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BIBUOTHÊQUE UTTÊKAIllE DE LA RENAISSANCE 



PAUL COURTEAULT 

AXaEK ÉLÈVE DE L'ÈCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 
DOCTEUR ES LETTRES 



GEOFFROY DE MALVYN 

MAGISTRAT ET HUMANISTE BORDELAIS 

(>S45 ?- l'i?) 

ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE 

SUIVIE DE 
HARANGUES, POÉSIES ET LETTRES INÉDITES 




PARIS 

LIBRAIRIE HONORR CHAMPION, ÉDITEUR 

5, Ql'ai Malaquais, j 

1907 



BIBLIOTHÈQUE LITTÉRAIRE 



DE 



LA RENAISSANCE 



rUBLTEl- SOUS LA DIRECTION DE 



MM. PiERRK DE NOLHAC ET Léon DOREZ 



Beaux volumes petit iu-S impn'tiu's luxueusement. 



Tome W, — La Chronologie du Ganzoniere de Pétrarque, par Henry Cocfiix. A fr. 




pôlrarquisniiK comme un modèle de mclhoJc et de courloisic îiticr.iire. ■ De leur ,:ôic. SlM. (îii'suè 
Cirducci et Séverine Ferrari, dans leur édition classique des Rinu- de I^élrarque, nou cosiicnts d'eu- 
rc;;istrer les résultais dêfinitil's des recherches de M. (lochiti. s'expriment ai^■^i ;/*.'.■/'./. .-. p. x\:\) : 
V C'est sous un petit volume, un commentaire complet, très tin au point de vu, de la chronologie, 
de l.i critique, de l 'esthétique, tant pour ch.uju'.: picce particulière que pour Ictisemble de l'a'uvre 
vulgaire de Pétrarque. * 

Tomes II et III. Ga(;i:ini (Koberti), Epistolœ et orationes, texte publié .sur les édi- 
tions orii'jn.îks de i^v^S précé\lé d'une notice Moiirapliiqne et suivi de pièces en partie 
inédiles, p.tr Louis Tiu'asni-, 2 vol 25 fr. 

M. I.topuld Delislc a pré^cnlé cet ouvr.:j;o .1 l'Aculémie d-.-s In.icriptions et Belles-Lettres dans les 
termes -NiiiN-ints : .• Ktibe;; tî.i^nin. mort esi î>oi. est une des gloires de l'Université de Paris. Le 
recueil de ses îcMrc;, qui lut publié de son vivant, était .i peu près t<»mhé datis l'oubli et les excm- 
plaiies eii étaient l'.Lveîîijs tiès rares. I.a néces>ité d'une nouvelle édition était reconnue depuis long- 
te:np.^. M. riuia'.n': n'i pas seule-nent le nu-site d"avoir préparc cette nouvelle édition avec le s«.iin et 
la critique di)nt il avait déiâ donné des preuves. Les notes dont il Ta enrichie et la langue bio^ra- 
]ïhîe qui! a nn'se e:i léie lunt des deux \i»lumes qu'il vient de publier un livre rempli de détails tris 
inléressauîi, eti grande j'iitie tour .\ lait nouveaux sur la vie dv (j.iguin cl sur les hommes avec les- 
quels il a été vu rapp »rt. Il v a là une misse énornude renseignements pour un tableau de la société 
poliTique. rcii.::i.u-îe -t s:irî<M.t liîtér.iire de iV.ris pendant le dernier tiers du xv" siècle, (/est, pour 
u"ie nolaiîle pa-îij. le lésultat d'uiie lecture de livres et de petits livrets, tort néï;li«;és simni par les 
amateurs de iaretv.s bil'l:.)t;^^phiqu..•s. dont les pièces liminaires abondent en renseij^nements précieux 
pour qui sait en pénétrer l-: sens et la portée. M. Thuasne en a tiré un excellent parti : son édition 
îles Lettres de ti.iguin est un ouvrage indispensable .H consulter pour l'histoire des rej^iies de Louis XI 
et de Charies VML • 

-\ prupos de cette même publication. M. Trancesco Flaitiini i lu. à l'Istituto Venet«\ le 10 juin 
ig04, une éluiie très curieuse et fort élogieuse. intitulée: Kohrto CiUf^niii 1 riiHunr-ùiin i7.//Aj';.* 
(iirai;e .'i part de 11 pajiesi. .\I. j-lamini, l'un des maîtres de la critique italienne Cv)ntempt)raine. c»)n- 
dut ainsi : v Maintenant que j'ai mis en lumière ce que les deux nouveaux volumes de la HH'lh- 
lb:iiu' lîtfi'yiiirr dr îa AV;/.//v»./«. * contiennent pour l'histoire de l'humanisme italien, ma t.'iche >.si t^r- 
nr.'ié-'. Je ne \eu\ cependant pas prendre congé du vieil écrivain d'au delà des .\lpes et de so'.i édi- 
teur d'a;i;.)ind*hui .saiis avoii lo-aé cvunme il convient l'honnêtclé littéraire, la pro.Mté et la noblesse 
dVime d:5 pîe nier. îa science singulière et la curiosité diligente, vraiment adni:a!'le du second. 
L. Thuasne a .servi aux éradits un îuels d»)nt ils piiurront se rassisijr tout à leur aïs:; il leur a indi- 



?Q itxi 



GEOFFROY DE MALVYN 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



LES ORIGINES DU LYCÉE DE BORDEAUX. — LE LYCÉE DE l'aN XI (l802- 

1809), Bordeaux, imprimerie G. Gounouilhou, 1905, in-S© jcsus, illustré. 

BLAISE DE MONLUC HISTORIEN, ÉTUDE CRITIQUE SUR LE TEXTE ET LA VALEUR 

HISTORIQUE DES « COMMENTAIRES », Paris, Alphonse Picard, 1907, in-S» 
Jésus, avec un portrait et trois cartes. 



BIBLIOTHÈQUE LITTÉRAIRE 

LA RENAISSANCE 



SOUVHI.LE SÉRIE 
TOME [ [ I 



GEOFFROY DE MALVYN 

MAGISTRAT ET HUMANISTE BORDELAIS 

(ii4S'- i«i7) 
ÉTUDE BIOGHAPHiaLi; ET LITTÉRAIRE 



PAUL COUHTHAULT 




PARIS 

LIBRAIRIE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, duA! Malaqums, 5 

1907 



qU^^" 



M. REIXHOLD DEZEIMERIS 



CORRESPONDANT DE l'iNSTITUT 



BIBLIOTHEQUE LHTERAIRE DE LA RENAISSANCE 

DIRIGÉE PAR 

P. DE NOLHAC et L. DOREZ 



PREMIÈRE SÉRIE (FORMAT PETIT IN-80) 

Tome W. La chronologie du Caniofiiere de Pétrarque^ par Henry CocHix. . 4 fr. 

Tome II-III. R. Gaguini epistolae et oratioues, texte publié sur les éditions origi- 
nales de 1498, par L. Thuasne. 25 fr. 

Tome IV. I^ frire de Pétrarque et le livre du Repos des religieux^ par Henry 
CoCHiN 6 fr. 

Tome V. Etudes sur Rabelais (Sources monastiques du roman de Rabelais. — Rabelais 
et Érasme. — Rabelais et Folengo. — Rabelais et Colon na. — Mélanges) y par 
L. Thuasne 10 fr. 

Tome VI. Francisa Petrarcae de sui ipsius et multorum ignorantia^ publié d'après 
le ms. autographe, par L. M. Capelli 6 fr. 

Tome VII. Montaigne, Amyot et Saliat, étude sur les sources des Essais, par 
Jos. DE Zangroniz 5 ir. 

NOUVELLE SÉRIE (FORMAT GRAND IN-80) 
Tomes I et II. Pétrarque et rbunianisnie, par P. de Nolhac 20 fr. 



M.VtON, l'HOlAI IHILUI.":, IMl'RIMEi:i>S 



AVANT-PROPOS 



Dans la France du xvi* siècle, les Parlements furent, autant que 
les collèges, les ouvriers de la Renaissance. Les chefs-d'œuvre de 
l'antiquité, mis au jour par les grands humanistes, y trouvèrent 
leurs leaeurs les plus passionnés et leurs admirateurs les plus fer- 
vents. Des amitiés, parfois illustres, entretenaient entre professeurs 
et magistrats une émulation féconde : savants commentaires, 
doctes remarques sur des passages controversés, échanges de livres 
et de nouvelles scientifiques étaient la matière habituelle de leurs 
entretiens ou de leurs correspondances. Entre ces cours souve- 
raines, qui furent comme les foyers provinciaux de l'humanisme, 
le Parlement de Bordeaux brilla d'un vif éclat. A partir de 1530, il 
fut, avec le collège de Guienne, l'asile des Muses grecques, latines 
et françaises ; à côté de Montaigne et de la Boétie, il posséda des 
présidents, des conseillers, des avocats qui unirent à la science du 
droit la connaissance approfondie et l'amour désintéressé des 
lettres anciennes, et qui noblement consacrèrent leurs loisirs à les 
cultiver. 

M. R. Dezeimeris, dans le magistral Discours où, d'une main 
ferme et élégante, il a tracé les grandes lignes du tableau de la 
Renaissance à Bordeaux, a mis en lumière ce rôle du Parlement '. 
Bien des figures esquissées par lui mériteraient d'être étudiées de 
près. Celle que j'ai choisie appartient à la seconde génération de 
ces magistrats humanistes, à cette période qui commence vers 1560 
avec les troubles civils et que l'on pourrait appeler l'âge d'argent de 

î. De la Renaissance des lettres à Bordeaux an XV le siècle , discours prononcé à 
TAcadémic de Bordeaux le 17 décembre 1863 par Reinhold Dezeimeris, Bor- 
deaux, 1864, p. 20 et suiv. — Cf. du même auteur, Recherches sur la vie de 
Pierre de Brach, au t. II de Téd. des Œuvres de ce poète, Bordeaux, 1862, 
p. xxxviii. 



II AVANT-PROPOS 

la Renaissance bordelaise. Dans les trente années précédentes, qui 
furent vraiment son âge d'or, le Parlement, en dépit de la terrible 
émeute de 1548, jouit d'une paix qui favorisa la culture des lettres. 
L'œuvre de la Boétie couronne et clôt cette période. Celle qui sui- 
vit fut moins sereine et moins brillante : les discordes religieuses, 
la lutte du Parlement contre les progrès de la Réforme en Guienne, 
les horreurs de huit guerres civiles la troublèrent presque sans 
trêve. Violemment arrachés à l'étude, les magistrats n'eurent plus 
ni les loisirs, ni le goût des longues recherches. Ceux qui furent 
assez courageux pour s'y livrer se tournèrent de préférence, comme 
Florimond de Racmond, vers les questions de controverse. A une 
époque de lutte, les lettres et l'érudition deviennent des armes aux 
mains des partis. Pour les âmes plus pacifiques et moins ardentes, 
elles restèrent pourtant le divertissement préféré, le refuge contre 
les dégoûts de l'heure présente. Montaigne fut le plus illustre 
exemple de ces magistrats humanistes qui cherchèrent le repos 
« sur le sein des doctes vierges ». Mais après en avoir joui pen- 
dant onze ans, il fut repris du besoin de se mêler aux hommes et 
aux choses de son temps. Voici un contemporain, un compatriote 
et un cousin de Montaigne, dont la destinée fut plus modeste 
et plus unie, qui sut, durant toute sa vie, concilier les obliga- 
tions de sa charge avec le culte des lettres, accepter les dures néces- 
sités de son époque, se contentant d'oublier de son mieux les 
vivants dans le commerce des morts. A ce titre, il représente assez 
bien cette seconde génération, rendue sceptique et désabusée par le 
spectacle des événements, mais qui garda la foi qu'avait eue la pre- 
mière dans la vertu des lettres pour ennoblir l'existence. 

La vie et l'œuvre de Geoffroy de Malvyn n'ont jamais été étu- 
diées. Sa réputation, sur laquelle on l'a jusqu'ici jugé, est d'ailleurs 
excellente. L'avocat bordelais Bernard Automne, qui l'a connu, 
l'appelle « un des plus doctes et éloquents personnages de France » 
et dit qu'il fut fort estimé par Henri III et Henri IV ^ Le généalo- 

1. Bernard Automnk, La Conférence du droict Jrançois avec le droict romain^ 
civil el canon, 4e éd. Paris, 1644, in-fo, II, 229. 



AVANT-PROPOS III 

giste d'Hozier a transcrit celte appréciation flatteuse dans une notice 
de Y Armoriai général, qui donne des renseignements très complets 
sur la famille de Malvyn '. Les biographes ont reproduit ou résumé 
cette notice; certains y ont ajouté quelques inductions téméraires. 
On connaît de Malvyn un poème latin intitulé Gallia gemens. Les 
bibliographes en ont parlé le plus souvent sans avoir vu le volume, 
qu'ils ont décrit d'une façon très vague et très inexacte. On a aussi 
signalé des pièces liminaires de lui éparses dans des volumes impri- 
més à Bordeaux à la fin du xyi*" siècle. En 1879, Tamizey de 
Larroque retrouva à la Bibliothèque Nationale, dans le fonds 
Dupuy, une lettre de Malvyn à l'historien de Thou ; il la publia 
dans les Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux ^ L'année sui- 
vante, M. Dezeimeris donna au même recueil la réponse de de 
Thou et annonça qu'il avait retrouvé le brouillon original de la 
lettre de Malvyn dans un manuscrit appartenant à un érudit bor- 
delais, Jules Delpit ^ Ce manuscrit n'était d'ailleurs pas inconnu. 
M. Dezeimeris en avait déjà tiré la rédaction primitive de l'épi- 
taphe de Montaigne, une pièce de vers latins adressée à Malvyn 
par Tavocat Jean de Saint-Martin, et un sonnet de Malvyn à Pierre 
de Brach ^. Jules Delpit l'a généreusement légué avec ses autres 
papiers à la ville de Bordeaux; il fait aujourd'hui partie des 
Archives municipales. 

C'est un volume in-4° de 368 feuillets papier, mesurant 270 mil- 
limètres sur 200 ; la reliure en parchemin porte des traces d'at- 
taches en cuir. On lit au dos : Poésies, harangues, lettres, et autres 
œuvres mêlés. Primet et autres. Le f° i contient un brouillon d'une 
lettre du Parlement de Bordeaux au prince de Condé, de la main 
de Geoffroy de Malvyn; le f° 2 est blanc. Les f°* 3-6 comprennent 
la table du volume. Il est formé de pièces très diverses : remon- 

1. La plupart des documents signalés par d'Hozier ont été retrouvés et publiés 
dans la collection des Archives historiques de la Gironde. 

2. 1879, pp. 187-189. 

3. 1880, pp. 103-104. 

4. Recherctjes sur ratUeur des épitaphes de Montaigne ^ Bordeaux, 1861, pp. 25-30, 
40-44. — Œuvres poétiques de Pierre de Brach, Paris, 1862, t. II, p. XLiv, n. i. 



IV AVANT- PROPOS 

trances, harangues, plaidoyers, vers latins, et français, lettres, une 
tragédie de collège, intitulée Amiens, des énigmes et un Discours 
des armes et méthode pour bien tirer de Vespée et poignart. Quelques- 
unes de ces pièces sont des originaux; la plupart sont des copies de 
plusieurs écritures, de la fin du xvi* ou du début du xvii* siècle. Ce 
volume contient les papiers de Geoffroy de Malvyn, réunis et reliés 
par quelqu'un de ses descendants au xv!!*" siècle. Les nombreux 
documents qu'il renferme ne peuvent malheureusement être tous 
utilisés : les plus intéressants au point de vue biographique et litté- 
raire, les lettres et les poésies, sont rarement signés, et le contenu 
ne permet pas toujours de les dater et d'en reconnaître les auteurs '. 
De plus, les copies sont le plus souvent très incorrectes et négli- 
gées ; le secrétaire chargé de les faire ignorait le latin et son travail 
n'a nullement été contrôlé. J'ai dû écarter beaucoup de ces pièces ; 
en principe, j'ai seulement retenu celles dont il m'a été possible 
d'identifier les auteurs ou les destinataires et de fixer approximative- 
ment la date. Après avoir ainsi réduit le champ de mes recherches, 
j'ai extrait du manuscrit Delpit trenie-cinq pièces inédites, que l'on 
trouvera à V Appendice, J'y ai joint une épitaphe de Christophe de 
Thou, conservée dans le fonds Dupuy à la Bibliothèque Nationale, 
quelques poésies liminaires imprimées dans des volumes peu con- 
nus et le texte, revu et corrigé, de la lettre déjà publiée par Tami- 
zey de Larroque. Dans la notice littéraire qui précède, j'ai ana- 
lysé et fait connaître par des extraits, outre la Gallia gemens, deux 
poèmes français inédits, qui ne m'ont pas paru dignes d'être don- 
nés in extenso. Quant à la notice biographique, je me suis surtout 
servi, pour la rédiger, des volumes d'enregistrement, d'édits royaux 
que possèdent les Archives départementales de la Gironde, des 
diverses copies des registres secrets du Parlement conservées à la 
Bibliothèque municipale de Bordeaux (mss. 367, 368, 369, 3, 4, 



I. On y trouve des pièces de vers que Malvyn avait fait copier pour son plaisir, 
par exemple (fo* 108 ro-109 ro), les stances adressées par le cardinal du Perron à 
Henri IV pour ses étrennes, en 1592, d'après G. Allais, Malherbe d la poésie fran- 
çaise à la fin du XVI' siècle (ijSs-i6oo)y Paris, 1891, pp. 209-212. 



AVANT-PROPOS V 

5, 6) et de la ChroniquCy due à la plume d'un collègue de Malvyn, 
le conseiller Etienne de Cruseau, que Jules Delpit a publiée dans la 
collection des Bibliophiles de Guienne. 

Qu'il me soit permis de dire ici tout ce que je dois à la science, 
au goût et aux conseils de M. R. Dezeimeris, qui a bien voulu 
accorder à mes recherches la plus active sympathie. Je remercie 
aussi M. Edouard Bourciez de l'intérêt qu'il a témoigné à ce tra- 
vail, MM. P. de Nolhac et L. Dorez qui ont consenti à l'accueillir 
dans la Bibliothèque littéraire de la Renaissance, M"* E. de Tenet qui 
m'a autorisé, avec une parfaite bonne grâce, à compulser les nom- 
breux renseignements inédits recueillis sur les parlementaires bor- 
delais par le regretté Dast de Boisville, enfin MM. Ernest Labadie 
et Henri Bordes qui, avec la plus cordiale obligeance, m'ont 
communiqué, le premier des renseignements précieux, l'un et l'autre 
les trésors de leurs « librairies ». Puisse cette très modeste contri- 
bution à l'histoire de l'humanisme répondre au vœu de Tamizey 
de Larroque qui souhaitait de voir un travailleur bordelais « consa- 
crer une notice spéciale et approfondie à un écrivain trop oublié » ! 



BIBLIOGRAPHIE 



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tim apud Pet mm Laudunium ab AquiUriis {Pierre Deîaudun d'Aigaliers), Paris," 
Thorin, 1891, in-80. 

Andrieu G"1^s)> Bibliographie générale de VAgenais et des parties du Condo- 
mois et du Baladais incorporées dans le département du Lot-et-Garonne. Paris, 
A. Picard; Agen, J. Michel et Médan, 1886-1891, 3 vol. in-8 (dont un de supplé- 
ment). 

Anquez (Léonce), Histoire des assemblées politiques des réformés de France (iSJS' 
1622), Paris, Durand, 1859, in-80. 

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in -40. 

Au MALE (duc d'), Histoire des princes de Condé pendant les XVI' et XV II, siècles. 
Paris, G. Lévy, 1863- 1895, 7 vol. in-S». 

Automne (Bernard), Conférence du droict Jratiçois avec le droict romain^ civil et 
canon, i^^èà. Paris, 1644, in-fol. 

Baurein (Abbé), Variétés hordeloises ou Essai historique et critique sur la topogra- 
phie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Nouvelle édition, Bordeaux, Feret 
et fils, 1876, 4 vol. in-80. 

[Benoist (Élie)], Histoire de TÈdit de Nantes contenant les choses les plus retfiarr ; 
quables qui se sont passées en France avant et après sa publication, à r occasion de la 
diversité des religions,... jusques à Védit de révocation, en octobre 168$... Delft, 
A. Beman, 1 693-1 696, 5 vol. in-40. 

BoNNEFON (Paul), Pierre de Paschal, historiographe du roi {iS22''is6s). Paris- 
Bordeaux, 1883, in-40. 

— Montaigiu et ses amis. Paris, A. Colin, 1898, 2 vol. in-80. 

BoscHERON DES PoRTES (G.-B.-F.), Histoire du Parlement de Bordeaux depuis sa 
création jusqu'à sa suppression (^14^1-1790). Bordeaux, Ch. Lefebvre, 1877, 2 vol. 



in-oo. 



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Paris, Hachette, 1886, in-80. 

Brach (P. de), Pœmes de Pierre de Brach Bourdelois, divisés en trois livres. 
Bordeaux, Millanges, 1576, irt-40, 

— Les Mânes de Messire Biaise de Motiluc, mareschal de France, à la fin de Tédi-. 
tion originale des Commentaires de Monluc. Bordeaux, Millanges, 1594, în-fol. 

— Œuvres poétiques de Pierre de Brach, sieur de La Motte Montussan, publiées et 
annotées par Reinhold Dezeimeris. Paris, Aubry, 1 861- 1862, 2 vol. in-40. 



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lensem ; cul observandissimum patrem Carolum Malvinum, in amplissimo Burdigalen- 
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GEOFFROY DE MALVYN 



CHAPITRE I 



LE MAGISTRAT 



La famille de Geoffroy de Malvyn, seigneur de Cessac, 
était de vieille souche gasconne. Dans son Armoriai général, 
Antoine-Marie d'Hozier, qui avait des raisons personnelles 
de la bien connaître \ en a dressé une généalogie très 
complète, où, se fondant sur un texte d'Eginhard, il la fait 
remonter à Charlemagne \ Dès le début du xi*= siècle, on 
trouve dans les documents des personnages portant le nom 
de Malvyn K Le cartulaire du prieuré bénédictin de Saint- 
Pierre de la Réole contient une donation faite, en mai 
1026, de l'église de Saint-Hilaire-le-Moustier par Rodolphe 
Artaud, vicomte de Bezaumes, pour le repos de son âme 
et de celle de son père, le vicomte Amalvin ^, qui, d'après 



1. Son père Louis-Pierre était beau-frère de Joseph -Geoffroy de Malvyn, 
petit-fils de Geoffroy II, conseiller au Parlement de Bordeaux, dit le grand 
Malvyn. 

2. Armoriai général de la France, registre V, 2c partie, 1764, in-folio, p. 721. 

3. D'Hozier a relevé seize formes différentes de ce nom : Amalbin, Amal- 
vin, d'Amalvy, d'Amaubin, d'Amauvin, de Malbin, de Malbyn, de Malby, de 
Malvin, de Malvyn, de Maubin, de Maulbin, de Maulvin, de Maulvyn, de Mauvin, 
de Mauvyn. J'ai donné la préférence à la forme que Geoffroy de Malvyn avait 
adoptée pour sa signature. 

4. Arch, hist. de la Gir,, V, iio. 

Courte A ULT. i 



2 CHAPITRE r 

Marca, était en 1002 « advocat et protecteur de l'abbaye ' ». 
En 1 130, un autre Amalvin fonde en Agenais le monastère 
du Paravis, de Tordre de Fontevrault *. Ces grands pro- 
priétaires terriens, bienfaiteurs d'ordres monastiques, ne 
furent pendant des siècles que des hommes d'épée. La pre- 
mière branche de la famille, la plus ancienne et la plus 
considérable, celle des Malvyn de la I^nne, fournit pendant 
près de deux cents ans des gouverneurs à la ville de Nérac, 
capitale de TAlbret. Charles de Malvyn, second fils de Men- 
jon, capitaine de Nérac, obtint le 27 août 1521, la capitai- 
nerie d'Aiguillon, héréditaire après lui dans la branche des 
Malvyn de Montazet, dont il fut le chef. Il la transmit à 
son fils aîné Barthélémy. Le puîné, Charles, devint, vers 1540, 
seigneur de Cessac, en Agenais ^ par son mariage avec 
Jeanne de Gailhard ; il fut le chef de la branche des Malvyn 
de Cessac et le père de Geoffroy, le magistrat et l'humaniste 
auquel est consacrée cette étude. 

Dans cette famille de soldats rudes et sans culture, uni- 
quement préoccupés de bien garder les places confiées par 
le roi à leur loyauté, Charles de Malvyn inaugura une bril- 
lante lignée de gens de robe. Le fait n'est pas rare au 
xv!*-' siècle : au souffle de la Renaissance, plus d'un cadet de 
Gascogne déserta la carrière des armes pour celle des lettres 
profanes et sacrées. Les Muses austères de la jurisprudence 
et de la théologie furent reconnaissantes à ces transfuges : 



1. Marca, Hisloirc ik Bcttru, Paris, 1640, in-fo, p. 250-231. Marca parle aussi 
(p. 268) des prétentions d'un Fort Aniabi ou Amalvin, seigneur de Miossens, sur 
le village d'Abère, en Béam. 

2. Voir le texte de la charte de fondation dans Samazeuilh, Dictionnaire i^tv- 
graphique y historique et arc}>éologique de rarrotidiiSevieut de Ne'ruCy nouv. édit., Nérac, 
1881, in-8, p. 571-572. Une sœur de Geoffroy de Malvyn, Jeanne, fut religieuse 
professe au couvent du Paravis (D'Hozier, op. cit. y p. 759). 

3. C-essac, Lot, commune de Douelle, cant. de Luzech, arr. de Cahors. 



LE MAGISTRAT 3 

elles élevèrent les mieux doués et les plus ambitieux aux 
hautes charges de l'Église et de la diplomatie; elles pro- 
curèrent aux plus modestes Taccès des offices de judicature 
et leur ouvrirent les portes des Parlements. Charles de 
Malvyn professa le droit à Toulouse et à Poitiers, puis 
devint lieutenant particulier en la sénéchaussée d'Agenais. 
Le 20 septembre 1542, il fut pourvu, quoique marié et en 
vertu de dispenses spéciales, d'un office de conseiller clerc 
au Parlement de Bordeaux \ Il avait, semble-t-il, hérité de 
ses ancêtres, les capitaines de Nérac et d'Aiguillon, l'humeur 
batailleuse et le goût de l'action. Dans cette seconde géné- 
ration de parlementaires bordelais du xvi^ siècle, que les 
discordes religieuses et les troubles civils arrachèrent à 
l'étude et aux doctes loisirs, il fut de ceux qui, sans hésiter, 
se firent les collaborateurs des hommes d'épée, lieutenants 
de roi, gouverneurs et maires de Bordeaux, et qui travaillèrent 
avec un zèle ardent à arrêter les progrès de la Réforme en 
Guienne ^ Lorsqu'au début des seconds troubles, les catho- 
liques bordelais organisèrent un conseil chargé de veiller à 

1. Provisions de l'office de conseiller clerc au Parlement de Bordeaux pour 
Charles Malvyn, lieutenant particulier en la sénéchaussée d*Agenais, Sallèles, 
20 septembre 1542 (Arch. dép. de la Gironde, B, 31, f® 186 vo). Il remplaçait 
Ogier Hunaud de Lanta, promu au Grand Conseil, et fut reçu le 13 novembre 
suivant (Jean de Métivier, Chronique du Parlement de Bordeaux, I, 370). 

2. Voir,surle rôle de Charles de Malvyn, la C/;rom^M<? de Métivier, 1,425, 468; 
II, 17, 46, 135, 280 et Baurein, Variétés bordelaises, II, 216. Il fut au nombre des 
commissaires désignés par un arrêt du Parlement du 29 mai 1561, pour instruire 
la célèbre affaire des religieuses de TAnnouciade. {Arch. hist. de la Gir., XVIII, 
334-335.) Voir sur ce scandale Gaullieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux, 
I, 268-270. D'après le rédacteur très suspect des Mémoires de Vieilleville (coll. 
Petitot, XXVI, 269-276), Malvyn, qu'il appelle Valvyn, aurait joué un rôle dans 
rémeute de la gabelle de 1548. L'anecdote paraît bien être un pur roman. Paradin 
qui a laissé un récit très détaillé de l'insurrection bordelaise, Bordenave qui en 
fut un témoin oculaire, n'y font aucune allusion. Sur la valeur historique du récit 
des Mémoires de Fieilleville, voir S.-C. GiGON, La Révolte de la Gabelle en Guyenne, 
IS4S-IS41J, Paris, 1906, p. 151. 



4 CHAPITRE 1 

la sécurité de la ville, ses qualités d'homme de gouvener- 
ment le désignèrent pour en faire partie '. Il en fut membre 
jusqu'à redit de pacification de Saint-Germain (8 août 1570) 
et s'associa aux condamnations en masse prononcées par le 
Parlement contre les réformés dans les années 1569 et 1570 '. 
Grand catholique, il fut l'un des « bons et notables person- 
nages » désignés, en mai 1572, par lettres patentes du roi, 
pour « dresser » à Bordeaux un collège de Jésuites '. La 
même année, il était parvenu au rang de doyen de la cour, 
à la place d'Arnaud de Guérin, suspect de la nouvelle reli- 
gion *. Le 3 avril 1576, il résigna son office en faveur 
d'Emmanuel du Mirail \ Il mourut le dimanche i*^"^ janvier 
1581 ^. Le Parlement, invité par son fils, assista en corps à 
ses funérailles, qui eurent lieu à neuf heures du matin dans 
l'église des Jacobins, où il fut enterré ". 

Une vie privée irréprochable, une intelligence très vive, 
une mémoire singulière, une science approfondie du droit, 
un jugement pénétrant et fin lui avaient, au dire de son 
panég}Tiste de Lurbe, acquis une si grande autorité parmi 
ses collègues que Charles IX, ayant appris la nouvelle. 



1. Il signe en cette qualité, le 27 novembre 1567, une requête adressée au roi 
par Biaise de Monluc pour lui exposer la situation de Bordeaux {Arch. hist. de la 
Gir., XIX, 321-322). 

2. Journal de François de Syrueilh, archidiacre de Blaye, octobre 1569 {Arch. 
hist. delà Gir., XIII, 267). — Arrêts du Parlement des $ mai 1569, 17 janvier et 
6 mars 1570 (ibid.^ 422, 427, 446). 

3. Journal de Syrueilh (Arch. hisi. de la Gir.y XIII, 274). — Bibl. munie, de 
Bordeaux, registres secrets du Parlement, mss. 367, fo 249 vo-250 r» ; 368, 
fo 1 38 y°, 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, reg. secr.. ms. 367, fo 264 ro. 

5. Id., ms. 369, 4, fo 488 ro. 

6. Journal de Syrueilh (/frcÂ. hist.de la Gj>.,XIII, 333). — Andrieu, Bibliogra- 
phie (returak de PAi^^efiais, II, 106, le fait mourir le i" janvier 1588. 

7. Bibl. munie, de Bordeaux, reg. secr., mss. 368, fo 166 ro-vo; 369, 5, fo 30 
vo-31 ro. 



LE MAGISTRAT 5 

d'ailleurs fausse, de la mort du premier président Lagebas- 
ton, songea à lui donner sa succession \ Sans doute il faut 
rabattre des éloges de de Lurbe, ami personnel de son fils 
Geoffroy. Mais si Ton songe seulement au zèle que Charles 
de Mal vyn déploya aux heures critiques où la sécurité de Bor- 
deaux menacé par les réformés de Saintonge et de Périgord, 
par Tarmée des princes, par Mongonmery, fut sérieusement 
compromise, on comprend que le chroniqueur reconnais- 
sant ait rangé cet homme d'action parmi les « lumières du 
sénat », à côté des hommes d'études qui furent la parure 
du Parlement bordelais, les Perron, les Brassac, les La Chas- 
saigne ^ Il ne le loue pas moins, du reste, d'avoir eu la bonne 
fortune de revivre en deux fils, dignes héritiers de ses ver- 
tus. De son mariage avec Jeanne de Gailhard, Charles de 
Malvyn avait eu, en effet, huit enfants, cinq filles et trois fils. 
Deux lui survécurent; Geoffroy était l'aîné. 

Andrieu affirme sans preuves qu'il naquit au château de 
Cessac et suppose qu'il avait au moins vingt-cinq ans lorsqu'il 
fut pourvu en 1568 d'un officedeconseillerau Parlement, il 
en conclut qu'il dut naître vers 1540 ou 1541 K Cette hypo- 
thèse est ruinée par trois documents. Deux pièces liminaires 
qui précèdent la Gallia gemens nous apprennent que l'auteur, 
lorsqu'il composa ce poème, avait au plus dix-huit ans *. 

i. Voir la notice que de Lurbe a consacrée à Charles de Malv\'n dans son De 
iîlustribus Aquitaniae viris^ pp. 112- 114. 

2. De LurbÉ, Chronique bourdeloise, éd. de 1594, p. 45. 

3. Andrieu, op, cit. y II, 105-106. 

4. Voici la première de ces deux pièces et un fragment de la seconde : 

Jo. Cruceus God. Malvino. 
Annos Lucanusbis denos natus et octo 
Caesaris et Magni prœlia concinuit. 
Laus, Malvine, tua est major : quod junior annis 
Denis Francorum scripseris historiam. 

P. PaSCALIS LECrORI. 

Hinc rerum mirere vices : mireriset ista 
Scribentem senos ter nondum implesse décembres. 



6 CHAPITRE I 

Or la Gallia gemens, publiée en 1563, fut achevée à la fin 
de 1562 : elle se termine, en effet par le récit de la bataille de 
Dreux, livrée le 19 décembre. D autre part, dans un long et 
curieux poème inédit, qui n'est d'ailleurs qu'une ébauche, 
et qui fut écrit en 1578, Geoffroy de Malvyn dit qu'il a 
trente-deux ans à peine '. Il naquit donc vraisemblablement 
en 1545, à Agen peut-être, plutôt à Bordeaux, où son père 
habitait depuis plus de deux ans \ Nous ignorons où il fit ses 
premières études; ce ne fut pas au collège de Guienne K 
Son père l'envoya-t-il à Poitiers, où il avait été professeur? 
N'alla-t-il pas plutôt à Paris? On pourrait le croire lorsqu'on 
lit, dans la Gallia ganens, la description précise qu'encore 
adolescent il faisait de l'île de la Cité. Comme Montaigne, 
il garda un mauvais souvenir de ses maîtres; comme Mon- 
taigne, il eut la bonne fortune d'en rencontrer, au moins un, 
« d'entendement de précepteur d, qui sut lui inspirer le 
goût de l'étude. Il nous a fait lui-même ces confidences : 

Si bien jeune je fus aux regens amené, 
Aux lettres et vertu par eux mal enseigné 
(J'en excepterai un dont la mémoire sainte 
Eternelle vivra dedans mon ame empreinte; 
Vueille le ciel courtois le combler de bonheur 
Et bien loing escarter de son chef le malheur), 



1. Le trente deusicsme an marque j peiae mon jour... 

(Ms. Delpit, fo 280 r"). 

2. Voir Appendice, n© XXXI une lettre à Lazare Coquelay où il semble dire 
qir.Agcn fut le lieu de sa naissance. D'un autre ccMé, letitrede XàGaUia^emens porte : 
per Godofridum Mahiinum Bunîii^aU'usem . On peut en induire que Malvyn consi- 
dérait l'Agenais comme son pays d'origine, mais qu'il naquit, en fait, à Bor- 
deaux. 

$. Il disait dans une lettre à un destinataire inconnu, où il rappelait son en- 
fance : « .Aberam procul domo, parent! bus, propinquis, affinibus. » (Ms. Delpit, 
fo 246 ro, copie très défectueuse.) 



LE MAGISTRAT 7 

Si je ne vis en eux qu'ignorance cruelle, 
De la plus tendre fleur des corps bise mortelle, 
Et si despuis, tiré comme de mon aimant, 
Les muses j'ay chcri tousiours ardantement, 
Comme on voit le polipe aimer sa chère olive, 
La pyralide croistre en la fournaise vive. 
Ainsi Testude estoit comme mon élément '. 

Son père le destinait à la magistrature. Il fit donc son 
droit et fut reçu avocat au Parlement de Bordeaux. En 
juin 1568, l'occasion s'offrit à Charles de Mah-yn, plus tôt 
sans doute qu'il ne l'espérait, de pourvoir son fils aîné d'une 
charge très supérieure à son âge et à son mérite. Un édit 
créa au Parlement de Bordeaux six offices de conseillers 
lais ^ Par lettres du 26 juillet 1568, Geoffroy de Malvyn, 
« licencié ez droictz, advocat en nostre court de Parlement 
de Bourdeaulx », obtint un de ces offices « aux gaiges de 
trois cens soixante-quinze livres tournois par chacun an » '. 
Quatre autres furent attribués à Bertrand de Camain, Jehan 
Maledent, Gabriel de Cruseau et Simon des Costures ^. Cru- 
seau paya pour le sien six mille livres tournois \ Il semble 
que Malvyn bénéficia de quelque faveur sur ce point, carie 
Parlement reçut l'ordre « de ne pas enquérir ne assermenter 
le dict de Malvin sur le faict des deniers qu'il pourroit avoir 

1. Ms. Delpit, (o 279 v-o. 

2. <c Edit de création de six conseillers et deux huissiers au Parlement de 
Bourdeaulx », Paris, juin 1568 (Arch. dép. de la Gironde, B, 38, f»* 79 vo- 
80 vo). 

3. « Lettres d'office de conseiller au Parlement de Bourdeaulx pour M* Geof- 
froy de Malvin », Château de Boulogne, 26 juillet 1568 (ibid., (o^qo ro-91 r®). 

4. Les lettres d'office sont du 20 juillet pour dniain et Maledent, du 31 pour 
Cruseau et des Costures (ihid., fo* ii9*vo-i2i v©, 93 ro-94 r®, 133 v°-i34 vo). Le 
sixième office paraît n'avoir pas été créé. 

>. Reçu du 30 juillet 1568, signé : Mondoucet ^i attaché aux lettres de Cru- 
seau. 



8 CHAPlTRK 1 

fornis pour raison dudict office de conseiller, et de ne pas 
faire de difficulté parce que M^ Charles de Malvin, son père, 
est conseiller en la dicte cour » *. 

Ces créations d'offices, qui n'étaient pour la couronne 
que des expédients financiers, furent mal accueillies du 
Parlement. Par arrêt du ii août, il décida de différer la 
publication de l'édit jusqu'au premier jour après la Saint- 
Martin. De plus, des remontrances furent adressées au roi. 
Malvyn et ses collègues se pourvurent contre l'arrêt. Par 
lettres patentes du 15 septembre, Charles IX manda au 
Parlement d'enregistrer l'édit. Sur un nouveau refus, des 
lettres de jussion furent envoyées à la cour qui résista encore. 
Il fallut que le roi fît faire des remontrances par l'avocat 
général Du Sault et expédiât, le 23 avril, des lettres de 
seconde jussion pour obtenir enfin l'enregistrement '. Mal- 
vyn ne fut admis à prêter serment que le 18 juillet 1569. A 
la rentrée de novembre il fut inscrit à la Tournelle ' et 
obtint de toucher l'arriéré de ses gages depuis le i*^^ jan- 
vier ^. 

A peine installé dans une charge trop facilement obtenue 
de la faveur royale, mais péniblement conquise sur les 
scrupules d'une compagnie soucieuse de ne pas voir sa 
dignité ravalée et ses privilèges entamés par le caprice du 



1 . Lettres de Charles IX au Parlement, 26 juillet 1 568(Arch. dép. de la Gironde, 
B, 38, fo 91 ro-vo). 

2. Lettres de seconde jussion enjoignant au Parlement de Bordeaux d'enregistrer 
l'édit créant six offices de conseillers, Verdun, 23 avril i569(Arch. dép. delà 
Gironde, B, 38, (os 80 vo-8 1 v»). — Requête de Geoffroy de Malvvn et de ses collègues 
au Parlement, septembre 1570 (Bibl. munie, de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, 
fos 2 1 1 ro-2 1 2 ro). 

3. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 3, fo 86 vo. 

4. État des gages et pensions des membres du Parlement pour l'année 1569 
(Ârcb. hist. (k h Gir., XXIX, 468-469). 



LF. MAGISTRAT 9 

pouvoir central, le jeune conseiller eut à lutter pour la con- 
server. L'article 27 de Tédit de pacification du 8 août 1570 
rétablit dans leurs états les conseillers de la religion réformée 
qui en avaient été privés par les édits du 25 septembre et de 
décembre 1568 '. Cette mesure provoqua une protestation 
de Malvyn, Camain,MaledentetdesCostures, qui craignirent 
que cette réintégration ne servît de prétexte à la suppression 
de leurs propres offices. La question se compliquait d'un 
cas particulier qui rendait la situation du Parlement fort 
difficile. La majorité catholique eût sans doute volontiers 
mis obstacle à la rentrée des conseillers réformés. Mais en 
novembre 1569, le président Joseph de La Chassaigne, les 
conseillers Gabriel de Gentils, Antoine de Poynet et François 
de La Roche, se rendant en cour, avaient été faits prisonniers 
par les huguenots et conduits à Blaye. Pardaillan les avait 
obligés à payer une rançon de trente mille livres et n'avait 
consenti à les remettre en liberté que moyennant otages. La 
Chassaigne et Gentils avaient dû lui remettre leurs enfants 
qui, depuis lors, étaientdétenusàBlaye « en grand détresse ». 
Lorsque, à la suite de l'édit de pacification, les conseillers 
de la nouvelle opinion, Arnaud de Guérin % Jean de Guil- 
loche \ Bertrand Arnoul ^, Pierre de Sevin \ Bertrand de 
Makanam ^ et Ravmond de Bouchier ' manifestèrent l'in- 
tenlion de reprendre leurs charges, La Chassaigne et Gentils 
proposèrent qu'on le leur permît, à condition qu'ils -iraient 



1 . Voir des copies de ces trois édits aux Arch. dép. de la Gironde, B, ^8, f^s 39 vo. 

41 VO, 71 ro-VO, 193 N'O. 

2. Conseiller lai, reçu le 10 novembre 1542. 

3. Conseiller clerc, reçu le 7 juillet 1543. 

4. Conseiller lai, reçu le 27 janvier 1552. 

5. Conseiller lai, reçu le 3 août 1554. 

6. Conseiller lai, reçu le 3 décembre 1557. 

7. Conseiller lai, reçu le 3 décembre 1557. 



10 CHAPITRE I 

à Blaye traiter avec Pardaillan de la remise des otages. Ce 
singulier marché fut conclu à l'audience du 9 septembre : le 
sieur de Lineyrac, Sevin, Makanam et le conseiller catholique 
Jehan d'Alesme se rendirent à Blaye pour négocier l'affaire. 
Les conseillers huguenots reprirent leurs sièges sans être 
autrement inquiétés. Le procureur général Jean de Lahet 
avait tout fait pour assurer le succès de ce compromis : il 
demanda au Parlement de ne pas permettre à Malvyn et à 
ses collègues d'opiner dans cette affaire. Ils répondirent en 
récusant Lahet « comme ennemi mortel desdits de Malvin 
et Camain ». Lahet protesta contre ces récusations « plaines 
de piques » et maintint ses réquisitions. Les craintes de 
Malvyn étaient d'ailleurs vaines : la réintégration des con- 
seillers réformés n'eut pour lui aucune fâcheuse consé- 
quence *. L'incident n'en est pas moins curieux : il prouve 
que les catholiques savaient, à l'occasion, faire fléchir leur 
intransigeance et que les deux partis ne répugnaient pas 
aux petits accommodements. 

Désormais sûr du lendemain, à l'ombre de la gloire pater- 
nelle, modeste conseiller à la seconde des enquêtes % Geoffroy 
de Malvyn passa dans une heureuse obscurité les premières 
années de sa carrière. Devenu vieux, il avouait franchement 
que son « incapacité» les avait rendues « infructueuses » ^ 
Il était entré trop jeune au Parlement ; il ne pouvait que se 
taire et- écouter. En 1571, il se maria : il épousa, par contrat 
du 12 octobre, Jeanne de Salignac de La Mothe-Fénelon, 

1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 3, fos 213 vo-216 r«. Voir le récit 
sommaire et vague de Bosch eron des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux^ 
I, 226-227. 

2. Il est porté avec cette qualité dans la « faction » des chambres du 13 novembre 
1572 (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 3, fo 276 vo). 

3 . Dans une lettre sans date, adressée peut-être au chancelier Hurault de Cheverny 
(ms. Delpit, fo 188 r^'). 



LE MAGISTRAT II 

fille d'Armand de Salignac et nièce de Bertrand, le diplomate 
que son ambassade en Angleterre avait mis en évidence *. 
A la rentrée de novembre 1573, il alla ser\'ir, avec 
Pierre Duduc % à la première des enquêtes '. Cette promo- 
tion eut pour cause une dispute, dont on ignore le motif, 
qui avait éclaté, le mois de février précédent, entre le jeune 
conseiller et son président Gabriel de Cruseau. La querelle 
paraît avoir été violente : Charles de Malvyn, le vieux 
doyen, vint apporter à son fils Tappui de son prestige et 

a print concluzions en réparation d'injure contre ledict 

Cruseau ^ ». Ce fut lui qui sans doute obtint que TofFensé 
changeât de Chambre. Cet incident explique la malveillance 
systématique qu'Etienne de Cruseau témoigne à Malvyn en 
plus d'un endroit de sa Chronique. 

Kn novembre 1576, son père ayant résigné son oflice, il 
monte avec Jean de Gascq » à la Grand Chambre ^. Il y 
restera jusqu'à la fin de sa carrière : il n'a point d'ambition ; 
il se déclare satisfait du rang où l'a placé une fortune bien- 
veillante. La notoriété paternelle l'a très vite élevé assez 
haut : il s'est laissé faire, mais désormais il ne fera point 
d'effort pour monter davantage, ce Pour mon regard, écrit-il 
en 1585, je suis si sensible à ces attouchemens qui pro- 
cèdent de l'honneur que je ne puis nier que je n'en sois 
fort esmeu et que je ne vueille rechercher tous les moyens 
qui me peuvent conduire à une très claire réputation de 



1 . D'HoziER, loc. cit. Voir une lettre de Malvyn à son neveu François de Sali- 
gnac à l'Appendice, n» XXI. 

2. Conseiller lai, reçu le 22 septembre 1572. 

3. Bibl. munie, de Bordeaux, mss. 367, fo 278 v»; 368, fo 137 ro; 369, 4, 
foi. 

4. Ibid.y mss. 367, f" 270 ro-v» ; 368, f<» 132 vo-133 r» ; 369, 3, f» 303 r^-yo. 

5. Conseiller lai, reçu le 18 juillet 1569. 

6. Bibl. munie, de Bordeaux, mss. 367, f" 305 v»; 368, f» 150 r». 



12 CHAPITRE I 

vertu et d'intégrité. Je ne porte pas mon dessein plus loin 
que cela et n'espère ni attens recompense de mon mérite, 
s'il en y a jamais; car, outre que nous sommes en une con- 
trée si très esloignée du soleil de la France, encore la plante 
de mon ambition est si morte qu'à grand peine pourrait-elle 
reverdir ni regermer, ores mesme qu'elle fut illustrée de 
ses rayons. Et n'estudierai jamais plus à me séquestrer de 
la veue des grans que je fais à présent. Je ne doute point 
que ce ne soit en partie mon insuffisance qui ne me per- 
met de me pouvoir bien maintenir avec eus; si est-ce que 
mon naturel, qui aime la douceur paresseuse et la liberté 
d'une vie paisible, fait que je me distrais volontiers de toute 
autre considération pour servir à moi-mesme et à ceste 
vaine langueur dont je suis tout occupé. » ' Malvyn nous 
livre ici son secret : s'il ne fut pas ambitieux, ce fut par 
indolence naturelle. Son père ne lui avait pas transmis 
cette énergie qui, dans des temps de lutte continuelle, était 
si nécessaire pour se faire jour. Il se contenta d'être un 
magistrat consciencieux. 

Les événements, plus forts que les hommes, le contrai- 
gnirent pourtant à sortir de son inaction. Il fut désigné 
pour siéger à la Chambre de justice établie à Agen, au mois 
de juin 1578, en exécution de l'article 22 de l'édit de Poi- 
tiers \ Cette juridiction extraordinaire, connue sous le nom 
de Chambre « tri-partie », comprenait deux présidents, l'un 



1. Ms. Delpit, fos 203 v<^-204 r" (lettre sans nom de destinataire; à la fin, la 
date : 1585). 

2. Voir le texte de cet édit dans Élie Benoît, Histoire de Vedit de Nantes, I, 
appendice, p. 23. Sur la chambre tri-partie, voir Brives-Cazes, Le Parîettietit de Bor- 
deaux et la chambre de justice de Guienne en ijS2, Bordeaux, 1866, pp. 13-17; 
Tamizey de Larroque, Doc. inéd. relatifs à Vhist. de TAgenaiSy p. 129 et suiv. ; 
G. Tholin, Iji ville d' Agen pendant les guerres de religion (Ret'. de VAgenaiSy XVII, 
120). 



LE MAGISTRAT I3 

catholique, l'autre protestant, et douze conseillers, dont 
huit catholiques et quatre protestants. Mahyn ne fut pas de 
la première session, qui dura de juin à novembre 1578 '. A 
la suite de son passage à Agen, le 1 1 octobre, Catherine de 
Médicis, peu satisfaite du président catholique Villeneuve, 
invita le Parlement, par lettre du i), à le faire relever, à 
partir de la Saint-Martin, par le président Sarran de 
Lalanne ^ Le personnel de la Chambre fut aussi renouvelé 
en partie : Geoffroy de Malvyn fut parmi les nouveaux 
conseillers désignés K En dépit de ce changement, la 
Chambre était vouée par sa composition même à une abso- 
lue impuissance : pour rendre les arrêts, les juges ne se 
trouvaient jamais réunis dans la proportion exigée par 
redit. Les conseillers catholiques faisaient preuve de mau- 
vaise volonté, abandonnaient leur poste et s'en retournaient 
à Bordeaux. Le Parlement, mal disposé pour une juridic- 
tion rivale, encourageait ces désertions ^ Tandis que seul, 
Tabbé de Blasimond, Bernard de Laconibe, faisait le plus 
grand éloge du président Sarran de Lalanne « très bon 
promotheur de l'advancement de ladicte religion catholique » , 



1. Son nom n*cst pas cité dans le registre d'arrêts de la Chambre, d'octobre 1 578, 
conservé aux Arch. dép. de la Gironde, B, 305. 

2. Bibi. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, f» 614 ro-v©. Dans une lettre à la 
reine du 31 décembre 1579, ^^ président protestant Chauvin faisait allusion aux 
débuts malheureux de la Chambre et à ses défauts, que Catherine avait pu con- 
stater elle-même. Le 25 juillet 1578, le président Villeneuve se félicitait pourtant 
des premiers résultats obtenus. (Voir ces deux lettres dans T. de Larroque, Doc. 
inéd, relat, à Dit st. de P Amenais, pp. 157 et 139.) 

3. A Taudience de rentrée du 13 novembre, il est porté absent comme étant 
à Agen (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, fo 621 ro). 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 4, f«* 704 ro-705 r© (audience du 
22 juin J579). Le 19 janvier, le Parlement avait rendu un arrêt par lequel il 
déclarait ne pouvoir accepter les lettres patentes du 13 décembre 1578 attribuant 
à la chambre tri-partie la connaissance des excès commis à Condom (//'/V/., fos653- 

657). 



14 CHAPITRE I 

Tévêque d'Agen, Giano Fregoso et Philippe Strozzi étaient 
d'accord avec le président protestant Chauvin pour dénon- 
cer un avortement complet '. Malvyn fut-il de ceux qui, 
las d'une ingrate et vaine besogne, se retirèrent a d'eulx 
mesmes »? En novembre 1580, il avait repris son siège à la 
Grand Chambre *. La cour le chargeait, le 15, d'aller porter 
dans trois mois, ses remontrances au roi à l'occasion de la 
procédure irrégulière suivie par l'archevêque de Bordeaux et 
le sieur Comte, maître des requêtes, pour l'installation du 
conseiller Poynet en l'office de sixième président ' ; elle lui 
confiait, peu après, le rapport sur l'enregistrement de plu- 
sieurs édits et lettres de jussion ^. La Chambre tri-partie 
avait d'ailleurs vécu : aux conférences de Fleix(26 novembre) 
le duc d'Anjou et le roi de Navarre convinrent de lui substi- 
tuer une Chambre de justice composée de membres choisis 
en dehors du ressort du Parlement de Bordeaux ^ ; le 11 fé- 
vrier suivant, Henri III annonçait à la cour la création de 
cette Chambre et jusqu'à sa complète constitution 
rétablissait « provisionnellement » la Chambre tri-partie^. 



1. Le président Chauvin à Henri III, Agen, 15 février 1580. — L'abbé de Blasi- 
niond au même, Agen, i s février. — Philippe Strozzi au même, 26 février et 30 mars 
(T. de LARRoat'K, Doc. itu'J... pp. 159, 144, 149, 151). — Giano Fregoso à 
Henri III, 7 février, 4 mars, 18 et 22 avril 1 580 (T. de Larroque, Leti. iiied. âejanus 
Frei^'ose, pp, 24-34). Cf. de Thou, liv. LXVI (éd. latine de Londres, 1733, III, 
628), et Dfa'IRNNK, flist. de Bonhaux, I, 179. 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, f" 2 \'°. 

3. /</., mss. 368, f«* 165 v«-i66 ro; 369, 5, f» n v». 

4. Le 23 novembre 1580, il est chargé de rapporter plusieurs édits royaux 
(Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, f« 16 ro). Le 22 décembre, on lui remet 
les lettres de jussion aux fins de la vérification de Tédit de création d'une chambre 
des requêtes, pour en faire son rapport au premier jour (ihid., fo 29 ro). Le 27 jan- 
vier 1581, on lui confie le rapport sur d'autres lettres de jussion aux fins de véri- 
fier et publier l'édit de mars 1577 concernant les hôtelleries, cabarets et tavernes 
(/7'/W.,fo 5S vo). 

5. Article 11 des articles du Fleix(HLii: Benoît, n/'.r/7.,I, appendice, pp. 55-56). 

6. Brivks-Cazes, op. cit. y p. 20. — La lettre du roi fut portée au Parlement le 



LE MAGISTRAT I5 

Malvyn, qui était chargé à ce moment du rapport sur des 
lettres de jussion aux fins de vérifier Tédit de mars 1580 
concernant la réunion des greffes au domaine royal ', reprit 
sa place à la Chambre tri-partie, qui, après avoir reçu l'ordre 
de se transporter d'Agen à Saint-Émilion, fut transférée à 
Bordeaux, où, le mercredi 8 mars, elle tint sa première 
audience au palais de TOmbriére, dans la « chambre des 
manteaux », accordée de mauvaise grâce par le Parlement *. 
Il y siégea jusqu'à la fin de l'année ^ 

Le 1} décembre, le procureur général Desaigues com- 
muniquait à la cour les lettres patentes du 26 novembre 
qui installaient à Bordeaux à la place de la Chambre tri- 
partie, la Chambre de justice nouvelle ^. Elle était composée 
de deux présidents et de quatorze conseillers tirés du Par- 
lement de Paris, du Grand Conseil et d'autres cours souve- 
raines. Le président était Antoine Séguier, l'avocat général 
Antoine Loysel, le procureur général Pierre Pithou K Le 
vendredi 26 janvier 1582, elle tint solennellement, au cou- 
vent des Jacobins, en présence du maréchal de Biron et du 
maire de Bordeaux, Michel de Montaigne, sa première 
audience. Le lendemain, le procureur général Desaigues 
représentait au Parlement que, dans son discours d'ouver- 



3 mars par le maréchal de Biron et le surintendant des finances Bellièvre (Bibl. 
munie, de Bordeaux, nis. 369, 5, f» 77). 

1. Procès-verbal de Taudience du 3 mars, présidée par le P. P. Lagebaston (/J., 
ms. 369, 5, fos 79 ro-86 vo). 

2. Brives-Cazes, op. cit. y p. 23. — Journal de Syrueilh (Arcb. hist. de la Gir.y 
XIII, 337). — Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 368, fo 171 vo. 

3. Il n'est pas cité, pour ce motif, dans la « faction » des chambres du 
14 novembre 1581. (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, fo^ 166 vo-167 ro). 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, f»* 114VO-115 r». 

5. Voir sur la Chambre de justice de Guienne, Antoine Loysel, La Guienuf^Ws 
Commentaires sur la vie de J.-A. de Thou (éd. latine de Londres, 1733, VII, 
37-39), et l'étude de Brives-Cazes, Le Parlement et la Ommhre de justice de Guienne. 



î6 CHAPITRE I 

ture, Loysel avait « par sa harangue dict qu'ils estoint 
venus en ce païs pour remettre rauthoritc de la justice en 
ce que les troubles lavoint anéantie et y estoitdu tout morte 
et déprimée entièrement toute la justice d'icy ». C'est 
pourquoi il estimait « qu'il sera à propos que la cour les 
envoyé visiter comme ils ont faict ' et leur faire sentir que 
la compaignie trouve mauvais les propos advancés par 
ledict Loyseau ». Le Parlement désigna sur l'heure Geoffroy 
de Malvyn et Gabriel de Tarneau ' « pour aler saluer de la 
part de la court les presidans et conseillers de la Cour de 
Parlement de Paris servans en la dicte grand chambre et 
leur dire que tout ainsin qu'ils ont déclaré vivre en bonne 
paix et union avec cette compaignie pour le service du Roy, 
qu'elle dezire faire le semblable avec eux, et en passant 
leur toucher un mot de la remonstrance dudict Loyseau K » 
Le lundi 29 janvier, les deux conseillers députés se présen- 
tèrent au couvent des Jacobins à l'audience de la Chambre. 
On les fit asseoir immédiatement au-dessous et à côté du 
doyen, M*^ Etienne Fleury. Malvyn prit la parole et prononça 
une harangue ornée à profusion de sentences latines, grave 
et digne, d'ailleurs empreinte de la plus grande modération. 
L'orateur ne dit rien qui laissât voir le mécontentement 
causé à la cour par le langage de Loysel ; il toucha 
très légèrement cette délicate matière et se garda de toute 
allusion capable d'aggraver l'incident ^. Le président Séguier 
répondit « fort bas » \ de la façon la plus courtoise, que 

1 . Le jeudi 2 5 janvier, la Chambre avait délégué les commissaires Angenoust et 
Montholon pour souhaiter la bienvenue au Parlement. 

2. Conseiller lay, le 23 mars 1571, président à mortier le 15 juin 1593. 

3. Bibl. mun. de Bordeaux, mss. 367, f» 354 r» v»; 368, f» 176 ro-v». 

4. Voir le texte de cette harangue à l'Appendice, m^ II. 

5. C'est Malvyn qui le note dans le compte rendu qu'il fit de sa mission au 
Parlement le même jour (Bibl. munie, de Bordeaux, mss. 367, f*' 35V0; -68, 
fo ijS vo). 



LE MAGISTRAT I7 

la Chambre ne désirait a que la concorde, unyon et bonne 
intelligence avec le Parlement composé de tant de gens 
d'honneur, craignans et aymans Dieu, très capables et sufi- 
zans en leurs charges ». Il excusa presque ses collègues 
d'avoir accepté la mission que des ordres exprès et réitérés 
du roi leur avaient imposée et déclara qu'ils eussent pré- 
féré être dispensés de cette charge. Il termina en affir- 
mant que la cour « avoit gardé respect au Parlement qui 
luy estoit deu, qu'il l'avoit rendu avec usure, utrosqtie men- 
siiram implesse^ le priant continuer avec elle en ces voies de 
douceur ' ». L'allusion à la remontrance deLoysel était aussi 
discrète, les intentions conciliantes étaient aussi manifestes 
dans cette réponse que dans le discours de Malvyn. L'om- 
brageuse susceptibilité du Parlement en fut calmée et ce 
conflit naissant n'eut pas de suite. La modération des deux 
orateurs n'y fut sans doute pas étrangère. 

Le Parlement dut être satisfait de son porte-parole. Le 
12 juin suivant, il députa Mah^n « pour aller vers le roy 
de la part de la cour et luy oster l'opinion qu'on luy avoit 
fait concevoir mauvaise de la cour » ^ Le 3 juillet, on lui 
adjoignit Jean de la Rivière \ Henri III était mécontent de 
l'opposition faite par les magistrats bordelais à l'édit des 
requêtes. Ils n'avaient consenti à l'enregistrer que le 4 avril, 
sur lettres de jussion, et en faisant des réserves. La mission 
de Malvyn était ingrate : en dépit d'une recommandation 
dont il s'était muni pour Joyeuse *, il risquait fort de n'en 

1. La harangue de Séguicr se trouve, à la suite de celle de Malvyn, dans le 
Registre de la Chambre de justice de Guicnnc, 1582, 1 (Bibl. munie, de Bordeaux, 
ms. 379, fo» 5 V0-7 ro). Il en existe aussi une copie à la Bibl. Nat., fonds Dupuy, 
689, fo 52). * 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, mss. 367, fo 356 v©; 368, f» 177 vo. 

3. Ihid., ms. 369, 5, fo 124 vo. 

4. Le Parlement de Bordeaux à M. de Joyeuse, Bordeaux, 20 juillet 1582 (ms. 
Delpit, fo 181 vo, copie). 

COURTEAULT. 2 



l8 CHAPITRE I 

rapporter que la mauvaise grâce royale '. Le 29 août, les 
deux députés étaient de retour. Ce qu'ils avaient à faire 
entendre à la cour était si dur pour elle qu'ils la supplièrent 
a pour son honneur et authorité, que nul autre entandit 
leur rapport que les presidans et conseilhcrs de la cour : 
sur quoy le greffier Pontac et Gaxies, son commis, ont esté 
commandés de sortir ^ y). 

Une fâcheuse lacune dans les Registres secrets ne permet 
pas de reconstituer la carrière deMalvyn pendant les douze 
années suivantes. A partir de 1588, la Chronique de Cruseau 
mentionne simplement son nom dans la « faction » 
annuelle des Chambres '. Elle nous apprend aussi que le 
dimanche 7 novembre 1592, il fit partie de la délégation 
du Parlement chargée de saluer, « près la porte de Caillau, 
derrière la tour de Gaston », Catherine de Bourbon, sœur 
de Henri IV, qui passait par Bordeaux se rendant à la cour*. 
Avec les années, Tautorité de Malvyn avait grandi; il jouis- 
sait maintenant du prestige qu'avait eu si longtemps son 
père et pouvait, dans les circonstances importantes, se faire 
le défenseur et le gardien des traditions de la compagnie. Il 
en eut l'occasion lorsque, en novembre 1594, des lettres 
patentes du roi, rendues sur arrêt du Grand Conseil, réta- 
blirent dans son office le conseiller Bernard de Pichon, qui, 
a defféré de concussion » par son collègue Geoffroy de 



1. Dans une lettre écrite en novembre ou décembre 1594 au chancelier Hurault 
de Cheverny, il rappelait que « le feu Roi », lorsqu'il fut député vers lui, lui 
avait singulièrement recommandé le zèle de la justice et l'honneur de la compagnie 
(ms. Delpit, fo 187 vo). 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, mss. 367, fo 359 r»; 368, f» 179 vo. — Cf. Brives- 
Cazes, op. cit. y pp. 114-116. 

3. Chronique de Cruseau^ i, 4, 20, 33, 51, 67. — En 1589, Malvyn fut 
inscrit à la Tournelle ; Tannée suivante il reprit son siège à la Grand Chambre. 

4. /</., I, 65. 



LE MAGISTRAT I9 

Montaigne, en avait été privé, comme indigne, par un arrêt 
du même Grand Conseil du dernier février 1585 '. Le Par- 
lement n'osa pas s'opposer, en principe, à cette réintégration; 
à l'audience du 15 novembre il enregistra les lettres patentes. 
Mais une question délicate fut aussitôt posée : Pichon 
serait-il remis au rang qu'il occupait à la Grand Chambre 
lors de sa destitution, c'est-à-dire au onzième % ou le place- 
rait-on au troisième, c'est-à-direàcelui qu'il aurait eu en 1594, 
s'il avait continué d'exercer sa charge depuis 1585 ? La 
difficulté soulevée n'était pas de pure forme : selon la solu- 
tion qu'il adopterait, le Parlement laissait entendre qu'il 
amnistiait le passé ou qu'il laissait subsister les effets de la 
flétrissure. La question fut d'abord laissée en suspens : à 
l'audience du 18, Pichon fut « remis sans dire en quel 
rang ». Mais le 23, Malvyn prit la parole devant les 
chambres assemblées pour « disputer le rang au dit sieur 
Pichon ». 

Il était désigné pour intervenir dans l'affaire. Il avait déjà 
hautement manifesté son souci de rétablir dans leur inté- 
grité l'ordre et la discipline de la compagnie, gravement 
compromis par de nombreux abus. A la suite de la terrible 
remontrance que Catherine de Médicis, passant par Bor- 
deaux pour accompagner sa fille Marguerite qui allait 
rejoindre son mari, le roi de Navarre, fit adresser, le 28 
septembre 1578, au Parlement par Paul de Foix ^ Malvyn 



1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 323. — Bernard de Pichon, d'une 
vieille famille de bourgeois et marchands bordelais, était fils de Jehan de Pichon 
et de Mathurine de Guérin, et frère de Jacques, contrôleur général des finances en 
Guienne, et de Richard, clerc de ville. Il avait obtenu son office le 22 mars 1 568. 
Il épousa Marie Calneau, dame de la terre et seigneurie de Restault, en Saintonge 
(dossiers Dast de Boisville). 

2. Dans sa remontrance, Malvyn dit au douzième. 

3. Voir le texte de cette remontrance dans les reg. secr. (Bibl. munie, de Bor- 



20 CHAPITRE ^I 



avait soumis à ses collègues des propositions où, recon- 
naissant le bien fondé des reproches de la reine mère, il 
dénonçait avec une franchise et une énergie singulières les 
désordres qui s'étaient glissés dans Texercice de la justice : 
l'indifférence religieuse des magistrats, la tenue scandaleuse 
des présidents aux procès, la faveur substituée au mérite 
dans le choix des rapporteurs, « ceste profonde cacheté de 
larcins, concussions et voleries », le réseau de « parantèles 
et aliances » qui enveloppait presque toute la cour et con- 
vertissait la justice « en ligue et faction », les propos inju- 
rieux qu'échangeaient entre eux les conseillers et qu'on 
tolérait chez les étrangers admis à l'audience, l'abus des 
récusations et des ajournements, etc. Après avoir signalé 
le mal sans réticence, Malvyn proposait les remèdes. 
Contre les malversations il n'en voyait pas d'autre que le 
droit laissé à chacun de dénoncer les coupables, sans crainte 
d'autre peine que d'être astreint à payer des dommages et 
intérêts si la dénonciation était reconnue calomnieuse. « Le 
remède, disait-il, est extraordinaire, mais nécessaire pour le 
salut de ceste compagnie '. » Geoffroy de Montaigne, qui 
n'avait pas hésité à l'employer contre Bernard de Pichon, 
avait été certainement approuvé par Malvyn. Lorsque 
Pichon obtint d'être réintégré, Malvyn ne put se dispenser 
de protester pour défendre les idées qu'il avait jadis fait 
triompher et qu'une réhabilitation obtenue d'une juridiction 
complaisante mettait en péril. 

La remontrance qu'il prononça est vraiment belle. Après 
avoir rappelé qu'à défaut de son mérite, ses vingt-six 
années de senîces lui donnaient quelque droit d'intervenir en 

deaux, ms. 369, 4, fos 609 vo-610 v©). — Boscheron des Portes, Hhi. du Par- 
lemevt de Bordeaux, I, 266-268. 

I. Voir le texte de ces propositions à l'Appendice, n» I. 



LE MAGISTRAT 21 

une si grave affaire, il déclara qu'il n'avait contre Bernard de 
Pichon aucune haine particulière \ et qu'il n'était guidé par 
aucun intérêt personnel, n'ayant a jamais faict compte de 
telles vanités et fumées de precedences, voyant tous les 
jours ung grand nombre de nouveaulx hommes qui ne 
sont de son rang, ny de sa qualité, ny de sa volée, et pos- 
sible moins experimantés que luy qui le précèdent d. Puis 
il exposa nettement la question et la traita au fond. Il ne 
craignit pas de faire, à plusieurs reprises, des allusions très 
claires aux motifs infamants de l'interdiction. Il soutint 
que les lettres patentes du roi et l'arrêt du Grand Conseil 
rétablissaient simplement Pichon dans sa charge, mais 
sans le proclamer innocent ni lui faire remise des amendes 
et dépens auxquels il avait été condamné. Il démontra qu'il 
était illégal de le placer au troisième rang et dénonça avec 
éloquence les graves inconvénients qui pourraient en 
résulter dans les cas où l'absence, l'indisposition ou la 
récusation du président et des deux conseillers les plus 
anciens l'amèneraient à présider l'audience. « Ne propha- 
nons point, s'écria-t-il, une chose si sacrée que les ministres 
de la justice; les pièces et les membres en doibvent estre 
beaulx et au dedans et au dehors, et singulièrement les 
chefz doibvent, s'il est possible, non seulement se revestir 
d'honneur et de dignité, mais aussi en faire part à toute 



I. Malvyn était-il absolument sincère ? Le 17 août 1581, il avait dénoncé au 
Parlement certaines fiançailles faites en la maison de Geoffroy de Pontac, greffier 
de la cour, en présence de Tévéque de Bazas et de Bernard de Pichon, « entre un 
sien frère et Nicole Pichon, sans son authoriténi permission ». Il supplia le Par- 
lement d'ordonner que Pontac et Pichon vinssent déclarer « s'il y avoit eu aucunes 
fiançailles, et cependant faire inhibitions formelles ». On lui répondit de présenter 
sa requête et qu'on y pour\'oiroit (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 368, fo 174 ro). 
Il semble donc bien qu'il existait des motifs personnels de dissentiment entre 
Pichon et Malvyn. 



22 CHAPITRE I 

ceste suyte qui va après eulx. Leur preudhomie et suffisance 
les doit relever et illustrer par dessus toute la compagnie, 
voire mesmes que la lumière de leur vertu doit faire comme 
ung grand jour à l'entour de ceus qui les acompaignent, 
quelque obscurité qu'il y puisse avoir en leur vie ou deffaut 
en leur suffisance. La justice est une vierge pudique et 
non souillée; il n'en fault point prostituer la réputation. 
C'est le vray temple d'humanité et de religion qu'il ne faut 
point polluer. Il faut que tout juge et mesmement chef de 
compaignie souveraine porte comme escriptes en son front 
et en sa vie ces belles marques d'honneur dont Horace en 
quelque lieu a qualifié ung juge incorrompu et bien loing 
de ces basses, honteuses et sordides mesnageries de la jus- 
tice. Les sceptres des roys sont apuyés et honorés par la jus- 
tice, et de ceste justice les parlementz en sont les colonnes. 
Vous leur ostés les soubassementz, sy les chefz et les prin- 
cipaulx ministres d'icelle sont couvertz de honte et d'infa- 
mie et partant contemptibles au peuple. Les liaisons, les 
ressortz et les enchesnementz du peuple avec le roy se 
font par le moyen d'icelle, laquelle, venant à perdre la 
reverance qu'elle doit avoir envers les subjets, on sçait que 
la majesté du prince n'en est point si respectée et si redou- 
table. Les malheurs du siècle d'aujourd'huy n'en sont que 
trop fidèles et irréprochables tesmoings... » '. 

Cette belle page, fortement pensée, fermement écrite, 
heureusement allégée des « grâces » et des « pointes » 
« recueillies d'aucuns auteurs grecz et latins de la première 
marque » qui surchargeaient la rédaction primitive % et 

1. Ms. Delpit, fos 6i ro-68 ro. — Voir le texte entier de la remontrance à 
l'Appendice, no IV. 

2. Malv\'n le regrettait presque dans une lettre, probablement adressée à La 
Moihe-Fénelon, qu'on trouvera à l'Appendice, no XXXII. 



LE MAGISTRAT 2} 

dans laquelle Malvyn, s'élevant sans effort aux plus hautes 
idées générales, trouvait parfois pour les traduire des expres- 
sions vives et des images que n'eût pas désavouées Mon- 
taigne, fait grand honneur à son talent et à son caractère. 
Elle nous révèle un écrivain de race et aussi un honnête 
homme. La remontrance tout entière était un acte de cou- 
rage. Le Parlement n'osa pas se ranger tout d'abord à l'opi- 
nion de Malvyn, qui demandait que Pichon fût remis au 
rang qu'il avait lors de sa démission, en exprimant le vœu 
qu'il résignât son office aussitôt après sa réintégration. A 
l'audience du 23 novembre, Pichon obtint de « garder son 
ancien rang », c'est-à-dire d'être placé le troisième. Mais 
quelques jours plus tard, le 7 décembre, les chambres assem- 
blées décidèrent qu'il serait mis au onzième rang, et le con- 
seiller du Bernet fut député pour en dire les raisons au 
Grand Conseil '. L'avis de Malvyn prévalut donc ; mais il 
put craindre que sa courageuse initiative lui valût quelque 
disgrâce. Bernard de Pichon avait en cour de puissants 
protecteurs, tout prêts à travestir les intentions de son 
adversaire. Malvyn, pour les prévenir, envoya le texte de 
sa remontrance à un ami, probablement La Mothe-Fénelon, 
l'oncle de sa femme, et le pria de la communiquer au 
chancelier Hurault de Cheverny, à qui il écrivit ensuite 
pour protester que le zèle de la justice et Thonneur de la 



I. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 324. — Cruseau a raconté l'affaire 
dans sa Chronique (I, 102-105). 11 nous apprend que le conseiller d'Arrérac se 
joignit à Malvyn pour s*opposer à la prétention de Bernard de Pichon. Il y a, du 
reste, dans le manuscrit, une lacune à Tendroit le plus intéressant. Le texte de la 
harangue de Malvyn et le registre secret permettent de la combler. Cruseau, qui est 
sympathique à Pichon, note que le 11 janvier 1597, le Parlement décida de faire 
rayer et biffer « plusieurs mots préjudiciables et outrageux à la compagnie » intro- 
duits dans le texte des conclusions de Malvyn insérées du registre et d'ailleurs 
tout contraires à ce qu'il avait réellement dit (1, 1 10). 



24 CHAPITRE I 

compagnie seuls lui avaient dicté son langage \ L'affaire 
n'en resta pas là. Bernard de Pichon poursuivit avec âpreté 
sa réhabilitation complète. Inscrit à la Tournelle en 1595, 
il obtint Tannée suivante de passera la Grand Chambre, où 
il occupa le rang immédiatement avant Malvyn. Le 24 no- 
vembre 1597, il fit lire au Parlement des lettres patentes 
qui le remettaient a en son rang, honeur, ordre, prérogative 
et prééminence, avec droit de présider en l'absence des pré- 
sidents et plus anciens conseillers ». Malvyn protesta de 
nouveau avec énergie, dit que ces lettres étaient « abrep- 
tices et subreptices » et qu'il n'y avait lieu de les entériner ^. 
Le lé janvier suivant, les chambres assemblées en décidèrent 
l'enregistrement, mais Pichon fut « exhorté de ne se trouver 
à présider que le moins qu'il pourroit, idem pour signer 
les arrêtz sur requêtes » K Malvyn était, on le voit, parvenu 
à faire partager à ses collègues ses scrupules à l'égard d'une 
réhabilitation imposée de force à la compagnie ^. 

Cette affaire l'avait convaincu plus que jamais de l'urgente 
nécessité d'une réforme dans la discipline et les moeurs du 
Parlement de Bordeaux. Aussi, lorsqu'en juin 1598, on 
désigna des commissaires pour en délibérer, Malvyn fut du 



1. Voir ces deux lettres à l'Appendice, nos XXIV et XXXII. 

2. Chronique de Çruseau, I, i86. 

3. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 336. — Voir le récit incomplet et 
inexact qu'a donné de cette affaire Boscheron des Portes, dans son Histoire du 
Parlement de Bordeaux, I, 359-360. 

4. La rancune de Bernard de Pichon fut tenace. Devenu président à mortier, 
lorsque, le 26 novembre 1614, .le neveu de Geoffroy de Malvyn, Geoffroy, fils 
de Jean, sieur de Primet, présenta ses lettres de conseiller en l'office vacant par la 
résignation du sieur du Noyer fils (Çhrœiique de Cruseau, II, 186) il voulut exiger 
que le récipiendaire fît à tous les présidents et conseillers la visite d'usage dont 
son oncle avait cru pouvoir le dispenser. La Cour décida qu'il la ferait, mais 
qu'elle procéderait néanmoins à la présentation des lettres (Bibl. munie, de Bor- 
deaux, ms. 369, 6, fo 1 2 vo). 



LE MAGISTRAT 25 

nombre. Les résultats de cet effort furent, d'ailleurs, mé- 
diocres. On décida que la mercuriale faite en 1586 serait 
lue deux fois Tan, à l'entrée et à l'issue du Parlement, a aux 
fins des mœurs et de la modestie » ; mais on ne put s'ac- 
corder sur la suppression des registres « qui se faisoient en 
l'audiance des procès par escript » \ Malvyn dut trouver 
une telle réforme bien illusoire. La coupable insouciance 
de ses collègues ne justifiait-elle pas la remontrance « très 
aigre et très sanglante » adressée en iéo8 par Henri IV au 
Parlement de Bordeaux, et dans laquelle on retrouve la 
plupart des griefs qu'il avait jadis articulés lui-même ? \ 
Devenu doyen en 16 12, il s'efforça, du moins, d'amender 
la forme des examens. Les candidats aux offices de judica- 
ture étaient astreints, comme on sait, à argumenter sur un 
texte de loi pris au hasard. Or V a ouverture fortuite », 
destinée à assurer la loyauté de l'épreuve, était devenue par- 
faitement certaine, en raison de l'ignorance, non seulement 
des candidats, mais aussi des présidents chargés de les 
examiner. L'argent remplaçait le mérite '. Malvyn proposa 
de corriger cet abus; nous ignorons s'il fut écouté. Très 
soucieux de restaurer les vieilles mœurs parlementaires, 
singulièrement altérées par un liemi-siècle de troubles et 
d'anarchie, il admettait pourtant, dans la pratique, l'héré- 
dité des charges : en novembre 16 14, il fut d'avis d'enregis- 
trer les lettres patentes autorisant le conseiller Jean de Gau- 



1. Chronique de Crus f au y I, 171. 

2. Voir le texte de cette harangue, tiré des reg. secr. (ms. 369, 3, p. 436-438), 
dans BoscHERON des Portes, I, 352. L'historien du Parlement de Bordeaux a 
voulu le justifier contre les reproches du roi. La remontrance de Malv^'n con- 
firme trop bien celle de Henri IV pour qu'il soit possible d'adopter sa thèse. Il est 
seulement permis de remarquer que le roi qui avait réhabilité Bernard de Pichon 
n'avait guère qualité pour dénoncer les abus. 

3. Chronique de Cruseau, II, 143. 



26 CHAPITRE I 

freteau Taîné à se démettre de son office en faveur de nos 
fils et à Texercer pourtant encore trois ans \ Il avait, lui- 
même, le 10 janvier 1597, fait enregistrer des lettres de sur- 
vivance de son état de conseiller en faveur de son gendre 
Geoffroy de Pontac '. 

Gardien jaloux des traditions du Parlement, Malvyn avait 
hérité de son père une irréductible intransigeance en matière 
religieuse \ Avec la majorité de ses collègues il estimait 
que la diversité de religion devait nécessairement causer la 
ruine de TÉtat. Ami de de Thou et de Lazare Coquelay, il 
se refusait à admettre, comme eux, que le roi pût négocier 
avec les prétendus réformés. Huit guerres civiles dont il 
avait été le témoin, l'avaient persuadé que les huguenots 
n'étaient que de dangereux rebelles. Aussi le trouve-t-on au 
premier rang parmi les magistrats bordelais qui s'efforcèrent 
d'entraver la politique pacificatrice de Henri IV. Lorsqu'au 
début de 1596 le Parlement de Bordeaux fut prié, à l'exemple 
de celui de Paris, d'enregistrer Tédit de 1377^, première 
tentative du roi pour donner satisfaction aux réformés sans 
mécontenter les catholiques, au cours de la longue discus- 
sion qui eut lieu à ce propos, Malvyn opina, le 21 février, 



1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 6, fos 7 vo.8 r». — Voir sur ce débat, qui 
ne se termina que le 16 janvier 161 5, par enregistrement sur lettres de jussion, 
V Essai geWalogique sur la famille Ganfreteau de Jules Delpit {Chronique bordelaise 
de Gaufreteau, II, 323-326). 

2. Chronique de Cruseau, I, 158. 

3. Il fut, comme lui, un des protecteurs du collège de la Madeleine, fondé par 
les Jésuites, et l'un des conseillers à qui Henri III adressa, le 19 février 1581, des 
lettres patentes confirmant l'union du prieuré de Saint-Sauveur de la ville de Saint- 
Macaire au prieuré Saint-Jacques et au « collège de la companie du nom de Jésus 
estably en ceste ville ». (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, fo 91 ro-v©). 

4. Le Parlement de Paris avait enregistré l'édit de 1 577 en février 1 595 (Anquez, 
Hist. des assemblées politiques des réfortnes de France {1^73-1622). Paris, 1859, in-8, 
pp. 116- 117). 



LE MAGISTRAT ^ 27 

« de remettre et de différer la délibération jusques à ce que 
les huguenotz y auroint obéi de leur part » '. Le surlende- 
main, la cour décida de n'enregistrer Tédit qu'en partie. Le 
9 juillet suivant, le maréchal de Matignon vint à Taudience, 
porteur de lettres de jussion impératives, « pleines d ou- 
trages et de menaces ». Il fit lire aussi une lettre que le roi 
lui avait écrite pour l'informer qu'il était décidé, en cas de 
refus, à suspendre et interdire le Parlement. Le lendemain, 
l'édit fut enregistré, mais avec cette réserve qu'il serait sursis 
à l'exécution jusqu'à ce que <r ceuls de l'opinion nouvelle 
eussent remis l'exercice de la relligion catholique, aposto- 
lique et romaine par toutes leurs villes, places et châteaux 
qu'ils tienent, libre et continuel, ensemble les beneficiers en 
leurs biens et bénéfices, et les biens des catholiques entre 
les mains des propriétaires * ». C'était l'avis de Malvyn qui 
prévalait. Quelques jours après, il était désigné avec les 
présidents de Nesmond et de Gascq pour aller exposer au 
roi les motifs du Parlement ^ La mission était peu agréable : 
les trois députés furent heureux d'en être déchargés le 
23 août, à la nouvelle que Henri IV mandait le premier 
président Guillaume Daffis en personne afin de prendre 
part à l'assemblée qu'il réunissait à Compiègne « pour l'as- 
sister sur la reformation de la religion » *. 

Trois ans plus tard, le Parlement de Bordeaux était 
invité à enregistrer l'édit de Nantes. L'opposition ne fut pas 



1 . Chronique dr Cruseau, I, 131. — La discussion, commencée le 9 janvier, ne fut 
terminée que le 23 février. 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 327. — Chronique de Cruseau, 1, 
144. Le reg. secr. place l'intervention de Matignon et l'enregistrement le 24 et le 
25 avril. 

3. Le 17 juillet (CJn-onique deCruseau, I, 145). 

4. Chronique de CruseaUy I, 147. 



28 CHAPITRE I 

moins vive qu'en 1596. L'édit fut apporté le 13 juillet 1399 ' 
par le maître des requêtes Pontcarré. La délibération, aussitôt 
commencée, dura jusqu'au 21 août. Le vendredi 13, dit 
Cruseau, « le sieur de Cessac opina plus longuement et 
élégamment que profitablement pour conclusion * ». Nous 
possédons les brouillons autographes de deux discours dans 
lesquels Malvyn développa son opinion : ils justifient en 
partie l'appréciation plutôt malveillante de Cruseau K Le 
premier, long, diffus, surchargé de citations classiques et 
d'allusions mythologiques, est plutôt une dissertation histo- 
rique et théologique sur l'impossibilité absolue d'admettre 
deux religions « également dominantes et de pareille autho- 
rité » à vivre côte à côte dans un État, qu'une discussion 
méthodique et précise des avantages concédés par l'édit aux 
réformés. L'orateur n'a pas évité le péril qu'il signalait pour- 
tant dans son exorde: sans « étoile du nord pour guide », il 
a parfois perdu de vue son « grand chemin » et s'est égaré 
dans ce vaste sujet qu'il comparait à « une forest espesse et 
profonde ». Si d'ailleurs il se borne à énumérer, à la fin, les 
« particuliers inconvenientzquise descouvrent dans cestEdit 
et Articles », en ajoutant qu'il né veut pas s'attarder à « l'en- 
tourde cesescueils », s'il indique en termes trop vagues qu'il 
convient d'accordersimplement aux réformés les libertés dont 
ils jouissaient en 1585, sans doute avant l'édit du 18 juillet 
par lequel Henri III, sous l'influence de la Ligue, révoqua 
tous les édits de pacification antérieurs, son opinion n'en 

1. Il avait été enregistré le 25 février par le Parlement de Paris après plusieurs 
jussions. 

2. Chronique de Cruseau^ I, 221. Le 11, Malvyn s'était levé, après le sieur de 
Mérignac aîné a pour n'opiner poinct, car il n'avoit du temps assés, puisque Thure 
estoit tarde ; fust dict que monsieur le praisident ne pouvoit rompre le rang, car 
le dict sieur vouloit sauter à un autre rang » (Id., I, 220). 

3. Voir le texte de ces deux morceaux à l'Appendice, no V. 



LE MAGISTRAT 29 

est pas moins très nette : Tédit de Nantes n'est qu'une con- 
cession étrange et déplorable faite par un roi victorieux à 
des sujets rebelles, l'exécution trop loyale d'une promesse 
arrachée par leur « extrême importunité » à l'heure critique 
où « la fortune de la France se disputoit au siège d'Amiens ». 
Dans un second discours, Malvyn essaya de conclure : il 
s'éleva avec véhémence contre l'institution des chambres 
mi-parties et justifia le Parlement, en termes embarrassés, 
d'être mû, en cette affaire, par de basses considérations 
d'argent. II déclara qu'il lui paraissait impossible de a passer » 
cet article. Se faisait-il illusion sur l'efficacité de la résistance 
qu'il conseillait? C'est peu vraisemblable. Il n'ignorait pas 
que Henri IV avait déjà brisé celle du Parlement de Paris et 
que l'issue du conflit était certaine '. 

Les magistrats bordelais décidèrent d'enregistrer tous les 
articles de l'édit de Nantes qui reproduisaient ceux de l'édit 
de 1577, plus quelques autres déjà vérifiés en 1596. Ils 
réservèrent deux points principaux : le plus ample exercice 
de leur religion accordé aux réformés et leur admission 
aux charges publiques. Une députation fut chargée de 
présenter au roi des remontrances dans ce sens. Malvyn fut 
désigné pour en faire partie avec le président de Nesmond 
et le conseiller de Lescure \ Nesmond porta la parole; dans 
sa harangue il exprima, comme l'avait fait Malvyn, la sur- 
prise profonde qu'avaient causée au Parlement les conces- 
sions accordées sans nécessité par le roi à des sujets rebelles '. 

1. Les papiers de Malvyn renferment une copie de la fameuse harangue 
adressée par Henri IV au Parlement de Paris, le 7 janvier 1599, pour le décider à 
enregistrer l'édit. 

2. Chronique de Cruseau, I, 224. — Le procureur général Jacques Desaigues avait 
été d'abord désigné ; sa santé ne lui permit pas d'accepter. Il mourut le 30 janvier 
1600 (ihid.^ I, 230). 

3. Voir le texte de ce discours dans les Remontrances, ouvertures de palais et 



30 CHAPITRE I 

Henri IV loua fort, paraît-il, Téloquencc de Torateur ', mais se 
contenta de répondre qu'il entendait être obéi. Malvyn laissa 
ses deux collègues reprendre le chemin de Bordeaux pour 
aller faire connaître au Parlement la volonté royale. Il pro- 
longea son séjour à Paris jusqu'après leur départ. Le 8 jan- 
vier, Nesmond et Lescure étaient de retour; le 26 et le 27 
ils rendirent compte de leur mission. Le maréchal d'Ornano 
et le chancelier, pour vaincre la résistance des magistrats 
bordelais, leur rappelèrent par lettres ce qu'avait déjà dit 
Malvyn dans sa harangue : que le roi avait promis aux 
huguenots de leur donner l'édit et que « sa foy y estoit 
obligée ». Le 8 février, l'édit fut enfin enregistré, mais avec 
la mention suivante : a Du très exprès et réitéré comman- 
dement du Roy et sans aprobation d'autre religion que de 
la catholique, apostolique, romaine * ». Le Parlement tra- 
duisait en acte la pensée que Malvyn avait exprimée : 
a J'ayme mieus que le Roy le face de son authorité que s'il 
le faisoit par nostre intervention et consentement. S'il y a 
du bien, le Roy en aura toute la louange; si au contraire, 
nous en serons exempts et deschargés et devant Dieu. et 
devant les hommes. » 

Le 3 septembre suivant, la cour reçut une lettre de cachet 
du roi la remerciant de ce qu'elle avait publié l'édit de 
Nantes; en même temps le chancelier Villeroy l'informait 
que les réformés avaient obtenu que la Chambre de l'Édit 
siégeât à Nérac. On procéda aussitôt à la nomination du 



arrêts prononcés en robes rouges par Mess ire André de Nesmond^ seigneur de Che:^aCy 
premier président au Parlement de Bordeaux^ Poitiers, 1617, in-40, pp. 51-69. 

1. Cest ce que dit le P. Garasse dans son oraison funèbre du président de Nes- 
mond, imprimée en tête des Remontrances. 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, pp. 348-349. — Chronique de Cruseau, 

I, 230-232. — BOSCHERON DES PORTES, I, 326. 



LE MAGISTRAT 3I 

président et des six conseillers catholiques qui devaient en 
faire partie. Henri IV avait exprimé le désir que Ton choisît 
« des personnes sages et modérées ». Le Parlement désigna 
le président de Nesmond, Malvyn, Montaigne et Tarneau 
le jeune ', de la Grand Chambre, Le Blanc * le jeune, La 
Vergne ' et La Chèze ^, des Enquêtes K Attendus avec 
impatience à Nérac, où les consuls, flattés de leur venue, 
exhortaient les habitants à les bien accueillir « en leur fai- 
sant honnestesprix desloagesdes maisons», et dépensaient 
sans compter soixante-dix livres pour la construction de la 
chambre de l'audience dans la grande galerie du château, 
les conseillers, après avoir pris congé de la cour, firent, le 
jeudi 15 mars 1601, une entrée solennelle dans la ville, 
escortés des magistrats municipaux qui étaient allés à leur 
rencontre « jusques par delà Barbaste », avec quatre-vingts 
hommes à cheval. A la porte, les officiers de justice les 
saluèrent et leur marquèrent le merv^eilleux contentement 
de tous de l'ouverture prochaine de la Chambre. Le dimanche 
suivant, dans la tour du château destinée à la chapelle, la 
messe fut chantée pour la première fois ^. Le jeudi 29 ^ eut 

1. Joseph de Tarneau, conseiller lai le i6 juillet 1580. 

2. Jacques Le Blanc, conseiller lai le 26 mars 1586. 

3. Pierre Charles de la Vergne de Guilheragues, conseiller lai le 30 novembre 
1587. 

4. Léonard de la Chèze, conseiller lai en septembre 1591. 

5. Chronique de Cruseau^ I, 256. — Les réformés réunis en assemblée générale à 
Sainte-Foy, le 1 1 octobre, désignèrent pour faire partie de la Chambre Rossannes, 
Treilles, Maurin, Rabar, Peiruqueau et Fétineau, qui présentèrent au Parlement 
leurs lettres de provision le 19 décembre (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, 
p. 370). Cf. Chronique d'Isaac de Pérès, p. 90 et Élie Benoît, I, 278, et sur l'as- 
semblée de Sainte-Foy, Anquez, o/>. cit., pp. 207-212. 

6. Chronique d*IsiUic de Pérès, pp 103-105, 106, 107-108. Cette chronique, 
oeuvre d'un consul protestant de Nérac, renferme des détails très vivants sur le 
séjour dans^cettc ville de la Chambre de TÉdit. Les reg. secr. placent inexactement 
le 1 5 mars le départ de Bordeaux des conseillers. 

7. Et non le 22, comme le dit Boscheron des Portes, I, 329. 



32 CHAPITRE I 

lieu la première séance de la Chambre. Une grande assem- 
blée de peuple était accourue de toutes parts pour admirer 
les robes rouges des conseillers et ouïr la harangue du pré- 
sident de Nesmond, « laquelle dura deux heures pour le 
moins » \ 

Nérac, capitale des rois de Navarre, était depuis quarante 
ans le principal boulevard de la Réforme en Guienne. Les 
habitants étaient en majorité protestants. Les conseillers 
réformés avaient chance de n'y pas être molestés. C'était la 
raison pour laquelle Henri IV avait désigné cette ville, au 
lieu d'Agen, comme siège de la Chambre. La mesure était 
sage; elle prouve que l'opinion catholique n'acceptait l'édit 
de Nantes qu'en frémissant. Elle eut une conséquence que 
le roi n'avait peut-être pas prévue. Le premier soin de Nes- 
mond et de ses collègues bordelais fut d'appliquer stricte- 
ment l'article 3 de l'édit en s'employant avec zèle à rétablir 
officiellement le culte catholique. Le dimanche 16 avril, 
ils assistèrent à la procession des Rameaux. Le parcours de 
cette procession fut très restreint. Ce fut une manifestation 
modeste, destinée à tâter l'opinion d'une population qu'on 
sentait hostile. Le jour de Pâques, on réentendit sonner 
les cloches à Nérac. Jean du Chemin, évêque de Condom, 
à la requête du président et des six conseillers catholiques, 
en avait envoyé une pour annoncer la messe, « chose, 
dit le chroniqueur Isaac de Pérès, qui fut trouvée fort nou- 
velle » \ Le 21 juin suivant, jour de la Fête-Dieu, une pro- 
cession solennelle fut faite par toute la ville. Les consuls 



1 . Chronique iV Isaac de Pérès, pp. 109-1 11. — Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 
5> P* 375- — Nesmond, prenant pour texte le premier article de Fédit de Nantes, 
parla de « TAmnestie ou T Assoupissement des injures passées ». Voir sa 
harangue dans les Remontrances, pp. 70-110. 

2. Chronique d* Isaac de Pérès, p. 114. 



LE MAGISTRAT 33 

protestants avaient essayé de résister en s'opposant à ce que 
les rues fussent tendues. La Chambre rendit un arrêt disant 
que les habitants souffriraient que la façade de leurs maisons 
fût tendue à la diligence et aux dépens des catholiques. 
Uévêque de Condom marchait sous le pavillon, précédé de 
vingt-quatre ou vingt-cinq prêtres ou moines et suivi de la cour 
et du peuple. Les protestants se comportèrent fort paisible- 
ment; le pasteur Mermet les avait, le matin, exhortés au 
calme*. Malvyn, grand ami de Nesmond et comme lui grand 
catholique, s'associa certainement à ces manifestations. Son 
ancienneté lui donnait le premier rang après le président de la 
Chambre: à Taudience il siégeait à sa droite ^ En janvier 1602, 
ses pouvoirs et ceux de ses collègues furent continués, par 
lettres patentes, jusqu'à la Saint-Martin suivante *. Le chro- 
niqueur néracais Pérès nous a conservée le souvenir d'une 
petite mésaventure, dont il fut victime à cette date. « Mon- 
sieur de Cessac, dit-il, conseiller en la Chambre de TEdict, 
demura fort offensé de certains soldatz et autres du Petit- 
Nerac, qui, faisant la patrouille par la ville, entrèrent 
jusques dans son logis, à savoir au chasteau de Birac, où il 
estoitlogé, poursuivant quelqu'un de ses gens, qui leur avoit 
jette des pierres, ainsin qu'ils passoient, ce que ledit sieur 
leur ayant remonstré, et qu'ils ne dévoient entrer en son dit 
logis avec les armes, ils ne firent pas grand cas de cela, 



1. Chronique d'Isaac de Pérès , pp. 115-116. Le P. Garasse, dans son oraison 
funèbre, loue le président de Nesmond d'avoir rétabli la procession de la Fête-Dieu à 
Nérac (Reffiotitrances, p. 13). 

2. Chronique iVlsaac de Pérès, p. 114. M. de Feydeau, président protestant, sié- 
geait à la gauche de Nesmond, qui « tenoit le coing n, 

3. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 386. — En novembre 160 1, le Par- 
lement avait porté à trois présidents et dix-huit conseillers le nombre des membres 
de la Chambre de l'Édit (ihid,^ pp. 377-378, 380-381. Cf. Chronique de Cruseau, I, 
282). 

COURTEAULT. J 



34 CHAPITRE I 

ains se portèrent fort indiscrètement jusques à luy dire 
qu'il feroit bien de se retirer, luy présentant la poincte des 
hallebardes à l'estomac, duquel excès il fit plainte, le lende- 
main, à la Court, et y eust quelque information decrettée 
de prinse de corps contre quelques-uns qui passèrent le gui- 
chet. Enfin estant ledit S^ de Cessac prié de quitter ccste 
offense tant par les consulz que amis, il s'accorda, et n'en 
fust autre chose. Ce fust le 3^ janvier 1602 ' t. 

Nous sommes mal renseignés sur l'œuvre judiciaire de la 
Chambre de l'Édit. Nous savons seulement que plusieurs 
condamnations capitales furent prononcées ^ Il semble bien, 
que les passions religieuses, encore très vives, rendirent diffi- 
cile la tache des conseillers. Malvyn, qui avait déjà constaté 
l'impuissance de la Chambre d'Agen de 1578, dut prendre 
part avec quelque scepticisme aux travaux de celle de Nérac. 
Il ne croyait pas à l'efficacité de ces juridictions mi-parties 
et il eût sans doute trouvé trop optimiste l'impression, 
dénuée pourtant d'enthousiasme, que l'un de ses successeurs, 
Cruseau, consignait l'année suivante dans sa chronique : 
(c Nous vacasmes à l'exercice de nos charges le moins mal 
que faire se peust et avec beaucoup d'accord et de patience. 
Mais je croys que la prudence de messieurs les prassidents 
furent Qic) cause de si bonne harmonie qui dura jusques sur 
la fin de l'année'. » C'est sans regret qu'au mois d'octobre 
1602, il quitta Nérac avec ses collègues catholiques, relevés 
comme lui de leurs fonctions, pour rentrer à Bordeaux ^. 



1. Chronique d'haac de Pérès y p.- 124. 

2. PÉRÈS les mentionne sous les dates du 7 janvier, 7 février et 4 mars 1602 
(pp. 125, 126, 127). 

3. Chronique de Cruseau, I, 319. 

4. Sur le départ de Nérac du président de Nesmond, qui eut lieu le !«'' octobre, 
voir la Chronique de PnèSy p. 135. Le 10 novembre, les nouveaux commissaires 
arrivèrent à Nérac. C'était le président Gentils de Cadillac, et les conseillers 



LE MAGISTRAT 3 5 

11 y reprit son siège à la Grand Chambre. Lorsque, à la suite 
de l'assassinat de Henri IV, le Parlement décida d'envoyer à 
la cour une députation composée du président de Cadillac, 
du premier président à la première des enquêtes Guillaume- 
Jacques de Mons, du conseiller Guy de Lestonnac et du procu- 
reur général Guillaume Desaigues, « pour alerrecognoistre Ses 
Magestés ' », ce fut Malvyn qui rédigea la lettre que la com- 
pagnie adressa au prince de Condé, gouverneur de Guienne, 
pour lui annoncer la visite des quatre commissaires \ Un 
an plus tard, le prince vint à Bordeaux pour accommoder le 
différend survenu entre M. de Roquelaure, lieutenant de 
roi et M. de Barrault, maire de la ville '. Il arriva en poste 
le dimanche 29 juillet. Le Parlement députa, pour aller le 
saluer en son logis, rue du Chapeau-Rouge, « chez M. Martin 
Taudiencier », le premier président Daffis, le président à mor- 
tier de Redon de Pransac, les conseillers de Malvyn, de 
Montaigne, de Massiot, de Camain, d'Arrérac, de Gaufreteau 
le jeune, de Lancre et Dunoyer, l'avocat général de Mul- 
let et le procureur général Desaigues *. Pendant son séjour 



Jacques de Guérin, Jean de Bonneau du Verdus, Etienne de Cruseau, Jean de 
Métivier, Pierre de Lancre et Pierre de Méngnac (Chronique de Pérès, p. 137-138. 
Cf. Chron, de Cruseau^ I, 310). Le marquis de la Force, envoyé par le roi, assista 
à Taudience d'ouverture (Bibl. munie, de Bordeaux, jms. 369, 5, p. 402). 

1. Le 15 juin, d'après Cruseau (II, 81), le 16 d'après les reg. secr. (ms. 369, 5, 
p. 471). 

2. Voir une épitre en vers latins qu'il adressa aussi, à cette occasion, à Guy de 
Lestonnac. (Appendice, n» XIV.) 

3. Sa venue « estonna force gens». M. de Roquelaure et M. de Barrault étaient 
en désaccord au sujet de la nomination des jurats. Le prince les fit etnbrasser le 
mardi 31 juillet, et le lendemain fit procéder, selon la coutume, à l'élection des 
lurats. « Les gens de bien et d'honneur en furent fort contens » (^Chronique de 

Cruseau y II, 144-14$). Voir, sur ce séjour, Ra venez, H i st. du cardinal François de 
SourdiSf pp. 232-233, et sur le voyage du prince en Guienne, Duc d'AuMALE, 
Histoire des princes de Cofdéy III, 16-17. 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, p. 540-544. 



36 CHAPITRE I 

à Bordeaux, le prince s'occupa, entre autres affaires, d'obte- 
nir du Parlement la vérification du don d'une charge de 
conseiller, que le roi lui avait octroyée et que la cour avait 
obstinément refusé d'enregistrer, en dépit de cinq jussions. 
Il pria les conseillers des enquêtes « de l'assister en sa 
poursuitle ». A l'audience du 12 août, le premier président 
appela l'affaire. Malvyn, en sa qualité de doyen, avait été 
chargé du rapport. Après lecture de la cinquième jussion, 
il « opina fort doctement in uiramque partem, mais enfin il 
se resolust à la vérification ». La majorité se rangea de son 
avis par vingt-deux voix contre dix-sept. Le prince de Condé 
fut aussi content de ce succès, dit Cruseau, que s'il avait 
gagné un duché ou une bataille, et il envoya remercier tous 
les conseillers '. 

L'autorité que lui donnaient son titre de doyen et son 
humeur conciliante le désignèrent encore pour apaiser un 
différend, qui survint, en février 161 3, entre deux person- 
nages également irascibles, le cardinal François de Sourdis 
çt le maréchal deRoquelaurc. Le cardinal avait fait en 1608 
une ordonnance somptuaire interdisant de recevoir dans les 
églises les femmes qui ne seraient pas voilées. M*"^de Roque- 
laure s'étant présentée au couvent des Carmes, pour y 
assister aux oraisons des quarante heures, dans une toilette 
qui ne tenait nul compte de cette ordonnance, elle en fut, 
sans aucun égard, « ignominieusement » expulsée. Le maré- 
chal vint se plaindre au Parlement qui désigna Malvyn, 
Montaigne et le procureur général pour demander des expli- 
cations au cardinal. Le 6 février, François de Sourdis se pré- 
senta à l'audience et exposa qu'il avait simplement fait 
appliquer à M"^^ de Roquelaure une ordonnance générale. 

I. Chronique lie Cruseauy II, 1 19-122. 



LE MAGISTRAT 37 

Malvyn et ses collègues transmirent cette explication au 
maréchal et parvinrent à la lui faire accepter '. 

Le dernier événement historique de la vie de Malvyn 
fut le séjour de Louis XIII à Bordeaux en octobre-novembre 
1615, à l'occasion de son mariage avec Anne d'Autriche et 
du mariage de sa sœur Elisabeth de France avec le fils de 
Philippe in. Le roi et la cour, partis de Paris le 17 août, 
arrivèrent à Bordeaux le mercredi 7 octobre. Le dimanche 
furent célébrées les fiançailles et les épousailles d'Elisabeth et 
du prince d'Espagne, représenté par le duc de Guise. La céré- 
monie eut lieu à Saint-André en grande pompe. Le Parlement 
s'y trouva en robes rouges; les conseillers avaient pris place 
dans les stalles des chanoines '. Le samedi 21 novembre, la 
nouvelle reine de France fit son entrée dans Bordeaux. Le 
surlendemain, «. sur les trois heures après midy », toute la 
cour alla la saluer en son logis '. Le dimanche 29, les deux 
souverains firent leur entrée solennelle. Tous les présidents 
et conseillers se réunirent au palais de l'Ombriére et à deux 
heures de l'après-midi partirent, en corps, à cheval « en 
housse », pour porter leurs hommages au roi et à la reine, 
qui les attendaient aux Chartreux sur un échafaud '*. Quelques 
jours avant, toute la ville avait été mise en émoi par le 
grave différend survenu entre le Parlement et le maréchal 
de Roquelaure à l'occasion de l'exécution d'un gentilhomme, 
le sieur de Haut-Castel, condamné à mort pour avoir commis 
quatorze meurtres, « brûlements, pilleries et autres ravages ». 

1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, pp. 583-584. Cf. Ra venez, op. cit,, 
pp. 249-251. 

2. Louis XIII à Bordeaux y relation inédite publ. par Tamizey de Larroque dans 
les Puhlicatiotts de la Société des Bibliophiles de Guyenne^ II, 249. 

3. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 6, fo 42 vo. 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369,6, fo* 44-ro, 47 ro . — Lotiis XIII à Bor- 
deaux, p. 259. 



38 CHAPITRE I 

A la suite de laudience du mardi 17 novembre, où le maré- 
chal et le premier président Daffis avaient échangé des paroles 
très vives, on décida « qu'il seroitbon quele sieurde Malvin, 
doyen de la cour, et le sieur de Camain, agréables audit 
sieur de Roquelaure, iroint vers lui pour le prier de vouloir 
oublier ce qui s'estoit passé entre luy et ledit sieur d'Affis, 
praesident, qui n'avoit heu volonté de Tofifencer, mais de 
reprsesenter le service du Roy » '. Le différend, un instant 
apaisé par la diplomatie de Malvyn et de Camain, reprit 
de plus belle par suite de l'intervention violente du cardinal 
de Sourdis \ 

Le roi s'apprêtait alors à regagner Paris. Maïs le retour 
n'était rien moins que sûr : le 27 juillet, le prince deCondé 
avait pris les armes avec Mayenne, Bouillon et Longue- 
ville, dans le dessein d'empêcher les mariages espagnols, et 
son armée, grossie des huguenots mécontents, se trouvait 
en Poitou, barrant la route du retour '. La cour était à la 
merci d'un coup de main. Le Parlement supplia Louis XIII 
de rester à Bordeaux. Le 7 décembre, Malvyn opina le premier, 
et ses collègues se rangèrent tous à son avis. Il fit valoir que le 
roi n'avait pas de troupes; il évoqua le souvenir de la bataille 
de Poitiers et insista sur le danger qu'il y avait pour le sou- 
verain à exposer toute la France en exposant sa personne^. 
Louis XIII et sa mère agréèrent ce prudent conseil et pro- 
longèrent leur séjour à Bordeaux. Le 10 décembre, le roi 
tint au palais de l'Ombrière un lit de justice. Lorsqu'il 
descendit de cheval, la cour délégua, pour le saluer, les pré- 
sidents Daffis et de Pichon « avecq douze conseillers plus 

1. Chronique de Cruseau, II, 198. 

2. Voir BoscHERON DES Portes, I, 382-400 et la bibliographie de Taffaire 
Haut-Castel donnée par T. de Larroque, Louis XIII à Bordeaux, p. 257, n. 2. 

3. Duc d'AuMALE, Hisl. des princes de Coiidéy III, 50-61. Le duc de Nevers s'en- 
tremit et, en mai 1616, la paix fut signée à Loudun. 

4. Chronique de Cruseau, II, 216. 



LE MAGISTRAT 59 

anciens autres que le doyen » \ Geoffroy de Malvyn atten- 
dant sur son siège le jeune monarque personnifia vraiment, 
ce jour-là, le corps parlementaire tout entier, jaloux de con- 
server ses traditions et de maintenir son prestige devant le 
souverain. 

Le 15 janvier 1616, on apprit à Bordeaux que loffice de 
premier président vacant par la mort d'André de Nesmond 
avait été donné à Claude Mangot, conseiller au Conseil 
d'État et maître des requêtes de Thôtel ^ Le nouveau chef 
de la cour, à peine pourvu de sa charge, s'empressa d'écrire 
au doyen une lettre où il lui marquait sa déférence et son 
estime \ Il ne vint d'ailleurs jamais à Bordeaux, et le 
27 décembre de la même année il fut remplacé par Marc- 
Antoine de Gourgues, à l'installation duquel Malvyn assista 
le 26 avril suivant ^ Dans l'intervalle, il s'était entremis une 
troisième fois avec succès entre le Parlement et le maréchal 
de Roquelaure. Ce dernier, mécontent d'un arrêt qui remet- 
tait les deniers du convoi entre les mains du sieur Patry, 
citoyen bordelais nommé par la cour et agréé par les jurats, 
avait tenté de s'y opposer par une ordonnance. Le Parlement 
s'en offensa, puis décida de négocier. Malvyn fut chargé de 
voir le maréchal. Il réussit pleinement dans sa mission : 
Roquelaure brûla son ordonnance et le vendredi 3 mars 
a fut au Palais avec parolles de reconsiliation et de bonne 
intelligence » K Si les différends entre les magistrats bordelais 



1. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. ^6()y6, f® 53 v©. — Voir sur le lit de justice le 
récit inédit des registres secrets (fo* 48 ro-58 vo), beaucoup plus détaillé, quoi qu'en 
dise Boscheron des Portes, que celui de Cruseau (Chronique^ II, 219-225). 

2. Ibid.y II, 232. Les lettres du roi sont aux Arch. dép. de la Gironde, B, 53, 

fo II. 

3. Voir appendice, n° XXX VI. — Sur Mangot, voir Communay, Le ParUimnt 
de Bordeaux, pp. 60-62. 

4. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 6, fo 160 v©. 

5. Chronique de Cntseau, II, 235. 



40 CHAPITRE I 

et le lieutenant de roi, si fréquents à cette époque, purent 
parfois se terminer à Tamiable, ce fut, on le voit, grâce à la 
modération et à l'autorité du doyen. 

Les dernières années de Geoffroy de Malvyn s'écoulèrent 
ainsi paisibles et sereines, au milieu du respect que lui 
valaient son âge, ses longs services et son mérite personnel. 
Elles furent pourtant assombries par de douloureuses 
épreuves. De son mariage avec Jeanne de Salignac il n'avait 
conservé qu'une fille, qu'il adorait. Elle avait épousé, par 
contrat du 26 avril 1 596, Geoffroy de Pontac, fils du président 
Raymond de Pontac et neveu d'Arnaud, évêque de Bazas. 
De ce mariage était né, en 1599, un fils qui devait être le pre- 
mier président Arnaud de Pontac. Aimée de Malvyn mourut 
prématurément en 161 1 '.La douleur du père fut immense : 
nous en avons pour preuve une belle lettre de consolation 
que lui adressa à cette occasion une dame de Bourdeille, sa 
cousine ^ M*"^ de Malvyn mourut peu après, et le vieillard 
se trouva seul : « Je cognoy, écrivait-il à un parent, que j'ay 
vescu pour néant, réduit sur mes derniers jours en une 
étrange solitude, privé de toutes mes espérances et de mes 
ressources, et n'ayant pour compaignie inséparable que mes 
ennuys. » ^ Le 10 septembre 1616, il fit son testament et 
institua pour héritier universel son petit-fils ^ Il mourut 
entre le 26 avril et le 20 septembre 16 17 S et dut être, 
selon son vœu, enterré dans l'église du couvent des Jacobins 
de Bordeaux où son père et sa mère avaient été déjà 
inhumés. 

I. COMMUNAY, Op. cit., p. IO3. 

2. Voir appendice, no XL. 
5. Voir appendice, no XXXI V. 

4. Le texte de ce document a été publié dans les Arch. }nst, de la Gir., XXVI, 

27- 

5. Procès-verbal de l'ouverture du testament de Geoffroy de Malvyn, 20 sep- 
tembre 1617 (/Tï/V/., XXVI, 31). 



CHAPITRE U 

l'humaniste 

En 1563, au lendemain de Tédit d'Amboisc, qui rendait 
la paix à la Guienne épuisée par deux ans d'anarchie et de 
guerre civile, parut à Bordeaux une élégante plaquette 
in-4° de trente-huit feuillets non chiffrés, imprimée en carac- 
tères italiques. Elle sortait des presses de la veuve Morpain, 
qui, cette même année, avait succédé à son mari François 
Morpain à la tête de l'imprimerie que lui avait transmise 
en 1542 son maître Jean Guyart '. Les magistrats bordelais, 
humanistes et bibliophiles, à qui elle fut offerte, durent 
l'ouvrir avec une curiosité sympathique. C'était, en effet, 
des vers, et des vers latins. Le premier feuillet était presque 
entièrement occupé par un titre qui promettait beaucoup : 
Gallia gemens. || De prisca Frmicorum \\ origine eorumque rébus 
gestiSy a Faramundo || tisque ad initia regni Caroli IX. semper 
Augusti, Il brenis et siiccincta, inque libros très digesta descriptio. 
Il Per Godofridum Maluinum Burdigalensem. \\ Ad obsemandis- 
simum patrem Carolum \\ Mahdmim in amplissimo Burdigalen- 
sium II Ordine Senatorem integerrimum. \\ Cineri fit Musa super- 
stes. Il Burdigalae \\ apud viduam Fr, Morpanii \\ 1^6} ^ Le livre 

1. Jules Delpit, Origines de r imprimerie en Guyenne^ Bordeaux, 1869, in-80, 
pp. 74-75. — A. Claudin, Les origines et les débuts de V imprimerie à Bordeaux y 
Paris, 1897, in-80, p. 100. — Ernest Labadie, Notices biographiques sur les 
imprimeurs et libraires bordelais des XVÎ^ , XVII' et XVIII' siècles, Bordeaux, 
1900, in-80, p. 85. 

2. Ce titre ambitieux a induit en erreur la plupart des érudits qui ont parlé 
du livre sans lavoir vu. Le P. Lelong a cru qu'il s'agissait de trois ouvrages 
distincts : 10 un poème, la France gémissante ; 20 une dissertation, De prisca 



42 CHAPITRE II 

paraissait à son heure : après les angoisses qui venaient 
d*étreindre les âmes, on se reprenait à vivre, on était disposé à 
goûter le plaisir délicat que procure une œuvre nouvelle. L'au- 
teur était, sans doute, un débutant, presque un écolier : il 

Francorum origine \ 30 De Gallorum rehus gestis.,. bret'is descriptio {Bihlioth. hisi.y 
II, n^ 15378 et 15726). D*HoziER a adopte cette erreur dans sa notice généa- 
logique; il ajoute : « Ces trois ouvrages furent imprimés à Bordeaux en 1563 » 
{Arm. gén.y 5* reg., 2* part., p. 731). Tamizey de Larroque, d'ordinaire si bien 
informé, a cru à son tour à Texistence de trois livres (^De la fondât iott de la Société 
des Bibliophiles de Guyenne, dans la Reime de Gascogne, 1866, VII, 408-409); il a 
n;éme supposé que le De prisca Francorum origine était un ouvrage d'érudition, 
publié à Bordeaux en 1 569 (Une lettre inédite de Geoffroy de Malvin au président de 
7 hou dans les Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1879, pp. 187-188), 
sur la foi de Jules de Gères, qui avait dit avant lui : « Cette dissertation est 
imprimée dans le même volume que le poème, mais ce sont deux ouvrages 
entièrement différents, et le seu qui en réunit les titres est une erreur de Bernard 
de La Monnoye. » Le même érudit avait aussi parlé avec assurance d'un recueil 
des oeuvres complètes de Malvyn qui n'a jamais existé (Alphabets de Guienne, dans 
la Province, no du 7 décembre 1877). Andrieu, dans sa Bibliographie générale de 
VAgenais, II, 106, a distingué à son tour trois ouvrages imprimés à Bordeaux en 
1563. Jules Delpit avait, par contre, décrit exactement le volume dans ses 
Origines de V imprimerie en Guyenne. M. DE Bordes de Portage, l'éminent biblio- 
phile bordelais. Ta vu et l'a fidèlement décrit à son tour ; mais, abusé par l'auto- 
rité de ses devanciers, il a cité aussi, sans donner, du reste, aucune indication 
bibliographique, le De prisca Francorum origine comme distinct (^Statistique de la 
Gironde, d'Éd. Ferff, III, 426). La Croix du Maine et Du Verdier avaient 
pourtant signalé un seul ouvrage et ils en avaient reproduit à peu près exactement 
le titre (Bibliotlx^que /ratu;oise, éd. de 1772, VI, supplément, p. 82). M. Dezeimeris 
a parlé- en plusieurs endroits de la Gallia genieus en érudit qui connaît le livre 
(Rechercljes sur V auteur des épitaplies de Montaigne, p. 24 ; Recherches sur la vie de 
Pierre de Brach, au t. II de l'édition de ses Œuvres poétiques, p. xxxvii ; De la 
Renaissance des lettres à Bordeaux, p. 60). Le seul exemplaire connu de l'ouvrage 
est à la Bibliothèque municipale de Bordeaux (n» 5589). Il est particulière- 
ment précieux. Sur le haut du titre on lit : Ex lib. Ar. de Pontac protoprœsidis 
catal. inscrip. ; et au bas : hic libellus iib De/. aullx)re hujusce datus est mihi Helio 
Bordes io quetn perlegi. Le volume est donc un don de l'auteur, et il fut plus tard 
acquis par son pctit-fils, le premier président Arnaud de Pontac. Dans l'intervalle 
il avait appartenu au poète bordelais Martin Despois, comme le prouvent les 
annotations suivantes qu'on lit au v» au titre : Helius Bordèsius. [De la main de 
Despois : ] DeJtt mihi Mart. Desposio qui eum librum perlegi datus ante ei autlem"] 
fueral ah auctorc. Ajoutons que les trois premières pièces liminaires présentent 
dans les interlignes une traduction française manuscrite. Cet exemplaire a été cité 



L HUMANISTE 43 

avait dix-huit ans à peine. Mais son nom n'était pas inconnu. 
C'était le fils d'un conseiller au Parlement très estimé de 
ses collègues. Si l'indulgence était nécessaire, elle lui était 
assurée d'avance. 

Une respectueuse dédicace du jeune Geoffroy à son 
père informait le lecteur qu'il avait composé ce poème 
aux heures de loisir que lui laissait l'étude du droit \ Dans 
une pièce liminaire de sept distiques latins, François Mon- 
caud, (c le poète crotté » de Bordeaux au xvi« siècle % com- 
parant sans hésiter l'auteur à Virgile, s'étonnait qu'il n'eût 
mis que trois mois à le faire ^ Après l'avoir achevé, il l'avait 
gardé secret pendant au moins sept mois ; mais ses amis, 
en ayant eu connaissance, l'avaient obligé à le publier. Il 
s'en excusait, invoquant, pour se faire pardonner, d'abord 
cette contrainte, puis son éducation soignée, qui peut-être 
lui permettait d'être un peu plus audacieux qu'un autre*. 



par Louis Machon dans son Catalogue des livres de la Bibliothèque de monseigneur 
Arnaud de Pontac (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 830, p. 376) avec la date 
inexacte de 1593. Sur l'histoire de cette bibliothèque célèbre, voir la notice de 
Daspit de Saint-Amand qui accompagne l'édition du Discours placé par Machon 
en tête de son catalogue (Public, de h Soc, des Biblioph, de Guyenne ^ 111,62-65). 

1 . « Horis subsecundariis quibus ab altioribus paulo literis et jurisconsultorum 
voluminibus nobis otium dabatur. » 

2. C'est le nom que lui a très heureusement donné M. Dezeimeris dans son 
Discour Sy p. 59. 

3. Quodque magis miror, quod vix Maro condidit annis 

Viginti, condis mensibus ipse tribus. 

4. a Est, inquam, quod gratuleris qui talem genueris, ut isto solo testimonio 
dubitare possis, num ad Poêticam magis quam ad Oratoriam factus videatur. De 
illo quod sentio, verbo dicam (novi enim aJolescentem). Dispeream, ejus «tatis 
in humanioribus (absit assentationis labes) consummatiorem vidi neminem. Verum 
tu ipse id novisti : taces tamen, quod scias Geoffredum tuum multos in posterum 
prîecones buccinatoresque illius egregia: suas doctrine et eruditionis habiturum, 
si eo quo cœpit gradu (quod tuis auspiciis perbelle praestabit) ad cxcellentem 
gloriam perrexerit ». 



44 CHAPITRE II 

C'était sa première œuvre : primum fœtum, disait un magis- 
trat bordelais, ami de la famille, Géraud d'Amalvy, dans 
une lettre à l'heureux père, imprimée à la suite du poème, 
où il faisait un éloge enthousiaste du jeune homme et lui 
prédisait le plus brillant avenir \ Les camarades de Tauteur, 
les jeunes avocats au Parlement qui lavaient pressé de se 
faire imprimer, s'étaient réunis pour lui faire cortège et, 
dans des pièces liminaires dithyrambiques, le célébraient 
aussi à l'envi. Etienne de Cruseau, le futur chroniqueur, 
qui n'était pas encore brouillé avec Malvyn, consolait la 
France de la mort du grand jurisconsulte Arnaud de Ferron 
en lui promettant un grand poète, et proclamait que 
l'œuvre nouvelle n'avait pas à redouter les traits des Zoïles. 
Maurice et Charles de Marcis, probablement deux frères, 
la saluaient en d'élégants distiques. Le premier se faisait 
connaître, la même année que Mahyn, par un recueil 
d'épigrammes latines % dédié à un Bordelais inconnu, avocat 
et poète, lo. Cruceus (Jean Lacroix?) qui avait, lui aussi, 
inscrit en tête de la GàlHa gemens quelques vers, où l'auteur 

1 . « Neque enim me fallit, in hac adolescentia nostra lucubratiunculas mcas 
constant! seculorum judicio et solido posteriiatis consensu minime authoratas iri. 
Verumenimvero mihi nonnihil et ipse inJulgere soleo, qui cum necessitudini 
multum esse tribuendum autumem, tum etiam adolesccnti liberaliter instituto 
neque ignobili majorum série et sordida plebeiorum nataliuni conditione hebescenti 
supra multitudincni aliquid audendum existimem » (Dédicace à Ch. de Malv\Ti). 

2. Mauritii Martii, BurdtgaJensis Epigrannmta, Burdigalae, 1563, pet. in-40^ 
16 ff. Le seul exemplaire connu est à la Bibliothèque nationale (Yc 8349). Les 
pièces contenues dans ce recueil sont dédiées au président Christophe de Roffignac, 
à Tarchevéque de Bordeaux Antoine Prévost de Sansac, au président Nicolas 
Bohier, aux conseillers Joseph de la Chassaigne, Joseph de Valier, Etienne de La 
Boétie, Jean de Rignac, à Antoine de Gouvéa, à Rodolphe Dubert, abbé d'Uzerche, 
à Elie Vintt. On y trouve aussi des épitaphes du président René de Brinon et de 
Tristan de Moneins, une pièce Ad urbeni Burdii^iilam , une autre Ad Ausoniutn, de 
Porticu et Amphiteatro Bitrdi^. Une des pièces à Joseph de La Chassaigne a pour 
sujet la villa d'Ausone, nom donné parle conseiller, grand amateur d'archéologie, 
à sa propre villa. 



L HUMANISTE 45 

était mis au-dessus de Lucain pour avoir, à dix-huit ans, 
achevé un aussi long poème. Le même éloge lui était 
adressé par Pierre Paschal, avocat aussi au Parlement, 
plus tard maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi 
de Navarre, avec qui Malvyn conservera d'amicales relations, 
attestées par une lettre où, pour le remercier de lui avoir 
obtenu un arrêt favorable, Paschal lui envoyait de Cadillac 
une églogue de Buchanan \ Ce concert d'éloges hyperbo- 
liques, dans le goût du temps, était un peu redoutable 
pour le jeune étudiant en droit. Son poème répondait-il à 
ces magnifiques promesses? 

Il débute par un exorde à grand fracas : une impré- 
cation de la France (Gallià) invoquant toutes les divinités 
de la terre et des enfers et souhaitant de voir les plus grands 
maux se déchaîner. Revenue à elle, elle demande pardon 
aux dieux et supplie en particulier Jupiter d'avoir enfin 
pitié de son lamentable état. Puis elle entame brusquement 
l'histoire des premiers âges de la Gaule et fait naturellement 
un tableau de l'âge d'or, époque bénie où régnaient la paix 
et la fraternité : 

Civilisque cruor per Gallica jugera nondum 
Fluxerat, et calido nondum de vulnere nostri 
Fervebant agri^.. 



1. Voir cette lettre à l'Appendice, no XXXVII. — M. Paul Bonnefon, 
dans son étude sur Pierre de Pascîkil, historiographe du roi (1^22-1^6;), Paris- 
Bordeaux, 1883, in-40, p. 45, no 2, a distingué rhistoriographe de Henri II de 
son homonyme, le maître des requêtes du roi de Navarre. Il a commis une 
légère erreur en conjecturant que ce dernier déposa, le 9 décembre 161 3, dans 
l'inquisition sur l'âge, la vie et les moeurs de Pierre de Lestonnac, faite par 
Geoffroy de Malvyn et Jacques de Lescure (Arch. hist. de la Gir., VIII, 289-290). 
Le Paschal qui figure. dans cet acte étant âgé de 40 ans ou environ, était le fils de 
celui dont nous parlons ici et qui était mort â cette date. 

2. Lih. /(v. 49-5 0- 



46 CHAPITRE II 

Les premières inventions produisirent tous les maux, ^ntre 
autres la guerre. Si, du moins, on n'avait jamais connu 
que la guerre étrangère! Cette réflexion amène un éloge 
des vertus militaires des Gaulois, que la France, après avoir 
invoqué la Muse, va chanter. Elle rappelle leurs exploits au 
delà des Alpes, la victoire de TAUia, la prise de Rome et 
cette invasion renouvelée en ce siècle par les guerres 
d'Italie, auxquelles elle fait allusion en vers assez raboteux : 

Hinc semper mansit nostris exterrita telis, 
Signaque pertimuit, nostrae sobolisque refugit 
Congressum, et pavida trépidât formidine, campis 
Insultare Italis ardet si nostra juventus ' . 

Suit une brève énumération des autres conquêtes des Gau- 
lois en Espagne, en Germanie, en Grèce et en Asie. A cet 
âge de fer succède une période de paix ; puis, par la volonté 
des dieux, la Gaule change de visage et une population 
nouvelle y apparaît : 

Et nova forma subit, subit et novus incola terras *. 

Après avoir repris du cœur en invoquant de nouveau les 
Piérides, la France commence Thistoire du Troyen Francus. 
Au lendemain de la rui ne de Troie, Francus, de la race d'Hector, 
s'éloigne de sa patrie sur des navires. Le dieu marin Triton sou- 
lève une tempête : les vaisseaux se brisent sur des rochers. Les 
Troyens descendent à terre et Francus les exhorte à reprendre 
courage en leur rappelant les épreuves qu'ils ont déjà subies. 
Après l'orage viendra le beau temps; un grand peuple sortira 
d'eux, grand par la puissance, grand aussi par la gloire des 
lettres dont il prédit la renaissance : 

1. Lib. I (v. 1 10-114). 

2. Id. (v. 180). 



l'humaniste 47 

Inferet h«c sacros latices, Pindique virentis 
Umbriferos saltus patrias deducet in oras *. 

Puis il leur décrit le lieu où ils fonderont une ville, qui 
sera maîtresse du monde : c'est Paris, c'est le vaisseau de 
la Cité allongeant sa proue entre les berges de la Seine : 

Sequana qua refugus volucri se proripit Euro 
Ocyor, arvaque caeruleis flaventia lambit 
Undis, vocales cursuque elidere ripas 
Nititur, extenso se porrigit insula rostro : 
Faucibus arctatur, medio mox pandere sese 
Incipit, et fuso paulatim vertice fluctus 
Longius abstractos scindit, seseque reducens 
In morem puppis coit, et jam cogit in unum 
Divisos fluctus perrupti et fluminis alveum '. 

Telle est la prophétie qu'Apollon a faite à Francus. Les 
Troyens reprennent la mer. Ils parcourent l'Hellespont, 
le Pont-Euxin, la Propontide, le Bosphore, passent devant 
le Tanaïs et le pays des Sarmates, traversent le Palus Méo- 
tide, naviguent sur le Phase en Colchide, près des monts 
Riphée. Ils échappent aux roches Symplégades, laissent 
derrière eux Paros, Naxos, les Cyclades, franchissent la mer 
deCarpathos, les Syrtes et arrivent enfin en vue de Carthage. 
L'énumération géographique est ici interrompue par une 
invocation de Francus, qui souhaite de voir arriver la fin 
de ce long voyage. La France, ou plutôt l'auteur paraît 
aussi pressé d'en finir et, après avoir conduit son héros 
sur les côtes de Sicile en citant au passage tous les lieux 
illustrés par la poésie classique, il l'amène en vue de l'Italie, 
puis tourne court et déclare qu'il lui est impossible de retra- 
cer tant d'aventures. 



1. Lib, /(v. 270-272). 

2. Id. (v. 275-284). 



48 CHAPITRE II 

Francus, au bout de dix ans, aborde au pays des Teutons, 
qu'il nomme Franconie, et s'y établit. Le poète célèbre cette 
contrée qui resta toujours indépendante de la domination 
romaine, et en indique les bornes. Francus la civilise, lui 
donne des lois et meurt. Un fléau terrible oblige ses descen- 
dants à la quitter. Ils vont consulter l'oracle d'Apollon, qui 
leur ordonne d'aller se fixer en Gaule, où ils fonderont 
une nation destinée à régner sur le monde. Marcomir, leur 
chef, les y engage à son tour : 

Dardanio socii demissi stipite, tempus 
Ecce venit, Divum auspicio, que poscimur arvis 
Gallorum ; antique hic fas régna resurgere Trojae. 
Francia de Franci dicetur nomine tellus ^ 

Les Francs passent le Rhin et, en quatre vers, mettent en 
pièces les armées romaines. Le poète brusquement rend la 
parole à la France : elle se lamente sur la triste destinée 
qui veut qu'à peine sortie d'une guerre, elle retombe dans 
une autre, et rappelle brièvement la conquête de la Gaule 
par les Romains. Marcomir affranchit le pays de leur joug 
et meurt. Pharamond est proclamé roi des Francs ; il leur 
donne des lois. Dans une digression imprévue l'auteur, 
oubliant que c'est la France qui parle, entonne son éloge : 

...Quantum vertice surgit 
Per lentas alnus salices humilesques myricas, 
Francia tantum alias inter caput extulit oras, 
Dives equis, divesque viris, asperrima belle, 
Et studiis fandoque potens, et fingere lingua 
Quidlibet, aeque feras impellere carminé mentes, 
Et dulci mulcere sono, atque extundere corde 
Duritiem... * 



1. Lit, II (y. 96-100). 

2. Id. (y. 182- c 89). 



L HUMANISTE 49 

Clovis se fait chrétien ; tous les Francs font de même et ne 
forment plus qu'un seul peuple avec les Gaulois : tels deux 
fleuves qui se réunissent. Le poète se déclare incapable de 
raconter en détail toutes les guerres soutenues par les rois 
de France : il les énumère dans une prétérition très vague : 

Quis... nostros et carminé reges 
Decantet longo, Martellos atque Pipinos ? 
Quis Carlosque mecs, Ludovicos atque Philippos? 
Quis memorare Fies, Magnos et carminé possit 
Divos, Augustos (Francorum agnomina rerum) 
Et sapientes et reliquos, evexit ad altum 
Quos virtus, cineri quorum fit Fama superstes ' ? 

11 se bornera à célébrer François P^ restaurateur des lettres, 
des sciences et de la philosophie. 

...Tu jam, Francisée, canendus 
Es mihi, nec tantum refugit mea Musa laborem. 
Francorum hic nostra primus tellure veternum 
Expulit, Aonio deduxit vertice Musas, 
Ruraque Coryciis nispersit Gallica rivis. 
Abstulit hic labem antiquam mortalibus aigris 
Pallados auxiliis, doctoque fregit cohortes 
Agmine Barbaricas... * 

Suit une longue énumération de questions scientifiques, 
philosophiques et astronomiques révélées à l'ignorance des 
Français par la Renaissance. Le panég}Tique de François I«^ 
se continue par un éloge funèbre de près de cent vers que 
terminent les vers de Virgile sur Marcellus (Manihiis date 
lilia plenis,..'), textuellement reproduits. L'éloge de Henri II 



1. Lit. Il (y. 260267). 

2. Id, (v. 270-277). 

CoURTEAUI.r. 



50 CHAPITRE II 

est plus bref : le poète rappelle son goût pour la guerre et 
sa mort tragique, première cause des guerres civiles : 

Hinc mihi prima mali labes, et vulnus adactum 
In caput Errici versum est in vulnera nostra...'. 

François II eut seulement la bonne fortune de vivre peu : 

Tu Franciscus eras, hoc certe nomine felix 
Quod per fata tibi regni clademque tueri 
Et stragem haud licuit...>* 

Et le livre II finit sur l'annonce des troubles civils : 

Heu pietas ! heu prisca fides ! discedite, Musae, 
Musse, noster amor, jamjam discedite : vestrum 
Haud opus hic agitur. Nostros Discordia cives 
Perduxit vittis hue hue innexa cruentis^ 

Les Muses n'obéissent pas à cette invitation, car le 
livre III est consacré à raconter et à déplorer les premiers 
troubles. Épuisée par ses luttes contre l'étranger, la France 
jouissait enfin de la paix, lorsque la furie Enyo imagine d'y 
allumer la guerre civile. Jalouse du bonheur des Français, 
elle va trouver la Discorde aux enfers et l'excite contre eux. 
Suivie d'une escorte de monstres, la Discorde se précipite 
sur la France comme le loup sur la bergerie. Elle inocule 
aux Français toutes sortes de poisons. Aussitôt éclatent les 
querelles religieuses. Elles ne sont, d'ailleurs, que l'effet 
d'un malentendu et pourraient être résolues d'une façon 
pacifique : 

1. Lib, II (v. 431-433). 

2. Id, (v. 437-439)- 

3. IJ. (v. 446-450). 



L HUMANISTE 5I 

Forsan at haec fuerant cedenda, aliquidque remitti 
Summo aequum fuerat de jure : at dum optât uterque 
Vincere, funestis subito decernitur armis ; 
Ardet uterque mon, ferturque in vulnera cœcus, 
Et quod debiierat verbo, devolvitur ense '. 

Le poète, s'adressant à Charles IX, trace un tableau des con- 
quêtes lointaines qu'il pourrait faire si son royaume n'était 
désolé par la guerre civile. La France s'est couverte, en effet, 
de soldats qui la ravagent comme des fourmis s'acharnant 
sur un tas de blé. Ce n'est pa? la religion qui peut inspirer 
tant de crimes : 

Hiccine Relligionis amor ? num civica vobis 
Suadet bella Deus , scelerataque trudit in arma ? 
Praecipit aut madidam cognato sanguine terram 
Fœdari, et Gallos late pinguescere campos 
Corporibus vestris ? humano sanguine Divi 
Nunquam placantur; pietas haud nititur armis; 
Odit bella Deus; capit haud a cuspide vires 
Numen, nec violentas unquam illabitur almus 
Spiritus in mentes, sed puro in corde recumbit *. 

Pour comble de malheur, les Français appellent à leur 
aide les étrangers, Allemands, Suisses, Flamands, Espagnols, 
Anglais. La France est comparée à Agave tuant son fils 
Penthée, à un vaisseau qui fait eau de toutes parts, à une 
campagne envahie par l'inondation, à un berger qui con- 
temple sa moisson en flammes. Sans transition, le poète 
aborde le récit de la bataille de Dreux et trace les portraits des 
chefs des deux armées. Voici le duc de Guise : 



1. Lih. III (v. 142-147). 

2. Id. (v. 230-239). 



52 CHAPITRE II 

Guysius hinc ingens pietaie, ingentior armis, 
Agmen agens Francùm et florentes «re catervas... 

...geminas cui tempora flammas 
La^ta vomunt, tremulo resplendet lumine cassis... 
Hic ope Flandrorum, fultus quoque Marte Philippi *, 
Helveticasque trahens turmas, dextraque superbus, 
Francorum toto proflabat pectore Martem *. 

En face le prince de Condé : 

Hinc bello egrcgius juvenis, de sanguine Regum 
Inclyta progenies, subnixas milite Franco 
Mannigenoque simul divisisque orbe Britannis ', 
In médium turmas profert... ^. 

Les deux armées se rangent en bataille près de Dreux : 

Est urbs antiquo quondam de nomine dicta 
Gallorum Druydum, Carnuti in finibus agri. 
Hanc gracilis properat fluviali spargere nympha 
Alveus, et tcnera praetexit arundine ripam : 
Fusa gaudet humo campus, cœloque patente 
Uti non inhibent colles, aut altius exstans 
Telluris tumor : hinc vites se palmite Iseto 
Attollunt; pingui Cerealia munera sulco 
lUinc luxuriant ; vario vestita colore 
Juxta arrident prata; frequens tcgit undique saltus 
Planitiem : hic stabat nostrorum exercitus omnis K 



1. Les bandoujicrs espagnols envoyés par Philippe II sous les ordres de Don 
Diego de Carvajal. 

2. Lib. /// (v. 340-342, 359-362, 364-367). 

3. Les Ikossais qui formaient Tavant-garde de larmée protestante. 

4. Lib. III (v. 351-554). 

5. Id. (v. 367-383). — « Les triumvirs avaient pris position sur un coteau 
couvert de vignes. Devant eux s'étendait une plaine découverte, légèrement inclinée, 
que les réformés devaient traverser » (De Ruble, Jeauue (TAlbrctet la Guerre civile, 

P- 374). 



L HUMANISTE 5 3 

L'action s'engage par un feu violent d'artillerie, suivi de 
charges répétées de la cavalerie protestante qui parvient à 
rompre le carré des Suisses : 

...Vastas effundit ferrea glandes 
Machina, jam totis reboant tormentaque campis. 
Jam clamorque vinim fremitusqueardescit equorum : 
Procurrunt équités et piano proelia miscent 
iEquore, sclopo alter, sed longo hic nititur hasta... * 

L'armée royale semble complètement défaite ; Montmo- 
rency est blessé, le maréchal de Saint-André fait prison- 
nier : 

...Francorum oritur miserrima caedes 
Nobilium plebisque simul, quos barbarus hostis 
Enecat ignito plumbo, vinctosque pudendis 
Bracchia ducebatvinclis gravibusquecatenis *. 

Mais l'aile droite entre en ligne ; les Gascons et les Espa- 
gnols chargent l'infanterie de Condé victorieuse. Une mêlée 
terrible s'engage : la victoire passe du côté de l'armée 
royale; Guise l'achève en lançant sa cavalerie contre les 
troupes de l'amiral : 

Guysius haec cernens équités laxabat in hostem ^ 

Le récit se termine par la description du champ de bataille 
jonché de morts et de mourants. 

Sans transition toujours et sans souci de la chronologie, 
le poète fait succéder à la bataille de Dreux un autre épisode : 



1. Lib. III (y, 385-390). 

2. Id. (v. 394-398)- 

3. Id, (v. 425). 



54 CHAPITRE II 

le combat de Targon, où Biaise de Monluc défit Symphorien 
de Durfort-Duras, le 17 juillet 1562 : 

Parte aiia ingentes anîmis, qua flumine laeto 
Arva Garumna secat, pra^cepsque evolvitur undis 
itquoreis fluctus, alterne in seque retorquet 
JEstu \ concurrunt armis pr^estantibus ambo 
Egregii et latos vastant cultoribus agros : 
Monlucus, Martis flilmen, belloque superbus, 
Militia clarus multis gravidusque troplieis, 
Et doctus conferre manum Duratius, agmen 
Instructumque trahens, hostili bella ferebant 
Pectore et infestis jungebantagminasignis ^ 

Avec une remarquable précision il décrit le théâtre de l'ac- 
tion : le bourg de Targon dans TEntre-deux-Mers, la forêt 
de la Sauve et les coteaux qui l'environnent, le champ au 
bord de TEuille, et le taillis de Balctte, où la cavalerie de 
Monluc culbuta la troupe de Duras : 

Est prope Burdigalam bimari qui cingitur unda 
Crebro condensus saltu locus ; erigit altus 
Hinc collis cristas, frondenti hinc arbore nigrum 
Urget utrinque latus; planities imo se fundit aperta 
Campe : jamque locum appellant Tarcunta coloni '. 
Fixerat armisonam hic pubem Duratius, et jam 
Burdigalas infestis mures accedere signis 
Nuntia Fama velat^. Venir sublimibus ardens 
Extemplo Menlucus equis, armisque virisque, 
Adverseque apparet campe K 

1. Le mascaret. 

2. Lib. m (y. 443-453). 

3. « Et se meyrent tous les gens de pied en bataille en ung grand camp, et leur 
cavallerie au long d'un ruisseau qu'il y a ; laquelle je ne pouvois descouvrir, pour 
ce qu'il y avoit des boys entre eulx et moy, et estoient en ung fons... » (Cotmnen- 
taires et Lettres de Biaise de Monluc y éd. de Ruble, II, 432). 

4. Malvyn exagère un peu; Duras se contentait d*affamer Bordeaux. 

5. Lib. III (y. 453-463). 



L HUMANISTE 55 

La charge du capitaine Peyrot gravissant le coteau sous le 
feu de l'arquebuserie ennemie est comparée à une ava- 
lanche : 

Saevit Monlucus, mediisque in millibus hasta 
Terribilis ftilget, robur viresque ministrat 
Ipse suis, inque hostem effusis îmmitit habenis... 
Compulit in saltus et mox trepidantia castra 
Vicinos, campo victorque potitur aperto 
Monlucus, planoque invictus signa ferebal 
iEquore ^ 

L'épisode se termine par un éloge enthousiaste du terrible 
vainqueur; puis brusquement le ton change. La France 
supplie les protestants et les catholiques de mettre fin à leurs 
querelles et d'avoir pitié de leur mère commune : 

Pœnarum exhaustum satîs est; mea gratia tangat 
Vos, cives, istos animes inflectite tandem. 
Parcite jam matri, jam parcite bella movere, 
Parcite cognatis; oculis haud aspicit asquis 
Haec hominum superum sator : jam parcite vestris, 
O cives, rébus ! quidnam discrimine tante 
Tenditis in vesmet, meque ipsam preditis hesti?... 
O pueri, et vestras ne in viscera vertite vires 
Cemmunis patriae, quam nunc servate ruentem. 
Vos egepregenui, fovi gremieque recepi 
Nostre, nen vebis alimentaque mitia, fruges, 
Nen peceri frondes unquam victumque negavi 
Armentis vestris ego... 

Et quod rastra fero, curvis quod vertor aratris, 
Vulnera quod patior totoque exerceor anno, 
Hoc pretium fertur pietati ? absistite, cives, 
O tandemque, mei cives, absistite ferre *. 

1. Lib, III (v. 498-501, 505-508). 

2. Id, (v. 529-536, 602-607, 609-613). 



56 CHAPITRE II 

Le poème finit sur une invocation à Jupiter : la France 
atteste qu'elle n'a produit aucun des monstres de l'antiquité, 
et elle les énumère. S'il est vrai qu'elle fut toujours pieuse 
et chrétienne, que le maître des dieux lui accorde la paix 
et accorde à Charles IX un règne long et tranquille ! 

Après avoir lu ce poème de près de seize cents vers, les 
doctes conseillers au Parlement à qui Malvyn avait offert son 
petit volume, durent un peu sourire des épigrammes finales 
dans lesquelles des amis indulgents avaient encore ajouté des 
fleurs à la couronne tressée par les auteurs des pièces limi- 
naires. Sans doute il était permis de louer le jeune écolier 
d'avoir fait choix d'un sujet aussi grave au lieu de s'amuser 
à des vers d'amour '. Mais le placer pour ce motif au-dessus 
d'Anacréon, le saluer comme la gloire du siècle % c'était 
pousser bien loin la complaisance. Non, décidément, le 
grand La Boétie qui venait d'expirer à Gcrmignan, n'était 
pas près d'être remplacé, et ce poème où l'auteur déplorait le 
triste état de la France en proie aux désordres civils, ne ferait 
pas oublier de sitôt la belle pièce à Belot et à Montaigne '. 
L'œuvre nouvelle témoignait de plus de bonne volonté 
et de facilité que de véritable talent. Ce n'était guère qu'une 
improvisation abondante et hâtive, une ébauche assez 
informe crayonnée sur les marges du code par un écolier 
peu attentif à l'explication des Pandectes. Nul plan, nul 
dessein arrêté et fermement suivi; des fragments cousus 
ensemble après coup ; des ornements poétiques entassés 
sans goût et sans mesure; des comparaisons ou banales ou 

1. C'est ce dont le félicitent des hendécasyllabes signés P. PoY. 

2. Ecce caput juvénile foras, iiitidumque micansque 

Emittit nostri Malvinus gloria sccli (Vincen. Cadisii Epig.). 

3. Œuvres lU La Boetie, éd. Bonnefon, p. 207. — Voir sur cette pièce les juge- 
ments de Léon Feugf-re, Etienne de la Boètie, Paris, 1845, pp. 245-247, et de 
Sainte-Beuve, Lundis, 1853, IX, pp. 120-121. 



L HUMANISTE 5 7 

bizarres, pour ne pas dire plus ' ; une prolixité fatigante, 
parfois même insipide ; aucune originalité de style, mais des 
réminiscences continuelles et jusqu'à des passages trop 
connus de poètes latins naïvement reproduits sans y changer 
un mot ; une facilité négligée d'élève indolent ; beaucoup de 
vers fabriqués au hasard et bourrés de chevilles. Entre la 
pièce de La Boétie, si remarquable par la sincérité de Taccent, 
par la sobriété de l'expression et le diffus bavardage de Mal- 
vyn, il y avait la distance d'un méchant apprenti à un maître. 
Les La Chassaigne, les Lcstonnac, les d'Alesme étaient 
capables de faire la comparaison : il leur fallut toute leur 
indulgence pour s'en abstenir. 

Il était plus facile de louer les intentions du jeune poète 
et le sentiment qui l'avait inspiré. C'était celui-là même qui, 
trois ans avant, dictait à Ronsard son Elégie à Guillaume des 
Autels et qui, l'année précédente lui faisait adresser à la reine 
mère le Discours des misères de ce temps et la Continuation, 
Comme Ronsard, dont il avait peut-être lu les beaux vers, 
Malvyn peignait les Français tournant « le fer tranchant » 
contre leur mère commune et se déchirant entre eux au lieu 
de s'unir contre les infidèles ^ Comme lui, Ronsard avait 

1 . L'indignation de Triton voyant partir Francus est comparée à la colère d*un 
sanglier marse poursuivi par les chiens (I, v. 211-212), les Troyens sur le point de 
faire naufrage à un cerf harcelé par une meute (I, v. 222-227), reflfroi de Rome 
sentant approcher les Gaulois à celui du Grec Achéménide songeant au Cyclope 
(I, V. 114-118), Monluc s'élançant contre Duras à la lune qui reflète l'éclat du soleil 

(III, 473-476). 

2. O pueri, et vestras ne in viscera vertite vires 

Communis patriae, quam nunc servate ruentem (III, v. 602-605). 

Qpod si tantus amoc laudum, si tanta cupide 
Insani vos Martis habet, Bdentia genteni 

Pectora proferte in Selymi... (III, v. 613-615). 

Cf. Ronsard : N'avions-nous pas assez engraissé la campagne 

De Flandres, de Piedmont, de Naples et d'Espagne 
De nostre propre sang, sans tourner les couteaux 
Contre toy nostre mère et tes propres boyaux? 



58 CHAPITRE II 

évoqué la France gémissante, a tirant sa parole contrainte » 
et « souspirant aigrement » V Un peu du souffle des Discours 
anime çà et là la versification languissante de Malvyn. Si, 
d'ailleurs, il se refuse, comme Ronsard, à croire que la 
religion ait rien à voir dans les discordes religieuses, il ne 
prend pas, comme lui, parti. Il n'est, semble-t-il, ni papiste, 
ni huguenot. Sa plainte reste neutre, vague et sans accent 
personnel. Pourtant on sent dans un passage qu'il a cru 
qu'une discussion loyale entre théologiens pourrait résoudre 
pacifiquement le conflit; toutes ces querelles lui paraissent 
reposer sur un malentendu. L'illusion était généreuse et 
naturelle, en somme, chez un adolescent qui écrivait au 
milieu des horreurs de la première guerre civile dont il dut 
être le témoin attristé. 

La Gallia gemens n'a pas seulement le mérite de nous faire 
songer aux Discours sur les misères de ce temps. Sur les bancs 
de l'école de droit, Malvyn avait, comme Ronsard à Coq ueret, 
rêvé d'écrire une Franciade. Ce fut sans doute alors l'ambi- 
tion de plus d'un écolier. La mémoire toute pleine des vers de 
« ce brave Virgile, premier capitaine des Muses % » il voulut, 
lui aussi, faire une épopée; mais plus téméraire que Ronsard 
qui, après avoir conçu de bonne heure l'idée de la sienne. 



Afin que du Grand-Turc les peuples infidelles 
Rissent en nous voyant sanglans de nos querelles ; 
Et en Heu qu'on les deust par armes surmonter. 
Nous vissent de nos mains nous mesmes nous douter... 

(éd. Blanchemain, VII, 43-44). 

1. Dans la Continuation du discours des misères de u tempSy publiée, comme XtDis- 
coursy pour la première fois en novembre 1 562. Cf., sur ces dates, Paul Laumonier, 
Notes historiques et critiques sur les Discours de Ronsard {Revut Universitaire , 1903, 
pp. 152, n. 2, et 153, n. 5). 

2. C*est ainsi que l'appellera Ronsard dans la seconde préface de la Franciade 
(éd. Blanchemain, III, 22). 



L HUMANISTE 59 

attendit pour Técrire que son génie fût mûr ', il crut ingénu- 
ment qu'il avait 

... l'esprit gaillard et le cœur généreux 
Pour faire un si grand œuvre en toute hardiesse *. 

Avait-il lu Iode sur la Paix où Ronsard, dés 1550, esquissait 
le plan de la Franciade} On est tenté de le croire. Et n a-t-il 
pas réalisé à sa façon le vœu du poète s'adressant en 1555 à 
Henri II : 

De ce vaillant Francus les faits je chanterois... 
Après, de père en fils, par une même trace, 
Je viendrois aux Valois, les tiges de ta race... 
Et peut-être qu'un jour je te dirois si bien 
Que l'honneur d'un Achille auroit envie au tien \ 

Tandis que Ronsard, après avoir commencé, au chant IV de 
sa Franciadcy l'éloge des rois de France, s'arrêta, essoufflé, 
au début de la seconde race, Malvyn, glissant sur les Martels, 
les Pépins, les Charles, les Louis, s'est appliqué à célébrer 
François I«^ et Henri II, les guerres d'Italie et la Renaissance. 
Quant à la légende de Francus, il la prit telle qu'il la trouva, 
toute vivante, dans la tradition populaire, partout admise 
dans le monde des collèges et des Universités ^. Ses maîtres 



1. Sur ridée de la Franciade à travers Tœuvre de Ronsard, voir Bourciez, Les 
mœurs polies et la littérature de cour sous Hetiri //, pp. 216-218. 

2. Ronsard, Bocage royaly 2^ partie (éd. Blanchemain, III, 377). 

3. Ode au Roy, en tête du 3e livre des Odes (éd. Blanchemain, II, 175). 

4. Julien DucHESNE, Histoire des poèvies épiques français du XV 11^ siècle. Paris, 
1870, in-8, p. 33. — Malvyn ignora qu'Etienne Pasquier, dès 1560, avait, dans 
ses Rechrches de la France, commencé à ruiner la légende de Francus (cf. G. Allais, 
De Franciadis epica fabula in posteriore Xr/"" sxcttli parte, pratsertivi apttd Petrum 
Laudunium ah Aquileriis {Pierre Delaudun d' Ai^aliers). Paris, 1891, in-8, pp. 19- 
21. 



60 CHAPITRE II 

lui avaient enseigné sans doute Tétymologie des mots Ger- 
mains et Franconie donnée par Le Maire de Belges '. Il avait 
peut-être lu les Annales de Nicole Gille, où se trouvent 
mentionnées l'expédition des Gaulois en Italie et la fonda- 
tion de Paris ^ Il avait retrouvé l'histoire de Francus et de 
l'établissement des Francs en Germanie sous Marcomir dans 
l'ouvrage de Paul-Émile, dont un Bordelais, Arnaud de Ferron 
avait publié en 1555, chez Vascosan, une édition nouvelle, 
accrue de neuf livres ^ Mais il n'eut qu'un médiocre souci 
de suivre scrupuleusement les historiens de l'antiquité des 
Gaules; il se contenta de reproduire les grands traits de la 
légende, qui ne fut pour jui qu'un prétexte à des développe- 
ments poétiques trop fidèlement calqués sur Virgile. Voulut- 
il, d'ailleurs, bien fermement écrire une Franciade} Il en eut 
d'abord la velléité, puis, sous l'impression des événements, 
il abandonna ce sujet, et l'épopée à peine ébauchée se trans- 
forma en une élégie patriotique, ornée d'épisodes historiques. 
Ces épisodes sont pour nous ce qu'il y a de meilleur dans 
la Gallia gemens. Les deux récits de la bataille de Dreux et 
du combat de Targon ont un peu de cette vie qui manque 
aux aventures de Francus. L'imagination du jeune poète, 
vivement frappée par deux événements contemporains, s'est 



1. GaîîtagefuenSyl, y. 126-129: 

Numina sunt eadem, sanguis cc^natus utrisque, 

Sternum et junciae stabili sunt fœdere'dextrae; 

Hincque suuni pugnax retinet Germania nomen. 
II V. 16-17 • ...Alquc suo de nominc dixil 

Franconiam. 
Cf. Le Maire de Belges, Les Illustrations de Gaule et singularités de Troye, liv. III, 

chap. XVI. 

2. Nicole Gille, Les très élégantes et copieuses Annales des très preux, très nobles 
et très chrestiens et excellens modérateurs des Mliqueuses Gaules. Paris, 1536, in-fo, fo«4 
vo et 7 vo. 

5. Les neuf livres de Ferron avaient paru séparément chez Vascosan en 1550, 
in-8 et en 1554, in-fo. 



l'humaniste 6i 

échauffée lorsqu'il a tenté de les célébrer dans la langue 
des dieux. Il serait injuste de ne voir dans ces deux morceaux 
que des amplifications vagues et creuses. Malvyn s'est efforcé 
d'être vrai. Sans doute il ne fait pas de la journée de Dreux, 
qu'il connut seulement par des relations, un récit complet 
et clair, comme pourrait nous le donner un historien de 
profession. Mais sa description du champ de bataille n'est 
pas entièrement fantaisiste; il a assez nettement marqué les 
divers moments de l'action et l'intervention décisive de la 
cavalerie du duc de Guise. La narration du combat de Targon 
est encore plus précise : l'auteur l'a composée d'après des 
témoignages oculaires. Elle concorde avec celle que Monluc 
nous a laissée dans ses Commentaires. Il semble que Malvyn 
ait grossi démesurément l'importance d'un combat qui nous 
apparaît aujourd'hui comme une simple rencontre. Mais en 
exaltant le vainqueur, il exprimait, sans l'exagérer, la joie 
éprouvée par les Bordelais à la nouvelle qu'ils étaient enfin 
délivrés de la menace de ce Duras qui avait failli surprendre 
le Château-Trompette. Désormais libres de tirer du haut 
pays le blé et le vin nécessaires à leur subsistance, ils se 
persuadèrent que la déroute de quelques bandes dans l'Entre- 
deux-mers avait autant fait pour le triomphe de la cause 
catholique que la victoire du duc de Guise et la diplomatie 
de Catherine de Médicis. 

La Gallia gemens n'était qu'un essai, et un essai franche- 
ment médiocre. Il eut, du moins, cet avantage d'éclairer 
Malvyn sur la nature et les bornes de son talent. Loin de 
se laisser aveugler par les compliments de commande qui 
lui vinrent encore après la publication du livre \ il se rendit 
compte qu'il n'était pas fait pour traiter de grands sujets et 

I. Il avait conservé dans ses papiers une pièce de vers français, dont l'auteur 



62 CHAPITRE II 

qu'il devait se mettre en garde contre sa facilité. 11 renonça 
donc sagement à Tépopée et fut désormais plus sévère pour 
lui-même. Sans doute, il ne put s'empêcher de donner 
encore carrière à sa verve féconde, et il griflbnna des milliers 
de vers; mais il s'interdit de publier des œuvres qui n'étaient 
que desimpies ébauches. Volontairement il s'astreignit à ne 
cultiver que les petits genres à la mode, l'épigramme, le tom- 
beau, la pièce liminaire. Il voulut aussi rimer en français et, 
pour y réussir, il se mit à l'école sévère de la traduction \ 
La poésie devint pour lui un divertissement laborieux qui 
tirait son prix de l'effort à faire et de la difficulté vaincue. 

Deux ans après l'apparition de la Gallia gemens, deux évé- 
nements fort divers furent l'occasion pour les poètes 
bordelais de montrer leur habileté à manier le vers latin : 
l'entrée de Charles IX à Bordeaux et la publication du 
Tombeau d* Arnaud de Ferron. Malvyn laissa deux de ses amis, 
avocats au Parlement comme lui, dont les noms ont été déjà 
cités, Etienne de Cruseau et Maurice de Marcis célébrer, l'un 



inconnu reportait sur son père tout l'honneur de ses succès poétiques. En vojci les 
deux derniers quatrains : 

De toi qui as ja vaincu 
Bien que jeune encores d*eage 
Le temps, la mort et leur rage 
Par l'effort de ta vertu, 

On ne dira seulement : 
C'estoit l'honneur de la France ; 
Mais il a prins sa naissance 
D'un noble père et sçavant. 

(Ms. Delpit, fo III VO-II2 ro.) 

!. Voira l'Appendice, n©* VI et VII, deux traductions, l'une de l'élégie de 
Solon : 

Mvrj{xoTjvT|; xal Ztjvo; 'OXu{i.;:îou a^Xai is'xva... 

que Malvyn a trouvée dans Stobée, l'autre d'une pièce d'Ausone (Idyll., XV). Le 
nis. Delpit contient encore (fos 299 vos- 302 fo) une traduction des préceptes con- 
jugaux de Naumachius, conservés aussi p.ir Stobée ; la copie en est trop mutilée 
pour pouvoir être reproduite. 



f; 



l'humaniste 63 

dans une ode, l'autre dans un ProspbonetmUicon Tarrivéc 
du jeune roi dans sa bonne ville \ En revanche, il colla- 
bora au Tombeau littéraire que le beau-père de Montaigne, 
le conseiller Joseph de La Chassaigne éleva en Thonneur de 
son collègue Arnaud de Perron * et fit imprimer en tète de 
la réédition posthume de ses Commentaires sur la coutume 
de Bordeaux ^ Tous les jeunes poètes contribuèrent à rendre 



1. L'ode de Cruseau, intitulée Aquilania, est un éloge « géographique » de Bor- 
deaux et de la Guienne. Elle est dédiée à Michel de l'Hospital. Elle a été réimpri- 
mée par Tamizey de Larroque (Revue des BibliopbileSy Sauveterre de Guyenne, 
1882, in-80) et par Ch. Braqurhaye, Les peintres de VHôtel-de-ViUe de Bordeaux 
(Comptes rendus des Sociétés des Beaux-Arts des département s , 1897), d'après l'éd. origi- 
nale : Ventrée du Roy à Bordeaux, auecques les carmes latins qui luyont esté présentés 
et au chancelier. Paris, Thomas Richard, 1565, in-40 de 7 pp. (B.N., L b»' 173). — 
La pièce de Maurice de Marcis, dédiée aussi au chancelier, et dont T. de Larroque 
a signalé un exemplaire à Tlnguimbertine de Girpentras (recueil 358 M), a pour 
titre : Prosphonematicon, sine de aduentu Christianissimi Régis Caroîi IX in suam 
urhem Burdigalam, Mauricii Mardi Burdigalensis carmen. Ad eundem. Paris, Tho- 
mas Richard, in-40 de 6 pp. — A ces deux pièces de circonstance il faut en joindre 
une troisième en français : Cantique au Roy Charles \ \ IX uostre souuerain seigneur, 
pour sa nouuelle entrée, et bien venue \\ en sa noble ville, capitalle de Guyenne, et cité 
de II Bourdeaulx : composé par M. Martin Thomas \\ Aduocat au Parlemèt d'icelle, et 
à Sa Majesté \\ présenté le DimancJje ij d'Apuril ij6j [la date est manuscrite], in-80 
de 12 ff. n. chifF. Au 12e f. marque de libraire. Au-dessous: A Bourdeaulx, De 
r Imprimerie de la vefve Morpain \\ iS^S- C'est un cantique très médiocre, en vingt- 
neuf strophes, qui paraît avoir été fait pour être réellement chanté. On y trouve un 
programme des fêtes et un éloge du roi et de la reine mère. Le seul exemplaire 
connu appartient à M. Henri Bordes, le très distingué bibliophile bordelais. 

2. Voir sur Arnaud de Perron la notice de M. Dezeimeris, en tête de son édition 
des Remarques de la Boétie sur le traité intitulé 'Eof.iTixo; (Public, des Bibliophiles de 
Guyenne, I, p. 87 et suiv.). 

3. Joseph de La Chassaigne, conseiller-clerc le 7 juillet 1543, 5* président le 
i^ octobre 1568, mort quelques jours après le 27 juillet 1572. Il avait épousé 
Marguerite de Douhet et il en eut Prançoise de La Chassaigne, qui épousa, le 22 sep- 
tembre 1565, Michel de Montaigne (dossiers Dast de Boisville). C'était, d'après 
Vinet et de Lurbe, w un homme fort studieus, et grand admirateur d'antiquité », 
un « personnage d'un exquis et rare sçavoir et fort curieux de choses antiques. » 
(De Lurbe, Discours sur les antiquités trouvées près le Prieuré S. Martin les Bour- 
deaus en juillet iS94' Bordeaux, S. Millanges, 161 9, 2« éd., p. 68), amateur pas- 
sionné, pas toujours très éclairé, d'archéologie et d'épigraphie (cf.C. ]vlli/m, Inscrip- 



64 CHAPITRE II 

plus éclatant ce pieux hommage à la mémoire de rhistorien 
continuateur de Paul-Émile, du juriste éminent, de Térudit 
ami de Scaliger et de Dolet '. Nous retrouvons ici les noms 
des avocats au Parlement qui avaient composé des pièces 
liminaires en tête de la Gallia gemens : Etienne de Cruseau, 
les deux Marcis, Pierre Paschal, auxquels se joignirent Pierre 
de Cruseau % Emmanuel du Mirail, Gabriel de Lurbe \ 
Etienne de Maisonneuve **, Martial de Tibault ^ Joseph de 
Lauvergnac, Simon de Lancfranque, Pierre de Métivier *. Le 
vieux président Geoffroy de La Chassaigne, père de l'édi- 
teur \ avait tenu à illustrer le Tombeau d'un distique lapi- 
daire : 

Corpus, mens, nomen, tegitur, residet, veneratur 
Urna, astris, orbi, morte, fide, studio. 

Un professeur au collège de Guienne, Jean Deniset, avait 
signé quelques vers. Dans le taudis décrit avec une verve 



lions romaitusde Bordeaux, I, 218, II, 334-335). Pierre de Brach a célébré sa biblio- 
thèque dans son Hymne de Bourdeanx (éd. Dezeimeris, II, 98). La Boétie lui a dédié 
une pièce latine (Œuvres de la Boette, éd. Bonnefon, pp. 215 et 358), Maurice de 
Marcis une épigramme sur sa villa. Le président de La Chassaigne faisait lui-même 
des vers latins. 

1. On lit dans un votum en prose qui termine le Tombeau : « Poetac juvenes 
burdig. epitaphia ejus tumulo superaddidere, et tanti viri monimentum elegio hoc 
insigni ad tempus condecoravcre. » 

2. Conseiller lai le 26 mars 1568. 

3. Né à Bordeaux vers 1538, mort en 161 3, avocat au Parlement dès 1562, 
jurât de Bordeaux et procureur-syndic en 1581, auteur de la Chroniqtie Bourdeloise, 
du De ilîtistrihus Aqmtaniœ viris, de la Garumna^ du Discours des antiquités. 

4. Avocat au Parlement, auteur du Premier livre de la plaisante et délectable 
histoire de Gerileon d'Angleterre, à Paris, par Jean Borel, MDLXXII, in- 12. 

5. Avocat au Parlement, puis conseiller. 

6. Avocats au Parlement. 

7. Né à Bordeaux en 1491, procureur général en 15 14, conseiller lai le 29 mai 
1521 à la place d'Annet de Plains, quart président le 4 novembre 1542, second 
président en 1557, mort en mai 1565 (dossiers D.\sT de Boisville). 



l'humaniste 65 

réaliste par Joseph Scaliger ', François Moncaud avait enfanté 
trois petites pièces. De Condom, Jean du Chemin, le pré- 
cepteur du dernier fils de Biaise de Monluc, avait envoyé 
quatre distiques. Geoffroy de Mahyn composa dix-huit 
hexamètres où, se souvenant de ses premiers vers, il décla- 
rait que la mort de Ferron avait été plus insupportable à la 
France que les épreuves de la guerre civile avec lesquelles 
elle avait coïncidé; il y joignit une brève épitaphe et cinq 
distiques où il rappelait le talent poétique du défunt '. 

En 1569, le combat de Jarnac inspira à Malvyn un poème 
français de 274 alexandrins. Ce poème est inédit. La copie 
que nous en avons est trop défectueuse pour qu'on puisse 
songer à le publier K Malvyn considéra certainement comme 
une simple ébauche cette improvisation trop abondante et 
trop facile, écrite à la louange du jeune duc d'Anjou. La 
pièce débute sur le mode héroïque : 

Je veux faire chanter aux filles de Mémoire 

O Prince bien hureus, le pris de ta victoire. 

lo ! qui me ceindra la teste d'un lorier, 

D'un front docte et sçavant le plus juste loyer ? 

Je veus que de mes vers les palmes estofées 

Aillent planter bien loin l'honneur de tes trophées, 

Et que de sous ma vois les bruyans tabourins 

De l'Anglais jusqu'au More effroyent les mutins, 

Afin que des Valois la vertu mémorable 

Malgré le cours des ans soit tousjours perdurable... 

lo ! Prince, je veus, io ! je veus sonner 

Et plus haut que jamais ta vaillance entonner, 



I. OpuscuJa varia, Paris, 1610, p. 271. 
z. Voir ces trois pièces à l'Appendice, 11° VIH. 

3. Ms. Delpit, fps 266 ro-271 vo. De nombreux vers ont été estropiés par le 
copiste. 

COURTF.AULT. ; 



66 CHAPITRE II 

Entonner à Tesgal des trompeies guerrières 
Qui fanfaroent parmi les bandes meurtrières 
Des peuples conjurés. C'est le seul vers qui doit 
Honnorer la vertu qu'en ta jeunesse on voit. 
Ou le fil desplié d'une éloquente histoire 
A nos neveus futeurs doit annoncer ta gloire... 
lo! Prince vaillant, favorise mon hymne; 
Ores je vois sonnant ta valeur plus insinue. 

Si les vers sont assez pleins et assez coulants, la pensée 
d'un bout à l'autre est vague et banale. C'est de la poésie 
officielle, froide et sans accent. Une invective contre 
Genève, 

Misérable séjour de la chienne hérésie, 

est assez véhémente, mais gâtée par l'abus de la mythologie. 
La description de la bataille n a ni relief ni précision. On 
peut tout au plus y noter une apostrophe au prince de 
Condé, « race du sang des Dieus », mort malheureusement 
en combattant contre son roi, et un détail historique inté- 
ressant : un orage aurait, paraît-il, fiicilité la victoire du duc 
d'Anjou '. Ce détail est-il vrai ou le poète l'a-t-il imaginé? 
En tout cas, aucun historien, aucun document connu ne le 
mentionne. Une relation du combat parle seulement du 
mauvais temps qui gêna les opérations des deux armées *. 



1 . Le (liel favori soit l'effort «Je ton armée ; 

Un tonerre grondant ta trompeté embouchoit 
Et un son effroyable aus oreilles portoit 
De l'ennemi jâ pâle, et un grcleus orage 
D'un venteus tourbillon lui donnoit au visage. 

2. Relation succincte de la bataille de Jarnac(Biblioth. Nat., \'^ Colbert, vol. 24, 
fo 193), publiée par M. S.-C. Gigon dans son excellente étude sur Lahataiîlede Jariiac et 
la CiWipagne de i^O^j en Angouviois (^Bulletin et Mémoires de la Soc. hisl. et arcljèol. de 
ht Charente, 1895, p. 148). Le combat de Jarnac a inspiré à Ronsard un Clxmt 
trionipJjal pour jouer sur la lyre(ùd. Blanchemain, V, 144. — Cf. sur la date de cet 



L HUMANISTE 67 

• 

Ce poème ne fut pas le seul essai de Malvyn dans le genre 
de la poésie officielle. Lorsque Henri III, en septembre 1574, 
arriva à Lyon, venant de Pologne, il composa quelques 
distiques pour célébrer son retour et saluer l'aurore du 
nouveau règne \ C'est sans doute à la même époque qu'il 
écrivit une pièce en l'honneur d'un des meilleurs serviteurs 
du nouveau roi, Guy du Faur de Pibrac ^ Dans sa vieillesse 
il ne dédaignera pas non plus de rimer des quatrains en 
l'honneur du maréchal d'Ornano, nouveau maire de Bor- 
deaux \ Mais il garda ses préférences pour le genre funé- 
raire, le tombeau, Yepicedion, l'épitaphe. Sa réputation poé- 
tique était déjà établie ; du Bartas l'avait consacrée, dès 1 574, 
par un sonnet des plus flatteurs, imprimé à la fin de sa Muse 
cbrestienne : 

A G. Manvifiy seigneur de Sessac, conseiller 
du Rai au Parlement de Bourdeaus, 

Docte et disert Mauvin, tant plus je me promène 
Par le champ spacieus du los du Tout-Puissant : 
Je le trouve plus grand, plus beau, plus fleurissant, 
Et l'assidu travail nul travail ne m'amène. 

Ce los est une Mer, que la faconde humaine 



hymne une note de P. Laumonier dans la Rex'. ifhist litt., 1902, p. 444, n. 2), 
et deux autres poésies de circonstance : Allégresse de la France pour Vheureuse xictoire 
cbUnue entre Coignac et Chasteauneuf le i) de mars ijôç contre les rebelles caluinisleSy 
par M. Arnaud Sorbin, docteur en théologie et prédicateur du Roy. A Paris, chez 
Guillaume Chaudière» 1569, in-80 de 8 ff. n. chiflF. (voir sur Sorbin, évêque de 
Nevers, un sonnet que lui dédia Ronsard, éd. Blanchemain, VII, 176), et le Chant 
trivtnphal sur la victoire obtenue par le Roy à Vencontre des rébelles et enneniys de Sa 
Majesté y premièrefuent faict en Françoys et depuis mis en latin par M. Antoine Valet, 
médecin f à Paris, chez Gervais Mallot, 1 569, in-40 de 8 ff. chiff. (Catalogue Rothschild, 
I, no» 729, 730). 

1. Voir Appendice, no IX. 

2. Voir Appendice, no X. 

3. Ms. Delpit, fo 266 ro-vo. Ces quatrains ne m*ont pas paru dignes d'être publiés. 



68 CHAPITRE II 

• 

Ne sçauroit espuiser, ce los va fournissant 
Discours dessus discours, tant soit peu ne lassant 
Cil, qui reveremment comme il faut le demaine. 

He ! que n*ay-je semblable au vouloir le pouvoir ? 
He ! que n'ay-je ton vers, qui pourroit esmouvoir 
Les rochers Thraciens lors que mon cœur il emble ? 

Pense un peu, mon Mauvin, quel ouvrage immortel 
Sortiroit de ma forge alors qu'un sujet tel. 
Ton style et mon vouloir seroient conjoints ensemble '. 

En 1577, la mort du vieux maréchal de Moriluc fournit à 
Malvyn une occasion nouvelle d'exercer son talent poé- 
tique. Uendurant Gascon, qui tant de fois avait risqué sa 
vie sur les champs de bataille de Piémont et de France, 
s'était vu trois jours abandonné des médecins dans Sienne, 
avait failli rester sous les ruines de la Tour-aux-Puces à 
Thionville et dans le fossé de Rabastens, s'était éteint dans 
son lit, sans gloire, 

Mourant comme une lampe à qui Thuile deffaut ^ 

Sa disparition, qui passa inaperçue à la cour, fut un événe- 
ment dans la province. Son dernier fils, Téveque de Con- 
dom,Jeande Monluc, lui fit de solennelles funérailles. Il fut 



1. La Muse chrestieune de G. de Saluste, seigneur du Bartas. A Madame Marguerite 
de France, Roine de Nauarre. A Bourdeaus, par Simon MillangeSy iS74y in-4° de 
78 ff. n. chiff. sign. .4-X, car. ital. Ce volume, qui est une des plus élégantes pro- 
ductions de Millanges, est la première œuvre en date de Du Bartas. Il contient 
trois poèmes : la Judil, en six livres, dédié à Marguerite de France ; Le Triomfe de 
la foy, en 4 chants, dédié à Guy du Faur, seigneur de Pibrac; VUranie, dédiée à 
Gabriel de Minut, et sept sonnets adressés à Malvyn, à Florimond de Raemond, à 
Pierre de Brach, au même, à Jean Foyssin, conseiller à Lectoure, à I. du Ferrier, 
jurisconsulte d'Aux (Auch), et sur la naissance du vicomte de Cogotès, fils aîné de 
M. de Fonterailles. Brunet (V, 98) a indiqué par erreur ce volume sous la date 
de 1573. L^ ^^^^ exemplaire connu est aujourd'hui à Bordeaux : il fait partie de la 
bibliothèque de M. Ernest Labadie. 

2. P. DE Brach, Les Mânes de Messire Biaise de Monluc, marescijal de France, 



L HUMANISTE 69 

un instant question de transporter à Bordeaux le corps du 
a conservateur de la Guienne » et de lui élever un tombeau 
au fond de la nef de Saint-André, « au devant du pillier du 
milieu des troys qui soutiennent les grandz orgues » '. Le 
projet ne fut jamais réalisé, mais un tombeau poétique fut 
du moins dressé à la mémoire de Monluc par des poètes 
bordelais. La première idée de cet hommage posthume 
appartint sans doute à Jean du Chemin, vicaire général de 
Condom, humaniste et poète, qui avait collaboré au Tombeau 
d'Arnaud de Ferron. Mais Malvyn fut à Bordeaux lame 
de l'entreprise. Son père était un vieil ami du maréchal : il 
avait été, en 1569, son collaborateur; il avait noué avec lui 
des relations intimes ; le 22 juillet 1 5 76, il avait signé comme 
témoin au bas de son testament *. Geoffroy connut aussi 
personnellement Monluc; il prit un vif intérêt à la rédaction 
des Commentaires ; il obtint même la grande faveur d'en faire 
faire une copie. Aussi dut-il accepter avec empressement 
l'offre que lui fit Jean du Chemin de célébrer en vers l'il- 
lustre capitaine ^ 

Il a signé dans le Tombeau de Monluc deux pièces : l'une, en 
français, de deux cent quatre alexandrins; l'autre, en latin, de 
sept distiques ^, dont les deux derniers permettent de sup 

1 . Contrat passe par le chapitre métropolitain de l'église Saint- André de Bor- 
deaux avec M. de Monluc, évêque de Condom, août 1579, publié par G. Tholin 
et Ph. Laozun, Le Mteau d'Estillac, Agen, 1898, in-80, pp. 27-28. 

2. Clément Simon, Le testament du maréchal Biaise de Monluc (Rec. des trav. de la 
Soc. d* agriculture d' Agen, 1872). 

3. Il resta lié avec la famille de Monluc et composa Tépitaphe du petit-fils du 
maréchal, Jean-Biaise, tué au siège d'Ardres en 1596. Voir Appendice, no XV. 

4. Ces pièces portent la date de 1577. J'ignore si elles furent publiées alors. 
Florimond de Ricmond les inséra en 1592 à la fin de l'édition originale in-folio 
des Commentaires. Elles ont été réimprimées dans les éditions de 1592, in-80, 1661, 
in-i2, 1746, in- 12, et par J. Lapaume, Le Tombeau de Michel Montaigne , Rennes, 
1899, in-80, qui appelle l'auteur Godefroy Mauvin et qui y a joint un commentaire 
minutieux, parfois à l'excès. 



70 CHAPITRE II 

poser qu'il a mis aussi la main aux épitaphes en prose qui 
ouvrent le Tombeau. La pièce latine est assez courte pour être 
citée tout entière ; elle le mérite, d'ailleurs. L'auteur fait parler 
son héros et lui fait prédire, en vers fermes et pleins, sa 
renommée future d'écrivain : 

Ignavi Parie quaerant in marmore vitam 

Queis vitae tantum spes jacet in tumulo ; 
Haec gessi ut mutes liceat contemnere testes, 

Praxitelisque manus seu, Polyclete, tuas. 
Nec vatum scrîptis mea busta incisa legantur : 

Funditus extinctos hic tueatur honos. 
Sic scripsi, ut possint vàtes nihil addere, nobis 

iEternum ingénie suppeditante decus \ 
Sed ne forte meum longinquo ex orbe profectus 

Ut redeat vise, praetereat tumulum, 
Extremi nomen sculpatur margine saxi. 

Hoc satis est : populis caetera fama canet. 
Sic olim qui Alpes, Italas qui fregerat arces, 

Scribi unum hoc jussit : Annibal hic situs est ^ 

VEpitapbe de Biaise de MonluCy mareschal de France et de Marc- 

1 . Cf. l'épitaphe de Monluc d'Etienne Pasquiet : 

Hac Monlucius est sepultus urna ; 
Qiiem si nosse voles, viator, ejus 
Scripta perlege, si quidem his in ipsis 
Expressa ingenii sui est imago. 
Corpus hoc tumulo quiescit; at tu, 
Deus, fac animus quiescat in te, 
Qyii nullam coluit quietus aulam, 
Sed solis requiem para vit armis. 

ÇTumul, liber, 53, dans les Pof^j/w /a/iw^5 de Pasquier, 
Paris, Sonnius, 16 18, p. 297.) 

2. L'idée est à rapprocher de celle de la première épitaphe : 

Q.uxris qui siem ? Monlucius. 
Nomini mco satis est nomen. 

La seconde épitaphe : « Avo, patri, fîlius, nepos Blasius Monlucius » est transcrite 
dans le ms. Delpit, f» 102 v». 



l'humaniste 71 

Antoine, Pierre et Fabien ses enfans, est aussi, malgré quelques 
taches, d'une belle venue. Le sujet a heureusement inspiré 
le poète, qui a su trouver parfois, pour louer son héros, des 
accents presque cornéliens. La pièce débute par une idée 
philosophique : la vie de l'homme ne vaut que par la façon 
dont il la vit : 

Ung jour du vertueux vainc une longue vie 
De celuy qui la passe aux vices asservie. 

La vie n'est, d'ailleurs, rien sans la gloire : 

C'est un fais Atlantée estre endossé d'années 
Qui ne les faict marcher d'honneur accompagnées. 
L'honneur de la vieillesse est l'estançonnement... 
Qu'on soit doncques d'honneur, non des ans envieux. 
Que s'ilz nous sont donnés par la faveur des cieux, 
Il les faut soulever d'une vivante gloire 
Dont la Parque ne puisse arracher la mémoire, 
Comme a faict ce Monluc... 

Après cet exorde grave, qui rappelle la phrase des Commen- 
taires : c( Ma mémoire ne mourra pas si tost, qui est tout ce que 
les hommes qui ont vescu en ce monde, pourtant les armes 
en gens de bien et sans reproche, doivent désirer ; car tout le 
reste n'est rien... ' », Malvyn commence à « sonner » l'éloge 
de Monluc : 

Son berceau fut Gascogne, où les peuples ardans 
Naissent, meurent soldats, et despandent leurs ans, 
Indomtables, hautains à secourir leurs princes 
Et replanter les bords de leurs grandes provinces. 

Il note justement l'ambition précoce de ce cadet <c espoin- 
çonné d'honneur » 

I. Commentaires et Lettres de Biaise de Mottluc, éd. de Ruble, II, 335. 



72 CHAPITRE II 

... avant que la saison 
Luy frisât sur la joue une crespe toison. 
Bien tost on s'aperceut que sa vertu cognue, 
Sa vaillance au danger, sa prudence chesnue 
Aux affaires doubteux voloit devant les ans, 
Jeune soldat jà vieux de gestes triomphans. 

Pourquoi faut-il qu'à ce dernier vers succède une image qui 
rappelle trop celles de la Gallia gemens ? Monluc n'a rien à 
gagner à être comparé à une comète, à un feu « horrible, 
perruque ». Le poète est plus heureux lorsqu'il 1 évoque dans 
le combat, sa hallebarde à la main : 

Sa grand picque en sa main guyde des bataillons '. 

Il rappelle ensuite qu'il fut comblé d'honneurs, qu'il ne les dut 
qu'à son mérite personnel, et après une simple allusion aux 
guerres civiles, il fait un bel éloge des Commentaires dont la 
lecture semble bien l'avoir inspiré : 

Luy seul escrire a peu, digne de ceste gloire. 
De ses divers travaux une immortelle histoire, 
Luy un second César, le sçavant escrivain 
Des exploits achevés par sa vaillante main. 

Si le Dieu Mars n'a pas osé 

Sur la poudre adenter ce Tydide vaillant, 

il a, par contre, ravi ses trois fils, « trois Achilles fran- 



çois » 



2 . 



1. Monluc, fantassin dans l'âme, a plusieurs fois rappelé, dans son livre, qu'il 
aimait à combattre i\ pied, et que la hallebarde était son « baston de main ». 

2. Marc- Antoine de Monluc, tué au siège d*Ostie, en novembre 1556, et dont 
Joachim du Bellay avait déjà fait unecpitaphe (Poenuita, fos 50 vo-51 r«) reproduite, 
ainsi que celle de Buchanan, à la fin du Tombeau ; Pierre-Bertrand, dit le capitaine 
Peyrot, tué à Madère en 1566; Fabien, tué au siège de Nogaro en septembre 

1573- 



L HUMANISTE 73 

Ces vieux héros de Grèce et ces foudres Romains 
N'eussent passé l'honneur des trois frères germains, 
Si leur forte vigueur, aux armes si bien née, 
En leur tendre bourgeon n'eust esté moissonnée. 
Comme on void trois beaus lis qui d'un lustre pareil 
Desboutonnent leur robe aux rayons du soleil, 
Ou trois beaux hyacints à la face vermeille 
Epanir les trésors de leur vifve merveille. 
Le ciel s'en resjouit et verse sur ces fleurs 
Les larmes dont l'Aurore argenté leurs couleurs : 
Mais le coutre tranchant ou le gresleux orage 
Les célestes honneurs de leurs beautez saccage. 
Le destin nous monstra, puis a soudain repris 
Ces trois frères à soy du terrestre pourpris. 

La comparaison est gracieuse; elle est assez inattendue, si 
Ton songe qu'elle s'applique à trois rudes capitaines, dont 
Taîné était petit, « fort et apilé, les espaules grosses, », et 
dont les deux autres étaient sans doute secs, tannés et noi- 
rauds comme leur père. Le poète peint ensuite la fermeté du 
vieux Monluc en face de ces deuils et son activité jusqu'à 
la mort : 

Tu desseignois encor les combats retenter 
Quand la fiévreuse mort vint au lict te douter. 
Tel est le fier torrent des affaires humaines, 
Qui faict et puis deffaict toutes choses mondaines. 
Nous mourons en naissant, et mainte fois au bord 
De ceste fresle vie on est pris par la mort : 
Mais heureux qui a pu, plein d'honneurs et d'années, 
Attendre de pied coy les fières destinées. 

Tel fut Monluc dans sa vieillesse; et Malvyn, idéalisant son 
héros, le montre, au terme de son orageuse carrière, opposant 
une fermeté stoïcienne aux calomnies des envieux : 



74 CHAPITRE II 

Ayant heureusement vaincu Mars et l'envie 
Qui voyoit de travers la splendeur de sa vie, 
Ayant veu retourner deux fois quarante estez, 
Assailly, combatu de mille adversitez, 
Mais compris en soy mesme, il espointoit la flesche 
Dont le malheur pouvoit à son los faire bresche. 

La pièce se termine par la description anticipée du tombeau 
que Jean de Monluc élèvera à son père et à ses frères. L'ima- 
gination de l'humaniste s'est donné carrière dans ces derniers 
vers, sonores comme une fanfare, et elle dresse un mauso- 
lée dans le plus pur style de la Renaissance : 

Vous, son fils, honorez du Père et des Enfans 

Le Tombeau, non de pleurs, mais de chars triomphans, 

Gemissans sous le fais des despouilles vaincues, 

Pistoles, coutelas, picques, lances, massues, 

Morrions, gantelets, brassars, cuyssots percez. 

Panaches tous sanglans, corceletz enfoncez, 

Phifres, tabours, guidons, fanfares de trompettes. 

Enseignes, estandars et lancières cornettes, 

Marques de leur prouesse et dignes monuments 

De ces quatre guerriers, les premiers de leur temps. 

Lesquels ores là haut de la voûte dorée 

Feront trembler d'esclairsleur salade tymbrée, 

Foudroyans Encelade et l'orgueil furieux 

Des Géants qui encor s'arment contre lescieux *. 

Malvyn ne se contenta pas d'apporter sa contribution per- 
sonnelle au Tombeau de Monluc; il sollicita autour de lui 
des collaborations. Il obtint sans peine celle de trois conseil- 
lers, ses collègues. Emmanuel du Mirail, qui avait remplacé, 

I. Malvyn avait déjà, dans son poème sur la bataille de Jaraac, comparé les 
huguenots aux géants entassant Ossa sur Pélion. Mais il avait longuement ampli- 
fié ridée ; il la resserre ici en deux vers. On sent k progrès. 



L HUMANISTE 75 

Tannée précédente, Charles de Malvyn au Parlement, ne put 
refuser à son fils trois épitaphes grecques et une pièce de 
vingt-neuf hexamètres latins '. Pierre de Termes lui donna 
vingt-neuf hendécasyllabes, où ilénumérait avec bonheur et 
précision les qualités personnelles de Monluc et le comparait 
tour à tour au jeune Alexandre, au vieux Camille, aux Sci- 
pions et, après Malvyn, à Annibal \ Florimond de Rsemond, 
le futur éditeur des Commentaires, composa deux épitaphes. 
Tune en français, de cinquante-six vers, Tautre en latin, de 
dix hexamètres, et quatre distiques latins. Dans la pièce fran- 
çaise on retrouve deux idées que Malvyn a aussi développées : 

He que c'est peu de cas que des choses mondaines ! 

Ce n'est rien que du vent, 
Car tout ainsi qu'on voit qu'elles naissent soudaines, 

S'en vont soudainement. 

Malvyn avait dit: 

Notre vie est un songe, un'ombre décevant. 
C'est un nuage vain poussé au gré du vent '. 



1 . Dans cette pièce intitulée Lucinx vaticinium defortuna Monluciy l'auteur sup- 
pose que Lucine, au moment où Monluc naît, prédit à sa mère ses exploits futurs. 
Une allusion à Tédit de pacification de 1577 permet de la dater. — Emmanuel du 
Mirail, conseiller clerc le 3 avril 1576, avait collaboré au tombeau d'Arnaud de 
Ferron. Il composa aussi quatorze distiques grecs et une épigramme de six vers 
latins pour les poésies de P. de Brach (éd. Dezeimeris, I, no» IV et XII). 

2. Et non à Horatius Codés, comme le dit Lapaume. L'auteur, empruntant à 
Juvênal une expression bien connue, appelle Annibal « ducem luscum ». — Pierre 
de Termes prêta serment comme conseiller lai le 11 mars 1573. H remplaçait feu 
Pierre de Sevin (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 3, fo 305 r®). Il épousa 
Marie de Lange et mourut le 27 mai 1595. Cétait un lettré distingué : Dorât lui 
a adressé une épître (Joau. Aurati Epigrammata, Paris. 1586, in-8, pp. 14-16). 

3. Voici, par contre, une idée personnelle à Florimond de Raemond et qu'il a 
heureusement exprimée : 

Ores, il est contant avec six pieds de terre. 

Partage esgal ii tous ; 
Car autant en emporte un chetif bêche-terre 

Que le plus grand de nous. 



76 CHAPITRE II 

Florimond de Raymond semble lui avoir aussi emprunté 
ridée que Monluc ne se survivra que par sa gloire. 

D'autres poètes encore collaborèrent à ce Tombeau : le mé- 
decin bordelais Etienne de Maniald, helléniste habile *; Jean 
du Chemin, Jean Guijon, d'Autun, professeur au collège de 
Guienne, qui donna quatre distiques grecs et un Monlucii 
iribuni militum epicedium, où il décrivait par avance la pompe 
funèbre du héros à Saint-André ^; Martial Monier, qui avait 
publié ses poésies latines chez Millanges en 1573; enfin 
Pierre de Brach. Malvyn lui communiqua sa copie des 
Commentaires-, il la feuilleta, et, se fiant à sa facilité, retraça 
vaguement la carrière de Monluc dans une pièce de 558 vers, 
les Mânes de messire Biaise de Monluc, mareschal de France, 
dont ridée est peu heureuse, la valeur historique médiocre, 
la forme négligée, et qui me paraît à tous égards inférieure 
à YEpitapbe de Biaise de Monluc et de Marc-Antoine, Pierre et 
Fabien, ses enfans K 



1 . Professeur au collège de médecine de Bordeaux, il composa des pièces liminaires 
pour les poésies de Pierre de Brach, le De viris ilîustrilnts Aquiianix de de Lurbe 
et VAusone de Vinet. 

2. Jean Guijon fait aussi allusion au siège de Sienne : 

... Senarum dira obsidionis egestas 
Et plus quam Perusina famés. 

Connaissait-il, d'ailleurs, son héros? Pour se faire une idée juste de Monluc, il suffi- 
rait presque de prendre le contre-pied des vers suivants, qui ont tout l'air d'être 
ironiques : 

Ht faciles aditus, et blanda: questibus aures, 

Mens quoque non avidis unquam temerata rapinis, 

Insontesque manus nec iniqua caede madentes. 

Voir sur Jean Guijon, Gaullieur, Hist. du colUi^e de Guyeune, Paris, 1874, in-80, 
p. 273. 

3. De Brach imagine Monluc aux enfers conversant avec Charon et lui racon- 
tant sa vie. Pour la valeur historique de cette pièce, je me permets de renvoyer à 
ce que j'en dis dans Biaise de Monluc historien, p. 2, n. i. M. Dczeimeris n'a pas 
jugé ce poème de commande digne d'être réimprimé. 



J 



LHUxMANISTE 77 

En versifiant cette pièce, de Brach acquittait une dette. 
L'année précédente, Malvyn avait écrit pour l'édition de ses 
Poèmes une pièce liminaire de douze distiques latins, où il 
célébrait les succès du jeune lauréat des Jeux Floraux de 
Toulouse et dressait en vers la table des matières de son 
recueil '. Ces échanges poétiques nouèrent entre le conseil- 
ler et l'avocat au Parlement des liens étroits d'amitié. A l'occa- 
sion de la nouvelle année, de Brach dédiait à Malvyn, pour 
« l'estrener », une ode mi-sérieuse, mi-badine, où, tout en 
l'accablant de compliments, il se déclarait incapable de le louer 
dignement : 

Je veux donques seulement. 
Me taisant honteusement. 
Couvrir ma simple faiblesse 
Des vertus qu'avare en moi, 
Le ciel prodigua sur toi... 

Et cependant ne refuse 
Cette estrene de ma Muse, 
Que pour avant-jeu je mets 
A ce que je re promets. 
Mais en te donnant la tienne, 
Je demande aussi la mienne ^ 

Malvyn s'exécuta en composant le sonnet suivant: 

Amour, je n'ai long temps apris de ton école 
Les aigreurs, les douceurs, les espines, les fleurs, 
Les faveurs, les rigueurs, les plaisirs, les douleurs 
Dont régent tu déçois la jeunesse plus mole. 



1. Poèmes de Pierre de Brach Botirdelois, diuisés en trois Hures. A Bourdeaux, 
Simon Millangcs, 1576, in-40 de 220 ff. — La pièce de Malvyn a été réimprimée 
par M. Dezeimeris au début du 1. 1 de sa belle édition des Œuvres poétiques de Pierre 
deBrachy Paris, 1861, in-40, 2 vol. 

2. Œuvres poétiques de P. de Brach, éà. Dezeimeris, II, 199-204. 



78 CHAPITRE II 

Toutes fois la leçon qui mon de Brach affole, 

Mon de Brach qui m'a peint de ses braves couleurs. 

Me faict en sa faveur souspirer tes chaleurs, 

Et qu'encor soubz tes coups tes disciples j'immole. 

Sorcier de nos espritz, feinte Divinité, 

Qui soubz un beau semblant masques ta cruauté, 
Volleur, magicien, tyran des fantasies, 

Je n'ai faict qu'esbaucher icy tes premiers traitz ; 
Mais si en liberté mon de Brach tu ne metz. 
Je ferai voir au jour toutes tes hérésies \ 

Il faisait allusion dans ces vers à la flamme, aussi pure 
qu'ardente, dont de Brach brûlait pour sa femme, Anne de 
Perret. Lorsquelle mourut, le 8 juillet 1587, et que l'époux 
inconsolable décida de consacrer désormais sa Muse à la 
pleurer, Malvyn fut des premiers à l'approuver et à collabo- 
rer au Tombeau dAyinée, pour lequel il composa les distiques 
suivants : 

Gaude, morte tua felix et nobilis umbra, 

Mors tibi dat vita nobiliore frui : 
Brachius ecce tuus cassam te vindicat orco, 

Adscriptam cœlo syderibusque locat : 
Hic tuus ^etheriis ardet magis ignibus ignis, 

Phœbi et purpurcas vincit honore faces : 
At thalami pars fida tui sic flagrat ab illo, 

Luminibus radient ut sua scripta tuis. 
Optandum fatum egregia^ quod pra^mia laudis, 

Quod meriti eximii pignus utrique dédit *. 

De Brach ne se lassait pas, d'ailleurs, d'épancher son chagrin 
dans le cœurde son ami. Dans une élégie insérée au livre III 
des Regrets et larmes funèbres sur la mort dAymée, il lui racon- 

1. Ms. Delpit, fo 299 ro. Publié par M. Dezeimeris dans son P. de Brach, II, 
p. XLiv, n. I. 

2. Œuvres poétiques de P. de Brach, I, 290. 



l'humaniste 79 

tait les derniers moments de sa femme avec un luxe de menus 
détails qui rendent la pièce terriblement prosaïque, mais lui 
donnent aussi un accent profond de sincérité '. Retiré dans 
sa maison des champs pour tenter de se distraire de sa peine 
et contraint, comme Montaigne, de s'enfermer chez lui par 
les partis qui tenaient la campagne, c'est encore à Malvyn 
qu'il écrivait pour adoucir l'ennui de sa prison : 

Or, mon docte Cessac, mon esprit qui s'abuse 

Pour t'avoir veu souvant trop haut louer ma Muse, 

Avec ce les trompeur soi mesme se flatant 

A voulu que pour toi ce vers j'aille chantant ; 

Au moins sinon pour toi, il veut que je t'adresse 

Ces vers non pas chantans, mais plaignans ma détresse. 

Comment, d'ailleurs, pourrait-il faire des vers ? Le poète, 
pour chanter, doit être libre d'esprit et assuré du lendemain. 
Ce n'est pas son cas en ces temps de troubles, et il en 
appelle à l'auteur de la Gallia getnens, qui déplore, lui 
aussi, de vivre à une aussi aflfreuse époque : 

Or s'il est aucun mal auquel ne soit donnée 

Pour estre exécuté la licence effrénée, 

Je m'en remets à toi, qui vois d'un oeil pleureux 

Le succès variant de ce temps malheureux, 

Qui fis au premier trouble, au temps de sa naissance, 

Soubs tes vers gémissants gémir toute la France ; 

Je m'en remets à toi, qui donnes librement. 

Sans nulle passion, un juste jugement. 

Et qui, rond et entier, n'as pas l'ame saisie, 

Ny l'esprit transporté par une fantasie ^ 

La destinée s'acharnait contre le malheureux poète. Il était 

1 . Œuvres poétiques de P. de Brach, I, 214-226. 

2. Poèmes, liv. HI, Meslatiges, éd. orig., f<» 131 vo-134 vo. — Éd. Dezeimeris, 
II, 137-144- 



80 CHAPITRE II 

au chevet de son père mourant quand naquit Tenfant que 
Malvyn appela Aimée, peut-être en Thonneur de madame de 
Brach. Cette coïncidence d'un deuil prochain pour lui et 
d'une grande joie pour son ami lui avait inspiré un sonnet 
douloureux: 

Cependant que, suivi d'une trouppe honorable, 
Un enfant nouveau-né tu vas au temple offrant, 
Affin que le baptesme aille régénérant 
En un esprit meilleur son péché détestable : 

Desconsolé, pleureux, attristé, misérable, 

J'attens l'heure qu'il faille à mon père mourant. 
Et aux derniers abais de la mort jà tirant, 
Faire pour l'entomber un convoi lamantable. 

Tu ris une naissance, et je pleure un trespas, 

Mais nous faillons tous deux, et nous n'avisons pas 
Que tu ris voyant l'homme entrer en sa misère. 

Que je pleure voyant la fin de son malheur. 

Pleure donc, mon Cessac . . . mais rire en ma douleur. 
Le sang ne peut mentir, je ne sçauroi le faire *. 

L'histoire des rapports de Malvyn et de Pierre de Brach 
nous a surtout renseignés sur les chagrins domestiques du 
second. Un curieux poème inédit nous apprend que le pre- 
mier eut aussi ses heures de tristesse et nous permet 
d'écarter le voile de sa vie intime. C'était en 1578 \ Malvyn 
se trouvait à Agen en qualité de commissaire délégué à la 

1. Œuvres poétiques de P. de Brach^ II, 38-39. — Ces vers, comme l'a déjà fait 
remarquer M. Dezeimeris, contiennent en germe l'idée du fameux sonnet de 
Joséphin Soulary, Les deux Cortèges, 

2. La date est fournie par une allusion au duel de Qpélus et d'Antraguct, qui 
eut lieu le 27 avril 1578 : 

Par toy le point d'honneur faict rcnger ralumclie 
D'Entraigues et Caylus dans un mortel duellc. 

— AlumeUe ou alemele, lame d'épOe, de poignard, de couteau ; fer d'arme tran- 
chante ; arme tranchante quelconque. Employé par Marot dans le sens d'épée 
(GoDKi-ROY, Diction, de Vanc. Jang. franc., I, 216). 



l'humaniste 8i 

Chambre tri-partie. Seul, loin de son vieux père, de sa jeune 
femme, de ses amis, il tomba malade. Une sorte de découra- 
gement le prit, et, dans un profond accès de mélancolie, il 
rima près de cinq cents vers où il peignit ce qu'il éprouvait. 
Cette improvisation, bien qu'inégale, est intéressante. Au 
déclin de ce xvi* siècle si longtemps possédé du besoin 
d'agir, elle nous montre une âme dégoûtée de l'action et de 
la vie, écœurée du spectacle des choses humaines, ayant 
perdu sa foi dans la raison, dans la vertu, même dans la 
science, presque dans la Providence, et se plaignant doulou- 
reusement de la destinée. Le spectacle est assez rare ; il 
mérite qu'on s'y arrête. L'abus de l'érudition mythologique, 
la banalité de l'amplification donnent, sans doute, trop sou- 
vent à ce poème un faux air de déclamation ; mais en plus 
d'un endroit l'accent est sincère, la pensée forte, l'expression 
vive et heureuse \ 

L'auteur débute par une malédiction contre la Fortune; 
s'il ne peut adoucir sa peine en la chantant, il est résolu 
d'en finir avec la vie : 

En quel antre segret, détourné de valées, 
Soubz l'horreur des foretz profondement celées, 
Ferai-je retentir les Deités des bois 
Gémissantes après les accens de ma vois ? 
Helas ! puisque du ciel les puissances hautaines 
S'aigrissent contre moi, coulpables de mes peines, 
Et qu'en vain tant de fois leur secours apellé 
D'une seule faveur onc ne m'a consolé, 
Possible qu'au milieu de l'aspre solitude 
Des Sylvains boscageus la nature plus rude 
S'amollira bénigne au son de mes malheurs 
Qui reviennent cruelz de nouvelles douleurs. 

I. Ms. Delpit, fos 274 ro-iSj v». Les nombreuses défectuosités de la copie ne per- 
mettent pas de publier ce poème in extenso. Dans les extraits qui suivent, j'ai 
corrigé des fautes grossières, le plus souvent avec certitude. 

COURTFAULT. 6 



82 CHAPITRE II 

Parfois dire son mal enamerit la bouche, 
Mais adoucit l'aigreur qui jusques au cœur touche, 
Et si ce bien je n'ai en plaignant mon tourment 
De relascher mon mal par quelque allégement, 
Je ne veux plus. Fortune, armer ta tyrannie ; 
Je romprai les liens qui attachent ma vie : 
Car ni le fier destin, ni les astres yreus 
Peuvent oster la mort à l'homme genereus 
Qui se résout, battu de leur rigueur cruelle, 
D'eschaper en quitant sa despouille mortelle. 

Puis il entre dans une méditation sur la misérable condi- 
tion des mortels. Les animaux lui paraissent plus heureux 
que rhomme ; la brute, privée d'intelligence, a sur lui cette 
supériorité d'ignorer les passions, Tamour des richesses, 
l'ambition, les voluptés malsaines et les maladies qu'elles 
engendrent, la guerre et ses horreurs. Sans doute le mor- 
ceau est une amplification d'un fragment célèbre de 
Ménandre '; mais Malyvn a su donner à son imitation un 
accent assez personnel : 

Hz ne fouillent pour l'or la terre au ventre creus 

Et ne béent après l'honneur ambitieus ; 

Le gourmand appareil des tables persiennes. 

Des vieux prestres romains et des sicilienes 

N'a jamais altéré leur naïfve santé, 

Se delectans tousjours de la simplicité, 

Vrais enfans de Nature, à qui rien ne peut plaire 

Des banquets maladifz la ventreuse misère. 

Le cuvder estrc beau ou estre suffisant 

Ne les va d'un orgueil téméraire abusant... 

Hz passent droituriers la course de leurs ans ; 

Leur boire, leur veiller, leur dormir est paisible. 

N'aiment, n'appètent rien que ce qui est loisible. 

I. Malvyn Ta trouve dans Siobke (FAv/Vtv., 98, fragiii. 8, cd. Mcinekc;. 



l'humaniste 83 

Hz ne se tuent point pour leur postérité 
Et leur laisser des biens et maisons à planté. 
Leur vivre abondamment la nature leur baille. 
Et seulz du lendemain le soin ne les travaille. 
Misérables mortelz, par combien de dangers, 
Et par fer et par flamme et par flotz estrangers 
Vous convient il passer pour gaigner vostre vie. 
Sans cesse de douleurs et de larmes suivie ! 
Bien hureus animaus, l'immortelle frayeur 
De la mort ne blanchit vostre estomac de peur. . 
Si vous n'attendes point la gloire perdurable, 
Aussi ne craignes vous l'enfer inexorable... 
Vous vives bienhureus et tous purs de malice, 
Et mortz vous n'aies point comparoir en justice. 

QjLielle est donc la cause profonde de la misère humaine ? 
c'est la raison, et le poète la prend à partie dans une véhé- 
mente invective : 

Aies donc, vantés vous d'avoir eu en partage 
Vostre belle raison comme un riche héritage, 
Puisqu'elle est ruineuse et mère des excès 
Qui vous causent en bas tant de fiebreus accès. 
Elle est ores guerrière et livre des batailles ; 
Elle rase le front des superbes murailles ; 
Elle tue, elle abat et maint peuple destruit ; 
A tout aage, à tout sexe outrageuse elle nuit... 
Elle est incestueuse, et d'un discours lubrique 
Elle esbranle le cœur d'une fille pudique. 
Elle contraint d'entrer l'adultère aus maisons 
Pour violer le nœud des saintes liaisons. 
Mère des detractions, faulsetés, tromperies. 
Parricides, larcins, cruaultés, volleries, 
Tu aiguises l'envie à la sorcière dent 
Pour deschirer l'honneur de cellui qui est grand, 
Mère des tradimentzs, des tuscanes vengences. 
Des abus, des erreurs et des vaines sciences.... 



84 CHAPITRE II 

Qui n'apperceoit que ceus de qui Tentendement 
Avec plus de raison discourt plus sagement 
Sentent plus la traverse et la vive pointure 
Dont le malheur ulcère une belle nature ? 
C'est la pierre de touche où Ton peut espreuver 
Les divers encombriers qui nous viennent treuver. 
Heureus cellui de nous dont Tame est plus grossière. 
Lourde masse de fer, impassible matière ! 
Du jus de ceste drogue il n'est si enchanté . 
Et son puissant venin ne l'a partout donté. 
Il est moins offensé des flesches de fortune, 
Et le trenchant soucy beaucoup moins l'importune. 

Si la raison est impuissante à rendre l'hoînme heureux, la 
vertu ne l'est pas moins. Les bons ne sont pas plus que les 
méchants à l'abri de Tinfortune : 

Que servit à Caton sa sage prévoyance, 

A Phocion le los de sa pure innocence, 

A l'autre Athénien de justice le nom. 

Le docte sainteté au maistre de Platon ? 

Brute, que tu dis bien ta dernière parole : 

La vertu ce n'est rien. Ce n'estoit qu'une idole, 

Le masque d'un beau nom, que j'alois adorant. 

Mais enfin pour tout fruict ne conçoit que du vent. 

Ht le poète, opposant la féltcité des méchants aux disgrâces 
des bons, conclut : 

L'innocente vertu fait les siens malhureus. 

Il en est lui-même un vivant exemple; et il évoque, en 

4 

exagérant, je pense, un peu, toutes les amertumes de son 
existence : 

Helas ! si onc despuis le laict de mon enfance, 
Fors de peine et douleur, je n'ai eu cognoissance. 



l'humaniste 85 

Si tousjours accue[ijlli de tristes accidens, 
J'ay veu soudain mourir la fleur de mes beaus ans. 
Si j'ai tousjours traisné ma languissante vie, 
De sanglotz, de souspirs et de larmes suivie,... 
Si à moi du printems la saison ne peut rire, 
Si des zephirs pour moi l'haleine ne souspire. 
Si de Flore pour moi le seing n'est emperlé, 
Qui fait sembler le front de la terre estoilé. 
Si tous autres desduitz, passetemps de musique. 
Et tout ce qui déplie un sourci zenonique, 
N'ont jamais peu guérir mon ulcère profond 
Qui me peint de vergogne et de cj-ainte le front, 
Quel démon présida au sort de ma naissance ? 

Lorsqu'on songe aux débuts faciles de la carrière de Malvyn, 
il est malaisé de ne pas trouver son désespoir quelque peu 
« littéraire ». Mais à cette heure il est désabusé de tout. Il 
ne croit plus à la raison, à la vertu ; il ne croit plus aux 
lettres ni à la gloire qu'elles procurent, et il le dit avec un 
accent assez personnel : 

Solitaire resveur d'esprit mélancolique, 

J'imaginois en vain un honneur fantastique. 

Comme si les naquets, triadons, charlatans, 

N'estoent plus eslevés que les hommes sçavans ! 

Aussi pour vrai ceus là qui meurent sur le livre, 

Mal habillés, fascheus, n'ont pas apris de vivre. 

Hz célèbrent tousjours la mémoire des mortz 

Et entre les vivans paroissent mal accordz. 

Des lettres j'ai puisé comme d'une fontaine 

Travail, peine, souci, de nos âmes la geine, 

Surdité, mal d'yeus, catares foudroyans. 

Qui, comme un prompt esclair, vont nos corps saisissans. 

Les fiebvres, pleuresis et la negeuse glace 

Qui s'assied sur ma teste et jà desteint ma face. 



86 CHAPITRE II 

Le trente deusiesme an marque à peine mon jour : 
Toutesfois jà l'hyver faict en moi son séjour. 
Pour un songe ombrageus d'une seconde vie 
Celle qui est la vraye est tout soudain ravie. 

Il énumère alors tous ses déboires personnels, les efforts. 
qu'il dut faire pour conserver sa place de conseiller au Par- 
lement, ses deuils domestiques, les maladies qui ont ruiné 
sa santé. Ces confidences ajoutent des détails précieux à sa 
biographie : 

Estant né gentilhomme, issu de bonne race. 

Au collège où je suis à peine treuvay place, 

Bien que mon père en fut un très rare ornement, 

Et que mon temps je n'eusse employé vainement, 

Que trois et quatre fois nostre pouvre héritage 

De la griffe mutine a senti le ravage, 

Que mes plus chers parans, combatant d'un grand cœur. 

Pour leur prince sont mortz en leur jeune vigueur, 

Que la s(.^urde ...cruelle ...mort, par trop avare* 

A mis soubz le cercueil mon trésor le plus rare, 

Cruelle m'a privé du dous nom paternel, 

Et planté dans le cœur un regret éternel. 

Si que jeune j'ai veu flember trois funérailles 

De mon sang bien aimé, de mes propres entrailles... * 

Et vous, ma douce mère; 6 mère bien heureuse 

De ne voir de mes maus la grand mer angoisseuse. 

Vous estes maintenant délivre de souci 

Et le soing m adolore et me consume icy. 

Une fîebvreuse humeur, or de feu, or de glace. 

Mon corps ardent-gelé felonneuse tirace. 

Or la tierce, or la quarte, et chascune à leur tour 

S'abreuvent en mon sang d'un incertain retour. 

. I. Sic. Le vers a étù mutilé par le copiste ou plutôt il est resté imparfait. 
2. II a fait une autre allusion à ces trois morts prématurées : 

Et s'il voit ses cnfans (o regret lamentable !) 
Fanir comme la fleur qui bronche sur le sable... 



l'humanïsth 87 

Elles faillent pour moi le branle deleurdance, 
Et pour me vexer plus ont niué leur cadance. 
Et ce qui plus me point, bien loin des miens je suis, 
De ma chère compagne et loin de mes amis, 
Loin de mon père viens, qui possible à ceste heure 
Importune pour moi d'Olimpe la demeure. 
Nature, mère à tous, mais las ! contre mon chef 
Marastre trop cruelle, amasse tout mechef. 

Qu'a-t-il donc fait pour mériter les épreuves dont le ciel 
Taccable ? Il est bon catholique, bon sujet, citoyen paisible, 
magistrat intègre; sa vie privée est irréprochable ; 

Si des branches sorti d'une innocente race. 

De bon cœur j'ai suivi leurs vertus à la trace. 

Si jamais je n'appris à farder les erreurs 

Que la langue hérétique illustre de couleurs ; 

Si de fer et de feu ayant la main armée. 

De révolte je n'ai ma province allumée. 

Des lois de ma patrie entier observateur 

Et de mon prince aussi fidelle serviteur ; 

Si du sang respandu par la France troublée 

Je n'ai la voulonté ni la dextre souillée ; 

Si le malheur d'autrui onques ne m'enrichist, 

Si de l'Estat troublé je n'ai faict mon profit. 

Si par procès, usure ou rapineus oustrage 

Je n'ai jamais cerché croistre hion héritage. 

Si des biens de l'Eglise et de l'or tolosain 

J'ai sous ma volonté pure et nette la main. 

Si je n'ai point vendu la justice par grâce, 

Par haine ou par argent qui le bon droit efface. 

Si ma langue on n'a veu de son venin amer 

Les biens, l'honneur d'autrui, l'innocence oprimer. 

Si je n'embrasse point dans mon lict Elpinice, 

Et si je hay sur tout de Mégère le vice. 

Et si je n'ai tenté d'un outrageus désir 

La noptière Junon du lict d'autrui noircir, 



§8 CHAPITRE II 

Si je necroi ce monde errer à Taventure, 

Si je ne me croi point tout divine nature, 

Dieu tout grand et tout bon, pourquoi ton bras archer 

Ne cesse il sur moi ta gresle descocher ? 

Pourquoi suis-je tousjours la butte de ton ire. 

Le blanc tout effacé de ta poignante vire ? * 

Le poème se termine pourtant par un cri de foi et d'espé- 
rance : 

Je sçai bien que vers toi très grands sont mes péchés, 

Qui en mainte manière ont mes sens entachés ; 

Mais aus pécheurs tu es père doux, pitoyable. 

Quand ilz vont invoquant ta bonté secourable... 

Coupler un grand pouvoir avec grande rigueur 

Sent son tvran et non sa rovalle grandeur. 

On ne t'adore aussi pour ta grande puissance, 

Mais pour l'avoir meslée avec ta grand clémence. 

On ne doit révérer un estre tout puissant 

Sans pitié, sans douceur, tousjours nous punissant. 

Si mes iniquités ton ire ont mérité, 

De ta rigueur j'apelle à ta grande bonté. . . 

Ouvre donc ton oreille à mon humble prière; 

Du fons de mes enfers oy ma plainte ordinaire. 

Malade, travaillé de mes ennuis divers. 

Bien loin de mon séjour, je fis dire à mes vers, 

Enfans de ma fureur, ma peine désastreuse 

Que je n'ai coloré d'une ancre fabuleuse. 

Ce pourtrait est tiré bien près du naturel ; 

Avecques ton pinceau je l'eusse rendu tel 

Qu'il n'eust esté jaloux des couleurs animées 

Qu'aux ouvrages d'Apelle on voyoit imprimées. 

Toutesfois, tel qu'il est, je t'en fais un présent : 

Il est de mes douleurs le triste monurfient \ 

1 . rZ/r, syn. de virelon^ trait d'arbalète, employé dans ce sens par Ronsard 
(GoDFiROY, VIII, 256).. 

2. Le ms. Delpit contient encore (f^^ 283 v<'-298 v») une copie, d'ailleurs fort 



l'humaniste 89 

La venue à Bordeaux, en janvier 1582, des commissaires 
de la Chambre de justice fut, on Ta vu plus haut, un gros 
événement. Elle eut pour Malvyn une importante consé- 
quence : ce fut l'origine de ses relations avec Jacques-Auguste 
de Thou. Le jeune conseiller au Parlement de Paris tra- 
vaillait alors à* réunir les matériaux de sa grande histoire. 
Il profita de son séjour en Guienne pour étudier sur place 
les événements dont la province avait été le théâtre depuis 
l'origine des guerres civiles '. A Bordeaux, il interrogea le pre- 
mier président Lagebaston, qui avait joué un si grand rôle dans 
les troubles el qui était si capable d'apprécier avec mesure les 
faits dont il avait été le témoin. Il causa avec Montaigne. Élie 
Vinet, l'illustre principal du collège de Guienne, fit connaître 
aux magistrats parisiens le brillant passé de Bordeaux et les 
accompagna dans leur pèlerinage archéologique à travers 
les antiquités de la ville. Malvyn fut certainement de ces 
doctçs promenades au Palais-Gallien, aux Piliers de Tutelle, 
au rempart romain, à l'autel du Génie de la Cité conservé 
dans le Château-Trompette *. Il rendit à de Thou de précieux 
services \ Lorsqu en août, la Chambre de justice se trans- 
négligée, d'un autre poème français. C'est l'histoire de Pyranie et Thisbé, délayée 
en 764 alexandrins. Bien qu'il n'y en ait aucune preuve certaine, j'ai grand'peur 
qu'il ne faille en attribuer la paternité à Malvyn. Il n'y a qu'un mot à dire de 
cette improvisation débridée : elle mérite, à tous égards, de rester inédite. 

1 . C'est ainsi qu'il fit, avec Pithou, le voyage de Lectoure pour voir la ville 
et pour examiner la disposition du camp de Monluc, qui l'avait assiégée et prise 
en oaobre 1562 (Jac. Aitg. Thuani De vita sua, lib, II, dans l'éd. lat. de VHist. 
tiniv. de Londres, 1733, in-fo, VII, 47). 

2. Voir la remontrance de Loisel, du 22 août 1582, qui clôtura la session de la 
Chambre à Bordeaux. L'orateur cite parmi les Bordelais illustres les « Mallevins » 
entre les « Boities » et les « Montaignes » {La Guyenne, p. 44). 

3. « Amicitiam et contraxit cum Joanne Malvinio Sessaco tune primario senatore 
et harum rcrum non ignaro ». (Jik. Ang. Thiani De vita sua. lib. II, éd. de 
Londres, VII, 39). L'auteur a commis deux erreurs : il a donné à Malvyn de 
Cessac le prénom de son frère Malvvn de Primet ; de plus, Malvyn, en 1582, 
n'était pas encore doyen. 



90 CHAPITRE II 

porta à Agen, ils étaient liés. Le i^*'' novembre suivant, de 
Thou perdit son père, Christophe de Thou, premier prési- 
dent du Parlement de Paris. Malvyn fut, avec Joseph Scaliger 
et du Bartas, de ceux qui contribuèrent au tombeau poétique 
élevé par son fils '. Il composa une pièce latine de trente-six 
hexamètres, où il déplora le deuil de la France privée d'une de 
ses plus éclatantes lumières ^ Plus tard, il écrivait à de Thou 
pour le prier de hâter la solution d'un procès pendant 
devant la Chambre de TÉdit de Paris, en rappelant discrè- 
tement le témoignage qu'il lui avait quelquefois rendu de 
lui vouloir du bien \ Lorsqu'il eut achevé de lire la seconde 
partie de VHistoire universelle, dont il avait vu l'auteur pré- 
parer la matière, il lui exprima son admiration dans une 
épître latine, à laquelle le grand historien répondit par une 
lettre éloquente, où il se plaignait de n'avoir recueilli que 
de la haine pour prix de son amour de la vérité ^. Cette 
noble amitié devait porter des fruits même après la mort 
des deux personnages qui l'avaient nouée : le petit-fils de 



1. Le 15 juin 1585, de Thou écrivait de Paris à Claude Du Puy, qui faisait 
partie de la Chambre de justice siégeant alors à Agen, qu*il a reçu de lui les vers 
« du sieur du Bartas et de M. de Malvin » destinés au tombeau de son père 
(Clx>ix df lettres françaises inédites de J. A. de Thou, publ. par Paulin Paris dans 
les Mélanges de la Société des Bibliophiles françai'iy Paris, 1877, in-8° p. 39). — 
Voir Télégie de Scaliger dans ses Opusciila diversa^ éd. de 1605, pp. 192-196. 

2. Voir appendice, no IX. — Malvyn n'est pas cité dans les commentaires 
sur la vie de de Thou parmi les amis qui lui témoignèrent leur sympathie à 
l'occasion de la mort de son père. 

^ Voir Appendice, n» XXXII et n» XXVIII la lettre de Malvyn au duc d'Eper- 
non sur la même affaire. 

4. Voir appendice, iv> XXXI. — La réponse de de Thou à Malvyn a été publiée 
par M. Dezeimeris, d'après la copie du ms. Delpit (fo 240 r" v^ dans les Annales de 
la Faculté des lettres de Bordeaux, 1880, pp. 103-104). La minute originale, qui pré- 
sente quelques variantes, esta la Bibliothèque nationale, fonds Dupuy, vol. 706, 
foii8. 



L HUMANISTE 9I 

Malvyn, Arnaud de Pontac, épousera Gabrielle-Henriette- 
Louise de Thou, la fille de Thistorien '. 

De Thou ne fut pas le seul des commissaires de la 
Chambre de justice dont Mahyn fut lami. Il se lia aussi 
avec Lazare Coquelay, d'Autun, chanoine de Notre-Dame et 
conseiller clerc au Parlement de Paris. Coquelay, d'ailleurs, 
n'était pas un inconnu à Bordeaux. En novembre 1578, il y 
était déjà venu avec son collègue Mole : ils étaient chargés 
de presser le paiement des décimes dans la province *. 
C'était un magistrat fort distingué, « d'un grand jugement 
et d'un profond sçavoir » \ Lorsqu'il mourut, le 10 mai 
1606, l'Estoile inscrivit sur son journal qu'il était « regret- 
table tant pour la preudhommiequepourla doctrine ^ » En 
1595, quand Tédit de 1577 fut présenté au Parlement de 
Paris, il parla, quoique ancien ligueur, en faveur de la paix 
religieuse et contribua par son éloquence à l'enregistre- 
ment ^ Pendant la session de la Chambre de justice à Agen, 
Malvyn eut l'occasion de lui écrire une lettre où le pédan- 
tisme se mêle à un spirituel badinage et qui renferme des allu- 
sions piquantes aux passe-terrips des graves conseillers ^. 

Le 13 septembre 1592, mourait Michel de Montaigne. 
Malvyn, plus jeune d'une douzaine d'années, l'avait eu 
deux ans pour collègue au Parlement. Mais il avait une 
autre raison de connaître l'auteur des Essais : il était son 
cousin, nous ignorons, d'ailleurs, comment. Les relations 

1. Par contrat du ii octobre 1632, publié dans les Arch. hist. de la Gir.y VIII, 

259- 

2. Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 367, f^ 238 v°. — Les lettres patentes 

étaient du 31 août (ibid., 369, 4, f» 619). . 

3. Mémoires de de ThoUy col. Petitot, XXXVII, 291. On sait que ces prétendus 
mémoires ne sont que la traduction des commentaires latins de la vie de de Thou. 

4. Mémoires-Journaux de LEstoile^ VIII, 219 (éd. des Bibliophileî.). 

5. Ibid.,\ll, 15. 

6. Voir Appendice, no XXXIII. 



92 CHAPITRE II 

qu'ils eurent ensemble, l'estime dans laquelle le tenait 
Montaigne ne nous sont malheureusement connues que 
par la belle lettre qu'adressa Malvyn à la veuve du philo- 
sophe, Françoise de La Chassaigne, au lendemain de sa 
mort : 



Madame, 

Je ne suis pas. pour entreprendre de vous consoler en vostre perte. 
Elle est trop grande, trop publique, trop universelle, et j'ay trop 
peu de sens, de jugement et de discours pour rabatre un tel coup. 
Je me voudrois plus tost plaindre et adjouster mon regret au vostre, 
d'a\''oir perdu un personnage si rare, si vertueux et si louable, et qui 
me faisoit cet honneur de m'aimer. Mais ce seroit considérer mon 
interest et augmenter d'ailleurs vostre doleur, que je voudrois 
diminuer, s'il estoit possible. Mon debvoir donques et mon ennuy 
me laissent en beaucoup d'incertitude et ne me permetent de voir 
ce que j'ay à suivre pour satisfaire à l'un et amoindrir d'autant 
l'autre. Je ne perdrai toutesfois la souvenance, au plus espès de ce 
trouble où je suis, de vous dire que sur tous j'ay esté serviteur très 
humble de feu monsieur de Montagne, et que sur tous j'en veux 
chérir la mémoire. Et ore que je ne puisse égaler en moyens, 
valeur et suffisance un grand nombre de parans et amis siens et 
vostres, qui vous sont demeurés comme pièces de ce naufrage qui 
vous est arrivé, si est ce que je ne veux céder à nul d'eux l'affection 
que j'ay de vous faire très humble service, que je vous offre et dédie 
avec mesme voulonté dont je désire que vostre vertu et prudence, 
aydée de la grâce de Dieu, se fortifie de consolations qui vous sont 
nécessaires en un tel accident, et que vous me teniés en conte pour 
jamais, Madame, vostre très humble et bien affectionné cousin et ser- 
viteur \ 

I. Ms. Delpit, fo205 ^'°» 206 ro, copie. — Cette lettre a été publiée par le D' 
J. F. Payen, Reclyrches sur MicM Montaif^ne^ correspondances relatives à sa mort 
(tirage à part, extrait du Bulletin des Bibliophiles, 1862, p. 5) et réimprimée dans 
les Arch. bis t. de la Gir., XXIV, 323. 



l'humaniste 93 

Lorsque Françoise de La Chassaigne décida d'élever à 
son mari un tombeau dans l'église des Feuillants, Malvyn 
fut certainement au nombre des amis de Montaigne qui l'y 
aidèrent '. M. Dezeimeris suppose avec grande vraisem- 
blance que la première rédaction de l'épitaphe latine destinée 
au tombeau lui fut communiquée, en raison de sa double 
qualité de latiniste et de parent, et que de ses corrections 
résulta le texte définitif '. Mahyn, on l'a vu pour le Tombeau 
de Mofiluc, cultivait volontiers ce genre de l'épitaphe. Celle 
de Montaigne n'est pourtant pas de lui. M. Dezeimeris a 
démontré qu'elle devait être attribuée à un avocat au Parle- 
ment de Bordeaux, originaire de Dax, Jean de Saint-Martin, 
auteur également des épitaphes de l'archevêque Prévost de 
Sansac et des premiers présidents Sarran de Lalanne et 
Nesmond. Il a, du même coup, révélé l'existence des rapports 
d'amitié de Malvyn et de Jean de Saint-Martin et publié, 
avec un savant commentaire, un Eùj^apuTTQptov en hendé- 
casyllabes latins adressé par l'avocat au conseiller pour lé 
remercier de lui avoir fait gagner une cause. L'éloquence, 
l'autorité de Malvyn, et aussi son amour des bonnes lettres) 
son talent poétique, son horreur du vulgaire, son secret pen- 
chant pour la solitude sont loués en terme^ heureux dans 
ce délicat remerciement : 

... Sed, G vir 
Antistes hominum eruditiorum, 
Gratae pignora mentis unde promam ? 
Defiingi pudet hoc rudis Camœna; 
Vili munere. Cœlites tibi dent 

1. Sur Térection du tombeau de Montaigne, voir Bonnefon, Montaigne et ses 
amis y II, 201-207. 

2. Dezeimeris, Recherches sur V auteur des épitaphes de Montaipie, 1861, p. 24. — 
M. I>ezeimeris a publié cette première rédaction d'après la copie du ms. Delpit, 
fo 105 ro. Celte copie contient un mot corrigé de la main de Malvyn : le mot dies 
dans la mention finale de la date de la mort de Monuigne. 



94 CHAPITRE II 

Annos Nestoris, ora qui dederunt. 

Te suis Dea, qu« colit beatas 

Insulas, foveat Salus in ulnis 

Inter lilia sacra considentem, 

Dum magni in gremio emicans Senatus 

Castam Justitiaî tueris aram ; 

Te succo ambrosiae Minerva pascat ; 

Dulci nectare proluant Sorores ; 

Pa^tanis Charités rosis coronent 

Intçr delicias amœnioris 

Doctrinae abdita quaeque musinantem, 

Dum fori ab strepitu, et grege infrunito 

Secretus, tacita vacas in umbra 

Musis et tibi \ 

Le Tombeau de Mauluc nous a déjà révélé des liens de 
fraternité littéraire entre Malvyn et son collègue Florimond 
de Rsemond, Agenais d'origine comme lui. Lorsqu'il fut 
question de publier les Commentaires, Malvyn en laissa 
l'honneur à son ami. Il avait dû pourtant être un des pre- 
miers à connaître le projet qu'avait formé le vieux capitaine 
de retracer « le discours de sa vie ». Il semble bien qu'il s'y 
était intéressé de près ^ L'ouvrage terminé, il avait obtenu 
la faveur envié(^ d'en tirer une copie. Les récits si vivants de 

1. Ms. Delpit, fo 85 ro-v". -- Cf. Dezeimeris, of>. cit., pp. 41-42. — M. Dezei- 
meris a réimprimé et commenté d'autres pièces composées par Jean de Saint-Mar- 
tin pour le Tombeau de Vinel (dans VAusotie de 1590), pour celui d'Aymée (dans 
les Regrets funèbres sur la mort d^Ayiuèe') et signalé (p. 74, n. i) celles qu*il fit pour 
le Tombeau de Jean de Sponde, V Antipapesse de Florimond de Raemond et Lou 
Gentilome Gascoun de Guillaume Ader. On trouve aussi une épigramme latine de 
lui à la page 125 de la F* partie de La Royalle réception de leurs Maieste^ chres- 
tiennes en la ville de BourdeauSy ou le Siècle d'or ramené par les Alliances de France 
et d'Espagne. Bordeaux, S. Millanges, i6i5, pet. in-80, ouvrage de circonstance 
composé par le P. Garasse à l'occasion de la venue de Louis XIII à Bordeaux, et 
74 hexamètres latins en tête des Commentarii R. B^lforei in organum logicumAristo- 
telis. Bordeaux, Millanges, 1616, 2 tomes en i vol in 40. 

2. Je renvoie encore ici à mon travail sur Biaise de Monluc historien y p. i. 



l'humaniste 95 

Monluc lui avaient paru bien supérieurs aux annales des 
historiens de profession. 11 avait un goût très vif pour 
l'histoire ; il rêvait parfois dé s'y consacrer, a Je vous ay 
bien dit quelquefois, écrivait-il à un ami, que je trouvois 
nostre histoire merveilleusement sèche et aride et qu'à mon 
avis elle n'avoit point encore rencontré son Thucidide et 
son Tite Live ; et si j'etois capable de mètre la main à la 
plume et former cœlalum novem Mtisis opus, que nul ouvrage 
me viendroit plus à gré que cestui-là *. » S'il recula devant 
la tache d'éditeur, s'il s'effaça devant son ami, ce fut par 
indolence naturelle. Les gros travaux d'érudition où se 
complaisait Florimond de Raymond, l'effrayaient. L'auteur 
de V Erreur populaire Je la papesse Jeanne, de V Antéchrist et 
r Antipapesse ne l'ignorait pas; et il choisissait, pour la lui 
offrir, la traduction d'un mince traité deTertullien,i)^6Y}ro;/i/ 
milîtis, simple délassement d'un robuste travailleur, que 
Malvyn lui avait d'ailleurs demandée \ La dédicace est une 
assez jolie page de style précieux devançant de quelque 
trente ans l'hôtel de Rambouillet : 

1. Lettre du 29 octobre 1595 à ? (ms. Delpit, f« 201 ro-vo). 

2. De la couronne du soldat ^ traduict du latin de Q. Sfptim. TertulliaUy par 
Florimond de Raenioundy Conseiller du Roy <w la Cour de Parlement de Bourdeaus, A 
BourdeauSj par S. Millanges^ Imprimeur ordinaire du Rovy iS94i petit in-80. Cette 
traduction a été jointe par Fauteur, ainsi que celle d*un autre traité de Tertullien, 
Ad Martyres^ à l'édition qu'il donna chez Millanges, en 1594, de VHrreur populaire 
de la papesse Jeanne. Voir, sur la question bibliographique, Ernest Laba die, ^^</iV/o«5 
et rectifications à la hihlio^ii'raphie de quelques écrivains agenais^ Agen, 1906, in-80, 
pp. 19-24. — L'année précédente, Gabriel de Lurbe avait aussi dédié à Malvyn un 
petit livre : Gah. Lurhei I. C. procuraloris et syndici civilalis Burdigalensis^ Garti- 
mnay Aurigera, TarniSy Oldus, Durannius, Aturus et Carantotiius. Cum ononuistico 
Gallico oumium Aquilaniae urhium, additis e regione latinis nominihus, quae apud 
antiquosscriptores leguutur, Bordeaux, Millanges, 1 593; in-80. 11 disait dans ladédicace 
de ce petit manuel de géographie régionale : « Levé quidem niunus est, si digni- 
tatem tuam spectes, de qua plura dicere modestia tua vetat : mihi tantum in votis 
est ut hoc animi mei et virtutis tuse testimonium eodem animo quo literas et 
literatos colis, libens volensque approbes. » Jules dk Gères a dit inexactement 
que de Lurbe avait dédié son opuscule, à Jean de Malvyn. 



96 CHAPITRE II 

Vous avés voulu sçavoir jusques où ma portée se peut esiendre. 
Encore me déviés vous jetter pour mon premier coup d'essay sur 
quelque chemin aisé et battu, et- non raboteux et espineux comme 
est cestuy cy. Gir cest AfFricain serré et pressé a ses poinctes et 
rencontres fâcheuses et malaisées autant ou plus qu'autre aucteur 
latin que nous ayons, de sorte qu'il n'y a esprit qu'il n'arreste, si 
quelque rare érudition comme la vostre ne luy faict franchir les 
mauvais pas qui s'y rencontrent à tous coups. J'ay faict ce que j'ay 
peu, afin de vous faire voir la beauté de sa couronne, ornée de pré- 
cieux diamans et rubis dont il l'a enrichie. Ce n'a pas esté sans 
l'avoir deux et trois fois polie et repolie. Encor crains je que ceste 
dernière main et l'esmail que j'ay couché ne sera point si vivement 
lustré qu'il puisse raporter la naïfve couleur et le plain jour de son 
premier aucteur. Tel sue souvent soubs le fais qu'un autre porte en 
se jouant. Certes ce grand homme Estienne de la Boetie, jadis riche 
honneur de nostre Parlement, auquel vous aies ravir la couronne 
qu'il avoit aquise, disoit très bien : 

Que de tourner d'une langue estrangère 
La peine est grande et la gloire légère * . 

J'en ay faict l'espreuve en ce petit cschantillon que voicy, duquel 
je n'atans pas retirer plus grand honneur que de ce qu'il porte sur 
son front vostre nom, assez cognu par tous ceux qui manient les 
letres. A Dieu. 

En échange de cette flatteuse épître, Tannée suivante 
Florimond de Raymond obtint que Malvyn collaborât, avec 
Jean de Saint-Martin et Martial Monier, au Tombeau de 
Jean de Sponde. L'ancien lieutenant au présidial de La 
Rochelle, converti en 1593 au catholicisme par le cardinal 
Du Perron, avait résolu de consacrer ses forces à la défense 
de l'Église dont il était devenu l'ardent néophyte '. Après 

1 . Citation tirée du début de la pièce A Marguerite de Caries, sur la traduction 
des plaintes de Bradamant, au XXX! I' chant de Loys Arioste {Qiuvres complètes 
d* Estienne de la Boétie, éd. Bonne fon. p. 251). 

2. Jean de Sponde, né à Mauléon en i $$7, était l'un des onze enfants d'Hnecot 
de Sponde, secrétaire de Jeanne d'Albret, conseiller au conseil souverain de Béarn, 



>. 



L HUMANISTE 97 

avoir publié les motifs de sa conversion ', il se retira « dans 
les montagnes de Bisquaye, lieu de sa naissance », pour y 
composer une réponse au Traité des marquas de FEglise de 
Théodore de Bèze. Se trouvant démuni de livres, il vint se 
fixer à Bordeaux pour y travailler. Il y vécut dans l'intimité 
de Florimond deRaemond, de Malvyn et d'autres conseillers 
au Parlement qui s'intéressèrent à son entreprise. Le travail 
l'épuisa ; sa santé fut, de plus, altérée par le rigoureux hiver 
de 1594-1595. En vain ses amis lui remontraient « le préju- 
dice qu'il se faisoit d'estre ainsi cloué incessamment sur 
les livres et dans un estude froid et catharreus ». En neuf 
jours il fut emporté par une pleurésie, « laquelle eust bien 
tost aterré ce corps maigre et exténué ». 11 mourut le i8 
majs 1595 et fut inhumé à Saint-André. « Presque toute 
la ville porta le deuil de sa mort, et les principaux honno- 
rèrenl le convoy de ses funérailles ' .» Un tombeau litté- 
raire fut aussitôt élevé à la mémoire de Jean de Sponde K 
Malvyn y contribua par une pièce latine de quarante-deux 
hexamètres : Godofridi Maluini Senatoris Burdigalœ regii 
Agon in funere clar. v. Joannis Spandani. Il y rappelait les 
commentaires de Sponde sur Homère et Hésiode et, en 
termes plus vagues, ses polémiques contre ses anciens 



procureur du roi de France au pays de Soûle, conseiller en la chancellerie de la 
ville de Saint-Palais, où il fut égorgé en 1594 par un parti de ligueurs. Jean avait 
fait ses études à l'Université d'Orthcz, puis à Bàle. Après avoir été lieutenant au 
présidial de La Rochelle, il devint maître des requêtes de Henri IV. 

1 . Dcdiiration des principaux motifs qui ont imiuict h sieur àe Sponde^ tnaistre des 
reqtus tes, à s'unir dT Eglise catJjoîique, apostolique et romaine. Melun, 1593; Bor- 
deaux, 1595 (4e éd.). 

2. Ces détails sont empruntés à VAvis au lecteur placé par Florimond de Rae- 
mond en tctc de l'édition posthume de la Response du jeu sieur de Sponde , conseiller 
et Maistre des requestes du Roy^ au Traictè des marques de l'Hglise faict par Th. de 
Bè^e, Bordeaux, S. Millanges, 159S, in-80. 

3. Voir, sur ce Tombeau, Hrnest Labadie, op. cit. y pp. 32-35. 

COURTF-AULT. • 7 



98 CHAPITRE II 

coreligionnaires '. Il y joignit une épitaphe en prose, dont 
la latinité atteste un lecteur fervent des comiques. Ces deux 
morceaux furent imprimés la même année dans le Tombeau 
placé à la fin de l'édition posthume que Florimond de 
Raemond donna de la Response .. au Traicté des marques de 
PEglise. Le texte de Tépitaphe en prose est gâté par des 
fautes typographiques qui le rendent parfois inintelligible. 
Uauteur se plaignait avec raison que tout fût ce défiguré » *. 
Les relations damitié entre Malvyn et Florimond de 
Raymond durèrent jusqu'à la mort de. ce dernier (17 no- 
vembre 1601) K Nous en avons pour preuve deux lettres 
de l'auteur de V Histoire de Vhcresie, qui nous révèlent chez le 
fougueux controversiste un homme d'esprit et un écrivain 
raffiné passé maître dans l'art de relever les choses les plus 
simples par la rareté de l'expression, la coquetterie du tour, 
la grâce de la métaphore. C'est du Montaigne, mais un 
Montaigne plus précieux, avec une pointe de mauvais goût. 
Ce style montre nettement par quefle transition le français est 
passé de l'auteur des Essais à Balzac et à Voiture. Florimond 
de Raymond oppose en badinant « le salpêtre » et « les 
veines sulphurées » qui sortent de chez lui « à gros bouil- 
lons » à la douceur qui coule de la bouche de Malvyn, a la 
vraye liqueur d'Hipocrene et le parler des Muses », les 
soucis que lui donne la publication prochaine de son Ante- 
christ à la paisible quiétude de son ami : « Tandis que je 
me tourmente, vous troitipés doucem'ent le temps songeant 



1. Voir Appendice, n" XIII. 

2. « On a imprime au tombeau du sieur de Sponde quelques vers et prose qui 
porte mon nom, mais tout est défiguré et y a tant de fautes que je les desadvoue. « 
(Lettre du 29 octobre 1595, ms. Delpit, fo 202 r»). 

3. Voir, sur la mort et les obsèques de Florimond de Kœmond, la CJjrotiique de 
Cruseatiy 1. 282-283. 



i. 



L HUMANISTE 99 

à clore en repos vostre vie et les moyens que vous tiendrés 
à soner la retraite à vostre Cessac. Mais je ne sçai pourquoi 
vous Taprehendés tant : il semble, à voir vostre lettre, que 
ce soit quelque saut périlleux. Bon Dieu, que seroit-ce s'il 
vous faloit tout à fait donner du pié au monde! Je suis de 
vostre avis qu'il ne faut ni vieillir ni mourir en une charge. 
Cela ne sent pas son cœur heureus, mesmement où il va 
de la conscience, comme est à nostre. Nous faillons tous, 
tant que nous sommes, entrans trop jeunes au service de 
la republique, et en sortons trop vielz ; non pas vous, 
Monsieur, qui aviés à l'entrée une jeunesse chenue et à 
l'issue un corps jà sec en une âme verte. Extrema tempora 
nobis impartira debemus, at ipsœ leges monent qtue senem otio 
reddunt. N'est-ce pas ce que Pline nous enseigne ? Or puisque 
vous voulés bastir vostre citadele, je passe contract avec vous 
et m'oblige cors et biens de vous donner un marbre pour 
mètre sur le plus grand donjon en lettres dorées et digitales : 
Mea virtute me involvo. Vous avés beau à désirer à vous cacher 
et ensevelir, en despit de vous je vous arracherai du tom- 
beau et vous feray revivre dans les escritz que je barbouille, 
qui sont les célèbres arrestz de nostre Parlement, où vous 
serés tiré en divers lieus d'un crayon d'honeur. Si je suis tant 
soit peu secouru, ce sera un ouvrage qui ne craindra ni la 
rouille ni le temps. Ce sera le vrai gibié desaprantisqui formil- 
lent dans noz palais '. » La lettre est datée du 5 novembre 1 596. 
Malvyn songeait à ce moment à résigner sa charge en faveur 



I . Voir le texte complet de cette lettre à TAppendice, n® XXXVIII. — L'ouvrage 
dont parle Florimond de Raemond ne fut sans doute pas achevé. Cruseau cite 
comme remarquable un rapport de Malvyn sur un procès d'héritage {Chronique^ II, 
158-159). Bernard Automne {Conferenu du droict fran(ois tn'ec U droict romain^ 
civil et cation^ I» 474> Paris, 1644, in-fo, 4« éd., mentionne aussi un rapport de 
Malvyn dans une contestation bizarre entre un seigneur et ses tenanciers. 



100 CHAPITRE II 

de Geoffroy de Pontac, qui venait d'épouser sa fille. On voit 
qu'il hésitait à « soner la retraite ». Le lo janvier suivant, 
il fit enregistrer au Parlement des lettres de sur\'ivance en 
faveur de son gendre, mais il conserva sa charge et ne fit 
pas le « saut périlleux » '. 

La mort de Florimond de Raemond priva la cause catho- 
lique à Bordeaux de son plus savant champion. La controverse 
religieuse, si ardente dans cette fin du xvi« siècle, ne fut 
nullement apaisée par Tédit de Nantes. Le zèle des théologiens 
catholiques était stimulé par le cardinal François de Sourdis. 
Parmi ces polémistes, qui furent comme la monnaie de 
Florimond de Raemond, brilla un instant le frère de Malvyn, 
lean, sieur de Primet, avocat en la cour de Parlement et 
docteur régent de l'Université de Bordeaux. Nous avons 
deux lettres que lui adressait son aîné lorsqu'il faisait encore 
ses études : ce sont deux exercices de st)'le qui ne nous 
apprennent rien sur lui ^ Jean de Malvyn avait hérité de 
son père l'humeur belliqueuse ^ Il paraît aussi n'avoir pas 
été très modeste : il se vantait d'avoir méprisé les charges 
publiques, auxquelles il eût pu parvenir, s'il l'eût voulu, tout 
comme ses camarades \ Ce a renard gascon » était, d'ailleurs, 

1. « Le vendredi lO* du mesme mois de janvier audict an 1 597, les lettres de 
survivance de Testât de conseiller en la cour de Parlement que tient mestre Geofroy 
de Malvin, furent praesentées et registrées en faveur de mestre Geofroy de 
Pontac, son gendre, quoy qu'ils n'eussent veu ni visité nul de la compagnie que 
monsieur le prîesident de Nesmond et monsieur Du Sault, advocat gênerai. 
Toutefois ce fut à la charge qu'ils iroint remercier tous messieurs, puis le premier 
jusques au dernier » (^Chronique Je CruseaUy I, 158). 

2. Voir Appendice, nos XIX et XX. 

3. Cruseao raconte, sous la date du 4 juin 1 597, que, présidant les disputes tt aux 
escoles de jurisprudence pour prendre ses degrés de doctorat », Jean de Malvyn 
attaqua « de convices, moqueries et injures » le sieur de Cayac, conseiller au Par- 
lement, lequel porta TalTaire devant la cour. Cessac intervint en faveur de son 
frère Primet et « rompit le coup » en faisant récuser les conseillers récusés dans ses 
propres causes {Chronique ^ I, 168). 

4. « Sic vitam ab ineunte adolescentia institui, ut omnia ad conscientiam, nihil 



l'humaniste loi 

un savant homme ' ; il se jeta avec fougue dans la contro- 
verse religieuse et batailla contre Gilbert Primerose, pasteur 
de l'église de Bègles. En 1614, Primerose ayant écrit un 
libelle en français, Jean de Malvyn y répondit par une declama- 
tiuncula. A une réponse dans laquelle Primerose lui repro- 
chait d'être chauve et de ne pas savoir le latin \ il opposa 
une Confutatio morologiœ G. Primer ossi \ Les deux adver- 
saires ne manquaient pas de verve ; celle de Jean de Malvyn 
est parfois populacière et sent son ligueur impénitent ^. 
Sa mort, survenue la même année ^ ne termina pas la lutte. 
Elle fut continuée par un jésuite, qui s'était rendu célèbre 



ad famam direxerim; populares furaos et auras refugiens abstinui muneribus civi- 
libus procurationibusque publicis; squales omnes mei super lilia et insignia Gallici 
imperii sedent; ego in inferioribus subselliis semper dclitui... Vitam quietam et 
tranquillam egi... quamvis et nondum lanoso barbitio gênas inumbrante potuerim 
juvenis inter senatores allegi, ipso suffragante senatu et renunciante » (Confutatio 
morologixG, Primerossi.,.y pp. 23-24). 

1 . Il avait au moment de sa mort une bibliothèque formée de 403 volumes, 
d'après l'inventaire de ses biens dressé le 12 août 161 4 (Arch. dép. delà Gironde, 
Notaires, minutes de Chadirac). 

2. Advenus declamatiuitculam I.M.I.V.D [loannis Malvini juris utriusque doc- 
toris] Gilberti Primrosii Ecclesie Burdigalensis pastoris apologia. La Rochelle, 161 4, 
in-80; suivi de pièces de vers latins où Primerose est appelé Rosa et Malvyn Malva 
et où Ton oppose la fleur odorante à Therbe vulgaire. Cet opuscule n*a pas été 
signalé par les frères Haag dans leur article Primerose (France Protestante, VIII, 

329). 

3. Conjutatio morohgiœ G. Primerossi auctore loanne MaîvittOy Primetio^causarum 

in Senatu Burdigalensi patrono et utriusque jurisprudentix professore publico. A 
Bourdeaus, par S. Millanges, i6i4,in-8o. — A la suite on trouve : i© un dialogue 
à la Lucien, Icaro-Primrossius sive diaîogus Primrosii et Tricongiiy MDCXIIll, in-80 
de 19 pp. et I p. n. chiff., qui est une réfutation du libelle de Primerose Adversus 
declamatiunculam..., avec un sonnet final; 2° une Responsio adlihellum Primerossii 
cathedrarii in vico Bagleano doctoris. Bordeaux, Millanges, 16 14, dédiée à Jean de 
Malvyn [V.C.D.I.M.LV.D] et terminée par 39 distiques latins. 

4. Il appelle Primerose Primerossus. Il le traite d'Ane et le peint préchant « in 
illis eflfusioribus et patentioribus campis Beculani vici » (Confutatio^ p. 14). 

5. Et non en 1616, comme le dit Andrieu (Bibliogr. gén. de PAgenaiSy II, 107). 
Le ms. Delpit contient une épitaphe du sieur de Primet en forme de sonnet 
(fo 105 vo). 



^ . 



102 CHAPITRE II 

comme prédicateur dans tout le midi de la France, Jean 
Gontery ', par Pierre de Lurbe, chanoine et archidiacre de 
Blaye \ et par le propre fils de Florimond, François de Rae- 
mond, qui dédia ses Trophées Je la vérité à Geoffroy de Mal- 
vyn ^ Le doyen du Parlement ne s'était pas soucié de des- 
cendre lui-même dans Tarène pour défendre la mémoire de 
son frère. Sans doute il était grand catholique; mais ces vul- 
garités et ces violences lui répugnaient. 

Sa carrière de magistrat s'était faite tout entière aux côtés 
d'un des parlementaires les plus distingués de l'époque, le 
président André de Nesmond. Reçu conseiller cinq mois 



1. Voir sur ce personnage la préface du t. II de son ouvrage : La Pierre de 
Touche ou la vraye méthode pour désabuser les esprits trofnpe^ souki^ couleur de Refor- 
matiou, Bordeaux, S. Millanges, 1614, in-8, 2 parties en 2 vol. (la 2« partie est 
dédiée à « Messeigneurs de la cour du Parlement de Bordeaus, »), à laquelle le 
pasteur Jean Cameron répondit par le Discours apologétique pour ceux de la Religion 
reformée au jugement de Dieu. Bergerac, 16 14, in-8 (voir sur Cameron la notice 
delà France protestante t 2eéd , III, 658-665). Gontery avait écrit aussi : La Correction 
fraternelle dressée pour la réfutation d'un libelle diffamatoire intitulé le Vœu de Jacob, 
escrit par un Escossois nommé Gillebert Trimros, ministre de Begle les Bourdeaus, 
Bordeaux, S. Millanges, 1614, in-8, en réponse au Vœu de Jacob opposé aux vœux 
des moines y par Gilbert Primerose, ministre de la Parole de Dieu en V Eglise de Bordeaux. 
Bergerac, Gilbert Vemoy, 1610. 5 vol. in-8. — Le ms. Delpit contient (fo2i6 ro) 
une curieuse lettre originale de Gontery à Geoffroy de Malvyn, datée d'Agen, 
19 décembre 1595 : au lendemain de la conversion de Henri IV, le jésuite jette par- 
dessus bord ses opinions ligueuses et proclame son loyalisme. 

2. Briefvc repfutation de quelques poincts principaux du libelle diffamatoire de 
Gilbert Primerose, soy disant Pasteur de VEglise reformée de Bourdeaus. Bordeaux, 
S. Millanges, 1614, in-8 [bibliothèque de M. E. Labadie]. A la fin, un sonnet résu- 
mant l'hisiorique de la querelle et faisant allusion à la part qu'y prit aussi un avocat 
bordelais, Blouin, contre qui Primerose écrivit une Défense de la religion réformée, 
contre F. Blouin. Bergerac, 1618, in-12. 

3. Les Trophées de la vérité contre les fausseté^, consequances impies et inten'entions 
Imnmines des prétendus reforme:^ et la dernière deffaicte du ministre de Begle... Bordeaux, 
par Arnaud du Brel, 161 5, in-8. L'ouvrage est anonyme, mais la dédiaice est 
signée F. D. R. et l'exemplaire de la Bibliothèque municipale de Bordeaux, qui 
provient du collège de la Madeleine, porte cette inscription manuscrite : Dono 
Authoris Dni de Raymond. 



L HUMANISTE IO3 

avant que Malvyn fût pourvu de sa charge \ Nesmond 
mourut quelques mois avant lui. Le 28 mars 161 1, c'est 
sur le rapport de Malvyn que le Parlement avait enregis- 
tré les lettres de premier président en sa faveur à la place 
de Guillaume Daffis ^ Nfesmond nous est connu par 
un gros volume, où son fils a réuni ses plus fameuses 
harangues et quelques arrêts célèbres K Le premier de ces 
arrêts, en date du 25 mars 1595, est relatif à un procès 
(c touchant la location d'une maison infestée des esprits ». 
On sait combien les questions de sorcellerie et de magie 
préoccupaient alors l'opinion ; quelques années plus tard, 
un conseiller au Parlement, Pierre de Lancre ne dédaignera 
pas d'écrire plusieurs ouvrages sur la matière. Dans l'affaire 
jugée par Nesmond, il s'agissait d'un bail rompu dans une 
maison de la rue de la Rousselle, qui passait pour hantée. 
Le public se passionna. Le jour où l'arrêt fut rendu, il y 
eut foule au Palais. C'est Pierre de Brach qui nous l'ap- 
prend : 

Ainsi lorsque l'huissier, heraud du Parlement, 
Eust ouvert le parquet, et huche hautement, 
Au son retentissant de la voix recognue 
La troupe foule à foule en torrent est venue 
Desbonder dans Tentrée, entrecherchant d'avoir 
Quelque place commode à t'ouir et te voir : 
A grand peine on attend que ta voix on entende, 
Que plus tost le silence à chacun ne commande ; 
Tous béent après toy et tiennent curieux 
Leur parole en la bouche et dessus toy les yeux '♦. 



1 . Le 6 mars 1 568. — Voir, sur Nesmond, la notice de Communay, ï^ Parlentent 
de Bordeaux^ PP- 54-59- ' 

2. Cljroniqtie de Cruseiiu, II, 98. 

3. C'est le volume cité plus haut, p. 29, n. 3. 

4. Remontrances ^ p. 627. 



104 CHAPITRE II 

La lecture de Tarrét dura quatre heures d'horloge. Nesmond 
fit une véritable conférence sur les esprits, exposant tour à 
tour la thèse et Tantithèse, avec un déploiement étourdissant 
de textes tirés de l'antiquité profane et sacrée. Il parla de 
tout, de philosophie, de théologie, de physique, d'histoire 
naturelle, de médecine et même de jurisprudence. Il raconta 
une foule d'anecdotes singulières. Au milieu de ce fatras 
d'érudition indigeste, on trouve parfois des réflexions de 
bon sens, assaisonnées de malice : « Plusieurs, qui sont 
d'ailleurs mauvais locataires, pourroient référer aux esprits 
plusieurs choses merveilleuses, qui par raison naturelle 
peuvent arriver aux maisons et pourpris d'icelles, afin de 
prendre prétexte de rompre les locations qui leur desplaisent. » 
L'arrêt, qui conclut, d'ailleurs, en faveur de l'existence des 
esprits, ne compte pas moins de cent huit pages. Malvyn se 
joignit à de Brach pour célébrer Nesmond et chanter 

...le torrent de son sçavoir fécond 
Que Python emmielloit d'un langage facond. 

Mais, plus discret que son bouillant ami, il se contenta de 
composer une pièce de vingt-cinq hexamètres, où il traduisit 
ses impressions d'audience '. 

Nesmond et Malvyn vécurent surtout dans l'intimité pen- 
dant le séjour d'une année qu'ils firent ensemble d la 
Chambre de l'Édit de Nérac. Ce fut pour eux un exil \ Loin 
de Bordeaux, de leurs amis, de leurs livres, ils trouvaient des 



1. Voir Appendice, n» XVII. — La pièce est imprimée sans nom d'auteur dans 
le volume des Reiiumtnwces ; mais elle a été copiée dans le ms. Delpit (t'o 88 v«-89 ro) 
au milieu des autres poésies de Malvyn. 

2. Nesmond écrivait le 13 août 1601 à Matignon : « Je me trouve attaché icy au 
service de la Chambre, où c'est que l'on m'a relégué malgré moy, et d'où je ne 
puis partir comme je desirerois bien » (^Arch. bist. de la Gir.y XXX, 150). 



l'humaniste 105 

consolations médiocres dans les <c belles oraisons en latin » 
que composait et débitait, pour leur faire honneur, M^ Jehan 
Matisson, principal du collège, ou dans les feux de joie 
allumés à l'occasion de la naissance du dauphin, sans parler 
des « mais » que les clercs venaient planter au milieu de la 
basse-cour du château, fifres sonnants et enseigne déployée '. 
Nesmond cherchait des distractions dans le jardinage, sa 
passion favorite; Malvyh faisait des vers. Il est peut-être 
l'auteur de la jolie pièce, où un ami du président le louait 
d'avoir ajouté des orangers et des citronniers aux cyprès jadis 
plantés par le roi de Navarre dans le jardin du château de 
Nérac : 

• 

Autrefois, Jit-on, notre Prince, 

Retiré dans cette province, 

En avoit fait un paradis; 

Grand jardinier et grand monarque, 

D'où nous reste encore la marque 

Aux cyprès qu'il planta jadis. 

Icy, Chezac *, prête l'oreille ; 
Ce n'est pas sans grande merveille 
Que sagement et tout exprès 
Tu mets l'orange en même terre 
Où Ton dit jadis qu'en esquerre 
Le grand roy planta ses cyprès ^ 

Il est, du moins, certain qu'ils échangeaient des vers. Malvyn, 
oubliant les découragements de la trente-cinquième année, 
commentait à son ami, dans un sonnet à la fois grave et 



1. Chronique d'fsanc de PerèSy pp. 112-113, 120, 122, 128. 

2. André de Nesmond est appelé par Cruseau et Pérès le président Chezac. 

3. « A Monsieur de Chezac sur les citrons et oranges par luy présentez au Rov 
aux ouvertures de la Chambre de TEdict à Nerac Tan MDCI et sur les cyprès plantés 
au mesme lieu par la main du Roy» (Remontrances ^ pp. 155-158). 



I06 CHAPITRE II" 

souriant, le Vivamus bodie, crus moriemur, et Nesmond lui 
répondait par un quatrain spirituel '. Une autre fois, faisant 
allusion à son talent de jardinier, il le remerciait aimablement 
de quelque envoi poétique : 

Les grâces dont la muse esmaille vos beaux vers 
Surpassent la beauté de mes fleurs printanières; 
Vos vers sont immortels, mes fleurs sont journalières, 
Hostesses d'un jardin, vos vers de Tunivers *. 

Le i8 juin 1602, on apprit à Nérac, par une lettre du 
maréchal d'Ornano, que le roi avait fait arrêter Biron et le 
comte d'Auvergne comme coupables de complot contre sa 
personne et contre l'État. L-émoi fut grand dans la petite 
ville : les consuls firent faire quelques patrouilles et dou- 
blèrent la garde aux portes \ Malvyn ne fut pas le moins 
douloureusement surpris par ce coup de théâtre et par le 
rapide dénoûment du drame \ Il connaissait Biron : moins 
d'un an avant, il s'excusait de n'être pas allé le saluer en sa 
maison et l'assurait de son dévoûment \ Il lui apporta un 
tardif hommage en rédigeant une épitaphe latine en prose, 
dans laquelle il déplorait la triste destinée du m.aréchal et 
faisait retomber sur le duc de Savoie, a infidelis Allohrox », 
tout l'odieux de la trahison qui avait causé sa perte**. 

Il la composa sans doute sous les ombrages du beau parc 
de la Garenne, dans une de ces lentes promenades qu'il 
aimait tant. Le rêveur Malvyn en avait gardé un délicieux 

1. Voir Appendice, n» XVIII. 

2. Ms. Delpit, fo 106 ro. 

3 . Clyronique crisaac de Pérès ^ pp. 1 30-1 3 1 . 

4. Le Parlement de Bordeaux, informé le 17 juin de l'arrestation de Biron, 
apprit le 2 août son exécution (Bibl. munie, de Bordeaux, ms. 369, 5, pp. 400, 
402). 

5. Voir Appendice, n» XXVIII, avec la réponse de Biron. 

6. Voir Appendice, no XVI. 



l'humaniste 107 

souvenir; ce fut son seul regret en quittant Nérac. Dans 
une lettre à l'un des conseillers qui siégèrent après lui à la 
Chambre, probablement Jacques deGuérin \ il rappelait ces 
jardins « que le blond Apollon aime-muse avise seulement 
de ses yeux traversiers» '. L'expression est prétentieuse, 
mais le sentiment est sincère. Malyyn a goûté le charme des 
flâneries solitaires sous les grands arbres ; il a longuement 
observé les jeux de la lumière filtrant à travers les épais 
feuillages; et, tout au fond des mystérieuses allées, éclairé 
d'un rayon oblique, il a vu surgir le chœur des blanches 
Muses se tenant parla main. C'est lui, j'imagine, qui décou- 
vrit dans la partie basse de la Garenne, l'humble source de 
Piquesouc et qui rêva pour elle une haute destinée. Au 
moment de quitter Nérac, les conseillers bordelais obtinrent 
qu'elle fût transformée en une élégante fontaine. Le 27 
septembre 1602, ils y firent apposer par l'architecte du duc 
.d'Épernon, venu tout exprès de Cadillac, une plaque de 
marbre portant en lettres d'or une inscription latine com- 
mémorative de la naissance du dauphin. Malvyn fut certai- 
nement l'un des rédacteurs de cette inscription gracieuse, 
dont le chroniqueur Isaac de Pérès nous a conservé le texte 
et qui, détruite en 1793, a été rétablie en 1899. La fontaine 
du Dauphin épand encore aujourd'hui son a flux argentin »; 
ses « eaux délicates » n'ont pas à redouter qu'un vilain 
jaloux, se faisant le complice des fontaines voisines, tranche 
ses veines, détourne sa source, trouble son courant; sa 
« mobilité crespelue sautille », et, « soubz l'ombre de l'enfant 
héroïque... d'un cours perpétuel, avec une récréation arrou- 



1. Conseiller lai le 2 avril i $74. Il y eut aussi un Charics de Guérin, qui fut reçu 
le 8 avril 1609. 

2. Ms. Delpit, fo 198 vo. — La lettre ne mérite pas d'être publiée itt extenso; ce 
n'est qu'un bavardage précieux. 



I08 CHAPITRE H 

santé, tousjours agréable, tousjours reluisante, » elle élanche 
la soif des citoyens de Nérac '. 

Embellir la nature et la vie par les souvenirs de l'antiquité, 
tel fut l'idéal de ces magistrats humanistes. Idéal pédantesque 
et faux, dira-t-on. Ce n'était pas l'opinion de Mah^n. Les 
lettres furent pour lui, comme pour ses collègues, non pas 
seulement un plaisir et un jeu, mais un viatique et un récon- 
fort, « la meilleure munition à cet humain voyage » comme 
l'a dit le plus illustre d'entre eux \ 11 leur fut reconnaissant 
de l'avoir aidé à traverser l'affreuse époque où il vécut, de 
lui avoir procuré, parmi les alertes perpétuelles, les discordes, 
les massacres, des heures calmes et sereines. Magistrat con- 
sciencieux et sans ambition, il sut, à l'occasion, représenter 
dignement sa compagnie et en défendre le prestige. Mais le 
tumulte de la vie active l'effraya toujours un peu. Il lui pré- 
féra le silence de sa a librairie », le commerce des anciens 
et de ses amis. Aussi peut-on l'évoquer, dans le logis héré- 
ditaire de la rue du Loup ', s'interrompant au milieu de la 
rédaction d'une pompeuse harangue, pour lire, le sourire 
aux lèvres, des vers nouveaux du bon poète Pierre de Brach 
ou quelque jolie lettre de Florimond de Raymond annon- 
çant qu'il a terminé ses vendanges et que son vin pétille et 
saute dans les tonneaux en attendant de partir pour l'An- 
gleterre. Nourri de la moelle de l'antiquité grecque et latine, 
doué d'une mémoire excellente familier de Lucrèce et de 
Virgile, d'Horace et d'Ovide, de Cicéron, de Tacite, de 



1. Voir le texte de l'inscription dans la Chronique de PMs, p. 135-137, dont 
j'emprunte la paraphrase française, qui reproduit avec assez de bonheur la mièvrerie 
de l'original latin. — Cf. dans la Guirlande des Marguerites y Nérac et Bordeaux, 
1876, in-80, un sonnet sur la fontaine du Dauphin (p. 155). 

2. Montaigne, Essais, liv. III, chap. m (éd. Motheau et Jounust, V, 228). 

3. Charles de Malvvn habitait rue du Loup en 1572 (Bibl. munie, de Bordeaux, 
ms. 367, f« 242 vo). 



L HUMANISTE IO9 

Pline TAncien, helléniste habile, comme La Boétie ', il eût 
pu produire une œuvre de longue haleine, quelque gros 
volume, honorable et médiocre, de jurisprudence ou d'éru- 
dition. Il préféra, s'abstenir, par indolence naturelle et aussi 
par délicatesse d'homme de goût. Il se contenta d'écrire de 
temps en temps de courtes pièces de circonstance, transfor- 
mant peu à peu, par un patient effort, la banale facilité de 
ses débuts en une aisance élégante et sobre. Lecteur fervent 
des vieux poètes latins et des auteurs de la décadence, épris 
d'archaïsme et de néologisme, il se plut à tirer de l'oubli des 
mots rares pour les enchâsser dans ses vers et dans sa 
prose. En français, sa faculté d'improvisation fut réelle; il 
s'efforça aussi de la refréner et d'atteindre à la fermeté. Son 
vers, formé sur le seul modèle de Ronsard, est souvent plein 
et harmonieux, sa langue expressive et colorée, ses 
images gracieuses. Son œuvre est mince et éparse; il 
n'a même pas laissé le petit volume que les bibliophiles 
rangent avec amour sur un rayon de choix. Pourquoi cette 
indifférence à l'égard de la gloire que les pièces liminaires 
de sa Gallia gemens lui avaient jadis complaisamment 
promise? Pourquoi cet oubli des ambitions juvéniles qu'il 
avait traduites dans cet épigraphe : Cineri fit Musa super stes? 
M. Dezeimeris en donne excellemment une raison générale, 
commune à tous les esprits de cette époque : ce La grande 
émulation de la Renaissance avait cessé. On avait acquis le 
savoir, mais on n'en trouvait plus l'emploi, parce qu'on n'en . 

I . Le talent d'helléniste de Malvyn est attesté par la traduction citée plus haut 
(p. 62, n. i) et aussi par cinq corrections au texte de divers ouvrages de Lucien, 
citées par Bourdelot dans les notes de son édition (Paris, 161 5, in-fo, pp. 5, 17, 
21, 26, 30). Bourdelot paraît avoir eu communication d'un exemplaire annoté 
par Malvyn, qu'il appelle « Kohilissimus senator Biirdigaleuses Godofredus Malvynus 
Primetiin ». On a déjà vu (p. 89, n. 5) qu'au début du xviie siècle on ne distin- 
guait plus nettement les deux frères. 



no CHAPITRE II 

voyait plus le but. Les dissensions civiles avaient jeté un 
sombre voilesurravenir...Onécrivait,commeonvivait,au jour 
le jour, n'osant plus attendre mieux, puisqu'on rencontrait 
toujours pire '. » Mais pour Malvyn, il y eut aussi d'autres 
raisons, plus particulières. Il a pris soin de nous les donner 
lui-même : « Plus que homme du monde je suis refuyant 
du travail, qui me fait craindre tout nouveau dessein et toute 
entreprise, et est cause que je veux et me plaît bien de dire 
avec Ciceron en quelque lieu : Totum hoc philosophari mibi 
displicet. Je cerche les ruisseaux et les fontaines et les refres- 
chissemens des bocages ombreux; les lantes et agréables 
promenades me sont délectables, non ces grandes et pénibles 
journées. Amœnitates stiidioriim qu^ro, et comme un autre : 
hhunina aman sihasque inglorius. Aristote disoit qu'il estoit 
mesceant de se taire puisque Xenocrate parloit ; et j'estime 
qu'il me sera bien sceant de me taire et d'escouter quand les 
langues éloquentes de ce royaume parlent et discourent ^ » 
Est-il besoin d'ajouter un trait à ce portrait qu'a tracé de 
lui-même, en empruntant, semble-t-il, la plume de son cou- 
sin Michel de Montaigne, Geoffroy de Malvyn, magistrat et 
humaniste bordelais? 



1. De la Renaissance des lettres à Bordeaux y p. 6i. 

2. Lettre du 25 octobre 1595 (ms. Delpit, fo 201 v»). 



APPENDICE 

A. MÉMOIRE ET REMONTRANCES AU PARLEMENT 

DE BORDEAUX 

I. — Projet de réforme et de règlement pour le parlement 

(1578?) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f** 74 f-j^ r**, copie. 

Propositions de Geofroy de Malvin, cow^ du Roi en la Court. 

Pour remetre l'ordre et la discipline en ceste compagnie, qu'on la désire, 
il n'est bien si nécessaire que les bons exemples, lesquelz il faut prandre 
et puiser de M" les presidans, pour estre les premiers d'icelle, eltoutesfois 
ce sont eus mesmes qu'on accuse très justement de nostre desordre, ou 
pour commetre les fautes qu'on y voit faire ordinairement, ou pour ce 
qu'ilz les tolèrent. 

Premièrement, la plus part d'eus ne vont guières, ni les festes, ni les 
dimanches, ni à messe, ni à vespres, moins encore aus sermons, qui est une 
chose nottée pour irreligieuse et scandaleuse au peuple. Les jours qui sont 
les plus solemnes de l'an, comme la fcstedc Noël dernière, il ni avoilnul 
de M" les presidans au sermon à Sainct André, bien que le dit jour, il n'y 
eut autre sermon en toute la ville que cestui-là. 

Aussi en la Grand Chambre, lors qu'il est question de dire le fait d'un 
procès, voir les pièces et opiner, ilz ne gardent la gravité et modestie 
convenable au lieu où ilz sont et à la charge qu'ilz font, ains empeschent 
l'exercice de la justice et consument le temps en fables et contes ridicules, 
discours estrangiers qui ne servent de rien au procès, et bien souvant devant 
opiner, ils descouvrent leurs opinions et captent celles d'autrui. Partant 
il doit estre deffendu à tous, tant presidans que conseillers, de parler ou 
d[e]viser ensemble pandant le discours du faict, visite des pièces et opi- 
nions du procès, et n'interrompre en aucune façon cellui qui opine, 5«;^fc«w^ 
sive malcy si ce n'est qu'il errast au faict, à peine que cellui qui contre- 
viendra il sera enjoinct promptement de sortir et n'assister ni opiner audit 
procès. 

L'ordonnance a recommandé à M^*^ les presidens de faire comme une 
certaine élection des personnes plus rares et suffisantes qui se trouvent 



112 APPENDICE 

en une court de Parlement et leur mettre les affaires difficulteus entre 
mains. Ht neantmoins, il ni a point de plus certaine marque d'un fort 
homme de bien et conseiller en ceste compagnie que de cellui duquel 
M" les presidans ne font nul conte, comme au contraire ilz favorisent 
extraordinerement ceus qui leur sont parans, aliés, amis et commanseaus, 
qui leur aplaudissent ou qui leur prestent de l'argent quand ilz en ont 
besoin, sans considérer autrement leurs qualités. A ceste cause ils doibvent, 
suivant l'ordonnance, considérer les qualités et conditions de ceux qui 
sont les plus entiers et suffisans conseillers, et en tant qu'en eus est, les 
promouvoir aus affaires d'importance, se conjoindre bien avec eus et, à 
l'opposite, faire bien peu d'estat de ceux qui sont de bien peu de mérite 
et qu'on sçaura estre desestimés de la commune réputation. Ce sera un 
très légitime moien de confirmer les bons, redresser ceux qui ne le sont 
pas et esveiller un appétit d'honneur entre les conseillers qui s'en rendront 
et meilleurs et plus capables. 

Et pour ce que la Cour n'ignore point les opprobres et diffames qu'on 
a publié contre son honneur par tout ce roiaume, et qu'on nous a reprochés 
par le Roi et Reine sa mère estant en ce pais et ailleurs, il faut rechercher 
tous les moiens possibles pour aviver et descouvrir ceste profo_nde cacheté 
de larcins, concussions et voleries dont on nous accuse, afin que les bons, 
estans séparés de ce confus meslange d'avec ceus qui ne sont point, 
jouissent de l'honneur qu'ilz méritent, et les autres soent punis selon la 
gravité des fautes qu'ilz auront commises. A ceste cause, il doibt estre 
permis à ung chascun de nous déférer et dénoncer, se rendre partie contre 
nous, nous accuser en ce Parlement ou autre sans crainte d'aucune peine 
de droict ni de la calomnie, ains seulement où l'accusateur ou dénoncia- 
teur seroit évincé, qu'il soit tenu des despans, dommages et interestz et 
de rien plus, si ce n'est qu'il fut pauvre et indigent et qu'il ne peut 
satisfaire lesdits despans et dommages, car en ce cas il doit estre puni 
corporellement. Le remède est extraordinaire, mais nécessaire pour le salut 
de ceste compagnie. 

Aussi les paranlélcs et aliances ont creu jusques à ce point que toute la 
Court est presque enveloppée des aliances et parantèles de deus ou trois 
familles, qui a donné couleur et prétexte à plusieurs de faire raport au 
Roi que la justice estoit convertie en ligue et faction. A ceste cause, il est 
besoin, se semble, ne recepvoir plus aucune dispence de parans ou aliés 
pour les faire entrer en la Court, ni pareillement pour mettre deus parans 
en une mesme Chambre contre les ordonnances de ce roiaume et locales 
de ceste Court, et neantmoins qu'on ne pourra opiner à telles dispenses 
que ce ne soil les Chambres assamblées et après huict heures. Ht si ce 
remède n'est assés fort pour la multiplicité desdites aliances qui ne sont 



APPENDICE 115 

pas introduites céans, mais y naissent et croissent despuis qu*on y est 
receu par le moien des mariages qui si font, il faudra supplier le Roi de 
venir à une translation. 

Aussi pour ce que bien souvent, contre Thonneur et decense qui est 
requise en ceste compagnie, il s'y esmeut plusieurs propos injurieus, il 
doit estre deffande[u] de s'entreinjurier les uns les autres. Et pour y obvier, il 
seroit bon d'ordonner que quiconque, soict présidant, soit conseiller ou 
autre, bailleroit un démenti dans le palais, incontinent fut privé et sus- 
pendu de son office, sans qu'il soit loisible ni à cellui qui aura dict ladite 
injure ni à l'offensé de pouvoir proposer cause de récusation contre 
aucun de Messieurs de ladite Cour ; bien seront tenus les parans de l'un 
et de l'autre et récusés d'inimitié, dont la récusation aura esté admise, 
de sortir et n'assister audit affaire sans autre nouvelle récusation, et seront 
chargés d'y prendre garde ceus qui présideront audit affaire, comme il se 
faira en cas pareil quand aucun de Messieurs aura esté injurié par un autre 
de quelque injure grave et qui offense l'honneur, ores qu'elle fut véritable, 
de tant que ce n'est la manière qu'il faut tenir pour la descouvrir ou 
dénoncer, et partant ledit injuriant sera aussi privé et suspendu de son 
office, sans qu'il lui soict loisible de récuser, comme cy dessus. 

Aussi seront tenus M" les presidans, lorsqu'ilz verront aucuns des pre- 
sidens et conseillers en leurs propos sortir du respect qu'ilz se doibvent 
entreporter les uns les autres, leur imposer silence, et où ilz ne le 
fairoient, leur commander de sortir et après délibérer sur la désobéissance 
qu'ilz auront faicte audit commandement. 

Et pour ce que la communication des honneurs de céans a rendu l'au- 
torité de la Court plus contemptible à ceus mesme qui estoent ornés des 
bénéfices de la Court, et qu'on y a veu assés de fois plusieurs paroles 
injurieuses avoir esté dictes et des plus grandes invectives faictes par des 
estrangers contre l'honneur et dignité d'aucuns de ceste compagnie, non 
seulement oyans M'^=» les presidens, mais aussi l'appreuvantz, on ne doit 
désormais admetre les conseillers des autres courtz de parlement, conseillers 
honoraires, evesques et autres qui ne servent actuellement en ladite Cour, 
à opiner ni assister aus opinions des Chambres assemblées et Chambre de 
conseil, ains seulement à l'audience, sauf et reser\é M' de Bourdeaux et 
les lieutenans du Roi en Guienne, qui pourront opiner partout. Et seront 
tenus M" les presidens d'y prendre garde, et à faute de ce faire pourra 
estre remonstré ausdils sieurs presidens par ladite Cour qu'ilz y avisent 
mieus à l'advenir. 

Aussi les notaires et secrétaires de la Court, greffiers des présentations, 
greffiers de la Court ni clercz des greffes n'assisteront ausdites opinions, si 

COURTEAULT. H 



114 APPENDICE 

ce n'est le greffier seulement et en son absence un clerc de greffe seulement 
pour dresser le registre. 

Les causes qui auront esté plaidées et puis remises en une autre audiance 
ne pourront estre remises au conseil de tant qu'il aura esté loisible à un chas- 
cun d'y estudier et informer du mérite d'icelles. 

Les apellations interjeclées des exécuteurs des arrestz seront première- 
ment expédiées et jugées nonobstant l'ordre du roolle. 

Quand les pièces auront esté veues et le faict encore redict, s'il survient 
après un de Messieurs les presidens, ce neantmoins le raporteur ne 
recitera le faict de nouveau, ains commancera son opinion, si ce n'est 
que ce fust un grand procès et que ledit président eut assisté à la vision des 
pièces et qu'on eut anticipé l'heure. 

Les presidens ne pourront assembler les Chambres de leur propre mouve- 
ment contre l'autorité de la Cour. 

Et de tant qu'il est trop visible qu'il y a trop grande inequalité aus 
distributions et que les raportz d'aucuns conseillers ne montent que quinse 
escus et des autres quinse cens, il est bien raisonnable de pourvoir à un tel 
abus, et partant on doit garder désormais ceste forme aus distributions, que 
toutes distributions se fairont de huictaine en huictaine ou de quinse en 
quinse jours, selon qu'il sera le plus expédient, et ce avec un présidant 
seulement et deus conseillers, lesquelz assisteront à ladite distribution 
chascun à leur reng et les uns après les autres, et neantmoins les con- 
seillers qui se trouveront presens à ladite distribution lors d'icelle ne se 
pourront rien distribuer ni faire distribuer, pour éviter le supçon peu 
honeste d'avarice et de s'estre favorisés eus mesmes. 

Qu'on ne pourra raporter procès sans avoir esté premièrement distribué, 
et le conseiller qui aura faict autrement, sans autre forme ni figure de 
procès et sans pouvoir s'ayder d'aucunes causes de récusations qu'en la 
manière qu'il a esté dict cy dessus, sera suspendu pour un an de son 
office. 

Et la mesme peine sera ordonnée contre cellui qui sur requeste pre- 
santée par les parties apointera à corriger ou dire et produire devant 
lui. • 

El pour le regard des requestes qui sont baillées par les parties, où il y 
a des pièces attachées, lesquelles ne tombent en distribution, lesdites pièces 
et requestes seront raportées sans espices. 

Cellui qui raportera une requeste ne sera point commis sur ladite requeste 
pour ouyr les parties, mais un autre conseiller. 

Les arrestz, après avoir esté signés du président, seront remis incon- 
tinent au greffiî par le rapporteur et entre les mains du clerc du greffe qui 



APPENDICE 115 

sert la Chambre où l'arrest aura esté raporté, et ce sur peine de privation 
d'office. 

Les espices qui monteront plus de six escus seront taxées par la 
Court. 

Quiconque proposera causes de récusations universelles contre toute la 
Cour par mesme moien sera tenu de se rest[r]aindre au tiers, autrement sera 
passé outre sans avoir esgard esdites récusations universelles, et neant- 
moins le tiers auquel il sera restraint procédera, toutz affaires laissés, au 
jugement desdites récusations, et ne pourront estre les amandes rabattues 
ez articles où il sera dict néant. 

Et pour ce qu'il ni a rien meilleur pour contenir la discipline de 
céans que refreschir souvent les mercuriales, il sera besoin les renouveller 
tous les ans, et que de l'exécution d'icelles soient chargés premièrement 
M" les presidens et puis M" les gens du Roi et ultinto loco un chascun 
des conseillers, où il y auroit de la négligence des premiers. 

Quiconque proposera causes de récusation injurieuses ou diffamatoires 
contre l'honneur de la Court ou aucuns d'icellc, ore qu'elles soent véri- 
tables, sera puni selon la gravité de l'injure, et sera tenu le procureur 
gênerai, sur peine de privation de son office, d'en faire la poursuite. Et à 
ses fins le rapporteur desdites récusations les lui communiquera, et neant- 
moins sera enjoinct audit proposant, sur peine d'estre déclaré infâme et 
d'estre condempné en grandes amendes pécuniaires, d'administrer tcsmoins 
au procureur gênerai du Roi pour faire la poursuite contre cellui qui se 
trouvera chargé de crime punissable. 

Quand la mercuriale sera close et arrestce, afin qu'il ne soit loisible à 
personne de soustraire les pointz et articles que bon lui semblera et par- 
tant l'envoyer manque et imparfaite, elle sera encore releuc devant Mes- 
sieurs qui ont esté de la proposition, et sera signée en leur presance, close 
et scellée et lors mesme baillée et mise entre les mains de tel de Mes- 
sieurs qu'ilz voudront élire pour la faire tenir assureement et fidellement 
au Roi. 



Il6 APPENDICE 

II. — HARANGUE DE BIENVENUE A LA CHAMBRE DE JUSTICE DE GUIENNE. 

(29 janvier 1582.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"** 5} r**-ss v", copie. 

[Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. '379, Registres de la Chambre de justice de 

Guienne. I, f" 5 V-y f (même texte, mais abrégé). — Bibliothèque Nationale, fonds 

Dupuy, 689, f" Si-S$ (idem)]. 

Harangue par les depputés du Parlement aux 

corn misères envoies en Guiene pour Pestablissement 

d'aune Chambre de justice. 

Messieurs, la Cour nous a délégué vers ceste compagnie pour la voir 
et saluer de sa part et vous tesmogner le singulier plaisir et contantement 
qu'elle a eu de sçavoir la charge et administration que le Roi vous a 
baillée en ce païs : 

... Neque eiiitfi tiescitnus et urhem 
El genus, atiditique advertitis xquore cursus ' ; 

qu*elle a manifestement declairé à la publication de vostre poi^voir aussi 
tost publié que veu et au consantcment qu'elle a faict de vostre sceance 
et establissement en ceste ville, ores ores {sic) que le Roi ne lui eut point 
mandé, et aussi vous remercier de la signification qui lui a esté faicte par 
messieurs vos députés de vouloir conjoindrc vos moiens et autorités 
avecques elle en l'exercice de la justice. La Cour a une si droicte et 
sincère intention au bien et service du Roy qu'elle mettra peine de ne 
vous céder point en ceste bonne volonté, s'il est possible, in qua vinci 
pêne flagitiosum putat. Elle a tousjours estimé que les Parlemens de ce 
roiaume estoent plus séparés de contrée et de province que divisés d'au- 
torités, de functions et dimes d'administrations. Nous sommes tous 
dressés, imbus et institués presque de mesmc forme, couleurs, discipline. 
Non que nous ignorions que le corps. Messieurs, duquel vous estes 
extraictz n'ait quelque precellence sur les autres ses semblables, soict 
pour l'antiquité d'icellui, soit pour les personnes de valeur, lesquelles 
innumerabiles, tamquam ex equo Trojano, prodierunt * de vostre sénat, et qui 
a abondé en très riches exemples d'intégrité et de suffisance plus que nul 
autre. Toutes les parties de l'éloquence, disoit un des anciens, sont 
sacrées et vénérables, mais mesmemenl celle qui s'employe à la defance 

1. Virgile, £n., VII, 193-196. — Hiinsius a rétabli, d'après les mss., cursitm. — La 
copie du ms. Delpit porte aiuiith, qui est une faute grossière. 

2. ClcÉRON, De Orat.f II, 22. 



APPENDICE 117 

et protection des hommes. Il est ainsi de toutes les compagnies souve- 
raines de ce roiaume ; mais la vostre, Messieurs, nous le confessons 
ainsi tous, a je ne sçai quoi plus auguste que les autres. Je ne veus pas 
entreprendre de la louer : non ea vis animo; prœstat silere de Carthagine 
quam pauca dicere '. On ne pouvoit mieux louer Caton que de dire 
qu'il ne se pouvoit louer. Un Romain parlant de lui dict seulement ces 
mots : Hujus integriiatem laudari nef as est. Les secretz mystiques * de la 
religion que le silence couvre ont plus de saincteté et de vénération 
que quand ilz sont publiés et prononcés. Il n'appartient pas à tous de 
labourer Minerve pour la colloquer au lieu plus eminent d'Athènes : 

MuUi scriptores carminé fœdo 
Spkndida fada linunt ^ 

Vetabat Augustus nomen suum commissionibus ofoo/(/î^n 4. L'empereur Theo- 
dose prohibe et condamne dans noz livres l'ambitieus présomption de 
ceus qui eslevoent ses statues aus licus publiqs avec l'appareil d'une 
pompe fastueuse et d'honneurs insolens et trop curieusement recher- 
chés. Les communes vertus peuvent estre capables de ces embelisse- 
mens. Mais nul a onques parlé si avantageusement, Messieurs, de vostre 
grande compagnie qui non minora vero dixerit. La prudante antiquité 
ne fît conte des riches et graves traitz bien et artistement posés dans 
l'oraison de cellui là qui loua Hercule, que personne n'avoit jamais 
blasmé. 

Ce que nous disons. Messieurs, n'est point à autre fin que, puisque 
vous estes issus d'une compagn[i]e si recommandable et que vous estes 
découles en ceste Guienne ornés et instruiciz de ses préceptes et de sa 
discipline, vous déclarer l'asseurance que nous avons que vous represan- 
terés la vive image et grandeur d'icelle, ut qui terrarum orbem exigua tabula 
circumscribunt aliquanto detrimento magnitudinis^ id faciunt nullo dispendiv 
veritatis. 

Partant, Messieurs, nous sommes si loing de croire que vostre presance 
aporte aucune diminution ou retranchement de nos authorités que nous 
l'estimons estre très fructueuse et nous rejouissons grandement avoir des 
personnages de tel mérite îaborum et periculorum socios. La Cour ultro vobis 
banc 

Concedit landetn et paribus non invidet armis $. 

1. Souvenir de Salluste, Jugurib.,XlX, 2, Voici le texte exact : Nam de Carthagine sihri 
meîius puto quam par um dicere. 

2. Il faut sans doute corriger : Us secret^ mystères. 

3. Horace, Epist., Il, i, 236. 

4. Souvenir de Suétone, Aug. , 89. Voici le texte exact : Jdmonehatqiie prxtores ne pâte- 
rentur nomen suum commissionibus ohsolefieri. 

$. Virgile, £«., IX, 655. 



Il8 APPENDICE 

L'envie, la detraction, la contention peu honeste est une rouille qui 
se prend aus hommes mal nés et bassement élevés, obnoxii et infœlicis 
ingenii,., » par la ruine de l'honneur d'autrui élever le sien : Valeat hxc 
novasapientia,at nos moris antiqui sumus memores, Cellui qui remit jadis 
les statues de son ennemi establit et fonda fermement les siennes : Vir- 
tûtes ah iis optime œstimantur a quibus vero percoluntur *. 

Nous vous dirons bien davantage. Messieurs, que la pleine foi que 
nous avons de vostre singulière prudence et dextérité, la faveur et incli- 
nation du Roi vers vous, l'assistance que vous faira Monsieur le Mares- 
chal 5, l'applaudissement et disposition du peuple à vous recognoistre, 
nous prouve certainement que vous pourrés aiséement surmonter toutes 
les difficultés qui ont empesché la ferme reunion de ceste province, et 
possible cest honneur est-il deu à la compagnie dont vous estes yssus, 
suscipere non tranquillum et quietum^ sedagitatum etflucttians, et inordinatnm 
in orâinem adducere 4. 

Jure omnia hella 
Gente sub Assaraci Jato ventura résident^. 

Et neantmoins, hoc ingénue et Ronianorum more fatemur^ que nous ne 
serons jamais desplaisans de l'honneur qui vous en reviendra. Non est 
aniwi nostricujusquamvel viriutem vel fœlicitate[tn] xgris oculis introspiscere ^. 
L'honneur a plusieurs et diverses sccanccs, et toutes sont honnorables : 
si non possis in primis, pidchrum est etiam in secundis tertiisque consistere 7 ; 

Noti si priores Mxonius tenet 
Sedes HotmruSy Pindaricx latent 
Ceœque et Alcxi minaces 
Stesicljoriqtte graves Camenx *. 

Si vostre honneur précède, nous n'estimerons estre sans beaucoup 
d'honneur si le nostre peut suivre. L'honneur n'a point de si dernière 

z. Lacune dans la copie. 

2. Souvenir probable de Tacite, Agric.^ I. Voici le texte : Virtutes iisdemtfmporihus optime 
xstimantur^ quibus facillime gignuntur. 

3. Le maréchal de Biron, Armand de Gontaut, lieutenant de roi en Guienne, né vers 
1521, mort le 26 juillet 1592. 

4. Souvenir de CicÉiRON, Timèe, 3. Voici le texte exact : Quidquid frat , quod iii cernetidi 
sensum cadrret, id sibi assumpsit non tranquiilum et quietum; sed immoderate agitatum et fluc- 
tuons, idque ex inordinato in ordinem adduxit. 

5. Virgile, £«., IX, 642. 

6. Souvenir de Tacite, Hist.^ II, xx. Voici le passage : Ornatum ipsius [Cxcinx] munici- 
piaet colonix in superbiam trahebant... uxoremque ejus Saloninam... tanquam Utii gravabantur^ 
insita mortalibus natura recenlem aliorum felicilatem acribus oculis introspicere,,, 

7. Souvenir de Cicéron, Orator^ I, 4. Voici le texte exact : Prima enim sequentem honestum 
est in secundis tertiisque consistere. 

8. Horace, Od., IV, ix, $-8. 



APPENDICE 119 

place et si eslognèe qu'on ne la doibve désirer. Nous ne sommes point plus 
ravalés de cœur ni moins affectionés à nostre patrie que ce capitaine 
qui disoit : Ducemus (sic) quitus rempub, defensuri sumus, ains nous main- 
tiendrons tousjours en cest inviolable debvoir que nous avons au service 
du Roi, administration de sa justice, bien et soulagement de son peuple. 
Ordinem quo nos dignos Rex judicet ipsius est potestalis ; ne quis nobis viriuie in 
exercitu prxstet dabimus operàm. Cecy ne voulons-nous point dissimuler 
aussi : despuis vingt et deus ans, in veriiate arrogantiœ crimen non extimes- 
cemuSy et sit hœc potius viriuiis fiducia quant superbia, avec une constance et 
vigueur d'esprit incroyable a maintenu et conservé * au Roi Testât de ce 
pais, estant continuellement agités de troubles si longs et si violens, cir- 
convenus de paix perfidieuses, envelopés de tant de discordes intestines 
et externes, guettés de tant d'enbuches, menasses de tant de ruines, dont 
les esclatz avec une grande tempeste tomboyent à nos piedz, destitués de 
la presance de nostre Roi et le plus souvent de ses lieutenans et gouver- 
neurs ; et toutesfois, après une si longue tormente, ceste palme demeurera 
tousjours vifve entre nos mains : sans faire ject, sans eschoer et sans 
hurter nous avons rendu, avec Taide de Dieu, ceste navire à son port 
telle qu'on la recognoist encore aujourd'hui. La science du pilote ne 
consiste pas à n'avoir pas de tourmente, mais à la prévoir, et y estant 
dedans estre aprins de tous les moiens qui servent pour en sortir. Je ne 
toucherai point les particularités de nos actions, de peur de sembler trop 
amoureus de la beauté de nos ouvrages, ainsi que Pigmalion de sa 
statue. Que si nous n'avons peu mètre la dernière main à nos entreprises, 
opes defuerunt, ai animus super fuit. Il vous reste. Messieurs, hoc pensum 
absolvere. Nous avons desjà preveu et préjugé en nos opinions, 

...£/, si quidveri mens augurât y opta * 

que si l'événement respond à vos labeurs, nous sommes pour estre si 
hureus de voir luxata senatus membra estre remis et rénovés en leur 
première place, ne sit posthac aliquid œgrum in civitate ad cujus curationem 
improbi artifices adhibeantur . Et afin que je ne m'eslogne point du premier 
des auteurs, 

...Hœc nos suprema manehunt 
Exitiis positura modum ». 

A ceste cause. Messieurs, vous estimes qu'en ceste vostre délégation 



1. Il y a lieu de suppléer le sujet de la phrase, par exemple : notre compagnie. 

2, ViRGiLE,£n., VII, 275. 

5. Virgile, £n., VII, 128-129. 



120 APPENDICE 

Tadjonction de nostre autorité vobis usai aui ornamento esse possii, La Cour 
nous a chargés de vous offrir tout ce qui est en sa puissance et dépend de 
ses moiens pour estre employé là et où vous le requerrés, et vous prie de 
croire qu'elle n'aura rien de plus ancien et plus agréable que de demeurer 
en bonne intelligence avec ceste compagnie ; que si d'avanture il survient 
quelque différant, qu'il vous plaise d'en convenir amiablement et frater- 
ternellement entre nous, sans recourir aus truchemens et médiateurs, pour 
reconcilier et reunir nos opinions. Le salaire de l'amitié entre les bons 
ne se paye point par un... » mais par la vertu, qui en est la vraye et solide 
recompense. C'est, Messieurs, ce que nous avons à vous dire de la part 
de la Court. 



IIL — REMONTRANCE AU PARLEMENT SUR UNE ACCUSATION PORTÉE 
PAR L'ÈVÊaUE DE DAX CONTRE GEOFFROY DE MALVYN. 



Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f°' 320 r°-322 r^ (brouillon 
original autographe^, f°* 30 v*-32 v° (copie). 



Messieurs 2, 

Combien que noz opinions deussent estre closes et secrètes céans, et 
.les paroles qu'on y dit ne deussent estre portées hors ce palais ny hors 
le pourpris de ceste chambre, et que la religion et la loy d'honeur et de 
conscience le requière ainsi de nous, et mesmes qu'es opinions et articles 
de nostre mercuriale ce silence se doibve garder plus exactement, pour 
ce qu'il s'agit de la restitution des lois non observées et de la reformation 
de noz meurs, et de remettre sus la police et la discipline de céans : 
Arcana enim imperii ei senatus vulgari nefas, et qu'il est certain que noz 
jugements ont bien plus de vénération quando ex adyto quodam et veluti 
secretario Themidis ei sapientix profecta videntur, si est-ce qu'on est adverty 
que les opinions de céans et les autheurs d'icelles sont descouverts par 
aucuns de ceste compaignie. Et ce dont il faut plus se plaindre et qui 
mérite une grande coerction, qu'on ne révèle pas les opinions nue- 
ment et simplement, comme elles ont esté dites, mais on les falsifie 
d'une infinité de mensonges et de calomnies pour exposer à l'envie et 
à la hayne d'ung chascun cens qu'on dit en avoir esté les autheurs. Ces 

1. Lacune dans la copie. 

2. Sur le brouillon original, Malvyn a barré ce mot et l'a remplacé ainsi : Malvyn sur ce 
u remomtn'. Dans lout le discours, il a substitué la troisième personne à la première. 



APPENDICE 121 

eschaugueteurs d'opinions sont très pernicieus, ennemis capitaus de 
l'innocence et de la vertu et indignes d'ung collège d'honeur, qui s'ef- 
forcent par moyens si illégitimes d'acquérir l'amytié des persones d'au- 
thorité et de corrompre par faus rapport et sinistres interprétations l'avis 
de gens de bien, et y attachent leur dent venimeuse pour après faire 
avaller ce poison à ceus dont indignement et trop lâchement ilz veulent 
retirer la bonne grâce. 

Je ne tiens pas ce propos sans bien grande occasion, de tant qu'on a 
fait entendre à Monsieur de Daqs qu'en ceste mercuriale j'avois mal parlé 
de luy, comme je vis hycr par une lettre qu'il a écrite à Monsieur le 
garde des seaus et qu'il m'a communiquée, au pied de laquelle il y a 
sis ou sept lignes écrites, comme je croy, de la main propre dudit sieur 
evesque d'Aqs, esquelles il fait mention de moy, mais de manière qu'il 
appert qu'il est bien en colère et irrité contre moy pour avoir tenu, 
comme il dit, en ceste mercuriale des opinions à son desavantage, et 
entre autres choses il me semble qu'il y a des mots bien douteus et de 
l'interprétation desquelz je ne me peus pas bien demesler. Je priay mon- 
sieur de Babiaut » me bailler l'extrait de ceste lettre et ce qui me concer- 
noit, ce qu'il me promit. J'cnvoyay despuis chez luy pour retirer ceste 
copie. Il m'asseura que je l'aurois ce matin. Je l'en ay prié ce jourdhuy, 
mais il m'en a refusé tout à plat. Ce neaulmoins, j'ay retenu la substance 
de ce qui me touchoit en ceste lettre et, comme je croy, les mots mesmes 
qui y sont escrits ou à bien près. Voyla donques les mots de ceste lettre : 

« On m'a adverty qu'on parle mal des absents en vostre mercuriale et 
que le plus aigre promoteur d'icelle est monsieur de Cessac. Ce n'est pas 
ce qu'il m'avoit promis et juré en ma maison à Bordeaus, en la présence 
de monsieur du Haillan *. J'ay dit par tout beaucoup de bien de luy, 
mesmes estant dernièrement à la court. Je serois marry d'estre contraint 
de me desdire. S'il ayme tant son honneur, qu'il ne pardonne point à ses 
amis, qu'il se pardonne à soy mesme. » 

C'est, messieurs, comme je suis taxé d'avoir mal parlé dudit sieur 
Evesque, ce que je n'ay fait ny pensé et ne l'ay jamais nommé en mes 
opinions, ce que la Court sçait très bien, lui ayant tousjours porté autant 
d'honeur et de respect que sa dignité et son mérite debvoit impetrer et 
requérir de moy. Ce neaulmoins, il m'a voulu enveloper en une façon 

X. Christophe de Babiault de Rabayne, conseiller lai, reçu le 26 janvier 1568. 

2. Bernard de Girard, sieur du Haillan, ne à Bordeaux vers 1535, mort à Paris le 
23 novembre 1610, historiographe de Charles IX et de Henri III. Du Haillan avait été le 
secrétaire de François de Noailles, êvêque de Dax de 1556 à 1585. C'est peut-être de ce per- 
scinnagc que Malvyn se plaint. (Voir sur François de Noailles, abbé A. Degert, Histoire des 
èiiques de Dax. Dax, 1899, in-8'', pp. 267-294.) 



122 APPENDICE 

d'écrire et poignante ef douteuse, et que je n'ay mérité de luy ny d'autre. 
Car quant à ce qu'il dit que je suis le plus aigre promoteur de la mercu- 
riale, ce mot d'aigre y est trop. Au reste, ce me seroit plus d'honeur que 
je ne puis recognoistre, s'il y av[oit] en ceste mercuriale plus de ma pro- 
motion que des autres. Ung chascun d[e] nous y a apporté son symbole, 
et pour ma part je y ay contribué ce que je pouvois d'honeste ardeur et 
affection au bien de ceste corapaignie, et partant le desplaisir qu'on me 
veut faire me reviendroit à l'avanture à honneur et à plaisir, si je le 
meritois. 

Et quant à ce qu'il dit que ce n'est pas ce que je lui avois promis et juré 
en sa maison en ceste ville, en la présence de monsieur du Haillan, j'ignore 
entièrement que c'est de ceste promesse et jurement. Je ne suis pas grand 
jureur et sçay bien que je n'ay serment q'au Roy et à la Court. Mais s'il 
veut dire que je luy ay promis affection et service, je confesse l'avoir fait 
non seulement lors, mais plusieurs fois et toutes et quantes fois que 
l'occasion s'en est offerte, et non seulement promis, mais aussi bien vou- 
lontairement voué. Toutesfois je n'ay pas estimé que de là on peut tirer 
une convention ou promesse contre mon debvoir, la liberté de mes 
opinions et la très pure et nette intégrité que je m'estudie de repré- 
senter en ma charge. Et quand j'aurois fait quelque paction con- 
traire à la légalité requise en ma function ou qui peut afoiblir la 
vigueur d'esprit que je vcus maintenir en tant que je puis es affaires qui 
sont occurrents céans, je ne serois nullement tenu de la garder. Ces 
debvoirs d'honeur, d'amytié et de courtoysie n'établissent pas une néces- 
sité ; ilz sont en ma puissance, je les puis révoquer quand bon me 
semble. Je ne suis précisément serviteur de personne que du Roy ; des 
autres je le suis quand il me plaist, et selon que mon inclination ou 
l'occasion y applique. Toutesfois je ne me repens pas d'avoir bien collo- 
que mes voulontés et les avoir mises en lieu eminent et de mérite, pour- 
veu qu'on ne me donne occasion de m'en desdire. Mais, quoi qu'il en 
soit, ma conscience ne fait joug à personne et ne reçoit point de loy 
étrangère qu'on luy veuille imposer. 

Et en ce qu'il est dit qu'il seroit marry de se desdire du bien qu'il a 
dit de moy, je luy en suis obligé de Thoneur qu'il m'a fait. Je n'ay 
point esté paresseus à m'en revencher autant que j'ay peu ; mais si je 
n'ay mérité sa louange, je n'ay point mérité de blasme de luy. Et possible 
qu'on pourroit désirer quelque chose en ceste action de mesdire de celuy 
lequel on auroit beaucoup loué. Je n'ay pas la nature si forte et la vertu 
si constante que je m'ose attribuer ce que dit Horace : 



APPENDICE 123 

Nec me 
Falsus honor juvat et mendax infamia terret '. 

Et finablement pour le dernier mot il est dit : Si j'ayme tant mon 
honneur, que je ne pardonne point à mes amis, que je pardonne à moy 
mesme. Cest ung mot que je treuve bien obscur : que je pardonne à 
moy mesme, et n'entens nullement le sens d*iceluy. Quand le sieur 
evesque d'Aqs m'en voudra eclaircir, il me treuvera tousjours bien prest 
de responce, s'il y en faut, et que je suis celuy qui ne lairray rien usurper 
de mon honneur à homme qui vive, si je le puis maintenir et defFendre. 
Bien suis-je certain qu'il ne peut pas dire que je ne sois homme de bien, 
car il ne me desrobera jamais ce tiltre, puis qu'il m'apartient, et ne souf- 
friray pas qu'autruy triomphe de ma despouille, si je la puis ravoir en 
quelque façon que ce soit *. 

C'est ce qu'il m'a semblé que je debvois dire publiquement en ceste 
compaignie, puis que je suis repris des opinions que je y ay tenues, 
voire mesme de ce que je n'ay pas dit et que je n'ay point pensé de 
dire. J'ay tousjours esté poussé d'un zélé très entier de l'honneur de 
ceste compaignie, sans estre tiré d'aucun interest ou commodité parti- 
culière, et me suis travaillé pour la part que j'ay peu conférer à la î 
reformation d'icelle. Voylà la recompense que j'en ay cependant : on me 
dresse un assasinat, car quiconque m'a preste ceste charité me couperoit 
la gorge, s'il pouvoit. A tant je requiers trois choses : premièrement, que 
Messieurs les presidens et conseilliers se purgent par serment s'ilz ont 
révélé les opinions qui ont esté discourues céans es articles de la mercu- 
riale et les particularités d'icelle et les autheurs desdites opinions; en 
second lieu, qu'il plaise à la Court me bailler acte et déclaration que je 
n'ay point mal parlé de monsieur d'Aaqs en mes opinions ; et pour le 
dernier, que monsieur de Daqs sera requis et interpellé, à la poursuyte 
de messieurs les gens du Roy, qui luy a dit ou écrit et par le moyen de 
qui il a entendu le contenu dé la lettre qu'il m'a recitée à présent à la 
Court. S'il plaist à la Court, elle faira droit de mes réquisitions. 



1. Horace, Ef>ist., 1, xvi, 39. 

2. Les six derniers mots ont été biffés, et on lit à la place :puis qu'elle ne luy peut estre 
justement ravie. Le sieur de Daqs n'y a que ivir et n'a ni court ni cognoissance sur ledit de 
Maltyn; aussi n'a receu injure d'icelluy, par quoy n'a occasion de {en plaindre. C'est un nouvel 
argument que Malvyn a indiqué après coup et qu'il se proposait sans doute de développer 
verbalement. 

3. !• réd. : travaillé avec les autres pour la reformation. 



124 APPENDICE 

IV. — REMONTRANCE AU PARLEMENT RKLATIVE A L AFFAIRE 

DE PICHON. 

(23 novembre 1594.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Dclpit, f*** 6i f-éS f* (copie revue par Tauteur). 

...Qu'il avoit esté loysible de tout temps aulx presidentz et conseilliers 
de la Cour, quand il s'agissoit de Thonneur de Dieu, du service du roy, 
de la dignité de la compagnie, du bien de la justice, de l'ordre et police 
d'icelle et aultres reglementz ou debvoirs concernantz la bien sceance de 
ladite Cour, de proposer et représenter en icelle ce qu'ilz jugeoent y 
debvoir estre rapporté. Geste louable coustume semble avoir esté puysée 
des meurs des compagnies souveraines greques et romaines et traduite 
despuis es parlementz de ce royaume. L'utilité y est si apparente et si 
formée en telz exemples qu'ilz semblent plus que nulz autres debvoir estre 
continués pour les bons et vertuéus enseignementz qui en reuscissent et 
pour la perpétuelle discipline des parlementz. 

Et si à nulz telles propositions et remonstrances convienent, elles 
apartiennent sur tous à ceus qui ont vescu longuement et avec honeur 
en l'exercice et administration de leurs charges. L'eage et leur mérite 
sont de pièces et des tiltres bien qualifiés pour recevoir avec plus d'au- 
thorité les raisons et advertissementz qu'ilz proposent. Le dit de Malvyn 
ne peut alléguer son mérite, mais bien veut il dire qu'il ne peut et ne 
doit céder à nul en l'affection qu'il a de servir au roy et à la Cour, et d'y 
verser avec toute la droiture et intégrité qu'il luy sera possible. Quant à 
l'eage, il a vingt et six ans qu'il exerce continuellement sa charge et s'en 
est tousjours aquité, comme il croit, au contentement de la Cour. D'ail- 
leurs, il semble que tant luy que tous aultres de ce corps ont esté invités, 
par Tarrest du dix huitiesme de ce mois, à dire et proposer en cest affaire, 
sur le rang et presseance du sieur de Pichon, tout ce qu'ilz estimèrent y 
debvoir estre recerché et considéré. Ledit de Malvyn declaire que ce 
qu'il en remonstre à la cour n'est pour hayne, rancune ny inimitié quel- 
conque qu'il ayt contre ledit de Pichon ». Et désire que ledit Pichon soit 
persuadé * qu'il n'est poussé d'aulcun maltalent contre luy, et partant que 
tout ce qu'il dira il le prétend dire 3 sans contumelie et sans injure dudit 

z. I* réd. : contre ledit de Picbon non plus qn*il n^en a point contre ses propres ayeuls et bisa- 
yeuli qu*il n'a jamais veus ni cogneus. Mots biffés par Malvyn, qui a récrit de sa main : contre 
ledit de Picbon, 

2. 1* réd. : Et prie bien fort ledit sieur de Picbon de se vouloir persuader. 

5. I' réd. : il désire grandement qu'il soit dit. 



APPENDICE 1 2 5 

Pichon ; et si, d'avanture, la considération publicque quy doit principal- 
lement estre recogneue en cest affaire fait tenir audit de Malvyn des 
propos moins agréables audit Pichon, il l'excusera * sur la nécessité de ce 
subjet quy possible ne se peut traicter autrement. 

Ledit de Malvyn aussy declaire qu'il ne se veut nullement rendre 
partie au rang et presseance prétendue par ledit Pichon, et qu'il choisiroit 
plustost non seulement quitter la presseance dudit Pichon, mais voire 
son office que de vouloir debatre comme partie la preferance audit Pichon. 
Car ore qu'il semble que ledit de Malvyn ayt interest particulier à ladite 
presseance, si est-ce qu'il n'a jamais faict compte de telles vanités et 
fumées de precedences, voyant tous les jours un grand nombre de nouveaulx 
hommes qui ne sont de son rang, ny de sa qualité, ny de sa volée, et 
possible moins experimantés que luy, qui le précèdent. Celluy qui occupe 
la place d'ung homme de bien tient un rang assés honorable ; et, comme 
disoit ung ancien, l'homme de bien, ore qu'il soit personne privée, est 
réputé neantmoins pour magistrat, pour ce que la vertu porte tousjours les 
armoiries et les marques de la magistrature. Au moyen de quoy bien 
voulontiers ledit de Malvyn, pour son regard, quitera non seulement le 
premier rang audit de Pichon, mais aussi à tout aultre, si faire se doit et 
que les lois publicques et particulières le puissent permettre. Or la Cour 
jugera, s'il luy plait, qu'est-ce qu'elle peut et doit décider en ceste hypo- 
thèse, s'en remettant du tout ledit de Malvyn à sa discrétion. 

Premièrement, il est certain que ledit de Pichon a demeuré interdit 
neuf ou dix ans et plus sans avoir faict nul exercice de sa charge. L'inter- 
diction et condempnation quy est intervenue contre luy, ore que ce soit 
en une aultre compagnie souveraine, provient des causes que la Cour 
n'ignore point. Cependent ceus quy ont tousjours travaillé, s'il le fault 
dire ainsy, dans l'estade d'Hercule et ont couru à grosse haleine en la 
lice de la vertu, ne doibvent pas estre de pire condition que ceus quy en 
ont esté chassés, et ne doivent pas ceus cy remporter le pris d'honeur et 
devancer ceus lesquelz y ont tousjours demeuré, s'en acquitant dignement 
et ayant plus longuement servy que ledit de Pichon. Il est notoire que 
ledit de Pichon a servy quinze ou seze ans avant l'interdiction. Il n'y peut 
avoir donc aucune apparence qu'il doibve précéder ceulx qui ont servy 
vingt et cinq et vingt et six ans. Il y a des lois bien expresses qui disent 
que ccluy qui s'est absenté pour cinq ans de son collège et de sa compai- 
gnie, ore que la cause de l'absance soit volontaire seullement, et non 
ignominieuse, doit perdre son rang en faveur de ceus qui, pendent son 
absance, ont continuellement servy et ont devancé les années du service 

I. Mots barrés : s*il luy piait. 



126 APPENDICE 

de celuy quy est absent, combien * que cest absant ayt obtenu rescript et 
indulgence du prince du temps de son absance. A plus forte raison, l'in- 
terdiction et privation de sa charge ne peut profiter audit de Pichon (pro- 
venant mesmement * des causes que Ton sçait) au préjudice de ceus qui 
ont bien, deuement, laborieusement et plus longuement servy que luy. 
De semblables décisions les textes y sont formelz, comme aussy il en y a 
des exemples bien illustres à ce propos, desquelz, sans plus longue 
déduction d'iceus, la Cour pourra très bien remarquer Tequité de ceste 
proposition. 

Qu'on le preigne au plus haut point que Ton voudra et que toutes 
choses conspirent en sa faveur, si est-ce qu'il seroit malaysé qu'avec 
raison et justice ledit Pichon peut estre colloque au degré qu'il prétend 
aujourd'huy. Le soldat dégradé des armes ne jouyt point du privilège des 
soldatz pendant le temps de son exautoration, ore mesme qu'il soit resti- 
tué» et mesmement s'il n'est point restitué aulx gaiges et à la solde qu'il eut 
peu prendre sans sa dimission 3. 

Ledit deMalvyn sçait bien que ledits de Pichon dira qu'il a esté restitué 
et remis en son estât par l'arrest du grand conseil, car il n'a et ne peut 
avoir aultre deffence que celle là, pour ce que les lettres patentes du roy 
qu'il vouldroit alléguer en sa faveur, données sans partie et sans cognois- 
sance de cause, se doibvent examiner suyvant ledit arrest du grand conseil 
et reigler conformément à icelluy, de tant que le prince, en ce qui touche 
l'innoucence ou intégrité dudit Pichon n'a entrepris nulle particulière 
cognoissance de cest affaire et n'en a voleu prononcer, si ce n'est en tant 
que les juges qu'il avoit luy mesme décerné en avoient cogneu et ordonné 
auparavant. Or, quant à l'arrest dudit grand conseil, il y a des arguments 
et des inductions bien pressantes contre ledit Pichon en ce qu'il n'est 
point pleinement restitué. S'il y avoit pleine restitution, la calomnie eust 
esté declairée contre l'instiguant ou accusateur, ce qui n'a point esté faict, 
et tant s'en fault que ledit grand conseil ayt prononcé sur la calomnie, 
comme il estoit nécessaire pour la plaine restitution d'icelluy Pichon, que, 
tout au contraire, par le mesme arrest ledit Pichon n'est nullement declairé 
innocent ny absous des crimes quy luy avoient esté mis sus et pour les- 
quelz il avoit esté condempné. Il est simplement remis en son estât, sans 
toucher le reng, ordre et presseance qu'il avoit lors de son interdiction ou 
celluy qu'il pouvoit avoir acquis, s'il l'avoit tousjours excercé. Il n'est 



1. De la main de Malvyn ; il y avait d'abord ore. 

2. De la main de Malvyn ; il y avait d'abord tnesmes. 

3. Le mot avait été écrit : démission. Malvyn a corrigé. 

4. i* réd. : monsieur. 



APPENDICE 127 

point restitué aulx amandes qu'il a payées pour les causes pies <; il n'est 
point restitué aulx despens esquelz il avoit esté condempné envers la partie. 
Il n'est point restitué aulx gages qu'il eust prins et perceu s'il eut tousjours 
excercé, ains au contraire tout cela luy est osié par l'arrest de sa restitution, 
et partant, par ung argument invincible, suyvant la loy il n'est point resti- 
tué aulx services, et ne luy peut ayder de chose quelconque la loy première 
au code de ceus quy ont estécondempnés et restitués, pour ce que la res- 
titution dudit Pichon n'est ny pleine, ny entière. Et ne peult estre con- 
sidérable qu'il a esté remis en son estât par ledit arrest, pour ce qu'il y a 
bien grande difTerànce, comme enseignent les mesmes décisions des 
empereurs, d'estre remis et retably en son corps et collège ou bien 
d'estre remis au mesme rang, ordre, presseance et prérogative. Ledit de 
Malvyn interrogeroit voulontiers la conscience du dit * de Pichon, si en sa 
restitution les marques et cicatrices de sa condempnation n'y sont bien 
profondement gravées et, s'il veut aymer la vérité, si elles ne paroissent 
non guières moins difformes que les playes qu'il avoit auparavant 
receues. 

I^ question doncques est quel rang il doit tenir céans. Ledit de Malvyn ne 
s'amusera point aulx diverses opinionsqu'on peut recuillir de divers endroitz 
dans les auteurs qui se sont étendus bien au long sur ceste matière 3. Les 
aucuns le mettent en la place dernière de son collège ; les aultres luy bailhent 
rang eu esgard au temps de son service ; les aultres luy ordonnent le mesme 
rang et presseance qu'il avoit lors de son interdiction , c'est à sçavoir, s'il estoit 
le dixiesme, vingtiesme ou trentiesme en rang, il[s] le dedairent aussi estre 
le dixiesme, vingtiesme ou trentiesme en son collège ou corps duquel il 
avoit esté privé. Mais, quelque rang qu'il puisse tenir, il ne peut tenir 
celluy qu'il demande aujourd'huy, c'est à sçavoir d'estre le troisième con- 
seillier, estant le douzicsme lors qu'il fut interdit, et, n'ayant servy que 
quinze ans, précéder ceulx qui ont servy vingt et six, et estre remis et 
retably en ung rang plus avancé que celluy qu'il avoit lors de sa démis- 
sion. Oultre les raisons susdites, on peut alléguer ceste-cy ^, qu'ordinaire- 

1. Ces quatre derniers mots de la main de Malvyn. 

2. I* réd. : dusUur. 

3. Membre de phrase ajouté de la main de Malv^'n. 

4. I* réd. : ceste-cy ^ laquelle, selon son advis, ne mérite point d'estre recittêe. C'est que par ung 
arrest gênerai de la Cour, il a esté ordonné que les cotiseilliers d'icelU qui auront servy actuellement 
vingt ans venant à se démettre ou resigner leurs offices ^ retiendront céans leur entrée et voix délibéra' 
tifve, ore qu'a cest effaict il\s] n'ayent nulles lettres, réservation ou permission du prince. Ledit de 
Malvyn croit qu'il ne pourroit tomber en dispute ^ si ledit Pichon^ quy n'a servy qu'envyron quinze 
ans et quelques mois davantage, résignait ou se démettait à presant de son estât, qu*il deut jouyr et 
estre compris aulx termes de l'arrest, attendu qu'il n'a servy V espace de vingt ans, s y df" abondant il 
n'obtenoil lettres ou rescript de Sa Majesté, par vertu duquel ceste grâce luy fut indulgemment con^ 
cédée, caria disposition et les nwti de l'arrest ne luy ottroyeni point. 



128 APPENDICE 

ment et comme par une loy fondée en une longue usance, les conseilliers 
qui ont servi actuellement vint ans, se démettant ex resignant leurs offices, 
retienent, par rescript du prince et comme chose qui leur est deue, leur 
entrée et voix deliberative. Il est certain que ledit Pichon n'ayant servy 
actuellement vint ans, ne pourroit jouyr de ce bénéfice si le Roy, par un 
otroy favorable et indulgence spéciale, ne le vouloit dispenser du temps du 
service. Car le temps de son service ne lui ottroye point ce privilège et sa 
restitution, qui ne Tabsout point, qui ne le restablit point plainement, qui 
ne porte et contient nul tesmoignage d'honneur, de mérite et d'innocence, 
ne le remet et restitue, tant s'en fault, au degré qu'il pourroit avoir acquis, 
s'il eust tousjours servy, que non mesme à celuy là qu'il obtenoit lors de 
son interdiction. 

Si donc ledit sieur de Pichon ne seroit recevable à jouyr du privilège de 
ceus qui ont servy actuellement vingt ans, encore moins pourroit il 
prétendre de précéder ceulx qui ont servy vingt et cinq ans et plus. Tout 
juge prudent et bien considéré et se réglant au niveau de la loy et de la rai- 
son et la posant tousjours comme ung fondement bien certain et stable de 
son opinion, acquiescerabien voulontiersàcequy aesté cy devant discouru. 
Mais combien sont plus grandes, plus fortes et plus rehaussées les considé- 
rations qui sont toutes pures publicques et qui découlent, comme d'une 
vive source, du bien du service du roy, de sa justice, de l'honneur, 
candeur » et intégrité de ce Parlement, auquel il ne faut imposer, s'il est 
possible, nulle tache qui soit inefaceable. Si le sieur de Pichon est remis 
au rang de troiziesme conseillier qu'il prétend céans, il aviendra souvant, 
comme on le veoit avenir ordinairement, que, par l'absance, indisposition 
ou récusation de messieurs les presidantz et les deus conseilliers plus 
anciens, il présidera tant en la chambre du conseil qu'en l'audiance. Ce 
théâtre et ceste saincte et grave pompe extérieure de la justice qui doit 
reluyre d'honeur et de majesté de toutes partz aura elle ung chef non seu- 
lement honteusement condempné, mais aus[s]i honteusement restitué ? 
Ledit de Malvyn ne veut point parler des causes de sa condempnation ny 
pareillement de celles de sa restitution ; il veut feindre et le veut croire 
qu'il soit très innocent. Ce neanlmoins, en ceste diffamation publicque 
qui a prins pié dix ou douze ans, soit qu'elle soit justement ou bien autre- 
ment conceue, et qui vit et respire encore en l'opinion du peuple, et 
qui est escrite comme en grosses lettres et capitales en l'arrest qu'il prétend 
avoir obtenu de sa justification, est-il expédiant qu'il soit à la teste d'une 
compagnie entière et religieuse * prononçant les oracles de la vie ou de 

1. l'réd. : splendeur. 

2. Mots barrés : et qui doit estre telle. 



APPENDICE 1^9 

la mort, de l'honneur et de Tinfamie, du mérite ou démérite, droitz, 
biens et facultés d'ung chascun ? Si d'aventure, lors qu'il sera présidant en 
audiance publicque, il s'agit de l'exaction ou concussion ou quelque 
mauvais debvoird'ung advocat ou procureur qui soit présent» au barreau et 
qu'il soit besoing sur le champ en faire quelque remonstrance et en statuer 
selon la sévérité des lois, de quel front, de quelle autorité, de quelle voix 
pourra il censurer ou reprimer le vice, inciter les plus tardifz à Ihoneur 
et à la vertu, restablir par la gravité et innocence de sa vie et de sa parole 
la sévérité des lois anciennes et la discipline du palais ? 

Ne prophanons point une chose si sacrée que les ministres de la jus- 
tice. Les pièces et les membres en doibvent estre beaulx et au dedans et au 
dehors, et singulièrement les chefz doibvent, s'il est possible, non seule- 
ment se revestir d'honneur et de dignité, mais aussi en faire part à toute 
ceste suyte qui va après eulx. Leur prcudhomie et suffisance les doit relever 
et illustrer par dessus toute la compagnie, voire mesmes que la lumière de 
leur vertu doit faire comme ung grand jour à l'entour de cens qui les acom- 
paignent, quelque obscurité qu'il y puisse avoir en leur vie ou deffaut en 
leur suffisance. La justice est une vierge pudique et non souillée ; il n'en 
fault point prostituer la réputation. C'est le vray temple d'humanité et de 
religion qu'il ne faut point polluer. Il faut que tout juge et mesmement 
chef de compaignie * souveraine porte comme escriple en son front et en 
sa vie ces belles marques d'honneur dont Horace en quelque lieu a qualifié 
ung juge incorrompu et bien loing de ces basses, honteuses et sordides 
mesnageries de la justice. Les sceptres des roys sont apuyés et honorés 
par la justice, et de ceste justice les parlementz en sont les colomnes. 
Vous leur ostés les soubassementz, sy les chefz et les principaulx ministres 
d'icelle sont couvertz de honte et d'infamie et partant contemptibles au 
peuple. Les liaisons, les ressortz et les enchesnementz du peuple avec le 
roy se font par le moyen d'icelle', laquelle, venant à perdre la reverance 
qu'elle doit avoir envers les subjets 4, on sçait que la majesté du prince n'en 
est point si respectée et si redoutable. Les malheurs du siècle d'aujourd'huy 
n'en sont que trop fidèles et irréprochables tesmoings. Quelcun disoit que 
le sénat romain luy sembloit estre une assemblée de rois. On sera bien 
loing de parler ainsi de cestu[i]cy, lors qu'il paroislra en public ledit de 
Pichon y tennant lieu de présidant. Le tiltre le plus commun que l'on 
atribue aulx sénats qui sont souverains s non seulement de ce temps icy, 

1. Mot ajouté. 

2. I* réd. : chef de justice, 

3. !• réd. : de la justice. 

4. !• réd. : envers U peuple, 

5. I* réd. : aulx compagnies soui'eraines. 

COURTEAULT. û 



150 APPENDICE 

mais de la mémoire de toutz les eages passés, c'est la saincleté et l'inté- 
grité, pour ce que les pièces qui les composent doibvent estre personnes 
graves, sainctes, sévères, comblées de suffisance, de doctrine et d'intégrité. 
Nous sommes comme les gardiens et les trésoriers des lois divines et 
humaines. Le roy nous a consigné ce depost. C'est bien à la Cour d'aviser 
quelles personnes elle reçoit, et en quel lieu et en quel rang, pour en estre 
les dépositaires. Et quant il seroit ainsi que le dedans de nostre parlement 
ne fut partout « orné de si vifves clartés comme il seroit désirable, si est-ce 
qu'il est requis que le dehors et apparance en soit belle et spécieuse et 
n'ayt nulle difformité notable. La justice est \a règle de tous les aultres 
esiatz. Si elle se plie et se courbe, à quel modelle pourra on redresser 
ce qui sera oblique et tourtu ? Ne fournissons point à l'envie et à la calom- 
nie les argumentz pour mesdire de l'honeur de ce parlement : ce ne seroit 
que luy bailler trop d'avantage si l'on voyoit en public* ledit Pichon estre 
au premier lieu et plus eminent de ceste compaignie. On sera loing de 
ce danger si on luy baille place céans selon le temps de son service. Ce 
sera tousjours quelque mal ; mais le mal en sera beaucoup moindre. 

Et s'il croyoit ses amys et bienveuillans, ainsi que ledit de Malvyn l'a ouy 
dire, ledit de Pichon se contenteroit de l'honeur qu'il a d'estre restably et 
cercheroit bien tost ung successeur ou resignataire. La Cour en ordonnera 
ce qu'il luy plaira ; mais ledit de Malvyn ne veut jamais parler céans, si l'hon- 
neur et la dignité de la justice ne le touche beaucoup plus que toutes aultres 
considérations. Il ne parle point comme partie, car il declaire de rechef qu'il 
ne l'est et ne le veut estre. 11 en parle seulement comme conseillier de 
céans, zélateur du service du roy, de la décence et honneur de ceste com- 
paignie. L'affaire est si important qu'il mérite que la Cour y avise et y 
donne ung bon et digne reiglement d'elle et dont l'exemple puisse parve- 
nir à noz successeurs et servir de loy et de monument honorable de nostre 
intégrité. Il ne veut récuser personne, bien qu'il y ayt dix ou douze de 
messieurs les presidantz et conseilliers ccans recuzés en ses causes, et ne 
veut tenir récusés en ceste proposition les plus proches parens et alliés 
dudit sieur de Pichon. Bien desireroit il que s'il y avoit lieu de récusations, 
que messieurs d'Alesme l'aisné, lequel l'a recuzé en toutes ses causes et 
des siens, le puisné, qui est alié dudit sieur de Pichon 3, voulussent s'abstenir 

d'estre juges en cest affaire. 

De Malvyn. 

1. Mot ajouté. 

2. !• réd. : On sçail, et ne se peut dire par quelle deffaveur, que Vboneur de ce parlement a esté 
calomnié et vexé pttr aulcnnes langues ennemies et venimeuses et qu'il est autant décrié que nulle 
compaignie souveraine de ce royaume. Sesera-cepas tousjours fournir de nouvelle matière à ces faul^ 
bruit^^sion voit en public le sieur Pichon... 

3. François d'Alesme, conseiller lai, reçu le 15 novembre 1567, et Guillaume d'Alesme, 
conseiller lai, reçu le 8 janvier 1594. 



APPENDICE 131 

V. — REMONTRANCES AU PARLEMENT SUR l' ENREGISTREMENT 

DE l'ÉDIT de NANTES. 

(13 août 1599.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, {^310 r**-5i9 r** (brouillon original 

autographe), f»» 38 r^-ça v° (copie). 



M[essieurs], 

J'ay eu peine à me résoudre s'il estoit plus expédient de m'obliger au 
silence et conclure' simplement mon avys que d'entrer en discours sur 
cest affaire, auquel il est moins pénible de s'étendre que de se retraindre 
et qui, d'ailleurs, ne peut fournir que d'appast ^ aus calomnies qui se 
repaissent 3 à rapporter pirement et interpréter encore plus sinistrement 
les choses qu'elles n'ont esté dites et entendues 4. 

Ce subjet est une forest espesse et profonde, dans laquelle on se peut 
perdre plus ayséement que tenir la droite route 5 . Je suy vray toutesfois le 
lés et l'orée et ne perdray point de veue mon grand chemin pour m'y 
remettre, s'il est besoing. 

Il y a des écrivains, et anciens et. d'ajourd'huy^, qui recitent que dans 
l'Asie et l'Afrique il se trenve de longues et immenses solitudes de- 
peuplées 7 de toutes habitations humaines et où l'on ne peut marquer 
nulle trace ny sentier pour les voyageurs ; au moyen de quoy ilz sont 
contraintz, tout ainsi que ceus qui sont en haute mer, de se servir de 
l'étoile du Nort pour guide, phare et conduite de leur voyage. 

En cest edit, tout ainsi qu'en une vaste solitude *, nous n'avons pas 
l'étoile du Nort pour guide, mais nous aurons Dieu, s'il luy plaist, qui 
luyra dans noz entendementz, le bien de la religion et de nostre cons- 
cience, j'adjousteray le bien de l'Estat et du service du Roy 9, qui nous 
servira d'adresse au milieu des neuds et difficultés qui se rencontrent en 

1. I' rcd. : dire. 

2. i* réd. : de subjet. 

3. !• réd. : lesquelles se plaisent, 

4. i* réd. : pirement les choses qui ont esté dites et les interpréter eticore plus sinistrement. 

5. i* réd. : tn^e. 

6. I* réd. : et nouveaus. 

7. !• réd. : de longs et immenses déserts dépeuplés. 

8. Membre de phrase ajouté. 

9. Membre de phrase ajouté. 



132 APPENDICE 

iceluy. Cest edit n'a point de frère, de compaignon » ny d'exemple ; et 
qu'on débrouille et déplie hardiment toutes les mémoires de l'antiquité, 
il n'y a point pièce qu'on luy puisse rapporter. 

Les premiers et plus anciens théologiens du Paganisme, et entre autres 
Homère, nous enseignent qu'en leurs plus célèbres anniversaires des 
offrandes et sacrifices qu'ilz faisoent à leurs Dieus, voire en leurs festins, 
assemblées et autres solennités, si par mépris ou mesgarde ilz en 
oublioent quelcun de ce collège * qui n'y fut convié ou apelé, ilz faisoient 
aussi tost sentir leur indignation et vengeance 5. De 1& vint ce foudroyant 4 
sanglier qui ruyna une partie de l'Arcadie et fut depuis tué par Meleagre, 
ce serpent qui couvroit neuf arpentz de son ventre et déserta toute la 
Thessalie, et 5 ce monstre fameus qui a rempli toutes les poésies et des- 
peupla les avenues des rivages delà mer et rendit les marests inacessibles. 

Et non seulement vengoent ilz leur injures, mais celles qui estoent 
faites à leurs serviteurs et ministres. La peste ne cessa de fourrager 
l'armée greque ^ qui estoent devant Troye, qu'Agamemnon n'eust rendu 
cestc dame captive qu'il tenoit 7 entre les mains du prestrc d'Apollon, son 
père. 

De ceste discipline a coulé ^ le trait de ce Romain qui le rapporta aus 
troubles qu'il avoit veu de son temps en Tltalie : 

DU multa nto^Ucli dedere 
Hesperiœnuilaluctuosœ'f. 

Despuis que ceste prétendue a esté introduite en ce royaume, nous 
avons non seulement veu, mais presque toutz senty les malheurs et 
desordres qui l'ont ravagé. Nous marchons encore sur les pitoyables 
cendres qui restent de noz embrasementz, lesquelles ces messieurs tant 
qu'ilz peuvent veulent raviver et rallumer de nouvelles flames. 

Et possible en ont ilz quelque argument. C'est nous ou nos prédéces- 
seurs qui avons toléré et connivé à ces abus et leur avons laissé prendre 
racine dans le champ de la France, qui estoit auparavant la plus heureuse 
contrée et la plus chrestienne qui fut au monde. Ceste funeste plante a 
maintenant fortifié sa racine, grossi et consolidé son corps, s'est forjettée 

1. I" rcd. : fur // tCa point dé compaignon. 

2. Mots barrés : des Dieus. 

3. i* réd. ; 1/;; en sentoent aussi iosl V indignation et la vengeance. 

4. I* réd. : ce fier. 

5. Mot barré : l'Hydre. 

6. i* réd. : des Grecs. 

7. Mot barré : prisonicrc. 

8. i" réd. : est par ty. 

9. Horace, CM., III, vi, 7-8. 



APPENDICE 133 

en rameures et branchages, a estendu au long et au large son ombrage 
et occupe une partie de ce royaume, faisant avorter continuellement les 
fruitz de pieté et d'innocence que noz ayeus souloent y recueillir. 

Qiix latas arhor prxhet spatiantihis umhras, 
Quo posita est primum tempore, virga fuit : 

Tune poterat manibus summa tellure revelli ; 
Nunc stat in immensum viribus aucta suis '. 

Les rois, les princes, les magistratz, les pasteurs n'y ont pas pris 
garde comme ilz debvoent, et plusieurs d'entre eus l'ont cultivée et l'ont 
arrousée. Illenefasto te posuit die *. Il est donques bien raisonable, si Dieu 
n'a pitié de nous 3, puis que nous avons toutz contribué à fomenter ce 
mal, à tout le moins à le laisser croistre, que nous en souffrions, et 
puis que nous avons eu part à l'acroissement, que nous ayons part aus 
fruitz de l'heresie. 

Nos premiers prelatz, qui avoent veu ^ naistre ceste vipère toute enflam- 
mée de rage et de venin et qui presageoit assés qu'elle seroit fatale à cest 
Estât, pouvoent sans nulle peine, pourveu qu'ilz eussent gardé quelque 
ordre et discipline, l'etoufer et l'etaindre dans son berceau (la deffaite en 
estoit facile 5), sans emprunter les mains d'ung Hercule. 

...Cape saxa manu y cape robora, pastor, 
Tollentemque minas et sibila colla tumentem 
Dejice '. 

Mais à quoy faire ceste plainte, puis que nous en sommes venus à ce 
point que ceste prétendue religion 7 ne se veut sculementavancersur nous, 
ne se contente point de vouloir deborner nostre champ et arracher les mo- 
numentz de nostre possession, mais se la veut toute aproprier? Car c'est 
enfin ce qu'on dispute et ne se peut dire ^ autrement. Les lieus, les endroitz, 
les villes et les places et dedans et dehors le royaume où ilz ont authorité 
en font une preuve si certaine que c'est folie, stupidité 9 ou malice d'en 
vouloir doubter et encore plus d'en recercher les exemples. 



1. Ovide, Remed. Amor., 85-89. 

2. Horace, Orf., II, xin, i. — Citation ajoutée après coup. 
). Membre de phrase ajouté. 

4. !• réd. : mit veu. 

5. I" réd. : Vftoufer et Vetaindre et sans emprunter les mains d'ung Hercule. 

6. Virgile, Gèorg.^ III, 420-422. 

7. Mol barré : reformée. 

8. I' réd. -.faire. 

9. Mot ajouté. 



134 APPENDICE 

Hz ne seront pas satisfaitz d'avoir sur la religion catholique ' le droit 
d'aisnesse qu'ilz luy emblent par cest edit, de partager et lotir avec elle 
en commun les honeurs ^ , dignités et charges en ce royaume, jouir des 
privilèges et exemptions qui luy apartienent, s'ilz ne la dégradent enfin 
du tiltre d'honcur qu'elle mérite, s'ilz ne la dessaisissent de son principal 
manoir, qui consiste en ce royaume de France, et s'ilz n'effacent ses 
armoiries, comme ilz ont desjà commencé à faire, qui sont elevies et 
engravées en toutz les endroitz d'icelluy. 

...Exiiviasque omnes lectumque jugaUm 
ahoUre parât î. 

On a marié la religion catholique avec l'Estat dés la naissance de ce 
royaume. Ce mariage l'a rendu illustre et exalté par dessus toutz les 
sceptres de la terre. Il y a eu des empires et seigneuries et jadis et 
aujourd'huy mieus policées et disciplinées que la nostre, et si la vaillance 
paroit plus en l'ordre qu'en la fureur, il y a eu maintz peuples plus 
vaillantz que nous. Mais nous avons surmonté toutes les nations du 
monde en infinis exemples de pieté, saincteté, dévotion et zèle à la reli- 
gion catholique. Et nous nous priverons de nostre gré de cesté louange 
(le plus beau fleuron de nostre courone), qui nous est propre, unique et 
singulière et incommunicable à toutz les autres ! 

Il y a bien plus : c'est qu'il faut que nous sellions de nostre voix, 
autorisions de noz opinions, confirmions par nostre approbation le 
divorce de ce mariage, que nous solennisions les nopces et-* triomphes de 
l'heresie et que nous venions purement et simplement 5 par ung edit per- 
pétuel et irrévocable à my partir l'honeur de Dieu en ce royaume ^. 

Et quand aurons une fois passé cest edit 7 , qui voudra repondre 
qu'ilz ne jetteront plus loing leurs desseings, qu'ilz ne tascheront point 



1. Mot ajouté. 

2. Mot barré : et. 

3. Souvenir de Virgile, £w., IV, 496-498 : 

... Exuviasquc omnes lectumque jugalem, 
Quo perii, super imponas : abolere nefandi 
CunctA viri monumentu jubet monstratque sacerdos. 

4. i* réd. : les nopces les triomphes. 

5. Ces deux adverbes ont été ajoutés. 

6. Addition barrée après coup : On veut my partir la religion^ on veut my partir la justice. Il 
est à craindre y et Us exemples du passé nous en debvroent advertir^ qu'on s'efforuà quelque jour non 
seulement dt my partir la royauté, mais aussi de lembler et la raiir à qui elle appartient. Dieu en 
vueille âestourntr les présages et les malheurs ! 

7. !• réd. : Et quand nous l'aurons une fois passe. 



APPENDICE 135 

de supplanter les infortunées reliques de la religion que noz prédéces- 
seurs nous avoent laisse en garde et en depost ? 

...Haud tartto cessahtint cardine rerum ^ 

Hz se sont contentés bien longtemps de Tedit de septante sept. Depuis 
ilz se fussent contentés de moins. Ils l'ont encore* accepté et aprouvé de 
ce règne ; ilz se sont î ravisés, de rechefs ^ ilz ont forgé et reforgé 5 autres 
nouveaus articles. Enfin ilz ont obtenu cest edit, auquel neaumoins, 
comme si ilz y estoient grandement lésés et intéressés, ilz ne se veulent 
pas arrester. Hz aspirent d'en avoir ung autre. 

Le vieus apologue nous conte que la lune fut une fois curieuse de se 
faire faire ung acoustrement et qu'elle en demanda conseil à sa mère, 
laquelle luy dit qu'il estoit impossible, pour ce qu'elle n'avoit point de 
taille qui fut certaine et sur laquelle on peut prendre sa mesure, et que 
tantost elle paroissoit en sa plene rondeur, et puis qu'elle alloit effleurant 
et eschantillonant quel[que] peu de son rond, et puis qu'on la voyoit 
en son demy rond, une autre fois en demy cercle, et qu'en fin elle 
s'evanouyssoit sans forme ny figure aucune qui se peut apercevoir. 

11 en est ainsi des prétendus ^ reformés, qui ondoyent incessamment en 
la témérité de leurs desseings et sont tousjours portés à la mercy du flot 
et du vent de leurs opinions, lesquelles n'ont ny fonds ny rivage 7, Dèles 
errantes et voyagéres qui nageront tousjours inconstamment jusques à ce 
que quelque Apollon leur ayt attaché le pied^. Bien regardent ilz conti- 
nuellement 9 ce point fixe d'abatre et renverser la doctrine catholique, et 
leur plait bien de périr, pourveu que nons périssions à leur suyte. 

On voit desjà quelle engeance et combien de sectes a produit le luthé- 
ranisme; et si i'ire de Dieu permet qu'il dure encore cent ans après nous, 
la postérité verra sourdre et rejetter de ce monstre infinité de nouvelles 
testes, nouvelles sectes et différentes familles en opinion, si bien que quand 
sans nul contredit ilz auroent aulne, estendu et planté les sions de leur 
erreur par tout l'univers *«>, ilz ne peuvent enfin grener que d'impiété, 
d'athéisme, d'irréligion et d'ung profond ". oubly du christianisme, sem- 

1. Virgile, E«., I, 672. 

2. I* réd. : depuis, 

3. Mot barré. 

4. Mots ajoutes. 

5 . Mots barrés : plusieurs fois. 

6. i* réd. : de tto;^ reformés. 

8. La fin de la phrase est une addition, i* réd. : jusques à ce que Dieu leur, 

9. I' réd. : tousjours. 

10. !• réd. : i II auroent proi'ignê par tout Vunivers. 

11. !• réd. : produire que V impiété , V athéisme ^ Virreïigion et uug profond. 



I 3 6 APPENDICE 

blables à ces soldatz conceus au champ de Mars sur le rivage du Phase, 
enfantés des dentz du serpent », qui s'entremoissonèrent eus mesme. 

Lors * qu*ilz penseront avoir monté au plus haut feste Tedifice de leur 
hérésie, il est inévitable, pour estre l'ouvrage de mauvaise etofe, qu'il 
viendra à se boucler et démentir ceste éternité qui a basti et cimenté 
le nostre et Ta fait durer setze cent ans, le maintiendra d'une égale durée 
avec elle. Les fondementz de ceste étrangère n'ont esté jettes par elle ; 
ses clôtures et ses rampartz se laschent et desunissent ' desja et reçoivent 
le jour à travers ; aussi sont elles relevées des ruines et masures des 
vieilles hérésies. Or, si les materiaus sont vitieus, l'agencement et la 
symmetrie en est encore moins louable. 

Il se faut donques •» esbahir qu'à cest edit qui a esté extorqué par force, 
violence, presse et importunité 5, la France ayt esté frapée comme de 
léthargie, et qu'elle ne se soit esveillée au bruit d'iceluy, et que ny les 
princes ^, nyles officiers de lacourone, ny les prelatz, à qui principalement 
il touchoit 7, n'ont fait ouyr au Roy leurs vives vois, leurs remonstrances, 
et suplications s, ou si, d'avanture, ilz l'ont entendu, 

...Stupet inscius alto 
Accipiens sonitum saxi de vertice pastorf. 

Ce siècle infertile n'engendre plus d'Ambroises ny de Benevols ; plu- 
sieurs sçavent et lisent leurs histoires, mais ilz fuyent de les imiter 
comme de tomber dans ung précipice. 

Alexandre, empereur romain, ne deliberoit jamais affaire d'importance 
qu'il ne fut assisté de vint jurisconsultes et trente hommes d'Estat des 
mieus versés. A grand peine qu'en cest edit ce nombre y ayt esté reco- 

1. Mots barrés : surveillant de la toison d'or, 

2. !• réd. : Car lors. 

j. !• réd. : selascbent desja, 

4. Mot ajouté. 

5. Mots barrés :il semble qite. 

6. Mots barrés : du sang. 

7. Membre de phrase barré : et dont toutesfois la plus part sont plus curieus de leur bien estre 
et de leurs rex'enns que de la gloire de Dieu. 

8. Passage barré : Sis ou sept comeilliers d!' Estât seulement en ung affaire si important. Et aussi 
a Ton veu que le Roy s'est imprimé une {i* réd. : a conceu) si bonne opinion d^ messieurs du clergé 
{1* réd. : d'eus) qu'au discours qu'il fit ans députés de la court de parlement de Paris, il leur dit 
qu'il n'y avoit ecclésiastique en ce royautne auquel en (i« réd. : qu'en) Iny baillant trois ou quatre 
mille libres de reivnu, il ne fermât la bouche. Il nya que lapouvreté qui soit (i* réd. : est) criarde; 
quand elle est soûle, elle ne (i* réd. : quand ili sont soul^, il^ ne) murmure {i* réd, : murmurent) 
pas. Ce passage a été barré après coup, sans doute comme trop hardi, et remplacé par une 
addition marginale : ou si d'avanture... mortalibus xgris. La phrase Ce siècle infertile... est une 
seconde addition. 

9. Virgile, £»., II, 508. 



APPENDICE 137 

gneu *. Ee neaumoins il est à craindre qu'il n'y eut jamais comète si ardente 
et si allumée en flammes et maladies dangereuses à ung Estât que cest edit, 
morhos pestemque ferem mortalihus xgris ', 

Tout le fais donques 3 est tombé sur les courtz de parlement, qui ont 
dégénéré de beaucoup de la vigueur, du lustre, du mérite et de l'autorité * 
de leurs prédécesseurs. Puis que c'est 5 à nous de courir seuls ^ ceste fortune 
et servûr de barrière contre l'impétuosité de ces nouveaus croyans, 
disons que cest edit, pour estre trop préjudiciable au service de Dieu, 
à la religion catholique, au bien et repos de cest Estât et au service du 
prince, doit estre unanimement rejette. 

Premièrement, toutz les sages ont dit que la religion est fondement de 
toute société civile. N'ébranlons point donques noz fondementz, affin de 
ne faire verser par mesme moyen la puissance 7 politique. Je ti'apeleray 
point le tesmoignage des lois greques, romaines et étrangères, ny l'auto- 
rité des particuliers, entre autres ceste belle harangue de Mécène à 
Auguste dans Dion *, pour ne redoubler l'ennuy qu'on pourroit avoir de 
ce trop long discours 9 et que ceste plage a esté courue et descouverte 
par d'autres qui ont marqué heureusement leurs brisées «°. 

Secondement, il ne doit pas estre loisible " au premier esprit ambitieus, 
venteus, melancholique, au premier moine à qui la quinte prendra et au 
premier songeur de ravauder les fatras et les >' haillons moisis tirés de 
l'egout des hérésies, qui possible en quelque endroit seront repolis de 
quelque nouvelle façon et retintés de quelque autre invention ^3, et les 
revandre après au peuple et à la suyte mettre toutes les provinces en 
armes et en feu. 

Il n'y a que le Prince, et le magistrat souverain, avec le conseil que 
Dieu luy a ordonné, qui puisse faire et dresser des polices, des lois et 



1. Passage barré : Cest edit neaumoins a esté composé par sept ou huit conseilliers d' Estât pour 
le plus, assemblés de l'une et de Fautre religion. Ce siècle infertile de vertus ne produit plus d'Am^ 
broises ny ( i* rcd. : et) de Benevols. 

2. Virgile, En., IX, 274. Le vers est : 

lUe sititn morbosque ferens mortalibus xgris. 
5. Mot ajouté. 

4. I* réd. : du mérite de leurs prédécesseurs. 

5. Mot barré : donques. 

6. Mot ajouté. 

7. i* réd. : l'autorité. 

8. Membre de phrase ajouté. — Cf. Dion, LU, 36. 

9. Mot barré : aussi. 

10. Addition depuis et que ceste plage... 

11. I* réd. : au premier moine à qui la quinte prendra. Barré, puis rétabli plus loin. 

12. Mot barré : esgout. 

13. Membre de phrase ajouté. — i* réd. : façon et etofés de quelque nouvelle invention. 



138 APPENDICE 

des ordonnances. Si ung particulier l'entreprend, il commet crime de 
lèse majesté. 

Il en est tout de mesme des magistrats ecclésiastiques : c'est h eus de 
policer leur sainte cité et leur Hierusalem, et de la remettre « au niveau 
des ancienes lois et des meurs tant louables de la primitive Eglise : 
Si quid labet in moribus^ non est defuturus qui corrigat. Le particulier n'y 
a que voir et c'est aus princes de tenir la main à l'exécution et observance 
des décrets ecclésiastiques et, les couvant de sa chaleur, leur donne[r] 
essence et vie^. Car la cognoissance et la décision ne luy en apartient 
point, et ainsi l'ont tesmoigné jadis ung bon nombre de religieus 
princes et empereurs. 

Il n'y avoit parmy les gentilz que ceus qui estoent de la confrérie de 
Cerés qui peussent parler de ses mystères, non plus que les Orpheote- 
listes des sacrifices d'Orphée'. La Minerve 4 de Sais defendoit e.xpressement 
à ses ministres, par 5 une inscription posée au frontispice de son temple, 
d'annoncer et publier les secretz et l'intérieure sapience qui leur estoit 
révélée au dedans d'iceluy ^. Pausanias recite qu'au rivage d'^gine il y 
avoit ung temple dédié à la Déesse de Salut, au dedans duquel estoit 
élevée son effigie 7, qui n'estoit visible qu'aus prestres qui servoent en 
iceluy ^. Esdras nous enseigne que lors que Dieu luy commanda de 
rétablir les livres de l'ancienne escriture, de taire et supprimer aucunes 
choses et manifester 9 les autres : Hœc vero abscondes, illa aulem palam 
faciès »o. On sçait ce qui avint à ce roy de Juifz pour avoir voulu apuyer 
et soustenir " l'arche d'alliance, ore qu'il le fit à bonne intention »*. 

Les mystères de nostre religion ne doibvent estre traités que par ceus 
qui ont leur vocation légitime, qui ont l'autorité de ce faire, qui sont de 
main en main et successivement »' les héritiers de la sapience divine, qui 
sont les herautz, les truchenientz et les interprètes de sa voulontc ^^^ 



1. I* réd. : du magistrat ecclésiastique. C'est à luy de policer sa sainte cité et de la remettre, 

2. Addition depuis et les couvant. 

3. i* réd. : initiés au mystère de Cerès qui en peussent parler. La Minerve... 

4. Mots barrés : Aegyptiene au temple.^ 

5. !• réd. : defendoit expressément par. 

6. Cf. Hérodote, II, 171. 

7. Membre de phrase ajouté. 

8. Pausanias, VII, 24, 3. 

9. I" réd. : et enseigner. 

10. Voici le texte exact, tiré d'un livre apocryphe d'Esdras : Ac prxcepî et dicens: ktc palam 
faciès verha^ et hxc ahscondes (Esdras, IV, xiv, 6). 

11. i* réd. : voulu soustenir. 

12. Les deux dernières phrases du paragraphe sont une addition. 

1 3 . Mots barrés : aussi s'apelent il^ de ce nom. 

14. !• réd. : qui en sont les heraut^^ les truchetnents et les interprètes. 



APPENDICE 139 

qui portent les coleurs, les armes et les enseignes et les fasces du maistre. 
Si ung autre s'atribue ce pouvoir », il commet crime de léze majesté 
divine : Odi profanum vulgus et arceo *. 

Je ne sçay s'il sera à propos î que je parle des principes d'une science 
qui n'est pas miene et que je renvoyé ma fauz en la moisson d'autrui-*. 
Mais pour ce que ceste délibération fraternise, voire est fondée sur les 
premières règles de la théologie, dont nous avons toutz quelque cognois- 
sance à Tavanture, ce destour que je prens pour l'aller saluer à sa porte 
sera aucunement excusable. Je dis donques que 5 c'est folie d'atendre que 
Nostre Seigneur Jesus-Christ renaisse plus, qu'il nous fournisse d'autres 
Apostres, d'autres successeurs d'iceus, d'autres Evangiles et d'autre 
Eglise que celle que nous avons et qui est venue jusques à nous. 

La clarté de ces nouveaus predicantz est trop foible pour obscurcir 
ces excellentes lumières, les ^ Basiles, Chrysostomes, les 7 Clementz, les 
Ambroises, Hieromes, Gregoires, Augustins. Les coriphées de la Chres- 
tienté ont suyvi le train de leurs prédécesseurs et nous suyvons le leur. 
La preuve se voit à la lettre, nonobstant la furieuse impudence d'aucuns 
espritz avolés de nostre temps, qui ont eu si peu de front, de conscience 
et de suffisance, et contre leurs propres chefs s, d'oser dire le contraire. 

Il n'est pas ici question de disputer de la quadrature d'ung cercle, des 
principes de la Nature ou de quelque autre point de phisique ou mctaphi- 
sique, où l'on peut impunément et sans nul dangier vaguer et bondir 9 en 
telles opinions qu'on trouvera'^ plus vraisemblables. Il s'agit" de nostre 
religion et de nostre créance. Il n'y a point d'autre régie" pour discerner 
le vray d'avec le faus que la doctrine de l'Eglise. Elle l'a dit, il le faut 
croire, et beaucoup plus certainement que ne faisoent les disciples de 
Pythagore sa doctrine»'. Car qui tient le trésor des Ecritures en sa main et 
dans ses archives qu'elle? qui en rapporte le sens et l'interprétation 
qu'elle ? s'il survient quelque doute et difficulté, qui en peut faire la 
décision qu'elle ? 

1. !• réd. : ceste autorité. 

2. HORAŒ, Orf., III, I, I. 

3. iTéd. : bon. 

4. I" réd. : et que je trenche du théologien^ n'y estant point versé. 

5. Addition depuis le début du paragraphe. 

6. 1* rcd. : des, 

7. I* réd. : des. 

8. Membre de phrase ajouté. 

9. !• réd. : vaguer en. 

10. !• réd. : qui nous sembleront. 

11. I* réd. : Il est question. 

12. Mots barrés : d'icelle, 

15. Ce membre de phrase est une addition. 



140 APPENDICE 

Si chascun en veut avoir Tintelligence et l'expliquer à sa poste et selon 
son sens, quel horrible cahos et confusion sera-ce? Si Luther, Calvin», 
Beze et autres sectaires, ne se contentantz pas de la sagesse de quinze 
siècles qui les avoent précédés, ont voulu bastir d'autres temples à leurs 
nouvelles inventions et ont dressé d'autres courses et d'autres lices à 
l'exercice de leurs espritz, pour quoy ne me sera il loysible et à mille 
autres après d'interpréter selon ma fantaisie et d'une autre façon qu'il 
n'a esté fait jusques ici les textes de l'Ecriture ? Quand je diray que 
mon interprétation est plus nette, plus sincère, et meilleure, et beaucoup 
plus proche des mots et du vray sens de l'Ecriture que celle des autres, 
si ceste licence a esté donnée à Calvin et à ses semblables, pourquoy 
me sera elle ostée, et s'il n'est pas raisonable que j'en jouysse, pourquoy 
en jouyt Calvin et ses dogmatistes? Si on dit qu'il faut céder à la force, 
chetifve, mais encore plus pernicieuse et dommageable défense, et tou- 
tesfois, à vray dire, ilz n'en ont point d'autre. 

Celuy qui a remarqué * bien attentivement le decours des âges passés, 
sçait bien 3 qu'il n'y eut onques 4 que la secte mahometane et la luthcriene 5 
et celles qui se sont ecloses de son ventre, tout ainsi que d'un cheval 
troyen, qui ayent pris acroissement par le fer et la flamme et qui ayent 
combatu en bataille rangée leurs princes et seigneurs que ces deus. 

Ceste proposition semblera étrange, mais elle est véritable. La judaïque 
a d'autres distinctions et des considérations toutes séparées de ces deus ; 
si ils estoent étrangers et esclaves en Egipte, et non rcgnicoles, et alans 
cercher une autre demeure soubzla main et conduite de Dieu ^. Et pour le 
regard de l'heresie Arriene, elle a bien esmeu force troubles, divisions 
et séditions, mais il ne se trouvera point que les subjetz naturelz de 
l'empire romain, ore qu'ilz fussent Arrien, ayt jamais levé bannière contre 
leur prince. Je sçay bien que les Ostrogots aus Pannonies et en Italie, 
les Visigots en Guyenne, Languedoc et aus Espaignes, les Alains, Suèves, 
Vandales en Espaigne et en Afrique, et les toutz Arriens? ont livré maintes 
batailles aus catholiques et les ont vaincus; mais c'estoent des rois et des 
peuples étrangers, non originaires de l'empire, qui, par droit deconqueste, 
d'usurpation et de bienséance ou par des capitulations contraintes et for- 
cées, occupèrent ces provinces * et s'y placèrent. 

1. I* réd. : Si Calvin, Luther. 

2. I* réd. : qui a feu. — 2* réd. : Jeu. 

3. Au lieu de ce membre de phrase, la i* réd. porte : // est ainsy qu'il... 

4. 1* réd. : jamais. 

5. I' réd. : cxihnniene. 

6. Addition depuis si ils. 

7. Et lestouti Arriens est une addition. 

8. Mots barrés : de l'empire. 



APPENDICE 141 

Nous baillerons donques le Cousteau à Theresie comme à ung furieus 
pour nous csgorger, et comme si elle n'estoit pas assés puissante, nous 
ordonnerons qu'elle s'armera * d'ongles et de dents pour nous déchirer 
d'autorité, pour nous maistriser et d'une aleinc vénéneuse et dommageable 
pour nous infecter ! 

Dum spectanl oculos lœsi Jœduntur et ipsi. ^ 

Le point donques de nostre salut gist, en matière de la foy, d'estre 
fermes et ne voltiger pas' au gré de mille nouvelles opinions, et sembler 
à ces statues de Daîdale dans Platon qui n'ont point de siège, demeure 
ny d'arrest. La carrière de l'erreur n'est jamais limitée et n'a point debout, 
et qui suyvra ses devoyements ne pourra terminer + son voyage. Il n'y a 
celuy qui ne donne quelque pris à ses folies, qui n'adore ses songes et 
n'idolâtre ses inventions. Demeurons 5 immobiles en la maison de nostre 
mère TEglise ; elle nous a tousjours bien logé et bien nourry, doucement 
hébergé. Hic optime manebimus, comme disoit ce capitaine ^ romain à ses 
soldatz, qui vouloent abandonner Rome, leur demeure naturelle, pour se 
retirer à Veies, ville de nouvelle conqueste 7. 

Quoy donc ! pourra dire q;ielcun, serons nous cause de troubler quelque 
chose en ce royaume ? le rembraserons nous encore de ses feus ? le rejet- 
terons-nous en la tourmente d'où il ne fait à grand peine ^ que d'eschaper 
et le recouvrirons-nous des monceaus de ses ruines ? Servirons-nous 
tousjours de prétexte aus desseings ambitieus d'aucuns qui couvent 9 tous- 
jours le desordre et le déménagement de cest estât ? Irriterons-nous >o cest 
ulcère par ung attouchement '» violent ? Puisque les remèdes les plus aspres 
n'ont peu servir à sa guerison, ne se doit-on pas ayder de ceus qui sont 
lenitifs ? 

L'expérience de trente ou quarante ans de troubles en ce Royaume nous 
peut avoir apris que les sièges, les batailles, les meurtres, les occisions 

1. l'réd. : nous V armerons. 

2. Ovide, Remed. Amor., 6i<y. Voici le texte exact : 

Dum spectant ocult Icsos, Icduntur et ipsi . 

On peut conjecturer que la modification introduite par Malvyn en citant ce vers de mémoire 
est due à une simple inadvertance de plume. 

3. I* réd. : // ne faut donques jamais au subjet de la foy ivltiger au gré,,, 

4. I* réd. : n'achèvera point. — Addition depuis et sembler jusqu'à voyage, 

5. Mots barrés '.fermes et. 

6. I" réd. : centurion. 

7. TiTE-LivE, V, 55. 

8. I* réd. : encore. 

9. !• réd. : cerchent. — La phrase entière est une addition. 

10. Mot barré : tousjours, 

1 1 . Mot barré : plus. 



142 APPENDICE 

n'estoit pas l'emplastre propre pour apliquer à ce mal. Il » vaut mieus sau- 
ver une partie du corps, si faire se peut, que cruellement et avant le temps 
la couper et le retrancher. 

Il n'y a rien de si heureus que la paix, rien de si formidable que la 
guerre, mesmement ^ intestine, et sur toutes celle qui se fait pour 3 la reli- 
gion, qui est à nous plus griefve, qui + sommes desarmés, qu'aus autres 5, 
et qui ne jouyssons d'autre autorité que celle que la paix nous donne. 

Que les vieilles riotes sont difficiles à démêler et qu'il en faut sortir le 
mieus que l'on peut, et qu'il faut céder aus nécessités publiques qui per- 
suadent quelquefois l'impossible ^, 

Que nous sommes touts concitoyens, qui respirons ung mesme air et 
mesme liberté soubz mesme prince et mesmes lois ; que nous debvons 
compatir les ungs avec les autres ; que la conscience ne se peut forcer ny 
la Religion commander ; que comme ces différentes opinions ont glissé 
dans cest Estât par la permission de Dieu, qu'il se pourra faire qu'elles 
s'cvanouyront de mesme quand nous nous en rendrons dignes et que 
sa divine bonté sera apaisée ; qu'il y a des articles favorables en cest 
Edit pour les catholiques, i non compris es précédents editz. 

Il me semble que j'ay ouy bien prudemment et gravement discourir 
ces raisons céans ou à plus près, lesquelles sont de pois et de chois ; 
toutesfois, si je ne me trompe, la balance pèse plus de l'autre part. 

Auguste disoit communément ce mot : Catone hoc contenti esse debemus *, 
quand il vouloit signifier 9 qu'il ne faloit rien innover en Testât présent, 
tout ainsi que Caton n'avoit pas voulu permettre l'innovation en son siècle 
et avoit esté tousjours asserteur de la liberté de la republique. Je dis 
pareillement ^° qu'il ne faut rien innover en Testât présent. Que ceus de la 

1. !• rcd. : qu'il... — La phrase entière est une addition. 

2. Mots barrés : la guerre. 

3. !• réd. : et la guerre pour. 

4. !• rcd. : mesmement à nous qui. 

5. qu'aus autres est une addition. 

6. Phrase ajoutée. 

7. I* réd. -.favorables pour les ecclésiastiques et. 

8. SutTONE, Aug.f 88. Le texte exact est : Contenti simus boc Catone. (Cf. Érasme, Adages, 
chiL IV, cent, x, ad. 3.) — Ce mot a inspiré les vers suivants à un contemporain, que Malvyn 
put connaître, Matteo Toscano, qui ^t imprimer en 1619, à Bordeaux, un recueil d'épi- 
grammes : 

Quisquis paratis et frui praesentibus 
Parcens, remota quxrit, inventu ardua, 
Frustratur hic utrisque vcl meritissimo, 
Istis negante sorte, iis culpa sua. 

(Af. Toscani antbohgia epigrammatum nunc primum edita^ Burdigala.*, apud Gilbertum Vernoy, 
1619, in-8'', p. 104). Matteo Toscano mourut à Coudom en 1624. 

9. I* réd. : dire. 

10. I* rcd. : mesme. 



APPENDICE 143 

religion jouyssent de leurs biens, libertés », honneurs, charges*, dignités, 
privilèges et faveurs dont ilz jouyssoent Tan quatrevins et cinq; car ce 
sont les derniers arres de ce procès. Qu'ilz vivent en paix et en repos 
avec nous. Que leurs commerces et negotiations leur soit libres, la voye 
de la justice ouverte. Qu'ils exercent leur religion par tolérance de nos 
Rois et de nos magistratz, jusques 3 à ce qu'il ayt pieu à Dieu nous rapeler 
et reunir toutz en mesme voulonté. 

Qu'il soit remédié à la licence de ceus qui seroent turbulente par des 
exemplaires et sévères punitions. 

N'irritons pas le mal, mais ne le fomentons pas. Si ceste maladie ne 
peut souffrir une etroiste diète, qu'on n'etoufe point à tout le moins ce 
corps par une trop grande repletion. Noxia corpora quanto magis nutries, 
tanto niagis hedes. On ne doubte point, comme disoit ce sénateur 
romain, que twn sit difficilis exitus veterum jurgiorum ; mais il se faut 
garder de les embrouiller davantage. Il faut céder aus nécessités publiques, 
mais il ne les faut pas rendre plus dures et intolérables 4. 

Si ce feu qui a dévoré tant de provinces ne se peut encore éteindre, 
gardons-nous à tout le moins de luy donner nouvelles forces et nouveaus 
aliments par la matière que nous y portons. Si nous n'ozons ecrazer et 
fouler ce serpent, à tout le moins ne le mettons pas dans le sein, car 
s'estant rechaufé et ayant recueilly tout son venin il nous poindra le cœur 
et nous blessera mortellement 5. 

Ce n'est pas nous qui disons qu'il faille procéder par section en ceste 
partie du corps qui est affectée. Il est à désirer qu'elle puisse estre medi- 
camentée par une curation plus douce ; mais il se faut bien garder, au 
lieu de remédier aus vieilles playes, de n'en faire point de nouvelles^. 
Nous le[s]tenons toutz pour membres de cest Estât et faisons veus et 
prières qu'ilz symbolisent et convienent quelque jour avec nous en mesme 
créance, foy et religion et qu'ilz participent à mesmes honneurs 7, dignités 
et prerogatifves. 

On ne s'efforce point cependant de forcer leur conscience*. On ne leur 
commande point autre religion que la leur 9, puis qu'elle »o leur est agréable, 

1. I" rcd. : jouyssent des libertés. 

2. Mot barré : et. 

3. I* réd. : par tolérance ou connivence jusques. 

4. Addition depuis Koxia corpora. 

5. La phrase entière est une addition. 

6. Addition depuis tuais il se faut. 

7. I* rcd. : et religion^ honneurs. 

8. !• réd. : de les priver de la liberté de leur conscience. 

9. Mots ajoutés : que la leur. 
10. i* réd. '.puisque ceste odeur. 



144 APPENDICE 

et n'ignorons pas ce dire commun de cinq ou sis pères » de nostre religion : 
Reîigio invita non imperaiur. 

Si les guerres n'ont de rien profité pour les remettre, la paix avec ung 
tel et si avantageux edit qu'on leur donne y sera encore plus inutile. Car 
qui est celuy si peu cognoissant du train de l'heresie qui ne s'apperçoive 
que trois années consecutifves de paix, avec l'effet et l'établissement de 
cest edit, en la débauche de ce siècle*, ruineront plus la religion catho- 
lique que quarante ans de trouble n'ont peu faire ^ ? 

Armer doncques ce qui est desja assés armé et augmenter la puissance 
à celuy qui n'est que trop puissant et bailler moyen de nuyreà celuy dont 
nous avons senty les injures et les violences si longtemps, et mettre la 
Religion à part, je ne sçay si cela peut estre fondé par une bien longue, 
rassise et meure délibération. Et pour le regard de l'ampliation faite en 
faveur des ecclesiast[iques], il est aisé à voir 4 que c'est ung hameçon et 
ung crochet qui couvre cesle viande, laquelle il faut rejetter pour ne* 
s'enferrer point, et qu'il est 5 plus expédient de refuser ung peu de bien 
apparent qu'en l'acceptant s'obliger de prendre ung plus grand mal et mal 
inévitable ^ et qui vient à la queue 7, joint que je n'estime point qu'il y ayt 
rien d'avantageus pour les catoliques. 

Et 8 qu'a démérité la Religion Catholique qu'on luy baille maintenant 
une compaigne qui luy soit non seulement égale, mais aussi supérieure en 
liberté, mérite, dignité, privilèges, faveurs et exemptions et autres marques 
d'honeur 9 ? Mais qu'ont mérité ces prétendus reformés ? sont-ce les 
notables et victoriens exploitz qu'ilz ont exécuté pour le recouvrement de 
ce Royaume ? Hz ont voulontiers pris'° Paris, Lion, Rouan, Orléans, 
Tolouse er autres villes capitales" ; ilz ont" secouru continuellement le 



1. I" réd. : de cinq anttens autbeurs, 

2. Membre de phrase ajouté. 

5. Mah'yn a ici introduit, après coup, une phrase, qui devait, sans doute, amorcer un 
développement : Xenopbon recoiiduysant Us dix mille soldats de la Grèce despuis la haute Asie 
jusques dans la Thrace^ passa en certaine prwince de l'Asie oii iV;; ne trouvèrent guière autre nour- 
riture que... et rayons de miel etc. — Xénophon dit(.'lMa^., IV, 8, 20) que ce miel, pris en 
grande ou en faible quantité, fut nuisible aux soldats. On voit l'application que Malvyn 
voulait faire de ce passage. 

4. 1" réd. : neivit on pas. 

5. Mot barré : bien, 

6. I' réd. : ung mal inévitable. 

7. I* réd. : suyte. 

8. Addition depuis Et pour le regard... 

9. !• réd. : privilèges. 

10. V réd. : 7/^ reçoivent. 

11. Mots barrés : de ce royaume. 

12. I' réd. : ont il^. 



APPENDICE 145 

Roy d'une bonne partie de leurs forces et de leurs moyens ; ilz ont * aydé 
à reconquérir Amiens, qui a esté le seul affermissement de ce royaume 
et l'asseurance de cest Estât. Si c'est par grâce et indulgence du prince, 
ne s'en randent-ilz pas indignes quand ilz y contrevienent toutz les jours ? 
Rochelle^/ crimine ah uriO... * 

Je ne veus point arracher les lambeausde la vieille histoire, en recoudre 
icyles pièces et en faire ung tissu. Jcdiray toutesfois cela sommairement, 
que jamais on n'a donné liberté à une nouvelle religion dans ung estât 
que ce n'aytesté ' l'anéantissement de celle qui estoit receuc. L'empereur 
Constantin, quand il permit la liberté de la religion chrestienne, abolit par 
conséquent et peu à peu la* payenne. Les empereurs Constance et Valens 5 
favorisèrent l'exercice de l'heresie arriane, dont l'Eglise catholique sous- 
tint ung grand choc et fut à ung doit près ^ de sa ruine. Au moyen de 
quoy ce bon père qui vivoit pour lors nous a affiché ce placart dans 
ses livres : Ingemuit universus orbis se fuisse Arrianum et miratus est 7. Gra- 
tian, qui fut ung bon prince, fit aussi ung edit de liberté ; mais il en sour- 
dit tant de rebellions et d'émotions que les empereurs suyvants furent 
contraintz de tourner la pointe de leurs editz imperiaus contre les hérésies, 
dont nous avons encore les pièces dans noz livres. Aussi disoit bien à 
propos* pape Léon, qui estoit de ce temps 9, en l'epistrc qu'il a adressée ad 
Pulcheriam Augustam : Res huntaiix aliter tutœ esse non possunt^ nisi qux, 
ad divinam confessiotum pertinent et regia et sacerdotalis defendat autoritas »o. 
Je n'ebaucheray pas ceste matière, qui a esté taillée et façonée par aucuns 
illustres etsçavans dcnostre siècle, et ne retrasseray point les pas qu'autres 
ont imprimé sur la poussière savante de la vénérable antiquité ".Je sçay 
bien qu'aucuns ignorans de l'histoire ou malicieus en ont devisé autre- 
ment. Il faut qu'ilz obéissent à leur génie. 

J'ay dit mainte fois et le dis encore que deus religions également domi- 
nantes et de pareille authorité ne se peuvent comporter longtemps en 
ung mesme Estât, qu'il ne s'est jamais fait ne se faira jamais et ne se peut 
faire. 



1. I* réd. : ont il^. 

2. Addition dapuis Mais qu'ont mérité.., 

3. 1* réd. : que ce ne soyt esté. 

4. Mot barré : religion. 

5. Mots barres : qui estœnt Arriens, 

6. !• réd. : sur le point. 

7. Saint Jérôme, Dialogus adiersus Luciferianos^ 19 (P. L., XXIII, 172 c). 

8. Mots barrés : c^ grand. 

9. Membre de phrase ajouté. 

10. Saint Léon, Epist. lx (P. L., LIV, 875 c). 

XI. I* réd. : sur la docte poussière deVantiquité. — Addition depuis ^uiJt disoit.., 

COURTEAULT. 10 



146 APPENDICE 

Deus semences ennemies eparses dans mesmc champ et en pareille 
quantité s'entretoufent Tune Tautre. II y a des plantes, lesquelles, cou- 
chées près des autres, ne se peuvent aviver et meurent bien tost après. 
Lupis et agnis quanta obtigit discordia ». La femme pudique ne peut dormir 
en mesme lit avec la concubine. L'Eglise catholique* ne peut contracter 
société avec Theresie, et qui unira le froid et le chaud, le pesant avec le 
léger, les ténèbres avec la clarté, Tenfer avec le paradis, Belial avec Jesus- 
Christ ? 

On craint des tumultes et des divisions, si Tedit n'est accordé aus pré- 
tendus reformés. Et j'en crains aussi s'il leur est accordé, non, à mon avis, 
de la part des catholiques, mais 3 de leur part, pour ce qu'ilz ne visent à 
autre blanc et ne butent à autre point que de fouler^ aus pieds la religion 
catolique. 

,,.Hxc innostros fabricata est machina miiros 5. 

Hz en pourront tirer les argument/ et les moyens, outre leur violence 
acoustumée, de cest edit, dont je toucherai bien légèrement aucuns res- 
sorts. Hœc pars muîidi improba semper ardet ^. 

Premièrement, le prologue de la diversité de l'adoration et culte de 
Dieu 7 à mesme intention, comme il dit que ce soit, est rappiecé d'un 
payen qui disputoit pour sa religion contre la chresticne. Geste pièce ne 
debvoit pas estre prise de ce lieu, qui ne peut estre aprouvée ny des 
catholiques, ny des prétendus. Nous disons que leur religion est une abo- 
mination ; ils en disent autant de la nostre. De quelle religion donc est le 
secrétaire qui a composé ce prologue^ ? Il debvoit plustot dire ce que Thi- 
baut, roy des Gots, dans Gassiodore, ecrivoit à Justinian : Cuin multas 
relîgiones Deus patiatur, non audemus gentibus unam imperare^. 

1. Horace, Epod.y IV, 1-2. Voici le texte exact : 

Lupis et Agnis quanta sortito obtigit, 
Tecum roihi discordia est... 

2. I* rcd. : Aussi V épouse de Notre Seigneur. 

3. I' réd. : non possible tant de la part des catlxtliques que. 

4. I' rcd. : que de suplanter. 

5. Virgile, £«., II, 46. 

6. 1* réd. : Les arguments et les moyens (Add. barrée : pour la destruire), outre leur violence 
acoustuinêcy iV;; le pourront tirer de l'edit dont Je parcourra y aucuns articles. 

7. Mot Barré : toutesfois. — Coinine il dit que ce soit est une addition. 

8. Addition depuis 9/// ne peut. 

9. Voici le texte exact : « Nam cum divinitas patiatur diversas relîgiones esse, nos 
unam non audemus imponere. » (Justiniano imperatori Theodahadus rex, dans Cassiodori 
Variarunty X, 26, éd. des Monumenta Gennani.Vy Berlin, Weidmann, 1894, in-40, t. XII, 
p. $14.) — « Thibaut, roi des Gots » est Theodahad, roi des Ostrogoths par la volonté 
d'Amalasonthe, fille de Théqdoric (cf. Ludo Moritz IIarimann, Gescbicbte Italiens im MitteU 
aller ^ \, 248-26>» 181, 229. Gotha, Perthes, 1897). 



APPENDICE 147 

Et puis, en faire ungedit irrévocable (D« meliora piis,.. »), n'est-ce pas 
nourrir plustot la dicention que la reunion ^ ? Possible 3 ceste fièvre s'allen- 
tira ^y ceste ardeur cessera, le Roi y pourvoirra 5 d'une autre sorte. Il faut 
non seulement espérer, mais aussi présager une meilleure condition de 
nos afaires : Optare justitia (?) agitare vero difficillimum, et néanmoins se 
préparer à soufrir ce qu'il plaira à Dieu nous envoyer ^. 

On y voit après les parlements abatus, et de tout point abatus 7, la jus- 
tice abatue ou réduite en praguerie et bandée en factions, nouvelles lois 
et formes de justice contre toutes formes de justice, l'impunité de toutz 
crimes proposée, sauf aucuns exécrables 8, nouveaus allechementz de con- 
jonctions illégitimes et jusques icy prohibées, écoles et universités de l'he- 
resie ou plustot écoles de magie, comme disoit Irenée et Epiphane, renou- 
vellements de bourgeons et provins de l'heresie par la substitution des 
pédagogues 9, nouvelles faveurs et nouveaus ornements pour les predicantz, 
assemblées nationales»^ permises et de telle sorte qu'elles ne peuvent estre 
que très dangereuses à l'Estat. 

Nostre France n'a que trop d'inclination au mal sans luy faire le dos 
de ceste pante plus glissant. Ce n'est pas toucher seulement une corde de 
ceste belle harmonie qu'on a jadis recogneu en icellc, comme en ung bon 
instrument de musique parfaitement bien accordant ; c'est les lascher et 
détendre ou bien plustot les couper toutes. C'est donner la volée à toutz 
les maus qui demeuroent encore aucunement enclos dans la boete de 
Pandore' ^ Ceste dame qui se présenta devant l'Hercule de Xenophon pour 
le tirer à son party n'estoit équipée que de roses et de fleurs, de plaisirs 
et de délices ; et néanmoins elle le cuyda ébranler et le retirer de la vertu, 
et si " c'estoit Hercule. Il y [a] icy trois ou quatre puissances bien plus 
fortes et de plus haut apareil, c'est à sçavoir l'ambition, l'avarice, la 
volupté, l'impunité, accompaignées de dcus sergeantz»^, la crainte et la ter- 
reur, qui peuvent secouer les meilleurs espritz s'ilz ne sont à l'épreuve 
fermes^ et solides. 

1. Addition. 

2. I* réd. : ne vaut- il pas micus que nous soyons quelque jour reunis que tousjours desunis ? 

3. Mot barré: y Mr. 

4. Mots barres : avec le temps, que, 

5. !• réd. : que les "Rois qui vicmiront après nous y pourvoirront. 

6. Addition depuis Et puis. 

7. Membre de phrase ajouté. 

8. Membre de phrase ajouté. 

9. \'embre de phrase ajouté. 

10. Nationales csl une .iddition. 

11. Addition depuis OM bien plustot. 

12. I" réd. : ébranler et si. 

13. Membre de phrase ajouté. 

14. i* réd. xfort:^. 



148 APPENDICE 

On peut batre sur d'autres particuliers inconvenientz qui se descouvrent 
dans cest Edit et Articles ; mais » je ne veus plus aller à Tentour de ces 
escueils *. Je m'arresteray icy 5 à ce qu'on nous peut imputer la voulonté 
du Prince auquel nous debvons obéir et qu'il faut croire n'estre poussé de 
légères et vulgaires causes à désirer de nous la publication de cest 
Edit. 

Nous ne pouvons que confesser toutz que la France a esté singuliére- 
mentheureuse qu'ung prince si valeureuse et si mémorable que le nostre s'est 
trouvé si à propos à saisir les rênes de son gouvernement et faire lever sur 
elle ce beau soleil et cest astre de paix et de tranquillité, qui redore toutes 
ses provinces 5, lorsqu'elle pensoit estre plongée dans l'obscur d'une éter- 
nelle nuit, et le pouvons nous justement honorer de l'éloge dont les 
Romains tiltrérent leur Camille et l'appeller le second fondateur de l'em- 
pire françois. 

Ses palmes et ses loriers verdoyeront tousjours d'une immortelle 
mémoire. Leur tige et leurs fueilles ne sentiront point la morsure du temps 
et la flestrisseure des années. Et ne faut pas douter, comme il nous a fait 
voir les actes de sa clémence, bonté et magnanimité, et surtout celuy de 
sa conversion, qu'on ne voye à la suyte ceus de sa pieté, zèle et dévotion, 
qui effaceront, s'il est possible, la gloire des premiers. 

L'extrême inâportunité des prétendus reformés, lorsqu'il estoit au plus 
fort de ses affaires, et que la fortune de la France se disputoit au siège 
d'Amiens, arracha de luy une promesse de cest edit ^. Il n'a pas moins de 
foy que de valeur; il a voulu tenir sa promesse. Nusquam major spes est 
quant in bonorum principum sponsione. Il se pourra souvenir aussi de la 
contre-promesse qu'il nous a fait, c'est à sçavoir de ses lettres patentes et 
déclarations que nous avons céans, et, leur tendant une main, il nous ten- 
dra l'autre, victorieuse et religieuse ensemble, et ne prendra point en 
mauvaise part si, obligés à nostre debvoir et à nostre conscience, au bien 
de son service et de son Estât, nous n'avons peu vérifier son edit en la 
façon qu'il est couché. Cui enim magis comttwdat quod instituta major um y 

1. Mot ajoute. 

2. Phrase barrée : je mis desja prés de mon rivage qui me semble semondre de vouloir aborder, 
}. I* rcd. : seulement. 

4. I* réd. : grand, 

5. Qui ... provinces est une addition. 

6. I* réd. : de luy cest edit, — Amiens avait été surpris par les Espagnols le ii mars 1597. 
Il fut repris par Henri IV, au prix d*un effort considérable, le 25 septembre. Les députés 
protestants assemblés à Châtellerault subordonnèrent le concours militaire du parti à Taccep. 
tation de leurs exigences, eu dépit des instances de Lesdiguières, et les troupes levées par 
Bouillon et la Trémoille pour aider le roi à reprendre Amiens restèrent en Auvergne et en 
Poitou (Élie Benoit, Histoire de l'Édit de Nantes, 1, 185-192 ; Poirson, Histoire de Henri IF, 



APPENDICE 149 

quod palriœ jura etfatadefettdimus, quam principis et temporum glorix, qux 
iutn est major cum siU contra tnorem parentutn intelligit nihil licere? Et par- 
tant je suis d'avis... 

II 

L'ordre le plus auguste de ce royaume, qui monstre sa grandeur dans 
ses ruynes, la beauté et vigueur de son adolescence dans sa caducité, et se 
plongeant dans son occident fait tressaillir de si belles et vifves lumières 
qu'elles peuvent effacer le lustre de ce qui est plus éclatant aus polices 
étranges... » On subrogera donquesau lieu d'Astrée ceste déesse d'Homère 
qu'il apele Até, et commettra-on toute l'authorité des parlementz à sis ou 
sept nouveaus venus, enfans de la terre, qui seront fourrés en ce lieu 
comme les plus venimeus excrementz des consistoires, créés » et destinés 
non pour faire la justice, mais pour se partialiser contre son autorité. 

Et cependant la vertu cogneue d'ung grand nombre de persones d'ho- 
neur qui résident dans les parlementz demeurra oysive, et ne serviront 
plus dans ung palais que d'images ^ et peintures. Si c'est le bien du royaume, 
il le faut vouloir, mais quelle dignité, quelle utilité de rejetter l'or 4 
pour prendre le plomb, le diamant pour le verre, le fruit pour les fueilles 
et, pour le dire en ung mot, laisser le plain, le solide et le massif pour 
prendre le vain 5, le creus et le vuyde ! On ne peut tirer ^ ung parabolle 
d'eus à nous; aussi ne peuvent-ilz avoir mesme centre que nous. Le nostre 
est celuy de la justice, le leur au contraire, et pourra l'on dire de la mai- 
son de Themis7, jadis possédée par un collège de rois, ce sembloit, non de 
sénateurs, seulement: 

O Jomus Anti, quam dispari domino dominaris ' / 
S'il faut périr, périssons plus noblement, et que ces pigmées ne nous 

1. La phrase est restée informe. 

2. !• réd. : voiiès, 

3. Mot barré : statues, 

4. I* réd. : et peintures^ et rejettera on Vor. 

$. V réd. : le plain, le massif et le solide pour levain. 

6. i* réd. : faire. 

7. !• réd. : de Justice. 

8. "CicÉRON, De off., I, 59. Voici le texte exact de ce vers d'un tragique inconnu : 

O domus antiqua, heu quam dispari 
Dominare domino ! 

(Scenic. Roman, poesis fragm., éd. Ribbeck, p. 26$.) 
L'éd. de Cicéron de Gruter, donnée par Schrevelius (1661), portait : 

O domas Anci, heu ! quam dispari dominare domino. 

Le passage depuis On ne peut tirer est une addition. 



150 APPENDICE 

arrachent point la massue des mains. Baillons * plustot nostre lampe, si 
faire se peut *, à ces beaus et rares espritz de France qui Tont tenue d'au- 
trefois, que la laisser etaindre dans les cloaques dePheresie, de l'ignorance 
et de l'injustice. Voyla donc la justice par cest edit de tout' point abatue 
ou pour le moins réduite en praguerie et bandée en factions. 

Je ne puis donques passer à vérifier cest Edit ; je ne le pourrois jamais 
faire. Je ne suis point d'advis aussi de faire remonstrances ; ce seroit mettre 
sa cause entre les mains d'ung lasche advocat, qui la trahiroit, ou se jetter 
dans ung cachot pendant que le mal présent désire nostre main, nostre 
voix et nostre industrie. Je ne suis point d'advis aussi de dire néant, pour 
ce que ce mot est trop creu et qu'il pourroit irriter le Roy, auquel nous 
debvons satisfaire de tout ce qui nous sera possible et luy obéir, tant 
pour ce qu'il est nostre Roy que pour ce qu'il le mérite de nous. 

Je ne puis aussi conclurre à modifier pour le présent, combien 4 que 
ceste opinion peut avoir ses garantz et des raisons si fermes qu'elles 
peuvent tesmoigner de leur autorité et qu'on peut dire, puisque le Roy 
s'est résolu de les faire passer, ce que nul de nous ignore, qu'il vaut mieus 
le pastir à sa voulonté et comme composer et transiger d'aucuns articles 
qui sont desavantageus, qu'en les renvoyant toutz d'ung mesme pied estre 
cause de les faire toutz passer maugré nous; qu'en aflfaires d'estat non 
seulement les rois et les princes, mais aussi les prelatz et les persones, 
pour religieuses qu'elles soyent, ayant l'œil du jugement 5, considèrent la 
saison, gauchissent ung peu à la tourmente, voire baillent quelquefois 
leur voile à ung vent contraire et s'écartent ^ de leur route pour parvenir 
au port qu'ils désirent ; qu'il faut lascher quelquefois d'ung bout pour 
retenir d*ung autre, et quand on est réduit entre 7 des extrémités fas- 
cheuses, c'est une singulière prudence de se délivrer de celles qui ont 
plus d'incommodité, et que nous pouvons, en cest edit, essarter et 
ebrancher ce qui peut sembler plus dur et plus difficile et aquiescer 
au surplus. 

Je ne rejetterois pas, possible, cest advis une autre fois, combien que le 
feu en est couvert et la cendre brûlante et dangereuse ^; mais il est impos- 
sible de le suyvre pour le présent. Car il n'y a point assés de séances en 
ce parlement, quand elles y seroent toutes employées, afin de parcourir 

1. I* réd. : plus nobîenunt que cela et baillons. 

2. Membre de phrase ajoute. 

3. I* réd. : de Vberesie. Voyla donc la justice de tout. 

4. I* réd. '.à modifier combien. 

5. Membre de phrase ajouté. 

6. Mots barrés ; ung peu. 

7. !• réd. : à, 

8. Membre de phrase ajouté. 



APPENDICE 151 

toutz les articles et délibérer particulièrement sur iceus, et ne peut-on dire, 
en renvoyant la Chambre \ qu'on renvoyé unggrand nombre d'articles qui 
en dépendent, car j'estime, quand la Chambre seroit bien rejettée ou 
aprouvée, qu'il * n'y a article qui ne mérite sa particulière considération. 

Voyla donc l'impossibilité pour ceste fois, et je suis d'opinion aussi 
qu'il seroit malaysé de convenir entre nous si tost des modifications ; et 
quand il se pourroit faire, je trouve qu'il y peut avoir de l'utilité d'esqui- 
ver pour la première fois. Ce n'est qu'une crouste, une surface et ung 
masque qu'ilz veulent poser au devant les yeus de la France 3. Il peut ave- 
nir que le Roy changera d*avis ; et quand il ne le faira pas, à la seconde 
jussion nous pourrons faire le chois et triage des articles qu'on doit modi- 
fier. Il y a aussi raison pour ne modifier à présent, pour ce qu'en modi- 
fiant ce seroit exécuter desja l'edif» en faveur des prétendus reformés, qui 
n'ont obéi 5 aus precedentz editz et se sont portés avec telle contumace 
qu'ilz n'ont pas voulu souffrir que leurs propres seigneurs justiciers dans 
leurs propres maisons fissent nul acte de religion catolicque, où que ce 
fut, en temps de paix, et si ilz ont receu en quelques endroitz la messe, 
on trouvera enfin que c'a esté dicis caussa et par moquerie, comme ^ 
ilz ont toujours fait jusques icy et à présent à la Rochele, nonobstant la 
présence des députés 7. 

On pourra dire que cest edit estant refusé par la Court, que possible 
le Roy n'en envoiera plus de jussion et qu'il le faira exécuter de sa pleine 
puissance et autorité, et partant que cela pourroit apporter ung notable * 
inconvénient au public et à ceste province ?. S'il avient ainsi, j'ayme 
mieus que le Roy le face de son authorité que s'il se faisoit par nostre 
intervention et consentement >o. S'il y a du bien, le Roy en aura toute la 
louange. Si au contraire ", nous en serons exemptz et deschargés et devant 
Dieu et devant les hommes »^. 



1. La Chambre de TËdit. 

2. I' réd. : rejftiêe, qu'il. 

5. Phrase ajoutée. 

4. I' réd. : et aussi (qut ce seroit) qu'eu fiiodifiant ce serait exécuter Vedit, 
ç. Mot barré : nullement. 

6. I* réd : dicis causa ^ comtne, 

7. Addition depuis et à présent. — Addition marginale barrée : III ont la part bien petite à 
Dieu et celle di Vberesie bien grande. 

8. 1* réd. : estre cause de beaucoup. 

9. Mot barré : Response. 

10. I* réd. : par Vinterventicm de mon consentement. 

11. I* réd. : S'il y a du mal. 

12. Addition marginale barrée : les rois prédécesseurs n*en ont pas ainsi usé. 



152 APPENDICE 

Et qu'on n'allègue plus en ceste cause, pour la favoriser, les » editz 
precedentz. Noz Rois avoent le costeau à la gorge et des grosses 
armées étrangères sur les bras, et l'ont exécuté comme l'on sçait * ; et 
pour le regard de cest edit ', je n'ay peu étendre si avant ma considéra- 
tion que j'en puisse apercevoir le motif, si ce n'est l'outrageuse impor- 
tunité de messieurs les prétendus. 

Reste à toucher ung point et voicy la fin. C'est qu'on nous pourra 
soupçonner d'avoir plustot mis en compte nostre passion et interest 
particulier, en ne le vérifiant point +, que le bien du royaume et la vou- 
lonté du Roy. 

Il est loysible au Roy de nous tenir tel langage que bon luy semblera 
et à nous de monstrer de nostre innocence, et ne fais doubte aussi que 
monsieur de Poncarré, lorsqu'il l'a écrit 5, n'y ayt esté contraint par la 
nécessité de sa charge. 

Nous debvons faire tout ainsi qu'ung bon filz, qui, n'ayant point mérité 
Ici injures de son père, les suporte neaumoins doucement et patiemment 
et luy continue tousjours la révérence ^qu'il luy doit ; mais je m'esbahis 
assés que cela mesme a esté depuis redit céans. 

Je ne voy ^ pas sur quoy on peut fonder nostre interest particulier. 
Pour ne vérifier point cest edit, noz revenus et commodités ne s'en 
enflent pas davantage, nos gages et pensions n'en grossissent point : 
nous n'en acquérons pas la bonne grâce du Roy, que je mettrois en teste 
et à la première ligne de noz interestz particuliers. Il n'y a rien plus 1 
agréable au subjet qu'en ^ bien faisant mériter la faveur de son prince. 

Principihus placuisse viris non uUima laus est '. 

Ceste bénigne influence»® le pousse davantage, l'excite à faire son debvoir 
et luy baille nouvelles forces pour s'en acquiter. Il n'y eut onques" loyers, 
guerdons et couronnes aus Olympies qui ayent esté si glorieuses qu'est 
la bienveuillance du maistre", quant elle est acquise et, s'il le faut dire, 

1. !• réd. : en ceste cause les. 

2. Membre de phrase ajouté. 

3. t* réd. : de cestuicy. 

4. Membre de phrase ajouté. 

5. Membre de phrase ajouté. 

6. I' réd. : sçay, 

7. !• réd. : car que y a il rien plus. 

8. I' réd. : agréable qu'en, 

9. Horace, Epist.^ I, xvn, 35. — Passage barré : Il n'y a rien de si dous ny qui puisse tant 
contenter ung fidèle officier que sçavoir que ses labeurs, son intégrité et son industrie sont estimés et 
recommandés du prince, 

10. Addition barrée : du Prince, 

11. I* réd. : jamais. 

12. I* réd, '.prince. 



APPENDICE 153 

comraé inféodée à la vertu et mérite de ses bons et louables officiers ». 
Hoc est qtiod tinum est pro îaboribus tantis. 

Mais je voy le point : c'est que, possible, il n'y aura pas tant de procès 
céans, si ^ l'edit est une fois vérifié et par conséquent la Chambre. Voyla 
ung digne pris pour faire quitter le siège à la vertu et déplacer ung 
homme d'honeur de son reng et de son debvoir. Non que je ne face 
estât des honestes emolumentz de ma charge, mais je n'en tourneroîs pas 
la main si je ne le dois faire ', tant s'en faut que j'en deusse faire banque- 
route à ma conscience. 

Que ceste Chambre soit composée de catholiques de ce Parlement ou 
d'ung autre, comme il a esté fait d'autrefois 4, on ne nous trouvera point 
refractaires à la recevoir, joint que presque toutz les procès des prétendus 
sont desja évoqués, et partant nostre intcrest, si nous en avions aucun, 
ne peut plus entrer en ligne de conte 5, si ce n'est qu'on doibve apeler 
passion et interest particulier le soing que nous avons de nous maintenir 
es bonnes et sincères opinions et procurer le bien et descharge de nostre 
conscience. De ceste sorte, il n'est pas raisonable de mescognoistre le 
tiltre de l'honeur ou du blasme qu'on nous donne ^. 

Je dis bien plus que sans la cause de Dieu et de nostre religion, dont 
il s'agit principalement en l'installation de ceste Chambre, qu'elle 7 seroit 
nécessaire tant pour avoir la justice près de nous, puis que ce Parlement 
ne la peut faire plus au gré de ce temps, et ^ que c'est une grande vexation 
de l'aller quérir si loing. On y peut adjousier 9 : ceste province est 
eflanquée et épuisée de toutz moyens et commodités qui se dérivent 
ailleurs par les »o évocations et pourroent estre retenus icy ". 

Et si on me peut aprendre que le public n'y a nul interest, qu'il ne 
s'agit point de la religion catholique ny de l'accroissement de la prétendue 
par l'érection d'une Chambre my partie, je suis prest de fouler aus pieds 
cest interest particulier qui est vainement imaginé. 

Les nautoniers disent que lors qu'ilz sont en pleine mer, ils sentent 
quelque fois des ventz qui vienent du costé de la terre et les autres qui 
souflent de la part du ciel. Il en y a qui ont posé leurs girouetes pour 

1. 2* réd. barrée : subgeti et serviteurs. 

2. 1* réd. : procès si. 

3. !• réd. : le doit maugrè moy. 

4. Mot barré : et. 

5. !• réd. : ne peut entrer plus en ceste considération. 

6. Addition depais si ce tCest. 

7. 1* réd. : V installation que ceste Chambre seroit. 

8. !• réd. : Jaire plus et. 

9. Mots barrés : que aussi. 

10. !• réd. ; à cause des, — 2* réd. : au moyen des. 

11. I* réd. : eti ceste province par ce moyen. 



154 APPENDICE 

tournoyer incessamment selon les ventz de la terre et qui demeurent immo- 
biles aus gratieuz zephircs qui bâtent Tatle de la part du ciel. Nous ne 
dédaignons point les ventz de la terre, s'ilz sont salubres et agréables » ; 
mais qu'ilz ne nous condamnent point, si nous contemplons quelquefois 
nostre pôle et desirons jouyr des douces respirations qui vienent de la 
haut*. C'est le rivage auquel nous prétendons toutz de surgir après que 
la navigation de ceste vie sera achevée. Et partant... 



B. Poésies françaises et latines. 



VI. — paraphrase d'une élégie de solon. 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Dclpit, f'*' 302 v«-30$ r*, copie. 

De la vengence divine sur Vinjusiice des hommes et de Vincertilude 
et vanité de Iturs desseins y du grec de Soîon, 

Race de Jupiter, filles de la Mémoire, 
Inspirés moi l'esprit de vostre sainte gloire, 
Et faites que les veus que j'appens humblement 
A vostre temple soit receus benignement. 
5 Faites que des grans Dieus les faveurs bienheureuses 
Versent tousjours sur moi leurs grâces planteureuses. 
Et qu'un peuple divers aille retentissant 
D'une accordante vois mon renom fleurissant ; 
Qu'à mes amis tousjours je demeure agréable, 

10 Mais à mes ennemis tousjours espouventable ; 

Qu'à ceus la me voiant je semble plain d'honneur. 
Et ceus cy me voyant se glacent de frayeur. 

Je désire, à vrai dire, une riche abondance. 
Mais non injustement, car la fiere vengence 

1 5 Suit, talonne de prés l'injuste possesseur. 
Désire tu avoir trésor qui soit bien seur ? 
Il faut qu'il soit du Ciel et que la grand largesse 
Des Dieus te mette en main leur durable richesse. 
Richesse impérissable et loin des accidens 

1. !• réd. : ijuand i7^ sont bons et agréables. 

2. Mots barrés : C'est le lieu où. 



APPENDICE 155 

20 Ausquelz celle d'icy e? t subjette en tout temps. 

Les richesses qu'on voit estre mal amassées 
Suivent leur possesseur presque comme forcées ; 
Car soudain d'un desastre on voit estre meslés 

Les biens que l'avarice avoit amoncelés. 
25 A grand peine on cognoist le mal au premier poindre : 

Un malheur l'autre apelle, et cestui cy vient joindre 

A un nouveau malheur : ainsi voit on le feu 

Qu'on avoit mesprisé croistre de peu à peu. 

Puis fort et courageus, au milieu de l'orage, 
30 Des sapins orgueilleus le verd honeur sacage. 

L'injustice ne peut s'establir pour. . . » 

Jupiter l'aperçeoit de ses yeux clervoyans. 

Tout ainsi que des vens l'alaine printaniére 

Chasse l'amas pendu de l'aqueuse matière, 
3 5 Les nuages pleureus, tristes enfans de l'air, 

On sent* bouillir au fons les grans flotz de la mer; 

Les tuyeaus ondoians des plaines fromentières 

Panchent encontre bas leurs cimes nourricières ; 

Des chesnes aus viens bras les ombrages tremblantz 
40 Retentissent d'horreur soubz la gorge des vens, 

Qui s'en revont après en la plaine estoilée 

(Le grand trostie des Dieus) d'une roide volée. 

Adonc le temps s'acoise et le ciel graticus 

Va la terre dorant d'un soleil radieus ; 
45 On n'aperçoit en l'air un seul filet de nue : 

Telle est de Jupiter la vengence cognue, 

De ce grand Jupiter, qui n'est pas, comme nous, 

A chasqûe bout de champ, enflambé de courons. 

On descouvre à la fin les profondes cachetés, 
50 Les œuvres qu'on pensoit tenir les plus secrètes. 

Toujour[s] la noire nuit, tendant son voile obscur, 

De l'homme vitieus n'emprisonne le cœur. 

Le jour y entre enfin, et souvant le supplice 

Chastie du meschant incontinant le vice. 
5 5 Parfois le bras de Dieu est sur lui retardé ; 

Il pensera son ire avoir ja évadé. 

Mais non a, car enfin la juste destinée 



1. Lacune dans la copie. Il faut suppléer peut-être : long tems. 

2. Sic. Il faut peut-être corriger : ou faict. 



156 APPENDICE 

Tempestera sur lui ou bien sur sa lignée, 
Sur sa race innocente, à qui le dur effort 

60 Des astres courroussés faira sentir le tort 
De ses prédécesseurs, qui plains de violance 
N'avoent point redouté des grans Dieus la puissance. 
Mais nous, chetifz mortelz, alons ainsi pensant 
Et de ces vains discours nous alons repaissant. 

65 II n'i a point du bon au meschant differance : 

Nous gravons dans nos cœurs ceste fause sentence, 
Jusqu'à ce que cellui qui faict rougir son sein 
Du tonerre soufFreus face tomber sa main 
Sur nostre impieté ; adonc chascun lamante, 

70 Sentant de ses erreurs la rigueur punissante. 

Veus tu voir les mortelz inconstamment portés, 
Au gré de leurs désirs flot sur flot agités ? 
Le malade geiné d'nne cruelle peine 
Se flate de l'espoir d'une santé prochaine. 

75 Cellui qui en naissant n'a eu le ciel courtois, 
Plus laid et plus couard qu'un Tersite grégeois. 
Pense esgaler Achille au foudroyant courage 
Et du tendre Nirée avoir le beau visage. 
L'autre, nud, indigent, chargé de pouvreté, 

80 Pense avoir de l'argent et des biens à planté. 
L'un cour[t] çà, l'autre là»; cestui fend l'eau salée 
Pour butiner l'aurore et la nacre em perlée ; 
Il ne craint d'Orion les orages armés. 
Ni sous le bleu des eaus les escueilz renfermés, 

85 Plus soigneus du profit que de sa propre vie. 
L'autre, solicité d'une brûlante envie 
De renverser la terre à grans contres trenchans. 
Au labeur indonté, va cultivant ses champs. 
L'autre aprend les mestiers dont Minerve la sage 

90 Et l'artisant boiteus nous ont laissé l'usage. 
Cestui cy, plus gaillard, anime sous ses vers 
Des nœuf pucelles sœurs tous les accors divers. 
Cestuy cy de presans d'Apollon fantastique 
Annonce l'avenir d'un esprit prophétique, 

95 Mais en vain : ni le vol des prophètes oyseaus. 
Ni le soudain trembler des cœurs des animaus 
Peuvent casser Tarrest des dures destinées. 
Un autre, studieus, pallit maintes années, 



APPENDICE 157 

Escolier de Paeon, pour rendre la santé 
100 Au corps qui languissoit par le mal surmonté ; 

Mais en vain, car l'issue est tousjours incertaine. 

Un bien peu de douleur grand maladie ameine, 

Se rendant à la fin intraitable à la main 

Du médecin qu. tend guérir le corps humain. 
105 Quelqun sera batu de peines doleureuses, 

Vexé dedans les os de cent pestes fiévreuses : 

Au simple atouchement qu'en faict le médecin, 

Le mal s'évanouit et prend heureuse fin. 
Dieu rend par ses presans sa majesté cognue : 

Or le bien, or le mal à l'homme il distribue, 
iio On ne peut entreprandre afaire sans danger : 

Qui sçait à quel party il vaut mieus se ranger ? 

Pour certain tout négoce est douteus à l'entrée ; 

Tel pense y voir bien clair dont l'attente est frustrée ; 

Il sort d'un bon conseil des efFetz dangereus 
115 Et d'un mauvais advis des effetz bien hureus. 

C'est comme il plait à Dieu guider nostre prudence, 

Abbatre ou redresser nostre folle asseurance. 

J'adjousteray cecy que la faim d'amasser, 

Posséder, acquérir, biens sur biens entasser, 
120 Gourmande, n'est jamais en nul temps assouvie. 

Celui qui est plus riche aus biens a plus d'envie. 

Et qui pourroit soûler ce monde convoiteus ? 

Dieu nous a bien pourveu d'un sens ingenieus. 

D'une vive raison, mais qui porte dommage 
125 Souvant à son auteur, ores qu'il soit bien sage. 

Chascun l'espreuve ainsi, quand de son bras puissant 

Dieu darde contre nous son courons punissant ». 



I. M;ilvyn a encore paraphrasé une pièce de Naumachius, les Sages advertissemetu d'une 
dume tnariée (ms. Delpit, f^ 299 v**-302 r*). La copie est trop mutilée pour qu'on puisse 
la reproduire. Cette pièce a été aussi traduite en français par Vauquelin de la Frejnaye, dans 
le recueil de ses Diverses poésies , Cacn, 1612, in-S", t. IV, pp. Î15-516 (cf. éd. Travers, I, 
373-377), par Jean-Antoine de Baïf dans ses Etrennes de poésies françoises en vers mesurés^ 
Paris, 1574, in-4'', t. IV, p. 315 (Cf. éd. Ma rty-La veaux, t. V, p. 362) et par Pierre Tamisier 
dans son Anthologie ou recueil des plus beaux epigrammes grecs pris et cljoisis de V AntMogie grecque^ 
mis en vers françois sur la version latine de plusieurs doctes persontuiges. A Lyon, par Jean 
Pillehotte, 1589, in-S", pp. 265-270). 



158 APPENDICE 



VII. — PARAPHRASE d'uNE PIECE d'aUSONE * 
Archives municipales de Bordeaux, ms. Dclpit, f"* 305 ^-307 v", copie. 

Sur V estât incertain et misérable de la vie humaine ^ 
traduit du latin d^Ausone, 

Il est trùs mal aisé de sçavoir quelle vie 
Est plus franche d'ennuy, et plus loing de l'envie. 
Si le palais on voit tousjours tumultueus, 
Si le soin mesnager est tousjours espineus, 
5 Et si cellui qui erre en un lointain voyage 
A tousjours l'œil tourné au paternel rivage ; 
Si l'avare marchant attend mille dangers, 
Aguetté des hasardz et des flotz estrangers ; 
S'il aime mieus troquer avec[ques] le naufrage 

10 Que sous la pauvreté courir tout son eage ; 
Si le fier aiguillon de la nécessité 
Nous faict aymer la peine, hayr l'oysiveté. 
Des Tritons asurés la blanchissante plaine 
Pallit d'autant de mortz que d'ondes elle ameine. 

15 Le laboreur se plombe au travail journalier ; 
L'autre vit misérable et ne veut s'allier, 
Chetif et langoureus des flambeaus d'hymenée. 
Mais en plus grand malheur passe mainte journée 
Celui qui c'est voulu de femme accorapagnier : 

20 Un autre y aura part, et ne peut détourner 
Ce fatal encombrier par aucune prudence ; 
La guarder de mal faire il n'est en sa puissance. 
Et si Mars trop cruel se baigne dans le sang, 
Sy l'acquis par usure est un gain périssant, 

25 Si le pouvre soudain est mangé de l'usure, 

Confessons que tout tems, toute saison, toute heure 
Nous lyme, ronge, point de mille ennuis cuisans. 



I. AusovE, IdylL, XV (éd. vulg.) [XXIX, cd. Schcnkl. — Eclog., II, éd. Peiper]. — U 
pièce d'Ausone est elle-même traduite d'une pièce grecque, attribuée à Posidippe ou à 
Cratès le Cynique {Anthologie palatine^ IX, 359). L'original grec a été traduit aussi en 
latin par Erasme, de qui Pierre Tamisier l'a traduit en français (o/>. cit. y pp. 107-108). 



APPENDICE 159 

Qui suivent nostre vie et saccagent nos ans. 
On ne voit nul contant en ceste vie humaine : 
30 Quel rolle qu'on y joue, est d*araertume plaine. 

L'enfant sous la nourrice est hors de sentiment ; 

Mais l'autre, ja plus grand, sent tousjours le torment 

D'un maistre rigoureus, et la foie jeunesse, 

Aveugle, va suivant le plaisir qui la blesse. 
3 5 Mais celluy dont les ans sont ja fermes et fors 

Sent du cruel destin raille poignans effors : 

Ores palle, transi, sur les ondes il erre; 

Ores il sent le sac de l'impiteuse guerre ; 

La colère, l'envie et la griefve rancœur 
40 De l'hayneuse vengence enpoisonnent son cœur. 

Embusches, trahisons, voluptés, jalousies. 

L'avarice, l'honneur, implacables furies. 

Mal sur mal, fiot sur flot, tournent dessus dessous. 

Par mille ennuis divers sa vie a tous les coups, 
45 Et des derniers malheurs la recharge est plus dure. 

Mesme de l'âge gris l'yvernale froidure, 

Qu'avec longue oraison et qu'avec tant de veus, 

Les mains, les yeux au ciel, on a requise aus Dieus, 

Deschire nostre cors de pestes infinies, 
50 De douleurs, de travaux, de grièves maladies. 

L'état qui est presant on met à nonchaloir ; 

Mesme d'estre faitz Dieus tous n'onl eu le vouloir : 

Juturne, qui estoit immortelle déesse. 

Toutefois s'en lamente et va disant san[s] cesse : 
5 5 Helas ! de quoi me sert ceste immortalité ? 

Pourquoi m'a on osté l'heureuse liberté 

De pouvoir par la mort à mon dueil satisfaire ? 

Du mont Caucasean le grand roc solitaire 

Resonne un triste écho sous le piteus accent 
60 Du plaintif Promethé blâmant le tout-puissant. 

Le tout puissant Jupin de lui avoir donnée 

De ne pouvoir mourir la grâce infortunée. 
Reguardc moi plus loin, voy le bien de l'esprit : 

Pour vouloir estre chaste, Hyppolite périt. 
65 Que si quelqun se plonge au deshoneste blasme 

Dont le glissant amour nos volontés entame, 

Qu'il avise la fin des rois incestueus, 

Teré, Sardanapal, monstres voluptueus. 



l60 APPENDICE 

Carthage, contre toi trois fois la guerre esprise 
70 Nous admoneste assés guarder la foi promise. 

Sagonte, dans tes meurs les grans feus allumés 

Et tes enfans par fer, par flamme exterminés, 

Montre aussi que sa foi garder est dommageable. 

Veus tu vivre civil, courtois et compagniable, 
7 S Faire des amitiés ? pour ce crime jadis 

Les Pytagoriens à mort furent tous mis, 

Tués, assasinés, et des tyrans la rage 

Pour en sauver un seul n'alentit son courage. 

Mais veus tu vivre seul, desdaigneus, inhumain, 
80 Sans cœur, sans amitié, haineus du genre humain ? 

Voy la cruelle mort dont le peuple d'Athènes 

Sacrifia Timon aus infernales peines. 
Nous avons une mer de contraires désirs. 

Menés diversement du vent de nos plaisirs. 
85 II ne suffit à Thomme avoir en sa puissance 

Sa libre volonté ; il faut » que l'inconstance 

La tiene sous la main. Il desdaigne à presant 

Ce qu'avec tant de veus il aloit embrassant. 

Or il se ronge après la gloire ambitieuse, 
90 Puis soudain se repent ; son ame convoiteuse 

Du point de commander va ployant sous autruy, 

Pourveu qu'un peuple espais fléchisse devant lui. 

Puis ces nouveaus honneurs l'exposent à l'envie : 

Ccus qui dorent leur langue en l'art de plaiderie 
95 Ne sentent de la nuit le douceureus i-epos. 

Et on voit l'ignorant vivre, mourir sans los. 

Au milieu d'un barreau verse ton éloquence ; 

Preuve de ton client aus juges l'innocence ; 

De tes doctes labeurs tu reportes souvent 
100 Pour toute recompense un cœur mescognoissant. 

Veus tu estre client ? l'audace impérieuse 

Et la grave fason d'un patron est fascheuse. 
Cestui veut estre père, et son afl^ection 

Est toute assise là de voir en sa maison 
105 Un tige verdoyant d'une belle jeunesse. 

Qui puisse estançonner sa tremblante vieillesse. 

Mais hélas ! il ne sçait de quantz après tourmens, 

1. La copie porte : il fait. 



APPENDICE 1 6 1 

De peines, de douleurs, sont cause les enfans. 
Au contraire, cellui qui n'a point de lignée 
1 10 Voit sans honneur flestrir sa vie infortunée. 

Solitaire, ennuyeuse et qui sert de butin 

A l'étranger flateur qui le dévore enfin, 

Engloutit sa substance et son riche héritage. 

Sois parsimonieus et fai bien ton mesnage : 
1 1 5 On dira que tu es chiche, avaritieus. 

Sois aussi libéral, du censeur curieus : 

Le reproche piquant te poindra < de folie. 

Un contraire malheur s'oppose à nostre vie. 

Et la suit tout partout, et ne peut le prudent, 
I20 Quoi qui face, esviter un contraire accident. 

Tenons donques tousjours certaine et véritable 

Des Grecz bien advisés la sentence notable : 
Qu'à l'homme il vaudroit mieus de n'estre jamais né, 

Ou que soudain la mort eust sa vie borné. 

VIII. — ÈPITAPHES d'aRNAUD DE FERRON. 

[Imprimées dans le Tombeau d'Arnaud de Perron en tête des Coustuitus générales 

de la ville de Bourdeaus^ senescbaucèe de Guyenne et paîs de Bourdeloys^ 

Lyon, Antonius Gryphius, 1565, in-folio]. 

Sanguineus rupto passim dum carcere Mavors 

Increpat, atque omnes irarum effundit habenas, 

Urgeturque suis respublica Gallica fatis, 

Funeribusque novis cumulantur funera, nostrae 
5 Et manant gentis fraterno sanguine dextrae. 

Tôt labefacta malis haud Gallia frangitur : altum 

Colligit at prsesens animum, si vita superstes 

Ferrono datur incolumi, si vescitur aura 

if^theria, diasque videt si luminis oras. 
10 In vida cuni tantos nondum miserata labores 

Ferronum nobis mors eripit : ilicet omnis 

Hoc perculsa malo, furiisque evicta dolorum, 

Solvitur in luctum, et tristes dat Gallia cantus, 

Multa deos aurasque gemens testatur inanes, 
15 Et queritur, rumpitque has imo pectore voces : 

r . La copie porte : peindra-. 

Courte AULT. 1 1 



l62 APPENDICE 

« En quia tu poteras asstus Icnire furentis 

Insanos populi, et veteres sarcire ruinas, 

Atra caput, Ferrone, tuum nox occulit umbra ». 

Ejusdem, 

Gallia dat corpus, mentem polus xnheris alti. 
Et terras ingenii sunt monimenta mei. 

Ossa premit natale solum, mens sidéra velox 
Scandit, scripta mea totus at orbis habet. 

Aliud. 

Urgeret digitis dum fila sonantia, blanduni 

Ferronusque lyra? sollicitaret ebur, 
Abductis potuit spumantia sistcre lymphis 

Flumina, crudeles et retinere feras. 
5 Arguto rigidas mulceret carminé quercus, 

Flecteret indomitos ad juga panda boves. 
Conderet ille cava Thebas testudine, rétro 

Verteret alipedes Solis euntis equos. 
Tanarias fauces superasset, et ostia Ditis : 

Obstructa sed Mors perculit aure virum. 

IX. — SUR LE RETOUR EN FRANCE DE HENRI III. 

(Septembre 1574.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, (" 89 r®-v°, copie. 

De Hetiriqui, chrisiùwissimi atque invictissimi Fraucorum 
Régis y fœlicissimo aiqiie oplaiissimo redit u. 

Gaude, Lugdunum, gaudc, urbs antiqua potensque, 

Régis et adventu prima beata tui. 
In te instar glebîe regnuni sibi vendicat, in te 
Asserit imperii pectora fida sui. 
5 Cietera, ubi exierit tua mœnia, proteret arniis 
Aut coget rigide subdere colla jugo. 
Res gerct ipsc suas, sua pcr se prœlia vincet. 

Et sua conficiet bella sua ipsc manu. 
Ipse ferox medios victricia victor in hostcs, 



APPENDICH 163 

!0 Si qua feret victis, jura sua ipse dabit. 
Nec jam non Reges tractàbunt regia regni, 

Sed Rex ipse sui rector et actor erit. 
Ipse auctor rébus tractandis, ipse pctendis 

Prudens quîBsitor consiliis aderit. 
15 Ipse aliéna suis inter librata probabit * 

Ponderibus, dignis esse voletque locum. 
Nec sua tam cupide vel tam impatienter amabit, 

Anteferenda illis ut meliora neget ; 
Ipse reget virtute suos et aniorc docebit, 
20 Non vi aut suppliciis, publica jura sequi. 
Denique * compositis dabit idem rébus ubique 

Perpétua, puiso Marte, quicte frui. 
Ergo, Lugdunum, gaude, urbs antiqua potensque, 

Régis et adventu prima beata tui '. 



X. — A GUY DU FAUR DE PIBRAC. 

(1579?) 

Archives municipales de lk)rdeaux, ms. Dclpit, f°* 89 v "-90 r", copie. 

Vidiis Faber •♦. 
Rébus adfui 5. 

Planum res faciunt multae, vir maxime, quantum 

Debeat officiis Francia tota tuis. 
Nec pro laude togae quicquam superesse videtur, 

Plus satis impletum quod tibi non fuerit. 
5 Ingenio es magno, doctrina consilioque 



1. La copie porte : probtibat. 

2. La copie porte : Panique. 

5. Cf. une pièce de Dorât, De Henrici IIl, re^is Giilhrum optatoadvcntu (Jo. Aurati Epi- 
grammata, Paris, 1586, in-8", p. 57). Henri avait été salué par Dorai à son départ pour la 
Pologne (Jo. Atirati Pwtnatia, Paris, is86, in-8'\ pp. 78-85). — Voir aussi, du même, une 
pièce sur l'entrée du roi à Paris {ibiii.^ p. 297). 

4. C'est ainsi que Henri de Mcsmes, dins ses Mémoires^ Hiienne Pasquier dans ses Epi- 
grammafa, désignent Pibrac. 

5. Anagranimede ndns Faher. — Sur la mode des anagrammes, voirie recueil de Dorât, 
Epigramimiitit pp. 124-142. 



164 APPENDICE 

Pr^stas ', aeloquio nec Cicérone minor*. 
Additur omnibus his 3 in agendo tanta venustas, 

Ut quemcumque libet, quo libet, aure trahas. 
Haec plus accipiunt rara ex probilate nitoris, 
10 Singula quam populus per tua facta notât. 
Ut brève sit, te laus fecit tnm certa beatum, 

Tantaque tam celebri gloria ubique loco, 
Admirandum ut opus naturae ac numinis esse 

Et videare tuis, et videare aliis. 
1 5 Gallica testis in hoc et in hoc Germanica plus est 4, 

Sceptraque sub gelido nostrasecuta polo î. 
Itala testis item, plus tota coacta fateri 

Majora in te uno longe aliéna suis. 
Denique testis is est Hcnricus, jussus es a quo 
20 Regnum ineunte novum rébus adesse suis ^. 

1. La copie porte prxslanl. 

2. Cf. l'éloge de Pibrac par Dorât {Poematiay p. 127) : 

Cui juveni teneris Cicero consumptus in annis, 
Ut vir apud Gallos pro Cicérone fores. 

Pibrac était juge-mage à Toulouse lorsque la cour y passa en 1565. Le chancelier de 
L*Hospital fut si frappé de son éloquence qu'il obtint de la reine qu'il fût nommé avocat 
général au Parlement de Paris. (Voir Taisant, Les vùrs dts plus célèbres jurisconsultes, 1737, 
in-4'',p.43i ; cf. aussi réloge qu'ANTOiNELoiSEL fait de l'éloquence de Pibrac dans son Dialogue 
des aivcats du Parlement de Paris, p. 515, et celui de Ronsard à la 6n du Tombeau de Margue- 
rite de France^ de François I" et de ses enfans^ éd. Blanchemain, VII, 191). 

3. La copie porte iis. 

4. Allusion au rôle de Pibrac au concile de Trente, où il représenta la France avec Lanssac 
et Arnaud du Ferrier. 

5. DoRAT dit plus clairement {Poematia^ p. 126) : 

Tu regem extremos secutus ad usque Polonos... 

Allusion au rôle de Pibrac en Pologne, où il accompagna le duc d'Anjou en qualité de chan- 
celier et composa la harangue de bienvenue que le nouveau roi adressa à ses sujets. Voir mar- 
quis de NoAiLLES, Hetiri de Valois et la Pologne en is?^^ t. II, et le récit des aventures extraor- 
dinaires de Pibrac en Pologne dans Colletet, Vi^de Guy du Faur de Pibrac, éd. Tamizey de 
Larroque. pp. 21-29. Cf. Ronsard, loc. cit. : 

Encores que ta voix ait faict plier sous soy 

Les Sarmates félons, haranguant pour ton Roy... 

6. Au retour de Henri Itl en France, Pibrac devint un de ses conseillers les plus écoutés. 
Avec Biron, le président Dsffis et La Motbe-Fênelon, il fut un des négociateurs de la paix 
de Bergerac, en septembre 1577 (voir une lettre de Damville du roi de Navarre, Agen, 
17 avril 1577, dans D. Vaissete, Histoire de Languedoc, Preuves, V, 255). En février 1599, il 
participa non moins efficacement aux travaux de la conférence de Nérac ; son nom Bgure au 
bas des articles adoptés avec celui de La Mothe-Fénclon (Ëlie Benoit, Hist. de l'Èdit de 
Nantes f I, appendice, p. 52). — Voir, sur Pibrac, outre la vie de Colletet, la bibliographie 
placée par J. de Lahondès i la fin de sa notice biographique accomp.ignant un portrait 
de Guy du Faur dans Album des monuments et de l'art ancien du Midi de la France. Tou- 
louse, Privât, 1893, in-4*, i^liv., p. 46, et Éd. Fremy, V Académie des derniers Valois, 1887, 
p. 92 et suiv. 



APPENDICE 165 

Id quod et ante tuo de nominc nomen habebat 

Pro jam transactis posteriora notans, 
Impleto quod honore sonat nunc plenius, et rem 

Pro spe, qua^ fuerat nuda, potenter habet. 

Aliud in eaudem senteniiam. 

Si tua dissolvi, simul et patiare reponi 

Nomina, nonque suis scribi elementa locis, 
Adfuit is rébus Faber est qui Vidus aperte, 
Conveniente in idem nomine reque decus. 
5 Quod dederantque tibi fatum, tua nomina eodem 
iEquam nominibus rem modo adeptus habes. 



XI. — ÈPITAPHE DE CHRISTOPHE DE THOU, PREMIER 
PRÉSIDENT AU PARLEMENT DE PARIS \ 

(1583.) 

Bibliothèque Nationale, fonds Dupuy, 837, {" 140 r^-v", orig. autographe. 

Iti funere cL v. Christ, Thuani 
supremi senatus principis. 



Defuerant nostris haec olim vulnera damnis, 
Nec fuerat penitus spes intercisa salutis ; 
At postquam cœlo est ascriptus Gallicus Atlas, 
Ille fori vindex radiansque in principe clavo, 
5 Purpureïe columen trabeîe, pars maxima regni, 
Quis res inclinatas et nutantia septra 
iEquis ponderibus [mea Gallia] fulciet ? aut quis 
Asseret in priscos labentia secula mores ? 
Non capit iste dolor lachrymas ; natura negavit 
10 iErumnis sensum tam mollem ingentibus ; atqui 
Sunt faciles lachrymae plebeio in funere ; verum 
In tanto casu et jam poliucente ruina, 

I. En dépit de la promesse que Jacques- Auguste de Thou avait faite à Claude du Puy, 
dans sa lettre citée p. 90, n. i, cette pièce n'a pas é%é imprimée dans le Tombeau de Christophe 
de Thou. (Cf. Ampliss. Cbristophori Tbuani TumuJu:, Lutctiac, apud Mamertum Palissonium, 
typographium regium, in officina Rob. Stcphani, 1585.) — Dans la Vie de J.-A de Thou, 
placée à la fin de Tcd. latine de YHisi. univ. de Londres, 1753, in-f**, t. VII, p. 61, Malvyn n'est 
pas cité, non plus, parmi les amis qui lui envoyèrent leurs condoléances. 



l66 APPENDICE 

Exuperat vis iegra mali solatia luctus, 

Et miseri excludit prorsus fomenta doloris. 
1 5 Luminibus vidit Niobe sua funera siccis, 

Nec Priami conjux post diruta Pergama flevit. 

Ostupefacta malis nullas tractabilis audit 

Mens voces tactumque rigens durescit in omnem. 

Infœlix «tas, pesti devota propinquse, 
20 Vix seris olim noscenda nepotibus ! Ecce 

Cladibus obruimur, quas altéra et altéra clades 

Aggerat, et sua fertilibus dispendia damnis 

Succrescunt Icgum interitu moruraque priorum. 

Sic mala defîxis radicibus altius haïrent 
25 Luxuriantque suis vivacibus aucta ruinis. 

Horrenduni insolite fremuerunt murmure tibi 

Ventorum pélagique rainae cœlique tumultus. 

Aspice turbinibus vibrantia fulmina tortis 

Hybernoque Jovera tonitru sua tela cientem : 
30 Haec quisquam oblique liventibus imputet astris ? 

Non is natura fatalis legibus ordo, 

Sed rectore vacans, nullo errabunda magistro, 

Gallica concutitur moles et fessa fatiscit. 

Ergo, infœlix Gallia, si Libitina Thuanum 
35 Quaî rapuit, haec illo includit tua fata sepulchro, 

Funeris ipsa tui circumferri aspice pompam. 

[Au dos] : M. Malvin, sur la mort de M. 
le Premier Président. 

XII. — ÉPITAPHES DE GIANO FREGOSO, ÉVÊQUE d'aGEN (1586) \ 
Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 102 v*'-io3 *^» copies. 

Jani Fregosi, Agennensium episcopi, 
Epitaphium, 

Non genus aut virtus animusve in corpore praîstans 

Nec titulus nostris laudibusuUus abest. 
Composite vixi, placidus mea fata percgi. 

I. Giano Fregoso, de la famille des Fre^osi, de Gènes, fils aîné de Ccsare Fregoso, Tam- 
bassideur de François I*" assassiné avec Hincon en juillet 1541» ^^ ^<^ Costanza Rangona, 
successeur de Matieo Bandello sur le siège cpiscopàl d'Agen en 15^5* mort le 16 octobre 1586. 
Voir, sur ce personnage, Tamizky dh Larkgqie, Lettres inédites de Jantis Frègose, èvêqtie d'Agen^ 
Bordeaux, 1873, et EMif.r Picot, L'S Italiens en France an XVI* siècle^ Bordeaux, 1902, 
p. 10. 



APPENDICE 167 

Sur le cœur de messire Jan de Fregousey 
Evesque d'Agen, 

En ce tombeau n'est clos Timniortel ornement 
Du grand prélat Fregouse ou sa haute noblesse, 
Honneur, vertu, mérite et sa rare sagesse ; 
Le ciel eut ce trésor, son cœur ce monument. 

Jatii Fregosi, episcofri Agennensium. 

Corde nihil quondam fuit hoc cordatius, ut quod 
Cunctorum fuerit corda tenere potens. 



Xin. — SUR LA MORT DE JEAN DE SPONDE (l59S). 

Archives municipales, ms. Delpit f» 90 v** (copie très incorrecte^. 

[Imprimé dans le Totnheau de Jean de Sponde^ à la fin de la Resp&ncedufeu sieur ds Sponde 

au Traicté des marques de l'Eglise faict par Théodore de Bè^e, i Bourdeaus, 

par S. Millanges, 1595, in-S''*] 

Godofridi Malvinty senatoris Burdigalx régit y agon 
in funere clar[i\ i^iri] Joantiis Spondani. 

Hic, Spondane, igitur datus est tibi terminus a^vi, 

At fama^ dabitur nullus : te nulla tacebit 

Posteritas, nomen sed mille faventibus almum 

Diffundet linguis, totidemque in sa^cula chartis 
5 Transmittet ; vatum hic campus signabitur olim 

Ingeniis, isto rapient in pulvere palniam. 
Tantarum at pelagus laudum nemo hauriet unum : 

Egregie hic cultas a te memorabit Athenas ; 

Caecum alter per te rediviva luce potiri 
10 Maeonidem, Ascrxumque senem felicibus arvis 

Uberiore satu spargentem semina dicet *. 

Hic dubiaî et nusquam vergentis pondéra librae 

Exaequata canet, rigidoque examine juris 

Callentem, te non flexisse a tramite recti. 
15 Romanas artes alii, doctissima Tulli 

Flumina, inexhaustos illisque e fontibus amnes, 

Tinxerunt magni quondam qui labra Maronis, 

Spondani sedasse sitim. Sed quisnam erit alter, 

X. Allusion aux Commentaires d^Homère^ publics à Bâle en 1583, et à l'édition d'Hésiode 
publiée à La Rochelle en 1592. 



l68 APPENDICE 

Qui mores fingi faciles, qui lactea laudet 
20 Colloquia et pleno nianantia pectore mella, 

Invictum dubiis animum firmasse restante 

Fortuna, et rébus non exsultasse secundis ? 
Sed si cura subest ha^c longius ire per altum 

Et totos curvare sinus, quam vasta profund^ 
25 Materies laudis seaperit! quam vivida mentis 

Ingeniique acies ! qualis vigor igneus olli, 

Cum turmas Erebi pugnax, vesanaque fundit 

Agmina, et hostili fœdatu in pulvere versât ! 

Quos sonitus, quse verba mit, cum fertur in hostem 
30 Mole sua ? vel si placuit constringere tantum, 

Ut premit, et solidis innectit colla catenis ? 

Vel cum ignoscit victis, ut vim saepe relaxât 

Ipse suam, irarum et nullos exsuscitat a^stus 

Infractos, indepositos, nec vana tumentes ? 
35 Sed quorsum incautus spirantibus evehor auris, 

Innocui facilem légère est si littoris oram ? 

Singula si nequeo, libare quid omnia conor 

Spondani laudum nequidquam culmina nostri ? 

Hoc sat erit : nullum hase aetas, non altéra cernet 
40 Lugendumque piis, pravis magis et metuendum, 

(Parcarumque nefas !) rapto ipso in flore juventae. 

Heu ! quantum, Ausonia, et quantum tu, Gallia, perdis ' ! 

XIV. — A GUY DE LESTONNAC, CONSEILLER AU PARLEMENT 

DE BORDEAUX (1610). * 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f" 87 v^'-SS r°, copie. 

Malvinus Lestonnaco suo S, 

Arcano et fido clausum mihi pectore nomen, 
Quod tamen in versus abneget ire meos ; 
Non sinit astricti lex carminis, at sinit esse 

1. Le manuscrit donne une leçon fautive : 

Hea ! quantum, Ausonia, et quam tu, Gallia, perdis! 

Le vers est également faux dans le texte imprimé, qui porte : 

Heu ! quantum. Ausonia, quam tu, Gallia, perdis! 

La comparaison de ces deux textes permet de restituer le vers. — Voir sur cette pièce la 
n. 2 de la p. 98. 

2. Guy de Lestonnac, seigneur du Parc, conseiller clerc, reçu le 3 mars 1584. Malvyn lui 
adressa cette épitre pendant le séjour que Lestonnac fit à Paris, lorsqu'en juin 1610, il y fut 



APPENDICE 169 

Me totum nexu mancipioque tuum. 
5 Sunt prima quae fronte putes divulsa : cohaerent 
Sed recte, numeris apta manentque suis. 
Sic neque me Salius, dum nostro obsistit honori, 

Negligit, aut nbstras laedere certat opes. 
Est animus nobis junctissimus, intégra spirat 
10 Gratia, commuai cedit at illa bono ; 
Nec vidisse sibi, vel mi invidisse putarim 
Vincula qui legum non violanda monet. 
Sum largus laudare bonos, reprehendere parcus, 
Teque illa insignem laude valere scio, 
15 Qui modico flexu curvata refingere nosti, 
Candidior lapsus qui facilesque levas. 
Qualiscumque fuit Salius, difFundor ab illo 

Judicio erga me principis egregio : 
Non honor ipse juvat, quem detrectare paratum est ; 
20 Delatum asumrao rege fuisse juvat. 

Non prece, non pretio, non ambitione revicta 

Vox fuit illa, sui plena sed arbitrii. 
Nec minus afficiunt lenes puraeque tabellaî 
Quas scripsisti, animi pignora certa tui. 
25 Arctius iste tuus tecum me colligat ardor, 
Abs studiis vincor dum prior usque tuis. 
Nec vinci piget : haec nobis palmaria laus sit 

Officia accepto plurima ferre tibi. 
Non erit hîec vitae (haud fallo ^) pars ultima nostrae, 
30 Florentem meritis me viguisse tuis. 

XV. — ÉPITAPHE DE JEAN-BLAISE DE MONLUC, TUfe AU SlfeCE d'aRDRES, 

EN 1596. 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f" 102 r'-v», copie. 

Blasii Monluci, magni illius Monluci, 

Franciœ marescalli^ nepotis 

monumentum. 

Etiam dcos et heroas vel gementibus fatis vis immatura rapit. Blasius 

envoyé, après Tassassinatde Henri IV, avec les présidents Cadillac et de Mons et le procureur- 
général Desaigues, pour porter les hommages du Parlement au roi Louis XIII et à la régente 
Marie de Médicis. Guy de Lestonnac mourut à Bordeaux le 14 janvier 161 3. Voir la notice 
que lui a consacrée Dast de Boisville, La famille de la vénérable mère Jehanne de Lestonnac, 
baronne de Montferrand-Landiras, Bordeaux, 1891, in -8**, pp. 28-29. 
I. 11 faudrait peut-être corriger : haud fallor. 



1 70 APPENDICE 

Monlucius, magnorum heroum nepos, filius, ipse héros, bello domestico, 
bello externo pariter clarus, ab ipsis niilitiae et primulae «tatis rudimen- 
tis summi bellatoris et ducis fœlicibus palmis gloriam consecutus, dum 
Ardeam, Francix* propugnaculum, invicta manu neque impari laude 
adversus Ibcri Martis tuetur procellam, glande tormentaria ictus, lethi 
potitur. Hoc peracerbo fortissimi juvcnum, fortissimorum imperatorum 
subolis casu, militaris virtus fracta, Ardea dedita, et res gallici nominis 
pêne interempta. Heu, nullo unquam bello tantum cladis acceplum. 

XVI. — ÉPITAPHE DU MARÉCHAL DE BIRON (1602) \ 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, fo 95 r**, copie. 

Mane, quisquises, etiam si properas. Infœlix monumentum, adesdum, 
te revocat. Cineres et ossa Caroli de Goiitau, ducis quondam Bironii, 
Francia; paris, tribuni militum, Burgundix* proregis, hic sita sunt. Qui, 
rébus adversus hostes prospère gestis, ad summum honoris fastigium 
subito evectus, fortunam diutius ferre non potuit. Vah ! in maxima for- 
tuna, maxima licentia, pace, terra, mari, ubique parta. Impia perdundae 
Galliae consilià molitus, scelestam cum duce Alobrogum iniit factionem. 
At novis rébus infidelis Alobrox, victus bello, extorris finibus, vitio in- 
genii vehemens et impotens, virum alioqui memorabilem maie perdidit. 
Jam omnia parata et expedita in regni concordis excidium ; instructa^ 
hostium copias in liminibus expectant signum, dum simulant reficiendo 
Belgarum exercitui praesto esse. Vicit tandem régis invicti prudentia, qui 
rem omnem sine tumultu fœliciter oppressit. En Bironius vocatur, cun- 

I. On peut rapprocher de cette épitaphe Tcpigramme et Tépitaphe suivantes d*Étienne 

Pasquier : 

In mortem Caroli Gontafdi Bir,mii. 
Sanguiueas loties pugnas qui gesserat audax, 

Vuhteraquc aJverso pectore pertulcrat, 
Ad trepidam damnas mortem cum ducitur, ecce 

Vinciri laqueo non tulit iile manus : 
FœJum et carniiîcis contactum respuit, at non 

Distulit atroci strenuas ense mori, 
Supposuitquc caput glaJio, sic liber obivit : 
Kon potuit tantum mors saperare dacem. 

Epigramm. lib. VII, 60 (éd. Sonnius, p. 214). 

Caroli Gonialdi Bironii f fquitum magislri. 
Afflictis patridc rébus fortissimus olim 

Labeutem patriam dux ego sustinui. 
Pro roeritis vario Rcx me cumularat honore, 

Et poteram summi filius esse Jovis. 
At me nescio qua: rapuit vesana libido, 

Allobrogum satago dum gêner esse ducis. 
Arobitiunc meam volui qui perdere gentem, 

Heu, maie consuhus, ne pereat, pereo. 
Sic statuit Princeps, et sic amplissimus ordo ; 

Sic patrix nostra est vitaque morsquc salus. 

TumuL lib.f 34 {ihid.^ p. 298). 



APPENDICE 171 

ctatur, advolat, in carcerem detenditur, reus pcragilur, senatus ex veteri 
more perduellionuni judicant. Nec lictor uspiani damnato colligat manus, 
quod paulo ante fortiter pro patria pugnaverant, sed solutus ad supplicium 
properat et capite plectitur. Vivit tamcn infamis Allobrox, Pœno pœnior, 
scelerum artifex, Bironii carnifcx, parricida Gallia^, vivit ; cujus inimor- 
talis infamia etiani tuni vivet, cum esse credet mortuam. 

pXÉTue Ta jjiiXXovTa. 

XVII. — AU PRÉSIDENT ANDRÉ DE NESMOND. 

(1595) 

[Imprimée, sans nom d'auteur, dans les Remontrances^ ouvertures de palais et arrêts en 
robes rouges prononcés par tnessire André de Kestnottd, seigneur de Cbe^ac^ premier Président au 
Parlement de Bourdeaux, A Poiciiers, par Anthoine Mcsnicr, Imprimeur ordinaire du Roy et 
de l'Université, MDCXVII, in-4*, p. 625. — Copie très incorrecte dans le ms. Delpit, f*** 88 
v"-89 r**.) 

Audreœ Nesmondo Cbessaco, docUssimo eloquetilissimo 

prœsidi, sepiimatria. 

Magnum opus herculeumque, ingenti adstante senatu 

Totquc viris populoque, silentibus omnibus, unum 

Audirique loquique et grandia verba tonantem 

Attonitas lingua» percellere fulmine mentes : 
5 Gloria sed nostrum hœc ulli si contigit unquam, 

Hanc si quis rerum et verborum maximus auctor 

Jure suo propriam polis est agnoscere, nulli 

Aut tibi debetur : quantis distincta micabat 

Dictio lumioibus ! quantis librata ruebat 
10 Ponderibus ! non nix, non densior aère grando 

Prx*cipitat, nec se vasto magis impete terris 

Immittit rapido collectas turbine torrens. 

Tu legum mundi interpres, tu fata Deorum 

Arcana et rerum solus niiracula pandis. 
1 5 Haec demersa olim, temere nec cognita priscis, 

Et caliganti noslrorum lumine visa 

Unus inoffenso vidisti lumine mentis. 

Exuperas silvas Academi ipsumque Platonem 

Vincis, visorum dum pervigil abdita lustras : 
20 Ast ea dum evolvis numerosis vocibus, impies 

Fandi opifex Tyria radiantem in veste senatum. 

Ceditc, Romani oratores, cedite, Graii : 



172 APPENDICE 

Chessacus eloquii vobis decus abslitit omne. 
Haud equidem huic operi certaverit uUa Minerva 
25 Quod mage quam Phydias in musam est arce locandum. 

XVIII. — AU PRÉSIDENT ANDRÉ DE NESMOND. 
Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 105 y^-106 f, copie. 

Le courrier Atlentide, ambassade des dieus, 
Ne fend si vistement de ses plantes ailées 
L'azur jaune doré des voûtes etollées 
4 [Ni] ne hache si prompt Telement pluvieus, 
Qui souvant l'œil du monde esclipse de nos yeux, 
Il ne raze si tost les campagnes salées 
Et le seing fiouronné des plaines emaillées, 
8 Que le chagrin faict place au chagrin soucieus. 
La douleur a chés nous sa racine immortelle : 
Le ris, le jeu, l'amour et la jeunesse belle 
II Qui ne retourne plus, se mêle tout soudain. 
Quitte donc (mon Chesac) ceste idole pompeuse 
D'honneur et desçavoir qui vainement t'abuse, 
14 Et vis moy ce jourd'huy, car tu mourras demain. 
Vivamus hodie, cras moriemur. 



* « 



A Monsieur de Cessac. 
Cras moriemur. 

Mon demain est venu, Cessac, à ton ad vis ; 

Suis-jedonc mort ou vif? vif et mort, que je pense; 
Car en vivant je meurs, et mourant je survis, 
Meshui vivant adieu, mourant à mon offense. 



C. Lettres françaises et latines. 



XIX. — A JEAN de MALVYN, SIEUR DE PRIMET. 

(18 janvier 1579.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpii, f" 202 r^-v", copie. 

A M. de PrinicL 
Mon frère, je vous rcmercierois de la longue lettre que vous m'avés 



APPENDICE 173 

écrite, si je n'estimois qu'elle a esté plustot faite en faveur de vous mesmes 
que de cellui à qui vous Tavés adressée. Ça esté comme une manière de 
sacrifice que vous avés voulu faire à vos estudes, pour leur donner un 
peu de jour et faire remarquer Theureus succès d*iceus, et non possible 
l'affection fraternelle. Car, à la vérité, rien n'élève tant et ne nourrit le 
bien dire que l'assiduité d'escrire : stylus optimus dicendi arlifex S comme 
a dit un de ces trois autheurs que vous avés choisi pour vous estre plus 
familiers. Toutesfois, je ne veus tant fonderie subject devostré* sur l'am- 
bition de vos labeurs que je veuUe exclure du tout le zèle qui part du 
debvoir et de l'amitié ; car comme je ne resprouve pas l'un, je ne fais pas 
aussi moindre estât de l'autre, et possible que ces douces et premières 
affections qui sont avec nous comme filles aisnées de la nature doibvent 
avoir le premier rang et privilège sur toutes les autres, comme n'estant 
point polies ni desguisées par l'artifice, falsifiées et perverties par la spécieuse 
apparence de l'honneur, profit ou volupté, ni meslées et abâtardies de la 
diversité des opinions, ni ravies et emportées du torrent et decours des 
longues années. Mais, quoi qu'il en soit, je vous en sçai très bon gré et 
vous prie de vouloir continuer ces mesmes offices envers moi, pourveu 
que ce soit sans faire préjudice à vos estudes, desquelz je désire autant 
l'avancement que vous mesmes, et je m'en revencheray à toutes les occa- 
sions où le loisir et la commodité me le pourra permettre d'aussi bon 
cœur que je salue vos bonnes grâces de mes bien affectionnées recomman- 
dations, priant Dieu... 

Le 18 janvier 1579. 

XX. — A JEAN DE MALVYN, SIEUR DE PRIMET. 

(2 décembre 1584.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 202 v*«203 **' copie. 

Monsieur mon frère, je ne fais nul doubte que vostre amitié ne soit aussi 
pleine et entière envers moi que ce qu'il vous a pieu m'escrire, comme 
je vous suplie aussi bien humblement de croire que l'affection que je vous 
ay vouée et l'opinion que j'ay de vostre valeur est élevée jusque au dernier 
degré et au plus haut point de l'honneur et de l'amitié qui se doit et peut 
rendre à un personnage très bien né et très accomply^ tel que je vous 
estime. Toutesfois, il y a une bien grande differance pour ce regard entre 
vous et moi : c'est que vous faites voir, quand il vous plait, vostre amitié 
en un bien riche et pompeus appareil, l'agençeant de ces beaus orncmens 

1. QuiNTiLiEN, X, 3 : SHlm optimus et prxstantissimus dicendi effcctor et magister (d'après 
CicÉRON, Brut., 25, 95 : Hoc in oratore latino primum mibi videtur apparaisse artifex, ut ita 
dicanty stilus). 

2. Sic. Le copiste parait avoir omis un mot. 



174 APPENDICE 

dont vostre lettre est pleine, et moi, qui ay faute de sçavoir et de bien 
dire, sçai bien aimer et non dire, qui est cause que je vous la représente 
toujours nue, simple et sans aucune couleur. Si est-ce que je veus bien 
croire qu'elle ne vous sera moins agréable que si je vous la monstrois avec 
quelques grâces qui ne fussent pas miennes et qui fussent empruntées. 
Je loue grandement ceus qui peuvent illustrer la vérité et sincérité de leurs 
affections de la belle et vive lumi(^re de leurs escritz et me sçai bien 
plaindre que je ne suis point si heureus que cela. Si est-ce que là oîi je voy 
reluire ces flammes d'honneur et de vertu qu'on descouvre en vostre lettre, 
je pense que c'est un bien heureus signal, qui promet à mon amitié, telle 
qu'elle est et destituée de toute autre faveur, que d'elle mesme d'estre 
bien recueillie chés vous comme en un port certain et asseuré, sans crainte 
de naufrage, et que pourtant vous ne la mespriserés point, si elle n'est 
apprise et ne se peut expliquer comme la vostre. Et s'il est ainsy qu'on 
ne peut rondement negotier en l'amitié que par l'amitié mesme, et que 
c'est une action vertueuse qui ne se peut recognoisire que par un autre 
semblable, et qui se pratique seulement parmi les verlueus, je suis très 
asseuré que vous m'aymerés bien, puis que je suis entièrement dédié à 
vous aimer, servir et honorer. Je suis mary que je n'aye veu le sieur de 
Martel, pour sçavoir de lui le temps et le lieu de l'arbitrage dont m'avés 
escrit et vous en faire responce. Je ne puis aussi vous repondre sur les 
faicts contenus au mémoire que m'avés envoyé sans voir le contract de 
mariage de madame de Cassenueil. Si vous cognoissés que je vous puisse 
servir en cest affaire en me le faisant sçavoir, vous m'i trouvères autant 
disposé que de bon cœur je salue vos bonnes grâces de mes très humbles 
recommandations, priant Dieu... 

Le 2 décembre 1584. 

XXI. — A FRANÇOIS DE SALIGNAC ^ 

(15 avril 1598.) 

Archives. municipales de Bordeaux ms. Delpit, f'* 197 r*, copie. 

Monsieur mon nepveu, 

m 

J'ay bien fort aymé et honoré M. de Fenelon, vostre père, non seule- 
ment pour la bien proche alience que j'avois avec lui, mais aussi pour 

I. François de Salignac, baron de la Molhe-Fcnelon, fîlsde Jean de Salignac et d'Anne de 
Pellegrue, marié le 12 mars 1599 à Marie de Bonneval, dame de Salignac et de Magnac 
(La Chesnaye des Bois, Djctioiimiire de la Noblesse, XV^III, 217-218). 



APPENDICE 175 

les excellentes et rares qualités dont ce geniilhome estoit accompli. Il 
est bien raisonnable, puis que vous estes son fils et que avés voulu recueil- 
lir son nom et la succession de ses biens, que vous soyés aussi l'héritier 
de ses vertus et, d'une mesme suite, de l'amitié et de la bonne opinion de 
ceus qui l'aymoent. On dit que vous représentés desjà plusieurs beaus 
airs et similitudes des grâces qu'on recognoissoit en lui. Mais ce n'est 
rien fait si vous ne raportés toute la pièce au vif et en son naturel, et 
que, comme jadis il paroissoit l'ornement de sa maison et de son pais, 
vous puissiés de mesme quelque jour, estant posé sur le mesme théâtre, 
vous faire voir avec le mesme honeur de mérite. Ce sont les premiers 
veus et les désirs plus ardans et ordinaires que je conçois pour vous, 
que je vous baille en eschange pour ceste tant courtoise et gratieuse 
lettre dont vous m'avés hongre. Ce seront envers vous les arres ou les 
ostages de l'affection que j'ay d'estrc pour jamais, monsieur mon nepveu, 
vostre bien fort humble oncle et serviteur. 

Le 15 apvril 1598. 

XXII. — A LA REINE MARGUERITE DE NAVARRE. 

(Bordeaux, 2 juillet 1595.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f" 182 r^, copie. 

Madame, j'ai vu des lettres que Vostre Majesté a escrites aus sieurs de 
Raimond, conseiller en ce Parlement, et Delas, lieutenant particulier 
d'Agen, par lesquelles elle ne trouve pas bon qu'au préjudice de ses droitz 
j'aye acquis la justice de la parroisse de Saint-Just en la jurisdiction de 
Penne en Agenois, dans laquelle parroisse ma maison de Cessac est 
scituée. Je serois en un extrême regret, Madame, si je pensois avoir en 
rien despieu à Vostre Majesté et choisirois beaucoup plus tôt de con- 
sidérer vostre interest que le mien. Je suis personne de trop basse estofe 
pour attenter à chose qui vous appartienne. Je sçay le debvoir auquel 
ma naissance et la servitude que je vous ai m'oblige. Vous m'avés faict 
d'autrefois ccst honneur de m'eslire pour vostre rapporteur, en ce Parle- 
ment, de certaines causes que Vostre Majesté y eut, laquelle demeura 
satisfaite de moi. Je n'ai pas moins de volonté de lui fiiire très humble 
service que lors, encore que mon pouvoir ne m'en donne pas le moien. 

Or, Madame, l'acquisition que j'ai faite de ladite justice de Saint Just, 
ne diminue ne altère vos droitz en aucune façon. Car les profitz, 
amandes, revenus et esmolumens ne me sont point acquis par mon 
titre, ny pareillement le droit de pouvoir nommer et pourvoir aus offi- 



176 APPENDICE 

ciers, tant que vostre appanagc durera. Je n'ai que le seul et simple et, 
s'il le faut ainsi dire, le vain nom de la justice sans autre profit, debvoir 
ni émolument, laquelle justice s'exerçoit tousjours au nom du Roi et 
non au vostre. Et partant. Madame, mon acquisition ne vous y laisse pas 
moins que vous aviés auparavant. Ledit sieur de Raymond, auquel j'en 
ay communiqué, me respond que Tinterest que vous y pouvés avoir, 
c'est de n'avoir point vos droitz et domaines en la justice des seigneurs 
particuliers, et que c'est rendre Vostre Majesté aucunement justiciable de 
vos subjectz. S'il vous plait. Madame, appliquer la clarté de vostre excel- 
lent et parfait jugement à ceste affaire, il vous sera très aisé à cognoistre 
combien il y a peu de solidité en ceste responce. Premièrement, pour ce 
qu'il est certain qu'en ceste parroisse Saint Just, Vostre Majesté n'i a du 
tout nul domaine. Et aussi c'est une bien pauvre parroisse, où il n'i a 
que des paysans qui sont tous mes tenanciers. En second lieu, les rois 
et les princes ne plaident de leurs droitz que devant les pairs et compa- 
gnies souveraines de ce royaume, et non devant les juges ordinaires ou 
seigneuriaus. Tierccment, le Roi mesme, qui a vendu ses justices en plu- 
sieurs endroitz de ce roiaume, ne laisse pourtant d'y tenir plusieurs beaus 
et grans droictz et revenus dans le destroit d'icelles, sans qu'on puisse 
dire que Sa Majesté en demeure ravalée. Finallement, Madame, Vostre 
Majesté a maintz droitz et debvoirs es justices des seigneurs particuliers 
en Agenois et autres liens de son appanage, comme seaus, tabellionages, 
offices et autres profitz et revenus, et toutesfois le lustre et la grandeur 
de Vostre Majesté n'i demeure point intéressée. 

J'avois desja preveu que mon acquisition pourroit estre enviée d'au- 
cuns particuliers, qui fust occasion que je me retraignis dans une seule 
parroisse, bien que mes rentes s'estendent dans dix ou douze circonvoi- 
sines. Si est ce que je n'ai peu esviter les impressions qu'on en a voulu 
donner à Vostre Majesté, laquelle je supplie très humblement vouloir 
considérer le tout, et me et me {sic) rendre si heureus de ne m'esclipser 
point les raions de sa faveur et bonne grâce, que désire sur toutes 
choses, outre les obligations naturelles que Vostre Majesté a sur moi, 
vous demeurer perpétuellement redepvable de ce bien fait que, par une 
singulière bonté, vous n'aurés point voulu révoquer en dispute, et que 
vous me pourries toujours oster, s'il prenoit envie à Vostre Majesté de le 
faire ainsi. Et je prierai le Créateur vous donner. Madame, en très par- 
faite santé très heureuse et longue vie et l'accomplissement de vos désirs. 

A Bourdeaus, ce 2 jullet 1596. 

Vostre très humble, très affectionné et très 
obéissant subjet et serviteur. 

De Malvyn. 



APPENDICE 177 

XXIII. — A LA REINE MARGUERITE DE NAVARRE- 

[s. 1. n. d.] 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Dclpit, f^ 185 r°, copie. 

Madame, 

Orc que je n'aye jamais eu |cest honneur d'avoir esté apellé en 
quelque part de vostre service, si est ce que j'ai eu tousjours une très 
particulière et du tout vouée affection à Vostre Majesté, tant pour estre 
yssue de ce glorieus et illustre tige de Valois dont vous estes aujourd'hui 
la pretieuse et vénérable reste, que pour estre accomplie de toutes sortes 
des grâces du Ciel et de la nature qui ont accompagné la faveur de vostre 
naissance, elabourées de vostre estude et de vostre mérite. J'en ay conceu 
ceste créance que le pris d'honneur et Tadvantage d'exceller par dessus 
les autres ne vous pouvoit estre disputé par les siècles anciens ni 
modernes. Cela seulement, sans autre considération de vostre grandeur 
ni du peu que je suis, m*a donné la hardiesse de vous faire très humble 
suplicatiôn, Madame, de me vouloir céder le droit de prelation de quelques 
rantes et une petite maison qui s'apelle La Mothe, que j'ai acquises puis 
quinse ans ans ou environ près ma maison de Cessac, en la jurisdiction 
de Penne en Agenois. Ce me sera une très singulière faveur et de tant 
plus grande qu'elle procédera de Vostre Majesté, que je veus honorer et 
servir de tout mon cœur et autant que mon insuffisance ne m'en pourra 
point oster les moyens et les occasions. Et je prierai Dieu continuelle- 
ment... 

XXIV. — AU CHANCELIER PHILIPPE HURAULT DE CHEVERNY. 

(îS940 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"' 187 v*-i88 r*, copie. 

Monseigneur, 

J'ay esté adverti par M. de la Mothe Fcnelon qu'il vous avoit tenu 
propos de la remonstrance que j'avois faite en ce Parlement sur la resti- 
tution du sieur de Pichon ; et de tant que je n'y ay esté induit ni de mon 
interest particulier ni d'animosité contre ledit de Pichon ni autre sinistre 
intention, ains seulement du zèle et de la justice et del'honeur de nostre 
compagnie, lequel le feu Roi, lorsque je fus député par icelle vers Sa 
Majesté, m'avoit singulièrement recommandé, comme aussi à tous les 

COURTEAULT. 12 



178 APPENDICE 

autres qui sont de ce corps», je me suis laissé persuader, Monseigneur, 
qu'à Tavanture il ne vous seroit point désagréable que je vous présen- 
tasse ce que j'en avois dit, à ce qu'il vous pleut y descouvrir bien à clair 
mon intention, et que vous, qui estes le chef de la justice, puissiés 
relever et accompagner de vostre autorité ce qui est dit pour l'ornement 
et dignité d'icelle et ce Parlement vous en puisse demeurer autant obligé 
comme je suis et véus estre pour jamais... 

XXV. — AU CHANCELIER (?) 

(iS90- 

Archives municipaks de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 186 v*'-i87 r®, copie. 

Monseigneur, 

Je n'eus jamais cest honneur d'estre employé à vostre service ; ore 
qu'autant que nul autre de vos serviteurs j'en ay désiré les moyens, si 
est ce que les faveurs que j'ay d'autres fois receu de vous et l'intercession 
de monsieur de la Mothe Fenelon, dont je me suis voulu ayder pour 
intervenir envers vous, m'ont fait entreprendre de requérir votre assis- 
tance en ce mien affaire. 

J'ai resigné, soubz le bon plaisir du Roi, au sieur dePrimet, mon frère, 
mon office de conseiller, auquel j'ai servi 23 ans avec toute l'intégrité et 
bon debvoir qu'il m'a esté possible *. J'en sors plus viens et plus maladif, 
mais non plus riche que lors que je y entray. Il m'est deu de mes gages 
douse cens escus et plus. Il en estoit deu à feu mon père, qui estoit un 
des dignes conseillers de ce royaume, qui avoit servi en ce Parlement 
38 ans, huict cent escus. Je vous voudrois bien suplier. Monseigneur, 
qu'en considération de mes ser\ ices et de mondit père et de ce qui m'est 
dheub, que je sois deschargé, à cause de ladite résignation, tant du droit 
de finance pour icclle que pareillement du marc d'or, et neantmoins que 
mon entrée, sceance et vois deliberative, rang et place me soit réservée. 
Je ne fais doute que, s'il vous plait favoriser de vostre autorité ceste 
miene requeste, qu'elle ne me soit accordée, adjoustant celle cy aus 
autres obligations que je vous ai. J'en garderai à jamais la mémoire bien 
vifve pour vouer tout ce qui sera de mon estude et de mon aflfection à 
vostre très humble service et des vostres, et vous suplie très humblement 
me vouloir excuser si, parmi tant de laborieus services que vous faites à 

1. En juillet 1582 (Voir plus haut, p. 17). 

2. Nous ne connaissons pas autrement ce projet de résignation, auquel Malvyn ne fut 
sans doute pas autorisé adonner suite. 



APPENDICE 179 

ccste couronne, j'ose par mon importunité survenir à vos importantes 
occupations. Je n'ai autre deffanse pour moi que vostre vertu et que je 
suis et veus estre pour jamais... 

XXVI. — AU CHANCELIER BRULA RT DE SILLERY. 

(Bordeaux, 5 février 1614.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Dclpit, f* 185 v", copie. 

A Monsieur le Chancelle, 
Monseigneur, 

Je vous ai une extrême obligation non seulement de la justice que vous 
m'avés rendue en l'évocation de mon procès du Parlement de Tholose et 
du renvoi qu'il vous a pieu en faire en la première chambre des enquestes 
du Parlement de Paris, mais aussi de la faveur et courtoisie dont vous avés 
usé envers cellui qui avoit charge de mon affaire. Vostre Grandeur, Mon- 
seigneur, a eu plus de pouvoir de m'obliger que je n'ai de vous remer- 
cier. Je reconois bien la debte autant qu'il m'est possible, mais il est mal 
aisé que mes escritz puissent tesmogner combien je me ressens vostre 
redevable. Toutesfois j'ose bien dire, Monseigneur, que vous n'aurés 
jamais serv'iteur de ma qualité en ce roiaume qui vous soit plus dédié 
et plus affectionné que je suis ; et si les effectz de mon service ne 
peuvent respondre à ma volonté, je garderai tousjours mon affection vive 
de me dire et d'estre pour jamais, 

Monseigneur, 
Vostre très humble et très obéissant serviteur. 
De Malvyn, sieur de Cessac. 
A Bourdeaux, ce 5 febvrier 16 14. 

XXVII. — AU DUC d'épernon. 
(Bordeaux, 8 mars 1601.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f"* 185 v*'-i84 v*, copie. 

Monsieur d'Espernon, 
Monseigneur, 

A qui me dois je plustot adresser qu'à vous qui avés tousjours prati- 
qué généreusement l'honneur des armes et qui avés de mesme res- 



l80 APPENDICE 

pecté les lois publiques, el qui d'ailleurs et qui. d'ailleurs (sic) m'avés 
occasionné de ce faire par la démonstration que vous m'avés tousjours 
faict de me bien vouloir ? 

Je vous [aij d'autres fois tenu propos, Monseigneur, de Tassasinat 
commis en la personne de feu sieu de Montezet, mon nepveu, de guet 
apans et de dessein pourpensé de long temps, le jour de Pasques fleuries 
dernières, à l'heure du sermon et prés de la grand église d'Agen, et ce 
par dix ou douse meurtriers, en nombre desquelz il en y a quatre pri- 
sonniers, contre deux frères seulz et sans autre compagnie, dont l'aisné 
deceda quelques heures après et le puisné resta griefl"evement blessé 
en plusieurs endroitz. La mère, qui est veufve, reclame à justice et 
la poursuit y a tantost un an en divers lieus de ce roiaume avec une 
infinité de peine et de frais qui lui reviennent desja à plus de quatre 
mille escus. Les prisoniers et leurs complices taschent de la ruiner par 
la longueur du temps et une insupportable despence, aiant obtenu sans 
ouyr partie renvoi de la cognoissance de ceste cause en la Chambre de 
Castres, en Languedoc», où ilz ont un grand nombre d'amis, parans et 
aliés, comme pareillement au Parlement de Toulouse. Despuis la mère a 
obtenu arrest au privé conseil pour vérifier les parentèles et aliances, 
ce qu'elle a fait. Elle poursuit maintenant d'estre réglée de juges et d'estre 
renvoyée en quelque Parlement de ce roaiume, sauf et réservé Tholose 
et Bourdeaux et les chambres desdits ressortz où les parties d'une part et 
d'autre peuvent avoir des parans et amis. Sa requeste ne peut estre plus 
juste au monde et qui peut estre favorisée par l'intercession des lois et 
de la justice mesme, qui me fait présumer. Monseigneur, que vous 
n'aurés point à desplaisir si je requiers la vostre en un cas si énorme, 
exécuté si indignement et contre tous les establissements des lois d'ho- 
neur et de noblesse. 

Si ç'avoit esté un combat particulier et genereus, je serois marri d'en 
ouvrir la bouche et d'en faire un seul trait de plume. Il n'i a ame bien 
étoffée au monde, qui aiant sceu cest acte n'en ayt horreur et ne voye 
bien la dangereuse conséquence que l'impunité d'un si pernicieus 
exemple peut aporter. Vous, Monseigneur, qui avés souslevé vostre 
vertu au dessus de vostre grandeur, assistés, s'il vous plait, à ceste pouvre 
mère qui demande justice. Elle ne requiert autre chose au Roi ; si elle a 
des juges non suspectz, elle prendra en gré l'événement de cest affaire, 
qu'elle se promet toutesfois ne pouvoir estre autre que comme elle le 
désire et qu'un chacun se le propose. 

Mais je passe, Monseigneur, les bornes du respet que je vous doy 

I. La chambre de l'édit instituée à Castres par TÉditde Nantes. 



APPENDICE l8l 

d'oser arrester vos meilleures occupations par la lecture de ceste cy. Je 
recognois bien ma faute et vous suplie neantmoins très humblement ne 
me l'imputer point. Les ressentimens de la mère, l'importance du subject, 
l'indignité de l'acte et la proximité du défunt, mais surtout les tesmoi- 
gnages si exprès que vous m'avés faict voir de vostre bienveillance, me 
faict espérer ceste faveur de vostre part, qui m'esforceray tousjours de 
me maintenir en l'honeur d'icelle et la considérer autant que nul autre 
bien que je puisse et doibve rechercher pour me dédier perpétuellement 
à ce singulier et unique désir d'estre pour jamais. 

Monseigneur, 
Vostre très humble et très obéissant serviteur. 

De Malvyn. 
De Bourdeaux, ce 8 mars 1601. 

XXVIII. — AU MARÉCHAL DE BIRON. 

(Nérac, 9 juillet léoi.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f^ 184 v*'-i85 r", copie. 

Monsieur le Mareschal de Biron. 

Monseigneur, 

Ayant sceu vostre arrivée à Biron et reçognoissant l'honeur que j'ai 
eu d'avoir esté tousjours serviteur de feu monseigneur le mareschal, 
vostre père, j'ai bien désiré vous suplier très humblement ne me denier 
point la continuation du mesme titre. Je vous en fis très humble 
requeste il y a environ dix huit mois que j'estois en court. Je m*ose 
prometre que j'en retiendrai l'honeur et que je participerai au bien et 
faveur de vos bonnes grâces. Je n'espère pas les pouvoir mériter par 
l'utilité de mes services, ains seulement par le zèle singulier que j'ai eu. 
Monseigneur, envers vous et les vostres, auquel il ne m'aviendra jamais 
de faillir, tant que j'aurois conoissance de l'honeur et respect que la 
France en gênerai vous doit et de ccUui que je vous dois particulièrement. 
Je me fusse donné l'honeur de vous aller baiser très humblement les 
mains sans la nécessité de ma charge, qui m'astraint en ceste Chambre de 
Nérac, où je suis contraint de résider pour n'interrompre le cours de la 
justice, pour le peu de nombre que nous sommes. Cepandant je recher- 
cherai toutes les occasions qui me tomberont en main de vous faire très 
humble service et tesmogner en tout ce qui sera de mon pouvoir que je 
ne veus céder à personne d'estre plus que moi. Monseigneur, vostre 

très humble et très obéissant serviteur. 

De Malvyk. 
De Nerac, ce 9 jullet 1601. 



l82 APPENDICE 



Respouce à la précédente. 
Monsieur de Cessac. 



Monsieur, 



J'eusse eu un estrôme contentement de vous voir en ce lieu, 
où vous eussiez trouvé le maistre de la maison, qui vous eut receu 
avec tout honeur, vous estant une des personnes de ceste province 
qu'il chérit le plus, et devés fere estât et de mon amitié et de mon 
humble service, lequel je vous ay voué et promis. Je m'en retourne pour 
ne manquer à ce qui est du service du Roy et de ses commandemens, 
car je m'en vois en Suisse ce mois d'aoust renouveler l'aliance. Sur quoi 
je finirai, vous supliant me conserver vos bonnes grâces, gages de mes 
affectionnées recommandations, et suis. Monsieur, vostre humble alié à 
vous faire service. 

BiRON. 

De Biron, ce 13 juillet 1601. 

XXIX. — AU PRÉSIDENT J.-A. DE THOU. 

(Bordeaux, 26 mars 1609 ^) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f° 241 r^, minute originale avec 
corrections autographes. — Publiée par Tamizey de Larroque dans les Annales de la 

Faculté des Lettres de Bordeaux, 1879, pp. 187-189, d'après l'original (B. N., Dupuy, 806, 

f® 100), 

Non ea vis animo ut in maximis tuis occupationibus interpellare te 
ausim, vir amplissime, et mtx erga te observantiae jam diu tibi debitae 
testimonium profiteri. Egone ut fastidio literaruip mearum tua negotia 
dispungerem ? et ab isto, cui semper invigilas, scribendi, juris dicendi et 
publicae rei gerenda.* niunere vel tantillum deducerem? ut emorientium 
bonarum artium vindici remoram facerem ? At Cassius, vir nobilis et, 
quantum expiscari * potui, tuœ amplitudinis studiosissimus, aurem 
vellit et admonuit me nondum tibi excidisse et multa amice et béné- 
vole ab ipso de me saepius quîesisse '. Itaque has mihi condixit et 
perferendas recepit. Feci non invitus tit totum ei me traderem, sive 
hase culpa mihi deprecanda sit, sive illi ignoscenda : et qui populares 
blandientis gloria^ sermunculos insuper habuissem, in summa tamen 
dignatione duxerim ei me de meliore nota cognitum quem univer[so] 

1. La date de l'année est donnée parla réponse de de Thou, qui fut écrite de Paris, le 
18 des calendes de septembre (1$ août) 1609. 

2. Tamizey de Larroque a imprimé : explicare, 
5. La minute porte : quxii'nse. 



APPENDICE 183 

fere orbi notum esse onines sciunt ». Huic tua? gratise vicem rependere 
mese non est opis. Ejurare bonam copiam possum, rescribere non pos- 
suni. At qu^e tua est humanitas, te mihi potius accepto latumm et 
libellos dejecturum, quam reculas meas proscripturum existimo. Censuj 
censendo haîc non fuerint, at ab ingrati ani[mi] nomine longe abero; 
nec, sicut tibi benemerendi, ita mihi referendi * in re tam 3 tenui facul- 
tas suppetit. Voluntatem profecto tibi emetiar et tuae semper gloriae 
velificari, si aliud nequeo, mihi judicatum est 4. Quis enim tUiie laudi 
factum non velit, exquisitissimis historiarum tuarum monumentis ad 
asternam posteritatis famam consignât» ? Qiiisquiliae historicorum hujus 
aevi, et praîsertim nostratium, ex tuis rerum gestarum commentariis 
aut sapere aut sua retexere fortasse discent. Tanta enim copia, venustate, 
varietate efflorescit oratio tua, id verborum pondus, ea sententiaruni 
gravitas, is rerum ordo, ea invicta dicendi fœlicitas, ut illos geminos 
romanas historias oculos seu principes s aut superare aut saltem sequare 
videaris. Neque ista tui promerendi gratia, sed ex animi mei sententia 
(si tamen mihi de tuis scriptis tabellam ferre licet) dixisse statuas Ye[lim]. 
Perge igitur, vir amplissime, et inchoatura non solum opus, sed jam 
afFectum perfice, et palmam, qux tibi uni posita est, occupa ; ipsa volens 
facilisque seq[uetur]. 

Burdegala?, ante diem 7 calend. april. 

Tuonomini devotissimus. 
GoDOFRiDus Malvinus Cessacus. 
[Au dos :] A monsieur de Thou, conseiller au Conseil d'Estat du Roy 
et président en sa court de Parlement. 

XXX. — AU MÊME. 

[s.l.n.d.] 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, <**• 185 v**-i86 v», copie. 

A Monsieur le président de Thou. 

Monsieur, 
Le nom de vostre justice, non moins grand que cellui de vostre 

1. T. de L. a mis un point après universo. 

2. Le texte primitif portait : Nec tibi hene merendi^ nec mihi referendi. Malvyn a corrigé : 
}^ec sicut tibi benemerendi, ita mihi referendi. 

3. T. de L. : in retam. 

4. T. de L. : Mibi indicatum est. 

5. Malvyn a remplacé après coup principes par duces< 



184 APPENDICE 

doctrine et suffisance, et le tesmognage que vous m'avés quelques fois 
rendu de me vouloir du bien, me donne ceste asseurance que vous ne 
prendrés point en mauvaise part si j'ose par ceste cy vous faire une 
très humble requeste. C'est, Monsieur, qu'il a pieu au Roi d'attribuer à 
la Chambre de Tédit de Paris de la cognoissance du plus indigne et cruel 
assasinat qui ait esté de bien longtemps commis en ces quartiers en la 
personne du feu sieur de Montezet, mon nepveu, jeune gentilhomme de 
beaucoup de mérite et d'espérance. Ce meurtre fut exécuté l'an 1600, 
dans la ville d'Agen, un jour de Pasques fleuries, en la grand place, près 
et joignant la porte de l'église cathédrale d'icelle ville, environ une heure 
après midy et sur le point que le sermon commençoit, où le défunt 
s'aloit rendre avec un sien frère pour vaquer à sa dévotion. De dix ou 
douse complices qu'ils estoient, quatre seulement ont esté aprehendés et 
conduiiz en la conciergerie de Bourdeaux, et despuis en celle de Paris, 
où ils sont à présent. Le procès leur a esté fait et parfait, jusqu'à sentence 
diffinitive exclusivement, par M. de Feuillas, maistre des requestes, sui- 
vant le pouvoir et commission qu'il en avoit du Roi. Les prisonniers et 
ceus qui sont évadés ont employé tant d'artifices et pratiques, tant de 
fuites et moyens pour l'eslognement de la justice, que la pouvre mère, 
qui est insiigante et qui a recherché par tous les coins de la France 
d'avoir raison d'un acte si malheureus, a despendu desja en ceste pour- 
suite plus de cinq mil escus. Elle croit maintenant, avec nous tous qui 
estions parans du défunt, qu'après une si longue tempeste elle est surgie 
à bord et qu'elle est arrivée au saint temple de justice, auquel vous. 
Monsieur, présidés, c'est à sçavoir la vifve image d'honeur, de vertu, d'in- 
tégrité et de suffisance, et qu'elle obtiendra ce repos et soûlas de sa perte 
que justice lui aura esté faicte. 

Le naturel des homes de ce pais ne vous est point incogneu. Monsieur. 
Il est bien dangereus que ces exemples n'aillent bien loin et qu'ilz ne 
tirent d'autres après, si l'exemple qui en sera fait ne desconvie les mau- 
vais de les vouloir suivre. Vous n'avés point besoin d'estre requis d*un 
tel affaire : l'honneur de vos prédécesseurs, vostre bien heureuse inclina- 
tion à bien faire et toute vostre vie passée en tant d'honorables actions 
vous solicitent assés, sans moi, de vaincre les importunités et faveurs qui 
se pourroent oposer au contre. Mais j'ai pensé debvoir à la mémoire et 
prière de mes proches d'y adjouster ceste très humble suplication pour 
vous debvoir, outre l'obligation generalle que la France vous a et qu'on 
doit à la vertu, ceste cy particulière et me dire pour jamais, Monsieur, 
vostre très humble et plus obéissant serviteur. 



APPENDICE 185 

XXXI. — A LAZARE COQUELAY, CONSEILLER AU PARLEMENT DE PARIS, 
COMMISSAIRE oèLÈGUÈ A LA CHAMBRE DE JUSTICE DE GUIENNE. 

(9 juin 1583.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f^ 197 r^-içS r^, copie. 

A M. de Coqulai, conseiller au Parlement de Paris, 

Monsieur, je recevrai tousjours la loi qu'il vous plaira me donner ; bien 
serois je marry que vous creussiés qu'en mes esc[r]itz il y eut un seul trait, 
couleur ou teinture d'adulation (estant né trop franchement pour me 
prostituer jusques à ce point là), ou de la passion en mon jugement, vous 
ayant plus tôt estimé et honoré qu'aymé. Je ne sçai s'il y auroit del'incon- 
sideration et de la vanité : nihil enint hunuini a me alienum puio <. Si est-ce 
que je vous puis bien dire ce mot des anciens : si sciensfallo^yCl ce qui suit 
après, si ce n'est qu'il vous ennuyé, comme à ce poète latin qui se faschoit 
que ses vers fussent loués et recités par un auteur ignorant iferrem (dit-il) 
sifaceret bonus poêla 3. Qjaoi qu'il en soit, il me depleroit beaucoup que 
mes escritz vous eussent tant soit peu depleu. Nos hos quœsitum minus 
in usus 4. Je choisirai plustot à faire la quatriesme personne de la scène et 
demurer muet, acceptant par ce moyen le bien que vous dites estre en 
moi, qu'en y respondant vous estes(5iV ; corr, : estre) moins agréable. 

Je suis bien aise que nostre ville d'Agen vous ayt si doucement tenu ; 
s'il est ainsi que je ne sois point trompé par ceus qui m'ont dit que toute 
vostre compagnie y a eu du contentement, bien sçai-je que presque égale- 
ment tout ce peuple a eu un singulier désir dé vous y bien voir, vous 
honorer et recognoistre, et qu'il en demeure satisfait, dont, tant pour 
vostre regard que pour le leur, il m'en revient un plaisir que j'estime très 
fructueus pour l'affection que je y ai à cause de ma naissance, amis, 
moiens et parens qui sont en se pais la : lihel hanc terris magis omnibus 
unam posthabita celebrare Samo 5. Je ne vous teray point que suavifer nobis 
fuit d'avoir entendu que vous ayés un peu destrempé l'aigreur et la 
sévérité de vostre justice /(Q?/w/wm fabellis et sucrotillis voculis ^, et que cest 
oiseau d'Horace avec ses signes pourprés n'a point desdaigné de ban- 

1. Térence, Heaut., I, x, 25. 

2. CicÉRON, Ad fam. VII, i. — Pune le Jeune, Panêg., 64. — Festus, in lapidem. 
5. Martial, XII, 63, 8. 

4. Virgile, En.. IV, 647. 

5. Adapution des vers de Virgile, En., l, 15-16 : 

Quam Juno fertur terris magis omnibus anam 
Posthabita colaitse Samo. 

6. TiTiNNius, ap. Festum, joi. Voici le fragment : 

Feminina fabalare saccrotilla vocula . 

(Scen. Roman, poesisfragm., éd. Ribbeck, 11^ I57*) 



l86 APPENDICE 

quêter chés vous « : Veneris jactus semper optimus ^. Monsieur, vous me 
permetrés que je tante un peu vostre patience et que je déride un peu 
mon front et dessourcille ma plume. La Mannue 5 des anciens permetoit 
bien plus de licence, dans laquelle encore nous sommes, selon le calen- 
drier que nous venons de laisser. Aussi pour cest heure les Alcions 
sont dans vostre palais, et vobis nondum res redîerunt 4, qui me fait à 
l'aventure abuser de vostre loisir et du mien, sans toutes fois vouloir 
entreprendre de violer Thoneur et affectibn que je vous doy, que je ne 
veus mescognoistre non plus que moi mesme. Et ne la pouvant expri- 
mer, je ne veus point d'autre truchement que le vostre et mien. Monsieur 
de Lestonnac 5, lequel, comme il est, fandi doctissimus et tnulta tenens 
antiqua sepuïta vetusta, pourra bien plus aisément aquiter ceste partie et 
subvenir à mon insuffisance. Mais je serai bien encore plus satisfait si 
les effectz Cad liquidum de amnii< nostris verum dicunt) vous pouvoent 
rendre tesmognagequel je vous suis, et attendant ceste occasion je saluerai 
vos bonnes grâces de mes très humbles recommendations, priant Dieu, 
Monsieur, vous donner en parfaite santé, très heureuse et longue vie. 

Le 9 juin 1583. 
Vostre bien humble serviteur. 

XXXn. — A BERTRAND DE SALIGNAC DE LA MOTHE-FÉNELON (?). 

(1594O 
Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f^ 195 1^-196 r**, copie. 

Monsieur, 
L'amitié de nos pères, celle qui a continué entre nous et que la longue 

1. Allusion AUX vers d*HoRACE, Od,, IV, i, 9-12 : 

Tempestivius in domum 

Paulli, purpurds aies oloribus, 
Cominissiibere Maximi, 

Si torrere jecur qujcris idoneum. 

2. Suétone, Aug.^ 71. — Cf. Erasme, Adag.^ chil. I, cent. II, ad. 13. 

5. Sic, II faut corriger la Manuie. Malvyn fait allusion à Mania, mère des dieux Lares 
(Varron, Ik ling. lat.^ IX, 6i), en l'honneur desquels les Compitalia étaient célébrées 
(Macrobe, Saturn.^ I, 7) aux calendes de mai et d'août. Il se souvient sans doute ici des 
vers d'OviDE (Fa5/^5, V, 129-150). 

Praestitibus Maiae aribus videre kalendae 
Aram constitui, signaque par va deum, 

et aussi de ceux d'Accius, cites par Macrobe (ibid.) : 

... Per agros urbesque ferc omnes 
Exercent epulis Ixti, famulosque procurant 
Q.uisque suos : nostrique ibidem. Ht mot traditus illinc 
I»te, ut cum dominis tamuh cpulentur ibidem. 

4. Souvenir de Plaute, Captifs, J, i, 17 : 

Prolatis rébus para!>iti venatici 

Sunius : quaiido res redierunt, molossici. 

Cf. CicÉROS, Post red, in sen., cap. 11 : tes cum redissent. 

). Probablement Guy de Lestonnac (voir plus haut, n** XIV). 



APPENDICE 187 

distencedes temps et des lieus n'a peu séparer, Thoneur et le mérite vostre 
avec le désir que j'aide vous faire service, ce sont d'assésfortz argumentz 
pour m'induire à vous requérir de ne me refuser point l'efFect de vostre 
bienveillance en un affaire qui est survenu dernièrement en ce Parlement. 
C'est que le sieur de Pichon ayant esté, par arrest du grand conseil, remis 
en son estât de conseiller en ceste court, sa restitution et reinstallation ne 
fut nullement debatue ni par moi ni par autre, et pour ce regard il n'a 
point eu de contradiction. Mais comme il voulut prendre et jouir du rang 
et presseance auquel il pretendoit aussi estre restitué, j'estimay que je 
debvois dire sur ceste occurrence ce que l'honeur et bien de la justice et 
la dignité de nostre compagnie m'obligeoit à y représenter et remonstrer 
que ceste prétendue restitution n'estoit tant s'en faut plaine et entière, 
comme il -estoit requis, mais qu'elle estoit bien fort manque et défectueuse, 
et encore plus honteuse pour ledit Pichon. Je ne m'estendrai point aus 
raisons qui furent lors par moi déduites, pour ce qu'elles sont comprises 
en ce cayer que je vous envoyé ^ Elles avoent quelque autre visage lors 
que je les discoureus, pour ce que les grâces et les pointes, s'il y en avoit 
aucunes, avoent esté recueillies d'aucuns auteurs grecz et latins de la 
première marque, que j'ay voulu retrancher, afin que, si ceste remons- 
trance estoit leue ou récitée au privé conseil, elle fut plus aiséement 
entendue de toute l'assistance. 

Je n'ai apporté en cest affaire nulle mauvaise intention contre ledit 
Pichon ni nulle affection à mon interest ou presceance que je pouvois 
disputer contre lui. Car c'est chose qui ne me peut venir en nulle consi- 
dération, lequel des deus ou Malvin ira devant ou derrière. Je voi tant 
de jeunesse qui n'est pas encore esclose et personnes de si peu qui me 
précèdent, que je ne dois et ne veus faire nul fondement de telle ineptie 
que cela. Mais, à dire vrai, le public m'a grandement esmeu, le bien et 
l'honeur de nostre compagnie, l'infamie qu'aucuns pretendoent estre en 
nostre ordre, qui ne s'efface pas, ce me semble, par le restablissement 
dudit de Pichon, et encore moins s'il est restitué au rang et degré qu'il 
prétend. Je y ay procédé avec toute la droiture et intégrité qu'il m'a esté 
possible; quel qu'en puisse estre l'événement, j'auroy ceste satisfaction, à 
tout le moins, que j'ay voulu bien faire. Ce que j'attens astheure de 
vous. Monsieur, et dont je vous requiers bien humblement, c'est qu'il 
vous plaise presanter celle que j'escris à Monseigneur le Chancellié et lui 
faire voir ma remonstrance, afin qu'il soit informé des raisons et argu- 
mens que j'ay eu de ce faire, et, s'il vous plait, de soustenir ceste 
cause et l'estayer envers ledit seigneur Chancellier de vostre parole et des 

I. La remontrance publiée plus haut, n" IV (pp. 124-130). 



l88 APPENDICE 

vives forces et persuasions de vostre éloquence cognue par toute la chres- 
tienté. Vous acquerrés une très grande obligation non seulement sur moi, 
mais sur tous les bons de ce Parlement et sur tous ceus qui aiment l'ordre 
et l'innocence en la justice. Je suplie donc d'estre comme le parrain de 
ceste mienne remonstrance, destituée de toute autre faveur que celle que 
vous lui voudrés impartir, pour la faire passer et la rendre agréable aus 
yeus de mondit seigneur le Chancellier ; et en recompence vous me fairés 
cest honeur de m*avouer pour vostre, et à tant excusés ma longueur et 
mon importunité et croire que je serai pour jamais... 

XXXIII. — A ? 
(29 octobre 1595.) 

Archives municipales de .Bordeaux, ras. Delpit, ("* 2CX) v**-202 r°, copie. 

Monsieur, 

J'ai receu trois de voz lettres, la dernière aujourd'hui et les autres puis peu 
de jours. La première estoit dans le livre du feu sieur de Sponde, dont 
je vous remercie très humblement. Je me suis esbahy que par icelle vous 
versés à plaines mains sur moi des nouveaus titres et faveurs de doctrine 
et suffisance. Je ne sçavois de quel songe il me pouvoit estre avenu ut 
repente poeta prodirem. Je ne me suis point encore aperceu que despuis 
nostre dernière veue j'en sois devenu plus honeste homme, nec si me egre- 
giumvicitta dicat, credam ». Vostre tesmognage n'est point populaire et ne 
me peut estre qu'illustre. Laudari a laudato viro pulcrutîiy disoit Hector 
dans N«vius *. Mais je sçai bien que vous me considérés plus de l'œil de 
vostre amitié que de cellui de vostre jugement : 

...An qui amant ipsi sibi somnia fingunt ? ^ 

Pour la seconde lettre, que j'ai receue 18 jours après la datte, ne crainiés 
(jic) point, comme vous dites par vostre dernière, qu'elle m'ayt esté ennu- 

1. Souvenir de Perse, 5a/., IV, 46 : 

. . . Hgregiura cum me vicinia dicat. 
Non credam ? 

2. Voici le vers conservé parCicÉRON, Tuscul.^ IV, 31, et tiré de l'Hector profidscenSy de 
N^vius : 

I^tas sum laudari me abs te, pater a laudato viro. 

(Scen. Roman, poesis fragm. de Ribbeck, 2* éd., 1871, I, p. 8). — Ce vers a souvent été cité 
par les anciens: par Cicéron, TuscuL, IV, 67, Ad Famil., V, 12, XV, 6, par Sénèque, 
Epist., XVII, 2, par Symmaque, qui a dit : « Laudari quippe a laudato viro rara est merces 
ingenii » {Epist. libriX, éd. Fr. Jurct, Parisiis, Ex typographia Orriana, 1604, in-4*'. p. joi. 
Cf. aussi p. ici). 

3. Vers de Virgile, Bucol, VIII, 108, cité par Ausonf, Epist., XXW, 132 (vulg.), XXV 
(éd. Schenkl), XXVII (éd. Peiper). 



APPENDICE 189 

yeuse. Oraiio Demosthenis quœ longissima^ eadem et pulcherrima^, Lespomes 
hesperides ne sont point plus dorées que toute la peinture de ceste lettre 
est belle, vive, riche et diverse. Non luscinia in solitudine Africana dulcius 
canticum adoîesceniiœ garrinni, non olores apud avios fluvios carmen senectx 
melliium œque meditaniur^. Les abeilles d'Hyniète ont cuvé ce miel qui 
en distille, et si j'avois tousjours une telle nourriture, je ne porterois point 
d'envie à l'ambroisie de Jupiter. Vous avés tiré une infinité de beaus 
rejettons des plantes et pépinières de Pline, Ciceron, Lucresse, Virgile, 
Horace, et avec telle mestrisc ut appareat eos exempios esse, non evulsos, et 
semblent qu'ilz regerment plus heureusement dans vostre fons que dans 
leur terroir naturel. Vivent felicius in aliéna quant in suo, disoit un auteur 
de l'agriculture 3. Il me deplail bien que ces beaus vers que vous avés 
transplanté du troisième de Lucrèce, qui se raportent très bien à Epicure, 
selon le sens de ce poète, puissent prendre terre et racine chés moi. Il 
faut bien considérer l'esprit et l'amc du lieu et du ciel sous lequel on les 
remet. Vous avés de quoi suffisamment les placer dans vos parterres. 
Aussi en ces \tTS pressis vestigia signis 4, ce mot de s^nis signifie et com- 
prend les livres, les escritz et les commentaires d'Epicure, et je suis encore 
une ligne blanche qui ne marque rien, et la faculté m'en est autant desniée 
comme ma volonté y seroit bien disposée. Car qui refuseroit de boire 
dans le hanap de l'immortalité ? De me réduire à vostre exemple, et je 
vous le jure ex animi sententia et more romano, ce seroit vouloir acoupler 
la tortue avec l'aigle et les faire voler per à per. La félicité d'escrire qui 
est excellente en vous et le labeur incroyable sous lequel vous ne ployés 
jamais me desconvieroent plustot de faire nouvelle entreprise que de m'y 
semondre. Nam qui ipse facundus et musicus editioni alienœ prolectat audaciam ; 
consilio quo suadet exterret 5. Et pourrois je usurper plus justement envers 
vous ceste excuse que Pline l'oncle alleguoit à un autre : nohis omni via 
occurris ingens et hngius submoves ingenii fascibus ^. Je vous ay bien dit 
quclquesfois que je trouvois nostre histoire merveilleusement sèche et 
aride, et qu'à mon avis elle n'avoit point encore rencontré son Thucidide 
ou son Tite Live. Et si j'etois capable de mètre la main à la plume et former 



1. Pline LE Jeune,!, 20, a dit de Cicéron : «Cujusoratio optiniafertur esse qu£ maximi. » 

2. Apulée, FlorideSj III, 17 (éd. Oudcndorp et Bosscha). — Malvyn a ajouté les deux fois 
la négation. 

5. Je n*ai retrouvé ce mot ni dans Giton, ni dans Varron, ni dans G)luniclle, ni dans 
Palladius. 

4. Lucrèce, Dr nat. rer.^ III, 4. ^ 

5. AusoNE, Epist., VII, 3-5 (éd. Pciper), XI (éd. Schenkl). 

6. Voici le texte exact de Pline l'Ancien : « Perfricui faciem, nec tamen profeci, quoniam 
alia via occurris ingens et longius etiam submoves ingeni fascibus. » {Hist. Nat,, praef., 4). 



190 APPENDICE 

cœlatum novem musis opus *, que nul ouvrage ne me viendroit plus à gré 
que cestui là. Je ne suis pas toutesfois si inconsidéré que je ne me 
recognoisse bien ce que mes espaules peuvent porter. Je me cache bien 
heureusement jusqu'icy et je me prostituerois honteusement et impudem- 
ment sur ceste scène où je ne vois pas seulement un Roscius, mais une infi- 
nité jouer si dextrement leur personnage ! Il y en a qui s'abillent du cotuf ne, 
les autres du solier de la comédie ; les uns y paroissent avec la toge 
romaine, les autres avec le manteau à la grecque. At ego ne quidem planipes. 
D'ailleurs, plus que homme du monde je suis refuyant du travail, qui me 
fait craindre tout nouveau dessein et toute entreprise, et est cause que je 
veus et me plait bien dire avec Ciceron en quelque lieu : Toium hoc phi- 
losophari mihi dispïicet *. Je cerche les ruisseaus et les fontaines et les 
refrechissemens des bocages ombreus ; les lantes et agréables promenades 
me sont délectables, non ces longs voiages, ces grandes et pénibles journées. 
Amœnitates stuâiorum quœro », et comme un autre : Fhimina amem silvasque 
inglorius 4. Aristote disoit qu'il lui estoit mesceant de se taire puisque 
Xenocrate parloit; et j'estime qu'il me sera bien sceant de me taire et 
d'escouter quand les langues éloquentes de ce royaume parlent et discourent. 
Et possible se peut il mieus dire aujourdhuy que lors qu'il fut escrit : 

. . . Toi secula condiia carlhis 
Qux suavix tuleraitty tempera nostra gravant $. 

J'espère, avec l'ayde de Dieu, estre à Bourdeaus quelques jours devant 
l'ouverture du Parlement. Nous aurons loisir de traiter de l'aflaire dont 
vous m'avés escrit. On a imprimé au tombeau du sieur de Sponde quelques 
vers et prose qui porte mon nom, mais tout est défiguré et y a tant de 
fautes que je les desadvoue. Je sçai force nouvelles, mais je suis si emba- 
rassé d'aflfaires (et possible ne le croirés vous pas) qu'il faut que je rompe 
icy le fil de ma lettre pour vous dire que je suis... 

Le 29 octobre 1595. 



1. Horace, Epist.^ Il, 11, 92. 

2. CicÉRON a exprimé cette idée en plusieurs passages : De Orat.^ Il, 57, De republ.y I, 18, 
30, Tuscul., II, I. Il dit dans le De Oratore : « Ac sic decrevi philosophari potius, ut Neop- 
tolemus apud l^nnium^ paucis. Nam oninino baud placct. » Voici le vers d*£nnius (Scen, 
Roman, poesisfragm.^ éd. Ribbeck, I, p. 65) : 

Philosophari est mihi necesM, at paucis ; nam omnino haut placet. 

3. C'est encore un souvenir de Pline l'Ancien : « Magna pars studiorum amœnitates qua> 
rimus. ■ {Hist. Nat.j pr«f., 10). 

4. Virgile, Gèorg., II, 486. 

5. AusoNE, Epist.f XIV, 23-24 (vulg.), XIV (éd. Schenkl), X (éd. Peipcr). 



APPENDICE 191 

XXXIV. — A ? 

[s.l.n.d.J 

Archives municipales de Bonleaux, ms. Delpit, f" 1941^, minute originale autographe. 

Monsieur, 

Vous me faites beaucoup d'honeur de vous souvenir d'une persone si 
affligée que je suis et batu de plusieurs grandes adversités, qui ont tombé 
coup à coup Tune sur l'autre, suffisantes pour ébranler non une foiblesse 
telle qu'est la mienne, mais bien une plus grande constance d'une ame de 
plus forte trempe ^ Il semble que la Fortune ou bien mon infortuné desastre 
a pris plaisir de lascher les traits de son corrous contre moy, qui n'ay nul 
moyen de luy résister et ne puis dire autre chose meshuy, si ce n'est que 
je me rends à sa discrétion. Car quand je serois pourveu de toutes les ver- 
tus du monde (et je n'en suis que trop despourveu), je cognoy que j'ay 
vescu pour néant, réduit sur mes derniers jours en une étrange solitude, 
privé de toutes mes espérances et de mes ressources et n'ayant pour com- 
paignie inséparable que mes ennuys. Je n'oublie rien de tout ce que je 
pense me ^ pouvoir servir pour m'en divertir, mais ilz recourent maugré 
moy et veillant et songeant ilz me travaillent en diverses façons et coupent 
la racine aus consolations que je veus faire naistre et provigner en mon 
entendement. Il aviendra possible que le temps donra quelques remèdes 
plus lenitifs à la douleur que j'ay sentie en ung si grand coup, mais il ne 
m'ostera jamais la souvenance de ce que je vous doy et de vostre mérite 
envers moy, qui recercheray tousjours le bien de voz bonnes grâces pour 
me dire et recognoistre à jamais. 

Monsieur, 

Vostre très humble serviteur et cousin. 



1. Que la mienne barré.. 

2. Malvyn avait d'abord écrit nCy. 



192 APPENDICE 



D. Lettres adressées a Malvyn. 



XXXV. — HENRI IV a malvyn. 

(Paris, 20 mars 1610.) 

Archives manicipales de Bordeaux, ms. Delpit, f* 167 r**, copie. 

Lettre du Roy escrite à M, de Cessac. 

De par le Roy. 

Nostre aroé et féal, si vous ne jugés bien aussi bien que nous à quel 
dessain l'arrest de nostre cour de parlement de Bourdeaus du XVII feb- 
vrier dernier a esté donné, les pratiques et menées qui ont esté aportées de 
la part de nos advocatz generaus, et combien nous avons juste occasion 
de mescontantement d'un tel procéder, nous vous ferions la présente 
plus longue. Mais elle sera seulement pour vous dire qu'envoyant à 
nostre dite cour sur ce subject nos lettres patantcs qui vous seront mises 
en main, vous nous ferés service très agréable de vous employer avec 
affection à ce que, suivant icelles, les arrestz de nostre conseil et ce que 
nous avons tant de fois mandé à nostre dicte court, les charges et fonc- 
tions des substitutz de nostre dict procureur gênerai en icelle et des 
jurisdictions y ressortissans soyent réglées et que nous n'ayons plus la 
peine d'en escrire une autre fois. 

Donné à Paris, le XX« jour de mars 16 10. 

Signé : Henry. 

Et plus bas : Forget. 

XXXVI. — CLAUDE MANGOT A MALVYN. 

(Tours, 28 janvier 1616.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f' 215 r**, original autographe. 

Monsieur, 

J'ay tousjours honoré v[ostre] vertu par la réputation. Maintenant 
qu'il a pieu au Roy me pourveoir de la charge de premier président 
en vostre Parlement, ce sera pour la respecter présent, et apprendre 
de vous et par vostre exemple, qui est le vray respect, ce qui est de 
l'honneur et du devoir de la charge, et comme vous estes en la compa- 



APPENDICE 193 

gnie, Monsieur, le premier en toutes qualités, aussi vous protester pour 

touts de n'avoir autre désir que d'honorer et rendre service très humble 

au gênerai et particulier d'une si honorable compagnie, en bien faisant et 

servant en ceste charge selon leurs bonnes intentions et volontés. 

J'attends le commandement de partir, que l'on me remet au succès de 

la conférence qui se fait au X^ du mois prochain en la ville de Loudun 

pour la paix, que l'on espère et que l'on tient aucunement comme 

asseurée. Cependant je vous baiserai humblement les mains, priant 

Dieu qu'il vous donne. Monsieur, en parfaite santé très heureuse et 

longue vie. 

De Tours, ce 28 janvier 616. 

Vostre très humble et plus affectionné ser\-iteur. 

Mangot. 

[Au dos :] A Monsieur de Cessac, conseiller du Roy 

en la Cour de Parlement de Bourdeaux. 

XXXVII. — PIERRE PASCHAL A MALVYN. 

(Cadillac, 13 juin.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f* 256 r^, original autographe. 

Godofrido MalvinOy in suprema Burdigaknsium 

curia consiliario amplissimOy 

P. Paschalis 5. P. 

Joannes Forginus, gêner meus, ad me scripsit, te sibi esse pollicitum, 
daturum operam, si vel toto anno singulis diebus ferre debeas in sena- 
tum de nostro negotio aresta curias pugnantia, nobis ut satisfiat, nec 
passurum ut diutius in amplissimo ordine Tf|Ç to>v àpé^Tcov evavriojffecoç 
labes hasreat; et apcdTov oux àpe^Tov eiTj. Unde ego tibi, vir amplis- 
sime, quantas animus meus capere potest, gratias ago. Et quoniam id 
tibi superioribus literis commendavi de meliore nota, et certo mihi 
poUiceor tuum nobis non defuturum studium, te de hac re non obtundam 
et interpellabo posthac amplius. Cœterum, dum veteres meas schedas 
nuper evolvo scrutorque, incidi forte in eglogam, a Georgio Bucanano 
scriptam, opinor, quo tempore docebat in Lusitania, modérante scholam 
Conimbricam Andréa Gouveano ». Quas, etsi jam olim lecta, ita mihi 

I. A la lettre est jointe une copie de cette cglogue (f»» 257 r*'-258 r**). C'est la silve III, 
intitulée : Desiderium Lutetix (moins les neuf derniers vers), que l'on peut lire dans les 
œuvres complètes de Buchanan, éd. de 1725, in-4'', II, 329-331. C'est en 1546 queBuchanan 
alla avec André de Gouvéa fonderie collège des arts de Coïmbre. (Cf. Georgii Bucbatiani iHta 
en tête de l'éd. citée. — J. Quicherat, Hist. du collège de Sainte- Barbe, I, 239-240. — GaulI 
UEUR, Hist, du collège de Guyenne, p. 206.) 

COURTBAULT. I3 



194 APPENDICE 

placuit, ut, non contentus semel legisse, relegerini, nec sine summa 
voluptate, iterum et saepius. Nam ita pleraque omnîa mira reciprocatione 
composita sunt, ut etiam qui aliéna pras suis fastidiunt, admirari jure 
possint. Nam ego, qui te talibus scriptis delectari et tara ab ineunte 
adolescentia in eo génère excellere satis certo scio, ignarus lectane 
unquam abs te fuerit, descriptam ad te mitto. Quod autem aliorum 
optima mitto potius quam mea non bona, prudentius factum judicabis 
^quiqbe ac boni faciès, nostra fortasse nonnunquam, sed minore admi- 
ratione lecturus. Vale, vir amplissime, et hominem tibi deditissimum 
ama. Cadillaci, idibus Junii. 

XXXVni. — FLORIMOND DE RiEMOND A MALVYN. 

(5 novembre 1596.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f°* no V^-iii f", copie. 

Je meure donc, Monsieur, si vous n'avés tort de vous gaber ainsin de 
vos serviteurs, comme vous faites par celle que j'ay trouvé céans à mon 
retour de la défaite du bon père Liée, que nous avons emprisonné. Il 
pétille et saute : si a il beau à faire, nous l'envoyrons lié et bayné en 
Angleterre. Ces yvrognes gourmans accourent à plaines voiles pour 
l'enlever. 

J'ai soudain mis la main à la plume, qui sont mes seules armes 
offencives et deffencives, dont je me sçay encor mal ayder, pour vous 
respondre. A vous ouyr parler. Monsieur, on diroit que je suis quelque 
honeste homme ; vous me fériés enfler de gloire, si je n'avois encor 
assés de jugement pour recognoistre ou que vous me reguardés de l'œil 
de vostre amitié et non de mon mérite, ou plustot que le pouvoir que 
vous avés acquis sur moi vous donne ceste autorité de me dépeindre 
tel qu'il vous plait. Je ne suis pas si amoureus de moi mesme que je ne 
recognoisse que tout ce que je dis ressemble un son de chalumeaus 
rompus ou les cris estranglés de la vois enrouée de ceste vieille sorcière 
qui est chés Apulée, laquelle ne peut se donner un pié de terre à 'tout 
son plumage : Fit bubo Pamphile. Sic edito stridore queruloy jam sut pericli- 
iabunday paulatim terra résultat K Je n'ai pas esté si avisé (veu le long 
temps qu'il y a que je vous suis comme envieus pendu à la seinture) 
de retenir quelque chose de vostre douceur, qui coule de vostre bouche 
et qui se suit comme la mélodie des signes qui se haussent en l'air, 

Cum sese a pastu referunl et bttgtta canoros 
Datit per colla sonos *. 

1. Apulée, Metam., III, 57 (éd. Oudendorp). 

2. Virgile, En., VU, 700-701. Le texte exact porte tnodos au lieu d« smtos. La co^ie 
porte Lingua, faute grossière pour lotiga. 



APPENDICE 195 

Cela ne sent point le salpêtre ni les veines sulphurées qui sortent de 
chés moi à gros bouillons, mais plus tôt la vraye liqueur d'Hipocrène 
et le parler des Muses, 

,,.a quo cm fonte permni 
Fattitn Pieriis rigantur aquis '. 

Il n'i a ordre, Monsieur ; il n*est pas permis à tous d'aler à Corinthe, 
disoit en son vivant le bon M. du Roi * pour se desmeler des lacs de 
nostre... 3. 

Je lerrai ces propos pour vous dire que je frémis de peur tant j'apre- 
hende l'arrivée de mon Ante-Christy que j'atans d'heure à autre, imprimé 
à Lyon à mon desceu •♦. Je crains fort qu'il se ressentira du sommeil des 
compagnons, et cepandant la faute sera jettée sur moi. Qu'i ferois-je ? 
la pierre en est jettée. Vous en estes cause, car vous seul m'avés encou- 
ragé de paroistre sur le teatre. Dieu le conduise ! Il s'en va les rênes 
droites à la teste des ennemis et me lesse résolu d'attendre de pié coi 
tous les traiiz que l'envie, la médisance et la calomnie pourront desco- 
cher contre moi. QjLioi qu'ilz sachent faire ni dire, 

Impavidutn ferient ruinx 5 . 

Tandis que je me tourmente, vous trompés doucement le temps, son- 
geant à clore en repos vostre vie et les moyens que vous tiendrés à soner 
la retraite à vostre Cessac. Mais je ne sçai pourquoi vous l'aprehendés tant : 
il semble, à voir vostre lettre, que ce soit quelque saut périlleux. Bon 
Dieu, que seroit ce s'il vous faloit tout à fait donner du pié au monde ! 
Je suis de vostre avis qu'il ne faut ni vieillir ni mourir en une charge. 
Cela ne sent pas son cœur heureus,mesmementoù il va de la conscience, 
comme est à nostre. Nous faillons tous, tant que nous sommes, entrans 
trop jeunes au service de la republique et en sortons trop vielz ; non 
pas vous. Monsieur, qui aviés à l'entrée une jeunesse chenue et à l'issue 
en un corps jà sec une ame verte : Extrema tetnpora nobis impartira debetnus, 
at ipsx leges monent quœ senem otio reddunt ^. N'est-ce pas ce que Pline 
nous enseigne ? Or, puisque vous voulés bastir vostre citadele, je passe 
contract avec vous et m'oblige cors et biens de vous donner un marbre 
pour mètre sur le plus grand donjon en lettres dorées et digitales : Mea 

1. Ovide, Amor.^ III, 9, 25. 

2. Florimond de Ramond fait probablement allusion à Gassiot du Roy, conseiller lai, 
reçu le x8 septembre 1569. 

3. Mot illisible. 

4. Allusion à V Anti-Cbrist , publié en 1597 à Lyon, par Jean Pillehottc, pet. in-S". On 
voit que l'édition de ce livre de 1595 n*a jamais existé que dans l'imagination des biblio- 
graphes, qui déclarent, du reste, n'en avoir pas vu d'exemplaire. 

5. Horace, Od.y III, m, 8. — La copie porte -.ferrent brumx. 

6. Pline le Jeune, Epist.y IV, 23. 



196 APPENDICE 

virtute nie involvo '. Vous avés beau à désirer à vous cacher et ensevelir, 

en despit de vous je vous arracherai du tombeau et vous feray revivre 

dans les cscritz que je barbouille, qui sont les célèbres arrestz de nostre 

Parlement, où vous serés tiré en divers lieus d'un craion d'honeur. Si je 

suis tant soit peu secouru, ce sera un ouvrage qui ne craindra ny la rouille 

ni le temps. Ce sera le vrai gibié des aprantis qui formillent dans noz 

palais. Mais, mon Dieu, ne me ressouviens-je pas du tort que vous m'avés 

fait d'entrer en doute du service que je vous ay voué et conservé de si 

longue main ? Je voudrois avoir beu dans la fontaine d'oubli pour ne 

m'en ressouvenir jamais. Le foudre de Jupiter m'acable, si je y ay pensé. 

J'ay tort de vous en refreschir la mémoire, et ne m'avise pas que, cepan- 

dant que je me plains de vous à vous mesme, je suis arrivé à la quatrième 

page. J'aurois de quoi vous entretenir des affaires de la Cour, mais ce 

sont choses qui ne s'envoyent pas par lettres d'eschange. Aussi croy-je 

que ma lettre vous trouvera en chemin ou sur le point de vostre despart 

pour vous trouver à ceste grande journée de la Sainct Martin qui est la 

2é« de vostre régne *. Je n'adjousterai non plus si n'est l'asseurance que 

je vous supplie prandre de moi comme de vostre très humble et fidelle 

serviteur. 

Du marquisat, ce v novembre 1596. 

De RvEMOnd. 



XXXIX. — FLORIMOND DE RiEMOND A MALVYN. 

(Bordeaux, 12 juin 1601.) 

Archives municipales de Bordeaux, ms. Delpit, f* 214 r^'-v'*, original, signât, autogr. 

Monsieur, 

Il me sera beaucoup plus facile d'esgaler l'affection dont vous m'honores 
par voz lettres que de satisfaire à ce qu'elles m'obligent, qui est de 
respondre à l'eslegance parfaicte dont elles sont riches. Je peVs l'envie 
d'oser seconder leur beauté et allier la rudesse de mes grâces ingrates à 
la douceur des vostres naturelles. La flatcrie dont vous me jugeriés coul- 
pable arreste les paroUes dont je pourrois descrire l'admiration que j'en 
fais à toute heure, bien que je n'en pense guières bien venir à bout : 
Grandes niaterias ingénia parva non snsiinent^ et in ipso conatu ultra vires 
ausa succumbiint, dict le bon Sainct Hicrosme 3. Sy je me tais, donés le à 
la crainte que j'ay d'en dire trop peu. 

1. Horace, 0</., 111, xxix, 54. 

2. Florimond de Rxmond se trompe de deux ans. 

3. Saint Jéhome, Epist, LX, ad Hiliodorum {J?. L., XXII, 589). 



APPENDICE 197 

Voz lettres me menassent que ce grand président, la ruine de mon 
honeur et de la réputation de ce Moras que vous cognoissés, doibt fondre 
sur moy et sur l'antagoniste du maquignon ^ Qu'il y prene garde : 
Depontanus enim ille jam capularis, morosus, tetricus, rugis et moribus asper, 
vetulus^ mucosuSy eut gemmatœ ac verrucosx aures et priapus crassissimus 
à tout son, sinon * sedeffendra et jettera d'ici en hors de terribles horrions 
sur ce mortier et ceste pourpre sacrée dont vous honorés vpstre fille 
bastarde. Par ainsin, conseillés-lui en amy de n'irriter ce lion dans 
sa tanière. 

Mais parlons à certes. Il faut que je vous rende conte de mes actions. 
Je roulle tousjours sur mon desseing auquel, currente rota dum urceum 
facere cogito, amphoram finxit manus 3. Je m'engouffre certes dans cest 
abisme de matières incognues en ce bout du monde où la fortune marastre 
m'a confiné. Sy j'estois citadin de Paris ou citoyen de Rome, seuls 
théâtres de l'univers, peut estre pourrois-je venir à chef de mon entre- 
prinse, dont je despère et maudis l'heure d'y avoir jamais mis la main. 

Vous m'acusés d'ung idolâtre amour, duquel je m'excuserois sy j'avois 
autant de subjcct de le comettre que vous avés en ceux qui partent de 
chés vous. Vos naifvcs couleurs et les traictz delicatz d'ung sy sçavant 
pinceau que le vostre me raviroient bien plus tost que la peinture à frais 
que je tire tiaçant les vieilles rides de l'heresie sur une paroy salie et mal 
plaisante. Il faudroit que vous me fissiés part, pour parer mes ouvrages, 
de ces rares beautés que vous avés et dont vous estes trop chiche, afin 
que je m'en rendisse idolâtre: Demostenes tihi prœripuit ne esses primus ora- 
tory tu un ne solus. J'en dirois plus, sy je n'estois las d'escrire. C'est assés. 
Contentés-vous, Monsieur, et ne soyés jaleux (jic) sy mes lettres saluent 
sy souvent celui que vous et moi honorons à l'esgal. Faictes comunauté 
d'une sy mauvaise marchandise pour contenter vostre curiosité pour ce 
coup. Je ne vous puis dire autre chose que le retour du sieur d'Arrerac *, 
qui a eu arrest en l'absence de monsieur Dubernet 5 pour faire surçoir 
toutes les poursuites et exécutions obtenues par le sieur Dubernet. Hz 
sont à deux de jeu et à recommencer la partie. Excusés-moi, je vous 

1. Florimond de Raumond désigne ainsi un de leurs amis communs, Joseph d*Andrault, 
conseiller clerc au Parlement de Bordeaux. Le ms. Delpit contient {{'** 78 r*'-83 r**) un Dia- 
logut admirable d'un maquignon de Paris et le seigneur Attdrault, sieur de Rignac, C'est une facé- 
tie assez peu spirituelle, où l'érudition s'allie à la bouffonnerie. 

2. Le texte portait : à tout son opinion. Florimond de Rxmond a remplacé opinion par sinon. 
La correction parait être restée imparfaite. Voir ce qu'il dit à la dernière phrase de cette 
lettre. 

3. Souvenir d'HoRACE, Art poét., v. 21-22. 

4. Jean d'Arrerac, conseiller lai, reçu le 22 avril 1580. 

5. Jean du Bernet, conseiller lai, reçu le 20 novembre 1585. 



198 APPENDICE 

supplie, sy ceste lettre se présente à vous d'autre main que la miene ; 
car certes il me desplaist repasser ma cie par ung mesme alignement. 
A Dieu, Monsieur, aimés tousjours, s'il vous plaist, celui qui est 

Vostre très humble et affectioné serviteur. 

De Raemound. 
De Bordeaux, ce 12 juin 1601. 

l^Au doSy de la main de Florimotid de Rœmond :] A Monsieur de Cessac, 
Conseiller du roi en sa cour de Parlement de Bordeaux. 



XL. — M""* DE BOURDEILLE A MALVYN. 

[s. 1. n. d.] (161 1.) 

Archives municipales de Boftleaux, ms. Delpit, f"* 212 r*'-2i3 v^, copie. 

Monsieur, 

Je prens asseurance que, comme bon chrestien que vous estes et curieus 
de vostre salut, le temps n'aura point l'honeur de parfaire ce que vostre 
généreuse ame peut de soi accomplir, et sans contester davantage se for- 
mera à ce qu'il plait aus ordonnances divines nous prescrire de bon et 
de mauvais. Vostre douleur est juste, Monsieur, d'avoir perdu ceste sage 
et vertueuse fille unique, de lui fournir des regretz. Mais quoi ? Monsieur, 
elle tire son gain de vostre perte, son bonheur de vos infortunes et ses 
félicités de vos peines. Chose estrange que ces contrariétés du ciel et de 
la terre, quand nous séparons des segondz nous mesmes, que ce que nous 
aimons tant en ce monde et qui de leur costé nous cherissoit aussi, 
acompagnés de mesmes affections et volontés, qu'ilz ne ressentent point 
nos maus ni nous leurs biens ; et parmi leurs prospérités ne possédons 
que tristesses et eux dans nos propres douleurs que repos. Il se faut 
résoudre en ceste action icy. Monsieur, et faire valoir ses bêles qualités 
dont vous estes orné et enrichi au delà du commun, prendre avantage sur 
le mal qui vous presse et conserver vostre santé qui est si utile à tous 
ceux qui honorent vostre mérite, et particulièrement pour une honeste 
femme, frappée de pareil orage de malheur que vous, et un petit regetton 
qui jette sa veue sur vostre bonté. Il héritera possible un jour aussi bien 
à vos vertus que moiens et commodités. Ne les abandonnés pas, Monsieur. 
Que si les prières et oraisons de tous ceus qui ont de l'affection pour 
vostre soulagement ont de la force à l'endroit de ceste Deité saincte, il 
n'i a nul qui ne dresse ses vœuset offrandes. Les mienes y sont ordinaires 
puis avoir sceu telles subversions arivées dans vostre maison, que je resens 



APPENDICE 199 

avecques toutes sortes de passions et vos afflictions et celles de mada- 
nioiselle de Cessac comme les mienes propres. Je le jure du meilleur de 
mon cœur qu*ilz me sont aussi sensibles que si je croiois ma presance 
estre nécessaire à vostre bien et repos, je ferois l'office de mes lettres, 
tant mes affections sont entières à la recognoissancc de celles dont m'avés 
tousjours honorée et l'un et l'autre, qui vous a donné toute puissance 
absolue de me commander tous deus. J'ai prié le sieur de la Mothe vous 
aler treuver tous deus de ma part, en quelque lieu que soyés, pour me 
raporter Testât de vos santés au plus tost, ne pouvant patienter davan- 
tage, et sçavoir en quoi je pourrois rendre des preuves valables en se 
trouble icy combien je suis véritablement, Monsieur, vostre très humble 
et affectionnée obéissante cousine à vous faire service. 

De Bourdeille. 



INDEX 



Accius, i86 n. 
Ader (Guillaume), 94 n. 
Alesme (François d*), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 1 30 n. 

— (Guillaume d'), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 1 30 n. 

— (Jehan d'), conseiller au Parlement 
de Bordeaux, 10. 

Amabi ou Amalvin (Fort), seigneur de 
Miosscns, 2 n. 

Amalasonthe, fille de Théodoric, 146 n. 

Amalvin, 2. 

Amalvin (vicomte), i. 

Amalvy (Géraud), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 44. 

Anacréon, 56. 

Andrault (Joseph d*), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 197 n. 

Andrieu (Jules), $, 42 n., ici n. 

Angenoust, conseiller à la Chambre de 
justice de Guienne, 16. 

Anjou (François de Valois, duc d'), 14. 

— (Henri de Valois, duc d'), 65, 66, 
164 n. 

Anne d'Autriche, reine de France, 37. 

Antraguet (Charles d'Entragucs, dit), 
80 n. 

Apulée, 189 n., 194. 

Aristote, no, 190. 

Amoul (Bertrand), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 9. 

Arrérac (Jean d'), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 35, 197. 

Artaud (Rodolphe), vicomte de Be- 
zaumes, i. 



Ausone, 44 n., 62 n., 158, 188 n., 

189 n., 190 n. 
Automne (Bernard), 99 n. 
Auvergne (Charles de Valois, comte d'), 

106. 

Babiaut de Rabayne (Christophe de), 
conseiller au Parlement de Bor- 
deaux, 121. 

Baïf (Jean-Antoine de), 157 n. 

Balzac (Jean-Louis Guez de), 98. 

Barrault (Antoine Jaubert de), maire 
de Bordeaux, 35. 

Belot (Jean de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 57. 

Bèze (Théodore de), 97. 

Biron (Armand de Gontaut, duc de), 
maréchal de France, 1$, 118, 164, n. 

— (Charles de Gontaut, duc de), maré- 
chal de France, 106, 170, 181, 182. 

Blasimond (abbé de), voy, Lacombe. 

Blouin, avocat au Parlement de Bor- 
deaux, 102 n. 

Bohier (Nicolas), président au Parle- 
ment de Bordeaux, 44 n. 

Bonneau de Verdus (Jean de), conseil- 
ler au Parlement de Bordeaux, 35 n. 

Bordenave (Nicolas de), 3 n. 

Bordes (Henri), 63 n. 

Bordes de Portage (Louis de), 42 n. 

Bouchier (Raymond de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 9. 

Bouillon (Henri de la Tour d'Auver- 
gne, vicomte de Turenne, duc de), 

38. 



202 



INDEX 



Bourdeille (M^e de), 40, 198, 199. 

Bourdelot Qean), 109 n. 

Brach (Pierre de), 64 n., 75 n., 76, 

77» 78, 79> 103» 104. 108. 

— (Mme de), T'ov. Perrot. 

Brassac (Guy de Goulard, dit de), con- 
seiller au Parlement de Bordeaux, 5. 

Brinon (René de), président au Parle- 
ment de Bordeaux, 44 n. 

Brulart de Sillery, chancelier de France, 
179. 

Brunet G--Ch.), 68 n. 

Buclianan (Georges), 45, 72 n., 195. 

Calneau (Marie), 19 n. 
Camain (Bertrand de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 7, 9, 10. 

— (Thibaut de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 35, 38. 

Camcron (Jean), 102 n. 

CarN'ajal (don Diego de), 52 n. 

Cassiodore, 146. 

Catherine de Bourbon, sœur de Hen- 
ri IV, 18. 

Catherine de Médicis, 13, 19, 61. 

Cayac (sieur de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 100 n. 

Charlemagne, i. 

Charles IX, roi de France, 4, 8, 51, 
56, 62, 121 n. 

Chauvin (Jean de), président à mortier 
au Parlement de Bordeaux, 13 n., 
14. 

Cicéron, 108, 116 n., 118 n., 149 n., 
173 n., 185 n., 186 n., 188 n., 
189, 190. 

Clovis, 49. 

Comte, maître des requêtes, 14. 

Condé (Henri de Bourbon, prince de), 
gouverneur de Guienne, 3$, 36, 38. 

— (Louis II de Bourbon, prince de), 
52, 53,66. 

Coquelay (Lazare), conseiller au Parle- 
ment de Paris, 6 n., 26, 91, 185. 



Cruceus Qoannes), 5 n., 44. 

Cruscau (Etienne de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, n, 23 n., 
28, 34, 35 n., 36, 44, 62, 63 n., 
64,99 °-» 105 "• 

— (Gabriel de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 7, 11. 

— (Pierre de), conseiller au Parlement 
de Bordeaux, 64. 



Daffis (Guillaume), premier président 
au Parlement de Bordeaux, 27, 35, 
38, 103, 164 n. 

Dclas (Gratien), 175. 

Delpit (Jules), 42 n. 

Deniset (Jean), professeur au collège 
de Guienne, 64. 

Desaigues (Guillaume), procureur gé- 
néral au Parlement de Bordeaux, 35, 
169 n. 

— (Jacques), procureur général au 
Parlement de Bordeaux, 15, 29 n. 

Des Cosiures (Simon), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 7, 9. 

Despois (Martin), 42 n. 

Dezeimeris (Reinhold), 42 n., 43 n., 
63 n., 76 n., 77 n., 78 n., 80 n., 
9on., 93, 94 n., 109. 

Dolet (Etienne), 64. 

Dion, 137. 

Dorât Qcan), 75 n., 163 n., 164 n. 

Douhet (Marguerite de), 63 n. 

Du Bahas (Guillaume de Saluste, sieur), 
67, 90. 

Du Bellay (Joachim), 72 n. 

Du Bemet (Jean), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 23, 197. 

Dubert (Rodolphe), abbé d'Uzerche, 
44 n. 

Du Chemin (Jean), évêque de Con- 
dom, 32, 33, 65,69, 76. 

Duduc (Pierre), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 1 1 . 



INDEX 



203 



Du Ferrier (I.), 68 n. 

Du Haillan (Bernard de Girard, sieur 

de), 121, 122. 
Du Mirail (Emmanuel), conseiller au 

Parlement de Bordeaux, 4, 64, 74, 

75 n. 

Du Noyer (Etienne), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 24 n., 35. 

Du Perron (Jacques Davy, cardinal), 
96. 

Du Puy (Claude), 90 n., 165 n. 

Duras (Symphorien de Durfort, sieur 
de), 54, 57 n., 61. 

Du Roy (Gassiot), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 195. 

Du Sault (Charles), avocat général au 
Parlement de Bordeaux, 8, 100 n. 

Du Verdier (Antoine), 42 n. 



Eginhard, i. 

Elisabeth de France, reine d'Espagne, 

37- 
Ennius, 190 n. 

Épernon (Jean-Louis de Nogaret de la 

Valette, duc d*), 90 n., 107, 179. 

Érasme, 158 n., 186 n. 

Esdras, 158 n. 



Ferron (Arnaud de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 5, 44, 60, 62, 
63, 6$. 69, 75 n., 161. 

Fétineau (Elie de), conseiller à la 
Chambre de TÉdit, 31 n. 

Feuillas (De), maître des requêtes, 184. 

Feydeau (Joseph de), président de la 
Chambre de TÉdit, 33 n. 

Fleury (Etienne), conseiller à la Cham- 
bre de justice de Guienne, 16. 

Foix (Paul de), 19. 

Fonterailles (Michel d*Astarac, sieur 
de), 68 n. 

Forget, (Pierre), secrétaire d*État, 192. 

Foyssin (Jean), 68 n. 



François I», roi de France, 49, 59. 
Francus, 46, 47, 48, 57 ri., 59, 60. 
Fregoso (Giano), évêque d*Agen, 14, 
166, 167. 

Gailhard (Jeanne de), 5. 
Garasse (le P.), 30 n., 94 n. 
Gascq (Jean de), conseiller, puis prési- 
dent au Parlement de Bordeaux, 11, 

27- 

Gaufreteau (Jean de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 25, 35. 

Gaxies, commis-greffier du Parlement 
de Bordeaux, 18. 

Gentils (Gabriel de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 9. 

Gentils de Cadillac (Louis de), président 
à mortier au Parlement de Bor- 
deaux, 34 n., 35, 169 n. 

Gères (Jules de), 42 n., 95 n. 

Gille (Nicole), 60. 

Gontery (Jean), 102. 

Gourgues (Marc-Antoine de), premier 
président au Parlement de Bor- 
deaux, 39. 

Gouvéa (André de), 193. 

— (Antoine de), 44 n. 

Guérin (Arnaud de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 4, 9. 

— (Charles de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux 107. 

— (Jacques de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 35 n., 107. 

— (Mathurine de), 19 n. 

Guijon (Jean), professeur au collège de 
Guienne, 76. 

Guilloche (Jean de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 9. 

Guise (Charles de Lorraine, duc de), 37. 

— (François de Lorraine, duc de), 51, 
52, 53, 61. 

Guyart Qesin), 41. 



204 



INDEX 



Haut-Gistel (sieur de), 37. 
Heîosius, 117 n. 

Henri II, roi de France, 45 n., 49, 59. 
Henri III, roi de France, 14, 17, 26 n., 

28, 67, 121 n., 162, Ï63 n. 
Henri IV, roi de France et de Navarre, 

14, 18, 19, 25,26, 27, 29, 31, 32, 

35, 45, 102, 105, 148 n., 169 n., 

192. 
Hérodote, 138 n. 
Hésiode, 97. 
Homère, 97, 132. 
Horace, 108, 117 n., 118 n., 123 n., 

129, 132 n., 133 n., 139 n., 146 n., 

152 n., 185, 186 n., 189, 190 n., 

195 n., 196 n., 197 n. 
Hozier (Antoine-Marie d'), i , 42 n. 

— (Louis-Pierre d'), i n. 

Hunaud de Lama (Ogier), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 3, n. 

Hurault de Chevemy (Philippe), chan- 
celier de France, 10 n., 18 n., 23, 
177. 

Jeanne d*Albret, reine de Navarre, 96 n. 
Jérôme (saint), 145 n., 196. 
Jo3^use (Anne, vicomte de), 18. 
Justinien, 146. 

Labadie (Ernest), 68 n., 102 n. 

La Boétie (Etienne de), 44 n., 56, $7, 

64 n., 89 n., 96. 
La Chassaigne (Françoise de), 63 n., 

92, 93. 

— (Geoffroy de), conseiller au Parie- 
ment de Bordeaux, 5, 64. 

— (Joseph de), président au Parle- 
ment de Bordeaux, 9, 44, 63. 

La Chèze (Léonard de), conseiller au 
Pariement de Bordeaux, 31. 

Lacombe (Bernard de), abbé de Blasi- 
mond, 13, 14 n. 



La Croix du Maine (E. Grudé de), 
42 n. 

La Force (Henri-Nompar de Caumont, 
marquis de), 35 n. 

Lagebaston (Jacques Benoist, sieur de), 
premier président au Parlement de 
Bordeaux, $, 15 n., 89. 

Lahet (Jean de), procureur général au 
Parlement de Bordeaux, 10. 

La Lanne (Sarran de), président à mor- 
tier au Parlement de Bordeaux, 13,93. 

La Monnoye (Bernard de), 42 n. 

La Mothe-Fénelon, voy. Salignac (Ber- 
trand de). 

Lancre (Pierre de Rosteguy de), con- 
seiller au Parlement de Bordeaux, 
35, 103. 

Lanefranque (Simon de),- avocat au 
Parlement de Bordeaux, 64. 

Lange (Marie de), 75 n. 

La Rivière (Jean de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 17. 

La Roche (François de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 9. 

Lauvergnac (Joseph de), avocat au Par- 
lement de Bordeaux, 64. 

La Vergne (Pierre-Charles de), conseil- 
ler au Parlement de Bordeaux, 3 1 . 

Le Blanc (Jacques), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 3 1 . 

Lelong (P. Jacques), 41 n. 

Le Maire de Belges (Jean), 60. 

Léon (saint), pape, 145. 

Lescure (de), conseiller au Parlement 
de Bordeaux, 29, 30. 

Lescure de Saint Fort (Jacques de), 
conseiller au Parlement de Bordeaux, 
45 n. 

Lcsdiguières (François de Bonne, duc 
de), connétable de France, 148 n. 

L'Estoile (Pierre de), 91. 

Lestonnac du Parc (Guy de), conseiller 
au Parlement de Bordeaux, 35, 168 
169 n., 186. 



INDEX 



205 



Lestonnac de Lîsle (Pierre de), con- 
seiller au Parlement de Bordeaux, 
45 n. 

UHospital (Michel de), chancelier de 
France, 63 n., 164, n. 

Lineyrac (sieur de), 10. 

Longueville (Henri, duc de), 38. 

Louis XIII, roi de France, 37, 38, 94 
n., 169 n. 

Loysel (Antoine), avocat général de la 
Chambre de justice de Guienne, 15, 
16, 17, 89 n. 

Lucain, 45. 

Lucien, 109 n. 

Lucrèce, 108, 189. 

Lurbe (Gabriel de), 4, 5, 63 n., 64, 

95 n. 
— (Pierre de), 102. 



Machon (Louis), 43 n. 

Macrobe, 186 n. 

Maisonneuve (Etienne de), avocat au 
Parlement de Bordeaux, 64. 

Makanam (Bertrand de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 9, 10. 

Maledent (Jehan), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 7, 9. 

Malvyn (Aimée de), 40. 

— (Geoffroy II de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, i n. 

— (Jeanne de), 2 n. 

— (Joseph-Geoffroy), i n. 

Malvyn de Cessac (Charles de), 2, 3, 
5, 6,7,8, II, 75. 

— (famille de), 2. 

Malvyn de la Lanne (Menjon de), 2. 

— (famille de), 2. 

Malvyn de Montazet (Barthélémy de), 2. 

— (Charles de), 2. 

— (famille de), 2. 

Malvyn de Primet (Geoffroy de), con- 
seiller au Parlement de Bordeaux, 
24 n. 



Malvyn de Primet (Jean de), 24 n., 
89 n., 95 n., 100, loi, 109 n., 172, 

173- 
Mangot (Claude), premier président au 

Parlement de Bordeaux, 39, 192, 193. 

Maniald (Etienne de), 76. 

Marca (Pierre de), 2. 

Marcellus, 49. 

Marcis (Charles de), 44, 64. 

— (Maurice de), 44, 62, 63 n., 64. 
Marcomir, 48, 60. 

Marguerite de Valois, reine de Na- 
varre, 19, 68 n., 175, 177. 

Marie de Médicis, reine de France, 
169 n. 

Marot (Clément), 80 n. 

Martin, audiencier du Parlement de 
Bordeaux, 35. 

Massiot (Léonard de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 35. 

Matignon (Jacques Goyon, sieur de), 
maréchal de France, 27, 104 n. 

Matisson (Jehan), 105. 

Maurin, conseiller à la Chambre de 
rÉdit, 31 n. 

Mayenne (Charles de Lorraine, duc de), 

Ménandre, 83. 

Mérignac (Pierre de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 28 n., 35 n. 

Mermet, pasteur de Nérac, 33. 

Mesmes (Henri de), 163 n. 

Métivier (Jean de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 35 n. 

— (Pierre de), avocat au Parlement 
de Bordeaux, 64. 

Millanges (Simon), 76. 
Minut (Gabriel de), 68. 
Moncaud (François), 43, 65. 
Mondoulcet (Robert de), 7 n. 
Moneins (Tristan de), 44 n. 
Mongonmery (Gabriel de Lorges, sieur 

<ie), 5. 
Monier (Martial), 76, 96. 



206 



INDEX 



Monluc (Biaise de), maréchal de France, 
4 n., 54, 57 n., 6i, 65, 69, 70, 71, 

72, 73> 74,75, 76, 89 "•»95- 

— (Fabien de), 71, 72 n. 

— (Jean de), évoque de Condom, 68, 
69 n., 74. 

— (Jean-Biaise de), 69 n., 169. 

— (Marc-Antoine de), 70, 72 n. 

— (Pierre-Bertrand de), 55, 71, 72 n. 

Mons (Guillaume-Jacques de), prési- 
dent au Parlement de Bordeaux, 35, 
169 n. 

Montaigne (Geoffroy de), conseiller au 
Parlement de Bordeaux, 19, 20, 31, 

35, 36. 

— (Michel de), 6, 56, 63, 79, 89, 91, 

92, 93, 98, IIO. 

Montezet (sieur de), 180, 184. 

Martial, 185 n. 

Montholon, conseiller à la Chambre de 
justice deGuiennc, 16. 

Montmorency (Anne, duc de), maré- 
chal de France, 53. 

Morpaîn (François), 41. 

— (veuve), 41. 

Naevius, 188. 

Naumachius, 62 n., 157 n. 
Nesmond (André de), premier prési- 
dent au Parlement de Bordeaux, 27, 

29» 30, 31, 32, 33» 34 n., 39, 93, 

100 n., 102, 103, 104, 105, 106, 

171, 172. 
Nevers (Charles de Gonzague, duc de), 

38 n. 
Noailles (François de), évoque de Dax, 

121 n. 



Ornano (Alphonse d*), maréchal de 
France, maire de Bordeaux, 30, 67, 
106. 

Ovide, 108, 133 n., 141 n., 186 n., 
195 n. 



Paradin (Guillaume), 3 n. 

Pardaillan (Le Puch de), 10. 

Paschal (Pierre), 5 n., 45, 64, 193. 

— (Pierre de), 45 n. 

Pasquier (Etienne), 59 n., 70 n., 163 n., 
170 n. 

Paul-Émile, historien, 60,64. 

Pausanias, 138 n. 

Peiruqueau (Raymond de), conseiller â 
la Chambre de TÉdit, 3 1 n. 

Pérès (Isaac de), 32, 33, 105 n., 
107. 

Perrot (Anne de), 78, 80. 

Perse, 188 n. 

Peyrot (capitaine), voy, Monluc (Pierre- 
Bertrand de). 

Pharamond, 48. 

Philippe II, roi d'Espagne, 52 n. 

Philippe III, roi d'Espagne, 37. 

Philippe IV, roi d'Espagne, 37. 

Pibrac (Guy du Faur, sieur de), 67, 
68 n., 163, 164 n. 

Pichon (Bernard de), conseiller, puis 
président à mortier au Parlement de 
Bordeaux, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 
25 n., 38, 124, 125, 126, 127, 128, 
129, 130, 177, 187. 

— (Jacques de), contrôleur général des 
finances en Guienne, 19 n. 

— (Jehan de), 19 n. 

— (Nicole de), 21 n. 

— (Richard de), clerc de ville de Bor- 
deaux, 19 n. 

Pithou (Pierre), procureur général de 
la Chambre de justice de Guienne, 
15, 89 n. 

Plains (Annet de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 64 n. 

Plaute, 186 n. 

Pline l'Ancien, 99, 109, 189, 190 n. 

Pline le Jeune, 189, n., 195. 

Pontac (Arnaud de), évéque de Bazas, 
21 n., 40. 

— (Arnaud de), premier président 



INDEX 



207 



au Parlement de Bordeaux, 42 n., 
91. 
Pontac (Geoffroy de), président à mor- 
tier au Parlement de Bordeaux, 26, 
40, 100. 

— (Geoff'roy de), greffier du Parle- 
ment de Bordeaux, 21 n. 

— (Raymond de), président au Parle- 
ment de Bordeaux, 40. 

— (Thomas de), sieur d'Escassefort, 
greffier en chef du Parlement de Bor- 
deaux, 18. 

Pontcarré, maître des requêtes, 28, 1 52. 

Poynet (Antoine de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 9, 14. 

Prévost de Sansac (Antoine), arche- 
vêque de Bordeaux, 44 n., 93. 

Primerose (Gilbert), loi. 

(iuélus (Jacques de Lé vis, comte de), 

80 n. 
(iuintilien, 173 n. 

Rabar (Jacques de), conseiller à la 

Chambre de l'Édit, 31 n. 
Ra'mond (Florimond de), conseiller au 

Parlement de Bordeaux, 68 n., 69 n., 

75, 76, 94, 95, 96, 97> 9^, 99 "•» 
100, 102, 108, 175, 176, 194, 195 n., 

196, 197 n., 198. 

— (François de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 102. 

Redon de Pransac (Jean de), président 
à mortier au Parlement de Bordeaux, 

35. 

Rignac (Jean de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 44 n. 

Roffignac (Christophe de), président au 
Parlement de Bordeaux, 44 n. 

Ronsard (Pierre de), 57, 58, 59, 66, n., 
109, 164 n. 

Roquelaure (Antoine, duc de), maré- 
chal de France, 35, 36, 37, 38, 39. 1 



Roquelaure (M»« de), 36. 
Rossannes (Gaillard de), conseiller à la 
Chambre de l'Édit, 3 1 n. 

Saint-André (Jacques d*Albori, sieur 
de), maréchal de France, 53. 

Saint-Martin (Jean de), avocat au Par- 
lement de Bordeaux, 93, 94 n., 96. 

Salignac (Armand de), sieur de La 
Mothe-Fénelon, n. 

— (Bertrand de), 11, 22 n., 23, 164 
n., 177, 178, 186. 

— (François de), 11 n., 174. 

— (Jeanne de), 10, 40. 
Salluste, 117 n. 

Savoie (Emmanuel-Philibert, duc de), 

106. 
Scaliger (Joseph), 65, 90. 

— (Jules-César), 64. 

Séguier (Antoine), président de la 
Chambre de justice de Guienne, 15, 
16, 17 n. 

Sénèque, 188 n. 

Sevin (Pierre de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 9, 10, 75 n. 

Solon, 62 n., 154. 

Sorbin (Arnaud), 67 n. 

Soulary (Joséphin), 80 n. 

Sourdis (François d'Escoubleau, cardi- 
nal de), archevêque de Bordeaux, 
36, 38, 100. 

Sponde (Enecot de), 96 n. 

— Oean de), 94 n., 96, 97, 98 n., 
167, 188 190. 

Stobée, 63 n., 82 n. 
Strozzi (Philippe), 14. 
Suétone, 117 n., 142 n., 186 n. 
Symmaque, 188 n. 

Tacite, 108, 112 n. 
Tamisier (Pierre), 157 n., I58n. 
Tamizeyde Larroque (Philippe), 42 n., 
63 n., 182 n., 183 n. 



208 



INDEX 



Tarneau (Gabriel de), conseiller et pré- 
' sident à mortier au Parlement de 
Bordeaux, i6. 

— (Joseph de), conseiller au Parlement 
de Bordeaux, 31. 

Térence, 185 n. 

Termes (Pierre de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 75. 

Tertullien, 95. 

Theodahad, roi des Ostrogoths, 146 n. 

Théodoric, roi des Ostrogoths, 146 n. 

Thibaut, l'o;'. Theodahad. 

Thomas (Martin), avocat au Parlement 
de Bordeaux, 63 n. 

Thou (Christophe de), premier prési- 
dent au Parlement de Paris, 90, 
165. 

— (Gabrielle-Henriette-Louise de), 91. 

— (Jacques- Auguste de), conseiller à 
la Chambre de justice de Guienne, 
26,89,90, 91, 165 n., 182, 183. 

Thucydide, 95, 189. 
Tibault (Martial de), conseiller au Par- 
lement de Bordeaux, 64. 
Tite-Live, 95, 141 n., 189. 



Titinnius, 185 n. 
Toscano (Matteo), 142 n. 
Treilles (Etienne), conseiller à la Cham- 
bre de l'bdit, 31 n. 

Valet (Antoine), 67 n. 

Valier (Joseph de), conseiller au Parle- 
ment de Bordeaux, 44 n. 

Varron, 186 n. 

Vauquelin de la Fresnaye, 157 n. 

Villeneuve (Jean de), président à mor- 
tier au Parlement de Bordeaux, 13. 

Villeroy (Nicolas de Neufville, sieur 
de), chancelier de France, 30. 

Vinet (Élie), 44 n., 63 n., 89. 

Virgile, 43, 49, 58, 60, 108, 116 n., 
117 n., 118 n., 119 n., 134 n., 
135 n., 136 n., 137 n., 146 n., 
185 n., 188 n., 189, 190 n., 194 n. 

Voiture (Vincent), 98. 

Xénocrate, 110, 190. 
Xénoplîon, 144 n., 147. 



ERRATUM 



P. 4, 1. I, lire : gouvernement, au lieu de : gouvenerment. 

P. 21, n. 1,1. 7, lire : pourvoirait, au lieu de : pourvoiroit. 

P. 23, n. 1, 1. 8, lire : au registre, au lieu de : du registre. 

P. 24, 1. 10, lire : obreptices, au lieu de : abreptices. 

P. 109, note, 1. 5, lire : BurdigalensiSy au lieu de : Burdigaletises. 



TABLE DES MATIÈRES 



Avant-Propos i 

Bibliographie vu 

I. — Le Magistra^ç i 

II. — L'Humaniste 41 

Appendice m 

A. Mémoire et remontrances au Parlement de Bordeaux m 

B: Poésies françaises et latines 154 

C. Lettres françaises et latines 173 

D. Lettres adressées à Malvyn 192 

Index 201 

Erratum 209 



MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



♦PB-39270-SB 
5-21 
C 






Cl 






3 6105 OSs'oSb 182 



Stanford University Ldbnuries 
Stanford, CaUfomia 



Bâtera tUs book «a «r Mon date ia*. 



OCT 2 b 198 
DEC 13 1981 



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