérances » , xaXai éXîitôeç (!) , promises aux mystes au delà de la 
mort (2). C'est d'abord (3) le jeune coureur qui vient d'atteindre avec 
son cbeval le terme de la carrière, et à qui Nice présente la couronne 
et la bandelette (i) du vainqueur. C'est ensuite (5) l'épbèbe héroïsé, 
reçu dans le monde des morts , au sein des bosquets éternels décrits 

Sar Pindare (6) et par l'auteur de XAxiochos (7; , par la déesse funèbre 
ont il va devenir l'époux mystique (8) , que cette déesse soit Persé- 



(1) Isocrat. , Panegyric. , p. 59; Symmach., p. 
266 ; Philem., Fragm. 90; cf. Lobeck, Aglaopham., 
p. 70. 

(2) Homer., Hymn.inCer., 480-482; Sophocl. 
op. Plutarch , De audiend. poët., p. 81 , éd. Wyt- 
tenbach; Plat., Phaedr., p. 194, éd. Bekker ; 
Plutarch., Fragm. de immort, anim., ap. Stob., 
Florileg., cclxxiv, p. 884 et 885. 

(3) Minervini, ouvr. cit., pi. xxn, n" 2. 

(4) Cf. la formule mystique vixnVa»TaT<xivioCV6ai 
(Aristophan., Ran., 392), et ce que dit Virgile 



(.■Eneid., VI, 665) des habitants des Champs- 
Elysées : 

Omnibus his nivea cinguntur tempora vitta. 

(5) Minervini, ouvr. cit , pi. xxn, n» 3. 

(6) Olymp., II, 64 et s. 

(7) P. 515, éd. Bekker. 

(8) Ch. Lenormant et J. de Witte, El. des mon. 
céramogr., t. II, p. 64 et s.; Reo.archéol., 1 r esér., 
t. I, p. 550 et s.; \oy. aussi ma Monographie de 
la Voie Sacrée, t. I, p. 50-61. 



— 33 



phoné elle-même, comme dans la donnée la plus habituelle (1), ou 
doive recevoir le nom allégorique à'JSudcemonia, la béatitude per- 
sonnifiée , comme sur un vase célèbre (2). 

Aux monuments, déjà connus par d'autres publications, qui vien- 
nent d'être énumérés, je crois pouvoir en joindre un autre, encore 
inédit (3). C'est une admirable cylix à figures rouges, de Vulci, qui 
fait partie des collections si généreusement données par le duc de 
Luynes au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale. Nos 
planches 3 , 4 et 5 en reproduisent les peintures , qui sont du plus 
beau style et de la meilleure époque. 

L'intérieur nous montre Perséphoné couronnée de laurier (4-), parée 
de bijoux, vêtue d'une fine tunique et d'un himalion qui enveloppe 
ses jambes , assise sur un siège à dossier et tenant sur ses genoux Je 
jeune Z( 
Dans le < 

chet, ce qui indique que la déesse a été repi 
de son thalamos nuptial. On pourrait être tenté de voir ici Pasiphaé, 
quand elle vient d'être mère du Minotaure, et c'est ainsi que la pein- 
ture a été interprétée par ceux qui l'ont les premiers décrite (6). Mais 




(1) Simonid. , ap. Anthol. Palat., VII, 507; 
Brunck, Ànalect., t. III, part. II, p. 205; Corp. 
inscr. graec., n° 2237; Auson., Epitaph., 33 et 
l'épitaphe athénienne publiée dans ma Monographie 
de la Voie Sacrée, t. I, p. 50. 

(2) Minervini, lllustrazione di un antico vaso di 
Ruvo, memoria presentata ail' Accademia Ponta- 
niana, Naples, 1845, in-4°; Ch. Lenormantet J. de 
Wilte, El. des mon. céramogr., t. IV, pi. lxxxiv. 

(3) Je l'ai déjà signalé ailleurs comme retraçant 
le mythe de Zagreus : Monographie de la Voie 
Sacrée, t. I, p. 411. Simultanément M. Stephani 
l'interprétait de même, d'après les descriptions 
qui en avaient été données : Compte-rendu de la 
Commission archéologique de Saint-Pétersbourg, 
4863, p. 119 et s. 

(4) Les feuilles de cette couronne sont trop 
grandes pour que l'on y reconnaisse le myrte, 
l'arbre dont la verdure conviendrait le mieux à la 
parure de Perséphoné. Le laurier n'est pas mis d'or- 
dinaireen rapport avec cette déesse ; mais déjà dans 
les hymnes homériques (XXVI, 9) il est attribué 
à Dionysos. Les poètes l'associent fréquemment au 
lierre parmi les végétaux bachiques (Pausan., VIII, 
39, i; Horal., Od., I, 1, 29; Ovid., Art. amat., 



III, 411 ; Trist., 1,7, 2 ; Varr. ap. Serv., adVirg., 
Ed., VIII, 12). Sur un vase peint, un des Centaures 
du thiase dionysiaque porte une grande branche 
d'un laurier sacré, d'où pendent des bandelettes, 
un petit tableau votif et un oiseau présenté en 
offrande (Tischbein, t. I, pi. xlii, édit. de Flo- 
rence ; Miiller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, 
t. H, pi. xlvi, no 587). 

(5) Tavpoxt'ipaAof yàp tpavTaJtTai xai ÇMjpttÇsÎTai : 
Tzetz. ad Lycophr., Cassandr., 1237. 

Le même auteur appelle Dionysos Tavpo'xpavot, 
et Nonnos (Dionys., Vil, 321 ; XVIII, 95) lui donne 
l'épithèle de Tavpoxpaip». 

(6) E. Braun, Bullet. de l'Inst. arch., 1847, 
p. 121 ; Panofka, Archœol. Zeitung, Archœol. 
Anzeiger, 1837, p. 22*; J. de Witte, Archœol. 
Zeitung, Archœol. Anzeiger, 1850, p. 213*. 

Un bas-relief antique du Palais Grimani, à 
Venise, représentant également un enfant à tête 
de taureau sur les genoux de sa mère, a été aussi 
expliqué par Thiersch (Reisen in Italien, p. 257) 
comme offrant Pasiphaé et le Minotaure. Mais 
M. Stephani (Compte-rendu, 1863, p. 119) y a 
reconnu encore Perséphoné et Zagreus. Il remar- 
que avec raison que l'éducation du Minotaure ne 
5 



— 34 — 

le personnage de Perséphoné me paraît déterminé de la manière la 
plus formelle par l'oie qui l'accompagne; l'oie, symbole tellurique (1), 
qui appartient d'une manière spéciale à l'Hercyna de Lébadée(2), est 
mise dans la légende de celle-ci en rapport direct avec la fille de Dé- 
méter [2>\ et eu effet compte au premier rang de ses animaux sacrés (4). 
C'est principalement sur les vases peints que l'oie figure auprès de 
Proserpine (S), comme aussi dans quelques terres-cuites (6). Remar- 
quons, du reste, qu'il existe une analogie étroite entre le Minotaure 
et le Dionysos infernal (7), et que Pasiphaé, en qualité de personnifi- 
cation lunaire (8) , est aussi apparentée de près à Perséphoné (9) ; 
l'Aphrodite Phersephassa, ou Vénus-Proserpine, était quelquefois ap- 
pelée Pasiphaëssa (10). Dans les fables Cretoises, la naissance du Mmo- 
taure , enfanté par Pasiphaé, reproduit parmi les héros la génération 
du Zagreus tauromorphe, issu de Coré(ll). Il était donc naturel que 



tient aucune place dans la fable antique, tandis 
que celle du Dionysos orphique en occupe une 
très-grande, et que la naissance de Dionysos, sous 
toutes ses formes, est un des sujets qui ont le plus 
inspiré les artistes. 

(1) Creuzer, Abbild. zu Symbolik, p. 59 et s. 

(2) Pausan., IX, 39, 4; voy. Preller, Démêler 
und Perséphoné, p. 170 ; Welcker, Griech. Gœtter- 
lehre, t. II, p. 490. 

(3) Voy. le vase peint qui représente l'aventure 
de Coré et d'Hercyna, conformément à la légende 
de Lébadée : Bullet. arch. Napol. , nouv. sér. . 
t. IV, pi. xi. 

(4) Gerhard , Prodrom. mythol. Kunsterklàr. , 
p. 94, n. 101, et p. 131, n. 34; Ueber den Bilder- 
kreis von Eleusis, p. 330, n. 180. 

Le symbole de l'oie ou du canard, qui s'appelle 
aussi *iiifAi4, établit un lien entre Perséphoné 
et l'héroïne Pénélope : J. deWitte, Ann. del'lnst. 
arch., t. XIII, p. 261-272; Guigniaut, Religions de 
l'antiquité, t. III, p. 1034. 

(5) Remarquons que précisément sur le vase de 
Ruvo dont nous citions tout à l'heure les peintures 
mystiques, une ayant trait à Zagreus, la Persé- 
phoné qui reçoit le jeune initié dans ses bosquets 
infernaux , est caractérisée par l'oie qu'elle tient 
sur ses genoux. 

(6) Gerhard, Antike Bildwerke, pi. xcvii, no 3. 

(7) J. de Witte, Rev. numismatique, 1840, 
p. 397-404. 

(8) Hœck, Kreta, t. II, p. 37 et s. ; Preller, 
Griech. Mythol., t. II, p. 120. 



(9) Sur le côté lunaire de Perséphoné, voyez 
Gerhard, Griech. Mythol., § 429, 3. 

Cicéron {De nat. deor., III, 23) dit le Bacchus 
des mystères orphiques, c'est-à-dire Zagreus, 
fils de la Lune ( cf. Ulpian., ad Demosth. In Mid., 
p. 174). Dans les traditions spéciales de la ville de 
Lyctos de Crète, Dionysos était fils de Zeus et 
d'Argé, la blanche, la brillante (Pseudo-Plutarch., 
De flumin., 16); ailleurs on le faisait fils de Zeus 
etd'Io(Diod. Sic, III, 74), autre personnification 
lunaire. 

(10) Pseudo-Aristot. , De mirab. auscult. , 133; 
Welcker, Syllog. epigr. graec, no 203 ; cf. Gerhard, 
Hyperboreisch-rœmische Studien, t. II, p. 170; 
Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. III, p. 1060 
et suiv. 

Une Pasiphaé est donnée pour fille de Zeus et 
de Dioné, comme Aphrodite : Laurent. Lyd., De 
mens. , IV , 44. — Sur la parenté de l'héroïne 
Cretoise et de la Vénus infernale, voy. Gerhard , 
Griech. Mythol., § 364, 1. 

(11) Il est vrai que, dans la fable de Pasiphaé, 
l'enfant tauromorphe n'est plus le fils d'un dieu 
serpent, mais d'un taureau te! que lui-même. 
Mais cette identité de nature entre le fils et le 
père a été virtuellement acceptée par les Orphi- 
ques, puisque, dans les données de la secte, le 
Zeus dont les amours incestueux rendent Coré 
mère de Zagreus est un Zeus-Dionysos, celui dont 
on dit : 

E?f Ztùi, f^Ai'/iiî, tiVHAiof, fit Ai»'.v<r«f 



— 35 — 

l'expression plastique, dans les œuvres de l'art, de deux mythes qui 
se ressemblaient tant , fût presque absolument identique et ne pût se 
distinguer qu'au moyen d'attributs accessoires, tels que l'oie qui sur 
notre vase caractérise formellement Perséphoné. 

Du reste , la liaison fort claire qui , sur la cylix du Cabinet des 
médailles, existe entre les sujets peints à l'extérieur et celui qui décore 
l'intérieur, achève de prouver que celle-ci retrace la naissance de 
Dionysos-Zagreus , et non celle du Minotaure. Ce sont des scènes de 
Bacchanale du caractère le plus sauvage et le plus sanglant. De cha- 
que côté, une Ménade ivre et armée du thyrse, entre deux Satyres 
nus, porteurs de thyrses et dansants, brandit un membre humain 
arraché, l'une un bras, l'autre une jambe avec le pied. C'est ainsi 
que, dans la tragédie d'Euripide (1), les Bacchantes rapportent en 
triomphe les débris de Penthée, déchiré dans leur fureur : 

"EÇ£0£ Ô'^ (JÀ-J wXÉVYJV 

rj cTï^voç uùzuïç ù^ùlaiç 



Cependant il manque ici la figure essentielle et caractéristique dans 
une représentation du trépas de Penthée, celle d'Agave portant la tête 
de son propre fils (2). Il semble donc que, tout en suivant les indica- 
tions du poète, l'artiste n'ait pas voulu préciser d'une manière formelle 
le roi de Thèbes comme le personnage que les Ménades ont mis en 
pièces, aidées par les Satyres. 

Souvenons-nous du rite des Omophagies (3) , célébré à Chios (4), à 
Lesbos (5), à Ténédos (6), et originaire de Crète (7), où les Ménades et 
les Bacchants mordaient à belles dents dans les chairs pantelantes de 
la victime déchirée vivante. Cette victime était un taureau à Chios <8) 



(Macrob., Saturn., I, 18 et 23; Etym. Magn., v. 
AiSvvirii ; voy. Lobeck, Aglaopham., p. 745). Cf. la 
formule orphique rapportée par Clément d'Alexan- 
drie [Protrept., II, p. 14, éd. Potter; Arnob. , 
Adv. gent., V, 21; Firmic. Matern., De error. 
profan. relig., 27) : Taûp« jm»' f «TpaxoYTos xai 
«a-rtip TaJpoi/ «fpa'xuv. Le Dionysos tauromorphe 
que l'on évoquait la nuit à Lerne, sur les bords 
du lac Alcyonien, était appelé Bovysw : Plutarch., 
De Is. et Osir., 35. 

(1) Bucch., 1133. 

(2) Voy. le bas-relief de l'autel de la Galerie de 
Florence : Spon, Miscell. erud. antiq., p. 29; Mont- 
faucon, Antiquité expliquée, t. I, pi. clxv; Zan- 
noni, Gall. di Firenze, t. IV, pi. xvi. —Pierre 
gravée : Cades, Impr. gemm., cant. VI, n° 7; 



Muller-Wieseler , Denkm. d. ait. Kunst , t. II , 
pi. xxxvn, n° 438. 

(3) Plutarch., De defect. orac, 13; Clem. Alex., 
Protrept., II, p. 15, éd. Potter; S. Epiphan., Adv. 
haeres., III, p. 1092, Arnob., Adv. gent., Y, 19; 
Hesych., v. u'^oçaVoff. 

(4) Porphyr., De abstin. carn., II, 55. 

(5) Clem. Alex., Protrept., II, p. 36, éd. Potter; 
yElian., Var. hist., XIII, 2. 

(6) yElian., Nat. nnim. , XII, 34. 

(7) Firmic. Matern. , De error. profan. relig. , 
p. 9. 

(8) De là le surnom do Tai/pmpajot donné au 
dieu : Sophocl., Fragm. 602, éd. Nauck; cf. Schol. 
ad Aristoph., Ran., 357. 



— 36 — 

et un veau à Ténédos (1); mais elle remplaçait un homme, rais en 
pièces tout vivant dans les usages primitifs (2). Aussi le Dionysos de 
Ténédos était-il appelé 'Av6p<unoppaiavnç (3) ; et l'on sait qu'avant d'enga- 
ger la bataille, à Salamine, Thémistocle immola trois jeunes prison- 
niers perses à Dionysos Omestès (4), dont le nom ne diffère guère de 
celui du Dionysos Omadios de Chios (5) , auquel on dédiait l'immo- 
lation omophagique. Euripide (6) représente FOmophagie en Crète , 
c'est-à-dire dans son berceau, comme étant une des cérémonies noc- 
turnes en l'honneur de Zagreus : 

K«i vuxTtïtôXou Zaypieaç (BtoTàç 
Ta; T , «5p.ofâ , youç Saîta; TsXÉffaç. 

Plutarque (7) la met en rapport avec le déchirement, Staareafffxôç, de 
Dionysos, et on dit qu'elle n'était qu'une imitation et une réminis- 
cence du sort qu'il a subi lui-même (8), donnée que la science mo- 
derne accepte et confirme (9). La victime de ce rite sanglant, d'abord 
humaine, puis animale, par suite de l'adoucissement des mceui'S, est 
ainsi la représentation de Zagreus lui-même quand il devient la vic- 
time des Titans; elle tient sa place, elle s'identifie avec lui à tel point 
qu'en dévorant ses chairs en commun les Bacchants s'imaginent par- 
ticiper à la vertu du sacrifice où le fils de Zeus et de Coré a été offert 



(1) D'où le Bacchus de Ténédos était qualifié de 
MiTX°<V*y° l '■ Schol. ad Aristoph., I. c. 

(2) Porphvr., De abstin. carn., Il, 55. — Le 
veau remplaçait un enfant à Ténédos; cf. le Dio- 
nysos BpeipoxTo'w : Tzetz.adLycophr., Cassandr., 
229. 

Sur les antiques sacrifices humains en l'honneur 
de Dionysos, voy. Guigniaut, Religions de l'anti- 
quité, t.III, p. 907. 

(3) iElian., Nat. anim., XII, 34. 

(4) Plutarch. , Themistocl., 13 ; Pelopid. , 21 ; 
Aristid. , 8. — Cf. encore , sur le Dionysos 
Omestès, Plutarch., De cohib. ir., 13; Orph., 
Hymn., LI, 7. 

(5) Porphyr., I. c. 

(6) Fragm., 476. 

(7) Dedefect. orac, 13. 

(8) Schol. ad Clem. Alex., t. IV, p. 11 9, éd. Klotz, 

Leipzig, 1831 : '"("-à }àp «'iVOioi xpe'a ni /j.viv/i.tiu A«- 

Aïo'ïuirt; vto twï MaivaJW Ici le déchirement de 
Zagreus par les Titans se confond avec celui 
d'Orphée par les Ménades du Rhodope, combinai- 



son du syncrétisme orphique dont on discerne 
quelques autres traces (Voy. Maury, Histoire des 
Religions de la Grèce, t. III, p. 331, et ma Mono- 
graphie de la Voie Sacrée, t. I,p. 418;. Le nom de 
Bacchus-Orphèe appliqué par Ch. Lenormant 
(d'abord dans J. de Witte, Catal. Durand, n» 115 ; 
puis dans les Ann. de l'Inst. arch. , t. XVII, 
p. 425-429) à l'aède jouant de la lyre qui, sur un 
vase peint en rapport évident avec les mystères 
de l'Italie méridionale [Ann. de l'Inst. arch. , 
t. XVII, pi. m ; Ch. Lenormant et J. de Witte, El. 
des mon. cémmogr., t. IV, pi. lxxxi), remplace 
Dionysos dans ses relations a\ec le Satyre Pro- 
symnos, par une assimilation de la descente aux 
enfers d'Orphée et de celle du dieu, — ce nom , 
qui avait d'abord étonné les archéologues et que 
Gerhard repoussait , trouve ainsi sa justification. 
(9) Creuzer, Religions de l'antiquité, trad. 
Guigniaut, t. III, p. 230; Otlfr. Millier, Prolego- 
men. z. ein. wissensch. Mythol., p. 390 ; Welcker, 
Griech. GœtterL, t. II, p. 630; voy. aussi ma 
Monographie de la Voie Sacrée, 1. 1, p. 410. 



— 37 — 

en holocauste et puiser les germes d'une vie nouvelle, d'une régéné- 
ration, dans ce sang divin auquel on attribuait toute production et 
toute croissance (1). 

A la lueur de ces observations, il me semble que l'enchaînement et 
la signification des sujets retracés sur la cylix du Cabinet des Médailles 
deviennent claires. A l'intérieur nous y avons Zagreus nouveau-né 
sur les genoux de sa mère Coré; à l'extérieur les Ménades qui, mêlées 
aux Satyres, portent les membres de la victime humaine déchirée 
dans rOmophagie , victime qui est une représentation typique de 
Zagreus; ce sont, si l'on veut, les membres d'Orphée, devenu pour 
la secte qui prenait son nom , un véritable Dionysos mis en pièces 
par les Ménades (2). Les deux points principaux de l'histoire du dieu, 
sa naissance et sa passion , sont ainsi rappelés côte à côte sur ce mo- 
nument. Ije peintre céramiste s'y est inspiré des fables de la Crète , 
et surtout des poésies d'Onomacrite et de ses émules. C'est là préci- 
sément ce qui fait le grand intérêt de ce vase, car je ne connais pas 
de monument d'art d'une date aussi haute où l'influence de l'Orphisme 
soit aussi manifeste. Mais l'âge historique qui s'étend de Périclès à 
Alexandre a été peut-être l'époque où les doctrines de cette école ont 
eu le plus de puissance et de popularité. C'est alors qu'Euripide, dans 
sa tragédie des Cretoises, attribuait aux initiés des mystères de la 
Crète , qui avaient pratiqué l'Omophagie en l'honneur de Zagreus , 
les pratiques constituant la « Vie orphique » (3) ; c'est alors que ce 
poëte tragique, qui, sans appartenir positivement à la secte, avait une 
grande propension pour ses doctrines et la laisse à chaque instant 
percer dans ce qu'il a écrit, représentait en termes formels son Hip- 
polyte comme suivant les préceptes de cette discipline (4), et en faisait 
à cette occasion un type de pureté sur lequel il a répandu le plus 
grand charme (5). 

François LENORMANT. 



(1) Yoy. Maury, Histoire des Religions de la 
Grèce, t. III, p. 329. 

Chez les Orphiques, cette idée de la vie puisée 
dans le sang du Dionysos mystique avait donné 
naissance à la doctrine, reproduite aussi par les 
Néoplatoniciens, d'après laquelle les hommes, 
étant issus des Titans qui avaient dévoré Zagreus, 
devaient à cette circonstance de participer à la vie 
communiquée par le pouvoir dionysiaque, • sv »<"<> 
itvt Aiovvriaxo! ta-Tt xai kya\p-cL tov Aiovvirtu : 

Procl., InCratyl., p. 82; cf. p. 59 et 11 4 ;S. Johan. 
Chrysost., Orat., XXX, p. 550; Olympiodor., In 
Phacdon., ap. Mustoxyd. et Schin., Anecdot., part. 



IV, p. 4; cf. Marsil. Ficin., IX, Ennead. I, p. 83 
et suiv. 

(2) Voy. la note 8 de la p. précédente. 

(3) Euripid., Fragm. 476. 

Sur la « Vie orphique » : Plat., De leg., VI, 22, 
p. 236, éd. Bekker ; voy. aussi le Mémoire do l'abbé 
Fraguier, dans les Mém. de l'Acad. des Inscr., anc. 
sér., t. V, p. 117 et s.; Lobeck, Agtaopham., 
p. 244-255. 

(4) Hippolyt., 948-935. 

(5) Voy. Walckenaer, ad Euripid. Hippolyt., 
p. 206 ; Ottfr. Muller, Proleg. z. ein. icissensch. 
Mythol., p. 384. 



— 38 — 



LES VASES ETRUSCO-CAMPANIENS. 

( Planche <;. ) 

L'art industriel de l'antiquité classique a produit un genre de vases 
qui se distingue par son vernis noir et brillant, ses formes élégantes 
et les reliefs de style proprement grec ou heureusement imité du grec, 
reliefs obtenus par le moulage, qui dessinent des ornements, des têtes 
ou des ligures. Jusqu'à présent cette classe de céramiques a plutôt 
obtenu l'admiration des amateurs et des artistes, qu'elle n'a attiré 
l'observation et l'étude attentive des archéologues. Sans doute plus 
d'un savant, comme MM. le baron de Witte, Helbig, Benndorf, 
KJûgmann, Birch et d'autres encore (1), a dit quelques mots de l'im- 
portance des vases en question, de leur diffusion par un commerce 
étendu, de leurs fabriques, du temps où ils ont dû être exécutés, enfin 
de leur rapport avec l'histoire des vases peints. Mais les jugements 
de ces érudits ont été le résultat d'un coup d'œil éclairé par une pra- 
tique générale des monuments, plus que d'un examen spécial et mi- 
nutieux des objets étudiés en eux-mêmes. Ils ont effleuré le sujet, mais 
ne l'ont pas creusé jusqu'au tuf ; et celui-ci n'a pas été jusqu'à présent 
approfondi comme il le mérite. 

Il me paraît donc qu'il y a lieu d'éclaircir plus complètement la 
question, de manière à faire aux vases à reliefs et à vernis noir bril- 
lant la place qui leur appartient dans la céramique ancienne, dans 
l'histoire de l'industrie gréco-italique. Ces points une fois bien établis, 
il en ressortira quelque lumière qui se reflétera sur les autres monu- 
ments de la même époque, dus à la transplantation de l'art grec dans 
l'Étrurie et à Rome, et à la fusion du génie des deux races, helléni- 
que et italique. 

Les vases de la classe dont nous traitons, ou leurs fragments, sont 
fréquemment rendus par les fouilles à la lumière, surtout dans l'Italie 
centrale. Il n'y a pas de musée en Europe qui n'en possède quelques 
échantillons. Mais le plus riche incontestablement en ce genre est le 
Musée Etrusque de Florence. C'est dans sa magnifique collection 
qu'ont été choisis les dix vases représentés dans la planche 6 , comme 
spécimens de la nature des poteries que nous qualifions (Vctrusco-cam- 
paniennes, ainsi que de l'élégance et de la variété de leurs formes. 



(1) Bullet. de l'Inst. arch., -1866, p. 242-246; 
4867, p. 129; 1874, p. 82, 88 et 146; Ann. de 
l'Inst. arch., 1872, p. 284-287; 1874, p. 295-297 ; 



Birch, History of ancient pottery, 2" édit., p. 164- 
168. 



— 39 — 

Le splendide cratère qui occupe le milieu de la planche respire dans 
toutes ses parties le goût hellénique le plus pur. On m'affirme que 
l'on en a découvert à Cumes un second, exactement pareil. Le hord 
en est garni d'un cercle d'oves, la panse entourée d'une double guir- 
lande de pampres garnis de leurs grappes ; les anses cannelées reposent 
à leur naissance sur deux tètes de femmes en relief; une hase d'une 
extrême élégance supporte le pied et lui donne plus de hauteur. Cette 
forme de cratère reparait plusieurs fois dans les monuments antiques, 
et il est bon d'observer que l'on en voit un presque semblable repré- 
senté sur une des séries de Vaes grave étrusque (1), laquelle a été 
attribuée avec beaucoup de vraisemblance à Arretium, siège d'une 
fabrication florissante de nos vases à reliefs et à vernis noir. Les deux 
amphores à la forme légère et élégante, au col étroit, dont les anses 
cannelées se recourbent en s'enroulant à leur partie supérieure, et en 
bas s'attachent à la panse par un masque de Silène couronné de pam- 
pr< 
sén 

Les n os obU et 5u4(3) sont deux variétés gr; 
godronné, aux anses étroites, au pied allongé et tourné. Une double 
tête de Bacchus jeune, imberbe, le front armé de cornes de bélier, et 
de Nymphe de l'autre coté, forme le corps d'une cenochoé à embou- 
chure trêflée. Une autre (n° 585;, à l'anse élevée, sinueuse et cannelée, 
offre au point d'attache inférieure de cette anse un masque de Méduse 
avec deux serpents noués sous le menton. Plus simple est une cenochoé 
de la même forme, à panse cannelée et à embouchure trêflée. Enfin, 
deux des vases figurés dans la planche (n os 563 et 565) rentrent dans 
les variétés du type de Yascos (4). Le médaillon en relief, qui en décore 
la partie supérieure , offre sur l'un la tète de face de Neptune ou 
plutôt de l'Océan, sur l'autre un crabe semblable à celui des monnaies 
d'Agrigente ; de tels symboles semblent indiquer que ces petits vases 
n'étaient pas destinés à servir de lampes, comme le conjecturait 
M. Birch (5), mais à verser de l'eau goutte à goutte. 

Les spécimens ainsi représentés, et que nous venons de décrire, 
donneront une idée des caractères essentiels de ces poteries, de la 
pureté et de l'élégance de l'art qui s'y déploie, mais non de la variété 




S 



(1) Marchi et Tessieri, L'aes grave del Museo 
Kircheriano, cl. 111, pi. v. 

(2) Ibid., cl. I, pi. x. 

(3) Ces numéros, visibles sur notre planche 
phototypique, sont ceux que les vases portent 
dans le Musée et sous lesquels ils sont inscrits aux 
inventaires. 



(4) Ce sont de ceux dont l'embouchure est en bas 
et munie àl'intérieurd'un bord courbé et fortement 
rentrant, de manière à retenir, tant qu'on ne 
penchait pas le vase de ce coté, le liquide dont on 
le remplissait en versant d'en haut : voy. Bron- 
gniart. Traité des arts céramiques , t. I, p. 557. 

(5) Ilistory of ancient pottery, 2e édit., p. 168. 



— 40 — 

indescriptible des formes que le génie des Grecs et celui des Étrusques 
ont prêtées aux vases à reliefs et à vernis noir. Depuis le cratère de 
crandes dimensions jusqu'au plus petit vase, on y remarque tous les 
types qui ont pu être employés aux usages domestiques, et spécialement 
au service de la table. On en fabriquait aussi pour les cérémonies 
funèbres et religieuses, et c'est de cette façon que l'on rencontre les 
vases en question déposés dans les tombes comme monuments 
du silicernium, des rites expiatoires ou de l'offrande suprême aux 
mânes du défunt. En particulier, les formes de la patère à ombilic 
central, du simpulum et du colatorium servant aux purifications, se 
rattachent certainement à une destination religieuse. Mais je pense 
qu'il s'agit toujours de rites privés et non publics, car dans ces derniers 
les anciens employaient exclusivement les ustensiles de bronze (1). 

Ces poteries, à cause du soin et de la perfection apportés à leur fa- 
brication technique, de l'excellente cuisson de leur terre, de leur vernis 
brillant, résistant et durable, furent, comme nous le montrerons, les 
plus recherchées et les plus généralement adoptées au iu e siècle 
av. J.-C, alors que la peinture vasculaire descendait rapidement la 
pente de son déclin et tendait à sortir d'usage, et quand les vases rouges, 
ordinairement appelés Samiens, n'avaient pas encore fait leur appa- 
rition. A cette époque, les pauvres gens employaient des vases de 
terre plutôt grossière , sans vernis , ou revêtus d'une couleur soit 
rougeàtre , soit noirâtre; tels , par exemple , étaient ceux à conserver 
le vin et l'huile, ou bien les pots destinés aux esclaves. Les poteries à 
vernis noir brillant et à décors en relief, d'un prix plus élevé et d'une 
meilleure facture, tenaient alors la même place que la porcelaine dans 
nos usages modernes. C'est là que le génie d'invention et l'habileté 
de main du céramiste se donnaient carrière, en se conformant aux 
exigences délicates du goût classique dans le choix des formes et dans 
la composition des ornements. _ 

Une autre conclusion est à déduire de la couleur du vernis de ces 
vases, de leurs formes et de l'emploi constant du relief à leur déco- 
ration : c'est qu'ils ont été imités de modèles de bronze, dont ils repro- 
duisent toutes les données essentielles. On sait que l'habitude de 
copier en terre les vases de métal remonte à la plus haute antiquité 
en Grèce et en Étrurie. Les sortes de boutons circulaires que 1 on 
remarque sur le bord ou sur la panse des vases étrusques de terre 
noire (vasi di bucchero nero, comme nous disons en italien), ne sont 



(1) Pourtant, d'après Çicéron [Paradox, stoic, 1), 
on y employait aussi la poterie : Quid? a Numa 
Pompilio minusque gratas dits immortalibus capit- 



aines ac fictiles urnulas fuisse quant filkatas Salio- 
rum pateras arbitramur ? Il avait peut-être 
raison pour les temps primitifs de Rome. 



— 41 — 

pas autre chose que la reproduction des tètes des clous qui réunis- 
saient les feuilles battues au marteau dont se composaient les plus an- 
ciens vases de bronze. C'est la même disposition naturelle à imiter les 
matières plus précieuses et plus nobles avec de plus vulgaires, qui con- 
duisit vers le iu e siècle, et peut-être antérieurement, à simuler en 
pâte de verre les gemmes pour en faire des intailles, des camées et 
de petits vases, où nous admirons encore la prodigieuse habileté du 
procédé technique. 

De la même façon, vers le commencement du n e siècle avant l'ère 
chrétienne, comme j'ai pu le constater à bien des reprises, dans 
l'Étrurie, et spécialement dans le pays de Volsinii, l'on imita les 
vases d'or et d'argent en revêtant d'une feuille de métal extraordi- 
nairement tenue des poteries de terre sans vernis, décorées de relieis 
inspirés du style grec le plus élégant. A cette époque, on faisait un 
très-grand usage des vases de bronze repoussés et ciselés , qui sont 
en tout pareils aux poteries à vernis noir brillant et souvent se ren- 
contrent dans les mêmes tombes. Nous pouvons ainsi observer l'art 
du même siècle dans les deux formes de la céramique et de la toreu- 
tique. 

Dans ce qui touche à la décoration, il faut attacher une attention 
particulière aux tètes qui forment souvent le corps même du vase, et 
aux figures, groupées en plus ou moins grand nombre, des bas-reliefs 
qu'on "observe sur d'autres. Les patères à ombilic central, qui servaient 
aux cérémonies religieuses, sont, plus fréquemment que les autres 
vases, ornées de semblables représentations, peut-être à cause de leur 
destination plus noble. On connaît le type de celle qui offre quatre 
quadriges guidés par Minerve, Diane, Mars et Hercule, quadriges au- 
dessus de l'attelage de chacun desquels vole une Victoire (4), comme 
sur les belles monnaies de Syracuse. Ce sujet, qui tourne autour de 
l'ombilic à l'intérieur de la patère, se retrouve souvent à Tarquinies , 
qui semble avoir été le lieu d'une fabrique des vases dont nous parlons. 
Sur une autre patère est figuré Ulysse, attaché au mât de son navire 
pour entendre les Sirènes. Une troisième est ornée de figures bachiques, 
qui prennent part à une j}rocession solennelle se dirigeant vers un 
édicule, tendis qu'autour de l'ombilic on lit l'inscription du potier 
Canoleius (2), Au fond d'un petit poculum du Musée étrusque de Flo- 
rence, on observe un Bacchus voluptueusement appuyé sur un Amour 
adolescent, et devant lui un Faune qui joue de la double flnte; sujet 
qui se reproduit sur les boites de miroir étrusques du ni e siècle. Au fond 

(1) Et non pas un Amour, comme a cru le voir | (2) Benntlorf, Bullet. de l'Inst. arch. , 186G, 
M. Birch (ouvr. cit., p. 168). ! p. 242. 



— 42 — 



d'une autre patère, trouvée à Paestum (1), le relief nous fait voir une 
femme assise sur un rocher, posant la main droite sur la base d'une 
statue de Pan ithyphallique, et auprès d'elle le groupe de l'Amour et de 
Pan. Des compositions variées ornent aussi les vases spécialement faits 
pour boire, et des guirlandes de lierre ou de pampres semblent les cou- 
ronner, comme on l'observe aussi dans les vases d'argent. Ce serait 
cueil intéressant et utile à faire que celui des décorations de ces 



un rec 



produits des fabriques étrusco-campaniennes, qui nous révèlent l'esprit 
ornemental de l'art grec aune époquebien déterminée. Car si l'humble 
potier ne pouvait pas, retenu qu'il était par les exigences de son in- 
dustrie et de son commerce, déployer la même fantaisie esthétique que 
les artistes renommés qui travaillaient les métaux, il devait suivre 
encore plus fidèlement qu'eux, plus servilement si l'on veut, le goût 
de son temps dans l'art et dans les usages de la vie, en s'inspirant ex- 
clusivement des sujets qui avaient la faveur publique. Il serait par- 
dessus tout profitable d'établir des comparaisons avec les autres mo- 
numents du même âge, et avec les manifestations de la pensée grecque 
commençant à agir sur le rude Latîum, qui par la force des armes s'é- 
tait déjà ouvert la voie au travers du monde antique. 

Bien que le caractère essentiel des vases étrusco-campaniens réside 
dans le vernis noir brillant qui s'étend uniformément sur toute leur 
surface, couvrant aussi les reliefs décoratifs, il y en a également des 
spécimens qui offrent, sur ce fond noir uni, une légère peinture exécutée 
à main levée. Ce sont le plus souvent des guirlandes de lierre ou de 
vigne, des festons, quelquefois aussi, mais plus rarement, de petites 
figures. La couleur employée est le bleu ou un noir plus terne que 
celui du vernis, de telle façon que ces ornements n'apparaissent pas 
bien, que leur dessin est souvent presque insaisissable. Ce n'est pas la 
peinture tirant l'œil qui se remarque sur d'autres vases à veruis noir, 
provenant de l'Italie méridionale, de la Grèce et des îles de l'Archipel; 
sur ces derniers, les tons qui dominent dans le décor sont le blanc et le 
jaune, et le style dénote une époque très-basse dans l'histoire de la 
peinture céramique. D'autres fois encore, sur nos vases étrusco-campa- 
niens, quelques touches de couleur rehaussent, dans les reliefs, les 
yeux, la bouche et les bijoux des figures. Ces additions capricieuses 
au procédé technique primitif, inspirées par le goût et l'habitude de 
colorer la terre-cuite, ne sont jamais que secondaires. Elles ne modi- 
fient pas la donnée fondamentale de la poterie étrusco-campanienne, 
qui garde aussi, pendant tout le temps où elle est en usage, ses remar- 
quables qualités : argilesoigneusementpurifiéeettrès-biencuite, vernis 

(\) Bullet. de l'Inst. arch., 1874, p. 89. 



— 43 — 

noir dont le contact prolongé pendant bien des siècles avec l'humidité 
du sol n'altère point l'éclat. L'analyse donnée par Brongniart (1) des 
vases de Volterra, qui constituent en réalité simplement une des va- 
riétés de la classe, s'applique à la constitution chimique de tous. 

J'en viens à parler des timbres et des inscriptions de potiers, qui dé- 
terminent les diverses fabriques et les provenances de ces vases. Les 
signes ou symboles distinctifs des fabricants sont imprimés dans le 
fond concave des patères, et répétés cinq ou six fois en cercle auprès 
du centre. C'est une palmette, une roue, des cercles concentri- 
ques, une fleur, un animal, etc. Au milieu de quelques coupes 
est la tète d'une divinité, souvent d'une Minerve pareille à celle des 
monnaies romano-campaniennes. De semblables sceaux, qui n'ont 
rien de capricieux, mais se répètent toujours de la même façon sur un 
grand nombre d'exemplaires différents, ne peuvent être que les mar- 
ques propres de fabriques ou d'artisans. Mais quelquefois aussi nous 
avons la bonne fortune de rencontrer le nom du potier inscrit en lettres 
en relief, et ces inscriptions nous apprennent qu'un des principaux 
centres de production de semblable vaisselle était fixé dans la cité de 
Calés en Campanie, aujourd'hui Calvi. 

Les antiques inscriptions figulines latines sont bien connues pour 
avoir été rassemblées et doctement commentées par Ritschl, M. Benn- 
dorf, M. Mommsen, et enfin, plus récemment, par le R. P. Gar- 
rucci (2). Tous s'accordent à les considérer comme antérieures au 
vn e siècle de Rome. 

Il nous suffira de rappeler les suivantes : 

V. CANC^EIVS V. F. FECIT. CAl'ENOS 
sur la patère avec une pompe bachique trouvée à Tarquinies. 

RIITVS. GABINIO. C. S. CAHIBVS. FIICTII 

au fond d'une patère provenant de Tarquinies. Le sens des lettres 
C- S- y reste très-obscur; on pourrait cependant y voir Cai sigillator, 
ce qui ferait de Retus le figutus sigillator^ et de Caius le maître de la 
fabrique. En fait, sur une autre patère semblable, appartenant à M. le 
baron de Witte, à Paris : 

C. GABINIO-... T. N- CAHINO 



(i) Traité des arts céramiques, t. I, p. 414. 
(2) Ritschl, De fictilibus litteratis Latinorum 
antiquissimis ; Benndorf, Bullet. de l'Inst. arch., 



1866, p. 241-246; Th. Mommsen, Vascula latina, 
dans le 1. 1 de l'Ephemeris epigraphica, p. 9 et s.; 
Garrucci, Syllog. inscr. lai., n°s 498-503. 



— 44 — 

forme de nominatif archaïque qui se reproduit plusieurs fois dans 
l'épigraphie de ces vases de Calés. Par exemple, à l'intérieur d'une 
patère décorée de la figure de Scylla, 

V- GABINIO 
Sur une autre, avec le même sujet, qui a été trouvée à Calés même, 

K. ATIHO 

Ce dernier nom se répète sur un moule de terre, également découvert 
à Calés, et sur d'autres fragments cités par Léo (1). 

Aux inscriptions figulines déjà connues de la fabrique de Calés, je 
peux joindre quelques exemples inédits, relevés par moi dans diverses 
localités de l'Étrurie. Sur un fragment de coupe déterré à Chiusi 
apparaît le nom du potier MIIVA, Meva. Un autre fragment, trouvé 
près des raines du théâtre antique de Fiesole, porte quatre fois 
imprimé dans un petit cercle, mais toujours mal venu, le nom 
.EMPR...V., peut-être Sempronius. Sur un manche d'ascos provenu 
récemment des fouilles de Télamon et déposé au Musée étrusque de 

Florence, on distingue les lettres en relief assez peu visibles.. RT , 

peut-être Sertorius. On pourrait encore réunir quelques autres marques 
analogues, toujours latines; car je n'en connais qu'une seule grecque. 
C'est le nom M€N€MAXOY, imprimé sous le fond d'une coupe à vernis 
noir brillant, décorée de feuillages du plus beau style, qui se trouve 
dans la collection Valeri à Toscanella (2). La marque HPAKAEIà[H]£ 
appartient, en effet, à un genre de poterie différent (3), bien que du 
même temps ou un peu postérieur, lequel consiste en petits gobelets 
de terre légère, sans vernis, décorés de branches de vigne au milieu 
desquelles se lit quelquefois en relief le nom du fabricant. 

D'après les inscriptions rappelées tout à l'heure, on ne saurait douter 
que les principales fabriques des vases qui nous occupent n'aient été à 
Calés, d'où elles expédiaient leurs produits dans toute l'Italie, comme 
le firent, un siècle plus tard, les fabriques de vases rouges d'Arretium. 
Mais, de même qu'il advint aussi pour ces derniers, le style, l'indus- 
trie et l'imitation des vases noirs à vernis brillant se propagèrent de 
place en place. Ce fut d'abord dans quelques-unes des villes delà Cam- 
panie, puis dans l'Étrurie et dans d'autres contrées où l'art du potier 



I, Buttet. de Plnst. arch., 1874, p. 88. 
(2) Bennclorf, Bullet. de l'Inst. arch., 
p. 244. 



(3) Kœrle, Bulletin de l'Inst. arch., 
p. 35. 



— 45 — 

était ancien et développé. L'extension de cette fabrication jusqu'au 
pied des Alpes fut due en grande partie à la conquête romaine. Nous 
en avons la preuve dans ce fait que les fragments de semblables po- 
teries se rencontrent toujours avec des débris romains, etque les noms 
des potiers y sont écrits en latin, jamais au moyen des autres alpha- 
bets italiques. Et ici il est bon de noter que les fabriques de vases à 
vernis noir ne florirent à Calés qu'après l'établissement de la colonie 
romaine (421 de Rome). On y a découvert des fours à potier, de nom- 
breux moules pour les vases et pour leurs reliefs (1), de telle façon 
que l'on pourrait faire un véritable traité sur les (igulines de Calés. 
Laissant de côté la question de savoir s'il n'y existait pas déjà antérieu- 
rement des poteries, ce qui est assez probable, il est certain que c'est 
seulementaprès l'établissement de la colonie romaine qu'elles prirent 
une vogue supérieure à celles des autres cités campaniennes. Du reste, 
dans la même contrée on peut encore citer Nola et Cumes pour l'abon- 
dance des vases à vernis noir brillant qui s'y rencontrent dans les 
tombeaux. Cette campana supellex (2), qui au m e siècle av. J.-C. 
inondait les marchés, commençait dans le 11 e à perdre quelques-unes 
de ses qualités séduisantes ; n'offrant plus ses beaux reliefs d'autre- 
fois, ayant laissé altérer l'éclat et la solidité de son vernis, elle était 
tout à fait méprisée sous Auguste, époque où elle ne se voyait plus 
qu'aux mains du vulgaire et des pauvres gens. 

L'industrieuse Étrurie — qui au vi e siècle avait étendu sa puissance 
sur une portion de la Campanie et y avait fondé des colonies — même 
après qu'elle y eut perdu toute influence politique, continuait à entre- 
tenir avec ce "pays des relations commerciales actives par terre et par 
mer. Il est donc naturel qu'elle ait accueilli proinptement la nouvelle 
industrie des vases à reliefs et à vernis noir brillant, comme elle avait 
fait de celle des vases peints, que les cités grecques lui avaient trans- 
mise. La conquête que Rome avait faite des deux pays facilita les 
échanges mutuels, où la Cité souveraine trouvait son intérêt, et la Via 
campana conserva jusque sous l'Empire le souvenir de ces relations 
entretenues sous les, auspices de l'autorité romaine. Leur activité au 
m e siècle est attestée par les trouvailles fréquentes en Etrurie de mon- 
naies campaniennes autonomes, principalement de Neapolis et de 
Cumes, et d'espèces à la légende ROMANO- 

Rien que Tarquiuies fût beaucoup déchue de son ancienne splen- 



(1) Zona, Calvi antica emoderna, p. 23 ; Novi, 
Iscrizioni e monumenti, p. 38. 

J'ai entre mes mains un moule à timbrer ies 
vases, découvertàCalvi, où, au milieu d'ornements 



à disposition trifoliée, est répété trois fois ie nom 
abrégé en lettres latines archaïques FNA. 
(2) Uurat., Sat., I, 6, 118. 



(leur et eût déjà reçu une colonie romaine, nous voyons par des tom- 
beaux qu'elle conservait encore beaucoup de cboses de ses vieux usages 
nationaux. Cette ville fut, avecCaeré, la première à adopter l'emploi 
des vases campaniens. A l'apparition deceux-ci, l'on abandonna l'usage 
de la poterie proprement indigène, des vases dits dibucchero nero, dont 
l'emploi prévalait depuis les temps les plus reculés; et il en fut bientôt 
de même dans toute lEtrurie. Aussi fut-ce également à Tarqui nies que 
commença l'imitation étrusque des poteries à reliefs de la Campanie, 
imitation qui ne fut pas difficile aux Étrusques, déjà passés maîtres 
dans les procédés de la céramique et habitués à reproduire le 
style grec dans l'exécution des vase de bronze, que copiait la poterie 
campanienne. Il paraît hors de doute qu'il faille compter parmi les 
produits des fabriques des céramistes de Tarquiuies les patères dont 
j'ai parlé plus haut, qui montrent autour de l'ombilic central des qua- 
driges guidés par quatre divinités différentes; car on n'en a jamais 
rencontré d'exemplaires que dans les tombeaux de cette localité. 

Encore plus certaine est l'existence de fabriques de ce genre de po- 
teries à Volaterrae ou dans son voisinage. C'est là que l'on exécutait 
ces situlœ à large embouchure, à double anse simulée, adhérente au 
bord, qui reproduisent exactement des modèles de bronze (1). Au 
pointoù se réunissent ces deux anses, on a imité une feuille d'applique, 
montrant en relief la figure d'un jeune héros debout, avec une chla- 
myde sur les épaules , appuyé sur un épieu et ayant son chien près 
de lui. D'autres fois, au lieu de ce sujet, on y voit uue palmette à 
nombreuses feuilles. 

A Arretium, les vases à reliefs et à vernis noir brillant ont précédé 
les poteries rouges. J'en ai découvert une fabrique au-dessous de l'an- 
cienne enceinte, vers le sud-ouest, avec les restes des fours et de très- 
nombreux fragments de petits vases cylindriques à large embouchure, 
d'un usage incertain; ces débris de fabrique portaient les traces mani- 
festes d'une destruction violente. Outre les monnaies romano-campa- 
niennes fréquemment déterrées à Arezzo, il est à signaler qu'une 
pièce d'argent de Calés avec la légende CAkENO et le type de la Vic- 
toire dans un bige , fut découverte en creusant les fondations de la 
gare du chemin de fer. 

Peut-être des manufactures du même genre étaient-elles établies à 
Clusium. C'est ce que donne à soupçonner la quantité de vases étrusco- 
campaniens que l'on y découvre. Et il faut sans doute attacher quel- 
que importance dans la question à une inscription de 1 âge antérieur 



(1) Birch, History of ancient pottery, 2e édit., p. 165. 



à Auguste , qui a été découverte il y a peu d'années à Cliiusi. Elle est 
gravée en grandes lettres sur un bloc de travertin. 

T- VENIDIVS Q- F- ARN- KALENVS 
Q. ET- AED- (1) 

De tous les faits qui viennent d'être exposés résulte que la poterie 
à reliefs et à vernis noir brillant a son origine en Campanie, que c'est 
de là qu'elle se propagea en Étrurie et y fut principalement imitée. 
Ainsi le nom iïétruscv-eampanienne, qui lui a été donné, est le mieux 
approprié pour la distinguer des autres genres de céramique de la 
féconde antiquité. Maintenant il importe d'en fixer l'époque avec plus 
de précision que l'on n'a fait jusqu'ici , pour tirer de cette détermi- 
nation de date des éléments de comparaison utiles à la science. En 
faisant connaître, il y a septans,un groupe important d'antiques sépul- 
tures découvertes à Arezzo, j'ai indiqué, par d'autres arguments que 
ceux dont je me sers dans ce travaille m e siècle av. J.-C. comme le temps 
où les vases dont je parle étaient en usage. Et cette conclusion a été 
confirmée par des trouvailles ultérieures, ainsi que par les observa- 
tions personnelles d'arcbéologues d'une haute valeur. Ou peut dire 
en peu de mots que les procédés techniques, le style grec si plein 
d'élégance qui se manifeste dans les formes et dans les reliefs déco- 
ratifs, appartiennent manifestement à l'époque indiquée. La paléo- 
graphie des inscriptions latines, que présente une partie de ces vases, 
a été reconnue par Ritschl, par M. Mommsen et par le R. P. Garrucci, 
comme ne pouvant pas être reportée au-dessous du vi* siècle de 
Rome. La forme syntaxique qui consiste à placer l'ethnique Cale- 
nus après fecit est conforme à la rédaction des signatures d'artistes 
grecs d'époque ancienne (2). Mais ce qui est surtout décisif, ce sont 
les monnaies qui se rencontrent dans les mêmes tombeaux que nos 
vases étrusco-campaniens. Dans l'ancienne nécropole de Pompéi, ils 
se montrent associés aux monnaies osques (3); à Tarquinies K avec les 
romano- 
même, descei 
local. Ei 

couches de débris que les petites pièces étrusques de bronze aux types 
de l'éléphant et de la chouette. Ces synchronismes monumentaux 
déterminent très-nettement la première moitié du m e siècle av. J.-C. 




(1) Le T et le Q, qui commencent les deux 
lignes, sont en partie détruits. 

(2) Ann. de l'Inst. arch., 1872, p. 284. 



(3) Benndorf, Ballet, de l'Inst. arch., 1866, 
p. 246. 



comme âge de l'apparition des poteries étrusco-campaniennes à vernis 
noii ' tandis que leur contemporanéilé avec les as onciaux de Rome 
montre qu'elles demeurèrent en plein usage pendant toute la durée 
du vi c siècle de la Ville. 

L'à CT e exact des vases étrusco-campaniens étant ainsi connu, ils 
prennent une véritable importance archéologique. Ils apparurent 
alors que la peinture vasculaire commençait à prendre la voie d une 
décadence qui bientôt se précipita rapidement. Les sujets et les mou- 
vements devenaient dès lors, sous le pinceau des céramographes en 
grande partie conventionnels, les figures sans expression , bouffies 
ou dotées d une musculature exagérée, les contours peu étudiés, les 
vernis et les couleurs moins brillants; enfin les ornements de style 
fleuri commençaient à prendre plus d'importance que les figures. En 
même temps, la diminution de l'importation des produits céramiques 
de la Grèce, qui eux-mêmes avaient beaucoup perdu de leur splen- 
deur ainsi que la multiplication des petites fabriques locales dans 
L'Étrurie et la Grande-Grèce, tendaient à discréditer la céramique 
peinte en Italie. A mesure que l'on recherchait moins les vases peints, 
on prenait en plus haute estime les poteries campaniennes, à cause de 
la beauté de leurs reliefs et de l'éclat de leur glaçure. 

Comme exemple de cette phase précise de l'ancienne céramique de 
l'Italie je choisis un petit vase tout récemment extrait des sépultures 
de Télamon qui appartiennent indubitablement à la seconde moitié 
du V e siècle de Rome. Le corps du vase est formé par une tête de 
Vénus à vernis noir brillant; la bouche, les yeux et les pendants des 
oreilles sont rebâtisses de peinture. Du sommet de cette tête, s'élève 
un col d'cenochoé, sur lequel une oie est peinte en blanc sur fond 
jaune , avec des flots indiqués par un méandre de couleur noire. 




que par son appli 

étrusco-campanien. Un peu plus tard, le déclin de cet art devient 
encore plus sensible, et peut-être déjà, lors de la descente d'Hannibal 
en Italie, ne restait-il eu exercice qu'un petit nombre de fabriques 
vulgaires et locales de vases peints, qui n'ont plus rien ou presque rien 
produit après la deuxième guerre Punique. Le fait que dans le reste 
du vi e siècle de Rome on ne trouve jamais plus les vases étrusco- 
campaniens qu'avec des poteries qui n'ont plus trace de pein- 
ture, est à mes yeux une des principales raisons pour fixer à cette 
date la disparition d'une des formes les plus glorieuses de l'art 
industriel grec, de la peinture des vases, dont le terme inférieur dans 
le temps est resté jusqu'à ce jour si incertain. 



— 49 — 

Par des rapprochements du même genre nous sommes amenés à 
une conclusion non moins intéressante par rapport aux vases de terre 
noire fbucchero neroj, qui ont été le produit spécial de la civilisation 
éti'usque aux âges de son indépendance. Ils ont cédé la place aux po- 
teries étrusco-campaniennes, et au début du in e siècle ils ont disparu 
des usages de la vie, où ils avaient été si longtemps employés. Quand 
à leur tour les vases étrusco-campaniens eurent vu finir la courte 
période de leur succès, ils furent remplacés par les poteries d'un rouge 
corallin, également décorées de reliefs, ainsi que je lai montré 
ailleurs (1) et que me l'a prouvé une étude prolongée des débris des 
anciennes fabriques d'Arezzo. Tout d'abord les deux procédés furent 
mis concurremment en œuvre par les potiers d'Arretium; il a dû en 
être de même ailleurs; et c'est ainsi que nous constatons une époque 
où les fragments des deux espèces de vases se trouvent confondus. 
Mais il est difficile d'en déterminer le temps autrement que d'une 
manière approximative. L'as se fabriquait alors à Rome sur. le pied 
oncial; la langue étrusque était encore en usage, comme on le voit par 
quelques graffiti tracés sur des débris de vases rouges; le commerce 
maritime apportait les vins de l'Archipel dans les amphores de Rhodes. 
dont on a trouvé des anses, avec leur timbre en relief, parmi les débris 
des poteries noires étrusco-campaniennes et des poteries rouges 
arrétines. Tous ces traits concordent pour indiquer au plus tard la 
première moitié du vif siècle de Rome. 

Nous constatons donc trois grandes époques successives dans l'in- 
dustrie des céramistes étrusques : celle des vases de terre noire, depuis 
les temps les plus anciens jusqu'au m e siècle avant l'ère chrétienne; 
celle des poteries étrusco-campaniennes à reliefs et à vernis noir 
brillant, du commencement du iu e siècle au milieu du 11 e ; enfin 
celle des vases arrétins, vulgairement et inexactement appelés samiens, 
c'est-à-dire de la poterie d'un rouge de corail, à glaçure silico-alcaline. 
La fabrication de celle-ci s'est continuée à Arretium seulement 
jusqu'au premier siècle de notre ère ; mais on s'était mis à l'imiter 
dans presque tout l'empire romain, et en particulier dans les provinces 
occidentales on produisit en abondance ces poteries rouges jusqu'aux 
temps constantiniens. 

En dehors de ces résultats pour l'histoire spéciale de la céramique 
la détermination de l'âge exact des vases étrusco-campaniens fournit 
des données de synchronisme qui jettent une vraie lumière sur une 
époque bien délimitée de l'art et de la civilisation gréco-italiques. 
Par exemple, la présence de ces vases dans les tombes confirme 

(<) Ann. de l'Iiist arch., 1872, p. 288. 



— 30 — 

que les cistes de Pre'neste et les miroirs décorés a graffito, déjà 
connus pour appartenir à la période de la décadence delà céramo- 
graphie, ont été principalement fabriqués et ont atteint leur plus 
complète perfection au ni° siècle av. J.-C. Une grande attention 
apportée aux moindres circonstances des trouvailles et des fouilles 
permettra aux archéologues de multiplier les exemples et les appli- 
quions de ce genre. Mais je m'arrête ici, et mon objet sera rempli si 
l'on veut bien admettre que je suis parvenu à fixer exactement la 
place des céramiques élrusco-campaniennes dans la merveilleuse 
histoire de l'art antique. 



Arezzo, janvier 1879. 



G.-F. GAMURRINI. 



Les découvertes capitales de Mycènes et de Spata , comme celles qui s'opèrent 
en ce moment dans le voisinage de Nauplie, ont appelé l'attention des savants plus 
qu'elle ne l'avait été jusqu'à présent sur l'étude des sépultures de la Grèce anté- 
rieures au développement original et indépendant de la civilisation hellénique. Et 
dans le même temps les fouilles de Camiros et de Cypre ont fourni à cet le étude 
de précieux éléments de comparaison, aussi bien que l'exploration méthodique de 
quelques tombes d'époque très-ancienne dans les nécropoles du Latium et de 
l'Étrurie. Nous commençons ainsi à pénétrer dans la connaissance intime de. la 
période historique où la Grèce et l'Italie étaient entièrement livrées aux influences 
orientales, propagées principalement par les navigateurs phéniciens, et dans cette 
période la science est. dès à présent en mesure de fixer quelques dates. 

En 1860 j'ai découvert à Mégare une sépulture de cette époque. J'ai déjà 
parlé ailleurs de ma découverte (1) , mais comme c'était dans un ouvrage plutôt 
historique qu'archéologique , ces faits ont passé assez inaperçus des antiquaires. 
Je crois donc utile d'y revenir, d'autant plus que le tombeau de Mégare me 
semble offrir plus d'intérêt maintenant qu'il n'est plus isolé, mais peut être rattaché 
à tout un ensemble de trouvailles analogues. 

La sépulture se trouvait dans l'intérieur de la ville hellénique , presque immé- 
diatement au pied des murailles dites pélasgiques ou cyclopéennes de l'acropole de 
la Caria (2), sur la pente méridionale de la colline. Elle se composait d'une sorte 
de sarcophage grossièrement formé de sept dalles du calcaire coquillier du pays, le 
v.o-jyi-.Tit \i6oç des anciens (3), et le corps y avait été déposé sans avoir passé par 
le bûcher. A l'intérieur, avec les ossements, presque réduits en poussière par la 
vétusté, j'ai recueilli : 



(1) Les premières civilisations, t. II, p. 383. 

("2) Sur la distinction des deux acropoles de 
Mégare, Caria et Alcathoos, ainsi que sur l'em- 
placement respectif de chacune d'elles, voy. 



Rhangabé, Mém. présent, par die. sac. àl'Acad. des 
Inscriptions, 1 r « série, t. V, 1™ partie, p. 275. 

(3) Sur cette pierre et son identité avec le 
xtyxi'rtis Ai'Bos, voy. Rhangabé, Mém. cit.. p 290 
et suiv. 



— 51 — 

1° Trois ornements d'or exécutés au repoussé, qui étaient peut-être des boucles 
d'oreille ou d'autres objets de parure dont l'usage nous échappe, décorés de têtes 
humaines de face, coiffées à L'égyptienne; elles sont traitées dans ce style égypti- 
sant qui est caractéristique de L'art phénicien et que les Grecs ont reproduit dans 
quelques-unes de leurs premières œuvres, copiées des modèles chananéens (1). 

2° Les débris d'énormes fibules en bronze, imitant dans leur forme la coquille 
de la pinne marine. 

3° Les restes d'un collier en petites perles d'émail bleuâtre. 

4° Un scarabée de cornaline rappelant de très -près les scarabées phéniciens; 
Vintaille sous son plat offre la figure d'un scarabée aux ailes ouvertes (2). 

5° Les fragments d'un vase de style tout à fait asiatique, avec des ornements 
incrustés en pâte d'une autre nature et d'une autre couleur que celle qui forme Le 
corps de la poterie ; ce vase semble avoir été primitivement recouvert d'un vernis 
assez analogue à celui de la porcelaine égyptienne. 

6° Une petite idole de terre-cuite en forme de cône aplati comme une planche 
fffav'tç), armé de rudiments de bras et surmonté d'une tète grossière ; elle porte des 
restes d'une peinture indiquant sommairement, par quelques traits en brun, les 
ondulations d'une chevelure tombante et les plis d'une robe de femme (3). C'esl 
exactemenl Le type des idoles primitives et informes publiées par Gerhard sous le 
nom de Dœdalische Idole (4) el de celles que M. Heuzey vient de rassembler dans 
une planche spéciale de son bel ouvrage des Figurine* antiques de terre-cuite du 
Musée du Louvre (5). 

Sur le flanc septentrional de la colline de la Caria, non loin de l'endroit où j'ai 
fait exhumer le colosse brisé de l'Apollon Agreus, aujourd'hui conservé à Athènes 
devant le temple de Thésée (6), on voit un vaste amas de terres-cuites brisées, qui 



(1) Ces bijoux sont conservés au Musée du 
Louvre , et l'un d'eux a été publié par M. Saglio 
dans le Dictionnaire des antiquités grecques et 
romaines, p. 788, fig. 934. 

(2) Un scarabée d'agate trouvé à Égine, qui 
faisait partie de la collection Finlay à Atliènes, 
offre la même représentation du scarabée les ailes 
ouvertes, gravée en intaille sous son plat, avec 
l'inscription grecque KDEONTliA EMI « J'ap- 
partiens à Créontidas » (Finlay, Bullet. de l'Inst. 
arch., 1841, p. 140; Papadopoulos, TltftypzV* 

ix.TVTrtc/j.clTm af/^alai ?<$fa.ytfo\\%m atty.S'arwi , 

n" 453). Ce petit monument prouve d'une manière 
incontestable qu'il y eut un moment où les Grecs, 
comme les Étrusques, fabriquèrent des scara- 
bées de pierre dure à intailles, à l'imitation de 
ceux qui leur venaient des manufactures de la 
Phénicie. Mais je n'en connais qu'un second 
exemple, un scarabée également d'agate et trouvé 
aussi à figine , ayant pour gravure l'image d'un 
bouc debout (Bullet. de l'Inst. arch., 1841, 
p. 1 41). La collection Finlay renfermait encore un 



troisième scarabée extrait des tombeaux d'Égine 
dans les fouilles de 1829, mais celui-ci de jaspe 
vert et de travail positivement phénicien, comme 
l'avait reconnu son possesseur imême publication, 
p. 141). Sur tous ces objets, \oy. mes Premières 
civilisations, t. II, p. 390 et s. 

(3) Cette idole, avec les fragments du vase, est 
exposée au Louvre dans une des armoires de la 
salle des terres-cuites grecques. 

(4) Ueber das Metroon zu Athen, pi. m; 
Gesamm. Abhandlungen, pi. lxi. 

(5) PI. xvn, n° s 1-3. Voy. aussi ce que le même 
savant a dit de ces idoles dans les Monuments 
grecs publiés par V Association des études grecques, 
fasc. 2(1873), p. 15 et s. 

(6) Je compte publier prochainement, dans la 
Gazette archéologique, cet important morceau de la 
sculpture grecque du plus ancien stylo, avec 
l'exposé des raisons topographiques qui m'indui- 
sent à y reconnaître la statue du temple d'Apollon 
Agreus mentionné par Pausanias. 



— 52 — 

a été manifestement formé des déchets de fabriques locales. Quelques sondages , 
exécutés en 1860, m'ont fait reconnaître que dans les couches inférieures on y 
rencontrait en assez grand nombre des idoles rudimentaires pareilles à celle que 
j'ai trouvée dans le tombeau. Les couches supérieures n'en renferment plus. Mais, 
en revanche , on y compte par milliers les débris de statuettes d'une Aphrodite 
coiffée du polos et enveloppée de voiles, dont la tète offre tous les degrés de tran- 
sition, depuis la simple saillie que le modeleur obtenait dans les idoles primitives 
en pinçant entre ses doigts la terre molle, jusqu'à un visage complètement modelé 
et empreint des caractères du véritable style grec (t). Au reste, la tête seule y est 
travaillée avec un certain soin; le corps garde toujours son ancienne forme de 
galette aplatie en cône, à la façon des idoles de terre-cuite de Thèbes où j'ai 
proposé de reconnaître Aphrodite-Harmonie (2) , forme hellénisée de l'Astarté 
phénicienne. C'est une tradition archaïque qui a pu se maintenir très-tard dans 
l'imagerie populaire (3). Aphrodite, sous le surnom d'Epistrophia, était, d'après 
Pausanias, une des principales divinités de Mégare (4). 

J'ai exagéré l'antiquité du tombeau de Mégare quand j'ai cru pouvoir y recon- 
naître la sépulture d'un Carien ou d'un Lélége (5). D'après les moyens de com- 
paraison que l'on possède aujourd'hui, il me semble désormais qu'on ne saurait le 
considérer comme plus ancien que le vm e siècle avant l'ère chrétienne, mais qu'on 
ne peut pas non plus le faire descendre au-dessous du milieu du vn e . 

François LENORMANT. 



Dans la séance du 31 janvier de l'Institut archéologique allemand de Rome , 
M. Helbig a proposé une interprétation nouvelle et très-ingénieuse de la terre-cuite 
de Tanagra, publiée dans la planche 27 de l'année 1878 de la Gazette archéologique . 
Il y voit la plus ancienne représentation connue de Narcisse (6). Je souscris avec 
empressement à cette explication si heureuse , qui a le grand avantage de faire 
retrouver dans la figurine de la collection Lécuyer un sujet spécialement béotien. 
Elle est bien préférable à celle que je n'avais proposée, du reste, qu'avec hésitation 
et en l'entourant de beaucoup de réserves. 

F. L. 



(1) Voy. mon Catalogne Raifè, n° 1032, et mes 
Premières civilisations, t. II, p. 389 et s. 

J'ai donné deux séries assez étendues de ces 
figurines fragmentées, au Musée du Louvre, où 
elles sont placées dans une des vitrines de la salle 
des terres-cuites grecques, et au Musée d'Orléans. 

(2) Gazette archéologique, 1876, p. 68; voy. 
aussi le Catalogue 0. Rayet, n* 50. 



(3) Voy. les remarques que j'ai eu l'occasion de 
faire au sujet des idoles de terre-cuite do Tégée , 
qui offrent les apparences du plus complet ar- 
chaïsme : Gazette archéologique, 1878, p. 47 et s. 

(4) Pausan., I, 40, 5. 

(5) Les premières civilisations, t. II, p. 387. 

(6) The Academy, 1" mars 1879, p. 200. 



L" Éditeur-Gérant : A. Lévy. 



POITIEE3. — TYPOGRAPHIE OUDIN FEEEES. 



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— 53 — 
LE MISSORILIM DE GEILAMIR, ROI DES VANDALES 

ET LES MONUMENTS ANALOGUES " 

(Planches 7 et 8.) 

Le 20 janvier 1875, on découvrit à Arten , dans la commune de 
Fonzazo (province de Belluuo), sur le flanc d'une colline nommée 
Auriu, un grand disque d'argent, une petite coupe du même métal, 
et des fibules de cuivre; ces objets, ainsi qu'un plat d'argent décoré 
de ligures, recueilli précédemment dans le même lieu, ont été ap- 
portés à Paris par M. Luigi Ruzzatti, propriétaire du terrain d'Arien, 
qui nous permet obligeamment de les étudier (1). 

Le grand disque, gravé dans la planche 7, a 50 centimètres de dia- 
mètre et pèse 3 kilogrammes 30 grammes; il est entouré d'un rebord 
hémicylindrique et monté sur un pied très- bas, formé d'une bande de 
métal tournée en cercle et soudée de chant. C'est là une disposition 
qui rattache complètement le disque d'Arten à d'autres ustensiles 
célèbres dont nous aurons à dire quelques mots ; ce qui le distingue 
et ce qui constitue sa valeur historique , c'est qu'autour d'une belle 
rosace gravée en creux, de 22 centimètres de diamètre, qui eu occupe 
le centre, on lit cette inscription : 

* GEILAMIR REX VANDALORVM ET ALANORVM 

Le disque appartient donc à la première moitié du vi e siècle ^530-531), 
et parait être le plus récent de ceux qui ont été, pendant un peu plus 
de deux siècles, successivement classés dans les collections d'antiques. 
Le plus beau comme le plus connu est celui qui, trouvé dans le Rhône, 
près d'Avignon, en 1636, a porté pendant longtemps le nom de bou- 
clier de Scipion, que Spon lui avait donné (2), bien que, par son style, 
il appartienne évidemment à l'époque «In Ras-Empire, et qu'il repré- 
sente-, non point un trait de la vie du général romain, mais un sujet 
tiré de l'Iliade. Le Journal des Savants de 1681 donne, dans son I V 
numéro, une estampe du prétendu bouclier, et le rédacteur en parle 
avec une sage réserve. « La ligure de ce monument, dit-il, fait croire 
« k quelques-uns que c'est un bassin (3). » Spon chercha bien à parer 



(1) Ils ont figuré en 1878 à l'Expo 5 ition histo 
riquedu Palais du Trocadéro. 



(2) Recherches des antiquités de lu ville de Lyon, 
1673, |>. 1S5. 

(3) P. U33. 

Gazette Archéologique. — 5* Année — N" 2-3 — Mars-Mai 1879. ci 



54 



ce coup porté à l'attribution qu'il avait proposée. « Je diray seulement. 
« écrivait-il, que, si quelqu'un a pris ce bouclier pour un bassin, il 
« changera de pensée quand il sçaura que cette pièce estoit presque 
« tout à fait platte quand on la trouva, et que l'enfonçure en manière 
« de bassin qu'on y a remarquée a été faite par les orfèvres qui 
« s'étoieut mêlés de la resouder.... Aussi 31. 3Iey (propriétaire du 
« monument) a taché depuis peu de la faire remettre en sa première 
« forme (1). » iMais de cette argumentation, il ne reste rien que l'aveu 
d'une tentative de déformation bien inutile. 

En 171 4, un fermier de la terre du Passage, en Dauphiné (diocèse 
de Vienne , trouvait, en labourant, un second disque d'argent, un peu 
plus grand que le premier, mais beaucoup plus simple. Vingt-deux 
ans plus tard, il lut vendu au roi, et 31. de Boze le présenta à ses 
confrères de l'Académie des inscriptions, qui , en raison de la figure 
de lion passant devant un arbre , ciselée au centre du disque . « ne 
« balancèrent pas à y voir un ouvrage carthaginois (2)^ de là, les 
« conjectures prenant leur essor, on alla jusqu'à soupçonner que le 
« bouclier pouvoit bien avoir appartenu à Annibal et estre une 
« offrande qu'il aurait faite, après son passage du Rhône, à quelque 
« divinité des environs (3). » 

Il demeure ainsi bien établi que la dénomination impropre de 
bouclier d'Annibal n'a pas été inventée par les personnes qui ont 
vendu au roi ce monument précieux, et qu'on a eu grand tort de se 
faire une arme d'une supercherie tout à fait imaginaire pour con- 
damner un objet certainement authentique. 

Après avoir été exposé dans le Cabinet des médailles pendant 
plus d'un siècle, ce grand et beau disque a été retiré, il y a une 
vingtaine d'années, des salles publiques. Cependant un examen 
attentif ne permet pas de le reléguer parmi les apocryphes (voyez 
la planche 8, où ce monument se trouve gravé). 

Non-seulement le médaillon ci- 

I selé au centre est exécuté avec une 

I fermeté qu'un faussaire du xvm e 

1 \ y<^y(^y( \\\ siècle ne pouvait imiter ; mais il 

\/ \/\ \ \ \ existe au revers, ce qu'on ne s'était 

\\ \ \ pas donné la peine de constater, 

* des graffiti de deux époques. Après 



(1) Recherches curieuses d'antiquité, 1683, p. 12. [ Sopra alcune monete scoverte in Sicilia, 1862, pi. 

(2) Il existe en effet une monnaie à ce type. n<> 5. 

frappée par les Carthaginois, en Sicile, et qui, | (3) Hist. de l'Acad. des inscriptions, 1736, t. IX, 

porte la légende njno DSD. Millier, Num. de page 155, et planche annexée. 

l'Afrique, t. II, p. 76, n° 17 ; P. Giuseppe Romano, I 



55 — 



la sigle de libra, le chiffre XXXIII, indice du poids, conforme à un 
usage dont les antiquaires du xvm e siècle ne se sont en aucune façon 
préoccupés; puis, dans un autre sens, un groupe composé de onze 
grands caractères cnrsifs entre deux croix. 




Tout cela n'est point l'œuvre d'un faussaire 




r 

poids de 10,725 grammes. Mais, si nous prenons comme point de coin- 




grammes avec l'état actuel, laquelle ne saurait étonner quand on con- 
sidère que la partie postérieure du disque a subi de nombreuses mu- 
tilations, principalement dans le cercle formant pied, ce qui en di- 
minue notablement le poids. La marque XXXIII est donc parfaitement 
justifiée. 

Le bouclier dit d'Annibal est un plateau de table du très-bas-empire, 
et la belle rosace rayonnante qui le décore vient de reparaître sur le 
disque, portant le nom de Geilamir(l). 

M. Léopold Delisle a bien voulu examiner le groupe de onze carac- 
tères cursifs si légèrement gravés à la pointe, et il v reconnaît cette 
mention de possesseur * AGNERICO SOM *, qu'il est fort tenté de 
rapporter au patrice Agnéric, gouverneur du pays de Vienne vers le 
commencement du vif siècle. Cet officier figure dans le célèbre testa- 
ment d'Abbon (5 mai 739) : « quem, per judicio Agnarko patricio, 
evindicavimus » (2). Un personnage considérable, tel qu'était ce patrice', 
devait conserver des pièces d'argenterie antiques d'un grand prix , 
suivant l'usage dont nous rapporterons plus loin des preuves. L'attri- 

(1) Des monnaies d'argent de Carthage offrent | (2) D. L. d'Achery. Spieilegium, t. IV, p. 540 ; 
la légende : D- N. REX. GEILAMIR. | Du Cange, Gloss. sub'v. Patricius, etc. 



— 56 — 

bution proposée par M. Léopold Delisle offre donc beaucoup de 
vraisemblance ; et elle nous permet de constater l'opinion du savant 
administrateur de la Bibliothèque Nationale en faveur de l'authenticité 
d'un monument si important. On peut d'ailleurs faire remarquer que 
le nom d'Agnéric était ancien dans le royaume de Bourgogne ; car c'est 
à cette contrée qu'appartenait Agnéric un optimas d'Austrasie, père de 
saint Cagnoul de Luxeuil (594), et qui donna à ses deux autres 
enfants les noms de Burgundofaro et Burgundofara (1). Ce dernier 
A«néric, qui habitait la Brie au commencement du vn e siècle, otïrit 
l'hospitalité à saint Colomban chassé en l'an 610 du royaume de 
Bourgogne (2). , , 

En 1721, des ouvriers, creusant le sol sur la rive de 1 Arve, près de 
Genève, découvrirent un troisième disque d'argent, qui fut bientôt 
publié par Montfaucon (3), mais qui ne fut guère remarqué, puisque, 
quinze ans plus tard , M. de Boze , lorsqu'il décrivait les disques dits 
de Scipion et d'Annibal, en ignorait encore l'existence. Il est pourtant 
fort intéressant; on y voit représenté en relief très-doux un empereur, 
debout, la tête nimbée, portant sur sa main droite un globe surmonté 
d'une Victoire, et près de lui six guerriers casqués, armés de lances 
et de boucliers ; au pourtour, on lit : 

LARGITAS D N VALENTINIANI AVGVSTI. 

Peu de temps après, on trouvait à Pérouse un quatrième disque 
d'argent, au centre duquel un médaillon représente un empereur à 
cheval terrassant un barbare; une inscription chrétienne entoure 
cette composition : * DE DONIS DEI ET DOMNI PETRIVTERE FELIX 
CVM GAVDIO. Le monument, entré dans la collection Albani , a été 
commenté par Giusto Fontanini , dans un excellent mémoire imprimé 
en 1727 (4), et que Domenico Bracci n'avait pu se procurer en 1771, 



(1) Noms originaux de saint Faron, é\êque de 
Meaux (626 (?) au 28 octobre 672) et de sainte Fare, 
fondatrice du monastère de Faremoutier (vers 615). 
Voir au sujet de ces saints et d'Agnéric leur père, 
la vie de saint Eustase et celle de saint Colomban 
par un contempoiain, Jonas, moine de Bobbio, 
dans Mabiilon, Acta Scor. ord. Sci Bened., t. I, 
p. 293, et t. II, p. 25, 116, 610, etc.; Testament 
de sainte Fare dans Toussaints du Plessis, Hist. de 
l'Égide Meaux, '.. II, p. 2. 

(2) Le nom Agnericus se trouve encore dans 
d'autres textes mérovingiens : 

Dans un diplôme de Childebert III pour l'abbaye 
de Saint-Denis, en 697, conservé en original aux 



Archives nationales, Agnericus figure parmi les di- 
gnitaires de la cour, immédiatement après le maire 
du palais. (Monuments historiques, éd. Tardif, 
p. 31, n» 38.) — Au bas d'une charte de l'évêque 
Ansebertus pour l'église de Saint-Symphorien 
d'Autun, en 696, on ht cette souscription : Agne- 
ricus episcopus rogatus subscripsi. (Pardessus, 
Diplomate, t. II, p. 238.) — Léopold Delisle. 

(3) Antiquité expliq., 1724, t. IV, suppl. , pi. 
xxvm, p. 51. 

(4) Discus argent, votiv. veterum Christ ianorum 
Perusiae repertus, Rome, 1727, in-4°, pi.; l'auteur 
donne de nombreux exemples de la formule De 
donis Dei. 



— 57 — 

lorsqu'il tentait d'expliquer un cinquième disque recueilli près d'Or- 
hetello. Celui-là représente divers membres de la famille Ardaburia, et 
offre l'inscription circulaire : * FL. ARDABVR ASPAR VIR INLVSTRIS 
COM ET MAG- MILITVM, outre divers noms placés près des figures 
réparties dans le champ du médaillon : ARDABVR, PLINTA, ARDABVR 
IVNIOR PRETORj lesquels se rapportent à des personnages consulaires 
delà première moitié du v e siècle (1). La gravure publiée par Bracci 
montre que la partie postérieure du disque dOrbetello est munie d'un 
pied annulaire semblable à ceux que nous avons déjà indiqués. Il 
suffit de mentionner brièvement le disque d'argent d'Aquilée conservé 
au Musée de Vienne (2), celui qui fut trouvé en 1830 à Berthouville 
et qui appartient à notre Bibliothèque Nationale (3). Ces monuments 
sont beaucoup plus anciens que ceux dont nous nous occupons ici. 
Il n'en est pas de même du magnifique disque déterré en 184-7, à 
Almendralejo (province deBadajoz), non loin de Mérida, et qxii fait 
aujourd'hui partie du Musée de l'Académie royale de l'histoire, à 
Madrid (4). 

Ce disque, le plus grand que l'on connaisse, est décoré d'une com- 
position en bas-relief, dont la disposition rappelle singulièrement le 
prétendu bouclier de Scipion. Mais ce n'est point un héros homérique 
qu'on y a représenté. On y voit un sujet tout à fait historique : l'em- 
pereur Théodose le Grand, nimbé, accompagné des deux princes 
associés à l'empire. Valentinien II et Arcadius, entouré de ses gardes, 
remettant un volumen à un personnage consulaire. L'inscription cir- 
culaire : D N THEODOSIVS PERPET AVG OB DIEM FELICISSIMVM X, 
montre que ce sujet se rapporte au 19 janvier 389, dixième anniver- 
saire de l'accession de Théodose au trône. 

Voici le tableau comparatif des diamètres de tous les ustensiles 
d'argent dont il vient d'être question : 

Disque de Valentinien , trouvé à Genève m ,27 

Disque à figures de Fonzazo m ,287 

Disque d'Aquilée. . m ,295 

Disque de Berthouville m ,35 



(1) Bracci, Dissertazione sopra un clipeo votivo 
spettante alla famiglia Ardaburia, Lucques, 1771, 
in-4°, pi. 

(2) Karl Ottfr. Miiller, De Germanico-Triptolemo 
in patera Aquileiensi caelato ; Annali dell' Inst. 
arch., 1839, t. XI, p. 78 ; Jos. Arneth, Monum. 
des K. K. Munz-und antik. Cab., Wien , 1850, 
in-fol. 



(3) Aug. Le Prévost, Mém. sur la coll. de vases 
ant. trouv. à Berthouville, Caen, 1832, in-4°, p. 
17, n 9 10. 

[k) Ant. Delgado, Mem. histôrico-critica sobre el 
gran disco de Theodosio, Madrid, 1849, in-4°, pi. 
Cf. Examen de ce mémoire par Mérimée, Reo. 
archéol., juillet 1849, p. 263. 



— 58 — 

Disque de Pérouse m ,39 

Disque d'Orbetello m ,41 

Disque de Geilamir m ,S0 

Disque dit bouclier de Scipion m .70 

Disque dit bouclier d'Annihal m ,7i 

Disque de Théodose, découvert à Almendralejo O m ,74 

On ne doit pas trouver extraordinaire que de tels objets nous 
soient parvenus nonobstant leur valeur métallique assez considérable. 
On les a conservés longtemps dans les trésors royaux, dans les trésors 
d'église. Ainsi, au x e siècle, Constantin Porphyrogénète possédait 
dans son garde-meuble impérial des disques d'argent ciselés, sur 
lesquels était gravé le nom de Jordaues, préfet des troupes d'Orient; 
ces ustensiles remontaient au temps d'Arcadius , et étaient , par 
conséquent, vieux de cinq siècles : Oj -vjoç eîcn xà ùp-yvpû \uvaoupia. zà 
ùvâylvyu, âmpxâxai èvxà (3afftÀ!xâ pWtapîw , imypucpyv l^ovxa -rotavo; « 'lopàm/ôv 
axpaxnkâxoy tyjç AvaToXvjç jc. t. >.. (1) » ; ce renseignement s'éclaire par la 
comparaison qne nous pouvons en faire avec l'inscription du disque 
d'Ardaburius. 




Le plus considérable était un « missorium argenteum qui Tborsoinodi 
« nomen scriptnm habet; pensât libras XXXVII, habet in se historiam 
« Aeneae cum litleris graecis. » Le rédacteur de l'inventaire indique 
les figures nombreuses qui décoraient cette riche argenterie, et qui 
n'avaient en aucune façon un caractère de christianisme; on y trouve, 
par exemple , Neptune armé de son trident , et des combats d'ani- 
maux (2). Tout cela remontait donc au temps du paganisme; mais 
Pévèque Desiderius se gardait bien de détruire des objets d'art dont il 
appréciait le mérite; il les déposait dans les trésors, nous allions dire 
les musées , de ses églises de prédilection , où , plusieurs siècles après 
la mort du prélat, ils étaient encore conservés. 

L'abbé Lebeufa pensé que le nom Thorsomodus inscrit sur le mis- 
sorium de l'évèque Desiderius était celui d'un prince wisigoth cité par 
Aimoin (3). L'existence du disque de Geilamir est de nature à conlir- 



(1) Const. Porpliyr. De thematib. lib. I, éd. de 
Bonn, 1840, p. 15. 

(2) Labhe, Nova bibl. manusr.r. 1657, t. I; Ilist. 
Autissiod. episrop. cap. xx , p. 423-425. — Giov. 
Maranguni aurait trous o là matière à un ample 
supplément pour son traité intitulé : Délie cose 



gentilesche e profane trasportate ad itso e ad orna- 
mento délie chiese, Rome, 1744. 

(3) De gestis Franc., Histor. de France, t. III, 
p. 335 : « Thorismodus, W isigothorum rex, Altilam 
vincit. » — Cf. lib. II, c. 35 : « Thurismodus, Tu- 
rissendi Gepidarum régis filius, ab Alboino Longo- 



— 39 — 



mer cette supposition. Les missoria ne reposaient pas toujours dans 
les garde-meubles ou dans les sacristies; leur destination primitive 
était fort différente. Lorsque , en 581 , Grégoire de Tours visitait 
Chilpéric à Nogent , le roi lui montra un grand missorium d'or, orné 
de pierreries et du poids de cinquante livres, qu'il avait fait faire : 
« ostendit, dicens : Ego haec ad exornandam atque nobilitandam 
«• Francorum gentem feci; sed et plnrima adliuc, si vita cornes fnerit, 
« faciam (1). » Le missoriumàe Chilpéric portait sans doute quelque 
inscription rappelant la dignité du chef des Francs. Ailleurs le même 
historien nous apprend que, lorsque Frédégonde vint se réfugiera 
Paris, sous la protection de l'évèque Ragnemodus , ses trésoriers 
s'emparèrent du missorium d'or qu'elle avait fait faire, et qu'elle avait 
laissé à Chelles, puis s'enfuirent chez Childebert, qui alors habitait 
Meaux [2). In contemporain de Grégoire de Tours, Isidore de Séville, 
dans son chapitre De vasis escariis, indique l'usage de ces ustensiles : 
« Missorium vocatum a mensa, per derivationein , quasi menso- 
« rium (3). » On n'oublie pas que Constantin Porphyrogénète écrit 
p.iv<7oy ( oc</v. Ainsi s'explique le pied annulaire destiné à isoler de la table 
un plat contenant des mets chauds, pied qui ne laissait pas que 
d'embarrasser les antiquaires , lorsqu'il s'agissait d'en justifier la 
présence au revers de boucliers plus ou moins votifs. 

Comment le missorium de Geilamir, roi des Vandales d'Afrique , 
est-il venu se perdre dans une petite localité de la Vénétie ? Jl est très- 
probable que ce fait a été la conséquence de l'expédition de Bélisaire. 
Deux jours avant son arrivée, on avait fait à Carthage les apprêts d'un 
grand festin, qui devait couronner la victoire qu'espérait remporter 
Geilamir. Le chef des Romains se fit servir dans la vaisselle royale par 
les officiers du prince vandale, et partagea entre ses soldats les richesses 
qu'il avait trouvées dans le palais. Le butin fut immense. Lors de son 
second triomphe, en 534, Bélisaire fit jeter au peuple une grande par- 
tie des objets précieux qu'il avait rapportés d'Afrique , des vases 
d'argent, des ceintures d'or (4.). On comprend que plus d'un missorium 
provenant de l'office du roi des Vandales soit resté aux mains de 
égionnaires italiens , et ait été transmis par eux à leur famille comme 
trophée d'une campagne glorieuse. 

Adrien de LONGPÉRIER. 



i: 



bardorum rege interimilur. » V. Lebeuf. Mêm. 
cône, l'hist. ecclés. d'Auxerre, 1743, t. I, p. 129, 
130. 

(1) Histor. de France, t. II. Greg. Tur. , Hist. 
Franc, iib. VI, 2, p. 266. 

(2) Ibid. Iib. VII, 4, p. 294. 



(3) Etymologiarum Sancti Isidori Hispalensis 
episcopi Iib. XX, cap. îv, édit. de Venise, 1483 , 
feuill. 100 r°. 

(4) Procopius, De belto vandalico, Iib. I, 21; 
II, 9, 10. 



60 



BUSTES DU MUSEE DE PARME 

(Planche 9.) 

En visitant Parme , l'automne dernier, mon attention fut frappée , au Musée 
d'antiquités , par deux bustes de marbre demeurés jusqu'à ce jour inédits. J'ai 
obtenu la permission de les faire photographier, et ce sont eux qui sont reproduits 
dans la planche 9. 

Le premier, celui d'enfant , a le nez restauré par une main moderne. M. Pigo- 
rini , ancien conservateur du musée , lui a appliqué dubitativement la désignation 
de Diaduménien. 

L'autre , celui d'homme , reste jusqu'à présent anonyme , sans étiquette expli- 
cative. Il est absolument intact, vierge de toute restauration. C'est une œuvre 
admirable du siècle d'Auguste ou des dernières années de la République romaine. 
Il serait difficile de trouver un buste plus vivant et d'une expression plus saisis- 
sante. On y lit une ambition intense et une dureté froide dans une intelligence 
courte et médiocre. Un mot forgé par Cicéron peut seul bien rendre cette expres- 
sion , proscripturit. 

Mon savant ami, M. l'abbé Pietro Perreau, directeur de la Bibliothèque Royale de 
Parme , a eu l'obligeance de faire pour moi , de concert avec M. Mariotti , le 
conservateur du musée , des recherches dans les inventaires et les anciens cata- 
logues manuscrits, pour tâcher d'y découvrir des traces de la provenance de ces 
bustes. Ces recherches n'ont amené qu'une seule constatation positive , c'est que 
les marbres n'ont été trouvés ni à Parme, ni à Velleia , ni à Modène , ni dans le 
voisinage. On suppose qu'ils ont été apportés de Rome. 

Pour leur attribution;, ne me fiant pas complètement à mon appréciation person- 
nelle, je me suis adressé à la science du patriarche des antiquaires de la Ville 
Eternelle, à l'homme qui aujourd'hui, en Europe, connaît le mieux l'iconographie 
romaine, qui a formé la merveilleuse collection de bustes-portraits du Musée Torlo- 
nia (1), rivale de celle du Capitole, et dont la verte vieillesse enrichit encore de tant 
de précieux mémoires le Bulletin de la Commission archéologique de la Municipalité 
de Borne. La direction de la Gazette archéologique considère comme une rare bonne 
fortune de pouvoir offrir à ses lecteurs quelques pages écrites pour elle par ce 
maître. F. L. 

Des deux bustes du Musée Royal de Parme figurés dans la pi. 9, 
l'un, à première vue, pourrait être attribué, comme il l'a été en effet, 

(1) P E. Visconti, Catalogo del Museo Torlonia di sculture antiche (Rome, 1876), p. 199-224, n<>s41 1-517. 



— 61 — 
à Diadumënien. Mais un examen plus attentif exclut, à mon avis 
cette interprétation. Le style d'art et les procédés d'exécution qui se 
révèlent dans ce marbre, sont pins anciens. Cette impression générale, 
qui résulte pour moi de la vue de la photographie , à défaut de celle 
de l'original, est confirmée par l'absence d'indication de la prunelle 
des yeux, indication qui n'aurait pas été omise à l'époque de Macrin 
et de Diaduménien. L'arrangement des cheveux et la manière dont 
ils sont traités conviennent aussi à un temps notablement antérieur 
au m e siècle, et j'en dirai autant de la disposition de la chlamyde sur 
l'épaule droite. Toutes ces circonstances, et les traits du visage, m'in- 
duisent à reconnaître dans le buste d'enfant de Parme une effigie de 
Lucius César, le fils d' Agrippa, dont l'adoption par Auguste est un 
fait connu de tous. L'artiste a visiblement cherché à rapprocher la 
physionomie du petit-fils de celle de l'aïeul, dans l'expression de la 
bouche, dans le dessin et dans l'enchâssement des yeux. 11 n'y a pas 
à tenir compte de la forme du nez, puisqu'ici intervient le travail du 
restaurateur. Mais en en faisant abstraction, le rapprochement de 
ressemblance a été poussé si loin par le sculpteur, que l'on penserait 
volontiers à un Octave adolescent, si l'on pouvait admettre l'exécution 
de son effigie en marbre à un âge aussi tendre. 

Quant à l'autre tête, représentée dans la même planche, je n'hésite 
pas, pour ma part, à y reconnaître le portrait de M. zEinilius Lepidus, 
le collègue d'Octave et d'Antoine dans le second triumvirat. Le beau 
buste de conservation parfaite trouvé à la porte de Rome, au lieu dit 
Tor Sapienza, avec deux autres d'Antoine et d'Octave (4), et actuelle- 
ment placé au Vatican dans le Braccio Nuovo du Musée Chiara- 
monti (2), offre ici un élément de comparaison plus développé et plus 
complet encore que les médailles (3). Le buste du Musée de Parme 
me parait représenter le triumvir à un âge un peu plus avancé que 
celui du Vatican. Aussi les traits du visage y ont quelque chose de 



(1) Le buste d'Antoine est conservé au Vatican, 
comme celui de Lépido, n»A96 du Braccio Nuovo ; 
le buste d'Octave appartient au marquis Casali. 

(2) Il y porte le n» 10G. 



(3) Pour celles-ci, voy. Cohen , Monnaies de 
l'Empire romain, I. I, p. 24et suiv.; A.Boutkowski, 
Dictionnaire numismatique, t. I, 1, p. 109-124. 



'.i 



— 62 — 

plus mûr, et la maigreur des joues est moindre. C'est le Lépide du 

temps de la guerre de Sicile, et non plus celui des premiers jours du 

triumvirat. Mais l'expression de la bouche, l'ensemble de la physio-- 

nomîe et la disposition des cheveux restent les mêmes. L'art convient 

parfaitement au siècle d'Auguste, dont cette tête offre au plus haut 

degré toutes les qualités éminentes. Je crois donc que nous pouvons 

y voir avec certitude un portrait de la plus grande rareté (1), en même 

temps que du plus haut intérêt historique. 

Rome , mars 1879. 

Baron P.-E. VISCONTI. 



LA VÉNUS ANDROGYNK ASIATIQUE 

A M. François Lenormant. 

Mon cher Professeur , 
Dans une des dernières livraisons de la Gazette archéologique (2) , reprenant une 
thèse que vous avez déjà soutenue dans ce recueil (3) et ailleurs (4), vous envisagez 
comme une conception fondamentale et des plus antiques dans les religions de 
l'Asie antérieure la notion de la divinité androgyne , et en particulier d'une Vénus 
réunissant les attributs des deux sexes , pouvant se présenter sous un aspect her- 
maphrodite et même mâle. Vous ne faites en cela, du reste, que suivre l'opinion 
presque universellement admise par ceux qui se sont occupés de mythologie 
sémitique, l'opinion qu'ont en particulier soutenue et développée Mùnter (3), 
Heinrich (6), Lajard (7), Movers (8) et M. le comte de Vogué (9) , celle qui compte 



(4) E. Q. Visconti, dans son Iconographie ro- 
maine, ne donne aucun buste de Lépide. En dehors 
de ceux du Vatican et du Musée de Parme, j'en 
citerai deux autres, dont l'attribution est su e : 

1o Buste de marbre grec au Musée Torlonia 
(n" 44 4), découvert à Civitalavinia. 

2" Tète de bronze trouvée à Montmartre et con- 
servée au Cabinet des médailles de Paris. Caylus 
(Rec. d'antiquités, t. III. pi. cvm, n° 4) y voyait 
Cœlius Caldus; c'est Duchalais qui a reconnu 
Lépide (Mém. delaSoc. des Antiquaires de France; 
t. XXI, p. 309 et s., pi. vi ; Chabouillet, Descr. 
générale des camées, etc., de la Bibliothèque Impé- 
riale, p. 520, no 34 20). 



Clarac (Musée de sculpture, pi. 4089, no 3234 A) 
donne aussi un buste de marbre du Louvre comme 
représentant Lépide. Mais si sa gravure est exacte, 
l'attribution ne saurait être admise. 

(2) 4 878, p. 454. 

(3) 4876, p. 59 et 66. 

(4) Monographie de la Voie Sacrée èleusinienne, 
t. I, p. 359 et s.; La Légende de Sémiramis, p. 43 
et suiv. 

(5) Religion der Karthager, p 62 et s. 

(6) De hermaphroditis. 

(1) Nouv. ann. de l'Inst. arch., t. I, p. 161-211. 

(8) Die Phœnizier, t. I, p. 641 et s. 

(9) Mélanges d'archéologie orientale, p. 71. 



— 63 — 

aussi parmi ses défenseurs votre illustre père, lequel a embrassé d'un coup d'œil 
si pénétrant l'ensemble des formes que revêt l'idée de l'androgynisme divin dans 
les religions antiques (1). Mais vous ne semblez pas avoir connaissance du récent 
Mémoire : « Sur quelques divinités sémitiques » , où M. Edouard Meyer conteste 
absolument cette thèse et prétend la rayer définitivement de la science (2). Pour 
lui , il n'y a pas d'ancienne Vénus androgyne en Asie, l'Aphroditos de Cypre est le 
résultat d'une combinaison récente et parasite, qu'il traiterait presque de grecque, 
et ne tient en rien à la conception originaire et fondamentale de l'Astarté syro- 
phénicienne (3). 

A mon avis , ce savant se trompe ; mais du moins sa dissertation mérite qu'on 
en tienne un compte sérieux, et qu'après lui les éléments essentiels de la question 
soient soumis à un nouvel examen. J'aurais désiré vous voir discuter les arguments 
de M. Meyer; mais, à votre défaut, je vais tenter de le faire, au moins pour une 
partie. Si j'introduis cette dernière restriction , c'est qu'il est un côté du débat que 
je ne veux pas aborder. On a introduit, bien à tort suivant moi , dans un problème 
qui devait rester de pure érudition, des préoccupations philosophiques et religieuses 
qui touchent de trop près aux discussions les plus brûlantes du jour; on y a mêlé 
les théories pour ou contre un monothéisme primitif , lequel échappe à la science 
positive pour rester dans le domaine des hypothèses préconçues et des pétitions de 
principe. C'est M. de Vogué qui est le premier entré dans cette voie, où j'ai re- 
gretté de vous voir le suivre ; M. Meyer, qui ne croit pas comme vous à cet « héno- 
théisme primordial » , comme il l'appelle , est en partie conduit par là à prendre 
position en sens contraire. Laissons de côté ces considérations trop générales et 
trop hautes. Il s'agit d'une question de fait, qui doit être tranchée par des faits 
et non par des théories philosophiques, où la foi et la libre-pensée n'ont absolu- 
ment rien à voir. L'Asie sémitique a-t-elle admis une Vénus mâle ou androgyne? 
Voilà tout ce que nous avons à chercher, ce que nous ne pouvons établir que par 
des^témoignages précis. Et quand nous aurons constaté l'affirmative ou la négative, 
l'insoluble question du monothéisme originaire n'aura pas fait un pas de plus dans 
un sens ni dans l'autre. Il n'en découlera dans la réalité aucun argument probant 
ni pour ni contre. 

Une autre face de la question me paraît aussi devoir être réservée pour le uni- 
ment, jusqu'à ce que quelques-uns de ses documents les plus essentiels, qui 
demeurent encore inédits, soient mis entre les mains des savants. M. Meyer lire 
un argument des découvertes archéologiques faites dans les dernières années en 



(1) Ann. dellnst. arch., t. V (1833), p. 252- 
264. 

(2^ Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch. , 
t. XXXI ,1877), p. 730-734. 



(3) « Der Kyprische Apliroditos vvar jedenfalls 
nur eine spatere Entwickelung und Ausartung, 
nicht ein Rest der urspriinglich der Aslarto zu 
Grunde liegenden Anschauungen. » 



— 64 — 
Cypre , et où, dit-il, « on a trouvé bien des représentations de la déesse de la 
génération et de l'amour, sans que, dans le nombre, on compte aucune figure an- 
drogyne (1). » Pour lui répondre définitivement sur ce point, il faut attendre que 
M. le général de Cesnola ait publié les deux idoles de terre-cuite représentant 
une divinité féminine avec la barbe au menton, qu'il dit avoir trouvées dans les 
tombeaux d'Amathonte (2), et que M. le docteur Dethier ait fait connaître, comme 
il en annonce l'intention, la statuette en pierre calcaire d'une déesse barbue allai- 
tant un enfant, statuette qui proviendrait aussi de Cypre et dont M. Sorlin- 
Dorigny vous a signalé l'existence au Musée de Constantinople. La prompte 
publication de ces différents monuments est du premier intérêt pour la science, 
et je m'estime heureux d'avoir une occasion de la provoquer dans la mesure de 
mes forces. 

Mais ce qu'il est dès à présent possible, avec les éléments que l'on possède, c'est 
d'apprécier à sa juste mesure la valeur de l'assertion principale de M. Meyer, qu'il 
n'existe aucune inscription ni aucun texte indigène quelconque, d'où l'on puisse 
induire le fait que les Sémites de l'Asie antérieure ont conuu une Astarté mâle 
ou androgyne. 

Le savant allemand n'est pas un de ces esprits arriérés qui, fermant les yeux à 
l'évidence, s'obstinent encore à ne pas croire au déchiffrement des textes cunéi- 
formes. Au contraire, dans une autre partie de son mémoire, nous le voyons faire 
usage de renseignements assyriologiques qui lui ont été fournis par son collègue 
M. Friedrich Delitzsch. On a donc lieu d'être surpris qu'il n'ait tenu aucun compte 
du passage si formel qui a été produit dans la question par M. Gelzer (3) et par 
vous (4) , et qui se lit dans un des fragments de la collection astrologique de la 
bibliothèque palatine de Ninive, conservés au Musée Britannique (S). Ce passage 
a été déjà cité dans la Gazette archéologique , mais seulement sous forme de tra- 
duction. Il est tellement décisif que je crois nécessaire de le donner une fois de 
plus intégralement, et cette fois en rapportant le texte même (6); car tous les sémi- 
tistes pourront ainsi constater qu'il ne saurait y avoir le moindre doute sur son 
interprétation. 



(1) « Die Kyprische Funde wohl viele Darstel- 
lungen der Gœttin der Zeugung und Liebe, aber 
keine einzige androgyne Figur entlialten » 

(2) Cesnola, Cyprus, p. 1 32. 

(3) Zeitschr. f. .Egypt. Sprach. undAlterthumsk., 
1875, p. 1"29. 

(4) Gazette archéologique, 1876, p. 59; Les dieux 
de Babylone et de T Assyrie, p. 8. 



(5) Cuneif. inscr. of West. Asia, t. III, pi. 53, 
n» 2, I. 30-J7. 

(6) Ne pouvant pas employer de caractères 
cunéiformes, je recours à une double transcrip- 
tion pour représenter l'orthographe, composée en 
grande partie d'idéogrammes el d'allophones , qui 
est propre aux documents astrologiques et augu- 
raux, puis la lecture du texte dans la langue 
sémitique assyrienne. 



UL BAR- A- TA 

kakkab ina zinnisàti (I) 
L'astre parmi les femelles 

AN- UT- SU- A 

erib samsi 
coucher du soleil ; 





— 00 — 








AN' à 'il- bat 


zin-ni-sa-at 


TA 




dilbat (2) 


zinnisat 


ina 


est 


la planète Vénus , 


(elle est) femelle 


au 



UL 


US- A- TA 




AN' dil-bat zi-ka-rat TA 


AN- UT UT- DU 


kakkab 


ina zikari 




dilbat zikarat ina 


sit 


samsi 


L'astre p 


armi les mâles 


(est) la 


planète Vénus; (elle est) mâle au 


lever 


du soleil. 


UL 


dil-bat 


AS 


AN- UT- UT- DU AN- UT 




zi-kir-sa 


kakkab 


dilbat 


ina 


sit samsi samsn 




zikirsa 


•L'étoile 


de Vénus 


au 


lever du soleil , Samas (3) [est] 




son mâle 


va 


si-it-sa 










va 


sitsa 










et sa progéniture (à la 


fois). 








UL 


dil-bat 


AS 


ANUTSÛA AN- BAR 




zi-kir-sa 


kakkab 


dilbat 


ina 


erib samsi adaru 




zikirsa 


L'étoile 


de Vénus 


au 


coucher du soleil , Adar (4) [est] 




son mâle 



BAK 
zinnisu 

efféminé 

UL 

kakkab 
L'étoile 



va si-[it-sa 

va sitsa 

et sa progéniture (à la fois). 



dil-bat 

dilbat 

de Vénus 



.45 

ina 
au 



AN- UT- UTDU 

sit samsi 
lever du soleil, 



ANSUB DIS 

istar 
la déesse 



a-ga-de Kl 

agade 

d'Agadhe (5) 



MU- sa 

sumusa 

(est) son nom. 



(1) La lecture de ce mot, propre à l'assyrien, 
mais dont le sens est incontestable d'après une 
multitude d'exemples, est fournie par la variante 
de Cuneif. inscr. of West. As., t. II, pi. 32, I. 20, c. 

(2) Dilbat, le «ftAfVrr d'Hésychius, est le nom 
de la planète Vénus, nom d'origine accadienne qui 
désigne cet astre comme « prophétique » par 
excellence, celui dont l'apparition annonce le lever 
et le coucher du soleil. 



(3) Le dieu Soleil, personnifiant l'astre au plus 
haut degré de puissance. 

(4) L'Hercule assyrien, le soleil qui arrive à être 
frappé d'affaiblissement et d'efféminati on, l'Hercule 
Sandon qui devient l'esclave d'Omphale et se brûle 
chaque jour sur le bûcher du couchant; voy. Fr. 
Lenormant, La Légende de Sémiramis, p. 51-59; 
Les dieux de Babijlone et de l'Assyrie, p. 24. 

(5) Anounit. 







— 66 — 






UL dil-bat 


AS 


AN- UTSÛ-A 


AN- SUR- DIS 


UNU-KI 


kakkab dilbat 


ina 


erib samsi 


ist az- 


uruki 


L'étoile de Vénus 


au 


coucher du soleil , 


la. déesse 


d'Erech (1) 


MU- [sa 










swmusa 










(est) son nom. 










UL dil-bat 


AS 


ANUTUTÛU 


ANXV 


MULMES 


kakkab dilbat 


ina 


sit satnsi 


istar 


kakkab i 


L'étoile de Vénus 


au 


lever du soleil, 


Istar 


des étoiles 


MU- [sa 










sumiisa 










(est) son nom. 










UL dil-bat 


AS 


ANUTSÛA 


AN-be-lit 


AN-MES 


kakkab dilbat 


ina 


erib sa??isi 


belit 


ilâni 


L'étoile de Vénus 


au 


coucher du soleil, 


la Dame des 


dieux (2) [est] 


MU- [sa 










sumiisa 










son nom. 











Ce qui ajoute encore au prix de ce document est son ancienneté. Le manuscrit 
que nous en possédons, et qui a été découvert dans les ruines du palais de 
Koyoundjik, fut écrit sous le règne d'Assourbanabal, de 668 à 62o av. J.-C. Mais 
il est lui-même la copie d'un original beaucoup plus ancien, et la majeure partie 
de la collection à laquelle il appartient a été rédigée sous le règne de Sargon I er 
et de son fils Naram-Sin , 2000 ans environ avant l'ère chrétienne. A supposer 
même que ce passage spécial ne remonte pas aussi haut, il faisait déjà depuis 
longtemps partie des livres classiques de la Chaldée au vn e siècle. 

Le texte cunéiforme qui vient d'être rapporté est tellement positif que je pourrais 
m'en contenter et, après l'avoir placé sous les yeux du lecteur, tenir la discussion 
pour close, l'argumentation de M. Meyer pour définitivement réfutée. Mais il n'est 
pas seul en son genre. La Phénicie nous apporte de son côté un témoignage aussi 
formel, quoique de date bien plus récente, dans l'inscription n° 2 d'Oumm-el- 
Awâmîd , déposée par M. Renan au Musée du Louvre (3). C'est une dédicace 



(1) Nana, la déesse des morts. 

(2) La grande Bélit. 



(3) Journal asiatique, 5<* série, t. XX, pi. n ; 
Schrœder, Die phœnizische Sprache, p. 226, pi. m, 
n» 2. 



— 67 — 

votive faite yan Sx mrraw "frch, « au roi Astarté, dieu igné (1) ». Ces titres au 
masculin impliquent nécessairement l'idée d'une Astarté mâle ; le R. P. Bourque- 
noud l'a remarqué le premier (2), avec juste raison, et vous vous êtes rangé à son 
opinion, ainsi que M. Schlottmann. M. Meyer reconnaît que cette explication 
serait la seule philologiquement acceptable, si le texte était certain. Aussi tout 
son effort tend-il à en contester la lecture. Il prétend que la fin de la première 
ligne est seule positive et propose de substituer, à la leçon jusqu'ici universelle- 
ment admise, la restitution ran bx m[pn HnS, « au seigneur Melqarth, dieu igné ». 
Mais le monument lui-même ne s'y prête en aucune façon. J'en ai sous les yeux un 
estampage, que j'ai obtenu par votre intermédiaire de la gracieuse obligeance de 
M. Héron de Villefosse, et vous pouvez le vérifier vous-même au Louvre. Sans 
doute les sept premières lettres de la ligne 1 sont quelque peu rongées , et une 
même ne se discerne plus. Mais l'altération de la surface de la pierre n'empêche 
pas de reconnaître avec certitude les six autres, et il y a incontestablement sur la 
pierre dans cette première ligne , sans un trait de plus ou de moins : 

ïanbNmn.jDbab (3) 

ce qui n'est susceptible que de la restitution qu'en a donnée M. Renan et que tout 
le monde a adoptée après lui. 

L'inscription d'Oumm-el-Awâmîd est donc à maintenir au nombre des monu- 
ments qui attestent l'existence de la Vénus-Astarté mâle ou androgyne. 

Ajoutons ici un fait certain , et que M. Meyer lui-même est obligé d'accepter. 
C'est que les inscriptions himyarites ou sabéennes du Yémen mentionnent très- 
fréquemment une divinité du nom de inrô, ce qui n'est, philologiquement, autre 
chose que la forme propre de inu?7 dans la langue de ces inscriptions. Or, ce per- 
sonnage du panthéon sabéen est positivement un dieu mâle (4), aussi bien que 



(1) C'est ainsi, et non par « solaire » , qu'il faut 
traduire le mot 7)211, de la racine □Dit. Nalure'- 
lement il s'applique a des dieux solaires comme 
Khammôn; mais sa signification étymologique 
n'implique en aucune façon la localisation de la 
puissance ignée dans l'autre du jour. Une Astarté 
solaire serait quelque chose de lort singulier; 
mais il n'en est pas de même d'une Astarté ignée 
en tant que déesse planétaire. C'est ce caractère 
qu'elle revêt quand les Araméens la qualifient de 
anU7 ou NniW, « la noire, la brûlée » (Chwol- 
sohn, Die Ssabier und der Ssabismus, t. Il, p. 3, 
337 et 338), appellation qui rappelle aussitôt à 
l'esprit 1 Aphrodite Mélaenis de Corinthe (Pausan. 
Il, 2, 4 ; voy. Maury, Histoire des religions de la 



Grèce, t. III, p. 209), laquelle parait être d'origine 
orientale, comme presque toutes les divinités de 
cette ville. 

(2) Études religieuses, historiques et littéraires, 
par des Pères de la Compagnie de Jésus, 1804, 
p. 1072 et s. 

(3) Le 3 est plus mal conservé que les autres 
lettres, et pourtant on reconnaît encore bien son 
tracé , sans que les vestiges qui en subsistent 
permettent de penser à un signe différent. 

(4) Osiander, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Ge- 
sellsch., t. XX (1866), p. 279-282; Fr. Lenormant, 
Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et 
Belles- Lettres, 1867, p. 125 et s. ; Lettres assyrio- 
logiques, t. II. p. 54 et s. 



le Atar-samain, « Atar des cieux », dont le nom, iny, est encore une variante de 
"lfflffï et que les inscriptions cunéiformes représentent comme le grand dieu des 
nations arabes de Qedar (1) et d'Isda et A'iou (2). L'Athtar sabéen, qui corres- 
pond ainsi à TAschtoreth phénicienne et à l'Istar assyrienne, est même, à propre- 
ment parler, un personnage androgyne , car si d'ordinaire les textes le donnent 
formellement pour mâle , et semblent même mentionner son épouse , on lit, d'un 
autre côté, dans l'inscription u° 152 du recueil de M. Halévy (1. 3) -inny rhah, « à la 
déesse Athtar ». Exceptionnelle dans la religion de la Chaldée et de l'Assyrie, 
comme dans celle de la Syrie et de la Phénicie , cette face mâle de la divinité qui 
nous occupe était constante et presque exclusive dans celle de l'Arabie , soit méri- 
dionale, soit septentrionale. 

En revanche , M. Meyer peut bien avoir raison quand il propose d'interpréter le 
nom de la divinité moabite u?23 HTWV, mentionnée sur la stèle de Mescha , de la 
même manière que vous l'avez fait vous-même depuis longtemps (3), en y recon- 
naissant « l'Aschtar de Kamôsch » , c'est-à-dire la déesse épouse du grand dieu 
national de Moab. M. Schlottmann , au contraire , a vu dans Aschtar-Kamôsch 
une divinité androgyne résultant de la fusion en un même être de Kamôsch et 
d'Aschtar, sa compagne (4), fusion analogue à celle qui, chez les Mèdes, avait fait 
du couple de Mithra et d'Anahita « le double divin Mithra » androgyne , dont 
j'ai parlé une autre fois clans ce recueil (S). Grammaticalement l'explication de 
©as inw, telle que l'adopte M. Meyer, est excellente, et elle a le mérite d'une 
simplicité qui lui donne bien des chances d'être la vraie. Et pourtant j'hésite encore 
à l'accepter sans réserve , car je ne vois pas jusqu'à présent d'autre appellation 
divine formée de la même façon. 

M. Meyer y compare celle de la déesse araméenne irsnny ou niwinjr, dont les 
Grecs ont fait Atargatis , et où il veut voir « T'Atar (épouse) de 'Atè. » Mais ici 
je ne saurais absolument pas le suivre. Le nom en question se compose bien de 
deux éléments . inv=mc?", et nnv ou >ny, qui apparaît fréquemment comme appel- 
lation d'une divinité dans les inscriptions de Palmyre et dans l'onomastique an- 
cienne de cette partie de la Syrie. Seulement, rien n'est plus douteux que l'opinion 
qui veut voir dans 'Atè un dieu mâle. Les deux passages grecs, encore si énigma- 
tiques , où il est dit que les Syriens emploient le mot aOuq (6) ou u.vt\ (7) pour dire 
« dieu » , ont-ils réellement quelque chose à faire ici? C'est fort peu certain. Quant 



(1) G. Smilh, Historyof Assurbanipal, p. 283. i 43 et s. ; Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., 



(2 f Ibid., p. 295. 

(3) Lettres assyriologiques, t. II, p. 56. 

(4) Schlottmann, Siegessdule des Mesha, p. 29-29, 



t. XXIV ;<I870), p. C49-672. 

(5) Gazette archéologique, 1878, p. 139. 

(6) Phil. Bybl. ap. Steph. Byz., » AaoJVxeia. 

(7) Voy. Lagarde, Gesamm. Abhandl., p. 238. 



— 69 — 
à la fine observation de M. Nœldeke (1), que dans les noms propres où il entre en 
composition nny ou >ny régit des formes verbales masculines , M. W. von Bau- 
dissin (2) a très-bien montré qu'elle n'était pas décisive, car on trouve quelquefois 
des noms incontestables de déesses qui sont dans le même cas. En revanche , 
l'Apologie de saint Méliton mentionne en termes formels 'Ati comme la déesse de 
l'Adiabène (3); Tomç , la véritable transcription grecque de >ny, est une reine divi- 
nisée dans le récit evhémériste d'Antipater de Tarse (4); enfin l'onomastique des 
inscriptions sabéennes atteste l'existence, dans la religion de l'Arabie méridionale 
d'une déesse nny (5), correspondant à l'araméen nny (6), déesse dont le sexe n'est 
pas contestable, puisque son nom se présente avec la désinence féminine. Ainsi , 
comme l'a déjà très-justement remarqué M. von Baudissin, si T'Atê de la Syrie 
n'est pas exclusivement une déesse , c'est à tout le moins une personnification an- 
drogyne et non décidément masculine. Même M. J.-P. Six , l'éminent numismatiste 
d'Amsterdam, vient de faire pencher d'une manière définitive la balance en faveur 
de la première de ces deux hypothèses, en montrant (7) qu'à Hiérapolis ou Bambyce 
le simple nny désigne la même divinité que le composé nnyiny, et que, sur les 
monnaies frappées dans cette ville immédiatement après la chute des Achéménides, 
le nom nny accompagne , à titre de légende explicative, la figure de la 0êà Ivoiv. 
ou Atargatis (8). 

Le même savant nous fait connaître un nom divin nouveau, d'une lecture très- 
probable, mais non encore absolument certaine , qui figure sur une de ces mon- 
naies d'Hiérapolis, nnyjizi' (9). Ce serait une appellation composée de la même 
manière que Aschtar-Kamôsch, et qu'il faudrait traduire, dans le système d'inter- 
prétation appliqué à ce dernier par vous et par M. Meyer, « Yakoun de 'Atê » , 
c'est-à-dire Yakoun (époux) de 'Atê , puisque mi est une variante de Keiwàn , 
]V3, le dieu de la planète Saturne, variante déjà connue par le Livre d'Hénoch (10). 



(1) Zeitschr. d. deutsch. Morgtnl. Gesellsch. , 
t. XXIV (1870), p. 92. 

(2) Studien zur semitischen Religionsgeschichte , 
t. I, p. 238. 

(3) Spicileg. Solesm., t. II, p. xliii ; Renan, Mém. 
de l'Acad des Inscr., nom. sér., t. XXXIII, 2<? 
part., p. 324; Otto, Corp. apologet. Christian, sec. 
saec, t. IX, p. 426 et 505. 

(4) Ap Atlien., VIII, p. 346. 

(5) Fr. Lenormant, Lettres assyriologiques, t. II, 
p. 56. 

(6) C'est tout à fait à tort que A. Levy, de 
Breslau, a vu dans nny une sorte d'écourtement 
de inny : Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., 
t. XIX (1865), p. 180. 



(7) Numismatic Chronicle, 1878, p 106-110. 

(8) En revanche, je ne saurais souscrire à une 
conjecture émise pour la première fois par A. 
Levy (Phœnizisclie Studien, fasc. IV, p. 7) et que 
M. J -P. Six reprend en l'étayant de l'autorité de 
M. de Goeje [Nutn. Chron., 1878, p. 108). Elle 
consiste à penser que la forme réelle de nn" serait 
nny pour nruy, c'est-à dire une variante du nom 
d'Anaïtis. La forme nnay e-t grammaticalement 
impossible, n^y étant le féminin de yj ou Njy, le 
babylonien.A?m; dans nny ou 'nylen est radical, 
tandis que dans njy il n'est que la désinence 
féminine. 

(9) Num. Chron., 1878, p. 104 et 44 4, pi. vi, n° 3. 

(10) Voy. Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 291. 

1U 



— 70 — 
On s'attendrait donc à voir un tel nom appliqué à un dieu mâle , et , au contraire, 
sur la monnaie il accompagne un buste de déesse. Si, après nouvelle vérification, 
la lecture de ce nom est reconnue comme sûre , il fournirait un appui considérable 
à la théorie de M. Schlottmann sur Aschtar-Kamôsch , car Yakoun-'Atê serait une 
divinité de sexe mixte, née de la fusion du masculin Yakoun avec la féminine 'Atè, 
de la même façon que la déesse de Moab de celle de la féminine Aschtar avec le 
masculin Kamôsch. 

En tous cas, que le couple conjugal d'un dieu et d'une déesse ait pu quelquefois, 
dans les religions des Sémites, se condenser en un seul être androgyne, c'est ce 
qu'atteste formellement, comme l'a déjà reconnu M. J.-P. Six (1), le type des pièces 
d'argent frappées sous la domination des rois de Perse, dans quelques localités de 
la Palestine méridionale, où l'on voit une tète divine à deux visages, à la façon de 
celle du Janus italique. Une des faces de cette tête est toujours mâle et barbue, 
l'autre celle d'une femme (2). 

Il me serait facile d'ajouter bien des choses, de montrer, par exemple, des 
expressions de l'androgynisme fondamental d'Astarté dans sa forme armée et 
guerrière, ainsi que dans la représentation sous la figure essentiellement phallique 
du cône de pierre, et d'appuyer toutes ces considérations parla comparaison entre 
l'Astarté syro-phénicienne et la Cybèle-Agdestis de la Phrygie, qui lui est si 
étroitement apparentée. Mais tout ceci a déjà été dit par d'autres beaucoup mieux 
que je ne pourrais le faire, et je n'aurais rien de nouveau à ajouter aux doctes 
recherches de ceux qui ont antérieurement traité cette question. Je préfère donc 
m arrêter ici, en limitant cette lettre à un sujet restreint. 

Je ne voulais qu'y établir une seule chose, et je crois l'avoir fait. C'est qu'en 
dépit des savantes dénégations de M. Edouard Meyer, l'existence de la Vénus mâle 
ou androgyne des religions de l'Asie antérieure ne repose pas seulement sur les 
passages classiques relatifs à la Venus barbota ou à l'Aphroditos de Cypre, qu'elle 
est attestée formellement par les documents épigraphiques indigènes de l'Assyrie, 
de la Pbénicie et du Yémen. Il faut donc lui maintenir plus que jamais sa place 
dans la mythologie des nations sémitiques. 

G.-W. MANSELL. 



(1) Num. Chron., 1878, p. 112. I (i) J.-P. Six, Num. Chron., 1877, p. 221, nos 1 

| et 8, et p. 227, n» 32. 



—.11 — 



TERRE-CUITE DE TANAGRA 



( Planche 10. ) 



La statuette gravée dans cette planche, si elle a perdu presque tout 
vestige de la coloration qui la couvrait autrefois, est, sans contredit, 
au point de vue du mérite plastique et des proportions '30 centimètres 
de hauteur), un des morceaux les plus remarquables qui soient sortis 
des tombeaux de Tanagra. C'était une des perles de la collection de 
feu M. Paravey (1), dont le gendre, M. le docteur Maurice Raynaud, la 
conserve désormais, avec la figurine athénienne d'une femme assise, 
arrangeant ses cheveux, qui, après avoir appartenu jadis à Fauvel, fit 
ensuite partie de la collection Pourtalès (2). Nous avons encore ici la 
représentation d'une jeune femme, laquelle, vêtue d'un long chiton, 
drapée dans un ample himation posé sur ses épaules, les cheveux 
enveloppés dans un cécryphale, se tient debout, portant une colombe 
sur son poing gauche. 

Des figures de «. femmes à la colombe » se sont offertes à plusieurs 
reprises dans les terres-cuites de Tanagra , variées d'attitude et de 
composition. La plus belle, avec celle que nous publions aujourd'hui, 
appartient au Musée de Berlin (3). Étroitement enveloppée jusqu'au 
col dans un himation peint en blanc, qui cache ses bras, la jeune 
femme représentée dans cette dernière est assise sur un quartier de 
rocher; la colombe est posée sur son épaule gauche et vient becqueter 
sa bouche. Une terre-cuite d'Athènes, qui, lorsque Stackelberg la 
publia (4-), faisait partie de la collection Burgon, nous montre aussi une 
jeune fi 1 le tenant une colombe sur sa main. Le même sujet s'observe 



(1) Elle est décrite sous le n" 267 du catalogue 
de vente, rédigé par M. le Baron de Wïtte. 

(2) Panofka , Antiques du Cabinet Pourtalès , 
pi. xxxi ; Catalogue Pourtalès, n» 834; Catalogue 
Paravey, n° 204. 

Comme il est bon de suivre les destinées de ces 
morceaux exceptionnels, nous noterons encore, que 
la belle statuette d'une jeune femme assise , pro- 



venant de Tanagra, qui est gravée dans la Gazette 
archéologique, 1876, pi. 33, a été acquise à la 
vente Paravey (où elle portait le n° 261) par le 
Musée Thorvaldsen, de Copenhague. 

(3) Kekulé, Thonfiguren nus Tanagra, pi. xv; 
Griechische Terracotten aus Tanagra and Ephesos 
im Berliner Muséum, pi. v. 

i Grœber der Hellenen, pi. lxiii, n° 1. 



— 72 — 
dans une figurine de la Cyrénaïque au Musée du Louvre (1). Enfin 
il est bon de rapprocher une délicieuse statuette de bronze trouvée 
àPatras, qui représente une jeune fille debout, drapée, avec une 
colombe posée sur son épaule gauche (2). 

Pour ces diverses figures se pose l'éternelle question qui revient 
toujours à l'occasion des terres-cuites de Tanagra. Faut-il y voir des 
images de divinités dépouillées de leur antique gravité et abaissées à 
un caractère singulièrement humain? Ou bien doit-on y reconnaître 
des images de simples mortelles, des sujets empruntés à la vie fami- 
lière? Stackelberg voyait une Perséphoné Phéréphatta dans la sta- 
tuette de la collection Burgon. C'est ce nom, ou plutôt encore celui 
d'Aphrodite, qu'il faudrait adopter si , se rangeant au système d'in- 
terprétation que M. Heuzey défend avec tant de science et d'habileté, 
on adoptait la première hypothèse. 

Mais la plupart des antiquaires se prononcent en faveur des sujets 
de la vie réelle, des sujets de genre, à la suite de MM. O. Liiders , 
O. Rayet et Kekulé, et je dois avouer que pour ma part c'est cette 
dernière méthode d'explication qui a mes préférences. En particulier, 
dans la statuette que nous publions aujourd'hui, et dans toutes celles 
que je viens d'en rapprocher, je ne vois absolument rien qui puisse 
donner l'idée que l'on est en présence de quelque chose d'aussi au- 
guste que l'image d'une déesse (3). L'accent a quelque chose d'essen- 
tiellement familier dans sa grâce, où l'on sent, s'il est permis de s'ex- 
primer ainsi, une élégance vécue sous les yeux de l'artiste et prise 
par lui sur le fait. 

Sans doute la colombe est par excellence l'attribut d'Aphrodite; 
c'est une notion élémentaire en archéologie, et la première idée qui 
s'éveille à la vue de cet oiseau dans une œuvre de l'art antique est 
qu'il doit accompagner la déesse de la beauté et de l'amour. Mais 
la colombe peut se montrer aussi dans des figures de genre, auprès 



(1) Heuzey, Les figurines antiques de terre- 
cuite du Musée du Louvre, pi. xli, n» 2. 

(2) Stackelberg, Grœber, pi. lxxih, no 5. 

(3) Au contraire, dans une figurine de Tanagra 
au Musée du Louvre (Heuzey, pi. xxi, n° 2), la 



haute Stéphane qui décore le front d'une femme 
nue, debout auprès de la vasque des bains 
(Am/Tifpio») et tenant une colombe sur sa main 
droite, ne permet pas d'y méconnaître Aphrodite 
elle-même. 



— 73 — 
de simples femmes. C'était un des oiseaux que chez les anciens on se 
plaisait le plus à apprivoiser pour se faire un passe-temps et un jeu 
de leur compagnie (l). La colombe d'Anacréon, célébrée par lui (2), 
mangeait dans sa main, buvait dans sa coupe, voletait autour de lui 
et dormait sur sa lyre. Un roi de Cypre, s'il faut en croire le comique 
Antipbaue (3), avait trouvé un moyen ingénieux de se faire éventer 
par le mouvement des ailes de colombes familières. Aristote (4) nous 
renseigne sur les principales races de ces oiseaux élevées de son temps. 
Les colombes privées s'appelaient nSai ou -ziOaccai. On employait des 
moyens artificiels pour leur donner des couleurs variées, qui aug- 
mentaient leur valeur vénale (5), souvent très-élevée (6). On avait 
pour les colombes familières des soins singulièrement raffinés ; on les 
baignait dans des eaux de senteur (7), et, si l'on en avait plusieurs, 
la mode voulait que chacune exhalât un parfum différent (8). Un 
poète contemporain de Martial, Laruntius Stella de Padoue, voulant 
rivaliser avec Anacréon et Catulle, avait consacré à la colombe qui 
faisait les délices de sa maîtresse et les siennes, un petit poëme que 
quelques-uns jugeaient supérieur au Moineau de Lesbie{9). 

Dans une comédie d'Anaxandride (10), un personnage exprimait son 
amour par des cadeaux de colombes et de moineaux, autre espèce 
d'oiseau consacrée à Aphrodite. En effet, les représentations monu- 
mentales nous montrent fréquemment des colombes comme présents 
offerts par les amants (11). Souvent aussi, en particulier sur les vases 
peints, l'introduction de cet oiseau comme élément accessoire dans 
une composition a une signification manifestement amoureuse (12). 



(1) Voy. ce que dit à ce sujet M. Saglio, dans le 
Dictionnaire des antiquités de la maison Hachette 
(p. 700), et la riche série de citations littéraires 
et monumentales qu'il a rassemblées. 

(2) Od., IX, 3, 

(3) Ap. Athen., VI, 67. 

(4) Hist. anim., VIII, 3. 

(5) Oppian., Cyneg., I, 353 et s. 

(6) Plin., Hist. nat., X, 37, 53; Varr., De re 
rust., III, 7, 10; Columell., VIII, 8, 10. 

(7) Anacr., Od., IX, 3. 

(8) Alex. ap. Athen., XV, 4i. 



(9) Martial., I, 8; Stat. Silo., I, 2, 102. 

(10) Athen., XIV, 00. 

(11) Millin, Vases peints, t. II, pi. lxxvii ; Ch. 
Lenormant et J. de Witte, El. des mon. cèramogr., 
t. II, pi. xcm; cf. Virg., Edog., I, 58; Ovid., 
Metam., XIII, 831. 

(12) Tischbein, t. II, pl.xxxii; t. IV, pi. xxxix, 
édit. do Florence; Laborde, Vases de Lamberg, 
t. H, pi. m; Ch. Lenormant et J. du Witte, /•.'/. des 
mon. cèramogr., t. I, pi. xxix It ; Ann. de FInst. 
arch., t. XV (1813), pi. B; Antiquités du Bosphore 
Cimmérien, pi. lxi, n os 5 et 6. 



— 74 — 
Mais bien souvent aussi, quand les peintres céramistes ont accom- 
pagné de colombes les ligures de femmes qu'ils dessinaient dans des 
sujets très-divers 1), il semble que ce ne soit pas par une autre raison 
que parce que dans la vie habituelle, dans l'intérieur des maisons 
et dans les promenades, on voyait fréquemment cet oiseau se jouer 
auprès des femmes. 

Un bas-relief de l'ancien Musée du Capitule retrace une scène 
domestique où une mère et ses enfants sont avec deux colombes pri- 
vées et un cbien qui folâtrent autour d'eux (2). 

Tout ceci montre, je crois, qu'il n'est pas besoin de chercher à la 
colombe, dans les terres-cuites de Tanagra, d'Athènes et de la Cyré- 
naïque ou dans le bronze de Patras, une explication mythologique. 
Rieu ne s'oppose à ce que, nous laissant guider par l'accent que les 
artistes ont empreint dans leurs œuvres, nous reconnaissions dans ces 
ligures des impies représentations d'un caractère familier, empruntées 
à l'existence quotidienne de la société grecque. 

E. de CHANOT. 



BIJOUX DR LA COLLECTION DE LUYNES 

(PLANX'HES 11 ET 17.) 

La collection si noblement donnée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque 
Nationale par le feu duc de Luynes, renferme quelques très-beaux bijoux antiques, 
qui jusqu'à présent demeurent inédits. La direction de la Gazette archéologique a 
choisi plusieurs des plus remarquables et leur a consacré deux planches. Les objets 
de ce genre ne réclament pas un long commentaire archéologique, et à propos de 
ceux-ci, nous pouvons nous borner à quelques brèves indications de provenances. 

Le remarquable collier qui occupe la plus grande partie de la planche 11 e3t 
formé d'une chaîne d'or tressée en jaseron, qui se recommande par sa singulière 



(1! D'Hancar ville, Vases de Hamilton . t. IV, 
pi. xxxvm ; Laborde, Vases de Lamberg, t. I, 
pi. XL vu ; lnghirami, Vasi fittili, t. II. pi. clxxiv ; 
Ch. Lenormanl el J. de Witte, El. des mon. céra- 



mogr., t. I, pi . xxix A ; t. IV, pi. xix, lxiii, lxxi, 
i.xxvii. lxxviii et LXXXIII. 
(î) Mus. Capitol., t. III, pi. lxvii. 



— 75 — 
finesse el par la souplesse qu'elle a conservée. Il se ferme par deux têtes de mulet 
en grenat , serties chacune dans un harnachement d'or. Le médaillon qui y est 
suspendu est en forme d'ombilic entouré de dentelures , avec sa surface entière- 
ment couverte d'un granulé très-fin et admirablement réussi. Ce médaillon est, 
en outre, enrichi de cinq grenats disposés en quinconce, et un sixième a été placé 
à l'endroit où s'attache le coulant. L'objet provient d'un tombeau de Nola et 
peut passer pour un des spécimens les plus parfaits, au point de vue technique, 
de l'industrie du bijoutier dans les villes grecques ou hellénisantes de la Campanie. 
Quant à la petite fibule en arc gravée sur la même planche, c'est un produit de 
l'industrie étrusque, qui dans ce genre avait su parvenir, comme chacun sait, au 
plus haut degré de l'habileté. Elle a été trouvée à Corneto, l'ancienne Tarquinies. 
Rien de plus élégant de motif ni de plus fin d'exécution que les perles d'or et les 
fleurettes étalant leurs pétales, qui garnissent entièrement l'arc et le fermoir. Les 
écrins de la collection Campana, au Musée du Louvre, ne renferment aucune pièce 
analogue qui soit plus exquise. 

C'est des riches sépultures de Canusium en Apulie qu'est sorti l'élégant collier 
de la planche 17. Il se compose de perles d'or alternant avec des perles de grenat 
serties dans des fleurons d'or. Deux tètes de jeunes taureaux en or le terminent à 
ses deux extrémités, et servaient à le fermer. 

La broche ronde (jzôpizri) , destinée a s'attacher sur la poitrine, que l'on voit 
également gravée dans la planche 17, est d'une date moins haute, d'un style plus 
barbare et d'une exécution plus grossière. Elle a été trouvée à Capoue. C'est un 
disque d'or à jour sur lequel est découpé un sujet qui représente un griffon 
terrassant un taureau. La circonférence en est formée par une plate-bande de 
verroteries rouges et vertes, alternées et enchâssées dans des alvéoles. Le procédé 
matériel et le mode de décoration appartiennent en propre aux bas temps ro- 
mains, et ceci s'accorde bien avec le style du sujet central. Au bas de cette broche, 
en pendentifs, sont attachées trois chaînettes supportant deux avelines d'or et une 
poire d'améthyste. 

Enfin les deux boucles d'oreilles de la même planche ont été exhumées de la 
nécropole de Torlose en Phénicie, l'ancienne Antaradus. Pour chacune d'elles la 
collection de Luynes possède la paire. L'une est d'un dessin très-élégant et d'une 
exécution délicate; on peut sans hésitation l'attribuer à l'époque des Séleucides. 
Elle offre une grosse perle en grenat sertie dans une poire d'or décorée au granulé. 
L'autre est, au contraire , un joyau assez vulgaire et d'une médiocre exécution. 
Une poire d'améthyste y est suspendue au-dessous d'une perle fine et d'un petit 
cabochon d'émeraude grossière. 

S. TIUVIER. 



— 76 — 
BAS-RELIEF DU MUSÉE DE VIENNE 

(Planche 12.) 

Le grand bas-relief <le marbre, représenté dans cette planche, a 
dû tenir une place importante dans la décoration d'un des plus somp- 
tueux édifices de la Vienne antique. Ce que l'on en possède, et on 
peut voir qu'il est loin d'être complet, a 2 mètres 30 de hauteur et 
1 mètre 60 de largeur. On l'a reconstitué par le rapprochement de 
neuf fragments trouvés dans des fouilles à des époques différentes et, 
chose singulière, dans des endroits divers de la ville. Des deux prin- 
cipaux morceaux le premier a été découvert dans les jardins de 
l'hospice et le second dans les fouilles exécutées au lieu dit Beaumur. 
Tel qu'on a pu le rétablir, ce bas-relief, jusqu'à présent inédit, est 
conservé dans notre musée municipal, où il porte le numéro 68, qui 
lui est déjà donné dans la Description de Delorme. La sculpture, sans 
appartenir à la plus belle époque de l'art, n'est cependant pas dénuée 
de mérite et remonte à lage du haut Empire. 

On y voit au premier plan une Vénus assise, dont la tète et l'avant- 
bras droit manquent, ainsi que le pied gauche. Un ample manteau 
descend des épaules de la déesse, couvre le siège à dossier orné sur 
lequel elle est assise, et, se repliant sur ses jambes et sur ses cuisses, 
laisse à découvert son beau torse et ses bras élégants. Au-dessus , et 
au second plan, une femme à l'aspect matronal, dont la tête manque 
aussi, assise sous un arbre, est vêtue d'une longue tunique. Devant 
elle, une grande draperie descend en arrière de la Vénus. La bordure 
du bas-relief est formée de rais de cœur. 

Devant ces deux ligures on penserait volontiers à Dioné et à sa fille 
Vénus, se reposant sous les chênes de Dodone. Le sujet reste, 
d'ailleurs, une énigme dans l'état de mutilation où il nous est parvenu. 
Mais j'espère toujours que quelque fouille heureuse me fera découvrir 
d'autres fragments, qui compléteront la composition et l'expliqueront 
d'une manière définitive. 

Tout incomplet qu'il est, ce morceau de sculpture décorative m'a 
paru mériter d'être publié, car c'est dans son genre le plus considé- 
rable que le sol de la Gaule ait rendu au jour. Notre musée possède, 
du reste, deux autres fragments de bas-reliefs analogues, du même 
marbre et des mêmes proportions, qui doivent avoir fait partie de la 
décoration du même édifice. L'un représente Apollon-Soleil qui 



descend dans le sein de la mer(l) ; sur l'antre on voit seulement la 
partie inférieure du torse, la cuisse et une partie de la jambe droite 
d'une figure d'enfant (2). 



J. LEBLANC, 

Conservateur du Musée de Vienne (Isère). 



LES PEINTURES DES TOMBEAUX ÉGYPTIENS 

ET LA MOSAÏQUE DE PALESTRUVE. 

Les chambres accessibles des tombeaux égyptiens sont décorées, à 
l'ordinaire, de peintures représentant les scènes de la vie civile et 
domestique. « Le prince Khnoumhotpou, fils de Nouhri, dit une 
inscription de Beni-Hassan, a fait ceci en monument de soi-même 
dès l'instant qu'il commença de travailler à son tombeau, rendant son 
nom florissant à toujours, et se figurant lui-même pour jamais en sa 
syringe funéraire, rendant le nom de ses familiers florissant, et 
figurant, chacun selon son emploi, les ouvriers et les gens de sa 
maison ; il a réparti entre les serfs tous les métiers et a montré tous 
les subordonnés (?) tels qu'ils sont. » On les voit tous, en effet, 
Khnoumhotpou et ses enfants, les pêcheurs, les artisans, les bergers, 
les prêtres. Les paysans labourent, sèment, récoltent 5 le potier tourne 
ses vases et les cuit au four ; les tisserands sont accroupis devant la 
trame ; les danseurs exécutent leurs pas les plus brillants : c'est la vie 
égyptienne saisie sur le vif et fixée, depuis cinquante siècles, sur une 
muraille d'hypogée. Chaque paroi forme comme un tableau dont les 
parties, distribuées en registres, montent et s'étagent du sol jusqu'au 
plafond. Quelquefois, les scènes n'ont aucun lien entre elles et repré- 
sentent des actions indépendantes, accomplies à différents moments 
de l'année, en des endroits différents. Quelquefois, l'ordre dans lequel 
elles sont rangées est tel qu'on y doit reconnaître, malgré les défauts 
de la perspective, une composition d'intention et d'effet voulu. Le 
peintre s'est placé sur le Nil, par exemple, et a reproduit tout ce (fui 
se passait entre lui et l'extrême horizon. Au bas de la paroi, le Nil 
coule à pleins bords : des bateaux passent, des matelots, montés sur 
des canots de papyrus, échangent des coups de gaffe ou chassent l'hip- 

(1) Delorme, Description du Musée de Vienne, [ (2) Delorme, p. 307, »• 3I5. 
p, 153, n° 86. 

11 



— 78 — 



popotame et le crocodile, tandis que des bouviers baignent leur 
troupeau. Au-dessus, la berge et les terrains qui avoisinent le fleuve : 




FRAGMENT DSE PEINTURES 

DU TOMBEAU DE KHNOU1I-HOTPOU A BENI-HASSAN. 

des esclaves coupent des joncs, d'autres construisent des barques, 
d'autres, cachés dans les herbes, tendent le filet et prennent des 



— 79 — 

oiseaux. Au-dessus encore, les champs et le labour, des paysans qui 
vont à leurs travaux, des bœufs qu'on mène paître. Enfin, dans le 
haut, les collines nues et les plaines ondulées du désert, où des 
lévriers forcent la gazelle , où des chasseurs court-vêtus abattent le 
gibier à coups de flèche. Chaque registre répond à un des plans du 
paysage; seulement, le peintre, au lieu de mettre les plans en pers- 
pective, les a séparés les uns des autres et superposés. 

Barthélémy admit le premier que la grande mosaïque de Palestrine 
avait été fabriquée après le voyage d'Hadrien en Egypte (1). Je n'ai 
pas à m'occuper de la question de date : c'est affaire aux archéologues 
qui font profession d'étudier l'antiquité romaine. Mais Barthélémy et 
tous ceux qui sont venus api-ès lui ont considéré que la mosaïque de 
Palestrine était une sorte de paysage historique , peut-être la repro- 
duction en pierre de quelqu'un de ces tapis d'Alexandrie si prisés des 
anciens (2), dans lequel un artiste d'époque impériale avait e.ssayé de 
présenter à sa guise l'aspect de l'Egypte et les singularités du désert 
africain (3). Le Nil baigne le bas du tableau. Il a recouvert la vallée 
entière et s'est étendu jusqu'au pied des montagnes. Des villas sortent 
de l'eau , des obélisques, des fermes, des tours de style gréco-italien , 
plus semblables aux fabriques des paysages pompéiens qu'aux monu- 
ments des Pharaons; seul, le grand temple situé au second plan, sur 
la droite, et vers lequel se dirigent deux voyageurs, est précédé d'un 
pylône auquel sont adossés quatre colosses Osiriens , et rappelle 
l'ordonnance générale de l'architecture égyptienne. A gauche , des 
chasseurs, portés sur une grosse barque, poursuivent l'hippopotame 
et le crocodile à coups de harpon. A droite une compagnie de 



(1) Explication de la mosaïque de Palestrine, 
par l'abbé Barthélémy, dans le t. XXX de l'an- 
cienne série des Mémoires de l'Académie des 
Inscriptions, 4764. Le tirage à part porte la date 
de 1760. Ce tirage à part existe en in-4° et en in- 
folio. Sous la dernière forme il se joint d'ordinaire 
au Recueil de peintures antiques d'après les dessins 
coloriés faits par Piètre Sanli Bartoli, publié en 
1757 par Caylus et Mariette. 

(2) C'est l'opinion de Visconti, Opère varie, 
1. 1, p. 168, que semble avoir adoptée M. Lumbroso, 
Bullettino dell' Instituto di Corrispondenza archeo- 
logica, 1875, p. 13i-l3o. 

(3) Nous reproduisons, en la réduisant, la gravure 
donnée par Barthélémy, laquelle est suffisamment 
exacte dans certains détails, bien que laissant un 
peu à désirer sous le rapport du style. Elle a été fai te 
d'après une gouache de Santi-Bartali , appartenant 



en 1760 à Caylus, et qui était dernièrement en 
vente chez un marchand d'estampes de Paris. 

Antérieurement, la mosaïque de Palestrine avait 
été déjà plusieurs fois gravée, mais moins exacte- 
ment : Ki relier, Lut. cet. liom. (1671), planche à 
la p. 100; Ciampini, Vet. monim., t. I, p. 81 ; et 
dans les planches détachées que Ger. Frezza 
exécuta en 1721 pour le cardinal Francesco 
Barberini, d'après les dessins de Gius. Sincero. — 
Publications plus récentes sur le même monument : 
L. Cecconi, Del pavimento in mnsaico rinvenuio nel 
tempio délia Fortuna Prenestina , Rome, 1827; 
C. Fea, L'Egitto conquistato dall' Imperatore Ce- 
sare Ottaviano Augusto sopra Cleopatra e Marco 
Antonio rappresentata nel musaico di Palestrina , 
Rome, 1828; 1). Santé Pieralisi , Osservazioni sul 
musaico di Palestrina, Rome, 1858, in-folio, avec 
un nouveau tirage des cuivres de Frezza. 



— 80 — 




— 81 — 




légionnaires, massée devant un temple et précédée d'un prêtre, 

Saraît saluer au passage une galère qui ii le à toutes rames, le long 
u rivage. Au centre, des hommes et des femmes à moitié nues 
chantent et boivent, à l'abri d'un berceau sous lequel coule un bras 
du Nil. Des canots en papyrus montés d'un seul homme, des 
bateaux de formes diverses, circulent entre les scènes et comblent 
les vides de la composition. Le désert commence derrière la ligne 
des édifices; ici l'eau forme de larges flaques que surplombent des 
collines abruptes. Des animaux réels ou fantastiques, poursuivis 
par des bandes d'archers à tète rase, occupent la partie supérieure du 
tableau; les noms sont écrits en gros caractères au-dessus de chaque 
espèce, et permettent de reconnaître quelques-uns des monstres décrits 

f>ar les naturalistes anciens : le crocottas, les thoantes, l'onocentaure, 
e crocodile-panthère. L'Afrique était dès lors une terre de prodiges, 
que l'imagination des voyageurs peuplait d'êtres fabuleux. 

Si, après avoir considéré la mosaïque de Palestrine , on feuillette 
quelqu'un des volumes de Champollion ou de Lepsius, on sera frappé 
de la ressemblance qu'elle offre avec certains tableaux gravés et peints 
sur les tombeaux égyptiens. C'est la même disposition : dans le bas , 
des scènes d'inondation et de vie civile; dans le haut, des scènes de 
chasse au désert. Parfois, entre le Nil et la montagne, l'artiste a repré- 
senté des pâtres, des laboureurs, des gens de métier (1) ; parfois, il a 
fait succéder brusquement la région des sables à la région des eaux et 
supprimé l'intermédiaire (2). Les détails sont presque identiques des 
deux parts ; il n'est pas jusqu'aux monstres de l'artiste européen qui 
ne trouvent leur analogue dans l'œuvre des peintres égyptiens. Parmi 
les animaux réels que chassent les princes de Beni-Hassan, on ren- 
contre plus d'une bête imaginaire : des quadrupèdes à la tête et au 
cou de serpent, tigrés de fauve, une espèce de griffon ailé blanc, 
un loup à museau courbé, à oreilles carrées, à queue droite (3). Il 
suffit de jeter les yeux sur les figures pour reconnaître l'exactitude de 
cette assertion 4-) : la mosaïque de Palestrine et les peintures égyp- 
tiennes reproduisent un même sujet, ou plutôt un même ensemble 



(1) Cf. par exemple, dans Champollion, Notices 
manuscrites, t. II, p. 338-345 et p. 359-366, les 
peintures de deux des principaux tombeaux des 
Beni-Hassan. 

(2) Par exemple, au tombeau de Ptahhotpou, 
sous la Ve dynastie (Dii:nichen , Resttltate der ar- 
cMologisch*-photographischen Expédition, Theil, I, 
pi. vm, Berlin, 1869, in-fol.). 



(3) Champollion, Notices, t. II, p. 339 et 360. 

(4) Les clichés qui accompagnent cet article 
sont empruntés l'un au tombeau de Phtahliotpou, 
à Saqqarah, l'autre au tombeau de Khnoumhotpou, 
à Beni-Hassan. Ce dernier est formé de deux séries 
de représentations reproduites dans Lepsius, et 
qu'on a réunies, sans altérer du reste aucun 
détail de l'original. 



— 83 — 

de sujets traités d'après les conventions et les procédés de deux arts 
différents. 

On sait, par des documents certains, que, dès une haute antiquité, 
les tombeaux égyptiens étaient visités par les voyageurs et par les 
curieux. Les graffiti nous apprennent qu'à la xx e dynastie, les scribes 
qui passaient par Beni-Hassan ne manquaient pas d'entrer dans les 
hypogées de Khnoumholpou et d'Amoni-Amememhâït; ils les pre- 
naient, par erreur, pour des monuments du temps de Khéops (4). Les 
inscriptions grecques du tombeau de Séti I er montrent qu'à l'époque 
impériale on allait, comme de nos jours, au Bab-el-Molouk. Hadrien 
et ses compagnons de voyage et, d'une manière générale, tous les 
Occidentaux, artistes ou simples touristes qui parcouraient la vallée 
du Nil, pouvaient donc voir et copier, comme nous faisons, les scènes 
de vie civile et domestique retracées dans les salles accessibles des 
syringes égyptiennes. Je ne sais si d'autres l'ont fait, mais quand je 
considère, 1° que la mosaïque de Palestrine représente des scènes de 
la vie égyptienne; 2° que ces scènes sont disposées de la même manière 
que les scènes analogues des tombeaux égyptiens, je ne puis m'ein- 
pècher de conclure que l'artiste auquel nous devons la mosaïque 
même, ou le dessin du tapis qui servit d'original à la mosaïque, l'a 
fait pour son compte. Je ne veux pas dire par là qu'il a reproduit 
purement et simplement un tableau spécial qu'il avait vu dans un 
hypogée; mais je crois ne pas trop m'avancer en affirmant qu'ayant à 
rendre des scènes de la vie égyptienne, il s'est souvenu des peintures 
égyptiennes qu'il avait rencontrées au cours de son voyage. 

En d'autres termes, la mosaïque de Palestrine n'est pas une œuvre 
originale due à la fantaisie d'un artiste gréco-romain; c'est l'interpré- 
tation, par un artiste gréco-romain, d'oeuvres égyptiennes remontant 
aux anciennes époques. Le dessin et la composition de chaque scène 
particulière sont conçus dans l'esprit des peintres d'Occident; le sujet 



(1) Champollion, Notices, t. II, p. 423-425. 
Comme ces yraffîti n'ont jamais été étudiés, je 
crois qu'il n'est pas inutile d'en donner ici la tra- 
duction. — N> 1. « C'est ici la venue du scribe 
royal Amenmes. Quand je suis allé pour \oir la 
chapelle du Rà-Khouwou le Véridique, elle a été 
trouvée semblable , en son intérieur, au ciel, 
lorsque le soleil s'y lève, et approvisionnée en 
encens frais pour la chapelle du Rà-Khouwou le 
Véridique. » — N<> 2. « C'est ici l'allée qu'a faite 
le scribe Aah-ni (?), pour voir la chapelle du Rà- 
Khouwou le Véridique; elle a été trouvée, en son 
intérieur, comme le ciel quand le soleil s'y lève. » 



— N° 3. « C'est ici la venue qu'a faite le scribe 
habile de ses doigts (?)... Roi, pour voir la cha- 
pelle de Rà [sic], véridique. Il l'a trouvée 

de beaucoup (?) plus belle que toute autrechaprlle, 

et il a dit : « [Milliers de ] . et de cruches 

de « bière — N° 4. « C'est ici la venuo 

qu'a faite le scribe Thoutii (?) pour voir la belle 
chapelle du Râ-Khouwi véridique. Elle a été trou- 
vée belle extrêmement, plus que [tout temple ds?] 
Phtah, en encens frais, et approvisionnée de 
parfums. . . . la chapelle dans laquelle est lo Râ- 
Khouwi véridique. » L;i variante Khouwi donne la 
raison de la transcription ^wq-l-s de Manélhon. 



de la plupart des scènes et la composition de l'ensemble sont em- 
pruntés aux œuvres des peintres d'époque pharaonique. 



G. MASPERO. 



VASE DE BRONZE EN FORME DE TETE 

( Planche 13. ) 

L'exquise tête de bronze, de travail grec de l'époque des successeurs 
d'Alexandre, qui est gravée sous deux aspects dans notre pi. 13, avec 
ses dimensions originales, appartient à M. le docteur Sorlin-Dorigny, 
de Conslantinople. Elle a été trouvée dans le territoire de l'ancien 
royaume de Pont, entre Trébizonde et Amasia. C'est à peu de chose 
près la même région que celle où a été découverte, dans une localité 
intermédiaire entre Trébizonde et Erzeroum, l'admirable et fameuse 
tête de statue en bronze, qui est entrée au Musée Britannique après 
avoir passé par les collections de Photiadis-Pacha et de M. A. Castel- 
lani, et que M. R. Eogelmann vient de publier de nouveau, en la 
revendiquant comme une Aphrodite au lieu d'une Artémis (1). Il y 
a, du reste, entre les deux morceaux une frappante parenté de style, 
d'art et d'école, et même un trait commun assez significatif dans les 
deux petites mèches qui se détachent de la coiffure, pour descendre 
en frisant légèrement sur le milieu du front. 

La tête appartenant à M. Sorlin-Dorigny a figuré l'année dernière 
à l'Exposition historique du Palais du Trocadéro et y a été hautement 
appréciée de tous les amateurs. C'est, en effet, un vrai joyau dans ses 
petites dimensions. Il n'y a pas de doute à avoir sur sa destination ; 
c'était un de ces vases qui servaient à contenir l'huile parfumée dont 
on se frottait pour les bains, vases auxquels on donnait habituellement 
la forme d'une tête. Originairement elle était complétée par deux pièces 
qui ont aujourd'hui disparu : une plaque soudée qui faisait le fond 
du vase, et un couvercle mobile formant opercule au sommet de la 

(1) Archœologische Zeitung, 1878, p. 450-458, pi. xx. 



tête. On distingue encore à l'occiput, sur l'original, la place où était 
soudée la charnière de ce couvercle. 

Malgré la gravité majestueuse donnée à l'expression des traits, c'est 
la tête d'une Ménade que l'artiste a ici représentée, mais sans 
doute une Ménade d'un caractère plus auguste que les autres , 
comme Nysa , la nourrice de Dionysos , ou Thyoné. La nébride la 
caractérise de la manière la plus formelle. La disposition de cette 
nébride de manière à en former une coiffure est, du reste, tout à fait 
nouvelle, et je ne sache pas qu'on l'ait encore observée sur aucun autre 
monument. Les taches dont la peau du faon est parsemée sont expri- 
mées par des points en creux, qui étaient primitivement incrustés d'or, 
de même que les yeux étaient incrustés en argent. On avait ainsi 
obtenu un effet qui rappelait à l'œil, et intentionnellement, l'aspect du 
ciel constellé d'astres, dont la nébride, avec ses taches, était regardée 
comme un emblème (1). 

Ce monument est de ceux qui n'appellent pas un long commentaire, 
où le mérite d'art prime l'intérêt d'érudition, de ceux pour lesquels 
ce qu'il y a de mieux à faire est d'en publier la figure sans entrer dans 
des explications développées, car la leçon qu'ils fournissent s'adresse 
surtout aux yeux. Remarquons seulement que le culte dionysiaque 
et ses orgies, où figuraient les Ménades, avait pris, dans les siècles 
postérieurs à Alexandre, un développement considérable dans la 
région du Pont et de l'Arménie. C'est de là, eu effet, nous dit-on, 
que César rapporta à Rome, enrichies de particularités et de rites 
propres à cette contrée, les fêtes orgiastiques en l'honneur de 
Bacchus (2), qui ne s'étaient plus célébrées à Rome et en Italie depuis 
le sénatusconsulte de l'an 186 av. J.-C. proscrivant les Bacchanales. 

E. de CHANOT. 

(1) Diod. Sic, I, 14; Nonn., Dionnys., IX, 187. | (2) Virg., Ed., V, 29 et Serv., ad. h. I. 



12 



JOUEUSE D'OSSELETS 

FIGURINE DE TERRE-CUITE 

(Planche 14.) 

La Gazette archéologique a droit de se targuer d'être, de tous les recueils pério- 
diques consacrés à l'étude des antiquités, celui qui a publié la plus riche série de 
ces terres-cuites de Tanagra que prisent si haut les amateurs et les artistes, et 
qui méritent bien une semblable vogue par leur exquise élégance, comme par la 
façon dont elles nous font pénétrer dans la vie intime des Hellènes du siècle 
d'Alexandre. Je crois pouvoir dire que si l'on parcourt dès à présentnos planches, 
on y trouvera déjà dans ce genre une collection de sujets plus variée et plus inté- 
ressante que celle qu'offre le splendide, mais trop coûteux ouvrage de M. Kekulé. 
Il est vrai que nous n'avons pas pu nous permettre le même luxe dans les repro- 
ductions. Loin d'être près de nous arrêter dans cette voie, nous sommes fermement 
résolus à y persévérer, et pendant longtemps encore les précieuses trouvailles de 
la cité béotienne, dont la veine semble aujourd'hui tarie, nous fourniront encore 
une riche matière d'études, entièrement empruntée aux collections des amateurs 
français. 

La statuette que nous publions dans notre planche 14 fait partie du beau cabinet 
de M. Bellon, de Rouen, et a été l'une des plus remarquées à l'exposition du 
Palais du Trocadéro. Par une circonstance fort rare dans les monuments de cette 
classe, elle a été brûlée sur le bûcher du personnage, avec les cendres duquel elle 
a été ensuite déposée dans la tombe. Le résultat de cette action a été de faire 
disparaître toutes les couleurs dont elle était peinte, sauf la dorure du bandeau qui 
ceint les cheveux, et de la noircir entièrement, en l'imprégnant d'une fumée grasse. 
Mais elle n'a pas souffert d'autre altération; elle est demeurée intacle en traversant 
cette épreuve. Elle n'a rien perdu de la finesse de son modelé, qui se combine 
avec une noblesse exceptionnelle , avec un accent de grandeur simple et sévère 
auquel les coroplastes de Tanagra ont été loin de savoir toujours s'élever. Ce sont 
ces qualités de noblesse et de grandeur qui la mettent tout à fait hors de pair. 

Le sujet rentre dans une classe assez multipliée parmi les terres-cuites de 
Tanagra; je veux parler des figurines qui représentent une jeune fille accroupie, un 
genou en terre, occupée à l'un des jeux de hasard, dés ou osselets, pour lesquels 
les Grecs avaient une prédilection particulière. Les modeleurs béotiens ont intro- 
duit un certain nombre de variantes légères dans le geste de ces figures et dans 
les attributs qu'elles tiennent entre leurs mains, tout en leur conservant la même 



donnée essentielle d'attitude. C'est ainsi que nous avons la jeune fdle qui fait 
sauter les osselets sur le revers de sa main étendue (1), ou la joueuse de dés qui 
tient d'une main le cornet pour les jeter et de l'autre le petit sac de peau dans 
lequel on les conservait ( u 2). Dans la statuette de M. Bellon, comme dans une autre 
non moins belle et fort analogue, qui fait partie de la collection de M. Imhoof- 
Blumer, à Winterthur en Suisse (3), la jeune fille accroupie semble observer le coup 
que joue en ce moment son antagoniste, laquelle devait être représentée par une 
autre figurine faisant pendant ; sa main droite s'abaisse vers la terre pour ramasser 
les osselets dont elle va se servir à son tour ; c'est le geste prêté à la nymphe Arné 
sur la célèbre monnaie de Ciérium qui la représente en «îToa-yaXiÇouffa (4) ; la 
main gauche, appuyée sur le genou, porte le sac aux dés et osselets, si bien inter- 
prété par M. Heuzey (o). 

Nos lecteurs n'ont pas oublié le charmant groupe de terre-cuite représentant deux 
joueuses d'osselets, groupe découvert dans un tombeau de Canosa et actuellement 
conservé au Musée Britannique, que M. A. S. Murray a publié ici même (6). Le 
savant, l'habile archéologue anglais a dressé à cette occasion le catalogue de toutes 
les répétitions connues de la statue de marbre de YAstragalizusa; car ce sujet a été 
traité en grand par les sculpteurs comme en petit par les modeleurs de figurines. 
M. Heuzey a, de plus , ingénieusement fait remarquer (7) quelle étroite analogie 
de composition existe, dans les terres-cuites grecques, entre la représentation des 
joueuses de dés ou d'osselets et celle de Perséphoné cueillant les fleurs au moment 
d'être enlevée par Pluton (8). Il voit ici, avec toute raison, un exemple de la façon 
dont « les coroplastes , lorsqu'ils avaient trouvé un motif qui plaisait au goût du 
public, s'amusaient à le varier et à le faire passer par des sujets différents, en 
modifiant légèrement les attributs ou quelque détail secondaire du mouvement. » 

Dans un des célèbres monochromes sur marbre du Musée de Naples (9), deux 
des filles de Niobé jouent aux osselets en présence de leur mère, de Latone et 
d'Artémis ^qui frappera bientôt ses jeunes compagnes de ses flèches meurtrières. 
Au milieu des peintures éminemment mystiques, retraçant les scènes des enfers, 



(1) Gazette archéologique, 1878, pi. ix. 

(2) Monuments grecs publiés par l' Association 
des Études grecques, 1876, pi. n, n° 3; Kekulé, 
Thonfiguren ans Tanagra, p!. vu. 

(3) Kekulé, Thonfiguren, pi. VI. 

(ù) llillingen, Ancient coins, pi. in, n<" 12 et 
13; Bompois, Observations sur un dklrachme iné- 
dit de Ciérium, pi. n° s 2-0; Monuments grecs, etc., 
1875, pi. n, no 4. 

(5) Monuments grecs, 1876, p. 15. 

(6) Gazette archéologique, 1876, p. 95. 



(7) Monuments grecs, 1876, p. 9-1-1. 

(8) Gazette archéologique, 1876, pi. vm; Monu- 
ments grecs, 1876, pi. il, n° 2. 

Il faut encore comparer le petit vase en formo 
de figurine, pro\enant de Tanagra, qui représente 
dans la môme attitude une jeune fille tenant une 
grappe do raisin, peut-être une Érigone : Monu- 
ments grecs, 1876, pi. il, n» 1. 

(9) PitturecVErcolano, t. I, pi. i ; Mus. Dorbon., 

t. XV, pi. XLV1II. 



que Polygnote avait exécutées dans la Lesché de Delphes, on voyait les filles de 
Pandarée se livrant au même amusement (1), de même que Palamède et Thersite 
jouant aux dés en présence des deux Ajax (Si). Il est donc évident que les statuettes 
de joueuses d'osselets, parmi les terres-cuites déposées dans les tombeaux, consti- 
tuent l'exemple peut-être le plus formel de l'emploi d'un sujet pris dans la vie 
familière avec une intention symbolique profonde, en rapport avec l'idée de la mort 
ou de la vie d'outre-tombe. 

Mais quelle a pu être cette intention? A ce sujet, M. A. S. Murray (3) et 
M. Heuzey (4) ont proposé des systèmes absolument divergents. Pour le premier, 
le jeu des osselets est un emblème de la mort prématurée, une sorte d'augure des 
funestes hasards du destin ; pour le second, c'est une expression de la quiétude 
heureuse des Champs-Elysées, où se continuent les passe-temps favoris de l'exis- 
tence terrestre ; il y voit « la vie joyeuse et paisible de l'enfance se continuant 
jusque dans les enfers pour les innocentes victimes de la destinée, s Au risque de 
me voir accuser par le savant académicien d'« abus des interprétations symbo- 
liques » , c'est à l'opinion de M. Murray que je me rangerai , en allant même 
jusqu'à l'élargir, ou l'aggraver si l'on veut. 

Pas plus en représentant les filles de Pandarée jouant aux osselets qu'en figu- 
rant les héros du siège de Troie occupés à jeter les dés, Polygnote ne s'était borné 
à leur prêter dans les enfers les divertissements de la vie. La pensée qui guida 
son pinceau dans cette partie de ses fameuses peintures de Delphes était certaine- 
ment d'une nature plus cherchée et plus profonde. A côté des filles de Pandarée, 
le maître de Thasos avait représenté Phèdre se balançant sur une escarpolette , 
allusion euphémique à sa mort par pendaison (5), de même qu'il avait rappelé le 
trépas d'Actéon en le montrant assis sur une peau de cerf et caressant son chien (6). 
Le choix des personnages et les principaux traits de la manière dont ils étaient 
représentés dans la composition des Enfers de Polygnote, étaient conçus de 
manière à éveiller , sous les formes du langage symbolique de l'art , l'idée d'une 
puissance aveugle à l'action de qui la nature entière serait en proie , et dont rien 



(1) Pausan., X, 30, 2. 

(2) Pausan., X, 31, 2. 

(3) Gazette archéologique, 1876, p. 95-99. 

(4) Monuments grecs, 1876, pages 18-24. — 
M. Murray a depuis critiqué les idées de M. Heu- 
zay et défendu les siennes propres : The Academy, 
2 mars 1878, p. 195. 

(5) Pausan., X, 29, 2. 

C'est de la même façon que le rite attique de 
l'aitôpa, retracé sur un vase peint de Chiusi 



(Gerhard, Trinkschalen und Gefœsse, pi. xxvil), 
et dans lequel les jeunes filles se balançaient sur 
des escarpolettes attachées aux arbres (Hygin., 
Po'èt. astron., II, 4; Hesych., v. aioîpa; Poil., IV, 
7, 53 ; cf. Osann, Verhandl. der 6 e * philolog. 
Yersamml. in Cassel, 1843, p. 22 ; K. Fr. Hermann, 
Gottesdienstl. Alterth., § 27, 16, et 62, 39), passait 
pour commémorer la pendaison d'Érigone. 
(6) Pausan., X, 30, 3. 



— 89 — 
ne saurait faire prévoir ni conjurer les coups. Aussi mon père (1) n'a-t-il pas 
hésité à rapprocher des deux scènes de jeu des héros et des filles de Pandarée , 
placées au sein du monde des morts, le passage fameux où Heraclite représentait 
la puissance suprême qui préside à l'univers sous les traits d'un enfant jouant 
aux dés (2). 

Le jeu des dés ou des osselets était d'autant plus naturellement devenu pour 
les Grecs un emblème des hasards du destin, que ces objets comptaient au nombre 
de ceux auxquels on allait demander des consultations pour chercher à pénétrer 
les secrets de l'avenir (3). C'est ce moyen de divination qui constituait les thries 
de Delphes (4), et que l'on employait dans l'oracle de Géryon à Padoue (5), dans 
celui d'Héraclès à Bura (6) et dans celui d'Athéné Sciras à Phalère (7). On connaît 
les peintures de vases assez multipliées qui font voir deux des héros grecs de la 
guerre Troyenne (8) jetant les dés, comme dans la fresque de Polygnote à la 
Lesché de Delphes. Le plus souvent Athéné préside à la scène (9), et par consé- 
quent il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse de la consultation de son oracle de 
Phalère ou de celui qui existait aussi au Sciron de la Voie Sacrée d'Eleusis (10). 
Même quand la déesse n'est pas présente et quand on pourrait croire ainsi à 
la simple représentation d'un divertissement héroïque, plus d'une circonstance 
accessoire ramène la pensée du spectateur à la notion du sort interrogé (M) ou du 
destin fatal qui tranchera prématurément les jours des guerriers occupés à ce jeu. 

François LENORMANT. 



(1) Mém. de l'Acad. de Belgique, t. XXXIV 
p. 121. 

(2) Origen. seu Hippolyt. , Philosophumen., IX, 
9, p. 281, éd. Miller; cf. Procl., In Tim., p. 101; 
Clem. Alex., Paedagog., I, 5, p. 111, éd. Potter. 

(3) Schol. ad Pind., Pyth., IV, 337, éd. Boeckh. 
— On attribuait à Athéné l'invention de ce mode 
de divination : Zenob., Cent., Y, 75;Steph. Byz., v. 

©pi a. 

(4) Zenob., Cent.,V, 75;Steph. Byz. etHesych., 
v. ©p/'a;Suid., t).rii/9Mi Lexic. rhetor. ap. Bekker, 
Anecd. Graec.,p. 363; cf. Lobeck, Aglaopham., 
t. II, p. 814 et s. 

(5) Sueton. , Tiber., 14; voy. J. de Wilte, Nouv. 
Ann. de VInst. arch., t. II. p. 138 et 297. 

(6) Pausan , VII, 2o, 6. 

(7) Poil., IX, 96; Eustalh., ad Odyss., A, 107; 

Phot., Lexic, V. <rxipâ<p/a; Etym., V. irxfipa. 



(8) Ils reçoivent les noms d'Achille et d'Ajax 
sur le vase du Vatican signé par le peintre Exécias 
[Mon. inèd. de l'Inst. arch., t. II, pi. xxii), et sur 
un autre vase, qui appartient à la Pinacothèque 
de Munich (0. Jahn, Vasensammlung Kœnig Lud- 
tcigs, n» 567). 

(9) Gerhard, Rapporto volcente , page 133; 
Auserles. Vasenbilder, t. III, p. 96; Ueber Miner- 
venidole, p. 17; Panofka, Bullet. de l'Inst. arch., 
1832, p. 71 ; Bdder antik. Lebens, p. 1 7 ; Welcker, 
Rhein. Mus., Ire s ér , t. III, p. 601 ; O. Jahn, 
Telephos und Troilos, p. 87 ; J. Boulez, Bullet. de 
l'Acad de Belgique, t. VII, p. 113; Vases peints 
du Musée de Leyde, p. 9 ; voy. aussi ma Monogra- 
phie de la Voie Sacrée, t. I, p. 187. 

(10) Pherecrat. ap. Phot., Lexic, v. <rx7po»; 
voy. ma Voie Sacrée, t. I, p. 188. 

(11) Voy. ma Voie Sacrée, au même endroit. 



— 90 — 
DIONYSOS AU MILIEU DE SON THIASE 

(Planche 15.) 

L'élégance et la noblesse du dessin des figures font de la composition reproduite 
dans cette planche, un peu au-dessous de ses dimensions originales , une des plus 
admirables peintures céramiques qui se puissent voir. Elle décore un oxybaphon 
(haut de 37 centimètres) qui a été découvert à Santa-Maria di Capua, et fait actuel- 
lement partie de la collection de M. Auguste Dutuit, à Rouen (1). 

Nous y voyons Dionysos barbu , la tête ceinte d'un large crédemnon , vêtu d'une 
longue tunique finement plissée , qui descend jusqu'un peu au-dessus de la cuisse; 
sur cette tunique il porte un crocotos de femme ou courte tunique, sans manches, 
décorée de broderies, et par-dessus celle-ci une pardalide disposée en justaucorps 
serré, laissant l'épaule droite dégagée et s'attachant à la taille par une ceinture. A 
son bras gauche est suspendu le fameux péplos de pourpre que les Charités ont tissé 
pour lui à Naxos (2). D'une main le dieu tient le thyrse ; de l'autre il tend un 
canthare à un Satyre nu, lequel y verse le vin d'une outre à demi dégonflée, qu'il 
soutient des deux mains. A droite, un second Satyre, nu, présente un œuf ou un 
fruit à une Thyacle , vêtue d'une double tunique et tenant un grand rameau de 
laurier. Ce dernier attribut, dont la présence dans une scène dionysiaque a tou- 
jours pour objet d'établir un rapport entre Bacchus et Apollon (3) , me paraît 
appeler d'une manière manifeste la qualification de Thyades, qui désigna d'abord 
exclusivement les femmes célébrant les orgies nocturnes de Dionysos sur le Par- 
nasse (4) et ne s'étendit qu'ensuite indifféremment à toutes les Ménades (S). Les 
Satyres de notre peinture ont des formes entièrement humaines, avec une tête d'un 
type très-caractérisé, chauve, au visage écrasé, avec des oreilles et une queue de 
cheval. 

Le costume que nous voyons ici à Dionysos se reproduit sur plusieurs vases 
peints (6) , dont on peut placer l'exécution, comme celle de l'oxybaphon qui nous 



(1) J. deWitte, Catalogue Castellani, no 54 ; Fr. 
Lenormant, Collection A. Dutuit, Antiquités, 
n° 71, pi. xix. 

(2) Apollon. Rhod., Argonaut. , IV, 424; cf. 
Athen., V, p. 198. 

(3) Euripid. ap. Macrob., Salum., I, 18 : 

AtVtfOTa cpiAocfatpvt, Bax^t, Iïaïav AîtoAAoi, st/Avpf. 

(4) Pausan., X, 4, 2 ; 6, 2; 22, 5; voy. Panofka, 
Dionysos und die Thyaden, dans les Mémoires de 



l'Académie de Berlin pour 1852 ; Welcker, Griech. 
Gœtterl., t. II, p. 632 et s. 

(5) Lycophr., Cassandr., 143 et 505; Ovid., 
Fast., VI, 514 ; Calull., LXIV, 392. 

(6) Comme exemples : Ch. Lenormant et J. do 
Wilte, El. des mon. céramogr., t. I, pi. xlii ; 
el le vase encore inédit de la collection de Luynes, 
dont un fragment est donné dans le Dictionnaire 
des Antiquités de MM. Daremberg et Saglio, t. I, 
p. 682, ûg. 805. 



— 91 — 

occupe , vers la fin du v e siècle et le commencement du vi e . C'est celui auquel 
convient proprement le nom de bassara ou bassaris (1), nom de la robe des Ménades 
de la Lydie et de la Thrace (2), appelées d'après ce vêtement Bassarœ ou Bassa— 
rides (3). Cette robe était d'origine lydienne (4) et avait passé avec son nom d'Asie- 
Mineure en Thrace. Elle était encore le vêtement du dieu lydien Bassareus (S), 
assimilé au Dionysos grec, qui le portait comme ses suivantes. On décrit la bas- 
sara comme descendant jusqu'aux pieds , vestts ad pedes usque demissa (6). Le nom 
en venait, ajoute-t-on (7), du mot bassaros, qui, dans la langue lydienne, signifiait 
un « renard » (8), animal consacré en effet au dieu Bassareus (9). Quelques érudits 
ont conclu de là que cette tunique était à l'origine faite en peaux de renard (10), 
ce qu'il est bien difficile d'admettre. La véritable indication paraît être plutôt celle 
du Scholiaste de Perse (11), d'après lequel la bassara était ainsi nommée parce que 
les Bacchantes qui la portaient se ceignaient en même temps de peaux de renard, 
pellibus Bacchae siiccingebantur. En réalité, ce costume se composait donc de deux 
parties , la longue tunique, le plus souvent accompagnée d'un crocotos, et le vête- 
ment de peaux qui la recouvrait comme une sorte de justaucorps n'atteignant pas 
le genou. C'est là l'accoutrement même du Dionysos du vase de M. Dutuit. Par- 
tout où nous l'observons, il est porté par un Bacchus barbu , dont l'aspect très- 
efféminé trahit l'action de l'influence lydienne, qui s'exerça principalement sur la 
religion dionysiaque de la Grèce à l'époque des grands tragiques. Sur le vase de 
la collection de Luynes, qui en offre un très-bel exemple , ce costume est attribué 
sans aucune différence au dieu lui-même et aux Ménades qui lui font cortège ; ce 
vase encore inédit, et qui mérite tout à fait d'être publié, montre donc Dionysos 
Bassareus au milieu des Bassarides. 

Le revers de l'oxybaphon, de M. Dutuit, dont la planche 15 donne la peinture 
principale , représente simplement trois éphèbes drapés. 

E. L1ÉNABD. 



(1) Fr. Lenormant, dans le même Dictionnaire, 
p. 683. 

(2) Hesych., s. v.; Etym. Magn., s. v.; Poil. VII, 
59; Lexic. ap. Bekker, Anecd. graec, t. I, p. 222. 

(3) Propert. III, 17, 30; Athen., V, p. 198; 
Artemidor., II, 37; Hesych., s. v.; Steph. Byz.,«). 
"fîJWs; cf. Lobeck, Aglaopham., p. 293. 

(4) Poil., /. c. ; Schol. ad Horat., Od.,1, 18, 
41 ; cf. Philostrat., Vit. Apollon., V, 32. 

(5) Macrob., Saturn., I, 13; Horat., Od., \, 18, 
M ; voy. Gerhard, Etrnsk. Spieg., t. I, p. 70; 
Griech.Mythol.,§ïii, 5. 



(6) Schol. ad Horat., (. c. ; cf. Poil , l. c. 

(7) Schol. ad Pers., Sat., I, 101. 

(8) Schol. «dLycophr., Cassandr., 771 ; Suid. et 
Etym. Magn., V. Banapi't; Hesych , V. Baro-a'pia ; 

Herodot., IV, 192. 

(9) Schwenck, Rhein. Mus., 2esér., t. VI, p. 549 
et s.; Fr. Le.iormant, Monnaies royales de la 
Lydie, p. 13. 

(10) Vossius, Theol.gent., p. 405 ; Maury, His- 
toire des Religions de la Grèce, t. III, p. 138. 

(11) AdSat.,1, 101. 



— 92 — 



EX-VOTO A HÉLIOS 




J'ai acheté, il y a quelques années, à Constantinople, la plaque de 
bronze reproduite en tète de cet article, et qui vient de l' Asie-Mineure. 
Celui qui me l'a vendue ne savait pas exactement le lieu où elle a été 
trouvée. Cette plaque me paraît assez intéressante , à cause du sujet 
qu'elle représente, pour attirer l'attention des archéologues. Elle con- 
tient dix-sept petites figures en bas-relief, dont quatorze forment sept 
couples ; les trois autres sont isolées. 

Les deux premières figures à gauche représentent deux bustes 
:rposés du dieu Hélios, la tête entourée de rayons, et drapés d'une 



super 



tunique attachée par des agrafes rondes sur les deux épaules. 

Le second couple, à droite du premier, représente deux bustes 
superposés de femmes drapées et portant sur la tête des couronnes 
murales. Des masques de lion sont posés sur leur épaule droite. A 
ce signe on reconnaîtra dans ces deux bustes la déesse Cybele. 

Le troisième couple représente aussi deux bustes superposés de 
femmes, drapées d'une tunique attachée par des agrafes rondes sur 
les deux épaules. Elles portent sur la tête des couronnes murales et 
tiennent de la main gauche des cornes d'abondance. 

Deux bustes de femmes drapées, placés à côté l'un de l'autre, 
forment le quatrième couple. Ces femmes portent aussi des couronnes 
murales sur la tête et tiennent des cornes d'abondance de la main 
gauche. 

Au-dessus de ce groupe est placé le cinquième couple, qui est 



— 93 — 

composé de deux bustes à côté L'un de l'autre, et dont le premier 
représente un homme nu et le second une femme drapée, sans 
aucun attribut. 

Les sixième et septième couples sont formés chacun de deux 
femmes représentées en entier; les figures du sixième sont plus 
grandes que celles du septième. Ces quatre femmes sont habillées de 
tuniques talaires et de manteaux qui s'enroulent autour de la taille 
en guise de ceinture. Elles portent aussi des couronnes murales sur 
la tète, et tiennent des patères de la main droite et des cornes d'abon- 
dance de la main gauche. 

Au-dessus de ces derniers couples sont placés trois petits bustes 
drapés, qui sont les trois figures isolées que j'ai déjà signalées. Ces 
figures n'ont aucun attribut. 

Jl est difficile de donner une explication satisfaisante de ce curieux 
monument, qui ne peut être qu'un c.i-voto. On peut considérer les 
figures qu'il contient comme représentant des divinités. On y trouve 
Hélios et Cybèle dans les deux premiers couples; mais on aurait quel- 
que peine à déterminer les noms des divinités représentées par les 
autres figures. Il y a aussi une différence dans le nombre de fois que 
chacune de ces divinités y est représentée; il y en a qui semblent 
répétées quatre fois, d'autres deux et d'autres qui ne figurent qu'une 
seule fois. Les divinités qui paraissent tenir la première place, Hélios 
et Cybèle , sont représentées deux fois, tandis que celles qui sont 
décrites les dernières sont répétées quatre fois. Cette différence ne me 
paraît pas conforme aux sentiments de respect qui doivent guider 
tout homme pieux envers la divinité à laquelle il offre un ex-voto. 

Pour trouver une explication tant soit peu probable de ces diffé- 
rentes figures, je crois qu'il faut les distinguer en trois catégories. 
Le premier couple représente certainement une divinité, celle d'Hélios. 
Les cinq couples de femmes portant des couronnes murales (bustes 
et figures entières) peuvent représenter cinq différentes villes. Le 
cinquième couple placé au milieu de la plaque avec les trois petits 
bustes isolés peuvent figurer des mortels et représenter une famille 
composée du père, de la mère et de trois enfants. 

On pourrait de cette façon expliquer ce monument comme étant un 
ex-voto offert à Hélios par une famille qui avait dans cinq différentes 
villes, soit des propriétés, soit une industrie, soit tout autre intérêt 
dont la prospérité dépendait des faveurs de ce Dieu. 

La double représentation d'Hélios et des villes me fait aussi sup- 
poser qu'il s'agit ici d'un double ex-voto, dont l'un exprimerait des 
grâces à Hélios pour des faveurs déjà reçues, et l'autre pourrait se 

13 



— 94 — 

rapporter à l'avenir et contenir une prière pour la continuation de 
ces faveurs. 

Il serait très-difficile de déterminer les villes représentées dans cet 
ex-voto. On pourrait penser à Sniyrne, à cause du masque de lion, 
attribut des bustes du second couple; on pourrait aussi pensera 
Rhodes, dont Hélios était la grande divinité; mais je ne crois pas 
qu'on puisse rien affirmer. 

Constantin CARAPANOS. 



APHRODITE ANTHETA 

( Planche 16. ) 

Nous empruntons aux collections du duc de Luynes . au Cabinet 
des Médailles de la Bibliotbèque Nationale , la remarquable statuette 
de bronze que la planche 16 reproduit avec ses dimensions originales. 
On en ignore la provenance exacte. Sur les inventaires manuscrits du 
cabinet de Luynes, dressés par le duc lui-même, ce bronze est porté 
comme venant de Syrie ; mais il y a lieu d'avoir de grands doutes à 
ce sujet. Le seul point certain, c'est qu'il faisait partie d'une vente 
d'objets envoyés de Beyrouth par M. Péretié, laquelle eut lieu à Paris 
le 4. février 1856 (1). Une partie seulement des monuments compris 
dans la vente sortait des fouilles exécutées en Phénicie, à Amrith et 
à Tortose, par le savant chancelier du consulat général de France à 
Beyrouth; bon nombre d'autres avaient été recueillis en Cypre et dans 
les îles de l'Archipel. C'est avec ces derniers, et non parmi les 
premiers, que toutes les vraisemblances archéologiques, à défaut 
d'indications plus positives sur la trouvaille , doivent faire grouper la 
statuette que nous publions. Car le sol de la Syrie et de la Phénicie 
n'a jusqu'ici jamais rendu au jour d'œuvres de l'art grec d'un aussi 
ancien style, remontant à une date aussi haute; tous les morceaux 
grecs que l'on trouve dans ces contrées sont postérieurs à Alexandre 
et à l'établissement de la monarchie des Séleucides. 

(1) J. de Witte, Bullet. archéol. de l'Athénceum français, 4856, p. 44. 



— 9a — 

En 1856, on commençait seulement à voir apparaître les premiers 
débris que l'on ait recueillis de l'art phénicien. On n'en connaissait 
pas encore bien les caractères distinctifs, qui ont été discernés pour la 
première fois par M. de Longpérier et M. le comte de Vogiié, et défi- 
nitivement établis par M. Renan. On ne se rendait pas un compte 
exact de ce qui le distingue de l'art grec archaïque. La figurine de 
bronze de notre pi, 16 fut donc alors, en partant de l'idée d'une pro- 
venance de Syrie , acceptée momentanément comme une Astarté de 
travail phénicien. C'est à ce titre qu'elle fut acquise par le duc de 
Luynes, à ce titre qu'il comptait la publier, intention qu'il n'a jamais 
réalisée. En parlant alors de ce monument dans le Bulletin archéolo- 
gique de V .4 thénceum français , M. le baron de Witte acceptait l'attri- 
bution de son illustre confrère. Pourtant son tact si fin d'appréciateur 
des monuments et sa profonde expérience lui avaient fait entrevoir 
la vérité. « La forme plate , les plis des draperies , la disposition des 
cheveux, disait-il, tout, dans cette curieuse statuette, rappelle le 
style éginétique, et surtout les deux petites statues qui couronnaient 
le fronton du temple d'Égiue, et auxquelles on a donné les noms de 
Damia et d'Auxésia (1). » Maintenant que vingt-trois ans écoulés ont 
amené la découverte d'un si grand nombre de documents nouveaux, 
qui ont permis de connaître d'une manière plus complète et plus 
sûre à la fois l'art phénicien et les principales écoles de l'ancien 
style hellénique, on n'éprouve plus d'hésitation à dire que cette appré- 
ciation était la vraie. Notre bronze n'est pas et ne saurait être une 
Astarté phénicienne, c'est une Aphrodite de travail purement grec, 
qui date des dernières années du vi e siècle ou des vingt-cinq premières 
années du v e . 

La déesse est figurée debout, tenant la pomme de sa main droite, et 
relevant de la gauche les plis de sa tunique sur laquelle est passée 
une exomide courte et plissée, laissant l'épaule gauche libre. Sa tète 
est ornée d'une très-haute Stéphane garnie de grandes palmettes. Ses 
cheveux retombent sur son dos en une tresse large, plate et carrée. 

(1) K. 0. Millier, Denkm. d. ait. Kimst , t. I, pi. vi, no 28. 



— 96 — 
Ses pieds sont chausses de sandales. La base ronde, sur laquelle la 
statuette repose, est antique comme la ligure elle-même. 

Nous observons la même attitude, le même geste des deux mains 
et la pomme également tenue par la droite , dans une statuette de 
bronze étrusque de la Galerie de Florence, qui offre l'image de 
Turan , la Vénus de l'Etrurie (1). L'idole archaïque qui accompagne 
les deux figures dans le célèbre groupe de Saint-Ildefonse (2), et que 
Gerhard a interprétée comme Vénus-Proserpine (3), a aussi la pomme 
dans sa main droite ramenée sur sa poitrine, tandis que la gauche 
relève le pan de sa tunique. Plus ordinairement c'est uue fleur que 
tiennent les idoles analogues, qui deviennent ainsi complètement 
semblables aux figures de l'Espérance (4), déterminées par les mon- 
naies romaines. Gerhard a montré les rapports étroits de conception 
qui rattachent Spes d'un côté à l'Aphrodite Pandémos (5) , de l'autre 
à l'Aphrodite-Pherséphatta ou Vernis Libitum (6) , et établi que, dans 
le symbolisme de l'art, ces rapports s'exprimaient par la communauté 
du geste de la main qui relève le bas de la tunique, attribué égale- 
ment a ces trois formes divines. Aussi plus d'une des figures qui font 
ce geste et tiennent en même temps une fleur à la main droite, 
présente-t-elle une ambiguïté qui semble cherchée par les artistes 
entre l'Espérance et Aphrodite (7), et ce dernier nom est dans certains 
cas celui qui convient le mieux (8). 

Un trait essentiel différencie la statuette de bronze que nous 
publions, de toutes les représentations jusqu'ici connues d'Aphrodite, 



(1) Gerhard, Ueber Venusidole, pi. I, n° 5, dans 
les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1843; 
Gesammelte Abhandlungen, pi. xxvm, n° 5. 

(2) Maffei, Statue, pi. r.xxi; Clarac, Mus. de 
sculpt., pi. 812 c, n°2040; Gerhard, Venere Pro- 
serpina, pi. v; Ueber Venusidole, pi. VI, n° 5; 
Gesamm. Abhandl., pi. xxxm, n° 1 ; Welcker, 
Acad. Kunstmuseum (1827), p. 53 et s.; Alt. 
Denkm., t. I, p. 375 et s. ; Hiibner,.4Hj. Bildwerke 
in Madrid, p. 73 et s. 

(3) Venere Proserpina, Fiesole, 1826; Hyperbo- 
reisch-rœmische Studien, t. II, p. 162 et s.; 
Gesamm. Abhandl., t. I, p. 275 et s. 

(4) Sur ces figures, voy. les importantes remar- 



ques de M. le Baron de Witte, Gazette archéolo- 
gique, 1877, p. 20. 

(5) Ueber Venusidole, p. 7; Gesamm. Abhandl., 
t. I, p. 266. 

(6) Ueber Venusidole, p. 9; Gesamm. Abhandl., 
t. I, p. 268. 

(7) Voy. les exemples groupés dans Gerhard, 
Ueber Venusidole , pi. m ; Gesamm. Abhandl. , 
pi. XXX. 

(8) Tel est le cas pour un bronze étiusque de 
la Galerie de Florence : Micali, Storia degli popoli 
italiani, pi. xxxv, n» 12; Gerhard, Ueber Venusi- 
dole, pi. i, no 4; Gesamm. Abhandl., pi. xxvm, 
n" 4. 



— 97 — 
dont on peut la rapprocher. Ce sont les grandes palmettes, àvôéptx, 
qui garnissent sa Stéphane. Nous ne saurions y méconnaître un attri- 
but symbolique important, et qui ne se présente qu'au front d'un 
petit nombre de divinités d'un caractère spécial et bien déterminé. 
Les mêmes palmettes, disposées de la même façon, garnissent le bord 
extérieur de la Stéphane de Dionysos Antheus (1), Anthios (2) ou 
Evanthès (3) dans la fameuse tète de marbre qui, du cabinet du prince 
de Talleyrand, est passée au Musée du Louvre (4), ou bien s'appliquent 
sur le devant de la Stéphane du même dieu, représenté sous la forme 
d'un hermès ithyphallique, dans les dessins de la lyre découverte dans 
un des tombeaux de Panticapée (5). Les Av$é}ua forment également la 
décoration de la Stéphane de Héra dans la tète colossale de la Villa 
Ludovisi (6), dans quelques peintures de vases (7), sur des monnaies 
d'Argos (8), d'Élis (9), de Cnosse (40) et d'Himéra (11), ainsi que sur 
quelques camées (12). On a déjà reconnu (13) que celte particularité 



(1) Pausan., VII, 27, 2. 

(2) Pausan., VII, 2), 2. 

(3) Welcker, Theogn. prœf., p. 80; Nachtr. z. 
Trilogie, p. 189; Preller, Griech. Mythol., 2b édit., 
t. I, p. 556. 

(4) Archœol. Zeit., 1843, pi. i; Clarac, pi. 4086, 
n o 2722 E ; Frœhner, Notice de la sculpt. antique 
du Musée du Louvre, n° 186. — La forme de la 
barbe, en coin, ne permet pas de voir dans cette 
tête un Zeus Trophonios, comme le voulait Panofka, 
mais un Dionysos : Mich'aëlis, Arch. Zeit., 1866, 
p. 254 et s. ; Blumner, Arch. Zeit., 4867, p. 115; 
Friederichs, Bausteine z. Gesch. d. griech. Plustik, 
p. 77. 

(5) Antiquités du Bosphore Cimmérien, pi. lxxx, 
n" 11. 

(6) Meyer, Geschichte derKunst, pi. xx; Millier— 
Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, t. II, pi. iv, 
n° 54; Overbeck, Atlas z. Griech. KunstmythoL, 
pi. ix, n° s 7et8. —Cf. la Junon du Vatican -.Mon. 
inéd. de l'Inst. arch., t. II, pi. lu. 

(7) Millin, Tombeaux de Çanosa, pi. m; E. 
Braun, Labirinlo di Porsenna , pi. v; Gerhard, 
Auserles. Vasenb., pi. clxxv. 

(8) K. 0. Miiiler, Denkm. d. ait. k'unst, t. I, 
pi. xxx, n» 432; Gerhard, Ant. Bildw., pi. cccin, 
n» 35 ; Ch. Lenormant, Nouv. gai. mythol., pi. xi, 



no 4; Archœol. Zeit., 1816, pi. xun. no 38; 
Overbeck, Griech. KunstmythoL, t. II, 1re part., 
Miinztafel II, no 6. 

v 9) Ch. Lenormant, Nouv. gai. mythol., pi. xi, 
no 13; Overbeck, Kunstmyth., 1.11,1, Miinztaf. 
n, no 14. 

(10) Ch. Lenormant, Nouv. gai. mythol., pi. xi, 
n°3; Overbeck, Kunstmyth., t. II, 1, Miinztaf. n, 
no23. 

11) Berliner Blœtter fiir Mùnz-, Siegel-und 
Wappenkunde, t. V, p. 49 et s. ; Overbeck, Kunst- 
myth., t. II, 1, Miinztaf. n, n° 22. 

(12) A. Cabinet des médailles de Paris: Cb. 
Lenormant, Nouv. gai. mythol., pi. xi, n* 1 ; Over- 
beck, Kunstmyth.. t. II, 1 , Gemmcntafel l, n" 1 . 

B. Cabinet des médailles de Paris : Ch. Lenor- 
mant, Nouv. gai. mythol., pi. xn, n° 1 ; Overbi ck , 
Kunstmyth., t. II. I , Gemvient. \, n" 2. 

C. Collection de M. le Baron Roger, à Paris : 
Inédit. 

Ces trois camées ont entre eux une très-étroite 
ressemblance. 

D. Galerie de Florence : Ch. Lenormant, Nouv 
gai. mythol., pi. xi, n° 2 ; Overbeck. Kunstmyth., 
t. II, 1, Gemment, i, n" 3. 

(13) D. deLuynes, Etudes nitmismatiques sur le 
culte d'Hécate, p. 22 et s.: A. de Longpérier, 



— 98 — 
était la caractéristique de la forme spéciale de la déesse désignée par 
le nom de Héra Antheia (1); et ce qui le confirme, c'est que, sur les 
monnaies des villes de la Grande-Grèce, nous voyons le même orne- 
ment (quelquefois associé à des Pégases sortant à mi-corps) à la 
Stéphane de la Héra Lacinia (2) , dans laquelle le duc de Luynes (3) a 
fait voir une forme de l'épouse de Zens, chthonienne et productrice 
de la végétation, comme l'était aussi l'Antheia d'Argos (£). 

Ces derniers parallèles nous amènent à donner, en vertu de l'attri- 
but des àvOi[u(A à sa Stéphane, le nom d'Aphrodite Antheia (5) à la 
déesse représentée dans la figurine de bronze de la pi. 16. Welcker a 
montre' la parenté qui existe entre cette forme d'Aphrodite et la 
Pandémos, ce qui ramène aux observations que nous faisions tout à 
l'heure au sujet du geste particulier prêté à la main gauche de la 
déesse dans le monument que nous avons essayé de commenter 
brièvement. 

Léon FIVEL. 



LES VASES ÉTRUSQUES DE TERRE NOIRE 

(Planche 18.) 



La planche phototypique qui termine cette livraison groupe quelques spécimens 
de vases étrusques de terre noire décorés de reliefs, choisis parmi ceux que ren- 
ferme la riche collection du Musée de la Via Faënza à Florence. C'est dans ce 



Juuon Anthéa (1849), p. 12; Welcker, Griech. 
Gœtterlehre, t. 1, p. 374; cf. R. Roeliette, Journal 
des Savants 1842, p. 21-2 et s. ; Minervini, Bullet. 
arch. Napal., 2 e série, t. II, p. 176. 

(1) Pausan., II, 22, \. — Cf. la fête des 
'Hporavôtia (Hesych. , S. V.) OU 'Hpott>8t/a (Phot. , 
s. r.), et ce que dit Pollux (IV, 78j des jeunes filles 
a\8s»-<p»poi servant Héra. 

(2) Ch. Lenormant, Nouv. gai. mylhol., pi. XI, 
nos 5_7 ; Overbeck, Kunstmyth., t. II, 1, Miinztaf. 
n, n° s 43-45. — Cf aussi la tète du Musée de la 
Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, qui parait 



provenir d'une statue de Héra Lacinia : Overbeck, 
Atlas z. Griech. Kunsl mythol, pi. îx, n° 9. 

(3) Études numism., I. c. 

(4) Gerhard, Griech. Mythol., §220, 1 ; Welcker, 
Griech. Gœtterl, t. II, p. 328. 

(5) Hesych., \ ." kiina. -, Welcker, Theogn. prœ- 
fat., p. 88 et 12b; Griech. Gœtterl., t. II, p. 714; 
Gerhard, Griech. Mythol., § 372, 3 ; Preller, Griech. 
Mythol, 2e édit., t. I, p. 271. — Cf. l'Aphrodite 
'A»8»r<(>!>'po* d'Aphrodisias de Carie : Corp. inscr. 
grâce, no 2821. 



— 99 — 

musée, dans celui du Louvre, depuis l'acquisition de la collection Campana (1), 
dans celui de Païenne, où a éié transportée la célèbre collection Casuccini (2), 
enfin dans le musée municipal, de formation récente, de la ville de Chiusi, qu'il 
faut étudier la série des poteries étrusques désignées en italien par le nom de 
bucchero nero, en français par celui de « terres noires » ; partout ailleurs, même 
au Musée Britannique et au Musée Grégorien du Vatican, elle n'est qu'imparfai- 
tement représentée. 

La belle œnochoé qui occupe le centre de notre planche a été déjà publiée par 
Micali (3). Sa panse est ornée de trois zones superposées de figures en bas-relief, 
qui se répètent tout autour : en bas ce sont des panthères passantes, dont chacune 
porte dans sa gueule un cerf à la tète munie de sa ramure, que la panthère tient par 
la gorge; au-dessus, des bustes de femme vus de profil et séparés les uns des autres 
par un triple balustre, comme si chacun occupait une métope entre deux triglyphes; 
plus haut encore, autour du col, des bustes de chevaux doubles, adossés, dont les 
encolures se réunissent. Au-dessus du bord de l'embouchure, dans la partie où 
l'anse s'y joint en l'embrassant, se dressent trois antéfixes décorées d'une tète de 
femme en relief, vue de face. Une tète pareille est modelée sur la plaque qui re- 
couvre le bec de cette embouchure, fermé par une pomme percée de trous comme 
celle d'un arrosoir. Des deux côtés de ce bec le potier a dessiné deux veux rappelant 
ceux qui se voient à la même place sur les œnochoés peintes, du travail le plus 
primitif, découvertes à Santorin dans les habitations préhistoriques enfouies sous 
le tuf ponceux (4). 

Ont été également publiés le cyathos placé par-devant et plus bas dans la 
planche, que garnissent des reliefs représentant des guerriers à cheval vus à mi- 
corps, et dont l'anse s'élargit au sommet en une sorte de feuille offrant sur chacune 
de ses faces un masque hideux de Gorgone (5); les deux vases formant la paire, en 
forme d'holciou (6) à couvercle se terminant par un riche bouton ; les reliefs du 
couvercle dessinent des fleurs de lotus, ceux de la coupe des colombes alternant 
avec des fleurs de lotus (7). Mais ces vases nous ont paru bons à reproduire de 
nouveau, car les photographies en donnent mieux les formes exactes que ne le 
font les gravures de Micali. 

Les quatre autres vases de la planche sont inédits. Comme les quatre premiers, 
ils proviennent de Chiusi, sauf la petite œnochoé de forme surbaissée (n° 106), 
dont l'embouchure est fermée d'une plaque percée de trous et dont les décors, sur 
la panse, sont incisés et ponctués en creux. Celle-ci est de Veïes. Le n° 112, à la 
gauche de la planche, nous offre une des variétés du type, très-multiplié, de l'urne 
sans anse, de forme allongée, avec un pied et un couvercle élevé que surmonte une 



(1) Cataloghi del Mvseo Campana, clause I, 
série ni; J. de Witte, Notice sur les vases peints et 
à reliefs du Musée Napoléon III, p. 18. 

(2) C'est cette collection qu'Inghirami a publiée 
sous le titre de Museo Ckiusino, 2 vol. in-4», Fie- 
sole, 1833. 

(3) Monumenti inediti (1814), pi. xxx, n° 2. — 
Reproduite dans Birch, Ilistory ofancient pottery, 
treédit., t. I, p. 202, fig. 178. 

(4) Rev. archéol., nouv. sér., t. XIV, p 427; 
Archives des missions scientifiques , nouv. sér., 
t. IV (1867), pi. à la p. 229; Fr. Lenormant, Les 



antiquités de la Troade , p. 43; Emile Burnouf, 
Mémoires sur l'antiquité, pi. i, n° 1; Fouqué, San- 
torin et ses éruptions, pi. xli, n os 4 et 5. 
(3) Micali, Mon. ined. (1844), pi. xxxi, n» 2. 

(6) lin employant cette désignation je me con- 
forme à l'usage généralement établi. Mais l'exacti- 
tude ne m'en parait pas absolument certaine. Lo 
nom qui me semblerait le mieux convenir à la 
Forme de ces vases serait celui do xiêwpio» : Aihcn., 
111, p. 72; XI. p. 477. 

(7) Micali, Mon. ined. (1844), pi. xxxl, no 3. 



— 100 — 

fi°-ure d'oiseau, le plus souvent un coq ; ici, comme dans toutes les urnes du 
même genre, on voit sur la face antérieure un masque humain en relief, à la partie 
supérieure de la panse, près de l'embouchure. C'est le perfectionnement du type 
des Gesichtsurnen, comme disent les Allemands, dont la donnée primitive et encore 
barbare a été offerte à un si grand nombre d'exemplaires dans les fouilles de 
M. Schliemann en Troade, par ses prétendus vases à têtes de chouettes (1). Bien 
autrement intéressante est l'œnochoé n° 125 qui lui fait pendant, de l'autre côté de 
la planche. Rien de plus original et de moins ordinaire que la façon dont elle se 
termine à son sommet par une tète de bœuf d'un style passablement rude et sau- 
vage dont la bouche, percée d'un trou, forme goulot pour verser le liquide, qu'on 
y introduisait par l'ouverture béante au sommet du crâne, en arrière du front et des 
cornes. Une zone en bas-relief, qui court tout autour de la panse, fait voir le 
groupe bien connu d' Hercule ten-assant le taureau de Crète, répété à plusieurs 
reprises ; le choix de ce sujet est manifestement en rapport avec la tête qui cou- 
ronne le vase. Au-dessus de ces reliefs, à la naissance du col, est une autre zone 
ornementale, exécutée par le même procédé, qui offre des tètes de lion de profil, 
la «meule ouverte, séparées par des fleurs de lotus. Ces têtes de lion constituent- 
elles un simple motif de décoration sans signification précise ? Le rapprochement 
avec le groupe mythologique plusieurs fois reproduit dans la zone inférieure pour- 
rait faire croire qu'en ce cas le potier Ta employé pour faire allusion à la victoire 
d'Hercule sur le lion de Némée. Enfin quelques rosaces, largement espacées entre 
elles, ont été estampées sur le col. Ce qui donne un très-haut prix à ce vase, c'est 
qu'il'est, avec l'œnochoé, aujourd'hui conservée au Musée de Palerme, où l'on voit 
Persée et les Gorgones (2), le seul vase étrusque de terre noire dans les reliefs 
duquel on puisse reconnaître avec certitude un sujet puisé dans les fables héroïques 
de la Grèce (3). 



Dès le xvi" siècle, quelques grands vases étrusques de terre noire étaient con- 
servés à la pharmacie du couvent de Santa-Maria Novella à Florence, où on les 
avait placés comme pièces décoratives, entre des vases de majolique (4). Cependant 
l'attention des antiquaires n'a été appelée que singulièrement tard sur cette classe 
de poteries, d'abord absolument négligée. Et l'on est en droit de s'en étonner si 
l'on considère combien les trouvailles en sont multipliées et abondantes. Les 



(1) Voy. ma dissertation sur Les antiquités de 
la Troade, 1™ partie, p 21-25. 

(2) Ingliirami, Museo Chiusino, pi. xxxm et 
xxxiv ; Micali, Monumenti (1832), pi. xxn; 
Dennis, Ciliés and cemeleries of Etruria, t. II, 
p. H52; Birch, Iiistory of poltery, 1™ édit., t. II, 
p. 206, fig. 180. 

J'adopte pour ce monument l'explication de 
Levezow et d'Inghirami, acceptée aussi par 
M. Birch; elle me parait bien préférable à celle 
du duc de Lu} nés (Ann. de l'Inst. arch., t. VI, 
p. 320-323) et de Cavedoni (Ann., t. XIII, p. 59), 
qui y voyaient la descente aux enfers d'Ulysse ou 
d'un autre héros. 



(3) Voy. à ce sujet les excellentes observations 
de M. Birch, ouvr. cit., t. Il, p. 20b et s. 

(4) Je les ai vus encore en place dans mes 
premiers voyages à Florence, en 1858 et 1860. 
En 1876, par suite de la suppression du couvent, 
on les proposait en vente aux étrangers de passage, 
comme tous les pots de majolique de la pharmacie. 
L'automne dernier, je ne les y ai plus retrouvés, 
et il ne m'a pas été possible de savoir entre les mains 
de qui ils avaient passé. On m'a dit cependant 
depuis que l'un des plus grands aurait été acquis 
par Mgr de Cabrières, évè que de Montpellier. 



— 101 — 

savants du xvu e et du ïviii 6 siècle, sauf Dempster, ceux même du premier quart 
du xix e , paraissent en ignorer absolument l'existence. Quand Dorow les signala 
en 1827, c'était une nouveauté tout à fait inattendue, dont personne n'avait ouï 
parler et que les fouilles de Chiusi venaient, de révéler (1). Tout le monde les connaît 
aujourd'hui et il n'est pas de musée qui n'en renferme des échantillons. En par- 
ticulier, l'acquisition de la collection Campana en a répandu dans toutes les 
collections archéologiques de nos villes de province. Mais c'est encore la partie 
de la céramique ancienne dont l'étude a été poussée le moins loin. 

On n'a jusqu'ici publié qu'un nombre relativement fort restreint de vases de 
cette classe, et presque exclusivement pris parmi ceux qui sont décorés de re- 
liefs (2). Une publication plus étendue et plus complète, servant de base à un travail 
d'ensemble sur les terres noires étrusques, doit être comptée parmi les desiderata 
les plus sensibles de la science. C'est une œuvre qui mériterait d'être entreprise 
par notre Ecole Française de Rome ou par l'Institut Archéologique allemand. Mais 
il ne semble pas que personne en ait encore conçu le plan. On dirait que les ar- 
chéologues sont quelque peu rebutés par la monotonie des motifs de décoration 
3u'offrent ces vases au milieu de la variété bizarre de leurs formes, par l'obscurité 
es représentations symboliques et religieuses qui les décorent, par la façon dont 
elles s'éloignent des données habituelles de l'antiquité figurée classique, par la 
difficulté de donner un nom et d'attribuer un sens aux figures étranges, et sou- 
vent monstrueuses, qu'on y observe, et surtout à leur groupement. Rien de sérieux 
n'a encore été fait jusqu'ici pour l'interprétation des sujets de leurs reliefs (3). 



(1) Voy. K. Otlfr. Millier, Kleine deutsche 
Schriften, {,. II, p. 412 et s. 

(2) Il m'a paru qu'il pouvait y avoir quelque 
intérêt à relever la bibliographie de tous les 
ouvrages où ont été publiées des terres noires 
étrusques : 

Dempster, Etruria regalis, t. I, pi. lxxv et 

LXXVI. 

Dorow, Voyage archéologique dans l'ancienne 
Étrurie, Paris, 1827. 

Dorow, Notizie intorno ad alcuni vasi etruschi, 
Pesaro, 1828; traduit par Eyriès sous le titre de 
Poteries étrusques proprement dites, Paris, 1829. 

Inghirami, Museo etrusco Chiusino, pi. Vin, xu, 

XIX, XX, XXI, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV, XL, 
XLV, LU, LXXVI, LXXXII, LXXXI1I, LXXXIV, XC. 

Micali, Monumenti per servire alla storia degli 
antichi popoli italiani (1832), pi. xvu-xxvn. 

Micali, 'Monumenti inediti ad illustrazione délia 
storia degli antichi popoli italiani (1844), pi. xxvn- 

XXXIV. 

A. Brongniart, Traité des arts céramiques, 
Atlas, pi. xx. 

A. Brongniart et Riocreux, Musée céramique de 
Sèvres, pi. vi et vu. 

Musetim etruscum Gregorianum, t. II, pi. xcvi- 
xcviu. 



Noël des Vergers, V Etrurie et les Étrusques, 
pi. xvil, xviii, xix. Les vases de terre noire et 
autres, de la collection Noël des Vergers, étaient 
malheureusement en grande partie ref.uls par des 
mains modernes. 

Annali delV Instituto archeologico , t. XXIV, 
pi. g; t. XL1X, pi. u et v. 

Voy. aussi les descriptions de vases de cette 
classe dans J. deWitte, Catalogue Durand, p. 344 
et s. 

(3) Geihard et M. de Witte y ont reconnu la 
figure de l'Artémis Persique, telle qu'elle était 
figurée sur le coffre de Cypsélos (Pausan., V, 19, 1) 
et qu'on la voit sur les vases peints de style asiatique 
[Archœol. Zeit., 1851, pi. lu, lxii et i.xiv). 
Notons aussi de très-bonnes remarques de MM. II. 
Dresse! et A. Milchhœfer sur celles des Irises 
étroites empreintes sur certains vases étrusques 
de terre noire, où l'on voit des processions de 
personnages se dirigeant en suppliants vers des 
divinités infernales assises sur des trônes Mitthei- 
lungen des deutschen Archœologischen Institutes in 
Athen, t. II. 1877, p. 46o et s.); ces deux érudits 
font remarquer avec raison la ressemblance de ces 
images de divinités chthoniennes avec celles qu'on 
voit dans les bus-reliefs archaïques de Sparte {Ibid., 
pi. xx-xxiv). 

14 



— 102 



Les questions mêmes de date et de procédés de fabrication matérielle demeurent 
dans la plus étrange incertitude (1). M. Birch (2) et M. le baron de Witte (3) ont 
résumé de la façon la plus intéressante l'état de la science à cet égard, et rien n'en 
fait mieux voir les lacunes. Du moins, ce que ces deux maîtres ont fait si bien 
qu'il n'est plus besoin d'y revenir, c'est définir les caractères d'art de cette poterie, 
le style de ses formes et de son ornementation, l'esprit général des représentations 



et d'ornements , exécutées au repoussé. Sur tous ces points je ne pourrais 
que répéter moins bien ce qu'ils ont dit avec la haute autorité qui leur appartient ; 
aussi ne m'y aventurerai-je pas. Mais certaines observations personnelles me per- 
mettront peut-être d'arriver à quelques résultats nouveaux et précis en ce qui touche 
à l'époque où ont été exécutées les terres noires de l'Etrurie et aux procédés 
employés dans leur fabrication. 

Une chose tout d'abord est à noter : combien est restreint le territoire où l'on 
rencontre ce genre de poteries. Au sud, elles ne franchissent pas le Tibre, au nord 
elles ne dépassent pas Sienne (4). C'est entre ces deux limites que l'on trouve les 
vases de terre noire , à Cervetri (5), Corneto (6), Orte (7), Viterbe (8), "Vulc: (9), 
Palo, l'antique Alsium (10), Magliano (11), Orbetello (12), Orvieto (13), Arezzo (14), 
Volterra (15) et Cortone (16). Dans ces deux dernières localités, les découvertes sont 
assez abondantes pour que l'on soit induit à y placer des centres de fabrication, 
ainsi qu'à Vulci. Mais la patrie par excellence des terres noires, le point où l'on en 
trouve le plus et où la production en a été tout spécialement développée dans les 
siècles antiques, est Chiusi (17), avec les localités immédiatement voisines de 
Sarteano, Castiglioncel del Trinoro, Chianciano (18), Cesona (19). Une semble cepen- 
dant pas que les manufactures en fussent installées à Clusium même, mais dans le 
lieu encore aujourd'hui appelé Ficulle (figulae), à mi-chemin entre Chiusi et Orvieto. 
C'est là que 1 on observe les vestiges des fours et les amas de tessons provenant 
des déchets de fabrique, auxquels sont mêlées les estampilles avec lesquelles on 
imprimait les ornements sur l'argile encore molle. C'est de là que ces produits 
céramiques rayonnaient à la fois vers Clusium et vers la cité des Volsiniens, établie 
aux temps de l'indépendance étrusque, non à Bolsena, mais sur la hauteur abrupte 
d'Orvieto (Urbs vêtus). Ainsi s'explique ce fait qu'il n'y a aucune différence appré- 



(1) Voy. cependant quelques très-fines remar- 
ques de M. Helbig, avec lequel je me trouve tout 
à fait d'accord : Bullet. de l'Inst. arch., 1875, 
p. 98-100. 

(2) History of ancient pottery, 1 re édit. , t. II, 
p. 199-210; 2e édit, p. 448-455. 

(3) Études sur les vases peints, p. 48-55. 

(4) Birch, Ire édit., t. II, p. 208. 

(5) Dennis, Cities and cemeteries of Etruria, 
1 re édit., t. I, p. 58. — Les vases publiés dans 
la pi. xxxn des Monumenti inediti deMicali (1844) 
proviennent de Cervetri. 

(6) Bullet. de l'Inst. arch., 1874, p. 241 et s. 

(7) Dennis, t. 1, p. 164. 

(8) Dennis, t. 1, p. 1 



(9) Dennis, t. I, p. 410. 

(10) Dennis, t. II, p. 72. 

(11) Dennis, t. II, p. 296. 

(12) Dennis, t. II, p. 265; Benndorf, Bullet. de 
ÏInst. arch., 1867, p. 148. 

(13) Dennis, t. II, p. 528. 

(14) Gamurrini, Bullet. de l'Inst. arch., 1849, 
p. 72 ; Annal., t. XL1V, p. 273 et s. 

(15) Dennis, t. II, p. 203. 

(16) Dennis, t. II, p. 442. 

(17) Dennis, t. II, p. 437 et s.; Noël des Vergers, 
L'Etrurie et les Étrusques, Atlas, p. 12. 

(18) Dennis, t. II, p. 409. 

(19) Dennis, t. II, p. 402 et 425. 



— 103 — 

ciable de fabrication entre les buccheri neri que l'on découvre à Chiusi et à Orvieto J 
ils sont sortis des mêmes fourneaux. 

Rien jusqu'ici ne permet de supposer que cette poterie, très-friable de sa nature 
et par conséquent fort peu ci.pable de résister aux chances d'un transport lointain, 
ait été répandue par le commerce dans les autres parties de l'Italie. On cite bien" 
quelques vases de terre noire trouvés dans les tombeaux de Cumes (1), mais on 
pourrait y voir des produits d'une tentative de naturalisation de cette industrie chez 
les Etrusques de la Campanie, à l'imitation de ce qui se faisait dans l'Étrurie 
propre. Quant aux poteries analogues qui ont été exhumées à Sélinonte (2), il est 
encore douteux que l'on doive les attribuer à la fabrication étrusque. A plus forte 
raison est-il difficile d'admettre l'exportation lointaine de la poterie noire de 
l'Etrurie, qu'un seul fait attesterait, s'il était authentique. Auguste Saltzmann 
prétendait avoir découvert quelques vases étrusques de cette classe à Rhodes, dans 
la nécropole de Camiros (3). L'autorité unique sur laquelle repose cette assertion 
n'est pas assez à l'abri de tout soupçon pour que l'on puisse accepter sans de grandes 
réserves un fait aussi isolé et aussi peu vraisemblable (4). 

Quoi qu'il en soit, les poteries de terre noire constituent la_ céramique véritable- 
ment nationale et de création indigène dans la portion de l'Etrurie où on les ren- 
contre. Ce n'est pas, comme l'industrie des vases peints, une importation étrangère 
dont on peut déterminer les auteurs; c'est un produit du génie propre des Étrusques, 
et un produit qui leur est resté spécial. Ils ont sans doute, dans une partie de ces 
poteries, dans toutes celles qui sont décorées de reliefs, imité les formes et l'orne- 
mentation des modèles métalliques que le commerce maritime leur apportait de 
l'Orient, mais pour la fabrication même ils n'ont pas eu de modèles antérieurs, ils 
l'ont entièrement créée eux-mêmes. Au point de vue des procédés de l'art du potier, 
les terres noires étrusques sont la continuation et le perfectionnement de la plus 
ancienne poterie italique ; elles en continuent d'abord les formes et le décor ; et 
quand on y adopte ensuite un nouveau système de décoration, celui des reliefs, si 
les prototypes de ces reliefs sont asiatiques, ils ont été fournis par des objets d'une 
autre matière, par des produits d'une autre industrie, celle du dinandier en bronze 
et en cuivre (S). Le goût de simuler en terre les vases de métal est un goût essen- 
tiellement et spécialement étrusque, qui se continue, ainsi que M. Gamurrini le 
montrait si bien ici même, lorsque les poteries étrusco-campaniennes à vernis noir 
brillant succèdent aux anciennes terres noires sans vernis. Les autres peuples 
anciens dont nous connaissons les œuvres n'ont pas eu de même cette constante 
préoccupation. Quand ils faisaient des poteries, ils cherchaient à leur donner un 
caractère et un aspect qui fussent propres à l'art de terre, au lieu de s'attacher à y 
copier le bronze et à imiter son aspect autant que possible. 



(1) Heydemann, Katal. d. Vasensamml. d. Museo 
Nazionale su Neapel, Raccolta cumana, n° 1046. 

(2) Bullett. delta Commissïone di antichità di 
Sicilia, fasc. V, p. 15, pi. iv, n» 2; fasc. VI, p. 15. 

(3) J. de yV\lle, Études sur les vases peints, p. iv 
et 122. 

(4) Quand bien même, d'ailleurs, le fait serait 
absolument certain, il ne suffirait pas, en bonne 



critique, à faire conclure avec M. Helbig (Bullet. 
de l'inst. arrh., 1875, p. 98) que les vases de 
terre noire ont été d'abord en Étrurie une impor- 
tation de l'étranger. 

(5) Sur co point, en outre des remarques de 
MM. Birch et de W'itte, voy. Belbig, Bullet. de 
l'inst. arch., 1875, p. 99; Gamurrini, Gazette 
archéologique, 1879, p. 40. 



104 — 



III. 



La plus ancienne poterie étrusque appartient à ce que M. Birch (1) a appelé brown 
ware par opposition au black ivare proprement dit. Elle ne diffère par aucun carac- 
tère essentiel des vases les plus anciens du Latium (2) ou du Picenum (3), et en 
général de toute la poterie italique de la première époque du fer, qui est elle-même 
un simple perfectionnement de la céramique de l'époque dite du bronze, (elle que celle 
dont on rencontre les débris dans les terramares de l'Emilie. On doit, du reste, la rat- 
tacher à un ensemble d'industrie céramique primitive, que je qualifierais volontiers 
de pélasgique pour lui donner une appellation générale, car on le retrouve aussi dans 
la Troade (4) et en Cypre (5). Ce sont des poteries d'une terre lustrée au polissoir et 
non vernie, décorée de dessins géométriques analogues à ceux des premiers vases 
peints de l'Archipel, mais exécutés par voie d'incisions dans la pâte encore fraîche, 
poteries d'une étoffe assez grossière, et dont la coloration, la même dans toute l'é- 
paisseur de la pâte, va du rouge vif au noir, en passant par les diverses nuances du 
brun. Les poteries italiques de cette espèce, en Etrurie comme dans le Latium, sont 
bien loin d'atteindre la perfection de travail de celles de Cypre, en particulier de 
celles que l'on y a découvertes dans la nécropole d'Alambra; elles rappellent plutôt 
les vases exhumés par M. Schliemann des décombres d'Hissarlik. La pâte en est 
grossière, remplie de petites pierres, et l'argile non décantée semble souvent en 
avoir été mélangée de cendres volcaniques. Les vases sont très-imparfaitement 
modelés à la main; leurs parois ont une épaisseur considérable. Ils ont été très-mal 
cuits. La couleur en est grise ou d'un brun foncé. Les potiers de l'Italie, à l'âge 
reculé auquel on doit en placer la fabrication, ne connaissaient pas encore le tour 
de main, le procédé particulier de cuisson qui produisait la belle couleur d'un noir 
franc et brillant, obtenue plus tard par leurs successeurs. _ Au contraire, ceux de la 
Troade en possédaient le secret dès une très-haute antiquité, et encore mieux ceux 
de Cypre, île où la tradition s'en est maintenue jusqu'à nos jours. Il en était de 
même de ceux de la Sicile, si, comme je suis disposé à le croire, les poteries noires 
découvertes à Sélinonte doivent être classées ici, plutôt que rangées parmi les terres 
noires étrusques proprement dites. 

Pour nous restreindre maintenant à ce qui touche à l'Étrurie, on y voit la poterie 
à décors géométriques incisés se perfectionner peu à peu. La pâte en devient plus 
fine, moins remplie de cailloux; le modelage, qui continue à se faire à la main, 
dénote plus d'habileté ; le têt est moins épais, on commence à en rencontrer de 
minces ; les formes ont plus de fermeté, et présentent moins de gauchissements. La 



(1) History of pottery, 1" édit. , t. II, p. 195- 
499 ; voy aussi J. de Wïtte, Études sur les vases 
peints, p. 50. 

(2) Les plus célèbres de ces vases antiques du 
Latium sont ceux qui ont été découverts dans la 
nécropole primitive d'Albano : Aless. Visconti , 
Sopra alcuni vasi sepolcrali rinvenuti nette vici- 
nanze délia antica Alba-Longa, Rome 1817; Bullet. 
de ilnst. arch., 1846, p. 94 ; Duc de Blacas, Mém. 
de la Soc. des Antiquaires de France, t. XX VIII, 



p. 90-111 ; Mich. de Rossi, Ann. de l'Inst. arch., 
t. XLIII, p. 239-279; Bullet., 1872, p. 11; Annal, 
t. XLV, p. 162-221; t. XLVIII, p. 314-3)3. 

(3) Le Musée Fol, à Genève, possède une riche 
série de ces poteries primitives du Picenum. 

(4) Voy. mon travail sur Les antiquités de fa 
Troade, î™> partie, p. 15-20. 

(5) Hamilton Lang, Transactions of the Royal 
Society of Literature, nouv. sér., t. XI, 1 re part., 
p. 35; Cesnola, Cyprus, p. 94 et s., pi. vu. 



— 103 — 

cuisson n'est pas meilleure ; elle reste toujours incomplète ; mais la méthode qu'on 
y emploie permet désormais d'obtenir la couleur noire. On passe ainsi par une gra- 
dation presque insensible des terres brunes aux terres noires proprement dites, qui 
à leurs débuts, ne rompant pas encore avec les traditions du style de l'époque anté- 
rieure, sont lisses ou n'offrent d'autre ornementation que des dessins géométriques 
incisés et ponctués. Le Musée de Florence est jusqu'ici le seul où l'on ait formé une 
suite un peu développée de ces premières terres noires, dont aucun spécimen bien 
caractérisé n'a encore été publié. 

Ce sont là les vases de bucchero nero, et non des vases à reliefs, qui ont été observés 
dans les tombeaux de Palo (1). en compagnie des œufs d'autruche décorés de pein- 
tures et des flacons onguentairesen terre émaillée à l'égyptienne, que les navigateurs 
chananéens, encore presque seuls en possession du privilège d'approvisionner 
par mer de produits industriels perfectionnés les marchés de l'Italie, du ix e au 
vu e siècle av. J.-C, y apportaient de l'Orient avec les pièces d'orfèvrerie du genre 
de celles que l'on a découvertes à Cervetri et à Palestrina. A Chiusi, comme l'atteste 
le savant chanoine G. Brogi (2) et comme j'ai pu l'année dernière le constater moi- 
même de visu, les plus anciens tombeaux, ceux que les fouilleurs du crû appellent 
sepolcria piccolopozzo, et qui composent entièrement la nécropole dePoggio Kenzo, 
ne renferment que quelques vases de terre brune unie ou à dessins géométriques 
incisés, d'une fabrication très-grossière. Les terres noires fines, mais n'ayant encore 
exclusivement pour ornementation que les mêmes dessins incisés ou ponctués, sont 
caractéristiques des tombes de la seconde époque, dites sepolcria cran pozzo ou 
sepo/cri a ztro. On les y trouve en compagnie des vases canopiques en terre rouge, 
brune ou noire (3); des vases en terre grise ou d'un brun rougeàtre ayant la forme 
d'urnes, des flancs desquels sortent des têtes de griffons, tandis que sur le sommet 
et le couvercle se dressent de petites figures rapportées, en pied, vêtues de longues 
robes (4); en compagnie aussi de bronzes où, comme dans ces derniers vases, com- 
mence à se manifester une influence asiatique bien caractérisée. C'est aussi dans 
les mêmes tombes qu'apparaissent pour la première fois les scarabées de cor- 
naline avec intailles sous le plat, imités des scarabées phéniciens de pierre dure 
et non directement, comme on l'a cru longtemps, des scarabées de l'Egypte (o). 
Quant aux vases de terre noire à reliefs, il faut pour les rencontrer en venir aux 
tombeaux de la troisième époque, dits sepolcri a caméra, qui représentent un nou- 
veau pas en avant de la civilisation étrusque. 

Ces observations ont pu être faites depuis que l'on a commencé à suivre un peu 
plus attentivement et d'une manière plus scientifique les fouilles des vastes nécro- 

Eoles de Chiusi., jusqu'alors livrées sans contrôle au caprice de scavalori grossiers, 
rutaux, ignorants et d'une bonne foi suspecte. Malheureusement on s'y est pris 



(1 ) Dennis, Cities and cemeteries of Etruria, t. II, 
p. 72. 

(2) Ballet, de Finit, arch., 1876, p. 152 et s. 

(3) Micali, Monumenti (1832), pi. xiv-xvi; Mo- 
numenti inediti (1844), pi. xxxu; Dennis, t. II, 
p. 356; Birch, t. II, p. 204; J. de Witte, Éludes, 
p. 53. — C'est à tort qu'Abeken croyait ces vases 
canopiques de date relativement récente : Mitteli- 
talien, p. 273. 

(4) Le seul exemple jusqu'à présent publié de ces 
curieux vases, dont n'ont parlé ni M. Birch ni 



M. de W'itie. se trouve dans Micali, Monumenti 
inediti (1844). pi. xxxm; voy. aussi Helbig , 
Bullet. de l'Inst. arch. , 1874, p. 207. Le Musée 
municipal île Chiusi en possède plusieurs foi t beaux 
échantillons; d'autres dans la collection Paolozzi, 
dans la même ville. 

(5) Les poteries de terre noire ont été aussi 
trouvées associées aux scarabées de pierres dures 
dans les tombes de Magliano, qui remontent aune 
époque fort élevée : Dennis, Cities and cemeteries 
of Etruria. Ire édil., t. Il , p. 296. 



— 106 — 

bien tard, quand déjà la plus grande partie des sépultures avaient été dévastées et 
bouleversées de la manière la plus lamentable. Par suite de ce défaut d'attention 
prêtée aux circonstances matérielles des découvertes, de cette négligence qu'on ne 
saurait trop reprocher aux antiquaires toscans, la science a perdu des documents 
que rien ne pourra remplacer; particulièrement il faudra toujours déplorer la dé- 
prédation sans examen critique et le bouleversement complet du labyrinthe de 
chambres sépulcrales placées sous l'immense tumulus de Poggio Gajella, emplace- 
ment probable du fameux monument funéraire de Porsenna. Du moins les obser- 
vations que l'on peut encore glaner dans l'état actuel, et que je viens d'essayer de 
résumer , fournissent quelques données essentielles et fondamentales pour la 
chronologie des usages funéraires et de l'industrie étrusque dans l'importante cité 
de Clusium. Il en résulte positivement que les poteries de terre noire à reliefs de 
style asiatique sont de date beaucoup plus récente qu'on n'a été d'abord disposé à 
le penser, d'après leur apparence archaïque et la façon dont ces poteries demeurent 
étrangères aux influences grecques. 

Je ne crois pas que l'on puisse considérer la transformation de la céramique 
étrusque, qui substitua les décors en relief de style oriental aux dessins géométriques 
incisés, tout en conservant les procédés techniques de fabrication de la poterie de 
terre noire (1); je ne crois pas, dis-je, que l'on puisse considérer cette transformation 
comme s 'étant opérée antérieurement à l'époque où l'on fabriquait en Grèce les vases 
peints dits de style asiatique, c'est-à-dire antérieurement au vn e siècle avant notre 
ère. On trouve associés dans les mêmes tombeaux ces deux classes de poteries, 
étrusque et grecque, que je suis disposé à considérer comme s'étant développées 
parallèlement à la même époque (2). Des influences commerciales analogues amenè- 
rent ainsi presque simultanément en Italie et en Grèce la naissance de deux industries 
céramiques qui procédaient toutes deux de l'imitation des produits des arts de l'Asie, 
depuis longtemps arrivée au point culminant de sa civilisation, et qui, par suite, 
ont eu entre elles plus d'une affinité de style. Mais le courant oriental parvenait en 
Grèce et en Italie par deux voies différentes, et les potiers des deux contrées cher- 
chaient leurs modèles à copier dans des objets de natures diverses. On a depuis 
longtemps reconnu que, dans les peintures de leurs vases à zones d'animaux sur 
un champ semé de rosaces, les céramistes grecs ont imité des dessins de tapisseries 
ou d'étoffes brodées (3), de ces tapisseries, de fabrication principalement lydienne, 
que Milet, alors au point culminant de sa prospérité commerciale, répandait chez 
les Hellènes. Aussi ai-je déjà dit ailleurs (4) que la qualification de vases d'imitation 
lydienne me semblait le vrai nom à donner à cette classe si bien caractérisée de vases 
peints archaïques, dont on trouve des spécimens dans toutes les parties de la Grèce, 
qui ont été importés en assez grande abondance en Italie (S) et que les archéologues 
ont successivement appelés vases égyptiens, phéniciens, pseudo-phéniciens, corinthiens 
et de style asiatique. Quant aux céramistes de l'Etrurie, comme je l'ai déjà dit tout 



(1) Sur la succession immédiate des vases à re- 
liefs aux vases à décoration géométrique, voy. 
Gamurrini, dans Cônes tabile, Sopra due dischi 
antico-itatici, p. 28, note 5. 

(2) Bullet. de ÏInst. arch., 1874, p. 203 et suiv. ; 
p. 241 et s.; 1875, p. 99. 

(3) Longperier, Notice sur les monuments anti- 
ques de l'Asie nouvellement entrés au Louvre, 1855, 



extrait du Jotirnal asiatique; Birch, t. I, p. 260; 
J. de Witte, Études, p. 39. 

(4) Les antiquités de la Troade, 1 f e partie, p. 69. 

(5) Tous ceux que l'on a jusqu'ici trouvés en 
Italie, et qui sortent de mains grecques, présen- 
tent les caractères parfaitement accusés do la fa- 
brique corinthienne ; il semble cependant y en 
avoir eu aussi une fabrique d'imitation sur un 
point du littoral de l'Etrurie. 



— 107 — 

à l'heure, l'imitation' à laquelle ils s'attachèrent fut celle des vases de métal décorés 
au repoussé, que se méfiaient en même temps à copier les habiles ouvriers en 
bronze de leur pays. Ces vases de métal, dont les échantillons découverts à Cervetri 
et à Palestrina ne diffèrent pas de ceux qui ont été exhumés en Cypre et à JNimroud, 
au cœur de l'Assyrie, sortaient des fabriques phéniciennes et étaient importés en 
Italie parle commerce de mer des fils de Chanaan. M. Helbig a démontré, dans son 
beau mémoire intitulé Cenni sopra Carte fenicia (I), que c'est seulement du vm e 
au vi e siècle avant l'ère , chrétienne que l'influence asiatique et spécialement 
phénicienne a pénétré l'Etrurie, par le contact maritime avec les Chananéens 
orientaux ou Phéniciens de Tyr, et plus encore avec les Chananéens occidentaux ou 
Carthaginois , alors dans le premier éclat de développement de leur prospérité 
commerciale. De son côté, M. Birch (2), par des arguments un peu différents, était 
arrivé à la fixation de la môme date approximative. La paléographie de l'inscrip- 
tion phénicienne d'une des coupes de Palestrina (3j appartient à la fin du vm e siècle 
ou à la première moitié du vn e , et en même temps cette inscription présente des 
formes grammaticales propres au dialecte spécialement puuique (4). Sur une 
autre de ces coupes (S), les grands singes anthropoïdes que combat le chasseur sont 
des animaux africains, que les Carthaginois seuls ont eu l'occasion de bien con- 
naîlre (6). 

L'adoption du système des décors en relief de style oriental ne supprima pas, du 
reste, la fabrication des vases de terre noire entièrement lisses, qui avait commencé 
dans l'époque précédente; on en a fait jusqu'à la cessation complète de cette bran- 
che d'industrie. Elle ne produisit même pas l'abandon total du procédé de l'incision 
pour une partie du décor. Les terres noires de Veïes, qui constituent une classe à part 
dans ces poteries et dont la petite œnochoé portant l'étiquette du n° 106, dans notre 
planche 18, est un spécimen (7), n'offrent jamais des reliefs, mais des dessins incisés 
et ponctués en creux, qui représentent les mêmes ornements, les mêmes fleurs de 
lotus, les mêmes suites d'animaux ou de monstres fantastiques que les reliefs des 
poteries noires des autres localités. Parmi les vases de Chiusi eux-mêmes, il en est 
un certain nombre, comme l'urne n° 112 de notre pi. 18, qui combinent des décors 
incisés ou ponctués, mais non plus de style géométrique, avec des têtes et d'autres 
ornements en relief. Enfin, dans bien des cas, le potier a eu recours à la méthode de 
l'incision pour relever la monotonie des figures en très bas-relief qu'il obtenait par 
le moulage ou l'impression , pour y donner plus de finesse et y marquer les menus 
détails du costume (8) ; il imitait ainsi le faire du toreuticien, qui ciselait son bronze 
après la fonte. Une étude attentive et suivie des trouvailles, en faisant mieux con- 
naître les types de cette céramique qui se rencontrent habituellement dans tel ou 



(1) Ann. de l'Inst. arcl}., t. XLVIII, p. 197-257. 

(2) History of pottery, 1 r e édit., t. II, p. 412; 
1* édit., p. 457. 

(3) Notizie degli scaci dï antichità comuriicate 
alla R. Accademia dei Lincei, 1876, pi. n ; Gazette 
archéologique, 1877, pi. v; Mon. inéd. de l'Inst. 
arch., t. X, pi. xxxn, n° 1. 

(4) Renan, Gazette archéologique, 1877, p. 18. 

(5) Mon. inéd. de l'Inst. arch., t. X, pi. xxxi , 
n° 1 ; Journal asiatique, 7" séné, t. XI (1878), 
pi. à la page 233. 

(6) Fr. Lenormant, Comptes-rendus de l'Acadé- 



mie des Inscriptions , 1876, p. 269; Helbig , Ann. 
de l'Inst. arch., t. XLVIII, p. 226; Ch. Clermont- 
Ganneau, Journal asiatique, 7° série, t XI, p. 458 
el s. 

(7) Pour des exemples plus nombreux dos vases 
noirs de Veïes, voy. Micali , Monumenli inediti 
(1844), p. 156 et s., pi. xx vu; Campanari, Vasi 
Vejenti ; Duruy, Histoire des Romains, édition il- 
lustrée, t. I , p. 235 (\ases du Musée du Louvre 
provenant de la collection Campana). 

(8) Bircl), Ire édit., t. I, p. 201. 



— 108 — 

tel canton, permettra sans doute de discerner ici des variétés de fabrication locale, 
que nous ne savons pas encore reconnaître. 

Des poteries étrusques de terre noire décorées de reliefs, les plus anciennes incon- 
testablement sont celles où le corps du vase est lisse dans sa majeure partie ou bien 
présente des cannelures, soit verticales, soit horizontales, et où les sujets figurés se 
réduisant à une ou deux bandes étroites (1), produites par la rotation d'un cylindre 
de terre cuite ou de pierre gravé en creux à la manière des cylindres assyriens et 
babvloniens, que l'on imprimait sur la terre encore molle (2), mais seulement après le 
modelage complet du vase. Les origines de leur fabrication sont contemporaines de 
celle des grands pithos de terre rouge décorés d'après la même méthode, avec les 
mêmes cannelures et les mêmes frises imprimées au moyen de cylindres (3), que 
l'on rencontre dans les tombeaux de Caeré immédiatement antérieurs a l'apparition 
des vases peints corinthiens, dont la fabrication a dû commencer vers le dernier 
quart du vn e siècle (4) , et aussi dans les très-anciennes sépultures de Tarquinies 
et de Veïes. C'est cette variété des poteries noires qui s'est trouvée seule associée 
aux vases peints de style asiatique ou d'imitation lydienne , à zones d'animaux , 
dans certaines tombes de Corneto (5) et dans les premiers sepolcri a caméra de 
Chiusi, par exemple dans celui dont le mobilier si curieux, conservé aujourd'hui 
dans la collection Paolozzi et publié par M. Helbig (6), date du moment des premiers 
rapports des Etrusques avec les Grecs, dans le courant du vn° siècle. 



IV. 



Ce n'est que plus tard que l'on a adopté les procédés qui ont produit les terres 
noires de l'espèce la plus multipliée, de celle qui seule est représentée dans notre 
planche 18, celle où les reliefs ont été poussés dans des moules eu même temps que 
l'on façonnait le vase. Pour ce qui est de cette variété, la dernière en date, de la 
poterie étrusque de bucchero nero, je ne crois pas qu'on puisse hésiter à admettre, 
avec M. Gamurrini (7), que l'exécution a dû en commencer dans la seconde moitié 
du vi e siècle et que c'est au v e qu'elle a atteint son apogée. Cette période historique 
est celle du plus grand éclat de la richesse et de la puissance de Clusium, que la 
tradition romaine personnifie dans Porsenna. C'est aussi le temps le plus florissant 
de Vulci, celui où sur la sépulture de quelque puissant lucumon de cette ville on 
éleva l'énorme monument de la Cucumella, gardé par une armée de sphinx, de 
griffons, d'animaux sculptés en pierre noire, qui rappellent si bien ceux que nous 



(1) Micali, Monumenti (1832), pi. xvm , xix et 
xx ; Monumenti inediti (1844), pi. xxvm, n» 5; 
pi. xxx, no 4; [il. xxxiv, n° s 2 et 3. 

[2] Sur les preuves de l'emploi de ce procédé > 
voy. Birch, Inédit., t. II, p. 200; J. de Witte, 
Études, p. 51. 

(3) Mils, elrusc. Gregorian., t. II, pi. xc et c ; 
Birch , 1" édit., t. II, p. 210 et s.; Catatoghi dtl 
Museo Campana, classe I, série I ; J. de Witte, 
Notice sur les vases peints et à reliefs du Musée 



Napoléon III, p. 12; Etudes sur les vases peints, 
p. 54. 

(4) J. de Witte, Études, p. 42-47. 

(5) Bullet. de l'inst. arch., 1874, p. 241 et s.; 
1875, p. 99. 

(6) Bullet. de l'inst. arch., p. 203-208 ; Mon. 
inèd., t. X, pi. xxxvni"; Annal., t. XLIX, p. 397- 
410, pi. u-v. 

(7) Annal, de l'inst. arch., t. XLIV, p. 275 et s. 



— 109 — 

voyons dans les reliefs de nos vases (1). Le V e siècle est encore l'âge des fameux 
bronzes de San-Mariano, près de Pérouse, publiés par Vermigliôli (2), bronzes qui 
sont datés par les fragments de vases peints à figures noires découverts en même 
temps qu'eux (3), et dont le style d'art a tant d'analogie avec celui des poteries en 
terre noire à reliefs, bien que l'inlluence grecque s'y marque davantage dans une 
partie des sujets représentés. En général, les sépultures étrusques du v" siècle, 
dans la région qui s'éloigne de la mer vers Clusium, Pérouse et la vallée du Clanis, 
nous offrent les vases de bucchero nero, groupés par trente et quarante à la fois (4), 
tantôt seuls, tantôt, mais plus rarement, avec des vases peints grecs à figures 
noires, et toujours en compagnie de morceaux à'aes rude, car Yaes signatum n'a 
commencé à être produit par le procédé de la fusion et à former la circulation 
monétaire de l'Etrurie qu'au début du iv e siècle av. J.-C. C'est un fait dont nous 
donnerons les preuves dans un autre article. 

Micali (5) et M. le baron de Witte (6) ont reconnu que les vases de terre noire 
de "Veïes, à décors de style asiatique incisés et ponctués, comparés à une bonne 
partie des vases de même terre à reliefs moulés, de Chiusi et d'autres localités, 
présentent des marques incontestables d'antériorité. Or, ces vases de Yeïes des- 
cendent jusqu'à la prise et à la destruction de la ville par les Romains, en 390 av. 
J.-C. Nous avons ici un premier indice de ce que la fabrication des terres noires à 
reliefs s'est continuée activement dans les autres cités, comme Clusium, Volaterrse, 
Vulci, pendant la durée du iv v siècle. Et bien d'autres preuves viennent confirmer 
cette donnée, en la rendant absolument certaine. Dans les tombes de presque 
toutes les localités de l'Etrurie, les terres noires à reliefs sont constamment 
associées aux vases peints, non-seulement à ceux à figures noires, mais aussi à 
ceux à figures rouges. Ce fait capital a été longtemps méconnu, et pourtant il eût 
été facile de le constater si les fouilles de Chiusi et de Vulci avaient été scientifi- 
quement conduites et surveillées, si on y avait procédé avec méthode, en recueillant 
tout et en le notant sur des journaux bien faits. Mais la mode était aux vases 
peints ; on ne fouillait que dans un but de spéculation, pour avoir de ces vases à 
vendre, et l'on ne faisait nulle attention aux terres noires unies ou à reliefs, que 
l'on considérait comme n'ayant point de valeur, que l'on trouvait d'ailleurs géné- 
ralement dans un état d'effritement qui ne permettait pas de les recomposer et de 
les restaurer. 

A Vulci, ces terres noires ont été rencontrées en abondance dans toutes les 
tombes, avec les vases peints de tous les styles, mais on ne prenait pas la peine de 
les recueillir et on en rejetait les fragments dans les déblais avec mépris, en les 
qualifiant de roba senza valore, roba dï sciocchezza. C'est à M. Dennis (7), témoin 
oculaire, que nous devons ce renseignement, et à cette occasion il ne peut retenir 
son indignation contre la barbarie ignorante et brutale avec laquelle agissaient les 
scavatori du prince de Canino. Encore aujourd'hui, dai.s la campagne autour de 
Ponte délia Badia, auprès des emplacements où les tombes ont été ouvertes, on 



(I) Sur la Cueumella et sa restauration probable, 
voy. Noël des Vergers, L'Etrurie et les Étrusques, 
Atlas, p. 14 et pi. xx. 

("2) Saggio di bronzi etruschi trovati neW agro 
Perugino , Pérouse, 1813; mieux gra\és dans 
Micali, Monumenti inediti (1844), pi. xxviii-xxxi. 

(3) Vermigliôli , ouvr. cit., p. xvin et s. , et vi- 
gnette à la p. 107. 



(4) Gamurrini. Ann. de Vins t. arch , t. XL1V, 
p. 275 et s. 

(5) Monumenti inediti (1844), p. 156. 

(6) Études, p. 52. 

(7) Cities and eemeteries of Etruria , 1" édit. , 
t. 1, p. 410. 



18 



— HO — 

peut observer des amas de tessons concassés de vases de terre noire, dédaignés 
par les fouilleurs. A Chiusi j'ai pu m'assurer moi-même, de visu et de auditu, que 
dans les tombeaux à chambres où l'on trouve les vases peints, à figures rouges 
aussi bien qu'à figures noires, il y a aussi des vases de bucchero nero, déposés avec 
eux lors de la sépulture (1). Mais c'est surtout dans les belles fouilles de la nécropole 
d'Orvieto (2), si bien conduites par mon ami M. Riccardo Mancini, que le fait en 
question a été constaté de la façon la plus constante et la plus formelle. Jusqu'ici 
les parties explorées de cette nécropole ne sont pas plus anciennes que le dernier 
quart du v e siècle : car on n'y a pas rencontré de vases à figures noires de style 
vraiment ancien. Les vases peints que l'on en a retirés, et qui se trouvent réunis 
dans le remarquable musée du comte Faina, à Orvieto même, appartiennent aux 
classes des poteries à figures noires de la dernière époque et des poteries à figures 
rouges de beau style, qui figurent ensemble dans les mêmes tombeaux (3), au moins 
dans une partie ; car il en est aussi qui n'ont plus que des vases à figures rouges. 
A côté de ces vases peints, les poteries de terre noire ne manquent jamais ; tous 
les tombeaux en renferment dans une proportion considérable. Ce sont des vases 
à reliefs moulés, que l'archaïsme de leur style ferait prendre au premier abord 
pour bien plus anciens. L'association constante que je signale ne repose pas sur le 
seul témoignage de M. Mancini, témoignage, du reste, digne de toute foi, mais 
aussi sur celui de M. Gamurrini, de M. Helbig (4) et de M. Kœrte (5), qui a 
longtemps suivi les fouilles avec une scrupuleuse attention. J'ai été également à 
même de la constater, en assistant, dans l'automne de 1876, à l'ouverture de 
plusieurs tombes, en compagnie de MM. Ernest Curtius et Kœrte. 

Les résultats de l'exploration méthodique de la nécropole d'Orvieto ont une 
importance exceptionnelle pour l'étude chronologique des antiquités de l'Etrurie. 
Il n'est plus possible, en effet, de douter aujourd'hui que ce ne soit là qu'ait été, 
comme Ottfried Miiller l'avait entrevu par une véritable intuition de génie, la grande 
et puissante cité des Volsiniens, dernier boulevard de l'indépendance étrusque 
contre la conquête romaine, qui ne succomba définitivement qu'en 264 av. J.-C, 
après une révolte et un siège prolongé dont l'issue mit fin à tout autre essai de 
résistance. C'est après ce siège de 264, M. Kœrte l'a définitivement démontré, que 
les Romains, pour rendre de nouvelles révoltes impossibles, transportèrent les 
Volsiniens de la formidable position stratégique d'Orvieto à l'emplacement sans 
défense de Bolsena, qui prit désormais le nom de Volsinium, tandis que l'ancienne 
cité devenait Urbs vêtus (d'où Orvieto). La cité abandonnée fut démantelée avec un 
soin jaloux dont on a donné ailleurs peu d'exemples (6), et il semble qu'il y ait eu 
interdiction absolue d'en occuper l'emplacement^ interdiction rigoureusement ob- 



(1) Leur association avec les vases à figures 
noires était déjà signalée par Dorow, Noti:ie in- 
ternet ad alcuni vasi, p. 22 et suiv. 

(2) Kœrte, Sulla necropoli di Orvieto, da'ns les 
Ann. de l'Inst. arch., t. XLIX, p. 9o 484. 

(3) Kœrte, mëm. cit., p. 172. 

(4) Bullet. de l'Inst. arch., 1875, p. 99. 

(5) Mém. cit., p. 173. 

(6) J'ai suivi, en compagnie de MM E. Curtius, 
Kœrte et Mancini, tout le périmètre qu'occupait 
l'enceinte de l'ancienne cité, en recherchant atten- 



tivement les vestiges qui pouvaient subsister des 
murailles étrusques, et je n'ai pas trouvé à y observer 
une seule pierre reposant encore sur son lit de 
pose; tout a été systématiquement arraché jus- 
qu'aux fondations. En revanche, sur tout le même 
périmètre on observe de nombreux travaux dans 
les rochers pour asseoir ces muraille? disparues : 
escarpements régularisés par la main de l'homme, 
surfaces aplanies pour supporter des assises hori- 
zontales, même dans un endroit une porte en 
tunnel entièrement taillée au ciseau. 



— Mi — 

servée pendant plusieurs siècles (1). Entre la nécropole d'Orvieto et celle de Bolsena, 
le contraste est complet dans la nature des objets que renferment les tombes. Dans 
celles de Bolsena (2) l'on ne rencontre plus les vases peints (3) et les poteries de 
terre noire, qui se maintiennent jusqu'au bout dans les sépultures d'Orvieto. En 
revanche, la nécropole de Bolsena est caractérisée par la présence constante de 
tout un ensemble d'objets qui font absolument défaut dans celle d'Orvieto : les 
poteries étrusco-campaniennes à reliefs et à vernis noir brillant, les vases de terre 
cuite à reliefs entièrement revêtus de dorure ou d'argenture, les miroirs de bronze 
à sujets gravés, les petits sarcophages ou urnes carrées d'albâtre, décorées de bas- 
reliefs. C'est le nouveau mobilier qui apparaît dans les sépultures de l'Étrurie 
au me siècle avant l'ère chrétienne, et dont la substitution au mobilier funéraire 
des époques antérieures coïncide avec l'établissement définitif de la domination 
romaine sur ce pays. Le contraste entre les nécropoles des deux villes, qui se 
succédèrent dans le rôle de chef-lieu du pays des Volsiniens, nous fait donc assister 
à la révolution profonde ,que la conquête produisit alors dans les mœurs, dans l'art 
et dans l'industrie des Etrusques, jusque-là singulièrement immobilisés depuis 
plusieurs siècles, malgré l'effort des influences grecques, pénétrant par les ports du 
littoral et rayonnant du foyer de Vulci. Et il a l'inappréciable avantage de rattacher 
cette révolution chez les Volsiniens à un événement historique de date précise , ce 
que nous ne pouvons pas faire dans les autres cités étrusques. 

Les faits qui viennent d'être exposés me conduisent, on le voit, à une conclusion 
exactement conforme à celle que M. Gamurrini indiquait tout dernièrement ici 
même (4) et qui lui a été dictée par son expérience si profonde des antiquités et des 
fouilles de l'Etrurie : à savoir que la fabrication des vases à reliefs de terre noire 
a pris fin dans le cours du in e siècle, par l'introduction de l'industrie nouvelle des 
vases étrusco-campaniens, laquelle supplanta rapidement les anciennes pratiques 
des céramistes indigènes. Il est bon, du reste, de ne pas chercher à préciser 
davantage les dates, excepté pour ce qui touche au pays des Volsiniens, car un 



(1) Les débris de l'âge étrusque foisonnent dans 
le sol sur toute l'étendue du plateau qu'occupait 
l'ancien Volsinium et dont l'Orvieto moderne ne 
couvre qu'une p irtie. Au musée de la Fabrique de 
la Cathédrale on \ oit de beaux fragments de la 
décoration en terre-cuite peinte du fameux temple 
de Voltumna, siège pendant un temps du conseil 
de la confédération étrusque, dont l'emplacement 
était celui où le Dôme a été construit dans le 
moyen-âge. Mais sur tout le plateau on ne rencon- 
tre jamais aucun objet ni aucune monnaie qui soient 
postérieurs au m e siècle av. J.-C, rien des temps 
romains. Les vestiges du siècle des invasions bar- 
bares y succèdent immédiatement aux vestiges 
des âges de l'inJépendance étrusque. Le site de 
la ville rasée parait donc être demeuré désert 
pendant toute la durée de la domination 
romaine, sous la République et sous l'Empire, 
jusqu'au moment où les malheurs des invasions 
firent de nouveau chercher aux habitants voisins 
un refuge contre les barbares dans l'abri des rochers 



de si difficile accès, qui font à Orvieto une défense 
naturelle presque inexpugnable. 

(2) Relazione sulle scoperte archeologiche délia 
ciltà e provineia di Roma negli anni 1871-1872, 
p. 1*25 et s.; Kœrte, Ami. de Vins t. arch., t. XL1X, 
p. 176. 

(3) On a trouvé quelques vases peints dans les 
riches sépultures de Porano, non loin d'Orvieto, 
qui appartiennent à la seconde moitié du ni'' siècle 
et paraissent avoir dépendu de quelqu'un des 
nombreux castetta répandus dans la campagne du 
pays des Volsiniens, ou bien a\oir été les tombes 
de familles aristocratiques qui, quoique transpor- 
tées au nouveau Volsinium, continuaient à se foire 
enterrer par tradition dans les environs de 
l'ancienne ville. Ce sont, du reste, de ces vases 
d'imitation étrusque à figures jaunes qui marquent 
la dernière époque de l'industrie céra Biographique 
dans l'Italie centrale (Birch, Ira édition, t. li, 
p. 2 1 4-221 , J. de Witte, Éludes, p. 117 el s.). 

(4) Gazette archéologique, 1879. p. 49. 



— 112 — 

changement aussi complet de l'industrie céramique d'un peuple ne dut certainement 
pas s'opérer en un jour. Dans la rapidité plus ou moins grande avec laquelle la 
fabrication de la nouvelle poterie se substitua à l'ancienne, il y eut nécessairement 
des différences notables suivant les localités; certaines villes furent plus lentes que 
d'autres à abandonner leurs vieilles habitudes. Il dut y avoir aussi des manufactures, 
florissantes alors que régnait la forme ancienne de l'industrie, qui dépérirent et 
cessèrent presque complètement de produire quand il fallut renouveler leur outillage 
et leurs procédés, quand la vogue passa à un autre genre de poteries. Ainsi le pays 
de Clusium avait certainement été le plus grand centre de production des vases de 
terre noire, et s'il s'y établit ensuite des fabriques de vases étrusco-campaniens, ce qui 
n'est pas encore certain, elles n'eurent en tout cas qu'une fort médiocre importance. 
Au contraire, comme nous l'a montré M. Gamurrini, c'est alors que la fabrication 
céramique d'Arrétium se développa avec un éclat qui grandit encore par suite de 
la substitution des poteries rouges corallines aux poteries étrusco-campaniennes à 
vernis noires ; et il est au moins douteux que les fours des potiers arrétins fonc- 
tionnassent déjà dans l'âge des terres noires. 

S'il est un point de l'Etrurie où l'industrie des buccheri neri ait dû persister plus 
tard qu'ailleurs, où elle ait dû essayer de se prolonger quand partout on l'abandon- 
nait, c'est bien certainement à Clusium, où elle s'était si fortement enracinée. Nous 
en aurions la preuve formelle s'il était positif, comme on l'a affirmé (1), que dans 
quelques tombes de Chiusi. des vases de terre noire se trouvent encore associés aux 
urnes d'albâtre à bas-reliefs de style grécisant. Je n'ai pas été à même de vérifier 
l'exactitude de cette assertion, que je me borne à enregistrer sans la garantir. 

Quoi qu'il en soit de ce dernier fait, si les vases de terre noire à décors géomé- 
triques incisés ont précédé la première introduction des vases peints en Etrurie et 
n'ont été qu'un perfectionnement de la plus ancienne poterie locale, de ces terres 
brunes que l'on fabriquait antérieurement à la période de l'influence du commerce 
des Tyriens et des Carthaginois (2), l'histoire des vases de cette même terre noire 
ornés de reliefs, telle que nous venons d'en esquisser les principaux traits, offre un 
parallélisme remarquable avec celle des poteries peiutes du système grec dans 
l'Italie centrale. Terres noires à reliefs et vases peints font leur apparition presque 
en même temps dans les sépultures de l'Etrurie, et sortent de l'usage à peu d'inter- 
valle les unes des autres. L'époque des terres noires à reliefs imprimés avec des 
cylindres concorde approximativement avec celle des vases peints de style asiatique 
ou d'imitation lydienne ; les terres noires à reliefs moulés débutent vers le même 
moment que les vases à figures noires ; mais le style et les procédés de la poterie 
étrusque de bticchero iiero s'immobilisent à dater de ce moment dans une manière 
archaïque, qui s'attache avec persistance aux traditions de l'imitation orientale 
cette industrie ne participe pas au progrès nouveau qui, dans celle des vases peints, 
se marque par l'adoption des figures rouges de grand style sévère. C'est que, dans 
la marche parallèle de ces deux branches de la céramique, la poterie de terre ,noire 
représente l'industrie proprement indigène et reflète le caractère national des Etrus- 



(1) Birch, History of poltcry , 4re édit , t. II, 
p. 209. 

(2) En m'exprimant ainsi, je réserve la question 
des origines de la décoration géométrique. D'ac- 
cord avec M. Helbig, je la considère comme issue 
de la Phénicie. thèse que j'ai soutenue dès 1867 et 
sur laquelle j'aurai quelque jour l'occasion de 



revenir dans ce recueil (voy., du reste, mes Pre- 
mières civilisations, t. II, p. 354-365). Mais sa 
propagation dans le bassin oriental de la Méditer- 
ranée, jusqu'en Italie, me parait devoir êlre rap- 
portée à une première période , beaucoup plus 
ancienne, d'influence du peuple de Chanaan , à 
l'âge des navigations sidoniennes. 



— 113 — 

ques, porté naturellement à s'enchaîner clans une tradition immobile, et les vases 
peints l'importation étrangère, alimentée aux sources du génie brillant et progres- 
sif des Hellènes. 

En me servant ici du terme d'importation étrangère, je ne prétends en aucune 
façon me ranger au système de Gustave Kramer et d'Otto Jalm, d'après lequel les 
vases peints découverts en Etrurie auraient été fabriqués à Athènes, et introduits en 
Italie par le commerce maritime. Avec Gerhard, Welcker, le duc de Luynes, Charles 
Lenormant, M. le baron de Witte, M. Birch, et tous les maîtres en cette étude, je 
n'hésite pas, au contraire, un seul instant à admettre l'existence d'importants 
centres de fabrication dans certaines villes étrusques touchant au littoral de la mer, 
où s'étaient formées de véritables colonies de potiers grecs, comme à Cœré et à 
Tarquinies dès la fin du vu" siècle, et à Vulci dans le v e . Mais ces fabriques, bien 
qu'implantées en Étrurie, ont toujours gardé Jeur caractère purement grec ; elles 
sont restées des ilôts étrangers au milieu des Étrusques, et jamais elles ne se sont 
éloignées de la mer, devenue pour les Hellènes comme un élément natal. Les vases 
peints à figures noires et à figures rouges, que l'on découvre dans les tombes de 
Chiusi et d'Orvieto, présentent les caractères, si facilement reconnaissables et si 
nettement accusés, de la fabrique de Vulci ; ceux, en bien petit nombre, qui ne se 
rattachent pas à cette origine, proviennent de la Grèce propre, comme le célèbre 
vase François. Mais chez les gens de Clusium ou de Volsinium, les vases peints de 
Vulci, comme ceux qui étaient amenés de la Grèce, étaient des objets d'importation 
qui n'exerçaient pas d'action sur l'industrie des céramistes locaux ; leur condition 
ne différait que par la distance plus ou moins grande de leur provenance d'origine. 
Plus au nord, et toujours sur le littoral, on a trouvé à Pise les débris de l'atelier 
d'un potier grec qui fabriquait des vases peints (1); c'est que Pise avait dû son 
origine, dans le vi e siècle, à une colonie de Phocéens, et que, même après l'asser- 
vissement de cette colonie aux Étrusques du voisinage, elle était restée le siège 
d'un comptoir important de marchands grecs. Les tentatives d'imitations des vases 
peints grecs par des mains étrusques indigènes, qui se sont produites à diverses 
époques et surtout vers le m" siècle, semblent bien aussi avoir eu pour sièges ex- 
clusifs des villes de la région voisine du littoral, comme Vulci, Volaterrae et Vetu- 
lonia (2). Elles n'affectent pas la région de l'intérieur des terres, qui est par 
excellence la patrie du bucchero nero, et où cette poterie n'a pas connu de rivale 
comme fabrication indigène, jusqu'au moment où les vases élrusco-campanieus 
sont venus prendre sa place, à la suite d'un changement profond dans le goût public. 

Je me suis laissé entraîner à de bien longs développements, et pourtant je suis 
loin d'avoir épuisé cette question , jusqu'ici trop négligée , des terres noires 
étrusques. Elle est à mes yeux d'une importance capitale et d'une étendue singuliè- 
rement vaste ; car ce n'est rien moins qu'un des éléments principaux de l'histoire 
de l'art et de l'industrie des Étrusques, dans ce que cette industrie a eu de plus spé- 
cialement national. J'y reviendrai donc encore, dans d'autres articles, pour l'en- 
visager sous un autre point de vue, et pour contrôler, par la comparaison avec les 
produits d'autres branches de l'industrie du même peuple, en particulier avec ses 
médailles, les résultats auxquels m'a conduit aujourd'hui l'ét'ide matérielle des 
fouilles et des trouvailles faites dans les nécropoles de l'Etrurie. 

François LENORMANT. 



(1) Birch, 4" édit., t. II, p. 134. 

(2) C'est tout au moins de cette grande cité que 
dépendait la localité moderne d'Orbetello (consi- 



dérée par quelques-uns comme Veluh nia même), 
où l'on observe un type particulier de vases 
étrusques d'imitation à figures jaunes. 



— 114 



UN EPISODE DE L'ÉPOPÉE CHALDÉENNE. 




Le sujet reproduit en tête de cet article est gravé sur un cylindre babylonien 
de serpentine verte, découvert dans les chambres du trésor du temple de Curium 
en Cypre et actuellement conservé au Metropolitan Muséum of art de New- York (1). 
Ce sujet est, à ma connaissance , entièrement nouveau; je n'en ai pas rencontré 
d'autre exemple sur les nombreux cylindres que j'ai eu l'occasion d'examiner dans 
les différents musées publics et dans les collections particulières. Mais il me paraît 
d'une interprétation certaine, interprétation qui se tire directement d'un texte 
littéraire indigène, d'un des épisodes parvenus jusqu'à nous du cycle épique de la 
Chaldée et de Babylone. 

Au centre de la composition s'élève un arbre chargé de feuilles et de gros fruits 
de forme sphérique ; autour de cet arbre volent quatre oiseaux de grande dimen- 
sion. Trois ont les ailes étendues, mais celles du quatrième sont fermées, et il 
semble tomber à terre, mortellement atteint, d'une des branches inférieures de 
l'arbre où il était posé. A l'extrémité droite de la scène ( en prenant la droite 
par rapport au point de vue du spectateur, comme on fait dans les descriptions 
numismatiques ), précisément à côté de l'oiseau blessé, on voit un personnage 
viril, dans le costume que les cylindres donnent d'ordinaire aux héros combattant 
les monstres, avec une tunique courte qui descend seulement jusqu'aux genoux. 
Il tourne le dos à l'arbre et s'éloigne en tenant dans sa main droite abaissée la 
harpe en forme de faucille , tandis que de la gauche il paraît cacher un objet dans 
son sein. A l'autre extrémité , une femme drapée et la tête couverte d'un voile 
s'avance d'un pas rapide vers l'arbre et semble se mettre à la poursuite du per- 
sonnage qui s'en va. 

Il me paraît impossible de méconnaître ici la représentation de l'aventure qui , 
dans la grande épopée orchoénienne dVzd/utba?- ou Gisdhubar, dont les fragments 
ont été si heureusement retrouvés par George Smith , occupait de son récit la fin 



(1) Il a été déjà publié dans Cesnola , Cyprus , pi. xxxi, n° 5. 



— llo — 

de la 5 e colonne de la tablette IX (1) , la 6 e tout entière et une grande partie de 
la t re colonne de la tablette X (2). Elle se passe dans le grand voyage que le héros 
d'Erech, malade de la lèpre et privé des conseils de son ami le voyant Ea-bani, 
qui vient de mourir de la piqûre empoisonnée d'un taon [ntbukku), entreprend pour 
aller demander le secret de sa guérison à Khasisatra , le Xisuthros de Bérose , 
l'homme que les dieux ont préservé du Déluge en lui accordant le privilège 
d'échapper à jamais aux atteintes de la mort. 

Izdhubar a longtemps voyagé; il a rencontré les êtres gigantesques, moitié 
hommes et moitié scorpions, qui gardent le lieu ou le soleil se lève , et poursuivi 
sa route sur leurs indications. Tournant d'abord au nord, puis à l'ouest, il a tra- 
versé d'immenses déserts de sable, « où n'existent pas de champs cultivés » et où 
errent des monstres. Il arrive enfin « aux portes de l'Océan ». Là il rencontre « une 
forêt pareille à celle des arbres des dieux ». Les arbres qui y poussent ont « des 
fruits d'émeraude et de cristal ». Des oiseaux merveilleux habitent au milieu de 
leurs branches « et s'y font des nids de pierres précieuses », de cristal ou d'onyx (3). 
Ces oiseaux , désignés dans le texte comme des outardes , ce qui s'accorde bien 
avec la forme donnée à ceux de notre cylindre , semblent chargés de la garde des 
arbres et de leurs fruits. En effet, lorsqu' Izdhubar s'approche d'un des arbres et 
y « cueille un des gros fruits de cristal », il frappe un des oiseaux pour y parvenir. 
Mais dans le bois habitent deux femmes , deux nymphes , Sabit et Sidouri , qui 
veillent sur les portes de son enceinte, « du côté de l'Océan ». Au moment où le 
héros d'Erech, après avoir cueilli le fruit miraculeux, a déjà « sa face tournée 
vers le chemin de l'éloignement » , une d'elles , Sidouri, l'aperçoit, se met à sa 
poursuite et l'atteint à temps pour fermer devant lui la porte. Izdhubar réclame 
qu'elle lui soit ouverte, et alors entre lui et la nymphe s'engage un dialogue dont 
nous ne possédons malheureusement plus que les premiers mots , une fracture 
enlevant la suite du texte dans l'unique manuscrit que nous en possédions. 

L'analogie de cette fable de l'épopée chaldéenne avec le mythe classique d'Hercule 



(1) On sait que chacune de ces tablettes 
porte un chant du poëme et que chaque chant 
correspond à un mois de l'année et à un signe du 
zodiaque. La tablette IX est celle du moisdeKisiliv 
et du signe du sagittaire, la tablette X celle du 
mois de Tebit et du signe du capricorne. On 
remarquera la tête de chèvre, munie de longues 
cornes, qui se trouve dans le champ du cylindre, 
auprès du héros. 

(2) Le texte demeure encore inédit ; une traduc- 
tion en a été donnée dans G. Smith, Chaldean 
account of Genesis, p. 851-852. Je l'ai vérifiée sur 
l'original, et j'ai pu constater que si elle présente 



un certain nombre de points de détails douteux, 
ce qui était inévitable dans un premier essai , 
surtout avec l'état de mutilation dans lequel le 
texte est parvenu jusqu'à nous, l'ensemble est 
certain, et tous les grands traits essentiels du récit 
ont été bien compris. 

(3) Il est encore incertain laquelle de ces deux 
traductions doit être adoptée pour la gemme dési- 
gnée sous le nom assyrien de ugnii ; les assyriolo- 
gues de l'école anglaise, et M. Friedrich Delitzsch 
avec eux, adoptent l'interprétation de « cristal », 
M. Fr. Lenormant celle d' « onvx ». 



— 116 — 
au Jardin des Hespérides est tout à fait frappante (1). Et ici nous ne pouvons 
mieux faire que de reproduire les pénétrantes et solides remarques de M. Sayce (2) 
au sujet du héros qui apparaît comme le protagoniste dans les débris que nous 
possédons du cycle épique d'Erech, devenu populaire dans toute la Babylonie et 
chez les Assyriens, disciples des Chaldéo -Babyloniens au point de leur avoir 
emprunté tous leurs livres sacrés. 

« Izdhubar ou Gisdhubar est un héros solaire. Ses douze aventures, comme les 
douze travaux d'Hercule , marquent le passage du soleil par les douze mois de 
l'année (3). Comme le soleil affaibli et devenu infirme de l'hiver, Izdhubar devient 
malade au mois autumnal d'octobre, et ce n'est qu'après s'être baigné dans les 
eaux de l'Océan oriental qu'il reprendra sa force et son éclat au commencement 
d'une nouvelle année. Les différents chants de l'épopée nous promènent à travers 
tous les signes du zodiaque. Le lion que tue Izdhubar est le lion zodiacal ; son 
voyant Êa-bani, moitié homme et moitié taureau, lui est amené au second mois de 
l'année, celui que les Accads appelaient « le mois du taureau propice », et auquel 
préside le signe du taureau, [star le demande en mariage sous le signe de la vierge ; 
c'est au dixième mois, celui « du soleil couchant », qu'il atteint les rivages de 
l'Océan qui environne la terre ; et ses lamentations sur le cadavre d'Ea-bani ont 
lieu « au mois noir » d'adar, le dernier de l'année, alors que les deux « poissons de 
Êa » accompagnent le soleil (4). Mais par-dessus tout Izdhubar ou Gisdhubar est le 
prototype et comme le modèle de l'Héraclès des Grecs. De même que les germes 
de l'art grec, beaucoup des germes du panthéon et de la mythologie des Hellènes 
sont provenus de la Babylonie , soit par la grande route de la culture et de la 
civilisation qui traversait l'Asie-Mineure, soit par l'intermédiaire des navigateurs 
entreprenants de la Phénicie. Héraclès est Melqarth, le dieu solaire de Tyr, dont le 
temple avait été fondé 2300 ans avant qu'Hérodote ne visitât la cité marchande. 
L'histoire d'Hercule est comme une répétition de l'histoire plus antique à'Izdhubar. 
Êa-bani, le confident et le conseiller du héros chaldéen, est le centaure Chiron, 
l'ami et le conseiller d'Hercule; car Chiron est le fils de Cronos, et c'est par Cronos 
que les Grecs ont traduit le dieu babylonien Ea (5), le « formateur », le «. produc- 
teur » de Éa-bani. Le lion que tue Izdhubar est le lion de Némée ; le taureau ailé 



(!) Ajoutons même qu'il y a une frappante 
analogie pour la disposition et l'action des figures 
entre la représentation du cylindre et la scène 
d'Hercule au jardin des Hespérides, telle qu'on la 
voit sur un vase à figures noires publié par 
Gerhard : Auserlesene Vasenbilder, pi. xcvin. 

(2) Babylonian literature, p. 27 et s. 

(3) C est aussi l'opinion formulée pour la première 
fois par sir Henry Rawlmson (Athenœum, 7 décem- 



bre 1872) et soutenue par M. Fr. Lenormant (Les 
premières civilisations, t. II, p. 67-81). 

(4) Voy. Cuneif. inscr. of West. As., t. III, pi. 53, 
no 2, 1. 13. 

(5) Cette assimilation ressort d'une manière 
formelle de la comparaison du récit chaldéen 
original du Déluge, avec la traduction grecque 
que Bérose en a donnée. 



— 117 — 
qu'Anou crée pour venger les injures de sa fille Istar, a pour correspondant le 
taureau de Crète ; le tyran Khoumbaba, tué par Izdhubar dans « le pays des pins, 
le siège des dieux, le siège des esprits », est remplacé chez les Hellènes par le tyran 
Géryon; les fruits de gemmes brillantes que portent les arbres de la forêt située aux 
portes de l'Océan sont les pommes des Hespérides ; la maladie mortelle A' Izdhubar, 
celle que cause à Hercule le contact de la tunique empoisonnée de Nessus. Long- 
temps avant que les poètes grecs ne commençassent à broder la tapisserie éclatante 
de leur merveilleuse mythologie, les poètes de la Chaldée avaient travaillé à une 
œuvre semblable, et c'est le même canevas qu'ils avaient eu devant eux. » 

On sait qu' 'Izdhubar ou Gisdhubar n'est pas le nom véritable du héros de l'épopée 
d'Erech. C'est une forme provisoire, qui a été adoptée en l'absence d'éléments qui 
permettent de déterminer la lecture exacte de ce nom ; elle représente la transcrip- 
tion des valeurs phonétiques ordinaires des trois signes employés comme idéo- 
grammes dans son orthographe, et on s'en sert uniquement pour ne pas dire « le 
héros X » (1). Il y a des probabilités assez considérables pour que la lecture de la 
combinaison de ces trois idéogrammes, le jour où on sera parvenu à la connaître, 
nous donne le prototype chaldéen du nom biblique de Nemrod (2), car il y a bien 
des traits communs entre le personnage ainsi appelé dans le dixième chapitre de 
la Genèse et notre héros épique de la Chaldée (3). Mais de ce rapprochement il ne 
faudrait pas en venir, comme l'a fait malheureusement le regretté George 
Smith (4), avec le défaut d'esprit critique et la tendance à une sorte d'évhé- 
mérisme biblique qui ne sont que choses trop fréquentes chez mes compatriotes, 
il ne faudrait pas en venir à chercher dans Izdhubar, non plus que dans Nemrod, 
un personnage historique réel , un roi dont on prétendrait déterminer la date 



(1) Il faut absolument rejeter la conjecture de 
M. Haïgli [Zeitsehr: f. œgypt. Spr. undAlterthumsh, 

1877, p. 66) et de M. Tomkins [Studies on the times 
of Abraham, p. 213), qui ont \oulu trouver dans 
l'orthographe par les caractères, AN- IZ- DHU- 
BAR le nom de l' AnfouCâpim de la Chronique 
Pascale (P. 36, éd. Ducange ; p. 64. éd. D'mdorf). 
Le signe initial AN, souvent omis, est un simple 
déterminatif aphone, qu'on nedoit pas faire figurer 
dans la transcription, quand bien même lés autres 
seraient à prendre pour leurs valeurs de phonéti- 
ques indifférents. D'ailleurs Andubarios est donné 
comme ayant enseigné l'astronomie et l'astrologie 
aux Indiens, et n'a rien à \oir avec la Chaldée. 

(2) Notons cependant que les efforts de G. 
Smith pour arriver à une lecture conforme à cette 
donnée [Transact. ofthe Soc. of Biblkal Archœology. 
t. III, p. 588) ont complètement échoué. 



(3) Fr. Lenormant, Les premières civilisations, 
t. II, p. 20-22 et 65-67. — Cette opinion, adoptée 
aussi par sir Henry Rawlinson et par G. Smith, 
me parait bien préférable à la thèse de l'identité 
de Nemrod et du dieu babylonien Maroudouk, 
soutenue par M. Sayce {Transact. of the Soc. of 
Bibl. Archœol., t. II, p. 243-249) et par M. Grivel 
[Comptes-rendus de V Académie des Inscriptions, 
1874, paLe 37-46; Transact. of the Soc. of 
Bibl. Archœol., t. III, p. 136-144) au moyen 
d'arguments qui me semb'ent d'une grande fai- 
blesse. C'est tout à fait à tort, suivant moi, que 
M. Fr. Lenormant (La langue primitive de la 
Chaldée , p. 369) s'est prononcé pour cette thèse, 
en abandonnant le véritable rapprochement, qu'il 
avait d'abord si bien mis en lumière. 

(4) Dans les chapitres XI, XVI et XVII de son 
Chaldean account ofGenesis. 

16 



— 118 — 
chronologique. Le rédacteur de la Genèse ne présente pas Nemrod autrement que 
comme un héros proverbial de la légende populaire. Quant à Izdkubar, si l'épopée 
d'Erech le réduit aux proportions d'un héros habitant la terre et régnant sur la 
Chaldée, dans d'autres documents il apparaît comme un dieu. Parmi les morceaux 
rapportés par George Smilh de son premier voyage en Assyrie, aux frais du Daily 
Telegrapk , et déposés au Musée Britannique, est le fragment d'un hymne à ce 
dieu (1), qui y reçoit la qualification d' « accompli en puissance » (gitmalu emuqi). 
Dans une énumération des barques divines , nous voyons figurer celle du dieu 
Izdkubar (2). Une formule de conjuration contre les maléfices des sorciers, rédigée 
en langue assyrienne, commence par ces mots : «. Terre ! Terre ! Terre ! ô dieu 
Izdkubar ! vous, les maîtres des talismans (3)! » Mis ainsi en association et en 
parallèle avec la Terre personnifiée dans une divinité, il se révèle de la manière la 
plus manifeste comme étant, lui aussi, un dieu élémentaire. Et en effet, sir Henry 
Rawlinson (4) et M. François Lenormant (S) ont montré surabondamment qu'il 
n'est autre que l'antique dieu accadien du Feu, dont le culte paraît avoir eu 
beaucoup d'importance aux époques primitives, et qui joue un rôle de premier ordre 
dans les vieux hymnes magiques d'Accad (6). Ce dieu passe au second plan quand 
le système savant et hiérarchisé de la religion chaldéo-babylonienne s'est défini- 
tivement constitué, vers le temps de Sargon I er , à la suite d'un grand travail 
sacerdotal comparable à celui des Brahmanes dans l'Inde ; dans les documents de 
la période assyrienne, nous ne le voyons plus cité que rarement, comme un des 
Du minores. 11 serait facile de citer chez plus d'un peuple de l'antiquité d'autres 
exemples de dieux, jadis au premier rang, auxquels la tradition poétique assure 
un refuge parmi les héros de l'épopée, quand ils ont perdu leur importance divine 
prépondérante. 

Le groupement des trois idéogrammes par lesquels s'orthographie le nom 
transcrit provisoirement Izdkubar ou Gisdkubar, exprime la notion de « masse de 
feu » ; et c'est là une des raisons les plus déterminantes pour reconnaître en lui 
une forme héroïque du dieu Feu. Mais cette donnée, qui me paraît certaine, ne 
porte aucune atteinte au rapprochement à opérer entre le héros épique chaldéen et 
Nemrod, d'un côté, le Melqarth tyrien, d'un autre côté. Sir Henry Rawlinson (7) a 



(1) G. Smith, Transact. of the Soc. of Bibl. 
ArchœoL, t. 111, p. 460. 

(2) Cuneif. inscr. of West. As., t. II, pi. 46, 1, 
1. 2 o! 3, a-b. 

(3) Cuneif. inscr. of West. As., t. IV, pi. 56, 
col. 1, I. 37. 

(4) Athenœum, 7 décembre 4872. 

(5) Les premières civilisations, t. II, p. 64 et s. ; 
JJagie und Wahrsagekunst der Chaldàer, p. 495 (je 



cite cette édition allemande, de 4 878, de préférence 
à l'édition française de La magie chez les Chaldèens, 
publiée en 4874 ; elle est, en effet, très-augmentée, 
tiès-améliorée,et me parait bien mieux représenter 
le dernier état des idées do l'auteur). 

(6) Voy. Fr. Lenormant, Magic und Wahrsage- 
kunst, p. 194-195. 

(7) Athenœum, 7 décembre 1S72. 



— 119 — 
fait observer le lien étroit et intime qui existe dans toutes les traditions orientales 
entre Nemrod et le culte du feu. Quant à Melqartb, quand il se manifeste dans le 
bétyle enflammé et lumineux du temple de Tyr (1), comme dans le feu perpétuel 
entretenu à l'intérieur de son temple de Gadès (2), il est plus proprement encore un 
dieu igné qu'un dieu solaire. 

Notons en terminant que, si l'on n'a pas encore trouvé la forme assyrienne 
originale correspondant au biblique TlOJ, forme que dissimule très-probablement 
le complexe idéographique formé des trois signes IZ- DHL'- BAR, le nom Nemrut (3) 
apparaît parmi ceux de la famille royale bubastite désignée en Egypte comme la 
xxn e dynastie. Ceci est important, car si nous savons par des documents égyptiens 
positifs que le premier individu connu de cette famille , devenue bientôt royale , 
était parti de Syrie pour se fixer en Egypte, la Bible (4) appelle Kouschite un des 
rois qui en sortirent, et les noms propres exclusivement sémitiques, qu'en portent 
tous les membres, induisent à en chercher l'origine , le premier point de départ, 
sur les bords du Tigre, dans la Babylonie (5). Ces noms sont, en effet, outre Nemrut, 
Uapitt correspondant au rs> biblique, Nabu-nescha, « Nébo est prince », Schesclienq, 
appellation du dieu élanite Sclmschinqa , Karama « la vigne , nom de femme » , 
enfin Uasarkin , qui se rapproche au moins singulièrement de Sar-kinu ou Sarru- 
kinu, la forme originale dont la Bible a fait Sargon. 

C.-W. MANSELL. 



Les vases noirs représentes dans notre pi. 6, et qui sont décrits 
par M. Gamurrini, offrent précisément les deux états, lisse et can- 
nelé, qui se trouvent indiqués dans une inscription tracée à la pointe 
sous le pied d'une petite œnochoé noire recueillie en Cyrénaïque 
(voy. Longpérier, Revue archéol. , 1875, t. II, p. 115). Il nous a 
semblé utile de rappeler ici , et de contribuer à faire entrer dans le 
vocabulaire familier aux antiquaires, les deux adjectifs X«oç et paêàanoç 
qui conviennent si complètement aux vases noirs du Musée de Flo- 
rence que M. de Longpérier n'aurait certainement pas désiré pour sa 



(1) Vogué, Mélanges d'archéologie orientale, p. 83. 

(2) SU. Italie, 111,21. 

(3) Lepsius, Kœnigsbuch, légende n° u70. 

(4) Il Chron., XIV, 9. 



(5) Rougé, dans les Comptes-rendus de la Société 
française de numismatique et tTarchéologi» pour 
1870. 



— 120 — 
notice un supplément meilleur que notre planche 6, telle que 

M. Gamurrini l'a composée. 

F. L. 



On nous communique un intéressant objet des premiers temps byzantins , 
découvert récemment à Constantinople. C'est un cure-oreille en or. Le manche 
est arrondi dans sa plus grande longueur et assez élégamment tourné à son extré- 
mité inférieure. A l'extrémité supérieure, un peu avant la petite cuiller qui le termine, 
il prend la forme d'un prisme hexagonal. Sur chacune des faces de ce prisme on 
voit, tracée dans le sens de la longueur, une des lignes de l'inscription suivante, 
dont la paléographie ne saurait être tenue pour postérieure au vn e ou vm e siècle : 

+ YTI6N 

OYCAXP 

HKYPAK 

AAHNK6 

PHNATTO 

AAYCHC 

Il faut lire : 'Yyt(at)vou<7« yod , Kvpâ , xaXoJv jt(ai)pâv â«oXaô<jï}ç. « Faites- 
en usage, o dame, en bonne santé, et puissiez-vous jouir de temps heureux. » 

C'est une nouvelle et intéressante variante des formules àhitere felix , ypf^a.i 
Èn'àya&â, et autres analogues, qui se trouvent inscrites sur tant d'objets d'usage. 
Elle semble ici s'adresser à quelque impératrice ou à quelque princesse de la 
famille impériale. 

La forme déjà tournant au romaïque, xvpà pour xvpia, est digne de remarque. 
C'est, je crois, le plus ancien exemple que l'on en puisse relever; Du Cange, dans 
son Glossaire, n'en cite que d'une date postérieure. 

F. L. 

L 'Editeur-Gérant : A. Lévt. 



POITIEKS. — TYPOGRAPHIE OUDIN FEÈBES. 



Oa\.,:r. frcAéaloffifu£- h 







Missorjvm 

DE GEII,AMU\,l\Ol DES \aNIV\I ES 









1879 . 



PL.8. 




Ivnp. JLem&T-cier- et CÎ* JPoltls 

A.Hqh 



ilSSORIV.M 



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Bo\ y\.\\.\\ d'Annibai 







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Tl'.RKE - ( VITE DE TaNAGRA 



Galtefte. Jtrckioloai que .■■ . I ' ". 



PI 12. 




Pkototypie du Moniteur 



Bas -Relief du Musée de Vienne 



— 121 — 
MÉLAMPOS ET LES PRQETIDES 

(Planche 10, s° 1.) 

Prœtos, fils d'Ahas et d'Ocaleia, roi de Tirynthe, avait trois filles 
auxquelles on donne les noms de Lysippé, Iphinoé et Iphianassa (4). 
Servius, dans ses Commentaires sur Virgile (2) , les nomme Lysippé, 
Hipponoé et Cyrianassa. Elien (3) ne parle que de deux filles de Prcetos 
et les désigne sons les noms d'Elégé et de Célœné. Quant à la femme 
de Prœtos , dans l'Iliade (<&) elle est appelée Anteia, fille d'Iobatès, roi 
de Lycie ; chez les Tragiques elle porte le nom de Sthénobcea (5); 
Servius ((5) lui donne celui d'Antiope. Devenues nubiles, les filles du 
roi de Tirynthe furent frappées de folie et se mirent à parcourir 
toute l'Argolide, l'Arcadie et le Péloponnèse, en poussant des cris et 
en se livrant à toutes sortes d'actions indécentes. Le devin Mélampos, 
fils d'Amythaon , qui avait trouvé le premier l'art de guérir par les 
médicaments et par les purifications [àiù ipapfxâxav xat Jtaôapfxûv Ssparaîav), 
promit de les guérir si l'on consentait à lui donner le tiers du 
royaume d'Argos. On attribue à Mélampos les titres de fiâvrtç et de 
xaS«|3Tviç (7). Comme Prcetos se refusait à accéder à la demande de 
Mélampos, la folie et la rage de ses filles ne firent qu'augmenter. 
Toutes les femmes argiennes furent atteintes de folie; elles abandon- 
naient leurs maisons et leurs maris, tuaient et mangeaient leurs 
enfants , et erraient dans les champs , sur les montagnes et dans 
les forêts (8). 

Quant à la folie des Prcetides, la version la plus répandue est celle 
qui l'attribue au mépris que ces jeunes filles montraient pour les 



(1) Apollod., II, 2,2. 

(2) Ad Eclog., VI, 48. 

(3) Var. Hist., III, 42. Phérécyde, cité par le 
Scholiasle d'Homère {ad Odyss., 0, 225), ne nomme 
aussi que deux filles de Prœtos, Lysippé et Ipliia- 
nassa. 

(4) Homer., lliad., Z, 160. 
Gazette Archéologique. — 5" Année. — N° i. — Juillet 1879. " ' 



(5) Apollod., II, 2, 1 et 2. 

(6) Ad Virg., I. cit. 

(7) Cf. Serv. ad Virg., Georg., III, 350. 

(8) Apollod., II, 2, 1 et 2; III, 5, 2. Cf. Herodot., 
IX, 34; Diodor. Sicul., IV, 68; Pausan., II. 18, 4 ; 
Scliol. aJPindar., Nem., IX, 30. 



— 122 — 
mystères de Dionysos (1), apportés en Grèce, d'après le témoignage 
d'Hérodote (2), par le devin Mélampos. Dans d'autres récits, on parlait 
de la colère de deux déesses, Héra (3) et Aphrodite (4), offensées par 
les filles de Prcetos. Celles-ci étaient pleines d'orgueil; leur rare beauté 
les faisait rechercher en mariage par les jeunes gens de toute la 
Grèce (S): on les comparait même aux Grâces ou Charités (6). Elles se 
vantaient donc d'être plus belles que les déesses Héra et Apluodite. 
Cette dernière les punit de la manière la plus rigoureuse; elle 
répandit sur leurs tètes une lèpre affreuse ; leur peau fut entièrement 
couverte de taches livides et de dartres, et leurs cheveux en tombant 
laissèrent à découvert leurs belles tètes (7). D'autres écrivains 
disent que ces jeunes filles s'étaient moquées d'une ancienne 
statue [Çàtxvov) de Héra (8) , ou qu'étant prêtresses de la déesse 
d'Argos , elles avaient dépouillé ses vêtements des ornements d'or 
qui s'y voyaient (9). Virgile (10) dit : 

Proetides implerunt talsis mugitibus agros, 

et Servius (11) ajoute que, se croyant changées en génisses, pour ne pas 
être mises à la charrue , elles s'étaient réfugiées dans les bois , en 
poussant des mugissements. 

Comme le mal faisait tous les jours des progrès, Prcetos consentit 
enfin à accorder ce qu'exigeait Mélampos; mais ce dernier demanda 
un autre tiers du royaume pour son frère Bias. Prcetos, craignant qu'il 



(1) Ilesiod. ap. Apollod., II, 2, 2;Diodor. SicuL, 
IV, 18. 

(•2) II, 49. Cf. Diodor. SicuL, I, 97; Clem. 
Alex., Protrept., p. 12, éd. Potter; Plularch., De 
Herodot. malign., t. IX, p. 403, éd. Reiske. 

(3) Acusil. ap. Apollod., II, 2, 2; Pherecyd. a/). 
Scliol. ad Homer., Odyss., 0, 225; Serv. ad Virg., 
Eclog., VI, 48; Lactant. ad Stal., Theb., III, 453 
et ad Theb., IV, 589. 

(4) Hesiod. ap. Suid. , ». MaxAoo-uvn et ap. 
Eusuth. ad Homer., Odyss. ,N, p. 1746. Cf. Etyui. 
Magn.,i>.Kv!/£»8 / «fi Resiod., Fragm. V, p. 176, 
.éd. Gaisford. ; J2lian. , Var. Hist., III, 42; 



Lactant. ad Stat., Theb., II, 220; Eustath. ad 
Humer., Iliad., fi, p. 1337. 

(5) Hesiod. ap. Strab., VIII, p. 370. 

(6) Hesych., V. npoiTi'/et, XapiTtt. Cf. u.'AxpjvX'î' 

et Intpp. Voir aussi Lobeck, Aglaopham., p. 299 ; 
Unger, Thebana paradoxa, p. 458 ; Eckermann, 
Melampus und sein Geschlecht, p. 3, Gôttingen, 
1840 ; Preller, Griechische Mythologie, t. H, p. 58, 
note 1, 3e édit., Berlin, 1875. 

(7) Eustath. ad Homer., Odyss., N, p. 1746. 

(8) Acusil. ap. Apollod., II, 2, 2. 

(9) Serv. ad Virg., Eclog., VI, 48. 

(10) Eclog., VI, 48. 

(11) 4dVirg., I. cit. 



— 123 — 
n'augmentât ses prétentions s'il attendait encore 5 promit de le satis- 
faire. Mélampos alors, ayant pris les plus forts d'entre les jeunes gens, 
poursuivit ces filles avec des cris et une espèce de dause sacrée, les 
força à quitter les montagnes et à entrer dans le pays de Sicyone. 
Jphinoé , l'aînée des Prcetid.es, succomba à la fatigue et mourut dans 
cette poursuite; les deux autres recouvrèrent leur bon sens par des 
purifications [xaflap/xot), et Prcetos les donna en mariage à Mélampos 
et à fiias (1). 

On n'est pas d'accord sur la localité où Mélampos guérit les 
Prœtides. Apollodore (2) semble indiquer Sicyone. Pausanias (3) , 
en elfet, parle d'un temple situé sur la place publique de Sicyone et 
qui avait été érigé à Apollon par Prcetos, parce que là ses filles avaient 
élé guéries de leur folie (i:àç yùo oi Qvyonépaç ivtuùda. tyjç f/.avtaç na.ùatx.(j6ai) . 
On montrait aussi à Sicyone des statues de bronze qui ., disait-on, 
représentaient les Prœtides {&■). Mais dans un autre endroit i o) , le 
périégète indique positivement un lieu nommé Lusi (Aovgoï), en Arca- 
die, près de Clitor. « Au-dessus de Nonacris, dit-il, sont les monts 
« nommés Aroaniens, où est une caverne dans laquelle on prétend 
« que les filles de Prcetos, frappées de folie, s'étaient cachées. 
« Mélampos, au moyen de sacrifices secrets et d'expiations [ôvaioac ~i 
a ànopjÎYjTotç xa't xa5app.oîç) , les en fît sortir et les amena à l'endroit 

« nommé Lusi (oi Aovao'i) Lusi est dans le pays des Clitoriens , et 

« on dit que c'était autrefois une ville Mais de mon temps, il n'en 

« restait pas même la moindre ruine. Mélampos amena les filles de 
« Prcetos à Lusi et les guérit de leur folie dans le temple d'Artémis. 
« De là les Clitoriens donnent à Artémis le surnom d'Hémérésia. » 

Le Scholiaste de Callimaque (6) explique le surnom donné ici à 
Artémis, en disant : oto-i t«ç -/.opac ■tiiiépaasv. 



(1) Apollod., II, 2, 1 et 2; III, 5,2. Cf. 1,9, 12. 
LeSclioliastede Pindare [ad Pyth., III, 96) attribue 
la guérison des Prœtides à Asclépios. Cf. Polyanth. 
ap. Sext. Empiric, Adv. gramrn.,1, 12, 261, éd. 
Fabric. PoU arque de Cyrène, ou peut-être le même 
Polyanthe , cité par le Scholiaste d'Euripide [ad 
Alceit., 1), prétendait qu'à causede cette guérison 



Asclépios a\ait été foudroyé par Zeus. Cf. Fragm. 
hist. gr., t. IV, p. 479, éd. C.Muller. 

(2) H, 2, 2. 

(3) H, 7, 7. 

(4) Pausan., II, 9,7. 

(5) VIII, 18, 3. Cf. Steph. Byzant., o. AwtÙ et 

V. A^etJla. 

(6) Ad Hymn. in Dianam, 236. 



— 124 — 

Le nom de Aovsoi (de "koûa, laver, baigner) indique des lustrations, 
des ablutions faites avec de l'eau, et plusieurs savants, entre autres 
Clavier, dans ses notes sur Apollodore (1) , prétendent que Mélampos 
fit baigner les Prcetides dans les eaux d'une source ou d'un fleuve. 
Polybe (2) parle dans plusieurs endroits de la déesse Artémis honorée 
à Lusi , et Callimaque (3) fait mention de deux temples consacrés par 
Prcetos à Artémis surnommée Kooia et 'Hpèpa, et qu'il place l'un à 
Lusi et l'autre dans le pays d'Azania en Arcadie. 

On cite aussi, comme lieu de l'expiation des Prcetides, le fleuve 
Anigros qui coulait dans l'Elide et dont les eaux avaient le don de 
guérir la lèpre et les dartres (4). On honorait dans cet endroit les 
nymphes Auigrides ou Anigriades (5). Pausanias (6) cite aussi dans 
l'Argolide, mais sans qu'il soit question, dans ce passage, des 
Prcetides , une localité nommée 'Aviypaia. Mélampos avait jeté dans le 
fleuve Anigros les médicaments et les objets qui avaient servi à l'ex- 
piation des Prcetides, ce qui fit contracter à ce fleuve la mauvaise 
odeur qu'il eut dans la suite (7\ D'après Dioscoride (8), Mélampos 
employa l'ellébore noir pour guérir ces jeunes filles. Pline (9) dit la 
même chose, mais avec cette différence que, suivant lui , le devin 
leur fit boire le lait des chèvres qui avaient mangé de cet ellébore, 
auquel ou donna le nom de Melampodion 10 . 

A Clitor, en Arcadie, on voyait aussi une fontaine dont l'eau avait 
la vertu de faire prendre le vin en horreur à ceux qui l'avaient goûtée. 



(1) P. 224. 

(2) IV, 18 et 25; IX, 34. 

(3) L. cit., 234 et seq. Cf. K. 0. Millier, Davier, 
t. I, p. 379, 2e édit. Breslau, 1844. 

(4) Strab., VIII, p. 346 et 347;Pausan., V, 5, 5. 
Eustathe (ad Dionys. Perieg., 409 ) attribue aux 
eaux du fleuve Alphée les mêmes vertus et parle 
en cette occasion de la guérison des Prœtides. 

(5) Pausan., V, H, 6; Strab., I. cit. Dans le 
pays de sybaris en Italie, on voyait l'antre des 
nymphes Lusiades (Acva-icLfa mpdfcu). Timaeos ap. 
Altien., XII, p. 519, C. Lycos (ap. Schol. ad 
Theocnt., Idyll., VII, 78) les appelle AAoWai. 
Le fleuve près duquel on honorait ces nymphes 
portait le nom de Aivrlai ou 'AAovVw. JLlian., 



Hist. anim., X, 38; Lycos, l. cit. Cf. Fragm. Hist. 
;/)-., 1. 1. p. 205 et t. II, p. 372, éd. C. Muiler. Déméter 
Aouo-i'a était honorée en Arcadie, Pausan., VIII, 
25, 4. 

(6) II, 38, 4. 

(7) Pausan., V, 5, 5. 

(8) De materia medica, IV, 61 ; Galen., de titra- 
bile, VII. 

(9) Hist. nat., XXV, 5, 21. 

(10) Theophrast., Hist. plant., IX, 11; Plm. , l. 
cil. Le comique Diphilos (ap. Clem. Alex. , Strom. , 
VII, p. 844, éd. Potter), dont nous parlerons 
tout à l'heure, ajoute d'autres remèdes, une torche, 
une scille, du soufre, du bitume, de l'eau de 
mer. 



— 125 — 
Cela venait, disait-on, de ce que Mélampos y avait jeté les remèdes 
qui avaient rendu In santé aux Prcetides (1). Il est à propos de se 
rappeler que les Prœtides avaient méprisé les mystères du dieu des 
vendanges. Celte eau qui fait perdre le goiit du vin fait souvenir de 
l'Artémis OivwàTt; adorée à OEnoé, ville de l'Argolide, et à laquelle, 
au dire d'Etienne de Byzance (2), Prœtos avait consacré un temple. 

En Arcadie et non loin de Clitor , on montrait l'eau du Styx qui 
tombe goutte à goutte du haut d'un rocher et à laquelle on attribuait 
des qualités merveilleuses (3). 

En (in Hésychius (4) parle d'une montagne de l'Argolide, qui 
portait le nom d' "Axjoot et oh Mélampos aurait purifié les Prœtides 
et érigé un temple à Artémis. 

Si l'on se reporte aux traditions sur l'offense faite à Héra par les 
Prœtides, on trouve que Mélampos apaisa la déesse par des prières et 
des sacrifices, ot« ts ixseriwv xa't dvaiâv (5), et Pausanias (G) parle d'un 
temple de Héra , bâti par Prœtos sur la route de Titane à Sicyone. 

En descendant de Tirynthe vers la mer, on montrait un endroit 
auquel on donnait le nom de chambres des Prœtides (SâXajxot râv Upokov 
6vya.iêpnv) (7). 

On cite à Argos une fête des morts, qui se célébrait en l'honneur 
d'une des filles de Prœtos, probablement Iphinoé, celle qui avait péri 
avant l'expiation (8). 

Le mythe des Prœtides avait été transporté sur le théâtre. On 



(1) Sotion, Fragm. XII, ap. A. Westermann, 
Script, rerum mirabilium gr., p. 184; Etym. 
Magn.,t!. KAiTo'piovj Pliylarch. ap. Athen., II, p. 43, 
F ; Steph. Byzant., ». 'AÇmiai Ovid., Metum., XV, 
322 et seq.; isidor., Orig., XIII, 13, 2; Vitruv., De 
architect., VIII, 3, où se trouvent citées deux 
épigrammes grecques. Voy. Brunck , Analecta, 
t. III, xcvm et ce, p. 190 et 191. Cf. Authol. 
Palat., t. II, appendix, 100 et 373. 

2) v. or»,. 

(3) Herodot., VI, 74; Pausan., VIII, 17, 2. Élien 
(Hist. anim., X, 40) cite des vers dans lesquels il 
est question de l'eau du Styx : 2tu>o'j Aou«-nSi'<fos 

(4) V. '\xt">X"- 



(5) Schol. ad Homer., Odyss., 0, 225. 

(6) 11,12, 1. 

(7) Pausan., II, 25, S.Siebelis, dans ses annota- 
tions (p. 226), pense que ces chambres des Prœtides 
sont la même chose que certaines cavernes près 
de Nauplie dont parle Strabon, VIII, p. 369 et 373. 

(8) Hesych., V. A>pavia, sopm tv'Ap>fi eti /j.îa.1 
twv npo/Vou ôi/^aTfpwv i et V. Ayp/awa, viKV?ta ?rapa 
'Apyti'ois, xai a>5«£! îi ©n'Êais. Cf. Meurs., Grœcia 
feviata,sub verbis; K. F. Hermann, Lehrbuch der 
griechische Antiquitàten, Th. III, §52, 5, 2e éd. Ilei- 
delb. 1858; Welcker, Griechische Gottetiehre, t. I, 
p. 443 et suiv. ; Gerhard, Gr. Mythologie, t. I, 
p. 480. 



— 126 — 
citait une pièce de Thëophilos, qui avait pour titre : ai Upoixifeq (1). 
Le comique Di philos avait parlé de l'expiation de ces jeunes filles, et 
quelques vers de lui qui nous ont été conservés par Clément d'A- 
lexandrie (2) ont trait à la scène de la guérison, à laquelle ils asso- 
cient le père et une vieille femme. Athénée (3) cite aussi quelques 
vers d'un poète nommé Alexis. Théocrite , de son coté, avait com- 
posé une idylle qui avait pour titre : les Prcetides (&). Quant à 
Hésiode , il est souvent cité par les écrivains anciens au sujet des 
Prœtides et de Mélampos , et Pausanias (5) nous apprend qu'il avait 
composé un poë me Intitulé MeXafjnroâta. 

Les fahles argiennes , à l'exception des aventures de Persée et de 
Bellérophon, de quelques-uns des travaux d'Hercule, des faits relatifs 
à Pélops et à OEnomaos et des amours de Posidon et d'Amymone, 
ont rarement fourni des compositions aux artistes grecs. Quant à 
l'expiation des Prcetides, on ne connaît jusqu'à ce jour que deux 
monuments anciens sur lesquels on a figuré ce fait. 

Le premier est un vase peint (amphore à rotules et à figures jaunes 
sur fond noir) conservé au Musée de Naples. Au centre s'élève un 
xoanon placé sur un cippe et représentant une déesse, vêtue d'une 
tunique talaire, les pieds serrés l'un contre l'autre; cette déesse est 
coiffée du modios et tient de la main gauche une lance et de la 
droite une fleur à longue tige, plutôt qu'un flambeau. Aux pieds 
et autour du xoanon , dans lequel on doit reconnaître XArtémis Hé- 
mérésia de l'Arcadie , sont assises sur les degrés de l'autel les trois 
Prœtides. L'une embrasse le xoanon de la main gauche et tient de la 
droite une branche d'arbre ou narthex ; ses cheveux sont en désordre ; 
ses vêtements, la tunique et le péplos laissent nues la poitrine et une 
des jambes. La seconde , vêtue d'une tunique talaire et d'un ample 
péplos, parée de boucles d'oreilles , de bracelets et d'un collier, s'ap- 
puie de la main droite sur la base de l'autel et retournant la tête, 

(1) Athen., XI, p. 472, E; Suid., v. @t{<fi\<,s. I (3) Mil, p. 340, A. 
Cf. Meineke., Fragm. comicoram gr., 1. 1, p. 434, et (4 1 Suid., v. Qtîxfiros. 
t. III, p. 626. (8) IX, 31, 4. 

(2) Strom., VII, p. 844, éd. Potter. I 



— 127 — 
regarde sa sœur et les personnages placés derrière elle. Dans sa main 
gauche, on aperçoit un objet qui ressemble à la poignée d'une épée. 
A droite est un trépied placé sur une colonne d'ordre ionique, et 
derrière celte colonne se cache la troisième fille de Prcetos (1), dont on 
ne voit que la partie supérieure du corps ; la bouche entr'ouverte et 
portant la main gauche à sa tète , elle semble vouloir s'arrracher les 
cheveux. A gauche parait le devin Mélampos debout : il est représenté 
barbu, la partie inférieure du corps couverte par un ample manteau; 
de la main gauche il tient un sceptre et de la droite levée, il exhorte 
les Prœtides. Derrière le devin, à l'extrémité du tableau, est assis sur un 
sac Silène au nez camus, vêtu d'une exomis qui laisse nue une grande 
partie de son corps. Il est barbu et coiffé d'un bonnet conique (mloç). 
Dans sa main droite, il porte un thyrse, tandis qu'd lève la gauche à 
la hauteur de sa bouche. A l'autre extrémité du tableau, à droite, on 
voit Dionysos debout. Le dieu est jeune, la tète ceinte d'une large ban- 
delette; un ample manteau, qui s'enroule autour de son bras gauche, 
couvre le bas de son corps , tandis que le buste est nu. Dans sa main 
droite il tient un canthare et dans la gauche le narthex. Dans le 
champ sont suspendues deux tablettes votives (2). 

Le second monument qui nous a conservé le souvenir de l'expia- 
tion des Prœtides, est un petit camée que nous avons fait graver dans 
la planche 19, n° 1, de la grandeur de l'original (16 millimètres sur 15); 
au-dessus, nous avons fait reproduire la composition sur une échelle 
triple, afin de mieux faire comprendre la pensée de l'artiste. C'est 
une merveille de l'art hellénique ; l'habile graveur a fait tenir, dans 
un espace excessivement resserré, six personnages, tous dans des 
poses diverses, les unes violentes et tourmentées, les autres tranquilles. 
La matière, qui est une sardoiue à deux couches, ne parait pas belle et 



(1) M. Wieseler (Denkm. der alten Kunst, t. I, 
p. 3, éd. de 1854) donne à cette troisième figure 
de jeune fille le nom de Lyssa et veut y reconnaître 
la personnification de la rage (AJoWj. Je préfère 
voir ici la troisième des Prœtides, comme sur le 
camée dont il sera question un peu plus loin. 



(2) Millingen , Vases grecs, pi. lu; Muller- 
Wieseler, Denkm. der alten Kunst, t. I, pi. n, 
n» 11; Guigniaut , Religions de l'Antiquité, 
pi. clxxii bis,n» 607 ; Gerhard et Panofka. Neapels 
ont. Bildwerke, p. 375, n» 29; H. He\demann, 
Vasensammlungen des Museo Nat. zu Neapel, 
n" 1760. 



— 128 — 
ne semble nullement répondre à la grande délicatesse du travail. Les 
anciens choisissaient ordinairement avec soin les pierres destinées à la 
gravure, et surtout les artistes habiles y mettaient encore plus de re- 
cherche que les autres. On est donc surpris de voir ici une pierre sans 
éclat, une matière terne et d'un aspect peu agréable. Mais un examen 
attentif fait voir que le camée a souffert, qu'il a subi Faction du feu , 
accident qui a produit ce fond d'une teinte grise et même deux 
petites fractures aux extrémités, en haut et en bas. Comme la pierre 
a été perforée dans l'antiquité, on est porté à croire que, dans l'origine, 
ce camée avait la forme scarabéoïde. Scié plus tard, la face posté- 
rieure en a été repolie par une main moderne ; le camée a été monté et 
serti dans une bague d'or. 

Les trois Prœtides sont représentées ici, sur le premier plan, dans 
des attitudes diverses. L'une des sœurs, calme, tranquille et comme 
abattue par la fatigue, est assise , les vêtements en désordre , la tête 
légèrement inclinée, les mains rapprochées l'une de l'autre, l'épaule 
droite ainsi que la jambe droite nues. Une ample draperie recouvre 
et cache entièrement le siège élevé sur lequel elle est placée. La 
seconde sœur, également assise, le bras droit étendu et levé, la tête 
appuyée sur la main gauche, le sein droit découvert, en proie à une 
vive agitation, porte les regards en haut. La troisième, placée entre ses 
deux compagnes , la tête penchée en bas , les bras nus et pendants, 
expire : c'est Ijykinoé, l'aînée des trois sœurs, celle qui, d'après le récit 
d'Apollodore , succombe dans la poursuite et meurt. Ce groupe des 
trois Prœtides est dominé par la figure grave et tranquille du devin 
Mélampos, qui est représenté barbu, couronné de laurier, et vêtu 
d'une tunique sans manches. La tète tournée à gauche , il tient de la 
main droite la victime expiatoire, un petit porc (/oiptôtov) qu'il semble 
secouer pour en répandre le sang sur les jeunes filles, et de la gauche le 
rameau lustral (nèpippotvrripw ., pavTtyrpov, yipvvty). Le rameau lustral 
était souvent une branche de laurier (1). A droite, un jeune acolyte 



(1) Branchos délivra les Milësiens de la peste | laurier (tâ<p ns x\âJ'»is). Clem. Alex., Strumal., 
par des aspersions et en se servant de rameaux de I V, p. 674, éd. Potter. 



— 129 — 
entièrement au et qui semble placé sur une petite base apporte un 
vase sans anse (àpMviov). A gauche une jeune fille, les cheveux couverts 
du cécryphale, vêtue d'une double tunique sans manches , le bras 
gauche enveloppé dans le péplos et replié sur la tète, le bras droit 
nu, les jambes croisées, s'appuie contre une colonne d'ordre ionique. 
Cette jeune fille représente plutôt la nymphe locale que l'Artémis 
llémérésia des Clitoriens. Dans ce cas , on devrait peut-être songer à 
l'une des nymphes Anigriades de l'Élide , si l'on place la scène de 
l'expiation aux bords du fleuve Anigros. Mais si, d'accord avec les 
traditions arcadiennes, on la transporte à Lusi , c'est ou la nymphe 
locale de la source dont les eaux servirent à l'expiation, mais dont le 
nom n'est indiqué nulle part par les auteurs (1) , ou peut-être la 
nymphe Styx (2). 

Une des cérémonies pratiquées dans les purifications et les sacrifices 
qui avaient pour objet l'expiation d'un crime ou la guérison d'une 
maladie, était l'immolation de certains animaux, et tout particulière- 
ment celle d'un jeune porc (yotpt^tov , opOtx.yooioy.oc, foXyaS). Dans les 
récits qui nous sont parvenus sur l'expiation des Prcetides, on ne 
parle pas de l'immolation de quelque animal dont l'espèce soit indi- 
quée; on dit seulement que Mélampos employa des lustrations , 
xaSapfAot, des sacrifices, Ovciui, des prières ou supplications, txscrîat, les 
eaux de sources auxquelles on attribuait des vertus curatives, mais 
rien de plus. L'animal destiné par excellence aux expiations était 
le porc. K«5«<3(7tov §à zovxo xa't ypipiàiov ex.cu.eho , dit Pollux (3). On se 



Onde (Fart., IV, 728) dit : 

Virgaque roratas laurea misit aquas, 
et dans un autre endroit (Fart., V, 677J : 

Uda fit hinc laurus, lauro sparguntur ab uda. 
Juvénal (Sat., II, 158) dit : 

... et si foret umida laurus. 
Cf. Serv. ad Virg., Aeu., I, 329. 

(I) Il serait peut-être téméraire de donner à 
cette nvmphe locale de Lusi le nom de Lusia 
(A.tWa) ? 



(2) Ce charmant camée, qui appartient à l'auteur 
de ce mémoire se trouvait dans la collection Louis 
Fould. Voy. A. Ctiabouillet, Description des anti- 
quités et des objets d'art du Cabinet de M. Louis Fould, 
pi. vin, n° 934, Paris, 1861, in-folio; Cat. de vente 
de la collection Fould, n"934. Paris, 1860. Il faisait 
partie d'une collection de camées et de pierres 
gravées, envoyée de Portugal en 1852 ou 1853 à 
l'habile joaillier feu Froment Meurice. 

La belle gravure que nous offrons aux lecteurs 
de la Gazette a élé faite par M. Amédée Varin. 



3j Onomast., VIII, 9, 104. 



18 



— 130 — 
servait de codions dans les expiations, lorsqu'il s'agissait de guérir 
de la folie et des maladies mentales. 

Cette circonstance est indiquée par Horace : 

immolet aequis 

Hic porcum Laribus. Verum ambitiosus et autlax 
Naviget Anlicyram (1). 



Plaute , à son tour, dit : 

Adulescens, quibus heic pretiis porci veneunt 
Sacres sinceri? Numo. Eum a me adcipe. 
.Tube te piari de mea pecunia 
Nam ego quidem insanum esse te certe scio (2). 

Or, l'animal que tient par les pattes de derrière le ministre puri- 
ficateur Mélampos, est précisément un jeune porc. Tel paraît Apollon, 
le dieu expiateur (xa&xpcto?) par excellence ^3), sur un très-remar- 
quable oxybaphon à figures rouges , conservé aujourd'hui au Musée 
du Louvre et sur lequel est représentée l'expiation d'Oreste , réfugié 
dans le temple de Delphes (4), comme dans les Euménides d'Eschyle (5). 
En publiant ce beau vase, il y a quelques années, j'ai tâché de ras- 
sembler un certain nombre de textes relatifs aux porcs immolés comme 
victimes expiatoires (6). Il serait donc inutile de reproduire ici ces 
textes; je mécontenterai de les rappeler sommairement. Dans les 
assemblées du peuple, on sacrifiait un jeune porc (7) 5 Cfrcé immole 
un cochon de lait pour purifier Jason et les Argonautes du meurtre 



(1) Sat., II, 3, 164-166. 

(2) Memechm., II, 2, 15-18. Cf. Schol. ad Aristo- 
phan.,Fes/)., 119. LeScholiaste parle des lustralions 
destinées à guérir la folie, mais il ne fait pas 
mention des victimes qu'on immolait en ces occa- 
sions. 

(3) /Eschyl., Eumen., 570. 

(4) Mon. inéd. de l'Inst.areh., t. IV, pi. xlviii ; 
OverLeck, Gallerie heroischer Bildwerke, pi. xxix, 
7; Areh. Zeitung, 1860, pi. cxxxvm. Cf. A. 
Feuerbacli, Kunsblatt, 1841, nos 84-88, p. 349 et 
suiv., et mes Études sur les vases peints, p. 108. 



(5) *oit»u KabaffAiU n'Aa6n xtiftxriiuf. .Eschvl., 
Eumen., 278. 

(6) Ann. dellnst. arch., t. XIX, 1847, p. 426 
et suiv. 

(7) Pollux, Onomast.,\lU, 9, 104. Cf. Schol. ad 
AristojJian., Ac/iarn ,U;adEecles., 128;Hesych.,«. 
Ka'8ap^.a et V. 'Acppo<fi <rtx a.yfa. 1 Suid. et Harpo- 
crat.. b. KaSaps-io»; Anecd. graeca, éd. Bekk. , 
p. 269. Cf. sur cet usage Lomeier, De veterum 
gentilium lustrationibus, xxix, p. 264, Ultraject. 
1681 ; Sainte-Croix, Recherches sur les mystères du 
paganisme, t. I, p. 165. 



— 131 — 

d'Absyrte (1) ; Zeus purifie Ixion du meurtre de Déionée, en frottant 

les mains du coupable avec le sang d'un porc (2). On peut ajouter 

encore que Démosthène (3) parle de ces sacrifices. Si donc il est 

très-rare de rencontrer, dans les monuments de l'antiquité figurée, 

des compositions où le porc est sacrifié à l'occasion d'une cérémonie 

d'expiation, les témoignages écrits nous fournissent surabondamment 

des documents relatifs à ces rites. 

J. de WITTE. 



GÉNIE BACHIQUE OU HYMÉNÉE 

TERRE-CUITE 

(Planche 20.) 

C'est à la magnifique collection de M. Camille Lécuyer que nous empruntons 
cette fois un nouveau type de figurine de terre-cuite, provenant des fouilles de 
Tanagra. On n'en a jusqu'à présent publié aucun analogue. Un peu lourde comme 
art, la statuette gravée dans notre pi. 20 se recommande par la vérité du mouve- 
ment et l'originalité du sujet. 

Cet éphèbe ailé et joufflu appartient manifestement à la classe des daimones qui 
forment le cortège de Dionysos ou d'Aphrodite, les seuls êtres mythologiques dont 
la représentation soit incontestable dans les terres-cuites de Tanagra. Le coroplaste 
l'a figuré dans un office de ministre. Vêtu d'un ample himation qui laisse son épaule 
droite à découvert, il s'avance portant sur son épaule gauche une lécané munie de 
son couvercle, qui contient un aliment chaud, car, pour éviter de se brûler les mains 
au contact du vase, le personnage l'enveloppe en partie du pan de son manteau. La 
lécané est peinte en pourpre et décorée de palmettes renversées de couleur jaune, 
sur lesquelles semble même avoir été fixée une dorure. 

On peut, pour désigner la figure que nous décrivons, se contenter du nom un peu 
vague, et je dirai presque vieillot, de Génie bachique, qui a été mis comme lettre à 
la planche, ou bien l'appeler un Éros bachique. Éros est quelquefois placé dans la 
suite de Dionysos (4), et les monuments de l'art connaissent fréquemment un Éros 



(1) Apoil. Rhod., Argon., IV, 704-707. et Schol. 

(2) Eustath. aJHomer., Iliad., T, p. M 83. 

(3) In Conon., p. 4269, éd. Reiske. 



(4) Welcker, Zeitschr. fur ait. Kunst, p. 475 et 
s.; Griech. Gœtterlehre, t. II, p. 612; Gerhard, 
Griech. Mijthol., § 464, 3. 



— 132 — 

bachique (1), toujours, il est vrai, représenté sous des traits enfantins, qui tient une 
grappe de raisin à la main (2), ou bien, monté sur un lion, boit le vin dans un 
canthare (3), ou bien encore s'élance sur le dos d'un Centaure (4). Dans une statue 
célèbre (5), Dionysos jeune s'appuie sur Eros adolescent. 

Il est certain que la pose de notre figure ailée rappelle d'une façon fort étroite la 
statuette de terre cuite du Musée de Berlin représentant un jeune Satyre , qui porte 
sur son épaule un grand cratère, Satyre auquel Panofka (6) donne très-ingénieuse- 
ment le nom de Oinos, le vin personnifié. Mais la lécané n'était, pas, comme le 
cratère, un vase à tenir le vin, un de ceux qui entraient dans la symbolique diony- 
siaque. On s'en servait quelquefois pour s'y laver (7), mais le plus souvent à la 
façon d'une soupière, pour tenir les aliments au chaud, grâce à son couvercle (8); ce 
dernier usage était surtout constant, quand elle n'était pas de très-grandes dimensions 
et recevait d'après sa taille le nom diminutif de lécanis (9). 

On appelait aussi la lécanis ô<f/oîéxïi, et on s'en servait dans les noces pour apporter 
aux nouveaux époux, dans la chambre nuptiale, des gâteaux, ïvBûvtztol , baignant 
dans un breuvage chaud, parfumé d'aromates et d'épices excitantes (10), quelque 
chose comme la rôtie au vin et au sucre des noces de nos pères. Panofka remarque 
judicieusement (11) que c'est en rapport avec cet usage que la plupart des couvercles 
de lécanides d'argile, parvenus jusqu'à nous, « sont ornés de peintures relatives 
aux noces. » 

Ceci donné, je remarque que l'âge éphébique attribué à notre daimôn ailé, 
et surtout la couronne de fleurs qui ceint ses cheveux , le rapprochent du 
type d'IIymenaios, tel que le dépeignent les écrivains (12) et que le retracent les 
monuments de l'art (13). Hyménée ne tient pas toujours Je flambeau, son attribut 



(1) Gerhard , Prodrom. mythol. Kunsterklœr. , 
p. 244, 333 et s. 

(2) Miiller-Wieseler, De.nhm. d. ait. Kunst, 
t. II, pi. li, no 640. 

(3) Zahn, Omam. und Gemœlde von Pompeji , 
t. II, pi. xcm; Omam. aller class. Kunstepoch., 
pi. c; Muller-Wiesoler, t. II, pi. li, no 639. 

(4) Visconti, Mus. Pio-Clem., t. I, pi. m ; Ar- 
mellini, Scidt. del Campidoglio, t. III, pi. cclxxvii; 
Musée Royal, t. II, pi. xi; Bouillon, Musée des 
antiques, t. I, pi. Lxrv ; Clarac, Musée de sculpture, 
pi. 266 ; MUller-Wieseler, t. II, pi. xlvii, no 597. 

(5) Mus. Worsley., t. I, cl. III, pi. i; Clarac, 
pi. 690, no 1626; Miiller-Wieseler, t. II, pi. \xxn, 
n" 370. 

(6) Terracottendes Kœniijl. Muséums zu Berlin, 
p. 419; pi. xxxvn, no 2. 

(7) Aristophan.,.4»., 1143; Vesp., 600;Suid. v. 



xéAe'Ch. — On voit même demander la lécané 
comme un bassin pour y vomir : Aristoplian., 
Nub., 904. 

(8) Panofka, Recherches sur les véritables noms 
des vases grecs, p. 21, n° 42 ; Ussing, De nomini- 
bus vasorum graecorum, p. 118 ; Bircli, History of 
ancient pottery, 1 r e édii., t. II, p. 100. 

(9) Ussing, p. 118; Bircli, t. II, p. 101. 

(10) Phot., Lexic., v. xt'pamv '• Hesych., v. 

\iY.a.llfii. 

(11) Recherches sur les noms des vases, p. 21. 
(42) Philostrat., Imag., III, p.765;Senec. trag., 

Med., 67-70; cf. Cic, De orat,. III, 58; Catull., 
lxi, In nupt. Juliae et Manlii, 6-8. 

(13) A. Peinture de Pompéi : Museo Borbonico, 
t. XII, pi. xvn ; Miiller-Wieseler, t. II, pi. lv, 
no 707. 

B. Bronze grec découvert près de Sardes . J. de 



— 133 — 
classique. Sur le sarcophage d'Arles (1), où il conduit Psyché à l'Amour (2), il porte 
une corbeille remplie de fleurs. C'est lui que je proposerais de reconnaître dans la 
terre-cuite de M. Lécuyer, remplissant le ministère de paranymphe et apportant la 
rôtie aux mariés. 

Le personnage représenté par cette statuette tiendrait ainsi à la fois aux deux 
cycles d'Aphrodite et de Dionysos, si chers aux modeleurs de la Béotie. Hyménée 
est souvent en relations avec Bacchus. Certaines traditions en font le fils de Dionysos 
et d'Aphrodite (3). Surtout, il figure très-habituellement dans les compositions des 
noces du dieu avec Ariadne (4), et l'on racontait que c'était dans cette occasion qu'il 
avait perdu sa voix, en chantant le dithyrambe en l'honneur des époux divins (o). 
Dans le bronze provenant de Sardes, qui faisait autrefois partie de la collection 
Herry, à Anvers, Hyménée a la guirlande de fleurs autour du col, et son front est 
ceint du pampre dionysiaque. 

E. LIÉNARD. 



LA TRINITÉ CARTHAGINOISE 

MEMOIRE SUR UN BAXDEAU TROUVE DANS LES ENVIRONS DE BATNA 
ET CONSERVÉ AU MUSEE DE CONSTANT1NE 

( Planche 21. ) 

Le bandeau qui fait l'objet de ce Mémoire a été trouvé dans un tombeau, h trois 
kilomètres d'Aïn-Ksar (Oum-el-Asnam), sur la route de Batna. Il est actuellement 
au Musée de Constantine. 

Un premier dessin en fut donné, en 18S3, dans l'Album de Y Annuaire de Con- 
stantine; mais il passa presque inaperçu. En 1877, M. Héron de Yillefosse, pendant 
une mission en Algérie, vit l'original, et comprit tout l'intérêt qu'il pouvait avoir. 
Il en fit faire aussitôt une nouvelle reproduction qu'il eut d'obligeance de me 
communiquer, et que nous publions ici dans la planche 21. Cette aquarelle, due 
aux soins intelligents de M. Georges Moynet, ne laisse rien à désirer , et donne 
une idée fort exacte du monument. 



Witte, Bullet. deVInst. arch., 1330, p. 493; 1832, 
p. 170; Catalogue de la collection de M i)e Hélène 
Herry, à Anvers (1848), no 461. 

(1) Millin, Voyage dans le midi de la France, 
t. III, p. 626, pi. lxix, n» 13; Miiller-Wieseler, 
t. II, pi. liv, n» 682 ;Ann. deïlnst. arch., t. XVI 
(1845), p. 222; O. Jahn, Archœologische Beitrœge, 
p. 176; M. Collignon, Essai sur les monuments 
relatifs au mythe de Psyché, p. 115, n» 116. 

(2) Le flambeau renversé, que celui-ci tient à la 



main, lui donne un caractère funèbre, mais il ne 
faudrait pas partir de là, comme Millin, pour mé- 
connaître en lui Éros et y voir un o Génie de la 
mort. » 

(3) Serv. ad Virg., Aéneid., IV, 127. 

(4) Il suffira de renvoyer à Miiller-Wieseler, 
t. II.. pi. xxxvi, no* 422, 423 et 425. 

(5) Serv. ad Virg., Eelog., VIII, 30. —D'autres 
rapportaient ce fait à l'union de Dionysos et d'Al- 
thaia : Serv. ad Aeneid., IV, 127. 



— 134 — 

C'est une lame en argent, qui a, dans sa plus grande largeur, 0,35, sur une 
épaisseur de 0,002. Elle est fruste , et nous n'en possédons que deux fragments, 
mais qui nous permettent d'en déterminer la longueur totale. Elle était longue 
de 2o centimètres, et présentait un renflement au milieu et aux deux extrémités. 
On "voit encore à l'un des deux bouts un anneau. Toute la partie centrale de cette 
lame est occupée par un cartouche très-allongé, qui est recouvert de figures dis- 
posées symétriquement , en allant du milieu vers les extrémités ; de telle sorte 
que les deux moitiés du bandeau présentent deux séries d'images parallèles, 
autant qu'on peut en juger par ce qui en reste. 

Ouelle était la destination de cet objet? Au premier abord, on pourrait songer 
à y" voir une amulette. On possède un certain nombre de plaques de ce genre , en 
argent ou même en or, couvertes d'hiéroglyphes ou de scènes mystiques. On 
en a trouvé un peu partout. Dès le xviii- siècle, Torremuzza (1) en publiait une qui 
était alors au Musée de Malte ; elle a été perdue depuis. Il y signala même, avec 
beaucoup de sagacité, la présence de caractères phéniciens. Depuis, on en a dé- 
couvert en Sicile, en Sardaigne surtout, et d'une façon générale dans tous les lieux 
marqués par le passage des Phéniciens, ce qui donne beaucoup de poids à la 
conjecture de Torremuzza. Tous ces petits monuments doivent être d'origine phé- 
nicienne. Le caractère des représentations figurées qu'on y voit , ces hiérogly- 
phes grossiers et dépourvus de sens, toute cette imitation maladroite, de l'Egypte, 
répondent bien à l'idée que les découvertes récentes, soit de Carthage, soit de 
Palestrina, nous donnent de l'art phénicien. A quoi servaient-ils ? On a pensé 
pendant longtemps que c'étaient des bandeaux que les prêtres portaient au front, 
en guise de diadème; il faut écarter cette hypothèse. Ces lames sont trop minces, 
et n'ont pas de point d'attache ; évidemment elles étaient faites pour être roulées ; 
nous possédons même, pour plusieurs d'entre elles, les capsules où elles étaient 
renfermées. Ce sont des amulettes. 

En est-il de même de notre plaque d'argent ? Non, l'épaisseur de la lame et les 
anneaux qui la terminent nous interdisent d'y songer. La forme générale est bien 
celle d'un frontal. Il est même permis de supposer qu'il était destiné à un usage 
religieux. 

Le caractère et la disposition des ligures qui le couvrent confirment pleinement 
cette manière de voir. Le milieu est occupé par deux têtes d'homme et de femme, 
séparées par une étoile ; apparemment un dieu et une déesse. Nous ferons re- 
marquer dès à présent les cornes de bélier qui surmontent la tète d'homme et ses 
cheveux disposés en tresses. La coiffure de la déesse est surmontée d'une couronne 
murale. Ces deux figures principales sont accompagnées, à gauche et à droite, 
de deux serpents qui forment avec elles le sujet central; puis, à la suite de chaque 
serpent, s'échelonne toute une série de figures moins importantes qui vont eu 
décroissant. 

Le côté gauche est intact ; on y voit au premier rang un Amour monté sur une 
chèvre ; L'Amour regarde la déesse et tient en main une verge. Derrière lui une 
femme nue, vue de face, qui sépare de ses deux mains les boucles de ses cheveux. 
Après elle, la colombe accostée d'une grenade et d'un petit vase; puis, la figure 
conique qui est munie d'une tête et de deux bras, comme sur presque tous les 
ex-voto de Carthage ; un caducée ; un sceptre surmonté d'un croissant et d'un 
disque, un œuf et un poisson. 

La moitié de droite , qui correspond à la tête d'homme , a beaucoup souffert. 

I SicUiae inscript, cet., l'anorrai, 4734, in fol., p. 323. 



— 135 — 

Elle est cassée par le milieu et nous n'avons plus qu'une ou deux des figures qui la 
couvraient. On v voit encore, à côté du serpent, un bélier surmonté d'un petit 
Amour, identique à celui de gauche, et qui lui fait pendant ; puis, de l'autre côté 
de la cassure, vers le bout, un grand vase et un poisson. Ce côté contient pourtant 
quelque chose de plus que l'autre : en dehors du rang de perles, sur la partie plus 
larne qui est près du point d'attache du bandeau . se trouve une tête dans un 
cartouche rond. Cette tète repose sur un croissant, de telle sorte que l'on pourrait 
douter si c'est bien une tète ou simplement un disque, comme sur la plupart des 
monuments phéniciens d'Afrique. Pourtant elle se retrouve sur les deux reproduc- 
tions du bandeau, de telle sorte que jusqu'à nouvel ordre, nous l'acceptons, en 
avouant que la signification nous en échappe. 

La parenté de plusieurs de ces représentations avec les grands traits de la reli- 
gion carthaginoise est frappante. Nous n'hésitons pas à reconnaître dans les deux 
figures centrales Baal Haininon et Tanit, et dans les sujets qui les accompagnent à 
droite et à gauche des symboles divins, dont la succession reproduit les formes 
multiples que révèlent ces deux divinités. C'est une page de mythologie en images. 

Avant d'entrer dans l'étude détaillée de ces figures, on nous permettra quelques 
remarques générales. 

1° Tout n'est pas nouveau sur ce bandeau. La plupart des symboles qui s'y trouvent 
nous étaient déjà connus; ce sont ceux qu'on rencontre sur les ex-voto du temple 
de Tanit, où nous les avons étudiés. Ils présentent pourtant avec ces derniers des 
différences notables. En effet, tandis que les ex-voto trouvés sur le sol de Carthage 
sont antérieurs, selon toutes les probabilités, à la destruction de Carthage par les 
Romains, le bandeau qui nous occupe est d'un travail récent, et sûrement postérieur 
à l'ère chrétienne. Mais il nous permet par là même de comparer le panthéon 
punique à deux époques différentes, et de voir quelles transformations mythologi- 
ques il avait subies. 

2° L'ordre dans lequel les symboles sont disposés est pour nous du plus haut 
intérêt. Jusqu'à présent , tous ceux que nous connaissions nous étaient arrivés 
un peu pêle-mêle, jetés comme au hasard sur la pierre, de telle sorte qu'il pouvait y 
avoir une certaine incertitude relativement à leur attribution. On pouvait même se 
demander si telle figure représentait un symbole, ou simplement une offrande. Ici 
le doute n'est plus possible. La place, que les diverses figures occupent à côté de l'une 
ou de l'autre des divinités, eu détermine le caractère symbolique, et nous oblige à 
bs rapporter à Baal ou à Tanit. On trouvera donc là le moyen de contrôle le plus 
sûr des résultats auxquels on était arrivé. 

3° Si on examine les deux séries de symboles, on verra que certaines figures se 
trouvent répétées des deux côtés, et que d'autres, sans se répéter absolument, se 
font pendant l'une à l'autre ; de telle sorte que l'on peut admettre que la symétrie 
que l'on observe sur ce bandeau n'est pas purement extérieure, et qu'il exisle une 
certaine parenté entre les figures correspondantes des deux moitiés. 

Nous étudierons successivement les symboles de Baal-Hammon et de Tanit. 
Le premier qui devrait nous occuper, à ce titre, est le serpent qui se trouve a 

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avec Baal et Tanit une véritable trinité. C'est bien le serpent s enroulant au bout 
d'une perche, tel qu'on le représentait primitivement, in serpente deus , le serpent 
divin dont la vue donnait la guéri son , et que les Juifs adorèrent jusque sous 



— 136 — 

Ézéchias, sous le nom de Nehustan; et si l'on voulait se figurer ce fameux serpent 
d'airain, on ne saurait mieux faire que de prendre l'image de notre bandeau. Mais 
que fait Eschmuu parmi les symboles d'une autre divinité, et surtout comment 
expliquer ce fait, qu'il figure à la fois à côté de Baal et de Tanit ? Y a-t-il donc 
deux Escbmun , l'un mâle , l'autre femelle ? Ces questions nécessitent d'assez 
longs développements et viendront plus utilement à la fin de ce travail. Elles 
formeront le sujet d'un troisième article sur « Esculape et le Mercure phénicien. » 

I. Baal Hàmân et Jupiter Ammon. 

Toutes les religions locales sont dominées , en Afrique, par un grand culte : 
celui dont l'Oasis d'Ammon était le centre. Jupiter-Ammon était devenu la 
divinité principale de ces populations qui ont formé comme, le fondement sur 
lequel sont venues s'asseoir les diverses civilisations qui se sont succédé dans 
l'Afrique septentrionale. Il avait une telle célébrité que non-seulement on se ren- 
dait à l'Oasis d'Ammon de toutes les parties du monde, mais qu'il avait ses cha- 
pelles et ses statues dans tous les grands sanctuaires du monde ancien. Il est diffi- 
cile, aujourd'hui encore , de dire avec certitude si c'est d'Egypte qu'est sortie cette 
religion si populaire dans toute l'Afrique , ou bien si ce n'est pas Je dieu national 
de l'Ethiopie et de la Eybie qui a étendu sa puissance jusqu'en Egypte , et s'est 
emparé du rang suprême dans la trinité Thébaine, sous le nom d'Amoun Bà. 

On admet généralement que Baal-Hâmân , l'époux divin de Tanit, qui figure 
à côté d'elle sur les inscriptions de Carthage et de la Numidie , le dieu des 
Phéniciens d'Afrique , était distinct de Jupiter Ammon. Or le voici représenté , 
d'une façon incontestable, avec les cornes de bélier, c'est-à-dire sons les traits 
mêmes sous lesquels nous sommes habitués à chercher Jupiter Ammon. Notre ban- 
deau est d'origine punique ; et le dieu qui en occupe le milieu est Baal-Hâmân , le 
grand dieu de l'Afrique phénicienne ; cela ressort du bélier qui l'accompagne, et qui 
est, sur les ex-voto de Carthage, le symbole constant de Baal; et cela ressort 
plus clairement encore des symboles de la déesse qui sont précisément ceux de 
Tanit ; la démonstration en sera fournie plus loin. Tanit et Baal Hàmân étant cons- 
tamment associés sur les inscriptions phéniciennes d'Afrique, nous n'avons pas le 
droit de les séparer ici. 

Il en résulte donc qu'à l'époque romaine , Baal-Hâmân était considéré comme 
identique à Jupiter Ammon. 

On pourrait être tenté de croire que cette assimilation est le résultat d'une confu- 
sion relativement récente et que Baal llâmàn et Jupiter Ammon étaient primitive- 
ment deux divinités distinctes. Il n'en est rien. Malgré une différence de noms qui 
est très-réelle, c'est la même conception religieuse, en Eibye comme à Thèbes et 
à Carthage. 

Pour l'Egypte et la Libye, la démonstration a été fournie par Lepsius (1). Amoun- 
Ba et Jupiter-Ammon sont un même dieu : le dieu à tête de bélier. Parfois on lui 
donne une tête d'homme, à longue barbe, mais toujours il est caractérisé par ses 
cornes qui , au lieu d'être horizontalement divergentes et ondulées , comme celles 
du dieu Chnonmis, se recourbent en arrière de manière à encadrer l'oreille. On sait 



(1) R. Lepsius : Ueber die widerkœpfigen Gœtter 
Ammon uml Chnumis , in Beziehxmg au f die Am- 
mons-Oase und die gehœrnten Kœpfe auf griechis- 



chen Mûnzen ( Zeitschr. fur JEg. Sprache. par 
Lepsius et Brugscli, janv.-mars 1877). 



— 137 — 

même qu'elles ont donné leur nom à la coquille qu'on appelle la corne d'Ammon 
et à toute la famille des Ammonites. Cet attribut est tellement essentiel au 
dieu, qu'Alexandre, sur les monnaies où il parait comme fils de Jupiter- Ammon, est 
également représenté avec des cornes de bélier. Il ne diffère du dieu qu'en un 
point , c'est qu'il n'a pas de barbe. 

Nous sommes donc en présence d'un dieu unique ,,dont le culte était répandu 
dans foule l'Afrique du Nord , depuis l'Ethiopie et l'Egypte, d'où il était parti, s'il 
faut en croire Lepsius, jusqu'à la Grande-Syrte; et dans toute cette région il était 
adoré sous la forme d'un homme, à tête ou d'autres fois seulement à cornes de bélier; 
c'est sous cette dernière forme que le représentent les monnaies de la Cyrénaïque. 

A partir de la Byzacène, la tête d'Ammon disparait et elle est remplacée sur les 
monnaies par la tête tourrelée de Cérès. Ce changement n'a rien qui doive nous 
surprendre, car à partir de la petite Syrte et du lac Triton, nous entrons sous 
l'influence de la domination carthaginoise; or on sait que le génie de Carthage 
était une déesse, Tanil. 

Mais en même temps on voit apparaître sur les inscriptions phéniciennes le nom 
de Baal Hamân soit seul, soit associé à celui de Tanit. El partout où il parait, Baal 
Eâmân a pour symbole le bélier, comme Jupiter Ammon en Libye, Amoun-Râ en 
Egypte, fait capital, car il nous prouve que les attributs essentiels des trois divinités 
étaient les mêmes. Cela n'est pas seulement vrai des ex-voto trouvés à Carthage, 
mais des inscriptions néo-puniques, très-nombreuses, que l'on trouve disséminées 
dans toute la Numidie. On peut même faire une remarque, c'est que, dans l'Afrique 
phénicienne, plus on se rapproche de la grande Libye, plus le culte de Baal Hâmân 
gagne en importance. Les inscriptions nous en fournissent la preuve. Tandis que 
sur crlles de Carthage il ne vient jamais qu'en seconde ligne après Tanit, à Cirta, 
il occupe toujours la première place. La chose a continué jusque sous la domina- 
tion romaine : Cirtenses Satwnum deum venerantur. Or, Saturne est l'équivalent 
dans la religion romaine de Baal Hàmàn. 

Ainsi, ni les inscriptions, ni les monuments figurés ne nous révèlent deux 
divinités différentes qui seraient venues se confondre à un certain moment, et nous 
ne pouvons pas établir, à un endroit quelconque de la côte africaine, une sépara- 
tion que les faits ne justifient pas. Les symboles, qui sont dans une religion 
quelconque l'élément le plus vital et celui qui résiste le plus, les symboles sont les 
mêmes. Cela nous avait permis d'affirmer après Gesenius, dans un travail antérieur, 
l'identité de Baal Hâmân et de Jupiter Ammon (1). La découverte de la tête d'Ammon 
sur un monument phénicien, à la place où l'on doit s'attendre à trouver Baal 
Hàmàn, montre que cette induction était fondée. Seule, elle ne prouverait 
rien; au contraire, venant confirmer tant d'autres arguments, elle leur donne la 
valeur d'une véritable démonstration. 

Ce n'est pas la seule, fois d'ailleurs que la tète d'Ammon paraisse sur un monu- 
ment phénicien d'Afrique. En archéologie, une découverte en amène généralement 
une autre, et nous sommes en mesure de publier une tète presque identique qui pro- 
vient de l'extrême Mauritanie. Le monument dont nous voulons parler, est un 
plomb qui a été trouvé dans les Thermes de Juba II à Cherchel, l'ancienne Jol, et 
dont nous donnons un dessin, réduit au quart et dû au crayon de M. le com- 
mandant Sériziat. Dans deux compartiments formés par des chapelets de perles, 
on y observe, quatre fois répétée , une tête barbue qui est vue de face et dont la 
chevelure frisée est encadrée des cornes d'Ammon. Cette nouvelle figure est 

(I) Gazette archéologique, 1876, p. 121. 



— 138 — 



importante eu ce qu'elle nous montre que cette façon de représenter le dieu n'était 
pas un accident isolé, mais qu'elle était répandue d'un bout à l'autre de l'Afrique 
phénicienne. 




Le bandeau du Musée de Constantine nous explique dès lors un certain nombre de 
figurines en terre cuite ou en pierre calcaire, trouvées hors d'Afrique, et qui re- 
présentent Jupiter Ammon sous des traits phéniciens. On en a trouvé à Tortose, en 
Espagne, à Chypre, en Grèce. C'est M. de Longpérier qui a le premier attiré 
l'attention sur ces petits monuments (1) et a signalé leur ressemblance avec les têtes 
d'Ammon qu'on trouve sur les monnaies de la Cyrénaïque. Il avait d'autant plus 
de mérite à le faire que par un hasard malheureux la tète manque à celles de ces 
petites statuettes qu'où a trouvées dans l'île de Chypre ; et que celle de Tortose, 
qui a servi de base à sa démonstration, n'a pas de cornes. M. Lenormant a repris 
ici même l'examen de ce dernier monument, dans une note faisant suite au travail 
cité plus baut , et il a parfaitement démontré qu'il fallait y voir Baal-Hàmàn (2). 

Nous en possédons aujourd'hui un exemple plus concluant encore : c'est une 
terre cuite qui faisait partie de la collection Albert Barre (3). Nous reproduisons, 
en grandeur des deux tiers de l'original , la ligure qui lui est consacrée dans le 
magnifique catalogue de vente de cette collection, qu'il est malheureusement 
difficile de se procurer. Le dieu est assis, comme toujours, sur un trône en forme 
de fauteuil, dout les bras sont formés par deux béliers. Lui-même porte une longue 
barbe et de son front naissent deux cornes qui se recourbent en arrière et vont 
finir au niveau de l'oreille. Le caractère du monument ne peut laisser de place 
à aucun doute, on y retrouve toute la grossièreté de l'art phénicien et même de l'art 
phénicien d'une époque assez reculée. Aussi l'auteur du catalogue n'a-t-il pas hésité 
à le ranger parmi les monuments phéniciens de Chypre. La terre cuite de la col- 
lection Barre est bien faite pour servir de trait d'union entre les diverses figu- 
rines que nous avons signalées. 



(1) Musée Napoléon III. pi. xxm, no 3. 

(2) Gazette archéologique, 1 876, p. 147. 



(3) No 161 du Catalogue de vente, rédigé par 
M. Frœliner. 



— 139 — 

Voilà donc, ou dehors de l'Afrique, toute une classe de monuments qui nous 
représentent Baal Hàmàn sous les traits d'un dieu à cornes de bélier. Ces 
monuments, qui sont anciens, excluent toute idée de syncrétisme. Ils doivent 
nous représenter la religion phénicienne dans sa sincérité. C'est bien sous 




ces traits que les Carthaginois adoraient leur dieu principal. Qu'on l'appelle Baal 
Hàmàn ou Jupiter Ammon, les deux dieux n'en formaient qu'un ; et quand les 
auteurs grecs nous parlent du culte que l'on rendait au grand dieu de la Libye à 
Delphes ou dans d'autres sanctuaires célèbres de la Grèce, et des images qu'on 
venait y adorer de fort loin, ils avaient sans doute sous les yeux les statues dont 
nos figurines de Baal Hàmàn sont la copie plus ou moins maladroite. 

Il n'y a donc dans tout cela qu'une divinité unique, qui avait son sanctuaire prin- 
cipal à l'Oasis d'Ammon et dont le culte s'étendait sur toute l'Afrique, depuis Thèbes, 
où il était adoré sous le nom d'Amoun-Ra , jusqu'à Cirta et à Carthage, où il 
s'appelait Baal Hàmàn. 

Comment maintenant expliquer la différence des deux noms propres Amoun et 
Hàmàn ? 

Si l'on voulait se contenter facilement, on pourrait admettre qu'il n'v a entre les 
deux noms qu'une simple différence de transcription. Les Egyptologues s'y opposent; 
d'après eux, le het, qui est une gutturale forte, n'a pas pu se changer en un aleph, 
c'est-à-dire en la plus douce des gutturales. Il faudrait donc renoncer à cette expli- 
cation. 



— 140 — 

Nous ferons pourtant remarquer que le nom Amoun diffère beaucoup plus pour 
la forme de Jupiter Amraon, que ce dernier de Baal Hàmàn. Or l'identité d'Amoun- 
Ra, le dieu de Thèbes, avec Jupiter Ammon, le dieu de l'Oasis d' Ammon, n'est guère 
contestée. Les auteurs latins, d'ailleurs, ne paraissent pas avoir toujours fait entre 
les deux noms une différence aussi absolue, et ils écrivent presque indifféremment 
Ammon et Ilammon. Sanchoniathon même, dans un passage souvent cité, parle de 
monuments qu'il appelle des Ap.f;.oyv£ta. Or, on est à peu près d'accord pour recon- 
naître dans ce nom, qu'il a grécisé suivant son habitude, ces cippes solaires dont il 
est question plus d'une fois dans la Bible, et qui s'appelaient en hébreu hâmânim. 
Quelque opinion que l'on ait sur la signification de ces monuments, la racine est la 
même que dans Baal Hàmàn. Est-ce que les Grecs ont mal entendu et mal transcrit? 
Cela devait leur arriver souvent. Pourtant il est certain qu'en phénicien du moins , 
les gutturales n'avaient pas la fixité qu'on leur prête ; elles changeaient de valeur 
en passant de Sidon à Cartilage, et nous voyons le nom de Baal Hâmân lui-même, 
à une très-basse époque il est vrai, devenir tantôt Baal Amon, tantôt même Baal 
Mon. 

Il est d'ailleurs fort possible que les Phéniciens, trouvant en Afrique le dieu 
Ammon, aient sémitisé son nom pour lui donner un sens qui s'alliât avec leurs 
conceptions mythologiques. C'est une question d'étymologie que nous ne sommes 
pas en état de résoudre; nous n'avons voulu prouver qu'une chose , l'identité 
de Baal Hàmàn avec le grand dieu de la Libye et avec celui de l'Egypte, sans 
vouloir décider quel est celui de ces peuples qui l'a donné aux autres. 
L'adoption, par les colons phéniciens, du dieu libyen, loin de contredire les 
notions que nous avons de la religion de Carthage , expliquerait assez la place 

3u'il y occupe. Ces marins, qui apportaient avec eux leur déesse Tanit , lui ont 
onné pour époux Baal Hâmân; mais il n'a jamais été qu'un prince consort. 
(La suite prochainement.) 

Philippe BERGEB. 




Otto Jahn a tout dit (4) sur la superstition antique qui faisait voir 
dans l'image du phallus un talisman préservateur du mauvais œil 

(1) Ueber den Aberglauben der bœsen Blicks , dans les Beri-hte der Kœnigl. Sarhs. Gesellschaft, 
1855, p. 67-79. 



— 141 — 
((3a<7x«vwv , fascinurn)) à tel point que le terme de .fascinum avait fini 
par devenir une désignation du phallus lui-même (1). Le petit 
monument que nous publions aujourd'hui est comme une illustra- 
tion supplémentaire du mémoire de Jahn; et pins qu'aucun de ceux, 
qu'avait groupés l'illustre antiquaire allemand, il exprime avec 
netteté la croyance superstitieuse si bien mise par lui en lumière 
sous toutes ses faces. C'est une terre-cuite de Tarse, conservée au 
Musée Britannique, que notre cliché reproduit dans ses dimensions 
originales- On y voit deux phallus munis de bras et affublés de vête- 
ments d'hommes, comme des personnages vivants; ils rappellent 
le couple des deux démons de Priape aux noms si énergiquement 
significatifs , Orthanès et Conisalos (2) , sorte de dédoublement de 
Tychon (3), le génie de la bonne fortune, appelé aussi Ithyphallos 
d'après le type de sa représentation (4-). Ces deux êtres fantastiques, 
ou plutôt ces deux démons phalliques, protecteurs et de bon augure, 
tiennent les deux extrémités d'une grande scie, pareille à celle des 
tailleurs de pierre. Ils la mettent en mouvement pour couper un 
gros œil placé entre eux deux. C'est le mauvais œil, dont le phallus 
détruit la puissance. Cette représentation est si claire qu'elle ne 
réclame pas un plus long commentaire; mais il m'a semblé que, 
malgré ce qu'elle a de scabreux , elle méritait d'être signalée à l'at- 
tention des archéologues. 

E. de CIIAAOT. 



(4) Porphyr. ad Horat., Epod., VIII, 18; Plin., 
Hist. nat., XXVIII, 4,7. 
(2) Plat. Comic. ap. Athen., X, p. 441.— Dans 

les Anecdota de Bekker, p. 472, ce roupie de génies 
phalliques est nommé Orthanès et Priapos. 



(3) He.sych., s. c; Eiym. Magn., s. v; Diod. 
Sic, IV, 6; Strab., XIII, p. 588. 

(t) Voy. les notes de Jacobs sur l'Anthologie 
grecque, t. VIII, p. 12 et suiv. 



— 142 



GROUPE DE SCULPTURE GALLO-ROMAINE 

TROUVÉ A SAINTES (cHARENTE-INFERIEUReI . 




Ce groupe, aplati à sa partie postérieure, qui peut mesurer environ 
un mètre de longueur, a été trouvé récemment par le sieur Moran , 
en creusant un terrain qu'il possède sur la gauche de la route qui 
mène au cimetière général de Saintes, vis-à-vis de la rue Delaage. 

C'est au milieu des cendres et des décombres, témoins irrécusables 
du sac et de l'incendie de la ville par les bordes barbares , que la 
pioche des ouvriers a exhumé les débris de ce monument. Autant 
que des fouilles fort mal conduites ont permis d'en juger, il devait 
être placé sous une sorte de porche formé de quatre colonnes. A côté 
gisaient quelques monnaies et un petit génie nu, ailé, de pierre cal- 
caire comme le groupe, et également d'un travail assez rustique. 

Faut-il voir dans ce groupe la personnification de la Force et de 



— 143 — 
l'Abondance ? Nous n'osons nous prononcer ; nous nous bornerons 
simplement à sa description. 

Vu par devant, il offre deux personnages. L'un assis sur une sorte 
de siège, et qu'à sa longue robe, à ses seins proéminents et découverts, 
à ses cheveux rejetés en arrière et noués en forme de queue arrondie, 
on doit reconnaître pour une femme, tient sur son bras gauche une 
corne d'abondance, et dans sa main droite un objet mutilé, qui a dû 
être un œuf ou un fruit. L'autre, assis sur ses jambes nues et croisées 
à la manière orientale, est vêtu d'un manteau attaché sur l'épaule 
droite. Il a toute la tournure d'un homme. Malheureusement les 
recherches les plus minutieuses n'ont pu faire découvrir sa tête. De la 
main droite il tient une sorte de petit cerceau ou de torques , et de la 
gauche un objet qu'on ne peut déterminer. 

Au revers, trois ligures de petite dimension , et d'un faible relief, 
sont appliquées contre le dos, laissé plat et brut, de ces deux person- 
nages. Deux sont debout, celles des deux extrémités; l'autre, celle du 
milieu, est assise sur ses jambes croisées. 

Dans la première de ces ligures il est impossible de ne pas recon- 
naître Hercule nu^ debout, appuyé sur sa massue , tenant dans sa 
main gauche les pommes d'or des Hespérides , et porté sur un socle 
que décore une tête de sanglier. La seconde, celle du milieu, 
pourrait être Plutus ; elle est fort détériorée, et il lui manque tout le 
haut du buste. Dans sa main droite on remarque une sorte de sac ou 
de bourse. Quelques personnes y voient une bouteille et en font un 
Bacchus. Cette ligure offre surtout une remarquable ressemblance 
avec le Cernunnos du célèbre bas-reliel de Reims, qui est accroupi 
de même sur une sorte d'autel carré, entre deux divinités debout 
(Apollon et Mercure), tenant le même sac à la main , mais l'inclinant 
pour en faire sortir comme un ruisseau de faînes ou de glands, dont 
un cerf et un bœuf viennent se nourrir (1). Ces deux animaux 



(1) Louis Paris, Chronique de Champagne, t. I , 
p. 370; J. de Witte, Revue areh., t. IX, 1852, 
p. 561 ; Revue numism. nouv. série, t. III, 1858, 
p. 45 ; Ch. Lenormant et J. de Witte, Élite des 



mon. céramographiques, t. II, p. 326. — Ce bas- 
relief figurait l'année dernière à l'Exposition du 
Palais du Trocadëro. 



— 144 — 
semblent rappelés dans notre sculpture de Saintes par les deux tètes 
de bœuf, qui se détachent en saillie sur le devant du socle carré 
portant le dieu assis à l'orientale. 

La troisième figure nous montre un personnage debout sur un 
socle nu. Il est vêtu à la romaine et tient dans sa main gauche un 
objet assez peu distinct. Quel est ce personnage ? Nous l'ignorons. 

Quelle pouvait être la destination du monument ? Etait-ce un 
couronnement de tombeau? c'est peu probable. Faut-il y voir des 
divinités domestiques ? Nous le livrons à l'attention et aux recherches 
des savants. 

Chanoine LAFERRIÈRE. 



LA MOSAÏQUE DES QUATRE SAISONS 
A lambèse Algérie 

( Planche 22. ) 

Tous cpux qui ont visité depuis quelques années les ruines célèbres de Lambèse, 
situées au pied de l'Aurès, dans la province de Constantine, ont certainement 
remarqué une mosaïque abritée sous un hangar en planches dans le jardin de la 
Maison Centrale. Ce jardin est séparé de la prison par une route ; la mosaïque se 
trouve dans le coin le plus rapproché du prsetorium, et les gardiens du Pénitencier 
ne manquent pas de la signaler aux étrangers. 

D'après un renseignement que je. dois à l'amitié du docteur Reboud (1) cette 
mosaïque aurait été découverte en 1832 par le capitaine du génie Toussaint, chargé 
des travaux de la Maison Centrale. On vend à Constantine des photographies qui 
la reproduisent d'après un dessin tout à fait inexact. Le Musée de Saint-Germain 
en possède heureusement un très-bon fac-similé exécuté par M. Rulard, aujourd'hui 
directeur de l'Observatoire d'Alger. C'est d'après ce fac-similé qu'elle a été re- 
produite sur la planche 22. 

Je n'ai pas su, malgré mes recherches, retrouver dans les différentes publications 
sur Lambèse, aucun renseignement précis concernant cette découverte. Quoi qu'il 
en soit, cet intéressant monument nous a été conservé, et on doit d'autant plus 

(1) Lettre du 10 avril 1879. 



- 14S — 
s'en réjouir que tout disparaît -à Lambèse à mesure que la civilisation s'y implante. 
En dépit des arrêtés plus ou moins platoniques des gouvernements civils ou mili- 
taires , 1rs colons ont exploité comme une carrière cette ruine merveilleuse, et 
ceux-là même qui auraient dû veiller avec un soin jaloux à sa conservation ont été 
souvent 1rs premiers à renverser ou à détruire les plus précieux débris de l'anti- 
quité. 

Je citerai un fait entre mille. 

II v a quelques années, je pourrais indiquer la date précise, le directeur de la 
Maison Centrale de Lambèse tomba malade. Il fut remplacé pendant un mois par 
un employé de la préfecture de Constantine qui résolut défaire quelques fouilles 
afin d'utiliser ses loisirs. Cet employé apprit que les anciens thermes contenaient 
encore mie chambre, dont la mosaïque avait été jusqu'alors préservée par le soin 
qu'on avait eu de la recouvrir de terre. Aussitôt il mit ses prisonuiers à l'ouvrage ; 
le pavage fut découvert, et comme il se composait de plusieurs médaillons, il essaya 
d'en enlever un; il ne put réussir qu'à éventrer la mosaïque. D'autres vinrent après 
lui, cherchant à se procurer quelques fragments de ce qui restait; les visiteurs s'en 
mêlèrent, et bientôt il n'y eut plus rien que des lambeaux jetés çà et là et que les 
passants ramassèrent. Voilà comment l'administration protège les ruines en Algé- 
rie ! Demandez donc après cela aux colons de les respecter! 

Indépendamment de la mosaïque dont j'ai parlé en commençant, on a trouvé à 
Lambèse plusieurs pavages du même genre dont l'existence n'a pas toujours été 
signalée, ou qui ont été incomplètement décrits. Il me paraît utile de rappeler ici 
ceux dont j'ai relevé la mention. 

Dès 1853, la Société archéologique de Constantine indique dans cette localité 
« plusieurs mosaïques entourées et abritées » (I). 

Quelques années plus tard , M. L. Renier publie l'inscription suivante relevée au 
temple d'Esculape sur le pavé en mosaïque du deuxième sanctuaire à gauche en 
partant du sanctuaire principal (2) : 

BONVS-INTRA-MELIOR-EXI 

En 1860, M. Cherbonneau parle d'une mosaïque de proportions considérables qui 
aurait été découverte à Lambèse par M. Parisel, et dont malheureusement il ne 

[\) Annuaire de la Soc. arch. de Constantine, I (2) Inscriptions de V Algérie, no 165. 
t. I, p. 19. I 



— 146 — 
donne aucune description. Il se borne à publier un texte tracé sur ce pavage et 
dont on lui a transmis plusieurs copies incorrectes (1) : 

GENIOPOPVLILAMBOESIS FELICITER ETQV... 
IN AELI RVFL. AVIRIS ANNOS DVLCES HABET 

En 1863, M. Barnéond signale une belle mosaïque de 13 mètres sur 11, dans les 
thermes qu'il a retrouvés à 300 mètres à l'est du prœtorium (2). 

En 1866, le même parle d'une mosaïque d'un riche dessin découverle à ISO mètres 
au sud-est du prœtorium, mais qui a été malheureusement détruite par l'écroulement 
des parties supérieures de l'édilice dans lequel elle se trouve. Au même point il 
vient de déblayer une autre mosaïque admirablement conservée, mesurant 7 mètres 
35 de longueur sur 3 mètres 40 de largeur : le dessin se compose de rectangles , 
de torsades, de losanges enchevêtrés au milieu desquels on voit deux médaillons 
avec les bustes d'Apollon et de Diane [le Soleil et la Lune) (3). Le dieu est 
imberbe, drapé; la tête, couronnée de rayons; il tient le sceptre à gauche. La 
déesse, drapée, tient un flambeau allumé à gauche ; le croissant se voit derrière 
ses épaules (4). 

Enfin, en 1877, le. docteur Wilmanns annonce que les mosaïques qui ornaient 
le sanctuaire de la domus Aiigustorum ont été transportées à Paris (S) ? 

Tous ces pavages appartiennent à des édifices qui ne peuvent avoir été élevés 
qu'à la fin du n° siècle ou dans le courant du m . Le temple d'Esculape, qui, 
en dehors du camp , est le plus ancien monument de Lambèse, date du règne 
de Marc-Aurèle; il a été construit en 162 (6); les chapelles latérales ne fuient 
même terminées qu'à la fin du règne de Septime-Sévère, vers l'année 211 (7), 
et c'est dans l'une d'elles qu'a été relevée l'inscription en mosaïque publiée par 
M. Renier. L'autre inscription, celle de la mosaïque signalée par M. Cherbonneau, 
appartient sans aucun doute au m e siècle , car il ne peut être question du peuple 



(1) Ann. de la Soc. arch. deConstantine, t. V, 
1860-61, p. 147 ; Rev. Africaine, t. VIII, p. 192. 
Le Musée du Louvre possède un petit cadran 
solaire en pierre, découvert près de cette mosaïque. 

(2) Rev. Africaine, t. VII, p. 474. 

(3) On trouve dans les maisons du village, à 
Lambèse, un grand nombre de petites stèles à 
deux compartiments, recueillies dans les ruines par 
les habitants : la partie supérieure porte au centre 
le buste de Saturne voilé et barbu, très en relief; 
à droite et à gauche, les bustes du Soleil et de la 



Lune. Au-dessous, un homme debout et un bélier ; 
quelquefois, à la place du bélier, un autel avec une 
tête de bélier. 

i Annuaire de la Soc. archêol. de Constantine, 
t. X, p. 216 ; la mosaïque est reproduite 

pi. XXVII. 

(5) Die Romische Lagerstadt Afrikas, p. 13. 

(6) L. Renier, Inscriptions de l'Algérie, n os 28 à 
30. 

[7] Wdmanns, Die Romische Lagerstadt Afrikas, 
p. 7. 



— 147 — 
de Lambèse avant la fondation du municipe, qui n'eut lieu que sous Sévère, 
au moment de la réorganisation de la province de Numidie (1). Auparavant, 
Lambèse n'était qu'un camp ; la ville proprement dite ne fut fondée et ne se 
développa que le jour où elle devint une véritable capitale par suite de la 
résidence du légat impérial. La légion III" Augusta changea de garnison sous 
Dioclétien : à dater de cette époque , la ville perdit promptement toute son 
importance. Il y a donc de bonnes raisons, indépendamment de celles fournies 
par le style même des monuments, pour penser que ces mosaïques appartiennent 
au temps le plus prospère de la ville, c'est-à-dire au iu e siècle. C'est aussi à 
cette époque qu'il faut placer l'exécution de la mosaïque qui fait le sujet de 
cette note et dont voici la description. 

Sur un fond blanc entouré de fleurs et de feuillages aux vives couleurs, se déta- 
chent quatre médaillons noirs posés symétriquement aux angles de la mosaïque. 
Les quatre Saisons de l'année y sont réprésentées en buste sous des traits féminins, 
accompagnées des attributs qui les caractérisent. Le centre de la mosaïque est 
occupé par un cinquième médaillon d'un dessin différent renfermant l'image d'un 
jeune dieu dont les Saisons semblent n'être que les acolytes. 

La figure du Printemps est celle d'une jeune femme. Sa chevelure blonde 
retombe sur ses épaules en boucles gracieuses ; la jeunesse éclate sur sa poitrine, 
dont elle ne soage pas à cacher les richesses ; un bout de draperie blanche est 
négligemment jeté sur son épaule gauche. Sa tète est ceinte d'un large ruban 
d'azur marié à des tiges de fleurs au feuillage verdoyant. A sa gauche se trouve 
Y Été sous les traits d'une femme moins jeune, moins fraîche, dont la tète est 
couronnée d'épis. Une draperie un peu sombre couvre son épaule gauche ; elle 
tient une faucille à droite. Sa poitrine est également nue ; on ne voit qu'un des 
seins dont l'extrémité est indiquée en rouge. Au-dessous apparaît Y Automne, la tête 
chargée de grappes de raisins et de feuilles maintenues par une bandelette de 
couleur sombre ; ses cheveux sont abondants et retombent en longues mèches 
derrière le cou. Elle est entièrement vêtue : une tunique blanche de dessous laisse 
deviner l'extrémité du sein droit, qui est indiquée en noir. Un manteau négligem- 
ment noué sous le cou recouvre l'épaule gauche ; ce manteau est à fond blanc 
moucheté irrégulièrement de petits ornements noirs, dont les uns affectent la forme 
d'un carré, les autres celle d'un V\ il est légèrement bordé de noir, h' Hiver enfin 
est représenté sous les traits d'une femme âgée, aux traits pâles et amaigris, 
aux yeux creux. De la main gauche elle ramène sur sou cou la grande draperie 



(1) La présence à Lambèse, en l'année 203, d'une 
familia rationis castrensis (Inscriptions del'Algérie, 
n» 69 et une autre inscription encore inédite) peut 
faire supposer, malgré le silence des historiens, 



que l'empereur se trouvait cette année-là en Afrique 
(voir à ce sujet les remarques du docteur Otto llir- 
schfeld, Untersuchungen aufdem Gebieteder Itœmis- 
chen Verwaltungsgeschichte, p. 199, note 1). 



— 148 — 
grise qui la couvre tout entière, eu enveloppant sa tète; de la main droite elle 
tienl l'instrument ;ï deux dents que nous appelons houe ou hoyau. Ses mains 
paraissent enveloppées de gants, dont la couleur grise se confond avec celle de 
son vêtement. 

Le médaillon central n'est point semblable aux autres. Il est découpé en une 
sorte d'étoile à huit pointes, dont quatre viennent rejoindre les médaillons d'angle, 
tandis que les quatre autres se rattachent aux gerbes de feuillage qui s'élancent de 
la bordure entre chaque Saison. Le fond de ce médaillon est noir. On y voit un 
jeune dieu imberbe , tout éblouissant de jeunesse. Son front, comme celui de 
l'Automne, est chargé de grosses grappes de raisins munies de leurs feuilles et 
soutenues par une large bandelette ; son abondante chevelure retombe sur ses 
épaules. Il est vêtu d'une tunique brune échancrée au cou et retenue à la taille par 
une ceinture ; elle est agrémentée d'une sorte d'épaulette. Son épaule gauche est 
couverte d'une draperie grise. Une écharpe blanche, décorée comme le manteau 
de l'Automne, est nouée sur son épaule droite et passe en descendant sous la 
ceinture. C'est Bacchus, dont les relations avec les Saisons sont trop connues pour 
qu'il soit besoin de les expliquer de nouveau (1). 

Ce sujet des Saisons paraît avoir été, dans l'antiquité, très-familier aux artistes 
en mosaïque; on le trouve reproduit sur un grand nombre de pavages dans toutes 
les provinces de l'Empire Romain. A défaut d'un catalogue de ces représentations, 
qui serait long à établir, nous pouvons du moins en rappeler quelques-unes. 

AFRIQUE 

Cartilage. A côté de la mosaïque de Lambèse il faut signaler tout d'abord celle 
de Carthage, découverte par M. Davis. Ce qui en a été retrouvé permet de juger 
l'ensemble. Les Saisons occupaient les quatre angles du carré; elles étaient repré- 
sentées par quatre bustes de femmes, placés dans des médaillons. Il n'en reste que 
deux ; l'Eté couronné d'épis et portant au cou un superbe collier d'or, et le Printemps 
dont la tête est surmontée d'une fleur (?) entrouverte. Il ne reste rien du médaillon 
central qui devait être occupé par une divinité en rapport avec les Saisons : Bacchus, 
Apollon, ou Jupiter (?). Autour de ce sujet central régnait une frise contenant les 
représentations des différents mois de l'année. On a retrouvé Mars, Avril, Juillet et 



(1) B.icclius se trouve en compagnie des Saisons 
sur un vase grec à figures noires du Musée Britan- 
nique (Ch.Lenormantet J. deWitte, Élite des monu- 
ments céramographiques, t. II,p.243,pl.LXXvn) Sur 

plusieurs sarcophages romains il est représenté 
environné de quatre enfants ailés portant les 



attributs des Saisons. (Montfaucon, Antiquité 
expliquée, t. I, p. 2.2, pi. eut. 2 ; Froliner, Notice 
de la sculpture antique du Louvre, n° 2i3, et les 
autres monuments qu'il cite.) — Cf. les mosaïques 
décrites ci-dessous. 



— 149 — 

Novembre. Les compartiments des mois n'étant qu'an nombre de huit, il faut 
supposer que les quatre Saisons ont dû remplir un double rôle et tenir en même 
temps la place des mois de Février, Mai, Août, Octobre (1). 

Carthage. Beulé (2) dit que le gardien de la chapelle Saint -Louis a 
enlevé avec beaucoup d'adresse quelques compartiments d'une mosaïque trouvée 
à Carthage, qui représentait les Mois de l'année, en costume byzantin, 
avec leurs noms en lettres latines. Je suppose, par analogie, que ce pavage devait 
porter aussi les bustes des Saisons, comme le précédent. 



Halicarnasse (fouilles de M. Newton). A côté d'autres sujets, on remarque 
plusieurs cadres contenant les bustes des Saisons accompagnées de leurs noms. 
Le Printemps A I A P) sous h? s traits d'une femme jeune avec des cheveux pen- 
dants, vêtue d'une tunique blanche à stries noires et rouges. L'Été (0EPO5 
couronné d'épis. L'Hiver (XEIMflN) vêtu d'une tunique verte, et la tète voilée. 
De l'Automne il n'a été retrouvé aucun vestige (3). 



Kabr-Hiram, près de Tyr (fouilles de M. Renan). Dans les médaillons qui 
décorent les côtés, on trouve avec les images des Mois et des Vents, celles des 
quatre Saisons. L'Hiver (XEIM€PINH) a ha tète couverte d'un capuchon et tient 
une amphore contenant du feu. Le Printemps (A€PINH), couronné de fleurs, tient 
une corbeille de fleurs. L'Eté (0SPINH), couronné d'épis qui ressemblent à des 
cornes, porte un ornement aux oreilles. L'Automne (MGTOTDi av ^c des ornement 
à la tête et aux oreilles. Ces quatre figures sont jeunes, imberbes et ailées (4). 



(1) A. W. Franks, On récent excavations at 
Carthage, and the antiquities discovered there by 
the Rev. Nathan Davis (dans Archœologia or 
miseellaneous tracts relating to antiquity published 
by Society of Antiquaries of Lundon, t. XXXVIH 
(1860), p. 202 et suiv., pi. ix à xm); Dr. N. Davis, 
Carthage and lier remains, p. 180 à 219, et les 
planches. 

(2) Fouilles à Carthage, p. 37. 

(3) G. Henzen, Scavi di Halicarnassos (dans 
Bullettino dell' Institulo archeolojico, 1860, p. 103). 

(4) De Rossi , Acad. des Inscript. , C. B. 1862, 
p. 153, 157, 161 ; I. Durand, Annales archéologiques, 
t. XXIII (1863), p. 278 ;t. XXIV (1864), p. 1, 20,3, 



286, avec 6 planches; Renan, Mission dé Phénicie 
p. 607 et suiv., pl.xLix; Ch. Bayet, Recherches pour 
servir à l'Iiist. de la peinture et de la sculpt. chré- 
tiennes en Orient, p. 78. — Quoique cette mosaïque 
ait été découverte dans une basilique chrétienne, il 
n'est pas entièrement prouvé qu'une inspiration 
chrétienne ait présidé à son exécution. Kien cepen- 
dant ne s'y opposerait ; car, comme le remarquait 
récemment M. E. Muni/. [Notes sur les mosaïques 
chrétiennes de l'Italie, 3°, p. 11), les représentations 
du cycle cosmique constituaient une sorte de 
terrain neutre sur lequel païens et chrétiens se 
rencontraient sans hostilité. Les emblèmes des 
Saisons notamment furent adoptés par les 



— 150 — 



ESPAGNE 



Italica. Le Printemps est un jeune enfant vêtu d'une tunique verte; il tient un 
oiseau. L'Été est un jeune enfant vêtu d'une robe rouge et jaune ; il tient une 
corbeille de figues. L'Hiver est un jeune enfant qui paraît porter sur le dos uu 
carquois, emblème de la chasse; il tient un lièvre. La quatrième Saison est 

détruite l . 

Alex, de Laborde cite une autre mosaïque des Saisons découverte en Espagne (2). 



Sainte-Colombe , vis-à-vis Vienne en Dauphiné. Mosaïque découverte en 1773. 
Au-dessus du sujet principal , Achille chez les filles de Lycomède, se trouvent cinq 
compartiments carrés renfermant les bustes des quatre Saisons et la tète de Méduse. 
Le Printemps (dont la tète manque) tient le pedum. L'Été, couronnée de feuillages, 
porte une faucille. L'Automne, couronnée de pampres et de raisins, tient une palme. 
L'Hiver voilée, couronnée de pins, tient un roseau et une branche d'arbre dépouillée 
de ses feuilles (3). 

Saint-Romain en Galle , près Vienne en Dauphiné. Mosaïque trouvée en 1826. 
Dans un médaillon central, Bacchus jeune est debout tenant le thyrse; la panthère 
est à ses pieds. Il est entouré de huit cartouches dont quatre contiennent des 
animaux. Dans les quatre autres sont représentées les Saisons, sous la figure de 
petits Génies portant des attributs. Le Printemps tient des feuillages, l'Eté une 
faucille, l'Automne une grappe de raisins; celui qui personnifie l'Hiver est entière- 
ment vêtu; la tête est couverte ainsi que les jambes; il porte un hoyau sur 
l'épaule (4). 

Forêt de Bro tonne. Mosaïque découverte en 1838, et conservée au Musée de Rouen. 
Au centre, Apollon assis tenant la lyre ; aux angles, les bustes des quatre Saisons. 
La tète de l'Été couronnée d'épis est seule antique ; les trois autres sont modernes (5). 

Vienne en Dauphiné. Mosaïque trouvée en 1867. A côté de plusieurs autres sujets, 



premiers chrétiens et représentés sur les sar- 
cophages ou sur les peintures des Catacombes 
(Martigny, Dictionnaire d'archéologie chrétienne, 
2° édition, art. Saisons). On les trouve aussi sur des 
verres chrétiens (R. Garrucci, Velri ornati di figure 
in oro, 2" édit., p. 222, pi. xl). 

(1) Alex, de Laborde, Descriptiond'unpavé enmo- 
saïque découvert dans l'anc. ville d'Italica, p. 56, 
pi. vin et xiv. 

(2) Op. laud., p. 56, note 1. 



(3) Artaud, Hist. abrégée de la peinture en 
mosaïque, p. 78, pi. xvm. 

(4) Artaud, Op. laud., p. 418, pi. lvii. 

(5) Charlier, Mémoire sur quelques antiquités de 
la forêt domaniale de Brotonne (dans les Mémoires 
delà Soc. des Antiq. de Normandie, t. XI, p. 264 
et suiv., avec une pi. en couleur) ; l'abbé Cochet, 
La Seine-Inférieure historique et archéologique, 
2e édit., p. 492; Catalogue du Musée d'antiquités 
de Rouen (1868), p. 82. 



— 151 — 

on y voit les Saisons. L'Hiver est symbolisé par une tête de femme voilée, au teint 
pâle, couronnée d'une branche de pin à laquelle adhèrent deux cônes à la hauteur 
des tempes. L'Été est une femme brune, couronnée d'épis, portant une boucle 
brillante à son oreille. L'Automne est couronné de feuilles et de fruits de figuier. 
Le Printemps est complètement détruit (1). 

La Déserte, près Lyon. Il ne reste que l'Été couronné d'épis, l'Automne couronné 
de pampres. Les deux autres Saisons, l'Hiver et le Printemps, sont détruites (2). 

Metz. Alex, de Laborde signale une mosaïque des Saisons trouvée à Metz (3). 



BRETAGNE 



Cirencester (ancien Corinium). Mosaïque trouvée en 1849. Les bustes des Saisons 
occupaient les angles du pavage ; il ne reste que deux médaillons : celui du Prin- 
temps, couronné de fleurs, et celui de l'Été, couronné d'épis, tenant d'une main la 
faucille, de l'autre un épi (4). 

Bignor in Sussex. Il ne reste que la figure de l'Hiver dans un médaillon octogonal ; 
elle est voilée et porte à gauche une branche d'arbre dépouillée de feuilles. Les 
médaillons qui renfermaient les Saisons devaient entourer un sujet central (3). 

Littlecote Park. Mosaïque des Saisons (6). 



Sentinum. Mosaïque conservée aujourd'hui à Monaco. Apollon ou le Soleil, 
environné des signes du Zodiaque, jette les yeux sur un groupe de quatre 
enfants qui portent les attributs des Saisons (7). 

Vintimille. Mosaïque découverte en 1852. Elle a été mise en pièces; heureu- 
sement un dessin en avait été pris. Les bustes des Saisons sont représentés 
dans quatre carrés et se font vis-à-vis, deux à deux, au centre du pavage (8). 

Ostie. Mosaïque donnée par le pape Pie IX à l'église Saint-Paul-aux-Trois- 
Fontaines, près de Rome; elle est placée dans le sol de l'église. Les Saisons, 



(11 Allmer, Bulletin de la Soc. des Antiq. de 
France, 1867, p. \13;FouWes de Vienne en France 
(dans Bullettino deW Instituto archeologico, 1868, 
p. 48). 

(2) Artaud, Op. laud., p. 108, pi. r.u. 

(3) Ale.c. de Laborde, Op. laud., p. 57, note 1. 

(4) Prof. Buckmann and G. H. Newmarch, 
Illustrations of the Site of ancient Corinium : 
Gentleman! s Magazine, nouvelle série, t. XXXIII 
(1850), p. 25, avec une planche. 



(5) Lysons, Beliquiae Britannico-Romanae, t. III, 
pi. xv et xxn. 

(i Universal Art Inventonj, Part. I, Mosaics and 
stained Glass, p. 18. 

(7) Bullettino deW Instituto archeologico, 1816, 
p. 101; Anmli, 1*61, p. 384. 

(8) Girolamo Kossi, l'n autico mosaico a 
Ventimiglia (dans Bullettino d'il Instituto archeo- 
logico, 1873, p. 26); Sulteatro romano scoperto a 
Ventimiglia, 1874, tav. i, p. 10. 



— 152 — 
accompagnées de leur nom, occupent quatre cadres carrés, et au lieu de se 
n-ardci- comme dans la mosaïque de Yintimille, elles se tournent le dos, deux 
à deux. Le Printemps (VER) est couronné de fleurs. L'Eté (AESTAS) couronné 
d'épis, porte une faucille. L'Automne (AVTVmnus) a la tète chargée de feuilles 
de vigne et de grappes de raisin. L'Hiver fHIEMS) est voilé et couvert de 
roseaux. Le dessin ci-joint exécuté par M. G. Moynet, d'après une photographie 
de M. Parker, fera mieux comprendre la disposition, qui est d'une grande sim- 
plicité et d'un goût parfait. 




Borne. Mosaïque des quatre Saisons que le pape Pie IX aurait fait transporter 
d'auprès de Latran au Vatican (1) ? 

Home. Mosaïque découverte en 1869, « near the Trinità dei Pellegrini ». Au 
centre Mercure, tenant le caducée et la bourse, est debout à côté de l'Abondance 
qui porte sa corne au bras gauche ; les bustes des quatre Saisons sont dans les 
angles (2). 



(1) J'emprunte ce renseignement à M. Renan, 
Mission de Phénivie, p. 869. 

(2) J. 11. Parker, A Sélection fiom the thvee 



thousand historicals photogruphs of Rome and Italy, 
n* 245; Bullettino deïï Inslituto archeologico, 1870, 
p. 167. 



— 133 — 

Tor Je Schiavi (fouilles de M. Fortunali). Mosaïque représentant quatre têtes 
de femmes qui sont les quatre Saisons. L'Eté couronné d'épis, l'Automne avec 
une fleur de lotus sur le front, l'Hiver voilé et couronné de roseaux. Le Printemps, 
endommagé dans l'antiquité, a été restauré avec des cubes blancs (1). 

Païenne. Mosaïque découverte en 1868. Les quatre médaillons circulaires qui 
sont aux deux lignes supérieures représentent les quatre Saisons sous la forme 
de têtes de femmes. L'Hiver manque; les trois autres tètes sont exquises (2). 

Italie méridionale. Mosaïque conservée à la Pinacothèque de Munich. On y voit 
Apollon entouré des signes du zodiaque, et l'Année avec les Saisons représentées 
par quatre enfants (3). 

Cette énumération paraîtra peut-être un peu longue, mais elle servira du moins 
à établir quelles étaient les divinités que les artistes groupaient de préférence avec 
les Saisons. Ces divinités étaient Bacchus et Apollon, qui , par leur influence sur 
la fertilité de la terre, étaient naturellement appelés à cette réunion. On remar- 
quera aussi que dans la plupart de ces pavages les Saisons sont figurées par des 
bustes de femmes portant des coiffures ou des attributs qui les caractérisent (4) ; 
quatre seulement, ceux d'Italica, de Saint-Romain en Galle , de Sentinum et la 
mosaïque conservée à Munich, s'écartent de cette règle et présentent des enfants 
comme personnifications des Saisons. Cette dernière manière était généralement 
adoptée pour les bas-reliefs. On voit ces génies des Saisons sur l'arc de Septime 
Sévère (5) , sur des sarcophages et sur d'autres monuments funéraires (6) ; on les 
retrouve dans la décoration des chambres sépulcrales (7) , sur des coffrets , des 
vases (8) ou des statuettes (9) en bronze et en argent. L'habile artiste qui a ciselé 
le vase d'argent découvert à Tourdan, près de Vienne, s'est heureusement inspiré 



(1) Bullettino dell' Instituto archeologico, 1861, 
p. 85. 

(2j Aube, Description des restes d'un antique 
édifice à Païenne (dans les Archives des Missions 
scientifiques, 2 e série, (. VII, p. 31); Bullettino dell' 
Instituto archeologico, 1870, p. 8. 

(3) Universal Art Inventory, Part. I, Mosaies 
and stained Glass, v° Munich. 

(4) C'est ainsi que les Saisons apparaissent dans 
certaines peintures antiques ; voir : Pellegnni, 
Orti di Asinio Pollione , dans Bullettino dell' 
Instituto archeologico, 1867, p. 116 ; W. Helbig, 
Wandgemàlde der vom Vesuv verschiitteten Stddte 
Campaniens , n os 1007 et suiv. 

(5) Montfaucon, Antiquité expliquée, Supplément, 
t. I, p. 22 et la planche. 

(6) Voir les exemples que j'ai cités plus haut 



pour les sarcophages. — Cf. Zoëga, Bassirilievi 
antichi di Borna, t. II, p. 188, pi. l\x\i\ ; 
K. Brunn, Bullettino dell' Instituto archeologico , 
1849, p. 75 ; 1858, p. 82 ; les sculptures de Cen- 
tocelle publiées par II. Brunn, Monumenti degli 
Aterii (dans les Aimait dell' In*titut<i iinhi'ubnfiro, 
1849 , p. 363 et suiv. ; Monumenti, t. V, tav. vin). 

(7) Sepulcro a stucchi e pilture di Via Latina, 
dans Us Annali dell' Instituto archeologico, 1864, 
p. 191 ; Monumenti, t. VI, [il. lui, 1. 

(8) Proceediugs of the Society of Anliquaries of 
London, t. IV, p. 295; A. do Longpérior, Notice 
des bronzes antiques du Louvre, n° 498. 

(9)Clarac, Musée de sculpture, pi. 734, n° 1772; 
Bullettino dell' Instituto archeologico, 1845, p. !'<i; 
E. F. von Sacken, Die Antiken Bronzen des K. À". 
Munz uni Antiken Cabinets in Wien, p. 81. 
21 



— 154 — 
des deux méthodes et, à côté des quatre femmes représentant les Saisons, il a épar- 
pillé une nuée de petits Enfants ailés qui portent leurs attributs (1). Sur un couvercle 
de sarcophage découvert à Athènes, on voit également les Saisons sous la figure de 
quatre femmes couchées, et accompagnées de Génies qui portent leurs symboles (2). 

Ces génies des Saisons sont du reste bien connus par les monnaies de Commode, 
de Caracalla, de Dioclétien et de Constantin, avec les légendes TEMPORVM 
FELICITAS ou FELICIA TEMPORA (3). Un grand médaillon de bronze de Marc- 
Aurèle représente Hercule nu, tenant la massue et un trophée, debout, dans un 
char traîné par quatre Centaures qui personnifient les Saisons : le Printemps porte 
sur son épaule un chevreau, l'Été tient une faucille et des épis, l'Automne porte 
sur sa tète une corbeille de fruits, et l'Hiver, qui est vêtu, tient des fruits secs 
et un lièvre (4). 

Il est nécessaire , à propos de la mosaïque de Lambèse, de rappeler les monu- 
ments épigraphiques découverts à Sétif en 1866, dans les substructions de la 
maison de la Compagnie Genevoise. Ce sont quatre grands cippes carrés qui ont 
dû servir de bases à des statues des Saisons. Ils sont aujourd'hui placés dans le 
jardin public connu sous le nom de la promenade d'Orléans (S). 

Sur le premier se trouve reproduite une des légendes monétaires dont nous 
venons de parler : 

VER 

TEMPO 

RAFE 

L1CIA 



Sur le second on lit 



aesTas 



Le troisième , qui portait l'Automne, est en partie brisé; on ne distingue plus 
l'inscription. 



(1) F. Wieseler, Intorno ad un vaso d'argento 
rinvenuto nelle vicinanze di Vienna (Francia), dans 
les Anualideli Instituto archeologico, 4852, p. 216 
et suiv. ; tav. d'agg. l. 

(2) De Boze, Description d'un tombeau de marbre 
antique (dans les Mémoires de l'Académie des Inscr., 
t. IV, p. 648, avec une planche) ; Montfaucon, 
Antiquité expliquée, t. I , p. 89 , pi. xlv ; 



Gerhard , Antike Bildwerke , planche cccx. 

(3) Cohen, Descript. histor. des médailles Im- 
périales, Commode, n° 756 ; Dioclétien, n° 1 48 ; 
Constantin 1er, n ° 49. 

(4) Cohen, Op. laud., Marc-Aurèle, no 380. 

(b) Ann. de la Soc. arch. de Constantine, t. XVII, 
p. 423. Je reproduis ces textes d'après mes copies 
prises en 1874. 



— 135 — 
Sur le quatrième on lit : 

HIEMS 

C'est encore dans la province de Constantine, et à Lambèse même, que 
M. L. Renier a retrouvé deux inscriptions publiées par Spon, dans ses Antiquités 
de Lyon, comme découvertes « dans le royaume d'Alger ». La première est 
consacrée Jovi Optimo Maximo Tempestatium divinarum potenti (1) ; la seconde 
porte la dédicace : Ventis bonarum Tempestatium potentibus (2). Il est intéressant 
de les rapprocher de la mosaïque des Saisons, dont elles forment pour ainsi 
dire le commentaire. 

ant. héron de villefosse. 



PEINTURE D'UN VASE DE NOLA 

(Planche 23.) 

L'élégante composition reproduite dans cette planche décore une hydrie de la 
fabrique et du style de Nola, découverte auprès de Capoue, vase qui, de la collection 
de M. Alessandro Castellani (3), a passé dans celle de M. Auguste Dutuit, à 
Rouen (4). 

Nous y voyons trois jeunes femmes ou jeunes filles à leur toilette. Au centre de 
la composition est un siège à dossier, garni d'un coussin. Devant le siège se tient 
debout une des femmes, vêtue d'un long chiton à plis fins, sans manches. Par- 
dessus ce chiton est un ampéchonion , dont la femme retient entre ses dents un 
pli , tandis que ses deux mains soutiennent une autre partie du vêtement, dans 
lequel sont enfermés des laines ou d'autres objets difficiles à déterminer; les bouts 
de ces objets pendent des deux côtés. Le mouvement et la pose sont d'un naturel 
parfait et d'une grâce exquise dans leur naïveté. La tête de cette figure est entou- 
rée d'un riche cécryphale, constellé de broderies. 

La seconde, à droite, vêtue d'un long chiton et d'un péplos, vient de retirer un 
collier de perles d'un coffret carré. Une sphendoné retient ses cheveux. La troi- 
sième, à gauche, est vue de trois quarts; la tête nue et les cheveux tombant sur 



(1) Inscriptions de l'Algérie, n° 6. 

(2) Inscr. de l'Algérie, n° 7. — Cf. L. Renier, 
Voyage archéologique au pied de V Aurez (dans la 
Rev. archéol. Ire série, t. VIII, p. 300). 



(3) J. deWitte, Catalogue Castellani, n» 52. 

(4) Fr. Lenormant, Collection Auguste Dutuit, 
Antiquités, n° 72, pi. xx. 



— 156 — 
lea épaules, elle est revêtue d'une tunique tataire sans manches, à plis fins. Dans 
sa main gauche elle tient un miroir ; la droite est posée sur sa hanche. Le visage 
de cette femme se présente de face, et l'on remarquera combien l'artiste, si habile 
dans I.' dessin des autres figures, s'est montré maladroit en essayant de le repré- 
senter. Il y a là une indication de date dans l'histoire de l'art. Par ce détail, notre 
vase de Nola se révèle comme antérieurjau moment où les artistes grecs devinrent 
pleinement en possession du secret, longtemps ignoré, de dessiner un visage de 
face ou de trois quarts, et de le modeler^en méplat dans le bas-relief. Alors les 
peintres céramistes s'empressèrent à l'envi de profiter de cette invention, et de 
multiplier dans leurs œuvres les figures se présentant ainsi, figures que leurs prédé- 
cesseurs avaient mis grand soin à éviter , ne se sentant pas sûrs d'en vaincre la dif- 
ficulté; et en même temps une mode passagère induisit les graveurs en monnaies à 
substituer, sur le droit des espèces dont ils exécutaient les coins, des tètes de face 
ou de trois quarts aux profils, jusqu'alors exclusivement en usage. Les monuments 
numismatiques ont permis de déterminer l'époque où la peinture grecque s'enri- 
chit de ce nouveau progrès, dû probablement à Cimon de Cléones (1), et où l'in- 
fluence s'en fit sentir dans la gravure monétaire ; ce fut au temps où Alexandre 
était tyran de Phères en Thessalie, et où les victoires d'Épaminondas et de Pélo- 
pidas assurèrent à Thèbes une hégémonie temporaire sur le reste de la Grèce (2). 
Guidés évidemment par le nombre des figures, M. le baron de Witte et M. Fran- 
çois Lenormant ont proposé de voir dans notre peinture de vase la toilette des 
Charités, et c'est ainsi qu'elle est désignée dans la lettre de la planche. Mais, à 
mon avis, aucun trait ne vient attribuer un caractère divin aux trois femmes ici 
représentées. Sans doute plus d'une fois , surtout à partir du iv e siècle avant l'ère 
chrétienne, les artistes grecs ont donné un accent singulièrement familier à des 
scènes mythologiques ou héroïques ; ils en ont fait de véritables tableaux de genre, 
ou plutôt ils ont appliqué à des histoires de la fable des compositions conçues 
d'abord comme épisodes de la vie réelle (3). Mais il me semble toujours plus sage 
d'attendre une indication positive, résultant d'un nom écrit auprès d'une des figures 
ou de l'addition de quelque attribut significatif, avant d'appliquer une interpré- 
tation de cette nature aux sujets dont l'aspect est entièrement familier, et il est 
bon de se défendre en archéologie contre la tendance que définissait si bien 
d'Aubigné, quand il faisait dire à Fœnesthe qu' « il n'en couste rien pour appeler 



(I, Plin., Hist. nat., XXXV, 8, 34; voy. Ch. 

Lenormant, Mémoires de l'Académie Royale de 
Belgique, t. XXXIV, p. 36 et suiv. 

(2) Duc de Luynes , Ann. de l'Inst. arch., 
t. XIII, 1841, p. 158; Revue numismatique, 1843, 
p. 8 ; Fr. Lenormant, Gazette des Beaux-Arts, 



t. XV, p. 340; J. de Witte, Rev. numism., 1864, 
p. 94-97. 

(3) H. Heydemann, Heroisierte Genrebilder auf 
bemalten Vasen, dans les Commentationes plulologae 
in honorent Th. Mommseni, p. 163-179. 



— 157 — 

les chouses par nomshonoravles. » Les scènes de gynécée ont fourni bien des 
motifs aux céramographes hellènes, et pour ma part je ne vois rien de plus qu'une 
scène de ce genre sur l'hydrie de la collection Auguste Dutuit. 

Pour y reconnaître les Charités, il faudrait, d'ailleurs, qu'il y eût une certaine 
égalité entre les trois femmes représentées ensemble. Et c'est ce que me paraît 
démentir notre composition, car elle offre certainement une figure principale, celle 
de la femme placée au milieu, à laquelle les deux autres sont subordonnées, rem- 
plissant auprès d'elle le rôle de suivantes qui la servent et la parent. C'est à elle 
que la femme de gauche présente le miroir; c'est pour elle que celle de droite tire 
le collier de la cassette. La supériorité de cette figure centrale est attestée d'une 
manière formelle par le siège unique auprès duquel elle se tient, sur lequel elle va 
s'asseoir, tandis que les deux autres achèveront sa toilette. 

J'ajouterai que le siège ainsi placé au centre de la composition, dans un endroit 
particulièrement en évidence , me paraît un indice de ce que nous avons dans notre 
vase une scène de la vie des courtisanes, quelqu'une des belles hiérodules d'Aphro- 
dite en train de se parer avant d'exercer son métier. Le siège à dossier, garni 
d'un coussin moelleux , quand il occupe ainsi une place importante au milieu de 
la composition, a presque toujours une signification erotique, à laquelle il me 
semble que les archéologues n'ont pas fait assez attention jusqu'ici. J'en trouve 
l'indication formelle dans un passage de Clément d'Alexandrie (1), que je me 
dispenserai de reproduire autrement qu'en grec, car je ne suis pas un Père de 
l'Eglise pour me permettre certaines hardiesses de langage : Tyjv dé 'AyaoSitriv 
tfvs-yvMfjLsv olov à'/.6\aaxôv ti OepcmouviSiov jtotpadâvou (péaovaav tyj 'EXsvy] zbv àitppov 
toù [xoiyoù v.cnà. npÔGunov , 671DÇ aùzriv dç ovvovoiav îmot.yù'piTOi.i. Il suffit de par- 
courir les planches du tome IV de l'Élite des monuments céramographiques, où L'on 
a groupé une partie de ces compositions amoureuses, si fréquentes sur les vases 
peints, qui laissent l'esprit profondément indécis sur la question de savoir si les 
artistes ont voulu y représenter des amours divins, ceux d'Aphrodite et d'Adonis, 
ou bien des hétaïres avec leurs amants, accompagnées de ligures allégoriques dans 
l'esprit de la poésie erotique des Alexandrins, — il suffit, dis-je , de parcourir ces 
planches pour y constater la signification du siège servant de centre à la composi- 
tion , et sa parfaite conformité avec le passage que nous venons de rapporter. 
C'est sur ce siège que sont assis côte à côte les deux amants qui se caressent et 
se tiennent étroitement embrassés (2) ; c'est sur ce siège que se tient la femme , 
déesse ou courtisane, qui accueille d'une oreille favorable les sollicitations du jeune 
homme debout devant elle (3). Mais surtout les compositions des planches XL , 

(1) Protrept., p. 30, éd. Potter. Clément d'A- I (2) PI. lxiii et i.xiv. 
lexandrie faii ici allusion au célèbre passage I (3) PI. lxv, lxix, i.xx, lxxi, lxxiiicI lxxxiii 
de l' Iliade, f, 424 et s. I 



— 138 — 
I XVI LXXYII el LXXIX ne laissent pas de doute sur ce que ce siège, à la pré- 
sence significative, va devenir immédiatement, et dans toute la force du terme, le 
Biypoç, toù fiot/oû. Et maintenant, qu'on se reporte au beau vase des Noces de 
Dionysos el d'Ariadne qui est entré au Musée Britannique avec la collection 
Blacas (1). Le dieu y poursuit la fille de Minos et l'atteint (2); à côté d'eux , sur 
un quartier de rocher en saillie au-dessus du sol, un coussin a été disposé de 
manière à former un siège analogue à ceux dont nous essayons de préciser le 
sens; Aphrodite et Éros gardent ce siège, qui est là, comme l'a très-bien vu Raoul 
Rochette (3), pour indiquer « l'union qui va se consommer entre le dieu et l'hé- 
roïne. » 

S. TRIVIER. 



SARCOPHAGE ÉTRUSQUE DE CHIUSI 

(Planche 24. ) 

Il v a deux mois , pendant que l'on relevait ma voiture qui venait de verser 
dans une profonde ornière des chemins assez mal entretenus des environs de 
Chiusi, j'eus tout le loisir d'admirer le site pittoresque où l'on avait découvert, 
au mois de janvier 1877, le sarcophage de Larthia Seianti, que le Musée de Flo- 
rence a acquis récemment pour le prix de 10,000 fr., et dont la Gazette archéo- 
logique publie aujourd'hui la reproduction d'après une photographie (planche 24). 
L'endroit où le sarcophage était enfoui est situé à mi-côte de la gracieuse colline 
dite la Martinella, placée au nord-est de Chiusi, à la distance de deux kilomètres 
environ, dans un champ appartenant à M. Casuccini , où l'on faisait une planta- 
tion de vignes et d'oliviers. D'après le rapport présenté par le savant commandeur 
Fiorelli à l'Académie des Lincei (Atti délia Reale Accademia dei Lincei, 1877, t. I, 
p. 453) et dressé sur le témoignage du chevalier Rarnabei, secrétaire de la Direction 
royale des fouilles, un chemin large de 70 centimètres, long de 10 mètres environ, 
donnait accès à la tombe étrusque, composée d'une salle principale et de quatre 
cellules ou loculi creusées dans le roc. La première cellule à droite renfermait une 
caisse en terre cuite, surmontée d'une statue de femme de grandeur naturelle, 



[\] Panofka, Musée Blacns, pi. xxi. 

(2) Sur cette manière de transformer l'histoire 
de Dionysos et d'Ariadne en une poursuite , type 
ordinaire par lequel les céramographes expriment 



les amours des dieux ou des héros, voy. O. Jahn, 
Archœologische Beitrœge, p. 299. 
(3) Choix de peintures de Pompèi, p. 34. 



— 159 — 
enveloppée dans le drap mortuaire suivant le modèle le plus répandu ; dans la 
seconde cellule, beaucoup plus petite, était une urne de pierre portant des orne- 
ments en relief représentant des fleurs. 

Du côté gauche se trouvait d'abord une' autre petite urne de pierre pareille à la 
précédente, et enfin dans la grande cellule de gauche le beau sarcophage de Larthia 
Seianti en parfait état de conservation; sa longueur est d'un mètre 65 c, sa lar- 
geur de 36 c, sa hauteur de 50 c. La caisse du sarcophage porte cinq pilastres que 
séparent des rosaces et des patères. La figure de Larthia Seianti, on le voit dans 
notre planche, est couchée, appuyée du côté gauche, sur un coussin; tandis que par 
un geste gracieux elle relève son voile de la main droite, de la main gauche elle 
tient une patère, comme étant assise au banquet de l'éternité. Sa parure est très- 
brillante , et consiste en ces bijoux étrusques que l'art moderne, suivant le 
témoignage de M. Castellani, se borne à imiter, sans pouvoir atteindre leur per- 
fection. L'agrafe qui représente une tète de Gorgone, la ceinture, la couronne, 
le collier, le bracelet, les boucles d'oreilles , les cinq bagues qu'elle porte à la seule 
main gauche , sont d'une grande finesse de travail. L'usage des bagues était très- 
répandu en Etrurie à cette époque, et ce n'est que plus tard , sous l'Empire , que 
cette mode prit autant de développement à Rome. Pline nous rapporte que de son 
temps on portait à Rome , comme Larthia Seianti , des bagues au pouce et aux 
différentes articulations des doigts : « Postea pollici proximo induere... ceteri 
omnes onerantur atque etiam privatim articuli minoribus aliis » ; et se plaignant 
de l'abus que faisaient les femmes des bijoux et des anneaux, il se demande pour- 
quoi l'on crée ainsi un ordre équestre féminin (1). 

Le sarcophage est recouvert de peintures assez bien conservées. La tunique est 
blanche; sur les côtés elle porte des rayures vertes et violettes; sous la tunique 
paraît un vêtement blanc à bordure verte. La tunique est serrée à la taille par une 
ceinture de couleur d'or, sur les ornements de laquelle sont figurées quelques 
pierres précieuses de couleur rouge ; le front est ceint d'une couronne d'or, repré- 
sentant des fleurs, d'or sont également les bracelets, les boucles d'oreillles, le 
collier et l'agrafe. Le double coussin sur lequel repose le bras gauche de la statue 
est jaunâtre rayé de rouge : quant aux franges, elles sont jaunes et violettes. 

Pour ce qui est de la date, la découverte d'une monnaie de bronze renfermée 
dans l'urne, d'après le rapport de M. Gottiau Ministre de l'Instruction publique en 
Ralie, permet de ladéterminer assez exactement. C'est un as oncial de Rome, et l'on 
sait que l'as oncial, créé au moment de la descente d'Annibal en Italie , sous la 



(1) Hht. nat., XXXIII, 12. Habeant feminae in 
armillis digitisque totis, collo, auribus, spiris... 
etiamne pedibus induitur, atque inter stolam 



plebemque hune médium feminarum equestrem 
ordinem facil? 



— 160 — 

dictature de Fabius Maximus (1), fut supprimé, en 665 de Rome, par la loi Papiria, 
qui établit l'as sémioncial (2). On peut donc fixer la date de ce sarcophage entre 
un siècle el demi et un siècle avant la naissance de Jésus-Christ. 

Quant à l'inscription, elle esl à moitié effacée, dit M. Gotti, parce qu'à une époque 
postérieure , elle a été recouverte de stuc pour y placer une inscription nouvelle, 
portant un uom d'homme. M. le chanoine Brogi, qui vit le monument peu de jours 
après sa découverte, pense, au contraire, que l'inscription ajoutée plus tard repro- 
duisait la première cachée par la fermeture du sarcophage, lequel ne contenait 
qu'un seul squelette et l'as oncial dont il a été déjà parlé ; et si l'on doit s'en 
rapporter à la reproduction donnée par la Direction des fouilles, d'après la lecture 
du chanoine Brogi, l'inscription serait : 

: A*AhAI9* : H A^NAii M N : AhAIS* : AlOdAM 

Mais cette lecture est évidemment erronée et lrypothétique ; les deux mots 
AhAI9£ ,,f A£An|A5£ ne sont pas étrusques; tout ce que nous pouvons lire 
nettement dans l'inscription , c'est Larthia Seianti , et la terminaison nsa qui in- 
dique le nom du mari. Du mot Larthia, on ne voit que les trois dernières lettres 
et des fragments du Q et de l'A; mais il ne peut y avoir aucun doute, c'est le 
prénom Larthia, très-répandu en Etrurie; le second mot est Seianti, nom de famille 
de la défunte, et non Seiana, comme porte l'inscription insérée dans les Actes de 
l'Académie des Lincei. Il ne peut y avoir encore aucun doute, bien que le H et le 
T soient à peine indiqués. La famille Seianti est une famille étrusque, dont le nom 
se retrouve dans plusieurs autres inscriptions; ce nom se retrouve, par exemple, 
quatre fois dans un tombeau important de Chiusi, peu éloigné de l'endroit où a été 
découvert le sarcophage de Larthia Seianti, dans le tombeau à voûte de pierre dit 
del Gran Duca ou délia Paccianese, un des rares tombeaux étrusques conservé tel 
qu'il a été trouvé. 11 renferme huit sarcophages portant des inscriptions, parmi 
lesquelles M. Dennis a cru retrouver le nom de Porsena AnGOVd làoùM.Fa- 
bretti lit Pulfenna ou Pulfennius. 

L'un de ces sarcophages porte l'inscription : 

vlA2ICJ31 : ITHAI3* : AIhAO 

Thania Seianti Perisal. C'est peut-être une sœur de Larthia Seianti ; le nom Perisal 
indique la libation maternelle, tille d'une Perisa. Il est généralement admis, ainsi 



(1) Postca Annibale urgente Q. Fabio Maximo 
dictature, asses unciales facti. Plin., Hist. nat., 
XXX111, 13. 



(2) Mommsen , Histoire de la monnaie romaine, 
tiad. Blacas, t. II, p. 73. 



— ifil — 

que cela résulte du reste d'inscriptions bilingues , que la désinence al désigne la 
filiation maternelle ; c'est avec cette désinence «/, et comme indiquant le nom 
de la mère, que nous retrouvons le nom de famille Seianti sous la forme Seiantial. 
Ce qui nous démontre que la famille Seianti a été alliée à plusieurs reprises avec 
la famille Pulfna que M. Fabretti traduit Pulfennia. 
L'une de ces inscriptions porte : 

v!A!ThAI3* : A>1 : AH8MV1 -VA 

« Aulus Pulfennius, fils de Lars Pulfennius, fils d'une Seiantia. » C'est dans cette 
inscription que M. Dennis croit reconnaître le nom de Porsena (peu éloigné en 
effet de Pulfna) ; le prénom Lars abrégé, qui suit le nom de famille , indique le 
nom du père. Plusieurs savants traduisent Seianti par le nom romain Seianus, 
Sejanus, au féminin Sejana. 

Nous retrouvons encore ce nom dans plusieurs autres inscriptions funéraires , 
insérées au Glossaire si complet de M. Fabretti, et dans les suppléments qu'il a 
successivement publiés en 1872, 1874 et 1878. Sous les n os 1013, 1036 : 

MAIhITAnI : ITHAI3* : A!hA© 

« Tbania Seianti, fille d'une Latinia. » 

Dix inscriptions de la même famille, sous les n° s 704 et suivants, toutes pro- 
venant de Cbiusi. — N° 70o : 

vlAHiaVW : 3THAI32 : VA 

« Aulus Seianti, fils d'une Murina. » 

Sous le n° 197 du 1 er supplément nous trouvons : 

V3M : MAU^a : ITHAI3* : AI0C1A>I 

Larthia Seianti Yelsial Sech (1). 

Nous retrouvons encore cinq ou six inscriptions de la famille Seianti dans les 
suppléments de 1874 et 1878 du Recueil de M. Fabretti ; nous pourrions ainsi, si 
nous le voulions, reconstituer en quelque sorte l'arbre généalogique de cette 
famille. 



(1) Ce mot Sech a été l'objet de diverses inter- 
prétations; on paraît s'arrèler maintenant, en 
général , au sens de fille; mais cela ferait double 
emploi ici, Velsial voulant déjà dire fille d'une 
Velsia. Je serais porté à attribuer à Sech le sens de 



fille célibataire, ou peut-être fille mineure. Pour 
faire cette attribution d'une manière plus certaine, 
il faudrait d'abord vérifier si dans aucune inscrip- 
tion Sech no se trouve a\ec le nom du mari. 



— 162 — 
En dehors des deux mois Larthia Seianti, écrits en beaux caractères et facile- 
„„.„! lisibles sur d »tre sarcophage , le reste de l'inscription ne présente que .1rs 
lettres séparées appartenant à des noms propres, et ne peut nous fournir qu'un 
renseignement par les trois lettres A*H, encore lisibles au-dessus «Je la seconde 
patère du coffre du sarcophage; ces trois lettres, qui forment la terminaison 
d'un mot, nous indiquent que Larthia Seianti était mariée, sans que nous puissions 
déterminer le nom du mari. 

Ce beau sarcophage de Larthia Seianti n'est pas irréprochable au point de vue 
de l'art ; mais cependant il est supérieur à l'idée que peut en donner la photo- 
graphie , les couleurs produisant des ombres fâcheuses sur l'épreuve photogra- 
phique ; la figure particulièrement est régulière, belle et expressive; elle a une 
expression hautaine qui dénote la femme de grande race (1). Ce beau sarcophage 
a été récemment placé dans la grande salle du Musée étrusque de Florence, où il 
fait pendant au beau sarcophage de marbre de Corneto, sur les parois duquel se 
trouvent des peintures remarquables, représentant le combat des Amazones. 

C'est à Chiusi et à Corneto, dans la nécropole de l'ancienne Tarquinies, que se 
font encore les découvertes les plus importantes dans ce genre , et je crois inté- 
ressant, eu terminant, d'annoncer la trouvaille qui vient d'avoir lieu, à la fin de 
l'année dernière, d'un beau sarcophage de pierre, que j'ai été l'un des premiers 
à voir au Musée de Corneto. Ce sarcophage représente un personnage de gran- 
deur naturelle, dont la main gauche déroule un papyrus couvert d'une longue 
inscription de neuf lignes. Ce sarcophage a été découvert à la fin de novembre 1878, 
dans une tombe située à Monterozi, ancienne nécropole de Tarquinies, en même 
temps que plusieurs autres sarcophages appartenant à la famille des Pulenas, 
ainsi que le constatent les inscriptions qu'ils portent. 

Les fouilles étaient dirigées par le chevalier Dasti , l'honorable syndic de Tar- 
quinia-Corneto , auteur d'un livre remarquable sur l'histoire de la ville qu'il 
administre. Je reproduis ici quelques-unes de ces inscriptions qui n'ont encore 
été publiées nulle part , d'après le calque et l'estampage faits par l'intelligent 
custode des tombes étrusques de Corneto, M. Ant. Targioni. 



[{) M. Helbig, dans un article du Bulletin de 
l'Institut archéologique dont je n'avais pas con- 
naissance au moment où j'écrivais, dit que ce 
sarcophage est certainement le plus beau monu- 
ment parmi les produits céramiques étrusques de 
style libre que nous connaissions [Bitlletlino , 
1877, p. 198); et cette déclaration a une grande 
importance de la part d'un connaisseur aussi expert. 
M. Helbig reconnaît un miroir dans l'objet que 



tient la main g.mche du personnage et dan- lequel 
M. Fiorellr, dont nous a',onssui\i l'opinion, voit 
une patère. 

M. Helbig lit ainsi l'inscription : 

: A*MAiJ : AhAIS* : AIODAJ 

A£A!h-5*Ï 



— 163 — 

JA*IC1A-I : aV0^4 : Sk*34VA 
AXXA^UA : DsSAVQTAmDA 

Pulenas Velthur, fils de Larisia, Acpatrualc (traduit Postumus par Corssen) , 
aevilis (ou aetatis) 75. 

AXXA : >JA*iaAvl = J33 : SAhBJVI 

Pulenas Velthur Larisal 75. 

On le voit, c'est une inscription abrégée, qui semble une réduction de la 
précédente. 

: VJRVHAO : OJAVC1TAOA 

Acpatrualc Thanchvilu. — Postumus Tanaquillus. 

Le calque de M. Targicmi donne alternativement Acnatrualc et Acpatrualc, la 
première lecture doit être erronée. 

Quant à la longue inscription , dans la séance du 9 mai de l'Académie des 
Inscriptions, M. Michel Bréal a eu l'obligeance de présenter en mon nom quelques 
observations sur cette inscription dont M. Geffroy, directeur de l'école de Rome, 
avait envoyé une photographie. C'est la plus longue inscription étrusque que 
l'on connaisse, après celle du cippe de Pérouse. Elle se compose de 8 lignes et 
demie; elle est difficile h lire, parce quelle est gravée sur une pierre dure, en 
petits caractères, mal formés et ne ressortant pas bien à l'estampage. Je crois 
l'avoir lue cependant presque entière; je me borne à reproduire la première ligne, en 
déclarant que le premier et le dernier mot sont hypothétiques, parce qu'on ne peut 
distinguer que deux lettres : 

jAhTACI : jAOOAJ : NAJD : 53DOAJ '5Ah3JV1 S"QA 

Aruns Pulenas, fils de Lars Pulenas et de Larthia Rapilia s'il y a Rapal, Aruntia 
s'il y a Ratnal pour Rantal. 

Dans le reste de l'inscription, l'on remarque un grand nombre de noms propres 
ou de dérivés de noms de famille connus, comme Velthur, Larisal, Tarchiialth , 
Hermu répété trois fois, etc. 

3 mai 1879. 

Pendant que cet article était à l'impression, il a paru, dans le Bulletin de l'Institut 
archéologique du 31 mai dernier, un second article de M. Ilelbig, donnant la des- 
cription du sarcophage de Corneto et une lecture de l'inscription. .Ma lecture, je 



— 164 — 
['avoue , diffère sur plusieurs points de colle de M. Helbig, notamment en ce qui 
concerne le mot Eermu que M. Helbig lit Aermu à la fin de la cinquième ligne : 
cathas pachunas alummate Aemu , où je lis Cathas Pachanac Achumnate Eermu; 
7» lieue Pul. Aermu au lieu de Pul. Eermu. Enfin au commencement de la 8 e ligne 
se trouve encore ce même mot Hermu que M. Helbig lit \Irmu. Dans la 3 e ligne 
je lis Tarchnalth acasce creuls Tarchnalth,\k où M. Helbig lit Tarunalth, et pour le 
mol précédent M. Helbig lit creels, ou créais. Dans la quatrième ligne, là où 
M. Belbig lit afrnieri ou aeihmfri, je lis au contraire très-nettement hermeri : Iparu- 

thcfa ( 'athas Hermeri, etc., etc. 

Cii. CAS ATI. 



Dans les Notizie degli scavi di antichità communicate alla Reale Accademia dei 
Lincei per ordine di S. E. il Ministre» délia Publica Istruzione, livraison de janvier 
1879 (laquelle nous parvient pendant l'impression de ce numéro), nous trouvons un 
rapport de M. Dasti sur les récentes fouilles de Corneto. Son texte de l'inscription 
dont vient de parler M. Casati (donné à la p. 12), se rapproche plus sur certains 
points de celui de notre savant compatriote que de celui de M. Helbig. Sur d'autres 
il diffère de tous deux. Il est, en effet, ainsi conçu : 

1 ..uns pulenas. larces. clan, larthal. ra.ac.s 

2 velthurus. nefts. prumts. pules. larisal. creices 

3 ancn. vich. nethsras. acasce. créais, tarchnalt. scu (ou svu) 

4 rem. lucairce. ipa. ruthcva. cathas. hermeri. sltcales 

5 aprinthvale. luthcra. cathas. pachanas. alumnathe. hermu 

6 melecrapicces. puts. chimculs mal. is'l. varchti. cerine.pul 

7 alumnath. pul. hermu. huvrnatre. psi. ton i. methlumt. pul 

8 hermu. thutuithi. mlusna ranvis. mlama mnathuras. par 

9 nich. amce. les'e. armrier. 

Cette longue inscription, qui paraît d'une lecture fort difficile, est d'une telle 
importance qu'il est bon d'en recueillir et d'en rapprocher toutes les leçons, jusqu'à 
présent données par ceux qui ont pu l'examiner en original. 

F. L. 



ERRATUM 

Dans la note \ de la p. 37, une. faute typographique a fait imprimer « S. Johan. Clirysost., 
Omt., XXX, p. 550 », au lieu de « Dio Çhi^sost., Orat., XXX, p. 550. » Celte faute, du reste, était 
facile à corriger d'après la note 8 de la p. 20, cù le ren\oi au même passage élait donné exactement. 

U Éditeur-Gérant : A. Lévy. 



P0ITIER3. — TYPOGRAPHIE OUDIN FKERES. 




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163 — 



COUP D'OEIL SUR LA BIJOUTERIE ANTIQUE (1). 



Dans la salle du Palais du Trocadéro, où l'émiiient archéologue, 
M. Auguste Mariette, avait si heureusement résumé, au moyen de 
monuments originaux et de fac-similé, l'histoire des arts et de l'in- 
dustrie de l'antique Egypte, entre beaucoup d'autres sujets de la vie 
privée de ce grand peuple, on voyait la copie d'une peinture repré- 
sentant des nains occupés à travailler un collier et à préparer des 
métaux. Au-dessus de ces figures est une inscription hiéroglyphique, 
qui dit : « Ils soufflent pour fondre l'or dans les creusets. » Ce mo- 
nument ne compte pas moins de 6000 ans, et il nous enseigne que 
les orfèvres assyriens, phéniciens, grecs et étrusques furent les con- 
tinuateurs des traditions égyptiennes, tant dans les procédés techniques 
que dans la reproduction de certains types d'art. 

Ce qu'étaient ces joyaux primitifs, nous l'avons appris lorsqu'il 
nous a été donné d'étudier le trésor découvert par M. Mariette dans 
la tombe de la reine Aah-Hotep, trésor aujourd'hui conservé au 
Musée de Boulaq, et quand nous avons pu voir les bijoux égyptiens 
du Musée de Turin, du Musée Britannique, du Louvre, de beaucoup 
de musées d'Allemagne, et les magnifiques objets analogues qui 
existent dans la collection de la Société Historique de New- York. Ces 
joyaux sont pour la plupart d'or pale, allié d'argent, spécialement 
les plus anciens ; ils représentent des grenouilles, des crocodiles, des 
oies, des mouches, des nilomètres, des yeux humains, des fleurs de 
lotus, de petites idoles du panthéon égyptien, des scarabées ailés, 
employés comme fibules ou suspendus à des cbaines tressées, rondes 



(1) Extrait et traduit de la brochure intitulée : 
Degli ori e dei gioielli nella Esposizione di Parigi 
del 1878, Rapporta di Alessandro Castellani, 



giurato deUa classe XXXIX, ail' Ouur. Comm. S. 
Mainrana Calatabiano, Ministre di agricoltura , 
industriel e commercio; Rome, 1879. 



Gazette Archêologigiie. — 5- Année. — N° 5. — Septembre 1870. 23 



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et extrêmement flexibles, du genre de celle que dans la bijouterie 
moderne on appelle étrusque, parce qu'un admirable spécimen en a 
été irouvé dans la tombe Regullini-Galassi , à Cervetri en Étrurie (1). 

Ces symboles divers sont exécutés par le procédé de l'estampage, 
et pendent généralement au bout de chaînettes très-fines, alternant 
avec des grains allongés de cornaline ou des perles de pâte de verre 
colorée. Nous y voyons aussi de riches bracelets et des pectoraux 
décorés de fleurs de lotus , d'éperviers aux ailes ouvertes et de cha- 
cals , tous garnis d'incrustations de pierres dures (et non , comme 
on le dit souvent, d'émaux), encastrées dans des compartiments 
formés de petites bandes d'or, dont l'aspect rappelle les émaux cloi- 
sonnés des Chinois, des Japonais et des Byzantins. De semblables 
décorations polychromes sont d'un efïèt magnifique, et le travail du 
lapidaire s'y montre si lin et si recherché qu'on est porté à croire 
que les bijoux de ce genre étaient destinés aux rois, aux reines, aux 
prêtres et aux grands dignitaires. 

Comme je l'ai dit tout à l'heure, il est facile de démontrer que ces 
parures primitives des Égyptiens ont servi de types à celles des 
Assyriens et des Phéniciens, qui les ont transmises presque sans alté- 
ration aux Grecs et aux Etrusques. En effet, sur les bas-reliefs de 
Ninive, découverts par Botta et par Layard, on voit représentés des 
personnages royaux et sacerdotaux, qui portent des bracelets à fleurs 
de lotus et des pendants d'oreilles ressemblant fort à ceux que l'on 
remarque sur les monuments figurés de l'Egypte. Et dans les tombes 
assyro-phéniciennes et égypto-phéniciennes de Cypre, de Rhodes et 
de la Sardaigne, on a trouvé des bijoux de pur style égyptien. Enfin 
l'inestimable trésor de Palestrina, qui excite si justement l'admi- 
ration au Musée du Collège Romain, est la preuve la plus manifeste 



(1) Cette chaîne, semblable en tout à celle du 
Musée fie Boulai], fait partie du Musée étrusque 
du Vatican. Les Grecs et les Étrusques surent en 
faire de pareilles , et ce type fut très-employé 
dans les colliers romains. On en fabriquait de 
semblables en bronze, comme nous le voyons dans 
les balances, les vases unguentaires et les lampes 



de Pompéi. J'ai pu suivre la trace de ce procédé 
jusqu'au xvn e siècle. L'art de tresser ce genre 
déchaînes fut alors perdu, et c'çst seulement mon 
père, Fortunato Pio Castellani, qui le retrouva, à 
la suite de la découverte de la tombe Regullini- 
Galassi. Depuis lors, c'est la chaîne la plus popu- 
laire, tant en Europe qu'en Amérique. 



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des rapports entretenus entre les peuples primitifs de l'Italie et les 
marchands phéniciens. 

Ces navigateurs industrieux, qui surent pour un temps se rendre 
maîtres de toute la Méditerranée et fondèrent des comptoirs et des 
colonies dans les îles, comme le long des côtes de l'Italie, furent 
ensuite, à ce qu'il semble, les premiers à appliquer à l'orfèvrerie un 
système de décoration inconnu des Égyptiens et des Assyriens. Nous 
en trouvons les plus anciens exemples dans les ors des nécropoles de 
Camiros, de Curion , de Préneste et de Cœré. Je veux parler de cet 
art nouveau qui consistait à décrire des lignes, des méandres et des 
figures géométriques infiniment variées sur la surface plane ou con- 
vexe du métal précieux, non plus en profilant l'ornement à l'aide du 
burin, du poinçon ou du ciselet, mais en alignant sur ses contours 
des granules d'or presque imperceptibles, qui étaient ensuite soudés 
et fixés sur le fond avec une précision et une netteté vraiment admi- 
rables. Il y eut un temps , entre le vn e et le v c siècle environ avant 
l'ère chrétienne, où l'orfèvre phénicien, aiguillonné par la concur- 
rence des progrès industriels des Grecs et des Étrusques , se surpassa 
lui-même, en produisant tous ces merveilleux travaux de pulvisculus 
aureus (c'était l'expression consacrée) , que de nos jours on a tirés des 
nécropoles susdites. Ils révèlent l'excellence d'un procédé technique, 
qui, perdu depuis les temps de l'Empire Romain, ignoré du Moyen- 
Age et de la Renaissance, a été dans ce siècle restitué à l'industrie 
par notre famille, après plus de trente ans d'études et de constantes 
recherches. 

On peut retenir comme axiome que toutes les sociétés primitives 
ont cherché dans la nature qui les entourait les éléments typiques de 
leur ornementation. Ainsi les Egyptiens, qui vivaient au milieu d'une 
végétation de canaux et de marais, et regardaient comme sacrées les 
plantes du Nil, ont trouvé dans la fleur du lotus le principe de leur 
vaste système ornemental. Les Chinois, les Japonais et les Indiens 
copièrent les belles fleurs et les oiseaux aux couleurs éclatantes de 
l'Asie orientale, et les adaptèrent, d'une manière digne d'admiration, 
à la décoration de la céramique, des étoffes, des laques et des métaux. 



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Il y a déjà bien des années qu'étudiant les travaux de pulvisculus 
aureus conservés au M,usée Grégorien, au Musée Britannique, et dans 
la collection Campana, au Louvre, je me demandais quel avait pu 
être le type original et naturel dont les Phéniciens, et ensuite les 
Étrusques, s'étaient inspirés dans la disposition de leurs granulés d'or. 
Mais avant examiné récemment un livre important sur les échinidés 
fossiles, publié par les soins du gouvernement anglais, la vue des 
planches diverses représentant les espèces des Diademiae et Pseudo- 
diademiae, variétés d'oursins qui abondent sur les côtes de la Médi- 
terranée, me donna du premier coup la solution certaine du pi'oblème. 
En effet, il est très-naturel que les premiers habitants des rivages de la 
Méditerranée, errant sur les grèves, aient admiré la beauté des coquilles 
teintes de couleurs variées, des tests calcaires des oursins, couverts de 
dessins géométriques pointillés en relief, des ramuscules de corail et 
des madrépores qui jonchaient le sable après les tempêtes ou se prenaient 
dans les mailles des filets pendant la pêche. Et il est encore plus na- 
turel que leurs femmes se soient ornées d'abord de ces productions 
marines, telles qu'elles les trouvaient, puis que les orfèvres les aient 
reproduites, imitant avec des granulés sur les joyaux leurs rugosités 
et leurs lignes harmonieuses. Le trésor découvert à Mycènes par le 
docteur Schliemann contient une nombreuse série de petits disques 
d'or ciselés, de style extrêmement ancien, sur lesquels on voit repré- 
sentés des poulpes, des astéries ou étoiles de mer, des oursins, des 
ondes conventionnelles et des madrépores. Ce dernier fait con- 
firme Tidée que je viens d'exprimer. Je laisse à d'autres de décider 
si ce système d'ornementation, qui a pour premier point de départ 
l'imitation des astéries, des diadémies et des méduses, n'a pas exercé 
son action sur le génie imaginatif des Grecs, quand ils ont créé les 
Néréides, les Tritons, les Hippocampes et tout un monde pélagien 
fantastique, et même quand ils ont évoqué des ondes azurées Amphi- 
trite , Thétis et Galatée. 

Le goût hellénique se montra sublime dans le travail de l'or comme 
dans toutes les branches des arts. En étudiant les merveilleux joyaux 
qui proviennent des nécropoles de la Grèce continentale, des îles et 



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des colonies de la Grande-Grèce et du Bosphore Cimmérien, Ton 
sent que des œuvres d'un dessin si pur et d'une tournure si noble ne 
pouvaient sortir que du sein d'une société qui avait pour idéal le culte 
du beau. Il faut noter la sobriété des lignes comme ce qui distingue 
avant tout les parures de Fécole grecque. On dirait que les artistes 
ont compris toute la responsabilité qu'ils assumaient en couvrant un 
beau cou, même d'un collier léger, et en ceignant de serpents ou de 
nœuds de la plus parfaite élégance les bras blancs des jeunes filles 
d'Athènes ou de Tanagra. Les orfèvres étrusques, bien que dignes de 
leur renommée, n'ont pas su avoir le même respect pour les formes 
humaines, non plus que ceux des temps romains et byzantins, ou 
ceux des autres écoles qui se sont succédé jusqu'à nos jours. Toutes 
celles-ci, au contraire, ont paru chercher la somptuosité plutôt que 
la véritable élégance artistique. Il suffit d'examiner les peintures et 
les sculptures étrusques ou romaines, les mosaïques byzantines, et 
tous ces vrais « harnais de chevaux » dont le Moyen-Age affublait les 
empereurs et les impératrices, les dignitaires de l'Église et les hauts 
barons féodaux; il suffit de regarder les images que nous en offrent 
en foule les enluminures des manuscrits du ix e au xvi e siècle, ou les 
portraits pompeux exécutés par les peintres du xvu e et du xvm e siècle, 
dans lesquels les personnages apparaissent surchargés de joyaux de 
toute forme; il suffît enfin de s'arrêter devant les vitrines de nombreux 
bijoutiers de nos jours, aussi bien eu Italie qu'ailleurs, pour se faire 
une idée des tourments auxquels la vanité, aidée du mauvais goût et 
de la soif du gain , a pu et peut encore condamner les femmes. 

Parmi les prodigieuses collections de produits industriels de l'Inde, 
que S. A. le Prince de Galles avait exposées l'année dernière au 
Champ-de-Mars, il y avait une série qui méritait tout spécialement l'at- 
tention, c'était celle des bijoux des diverses populations de ces contrées. 
C'est avec un véritable étonnement que dans beaucoup de ces joyaux ' 
on constatait la reproduction exacte de certains types helléniques, 
familiers à quiconque a étudié, même superficiellement, l'art antique. 
Mais ce fait devient parfaitement explicable si l'on tient compte de 
l'influence qu'ont exercée sur l'art indien les conquèles d \Ie\andre et 



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la fondation du royaume grec de la Bactriane, maintenu pendant 
plusieurs siècles, et dont la domination, à un certain moment, dépassa 
Il ii(l us. Le Bouddhisme, combattu par les autres religions de l'Inde, 
trouva son avantage à s'aider des arts plastiques, qu'il avait appris des 
envahisseurs grecs, pour sculpter en marbre ou en bronze les légendes 
des miracles de son fondateur et les symboles mystiques de sa foi. Et 
par le fait on peut dire que jusqu'à la conquête macédonienne l'Inde 
a été entièrement dépourvue d'art ligure, et que les plus anciennes 
représentations bouddhistes, parvenues jusqu'à nous, ont un tel 
parfum d'hellénisme qu'il n'est pas possible d'avoir un doute sur 
l'influence qui a présidé à leur origine. Cette théorie, déjà soutenue 
par plusieurs savants émiuents, trouve une véritable confirmation 
dans la comparaison des joyaux grecs et indiens. Et une occasion 
véritablement unique de faire cette comparaison nous a été offerte 
par les collections exposées par le prince de Galles. Outre les bijoux 
de caractère nettement hellénique, l'Inde nous offre d'autres types 
qui lui sont propres, peut-être plus somptueux, mais sûrement moins 
classiques. Ce sont ceux dans lesquels les orfèvres indiens appliquent 
sur For des émaux translucides des couleurs les plus vives, avec des 
arabesques au burin si heureusement conduites, qu'elles rappellent 
l'harmonie de couleurs et le caractère de dessin si justement admirés 
dans les châles du Kachmyr. Ces bijoux sont de plus ornés de perles, 
de rubis, d'émeraudes, de saphirs, et de certains diamants plats connus 
dans le commerce sous le nom de « lustres dinde. » Avec ce système 
spécial de travail, les Indiens produisent des choses d'un luxe vraiment 
asiatique : colliers, bracelets, poignées et fourreaux de grands sabres 
recourbés, pendants d'oreilles aux longues floches de perles, grands 
amulettes portant l'empreinte sacrée des deux pieds de Brahmà, ron- 
daches de guerre ou de parade, petits vases d'or, sceptres, chasse- 
mouches et coffrets de toute grandeur. 

Alessandro CASTELLANI. 



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LA NAISSANCE D'APHRODITE 

(Planche 19, n° 2.) 

La petite plaque d'argent doré, de forme ronde, qui est gravée 
dans la pi. 19, n° 2, de la grandeur originale et admirablement 
reproduite par le burin de M. Amédée Varin, a été trouvée, il y a 
deux ans, à Galaxidi, l'ancienne Euanthia ou OEantbéa, dans la 
Locride. Envoyée à Paris, à M. Feuardent, elle a été acquise plus 
tard par le Musée du Louvre. On voit sur cette plaque, excessi Mo- 
ment mince et délicate, une composition estampée et soigneusement 
réparée au ciselet. Dans cette composition entrent deux ligures d'un 
style sévère qui rappelle l'école dorienne et d'un travail ancien qui 
nous semble appartenir au cinquième siècle avant l'ère chrétienne. 
Le sujet s'explique de lui-même. C'est la naissance à! Aphrodite, née 
de l'écume de la mer et reçue dans les bras à'Eros, sujet que les 
artistes grecs ont très-rarement traité. 

' Aphrodite paraît ici complètement nue, la tête et le corps renversés 
en arrière , les cheveux en désordre et ruisselants d'eau. Les jambes 
de la déesse sont encore engagées dans les Ilots ondulés de la mer. De 
la main gauche étendue et levée, elle tient un ample péplos dont elle 
semble vouloir s'envelopper. Retirée des ondes, Aphrodite est reçue 
dans les bras d'Éros, qui, pour accomplir cette mission, se penche en 
avant, la tête inclinée. Le dieu parait se tenir debout sur un petit 
rocher ; sa jambe droite est seule visible, la gauche se trouvant depuis 
le genou jusqu'à l'extrémité cachée derrière le corps et le .bras 
droit d'Aphrodite. Le dieu est aussi entièrement nu; il est reconnais- 
sable à ses grandes ailes; ses cheveux relevés et noués sur le sommet 
de la tète rappellent la coiffure effé mi née de l'Éros hermaphrodite, 
si souvent représenté sur les vases peints de PApulie. Entre les deux 
personnages, pour que l'on ne puisse pas se méprendre sur le su- 
jet, est tracée, de haut en has et de droite à gauche, l'inscription : 
TIAOIOA (sic), 'A<pooS^[vj] (1). Un ornement délicat, formé d'une 
double bordure d'oves, entoure cette composition; la bordure est 
mutilée en plusieurs endroits. 

L'inscription grandie a été reproduite dans la pi. 1!>, n° 2, au- 
dessous de la petite plaque. 

(1) J'avais cru voir un A à la fin du nom ; mais I tendu A n'est autre c!io<e qu'une ondulation de» 
un examen plus attentif m'a prouvé que ce pré- I flots de la mer. 



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On sait qu'Aphrodite naquit de l'écume (àypôs) des flots (1). Mais ce 
qui est beaucoup moins connu, c'est qu'Eros , considéré ordinaire- 
,,,,.„, comme le dis d'Aphrodite et d'Ares (2), recueillit, au moment 
de sa sortie des Ilots, la déesse née des ondes. Les anciens connaissaient 
un Éros qu'ils plaçaient parmi les êtres primitifs de la cosmogonie, 
et qu'ils regardaient comme un des dieux primordiaux (3). Il était 
(ils de la Nuit, d'après Hésiode (4); d'après le poète Olen (5), sa 
mère s'appelait Ilithyie. * 

Pausanias (6) en décrivant les sculptures et les peintures du trône 
de Jupiter à Ôlympie, dit que, sur la hase, Phidias avait (iguré dans 
un bas-relief en or une réunion de divinités; on y voyait Eros 
recevant Aphrodite sortant de la mer, "Epwç àrrtv èx QcCkàaariç, *Ayp-* ; 



ir/jv 



àviOÛffaV 'J7TOÔH/op.£VC/Ç 7). 

Il y a un demi-siècle environ, Théodore Pauofka (8), avec la con- 
naissance profonde des monuments, connaissance que cet émiuent 
archéologue possédait à un très-haut degré, avec cette sûreté de coup 
d'œil qui le distinguait, a donné l'explication d'un groupe de bronze, 
conservé à la Galerie de Florence (9). Ce groupe d'un style sévère 
représente Éros nu et ailé, tenant dans ses bras et des deux mains la 
petite Aphrodite, sous la forme d'une enfant couverte de vêtements, 
les pieds nus, la tète ceinte d'une couronne radiée, levant les deux 



bras* étendus et portant les regards vers le ciel. 

C'est en s'appuvant sur le sens du verbe -Jr:of%ouat, et en rappelant 
la composition de' Phidias, que Panofka a expliqué ce groupe. Aphro- 
dite retirée des Ilots et reçue dans les bras d'Eros occupait le centre 
du bas-relief. En suivant de gauche à droite, on voyait d'abord 
Hélios monté dans son char, Zeus et Héra, Charis, Hermès et Hestia. 
Au centre, comme je viens de le dire, était le groupe d'Eros recevant 
dans ses bras Aphrodite, et Pitho offrant une couronne à la déesse. 
A droite se présentaient Apollon et Artémis, Athéné et Héraclès, 
Amphitrite et Posidon. Séléné, montée sur un cheval, terminait cette 
série de divinités. 



(1) Hesiod., Theogon., 190. Cf. Plat., Cratyl., 
p. 51, éd. Bekker. 

(2) Cic, De nat. Deorum, III, 23; Schol. ad 
Apoll. Rhod., Argon., 111, 26. 

(3) Hesiod., Theogon., 120. 
i L. cit., 123. 

(5) Ap. Pausan.,lX, 27, 2. 

(6) V, 11, 3. 

(7) Dans le temple de Posidon à Corinthe, on 
voyait un char de bronze monté par Posidon et 
Amphitrite; sur la base de ce monument, consacré 



par Hérode Atticus, on avait figuré aus.-i la nais- 
sance d'Aphrodite sortant de la mer, SaAa»,a 
a'ït'^ous-a 'A<ppo<fjVii» *aî<fa. Pausan., 11, 1, 6. 

(8) Annales de llnst. arch., t. Il, 1830, p. 320 
et suiv. 

(9) Ann., I. cit., tav. d'agg., L , no 1. Cf. Gori, 
Mus. etruscum, t. I, pi. xxxvm; Winckelmann, 
Mon. ined., n° 39; Zannoni, Galleria di Firenze, 
t. I, pi. xxiv; Raoul-Rochette, Mon. inédits, 

pi. XLTI. 



— 173 — 



ont 



Quatremère de Quincy (1) a propose une restitution, dans le goû 
qui régnait à l'époque où il écrivait. Aphrodite y paraît nue, pla- 
nant au-dessus des flots et tenant des deux mains un voile enflé 
par le vent et qui s'élève au-dessus de sa tête ; à gauche Éros ailé 
s'avance vers la déesse; à droite Pitlio assise lui offre une couronne. 
Gerhard, en 184-0(2), a donné une meilleure restitution de l'ensemble 
du bas-relief qui décorait la base du trône de Jupiter à Olympie. Le 
groupe du centre est peut-être ce qu'il y a de moins heureux dans 
cet essai de restitution. On y voit Aphrodite accroupie sortant d'une 
coquille bivalve (3), à droite Éros qui s'approche de la déesse en vo- 
lant, à gauche Pilho qui va lui poser une couronne sur la tête (4). 

On doit aussi rapprocher de la composition de Phidias le dessin 
d'un sarcophage, tiré du précieux manuscrit de Pighius conservé à 
la Bibliothèque royale de Berlin. On y voit, à coté de la naissance de 
Pandore, celle d'Aphrodite, couchée sur le rivage à côté de l'Océan, 
figuré au milieu des flots sous la forme d'un vieillard à longue barbe et 
dont le corps se termine en queue de poisson. La fille des ondes est 
nue ; un grand voile enflé par le vent s'élève au-dessus de sa tête. 
Eros, soutenu dans les jairs par ses grandes ailes, s'approche en vo- 
lant et tend à la déesse la main gauche, qu'elle saisit. Derrière ce 
groupe, à droite, on voit Pitho ailée assise sur un rocher (S). 

L'explication donnée par Panofka du groupe de bronze de Florence 
est certaine; elle est fondée sur des faits positifs, sur une étude sûre 



(1) Jupiter' Olympien, pi. xv et p. 303. 

(2) Uber die Zwà'lf Gôtter Griechenlands , pi. ni, 
2, extrait des Mémoires de l'Académie royale de 
Berlin. Cf. Gesammelte akademische Abhandlungen 
und kleine Schriften, pi. xvn. 

(3) Des statuettes en terre cuite représentent 
Aphrodite sortant d'une coquille: Panofka, Terra- 
cotten des K. Muséums zu Berlin, pi. xvn et xvm, 
Berlin, 1842; mon Cat. Durand, n°s 1625 et 1626. 

(4) Quant à introduire Héphœstos dans cette 
composition , comme l'a proposé M. H. Brunn 
[Bull, de VInst. areh., 1849, p. 74 ; Arch. Zeitung, 
1849, Anzeiger, p. 34*; Geschichte der griechischen 
Kunsller, t. 1, p. 174 et suiv.), je ne saurais par- 
tager cette manière de voir. Le quadrige du Soleil 
faisant pendant au cheval sur lequel était montée 
la Lune, suffisait pour ne placer que six divinités 
à gauche, tandis qu'à droite il y en avait sept. 
L'harmonie et la symétrie se trouvaient parfaite- 
ment observées. M. Brunn lui-même [Bullet., L cit., 
p. 75), tout en faisant des observations fort ingé- 



nieuses sur le parallélisme des groupes de I vi- 
nités, s'aperçoitensuito que l'adjonction d'Hép] ae i- 
tos dérange la symétrie de la composition et 
propose de représenter Séléné dans un bige 
répondant au quadrige d'Hélios. Mais rien n'au- 
torise, dans le texte de Pausanias, cette substitu- 
tion d'un bige au cheval de Séléné. Qu'un se 
rappelle le célèbre cratère de la collection Blacas, 
aujourd'hui au Musée Britannique, où l'on voit 
Séléné voilée à cheval, disparaissant derrière les 
montagnes, à l'approche delà lumière du jour : 
Panofka, Musée Blacas, pi. xvn et xvm, et l'Élite 
des mon. cèramograph. , t. II, pi. cxi el cxn. 
Je tu- puis pas non plus admettre ie chan 
de place de Jupiter el de Junon dans la restitution 
de Gerhard. Il suffit, comme l'a proposé Welckei 
[Zeitschrift fur ait. Kunst, p. 551), défaire une 
légère correction au texte de Pausanias el 

Tapa cft' avTti» Xap«, au lieu de Tapa <fî avril. 

(5) Arch. Zeitung, 1850, pi. mm, el p. 183, où 
Panofka a cité des représentât! ms de Pitho ailée 



— 174 — 

des monuments de l'antiquité. Et même une particularité qui a échappé 
au savant archéologue, vient confirmer cette ingénieuse explication : 
ce sont les cheveux relevés et mouillés d'Eros. Seulement, il est à 
croire que dans le bas-relief qui ornait la base du trône de Jupiter à 
Olympie le sujet de la naissance d'Aphrodite avait été autrement 
conçu. Et ici la petite plaque d'argent, reproduite dans notre pi. 19, 
peut nous guider et nous fournir un motif de restitution plus conve- 
nable que le groupe de ronde bosse de Florence. En effet, cette 
composition se prête mieux à un bas-relief. On peut supposer que 
Pitho se tenait debout à droite , et offrait une couronne à la déesse 
née des flots. Quoi qu'il en soit, je crois que l'intéressant petit mo- 
nument que nous publions ici mérite l'attention des savants qui ont 
étudié les riches compositions dont Phidias avait décoré le trône de 
sou Jupiter Olympien. 

J. de WITTE. 



QUELQUES POINTS RELATIFS AUX VASES ÉTRUSQUES 

DE TERRE NOIRE. 

A M. François Lenormant. 
Cher Monsieur, 

J'ai lu avec un grand intérêt votre premier Mémoire sur Les vases étrusques de 
terre noire, et j'en attends impatiemment la suite. A mon avis, on ne pouvait pas 
mieux ni plus complètement traiter la question, dans l'état actuel de la science. Vous 
posez les vrais fondements de l'étude de cette classe de monuments , jusqu'ici trop 
négligée , et par là vous jetez de la manière la plus heureuse une nouvelle lumière 
sur l'histoire de l'art et de la civilisation même des Étrusques. Je souscris des 
deux mains à toutes vos conclusions et j'applaudis à l'entrée magistrale que 
vous venez de faire dans le domaine de notre archéologie italique, dont jusqu'ici 
vous vous étiez tenu un peu à l'écart. Laissez-moi seulement vous soumettre 
quelques observations critiques sur certains points de détail. Le caractère 
secondaire des faits sur lesquels portent ces observations montrera d'ailleurs 
combien vous avez vu juste sur toutes les grandes lignes du sujet. 

En énumérant les lieux où se trouvent les vases di bucchero nero, vous 



— 175 — 
comptez en première ligne Volterra (1). C'est à M. Dennis (2) que vous empruntez 
ce renseignement. Mais il remonte à une époque où l'on ne savait pas encore 
distinguer les deux classes, pourtant bien différentes, des vases de terre noire pro- 
prement dite, sans vernis, et des vases étrusco-campaniens à vernis noir brillant. 
En réalité, je ne connais aucune trouvaille de poteries de terre proprement 
noire à Volterra, et le dire de M. Dennis doit s'appliquer aux céramiques étrusco- 
campaniennes, dont un des principaux foyers de fabrication fut certainement sur 
le territoire de Volaterrae. 

Pour le territoire de Clusium (Chiusi) et de Volsinium (Orvieto), vous placez le 
centre de l'industrie du bitcchero nero à Ficulle, localité située à égale distance de 
ces deux villes. Je ne saurais admettre votre étymologie pour le nom de cette 
localité, et quand elle serait exacte, elle y prouverait seulement l'existence d'ateliers 
de poterie romaine, car figulinae (d'où dérive l'appellation de Figline donnée à 
plusieurs lieux de l'Italie) est un terme purement latin, que nous n'avons aucune 
raison de croire étrusque. Mais le nom de Ficulle nous offre manifestement une 
terminaison italique bien connue, nia, ulae ou nllae, correspondant à la terminaison 
ulnm des Latins, que nous trouvons dans les noms géographiques de l'Ëtrurie, 
Faesulae, Rosellae, de même que dans ceux de beaucoup de localités du Latium 
et de la Sabine. Je crois , pour ma part, qu'il faut assimiler Ficulle à Ficulnea , 
dérivé de ficus, dont le caractère italique est incontestable. Quant aux vestiges de 
fours et aux déchets de fabrique des vases de terre noire, dont vous signalez 
l'existence à Ficulle, je n'en avais pas entendu parler, et je m'occuperai de vérifier 
le fait, car je ne connaissais jusqu'ici dans cet endroit que des trouvailles de 
briques portant des estampilles de l'époque impériale (3). 

Je suis pleinement persuadé, comme vous, que les vases de terre noire sont la 
poterie nationale de l'Ëtrurie indépendante et lui ont été exclusivement propres. 
Les deux ou trois faits que l'on a allégués à l'encontre, et qui ne sont pas tous 
certains, ne me paraissent pas de nature à démentir cette opinion. Vous avez aussi 
parfaitement démontré que ces vases sont une continuation et un perfectionnonii'iit 
de la céramique italiote primitive, ce que déjà moi-même j'avais essayé de mettre 
en lumière par mon classement des vases du Musée Étrusque de Florence, au 
temps où j'en étais conservateur. Par malheur des mains inexpérimentées ont 



[4) Gazette archéologique, 1873, p. 102. 

[2) Cities and ccmeteries of Etruria, 1" édition, 
t. II, p. 203. 

(3j Je n'ai pas eu personnellement l'occasion 
d'étudier la localité de Ficulle; mais le, fait que 
j'ai avancé à son endroit m'a été affirmé par des 
personnes en qui j'ai une entière confiance, entre 



autres mon ami M. An^olo De Gubernatis. Il y a 
plus. Je possède des poteries de terre noire, avec 
des fragments do moules et quelques estampilles 
de terre servant à décorer ces poteries, qui m'ont 
été données comme formellement trouvées à 
Ficulle. 

(Fr. Lenormant). 



— 176 — 
depuis bouleversé ce classement, et il a fallu la rare sûreté de votre coup d'oeil 
u . en retrouver les éléments dans cette confusion, après quelques séances passées 
dans les salles du -Musée, où seulement semblable étude pouvait être faite, et non 

ailleurs. 

Il est certain que la clef de la transition entre les deux classes de poteries sera 
fournie, comme vous l'avez indiqué, par une étude plus approfondie et plus scien- 
tifique qu'on ae l'a faite jusqu'ici des tombeaux primitifs de Chiusi, dits a piccolo 
pozzo. C'est bien dans les tombeaux de l'époque suivante, dits sepolcri a gran 
pozzo, a ziro ou ad orcio, que l'on rencontre les premiers vases de bucchero nero 
réellement caractérisé, ce qui donne à ces sépultures la marque proprement 
étrusque. Le fait, sur lequel je joins mon témoignage au vôtre, me paraît capital 
comme élément delà détermination de l'état de civilisation des navigateurs étrusques 
outj rrbéniens, quand ils commencèrent à pénétrer dans l'intérieur des terres et cà y 
établir leur domination, ainsi que du temps où se produisirent ces événements. 
Car, pour ma part, je suis fermement convaincu que c'est par la voie de mer que 
les Étrusques sont venus d'Orient en Italie et que leurs premiers établissements se 
sont formés sur la côte, entre les bouches de la Fiora et celles du Tibre. Mais ce 
n'est pas ici le lieu de discuter cette difficile question, qui réclamerait de trop 
longs développements. 

Une étude meilleure et plus suivie des sepolcri a ziro ou ad orcio de Chiusi est, 
du reste, tout à fait nécessaire pour mieux saisir le passage de ce mode de sépulture 
aux tombeaux dits a caméra, qui semblent avoir été le partage des familles les plus 
riches et les plus distinguées. Jusqu'ici on ne connaît qu'en gros la succession des 
deux sortes de tombes, que vous avez parfaitement caractérisée, tout en n'ayant pu 
passer que peu de temps à Chiusi pour vous en rendre compte. Ainsi que vous l'avez 
dit , c'est bien dans les sepolcri a caméra que commencent à apparaître les tejres 
noires à relief. Pour tous ces faits de chronologie du mobilier des sépultures de 
l'antique Clusium, j'admire la sûreté avec laquelle vous avez su prendre vos infor- 
mations et discerner le vrai du faux dans les dires des scavaton. 

Pour la question de l'époque où cessa la fabrication des poteries de terre noire, 
vous avez parfaitement raison de trouver une donnée décisive dans la comparaison 
des objets qui se trouvent habituellement dans les deux nécropoles de Volsinium 
velus (Orvieto) et de Volsinium novum (Bolsena). On ne peut mieux définir que 
vous ne l'avez fait l'opposition profonde de la nature du mobilier sépulcral entre 
les deux localités. Cependant, par rapport à la nécropole d'Orvieto, je dois ajouter 
un fait dont vous ne semblez pas avoir connaissance. Depuis que vous l'avez 
visitée , à l'automne de 1876, M. l'ingénieur R. Mancini y a découvert, dans quel- 
ques rares tombes appartenant aux derniers temps de l'existence de la cité, un 
forl petit nombre de vases étrusco-campaniens à vernis noir brillant. Et en effet la 



— 177 — 
destruction de Volsinium n'eut lieu qu'en 490 de Rome , c'est-à-dire postérieure- 
ment à l'introduction en Etrurie des procédés de la céramique campanienne à reliefs. 
Le fait que je vous signale vient donc confirmer ma théorie sur l'époque où la 
fabrication des vases étrusco-campaniens supplanta celle des terres noires, théorie 
amplement confirmée par vos propres observations. 

Il est vrai que la production des buccheri neri ne cessa pas brusquement dans la 
seconde moitié du v e siècle de Rome, et surtout que sa disparition n'eut pas lieu en 
même temps dans toutes les localités. Mais certainement, au temps de la première 
Guerre Punique, cette grande révolution dans l'industrie céramique étrusque étail 
pleinement consommée. Il faut donc tenir pour formellement erronée l'assertion de 
M. Birch (1) sur la découverte qui aurait été faite à Chiusi de vases de terre noire 
avec des urnes d'albâtre à bas-reliefs. Elle repose certainement sur un renseigne- 
ment inexact et dont le savant auteur aurait mieux contrôlé l'origine si l'on s'était 
déjà rendu, à l'époque où il écrivait, bien compte de l'importance majeure et de 
l'invraisemblance du fait. C'est par une erreur du même genre que, tout récemment, 
M. Fiorelli, d'après un rapport inexact, a signalé (2) la trouvaille de poteries de 
terre noire dans les mêmes tombeaux que des tuiles à inscriptions étrusques 
tracées en graffito, lesquelles appartiennent au vi e et au vn e siècle de Rome. 
Surpris du fait, je me suis rendu sur les lieux pour le vérifier , et j'ai constaté que 
l'on avait confondu les objets de tombes d'époques diverses, formant deux strates 
superposées. Il arrive très-fréquemment dans les nécropoles étrusques qu'au-drssus 
des anciens tombeaux a caméra, creusés profondément dans le sol, on a établi 
plus tard une nouvelle couche de sépultures, caractérisées par les tuiles inscrites 
et les petites urnes cinéraires de terre cuite , à bas-reliefs , objets qui sont toujours 
postérieurs à la seconde Guerre Punique et descendent jusqu'au temps de la Guerre 
Sociale. Rieu de plus fréquent, lorsque les fouilles sont mal faites, sans surveillance 
scientifique sérieuse, — rien de plus fréquent, dis-je, que de voir confondre pêle-mêle 
les monuments provenant des deux couches de sépultures, que séparent dans le 
temps plusieurs siècles d'intervalle. C'est uniquement d'après des renseignements 
inexacts de ce genre, auxquels il a eu le tort d'attacher trop de foi, que le savant 
M. Brunn a cru pouvoir prolonger l'usage des vases peints jusqu'à l'époque de 
Sylla. 



Monte San-Savino, 20 juillet 1879. 



G.-F. GAMURRINI. 



(I) History of ancient poltery , \'» édit., t. II , i (2) Relazione degli scavi, 1876, p. 52 
p. 209. 



— 178 



LA CHASSE DE L'HERCULE ASSYRIEN. 




Tacite (1) donne de curieux détails sur le culte que l'on rendait encore de son 
temps à l'Hercule assyrien dans le voisinage de Ninive. Interea Gotarzes, apud 
montem cui nomen Samhulos , vota dits loci suscipiebat, praecipua religione Herculi 
qui tempore stato, per qirietem monet sacerdotes, ut templum juxta equos venatai 
adornatos sistant. Equi ubi pharetras telis onustas accepere per saltus vagi, nocte 
denique vacuis pharetris multo cum anhelitu redeunt. 

Cet usage, conservé sous les Parthes, remontait à l'époque assyrienne. Il me 
semble en effet, comme à M. Fr. Lenormant. (2), impossible de ne pas appliquer le 
passage de Tacite à l'interprétation du cylindre assyrien en chalcédoine saphiriue 
faisant partie des collections du Musée Britannique (3), dont le cliché placé en tête 
de cet article reproduit le sujet. On y voit, en effet, un dieu à cheval qui poursuit 
des cerfs et des bouquetins : c'est la chasse de l'Hercule assyrien sur le mont Sam- 
bulos. Le caractère divin du chasseur ne saurait être ici douteux, puisqu'un person- 
nage le contemple dans une attitude d'adoration, et que dans le champ de la pierre 
sont répartis un grand nombre de symboles sacrés , l'emblème bien connu de la 
divinité suprême, le disque rayonnant du soleil (Schamasch), le croissant de la Lune 
(Schiu), le foudre du dieu Ramman, les globules qui représentent toujours dans leur 
groupement, sur les monuments de ce genre, les sept étoiles de la Grande Ourse, 
enfin la sorte de haste à la hampe allongée que surmonte un grand fer de forme 
triangulaire, symbole dont la signification n'est pas encore connue, mais qui se 
dresse très-habituellemeut devant l'adorateur dans les intailles du plat des cônes 
babyloniens. 

Dans d'autres cas, il y a lieu d'hésiter, quand les cylindres nous montrent un 



I Annal., XII, 13. 

i Essai de commentaire des fragments cosmogo- 
niqites de Bèrose, p. III. 



[3] Cullimore, Oriental cylinders, n°21;Lajar<l 
Culte de Mithra, pi. xsix, q° 5. 



— 179 — 
chasseur à cheval, sans attributs divins caractéristiques, qui attaque un lion (i) ou 
poursuit un cerf (2). Il est possible, en effet, qu'on ait alors affaire à de simples 
épisodes des chasses royales, si souvent retracées dans les bas-reliefs assyriens, 
bien que les sujets des cylindres soient en général religieux, et que, dans les scènes 
de chasse des bas-reliefs, le roi soit toujours en char ou à pied , jamais à cheval. 
Mais le doute cesse de nouveau en présence d'un cylindre en chalcédoine blanche 
du Cabinet des médailles de Paris (3), où un astre, marque caractéristique du dieu 
planétaire, accompagne la tête du chasseur, monté dans un char et tenant l'arc à la 
main. L'on sait, en effet, que l'Hercule assyrien, après avoir été originairement une 




personnification solaire (4), était devenu le dieu de la planète Saturne (S), en vertu 
de la conception astrologique qui faisait appeler cette planète par les Chaldéens 
« astre du soleil (6). » 

C'est avec intention que j'emploie pour désigner ce dieu le nom anciennement 
consacré d'« Hercule assyrien », au lieu de chercher à lui appliquer une dénomi- 
nation de la langue assyrienne. On connaît, en elfet, depuis longtemps le complexe 
idéographique de trois caractères qui représente le nom de ce dieu dans les textes 
cunéiformes ; mais la lecture en reste lettre absolument close. En elfet, jusqu'à 
présent on n'a relevé aucune variante phonétique de ce nom, et il ne figure non 
plus dans la composition d'aucun nom propre royal dont nous ayons une transcription 
hébraïque ou grecque qui puisse nous servir de guide (7). Ce qui est seulement 



(1) Lajard, Culte de Mithra, pi. xxv, n° 7. Ce 
précieux cylindre, qui appartient au Musée Bri- 
tannique, est d'origine médique, comme le prouve 
l'inscription cunéiforme qui en accompagne le 
sujet. 

(2) Lajard, Culte de Mithra, pi. xlii, n° 1. 

(3) Lajard, pi. xxix, no 4. 

(4) Fr. Lenormant, Essai de commentaire de 
Bérose, p. 1 1 4 ; Les dieux de Babylone et de 
l'Assyrie, p. 23 et s. 

(5) Sir Henry Rawlinson, dans le tome I" de 
l'Hérodote anglais de son frè. e G. Rawlinson, 
p. 509 et suiv. 



(6) Diod. Sic, 11, 30; Simplic, De cœto, II, 
p. 499; Hygin., Poet. astron.. II, 42; Papyrus 
grec astronomique du Louvre, Notices et extraits 
des manuscrits, t. XVIII, p. 54; \oy. Th. II. 
Martin, Theonis Smyrn. Platon, liber de astrono- 
mia, p. 88. 

(7) Le nom royal Tuklat-abal-èsar , transcrit 
dans la Bible idnSs nSan, signifie « adoration 
du fils du firmament. » Ce « Fils dj firmament • est 
notre Hercule assyrien, mais désigné par une 
épithète qui se rapporte à sa qualité de fils du 
dieu Anou, au lieu de l'ôlrc par son nom propre. 
Notons ici en passant que les trois dieux de la 



— 180 — 
certain, c'esl que Les deux Lectures jusqu'ici proposées par les assyriologues pour 
['appellation de LBercule assyrien sont fausses et. doivent être rejetées. 

On a d'abord nommé ce dieu Ninip, en transcrivant d'après leurs valeurs de 
phonétiques ordinaires 1rs deux signes qui, joints au déterminatif. aphone de 
, dieu », constituent Le complexe idéographique employé pour le désigner. C'a été 
la dénomination adoptée lors des premiers déchiffrements cunéiformes, et quelques 
savants comme Rï. Friedrich Delitzsch, la maintiennent encore provisoirement, 
faute d'en connaître une meilleure. Mais il est établi depuis longtemps, et admis de 
tons, que cette lecture est philologiquement insoutenable, même en accadien, où la 
seule forme admissible pour la transcription du complexe idéographique désignant 
l'Hercule assyrien serait, non point Nin-ip, mais Nin-dara ou plutôt Nin-uras. La 
mention d'un dieu Ninip, que l'on avait cru trouver dans le Talmud de Babylone (1), 
n'a certainement pas un tel sens. Quand le texte talmudique dit >s:W 193 Ti.njbs, 
il n'indique pas que la Kalnoh delà Bible « est Niffer du dieu Ninip », d'autant plus 
que le dieu local de Nipour-Niffer n'était pas notre Hercule, mais Bel ; le passage 
signifie que cette ville, au moment de la rédaction du Talmud, portait aussi le nom 
gri c île N-Jp.ffl ou Nup-yata, très-exactement reproduit en>s»j (2). 

A la lecture Ninip, reconnue fausse, M. Oppert (3) et M. Fr. Lenormant (i) ont 
ensuite proposé de substituer la lecture Adar, qui a été acceptée sans un examen 
suffisant par M. Schrader (5) el -AI. Sayce. Cette lecture est absolument arbitraire, 
et les arguments sur lesquels M. Lenormant a essayé de l'étayer sont dénués de 
toute valeur ; ils renferment même des erreurs graves. L'impartialité si bien connue 
de ce savant me permettra de le dire franchement, dans un recueil à la direction 
duquel il a part; et j'ajouterai même qu'il ne reproduirait plus ces arguments, 
aujourd'hui qu'il est devenu l'un des maîtres incontestés de la science assyriologique, 
ou il n'était qu'un débutant en 1871. Il n'y a dans la réalité aucune raison plausible 
à invoquer pour lire Adar le nom de l'Hercule assyrien ; bien au contraire, on peut 



Triade suprême de la religion chaldéo-assyrienne 
reçoivent les appellations accadiennes ou sumé- 
riennes de Ê-sar, « Demeure du firmament, » 
È-kur, « Demeure de la terre », et E-a-> 
« Demeure des eaux. » Les deux premiers sont 
appelés plus habituellement en accadien Ana et 
Moul e, en assyrien Anou et Bel ; le troisième 
n'est jamais nommé que Èa. Les trois appellations 
mystiques que je viens de signaler ont une très- 
haule portée; elles prouvent, en effet, que les 
dieux qui les reçoivent ne président pas seulement 
aux trois zones de l'univers , comme a dit 
M. Fr. Lenormant [Die Magie und Wahrsagekunst 
der Chalda < p, 166 et s. . mais qu'il, sont ces 



zones elles-mêmes dans leur réalité matérielle. 
C'est la conception que M. Girard de Rialle 
[Mythologie comparée, chap. I, X et XV) appelle 
excellemment le degré supérieur du fétichisme, 
l'adoration des grands milieux cosmiques. 

(1) Yoma, fol. 10, a. 

(4) Voy. Neubauer, Géographie du Talmud, 
p. 346. 

(3) La chronologie biblique fixée par les éclipses 
tics inscriptions cunéiformes , Paris, 1869), p. 13. 

(4) Essai de commentaire des fragments de Bi- 
rose, p. 106 et suiv. 

(5) Die assyrisch-babylonischen KeiHnschriftcn. 
p. 180 et sui\ . 



— 181 — 
démontrer d'une manière formelle que ce nom ne saurait appartenir qu'à un tout 
autre personnage du panthéon assyro-babylonien. La seule mention certaine d'un 
dieu Àdar dans ce panthéon (1) est fournie par le passage biblique qui parle de 
"jba-YTN, « Adar le roi » comme étant la principale divinité des gens de Sepharvaïm 
= Sippara transportés par les rois d'Assyrie dans le pays de Samarie (2). Je n'ose 
même pas en rapprocher l'appellation du "jSmiK, fils de Sennachérib (3), car -jSanx, 
comme nom propre d'homme, se retrouve aussi dans les inscriptions phéni- 
ciennes (4), où la comparaison avec le parallèle Sswtn (S) établit que ttn est 
l'élément verbal et -jbo, comme bjn, l'élément emprunté à l'onomastique divine (6). 
Nous connaissons très-complètement, par les inscriptions cunéiformes, quel était 
le culte de Sippara. Notre Hercule assyrien n'y était pas adoré, et toute la religion 
locale roulait sur l'adoration du dieu-soleil Schamasch et de son épouse Anounit, 
en l'honneur desquels la ville se divisait en deux parties (7), « Sippara de 
Schamasch » et « Sippara d' Anounit » (8). Ce couple de Schamasch et de Anounit 
ou Anoun est exactement représenté par celui de -jbaiix et -bizrj (pour ~il'2::'j) , 



(1) C'est tout à fait à tort que M. W. Baudissin 
[Studien sur semitischen Religionsgeschichte, t. I, 

p. 309-313) s'est efforcé de prouver que l'on devait 
lire nn au lieu de Tn , comme appellation du 
grand dieu de la Syrie araméenne , dans les noms 
propres des rois de Damas cités par la Bible et 
sur quelques monuments. La lecture Ttn, conGr- 
mée par les transcriptions "AJWot du Sancbo- 
niatlion de Philon de Byblos (p. 34, éd. Orelli), 
"aJW<k de Josèphe [Ant. jud., IX, 4, 6), Adadus 
de Pline (Hist. nat , XXXVII, M, 71) et Adad de 
Macrobe [Saturn., I, 23), a été définitivement ren- 
due certaine par les excellentes observations de 
M. Sclirader ( Keilinschriflen und Geschichtsfors- 
cliung , p. 538), quia trouvé le nom de ce dieu 
dans des textes assyriens, écrit Daddu , tt, 
comme dans le nom propre biblique TT"* in (Esdr., 
III, 9; Nehem. , III, 18) pour tin - "in. Ce dieu 
Daddu est identique à Rammanu , ce qui nous 
rend compte du 7TÈ31 — nn de la Bible (Zacnar. , 
XII, 11). Quant à l'explication donnée par Ma- 
crobe (loc. cit.) du nom de Hadad : ejus nominis 
inlerpretatio signiftcat unus , elle ne me semble 
pas aussi singulière ni aussi erronée qu'à M. Paul 
de Lagarde (Hieronymi rjuaestiones hebraicae in 
libro Geneseos , p. 72; Gesammelte Abhandlungen , 
p. 238) et à M. W. Baudissin [Studien zur semi- 
tischen Religionsgeschichte, t. I, p. 314 et suiv.). 
L'existence d'un ancien mot araméen nn signi- 
fiant « un » , parallèlement à -[FIN , me paraît 



prouvée par les expressions >TTriN, mnb, Hina, 
mm, « alternativement, tour à tour, l'un après 
l'autre, réciproquement », mn, mru, « en- 
semble, l'un avec, l'autre, l'un comme l'autre. » 

Pour ce qui est du "pin de Mabog ou Hiéra- 
polis, dont parle l'Apologie de S. Méliton [Spicileg. 
Solesm. , t. II , p. xliv; Renan, Mém. de l'Acad. 
des Inscriptions, nouv. sér. , t. XXIII , 2° part., 
p. 325; Corpus apologetarum , éd. Otto, t. IX, 
p. 505), c'est un dieu tout différent, qui n'a rien à 
voir ni avec UN, ni avec "nn. M. J. P. Sx (JVm- 
mismatic chronicle, nouv. sér., t. XVIII, p. 111 
et 130, a établi son identité avec le 'A<Tpa>ot de la 
Sicile (sur ce dernier, voy. Movers, Die Phœnizier, 
t. I, p. 340; Holm, Geschichte Siciliens, t. I, p. 94). 

(2) IIReg., XVII, 31. 

(3) Is., XXXVII, 38 ; II Reg., XIX, 37. 

(4) Carthag. 134. 

(5) Hadrum. 6. 

(6) Cependant l'existence du culte d'un dieu 
TTX en Palestine parait indiqué par les noms de 
lieux YTN lïn (Num., XXXIV, 4; abrégé en tm* 
dans Jos., XV, 3) et tîx nmsy (Jos., XVI, 5; 
XVIII, 13). 

(7) De là la forme plurielle que la Bible donne 
au nom de cette ville, Sèpharraim, « les Sippara. » 

(8) Fr. Lenormant, Essai de commentaire des 
fragments de Bèrose, p. 218: Sclirader, Die Kei- 
linschriflen und dus Alte Testament, p 164 et 
suiv. 



— 182 — 
en l'honneur de qui les gens de Sippara, établis dans le royaume d'Israël, faisaient 
passer leurs enfants par le feu. Et l'on est conduit ainsi d'une manière invincible à 
conclure qu'Adar n'était pas le nom de l'Hercule chaldéo-assyrien, du prétendu 
Niuip, mais une seconde appellation de Schamasch. 

Ici doit trouver sa place une observation que nous n'osons présenter qu'avec une 
grande réserve, en la soumettant au jugement des maîtres. Le principal temple de 
Schamasch-Adar à Sippara, celui dans lequel, comme dans le sanctuaire de 
Melqarthà Gadès (1), brûlait le feu perpétuel qui avait valu à cette ville l'appellation 
accadienne de Aga-dhe-M, « le lieu delà flamme éternelle », le principal temple de 
Schamasch-Adar à Sippara portait un nom accadien , que nous rencontrons 
fréquemment dans les inscriptions cunéiformes, et qu'on lit habituellement ê-parra. 
Mais les signes qui servent à l'orthographier sont aussi susceptibles de la lecture 
ê-udra, qui voudrait dire « la demeure de Oudra », et donnerait pour le dieu-soleil 
un nom Oudra, dont tin serait une transcription hébraïque fort naturelle. La coïn- 
cidence, si elle est fortuite, est bien singulière. Au cas où Ton reconnaîtrait l'exacti- 
tude de cette observation, l'on devrait en conclure qu'il faut admettre quelques 
exceptions à la loi de déchiffrement dont M. Fr. Lenormant a fait un des principaux 
leviers de sa reconstitution de la langue accadienne ou sumérienne (2), loi que 
M. Friedrich Delitzsch et ses disciples, en particulier M. Paul Haupt (3), poussent 
bien plus loin que le savant français, et à laquelle ils donnent une rigueur inflexible, 
qui arrive manifestement à l'exagération (4). Cette loi consiste à prendre, toutes les 
fois qu'un idéogramme, en dehors des suffixes de déclinaison et de conjugaison, est 
suivi d'un phonétique simple représentant une syllabe ouverte, ce phonétique 
comme représentant l'état de prolongation vocalique du mot par lequel on lisait 
l'idéogramme et déterminant l'articulation initiale de cette syllabe de prolongation, 
la consonne finale du mot. Si on doit lire, dans le nom du temple de Schamasch 
à Sippara, mira au lieu de parra, nous aurions un exemple formel de dérogation 
à cette loi, et M. Oppert serait justifié d'avoir soutenu (5) qu'elle souffre des 
exceptions, qu'on ne peut la prendre comme une clef qui ouvre tous les problèmes 
de la philologie accadienne ou sumérienne. 

Quoi qu'il en soit, sur ce que pouvait être le nom indigène de l'Hercule assyro- 
babylonien, jusqu'à présent indéchiffré dans les textes cunéiformes, nous n'avons 
encore d'autre renseignement positif que la transcription grecque 2àv3wv ou 2«vô\]ç. 



(i) Sil. Italie, III, 29. 

(2) La langue primitive de la Chaldée, p. 56 et 
suiv. 

(3) Die sumerischen Famiitengesetze , Leipzig, 
4879. 

(4) Ainsi l'école do M. Friedrich Delitzsch nie 



l'existence de tout suffixe de dérivation en acca- 
dien ou sumérien, ne voulant voir que des formes 
de prolongation vocalique, là où l'on avait cru 
reconnaître des exemples de semblables suffixes. 

(5) Gœttingische gelehrle Anzeiger, 1878, St. 33, 
n° 52. 



— 183 — 
Que Sandon soit réellement une appellation de la langue assyrienne transcrite en 
grec, le témoignage de Bérose (1) à ce sujet est trop formel pour permettre d'en 
douter, et c'est en vain que M. Edouard Meyer a récemment essayé de contester, 
dans un travail d'ailleurs plein d'érudition (2), cette donnée devenue classique pour 
la science depuis l'admirable mémoire d'Otlfiïed Millier , intitulé Sandon und 
Sardanapal (3). Ce nom entre d'ailleurs manifestement dans la composition de 
celui de Par-sondas, donné à notre Hercule assyrien dans le récit pseudo-historique, 
mais en réalité mythologique, de sa querelle avec Nannaros(Ie dieu Schin-Nannar), 
récit donné par Nicolas de Damas (4) et dont la première source pour les Grecs a 
été chezCtésias (S). Sans doute le nom et le culte de l'Hercule Sandon ou Sandan 
se retrouvent aussi en Cilicie (6), en Lydie (7) et en Cappadoce (8), mais son impor- 
tation dans ces contrées est un monument de l'antique influence exercée par 
l'Assyrie sur l'Asie-Mineure (9). Les cylindres que nous commentons viennent en 
apporter une nouvelle preuve, par l'identité de la manière dont celui du Musée 
Britannique figure le dieu assyrien, avec le type de représentation du héros 
Sandacos, fondateur mythique de Célendéris (10), sur les monnaies autonomes de 
cette ville (H); car Sandacos est bien sûrement une forme héroïque de Sandan(I2). 
Mais la forme assyrienne originale dont les Grecs ont fait Sandon ou Sandès 
reste inconnue pour nous. M. Oppert (13) a cru en retrouver le prototype dans une 
épilhète quelquefois donnée à notre prétendu Adar ou Ninip (14), mais aussi à 
d'autres dieux, comme Nergal (15). Il la lisait, en effet, et la lit encore aujourd'hui (16) 
çindarmu. Mais cette lecture est sûrement inexacte ; le mot est en réalité dandannu, 
« le très-puissant, le très-fort », forme en palpel de la racine m, 



(1) Ap. Agath., De reb. Justinian., II, 24, p. 62, 
éd. de Paris. 

(2) Zeitschrif der deutschen Morgenlœndischen 
Geselbchaft, t. XXXI, p. 736-740. 

(3) Publié d'abord dans le tome III de la 1" 
série du Rheinisches Muséum (1829;, et réimprimé 
dans ses Kleine deutsche Schriften, t. II, p. 100-1 13. 

(4) Fragm. 10, éd. C. Miiller, Fragm. historié. 
grœc, t. III, p. 359-363. 

(5) Athen., XII, p. 530. 

(6) Ammian-Marcell., XIV, 8; Dio Chrysost., 
Orat. XXXIII, t. II, p. 1 et 23, éd. Reiske. 

(7) J. Laurent. Lyd., De magistrat., III, 64. 

(8) Euseb. ap. Syncell., p. 133; voy Movers, 
Die Phœmzier, t. I. p. 460. 

(9) Voy. Fr. Lenormant, Essai de commentaire 
des fragments de Bérose, p. 145-148. 

(10) Apollodor., III, 14, 3; cf. Hesych., v. K»- 



(11) Panel, Mémoires de Trévoux, octobre 1737; 
Mionnet, Descr. demèd.ant., t. 111, p. 568 et 
suiv., n™ 151-158; Supplément, t. VII, pi. vi, nos 
1 et 2 ; R. Rocliette, Mém. de l'Acad. des Inscr., 
nouv. sér., t. XVII, 2» part., p. 217 et s. 

(12) La dérivation de Sandacos de Sandan est 
purement assyrienne. Elle est parallèle à celle qui 
tire sakkanakku, isakku et nisakku de sakanit, isu 
et nisu, composant ces mots avec l'adjectif nkku, 
aggu, « grand, puissant » : voy. Slan. Guyard, 
Journal asiatique, mai-juin 1879, p. 440. 

(13) Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 337. 

(14) Obélisque de Nimroud, l. 10; SitMe de 
Scliamsclii-Ramman, col. 1, 1. 20; Monolithe 
d'Asschour-naçir-abal, col. 1,1. 1. 

(15) Cuneif. inscr. of West. Asia, t. III, pi. 38, 
1, recto, I. 1. 

(16) Gœttitiyische gelehrte Anzeiger, 1878, St. 33, 
p. 1045. 



— 181 — 

Il faut donc renoncer désonnais aux appellations, inexactes et non justifiées, de 
Ninip et de Adar pour désigner l'Hercule assyrien. Le seul nom à lui donner est 
celui de Sandon, d'après la transcription grecque, jusqu'à ce que l'on découvre 
une variante phonétique, qui donne la lecture certaine du complexe idéographique 
sous lequel se dissimule jusqu'ici sa véritable appellation. C'est ainsi que l'on a 
très-sagement agi en appelant Mérodach, d'après la Bible, le dieu spécialement 
protecteur de Babylone, jusqu'à ce qu'on eût trouvé l'expression phonétique exacte 
de son nom, Maruduku. 

Samuel HOFF^ER. 



LE DIEU GLYCON A MCOMEDIE 

et l'époque ou cessa sois culte. 

Dans la dernière livraison de l'année 1878 de la Gazette archéologique (1), 
M. François Lenormant a consacré un intéressant article aux monuments du culte 
de Glycon, cette théophanie d'Esculape que le devin Alexandre d'Abonolichos en 
Paphlagonie prétendit avoir fait apparaître dans sa ville natale sous les Antonins, 
imposture qui obtint un moment un éclatant succès et constitue l'un des plus curieux 
épisodes de l'histoire religieuse du u e siècle. « On ignore, dit le savant archéologue, 
comment finit le culte de Glycon, car il survécut à la mort d'Alexandre : son gendre, 
Rutilianus, ayant continué le service de l'oracle (2)... Ce culte ne semble pourtant 
pas s'être prolongé- bien longtemps encore.» 

M. Lenormant a négligé ici un groupe de monuments numismatiques , dont 
Cavedoni avait pourtant signalé l'importance et le rapport avec la question de la 
durée du culte de Glycon (3). Ce sont des monnaies de bronze de Nicomédie , aux 
têtes de Caracalla (4), de Plautille (5) et de Tranquilline (6), dont le revers nous offre 
l'image d'un serpent à tète humaine se dressant sur sa queue enroulée , exactement 
pareil à celui qu'une inscription désigne comme figurant Glycon sur les monnaies 
d'Abonotichos. Un serpent dans la même pose, mais sans tête humaine (7), se voit 



(1) P. 179-183. 

(2) Lucian , Alexand., 60. 

(3) Bullet. de Finit, arcli., 1810, p. 107-109. 

(4) Mionnet, Desn: de méd. ant., t. II, p. 473, 
no 344 ; Suppl, t. V, p. 200, nos 1181 et 1182 ; 
Dumersan, Descr. des médailles antiques de Allier 
de Hauteroche, pi. xi, uo 10. 



(5) Mionnet, t. II, p. 474, no 348. 

(6) Mionnet, Suppl., t. V, p. 214, no 1270. 

(7) On se rappelle que dans la numismatique 
d'Abonotichos le serpent Glycon n'a pas toujours 
la tête humaine, qu'Alexandre avait fabriquée 
avec des linges. 



— 185 — 
au revers d'autres monnaies de Nieomédie portant les effigies d' Antonin le Pieux I) 
et de Diaduménien (2). 

Lucien (3) nous apprend que la Bithynie était un des pays où la fraude 
d'Alexandre avait rencontré la plus facile créance, où son nouveau dieu compta 
bientôt le plus d'adorateurs. Aucune ville ne dut y être plus disposée que 
Nieomédie, qui était déjà, depuis son origine, un siège important du culte 
d'Esculape (4). L'image de ce dieu est fréquente sur les impériales grecques de 
Nieomédie (5), de môme que celle d'Hygie accompagnée du serpent (6) ou bien 
tenant à la main le glaive de Memuon (7), que l'on conservait dans la ville (8) et 
auquel on attribuait des vertus curatives, miraculeuses, pareilles à celles de la lance 
d'Achille (9), de même aussi que la figure d'Athéné-Hygie, casquée, nourrissant le 
serpent (10). Ce serpent d'Asclépios, avec l'aigle de Zeus, jouait un rôle important 
dans les légendes relatives à la fondation de Nieomédie. Libanius (11) raconte que 
Nicomède I er , roi de Bithynie, hésitant encore sur l'emplacement précis à donner à la 
ville nouvelle qu'il voulait fonder, offrit un sacrifice ; au moment où il le terminait , 
apparurent un aigle et un serpent. L'aigle enleva du milieu des flammes la tète de 
la victime et alla se poser sur la colline que les dieux avaient choisie pour être le site 



(1) Mionnel, t. H, p. 469, n<> 321. 

(2, Mionnet, Suppl., t. V, p. 203, n« 1201. 

(3) Alexand., 18. 

(4) Panofka , Atklepios uni die Asklepiaden 
(extrait des Mémoires de l'Académie de Berlin 
pour 1848), p. 47. 

Pourtant je ne saurais admettre, avec Panofka, 
qu'Asclépios ait jamais été surnommé Nixouh'JV. 
La raison invoquée pour le prouver par le savant 
berlinois n'a aucune valeur. De ce que le nom 
d'un magistrat appelé Nicomède se lit sur une 
monnaie de Cos au type du serpent d'Esiulape 
(Mionnel, Suppl., t. VI, p. 576, n<> 100), on ne 
saurait rien en induire pour un surnom de ce 
dieu, car le type en question est la marque moné- 
taire constante de l'île, et on le trouve accompagné 
de bien d'autres noms de magistrats. 

(5) Antonin l« Pieux : Mionnet, t. 
n» 320. 

Marc-Aurèle : Mionnet, Suppl., t. 
n" 1059. 

Caracalla : Mionnet, Suppl., t. 
no» 1157 et 1158. 

Alexandre Sévère : Mionnet, Suppl. t. V, p. 209, 
n°1239. 

Estulape, debout sur un vaisseau, apparaît dans 
la numismatique de Nieomédie au revers de la tète 



II, p. 


469, 


V, p. 


181, 


V, p. 


196, 



de Faustine la jeune : Mionnet, Suppl., t.V, p. 185, 
no 1085. 

(6) Antonin le Pieux : Mionnet, Suppl., t. V, 
p. 178, no 1035. 

Marc-Aurèle: Mionnet, Suppl., t. V, p. 181, 
no 1061. 

Faustine la jeune: Mionnet, t. 11, p. 470, u ô 329. 

Commode : Mionnet, Suppl., t. V, p. 188, 
no 1 1 03. 

Crispine : Mionnet, t. Il, p. 472, n° 337. 

Macrin : Mionnet, Suppl., t. V; p. 202, no 1197. 

Alexandre Sévère : Mionnet , Suppl. , t. V, 
p. 210, n* 1242. 

(7) Sous Septime Sé\ère : Mionnet, t. II, p. 472, 
no 341. 

(8) Pausan., III, 3, 6. 

(9) Panofka , Asklepios und die Asklepiaden , 
p. 47. 

Cavedoni (Ballet, de Tlnst. arch., 1840, p. 109) 
a très-justement reconnu la figure de Memnon 
dans le type de quelques monnaies impériales de 
Nieomédie, où l'on voyait d'abord un Mars. 

(10) Macrin : Mionnet, Suppl. , t. V , p. 202 , 
no 1194. 

Julie Maniée : Mionnet, t. II, p. 475, n 8 3o6. 

(11) T. Il, Orat., VI, p. 203. 



— 186 — 
do Nicomédie, en même temps quo le serpent s'enfonçait en terre à la base de la 
même colline. De là, dans la numismatique impériale de cette ville, les types de 
l'aigle avec le serpent (1), de l'empereur sacriliant devant ces deux animaux (2), de 
la tête de taureau posée sur un autel devant lequel est un serpent (3), enfin delà 
ville personnifiée, la tête ceinte d'une couronne de tours, ayant le serpent à ses 
pieds (4). De là enfin ceux qui apparaissent avant qu'il ne fût question du devin 
Alexandre et de sa Ihéophanie de Glycon, du même serpent d'Esculape, posé sur un 
autel 5), sur un vaisseau (6), ou s'enroulant à un palmier (7). 

Le reptile du dieu de la médecine ne reçoit jamais une tête humaine sur les 
monuments de l'art, que lorsqu'il est Glycon. Les monnaies citées tout à l'heure me 
paraissent donc aussi décisives qu'elles l'ont semblé à Cavedoni, pour prouver que 
le serpent divin de Nicomédie fut identifié au dieu nouveau d'Abonotichos, dans la 
ferveur du culte de celui-ci. Et elles ne constituent pas la seule démonstration 
numismatique de l'influence profonde que le culte de Glycon exerça pendant un 
certain temps sur la religion locale de la cité bithynienne. L'inscription trouvée, il 
y a quelques années, sur les bords du Vardar (8), mentionne comme les dieux 
d'Alexandre, non plus un seul serpent, mais un serpent mâle et un serpent femelle, 
Draco et Dracena, lesquels apparaissent ensemble sur une monnaie d'Abonotichos, 
à l'effigie d'Antonin (9), où l'un des deux reptiles paraît siffler à l'oreille de l'autre. 
Sous le règne de Caracalla, ces deux serpents associés se montrent sur les espèces 
de Nicomédie, s'enroulant ensemble autour d'un trépied (10), ou bien flanquant des 
deux côtés l'image d'Esculape (11). 

Mais, tout ceci donné, la monnaie à l'effigie de Tranquilline, avec le serpent à 
tête humaine , montre que , malgré les railleries de Lucien , le culte d'Esculape- 
Glycon ne s'éteignit pas aussi vite qu'on l'a cru, qu'à Nicomédie il se maintint au 
moins jusqu'au règne de Gordien le Pieux, époux de cette impératrice. En revanche, 
je ne saurais trouver, avec Panofka(12), un rapport avec le culte d'Esculape-Glycon 



(1) Marc-Aurèle : Mionnet, t. II, p. 470, n* 328; 
Suppl., t. V, p. 183, no» 1072 et 1073. 

Commode : Mionnet, Suppl., I. V, p. 190, 
n<* 1116 et 1117; p. 191, no 1120. 

Alexandre Sévère : Mionnet, Suppl. , t. V, 
p. 208, no 1229. 

(2) Gordien le Pieux : Mionnet, t. II, p. 676, 
no 339. 

(3) Alexandre Sévère : Mionnel, Suppl., t. V, 
p. 208, n°1230. 

(4) Maximin : Mionnet, Suppl., t. V, p. 212, 
n* 1256. 

(5; Domitien : Mionnet, Suppl., t. Y, p. 173, 
n* 1010. 



Antonin le Pieux : Mionnet, Suppl. , t. V, 
p. 179, iio1045. 

(6) Domitien : Mionnet, Suppl., t. V, p. 175, 
n'1017. 

(7) Faustine la jeune : Mionnet, Suppl-, t. V, 
p. 185, no 1087. 

(8) Ephemeris epigraphica, t. II , 4, p. 331 ; 
Gazette archéologique, 1878, p. 182. 

(9) Mionnet, Suppl., t. IV, p. 550, no 4. 

(10) Mionnet, Suppl., t. V, p. 200, n° 1186. 

(11) Mionuet, Suppl., t. V, p. 200, no 1183. 

(12) Asklepios und die Asklepiaden, p. 48. 



— 187 — 
dans ce double fait que le type de l'image du dieu de la médecine se remarque à 
Pergame sur des monnaies signées du stratège P. Glyconianus, sous Commode (1), 
et du stratège C. Claudius Glyco Rufinianus , chevalier romain, sous Gordien le 
Pieux (2). Ce type est, en effet, habituel dans la numismatique impériale de Per- 
game, et s'y trouve avec la signature de beaucoup d'autres magistrats locaux. 

Quant au nom de TXînuùV, donné à la théophanie du dieu à Abonotichos, il 
paraît avoir été de l'invention du devin Alexandre , et on n'en trouve pas de trace 
avant lui, Mais je crois que Cavedoni (3) et Pauofka (4) ont été dans le vrai en y 
voyant un synonyme d'^Titoç, l'épithète consacrée d'Asclépios (5), celle qui entre 
dans la composition de son nom même avec un premier élément ù<r/.\, que le Grand 
Étymologique explique par àaxsXïiç (6), et où Tzetzès voit l'appellation d'un tyran 
d'Epidaure, Asclès, guéri par le dieu (7). Preller tient àr/1 comme étant le résul- 
tat d'une métathèse pour àXs£, de oXxoj, aX£<i> (8). L'altération est un peu trop 
forte pour être admise, et l'on doit reconnaître que l'on n'a pas jusqu'ici trouvé 
d'élymologie grecque satisfaisante pour l'élément qui se combine avec rirctoç 
dans Ascl-épios. 

Léon FIVEL. 



En publiant, dans un des derniers numéros de la Revue archéologique (9), un 
précieux fragment de statuette votive et iconique en pierre calcaire, découvert dans 
les ruines de Marathos de Phénicie, M. Renan m'a fait l'honneur de discuter les 
opinions que j'avais émises (10) au sujet de quelques-unes des statues du même 
caractère trouvées en Cypre, dans les décombres du temple d'Athiénau. 

« Quel était, dit l'illustre académicien, le sens de ces statues iconiques , qui 
remplissaient évidemment les temples de Phénicie et de Cypre? Faut-il y voir, 
comme on l'a supposé, des séries de portraits de prêtres, qui auraient été continués 
pendant des siècles? Nous ne le croyons pas. Le personnage représenté dans ces statues 
nous parait être l'auteur d'un vœu ou d'un sacrifice fait à la divinité du temple ; c'est 
le pqih bsn, « le maître du sacrifice », selon l'expression des tarifs de Marseille et 
de Carthage. Le vœu, le sacrifice, étaient choses bien transitoires; on pouvait 
craindre que la divinité ne les oubliât vite. Une inscription était déjà un moyen de 



(1) Mionnet, t. II, p. 603, no 600. 

(2) Mionnet, t. II, p. 616, n» 655. 

(3) Bullet. de l'Inst. areh., 1840, p. 108. 

(4) Aslclepios unddie Asklepiaden, p. 48. 

(5) Lycoplir., Cassandr., 1054; Tzetz., a. h. I. ; 
Etym. Magn., v. àoxi\tti Panofka, Asklepios und 
die Asklepiaden, p. 4; Preller, Griech. Mylhol., 
2e édit., 1. 1, p. 403; Welcker, Griech. Gœtterlehre, 
t. II, p. 735. 



H»»ipfwv : Corp. inscr. grâce, n° 511. — 
'H»io<fMTiif : Orph., Ad Mus., 37. 

(6) V. a,rx.t\ît. 

(7), Tzetz. ad Lycophr. , Cassandr., 1054. — 
Eustatlie {Ad Iliad., p. 463) appelle ce personnage 
Asclétos. 

(8) Griech. Mylhol., 2» édit., t. I, p. 403. 

(9) Juin 1879, p. 321-323, pi. \i. 

(10) Gazelle archéologique, 1878, p. 192-201. 



— 188 — 

rendre i>lus durable le souvenir du vœu. De là res innombrables inscriptions votives 
qui constituent presque toute l'épigraphie phénicienne et qui, au temple de Rabbat- 
Tanil à Carthaee avaienl pris un si prodigieux développemeut. Mais une statue 
élait un mémento bien plus efficace encore. En se faisant représenter sous les yenx 
de la divinité dans l'acte même de l'accomplissement du vœu, on rappelait en quel- 
nue sorte sans cesse l'offrande qu'on lui avait faite et l'hommage qu'on lui avait 
rendu, lue telle idée est tout à fait conforme au caractère matérialiste et 
intéressé îles cultes phéniciens, où le vœu est une sorte d'affaire, de compte 
en partie double, où l'on stipule bien uettement ce que l'on donne et où l'on 
lient essentiellement à être payé de retour. Ces statues iconiques des temples 
de Cypre et de Phénicie ne sont donc ni des statues de prêtres, ni de Vénus 
barbues : elles nous présentent l'image des hommes pieux qui vinrent succes- 
sivement accomplir leur vœu devant la divinité et qui , pour que celle-ci ne 
l'oubliât, laissèrent devant elle leur image plus ou moins grande, plus ou 
moins soignée, en matière plus ou moins précieuse, selon que leurs moyens le leur 
permettaient. En tout cas, comme l'a fait remarquer M. E. de Chanot. ces images 
étaient réellement des portraits ; on cherchait à les faire ressemblantes, afin que le 
dieu fût bien fixé sur l'identité de la personne à qui il devait ses faveurs en retour 
du sacrifice offert. » 

L'explication est lumineuse, et le motif particulier qui, dans le culte phénicien, 
multiplia d'une manière si remarquable les dédicaces de statues icouiques dans les 
temples, peut être considéré comme définitivement établi par ces remarques. J'y 
souscris d'autant plus volontiers qu'une semblable interprétation est celle que j'avais 
proposée en termes formels, mais sans la développer d'une manière aussi convain- 
cante, pour la grande majorité des statues-portraits découvertes dans les ruines des 
sanctuaires de Cypre, pour celles particulièrement dont les proportions se rapprochent 
du fragment trouvé à Amrit et publié par M. Renan (1). J'y voyais « des 
représentations votives des dévots (2) » et je remarquais que ces figures tenaient 
fréquemment à la main une colombe, de la manière dont on la prenait rituelle- 
ment pour la sacrifier, ce qui caractérise bien nettement les personnages ainsi 
représentés comme des m'n 'Sya. 

C'est seulement à une catégorie spéciale parmi les statues iconiques de Cypre 
que j'ai attribué le caractère d'images des prêtres du temple : à des statues plus 
grandes que les autres , dont la dimension n'est égalée que par celle des figures 
royales (3), qui dans le temple d'Athiénau occupaient une place à part, où, d'après 
le témoignage de M. le général de Cesnola (4), elles étaient disposées en série 
chronologique. Ces statues, dont des spécimens ont été donnés dans les planches 
.'(i, M") et 36 de la Gazette archéologique de 1878 , se distinguent des autres par le 
costume particulier des personnages , toujours le même dans tous les styles d'art , 
et par leurs coiffures, qui sont ou le bonnet pointu d'étoffe en treillis dont l'usage 
a été conservé par les prêtres chrétiens de l'île de Cypre (5), ou d'amples couronnes 
à plusieurs rangs superposés de feuillages et de fleurs, couronnes qui, chez les 



(1) Voy. la plupart des figures représentées 
dans les planches m-v de la Sannnlung Cesnola de 
M. Dœll. 

(2) Gazette archéologique, 1878, p. 198. 

(3) Toutes les vraisemblances indiquent que ce 
sont des rois qu'il faut reconnaître dans des 
statues coiffées du sclieut égyptien plus ou moins 



altéré, insigne incontestable du pouvoir souverain, 
lequel s'associait, du reste, assez généralement en 
Cypre avec le sacerdoce : Dœll, Sammlung Ces- 
nola, pi. ii, n os 7, 8 et 9; Cesnola, Cyprus, 
p. 131, fig. 2, et 154, fig. 2. 

(4 Cyprus, p. 459. 

(5) Cesnola, Cyprus, p. 180. 



— 189 — 

Grecs, étaient des insignes de souverain sacerdoce, par exemple ceux de l'hiéro- 
phante et du daduque d'Eleusis. La valeur de ces particularités de costume et de 
coiffure ne me parait pas du tout affaiblie par les remarques si judicieuses de 
M. Renan sur l'origine et l'intention de l'usage général de dédier dans les temples 
des statues votives offrant le portrait de particuliers. 

Si l'homme qui avait fait un vœu, offert un sacrifice dans le sanctuaire pour 
obtenir une grâce du dieu , désirait se rappeler à son souvenir en plaçant devant 
lui son image, à plus forte raison le pontife du temple devait tenir à perpétuer sa 
mémoire < dans la présence de la divinité » , pour me servir d'une expression 
biblique, en s'y plaçant lui-même à toujours sous la forme d'une statue ressem- 
blante. L'usage pour chaque grand prêtre de dédier sa statue iconique de son 
vivant dans le temple du dieu qu'il sert, de manière à en formel' avec [e cours des 
siècles une suite chronologique , est formellement donne par Bérodote L) comme 
une coutume égyptienne, donl l'introduction en Cypre n'a rien qui puisse sur- 
prendre. Aussi , tout en souscrivant à l'explication générale que M. Renan a si bien 
donnée de l'emploi des statues-portraits comme monuments votifs dans les mœurs 
religieuses des Phéniciens, je me crois en droit de maintenir ma conjecture, qui 
n'est nullement en désaccord avec cette explication générale, qu'au moins en 
Cypre, et en particulier à Athienau, certaines de ces statues, caractérisées par des 
attributs spéciaux de costume et de coiffure, représentaient les pontifes du temple, 
et y étaient disposées à part, en suivant l'ordre de date des dédicaces, de manière 
à placer pour toujours devant les yeux de la divinité la succession des pontifes qui 
avaient administré son culte. 

E. de CHANOT. 



TERRE-CUITE DE CYME 

(Planche 25.) 

Une des plus brûlantes et des plus délicates questions d'archéologie pratique 
qui soient soulevées en ce moment est celle des terres-cuites de PAsie-Mineure 
éolienne et ionienne, car les produits de la fabrique de Tarse, très-nettement carac- 
térisés et depuis lougtemps connus (2), sont en dehors du débat. Celles dont nous 
voulons parler sont d'abord venues en Europe à l'état de fragments isolés, princi- 
palement de tètes, que le commerce apportait sans préciser exactement leur pro- 
venance (3). C'est seulement depuis deux ou trois ans, depuis l'épuisement de la 



(1) II, 143. 

(2) Sur les terres-cuites de Tarse, les publica- 
tions principales sont jusqu'ici : W. B. Barker et 
W. F. Ainsvvortli, Lares and pénates or Cilicia 
and Us governors, Londres, 1853; Frœhner, Les 
Musées de France, pi. xxx-xxxiv ; Heuzcy, Les 
Fragments de Tarse au Musée du Louvre, dans la 



Gazette des Beaux-Arts, 2e série, t. XIV (1876), 
p. 385-40.Ï. 

(3) Les premiers signalé-; ont été décrits par 
M. Fr. Lenormanl dans le Catalogue Eug. P iot 
1870, n"s 218-221, sous la désignation de « Terres- 
cuites de Sardes. » 



26 



— 190 — 
nécropole de Tanagra, que Les marchands grecs, menacés devoir s'éteindre, faute 
d'aliments, le commerce de terres-cuites qui était devenu leur grosse affaire et 
| eu r donnai! de si beaux bénéfices, ont transporté leurs opérations en Asie-Mineure 
,., se s ,,,,| mis ; , chercher de nouvelles mines à exploiter dans les nécropoles des 
anciennes villes de cette contrée. Adroitement conduites, leurs fouilles ont bientôt 
im ené la découverte de nombreuses figurines, les unes intactes, les autres faciles 

,, restaurer, qui j plent chaque jour davantage les marchés de l'Occident et les 

cabinets des amateurs, présentées dans le commerce sous le nom générique de 
« terres-cuites d'Éphèse ». 

.Malheureusement la coupable industrie des contrefacteurs s'est bien vite mise 
de la partie (1). Il serait difficile de contester que la falsification s'est ici donné 
larffe carrière, et qu'une portion des terres-cuites importées en Europe comme 
provenant de V Asie-Mineure , se compose de pièces fausses, exécutées, du reste, 
avec une grande habileté, ou de statuettes outrageusement restaurées, où les 
additions modernes tiennent plus de place que les fragments réellement antiques. 
Pour certaines pièces , la contrefaçon est évidente et ne saurait tromper aucun 
œil exercé. On en a vu plusieurs échantillons l'année dernière dans les vitrines de 
l'Exposition rétrospective du Palais du Trocadéro. Pour d'autres, au contraire, 
el c'est peut-être le plus grand nombre de celles qui ont été jusqu'ici produites 
devant le public, la question d'authenticité est extrêmement embarrassante et 
douteuse. Les avis des savants et des connaisseurs sont profondément partagés. 
Ou a vu à Berlin certaines statuettes , dites « d'Ephèse », acquises d'abord par le 
.Musée comme excellentes, puis rejetées. A Paris, quelques-uns des maîtres qui 
font autorité en matière d'archéologie , tiennent en suspicion la classe presque 
entière des terres-cuites d'Asie-Mineure, tandis que des appréciateurs très-tins et 
très-érudils, comme M. 0. Rayet, en acceptent, au contraire, la majeure partie pour 
antique, et font valoir de sérieuses raisons en faveur de leur authenticité. 

Je n'ai pas autorité pour prétendre trancher un semblable débat, pour me pro- 
noncer d'une manière formelle, là où je vois des opinions divergentes chez les 
hommes dont il m'appartient seulement d'écouter les avis avec déférence. Je 
doute même que nul osât, aujourd'hui encore prononcer un jugement définitif sur 
le problème que soulèvent les terres-cuites de l'Asie-Mineure éolienne et ionienne. 
Le procès est pendant devant la science, et l'on doit se borner, quant à présent, 
à en rassembler les éléments avec le plus de soin et le plus de critique possible. 
Je remarquerai seulement que la question est d'autant plus délicate, réclame un 
tact d'appréciation d'autant plus grand, qu'aucun des adversaires les plus décidés 

(I) Fr. Lenormanl, Revue archéologique, nouv. i novembre 1878, p. 8?8etsuiv.; Gazette archéolo- 
sér., t. XXXVI, p. 137; Conlemporary review, \ gique, 1878, p. 201 et suiv. 



— 191 — 
de cette catégorie de monuments ne nie qu'il y eu ait d'excellents, et qu aucun 
de leurs défenseurs, non plus, ne ronteste l'existence de falsifications (1). La 
question en vient donc à exiger un examen critique et défiant de chaque pièce 
l'une après l'autre , puisqu'il s'agit de faire le départ entre le vrai et le faux , 
dont l'existence est également certaine, d'en déterminer la proportion et d'en fixer 
les caractères distinctifs ; et cela en présence de monuments qui apparaissent pour 
la première fois, qui déroutent les habitudes des yeux les plus exercés, dont la 
provenance enfin est encore enveloppée de mystère, dont on n'a généralement de 
spécimens que par des intermédiaires aux dires desquels il n'est permis d'atta- 
cher qu'une médiocre confiance. 

Ce qui rend particulièrement difficile la distinction du vrai et du faux, de l'au- 
thentique et du contrefait, dans les terres-cuites d'Asie-Mineure , c'est la nature 
même de leur style, en général assez médiocre, qui se prête assez facilement à 
l'imitation, pourvu que le faussaire ait une main un peu habile. Nous n'avons 
plus là cette grâce exquise, à la fois noble et familière, celte incomparable vénusté 
qui, dans les terres-cuites de Tanagra, défie les efforts des faussaires les plus 
expérimentés. 

Pour ma part, dit M. Fr. Lenormant (2) , j'ai quelque peine à comprendre l'engouement 
dont les amateurs se sont pris pour ces monuments. Même en admettant leur antiquité 
positive, les meilleures de ces statuettes saut très-intérieures aux terres-cuites de la Grande- 
Grèce, dont aujourd'hui les collectionneurs ne veulent plus entendre parler. Elles sont 
insipides, vulgaires, sans signification ni grâce; leur modelé est rond et mou, malgré une 
certaine finesse. Si elles procèdent d'une école de l'art ancien, c'est de celle des sculpteurs 
éclectiques de la fin de la République romaine et du commencement de l'Empire. Mais 
elles en exagèrent les défauts et le manque de caractère jusqu'à adopter les formes veules, 
étiolées et vides, chères à Canova et à son école. 

M. Rayet est moins sévère (3); mais il reconnaît aussi ces graves défauts de 
style, qui, du reste — il faut le reconnaître —ont leurs similaires dans les types 
des tétradrachmes d'argent, de fabrique plate, frappés sous les successeurs d'Alexan- 
dre, dans les villes de l' Asie-Mineure , d'où proviennent nos terres-cuites. 

C'est vers le milieu du iv« siècle que commence à Tanagra l'habitude de déposer des 
figurines dans les tombes : c'est plus tard encore, vers le commencement du m" siècle . que 
cet usage fait son apparition en Asie-Mineure. Les plus anciennes des terres-cuites 



(1) 0. Rayet, dans le Catalogue de vente île sa 
collection (avril 1879), p. 30. 

(2) Contemporary recieiv, novembre 1878, p. 808. 



(3 Gazette des Beaux-Arts, l* série, i. XVIII, 
p. 362 el suiv., Exposition universelle île 1878, 
Les Beaux-Arts et les arts décoratifs, t 11, p. 92 et 

suiv. 



— 1112 — 

asiatiques sont en effet dessinées d'après les principes mis en honneur par Lysippe et 
exagérés par son école : les corps y sont allongés à l'extrême, les têtes petites : il y a là 
même quelque chose qui choque et qui met en défiance, surtout quand on vient d'admirer 
des figurines tanagréennes. .Mais un allongement des corps s'observe aussi dans de nom- 
breux bronzes de l'époque macédonienne, et la réduction des tètes à des proportions mi- 
nuscules se voit jusque dans des œuvres en marbre, par exemple dans l'Hercule Farnèse. 
La matière el l'exécution ne sont pas non plus les mêmes dans les terres-cuites asiatiques 
que dans les figurines de la Béotie. L'argile blanche, savonneuse au toucher, ductile et 
Huile à cuire, qui est si abondante à Tanagra, n'existait point en Asie-Mineure : les coro- 
plastes s'y sont servis de la boue charriée par les fleuves et qui provient du lavage des 
argiles rouges pailletées de mica qui forment les terres du haut pays : cette boue leur a 
fourni nue pâte céramique plus courte et plus rèche que l'autre, mais aussi plus fine, plus 
serrée et susceptible de prendre par la cuisson une très-grande dureté ; cette pâte n'est 
d'ailleurs pas semblable dans toutes les localités, et l'aspect seul de la matière permet de 
distinguer dans les terres -cuites d'Asie-Mineure un assez grand nombre de fabriques dis- 
tinctes. Ce peu de plasticité de l'argile n'a pas moins contribué que le goût plus raffiné du 
temps ii donnée aux terres-cuites de Pergame , de Smyrne, de Magnésie du Méandre et de 
Milet, un caractère d'art tout différent de celui des terres-cuites béotiennes : plus rien de 
cette bonhomie, de ce laisser-aller charmant, de ces accents spirituels et fantaisistes que 
donne la retouche, mais des figurines tirées démoules faits avec le plus grand soin , et 
auxquelles il a suffi . avant de les mettre au four, de coller certaines parties détachées et 
de donner du poli. Souvent même, et particulièrement dans la fabrique de Smyrne, les 
moules oui dû être obtenus par le surmoulage de petits bronzes; d'autres fois les mo- 
quettes qui ont servi à les faire n'étaient que des réductions de grandes statues. 

Les différences de fabriques qu'indique ici M. Rayet ont une importance capitale 
dans l'établissement des critériums d'authenticité des figurines de l'Asie-Mineure, 
improprement confondues d'abord sous le nom commun de « terres-cuites 
d'Ëphèse ». 11 est de premier intérêt de bien établir les caractères intrinsèques de 
nal me de terre et de technique qui différencient en plusieurs groupes cette classe 
de petits monuments. Il n'est pas moins indispensable de s'efforcer, par des 
indications de provenances sûres et puisées à des sources dignes de foi, de 
rapporter chacun de ces groupes à une origine bien définie. Sans doute on ne 
parviendra à ce résultat que pour un petit nombre de pièces, même après un contrôle 
poursuivi sur les lieux, par quelqu'un qui aura pu être le témoin des fouilles. Mais 
ceci suffit ; car ce qui importe, c'est d'arriver à posséder un certain nombre de types 
dune authenticité et d'une provenance également incontestables, qui puissent servir 
de bases solides à la critique de la foule des figurines dont l'aspect est douteux, et 
duiil l'origine précise demeurera toujours inconnue. Pas n'est besoin d'avoir des 
certificats de provenance pour reconnaître du premier coup d'œil une terre-cuite de 
Tanagra, sans qu'il puisse y avoir un doute à son égard. Les terres-cuites de 



— 193 — 
lAsie-Mineure ne prendront définitivement droit de bourgeoisie dans la science 
que lorsqu'on aura pu parvenir à la même certitude dans la détermination de leur 
antiquité et de leur source de fabrication. 

M. Rayet s'est spécialement occupé de cette question, et voici comment il résume 
dans le Catalogue de sa collection privée (1), vendue aux enchères publiques, à 
Paris, dans le mois d'avril 1879, les résultats principaux de ses remarques person- 
nelles et des informations qu'il a recueillies. 

Les figurines d'Asie-Mineure proviennent de plusieurs fabriques. Celles dont les produits 
ont été jusqu'à ce jour retrouvés en plus grand nombre sont : 

1° La fabrique de Pergame : la terre est grisâtre avec un noyau noir, très-cuite, très- 
dure, un peu poussiéreuse à la surface Les figurines sont peintes, et la dorure n'y appa- 
raît que rarement et comme accessoire. 

2° La fabrique de Cymé : la terre est un peu plus rouge et plus légère que celle de 
Pergame; les figurines, peintes et sans dorure, sont presque toujours moulées négligemment; 
elles sont le plus souvent recouvertes d'une incrustation très-mince, mais très-dure. 

3 n La fabrique de Smyrne : la terre est rougeàtre avec un noyau noir, pailletée de par- 
celles de mica, bien cuite, mais friable. Les figurines sont de formes très- élancées et parais- 
sent surtout être des surmoulages de petits bronzes ou des copies de statues, surtout de 
l'école de Lysippe ; les types d'Hercule, d'Éros et d'Aphrodite prédominent. Après la cuis- 
son, les figurines ont été enduites d'une couche de jaune brun, plus rarement de rouge, 
sur laquelle une dorure a été appliquée au moyen d'un vigoureux frottis (voir les lexico- 
graphes, aux mots x^'G*?* et x'*'£<*$" a ) • 

Les terres-cuites d'Éphèse et de Magnésie du Méandre ressemblent pour la matière et le 
caractère d'art à celles de Smyrne. On en a trouvé aussi à Milet et à Mylasa, mais en petit 
nombre, et je ne saurais préciser les caractères de ces fabriques. 

Je dois ajouter que ces renseignements s'accordent exactement avec ceux qui 
m'ont été transmis par M. Paul Lambros , le savant négociant d'antiquités et 
archéologue athénien, sauf en ceci que M. Lambros maintient en termes formels la 
désignation de « terres-cuites d'Ephèse » pour le troisième groupe, que M. Rayet 
attribue à Smyrne. C'est d'ailleurs ce groupe auquel s'appliquait spécialemenl 
l'appréciation si sévère de M. Fr. Lenormant, que nous avons rapportée tout à 
l'heure; et d'après M. Rayet ce sont, « de toutes les terres-cuites asiatiques, 
les seules qui puissent être suspectées ». 

On annonce la prochaine publication d'un ouvrage spécial de M. Frœhner, qui 
comprendra, reproduites par les pi'océdés phototypiques, la plupart des terres- 
cuites d'Asie-Mineure , et spécialement d'Ephèse ou de Smyrne, que renferment 
les collections parisiennes, en particulier celles qui sont venues en France par un 

(1) P. 30. 



— L94 — 
des principaux canaux de celte importation. Quelque opinion que l'on ait sur les 
points en litige . on ne peu! qu'applaudir au projet de cette publication, qui mettra 
sous les yeux du public la majeure partie des pièces du débat. Il est seulement à 
désirer qu'elle soil accompagnée de documents sérieux sur la provenance des objets 
qui v seront compris. 

En attendant . je crois utile de dresser ici un petit catalogue des terres-cuites de 
l'Asie-Mineure éolienne et dorienne, dont les figures ont été jusqu'ici publiées (1). Ce 
catalogue est l'ail en dehors de toute prétention de porter un jugement sur l'authen- 
tioité plus ou moins certaine de chacune des statuettes ou de chacun des groupes 
qui v sont énuinérés. 

/. Fabrique d'Ephèse ou de Smyrne. 

1. Aphrodite entrant au bain: Griechische Terracotten aus Tanagra und Ephesos 

im Berliner Muséum , pi. xxrx. 

2. Aphrodite debout, statuette de grande dimension : Même ouvrage, pi. xxx. 

:i. Aphrodite Anadyomène, arrangeant sa chevelure (collection de M. Bellon, à 
Rouen) : Gazette des Beaux-Arts, 2° série, t. XVIII , p. 347 ; Exposition uni- 
verselle de 1878, Les Beaux-Arts et les arts décoratifs, t. II, p. 88. 

4. Éros debout, venant de décocher un trait en l'air : Griechische Terracotten aus 
Tanagra and Ephesos, pi. xxxi. 

."). Éros et Psyché, debout, se tenant embrassés : Revue archéologique, nouv. sér., 
t. XXXVI, pi. xix ; M. Collignon, Essai sur les monuments grecs et romains du 
mythe de Psyché, p. 95, n° 30 ter. 

Ci. Béraklès debout: Griechische Terracotten aus Tanagra und Ephesos , pi. xxxu. 

7. >\ mplegma d'IIéraklès et d'Omphale (collection de M. Camille Lécuyer, à Paris) : 
Gazette archéologique, 1878, pi. iv; Gazette des Beaux-Arts, 2 e série, t. XVIII, 
p. 361: Exposition universelle de 1878, Les Beaux-Arts et les arts décoratifs, 
t. Il, p. 89. 

IL Fabrique de Pergame. 

1. Marchand forain grotesque: Gazette des Beaux-Arts, 2° série, t. XVIII, p. 365; 

Exposition universelle de 1878, Les Beaux-Arts, etc., t. II. p. 93; Catalogue 
0. Rayet, n° 114. 

2. Petite fdle nue jouant avec une poule : Gazette des Beaux-Arts, 2 e série, t. XVIII, 

p. 369; Exposition universelle de 1878, Les Beaux-Arts, etc. , t. II, p. 95 ; 
Catalogue 0. Rayet, n° 119. 

I) Dans le Catalogue 0. Rayet, les n os 1H-119 | 121 à celle de Smyrne ou d'Éjihèse, enfin n° s 122 
soni rapportés à la lubrique de Pergame, no» 120 et | et 123 à celle de C\mé. 



- 195 — 

Aucun spécimen de la fabrique de Cymé n'a été jusqu'ici figuré dans aucun 
ouvrage ni dans aucune revue. 

C'est cette lacune que comblera la plauche 25. On y a reproduit, par le moyen de 
la phototypie, la plus belle et la plus importante des terres-cuites de Cymé d'Eolide 
qui se soit encore présentée à notre connaissance. C'est un morceau de la plus 
incontestable authenticité, qui n'olï're même pas de restaurations, car on s'est borné 
à en recoller les fragments, sans chercher même à dissimuler Les lignes de fracture. 
La provenance en paraît bien établie, sur des renseignements dignes de foi. Celle 
belle figurine, que notre planche représente dans ses dimensions exactes, a été 
apportée en France, il y a quelques mois, et fait aujourd'hui partie de la collection de 
M. Bellon, de Rouen, dont la libéralité bien connue nous a permis de la publier. 

Comme il s'agit avant tout de donner un type du faire et du style d'une fabrique 
encore imparfaitement connue, la direction de la Gazette archéologique a donné la 
préférence à la reproduction photographique sur l'interprétation par la gravure, 
car on peut toujours craindre, dans ce dernier cas, que l'artiste ue substitue dans 
une certaine mesure son sentiment personnel à l'accent exact de l'objet antique. 

Il ne faudrait pas, du reste, s'imaginer que les terres-cuites de Cymé aient tou- 
jours la beauté de celle-ci. La figurine du cabinet de M. Bellon est réellement une 
pièce exceptionnelle, que son mérite d'art met hors de pair. C'est aussi , de toutes 
les terres-cuites de l'Asie-Mineure éolienne on ionienne qu'il nous a été donné 
d'examiner, celle qui remonte à la date la plus élevée. On ne court pas risque de 
se tromper en l'attribuant à la seconde moitié du iv° siècle av. J.-C. ou au plus 
tard au commencement du m% c'est-à-dire à l'époque où Cymé frappait ses petites 
monnaies d'argent de poids attique, offrant d'un coté la ligure d'un aigle et de l'autre 
la partie antérieure d'un cheval (1). Le style en est, en effet, antérieur à celui des 
tétradrachmes d'argent, de poids attique et de fabrique plate , qui ont été battus 
dans cette ville à partir du milieu du ni' siècle (2). Nous avons donc ici une terre- 
cuite de i'Eolie qui est contemporaine des meilleurs produits des officines deTanag ra 
et qui peut entrer en parallèle avec elles pour l'élégance et la pure beauté du stj le. 
On n'y trouve peut-être pas cette grâce piquante et familière que les coroplastes béo- 
tiens obtenaient par les dernières retouches, qu'ils donnaient avec l'ébauchoir à leurs 
statuettes une fois moulées. Mais pour le rhythme harmonieux des lignes, pour la 
sévère correction du dessin, pour l'heureux abandon de l'attitude et le beau jel de 
la draperie, le modeleur éolien se montre ici l'égal de ceux de la Béotie; et avec 
moins de piquant il a plus de simplicité et de grandeur. 



(<) J. Branriis, Das Miinz-Mass-und Gewich- 

tswesen in Vorderasien bis auf Aie ramier Jeu 
Grossen, p. 148. 



(S) J. Brandis p. 448. — Un rie ces tétradrach- 
mes esi fort bien gravé dans Mionnet, Description 
île médail 1 es antiques. Supplément, t. VI, pi. n. n n 2. 



— 196 — 

Nous n'insisterons poinl sur les particularités d'exécution qui distinguent cette 
terre-cuite de celles de Tanagra; la planche eu dit plus à ce sujet que les explications 
détaillées dans lesquelles nous pourrions entrer. Cette exécution se continue, avec 
nn s iyl e bien inférieur, de plus en plus tendant à la manière, et une assez grande 
négligence dans la préparation des moules, dans les œuvres postérieures des coro- 
plastes de Cymé, qui descendent. jusqu'aux temps romains. On v remarque aussi 
toujours la même forme de la hase sur laquelle repose la figure, base qui est creuse, 
ouverte par en bas et poussée dans le moule avec le reste de la statuette, différant 
absolument de la plaquette carrée et pleine, ajustée après le moulage, sur laquelle 
seul portées toutes les statuettes tanagréennes. Quant à la nature delà terre, elle 
est exactement conforme à la définition de M. Ràyet. 

Le sujet de notre terre-cuite de Cymé rappelle ceux des terres-cuites de Tanagra, 
et se pn'le aussi difficilement à l'attribution d'un nom précis à la figure qu'elle 
représente. Cette jeune femme, enveloppée, par-dessus un chiton, d'un long hima- 
lion blanc qui la couvre entièrement, passe sur sa tète en manière dévoile et serre 
étroitement le corps dans ses plis, qui en dessinent les formés, nous la voyons cent 
fois dans les statuettes béotiennes, sans rien qui nous autorise à y reconnaître une 
déesse, une nymphe ou une héroïne. Elle s'y montre fréquemment, comme ici, 
assise sur un rocher dans une attitude pensive et abandonnée. Quelquefois même un 
hermès de Dionysos barbu, de Priape ou de quelque démon du cortège du dieu du 
\ in . se dresse sur le rocher, et la femme appuie son épaule à la gaine de cet hermès, 
comme nous le voyons dans notre monument. On peut, par exemple, établir un rap- 
prochement étroit entre la figurine de Cymé du cabinet de M. Bellon et une figurine 
de Tanagra, que possède le Louvre (1). Et cette comparaison sera particulièrement 
instructive pour faire voir la dilférence de l'esprit que les coroplastes des deux 
localités ont apporté dans la reproduction d'un même sujet. 

Un peu plus tard les représentations proprement mythologiques prédominent 
presque exclusivement dans les terres-cuites de Cymé. Celle que M. Bellon a eu la 
bonne fortune de pouvoir faire entrer dans sa collection , révèle qu'il y eut d'abord 
un temps où l'on y préférait les sujets vagues, imparfaitement définis et plutôt fami- 
liers, que nous connaissons maintenant comme avant régné dans la fabrique de 
Tanagra au iv e et au ni 6 siècle. 

E. LIÉNARD. 

(1) Heuzey, Les figurines antiques de terre-cuite au Musée du Louvre, pi xxn. n° I. 



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— 197 — 
L'ORNEMENTATION FLORALE ET PÉLAGIENNE 

CHEZ LES PEUPLES GhÉCO-PÉlASGIQUES 

(Planches 2G et 27.) 



Les admirables trouvailles de M. Schliemann à Mycènes (1), en rendant au jour, 
sinon peut-être les sépultures d'Agamemnon et de ses compagnons — la chose n'est 
rien moins que démontrée — du moins tout le somptueux mobilier funéraire et la 
masse presque incroyable d'objets d'or déposés dans des tombes royales remontant à 
la période achéenne de l'histoire du Péloponnèse, à une civilisation que M. Newton 
a justement appelée prédédaléenne et préhomérique, — les admirables trouvailles de 
M. Schliemann, dans la portion de ces objets d'or qu'il faut incontestablement attri- 
buer à un travail indigène et local (2), nous ont révélé tout un système d'ornemen- 
tation particulier , inconnu jusque-là , qui y prédomine presque exclusivement. 
Cette ornementation est réellement à part, très-distincte de celles qui prévalaient en 
Egypte, en Babylonie et en Assyrie, ou bien en Phénicie. Il s'y mêle bien une cer- 
taine part d'imitation orientale dans les plaques d'or estampées ou dans les bractées 
de métal qui étaient cousues sur les vêtements. Car cette classe d'objets nous offre 
quelquefois certaines formes animales que l'art asiatique s'est complu à représenter, 
certaines créations fantastiques de son imagination, comme le sphinx ailé, le grif- 
fon, l'aigle à deux tètes dont a hérité le blason (3), mais qui apparaît déjà dans les 
bractées de Mycènes comme dans les bas-reliefs de Ptérion. Mais ces motifs n'y 
tiennent qu'une place secondaire, ils sont subordonnés à l'ornementation spéciale dont 
je veux parler, et dans laquelle ils s'introduisent comme une importation étrangère. 



(1) H. Schliemann, Mycenœ, a narrative of re- 
searches and discoveries at Mycenœ and Tiryns, 
Londres, Murray, 1878; Mycènes, récit des recher- 
ches et découvertes faites à Mycènes et à Tirynthe, 
ouvrage traduit de l'anglais par J. Girardin, 
Paris, Hachette, 4879. • 

Voy. aussi sur ces antiquités les articles capi- 
taux, bien que les conclusions soient loin. de s'en 
accorder entre elles, de MM. Cli. Newton, dans 
l'£(fi«i6Mrpfcre«ietodejanvier1878;PercyGardner, 
dans la Quarterly rsview de janvicH 878; R.Stuirt 
Poole, dans la Contemporary review de janvier 1878; 
A. -S. Murray, dan? la Nineteenth century de 1879; 
U. Kœhler, Veher die Zeit uiul den Ûrsprung der 
Grabanlagen in Mykene uni Spata, dans les Mit- 
theilungen des deutschen Archœologischen Institu- 



tes in Athen, t. III, p. 1-13. Voy. enfin mes 
propres articles sur Les antiquités de Mycènes, 
dans la Gazette des Beaux-Arts de février et avril 
1879. 

(2) J'ai essayé, dans mon second article de la 
Gazette des Beaux-Arts, de préciser exactement 
le départ it faire, parmi les ors de Mycènes, entre 
les objets importés, de fabrication euphralique ri 
phénicienne, et les produits rudes et imparfaits de 
l'industrie locale, de déterminer les caractères qui 
permettent de les dist nguer avec certitude; on 
me permettra d'y renvoyer le lecteur. 

(3) Voy. le mémoire si remarquable do M. E. 
Curtius, UeberWappengebi'auch »'"' WappenstU im 
griechischen Alterthum, dans les Mémoires de l'A- 
cadémie de Berlin pour 1874. 

27 



— 198 — 
Et L'ornementation non égyptienne, non assyrienne et non phénicienne, que les 
fouilles de Mycènes ont révélée pour la première fois, règne seule sur les boutons 
d'or repoussés ou ciselés, qui servaient à décorer de bossettes métalliques les objets 
de bois ou de cuir (1), boutons qui sont certainement des produits de l'industrie 
indigène, et non les moins originaux. 

Le trait essentiel et primordial de ce système d'ornementation est le soin singulier 
avec lequel il évite l'emploi des lignes droites formant des angles par leurs intersec- 
tions et leurs combinaisons, lesquelles sont, au contraire, la donnée fondamentale 
et génératrice de la décoration dite géométrique, qui prévalut à une autre époque 
dans les mêmes contrées. Celui qui nous occupe ne procède que par courbes, par 
lignes arrondies et flexueuses. 

On peut, d'ailleurs, ramener à cinq éléments principaux les motifs qui constituent 
l'ornementation de la majorité des ors estampés de Mycènes, de ceux où se marque 
un cachet réellement original : 

Les spirales plus ou moins compliquées, entrelacées et enchevêtrées (2), qui occu- 
pent aussi une grande partie du champ des stèles funéraires sculptées en calcaire 
grossier du pays (3) ; 

Les rosaces florales ; 

Les bossettes circulaires, à la surface plus ou moins décorée de points en relief 
régulièrement disposés ou de cercles concentriques ; 

L'imitation du feuillage de plantes aquatiques; 

Celle d'insectes, comme les papillons, les mouches, les cigales, les sauterelles, et 
plus encore d'animaux marins, poulpes, méduses, astéries, actinies ou anémones de 
mer, mollusques divers et poissons. 

Les trois premiers de ces éléments peuvent être encore rattachés à la source du 
système ornemental de la civilisation euphratique, bien que celui-ci n'ait jamais 
donné un pareil développement à l'emploi des spirales et des cercles concentriques, 
qui tiennent, en revanche, une place considérable dans la décoration des objets de 
l'âge du bronze occidental. Les enroulements et les postes (4) se combinent , d'ail- 



(1) Voy. dans l'édilion française de l'ouvrage de 
M, Schliemann, p. 385, fig. 460, la belle épée au 
fourreau de bois garni tout du long de ces bos- 
selles d'or , laquelle correspond si bien à la 
description du glai\e d'Agamemnon, dont on dit 
ii îi t\ 5/ioj Xfvruti inL^ouiti [lliad., A, 29). Cf. 
le sceptre d'Achille xp 1 '"»'* »A»i»i irtiap/it'ïov 
[Iliad., A, 126), et le. |i'ipo« ou cpàV^avov p^pus-i'nAo» 
[lliad., Ii, 45; I', 334, et : passim). 

(2) Ces combinaisons de spirales coin renl entiè- 
rement le corps de vases d'or (Schliemann, édit. 



française, p. 312, fig. 341 ; p. 396 , fig. 476), un 
grand plastron de mémo métal (Schliemann , 
p. 383, fig. 458) et des plaques repoussées 
(Schliemann, p. 393, fig. 472); elles sont ré- 
pétées à l'infini sur les boutons d'or ciselé ou 
estampé. 

(3) Schliemann, édit. française, p. 149, fig. 140; 
p. 155, fig. 141 ; p. 162, fig. 144 ; p. 163, fig. 145; 
p. 164 et 165, fig. 146-150. 

(4) Ces ornements tiennent une place considé- 
rable dans les fragments de la décoration de la 



— 199 — 
leurs, avec les chevrons, les compartiments en carré ou en losange, les méandres 
anguleux, les combinaisons de lignes décussées ou se coupant à angle droit, dans 
l'ornementation géométrique des vases peints primitifs de l'Archipel grec (1) et de 
l'Attique (2), si voisine de celle des poteries incisées et des objets de métal dans le 
style que le regrettable comte. Conestabile a qualifié à'mitico-italico (3). 

Mais les deux autres éléments, ceux qui sont empruntés à la nature vivante, ani- 
male ou végétale, n'ont aucune analogie jusqu'à présent connue, ni en Asie, ni en 
Occident. C'est là ce qui leur assure un caractère bien nettement indigène , que 
confirme encore cette circonstance décisive que tout y est pris dans la flore locale ou 
dans la faune propre aux mers de la Grèce. 

C'est d'ailleurs le même système d'ornementation que nous trouvons exclusive- 



porte du Trésor d'Atrée à Mycènes (Dodwell, 
Tour in Greece, t. IL p. 232; Gell, Argolis, pi. vu; 
Supplément to the Antiquities of Athens, pi. vu) et 
dans les débris d'architecture soignée du même 
style, que M. Schliemann a rencontrés dans ses 
fouilles, et qui paraissent provenir d'édifices situés 
dans la partie culminante de la citadelle des 
Atrides (Schliemann, édit. française, p. 166 et 
167, fig. 151-154; p. 219, fig. 215 et 216). Ces 
morceaux, comme la Porte des lions et les Trésors 
dont Pausanias admirait déjà la sculpture, repré- 
sentent le point culminant de la puissance et de 
la civilisation des Achéens de Mycènes, tandis que 
les tombes découvertes par M. Schliemann appar- 
tiennent à leur décadence , comme le suppose 
M. Newton, ou bien à la période où leur dévelop- 
pement était encore incomplet. 

Les mêmes enroulements, a\ ec des combinaisons 
géométriques rectilignes, s'observent, sur les faça- 
des, sculptées dans le rocher , des tombeaux des 
anciens rois phrygiens (Texier, Voyage en Asie- 
Mineure, t. I, pi. liv, LViuetLix). On les retrouve 
aussi à la Giganteja du Gozzo [Mon. inéd.publ. par 
la sect. franc, de l'Institut archéologique, pi. i et u) 
et dans la mosaïque très-ancienne du temple d'A- 
phrodite à Paphos. 

(1) Sur ces vases, voy. Brongniart, Traité des 
arts céramiques, 1™ édit., t. I, p. 577 et 5S6 ; 
Birch, History of ancient pottery, Inédit., t.. I, 
p. 252-256; J. de Witte, Études sur les rases 
peints, p. 35 et s. : Brongniart et. Riocreux, Des- 
cription méthodique du Musée céramique île Sèvres, 
pi. xiu ; A. Dumont, Peintures céramiques de ht 
Grèce propre, p. 85; Conze, Zur Geschichte der 
Anfœnge griechiseker Kunst, Vienne, 1870, extrait 



du tome lxiv des Mémoires de l'Académie des 
sciences de Vienne; Fr. Lenormant, Les premières 
civilisations, t. II, p. 351-365; Les antiquités delà 
Troade et l'histoire primitive des contrées grecques, 
p. 17. 

(2) 0. Hirschfeld, Ann. de l'inst. arch., t. xliv 
(1872), p. 131 et s., pi. IetK; Mon. inèd. de l'inst. 
arch., t. IX, pi. xxxix-xl. Ces vases athéniens 
combinent avec l'emploi de la décoration géomé- 
trique les premières tentatives d'imitation de la 
figure humaine; ils représentent donc une période 
de développement postérieure à celle des vases à 
purs décors géométriques des Cyclades : II. Brunn, 
Problème in der Geschichte der Vasenmalerei, p. 21, 
extrait des Mémoires de l'Académie de Bavière 
pour 1871; A. Dumont, Peintures céramiques de la 
Grèce propre, p. 26. 

M. Albert Dumont [Mém. cit. , p. 2'i) fait avec 
raison une classe à part des poteries peintes à 
dessins géométriques qui se rencontrent sur le 
continent de la Grèce. Il faut aussi en établir une 
pour les débris analogues qui ont été trouvés en 
Lydie : Burgon , Transact. of the R. Society of Li- 
terature, 2e sér. , t. II, p. 291 et suiv. ; Olfers , 
dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 
1858, p. 519, pi. v. Un vase encore inédit de celte 
dernière classe, tiré de la mer dans le golfe de 
Smvme, e^ista dans la collection de M l'abbé 
Desnoyers, à Orléans. 

(3) Sovra duc dischi in hronzo antico-italici del 
Museo ili Perugia et sovra Farte ornamentale pri- 
mitiva m Italia e m aller parti ili Europa, Turin, 
1871, extrait du tome WVII1 de la 1 e série des 
Mémoires de l'Académie de Turin. 



— 200 — 
ment employé sur les poteries peintes, dont on a rencontré les débris dans les sépul- 
tures royales de Mycènes et dans les couches profondes des décombres qui couvrent 
le sol de l'acropole de cette ville (1). Ces vases, réduits à l'état de tessons, sont ici 
d'une importance capitale et fournissent le plus précieux moyen de contrôle pour la 
distinction des deux classes entre lesquelles il faut répartir les objets d'or suivant 
leurs origines ; car leur fabrication locale ne peut faire l'objet d'un doute , et par 
suite ils nous offrent des types certains du style qui régnait dans l'industrie indigène. 

Les habitants de la Mycènes achéenne étaient notablement moins avancés dans 
l'art du céramiste que dans le travail des métaux précieux. L'immense majorité de 
leurs poteries ont été fabriquées exclusivement à la main, sans l'aide du tour. On 
ne reconnaît l'emploi de cette machine , bien simple pourtant, que dans quelques 
pièces exceptionnelles , dont les décors sont plus soignés et mieux exécutés qu'à 
l'habitude, bien que rentrant dans les mêmes données que ceux des autres (2). 
L'ornementation peinte sur les vases faits à la main est très-grossière , tracée par 
une main lourde, mal assurée, sans précision ni fermeté dans les traits. En 
revanche , les couleurs dont elle use sont d'assez belle qualité. Ces couleurs se 
réduisent, du reste, à trois : un blanc jaunâtre uniformément étendu pour les fonds, 
puis, dans les dessins, un brun plus noir et plus brillant que celui qui a été mis en 
œuvre sur les vases à décors géométriques, et un rouge vif qui cesse d'être employé 
plus tard. 

Les motifs essentiels du décor sont presque exclusivement ceux que nous notions 
sur les ors (3) : les spirales et les enroulements, les rosaces, les orbes pleins ou dont 
l'intérieur est rempli par une succession de cercles concentriques, l'imitation des 
mêmes végétaux que dans les plaques de métal estampées, enfin certains animaux. 
Parmi ceux-ci, dans les peintures céramiques les insectes ne figureut plus; on n'ob- 
serve que les mollusques, les poissons et les zoophytes marins, auxquels se joignent 
aussi quelques annélides du sable humide des grèves. Quelques oiseaux s'y remar- 
quent également, mais ce sont exclusivement des oiseaux aquatiques , des palmi- 
pèdes du genre des canards. Nous avons là un choix singulier dans les types de la 
nature animale, qui ne répond à rien de ce que nous voyons ailleurs, et qui n'a pu 



I Les dessins d'un très-grand nombre de po- 
teries peintes de Mycènes se trouvent dans l'ou- 
vrage de M. Scldiemann. J'ai pu en étudier une 
série de fragments en originaux entre les mains 
de M. le baron deWitte, qui les avait reçus de 
l'habile fouilleur el les a généreusement répartis 
entre le Musée du Louvre, le Cabinet d 'S Médailles, 
le Musée céramique de Sèvres et le Musée de 
Saint-Germain. Oo annonce la publication à 
Berlin, à la librairie Aslier, d'un ouvrage de 



MM. A. Furlwaengler et G. Lœscbke, intitulé 
Mykenische Thongsfœsse. Il ne m'est pas encore 
parvenu quand j'écris cet article. 

(2) Tel est le vase, unique en son genre , dont 
les fragments sont publiés dans Scbliemann, édit. 
française, p. 239, fig. 232 et 233. 

(3) On y rencontre cependant aussi quelques 
combinaisons géométriques rectilignes, mais en 
petit nombre. 



— 201 — 
être fait que par des populations habitant les rivages de la mer, passant sur les flots 
une grande partie de leur existence, et demandant principalement leur nourriture à 
la pêche (1). 

Les antiquités de Mycènes, où nous observons cette ornementation si particulière, 
«ont d'abord apparues dans un isolement singulier, qui embarrassait fort les archéo- 
logues it semblait même de nature à éveiller chez eux quelques soupçons. Mais 
bientôt les découvertes analogues se sont multipliées sur d'autres points, et ont jeté 
une lumière nouvelle sur les questions soulevées par ces antiquités. 

Peu après les belles fouilles de M. Schliemann dans la cité des Pélopides, on 
ouvrait à Spata, dans l'Attique, des tombeaux remontant à une très-haute antiquité. 
Malheureusement ils n'étaient pas restés vierges comme ceux de Mycènes ; violés à 
une époque que l'on ne saurait actuellement déterminer, ils ont été dépouillés alors 
de tout ce qu'ils contenaient de métaux précieux. Cependant leur exploratiou a 
fourni plusieurs milliers d'objets de verre, d'os, de terre-cuite, et même quelques 
rares pièces de métal échappées à la cupidité des pillards. Après les premières notices 
publiées sur ces précieuses trouvailles (2), le rapport de MM. Castorchis et Couma- 
noudis dans i' 'AÔYjvoctov (3), les dissertations de MM. Milchhœfer et U. Kœhler dans 
les Mittheilungen de l'Institut archéologique allemand d'Athènes (4), un membre de 
notre Ecole française, M. Haussoullier, a donné, dans le Bulletin de correspondance 
hellénique (5), un catalogue complet des antiquités de Spata, accompagné de planches 
héliographiques d'un grand intérêt. C'est là que l'on peut voir à quel degré ces an- 
tiquités se rapprochent de celles de Mycènes Elles présentent de même un mélange 
de produits asiatiques et indigènes, entre lesquels le départ n'est pas toujours facile 
à faire, et dans l'ornementation de ces derniers, à côté de motifs empruntés à l'an- 
tique Orient, ceux qui ont été tirés des végétaux aquatiques, des oiseaux palmipèdes, 
des poissons et des mollusques marins. 

D'un autre côté , M. Ch. Newton (fi) a appelé l'attention sur la sépulture 
primitive d'Ialysos, dans l'île de Rhodes, où l'on a trouvé, avec d'autres objets 
(dont un scarabée en porcelaine égyptienne portant le cartouche d'Amenhotep III, 



(1) Los fragments de poteries peintes où l'on 
observe fies essais grossiers de représentalions de 
quadrupèdes (Schliemann, édit. française, p. 123, 
no 31 ; p. 124, n<> 33; p. 125, no il ; p. 126, 
n° 48 ; p. 127 no 52) et même des figures humaines 
(Schliemann, p. 126. no 47; p. 133, n° 82) se sont 
tous rencontrés dans des couchas supérieures de 
décombres et appartiennent à une époque plus 
récente. 

(2) Bulletin de correspondance hellénique, t. Ii 
p. 260-264; Mittheilungen des deutschen Archœo- 
logischen Instilutes in Athen, t. Il, p. 82-84; 



Revue archéologique, nom . sér., t. XXXIV, p. 349. 

(3) T. VI. septembre-octobre 1<s77, avec six 
planches lithographiées ri un plan. C'esl d'aprè 
ce rapport que M. Ch. Lévôque a composé n 
intéressant article sur Les fouilles de Spata en 
Attique, publié dans le Journal de* Savants «le 
décembre IS77. Voy. an h Schliemann, Mycènes, 
érlit. française, p. 30-45. 

(4) T. 11, p. 261-276; t. III, p. 1-13. 

(5) T. II, p. is:,:':'s. pi. mu mi 

(6) Edimburgh review, janvier is7h, p 241 el 
351. 



— 202 — 
de la xvin'' dynastie), quarante-trois vases peints pareils à ceux de Mycènes, mais 
intacts, qui sont aujourd'hui conservés au Musée Britannique. On a bien souvent 
parlé de ces vases d'Ialysos, dans tout ce que l'on a écrit sur les fouilles de Mycè- 
nes (1). mais sans en publier aucun jusqu'à présent. La Gazette archéologique doit 
à l'amicale obligeance de M. Newton la faveur insigne de pouvoir être la première 
à en donner deux spécimens, choisis de manière à représenter ce que j'appellerai le 
décor végétal et le décor marin ou pélagien (2). Ce sont ceux qui sont reproduits 
avec leurs couleurs exactes dans les planches 26 et 27. Sur le premier, le céramiste 
a manifestement cherché à imiter des plantes herbacées poussant au milieu de 
rochers; sur le secoud, il s'est efforcé de copier des serpules marines, ou plutôt 
encore quelqu'un des mollusques dont l'apparence extérieure se rapproche de celle 
des annélides tubicoles , soit une espèce de vermet, soit la cloisonnaire de la 
Méditerranée (3). Des tessons de poterie trouvés à Mycènes et publiés par 
M. Schliemann (4) offrent dans leur peinture exactement les mêmes motifs , et 
l'identité de part et d'autre est si absolue que l'on croirait volontiers les poteries de 
Mycènes et celles d'Ialysos sorties de la même fabrique. En éditant ceux de ces 
fragments qui retracent des serpules, vermets ou cloisonnaires comme le vase de 
notre pi. 27, le savant et heureux explorateur dit que ce type de décoration est 
celui qui se reproduit le plus fréquemment dans la céramique primitive mycénéenne. 
On en a trouvé aussi quelques tessons dans les sépultures de Spata (5), et moi- 
même j'avais , en 1860, recueilli un morceau de poterie orné de ce même motif 
peint en rouge vif, en déblayant à Eleusis, sur le flanc de l'acropole qui regarde la 
Baie de Salamine, un tombeau dont le plan et la forme rappellent dans de plus 
petites dimensions les Trésors de Mycènes, mais dont la structure est plus ancienne 
et se rapproche de celle des galeries de Tirynthe (6). 

Dans l'année 1866, j'avais rapporté de Santorin une grande jarre peinte, trouvée 
dans un des plus anciens tombeaux de l'île, sans pouvoir encore en apprécier toute 
la valeur. Elle a été publiée dans la Gazette des Beaux-Arts (7) par M. le baron de 



(1) Percy Gardner, Quarterly reoiew, janvier 
1878, p. 87; A. -S. Murray, Nineteenth century, 
janvier 1 8~ 9 , p. 129 et s. (c'est là seulement que 
l'on trouve quelques détails un peu développés 
sur les antres objets trouvés dans le tombeau 
d'Ialysos, avec les va^es décorés de peintures); Fr. 
Lenormant, Gazette des Beaux-Arts, avril 1S79, 
p. 337 et s. 

(2) Un des types les plus multipliés dans ces 
vases d'Ialysos est celui du vase de Mycènes gravé 
dans Schliemann, édit. française, p. 119, tig. 25, 
avec la même l'orme et le même décor de bandes 
horizontales. 



(3) D'autres, parmi les vases d'Ialysos, offrent 
dans leurs peintures des poulpes ou des séries de 
dauphins. 

(4) P. 129, fig. 64, à comparer à notre pi. 26; 
p. 215, fig. 213, à comparer à notre pi. 27. 

(5) Bulletin de correspondance hellénique, t. Il, 
pi. xix, n° 5; ne comprenant pas la nature de 
l'objet représenté dans la peinture, on a gravé ce 
fragment la tête en bas. 

(6) Revue générale de l'architecture et des tra- 
vaux publics, 1868, p. 248, pi. iv. 

(7) 1" série, t. XXI, p. 110. Le même vase est 
encore publié : Archœol. Zeitung, 1866, pi. A à la 



— 203 — 
Witte, qui la possède actuellement et qui n'hésitait pas à la faire remonter à plus 
de dix siècles avant l'ère chrétienne. Il importe maintenant de la rapprocher de 
ses véritables analogues, les poteries de Mycènes et d'Ialysos. Elle offre avec celles- 
ci des différences de fabrication ; la couleur grisâtre dont sont peints ses décors sur 
le fond blanc-jaune n'est pas le même. Mais l'ornementation rentre exactement 
dans les mêmes données de dessin. Nous y trouvons les mêmes enroulements en 
spirales, dont chacun offre au centre uue fleur épanouie en rosace. C'est un spé- 
cimen jusqu'à présent unique de cette phase de la céramique des contrées 
helléniques, telle qu'elle a été dans les Cyclades méridionales, colonisées plus tard 
par les Doriens et avant eux par les Phéniciens. 

Notons encore la découverte d'objets appartenant au même art et à la même 
civilisation que ceux de Mycènes et de Spata dans le tombeau fouillé sur le bord de 
la route qui conduit de Mycènes à l'IIéraion (1), et dans les sépultures archaïques de 
Nauplie et de Ménidhij l'ancienne Acharnes en Attique , sur l'exploration toute 
récente desquelles on n'a encore que des renseignements imparfaits. 

Ainsi s'est constitué un nouveau groupe d'antiquités, parfaitement un, quoique 
sorti de localités différentes et éloignées les unes des autres. Il a cette grande 
valeur de représenter un état jusqu'à présent inconnu de l'industrie , qui n'a pas 
été particulier à un seul pays, mais commun à tout cet ancien monde gréco-pélas- 
gique, habitant les rivages du circuit du bassin de la mer Egée (2), monde dont le 
témoignage des documents égyptiens de la xix e et de la xx e dynastie (3) nous a 
appris à connaître l'unité et les relations réciproques, entretenu par un cabotage 
maritime très-actif dès le xiv e siècle av. J.-C. 

Comme l'a très-bien dit M. Albert Dumont (4), « c'est une époque du développe- 
ment de la civilisation du monde classique qui nous a été révélée , époque qui 
demande à être étudiée avec autant de réserve que de critique, mais dont la place 
relative peut déjà être fixée. Nous en entrevoyons les origines lointaines au 
moment où se fabriquent certains objets de Hissarlik; à Spata, au contraire, par 
quelques principes de décoration , nous nous rapprochons d'une période [dus 



p. 257*, n° 2; Exposition universelle de 18*8, 
Les Beaux-Arts et les Arts décoratifs, t. II. p. 53, 

(1) Stamatakis, ritpî Toû narà. to' Hpafov xaOapls-- 

èiircs Tatpov, dans les Mittheilungen des deutschen 
Archœologisehen Institutes in Athen, t. III, p. 27!- 
286, pi. xi. 

(2) Voy. mes observations dans la Contemporary 
review, novembre 4 878, p 8i c J et s. ; Gazette des 
Beaux-Arts, avril 1 879, p. 339 el s. 

(3) Em. de Rougé, Extraits d'un mémoire sur les 
attaques dirigées contre l'Egypte par les peuples de 
la Méditerranée vers le \i\» siècle a eu ni notre ère, 



dans la Revue archéologique, nom. sér., t. XVI, 
p. 81-103; Cliabas , Etudes sur l'antiquité histo- 
rique d'après les sources égyptiennes et les monu- 
ments réputés préhistoriques, Châlons-sur-S lône et 
Paris, 1872; G. Maspero , Histoire ancienne des 

peuples de l'Orient, chapitre VI; Fr. Lenorm 

/..•s antiquités de lu Troade et l'histoire primitive 
des contrées grecques , l r0 parlie, Pari , 1876; li. 
Simui Poole, Ancient '•.';/.'//''■ IV. dans la Contem- 
porary review, avril ls7n. p. 107-120. 

(4) Bulletin de correspondance hellénique, i. II, 
p. 284. 



— 204 — 
récente. Plusieurs objets, eu particulier des ivoires, trahissent l'influence gréco- 
orientale. Une autre industrie va succéder au type de Mycènes, industrie bien 
connue, qui est marquée par les coupes d'argent de Cypre et par celles de Pales- 
trina(l). Arrivés à ce point, nous sommes dans la période qui fait depuis longtemps 
le sujet ordinaire des études archéologiques; nous touchons aux vases de style 
asiatique, dans peu. aux vases à ligures noires Les découvertes de Mycènes, au 
premier abord , étaient uu inconnu étrange ; aujourd'hui elles doivent former le 
premier et le plus ancien chapitre de l'histoire des antiquités dans les pays grecs ; 
elles ont une place précise dans cette histoire, et ce chapitre se rattache sans solu- 
tion de continuité inexplicable à tous ceux qui constituent l'archéologie classique. » 
M. Newton a donné au système d'ornementation qui prévaut dans les ors 
estampés et dans les poteries de Mycènes, comme dans les vases d'Ialysos, le nom 
de décoration florale, par opposition à celui de la décoration géométrique, que l'on 
a d'abord considéré comme le plus ancien système d'art ornemental usité dans les 
contrées grecques, mais qui apparaît maintenant comme ayant succédé au style dit 
floral, tout au moins dans l'Archipel (2) et dans le Péloponnèse (3). Les admirables 



(1) C'est à celte nouvelle période qu'appartient 
le tombeau de Mégare décrit dans la Gazette ar- 
chéologique. 1879, p. 50 et suiv. 

(2) A Santorin, l'antique ïliéra, dont j'ai pu 
étudier les antiquités sur les lieux, à deux reprises, 
avec une attention toute particulière, on reconnaît 
trois phases de fabrication céramique, dont la 
succession est incontestable : 

\» Les poteries déjà peintes, mais singulière- 
ment rudimenlaiies, qui se rencontrent dans les 
ruines des villages ensevelis sous la couche de tuf 
ponceux produite pir la dernière éruption du 
grand volcan central, monuments de la population 
qui habitait l'ile avant l'antique et effroyable ca- 
tastrophe où la majeure partie s'en effondra, où 
Strongylé (la ronde) ou Callisté (la belle) devint 
Tliéra (le monstre sauvage) : Rev. archèol. , nouv. 
sér., t. XIV, p. 427; Archioes des missions scien- 
tifiques , nouv. sér., t. IV (1867), pi. à la p. 229; 
Fr. Lenormant, Les antiquités de la Troade, p. 43; 
Emile Burnouf, Mémoires sur l'antiquité, pi. î; 
Fouqué, Santorin et ses éruptions, pi. xli. 

2° Les vases avec des enroulements et des or- 
nements floraux, soit peints comme sur la jarri de 
M. le baron de Witte, soit en relief, comme sur 
une jarre intacte que j'ai vue chez M. G. Delenda, 
à Santorin, et sur un fragment qu'avait rapporté 



M. de Verneuil, de l'Acadé..ie des Sciences, un 
de mes compagnons de voyage de 1866. 

3° Les vases bien connus à décor géométrique, 
dont le Cabinet des médailles possède deux spé- 
cimens particulièrement beaux, découverts par 
Bory de Saint-Vincent dans le tombeau situé sur 
les flancs du mont Saint-Élie, à coté de l'entrée 
duquel on lit l'inscription archaïque du nom de 
Awpitùs, portant le n° 15 dans la publication faite 
par Bœckh dans les Mémoires de l'Académie de 
Berlin pour I836 et dans les Elementa epigraphices 
graecae de Frantz. 

(3) La postériorité des poteries à décor géomé- 
trique sur les poteries à décor floral et pélagien 
est incontestable à Mycènes. Elle a été reconnue 
de la façin la plus certaine par M. Schliemann, 
qui n'a rencontré de tessons à dessins géométri- 
ques qu'à une profondeur moyenne dans les cou- 
ches de décombres (exemple, dans l'édition fran- 
çaise de son ouvrage : p. 130, fig. 68), ou dans le 
dromos du nouveau Trésor déblayé par lui dans le 
voisinage do la Porte des lions (p. 173, fig. 157 c-t 
453; p. 494, fig. 192 196; p. 192, fig. 197-201; 
p. 193, fig. 202-201). La succession que nous 
indiquons est entièrement confirmée par les obser- 
vations faites sur les lieux par M Newton. 

En revanche, dans les poteries incisées, mais 



— 205 — 

découvertes faites en Cypre par M. le général de Cesnola semblent avoir fourni la 
preuve définitive de ce que la décoration géométrique, au lieu d'être essentielle- 
ment aryenne, comme le pensait M. Couze (1), a été , à une certaine époque, une 
importation de l'Asie phénicienne (2), thèse qui a été récemment soutenue par 
M. Helhig (3) et que j'avais énoncée bien auparavant (4). J'y reviendrai dans un 
autre travail. La décoration florale et pélagienne, au contraire, a été une tentative 
indigène et originale , mais grossière et imparfaite , de créer une ornementation 
puisée directement aux plantes et aux animaux que les habitants du littoral de la 
Grèce avaient constamment sous leurs yeux. On voit que je modifie un peu et que 
je développe l'appellation que l'éminent conservateur du Musée Britannique y a 
appliquée. Celle-ci n'exprimait, en effet, qu'un des caractères essentiels de cette 
ornementation et laissait de côté son aspect le plus spécial, la part si considérable 
qui y est faite à l'imitation de certaines classes du règne animal, qui ne reparaissent 
pas plus tard parmi les éléments ordinaires de la décoration des âges classiques, 
comme , par exemple, les phalènes et , par-dessus tout, les productions marines, 



non peintes, de Hissarlik en Troade, les premiers 
essais du décor géométrique, bien plus grossier que 
sur les vases peints de l'Archipel, se manifestent à 
nous dans un canton de l'Asie-Mineure à une date 
beaucoup plus élevée que celle des antiquités de 
Mycènes, preuve qu'il faut tenir compte ici de 
différences locales; voy. mon travail sur Les An- 
tiquités de la Troade, p. 16 et s. Les poteries 
incisées à décor géométr.que de Hissarlik sont 
figurées dans Scliliemann, Atlas des Antiquités 
troyennes, pi. xvi, n° s 473 et 474; pi. xxvi, 
n<> 721; pi. xxvn ; pi. cm, n<> 2296; pi. C\iv, 
n° 2325; pi. cxx, n» 2361 ; pi. cxxiu, no» 2461 et 
2463; pi. eu, nos 3015 et 3016; pi. cmv, nos 3047 
et 3049: pi. clv, n' 3054; pi. clxi, n° 3095; 
pi. clxxv, n° 3397; pi. clxxxviii, n° 3450 Et 
avec de beaucoup meilleurs dessins, dans la Troy 
and its remains du même auteur, p. 95, fig. 62 ; 
p. 129, ûg. 76; p. 135, fig. 79 ; p. 152, fig. 106; 
p. 1 60, fig. 1 1 4 ; p. 1 99, fig. 149 ; p. 282, fig. 1 93 , 
p. 294, fig. 209; p. 310, fig. 222. Il est bon de 
remarquer, du reste, que dans la plupart de ces 
exemples c'est le germe de l'esprit du décor géo- 
métrique que l'on observe, plutôt que ce décor 
déjà constitué. 

(1) Dans son beau mémoire Zur Geschichte der 
Anfœnge griechischer Kunst , inséré au t. LXIV 
du recueil de l'Académie des Sciences de Vienne, 



et dans ses Oggetli di bronzo trovati nel Tirolo 
méridionale , lettera a W. Helbig (Ann. de l'inst. 
arch., t. XLIX, 1876, p. 384 et s.). 

(2) Voy. A. S. Murray, dans Cesnola. Cyprus, 
p. 403 et s. Le vase portant une inscription phé- 
nicienne, découvert à Dali que l'on trouve gravé à la 
p. 68 de l'ouvrage de M. de Cesnola, est particu- 
lièrement décisif dans la question, bien que n'ap- 
partenant plus à une période primitive. Il faut, du 
reste, remarquer que les vases phéniciens de 
Cypre à décor géométrique sont d'un style et 
d'une fabrication qui diffèrent notablement de 
ceux de Santorin ou des Cyclades et de l'Attique. 
Le seul vase présentant les caractères de ces 
dernières classes, qui ait été rencontré dans les 
fouilles du savant général américain (Cesnola, 
Cyprus, pi. xxix) , était manifestement en Cypre 
un objet importé par le commerce. 

(3) Sopra la provenienza délia deeorazione geo- 
metrica, lettera ad A. Conze, dans les Ann. de 
l'inst. arch.. t. XLV1II, 1875, p. 221 et suiv. 
C'est aussi la thèse que soutient M. Percy Gardnor, 
Quurterly review, janvier 1878, p. 79. 

(4) Dans mon mémoirosur La Légende de Cttdmut 
et les établissements phéniciens en Grèce, publié en 
1867 dans les Annota de philosophie chrétienne et 
réimprimé au tome H de mes Premières civilisa- 
tions. 

28 



— 206 — 
poissons, poulpes, annelés, mollusques, copiés non-seulement dans leurs coquilles, 
mais avec les animaux qui les habitent. 

C'est ici que doit trouver place l'ingénieuse et féconde observation exposée par 
M. Alessandro Gastellani dans l'article qui ouvre la présente livraison de la Gazette 
Archéologique. Cet artiste distingué , qui a si profondément étudié la bijouterie 
antique et a su en faire revivre de nos jours les procédés et les formes, a décou- 
verl que les dispositions typiques des granulations d'or soudées, qui couvrent les 
surfaces planes des parures étrusques et de celles d'ancien style grec, ont été 
originairement fournies par celles des protubérances qu'offre la coquille des our- 
sins, une fois que les piquants en sont tombés (1). Dans les vitrines de la salle 
de la joaillerie italienne, à l'Exposition Universelle de 1878, M. Castellani avait 



(1) J'adopte, on le voit , entièrement la donnée 
fondamentale de la théorie de M. Alessandro 
Castellani, laquelle me parait constituer une véri- 
table découverte.Mais je ne saurais le suivre, quand 
il prétend attribuer une origine phénicienne à 
l'imitation des dessins de la coquille des oursins 
dans les granulations des bijoux. RieD jusqu'ici, à 
mon avis, n'autorise à rapporter à l'industrie 
chananéenne aucune des pièces décou\erles dans 
les nécropoles des îles grecques ou de l'Italie, où 
l'on observe ce type de disposition du décor. Ici 
M. Castellani me paraît associer indissolublement 
à tort, deux choses qui me paraissent devoir être 
distinguées, le procédé technique du granulé, et 
les dispositions géométriques et rayonnantes qu'on 
lui donne dans une notable partie des joyaux où il 
est employé. Le procédé lui-même, dont les plus 
habiles parmi les artistes modernes ne sont 
pas parvenus à égaler la perfection, est pour moi, 
comme pour M. Castellani, d'invention phénicienne. 
Mais je n'attribuerais à l'industrie des Phéniciens 
que les bijoux, comme ceux que l'on a découverts 
dans la tombe Regullini-Galassi à Caeié, dans les 
sépultures de Palestnna dont le mobilier funéraire 
est conservé à Rome au Palais Barbenni et au 
Musée du Collège Romain, et aussi dans les 
tombes de Camiros datant du vin« et du vu" siècle 
av. J.-C, où le granulé est appliqué sur les figures 
d'animaux, d'êtres fantastiques et de divinités, 
telles que l'Artémis Persique, dont la représenta- 
tion est caractéristique de l'art de l'Asie sémitique 
et chananéenne. Dans l'application de cette mé- 
thode à l'exécution des décors imités de la coquille 
des oursins, je vois une adaptation indigène, faite 
en Grèce et en Étrurie, du procédé technique im- 



porté de Sidon ou de Tyr, à un système d'orne- 
mentation giéco -pélasgique dont l'invention en 
avait été indépendante. En effet, dans certains 
des bijoux d'or de Mycènes, nous voyons les 
mêmes dispositions géométriques et rayonnantes 
d'ornements ponctués en relief, obtenues par un 
simple procédé de repoussé et d'estampage, anté- 
rieurement à l'introduction de la délicate technique 
des granulations et des cordelés soudés. Citons 
comme exemple la merveilleuse Stéphane gravée 
à la p. 265 de l'éJition française de l'ouvrage de 
M. Schliemann, fig. 281 (cf. les autres objets du 
même tombeau figurés aux p. 266-271). La copie 
des dispositions du test des oursins y est manifeste 
dans les médaillons circulaires qui la décorent avec 
tant de profusion, même dans ceux qui semble- 
raienl au premier abord retracer des fleurons 
radiés. L'exécution de cette Stéphane est si 
pai faite que l'on peut douter qu'elle ait été 
l'œuvre des orfèvres achéens de Mycènes. Mais si 
elle a été importée de l'étranger, ce ne saurait être 
de la Phénicie , avec l'art de laquelle elle n'a 
aucune parenté. Il faudrait, dans ce cas, en 
chercher le pays d'origine dans l'Asie-Mineure 
Ijdo-pélasgique, dans le pa\s d'où la dynastie des 
Pélopides était venue en 6-ièce et d'où la tradition 
lui faisait tirer les ouvr.ers habiles qui sculptèrent 
la Porte des lions de Mycènes. 

Le système des dispositions de granulé imitées 
des protubérances de la coquille des oursins me 
parait donc devoir être rangé au nombre 
des données ornementales qui furent introduites 
en Étrurie, non par les Phéniciens, mais par les 
Grecs, dans leurs premières expéditions aux côtes 
d'Italie. 



— 207 — 
placé ces coquilles à côté des copies des granulés étrusques, exécutées avec un 
art exquis par lui-même et par son frère. La démonstration était complète par ce 
rapprochement , et le doute ne demeurait plus possible. Mais ces dispositions gra- 
nulées , dont les Étrusques, avec leur fidélité à L'art archaïque, ont continué à 
user bien plus tard que les Grecs, nous en trouvons indubitablement les premiers 
germes — encore bien imparfaits — sur quelques-uns des objets découverts à 
Mycènes et à Spata, par exemple dans la disposition des points repousses en relief 
qui décorent l'intérieur d'une partie des ornements en forme de bosses circulaires, 
bombées comme la coquille de l'oursin. Ainsi nous avons là, jusque dans les siècles 
classiques, un legs delà civilisation primitive et du goût décoratif révélé par ces 
monuments, un dernier vestige de la période où les Grecs, toujours marins et 
pêcheurs par essence, se plaisaient à copier les créatures marines (1). 

Ce n'est pas , du reste, en ramassant ces animaux jetés par la tempête sur le 
sable des grèves, où la plupart d'entre eux ne présentent plus que des masses 
gluantes et informes, que les habitants des cotes de la Mer Egée ont pu être 
pris de la tentation de les imiter dans leur art industriel, c'est en les voyant vivre 
dans les eaux. Il est certaines anses tranquilles et peu profondes des côtes décou- 
pées de la Grèce et de l'Italie Méridionale, comme le Mare Piccolo de Tarente (2), 
où la mer est si transparente que la barque qui vous porte semble suspendue en 
l'air et que le regard plonge librement jusqu'au fond, distinguant clairement tous 
les êtres qui l'habitent. Là, quand on navigue en barque par un jour de calme et 



(1) Ce qui me parait achever de rat lâcher à la 
décoration florale et pélagienne d°s pays gréco- 
pélasgiques, les dispositions régulières qui sont 
habituelles dans les granules de la bijouterie étrus- 
que, c'est que toutes ne sont pas imitées des co- 
quilles des oursins. Il faut aussi y faire une place 
à certaines données empruntées à la \égélalion 
indigène de la Grèce et de l'Italie, que M. Cas- 
tellani laisse de côté. Ainsi il y a des groupes de 
granulations trè.s-caracléristiques, faisant saillies 
en demi-boules ou en cônes surbaissés ( comme 
celles qui forment un rang continu tout autour 
de la belle fibule, décorée au centre de fleurons en 
cordelé, n° 355 du Catalogne des bijoux du Musée 
Napoléon III; gravée dans la Gazette des Beaux- 
Arts, 1'e série, t. XIV.. pi. à la p. 155, n° 6 ; et 
dans le Dictionnaire des antiquités grecques et 
romaines de M. Daremberg et Saglio, p. 795, 
fig. 962), qui sont incontestablement copiés de la 
fraise et du fruit de l'arbousier. 

(2) C'est avec intention que je cite cet exemple. 
Car la multiplication exceptionnelle des mollusques 



et des zoophyles dans le Mare Piccolo de Tarente. 
jointe à la faç m dont la transparence des eaux 
permet de s'y charmer au spectacle île leur vie, a 
exercé sur la numismatique tarentine, encore à la 
plus belle époque de l'art grec, une influence dont les 
archéologues qui n'ont pas été sur les lieux n'ont 
pas pu pénétrer la cause. Sur les admirables di- 
drachmes ou nomoi d'argent de Tarente. le Ivpe 
principal représente le héros éponyme Taras, fils 
de Posidon, porté sur les flots par un dauphin. Dans 
sa main droite étendue, il tient presque toujours 
une production marine, poisson, coquillage, crus- 
tacé, zoophyte, madrépore, ou algue; et le- gra- 
veurs monétaires se sont (dus à varier à l'infini ce 
détail du type, en \ reproduisant toute la petite 
faune des eaux qui baignaient le pied des murailles 
deleurcité. Less\ mboles personnels des magistrats 

monétaires de Tarente. placés en pelils types ac- 

cessoires dans le champ i\i^ pièces, sont aussi, 
pour une forte proportion, pris parmi ces pro- 
ductions do la mer. ce qu'on n'observe au même 
degré dans aucune autre ville grecque. 



— 208 — 
de belle lumière, on aperçoit sur les rochers sous-marins les actinies s'épanouissant 
an milieu des algues comme des fleurs vivantes aux merveilleuses couleurs, tandis 
qu'à côté les astéries se déplacent par un mouvement de rotation sur elles mêmes, 
les gastéropodes rampent à la façon des escargots, portant de- même sur leur dos 
leurs coquilles aux formes et aux teintes si variées , et la pieuvre se tient en em- 
buscade pour enlacer sa proie de ses longs bras. Entre deux eaux on voit nager, 
avec le monde multiforme des poissons , les calmars , les nautiles qui font 
sortir leurs bras nombreux de l'embouchure de leur belle coquille arrondie , les 
squilles, les néréides et les méduses, semblables à des clochettes d'opale que 
borde une frange de tentacules allongés en bas et teints de nuances vives. En 
même temps à la surface, l'argonaute fait flotter comme un navire minuscule sa 
coquille ivoirine, en élevant en l'air ses deux bras élargis en forme de voiles carrées. 
Il faut avoir vu ce spectacle, inconnu à nos mers sauvages, sombres et brumeuses, 
pour avoir une idée de la fête que donne aux yeux cette population pullulante 
des petits animaux marins, et pour comprendre comment les peuples primitifs qui 
l'admiraient tous les jours durent être invinciblement amenés à y chercher les 
éléments de leur premier système d'ornementation. 

Le goût s'en maintint assez longtemps après que le règne exclusif de la déco- 
ration florale et pélagienne eut pris fin. Les objets trouvés à Spata nous montrent 
les éléments de cette décoration encore employés après la période du décor géo- 
métrique et se mêlant aux éléments qui vont bientôt après constituer le système 
nouveau d'ornementation du style gréco-asiatique. Un des personnages du Banquet 
d'Athénée (1), parlant de visu du fameux lébès d'argent porté sur un pied de fer, 
qu'Alvatte, roi de Lydie à la fin du vn e siècle, avait dédié à Delphes (2) et qu'avait 
ciselé Glaucos de, Chios , dit qu'il était décoré « de petits animaux aquatiques f 
d'insectes et de plantes herbacées » iv-zzopivp.év<x Çw&zpia -/ai oïïla nvà Çw-jyta 
xa't (pvzàoia. (3). On croirait lire une description du décor des ors de Mycènes et 
d'une partie des objets de Spata. Parmi les types que les villes grecques adoptèrent 
au vn e siècle avant J.-C. pour marquer leurs premières monnaies, les êtres de la 
faune maritime tiennent encore une place considérable ; on y trouve non-seulement 
le dauphin, le phoque, plusieurs espèces de poissons, la tortue de mer, mais aussi 
le calmar, la seiche, la squille , le crabe. Et M. Percy Gardner remarque avec 
raison (4) que sur les premiers monuments numismatiques des Hellènes , ces 
animaux sont traités d'une façon qui souvent rappelle les figures des mêmes 



(1) V, p. 210. 

(2) Herodot., I, 25 ; Pausan., X, 16, I. 

(3) Pour l'application spéciale du terme de 
Çw/apia aux petits animaux aquatiques, voy. Aris- 
tot. , Hist. anim., V, 19 ; on l'emploie aussi pour 



désigner les vermisseaux (Aristot., Ue part, anim., 
III, T) et les chenilles [Etijm. magn. , v. «a/mî), 
mais non d'autres bêtes. Les fwt/'çia sont exclusi- 
vement des insectes (Hesych., s. v.). 

(4) Quarlerly review, janvier 1878, p. 80. 



— 209 — 
espèces dans l'orfèvrerie et la peinture céramique de l'âge auquel appartiennent 
les antiquités de Mycènes, d'Ialysos et de Spata. 

Quand les Grecs , éclairés enfin par le progrès de leur propre goût et par les 
modèles asiatiques, au sujet des conditions d'une oi'nementation d'art digne de ce 
nom, renoncèrent à imiter les formes étranges, flasques et mal accusées du corps 
des mollusques et des zoophytes, ils continuèrent à chercher des modèles dans 
les lignes arrêtées et précises de leurs coquilles. Les joailliers et les orfèvres 
n'imitèrent plus, comme ils l'avaient fait d'abord, les poulpes, les méduses, les 
actinies, les arénicoles, le nautile avec son animal nageant, mais ils cherchèrent 
encore des types de granulations régulières et élégantes sur le test des oursins, 
et firent un fréquent usage ornemental de la coquille de la bucarde. Et c'est ainsi 
que ce dernier vestige des habitudes d'une période antérieure persista seul à tra- 
vers les âges, perfectionné par un sentiment d'art plus pur et une plus grande 
habileté technique. 

François LENORMANT. 



BRONZES ANTIQUES 

(Planches 28 et 2'J.) 

Les objets figurés clans ces deux planches sont tous remarquables 
comme art, mais ne réclament pas un long commentaire d'érudition. 

L'admirable lampe en tête de nègre, gravée sous deux aspects, avec 
ses proportions originales, dans la planche 28, fait partie des collec- 
tions du duc de Luynes à la Bibliothèque Nationale. Elle a été trouvée 
dans l'Italie Méridionale. Sans tomber dans la caricature, l'artiste a 
su y exprimer avec une vérité saisissante un type de race tout à fait 
bestial. lia obéi à un sentiment de recherche de l'exactitude ethno- 
graphique, rare dans les œuvres des arts classiques. Car les Grecs et 
les Romains, à la différence des Égyptiens qu'aucun peuple de 
l'antiquité n'a égalés sous ce rapport, se sont généralement montrés 
assez peu préoccupés d'apporter une fidélité bien précise dans la 
reproduction des types des races étrangères. Le plus souvent ils se 
sont contentés de représentations conventionnelles qui ne sont que du 



— 210 — 
plus médiocre secours pour l'antropologiste. La lampe de la collection 
de Luynes, au contraire, est un des documents qui pourront servir à 
déterminer exactement quelles sont les variétés de nègres qu'a connues 
le inonde classique, qui lui étaient amenées par le commerce des 
esclaves. C'est à ce titre qu'elle nous a paru mériter d'être publiée. 
Car le jour où quelque anlliropologiste ayant spécialement étudié les 
races noires, comme M. le docteur Hamy, entreprendra ce travail, 
capital pour l'histoire des relations du monde gréco-romain avec 
l'Afrique, la lampe que nous éditons en sera une des illustrations 
nécessaires. 

Quant aux trois statuettes réunies dans notre planche 29, elles 
appartiennent au riche cabinet de M. Auguste Dutuit, à Rouen (1). 
Toutes les trois ont été gravées de la dimension des originaux. 

Nous y avons d'abord le Silène œgophore (2 , dont j'ai déjà parlé 
dans la Gazette archéologique (3), en le signalant comme presque 
exactement pareil à ceux qui ont été publiés par Gori (4) et Clarac (5). 
Chauve et barbu, le Silène est représenté debout, vêtu d'une peuula 
pastorale qui descend jusqu'à ses genoux ; il porte, couchée en travers 
de ses épaules, une chèvre dont il tient deux pattes dans chacune de 
ses mains. Cette figurine, extrêmement fine, est portée sur sa base 
circulaire antique à quatre pieds, également en bronze. 

La petite Minerve, produit de l'art romain de l'époque impériale, 
est aussi remarquable par l'extrême finesse de son exécution G). La 
déesse est debout, tenant une patère dans sa main droite. Elle est 
vêtue d'une double tunique, avec l'égide formée de deux pièces que 
réunit le masque de la Gorgone placé au milieu. Le casque qui couvre 
sa tête est orné d'une double aigrette. 

M. François Lenormant (7) a désigné comme Rkéa-Cjbèle la belle 
statuette qui occupe le milieu de la planche et qui offre tant de 



[\] Voy. Collection Auguste Dutuit. pi. xm. 

(2) Fr. Lenormanl, Collection Aug. Dutuit, 
Antiquités, no 13. 

(3) 1878. p. 100. 

(4) Muséum etruseum, pi. lxv, n»' \ e ( 2, 



5 Musée de sculpture, pi. 726 II, n° 1791 D. 
[6] Fr. Lenormanl, Collection Aua. Dutuit. 
Antiquités, n° 9. 
(7) Collection Aug. Dutuit. Antiquités, n° 8. 



— 211 — 
ressemblance avec un bronze célèbre de l'ancienne collection Foucault, 
maintenant au Cabinet des médailles de Paris (1). Cette dernière ligure 
est mutilée des deux bras ; mais le bronze de la collection Dutuit, 
plus complet, permet maintenant d'en restituer le geste, et ce geste me 
paraît devoir exclure l'idée d'une Cybèle. En effet, la déesse qui nous 
y apparaît vêtue d'une ample stola et d'un pallium laissant le bras 
droit dégagé, la tête ceinte d'une couronne de murailles flanquée de 
cinq tours, tient dans sa main droite, étendue en avant, une patère 
avec laquelle elle fait une libation ; et la pose de son bras gauclie ne 
permet pas de douter qu'il ne portât une corne d'abondance, aujour- 
d'hui disparue. C'est exactement ainsi que Tutela est figurée, avec 
son nom, sur les monnaies de Carausius (2), tandis que sur celles de 
Tétricus (3), tout en faisant encore la libation avec la patère, elle 
s'appuie de la main gauche sur une haste. M. Ch. Robert, à qui l'on 
doit de récentes et très-importantes recherches sur le culte de Tutela (4), 
établit que la patère tenue à la main et la corne d'abondance étaient 
les attributs spéciaux de cette déesse. Il est vrai que la Tutela des 
monnaies de Tétricus et de Carausius, non plus que celle d'un bas- 
relief* de Rome (5), n'a pas la tète tourelée de Cybèle et des Fortunes 
de Villes. Mais M. le Baron de Witte, ici même (6), reconnaissait 
d'une manière extrêmement ingénieuse et tout à fait sûre des repré- 
sentations où Tutela est coiffée de la couronne de murailles, en même 
temps qu'elle tient la corne d'abondance et la patère, et de plus est 
ailée. Sur un précieux fragment de vase de terre rouge sigillée, que 
possède le Musée de Lyon (7), le buste de Tutela, désignée par l'ins- 



(1) Montfauc.on, L'antiquité expliquée, t. I, 1 re 
partie, pi. i, no 1 ; Chabouillet, Catalogue générai 
et raisonné des camées, etc. de la Bibliothèque Impé- 
riale, n° 2919. 

(2) Akerman, A descriptive catalogue of the 
ancient British and British- Roman coins (dans le 
tome 1" des MateriaU for the history of Britain), 
pi. xiit, no» 26-30; Cohen, Description historique 
des monnaies de l'Empire Romain, t. V, p. 535, 
; n°» 247-251. 

(3) J. de Witte, Recherches sur les empereurs 
qui ont régné dans les Gaides au II I e siècle, pi. 



xxxix, n» 145. 

(4) Élude sur quelques inscriptions antiques du 
Musée de Bordeaux (extrait du tome IV des Mé- 
moires de la Société Archéologique de Bordai ux l.t 
culte de Tutela, p. 1-8. 

(5) Ann. de l'Iivst. arch., t. XXXVIII, 1866, 
pi. K, n» 1. 

(6) Gazette archéologique, 1879, p. 4; pi. il. 

(7) Ce fragment de vase a été signalé ici par 
M. le Baron de Witte; il demeure encore inédit, 
mais nous croyons savoir que M. Ch. Robert en 
prépare la publication. 



— 212 — 
criptionde son nom, esttoureléet placé non entre deux cornes d'abon- 
dance mais entre les bustes de deux fleuves qui jettent de l'eau par la 
bouche. Et ce monument vient confirmer définitivement l'opinion émise 
par M. Robert (l),qne l'on doit reconnaître la déesse tutélaire dans « ces 
bustes tourelés entourés de deux cornes d'abondance et ornés d'une 
patère (2) », que l'on a expliqués jusqu'ici par Cybèle ou par des 
personnifications de villes. 

Le vrai nom de la divinité représentée dans le bronze de la collec- 
tion Dutuit, que nous publions aujourd'hui, et dans celui du Cabinet 
des médailles, me paraît donc être celui de Tutela. Saint Jérôme (3), 
nous apprend que de son temps il n'y avait pas de maison romaine 
qui n'eût son simulacre de cette déesse, devant lequel on brûlait des 

cierges ou des lampes. 

b E. de CHANOT. 



TERRE-CUITE DE RHODES 

(Planche 30.) 

Le beau buste estampé en terre cuite, que nous publions dans 
celte planche, a été trouvé par M. Auguste Saltzmann dans un des 
tombeaux de Camiros , dans l'île de Rhodes. Après avoir fait partie 
de la collection de M. Auguste Parent, il vient d'entrer tout récem- 
ment dans le riche cabinet de M. de Bammeville, qui a bien voulu 
en permettre la publication dans la Gazette archéologique avec une 
bonne grâce parfaite. Notre planche phototypique reproduit le mo- 
nument sous deux aspects, en le réduisant environ de moitié. 

M. Heuzey (4) a traité de ces bustes estampés de terre cuite, qui 



(1) Mém. cit., p. 7. 

(2) Le plus bel exemple connu de ce type de 
monuments est le bronze découvert dans le siècle 
dernier auprès d'Abbeville, lequel se trouve au 
^Cabinet des médailles: Caylus. Rectml d'anti- 

t'tès, . V, pi cxi, p. 312; Chabouillet Cata- I 



logue général des camées, etc. de la Bibliothèque 
Impériale, w° 2918. 

(3) In Isaiam, LVII, 7. 

(4) Monuments grecs publiés par l' Association des 
études grecques, 1873, p. 17 et suiv. 



— 213 — 
n'ont jamais que la face antérieure, ayant été destinés à servir d'ap- 
pliques, et où la ligure est toujours coupée au-dessous de la poitrine, 
lesquels se rencontrent assez fréquemment dans les nécropoles 
grecques (1). Il a établi qu'on les déposait daus les tombes, appliqués 
contre une des parois et disposés de manière à ce que la divinité 
qu'ils représentent parût s'élever de la terre, dans laquelle la partie 
inférieure de son corps serait encore engagée. C'est là , comme l'a 
montré le savant académicien, un type de représentation propre aux 
divinités cbtboniennes, qui résident sous la terre et opèrent à la sur- 
face du sol , au printemps , une montée périodique , type et gage de 
la palingénésie des morts, comme Déméter , Coré ou Dionysos (2). 
Dans le buste de la collection de M. de Bammeville, l'image qui 
s'offre à nos regards est celle d'Aphrodite. Il n'est pas possible , en 
effet, d'hésiter sur le nom à donner à cette déesse juvénile, entière- 
ment nue, dont les cheveux sont entourés d'une mitra, par-dessus 
laquelle elle porte un voile , disposé sur la tête en forme de polos et 
tombant par derrière sur les épaules. Mais l'on connaît , et c'est 
l'un des points de doctrine mythologique les mieux établis par 
l'archéologie moderne (3) , une Aphrodite chthouienue , infernale et 
funèbre, qui s'identifie avec Perséphoné et peut se substituer à elle. 
C'est celle à qui ses épithètes d'Épitymbia (4) et de Tymbôrychos (5) 
assurent une place toute naturelle dans les tombeaux, aussi bien que 
le célèbre problème d'Aristote (6) comparant l'àçpoôifftâÇcav à rà7roft«qff" 
xûjv. La peinture qui décore le fond d'une belle cylix à figures 
rouges de la collection du duc de Luynes , au Cabinet des médailles 



(1) Des bustes de ce genre ont été publiés dans : 
Gerhard, Antike Bildwerke, pi. xciv, n<>s 4 el 5 ; 
Mon. inéd. de Finit, ardu, t. V, pi. ix; J. de 
Witte, Choix de terres-cuites antiques du Cabinet 
de M. le vicomte de Janzé, pi. xxxn et xliv; 
Monuments grecs publiés par l'Association des 
Études grecques, 1873, pi. II. 

(2) Vo}. les lumineuses observations de Ger- 
hard, dans les Ann. del'Inst. arch , t. XXIX, 
1857, p. 211 ; et surtout la peinture de vase où 
l'on voit uno Bacchante arrosant un buste de 
Dionysos barbu, qui germe du sol au milieu de 



feuillages et de fleurs : Gerhard, Gesammelte aka- 
demische Abhandlungen, pi. lxvii, n° 3. 

(3) L'écrit classique à cet égard est l'admirable 
mémoire de Gerhard sur Vewus-Proserpina, dans 
le t. Il, p. 119 el suiv., des Hyperboreisch-Rœmische 
Studien, réimpression de la dissertation publiée 
d'abord en italien à Fiosolo, en 1826. 

(4) Plutarch., Quaest. rom., 20. 

(5) Clem. Alex., Protrept., p. 33; voy. Engel, 
Kypros, t. II, p. 157 et 242. 

(6) Problem., IV, 1. 



29 



— 214 — 
de la Bibliothèque Nationale (1), représente une Aphrodite reine, le 
front ceint d'une riche Stéphane et portant le sceptre , qui monte de 
la terre le regard dirigé vers le ciel. Son buste seul émerge du sol, 
et Éros s'approche d'elle en volant. De même, un buste de terre- 
cuite de la catégorie de ceux qui nous occupent, provenant de la 
Grande-Grèce, lequel a été publié par Gerhard (2), est incontestable- 
ment celui d'une Aphrodite parée de riches bijoux, sur l'épaule de 
laquelle se tient assis un Éros de petite proportion. 

Comme style d'art, notre buste rhodien d'Aphrodite offre une très- 
étroite parenté avec quelques-unes des tètes d'Aphrodite Doritis (3) 
qui se voient dans le carré creux , au revers des monnaies d'argent 
de Cuide frappées depuis l'époque de Darius, fils d'Hystaspe, jusqu'à 
la fin du v c siècle av. J.-C. (4), tandis qu'une protome de lion ou une 
tèle de lion, la gueule ouverte, suivant le module, décore le droit des 
mêmes pièces. Dans le Choix de médailles grecques du cabinet de F. 
Imlwqf-Blumer (5) on a gravé une série de ces monnaies, très-habile- 
ment choisies par le savant numismatiste de Winlerthur pour faire 
suivre , d'époque en époque , le développement chronologique du 
type de leur tète d'Aphrodite. Le buste de terre-cuite que nous 
publions aujourd'hui se rapproche tout particulièrement de celle 
qui y est figurée sous le n° 131 , tandis qu'un autre buste analogue 
d'Aphrodite voilée, de même matière et de même nature, mais de 
style notablement plus ancien, que possède le Musée du Louvre (6) 
et qui provient également des fouilles de Camiros , doit être mis en 
parallèle avec le n° 127. 

Le buste de terre-cuite de la collection de M. de Bammeville, et 
c'en est le grand intérêt, peut donc être considéré comme un vé- 
ritable type d'école. C'est un spécimen caractéristique du style, de la 
manière et du degré exact du progrès de la plastique dans l'Asie- 



(1) Mon. inéd. de l'Inst. arch., t. IV, pi. xxxix, 
n° 1 ; Ch. Lenormant et J. de Witte, El. des mon. 
eèramogr., t. IV.pl. xxxv. 

(2) Antike Bildwerke, pi. lviii. 

(3) Pausan., 1,1, 3. 



(4) J. Brandis, Das Mùnz-Mass-und Gewichts- 
wesen in Vorderasien bis auf Alexander den 
grossen, p. 334 et 470. 

(5) PI. iv, n°» 127-135. 

(6) Heuzey, Les figurines antiques de lerre- 
cuite du Musée du Louvre, pi. xm, n° 5. 



- 213 — 
Mineure dorienne aux environs de la Lxxvm e olympiade , vers le 
temps où l'éclatante victoire de Conon aux embouchures de l'Eury- 
médon mit fin pour un demi-siècle à toute influence des Perses sur 
ces contrées. Le génie propre à l'art dorien se montre, d'ailleurs, 
nettement empreint dans ce morceau, qui a par certains cotés une 
parenté marquée avec les sculptures éginétiques. Nous y trouvons de 
même la tète insignifiante, sans expression, les yeux plats et bordés, 
les sourcils sans profondeur, les lèvres étroites, biùdées, souriantes, le 
menton pointu, les cheveux formant sur le front une frange symétri- 
que. Le rendu du corps est, comme dans les frontons d'Égine, supé- 
rieur à celui de la tète, vrai, vivant, rempli d'un profond senti meut 
de la nature, savant mais un peu sec, ayant plus de précision que de 
couleur. Le type que le modeleur a choisi pour le donner au corps 
de la déesse est conforme à cet esprit , fin et nerveux , avec des seins 
petits et vigoureusement détachés, pointus et divergents. Il semble, 
d'ailleurs, avoir copié un modèle cliez qui les chairs de la poitrine 
commençaient à tendre à s'affaisser légèrement , après la fleur delà 
première jeunesse, et il a mis à les rendre plus de souplesse que nous 



n'en rencontrons chez les Éginètes. 



S. TRIVIER. 



Depuis l'impression de mon travail sur les Divinités des sept jours 
de la semaine (1), quelques autres monuments m'ont été signalés, 
monuments sur lesquels ces divinités sont figurées ou nommées. Au 
Musée de Wiesbaden se trouve un autel octogonal où l'on a seul pie 
la Fortune accompagnée des sept divinités. Mais l'état de dégradation 
dans lequel se trouve cet autel ne permet pas de reconnaître facile- 
ment toutes les divinités. Il semble que l'ordre se trouve dérangé; ce 
serait toutefois J énus nue tenant un miroir qui terminerait la série. 

Grâce à une communication que je reçois de M. Cohausen , con- 
servateur du Musée de Wiesbaden, je puis ajouter les renseignements 
suivants : 

L'autel est haut de 43 centimètres et large de 03. Au centre est la 

[K] Gazette arch., 1877, p. 50 et suiv. et p. 77 et suiv. ; 1879, p. 1 cl ,-uiv. 



— 216 — 

Fortune, ayant à sa gauche un personnage nu clans lequel je crois 
reconnaître Jupiter tenant le foudre ; suivent Mercure tenant la boui'se 
et le caducée, Mars armé du casque , de la lance et du bouclier, un 
personnage drapé qui me semble être Saturne , armé de la harpe , le 
Soleil, reconnaissable aux rayons qui entourent sa tête, une déesse, 
peut-être la Lune, enfin Vénus nue, tenant un miroir. 

Une inscription en graffito (1), tracée sur fond noir et qui semble 
avoir souffert des injures du temps, vient d'être trouvée à Pompéi. 
On y lit les noms en grec des sept jours de la semaine, disposés dans 
l'ordre suivant : 

0€HN HM6PAC 
KPONOY 
HAIOY 
<€AHNHC 

AP€nc 

iPMOY 

AIOC 

à0POA€ITHC. 

(1) Notizie degli seavi di antichità comunîcate alla R. Accademia dei Lincei, Febbr. 1879, p. 44. 

J. w. 



ERRATA. 

1'. loi. Au lieu de Corinium, lisez Durocornium. 

P. 151 et 153. Dans l'énumération des mosaïques d'Italie représentant les Saisons, le premier alinéa 
(Sehtinum) et le dernier (Italie méridionale) doivent être supprimés et remplacés par une mention 
unique ainsi conçue : 

« Sasso-Ferrato (ancien Sentinum). Mosaïque découverte en 1827 et conservée aujourd'hui à 
Munich. Elle représente Apollon (le Soleil) entouré des signes du Zodiaque (les 12 mois de l'année) ; à 
ses pieds on voit la Terre (ou l'Année] environnée de quatre enfants qui personnifient les Saisons. (Voir 
R. Engehnann, Das Mosaik ïun Sentinum, dans l'Archaologische Zeitung, t. XXXV, p. 9, pi. m.) 

L'Éditeur-Gérant : A. Lévy. 



POITIERS. — TYP. OUDIN FEEEES 



Gaxzdc a/L"c/i£oloaiaut. -fi 



PI. 25 




Pkotûù/pie. du Moniteur 



/.', . i/IUU >.' 



Terre -Cuite de Cyme 



GcuixMe-drchéologujue/ 1879 







LEVY.Edileur. 



Vase archaïqui d iai 






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À LEVY Editeur 






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217 



MELTCERTE. 



Le miroir étrusque reproduit à la page suivante, de la grandeur 
originale, a été trouvé, il y a quelques années, dans les montagnes, 
aux environs de Cortone. Le sujet gravé sur ce disque métallique est 
assez négligemment dessiné, mais il se recommande à l'attention des 
archéologues par deux inscriptions en caractères étrusques, qui se 
lisent dans le champ. La composition se réduit à uu groupe composé 
d'un petit éphèbe nu, monté sur un cheval qui se précipite dans la 
mer. Une simple chlamyde flotte sur le bras gauche du jeune homme; 
au cou du cheval pendent des phalères. Les flots entourent de tous 
côtés le groupe; cette bordure de flots n'est interrompue qu'à la par- 
tie supérieure du disque, où l'on voit une pal mette. Derrière le cheval 
saute un dauphin. Près du jeune cavalier, à la hauteur de la chla- 
myde flottante, on lit le uom ^//(V^, Hercle, et un peu au-dessus 
de cette première inscription est tracé le mot ^)^/( Ci *1 j Pakste, 

qui doit désigner le cheval. 

Rien ici ne rappelle le type de l'Héraclès grec , adopté par les 
Étrusques et nommé d'ordinaire sur leurs monuments 3>l>ia3B ou 
3n1D03B et rarement 3vlOa3 sans aspiration. On ne voit ici ni la peau 
de lion , ni la massue. Le petit jeune homme à cheval n'a aucun 
attribut; rien de caractéristique ne se montre dans sa personne. Il 
faut donc chercher l'explication du sujet que nous avons sous les 
yeux dans d'autres traditions. 

Les Étrusques, au dire d'Hérodote (1), tiraient leur origine de l'Asie, 
et c'est par la voie de mer qu'ils vinrent en Italie (2). A Tyr, on hono- 
rait un dieu nommé Melqarth que les Grecs ont identifié avec leur 

(1) I, 94. Cf. ce que j'ai dit sur l'origine lydienne I (8) Voy. co que. dit à ce sujet M. Gamurrini, 
des Étrusques dans les Nouvelles Annales de l'in- Gazette arch., 1879, p. 176. 
stitut archéologique , t. I (1837), p. 508. I 

30 

Guette Archéologique. — 5* Année. — N* 6. — Novembre 1879. 



— 218 — 




— 219 — 
Héraclès. Sanchoniathon (1) dit : MeMxapSoç ô xai 'HpaxXVjç. 11 convient 
de rappeler ici la célèbre inscription bilingue de Malte, oii le nom <lu 
dieu -iï hvp. mpbri est traduit en grec par HPAKAEI APXHTETEI - ■ 

Les orientalistes les plus babiles ont depuis longtemps rapproché 
le nom de Melqartb de celui d'un jeune béros grec, honoré princi- 
palement à Corinthe, Mélicerte, le lils d'Athamas et d'Ino (3). Et tou- 
tefois, dans le mythe grec, tel qu'il nous est parvenu, et malgré cer- 
taines traditions phéniciennes qui s'y mêlent, il n'y a aucun rapport, 
aucun lien qui rattache ce mythe à celui d'Hercule. Nous n'avons 
autre chose que la forme et la consonnance des deux noms Melqarth- 
Mélicerte. Il est vrai que les Grecs aimaient à faire des rapproche- 
ments de ce genre. 

Voici en peu de mots comment on racontait le mythe de Mélicerte, 
d'après les traditions thébaines et corinthiennes. Athamas et Ino étaient 
poursuivis par la colère de Héra, parce qu'Ino avait été la nourrice 
du jeune Dionysos. Ino, pour se soustraire à la vengeance d'Athamas, 
devenu furieux, se précipita dans la mer avec son fils Mélicerte, du 
haut des rochers Molnrides, entre Corinthe et Mégare. Dans quelques 
récits, entre autres dans celui d'Apollodore , Mélicerte aurait été jeté 
d'abord dans une chaudière remplie d'eau bouillante ; sa mère l'eu 
aurait retiré, pour se précipiter ensuite avec son corps dans les flots. 
Quoi qu'il en soit, un dauphin porta le corps de Mélicerte au rivage. 
Sisyphe, le frère d'Athamas, l'ayant trouvé, lui donna la sépulture 
et institua en son honneur les jeux Isthmiques. Posidon ou bien Dio- 
nysos accorda l'immortalité à Ino et à Mélicerte, qui furent honorés 
comme divinités de la mer, sous les noms de Leucolhéa et de Pa- 
laemon (4). 



(1) Ap. Euseb., Praep. Evang., I, 10, p. 32, éd. 
Orelli. 

(2) Gesenius. Mon. phoen. , pi. vi, et p. 97 (lib. 
II, cap. 1). Cf. Saggi di dissert, accad. di Cortona, 
t. I, p. 25 et suiv., et le mémoire de l'abbé 
Barthélémy dans le t. XXX, p. 405 et suiv. du 
recueil des Mémoires de l'Académie des inscript., 
ainsi que les autres ouvrages cités par Gesonius. 

(3) Voy. Movers, Die Phœnizier , t. I, p. 434. 



Cf. Munter, Religion der Karthag., p. 10 : Creuzi i . 
Symbolik, t. II, p. 658, 3e édit.; Gerhard, Grù 
rhische Mythologie, § 686 ; A. Maurj . Relisions d» 
la Grèce antique, t. III. p. 2)9 et suiv. 

I) Apollod., III, 4, 3; l'ausan., I, 41, Il et II, 
I, 3; Schol. ad Pindar., hthm., p. 514 et seq., éd. 
Bœckh ; Tzetz. ad Lycophr., Cassandr. , 107 et 
229; Schol. ad Euripid., Med., l-»7i ; Bustath.od 
Homer., Odyss., E, p. 1543; Pluiarch., Sympos., 



— 220 — 

Palaemon était un surnom d'Hercule (1); c'est aussi le nom d'un de 
ses lils (2). Le mot naka.iii.av signifie lutteur, et Movers (3) est porté à 
croire que le nom originaire et primitif d'Hercule était Palaemon. 

Les monnaies coloniales de Corinthe ont souvent pour type le jeune 
Mélicerte , couché ou debout, sur le dos d'un dauphin (4). On y voit 
aussi Jno et Mélicerte se jetant dans la mer du haut d'un rocher (5), 
et Ino présentant son jeune fils à Posidou assis sur un rocher, au pied 
duquel nage un dauphin (6). 

Ino était la fille de Cadmos, fils d'Agénor, ce qui nous ramène aux 
traditions phéniciennes. D'un autre côté, dans l'île de Ténédos , on 
immolait des enfants à Mélicerte-Palaemon , comme nous l'appre- 
nons par Lycophron : IlaXat/xtav dspxstat PpeyoxTovoç (7). 

Les sacrifices humains se rencontrent chez les Phéniciens 5 d'après 



V, 3, t. VIII, p. 683, éd. Reiske ; Ovid., Metam., 
IV, 416 seq. ; Hygin., Fab., 2; Pliilostrat., Imag., 
11,16. — Le dauphin est souvent mis en rapport avec 
les éphèbes. Les monnaies de Tarente ont pour 
type Taras monté sur un dauphin. Eckhel, Doct. 
ninn. vet., t. I, p. 145 et suiv. On disait aussi 
qu'un dauphin avait sauvé la vie au fils de Taras : 
Probus et Pomponius Sabinus ad Virg., Georg., 

II, 176. Phalanthe, porté par un dauphin, aborde 
en Italie : Pausan., X, 13,5. Icadios, fils d'Apollon, 
est recueilli par un dauphin : Serv. ad Virg., Aen., 

III, 332. Le corps de Cœranos, qui s'était noyé, est 
porté au rivage par un dauphin: Plutarch., De 
solert. animatium, tom. X, p. 97, éd. Reiske; 
Athen., XIII, p. 606. Chez les habitants d'Iasos, 
ville de Carie, on honorait un jeune homme, 
nommé Dionysios, qui jouait avec les dauphins et 
qui est figuré sur les monnaies de cette ville, couché 
sur un de ces cétacés, absolument comme Mélicerte : 
Athen., XIII, p. 606, C et D ; yElian., De nat. 
animalium, VI, 15; Pollux, Onomast., IX, 6, 84; 
Plutarch., /. cit., p. 96. Cf. Eckhel, Doctr. num. 
vet., t. II, p. 583. Télémaque, fils d'Ulysse, est 
également sauvé par un dauphin : Plutarch., I. 
cit., p. 98. On peut encore citer l'Éolien Énolos : 
Myrsill. ap. Plutarch., I. cit.. p. 95 et 96. Enfin 
Arion jouant de la lyre est représenté sur un dau- 
phin : Herodot., I, 24; Pausan., III, 25, 5 ; Serv. ad 
Virg., Eclog., VIII, 55. 



(1) Lycophr., Cassandr., 663. 

(2) Apollod., II, 7, 8; Tzetz. ad Lycophr., 
Cassandr., 662. 

(3) Die Phœnizier, t. I, p. 434. 

(4) Millim, Galer. myth., ex, 401, 402, 404; 
Eckhel, Doct- num vet., t. II, p. 241. Sans nom 
d'empereur : Mionnet, Descript. de médailles, t. II, 
p. 467 et 168, nos U0 et 142, t. IV, Suppl. p. 50, 
nos 338, 339, 344 ; Hadrien : Mionnet, l. cit., t. IV, 
Suppl. p. 83, nos 557-561 ; Sabine : t. II, p. 180, 
no 236 ; Antonin : t. II, p. 181, n° 5 244 et 245; 
p. 183, nos 259-262 ; t. IV, Suppl. p. 89, no 598; 
M. Aurèle : t. II, p. 183, nos 259, 261 et 262; 
t. IV, Suppl. p. 97 et 98 , nos 661-668 ; L. 
Vérus : t. II, p. 185, nos 278-280, et t. IV, 
Suppl. p. 104, no 711 ; Commode : t. IV, Suppl. 
p. 109 et 110, nos 745.751, 754; Septime- 
Sevère : t. II, p. 187, n"289, et t. IV, Suppl. p. 114 
et 11 5, nos 781-784 ; j u |j a Domna : t. IV, Suppl. 
p. 119, nos 816,817; Caracalla : t. IV, Suppl. 
p. 122 et 123, n°s 838-840 ; Géta : t. IV, Suppl. 
p. 126, no» 864, 865. 

(5) Antonin : Mionnet, t. IV, Suppl. p. 89, 
n" 597; Septime-Sevère : t. II, p. 187, n° 292, et 
t. IV, Suppl. p. 115, n° 785; p. 117, no 799. Cf. 
Vaillant, Num. col. t. II, p. 11. 

(6) Millin, Galer. myth., ex, 403 ; Domitien : 
Mionnet, t. II, p. 177, no 21 8. 

(7) Cassandr., 229. 



— 221 — 
le témoignage de Pline , à Cartilage on offrait tons les ans des victi- 
mes humaines à Hercule : Hercules ad quem Pœni omnibus annis 
humana sacraverunt victima {{). 

Quant au cheval auprès duquel est écrit le mot Pakste, comme la 
déjà proposé M. Ariodante Fahretti (2), on doit rapprocher ce mot de 
celui de Peese ( 3^034) qui se lit auprès du cheval de Troie , sur le 
célèhre miroir du Cahinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, 
où l'on voit Épeios ^v|Vt^ et Héphaestos £'/|AnIO^M qui sont occupés 
à fabriquer le cheval de bois (3). Les mots Pakste et Peese désignent 
donc un cheval , et Gerhard (4) a rapproché ce mot de celui de 
Pégase, Ii.tjci.aoc, , le cheval de la source Pirène, à Corinthe (5). Mais 
ici se présente une difficulté : on ne rencontre pas dans les traditions 
relatives à Mélicerte la présence d'un cheval. Je conviens de ce fait. 
Mais il est facile de répondre à cette objection , car le cheval est un 
des principaux attributs de Posidon , surnommé tmitoç, et comme 
Mélicerte devient un dieu marin, l'artiste étrusque, tout en lui attri- 
buant le nom grec iïHercle , le même que le Melqarth phénicien , 
a pu lui donner pour monture le cheval du dieu des mers. En voyanl 
Mélicerte représenté à cheval, on pourrait aussi penser aux courses 
de chevaux dans les jeux Isthmiques, institués, comme nous lavons 
dit, en son honneur. 

Le curieux miroir auquel j'ai consacré cette étude, appartient 
aujourd'hui au Musée d'antiquités de l'Université de Cambridge. 

J. de WITTE. 



(1) XXXVI, 5, 4, 12. 

(2) Corpus inscript, ital., p. ex, n° 1022 bis. 

(3) Gerhard, Etruskische Spiegel., pi. craxxv. 
Cf. Mil lin, Galer. myth., cxxxvn bis, 6l'i*. 

(4) L. cil., t. III, p. 220. — M. Fabretti [Glos- 
sarium italicum, col. 2094, dans les addenda), 



joignant les deux mois ensemble, propose do 
traduire : Hercules equester. 

(5) Strab., VIII, p. 379 ; Pausan., Il, 3. îi. Le 
cheval Pégase esl souvent représ snté sur les mon- 
naies coloniales de Corinthe, 



222 



LA TRINITÉ CARTHAGINOISE 

MÉMOIRE SUR UN BANDEAU TROUVE DANS LES ENVIRONS DE BATNA 
ET CONSERVÉ AU MUSEE DE CONSTANTINE 

(Planche 21.) 



II. Le bélier. 

L'étude de la figure de Baal Ilâmàu nous a amenés à reconnaître qu'il y avait 
identité de représentation entre Baal llàmàn et Jupiter Ammon, antérieurement 
à l'époque romaine. Cette identité, s'appliquant à des dieux dont les noms pré- 
sentent une grande ressemblance, et dont les cultes se touchent presque, est un 
puissant argument en faveur de leur parenté , malgré toutes les difficultés qu'elle 
soulève. Elle ne tranche pas d'une façon absolue le problème de l'origine du culte 
de Baal Ilàmân. 

A quelle époque faut-il le faire remonter ? Est-ce que les Phéniciens l'ont trouvé 
en arrivant en Afrique, ou bien l'ont-ils apporté avec eux à Carthage ? L'ont-ils 
reçu par l'intermédiaire de la Libye , ou bien est-ce une de ces religions com- 
munes à la Phénicie et à l'Egypte ? Pour trancher la question, il faudrait être 
mieux édifiés que nous ne le sommes sur la phonétique phénicienne ; encore ce 
genre, d'argument est-il toujours fort sujet à caution. La transcription des noms 
phéniciens en égyptien se fait de la manière la plus régulière, mais la réciproque 
n'est pas également vraie, et nous voyons des noms de dieux égyptiens arriver 
singulièrement mutilés dans le panthéon phénicien. D'ailleurs, autant qu'on en 
peut juger par le peu que nous en savons, la phonétique carthaginoise n'était 
pas celle de la côte de Phénicie. Il faut attendre de nouveaux monuments qui 
viendront compléter notre démonstration. 

Le bélier nous ramène encore à Baal Ilàmân. C'est 
une vérité devenue banale, que le bélier est le symbole 
de Baal Hàmàn. Il le représente comme les colombes 
représentent Vénus. Il parait, non pas une fois, mais 
deux cents fois, sur les ex-voto de Carthage. 

La place qu'il occupe sur ces monuments nous porte 
à y voir plutôt un symbole religieux qu'une offrande. 
Mais, bien souvent, les deux choses devaient se con- 
|P°1| | fondre dans l'esprit de celui qui offrait l'ex-voto, l'offran- 
de étant toujours accompagnée d'un sacrifice , et dans 
bien des cas sans doute, du sacrifice d'un bélier. Un des 
ex-voto de la collection Sainte-Marie nous fournit la 
preuve de ce fait. Nous le reproduisons ici malgré le 
mauvais état de la pierre et la grossièreté du dessin. 
On y voit le cône sacré entre deux caducées, et au-des- 
sous, un bélier décapité. C'est par analogie que nous 
décorons l'animal de ce nom. S'il était isolé, on n'y 
reconnaîtrait rien, tant il est mal fait. D'ailleurs la 
partie capitale de son être, les cornes, font défaut. Mais 
l'analogie ne risque guère de nous égarer, parce que le 




223 — 



bélier est le seul quadrupède, pour ainsi dire, qui figure sur nos ex-voto. Il est 
probable qu'il faut voir là, reproduite avec toute la grossièreté que l'on est habitué 
à rencontrer sur les monuments de Cartilage, le sacrifice d'un bélier. 

Le bélier, en effet, devait être un des animaux qu'on immolait de préférence àBaal 
Hàmàn. La conséquence, qui peut paraître étrange au premier abord , est bien 
conforme à l'esprit des religions anciennes. Ce n'étaient pas des bêtes méprisables 
qu'on offrait à la divinité, mais celles qui lui étaient le plus agréables. Sacrifier, 
c était, proprement, consacrer à Dieu. Le mot hébreu qodesch , « saint, » comme 
le latin sacer, signifie « mis à part ». Or le bélier était l'animal par excellence du 
Sacrifice; il était le type de la force et de la virilité, et comme tel, il devait occuper 
une place capitale dans le culte d'un dieu mâle. La Bible le nomme à chaque page : 
c'est le ail. 

Fiçure-t-il aussi sur les inscriptions? Cette question est très-simple en apparence. 
Nous avons des tarifs des sacrifices où sont énumérés les différents animaux que 
l'on pouvait sacrifier, avec l'indication de la somme qu'il fallait verser pour chacun 
d'eux. Le ail y revient à plusieurs reprises à la suite du veau, et il est taxé au 
même prix. La difficulté vient de ce que les mots bélier et cerf s'écrivaient de même 
en phénicien. La vocalisation est différente ; le bélier se dit ail, le cerf aïal, mais 
on sait que l'ancienne écriture sémitique ne conservait pas la trace de cette dif- 
férence, les lettres sont les mêmes de part et d'autre (1). Est-ce le bélier ou le cerf 
qu'il faut lire ? Nous sommes réduits à nous guider par le sens général du texte. 
La place qu'occupe le mot aïl, les noms des animaux qui l'accompagnent, donnent 
une certaine vraisemblance à l'hypothèse, qui fait figurer le cerf parmi les animaux 
destinés au sacrifice. Cette manière de voir, défendue d'abord par Munk (2), a été 
adoptée par tous ceux qui se sont occupés de cette inscription après lui; avec la 
Grammaire phénicienne de Schrœder elle est devenue en quelque sorte classique. 
M. Renan, dont tout le monde connait la prudence et l'autorité en ces matières, 
s'est pourtant prononcé récemment à son cours contre l'interprétation courante. 
D'après lui , le ail serait le bélier. 

Les anciens sacrifiaient des cerfs, des biches et des gazelles, le fait est certain 
Le sacrifice d'Iphigénie est là pour nous prouver que l'on immolait des bicnes a 
Diane. Ce n'était même pas un fait isolé. La parenté vraie qui existait cuire la 
biche et le culte d'Artémis nous est attestée par tous les auteurs classiques, cl I art 
jusqu'à nos iours n'a fait que reproduire les données de la mythologie ancienne. <>r, 
l'animal de prédilection d'une divinité, nous l'avons dit plus haut, était celui qu on 
lui sacrifiait de préférence. Il faut donc s'attendre à trouver Artémis honorée par 
des sacrifices de biches. Le fait nous est attesté par les anciens pour la plupart des 



(4) On a voulu voir dans la façon dont est écrit 
le mot S'N sur l'inscription de Marseille, la 
preuve que c'était le cerf. Dans le mot aïl, dit-on, 
le iod n'a d'autre fonction que de supporter la 
voyelle i; dans le mot aïal au contraire, il a une 
valeur propre, c'est une consonne qui fait partie 
de la racine. Or, d'après les habitudes delà paléo- 
graphie phénicienne, qui est très-sobre de lettres 
quiescentes, on s'attendrait à voir le mot aïl 
« bélier » écrit simplement Sx, sans iod. Cet ar- 
gument, très-sérieux à l'époque où M. Ewald et 
encore M. Halévy écrivaient, a perdu aujourd'hui 



toute sa force. On trouve en effet dans l'inscrip- 
tion de Byblos l'article et, écrit tantôt rrx. tantôt 
HX. 11 serait facile de multiplier les exemples 
(Melchior de Vogué, Stèle de YehawmeUk, roi de 
Gebal, Paris, 1875; Renan, Journal «'i'* Sooontej 
août 1875). Il est plus que probable d'ailleurs que 
les deux mots viennent de la mémo racine. On 
peut consulter d'ailleurs pour le détail de cette 
argumentation Ewald, Abh. der Gœtting. Ce», for 
Wiss., N. S. t. lV;Halt ; \y, Estai sur l'inscription 
de Marseille, Journ. Asiat., 1870,1, p. >7 ; SS6 
[i) Journ. asiat., 4847, II, p. 173-531 



— 224 — 

grands sanctuaires de la déesse. Arrien parle fort au long- du sanctuaire d'Artémis 
qui se trouvait dans l'ile d'Icaros, au fond du golfe Persique, et autour duquel 
cerfs et chèvres sauvages vivaient en liberté (1). « Il n'était pas permis de les 
chasser, si ce n'est pour les sacrifier à la déesse. » 

Mais le texte sans contredit le plus curieux au point de vue de la Phénicie, est 
un passage de Porphyre cité par Ewald , dans lequel l'auteur phénicien parlant des 
sacrifices, dit : « Nous offrons à dieu des bœufs et des moutons, sans compter les 
cerfs et les oiseaux » (2). 

Tous ces faits ont été mis en lumière par Movers. Il a démontré l'origine 
orientale des sacrifices de bêtes sauvages et leur parenté intime avec le culte de la 
déesse Anat, Tanit à Carthage, qui avait pour formes corrélatives , tantôt .4 théné, 
tantôt Artémis en Grèce (3). Ces sacrifices avaient même une signification très- 
précise. Ils étaient comme un souvenir lointain des sacrifices humains. La biche 
tenait la place d'une autre victime à laquelle on la substituait (4). M. Clermont- 
Ganneau a repris toutes ces idées au Journal Asiatique (5) , dans un article 
plein d'aperçus ingénieux et de détails originaux sur les parcs de gibier et la 
domestication des bêtes sauvages tant à Rome qu'à Carthage. 

Reprenons les tarifs des sacrifices, et voyons ce qu'ils nous apprennent à ce 
sujet. L'épigraphie phénicienne possède plusieurs tarifs du même genre, ou du 
moins plusieurs fragments de tarifs. Tous proviennent de Carthage, sauf un qui a été 
trouvé à Marseille. L'ordonnance de ces tables, qui devaient être affichées à Ventrée 
des temples, est identique ; si bien que, là où elles présentent des lacunes, on peut 
les compléter l'une par l'autre. Nous prendrons pour type l'inscription de Marseille, 
qui est la plus complète. 

Les victimes n'y sont pas nommées séparément. Elles sont divisées par 
catégories, en allant des plus grosses jusqu'aux plus petites. Chaque catégorie 
forme un paragraphe, d'une ligne ou de deux. 

En voici la disposition générale : 

Premier paragraphe, le bœuf: 10 sicles. 

Second, le veau et le ail : S sicles. 

Troisième, le iôbel et la chèvre : 1 sicle. 

Quatrième, l'agneau, le chevreau et le çereb-aïl: 3/4 de sicle , 2 zar. 

Où est le bélier dans cette énumération? la première pensée qui vienne à 
l'esprit, est de le chercher dans le aïl. Pourtant, comme il a été dit plus haut, 
presque tous ceux qui se sont occupés de ce texte le traduisent non par bélier, 
mais par cerf. Voici les raisons qu'ils font valoir en faveur de cette explication. 
Le au est nommé immédiatement après le veau et sur la même ligne que lui. 
Ce doit être un animal à peu près de même taille. On n'aurait pas donné la même 
somme au prêtre pour un veau et pour un bélier. Au contraire, le veau et le cerf 
sont à peu près de même poids. 

Où faut-il alors chercher le bélier? au paragraphe suivant, à côté de la chèvre. 
C'est l'animal qui est appelé iôbel. Le nom de iôbel est en effet une conquête de 
l'épigraphie. C'est à Munk qu'on en doit la traduction. Il ne s'était conservé que 



(1) Arrian., Anabas. , VU, 20, 3. 
(S) Abhandl. der Gott. Gesellsch. derWiss., N. S., 
t. IV, p. 849. 



(3) Mo\ers, Die Phonizier, t. I., p. 
suiv., 625 et suiv. 

(4) Movers, Ibid., p. 407. 

(5) Journ. Asiat., avril-mai-juin 1878. 



- 223 — 

dans une expression dérivée : le iôbel désignait, en hébreu, les cors dans Lesquels 
on sonnait les fanfares, et puis la fête que l'on annonçait au son de ces trompettes, 
le Jubilé. Ou en a même fait, un verbe iàbal, qui correspond au mot français « jubiler ». 
Or les commentateurs juifs nous apprennent que le mot iôbel était, dans l'ancienne 
langue arabe, le nom d'une sorte de bélier (Rosh hashanah , 3). Rien jusqu'à ces 
dernières années ne permettait de vérifier cette assertion. Aujourd'hui , nous 
savons à n'en pas douter que iôbel était le nom d'un animal de la famille du bélier. 

Voici, d'après cette traduction, dans quel ordre se succéderaient les victimes sur 
le tarif : 

l re catégorie : bœuf. 

2 e catégorie : veau et cerf (aïal). 

3 e catégorie : bélier ( iôbel) et chèvre (ou plutôt le mâle de la chèvre, le bouc). 

4 e catégorie : mouton, chevreau et çereb aïal. 

Qu'est-ce-que le çerb aïll Le mot çerb nous est entièrement inconnu. On pense 
en général qu'il désigne le petit de Y ail. Le amar étant le petit du iôbel, le gedî le 
petit du ez, le çerb ail serait le petit du ail ou suivant la traduction généralement 
reçue, du aïal, c'est-à-dire, du cerf. Ou voit dans ce dernier nom encore un argu- 
ment en faveur du aïal. Les jeunes des animaux domestiques ont, en général, des 
noms qui leur sont propres. Les animaux sauvages n'en ont pas. Faisons remarquer 
pourtant, avec M. Halévy (1), que le petit du cerf a un nom dans les langues sémi- 
tiques ; c'est le aphar, isy. 

La traduction reçue, que nous venons d'exposer, est très-séduisante, si l'on s'en 
tient à cette inscription seule; elle explique surtout d'une façon fort ingénieuse, les 
différentes particularités du texte. Peut-être cependant, à force de chercher le cerf 
dans les religions anciennes, a-t-on un peu perdu de vue les analogies si nom- 
breuses qui font que l'on s'attendrait plutôt à trouver à cette place un bélier. 

Le bélier joue un rôle capital dans les sacrifices antiques. C'était la grande 
victime expiatoire. Nous ne parlons pas seulement de la Grèce et de Rome, dont 
les bas-reliefs nous attestent en quelque sorte à chaque pas quelle place considé- 
rable le bélier y occupait dans les cérémonies du culte. Mais ce que nous trouvons 
chez les peuples sémitiques n'en diffère pas essentiellement. La législation juive es! 
très-instructive à cet égard. Toute la partie du code qui est relative au rituel des 
sacrifices, et plus particulièrement les premiers chapitres du Lévitique, nous offrent 
un parallèle constant avec les tarifs phéniciens. Les prescriptions relatives à l'attri- 
bution des diverses parties des victimes se correspondent souvent mot pour mot, à 
tel point que l'on serait tenté de considérer le Lévitique comme un commentaire de 
nos tarifs , ou du moins de tarifs analogues qui étaient en vigueur à Jérusalem ; or . 
nous y voyons constamment figurer le bélier. Il y a plus , on y voil que . loin d'être 
conSidéré comme une offrande de peu de valeur, il était réservé , dans certains cas , 
aux chefs du peuple (2). Mais, ce qui est plus significatif encore , c'est la relation 
que la loi établit entre le bélier et le veau ; ils s'appellent l'un l'autre en quelque 
sorte, et le bélier vient toujours immédiatement après le veau, comme le aï/ après 
le egel sur l'inscription dé Marseille (3). Ce parallélisme se poursml en dehors des 
textes juridiques, et nous prouve l'existence des mêmes usages aon-seulemenl 
chez les Hébreux, mais chez leurs voisins. Quand Ralak veut déterminer Le pro- 



(1) Inscript.de Marseille, Journ. asiat., 1870, | (2) Levit. IV, Q2. 
I, p. 492; cf.Cant. II, 9, 47; VIII, 14. ! (3) Levit. IX, 1-4. 



31 



— 226 — 

phète Balaam à maudire Israël, au pays de Moab , il le mène sur les hauteurs de 
Baal d'où il pouvait découvrir les campements du peuple (1). « Alors Balaam lui 
dit :' Construis-moi ici sept autels et donne-moi sept jeunes taureaux et sept 
béliers. Et Balak fit ce que Balaam lui demandait, et Balak et Balaam sacrifièrent 
un jeune taureau et un bélier sur chaque autel. » 

Il est impossible de songera voir des cerfs dans ces différents passages, tout aussi 
peu que dans les passages innombrables des prophètes et des psaumes , sortis de la 
même inspiration, où il est question du sang des taureaux et de la graisse des 
béliers, ces cerfs fussent-ils des « cerfs-cochons. » 

En était-il autrement chez les Phéniciens? Peut-être. M. Evvald croit même 
reconnaître à ce trait une des différences fondamentales de la religion juive et des 
autres religions orientales. Son assertion contient une part de vérité. Les sacrifices 
de cerfs, ou plutôt de biches , supposaient le culte d'une déesse ; ils étaient 
inséparables du polythéisme et nous ajouterons, d'une sorte de naturalisme dans la 
religion. Le judaïsme, ennemi du polythéisme, devait les proscrire. 

Aussi nous étonnons-nous moins de voir mentionner le cerf parmi les victimes, 
que de le voir tomber au milieu des animaux domestiques et en interrompre 
l'énumération. Car il ne faut pas perdre de vue que, chez les Tyriens comme chez les 
Hébreux, les victimes ordinaires et en quelque sorte normales, étaient le bœuf et le 
mouton. C'étaient là comme partout les animaux familiers de l'homme. Nous savons 
du reste qu'ils étaient pour les Phéniciens l'objet d'un commerce important. Ezéchiel, 
qui nous fournit sur le commerce de Tyr les renseignements les plus circonstanciés, 
nous parle des agneaux, des brebis et des boucs que les Tyriens faisaient venir de 
l'Arabie (2). Le passage de Porphyre que l'on a cité plus haut , si curieux en ce 
qui concerne les sacrifices de cerfs, ne les place qu'à la suite des bœufs et des 
moutons à côté des oiseaux : (3oùç yào xai noôëocia., npoç te xoûzoiç, ikd^ovç, xat 
cpviSaç. Un cylindre assyrien publié par Miinter (3) , forme le commentaire 
naturel de ce passage. Il représente un sacrifice. Une déesse armée est assise sur 




son trône, les pieds sur une lionne. Le' croissant de la lune et l'étoile de Vénus, 
qui occupent lenautdu tableau, ne nous laissent pas de doute sur son caractère. 
Devant elle est un autel sur lequel brûle une tète de bélier. Une prêtresse, coiffée 



(1) Num., XXIII, 1-3. 

(2) Ezech. XXVII, 22. 



(3) Religion der Babylonier , pi. i, n° 5 : 
Babylon and Persepolis, pi. xu, n° \0. 



Rich, 



— 227 — 

de deux cornes de vache, amène un homme la tète rasée, qui apporte dans ses liras 
une gazelle ou un faon ; une autre prêtresse, tenant un rameau fleuri, et un chien 
ferment le cortège. Ainsi, même dans le sacrifice offert à la déesse assyrienne, qui 
est en quelque sorte le proto-type de Tanit, nous voyons au premier rang le bélier. 

Les faits qui précèdent nous amènent à une remarque générale : Les sacrifices 
de cerfs s'adressent, dans tous les exemples que l'on cite d'ordinaire, aune déesse; 
et, si l'on réussit à en retrouver la trace en Phénicie et jusque dans ses colonies, 
ces traces vont en s' atfaib lissant à mesure qu'on marche vers l'Occident : c'est un 
rite presque uniquement asiatique et qui avait un caractère, toujours plus ou 
moins exceptionnel. La preuve en est dans l'attention que mettent les auteurs anciens 
à les signaler partout où ils les rencontrent. Or, le tarif des sacrifices de Marseille 
vient du temple, non d'une déesse, mais d'un dieu ; et ce dieu même n'est pas 
l'époux de Tanit. On lit, en effet, en tète de l'inscription de Marseille les mots : Temple 
de Baal; la suite manque, et cette lacune est d'autant plus regrettable, que le mot 
suivant devait nous fournir le vocable spécial du dieu. Quel était ce vocable '.' 
Nous n'osons nous prononcer. II ne reste que les queues de deux ou trois lettres. 
Mais si nous n'en avons pas assez pour dire ce qu'était ce nom , il en reste assez 
pour dire ce qu'il ne pouvait pas être. Or, il suffit de quelque habitude de l'écri- 
ture phénicienne pour demeurer convaincu que jamais, à celte place, il n'y a eu 
Baal Hàmân. 

Ces conclusions semblent confirmées par la provenance de l'inscription de 
Marseille. Cette provenance, quelque étrange que cela puisse paraître, a été, 
jusqu'à ce jour, très-débattue. Est-ce que l'inscription n'appartenait à Marseille 
que par le hasard , ou bien était-elle véritablement née en Gaule ? Tout concourt 
à faire croire qu'elle vient de Cartilage, soit qu'elle en ait été apportée comme 
lest par un navire, soit qu'elle ait été gravée à Cartilage pour le temple de 
Marseille. Elle ressemble, a s'y méprendre, aux textes de même genre qu'on a 
trouvés à Carthage. Non-seulement le style, mais le caractère paléographique sonl 
les mêmes. Il paraît que l'examen microscopique de la pierre trancherait la ques- 
tion en faveur de Marseille. M. Dieulafait a soumis un fragment de celle pierre 
à un examen minutieux, et il résulte de son analyse que la pierre sur laquelle 
est gravée l'inscription présente les mêmes caractères qu'une pierre bien connue 
à Marseille , la pierre de Cassis. M. Ilartwig Derenbourg a eu 1 obligeance de 
me communiquer la lettre que M. Dieulafait lui a adressée à ce sujet , el qui ne 
laisse guère de place au doute. Nous en extrayons les passages qui nous inté- 
ressent plus directement. 

« La pierre est d'une teinte légèrement jaunâtre, donl la durcie égale celle du 

marbre calcaire le plus compacte; elle n'est pas exclusivement cristalhs somme 

le marbre statuaire; elle est légèrement pénétrée de smce , d alumine ,el .le 
quelques traces d'oxvde de fer. Elle appartient au type de la pierre lithogra- 
phique. Son aspect m'a immédiatement rappelé une pierre très-employée dans toute 
la région de Marseille: c'est la pierre dite de Cassis, pierre qui géologiquemenl 
apparient à la partie moyenne de l'étage néocomien. .lai réduil en lame mince 
un fragment détaché de la pierre et j'ai pu l'examiner au microscope dans la 
lumière polarisée et le comparer avec mi fragment de la pierre de Lassi paie 



lumière uuuuisee et le < uni n«"j i*yv,^ >-.. ,- ■ . , . , , 

de la même façon. J'ai constaté entre les deux fragments une identité aussi grande 
que possible. » 

On pourrait même, d'après lui. déterminer en qui 
elle a été tirée. C'est la colline, en grande partie cons 
laquelle s'élève la chapelle de Notre-Dame de la (.aide. 



que possible. » 

On pourrait même, d'après lui, déterminer en quelque sorte la carrière aoù 
elle a été tirée. C'est la colline, en grande partie constituée par celte pier" 



— 228 — 

Comme contre-épreuve , il resterait à voir si l'on ne retrouverait pas la même 
pierre aux environs de Carthage. La collection d'ex-voto de la Bibliothèque Natio- 
nale permettra d'arriver à une certitude absolue à cet égard. Il serait étonnant, 
en effet, que parmi ces 2000 pierres, il n'y eût pas un spécimen de toutes celles 
que l'on employait à cet usage. C'est une preuve de plus de l'importance capitale 
de la réunion des textes, et des services que cette collection unique est destinée à 
rendre à l'épigraphie. 

11 ne faudrait pas d'ailleurs tirer de ce fait des conséquences exagérées. Les 
déesses avaient pour époux des dieux qui souvent habitaient le même temple. Tanit 
et Baal Hâmân nous en fournissent un exemple à Carthage. D'autre part, la pa- 
renté évidente du tarif de Marseille avec ceux de Carthage nous prouve que s'il a 
été gravé en Gaule, il a été fait sur un modèle carthaginois. Il devait y avoir cer- 
taines règles dont on ne s'écartait guère, et qui variaient peu d'un endroit à l'autre, 
une loi rituelle qui répondait plus ou moins à ce qu'était, pour les Juifs, la loi 
mosaïque. 

Peut-être même faut-il aller encore plus loin. Cette ressemblance n'est pas limitée 
aux tarifs phéniciens, mais elle s'étend, pour une bonne part, aux prescriptions 
du Lé vi tique relatives aux sacrifices ; à tel point qu'il n'y a guère plus de 
différence entre le Lévitique et les tarifs carthaginois, qu'entre ceux-ci et le tarif 
de Marseille. 11 semble donc aussi que le terme de ail désigne le même animal 
dans les uns et dans les autres. Or, dans la loi mosaïque , c'est le bélier. 

D'ailleurs, à première vue, ce qu'on s'attend à trouver sur un tarif de ce genre, 
ce ne sont pas certaines victimes extraordinaires, qui devaient être d'un emploi 
rare, encore plus à Marseille qu'à Carthage. La colonie phénicienne était peu de 
chose, comparativement à l'élément grec qui y dominait. Si le cerf, ou d'autres 
individus de la même famille y figuraient, ce devait plutôt être en queue, après 
les bœufs et le bétail , c'est-à-dire après les victimes qui formaient le fond en 
quelque sorte obligatoire des sacrifices journaliers. 

Nous sommes ainsi amenés à parler des derniers quadrupèdes nommés sur 
l'inscription de Marseille. La quatrième catégorie comprend, nous l'avons vu , 
l'agneau, le chevreau et le çerb-aïl. Qu'est-ce que le çerb-aïl? Si l'on veut bien se 
rappeler ce que nous avons dit sur le rôle des bêtes sauvages dans les sacrifices, et 
sur la place qu'elles occupent, après le gros et le menu bétail, et avant les vola- 
tiles , dans le passage de Porphyre que nous avons cité plus haut, on pourra se 
demander si nous n'aurions pas là peut-être un animal de la famille du cerf, et 
si le mot çerb ne serait pas là pour distinguer le aïal « cerf » du ail « bélier. » 
Voyons si le paragraphe suivant dont il ne reste que la fin ne nous donnerait pas 
quelque éclaircissement à cet égard ? 

La ligne 11 commence une nouvelle catégorie. Les deux premières lettres man- 
quent. Elles commençaient le nom d'un animal. Quel était-il? La suite du paragraphe, 
assez obscure, ne permet pas de le dire avec certitude. Tous ceux qui se sont 
occupés de l'inscription complètent le mot de la façon suivante : [bi çe]phar, ce qui 
veut dire: « pour un oiseau ». Seulement cette traduction rencontre un obstacle ; c'est 
que la ligne 12, qui commence une 6 e catégorie, débute par lesmots : alcaphar, c'est- 
à-dire: « pour un oiseau», écrits tout au long. Nous aurions donc les oiseaux nommés, 
par le même nom général , à deux lignes consécutives, ce qui est peu probable. 
Aussi croyons-nous que là encore M. Renan a fait faire un pas à l'interprétation 
de ce texte en lisant [be a]phar « pour un faon », au lieu de bi çephar « pour un 
oiseau ». Le çerb-àil serait-il alors quelque animal de la même famille ? Cela est 
possible sans que nous osions l'affirmer. 



— 229 — 

Il y a au fond de tout cela une difficulté très-sérieuse , puisqu'elle a arrêté 
presque tous les^ savants, et qu'on n'est peut-être pas en mesure de résoudre 
complètement : c'est la question de prix. Les sommes qui accompagnent les diffé- 
rentes catégories d'animaux ne représentent pas le prix de la Bête. Elles repré- 
sentent un impôt que l'on payait au sacrificateur ; une sorte de droit du sanctuaire. 
Sur quoi était réglé cet impôt? Plus ou moins sur la taille, puisque nous voyons 
l'impôt décroître avec la taille de la victime. Mais bien d'autres considérations 
encore pouvaient contribuer à la fixation du prix. Un bélier pèse bien moins qu'un 
veau; mais on n'est pas surpris de voir le bélier mentionné sur la même ligne 
que le veau, parce que le bélier est une bête de rapport. Il ne faut pas oublier, 
d'ailleurs , que le sacrificateur était chargé d'abattre et de dépecer la victime. La 
somme qu'il recevait devait être proportionnée à sa peine. Or, aujourd'hui encore, 
la somme que les Israélites donnent au sacrificateur chargé d'abattre les bètes de 
boucherie, est la même, en Alsace, pour les moutons et pour les veaux; elle varie, 
suivant les endroits, de 4 à 7 francs. Dans les concours agricoles, enfin, les 
récompenses destinées aux animaux de l'espèce ovine sont, en général, aussi 
élevées que celles qui sont destinées aux génisses, malgré la disproportion de 
taille et de prix de ces deux sortes d'animaux. 

Une autre difficulté , c'est que le ail a l'air de faire double emploi avec le 
iôbel. Pourtant, le iùbel était-il exactement notre aries? Il est permis d'hésiter sur 
ce point. Il règne une grande incertitude dans la traduction des noms d'animaux, 
et les espèces anciennes ne répondaient que d'une façon très imparfaite aux 
nôtres. 

En somme , cette traduction laisse subsister bien des obscurités , mais peut-être 
n'est-ce pas une raison qui doive la faire repousser dès l'abord. Elle est plus natu- 
relle et s'accorde mieux avec les monuments de l'époque à laquelle ces textes 
appartiennent, notamment avec ce qu'ils uous apprennent du culte de Baal dans 
l'Afrique phénicienne. 

Varronnous dit que l'Hercule Tyrien, c'est-à-dire Melqarth, qui fut confondu par 
la suite avec Baal Hàmân , importa, suivant une ancienne tradition, la race d*^ 
chèvres et des moutons d'Afrique en Grèce (1). Cela veut dire, que les anciens 
établissaient une relation entre les chèvres et les moutons et le culte de Melqarth. 
Nous n'avons pas le droit d'y chercher autre chose. Cette indication du prince de 
l'agriculture romaine, qui connaissait à fond les choses de l'Afrique, confirme 
parfaitement tout ce que nous en avons dit. 

Le bandeau du musée de Constantine répète, sous forme d'image, cette donnée 
religieuse, en nous présentant adroite et à gauche de Tanit et de Baal Hàmân, 
d'un côté un bélier, de l'autre, une chèvre. 

{La suite prochainement.) 

Philippe BEBGEB. 



(1) Varro, De re rustica, II, 1 : Secundwm anti- I Afrira in Graeciam exportant. Voyoz CliTinonl- 
quam consuetudinem, captas et oves Hercules ex \ Ganneau, Journal asiat., I. c, p. 518. 



— 230 — 



STATUE COLOSSALE DECOUVERTE A AMATHONTE 

(cypke) 

(Planche 31.) 

Eu 1873, près d'Amathonte , un paysan découvrit, en labourant son champ, la 
statue colossale d'un dieu monstrueux tenant devant lui une lionne suspendue par 
les pattes de derrière. Aussitôt que le bruit de cette trouvaille parvint à Larnaca, 
plusieurs consuls se rendirent sur les lieux pour acquérir le monument , mais , 
pendant les pourparlers, le gouverneur turc s'en empara et l'envoya à Constanti- 
noplè où il orne maintenant l'entrée du musée de Tchinly-Kiosk , au vieux sérail. 

Cette statue, reproduite pi. 31, a été taillée dans un bloc de ce calcaire 
poreux et coquillier dont est fait le vase d'Amathonte. Elle mesure 4 mètres 20 de 
haut; sa largeur au niveau des épaules est de 2 mètres. Quand on l'a découverte 
elle était cassée en deux morceaux à la hauteur des genoux : le fragment supé- 
rieur est admirablement conservé, l'autre est effrité par l'humidité. 

Le dieu est représenté debout, sa poitrine et ses épaules sont couvertes de poils, 
les bras fortement musclés sont ornés de chevrons qui ne répondent à aucune 
saillie anatomique et dont le caraitère ornemental est évident. Le D r Déthier (1) 
pense que ce sont des indices de tatouages comparables à ceux que porte aux bras 
et aux jambes le chef des Tamahous vaincu par Ramsès III et représenté à Médinet- 
Abou (2). 

Dans le principe le colosse cypriote avait sur le sommet de la tète un orne- 
ment que l'on n'a pas retrouvé et qui était implanté, un peu en arrière des cornes, 
dans un trou cylindrique mesurant 4 centimètres de diamètre et douze centi- 
mètres de profondeur. Des bords de ce trou partent toutes les mèches de cheveux : 
les unes, courtes et frisées, tombent sur le front; les autres, longues et lisses, 
forment six ondulations à la manière assyrienne , puis se divisent en trois gros 
faisceaux de boucles qui reposent sur la nuque et les épaules. 

La barbe, également traitée à la mode assyrienne, est épaisse, frisée en étages 
et descend jusqu'aux seins ; les oreilles sont larges et velues à l'intérieur j le nez 
est aplati ; les narines sont dilatées et déformées par ce rictus gouailleur et bes- 



(1) Statue chyprienne colossale, Hercule ou Silène 
Kèrasle f dans le journal La Turquie (février 1871). 
L'Orient Illustré du mois de juillet de la même 
année a reproduit cette notice avec plusieurs mo- 
difications et sous le titre. Statue chyprienne colos- 
sale de Bacchus primitif. Cet article est accom- 



pagné de plusieurs croquis du docteur Déthier qui 
ont été mal interprétés par le graveur. 

(2) Champollion, Monuments de l'Egypte et de 
la Nubie, pi. ccv, fig. \ ; Wilkinson, Manners 
éyyptians, 3« édit., 1. 1, p. 246. 



— 231 — 
tial qui contracte toute la face, deux grosses cornes, à demi brisées aujourd'hui, 
couronnent ce front bas et déprimé que limitent d'autre part les muscles sourciliers 
exagérés dans leur saillie. 

. Gomme vêtement, le dieu porte autour des reins une peau de lion dont les pattes 
de devant retombent sur ses cuisses. Cette dépouille est retenue à la taille par une 
ceinture ornée de deux rangs de postes et rattachée par deux larges boucles dont 
on voit les extrémités et les ardillons. 

Sur sa poitrine le dieu tient une lionne par les pattes de derrière, celles de 
devant reposent sur un socle. La tète de ranimai manque ; elle était primitivement 
maintenue par quatre chevilles comme l'indiquent les trous situés de chaque côté 
du cou. Cette tète servait d'orifice à une fontaine, car elle s'appliquait sur un trou 
rectangulaire communiquant par un conduit horizontal à une ouverture située à 
la partie postérieure de la statue. 

Comme œuvre d'art ce monument est assez primitif. Le sculpteur s'est plu à 
reproduire avec un soin méticuleux tous les détails, les mèches de cheveux el 1rs 
boucles de la barbe, le velu de la poitrine et les poils de la lionne. Cet amour 
des petites choses lui a fait négliger les grandes lignes et il n'a pas donné 
aux membres du colosse la symétrie et les proportions vnulues. Un artiste 
habitué, comme l'étaient ceux de l'Egypte et de l'Assyrie, à travailler de brunis 
blocs aurait mieux coordonné les diverses parties de la statue; il n'aurait pas fait 
le côté gauche plus haut que le droit ; les deux épaules auraient été sur un même 
plan horizontal ainsi que les deux bouts de la ceinture, la hanche gauche de la 
lionne aurait eu la même forme que la droite. Malgré ces défauts, malgré la perte 
de la tète de l'animal et de l'ornement que le colosse avait sur la tête , ce monument 
est encore un des meilleurs de l'art cypriote. Cet art du reste n'est jamais parvenu 
à la perfection ; comme l'art phénicien, dont il n'est pour ainsi dire qu'une manière 
provinciale, il n'eut jamais ce cachet d'originalité et de puissance qui caractérise 
l'art égyptien et l'art assyrien. Comme ceux de Tyr et de Byblos, les sculpteurs 
d'Amathonte sont restés des artisans, des gratteurs de -pierre en dehors de toute 
influence hellénique. 

En dépit des invasions successives, les hommes d'Amathonte gardèrent intactes 
les habitudes et les croyances de la Phénicie d'où leurs pères étaient sortis. C'esl 
donc dans la mythologie phénicienne que nous devons chercher l'explication t\>'* 
attributs de ce dieu et partant essayer de déterminer son caractère et sa nature. 

Dans son bel ouvrage sur le Musée Napoléon III, M. de Longpérier a publié 
trois statuettes phéniciennes trouvées à Torlose et représentant ce même » dieu 
trapu, nain et barbu (1) ». Sur la plus grande de ces figurines le dieu a les épaules 

'1) Musée Napoléon III, pi. xix; cf. Duruy, Histoire des Romains, Paris 1878, t. I, p. 428. 



— 232 — 

couvertes de la peau d'un lion, sa poitrine est ornée d'un masque de lion, son 
ventre est soutenu par une ceinture , sa barbe est disposée en mèches terminées par 
des spirales à la manière assyrienne, deux gros sourcils, semblables à ceux du 
dieu cypriote, encadrent le haut du visage. Enfin, sur la tète il a un ornement 
malheureusement difficile à reconnaître. Cet ornement est plus distinct sur les 
médailles et les intailles phéniciennes qui représentent ce dieu ; c'est une cou- 
ronne de palmes pareille à celle que portent les Patèques des navires sidoniens (1) 
et le dieu Eponyme de la Sardaigne (2). D'après ces analogies, il est permis de 
croire, que le colosse d'Amathonte avait aussi une couronne de palmes fixée dans 
ce trou cylindrique creusé en arrière des cornes. Cette hypothèse se trouve con- 
firmée par un autre monument cypriote : l'écharpe qui ferme la shenti d'une 
statue de style égyptien est ornée de la figure grimaçante de noire dieu couronné 
de palmes (3). 

La statue d'Amathonte et les figurines de Tortose montrent ce dieu monstrueux 
vainqueur du lion et paré de sa dépouille. Dans tout l'Orient nous retrouvons ce 
type de la divinité victorieuse du fauve : le Sandon assyrien du Louvre étouffant 
un lion dans ses bras (4) ; l'Hercule lydien toujours représenté avec une peau de 
lion , le Dionysos hellénique dont le char est traîné par deux lions. Ces deux 
vainqueurs du lion ont toujours le taureau pour attribut, pour animal symbolique. 
Notre nain barbu ne fait pas exception ; la statue d'Amathonte le représente avec 
des cornes de taureau et nous voyons un taureau cornupète au revers d'une mé- 
daille phénicienne anépigraphe qui, au droit, le représente en pied et couronné de 
palmes (3). Notre dieu rentre donc dans la classe de ces divinités orientales qui 
ont le lion pour antagoniste et le taureau pour attribut. 

Afin de mieux saisir le sens de cette symbolique , il faut se souvenir de ce 
chapitre de la Genèse orientale où l'on explique l'origine des êtres par le contact, 
par la lutte des premiers principes, la lumière et les ténèbres, la chaleur et le froid, 
la sécheresse et l'humidité (6). Le lion représentait la lumière, la sécheresse et la 
chaleur; quant aux ténèbres , à l'humidité et au froid , ils étaient symbolisés par 
le taureau , et la lutte de ces deux animaux figurait celle de ces premiers principes. 
Dans cette lutte tantôt le taureau est vaincu , tantôt c'est le lion comme sur Je 



(1) Cf. les monnaies des Acliéménides ayant au 
revers une galère ; cf. Herodot., III, 37. 

(2) Cf. le bronze du préteur AtiusBalbus(Morell, 
Thésaurus, éd. Havercamp, p. 37; Cohen, Descr. 
des méd. consulaires, pi. xlviii, Atia ; Duruy, 
Hist. des Romains, Paris, 1878, t. I, p. 418. 

(3) Cesnola, Cyprus, p. 134; Dœll, Sammlung 
Cesnola, pi. n, n° 7. 



(4) Ad. de Longpérier, Notice des Antiquités as- 
syriennes du Louvre (Paris 1854], n° 4. 

(5) F. de Saulcy. Recheirhes sur la nunrismat. 
punique, 1843, dans les.Ve'm. del'Acad. des Inscr., 
nouv. sér. , t. XV, 2<s part., p. 177 et 188. 

(6) Melchior de Vogué, Mélanges d'archéologie 
orientale, p. 57 et suiv. 



— 233 — 
monument d'Amathonte. Cette alternative vient de ce que la terre et le soleil, 
sources de toute vie, représentent tour à tour les deux principes. 

Chaque matin, au sortir de l'obscurité, la terre, toute humide de rosée, a pour 
symbole le taureau. Le soir, quand elle est desséchée par la chaleur du jour, son 
symbole est le lion ou plutôt la lionne. Ces mêmes phases se retrouvent dans la 
révolution annuelle. Au printemps, ce matin de l'année, la terre est froide et toute 
détrempée par les pluies de l'hiver ; pour produire, elle a besoin de la chaleur du 
soleil. A l'automne, lorsque tout est brûlé par les ardeurs de l'été, elle ne peut 
enfanter sans l'humidité , sans la pluie que semble verser le soleil d'automne. De 
là l'habitude qu'avaient les Orientaux de représenter par un lion le soleil au com- 
mencement de sa course, et par un taureau l'astre à son déclin. C'est ainsi que 
Sandon en Assyrie , Hercule en Lydie , Dionysos en Grèce et toutes les divinités 
qui personnifiaient le soleil couchant avaient le taureau pour symbole. Nous pou- 
vons donc conclure que la statue d'Amathonte est une image phénicienne du soleil 
d'automne. 

Quel nom recevait à Cypre et en Phénicie ce nain monstrueux? Sur ce point, 
nous n'avons aucun document. Pas une inscription, pas un texte ne vient nous 
renseigner à cet égard. Un passage d'Hésychios, maintes fois cité, nous dit bien 
que pour les Cypriotes Adonis était un Pygmée. Ilt/y/j.atflov à "x\o«vtç Tzc.oa Kvnpioiç. 
Mais ces mots concernent-ils notre dieu? La statue d'Amathonte représente un 
Pygmée , uu nain ; mais est-ce bien là Adonis , cette figure du soleil printanier 
qui meurt en Juin, ce jeune dieu qui a servi de prototype à PEros et au Cupidon 
des classiques? Les représentations phéniciennes d'Adonis devaient ressembler à 
ces figurines égyptiennes de Ptah, le dieu embryon, ou plutôt à celles d'Uorus, le 
soleil levant. Sur les monuments égyptiens, connus sous le nom de cippes >/' Horus, 
on voit toujours au-dessus du jeune dieu imberbe le masque grimaçant et ridé de 
notre dieu. Le texte gravé sur ces phylactères contient souvent cette formule : 
« le vieillard qui redevient jeune » (1). Nous voyons donc par là que les Egyptiens 
considéraient ce dieu monstrueux comme l'emblème du soleil couchant 2 



(1 ) Em. de Rougé, Notice des monuments égypt. du 
Louvre (Paris, 1873), p. 4 45. 

(2) Cependant une terre-cuiie provenant de la 
Basse-Egypte représente liés allaité par une 
femme trapue. Cette déesse mère est assise dans 
une corbeille de jonc entrelacé de telle sorte 
qu'on ne voit que la partie supérieure de son 
corps. En Grèce, la corbeille de jonc jouait un 
grand rôle dans les mystères d'Éleu>is ; on la re- 
gardait comme un des symboles de Déméter, la 
déesse tellurique par excellence. Cette divinité 



grecque était souvent représentée i mi 
comme la mère de notre dieu asiatique A l 

ancienne colonie phénicienne . on i nseï vait dans 
l'ancien palais de Cadmos une statue de Déméter, 
tronquée à la partie inférieure de manière 
déessi paraissait sortir de terre et accomplir sa 
montée divine. To<P« t«< An'^nTpo» îipàï tÎh acr/toç.- 

pov Katf^ou xai twv awo}ov«ï ojkiccv ^gtï ti.ai \\jtvffi. 
A«ttnrpo< ft aya.\fxa. co-ov n o-rtpva i?tiy i* t« <pa- 

• îpi'. [Pausan., IX, 16, 5.) Pour les représentations 
delà mère de lies, cf. t.. Beuzey, Figurines de terre 
32 



— 234 — 

(in ne doit pas s'étonner de retrouver l'image d'un dieu phénicien sur un monu- 
ment de l'Egypte. Les deux nations avaient ensemble de nombreux rapports, surtout 
pour les choses religieuses. Ce ijont les monuments égyptiens qui ont fourni à 
M. de Yogïié les plus anciens documents pour sa belle étude sur la déesse phéni- 
cienne Anal (1) ; c'est aussi à l'aide des monuments égyptiens que l'on peut le 
mieux connaître le caractère du dieu que représente la statue d'Amathonte. 

Comme la plupart des divinités asiatiques, noire dieu, que les monuments 
égyptiens nomment Bès (2), avait un double caractère ; il présidait à la fois à la 
-lierre et à l'amour, à la production des êtres et à leur destruction. Sur plusieurs 
bas-reliefs (3), ce dieu est représenté sous la forme ithyphallique , c'est-à-dire sous 
la forme la plus matérielle de l'énergie productive, de la puissance fécondante. 
Malgré sa laideur et sa difformité, les dames de l'Egypte et de la Phénicie aimaient 
à s'entourer de son image. Des bijoux (4), des étuis à collyre (S), des vases à par- 
fum (6) reproduisent la forme de ce nain. Sur un petit vase de terre émaillée vert, 
l'ornement est formé de plusieurs images de ce dieu affronté à un lion dansant 
debout sur ses pattes de derrière (7) ; des pendeloques en or représentent encore 
ce dieu dansant et jouant des cymbales (8). Ce caractère musical se retrouve sur 
d'autres monuments, tels que le bas-relief du temple de Dandour (9), où il est figuré 
assis et jouant, d'un instrument à cordes (10); on le voit encore sur un sceau de 
potier dans l'attitude d'un Silène à demi-ivre ; une amphore et une lyre sont près 
de lui; deux énormes grappes de raisin pendent de chaque côté de sa tète (11). Cette 
dernière image montre clairement que notre divinité était une personnification du 
Soleil d'automne qui fait mûrir la vigne et remplit l'univers de joie et d'harmonie. 

L'habitude qu'on avait de représenter ce dieu en lutte avec le principe igné de 
la nature, symbolisé par le lion et le sanglier, amena le vulgaire a le considérer 



cuite 'lu Louvre ,1*7$ , pi. 8; et pour les images 
de Démêler, Gerliard, Annales de VInst. areh., 
t. XXIX 11857), p. 211 ; L. Heuzey, Monuments 
grecs publiés par l'Association des Études grecques, 
1873, p. 18 et s. 

I Meleliior de Vogué, Mélanges d'archéologie 
orient., p. 41 et suiv. 

(2) Chabas, Recherches sur l'antiquité historique, 
p. 152; E. de Rougé, Notice sommaire des mou. 
ègypt. du Louvre, p. 1 43 ; P. Pierret, Dictionn. 
d'arch. égyptienne, Paris 187o, art. fies. 

(3) Descript. de l'Egypte, Antiquités, 1. 1, pi. xcv, 
2, 6 et 8; pi. xevu, 1. 

(4) Musée du Louvre, Salle civile des monu- 
ment ég] ptiens, \itrine Q. 

(o) Musée du Louvre, id. vitr. D. 
6 Musée du Louvre, ul. \itr. O. 



(7) E. de Rougé, Notice sommaire des mon. ègypt., 
p. 84. 

(8) Louvre, Salle civile, vitrine Q. 

(9) Gau, Antiquités de la Xubie, pi. xxtv, no 1; 
Guigniaut, Religions de l'antiquité, pi. xxxvn, 
n° 1i>6. 

(10) Les instruments à cordes, tels que la lyre, 
la cithare, etc., étaient rangés parmi les attributs 
d'Héraclès. Cf. le denier de Pomponius Musa 
avec le revers représentant Hercule jouant de la 
lyre et portant la légende H ERCVLES MVSARVM : 
Cohen, Descript. des med. consulaires, pi. xxxiv, 
Pomponia, n<> 4, et la monnaie de Thasos ;Mionnet, 
Descript. de médailles, pi. lv, 5 et 11. 

(11) Caylus, Recueil d'antiquités, t. 111. pi. îv ; 
Ch. Lenormant, Quaestio cur Plato Aristophanem in 
convivium induxerit, Paris, 1838, p. 42. 



— 233 — 
comme un fort chasseur, un destructeur de monstres qui protège ses adorateurs 
contre les fauves et les ennemis. De là, ces nombreux amulettes phéniciens 
qui montrent le dieu combattant des animaux malfaisants (l). Tantôt il esl de face, 
saisissant deux lions qui se dressent à ses côtés (2), tantôt il est de profil, portant 
un lion sur ses épaules et tenant dans sa main la queue d'un sanglier renvers 
Dans la symbolique antique, ce dernier animal, qui sert de monture à l'Hercule 
bachique (4), représente les ardeurs dévorantes de l'été, le principe igné et partanl 
la terre que l'on nommait dans cette saison « la noire, la brûlante » ^-'c\ x'zrrc •"> . 
Dans les croyances populaires de la Grèce, la victoire du dieu de l'automne sur le 
monstre de la sécheresse était représentée par les mythes du sanglier de Calydontué 
par Méléagre et par celui du sanglier d'Erymanthe enchaîné par Héraclès. 

Un autre symbole de la terre, le serpent, est aussi un des monstres vaincus par le 
dieu solaire. Dans la mythologie grecque, c'est Apollon qui perce de ses flèches le 
dragon Python (6) ; dans FAvesta, c'est Mithra qui lutte contre la couleuvre; dans 
les légendes chrétiennes nées en Syrie , c'est Saint-Georges qui transperce le 
dragon (7). Notre dieu lui aussi est représenté vainqueur du serpent, ou plutôt de 
l'aspic si commun en Phénicie et à Cypre (8). Sur une intaille du Musée de ta 
Haye, on le voit en costume royal assyrien, la tête couronnée de palmes, debout 
sur un lion couché et tenant dans ses mains trois de ces vipères au col dilaté. Une 
autre gemme représente encore ce dieu dans le même costume et tenant dans 



(4) Collection du duc de Luynes [Bibliothèque 
Nationale), n°285. Sur ce scarabée, on voit, à 
gauche de la tète du dieu, le groupe du soleil et 
de la lune; à droite une étoile à sept branches, 
image des planètes. Cf. les intaillesn° s 1060et 1061 
du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Natio- 
nale (Chabouillet, Catalogue général des camées et 
■pierres grav. de la Bibliothèque Impériale, p. 460). 

(2) Lajard, Culte de Mithra, pi. lxix, no 4. 
Devant la tète du dieu on voit le globe surmonté 
du croissant renversé (pour ce symbole phénicien 
qui se retrouve sur les chapiteaux cypriotes rap- 
portés par M. de Vogué, cf. Vaux, Inser. in (lie 
pha>n. charact. discov. on the site of Carthage 
(4863), n°» 1, 2, 6, 26 ; Ch. Gubisol, Notice sur lu 
régence de Tunis, 1867, pi. vi ; Pli. Berger, Lettre 
à M. Lenormant sur les représentations des stèles 
puniques de la Biblioth. Nationale, dans la Gazette 
archéologique, 4876, p. 121). 

(3) Cf. la pierre gravée qui représente Hercule 
sur un sanglier; le dieu tient la massue dans la 
main droite et un canthare dans la gauche : Mus. 
Florent., t. I, xxxix, 3. Dans la mythologie 



grecque, le porc riait l'animal symbolique de 
Déméter. 

(4) Cnwolsohn, Die Ssabier vmd der Ssabimus, 
t. II, p. 33, 337 et 338. 

(5) One coupe grecque d'ancien style, conservée 
au Louvre fnf 367), nous montre la tel,' 

et couronnée de palmes de notre dieu sur le bou- 
clier d'un guerrier transperçant un sel penl enroulé 
autour d'uni' colonne d'un temple dorique. Dans 
le champ on voit deux éperviers, oiseau c 
à Apollon ( «TnAuv <T«, oti A»oAAu-.i« ifpt> ° p*i6t<t 
ii'pa?. Eustath. ad Homer., Iliad., 0, p. 4044). 

(6) Cf. Ch. Clermont-Ganneau , Horus et Saint- 
Georges dans le tome XXXII 1876] de la Revue 
archéologique, nouv. sér. 

7 En É yptej l'aspic était l'animal symbolique 
de Ranen, la déesse des récoites. Cf. Pierret, 
Dictionnaire d'archèol ■ 

C. W. Mansell, Gazette archéologique, 1877, p. -11. 
En Grèce, le serpent était un des attributs de 
Déméter. 

(8) Lajard, Culte de Mithra, pi. i.\i\. iv I. La 
tète surmontée du 



— 236 — 
chaque main un lion, une vipère et une chèvre (1). Cette image que nous retrou- 
vons sur un scarabée de calcédoine rappelle les Cippes d'Horus, dont le caractère 
prophylactique a été si bien étudié par MM. Mansell et Ledrain (2). Toutes ces 
intailles qui représentent le dieu vainqueur d'animaux malfaisants ont dû servir de 
talismans, de préservatifs. On a dû invoquer la protection de ce pygmée contre les 
morsures, les poisons et les philtres, comme on invoquait celles de Sandon en 
Assyrie, d'Horus en Egypte et d'Apollon en Grèce. 

Par une conséquence naturelle, notre dieu est devenu une divinité guerrière. On 
lui demanda de préserver des ennemis, comme on lui avait demandé de garantir des 
bêtes dangereuses Jl protégeait le soldat dans lamêlée, comme ilprotégeait le laboureur 
contre la morsure du serpent et la dent des fauves. Plusieurs statuettes trouvées 
en Phénicie (3) et dans la Basse-Egypte (4) le représentent armé de l'arc ou du 
bouclier et de l'épée à deux tranchants. Une antique conservée au Louvre le 
montre prêt à égorger un groupe de captifs (5). 

Le dieu solaire qui massacre les ennemis, qui détruit les monstres, a dû être, 
comme Héraclès, un dieu guérisseur auquel on consacrait les sources. Cette 
opinion nous semble confirmée par la statue d'Amathonte, faite pour servir de 
fontaine. Il est probable que la source consacrée par celte image colossale du dieu 
bienfaisant, vainqueur du principe igné et malfaisant, ne servait pas seulement à 
désaltérer les bestiaux et à arroser les champs; elle devait avoir certaines vertus 
curatives, comme ces fontaines que les Grecs nommaient dams d'Hercule, HpàxXaa 
Xoutûà, et que les vases peints et les monnaies antiques nous représentent jaillissant 
d'un masque de lion (6). 



Constantinople, juillet 1879. 



Al. SORLIN-DORIGNY. 



(1) Lajard, pi. lxix, n« 5. 

(2) Gazette archéologique, 1878, p. 33 et 40. 

(3) Adr. de Longpérier, Musée Napoléon III, 
pi. XIX. 

(4) E. de Rougé, Notice sommaire des mon. 
ègypt. du Louvre, p. 143; Heuzey, Les figurines de 
terre-cuite du Louvre, pi. vin. 

(5) Cf. le bas-relief égyptien qui représente un 



sacrifie de prisonniers en présence d'Horus 
(Guigniaut, Relig. de l'Antiquité, pi. xliv, 
n°186b), et les monuments grecs représentent 
Héraclès tuant leGéryon à trois têtes. (Clermont- 
Ganneau, Mythologie iconographique, Paris, 1878.) 
(6) Cf. l'art. Aquae de M. E. Saglio dans le Dic- 
tionnaire des antiquités grecques et romaines de la 
librairie Hachette. 



— -237 — 
TERRE-CUITE DE PERGAME 

iPlanche 33.) 

La direction de la Gazette archéologique continue dans ce numéro la publication, 
commencée au précédent, d'une série de types choisis des principales fabriques 
de terres-cuites de l'Asie-Mineure. Ce sont autant de documents pour l'étude 
d'une question encore obscure et fort controversée , autant de pièces du débat 
que nous avons essayé d'exposer. 

Le joli groupe d'un éphèbe s' appuyant sur son cheval , que la planche 33 
reproduit par le procédé de la phototypie, est un échantillon des terres-cuites de 
Pergame , dont la provenance paraît incontestable et l'authenticité certaine. Et 
c'en est aussi l'un des spécimens les plus remarquables comme art, que nous 
ayons eu l'occasion de voir. Il ne nous semble pas qu'on puisse le faire descendre 
plus bas que le ni 8 siècle avant l'ère chrétienne. Ce groupe est venu récemment 
à Paris par la voie d'Athènes , et s'y trouve encore, dans le commerce. 

L'exécution en offre de singulières inégalités. Rien de plus gracieux que la 
pose abandonnée de l' éphèbe , que le modelé fin , vivant et élégant de son torse et 
de sa tète En même temps ses jambes sont d'une étrange lourdeur, qui pourrait, 
du reste, s'expliquer par des restaurations, car cette portion du groupe, comme 
les jambes de devant du cheval , n'est pas exempte de réfections modernes. 
Mais dans les parties absolument vierges , le corps du cheval offre des défauts 
de proportions qui arrivent jusqu'à être tout à fait choquantes. Si sa croupe est 
fine et d'un bon dessin , la largeur de l'encolure n'est plus en rapport avec le corps 
et encore moins avec la disgracieuse petitesse de la tète. Il faut , du reste , 
s'habituer à rencontrer fréquemment des incohérences, des inégalités de ce 
genre dans les œuvres des coroplastes , même dans celles qui, sous certains 
rapports, sont le plus parfaites. Par exemple, àTanagra, le rendu des extrémités 
est presque toujours d'une négligence et d'une grossièreté qui surprend. De déli- 
cieuses figurines de femmes, d'une incomparable élégance, ont souvenl au bout 
de leurs bras, tenant les accessoires dont elles sont armées, de véritables pattes, 
et des pattes difformes. 

Pour la détermination du sujet, nous nous trouvons ici en présence du problème 
que présentent presque toujours les terres-cuites grecques de la belle époque, el 
qui se pose à l'esprit d'une façon si irritante, sans pouvoir recevoir une solution 
définitivement certaine. Est-ce une représentation héroïque nu un sujet familier? 
Faut-il voir ici un personnage de la fable poétique ou bien un simple coureur. 



— 238 — 

lima xsXyjti, attendant Le signal pour sauter sur son chevalet s'élancer dans la 
carrière ? 

Si l'on admettait le système de l'interprétation héroïque, la première pensée 
qui se présenterait à l'esprit serait île voir ici l'un des Dioscures, les héros 
cavaliers par excellence ; et en effet cette figure offre de grandes analogies avec 
leurs représentations habituelles. TouLefois, nous ne croyons pas possible de 
s'arrêter à cette explication , quelque séduisante qu'elle puisse paraître au premier 
abord. D'ordinaire on n'attribue pas aux Dioscures une jeunesse aussi tendre , et 
surtout jamais on ne leur voit donner la coiffure, très-particulière et caractéristique, 
que nous observons chez l'adolescent de notre terre-cuite. Cette longue chevelure, 
roulée sur les côtés de la tète et réunie par derrière en une tresse plate et large, 
qui s'applique sur le sommet du crànë et est ramenée ainsi jusqu'au front, cons- 
titue une coiffure essentiellement propre à Eros , une des caractéristiques monu- 
mentales du fils d'Aphrodite. En dehors du dieu de l'Amour et des différents 
daimones de son cycle , nous ne la voyons guères attribuée qu'à Ganymède , qui 
se présente ainsi dans quelques monuments, par exemple dans la remarquable 
statue de bronze , de près d'un mètre de haut , découverte à Foggia , que possède 
le .Musée Britannique (1). 

Cette dernière remarque pourrait conduire à une tentative d'explication de notre 
terre-cuite de Pergame, au moyen des traditions héroïques spéciales de la Troade 
et de la Mysie. On y verrait dans ce cas, et une semblable hypothèse me tenterait 
fort, un des deux frères de Ganymède, Ilos ou Assaracos , représenté sous les 
traits analogues à ceux du mignon du maître des dieux, et s'appuyant sur un des 
chevaux divins dont Zeus fit présent à Tros , en échange de son fils enlevé dans 
l'Olympe (2). Entre les noms des deux enfants restés à Tros, le plus probable et le 
plus convenable serait celui d'ilos , car ce personnage a pu être envisagé comme 
un héros spécial des jeux du stade, puisque c'est dans une lutte de ce genre qu'il 
gagna les compagnons avec lesquels il fonda la ville d'Uion (3). C'est d'ailleurs Ilos 
qui devint le possesseur des chevaux merveilleux donnés par Zeus , les poésies 
homériques disant qu'ils passèrent ensuite à son fils Laomédon. Peut-être faut-il 
chercher une allusion à ce rapport entre Ilos et les chevaux de Zeus dans une 
phrase évidemment altérée de Ptolémée Héphestion(4), "TXog à AaopiSovToç nuzrip 
Imtovpiv î'./iv, car cette phrase, dans sa forme actuelle, ne donne qu'un sens bien 
étrange et bien peu acceptable, qu'Ilos était muni d'une queue de cheval , à la 
façon d'un Satyre ! 



(1) Dritish Muséum, A guide to the bronze room 
m the department of greek and roman antiquities 
(1871), p. 46. 



(2) Iliad., E, 265. 

(3) Apollodor., III, 12, 3. 

(4) Y, p. 28, éd. Roulez. 



— 239 — 

Il est manifeste, d'ailleurs, que le couple fraternel d'Ilos el Assaracos n'est 
autre chose qu'une expression héroïque du couple des Dioscures-Cabires de 
l'Ida (1), dont le culte passait pour avoir été transporté de Samothrace en Troade 
par Dardanos (2), l'ancêtre de la race dans laquelle on place ces héros (3). Ces 
Cabires Idéens étaient les dieux auxquels avait été primitivement consacn le 
territoire de Pergame (4). On les y tenait, rapporte le rhéteur Aristide 5), pour 
les plus anciens des génies, npsaëmazoï Saifxdvav, et on y célébrait des mystères 
en leur honneur. Un oracle du temps des Antouins, conservé dans une inscription 
de Pergame (6) , f&"it de ces Cabires des fils d'Ouranos, comme les Titans; puis il 
raconte que c'est dans cette ville même que Rhéa enfanta Zeus, assistée des 
Cabires, qui jouaient alors dans les traditions locales le même rôle que les Curetés 
dans celles de la Crète, adoptées par la mythologie poétique habituelle. In 
médaillon impérial de Smyrne , h l'effigie de Septime Sévère (7), les représente 
armés, pareils aux Dioscures, et portés dans la main de Cybèle assise. 

D'autres témoignages, en grand nombre, parlent encore de l'association des 
Cabires de l'Asie-Mineure, comme daimones subordonnés à Cybèle (8). Mais 
Pallas la remplace aussi quelquefois dans le rôle de la grande divinité féminine 
dont ils sont les ministres armés. Le culte institué par Dardanos en Troade el 
transporté en Italie par Enée, après la chute d'Ilion, consistait, d'après la tradition 
antique, dans l'adoration du Palladion et des deux Dioscures-Pénates , identifiés 
aux Cabires Idéens (9). La même association des deux "Avaxrsç à Athéné s'observe 
à Amphissa dans la Phocide (10), et a pour correspondant celle des deux MsydXot Quai 
à Aphrodite Aineias dans la religion d'Action (11). A Brasiai de Laconie, deux 
Dioscures-Corybantes étaient adorés aux côtés d'Athéné (12). Nous constatons à 
Pergame des traces positives d'une forme de culte pareille à celle que la tradition 
attribuait à Troie. En même temps que les Dioscures-Cabires, on y adorait un 



(1) Stesimbrot. ap. Strab., X, p. 472: Allume. 
ap. Schol. ad Apollon. Rhod., Argonaut., I, 917; 
cf. Pherecyd. ap. Strab., /. c. 

(2) Dionys. Halicarn., Antiq. rom., I, 68. 

(3) Que les personnages d'Ilos et Assaracos aient 
été primitivement des divinités de premier ordre, 
et des divinités d'origine sémitique et assyrienne, 
c'est ce dont leurs noms mêmes ne permettent pas 
de douter. Ils sont en effet purement assv, riens et 
nous offrent sans altération deux appellations bien 
connues du panthéon ninivite, Bu et Assur-akku 
(Assur le grand, le puissant). Ces deux noms con- 
tiennent une des preuves les plus décisives de la 
très-haute antiquité de l'influence assyrienne 
directe dans la Troade. F. Lenormant. 



I Pausan., I. i. 6. 

(5) T. Il, p. 709, éd. Dindorf. 

(6) Corp. inscr. graec, n» 3538. 

; Mionnet, Descr. de méd. ant., t. III. p. Î38, 
ii" I34Î; Guigniaul, Religions Je l'antiquité, 
pi. i.ix, h" 235. 

s Yu\. Fr. Lenormant. article Cabiri dans le 
Dictionnaire des antiquités de .MM. Maie:. 
Saglio, i. I. p. 758 el 7ti0. 

(9) Dionys. Halicarn., Antiq. vom. y I, 68. 

(10) Pausan., V 38, 3. 

II Dionys. Halicarn., Antiq. rom., 1,50. 
I.' Pausan., III, 24, i. 



— 240 — 
Palladion, qui est représenté sur le revers d'une monnaie d'or frappée dans cette 
ville un peu après Alexandre le Grand (1). Ce Palladion était le simulacre vénéré 
de l'Athéné en l'honneur de laquelle le roi Attale célébrait des jeux solennels (2), 
et qui figure comme divinité protectrice sur tous les tétradrachmes d'argent des 
monarques de Pergame (3). 

Ces observations sont, je crois, de nature à montrer qu'une grande analogie 
avec la façon dont on figure habituellement les Dioscures conviendrait très-parti- 
culièrement à la représentation du héros IIos, dont le nom nous a été suggéré en 
voyant à l'éphèbe cavalier de notre terre-cuite de Pergame une coiffure qui n'appar- 
tient guères qu'à Ganymède ou à Eros. Cependant les traditions locales propres 
à Pergame pourraient aussi faire penser à un autre nom , sous lequel la même 
donnée se personnifie spécialement dans cette ville. 

Sur quelques monnaies de bronze de Pergame , frappées au temps des empe- 
reurs romains, on voit au droit la tète d'un éphèbe dans toute la fleur de la jeunesse, 
accompagnée de l'inscription ÊYPYFFYAOC H PHC (*)■ Cet Eurypylos , fils de 
Télèphe et dAstyoché, la sœur de Priam, est associé étroitement à Pergamos dans 
les légendes relatives à la fondation de Pergame (5). Héros juvéniles, cavaliers 
et guerriers, ils forment ensemble un couple , non plus de frères mais d'amis dans 
l'union la plus étroite, exactement parallèle à celui d'Ilos et d Assaracos enTroade, 
et reproduisant de même parmi les hommes celui des Dioscures-Cabires parmi les 
dieux. De même que pour les Dioscures, la mort de l'un d'eux vient rompre leur 
union. Eurypylos, que les poésies homériques dépeignent comme un type accompli 
de beauté juvénile, tombe encore adolescent devant Troie, sous les coups de Néop- 
tolème (6). Pour l'attirer à la défense de sa ville, Priam lui a donné les présents 
que jadis Zens avait remis à Tros après l'enlèvement de Ganymède (7). 

La représentation de la terre-cuite figurée dans notre pi. 33 pourrait donc con- 
venir au héros Eurypylos presque aussi bien qu'à Ilos, si l'on préférait en chercher 
le sujet dans les traditions spéciales de la ville de Pergame,, plutôt que dans les 
légendes troyennes, d'une popularité poétique plus générale. Et dans tous les cas, 
si Ton ne reconnaît pas ici une simple représentation familière , une figure de 
genre, l'un ou l'autre de ces noms me paraît préférable à celui d'un des Dioscures 
purement helléniques. 

E. LIÉNARD. 



(4) Borrell, Numismatic ehronick, 4re s ér., 
t. VI, p. 15H; J. Brandis, Das Miinz-Mass- und 
Gewichtswesen in Vorderasien, p. 410. 

(2) Polyb., IV, 49. 

(3) Eckhel, Doctr. num. vet., t. II, p. 474. 

(4) Spanheim, De praestant. numisrn., 1. 1, 59b; 



Eckliel, Doctr. num. vet., t. II, p. 463 ; Mionnet, 
Deser. de méd. ont'., t. II, p. 589, n° 494. 

(5) Serv. ad Virgil., Eclog., VI, 72 ; cf. Strab., 
XIII, p. 584. 

(6) Odyss., A, 518 et seq. 

(7) Dict. Cret., IV, 14. 



241 — 



M A US Y AS 

BRONZE TROUVÉ A PATRAS 
(Planches 34 et 35.) 

Il est si habituel de voir un Satyre marchant sur la pointe de ses pieds et éten- 
dant ses bras des deux côtés opposés , qu'à première vue la magnifique figure de 
bronze découverte à Fatras, et dont notre Musée Britannique s'enorgueillit comme 
d'un de ses plus précieux trésors, paraît une simple variété de ce mouvement 
commun , de même que le dessin que nous plaçons ici dans un cliché sous les 
yeux du lecteur. Nous empruntons ce dessin à un vase (1) où la figure est repré- 




sentée dansant au son des flûtes que joue un autre Satyre, pour distraire Dionysos 
couché sur une cliné. Les bras y sont exactement dans la même position que ceux 
du bronze, et dans les deux figures également l'attitude pourrait être expliquée 
comme celle d'une danse. Mais les mouvements de la danse peuvenl exprimer 
diverses significations. Leur expression n'est pas toujours celle de la joie el 
même dans la peinture du vase la pantomime du Satyre a pu peindre une émotion 
violente. Nous insérons un nouveau cliché, emprunté à un vase peinl de la Cyré- 



(1) Phiale à figures rouges du Musée Britannique, 
inédite, du moins à méconnaissance. 
A l'extérieur, Dionysos et Héraclès, étendus 



ensemble sur une cliné el servis par des Satyres. 
Comparez leSatyreaux deu< brasélevés, dans 
Glarac, Musée de sculpture, pi. 717. n° 1718 v 
33 



— 242 — 
naïque (1), où apparaît encore un Satyre dans une altitude étroitement analogue. 
La scène à laquelle appartient ce personnage nous montre une femme occupée à 
se vêtir avec l'assistance de ses servantes et peu avancée 
dans ce travail. Le Satyre s'approche à pas de loup sur 
la pointe des pieds; ses bras élevés expriment une surprise 
admirative , et aussi, je crois, indiquent qu'il arrête 
brusquement son mouvement en avanl , car rien dans la 
pantomime des autres figures ne révèle en aucune façon 
un danger pour lui , qu'il puisse chercher à parer. Il n'est 
pas impossible que le Satyre dansant de notre premier 
cliché n'ait été figuré aussi arrêtant d'une manière subite 
un mouvement en avant, explication qui paraît être la 
vraie quand il s'agit de la statue bien connue du Musée de 
Latran (2) , sur laquelle nous aurons encore l'occasion de 
revenir. 

Si le Satyre de Patras retrace un incident réel , comme la figure de notre second 
cliché, et non plus seulement un pas de danse, il devient absolument inintelligible, 
à moins d'admettre qu'il faisait originairement partie d'un groupe où la figure 
motivant son mouvement était placée en pendant avec lui. C'est aussi le cas de la 
statue du Latran. Et en fait , ce groupe se trouve imité dans le bas-relief d'un vase 
de marbre d'Athènes, sur une monnaie de la même ville et sur un vase peint (3). 
Ces trois objets, bien que différant entre eux par quelques détails , s'accordent pour 
représenter, de la manière la mieux caractérisée, la scène du Satyre Marsyas, surpris 
par Athéné, au moment où il vient de s'emparer des flûtes que la déesse a rejetées 




[4] Ihdrie à figures rouges, décrite clans le 
Catalogue of vases in the British Muséum, t. II, 
no C 5. 

(2) Benndorf et Schœne, Ant. BilJwerke des 
Lateranensischen Muséums, n« 22b, contestent 
l'opinion de Brunn et d'autres, que cette statue est 
dans une altitude de danse (p. 14V). G. Hirschfeld. 
qui l'a fait ;:ra\er dans son Winckelmannsfest 
Programm de 1872, décrit cette statue (p. 8) d'une 
manièie très-inuénieuse comme représentant la 
lutte entre deux mouvements opposés, le bras 
droit exprimant la fin du mouvement en avant et 
le gauclie le recul qui intervient brusquement. 

(:i) Le bas-relief, la médaille et le vase sont publiés 
par G. Hirschfeld dans la dissertation citée à la note 
précédente, le vase pour la première fois. Les 
trois objets sont athéniens, et rendent ainsi très- 



vraisemblable l'existence du groupe original à 
Athènes même. Le bas-relief avait été gra\é par 
Stuart [Antiquities of Alhens, t. II, 3, p. 27, 
vignette), mais fort inexactement, comme on peut 
le voir dans l' Archœologische Zeitung, 1874, pi. 8, 
où Kékulé a reproduit le dessin de Stuart à côté 
d'une meilleure copie de l'original. C'est Heyde- 
mann qui a reconnu le premier l'identité du bas- 
relief de Stuart avec, celui du vase de marbre qu> 
appartenait à feu M. Finlav , à Athènes. Kékulé, 
dans son compte rendu du Programme de Hirsch- 
feld [Bullet. de l'Iust. archéol., 1872, p. 282), émet 
l'opinion que le moment retracé par le sculpteur 
du bas-relief et par le peintre céramiste est celui 
où Marsyas, après avoir commencé à jouer des 
flûtes , est surpris par l'apparition soudaine 
d'Athéné. 



— 243 — 
loin d'elle. Cet épisode, d'après Pausanias (1), était illustré par une œuvre de 
sculpture importante à l'Acropole d'Athènes : 'A&nvâ TtSTïoîïjtat tôv 2êiX*jvov Mao- 
ffuav Tratouaa ôxt ov] to-j; aûXoùç kvéXoito, èppiydoa Tç;à; r/j; 0eoû (3ouXojx£Vyjs. C'esl 
bien évidemment ce groupe qui a été copié sur les petits objets que je viens de 
rappeler, et le sujet du bronze de Patras ne se comprend bien que si on le consi- 
dère comme provenant d'une répétition du même groupe. Au moment où il se 
porte en avant pour saisir les flûtes gisant à terre, les yeux fixés sur elles , il est 
soudainement arrêté par l'opposition de la déesse. Peut-être même ne serait-il 
pas absolument nécessaire de suppléer la présence de celle-ci; les flûtes jetées sur 
le sol, en avant du pied droit du Satyre, et attachées à la base, suffiraient à rendre 
le sujet clair et incontestable pour tout spectateur. Même dans l'état actuel , où cet 
accessoire essentiel a disparu , la ligne de direction du regard montre clairement 
que l'objet de l'attention de la figure était de petite dimension et placé à terre. 
C'est là ce qui distingue le bronze de Patras du Satyre de notre second cliché, et 
ce qui a inspiré à tous la pensée qu'il s'agit ici de l'épisode de Marsyas et d'Athéné. 
Rien ne s'oppose d'une manière absolue à ce que l'on suppose que ce bronze a 
appartenu à un groupe complété par une seconde figure, celle de la déesse. Pour- 
tant les groupes de deux figures, aussi complètement détachées l'une de l'autre 
qu'il faudrait le supposer ici , ne se rencontrent pas d'ordinaire et ne sont pas très- 
faciles à concevoir. 

Mais même en prenant la figure de bronze purement et simplement telle qu'elle 
se présente à nous, sans preuve qu'elle ait fait partie d'un groupe ou que les tîntes, 
jetées a terre, aient été attachées à la base, on arrive toujours presque nécessai- 
rement à cette conclusion, que c'est une copie du Marsyas du groupe décrit par 
Pausanias, ou un Satyre dansant auquel on aura donné l'attitude célèbre de ce 
Marsyas. En fait, le résultat sera le même, mais la seconde conjecture, applicable 
aussi à la statue du musée de Latran, aurait l'avantage de mieux expliquer une 
figure isolée. 

Le groupe décrit par Pausanias a été d'ordinaire, et avec une grande autorité, 
attribué à Myron, en vertu du passage de Pline (2), où parmi les œuvres de ce 



(1) I, 24, 1. — Brunn (Ann. de VInst. archèol., 

t. XXX, 1 858, p. 37 4) a proposé de substituer itmÎmw 
à aamutra. Mais cette correction n'est aucunemenl 
exigée par les représentations du bas-relief, 
de la médaille et du vase. L'expression Wot/^a 
y convient fort bien, avec le sens de « chassant, 
repoussant violemment. » Ottfr. Millier [Handbuch, 
§ 371, 6) et Rochette (Mélanges de numismatique, 
p. 141; ont signalé le rapport du bas-relief el de 
la monnaie d'Athènes avec le passagede Pausanias, 



et aussi avec celui où Pline Hist. nat., XXXIV, 
57), énuméranl Ie3 ouvrages de Mj ron, mentionne 
Satyrum admirantem tibias el Winervam Dans le 
bas-relief, c'esl Marsyas qui poursuit Minerve. 
\u\. aussi Stephani, Compte-rendu de I" Commis- 
sion archéologique de Saint-Pétersbourg, 186Î, 
p. 87. 

I Hist nat. XXXIV, B7. —Miel aëlis Inti 
de VInst. arch., t. XXX. 1858, p. 317 dans un 
long ai tic li' sur les représentations de Marsyas, pro 



fameux sculpteur est cité Satyrum admirantem tibias et Minervam. Si l'accusatif 
Minervam dépend du verbe précédent fecit, les deux figures ne formaient pas un 
groupe, donl l'idée serait, au contraire, impliquée dans le cas où Minervam 
dépendrai! comme régime du participe admirantem. Et ici il importe de comparer 
L'expression i'admirans, appliquée par Pline au Satyre, avec celle de naiovea, 
appliquée par Pausanias à la déesse. Car il semble y avoir ici l'indication d'un 
même sujet, envisagé d'un point de vue différent par chacun des deux écrivains. 
En Ions cas, quel que fût le sculpteur du groupe de l'Acropole, il est certain que 
Myron avait exécuté un Satyre frappé d'admiration à la vue des flûtes, qu'il fit ou 
non partie d'un groupe. Sans doute son étonnement pouvait être exprimé par 
diverses altitudes ; mais le bas-relief athénien, la médaille et le vase peint 
concordant tous les trois pour représenter ce sentiment dans le même cas par une 
même pose, parfaitement convenable, naturelle et caractérisée, il est raisonnable 
de penser que cette pose était celle du Satyre de Myron. Et en ce qui regarde 
spécialement le bronze de Patras, nous ne devrions plus hésiter à y voir une copie 
de l'œuvre do Myron si nous parvenions à y reconnaître des traces du style de cet 
artiste, comme on a affirmé qu'elles étaient incontestables dans la statue du 
Latran (1). Mais je ne vois pas de traces de ce genre, et bien qu'il y ait de grandes 
probabilités que le motif avait été inventé par Myron, notre bronze ne s'accorde 
avec aucune des indications fournies par les écrivains sur le style du sculpteur. 
Les copies de son Discobole nous préparent bien à attendre de grands changements 
introduits par les artistes postérieurs dans les imitations de ses statues, mais non 
pas un effet d'ensemble aussi différent que celui qui résulte de l'aspect du bronze de 
Patras. Et je pense qu'il serait exact de regarder celui-ci comme un ouvrage du qua- 
trième siècle avant J.-C. (2), imité dans son attitude du Satyre de Myron, mais dans 
tout le reste original. 

Parmi les caractères attribués à la sculpture de Myron nous remarquons d'abord 
que dans le rendu des cheveux il ne s'était pas dégagé de la manière rude de 
l'ancien style, capillum et pubem non emendatius, fecisse quam rndis antiquitas 



pose rie taire dépendre Minervam de fecit, ce qui 
impliquerait des statues indépendantes. 

(1) Brunn (Ann.del' Inst.arehéol., t. XXX, 1858, 
p. 377) dit : o II est évident que la statue du 
Latran est une copie du groupe de Myron. La 
figure est pleine de mouvement et d'énergie, son 
regard est fixé avec terreur et avidité vers un 
objet placé à ses pieds. Il s'arrête soudainement et 
en même temps commence à reculer. » Brunn con- 
tinue en comparant les répliques connues du 
Discobole, où il trouve les mêmes caractères, et 



il en tire une confirmation de sa théorie, qui voit 
dans la statue du Latran Péclio d'un original de 
Myron. Benndoif et Schœne (p. 145) s'accordent 
a\ec lui pour attribuer le modèle premier de cette 
statue au temps de Myron. 

(2) C'est la date que lui assigne M. Newton dans 
V Animal report of the British Muséum pour 1876, 
p. 17, n° 38. Il en compare le style à celui des 
frises du Mausolée et du monument clioragique de 
Lysicrate. 



— 248 — 
instituisset (1). Par conséquent, son Marsyas devait avoir une barbe pointue, 
sculptée en masse solide, avec les poils indiqués s< ulemenl h la surface par de 
longs traits parallèles légèrement tracés, et non point modelés. De même, sur la 
tête, au lieu de cheveux d'un jeu libre et hardi, on devait y observer cette chevelure 
en lignes parallèles terminées par des boucles d'un dessin de convention, 
auxquelles nous sommes habitués maintenant par tant d'exemples de sculpture 
archaïque. Il est facile de dire que les copistes postérieurs ont dû changer ce Irait 
caractéristique ; mais si l'on y réfléchit plus sérieusement, de semblables modi- 
fications dans la copie d'une œuvre de vieux style produiraient avec le reste on 
désaccord de l'effet le plus désagréable. Il y aurait eu la nue dysharmonie qui aurait 
obligé à remanier tout l'accent de la figure. 

On ajoute, au sujet de Myron, ipse tamen corporum tenus curiosus animi sensus 
non expressisse (2). Ici, semble-t-il au premier abord, Pline se contredil lui-même, 
puisqu'il vient d'attribuer à Myron un Satyre admirons tibias, car admirons 
implique certainement animi sensu*. Mais d'autre part, on peul concevoir ici 
l'étonnement comme exclusivement exprimé par l'attitude de la figure, la face 
restant immobile, non pas sans doute au même degré que dans la grossièreté des 
plus anciennes métopes de Sélinonte, mais encore d'une façon très-sensible. 
Yoilà un trait qui n'a rien de commun avec le bronze de Patras ou avec la statue 
du Latran. Brunn (3) distingue très-heureusement entre anima et sensus "ni/ni, de 
telle façon que la présence du premier s'accorde naturellement avec l'absence du 
second. Ces deux termes sont employés en parlant de Myron — par des écrivains 
différents, il est vrai — et il nie semble qu'on doit les entendre comme appliqués 
à un Satyre à la face immobile qui va se précipiter sur les (lûtes qu'il aperçoit, 
le développement expressif de l'anima résultant dans celle figure du mouvement et 
l'absence de sensus animi se montrant dans son visage. Il est vrai que Brunn 
prétend que la signification <ï anima s'étend aussi à l'expression du visage et croit 
retrouver ce trait dans la statue du Latran. Il serait encore plus saillant dans 
notre bronze. Mais je crois une telle interprétation erronée, et certainement, au 
moins dans notre bronze, ce sont bien certainement les animi sensus qui sont 
exprimés. Quant aux mots corporum tenus curiosus, ils sont susceptibles de diverses 
interprétations et pourraient s'appliquer à des sculptures empreintes d'archaïsme, 



(1) Plin., Hist, liât., XXXIV, 57. — Brunn 
{Ann. deïhist. archéol., 1858, p. 381) doit être 
dans le vrai en pensant que la manière de 
Myron dans le rendu île la chevelure était con- 
forme aux habitudes de l'époque qui précéda 
immédiatement Phidias. 

(î) Plin., /. c. 

(3) Ann.del'Inst.arch.,t.XXX.,\SS%,p 382. licite 



Pétronne disant de M; ron : p«( ne hominum animât 
ferarumque aère comprehendit ; et il ajoute, en 
parlant de la statue du Latran : " La viva 
délia vita animal" clic prédomina negli essi 
quest' ordino c espressa a maraviglia nella faccia 
dcl nostro Marsia, non ostante la rigide 
forme clie risentono dell' arcaismo non mono 
de' capelli. » 



— 24G — 
du genre de l'Apollon Strangford. Et certainement ils y conviendraient mieux 
qu'au bronze de Patras, où il n'y a aucune supériorité particulière dans le modelé 
des formes si on la compare aux autres caractères artistiques de cette œuvre; et 
cependant , c'esl précisément celte supériorité que Pline remarque chez Myron. 

o,, iiji enfin en troisième lieu: Primus hic multiplicasse veritatem videtur, 
numerosior in arte quam Polycletus et in symmetria diligentior (1). En parlant de 
Mvron après avoir parlé de Polyclète, Pline semble l'avoir considéré comme plus 
jeune et comme ayant surpassé Polyclète par « la variété de ses productions et par une 
plus grande attention apportée à la symétrie (des mouvements?) », de telle façon 
qu'il en faisait le premier dont on pût dire qu'il avait étendu la vérité de l'art à un 
plus grand nombre de sujets, en y appliquant une symétrie plus variée que celle du 
maître argien dont les ouvrages sont caractérisés parle même Pline comme étant 
paene ad unum exemplum. Tel est le sens adopté par Brunn, et personne n'aurait 
pu chercher à s'en écarter si le texte portait multiplicasse veritatem numerosius et 
diligentius. Il est vrai que numerosus se rapporte aussi, quoique moins fréquemment, 
au mouvement, comme équivalent à'eurhythmus (2) ; mais, avec ce sens, la con- 
nexion d'idées entre numerosior et multiplicasse, d'une part, diligentior, de l'autre, 
ne serait plus aussi directe. Quant à ce qui regarde le bronze de Patras, il est bien 
évidemment l'ouvrage d'un sculpteur capable d'une bien plus grande variété que 
Polyclète dans ses productions, mais on n'en saurait conclure qu'il représente l'art 
de .Mvron, car cette qualité a été encore bien plus développée chez les artistes qui 
lui ont succédé. Sa réputation venait de ce qu'il avait le premier à suivre cette voie, 
et c'est là ce que la phrase de Pline exprime, quel qu'en soit, du reste, le sens précis. 
Symmetria paraît caractériser un mouvement concentré, et c'est là une qualité qui 
devint constamment caractéristique de la sculpture grecque à partir du temps de 
Myron ; par conséquent, en la trouvant au plus haut degré dans notre bronze, 
nous ne sommes pas autorisés par cette seule circonstance à le rattacher à un 
original de Myron. Pour cela il faudrait, au contraire, que cette qualité de 
symmetria n'y fût encore qu'imparfaitement développée, et qu'en même temps on 
observât un traitement archaïque des cheveux et de la barbe, ainsi qu'une absence 
complète d'expression dans la face. Si la statue du Eatran présente toutes ces 
conditions, je ne saurais le dire exactement (3), mais ce n'est certainement pas le 



(1) Plin., (. c.Voy. Brunn, Annal, t. XXX, 1838, 
p. 379 ; Griech. Kûnstler, t l, p. 181 . Plus ré- 
cemment, M. Bluinner (lihein. Muséum, t. XXXII. 

1877, p. 596) a discuté longuement les différentes 
explicatii ns prO| osées pour ce passage, en parti- 
culier celles de Brunn et d'Overbeck, qui s'écartent 
fort. Il arrive presque aux mêmes conclusions que 
Brunn. 



(2) C'est le sens adopté par Overbeck (Gesch. 
der Griech. Plastik, 2" édit., p. 192) et défendu 
par lui avec de grands développements dans la 
Zeitschrifl fur die Alterthumswissenschaft de 
1857. 

(3) M. J. Julius (Ann. de l'Inst. areh.,l. L, 1878, 
p. 153) développe cette théorie, que les sculptures 
du Théseion d'Athènes , si elles ne sont pas 



cas du bronze de Patras. De même que souvent un homme se reconnaîl mieux à 
ses défauts qu'à ses vertus, la main d'un artiste marque quelquefois mieux son 
empreinte par ce qui lui a manqué que par les qualités qu'il a possédées en commun 
avec d'autres. 

Le résultat auquel nous parvenons est donc celui-ci : le bronze de Patras 
représente un Satyre dans une attitude très-probablement inventée par Myron , 
mais sous tous les autres rapports il présente les cai'actères de l'ait du iv e siècle 
av. J.-C. Les proportions sont celles de cette période, ainsi qu'on peut le voir dans 
nos planches 34 et 35 ; car le corps y est court par rapport à la largeur des lianes, 
qui pourtant ont déjà une légèreté de structure qui inspire l'idée d'une action 
constante en regard de l'idée de repos éveillée par l'aspect massif des lianes dans 
l'art plus ancien La concentration de la figure entière sur un moment de l'action, 
bien qu'ayant été à divers degrés toujours caractéristique de l'art grec depuis le 
temps de Myron, n'a peut-être jamais été développée au même degré qu'au rv e siècle. 
A cet égard, les planches phototypiques qui accompagnent cet article parlent par 
elles-mêmes, excepté en ce qui est du mouvement du bras gauche, dont la planche 35 
ne rend pas assez fortement l'énergique mouvement en arrière. C'est surtout en 
voyant l'épaule par derrière qu'on observe l'extraordinaire vigueur de ce mouve- 
ment, qui se marque encore dans la pression de la tête sur le bras. L'éclairage de la 
photographie a fait aussi disparaître quelques menus détails, par exemple le contour 
du côté gauche de la poitrine, très-fortement marqué dans l'original, tandis que 
sur notre planche il se perd dans l'ombre en approchant du bras. D'une autre part, 
quelques indications anatomiques sont venues, à la photographie, plus accusées que 
dans le bronze lui-même. Mais ce sont là de légers défauts, inévitables dans l'étal 
actuel d'un procédé qui est de beaucoup le meilleur et le plus fidèle pour la 
reproduction des monuments antiques. 



l'œuvre de Myron lui-même, sont du moins celle 
d'un artiste entièrement soumis à son influente, 
tous les caractères de l'art de Myron se reconnais- 
sant dans ces sculptures. Elles révèlent un maître 
qui s'est attaché surtout aux formes nues, à la 
variété de l'action et à la vivacité de son expres- 
sion , aux motifs simples et naturels , au rendu 
exact des détails du corps, mettant chaque muscle 
exactement à sa place, enfin à l'exactitude non 
moins grande des formes animales. Mais avec ces 
qualités éminentes contraste le caractère essen- 
tiellement archaïque de celles des têtes qui sont 
conservées , les faces manquant absolumenl de 
sensus animi, tandis que les corps sont remplis 
à' anima. Les cheveux et les barbes in- sont pas 
moins archaïques. 



Je n'oserais oas dire (pie M. Juins ne va pas 
un peu loin en croyant reconnaître si nettement 
ees défauts archaïques, mais pour loul le reste son 

jugement sur les sculptures du Théseion parail 

parfaitemenl exact , ainsi que '•■ rapporl qu'il 
établit entre ces sculptures et les définitions que 
les textes littéraires donnent de l'art de Myron. 

Mais une comparaison même s maire du bronze 

de Patras avee les sculptures di pie di I 

m mtpe q U 'i| H \ ;i i ien de commun entre l'un et 
les autres. M. Julius retrouve dans la -t. eue du 

La'tran les caractères de la s-.ulpture de Mj 

Les gravures qu'on en a publiées ne me font pus 

la mè impression ; mais e les peuvent être 

inexactes. 



— 248 — 

La hauteur du bronze de Patras est de m. 863. Il a été acquis parle Musée 
Britannique eu 1876. 

A. S. MURRAY. 



J'ajoute un post-scriptum à l'intéressant article de M. A. S. Murray, pour signaler 
un buste provenant d'une nouvelle réplique en marbre du Satyre ou Marsyas de 
Myron , que je viens de voir à Rome dans la collection de M. le baron G. Baracco, 
député au Parlement italien. Ce buste est d'une exécution bien supérieure à celle 
de la statue du .Musée de Latran, et il offre l'intérêt tout particulier d'une ressem- 
blance singulièrement étroite avec le bronze de Patras, dans le rendu des cheveux 
et de la barbe, ainsi que dans l'expression du visage. M. Helbig, dont l'amicale 
confraternité avait appelé mon attention sur ce précieux morceau, vient de le faire 
mouler pour le Musée de Berlin. On devra désormais en tenir compte comme d'un 
des éléments importants de la question si ingénieusement traitée par le savant 
conservateur-adjoint du Musée Britannique. 

La collection de M. Baracco est peu nombreuse, mais parfaitement choisie, et 
renferme un certain nombre de marbres grecs d'une haute valeur. J'y ai noté une 
statuette en rouge antique, découverte dans la Sabine, qui représente une Hydro- 
phore du culte dionysiaque, imitée d'un original du v e siècle avant l'ère chrétienne. 
Elle offre le second exemple que je connaisse de l'emploi de la nébride pour en 
faire une coiffure, comme dans la tête de bronze de la planche 13 de cette année 
de la Gazette archéologique. La vierge hydrophore a disposé la peau de faon sym- 
bolique de manière à en couvrir sa tête et à en former en même temps le coussinet 
sur lequel repose son vase. 

Dans la même collection se remarque un choix restreint, mais très-intelligemment 
fait, de vases peints. Un des plus intéressants est un lécythos à figures rouges, 
d'un travail des plus fins, qui provient de la nécropole de Crotone , ville que 
M. le baron Baracco représente à la Chambre des députés. On y voit une femme 
assise, tenant un miroir. Le style est exactement celui du vase de la Trahison 
dEriphyle ([), que M. le baron de Witte, en le publiant, proposait dubitativement 
de rapporter à une fabrique tarentine. C'est aussi celui des deux ou trois vases 
moins fins que j'ai pu examiner tout récemment entre les mains de particuliers à 
Crotone. Voici donc une fabrique céramographique nouvelle dont la patrie commence 
à se déterminer. Pourtant, avec le petit nombre de faits qu'il m'a été donné d'ob- 



(1) Ann del'Imt. areh.,t. XXXV(1863), pi. H. 
Cecliarmant vase, actuellement au Musée du Louvre, 
a fait partie de la collection Paravey, vendue au 



mois de fé\ rier 1879. Voy. J. de Witte, Catal. 
Paravey, n° 56. 



— 249 — 
server, je n'oserais encore affirmer qu'elle ait été restreinte à Crotone et qu'elle 
ne se soit pas étendue à d'autres localités de la Grande-Grèce. I! y a quelques frag- 
ments analogues parmi les tessons extraits des fouilles exécutées l'hiver dernier 
dans un des tumulus de Thurium (l) et actuellement conservés au municipe de 
Gorigliano Calabro. 

Dans le dernier numéro de YArchœologische Zeitung , qui m'arrive pendant que 
ceci est sous presse, M. C. von Pulszky a publié (2) un intéressant article sur le 
Satyre de bronze de Patras. Ses conclusions sont exactement d'accord avec celles 
de M. A.-S. Murray. 

François LENORMANT. 



SUR LA SIGNIFICATION DES SUJETS 

DE QUELQUES CYLINDRES BABYLONIENS ET ASSYRIENS 

I. — Dans mon livre sur La magie chez les Chaldéens (3), j'ai émis l'opinion que 
les représentations de dieux combattant contre des monstres de formes variées, si 
fréquentes parmi les gravures des cylindres de pierre dure qui servaient île cachets 
aux Babyloniens et aux Assyriens, pouvaient bien être quelquefois rattachées à des 
épisodes précis du cycle des épopées mythologiques du bassin de l'Euphrate cl du 
Tigre, mais que le plus souvent il fallait y voir seulement la lutte perpétuelle des 
dieux guerriers et lumineux contre les démons malfaisants de l'abîme, décrits dans 
les livres magiques de la Chaldée comme des êtres à la figure monstrueuse. 
J'ajoutais que l'emploi de ces sujets sur les sceaux des particuliers n'impliquait ni 
profonds mystères religieux, ni, suivant la théorie fantastique de Lajard . grades 
d'initiations mithriaques ou autres; qu'il avait eu exclusivement une intention 
talismanique ; qu'on attribuait à la représentation de la victoire des dieux lumineux 
et célestes sur les démons une vertu protectrice, qui faisait des cylindres où ou la 
gravait de véritables amulettes, mettant à l'abri des entreprises diaboliques ceux 
qui portaient ces cylindres, ainsi que les secrets et les trésors que l'on scellai! île 
leur empreinte. 

Cette théorie reçoit maintenant une confirmation décisive d'un monument que 



(■I) Sur ces fouilles, voyez Notizie degli scavi di 
antichità comunicate alla II. Accademia dei l.lncci, 
4879, p. 49-52, 77-82, 4 22-123, 156-459. 



(2) Archœol. /cil., 1879, |>. 91-93, pi. s el 9. 

(3) P. .'il etsuiv.de l'édition française de 4874, 
p, 5*3 el suiv.de l'édition allemande de 1878 

34 



— 230 — 
j'avais laissé de côté et sur lequel l'attention vient d'être rappelée par des travaux 
récents. 

M. Menant (i) et M. Eberhard Schrader (2) viennent, en même temps l'un et 
l'autre, d'étudier mieux qu'on ne l'avait fait avant eux un cylindre de jaspe rose, 
déjà plusieurs fois publié (3), qui fait partie du Cabinet royal de La Haye, et dont 
nous reproduisons la figure. Ce cylindre, comme l'indique l'inscription qu'il [porte, 








était le sceau d'un prince Minnéen de l'Arménie, Ourçana, roi de Mouçaçir, sur les 
bords du lac de Vàn. Ourçana est mentionné dans les termes suivants par Sargon 
(Scharrou-Kinou), roi d'Assyrie, dans la grande inscription du palais de Khorsabad 
connue sous le nom d'« inscription des Fastes » (4) : 

« Ourçana de Mouçaçir s'était confié à Oursâ de l'Ararat (5) et avait répudié la 
soumission. J'accablai (m. à m. je cachai) la ville de Mouçaçir sous la masse de mon 
armée comme sous un vol de corbeaux ; et lui s'enfuit seul pour sauver sa vie. Je 
montai dans son pays. J'entrai en dominateur dans la ville de Mouçaçir ; et sa 
femme, ses fils, ses filles, les meubles, les provisions et les trésors de son palais 
dans leur totalité, avec 20,100 hommes et leurs enfants, 'Haldia et Bagamazda, ses 
dieux, avec leurs richesses nombreuses, je comptai tout cela comme butin. 

« Oursâ, roi de l'Ararat, apprit l'écrasement de la ville de Mouçaçir et l'enlèvement 
de son dieu 'Haldia ; alors de ses propres mains il trancha sa vie avec le glaive de 
fer de sa ceinture (6). » 



(4) Les cylindres orientaux du Cabinet royal des 
médailles à la Haye, n° U5, p. 59 et suiv. 

(2] Monatsbericht der Kônigl. Akademie der 
Wissenschaften zu Berlin, 1879, p. 289 et Euiv., 
pi. y annexée, no 3. 

(3) Dorow, Die Assyrische Keilschrift , pi. i; 
Cullimore, Oriental cylinders, pi. xxix, n" 140; 
Lajard, Culte de Mithra, pi. lxi, no 9. 



(4) L. 72-77. 

(5) Oursâ ou Oursaha est le roi que les listes 
de Moïse de Khorène appellent Hratcheah : voy. 
mon Manuel d'histoire ancienne de l'Orient , 
3e édit., t. II, p. 367 et mes Lettres assyriologi- 
ques, t. II, p. 162. 

(6) Urçana Muçaçirai sa ana Urs'd Urartai 
ittaklu va imisu ardutu. ina gibis ummaniya 



— 251 — 
Le récit de ces événements dans l'inscription plus détaillée, dite « des Annales » (1), 
est malheureusement très-mutilé. Nous y apprenons du moins qu'ils se produisirent 
dans la 8 e année du règne de Sargon, 714 av. J.-C. Les faits de la prise et du sac 
de Mouçaçir, l'Arsissa des géographes classiques (2), sont représentés dans une 
série d'intéressants bas-reliefs de la salle XIII du palais de Khorsabad (3). On y 
voit d'abord un temple, celui du dieu 'Haldia, appelé Khaldis dans les inscriptions 
cunéiformes indigènes de l'Arménie (4). Ce temple, que pillent les soldats assyriens, 
est situé entre deux citadelles flanquées de hautes tours, dont l'une s'élève sur un 
rocher escarpé. Au-dessus, pour préciser le lieu de la scène, on a écrit le nom de 
<r la ville de Mouçaçir ». En continuant vers la gauche, deux eunuques du roi 
d'Assyrie pèsent des objets en métal précieux du butin dans une balance à fléau, 
tandis que trois soldats brisent à coups de hache la statue du dieu tirée de son 
temple. Viennent ensuite des soldats qui emportent des meubles pris dans le 
pillage, et d'autres qui conduisent des captifs. Le temple du dieu Khaldis, vu de face, 
est porté sur un soubassement de forme carrée, et surmonté d'un fronton que 
couronne un acrotère dont le galbe rappelle celui du cyprès pyramidal. Une porte 
surmontée d'un petit fronton s'ouvre au milieu de la façade, décorée de quatre 
pilastres carrés. Des boucliers votifs très-bombés, de forme circulaire et ornés au 
centre d'un muffle de lion, y sont suspendus; les soldats assyriens qui pillent l'édifice, 
enlèvent des boucliers semblables, des autels à parfums portés sur un seul pied 
rond, et des trépieds. De chaque côté de la porte se dresse un mat décoratif, 
terminé au sommet en forme de cyprès pyramidal. Auprès de l'entrée, à droite, esl 
placé un groupe, évidemment de ronde bosse, représentant la vache qui allaite son 
veau, cet emblème si capital dans la symbolique de toutes les religions de l'Asie 
antérieure (5). En avant du temple et au pied de son soubassement, on voit deux 
bassins à eau lustrale, véritables « mers d'airain » à fond arrondi, portés sur des 
trépieds en jambes de taureaux. Tout dans cet édifice H dans s. m mobilier sacré 
porte le cachet de l'art assyrien. 



Muçariru aribis aktumma u su ami suzub napis- 
tisu edinnussu ipparsidvamâtisueli. ann Muçaçiri 
sitlutis eruvva assats'u marisu marâtisu SA'Sl 
SA-GA niçirti ekallisu mala basû itti XXMd nisi 
adi marsitisunu 'Haldia Bagamaziuv ilânisu adi 
makarisunu ma'dti sallatis amnu. 

Urs'â sar Urarti 'hipê Muçaçiri salai 'Haldia 
ilisu isme va ina qatâ ramanisu inapatar parzilli 
sibbisu napastasu yuqatti. 

(1) Palais de Khorsabad, salie II, plaques 13 
et M, Botta, Inscriptions, pi. 77 et 78 ; salle Y, 
plaques 17 et 18, Buda, Inscriptions, pi. M9 cl 



1 20 ; Oppert, Les inscriptions de Dom S i 
p. 33. 

(2) Ptolem., \ 13, 13. 

(3) Botta, Monument de Ninive, \< li" lit. 
(I) l'r. Lenormant, lettres assyriologiques, i. I, 

p. 130. — La lecture Anaidis . 
M. Mordtmann [Zeitschr. de\ 
Gesellsch., t. \\\ I . \>. 170) , esl ab 
inadmissible. 

(:; Adr.de Longpérier, Bulletin archéologique de 
l'Athênœum français 1855 p. -'*■ 



— 252 — 
Lo cylindre du Cabinet de|La Haye, bien qu'ayant servi de sceau au roi de 
Mouçaçir, paraît de travail incontestablement assyrien. Il y a plus, l'inscription qui 
s'y voit gravée n'est pas, comme le dit M. Menant (1), « conçue dans l'ancien idiome 
de l'Arménie, dont on trouve des spécimens dans les inscriptions de Vàn. » Elle 
est en pur assyrien sémitique, et M. Schrader l'a parfaitement bien lue. Le fait n'est 
pas, du reste, aussi étrange et aussi insolite qu'on pourrait le croire au premier 
abord. La plus ancienne inscription cunéiforme indigène que l'on connaisse dans le 
pays de Vàn, le n° 1 des copies de Schultz (2), gravé par ordre du roi Anahid- 
douris (3), fils de Loutibri, vers la fin du ix<> siècle avant notre ère (4), est rédigée 
en assyrien, du moins dans toutes les parties qu'on peut en lire (5). Le prince dont 
elle émane, désirant former son peuple à l'art de l'écriture et sans doute à toutes les 
connaissances de la civilisation chaldéo-assyrienne, avait donc -fait venir dans ses 
Etats des scribes assyriens, qui rédigeaient ses inscriptions officielles dans leur 
propre idiome, devenu ainsi momentanément pour l'Arménie une langue savante 
cl littéraire, quelque chose comme le latin dans l'Europe moderne. Mais cet état 
provisoire ne dura pas longtemps ; bientôt le système graphique importé de 
l'Assyrie fut appliqué à écrire la langue propre aux indigènes d'alors, cet idiome, 
fondamentalement différent de l'arménien, auquel j'ai proposé d'appliquer le nom 
ftalarodien, justifié par l'autorité d'Hérodote (6). Nous avons une inscription du fils 
d'Anahid-douris, nommé Isbouinis ; c'est le n° 36 de Schultz ; elle est déjà dans 
l'idiome du pays, comme toutes celles d'époque postérieure. Ourçana est d'un 
siècle environ postérieur au premier Anahid-douris connu, dont nous venons de 
parler. De son temps, dans tout le pays de Yân, les inscriptions monumentales se 
rédigeaient en langue alarodienne. Mais il est probable que c'est en Assyrie même, 
faute de graveurs assez habiles dans son royaume, qu'il avait dû faire graver son 
sceau-talisman , alors qu'il entretenait avec la monarchie assyrienne des relations 
d'amitié et de vasselage, avant de s'associer aux entreprises hostiles d'Oursà, roi de 
l'Ararat. 



(1) Les cylindres du Cabinet île Lu Haye, p. 01. 

(2) Les copies des inscriptions de Vân par 
Schultz sont publiées dans le Journal asiatique, 
3? série, t. IX, pi. i-vi. 

[3; C'est ainsi qu'il faut certainement lire ce 
nom, porté par plusieurs autres princes posté- 
rieurs, et non Relidduris, comme j'ai proposé en 
1871, ou Bagriduris, comme fait M. Mordtmann 
(Zeitsehr.d. deutsch. Morgenl. Gesellsch., t. XXVI, 
p. 485). Le premier élément en est, en effet, 
représenté par l'orthographe idéographique bien 
connue de l'appellation de la déesse babylonienne 



Anat, source de l'Anâhita de l'Iran, l'Anahid de 
l'Arménie. 

(4) Yoy. mes Lettres assyriolog , t. I, p. 141 et s. 

(5) C'est aussi le cas d'une autre inscription du 
même prince, dont le .Musée Britannique possède 
une copie, encore inédite, de M. I.ayard, qui en 
parle dans son livre des Discoveries in the ruins 
of Nineveh and Babylon, p. 395. 

(6) III, 94 ; VII, 79 ; voy. sir Henry Rawlinson, 
On the Alarodians of Herodotus, dans le tome IV 
de l'Hérodote anglais de son frère George Rawlin- 
son, p. 250-251. 



— 2S3 — 

Je dis son sceau-talisman, car cette double destination de l'objet est formellement 
exprimée dans l'inscription qu'on y lit. Cette inscription, en sept lignes horizontales, 
est gravée dans le sens direct de l'écriture, de telle façon qu'elle vient renversée 
à l'empreinte ; aussi notre cliché représente-t-il le développement du cylindre lui- 
même et non son impression, telle que la donne la photographie publiée par 
M. Schrader. L'inscription est ainsi conçue : 



kunuk Urçana 
sar Muçaçir 

Urabti (1). 
aban lamas 's'i 
sa kima çiri 
ina sade limnuti 
pàsit pitù. 



Sceau d'Ourçana , 
roi de Mouçaçir 

[et] de Ourabti. 

Pierre du Lamas 

qui comme nu serpent 

sur les montagnes mauvaises 

ouvre sa gueule (2). 



Parmi la nombreuse hiérarchie de génies, d'esprits, d'êtres surnaturels de toute 
espèce que le système religieux des Assyro-Babyloniens admettait à un rang in- 
férieur aux dieux proprement dits, les deux classes supérieures étaient celles des 
puissants génies auxquels on donnait en assyrien sémitique les noms de sedi le 
VJ qui pour les Hébreux devient la désignation des démons) et de lamas si (cf. 
le talmudique DnS, « colosse »), en accadien alad et lamma {'i). Quelques textes 
magiques mentionnent des Sched mauvais et hostiles, opposés aux Sched bons et 
protecteurs (4); les Lamas, au contraire, figurent toujours comme des êtres sur- 
naturels du bon principe. Le Sched propice et le Lamas propice sonl à chaque 
instant nommés ensemble, comme les protecteurs des hommes et les adversaires 
des démons. « Que le démon mauvais sorte , dit une formule magique 5), et qu'il 
aille se fixer ailleurs ! Que le Sched propice, le Lamas propice s'établissent dans 
son corps (du malade) ! » Nous voyons même, dans un h\ mue bilingue . accadien- 
assyrien , dire au dieu protecteur et médiateur Silig-moulou-khi =Maroudouk: 



(1) Ce nom de ville est le seul mot douteux de 
l'inscription ; les deux derniers caractères, où je 
crois devoir distinguer rab-ti, ne sont pas cer- 
tains. 

(2) J'adopte ici l'excellente lecture de M. Schra- 
der, mais non la façon dont il coupe les phrases. 
11 m'est impossible d'accepter l'idée de l'éminent 
assyriologue berlinois, que l'inscription est tout 
à coup interrompue par une mention delà rcatiëre 
de l'objet [aban lamas si, sans lien avec ce qui 
précède ni ce qui suit. Pour moi, la phrase sa 
kima çiri, etc , se rapporte au Lamas et non 



au roi Ourçana, el nous avons deus pi (positions 
consécutives qui définissent le cylindre comme 
sceau du prince el pieri ; génie. 

Cette traduction me parait de beaucoup la plus 
naturelle , je dirai môme la seule vraisemblable. 

3) Syllab \. n»< 175 el 17e,. 

i. Entre autres Cuneiform inscriptions of 
Western Asia, t. 11. pi. 17. I. I. a-b. 

S Cuneif. m.-rr. of West. Isia, t. 11. pi. is. 
I. 42-45, a-b : ululJ.it limnii liçi ta tint a Itati 
Itzziz. — sedi dumqi lamas' s' i dumqi — ina 
zumrisu '» kayan. 



— 254 — 
« Tu es le Lamas propice; tu es le vivificateur; tu es le sauveur, le miséricordieux 
entre les dieux, le miséricordieux qui relève les morts à la vie (1). » 

Le Lamas dont il est question dans notre inscription est bien décrit dans son 
rôle de combattant , d'adversaire des démons , des esprits du mauvais principe , 
quand on dit qu' « il ouvre sa gueule comme un serpent sur les montagnes mau- 
vaises hostiles », ina sade limnuti, pour terrifier les êtres malfaisants qui les 
habitent. Et le cylindre est présenté par sa légende comme étant, «n même temps 
que le sceau du roi , la pierre de ce Lamas , le talisman protecteur dont la vertu 
mystérieuse assure à celui qui le possède l'appui du génie bienfaisant dont on y a 
gravé l'image. 

En même temps l'inscription nous assure que l'être divin, muni de quatre grandes 
ailes, qui y est figuré luttant contre deux autruches, qu'il a saisies de chaque main 
par le col et qu'il étrangle, est un « Lamas propice » dans un des actes de son 
combat contre les démons des « montagnes mauvaises ». 

Ce n'est pas la première fois que , dans les scènes de lutte retracées sur les 
cylindres, les adversaires des dieux lumineux ou des génies propices sont des 
oiseaux. Voici, par exemple, le dessin gravé sur un de ces monuments, en agate 
rose , qui , après avoir fait partie de la collection Palin , est actuellement conservé 
au Cabinet des médailles de notre Bibliothèque Nationale (2). On y voit un person- 
nage barbu , sans ailes, qui terrasse et étouffe trois 
énormes oiseaux de proie, dont la figure se rapproche 
beaucoup de celle de l'aigle. Ici je n'hésite pas à re- 
connaître le mythe raconté dans la tablette K 3454 
du Musée Britannique, laquelle ne nous est malheu- 
reusement parvenue que dans un état de déplorable 
mutilation (3). Dans ce mythe, développé sous une forme épique, on raconte l'outrage 
fait aux dieux célestes par l'oiseau divin Zoù, appelé dans d'autres documents « l'oi- 
seau des tempêtes ». Ce Zoù est un gigantesque rapace , un oiseau fabuleux, qui 
joue dans les légendes chaldéo-assyriennes un rôle tout à fait analogue à celui du 
rôkh dans les Mille et une Nuits et les autres contes arabes. Une nuit, pendant le 
sommeil du dieu Bel, il lui a dérobé « la tiare de sa majesté, le vêtement de 
sa divinité , les tables des destinées et les secrets » auxquels est attachée sa 
puissance , en particulier l'autorité souveraine sur les Esprits du ciel et de la 
terre. Les dieux se rassemblent à cette nouvelle, et Anou, leur père à tous, dit : 
« Quiconque le voudra, qu'il tue l'oiseau Zoù, et son nom sera fameux dans toutes 




(4) Cuneif. imcr. of West. Asm, t. IV, pi. 29, 
1, verso, I. 3-44] : atta va lamas s'u damqu — 
atta va mubàllit — atta va musallim — riminû ina 
ilâni— riminû sa mita bulluta irammu, 



(2) Lajaid, Culte de Mithra, pi. lxi, n° 7. 

(3) Les fragments subsistants sont traduits dans 
G. Smilh, Chaldean arcount ofGenem, p. 414-149. 
Voy. aussi Sayce, Babylonian literature, p. 40. 



— 255 — 

les contrées! » S'adressant ensuite en particulier à Ramman , le dieu de la foudre, 
Anou lui commande d'aller chercher Zoù dans la retraite où il s'est caché avec les 
insignes enlevés à Rel, et là de le tuer avec sa famille; en récompense de cet 
exploit , il lui promet qu'il recevra des honneurs magnifiques de tous les autres 
dieux. Mais Ramman refuse de se charger de l'entreprise , et Nébo, après lui, fait 
de même, quand l'ordre d'aller tuer Zoû lui est également adressé. Ici s'arrête la 
partie du texte qui a été conservée avec une certaine continuité. Nous n'avons 
plus le nom du dieu qui se décide à tenter l'aventure et qui l'accomplit, vengeant 
les immortels parle trépas de l'oiseau Zoû et de sa famille. Mais il y a de grandes 
probabilités que ce dieu était Maroudouk, le fils aîné de Êa, le Dieu auquel, en 
pareil cas, on s'adresse toujours en dernier ressort, et qui finit par triompher des 
puissances mauvaises là où les autres ont échoué. 

Que le terrible « oiseau des tempêtes » , cet animal fantastique en qui l'imagi- 
nation se complaisait à exagérer la puissance des grands rapaces, tels que l'aigle 
et le vautour, ait eu un rôle mythologique comme adversaire des dieux, rien de 
plus naturel. Mais on a quelque lieu d'être surpris que l'on ait aussi compté parmi 
les animaux hostiles, les représentations du principe mauvais, ceux dont les démons 
revêtent la forme, l'autruche, qui, malgré sa taille supérieure à celle des autres 
oiseaux, sa force, son caractère facile à irriter, est en somme un animal très- 
pacifique (1). Pourtant la représentation du cylindre d'Ourçana n'est pas unique 
en son genre. Je place ici le sujet gravé sur un autre cylindre de travail assyrien, 
en chalcédoine saphirine , qui fait partie des collections du Cabinet des mé- 
dailles (2) , et qui offre la plus étroite analogie de style et de fabrique avec celui 




du roi de Mouçaçir. Nous y voyons, dans la présence d'un adorateur en contem- 
plation, le même Lamas à forme humaine, muni de quatre grandes ailes, combat- 



(1) L'abondance des autruches dans les plaines 
des bords de l'Euphrate, aux temps antiques, est 
attestée par Xénophon : Anabas., 1, 5, 3. Sur les 
représentations de cet oiseau dans les monuments 



assyriens, voy. G. Rawlinson , The /foi 
monarchies of the ancient eattern world, i" fin., 

t. I, p. 228. 
(2) Lajard, Culte de Mithra, pi. i.xi, n« 8. 



— 256 — 
tant une autruche, qu'il a saisie par le col et dont il s'apprête à trancher la tète 
avec la harpe recourbée qu'il tient dans sa main droite. 

Mais il faut se souvenir ici de la façon dont les prophètes d'Israël, se faisant 
l'écho des croyances de l'imagination populaire, associent l'autruche (1) aux bêtes 
malfaisantes et aux démons qui habitent les ruines. Isaïe dit, dans sa prophétie 
contre Edom (2) : 

« Les épines et les chardons croîtront sur ses palais , 

les ronces et les chardons dans ses forteresses. 

Ce sera la demeure des chacals, 

le repaire des autruches. 

Les chats du désert y rencontreront les chiens sauvages , 

et le Sé'îr (3) y appellera son compagnon ; 

là Lilith (4) aura sa demeure 

et trouvera son lieu de repos. » 

Et quand le même prophète décrit la désolation que présenteront les ruines de 
Babylone détruite (5) : 

« Les chats sauvages y prendront leur gîte, 
les hyènes rempliront ses maisons, 
les autruches en feront leur demeure, 
et les Sé'îrîni y sauteront. » 

François LENORMANT. 



STATUE DE FEMME DECOUVERTE A DJIMILAH 



(CUICULUMJ 
(Planche 32.) 



Les ruines de Cuiculum (aujourd'hui Djimilah) sont situées à l'ouest de Cons- 
tantine , sur l'ancienne route de Sétif. Cuiculum, qui porte dans la Table de 
Peutinger le titre de colonie (6), était une des stations de la voie romaine de Cirta 



(4) L'autruche est appelée en hébreu W , l'oi- 
seau « vorace, glouton ». En araméen elle est 
M'OVS) comme e» arabe, appellation qui semble 
la caractériser comme un animal paisible. 

(2) XXX1V,13 et 14. 

(3) Sur les Sé'irim, véritables Satyres de la 
mythologie phénicienne, voy. Bochart, Hierozoi- 
con, 1. VI, c. 7; t. II, p. 828 et s., édit. de 
Londres, 1663; Gesenius, Commentât iiber den 
Jesaia, t. I, p. 465 et s., et p. 915 ; Vy'olf Baudis- 
sin, Studien zur semitischen Religionsgeschichte, 
t. I, P- 136-139 ; C. W. Mansell, Gazette archéolo- 



gique, 1877, p. 74 et s. 

(4) Sur la Lilith, sorte de lamie ou d'empuse, et 
en même temps démon femelle des pollutions 
nocturnes, voy. Buxtorf, Lexic. rabbin., p. 1140; 
Eisenmenger, Entdecktes Judenthum, t. II, p. 413 
et s. ; Gesenius, Commentai- iiber den Jesaia, t. I, 
p. 916-920; A. Levy , Zeitschr. d. deutseh. 
Morgenl. Gesellschaft, t. IX, p. 484 et s.; Fr. 
Lenormant, Die Magie und Wahrsagekunst der 
Chaldàer, p. 40. 

(S XIII. 21 . 

(6) Edit. Ern. Desjardins, segment I. 



— 257 — 

à Sitifis (1). Shaw visita cette localité au commencement du siècle dernier; il y 
signale l'arc de triomphe et l'amphithéâtre (2). Peyssonnel y passa vers la même 
époque, mais ne s'y arrêta point (3). Il était réservé à deux membres de la Com- 
mission instituée pour l'exploration scientifique de l'Algérie , le chef d'escadron 
d'artillerie Delamare et l'architecte Ravoisié, de faire connaître plus complètement 
cette ville antique. Delamare a publié un excellent plan de l'ensemble des ruines, 
un plan du théâtre et de la basilique, des dessins de Tare de triomphe et de 
plusieurs petits monuments (4). Parmi ces derniers il convient de signaler deux 
intéressants fragments de sarcophages chrétiens (5) et plusieurs bas-reliefs 
consacrés à Saturne (6), dont le culte a laissé tant de traces dans toute celle partie 
de la Numidie. Ravoisié (7) s'est occupé avec plus de détails des grands monuments, 
le forum, l'arc de triomphe, les temples, le théâtre , la basilique, les grands 
tombeaux, etc. , dont il a présenté d'intéressantes restitutions. Il nous a surtout 
donné un dessin en couleur d'une curieuse mosaïque ornée d'inscriptions dont 
l'explication a exercé la sagacité des plus illustres archéologues (8). Enfin M. Léon 
Renier dans son beau recueil des Inscriptions romaines de l'Algérie a consacré un 
chapitre spécial aux inscriptions de Cuiculum (9). 

J'ai traversé deux fois ces ruines, en 1873 et en 1874, mais je n'y ai fait aucune 
fouille ; je n'y ai séjourné que trois heures en me rendant à Sétif et je n'ai relevé 
à la surface du sol que deux inscriptions inédites : l'une que j'ai publiée en 1875 10), 
et l'autre que je crois devoir signaler ici. Elle se lit sur une pierre qui a été 
employée dans la construction du bordj et qui est malheureusement brisée à droite 
et à la partie inférieure : 

LTITINIOC/o,/™ 

ACOMMENTAR-PRAc/. praet. 
PRAESIDIET PROCh ru 1 ri 
ALPIVMMARITIMARV m. . . . 
ne-Tir .ifMi un; PROCOS 



(1) Itinerarium Antonini Augusti, n° 29. 

(2) Voyages de M. Shaw dans plusieurs prorinces 
de la Barbarie et du Levant, t. I, p. 131. 

(3) Peyssonnel et Desfontaines, Voyages dans 
les régences de Tunis et d'Alger publics par 
Durcau de la Malle, t. I, p. 368. 

(4) Exploration scientifique de l'Algérie ; A rchéo- 
logie par Delamare, 'pi. 99 à 108. 

(5) Morcelli [Africa christiana, \° Cukulitanus), 
cite cinq é\èques de cette ville, le premier en 
255 et le dernier en 553. 



6 Quatre de ces monuments sont conservés 
au Louvre (Frôhner, Notice de la sculpture antique 
du Louvre, w" 504, 509, •'.!:' ci :ilf, . 

(7) Eteploration scientifique de l'Ai 

Arts, Architecture et Sculpture, par A. Ravoisié, 
t. 1. pi. 28 à 56; texte, ch. III. p 15 el suù 

(8) De li<>>si. Bulletin d'archéologie chr> 
1878, p. 34 de la traduction française 

■i Inscr. de l'Algérie, n<>« 85Î I à 2564. 

III liti/iimi-t sur une inis\iiiu ■< * , h,,i , ;uptc en 

Algérie, n° 106. 

35 



— 2o8 — 

A la première ligne les lettres NI, à la deuxième ligne ME, à la quatrième ligne 
TI. sont conjuguées. — Il ne reste à la cinquième ligne que la partie supérieure 
îles caractères. Il semble qu'on reconnaît là un nom : Petil[ius} (?) Unicus (?), suivi 
du titre de proconsul; ce nom devait être précédé, à la fin delà quatrième ligne, 
d'un mol exprimant, soit une relation de parenté entre L. Titinius Clodianus et ce 
personnage, soit une fonction remplie près de lui. L. Titinius Clodianus est déjà 
connu par un autre texte à Cuiculum, qui renferme le nom de sa femme Claudia 
Salvia et celui de son fils L. Titinius Maximus Clodianus (1). 

Telles étaient les découvertes faites à Djimilah, lorsqu'en 1877 M. le lieutenant 
Dufour, des affaires indigènes, fut détaché au poste de Fedj-Mezala. Il résolut 
d'interroger de nouveau les ruines désolées de Cuiculum, situées dans l'étendue de 
son commandement, et il ne tarda pas à être récompensé de ses peines par d'impor- 
tantes découvertes qui redoublèrent son ardeur. Je ne veux pas lui enlever l'honneur 
de publier lui-même le résultat détaillé de ses fouilles (2) : je rappellerai seulement 
qu'il a trouvé des inscriptions nouvelles et un grand nombre de petits monuments 
dont plusieurs ont été déjà signalés. Tel est le médaillon en terre-cuite, portant en 
relief une scène de la légende d'Hercule, la délivrance d'Hésione, fille de Laomédon; 
telle est la lampe antique avec la représentation jusqu'ici unique de Saturne assis 
sur un lion (3). 

La belle statue de femme qui est reproduite sur la planche 32 a été déterrée 
dans une construction rectangulaire, située au sud-ouest de l'arc de triomphe et à 
quelques mètres de la rivière qui traverse les ruines. Cette construction se com- 
posait de six chambres disposées à angle droit autour d'une cour carrée de huit 
mètres de côté; la statue reposait sur une mosaïque. Transportée d'abord au bordj 
de Fedj-Mezala par les soins de son heureux inventeur, elle a été depuis placée à 
Constantine , au palais de la division. Elle est en marbre blanc, haute de deux 
mètres, et parfaitement intacte, depuis la base du piédestal qui la supporte, jusqu'au 
sommet de la tête. 

Elle présente cependant une particularité qui fait supposer qu'elle aurait subi une 
restauration dans l'antiquité (i) : au moment de la découverte il manquait sur la 



(1) L. Renier, Inscr. de l'Algérie, n<> 2;i35. 

(2) M. Dufour ne s'est pas contenté de ses 
recherches à Djimilah, il a fait encore d'autres 
découvertes, notamment au Bordj-Bou-Akkas , 
près du lieu de sa résidence. C'est là qu'il a 
ou\ert un tumulusà l'intérieur duquel se trouvait 
un squelette entier, les bras croisés sur la poitrine, 
les jambes allongées. Il a recueilli dans cette fouille 
un morceau de verre avec couche d'émail bieu, 
une longue épingle à cheveux en os, une coquille 



non perforée. — Les gens du pays affirment que 
des pierres énormes surmontaient autrefois ce 
petit tertre. Ce serait le scheick Bou-Akkas qui 
les aurait fait briser et employer ensuite à la 
construction de son bordj. 

(3) Bulletin de la Société des Antiquaires de. 
France, 1878, p. 159. 

(4) Au sujet de ces coupures antiques reconnues 
sur plusieurs monuments, voir Gazette archéolo- 
gique, 1877, p. 101.— Un buste de Faustine mère, 



— 2S9 — 
tète une partie du diadème et des bandeaux; la partie où devaient être appliqués 
ces deux morceaux avait été unie et percée de petits trous pour obtenir l'adhérence 
du ciment sur le marbre. Les deux morceaux ont été retrouvés intacts à deux 
mètres de la statue et replacés sans difficulté. 

La plus ancienne inscription impériale découverte à Djimilah est de l'année 107, 
elle appartient au règne de Trajan ; la plus récente est de l'année 370, du temps de 
Valentinien , Valens et Gratien. Dans l'intervalle qui s'étend entre ces deux dates, 
c'est l'époque de Marc-Aurèle et de Vérus qui est représentée par le plus grand 
nombre de monuments. Sept inscriptions gravées entre les années 164 el 170, en 
l'honneur de ces deux princes, ont été retrouvées à Cuiculum (1 : quatre avaient 
été placées sur le forum aux frais de la colonie; trois avaient été élevées par des 
particuliers à l'occasion des charges municipales obtenues par eux. Ces dernières 
constatent l'érection de plusieurs statues dues à des libéralités privées. C'est, je 
crois, à cette même époque, au temps des Antonins, qu'il faut faire remonter la 
statue découverte par M. Dufour. 

Cette figure porte la même coiffure que Faustine mère sur les grands bronzes h 
la légende DIVAE FAVSTINAE (2), bandeaux de cheveux ondulés surmontés 
d'un petit diadème de deux nattes ramenées en rond sur le sommet de la tète 'i . 
C'est certainement un portrait offrant les traits d'une femme qui parait d'un âge 
déjà mûr, mais M. Dufour m'écrit que la photographie la vieillit considéiaMemenl 
et que, d'après le marbre original, elle ne paraît pas âgée de plus de 30 à 35 ans. 
Or Faustine mère est morte à 36 ans (4). On sait quels honneurs Ântonin lit rendre 
à la mémoire de son épouse, et nous avons la preuve que les habitants de l'Afrique 
s'étaient associés à ces hommages posthumes. Le Louvre possède, en effet, mie 
statue de cette princesse découverte au siècle dernier à Benghazi, dans la Cyré- 
naïque (5). Je suis très-porté à voir également dans le marbre de Djimilah une 
image de la femme d'Antonin ou tout au moins une de ses contemporaines. La 
pose , l'ajustement , l'attitude , tout autorise à penser qu'on a sous les yeux la 



qui est conservé au Louvre, présente la même 
particularité à la partie supérieure de la tète : le 
sommet de lache\elure forme une calotte appliquée, 
qui ne fait pas partie du même bloc de marbre, 
mais qui a été certainement posée par l'artiste 
auteur de la statue. Aussi, n'avant pas vu la statue 
de Djimilah, je ne puis affirmer qu'il s'agit d'une 
restauration. C'est peut-être, comme sur le busto 
du Louvre, l'œuvre du sculpteur lui-même. 

(1) L. Renier, ïnscr. de l'Algérie, n" s 2'i2G à 
2330,2532; Héron de Villefosse, Rapport sur une 
mission en Algérie, n» 106. 



(2) Cohen, Descript. histor. des médailles imp., 
t. II. pi. xiv, n»23, 189, 286. 

; \ isconti, !• onographie rom line, pi kl, n« i. 

[4 En I année 141. 

(5 Comte de Clarac, Cat. des antiqw s , n I48; 
Musée de sculpture antique et moderne, t. Y, 
pi. 31 1 , n" 2482. Celle statue avait été précédem- 
ment dénommée Julia Domna e( Crispine; c'est 
mon collègue ei ami, M. Charles Ravsisson- 
Mollien, attaché au département des Antiques qui 
a reconnu, avec juste raison , que. en 
Faustine mère. 



— 260 — 
représentation d'une femme divinisée appartenant à une grande famille romaine (1). 

Cette sculpture est d'un bon style et dépasse, au point de vue artistique, tout ce 
qu'on trouve ordinairement en Numidie. De toutes les ruines qui couvrent le sol 
des possessions françaises en Afrique, celles de Cherchell avaient seules fourni 
jusqu'ici des œuvres d'un mérite réel. La statue de Djimilah peut soutenir la com- 
paraison avec les meilleures figures sorties du sol de l'antique Cœsarea. Elle est 
toutefois d'une époque moins ancienne que le plus grand nombre des marbres de 
Cherchell (2). 

M. Dufour a mis au jour une partie d'une seconde statue et un fragment peu 
considérable d'un cheval en bronze ayant peut-être appartenu à une statue équestre. 
Il a découvert, en outre, sur un point des ruines que rien ne signalait spécialement 
à son attention, l'atelier d'un fabricant de petits instruments en ivoire et en os. Il y 
en avait une telle quantité qu'on aurait pu en charger plusieurs mulets. Cette 
trouvaille est fort importante , puisqu'elle fait connaître une industrie locale ré- 
pandue par le commerce dans toute la contrée et qu'elle place sous nos yeux les 
spécimens les plus variés des différentes phases de cette fabrication, depuis le bloc 
d'ivoire à peine dégrossi jusqu'aux épingles les plus élégantes, destinées à em- 
bellir la coiffure des dames africaines. 

Enfin, près d'un tombeau creusé dans le roc et placé à gauche, lorsqu'on se 
dirige de l'arc de triomphe vers le sud-ouest, en suivant la route de Sétif, le même 
officier est tombé, h cinq ou six mètres de profondeur, sur une augette en pierre 
calcaire, placée sur champ, de façon à former comme un petit édicule carré. Elle 
contenait différents objets mêlés à des cendres, entre autres deux perles en émail 
gris fauve, une coquille percée à sa base d'un trou régulier et, au centre, une petite 



(1) Les statues de Benghazi et de Djimilah 
présentent une grande ressemblance. Elles ont 
toutes deux une pose et une attitude qui se re- 
trouvent fréquemment dans les statues de femmes 
de l'époque romaine. Malheureusement un grand 
nombre de statues ainsi drapées sont parvenues 
jusqu'à nous sans leurs tètes; les restaurateurs en 
ont fait des Polymnie ou des Pudicitê (cf. d'Es- 
camps , Description des marbres antiques du 
Musée Campana, n° 27; Polymnie ? trouvée à 
Tusculum; — la tète est-elle antique?). On a 
adopté cette manière de voir dans les musées : 
c'est ainsi qu'on a inscrit le nom de Polymnie au- 
dessous d'une slatue privée de sa tête, drapée de 
la même façon, et qui a été rapportée de la Cyré- 
naîq'ie par Vatlier de Bourville. Je crois, pour 
mon compte, qu'il faut y voir, comme dans les 
marbres de Benghazi et de Djimilah, une femme 



divinisée. L'inscription tracée sur la base d'une 
des deux statues d'Aptéra [Gazette archéologique, 
1876, p. 37, 92 et 150; pi. 12; 1877, p. 38), 
statue qui offre une pose absolument identique, 
vient à l'appui de mon hypothèse, puisque cette 
inscription apprend que la statue représente une 
Claudia mise au rang des dieux. M. F. Lenormant 
a eu l'obligeance de me donner un dessin du 
commandant Sériziat reproduisant une statue 
sans tête, trouvée à Cherchell, exécutée d'après un 
modèle analogue. Au sujet des apothéoses privées 
chez les anciens, voir la lettre de M. le baron de 
VVitte, Gazette archéologique, 1878, p. 6, et la lettre 
de M. Edmond Le Blant, ibid., p. 1. 

(2) Cf. sur cette statue, Bulletin de la Société des 
Antiquaires de France, 1878, p. 173; Recueil des 
Notices et Mémoires de la Société archéologique de 
Constantine, t. XIX, 1878, p. 454, pi. xvn. 



— 261 — 
statuette en bronze représentant un nain drapé dans une espère de sac à capuchon, 
de telle manière que sa figure seule est visible. C'est le petit personnage qui ac- 
compagne souvent Esculape et qu'on a pris l'habitude d'appeler Télesphore. 
Plusieurs savants pensent qu'il était plutôt la représentation $ Agathodémon, le bon 
Génie (1). 

Ant. héron de villefosse. 



FRAGMENTS D'ART JUDAÏQUE 

( Planohe 36. ) 

La planche de fragments judaïques que nous publions aujourd'hui 
présente un très-grand intérêt au point de vue de l'ornementation 
que ces fragments nous offrent. 

C'est d'abord un sarcophage antique provenant du célèbre monu- 
ment connu sous le nom de Qbour-el-Molouk, ou Tombeaux des rois. 
Il a toujours été connu à Jérusalem comme ayant cette origine, et sur 
ce point la tradition n'a jamais varié. La cuve seule en a été conser- 
vée. Cette cuve servait et sert toujours de bassin à une charmante 
fontaine arabe, qui n'a d'une fontaine que le nom, c;ir de temps im- 
mémorial elle ne coule plus et elle est très-probablement condamnée 
à rester éternellement à sec. 

L'ornementation de ce précieux morceau antique consiste en ro- 
saces de types différents, qui semblent empreintes du style assyrien. 



(I) Aux divers renseignements que je viens de 
donner sur les antiquilés de Cuiculum, il nie 
parait bon d'ajouter la copie d'un fragment d'ins- 
cription grecque relevé dans un ancien recueil 
manuscrit d'inscriptions africaines qui m'a été 
communiqué par M. Fr. Lenormant, et qui pro- 
vient des papiers de son père, à qui il avail été 
remis par Hase, dont le manuscrit porte quelques 
annotations autographes. Les copies doivent avoir 
été faites par un officier de l'armée d'Afrique. 



CAAAOVC- • • • 
CA<Î>PIKAN- • . • 
rFATPPnA .... 
IONNNHMHAII . . . 
HON|CEVAOPlA- ■ • 

La copie, comme on le voit, est fort incorrecte; 
il est bien difficile <\\m tirer uelques mots raison- 
nables. La pierre était brisée a droite, d'après le 

dessin. 



— 262 — 
Il serait superflu de la décrire par le menu, car le dessin que nous 
en donnons vaut mieux que la plus minutieuse description. 

Si nous rappelons que dans toute la nécropole de l'antique Jérusa- 
lem , dans la nécropole purement judaïque, veux-je dire, il n'y a 
qu'un seul sépulcre qui ait été disposé pour recevoir des sarcophages 
analogues, nous serons bien obligés d'admettre que la tradition locale 
est digne de confiance, car ce sépulcre exceptionnel est précisément 
le Tombeau des rois. Il est manifeste que l'élégance du sarcophage 
dont il s'agit a de tout temps attiré l'attention, et qu'à cela seulement 
est due sa conservation. Ayant à sa disposition des auges aussi élé- 
gantes , et toutes prêtes à entrer dans la décoration de fontaines 
monumentales, on n'a eu garde de mutiler et de détruire ce qu'on 
pouvait utiliser à si bon marché. 

Pour moi donc il n'est pas douteux que le corps d'un roi de Juda 
a reposé dans ce précieux sarcophage. 

Le fragment orné de grandes dentelures, que remplissent des rosa- 
ces ou des triples feuilles largement refouillées , a été retrouvé par 
moi dans un des aqueducs souterrains qui servaient à l'évacuation, 
vers le Cédron, des eaux à l'aide desquelles s'opérait le lavage des 
parvis sacrés, après l'accomplissement des sacrifices. Ce canal aque- 
duc, découvert par moi en 1863, et exploré de nouveau, depuis lors, 
par la Commission anglaise chargée de diriger des fouilles dans la 
Ville Sainte, est obstrué par des décombres de toute nature, prove- 
nant certainement de la destruction du second Temple par l'armée 
de Titus, en 70 de l'ère chrétienne. C'est au milieu de ces décombres 
que le bloc en question se trouve engagé ; il y est toujours, et il est 
bien probable qu'il n'eu sortira pas. 

Les deux derniers fragments sont aujourd'hui encastrés au hasard 
dans le soubassement de la Qoubbet-es-Sakhrah , « le dôme de la 
roche, » que l'on nomme à tort la Mosquée d'Omar, et qui entoure 
la roche sur laquelle reposait probablement l'autel des holocaustes, 
placé en avant du Temple de Salomon. 

Ces plaques sont en marbre blanc et ont fait partie, je pense, de la 
balustrade construite par Hérode et que les Gentils ne pouvaient 



— 263 — 
franchir, sous peine de mort, le parvis intérieur n'étant accessible 
qu'aux Juifs, à l'état de pureté. Il y a quelques années, M. Ch. Cler- 
mont-Ganneau a retrouvé dans une muraille, de construction relati- 
vement moderne, une des inscriptions grecques qui prévenaient les 
Gentils du sort qui leur était réservé, s'ils se permettaient de franchir 
cette enceinte sacrée (1). Qu'est devenue cette inscription dont la dé- 
couverte a fait naguère tant de bruit dans le monde des archéologues? 
Je l'ignore. Enlevée par le Pacha gouverneur, elle est allée, Dieu 
sait où ! 

F. de SAULCV. 



La mosaïque de Lambèse , représentant les Quatre Saisons, publiée dans la 
planche 22 de cette année de la Gazette archéologique , a été signalée el décrite 
pour la première fois par M. L. Renier, dans un rapport qu'il adressait au 
ministre , le 17 décembre 1852 , pendant sa seconde mission scientifique en 
Algérie (2). Elle a été trouvée , en 1851 , dans le camp même de la in légion 
Augusta , à une centaine de mètres au sud-ouest du praetorium. Elle formai! le 
pavé d'une petite salle carrée qui contenait un autel, encore en place, cet autel a 
été depuis apporté à Paris ; il est aujourd'hui conservé au Cabinet des antiques de 
la Bibliothèque Nationale et porte une. inscription qui fait connaître la destination 
du lieu où il a été découvert : 

D M VI 
DIVINAE 

AVGG 1 
L-CAECILI 
VSVRBA 
NVS OPT 
VALCVRO 
PERIARM 
POS VIT 



(1) Ch. Clermont-Ganneau, Bévue archéologique, 
nouv. sér.; t. XXIII (1872), p. 214 et s., 890 el s., 
pi. x; Comptes rendus de l'Académie des Inscrip- 
tions, 1872, p. 170 et s ; Ant. Héron de Villefosse, 
Notice des monuments provenant de la Palestine au 
Louvre, n° 8. 



(2) Archives des Missions scientifiques, i" série, 
t. III, p. 315 el suiv. ; la mosaïque esl déci ite 

p. 321. M. 1.. lirniri |mssr.|" un Iiv--Imi\ dossin 

de cette mosarque, exécuté | ar un sou 
de tirailleurs qui l'accompagoail pendant son ex- 
ploration. 



— 264 — 

Domui divinae Augjustorum] (trhim), L[ucius] Caecilius Urbanus, opt[io] val[e- 
tudinarii], curjator] operi[s] arm[arii], posuit (i). 

A la troisième ligne, un troisième G a été effacé avec intention. Cette circon- 
stance nous fait connaître l'âge exact du monument, qui a dû être élevé pendant le 
règne simultané de Septime-Sévère , Caracalla et Géta , c'est-à-dire entre les 
années 209 et 211 de notre ère. J'avais donc eu raison de fixer le m e siècle comme 
époque probable de l'exécution de cet ouvrage d'art. 

Dans le même rapport, M. Léon Renier demandait au ministre de donner des 
ordres pour faire transporter en France cette intéressante mosaïque. Croyant sans 
doute que le désir exprimé par l'éminent épigraphiste n'était pas demeuré stérile, 
M. le docteur Wilmanns a annoncé que les mosaïques du sanctuaire de la domus 
Augustorum avaient été transportées à Paris. Je ne pense pas que ce savant regretté 
ait voulu désigner un autre monument (2). 

En constatant que Bacchus et Apollon étaient ordinairement groupés avec les 
Saisons, je n'ai pas crû utile de rappeler que le premier n'était pas seulement le 
dieu du vin, mais qu'on le considérait aussi comme présidant à la production et à 
la végétation d'une manière générale. Il était le dieu de l'humidité chaude qui 
développe la vie à la surface de la terre ; il remplissait le rôle du Soleil ; on le 
confondait avec Apollon (3). C'est ce qui explique pourquoi les deux dieux étaient 
indifféremment placés dans le concert des Saisons. Sur un célèbre diptyque d'ivoire 
dont les feuillets servent de reliure à l'office de la Fête des Fous, conservé à la 
Bibliothèque de Sens (4), on voit d'un côté Bacchus dans un char triomphal, accom- 
pagné de son cortège, et de l'autre Diane dans une situation identique. Les deux 
chars semblent sortir des flots et s'élancer pour éclairer la Terre. Il est évident 
que l'artiste a voulu représenter le Soleil et la Lune , et qu'il faut voir dans ce 
monument une nouvelle preuve de la confusion de Bacchus et d'Apollon dans les 

pensées religieuses des anciens. 

Ant. HÉBON de VILLEFOSSE. 



(1) L. Renier, Premier rapport adressé à M. le 
Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, 
(17 décembre ! 852;, p. 10 du tirage à part; 
l'autel est gravé sur la planché qui accompagne le 
mémoire; Inscr. de l'Algérie, n° 74. 

(ï) Die romische Lagerstadt Afrikas, p. 13. 



(3) Fr. Lenormant, article Bacchus, dans le Dic- 
tionnaire des Antiquités grecques et romaines de 
Saglio, p. 615 et 618. 

',4) Millin, Monum. antiques inédits, t. II, p. 336; 
Voyage dans les départements du Midi de la 
France, t. I, p. 60 et suiv. , Atlas, pi. n et m. 



ERRATUM 
P. 55, ligne 25. Vers le commencement du vue siècle, lizez : vin" siècle. 



L Éditeur-Gérant : A. Lévy. 



Gazette- c^4rûke0lo?LC]U& _ lS Jg 







Colossale déco 




PlwtaùffJÙ. du .'/'. 



Statue de F E M.M.E 

PROVENANT DES RUINES DE CUI 



Gaxttte, oÂ/'càioloaiouc l8Z$. 



PI. 33 




P/wtûùjpLd </u MoniU 






Terre-Cuite de Pergami- 



@ax£tte, oAj'ckzoùxriqut. -fâZ9. 



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Phi'lrt t/pi<: du MoniU 



Marsyas 

BRONZE TROUVÉ A RATRAS 



GaxjtUe. oArckioloffCaut 







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Marsyas 

BRONZE TROUVÉ A PATRAS 



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FRAGMENTS I > AK I .1 li» Ah n I 



TABLE DES MONUMENTS PUBLIÉS DANS L'ANNÉE 1879 

DE LA GAZETTE ARCHEOLOGIQUE 



ARCHITECTURE. 

Fragments d'art judaïque (dessinés sur différents 
points de Jérusalem), pi. xxxvi. 

Article de M. F. de Saulcy, p. 461. 

SCULPTURE. 

Statue colossale en pierre calcaire, découverte à 
Amathonte en Cypre (Musée du TcliinlyKiosk, 
à Constantinople, pi. xxxi. 

Article de M. Al. Sorlin-Dorigny, p. 230. 

Divinités gauloises, groupe de pierre trouvé à 
Saintes (Musée de Saint-Germain), vignette, 
p. 142. 

Article de M. le Chanoine Laferrière, p. 142. 

Femme romaine, peut-être Faustine l'ancienne, 
statue de marbre découverte dans les mines de 
Cuiculum (Musée de Constantine, Algérie), 
pi. XXXII. 

Article de M. Ant. Héron de Villefosie, p. 256. 

Dionysos Zagreus, buste de marbre rouge (Musée 

de Berlin), vignette, p. 27. 
Lépide et Lucius César, bustes de marbre (Musée 

de Parme), pi. ix. 

Article de M. le baron P. E. Visconli, p. 60. 

Danse des Curetés auprès du berceau de Dionysos 

Zagreus, bas-relief d'un sarcophage (Musée du 

Vatican), vignette, p. 28. 
La mort de Zagreus, bas-relief d'un sarcophage 

(Villa Albani, à Rome), vignette, p. 28. 
Bas-relief de décoration monumentale en marbre 

(Musée de Vienne, Isère), pi. xn. 
Article de M. J. Leblanc, p. "6. 

BKONZES. 
Marsyas statue un peu au-dessous de la demi- 



nature, découverte à Patras ;Musée Britannique . 
pl. xxxtv et xxxv. 

Article de M. A. -S. Uurray, p. 241. — Note supplémentaire 

par M. Fr. Lenormant, p. 248. 

Aphrodite Antheia, statuette (collection de Luynes 

au Cabinet des médailles de la Bibliothèque 

Nationale), pl. xvi. 

Article de M. Léon Fivel, p. 01. 

Minerve, Tutela, Silène JLgophore, trois statuettes 
(collection de M. Auguste Dutuit , à Rouen), 
pl. XXIX. 

Article de M. E. de Chariot, p. 210. 

Tutela ailée, statuette Mu-ée de Vienne, Isère , 
pl. II. 

Article de M. J. de Wilte, p. 3. 

Ex-voto à Hélios, petit bas-relief trouvé en Asie- 
Mineure (collection de M. Constantin Carapanos, 
à Paris), vignette, p. 92. 

Article de M. Constantin Carapanos, p. 92. 

Mélicerte. miroir étrusque [Musée d'antiquités de 
l'Université de Catnlu idge, Angleterre), \ignotle, 

p. 218. 

Article de H. i. de Witle, p. 217. 
Vase en forme de tôte, trouvé en Asie Mineure 
(collection de M. le docteur Sorlin-Dori 
Constantinople), pl. Mil. 

Article de M E lo Cl t, p- RI. 

Lampe en forme de tôle de nègre (collection de 
Luynes au Cabinet île- médailles), pl. XXVlll. 

Article de Ml 

Petit cadran semainier r lin, découvert aux 

sources de la Seine Musée de Dijon), vignette, 

p. 5. 

PLOMBS. 

Plaque décorée de rel r|.. provenant des Thermes 
,l,. juba a Chen bel! Musée de Cherchell, Aljjé- 

ne . s ignetto, p ' ' s 

36 



— 266 



TERRES-CUITES. 



Sarcophage étrusque trouvé à Chiusi (Musée 

étrusque de Florence), pi. xxiv. 

Article de M. Ch. Cas.ili, p. 158. — Note supplémentaire de 

M. F. L„ p. 164. 

Baal-Hàmân, statuette phénicienne de Cypre 

(ancienne collection Albert Barre), vignette, 

p. 139. 
Buste d'Aphrodite, applique trouvée à Rhodes 

(collection do M. de Bammeville, à Paris) , 

pi. XXX. 

Arlicle do M. S. Trivier, p. 212. 
Génie bachique ou Hy menée, figurine do Tanagra 
(collection de M. Camille Lécuyer, à l'aris), 
pi. xx. 

Article de M. E. Liénard, p. 130. 

Éphèbe avec son cheval , figurine de Pergame 
(dans le commerce des antiquités , à Paris), 
pi. XXXIII. 

Article de M. E. Licnard, p. 237. 
Femme à la colombe, figurine de Tanagra (appar- 
tenant à M. le docteur Maurice Raynaud, à 
Paris), pi. x. 

Article de M. E. de Chanot, p. 71. 

Joueuse d'osselets, figurine de Tanagra (collection 
de M. Bellon, à Rouen), pi. xiv. 

Article de M. Fr. Lenormant, p. 8fi. 
Femme assise sur un rocher, figurine do Cymé 
d'Éolide (collection de M. Bellon), pi. xxv. 
Article de M. E. Licnard, p. 189. 

Deux phallus coupant le mauvais œil, groupe de 

Tarse [Musée Britannique, vignette), p. 110. 

Article de M. Léon Fivel, p. 140. 

Vases étrusques de terre-noire (Musée étrusque 
de Florence), pi. xvm. 

Article de M. Fr. Lenormant, p. 98. 

Vases étrusco-campaniens à \ernis noir (Musée 
étrusque de Florence), pi. vi. 

Article de M. G. -F. Garaurrini, p. 38. 

Bustes des divinités des jours de la semaine, 
médaillon d'une lampe romaine (tiré du recueil 
de Passeri), vignette, p. 5. 

ORFÈVRERIE. 

Tutela ailée, statuette d'argent trouvée à Màcon 

(Musée Britannique), pi. il. 
Casserole d'argent découverte en Suisse et décorée 

des figures des divinités de la semaine (monument 

aujourd'hui détruit, reproduit d'après un ancien 

dessin), pi. i. 
Article de M. J. de Witte sur ces deux monuments, p. 1 . 



Missorium de Geilamir, roi des Vandales (apparte- 
nant à M. Luigi Buzzalti), pi. vu. 

Missorium connu sous le nom de Bouclier d'Anni- 
bal (Cabinet des médailles de la Bibliothèque 
Nationale), pi. vin. 
Article de M. de Longpérier sur ces deux monuments, p. 53. 

BIJOUX. 

La naissance d'Aphrodi te, plaque d'argent travaillée 
au repoussé, découverte à Galaxidi dans la 
Locride (Musée du Louvre), pi. xix. n° 2. 
Article de M. J. de Witte, p. 171. 

Bijoux divers de la collection de Luynes (Cabinet 
des Médailles), pi. xi et xvn. 

Article de M. S. Trivier, p. 74. 

Bandeau d'argent découvert près de Batna (Musée 
de Constantine), pi. xxi. 

Articles de M. Philippe Berger, p. 133 et 222. 

PIERRES GRAVÉES. 



Mélampos et les Prœtides, camée (collection de 

M. le baron de Witte, à Paris), pi. xix, n° 1. 

Article de M. J. de Witte, p. 121. 

INTAILLES. 

La chasse de l'Hercule assyrien, cylindre assyrien 
(Musée Britannique), vignette, p. 178. 

La chasse de l'Hercule assyrien, cylindre baby- 
lonien (Cabinet des médailles de la Bibliothèque 
Nationale), vignette, p. 179. 

Article de M. Samuel HolTner sur ces deux monuments, p. 178. 

Le dieu Maroudouk anéantissant l'oiseau Zoû etsa 

famille, cylindre assyrien (Cabinet des médailles), 

vignette, p. 254. 
Sceau d'Ourçana, roi de Mouçaçir en Arménie, 

cylindre de travail assyrien (Cabinet Royal de 

La Haye), vignette, p. 250. 
Lamas ou génie immolant une autruche, cylindre 

assyrien (Cabinet des médailles), vignette, p. 255. 

Article de M. Fr. Lenormant sur ces trois monuments, p. 249. 

Izdhubar dans le bois des arbres aux fruits de 
cristal, cylindre babylonien du Trésor de Curium 
(Metropolitan Muséum of art de New-York), 
vignette, p. 114. 

Article de M. C.-W. Mansell, p. 114. 

Sacrifice à une déesse, cylindre babylonien (Musée 
Britannique), vignette, p. 226. 



— 267 — 



MOSAIQOES. 

Mosaïque de Palestrina (Palais Barberini, à Pales- 
trina), \ i^nttte, p. 80. 

Article de M. G. Maspero, p. 77. 

Mosaïque Jes Quatre-Saisons, trouvée à Lambèse 
(conservée à la Maison centrale de Lambèse, 
Algérie), pi. xxn. 

Article de M. Ant. Héron de Villefosse, p. 1 U. — Note supplé- 
mentaire, par le même, p. 263. 

Mosaïque ries Quatre-Saisons, trouvée à Ostie 
(église Saint-Paul aux Trois-Fontaines, près 
Rome), vignette, p. 4 52. 

PEINTURES. 

Paroi peinte du tombeau de Plilah-Hoiepà Saqqa- 

rah, vignette, p. 84. 
Fragment des peintures murales du tombeau de 

Klinoum-Hotpou à Béni-Hassan, vignette, p. 78. 

Article de M. G. Maspero, p. 77. 

PEINTURES DE VASES. 

Vases archaïques d'Ialysos (Musée Britannique) , 
pi. xxvi et xxvn. 

Article de M. Fr. Lenormant, p. 197. 
Dionysos au milieu de son thiase, peinture d'un 
oxybaphon à figures rouges do Santa-Maria di 
Capua (collection de M. Auguste Dutuit, à 
Rouen), pi. xv. 

Article de M. E. Liénard, p. 90. 

La naissance de Zagreus, pi. m. — Scènes d'Omo- 
phagie, pi. iv et v. Peintures d'une cylix à 
figures rouges de Vulci (collection de Lu; ne- au 
Cabinet des médailles). 

Article île M. Fr. Lenormant, p. 18. 

Coré implorant de Zeus la résurrection de Zagreus, 
peinture d'une amphore péliké à figures rouges 



rie Panticapée Musée de l'Erra 
Pétersbourg), vignette, p. 29. 

Forme et revers du même vase, vignette, p. 30. 

Combat de Zeus contre un des Titans meurtriers 
de Zagreus, peinture du col d'un grand vase 
apulien à figures rouge* autrefois possédé par 
Raffaele Barone, à Naples p. ;ii. 

Adoration des épis mystiques dans l'époptie 
d'Eleusis, peinture du même vase vignette 
p. 32. 

Satyre dansant, figure empruntée à une phiale à 
ligures rouges Musée Britannique), vignette 
p. 241. 

Satyre dans une attitude de surprise, figure em- 
pruntée à une hjdrie à - de la 
Cyrénaïque Musée Britannique), v:_ 
p. 242. 

Trois Femmes à leur : <. nécée, 

peinture d'une oydi ie à figures i 
(collection de M. Auguste Dutuil , pi. xxiit. 
Artii le de M. S. i. 

NUMISMATIQUE. 

Lilra d'argent de Sélinonle, vignette, p. 2:j. 
Type du droit d'un tétradrachme d'argent de 
Priansos de Crète, vign tle, p. 2i. 

MONUMENTS ÊPIGRAPHIQl I S 

ET SYUBOI.es Qt'i LES ICCOMPAGNBNT. 

Stèle votive du temple de Tanith a Carthage 

BibliothèqueNationale de Paris ,\ 
Inscription romaine li i 

du missoi ium d'aï enl dil B lier tTAnnibcU, 

vignette, p. 54. 
Inscription mérovingienne tracée à la pointe sur 

le levers du même Li!ut. vignette, | 



— 268 — 
TABLE DES PLANCHES DE L'ANNÉE 1879 

DE LA GAZETTE ARCHEOLOGIQUE 



Vase d'argent décoin ert en Suisse. 
Statuettes d'argent et de bronze. 
La naissance de Zagreus, peinture de vase. 
Scène d'Omophagie, peinture de vase. 
Scène d'Omophagie, peinture de vase. 
Vases étrusco-campaniens à vernis noir. 
Missoriumde Geilamir, roi des Vandales. 
Missorium connu sous le nom de Bouclier 

d'Annibal. 
Bustes du Musée de Parme. 
Terre-cuite de Tanagra. 
Bijoux de la collection de Luynes. 
Bas-relief du Musée devienne. 
Vase de bronze en forme de tête, trouvée en 

Asie-Mineure. 
Joueuse d'osselets, terre-cuite de Tanagra. 
Dionysos au milieu de son Thiase, peinture 

de vase. 
Aphrodite Antheia. 
Bijoux de la collection de Luynes. 
Vases étrusques de terre noire. 



Mélamposet les Prœtides, camée. — La nais- 
sance de Vénus, plaque d'argent. 

Génie bachique, lerre-cuite. 

Bandeau d'argent découvert près de Batna. 

Mosaïque de Lambèse. 

La toilette des Charités, peinture de vase. 

Sarcophage étrusque de terre-cuite. 

Terre-cuite de Cymé. 

Vase archaïque d'Ialysos. 

Vase archaïque d'Ialysos. 

Lampe de bronze de la collection de Luynes. 

Statuettes de bronze de la collection Aug. 
Dutuit. 

Terre-cuite de Rhodes. 

Statue colossale découverte en Cypre. 

Statue de femme provenant des ruines de 
Cuiculum. 

Terre-cuite de Pergame. 

Marsyas, bronze trouvé à Patras. 

Marsyas, bronze trouvé à Patras. 

Fragments d'art jndaïque. 



TABLE DES VIGNETTES DE L'ANNÉE 4879 



DE LA GAZETTE ARCHEOLOGIQUE 



1. Bustes des divinités des jours de la se- 

maine, médaillon d'une lampe du 
recueil de Passeri 5 

2. Petit cadran semainier romain de bronze, 

découvert aux sources de la Seine. . 5 

3. Type du droit d'un tétradrachme d'argent 

de Priansos de Crète 2i 

4. Litra d'argent de Sélinonte 25 

5. Dionysos Zagreus, tète de marbre rouge 

du Musée de Berlin 27 

fi. Danse des Curetés auprès du berceau de 

Zagreus, bas-relief d'un sarcophage. 28 



7. La mort de Dionysos Zagreus, bas- 

relief d'un sarcophage 28 

8. Coré implorant de Zeus la résurrection 

de Zagreus, peinture d'un vase du 
Musée de l'Ermitage 29 

9. Forme et revers du même vase. ... 30 

10. Combat de Zeus contre un des Titans 

meurtriers de Zagreus, peinture de 
vase 31 

11. Adoration des épis mystiques dans l'é- 

poptie d'Eleusis 32 

12 et 13. Inscriptions à la pointe sur le revers 



269 



du missorium d'argent dit Bouclier 

d'Annibal 54 et 55 

4 4. Fragment des peintures du tombeau de 

Khnoum-Hotpou à Béni-Hassan. . 78 

45. Mosaïque de Palestrina 80 

46. Paroi du tombeau de Phtah-Hotpou à 

Saqqarah 81 

47. Ex-voto à Hélios, bas-relief de bronze. 92 

48. Izdhubardans le bois des arbres aux fruits 

de cristal, cylindre babylonien. . . H4 

49. Plaque de plomb décorée de reliefs, pro- 

venant des Thermes de Juba à Cher- 

chell, Algérie 138 

ÎO. Baal-Hâmàn , terre-cuite phénicienne de 

Cypre 139 

24. Deux phallus coupant le mauvais œil, 

terre-cuite de Tarse 140 

22. Groupe de sculpture gallo-romaine 

trouvé à Saintes 142 



Mosaïque des Quatre-Saisons, trouvée à 
Ostie I5S 

La chasse de l'Hercule assyrien, c\ lindre 
assyrien 178 

La chasse de l'Hercule assyrien, cylindre 
babylonien 179 

Mélicerte, miroir étrusque 118 

Stèle votive du temple de Tanith à 
Carlhage 222 

Sacrifice à une déesse, cylindre babylo- 
nien 226 

Satyre dansant, d'après un vase peint. 241 

Satyre frappé de stupeur, d'après un 
vase peint 242 

Sceau d'Ourçana , roi de Houçaçir en 
Arménie, cylindre 250 

Le dieu Haroudonk anéantissant l'oiseau 
Zoù et sa famille, cylindre assyrien. 254 

Lamas ou génie immolant une autruche, 
cylindre assyrien. ...... 255 



TABLE DU TEXTE DE L'ANNÉE 1879 

DE LA GAZETTE ARCHEOLOGIQUE. 



Les divinités des sept jours de la semaine 
(pi. i et il, et vignettes), par J. de Witte. 4 

Le jour des Choés dans les Anthestèries athé- 
niennes (pi. vu de 1878), par Léon Fivel. 6 

Dionysos Zagreus (pi. m, iv et v, et vignettes), 
par Fr. Lenormant 18 

Les vases étrusco-campaniens (pi. vi), | ar G. 
F. Gamurrini. 38 

Un tombeau archaïque de Mégare, par Fr. 
Lenormant 50 

Nouvelle interprétation d'une terre-cuite 
publiée dans la pi. xxvn de 1 878, par F. L. 52 

Le missorium de Geilarnir, roi des Vandales, 
et tes monuments analogues (pi. vu et vin, 
et vignettes), parA.deLongpérier, membre 
de l'Institut 53 

Bustes du Musée de Parme (pi. îx), par le 
baron P. E. Visconti 60 

La Vénus androgyne asiatique, lettreà M. Fr. 
Lenormant, par C. W. Mansell. ... 62 



Terre-cuite de Tanagra (pi. \), par E. de 

Chan.it 71 

Bijoux de la collection de Luynes pi. xi et 

svn), par S. Trivier 7i 

Bas-relief du Musée de Vienne pl.xii , par J . 

Leblanc, conservateur du Musée do Vienne. 76 
Les peintures des tombeau.r égyptien» et la 

mosaïque de Palestrine vignettes); par G. 

Maspero, professeur du collège de France. 77 
Vote df bronze en forme de tête [pi. un), par 

E. de Chanel 84 

Joueuse d'osselets, terre-mite de Tanagra 

pi. xiv . par Fr. Lenormant 86 

Dionysos au milieu île son thiase pi. \\ . par 

E. Liénard 90 

Ex-roto à Hélios (vignette), par Constant m 

Carapanos. 92 

Aphrodite Autkeia pl.xvi), par Léon Fivel. '.'i 
/ rusques de terre-noire pi. xviu), 

par Fr. Lenormanl 



270 



Un épisode de l'épopée chaldéenne (vignette), 
par C. W. Mansell 114 

Note sur 1rs expressions Atîit et pa€JW«'f, 
appliquées aux vases par F. L 119 

Inscription d'un cure-oreille d'ur byzantin, 

par F. L 120 

tfèlampos et les Prœtides 'p!. xix, n° 1), par 
.1. de Witte 121 

Génie bachique ou H amenée , terre-cuite 
(pi. xx), par E. Liénard 130 

La Trinité carthaginoise, mémoire sur un 
bandeau trouvé clans les environs de Batna 
et conservé au musée deConstanline[p\. xxi, 
et vignettes), par Philippe Berger, sous- 
bibliothécaire de l'Institut, premier article. 133 

Terre-cuite de Tarse, par E. de Chanot. . .140 

Groupe de sculpture gallo-romaine trouvé à 
Saintes, Charente-Inférieure (vignette), par 
le chanoine Laferrière 142 

La mosaïque des Quatre-Saisons à Lambése, 
Algérie (pi. xxn et vignette), par Ant. 
Héron de Villefosse, attaché au Musée du 
Louvre 144 

Peinture d'un vase de Nola \p\. xxiii), par 
S. Trivier 155 

Sarcophage étrusque de Chiusi (pi. xxiv), par 
Ch. Gasati, conseiller à la Cour d'appel de 
Douai |o8 

Note supplémentaire sur l'inscription de ce 
sarcophage, par F. L 164 

Coup d'œil sur In bijouterie antique, par 
Atessandro Castellani 165 

La naissance d'Aphrodite (pi; xix, no 2), par 
J. de Witte 171 

Quelques points relatifs aux vases étrusques de 
I erre -noire, lettre à M. Fr. Lenormant, 
par G. F. Gamurrini 174 

La chasse de l'Hercule assyrien (vignettes) , 
par Samuel Hoffner 178 



Le dieu Glycon à Nicomèdie et l'époque où 
cessa son culte, par Léon Fivel. . . . 184 

Observations sur les statues iconiques de 
Cypre, par E. de Chanot 187 

Terre cuitede Cymé{p\. xxv), par E. Liénard. 189 

L'ornementation florale et pélagienne chez les 
peuples gréco-pélasgiques (pi. xxvi et xxvn), 
par Fr. Lenormant 197 

Bronzes antiques [pi. xxvm et xxix), par E. 
de Chanot 209 

Terre-cuite de Rhodes (pi. xxx), par S. Trivier. 21 2 

Note complémentaire sur quelques monu- 
ments représentant les dieux des jours de 
la semaine, par J. de Witte 215 

Mélicerte (vignette), par J. de Witte. . . 217 

La Trinité carthaginoise , mémoire sur un 
bandeau trouvé dans les environs de Batna 
et conservé au Musée de Constanline (pi. xxi 
et vignettes), second article, par Philippe 
Berger 222 

Statue colossale découverte à Amathonte, 
Cypre (pi. xxxi),parAl. Sorlin-Dorigny. 230 

Terre-cuite de Pergame (pi. xxxm), par E. 
Liénard 237 

Marsijas, bronze trouvé à Palras (pi. xxxiv 
et xxxv, et vignettes), par A. S. Murray, 
conservateur-adjoint au MuséeBrilannique. 241 

Note sur quelques monuments de la collec- 
ciion de M. G. Baracco, à Rome, par Fr. 
Lenormant 248 

Sur lu signification des sujets de quelques 
cylindres babyloniens et assyriens, (vi- 
gnettes), par Fr. Lenormant 249 

Statue de femme découverte à Djimilah, Cui- 
cuiuni (pi, xxxn), par Ant. Héron de Ville- 
fosse 256 

Fragments d'art judaïque (pi. xxxvi), par F. 
de Saulcy, membre de l'Institut. . . . 261 

Note supplémentaire au sujet de la mosaïque 
de Lambèse 263 



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