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Full text of "Glossaire de la vallée d'Yeres, pour servir a l'intelligence du dialecte hautnormand et a l'histoire de la vieille langue française"

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GLOSSAIRE 



DE LA 



■V.A.IL.LEE1 XD'YEI^ES 



GLOSSAIRE 

DE LA 

VALLÉE D'YÈRES 

POUR SERVIR 

A L'INTELLIGENCE DU DIALECTE HAUT-NORMAND 

ET 

A l'Histoire (le la vieille Langue française 

Par A. DELBOULLE 

Professeur au Lycée du Havre 



« Quand une langue a eu plusieurs 
âges, comme la nôtre, les vieux livres 
sont bons à lire. Avec eux on re- 
' monte à ses sources, et on la con- 
temple dans son cours.» 

JOUBERT. 

(Pensées, tome II, p. 275.) 



Imprimerie a. BRENIER & C, 2, rue Beauverger. 2. 



1876 



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A M. L. YÉBLERON 

JUGE AU TRIBUNAL DE COMMERCE 

Membre de la Chambre de Commerce du Havre 



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■i/fy û/nofçcnaae^ a i^/ie a^gcàon àûuae ef 



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A. Delboulle 



INTRODUCTiœs 



Sur les confins de la Picardie et de la Normandie, 
au N.-E. du département de la Seine-Inférieure, dans 
l'ancien pays de Bray (arrondissement de Dieppe et de 
Neufchâtel), s'étendent trois vallées presque parallèles, 
dont deux surtout ont une importance historique : la 
vallée d'Arqués (de la Béthune et de l'Eaulne), si con- 
nue par la victoire d'Henri de Navarre sur Mayenne 
(21 septembre 1589) ; et la vallée de la Bresle, qui 
forme la limite extrême des deux départements de la 
Seine-Inférieure et de la Somme, et se jette dans la 
Manche, au Tréport, près de la ville d'Eu. 

Entre ces deux vallées se développe la troisième,celle 
qui fait l'objet de cette étude, la vallée d'Yères. 

Elle tire son nom d'une petite rivière qui a pour ori- 
gine les fontaines abondantes d'Aubermesnil et de Vil- 
lers-sous-Foucarmont, à la lisière N.-N.-O. delà basse 
forêt d'Eu, dans les dernières ramifications des collines 
de Picardie et de Caux (altitude moyenne 200 à 104 
mètres). L'Yères longe la lisière occidentale de la haute 
forêt d'Eu, arrose de nombreux et riches villages : Au- 
bermesnil, Yillers, Foucarmont, Fallencourt, Saint- 
Riquier, Dancourt, Saint-Bemy, Béthencourt, Grand- 
court, Déville, La Pierre, le Val-du-Roy, Yilly-le-Bas, 



VIII 

Sept-Meules,Cuverville, Saint-Martin-le-Gaillard, Crîel, 
et se jette dans la Manche, entre Dieppe et le Tréport, 
après un cours d'environ 40 kilomètres. 

Défendue à l'Ouest dans presque toute sa longueur 
par la haute forêt d'Eu, comme par une palissade natu- 
relle, abritée à l'Est par des collines boisées d'où les 
habitants pouvaient facilement inquiéter et harceler 
l'ennemi, la vallée d'Yères, grâce à sa situation peu ac- 
cessible, parait avoir médiocrement souffert des in- 
vasions anglaises auxXIV"" et XV™" siècles. Henri V, 
marchant d'Harfleur vers Azincourt (1415), la traversa 
à son extrémité septentrionale,mais ses soldats n'eurent 
pas le loisir de la gaster et de la destruirej et après 
avoir fait une halte de quelques heures à Eu, derî'aine 
ville de Normandie (chronique de J. Le Fèvre), ils 
poursuivirent rapidement leur route par Gamaches, 
laissant la forêt à leur droite. Les vallées de l'Eaulne 
et de la Bresle, moins heureuses, furent le trajet ordi- 
naire des bandes destructives : Londinières, Bures, 
Groixdalle, furent pillés ou dévastés à maintes reprises; 
Blangy, Monchaux, Aumale, eurent le môme sort. Il 
serait sans doute téméraire d' affirmer que notre vallée 
échappa complètement aux ravages de la Guerre de 
Cent Ans, puisque nous savons que Fallencourt fut 
occupé par les Anglais en 1419, et que certains noms de 
village , comme le Val-du-Roy , Réalcamp fregalis 
campusj, rappellent à l'esprit le séjour des armées ; 
mais il est certain, et pour soutenir cette opinion, je 
m'autorise du silence des chroniqueurs, que l'occupa- 
tion étrangère n'a pas eu chez nous une longue durée. 
Nous en donnerons une preuve convaincante : lorsque 
une armée conquérante séjourne longtemps dans un 



IX 

pays, il est sans exemple qu'elle ne laisse point de 
trace de ses mœurs, de son langage, de sa prononciation 
et que les A^aincus ne prennent point l'habitude do par- 
ler l'idiome des vainqueurs. On a dit avec raison que 
la présence d'un grand nombre de termes étrangers, 
pénétrant de vive force dans un idiome qu'ils violentent, 
mettait sur le trace d'une invasion . Or, rien n'est moins 
anglais que le caractère des paysans de la vallée d'Yères: 
ils sont obséquieux, rusés, cauteleux, malheureux 
quand ils se lèvent sa?is ime longue hottée de chica- 
nerie, âpres au gain, comme les Normands leurs ancê- 
tres, dont ils ont tout gardé, excepté la bravoure et la 
passion des entreprises lointaines. Quant au langage, 
il est gros et rude ; on sent le voisinage de la Picardie. 
Les finales des mots, loin de s'assourdir, sonnent for- 
tement, veritai, bontai, seraientt, aimaientt, que 
jevie7iche, qiieiemeurche, que y appri?iche, oz'avai- 
mes, oz'aviommes, etc., formes et sons qui rappellent 
les traits sévères du dialecte normand au XI P"^ siècle, 
et qui n'ont rien de commun avec l'anglais ancien et 
moderne. Les envahisseurs des XIV"' et XV'"'' siècles, 
n'ont donc fait que camper dans notre vallée, et si l'on 
rencontre dans ce Glossaire quelques mots anglais à 
peine altérés, comme Baucle (Bawd), Clapet (to Clap), 
Clencher (to Clinch), Garden (Garden), Hêque (Hatcli), 
Hoigner (to Whine), Hive (Heave), Reluquer (to Look) 
Rimer (to Rime), etc., lors même que ces mots n'au- 
raient pas une origine saxonne indépendante, il fau- 
drait, dit justement M. Du Méril, pour en rien conclure, 
savoir s'ils ont été apportés en Angleterre dans le X""" 
siècle ou en Normandie pendant le XIV"". 

Si nous ignorions Thistorique de ces mots, dont la 



plupart se retrouvent dans nos vieux auteurs du XIV"^ 
siècle, la longue durée de la domination normande 
en Angleterre nous porterait plutôt à croire qu'ils ont 
été importés chez nos voisins d'outre-mer par les des- 
cendants des compagnons de Rollon ; car, comment 
admettre qu'aussitôt après s'être établis dans notre 
pays par droit de conquête, les vainqueurs n'eussent 
rien retenu de leur dialecte septentrional ? De nom- 
breuses dénominations locales, témoins immuables 
du passé, attestent encore aujourd'hui l'influence que 
le langage de^ ces rudes conquérants exerça en Nor- 
mandie. Comme les bandas germaniques qui les avaient 
précédés, ils embrassèrent la religion chrétienne, moins 
par conviction que par politique, mais cette conver- 
sion n'eut pas pour effet immédiat de les faire renon- 
cer à leurs institutions, à leurs mœurs, à leur langue. 
On sait qu'au X""" siècle, ils la parlaient encore, et 
parmi les seigneurs et les aventuriers qui s'attachè- 
rent ta la fortune de Guillaume-le-Bâtard, un grand 
nombre sans doute n'étaient pas assez familiarisés avec 
le latin et le roman grossier des prêtres et des moines 
pour avoir oublié complètement l'idiome de leurs 
caractères et perdu le souvenir de leur origine : de tels 
changements ne s'opèrent qu'à la longue, et il faut des 
siècles pour que les vaincus absorbent les vainqueurs. 
L'idiome qu'ils imposèrent au pays conquis fut par 
conséquent un mélange de mots latins et septentrio- 
naux, avec prédominance toutefois des formes et des 
tournures latines, car il ne faut pas oublier que des 
raisons politiques les avaient forcés d'apprendre la lan- 
gue des indigènes, et que la province où ils avaient fini 
par fixer leur course vagabonde était habituée depuis 



XI 



César jusqu'à Charlemagne à l'administration, aux lois 
et aux mœurs romaines. Des médailles, des monnaies 
d'or et de bronze, des amphores, des restes de villas, 
de grandes voies connues sous le nom de chaussées,' 
témoignent de la longue domination des empereurs 
dans notre province et principalement dans la vallée 
d'Yères. Mais ce n'est pas dans les couches profondes 
du sol que cette domination a laissé les empreintes 
les plus durables, c'est dans la langue parlée aujour- 
d'hui par les habitants. AvoUrie, dérire, duire, éter- 
nir, étramer, henné, jongler, lapier, rapiat, serte, 
cespe, se vitoler, sont des mots tout-à-fâit latins, et 
le lecteur qui prendra la peine de parcourir ce Glos- 
saire en reconnaîtra une foule d'autres qui ont 
conservé non-seulement leur sens primitif, mais 
presque leur ancienntB accentuation. La conjugaison 
des verbes à certains temps et à certaines personnes 
offre surtout des particularités curieuses : les formes 
éraites, iraites, devraites, venderaites, etc., ne sont- 
elles pas la reproduction exacte pour le son et pour 
le sens de haberetis, iretis, deberetis, venderetis ? 
C'est à cause de cette affinité avec l'une des plus bel- 
les et des plus anciennes langues littéraires que l'étude 
de notre patois m'a paru intéressante, et que j'y ai 
pris un plaisir infini. Les invasions germaniques et 
plus tard les invasions des hommes du Nord modifiè- 
rent, comme nous l'avons dit déjà, cette langue adoptée 
par les indigènes, mais elles ne firent qu'entamer 
l'indestructible ciment romain. 

Si les paysans de notre Vallée ont conservé aussi 
fidèlement la langue de leurs premiers vainqueurs, le 
dépôt des anciennes traditions, le vieux langage des 



XII 

trouvères et des fabieors, celui de Joinville et de 
Froissart, c'est qu'ils sont restés longtemps sans rela- 
tions extérieures, éloignés des grandes voies de com- 
munication, et presque étrangers au reste de la pro- 
vince. Ce sont encore des ruraux dans toute l'ac- 
ception du terme, et de tous ceux qui aujourd'hui 
ont dépassé l'âge d'homme, la plupart mourront sans 
comprendre les mots égalitaire^ septennat^ intran- 
sigeant, 02yportuniste,Qi tous les néologismes savam- 
ment barbares des charlatans politiques. Leurs fils 
auront ce bonheur, car déjà la civilisatîonles pénètre, 
les envahit, et quelques-uns commencent à épeler la- 
borieusement les longs articleë an Rappel eidesDroits 
de l'Homme. Inondés des torrents de lumière que ver- 
sent sur eux les Vacquerie et les Rochefort, ils prennent 
déjà en pitié l'ignorance et la simplicité de leurs pères. 
Ne leur parlez point des Débats, du Teynps, du Dix- 
neuvième Siècle : tout cela ce n'est que de l'eau 
claire. Leurs oracles quotidiens les régalent d'un vin 
bien autrement capiteiix. Aussi questions religieu- 
ses, questions politiques, ils tranchent tout avec une 
assurance radicale, à la façon des gens qui ne doutent 
de rien, parce qu'ils ignorent tout. Que de fois, en les 
entendant raisonner sur les affaires publiques, j'ai 
applaudi à ces paroles salées d'un philosophe cynique 
que rapporte Montaigne : « Démétrius disoit plaisam- 
ment de la voix du peuple, qu'il ne faisoit non plus de 
recepte de celle qui luy sort oit par en liaidt, que de 
celle qui luy sortoit par en bas. » Est-il besoin d'ajou- 
ter que ces jeunes émancipés rougissent autant du 
langage que des idées de leurs ancêtres ? Adieu, lan- 
gue des Turold et des Rutebeuf ! Adieu, langue de 



XIII 



Louis XI et de Rabelais ! Il était temps de composer 
ce livre ou plutôt de faire ma gerl)o ; demain^ il n'y 
aura plus rien à glaner. 

Il est bien probable qu'on se demandera encore 
quel .intérêt peut offrir le patois de quinze à seize 
villages obscurs, comment on peut y trouver « un 
plaisir infini, » quelles choses neuves et utiles le 
recommandent aux historiens de la langue française. 
En effet, pour le plus grand nombre, et je dirai 
avec M. Bréal, pour l'ignorance, les patois sont des 
jargons, « une sorte de corruption et de caricature 
du français, un parler tout à fait digne de mépris. » 
Les puristes, esclaves de Noël et de Chapsal, sont les 
ennemis déclarés de ces ramages particuliers (Et. 
Pasquier) ; à leurs yeux, « ce sont des parents pauvres 
que l'on consigne à la porte, que l'on fait chasser 
par ses gens, s'ils osent passer le seuil, et que l'on 
ne reconnaît plus. » Et cependant c'est dans les pa- 
tois, comme le dit fort bien Max Muller, que se ma- 
nifeste la vie réelle, la vie élémentaire et naturelle 
du langage. Mais personne n'a parlé des dialectes et 
n'en a encouragé l'étude avec plus d'esprit et en 
meilleurs termes que M. Bréal, et nous ne saurions 
mieux faire que citer, sur ce sujet, ses propres 
paroles : « La plupart de nos instituteurs, dit-il, 
enseignent le français comme une langue tellement 
au-dessus du patois, qu'on ne peut même pas songer 
un instant à les mettre en parallèle : le patois pour 
eux est non avenu, ou s'ils en parlent, c'est comme 
d'un antagoniste qu'il faut détruire. L'élève qui 
arrive à Técole parlant son patois est traité comme 
s'il n'apportait rien avec lui ; souvent même, on lui 



XIV 

fait un reproche de ce qu'il apporte, et on aimerait 
mieux la table rase que ce parler illicite. Rien n'est 
plus fâcheux et plus erroné que cette manière de 
traiter les dialectes. Loin de nuire à l'étude du 
français, le patois en est le plus utile auxiliaire, 
et il ne sera pas difficile de démontrer que là où il 
existe un patois, l'enseignement grammatical, pour 
peu qu'on ach e s'y prendre, devient aussitôt plus 
intéressant et plus solide. On ne connaît bien une 
langue que quand on la rapproche d'une autre de 
même origine. Le patois, là où il existe, fournit ce 

terme de comparaison Tantôt il présentera à 

l'état simple des mots qui, en français littéraire, 
n'existent plus que dans des composés ou des dé- 
rivés. D'autres fois, un mot qui est sorti de notre 
langue vit encore dans les patois. Souvent le fran- 
çais n'a gardé que le sens détourné, quand le patois 
a encore le sens propre et primitif. » {Quelques Mots 
sur l'Instruction publique en France, par Michel 
Bréal. Hachette, 1870.) 

Longtemps avant M. Bréal, Burguy, l'auteur de 
la Grammaire de La langue d'Oil, insistant sur la 
nécessité d'étudier les dialectes, écrivait dans la pré- 
face de son savant ouvrage : « Les temps sont pas- 
sés où l'on criait de toutes parts : Mort aux patois ! 
On en recueille aujourd'hui les moindres débris. On 
a reconnu que l'étude des patois est une introduc- 
duction nécessaire à la connaissance des radicaux de 
la langue littéraire, et que, par eux seuls, on parvient 
à s'expliquer distinctement le plus grand nombre des 
étymologies. Toutefois, les savants de quelques-unes 
de nos provinces n'ont pas déployé assez d'activité 



XV 



pour rendre au jour les inappréciables monuments de 
l'art d'exprimer la pensée. » 

C'est après avoir lu et relu les ouvrages des Littré, 
des Du Méril, et ceux des savants que je viens de citer, 
que ridée m'est venue de faire ce livre. Je n'ignorais 
pas tout ce que j'ignore pour mener à Lien un tel 
travail, mais j'ai pris poiu' guides ces philologues 
illustres, et je me suis efforcé de marcher dans leur 
lumière. 

Je ne terminerai pas ces quelques lignes sans 
remercier de ses obligeantes communications M. 
Léopold Simon de Bures, conseiller d'arrondissement. 
Il avait amassé sur le patois normand des matériaux 
qu'il m'a donnés, en véritable ami, sans compter. 



TJLBI_E 



Des principaux Auteurs et Ouvrages cités 
dans ce Glossaire 



Aliscans, Clianson de geste. Vieweg. Paris, 1870. 

Anciennes Poésies françaises, recueillies par A. de Montaiglon, 10 

vol. Jannet et Franck. Paris, 18o5-187o. 
Antoine de La Salle. — Les Quinze Joies du Mariage. Jannet. Paris, 

1837. 
Aubigné (D') — Les Aventures du baron de Fœneste. Jannet. Paris, 

1835. — Les Tragiques. Jannet. Paris, 1837. 
Aucassin etNicolette, pub. par Moland et d'Héricault. 
Aye d'Avignon et Gui de Nanteuil, Cbansons de geste. Vieweg. 

Paris, 1861. 
Baïf. — Poésies choisies. Charpentier. Paris, 1874. 
Barbey d'Aurevilly — L'Ensorcelée. Librairie nouvelle, 1838. 
Bartsch — Chrestomathie, l^^ édition. 
Berte aux grans pies, pub. par Scheler. 
Béroalde de Verville — Le Moyen de Parvenir. Charpentier. Pans, 

1834. 
Bonaventure Des Périers — Recréations et Joyeux Devis. Delahays. 

Paris, 1838. 
Burguy. — Grammaire de la langue d'oil, 3 vol. "NVeber. Berlin, 

18'')1). 
Chanson de Roland. Hachette. Paris. 1870. 
Charles d'Orléans, œuvres, "2 vol. Lemerre. Paris, 1874. 
Chastelain de Coucy (Li Roumans dou\ pub. par Crapelel. Paris, 

18^9. 



XVIII 

Chroniques Anglo-Normandes, pub. par Francisque Michel, 3 vol. 

Rouen, 1836-1840. 
Chronique de la Pucelle. Delahays. Paris, 1859. 
Claude Gauchet. — Les Plaisirs des Champs. Franck. Paris, 1859. 
Coquillart. — Œuvres, 2 vol. Jannet. Paris, 1857. 
Decorde. — Dictionnaire du patois du pays de Bray. Neufchâtel, 

1852. 
Delisle (Léopold). — Agriculture en Normandie au moyen-âge, 

Evreux, 1851. 
Deschamps (Eust.) — Poésies pub. par Crapelet. Paris, 1832. 
Dergny. — Le Pays de Bray. Rouen, 1870. 
Diez. — Grammaire romane, 3 vol. Vieweg. Paris, 1870-76. 
Du Gange. — Glossarium ad scriptores mediœ et infimœ latinitatis. 

Paris, 1768. 
Du Méril. — Dictionnaire du Patois normand. Gaen, 1849. — Essai 

sur la formation de la langue française. Franck. Paris, 1852. 
ErnouL— Chronique. Renouard. Paris, 1871. 
Evangile des Quenouilles. Jannet. Paris, 1855. 
Fahre. — Glossaire du Patois poitevin. Niort, 1868. 
Fierahras, Chanson de geste. Vieweg. Paris, 1861. 
Floire et Blanceflor, pub. par Du Méril. Jannet. Paris, 1856. 
Froissart, pub. par S.Lucc. Tom. l^r. Renouard. Paris, 1870. 
Garin le Loherain (La mort de), pub. par Du Méril. Franck. Paris. 

1862. 
Gaston Paris. — La Vie de saint Alexis. Vieweg. Paris, 1872. 
Gaydon, Chanson de geste. Franck. Paris, 1862. 
Génin. — Récréations pliilologiques, 2 vol. Chamerot. Paris, 1858. 
Guillaume de Saint-Pair. — Le Roman du Mont Saint-Michel, pub. 

par Francisque Michel. 
Hugues Capet, Clianson de geste. Franck. Paris, 1864. 
Huon de Bordeaux, Chanson de geste. Vieweg. Paris, 1860. 
Jauhert. — Glossaire du centre de la France, 2 vol. Nap. Chaix. 

Paris, 1856. 
Jean Le Fèvre. — Chronique, tom. le^ Renouard. Paris, 1876. 
Joinville, pub. par de Wailly. 
Le Héricher. — Histoire et Glossaire du Normand, 3 vol. Paris, 

1862. 



XIX 

Le Houx (Jean), pub. par A. Gasté. Le Gost-Clérisse. Cacn, 1875. 
Leroux de Lincy. — Proverbes français, 2 vol. Delabays. Paris, 

1859. — Les Livres des Rois. Paris, 181:1. 
Littré. — Dictionnaire de la Langue française. 
Louis XL — Les Cent Nouvelles nouvelles. Delahays. Paris. 
Marie de France, œuvres, 2 vol. pub. par Roquefort. 
Marot, œuvres, 4 vol. Picard. Paris, 1868. 
Mellin de Sainct-Gelays, œuvres, 3 vol. Dalïïs. Paris, 1873. 
Ménippée (Satire), pub. par Cb. Labitte. Charpentier. Paris, 1863. 
Meung (Jean de). — Le Roman de la Rose, pub. par Francisque 

Micbel. Didot. Paris. 
Moisy. — Onomatologie normande. Vieweg. Paris, 1875. 
Montaigne. — Essais, 4 vol. pub. parLouandre. Charpentier. Paris, 

1854. 
Nouvelle Fabrique des excellents Traicts de Vérité. .lannot. Paris, 

1853. 
Nouvelles françaises du XIIP"'<^ siècle. Jannet. Paris, 1856. 
Palsgrave (Grammaire de), pub. par Génin. Pans, 1852. 
Patlielin (La Farce de), pub. par P.-L. Jacob. Delahays. Paris, 

1859. 
Partonopeus de Blois, 2 vol. Crapelet. Paris, 1834. 
Rabelais. — OEuvres, 2 vol. Didot. Paris, 1870. 
Roger de Collerye. Jannet. Paris, 1855. 
Ronsard. — OEuvres choisies. Charpentier. Paris, 1873. 
Rutebeuf. — OEuvres, pub. par Jubinal, 3 vol. Daflis. Paris, 1874. 
Sand (George). — Romans rustiques. Michel Lévy. Paris. 
Scheler. — Dictionnaire de l'Etymologie française. Maisonneuve. 

Paris, 1873. 
Talbert. — Du Dialecte blaisois. Thorin. Paris, 1874. 
TMbaud de Marly. — Vers ou Stances sur la mort, pub. par Cra- 
pelet. Pari*, 1835. 
Villon. — OEuvres, pub. par P.-L. Jacob. Jannet. Paris, 185't. 
Wace. — Roman de Rou. Rouen, 1829. 



ER-RJ^T-A. 



Assassineux, page 23, ligne 10. La citation qui suit ce mot doit 
-être rapportée à assassin. 

Magnitudimis, page 81, ligne 27, lisez magnitudinis. 

Encraper, page 136^ ligne 33, lisez encrapper. 

La suffixe, page 309, ligne 22, lisez le suffixe. 



GLOSSAIRE 



DE LA 



"V^^A^LLEE ID'"YEI^ES 



A 



À, prép. — À exprime souvent le rapport de l'objet possédé au 
possesseur : « La ferme à Martin ; le cheval à Pierre. » 

Cette locution a été conservée dans : « la barque a Caron ; la part 
à Dieu; le denier à Dieu; la vache à Colas. » 
Elle est très fréquente dans nos vieux auteurs : 
« Fils à putain, que est-ce que tu dis. » (Garin, v. 2690.) 
« Lors espousa selon la loi paiienne Coustans li biaus variés la 
belle fille à l'empereour. » (Nouv., XIII^ siècle.) 

Desjà le point du jour peu à peu s'avauçoit 
Et la femme à Tithou son chemin commençoit. 

Desportes, Elégies. 

Dans ses romans rustiques, G. Sand a tenté de remettre cette 
tournure en honneur : « Voici comment le grand-père à Brulette 
et la mère à Joseph demeuraient sous même chaume. » (Les Maîtres 
Sonneurs.) 



2 A 

Les auteurs latins, surtout les poètes, employaient fréquemment 
le datif au lieu du génitif : 

Pastores, hedera nascentem ornate poetam, 
Arcades invidia rumpantur ut ilia Codro. 

ViRG. 

Mos erat Romanis. 

T. Liv. 

De môme Au s'emploie pour du : « La fille au père Langlois. » 

Li boens rois estoit cuens d'Anjou et de Provance, 
Et c'estoit filz de roi, frères au roi de France. 

Rut., I, p. 169. 
La peste de ta chute, empoisonneur au diable. 
Molière, Misanthrope. 

Il A est mis pour aux dans cette locution : « Aller à vrêpes 
(vêpres), » et dans certains noms de localités : « La Fosse-à-Gats ; 
l'Arbre-à-Mouques. » 

11-4, Au, dans certaines phrases elliptiques signifient chez, dans 
la maison de, dans la boutique de, à la fête, au pèlerinage de. — 
Aller à l'épicier, au médecin, à Saint-Onuphre. 

Signalons encore ces locutions remarquables ; « Aller à dorures, 
aller à la ville pour acheter des bijoux; — aller à cailloux, aller 
ramasser des cailloux; — aller à pommes de terre, aller arracher des 
pommes de terre. 

Il A pour de et en : « Venir à bonne heure — Je vous donne 
vingt francs à compte. » 

A, Al, pron. pers., 3« personne du fém. singulier : — a A m'a 
dit de m'en aller.» Plus souvent cd, surlout devant une voyelle : «^/ 
a dit je ne sais quoi. » 

« Vous voyez qu'a/ la soutient. — Vous êtes témoins comme 
al l'assure. » (Molière, Don Juan.) 

Selon Burgay, cette forme yl/ ou Aie est bourguignonne, et se 
trouve quelquefois dans les sermons de Saint Bernard, ex. : «Car cornent 
feroient-eles à altrui ceu k'eles ne welent mies c'un facet à aies ? » 

Dans notre patois al est toujours sujet. On dira : «.4/ a commandé 
qu'on s'adressât à elle. » 

Al fait au pluriel elles, comme en français, devant une voyelle ; é, 
devant une consonne : « É disent qu'elles viendront nous voir. » 



ABO 3 

ABALER, V. act. — Faire tomber, mettre à bas : « Abaler les 
branches d'un arbre pour en cueillir les fruits : — A baler un tom- 
bereau. > 

On dira d'un arbre qui ploie sous les fruits qu'il en est abalé. 

Abaler est le vieux verbe français avaler, qui signifiait proprement 
faire descendre, mettre en bas. 

ABAT-VENT, n. m. — Même signification que contrevent. 

ABIMER (s'), V. rétl. — Se blesser grièvement. « Il s'est abiniéh 
bras en tombant de voiture.» 

ABLOQUER, v. act. — Mettre une maçonnerie sous les pièces 
principales de la charpente d'une maison, d'une grange, etc. 

Le part, abloqué, au fig., signifie solide, trapu. « Voilà un homme 
bien abloqué. » V. fr. Abloc, bloc de pierres, pilier; ablochier, ablo- 
quier, asseoir sur un bloc. 

ABLOUGUETTE, n. f. — Mince cordon de cuir, petite lanière qui 
sert à lacer les souliers (à les boucler.) C'est un diminutif de blouque, 
d'où hlouquette. 

« Audit Simonnet le Bec, pour une douzaine de blouquettes d'ar- 
gent dorées . . (Douet-d'Arc, Compte de l'argenterie du Roi.) 

Et si ont les longues comètes 
Et leure solairs fais à blouquetes. 

Le Bict du Riche et du Ladre, cité par Jaubert. 

Ce mot est donc composé de la préposition à &\ diQblouquette, comm& 
alumelle de à et lemele, lamelle, petite lame. — Eust. Deschamps 
parle aussi de solersà bouclettes. (Le Miroir du Mariage.) 

ABLOUQUER, AWouguer, v.a. — Lacer ou nouer avec une ablou- 
guette. 

ABOLIR, V. act. — Intimider, déconcerter, abattre : « Cet homme 
vous abolit avec ses raisons. — Cette triste nouvelle m'a aboli.» 
Etym. lat. Abolere. 

Ce verbe est surtout très usité au part, passé, dans le sens de hon- 
teux, désolé, abattu. 

« Tu n'es pas aboli de me demander de l'argent, quand tu m'en 
dois encore f — Le pauvre homme, il est tout aboli de la maladie de 
sa fille. » 



4 ABR 

« Et estoient donc Anglois si a.bolis que un Francliois en eust 
çachié trois. » (Chron. normande, p. 456.) 

ABOULER, V. act. — Jeter, pousser : «Allons, aboule ton argent, ou 
simplement, aboule. » De à et de bouler. Dans une pièce de vers, la 
Requeste des Frères Meneurs, publiée par Jubinal, nous trouvons 
bouler avec le sens de abouler : 

Car chascuns pense de bouler 

Por toutes ces gens (les moines) saouler. 

ABRE, n. m. — Arbre. 

Pour l'amour du buisson va la brebis à Vabre. 

L. de LiNCY, Prov. fr. 

«•Il est vrai qu'autrefois on prononçoit à la cour abre et mabre, 
pour arbre et marbre, mais mal; aujourd'hui, cela est changé, on 
prononce l'r.» (Vaugelas.) 

Il Faire Vabre, attendre longtemps. Se dit aussi d'un singulier jeu 
d'enfants, qui consiste à se tenir longtemps droit sur la tête. Il y est 
fait allusion dans ce passage de Rabelais : « A ceste heure fais bien à 
poinct l'arbre forchu, les pieds à mont, la teste en bas. » {Pantagruel, 
liv. IV, 19.) 

ABRIER, V. act. — Mettre à l'abri, couvrir. 
« Je luy dis qu'il n'oubliast de rejecter ma robe sur son lict, en 
manière qu'elle les abriast touts deux.» (Montaigne.) 

Le clergé qui tremble 

Abria de ses mains ces deux horreurs ensemble. 

D'AuBiGNÉ, Trag., p. 152. 

Plusieurs, étymologistes font dériver abrier du mot abre à cause du 
refuge que les arbres fournissent pendant une ondée. Il est plus pro- 
bable qu'il vient de apricus locus ou de l'adjectif neutre apricum., lieu 
exposé au soleil. « Il n'a été l)C?oin, dit Liltré, que d'une légère ex- 
tension de sens, pour faire d'un lieu exposé au soleil, un lieu oîi 
l'on est à l'abri du froid et de l'humide.» 

ABRUVER, V. act.— Abreuver. 

« J'ay veu des récits bien plaisants devenir très ennuyeux en la 
bouche d'un seigneur, chacun de l'assistance en ayant été abbruvé 
cent fois.» (Montaigne). 



ACC 5 

Abruver donne abruvoir ; on dit aussi bruvage au lieu de breuvage. 
Dans beaucoup de mots, nos paysans prononcent souvent u la 
diphthongue eu; ex.: « Ju, Diu, liu, fu, etc.» Dans les noms propres 
qui commencent par eu, cotte diphthongue sonne toujours m : « Ugène, 
Ucharistie, Ustache, Urope, JJdoxie.n J'ai entendu beaucoup de mes 
compatriotes dire pur, malhur, hurter. 

<( Tout ce qui parle bien en France, disait Théodore de Bèze, pro- 
nonce hureux.yy 

Les exemples de cette prononciation abondent dans nos vieux 
auteurs. 

Cil ki seivent de troveure 
Devreient bien mettre leur cure, 
Es buins livres. . . 

Marie de France. 

On en trouve dans Lafontaine et jusque dans Voltaire : 

Grande est V émeute. 

On court, on s'assemble, on députe, 
A l'oiseau. . . 

Laf., liv. X, 3. 

Mars, autrefois, mit tout l'air en émeute. 
Certain sujet fit naître la dispute 
Chez les oiseaux. 

Laf., liv. VII, 8. 

Près des bords de l'Iton et des rives de VEure, 
Est un champ fortuné, l'amour de la nature. 

Volt., Eenriade. 

M. Talbert prétend (Du Dialecte Biaisais) que le son u appliqué à 
la diphthongue eu ne date pas de plus loin que 1530, mais les preuves 
qu'il en donne sont loin d'être concluantes. 

Le son u s'est conservé dans le participe eu, dans gageure, hurler, 
autrefois heurler. 

ACACHER, V. act.— Chasservers : « Acache les vaches à l'étable.» 

ACCOLERON, n. m.— Pièce du harnais qui retient le timon au cou 
des chevaux. De à et de col. 

ACCORDS, n. m. plur. — Conventions qni précèdent le mariage; 
accûrdailles. 



6 ACO 

ACCOUDRE, V. act.— Coudre un morceau à un autre. Pour la con- 
jugaison, V. Coudre. 

Après ce côtelés se firent 

De feuilles, qu'ensemble acousirent. — R. d. S. Q. 

BuRGUY, gr. II, p. 135. 

ACCOUPLIÈRE, n. f. — Petite lanière ou corde servant à atta- 
cher le fouet au manche. De à et de couple, lien pour attacher en- 
semble deux ou plusieurs choses. 

ACCOUVER, V. act. — Jeter bas, renverser par terre ; mettre 
quelqu'un dans la position d'une poule qui couve ses œufs : « Il a 
voulu me colleter, mais je l'ai joliment accouvé. » 

Il S'accouver, s'accroupir, s'asseoir sur ses talons. 

Comme verbe réfléchi, accouver est très usité, surtout dans un sens 
erotique. On dit d'une femme légère et qui recherche les hommes 
qu'elle ne demande qu'à s accouver. 

Du latin accubare. 

ACCUEILLIE, n. f. — Elan ; prendre son accueillie, s'élancer. 
Dans nos \ieux auteurs, sécueillir a le sens de s'élancer, et écueil 
la signification précise d'élan : 

Prist son écueil, si s'est évertuez, 
Vingt et cinq piez est sailliz mesurés. 

Bat. d'Aleschans, v. 5618. 

En parlant d'un cheval, Froissart a dit : « Et prit son mors aux 
dens par telle manière qu'il &'escueillit. » 

Nous trouvons avec le même sens acoillir, d'où dérive directe- 
ment accueillie : 

A l'enjornée oissiez cors tentir, 
Grailes soner et boisines bondir, 
Et le charroi et les chers accoilir, 

Garin, V. 1044. 

L'espée fiert à terre de si grant escueillie, 
Grant demi pié l'embat dedens la praerie. 

Aye d'Avignon, v. 840. 

AGONDUIRE, v. act. — Conduire à : « Il s'est fait aconduire de 
Grandcourt à Foucarmont. » 



ADO 7 

Dune prist l'arcevesque en sa main, 
Si aconduist le conte Alain 
Au duc pour faire son voleir. 

BuRGUY, gr. II, 255. 

ACOUTER, V. act. — Ecouter. « Aucuns disent acouter, les au- 
tres ascouter ; d'autres et plus communément escouter. » (Tr. de 
Nicot). Selon le Dict. de Trévoux, ce n'est que la populace qui 
parle ainsi ; tous les honnêtes gens disent écouter. 

« Se une femme grosse d'enfant désire savoir quel hoir elle porte, 
ascoutez-\a. parler. » {Ev. des Quenouilles) . 

Il Acouter dire, écouter les autres quand ils parlent : « Tais-toi, 
acoute dire. » Acouter se rapproche plus du latin auscultare que 
écouter. 

ACRE, n. m. — Mesure de terre dont l'étendue varie selon les lo- 
calités : « L'acre, dit l'abbé Decorde, se compose de 160 perches. 
Mais l'on distingue différentes espèces de perches ; ce qui donne une 
grande différence dans la contenance des diverses acres. A Londi- 
nières, la perche étant de 21 pieds 1 pouce, de 21 pieds 6 pouces 1/2 
et de 22 pieds forme trois sortes d'acres : 1° 7o ares 5 centiares ; 
2° 78,35 ; 3° 81,72. Cette dernière mesure est la plus générale. » 

Acre est toujours du masculin. « Un bel acre de terre. » Quelques 
auteurs, entre autres Vauban, ont employé ce mot au même genre. 

ACRIER, V. a. — Appeler : « Acriez les domestiques pour qu'ils 
viennent dîner. » 

ACULER, V. a. — Eculer : « Se chauffouroyt le visage, acculait 
ses souliers. » (Rabelais). 

ADEVANCHER, Adevancer, v. act. — Devancer. 

» A TOUS vcnray par un sentier. 
Bien le sai'ay adevancier. 

Chast. de Coucy, V. 4326. 

À-DIEU-LEVER, n. masc— Lever-Dieu; moment de la messe où 
le prêtre élève l'hostie. On dit : « Il sonne à-Dieu-lever. — Je suis 
arrivé à la messe à-Dieu-lever. » 

ADOUCHIR. V. a. — Adoucir. Dans une foule de mots, le ç, \'s, 
deux ss de suite se changent en cli doux. — On dit rachaine ou ra- 



8 AFF 

chine, pancke, rincher, fichelle, ronche, herche, adrèche, au lieu de 
racine, panse, rincer, ficelle, ronce, herse, adresse. — Cependant 
on prononce régulièrement : danse, ganse, prince, rance, messe, 
etc. — Le caprice est souvent la règle du langage. 

ADVINER, Adeviner, v. act. — Deviner : 

Mors seule scet et adevine 

Con cascuns est a droit proisiés. 

St. sur la Mort, 32. 
Il n'en venra mie senoec 
Si con je pens et adevin, 

BuRGUT, gr. II, p. 324. 

Le V. fr. avait encore adevinement, devinaille. Notre patois a con- 
servé ce dernier mot, quoique l'on se serve plus ordinairement de 
devinette (v. ce mot). 

AFFAIRE (Être à son), loc. — Être à son aise. Un cultivateur 
est à son a/faire quand il fait valoir ses terres avantageusement. 
Être à son affaire se dit encore de quelqu'un qui s'entend bien à son 
commerce, à son métier. 

AFFAIRE, n. f. — Quantité : « J'ai récolté une bonne affaire 
de pommes cette année. » 

Il Au pluriel, bardes, vêtemens. « Préparez mes affaires du di- 
manche. » 

H Id., Menstrues, 

AFFAITEMENT n. m. Assaisonnement. Ce mot avait jadis un 
sens correspondant à celui du verbe affaiter ; il signifiait ajuste- 
ment, parure, politesse : 

Por aprendre Pus del païs 
Et de françois Vaffaitement 
Les mors et le coutenement. 

Partonop, v. 5570. 

« Moult vaut un poi d'afaitement. » (Ren., v. 86.) 

AFFAITER, v. act. — Assaisonner, préparer, « Affaiter la sa- 
lade. » Affaiter esl un terme de fauconnerie et signifie apprivoiser 
l'oiseau de proie. Dans notre vieille langue afaiter, af ailier, avait 1ô 
sens général de préparer, disposer, orner. 



AFF ^ 

Li emperere en tiat sun chef en brune, 
Si duist sa barbe, afaitad sun gernun 

Ch. de Rol. 

On le trouve cependant avec la signification qu'il a dans notre pa- 
tois. 

Tantost à mengier lor afete 
Tel viande con ele pot. 

Ren., V. 24574. 

AFFILÉE, n. f. — File, rangée, longue suite : a Quelle affilée 
de voitures.» 

il D'affilée, de suite, sans interrupttion : « Travailler six heures 
à' affilée. » 

AFFLATTER, v. act. •— Caresser avec la main : « Afflate le 
chien pour qu'il ne te morde pas, » 

AFFLIGÉ, p. passé. — Malade, infirme : « Etre affligé d'un brts, 
d'une jambe. » 

AFFOURÉE, n. f. — Portion de fourrage qu'on donne aux bes- 
tiaux à l'écurie ou à l'étable. 

Il Aller à l'fl^oMre^/aller dans les champs arracher ou couper 
de l'herbe pour les bestiaux. 

AFFREUSETÉS, n. f. plur. — Méchancetés, calomnies : a Vous 
savez toutes ces affreusetés qu'on avait traînées sur la renommée 
de ce prêtre. » (B. d'Aurevilly, V Ensorcelée.) 

AFFULER. V. act. — Coiffer : « Elle est bien longue asaffuler. » 
Il prend son chapeau et Vafpule. 
Tout en barbotant, ba, ba, ba. 

COQUILLART, Monol. 

Selon Littré, ce mot qui est picard est le môme que affubler ci 
viendrait du bas latin affibulare. Ce passage de Froissart : « Phe- 
lippc à ces paroles se leva moult tost, et affula une gonne (robe de 
moine), » et beaucoup d'autres qu'il serait facile de citer, semblent 
donner raison à Littré. Ne pourrait-on cependant proposer celte 
étymologie, infula, bandeau, diadème ? 

AFFUTIER. n. m. — Braconnier qui va à TaffiU. 
Il Un bel aff'utier, un propre à rien. 



10 AGL 

AGACEE, n. f. — Agasse, nom vulgaire de la pie. 
Et tout aussi comme Vagache 
Par son crier et agachier 
Nul oisel ne laisse anichier 
Prés de li. . . 

Du Cange. 

« Je vous assure . . . que, quant agaches ou piez gargonnent 
dans une maison, que c'est signe de très mauvaises nouvelles. » 
(Ev. des Quenouilles.) 

AGACHER, V. act. — Agacer; d'où agaeherie, etc. 

AGACHETTE, n. f. — Jeu d'enfants qui ressemble assez au jeu 
de barres. 

AGE, B. f. — « Vingt ans, c'est la belle âge. » Dans la vieille 
langue, ce mot est toujours masculin ; il est plus souvent féminin au 
au XVI"^ siècle et même au commencement du XVII'"^. Ex. : 

Seize ans estoit la ileur de vostre âge nouvelle. 

Ronsard, Poés. chois. 

Je m'emerveilloys en pensant 
Comme l'âge ainsi larronnesse 
Ravit la fuitive jeunesse. 

Baïf, Poés, chois. 

Henri, de qui les yeux et l'image sacrée 
Font un visage d'or à cette âge fet^ree. 

Malherbe. 

11 Age de discrétion. — Age de raison. « C'est un enfant qui n'a 
pas l'âge de discrétion. — Le plein âge de mâle et femelle solonquo 
le comon parlance est dit l'âge de XXI ans ; et l'âge de discrétion 
est dit l'âge de XIV ans. » (La Gurne, au mot âge.) — Etre en âge, 
être majeur. — Un homme d'âge, un homme mûr. 

AGLASSÉ, part, passé. — Contrarié, irrité ; qui dessèche d'envie. 
Ce mot qui n'a pas de signification précise est le v. fr. aclasser, être 
aux abois, râler ; du prov. das, clameur, ou de l'irlandais glas 
plainte. Burguy, qui propose cette étym., n'a, dit-il, rencontré ce mot 
qu'une seule fois, et il cite un passage donné par Du Méril (Gl. 
Normand), ce qui n'était pas difficile à rencontrer : 



AGU il 

Mais qui chaut, pai* tu les ensuit 
E les dechace et les consuit, 
Cum funt le chien le cerf alasse 
Qui del tut estanche e aclasse. 

Par extension, aclasser signifiait se calmer, s'assoupir, s'éteindre ; 
ex. : 

Celle se coche qui fu lasse, 
Après son duel un pot s'aclasse 

Athis, dans La Curne. 
A prof icen que fut alez 
Tx'estot li feus et aclasses (éteint.) 

GuiLL. DE Saint-Pair, v. 2715. 

AGRAPPIN, n. m. — Petit crochet en fer ou en laiton qui sert à 

agrafer les robes. De à et de grappin. On appelle encore Agrappins 

des crochets en fer qu'ajustent à leurs jambes ceux qui montent aux 

arbres pour les ébrancher. — Rapprocher ce mot du v. fr. agraper : 

Mors est le rois qui tout atrape, 

Moi's est le main qui tôt agrape. 

St. sur la Mort, XXX. 
Agrappeir, dans les sermons de Saint-Bernard. Comp. avec l'alle- 
mand krapf, krappen, crampon, crochet. 

AGRIPPEUX, adj. — Celui qui ne cherche qu'à dérober; un 
grippe-sous. Du verbe agripper, autre forme de agri/fer. 

AGONIR, Agoniser, v. act. — Accabler: « Il m'a. 7^0/11 de sottises.» 
Comp. avec le grec àyovîÇstv et le bas latin agonisare. 
Agonir se dit peut-être pour ahonir, déshonorer, faire honte. 
Brunun l'archeveske se tint pour ahoni. 

Rou., V. 4392. 

AGU, adj. — Aigu; du lat. acutus. 

Des portaus lancent pex aguz. 

Ben., II, V. 4392. 

AGUILLE, 11. f. — Aiguille. Lat. acula, acicula. 

Lors ti'ais une aguille d'argent 
D'un aguiller miguot et gent. 

La Rose, v. 92 
Aguille, forme aguillie, aiguillée. 



12 AKf 

AGUISER, V. act. — Aiguiser. 

Et en mes poins un grand pel aguise. 

0. d. V., V. 379. 

AGUISOIRE, n. f. — Pierre à aiguiser : « En tracassant par les 
haies et buissons, il se fit cinq ou six brèches, et qui pis est, se 
frotta à une pierre aguisoire. » (Noël du Fail.) 

AHOQUER, V. act. — Suspendre, accrocher : « En passant dans le 
bois, je me suis ahoqué à une branche. » De quelqu'un trop facile à 
amuser, on dit qu'il faut qu'il s'ahoque au ou avec le premier venu. 
Du V. fr. hoc, croc, crochet ; bas latin hoccus. 

« Ensi comme il le portoit vers son lit, ses esporons ahoka a le 
sarge. . . » {Le Roi Flore et la belle Jehanne, XIII» siècle.) 

AHUTTER (S'), v. réfl. — Se mettre à l'abri ; de hutte. 

AÏAUT, n. m. Pseudo-Narcisse, dit aussi porion ou porillon. 

AIGNIAU, n. m. — Agneau. On trouve dans l'ancienne langue 
les formes aignel, aignes, aigniaus, aigniax. 

AISES (Faire ses), loc. — Une citation extraite du Dict. de La 
Curne donnera le sens de cette locution : « Truvaa i une cave grande 
ù il entrad pour sei aiser : ut purgaret ventrem. » Faire ses aises est, 
comme le mot s'aiser, un euphémisme. V. fr. aaisier, aesier, aisier, 
donner le nécessaire, mettre à l'aise, soulager^ donner du bon temps : 

Des .n. ai dit qu'ele en fesoit, 
Comment ele les aaisoit. 

Rut., La Vie Sainte-Elysabel. 

« Quant iceulx gens d'armes arrivèrent à Calais, où ilz cuidèrent 

bien entrer pour eux refaire et aisier » (Chron. de J. Le Fèvre, 

p. 262.) 

AISIERS, n. masc. plur. — Chemins, sentiers, êtres : « Suis-moi, 
n'aie pas peur, je connais les aisiers.r> Dérive probablement du v. fr. 
aisie, porte. 

AJETER, V. ac. — Jeter vers : « Ajette-mox ce bcàton. De à et 
jeter. 

AKIENNIR (S'), V. réfl. — Ce mot signifie exactement rester 



ALL 13 

assis ou couché comme un chien devant le feu. Chien en patois se dit 
kien. S'a/dennir, rester akienni se dit d'une personne qui ne quitte 
jamais sa maison. Comp. avec s'aquenir du patois poitevin : S'ava- 
chir, devenir paresseux, lâche, sans vigueur. (L. F.) 

AL, art. — À la. 

Dans l'ancienne langue, al est un cas indirect de l'article, qui a 
produit au en français. 11 détermine toujours un nom masculin : 

« Et fu enterre al mouslier des Apostres à grant honour. » (Ville- 
hardouin.) 

Chez nous, au contraire, al s'emploie pour à la ; ex. : « Aller al 
fête ; travailler al lampe ; pêcher al ligne. » Al est une contraction de 
à le, datif de l'article dans l'ancien dialecte picard : « Ele vint à le 
tor.» (Auc. et Nicol., 260). — a A le sereur qui estoit royne d'An- 
gleterre. » (Froissart, Je', H.) 

ALDAUCE, n. f. — Averse. 

ALFESSIER, n. m. — Un jean-fesse, un propre à rien. Du Méril 
écrit halle fessier, qui tire le derrière. (Patois Normand.) 

ALLER, V. n. — Aux trois personnes du singulier du subjonctif, 
ce verbe fait : que je voiehe, que tu voiches, qu'il toiche, prononcia- 
tion picarde du v. fr. voise, dérivé de vadere, et correspondant à lin- 
dicatif vois, que l'on trouve encore dans Amyot, Rabelais, Mon- 
taigne. 

Qui vodrat elz sainz cielz semance semancier, 
Voisse aidier au boen roi qui tant fait à prisier. 

Rut.. I, p. 169. 

M'aist Dieu, je loe que je m'en voise. 

Pathelin. 

Il S'en aller, s'enfuir, en parlant d'un liquide qui s'échappe d'un 
vase en bouillant : « Attention ! le cnïés'en va.* 

Il Aller sur, avoir atteint : « Quel âge a votre fils ? — Il ra sur S3i 
quinzième année.» 

Il Aller le diable, aller grand train. 

Il Allez ! exclamation d'indiffért-nce ou de menace : « Moquez- 
vous de moi, allez, ça m'est bien égal. — Vous m'avez attrapé, mais 
je vous retrouverai, allez I » 



14 • AMA 

ALLETJMELLE, n. f. — Lame de couteau; sens plus restreint que 
celai donné par les dictionnaires. 
Notre prononciation rappelle la forme primitive : (démêle^ la lemele. 
Hauteclere, dont tranche la lemelle. 

Gaydon, V. 2600. 

Nous ferons remarquer que la voyelle u seule, placée devant un n 
ou un m se prononce généralement comme la diphtlongue eu. Ex. : 
Eune, leune, feumei\ endeume, rheume, aUeumer, plemne, preîine, etc. 

ALLURES, n. f. plur. — Manières, façons : « Voilà un garçon 
qui a de drôles d'allures. » Dans sa comédie Les Mots à la Mode, 
Boursault tourne cette expression en ridicule : 

Vous nous offrez des gens d'une agréable allure. 

Scène IV. 

ALSOUPIER, n. m. — Polisson, vaurien. 

AM, pr. possessif. — A ma : « Viens am maison. — Parle am 
femme. Amii devant une voyelle : a Mène tes chevaux awm' écurie.» 

Il Amn, à mon, devant une voyelle ou un h muet : «Adressez- 
vous amn homme.» 

Ces agrégations de mots sont fréquentes dans notre patois. On a 
déjà vu a/ mis pour à la. De même les composés del, jel, nel, usités 
dans la vieille langue ont été conservés par nos campagnards. 

AMANCHER, v. act. — Maltraiter, faire des reproches : « Qu'il 
vienne, je Yamancherai joliment. » 

AMARRER, v. act. — Attacher. Ce mot a un sens heaucoup plus 
large que le terme maritime amarrer, qui signifiait d'abord préparer 
un navire à prendre la mer : Teneatur prompta dicta navis parata 
et amarrata. (Document de 1341, cité par Du Cange.) 

AMASSER, V. act. — Ramasser les gerbes et les mettre en diziaux. 
(V. ce mot.) S'emploie absolument : « Il va pleuvoir, dépêchez-vous 
à^ amasser. » 

AMASSEUX, adj. — Celui qui amasse, qui thésaurise; v. fr. 
amasseres, amasseor, avare. 

Ne fu d'avoir amaséor, 

Nus u'ert plus large donéor. 

B. DE Sainte-More. 



ANC IS 

AMASSIE, n. f. ■— Amas, foule, rassemblement : « Il y avait à 
cette vente une amassie de gens. — Une grande amassie de buis. » 

Se il trovast lor amassée, 
A graut dolor fust dessevree. 

CH.d.D. d.N.,v. 38965. 

AMBLETTE, n. f. — Omelette. 

AMENER V. a. — Ce verbe fait au futur : yamcrmi; au condit. 
i'amen-ais, etc. « Vous amerrez avec vous vos enfants. » On dit 
aussi : i'amenrai, comme dans nos vieux trouvères : 

Ja n'iert en si sauvage terre 
Qu'il ne la truist, puis revendra 
Et a grant joie Vamenra. 

F. et BL, V. 885. 

Ainsi se conjuguent les dérivés de mener, comme emmener, rame- 
ner, etc. 

« Il aguyse le cousteau qui sans mercy à ses derrains jours le 
mainra. » (C. N. N. SS^^e.)' 

AMITIEUX, adj. — Affectueux, caressant : « Sylvinet était si 
amiteux et si plein d'esprit qu'on ne pouvait pas l'aimer moins que 
son cadet. » (G. Sand, la Petite Fadette.) 

AMONCHELER, v. a. — Amonceler. 

AMOUILLER, v. n. — Etre sur le point de vêler : « Il faut garder 
àl'étable les vaches qui amouillent. » 

AMOUREUX, Amoureuse, n. m., n. f. — Garçon, jeune fdle qui 
se font la cour : « Je ne veux pas d'amoureux am' maison», dit un 
père qui ne veut pas encore marier sa fdle. 

La belle alors me reapond despiteuse : 

« Tu ne m'es bon : cherche une aultre amotireKse. » 

J. Lk Houx. 

ANCIEN, adj. — Avancé en âge : « C'est un honmic de soixante 
ans, déjà ancien. » 

Il Vieux, qui tombe en ruine : « La maison est si ancienne qu'il 
faudra la refaire entièrement. » 



16 ANG 

Il Un ancien, un brave homme , un homme sur lequel on peut 
compter. 

Il u'avoit encores que bon aage ; 
Il n'estoit point fort ancien. 

Le Nouveau Pathelin. 

ANDIER, n. m. — Grand chenet de cuisine, du ivallon, Andi. 
Notre patois a conservé la forme pure de ce mot que, par corruption, 
l'on a écrit landier avec l'agglutination de l'article. C'est ainsi que 
Xoriot, Vendemain, Yuvette, Vierre, sont devenus le loriot, le lende- 
main, la luette, le lierre. D'auréole on a même fait lauréole, comme 
on le voit dans ce passage du Mystère de la Passion de Valenciennes : 

Mais en souffrant mériterez 
La lauréole du martire. 

ANDOUILLE, n. m. — Homme lâche, irrésolu. Il y a, dans 
Rabelais, un saint de ce nom. {Gargantua, liv. I, ch. 17.) 
Le satyrique Du Lorens s'est servi de l'adj. andouillique : 

Vous les reconnaîtrez assez facilement (les Pédants) 
A l'humeur andouillique, au sot l'aisonnement, 
A leurs soucis touffus, à leur brutale verve, 
A leurs discours tissus en dépit de Minerve. 

Diez tire ce mot du bas-latin inductilis ; je préfère anduilla que 
l'on trouve dans un glossaire latin du douzième siècle. 

ÂNE, n. m. — Lorsqu'un âne se roule sur le dos, on dit « qu'il 
gagne son avoine.» 

Prov. — Faire l'âne pour avoir du son, faire le gracieux, le 
gentil pour obtenir de quelqu'un ce que l'on désire. 

« On ne peut tirer de lui une parole non plus qu'un pet d'un âne 
mort. » 

Ces proverbes, si souvent cités par nos paysans, se trouvent dans 
Rabelais et dans tous nos vieux conteurs. 

ANGE, n. m. — On donne ce nom aux petits papillons qui vien- 
nent, le soir, se brûler à la chandelle. 

Il Ecrire comme un ange, avoir une très belle écriture : « Ma fille 
écrit comme un ange. » Yoici, selon Champollion-Figeac^ l'origine de 
cette locution : « Enfin Vergece vint (Ange Vergece^ de Corfou) qui, 
de 1533 à 1576, laissa de nombreux monuments de l'admirable écri- 



AOU 



!7 



ture cursive grecque, dont il régla la forme et la proportion de manière 
a en faire un parfait modèle que nul n'a surpassé, et qui a donné lieu 
au proverbe : Ecrire comme un ange.» 

Ange Vergece, grec à la gentille main. 

Baïf. 

ANGOLA, adj.- Angora, chat, lapin, chèvre angola. On a con- 
fondu Angola, ville d'Afrique, avec Angora, ville de l'Asie Mineure 
dou l'on a importé ces animaux remarquables par leur poil soveux' 

(V. Littré.) ^ 

ANNE, n. f. — Aune : « Du pied àes vieilles aunes, tirera-t-on 
des rejetons enracinés. » (Olivier de Serres.) 

Il A7inières, Annettes : terrains plantés d'aunes. 

Il Annoy, Aulnog : village de quelques maisons, situé sur l'Yères, 
entre Fallencourt et Saint-Riquier. Les aunes y croissent abondam- 
ment. 

ANUIT, Ennuit, adv. — Aujourd'hui, de à et nuit. Dans quelques 
provinces, ce mot signifie encore cette nuit, comme dans l'ancienne 
langue : 

Ne le renc^roie à home qui soit vig, 
Ains le pendrai a)itiit o le matin. 

Ogier de Danemarche, V. 2116. 
Vos mères en morront enmdt ou le matin. 

Aye d'Av., V. 2790. 
Ennuit voldrai soupper en ce maistre donjon. 
Et si vous y donrai à soupper gras mouton. 

Chron. de Buguesclin. 
Cependant a^iuit eut de bonne heure le sens de aujourd'hui : 
Anuit en chère, demain en bière. 

Yieux proverbes. 
En V. fr. anquenuit était synonyme de anuit : 

Quar enqicemiit dedenz mon lit, 
Feroiz de moi vostre délit. 

Fables etContes, I, p. 250. 

AOÛTEUX, Oûteux, n. m. — Ouvrier qu'on loue i>our faire les 



18 APP 

travaux de la moisson. L'Académie donne aoûteron, mot tombé en 
désuétude : 

La verdure jaunit, et Cérès espiée 

Trébuchera bientôt par javelles ciée 

Sous V aoûteron halé 

Baïf. 

APPATEE, Appatelle, n. f. — Nourriture : « Les oiseaux appor- 
tent l'appâtée à leurs petits — Une bonne fermière ïait donner 
V appâtée aux petits poussins. » 

Il Nourriture empoisonnée que l'on donne à un animal nuisible. 

APPATELER, v. act. — Donner Vappatée : « Voyez cette hirondelle 
qui appatelle ses petits. » Anciennement, nourrir abondamment, faire 
faire un bon repas : 

Des ans il y a demy douzaine 
Qu'en son hostel de cochons gras 
Me apastela une semaine. 

Villon. 
Du V. fr. past; latin pastum. 

«Boir sanz manger est fast à grenouUes.» (L. de Lincy, Prov.) 
« Le past terminé, au son de ma musette, mesureray la musarderie 
des musarts. » (Rab., Pant., liv. 3.) 

APPÉTISSER, V. n. — Exciter l'appétit : «Goûtez de ce jambon, 
ça appétisse. « Le français a conservé appétissant. 

APPOI, n. m. — Soutien, appui. On met des appois à un arbre 
chargé de fruits, à une meule qui penche, à un édifice qui menace 
ruine. 

APPOUSSER, V. a. — Pousser vers : a Apjjousse-moi le pain. » 

APPOYER, V. act. — Appuyer. 

II s''apoia as murs d'araine biz, 

Et vit les rotes des Bordelois venir. 

Garin, V. 170, 
' Nicolete o le vis cler 

S'opoî'a à un piler. 

Auc. et NicoL, p. 260. 



APP 19 

a A donc furent ordonnées eschelles et mises et appoiées contre le 
mur. » (Froissart.) 

APOSTEUME, n.m.— Apostume. Pour le son de Vu devant un m, 
voyez alleumelle. En fr., le genre de apostiime n'est pas déterminé ; 
l'Académie le fait masculin, Littré, féminin. 

APPRINDRE, V. act. — Apprendre. Le nom de la personne est 
presque toujours complément direct : 
« Tapprindrai mes enfants à travailler. » 
Tournure fréquente autrefois, ex. : 

A quelle fin est-tu de ces'ailes pourveue ? 
rajiprends l'homtne à voiler au-dessus de la nue. 

Vauquelin. 
Tout mon art je i"ecordois 
A cet enfant pour Vapprendre. 

Ronsard. 
Part, apprins, de apprensus. Jusqu'aux temps de Marot^ de Mon- 
taigne, de Henri IV, on ne parlait pas autrement. « Si je voulois 
acquérir le tiltre d'orateur, j'aurois apprins quelque belle et bonne 
harangue, et vous la prononcerois avec assez de gravité. » (Henri IV 
aux Notables de Rouen.) 

« y apprins à Thaïes, le premier de vos sages, que le vivre et le 
mourir estoit indifférent. » (Montaigne.) 

Subj. que j'apprinche, que tu apprinches , qu'il apprinche. Les 
personnes du pluriel sont régulières, mais la lettre r est ordinaire- 
ment transposée : que nous appernions, etc. On dit de môme, nous 
apDernons,YO\is apprrnez,']' appernois, elc, comme berbis pour brebis, 
berlan pour brelan : 

Le monde est un berlan où tout est confondu. 

Régnier, sat. III. 

La métathèse de \'r a surtout lieu quand cette lettre est suivie 
d'un et d'un e; ex. : porpos, fromillon, berdouiller, venderdi, ber- 
loque, berneux, enterprendre, eic, etc. 

Prindre, ainsi que ses composés, se conjuguent comme apprindre. 

Il Mal-apprins, n. m. — Homme grossier, mal élevé. 

APPROFITER, V. act. — Mettre à prolit. Mot excellent, très usité 
chez nous, comme jadis au XYI""^ siècle. 



20 ARE 

Rien ne se voit plus profitable 
Qu'est la vertu, seule valable 
Pour toute chose aprofiter. 

Baif. 

« C'est l'entendement qui approfite tout, qui dispose tout, qui agit, 
qui domine, et qui règne. » (Montaigne.) 

APPROUVANDER, v. act. — Donner la provende aux bestiaux. 

APRÈS, prép. — A. « En tombant, il s'est rattrapé après une 
branque. » 

!| D'après, selon : « D'après lui, on aurait dû s'y prendre autre- 
ment. » 

Il Être après, surveiller, avoir le soin, s'occuper de : « Quel 
ouvrier! il faut toujours que je sois après lui.» 

« Ça, de par le deable, vous n'avez pas la paine de les (enfants) 
gouverner, ne il ne vous coûte guères; je suy jour et nuict après. » 
(Les XV Joies.) ' 

Il Contre. « Après un tremble s'adossa. » (G. Gaymar.) 

AQUEVALER, v. act. — Se mettre à cheval sur, franchir : « Aqne- 
valer un mur, une haie. » Cheval se prononce k'val, d'où aque- 
valer. 

No baron ont la corde et le baston trouvé; 
Olivier tout premier ont sus encevalé. 

Fierabras, v. 2138. 

ARAGER, V. n. — Enrager. Loc. : « Arager dans s'piau, » éprouver 
un violent dépit. 

Hu ! hu ! fait-ele vilenaille, 
Chien aragé, pute servaille. 

Trist. cité par Burguy. 

ARBORISTE, n. m. — Ce mot, conformément à son étym arhor, 

signifie, chez nous, pépiniériste, et non pas herboriste, comme dans 

cet exemple de Lafontaine : 

Tu veux faire ici Vai^boriste, 
Et ne fus jamais que boucher. 

ARÊQUE, n. f. — Arête. 
Il Arêque du dos, épine dorsale. 



AHK 21 

ARGENT, n. f. — «Il m'a payé en bonne et belle argent.» 

ARGENTEUX, adj. — Qui a de l'argent : « Ce qui maintenoit vos 
peuples argenteux,h\soit vivre et employer les pauvres.» (Var. hist., 
et Litt. III .) 

ARGILIÈRE, n. f. — Endroit, terrain d'où l'on tire Vargile. Mot 
très bien fait qui manque à notre langue. 

ARGOT, n. m. — Ergot. « Argot, qu'on dit aussi ergot (car le 
français en plusieurs dictions met e pour a, comme eppeler pour 
appeler), est le crochet cornu qui est par derrière la jambe du coq.» 
(Tr. de Nicot.) 

Près de la ville d'Eu, e se prononce a dans les mots où il est suivi 
d'un r et d'une autre consonne ; ex. ; « Vart, pardre, Piarre, vert, 
perdre, Pierre. Au XV™" siècle, c'était la prononciation parisienne» 
dit Marot. Villon fait rïm^v part avec, par cl (perd), page 85; haubert 
avec la plus part, p. 35 ; Robert avec Lombart, p. 96, etc. Pervenche 
s'est dit parvenche ; cercueil, sarqueu; gerbe, garbe; apercevoir, apar- 
cevoir : 

« Aparcéurent sei que l'arche fust venue en l'ost.» (Rois, p. 15.) 

« DeuTigarbes de blé. » {Rois, introd., p. 80.) 

« Pourquoi toutes ces fraimes-Là? A quoi est-ce que ça voussarf ? » 
(Mol., Méd. malgré lui.) 

ARGOTER, V. n. — Ergoter. Quoique contraire aux règles, l'étymo- 
logie argutari paraît fort probable. 

« Pour un rien vous vous argotez.y^ (Vadé, la Pipe Cassée. ) 

ARGOUILLARD, adj. — Querelleur ; qui aime à disputer, à con- 
tredire. 
ARGOUILLER, v. n. — Disputer, contredire, se quereller. 

ARRANGER , v. n. — Ne faire rien à temps, être toujours en 
retard, soit pour les semailles, soit pour la moisson. 

ARKANCIER. adj.— Négligent, qui no finit de rien. Un cultiva- 
teur qui no sèiiio pas à temps, qui récolte après les autres, est un 
arkancier. Dans le Berry et h Beauce, on appelle flrrffH^//''/- un p.Mii 
commerçant ([ui fait tous les métiers pour vivre, et qui tir." 1.' tlial.li' 
par la (jueuc. 



22 AS 

ARMANA, n. m. — Almanach. 

ARRACHER; v. act. — Déchirer : « J'ai arraché mes habits en 
traversant le bois. » 
D'où arraclmre, déchirure. 

ARRANGEANT, adj. — Personne avec laquelle il est facile de 
s'entendre, de faire des affaires, de conclure un marché. 

On dit dans le même sens : « C'est un homme , c'est une femme 
d'arrangement. » 

ARROSER, V. act. — Célébrer par de copieuses libations une noce, 
un parrinage, un grade, etc. 

ARSOUILLE, n. m. et f. — Personne malpropre ou de mauvaises 
mœurs ; terme grossier qui des villes s'est répandu dans les cam- 
pagnes. Selon Du Méril, ce mot est une aphérèse Aq g ar souille : «Viles 
personas quas ^amenés vocant. » (Mathieu Paris, anno 1256.) 

ARTABAN, n. prop. — Nom souvent cité dans ce proverbe : « Il 
est fier comme Artahan. » Quel est cet Artaban ? — Sans doute le 
héros de quelque roman ou conte delà Bibliothèque bleue. Je lis dans 
un contemporain (Lucas de Montigny, Récits variés) le passage 
suivant : « M^'^ de Montpensier, fière comme Artaban, après le 
combat du faubourg Saint-Antoine, se prenait pour une Jeanne- 
d'Arc de qualité qui aurait fait le plus grand coup du monde. » 

ARTER, V. act. — Arrêter, par syncope, comme débiller , pour 
déshabiller. 

ARTIMON, n. m. — Terme de marine dont on sait la signification. 
Ce mot a dans notre patois une acception singulière. « Donner un 
artimon au c. . . de quelqu'un » signifie appeler en justice, envoyer 
une assignation. 

ARUER, V. act. — Lancer, jeter vers ; de ad et ruere : « J'ai 
oublié mon couteau, arue-uioi le tien.» 

AS', adj. poss. — A sa. «J'ai parlé as' femme; — je retourne as' 
maison.» 

Il As'n, à son, devant une voyelle ou un h muet : « Dites as'n 
homme de venir. — Chacun doit être as'n affaire. » La préposition 



AST 23 

à se contracte avec les pronoms possessifs et relatifs ; on a vu al, am, 
mis pour à la, à ma, etc. 

ASCAROLE, n. f. — Escarole. 

ASIR, V. act. — Rôtir, brûler. Le participe asi est particulière- 
ment usité : « Ce poulet ne sera pas bon, il est trop asi. » Comp. 
avec le grec àV et le latin assus. Ce mot a le même sens que le 
français havir dont il est peut-être une corruption. 

ASSASSIN, n. m. — Assassinat. « On a commis un assassin cette 
nuit. » 

ASSASSINEUX, adj. — Celui qui assassine : « Qui jettera. . .l'œil 
sur les meutres et assassins que les princes faisoient faire par leurs 
favoris. . .» (Pasquier, dans La Curne, p. 220. 

ASSIÉTER, Assire, v. act. — Asseoir. Assire, qui est formé du 
latin assidere, fait au fut. : je niassirai ; au subj. que je m'assièche 
ou que je m'assiche. Un grammairien du XVIIme siècle dit que l'usage 
était fort brouillé sur tous les- temps du verbe asseoir. 

En effet, dans une comédie de Boursault (Esope à la Cour), je lis, 
à deux vers de distance, les deux formes impératives : asseyez-vous, 
assis-toi ; et Régnier écrit : 

Puis sans qu'on les convie ainsi que vénérables 
S'assiessent en prélats les premiene à vos tables. 

Sat.,U. 

De s'assiézer, usité dans le dialecte blaisois. 

ASSOMMOIR, m. et f. - Personne qui vous importune, qui vous 
fatigue par son bavardage. 

ASSURÉ, adv. — Apocope de assurément : « Viendrez-vous me 
voir ? — Assuré que je viendrai. » 

ASTEURE, adv. — A cette heure, maintenant : « Nous avons 
assez travaillé ; reposons-nous asteure. » 

loup, j'en ay desjà besoin. 
Dit le porc-espy, tout asteure. 

Baïf. 

« J'ai des pourtraits de ma forme de vingt et cinq, ot de trente 



24 ATT 

cinq ans ; je les compare avecques celuy à'asteure ; combien de fois 
ce n'est plus moyl» (Montaigne, liv. III, 13.) 

« Ces Messieurs d'Espagne, encore qu'ils soient nos bons amis et 
bons catholiques, ne sont pas marchands à un mot, et ce n'est pas 
d'à ceste heure. » (Ménippée, p. 101.) 

ASTROLOGUE, n. m. — Homme prétentieux, suffisant, qui sait 
tout, qui connaît tout, comme ceux qui prétendent lire 

sur le front des étoiles 

Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles. 

Laf., II, 13. 

AT*, p. poss. — A ta, devant les noms féminins qui commencent 
par une consonne : « J'ai parlé at' femme. » 

il Atn', à ta, à ton, devant une voyelle ou un h muet : « Va 
aï»' affaire. — Dis atn homme de venir. » 

ATELLE, n. f. — Copeau, morceau de bois de chauffage. Nos 
bûcherons se servent souvent de ce mot fort usité dans la vieille , 
langue : 

De lor lances ont fet asteles et tronchons. 

Gui de Nanteuil, v. 2806. 
Des lances volent en asteles. 

Renart. 

Du latin assula, astula^ rognure de bois, planchette. Fr, mod. 
attelle. 

Astele avait donné asteler, briser, voler en éclats. 

ATRAINER, v. act. — Attirer, entraîner. 

Un banc estoit de sablon amassé 
Voisin du bord où Fi'ancus fut chassé, 
Mont de falaise et de bourbe attrainée. 

Ronsard, Franciade. 

Calvin (Inst. 22); Baïf(Poés,, p. 235) ont aussi employé ce mot. 

ATTAQUER, v. act. -~ Attacher : « Attaquez votre cheval à ce 
poteau.» 

Dès l'origine, attaquer et attacher avaient le même sens ; ils ne 
différaient que par la prononciation ; ex. : «Antiochus ne demandoit 
que quelque occasion de s'attacher (s'attaquer) aux Romains. » 



ATU 25 

« N'attaquons pas ces exemples ; nous n'y arriverions point.» Ne 
nous attachons point à ces exemples, etc. (Mont., liv. III, p. 10.) 

ATTEINDRE, v. act. — Conj. ind. noMS atteindons, vous attein- 
dez, ils atti'indent ; imp. i'atteindais, etc. ; subj. que jatteinche, 
etc.; plur. que nous atteindions, etc. Comp. avec complaindons, 
astraindons, plaindist, ataindist, de complaindre, astraindre, plaindre, 
ataindre, formes quelquefois usitées au XII^ et XIII^ siècle. (V. Bur- 
guy, II, p. 236 et suiv.) 

ATTELÉE, n. f. — Ce mot signifie la moitié de la journée d'un 
ouvrier : « Il a travaillé une attelée^ » c.-à-d. depuis le matin jus- 
qu'à midi, ou de midi jusqu'au soir. 

Il Se prend dans un sens erotique; pour l'explication, voir la 
soixante et onzième Nouvelle desC. N. N. 

ATTELURE, n. f. -- Attelage. « Une belle attelure. » 

ATTIFÀILLES, n. f. — Objets de toilette, mise tapageuse : «Votre 
femme avait toutes ses attifailles à la fête. — Sa fille, superbe en 
son attifage bourbonnais, était grandement fêtée. » (G. Sand, les 
Maîtres Sonneurs. ) 

ATTISÉE, n. f. — Quantité de bois que l'on met au feu : « Il fait 
froid, mettez-nous une bonne attisée. )y 

ATTIVELLES, n. f. — Instruments, outils : « En partant, n'ou- 
bliez pas vos attivelles.r> 

S'il faut qu'el ait mal aux mamèles, 
Il usera bien deux semelles, 
De courir fera tous ses efforts 
Pour lui cercher des attivelles. 

Ane. poés., P"", p. 25. 

Mot de fantaisie dont on peut rapprocher attirantons qui a le mcVne 
sens : « Le savetier les met dans sa poche avec ses formes, cuyr, 
alesnes, et autres attirantons, tourne bride, s'en va à sa maison faire 
gaudeamus.y> {N . Fabrique.) 

Il n'est pas douteux que attivelles vient de attifer, et que atti- 
rantons est un diminutif du fr. attirail. 

ATUIRE, V. a. — Tutoyer : « Nous sommes gens de connaissance, 
nous nous atuisons.y) 



26 AUS 

Il Donner une leçon, adresser une réprimande : « Prends-garde, 
tu vas te faire atuire, » 

AUBERGER, v. a, — Loger et nourrir les voyageurs pour de 
l'argent, Mot directement formé de auberge. 

AUMONDE, n. f. — Aumône. 

AUMONIEUX, Aumônier, ère, adj. — • Qui aime à faire l'aumône, 
charitable. Aumônier, qui est un mot excellent, très usité jadis, tend 
à disparaître de la langue académique. 

Einz ert sainte et religiose 
Et debenere et ausmoniere. 

Vie de Saint- Alexis, v. 65. 
Ton nom demeure vif, ton beau teint est terny, 
Piteuse, diligente et dévote Yverny, 
Hostesse à l'étranger, des pauvres ansnioyiiere. 

D'AuBiGNÉ, Trag. 

AURIPIAUX, n. m. plur. — Mal d'oreilles, signalé par des pelli- 
cules ou piaux aux oreilles. 

AUSSI. . . . COMME, loc. — Aussi que : « Il est aussi riche comme 
toi.» Tournure fréquente dans la vieille langue : 

« Dites au Veau qu'il demeure encores avecque vous jusqu'à ce 
qu'il ait de mes nouvelles, et que je le tiens aussi hardy en chemise 
comme s'il avoit sa cuirasse sur le dos.» {Lettre du roi Charles VIII. 
Bull.' du Bibliophile ; juin 1875.) 

C'estoit jadis chose bien rare 
Que de veoir un abbé ignare : 
Aujourd'hui il est si commun 
Que cent mille aussi bien comme un 

Se trouveront 

Marot, P"" coll. Ôl Erasme. 
Au XYII""^ siècle, M^e de Grignan écrivait : « Je voudrois être 
aussi jolie comme il est sur que je suis à vous. » 

G. Sand n'a pas dédaigné cette locution familière à nos paysans : 
« Nous arrivions là aussi savants les uns comme les autres, ne sa- 
chant point lire, écrire encore moins. » (Les Maîtres Sonneurs.) 

Il Aussi, non plus : « Je n'irai point au marché prochain, — 
Ni moi aussi. » 



AVA 27 

— « Je ne répondis rien, ni l'officier aussi. » (Bussy, mém. 1646.) 
Si je u'approuve pas ces amis des galants, 
Je ne suis pas aicssi pour les gens turbulents. 

Molière. 

Il Aussît devant une voyelle : « Il a été mal reçu, aiissit il ne re- 
viendra pas. » 

AUTANT COMME, loc.— Autant que : Je vaux autant comme 

toi. » 

« Ses bourdes sembloient autant véritables comme Euvangile. » 
(C. N. N., 33.) 

« Les robes autant précieuses comme les dames. » (Rabelais.) 

« Ces deux jeunes enfants reçeurent ceste charge aussi volun- 
tiers et avec autant de plaisir comme si c'eust été quelque seigneurie.» 
(Arayot, Daph. et CIdoé.) 

Corneille, qui était Normand, usait presque toujours de cette tour- 
nure : 

Ce beau feu vous aveugle autant comme il vous brûle. 

(Rodoq., III, 4.) 

AUTOUR DE (Être), loc. — S'occuper de : « Il faut toujours 
être autour de cet enfant. » 

« Il est impossible d'entrer en une escole de payens mieux ordonnée 
que celle de ces deux (Sénèque et Plutarque) pour apprendre comme 
il convient avoir honte des choses déshonnêtes, et s'exercer autour 
des honnêtes et vertueuses. » (Amyot, préface.) 

AVA, n. m. — Aval : « Le vent est à'ava. » 
Il Ava, à bas : « Il est tombé ava d'un arbre. » 

AVALACHE, n. f. — Avalasse. 

AVALEUX, euse, adj. — Ivrogne, ivrognesse. — Très usité 
dans cette locution : « Avaleux, avaleuse'àe pois gris. » Les Dic- 
tionnaires donnent à ce mot le sens de gourmand, de goinfre. 

AVALON. n. m. — Gorgée : « Boire deux ou trois avalons. » 

AVANT (Être de 1'). loc. — Être avancé dans un travail : « Vous 
avez fini de couper vos blés ; nous autres, nous ne sommes pas si de 
y avant. » 



2B AVO 

AVANT, Avante, adj. — Profond : « V'ià un fossé bien avant. » 
— « La rivière est avante en cet endroit.» 

Il Avant, adv., profondément : « Il faut labourer avant dans 
certaines terres.» 

AVANTEUR, n. f. — Profondeur : « Ils creusent un puits d'une 
rude avanteur.n 

AVEINE, n. f. — Avoine. Prononciation normande, conforme 
d'ailleurs au latin avena, et qui a prévalu dans beaucoup d'autres 
mots. 

Por dou fain, por de Vavainne 

A mon l'oncin 

Rut., Li Biz de l'Erberie. 

Que la malheureuse avène 
Ne foisonne sur la plaine. 

Du Bellay, Jeux rustiques. 

Pasteur qui conduiras en ce lieu ton troupeau, 
Flageollant une églogue en ton tuyau A^aveine. 

Ronsard. 

AVEINERIE, n. f. — Champ où l'on a récolté de Yaveine. Du bas 
latin Aveinariœ, lieux ensemencés d'avoine : « Les chaumes mille- 
rines et aveneris ne sont aucunement de garde, sinon tant que le 
fruit est dedans lesdites terres.» (Cité par La Curne, p. 340.) 

AVENTS (Les), n. m. plur. — Les quatre semaines qui précèdent 
la fête de Noël : v Les Avents se disent de plusieurs Avents, comme 
les étés, les hivers. Les Avents pour l'Avent, c'est un provincialisme.» 
(Littré.) 

AVERTIS, n. m. — Avertissement, par apocope : « Il a reçu deux 
avertis pour payer ses contributions.» 

AVEUC, conj. — Avec : « Ele senti que li vielle dormoit qui aveuc 
li estoit.» (Auc. etNicol., p. 258.) 

En Picardie on dit avoec, forme la plus fréquente dans la langue 
d'oïl. 

AVOIR, V. act. — Se conjugue ainsi : fut., j'érai, i'éras, il éra, etc. 
Condit., ']érais, l'érais, il érait, os'éraimes, os'éraites, îs'éraient. 



AVR 29 

On voit combien ces formes se rapprochent du latin haberemus, 
haberelis, haberent. 

De même les deux personnes du pluriel do rim[)arfait do l'indicatif, 
rappellent la conjugaison latine ; ex : os'avaimes, os'avaites, kabeba- 
mus, habebatis. Comp. avec les anciennes formes picardes, auriemes, 
aviemes. 

Subj., quei'euche, que t'euches, etc. Ainsi se conjuguent à l'im- 
parfait, au futur et au conditionnel la plupart des verbes en oir. Ces 
formes son très voisines de la conjugaison picarde. (Xlle et XIII» 
siècle.) 

A vous, biau sire, le deviemes conter. 

HuoN, V. 8206. 

Nous u y arièmes nulle bone escarmoucbe. 

Froissart. 
Nous .X. estiemes en une grande nef. 

HuoN, V. 6943. 

AVOURIE, n. f. — Envie, désir violent : « J'avais une grande 
avourie de vous voir.» 

Il Entrain, ardeur : « Cet ouvrier met de Yavourie au travail. » 
Du lat. avère. 

AVRI, n. m. — Avril. 

Nul avri sans épi. 

Prov. 

Bourgeon d'«wH. 
N'met pas d'cidre au bari. 
Prov. 

Ainsi se prononcent en français coutil, fusil, courtil, nombril, 
outil, etc. En patois, la lettre / finale ne se fait généralement pas en- 
tendre; ex.; ava, seu, mo, fi pour aval, seul, mol, fil. 

AVROGNE, n. f. — L'aurone des jardins. 



30 BAD 



B 



BABAINES, n, f. plur. — Babines, La lettre i sonne ei ou ai dans 
la plupart des mots terminés en ine et igné ; ex : fraine, rachaine, 
malaine, faine, gamaine, poitraine, saigne, etc., au lieu de farine, 
racine, maline,fine, gamine, poitrine, signe. Les citations qui suivent 
prouvent que cette prononciation populaire était admise même par 
les lettrés, par les poètes : 

Cette coupe est toute pleine ; 
J'en vay laver mes poulmons ; 
C'est le chaud et la saleine. 
Ce n'est pas nous qui buvons. 

Oliv. Basselin 

Prendray-je ceste médecine ? 

Ouy, ouy, ne prenons pas la peine, etc. 

J. Le Houx. 

BABET, n. p. f. — Diminutif d'Elisabeth. On dit plus générale- 
ment Lisnbeth. 

BABOT, n. f. — Femme, servante lourde et stupide : « C'est une 
babot qui ne comprend rien. » En latin babulus signifie nigaud. 

BADIGOINGES, n. f. plur. — Babines, lèvres : « La bonne dame 
à ce qu'elle disoit, en se délayant les badigoinces, eût bien voulu avoir 
souvent de telles pratiques » (BéroaldedeVerville.) 

« La mousse luy est creue au gouzier par faute de remuer et exercer 
\qs badigoinces. » (Rab., IV, 49.) 

BADRÉE, n. f. — Marmelade de pommes ou de poires qu'on étend 
sur les pâtisseries, sur les tartes. On a rattaché ce mot à badré qui, 
dans l'Orne, signifie couvert de boue, mouillé, comme vatré dérive 
de ivater, eau. 



BAL 31 

BAGNOLE, n. f. — Voiture, charrette en mauvais état ; pour 
banniole, de banne. 

BAGOU, n. m. — Faconde gasconne, loquacité intarissable. « Bagou 
de commis-voyageur. » (Voir l'illustre Gaudissart de Balzac). B<j(jou 
forme débagouler. Etym. ba, particule de dépréciation, et goule, 
gueule. 

BAIL, n. m. — Fait au plur. bails. On dit de même tmvails, 
bétails, vitrails : « Après les i«i7i finis.» ("Loysel, cité par Littré.) 

BAISER, V. act. — Avoir commerce avec une femme. Dans la 
vieille langue littéraire, je ne connais^que Melin de Sainct-Gelays qui 
ait donné à baiser ce sens erotique. 

Je ne suis beau ny advenant, 

Je suis malheureux de tout poinct ! 

— Ouy, si tu ne la baisois point. 

Œuv.Poét., t. II, p. 230. 
Voir encore pour ce mot la cinquième Sérée de G. Bouchot, t. I<"", 
p. 197. 

Il Attraper, duper. « Il m'a baisé une fois, c'est assez. » 

BALANGHOIRE, n. f.— Conte, mensonge : « Va conter ailleurs 
tes balanchoires. » 

BALER, V. act. et neut. — Décharger ; « Baler un tombereau 
rempli de fumier. » 

Il Verser : « Le chariot a balé en tournant. » 

Il Être chargé, accablé , « Les pommiers baient de pommes.» Dans 
ce dernier sens, baler est synoyme de abaler qu'on a vu plus haut. 

BALIER, v. act. — Balayer. 

L'air estaut balié des froids soupirs de bize. 

Agkippa d'Aubigné. 

« C'est jetter son argent dans la rivirre.... quand ayant basti une 
grande et superbe maison, elle demeure vuide par faute de revenu, et 
qu'il faille employer plus de temps à la ballier qu'à en labourer les 
terres. » (Oliv. de Serres). 

Nous lisons dans le dict. de Trévoux : « Balier, balayer. Ces deux 
mots sont bons tous deux, mais balier est plus en usage «pie balayer, 
par ce qu'il est plus doux à l'oreille : Ex : « Balier une chambre » — 



32 BAL 

Eole lâche les vents quand il faut balier le monde. 

SCARRON. 

D'une robe à longs plis balier le barreau. 

Despréaux, sat. I. (Anno, 1666.) 

Ce n'est qu'en 1672 que Boileau remplace balier par balayer. 

BALIETTE, n. f.— Petit balai. 

BALIURES, n. f. plur. — Balayures : « Gens latineux qui vont 
grattant dans les haliures et bourbiers du latin, pour en tirer quelque 
haillon. » (Béroalde de Verville.) 

Apprends-nous sous quel ciel, sous quel angle du monde. 
Le ciel nous a jetés ballieures des ondes. 

{Les Del. de la poésie fr., p. 14.3). 

BALLONNER, v. n.— Se dit d'un cheval qui n'a pas de reins, et 
qui marche en dandinant. 

BALLONNEUX, Balonnier, adj.— Cheval qm. ballonne. 

BALLOQUER, v. n. — Être pendant, osciller ; prononciation pi- 
carde de balocher que l'on trouve dans les C. N. N. (82^) avec le sens 
d'aller sur la balançoire ou sur l'escarpolette : « Si se reprint Hac- 
quin à balocher. » 

Balloquer est un fréquentatif du v. fr. balier, flotter, en parlant 
d'une étoffe j d'un drapeau; ex. : 

Tantes, banières contre vent balle. 

Garin. 

Dans le sens de être pendant, balier n'est usité en fr. qu'au part, 
prés . : 

Et que font là tes bras ballants à ton côté ? 

Racine, les Plaideurs. 

Dériv. baUoquement, n. m. — Action de balloquer ; vieux mot qui 
signifie trafic, échange, dans ce passage de Eust. Deschamps : 
Baloquement de marchandise 
Y sera fait, en mainte guise. 

BALLOTTER, v. n. — Marchander longtemps ; ne pas offrir d'un 
objet le prix qu'il vaut. 

BALLOTTEUX, adj. — Celui qui ballotte. 



BAR 33 

BANCAL, adj. — Ce mot a une significalion beaucoup plus large 
qu'en frani^ais. Il s'applique aux individus qui ont n'importe quel 
défaut physi(fue, aux boiteux, aux manchots, aux bossus. De quel- 
qu'un qui marche ou se tient mal , on dit qu'il est tout torlu- 
bancal. 

BANNÉE, Bannelée, n. fr. — Ce que contient une banne. 

BAQUET DE SCIENCE, n. m. — Baquet rempli d'eau noirâtre 
dans lequel les cordonniers font tremper les cuirs durcis pour les 
ramollir. On ne remplace pas souvent cette eau qui acquiert ainsi des 
qualités spéciales pour la trempe du cuir. 

BARBOUILLER, v. act. et n — Indisposer, rendre malade: « Il 
m'a fait boire je ne sais (juoi qui m'a barbouillé le'cœur.» 

Il Parler mal, avoir une prononciation l^embarrassée : Dériv. bar- 
bouillard. 

BARDOU, n. m. — Sobriquet que l'on donne à un imbécile : 
« Bon']our Barilou.yy C'est un mot antique : « Bonjour, Monsieur le 
badin. Monsieur le sot. » (Oudin, cité par L. de Lincy.) Du lalin 
bardus , lourdaud, stupide. Bardou=Ane. (Yoir Nouv. Fabrique. 
p. 184.) 

« A laver la tète d'un bardou, on n'y perd que la lessive. » (Adage 
duXVI^ie siècle.) 

BARONNERIE, n. f. — Baronnie. Il y a à Grandcourt une ferme 
de ce nom, qui appartient au comte da Bryas. 

BARRABAS, n. prop. — Très usité dans cette locution prover- 
biale : « Connu comme Barrabas à la Passion, » c.-à-d. très-connu. 
Allusion au Barrabas qui figure dans la Passion. 

BARRAGE, n. m. — Clôture faite avec des pieux et de longues 
pièces de bois transversales. Cela suffit pour arrêter le gros bétail, 
mais non les poules et autres auimaux. Au lieu de barrage on emploie 
souvent barrure qui est du féminin. 

BARRE, n. f. — Barrière : « Fermer, ouvrir la barre. » Aufig., 
ce mot se trouve dans Régnier, Malherbe, Corneille. 

Le Bourguignon d'ailleurs sépare nos provinces, 
Et sei'virait pour nous de barre à ces deux princes. 

Corneille, Attila. 



34 BAS 

Il Devant du lit : « Coucher à la barre. » 

Il Barre du cou, nuque : « En tombant de voiture, il s'est cassé la 
barre du cou.ï) 

BARRÉ^ adj. — Qui a la peau tachetée, higarrée. On dit un bœuf 
barré, une vache barrée. Il est probable que ce mot vient du latin 
varius par le changement du v en h. Au moyen-âge, on appelait 
moines barrés les religieux (Carmes) que Saint-Louis avait ramenés 
du Mont-Carmel, sans doute à cause de leur costume noir et blanc. 

Si suut cordelier et barré. 

Rose, v. 13073. 

« Et par dessus le vestent d'une casacque, sur laquelle estoit por- 
traict un lyon barré. » {Eist. macaronique, p. 15.) 

BARROTTAGE, n. m. — Treillis pour empêcher de passer les plus 
petits animaux. 

BASD'ESTAMIER, n. m.— Fabricant de gros bas de laine tricotés. 
Ce mot, comme le métier lui-même, tend à disparaître. Estame est 
un vieux mot français qui signifie laine tricotée, du latin stameii, fii 
de la quenouille. 

« Pour les chausses de Gargantua furent levées onze cens cinq 
aulnes et un tiers d'estamet blanc. » (Rabelais.) 

Et deux paires de bas d''estame 
De la main d'Hécuba sa femme. 

SCARRON. 

BAS-ENGULÉ, adj. — Homme de petite taille. Pour exprimer la 
même idée, le patois abonde en locutions salées, et qui sentent le 
gaulois d'une lieue; ex. : Bas-du-cul^ cul-prés-de-terre, etc. De même 
Marot appelle cyniquement basenconnée une pelite vieille. {Ep. du 
Coq à l'asne.) 

BASSIÈRE, n, f. — Cidre qui reste avec la lie au fond des 
futailles : « Ils beurent si net qu'il n'y demeura une seule goutte des 

deux cens trente et sept pomsons , excepté quelques méchantes 

baissières pour le vinaigre. » (Rabelais.) 

On lit dans un sermon de Menot : « In morte bibent de vino irœ 
Dei de la baissière.ï) 

BASSINER, V. act. — Fatiguer importuner : « Tu nous bassines 



BAU 35 



avec tes contes. » D'où bassinoire , personne qui ennuie , q 



ui 



fatigue. 



BASSURE, n. f. — Enfoncement. Un village est en bassure quand 
il est situé au fond d'une vallée. 

Il Bassures, plur., lieux bas et marécageux : «Allons chasser au 
canard dans les bassures. » 

BATERLOT, n. m. — Marteau de cloche. On dit aussi baterlet. 

BATISSE, n. propre. — Baptiste. Dicton : « Tranquille comme 
Bâtisse, » peut-être comme Saint-Jean-Baptiste, car on dit : « Doux 
comme un petit Saint- Jean. » 

BÂTONS, n. m. plur. — Petits jambages que s'exercent à tracer 
les enfants qui apprennent à écrire. En Poitou et en Saintonge, on dit 
faire des bûches avec le môme sens. 

BATTE, n. f. — Ce mot désigne spécialement la pièce de bois du 
fléau qui sert à battre le blé. 

BATTEUX, n. m. — Celui qui fait son métier de battre le blé, 
l'avoine, etc. Comme ces gens-là ne manquent point d'appétit, on dit 
proverbialement : « Manger comme un batteux en grange. » 

Ho ! batteux, battons la guei'be, 
Battons-la joyeusement. 

Chr. Normande. 

BATTRE, V. act. — S'emploie absolument. « Où bats-tu aujour- 
d'hui ? — Je bats chez Chevalier. » 

Il Battre des pieds, s'ennuyer, être impatient de partir. 

BAUDE, n. f. — Prostituée; d'où baudou, boudou, lii-u de prosti- 
tution, maibon de tolérance. En anglais bawd signilie ontromclleuse; 
en allemand, bald, hardi, insolent. 

Anciennement balz , baut , bault avait le sens de fier, brave, 

joyeux : 

Li empereres se fait e balz e liez. 

Ch. i)K Rol., p. 10. 

Et cil s'en est tourné haut et joiant et liez. 

Gui de Nantelil, v. 17G7. 



36 BAV 

.... Poureté l'homme assault 
Et maine à perdicion ; 
De riche, joieux et bault, 
Fait souvent poure rigault. 

EuST. Desch. le Lai du Roi. 

L'ancienne langue ayait les dérivés : Baudir, baudement, baudor, 

balderie, etc. 

Repairez siuit a joi è a baldur. 

Ch. de Rol., p. 332. 

Il cuide avoir Dieu baudement. 

Rut., II, p. 229. 

Nous avons gardé ébaudir, sans lui conserver l'étendue de sa si- 
gnification première ; ex. : 

A icest mot si n'osbaldisserti Franc. 

Ch. de Rol., p. 138. 

Li jors s'est ebaudis, belle est la matinée. 

Gui de Nanteuil, v. 1062. 

La véissiez charpentiers esbaudir 
Portes coper, et ces fléax croissir. 

Garin, v. 3066. 

BAUDET, n. m. — Lit de sangle. 

Il Espèce de fèves très-grosses. 

BAUGE, n. m. — Lit : « Cette femme est si parossease, qu'elle n'a 
pas le courage de faire sin bauge. » En Picardie, lit se dit bmujière, 
sans doute du bas-latin baugium, qui signifie hutte, cabane. Un 
étymologiste célèbre, qui n'était jamais à court, Ménage, donne de ce 
mot une plaisante dérivation • « Volutrica (lieu oîi le sanglier se 
vautre), de là voca, boca, bmica, bauge ! » 

BA VACHE, n. f. — Bave. On dit à un enfant : « Essuie tes ba- 
vaches. » D'où bavacher, baver fréquemment. 

Au fig., bavacher signifie babiller, parler inconsidérément : « Il 
semble que la coustume concède à cet aage (la vieillesse) plus de li- 
berté de bavasser, et d'indiscrétion à parler de soy.» (Montaigne, liv. 
III, ch. IL) 

BAVER, V. n. — Bavarder : « Bavez, gallez, raillez, saliez. » 
(Coquillart, Monol.) 



BAZ 37 

Paix, par le dyable, vous bavez 
Et ne sçavez vous revenir 
A vostre propos, sans tenir 
La court, de telle baverie ? 

Pathelin. 

BAVERIE, n. f. — Bave, action do baver fréquemment. 

Au fig., bavardage médisant, calomnieux, ou simplement bavar- 
derie, comme dans ce passage d'Amyot : « Le premier et principal 
poinct de l'éloquence gist à ne parler d'aucune chose dont on n'ait 
bonne intelligence ; sans quoi, ce /^u'on appellerait éloquence ne se- 
roit à la vérité qu'une baverie indiscrète et ignorante. » 

BAVEUX, adj. —Bavard. 

Fille, n'ajoutez foi en songes 
Et sobre soyez de vin boire ; 
Les baveux ne veuillez point croire, 
Car en eux n'y a que mensonges. 

Ane. Poés., II, p. 20. 

BAYOT, Bayotte. adj. — Veau bayot , vache bayotte ; qui a la 
robe rouge et blanche. Diminutif de l'adj. bai, du bas-latin baitis. 
Nous avons encore baillet, inusité aujourd'hui, et qui se disait d'un 
cheval à poil roux tirant sur le blanc. Baliolus dans Plaute, badius 
dans Varron : 

Equi colore dispares, item nati : 
Hic badÏKs, iste gilvus, ille murinus. 

N. Marcellus, liv. II. 

Bayard, coursier fameux dans les romans do chevalerie, signifie 

cheval bai. 

BAZA, Bazot, n. f. — Sobriquet que l'on donne à une femme qui 
marche lourdement, sans grâce. Bazoter, en patois poitevin, a le sens 
de se dodinet\ chanceler. 

BAZARDER, v. act. — Vendn^ un objet à vil [irix. « Il a bazardé 
la montre que je lui ai donnée. » 

Du persan bazar, mot devenu français, mais ipu' les paysans 
emploient toujours en mauvaise part pour désigner un atelier, une 
boutique, une maison mal tenus. 



38 BEK 

BÉ, n. m.— Baiser. « Allons, petiot, donne-moi un bé. » 
Il Bouche : « Il a toujours la pipe au bé. » Selon Suétone, ce mot 
est d'origine gauloise : « Cui Tolosœ nato cognomen in pueritia Becco 
fuerat, id valet, Gallinacei rostrum. » (Vitellius, 18.) 

BÉCARD, n. m.— Chiquenaude sur le bec. Comp. avec le français 
nasarde, chiquenaude sur le nez. 

BÉCOT, n. m.— Petit baiser ; les mères et les enfants l'emploient 
si souvent, que ce mot devrait être dans le Dict. de l'Académie. Des- 
chanel (Causeries de quinzaine) raconte qu'un pauvre petit diable dit 
à son maître d étude qui l'avait puni : « Allons, donne-moi un bécot, 
je ne le ferai plus. » 

BÉCOTER, V. act. — Embrasser amoureusement : « Ils sont comme 
deux tourtereaux ;'ils se bécotent toujours. » 

BECQUER, V. act.— Becqueter ; d'où becquie, becquée. 
Mais ennuit toute nuit, en dormant me sembloit 
C'uns escoufflez moult grant dessur my avolloit, 
Et moult crueusement de son bec me bëquoit. 

Hugues Capet, p. 205. 

BÉDAHU, n. m. — Eglantier; mot que j"ai entendu rarement chez 
nous, mais qui est très-usité en Picardie. 

BÉDOLE (Vieille), n. f. — Vieil imbécile. Ce mot est une altération 
de bedon ou bedaine. Les gens ventrus n'ont jamais passé pour bien 
intelligents, quoiqu'il y ait des exceptions. « Pinguis venter nongignit 
sensum tenuem, » dit Saint-Jérôme,, d'après un proverbe grec. 

B. de Verville a donné au mot bedier le sens que nos paysans don- 
nent à bédole : « M, de Césarée. . . interrogea un prêtre qu'il trouva 
ignorant. ! dit-il, gros bedier, âne (jue tu es, ([ui t'a fait prêtre ? 
C'est vous, Monsieur. » {Mog. de Parvenir, p. 276). 

BEGUER, V. n. — Bégayer : « C'est un passe-temps que de louir 
besguer, quand il est courroucé. » (Palsgrave). 

BÉGTJEUX, euse, adj.— Celui, colle qui bégaie. 

BEKEMBOS, n. m. et f. — Homme ou femme, à l'air niais,, stu- 
pide : « Quelle bekembos que cette servante I » 



BER 39 

BEI LIES, n. f. plur. — Terme générique par lequel on désigne 
les herbes qui croissent a,\i fond des rivières, comme le nénuphar, la 
véronique cressonnière, etc. Fr. Derle, le sium angusti-folium des 
botanistes. 

BELINGE, n. m. — Tiretaine ; étoffe de laine de bas prix. « Pour 
teindre et fouler 21 aulnes de belinge...» (Ext. d'un compte de dé- 
pense; 1466.) Etym. bel et enge, par dérision. 

BELLOT, otte, adj. — Diminutif de beau : « Un enfant, bellot, une 
petite fille bellotte. » (Littré.) En patois, ce mot a une signification plus 
étendue ; ainsi on dira : « Voilà un poulain qui est bien bellot, du 
blé qui est bellot, etc. » 

Il Faire bellot ou bellotte, caresser, flatter ; terme enfantin. 

BENNIAU, béniau, n. m. — Tombereau, véhicule à deux roues 
qui sert particulièrement à transporter du fumier, de la terre, des 
cailloux. Diminutif de banne, qui vient du celtique Benna, selon 
Festus : « Dans la vie de saint Rémy, (Bolland. 13 janv.), Benna 
est un grand vase ou panier dans lequel on mettait des denrées et des 
bouteilles de cervoise. « (Belloguet, Ethn. gauloise.) 

BÉNONI, n. m. — Celui des enfants que le père ou la mère aime 
le plus. Benjamin a. le même sens. (Voir \a.B\h\G; Genèse, ch. 3o, v. 18.) 

BER, n. m. — Berceau ; n'est plus guère usité en fr. que dans ce 
vieux dicton : 

Ce qui s'apprend au ber. 
Ne s'oublie qu'au ver. 

La plupart de nos vieux auteurs écrivent au singulier ber avec 
un s ; Ex : 

En l'autre dictéen 

(Ils) gardaient le bers du grand Saturnien. 

Ronsard. 

Au fig., nos paysans emploient ce mot au pluriel ; ex : « Tu étais 
dans les bers (in ineunabulis), lorsque j'avais vingt ans. » 

Il Bers, au plur., ridelles d'un chariot. 

Etym. bersa, petite claie, selon Du Gange, ou berciolum, bas-latin. 
Ce dernier mot d'origine tudesquc viendrait du radical berg, lieu Ap 
sûreté, lieu où l'on se couche, tanière, nid d'oiseau. (V. Diez. D. E.) 



40 BER 

BERBIS, n. f. — Brebis; pour la transposition de la lettre r, v. le 
mot apprendre. On remarquera que fteriis se rapproche tout-à-fait du 
latin vervex, et surtout de berbex, mot populaire qui se trouve dans' 
Pétrone et Vopiscus. 

« E returnad de Saul a maison en Bethléem pur les berbiz guar- 
der. » (Les Rois.) 

La Berbiz sans garde truva, 
Une en ocist, si l'emporta. 

Marie, Fab. 45. 

Au XVI« siècle, H, Estienne écrivait : « Dicltur brebis, sive 
berbis, sed brebis majis receptum est. >> 

BERCAIL, n. m. — Vermine ou pou de mouton. 

BERDELET, n. m. — Bavardage. Mot formé du verbe berdeler qui 
appartient aux patois du Nord, et qui signifie gronder entre ses dents, 
parler d'une manière confuse et monotone. Berdelet est donc syno- 
nyme de langage ennuyeux, fatigant : « Nous a-t-il assez assommés 
avec son berdelet ? » Je rattacherais volontiers ce mot à bredir, bresdir, 
V. fr. hennir. 

BERDOUILLER, v. n. — Bredouiller; d'où berdouilleux, berdouil- 
lard, berdouillement. 

BERLAN, n. m. — Brelan : « Un berlenc apporte et trois dez. » 
(Fabl. de Barbazan, cité par Littré.) 

On voit en paix garçons muser, 
Etre oyseux en bourg et aux champs, 
Jouer aux dez et aux berlans. 

Ane. Poés., t. VII, 239. 

BERLAUDE, n. f. — Vieille brebis ; en ce sens ce mol tombe en 
désuétude. 

Il Femme qui passe son temps à jaser; vieille commère. Dans le 
Poitou brelau désigne un bélier, et brelauder signifie passer son temps 
à dire des bagatelles. (L. Favre.) 

BERLINDER, v. n. — Faire sonner à une cloche deux et trois 
coups au lieu d'un. 

BERLINGUER, v. n. — Pencher, osciller, en parlant d'un chariot 



BÊT 4i 

mal chargé ! Faut-il rattacher ce mot à berlingot, diminutif péjoratif 
de berline ? 

BERLOQUE, n. f. -- Breloque : « Battre la berloque, » radoter. 
De cette locutioa usitée à peu près partout, Génin a donné une expli- 
cation peu vraisemblable. (V. Recréât. Philologiques.) 

BERLOTER, v. n. — Bavarder, dire des riens. Dérivé : berlotier, ère. 

BERLUQUE, n. f. — Un rien, un fétu, une misère, comme on 
dit familièrement : a II a tout emporté, il n'a pas même laissé une 
berluque. —■ J'ai avalé une berluque qui était dans mon verre. — 
Avoir une berluque dans l'œil. » Dans l'ancien fr. hellugue signifie 
étincelle, lueur; d'où belluette, bluette, petite étincelle. Comme il n'y 
a aucun rapport de sens entre hellugue et notre mot berluque, il serait 
plus rationnel de tirer celui-ci de belluga, petit fruit sauvage, selon 
Du Gange. 

BERNEE, n. f. — Excréments; d'où berneux, breneux. 

BERQUERIE. n. f. — Bergerie. 

BERQUIER, n. m. — Berger. Il n"y a pas longtemps que les ber- 
quiers passaient pour sorciers, capables d'envoyer des maléfices. J'ai 
entendu dans mon enfance raconter mille légendes sur ce pouvoir 
occulte. En Basse-Normandie, en Bretagne, les mêmes croyances ont 
aussi régné. (V. Y Ensorcelée, par B. d'Aurevilly.) 
Il Rose de herquier, rose sauvage. 

BERSILLES, n. f. plur. — Branchettes, menus morceaux de bois; 
d'où liersiUer, casser en petits morceaux. 

BESACHE, n. f. — Besace; dér. besachie, ce que contient une 
besace : « Gorbeilles, corbeillones, sacs, pouches et bezachées de 
diables. » (Nouv. Fabrique.) 

BÊTA, n. m. — Niais, stupide. Bon. des Périers a dit, en parlant 
des petits dune pie : « Ils faisoient les bestats, et vouloient toujours 
retourner au nid, pensant que la mère les deut toujours nourrir à la 
beschée.» 

BÊTE (Être tout), loc. — Etre malade, languissant. Comp. avec 
le latin betissare qu'employait Auguste, selon Suétone. 



42 615 

BIAU, adj. — Beau. Tous les mots terminés en eawse prononcent 
ainsi ; ex : Mantiau, piau, batiau, nouviau, etc. Il y a peu d'excep- 
tions à cette règle. En Picardie, la finale eau devient ieu; ex.: Oisieu, 
martieu, etc. 

Biaus chantei' anuit souvent. 

Renard, v. 5466. 

Ce vers se trouve aussi dans le Chastiement des Dames de Robert 
de Blois. 

BIAUTÉ, n. f. — Beauté; prononciation anglo-normande : « Lor 
biautés le parc enlumine. » (Chast. de Coucy.) 

Car Haute est de tel matire, 
Quel el plus vit, et plus empire. 

» Rose, v. 9073. 

BIBERON, n. m. — Bec d'un vase. 

BIBI, n. m. — Synonyme de bobo mot du langage enfantin : « Les 
labiales qui composent ces mots ont été purement amenées par la 
facilité avec laquelle l'organe buccal peu formé et exercé des hommes 
primitifs et des enfants très-jeunes savait les prononcer.» (Bergmann, 
Ontologie.) 

BIDAILLON, n. m. — Mauvais bidet. 

BIDETTE, n. f. — Jument de selle ; féminin de bidet qui est 
français. 

BIHUTTE, n. f. — Cabane, maison qui tombe en ruine. 

BISAGÛE, n. f. — Besaigiie; du latin bis acutus. 

L'un plante aux champs une forte charrue. 
L'autre en ses mains porte une bisagûe. 

Ronsard, cité parLittré. 

BISAILLE, n. f. — Mélange de pois etdevesce ; plus usité au plu- 
riel : faire des bisailles. Du latin bis. 

BISBIS, n. m. — Bisbille : « Ils sont en bisbis », c.-à-d. brouillés. 

BIS-BLÉ, n. m. — Méteil, mélange de froment et de seigle. 

BISGAILLER, Briscailler, v. act. — Mettre en pièces. Comp. avec 



BIT 43 

bizcazier qu'on trouve avec le même sens dans les Contes normands 
d'Alcrippe, sieur de Neri en Verbos. « Il continua tout le temps... à 
tuer, machacrer, meurdrir, égorger, rompre, biscazier, et abattre 
oyseaux. » {N. Fabrique.) 

BISC-EN-COIN, Bist-en-coin, loc. adv. — De biais, de travers, 
d'un coin à l'autre. 

BISCOTER, V. act. — Terme erotique ; comp. avec bécoter. 
« Et les moines, quelle chère font-ilz ? Le corps-Dieu, ils biscotent 
vos femmes, ce pendant qu'estes en romivage. (Rab., Garg, I.,4o). 

BISQUE, Bique, n. f.— Mauvaise jument, rosse. 
Il Au fîg., femme méchante, acariâtre. Comp. bisque âvecV an- 
cien anglais bniske, aigre. 

BISSA, n. m. — Bissac. De môme sa, au lieu de sac, bé, pour bec, 
se, sec, etc. C'est ainsi que dans beaucoup de mots, le c final ne se 
fait pas sentir en français : jonc, cric, accroc, tronc, etc : « Et il 
sifflait toujours les taupettes tant et si bien, qu'il arriva vite au fond 
du bro.^) (B. d'Aurevilly, V Ensorcelée.) 

BISTALOT, n. m — Gâteau grossier. 

BISTOUILLES, n. f. p. — Contes, récits graveleux : « Dire des 
bistouilles » . 

BITTE, n. m. — Membrum virile. On trouve dans la Condam- 
nacion du Bancquet par Nicole de la Cliesnayo : « Aussi avez-vous 
belle bide ?» Le bibliophile Jacob prétend que ce mot est un terme 
d'argot qui signifie trogne, face enluminée, et au lig. membre viril. 
— Ce mot est quelquefois un terme de tendresse, d'affection, et sou- 
vent les ruraux le prononcent sans songer à mal. Ainsi une bonne 
vieille dira à un grand garçon qu'elle a vu naître ; « Comment vas- 
tu mon pauvre bitte ?» — Est-ce que l'empereur Auguste, au dire 
de Suétone, n'appelait pas ainsi le poète Horace : homuncionem lepi- 
dissimum, purissimumpenem'^ Pott a rapporté ce mol au breton piden, 
biden = penis. kymri, pid, pointe. 

BITTE-DE-ROBIN, n. m. — Gouet, plante qu'on appelle aussi 
pied de veau. Ceux qui connaissent cette plante devineront sans peine 
pourquoi on l'a ainsi nommée. 



44 BLO 

BITTER, V. n. — Se toucher, terme de jeu. Deux palets qui se 
touchent hittent. 

BLANC, n. m. — Peuplier ainsi nommé à cause de son feuillage 
pâle; adjectif pris substantivement comme les mots français tremble, 
sanglier, coursier; lat. tremula {\)oçu\ns) , singularis (porcus), cursor 
(equus.) 

BLASSER, V. act. — Panser, essuyer une plaie avec un linge 
mouillé. 

BLÈQUE, adj. — Blet. Pomme, poire blèque : « Ils cueillirent.... 
poires molles, pommes bîecques.v (^N . Fabrique.) On a donné de ce 
mot plus d'étymologies qu'il n'a de lettres. (V. Littré, au mot blet.) 
Ne pourrait-on pas le rapprocher du grec [iXà?, lâche, mou, quoi- 
que cet adjectif n'ait qu'un sens moral ? Blacte (lâche) se trouve dans 
R. de Collerye : 

Tous gens flatteurs sont gens dyaboliques.... 
En faulx semblant blactes et baziliqucs. 

Ballade, I. 
D'où éhlaquer : « Votre femme, votre moitié d'arrogance et de tout, 
et dont la fierté est maintenant aussi éblaquée que cha ! répondit-il en 
frappant de sa gaule ferrée une motte de terre qu'il pulvérisa. » (B. 
d'Aurevilly, ÏEnsorcelée.) 

BLÉRI, n. m. — Champ où l'on a récolté du blé. 

BLINDER, V. n. — Avant de commencer à jouer au but ou à la 
butte, les joueurs jettent leurs palets. Celui dont le palet est le plus 
près du but joue- le premier ; c'est ce qui s'ap[)elle blinder. 

BLINGUER, V. n. — Pencher, vaciller; môme sens que berlinguer 
qu'on a déjà vu. 

BLO, n. m. — Bloc. Grosse' pièce de bois sur laquelle les bouchers 
hachent la viande. 

Il Morceau de bois qui sert à abloquer. (V. ce mot.) 
Il Siège fait avec une bille de bois, qu'on place généralement dans 
un coin de la cheminée. «Assieds-toi sur le blo », dit-on à un en- 
fant. 

BLOUQUE, n. f. — Boucle. « A lui, pour deux courroies de cuir 



BON 45 

de vache, garnies de grosses blouques de fer » (Compte de l'Arg. 

du roi ; Douet-d'Arcq.) 

Mervilleus cops se donnent es escus d'or listés, 
Desous les blouques d'or les ont frains et troés. 

Fierabras, v. 2409. 
BLOUQUER, V. act. — Boucler. « Il n'est besoing que tu regardes 
si iiault, je veux que tu saiches que je ne daigne pas que tu hlouc- 
quasses mon soulier. » (Palsgrave.) 

BOCHE, n. f. — Bosse. « S'en donner une boche, » boire et manger 
avec excès. 

BOCHU, adj. — Bossu. «On m'appelle bochu, mais je ne le suis 
mie », disait au XlII^e siècle le poète Adam de la Halle, surnommé 
\e Bossu d'Aî^ras. 

BOIRE, V. act. — Fut. je baverai ; cond. je buverais. Comp. ces 
formes avec bevrai, beverai,bevereie de l'ancienne langue : « Od toi ne 
ireie, ne pain mangereie, ne ewe ne bevereie.y» (Les Rois.) 

BOIS-BLANC, n. m — Terme générique qui désigne certains 
arbres, comme l'aune, le saule, le peuplier, le tremble. « Faire un 
plancher de bois-blanc, bâtir avec du bois-blanc, etc. 

BOISETTES, n. f. plur. — Menues branches que les pauvres gens, 
boquillons et boquillonnes vont ramasser dans la forêt ; c'est ce que 
La Fontaine appelle poétiquement de la ramée. 

BOIT-SANS-SOUÉ, n. m. et fém. — Ivrogne, ivrognesse. Soué = 
soif. 

BOISSON, n. f. — Petit cidre, cidre bien baptisé. On dit du cidre 
et de la boisson pour distinguer la force de l'un de la faiblesse de 
l'autre. 

BOLÉE, n. f. — Ce ([u'il y a dans un bol ; une bolée de lait, de 
crème, etc. 

BONNEMENT, adv. — Vraiment, tout de bon. « Mais bonnement, 
croyez-vous que je voudrais me ruiner? » On use et abuse de ce mot 
qu'on place à tout propos dans la conversation. « II vous a dit cela, 
bonnement'^ — Est-il vrai, bonnement, que vous allez vous marier? » 



46 BOU 

BONNET DE CURÉ, n. m. — Baie du fusain, avec laquelle les 
enfants s'amusent à faire des chapelets ; ainsi nommé à cause de sa 
ressemblance avec les bonnets carrés des prêtres. 

BOQUET, n. m. — Bosquet. Les noms de famille Boqiiet, Duboquet 
sont communs en Normandie. 

BOQUETIER, n. m. — Pommier, poirier sauvage, qui n'a pas été 
greffé. De bosc, bois. 

BORDILLER, v. n. — Etre près de ; ex. : « Vous devez bien bor- 
diller la cinquantaine ? » 

Il BordiUer, v. act. Se dit des animaux qui en passant attrapent 
une goulée dans le champ du voisin. Admirable matière à chicane. 

BORGNIBUS, n. m. — Borgne ; terme de mépris. A la campagne, 
on n'est pas tendre pour les infirmes. 

BORNE, n. m. — « Il faut mettre à votre champ de^ros bornes. » 
D'où « être borné comme une acre de terre; être borné par les quatre 
coins, » c.-à-d. être un parfait imbécile. 

BOS, n. m. — Bois . « Aller au bos, » aller ramasser du bois dans 

la forêt : 

J^Q bos est cntour moult biax. 

Rom. de Rou. 

«Une pucele vint ci, liplus bêle riens du monde, si que nous qui- 
dames que ce fust une fée, et que tos cis bos en esclarci. (Auc. et 
Nicol.) 

BOSCO, n. m. — Bossu; homme de petite taille. 
BOSSETER, Bocheter, v. act. — Bosseler. 
BOUCANE, n. f. — Maison qui tombe en ruine. 
Il Maison, ferme mal tenue : « Je ne veux pas rester dans cette 
boucane ; on y est mal nourri et mal payé. » De boucan, qui ancien- 
nement signifiait bordel. 

BOUCHIE, n. f. — Bouchée : «Manger une bouchie, » prendre un 
léger repas. 

Novelement est accouchie, 
A chascun donoit sa bouchie. 
Mais n'avoit pas son cMef couvert. 

Renart, cité par Littré. 



BOU 47 

« Duas bucceas manducavi. » (Aug. apud Suét. 70.) 

BOUDIN (Faire du), loc. — Bouder. 

BOUEN, Bouenne, adj. — Bon : « Compeignie de boens crestiens.» 
(Rutebeuf.) 

De boin mangier oufc a fuisoa 
Et veuilles et veuisou. 

Floire et Blanckflor. 

BOUFFARD,adj. — Gourmand. On dit aussi bouffeux, eiise. Comme 
étym., Du Méril propose le grec poucpàyoç, glouton; boupi, en patois 
languedocien. 

BOUFFER, V. act. et neut. — Bâfrer, manger comme uu glouton. 

Mais Rome tandis bouffera 

Des chevreaulx à la chardonnette. 

M>ROT, Epit. 

BOUFFI (hareng), adj. — Hareng qui reste quelque temps dans la 
saumure. 

BOUGON, n. m. — Bout de bois mort. « Aller à bougons, » aller 
dans la foret ramasser des bouts de bois. 

BOUGONNIER, adj. ■— Celui qui ne fait que bougonner, gronder 
entre ses dents. 

BOUILLET, n.m. — Espèce de bouleau avec les petites branches 
duquel on fait des balais. Diminutif du v. fr. boni. 

BOUILLON, n. m.— Averse : « J'ai reçu un rude bouillon en che- 
min. » 

Il Réprimande, reproches : « On m' 2i àonné mon bouillon.» 

BOUIS, n. m. — Buis. Cette prononciation est très-ancienne, et 
au XVIIe siècle, Ménage la signalait comme étant toujours ou usage 
à la cour, et la seule correcte. 

Ainsi nos vieux François usoient de leur rebec. 

De la flûte de bonis et du bedon avec, 

Quand ils représentoient leurs moralités belles. 

V. DE LA FrESNAYE. 

Il Dimanche du bonis, le dimanche des Rameaux, ainsi nommé 



48 BOU 

parce qu'on y porte à la main des branches de buis. Ce jour-là, les 
campagnards, suivant une pieuse et poétique coutume, se répandent 
après la messe à travers champs, et plantent, chacun dans sa terre, 
un rameau du buis bénit. 

BOTJJARON, n. m. —Blouse de toile courte. Littré donne bourge- 
ron. On peut rapprocher boujaron du gaulois bigera, bigerra qui se 
trouve dans le Gloss. d'Isid.; espèce de manteau grossier que portent 
encore les pâtres de Bigorre. 

BOUJOU, n. m. — Bonjour. 
Il Visière de casquette. 

BOULAGER, v. act. — Tourmenter, malmener : « C'est un maîtr« 
qui boulage trop ses ouvriers.» 

BOULE (Perdre la), loc. — Perdre la tête, la raison. 

BOULER, V. act. — Très employé dans cette locution : «Envoyer 
bouler quelqu'un, » se débarrasser lestement d'une personne ; ne pas 
vouloir l'écouter. 

BOULOCHE, n. f. — Pâte qui renferme des pommes ou des poires 
cuites au four. En certains endroits, cela s'appelle douillon. 
Il Petite femme replctte, ronde comme une 6o?i/ocAe. 

BOULOIR, n. m. — Aire oii l'on joue à la boulé. Mot excellent qui 
ne se trouve ni dans le Dictionnaire de l'Académie, ni dans Littré. 

BOUQUE, n. f. — Bouche ; du latin bucca. La langue maritime a 
conservé ce mot ainsi que les verbes embuuquer etdébouquer. 

BOUQUET-D'HIVER, n. m. -- Bouquet de fausses fleurs. 

BOURE, n. f. — Femelle du canard : « Se pensant moucher elle 
s'arracha le nez tout net du visage sans y penser, et le jeta à terre, 
avec la roupie qui pendoit au bout. Une boure qui là estoit le print et 
l'avala tout de gob.» {N. Fabrique.) 

BOURLIER, n. m. — Bourrelier. 

BOUROTER (Se), v. réf. — Ne pas se presser^ marcher comme une 
bowe, en se dandinant. 



BRA 49 

BOURRIQUE, n. m. et f. — Ane, ànesse : « Gros bourrique, » 
gros ignorant. 

Il Faire tourner quel([u'un en bourrique, lui faire perdre la tète. 
De bourrique, on a fait bourriquer, mot obscène qui, de même que 
baudouiner et roussiner, est digne de la langue de Rabelais. 

BOURSIE, n. f. — Contenu d'une bourse : « Avoir une bonne 
boursie d'argent. » 

Quant chascuns a chape forrée, 
Et de denier la grant borsée. 
Les plains coffres, la plaine huche. 

RUTEBEUF. 

BOUSAT, n. m. — Bouse de vacbe ; on dit aussi bousée, n. f. 

BOUSTIFAILLE, n. f. — Bonne chère : « Aimer la bousti faille. » 
D'où bousti f ailler, manger salement, et bousti faiUeur, gourmand. 
Au lieu de bousti faille, on dit quelquefois gousti faille, etc. 

BOUT, n. m. — Usité dans cette locution : « A tout bout de 
champ, » à chaque instant. — « Si vous m'interrompez à tout bout de 
champ, je ne dirai plus rien. » 

BOUTAINE, n. f. — Nombril. Ane. IV. boudin, boudiné, mots qu'il 
faut rattachera bedaine, selon Diez. 

Quant il luy couvroit la boudaine 
Quelque philosophe ou ai'tiste 
L'eust pleinement pris pour la guaine 
Ou le fourreau d'un organiste. 

CoQUILLART, 1, UÛ. 

Le Héricher (Gl. norm.) donne boudiné avec le .sens d'intestin. 

BRACHIE, n. f. — Brassée; du latin brachia, bras : <( Porter un 
enfant à brachie,.y> dans ses bras. Y. fr. brache, brachie. 
Un flael porte dont la maucc est furnie 
Toute ert de cuevre, et longe une brachie. 

Aliscans, V. 5082. 

Si ot granz mains et longue brache 
Dont elle tient fort cels qu'clc embrache. 

JUBINAL, Fabl. 



50 BlU 

Brache est du reste employé dans cette locution : a Prendre à 
brache-corps,, » c'est-à-dire de manière à entourer avec les bras. 

BRAILLER, v. n. — Shabiller avec soin, être fier de sa toilette, 
être^mw, comme on disait jadis. 

Du fr. braies, culotte, qui vient probablement de ^raca, mot gaulois 
cité par Suétone. 

Il Se vanter, mentir ; doù brailleux, hâbleur, et braillerie, van- 
tardise. 

BRAN, Bren, Brin, n. m. — Matière fécale : « Autant en disl un 
tirelupin de mes livres, mais bren pour luy. » (Rab., Garg., l. ) En 
fr. son ; d'où ce proverbe : Faire l'âne pour avoir du bran. 

Il Bran d'agache. — Sorte de gomme (jui découle des cerisiers, 
pruniers, pêchers. 

BRANDOUILER, v. n. — Remuer continuellement ; adj. bran- 
douillard, arde. 

BRANLER (Se), v. réfl. — Travailler avec ardeur, redoubler 
d'activité : « Le temps menace, il faut se branler. y> 

BRANQUE, n. f. — Branche; probablement du bas-latin branca. 
Sor une branqiie hait s'est mise. 

Marie, Fabl. 22. 

BRASSER, V. act. — Faire ; se prends toujours en mauvaise part : 
« Il est toujours à brasser ce qu'on ne lui demande point.» 

Disant cecy toujours sou lict elle brassait. 
Et les liuceux trop cours par les pieds tirassoit. 

Régnikr. 

Dans la vieille langue, brasser s'emploie indifféremment avec une 
bonne ou mauvaise acception ; ex . : 

Jhérusalem, ahi ! ahi ! 

Comme t'a blécic et esbahi 

Vaine gloire, qui toz maus brasse ! 

Rut., Comp. de Constantinople. 
Marie, nom très gracieux, 
Fons de pitié, source de grâce, 
Qui notre paix bastit et brasse ! 

Ch. d'Orléans, Bail. 23. 



BRI ni 

(C'est à tort que cclti' IkiII.kIi' figure dans les (euvns de Villon, 
édition du Itihiiophilc Jacul». ) 

BRÊLÉE, n. f. — Mélange de diverses plantes fourragères dont on 
nourrit particulièrement les moutons pendant l'hiver. 

Il Au fîg. faire de la brêlée, c'est mêler le patois avec le langage 
de la ville. Cela s'a[)pli([ue aux paysans, ((ui ayant été quelque temps 
à la ville, « méconnaissent le râteau, comme dit Noél du Fail, con- 
trefont leur naturel, et viennent mêler, à leur retour, seigle avec fro- 
ment. » (V. les Contes rustiques.) 

BRÈQUE-DINT, adj. — Brèche-dent. 

BREUILLES, n. f. plur. — Entrailles de poisson, en fr. En patois, 
ce mot a un sens plus général ; ex. : « Le taureau a donné un coup 
de cornes à la servante, et lui a fait sortir les hreudles. » 
De même dans l'ancienne langue : 

Puis (il) fet le cors ovrir, 

La breuille a fait richement eufoïr 

Devant Tautel el mostier St-Bei'tin. 

Garin, dans Du Cange. 

Il Tétines de truie, de chienne ; tétasses : « Cache tes breuilles, » 
dit-on à une femme qui étale une gorge trop opulente. 

BRICOLER, V. n. — Vivre d'expédients; entreprendre beaucoup 
et ne rien finir. Dér. bricoUer. 

BRIÈRE, n. f. — Bruyère; b. lat. brieria. « In brierils et tandis 
in foresta de GuofYer [)ropre Falesiam. » Cité par Le Hér. 

BRIMBELLE, n. f. — Gamine; paysanne (jui fait des embarras. 
Il Airelle, plante qu'on appelle encore raisin des bois. 

BRIN, n. m. — Un peu, un rien : u Si t'as trop di' viande, donne- 
m'en un brin. » S'emploie dans un sens absolument négatif : « Je 
n'aurai brin de pommes cette année. » Comp. avec cette phrase de 

M'"e de Sévigné : « L'autre jour on me vint dire il n'y a pas un 

brin de vent. » Diez rattache brin, chose menue, au celtique fra/i, son. 

BRINDEZINGUE, n. m, — Ivresse. Mot de fantaisie. 

BRINOTER. v. n. — Manger peu. brin à brin. 

BRISE-TOUT, adj. — Epithète homérique que l'on applique à un 



52 BRO 

homme brusque et brutal, à un enfant qui casse, abîme, déchire tout 
ce qu'il a. 

BRONGNES, n. f. plur. — Tétins de la truie. On appelait brogne 
au moyen-âge, du mot celtique bronn, sein, mamelle, en bas-lat. 
brunea, brunia, la cuirasse qui servait spécialement à protéger la 
poitrine : 

Li brogne c'ot vestue ne li vaut une haire. 

Cit. par Du Gange. 
Il vesti une broigne fort et roide et tenant 
Qui one ne fu faussée par nulle arme tranchant. 

Aye d'Avignon, v. 376. 
La bonne broine li pei'ça et rompi. 

Garin, V. 3199. 
Dans le kymrique, brona signifie allaiter. Le terme primitif est be- 
bronna, nom que saint Domitien (Bolland, l^"^ juillet) donna à la 
plus grande des fontaines qu'il trouva dans le désert appelé depuis 
bebronnensis locus . (Belloguet, Ethn. gaul., 213.) 

BROQUE, n. f. — Broche. Dér. débroquer, embroquer, broquette, 
petite broche . Ce dernier mot s'emploie le plus souvent dans un sens 
obscène. 

BROSQUIN, n. m. —Brodequin. Ail. buskiri. Diez fait venir ce 
mot du grec pûpaa, cuir. 

BROSSE (Ça fait), loc. — C'est un espoir déçu : «Je comptais sur 
un remerciement, mais ça m'a fait brosse . » 

BROSSEE, n. f. — Volée de coups de poing ou de bâton. Pour 
rendre la môme idée, les paysans normands, nés aussi batailleurs que 
chicaneurs, ont une multitude d'expressions , dont quelques-unes 
très-métaphoriques, comme : « Donner une peignée, une raclée, une 
rainsée, une dégelée, une ramonée, une brûlée, une pile, une graisse, 
une douille, une tatouille, une tournée, une roulée, une torchée, une 
tripotée, une trempe, etc., etc.» 

BROSSER, V. act. — Donner une brossée ; on dit encore brucher, 
pron. picarde, 

BROU, n. m, — Gui. 

BROUACHINER, v. n.— Se dit d'une petite pluie fine qui tombe; 



BUC B3 

verbe formé de broiiée qui paraît venir de bruma, selon Du Cange ; de 
l'anglo-saxon, brodh, vapeur, selon Dioz. Citons encore, d'après Bel- 
loguet, l'irlandais braon, le gaélique broen, goutte d'eau, |»lai(^ 

BROUILLARDER, v. n. — Faire du brouillard. Pourquoi l'Aca- 
démie a-t-elle rejeté ce verbe ainsi que brouillasser ? 

BROUSTILLES, n. f. [)\m\ — Menues branches, pour broutilles. 
De l'anglo-saxon bromt, pousse, rejeton, jet. 

BROUTARD, n. m. — Veau de un à deux ans qu'on élève dans 
les herbages. 

BRULEE, n. f. — Volée de coups : « Il a reçu une fameuse 
brûlée. » 

BRÛLER, V. n. — Terme de J3u; dépasser la ligne tracée par les 
joueurs. 

Il Ne pouvoir garder son argent : « L'argent lui bràle les mains. 
— Cependant notre argent nous brûle at ne travaille point.» (M™« de 
Sévigné . ) 

BRÛLE-TOUT, adj , — Prodigue, dépensier ; mot formé comme 

brise-tout, boit-tout. 

BRÛLOIR, n. m. — Machine pour brûler le café. 

BSINER, V. n. — Se dit des vaches qui se mettent à courir de 
tous côtés, lorsqu'elles sont piquées par les taons. Ce mot est formé 
de bsin ! bsin ! onomatopée qui exprime le silllement des mouches 
bovines. 

Peut-être de l'allemand biss, morsure ; ancien haut-allemand, 
bîze . 

BUCHEUX, adj. — Laborieux : « Celui-là c'est un bucheux, il abat 
de la besogne. » 

BUCHON, n. m. — Buisson : « En \\(i\\{ buschcun trove l'enigrant 
lever.» (L. de Lincy, Prov. II, 475.) 

Tu iez 11 bouchons Sinay. 

Rut., les IX Joies de Nostrc-Dame. 

Il Nom d'un hameau sur l'Yèros. 

BUCHONNER, v. n. — Se cacher dans ou derrière les bûchons. 



84 BUV 

Au fig., on dit que le soleil buchonne lorsqu'il se cache sous les 
nuages. 

BUETTE, n. f. -- Ouverture pour laisser pénétrer le jour dans 
une cave. Pour l'ëtym., Yo'ir buliot. 

BUHOT, n. m. — Tuyau de cheminée :« Je n'aime point a perdre 
de vue ei buhotà'em k'minaie. » Selon Littré, buhot,buiot, veut dire 
tuyau et est un diminutif de buie. (V. Du Gange au mot buheterius. ) 
En sa meson n'ot nule entrée 
Fors un buiot quant est fermée. 

Ren. dans Littré. 

Dans le pays de Bray, le buhot se nomme tuet ou tuait. A Bayeux, 
buhot signifie piège à taupes. — De buie, bas-lat. boia, ceps, entrave. 

BULOTTE, n. f. — Chènevotte: « Allumer son feu avec des bu- 
lottes. » 

BUQUOIRE, n. f. — Petite canonnière faite avec un bout de su- 
reau dans lequel les enfants introduisent deux balles d'ôtoupe, dont 
l'une poussée avec un petit bâton chasse l'autre qui fait explosion. 
C'est ce que Rabelais appelle u.n petit canon de sulz. (Pani., liv. 11^ 
19, ) Du picard buqiier, frapper, retentir. 

BUTTE, n. f. — Terme de jeu : « Jouer à la butte, ou encore au 
but, » jouer au bouchon. 

BUVATER, V. n. — Aimer k boire; boire sans discrétion. 

BUVATIER, adj. — Ivrogne. 

BUVERIE, u. f . — Partie de boisson : « Tout ce qu'il gagne, il le 
dépense en buveries.^^ 

Le long veiller, les beuveries. 
Ont engendré des rêveries 

Et des fureurs 

Marot, I«'' coll. à^Erasme. 
En matière de beuverie. 
Quant à moy, toujours je prétens, 
A anticiper ma partie. 

J. Le Houx. 
« Eux tenant ces menus propos de buverie, Gargamelle commença 
se porter mal.» (Rab., IV, 6.) 



CAC m 







CABALEUX, adj. — Intrigant, fourbe, hâbleur; au fém., caba- 
leuse, très-usité. 

CABEINE, n. f. — Cabane, « la maison roulante du berger.» 

CABEUILLER, v. act. — Chasser, effrayer les animaux de basse 
cour. « Vot' chien a cabeuillé nos poules.» 

CABOCHARD, adj. — Entêté, qui a la caboche dure. 

CABOCHER, V. act. — Frapper, blesser à la tète : «J'ai tiré un 
lièvre que j'ai joliment caboche. ^^ 

CABORGNE, n. m. — Petit poisson à grosse tète qui se met ordi- 
nairement sous les cailloux dans les petites rivières. Etym. cajmt, 
tête, par l'intermédiaire de la forme cab on cap. On l'appelle aussi 
castelot, capsot.i' Tout le bas de la cote se trouve couvert de truites... 
capsots, tanches, écrevisses.» {N. Fabrique.) 

CACHARD, adj.— Paresseux ; qu'on ne peut faire marcher qu'à 
coups de fouet. « Cheval cachard.^^ 

CACHE, n. f. — Chasse. « Prendre un permis de cache. ■!> 

Il Vache, chienne en cache, en rut. Dans le Berry, chassoueille dé- 
signe une vache en chaleur, et chassouer un taureau. 

Il N'être pas au bout de ses caches, loc. Avoir beaucoup à faire ou 
à souifrir : « Il croit être ([uitte avec moi, mais il n'est pas au bout de 
ses caches . » 

CACHE-MONNEIES, Cache-Moute, n. m. — Garçon m-'iinirr qui 
parcourt les villages pour recueillir les sacs de blé <-i les porl.-r au 
moulin. Moute vient du bas-latin molta, formé de molitum. wolere, 
moudre. Au moyen-àgc, moute était un droit principal qu'on acquit- 



m CAD 

tait pour faire moudre son grain, et, par extension, il signifiait 
moulin. 

Tuz en jur sunt semuns de plaiz : 
Plaiz de forez, plaiz de moneies, 
Plaiz de purprises, plaiz de veies, 
Plaiz debiès, plaiz de montes.... 

R. DE Rou. 

CACHER, V. act. — Chasser : 

Plus de .L. au branc en détrencha, 
Toute la rue vers le pont les cacha. 

Aliscans, V. 2148. 

CACHEUX. n. m. — Chasseur. Dicton : ' 

Métier de cacheux, 
Métier de pékeux, 
C'est métiers de gueux. 
Il Garçon meunier^ synon.de cache-moneies. 

CACHOIRE, n. f. — Fouet. 

Il Coup de cachoire, dernier verre qu'on offre à ses convives avant 
le départ. 

CACHOTTIER, ère, adj. — Celui, celle qui fait mystère de tout. 

CADET, n. et adj. — Anciennement soldat engagé; d'où mauvais 
sujet :« C'est un drôle de cadet; » et ironiquement :« un rude cadet. y> 

Cadette, femme hardie, entreprenante. 

Cadet a encore le sens de moindre : « C'est le cadet de mes sou- 
cis. » 

Il Derrière : « Veux- tu baiser cadet ? » 

CADOS, n. m. — Fauteuil ; mot évidemment composé de cayère, 
chaière, et de dos ou dossier. 

Cados= chaise à dos : « A lui, pour le fust d'une autre chaière à 
dossier ...» (Douet-d'Arcq, Compte de l'Arg. du Roi.) 

CADRAN, n. m. — «Se casser le cadran; tomber sur le cadran, » 
c'est faire une chute sur ce que Th. Gauthier appelle précieusement 
l'antithèse du devant. 

CADRER, V. n. — S'entendre bien avec quelqu'un : «Ce sont deux 
fripons qui cadrent bien ensemble . » Ils sont en rapport comme le 
cadre et la gravure. 



CAG «7 

CAFIAU, n. m. — Mauvais café. 

CAFIGNONS, n. m. plur. — Fruits pierreux, qui n'arrivent point 
à maturité, en parlant des poires et des pommes. — En Picardie, au 
contraire, les cafignons ne doivent pas être à mépriser, car à Buigny 
(canton de Gamaches), le jour de la fête qu'on nomme bohourdi, bé- 
hourdi (anc. joute, tournois, mêlée d'armes), les jeunes gens allument 
des feux d'éteule dans les champs, et dansent h l'entour en chantant : 
« Bouhour ! bouhour ! Saint-Christophe, envoyez-nous des pommes 
grosses et des cafignons pour manger dans l'saison.» 

CAFOUILLER, Carfouiller, v.n. — Chercher dans tous les coins 
et recoins, fouiller de tous côtés. Il serait difficile d'expliquer le sens 
de ca/% la première partie du mot. Nous ferons seulement remarquer 
que le patois aime la terminaison ouiller dans les verbes qui rendent 
une succession rapide de mouvements ; ex. : Randouiller, trifouiller, 
farfouiller, tantouiller, brandouiller , etc. Dans la vallée de la Bresle 
on appelle cafouillis des restes de tartes ou de gâteaux. Le lendemain 
de la fête du village, les pauvres viennent demander un molet d' ca- 
fouillis, c'est-à-dire quelques menus morceaux de tarte ou de 
gâteau. 

CAFUTER, V. n. — Travailler à des riens : « Qu'est-ce que tu 
cafutes-Và ? » Dériv. cafutier, ère. 

Il Effrayer les bestiaux, les volailles. Etym. fust, bâton ? 

CAGEOIR, Cagewar, n. m. — Piège pour prendre les oiseaux ; 
espèce de cage qui se ferme par une détente que fait partir l'oiseau en 
se posant sur une baguette placée à l'entrée du piège. 

CAGNIOLE, n. f. — Tète, en mauvaise part: « Ne v'iâ-t-il pas une 
belle cagniole ? » Cagniole vient de caygnon, chignon, qui se trouve 
dans la grammaire de Palsgrave . 

CAGNON, n. m. — Mauvais cheval. Cotgrave (Dict.) traduit ra- 
gnon, caignon par litledog, petit chien. « Passez, passez, ordre caigne 
(sale chienne) que vous êtes.» (G. N. N., 38"'e.) Du latin comjs, 
chien . 

Paien glatisent et uslcnt comme gaignon, 

Aliscans, V. 5579. 



58 CAI 

CAGOUX, n, m. — Homme chagrin, sournois. « C'est un cagoux 
qui ne veut voir personne . — Estoit lieutenant du prevost un gros 
villain comme un cagoux. » {Journal de Paris, sous Charles VI et 
VII, dans La Curne.) Pour l'étym. de ce mot, V. Michel, Hist. des 
Races Maudites. 

CAHONNER, v. act. et n. — Passer son temps à des vétilles, ne faire 
rien qui vaille. Dériv. cafwnnier, cahonnière. Dans la vallée de la 
Bresle, du côté d'Aumale, on appelle cahom de vieux bouts de cordes 
que les enfants s'amusent à détordre pour faire des balles à buquoires. 
De là cahonner, 

CAHODETTE, Cahuette, n. f, — Petite corneille dite choucas. Au 
fig., belle cahouette \ qualification injurieuse. En certains endroits 
cauvette : « Cornillarts, cauvettes,et autres petits oyseaulx qui hantent 
les bois et les champs. » (N. Fabrique.) 

V. fr. cahuaille, race de chats-huants : « Hors de la carrière ; hors 
de mon soleil, cahuaille, au diable.» (Rab., Pant., liv. III.) 

CAHUTER, V. act. et n. — Même sens que cafuter et cahonner. 
Dériv. cahutier, ère. 

GAILLARD, n. m. — Caille trop jeune pour être tuée. • 

CAILLEBOTTER, v. n. — Se dit des pommiers, lorsqu'ils fleuris- 
sent lentement, sans vigueur, et que leurs feuilles sont attaquées par 
les chenilles. 

CAILLEU, n. m. — Caillou. <i Mont-à-Cailleux, » nom de lo- 
calité. 

CAILLOUTER, v. act. — Lancer des pierres à quelqu'un, accabler 
de coups de cailloux. 

GAINE, n. f. — Chaîne ; lat. catena : a Et de par M. de Bour- 
guongne, le Louvre fu enforchié et les rues de Paris freméez de 
bonnes liches et caijnes. (Chron. norm., p. 373.) 

Guenes li fels, en caienes de fer 
En la citet est devant le paleis. 

Ch. de Roland. 

GAINE, n. f. — Cruche : « Tant va la caine àl'iau, etc.» Dériv. 



CAL 59 

cainée ; ex. : « Allez chercher une cainée d'iau. » Comp. avec le v. fr, 
cane, canée. Caine est formé du bas-latin canna, kanna. Chance dans 
G. de Saint-Pair, v. 3474, roman du Mont-Saitit-Michel. 

CAÎNE, n. m. — Chêne. 

. Dessous un caisne ont un bel lieu trouvé ; 
Iluec areste Hues li bacelers. 

HuoN, V. 3197. 

D'un Ostoir weut raconter ci 
Qui sus un caisne ot fait son ni. 

Marie^, Fabl. 80. 

Nos vieux auteurs écrivent aussi cjuesne, orthographe plus conforme 
à l'étym. latine quercus, quercinus que suppose Diez. 

CAIRE, n. f. — Chaise, du latin cathedra. En Picardie, on dit 
caière, kaière, kaielle. Une caire prêchoire est une chaire à prêcher. 
Cahière se trouve encore dans Th . Corneille . 

CALAINE, Câline, n. f.— Chaleur lourde, étoufTante. Provençal : 
Câlina ; anc. fr. chaline; lat. calere. Câline a formé câliner, v. n., 
se reposer à l'ombre dans les grandes chaleurs, en parlant des ani- 
maux : « Les vaches sont en train de câliner. » 

GALBASSE, n. f. — Ne s'emploie que dans cette phrase : « Vendre 
hcalbasse, » c'est-à-dire tout ce qu'on possède. 

CALÉE, n. f. — Portée d'une chienne, d'un chat, etc. Comp. avec 
le grec KaXià, nid, 

CALER, V. act. etn. — Mettre bas; se dit particulièrement d'une 
chatte qui fait ses petits ; on le dit aussi des chiens, des lapins. 

VII kiens d'une lisse tous nouviaux kaielés. 

Chron. de God. de Bouillon, v. 2242. 
D'une Leisse vus veil cunter 
Qui preste esteit à chaéler. 

Makie, fabl. 8. 

V. fr. chaiel, chéiaux, petits chiens. 

Il Fléchir, ployer sous un fardeau ; il existait dans le v. fr. ; o\. : 
« Cette superbe vertu eust-elle calé au plus fort di> sa montre.» (Mon- 
taigne.) C'est une expression empruntée à la marine où elle s'est cou- 



60 CAM 

servée. Saint Isidore disait : « Apud nautas calare ponere dicitur.» 
(Liber Orig., IV.) En grecXaXSv 

Il Au fig. m/er bas, céder : « Il a voulu me tenir tête, mais il a fini 
par caler has.t) 

GALEUX, adj. — Paresseux; de caler signifiant faiblir, fléchir, et 
non du latin callosus qui vient de callum, durillon. Les paresseux 
n'ont pas de durillons aux mains. 

Cependant, selon M. A. Le Prévost, à qui nous laissons la respon- 
sabilité de cette plaisante explication^ ce mot provient de ce que les 
personnes indolentes et sédentaires finissent par avoir les fesses cal- 
leuses comme les singes. 

GALIÈRE, adj. — Brebis calière, qui fait des agneaux, qui cale. 

CALIMICHON, n. m. — Limaçon. CaUmichon-à-hotte, à coquille. 
En piquant le limaçon pour le faire sortir de sa hotte, les enfants 
chantent : 

Calimichon borgne 
Montre-moi tes cornes, 
Calimichon tortu, 
Montre-moi ton cul. 

CALIMUGHETTE, n. f. — Cligne-musette; jeu où l'on cligne les 
yeux pendant qu'on cache un objet. En muchettes (de mucer, mucher) 
signifiait en tapinois; ex. : « Je me départi en muchettes, et sous 
congié me retray, car grant sommeil avoie.» [Ev. des Qiien., 69.) 

CALLIBISTRIS, n. m. — Mot de fantaisie que l'on trouve dans 
nos vieux conteurs. On sait quel sens obscène Rabelais donnait à ce 
mot. 

J'ai entendu maintes fois des mères appeler leurs petites filles de ce 
nom : c'est un terme affectueux. (V. Bitte.) 

CALOGE, n. f. — Cabane de berger. — Niche à chiens, à 
lapins . 

CAMIOLE, n. f. — Camion ; d'où camioler, camioleur. 

CAMOISI, Gamousi, adj. — Moisi ; se dit du linge qui se pourrit à 
l'humidité, et qui prend une couleur rousse ; peut-être ce mot est-il 
une corruption de cramoisi. 



GAN 61 

A ses herberces li valles descendi, 
Camoissie ot, et la char, et le viz. 

Garin, V. 3652. 

CAMP, n. m. — Champ; du la t. campus. « Pendant la moisson, 
tout le monde travaille aux camps. » 

Sit'e, la sainte estoile i rendi grans clartés, 
Et li pastour des cans en ont leur cors sonnés. 

FlERABRAS, V. 1174. 

Parmi un cams s'en fu li Leus, 
Où un berchier séoit tout sens. 

Ma^ie, Fabl. 42. 

CAMPAGNE, n. f. — Plaine. « Les gens de la campagne, par oppo- 
sition à ceux de la vallée. » 

Les campagnards, ceux qui habitent la plaine. 

CAMPER, V. act. — Jeter par terre, renverser: a Son cheval l'a 
campé par terre. » 

Il Campé, part. |). Embarrassé, gêné : « Me voilà bien campé avec 
de pareils ouvriers ! » 

CANARD, n. m. — Terme d'affection, de tendresse ({u'on adresse 
aux petits enfants : « Prends garde de tomber, mon petit canard. » 

Il Prendre un canard, sucer un morceau de sucre trempé dans 
l'eau-de-vie. 

Il a maladie de renard, 

Il mangerait bien un canard. 

Ce dicton s'applique à ceux qui feignent d'être malades. 

Il Plumer quelqu'un comme un canard, le ruiner au jeu : « Si 
j'avois la force de mcsmes le courage, i)ar la mort Itieu, je vous les 
plumerois comme un canard . » (Rabelais . ) 

CANCANER, v. n. — Bavarder; dire du mal d'autrui ; passer en 
revue, comme on dit, les voisins. Dériv. cancanier, ère. Ces mots 
usités partout finiront par faire irruption dans le dictionnaire de 
l'Académie. 

CANCHELER, v. n. — Chanceler. 

Puisque justice cloce, et droit peut et incline, 
Et vérité cancelle, et loiautés décline. 

RUTEBEUF. 



62 CAPs 

Du lat. caiicellare, rayer, fairo des raies, et fig. n'aller pas droit. 
(Littré.) 

CANCHON, n. f. — Chanson. 

Pleiroit-il vous à oïr une bone canchon ? 

Gui de Nanteuil, v. 15. 

CANDEILLE, n. f. — Eau glacée qui pend en forme de chandelles 
des gouttières et surtout des toits de chaume ; c'est tout à l'ait le latin 
candela . 

CANEGON, n. m. — Caleçon; se dit aussi j^onr caveçon. 

GANGER, V. act. — Changer, du bas-latin cambiare, rem pro re 
dare, donner une chose pour une autre . On a rapproché cambiare de 
l'armoricain kenima {mm = m.b), changer, échanger. (V. Belloguet, 
Ethn. gauloise.) 

GANGRÈNE, n. T. — Gangrène. M'"e je Sévigné a écrit ce mot 
comme on le prononçait au XVII"^^ siècle : « Il faisait fort chaud et 
la Gangrène s'y mit . » 

CANIGHE, n. f. — Niche à chien. 

GANTER, V. act. — Chanter, lat. cantare. 

Taillefer, qui mult bien cantoit, 
Sor un ceval qui tost aloit, 
Devant li duc aloit cantant 
De Karlemaine et de Rollant. 

R. DE Rou. 

Dans son délire simulé où il parle tantôt picard, tantôt normand, 
l'avocat Pathelin s'écrie : 

Et faut-il que le preste rie, 
Quand il deust canter sa messe ? 

Dériv. canteux, chanteur. 

Il Locut. prov..«Tu cantesQXVi réponds, » s'applique à quel- 
qu'un qui se contredit. 

CANTIAU, n. m. — Chanteau, morceau de pain bénit qu'on donne 
à la personne qui doit faire à son tour le pain bénit le dimanche sui- 
vant. Bas-latin cantellus, petit morceau. Du Cange cite cet exemple : 
« Ipsa dédit dicto Petro Tort unum magnum cantellum de placenta, » 



CAP OH 

elle donna audit Pierre Tort un grand cliantoau de gâteau. Selon 
l'abbé Corblet (Glossaire [)icard), lo cantieu est un morceau de gâteau 
qu'une nouvelle mariée envoie ;i celle des jeum^s lilles du village 
qu'elle croit devoir se marier la première après elle. Coutume presque 
disparue . 

Le V. fr. avait cant, côté, coin, partie ; d'où escanteler. rscantiller, 
escandiller, mettre en pièces ; escantaillon, éclianlilluii. 

Li brans d'acier .1. poi escantela. 

Au se AN s, V. 1264. 

CANULE, n. f. — Personne qui fatigue avec ses discours impor- 
tuns. Il est aisé de comprendre comment cette arme « du mousque- 
taire à genoux, que le vulgaire, en langage commun, appelle apothi- 
caire » (Boursault), a pu désigner une personne ennuyeuse, assorti 
mante. Au village, comme à la halle, ainsi que le disait je ne sais 
quel grammairien, il se l'ait plus de tropes qu'à l'Académie. 

CANVRE, u. f. — Chanvre. 

Il arriva qu'au temps où la chanvre se sème.... 

La Fontaine. 

CAOIGNE, n. f. — Caboche, tète : « Je lui ai donné un rude coup 
su' s' caoi(jne.>-> 

CAPELET, n. m. — Chapelet; terme de médecine. 

CAPERON. n. m. — Botte de paille, gerbe dont on coilfc les 
villottes pour les préserver de la pluie. V. fr. cajwroii, sorte de coif- 
fure. 

Se nous veons deux testes mettre en ung caperon. 

Bald de Seh. 

GAPÉ, Capiau, n. m. — Chapeau. 

Cuydez-vous que, sous mon cappel. 
N'y eust tant de philosophie ? 

VlLI.ON. 

« J'ai perdu min capet, min capH des jours de fête, etc. » (Chanson 
norm . ) 
CAPOUILLOUX, adj. mase. — Pouilleux. 
CAPUCHIN, n. m. — Capucin. 



64 CAR 

CARBON, n. m. — Charbon; d'où carhonner, carhonnier: « Item 
à Pierre Pourcliel, de la paroisse de Monville, carhonnier, pour la ven- 
due de XV sommes de carbon. »(Ext. de L. Delisle, Compte de 1405.) 

Guillaumes l'ot, rougist comme carbon. 

AnscANS, V, 3050. 

CARBONNADE, n. 1'. — Bon feu de charbons; en fr. ce mol a un 
sens difFérent. 

CARCAHOUX, n. m. — Hutte où les charbonniers de la forêt d'Eu 
font leur cuisine. Cette loge ou plutôt cette « chaumine enfumée » a la 
forme d'un pain de sucre et est ordinairement couverte avec des 
branches de houx ; de là sans doute son nom. 

CARGAILLOT, n. m. — Appeau pour les cailles ; onomatopée. 

Des coitrcailleti- pour les cailles. 

ScARRON, y. Trav., liv. IV. 

CARCAN, n. m. et f. — Personne méchante ; jument difficile à 
conduire . 

CARCUL, n. m. — Calcul ; de môme carculer, etc. — Querculer, 
dans Eust. Deschamps. 

CARDON, n. m. — Chardon. 

Li asues ki n'estoit avers 
Ne escars de paistre cardons. 

Ren, IV, 129. 

CARÉSIS, Carisis, n. m. — Poires communes qui servent a brasser 
une espèce de boisson ([u'on appelle poiré. 
Dicton : 

Ce sont des poires de carési. 
Si elles sont bonnes, mordez-y. 

« Carési est bon s'on le pisle.» (Ane. Poés. fr., t. 1^'.) 

CARILLONNER, v. act. — Donner des coups de fouet. Caril- 
lonner un cheval, un baudet qui ne veut pas avancer. > 

Il n'est pas rare d'entendre une mère ou un père dire à quelqu'un 
de ses enfants qui lui désobéit : « Attends un peu, je vais te caril- 
lonner. y> 



CAR 65 

CARIOT, n. m. — Chariot dans lequel on met les enfants pour 
leur apprendre à marcher ; en anglais go-cart, chariot pour marcher. 
Karios en comique signifie charrette, voiture. 

CARIQUE, n. fr. — Gros vêtement qui sert de pardessus ; dans 
Palsgrave, carrycke. 

CARNAGE, n. m. — Viande pourrie, charogne ; s'emploie au lig.: 
« Va-t-en, vieux carnage ! » Ce mot s'applique aux animaux dilli- 
ciles ou à mener ou à dompter : « Quel carnage de vache, de cheval, 
etc t » 

Il Tumulte, vacarme : « Ils se battent et font un carnage terribiB 
tous les jours . » 

CARNAS, n. m. — Cadenas. 

CARNU, Garlu, adj. — Charnu, nourrissant. On dit d'une soupe 
épaisse et bien mitonnée qu'elle est caruue. Du v. fr. carn, chair. 

CARPENT, Carpin, n. m. — Bruit, tapage : « Faire un carpin du 
diable . » On trouve carpenterie avec cette signilication : 
Là et d'espées molt grant carpenterie. 

Aliscans, 463. 

CARPENTER, v. n. — S'amuser à tailler, à couper du hois : « Cet 
enfant est toujours à carpenter.» C'est ce que dans le Berry on appelle 
chapuser. (V. G. Sand, la Petite Fadette.) 

GARPENTIER, n. m. — Charpentier ; latin carpcntarius. En 
anglais carpenter, importé par la conquête normande : 
Si les ochit et abat à fui.sou 
Com carpentiers fait petits boskillons. 

Ai,isc.\NS, V. 55'Jl, 
Carpentiers et engigneors. 

Wace, Rou, v. IIGIO. 

Les noms de famille Carpentier, Lecarpentier, sont nombreux en 
Normandie . 

GARPLEUSE, n. f. — Chenille. On a dit chate-pîeuse (iV. Fabri- 
que) et catte- pelouse, c'est-à-dire chatte velue. 
B6 dea, que ma c...., est pelouse ? 
Elle semble une catte pelouse 
Ou uue mousque à miel. 

Patelin. 



66 CAR 

Chatte pelouse est devenu l'élrange nom de la chenille en anglais, 
Caterpillar. Quelques étymologistes font venir carpleuse du latin caro 
pilosa; chair velue. 

CARQUE, n. f. — Charge : « Il est revenu du bos avec une rude 
carque ; » armoricain karg . 

Dériv. carquer, bas-latin carricare. 

Li cameus li a respimdu 
K'unques de li carhiez ne fu, 

Marie, Fabl. 70. 

CARRE, n. m. — Angle saillant d'une table ou autre meuble. Fr. 
carne. 

CARRÉE, n. f. ■— Cendre qui reste dans le carrier, après que la 
lessive est coulée. 

CARRÉE, n. f. — Grande quantité. Quelqu'un achète des fruits et 
dit au marchand : « Vous ne m'en donnez pas beaucoup? — Ne fau- 
drait-il pas vous en donner une carrée ? » répondra celui-ci . Carrée 
signifie exactement plein un char . 

Une carée porteroit bien de pion. 

Aliscans, V. 367. 

CARRETTE, n. f. — Charrette. 

Si grant fais porte, sans mençoigne conter, 
C'une carete i a molt à mener. 

Aliscans, V. 3154. 

Le V. fr. avait curetée, ce que contient une carette : 

De mon or te donnerai une grande cartée. 

FlERABRAS, V. 3052. 

CARRIAU. n. m. — Carreau. 

Il Atfection des ganglions mésentériques ; maladie qui attaque sur- 
tout les enfants. 

Les paysans de la vallée d'Yères connaissent trois sortes de car- 
reaux : 1" le rond ; 2° le plat ; 3° le pierre. 

Les deux premiers sont faciles à guérir. Il suffît d'appliquer sur le 
ventre de l'enfant un carrelet tout vivant et de l'y laisser jusqu'à 
ce qu'il soit mort ; après quoi l'enfant guéri peut aller jouer à la fos- 



CAR 67 

sette, à moins que l'on ait affaire au carreau pierre, lequel est in- 
curable . 

Comme on n'a pas toujours un carrelet vivant sous la main, sur- 
tout lorsque l'on habite à huit ou dix lieues dans les terres, il est un 
autre moyen de chasser le carreau rond et plat. Il faut faire toucher 
l'enfant par une personne qui a la spécialité de cette guérison. Cette 
personne prononce quelques paroles cabalistiques en touchant le 
ventre de l'enfant, et le carreau de déguerpir aussitôt, mais toujours 
à condition que ce ne soit pas le carreau pierre. 

Il ne faut pas croire que les gens qui ont le don de guérir le car- 
reau soient désintéressés des choses^de ce monde. Il y en a qui se 
font un bon petit revenu avec la crédulité des campagnards, car dès 
qu'un enfant se devient mal, il ne peut avoir que le carreau. Et vite, 
on court chez le loucheur ou la toucheuse, rarement au médecin. 

CARRIER, v. act. — Charrier. Dériv. carriage^ action de charrier. 
Chemin de carriage, chemin où l'on peut passer avec un chariot. 
Can-ieiix celui qui fait son métier de charrier; un carrieux de bois, 
de cailloux, etc. 

Cinquante carre qu'en ferat carier. 

Ch. de Rol., p. 4. 

CARRIER, n. m. — Grosse toile qu'on remplit de cendres, et dans 
laquelle on passe l'eau pour faire la lessive. 

CARRIÈRE, n. f.— En patois, ce mot signifie ravin, chemincreux. 
Bas-lat. carreria,B\i Cange. 

CARROI, n.m.— Chariot qui transporte les meubles d'une mariée : 
« Allons voir passer le carrai. » Carroy, carrai est ancien dans notre 
langue, mais je ne lai rencontré nulle part avec le sens ({ue lui don- 
nent nos paysans. 

CARRON, n. m.— Charron; bas-lat. caronnius, Du Cange.— « Dis 
donc, piot, sais-tu ce que c'est qu'un carron ? — Non. — Eh •bien, 
c'est un cat qui lèke sin cul. » 

CARRUE, n. f. — Charrue; bas-lat. carruca : «Terra unius 
carrucœ. )> (Cartulaire de l'abbaye de Redon, XIo"'» siècle. ) Carruca 
est déjà dans Suétone avec le sens de chariot {Vie dr Nrnm. ) : « Or 



68 CAT 

a .111. jors qu'il ra'avint une grande malaventure quejeperdi li mellor 
de mes bues, Roget, le mellor de me carue.n (Auc. et Nicol.) 

CARTRIE, n. f. — Remise où l'on met à l'abri chariots, charrettes 
et autres instruments aratoires. 

GARTRONNER, v. act. — Passer son temps a des vétilles, s'a- 
muser à des riens. Dériv. cartronnier, ère ; tatillon, personne méti- 
culeuse, difficile, qui s'occupe trop des détails du ménage. Etym. 
quart. En effet, le cartronnier ou quartronnier ressemble presque à 
l'avare, et l'on pourrait dire avec Molière que c'est un homme : 

Qui se ferait fesser pour moins d'un quart d'écu. 

UEto^irdi. 

CASSIER, n. m. — Petit garçon de ferme qu'on emploie à toute 
besogne, qui n'a point de charge particulière, comme le charretier, le 
berger, etc. 

CASTAFIOLE(Être), loc. —Etre gris. 

CASTONADE, n. f. — Cassonade. 

CASTROLE, n. f. — Casserole. 

Saumon, brochet, turbot, alose, truite et sole 
Soient frits au court bouillon, en ragoût, en castrole, 

QuiNAULT, V Amant ind., I 3. 

Pour avoir commis de pareils vers, Quinault ne méritait-il pas les 
épigrammes de Boileau ? 

Dériv. castrolée, le contenu d'une castrole : « Une castrolée de 
soupe. » 

CAT, Catte, n. m. f. — Chat, chatte. Catus dans Palladius, V«°°e 
siècle. Loc. prov. : « Amoureuse comme une catte. — Etre comme 
kien et cat. — Etre sérieux comme un cat qui kie dans du son.» 

Bien me deit, fait li crtô, membrer 
De CDU ke g'ai oï cunter. 

Marie, Fab. 98. 

CATAPLASSE, n.m.— Cataplasme. 

CATAU, n. propre. — Diminutif de Catherine. Ce nom désigne 
souvent une femme de mauvaise vie. 



CAT 69 

CATECHISSE, n. m. — Catéchisme; plus souvent cadécis : « Je 
t'i ai répété mon cadécis, » je lui ai dit durement ce que je pensais. 

CAT-HOUANT, n. m. — Chat-huant. Le cri de cet oiseau noc- 
turne est toujours, comme au temps de Virgile, de mauvais au- 
gure : 

Solaque culminîbus ferali carminé bubo 
Sœpe queri, et longas in fletum ducere voces. 

JE. Xi6.,IV,462. 
Les chouans, annonceurs de mauvaise aventure. 

Ronsard. 
Mes moult y brait et se démente 
Li chahuan o sa grant hure, 
Prophètes de maie aventure, 
Hideus messagier de dolour. 

Rose, v. 6711. 
Les arondes y font leur nis 
Et li cahuan, soir et matin. 

pAist. Deschamps. 
A midy estoile ne luist, 
Cahuant ne sort de son nid. 

Prov. fr., XVP siècle. 

CATIMURON, n. m. — Mûre sauvage, fruit de diverses espèces 
de ronces : « Aller à catimurons, » aller cueillir des mûres. 

CATOUILLER, v. act. — Chatouiller. 

Il Etre catouilleux, loc. erotique. J'ai entendu un paysan dire à 
un autre : « Pierre, n'approche pas trop de Goton, elle est catouUleuse 
du fourquet.» 

Catouiller est de la vieille langue ; ex. : 

Quant dedans fu,(le dard), mon cœur vint esveiller. 
Et tellement le prinst à catoillier. 
Que je seuty que trop rioit de joie. 

Ch. d'Orléans, Poème de la Prison. 

CÂTRER, V. act. — Châtrer. Câtreux, relui qui châtre certains 
animaux. Dans chaque village, il y a ordinairement un cdlreux de 
cochon.s . 

On appelle ironiquement câtreux de mulots un homme qui n'fst 
bon à rien, ou dont le métier est peu lucratif. 



70 CAU 

Câtreux de mulots signifie encore mauvais couteau. 

GAUCHE, adj.— Dure, difficile à cultiver, en parlant de la terre ; 
en un mot, terre collante, comme disent encore nos laboureurs. 

CAUCHE-PIED, n. m. — Chausse-pied. 

GAUCHER, V. act. — Chausser. Gauches, bas ; « finiras-tu de 
mettre tes cauches ? » 
Cauehures, chaussures. Ces mots se rattachent à calceus, calceare. 

Ains plus bel chevalier ne caucha d'esperon. 

Guy de Nanteuil, v. 463. 
Tout à sec pié par l'aige passerés ; 
N'i moillerés ne cauce ne soller. 

HuoN, V. 3182. 

« Tous nus pies, sans cauches, vestus de méchantz pourpoincts. » 
(Cochon, Chron. Norm., p. 430.) 

GAUD, adj. — Chaud; du lat. pop. caldiis : «Il fait bien caud 
ennuit I » 

« Ce fu el tans d'esté, el mois de mai, que li jor sont caut, long et 
cler. » (Auc. et Nicol.) 

Il Avoir le gosier caud, avoir soif. Un gosier-caud, un ivrogne ; 
gosier-sec, dans J. Le Houx. 

Il Commencer à avoir les oreilles caudes, commencer à se griser 
ou à se mettre en colère. 

GAUDIÉRE, n. f. — Chaudière ; bas-latin caldaria. On dit de 
môme caudron, caudronnée, caudronnier, caudronnerie. 

Ardoir me faites en caudiere boulie. 

Aliscans, V. 2929. 
Caudiêres, caiiderons, mainte targe noircie. 

Chron. de God. de Bouillon, v. 16021. 

GAUFFE-CUL, n. m. et f. — Epithète gauloise que l'on applique 
à une personne frileuse. 

H Petite chaise basse sur laquelle on se chauffe plus facilement. 

GAUFFER, v. act. — Chauffer; lat. calefacere. 
Et Rainoars s'en va au fu caufer. 

Aliscans, v. 4606. 



CEN 71 

CAUFOURNIER, n. m. — Ouvrier qui travaille à faire de la 
chaux. 

CAUSE, n. f. — Locution particulière : « J'ai été malade, c'est la 
cause que je n'ai pas été vous voir. » Tournure toute latine. 
Il A cause que, pourquoi : « A cause que tu. lui as menti ? » 

CAUSER. V. n. — l'' Parler : « Cet enfant commence à causer.-» 
2° S'exprimer facilement : « M. Estancelin cause joliment bien.» 
3° Parler à : « J'ai rencontré notre curé qui m'a causé un mo- 
ment.» M'ffl causé ^onr m'a parlé est une locution familière dans le 
canton de Genève. (V.TopfTer., le Presbytère.) 

CAUSETTE, n. f. — Conversation intime ; joli mot qui n'est pas 
encore académique. 

CAUT, adj. — Rusé, malin ; usité seulement dans cette phrase : 
« Il est plus caut que le diable. » Du lat. cautus. 

(Il) la fist si très fei-me et si caute. 

J. DE Meung, Test. 1825. 

(La terre) fut divisée eu bornes et partiz 
Par mesureurs fins, caultz et déceptifz. 

Marot, P"" de la Métamorphose. 

Ce mot a été en usage jusqu'au temps de Malherbe : 
Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes. 

Malherbe. 

« Et le renard quoi ? est-il pas toujours caut et ruzé? » (Tahureau, 

Dial., p. 78.) 

CAUX, n. f. — Chaux ; lat. calx. 

E il fist cax et pierre atrairc. 

Rou, 10211. 

Il Four-à-caux, chaufour. 

CÉLÉBRAL, adj. - Cérébral : « Il est atteint dun^' fièvre celé- 
lirait'. ii 

CÉLIN. n. m. — Célerin, petit poisson de l'espèce des han>n-s. 

CENSÉMENT, adv. — Presque, pour ainsi din' : - il ma censé 
ment maltraité.» — Du lat. censeo. 



72 CHA 

CENTIME, n. f. — « Une centime toute neuve. >■> 

CERTAIN, adj. — Efficace, qui donne un remède sûr : « Telle 
plante est certaine pour les plaies, telle autre pour les foulures.» 

CERTIFIS, n. m. — Salsifis. On a dit anciennement sersifi. 

CHÀ, adv. — Çà. Ah chà, interj. çà, or ça : « Ah chà, nous lais- 
serez-vous tranquilles ? » 

Il Cha, adj., çà, cela : « Donne-moi cha. — Viendras-tu nous 
voir dimanche ? — Cha dépend, » c'est-à-dire peut-être. 

CHABOT, n. m. — Sabot. Loc. prov.: « Je te vois bien venir 
avec tes gros chabots, » c'est-à-dire je vois bien les grosses malices. 

— Faire aller quelqu'un comme un chabot de ramoudeux ; ne pas 
lui laisser de répit, ne lui accorder aucun moment de repos. On sait 
que le rémouleur a toujours un pied en mouvement pour faire tour- 
ner sa meule. 

— Dormir, ronfler comme un chabot, dormir d'un profond somme. 

Tous deux yvres, doi'mons comme un sabot. 

Villon. 

Dériv. chaboter, ohabotier. 

CHACHAS, n. m. — Espèce de griveà tête cendrée ; enfr. litorne. 

CHAIRCUTIER, n. m. -- Charcutier. 

En caresme est de saison 

La marée et le sermon ; 

Se faire en ce temps chaircutier. 

On n'y profite d'un denier. 

Prov. L. DE LiNCY. 

«Il te faut des chaircutiers et des rôtisseurs.» (J.-J. Rousseau.) En 
génév. chairciiitier, orthographe conforme à Vétym. chair et cuit. 

CHALAND, ande, n. m. etf. — Lambin, négligent, qui n'est ja- 
mais plus pressé une fois que l'autre : '« Quel chaland I il ne finira 
point de couper ses blés. » Extension du fr. chaland : il y a des 
acheteurs qui passent un temps infini à barguigner. 

CHAMPLEURE, n. f. — Chantepleure ; ce mot vient, selon Mé- 
nage, de chanter el pleurer , à cause du murmure que fait entendre le 



CHA 73 

liquide en s'écoulant. Scheler rattache champleure au verbe champkr 
(champlever) qui offre l'idée fondamentale d'entaille, de percement, 
de creusement. On raconte que de Cailly fut un jour fort tourmenté 
au sujet de l'étym. de ce mot. Il s'en vengea par l'épigramme sui- 
vante : 

Depuis deux jours on m'entretient 

Pour savoir d'où vient chante-pleur e. 

Au chagrin que j'en ai, j'en meure I 

Si je savais d'où ce mot vient, 

Je l'y renverrais tout-à-l'heure. 

CH ANGLE, n. f. — Sangle ; verbe, changler. 

CHARIOTÉE, n. f. — Plein un chariot : « JJnechariotée de blé, de 
bois, etc. » 

CHARLOT, n. propre. — Diminutif de Charles. 

CHARME, n. m. — Usité dans ces locutions : «Aller comme un 
charme, se porter comme un charme , — aller, se porter très-bien. » 
Le Dict. de Littré se tait sur ces comparaisons dont on use autant à 
la ville qu'à la campagne. 

Le charme est un arbre vivace, qui croît et se plaît un peu partout 
Il n'est pas invraisemblable que de telles propriétés aient donné nais- 
sance à ces locutions populaires. 

CHÂTIAU, n. m. — Château. 

De l'autre part est Monfélis 

Un chastiaus riches 

Floire et Blanc 

CHAUD, adj. pris subst. — Dégourdi, entreprenant auprès des 
femmes. Remarquez que chaud dans ce sens se prononce régulière- 
ment, et non pas catid. (V. ce mot.) 

CHAUFFETTE, n. f. — Chaufferette. 

Pour enfants fault bers et drapiaus, 
Nourrice, chauffette et bacin, 
Paellette à faire le pain. 

EusT. Desch, Ménage des Nouveaux Mariés. 

CHAVATE, n. f. — Savate ; d'où rhavctier : « Parler çoninit> tiin' 
chaoate , » déraisonner. B. lat. chahata. 



74 CHE 

CHÉCHER, n. m. — Merisier des bois ; chèche, fruit de cet arbre. 

CHEIGNEUX, Cheignon, CMnoué, n. m. — Tablier de femme ; 
latin, cingulum, ceinture. 

CHENAILLER, v. act. — Donner des coups de fouet ou de bâton; 
traiter quelqu'un comme un chien. D'où donner une chenaillée, une 
volée de coups. 

CHENAILLESr n. m. plur. — Traverses, poutres servant de soli- 
veaux, sur lesquelles on tasse ordinairement du foin, du trèfle, des 
bottes de paille, etc. Du fr. chêne. 

CHENETTE, n. f. — Cinèle, fruit de l'aubépine. Loc. prov.: « Je 
te donnerai des chenettes, » c'est-a-dire rien. 

« Avoir des piots comme des chenettes, » avoir beaucoup d'en- 
fants. 

CHENU, adj. — Bon, excellent : « Ce mot, dit Leroux dans son 
Dict. Comique, dont la première édition a paru en 1718, est fort usité 
à Paris en la place de bon, délicat, exquis, délicieux, admirable : 
« Voilà du vin qui est bien chenu. » 

En fr. chenu signifie blanc, vieux ; comme ce qui est vieux passe 
souvent pour excellent, le peuple a donné à chenu le sens d'exquis. 

Au fig., riche, élevé ; ex. : «Je ferais bien la cour à la fille de 
not' fermier, mais c'est trop chemi pour moi. » 

Dans le Glossaire-index des œuvres complètes de Marot (édit. Pi- 
card, 1868) M. Ch. d'Héricault donne à ce mot un sens jusqu'alors 
inconnu : chenu = mince, petit, appauvri, dit-il. C'est se tromper 
complètement. 

La vieille langue avait chanut, chanu, canut et canu, du lat. canu- 
tus. Cette dernière forme est usitée chez nous dans ces locutions fami- 
lières : « Le père ca/iM, ]a, mère canue »,le vieux père, la vieille mère. 
Fiers est li l'eis à la barbe canue. 

Ch. de Rol, p. 330. 

CHERFEUIL, n. m. — Cerfeuil. 

CHERISE, n. f. — Cerise : « L'an 1421 fu la plus forle année a 
passer en France. . . , et oncques n'en veist on si malvès de bien ne 
de fruitages, nois, pommes, poires, prunes, cherises, et de tous autres 
choses. » {Chron. Norm. , p. 443.) 



CHI 75 

CHÉS, adj. démonstratif. — Ces : « Chés gens-là ne valent pas 
grand' chose . » 

Au masc. singulier ch' : « Ch' est lui. — Viens- tu à ch' bos ? — 
Connais-tu ch'-t-homme ? » 

Au fém. sing. ch'té : « Ch'té ferme-là est louée trop cher. » 

Ck'-t-ichi, ch'-t-ilà, cK-t-ela — celui-ci, celui-là, celle-là ; plur. 
cheux-là, chés-là. 

Comp. avec le latin ecciste ; v. fr. icist, icest, qui plus tard s'est 
abrogé en cest. 

CHEUZ, prép. — Chez. Cheuz appartient au dialecte picard : On 
ne doit pas oublier que nous sommes limitrophes du département de 
la Somme. 

« Piètre du bois s'en vint un soir ckieux ce Philippe. » (Froissart, 
dans Littré.) 

Dans une farce du moyen-àge^ un moine débite ses pardons et ses 
reliques^ et montre aux assistants : 

La creste du coq qui chanta cheux Pilate, 
Et la moitié d'une late 
De la grande arche de Noé. 

CHIBOT, n. m. — Oignon dont les tiges sont encore vertes : 
«Vingt et cinq charrettes de porreaux, d'aulx, d'oignons et de cihotz.n 
(Rabelais.) 

Oliv. de Serres écrit civot ; le Dict. de l'Académie donne ciboule, 
cive ou civette. 

CHIBOULER, Chabouler,v. act.— Maltraiter, injurier; corrup- 
tion du fr. mbouler. 

Il Marcher sans précaution, renverser ce qu'on trouve sur son 
passage : « Votre vache est entrée dans mon jardin, et a tout chi- 
boulé.^^ 

CHICOTIN, n. m. — Petit sac dans lequel Ips fumeurs mettent 
leur tahao. 

CHIFFONNER, v. act. — Ennuyer, importuner. 

Oh ! dame, 

M'interrompre à tous coups, c'est me chiffonner rame. 

Franchement 

BouRSAULT, le Mercure Galant. 



76 BRO 

C'est à tort que dans le Dictionnaire de Littré on attribue ces vers à 
Poisson. 

CHIGNON, n. m. — Biau chignon ! belle tête, ironiquement. 

CHIMETIÉRE, n. m. — Cimetière. 

CEINDRE, n. f. — Cendre : « Le mercredi des chindres. » 

CHINQ, adj num. — Cinq : «Ilfistenson temps un chatel nommé 
Marcoussi, lequel cousta à faire plus de chine chenz mille livres. » 
{Chr. Nonn., p. 403. ) Cette prononciation chuintante est particulière 
au dialecte normand, ainsi qu'on Ta déjà pu voir par les mois chave- 
tier , chabouler , chivot, cherfeuil, chindre, etc., etc. 

CHION, n. m. — Scion ; petit rejeton d'un arbre, d'un arbris- 
seau. 

CHIONNER, V. act. — Frapper avec un chion ; de là donner une 
chionnée, c'est-à-dire une bonne volée de coups de baguette. 

CHIPOTEUX, adj. — Chipotier, qui marchande mesquinement. 
En anglais chip, morceau. Dans son Glossaire de Rabelais, L'Aulnaye 
dit que les couturières appellent chippes les morceaux qu'elles volent 
à leurs pratiques. 

CHIQUE, n. f. — Morceau : « On lui a donné une bonne chique 
de viande avec une grosse chique de pain.» 

CHIQUER, V. act. et n. — Manger beaucoup, dévorer. Rabelais 
l'a employé en ce sens . 

CHIQUETTE, n. f. — Petit morceau, comme chiquet, d'oîi déchi- 
queter. 

CHIRE, n. f. — Cire. - Chire-poix, poix dont se servent les cor- 
donniers pour cirer leur fil. On prononce de même : Chitron, chi- 
trouille, chucre. chirot, etc. 

CHIVIERE,n.f. — Civière : «Du bas-lat. cœno-vehum, de cœnu7n, 
boue, et vehere, porter.» 

Cette étymologie, quoique supposée par Littré, rappelle un peu 
celle que l'on a donnée du mot cadavre (cadaver, idest, caro data iier- 
miÔMs.) Il était beaucoup plus simple de rattacher civière à chive- 



GHO 77 

reum, mot que l'on trouve dans le Magnus rotulus Scaccarii Nor- 
manniœ (1188) publié, en Anglelerre, par M. Stapleton en i84i. 

CHOCHONNER, v. n. — Se dit de deux petits cultivateurs qui 
réunissent leurs chevaux pour cultiver leurs terres. 

Ce verbe vient de l'adjectif sochon, lat. socius, qui voulait dire 
associé, compagnon : « Illec avoit une sochonne à Transeline ({ui dist : 
plus ne parlons de deuil. » {Ev. des Quenouilles, 10().) 

« Deux de ses bons soldions, mariniers comme luy. (C. N. N., p. 
406). 

CHÔMER, V. n. — Manquer : « Si les fleurs ne coulent point, 
nous ne chômerons point de fruits cette année.» 

CHOPAINE, n. f. — Chopine, Ainsi se prononcent épine, racine, 
fine, ravine, fouine, etc. 

CHOQUE, n. f. — Souche. 

CHORBER^ V. n. — Chopper : « Son cheval a chorbé en par- 
tant.» 

CHOSE, n. m. — Ce mot s'emploie pour désigner quelqu'un dont 
on ne sait pas ou dont on a oublié le nom, comme dans ces vers de 
Régnier : 

Il faut rire de tout : Aussi bien ne peut-on 
Changer chose en Virgile, ou bien Fautre en Platon. 

Il Etre tout chose, être souffrant, abattu. 

CHOUETTE, adj. — Beau, superbe ; « Voilii mv^q chouette maison, 
une chouette lille.» 

« Il abandonne son père, ça n'est pas chouette. » 

Chouette est probablement une corruption du v. fr. souef, doux, 
suave, lat. suavis. 

Dériv. choueltement : « Cette robe est choueftement faite. » 

Voici une autre étymologiehistori([ue de ce mot, d'après M. Moisy : 
« Au moyen-âge, l'on donnait chaque jour aux chanoines de la ca- 
thédrale de Rouen, un petit pain, fait de fleur de farine, dit paiji 
choesne, par abréviation, i^onr pain de chanoine. Puis, avec le temps, 
choesne,àe qualificatif spécial, est devenu qualificatif général, s'apjili- 
quant à toute personne ou à toute chose ayant un mérite ou une va- 



78 CLA 

leur particulière.» Notre mot chouette serait ainsi une altération de 
clwesne. Il est peu vraisemblable que le mot chouette (oiseau) ait quel- 
que rapport avec l'adj. chouette, quoique l'on puisse alléguer ce 
passage de Rabelais : «Ma femme sera coincte, jolie comme une belle 
petite chouette. » [Pant,, liv. III, chap. XIV.) 

CHOULER, V. act. — Remuer, pousser, faire avancer : « Aidez- 
moi à chouler ce tronc d'arbre. — Quel paresseux ! on ne peut pas le 
chouler. » 

Anciennement ce mot signifiait courir, jouer à la choule : « En l'an 
1407, le lendemain de Noël, la rivière de Saine fu si gellée que les 
gens aloient ribler, ckouller, en traversant la rivière de costé en au- 
tre. » {Chron. Norm., p. 378.) 

La choule est un jeu où deux partis cherchent à s'emparer d'une 
balle et à l'emporter à un endroit convenu. V. fr. sole ; dans Coquil- 
lart, dans Rabelais soûle, probablement de solea ou solum, parce 
qu'on pousse cette balle à coups de pied. La choule, souvenir de l'an- 
cien jeu, est une fête qu'on célèbre encore dans certains villages, aux 
environs de Dieppe. 

Certains savants prétendent que soûle vient de soleil, et veulent 
que ce jeu de ballon soit un dernier vestige du culte rendu par les 
Celtes à cet astre ? 

CHOULEUR, n. m. — Celui qui joue à la choule. 
Au bou chouleiir la pelote lui vient. 

L. DE LiNCY, pi'ov. XV*' siècle. 

CHURETER, v. act. — Fureter, par permutation de lettres : 
« Advenant le cas, ne seroit-ce pour chureter'^ » (Rabelais, Pant., 
liv. III.) 

Il Chureter kh\a.nc, fureter sans poches. 

CIERGE-DORMANT, n. m. — « Gros cierge qu'on porte aux en- 
terrements, et que l'on place à l'église auprès du banc du défunt, 
après l'inhumation. Celui qui porte le cierge-dormant reste, la tête 
couverte, toute la durée du service funèbre. » (L'Abbé Decorde.) 

CISIAU, n. m. — Ciseau. 

CLABAUDIER, ère, adj. — Bavard, médisant ; celui ou celle qui 
a l'habitude de crier, par analogie avec le chien dit clahaud. 



CLA 79 

Il Clabaud, sohriqnet qui est devenu un nom de famille assez connu 
en Normandie. 

CLAIRAUD, adj. — Clairet. Ainsi en fr., ntnvaud, de noir; rou- 
geaud, de rouge ; sourdaud, de sourd. 

CLAIRONNER. V. n. — Etinceler, reluire, resplendir; mot su- 
perbe : « Tout claironne dans cette maison, » tout est propre, luisant : 
« Avoir des yeux claironnants de joie, d'amour.» 

CLAMPIN, n. m. — Fainéant, poltron. Mot formé de l'ancien 
verbe normand acclamper, lier, attacher. 

CLAPET, n. m. — Dans les derniers jours de la semaine sainte, 
on ne sonne point les cloches, puisque, d'après la légende, elles sont 
parties à Rome : c'est alors que les enfants de chœur parcourent 
les villages avec leurs clapets pour annoncer aux lidèles l'heure des 
offices. Le clapet est un instrument dont la construction est très- 
simple : « C'est une planche de 33 centimètres sur 16, traversée au 
milieu par un morceau de bois, qui d'un bout sert de manche, et de 
l'autre laisse jouer, sur une cheville, un petit maillet, destiné à frap- 
per sur la planche, avec plus ou moins de violence, selon le mouve- 
ment qu'on imprime au clapet. » (L'abbé Malais, Cal. Normand.) 

Dès le XI™'' siècle, c'était l'usage de convoquer ainsi les fidèles, 
percussis tabulis, ad ecclesiam concurrat populus. Cette coutume huit 
fois séculaire existait dans mon enfance. 

M. L. Simon m'avertit qu'à Bures elle n'est pas encore disparue. 

Comp. clapet avec l'anglais to clap, faire du bruit on frappant. 

CLAPETTE, adj. pris subst. — Bavarde, femme qui fait autant de 
bruit qu'un clapet. 

CLAPOT, Clapotage, n. m. — Commérage : « Il ne faut pas 
écouter tous les clapots. » Anglais, to clap ; allemand, idappea, faire 
du bruit. 

CLAQUE, n. f. — Bonne aubaine : « Il vient dhériter 50,000 fr.; 
je voudrais bien recevoir une claiiae comme ça.» 

CLAQUÉE, n. f. — « Donner une claquée à un enfant. > lui don- 
ner le loue t. 

Il Abondance: «Avez-vous des pommes, cette année? —Oui. 
j'en ai une rude claquée. y> 



80 CLl 

CLAQUER, V. act. — Jeter avec violence : « Il a tout claqué par 
terre.» 

GLATRE, adj. — Argileux; terre clatre, terre difficile à travailler 
en temps de pluie et aussi peu perméable que la terre cauche. 

CLENCHE, n. f.— Loquet ; de l'islandais klinka, selon Du Méril. 
Ang. clinch, loquet. 

CLENCHER, v. act. — Soulever le loquet : « J'ai clenche votre 
porte, mais personne ne m'a répondu. » Angl. to clinch, fermer. 

Il Céder : « Il ne voulait pas consentir, mais il a fini par clen- 
cher. » 

GLERGEON, Clergeot, Glergeau, n. m. — Enfant de chœur. 

Item, à mes pouvres clergeons, 

Beaulx enfants et droictz comme joncs ... 

Villon. 

CLETJ, n. m. — Clou. On dit de môme treu, leu, cailleu, au lieu 
de trou, loup, caillou. 

CLICHE, n. f. — Diarrhée. Du Méril prétend que clichard est un 
sobriquet que l'on donne encore aux habitants de Bayeux;, parce que, 
suivant une vieille tradition, pour les punir d'avoir chassé leur 
évoque saint Gerbold, Dieu les affligea de lienteries et d'hémorroïdes. 
D'oij : « Les foireux de Bayeux. » Pluquet explique autrement ce 
dicton populaire : « Bayeux, dit-il, était célèbre au moyen-àge par 
le commerce qui se faisait dans les diiïérontes foires de cette ville. 
De là le proverbe. » Pluquet qui, je crois, était né à Bayeux, tenait 
à ennoblir le sobriquet donné à ses compatriotes. 

CLINQUAILLER, n. m. — Quincailler; à'ohclincaillerie, du mot 
clinquaille, cliquaille, tombé en désuétude. Comp. avec l'allemand 
Jclingen, résonner. 

CLIQUAILLER, v. act. et neut. — Sonner, faire un bruit de quin- 
caille : « Il fait cliquailler son argent dans ses poches. » Augm. de 
cliquer. 

Coquillart donne à certain juge rapace le surnom à' Empoigne-Cli- 
caille. (Enquête 130.) 



CLO 81 

Quand je seroy plus garny de cliqitaille. 
Vous eu aurez, mais il faut attendre, 

Marot. 

CLIQUE, n. f. — Douleur chronique, rhumatisme : « Voilà du 
lemps humide, je vais être repris de ma clique. « — Cliqueux, celui 
qui a des rhumatismes. 

CLIQUER, V. act. — Agiter la clenche ou la cliquette d'une porte ; 
fréq. cliqueter . 
Il Résonner. 

Gros usuriei's, qui avez For qui clique. 

R. DE COLLERYE. 

CLIQUES et Claques, n. f. plur. — Meubles, outils : « Il a em- 
porté ^e<. cliques et ses cla(/ues, et on ne l'a point revu, » il a décampé, 
déménagé sans prévenir personne. On disait jadis avec le môme sens : 
« Trousser ses bagues et ses quilles, trousser ses quilles et agou- 
billes. » ( V. Ev. des Quenouilles, passim.) Comp. avec l'expression 
gascone : « Vestu de clic et de clac ; » nippé de tout. (Fœneste, 
p. 41.) 

CLIQUESONNER, v. n. — Résonner. 

CLIQUETTE, n. !. — Môme sens que clenche. « Tu peux baiser la 
cliquette de la porte, » se dit à celui qu'on ne veut plus recevoir chez 
soi. 

CLOCHE-PIED, n. m. — Jeu d'enfants où l'on va sur un pied, en 
clochant, et poussant devant soi un palet dans diverses cases dessinées 
à la craie. C'est ce qu'on appelait au XYIIe'"o siècle le jeu de ma- 
relles. 

CLOKE, n. f. — Cloche ; bas lat. cloca. Dans une pièce du Cartu- 
laire de l'abbaye de Redon, pièce (jui date de 869 : « Obtuli.... duo 
vestimenta saccrdotalia et très clocas mirœ magnitadinus. » — 
Clokette, clochette. 

» Trompez» et olyfans faisoieut tel terapier 
C'on n'y oïst sonnez les cloque;: du moustier. 

HuG. Capet, p. 1.34. 

CLOKIER, n. m. — Clocher : «A main destre est li clokiers de! 
Sépulcre. » ( Chron. d'Ernoul, p. 194. ) 



82 COG 

Quatre tors virent à crestiax batilliés, 
Et sor cascune avoit un grant clokier. 

HuoN, V. 3296. 

« Anno gracie M» c» Is. xvii™" crematum est castrum Lemovicence, 
et monasterii navis cum clocario. » {Ckron. de saint Martial, p. 56.) 

CLOIE, n. f. — Claie. 

Par desus grande cloies a fait drecier un pont. 

FIERA.BRA.S, V. 3737. 

Furmaiges qui dedens esteient, 
Et sur une cloie giseient. 

Marie. 

CLOQUETÉ, part. — Couvert de tumeurs, d'ampoules : « Avoir le 
corps tout dogueté. » 

CLOTIDE, n. prop. — Clotilde. 

GLOUPER, Gloupionner, v. n. — Se dit du gloussement des 
poules quand elles veulent couver. 

GO, n. m. — Coq. La lettre désinentielle est muette comme dans 
bissa, fro, blo, etc., bissac, froc, bloc. 

Il Chanter le co, se dit d'une poule qui imite le chant du coq. On 
la tue immédiatement, les paysans superstitieux croyant que cela est 
de mauvais augure . Peut-être ont-il pris au mot ce vieux et malin 
proverbe : 

Malheureuse maison et méchante 
Où coq se tait et poule chante. 

L. DE LiNCY, Prov. 

GO, n. m. — Cou : « Il s'est cassé le co. — N'être pas lourd à co, 
être malingre, souffreteux. — Tirer du co, vomir. — Etre du co, être 
gourmand. 

La finale l ne se fait pas entendre dans Hco, mo, seu, mié, etc., 
licol, mol, seul, miel. Aux environs de Dieppe, on dit encore /o pour 
fol. 

GOCHON (Pou de), n. m. — On donne ce nom au cloporte, en 
\i2X\Qn 'porceUetto, petit cochon. 

COCHONNIER, ère, adj. — Celui, celle qui tient des propos gro<;- 
siers, déshonnètes. 



COL 83 

CODAQUER, V. ii. — Ce mot sCin|)l(»ic [)om' exprimer lo cri de la 
poule qui cherche à pondre ou qui vient de pondre : « Une poul<! qui 
vient de pondre éprouve une sorte de transport que partagent les 
autres poules qui n'en sont que témoins, et qu'elles expriment toutes 
par des cris de joie répétés. » (Buftbn.) 

Au fig., parler à tort et à travers, étourdir du hruit de son caquet. 
Dériv. codaquerie, bavardage. 

GŒUR-DE-JOUR (À), loc. — « Quel paresseux ! il ne fait rien à 
cœur-de-jour. » 

COFFIN, n. m. — Etui à mettre des aiguilles, des épingles. Du 
latin cophinus ; en v. fr. corbeille. 

« Elle alloit quelque part cueillir des joncs, dont elle faisoit un 
cofin à mettre des cigales.» (Arayot, Daph. et Chloé.) 

Un crespe deslié luy servoit de vesture, 

Et portoit à la main un cofin plein de fleurs. 

Ronsard. 

COINQUER, V. n. — Onomatopée pour exprimer le cri des ca- 
nards. 

COIPIAU, n. m. — Copeau. Dans Palsgrave, coupiau ; dans Ra- 
belais, coupeau. Antérieurement, Jean de Meung a écrit coypiaulx. 
Bas-latin coipellus. 

Il Grand co*;)JaM, terme injurieux pour qualifier une femme grande 
et maigre. 

COLAS, n. prop. — Nicolas, par aphérèse. On dit aussi Coulas. 
Il Sohri({uet qui désigne un niais, un [)auvre d'es|)rit, comme dans 
cette épigramme ; 

Colas est mort de maladie, 
Tu veux que je plaigne soa sort. 
Que diable veux-tu que je die ? 
Colas vivait, Colas est mort. 

GOMBAULD. 

COLÉREUX, adj. — Qui est enclin à la colère. Ce mot vaut mieux 
que colérique (juon peut confondre avec cholérique. 

COLIDOR. n. m. — Corridor. Le peuple change, déplace rapri- 



84 COQ 

cieusement les liquides / et r. Il a trouvé colidor plus euphonique 
que corridor. (Génin.) 

COLLER (Se), v. réfl. — S'accoupler, en parlant des chiens : 

« C'est, comme parle Montaigne, se tenir accouez l'un à l'autre 

d'une manière chiennine. (Ess., III, IX.) 

COMBLE, n. m. — Longue et grosse corde qui sert à maintenir 
les gerbes quand le chariot est comble, c'est-à-dire chargé par dessus 
les bers. 

GOMME-CHI, Comme-Clia, loc. — Assez-bien : « Comment allez- 
vous ? — Comme-chi , eomme-cha. » 

COMMIS, n. m. — Employé des contributions indirectes. 

COMPÈRE-LORIOT, n. m. — Bouton sur la paupière; en fr. 
orgelet. 

CONSÉQUENT, adj. — Important, considérable : «Il a une ferme 
conséquente. « On commet ce solécisme autant à la ville qu'à la cam- 
pagne . 

« Saint Paul était un génie conséquent et lumineux. » (Dict. Néo- 
logique.) 

CONSOMMER, v. act. — Consumer. — Consommer dans la si- 
gnification de consumer a continué de se dire jusqu'au temps même de 
Balzac. 

CONTRAIRE (Bien du), loc. — Au contraire. 

CONTRE-VITRE, n. f. — Contrevent, volet. Anciennement, espèce 
de treillis en fd d'archal pour garantir les vitres d'une fenêtre : « Une 
contre-vitre en treillis de fil d'archal. » (La Curne, p. 97.) 

COPIN, Copaine, n. m. et f. — Dindon, dinde. On a dit que ce 
nom venait de Copin, jésuite qui aurait importé le premier dindon 
d'Amérique en France. 

Il Copin, imbécile : « Grand copin 1 » 

COPINIER, n. m. — Gardeur de copins. 

COQUE-SOURIS, n. m. — Chauve-souris. 



COR 



m 



COQUER, V. act.— Cocher, qui exprime lacté du coq sur la poule • 
« C'estoit un diable de coq, il mourut enragé, qui fut dommage; car 
il chantoit bien, il cavqmit bien les gélines. » (JV. Fabrique ) 

En patois, coquer s'applique aussi à l'espèce humaine. 

Cauchemar est formé de coquer, cauquer! (lat. calcare) et d'un mot 
germanique mar, démon, incube. V. fr. quauquemare : « J'ay autres 
fois oy dire que qui moust ses vaches le vendredy par entre deux 
jambes par derrière, la quauquemare le traveille tost, et son mary en 
a l'aventure. » (Ev. des Quenouilles, p. 153.) 

COQUÊNE, n. m. - Erable des haies. Quequesne, dans le Gloss. 
latin-français de la Bibl. de Lille, E, 36. 

COQUERON, n. m.— Villotte de foin, de trèHe, de vesce, etc.: «Le 
temps menace, il faut mettre le sainfoin en coquerons ; » on dit aussi 
mettre en coqs. Dans C. Gauchet, cocheter a cette acception. {Les 
Moissons, p. 131.) 

COQUILLE, n. f. — Plante que l'on mange en salade; c'est la 
mâche, dite aussi salade de poule ou de chanoine. 

CORBATTRE (Se), v. réfl. — Se débattre, lutter contre : « J'ai eu 
beau me corbattre, il a fallu céder. — La truite retirée de l'eau se 
corbat quelque temps avant de mourir. « 

CORDIAU, n. m. — Cordeau. 

CORE, adv. — Aphérèse de encore : « Mentiras-tu core polis- 
son. » Cor, en v. fr., ex. : 

« Dius ", dist li père, cor eusse un sergaut 
Qui le gardast trestout à son talant. 

Li Roiimans de Saint-Alessin. 

GORNAILLE, n. f. — Corneille. 

Eu tam comme il se demcutoit 
Lieve sa teste et venir voit 
Une cornaille à la volée. 

Ren., v. 22841. 
Ensi aviut k'une cornaille 
S'assit sur le dos d'une oaille. 

xMarie, Fabl. 20. 



86 COU 

CORNER, V. act. — Donner des coups de corne : « Prenez garde, 
cette vache corne, y) 

Il Se corner, se dit des taureaux et des vaches qui se battent à 
coups de cornes : « Ces expressions, qui sont de la campagne, de- 
vraient être reçues, car elles ont été faites là où seulement elles pou- 
vaient se faire. » (Littré.) 

CORNILLER, v. n. — Jouer avec les cornes : « De sorte qu'en 
cornillant, et poussant l'un contre l'autre, leur bois se mêla si bien 
l'un dans l'autre, qu'ils demeurèrent pris.» (N. Fabrique.) 

CORPORANCE, n. f. — Prestance, embonpoint, corpulence : « Un 
homme de belle corforance .y> 

Ci-gist le jeune Jean le Veau, 
Qui en sa grandeui' et puissance 

Fut devenu bœuf ou toreau 

Car on dit (veu sa cor2')orance) 
Que ce eust été un maistre bœuf. 

Marot. 

CORPS, n. m. — Loc. particulières : « Un pauvre corin, un pauvre 
diable, un idiot. — Un drôle de corps, un original.» 

COSSA, n. m. — Colza. - 

COSSU, adj. — Celui qui est riche, qui réussit dans ses affaires : 
« N'être pas cossu, être pauvre, et au fig. avoir une santé délicate, 
être malade.» 

COTERIE, n. f. — Amitié : « Ils sont toujours ensemble, c'est une 
coterie terrible.y> 

COTRON, n. m. — Jupon, diminutif de cotte. Le v. fr. avait cot- 
teron. 

COUAILLOT, n. m. — Lait caillé ; autrement maUes. 

COUCOU, n. m. — Jeu d'enfants. On dit jouer au coucou, comme 
jouer à cache-cache. Ce jeu est ainsi appelé parce que l'enfant bien 
caché crie : Coucou. 

il Bran de coucou, espèce de gomme que distillent certains arbres, 
et surtout le cerisier. (V. Brand'agache.) 



cou 87 

COUDRE, V. act. — On conjugue ainsi ce verbe : Ind. nous cou- 
dons, vous confiez, ils coudent ; imp., jo coudois ; fut., je coudrai ; 
cond., ]c coudrais ; suijj, que je coude ; part., coudu 

« Avoir le bec coudu, se dit de quelqu'un qui ne parle pas ou ne 
veut pas parler.» 

COUDRE, n. f. — Ce mot a gardé chez nous le genre qu'il avait 
ordinairement dans l'ancienne langue. 

Desor une coudre menue. 

Ren. V. 2^912. 
Gentil rossignol passager 
Qui t'es encor venu loger 
Dedans ceste coudre ramée. 

RONSAJRD. 

De là les noms de famille Lacoudre, Delacoudre. 

COUDRILLONNER, v. act. et n. — Coudre souvent, passer son 
temps à raccommoder de vieilles loques ; se prend toujours en mau- 
vaise part. 

COUDROIE. Coudraie. n. m. — Nom de localité; du latin cori/lus, 
coudrier, d'où coryletum. On sait combien de localités ont tiré leurs 
noms des arbrisseaux les plus ordinaires, des plantes les plus simples. 
(V. Cocheris. Origine et formation des noms de lieux.) 

COUENNE, n. f. — Lâche, poltron : « Ne me parle pas de L...., 

c'est une couenne.» 

COUÉSIR, Coisir, v. act. — Choisir : « Einsinc que deussent roi 
coisir. (Marie, fabl. 37.) Dans l'ancienne langue, ce mot est syno- 
nyme de voir, apercevoir; par extension, trier, distinguer, dé- 
mêler. 

COUILLE, n. f. — Testicule. Lat. colens, grec «Xeô;. 

Fu la couille à Pierre (Abélard) tolue, 
A Paris, en son lit, de nuis. 
Dont moult ot travail et anuis. 

La Rose, v. 9546. 

COUILLON, adj. pris subst. — Poltron. Couenne et couillon sont à 
peu près synonymes. Dériv. couillonnade,couiUonnrrie, mots rabc- 



88 COU 

laisiens : « Et les personnes qui usent de telle coïonnerie sont volun- 
tiers ces muguets et veaux de ville.... » (Tahureau, Dial., p. 156.) 

COULANT-D'EAU, n. m. — Petit fossé qui sert à l'écoulement des 
eaux. 

COULEUR, n. f. — Mensonge. Racine l'a employé dans ce sens : 
J'inventai des coideur s, y armai la calomnie. 

Esther. 

Il En faire voir à quelqu'un de toutes les couleurs, ennuyer, tour- 
menter de toutes les façons.' 

COULOTTE, n. f.— Coulée, petit chemin que trace le lapin dans les 
bois. 

COUP, n. m. — S'emploie dans beaucoup de loc. particulières : 
« La nouvelle de sa mort m'a donné un coup, » c.-à-d. m'a causé 
une surprise pénible, une grande douleur. 
Avoir un coup de soleil, être légèrement gris. 
Un coup de chien, manœuvre perfide, déloyale, comme on dit en 
fr. coup de jarnac. 

Le coup-d' à-cheval, le coup de l'étrier. 

Le coup d'adieu, le coup que l'on boit en se disant adieu. 

Coup de malheur, accident, crime. 

Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur, 

Fais agir ta constance en ce coup de malheur. 

Corneille. 

Faire les cent coups, faire le diable à quatre, mener une vie dé- 
réglée. 

Etre ânx cent coups, ne savoir plus où donner de la tête. 

A coup, bien à propos : « Cet héritage lui est venu bien à coup. » 

Du coup, pour du coup, à ce coup, cette fois, pour cette fois : « Il 
faut confesser que nous sommes pris à ce coup, plus serfs et plus 
esclaves, que les chrestiens de Turquie » (Ménippée, 125.) « C'est à 
ce coup qu'il faut que tout le monde marche. » (Henri IV.) 

Dict. : « Un hon coup paiera tout, » vous serez pris une bonne fois 
et vous expierez vos méfaits. 

« Ses plus grands coups sont rués, » se dit d'un homme qui est sur 
l'âge. 



cou 89 

COUPLET, n. m. — Cime d'un arbre, faite d'une maison, le haut 
dune colline : 

Là jusques au coxiplet de sa teste chenue, 
D'une robe fourré (sus une autre vestue) 

Cache son col ridé 

Gaiichet. 
Coypeau dans Palsgrave ; coupeau dans la plupart de nos vieux 
auteurs. 

Et vous, divin troupeau, 
Qui les eaux de Pégase 
Tenez, et le coupeau 
Du chevelu Parnasse. 

Ronsard. 
Vient à Vanves à pied, pour grimper au coupeau 

Du parnasse françois 

Régnier, Sat. 11. 

COURAILLER, v. n. — Courir de côté et d'autre ; se prend tou- 
jours en mauvaise part. 

COURBATURÉ, adj. — Courbatu. 

COUREUX, adj. — Celui qui court les filles ; même sens que dans 
ce vers de Villon : 

Coureux, allans, francs de fauls or, d'aloy. 
Coureuse, prostituée. 

COURIAS, Couriache, adj. — Coriace ; au fig. dur à la fatigue. 

COURIE, n. f. — Cœur, foie et poumons d'un animal : « Avoir la 
œurie bien placée, se dit de quelqu'un qui ne s'émeut pas aisément, 
qui a le cœur dur. » Auciennement, corée, cœur. 

Cascuus si tient el poig destre Tespée, 

As paieus coupent maint poing, mainte corée. 

Aliscans, v. 271. 
Parmi ces champs les véissiez gésir. 
Et ces boiax et corées saillir. 

Garin, v. 145. 
L'oudor des roses savourées 
M'entra ens jusques es corées. 

La Rose, v. 1636. 

Le V. fr. avait aussi écorer, arracher le cœur. 



90 COU 

COURIETTE, n. f. — Petite lanière de cuir pour lacer les souliers 
ou pour mettre à la poignée d'un bâton de voyage. Lat. corium. 

COURS DE VENTRE, n. m. — Diarrhée. 

COUTEUME, n. f. — Coutume. Cette prononciation est aussi celle 
du Berry. 

COÛTER, V. act. — Loc. part : « Cela me coûte les yeux de la 
tête, » c.-à-d. fort cher. 

COUTIAU, n. m. — Couteau : « Il tenoit trois coustinus en son 
poing, dont l'un entroit ou manche de l'autre. » (Joinville, cité par 
Littré.) 

« Celui qui estrine sa dame par amours,le jourdel'anjde cousteaux, 
sachiez que leur amour refroidira. » {Ev. des Quenouilles.) 

Chez nous, cette croyance superstitieuse existe toujours, et l'on dit 
communément que « les coutiau.v coupent l'amitié. » 

Le couteau joue un grand rôle dans les superstitions populaires : 
« Joannes de Piano Carpini, décrivant, en 12i6, les mœurs et cou- 
tumes des Tartares, dit qu'une de leurs superstitions, c'est qu'il ne 
faut pas enfoncer un couteau dans le feu, ni d'aucune autre manière 
toucher le feu avec un couteau, ni même tirer de la viande hors d'une 
marmite avec un couteau. — Chez les habitants de Kamschatcka, 
chez les Indiens Sioux de l'Amérique du Nord, on retrouve ces 
mêmes superstitions qui semblent tirer leur origine de cette maxime 
pythagoricienne : IIûp [jt-a/^aipa (x?) irxaXeusiv, ne pas remuer le feu avec 
un couteau. » (M. Muller, Essais sur la Mythologie.) 

COÛTIMENT, n. m. — Coût, dépense. 

Je voi aucuu riche home faire maisonnement ; 
Quand il a fissouvi trestout entièrement, 
Si li fait-on .i. autre de petit coutement. 

Rut., Li Dis de la Voie de Tunes. 

J'ai entendu dire aussi coûtage, mot qu'à employé J. Le Houx : 

» En donnant un vuide tonneau, 

Un aultre de sidre nouveau. 

On vous emplira, sans coiistage. " 

Vous souciez-vous du coustage ? 

Le Nouv. Pathelin. 



CRA 91 

COUTURE, n. f. — Enclos planté d'arbros fruitiers, attenant à 
une ferme : « La couture de la baronnerie. » On rencontre ce mot en 
bas-latin sous les formes cotura, costura, coutura, que Du Gange 
traduit par couture. Coulturer s'est dit pour cultiver : « Le champart 
de trois cent arpenz ou environ de terre, partie en fâche, et partie 
coulturée. » (Du Gange, au mot faiscia.) 

Encontre Gaydes, parmi une couture. 
Le vavassor, qui ot moult laide hure. 

Gaydon, V. 2611. 

COUVERT, n. m. — Gouvercle. 

COUVERTE, n. f. — Gouverture de lit, par apocope. 

Quand le malade amasse et couverte et linceux 
Et tii'e tout à soi, c'est un signe piteux. 

D'AuBiGNÉ, Tragiques. 

COUVION, n. f. — Poule qui veut toujours couver. Dériv. cou- 
vionner, v. n. — Couvion est aussi un terme injurieux dont se servent 
les malins qui ont lu le Curé Meslier ou le Siècle pour désigner une 
religieuse, parce qu'elle a été au couvent. Il y a là, comme on voit, un 
pauvre jeu de mots. 

COUVOIRE, adj. — Gouveuse : « Poule couvoire. » On a dit couve- 
resse : « La martre a mangé trois de mes mères gélincs couveresses. » 
(Les XV Joies.) 

CRAC (À), loc. adv. — Abondamment, à foison : u II y aura cette 
année des pommes à crac, » à faire craquer les branches. 

CRACHINER, v. n. — Se dit d'une petite pluie fine qui tombe. 
Dériv. crachinage. 

CRAMEILLIE, Crinmaillie, n. f. — Grémaillèrc : « Qui veut son 
chat ou sa gélino tenir à l'ostel sans les perdre, si prengne ou le chat 
ou la géline et la tourne par trois fois entour h crameillie.y> {Ev. 
des Quenouilles.)— «Item i petite caudière, i trépié, i landier, i cra- 
millie.n {Invent, du mobilier des Templiers, 1307.) 

CRAN, n. m. —Dette : « C'est un mauvais payeur, quand il a fait 
un cran, il ne revient plus. — Il a un bon cran chez le bDulanger. » 
On se sert aussi de croc dans le même sens, mot plus expressif. 



92 CRE 

CRANQUE, n. f. — Crampe; dévW. encranqui, adj., qui a des 
crampes, fatigué, harrassé. Comp. avec l'allemand krank, malade. 

CRANQTJELET, n. m. — Grappe de noix. 

CRAPAUD, n. m. — On dit en quelques endroits crapou. Le cra- 
paud passe pour être l'ami de l'homme ; aussi quiconque porte un 
crapaud dans sa manche ou dans sa poche est sûr de gagner aux jeux 
de hasard. Il ne manque pas de gens qui croient à cette merveilleuse 
recette qu'ils ont lue dans les Admirables Secrets du girand Albert, 
livre très répandu dans nos villages. On sait le rôle du crapaud dans 
la sorcellerie ; on le nourrissait d'herbe, on recueillait soigneuse- 
ment son écume sur un Unge blanc pour en faire usage dans les ma- 
léfices. 

CRAPAUD-VOLANT, n. m. — Engoulevent. 

CRAQUEROLE, n. f. — Fleur de la digitale. Les enfants la gon- 
flent d'air pour la faire péter ou craquer dans la paume de la 
main. 

CRAQUEUX, adj. — Hâbleur. Craqueuse, femme qui porte une 
toilette tapageuse. 

CRASSE, n. f. — Vaurien, homme ou femme ignoble. 
Il Faire une crasse à quelqu'un, lui faire une vilenie. 

CREATURE, n. f. — Ce mot s'emploie toujours avec une accep- 
tion de mépris pour désigner une femme de peu de caractère, de peu 
d'intelligence. 

Il Femme de mauvaise vie : « C'est nne pauvre créature.» 
« Mailly prit par le bois de Meudon pour n'être point vu, et pour 
arriver dans le quartier des incurables où logeait une créature qu'il 
entretenait. » (Saint-Simon.) 

CREDO, n. m. — Crédit : « Credo est mort, » dit-on. à celui au- 
quel on refuse crédit. Faire un credo, faire des detles. Ce mot appar- 
tient à la vieille langue : 

Li chiers tenz m'a tôt ostei, 

Qu'il m'a si vuidié mon liostei 
Que li credo m'est dévéiez. 

Rut., laPov. 



CM 03 

Prendre à credo, les niarchaus font un groing 
Mesgre et plus sec qu'un vieil boyteau de foing. 

ROG. DE COLLERYE. 

Le roi Louis XII a dit dans uni; de ses lettres : « Madame, nous 
n'avons plus que frire synon sur credo. » (Dans La Curne.) 

CRÉPETTE, Kerpette. n. f. — Diminutif de crrpe ; petite galette 
composée de farine, dœufs et de lait, qu'on fait cuire dans une 
poêle. 

CRÈQUE, n. f. — Fruit du créquier, sorte de prunier sauvage : 
« Donner des crèques , » ne rien donner, ou donner des choses de 
peu de valeur. 

CREVAISON, n. f. — Mort; terme trivial, dit Littré. Les paysans 
qui sont peu délicats et encore moins compatissants remploient fré- 
quemment ; ils diront, par exemple, d'un avare qui vient de mourir : 
« Enfin, il a donc fait sa crevaison ! » 

GREVURE, Kervure, n. f. — Grevasse aux mains, gerçure. Ane. 
fente, ouverture : « Si sestraint en son mantel, si mit sen cief parmi 
une crevure de la tor qui vieille estoit et ancienne. » (Auc. et Nicol.) 

CRI-CRI, n.m. — Le grillon du foyer. Onomatopée. 

CRIGNE, Crigniaclie, n. f. — Chevelure épaisse et négligée. Dans 
le v.fr., crigne s'employait en bonne part : 

Ta crigne, ton chief, ton visage, 
Qui descriroit, moult seroit sage. 

Floire et Blancef. 
Ele avoit blonde la crigne 
Et bien faite la sorcille. 

Auc. et Nicol. 

CRIGNU, adj. — Celui qui a les cheveux épais, hérissés. 

CRIN, n. m. — Muliebre pudendum. 

GRINMINGÏÏONNIER, n. m. — Prunier sauvage ; crinminchon, 
fruit de cet arbre. 

GRIRE, V. act. — Chercher : corruption des anciens verbes 
querre Qlquérir, du lat. quœrere. Le plus ordinairement, on prononce 



94 CRO 

cri : « Il faut prononcer qrir et non pas quérir. » ( A. de Boisre- 
gard, cité par Talbert.) 

CRI RIE, n. f. — Clameurs : 

" Adonc véissiez grant cririe. " 

Chast. de Coucy, V. 1760. 

CRISTÈRE, n. m.— «Clystère: Ha I maistre Jean prendray- 

je un autre cristère. » La permutation des deux liquides l en r, dit 
Génin, est continuelle. A propos de cette remarque, le bibliophile 
Jacob, qui n'aimait pas sans doute pour de bonnes raisons, l'auteur 
du Lexique de Molière, a écrit cette petite note perfide : « Génin 
semble avoir un faible pour les liquides. » (V. son édit. de Pathelin, 
p. 67.) 

Tant de fiel entre-t-il dans Fâme des savants ! 

CROCHE, n. f. — Espèce de perche ou grappin de bois qui sert à 
maintenir les claies d'un parc à bestiaux. * 

CROCHER, V. act. — Accrocher, suspendre à un croc : « Se cro- 
cher, » se donner le bras ; aller bras dessus bras dessous, comme on 
dit encore. 

Il Rencontrer, attraper : « Si je puis le cracher un jour, je lui en 
conterai. » 

CROCHIGNARD, adj. — Boiteux, mal bâti 

CROCHIGNER, Crochillonner, v. a. — Tordre. 

CRO-CRO, n. m. — Cartilage de veau, de poulet ; onomatopée 
exprimant le bruit que fait une chose sous la dent. 

CROISSANT, n. m. — Serpe en forme d'arc, fixée au bout d'une 
longue perche, avec laquelle les paysannes vont à la forêt pour cou- 
per ou faire tomber les branches mortes. 

CROIX-DE-DIEU, n. f. — Abécédaire en parchemin, ainsi 
nommé parce que le titre était orné d'une croix ; fr. Croix de par 
Dieu. 

Je n'ay jamais appris que ma croix de par Dieu 

Laf. Liv. VII, 14. 

CRONQUELET, n. m. — Cime d'un arbre, nom d'un hameau, 



CUL 95 

situé en hauteur. « Le père Cobcrt habite au Cronquelet. » Il faut 
rattacher à ce mot, pour le sens, décronquer, et encronquer, (ju'on 
verra plus loin. 

CUGENDRON, n. des deux genres.— Enfant malpropre. Dans son 
conte de CendviUon, Perrault a tri''S-bicn donné le sens de ce mot po- 
pulaire : « Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle s'allait mettre au 
coin de la cheminée et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait (ju'on 
l'appelait communément Cucendron. » 

CUEILLER, V. act. — Cueillir ; part^. cueille. Le fr. tire son fut. 
je cueillerai, de la forme populaire. 

CUIRE, V. act. et n. — « Le soleit cuit les moissonneurs. — 
Cuire de chaleur. » 

Les gorges avons cuites 
De soif, et peu d'argent. 

Jea.n le Houx. 

Au fig., Ronsard dit de la belle Hélène qu'elle : 

N'a pas eu la poitrine cuite 

Par un amour premièrement. 
Ce chétif amoureux, amoureux et jaloux, 
Tout cuit de passions, de rage et de courroux. 

Desportes. Elég. 

On dit aussi qu'on est cuit de froid, conformément au latin, uri 
frigore : « Quanquain coatinuis frigoribus urantur... {iasûn, Mœurs 
des Scythes.) 

CUL, n. m. — Si. comme le dit Boileau « le latin dans les mots 
brave l'honnêteté, » la langue française marche souvent sur les traces 
du latin. C'est pounjuoi Littré a consacré quatre grandes colonnes de 
son dictionnaire aux diverses acceptions du mot cal. 

Nos paysans prodiguent ce mot dans une nuiltitude de [proverbes 
et de locutions plus ou moins salées ; ex. : 

« Péter plus haut que le cul, » cela se comprend tout scuL 

« Il ne vaut pas plein son cul de chindres (cendres), » se dit d'un 
vaurien. 

« Il perdrait son ml s'il n'était [miiU attaqué ^^attaché"), » s'applique 
à celui (|ui a riiahilude de priiliv tout ce »{u'il a. 



96 BAV 

On dit d'un hâbleur : « S'il lui sortait du cul un lièvre toutes les 
fois qu'il ment, il ne mangerait pas souvent de pain sec. » 

D'un entêté : « Quand il a quelque chose à la tête, il ne l'a pas au cul. » 

« Etre comme cul et k'mise, ou comme deux culs dans la même 
k'mise, » se dit en mauvaise part de deux personnes qui ne se quittent 
jamais, qui sont toujours du môme avis. « Se lever le cul devant, » 
être de mauvaise humeur. « Qui vous fait mal, Macée, pour nous faire 
une mine pire qu'un excommuniement ? Vous vous estes levée le cul 
le premier ; vous estes bien engrongnée. » (Com. des Prov., act. l^"" 
se. 5.) 

« Etre du cul, » être porté à la lubricité. 

« Donner sur le cul, » fouetter. 

« Donner la pelle au cul, » chasser. 

Rigueur le transmit en exil, 
Et lui frappa au cul la pelle, 
, Nonobstant qu'il dist : j'en appelle ! 

Villon. 

« Marcher courir comme si on avait le feu au cul » se hâter, 
marcher très vite. « (Le chat) se prinst à fuir comme s'il eût le feu 
au cul. » (Bon. Des Pér.) 

« Être à cul, » être ruiné, tomber en ruine. 

Vieux reste de vieille masure, 
Que six siècles n'ont pas vaincu ; 
Cliastelet, faut-il que tu dure, 
Et que ma maison soit à eu ? 

Cl. Le Petit, Paris ^Hdic^de. 

« Lever le cul, » décamper. — « Je leur fis bravement lever le 
cul à Dreux. » (Ménippée.) 

Montaigne qui aimait les braves façons de parler a dit dans sa 
langue pittoresque : « Sur le plus beau trosne du monde on n'est 
jamais assis que sur son cul. » 

Cul, le fond : « Le cul d'un panier, d'un sac, etc. » Le conte Jau- 
bert dit que les paysans du centre de la France nomment dent du 
cul la dent du fond de la bouche. 

« Cul entre dans la composition de beaucoup de mots ; Ex : 

« Un cul-près-de-terre, unbas-du-cul, » un nain.Comp. SiyecBas- 
de- fesses, mot burlesque que l'on trouve dans Rabelais, I, 31. 



CUL 97 

« Cul-de-plomb, » homme lent. 
« Cul-rouge, » rouge-({ueiie. 
« Lèche-cul, » flatteur, 
a Cul-de-poule, » fruit de l'églantier. 
« Hoche-cul, » bergeronnette, ou hoche-queue. 
« Cal-serré, » Avare, homme qui ne veut rien perdre, comme 
Euclion, dans YAulularia de Plante : 

Etiam-ne obturât inferiorem gutturem, 
Ne qiiid animai forte amittat dormiens ? 

« Faux-cul, » espèce de jupon rembourré dont se servent les dames 
pour arrondir et grossir leur personne par derrière. Nos riches fer- 
mières imitent les dames de la ville. Cette mode n'est pas nouvelle : 

Soulz grands robes fourrez de martres, 
Nos borgoises tiennent ces termes, 
De façonner leurs culz de cartes, 
Afîîn qu'ilz en semblent plus fermes. 

COQUILLART, l*"", V. 154. 

« La dame Du Fossé passera le guichet seule, car il seroit trop 
étroit pour elles deux, notamment en cette saison, où elles portent de 
gros culs hypocrites et rembourrés, contre les lois de leur fessine. » 
(Noël du Fail, Contes rustiques.) 

« Pareillement fut aux femmes enjoinct de porter de gros culs. » 
(Ménippée, 225.) Ce que nos paysans nomment faux-cul, Mme de 
Genlis l'appelait tout crûment un cul ; ex. : « Si l'on porte encore des 
culs, dans ce cas je vous prie de m'en envoyer deux. » (Cité par 
Littré.) Dans le Nivernais, on appelle cela un fessier. 

Rapprochons de ces composés le vieux mot culvert, cuivert, cuvert 
(infâme, làciie), tant de fois employé par nos trouvères, terme inju- 
rieux que les preux chevaliers, en vrais héros d'Homère, jettent à la 
face de leurs ennemis : 

De vos manaces, culvert, je u'ai essoign ! 

Roland, ch. II. 

Culvert païen, vous eu avez menti ! 

Roland, ch. II. 

Après issi 11 cuivers Amauris, 
Aine n'enclina autel ne crocefis. 

HtoN, V. 1ÔG8. 



98 CUT 

Fix fu de la seror au ouvert Guenelon. 

Gui de Nant., v. 198. 

Dit Rigaus : » Dame, Fauconis de Naisil 
Au reparier durement m'assailli ; 
Mais, merci Deu ! li cuivers i perdi ! » 
Ot le la dame, de rire s'esbofi. 

Gakin, V. 1464. 

Le mot était salé, puisqu'une reine, en l'entendant, -pouffe de rire. 
Aussi je n'hésiterai pas à dériver culvert du latin culum vertere. La 
traduction décente de culvert serait : celui qui tourne le dos. La vieille 
langue avait encore aculvertir, asservir, abaisser. 

Mors aciiivertist Roi et Pape. 

St. sur la Mo7-t, 30. 

Je n'ignore pas que Ménage tire culvert du latin collibertus, es- 
clave affranchi (colibert dans Guillaume de Saint-Pair), mais Ménage 
n'est pas infaillible. (Voir Du Gange au moi cuverta.) 

GULEUVRE, n. f. — Gouleuvre. 

CURIEUX, Curieuse, adj. — Gelui, celle qui a grand soin de sa 
toilette : « Ouvrier curieux de son ouvrage » qui fait son travail avec 
soin. 

CUTROMBLET, m. — Culbute. Du Méril donne cumblet avec le 
même sens. On dit aussi cutrondelet. (V. le verbe trondeler. 



DE 99 



D 



DAGUE, n. m. — Mauvais couteau ; d'où daguer qui a le môme 
sens ([Lie haguillonner. (\ . ce mot.) — Du celt. dag, pointe. 

DAMAGE, n. m. — Dommage : du bas-lat. damagium. Damage, 
damag'u', damagier sont très-usités dans la vieille langue. 

Fils à putain, dient auquant, I 

Pur kei nus leissum damagier ? 

Rou, V. 6024. 

De nostre gent éust molt damagie, 

Aliscaxs, V. 5084. 

Mors me i''a fait de granz damages. 

RUTEBŒUF. 

A donc li mescliéaus li conte, 

Son grant damage et sa grant honte. 

RosK, V. 17479. 

Le fr. dam, qui tombe en désuétude est une abréviation du b. latin 
damagium, ou du latin damnum. 

DARTE, n. m. — Dartre ; comp. avec le grec «Japtôv, écorché. 

DAUBÉE, n. f: — Grêle de coups. 

DE, préfixe augmentatil'. — (v. Détrier.) 

DE, pn''[i. — Les rapports de possession s'indiquent souvent sans 
la particule de ; ex. : « La ferme Delahaye, l'auberge Lefrançois, 
etc. » On dit de môme : « La femme Langlois, la fille Lenoble, etc. » 
Cette ellipse a lieu toutes les fois que les paysans parlent d'une per- 
sonne qui est d'une condition égale à la leur. 

Cette suppression de la prép. de est, du reste, fréquente en fran- 
çais. On dit Hôtel-Dieu, place Louis XV, imprimerie Didot. Une 



100 DÉB 

foule de noms de rues, de places, de faubourgs, d'églises, sont ainsi 
composés de deux substantifs dont le second est au cas régime sans 
être lié au premier par la particule de. C'est un souvenir de l'époque 
où la langue française commençait à se former. Du Xl^me au KIY^mo 
siècle, les constructions de ce genre abondent : 

« Mais les fiz Hély furent fiz Bélial, ublièrent Dcu é lur mestier. » 
(Les Rois). 

Chil Auberous, que tant ot segnoraige, 

Sachiés k'il fu fieus Juliien Cesare. 

HuoN, V. 8. 

Nous créon en cliéli qui fix Marie fu. 

Gui de Nanteuil, 72. 

Son seignor lige tint tant chier 
Qu'il alla avoec li vengier, 
La honte Dieu outre la mer. 

RUTEBŒUF. 

Virgine la puceile, 

Qui 'fu fille Virginius. 

Rose. v. 6328. 

De s'emploie pour un, quelque; ex.: « Tu ne trouveras pas (/'ou- 
vrier comme celui-là. » 

Et ne permettez pas que cette illusion 
Aux mutins contre nous prête cZ'occasion. 

Corneille. 

Il A la place : « Si j'étais de toi, je m'y prendrais autrement. » 

DÉBAGOULER, v. n. — Dire des sottises; vomir des injures contre 
quelqu'un. (V. Bagou.) 

DÉBÂQUER, V. act. — Démolir : « D^jàquer une armoire, une 
voiture, une maison, etc. — Voilà une grange qui commence à se 
déhâquer, » c'est-à-dirr, à tomber en niiue. 

Le part, débâqué s'applique aux personnes aussi bien qu'aux ani- 
maux ; « Cette vache est toute débâquée, » c'est-à-dire très maigre. 
Vix ossibus hœret. 

Il Le temps va se débâquer, il va faire mauvais temps. 

DÉBARBOUILLER (Se), v. réfl. — S'éclaircir en parlant du temps. 



DÉB 101 

DÉBAUCHER, v. act.— Distraire de ; faire interrompre une chose 
à quol(iu'un : « C'est un bon ouvrier, mais un rien le débauche de son 
ouvrage.» 

Il Loc. part.: « Le temps va se débaucher, devenir mauvais.» 

DÉBERNAQUER, Déberniqner, v. act.— Dépêtrer. Ces mots sont 
surtout employés comme verbes réfl. : « Vous vous êtes môle de 
cette affaire, déberniquez-vous comme vous pourrez.» Selon Du Méril, 
c'est se tirer d'une position qui faisait berner, qui rendait ridicule. Je 
crois plutôt que bren est l'étym. de ce mot, et que l'on dit déberniqner 
pour débreniquer, comme benieux pour breneux, éberner \)0\iv dhvcxniT . 

DÉBILE, adj. — Affamé: « Faites-vitc le diner, car je suis 
débile. » 

DÉBILLER, V. act.— Déshabiller. 

DÉBISTRAG (En), loc. — En mauvais état, en ruine : « Tout est 
en débistrac dans cette ferme.» 

DÉBLATÉRER, v. n. — Parler à tort et à travers, dire ce qu'on 
sait et ce qu'on ne sait pas, comme dehlaterare en latin : 
Ubi tu es, quœ deblaterasti jam viciais omnibus, 
Meœ me filiœ daturum dotem. 

Plaute, AuL, II, 3. 

Le Thésaurus novus latinitatis donne blatera, sonus ranœ, mot qui 
est probablement la racine de déblatérer. 

DÉBLOUQUER, v. act. — Déboucler, délacer. (V. Blouque). 

DEBOQUER, v. n. — Autre forme du fr. Débucher, terme de 
vénerie. De bosc, bois ; bas lat. deboscare. 

Il Dépasser, sortir de Falignement : « Ces arbres sont [)!antés en 
droite ligne, pas un ne déboque. » 

DÉBOULER, v. n. — Se dit d'un lièvre qui part aux pieds du 
chasseur, en se roulant d'abord coiimie une boule. 

DÉBOURSIS, n. m. — Argent déboursé. « Si j'réussis dans cette 
affaire, j'rentrerai dans mes déboursis. n 

DÉBRÊLER, v. act. — Désliabilier : '< Déhn'h'z cet enfant. » Etre 
tout débrêle, être mal habillé, porter des guenilles. Uac. Braies. 



102 DEC 

DÉBRICOLER, v. act. — Oter la bricole. 

DÉBROUILLER, v. act. — Débarbouiller. 

DÉGAINER, V. act. — Déchaîner. On a wicaine au lieu de chaîne. 

DÉCALITRE (Double), n. m. — Chapeau, par assimilation : 
« On voit bien que c'est fête aujourd'hui, puisque tu as mis ton double 
décalitre. » 

DÉCALOTTER, v. act. — Retirer l'enveloppe, la coquille ; s'em- 
ploie souvent dans un sens obcène. 

DÉCANILLER, v. n. — Décamper, fuir comme un chien. Rac. 
canis, 

■ DÉCARPILLER, v. act. — Trier, démêler, séparer une chose d'une 
autre. Rac. carpere, cueiUir, choisir, faire des extraits. 

Il SedécarpiUer, Y. réû. — S'enfiiir, se tirer d'affaires, d'em- 
barras. Fréq. Décarpillonner. 

DÉCARQUER, v. act.— Décharger; bas-lat. discargare : « Et si 
inde fœnum ad domiim suam in carro du.xerit et discargaverit. » 
(Loi Salique, tit. XXIX, |,21). 

« Je porroie descarquier les homes du jugement qui seroit sor 
aus. » (Baum. cité par Littré). 

DÉCARSURE, n. f. — Malheur inopiné, épreuve, souffrance. îTn 
soldat fait prisonnier à Sedan et transporté en Silésie m'écrivait « qu'il 
avait passé par de rudes décar sures. » 

DÉCAUGHER, v. act. — Déchausser. 

DÉCAUS, adj. — Déchaux, sans chaussures : « Aller, courir k 
pieds dceaus ; » plus souvent, « à pieds nu-caux, » pieds nus et dé- 
chaux, par pléonasme. 

Nus et descaus comme ribaus aies. 

Aliscans, v. 6911. 

« Il i vont (en paradis) cil... qui sont nu et décaus et estrumelé, 
qui moerent de fain et de sei et de froit et de mesaises. » (Auc. et 
Nicol.) 

DÉCESSER, V. n. — Cesser : Ne pas décesser, faire une chose con- 
tinuellement : « Quel enfant I il ne décesse pas de pleurer.» 



DEC 103 

DÈCHE, n. f. — Misère : « Tomber, être dans la dèche, » dans la 
gêne. Comp. avec le fr. déchet, déchoir. 

DÉCHENILLER, v. act. — Faire lever quelqu'un précipitam- 
ment : « Allez décheniller tous ces paresseux-là. » 
Décheniller , veut dire exactement faire sortir du. chenil. 

DÉGLAQUER, v. act. — Parler à quelqu'un sans ménagement, 
lui dire toutes ses vérités : « Je lui ai déclaqué \ou.t ce que j'avais sur 
le cœur.» 

On disait autrefois en ce sens décliquer : « A grand peine feut la 
servante despartie d'avecques sa maîtresse, qu'elle s'en alla déclicquer 
tout ce qu'elle lui avoit dict à une sienne compaigne.» (Amyot.) Du 
vieux mot déclic, détente d'un engin ou machine de guerre. (V. Mé- 
rimée, Archit. milit., 299.) 

Déclicquer avait donné déclicqueur, bavard, hâbleur. 
Venez, venez, sophistiquenrs, 
Expers, habilles desclicqiteurs. 
Orateurs, graus réthoriqueurs. 

COQUILLART, I'=^ V. 31. 

Il Laisser tomber, jeter : « Il a tout déclaqué par terre.» 
« Il affusta ou il déclicqua toute l'artillerie qu'il avoyt contre ma 
poure maison. » (Palsgrave.) 

DÉCLOUTER, v. act. ~ Déclouer. 
DÉCOMBLER, v. act. — Retirer le comble. (V. ce mot.) 
DÉCOMMANDER, v. act. — Contre-mander. 
DÉGOMPOTER, v. act. — Changer le mode des semences et le 
temps des engrais pour les terres. Du v. fr. compost. 

DÉCORSÉ, adj. — Maigre, décharné, qui n'a plus de corps ; c'est 
le contraire de corsu, si usité dans la vieille langue, 
Guillaumes a Rainoart regardé, 
Molt le vit grant et corsu et quarré. 

Aliscans, v. 3210. 

Ung grant vilain cntr'eux eslurent. 
Le plus ossu de quan qu'il furent, 
Le plus corsu et le greignor. 

De Meung. 



104 DÉE 

DÉCOUDRE, V. act. — Se conjugue comme coudre. (V. ce mot.) 

DÉCRAPPER, V. act. — Nettoyer. Se décrapper, prendre des ha 
bitudes de propreté. Littré donne crnppe, graisse de la meule du mou- 
lin. Le grain foulé aux pieds dans la grange, et confondu avec la 
paille et la poussière s'appelait anc. crappe. (V.L. Delisle,p. 314.) 

DÉCROCHETER, v. act. — Décrocher : « Avoir l'estomac décro- 
cheté, » tomber d'inanition. On se sert encore de cette locution bizarre 
pour désigner, je crois, une maladie de cœur. 

DÉCRONQUER, v. act. — Jeter à bas : « Son cheval '^l'a joliment 
décronqué. » 

Il Faire descendre précipitamment ; ex. : Un enfant grimpe à un 
arbre : « Attends-un peu, lui dit un passant, je te vais décronquer .)■> 

DÉCULOTTÉ, part, passé. — Ce mot s'applique à un homme qui 
se sépare de biens d'avec sa femme pour éviter la poursuite des 
créanciers. Alors c'est la femme qui administre, qui porte, comme on 
dit, les culottes. 

DÉDIRE, V. act. — Toucher aux œufs ou aux petits des oiseaux, 
les changer de place, ce qui fait que le pt-re et la mère les abandon- 
nent. C'est ainsi qu'on dédit un nid. 

DÉFECTIF, adj. — Difficile à gouverner ; se dit surtout des en- 
fants. 

DÉFENSE, n. f. — Branche d'ambre qu'on plante dans un champ 
pour indiquer qu'il est défendu aux bestiaux d'y pâturer. 

DÉFERLAMPÉ, adj. — Déchiré, eh lambeaux, en parlant des 
vêtements. 

DÉFILOQUÉ, adj. — Qui s'effile, qui se détisse fil à fil ; habits 
débloqués, (|ui montrent la corde. 

DÉFIQUER, V. act. — Retirer un pieu, une branche enfoncée 
dans la terre. C'est le mot latin defigere, mais avec un sens tout diffé- 
rent. 

DÉFLEPPÉ, adj. — Même signification que défiloqué ; de fleppe ou 
flepe, filoche, qui doit être une corruption du v. fr. frepe, ferpe, d'où 
l'on a fait fripier. (V. Du Cange au mot frcpatœ vestes.) 



DÉG 105 

DÉFOUIR, V. act. — N'est usité qu'au part, passé, dans cotto lo- 
cution : « Il a l'air d'un défoui de terre, » il a mauvaise mine, il a 
l'air d'un cadavre. Lat. defodere. 

DÉFOURRURES, n. f. plur. — Gerbées épluchées par les mou- 
tons. 

DÉFRICHIS, n. m. — Terrain cultivé (qui n'est pas en friche). 

DÉFULER, V. act. — Décoiffer : « Ce veau fut défulé et fut trouvé 
sans oreilles. » {N. Fabrique.) 

Quand vous verrez que les tigneux 
Seront joyeux qu'on les deffide.... 

Ane. Poes., t. IV, 145. 

(V. Affaler, raffider. ) 

Il ne faut pas confondre avec ce mot l'ancien verbe défuler, qui 
avait le sens de maltraiter, meurtrir, tuer. 

a Sire, sire^ ne te deit pas huem cuntrester, mais tu deis les or- 
gueillus abatre e defuler. » (Q. L. de R., III, p. 103, cité par 
Burguy.) 

E porc et olien le mordent et defulent. 

Ch. de Roland. 

On écrivait aussi défoler ; ex. : 

Par devant Lenz, lez la barre, à l'entrée, 
La véissiez tante targe copée ; 
Tante banière au vent desveloppée, 
Qui le jor fu malement defolée. 

Garin, v. 1092. 

DÉFUNT, adj. — Feu; reste toujours invariable quand il est 
placé avant le nom ; ex. : « Défunt ta mère; — défunt les tantes. » 

DÉGANSER, v. act. -- Tirer par force de l'argent de sa bourse : 
« Yoilù un procès qui me iera. déganser de l'argent. » De ganse, petit 
cordon qui sert à lier la bourse. 

DÉGELÉE, n. f. — Grêle de coups. 

DÉGOUGINER. \ . act. — Faire pcrdm à qii.'lqu'un sa gaucherie, 
sa timidité : « Il a été au service, ça l'a dégnuijiné. » De I adj. gmige 
qui, en patois, signifie engourdi, lourd, maladroit, ou pliilnl (\o ifonfii'. 



106 DÉJ 

n. f. qui en v. fr. désignait une femme provocante : « Et en son âge 
viril espousa Gargamelle, belle f/oiige et de bonne troigne. (Rabelais). 

La belle dame devint rouge 

De honte qu'on l'estimât gouge. 

ScARRON, Vii^q. Trav. 

DÉGRATINER, v. act. — Egratigner. 

Là se iîert de cez poins et fort se dégratine. 

HuG. Capet, p. 195. 

DÉGRATTER, v. act. — Même sens que gratter ; le préfixe de n'a- 
joute rien à la signification : « Les poules dégrattent le fumier pour 
ramasser des graines. — Les renâr as. dégrattent la terre pour attraper 
des mulots.» 

Dériv. dégrattis, n. m. Place où les aninaux ont fouillé, dégratté, 
avec les pattes, le pied, le sabol, etc. Mot formé comme imtromllis, 
chamaillis, ramassis, etc. 

DÉGRILLER, v. n. — Glisser, tomber doucement : « La neige 
dégrille des toits. — Dégriller du haut d'une meule, d'un rideau, 
etc. » 

DÉGROULER, Dégrouvaler, v. n. — Dégringoler, crouler, tom- 
ber en s'aflfaissant. Se dit surtout de la terre qui roule le long des 
talus et tombe dans les fossés. 

DÉHANQUÉ, part, passé. —Déhanché. 

DÉHOQUER, V. act. — Décrocher : « Un paysan, vieux garçon, 
qui avait eu l'idée de se marier avec une-jeunesse, me racontait qu'il 
avait fait afficher ses bans à la porte de l'église, mais que le lende- 
main, pris de repentir, il était allé les dékofjuer. » (V. Ahoquer.) 

Mot composé : un dehoque-no pot, un niais, un imbécile, qui n'est 
propre qu'à crocher et décrocher la marmite . 

DEHORS (En), loc. prép. — En cachette, à Tinsu de : « Il fait 
l'aumône en dehors de sa femme. — On fait tout en dehors de lui.» 

DÉJEUNER-DÎNANT, n. m. — Déjeuner que l'on fait tard, qui 
sert de dîner. 

DÉJOUQUER, V. act. — Déjucher; au fig., faire lever quelqu'un 
promptement et de bonne heure. 



DEM 107 

Il Se déjouquer, se lever : « Quel paresseux ! il ne peut pas se dé- 

jouijuer. » 

Anciennement, desjuc, moment où l'on se lève, le matin. 
Chantons Noël tant au soir qu'au desjuc. 

Marot, Bail. 

DEL, cas indirect de l'article. — S'emploie pour de la : « Je re- 
viens del maison. — Il m'a donné del tarte. » Dans le v. fr., devant 
un nom féminin au génitif, de la demeurèrent séparés comme aujour- 
d'hui ; on ne mettait del que devant un nom masculin. 

Tute Teschine li deseveret deLàos. 

Ch. de Roland. 
Il descend jus c?ô? palefroi. 

Floire et Blanc, p. 28. 
Après s'assist li damoisel 
Desor la piere del tombel. 

Floire et Blanc, p. 29. 

« La joie del père et del fil fu mult grant. » (Villchardouin.) — 
Mettez les compléments de joie au féminin, vous aurez en patois : 
« La joie del mère et del fille fu mult grant. » Dans le dial. picard, le 
cas indirect de l'article féminin était de le : « Au dehors de le porte 
de Honnecourt. » (Froissart, I^""^ p_ 167.) Il est évident que del est 
une contraction de cette forme picarde. 

DÉLICOTER, V. act. — Défaire le licou. Au fig. : « La peur lui 
délicote les jambes, » le rond alerte. 

« Etre comme un poulain délicote, » se dit d'un enfant ou d'un 
jeune homme vif, déluré. 

DÉLOQUETÉ, adj. — Usé, qui tombe en loques : « Avoir des 
habits déloquetés. 1) 

DEM, cas indirect du possessif mon, ma. — « Je sors tout à l'heure 
dem maison. » C'est la contraclion de de, et du poss mon, ma. 

Demn\ devant une voyelle ou un A muet. « Il m'a parlt' longtemps 
denin affaire. — Je ne veux pas (ju'on se moque deinn' homme. » 

DÉMACHONNER, v. acl. — Démaçonner. (V. Mackon.) 

DEMANDER après quelqu'un, loc. — ClitTclicr (|n.'l<iu'un pour 
le voir, lui parler : «Vous arrivez bien, je demandais après vous.o 



108 DEM 

Il Demander excuse ou des excuses, pour faire excuse ou des 
excuses. 

DÉMAQUER, v. act. — Vomir ; d'où démaquis, démaquerie, mots 
grossiers qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer. Etym. de, préfixe, et 
mâquer (mâcher) ; latin, mastÀcare. 

DÉMARRER, v. act. et neutre. — Terme de marine, comme 
amarrer, auquel on a donné une signification très étendue ; ex. : « Fi- 
nirez-vous par démarrer, » c'est-à-dire par partir, par vous mettre 
en route. 

Il Détacher, ôter la chaîne ou la longe qui retient un animal. 
Dans ce dernier sens, on dit plus souvent désamarrer : « Ladite nef 
iutdésamarrée. » (XI V^™^ siècle. Coutume locale d'Oléron, cité par 
Littré.) 

DÉMENTER (Se), v. réfl. — S'occuper de : « Ne vous démentez 
pas de cela, vous n'y connaissez rien. » Etym. mens, pensée, intelli- 
gence. 

Dans le v. fr., ce mot signifie tantôt se travailler V esprit , comme 
dans ce passage du Roman de la Rose : 

Quant j'oï les oisiaux chanter, 
Forment me pris à démenter 
Par quel art ne par quel engin 
Je porroie entrer ou jardin. • 

V. 498. 
Tantôt se lamenter : 

Or est li amans en ses geus. 
Or est détrois, or se démente. 
Une hore plore, et autre chante. 

Rose, v. 2199. 

Enfin entrer en dém&nce, comme le latin dementare, dans la fameuse 
maxime : « Quos vult perdere Jupiter dementat ^riws.» 

La bone medre s'en pi'ist à démenter (1) 
E son chier fil sovent a regreter. 

La Vie Saint-Alexis, st. 26, v. 4. 

DEMIARD, n. m. — Le quart du litre. 
(1) Devenir folle de douleur. 



DÉP 109 

DEMION, n. m. — Demi-liirr : « Je ne mengeay que pour six 
sols de tri[jpes, et beu demion de [)cre)% ce n'est mie grand cliose. » 
(N. Fabrique.) 

DÉMOELLÉ. adj. — Maigre, clique ; « Grand démoellé, » celui «jui 
n'a que les os et la peau. 

DEMOISELLE, n. f. — Espèce de villotte que loin les moisson- 
neurs, en mettant debout les uns contre les autres plusieurs hoviaux, 
et qu'ils recouvrent d une gerbe en éventail appelée caperon. (V. les 
mots caperon, hoviau.) — Mettre du blé, du seigle en demoiselles. 

DÉMONTEUX, Démontoir, n. m. — Ciseau à Iroid énioussé à 
l'aide duquel le cordonnier démonte les chaussures à semelles de bois 
qu'il veut remonter. 

DÉMUCHER, V. act. — Découvrir : « J'ai démuché sa cachette. )) 
Se démucher, se montrer tout à coup. Etym. de, préûxe, et mucher 
(musser.) 

DÉNICHER, v. act. — Faire lever : « Faites demain dénicher nos 
gens de bonne heure.» Se dénicher, se lever, quitter, pour ainsi dire, 
son nid. D'où déniché, part, passé, qui signifie : 

Dégourdi, malicieux, avisé, par comparaison avec l'oiseau qui a 
quitté son nid et vole en liberté ; « C'est un déniché celui là, il fera 
bien son affaire. » 

DÉPARER (Se), v. réfl. — Devenir laid, se gâter, en parlant da 
temps. 

DÉPARQUER, v. act. — Faire sortir les vaches ou les moutons 
d'un parc. Ce mot n'est pas de ceux, comme dit Sarcey, « qui ont vu 
le jour dans les salons de la bonne compagnie, et qui semblent traîner 
après eux le bruissement des robes de soie. » Né à la campagne, il 
garde comme une odeur de fumier ; aussi, quoique nécessaire, est-i 
absent de la plupart des Dictionnaires. 

DÉPATICHER, v. act. — Mettre en culture un pâtis. 

DÉPÉNAILLER, v. act. — Mettre en lambeaux : «Un chien s'est 
jeté sur moi, et a dépenaillé ma blouse. » Ce verbe n'est pas admis 
dans le Dictionnaire de l'Académie (jui donne cependant dépenaillé 



110 DÉP 

comme adjectif. Du latin pannus, v. fr. peniau, haillon. (Rose, v. 
15930.) 
Dans l'ancienne langue despaner ; ex. : 

Sa vestéure fu toute despanée. 

Aliscans, 2739. 
Elme barbiere et escus 
Li fu dépanés et derous. 

Chast. de Coucy, v. 3327. 

DÉPENDEUX D'Andouilles (Grand), n. m. — Niais, grand im- 
bécile, mauvais sujet, k qui sa haute taille permet de dépendre, d'en- 
lever les andouilles que les charcutiers suspendent dans leurs bou- 
tiques pour servir d'enseignes. Les hommes grands ne sont pas en 
faveur auprès du peuple qui juge de leur esprit en raison inverse de 
leur taille. 
Dicton : 

Grand Niquedouille, 
Bépendeuœ d'andouilles. 

DÉPENS^ n. m. plur. — Ce mot a chez nous une acception parti- 
culière ; ex. : « Un âne est un animal de peu de dépens, » qui coûte 
peu à nourrir. 

Ne pas faire grands dépens, vivre de peu. ' 

DÉPIAUCER, Dépiauler, Dépiauter, v. act. — Ecorcher, ôter la 
peau {j}iau, en patois.) Dans Adam-le-Bossu, despieler ; dans Rute- 
bœuf, pelicer. 

Or veut de l'argent ma norrice, 
Qui m'en destraint et me pé lice. 
Pour l'enfant pestre. 

La comp. de Rut. 

Il Se dépiaucer, se battre jusqu'à s'arracher la peau. 

DÉPIÈCETER, V. act. — Mettre en pièces. Nous avons conservé 
son corrélatif rapièceter. 

DÉPLANCHER, v. act. — (V. plancher.) 

DÉPORTER (Se), v. réfl. — Se dédire ; ne pas tenir sa parole, 
revenir sur un engagement pris : « Il avait dit qu'il prendrait ce 
cheval pour 600 francs ; mais il s'est déporté. » 



DÉS 111 

Il S'abstenir de, renoncera; très-usité dans ce sens dans lev. 
français. 

Béportez-vous de tels esbas, 
Encoi^e ne m'avez-vous mie. 
Encore ne m'avez-vous pas. 

Ch. d'Orléans. 
« Que tous grandisscurs se dépo)tentdG donner IcMirs coups do bec, 
jecter leurs brocards accoutumez, s'ils ne veulent scnlir la main lorte 
de celuy à la parole duquel ils devroyent trembler. » (Calvin). 

DÊPOTEYER, v. act. — Tirer du cidre d'un tonneau pour le 
mettre dans un autre . 

Il Vendre du cidre en pots. 

DÉRAGHINER, Déracliainer, v. act. — Déraciner, de racUne, 
rachaine. 

DÉRAQUER, v. act. — Tirer du bourbier : « Les cliemins sont 
si mauvais, qu'on ne peut pas se déraquer. De raque, boue, qui an- 
ciennement signifiait mare. . 

DÉRIRE, V. n. — Rire, plaisanter. Employé seulement dans ces 
sortes de pbrases : « Jouons-nous pour de bon ou pour dérire^ — N'aie 
pas peur, je t'ai dit cela pour dérire. » De de, préfixe augmentatif, et 
ridere. 

DÉROYER, V. n. — Sortir de la roie, du sillon que trace la charrue. 
Ane. se desroier, s'égarer. 

Di li que bien ses la voie 

Au Jouvencel qui se desroie. 

Stances sur la Mort, VI. 

DÉSARGENTÉ, part, passé. — Celui qui n'a plus d'argent. 

DESCENTE,, n. f. — Hernie. 

DÉSERT, adj. — Ce mot, quia le même sens qu'en français, s'em- 
ploie dans certaines phrases toutes latines ; Ex : « Comme c'est désert 
dans cette maison I — Comme tout est désert dans ce village I » 

DÉSIGNALEMENT, n. m. — Signalement. 

DÉSORGELER, v. act. — Désensorceler : «... que d'Aubigné 



112 . DÉT 

appelloit ouvertement la comtesse de Guiche sorcière, l'accusant de 
l'avoir ensorcelé, qu'il avait mesme consulté là-dessus le médecin 
Hotteman sur des philtres qui pouvaient le désorceler. » (D'Aubigné. 
Vie, LXXIV.) 

DESSAQUER, v. act. — Tirer quelque chose d'un sac, d'une bourse, 
d'une poche : « Allons vite, dessaque un peu ton argent, qu'on en 
voie la couleur.» 

Il Se dessaquer, au fig., sortir de : « Se dessaquer a-t-il de sa 
maison? — Il ne veut pas se dessaquer, » se montrer. V. fr. desacher. 

DESSAQUETER, v. act. — Tirer du blé, de l'avoine, etc., d'un sac 
pour le remettre dans un autre. 

DERLINGUER, v. n. — Se dit du tintement d'une sonnette ; de 
drelin, drelin, onomatopée. 

DÉTAQUER, v. act. — Détacher : « Et li soudans prist le coulon, 
et li destaka la lettre de desous l'eile, et la fist lire. » (Chroa. de 
Rains, cité par Littré.) — V. le mot attaquer. 

DÉTASSER, V. act. — Défaire ce qui est en tas : détasser du foin, 
du trèfle, etc. 

DÉTEINDRE, v. act.— Eteindre. 

En la chambre revint arrière, 
Que le fôu desteindre cuida. 

Chast., XXIII, V. 98. 

Je destains le feu. Je l'allume. 

Poésies attribuées à Villon. 

Au figuré : 

De nos brutalités 
Destaigons ceste mesche. 

J. Le Houx. 

Après effacer et destaindre 
Toute joie 

Ch. d'Orl., bail. XIV. 

DÉTENTION D'URINE, n. f.— Rétention. 

DÉTEURDRE, v. act. — Détordre. — Se déteurdre, se remuer, se 



DÉT 113 

donner beaucoup de mal : « Voilà un homme qui se déteurd au 
travail I » , 

Il Faire des difficultés, résister : « J'en ai eu beau me déteurdre, 
il a fallu donner le prix qu'il voulait.» 

Si se débat et se detuert. 

Crestiens, dans Bartsch., 124. 

DÉTIÉDIR, V. a. — Refroidir, devenir tiède : « Faites détiédir 
l'eau.» 

DÉTOMBIR, V. act. — Mettre chauiïer un liquide jusqu'à ce qu'il 
devienne tiède : « Votre café est froid, il n'est pas seulement détombi.y 

DÉTORQUER, v. act. — Oter la selle dun cheval, le bât d'un âne. 
De Torcjue, qui en patois signifie selle. 

DÉTOURBER, v. act. — Déranger, interrompre. 

« Il le desturbad el veage. » {Rois, ch. XV.) 

Priez, amans, qui voulez en liesse 
Servir amours, car guem-e, par rudesse. 
Vous destoiirbe de vos dames hanter. 

Ch. d'Orléans. 

« Les pauvres Parisiens en ont dans leurs bottes bieo avant, et 
sera prou difficile de les détourber. » (Sat. Menippée.) 
Le V. fr. avait aussi le substantif détourbier, obstacle : 
D'illoec porra eu quatre jours, 
Venir, se il n'a destourhiers. 
Eu Babiloine o ses somiers. 

Floire et Blanc, p. 49. 
Ou dict que bien souvent entre bec et cueiller, 
Il vient du destourbier. 

J. Le Houx. 
Ce mot se retrouve dans le latin disturbare, l'anglais disturb, l'es- 
pagnol disturbar. 

DÉTRIER, V. act. -- Trier, choisir : « Je veux bien vous acheter 
des pommes, mais il faut que je les délrie. » Etym. de, préfixe, et 
trier. De est austmentatif comme dans déteindre, dégrultcr. dérire, 
désaquer, détiédir, etc., que l'on a déjà vus. De même en latin de 
donne quelquefois au mot auquel il est joint le sens d'un superlatif ; 
ex. : detinere, deamare, derumpere, deparcusj defessus, etc. 



114 DEV 

Le français a perdu beaucoup de vieuN: mots ainsi composés ; ex. : 

Quant degastei eut Normandie, 
Demaneis ad France envaïe. 

G. DE Saint-Pair, v. 1409. 

Tout li debrise et test et hannepier. 

Gaydon, V. 2733. 

Son pitex fils, le i*oi de gloire. 
Piteusement en dépria. 

G. DE CoiNST, Théophilus. 

Mon poui^point est de vieille soye, 
Berompu et tout décassé. 

CoQuiLLART, Mon. des Perruques. 

« Le moine les voyant ainsi départir en désordre. » (Rab. Gar, 
1, 44.) 

Une fois en la dépriant., 

Je mis mon doigt sur sa tétine. 

Ane. Poe^., VI, 201. 

DEURIBLE, adj. — Précoce : « Des poires, des pommes deuribles. » 
Il Matinal : « vous êtes bien deurible aujourd'hui, je ne vous at 
tendais pas si tôt. » On dit encore, mais plus rarement heurible. 

DEVALER, v. n. — Descendre : « Dévaler d'un cheval, d'une 
voiture, d'un arbre, etc. » AUei' en dévalant, être en pente ; ex. : « Ce 
chemin va en dévalant. y> 

DEVANT QUE, conj. — Avant que. 

M'éveillant au matin, devant que faire rien. 
J'invoque l'Eternel, le père de tout bien. 

Ronsard. 

Ma foi ! si l'on vous voit de femmes mal pourvu. 
Puisque vous vous coiffez, devant que d'avoir vu, 
Vous ne serez pas plaint de beaucoup de personnes. 

ScARRON, Jod., I, se. I""^. 

La Fontaine, Bossuet, Molière, Racine ont employé cette locu- 
tion. 

DEVENIR (Se bien), v réfl. — Grandir, se développer : « Cet 
enfant se devient bien. y> Se ievenir mal, être souffreteux, malingre. 



DIA 115 

Quand un enfant se devient mal, la croyance générale est qu'il est 
tenu à un saint. (V, Mal S((intX.. .) 

DÉVERGUER, v. act — Voler : « Défiez-vous de cet entant, il 
n'est bon qu'à déverguer. » 
Dériv. dévergueux, euse. 

DEVINETTE, n. f. — Enigme ; le mot de l'énigme. 

DÉVOULOIR, V. act. — Usité dans cette locution : « 11 veut et 
déveut, » en j)arlant d'un homme irrésolu. 

Lu obstiné, qui une mesme chose 
Veut et déveut cent fois en un instant. 

Melin de Sainct-Gelays, I, 85. 

a Déveut, dit La Monnoye, n'est |ias français. Il serait souhaitable 
qu'il le fût. On dirait avec grâce qu'un homme a son vouloir et son 
dévouloir, de même que son dit et son dédit. Dévouloir était usité au 
Xï Verne siècle.» 

Il l'était longtemps avant cette époque, ex. : 

E ce que Deus en apareille 
Qui tote sainte ovre conseille, 
Ne devez desamouester 
Ne desvoleir ne destorber. 

Ben., V. 11439. 

DIABLE, n. m. — Ce mot a donné lieu à une foule de locutions 
populaires admises par le Dictionnaire de l'Académie. Celles-ci appar- 
tiennent au patois : « Travailler le diable, comme le diable, » tra- 
vailler beaucoup. 

« Aller le diable, comme les cinq cents diables, » marcher très- 
vite. 

« Crier le diable, » crier fort . 

« Envoyer quelqu'un aux cent diables, » le chasser, le repousser 

durement. 

A. c. diables il la vont craventant. 

Gaydon, 5292. 

Enfin on appelle diable un petit véhicule formé d'un plateau en 
bois portant sur un essieu à deux roues, et muni de deux brancards. 
On le traîne à bras, et sert à transporter des pierres, du bois, etc. 



116 DIR 

DIGONNER, V. act.— Blâmer, reprendre sans cesse; trouver tou- 
jours à redire : « Cette fjmme ne fait que vous digonner.» 

Dériv. digon, digonnier, ère, qui ne fait que digonner. 

Ce mot est un fréquentatif de diguer ; ex. : « Et n'eurent les 
mouches de Bretaigne ni tahons, depuis, moyen de la poindre ni 
digonner, par quoy, elle commença à repaistre mieux qu'auparavant.» 
(iV. Fabrique.) 

Digonner est cité dans Cotgrave comme mot normand. 

DIGUER, V. act. — Piquer avec un aiguillon. 

DIGUET, n. m. — Petit bâton pointu pariin bout destiné à aiguil- 
lonner, à diguer les ânes. 

DINDALLERIE, n.f. — Batteriede cuisine d'une ferme. Lacitation 
qui suit est une exacte définition de ce mot : « De sorte que toutes les 
chaudières, poelles, bassins, la vaisselle d'estain, pots à pisser, din- 
dannerie, et autres ustensiles de la maison, qui estoientsur les tablettes, 
en tresbucherent par terre. » (N. Fabrique.) 

DINGUER, V. act. — N'est usité qu'à l'infinitif, et dans cette 
locution : « Envoyer dinguer , n mal recevoir une personne, se dé- 
barrasser d'elle lestement . 

DINT, n. m. — Dent : « A ce propos se leva une viele qui n'avoit 
mais que mm dent. » (Ev. des Quenouilles.) Dans l'ancien français, dit 
Littré, dent était masculin comme en latin, et il cite plusieurs pas- 
sages pris dans les écrivains du XIV'^'»^ et XV«™e siècle, passages qui 
contredisent cette assertion. Le mieux eût été de dire que le genre de 
ce mot, comme tant d'autres, n'a été fixé qu'au XVII''™*' siècle. 

DIRE, V. n. — Parler : « Quel bavard ! il dit toujours! » 

Il Dire après quelqu'un, le disputer, lui faire des reproches. 

I me dit, dit-i, j'ii di<, répétitions fréquentes dans la conversa- 
tion. 

Dis I dis donc ! locution familière pour attirer l'attention de quel- 
qu'un : « Les Espagnols avaient été frappés de cette façon de parler 
habituelle à nos troupes ; aussi avaient-il donné aux Français le 
sobriquet moqueur de Los Didones, lequel, un jour, n'embarrassera 
pas médiocrement les étymologistes.» (Génin, R. P.) 



DON Ijy 

DISCOMPTE, n. m. - Escompte ; de même discompter. 
DISEUX de riens, n. m. - Bavard, indiscret. 

DISPUTER, V. âct. - Gronder, quereller; extension du français 
disputer. 

Dériv. disputeux, euse. 

DIU, n. m. - Dieu : « Que le bon Diu vous bénisse I » 
On écrivait Diex, Dex, Dius, au cas sujet, et Deu. Diu, au cas 
régime. Il suffira de citer cet exemple : 

Il soloient Diu quere, mais il sont restorné. 
Ne Dhis n'en trouve nul, car ils sont destorné. 

Rut., de la Vie dou Monde. 

DIZAINES, n. f. pi ur. - Contes ennuyeux, bavardage fatigant : 
« Avez- vous fini vos dizaines"! » 

DIZIAU, Dizain, n. m. - Tas composé de dix gerbes : . Mettre 
du ble, de l'avoine endiziaux.)) 

DOGUE, n. f. -. Patience ; plante qui croit ordinairement dans Ips 
terres incultes, et dont les feuilles sont assez semblables à celle, d. 
l oseille, ce qui fait qu'on l'appelle quelquefois oseille sauvage : « Bar- 
dane, docrjues, roseaux et autres herbes qui croissent es prez. » (N 
Fabrique.) En anglais, dock. 

DOGUIN, n. m. - Cochon court, trapu, à oreilles droites ; assez 
semblable au chien dont il tire son nom. 

DOIR, V. act. — Devoir, dans le sens de avoir des dettes. Fut., 
deverai ; cond., deverais. 

Vous vos deveriés pener 

Chast. de Coucy, 7312 

DOLETTES. Dolures, n. f. plur. — Menus éclats de bois qu'on 
retranche on dolant. On allume le feu avec des dolcttes. Du latin 
dolare. 

DOLIQUER, V. act. — Tailler de petits morceaux d.> bois avoc un 
couteau ; faire des dolettes : « Cet enfant aime Immucoiiji mieux duli- 
quer qu'aller à l'école. » 

DONNEUX, adj. — Donneur : «N'être pas donneux, « tMre chiche, 



118 DOU 

DORÉE, n. f. — Tranche de pain sur laquelle on étend du beurre 
ou des confitures. De là ces locutions : « Veux-tu que je dore ton 
pain ? — Veux-tu du pain doré ? » 

DORMARD, adj. — Dormeur, paresseux. 

Requis ne t'est destre un dormard ; 
Cy désire bien et avoir 
De la peine te fault avoir. 

A.nc. Poés., t. II, p. 51. 

DORURES, n. f. plur. — Bijoux : « Aller à dorures, » aller à la 
ville acheter des bijoux pour le mariage. 

DOUCHE, adj. — Féminin de doux; d'où doucheur, douceur. (V. 
adouchir.) A la douche, doucement. 
Une douche-haleine, une sainte-nitouche. 

DOUET (Le), n. m. — Petit hameau, voisin de Grandcourt, ainsi 
nommé à cause d'un ruisseau qui y prend sa source. Dans le v. fr. 
doi, dois ou douet signifie une source, une fontaine. 

A la fontaine dont li dois sont brûlants. 

Aliscans, V. 696. 
Ha ! covoitise desloiaus, 
Tu es rachine de toz maus, 
Tu es la dois et la fontaine. 

CRESTïEisis, Bartsch., p. 124. 

On trouve ce mot jusque dans La Fontaine : 

Au passage d'un pont ou sur le bord d'un dois. 

Douet vient de ductus, selon Littré ; je préfère dour, douez, en 
breton, fossé plein d'eau. 

Dans le Morbihan, il y aie ruisseau du Doué de Roche, la fontaine 
des Douets, le ruisseau du Douet sec, le Dourdu. L'Adour, la Du- 
rance, la Dordogne, la Dore, etc. ont la même étymologie. 

DOUILLE, n. f. — Volée de coups. Peut-être de douloir, d'où le 
lorrain deuil, douloureux, sensible ; on dit d'une partie qui a reçu 
un coup : « Cela m'est deuil. » 

DOULIANT, adj. — Celui qui ne sait pas souffrir, qui se plaint à 
la moindre douleur ; du latin dolere. 



DRA 119 

Il Douloureux, sensible. Comp. avec le fr. dolent et le vieux mot 
douloir. 

DOUTANCE, n. f. — Doute, crainte. « J'avais la doutance que ce 
malheur arriverait.» Dans nos vieux auteurs, doutance est générale- 
ment synonyme de crainte ; ex. : 

Ennemis de Dieu vous serez : 
Et que pourront dire ses ennemis, 
Là où les saints trembleront de doutance 
Devant celui pour qui rien n'est secret? 

QUESNES DE BÉTHUNE. 

De guerre n'avons plus doubtance. 

Ch. d'Orl., ch. 112. 
Trois hommes de bien et d'honneur, 
Desirans de sauver leur ame 
Et doubtans Dieu Notre Seigneur. 

Villon, G„ t. CLXXI. 
On voit par ce dernier exemple que douter signifiait aussi craindre, 
comme le latin dubitare, dans ce vers de Virgile ; 

Et dubitant homines serere atque impendere curara. 

Géorg., II, 433. 
Redouter, redoutable rappellent la signification ancienne de douter. 

DOUVERRET, n. m. — Pomme à cidre. 

DRAGIE, n. f. — Mélange de vesce, d'avoine ou d'orge qu'on sème 
au printemps. 

Il Dragée : « C'est un biau parrain, i n'a mie acheté à'dragies ! » 
Dont se présentèrent varlet 
Qui donnèrent vin et dragie. 

Chast. de Coucy, v. 2078. 

DRAPÉ, Draplau, n. m. — Lange. Ce sont les anciennes fermes 
drapel, drapiau. 

Pour un enfant faut bers et drapiaux. 

EusT. Deschamps. 
Ici venir, ici alers. 
Ici veillers, ici parlers. 
Font as amans sous lor drapiaxis 
Durement amaigiùr lor piaus. 

Rose, v. 2555. 



120 DUI 

DRÉCHER, V. act. — Verser le bouillon du pot-au-feu dans la 
soupière : « Il est temps de drécher la soupe. » 

H Donner une verte correction : « Attends un peu, je te vais dré- 
cher, » dit-on à un enfant qui ne veut pas obéir. 

DRÈS QUE, loc. conj. — Dès que : « Je vois beaucoup de person- 
nes qui sont en cette prononciation : Dvès que je serai en état, remar- 
que Marg. Buffet (Observ. page 133). Dresse dit aussi dans le Berry. 
(V. Jaubert, l^^. p. 353.) 

DRIÈRE, n. m. — Derrière. Au -plur., chemins détournés : « Je 
suis arrivé par les drières. » 

Il Eîi drière, en cachette, à l'insu de « : Elle donne aux pauvres 
en drière de son mari.» 

DRINGHE, n. f. — Dyssenterie. 

DROGUER, V. n. — Attendre, perdre son temps à attendre. 

DROIT (tout), loc. adv. — Tout à l'heure, justement : « Il vient 
tout droit d'arriver. — C'est tout droit ce qu'il fallait faire. » 

Il Au droit, en face, vis-à-vis : « Il demeure aw droit de nous. » 

DROIT-NŒUD, n. m. — Nœud bien fait. 

DROUILLE, n, f. — Sauce claire^ où l'on peut « noyer ses guê- 
tres, » comme disent nos paysans. 

Il Dévoiement. Dériv. Brouiller ,Brouilleux, Drouillade. 

DUIRE, V. act. — Corriger, châtier : « Si cet enfant ne vous obéit 
pas, il faut le duire. n Du lat. ducere. 

Il Elever, instruire, habituer, comme dans nos vieux auteurs : 
« En la manière que l'en duist et chastie un asne ou un autre beste 
de labeur. » (Oresme, Eth., 326.) 

« Ceux qui sont duicts à combattre nuds, on les veoid se jecter aux 
hazards... » (Montaigne, II, 12.) 

De là (grand heur à moy) mon père me retire, 
Me baille entre les mains de Dorât pour me duire. 

Baïf. 
Duit, dressé, en parlant des animaux : « Un cheval, un chien bien 
duit. » Le poète Coquillart a employée aduyre dans le sens de duire ; 
Se- ung grant prince se veult aduyre. . . 

Coquillart. Le Blason. 



DUR 121 

Ils sont à mal faire aduits, 

J. DE Meijng, dans Dochez. 

DUISIBLE, adj. — Qui peut être duit : « Dévotieux (Louis XI), 
mais grand oppresseur de peuple pour entretenir ses pensionnaires 
estrangers et pour acheter à quelque prix que ce peust estre tous ceux 
qu'il cognoissoit duisibles à ses desseins. » (Gilles Corrozet, Antiqui- 

tez de Paris.) 

DUR, adv. — Comme fort, clair, net, etc. ; a le sens de beaucoup, 
extrêmement. « Travailler dur, manger dur, crier dur, etc. n On ap- 
pelle tape-dur, un homme dur au trayail, à la peine. — Croire dur 
une chose, y croire fortement, d'où le substantif Croidur, sobriquet 
que l'on donne à une personne crédule. 

Dans nos vieux auteurs, durement avait le sens de notre mot dur. 

Moult durement s'an mervilloient, 
Totes les gens qui la veoient. 

DOLOPATHOS, p. 275. 

Souventes fois sa mère regretta, 
Gérart, son frère, que durement aima. 

HuoN, V. 2643. 
De voir sachiés, quant les oï, 
Moult durement m'en esjoï. 

Rose, v. 670. 

« Li Escot sont dur et hardit durement. » (Froissart, Je', 51.) 

DURER, V. n. — Rester chez soi, rester à la même place : « Il 
faut que je me promène, je ne puis durer à la maison, n Nequeo du- 
rare in œdibus. (Plante.) 

Il Vivre : « Je ne puis pas durer avec un pareil régime. » 

Vo douce alaine m'a si le cuer enblé. 
Je vous aim tant que je ne puis durer. 

HuoN, V. 5851. 

« Amen, fait-elle ; car nous ne pouvons durer avecques luy en 
nostre meson. » {Les XV Joies.) 
Comparez avec le latin : 

Sub Jove durabnnt, et rorpora uuda gerobant. 

Ovide, Fastes., H, 299. 



122 DUS 

Nan quœrit ab omni 

Quisquis adest, socio, cur hœc in tempora dureté 
Quod facinus dignum tam longo admiserit sevo. 

JuvÉNAL, sat. X. 

En français, (/Mrer ne s'emploie pas d'une manière absolue. 

DUSQU'À, prép. — Jusqu'à : « Yiens me conduire dusqu'à 
Tforêt. » 

Ses nés commanda a chargier, 
Puis appela de ses fouriers 
Busqu'à quarante chevaliers. 

Floire et Blanc. 

VII lieues grans fist faire de muraige, 
Qui encor durent desc'à la mer salvaige. 

HuoN, v. 13. 

Et quant li corps est mis en cendre, 
Si covient à Dieu réson rendre 
De quanques fist diisqii'à la mort. 

RUTEBŒUF. 

Tout le monde par parole oignent, 
Mes lor losenges les gens peignent 
Par derrière dusques as os. 

La Rose, v. 1046. 

Etym. latin de et usquc. 



E 123 



E 



E. — Dans notre patois Ye fermé des terminaisons se change tou- 
jours en e ouvert, et se prononce ai : hontai, véritai, chantai, étai, 
etc., bonté, vérité, chanté, été, etc. Les exemples de cette pronon- 
ciation ouverte en ai, ou plus adoucie en ei, abondent dans les vieux 
auteurs de la langue d'oïl : 

Neies Robert li archevesques 

Otrei en fist, o les evesques, 

Sor qui esteit sa poestei. 

Qui en la chartre suotnitmmei. 

GuiLL. DE Saint-Pair, v. 2426. 

Vasseur qui estes à Vostei, 

Et vos li bacheleir errant, 

N'aiez pas tant le siècle amei. 

Ne soiez pas si non-sachant 

Que vos perdeiz la grant clartei 

Des cielz qui est sonz oscurtei. 

On varra-hon vostre bontei : 

Prenez la croix, Diez vos atant. 

Rut., La Ch. de Puille. 

La terminaison ée des participes et des noms féminins se prononce 
comme le simple e fermé. On dit montai, arrivai, couvai, nichai, 
appelai, etc., montée, arrivée, couvée, nichée, appelée. Il n'y a que 
(jnelques noms qui font exception, comme bouchée, poignée, aiguillée, 
amassée, brassée qui se prononcent bouchie, poguie, aguillie, amassic, 
hrachie. Cette diphthongue ai qui a chez nous un son très-ouvert, au 
temps de Palsgrave se prononçait le plus communément ei. C'est ce 
son qui a prévalu dans beaucoup de mots, et particulièrement dans 
les imparfaits des verbes, le langage normand substituant des formes 
grêles et tenues aux syllabes pleines et sonores des autres dialectes. 
(V. Fallot, Rech., p. 2o. ) 



124 EBO 

É, pron. fém. de la 3e pers. plur. — Elles : aÉ disent qu'e ne 
viendront pas. » On prononce elles devant une voyelle ; quelquefois 
ez : « Ez aiment ce qui est bon.» 

EBERD'LER, v. act. — Y .Eberdouilkr. 

EBERDOUILLER, v. act. — Ecraser : <(£ierc?om7/er un limaçon, » 
l'écraser sous le pied. 

EBERNER, v. act. — Ebrener : « Les Français sont comme les 
enfants qui braillent quand on les éberne. » (Beaumarchais, dans 
Poitevin.) 

EBERSILLER, v. act. — Mettre en pièces, en bersilles. (V. ce 
mot.) 

EBLAIRER, v. act. — Epier, jeter des regards curieux sur les 
actions d'autrui : « Circumspicere cum oculis emissitiis », comme dit 
Plaute ; se prend toujours en mauvaise part. Le blaireau est un 
animal défiant, qui regarde tout autour de lui, avant de s'aventurer 
hors de son terrier. Il n'est pas impossible que de blaireau on ait tiré 
éblairer. 

EBLEUVIR, V. act. — Eblouir: ' 

Si a par le cambre esgardé 
Et vit une si grant clarté 
Que de luor tos s^esblevi. 

Du Roi G. d'Angleterre. 

EBOQUER, V. act. — Dégrossir un morceau de bois; s'emploie 
au ligure : « Cet enfant commence à grandir, le voilà tout éboqué. » 
Fr. ébaucher. Génin et Littré dérivent ce mot de es, préfixe, et bauche, 
sorte de mortier à bâtir : tirer de la bauclie, préparer, dégrossir Ce 
mot bauche, bauge, dont l'origine est inconnue, selon Littré, signifie 
encore lieu de travail, atelier, et il en tire les verbes débaucher et 
embaucher. II n'y a rien de clair dans ces suppositions; c'est pourquoi 
nous rattacherons éboquer au v. fr. Base, qui nous a déjà donné 
hoquet, déboquer. 

ÉBOULÉE, n. f. — - Amas de terre qui s'éboule. 

EBOURSOUFFLER, (S'), v. réfl.— Perdre haleine : « S'éboursouf- 
fier à courir; » Il est arrivé tout éboursoufflé. 



EGA 125 

EBRANQUER, v. act. — Ebrancher; d'où ébrancage, ébranqueux, 
celui qui fait son nitHicr à'ébranquer, (v. Branquc) 

EBRÉQUER, Eberquer, v. act. — Ebrécher. 

EBREUILLER, v. act. — Faire sortir les entrailles, les breuilles. 

EBRITER. V. act. -• Ebruiter. 

EBROUIR, V. act. Ecbautl'er, enivrer : « Le gros cidre l'a un peu 
ébroui. — Il s'est en allé tout ébroui. » Comp. avec le latin ebrius. 
Peut-être aussi qu'ébrouir est une corruption à' éblouir, qui d'ailleurs 
s'emploie dans le môme sens 

ECAILLOUTER, Ecaluer, v. act. — Ramasser les cailloux dans 
une pièce de terre. 

ECAPPER, V. act. — Ecbapper : 

Sou bec uvri, si commença, 
Li furmaiges li escapa. 

•Marik, Fab. 14 

Dicton : « Heureux comme un cbeval écappé. » 

Toi même qui fais tant le cheval échappé. 
Nous te verrons un jour songer au mariage. 

Corneille. 

Il S'écapper, dire ou faire des sottises, des maladresses; s'emploie 
absolument : « Il est temps d'arrêter vo fiu, il s'écappe. » 

ECARBOUILLER, v. act. — Etendre la braise ou les charbons de 
l'àtre pour avoir plus de chaleur. Dans Rabelais, le honhoninie Grand- 
gousier escharbotte le feu avec un bâton brûlé d'un bout. 

Il S'écarbouiller, s'éclaircir : « Le temps sécarbouille ; la pluie ne 
durera pas.» 

Etym. carbunculus, charbon. 

EGARDONNER, v. act. — Echardonner, arracher les cardons. 
("V. ce mot.) 

ECARDONNETTE, n. f. — Chardonneret. 

ECARDONNETTES, n. f. plur. — Longues tenailles en bois avec 
lesquelles on arrache les chardons . 



126 ECH 

ECARNER, V. act. — « Briser, détacher les carnes, les angles 
extérieurs d'un objet. » (Littré.)Ce mot n'est pas dans le Dictionnaire 
de l'Académie. On dit en patois : « Ecorner une plume, un ongle. — 
Donnez-moi une autre plume, celle que j'ai est écarnée. » 

ECARPILLER, v. act. — - Trier, démêler. Du latin ex, et carpere. 
On a déjà vu décarpiller qui a une signification semblable. 

EGARTILLER, v. act. — - Ecarquiller : « Ce disant, mettoit la 
main à la poignée, écartillant les jambes et tournant l'œil de costé. » 
(Ménippée, p. 347.) Littré rapproche ce mot deécarteler. 

ECAUDER, V. act. — Echauder ; d'où écaudures, eaux avec les- 
quelles on a lavé la vaisselle. Du bas-latin excaldure. 

ECAUFFER, v. act. — Echauffer. 

Loc. prov. : « Ne m'eam^^pas les oreilles, » c.-à-d. prends garde 
de m'irriter, de me faire perdre patience. 

ECÏÏAIM, n. m. — Essaim; d'où échaimer, échamer, essaimer ; 
du latin examen, examinare. 

Il Echamer, chasser, éparpiller comme un essaim : « Echamez les 
poules du jardin.» 

DuMéril donne cckaumer, chasser, mettre quelqu'un pour ainsi dire 
hors de son chaume. 

ECHERTER, v. act. — Couper les ronces, les branches inutiles 
d'une haie ; du bas-latin exartare, essarter, sarcler. De là les essarts 
(champs défrichés), nom d'un hameau dans notre vallée. 
Sarter^ sarteur, essart se trouvent souvent dans nos vieux auteurs : 
N'avoit de terre fors ce que sarta, 

Gaydon, v. 2378. 

N'a entour la forest remès home vivant 

Sarteur ne charbonnier, ne vilain ahanant. 

Berte, 2535. 
Berte s'en va fuiant par delez un essart. 

Berte, 639. 
Toute la gent de la paroisse 
I coururent de toutes pai's, 
Et par buissons et par essars. 

Dit de Constant Duhamel. 



ECO 127 

Il serait diflicile d'admettre, ainsi ([ue le propose Du Méril, cxardere 
eomiiie étym. Cependant <?ssarf siiTuilic ([iici(iii('ruis cendre : 

Si fiiit (le Phénix) un feu grant et plcuier 
D'espices. et s'i boute et s'art, 
Aiusinc fait de son cors essart. 

Rose, 16917. 

Exardere 2L\iYi\.\{ plutôt donné essarder que je trouve dansR.de 
Collerye : 

Devostre amour je me sens retardé, 
Car d'ung ennuy altérant ^sxardé 
En est mon cœur et tout désolatif. 

ECHORTER, v. n. — Avorter; ne se dit que des animaux. Ce mot 
ne viendrait-il pas du v. fr. escors, cscort, ventre, giron ? 

ECHOUIR, V. act. — Assourdir, étourdir : « Cette femme vous 
échouit avec son bavardage. B.-norm. assouir. 

ECLAQTJER (S'), v. réfl. — Eclater ; ne s'emploie (juc dans cette 
locution : v ^'éclaquer de rire.» 

EGLAVIAU, n. m. — Pieu ((ui traverse les croches à parc, et qu'on 
enfonce dans la terre pour les maintenir. Du latin clavus, clou. 

ECLICHER, V. act. — Eclabousser. EcUche, en v. fr., signifie 
éclat, tronçon ; esclicer, voler en éclats. 

Lor lances ^av escliches volent. 

Crist. et Clarie. 
Si fort s'apuie sor le ferré bordou 
Que les esclices en volent coutremont. 

Gaydon, v. 9928. 

Une terapeste commence et uns orés. 
Qui dont veist et plovoir et venter, 
Arbres froisier et moult fort esclicer. 

HuoN, v. 3270. 

ECLICHIE, n. f. — Eclaboussure. 

EGLICHOIRE, n. f. — Seringue de sureau qui -^vrt d'amuselte 
aux enfants. 

ECOLE, part. pas. — Instruit ; s'emploie le plus souvent par ironie : 
« Voilà des enfants bien écoles. » 



128 , ECR 

Le V. fr. avait le verbe escoler, enseigner, instruire : 

La pucelle fut bien apprise, 
Le Saint-Esprit l'a escolée. 

Gaut. de Coinsi. 

Du sens d'astronomie estoit bien escolée. 
Et de philozophie estoit sage éprouvée. 

Chron. de Duguesclin. 

« Icelui Jehan prit et escola Jehan de la Mote. » {Lettres de Rémis- 
sion, 1331.) 

ECORER, V. act. — Soutenir, étayer : « Ecorer un mur, une 
maison. » Ecore ou mieux accore est un terme de marine qui désigne 
une grosse pièce de bois dont on se sert pour étayer les navires en 
construction ou en réparation. 

Il S'écorer, s'appuyer solidement de manière à employer toutes ses 
forces pour faire une chose. 

ECOUPLER, V. act. — Ecimer, couper le couplet d'un arbre. (V. 
Couplet.) Il ne faut pas confondre ce mot avec escoupler, vieux terme 
forestier, qui veut dire réduire eti coipeaux : « Hz peu.\enl escoupeller 
un arbre quand il est vert et sec sans atoucher au vert.» (Coutuniier 
des forêts, Roumare, cité par L. Delisle, p. 362.) 

ECRAMER, V. act. — Ecrémer; dériv. écramure, ce qu'il y a 
de crème dans une jatte de lait. 

ECRAMPIONNER, v. act. — Ecroupionner; n'est généralement 
usité qu'au participe écrampionné, qui a le croupion cassé, courbé, 
éreinté. 

Et ma plume d'oye ou de jars 
Est ja plus escroupionnée 

Qu'une vieille 

Marot^ Ep. XXIV. Du Coq à l'Ane. 

« Un autre nous conta qu'uue bonne commère de sa riie, tirant un 
peu sur l'aage, estant tombée, s'estoit escroupionnée. » (G. Bouchet, 
3°ie sérée.) 

V Ecrampionné, sobriquet assez fréquent : Gomme les enfants, les 
paysans sont sans pitié. 

EGRÉVIGHE, Ékerviclie, n. f. — Ecrévisse, 



EFF 129 

ED, prép. — De ; ex. : « Ed quoi te plains-lu ? « Il serait dillicile 
de préciser dans quels mots, dans quelles locutions particulières a 
lieu cette interversion, car on prononce ordinairement de comme en 
français. Cependant on dit toujours edmander, edpis, edsous, edaus, 
eddans, au lieu de demander, depuis, dessous, dessus, dedans. Ed 
pour ^/e est [)articulier au dialecte picard : 

Février le court, ch'est le pire ed' tous. 

Prov. Picard. 

EDUQUER, V. act. — Elever, du l^t. educare ; mot excellent qui 
n'a pu faire son chemin. Quelques écrivains, entre autres G. Sand et 
Sainte-Beuve ont essayé d'introduire dans notre langue l'adjectif 
éducable. 

EFANT, n. m. — Enfant ; prov. efan. La nasale n est supprimée. 
On trouve, dit Littré, plusieurs traces de cette suppression dans nos 
anciens textes; ex. : Estkele pour esliiicelle. 

Il vous a cuit de Vesticelle 
Dont tout li crestien sont cuit. 

Littré, Etudes, p. 341. 

EFFOUQUER, v. act. — Effaroucher, disperser; d'où ladj. ejfou- 
queux : « Il est entré dans la maison comme un ejfouqueux de cats, » 
c'est-à-dire brusquement, de façon à faire peur aux chats. 

Ces poulets sont tout effouqués, dispersés par la frayeur. V. fr. 
foule Glfûuc , troupeau ; de Tisl. flock, môme sens, ou de l'allemand 
moderne folk, gens, grand nombre. 

« Cume ço oïd David el désert que Nabal iist tundre son fuie. » 
{Les Rois, liv. I, ch. 3o.) 

Paieu sunt uiorz a millers et a fuh. 

Ch. de Roland, ch. 3. 

Au XV^me siècle, ce mot est encore employé : « Se en aucune censé 
ou metoirie a fuucfj de brebis.... » (Ev. des Quenouilles, p. 129.) 

« Fouc de bestes, se dit d'une certaine quantité de bètes (jui exige 
les soins d'un garde ou d'un berger. » (La Curne, au mot Beste.) 

Dans la vieille langue, on trouve de/fouquier et adesfouquicr avec la 
même acception (jue notre mot cffouquer : « Les quelles bestes s'é- 
toient de/fouquiées ou séparées drs autres et demourées aux champs 
comme espaves. » (Du Cauge, au mot defuga.) 



130 EGR 

Laissiez-nous assaillir et François commencier 
Et tenons nos conrois sans nous adesfouquier. 

Chron. deDug., v. 5875. 

A foule se rattache évidemment le provençal afolcar, attrouper. 

EFFRITER, v. act. — Effrayer : « Le passant qui n'estoit facile 
à effriter mit à l'instant la main à l'espée.» (iV. Fabrique.) 

Il Etre effrayant : « Cet homme est si laid qu'il effrite. » Anglais 
to fright. 

EFFRONTER, v. act. — Affronter. 

Il Intimider une personne pour lui faire avouer la vérité. 

Il Effronté comme un leu, se dit d'un homme sans vergogne. Comp. 
avec le kuvciç o(i(*aT' £x,wv d'Homère, et les « pâles fronts de chien » de 
d'Aubigné. 

EFFROUER, v. act. — Emietter ; du latin effricare, comme frois- 
ser, anciennement froer, froier, frouer vient de fricare. 

Li mes a une lettre au l'oi el poing plantée, 
Et Karles la fet lire, quant la cire ot froée, 

Aye d'Avignon, v. 797. 

Lor lanches jusques es poins froerent. 

Chast. de Coucy, v. 1100. 

EGALIR, V. act. — Aplanir un terrain, le rendre uni. 

EGARGATER (S'), v. réfi. — Ouvrir les jambes pour mieux se 
chauffer : « S'égargatet- au coin du feu. » 

EGASILLER (S'), v. réfi. — Ecarter les jambes. Marcher à Yéga- 
sillette^ en écartant les jambes. 

EGRAFIGNER, v. act. — Egratigner : « Excepté Eusthenes, le- 
quel un des géants avoit égrafigné quelque peu au visage. » (Rab., 
II, 30.) 

Le môme dans un autre passage emploie grafigner, mot que je ren- 
contre aussi dans d'Aubigné : « Monsieur le Roy, il n'y a plus 
moyen que je vous puisse grafigner. ...» (Fœneste, 143 . ) 

Pour l'étym., Littré renvoie au mot graffe que l'on chercherait 
inutilement dans son Dictionnaire. C'est un vieux mot qui signifie 
griffe, stylet pour écrire. 



EKE 131 

Un fjrafe a trait de sou grafier. 

Fl. etBL., V. 787. 

EGRATINER, v. act. — Même signification que le précédent ; le 
y se supprime comme dans maline pour malitjiœ : « Soif inaline. » 
(Basseiin.) — « Ongle maline. » (Lafontaine.) 

A ses ongles s'estoit un peu esgratinée. 

Berte. 

EGROUER, V. act. — Egrener. Du Méril donne grouer avec le 
même sens. 

EGROUURES. n. f. plur. — Epis et grains qui tombent à terre 
lorsqu'on décharge un chariot de blé ou d'avoine. Les petits cultiva- 
teurs ramassent les égrouures ; les gros fermiers les laissent à leurs 

volailles. 

EHOQUER, V. act. - Limer les dents d'un chien de berger, afin 
qu'il ne puisse pas mordre les moutons et gabiller les gigots, comme 
disent les paysans. Etym. koijiie [cvoc), et e privatif, comme ébarber, 
etc. 

EHOUPER, v. act. — Battre le bout des épis d'une gerbe, sans la 
délier. 

Il Enlever la fleurette dès (juelle est formée sur le lait. En fr. 
éhouper signifie couper la cime d'un arbre. Atîn de compliquer l'or- 
thographe, l'Académie écrit houppe avec deux p, éhouper avec un 
seul. Les exemples cependant ne manquaient pas pour écrire ces mots 
de la même manière : 

Tandis la vierge au milieu du troupeau 
Tenant en main de roses un houpeau 

B.\ÏK. 

Arbres montans en houpc. 

Cité par Littré. 

EJ, pron. pers. — Je, par interversion, comme cil jiour de ; d 
pour le ; er pour re. 

EKELLE, u. ï. — Echelle; prononciation picarde (pii rappelb' 
bien le latin scala, 

EKEUMETTE, u. f. — Ecumoire : « Visage à'élceuwttr, « appel- 
lation injurieuse. 



132 EMB 

ELINGUÉ, adj. — Haut et mince : « Des peupliers élingués jus- 
qu'au ciel. 

ELINGUER, V. act. — Lancer, ordinairement avec une fronde. V. 
fr. elingue, fronde, employé jusqu'au XVI®™" siècle. Angl. sling ; 
isl. slengia. D'où l'ancien mot esUngur, archer, frondeur. 

« E li eslingur aviruneront la maistre cited e grant partie en dé- 
truisirent. »{Les Rois, IV, ch. 5.) 

ELLE, art. f. — La, au commencement d'une phrase et devant 
une consonne : « Elle femme à Pierre est malade. » 

ELOI (Saint). — « Froid comme le marteau de saint Eloi, » loc. 
prov. pour qualifier un homme calme, que rien n'émeut. 

EM, pron. ])oss. — Ma, au commencement d'une phrase et devant 
une consonne : Em femme viendra avec moi. » 

Emn', pour les poss. ma et mon devant une voyelle ou un h muet : 
« Emn homme n'est pas de cet avis.» 

EMAGLER, v. act. — Ecraser, en parlant d'un fruit : « Ces poires 
sont émaglées. » Dans le v. fr., magie est une espèce de houe qui ser- 
vait à hriser les mottes de terre; d'où emagler. 

Ge di que l'en devroit de maçue ou de maigle 
Tuer femme qui veut à deniers son charnaiL 

Le Dit Chastie-Musart, v. 12L 

EMBARBOUILLER, v. act. — Salir : « Ne embarboylkz vostre 
neuve robe, je vous prie.» (Palsgrave.) 

Il Inquiéter, cette affaire m'embarbouille. 

Il Perdre le fil de son discours, s'embarrasser dans une explica- 
tion. 

Il Se couvrir, le temps s'embarbouille. 

Il Avoir le cœur embarbouillé, être indisposé. 

EMBERLIFICOTER, v. act. — Embarrasser : « Etre bien ember- 
lificoté, » être mal habillé . 

Il Tromper, séduire par des paroles, des promesses. Mot de fan- 
taisie et d'origine inconnue, dit Scheler. 

EMBERLUQUER, v. act. — Causer de l'embarras, de l'inquiétude : 
« Il vient d'avoir un procès qui Yemberluque. » 



EMB 133 

Il N'être pas emberluqué dans ses affaires, y voir clair, être à son 
aise. Il est évident que berlue entre dans la composition de ce mot. 

On trouve dans nos vieux auteurs embrelicoqucr , emberdumquer : 
a Et lorsque la fumée du vin commençoit emberelucoquer les parties 
du cerveau, quelque bonne galloise menoit la danse. » (Noël du 
Fail. ) 

Chateaubriand s'est servi de s'emberloquer : « Elle regardoit avec 
ébahissement ce nigaud, dont elle regrettait de s'être emberloquée. » 
(Cité par Poitevin.) » 

EMBERNIQUER, v. act. — Salir. On dit z.m?,\embernaquer. 

Il Encombrer : « Sa chambre est cmberniquée d'outils de toute 
sorte . » 

Il ^'emberniqner, devenir mauvais, se couvrir, en parlant du 
temps. 

Il N'être pas emberniqué, n'être pas gêné, savoir tirer son épingle 
du jeu. 

Etym. bren. 

EMBLAI, n. m. — « Faire de Vemblai on àesemblais, » faire beau- 
coup d'embarras. 

EMBLAYER, v. act. — Encombrer, remplir : « Il emblaie sa 
maison de vieilles friperies. — La place est emblayéeàe voitures.» 

Il Gêner, empêcher le passage : « Retire-toi de là, tu nons em- 
blaies. 

« Li chevaliers i alla et trouva .11. femmes ki aukes estoient en 
blavées (occupées) d'atirer la lame ki icrt acoucie.» (N. Franc, XII^i^o 
siècle.) 

Emblaer, emblayer a signifié au propre mettre en blé, onsemencer, 
au fig. embarrasser, parce que la récolte sur pied encombre le champ. 
En fr. mod. emblaver, ensemencer. De son corréhlU déblaver (àler h 
récolte) est venu déblayer. 

EMBLOUSER, v. act. — Tromper. S'emblouser : « Je me suis jo- 
liment rmblousé quand j'ai acheté cette maison.» Locution tirée du 
jeu (1(,' billard. 

EMBOUCHÉ (Mal), adj. — Se dit de celui qui n'ouvre la bouche 
que pour tenir des propos grossiers. 



134 EMP 

EMBRACHER, v. act. — Embrasser. 

EMBRANQUER, v. act.— Entreprendre plusieurs choses à la fois. 
On appelle embranqueux un homme qui veut faire plusieurs métiers, 
plusieurs commerces. 

EMBRÊLER, v. act. — Habiller. Loc. : «Etre comme un cochon 
embrêlé, » être mal habillé. Etym. braies. 

EMBRÊLURE, n. f. — Pièce de fer qui empêche l'essieu d'un 
chariot de sortir de l'entaille où il est encaissé. 

EMBRICOLER, v. act. — Mettre une bricole ; « Il faut embricoler 
cette vache. 

Il Circonvenir, surprendre par des paroles captieuses. 

EMÉCHER, Émoucher, Émouquer, Mouquer, v. act. — Couper 
ou accourcir la mèche dune chandelle : « Pour comprendre pour- 
quoi l'on mouche une lampe, il faut savoir que le même mot signifie 
en gvQQ mèche Qi narine. » (Du Méril.) 

MuxTïipat Xap-irpà? r.X'-ou rtf^à; vjjn^. (Aristophane, Assemblée des Femmes, 
v. 5.) 

Ce serait donc du grec que nous serait venue cette singulière 
alliance de mots. 

Etre émèché, au figuré, être légèrement gris, avoir un coup de 
soleil. 

EMMIAULER, v act. — Enjôler : « Dérivé de emmieller, paroles 
emmiellées, ou de la voix doucereuse du chat lors([u'il sollicite sa 
femelle. » (Jaubert.) 

EMOUQUER, V. act. — Chasser les mouches : « On émouque un 
cheval lorsqu'on est en train de le ferrer . » 

Il Exciter, irriter, comme des mouches que l'on fait bourdonner 
quand on s'en approche. 

EMOUQUET, n. m. — Emouchet. Au fig., celui qui surveille les 
ouvriers, le maître de la maison : « Attention ! v'ià Vémouquat.v 

EMPARENTÉ, adj. — Apparenté. 

Trois chevaliers qui erent frère, 
Qui erent de père et de mère, 
Moult hautement emparenté. 

Bartsch., Chrestomathie. 



EN 135 

Elle est flUe à .i. roi, bien est enparentée. 

Guy de Nanteuil, v. 454. 

EMPAROLÉ, adj. — Qui a la parole facile, un langage séduisant. 
Ce mot se [)ivnd presque toujours en mauvaise part; ex.: «Celte 
femme est trop bien emparolée pour être honnête.» La vieille langue 
avait emparlé : 

Mors fait les plus emparlés taire. 

St. sur la Mort, 27. 
Li uns respont, qui bien fu empariez. 

Gaydon, V. 3355. 

« Dix vos bénie ! fait li uns qui plus fu emparlés des autres. » 
(Auc. et Nicol, 269. ) 

« Lors les gallans (jui la voient si bien abillée et bien emparlée, se 
avancent chacun endroit soy, lun plus que l'autre. (AT Joies.) 

On lit dans Amyot femme bien emparlée, expression gracieuse et 
pittoresque qui se trouve aussi dans le Roman de la Rose : 
Lors est à Bel- Accueil allée 
Franchise la bien emparlée 
Et li a dit courtoisement. 
V. 3338. 

EMPÊQUÉ, part, passé. — Embarrassé, gêné : « Je n'ai plus de 
domestique, me voilà bien empêqué. » Du latin impedicare. 

« On dérive ordinairement, dit Burguy, empêcher de impedicare ; 
mais il n'existe pas de forme empcquer, empeker, empesker, ce qui 
prouve contre cette étymologie.» Cette forme, comme on le voit, existe 
dans notre patois. 

EMPONGNER, v. act. — Empoigner. 

Lors yenpongne ung esclat, 

Dessus le nez luy en fais un escript. 

Villon, G. T., p. 162. 

EN. — Généralement, cette syllabe au commencement ou dans le 
corps des mots se prononce iti. On dit iaoie, incourager, dèpinsor, 
invinter, édinté, imberniquer, etc. Nous n'avons pas voulu grossir 
inutilement ce Glossaire de mots français ainsi urthographi.-s. Il suint 
que le lecteur soit averti. 

On prononce do même 1(> pronom cn\\ la suite ou d.'vanl un verbe : 
« Allons-nous in. — Il est temps de nous in aller. » 



136 ENC 

EN, préfixe explétif. — (V. engeler.) 

ENCARAUDER, V. act. — Ensorceler. Etre encaraudé , d.Yo\v \e 
diable au corps, aimer follement : « Min fin est encaraudé de c'te 
fîUe-là. » V. fr. encharrauder formé de charaux, enchantements : 
« Et pour plus montrer évidamment qui fust attenu des dessus diz 

sortillièges, charaux et maléfices » {Chron. Normande, p. 391.) 

En Bretagne, sorcier se dit caras. 

ENCARVALER (S'), v. réfi. — Se mettre à califourchon sur.,.., 
monter à cheval. De en, représentant le latin in, et cahallus, cheval. 
Encarvaler est mis pour encavaler; pour l'intercalation de la lettre r. 
Voir le mot hurler. 

ENCHAUMER, v. act. — Imprégner de chaux le blé avant de se- 
mer. 

ENCHEPER, V. act. — Prendre par le pied : « Cette ronce m'a 
enchepé. » Au fig., arrêter, embarrasser. Du vieux mot cep, lien, 
chaîne : « Mais il n'alla guères loing, car l'instrument qu'il vouloit 
accorder au bedon de la gouge estoit si bien du las encepé qu'il n'a- 
voit garde de deslonger. » (C. N. N.,,67*^™^.) Anciennement enceper, 
encheper voulait dire exactement mettre des ceps, des entraves, et 
ceper ou cepier signifiait celui qui a la garde d'un ceih d'une geôle. 
(V. Du Gange, au mot cippus.) 

Il N'être pas encepé, être à son aise, réussir dans ses affaires. 

ENCHIFFERNÉ, part, passé. — Locution particulière :« N'être pas 
enchifferné, » avoir l'esprit vif et la répartie prompte. C'est le mot fr. 
enchiffrener avec une acception métaphorique. 

ENCLEUME, n. f. — Enclume. 

ENCORNURE, n. f. — Cornes des vaches, des bœufs. Mot excel- 
lent qu'a employé G. Sand. (V. les Maîtres Sonneurs, 149.) 

ENCORSER, V. act. — Manger, boire quelque chose avec répu- 
gnance ; encorser une médecine. Au fig. supporter : « Il a bien fallu 
encorser ses reproches. » Etym. en, et corps {cors dans le v. fr.) 

ENGRANQUI, adj. — Qui a des cranques. (V. ce mot.) 

ENCRAPER, V. act. — Salir, rendre crasseux. (V. décrapper.) 



ENG 137 

ENCRONQUER, v. act. — Monter sur : « Il s'est encronqué sur 
son cheval, et est parti au galop.» 

S'emploie dans un sens obscène comme le vieux mot encrocquer : 
Chascun quiert s'amye encrocquer. 

And. de la Vigne, le Yergier d'honneur. 
ENDÉFIER, V. act. — Défier. J)q en, préfixe, et défier. Pour la 
composition de ce mot, v. engelé. 

ENDIZELER,, v. act. — Mettre en diziaux. 

ENFENOUILLER, v. act. — Envelopper comme dans du foin. Du 
latin In et fœnuiu. 

ENFÉRONNER, v. act. — Passer un fil de fer (féron) dans le nez 
des porcs pour les empêcher de fouiller la terre avec leur groin. An- 
ciennement, ferroii voulait dire un marchand de fer; la rue de la 
Ferronnerie est historique: « On appelait ferronnière une chaîne d'or 
portant au milieu un joyau que les femmes se plaçaient sur le front.» 
(Littré.) 

ENFIQUER,, V. act. — Enfoncer un pieu dans la terre ; du lat. 
in et figere. 
Enfiques, n. f. plnr.: branches propres à faire une clôture. 

ENGAMBER. Agamber, v. act. — Enjamber ; Dériv. engambée : 
« Marcher k grandes engamhées. » Le g s'est conservé dans gambade, 
ingambe. (Y. gamhe.) 

« Je agamberag oultre ce ruisseau, je te gaige un gros. » (Palsgrave.) 
Lorsqu'un enfant passe sa jambe par dessus la tète d'un autre, il 
a coutume de lui dire : « Tu ne grandiras plus. » Nos petits paysans 
disent et font la chose en riant. Jadis, au moins pour les bonnes com- 
mères, ce fut peut-être un article de foi : « S'il avient (jue aucun ou 
aucune engambe par dessus un petit enfant, sachiez que jamais plus 
ne croistera. si collui ou celles mesmes ne rengambe au contraire et 
retournf^ pardessus. (Ev. des Quenouilles .) 

ENGANGER, v. act. — Mettre, revêtir : « Mon haliil .«si si (■troit 
que je ne puis \'engancer.y> Du fr. gant. 

ENGAVE. part, passé. — Se dit d'une volaille qui ne peut digérer 
la nourriture ([u'elle a prise : « Un [)ig('on engacé. » Littré donne le 
verbe engaver qui n'est pas usité chez nous. 



138 ENG 

ENGE. — Race, espèce. Les paysans font ce mot tantôt masculin, 
tantôt féminin, et dans certaines localités, on prononce enge, dans 
d'autres inge : « Des poules, des pigeons de grande enge. » 

Belinge, appellation injurieuse : « Voyez donc ce helinge qui se 
moque des autres ? » 

Nous avons conservé les dérivés engeance et enger, dont l'étym. 
est incertaine. Auger dérive ce verbe de angere, Génin de augere, 
Diez de enecare, d'autres (D. de Trévoux) de ingignere. 

Je ne sais qui a proposé le grec ysvsa, génération. Il nous semble 
qu'il faut rattacher enger au v. fr. engeindre, parfait ]engenui^ qui 
vient de ingignere. 

ENGELER, v. acl. — N'est usité qu'au participe engelé qui a le 
même sens que gelé. Le patois a gardé de notre vieille langue l'usage 
d'accoler aux verbes des préfixes qui n'ont qu'un sens explétif ou 
surabondant. 

Mes à la dame mésavint, 

Que sire Ernous ses mariz vint 

Toz moilliez et toz engelez. 

Rut., t. II, p. 109. 
Et de froit en ce bois sui enuuit engelée. 

Berte,v. 1184. 
Jusqu'à la fin du XVI^'"^ siècle, on écrivait ensuivre, envieillir, en- 
commencer, engarder,engraver,engraveur, etc. : « Il (Dieu) a engravé 
en chacune de ses œuvres certains signes de sa majesté » (Calvin.) 

« Première figure ou forme qui leur a esté donnée par le peintre 

ou engraveur. » (Tahureau, Dial. 96.) 

ENJETONNER, v. act. — « Enjetonner un taureau, » lui attacher 
la queue avec les cornes, de façon qu'étant forcé d'aller de travers, il 
ne puisse ni courir ni heurter. 

ENGIGNER (S'), v. réfl. — (V. le mot qui suit.) 

ENGIGNON, Ingignon, n. m. — Esprit, de ingenium : « Tu n'as 
point à'engigtion, » dit-on à celui qui ne sait pas se tirer d'affaire 
dans des circonstances difficiles. Comp. avec le vieux mot engig : 
Les pierres gietent grant clartez, 
Quar a compas furent assises, 
Et par engig i furent mises. 

Floire et Blanc, 2« réd., v. 704. 



ENH 139 

D'où s' engigner, s' engeigner à, cmp\ojeT lout son esprit tout son 
talent à faire une chose. 

Anciennement engcigner (mot qui semblait à La Fontaine d'une 
énergie extrême), avait le sens de tromper, de prendre, pour ainsi 
dire, dans un engin. 

Qui menestreil vuet engigner 
Moût en porroit mieulz bargigner ; 
Car mont souventes fois avient 
Que cil pour engignié se tient 
Qui menestreil engignier cuide. 

Rut., De Cha7-lot le Juif. 
Engingneus, trompeur, perfide. Ex. : 

Li Leus 

Qi mult est fel et engingneus. 

Marie, fab. 82. 

ENGUERBER, v. act. — Engerber. 

ENGUILLEBAUDER, v. act. — Tromper, surprendre par de belles 
paroles : « Il m'a si bien en^juillebaudé que je lui ai donné de la mar- 
chandise à crédit.» En v. fr. guile, guille signifie supercherie ; guiller, 
tromper, et guiUeor, fourbe. 

Chacun se seigne et esmcrveille 
Quant il raconte la merveille 
Que li mostra fors de la ville 
Li guillierres por sa grant guile. 

Gauthier de Coinsy, comment Théophilus 
vint à pénitance, v. 1417. 

ENHAITER, v. act. — Exciter, animer : « Enhaite tes chevaux 
pour monter la côte.» V. k.enhastir, enhaster, enhéter. 
Bel cher compainz, pur Deu qui vos enhaitet. 

Ch. de Rol., ch. m 
Nous nous poons mult merveillier 
Que béguins volez devenir ; 
Ne vous en poez plus tenir ! 
C'est folie qui vous enhète. 

Rut., Yie de sainte Elysabel. 

De hait, joie, plaisir; d'où ilchaiter, affliger, abattre, et refiaiter. 
ranimer. Nous avons conservé souhait, souhaiter. 



440 ENT 

ENLICOTER, v. act. — Mettre un licou. 

ENQUIQUINER, v. act. — Importuner, ennuyer ; probablemen 
du vieux français quine, grimace, d"où quiner, faire mauvaise mine. 
La Fontaine a créé le verbe enquinauder que n'admet point l'Académie. 
Mot formé avec redoublement comme ces termes enfantins : Bébête, 
fi fil s, mémère, pépère, etc. 

ENRAQUER (S'), v. réfl. — S'enfoncer dans la boue : « Demeurer 
enraqué. » (Y. Raque.) 

ENREUILLÉ (Être, Rester).— Se dit d'un chariot dont les roues 
sont enfoncées dans une ornière. (V. Reue, reuillère.) 

ENRHEUMER, v. act. — Enrhumer. 

ENRETOURNER, v. n. — S'en aller, repartir : « Voilà le soir, il 
est temps de nous enretourner. » Le préfixe en n'ajoute rien au sens. 
(V. Engeler.) 

ENRONCHER (S'), v. réfl. — Tomber, être pris dans une touffe de 
ronces. Ronce se dit ronche, à'ohenroncher. 

ENROYER, V. act. — Tracer un premier sillon dans un champ 
qu'on veut labourer. ( V. Roie.) 

ENSAQUER, Ensaqueter, v. act. — Mettre dans un sac. D'une 
personne mal habillée on dit ironiquement qu'elle est bien ensaquetée. 
Etym. sac. 

ENTERTENIR, v. act. — Entretenir. Nous avons déjà eu l'occa- 
sion de faire rcmanjuer que de toutes les consonnes, l'r était la plus 
mobile. Les consonnes initiales, surtout t et f aiment à l'attirer à 
elles, et cette attraction peut aussi être exercée par une consonne mé- 
diale. Ce phénomène, habituel dans les patois est commun à la plu- 
part des langues anciennes et modernes. Comme exemples dans le 
français, Diez cite Fréjtis (forum Jul.), fromage (pour formage), 
tremper, treuil, troubler (turbulare), et dans la vieille langue, estreper 
(extirpare), fremer, hehregier. Il nous serait facile d'allonger cette 
liste. (V. Apprindre, berbis.) 

ENTIQUER, V. act. — Enfoncer : « Entiquer un pieu dans la 
terre. » Au fig. : « Cet enfant n'apprend rien à l'école, le maître ne 
lui peut rien entiquer dans la tète.» 



EPA 141 

ENTORTILLER, v. act. — Indisposer, faire mal au cœur: « Cette 
liqueur m'a entortillé. » 

ENTRAITER, v. act. — Atteler à une voiture ou mettre à la 
chari-Lie pour la première fois un jeune poulain. Etym. eu, et trait. 
Mot excellent, nécessaire à la langue française. 

ENVOYER, V. act. — Fut. et cond., jenvoierai, envoierais, formes 
bourguignonnes qu'on rencontre dans beaucoup de nos vieux auteurs, 
et jusque dans Corneille, Molière, La Fontaine. 

Et Tybert leur cousin avec envoierai. 

Berte. 

Envoierez-vous eucor, Monsieur aux blonds cheveux, 
Avec des boites d'or des billets amoureux ? 

Moh., Ecole des Maris, II, 9. 

Subj., que je renvoiclie, que tu renvoiches, qu'il renvoiche ; le [ilur. 
est régulier. 

ENVRIMER, V. act. — Envenmer. 

EPAILLER, V. act. — Faire sortir du lit, du paillât : « Ne vous 
couchez pas trop tard, car je vous ('paillerai d(! bonne heure. » Au 
fig., chasser : « Si j'étais maître, \' ('paillerais tous ces paresseux-là.» 
Etym. e, préfixe, el paille. 

EPAINE, n. f. — Epine : « Epaine hlanke, aubépine ; épaine noire, 
prunellier.» Le nom de famille Delépine se prononce toujours Delé- 
paine. (V. Bahaine.) 

EPANIR, V. act.— Epanouir. 

La rose espanisoit . 

Ren.,9664. 

Je vous envoyé un bouquet que ma main 
Vient de trier de ces fleurs épanies. 

ROUSARD. 

EPARGNER, v. n. — Man({ucr à faire une cliosr : plus souvent 
s épargner : « Je ne m'épargnerai pas de lui dire ses vérités, » je ne 
serai pas avare de, etc. C'est un des sens du latin parcere. 

EPARTILLER, v. act. — Eparpiller : « Le vent a epartillé les 



142 EPO 

javelles. — Il faut épartiller le fumier. » Corruption du vieux mot 
épartir, très-poétique daiis ce passage de Théophile : 

Lorsque l'aube, en suivant la nuit qu'elle a chassée, 

Espart ses tresses d'or. 
Le premier mouvement qui vient à ma pensée, 

C'est l'amour d'Alidor. 

T. P% p. 199. 

EPAULEE, n. f.— Charge de bois qu'on porte sur l'épaule : « Il 
est revenu du bois avec une bonne épaulée. ^^ 

EPERCINGLER, v. act. — Frapper dans l'eau pour la faire rejail- 
lir sur quelqu'un : amusement cher aux enfants. 

EPEUTER, V. act. — Faire peur ; quelquefois épeurer. S'emploie 
surtout dans cette locution : « N'être pas épeuté, » être hardi, effronté. 

Du faict il se l'epent,. désirant espeuté, 
Qu'avecq'le reste il fust au chariot monté. 

Gauchet. 

EPITAPHE, n. m.— Comme an XVI^'"'' siècle, et jusqu'au temps 
de Corneille : « On commence à débiter icy des épitaphes (libelles, 
placards) contre Mazarin : quand il y en aura quelques bons, nous 
vous en ferons part.» (Lettres de Guy Patin, 15 mars 1661.) 

Je n'ai plus {|u'à mourir, mon épitaphc est fait. 

Corn., Suite du Meut. 
Il Inscription quelconque, enseigne. 

EPLUQUER, V. act. — Eplucher; à'ohéplukures. 

EPOUFFETER (S'), v. réfl. — S'essoulîler, perdre haleine : « Je 
me suis épouffété à courir.» Fr. pouffer, s'époujfer. 

EPOUSTER, V. act. — Epousseter, la transformation en e muet ou 
la suppression de \è grave a lieu dans la plupart des verbes en eter. 
Les paysans disent : jéponste, je cackte, je me coite, je feuille, etc. 
Plusieurs de ces formes sont même usitées à la ville, et dans une 
grammaire -destinée aux jeunes lycéens, on lit : « Un usage assez 
répandu aujourd'hui laisse toujours muet le dernier e du radical dans 
les verbes décolleter, becqueter. (Gramm. fr., par Guérard.) 

Il faut, dit Littré, se garder de cette prononciation très-répandue 



ESC 143 

parmi les femmes : je décolle, tu décoltes, et de cette autre « vulgaire 
et fautive, » ]rpouste, etc. — Par conséquent, ces exemples ({u'on 
trouve dans ({ueiques-uns de nos vieux auleurs ne sont pas à imiter. 
Et de bonnes veri,^es d'ozier 
Eussent bien lors fait ton affaire, 
Pour bien épouster ton derrière. 

Paris burl., par le sieur Berthod. 
Oui-dà, très volontiers, je Yëpousterai bien. 

Mol., VEt., l\,7. 

EPRUVIER, n. m. — Instrument 4e pèche, pour épervier qu on 
disait eprevier, même au XVIIeme siècle. 

ERAIGNER, v. act.— Enlever les toiles d'araignée. 

ERAIGNIE, n- f.— Araignée. 

Et comme bone baisselette, 

Tiengne la chombre Vénus nette,. . . . 

Ne lest eutor nulle iraignie. 

La Rose, v. 14277, 
Prov. : « Eraignie du matin, chagrin ; eraiqnie du midi, plais! ; 
éraignie du soir, espoir.» Eraignie, nom vulgaire de la plante appelée 
nigelle. 

EREQUER, V. act. — Abattre avec une gaule ou avec un réquet les 
dernières pommes qui restent aux arbres après le lochage proprement 
dit. — Au iig., faire perdre à quelqu'un son dernier sou : '<■ Je l'ai 
joliment erêqué aux dominos.» 

ERNER, V. act.— Fatiguer, éreinter. 

Aussi, ma faible plume 

Je crains de trop erner 

Baîf, p. 168. 
« Pour haster son misérable baudet, tout evrmè des coups et du 
fardeau.» (Ménippée). 

ESANQUER, v. act. — Faire |)erdre le sang : « Il a saigné son 
cheval et la ésanqué.)^ Usité surtout au part, passé comme synonyme 
du fr. exsangue. Etym.. ex, part, priv., etsanguis. 

ESCOFIER, v. act. — Tuer, et dans une acception, prodiguer : «Il 
a eu bientôt fait d'escofier tout son bien.» 



144 ESP 

Selon Du Méril, ce mot vient de l'isl. scafin, brave, intrépide ; d'où 
le V. fr. scaphion, voleur de grand chemin. 

ESGOUDET, n. m. — Coup de coude : « Lancer une pierre d'un 
escoudet ou d'un coup d'escoiidet, » c'est-à-dire en ne se servant que 
de l'avant-bras. 

ESCOUER, V. act. — Secouer ; de môme escousse pour secousse. 
Lat. excutere. 

Ysengrins escout la tête. 

Renart. 
Contre Adonis escout la tête. 

Rose, 16684. 
Du V. fr. escorre, escourre. D'autres lisent ainsi ce vers : 

Contre Adonis esqueut sa- tête. 
Cette leçon nous paraît la meilleure. Esqueut est la troisième per- 
sonne du verbe esquellir, escoillir, qui signifie prendre son élan, 
•brandir. (V. Accueillie.) 

En tout cas, notre mot escouer était déjà employé au XIII^™» 
siècle : 

Grans fu li cols, molt fist à rcsoignier : 
Si Vescotta qu'il tlst agenollier. 

R. DE C. cité par Burguy, II, 155. 

ESCOUETTE, n. f. — Epoussette pour les chevaux ; dériv. de 
escouer. 

ESCUSE, n. f. — Excuse : « Toute esciise d'ignorance est ostée 
aux plus aveugles, et aux plus rudes du monde. » (Calvin, De la 
Cogn. de Dieu.) La syllabe initiale ex se prononce es dans les mots 
suivants : Esposition, estrémiser, escrément, escursion, escommunier, 
espédier, espérience, espertise, espliquer, esploit, esplosion, esprès, 
esquis, esténué, estirper. 

ESPADRILLE, n. f. — Espèce de pantoufle. 

ESPADRONNER {S'), v. réfl. — S'agiter beaucoup, faire des em- 
barras, du bruit, du tapage, comme un homme qui se bat à X espadon; 
en génev. espadron. 

ESPOSITION, n. f. — Danger : a II y a deVespositioji à descendre 
dans ce puits.» 



ETA 145 

ESQUINTER, v. act. — Abîmer, éreinter : « Il a esquinté son 
cheval à force de le faire courir. « S'esquinter à, faire une chose, y 
employer toutes ses forces. Dans le vieux provençal w^watM/ar signifie 
déchirer, mettre en pièces. 

ESSI, n. m. — Essieu. Comp. avec le latin axis. 

ESTATUE. n. (. — Statue. Nos campagnards ajoutent invariable- 
ment un e à la plupart des mots français qui commencent par se, sp, 
sq, st. Ils disent donc escundale, espirituel, esquelette, estudieux, 
estalle, etc., comme nos vieux auteurs, ex. : 

Et soit mors d'uug escorpioti. 
Ou qu'eu prison vive en femme, 
Qui aultruy blâme sans raison. 

Bail, du Jardin de Plaisance. 

A mengier demanda pour Dieu Vespirital. 

Hug. Capet, p. 214. 

Cette forme populaire subsiste dans beaucoup de mots français : 
Etang de s^rt^/tum, èXdhXw àë stahdire, étreindre de sfrm^^r^, étudede 
studium, étalage àestallum ou stallus, etc^, etc. 

Les mots savants, au contraire, sont pour ainsi dire calqués sur le 
latin ; ex. : Stagnant, stable, strict, studieux, stalle. 

ESTOMAC, n. m. — Sein, poitrine, du lat. stomuchus : « Serrer, 
cacher quelque chose dans son estomac. )i 

Les pitoiables mères 

Pi'essent à l'estomac leurs enfants éperdus 

D'AuBiGNÉ, Trag. 
C'est la traduction du vers latin : 

Et trepidœ matres pressera ad pectora natos. 

Virgile. 

ETALONNIER, n. m. — Celui qui conduit un étalon. 

ETAU, n. m. — Cépée, arbre coupé à quelque distance de la 
terre. 

Il Au plur., étaux désigne le chaume qui reste ijuand les céréales 
sont sciées ou fauchées; en fr., ctruh'S. 

Il Au fig., on dit des petits oiseaux (juils sont à gros étaux, lors- 
que leurs plumes commencent à pousser. 



146 ETE 

Ce mot est une corruption du v. fr. estoc, souche qui, dans unsens 
métaphorique voulait dire ancêtres, rejeton, lignée : 

Estoc d'honneur, et arbres de vaillance. 

Eust. Desch., sur la Mort de Duguesclin. 

Je suis un étranger 

Comme ont jadis été les étocs de ma race. 

Baïf. 

mes chers fils, l'espoir de votre mère. 
Le seul estoc de Saùl, votre père. 
Duquel en tout vous retenez l'image.... 

J. DE LA Taille, les Gabaonites. 

Dieu vous garde de malencontre 
Gentille butte Saint-Roch ! 
Montagne de célèbre estoc 
Comme votre croupe se montre ! 

Claude Le Petit, Paris i-idicule. 

ET, pron. poss. — Ta, devant une consonne : « Et femme est 
invitée al fête.» 

ETAMPIR, V. act. — Dresser, mettre debout : « Rester là comme 
un étampi, » se tenir immobile, sans rien faire. 

ETE, V. subbt. — Etre. Le r ne se fait pas entendre dans certaines 
fmales muettes, comme on le verra par plusieurs exemples. (Voir R.) 

Nous allons donner la conjugaison de ce verbe aux personnes et 
aux temps irréguliers. 

Ind.jjesM; imp., l''^ et 2^ personne du ]Au.r., éteimes, éteites; 
condit., l^e et 2™° personne du plur., sereinws, sereltes. 

Subj. présent, l^e et 2™« personne du pluriel., soyonckes, soyèches. 

Imp, du subj . , fuche, fuches, fuche, fucMoiis, fuchlez, fuchent. 

Ex. ; « y su malade. — n'éteimes mie prêts pour la guerre. — I 
faut qu'o soyèches bien bon pour souffrir cha. » 

Au lieu de sereimes, on dit encore seriomes, forme de la première 
personne du pluriel du futur dans l'ancien dialecte picard. 

Le lecteur, curieux de rapprochements, pourra comparer ces formes 
de patois moderne à la 'conjugaison du verbe être, au XIl^™^ et XlII^me 
siècle. (V. Burguy, Grammaire de la langue d'Oil, t. I^r, p. 258 et 
suiv.) 



ETO 147 

ETEINDRE, v. act.— Prêt., ]éteindis; suijj. prés., (\\\t']cteiade; 
part, passé, éteinda ; fut. et cond., ]étcignerai, ais. Cette dernii^re 
forme rappelle l'orlhograplie primitive de nos verbes en ndre, c.-k-d. 
cjnre, en Bourgogne et en Picardie ; estignre {Q^iixwq^MQvo), ulignre 
(attingere), etc. 

« Et si fîst encores plus, car elle estaindit le feu de léens, tant à la 
cuisine comme à la chambre.» (C. N. N., 38em^) 

ETERNIR, V. act. — Etendre la litière des bestiaux: « Ydiéternir 
les vaches. » C'est le lat. sternere. 

il Eterni, part, passé; dispersé, en désordre : « C'est une femme 
négligente, elle laisse tout éterni dans sa maison. » 

Steniir, épandre le fumier, était une corvée qu'on exigeait des 
tenanciers. (V. Etat des droits qui appartenaient au comte de Provence, 
Bibl. nat., n^ 9889, f. fr.) 

ETERNITE, n. f, — Un long temps : « Il a été uns éternité a. re- 
venir. — Elle met une éternité à s'habiller. » On dit au plur., dans 
le même sens, des éternités : « Quand il va au café, il y reste des 
éternités. » Corneille a employé ce mot au pkir., Hèraclius^ III, 1. 

ETIMER, V. act. — Etamer; étimeux, étameur. 

ETONNE, part, passé. — Frappé par le tonnerre; du latin ex- 
tonare. Dans cette phrase de Bossuct, étonner a une acception qui 
rappelle son origine : « On le vit étonner de ses regards étincelants 
ceux qui échappaient à ses coups. » [Or. fun. de Louis de Bour- 
bon.) 

Il On dit que les œufs couvés par une poule sont étonnés par la 
foudre (c'est-à-dire rendus stériles), si l'on n'a pas eu la précaution 
de mettre un morceau de fer dans le nid de la couveuse. 

ETOQUER (S'), V. rêfl. — S'appuyer contre : aS'éloquer contre un 
arbre, un mur, etc.» Du fr. estoc. 

ETOU, Itou. adv. — Aussi, du latin etiam. Çomp. avec le v. fr. 
itel, |)areil, semblable, qui devant les consonnes faisait iteu, itou. 

Quand la chèvre saute au chou, 
Le chevreau y saute itou. 

L. DE LiNCY, prov. 



148 EVI 

« Le gros Thomas aime à batifoler, et moi je batifole itou. » (3Iol., 
Festin de Pierre.) 

ETRAMER. Etramiller, v. act. — Eparpiller, laisser en désordre : 
« Il a* étramé ses babils par la chambre. » Ce mot a la même origine 
que éternir; il est formé d'un dérivé de steniere, comme stramen ou 
stramentum, litière ou paille qu'on éparpille sous les chevaux. On a 
du reste le vieux mot estram, estrain, litière, couverture de paille. 

« Si prinst après une poignée à'estrain, et en boute le feu en la 
maisonnette. » (C. N. N., 85«me.) 

D''estrain et de chenevotte 
Se chautfoyt tous les hyvers. 

Le Houx. 

ETRANGE, adj. — Exotique, étranger : « Un arbre, une plante 
étrange. » — C'est un étrange, pour dire un étranger. 

France, tu as commei^ce aux nations étranges. 

D'AuBiGNÉ, trag. 

ETRIQUER (S'), v. réfl. — Se raidir, s'appuyer solidement, em- 
ployer toutes ses forces à faire une chose. 

Je l'oidis mes deux bras, 

Vestriqiie mes deux pieds, puis me renversant bas, 

' Je tire le cordeau. 

Gauchet. 

ETRUQUE, n. f. — Eteule ; on a vu qu'on dit aussi étau. • 

EVANGILE, n. f. — « h' Evangile du dimanche des Rameaux est 
bien longue. — Là où YEoangile est prôchée et reçue, le traître 
pillard (le diable) n'a garde s'y trouver et faire des siennes. » (Noël 
du Fail, Contes rust.) Boileau a employé ce mot au féminin ; M'"^ de 
Sévigné le fait tantôt masculin, tantôt féminin. 

EVILLÉ, Évilloté, adj. — Espiègle. 

EVITER, V. act. — Epargner : « Evitez-moi la peine de faire ce 
voyage.» 



FAI 149 



F 



FABULETTES, n. f. plur. — Contes, historiettes, mensonges ; du 
latin fabula. Dans la vieille langue /"rtè/o/?/- avait le sens de fabulari: 
« Or dient et content et fabJoient. » (Auc. et Nicol.) 

FACHEINE, n. f. — Fagot : « Il revient de la forêt avec une 
grosse facheine.)^ Lat. fascina. 

FAIBLE, adj. — S'emploie dans cette loc. : « Tomber faible, » 
défaillir, tomber en faiblesse. 

FAIGNANT, adj. — Fainéant. 

FAIM, n. f. — Envie, désir ardent, mais avec un sens beaucoup 
plus étendu qu'en français ; ex. : « J'ai grand' faim de le voir. — 
J'ai grand' faim d'arriver. s> Une personne ((ui a une soif violente 
dira : « ïdix grand' faim de boire. » Ces façons de parler se trouvent 
dans nos vieux auteurs : 

Or, par le vray Dieu, j'ai grant faim 
De savoir le bled à bon marché. 

R. DE COLLERYE. 

(cT^nt grant faim avoit de rire que à peine il savoit parler. » (C. 

N. N., 67eme.) 

« Mais au dyable des deux s'il avoit faim de boire. » (Ç. N. N., 

390°^^) 

Hélas ! sire, 

Chascun n'a pas si faim de rire, 

Comme vous ne de flagorner. 

Pathelin. 

Molière s'est servi plaisamment de cette expression dans le Ut'iiit 
amoureux, quand il fait dire à Mascarille : 

Je n'ai pas grande faim de mort ni de blessure. 
Et vous ferez le sot tout seul, je vous assure. 



150 FAN 

FAIN, n. m. — Foin. 

En cel ostel moult bien trovèrent 
Très-tout icou qu'il demandèrent, 
Fains, avaines, et moult boins vins. 

Fl. et Blanc. 
Le pré, le champ, et le terroy aussi 
En fein, en grain, eu vandange foisonne. 

Du Bellay, Jeux rustiques. 

FAÎTIR, V. act. — Couvrir le faîte d'une maison. Comp. avec 
l'ancien français /i^'s^^r, mettre un faîte, elrefestir, recouvrir; réparer 
un faîte. Du lat. fastigium. 

FALLE, n. f. — Jabot du dindon ; dans quelques vieux auteurs, 
gosier appliqué à l'espèce humaine : 

C'est ici que je veux sercher 
La pierre philosophale ; 
C'est ici que je veux souffler : 
Mon fourneau, ce sera ma fale. 

J. Le Houx. 

FALLOIR, V. n. imp. — Fut., faura; cond., [aurait. De même 
au fut. et au cond. de vouloir, valoir, la dentale d ne se maintient 
pas devant r. Ex. : vourai, vourais, vaurai, vaurais, formes an- 
ciennes qui se retrouvent à l'origine de notre langue. (V. Burguy, 
II, 105.) 

Demain, s'il plaist à Dieu, partir il nous faura. » (Hug. Capet, 
p. 130.) 

(Pour la chute des dentales à la fin et au milieu des mots, voir 
Diez, Grammaire des Langues romanes, et surtout la remarquable 
introduction de M. G. Paris à la Vie de saint Alexis, page 91 et 
suivantes.) 

FAMAINE, n. f. — Famine. 

Elle alla crier famaine. 
Cheux la foui'mi s'voisaine. 

FAMEUX, adj. — Gros, énorme : « Un fameux homme. — Un 
fameux arbre.» 

FANCHETTE, Fanclion, — nom de fille ; désigne quelquefois une 
femme de mœurs légères comme les mots Caton, Babet, 



FEM ,,j 

FAQUIN, n. m. - Garçon élégant, recherché dans ses vêtements • 
un grand faiseur d'embarras. ' 

FARCE, adj. - Farceur, amusant : « Est-il farce quand il raconte 
ses histoires. » 

FARFOUILLER, v. act. - Fouiller de tous côtés. (Voir Car- 
fouiller.) 

FAUCHILLE, n. f. - Faucille. 

FAUDE, n. f. -- Bûcher qu'on allume pour faire du charbon • 
« Le charbon est fait de bois allumé en une fosse de terre, et estoufîé 
comme entendent ceux (fui ont hanté les charbonnières. . (Paré cité 
par Littré.) Faude est du v. fr.; il est toujours employé par les char- 
bonniers de la forêt d'Eu. Ce mot est dans Marie de France, mais 
avec le sens de parc ou étable. 

D'un Lairon cunte qui ala 

Berbiz embler, que il espia 

Dedenz la faude à un vilain. 

Fab. 28. 

FAUQUE, n. f. — Faux; les paysans qui se piquent de bien parler 
disent fauche. 

Dériv , fauquer, fauqueuxjaucagc et faukeuse, machine à faucher. 

Les gros cultivateurs ont aujourd'hui des faukeuses. 

« Et qui i voet faukier à fauc.y> (Tailliar, cité par Littré.) 

« A Guillaume le Maire, pour avoir faiiqué et lié treize guerbes 

d'avoine....» (Compte de 1447, cité par L. Delisle.) 

FAUTER, V. n. — Commettre une faute. 

FAUTIF, Fautier, adj. — Coupable qui a commis une faute : 
« J'avoue «juc j'ai été fautif dans cette circonstance. ■— Me avez-vous 
trouvé en la confrairie des fauUiers ? Jamais.... « (Rabelais Pant 
111,11.) 

FECHELLE, n. f. — La table d'un pressoir ; lat. fiscdla, panier, 
clayon. 

FEMELER, v. act. — « Arraclier le chanvre femelle, parce que les 
paysans, se trompant, appellent chanvre mâle celui qui porte les 
graines, et femelle, le vrai mâle, qui est stérile à leurs yeux. » 
(Littré.) 



152 FIA 

FÊTEUX, adj. — Celui qui va à la fête d'un village : « Les che- 
mins sont remplis de fêteux.y> 

Il Caressant, qui vous fête : « Un chien bien fêteux. » 

FEU ILLARDS, n. m. plur. — Ramilles d ormes qu'on donne à 
brouter aux' bestiaux ; en fr. , ce mot désigne une branche d'arbre 
quelconque garnie de ses feuilles. 

FERDAINE, n. f. — Fredaine ; de même ferlater, ferluquet, fer- 
donner, fertiller, etc. Par une inconséquence remarquable, on dit 
freiner, defremer ,enfremer . 

FERLAMPER, v. n. — Boire comme un ivrogne: « Il a passé toute 
la journée âferlamper.» 

FERLAMPIER, n. m. — Ivrogne. Ce mot, dit Littré, a signifié 
dans son origine le moine qui avait soin d'allumer les lampes du cou- 
vent, et est pour frère-lampier. Les moines du temps passé avaient la 
réputation d'être excellents buveurs, d'aimer la purée septembrale, 
comme dit Rabelais ; de là le sens bachique donné à ferlampicr. 

FÉRON, n. m. — Fil de laiton. (V. Enféronner.) 

FESSU (N'être pas), loc — Etre mal portant, maladif. 
Au fig., être dans la gêne : « Il n'est pas assez fessu pour que je lui 
prête de l'argent. » 

FEUMÉE, n. f. — Fumée. 

FEUMIER, n. m. — Fumier. 

Je cuidai, fet-il, purchacier 
Ma viande sor ces femier. 

Marie, fab. I. 

L'^muet sonne presque comme la diphthongue eu. 

FEUVETTE, n. f. — Fève de haricot, diminutif, par opposition à 
grosse fève ou fève de marais. On appelle feuvettes à rames les espèces 
grimpantes, et feuvettes à pied, celles qui ne le sont pas. 

FIABLE (N'être pas), loc. — Se dit de quelqu'un qui n'inspire 
pas la confiance : « Ne comptez pas sur cet homme, il n'est pas 
fiable. ï) 



FIE 153 

Corruption du français féal ou du vieux mot fénblp. 
A soyméisme dit : « Je voy cestui fiable. » 

HuG. Ca.pet, p. 218. 
Pas ne mérite au chaste lict gésir 
De celle-là qui tant lui est féable. 

Marot, élég. XX. 

FICHAUT, n. m. — Barreau qui maintient les montants d'une 
chaise . 

FICHELLE, n. f. — Ficelle ; ficheler, etc. 

FICHER rSe), v. réfl. — Tomber ; « Je me suis fiché dans la 
mare. » 

Il S'enfoncer, se cacher : <( Un lapin vient de se ficher dans ces 
h ailiers. » 

Renarz Foi, si torne en fuie, 
Tant qu'en sa taisnière se fiche. 

Renart. 

Il Ficher le camp, loc. Partir, décamper au plus vite. 

FIER, adj. — Irascible, prompt à s'emporter. On dit que les 
mouches sont fières, lorsque par un temps chaud, elles tourmentent 
les bestiaux. Vent fifr, violent. D'oij fièrement, avec le sens de 
beaucoup, extrêmement : « Cet homme est fièrement bon. — Il est 
fièrement bête. » 

On remarquera que notre mot fier a gardé le sens du latin férus 
dont il dérive. 

Il Faire son fier, loc. Faire le lier, l'important. 

FIÉRIR, V. n. — Se mettre en colère ; au fig., le vent commence 
à fiérir. 

FIÉROT, adj. — Diminutif de fier : « El fui tiendra du père, il est 
déjà fiérot. » 

FIEU, Fin. n. m. — Fils ; « Ne demoura puis gaires (|u'il fii 
mors, et Phelippes ses fins fu (|uens de Flandre. (Chron. d'Enuml, 
p. 22.) 

Sire, fait-il, i)or Diu merci, 
Fius de roi sui, je vous afi. 

Fjl. kt Blanc. 



154 FIS 

« Par ma foy, nos jieulz, j'aimerois mieulx voir un bon et gras 
oison en broche. » (Rab., IV, II.) 
Fins est le latin filius avec chute de la consonne médiale. 

FIFINE, n. prop. — Se dit particulièrement pour Joséphine. 

FIN, adj. — Au féminin fe'me. Ce mot s'emploie comme adverbe 
et exprime le plus haut degré : « Il est fin bête. — Cette femme est 
une feine menteuse.» 

Aller fin bien, fin mal, loc. Etre très-bien ou très-mal portant : 
« Etre tout fin seul, tout fin prêt, » tout -à-fait seul, entièrement 
prêt. 

La dame estoit si fine belle 

Roman de Couci, v. 6176. 

Regardez mon cœur qui se pasme, 
Qui est tout finprêt de finer. 

A. Chartier, dans La Curne. 

En plainctz piteux, j'exibe ma science 
Quand j'ay fin froit 

R. DE COLLERYE, p. 215. 

«Jamais, jamais, ^i^x grand fin jamais. » (Rabelais, t. 1"'^, 560. 

FINI, part, passé. — Même sens que le précédent ; ex. : « C'est 
un fini polisson, une finie menteuse.» 

Fait au féminin finite, dans le sens à' achevée : « Notre journée est 
finite. » 

FIQUE-EN-GUL, n. m. — Jeu d'enfant. Gela consiste à ficher en 
terre un bâton pointu par un bout; celai qui manque son coup est 
poursuivi par les autres enfants qui cherchent à le piquer où vous 
savez bien, jusqu'à ce qu'il ait réussi à planter en terre son bâton. 
Inutile dédire que ce jeu est la ruine des fonds de culottes. 

FIQUERON, n. m. — Engin de pèche ; petit bâton qu'on enfonce 
dans la rivière, près du bord, et qui mainlieiit une cordée ou une 
pile. 

FISÉE, n. f. — Petite planchette ou bâton qu'on place en travers 
sur les solives pour recevoir l'aire d'un grenier en terre ; doit être 
une corruption de fuseau ; v. fr. fuissel. 



FLE 155 

FISÉE (Poires de). — Espèce de poires avec lesquels on fait des 
confitures. 

FLABIN, n. m. — Rapporteur, flatteur, hypocrite. 

FLAIE, n. f. — Espèce de poisson plat qui ressemble beaucoup à 
la limande. Littré donne flet et fiez. 

FLAIR, n. m. — Mauvaise odeur : « Il faut jeter cette viande, elle 
a du flair. 

FLAIRONNER. v. act. -- Examiner curieusement, en mauvaise 
part : Se mêler des affaires d'autrui, comme flairer dans cet exemple. 
« il flaire partout, il s'entremet de toutes choses. » (Oudin, Curios, 
fr-) 

Il Fréquentatif de flairer, au propre : « Ce chien est toujours à 
flaironner, » 

FLAQUER, V. n. — Clapoter : « L'eân flaque dans mes souliers.» 

L'un oonte comme il sent flaquer dans sa semelle 
L'eau du marais qui fait que la plante lui gelle. 

Gauchet, la Darue. 

On dit encore flouqner ; onomatopée. 

FLAQUET, n. m. — Petite flaque d'eau. 

FLAYET, Flaïet, n. m. — Fléau, instrument à battre le grain. 
Comp. avec le v. fr. flael, flaiel. 

FLATTER, v. n. — Faire le capon auprès du maître, dénoncer ses 
camarades (^tcrme d'écolier). 

FLAUBER, V. act. — Battre, accabler de coups ; d'où flaubée ; 
« Donner une flaubée à (juelqu'un.» 

Au fig., tromper, attraper : « Ne faites pas d'affaires avec lui, il 
vous flaubera. » 

FLÈME, n. f. — Paresse; v. fr. fleume ; flegme, lequel dérive du 
grec (fii-^ii.%, proprement ce qui est brûlé, ce qui n'a plus di' vertu. (V. 
Littré.) 

FLEUR-DE-MAI, Fleur-de-Moi, n. f. — Petite iiomme blanche à 
couteau^ précoce. 



156 FOI 

FLEURETTE, n. f. — Crème excellente qu'on recueille lorsque le 
lait a séjourné douze heures dans la jatte. 

FLIQUE, n. f. — Morceau de pain, de viande : « Donne au kien 
une boène flique de pain. « Du h. ail. flkk, fleck ; en fr. flèche de 
lard : « On appelle penans en gresse fliches de bacon sans os.» (Liv. 
des Met. d'Et. Boileau.) 

Ha ! rikece, por qoi nos triches ? 
Ke plus as bacons, plus tols fliches. 

Stances sur la Mort, XLI. 

FLOTTER, V. n. — Mettre l'eau dans les prés : «Certains cultiva- 
teurs ont droit de faire flotter en toute saison.» 

Dériv. flottage, action de flotter et flottaison, époque où l'on fait 
flotter. 

FLUXIA, n. m. — Fuchsia. Nos campagnards dénaturent ce mot 
parce qu'ils ne savent pas que cet'e plante tire son nom du botaniste 
bavarois Fusch, mort en 1565. Le paysan, qui ne connaît ni l'étymo- 
logie ni l'orthographe, n'obéit en parlant qu'à ces deux seules règles, 
la tradition ou le sentiment de l'harmonie. Il dira : aréostat pour 
aérostat, Veau d'ânon au lieu de laudanum, romatique ou romatisse 
au lieu de rhumatisme. C'est aux mots tiri'S des langues étrangères 
qu'il fait surtout subir les plus étranges métamorphoses, Citons comme 
exemple le substantif c/iOMcroMfe. Dans plus d'un auteur ancien, entre 
autres dans Rutebeuf, on trouve Nicole pour Lincoln , ville d'Angle- 
terre. 

FOËNE ou Foine, n. f. — Fouine, instrument de pêche. 

Et foines dont l'en prent anguilles. 

Dict des Fèvres, dans Jubinal. 

FOIGNARD, n. m. — Rôdeur ; celui qui tourne autour de vous 
comme une fouine pour épier et saisir le moment de dérober quelque 
chose. Comme étym.. Du Méril propose le grec tpovto?, assassin. N'est- 
pas chercher bien loin ? 

Grongnars, fongnars, hongnars, je prive, 

Les biens leur sont mal employez. 

R. DE COLLERYE. 

FOIGNER, V. n. — Rôder ça et là comme une fouine qui cherche 



FON 157 

sa proie ; en genevois fouiner. En rouclii, fouguer signifie fouillfr la 
terre ; dans Rab. fouger : « Ce que faisans, semblent es coquins da 
village qui fougent. etc.» (Rab., Pont., 11^ 34.) 

FOIRER, V. n. — Aller à la foire; courir les foires. D'où les 
foireux, les gens de la foire : C'est ainsi que de fête on a formé 
fêtetix. Dans lancienne langue, foirer signifiait chômer, être en fête, 
du latin feriari. 

FOIRIÈRE, Forière, n. f. — Lisière, extrémité d'une pièce de 
terre sur laquelle les chevaux tournent au^bout de chaque sillon, afin 
de ne pas piétiner le champ voisin ; faire forière , c'est labourer de 
manière à respecter le champ d'autrui, à se tenir en dehors, foras. 
Littré assimile ce mot à fourrière avec lequel il n'a aucune analogie 
ni pour l'origine ni pour le sens. Les paysans ne confondent jamais 
ces deux mots ; ils disent : Mener un animal en fourrière et non en 
foirière. 

Au moyen-âge, les fourières ou forières étaient des sentiers à 
l'usage des propriétaires qui avaient sur l'héritage voisin des droits 
de passage. 

FOIS, n. f. — Loc. part., une fois que = quand, lorsque; des fois 
répété — tantôt ; il y a des fois = souvent. Ex. : « Une fois qu'il est 
en train de travailler, ça marche. — Semer tard, des fois ça réussit, 
des fois ça ne réussit pas. — If g a des fois que je vous ai prévenu.» 

FONCÉ, adj. — Accompli, en mauvaise part ; « Un foncé grediu, 
un foncé voleur, » un voleur (jui connaît à fond son métier. 

FONCET, n. m. — Petite cheville ({ui sert à boucher le trou fait à 
une futaille pour en tirer du cidre. En fr. fausset et fancet. 

FONÇU, adjectif. — Creux; se dit d'un vase, d'un plat, d'une 
assiette. 

FONDRILLES. n. f. plur. — Ce qui reste au /b/j(/ d'une bouteille; 
par extension, la lie d'un tonneau, le sédiment d'une liqueur quel- 
conque. 

FONDU, part, passé. — Dépensé, perdu : « 11 avait de l'argent, 
mais tout esl/'o/u/w. — Je ne puis retrouver mon couteau; encore un 
de fondu.» 



1S8 FOU 

FORBU, p. passé. — Fourbu. Certains chevaux tombent forbus si 
on ne leur donne rien à manger ou à boire à l'endroit oîi ils s'arrêtent 
habituellement. De même un brave honnne revient chez lui forbu, 
quand on ne lui a rien offert dans une maison où il s'attendait à se 
bien décrotter les mandibules, 

FORCIR, V. n. — Devenir fort, en parlant d'un enfant ; verbe 
formé comme noircir, grossir, durcir, grandir ; se dit également des 
arbres, des animaux. 

FORT, n. m. — Creux profondément enfoncé sous la rive où se 
réfugient les plus grosses truites ; extension du mot fort, repaire de 
bête sauvage. 

FORTUNÉ, adj. — Riche : « Dans la logique du peuple, un homme 
fortuné est nécessairement un homme riche; c'est un barbarisme très- 
commun dans la langue, et qui provient d'une erreur très-commune 
dans la morale. » (Ch. Nodier.) 

FOUAILLÉE, n. f. — Correction donnée avec le fouet. 

FOUAILLER, v. act. — Cingler. On dit que la pluie, le vent vous 
fouaille le visage, 

FOUÉE, n. f. — Flambée; faire une bonne fouée, un bon feu. 
Ronsard a employé les mots fouer et fouement. 

FOUILLOUSSE, n. f. — Poche : « Il arrapait l'un par les jambes, 
l'autre par la besace, l'autre par la fouillousse.... (Rabelais.) Du fr. 
fouiller. 

FOURCÉE, n. f. — Portée d'un animal, et particulièrement de la 
truie. 

FOURCINER, V. act. — Dériv. du précédent; mettre bas. 

FOURNAGUER, v. n. — Fouiller de tous côtés, examiner cu- 
rieusement : t Un voleur fournague partout.» (Y.Naguer.) 

FOURQUE, n. f. — Fourche, de furca ; dériv fourku, fourquer, 
fourquette, fourche de bois qui sert aux faneurs; enfourquer, dé four- 
quer, fourque-file qui a le même sens que fourche-fière dans La 
Fontaine. (Liv. IV, 16.) 



FRi im 

Se Hervieu est vaincus, as fourqiies le pendes. 

Gui dk Na.ntklil, v. 410. 

FOURQUES, u. f. plur. — Enlro-deux des jambes : « Donner à 
quelqu'un un coup de pied dans les fourques. n On dit aussi, mais 
plus rarement, fourquet, n. masc. 

FOUTRE, V. act. — Mot grossier dont on abuse à la campagne, 
parce qu'on ne le comprend pas. Il a un sens très-étendu, et l'on s'en 
sert fort innocemment. Ex. : « Il m'a foutu un coup de poing. — Il 
a tout foutu par terre, » etc. 

a C'est un homme foutu, » un homme ruine, perdu sans res- 
source. 

On emploie tout aussi naïvement : 

Foutre ! Juron, 

Jean- foutre, mauvais drôle, homme qui ne mérite aucune confiance, 
qui ne lient pas sa parole. 

Foutre le camj), s'en aller, déguerpir au plus vite. 

Ces expressions à l'origine n'avaient rien de grossier. (V. Génin^ 
R.P., II, 153.) 

FRAINE, n. 1". — Farine. 

FRANQUETTE (A la honne), loc. — Simplement, franchement, 
sans fac.'un. 

FRÊLER, v. act. — Feler. Je rattacherais volontiers fréter k 
frêle. 

FRÉMIR, Frémiller, v. n. — Se dit de l'eau qui commence à 
bouillir. 

FRÉREUX, adj. — Germain : « Ils cstoient cousinz frareux, l'une 
fille dudit roy, et l'autre filz de son frère. » ( Citron, normande, 
p. 402.) 

FREULER, v. act. — Frôler. 

FRIGOUSSE, n. f. — Repas, apprêts d'un repas : « Faire la fri- 
gousse. » Frigousser, v. n., faire un bon repas, se repousser Irs côtes 
en dehors, pour parler comme les paysans. 

FRIMOUSE, Frimousse, n. f. — Vilaine figure, visage laid : « Ne 



160 FRU 

v'ià-t-i pas un' belle frimousse, poar faire dés embarras I » Du v. fr. 
frunie, frime, mine, grimace, et mouse. (V. ce dernier mot.) 

FRIOLER, V. n. — Avoir grande envie de : « l friole qu'on l'in- 
vite à dîner. — Voilà un mets qui répand une si bonne odeur qu'on 
en friole. » 

FROMAGE-MO, n. masc. — Fromage nouveau délayé dans la 
crème. 

Que menguent donc vostre moine ? — 
Jel vos dirai sans nule essoine, 
Ne menguent fi^omages mos. 
Mais poisson qui est cras et gros. 

Renart, V. 1009. 

FROMILLER, v. n. — Fourmiller ; de même fromillon, fourmi, 
et fromillière, fourmilière. ' 

D'un Grésillon dist la menière 
Qui dusqu'à une fromiéére 
El tans d'yvers esteit aiez. 

Marie, Fab. 19. 

Il Avoir des fromillons, loc. Ressentir un picotement comme si des 
fourmis vous couraient sur le corps. 

FROUETTE, n. f. — Miette de pain : « Jeter des frouettes aux 
moineaux. » Pour l'étym., v. Effrouer. 

FROU-FROU (Mam'selle). — Jeune fdle glorieuse de ses beaux 
atours, et qui marche en faisant bruire sa robe de soie. 

FROUMI, n. f. — Fourmi. 

Dormi longtemps ont en leur frommiêt'e 
Sans eux mouvoir li froiimi remuant. 

E. Desch., Bail. 

FRUITAOE, n. masc. — Toute sorte de fruits bons à manger : 
« Aimer les fruitages, vivre de fruitage, « ce sont des locutions qui 
ne sont pas près de se perdre à la campagne. 

Le pommier qui porte bon fructage. 

Vaut mieux que cil qui ne porte que fleurs. 

Marot, Ch. Nuptial. 



FUR iOl 

Liltré donne ce mot qui n'est plus dans le Dict. de rAcadi-mic. 

FU, n, m. — Feu. Ainsi se prononcent ju, piu, lin, jeu, pieu, 
lieu. 

El fu le gete ki est graus enbrasc's. 

Ai.iscANS, V. 4378. 

Qui le baptesme refusoit 
Ne en Diu croire ne voloit, 
Floire les faisoit escorchier, 
Ardoir en fit ou destranchier. 

Floire et Blanx. 

FU D'OR. — Feu d'or. La veille de la fête de saint Jean-Baptiste, 
il a été longtemps d'usage dans nos villages et dans les plus petits 
hameaux de la Vallée (cette coutume existe encore en plusieurs en- 
droits) d'allumer, a la nuit tombante, un feu de joie : c'est ce qu'on 
appelle le fu d'or. Chaque habitant apporte qui un fagots ((ui un bâton, 
au bûcher autour duquel on danse; après (juoi chacun enq)(jrle un 
tison comme préservatif de la foudre. 

Fn tournoyant autour du feu, on chante ou plutôt on liurii' en 
chœur : 

Ceux qui n'apportent pas 

Des branques, du bos à tas, 

Au fu d'or allumé 

Auront le cul brûlé. 

A Béthencourt, par une exception assez rare, on allume le fru d'cv 
la veille de l'Assomption. 

FUIlOLE,.n. f.— Feu follet; dans Littré, furollf. On croit que hs 
furolcs se plaisent à égarer les voyageurs, mais qu'il sullil, piuir 
échapper h leur inlluence, de mettre un couteau en terre, la pointe 
en haut : La furule vient danser dessus, et l'on peut continuer sa 
route sans crainte. On assure que le couteau reste couvert du sang 
àtih furole. (Decorde, Ouv.cité.) Fn Picardie, le feu fullet s'aiipelli' 
fofa (faux -feu.) 



162 GAI 



G 



GABEGIE, n. f. — Tumulte, désordre, gaspillage. Etym. probable, 
gabei\ 

GABELOU, n. m. — Employé de la gabelle ; terme de dénigre- 
ment. 

GABILLER, v. act. — Gaspiller : « Un gahilleux de biens, » un 
prodigue. 

GADES, n. f. plur. — Groseilles rouges; gardes est plus usité. 
Gaddles se dit dans l'Ouest; il y a à Sainte-Adresse (Havre), la rue 
des Gadelles. 

GAFFÉE, n. f. — Morsure de chien ; de gaffe, croc dont se servent 
les pêcheurs. 

GAI, n. m. — Geai. On connaît une chanson de geste qui a pour 
titre Gaydon, ou le chevalier au geai. 

En un leu avoit rossignaus, 
En Fautre gais et estourniaus. 

Rose, v. 650. 

« Des contrées du Levant advola grand nombre de </a^s d'un cousté 
grand nombre de pies de l'autre.» (Rab., IV, prol.) 

Alors le ^ay jazard et la jjie criarde 

Volants viennent au bruit 

Gauchet, la Pipée. 

On trouve ce mot jusque dans Régnier (XVtlorae siècle.) 

Je trouve 

Une cliauve-souris, la carcasse d'un gai/. 
De la gresse de loup et du beurre de may. 

Sat. XI. 
Un biau gai, un homme laid. 



GAL 163 

GAIGNAGE, n. m. — Gain, profit qu'on retire de son travail ou 
d'un marché : ' Je n'ai pas l'ail un gros gaigaage en vendant mon 
cheval.» 

Bon gaignage fait bon potage. 

Gab. Mkurier, Sentences. 

On appelle particulièrement gaignage le nombre de gerbes de blé, 
d'avoine, etc., qui revient à chaque moissonneur pour prix de son 
travail. Etym., vaanaginm gainagittm, [injduit des terres en labour. 
Gaengnable, gaingnable, adj., voulait dire autrefois labourable ; gai- 
gnage champ ensemencé, et gaaignier (^uo les paysans prononcent 
encore gaingnier signifiait labourer. 

La terre est morte e essillie, 
N'est arée ne gaaignée. 

Benoît, Chron. de Norm., v. 4901. 

GALAFRE, Gouliafre, Goulafre, n. m. — Gourmand, grand man- 
geur. On dit aussi galifre, qui appartient à l'ancienne langue. G. de 
Coinsy [Miracles de la Vierge) donne au diable le nom de goulafre, 
et dans Rabelais, Galafre est un des géants, ancêtres de Pantagruel. 

Etym. goule, du latin gula. 

« La cité de Marceille, gardée de rigueureuse justice, ne soufTre 
nullement que gouliars de bouche, aporlans paroles vagues, entrent 
à leurs mengiers. » (Christ, do Pisan, Lie. des fais du sage roij 
Charles.) 

Que les temps sont changés ! 

GALAPIAS, n. m. — Galopin, enfant malpropre ; peut-Cire Ai' gale 
et de pian (peau.) 

GALIBIER. n. ni. — Polisson, vaurien. 

GALINÉE, n. f. — (Jiiantité de grain (juc peuvent contenir les deux 
mains réunîtes : « Donnez à mon clieval une galinée d'avoine. "Conip. 
avec le v. fr. jalogs, galloie, galon, mesmx'. de capacité. (\. L.Delisle, 
Ouv. cité, p. 5Go.) 

GALOCHER, v. n. — Faire du bruit en marcliant avec des 
galoches; dériv., galochard. Loc. prov. : « Je vous vois venir avec 
vos grosses galoches, » je vois de loin vos malices. 

GALONNER (Se), v. réil. — Se gratter cuiiiuiesi l'on avait \\ gale 



164 G AN 

ou des poux, Galonnier, ère, adj., enfant qui ne cesse pas de se gratter 
la tète. 

GALVAUDER, v. act. — Menacer, presser vivement : « Ils ne tra- 
vaillent pas vos gens, il faut les galvauder . n 

Il Frapper, battre : n Galvaudez-moi ce galihier là. y> 

GAMBE, n. f. — Jambe. Nous avons en fr. gambader, ingambe ; 
étym., gamba, jarret : « Post quod admonitus injuria, tollit altius 
crura, et in flexione geniculorum aùj ue gumbàrmu molliter vehit. » 
(Vegetius, lib. \, de equo.) 

Li destres est e curanz et aates : 
Piez ad copiez e les gambes ad plates. 

Ch. de Roland. 

a Biax estoit et gens et grans et bien tailliés de gaabesct de pies et 
de cors et de bras. » (Auc. et Nicol.) 

«Nous aurons des pieds de cbapon à la fricassée, gésiers du civé, 
gambes de cabre à la sauce verte.» (Noël du Fail.) 

Robert, duc de Normandie, dit Courte-Heuse, avait encore le sobri- 
quet de Gambaron ; enfin les noms de famille Gambier, Legambier, 
Gambet sont assez communs cbez nous. 

En V. fr.^ on appelait ^awiisow un vêtement ou espèce d'armure 
qui protégeait les jambes : 

A ces paroles, li vavassors s'arma 
D'un gambîson viex, enfumé qu'il a. 

Gaydon, V. 2.386. 

GAMBETTE, n. f. -— Soutien du linteau d'une cheminée. 

GAMBIER, n. m. — Traverse de bois où le boucher suspend par 
les pattes les betes qu'il a tuées, et le chasseur son gibier : « Je ne 
suis pas content, médisait un braconnier, lorsque je n'ai pas un lièvre 
à mon gatnbier. » 

GAMBILLONNER, v. n. — Remuer les jambes continuellement. 
Gambillard, gambillionnier , adj. Celui qui ne peut pas tenir en place, 
etc. 

GANCIR, V. réfl. — Se dit du bois qui se pourrit par l'humidité. 

GANNE, adj.— Jaune. On dit en parlant d'une vieille fille : «Elle 



GAR IQg 

commence à avoir les pieds garnies ; elle restera pour coiiïer sainte 
Catherine.» 

GAQUIERE. n. i". — Jachère; du has-latin gascaria (Xlleme 
siècle), ou de jacere, jacitura, selon Du Méril. 

Mort l'abaty a tiere delez une guesquière. 

HiG. Capet, p. 151. 

GARCHON, n. m. — Garçon. Dériv. garchonnière , fille qui fré- 
quente les garçons ; coureuse. 

Il Garchonnaille, n. f. Les garçons, en mauvaise part : « Et s'en 
allans dormir les satrapes, il (Jésus) demeura entre les mains de 
leurs garsonnailles (valets.)» (Oliv. Maillard, Passion de N. -S - 
J.-C.) 

GARDE-MAHONS, n. m. — Gardc-messier ; s'emploie ironique- 
ment. (V. Mahoïi.) 

GARDIN, n. m. — Jardin ; bas-lat. gardiiium ; angl. garden ; 
ail. garten. On comprend difficilement aujourd'hui qu'un savant tel 
que Henri Estienne ait été chercher l'origine de ce mol dans le verbe 
àp(ÎEûêiv, arroser. 

Fols est ki sour chcmiu 
Comence soun gardin. 

L. DK LiNCY, prov. 

« Nicolete jut une nuit en son lit.... et si oï le lorseinol center en 
garding. » (Auc. etNicol.) 

Dériv., gardiner, gardinicr ; Angl. to garden, gnrdiner. 

Comp. encore gardin avec l'irlandais gort, gàradli, et le kymriquo 
gardd, qui ne paraissent pas empruntés au germanique. (V. Piclet, 
Orig. Indo-Europ. , II, p. 26o.) 

GARET, n. m. — Jarret. 

Prcus, let la reine cel filet, 
S'cl lie fort à ton gairef. 

i\lARiK, Fab. 3. 

Du bret. gâr, garr, auquel on rattache encore le français garrot. 

GARGANTUA, n. ni. — Localité, près de Grandcourt. Dans \o 
pays de Bray, un autre endroit se nomme : Le Pas-diiCheval-de- 



166 GAU 

Gargantua. Qui nous dira l'humble village où ne sont pas connus les 
héros de Rabelais ? 

GARGOUILLOT, n. m. — Sobriquet que l'on donne à ceux qui ont 
la prononciation embarrassée. De gargouiller ({\n a s'igniûé bredotiiller ; 

exemple : 

Il s'en va : comment il guargouille ? 
Mais que dyable est-ce qu'il barbouille ? 

Pathelin. 

GARILLE, n. f. — Jambe. Garlgn^r, garilkr, remuer continuel- 
lement les jambes; garignard, adj. 

GARTIER, n. m. — Jarretière : « Dès mercredy derrain passé je 
ne vey mon ami Joliet, pour ce que ce mesme jour je perdy mon 
gartier en la rue. » {Ev. des Quenouilles.) 

Aujourd'hui encore, plus d'une jeune paysanne pâlit à la pensée 
que son amoureux se dédit, parce qu'elle perd sa jarretière. 

Rabelais s'est servi àejartiers : « Aucuns des moinetons empor- 
tèrent les enseignes et guidons en leurs chambres pour en faire des 
jartiers.» Etym., garter, en anglais. 

GAS, n. m. — Gars : « Un bon, un mauvais gas. » 

GATE, n. f. — Jatte. Gâtée, le contenu d'une jatte. Diminutif, 
ga teint. 

Il Gatelette, nom de lieu cité dans un enfoncement. 
Une grande gâte demeuda. 
Sur une taule l'adenta. 

Marie, Fab. 46. 
Si 1 a marchéanz de lin.... 
Hôtes, et vanz et escueles, 
Et de gâtes et de foisselles. 

Le Dit des Marchands. 

GATIAU, n. m. — Gâteau. 

GAUGUIER, n. m. — Sorte de noyer, arbre qui produit les grosses 
nuix appelées gangues ; v. fr. gauge : « Et avoit les mameleltes dures 
qui li sûulevoient sa vesleure ausi com ce fuissent .ii. nois gauges. » 
(Auc. et Nicol.) 

« Je vous dy pour conclusion, que, se une femme veut que son 



GER 167 

mary ou amy l'aime fort, elle lui doit mettre une feuille de gauguier, 
cueillie la nuit saint Jehan tandis qu'on sonne nonne, en son soûler 
du pied senestre. » {Ev. des Quenouilles.) 

GAVE, Gaviau, Gavion. — Gosier; jabot des oiseaux. Gaviauel 
gavion sont du genre masc. 

Il Grand-gavion, gourmand, ivrogne. 

GAVEE, n. f. — Usité dans cette locution : «S'en donner une 
gavée, » manger avec excès, s'empiffrer. 

GAVELLE, n. f. — Javelle ; d'oii gaveler, mettre en javelles. Du 
V. ail. fjiiuffel, selon Du Méril. 
L. Delisle cite gavella que l'on trouve dans Fleta, liv. II, ch. 81. 

GAVE-ROUGE, n. f. — Rouge-gorge. (V. Maribrait.) 

GAZON, n. m. — Crachat ; à'olx gazonner, cracher souvent. 

GAZOUILLER, v. act. — Bavarder à tort et à travers : « Aussi 
n'est-ce grande chose de feuHleter les livres, de gazouiller et caqueter 
en une chaire de la chirurgie. » (Paré, dans Littré.) 

Il Bredouiller, bégayer ; d'oi!i gazouillard, gazouilleux : « Que 
gazouillard ! on n'entend mie ce qu'i dit ! » 

GENDARMES, n. m. plur.— - Fleurs de vin, flocons de moisissure ; 
usité également dans le centre de la France, (V. Jaubert.) 

GENISSARD, n. m. — Génisse de un à deux ans. On dit encore 
génisson, géaickoii, j'iiickon. 

Il met gresser ses bœufs et tendres génissons, 

Gauchkt. 

GENOIVRE, n. m. — Genièvre. 

GERGON. II. m. — Jargon, bavardage ; « Tu nous étourdis tous 
avec [on gergon.n Babil des enfants, ramage des oiseaux. 

he gergo7i des oiseaux, seurs hôtes de nos haies. 
Font retentir Fécho qui loge en nos fustaies. 

Gauchet. 

GERGONNER. v. n. — Jargonncr ; commencer à parler : « Cet 
enfant commence à gcrgonner. » 



168 GIG 

Il eut un oncle Lymosin, 
Qui fut frère de sa belle ante : 
C'est ce qui le fait, je me vante, 
Geryonner en lymosinois. 

Pathelin. 

GERNE, n. m. -— Germe : « Un biau gerne, » un homme laid, par 
ironie. 

GERNER, V. n. — Germer. Laisser gerner,id\VQ attendre long- 
temps quelqu'un ; en d'autres termes, lui donner le temps de prendre 
racine . 

GESTES, n. m. plur. — Faux semblants, ^prétentions ridicules : 
« Quelle brimbelle ! fait-elle assez de gestes ? » 

« Sa mère, en haussant les épaules, prétendait que tout cela c'était 
des gestes. » (Flaubert, il/^e Bovary.) 

GIBONNER, V. n. — S'agiter, remuer sans cesse : « Quel enfant I 
il gibonne tellement la nuit, que son lit est tout défait. » Dériv. gibon- 
nier, ère, adj, de gibo)i, jambe, usité jadis. 

J'ai les ffibons si bien harquebutais. 

Muse normande. 
Le poitevin a giber, ruer. 

GIBOYEUX, adj. — Se dit d'un homme qui court les femmes ; 
« Le père Martin commence à vieillir, mais il est encore giboyeux. » 

GIGNIAU, n. m. — Genêt. On dit aussi baliot, parce que l'on fait 
des balais avec les branches de cet arbuste. En breton, balan signifie 
genêt . 

Le bois du genêt est très -recherché pour faire des faussets ; d'où 
cette locution : « Tirer à ch'foncet à'gigniau, » tirer au meilleur 
cidre. 

GIGUE, n. f. — Longue jambe, dans le fr. populaire. En patois, 
grande-gigue, grande-giguasse sont des épithètes qui qualifient une 
personne de haute-taille, dont lee jambes sont aussi longues que celles 
des chevaux des ballades allemandes. Dans nos vieux auteurs, gigue, 
comme grande-gigue, désigne une grande fille maigre, 

GIGUER, V. n. — Ruer; de gigue, jambe. 



GLO 169 

GÎTE, n. m. — Lit; d'où giter, coucher : « Il est l'heure àe gîter 
ou de mener au gîte tous ces cnfants-là . » Se giter, se coucher. 

GLACHE, n. f. — Glace; dériv. glacher, glachon. 

GLAINE, n. f. — Poule ; du latin gcdlina, usité particulièrement 
en Picardie. 

GLAINE, n. f. — Glane; dériv. glainer, glaineux, glainage. 
Par eux est perpétré le monstrueux carnage 
Qui, de quinze ans entiers aiant fait les moissons 
Des Français, fflote encor le r^ste en cent façons. 

D'AuBKiNÉ, Trac/. 
« Le premier jour de la moisson, on forme une ^/«/«e d'épis choisis, 
artistement disposés et ornés de lleurs et de rubans de soie. Les mois- 
sonneurs se réunissent en corps pour offrir cette glaine ii la fermière ; 
celui ou celle qui la présente débite un petit compliment; après ([uoi, 
on arrose la fête avecqueKjues pots de gros cidre. » (Decorde, Ouv. cite.) 

GLAGEUX. n. m. — Glaïeul : «Le loutre gist en fort pays de gla- 
geiix.)^ (Cité par Littré, XlVeme siècle.) 

Cliil furent enbusquict en ros et en glacheus. 

HuG. Capkt, 8. 

GLEUMER, V. act. — Humer; glnimerun œuf, l'avaler tout cru. 

GLORIEUSETÉ. n. f. — Gloriole, vamté, amour de la toilette. 

GLORIEUX, euse, adj. — Celui, celle qui aime la iiarure ; se 
prend toujours en bonne part. On dit aussi qu'un ouvrier est glorieux 
de son ouvrage, quand il le fait avec soin. 

GLOUT, Glot, adj, — Avare : « Pierre n'est pas gloiit d'une bêtise, » 
Pierre aime à dire des bêtises, il n'en est pas avare. Dans l'ancienne 
langue, gloid était un terme injurieux qui n'avait pas de signilication 
bien précise : 

Tais, fflos, (li.st Karles, tu .soies maléois ! 

Gaydon, V. 492. 

Mais on le trouve cependant avec le sens d'avare: 

Gloits nicvt jti saous, plus a plus veut. 

L. Dii Li.NCY, Prov. XIII""'' siècle. 



170 GOD 

Glout a tout, ou il perd tout. 

L. DE LiNCY, Prov., XVeins siècle. 

Glot d'œuf, celui ou celle qui est avare d'un œuf. Lorsque quel- 
qu'un porte des œufs dans un panier, il arrive souvent qu'on le défie, 
en criant : « Glot d'œuf ! » Alors pour montrer qu'on ne tient pas à 
un œuf, qu'on n'en est pas glout, on le jette sur celui qui vous pro- 
voque. 

GLOUTIR (Se), v. réfl.— Se blottir; prendre la fuite en s'effacant 
le plus possible : « Un lapin s'est glouti dans cette pièce de trèfle. » 

GLUIACHE, n. f. — Paille de seigle qui ne peut servir à faire des 
liens, et qu'on donne à manger aux bestiaux ; autrefois gluijons : 
Item, à Perreaet Marchant, 
Luy laisse trois ghiyons de feurre, 
Pour étendre dessus la terre 
Et faire Tamoureux mestier. 

Villon. 

Le bibliophile Jacob semble n'avoir pas compris ce mot. Villon, dit- 
il, appelle gluijons de vieilles nattes gluantes d'ordure et de malpro- 
preté. — Il n'y a aucun rapport entre glu et glui. Une botte de paille 
n'est pas une natte. 

GLUIER, V. act. — Trier dans une gerbe de seigle battu les plus 
belles tiges pour faire des liens ; du fr. glui. 

GLUYANT, adj. — Gluant. 

Adventuriers qui gluyanf.es les mains 
Ont comme colle 

J. Marot. 

GNOGNOTE, n. f. — Un rien, une bagatelle : « Tout ce que vous 
me dites-là, c'est de la gnognote ou des gnognotes. » 

GOBE, u. f. ' — Grosse bouchée : « Il avale des gobes de viande à 
s'étouffer. » L'anglais gob, bouchée, est un mot normand. 

GOBIER, n. m. — Niais, imbécile ; espèce de gobe-mouches ; est 
toujours accompagné de l'adjectif grand : « Quel grand gobier ! » 

GODARD, n. propre. — « Servez Godard, sa femme est en cou- 
ches. » Proverbe très-usité et dont on donne différentes explications. 



GOS 171 

Selon Oudin {Cur. fr., p. 142 et 251), c'est une façon déparier 
vulgaire pour refuser quelque chose à un impertinent qui se veut 
faire servir en maistre, ou bien à un impatient. 

Selon d'autres (Corblet, Decorde), ce dicton vient do ce que, dans 
plusieurs provinces, le mari d'une femme en couches se mettait au lit 
pour recevoir les visites de ses parents, et prenait ainsi ses aises pen- 
dant plusieurs jours. 

Cette explication est la plus vraisemblable. Notre proverbe rappelle 
une vieille coutume mentionnée par le géographe Strabon qui dit que 
chez les Ibériens du Nord de l'Espagne, les femmes, après la naissance 
d'un enfant, soignent leurs maris, les faisant mettre au lit au lieu de 
s'y mettre elles-mêmes. Coutume absurbe, « qu'on a pu suivre pen- 
dant plus de dix-huit cents ans et retrouver dans les parties du monde 
les plus éloignées des unes des autres, dans la Chine occidentale, sur 
les bords de la Mer Noire, en Corse, en Espagne, etc. » (Voir Max 
MuUer, Essais sur la Mylh. comparée.) 

Dans le conte à'Ancassln et Nicolette, il est fait allusion à cet usage : 
« Il (Aiicassin) demande ù li Rois estoit, et on li dist fjuil gissoit 
d'enfant. — E ù est dont se femme ? — Et on li dist qu'ele est en 
lost, et si i avoit mené tox cias du pais. » (p. 290.) 

GODICHE, adj. — Nigaud, sot ; selon Schclor et Littré, c'est une 
forme populaire de claude, niais, imbécile. Lorsque quelqu'un ne 
comprend pas une question et répond tout de travers, on manque 
rarement de lui citer ce bout de conversation : « Bonjour, Claude. — 
Monsieur, je fauque. — Comment te portes-tu? — Je gagne un 
écu. » 

GOGNER, V. act. — Epier, regarder du coin de WvW, limis oculis, 
et par extension, loucher : « Rotire-toi, je n'aime pas qu'on gi^'jne 
tout ce que je fais.» 

Gogneux, eusc, adj. Celui, celle (jui a les yeux louches. 

GOMME, n. m. — « Dwfiomme arabique. » 

GORGETTE, n. f. — Gorgerelle, de même chauff'rtlr pi.ur chauf- 
ferette. 

GOSILLOT, n. m. — Gosier. On dit .lussi gosillon. Ces deuK mots 
se rapprochent de la forme aiicicniii' gosillier. 



172 GRA 

GOUGE, adj, — Engourdi : « Avoir les mains gouges de froid. » 
Il Gauclie, maladroit : « Un domestique, une servante gouge. » 
(V. Dégougmer.) 

GOUJART, n. m. — Gamin ; corruption de goujat, valet d'armée. 

Vous suivrez le bagaige à grands coups d'estrivières, 
L'injure et le mépris des goujards inhumains. 

Yar. Hist. et Litt., IV. 

GOULET (Le), n. m. — Nom d'un hameau de notre vallée ; ainsi 
appelé parce qu'il s'enfonce dans la forêt d'Eu par une étroite ouver- 
ture. Du V. fr. goule. 

GOUTTE, n. f. — Petit verre d'eau-de-vie : « Prendre, payer, 
offrir la goutte. » 

GRAFIGNARD, n. m. — Petit chien hargneux ; du v. grafigner, 
égratigner. Par est., gamin querelleur . 

GRAGEOIR, n. m. — Pilon pour écraser le gros sel. 

GRAGER, V. act. -- Ecraser le gros sel ; au fig. grincer : « Il 
grageait des dents de colère. » La grage est une râpe dont on se sert 
dans les îles pour mettre le manioc en farine. » (Littré.) 

GRAISSE, n. f . — Volée de coups. 

GRAISSER, V. act. — Engraisser : « Graisser des bœufs, des 
vaches, etc. » S'emploie absol., ex. : « Ce fermier n'a pas assez de 
prairies pour graisser. » 

Il Battre, accabler de coups. 

GRAMENT, adv. — Grandement, beaucoup : « Cet arbre a gra- 
ment de pommes.» 

Chacune li promet grandment 
Que vei's li soit au jugement. 

Fl. et Blanc, v. 481. 
Granment n'a mie que la famé 
A un chevalier, gentiz dame 
Estoit en ce païs en vie. 

Rut., Du Secrestain, etc. 

jyorsque les adjectifs français, dérivés du latin, avaient le féminin 



GRE 173 

semblable au masculin, la forme masculine subsistait dans l'adverbe. 
Ainsi, dans nos vieux auteurs, on trouve fortnieiit,briefment, mortel- 
ment, grandment, etc., au lieu de forte-mcnt, briève-meut, mortf dé- 
ment, grande-ment. (Pour la formation des adverbes voir Raynouard, 
Ampère, Littré, etc.) 

GRAND, ndj. pris subt. — S'emploie dans le sens d'espace, d'éten- 
due : (( Voilà une belle cour, il y a du grand pour se promener. » 

GRANDET, adj. — Dim. de grand. Usité au XVI<"ne siècle. (Voir 
Marot, Avant-Naissance, etc.) 

GRAND-GOSIER, n. m. — Sobriquet que l'on applique aux gour- 
mands et aux grands mangeurs ; probablement de Grandgousier, un 
béros de Rabelais. 

GRANDIER, adj. — Fier, qui ne parle pas à tout le monde. 

GRANDMÈRE, n. f. — On appelle ainsi la petite araignée à 
longues pattes qui se trouve surtout dans les cliamps. 

GREGI. adj. — Fripé, plissé, en parlant d'un voile, d'unedentelle, 
d'une robe de mousseline. De l'italien greggio, brut, qui a donné le 
fr. grége ; soie grège. 

GRÉMIR, V. n. — Frissonner, grincer des dents. On grémit on 
entendant scier une pierre, tailler un boucbon de liège, etc. Du v. fr. 
gram, graini, fâché, attristé : 

Or sui si graime que ne pois ostrc plus. 

La Yic saint Alexis, texte du Xl^™'' siècle, 
st. 22. 

Dériv. grnmoier, gremoier, gremier, gremir, agi'emir. 

Charles voit son neveu yramoier et iror. 

FlKK.\l!K\S, V. 180. 

Quant Fedri voit scn frère tic courour ayremy. 

Hlg. Capet, p. 28. 

« 

Etym. anc. Iiaut-alicniaud gram, gramjan. 

GREUILLE, Greuillie. n. f. — Grappe : « Une hcWc greniUie de 
noix, n Au fig. : « Une greuillie de barengs enfilés d'une conle uu 
d'une petite brandie. » Pour exprimer la même idée, le vieux français 



174 GRI 

avait hardel, pluriel hardiaus, diminutif de hai^t, corde, petite bran- 
che d'osier. 

Renarz qui sot tant de guiles, 
Trois hardiaus (de harengs) mist entor son col. 

Renart. 

Bartsch {Chrest., page 589) donne à liardel le sens de paquet. On 
ne voit pas clairement comment le renard aurait pu s'enfuir avec 
trois paquets de harengs ou d'anguilles, mais on se le ligure très-bien 
prenant la poudre d'escampette avec trois ^/Twi//i>5 de harengs passées 
autour de son cou. 

GRÉSILLER, v. n. — Brûler au soleil : « Du blé, de l'avoine 
grésille, lorsque la paille casse comme du verre. C'est pourquoi je 
rattacherais plus volontiers ce mot à grésil, groisil {verre cassé) qu'aux 
mots gril, griller. Cependant l'acception figurée : grésiller d'envie, 
brûler d'envie, me laisse dans le doute. 

GRIBLE, n. m. — Crible, du lat. cribrum. Le patois a substitué 
le g au c. On remarquera que cette substitution a lieu dans beaucoup 
de mots français : Ciconia, cigogne, crassus, gras, vicarius, vignier, 
conflare, gonfler, etc. 

Il Dériv. gribler. 

GRIBLE, adj. — Rempli, chargé : « Ce poirier est grihlé de fruits. 
— Ce champ est grihlé da cailloux.» 

Griblé a tout à fait le môme sens que le latin creher dans cet 
exemple : « Creber arundinibus locus. » (Ovide.) 

GRIBOUILLARD, adjectif. — Celui qui fait du gribouillage, dont 
l'écriture est illisible. 

GRIBOUILLE, n. m. — Mot forgé, dit Roquefort, pour désigner 
un sot, un benêt : « Fin comme gribouille qui se jette à l'eau de peur 
de la pluie.» Ce dicton est connu partout. 

GRIBOUILLIS, n. m. — Ecriture indéchiffrable. 

GRIBOUILLONNER, v. n. — Fréq. de gribouiller. 

GRIGNARD, Grignon,adj. — Enfant qui neïsiilq\iegrigner, d'une 
huniiur difficile. Comp. avec le vieux mot gringnos que l'on trouve 
avec cette acception dans Benoît de Sainte-More. 



GRO 175 

GRIGNÉE, n. f. — Grimace. Dans Villon groù/née ou grongnée, 
emplâtre sur l'œil que se mettaient les gueux pour émouvoir les pas- 
sants par des grimaces hypocrites. 

Item, je laisse aux hôpitaux, 
Mes cliassis, tissus d'araignée ; 
Et aux gisans sous les cstaux, 
Chascun sur l\«il une grongnée. 

G. T., XXX. 

GRIGNER, Y. n. — Pleurnicher, en parlant des enfants. Berry, 

gr'ujmr des dents, les montrer par humeur ou par menace. (Voir 

Jaubert.) Comp. avec l'ail, mod. grcinen , grincer des dents, et lebas- 

hreton krina, grignoter, ronger. En v. fr. grigner signifiait froncer : 

Il gringne les grenons, si lieve les sorcis. 

FlEKAHH.VS, V. 2630. 

GRILLER, V. n. — Glisser sur la glace. Le v. fr. avait escriller 
qu'on a comparé avec le suédois S6Vt7/</, scridla. (V. Chevallet.) 

GRIMPLET, n. m. — Grïmpereau. 

GRISIR, v. n. — Devenir gris; très-usité dans ce dicton : « Tête 
de fou ne grisit point. » 

GRON;, n. m. — Tablier ; syncope de giron. 

Ses grons (d'herbe) a la dame emplis. 

Gaut. dk Coinsy, Mir. de la Vierge 
Diez qui rejette l'étym. latine gremium en propose une autre aussi 
incertaine : grr, pointe de hince, à cause de la forme de ces pans de 
vêtement. (Voir aussi Littré, au mot Giron.) 

GRONÉE, n. f. — Ce qu'on peut [lorter dans un tablier, dans un 
§run : « Jai apporté une gronéedo pommes. » V. fr. gironnée. 
C. mailles li tranche de sabroigne safrée, 
Et l'en y a tailliée toute la gironnée. 

Ave u'Avig., v. 525. 

GROS, adj. — Riche : « Fréquenter les gros, diner avec les gros.» 
Ov i)rcueiz à ce garde, li gro:; et li menu. 

Rut., Li Di: de Paille. 
Nos paysans substituent gros à riche comme M'"» Josse dan-; la 
comédie de Boursault, les Mots à la Mode, substituait gros à grand. 



176 GRU 

Alexandre-le-Grand, l'exemple des héros, 

Est appelé par elle Alexandre le gros. 

Hier au soir elle-même, en parlant d'Allemagne, 

Dit que le gros Visir s'alloit mettre en campagne. 

GROSELLE, Groiseille, n. f. — Groseille. Dériv. groisellier. 

Barbier, or viennent les groiseles, 
Li groîselier sont boutonné. 

RUTEBEUF. 

Elle a beau tainct, un parler de bon zelle^ 
Et le tétin rond comme une groizelle. 

Marot, Rond. 

GROSSIER, adj . — Qui prend de l'embonpoint : « C'te fille est un 
peu grossière , mais elle est bien jolie tout de même.» 

GROUÉE. n. f. — Pommes qui tombent avant le lochage : «La 
grouée des meilleurs arbres de la forest de Lyons. » {Nouv. Fa- 
brique. » 

De ce mot dérivent égrouer, égrouures, qu'on a vus plus haut. 

GROUINAGES, n. m. plur. — Pommes tombées avant leur matu- 
rité ; même sens que grouée : « On pile tout d'abord les grouinages.y> 

GROULARD, Grouleux, adj. — Qui a l'habitude de bouder ; per- 
sonne qui a l'humeur triste. 

GROULER, V. act. — Bouder : « Je ne sais ce que j'ai fait à Pierre, 
mais il me groule. » 

Il Etre languissant, malade. Se dit surtout des animaux : « Cette 
poule traîne les ailes comme si elle groulait. » En Basse-Normandie, 
grouJer, crouler, signifie roucouler. 

Il Le temps groule, c'est-à-dire le temps menace. 

GRUGEOIR, n. m. — Mouhn pour écraser les pommes; du fr. 
gruger. 

GRUMELER, Greummeler, v. act. — Grommeler. 

Puis le mari a sa fumelle 

Hongne, frongne, grongne, grumelle 

Par l'espace d'une grosse heure. 

R. DE COLLERYE. 



GUE 177 

GUÉDER, V. act. — Repaître, gorger de nourriture ; usité surtout 
au part. [)assé : « Ils sont partis bien fjnéclrs. » Ce mot <iui ;ippartt'- 
nait au vieux français vient du germanique ueidôn ; ail. mod. wi'ulc, 
pâture, nourriture. 

Une autre etymologie, gœda ([ui en islandais signifie enrichi a été 
supposée par Du Méril. 

GUERBE, n. f. — Gerbe ; du liaut-alicmand [jarba, selon Du 
Méril. 

\)(iT\\.gu('rbét, gerbée; guerbette, petite gerbe battue que Ion donne 
à manger aux bestiaux ; guerbu, qui fournit beaucoup de gerbes : «Je 
crois que cette année les blés ne seront jias gwrbus. » 

GUERDOUILLER, Gredouiller, v. n. — Faire un bruit comme 
l'eau qui commence à bouillir, ou comme les flatuosités dans les 
intestins. 

Ce verbe exprime aussi le bourdonnement (v. Buffon) (jue fait en- 
tendre le dindon lorsqu'il va plalfant et sollicitant sa femelle. Ce din- 
don est appelé [lar les paysans coinn guerdouiUeiix. 

GUERGEOLER, v. n. — Jargonner ; se dit du ramage des oiseaux; 
des petits enfants qui commencent à parler. 

GUERGEON, Gregeon. n. m. — Produit du blé qui tient le milieu 
entre la farine et le son. Il faut rattacber ce mot au fr. gruger ; 
angl. to grudge ; bas-ail. grusen, écraser. Citons encore le v. fr. 
gru ; picard, grui, gruau. 

Mors dessoivre rose d'espine, 
Paille de grain, gruis de férine. 

St. sur la Mort, 32. 

GUÉRITE, part, passé fém. — De guérir : « M'fille n'est pas core 
guérite. » De même bénir fait toujours bénite, au fém. 

GUERLOTTER, v. a. — Grelotter. 

GDERNIER. n. m. — Grenier. 

Cil qui avoicMit les riiternicrs. 

Vousissent bien qu'il (le bK') fut plus chiers. 

Chron. de .S'. Maijloire, v. 101. 

GUERNOUILLE.n. f. — Grenouilles ; loc. : « A\oir desj//v«'/Mj7A'S 

li 



178 GUS 

dans le ventre, » on devine ce que cela veut dire . Dériv. guernouil- 
lard, guernoiiillère. 

GIJERNU, adj. — Grenu : « J'avons de l'aveine qui n'est pas bien 
guenme. » 

GUETTER, V. act. — Signifie simplement regarder : a Quoi que 
tu guettes-là ? » C'est l'extension naturelle du sens du mot français. 
Anciennement, on écrivait gaiter, gaitier, du subst. gaite, veilleur, 
sentinelle : 

Quatre gaites en la tor 

Qui veillent la nuit et le jor. 

Floire et Blanc, v. 1703. 

GUEULE, n. f. — Yisage, figure : « Il a une drôle de gueule. — 
Donner à quelqu'un un coup à travers la gueule. » 

Anciennement, ce mot ne se prenait pas toujours en mauvaise part ; 
exemple : 

Fromons s'en ist defoi's a la meslée, 
Ses enfants trove gisant gole baée. 

Garin, V. 1096. 
De moie part Tamiral i^ouverés 
Que il m'envoit .m. espreviers mués... 
Et de sa barbe les blancs gi'enons mellés, 
Et de sa geule .iiii. dents maiselers. 

HuoN,v.2347. 

I) Etre de la gueule ^ sur sa gueule, être gourmand . 

GUEULU, adj. — Gourmand; formé àa gueule, comme goulu du 
v. fr. goule. 

GUEUSAILLE, n. f. — Gueux, gueuse. 

GUIBOLLE, Guillebaude, n. f. — Longue jambe, par mépris : 
« Range tes guibolles, tu m'empêches de passer. » 

GUISIER, n. m. — Gésier; v. k.juisier. 

Si resavés, biaus genius. 
Comment li juisier Ticius 
S'efforcent ostoir de mangier. 

Rose, v. 19506. 

GUITE, n. propre. — Marguerite, par abréviation. 

GUSTIN, n. propre. — Augustin, par aphérèse. 



IIAI 179 



H 



H. — Cette lettre est rarement aspirée. On prononce ache, asard, 
air, ardiesse, anneton,erche,onte, etc., au lieu de hache, hasard, iiaïr, 
hardiesse, hanneton, herse, honte. 

HABIT À LA VIANDE, n. m. — Habit de fête, celui qu'on met 
les dimanches ou bien aux grands repas. 

HABITUDE (D'), loc. adv. — Habituellement : « Je me lève d'ha- 
bitude à six heures du matin, » 

HAGUER, V. act. — Hacher : «Nous irons chez le boucher, dès 
qu'il aura hagu sa viande.» 

Au fig., accabler, abîmer : «Il m'a. hagué da sottises. » Comp. avec 
l'anglais to hack, hacher. 

BAGUETTES, n. f. plur. — Petites branches . « Aller au bois 
couper des haguettes pour faire des balais. » 
Au fig. jambes longues et minces. 

HAGUILLONNER, v. act. — Péjoratif de haguer, couper quelque 
chose avec un mauvais couteau. 

Dériv. haguillonnier, adjectif. S3 dit de quelqu'un et surtout d'un 
enfant (\m s'amuse à tailler du l)uis avec son cûtveux de mulots. 

HAÏE. n. f. — Haie ; prononciation conforme à l'étym. haia, bas 
latin. 

HAIM, n. m. — Hameçon, du latin hamus, comme le vieux mot 
n/(/i (rameau) de ramus. II s'as[)ire quebjuefois. Dans 1 ancienne 
langue la lettre h de ce mot est tantôt muette, tanlùt aspirée. 

Li valcs viut au chastelain. 
Que amours avoit pris îi Vain. 

Chast. -de Covcv, V. 4o'J. 



180 HAL 

« Uns pechierres geta iluec son haiii » (XIIP"^" siècle, Du 

Gange . ) 

« En l'autre bougette avoit force provision de haims et claveaux. » 
(Rab., Pant., II, 16.) 

.J'aimois le cours suivy d'une longue rivière 
Tirer avec la ligue, en tremblant apporté, 
Le crédule poisson prins à l'haim apasté. 

Ronsard, Poés. choisies. 

« Ne pensez pas quil y ait.... poisson aulcun qui, pour la friandise, 
s'accrocbe plustotdans lehaim, que tous les peuples s'alleichent vis- 
tement à la servitude. » (Et. de la Boëtie.) 

Primitivement, on a écrit «iw, ain. 

HAÏON, n. m. — Claie recouverte de paille ou de branchages 
derrière laijuelle se mettent à l'abri les vachers et les bergers, lors- 
qu'il pleut. Diminutif de haie. 

HAÏR, V. act. — H ne s'aspire point, et le tréma est conservé à 
toutes les personnes et à tous les temps du verbe . La contraction je 
hais, tu hais, il hait, remonte à l'origine de la langue, et l'emploi 
du tréma est une exception non-seulement à l'indicatif, mais à tous 
les autres temps. 

Tus ceux qui cest conseil li dunèront luu-ra. 

Th. le Mart., dans Littr^. 
Tu he2 orgueil et félonie 
Seur toute chose. 

Rut., Ave Mca-ia. 
Aimez les vos, haez vos anemis. 

Garin, V. 1759. 
Ce que l'un liet, li autres héent. 

Rose, v. 12581. 
Cependant, au subjonctif présont, nos paysans indiquent à peine le 
tréma dans la prononciation ; ils disent que je heiche, etc., qui rap- 
pelle la forme ancienne hace : 

Ne sai beste fors que Brun Fors 
Que je tant hace comme vos. 

Renart, V. 20419. 

HÂLITRE, n. m. — Grand air sec; d'où hcUitré, desséché. « Les 



HAN 181 

herbages sont kalitrés par une longue sécheresse. » Il faut rattacher 
ce mot au fr. hdle. 

HALLETTES, n. f. pluriel. — Polit hangar pour mottro le bois à 
i'aliri ot faire sécher le linge ; diminutif de linlle. 

HALOT. n. m. — ToufTo do buisson^ li;dlior : << La moitié de tous 
les aunois, sauohois, halo:, proz et rentes. » (Du Cango, hdotm.) 
Pourétym., Dioz a proposé lo bas-latin hasla, branclio. 

« lîon borgior, pour [)assor temps connue il a voit do coustume, se 
mit n\ contrepoix entre deux huloz sur une balochouère. » (C. N. 

N., 82erae.) 

H La Hallottinv, petit village du pays de Bray, ainsi nnmmé par 
ce qu'il était couvert do hallots. 

HAMEL, n. m. — Nom do plusieurs localités situées dans notre 
vallée ; quelques communes comme! Dancourt, Grandcourt ont des 
dépendances ainsi appelées. Le hamd ost lo cas régime do // hatwls 
ou. haniiai(s, dérivé dos mots gormani(pies ham, /(<?!»», terrain entouré 
de baies, donKniro, ot par extension, bourg, village. 

ÏÏAMONT. n. m. — Espèce do oarcaii on i)ois quo l'on mot au cou 
des cochons pour les empéciier de traverser les haios. 

HAMPILLES, n. f. [>liir. — ILudcs. babils vi(Mi\ on malpropres. 

HANSART, n. m. — llaobotto ou couporot dont «m se sort pour 
di'bitor la xiando : u Prôto-moi ton hansart pour faire un bacliis. » 
V. fr. Iiansars. do l'anglo-saxon haiul-seax, couteau do main, ot [»ar 
extension trait, javelot. 

V. Le lumsart cl loscorchéor. » (Partonoj)., dans Littré, [t. lî)()l).) 

Ailleurs, page 1290 du Dict., la citation est toute dilïérente : « Lo 
hansart^ l'escorcheor. » 

L'autour du lexique de Partonopous (Edition Crapelot, 183't), dé 
finit ainsi le nud hansart : c Pièce du haniois d'un cheval ! » Le 
mémo explique le vieux mot n'\ biîclier idii latin roçius ou [dutôl du 
bas-Ialin reilulus), par roi (rex), et par coii|)ablo (rous.) 

Et il le fi.st ardoir en n' fcn roi ! ) 

\-. 359. 

Dcstruictc sui ou arsc en /•''' (en coupable! ) 

\. 7708. 



182 HAR 

HANSE, n. m. — Manche d'une faux ; selon les uns de hasta, se- 
lon les autres de l'anglais hand, main. 

Dériv. reiihanser, faire remettre un manche ; dans la vieille langue 
renhanter. 

HARCHELLE, n. f — Petite branche torse d'osier ou de coudrier; 
dim. de hart. On peut qualifier de bizarre l'opinion de Génin qui 
tirait harchelle d'archal, parce que, disait-il, il y a une analogie 
frappante entre une tige d'osier et un fil d'archal. 

HARDE, n. fém. — OEuf à coquille molle ou dont la coquille est 
remplacée par une membrane. Littré donne l'adjectif hardé (œuf 
bardé) employé par Buffon. 

On dit hardelé dans le Calvados : « Les œufs hardeJés sont pondus 
par des coqs et quand on les met dans du fumier de cheval, il en sort 
des serpents dont l'huile est excellente pour composer des philtres et 
transmuer des métaux. » (DuMéril, G. N.) 

HARÉE, n. f. — Averse : « J'ai reçu au milieu do la route une 
bonne harée sur le dos . » Ce mot est probablement une corruption du 
V. fr. orée, tempête. 

Orez y a de tuncire et de vent. 

Roland, ch. II. 

Du latin aura, brise légère dont ore, oré a souvent le sens : 
Tôt droit a Rome les portât 11 07'ez. 

Saint Alexis, XI«™^ siècle, st. 39. 
Et Damedix lor dona bon oré. 

HuoN, V. 8620. 

Selon Pluquet harée est pour horée, pluie d'une heure; par analogie 
une harée de soleil, une embellie qui ne dure qu'une heure ? 

HARICOTER, v. n. — Se dit d'un cultivateur qui laboure avec 
des haridelles et n'avance point dans son travail ; d'où haricoticr, 
pauvre homme qui n'arrive point à faire ses affaires, qui tire le diable 
par la queue. 

HARIDONS, n. m. plur.— Brins de lin, tiges de chanvre dépouillés 
de leur écorce ; probablement de arida, orum, choses desséchées. Au 
lieu de haridons, on dit encore écouchures, de écoiiche, outil pour 
préparer le lin et le chanvre. 



HAR 183 

HARLAND, Harlandier, n. m. — Homme lent, irrésolu. Le fer- 
mier qui n'achève point ses travaux en bonne saison est un harland. 

HARLANDER, v. n. — Faire tout avec lenteur, n'avancer à 
rien. 

HARLER,. v. act. — Hàler. On dit de même marie, pertrir, au lieu 
de mâle, pétrir ; la lettre r se retranche aussi capricieusement qu'elle 
s'ajoute, ex. : mêle, mêlan pour merle, merlan. On trouve dans l'an- 
cienne langue angre, arme,merler (ange, âme, mêler.) 

Bien pert qu'il ne veut pas faire Dieu de sa pance, 
Quand pour Varme sauveir met le cors en balance. 

Rut., Li Diz de Puille. 
Par Mahon ! dit Califes, ne m'en mer lerai ^ a. 

Bauduin de Sebourc. 
Orgueil geta du ciel jadis 
Le plus bel angre que Dieux fit. 

G. DE CoiNSY, dans Théoph,, v. 1889. 

HARLOQUER, v. act."*— Ebranler, secouer : « II a longtemps 
harloqué la porte, ou harloqué a. la porte. » 

Rouchi, harlocher ou arloclur = relocher, ébranler k plusieurs re- 
prises . 

HARLOTER, v. act. — Même sens que harloquer. Au fig. marchan- 
der : « Je ne veux pas harloter avec vous ; ce sera cent francs, et jo 
n'en démordrai pas » 

Il Earlotier, ère, adj. Celui, celle qui marchande. 

Harloter doit être un fré([uentatif du IV, haler, tirer, avec iutercala- 
tion de la lettre parasite r. 

HARNAS, n. m. plur. — Terme dont se servent les bouchers pour 
désigner le poumon, le foie d'un animal, et iiarticuliêremont les tripes 
de mouton, mets recherché par quelijues amateurs. 

Il Garniture, doigts d'une faux. — Dans le Poifou, toutes espèces 
de garnitures d'outils, d'instruments de labourage. (L. F.) 

Hamas a formé le fr. harnais. Dans l'ancienne langue, ce mot si- 
gnifiait armure, engin de fer, habillement de guerre, puis vêlement 
en général. Du celt, haiani, fer. 



184 HAU 

HARNIQUER, Harnaquer, v. act. — Harnacher ; «Barons ahar- 
nakiés de chevaus et d'armeures. » {Chron. de Raims, dans Littré.) 
Dériv. harniquement . 

HASARD (D'). — Cette locution marque le doute ou la probabilité, 
ex. : « c'est bien d'hasard s'il ne loue pas sa ferme, » il louera pro- 
bablement. — « C'est bien d'hasard s'il vous refuse cela, » il est 
probable qu'il ne vous refusera pas cela. 

Il Par hasard. « C'est tout-à-fait d'hasard que je l'ai rencontré. 

HASIER. n. m. — Touffe de ronces, buisson épais. Pour étym. 
Scheler propose l'allemand hasel, coudrier, baguette de coudrier. Le 
bas-latin hasla, branche, est plus acceptable. (V. Halot.) 

HATELET, n. m. — Carré de côtelettes de lard qu'on fait rôtir à 
la broche ; du v. fr. haste qui signifiait viande rôtie, et broche à faire 
rôtir, ex. : 

(Sains Laurens) fist por Dieu de son cors haste. 

Stances sur la Mort, 37. 
La darac a le haste jus rais, 
S'en pinça une pelure 
Quar moult ama la lecheure. 

Fabliaus des Perdris, dans Bartsch. 
Musars, dist-il, où devez-vous aler ? 

Mies vos vcnist les hastcs kiorwav 

Aliscans, v. .3788. 

De haste dérivaient enhaster, mettre à la broche, hastereaux, foies 
de volailles coupés par rouelles et mis à la brochette ; hastille, bou- 
din et parfois petit bâton. On trouve encore dans les Dictionnaires 
hâteur, otïicier de cuisine de la bouche du roi, et hâtier, grand chenet 
de cuisine ;i [ilusieurs crochets sur lesquqls tournent les broches. 

« Et si trouvèrent plus de mille hastiers, plains de pièces de 

char pour rostir.» (Froissart, I, p. 71.) 

Etym. lat. hasta. 

HAUCHER, V. act. — Hausser. Mots composés : 'i Hauche-cul, 
ancienne pièce de la toilette des dames ; hanche-nez, celui qui mar- 
che en levant le nez, étourdi, esprit éventé.» 

HAUTE ! Haute ! — Cri pour chasser les vaches. 



HÉR 185 

HAVET, n. m. — Ustensile de cuisine, croc ou crochet ijui ancien- 
nement servait à différentes choses. 

L'hostel est seur, mais qu'on le cloïie ; 
Pour enseigne y mis un havet. 

Villon, G. T., LXXXVI. 

« Ce mot, dit le bibliophile Jacob, qui ne manque pas d'invention, 
nous paraît venir, non du grec, comme le prétendent les étymolo- 
gistes, mais du verbe latin kabere, avoir; on a dit havet de habet, 
parce que l'instrument a ce qu'il accroche ! » 

Un autre commentateur de Rabelais, non moins ingénieux, prétend 
que havet vient de havir, parce que cet ustensile était havi par la 
flamme. 

Littré (c'est toujours ii lui qu'il faut recourir) donne pour étym. 
l'allemand haft, agrafe. 

Comp. avec le bas-latin havus par lequel est traduit uncinus dans 
le Glossaire de Reichenau. 

HAYEUX, H. m. — Ouvrier dont le métier est de faire ou de ré- 
parer les haies ; du verbe haijer, usité jusqu'au XVIeme siècle : « Et 
ne faut qu'il allègue mes cliamj)s être mal clos, car je suis celui qui 
les regarde à les bien clore et haijer. » (Noël du Fail.) 

HAYURE, n. f. — Haie, clôture. 

HENNE, n. f. — Mauvais cheval, rosse : « Il ne pense qu'à ses 
hennés, » disait en parlant de son mari une brave fermière qui de son 
côté ne pensait qu'à ses vaches. Du latin hinnits, nmk'l. (V. N. Mar- 
cellus, p. 127.) 

HÈQUE ou Hec, n.m. — Petite barrière ou plutôt '< dcmi-closture 
d'un buis, » pmir (nipécher les volailles et autres animaux d'entrer 
quand la porte reste ouverte. {\. Du Gange, au mot M-^^) L'origine 
de ce mot est inconnue ; comp. cependant avec l'anglais hatch, (UmuI- 
porte. 

HERBAGE, n. f.— « Uno hrlle herbage.» 

HERBIERS, n. m. plur. — Touffes de mauvaises herbes. 

HERCHE. n. f. — Herse; d'où henher, hcrchdqc.t'W, 

HÉRICHON, n. m. — Hérisson ; au ftg., enfant malpropre, mal 



186 HEU 

peigné. L'hérichon a mauvaise réputation : Il passe pour être friand 
de lait, et traire les vaches pendant la nuit. Les naturalistes ont de- 
puis longtemps démontré que la conformation de cet animal s'oppo- 
sait à ce qu'il commit un pareil méfait, mais les préjugés ne sont pas 
faciles à détruire. 

HÉRODE (Vieux comme), loc. prov. — Très-vieux, très-connu, 
comme l'histoire d'Hérode dans l'Evangile. 

Les allusions aux récits de l'Ancien et du Nouveau Testament sont 
assez fréquentes; on dit : 

Je ne le connais ni d'Eve ni d'Adam. 

Vieux comme Mathusalem. 

Connu comme Barrabas à la Passion. 

Traître comme Judas. 

Aller de Caiphe à Pilate. 

Doux comme un petit saint Jean. 

Léger comme l'oiseau de saint Luc, etc. 

HERPER, V. act. — Dérober : « C'est un vagabond qui herpe tout 
ce qu'il trouve. » 

Il Saisir avec violence, mordre, Etym. âpitTi, croc, ou arripere, 
saisir. 

HÉTRELLE, n.f. — Nom de localité; hameau de quelques maisons 
environné de bois, de hêtres. 

HEUMER, V. act.— Humer. 

HEURTER, V. act. — Corner, frapper avec les cornes : « Le tau- 
reau a heurté la servante.» S'emploie absolument^ ex. : «Méfiez-vous, 
cette vache /iewrf^.» 

HEURE, n. f. — Loc. particulière : « A belle heure, » tard, par 
ironie. Vous arrivez à belle heure, nous allions nous coucher. 

« Trop de bonne heure, » trop tôt, de trop bonne heure. 

« A cette heure, asteure, » voir ce dernier mot. 

« A bonne heure, » de bonne heure. 

« A quelque heure, » un jour, à quelque moment. Nous irons vous 
voir a quelque heure. 

fi D'heure,f> de bon matin. «Il faudra demain se lever d'heure pour 



HOI 187 

lier l'aveine. — Il commence à n'ôtre pas d'heure, le soir commence à 
venir.» 
D'heure a formé l'adjectif d'heurihle, deurible. (V. ce mot. ) 

HEURTE-POT, n. m. et f. — Maladroit, oito ; celui ou celle qui 
casse les pots : « Ne prenez pas cette fille pour servante, c'est une 
vraie heurte-pot. 

HIE ! — Exclamation pour faire avancer ou chasser un animal. 
Dans l'ancienne langue, hie sic;nifiait force, vigueur, énergie. Comp. 
avec le hollandais hijgen s'eirorccr, et l'anglais ta hie, se hâter. 

HIMEUR, n. f. — Humeur : « Il est d'une himeur à kier dessus,» 
d'une humeur insupportable. On dit encore : « Avoir une himeur de 
kien, » un caractère difficile, hargneux. 

HISTOIRE De, loc. conj. — Afin de, pour : «Jouons aux domines, 
histoire de passer le temps. — Je lui ai fait une farce, histoire de 
rire. » 

HIVE, n. f. — Ruche ; c'est le mot anglais heave. 

HOC, Hotiue, n. m. — Crochet en fer, fixé au bout d'une longue 
perche, avec lequel on décharge le fumier des tombereaux. Hoque a 
formé les verbes ahoquer, déhoqiier, hoquer. 

Il Rester hoc, s'arrêter court, demeurer comme ahoquè. 

Etym. bas-latin hocais , corruption du hùn uncus ; grec ôy.o;, 

HOCSONNER, Hoquesonner, v. n. — Secouer fortement une 
porte pour l'ouvrir ; faire comme si on l'ébranlait avec un hoque. 

HOIGNARD, adj. — Se dit des enfants qui crient et pleurent con- 
tinuellement. Dans l'ancienne langue on se sert de hoirpiarl pour (jua- 
lifier une personne qui grogne, qui est toujours de mauvaise Imiiieur : 
« Mari mérancolieux et hoingnard. » (Evangile des Quenouilles , 
page "20). 

« Misérablement son temps passoit avecqucs son très maudit mary, 
le plus soupessonneux hoignard que jamais femme accoinstàt. » (C. 

N. N., XIe>n«.) 

IJoigne est un vieux mot signiliant plaisanterie, gronderie. 



J88 HON 

Par Dieu ! se je les empoigne, 
Puisque j'en jure une fois, 
Je leur monstrerai sans hoigne 
De quel pesant sont mes doigts. 

Ol. Basselin. 

HOIGNÉE, Hoignerie, n. f. — Pleurs, lamentations, en mauvaise 
part. Au figuré grincement. Une porte fait des hoignées lorsque les 
gonds ne sont pas huilés. 

HOIGNEMENT, n. m. — Cri de douleur d'un chien, d'un chat, 
quand on kii marche sur la queue ou sur les pattes. 

HOIGNER, V. n.— Pleurnicher, grincer; dans Marot, grogner. 

Il faut dire, puis qu'ainsi hoingne. 
Que je lui ai gratté sa roingne 
En quelque mot qu'il trouva layd. 

HOIGNON, n. m. — Enfant qui pleurniche sans cesse. C'est le v. 
fr. woignon, chien (animal qui hoigne, aboie continuellement). Comp. 
hoignard, hoigner,G.\v,., avec l'anglais to whine, se plaindre. 

HOMME, n. m. — Mari : « Not' homme, nos hommes, » c'est ainsi 
que nos campagnardes désignent leurs maris. 

Cloez vos huis, taverniers, à nos hommes. 

Jnc. Poés., VI, 176. 
H Homme d'âge. (V. Age.) 

HONESTÉ, n. f. — Honnêteté, probité : « C'est un homme de 
grande honesté. » Primitivement ce mot eut le sens du latin honestas, 
exemple : 

Por o s'furet morte a grand honestet. 

EULALIE. 

Nobles hom ert, e netée 
Araa toz dis et honesté. 

GuiLL. DE Saint-Pair, v. 3030. 

Il Honestés, au plur. Actes, paroles de politesse. 
« Le Procureur de Tyr leur fist de grandes honestez. n (Chron. 
d'Ernoul, 139.) 

HONTABLE, adjectif. — Honteux, infâme ; ne s'applique qu'aux 
choses : « Maltraiter ainsi son père, c'est hontable. » 



HOU 189 

HOQUER, V. act. — Accrocher, suspendre : « Hoque el luanaitt' 
al cremillic . » (V. Hoc, hoque.) 

HOTTELÉE, n. f. — Le contenu d'une hotle. 

HOTTIAU, 11. m. — Charrette à deux roues qui sert à porter du 
sahie, des pierres et surtout du fumier; du fr. Iwttf. 

HOU ! Hou! — Cri pour cliasser les codions ; v. ail. huz, huz I 
Cri par lequel Louis le Débonnaire;, à son lit de mort, chassait le ma- 
lin esprit. 

HOUETTE ! — Exclamation qui exprime h.' duulc et l'incrédulilé : 
« 0' croyez qu'il me fera un procès, houette! » 

« Et ainsi amplifiant sa gloire, nous disait quil avoit guéri toutes 
sortes de maladies. Comme jo lui i'aisois houctti', etc. « (lîér. de Ver- 
ville, p. 205.) 

On dit aussi, houiii ! 

HOULER, V. act. — Pousser : « Quel paresseux ! on ne peut le 
houlev à rien, » on ne peut oiitenir qu'il travaille : « Quant Aucasins 
oï ensi le Roi [larler, il |)rist tox les dras qui sor lui estoient, si les 
houla aval le cambre. (Auc. etNicol, 292.) 

HOURD, n. m. — Instrument de labourage, mobilier d'un culti- 
vateur : « Laignel est ruiné, il a vendu sou honni. ^y Dans le v. fr., ce 
mot signifiait échafaudage : « Et y avoit droit au milieu de l'église 
un haut hourd tout couvert de vermaux parements.» (Froissart). Le 
dérivé hourder voulait dire fortifier, garnir une ville, un château. 
En patois, ce verbe signifie fournir à quelqu'un tout ce qui lui est 
nécessaire pour la culture; ex.: « Le père B. . . a loué une ferme à 
chacun de ses fils et les a liicn hourdés. 

Du Méril tire ce mot de l'islandais hurdaras, masse grossière.» 

HOUSES. n. r. plur. — Guêtres de toile et de cuir (jui montent 
jusqu'aux genoux. V. fr. hose, huese, hoese, house, houscl, housiaus. 

As huescs traire kcurentcil csquier. 

Raoul UK C.vMiiH.vi clans Blrgi;y. 

Dériv. houser, enhouser, liabiller d'une façon ridicule : « Peut-on 
ii'enhouser de cette manière? — En v'ià ti un bien eahousé ! » 

HOUSSENAPPE, n. des deux genres. — Personne malpropre, dé- 
coûtante. 



190 HUS 

HOUSSER, V. actif. — Mulierem comprimer e : « Hausser une 
fille. — Elle s'est laissé hausser. » Ce mot est particulièrement usité 
dans la Somme. 

HOUSTABAS, n. f. — Femme malpropre, de mauvaise vie, qui est 
toujours prête à jeter ses housses à bas. 

HOVELER, V. act. — Mettre en haviaux. 

ÏÏOVIAU, n. m. — Petit tas de blé, d'orge ou d'avoine qu'on fait 
à l'aide d'un râteau avant de bolteler. Dans certains endroits de la 
Basse-Normandie on dit haviau, de havet, crochet. 

Il existait sur le blé un droit de havage' : « Item lehavage de la ville 
de Vernon.» (Aveu du XV^^o siècle, cité par Le Héricher.) 

HTJCHER, V. act. — Placer en haut. 

HUQUER, V. act. — Hucher : « Tli m'hiiqueras, si t'as besoin de 
mai. » 

HURLÉE, n. f. — Hurlement : « Les chiens ont cette nuit poussé 
des hurlées du diable. » 

Sous l'effroyable bruit de ses fortes hurlées 
On oit gémir de loin les l'ives reculées. 

Gilles Durand, dans Jaubert. 

HURU, adj. — Mal peigné, hérissé; v. fr. huré de hure. Si deux 
coqs se battent en hérissant leurs plumes, on dit qu'ils sont hurus de 
colère. 

« Il estoit bossu et contrefait, et s'il avoit la teste hurée et cntre- 
meslée de cheveux chenus. » (Perceforest.) 
On trouve encore héru, hurepé : 

Orible gens estoit et moult laide et hérne. 

Ch. e'Antioche, II, p. 254. 
Braies et noires, cemise deslavée, 
Et si avoit la teste hurepée. 

Aliscans, V. 2739. 

HUSTUBERLU, n. m. — Hurluberlu. Ce mot, dit Littré, est d'o- 
rigine inconnue. Du Méril le dérive de l'arabe hoiirloubourlou, ahuri, 
littéralement troublé-perdu. 

Nom de saint inventé par Rabelais. (Pant., v. 15.) 



lAU 191 



I. — Va, marche ; selon Du Méril, cette seconde per>onnc du verbe 
latin ire s'est conservée dans le patois du Jura. 

I, pron. masc. — //. La lettre l ne se fait pas sentir devant une 
consonne. On dit : 1 vient, i court; de même au [ilur. : /viendront, 
î courront. 

Au pluriel, ils devant une voyelle se prononce il : « // arriveront 
lard. » 

Dans certains cas, au singulier comme au pluriel, la lettre / ne 
sonne pas, même devant une voyelle : A-t-i arrivé à temps? — A-t-i 
eu du bonheur ? 

En France fu li rois, qui fu viez et chenus ; 
A Laon tint sa cort, molt i ot de ses drus. 

Ayé d'Avig., V. 47. 

I, pronom. — Cas indirect : A lui, à elle : « Quand tu le voirras, 
tu i parleras de not' affaire. — J'ai rencontré t'mère, j'i ai parlé. » 

lAU, n. f. — Eau. On a dit autrefois aiguë, aiijhe, aiye, âge, 
aiwe, ewe, ieive, iave, etc. 

AignG coïe ne la croye. 
Il m'est si perillouse yaue que la coyc. 

L. DE LiNCY, Prov., XIII*"'" siècle. 
Eschaudés doit iane douter. 

Rose, v. 1794. 

lau est resté en anglais dans yaw, embardée. 

Nous avons eu maintes fois occasion de faire remar((ner que nos 
paysans prononcent iau la triplithongue eau soit dans le corps, soit à 
la fin des mots. Ils disent u««u, mantiau, dépiauter, biaulé, biaucoup, 
mais ils ne prononcent pas autrement qu'on ne le fait on français les 
désinences en au, aiul, aut : Sarrau, lourdaud, artichaut, etc. 



192 IND 

Cette prononciation qui disparut à la fin du XV^""^ siècle persista 
dans la bouche du peuple, comme en fait foi Tliéod. de Bèze : « Evitez 
la foule grossière des Parisiens, Vîau pour l'eau.» 

lAUWISSE, lauwiche, adj. — Quia le goût d'eau, aqueux ; se 
dit en parlant des fruits, des légumes. 

Les ewichesoupaiiwisses désignent en Cambrésis les lieux bumides. 

IGHI, Icliite, adj. — Ici ; forme picarde. Comp.avecle latin istic. 

IDÉE, n. f. — Souvenir vague, réminiscence lointaine : ♦ J'ai 
idée que mon bisaïeul est mort en 1780. » 

Il Un peu : « Donnez-moi une idée de cette eau-de-vio, que j'en 
goûte. » 

Avoir idée, s'imaginer, supposer : « J'ai idée que ce remède me 
ferait du bien. » 

Avoir l'idée à, l'idée de,axo'ir des dispositions, delà vocation pour: 
« Cet enfant a l'idée d'être menuisier ; il n'a point d'idée à un autre 
métier. » 

Avoir de l'idée, avoir de l'intelligence, de l'esprit. 

Avoir idée de soi, être content de son esprit, se croire un person- 
nage. 

IMPOSSIBLE (A r), loc. — En grande quantité, au delà de l'ima- 
gination : « Cette arbre donne des fruits à l'impossible. — Il esi bèto 
ù l'impossible. » 

IMPOURVU (A 1'), loc. adv. — A l'improviste : « L'Alviane, gé- 
néral des Vénitiens^ survint, (jui à r impourvu les chargea en queue.» 
(Mezeray, hist., liv. VI.) 

A l'improviste, à F impourvu, tous deux sont bons, disait Vaugelas, 

IN-BRANLABLE, adj. — Inébranlable; lent, paresseux : « C'est 
un homme in-branlable, on ne peut le bouler à rien. » 

INCOMMODE, adj. — « Devenir incommode, » acquérir trop d'em- 
bonpoint. 

INDAIGNE, adj. — Indigne. 

INDECIS, n. m. — Indécision : «Etre dans X indécis, « ne savoir 
quel parti prendre. 



INT 193 

INFER, n. m. — EnfiM'. 

Qiuir toi cil qui loi-cs moroient 
Sempres à infier s'en aloieut. 

PHIL.M0U.SKES, V. lOGOO. 

Il Nom de localité ; hameau do qllel(Jlle:^ maisons, ainsi nommé 
parce qu'il est enfoncé dans la forêt d"Eu : Endroit triste, locus tene- 
bricosiis ; c'est un infi'r que d'y habiter. 

En infer, sans chalenge, droit, 
L irez, biaus fins, orendroit. 

Floire et Blanc, v. 817. 

INFINI, n. m. — S'emploie dans "ces sortes de phrases : « Quel 
lambin ! avec lui cest l'infini ! » pour dire : C'est un homme qui ne 
finit de rien, qui remet toujours au lendemain ce qu'il devrait faire 
aujourd'hui. 

IN-MAGINABLE, adj. — Inimaginable. 

IN-MANQUABLE, adj. — Immanquable. 

IN-MOBILE, adj. — Immobile. 

INSTANT (De 1'), loc. adv. — Tout-à-l'heure, sur le champ, 
maintenant : « Je n'ai pas de travail de l'instant, mais j'espère que 
j'en aurai bientôt.!) 

INSURGÉ, part, passé. — Mauvais sujet, épithètc injurieuse qui 
prouve que nos ruraux n'aiment pas les émeutiers. Mais déjà ce mot 
le cède à communard, synonyme de vaurien, chenapan. 

INTERBOLER, v. act. — Déconcerter : « Le juge de paix m'a in- 
terbolé avec ses questions. — Je demeurai interbolé à cette nou- 
velle. 1) 

INTÉRÊT, n. m. — Amour du gain, avarice sordide. 

INTÉRESSÉ, adj.— Chiche, avare : « Il est si intéressé ({a'W aime- 
rait mieux mourir que de donner un sou aux [uiuvrcs.» 

INTIBOT, n. m. — Se dit de quelqu'un qui reste toujours à la 
même place, qui a l'air niais, stupide : a Quel intibot ([ue ce domes- 
tique! Je nel' garderai pas longtemps. » En Basse-Normandie, étibot 
signifie arbre rabougri. (Y. F. Pluquet.) 



194 ISO 

INTOMBIR, V. act. — Engourdir. Dans nos vieux auteurs, ce mot 
se trouve avec le sens d'étonner, accabler, endormir. (V. Roquefort.) 
C'est une autre forme de esturmir, estourmir, estommir, mettre en 
mouvement, ébranler, assaillir, combattre : 

Cum si li munz fust ezturmiz. 

M. D.F., 11,443. 

« Il n'y a meilleur remède à gens estommis et recreus que de n'es- 
pérer salut aucun . » (Rab., Garg., 1,43.) 

Etym. bas-latin stormus, combat; anglo-saxon, storni. 

Intombir est surtout employé au part, passé : « J'ai les mains in- 
tombies de froid. » 

Il Un into7nbl, un lourdaud, un imbécile. 

INUSABLE, adj. — Qai ne s'use point : « Achetez ce drap ; c'est 
inusable. » 

IRRASASIABLE, adj. — Insatiable. Littré donne ce mot qui a été 
employé par Scarron. 

ISQUE, n. f. — Vieux cheval, vieille rosse ; peut-être du bas-grec 
txxoî, cheval. 



JE l'Jo 



J 



JACQUES, n. propre. — Sobriquet injurieux : «Un biau Jacques," 
un faiseur d'embarras, un imbécil(% un propre à rien. • 

JALOUSETÉ, n. f. — Jalousie. On dit aussi, mais plus rarement, 
jalouserlc. 

JAPPARD, Jappeux, adj. — Bavard insupportable : « Mais [)our 

laisser telles disputes à ces criards et jappeurs aristotéliques » 

(Tabureau, Dial. 08.) 

JAPPE, n. m. — Caquet, liavardagc : « Langlois ne manque pas 

do jappe. » 

JAPPETTE, n. fém. — Commère, femme i^ui a la langue bien 
pendue. 

JASPINER, V. n. — Jaser. 

JE, pron. pers. — On prononce généralement ej, devant une con 
sonne : « Ej viendrai bientùt vous voir. » Ce pronom de la [tromiOre 
personne remplace nous comme sujet devant le [duriel da verbe. On 
dit : « J'avons,j' irons, n Si le sujet est après le verbe, on dit correc- 
tement : c Avons-nous, irons-7ious.y> 

A la cour de François I'-''", on i)arlait comme nos |)aysans : « Ce 
sont les mieux parlants, disait H. Esticnne, qui prononcent ainsi : 
J'aUons, je venons, je soiipons. » 

« Que faites- vous pour avoir de si beaux enfants? demandait un 
jour Henri IV à un paysan matois. — Sire, je les faisons nous- 
mêmes. » (Bull, du Bibliopbiie, juin. 187o.) 

De même dans une chanson populaire contre les gens de la ville : 
Si v's avez une belle famille, 
Ne faites pas tant les pédants : 
Nous, j'e ne sommes pas de la ville, 
Mai3,^V somrn's père de nos enfants. 



196 JEL 

JEAN, n. propre. — Homme faible, sans énergie : «Qui m'adonne 
un Jean comme celui-là? — C'est un vrai Jean, un imbécile, un 
cocu. » 

« De là est venu qu'on appelle un homme cocu, un Jan, etc. » 
(G. Bouchet, 8^ sérée.) 

« Ce Jean futur respondit à ses parents, que si on ne se marioit, 
il n'y auroit point de Jans , et que le monde périrait. » (G. Bouchet, 
8e sérée.) 

Il Jean-bête, jean-fesse, jcan-fontre, sont autant de sobriquets 
méprisants. 

Il Jean-qui-revient, se dit de quelqu'un qui revient sur une déci- 
sion : « Tiens, voilà Jean-qui-revient ! » 

JEANNOT,. n. m. — Un niais, un imbécile. Comp. avec Jenin 
qui anciennement désignait un sot, un homme simple et crédule, un 
cocu. Dans Coquillart, Jenin Dada. (Voir le Monol. des Perruques.) 

JEANQUIN, n. m. — Nous empruntons à l'abbé Decorde la défi- 
nition et l'histoire de ce mot : « Vers 182o, le nommé Jean-Quin, de 
Neslette, garde de M. de Richemont, passant par Bouttencourt, près 
de Blangy, entra au café du père Desmoulins, surnommé la Queue- 
Blanche ; il se fit servir pour un sou de café, un sou d'eau-de-vie, 
et un peu de sucre ; il mêla le tout ensemble, et, comme on lui de- 
mandait le nom de ce mélange, il répondit : « Appelez-le comme moi, 
Jean-Quin. » A partir de là, \e jeanqitin deymt en renom. 

Les denrées ayant augmenté beaucoup depuis cette époque, le jean- 
quin est passé de mode, et puis on est beaucoup moins sobre que le 
bonhomme Jean-Quin. Il faut aujourd'hui la tasse de café bien pleine, 
avec le bain-de-pied, sans compter le carafon d'eau-de-vie, ce que l'on 
ne peut pas donner pour deux sous. 

JEL. — Agrégation des mots je le, je la : « Je n'ai pas besoin de 
vous pour faire ce travail, jd ferai bien tout seul. — Je dirai tout à 
vot' femme, s'ijel vois.» 

Gel voi tut seus sans compaignie. 

Marie, fab. 73. 
Que menguent donc vostre moine ? 
Jel vous dirai sanz nule essoine. 

Renart dans Bartsch, Chrest., p. 227. 



JOU 197 

JEUNESSE, n. f. — Jeune fille : « Tous ces vieux garçons, raveut 
toujours épouser àes jeunesses. » 

JOLIMENT, adv. — Beaucoup, très. De là des alliances de mots 
singulières, comme : « Il esl joliment laid. — 11 est julinvat ca- 
naille. « 

JOMARIN, n. m. — Ajonc, dit aussi genêt épineux. De jonc el 
marin. 

Je vous vendz le doulz roramarin. 
Non poignant comme jonc ma/Hn, 
Qui le chef perça de Fespine 
Du doulx Jésus, qui est tant digne. 

Ane. Poe.?., t. VII, p. 21. 

JORDAMBOISE, n. m. — Sobriquet plaisant et familier dont on 
baptise le premier venu. C'est une corruption évidente de Georges 
d'Amboise, ministre de Louis XII, cardinal et archevêque de Rouen, 
dont le nom historique est resté longtemps dans la mémoire du peuple. 

JORER, V. n. — Attendre : a M'avcz-vous fait assez yojrr ? » 

JOSET, n. propre. — Josciih. 

JOUAILLON, n. m. — Celui qui aime beaucoup le jeu, et qui 
joue mal : « QiuAjouaillon ! il ne fait que perdre. » 

JOUGLER, V. n. — Courir, gambader, comme un poulain long- 
temps reposé qu'on fait sortir de l'écurie. 

Au fig. rire, folâtrer, en parlant des garçons et des filles : « C'est 
jeune, ça aime l\ jongler.» 

Du hûnjocidriri, comme le vieux mo[JHgl('or, jougleor, vient do 
JGCulatorem. Il ne faut pas confondre notre mol jongler (v. i. jngler) 
3L\ecjangkr,jaugler qui signifiait bavarder, railler, moquer : 
Va biaus amis, si t'arme, si laisse ton gcngler. 

FlERABKAS, V. 186. 

Si doit aler paisiblement 
Ne mie jangler à la gent 
Qu'il trovcra par les cemins. 

Ren.vrp. V. 20593. 
« Les commères s'en vont bien coilTces, parlant cl janglant, cl ne 
se esmoient point dont il vient. » (Les XV Joies.) 



198 JUT 

JOUJOU, nom des deux genres. — Celui, celle qui aime à jouer 
comme un enfant. 

JOUJOUTE (Faire), loc — Jouer; terme enfantin. 

JOUQUER, V. n. — Jucher, en parlant des poules et de quelques 
autres oiseaux : « Il faut empêcher les poules de jouquer dans les 
arbres. » Ce verbe est actif dans le sens de coucher : « Il est l'heure 
de jouquer ces enfants.» 

JOUR, n. m. — Employé dans cette locution : « J'irai vous voir un 
de ces jours, » c.-à-d. bientôt, dans quelque temps. Molière a dit quel- 
qu'un de ces jours; ex. : 

On a pom^ ma personne une aversion grande ; 

Et quelqu'un de ces jours, il faut que je me pende. 

Mis., III. 

JU, n. m. — Jeu . «Donnez-nous un ju de dominos. » 

Adouques à l'huissier veu 
Que il a bien le ju perdu. 

Floire et Blanc. 

JU, n. m. — Tablette ou planche posée à plat sur le chambranle 
d'une cheminée ; c'est sans doute le vieux mot juc, parce que les 
paysans ont coutume de jmc/ut sur cette tablette des chandeliers et 
autres ustensiles de ménrge. 

JUIF, n. m. — On donne quohiuefois ce nom au martinet noir 
ou martinet de muraille. Cela vient peut-être de ce que les /wi/s long- 
temps persécutés ont été comparés à ces oiseaux fuyards. 

JUQU'À TANT QUE, loc. conj. — Jusqu'à ce que. 

JUTER, V. n. — Rendre du jus; se dit des fruits ainsi que d'un 
gigot, d'un canard qui rôtit. 
Il Au iig. pleurer, par ironie. 



KIE 1(J9 



K 



KÉNOUIS, n. m. — Clièncvis. 

KERMAINE, n. f. — Viande pourrie, charogne; on a proposé 
pour étym. caro minor ? 

KÈVRE, n. f. — Chèvre. 

Une kièvre vuleit alcr 
Là ù pasture pust truver. 

Marie, Fab. 90. 

KEUSSE, n. f. •— Pierre à aiguiser ; du latin cos, cotis, en fr. 
queux. 

j\Iors, qui saisis les terres franches, 
Qui fais ta keus de gorges blances 

Et ton raséoir afiler 

Stances sur la Mort, IX. 

Il (le faucheur) jette sur son dos la besace garnie, 
Et sa trenchente faux de ses queusses munie. 

Gauciiet. 

KEUSSER, V. a. — Aiguiser avec la Jmisse. Au fig. s'emploie dans 

un sens ohscène : « Vol' servante se fait keus.trr par un tel. » 

KEUVETTE, n. f. — Fossette de la nu.[uc du cou ; doit être une 
corruption du v. fr. ch('vere,U)[o, col, chevet. 

« Et ce fut lors (|u'il [larldil do rompre la cavesrhr ii tout le monde.» 
(Sat. Mcnippée, p. 333.) 

KIEN, n. m. — Chien. 

» De tûtes parz les kicnshnivont, •■ 

M.vRiE. Fab. 91. 

l)ict(uis : « Un /licn regarde hi'-ii un évèiiue, » un inférieur peut 



200 KMI 

regarder son supérieur. — « Etre grand comme un k'ien assis, » être 
de petite taille. — « Ils sont comme Saint-Roch et sin kien, » c'est- 
à-dire inséparables. 

Il Kien de terre, larve de hanneton, dit aussi verbled et mans. Dans 
l'Avranchin cet insecte s'appelle chevrette, et tac à Valognes. 

KIENNER, V. n. — Se dit d'une chienne qui met bas. 

KIER, V. n. — Chier. Dériv. : Kinrd, celui qui ne fait rien qui 
vaille, qui chie sur la besogne; kiache, kiachie, excréments; kiacher, 
aller souvent à la selle ; kiole, diarrhée ; kiiire, chiure. 

K'MIN, n.m. — Chemin. 

Jadis avint k' uns lôii erra 
Par un kemin 

Marie, Fab. 29. 
Huez l'an merchia, puis c'est au quemin mis. 

HuG. Capet, p. 19. 

Kamin carrai (1074), caminum publicum (1038) dans les Chart. 
de saint Victor. 

Ce mot, selon quelques linguistes, dérive des langues celtiques, 
camcn, chemin, cani, kamm, pas. 

K'MIN, adv. — Comment : « K' min qu'o vos portez cnnuit ? » 

K'MINAIE, n. f. — Cheminée : « Rester dans s'k'minaie, n rester 
au coin du feu, ne jamais sortir de sa maison, Etym. camminata, 
dans un texte de l'an 58i. (Littré.) 

K'MINCHER, V. act. — Commencer. La suppression de Vo a 
également lieu dans racmoder, k'mander, raccommoder, commander, 
et leur dérivés. 

Il fut un temps oii les Parisiens prononcaienl quemencer, pres- 
que comme nos paysans : «Plusieurs personnes, écrivait Vaugelas, 
doivent prendre garde à une mauvaise prononciation de ce verbe 
commencer, que j'ai remarquée même en des personnes célèbres à la 
chaire et au barreau, c'est qu'ils \)rononcein commencer, tout de mesme 
que si on escrivoit quemencer. » 

K'MINTÈCHE, loc. adv. — De quelle manière ? Comment est-ce 
que? « K'mintèche que t'as fait pour te salir comme cha? » 



KVI 201 

K'MÎSE, n. f. — Chemise. 

Cors bien norris, char biea aliae 
(Mors) fait de fust et de vers ketnise. 

St. sur la Mort, XXVIII. 

Du bas-latin camisia, employé par saint Jérôme, et fort usité au 
moyen-âge : « Teneatur annuatim perpetuo... dare camisiam singulis 
pauperibiis (1004). ») Chart. saint Victor.) 

KMISETÏE, n. fém. — Petite chemise de laine pour couvrir la 
poitrine. 

K'VA, n. m. — Cheval : « Etre comme un le va de bos, » paraître 
stupide, avoir l'air d'un sot. 

Au plur., k'vas. Beaucoup de mots font ainsi au pluriel : Mari- 
chals, journals, canals, hôpitals, mais, etc., maréchaux, journaux, 
canaux, hôpitaux, maux. 

K'VETJ, n. m. —Cheveu. 

K'VET, n. m. — Chevet. 

K'VILLE, n. f. — Cheville. 

N'i eut kevillo ne closturc 
Kc ne fust tu te d'cbenus, 

Marik, Gugemcr. 

rVILLER, V. act. — Cheviller. 

Fox est cil et moult engigniés, 
Quant por Dieu s'est si avilliés, 
Ke en blanc ordre est kevillids. 
Quant d'alcr à Dieu ne se hastc. 

St. sur la Mort, XXXVII. 

Nota. — Dans les mots Ic'va, k'ven, k'vd, k'cilh', k'cilU'r, la letln' 
initiale k s'adoucit et se prononce presque comme h g. 



202 LAC 



L', art. — Le, la, dans le corps d'une phrase et devant une con- 
sonne : « Il est entré dans l' maison. — J'irai trouver Monsieur 
r maire. » Comp. avec le dialecte picard du XTI^me au XlV^n'^ 
siècle, ou l'article le régime est des deux genres ; ex. : « Li rois de 
France renvoia le signeùr de Couci en sa terre, et le signeur de Hen 
en le sienne. » (Froissart, I, p. 166.) 

LABOUREUX, n. m. — Laboureur. 

Mars halleux (venteux) 
Marie la fille du labonreuoc. 

L. DE LiNCY, Proi\ 

Dans beaucoup de noms et surtout dans les substantifs verbaux la 
finale ewr sonne eux, ex. : Procureux, joueiix, trompeiix, diseux, de- 
mandeux, conteux, porteux, quere lieux, etc. 

« Les hommes sont vains, effrontés, querellenx. » (La Bruyère.) 

Cette prononciation qui a duré jusque vers le milieu du XVII''™® 

siècle est très-ancienne, en sorte qu'il n'est pas rare de voir honneur, 

douleur, frai/eur, ailleurs, etc., rimer avec des noms ou adjectifs en 

eux : 

Que dira Katerine et Agniez et Riqueus 
Quant d'ellez ay eus les pi-emiers honneurs, 
Et ont pour my laissiet à prendre leur espaus ? 
Tant qu'il m'en souvenra, j'en vivrayen dolleurs. 

Hugues Capet, p. 9. 

On disait et on dit encore en Normandie .• Harflcu, Hon/îeu, Bar- 
fleu : « Hz (les Anglais) prindrent port a ung Havre qui est entre 
Hontfleu et Harfteu, oh l'eaue de Saine chiet en la mer. » (Chron.de 
J. Le Fèvre.) 

LACHE, n. f, — Longe : « Mener une vache par la lâche. » 



LAN 203 

LÂCHER, V. n. -- Usité dans ces locutions : « Il ne lâche point de 
parler. — Ne lâche pas, r) liens ferme. 

LACHET, n. m. — Lacet. 

LAIT- BATTU, n. m. — Lait de beurre, lait qui reste dans la ba- 
ratte quand le beurre est pris. C'est ce que Noël du Fail appelle 
encore du lait barratté. (V. Prop. rust., p. 42.) 

LAMBIN 1ER, ère, adj. — Celui, celle qui ne finit de rien ; de 
lambin. 

LAMPRONER, v. n. — Boire comme un ivrogne : « Il passe ses 
journées à lamproni'v. « 

Dériv. Inmpronicr, ève, celui, celle qui aime ù lamper ou lampro- 
ner. Anciennement on appelait /rrmj)ro«iVr<?5 les coureuses de nuit, de 
lampron, petite lampe qu'elles portaient. (V. Richelet.) 

LANCHERON, n. m. — Laiteron. Il peut se faire que cette plante 
ait été nommée lanchcron, parce que ses feuilles ont la forme d'un 
fer de lance, à moins (jue ce ne soit une corruption du fr. laceron : 
« Et là les nourrit et allaicta jusques à ce qu'ils fussent grands, et 
qu'ils peussent gringnoter le laceron. » (N. Fabrique.) 

LANDON, n. m.— Langage ennuyeux, contes a faire dormir ; usité 
surtout au [)lur : « Quel homme ! vous assomme-t-il avec ses lan- 
cions ! » Dans certaines parties de la Normandie, on donne le nom 
de landon à une espèce de longue corde ; de là peut-être landon avec 
le sens de causeries sans lin, et landonner avec celui de parler lon- 
guement et lentement. 

On pourrait aussi trouver quelque analogie métaphorique entre ce 
mot elle v. fr. landon, diminutif de lande : « Il sera si donqUé que 
l'en le pourroit mener par le landon garder les brehiz. » {Les XY 
Joies.) 

LANGONER, v. u. — Parler à tort et à travers, médire : « Il faut 
que cette femme /rt/i^ro/ie sur tout le monde. » 

LANGONIER, ère, adj. — Crhii. ci'llc qui passe son temps à lan- 
goncr, à médire d'autrui. 

LANGU, Langard, adj. — Bavard, médisant. 



204 LAP 

Languards picquaus plus fort qu'un hérisson. 

Marot, Bail. V^. 
« Orateurs languars. » (Tahureau, dial., p. 163.) 
L'autre fut un lanr/riard, révélant les secrets 
Du ciel et de son maître aux hommes indiscrets. 

Régnier. 

LANGUE, n. f. — Loc. part. : « Taire sa langue, » rester muet, 
savoir garder un secret : « Ne lui confiez rien, il ne sait pas taire sa 
langue, .« 

Il Langues du monde, caquet^ commérage : a On ne vivrait pas 
s'il fallait écouter les langues du monde. » 

Il Langues de femmes, médisances, propos calomnieux. 

LANTERNIER, ère, adj. — Celui, celle qui ne dit que des fa- 
daises, dont la conversation traîne en une longueur insupportable. 
Littré ne donne que lanternier, subst. masculin. 

LAPARD, Lapeux, adj . ~ Ivrogne. 

LAPER, V. act. — En français lape)- se dit des animaux ; en patois, 
des ivrognes : « Cet homme a dépensé sa fortune à laper. — Il a lapé 
tous ses biens. — Il a dépensé tout ce qu'il avait en lapant. » 
Et le vin boire, engloutir et laper., 
Et tote jor dormir et reposer. 

Aliscans, V. 3349. 

LAPETTE, n. f. — Soif : « Cet enfant a toujours el tapette. » 

LAPIDE, n. f. — Eunui, tourment. « Que lapide que d'être obligé 
d'écouter un pareil bavard I » 

Lapidée, lapidement sont de vieux mots qu'on rencontre fréquem- 
ment avec le sens de massacre, destruction : 

De mes hommes ocist et fait grant lapidée. 

FlERABRAS, V, 5057* 

Cascuns tint nu le branc et cruel et sanglent. 
De turcs et de paiens font grant lapidement. 

FlERABRAS, V. 4961. 

LAPIDER, V. act. — Ennuyer, importuner ; extension du français 
lapider, tuer, poursuivre à coups de pierres ; « J'ai des enfants qui 
ne font que me lapider, )) 



LEQ im 

LAPIER, n. m. — Rachor. du latin apiarium. On a dit d'abord 
apier, puis hipier avec agglulinatiuu do rarticle. (Voir Andier.) 

LAPINER, V. a. — Si' dit d('lala[iiiie ([ui mot bas sa portée. 

LAQUER, V. act. — Terme de pêcbc ; « Laqua- des cordées, » 
c'est mettre un appât aux hameçons. Cet appât est ordinairement un 
ver, un limaçon, un vairon ou bien un caborgne. Du latin luqueare, 
laqueus, lacs, (ilet, piège. 

LARD, n. m. — Peau, dans un sens burles([ue : a Le dimanclie, 
on va faire gratter son lard, » c.-à-d. se faire raser. 

« Joyeusement se frottam leur lard. » (Rab., Gary., l.) 

LARDER, Y, act. — Brûler : « Le soleil nom lardait. » L'abbé De- 
corde voit dans larder le latin ardere. La forme normande arder au 
lieu de ardoir, existe bien dans les anciens textes, mais comment 
expliquer la prosthèse de / ? 

Cil boire mon désir atise, 

Et mon cœur fait frire 'et larder. 

Mystère de l'e^nperexrr Julien. 

LARRIS, n. m. — Lande, pâtis pour les moutons. 

Cuverz en simt (de SaiTasins) li val et les muntuignes, 
Et li laris e tregtutes les plaignes. 

RoL., ch. II. 
En doce France ai-je été norris; 
N*i a guichet, ne sentier, ne larriz 

Que ne sachions , . . 

Gaki.v, V. 2231. 

Dans \es Cent Nouvelles nouvelles, on trouve larrier, avec le même 
sens. (XXyen^e ^\) 

Etym. bas-latin, larriciuin ; latin, arida, lieux arides. 

LE, pron. régime des deux genres. — Le, la, lorsqu'il est placé 
après le verbe : «Pierre veut vendre son cheval, achèle-Zé. — Celle 
maison te convient-elle ? loue-/('. » 

LÉCHE-CUL, n. m.— Homme d'un caractère servile : Expression 

rabelaisienne usitée partout. 

LEQUEL QUI, Laquelle qui, pron. interrog.— Qui : .< Lyuihiui 
veut venir avec moi? » 



206 LEU 

LENTIPONNIER, n. m. — Homme lent, irrésolu. Mot formé de 
l'adjectif lent et du verbe pondre, porter, dans le patois berrichon. 
Pontardf sobriquet que l'on donne à certains paysans qui ne sont 
jamais pressés, est un mot composé comme lentiponnier. 

Le verbe lantiponner appartient au fr. populaire : « Ne laniiponnez 
pas davantage. » (Molière, Méd. malgré lui.) 

LESSIVEUSE, n. f. — Lavandière. Ce mot qu'on emploie partout 
n'est pas dans le Dict. de l'Académie. 

LEU, n. m. — Loup. 

Ensi avint k'uiis leiis ruiija 
Uns os que el col li entra. 

Marie, fab. VIL 
S'uns lei(S avoit chape roonde 
Si resambleroit-il provoire. 

Rut., la Descorde de l'Univ. et 
des Jacobins. 
La dame fii el bois, qui durement plora, 
S'oï les ?eï<5 uller et li liuans hua. 

Berte, V. 704. 
Cil (Jupiter) mist le venin es serpens; 
Cil aprist les leus à ravir. 

Rose, v. 21063, 

Loc. part.: «Vivre comme un Icu, » vivre seul. Un pauvre leu, » 
un pauvre hère. 

Avoir le mal saint Leu. Etre malade de la peur ; on invoque saint 
Loup contre la peur, et contre l'épilepsie. (V. Du Gange.) 

Mont-Jean-le-Leu, nom de localité, près de Grandcourt. 

Cacheleu, nom de famille ; celui qui chasse le loup. 

En français leu a été conservé dans cette locution : A la queue leu 
leu. 

LEUNE, n. f. — Lune. Ainsi se \)rononcent prenne, eune, hreune 
(prune, une, brune, etc.) Voir la remarque faite au mot aleumelle : 
« Etre bien ou mal leuné, » être de bonne ou de mauvaise humeur. 

LEUR; pron. pers. — On prononce leu devant une consonne, leus 
devant une voyelle : « Ej leu dirai ce que je pense. — X-ms as-tu 
promis d'aller les voir ? » 



LEUR, adj. poss. — Lm.f, an [iliir., devant une voyelle on nn h 
muet: « Les femmes viendront avec Iras lionimes. » Leu. au sin". 
et au plur. devant une consonne : « Je connais leu maison. — Leu 
domestiques sont partis. » Lent, au sing. féminin, devant une voyelle : 
« Je crois que leut aflairc va mal» 

LEUVE, n. f. — Louve : « Une pauvre leuvc, une pauvre femme; 
quelquefois une femme de mauvaise vie, comme le latin lapa, i\\i\ 
avait le sens de courtisane, ainsi qu'on peut le voir dans Piaule et 
dans ce passage du Liber de Spectaculis^ attribué à saint Cyfirien : 
« Quod si rursum prœrogem quo ud illud spectaculum itinere perve- 
iierit, confitebitur per luparum, per prostitutarum nuda corpora ....n 
Ou te counaît dans le bordeau ; 
C'est là que tu tiens ton bureau, 
Vilaine louve diffamée, 
Reste des goujats de l'armée. 

Paris biirl. par le sieur Berthod. 
De même, dans la vieille langue, le nom de lisse (chienne) était 
souvent appliqué aux prostituées : 

Pute mauvese, vil lisse abandonée. 

Aliscans, V. 3041. 

LEU-WAE.OU, n. m. — Loup-garou. J'ai entendu dire aussi par 
quelques paysans warder, esicarer, au lieu de garder et égarer, mais 
cette prononciation appartient proprement au picard et aux dialectes 
de la Flandre française. Les trouvères et chroniqueurs originaires de 
cette région écrivent want, icaitier, reivarder, tcerredoner, wimple, 
wurir, werpir, ivise, au lieu de gant, gai lier, regarder, guerredoner, 
guimpe, guérir, guerpir, guise. Ces vieilles formes et d'autres sem- 
blables se rencontrent surtout dans la Vie Saiid-Alessin, rédac- 
tion du XlIIerac siècle. 

LEVÉ (Être bien ou mal), loc. — Etre bien ou mal disposé, de 
bonne ou de mauvaise humeur. 

LI, prou. — Lui, du latin illi : « Voilà un pauvre, donne-// un 
bou. » Notre patois a gardé ce pronom usité depuis lorigine de l.i 
langue jusqu'au XIV"'® siècle : 

En piez se drescet, si li vient controdiro. 

Ch. uk Hol, p. 18. 



208 LIÉ 

Il a nom li rois Charles ; or îi faut des Rollans. 

Rut., Li Diz de Puille. 

Il se trouve encore dans Marot : 

Et de faict, je tiens tant de ly. 

Epitaphes. VIII. 

LIA, n. m. — Livre ; terme enfantin : « Si tu es bien sage, je te 
donnerai un beau lia. » 

LIACHE, n. f. — Longue et grosse corde qui sert à maintenir la 
charge d'un chariot. (V. Comble.) 
Il Mauvais lien, lien qui a déjà servi. 

LIAGE, n. m. — Action de /ier. 

LIARDEUX, euse, Liardier, ère, n. m. ot f. — Celui, celle qui 
tient à un luird ; personne capable, comme disent les paysans, de cou- 
per un liarà en deux. 

LIGHARD, Licheux, n. m. — Celai qui essaie d'attraper un bon 
repas, qui arrive toujours au moment où l'on dîne. C'est le parasite 
d'autrefois, mais moins amusant. Etym. bas-latin lecator , qu'on 
trouve dans Isidore de Se ville. V. fr. lechicrre, Iccheor, leceor, gour- 
mand, glouton, débauché ; lecherie, débauche. 

LICO, n. m. — Licol, licou. 

LIÉNARD (Saint). — Saint Léonard. Ce saint, à cause de son 
nom, Liénard , est invoqué pour les enfants noués. 

Les prisonniers, que les liens importunent si fort, l'avaient jadis 
choisi pour patron : 

Saint-Lienart, qui les prisons desloie. 

Aliscans, V. G571. 
Et saint Liena7's qui desferge 
Les prisonniers bien repentans, 
Quant les voit à soi démentans. 

Rose, y. 9586. 

« Le 8 mai, saint Léonard (église d'Haucourt) est encore invoqué 
contre la maladie de poitrine, dite imtte d'oie; les femmes enceintes 
le prient pour obtenir une heureuse délivrance, les conscrits pour 
avoir un bon numéro. » (Le Paijs de Braij, D. Dergny.) 



LOC 209 

LIETTE, 11. r. — Cordon de tablier. 

LIEUX, n. 111. — Liour. 

LIGNER, V. 11. — Pèchor à la ligne. 

Il Y. act. Tracer une ligne avec un cordeau frotté de craie sur 
une pièce de bois qu'on veut ou é([uarrir, on débiter en planches. 

LIGNEU, n. ni. — Li^neul. 

LINOT, n. 111. — 3Iàle de la linotte : « Retu comme un llmt. i> 
Terme affectueux comme : «Monpoulof, mon canard, » qu'on adresse 
aux enfants : « Viens m'embrasser, mon petit WnoL » 

LIROT, n. m. — Jeune canard. 

LIROTES ! Lirotes ! Lirelire ! — Cri par kMjuel on appelle les 
canards . 

LISA, n. propre. — Elisa. 

LISET, n. m. — Petit ruban de soie : « Ké biaus IheU qu'os avez 
à vo bonnet ! » 

LIU. n. ni. — Lieu : «En cel nionstier iiieismes est li ///(5 0ii ma- 
dame sainte Marie trespassa. » {Chron. d'Enioul.) 
Quant lor mangiers aprestés fu, 
Ils vont laver, puis sont assis : 
El [)lus bel lia out Floire mis. 

Fluikic kt Bl.vnc. 

LIUE, n. f. — Lieue : « Escalonnes est une cités sous mer, ii xii 
hues de Jliérusalem. » (Chron. d'Enwul.) 

Babiloinc, si comme jou peus, 
Dure vint Hues de tout sens. 

F1.01RK ET Blanc. 

LIURE, n. f. — Longue braiulie ([ui sert à lier les haies. 
LOCHAGE, II. m. — Action de lochrr les pommes. 

LOCHE, n. f. — Espèce de boîte carrée (jui est suspendue par des 
cordes ou des chaînes de fer sous la voiture des routiers. D'où ces 
locutions : « Monter en loche, traîner quelqu'un en Inche.n 

Etvm. lùc/i-e, branlmit, en haut-allemand. 



210 LOU 

LOGER, Faire Loger, v. act. -- Metlre, faire mettre quelqu'un en 
prison. 

LOINTEUR, n. f. — Distance ; mot formé de loin, comme avan- 
teiir, de avant : ■< J"ai tiré ce lièvre à une rude lointeur. » 

LOLO, n. m. — Lait; terme enfantin. 

Il Veau : « Regardez ce petit loto dans l'iierbage. » 

Il Grand lolo, grand garçon qui a des manières puériles. 

LONGIS, n. m. — A le môme sens que le français lambin : « C"cst 
un longis, un vrai longis.» (Dict. de l'Académie, de 1696.) 

LOQUET, n ni. — Hoquet. On a dit d'abord X hoquet, puis loquet, 
avec agglutination de l'article. (V. Audier, lapier.) 

LOQUETIER, n. m. — Celui qui fait commerce de loques. Rabelais 
fait exercer an beau Paris, dans les enfers, le métier de loqueteux, 
mot auquel la plupart des commentateurs donnent maladroitement le 
sens de déguenillé. 

LORS DE, loc. prép. — Au moment de : « Lors de\otra arrivée, 
je partais. » Littré approuve cette façon de parler et donne pour 
exemples : « Lors de votre élection, lurs de votre mariage. » 

LOUCHER, V. act. et neut. — Becber la terre avec un louchet : 
« Il faut (jue je louche ce petit coin avant de dîner. » 

« Un nommé Jean de Retz et la grosse Jenneton y fouillèrent, 
piochèrent, houèrent, gravonnèrent, louchèrent et forcèrent tant et 
tant, qu'enfin découvrirent les dignes et précieuses richesses d'iceluy.» 
{N, Fabrique.) 

LOUDIER, n. m. — Grosse couverture de laine piquée. 

« Passant oultre je vis un averlant qui, saluant son alliée, l'appela 
mon matraz ; elle l'appelait mon loudier.r) (Rabelais, Pantagruel, IV, 
page 9.) 

« Est-il possible que ce gros lodier qui vous monte autour des 
reins ne vous fasse point sentir de gravelle ? » (D'Aub., Fœneste, 
p. 14.) 

Etym. lat. lodix. Comp. avec Tarménien lôtig, manteau, et l'ir- 
landais lothar, vêtement. (V. Pictet, Orig.Lndo-Europ. , 11,298.) 

LOUISE, Louison, n. propre. — On ap[ilique souvent ce nom à 



LUQ 211 

des femmes de mœurs légères : « C'est une grosse Louise (jiii ..■lUciid 
le mot pour rire. » 

LOÛTIER, n. m. — Louvetier. 

LOUTRE, n. m.— « J'ai de bons loutres à ijclicons. » (Dit du xM(;r- 
cier, V. 24.) 

« Dedans le(fuel huisson lut trouvé un loutre. wmMv^^ loutre. » (N. 
Faljriijue.) 

Le loii]) ineugue les brebis, 

Le loutre jjoissou maijji'e ou gras. 

A71C. Poés., t. VII, p. 242. 
Leloutre, nom de famille. 

LUIRE, Y, act. — Lire : c Cet enfant ne peut pas apprendre à 
luire. » 

Dériv. hiiseux, lecteur : « Ne v'ià-ti i)as un biau luiseux, on nd 
comprind mie. » 

LUQUE, adj. — Louche, et non pas borgne, signification (fn'on 
pourrait attribuer à luque, h cause du latin luscus. Qui ne se rap[)flie 
à ce sujet les beaux vers de Juvénal sur Annibal : 

qualis faciès, et qiiali digua tabella, 
Cum Getula diiceia jjortaret bellua luscum ! 

Sat. X. 

LUQUER, V. n. — Louciiei'. Le composé reluquer, ou plutôt erlu- 
fjuer, signifie considérer, examiner avec curiosité. Comp. avec l'ang. 

to lool>. 



MAC 



M 



M', pron. poss. — Ma, devant une consonne et dans le corps d'une 
phrase ; « J'vous louerai w' ferme deux mille francs. » (V. Em'.) 

MA, n. m. — Mal. Dans beaucoup de mots, / final ne se fait pas 
entendre, exemple : Ligneu, seu, mié, sole, etc., ligneul, seul^ miel, 
soleil. 

Ma fait au pluriel mas : « On peut dire que cet homme-là a eu tous 
les mas.» 

MAGAILLE, n. f. — Ce qu'on donne à manger aux animaux do- 
mestiques. En mauvaise part, nourriture pour les hommes. 

MACAILLIS, n. m. — Mélange de diverses plantes fourragères. 
(V. Brêlée.) 

MACHACRE, n. m. — Massacre : « Portant du niachacre à Caen. » 
(Cité par Le Iléricher, Xllleme siècle.) 

Comme on le voit par cette citation, niachacre a signifié boucherie, 
viande de boucherie, et macecricr, boucher : 

Ihiec truevent un macecrier 
Ou il acateut lor mangicr. 

Floire et Blaxc, V. 1034. 

MAGHON, n. m. — Maçon ; d'où mâchonner, machonnerie, déma- 
chonner, etc. 

a Le tour qui estoit à îhérasse se fendi en deux, et avala une des 
parties en bas sans soy déinachonner. » (J. Le Fèvre, p. 4i.) 

MAGHOQUER, v. act. — Bossuer, gâter : « Les poires que vous 
m'avez envoyées sont toutes uiacaoqaées. »' 

Etym. choquer, et mar, mal, particule de dépréciation, ex. : Mar- 
miteux, marmotter. 



MAI 213 

MACRIAU, 11. m. — Maquereau. 

MADAME-J-ORDaNNE, n. f.- Sobriquet plaisant que les domes- 
tiques appliquent à la fermière qui fait trop sentir son autorité'. 

MADELON, n. propre. — .Madeleine. 

MAHEU. n. des deux genres. - Bossu. On dit aussi Mmjeux en 
souvenanee du type longtemps populaire créé vers 1830 par le cari- 
caturiste Traviès. 

MAHON, n. m. — Coquelicot. 

. MAI. Mei. pron. pers. _ Jloi : «La Normandie n'a pas connu 
mi ; elle avait meQ{ moi qu'elle écrivait mai. » (Burguy.) 

« Et tu m'as oï e délivreras mei, tue ancele, de luz ces ki mei e mun 
filz voleint oster del héritage nostre seignur. » (G. L. d. R., II, 169, 
cité par Burguy.) 

Lorsque moi sujet précède le pronom relatif et une proposition in- 
cidente, le verbe de cette proposition se met à la première personne, 
et l'on doit dir.' : « C'est moi qui ai fait cela ; moi qui t'ai toujours 
protégé. .. Dans notre patois mai qui est toujours suivi d'un verbe à 
la troisième personne ; ex. : « C'est mai qui se nomme Pierre; ce n'est 
pas mei qui recidetv. » Il en est de même après toi qui, vous qui : « Ce 
n'est pas tei qui se fâcherait de cela. — Ce n'est pas vous autres (jui 
chercheraient à me nuire. » 

« Il n'y a que vous qui sache si vous estes lasclie et cruel, ou loyal 
et dévotieux. » (^Mont., liv. III, ch. II.) 

Nos [)lus grands écrivains, Corneille, Molière, Racine ont usé de 
cette tournure : 

Et je ue voLs que vous f|iu lu j^'issc arrêter. 

Nicomcde. 
Ce ne serait pas moi qui se ferait prier. 

Sganarellc. 
Il ne voit à son sort que moi qui s'intéresse. 

Iirita»»irus. 
Mai est quelquefois régime indirect, placé avant 1." vfrbt\ ci.mme 
dans ce passage tiré de Rabelais : « Allez mm/ dire .|ue les n.irnes 
d'aultres animaulx plus grands ayent vertu telle... 



214 MAI 

MAILLARD, n. m. — Canard domestique mâle. Malart, en fran- 
çais, est le mâle des canes sauvages. 

Dans l'ancienne langue, on le trouve avec l'acception qu'on lui 
donne chez nous : 

I\Ioult i ot gelines et cos, 
Anes, malar^s, et jars etoes. 

Renart, V. 1273. 
Etym. bas-lat. mallardus. 

MAILLOT, n. m. — Maillet de bois. 

MAIN, n. f. — Ce mot est usité dans plusieurs locutions remar- 
quables, ex. : 

Avoir de la main, avoir un appui, être protégé par une personne 
influente ; « Vous perdrez votre procès, si vous n'avez pas de la main 
ou d'à main, n 

Avoir la main longue, même sens que : Avoir le bras long. 

Etre à son à main, être placé de façon, quand on travaille, à agir 
librement, de sa main droite, si Ton est droitier; de la main gauche, 
si l'on est gaucher. 

N'être pas à son à main, c'est le contraire. 

Etre à main de, pouvoir facilement : « // est à main de vous ren- 
dre service. » 

Etre à main de, être proche : « A votre place, j'aurais acheté cet 
herbage; c'est si à main de votre maison.» 

Etre à main, être commode, facile à manier : « Cette faux est bien 
à main.y> 

Les cultivateurs disent que le blé a de la main, quand il est sec, 
et qu'il glisse facilement entre les doigts. Aussi les paysans normands, 
qui sont nés malins, ont l'habitude, quand il portent un sac de blé 
au marché, d'y verser un peu d'huile, pour donner de la main a leur 
marchandise. 

Avoir des mains de beurre, se dit de quelqu'un qui laisse tomber ii 
terre et brise la vaisselle ou d'autres objets. 

MAINE, n. f. — Mine : « Il a bien mauvaise maine edpis s'ma- 
ladie. » 

MAINE, n. f. — Mine, mesure de pommes contenant huit boisseaux. 
La petite maine n est qne de six boisseaux. 



MAL 215 

MAINTIENT, n. m. - Manche du flayet. (V. ce mot.) 

MAISONCELLE, n. m. - Nom de localité, hameau composé de 
trois ou quatre maisons. Du v. fr. maimw'h', petite maison. 

MAIRESSE, n. f. — La fennnc du m;iiiv ; se dit pres(|ue toujours 
par moquerie : « E ! gardez, Gautier, veez-vous la mainsse aler e son 
gendre ? » (Théat. fr., au moyen-âge, dans Littré.) 

Nos campagnards donnent le IV'minin à certains noms propres; ils 
disent : Deauvalessc, Brocarde, PonlcW, Kakalesse, La Noblesse, Cas- 
sarde on Cossardière, pour : l.i Irmme de Beauval, Brocard, Poulet, 
Kakal, Lenohle, Cossard, etc., maisjoujours avec une acception de 
mépris. 

MAIRERIE. n. f. — Mairie. On dit ?Lnss'i maison-commeune (corn- 
mune), mot de la Révolution. 

MAÎTE, n. m. — Maître. R dans les syllabes finah's no se pro- 
nonce pas. (Voir R.) 

« Je luy fy paroistre comme il s'estoit trompf', jirenant hotic di- 
foin pour filet, renard [mu'iiwrfe, ol li;ipe-ioui'(l(^ pour rubis.» (Sat. 
Ménippée, p. 30't.) 

MAITRESSE, n. 1. — Ce mot s'applique sans inconvenance à une 
fille honnête (ju'ou recherche en mariage, et que Ion courtise pour le 
bon motif : « Ne cherche i)as à courtiser Clémentine, c'est la mailressc 
de Louis, » comme nous dirions sa fiancée. 

MALADIE (Faire une), loc. — Avoir, éprouver une maladie. 
MALAINE, adj. f. - De malin. 

MALAISE, adj. — SoullVant : (< h^ me sens tout tna/aise. — Elle 
est renli'('i' chez elle toute malaise. » 

MALAISE (À), loc. — A plus forte raison : « Vous êtes fatigué 
d'avoir fait deux lieues, à inalaise si vous en aviez fait six comme 
moi. )) 

MALANDRE. n. ï. — On niiiMid |i,ir n' iimt [oiiic r-p/'ci- (rinlir- 
miti-, de maladie. 

MALAPATTE, adj.— Maladmii .- (vlui ipii m <',s7 adnàt de ses mains 
comme un cochon de s'fjiieuc.» 



216 MAL 

MALDIRE, V. n. — Médire : « C'est une femme qui passe son 
temps à maldire sur tout le monde . » 

D'où maldisant, jadis très usité : « Tu es ivrogne, tu os larron, et 
mal disant de tout le monde. » (Nicolas de Troyes.) 

MALENDURANT,, ante, adj. — Personne d'humeur difficile. 

MALENTENTE, n. f. — Désunion, discorde, mauvaise intelli- 
gence : « Il y a de la malentente dans cette famille. » 

Damediex leur envoit tous ti'ois si maie entente 
Que de lors faus marchiés viengent à droite vente ! 

Berte,-v. 2055. 
Il Etym. mal et entente. 

MALGRÉ QUE, loc. conj. — Quoique: a Malgré que Yons s,yez 
dit du mal de moi, je ne vous en veux pas.» On sait qu'en français 
malgré que ne s'emploie qu'avec le verbe avoir, dans ces locutions : 
Malgré que j'en aie, malgré qu'il en ait. 

MALIN, adj. — Difficile : « Ce n'est pas inalin de faire l'aumône 
quand on est riche. 

MALINSTRUIT, adj. — Malotru. V. fr. malestruit, malestrus, du 
lat. maie instructus. 

MALPOLI, adj. — Grossier, mal élevé. 

MAL-SAINT X. .. (Etre tenu du). — Maladie inconnue à la Fa- 
culté, mais non pas aux honnes femmes, commères ou sorcières de 
nos villages. Quand un enfant ne guérit point du carreau ou de toute 
autre maladie, et qu'il se devient mal^ c'est qu'assurément il est tenu 
à un saint : par conséquent, pour le guérir, il faut porter l'enfant en 
pèlerinage au saint qui le tient. Comme il y a beaucoup de saints dans 
le calendrier, il est important do savoir l'adresse do celui qu'il faut 
prier. A cet effet, il y a dans chaque village une femme qui a le don 
de découvrir le saint qui torture le malade. C'est ordinairement quel- 
que vieille macette convertie qui fait ce métier. 

Voici comme elle s'y prend : Elle commence une neuvaine^ puis 
elle cueille trois feuilles de lierre qu'elle met dans un verre plein d'eau 
bénite; sur chaque feuille est le nom d'un saint. Celle qui jaunit ou 
se tache la première dénonce le saint auquel le malade est tenu. Ce 
n'est pas plus difficile que cela. 



MAQ 217 

Les saints auxquels on est lo plus exposé d'être tenu sont : Saint 
Vincent, pour les fièvres intermittentes; saint Yimer, pour les coli- 
' ques; saint Martin, pour le carreau; saint Ilélior, pour les maladies 
de langueur. 

On se tromperait si l'on croyait que de telles superstitions n'existent 
que dans nos villages : elles /Ifurissent même dans les grandes villes, 
et je sais qu'au Havre bon nombre de femmes font métier de toucher 
les enfants atteints du carreau. 

MALTIDE. n. propre. — Mathilde. 

MANCHERON, n. m. — Manclie de cbarrue : « Dès l'âge de treize 
ans i't'tais dans les mancherons, » c.-à-d. dès l'âge de treize ans, on 
m'apprenait à labourer. 

Levés à deus mains toutes nues 
Les mancherons de vos charrues. 

RosK, V. io:)io. 

MANGE-TOUT, n. masc. — Petites fèves qu'on mange avec les 
cosses. 

MANIQUE. n. L — Manière, moyen : c Je ne savais comment m'y 
prendre pour atteler un clieval, mais maintenant je connais la mani- 
que. » Du lat. municula, pris au figuré. 

MANJURE, n. f. — Démangeaison. 

MANS, n. m. — Larve du liannetou. 

MAQUE-À-PART, n. des deux genres. — Celui, celle qui prend 
un bon re[(as eu cacbette. 

MAQUE-ÉPAIS, n. m. — (ioinfre. On dit tnm/uc/h(ns avec le 
même sens. 

MAQUER, V. act. — Manger connue un gourmand, comme un 
animal vorace. On prépare à marjucr aii\ bcsliaux.aux volailles. 

MAQUERIE, n. P.— Ripaille, festin, en mauvaise part : - Je ne 
me soucie pas de fain' la mmnn'rh' pour tous ces paresseux-là. » 

MAQUEUX, adj. ~ (îourmand. On pi-ul ratladier nvaiiinn- *'[ les 
mots précédenis à la racine mm-, frapper, memlrir. fnri répandue 
dans les langues indo-germaniques. 

Comp. aussi avec le lalin imislii-nri', mâelier. 



218 MAR 

MARCANDIER, n. m. — Homme qui fait tous les métiers pour 
vivre ; pauvre hère. 

MARCHANDER QUELQU'UN, loc— Discuter un prix avec quel- 
qu'un : (( Je ne veux pas vous marchander, ce sera cent francs. » 

MARCHE ! MARCHEZ ! — Interjection employée pour affirmer, 
encourager, menacer : « Je ne viendrai pas vous déranger, mar- 
chez f — Il ne veut pas payer, mais marche, je vais le poursuivre. » 
Ce mot revient sans cesse dans la conversation. (V. Allez et va.) 

MARCOU, MARCOUR, n. m. — Matou. Au fig., amant, souteneur 
de femmes de mauvaise vie : « Puis ({u'elle ne veut pas travailler, 
qu'elle aille retrouver ses marcous. » 

Belaud estoit plus accointable 
Que n'est un petit chien friand, 
Et de nuit n'alloit point ci'iand 
Comme ces gros marcous terribles. 

Du Bellay, Jeux rustiques. 
Les gros marcous s'entreregardent, 
Ou de leurs griffes ils se lardent. 

ScARRON, Yirg., Travesti. 

MARGOULETTE, n. f. — Visage, mâchoire : « As-tu vu sa helle 
margoulelte "I — Je lai ai donné un coiij) à travers la margoulette. » 
De mar = mal, et de goule. 

Je trouve dans Roger de Collerye margouller dans le sens de casser 
la figure, de mettre h gueule à mal. 

Besoing seroit, par crj impérial, 
Dcm,argouller sans appel ou répliques 

Telz séducteurs 

Bail., I. 

MARGOT, n. propre. — Marguerite ; petit nom familier. Comme 
Catin, Cataut, ce mot désigne souvent une femme de mauvaise vie. 
On donne aussi le nom de Margot à la pie, et par métaphore, ii une 
femme bavarde. 

Dans Ronsard (i^^ églogue), Margot est poétique ; il changeait de 
môme, comme dit Roileau : 

Lycidas eu Pierrot, et Philis en Toinon. 

Art. Poét., II 



iVÏAR 219 

MARGOUSSER, v. act. — MAchonnor, mangor salement. 

MARIERAIT, n. f. ~ Rouge-gorge. A la campagne, on a pour 
cet oisenu une sorte de pieux respect. Lui nuire, c'(^st presque un 
crime pour nos paysans; les enfants même, ([ui sont sans pitié, épar- 
gnent son nid. Lorsque le froid sévit, que la neige blanchit les toits 
et couvre les champs, on lui ouvre la fenêtre ou la porte de la maison, 
et le petit oiseau vient familièrement ramasser les miettes de la 
table. 

Ce respect, il faut l'attribuer à cette gracieuse légende : 

« Quand Jésus portant sa croix s'achemina vers le calvaire, tous 
ceux qui avaient vécu de sa parole s'étaient enfuis. Seul, un pr>tit 
oiseau, au([uel, le jour de la Cène, il avait jeté quelques miettes, sui- 
vait la victime et .ses bourreaux. Seul des amis du lils de l'homme^ 
il assista au lamentable drame du Golgotha. Quand Jésus sentit ap- 
procher sa délivrance, il baissa les yeux vers le buisson dans l('(|i]cl 
l'oiseau agitait ses ailes, et lui dit : « Tu es béni, toi, qui n'a jias 
abandonné celui que son père lui-môme abandonna ? » Alors, vo- 
lant sur la tète du crucifié expirant, l'oiseau détacha une épine de la 
couronne ensanglantée et l'emporta dans son bec, et une goutte de 
sang qui suintait de la sainte relique descendit sur sa poitrine, et la 
décora du plus glorieux des stigmates.» (Légende bretonne (jui expli- 
que pourquoi la gorge de cet oiseau est rouge.) 

Marihrait doit être composé des vieux mots mari, mnrri, tristi", et 
du substantif /^ivrii, cri, clameur, lamentation, [lar allusion au petit 
cri plaintif de cet oisecu solitaire. 

A Poix (Picardie), le rouge-gorge s'appelle foirmsi-, nom qui 
s'explique facilement quand on a vu la place où se pose habituelle- 
ment cet oiseau : à Grandvilliers, rotrouille ou routrouUtc. 

MARICHA, 11. m. — Maréchal : " 1 faut iiùitT l.'s k'vas .•m m>i- 
riclut. )) 

Il Coléoplrrc. Le lucane-cerf, qu'on désigne au-^si snus h- imm di' 
cerf-volant. Les paysans nomment sans doute cet inseclc ninruli'i ;i 
cause de sa couleur noire. On sait (|iie les nutiiili'is n nui |ias sou- 
vent le teint blanc 

MARJOLE. 11. r. — Terme de jeu. Aux dominos, di'ux joueurs 
qui, à la lin dune |iartie, comptent le même nombre de points, ont 



220 MAR 

marjok, et la partie est à recommencer. En certains endroits, on dit 
bcu'jole, en d'autres, par joie. 

Etym, probable : par, pair = égal, eijolo, qui serait une corrup- 
tion de j'm ? 

MARJOLE, MARJOLES, n. f. — Caroncule qui pend sous le bec 
des dindons et des coqs. (V. Nappe.) 

Il Grosses joues, double ou triple menton. 

MARLE, adjectif. — Mâle. On trouve dans le v. fr. masle, malle, 
marie. Pour l'intercalation des lettres parasites / et r, voir le mot 
harler : « Un biau marie, un biau marie de puches, » un vilain 
homme. 

MARLE, n. masc. — Marne. On a vu combien fréquemment une 
liquide est remplacée par une autre liquide. 

Dériv. marier, marleux, marlière, m.arlon, morceau de marne. 

« L'an 1438 furent .v. acres de terre mallées de blanc malle. ^y{Ciié 
par L.Delisle.) 

« Et ainsi allant et traversant parmy ce bois, vint tomber dans un 
puits à maries. » (N . Fabrique.) 

« En la maison d'un gentilhomme estoit une chienne de bien 



que l'on jetta dans une marlière, pour cause qu'elle avoit esté masti- 
néc. )) {N. Fabrique.) 

MARMITE (Avoir la clef de la), loc. — Se dit de quelqu'un qui, 
par mégarde, sest mis de la suie aux mains ou au visage. 

MARMITÉE, n. f. — Ce qui est contenu dans une marmite : « Une 
marmitée de soupe, de pommes de terre. » 

MARQUE, n. f. — Mesure pour le bois de charpente. U y a deux 
sortes de marque : La grande qui contient 300 chevilles, et la petite 
qui n'en renferme que 96. La grande marque égale 0^71 décistères, 
et la petite wrtryNt' 0,23. (Decorde, Ouv. cité.) 
Il Ho'iSih marque. Bois de charpente. 

MARQUER, V. n. — Laisser tremper le marc de pommes, pour que 
le cidre soit plus fort. 

MARTIAU, n. m. — Marteau. On a vu par de nombreux exemples 
que la terminaison eau se prononce um. faut excepter quelques mots, 



MAT j-jl 

comme drapeau, chapeau^ râteau, rouleau ([ui loin : Drapel, cupct, 
râtet, rouk't. 

MARTYR, n. m. — Un pauvre diable, un homme qui gagne dif- 
ficilemenl sa vie : « Travailler comme un marlijr, » travailler beau- 

COUJ). 

MASIÈRE, n. f. — Bord d"anc rivière : « Les truites s'enfoncent 
sous la masière. » Anciennement ce mot signifiait mur, clôture, du 
latin maceria, d'oi^i les noms de localités iMazère, Mazièrc, Mezières, 
Mezeray, etc. 

Un sai'keu fist apareillier 
Lez la niaisiere dcl mustier. 

Ror, V. 5879. 

Il avoit eu .m. lius eu Jlierusalem .m. cuves de marbre enseellées 
en maisières. » {Chron. d'Ernoul.) 

D'où maiserer, maçonner : «Si lepucli fist vuidier et maiserer tout 
neuf. « (Chron. d'Ernoul, p. 122.) 

MASTOQUE. n. m. — Lourdaud : « Un gros mastoijue. > 

MASURE, n. f. — Basse-cour, herbage (]ui entoure une habita- 
tion ; ce mot a gardé dans notre patois le sens qu'il avait à l'origine. 
Etym. bas-lat. mansura, demeure. 

MATÉRAUX, n. m. — Matériaux. 

MATIN, u. m. — Loc. particulière : « Etre du wilin. » aimer, 
cire habitué à se lever matin 

Il Bu, matin, de bonne heure : « il est venu du matin me trou- 
ver. » On trouve cette locution dans Corneille et Molière. 
Il A ce matin, ce matin. 

L'archer qui tire aux Dieux et aux hommes 

A ce matin vous voyant h l'église 

Saiuct Gki.avs. II, p. 264. 

« Icv est l'isle farouche dont je vous parloys à ce matin. » (Rab., 
Garif.. lY, 35. ") 

MATTES, n. f. jiliir. — Lait caillé ; au lieu de uiallrs, un om(ili)ie 
cùuaillot : « Une lionne, belle et grande plalelée do malles sures. » 
(N. Fabrique.) 



222 MEK 

MAUREPAS, n. m. — Nom de localité ; hameau voisin de Grand- 
court. Etym iiuni = mal, et repas. 

MAUVAIS, adj. — Enragé, en parlant d'un chien : « Un chien 
mauvais, » l'adjectif, en ce sens, se place toujours après le nom : 
« Quant on crient que son chien ne soit mors de chien mauvais, hntQ& 
le mengier parmy un trépié et boire, et il sera pour cette fois asseuré 
de mal avoir. » (Ev. des Quenouilles, p. 122.) 

MAUVAISETÉ, n. f. — Méchanceté. 

Celc nuit fist li rois toute sa volonté 

De la très fausse serve, plaine de mauvaisté. 

Berte, V. 403. 

« Or vois-je bien que la mauvaiseté des femmes surpassera celle 
des hommes. » (Bon. des Périers, Cynibalum mundi.) 

« Cette mauvaiseté d'enfant chagrina beaucoup Landry. » (G. 
Sand, Fadette.) 

Mauvaistié était un de ces vieux mots que regrettait La Bruyère. 

MAUVIARD, Mouviard, n. m. — Espèce de grive selon les uns, 
d'alouette selon les autres. D'après Littré, c'est le merle mauvis, lléau 
de la vigne, maluin vitis ? 

MECANIQUE, n. f. — Machine ({ui, au moyen d'uue vis, ralentit 
dans les descentes la marche des voitures. 

MECHANT, adj.— Pauvre, misérable : « Un méchant fermier, un 
méchant porte-balle. « 

Il Mauvais, sale, boueux : « Voilà un chemin bien méchant. » 

MÈCHE (Il n'y a pas), loc. — « Cette locution pourrait venir 
de l'italien : non ce mezzo, il n'y a pas moyen « (Jaubert). 

MÉD'ÇAINE, n. fém. — Médecine; remède : «Quelle drôle ed 
méd'çaine que cha? » 

MÉKAINE, quelquefois Mekine, n. f. — Meschine, mot qui dans 
l'ancienne langue voulait dire d'abord jeune lille, plus tard servante: 
iWmhmûi mescinete. (Auc. et Nicol, p. 260.) 

Iluec se lieberga une franche meschine, 
Fille Yon de Gascoigne, de devers la marine. 

Gui de Naxteuil, v. 421. 



MÉN i^l'.i 

Bei'te se fait ainci' conic celc qui ne fine 
De servir plus ii gré e\ine povre moscltine. 

BllKTE, V. 371. 

En Picardie, dans le canton de Gamaclies, on a[)|)ellc encore mé- 
kdinc, une servante. Dans noire vallée on désigne sous ce nom iiii 
instrument de cuisine, cercle en fer ((u'on suspend à la crémaillère 
pour supporter une poëlc ou une chaudière. 

MEL. — Agrégation des mots me, elle, la; comp. avec del,jel, 
nel, tel, etc. : « Tu m'as promis uncoutiau, il faut que liimel donnes. 
— Ej veux bien louer vo ferme, mais il faut nid fair vir, (voir.) » 

MÉLAN, n. m. — Merlan. 

MÊLI-MÊLO. n. m. — Mélange confus. 

MELON, n. m. — Niais, nigaud, propre à rien. De tout temps on 
a pris le mot meloii dans cette acception burlescjne. Tliersite, par rail- 
lerie, appelle les grecs wînrwveç, melons (Iliade .11. 235) et TertuUien 
reproche à Marcion d'avoir un melon à la place du cœur : Pupunem 
loco cordis habere. 

MÊME CHOSE (La), loc. adv. — Tout de même, pareillement : 
« Jai intention daller chez vous dimanche. — Je n'y serai peut-être 
pas. — Eh bien, j irai l'i même chose. » 

MÉMÈRE, n. f. — Grand'mère, terme enfantin. Femme qui a de 
remiionpoint : « Une bonne grosse méinère. « On dit de même avec 
redoublement de la première syllabe : Tantante, pépère, ftflh. sen- 
s<eu)', bébête. (V. Eni/uiquiner.) 

No premerain pepèi-e Adam. (Sermon de Maurice de Sully, cité 
par Le Héricher.) 

« Pas vrai, fi/iUe ? [)lus de pain sec, tu mangeras tout ce (pie tu 
voudras. » 

« Ab ! elle ouvre les yeux : Eh bien! la mère, mémcre , timère. 
allons donc. » (Balzac, E. Grandet.) 

MÉNAGER, n. m. — Fermier, petit cuUixaleur. C'est le sens ([uc 
It; poète Racan a donné ;i ce mol dans ces vers : 
Oubliez, oubliez raniour de ce berger, 
Et prenez en son lieu (quelque bon mâmycr. 

Bkkg., I. 



224 MEN 

Selon Littré, ménager veut dire ici chef de ménage : c'est une 
erreur : « Au lieu d'un berger, épousez un^ros fermier, ^> comme on 
dirait aujourd'hui. 

Il Meuble placé dans la cuisine oi!i sont disposés par étages les 
plats et les assiettes. 

Ce mot est surtout usité dans le pays de Bray. 

MENDRE, adj. — Moindre ; « C'est un avare qui ne vous donne- 
rait pas la viendre chose. » 

Il Faible, maladif : «Cet enfant me paraît bien j«^U(/re depuis quel- 
que temps. 

Etym. lat. rainor ; v. fr. maure, mendre. 

I. enfant ot petit et tendre, 

De SCS enfanz trestout le viendre. 

Rut., la Yie sainte EUjsabel. 

Car l'autre jour oy maistre Martin 

Qui racontoit le roy est menc^re d'ans 

EusT. Desch., Bail. 

Mendre avait donné amendrir, amoindrir : « Si ce veoicnt fort 
oppressez et leurs vivres amendrir. » (Chron. de J. La Fèvre.) 

MENER, V. act. — Fut., menrai, merrai ; cond., menrais, mer- 
rais : a Au futur, Yr de flexion, empruntée à l'infinitif, attire sou- 
vent à elle une r du thème, et il arrive alors qu'une consonne précé- 
dente peut être assimilée, par exemple : Licrer, liverrai, monstrer, 
monsterrai, mener, merrai. » (Diez, g. romane, 208.J 

Sil le pot truver, s'il merra à la justice. (Lois de Guill., IV.) 

Ens en son cuerbicn aficha 
Que cette nuit Xi'j enterra. 

Chast. de Cqucy, V. 2380. 
Et li demanda sa maison. 
Et le lieu ou le trouverra. 

Chast. de Coucy, v. 3240. 

Ces formes très-anciennes, puisqu'elles remontent aux Xllem" et 
XlIIeme siècles, souttoujouFs usiléos dans notre vallée. 

MENOUILLE, n. f. — Monnaie. 

MENTEUX, euse, adj. — Menteur : « Et encores vous deffens que 



MES 2io 

ne soyez noiseux, pc mentcux, ne rapporteur de clioses maldilos. » 
(Ant. de la Salle, Jeh. de Saintré. 

MENTIRIE, n. f. — Menteric. 

MENUISE, n. f. — Petit plomb à tirer. Ce mot qui n'est pas dans 
le Dict. de l'Académie a servi et sert encore à désigner des objets de 
peu de valeur, d'importance, ex. : 

Pesclieurs prendront force menuise (petits poissons) 
Ce printemps, car Peau sera trouble. 

Ane. Poés., IV, p. 41. 

MENUSERIE, n. f. — Menuiserie : « Les vieux noyers sont plus 
estimés à Taire menuserie que non pas les plus jeunes.» (Bern.Palissy, 
dans Littré.) 

MENUSIER, n. m. — Menuisier. 

MERLIER, n. m. — Néflier. Anciennement meslier. 

« Faisant une verge de fouet de néflier ou meslier.» (Noël du Fail.) 

— Chapeau de feuilles de meslier. 

Marot, Métam. I". 
Un mesliet' nouailleux ombrage le portail. 

Ronsard. 

Les fruits du merlier s'appellent mesles : « La terre fut certaine 
année si très-fertile en mesles, qu'on l'appela de tout mémoire l'année 
des. grosses mesles. )> (Rabelais.) 

MERQTJEDI, n. m. — Mercredi. 

Merquedi/ au matin feray me gcnt rcngier. 

HuG. Capkt, p. 12."). 

MÉSINGLE, Mésijigue, n. f. — .Mésange : « Il lui respoiulii qu'il 
mangerait bien, s'il en avoit, des petits oyseaux, comme merles.... 
mezengiies, brunettcs, eslourneaux. » {N. Fabrique.) 

MESNIL, n. m. — Nom que l'on donnait jadis au domaine rural 
d'un personnage notable. Ce mot s'est conservé dans beaucoup de 
noms de famille et de localité : Lemesnil, Beaumesnil, De Gmsiiws- 
nil, Mesnil-David, Mesnil-Réaume, Aubermesnil, Ddromcsnil, rie. 

A l'origine, mesnil, maisnie, Jiniignic, signiliail famille. suite. 



226 MET 

Es ostels et es sales lieberja ^amaisnie. 

Ch. d'Ant., V. 301. 

La mesnie Guion se va esbanoier. 

Guy de Nanteuil, v. 492. 

Mesml est une contraction du bas-latin mansionile. 

MET, n. f. — Huche, coffre au pain; le mot et la chose tendent à 
disparaître. Rabelais emploie met au masculin : « Et croissoit comme 
pâte dans le met. » (Garg.) 

« Les filles, leurs quenouilles sur la hanche, filoient ; les unes 
assises... sur une huge ou met h longues doucttes, à fin de faire plus 
gorgiasement pirouetter leur fuseau. » (Noël duFail.) 

On lit dans les anciens textes maie, mai, malt. Etym. lat. magis, 
macjidis. 

MESURE (A), loc. adv. — De temps en temps : « Venez-nous 
voir à mesure, vous serez toujours bien reçu. » 

MÉTAIL, n. m. — MétaV : « Cuiller, fourchette de métail.)) 

Salomon fist armer son throne droit-disaut, 
Par douze fiers lyoïis de métail reluisant. 

D'AuBiGNÉ, trag. 

MÉTIER, n. m. — Besoin : « J'aurais bien métier de partir de- 
main. — Cette maison aurait métier d'être réparée. » Telle était la 
signification ordinaire de métier dans l'ancienne langue : 

Toute ma vie et mes santés 
I Est en vous, plus ne say que dire. 

Ne je n'ay mestier d'autre mire. 

Chast. dk Coucy, v. 1950. 

En chascun estage se trait 
L'eve par le conduit, et vait ; 
Les dames qui en l'autre sont. 
En prennent quand mestier en ont. 

Floire et Blanc. 

Je ai mestier et d'argent et d'or fin : 
Por néant, sire, ne puis guerre tenir. 

Garin, v. 4255. 

« Mon compère, prestez-moi quelque chemise pour ce jeune filz, 



MEU 227 

qui est tout en eau, et le faictes un petit l'roller. — Dieu, dit k bar- 
bier, il en a bon métier. » (Bon. Des Péricrs.) 

La France avoit mestier 

Que ce potier fust roy, que ce roy fust potier. 

D'AuB., tray. 

METTRE, V. act — Subj., que jewià'/ic, que tu mèches, etc., forme 
usitée jusqu'au XIT^n^^ siècle : 

A paines prent-ele onques pain, 
Que H dus n'i mèche sa main. 

Rom. du Comte de Poitiers, p. 8. 

Je lo qu'ils mecheni en estui 
Lor lauche et lor escus nues. 

Rom. de la Violette, v. 5979. 

Faitez que vous trouvez le bon roy nien mary, 
Et ly ditez, biau sire, ne me mâche en oubly. 

HuG. Capet, p. 199. 

MEUR, adj. — Mûr. Le grammairien Ramus (1562) enseigne 
que l'on doit prononcer meiir ; vingt ans après, H. Esticnne assure 
au contraire que Ion dit mûr. En 1000, Nicot donne heurlrr et 
hurler, meusnier et muaier, beurre et burre, etc. ; d'où l'on peut 
conclure (jue la prononciation de la dipbtbonguecM a beaucoup varié. 
(V. Is mol abruver.) 

Si je ne puis au printemps arriver. 

Je suis taillé de mourir en yver. 

Et en danger, si en yver je meurs. 

De ne veoir pas les premiers raisins meurs. 

Makot. 

Que je vous croyois bien d'un jugement plus meitr ! 
Ne pouviez-vous souflrir de ma mauvaise humeur. 

Corneille, Gai. du Pal., v. 4. 

De môme Racau fait riinor ensemble meurs (mûrs) et mœurs. 
(Traitédc Versif., p. 358.) 

Dériv. vicurir, mûrir; meurison, murison. maUirité, tenqis où 
mûrissent les fruits. 

MEURDRIR,v. act.— Mcurlrir. V. fr. monirir, murdrir : dériv. 
murdri^sur, meurtrier; de l'ancien llaul-alleniaud murdrjau. 



228 MIG 

Et ensi comme les engresses 
Le vaurent mordrir as coutiaiis. 

Lai d'Ignaurès. 

Tous trois ont vu 

Leurs maisons effroyées 
D'avoir reçu les cris 
De leurs femmes tuées. 
De leurs enfants meurdris. 

JODELLE. 

Dériv. meiirdrissure, meurtrissure. 

MIAULÉE, n. f. — Miaulement : « Miaulêls de chaz. » (L'Apos- 
toile.) 

MIGHER, V. act. — Mettre en pièces, en miettes. Au fig. battre, 
frapper sur quelqu'un à coups redoublés : « Si je ne me retenais, jel 
micherais. » Du latin mica, parcelle, miette. 

MIDIS (Sur les), loc. — Sur le midi, vers midi. 

MIE, nég. qui renforce ne. — « On ne peut mie siffler et bailler en 
môme temps. » 

Sainte-Eglise se plaint ; ce n'est mie merveille. 

RUTEBEUF . 

« Tout le monde crie mesnage, mesnage. Mais tel parle de mesnago 
qui ne sait wtV que c'est.» (Rab., Pant., III.) 

« Puissances étrangères, ne les écoutez mie. » (P. L. Courier, 
lettre X.) 

Du latin mica, parcelle. 

MIÉ, n. m. — Miel. 

Li -miez est fait pour c'on le leiclie. 

Prov. dans L. de Lincy, XIIP'"" siècle. 

MIELLAT, n. m. — On donne ce nom à une petite pluie fine et 
douce, funeste aux avoines et aux blés murs. 

MIETTE, nég. absolue. — « Reste-là, et ne bouge miette. » 

MIGNATURE, n. fém. — Miniature : « C'est une mignature. » 
(Corneille, suite du Ment., II, 6.) 



MIT 229 

MILER, V. act. — Viser, guetter, épier, etc. : « Miler l'occasion. 
Qu'il fasse attention à lui, jd mile » P(»ur lo reste, jnilt>r a le mémo 
sens que rnircr. Ou remarquera encore dans ce mot la substitution 
d'une liquide à une autre. 

MILIU, n. m. — Milieu. 

MILOUÉ, Miloir, n. m. — Miroir. 

MIN, pron. poss. masc. — « Donne-moi min livre de messe. • 

MINABLE, adj. — Misérable, qui n'a aucune ressource pourvivre : 
« Mot fort répandu dans les provinces du Nord et eu Belgique. 
Exprime-t-il, « ce ([ui est facile à miner, » c'est-à-dire à détruire? » 
(Scheler.) 

MINETTE, n. f. - Petite luzerne nu lupuline. 

MINUTE ! — Interjection ([ui signifie atlenih'z l — « Minute ! ne 
vous impatientez pas. » 

MINONS, n. m. plur. — Fleurs mâles du saule, du noisetier, ainsi 
nommées parce qu'elles sont douces au toucher comme lo poil d'un 
minon ou minet. On les appelle encore berhis pour la méiiie raison. 

MIOCHE, n. m. — Enfant, [)etit garçon; se dit tmijours avec une 
acce{)tion de mépris. 

MIOÛT, n. f. — La fête de rAssomplion : « Nous commencerons à 
couper les blés al miont {mi-ont). 

MIRLITON, n. m.— Souci des jardins ; fleur jaune (pinn cultive 
pour colorer le beurre. 

MITAN, n. m. — Moitié, milieu ; c Coupe le pain par le mitnn. » 
Ce mot appartient plus particulièrement aux j)atois |ticard et berri- 
chon; chez nous il n'est guère usité que pour désigner certains lieux, 
ex. : aheBois-du-Mitan.)) 

« Huriel me dit qu'ils (les hôtres) n'étaient foisonnants que dans 
le mitant àii pays bourbonais. » (G. Sand, Maîtres Sonneurs.) 

MITE, n. f. — Mauvais coup : « Je lui ai donné une mil»' à le 
laisser sur la place. » Ce mot dérive-t-il ilu lalin mitis, miU-, don\? 
Et faut-il voir dans cette loculioii une .inlipliiase ? 



230 MOI 

MITER, V. act. — Ronger: « Les vers mitent \e bois.» Du fr. mite. 

MITES (Être maqué à), loc. —Etre mangé aux vers ; au fig.être 
usé par l'âge;, ou encore, être complètement ruiné ; « L'bonhomme 
est vieux ; mais il n'est pas core maqué à mites, » c'est-à-dire il est 
encore vert. — « Ne lui prêtez pas d'argent, il est maqué à mites. » 

MIUS, adv. — Mieux. 

Gonorille li a juré 
Del ciel toute la déité 
Qu'ele l'aime mius que sa vie 

R. DE Brut. 

MIYEU, Miyeure, adj. — Meilleur. 

M'N, pron. poss. — Mon, devant une voyelle ou un h muet : « M'n 
homme^ m'n affaire, etc.» 

MO;, adj. masc. — Mou : « Il est mo au travail. — Il fait mo mar- 
cher. )) 

MOGNIAU, n.m. — Moineau. Au Hg.un hiau mogniau, un homme 
laid. Dans la 84emc fable de Marie de France, je trouve les formes : 
Moingniax, moingniaus, moinaus, moinet, moinel, moingneh. 

MOIDOÛT, n. masc. — Epoque de la moisson : « Le raofrfaiîf arrive.» 
Il YÛK moidoût, se louer pour le mois d'août. S'engager à tra- 
vailler pendant trois mois à la moisson. 

Les moissonneurs disent qu'ils ont fait ou eu un bon moidoût, lors- 
que la récolte a été abondante, et qu'il leur revient un bon gagnage. 
(V. ce mot.) 

MOIE, n. f. — Meule de blé ou d'avoine. 

Ni'a si nu qui ne s'esjoie ; 

Plus sont seignor que raz siu* moie. 

Rut., la Griesche d'Eté, 
Dans son Dictionnaire, au mot corbillon, page 806, Littré donne à 
moie un sens qui me paraît inacceptable, ex. : 
Quatre rat à moie (mue) 
Faisoient monnoie 
D'un vieux corbillon. 

Fatrasies, Jubinal. 



MON 231 

Il est évident que dans ce passage, moie signifie meule : « Quatre 
rats dans une meule. » 

MOISSE. n. f. — Quantité de lait que la vache donne en une seule 
fois. Du latin messis, récolte, pris au figuré. 

MOISSON, n. m. — Moineau. 

Et li Arunde ki fu foie, 

As moissuns Tala tost cunter. 

Marie, fab. 84. 
« Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison, 
sachiez que c'est tout signe de povreté ; et se les mo'mons y font leur 
nyd, c'est signe de prospérité. » (Ei\ des Quenouilles.) 
Etym. bas-lat. mvscio, qui dérive sans doute de musca, mouche. 

MOMENT (Du), loc. — En ce moment ; « Je n'ai pas le temps de 
vous écouter du moment. » 

Il Dti moment que, puisque : « Du moment que vous me défendez 
de venir, je vous obéirai. » 

MONCORNE, n. f. — Mélange de pois, de vesce, d'orge et d'avoine 
qu'on sème au printemps. On trouve mancorn, mancor, cité dans les 
vieilles chartes. Dans ses Etudes sur V A';riculture au moijen-ûge, L. 
Delisle pense qu'il faut entendre par ce mot le blé méteil. 

MONDE (Être par devant le), loc. — Servir en qualité de domes- 
tique : « Mon fils a été de bonne heure 'par devant le monde. » 

Autre locution : « On a bien fait de le mettre par devant le monde, 
cela lui a formé le caractère. » 

« Ça n'a jamais été par devant le monde, » se dit d'un homme im- 
poli, grossier. 

MONEUX, euse, adj. — Privé de (jueue : « Une poule mnneuxe. » 

MONGNE. n. f. — Sou filet ; violent coup de poing. 

MONNÉE. Monaie. n. f. — Sac de blé qu'on porte au moulin, ou 
farine qu'on en rapporte. (V. Cache-monnée.) 

MONNIER, n. m. — Meunier. 

Par quoy nuls ne la vit no sot 
Fors que seulement li monniers 
.'V qui (loiuia rie ses deniers. 

Chast. de CoicY, V. 6413 



232 MOR 

« Le monnier est au moulyn, car la roue commence à rôtir (ro- 
tare.) » (Palsgrave.) 

MONT, n. m. — Monceau, tas. On dit à un domestique : « Vous 
irez aujourd'hui éparpiller les monts de fumier. » 

Mettre de la vesche, du foin, du trèfle en monts, c'est-à-dire en 
petites meules. Mettre en coqs ou coquerons offre le même sens. (V. 
Coqueron.) 

Mettre quelque chose en un mont, en un seul tas ; tombar en un 
mont, etc. : « Qui adonc vit gens.... trébucher l'un sur l'autre, dix 
ou douze en un mont. » (Froissart.) 

MONTER (Se), v. réfl, — S'élever, en parlant d'une construction : 
« Votre maison commence à se monter. » 

li Se procurer, acheter peu à peu ce qui est nécessaire : « Nous 
n'avons pas beaucoup de meubles, mais nous nous monterons peu a 
peu. » 

Il Etre bien ou mal monté, se dit d'un fermier qui a de bons ou de 
mauvais chevaux. Avoir quelque chose en petite ou en grande quan- 
tité : « Avez-vous des poiriaus dans vo gardin ? — J'en su bien mal 
monté. » 

Il Monter de grade, en grade. Corneille a dit monter d'état : 

Dedans saint Innocent il se fit secrétaii^e, 
Après, montant d'état, il fut clerc d'un notaii'ç. 

Illusion Com., I, 3. 

MONTOIR, adj. — Pied montoir. Pied gauche du cheval, du côté 
que l'on monte. 

MONTRER, V. act. — Enseigner : « Monsieu l'curai montre el 
latin à min lius. » 

MORCIAU, n. m. — Morceau. 

MORDURE, n. f. — Morsure. 

MORGUARD, Morgueux, adj. — Hautain, qui prend des airs de 
suffisance, faiseur d'embarras. 

Si vous ne m'arrachez des mains 

De quelques morgueurs\VL\m.m.sà\\?i... 

Théophile, Requeste au Roy. 



MOU 233 

MORGUES, n. f. plur. — Manières affectées : « Fait-ello des mor- 
gues cette Poulette ? » 

MORLÈQUE. n. f. — Petit morceau. En v. fr. lèche, signifie petite 
tranche de viande, de jambon. 

MOUCHOUÉ, n. m.— Moaciioir. Cette prononciation est commune 
à la plupart des finales en oir. 

MOUDRE, V. act. — Conjugaison, indicat., je mouds, nous mou- 
dons, etc. Imp., ']e7noudais, etc. Subj. prés., que je moude, ou que je 
mouche. Part., moudant, mnudu. 

MOUFLU, adjectif. — « Pain, gâteau mouflu, » bien levé. V. fr. 
mouflet, pain mollet. Cornp. avec le bourguignon môflô, rebondi, 
joufflu. 

MOULINET, n. m. — Petit bâton autour duquel les enfants font 
voler un hanneton attaché par la patte à un fil. 

« Une pipe de hannetons saliez, qu'on donna aux petits enfants de 
Rosny pour faire des moulinets. » {Nouv. Fabrique. ) Diminutif de 
moulin. 

MOUQUE-À-MIÉ, n. f. — Abeille. S'il meurt quehju'un dans la 
maison de celui qui possède des ruches, il est d'usage de couvrir le 
lapier d un voile noir, afin que les abeilles fassent aussi leur deuil, 
sinon elles ne tarderaient pas h mourir ; charmante légende que Bri- 
zeux a mise en vers : 

Si le chef d'une fei'rae, ou la mère, ou la fille, 
Si quelque membre enfin décède en la famille, 
Les ruche.s qui chantaient aux deux côtés du seuil. 
Sont couvertes de noir, en signe d'un grand deuil : 
Aux pleurs de la maison, à toutes ses pinèi'es. 
On veut associer ce peuple d'ouvrières. 

La Chaîne d'Or. 

u On affirme que les abeilles qui essaiment le jour du Saint- 
Sacrcnient forment, dans la ruche, un travail en forme d'ostensoir, 
c'est-à-dire (|ue les rayons aboutissent au centre de la ruche, au Lieu 
d'être transversaux. » (Decorde, Quv. cité.) 

MOUQUER, v. act. — Moucher; se prononce comme en français 
dans la locution : Tu te feras moucher, c'csl-à-din! lu recevras un 



234 MOU 

soufflet, une mornifle, et au fig. tu te feras attraper. Du bas-lat. 
mucare, muccare. 

MOURIR, V. n. — Fut. et cond , je inourirai, mourirais. Subj., 
que je meurche, que tu meurches, qu'il meurche. (Les pers. plur. sont 
régulières. ) 

Meurche est la corruption des anciennes formes normandes murge, 
moerge. 

« Nus ne vus demandums ne or ne argent ; ne ne volum pas que 
huem de Israël i murged. » (Les Rois, IL p. 201.) 

« Miez est sul moerge que tant bon chevaler. « 

Ch. de Rol., p. 32. 

« Morgent l'un ot l'autre de mort. » (Cité par Diez, tom.e IlL page 
193.) 

MOUSE, n. f. — Museau, figure, mine, en mauvaise part : « On 
voyait à sa mouse qu'il n'était pas content. » 

Item, à Jehan Raguyer je donne, 
Tous les jours une talemouze. 
Pour bouter et fourrer sa mouse. 

Villon. 

En provençal, on appelle mourrc de chin, museau de chien, une 
espèce de truffe rousse. De l'ancien français muse. 

MOUSSE (Rose), n. f. — Rose moussue. 

MOUTON (Poire de), n. f. — Poire précoce, bonne à manger. 

MOUTON-FOYER, n. masc. — Lorsqu'une brebis met bas deux 
agneaux, on ne lui en laisse qu'un à nourrir; l'autre est élevé dans 
les herbages de la ferme, dans la maison, et pour ainsi dire au foger ; 
d'où son nom. 

MOUTONNER (Se), v. réfl. — Se couvrir de petits nuages blancs : 
« Le ciel commence à se moiitonnt'r . — Quand le ciel est moutonneux, 
c'est signe de pluie. » De mouton, par similitude. 

MOUTURE, n. f. — Orge ou avoine moulus grossièrement pour 
donner dans l'établc aux porcs ou autres bestiaux. (Decorde.) 

MOU'VER, V. act. et neut. — Agiter, remuer, se mouvoir : « On 



MUC 235 

n'a pu mouver cette pierre de place. — Il est si frileux qu'il no mouve 
pas du coin de son feu. « 

Cum se il fiist tued. 
Muter ne se purrat. 

Phil. de Thaun, Bestiaire. 

A la feste de la Toussains 
Monterons, ni a pins ne mains. 

Chast. de Coucy, V. 6230. 
Ils apaisent les flots, ils mouvent les orages. 

Ronsard. 

« Après 12o0, selon Burguy, le normand niover, prist souvent Vu 
picard : Mouver. » Etym. lat. movere. 

MOUVETTE, n. f. — Cuillère de bois pour mouver les sauces. 

MOYEN, adjectif. — Souffrant, maladif ; même signification que 
merulre. 

Moyen (tâcher), loc. — Faire en sorte, s'efforcer. « tacherons 
moyen de vos aider. » 

MOYENNER. v. n. — S'arranger, faire une affaire: «Avec un 
pareil homme, il n'y a pas moyen de moijenner. » Ce verbe n'est usité 
quà l'infinitif et seulement dans cette locution. 

MOYETTE, n. f. — Petite meule, dimmutifde moie : «Mettre du 
blé en moijettes . » 

MOYEU, n. m. — Noyau de cerise, d'abricot, de prune, etc. An- 
ciennement jV/««e (l'œuf. Etym. moieuf = mi-œuf. 

MUCHER, v. act. — Cacher : (.(.Muchc-W sin bâton. — Ces oyscaux 
robont et pillent tout ce qu'ils trouvent, portent et amassent le tout en 
leurs nids et mucheut tant ordures que bonnes bcsongnes. » (N. Fa- 
brique.) 

MUCHE-TIN-POT (À la), Inc. — En cach.'tto : « Ce mot virnt de 
ce que certains marchands vendaient de la bien' à meilleur marché 
que leurs confrères; mais comme ils ne payaient pas de droit, il fallait 
l'emporter eu cachette, mucher sin pot.n (Decorde.) 

MUCHETTE, n. f. ~ Cachette. 



236 MUS 

Je croi ceste muchete que bestes l'ont esti'uite. 

Berte, V. 922. 

MUCRE, adjectif. — Humide, moisi. Comp. avec le latin mucere, 
moisir. 

MUGOT, n. m. — Provision de fruits qu'on garde pour l'hiver et 
qu'on laisse mûrir sur la planche ; par ext. trésor, somme d'argent 
que l'on cache, économies mises en réserve. 

N'en fait musgode pour son cors engraissier. 
Mais as plus povi'es le donet a mangier. 

La Yie saint Alexis, st. 51. 

Nous lisons dans le Dict. de Trévoux, au mot magot : « Argent 
caché. Le peuple de Paris dit mugot, mais le véritahle mot c'est ma- 
got. » 

Comp. avec muedecke, muyek, muydick (pomarkim, locus ubi poma 
resermntur) mots que l'on trouve dans les Glossaires flamands-latins. 

Citons encore le bavarois mauchcn, épargne secrète en argent. En- 
fin dans la basse latinité mnga, mngium, signifie monceau, tas. 

MUGOTER, r. act. — Faire bouillir tout doucement ; faire cuire 
à petit feu. 

Il Mettre des fruits dans la paille pour les faire mûrir : « Je laisse 
mugoter pour vous des poires et des pommes. 

MULONj n. m. — Petite meule ; rarement employé. 

MURON, n. m. — Mûre, fruit de la ronce ; du grec txopov (V. 
Catimwoii.) 

MUSETTE, n. f. — Musaraigne; du v. fr. muse, la musaraigne 
ayant un petit museau pointu : « Mais les autres rats, mulots, souris, 
musettes et lerots^ ils les eflbndraient à roide boce sans pardonner à 
nul. » (iV. Fabrique. ) io, n'ai jamais entendu dire m isereWf, ni mese- 
rette que Littré donne comme mots normands. 

MUSIAU, n. m. —Museau. 

MUSIQUE, n. f. — Visage, figure : « Prends-garde à tei, tu vas 
t'faire donner su la musiqxie. » De muse, mouse. 

MUSIR, V. act. — Moisir, du lat. mucere. 



MUS 237 

MUSONNER, Musotter, v. n. — S'occuper à des riens, s'amuser 
à dos bagatelles, flâner. Ces verbes sont des fréquentatifs du fran(;ais 
muser, lequel commence à tomber en désuétude. 

N'est pas sens 

Ni cortoisie de baer 

En autrui maison ne muser. 

K. DE Blois, Chast. des Dames. 

MUSONNIER, Musardier, adj. — Badaud, flâneur; qui est tou- 
lours en retard parce qu'un rien l'amuse et le retient. Littré donne le 
verbe musarder et son dérivé mnsarderie, musardie, mots ([ue l'on 
rencontre fréquemment dans nos vieux auteurs. 



238 NAG 



N 



NA, particule qui renforce la négation ou l'affirmation. — - « Je ne 
ferai jamais ça, na ! — Je viendrai vous voir quand même, na ! » 
Comp. avec le latin nœ, certes, assurément. 

NACHE, n. f. — Fesse de bœuf : « Donnez-moi un bon morceau, 
un morceau de nache. » Du bas-latin natica formé du latin nates dont 
nache avait primitivement le sens : « Li reis Annon... fist colper lur 
vestures très par les nages.)) (Les Rois.) 

Fiu de ci, si feras que saiges, 
Ou tu auras parmi les naiges 
D'une grosse aguille d'acier. 

JUBINAL, fabl. 

Mestre Michel aux hautes naclies. 

Bat. des VII Arts. 

Sainte-Marie, com or me cuit la nache ! 

Aliscans, V. 6091. 

En dormant li sambloit que une ourse sauvage 
Li menjoit le bras destre, le côté et la nage. 

Berte, V. 1678. 

Je vous eschaufferai les naclies. 

Rose, v. 20933. 

NACTIEUX, adj. — Dégoûté, dédaigneux. V. fr. nacheus, na- 
chous. Dans Marot {Bail, .xi.), me est une interjection (|ui paraît 
exprimer le dédain. 

NAGE (Être en), loc. — Etre tout en eau. Beaucoup d'écrivains 
ont employé cette locution vicieuse. Cela vient de ce que l'on a dit 
autrefois être en âge, c'est-à-dire être en eau, âge étant une des an- 
ciennes formes du mot eau. 



NAT 239 

NAGUARD, arde, adj. — Celui, celle ([iii regarde partout avec 

curiosité. 

NAGUER, V. ftct. etn. — Examiner curieusement, fureter de tous 
côtés comme un voleur : « Qu'est-ce que tu nagnes-Wi! — Je neveux 
pas d'une servante qui nague partout, » (jui Fourre son nez partout, 
comme on dirait familièrement. 

Riches.ses nous vieunent à bauge, 
Esquelles chacun nague et fouylle. 

Ane. Poés., VII, p. 234. 

Comp. naguer avec le wallon nagueier, fureter. Ce mot est peut- 
être une corruption de narguer, dont le dérivé narquois signiliait an- 
ciennement voleur. 

NANETTE, Nanon, n. prop. — Anne, diminutifs aiïcctueux. 

NAPPE, n. f. — Buiïon va nous donner la délinition de ce mot : 
« De la base du bec inférieur descend sur le cou du dindon, jusqu'à 
environ le tiers de sa longueur, une espèce de barbillon cliarnu, rouge 
et flottant. » (V. Marjolle.) 

NASE, n. f. — Morve (jui sort du nez d'un enfant. Du latin )iasus, 
nez. 

NASIAUX, n. m. plur. — Naseaux. 

NASU, adj. — Morveux : « Ya te mouqucr, i)iot nasu .' ». — On 
se .sert aussi du mot nusier dans le même sens : « Un piot nasier, 
un méchant nasier. » 

NATURE, n. f. — Les parties qui servent à la génération : 

Exemple : comme vous scav(is, 
En ung banc(iuet la créature 
Se veuoit asseoir à ses piez, 
Pour lui escliauffer la nature. 

Cu(iLiLL.\uT, plaidoyer. 

« Lui emplirent par la nature le ventre de [loudre à canon et y 
mirent le feu. » (Méni. deMoiilluc.) 

Eu français ce mol ne s'a|)pliqucordiuairement([u'aux femelles des 
animaux. 



240 NEU 

NE, négation. — Pour ni : a iVc connaître ne a ne h, être impar- 
fait ignorant. — Ne craindre ne Dieu ne diable. » 
Or d'or ne d'argent je n'ay grain. 

R. DE COLLERYE, 146. 

« L'enfant sucçoit le pis de la chèvre ne plus ne moins que s'il eust 
tetté la mamelle de sa mère nourrice. » (Amyot, Daphn. etChloé.) 

« Ne plus ne moins que le benoist saint Paul, qui de persécuteur 
des chrétiens fut fait vase d'élection. » (Sat. Mén., 87.) 

« Mademoiselle, ne plus rie moins que la statue de Memnon, etc. » 
(Mol.^ Malade imag., II, 6.) 

NEL. — Agrégation des mots we le, ne la; ex. : « 3enel ferai point,» 
je ne le ferai pas. « Si elle vient, je nel recevrai pas, » je ne la rece- 
vrai pas. 

Il nel connurent, si ont à lui paillé ! 

Saint Alessin, réd. du XIP'^^ siècle, v. 500. 

« Je nel vous di mie pour voir, mais ensi le disent aucunes gens, 
qu'ensi l'avoit dit li empereres par orguel. » (Chronique d'Ernoul, 
p. 363.) 

Dune à sei-meismes avait dit 
Que nul beste nel' valeit. 

Marie, fabl. 32. 

Pour le roi Pépin prie, nel met pas en oubli. 

Berte, V. 1433. 

NENTILLE, n. f. — Lentille : « Il faut dire aussi de la j^oirée et 
des nentilles avec les Parisiens, et non pas des bettes ni des lentilles 
avec les Angevins. » Tel était le précepte donné au XVII^™® siècle par 
Mesnage, l'oracle des précieuses. Aussi M"'e de Bregy, nièce du sa- 
vant Saumaise, une des précieuses- les plus qualifiées, qui avait beau- 
coup d'esprit, mais une orthographe de cuisinière, écrivait-elle nan- 
tille. (Voir une de ses lettres citée par Sainte-Beuve, Caus. du Lundi, 

t. XI.; 

^ NÉSIME, n. propre. — Onésime. 

NEU, adj. — Neuf : « Avoir un chapeau neu , un habit neu. » 
On prononce de môme œuf, bœuf : « Donner un œu pour avoir un 
bœn. 



NOEU 211 

NEUCHE,, n. f. — Noce : « Une hâk neucke. — Iras-tu al neucht; 
de Jeanne ? » 

NIANT, n. niasc. — Un niais, un li(»iiinie de rien; de néant. 

NICHARD, n. ni. — Paresseux, celui qui rcsie au nid ou au lit. 
du Ir. niche, doîi anicher; v. act. mettre dans un nid, et, par exten- 
sion, attirer, retenir quelfju'un cliez soi par des caresses, « I ne faut 
pas anicher les kiens dans l'inaison. » 

NICHOUÉ, n. m. — OEuf naturel ou taillé dans un morceau de 
marne qu'on laisse dans le nid des poules pour les engager à pondre. 

NIFLER, V. n. — Flairer avec bruit, en jiarlant d'un chien. Ni/Jle 
était un mot d'argot signifiant nez. Le français a gardé les dérivés 
momifie et renifler. 

Enfant, en quelque coinpaignie 
Que tu soyes, garde de nifler 
Ton nés hault, ne faii-e siffler : 
C'est déshonneur et mocquerie. 

Ane. Poés., liv. P'", p. 191. 

NIVELET, n. m. — Jeune homme prétentieux et maniéré, faquin. 
Liîtré donne nivèlerie, vieux mot (jui signifie badauderie. La Fontaine 
a employé l'adjectif ntïv/tVr , badaud. (_Lettre à sa femme, 1603.) 

NO, adj. poss. — Notre, devant une consonne : « No terre, no fille. » 

Or repairolis à no maison. 

Chast. deCoucy, V. 3113. 
Qui est chilz qui huche à no huis ? 

Ch.\st. de Colcy, V. 3477. 

NOCER, (luelquefois Neucher, v. n. — Célébrer, fêter la neuche 
de quelqu'un : « 0"z avons noce pendant trois jours. » 

Il Faire bombance, jouer, passer ses journées dans les cafés : « Je 
ne donnerai pas ma fille à un homme (jui ne fait ([ue nocer. » 

Dériv. noceux, les gens de la noce ; mot formé coumic; foireux, 
fêteux : Celui qui aime trop à s'amuser, paresseux, débauché. 

NŒUD-GABRIET, n. masc. — Nœud de la gorge : « S'en donner 
jusqu'au nœml-f/dbriet, » manger jus(iu"ii s'en faire crever, comme 
disent les paysans; d'après une légende qui, raconte qu'Adam, voulant 



242 NOS 

rentrer dans le paradis terrestre, fut renversé par l'archange Gabriel, 
et se fit au cou cette saillie. (V. Le Héricher.) 

NOIRE-ÉCAILLE, n. des deux genres. — Sobriquet qu'on appli- 
que à une personne dont le teint est noir. 

NOIRETÉ, n. f. — Obscurité, ténèbres : « Il fait cette nuit une 
noireté du diable.» 

nuict heureuse, ô doulce noii'e nuict, 
Ta noireté aux amants point ne nuyt. 

Marot, Elég. XI. 

NOIRPRUN, n. m. — Nerprun. Le patois est conforme à l'étym. 
noire et prune, cet arbuste ayant été nommé ainsi à cause de ses baies 
noires. 

NOM-DES-OS, n. m. — Juron. Nom-dé-Dieppe, iiom-d' une-pipe , 
nom- d' un-chien, autres jurons. 

Les mots os, Dieppe, pipe, chien sont employés pour éviter de jurer 
par le nom de Dieu. 

NONE, n. f. — Midi. On divise la jourm-j en deux parties l'avant- 
noneei ïaprès-none. Ces expressions' chez nous commencent à vieillir, 
mais elles sont très-usitées dans les villages de Picardie. 

Du latin nonus, neuvième. On dînait jadis à neuf heures, comme 
le prouve le dicton suivant : 

Lever à cinq, dîner à neuf. 
Souper à cinq, couclier à neuf. 
Font vivre d'ans nouante et neuf. 

Leroux dk Lincy. Prov. 

Cotte heure ayant été reculée jusqu'à midi, on n'en continua pas 
moins à donner à none le sens de midi et de repas du midi. En anglais 
îioow signifie aussi midi. 

NOS, pron. pers. — Nous, complément. Ex. : « 11 nos a donné 
tout son bien. — C'est lui qui nos défendra. — « Tu nos juras que tu 
nos gardoroies. » (Yilk'hardnuin.) 

La forme nous ne s'introduisit que vers le XIII«"'e siècle dans le 
dialecte bourguignon. 

NOSTRUM (Perdre le), loc. — Perdre la tète; ne plus savoir oîi 
l'on on est dans un travail comuioncé. 



NUN 2W 

Il Connaître le nostruni, savoir son an'airo, être au coiiranl d'iinn 
clioso, comme le [)rètre (jLii après le Chrhtuui. tloiiiiniini nosti uni n'est 
pas embarrassé pour trouver la lin de Xoremus. 

NOT' adj. poss. — Notre, devant une voyelle ou un h muet : 
« NoV homme, nuV affaire. » Cette forme vient de ce que dans la 
plupart des terminaisons en tre, la lettre r ne se fait pas entendre, 
exemple : Malte, prêti', traite, prende, etc., maître, prêtre, traître, 
prendre. 

NOUE, n. m. — Noix : « De gros noues, des noués francs, » fruits 
du noisetier franc. 

NOUFAIT, négation. — Pour non l'ait : « Yiendrez-vous ;i la fête? 
— Noufait, je n'ai pas le temps. » 

NOURRIR, V. n. — S'emploie absolument en parlant d'un culti- 
vateur (jui engraisse des vacbes, des moutons . « Chevalier a une gi-ande 
ferme, il peut luntrrir. » 

NUER, V. act. — Nouer. 

L'espée ceinst, si ïiid nuée. 

G. Gay.m.\k, Chron. anglo-norm. 

NUNUS, n. m. plur. — Bagatelles, niaiseries : « Dire, écouter des 
nunus. Comparez avec le latin nœniœ qui offre le même si-ns. 
Dérivé : Nunuter, s'amuser à des riens. 



244 OIS 



o 



0, pron. indéf. — On : « dit qu'i va se marier. » Devant un 
mot commençant par une voyelle, on prononce on, comme en fran- 
çais. 

0, pron. pers. — Nous, vous : « C'est un brave homme, o le con- 
naissons depuis longtemps. — Quoi i\u'o laites là. i) Devant une 
voyelle on prononce o'z, ex. : « Où qu'o'- allez ? » 

OBLL n. m. — Oubli. 

Par Dell, bons Rois, mis avez en obli 
Hei'uaiit le preu et son frère Gerin. 

G\RiN, V. 2148. 

OBLIEJl, v. acl. — Oublier. 

Hom ki bien aime tart ublie. 

Trist. dans Bartsch. p. 167. 

Par les grands tiu-menz ke il virent 
' Dell oblièrent è perdirent. 

Marie, le Purg. saint Patrice. 

« Et devant ces devises elle w'ohhja pas de le servir d'aubades. Dieu 
scet, largement. » (C. N. N., 23«nie.) 

Ohlier est plus voisin que oublier du latin oblivlsci. 

OCCUPER, V. act. — Inquiéter, chagriner: « Je lui ai envoyé une 
assignation, ça va Vuccopcr.)) 

(EU. n. m. — OEaf. (V. Ncu.) 

OIR, n. m. — Jars, oie mâle; d'où oiresse, oie femelle. 

OISIAU, n. m. — Oiseaux; on dit aussi osiaux : « En tel guise 
com "e vos cont estoit li rois Mardi a la fenestre et escoutoit le chant 



ORI 2io 

des oisiauxqm jà avaient commencé, la matinée. » (Rom. do Trist. 
dans Bartsch, p. Ho.j 

Les noms de famille qui dérivent de oiseau, LoUrnu, Loisel se pro- 
noncent Loisiau, fjoisé. 

ONDEE, n. f. — .Apparition subite et passagère d'un soleil ardent 
entre [ilusieurs averses : a Une ondée de soleil a suffi |iour sécher les 
chemins. » On remaniuera que hnrée qui signifie aver,«^e a en outre 
le sens (jue nous donnons à ondée : « Une harée de soleil. » 

ONGUE, n. f. — Ougli', [non. conforme au latin ituf/nis. I^i^ unire 
de ce mot. aujnurd'iiui masculin, a été^longtemps incertain : " Le 
cheval de César avoit Vonf/lu couppée en forme de doigts. » (Mon- 
taigne.) 

Elle seut son ongle maline. 

L.\F., VI, 15. 

ONZAIN. n. masculin. — Amas de onze gerbes, soit de blé, soit 
d'avoine. 

ONZE, adj. imni. canl. — L'r iiuiet d^ l'ai-ticle. de la préposition 
de, et de la conjonction (juf. solide toujours devant on~i', ainsi que 
devant onzième . 

« Ell(i le poiirta jusiiiics à Yunzièiuc mois. » (Rab.. Gnrg., 1. 3). 

On a fait f outre vous dix entrepri.scs vaines ; 
Peut-être que Vou^ième est prête d'éclater. 

Corn., Cinna, II. .scène I. 

ORAGE, n. f. — » Nous avons été surpris [lar une violfnif orngr.n 
Au XVII^'"^ siècle, les femmes mettaient souvent ce mot au fi'ininin, 
ex. : « Devinez où s'en alla o-ttf diablesse d'oror/e..)) (Sévigné, lettre 
à M"'e de Guitaut, i't juillet lOOi.) 

ORGERIE, n. m.— Champ ou l'on a récollé de l'orge. Dans la 
basse-latinité, onjerid (voir Du Cangei signifiait marché au ble. 

ORILLER, n.m. — Oreiller. 

D'une pierre a fait orilficr. 
Si comnienva à sonieillier. 

KKN..V. 152'J. 



246 OUR 

ORMOIRE, n. f. — Armoire. On a dit d'abord aumoire (Renart, 
V. 3260), ai aidmoyre (TiWon) . 

La dipiîthongiie au s'est changée en o; d'où notre mot armoire qui 
est resté dans la langue française jusqu'au XVII*^™" siècle. 

ORTILLE, n. fém. — Ortie (les l sont mouillés) : « Etre sur des 
ortiUes, » être gêné, ne pas se tenir d'impatience : « Il avait tellement 
hâte de partir, qu'on aurait dit qu'il était sur des ortiUes » 

ORTILLÉ (Être), locution. — Désirer, souhaiter violemment une 
chose ; même sens que être sur des ortiUes : « Elle est ortillée de se 
marier. » C'est la signification du latin urtica, pris au figuré : 

, Uude 

Hœc teligit, Gradive, tuos urtica, nepotes ? 

JuvÉNAL, sat. II, 127. 

ORTILLON, n. m. — Orteil. Comp. avec l'italien artiglio. De 
quelqu'un dont on n'aime pas la visite, on dit proverbialement : 
« J'aime mieux voir ses talons que ses ortillons. » 

ORVER, Orvère, n. masc. — Orvet : « Escarbots, talions, orvcrs, 
hannetons. » (^V. Fabrique.) 

OSIÈRE, n. m. — Osier. Du bas-latin osariœ, oseraies : « Les 
aucuns portaient bunettes ou cappelines de cuyr bouilly, et les au- 
cuns à'ozièressm lesquelz avoit une croisure de Ter. » (J. Le Fèvre, 
p. 254.) 

Et quand Fcdris lo vit, n'en donne une osière. 

(Hua. Capet, p. 151.) 

OUÈGHE, contraction de oh est-ce. — « Ouèche qu'o'z allez? x 

OUI (Pour cha), locution adv. — Assurément : « Voulez- vous 
vraiment faire des affaires avec moi '? — Pour cha oui. » 

OUICHE ! — Exclamation par laquelle on témoigne qu'on a froid. 

OÙ QUE, loc. adv. — Là oîi : « Je te suivrai, où, que tiras. » En 
français oii que signifie en quelque lieu que, et veut le subjonctif. 

OURLON, n. masc. — Hanneton; mot formé par onomatopée de 
hurler, probablement. 

Il Pou : « As-tu fini de gratter tes ourlons. » 



OUV 247 

OURSERIES. n. f. plur. — Caprices, moments de manvaiso Iniiripur : 
« Il ne fait pas bon lui parler, il est dans ses ours-rirs. » Ktymnlogie 
ours. 

OUTARDES (Aller aux), loe. — Aller h h ehasse aux pptits 
oiseaux à la clarté d une lanterne le lunj,^ des haies : en fr. allrr à la 
fou PC. 

OUVRAGE, n. f. — « Vous faites-la de lu belle ouvrage.)} Au temps 
d(> Vauj^^elas. les femmes mettaient souvent ce mot au iéminin. (Voir 
Rein, sur la laiirjui' française.) 

Il Quantité. « Quelle OMr/v//;!? de pommes ((u'oz avez ! ». 

Il D(''sastre. « Quelle ouvrage (|ue la irrèle a faite dans cliés 
camps ! ». 



PAN 



P 



PADOLE, n. des deux genres. — Paresseux, propre à rien. Comp. 
avec hadole, du patois poitevin, niais, badaud. 

PAILLOT, n. m. •— Lit; de pailU. 

PAIN (Tracher sin), loc. — Mendier. Pain m'nit, corruption de 
pain bénit. 

PALÉE, n. 1'. — Ce qui peut tenir sur une pelle : « Jeter quelques 
palées de terre. » Depalle, pelle, usité dans le Berry. 

Les autres, avec leurs pasles. en remplirent les corbeilles. (Rab., 
Pant., liv. IL) 

PALETTE, n. i". — Pelle à feu. 

Il Dent incisive : « A-t-il une rangée de palettes ? » Ces dents 
larges et plates ont la forme d'une petite pelle. 

PALOT, n. m. — Palet. On a vu maillot pour maillet. 

PANGHE, n. f. — Panse. 

PANGHE-A-POIS, n. m. — Sobriquet que l'on applique aux gens 
ventrus et gourmands. C'est le surnom qu'Olivier Basselin donnait 
aux Anglais dans ses chansons patriotiques : 

Ne craignez point à les battre, 
Ces godons, panches à pois., 
Car ung de nous en vault quatre, 
Au moins en vault-il bien troys. 

PANCHIE, n. f. — S'emploie dans certaines locutions : « En a-t- 
elle une yanchie ? » en parlant d'une femme qui est près d'accoucher. 

11 En prendre une panchie, s'en donner une panchie, faire un bon 
repas, boire et manger avec excès. 

11 Travailler \)iiY jicmchies, travailler à ses heures, par caprice. 



PAQ 249 

PANCHU, adj. — Pansu : « Allez, j'ne vcuk mio m'niarier avoue 
un gros panchu comme vous. » 

PANNÉE, n. f. — Morceau d'étolTe : « Vo kicn a déchiré eune 
grande luinnrc dem robe. » 

Au fig. : On dit qu'un moissonneur a ahattu une grande ou une 
petite pamm de blé, d'avoine, etc., selon (ju'il eu a fauché plus ou 
moins. Ex. : «Nous sommes avancés dans notre moidoux, mais nous 
avons encore une bonne pannée de blé cà couper. » 
La vieille langue avait despnner, mettre en lambeaux : 
L'escu li a brisié et estroué 
Et son haubcrc rompu .et despané. 

Aliscans, V. 5545. 
Etym. pannuf!, bas-latin pannn. 

PANSÉ (Être bien), loc. — Avoir bien bu, bien mangé : « Il doit 
être content, car je l'ai renvoyé bien pansé. » Selon Jaubert, cela vou- 
drait dire : Je l'ai renvoyé la pnnsc bien garnie. Il nous sendjle (]ue 
dans cette location panser est pris au Ogun'' et signifie tniiter 
somptueusement, comme dans ce passage de Rabelais : 

« Il print dedans Paris cent beaulx jeunes et gualans com[»aignons 
bien délibérez et cent belles garses picardes, et les feist bien traiter et 
bien panser pour huit jours. » 

PAOUR. n. m. — Gros lourdaud, rustre; de l'allemand baner, 
paysan, d'après Du Méril et Littré. Je préfère le celtitjue pamir (jui 
signifie pauvre, indigent. 

PAPIN, n. m. — Bouillir (judn fait pour les enfants et surtout 
pour les domestiques dans les fermes. 

Pacllette à faire lepapin. 

EisT. Desch., Bail. 

D'où empaphier, usité anciennement : 

« Le charreton huclia les gens et son maisire qui ouvrirent le 

casier, où ils trouvèrent le pouvre prisonnier, doré c\.cmpaptnc([\\r\v{>, 
de fromage, de lait, et aultres choses plus de cent. » (C. N. N.. 
page 3i4.) 

Etym. Pappa ; en latin, bouillie. Anglais, pap. 

PAQUER, V. n. — Faire .-^es pàqui^s : « Un cur»' annonçait ain^i 
à ses paroissiens la clôture de la pàiiuc : « Mes frères, dimanche pro- 



250 PAR 

cliain nous chanterons le Te Deum pour ceux qui ont pdqué ; pour 
ceux qui n'ont pas pâqué, ça fera bernique. » (Ext. du Dict. du Pays 
de Bray, par l'abbé Decorde.) 

PAQUET, n. m. — S'emploie dans cette locution : «Attraper son 
paquet, » Devenir enceinte. 

PARAPHE, n. f. — « Une belle paraphe. » 

PARASINER. V. n. — Avoir la main tremblante : « l\ parasine 
tellement qu'il peut à peine signer son nom. » Comp. avec le vieux 
français palasine, paralysie, et palns'uieux, paralytique : 

« Vos sereiz.... gariz de diverses maladies, de toutes goûtes sans 
palasine. » (Rut., II, p. 62.) 

« Pour eschever de non xen'ir ptihisinmx de la teste ou des rains, 
il se faut abstenir de mengier do teste de char de chat ou do ours. » 
(Ev. des Quenouilles.) 

PARÉ, adj. — Pareil. 

Il Le même paré, par pléonasme : « Si vous trouvez ce drap solide, 
je puis vous donner du même paré, c.-à-d. le pareil. 

Il Tout paré, tout à fait pareil : « O'z avez un habit tout paré au 
mien. » 

PARESSER, V. n. — Faire le par.esseux. Dans un glossaire du 
XIV"^ siècle (Riblioth. nat.. n" 7()9!2"), on lit au moX Accidior^ estre 
ennoiez, parecier. 

PARFIN (À la), loc. adv. — Finalement : « A la par fin, on s'est 
mis d'accord. » On emploie aussi parfinir, achever, terminer com- 
plètement. V. fr. parfiner. 

Dans l'ancienne langue, la préposition par ajoutée à certains mots 
leur donnait une signification superlative ; ex. : Paraller, par- 
destruire, pardurable, à la parsomme, parester, parcreistre, parcer- 
chier, etc. 

« Après lesquelz traictiès accordés et;)rtr accomplis. >> (J. LeFèvre, 
page 357.) 

Or fault que notre voix s'appère 
En chantant, Michiel, mon doulz amis, 
Tant que notre ronàel parais 
Sera du tout. 

Mystère de la Nativité. 



PAR 251 

Comp. avec les formes latines pcrmagnni^, perbrevis, perngpre, etc. 
Souvent dans le v. fr., on srparait la particule pur du mot auquel 
elle était jointe, ex. : 

^ïolt23ar fu bien li destriers aocsmés. 

Alisc.vns, V. 8030. 
Moltpar en a grant joie. 

Au-scANs, V. 8228. 
Il n'a mes c'un sol fil, le petit Loéis, 
Qui moult ^J^*^* sera liez se le deignon servir. 

AvK d'Avignon, v. 274. 

PARIURE, n. f. — Pari. 

PARLANT, adjectif. — .Uf;d)le. (|ui n'est pas fier envers le pauvre 
monde : « Madame X... est riche, al est tout de même liirn jmr- 
lante. » 

PARLER, V. n. — Faire la cour à une jeune lille ; « Pierre va 
sans doute se marier avec Lisa, car il lui parle depuis longtemps. 

Se parler, se courtiser mutuellement, en pai'Iant d'une lille l't d"iin 
garçon. 

PARLORER (Se), v. réfl. — Parler avec affectation : se dit des 
paysans cjui veulent parler comme les gens de la ville, et qui font de 
la brêlée. (V. ce mot.) 

PAROLES, n. fém. plur. — Paroles maglipies : « Un sorcier Ta 
guéri par (h^ paroles, n Les maladies <jue Ion peut surtout gut-rir 
par paroles sont le carreau, la rage, les collifues et les trancln-es 
de chevaux. La formule Antè +, Super Anté -\ — \-. Super Anté 
tr-\- -{--{-, accompagnée de signes de croix, est toute-puissante contre 
les entorses. Une prière à Notre-Dame-de-Sainf-Autreuil guérit sur 
le champ les tranchées de chevaux. 

PAROLES, n. f. |ilur.— Langage enqihaliqiie. vide de sen<. Toutes 
les fois ([u'uu paysan enleiid un discoui's pn'Ienlieiix. plein d anti- 
thèses, de (dirases ronllanliis, ui'i il ne ('(inipreiid rien, il le qii.ilili* de 
la sorte : « Tout ra c'est des paroles, » en d'au 1res termes, du gali- 
matias double, langage où l'auteur lu^ .se comprend pas hii-nième. 

Ces phrases de V. Hugo : ■ La pensée humaine a de irès-h.uUes 
cimes dans notre épf)f|ue ; et parmi ces cimes, Huinet est un snmni'-l 



252 PAS 

On sent qu'il pense pour ainsi dire au delà de la pensée. » Tout ça 
c'est des paroles. 

Cette autre phrase d'un avocat de province : « Vivre sans travailler, 
c'est adultérer son âme par des affections concubinaires avec l'oisi- 
veté criminelle, ce complice permanent du génie de la spoliation ; . . . 
c'est déchaîner les effluves de la concupiscence; c'est divorcer avec la 
science, ce sel qui préserve de la corruption, etc., etc. (Caumont, 
Discours.) Tout ça c'est des paroles. 

PARRINAGE, n. m. — Cérémonie à l'occasion dun baptême. Le 
parrain et la marraine de l'enfant. Lorsqu'ils sont riches et généreux, 
on dit : « Voilà un beau parrinage ! » Mais s'ils ne jettent ni gros 
sous ni dragées, les enfants les poursuivent, en criant : « Parrain 
sec I parrain sec ! >) 

Parrinage est formé de parrin (juc l'on trouve dans Cotgrave et 
Nicot. 

PART, n. f. — Côté : « D'une part, votre pré est bordé par la ri- 
vière, d'autre part, etc. » C'est un des sens du latin pars, partis. 

Il Part à deux ! exclamation usitée quand on fait une trouvaille 
en présence d'une autre personne. 

Il De part. En société, en communauté : «Nous sommes de part 
pour telle ou telle entreprise, » nous partagerons les pertes ou les bé- 
néfices. 

PARTAGEUX, n. m. — Celui qui demande le partage des biens : 
« N être pas partageux,» ne pas aimer à donner de son bien, être 
parcimonieux. C'est le plus souvent dans cette locution que les paysans 
emploient partageux, mot dont ils ignorent la signification poli- 
tique . 

PARTOUT (Tout), loc. adv. — Partout. 

Moult assembla en France la serve grant avoir, 
Tout partout le prenoit où le pouvoit avoir. 

Berte, v. 1571. 

D'où naquit le bordeau qui, s'élevant debout, 
A l'instant comme un Dieu s'étendit tout partout. 

Régnier, sat. VI. 

PAS, nég. — S'emploie seul, sans être précédé de ne : « J'irai pas 
au marché. — J'avons pas étudié comme vous. » 



PAS 253 

Nos vieux auteurs laissaient tomber souvent le premier membre de 
la locution négative ne pas, ne point: 

Puisque Ton est contrainct sur la mer voyager, 
Est-ce pas le meilleur, après maint grand danger. 
Retourner en sa terre, et revoir son rivage ? 

Ronsard. 
(1 La plus belle, roync vient-elle yw.s' de mourir ? » (Montaigne). 
« Avons-nous pas eonsommé peu à peu toutes nos provisions,vendu 
nos meubles? » (Ménippéc, p. 128.) 

Fit-il pas niienx ({ue de se plaindre ? 

L\F.,fub.;i. II. 
Les poètes modernes ont usé de cette licence, ex. : 
Viens-tu ^a^' voir mes ondines 
Ceintes d'algue et de glaïeul ? 

V. Hlgo, Hall.J. 

Il Pas tnoins, pourtant, néanmoins : « Il ne voulait pas donner le 
prix que je demandais; il a fini pas moins par céder. — Quand on 
est riche, il faut pins moins mourir. » 

PAS-DE CAT (chat), n. m. — Lierre terrestre, ainsi nommé ii 
cause de la forme de ses feuilles. 

PAS-DE-K'VA (chevaD. n. m. — Tussilage vulgaire; en français 
pas (Vàne. 

PASSAGE, n. m. — Barrière fixe, facile à enjamber, (jui permet 
d(5 passer dun Iieibage dans un autre, ou d'une prairie dans une 
autre piaiiie. » Ce bonhomme ainsi traversant ces lieux sur le poinct 
(lu jour, cnuiiiie il vouloit (Mijauilicr ou (Mifoui'clici' le passagr d'une 
certaine closture. .. . uY. Fabrique, \\. 110.) 

PASSAGER, ère, adj. — Passant, en parlant d'un cJHMnin, dune 
rue : ((('cltt' roule est [\v<.-passagère. — Les clieniins iKissai/ers abou- 
lissaut ou traversant le domaine seront uiaintcnii^i-u bon i-tal.» i^Oliv. 
de Serres, cité par IJttié.) 

PASSÉ, i>art. passé,— Ce mot s'emploie pour exprimer un excédant 
de (luautilé. de mesure, de dimension : a Ce pain [k-se six livres 
j)ass<'es. — Celle |»lanche a douze pieds de long passés, » c'esi-ii-dire 

ce jiaiu pèse jilus di' sis livres, etc. 



254 PEL 

PASSÉE, n. f. — Sentier dans un bois, trou que l'on l'ait dans 
une haie. 

PATÈRE, n. m. — Accrochez votre hâhii au patère. 

PATERNOTE, n. leni. — Patenôtrc; n'est employé qu'au pluriel. 
Anciennement^ chapelet : « Item, unes paternostres oh il a 101 perles 
et 12 saigniaus d'or..., vendu au Roy et livré comme dessus. » 
(Douet d"Arcq. ; Inv. de Clémence de Hongrie. ) Du latin pater 

noster. 

PATOUF, Patapouf, n. m. — Un gros lourdaud. Au moyen-âge 

l'ours s'appelait patûus. 

Premier parla loatous li ors, 

Renart, V. 7143. 

PATRIQUER, v. act. — Manier malproprement. 

PATTE-DOIE, n. 1. — Maladie de poitrine contre laquelle on in- 
voque saint Liénard (Léonard, v. ce mot.) 

PATTELETTE, n. f. — Férule; palette de hois«ou petite branche 
de coudrier avec lequel le maître d'école, plagosus Orbilius, nous cor- 
rigeait dans notre enfance. La punition consistait à recevoir dans la 
paume de la main quelques bons coups de cet instrument, après quoi 
on allait s'asseoir stoïquement à sa place. 

PAURE, adjectif. — Pauvre. V. fr. poure, usité jusqu'au XYI^me 
siècle. 

.... Qui poure est, et vuiz de villenie, 
Devant tous puet bien sa teste lever. 

E. Deschamps, Bail. 

PAYON, n. m. — Langue de bavard, de bavarde. « Que pai/on 
qu'ai a ! a vos étourdit. » 

PÉKIE, Pékée, n. f. — Un tout petit morceau, un rien : « Veux- 
tu goûter ces confitures? — Prends-en une pékie. » Du v. fr. pèce; 
hâ$,-\alh\ pctia, petium, morceau. (V. Du Gange.) 

PELE, n. f. — Poêle à frire; contraction du v. fr. paelk. 

Pour les cuisines, 

Fault poz, imellcs, chauderons. 

E. Desch. 



PEU in:\ 

PELET. II. m. — Un petit pdil : » Je iic vimi\ jias qu'il y ail un 
pt'lft siu' mes liahils. n 

Au fig. rien : « Il a mangé tout son bien^ il ne lui en it-sti,' plus un 
pelet. 

Ce mot marque la négation absolue : « Il n'y a [las un jiflet d'In'i hc 
dans ce champ. » 

« Je vous luy couperay les couilloiis toutrasibus du cul. Il ne s'en 
faudra un pelet. » (Rab., Pant., III.) 

PELU. adj. — Dans la langue française, ce mot est synonyme de 
poilu. En patois, il signilio »« iiuûin,un homme résolu. On dit: 
« C'est un pelu, » comme nous disons familièrement en français : 
C'est un gaillard à trois poils. Çomp. avec patte-pelu, fourbe, rusé. 

Dans La Fontaine, le chat et le renard sont ileax francs paltes- 
pehis. 

PENDRE, V. n. — Dépi-ndre^: « Il wq pend qu'à lui (rmipèelier 
cela.» 

S'emploie particulièrement dans cette |iiirase : « La table est servie, 
il ne pend [ilus (|ue di' dîner, >■ il ne reste plus ([u'à dîner. 

PENEUX, adj. — ]*enaud : « Qui l'ut bien jiesneu.r. ee fut le se- 
crétaire. » (Marg. d'Angoul, p. ^27.) 

« Et s'en revint le pauvre Jean de Beaux peneux comme un 

fondeur de cloches. « {N. Fab)'iqiie.) 

PENSER, V. 11. — Manquer de, faillir : x II -a pensé tomlier. — 
Il a pensé se ruiner. » 

PEPÈRE, 11. m. — Père, tei'iiie enfantin. (V. Memère.) 

PÊQUE, 11. f. — Pèche. Dèriv. jii''(jHer, pèqnenx, /n'interie. De là 
aussi des uoiiis pio|>res, comme : Pestjnenr. Lepesqneur. 

PERCHE, n. f. — Perce : « Mettre du eidie en i)erche. » Dériv. 
pf^'cher, qui a un sens |ilus étendu (ju'en français. e\. : « ktre perché 
par la pluie, ou sinqtlement être perché, » être mouillé jusqu'aux os. 

PERDU iSentir leu Inc. — Etre .-^ur le pnint de perdre : « Allons, 
tu sens le perdu, » dit un jniieiu' ;i un autre, lùre sui- le point de se 
ruiner : « Il ne pourra rester dans sa ferme, il sfnl déjà le perdu. ■• 



256 PÉT 

PÉRETTE, n. f. — Fille de mauvaise vie. 

PÉRI, 11. m. — Péril. (V. Avi^i, mo,lko, etc.) 

PERLUQUER, v. n. — Manger peu et délicatement. Ce mot est 
d'origine italienne, et vient de pihicare qui, en dialecte de Sienne, 
signifie manger un raisin en choisissant les grains dans la gra]>{)e, ou 
des cerises en les choisissant à l'arbre. En gascon, péluca a le même 
sens. Je rattache à pcrhijncr l'adjectif esperlucat, dédaigneux, diffi- 
cile, mot que je n'ai trouvé qu'une fois : 
Car les esprits esperlucats 
N y pourront que mordre ne rire. 

Ane. Poés., t, IV, p. 38. 

PERLUQUEUX, adj. — Délicat, difficile dans le manger. 

PERPOS, Porpos (À), loc. — A'propos : « Et sur ce porpos un de 
nos poètes... a dict. » (Ménippée, p. 280.) 

PERQUE, n. f. — Perche, baliveau coupé et dépouillé de ses bran- 
ches; diminutif /j^nyMé'f. 

Il Grande perque, femme grande et maigre. Etym. hùnc pertica, 
à moins que l'on ne préfère perça (ju'on lit dans les Tables Eugu- 
bines : <.( Pcrca ponisiater habituto.y) (Que les pommiers puniques 
aient une perche ou un tuteur.) 

PERTRIR, V. act. — Pétrir; pour l'intercalation de la lettre r, voir 
harler. 

PESAGHIS, n. masc. — Semaille ou récolte de pois, vesce et len- 
tilles. 

PESAS, n. m. plur. — Tiges de pois ou de vesce desséchées, bat- 
tues et liées, 

(I Le suppliant se muça en un solier en ladite maison, et se bouta 
dedens un tas de pcsaz. ♦ (Voir Du Gange, au mot pesait.) 

PÉSERIE, n. m. — Champ oui l'on a récolté des pois, '' 

PETAU, n. masc. — Peton, petit pied : « Viens caufTer tes pé- 
taux. » 

PÉTAUCHER, V. n. — Courir, marcher en faisant du bruit avec 
ses pétaux ; se dit des enfants. 



PIA 237 

PETEUX, adj. — Lâche, poltron; exactement celui (|ui jii-te de 
peur. 

Il Confus : « Il est parti tout péteux. » 

PETIÈRE, H. r. — Derrière : « Prends-garde, je te vais donner 
sur hpetière, si tu n'es pas sage, » dil-on ;t un enl'ant, c.-à-d. tu vas 
recevoir le fouet. 

PETIOT, Pékiot, adj. — Petit. 

Pourquoy larron me faiz nommer ? 
Pour ce qu'où me voit escumer 
En une petiote fuste. 

Villon, p. 49. 

PETIR. V. n. — Péter; p. passé péti ; aux autres temps, il est ré- 
gulier. 

PÉTOIRE (^Cannej, n. ï. — Ce mot veut dire exactement roseau, 
bâton de sureau qui pète, (.[uï fait explosion. (V. Buquoire.) 

PEUPLE, n. m. — Peuplier. 

PHERNATIQUE, adj. — Capricieux, dégoûté : « Quand on est 
l)ar devant le monde, il ne faut pas être pheniatique. » Corru|)lion 
du mot savant frénétique, auf(uel les paysans ont donné un sens ap- 
proximatif. 

PHYSIQUE, n. m. — Visage, extérieur, manières : « Cet homme 
a un physique déplaisant, un drôle de physique. » 

PIAN-PIAN, Piane-Piane, lue. aih . — Avec lenteur, tout dou- 
cement. De l'italien jiiaiiu. On ouunait le proverbe : Qui va piano va 
sa no. 

PIANNER, V. n. — Se dit pour ex|irimer le cri du dindon, ot si- 
gnifie littéralement crier comme un |)aon. (V.P<cof.) Par ext. criailler, 
piailler. 

PIAU, n. f. — P( au. On dit de ([uehju'un que l'on nii''|iriso : < I 
ne \aut pas »piau. » 

Ne morra plus, ce est la voire : 
Or poous soz nos piaax acroirc 

Kl T. 



258 PIE 

Il Une piau, une grande piau, femme de mauvaise vie. De même 
en latin scortum, cuir, peau, a le sens de prostituée. 

PIAUCER, Piaucher, v. act. — Ecorcher,, enlever la piau d'un 
animal. 

Il Faire fiancer, faire mordre, faire arracher la joiaM. 

Il Se piaucer, se battre : « Nos kiens viennent de se piaucer. » 

Dériv. piaucée, piauckée, n. f. : « Ils se sont donné imc piauchée h. 
se tuer. » 

PIAULARD, adj.— Du fr. piauler. Se dit d'un enfant qui pleure 
et crie sans cesse. 

PICHAT, Pichon, n. m. — Pissat. De môme picher pour pisser. 

PICHATER, V. n. — Uriner fréquemment. J'ai entendu quelqu'un 
dire à un cafetier : « Vos ivrognes ne font que sortir ])0UYpichater. » 

PICOTj n. m. — Dindon. Comp. avec l'anglais pmcod-, paon. Le 
dindon a été ainsi nommé parce qu'il fait la roue comme le paon. 

PIÈCHE, loc. — Aucun, rien, pas du tout : « J'avais vingt sous, 
il ne m'en reste plus pièche. — Combien avez-vous d'enfants ? — 
pièche. » 

« S'il voloit, il n'en escaperoit jà pies, (\m tout ne fussent noie. » 
(Chron. d'Ernoul, 444.) . 

« Si lui feistes-vous plus grant honneur de le prendre qu'il adve- 
nist oncques à pièce de son lignage. » (Les XV Joies.) 

il Pièche à pièche, peit à petit, et non pas une pièce après l'autre, 
comme en français. 

Pour Tétym. voir pékie. 

PIEDS (Perdre les), loc— Piétiner d'impatience, brûler de partir, 
souhaiter ardemment une chose : « Laisse-le s'en aller, tu ne vois 
pas qu'il perd les pieds ? » 

« Elle désire tant se marier qu'elle en perd les pieds. » 

« Et d'adventure il y avoitun curé en la ville, qui estoit tant amou- 
reux de cette belle painctresse qu'il en perdait les pies. » (Nicolas de 
Troyes, p. 88.) 

Cette locution, assez iréquente dans nos vieux auteurs, n'est pas in- 
diquée par Littré. 



PIN 



irjQ 



PIERROT* Être gai comme), loc prov.- Etred'Immeur joyeuse : 
« Et ainsi print conj^r.', finij comme Piérot. » (Bon. dos Pôriers.) Quoi- 
qu'il ne soit guiTC permis de rire dans un ouvrage de cette sorte, 
nous citerons à propos de cette location une remarque assez humoris- 
tique de La Monnoye : « Il vaut mieux, dit-il, lirc-;«i comme Perrot, 
car ce dernier mot écrit de la sorte fait une allusion plus juste à pd, 
rot, les deux choses du monde les plus gaies ; un i>et et un rot chan- 
tant l'un et l'autre, dumomcntde leur naissance jusqu'à celui de leur 
mort. » Evidemment La Monnoye s'amuse. Le pierrot est un oi.seau 
vif, alerte, pétulant ; c'est ce (lui a donné naissance au proverhe. 
Pour la môme raison, on dit : Être gai comme un iiinson, comme un 
friquet ou un piot friquet. 

PIERROTER, V. n. — Bavarder, jaser confusément comme un..' 
bandi; de pierrots. 

PIESENTE, u. f. — Sentier, petit chemin où Ion ne peut (lasser 
qu'à pied. 

PIETER, V. n. — Marcher : « Il faut rudemmt pirter pour faire 
trois lieues en deux heures.» Bepiedqm a donné le fi-. empiéter. 

PILER, V. act. — Ecraser les pommes au moyen d'un pilon ou 
d'un g rugeoir. (V. ce mot.) 

- Voici le temps de ;)j/^r, » c.-à-d. de brasser le cidre. Dériv. 
pilage, action de piler. 

Ces deux mots, dans cette acception particiiliriv. manqu.-nt dans 
la plupart des Dictionnaires. 

PILLETTE (Jeter à 1'), loc. — Prodiguer, gaspiller : a II ne faut 
mie jeter s'n argent aVpillette. » 

PIMPERNELLE. n. f. — Pimprenelle. 

PINCHARD, n. m. — Pinson. On Irome pinchon, pi nrun dans les 
anciens textes. Cet oiseau a-t-il été ainsi appelé parce <|u'il pince dur 
#vec son bec, ou bien à cause de la couleur gris de fer d.- son plu- 
mage ? En Basse-Normandie, pinchard est uneé|)ithète qu'on appli- 
que aux chevaux dont la robe est couleur gris de fer : « Pendant la 
nuit de samedi à dimanche, on a volé, au Ilam, une jument hors 
d'âge, sous poil pinchnrd pâle. » (Le Bonhomme Normand, i juillet 
1870.) 



260 PIR 

PINCHE, n. f. — Pmce : « I ne fait pas l)on être dans hspinches 
des huissiers. » Dériv. pincher, pinchettes. 

Il Embrasser hpinchetti', embrasser quelqu'un en \m pinçant les 
deux joues. 

PINGEON, n. m. — Pigeon. 

PIONE, n. fém. — Pivoine : « O'z avez bien dîné, o'z êtes rouge 
comme une pione. » 

PIOT, adj. — Petit : « Il a une belle piote fille. » N. masc. en- 
fant : « Combien avez-vous eu de piots depuis que vous êtes 
marié ? » 

PIOTER, V. act., plus souvent neutre. — Mettre bas. Accoucher, 
mais dans un sens méprisant : « Va-t-elle pioter bientôt ? » dira-t-on 
d'une fille qui est enceinte avant le mariage. 

Il Dériv. piotcuse, femme qui a beaucoup d'enfants. 

PIOUT ! PIOUT ! — Cri |)our appeler les poules. 

PIPER, V. act. — Aspirer un liquide à l'aide dun chalumeau. 
Etym. provençal : Pipa, tuyau. 
Il Fumer : « Il est toujours k piper au coin du feu. 

PIPET, n. m. — Siiïlet fait avec un chalumeau de blé, et dont le 
son rappelle celui de la cornemuse. 

Acatrons gastelés, 

Gaines et coutelés, 
Fiausteles et coinaés, 
Macueles et pipés. 

Auc. ET NiCOL. 

PIPETTE, n. f. — Soif : « Donnez à boire à et enfant, il a toujou 
Ypipette. » 

PIQUE, conj. — Puisque. 

Et ^^/v^n'il Ta payé, doiine-li son bouquet. 

Vadé, Bouquet ptoissard. 

PIRE, adv. — Pis : « Il va de mal en pire. — Il est pire depuis 
quelques jours, » en parlant d'un malade. M""' de Sévigné a dit : « Je 
ne suis pas pire que j'étais. » 



PLA 261 

Il Ta7it pire, tant pis. Un paysan, marchand do grenouilles, à 
qui on faisait observer qu'il ramassait des crajiauds avec des gre- 
nouilles, répondît : « Tant pire pour eux. » 

Il Aussi pire, aussi mauvais : « Le temps aujourd'hui est aussi 
pire qu'hier. » 

PLACHE, n. f. — Place. Dériv. placher, plachement, remplacher, 
etc. 

PLAIDAILLER, v. n. — Plaider souvent. Plaida Hier ie, procès ; 
plaidenx, plaideur. Il n'est pas nécessaire de dire (jue ces mots sont 
fort usités dans le pays de la chicane. Nos paysans, comme cet évècjue 
de Chartres dont parle Rabelais, ont besoin d'avoir toujours sur la 
planche quelque bon procès /)OMr se exercer. 

PLAIGNEUX, Plaignard, adj. — Qui a Ihabitmlt' d.' se plaindre. 

PLAISI, n. m. — Plaisir : « Au plaisi, » au revoir. 

PLAÎT-IL? — Formule polie [)our faire répéter ce qu'on n'a pas 
entendu. 

PLAMUSE, n. f. — Gilïle; soufflet donné à phit sur la mouse nu 
muse. 

PLANCHER, v. act. — Planchéier : « Planchent-ils (les oiseaux) 
de mousse leurs palais, ou de duvet, sans pn'voir f|ue les membres 
tendres de leurs petits y seront plus mollement.? » (Montaigne, liv. 
II, chap. XII.) On disait aussi déplaacher : « Petit garnier .... tout 
desplanché, délaté et pertuisé en plusieurs lieux. » (C. N. N., S'i^""".) 

Dériv. planchage, action de plancher. 

PLATTE, n. fém. — Pelure : a Les plattes d'une pomm.'. d'une 
poire. » 

Il Ecorce : « Les chèvres mangent les phittes des arbres » En 
argot, plette signifie peau. 

« Et tous les elTorls ([u'elles font, c'est qu'elles marchent (piel(]ue- 
fois sur hplatte d'une orange et glissent dans un lieu infâme. >■ ( hs 
Caq. de l' Accouchée .) 

PLAUDER. v. act.— lîaltre. anaclier la pe.iu. O verbe a le même 
sens ([ue piancer: pelauder. plaudersc rencontrent fréquemment dans 
nos vieux auteurs : « Le niailre prit une luunh'' p<»ur pland'-r son 



262 PLU 

serviteur ([ui s'enluit et se jeta en la rivière. « (Béroalde de Ver- 
ville.) 

PLEIN (Tout), loc. adv. — Beaucoup, extrêmement : « Il est tout 
plein triste. — Il y a tout plein de fruits dans ce jardin. — Son habit 
est tout plein de treus. » 

PLEUT-PLEUT, n. m. — Pivert, par onomatopée : Pleut-pleut 
est un mot qui reproduit le cri de cet oiseau. Selon une croyance po- 
pulaire, le cri du pic est signe de p]uie. 

PLI. n. m. — Levée de cartes. 
PLISSE, n. f. — Pelisse. 

PLOTE, n. f. — Pelote. 

Nul si fin que femme n'assotte 
Plus frappez, plus bondit laplotte. 

Baïf, Poés. choisies. 

' Dériv. plotoii, peloton, et ploter, terme erotique : « Ploter sa bonne 
amie, — se laisser /doter, etc. » 

Il Se ploter, se jeter des boules de neige. 

PLOYON, n. m. — Bâton pliant qui sert pour les couvertures en 
chaume. 

Dans les anciennes charrues, le ployon était une pièce de bois qui 
servait à maintenir le contre dans une position nécessaire ; on le 
changeait de côté à chaque sillon. 

« Le suppliant... trouva que on avoit osté un bâton appelé ployon, 
duquel on fait tourner le contre de la charrue. » (Du Gange, au mot 
plowshnm.) 

PLUGOTER, V. act. — Se dit des volailles qui épluchent les épis et 
ramassent les grains perdus. 

Un oiset qui cherche k plucoter àw fourre. 

Farce des Quiolards. 

PLUMACHE, n. f. — Pelure des fruits ; de plumer qui a quelque 
fois le sens de peler. 

PLUQUE, n. f. -- Enjeu : « Il a ramassé toute hpluque, et n'a 
plus voulu jouer. » 



POI 263 

Il Aubaine, ho^ritage inattendu : «Son oncle lui a laissé une bonne 
phiqut. » 

Il Faire sa pluque, faire des épargnes, amasser, thésauriser. 

PLURE, u. l'ém. — Pelure; dériv. plurer, peler : ii Plurer des 
oigQons. » 

PLUVOIR, V. n. — Pleuvoir : « E il pluveit tant fort qu'il ne vo- 
leit cesser. » (Th. le mart., dans Littré.) 

PLUVOTER, V. n. — Se dit d"un(> pluie fine. 

POAIL, n, m. — Poil. Comp. avec le v. fr. peil et le bourguignon 
poi. Dériv. poaillu, poilu. 

Il Avoir un binu poail, se dit ironiquement d'une personne mal 
habillée. 

POCAGE, n. m. — Il est d'usage qu'à la fête de Pâques les garçons 
meuniers, bourreliers et autres, se présentent chez leurs pratiques 
pour cueillir leur pocage, cest-à-dire pour demander, et non pour ap- 
porter, comme disent les paysans dans leur langage expressif. On 
leur donne ordinairement quelques sous qu'ils empochent : C'est ce 
qu'on appelle \e pocage, mol (|ui signifie argent de poche. 

Comme les garçons meuniers, les instituteurs cueillent leur pocage. 
Jadis on leur donnait des œufs, mais il paraît qu'aujourdiini ils rou- 
gissent de cette cueillette, et qu'ils aiment mieux les pièces blanches. 
(V. Dergny, le Pays de Bray.) 

Il y a quelques années, avant qu'une sage décision archiépiscopale 
eût interdit cet espèce de colportage, les maîtres d'école, en cueillant 
leurs œufs de Pà([ues, allaient de maison en maison offrir des pains 
azymes, et aspergeaient d'eau bénite If lit du cht'l" de iainilli'. 

POCHIE, n. r, — Le coiiti'iiii diiiic poche : <> Avoir une bonne 
pochie de gros sous. »> 

POGNE, n f. — Poigne; d'où pognie, poignée : « El dunnoit à 
poiguies aLm&\ bien les siens deniers comme il fcsoit cens que il avoil 
gaingniés. » (Joinville, p. i'iS.) 

.J'aïuay mio hellc j)o{;/nie d'argent... 

Le Noia-cau Pathclin. 

POINTER, v. art. — Clouer avec des pointes. 



264 POL 

POINTU, adj. — S'emploie toujours ironiquement : «Un pointu, » 
un imbécile. 

POIRETTE, n. f. — Variété de poireau qui ne grossit pas beau- 
coup. 

K Puis âi^Tesporète menue. » (Les Crieries de Paris, XII^ siècle). 

Aulx et oignons y eut à grandes bottes, 
Et molz frommages en grande quantité, 
Herbes, cyvos, poirette et eschalottes. 

Ane. Poés., t, X, p. 214. 

POIRIAU, n. masc. — Porreau : « Oingnons, poiriauz, naviaus^ 
civos qui viennent par eau ne parterre. » ( Liv. des Met. , cité par 
Littré.) 

POIRION, n. m. — Verrue: « Quiconque frotte un porion la veille 
de sainct Jeban de la feuille d'un sehus, et puis la boute parfont en 
terre^ à mesure que cette fueillc pourrira^ le porion seichera. )■> (Ev. 
des Quenouilles, p. 40.) 

« Elle a une noire enseigne en sa diestre cuisse, et un porion priés 
de son guiel. » (Nouv. Franc., XlIIeme siècle.) 

POISON^ n. f. — «J'voudrais bien avoir de \?l poison pour détruire 
nos surchins. » (V. ce mot.) 

Ancienneinent ce mot voulait dire breuvage, potion^ comme le latin 
potio, dont il dérive^ et dont il a conservé longtemps le genre : 

Mes li vilains, por garison 
Avoit ce soir prise poison. 

RvT ., Dou pet au Vilain. 
Et li fit avoir la toison 
Par sou art et par sa poison. 

Rose, v. 14189. 
Qu'une amève poison te soit une douceur ! 

D'AuBiGNÉ, trag., p. 86. 
Contrepoison était du même genre : « Mais nous savons bien la 
contrepoison, si cela advient. » (Ménippée^ p. 91.) 

Il Vieille poison ! Terme injurieux pour qualifier une femme mé- 
chante, acariâtre. 

POLITIQUE, adj. ■— Celui qui est de l'avis de tout le monde, afin 



POM 26» 

de nVHre mal avec personne: hypocrite, sournois. C'est une exu^n- 
sion toute naturelle du français : on sait que la Jrancliise n'est pas 
la vertu de ceux qui font de la politique. 

POLON, n. propre. — Napoléon. 

POLYTE, n. propre. — Hippolyte. 

POMA, n. masc. — Marc de pommes, après que le pressoir on a 
exprimé le jus. Les uns en font du fumier Jes autres le font sécher 
et le hrûlent. 

POMON, n. m.— Poumon. 

To.st Font afai.stié à .son droit, 
As levrier.s a donné lor droit, 
'EHq pomon et la coraille. 

Renart, V. 22533. 

Les formes habituelles à l'ancienne langue sont : pulmuH,puhnon, 
pomon. 

Dériv. pomouique, au lieu de pulmonique. 

POMPETTE (ÊtreV, loc. — Etre pris de vin. Nez de pompette : On 
devrait dire nez à pompettes. 

« Car par là j'apprendrois pourquoi Lupolde a tout son rouge nez, 
et A pompettes. » (Noël du Fail.) 

« (Unnez) tout diapré, tout étincelle de bubelettcs, pullulant, pur- 
puré, \i pompettes, tout esmaillé, tout boutonné, et brodé de gueules.» 
(Rab., II, chap. Io^) 

Et puis sçachez d'un biberon 

Qui poi'te un gros nez k pompettes. 

Ane. Poes., t. I''^ p. 73. 
Un nez ù pompettes, c'est un nez : 

Où maints rubis balcz tous rougissan.s de vin 
Montrent un hac itiir à la Pomme de pin. 

Rkgnikk, .sa t. X. 
Du V. fr. pompete, ornement d'habit, dans Du Cange. Au lig. des 
pompettes ne déparent point le nez {Wmtrès-illnstrefiritirur. 

Il faut donc, il me sonililc. ividcr rcxplicalion dr LitliV- qui fait de 
ce mot un diminutif de poinpc^ [larcc qu'une petite pompe aspire le li- 
quide. 



266 POT 

PONTOISE (Avoir l'air de revenir de), loc. proverbiale.— Avoir 
l'air hébété, ahuri. Pour l'explication et l'origine de ce dicton qui 
n'est pas mentionné dans Leroux de Lincy, voir les Curiosités de 
l' EUjmologie française, par C. Nisard. 

POPOT, Popote, n. masc. et féminin. — Petit garçon, petite fille, 
poupée. 

Il Une belle popote, ironiquement, une vilaine donzelle. 
Etym. lat. pupus, pupa, poupon, pouponne. 

POPREUNE, Popraine, n. f. — Espèce de poire commune, assez 
précoce. 

PORQUIER. n. m. — Porcher : « Etre sale comme un porquier. » 
Du lat. porcarius. 

PORTE-CO, n. m. — Espèce de jong qui sert aux servantes de 
ferme à porter leurs seaux. 

PORTE-IAU, n. m.' — Canal qui porte l'eau de la rivière dans les 
prairies. 

PORTES (Aller aux), loc. — Mendier. 

PORTEUX-DE-LETTRES, n. m, — Facteur rural. 

POTICHE, n. r. — Cuisine : «Préparer, faire \^ potiche. « Du fr. 
pot. 

POTIN, n. m. — Commérage ; d'où patiner, v. n., et potinier, 
ère, adj. 

Outre le sens de bavarder à tort et à travers, potiner a encore ce- 
lui de faire des remontrances à quelqu'un, critiquer ce qu'il fait. Par 
exemple un ouvrier dira à son maître : « Si vous continuez à me 
potiner de la sorte, je ne travaille plus avec vous. » 

POTUIT, n. m.— Porte dune cour, d'un jardin, abritée ordinai- 
rement d'un petit toit en paille. On n'y passe ni à cheval, ni en 
voiture, c'est presque une porte dérobée. Ce mot doit venir du latin 
posticum ostium (porte de derrière), que l'on trouve dans Plante. 
Comp. avec le v. fr. postic, poterne. 

Ele vint an postic, si le defFrema 

Auc ET NicoL, p. 260. 



POU 267 

POUANT, n. m.-— Un faiseur dVinharras : (|ii('I(iiicfi>is un homme 
malpropre. Du fr. puer. 

POUCHIN, n. m.— Poussin. Dév'iv. pouchiuée, troupe de poussins 
elpouchinière. 

POUDRILLER (Se), v. réfl. — Se dit des volatiles et surtout des 
poules qui se collent le ventre contre terre en été, puis a grands coups 
d'ailes font voler la poussière autour d'eux. Mot excellent et qui 
peint. 

POUFFIASSE, n. des deux genres.— Celui, colle qui se donne des 
airs d'importance et affecte du dédain pour les pauvres gens. Etym. 
pouffer, pouf. 

POUILLARD, adj. — Pouilleux: un misérable, un homme qui n'a 
pas le s^u. 

Il N. m. Perdreau trop jeune pour être tué. 

POULIER, n. m. — Poulailler. 

De vingt porcs il convient qu'il couvre son pallier. 
De cinquante chapons fournisse son poitillicr. 

Cl. Gaichet. 
Anciennement pouillier signifiait aussi mauvaise auberge, bicoque 
mal défendue, un vrai nid à poules. 

« Tant de noms, tant de victoires ensepvelies sous l'oublianei^ ren- 
dent ridicule l'espérance d'éterniser notre nom par la prinse de dix 
argoulets et d'un pouillier (\u\ n'est cogneu que de sa cliente. » (Mon- 
taigne.) 

Ely m. poule, qui se d'il paie, en wallon, et non pou, pouil. comiuc 
le prétend Littré. 

POULIOT, n. m. — Pièce de bois mobile ou touruii|aei, placr- à 
l'extrémité postérieure d'un chariot on d'une cliarrelie, sur leijuel 
s'enroule le comble. Diminutif de poulie. 

POUQUE, n. f. — Petite sac. Les paysans qui se jinrhn-rni liiMni 
pouche. Corruption du français /wf/i/' ; en anglais pourli. 

POURCAGHER, v. act. — Courir a[très les bestiaux, les volailles, 
et leur faire peur : « J'ne veux pas (|ue tu jinurcnchex nos vaques 
comme cha.» En fr. pourchasser. 



268 PRÉ 

POURLÉQUER, v. act. — Lécher tout autour : « Se pourléquer 
les babaines. » 

POURPE, n. m. — Fièvre miliaire, caractérisée par de petits 
boutons rouges. Du latin purpura. 

Pour la suppression de r dans la syllabe finale, voir Nof, maîte, 
aute, etc. 

POURSUIVRE, V. act. — Passé déf. : « }q poursuis ; fut. , je 
poursuirai ; cond, , je poursuirais ; subj . , que je poursuiche ; part, 
passé, poursuit. On dit aussi à l'infinitil' ponrsuir qui était très-usité 
autrefois ; 

Tant qu'il ])mst poicrsuir clei'gie... 

EusT. Desch., Bail. 

La forme la plus ancienne est pi-rsuir, dans les Lois de GuilL, 
page 25. 

POUSSER pour être prêtre, médecin, ingénieur, notaire, etc., 
loc. — Faire ses études pour devenir ingénieur, etc. : « Min fins est 
au séminaire, i pousse pour être curé. » 

POUSSIU, adj. — Poussif : « Vendre, acheter un cheval pMssiiA.» 
Il Asthmatique. 

PRÊGHEUX, n. m. — Prêcheur; prédicateur. 

PRÊCHOIRE (Chaise), n. f. — La chaire où l'on prêche. 

PRENDRE. V. act. — Pour la conjugaison, \o\v apprendre. 
Il Loc. particulière : « Le temps est prins, » c.-à-d. le mauvais 
temps va durer. 

PRÊT, n.m. — Employé dans cette phrase : « Attraper son |«-e<,« 
qui signifie : 1» recevoir un mauvais coup ; 2'' être enceinte, en par- 
lant d'une fille de conduite équivoque. 

PRÊTE, n. m. — Prêtre. 

PRÉTINTAILLES, n. f. plur. — Grelots que les rouliers et les 
conducteurs de diligences attachent au cou de leurs chevaux. Par 
ext. meubles, outils : « Il est parti avec toutes ses prétintailles . » Ce 
mot, dit Littré, semble formé comme prétantaine de pretantan, ono- 
imatopée qui exprime le bruit que font les chevaux en galopant. Cette 



PUG m 

étymologio paraît liasanlmise à Scliolcrqui n'on proposo aucune autre, 
se contentant de criti(|uer ceux qui «s'emparent de la ressource des 
onomatopées, quand les éléments font défaut. » 

Le sens que prétintailles a dans notre patois me porte ù rattacher 
ce mot au verbe tentir, ancienne forme de tinter, conservée dans ri-- 
tentir. Mais reste toujours le préfixe ;>r«' qui est embarrassant. 

On prononce ()Viï\nMv<i\\\Qx\i pcrtlntailles . 

PREUNE, H. [. — Prime. Luc. part. : « Recevoir. attiapiT une 
prcKiw, » être battu, attraper un mauvais coup. Pn-unc s"enq)loie 
quelquefois dans le sens de bon morceau, d'aubaine, conmie dans ce 
passage de la farce de Patlielin : 

Je happci-ay là une priaie, 

A tout le moins, sans rien despendre. 

Dans Coquillart (Enquête, p. 134), Hoche-prune est un personnage 
(|ui court après les bous morceaux. 

Guette-à-preunes, n. m. Etourdi, (|ui va le nez eu l'air, Imi/antanx 
prunes. 

PRIER LE BON DIU, loc. — Se dit d"un cheval qui tnmbe sou- 
vent à genoux. 

PROUSTE (Être, aller, partir en), locution. — Etre en voyage ; 
aimer à courir les foires, les marchés : « Ce sont des gens (jui sont 
toujours en prouste : ils feraient mieux de s'occuper de leur l'eruic.» 
Le son de ce mot ex[)rime parfaitement un dé[»arl [)réei[iité. 

PROUVAINE, n. (.— Proveude, quantité d'avoine (juc l'on il-uin- 
à un cheval. Provision de tal)ac. 

« Quand i n'a i)oiut <~'prouvaine à reniller, il est cdiuiiir perdu. » 
Quelques-uns disent prouvende, d'oii approuvander. iimt qii un 
trouve dans nos vieux auteurs et qui est très-usité chez nous. L an- 
cien français avait encore ajiprouvcndcment, provision. 

PUCHE, n. f. — Puce : « Va gratter tes puches ailleurs, » dit-uii 
à ([uel(|u"un dont on veut se débarrasser. 

PUCHE-OREILLE,. n. f. — IVree-ureille. 

PUCHER, V ael. — Puiser : « Allez puclicr del l'iau al rivière. » 



270 PUT 

Il Pwc/i^r l'eau d'un fossé, d'une mare, etc. Les mettre à sec en 
jetant l'eau au dehors avec une pelle creuse. 

Il Pucher la lessive. Retirer la lessive de la chaudière avec un 
vase pour la répandre sur la cuvée de linge. 

Gomp. avec espucher : 

Ewe en viver u en estanc 

Ert plus légier à espucher 

Ge n'iert son beivre ne son manger. 

G. Gaymar. 

Etym. V. fr. pue, puch, puich, puits : « Si se advisèrent aucuns de 
faire perchier nouveaux |>Mic/<5. » (.1. Le Fèvre, p. 170.) 

PUCHOT, n. m. — Lieu où Von puche de l'eau dans une mare, 
dans une rivière ; diminutif de pue, puch. 

« En le valée de Jozafas avoit un jjwc ancien que Joseph feist. » 
(Chron, d'Ernoul, p. 121.) 

Or me di, Gui, que ses tu faire ? 
Savras-tu l'eve del pue traire ? 

GuiLL. d'Angleterre. 

Li dus ot puch, corde, selle et trallier, 
Molin et for, et blé en son gernier. 

Cité par Burguy, II, p. 182. 

Cette forme était surtout en usage dans l'expression puch d'infer. 

PUIN, n. m. — Puine ; arbuste fréquemment mentionné dans les 
anciens textes sous le nom de bois puant, puygne, puine. (V. L. Delisle, 
Agriculture en Norm. , p. 359 et suiv.) 

PUISSANT, adj. — Gros, gras ; « Quel homme puissant ! — Be- 
\en\r puissant, tro\) puissant. » 

PUREE (Porter la) loc. — Recevoir des reproches pour un autre, 
par conséquent, sans les avoir mérités. « Ron I c'est encore moi qui 
porterai la purée ! » 

PURER, V. act. — Epurer. 

PUS, adv. — Plus : « Pourquoi ne venez-vous pus me voir ? » 

PUTET, n. m. — Petite mare formée par le liquide écoulé du fu- 
mier. 



PUT i*71 

Et le porte des arçons hors 
En un putel tout enversé. 

T(mrnoiernent de l'Antéchrist. 

L'en te devroit en un 2nitel 
Tooiller cura un viex panufle. 

Rose, v. 7121. 

Là coule une fontaine avecqu'une claire eau 
Qui à cent pas de là faict un petit ruisseau, 

Et autour un picteau 

Cl. Gauchkt. 

Il L'égoûtmèmedu fumier : «Mettre du putet au pied des arbres.» 
On a proposé pour étym. le latin puteus, puits. Conune le putet 

sent plus fort, mais non mieux que roses, je ^réU've putere, putidus. 

Comp. avec l'anglo-saxon pytt. pijttel : bas-allemand pntti'. (Y. Che- 

vallet.) 



272 QUA 



Q 



QUANT ET, À quant et, conj.— Avec, en môme temps : « Veux- 
tu venir au marché à quant et moi ? » Locution très-fréquente dans 
nos vieux auteurs. 

L'une pour ung millourt saisir, 
De l'oueil gettera mainte larme; 
Et l'autre prend bien le loisir 
De partir, qtiant et le gendarme. 

COQUILLAIIT, II, p. 281. 

« Quant et luy estoit son plus jeune fils Tylire. » (Amyot, Daphnis 
et Chlûé.) 

Qui diroit le regret que mon cœur supporta, 
Quand ce prince à la fin de ses yeux s'absenta, 
Emportant quand et soy son âme et sa puissance. 

Desportes, Elégies. 

Au XVIfi"'» siècle, les hommes et les femmes, se rendant en proces- 
sion au tomheau do saint Laurent d'Eu, chantaient : 

Amendons-nous, amendons-nous, 
Portons nos suaires quantë nous ; 
Pensons qu'il nous faut tous mourir 
Pour aller avec Jésus-Christ. 

Cité par Dergny, Essai sur Incheville. 

Au XYII<'"ie siècle, cette locution n'était pas encore tombée en dé- 
suétude : « Souvenez-vous de quelle horloge son heure a été sonnée. 
N'a-ce pas été de celle qui, faite quant et les siècles mêmes, gouverne 
le soleil. » (Balzac, Lettreà la princesse de Conti.) 

Chateaubriand est le dernier de nos écrivains qui l'a employée. 

QUART D'HEURE, n. m. — Employé dans cette phrase particu- 
lière : a Je n'ai pas d'emploi pour le quart d'heure, » c.-à-d. en cd 
moment. 



QrO 273 

QUARTRON, n. m. — Quarteron. 

QUASIMIN, adv. — Presque. 

QUATE, n. ordinal. — Quatre : « Faire les (/wa/iî-vingl- dix-neuf 
coups, 1) mener une vie déréglée. 

QUE ? interrogation. — Qu'est-ce ? quelle chose ? « Quéqn'o dites? 
— Que que t'as vu ? » 

Il Adj. interrogatif,(y«^/, quelle : nQué drôle d'homme qu'o'z avez 
amené aveuc vous ? » 

Comj). avec l'ancien français : 

Qiiiex geus puct ice estrc que je voi là venir? 

Aye d'Avignon, v. 3510. 

QUÊNOT, n. m. - Petit cliène. 

QUESTIONNER, v. n. — Disputer, se quereller : « J'aime rnieu.K 
me taire que questionner. » 

QUETOU, n. m. — Petit cochon. 
Il Quetou! quetou ! Cri [luur appeler les cochons. 

QUÉVRON, u. m. — ClieNron. 

QU'I, mis pour (ju'il, qu'ils : « Jcrois qui fera hien, qu'i feront 
bien de s'arranger. » 

QUILLER, V. neut. — Usité seulement à l'iiiliiiitlf et dans celte 
phrase : t Je l'ai envoyé quiller, » c.-à-d. je l'ai envoyé promener, 
jouer des jandies ou des quilles, comme on dit [topuiairement. 

QUINZE-CÔTES, n. m. — « Grand quinze-côtes, » homme grand 
et maigre; grand dadais, àvr.p Tftoxat^cy.a7îax.u;. (Théocrite, Syrac. 
V. 18.). 

QUITTER, V. act.— Permettre, laisser : « ^Iq quittnez-vous par- 
ler? — Quittez-le d'iK, et écoutez.— Quel enfant! il ne nous quittera 
pas tranquilles ! » 

QU'O, contraction des mots quetil vous. — « A quelle heure qn'o 
viendrez nous voir ? » On rencontre l'ré(|nemment cette contraction 
dans la vieille lanirue. (V. Buil'uv, ^'^ liage 130.) 



274 QUO 

QUOI. — S'emploie pour que interrogatif : « Quoi qii'o faites- 
la ? .) 

Il Avoir de quoi. Cette locution est française dans le sens d'avoir 
ce qui sufïïl, d'être dans une certaine aisance. Chez nous, de quoi si- 
gnifie une grande fortune soit en terres^, soit en argent, comme dans 
les citations qui suivent : 

« Messire Raous... s'atira molt richement comme cil ki ot bien de 
coi. (Le roi Flore et la belle Jehanne.) 

La vertu de ce monde est quand Ton a de qitoij. 

Var., Hist. et Litt., t. IV, 

« Les courtisans voyent que rien ne rend les hommes sujets à la 
cruauté du tyran que les biens ; qu'il n'y a aucun crime envers luy 
digne de mort que le de quoy. » (Et. de la Boetie.) 

En Picardie, au lieu de dire d'un homme quil a de quoi, on dit 
qu'il a du saquoi ou des saquois. 

Comp. avoir de quoi avec la locution latine : Et habetunde, qui se 
trouve dans Pétrone, chap. XXXXV. 



RAII 275 



R 



R. — Cette lettre ne se fait point sentir dans certaines finales 
mneUes comme bre, dre,pre, tre, vre ; ex. :marbe, crainde, prope, 
maîte, live, etc., au lieu de marbre, craindre, propre, maître, livre. 

Elle s'intercale ou se supprime capricieusement dans f|uel(|ucs 
mots ; ex. : marie, pertrir, merlier, hurler, au lieu de mâle, pétrir, 
mèlier, hâler ; mélan, merlan, et([uel([uefois mêle, pour merle. 

Elle se transpose dans beaucoup de ceux qui commencent par bre, 
cre, fre, gre, pre ; ex. : berbis, kerver, Kerpin, Kerton (noms 
propres Crépin, Creton), fertdler, (juerloUer, guernier, pertintailles, 
au lieu de brebis, crever, frétiller, grelotter, prétintaillcs. 

Dans le corps des mots la syllabe tre se cbangc fré([uemment en 
ter : enterteiiir, enterprendre^ etc. 

Remarquez encore le déplacement de r dans porpos, f raine, propos 
farine . 

Enfin, cette lettre ne se prononce pas dans beaucoup de finales en 
eur et dans certains mots comme loisir, déplaisir, plaisir, sur (pré- 
position"), etc. ; ex. : joueu, plaideu, loisi, plaisi, dépluisi, su. 

RABETTE, n. f. — Cbou-rave qu'on cultive comme plante oléagi- 
neuse. Diminutif de rai;^. 

RABISTOQUER, v. act.— Raccommoder, réparer de vieux habits, 
de vieux meubles ; a le môme sens ([ue rafislulcr. Voir Palsgrave, 
page 589 : Je bistocque. 

RABLE, adj. — Trapu, qui a les reins solides. Du fr. rable. 

RABLOUQUER, v. atc. — Renouer les cordons de ses souliers. (V. 
Ablouguelte.) 

RABOENIR, V. n. — Rabonnir, devenir meilleur : « On raboenit 
en vieillissant.» De boen, bon. 

RABOUTONNER, v. act. — Bjulonncr de nouveau. 



276 RAG 

RACACHANT, Racacliaiite, adj. — Qui attire, qui séduit : « Une 
femme racachunte, » une femme propre, gentille. 

Il Bon, exquis, en parlant des choses : « Voilà une soupe racachante. » 

RACACHER, v. act. — Ramener les bestiaux à l'étable, en les 
chassant devant soi. Nous avons vu que l'on dit cacher pour chasser. 

Il Alléguer des raisons frivoles, chercher de mauvais prétextes 
pour s'excuser : « Qu'est-ce que tu racaches là '? J'ai assez de tes 
mensonges. » 

Il Racacher, se dit encore d'une fille ou d'une femme qui vous 
attire par ses manières séduisantes : « Un paysan me racontait qu'il 
avait refusé de se marier avec une ivrognesse, parce qu'elle ne le ra- 
cachait point. » 

RACAHUANNER (Se), v. réfî. — Rester accroupi au coin de son 
feu, comme un cat-huant dans son trou. 

RAGCOLER, v. act. — Embrasser : « Je t'ai vu raccoler ta bonne 

amie. » Renforcement àeaccoler. 

Atant ses amis la racole 

Et ele hii. 

Floire et Blanc, v. 2295. 

RACCOURCÏÏI, n.m. — Chemin de traverse qui raccowmf les dis- 
tances. 

RACCROCHER, v. act. — Obtenir, à force de marchander, une ré- 
duction sur une emplette : « Je n'aime pas faire d'afTaires avec un 
tel, il faut toujours qu'il raccroche. » 

D'où l'adj. raccrocheux, euse. Celui, celle qui ne finit pas de mar- 
chander avant d'avoir obtenu une réduction sur le prix demandé. On 
dit plus souvent au féminin raccrochière. 

RACÉ, adj. — De race : « Un chien, un cheval racé. » 

RACEPOUIL, n. des deux genres. — Racaille, vermine. De race 
et de pouil, (|ui s'est dit au lieu de pou. 

RACHAINE, n. f. — Racine. 

RACLER, V. act. — Battre quelqu'un avec un fouet ou avec des 
verges. D'où raclée, volée de coups. 

RACMODAGE, n. m. — Raccommodage. On dit de même racmo- 
(1er, racmodement . 



RAG Î77 

RACOIN, n. m. — Recoin, 

RACONDUIRE. v. act. — Reconduire. 

RACQUIT, n. masc. — Terme de jeu : « Jouer au racquit, » jouer 
pour regagner ce que l'on a perdu. Ce mot a été employé par Mme 
de Sévigné. (V. Littré.) 

RADRÉCHER, v. n. — Recommencer une chose jusqu'à ce que 
l'on réussisse : « J'ai manqué mon coup, mais je radrècherai. » Cor- 
ruption remarquable, surtout pour le sens, du français redresser. 

RAFARDER, v. act. — Chercher à, obtenir quelque chose par ruse 
ou à force d'importunilés. 

Il Faire retirer quelque chose sur le prix d'une marchandise que 
l'on va payer, dit-on ; que l'on ne paie pas, et qu'on emporte tout de 
même. 
Extension du vieux mot refarder, rafarder : 
Il n'y a rime ne raison 
En tout quant que vous ra farde:;. 

La Farce de Pathelin. 

Dérivé, rafardier, ère, adj. Celui, celle qui ra farde. Eiym. re et 
farder. 

RAFFOURER, v. act. — Porter l'o^oî/m aux bestiaux. 

RAFUS, u. m. plur. — Vieilleries, vieux chiffons ; étoffes, meu- 
bles passés de mode : « Il n'y a que des rafus dans cette boutique. » 

RAFFULER, v. act. — Coiffer; s'emploie surtout comme verbe 
réfléchi, en parlant d'une fille ou d'une femme qui dépense un long 
temps à sa toilette : « Elle ne finira pas de se raffuler. » (Voir 
Affilier.) 

RAGALI, adj. — Chétif, maladif : « Il ne tient pas debout, c'est 
un pauvre ragali. » 

Il Sec, pierreux, en parlant des fruits : « Ces poires sont toutes 
ragalies. » 

La Curne cite agali qu'il tire de (jal, caillou; âu fig. oil, durillon 
qui vient aux pieds. 

Plas piez avoit et agalis. 

Dans La Ccrne, p. t.'2S. 



278 RAI 

RAGOBILLES, n. f. plur. — Petites branches de bois sec : t Ra- 
masser des ragobiUes dans la forêt.» 

Il Au figuré, choses de peu de valeur, habits usés, meubles en 
mauvais état : « Il a tout emporté, ne laissant que des ragobiUes. » 

Ce mot est le même que le v. fr. agouhUles, menus instruments, 
outils de travail : « Et je troussay mes agoubilles pour m'en tourner 
dormir, car la minuit approchoiV » {Ev. des Quenouilles.) 

Dans le centre de la France, on àhgrobilles. (V. Jaubert.) 

RAGUISER, V. act. — Aiguiser. La particule prépositive r^ ne 
modifie en rien la signification de certains mots ; elle n'a qu'un sens 
explétif. Aguiscr et raguiser sont absolument synonymes. Il n'y a pas 
non plus de différence entre raccoler et accoler, raffuler et aduler, 
rablouquer et ablouquer, raffourer et affourer. Nous disons de même 
rabaisser pour abaisser, comme on disait jadis raccueil au lieu de 
accueil : 

Toutes fois, veu le bon raciieil 

De nostre hostesse 

J. LE Houx. 

RAIDE, adj. -" Avare: « C'est un vieux raida qui ne donne pas 
un sou aux pauvres. » 

RAILE, n. f. — Raie : « Raile du dos, » épine dorsale. 

RAILER, verbe act. — Tracer une raie avec une pointe, un 
crayon, etc. 

RAILETTE, n. f. — Séparation des cheveux sur le haut de la 
tête. 

RAILLE, n. m. — Râle, oiseau. Comp. avec l'anglais rail. 

RAINCHÉE, Rainsée, n. f. — Volée de coups de bâton (v. le 
mot qui suit). 

RAINCHER, Rainser, verbe act. ~ Rattre, frapper a coups de 
bâton; du v. fr. rains (ramus) branche. 
Sa robe deront et despièce : 
Chascuns rains emporte une pièce. 

Rut., II, page 279. 
Conformément à l'étymologie et aux anciens textes, c'est ainsi que 



RAM 279 

l'on devrait orthographier ce verbe, puisqu'il a l'acception de bâton- 
ner. On aurait dû écrire de même rainceau, et non rinceau, comme 
le veut Littré. Raincelet, petit rameau, est un diminutif qui plaisait 
à nos vieux poètes. 

La rose durant l'aurore 
De son vermillon honore 
Ses raincelets verdoyans. 

Baïf, p. lin. 

RAISONNIER, ère, adj.— Raisonneur, insolent : « 11 faut rendre 
les enfants raisonnables et non raisonniers. » 

RAISONS, n. f. plar. — Langage, paroles • « V'ià un homme qui 
a de drôles de raisons. » 

a Jl a de belles raisons, mais c'est tout, » se dit d'un homme qui ne 
conforme pas sa conduite à ses discours. 

Avoir des raisons, avoir la langue bien pendue : « C'est une femme 
d'entretien, elle ne manque pas de raisons, elle a des raisons. » 

RALLER, s'en raller, v. n. — Ce verbe est usité à tous les temps, 
même au futur : « J'y rirai, s'il le faut. » 

De toutes part les revunt envaïr. 

Ch. de RoL. 

Incontinent dormir râlez. 

EusT. Desch., Notable Enseignement. 

Arière m'en riray, se vo congié avoic 

HuG. Capet, p. 90. 

Pour la conjugaison de ce verbe, voir aller. 

RAMARRER, v. act. — Amarrer do nouveau. 

RAMBOURRER, Rebourrer, v. act. — Repousser, rudoyer, mal- 
mener quelqu'un: « Il faut rambourrer tous ces paresseux-là.» 
Il Se rebourrer, se bourrer, manger avec excès. 

RAMBUQUER. v. act. — Frapper, accabler de coups.— Bossuer, 
briser. 

Il Se rambugiter, se heurter contre: « Il était tellement soûl, qu'd 
se ravibuquait conlTG les murs. » De la particule rc, et bûcher, picard 
buquer. 



280 RAM 

RAMENTEVOIR, v. act. — Rappeler; exactement remettre dans 
l'esprit. Racine, mens, pensée. Ce vieux mot que donnent encore les 
Dictionnaires est toujours jeune dans nos campagnes. Le futur et le 
conditionnel font: je ramenturai, rameiiturais ; subjonctif, que je ra- 
menteuche^ que tu ramenteuches, qu'il ramenteuche, que nous ramen- 
teuvions, etc. Ramentevoir est particulièrement usité comme verbe 
refléchi: « En voyant le fils, je me suis ramentu du père. » 

Les formes ramentevoir, amentevoir, mentevoir sont fréquentes au 
Xlleme et XlIIeme siècle; ex: 

Bons liom, " dist-il, » ke me ramentevésl 

S. Alessin, réd. du XII«™e siècle, v. 821 

Je parlera à cens qui ci m'ont amentut, 

Des nouvelles de France dont je savoir wiel plus. 

AyE d' AVIGNON, V. 3434. 

Por ce c'on ne doit mentevoir. 
Homme où il n'a point de savoir. 

RUTEBCEUF, II, p. 282. 

RAMI (être), loc. — Etre réconcilié: « Ils étaient brouillés depuis 
longtemps, mais ils sont ramis. » On dit encore se ramicer. 

RAMIAULER, v. act. — Chercher à se raccommoder avec quel- 
qu'un : « Maintenant qu'il a besoin de moi, il me ramiaule. » (Voir 
Emmiauler). 

RAMONCHELER, v. act. — Mettre en monceaux. 
Il Se ramoncheler, se courber sous le poids des années. « Un tel 
commence à- vieillir, il est déia. tout ramonckelé.)^ 

RAMONÉE, n f. ~ Grêle de coups ; de ramon, terme vieilli qui 
signifiait balai. 

RAMONER, V. act, — Faire, remuer quelque chose, en mauvaise 
part: « Qu'est-ce que tu ramones /à? veux-tu me f. ... le camp? » 

Ramoner a gardé chez nous le sens erotique que lui donnent nos 
vieux auteurs : 

S'el vouUoit que la ramonasse 
A son plaisir, et démenasse, 
Il fauldroit qu'el se desvetit. 

R. DE CoLLERYE, Rondeaux. 



RAN 281 

Voir la Nouvelle XCVII de B. Des Périers. 

De même que ramoiiei', ramoneur a une signification grivoise qui 
n'était pas inconnue au bon vieux temps : « Il faudroit un autre ra- 
monmur que vous à ceste garse de trente ans, noire comme poivre, 
et d'apétit ouvert. » (Ménippée, p. 108.) 

RAMOUDEUX, Ramouleux, n. m. — Rémouleur. 

RAMOUDRE, v. act. — Aiguiser. (V. Moudre.) 

RAMOUGNOUSSE, n. m. — Ramoneur. 

RAMPILLE, n. féminin. — La clématite des haies, dite viorne des 
pauvres. 

Il Terme générique pour désigner toute espèce de plantes grim- 
pantes. Etym. ramper. 

RAMPONER, V. act. — Faire des reproches, rudoyer, quelquefois 
battre. Ane. railler^ outrager. 

« Encore dist plus danz Goliath, ço sui jo ki ai vi ramponed et 
attarge l'ostde Israël. » (Liv, des Rois.) 

N'estiez mie estez ne ramiionanz , 
Dcsor vos pcrs orgueillcus ne proisanz. 

GriLL. d'Orkngk dans Bartsch. 
Sa îeTavaQ, remiirosne forment. 

Chast. de Coucy, V. 6212. 

Li parent Guenelon l'en vont moult ramponant. 

Gui de Nanteuii-, v. 1885. 

Vassal, dit Oliviers, laise le ramponer. 

FlERABRAS, V. 564. 

« Quand il eust bien esté ramponné sur ce et rigolé de ses compai- 
gnons. » (n. N. N., 39en'e.) 

Comp. ce mot avec l'italien ramporjnare, lirailli'r, pincer. injuri(M-. 
Pour étym. Biirguy propose le bas-saxon rajtni, le liant-allemand 
rajfeii, arracjier, enlever, saisir. Il (ïst ]tlus sinqilc de le faire di'rivcr 
de rampas qui signifiait en vieux français rameaux, en sorte <jue 
ramponer voudrait dire litli'ralcmcnl : Frapper avec des lerges. 

RAN, n. m. — Bélier ; ram, en anglais. Ran se trouve encore 
dans le Dictionnaire de Cottrrave, édition de IG-'iO. 



282 RAP 

En vieux français, le mouton s'appelait marran, c'est-à-dire mau- 
vais ran. 

RANGER, V. n. — Se dit des pommiers qui craquent sous l'effort 
du vent. En Basse-Normandie, rancer signifie ployer sous un fardeau. 
Il Avoir la respiration gênée et bruyante. Peut-être du latin ran- 
care : 

Tigridès indomitse rancant rugiunt que leoues. 

AucT. Phil., V. 49. 

RANDiR, V. n. — Courir, rôder, errer çà-et-là dans de mauvaises 
intentions : « Il faut se défier des gens qui ran lissent toute la nuit. » 

({ Car la mercy Dieu, elle avoit randij et couru pais, tant que du 
monde ne savoit que trop. » (C. N. N., TQ^^^.) 

A l'origine ce mot signifiait s'élancer vers, se précipiter sur. Comp. 
avec le danois rende et l'anglais to run. 

RANDONNER, v. n.— Rôder çà et là ; fréquentatif de randir. Du 
V. fr. randon, fuite, course rapide, usité jusqu'au IQ^f^^^ siècle : 

Une nymphe fuyoit 

Par bois espez, tant que de grand randon 
Vint jusque au bord du sablonneux Ladon. 

Marot, liv. P^' de la Métamorphose. 

Le substantif randonnée, élan, course impétueuse, 

Ils brochent les destriers tout une randonne. 

Gui de Nanteuil, v. 1028, 

a été conservé comme terme de chasse. 

RANDOUILLÊE, n. f. — Yoléc de coups. 

RANDOUILLER, Redouiller, v. act. — Battre, rouer de coups. 
(V. Bouille.) 

RANKEUME, n. f. — Rancune. 

RANQUILLIE, n. f. — Ce mot désigne particulièrement la viorne 
des haies. 

RAPASSER, V. n. — Repasser, passer de nouveau : « Si tu râ- 
passes par ici, entre al maison. » 

« Et fisent tant qu'il rapassèrcnt la rivière en grant malaise. » 
(Froissart, I, 61.) 



RAQ 283 

« Ils rapnssèrent l'eau de Sommo pour retourner au pays. » (.1. Le 
Fèvre, p. 297.) 

RAPENSER (Se), v. réll. —Réfléchir, se souvenir. 
Et la dame se rapanssa 
Qu'ele avoit si grant tort eu. 

Crestiex dans Bartsch. 

RAPIAT, n. des deux genres. — Celui, celle qui rapine. Du latin 
rapax. 

RAPINERIE, n. f. — Yol : « Ses rapineries ont fini par le mener 
en prison. » 

Tuit (li baron) vivent de rapinerie 
Cliascuns tout honor relanquist. 

Rois de Cambray, XII^'"« siècle. 

RAPINIER, ère, adj. — Celui, celle qui vit de rapine. 

RAPOUSSER, V. act.^ — Pousserde nouveau quelque chose vers 
queliju'uu. 

RAPPORT À, loc. — Par considération, par égard pour, à cause 
de ; « Je lobligerai rapport à vous. » 

RAPRÉHAUT, n. m. — Caprice, idée subite qui traverse l'esprit : 
« Je ne sais quel rapréhaut lui a passé par la tète; il est parti sans 
rien dire. » 

Il Enfant ([ue Ton a longtemps après les premiers. (V. Ravisé.) 

RAPTI, n. m. — Tiges de colza battu : « Donnez-moi quelques 
bottes de rapti pour chaufler le four. » 

RAQUE, n. f. — Boue. 

RAQUER. V. n. — Cracher, anciennement radier, racliir, ra- 
quicr : « Ainsi ({ue la dite Jehanne passoit par devant lo suppliant, 
il commença à cscopir ou rachir contre terre. » (Glossaire de Carpen- 
tier, art. rascare.) 

Comp. avec l'anglo-saxon hraekan, cracher. Notre verhe cracher 
vient évidemment de ce mot avec; c préposé pour renforcer la syllabe 
initiale. 

Dériv. raguillonner, fréqutMitatif de raquor ; ra'jxcric niifudlon- 
nerie, crachats. 



284 RAT 

Raqueux, raquillionnier , celui qui crache souvent. Celte dernière 
épithète est souvent appliquée aux fumeurs. 

RAQUEVALER, v. act. — Aquevaleràc nouveau. (V. ce mot.) 
Il V. n. Passer brusquement d'une idée à une autre; faire descoq- 
à-l'âne ; chercher des faux-fuyants. 

RASSAUCER, v. act. — Mouiller, tremper : <i J'ai reçu une harée 
qui m'a rassaucé. » 

RASSIRE, v.act. — Asseoir de nouveau : « Rassis cet enfant dans 
s'chaise. » 

Il Se rassire, v.réfl. Se rasseoir. Pour la conjugaison de ce verbe, 
voir Ans ire. 

RASSOUPLIR, V. act. — Assouplir; rendre moite : « Un temps 
humide r assouplit le linge. » 

RATÉ, n. m. — Râteau, du v. fr. rastel, ratel, cas régime de m- 
tiaus ; du bas-latin rastellus. 

RATELAtrE, n. m. — Action de râteler : « Avec leu ratelage, les 
fermiers ne laissent pu rien aux gleneux. » 

RATELEUSE, n. f. — Machine à râteler. Des inventions nouvelles 
créent des mots nouveaux. 

RATELURES, n. f. plur. — Ce qu'on ramasse avec le râteau ou 
la rateleuse : « Ratelurcs de blé, d'avoine. » 

RATIER, n. m. — Celui qui fait son métier de détruire les rats ; 
mot formé de rat comme taupier de taupe. 

RATOURNER, v. n. — Retourner, dans le sens de revenir sur 
ses pas. 

Dans certaines localités du pays de Bray, Saint-Saturnin est appelé 
Saint- Ratûurni. 

Il est invoqué sous ce nom par les femmes délaissées ; parce qu'il 
a le pouvoir de ramener ou de faire ratourner les maris infidèles. 

RATOURS, n. m. plur. — Détours, ruses, expédients malhon- 
nêtes ; très-usité dans cette locution ; « Avoir des tours et ratours, » 
avoir maintes ruses dans son sac. 



HÂV 285 

RATTAQUER, v. ai-t. — Altaclior do nouveau : « Allez ratt'Kiucr 
vot' kien. » 

Il Un travail fini, en commencer un autre : « (juand jérai (ini de 
labourer-là, où faudra-t-il raltaquer ? » 

Il Se remettre à table : « On a dîné jus([u"à trois heures, à six 
heures on a rattaqué. » 

RATTIRER, v. act. — Attirer de nouveau, ou siin[)li'nieiil, alliivr. 

Il Ramener quelqu'un, h; l'aire rester auprès de soi : « CVst une 
femme qui ne sait pas rattirer son mari. 

Il En mauvaise pari, enjôler j)ar des démonstrations, des caresses 
hypocrites. On appelle rattireuse une femme de mœurs équivoques. 

RATTISER, V. act. — Attiser de nouveau, simfilenicnt attiser. 
Il Gronder quelqu'un, lui donner une verte réprilua^(l(^ 

RATRUCHER, v. act. — Ne rien laisser dans un [ilal : lécher la 
sauce : « Un chat, un chien ratruche les assiettes. 

RAUGMENTER, v. act. — Augmenter, et augmenter de nouveau ; 
s'emploie neutralement : « Depuis vingt-cinq ans, les denrées oui 
beaucoup raugmenté. » 

RAVEINDRE, v. act. — Retirer d'un puits, d'un fossé, d'un bour- 
bier, etc : « Le père François a riivcint de la rivière un enfant ijui se 
noyait. » (Pour laconj. voir Atteindre.) 

RA'VISK, n. masc. — Enfant (jui vient longtemps après les autres : 
« Celui-là c'est un nicisé ; il a quinze ans de moins (jue son 
frère. » 

RAVOIR, V. act. — Avoir de nouveau. Ce verbe est usité à toutes 
les personnes et à tous les temps, connue dans l'ancienne langue. 
11 prcnt ranel et l'eu mereie, 
Et di.st qu'eucor r'ara sa mie. 

Floire kt BlanceI'LOK, v. 1007. 
A sa mère r'a pris congic. 

Floike et Bl.\nceei.uk, v. lOlO. 
Ung serment entre eulx jurent et font 
Que lù-dedaus Cupido u'eiitrera 
Jusc^ues à ce (]uc sou are il raurn. 

Anc.Poca., t. IV. p. :-'34. 



286 REB 

Il Se ravoir, se retirer, se déprendre : « Il y n tant de ronces dans 
ce bois, qu'on ne peut pas se ravoir.)^ 
Seus me dona de décevoir 
L'anemi qui me veut avoir 
Et mettre en sa cliartre première, 
Là dojit nus ne se puet ravoir. 

La Mort, Rutebeup. 

« A peine est-il en nous de nous ravoir de sa prinse. » (Mon- 
taigne . ) 

RAYOT, n. m. — Raieton, petite raie. 

KE. — Cette syllabe au commencement de beaucoup de mots se 
prononce /•' et er. On dit, par exemple : R' cueillir, r' mener, er venir, 
ertourner et r tourner, rpos, etc. Rien du reste n'est plus commun 
dans les dialectes que la transposition de l'r, et surtout le changement 
de place de r initiale avec la voyelle suivante. (Voir Diez, Langues 
romanes, tome I"^"", 207. ) 

Au mot rcf_9«<s('r nous avons fait remarquer que la particule prépo- 
sitife re n'ajoutait rien à la signilicalion de certains verbes. Nous en 
avons cité des exemples auxquels on peut ajouter raUiser, rattirer, 
raugmenter, rebaiser, qui ont le plus souvent le sens des mots simples : 
Attiser, attirer, augmenter, baiser. 

REBAISER, V. act. — Attraper : « Il m'a joliment reboisé dans 
cette aO'aire-là, mais je compte le rebaiser à mon tour. » (V. Baiser.) 

REBINDER, v. neutre. — Recommencer; reprendre une nouvelle 
tournée dû petits verres. Corruption du v. français rebiner, faire pour 
la seconde fois. On a conservé biner, donner un second labour et dire 
deux messes dans deux paroisses différentes. 

REBOND (Faire le), loc. — Célébrer l'octave delà fête patronale : 
« Cette année on ne nous a pas invités à la fête, mais seulement au 
rebond. » 

Dériv. rebondir, fêter le rebond. 

REBOUQUER, v. n. — Etre rassasié, ne plus pouvoir rien avaler : 
« Il y avait tant de plats qu'on a rebouqué dessus. » 

Il Se refuser à, reculer devant : « Celui-là est un vieux qui ne 
rebouqué pas sur l'ouvrage. » 



KÉG 287 

Rebouquer n'est rien autre chose que le vieux français rebuchier, 
rebouquer, reboucher qui signifiait s'émousser, se recourber : « Mais 
rencontrant le fi'oc horrificque, (la lance) rebouscha parle fer.» (Rab 
Garg., l, 43.) 

« En vain, à ce que je voy, les dards d'amour avoient rebouché cy- 
devant sur moy. » (Hist. Macaroniqne, p. 11.) 

Au fig. on rebouque sur l'ouvrage, sur un mets, comme le fer re- 
bouque sur une cuirasse. (Voir Du Gange au mot rebusare.) 

REBOURS (À la), À l'erbours, loc. adv. — Au rebours. 

REBOUTEUX, n. m. — Celui qui, p^r des paroles cabalistiques, 
fait métier de remettre les fractures, les luxations, les entorses. 

REBROQUER, v. act. — Regarnir une couverture en paille. 

REBU, part, passé. — Séché, raffermi : a Depuis (ju'il fait du 
vent, les chemins sont rébus.» 

RECAILLER, v. act. — Chasser, poursuivre, presser vivement : 
« Récaillez-moi tous ces paresseux-là. » 

RECAINER, Ercainer, v. n. — Braire, rire bruyamment, v. fr. 
recaner, d'où ricaner dans la langue moderne. 

Diez tire ce mot du latin cachinnare ; pourquoi pas plutôt reca- 
nere ? La forme ancienne recaigner fait aussi penser à canis, chien. 
L'asnes piùst à recaner 
Et si laidement à crier 
Ke les bestes se départirent. 

Marie, fab. (37. 
t Ainsi que le bonhomme eut ouvert la husclie, et que cest asnc 
veist la lumière, il commença à recaner si hideusement qu'il n'y ont 
là si hardy qui ne perdit sens et mémoire. » fC. N. N., L\^^^.) 

Dériv. recainement, n. m. Cri de l'àne. On dit aussi souvent rc- 
cainée, recainie. 

« Réchanéiz d'asnes. » (Dit de l'Apostoile, XIII'-''"'' siècle.) 

RÉCANVRER, v. actif. — Rudoyer, malmener quelqu'un ; le 
chasser, pour ainsi dire, à coups de fouet. 
De canvre qui en patois signifie chanvre. 

RÉCART, n. m. — Très-usité dans cette locution : ^' Mettre au 



288 REC 

récart, » mettre de côté, au rebut, dans un coin. La particule re ne 
changeant pas le sens de beaucoup de mots, c'est comme si l'on disait 
mettre à l'écart. 

RÉCAUFFER, V. act. — Réchauffer. Au fig. exciter, presser : « Mes 
gens ne travaillent pas, il faut que je les récauffe. » 

RECAUSER, V. n. — Reparler : « Nous recauserons plus tard de 
not'affaire. » 

RÉCENT, adj. — Qui n'est pas ivre : « Il était bien récent quand 
il m'a parlé. » Le latin recens a souvent le sens de frais, dispos, qui 
n'est pas fatigué : Integriet récentes milites. (César.) 

RECHEPER, Rechepper, v. n. — Repousser en cépée ; dériv. du 
substantif rcceppe : 

« Item pour une reeeppe verte, trois solz tournois. » {Coutumier 
des Forêts, cité par Delisle.) 

Il V. actif. Maltraiter, injurier, rudoj^er quelqu'un : « Il est venu 
se plaindre, mais je l'ai joliment recheppé. » 

Du fr. cep. Le cep de vigne était l'insigne des centurions romains. 
On sailqu'ilâ s'en servaient pour châtier les soldats indisciplinés. (Ta- 
cite, Annales, I'"'' liv., 23.) 

Frapper avec un cep, tel est exactement le sens du verbe actif re- 
chejjper. 

RECORSER, v. act. — Repaître, rassasier ; « Avant de ramener 
les vaches à Tétable, il faut bien les recorser. » 

Il Se recorser, v. réfl. Manger beaucoup, segorger de nourriture. 
(V. Décorsé et Encorser.) 

RÉCOUER, V. actif. — Trouver, mais en mauvaise part : « Où 
diable avez-vous récoué une pareille servante ? » 

D'où probal)lement Ricouard, sobriquet injurieux qui est devenu 
un nom de famille, et qui à l'origine signifiait enfant trouvé. 

Il Sauver. « X..., cette année, n'a pu rien mow^r de sa ré- 
colte. » 

RECOU"VRIR, V. actif. — On confond toujours ce mot avec recou- 
vrer. 

RECRIRE, plus souvent Recri, v. actif. — Rechercher, du latin 



HEJ 289 

requirere. Quelques-uns disent requeurrc, (jui r:i|.|.ell(' li; v. fi'. n- 
querre, demander, prier : 

Il dit : Ouvrez ; faut-il tant vous requevre l 

Lak., Bail, des AugKstins. 

REDERIE, n. f. — Caprice, engouement, idre cirniK'Tiijiic. Ih; 
reddcr, réder, mot conservé en Picardie, et (jue l'on trouve au XVl«'no 
siècle, synonyme de rêver. Sclieler rajiporte reddev à un dérivé rubi- 
dus, lorcené, en délire, d'où rabidure, d'où rabder, raddi'r, reddev, 
réder. Le changement de a en e, en position, n'a, comme on le sait, 
rien d'étrange ni d'irrégulierdans une syllabe atone. (Dict. d'étym. fr.) 

REDILLON, n. m. — Petit rideau ; sentier escarpé. 

REDOUILLER. v. act. — Battre, rosser. (V. Randouiller.) 

REDUIRE, V. act. — Attraper, donner une bonne leçon : « Il est 
bien malin, mais je \'âir'duU plus d'une fois. » 

Il Réduit, part, passé. Rusé, matois : « Il est tout jeune, mais il 
est déjà bien r'duit.y> Composé du vieux mot duire et du préfixe re 
qui marque ici, comme en beaucoup de mots latins, la plénitude, 
l'excès. 

RÉDUIRE, V. act. — Accabler, briser : « C'était un iiomme vi- 
goureux, mais le travail et les chagrins l'ont réduit. » 

On est réduit par une longue marche, réduit de fatigue, etc. C'est 
le français réduire pris dans un sens plus étendu. 

REFORGHER, v. act. — Engager, forcer quelqu'un à manger. 
Il Se reforcher, v. réfl. Manger au dehà de son appétit. 

RÉGALER, V. act. — Payer la goutte à ([uelqu'un : « C'est un 
brave homme, il nous a bien régalés, n 
Rég(des-tu. à ce matin? dit un ouvrier à un autre. 

RÉGENCE, n. f. — Petit pain fait au levain de bière. 

REGIMBLER, v. n. — Rebondir : « On a lancé une pierre qui a 
regimblé sur moi. » Corruption du fr. regimber avec une signification 
plus large. 

REJOINDRE, v. act. — Rencontrer : « J'ai rejoint un tel sur ma 
route. * 

19 



290 RÉM 

RELAIS, n. m. — Vannage : « Lever, abaisser les vannes d'un 
relais. » 

RELÉQUER, v. actif. — Lécher de nouveau, ou simplement 
lécher. 

Il Embrasser amoureusement : « I sont toujours à se reléguer. » 
V. fr. relicher. 

Semblable à ce serpent, qui, pu de mauvaise herbe, 
Reliche et repolit ses écailles bien jointes. 

Ronsard. 
RELIÉE, n. f. — Volée de coups de fouet. 

RELIER, V. act. — Donner à quelqu'un des coups de fouet, battre^ 
rosser. 

RELUQUER, v. act. — Observer à la dérobée, en tournant les 
yeux de côté, /imis oat/is. On reluque un objet pour le voler ; on 
reluque une jeune fille dont on est amoureux. (V. Luquer.) 

a II reluquait toutes nos filles, souriant aux belles. :» (G. Sand, les 
Maîtres Sonneurs.) 

REMBELLIR, v. n. — Devenir beau. RembelU, r embellie, è'^iÛihXQ 
ironique : « Quoi qu'i me veut che rembelU là ? » 

REMBLAYER, v. act. — Emblayer de nouveau. (V. Emhlayer.) 

REMBRÊLER, v. act. — Rhabiller. (Mettre les braies.) 

REMONTER, Remotter, v. act. — Amonceler de la terre au pied 
de certaines plantes, et particulièrement des pommes de terre lors- 
qu'elles commencent à fleurir. De mont ou motte. 

RÉMOUQUER, v. act. — Presser, exciter, gourmander : « Il faut 
rémouquer les gens pour les faire travailler. » 

Il Remettre quelqu'un à sa place, lui donner une verte leçon : « Il 
voulait m'en conter, mais je l'ai joliment rémouqué. » 

Le premier sens de ce verbe fait penser au latin musca : La mouche 
pique, excite ; le second au français populaire moucher, attraper. 

RÉMOUVER, Rémouvoir, v. act. — Remuer, agiter, presser : 
« Rémouvez vo sauce. — Si o voulez finir d'fauquer ce soir^ i faut 
srémouver. — I faut savoir rémouvoir ses gens. » 



REN ^i 

En V. fr. ce verbe signiiiail retirer, dé[)lacer, s'en aller, du laiin 
removcre. 

Quant d'iluecqucs renionveras 
Argent ou faille emporteras. 

Rut., I, p. 31. 

(V. Mouver.) 

REMPIÉTER, V. act. — Raccommoder, refaire le pied d'un bas. 

Il Si-' rempiéter, v. réll. Prendre da pied, devenir vigoureux. Cela 
se dit du blé ou de tout autre semis qui, rare et faible d'abord, pousse 
plus lard dru et serré. 

REMPIRER, V. act. — Amoindrir, diminuer : « La guerre a faii 
rempirer le commerce. » Comme verbe neutre, on le conjugue indif- 
féremment avec être ou avoir : « Le malad(; a ou est rempiré. « 

Il Aller en renipirant, loc. Aller [)lus mal. 

REMUQUE, n. masc. — Odeur désagréable, semblable à ce qu'on 
appelle odeur de fût, de tonneau. Remuque est sans doute employé au 
lieu àQremucre, composé de re et mucre. (Voir ce dernier mot.) 

RENAFLER, v. n. — Aspirer l'air avec bruit parles narines. 

RENALLER (Se), S'en Raller, v. n. — S'en aller, retourner chez 
soi. 

Pui.s s'apareillent demanois. 
S'en rallèrent en lor pays. 

Chast. de Coucv, v. 21 2G. 

RENARD (Prendre un), loc. — Avaler de travers un liijuide qui 
vous revient par le nez. 

Il Avoir une maladie de renard, feindre d'être malade. Allusion 
aux bons tours que joue maître Renart dans le romande ce nom. 

RENARDE, Renaré, adj. — Malin, rusé comme un renard. 

RENARDER, v n.— Vomir. Dans le fran(;ais [lopulaire. (■corcher 
le renard se dit d'un ivrogne qui vomit. 

RENCULOTTER, v. act.— Remettre la culotte : « Rencuhltrz cet 
enfant. » 

Il Serenculotter, au lig., rétablir ses aiVaires. 



292 RES 

RENFILER, Raffiler, v. act. — Affiler : « Je vais faire raffder 
min coutiau. » 

RENGIE, n. f. — File, rangée. On dit aussi rengette que l'on trou- 
vera dans une épitaphe de Marot, la XIV'^™^. 

RENHAITER, v. act. — Exciter de nouveau. (V. enhaiter.) 
V. fr. rehaitier, rehaiter, ranimer. 

La coulour li est revenue, 
Et se commence à rehaiter. 

Chast. de Coucy, v. 2889. 

RENTIQUES, n. fém. plur. — Répliques : « Ne pas manquer de 
rentiques, » c'est avoir l'esprit vif, prompt à la répartie. 

REPAIGHANT, ante, adj. —Nourrissant: «Une bonne soupe r^- 
paichante, » qui repait. 

REPARER (Se), v. réfl. — Se remettre au beau : « Dès que le 
temps sera reparé, il faudra semer. » Se déparer. est le contraire. 

REPASSER, V. act. — Gourmander sévèrement, châtier : « Si o' 
repassiez un brin vos éfants, i ne seraient mie si malpolis. » 

REPASSEUX, n. m. — Celui qui aiguise les lames; gagne-petit. 

REPRENDRE, v. act. — Singer les manières, la façon de parler 
de quelqu'un ; avoir l'humeur reprenante, comme dit Balzac, dans le 
Socrate chrétien. 

RÊQUE. adj. — Aigre, âpre au goût : « Des pommes, des poires 
rêques. » 

RÉQUET, n. m. — Gaule qui sert à érêquer. (V. ce mot.) 

REQUILLER, V. act. — Malmener quelqu'un, \q recevoir comme 
un chien dans un jeu de quilles. 

RESAQUER, v. actif. — Retirer un objet d'un lieu où on l'avait 
mis. 

Il Au fig., sauver quelqu'un d'une mauvaise affaire, le tirer d'un 
mauvais pas : « Il n'a pas réussi dans sa ferme, mais son père le 
resaquera de là. » Etym. sac. (Y. Saquer, désaquer, ensaquer.) 



RES 293 

RESCOUER, V. act. — Faire des reproches à quelqu'un, le tan- 
cer vertement. 

RESIPÈLE, n. m. — Erysipèle, Tous les mots scientifiques sont 
dénaturés par les paysans. (V. Fluxia.) 

RESPECT (Sauf vot'), loc. — Formula de courtoisie que les paysans 
à prétentions et qui se disent bien éduqués, emploient fréfpiomment 
s'ils viennent à parler, devant un supérieur, de certains animaux ou 
de certains objets auxquels ils attachent une idée méprisante ; ex. : 
« Nous avons, sauf vot' respect, de beaux cochons. — Nous allons 
aujourd'hui, sauf vot' respect, charrier du iumier. » 

Il y en a qui vont jusqu'à dire : «Ma femme, sauf vot' rrspect, est 
accouchée ce matin. » 

Dans le Médecin malgré lui, un paysan, pour parler d'un apothi- 
caire, emploie cette plaisante formule d'excuse : 

« J'avons dans notre village un apothicaire, révérence parler, qui li 
a donné je ne sais combien d'histoires. » (Molière.) 

« Les truyes (sauhe l'honneur de toute la compaignio) ne sont 
nourries que de Heurs d'orangiers » (Rabelais.) 

RESSERRE, n. m. — Endroit, coin ou l'on serre les objets qui ne 
peuvent plus servir. 

RESSORTS (Être ài, loc. — « Il faudrait être à ressorts pour res- 
ter domestique dans cette maison, » c.-à-d. il faudrait savoir tout 
faire, traire les vaches aussi bien (jue mener la charrue, etc. 

Il Homme à ressorts, femme à ressorts, personne capriciouso, (jui 
change d'idées à tout moment. 

RESSOURDRE, v. act. — Faire lever précipitamment, hâter, 
exciter : « 11 faut ressourdre tous nos gens pour unir ce travail « 

Il Se ressourdre, v. réll. Se lever : « Pendant la moisson, il faut 
se ressourdre de bonne heure. 

Il S'élever : « Le vent commence à se ressourdre. » 

Etym. lat. resurgere. Resordrc, resourdre est fréquent dans nos 
vieux auteurs avec le sens de rejaillir, ressusciter : 

Ce m'a fait resoitrdre en santé. 

Chast. de Coccy, v. 3065. 



294 REU 

RESTER, V. n. — Habiter, demeurer : « Il reste habituellement 
à Paris. » 

RESTOR. n. des deux genres. — Celui des enfants qui ressemble 
le plus au père, qui continuera, rétablira, pour ainsi dire la famille. 
La vieille langue avait restor , dédommagement, récompense, et le dé- 
rivé restorement, restauration, réparation. Notre mot restoi' est l'an- 
cien français pris dans une acception métaphorique. 

RÉTAMPIR, V. act. — Redresser, remettre debout : « Il faut aller 
retampir les villottes abattues par le vent. » 

Il Au fig., remettre quelqu'un à sa place, l'admonester sévère- 
ment : « Qu'il vienne me trouver, je me charge de le retampir. » 

Il Se retampir, verbe réfl. Résister, se redresser, se rengorger : 
« Guette donc eh' bossu de Savoie, comme i se rétampit ! » 

RETAPER (Se), v. réfl. — Mettre ses plus beaux atours. 

RÉTOQUER, V. act. — Accueillir quelqu'un en l'accablant de re- 
proches. 

Il Se rétoquer, v. réfl. Faire des efforts pour soulever un fardeau. 
Se redresser avec fierté; d'oîi cette locution : Faire le rétoguet, qui 
se dit d'un petit homme fier, opiniâtre, entêté. 

R'ÊTRE, V. — Etre de nouveau : « r' sommes dans not' ancienne 
ferme. — Ir' est parti. » Le patois a gardé de la vieille langue l'usage 
de donner à un verbe quelconque le sens itératif au moyen de la par- 
ticule re ; ex. : 

Poroit-elle en son cuer trouver 
Que jamais me peust r'amer ? 

Chast. de Couct, v. 6063 

Et si ne resai par quel iestre 
La treble cose puist une iestre. 

Phil. Mcusres, v. 5986. 

« Il nous renvironnèrent tout nostre ost. » (Joinville, p. Oi.) 

RÊTU, adj. — Bien portant, éveillé ; « Via un éfant bien rêtu. » 

REUE, n. f. — Roue. 

Il Faire la reue, se dit d'une vache et surtout d'un taureau qui 
vous menace de ses cornes en mugissant. 



RIC 29o 

REULIÈRE, n. f. — Ornière, du mot reue. 

REUPER, V. n.— Rôter; dériv. reiipet, rot. 

REVENGE, n. f. — Revanche. Ane. revenge. 

REVENGER, v. act. — Venger, défondre quelqu'un qui est atta- 
qué : « N'aie pas peur de lui dire ce que tu penses, je suis là pour tu 
revenger. 

L'autre, qui voit sa corapaignie oultrager, 
Laissa la danse, et la vint revenger. 

Marot, Epit. 
Il Se re venger, se défendre. 

« Le maître qui se vouloit revenger fit semblant d'être malade. » 
(Noël du Fail.) 

REVENIR, Ervenir, v. ncut. — Fut., je revenrai ou reverrai ; 
même forme au conditionnel ; subj., que je revienche, que tu revien- 
ches, qu'i revienche, qu'o revenions, qu'o reveniez, (ju'i revienchent. 
Dans le dialecte normand du XIII"'"' siècle, venir et ses composés de- 
venir, revenir, avenir faisait au subjonctif vienne, devienge, revienge, 
avienge, et la prononciation do la finale ^c était dure, d'après Burguy 
(t. I^r^ p. 388.) La prononciation actuelle revienche confirme la re- 
marque du savant grammairien. 

Le futur revenrai, reverrai appartient plutôt au dialecte picard. La 
forme avec d intercalaire, revendrai, reviendrai a été la seule (]ui filt 
usitée en Normandie. (V. le mot Venir.) 

REVERTÉRIS (Avoir un), loc. — Changer d'avis, de résolution. 
Du latin revertor, eris, je reviens sur mes pas. 

REVUE (À la), loc. — Au revoir. On dit aussi, mais [dus rare- 
ment, à la revoijure. 

RHEUME, n. m. — Rhume. 

Reume, toux et puour sauvaige. 

EusT. Desch., Bail. 

RIBLE, n. m. — Gerçures à la peau causées par un vont froid. 
On dit qu'on a ànriblr aux mains, etc. 

RICACHER, V. n. — Rire insolemment, ricaner. 



296 RIN 

« A ces mots, les filles commencèrent à ricassér entre elles. » (Ra- 
belais.) 

Il Dériv. ricachier, ère, adj. Celui, celle qui aime à rire ; se prend 
en mauvaise part. 

Ricacheries, rires moqueurs. 

RICHE, adj. — Fort, fertile, superbe : On dit du riche cidre, une 
riche année, une riche maison^ un riche temps. L'Académie ne donne 
pas au mot i-iche ces acceptions diverses. 

RIDIAU. n. m. — Rideau. 

RIDONNÉ, adj. — Fripé : « Porter des habits ridonnés.y> De ride, 
pris au figuré. 

RIFLE, n. m. — Morceau de bois fixé au bout du hanse (voir ce 
mot) avec lequel le moissonneur aiguise sa faux. Pour cela, il le 
trempe dans un vase qui contient un mélange d'eau et de grès pilé, 
et que les paysans appellent 'pot al sauce. 

RIFLER. V. act. — Raser, effleurer : « I m'a jeté un caillou qui 
m'a riflé l'figure. » 

En alloit en planant plus tost qu'un arondiaus 
De si près qu'il riffloit gloières et bouriaus. 

Adam dk la Halle, du Roi de Sézile, v. 204 

Il Aiguiser avec le rifle : « Rifle un peu t'fauque. » Ce mot s'em- 
ploie souvent dans un sens obscène. 

RIMÉE, n. f. — Gelée blanche. 

De froit y souffri grief martire, 
Car en cel jour la matinée 
Estoit greseillié et rimée. 

Chast. de Coucy, V. 6317. 

RIMER, V. n. — Geler blanc. To rime, en anglais. 

RINCETTE, Rincliette, n. f. — Verre d'eau-de-vie qu'on prend 
après le café pour rincer sa tasse. Après la rincette vient la rinchu- 
rette ; après la rinchurette le coup d'adieu, et après ce dernier le coup 
de cachoire. 



RIV 297 

RINGOLISSE, Rlgolisse, n. m. — Réglisse. 

Cil marinier 

Achatent les espices qu'il ont de maintes guises 
Et canelle, et gingembre, ricolice et banpinc. 

Aye d'Avignon, v. 2331. 

« Dou royaume de Navarre vient filache dont on fait sarges, cor- 
douans, basans, ricolisses. n (Liste des Mardi, de Flandre, XI V» 
siècle.) 

RIO, Riot, n. m. — Petit ruisseau : « Il nous fit descendre tout 
droit aux bords de la petite rivière de Joyeuse, un pauvre rio qui n'a- 
vait pas la mine d'être bien méchant. » (G. Sand, les Maîtres Son- 
nettrs.) 

Il Petite rigole pour planter des pois^ des fèves, etc. 

RIOGHER, v. n. — Rire dédaigneusement, en dessous. 

RIOLE (être en), loc. — Etre légèrement gris. Du fr. rire. 

RIOTER, V. n. — Faire des riots, terme do jardinage. Dériv. rio- 
teux, instrument avec lequel on creuse des riots. 

RIPE, n. f. — On désigne par ce nom certaines maladies de la 
peau, surtout la teigne, la gale, les dartres. 

Dériv. ripeux, celui qui est atteint de la ripe ; ripilleiix, rugueux, 
dur au toucher. De l'allemand rippen, riben, forme populaire de rei- 
ben, frotter, gratter. 

RIQUIQUI (Famille de), loc. — Famille pauvre et nombreuse. 

RISIRLE, adj. — Spirituel, amusant : «Le père Ducastol était 
bien risible avec ses histoires, » c.-à-d. faisait bien rire ceux (|ui 
l'écoutaient. 

RISQUE-À-RISQUE, loc. — A tout hasard. 

RISQUEUX, adj. — Celui (jui s'expose au danger; chanceux, pé- 
rilleux, en parlant des choses. 

RIVIÉRETTE, n. f. — Ruisseau. 

Herte fu enz ou bois assise sous un fo. 
Sor une riverette c'on appelait Minclo. 

Bkrtk, 822. 



298 ROM 

« Entre lesquelles escarmuches s'en fist une envers la porte Saint- 
Michiel en la prairie oultre une riverette. n (J. Le Fèvre, p. 174.) 

ROBIN, n. m. — Taureau : « Mener une vache au robin. » Pour 
exciter le taureau à saillir la vache, et lui donner courage, comme dit 
un de nos vieux conteurs, il est d'usage qu'on lui crie : « Elle est 
belle, elle est belle, sus, ô burre ; sus, sus, sus, ô burre ; elle est 
belle, elle est belle, sus, sus, ô burre, sus. » 

En patois allemand burre est le nom du bœuf, et borre est le pré- 
nom du taureau dans le Reinaert. 

On appelle souvent robin un homme qui court les filles. 

ROBINIÈRE, adj. — Vache qui demande hrobin. 
Il Fille qui court après les garçons. 

RODINGOTE, n. f. — Redingote. 

ROGNON, n. masc. — Ronron, léger grognement du chat. Nous 
avons le verbe rognonner. 

ROGUÉ, adj. — Fier, orgueilleux, courroucé : « Il est parti tout 
vogué. » 

ROIE, n. r. — Sillon. Donner à un champ une ou deux voies, lui 
donner un ou deux labours. 

Mais il est petis hons, sy n'a de terre voie. 

HuG. Capet, i:>. 'Jl. 

ROITELET, n. m. — On appelle cet oiseau Yoiseau du bon Dieu, 
ou encore la petite poulette au bon Dieu. Toucher à son nid porte 
malheur ; le tuer, c'est un crime. Une légende raconte que le roitelet 
recouvre de feuilles et de mousse le corps de ceux qui n'ont pas été 
ensevelis ; une autre dit que cet oiseau apporta à la terre le feu du 
ciel : « Il est vrai qu'il y brûla ses plumes, mais tous les autres 
oiseaux lui donnèrent chacun la sienne, à l'exception du hibou qui 
depuis ce temps, solitaire, honni, est un objet d'exécration pour la 
gent ailée, et n'ose sortir que la nuit. » (Le Héricher.) 

Suivant les localités, le roitelet se nomme reblet, reblette, berruchet, 
racatin, riqueu, repepin, onomatopées qui aspirent à reproduire son 
cri. (Le Héricher.) 

ROMATISSE, Romatique, n. m. — Rhumatisme. 



ROU 299 

RONCHAILLES, n. f. plur. — Touffes de ronces, halliers épais. 
De ronches, ronces; d'où les noms de localités ; Le Ronchois, Ronche- 
rolles, etc. 

ROQUE, n. f. — Motte de terre : « Après avoir semé, un bon cul- 
tivateur fait écraser les vogues. » 

Dicton : « Fier comme un étron sur une roque, « s'applique à un 
petit homme qui a une haute idée de sa personne. 

ROQUET, n. m. — Pommier qui porte des pommes appelées de son 
nom, roquets : Espèce tardive. 

ROSETTE, n. propre. — Diminutif de Rose. 

Rozette, pour un peu d'absence, 
Votre cœur vous avez changé.... 
Nous verrons, bergère Rozette, 
Qui premier s'en repentira. 

Des Portes. 

ROSSAILLE, n. f. — Rosse. 

RÔTILLER, V. act. — Griller : « Il faut rôtUlcr ces poulets. » 

Il iS^ rôtiUer, se brûler. 

ROTONNER, v. n. — Murmurer, gronder entre ses dents. Ra- 
doter, dériv. rotonniei\ ère, celui, celle qui gronde toujours, qui trouve 
toujours à redire, 

ROUELLE, n. féminin.— Roue de charrue; du lalin rotella, petite 
roue. 

« Deux chérus à fers et à roueks. » (Douet d'Arcq., Inv. de Clé- 
mence de Hongrie.) 

« Une charrue sans rouelles. (Joinville, cité par Littré.) 

ROUFFION, n. m. — Odeur de brûlé, de gr.iilloii. Le café, par 
exemple, sent le roufjion, lorsqu'on le laisse trop longdMnps itoiiillir 
au feu. 

ROUFFIONNER. v. n. — Contracter une odeur de runlflon. 

ROUGE, n. des deux genres. — « Un n>ii;/r , une grande rotKjr. . 
homme, femme qui a les cheveux roux. 



300 ROU 

ROUGET, n. m. — Petit mammifère du genre des martres et des 
fouines. On le nomme ainsi à cause de la couleur rousse dç son poil. 

ROULÉE, n. f.— Vigoureuse correction manuelle ; volée de coups 
de bâton. 

ROULER, V. act.— « Rouler un champ de blé, d'avoine, » y faire 
passer le rouleau pour écraser les mottes de terre. 
Il Rouler sa bosse, mener une vie vagabonde. 

ROULET, n. m. — Rouleau; terme d'agriculture. 

Cependant on exerce 

Les jeunes à tirer le roullet ou la herse. 

Cl. Gauchet. 

ROULEUX, adj. — "Vagabond, pauvre diable. On sait que pierre 
qui roule n'amasse pas mousse. 

ROUPIEUX, adj. — Embarrassé, confus, comme celui que l'on 
surprendrait ayant une roupie au nez : « Je lui ai fait des reproches 
qui l'ont rendu tout roupieux. » 

Mais, quand il le vit si breneux, 
11 s'en alla tout roupieux. 

Poésies attribuées à Villon. 

Voire, par Dieu, si roupieus. 
Qu'ils s'enfuiront comme renars. 

Nicole de la Chesnaye. 

ROUPILLER, V. n. — Murmurer, faire un léger bruit soit en 
pleurant, soit en parlant : « Si t'as le malheur de roupiller, dit-on à 
un enfant, je te donne le fouet. — Il faut obéir sans roupiller. )■> 

ROUSSIAU, n. m., au féminin Roussiaude. — Homme, femme 
qui a les cheveux roux : « Cette roussiaudeAk ne vaut pas les quatre 
fers d'un kien. » 

Car li serpens, plains de desloyauté, 
Roussiaulx, et fel, quant il se voit garis, 
Au paysan a son venin getté. 

EuST. Deschamps, fables. 

ROUSSILLER, v. n. — Rôtir, brûler, sentir le roussi. 

ROUSSOLER, v. act. — Rissoler. 



RUE noi 

ROUTE, n. f. — Filo, rangée. On plante (Irs poMinicsdi; tcrcc, des 
choux, du colza à la route. 

ROUTIER, n. masc. — Rangée àv. pornmiors [liantes le long des 
routes. 

Il Etendue de blé, d'avoine ou d'herbe que le moissonneur abat 
avec sa faux à mesure qu'il avance. 

ROUX-VENTS, n. m. pUir. — Vents qui à l'époque de la lune 
rousse brûlent les plantes et les jeunes pousses des arbres. 

ROYON, n. masc. — Rideau généralement planté de buissons, de 
halliers ; « Un bon chasseur fait toujours battre les rayons par son 
chien. » 

RUDE, adj. — Brave, honnête : « Celui-là, c'est un rude, » c'est 
un homme sur lequel on peut compter. 

D'un homme laborieux, infatigable, on dit qu'il est rude au tra- 
vail. 

RUDEMENT, adv. — Beaucoup, extrêmement : « Ces pommiers 
sont rudement beaux. — Cette fille est rudement jolie. » 

RUETTE, n. f. — Petite rue. 



302 SAL 



S 



SA, n. masc. — Sac : « Autant tient poche comme sas. » (L, de 
Lincy, Prov. II. ) Voir le mot blo. 
Au fig. veut)'» : 

Mains sont mors d'emplire leur sac. 

EusT. Desch., Notable Enseignement. 

SACLOT, n. m. — Petit sac de toile où les écoliers mettent leurs 
provisions. 

La vieille langue avait saquel, diminutif de sac : 

ii<" florins a pris en sen plus grant monchiel, 
A Huon les donna en ung petit saquel. 

HuG. Capet, p. 7. 

SACRESTI, Sacristi, n. m. — Jurement : « A-t-il donc juré des 
sacrestis ? » Du kit. sacer. 

SALITURES, n. fém. ])lur. — Choses sales, ordures : « Enlevez 
toutes ces salitures. » 

SALOIRE, adj. fém. — Qui est en rut, en parlant des femelles de 
certains animaux, et particulièrement de la vache. On dit même d'une 
femme f[ui recherche les hommes qu'elle ressemble à une vaque sa- 
laire. Du fr. saillir ; du lat, salire. 

SALOUÉ, n. m. — Saloir. La finale oir de beaucoup de mots se 
prononce oué, et nous avons donné comme exemples, miroué, mou- 
clioué, auxquels nous ajouterons : rcposotté, pressoué, rasoué, repo- 
soir, pressoir, rasoir. Dans les verbes, cette finale sonne comme en 
français. 

SALOUPIER, ère n. masc. et fém. — Celui, celle qui porte des 



SAQ :n() 

vêtements sales ou qui tient des propos grossiers. Conip. avec l'an;:!. 
sloppij, boueux. ^ 

SALPAUDIER, ère, n. maso, et fém. — Personne malpropre : 
« Quelle salpaudière que cette femme I » Peut-être de sale et de 

peau, 

SANG-MÊLER, v. act. — Troubler, effrayer : « Ce coup de ton- 
nerre m'a sang-mêlé.n Sang-mêlcr répond à cette locution française : 
Tourner le sang. 

SANGSURE;, u. fém. — Sangsue : « On lui a posé quinze sang- 
sures. ^ 

SANGSURER, v. act. — Vivre aux dépens de quelqu'un, le sucer 
jusqu'au dernier sou : « C'est un brave homme qui se laisse sangsurer 
par un tas de gens. » 

Il Exiger une rétribution trop forte : « N'ayez jamais affaire aux 
huissiers, ce sont des gens qui vous sangsurent. » 

Non missura cutem nisi plena ci'uoris liirudo. 

Horace. 

SANS (Être de), loc. -- Manquer de : « Je voudrais bien vous 
prêter de l'argent, mais je suis tout à fait de sans. — Tr"Uvez-moi 
une servante, il y a six semaines que je suis de sans. » 

Il De sans, s'emploie pour sans : « Comment ? O'z êtes venu d'sans 
vos enfants ? » 

SANS-CŒUR, n. des deux genres. — Lâche, paresseux ; personne 

dure et sans pitié. 

Du latin socors = sine corde. 

SAP, n. m. — Sapin : « Du bois, des planches de sap. » 

SAPAS, Sabas, n.f.— Feinme malpropre, souillon; sorcière digne 
de figurer au sabbat ? 

SAPERLOTE, Sapristi, n. m. — Jurement adouci dont se servent 
ceux qui ne veulent pas jurer par le nom de Dieu. 

SAQUER, V. act. -— Extraire d'une bourse, duii sac, duii puits, 
etc. : « Allons, saques vot' argent, et payez. » 

Il Sauver quehju'und'uii danger, le tirer d'embarras : a II peut me 
savoir gré de l'avoir saqué d'un mauvais pas. » 



304 SAU 

Il Ouvrir : « Quand j'ai été à Paris, c'est moi qui saquais de grands 
zius, » me disait un paysan. 

Il Etaler, montrer : « Saquez un peu vol' marchandise. » 

Dans l'ancienne langue, on trouve les formes sacer ,sacier , sachier, 
sacher, saquer. 

En 1483, un enfant nouveau-né ayant été retiré vivant d'un 
abreuvoir à Abbeville, on assembla toutes les filles de la ville, et, 
« pour savoir et attaindre la vérité du cas, on leur fit saquer leurs 
mamelles. » La coupable fut ainsi découverte et brûlée vive. (Louan- 
dre, Hist. d' Abbeville. ) 

« Adont li vût li Enperères bouter sa main ou ventre pour sa/cier le 
quer. » (Nouv. Franc, du XlIIeme siècle, p. 9.) 

Il Se saquer, fuir promptement ; se tirer d'une mauvaise affaire. 

Burguy tire ce mot du latin saccus; comp. avec l'espagnol et le 
portugais sacar. 

SAQUERMENT, n. m. — Sacrement. 

Je vous jure sur Dieu et sur le saquerment. 

HuG. Capet, p. 113. 

SAQUIE, n. f. — Ce que contient un sac. 

SATANE, adj. — Diabolique, digne de satan : « Quel satané po- 
lisson t » 

|1 Difficile : « Vous me donnez-là un «a^fl ne travail. » 

SAUCÉE, n. f. — Averse. 

SAUTE-À-PREUNES, n. m. — Grand garçon à l'air niais. 

SAUTERELLE, n. f. — Crevette. 

SAUTIER, n. m. — Psautier. L'aphérèse du }) se rencontre dans 
le français tisane deptisana. 

« Item un beau sautier à lettres d'or et d'asur que le pape li 
donna.... » (Douet d'Arc ; Inv. de Clémence de Hongrie.) 

Oez que le psalmiste dist, 
David qui le sautier escrit. 

GUILL. DE NORM. 

On glose sur le gros saultier. 

CoQUiLLART, Ic Blason. 



SAU 305 

Nos vieux auteurs, sans souci de l'étymologie, rejetaient le p dans 
pseaume, psaltérion, psaumoier : 

De vielle sot et de rote, 
De lire et de saterïon. 

Brut, 1=^, p. 78. 

Madame musique aus clochetes 
Et si clerc plain de chançonnetcs, 
Portoieut gigues et vieles. 
Saltérions et tléuteles. 

Bat. des VII Arts. 

Dites-moi par quelle accointance 
Vous partirez au Dieu royaume 
Qui ne voulez pas dire un siaumc 

Du sautier 

Rutebp:uk . 

Grâces rendent et si saumoient. 

RuTEBEUF, Hte M. l'Egypt. 

SAUTIR, V, act. — Usité dans le sens de saillir : « Faire 30?////- 
une vache, une jument. » Pour le reste, môme sens que le fr. sauter. 
Sautir n'est irrégulicr qu'à l'inlinitit et au part, (jui l'ait sauti, aussi 
souvent que sauté. 

On a pu voir plus haut que l'on dit pétir au lieu de péter. Beau- 
coup de verbes qui sont aujourd'hui de la première conjugaison ap- 
partenaient à la seconde par certains de leurs teiiqis. Quelquefois ils 
avaient denx formes,comme puir etpuer qui sont admis dans lesDict. 
de Richelet et de Furetière. 

« C'est un voyage de foirards ; nous ne taisons ({ue vessir, que 
péter, que ravasser, que rien faire. » (Rabelais.) 

« En telle sorte que Marquet tombit de dessus sa jumenl, mieux 
semblant homme mort que vif. » (Rabelais.) 

Ou à tyssir (pour frommages former) 
Paniers d'osier et fiscelles de jonc. 

^I.\RoT, Eglog. au Roi. 

« C'est |)Jiir que sentir bon.» (Montaigne). 

« Le pauvre avocat estoit demouré tout peneux de cest elTroy et 
n'osoit plus /oMssù' que par le congé du rodomond. (.Sal. .Ménippée, 
P- 3'w.) 



306 SE 

« Lorsque i'arryvis ici le matin, le roy estoit parti pour aler au 
laisse-court qui feust occasion que je ne vous despechys vostre laquay 
et aryvismes à neuf heures au soir. (Lettre du second Maréchal de 
Biron, dans le Bulletin du Blibliophile, juin-juillet 1876. 

Sans oseï- ni crachei% ni toussir, ni s'asseoir. 

Régnier. 

« Il n'y a pas longtemps qu'un homme et une l'emme tombèrent en 
dispute s'il fallait dire tomba ou tombit. » (G. Bouchot, \\V^^ sérée.) 
Dans le Paris burlesque du sieur Bertliod;, une femme du peuple 
parle ainsi ; 

^allis au sermon à Saint-Jacques, 
Et lorsque je fus de retour, 
Sans respecter un si beau jour, 
Il m'enfermit dans notre cave. 
Et me traitit comme une esclave ; 
J'y demeuris toute la nuit. 

Paris burl.,'-édït . du bibliophile Jacob. 

SAUX, n. f. — Saule : « Il y a de belles saux le long de la ri- 
vière. » 

Là d'un costé auras la grand' closture 

De saidz espez 

Marot, Eglog. IIP"*. 
Tost sont venus stériles sauls. 

Baïf, les Mimes. 

SAVIGNIAU. n. m. — Filet formant une es[)('ce de poche avec 
lequel on prend les truites quand la rivière est trouble. 

SAVOIR, V. actif. — Fut., je serai, etc. ; cond., je serais, etc. ; 
subj., que ]e save ; imp. du subj., que je suche. On contracte la 
diphthongue au en é au futur et au conditionnel, comme dans/emi, 
feras, etc., j'aurai , tu auras. La forme save, inconnue à l'anc. fr., 
se trouve dans une bouffonnerie d'OlTenbach : 

Il faut qu'un bon savetier 

Save, save, save, save, save, save 

Il faut qu'un bon savetier 

Save, save, save, save son métier. 

SE, S', prou. poss. féminin. — Sa : « S' femme ne vous écoutera 



SEM 307 

pas. — S' maison est à vendre. » Se pour sa ap[iar lient au dialecte 
picard : 

Kant Alexis ot se femme voue .... 

Et covoitosc et blancc eu se car nue... 

*SY Alexis, réd. du XIII'^™» siècle, v. 101, 
Devant une voyelle, on emploie s'n, ainsi (jue devant l'A imiel : 
« S'il homme est bien bon. » 

SE, n. m. — Sel. 

SE, adj. — Sec : « Il fait très-5^ aujourd'hui. » Féminin sèque : 
« Not' avoine n'est pas encore assez scque pour être liée. » 
Dériv. séquer, sécher, et sékeresse, sécheresse, desséquer, etc. 

Mors tôt a sa devise 

Fait sor toz pluie et sékeresse. 

Stances sur la Mort, XXVIII^e. 

SEC-EN-BOS, n. des deux genres. — Homme, femme qui n'a (jue 
les os et la peau. 

SEIGNE, n. m. — Signe : « J'ii faisais «ei^n^ devenir.» 
SEIGNER (Se),v. réfl. — Faire le signe de la croix. 

Lors a levée sa main destre, 
Si le seigna du roi celestre. 

Rut., Ste Marie l'Egypt. 
De Dieu et de sa mère se commeuce à saigner. 

Behte, V. 976. 

« Lors la dame se sairjne et fait grand admiracion. » (U:^ W 
Joies.) 

« On fait peur à nos gens seulement de nommer la mort, et la plus 
part s'en seignent comme du nom du diable. » (Montaigne.) 

SEILLIE, n. féni. — Ce que contient une seille : u Une sfillie 
d'iaue. » 

SEMEUSE, n. f. — Machine pour semer. Mot formé comme fau- 
cheuse, râteleuse. 

SEMEUX, n. m. — Semeur. 

SEMISON, n. f. — Temps des semailles. 



308 SER 

Il Au pliir., les semisons, les semailles. 

Trop a maie semence en semoisons semée 
De qui l'âme sera en enfer forsemée. 

Rut., II, p. 259. 

SEMOIRE, n. f. — Espèce de tablier montant à manches que l'on 
met par dessus aux enfants pour préserver leurs vêtements. En fr. 
sarrau. 

La semoire, pour la définir exactement, est le tablier dans lequel le 
semeur porte la semence. 

SENS (Se manger les), loc. — Ne pas se tenir d'impatience. 

SEPT-TREUS, n. m. — Nom vulgaire de la petite lamproie de ri- 
vièrCj nommée par les sâYânia petromi/son /luviatilis. On appelle ainsi 
ce petit poisson a cause de sept petites marques ou petits trous qu'il a 
à la tête. Pour la môme raison, il est connu ailleurs sous le nom de 
sept-œil : « L'ammocœte, chatouille^ sucet ou septœil n'est que la 
larve, à ditYérents états de développement, de la lamproie de rivière 
avec laquelle sa conformation est identique. » (Journal Le Havre, 19 
avril 1870.) 

SERCHER, Cercher, v. act. — Chercher. 

La cité cerchent qu'est d'avoir replenie. 

RoNC, p. 147, cité par Littré. 

Au bien matin, enprès mangier, 
A fait li dux les morz cercher. 

Ben. de Sainte-More. 

Je suis, malheureux de nature, 
Qui serche sa bonne adventure 
Ainsi qu'un povre valeton. 

R. DE COLLERYE. 

« Si tournoyé et serche\ii jeune homs environ la nasse, et fait tant 
qu'il entre dedens, et se marie. » (Les XV Joies, p. 8.) 

Je veux user de tu bonté, 
Sans aller cercher ma santé, 
Auxboetes des apoticaires. 

J. Le Houx. 

SERCLER, V. act. — Sarcler. 



SER 309 

SÉRIE, n. fém. — Soirée : « Il seroit bon que a landy nous 

assemblissons en l'ostel de Maroie Ployarde, ou l'en a accoutumé de 
tenir la série, environ sept heures du vespre. » (Ev. des Quenouilles.) 

Série est la forme picarde du vieux mot sérée. 

Je te rendray bou compte de ma vie, 
Depuis qu'à toy parlay l'autre serde. 

Marot, Epit. 

On connaît l'ouvrage humoristique de G. Bouchot intitulé les 
Sérées. Etym. lat. serus. 

SERQUEU, n. m. — Cercueil. On trouve dans nos \um\ auteurs 
les formes sarcuel, sarquel, sarqueus, sarcu, sarcou, sarkeu. 
En blancs sarcous fait mettre les seigneurs. 

Ch. DE ROL.VND. 

...{En unt porte al evesquie 
U sis sarqueus e sis tombeaux 
Ert aparillez, gent e beaus. 

Benoit de Sainte-More, v. 1690. 
Il existe dans le départonient de l'Oise un rWhQo appelé Sarn/5, en 
latin t/e Sarcophagis ; les paysans [irononccnt toujours S<'rqucns.Cer- 
queux est encore un village du Blaisois. (Talbert, p. 13. ) 

Il n'est donc guère possible d'admettre avec Burguy (jue ce mot 
vient de l'ancien haut-allemand sarc, cercueil, avec la sullixe el. 

SERTE, n. f. — Temps pendant lequel sert un domestique dans une 
ferme, ordinairement une année entière. Du latin s?ri'(//«TO. 

SÉRUGIEN, Sirugien, n. m. — riiirurgien : « Je mandai mires 
et surigiiens, et fisc marchié de lui garir eu uii'^''' besans.» i^L'emp. 
Constant, Nouv. du XlIIe^'e siècle.) 

Je sai une fisicienne, 
Que à Lions, ne à Viene, 
Ne tant comme le siècle dure. 
N'a si bonne scrurgicnne. 

RuTEBCF-rE. 

« Quant il vint là, il ne pot parler ; plusour des cyrurgiens cl dos 
physiciens de l'ost alèrent à li. « (Joinv., p. 0:2.) 

SER"VIABLE. adj.— Qui peut servir en parlant drci-rlains obj.-ls: 
« Il ne faut j.as donner (vs vèlf-in.Mits. ils sont encore seniables. « 



310 SIN 

Il Facile à manier, utile : « Un instrament serviable. » 

SERVIR, V. act. — Saillir : « Il faut faire servir notre jument. » 
Se dit aussi de l'espèce humaine, avec une acception de mépris : « C'est 
une femme qui se fait servir par le premier venu. « 

Nos vieux auteurs donnaient à ce mot un sens très-approchant du 
patois : « Elle fîst tant que vers elle vindrent deux hommes qui ou 
temps passé l'avoient en amours h\en servie. » (C. N. N., Ll^me/) 

il Servir par devant le monde. (Voyez la loc. Etre par devant le 
monde.) 

SEUS, adj. — Seul ; fait au fém. seule, comme en français. 

Ki seus vait, seule voie tient. 

Rom. des Sept Sages, v. 1869. 

SI AU, n. m. — Seau. 

Dériv. siautée, n. f. Ce que contient un seau : « Il est si riche 
qu'il puche l'argent al siautée. » 

SIÉ, adv, d'affirmation. — « Vous n'avez pas fait ce que je vous 
avais commandé ? — Mais sié, je l'ai fait. » Du latin sic est, il en est 
ainsi ; si è, en italien. 

SIEN (LEj, La Sienne, adj. démonst. — Celui, celle : « Le sien 
qui sortira le dernier fermera la porte. — Tant pis pour les siens qui 
ne seront pas contents I » 

SIN, Sen, pron. poss. — Son^ devant une consonne initiale : « Il 
m'a prêté sin k'va.» Dans l'ancien dialecte picard, son faisait au cas 
sujet sis et au cas régime sen ou sin. 

Un edre sur se7i cheve. 

Fi'ag.m. de Valencîennes . 

« Et mist li cuens de Gherlre, par devant nous et en la présence 

des devant noumeis, sen saiel, sen corps (Jan Van Heilu ; cité 

par Burguy.) ' 

Cette forme s'est conservée dans la Haute-Normandie et dans la 
Picardie, et il n'est pas exact de dire, comme l'a fait Littré, que le 
picard met seulement sin ou seii devant une voyelle. (V. Se.) 

SINTEUR, n. f. — Senteur. 



SOI 311 

SINTIR, V. act. — Sentir ; part, passé, sentu. 

Par Dieu, sire Auboyn, m'espée a,vcz sentue. 

Aye d'Avignon, v. 600. 
Si j'ai mon temps mal despendu. 
Fait Fay par conseil de folie ; 
.Je m'en .sens et m'en suis sentu 
Ez dei'reniers jours de ma vie. 

Ch. d'Orl., Bail. 

« C'est un maître ouvrier, il m'a arrache une dent cl je n'ay point 
sentu de peyne. » (Paisgrave.) 

C'est une faute, dit H. Esticnne, de^dire sentu pour senti. Cepen- 
dant sentu se trouve encore dans le Dict.de rimes de Richelet (1781.) 
Le dériv. consentir lait également consentu, et repentu au lieu de 
repenti est encore en usage : « Il s'est repentu d'avoit fait ce mar- 
ché. » 

Plusieurs fois se sont consentues 
Aucunes dames par amours. 
Qui puis s'en sont bien repentues 
Et en ont fait maintes clamours. 

Ane. Poés., III, p. 215. 

Faillu, de faillir, se trouve dans Eust. Deschamps (p. 2i6) cl 
éoM//M, de bouillir, dans Villon (p. 106.) 

SINVRE, n. f. — Sanve; sénevé bâtard qui croit dans les jachères. 

SI PEU QUE RIEN, loc. — Très-peu. 

SIROTEUX, adj. — Sirupeux; du fr. siroter. 

SISSITE (Faire), loc. — Expression caressante pour faire asseoir 
un petit enfant. 

SOIE, n. f. — Scie : « Et sachiez que en llun de Nile est une ma- 
nière de delfins qui ont sor le dosuneeschine autele comme ,wi>, dont 
il ocientle cocodril. » (Brun. Latini, cité par Littré.) 

H Soie de long, grande scie manœuvrée de haut eu ha^^ |»ar deux 
ouvriers, qu'on ajipelh,' soyeux de long. 

SOIFFARD, adj. — Ivrogne. Soi/feur. mèmr sms. 

SOIFFER. V. n.— Boire comme un ivrogne ."W ainn- bn'ii mir-ux 
9oi/Jer que travailler. » 



312 SOR 

SOILE, n. m. — • Seigle : « Aucuns, quant ce vient el tans d'esté, 
prestent as besoigneus sot7e.» (Beaumanoir.) 

Il Battre comme soile, vieux dicton : « Mais quand ce viendra au 
chiquanous, frappez dessus comme sur seigle verde^ ne l'épargnez. » 
(Rab., Pant.JY, 12.) 

SOILERIE, n. m. — Champ où l'on a récolté du seigle (soile.) 

SOIR (À ce), loG. — Ce soir : « J'espère vous voir à ce soir.^^ 

SOLE, n. m. — Soleil : « Asolé couchant. » On a vu paré au lieu 
de pareil ; on dit de môme sommé pour sommeil. Comp. avec la forme 
ancienne soleiz : 

Bels fut li vespres et 11 soleil fut cler. 

Ch. dk Rol., p. 14. 

SOLIN, n. m. — Pièce de bois qui repose sur la maçonnerie de la 
base du bâtiment. En fr. solin a un sens tout à fait différent. 
Dériv. solinage, n. m. Maçonnerie sur laquelle s'appuie le solin. 

SONGNER, V. act. — Soigner. Ce mot se trouve fréquemment dans 
nos vieux auteurs^ ainsi que songneux, songneusement qui n'ont pas 
cessé d'être en usage chez nous : 

Or soies bien songneuse de son respassement. 

Berte, V. 1226. 

Soit roys songneus de son règne garder. 

EusT. Desch., Bail. 

Du bas-lat. sunnis, sunnia, sonia, soin ; soniare, soigner. (V. Du 
Gange.) 

Il « Etre songneus comme eu'n poule qui perd s'n œu, » s'applique 
proverbialement à une personne négligente. 

SORCIERS (Les) de Villy-le-Bas, loc — Sobriquet plaisant qu'on 
applique aux habitants de cette commune^ parce qu'ils croient forte- 
ment aux sorciers, et qu'ils ne cessent de raconter à tout venant les 
prodiges opérés par un de leurs curés mort il y a environ trente ans, 
lequel avait des accointances avec le monde superstant. Attirer ou 
écarter la foudre, éteindre les incendies par des paroles, faire demeu- 
rer un attelage dont le conducteur jurait par le nom de Dieu, tout 
cela n'était qu'un jeu pour lui. Les braves gens qui ont survécu 
parlent encore de lui avec une terreur mêlée d'admiration. 



sou 313 

SORCILÉGE, n. m. — Sortilège. 

SORESSE, adj. fém. — Qui est en rut, se dit surtout en partant de 
la truie. 

SORIR, V. ac:t. — Faire sécher à la fumée : « Soriràos harengs.» 

SORT (Jeter un), locution très-française qui exprime une idée à 
laquelle n'ont pas cessé de croire la plupart de nos paysans. Rien n'est 
plus commun que d'entendre dire à un laboureur qui perd ses bes- 
tiaux^ qui a une mauvaise récolte, bref, qui ne réussit point dans sa 
ferme : « On m'a jeté un sort. » J'en connais, et des [ilus hnppi's, qui 
croient fermement qu'avec une parole, un attouchenK-nt, un clin d'fpij. 
les sorciers agissent sur le bétail, et le font languir ou mourir. Ils 
vous afTirmeront qu'une certaine pondre suflît pour tuer les hommes, 
les bestiaux, les grains, et faire faillir les récoltes. 

Superstitions vieilles comme le monde ! Voyez la Loi des XII tables. 
On condamne à être pendu celui qui a ensorcelé les champs : Qnei 
frowjes excantasit, etc. 

Il C'est comme tin sort, hc.C'e^^t comme si Ion m'avait jeté un sort ; 
ex.: « C'est comme un sort, tous les malheurs arrivent en même temps. » 

Il // est bien heureux dans sin sort, loc. Se dit de quelqu'un qui 
mène une vie aisée. 

SORTIR DE, loc. — Venir de : « Je sors de lui parler. » 
«On dit : Je sors (/'entendre le sermon, je sors de diner ; mais cette 
locution admise dans les cas on effectivement on quitte un lieu après 
avoir entendu, dîné, ne doit pas être étendue au delà d'emplois ana- 
logues ; et on ne peut [)as dire correctement ; Je sors de le voir.» 
(Littré, p. 1989.) 

SOTTISIER, ère, n. m. et fém.— Homme, femme, qui dit des injure?. 

SOUCI, u. m. — Sourcil. 

SOUDRE, V. neutre. — Sourdre ; v. acl. dans le sens d'ernller. 
faire sortir du lit : « Je vous ferai soudre de bon malin, n Du latin 
surgere. 

SOUÉ, n. f. — Soif. 

SOUPLE, adj. — Moite : « Ces draiis sont trop souples ; il faut les 
étendre au soleil. » 



314 SUI 

SOUVIN, adv. — Souvent. Loc. part. : « I n'arrive pas souvin, » 
c.-à-d. il n'arrive pas vite. 

SOYER, V. act„ — Scier : « Il faut so^er du bos pour l'hiver. » 
Il Couper avec la faucille. 

Je fais soier, je fais sarcler. 

Dénie)- et Brebis, clans Jubinal, II, 270. 

Ou moys d'aoust qu'om soye les froraens, 
M'en aloye jouer par un matin. 

EusT. Desch., Bail. 

« Tant que par nuyt vinrent soyer, à tout soyes sourdes, les esta- 
ches qui soutenoient le pont. » (Chron. de J. Le Fècre, p. 350.) 

Ce n'est que jeu, de bled soijci-, 
Et de prez faucher, vrayemeut. 

Villon. 

Il Soyer ses paroles, loc. part. Parler avec affectation. So^er vient 
du latin secare comme noyer de necare. 

ST', Ste, adj. déni. — Ce, cette : « Dites à st' homme de venir me 
parler. — Ste servante n'est pas très-laborieuse.» Comp. avec le latin 
iste, ista, istud. 

STIGHITE, Sticite, adjectif démons. — Celui-ci, celle-ci. S'tila, 
s'téla, celui-là^ celle-là. Ces pronoms s'emploient ordinairement en 
mauvaise part. 

SU, prép. — Sur : « Mettez les assiettes su l'table. « 

SUBTIL, adj. — Agile, adroit, habile dans son métier ; celui qui 
fait beaucoup d'ouvrage et le fait bien. 

On remarquera qu'en français ce mot a une signification moins 
étendue. 

SUCRION, Chucrion, n. m. — Orge d'hiver, en fr. escourgeon. 

SUFFISANCE, n. f. — Appétit : « J'ai mangé am suffisance. » 

SUIRE, V. acl. — Suivre. Fut., je stiirai ; condition., je suirais ; 
part, passé sui ; formes usitées du Xll^rae au XlVome siècle : 

Jo Vsidrai od rail de mes fedeilz. 

Ch. de Rol., p. 8, 



SUZ 313 

Si quist vallet tel com li plot 
Qui par foy en couvent li ot 
Que le chastelaia tant siiira 
Où qu'il le truist, et sy et là. 

Chast. de CoicY, Y. 3963. 
Tuit te sidront et sergant et piétaille. 

Raoul de Cambrai, p. 43. 

Tant de périlz sont à suir la court. 

Qu'a grant peine s'en pourroit nul garder. 

EusT. Desch., Bail. 

SUPLICE, n. propre. — Sulpicc. Saint-Suplice {?>u]\)\co), nom do 
localité. La lettre / est transposée comme dans lilouquc, liOQcle. 

SUPPOSITION (Une) que, loc. -- Supposé que. 

SUR (Pour) loc. adv. — Assurément : << Pour sûr, je viendrai 
vous voir. » 

SUSUR, n. m. •— Sureau. J'ai rarement entendu dire séliu, scu qui 
appartient particulièrement au dialecte picard. Il a été longtemps 
d'usage de planter le premier jour de mai un mai de susur à la [lorte 
des filles qui avaient eu un enfant. 

Il est possible de tirer srhu. séu, srhiu, du latin sfimlnicn'^, sahu- 
cus, mais notre mot susur paraît avoir une autre origine. 

SURCHINS, Surcins, n. m. [ilur. — Nom générique jiar lequel on 
désigne les rats, les souris, les mulots : <' Nous sommes infestés de 
surchins. » Ce mot est aussi voisin du latin sorex, soricou que le fr. 
souris. 

SURIAUX, n. m. plur. — Aigreurs d'estomac. 

SURIR, n. m. — Devenir aigre. 

SURQUER, Cliurquer, v. actif. — Se dit du chat qui gurtte la 
souris ; s'applique [)ar extension à celui (jui épie les actions d'autrui, 
qui dérobe quelque chose précipitammenl comme un voleur. 

Il Etre il la piste de, courir a|»rès (|uelqiu'> chose : « Sunjwr un Imn 
repas.» 

SUZON.n. propre. — Diminutif de Suznniif. 



316 TAI 



T 



T', pron, pers. — Tu, devant une voyelle : « Que t'es drôle ! — 
Où que fas travaillé edpis deux mois ? 

Il Pron. possessif fém. Ta; « T'maison est-elle enfin louée?» 
Comparez avec la forme te féminin singulier du pron. poss. picard, 
tis, ten. 

« L'âme de ten père et de te mère. » (Auc. et Nicol.) 

TABLEE, n. f.— Réunion de personnes à table : « O'z'étions une 
fière tablée à ce mariage. » Ce mot qui n'est pas dans le dictionnaire 
de l'Académie a été employé par G. Chastelain et par Amyot. 

TABLER, V. n. — Etre à table : « Us sont tablés depuis le matin. » 
Se tabler, v. réfl. — Se mettre à table. 

TÂCHER MOYEN, loc— Faire en sorte, s'elTorcer : « On tâchera 
moyen de vous rendre service. 

TAHON, n. m. — Taon. On prononce le mot comme il s'écrit, et 
non pas ton ou tan. 

Là, vinrent moskes et tohun. 

Marie, fabl. 59. 

« Les Engastrimythes soy disoient estre descenduz de l'antique race 
de Eurycles, et sur ce alléguoient le tesmoignage de Aristophanes, en 
la comédie intitulée les Tahons ou Mousches guespes.n (Rab., IV, 58). 

Etym. lat. tabanus. 

TAI, Tei, pron. pers. — Toi. Cette forme appartient essentielle- 
ment au dialecte normand le plus ancien : 

« Deu seit juges entre mei et tei. » (Les Rois, I, 24.) 

Ami RoUans, de tei ait Deus mercit ! 
L'anme de tei soit mise en parais ! 

Ch. de Roland. 



ÏAN 317 

TAI ! TAI ! TAI ! — Cri [joar appeler et rappeler les chiens. 

TAILLANT, n. m. — Comme dans le Berry, ce mot se dit non- 
seulement de la partie tranchante des instruments, mais des instru- 
ments mêmes que fabrique un taillandier : «Je vous recommande cet 
ouvrier, il fait du bon taillant. » 

TAINER, V. act. — Fatiguer, harasser : « Cette longue course m'a 
beaucou[)^r//m'. — Nos gens sont tainés de travailler.» C'est une corrup- 
tion du fr. tanner auquel l'Académie ne donne que le sens de ennuyer, 
molester. Notre patois a conservé à ce mot la signification énergique 
qu'il avait généralement dans nos vieux auteurs : 

« Vous ferez tant que vous me perdrez, et que je me tannerai de 
vous. » (Froissart). 

« Et par ce moyen, nostre gendre vinst à chefdesajousterie, dont il 
fut plutôt tajiné ([ue celle qui n'y avoit voulu entendre.» (C. N. N., 

TALOGHER, v. act. — Donner des taloches. 

TAMBOUILLE, n. f. — Cuisine : « J'ne peux mie aller travailler 
dans chés camps, j'ai assez de préparer la tambouille, » disait une 
brave fermière. 

TAMBOURINAGE, n. masc. — Prix que l'on paie pour faire ré- 
clamer un objet [)crdu au son du tambour : « J'ai donné dix suus pour 
le tamhourinage de min kien. » 

TAMBOURIN 1ER, n. m. — Tambourineur. 

TAMIS (jeu de), n. m. — Variété du jeu de paume, qu'on api»elle 
encore jm de tambour. 

TANT, adv. — S'emploie quelquefois pour si, tellement : " Il est 
tant niais qui se laisse manger l'iaine su l'dos. » 

Il Tant pus, plus, d'autant plus : « Tant pus (|uo tu li donneras, 
tant pus qu'i te demandera. » 

Il Tant moins, moins, d'autant moins. 

Il Tant qu'à, quant à, pour ce qui est de : « Tant ijn'ii cha, » 
quant à cela. — a Tant quà mei, » quant à moi. 

Il Jusqu'à tant que, jusfju'à ce ijue ; tant que. 

Il Tant seulement, seulement. 



318 TAR 

TANTANTE, n. f. — Tante ; terme enfantin (V. Mémère, etc.). 

TANTOUILLER, v. act. — Terme de cuisine : remuer, mêler la 
sauce avec la mouvette. En v. fr. touiller, tartouiller, signifiait salir, 
souiller, barbouiller. Comp. avec' le terme populaire ratatouille, 
avec le bourguignon tatouilkr, tàter indécemment ; avec les mots 
poitevins ratouiller, être couvert d'eau et de boue, tatouillade, mau- 
vaise marmelade de fruits, qui ne sent que l'eau ; tantouillade, com- 
pote de fruits. 

TAPEE, n, f. — Grande quantité ; abondance : « Il a une tapée 
d'ouvriers sous ses ordres. — Nous aurons cette année une rude tapée 
de pommes. » 

TAQUE, n. f. — Tacbe : « Avoir des taques sur ses babits. » Taque 
est un mot picard qui rappelle à l'esprit la Blanque-Taque (Blanche- 
Tacbe), gué de la rivière de Somme ainsi nommé « pour le fort et 
dur gravier de blanche marne qui en forme le fond. » (V. la bataille 
de Crécy dans Froissart.) 

TAQUER, v. act. — Tacber : a Porter des babits taqués, » qui 
ont des taches. 

TARABUQUER, v. act. — Frapper sur quelqu'un à coups redou- 
blés. Il faut rattacher ce mot à buquer, mot picard qui signifie bûcher. 
La première partie, tara, doit être simplement une onomatopée, comme 
dans le fameux vers latin si connu : 

At tuba terribili sonita taratantara dixit. 

Ennius. 

TARDIF, adj. — Qui arrive tard, en parlant des personnes, comme 
dans cet exemple : Que vous êtes donc tardif, maître ! et comme les 
os de votre femme sont devenus mous en vous espérant ! a (Barbey 
d'Aurev. Y Ensorcelée , page 184.) 

TARDILLON, n. m. — Poulet, canard, etc., éclos tardivement. 
Il Enfant né longtemps après les premiers. 

TARELLE, n. f. -- Tarière. 

TARIGNIER, v. n. — Marchander, hésiter: a II a longtemps ta- 
rignié, mais il a fini par se décider. » 
Du fr. tard. 



TAU :ni) 

TAS, n. m. — Endroit où l'on tasse le blé, l'avoine, etc. : » Ce 
tas ne peut [)as contenir plui? de trois mille gerbes. » Kn ni-crlandais 
tas signifie amas de blé. 

Il A tfis, lue. En grande quantité : « Avoir du blé, de l'argi-nl à 
tas. n 

TAS, n. m, — Lézard noir et jaune qui se met dans les murailles 
ou se cacbe sous les cailloux. 11 passe pour venimeux ; les vaclies, 
dit-on, le mangent et en meui'ent. 

Dicton : Fier comme un tas. 

TASIE, n. propre. — Apocope de Anàstasie. 

TASSÉE, n. f. — Contenu d'um; tasse. 

TATEUX-DE-POULES, n. m. — Homme vétilleux, qui regarde à 
tout, et s'occupe trop des soins du ménage. 2\Uer les poules, pour 
voir si elles ont l'œu, comme on dit chez nous, n'appartient ([u'aui 
femmes : c'est le devoir d'une bonne fermière qui ne veut rien per- 
dre. L'opération est très-simple, mais peu ragoûtante, car il faut 
s'adresser directement au postérieur du volatile. 

TATONNIER, ère, adj. — Méticuleux, (jui s'occupe de détails inu- 
tiles. Du fr. tâtonner. 

TATOUILLE, u. f. — Volée de coups. 

TAUPÉE, (Avoir la main). — loc. — Avoir la main heureuse, 
et surtout avoir le talisman ijui donne le pouvoir de guérir les tran- 
chées de cheval par un simple attouchement. Pour avoir la main 
taupée, il faut que l'on ait eu la chance détoulTer dans sa main 
gauche une taupe mâle, ce qui n'arrive pas au premier venu, à ce qu'il 
paraît. — Dans le Berry, l'enfant encore au berceau auquel on fait 
étoulTer une tau[ie conserve toute sa vie la vertu de guérir la Var- 
taupe (sorte de tumeur) en touchant de sa main jirivilégiée le mal du 
patient. (V. Jaubert.) 

TAUPIÈRE, n. f. — Taupinière ; par syncope, comme dèsorceler 
pour désensorceler, plotev pour peloter, etc. 

TAURIAU, n. m. — Taureau. 

TAUROGNE, adj. I. — Vache en rut, qui demand-- h' tauv\aH.— 



320 TEL 

Les paysans font coucher sur une litière d'hièbles les vaches qui ne 
sont pas tauro(jnes, afin qu'elles le deviennent. 

TAYON, n. m. — Grand-père. Pour étym. de ce mot on a proposé 
le grec ©sîo;, oncle maternel ou paternel. Ne viendrait-il pas plutôt 
du latin atavus, par aphérèse ? 

Tayoii est très-usité dans notre vallée, comme il l'a été du Xl^^^a 
au XVleme siècle : 

« Cil marchis estoit taions le roi Bauduin qui onfes estoit. » 
(Chron. d'Ernoul.) 

Je connue bien vo talon, en non Dé. 

HuoN DE Bordeaux, v. 3106. 

Frei'ez fu à se mère et fieux à sen taion 

HuG. Capet, p. 4. 

On disait au féminin taye, grand-mère : 

« Marote Pelée, me taie, les (chiens) nourrissoit en un pot, et ilz 
ne povoient croistre plus grands que le pot n'estoit. » {Ev. des Que- 
nouilles p. 66.) 

« Si fut ordonné que leur filz coucheroit avec sa taye dont elle fut 
joyeuse. » (C. N. N. 50™. j 

TE, pron. pers. régime. — Te : « Tu té repentiras de ne pas 
m'avûir écouté. » 

TEGUER, V. n. — Avoir la respiration gênée ; tousser. 
II Au iig. Murmurer : « Obéis, et ne lègue pas. » 

TEL. — Contraction du pron. pers. te avec le, la : « Si tu veux 
vendre tin k'va, je tel paie tout de suite. — Je t'ai promis une récom- 
pense, je tel donnerai. » 

Ces contractions comme nous l'avons déjà fait remarquer, étaient 
très-fréquentes dans la langue du XIIe">e au XlIIeme siècle. Ainsi 
jol, jel = je le ; jos, jes = ]e les ; nel = ne le ; nés = ne les. On 
trouve quil équivalent à qui le ; nos h. ne vos ; quos à que vos, etc. 
La plupart de ces formes sont usitées dans la vallée d'Yères. 

TEL, adj. — Dans le même état ; le même : « L'affaire est restée 
telle, » c.-k.-d. dans le même état qu'auparavant. — « Je vous ferai 
un bail tel que le premier. » 



TÊT 



Mi 



TEMPS, n. m. — Mot qui exprime la durée : « Un bout de temps, 
un bon bout de temps, » espace de temps plus ou moins lonp,'. 

Il Sur le, sur ce coup de temps. — Sur ces entrefaites, au même 
instant. « Pierre abattait un arbre dans mon bois, je suis arrivé sur 
le coup de temps. » 

Il Temps.— Etat de l'atmosphère : « Un temps fort, » un mauvais 
temps. — « La saison du doux temps est enfin arrivée. » 

Il Du temps que, par le temps que. « Je ne sortirai pas du temps 
qu'il fait.» 

Il L'atmosphère elle-même, le ciel. — « 11 y a de l'orage dans le 
temps. — Le temps est, ce soir, tout brillant d'étoiles.» 

TENIR, V. act. — Pour la conjugaison de ce verbe, voyez Venir. 

TERQUE, n. m. — Espèce de brai avec lequel on marque les mou- 
tons. On fait aussi avec le terque des croix sur les portes des étables 
pour préserver les bestiaux des maladies contagieuses et surtout des 
maléfices. 

Il Nez-au-terque, épitliète injurieuse qu'on adresse à celui qui 
prise avec excès. 

Il Etre sale comme un terque, comme tm pot au terque ; loeuti(jii 
facile k comprendre. 

TERTODS, Tertoutes, adj. — Tous en général, sans exception. Un 
disait autrefois trestous, tretous : 
Les pouldz. 
Les loups, 
Les doux 
Te puissent ronger sous la cotte 
Trestoits. 

M.\KoT, Opigr. 
L'ancienne langue faisait un grand usage de la pariicule trrs dans 
la composition des verbes et des noms : elle y parait sous les formes 
trans, tra, très, tre, ex. : 

Puisque je vois Franchois fuir et trestourner. 

FlERABRAS, V. 21"J. 
Li amiraus en fu durenient trespensés. 

Gui dk Nantelil, v. 2448 

TÊTARD, n. m. — Homme entêté, (jui aime à eontredirr. 



n 



322 Tl 

TÊTE, Toile d'oriller, n. f. — Taie d'oreiller. Ce solécisme vient 
de ce que les paysans sont toujours portés à confondre un mot moins 
connu avec un mot plus connu. Nous avons cité comme exemple 
l'eau d'âiion pour laudanum. 

TÊTÉE, n. f. — Caprice, coup de tête : « Faire à &têtée, » agir 
suivant ses caprices. 

C'estoit un bon baston bien fait à me testée. 

HuG. Capet, p. 114. 

Ane. ce mot signifiait encore coup appliqué sur la tête : 

Baudus en done soi* l'elme tel testée 
La perce brise ; fendue est et quassée. 

Aliscans, V. 7122. 

TETTE, n. f. — Bout de la mamelle, on parlant des femmes ; en 
français ce mot ne s'applique qu'aux animaux. Nos vieux auteurs ne 
connaissaient pas cette distinction : 

Elle pressa sa tette 

Feignant de la donner au poupard, et soudain 
Une ondée de lait luy échape du sein. 

B.vïF, 13. 15. 

Bien, bien, fais le bers de l'enfant, 
Et luy donne un peu la tette. 

Ane. Poés., VI, 204. 

TEURCO, n. des deux genres. — Celui, celle qui a le cou de travers ; 
de teurdre (!t de co (cou). 

TEURCUL, n. des deux genres. — Mot rabelaisien qu'il est plus 
facile de conqjrendre que d'expliquer. 

TEURDRE, V. act. — Tordre ; part, passé, leurs, teurse et teurt, 
leur te. 

Ses peins teurdoit de raige et dessiroit son vis. 

Vie St Alexis, st. 17G, réd. du XlVne siècle. 

« Jamays ne vis hart mieux teurse. » (Palsgrave.) 

TI. ■— Particule qu'on emploie dans les phrases interrogatives, et 
qu'on place toujours après le verbe, ex. : « C'est-fi comme cha que 
vous vous y prenez ? — Voyons, j"irai-/i au marché ? » 



TIR :;^:5 

TIEU ! TIEU ! TIEU ! — Cri [lonr appeler les vaches : « Tou- 
tefois (ainsi eflaioLieliéesj elles les rasseurent, les appellent, tifii, tien, 
i\largot, ticu, ticu, ticu. » (N. Faljri(jue.) 

TIGNACHE, n. 1'. — Tignasse ; chevelure épaisse et mal {leignée. 

TIGNEUX, adj. — Teigneux. 

« Là n'estoyent que troys ligneux et ung pelé de légistes. » (Rab., 
Pantag., Il, 5.) 

Femme trop piteuse 

Fait souvent fille tigneuse. 

Cité par H. Estiennf.. 

On ne peut guérir un tigneux. 

Ane. Poés., tome III, p. 189. 

Jusqu'au XVII^ siècle îigne et teigne sont également usités. 

TIGNON, n. m. — Bardane. Cette plante a été ainsi nommée par 
ce que ses fleurs tiennent comme une teigne aux habits. 

TIN, Ten. — Pron. poss. — Ton : « On dit que tin neveu va se 
marier. » Devant une voyelle ou un h nuiet, (jn [irononce Vu : « Va 
faire fn ouvrage. » 

Ten dans l'ancien dialecte picard était le cas régime de tis, ion. 

De te7i service te paia 

En ce que men corps te donna. 

R. d. S. G., 823, 4 ; cité par Burgly. 

TINTERELLE, n. f. — Petite cloche; du fr. tinter. 

TIOU ! TIOU ! — Cri pour rappeler les cochons à IVlalilc 

TIPONNER, V. act. — Faire (juelque chose avec lenteur. Conqi. 
avec leittiponner. 

Il Toucher à tout, déranger tout ; en ce sens ce mot ne s'appliquf 
quii un homme vétilleux qui s'occupe de détails inutiles. 

Dériv. tiponnier, ère.n. m. et f. —Tatillon, personne méticuleuse. 

TIRANDER, v. act. — Tirailler. 

TIRE, n. f. — Action de tirer, trait : « Il y a de la tire pour mon- 
ter la cote. » 

Il Cheval de tire, cheval de trait. 



32i TOR 

TIRER, V. act. — Retirer : « Tire-toi de ma place. » Coîiip. avec 
résipi'le pour érysipèle, Toine |ionr AiUoine, Gustin pour Augustin, 
etc. Les paysans disent aussi cidcr pour reculer. 

On trouvera un exemple remarijuable d'aphérèse dans ce vers de 
Tii. Corneille que Charlotte Corday orthographiait ainsi : 
Le crime fait la honte et non pas le chafaud. 

TISAINE, n. f. — Tisane. La lettre «devant m sonne presque tou- 
tours ai ou ei ; ex. : Gleiner, painier, aine, cabaine, feiner, etc. 

TITINE, n. propre. — Diminutif de Augustine, Ernestine, Clé- 
mentine. 

TOGNE, n. f. — Violent coup de poing appliqué sur la nuque, 

TOINE, Toinot, n. propre. — Antoine; de môme Toinette [wnr 
Antoinette, Nésime pour Onési me, Z)^7au/^ pour Adélaïde, Mélie pour 
Amélie, Phrasie pour Euphrasie, Phrosyne pour Euphrosyne, etc. 

TONDELIER, n. m. — Tonnelier. 

TONTOME, n. propre. — Chrysostome. 

TOPETTE, n. T. — Petite liole : « Une tapette d'iau-de-vie.n 

TOQUART, adj. m. — Qui porte à la tète : « Vous avez du cidre 
toqniiyt, il faut s'en défier. » 

TOQUER, V. act. — Heurter : « Il a toquésa. tète contre un mur, » 
Il Porter à la tète : « Ce cidre vous toque. » 
Il Etre toqué de. Etre follement amoureux de. 

TOQUET (Biau), n. m. — Nom injurieux que l'on applique à une 
femnK! mal coill'ée, ou qui se donne des airs d'importance. 

TOR, n. m. — Taureau : « Mener une vache au tor. » 
.... Au grand turc vendu argent contant 
Pour être mis au harnois comme un tor. 

Villon. 

Je ne sais sur quelle leçon s'est appuyée le bibliophile (P. Lacroix) 
pour écrire ainsi ce dernier vers : 

Pour estre mis au Uarnois com' bug for ! 

Villon, p. 230. 



TOR 323 

« Lorsque les vaches sont en sault, les convient mener devant le 
taur, et les laissier le tnur flairier. » (Ev. des Qurnomlles,) 

TORCHÉE, u. r. — Volée de cou[w : « I se sont donné une Iminc 
torchée. » 

TORCHER, V. act. — Battre, jeter quelqu'un par terre en luttant 
avec lui. C'est une signification voisine du latin torquere. On trouve 
au XVI*'"ie siècle les mots torche, lorgne, employés pour exprimer le 
bruit de coups distribués à tort et à travers : 

Douez des horions, pati, patac... 
Chipe, chope, torche, lorgne. 

Bat. de Marignan, dans L. dk I.fncy. 
Dans Rabelais, maître Janotus de Hragmardo dit à la fin de sa 
harangue : « Mais nacpetetin petetac, ticque, torche lorgne. » (Liv. 
le"-, ch. XIX.) 
Etym. tortiare, par l'intermédiaire tortus. 

TORCHETTE (Netcomme), loc— Franchement, ni plus ni moins; 
ex. : « Je lui ai répondu net conwie torchette que ie voulais être maître 
chez moi. — Je vous louerai cette maison cent francs net comme tor- 
chette, )) c.-à-d. ni plus ni moins. En Normandie, selon Littré, clair 
et net comme torchette, se dit aussi d'une chose .sale ou d'une explica- 
tion obscure. 

TORCHON, n. m. — Femme, serv^ante malpropre. 

TORQUE, n. f. — Selle ou torche. 

I! Au fig. torque-à-tout le monde, femme de mauvaise vie, <\\\\ se 
livre à tout le monde. 

Par une métaphore aussi juste, aux environs de Rouen, on appelle 
grande escamel une femme d3 cette espèce. En v. fr. escame et cscumel 
signifiait 6!5ccfi(?rti*; ex. : 

La dame s'asist au mengier, 
Et li variés vint au mercier, 
Et dist : alée laver, amis, 
Véés-là votre escamel mis. 

Chabt. de Coucv, V. 6757. 
Uns compains estoit assommoz 
Qui ronfloit dessus une escame. 

EusT. Desch., Le Dit du jeu des dt^s. 



326 TOU 

TORQUER, V. act. — Mettre la torque à un âne, à un cheval. 

TORQUETTE (Boire al), loc. — Boire en mangeant, lorsqu'on a 
la bouche pleine. 

TOTONNER, v. act. — Jouer au toton : « Totonner des noix. » 

TOTOS, n. m. plur.— Mamelles ; terme enfantin. 

TOUCHE, n. f. — Tournure ridicule : « Avez-vous jamais vu pa- 
reille touche ? » 

Il Avoir sa touche, en avoir une rude touche. Etre complètement 
ivre. 

TOUFFLE, n. f. — Touffe ; d'où toufflette, pompon, ornement de 
laine que l'on met au harnais des chevaux. 

Il Œillet à touffleltes, œillet barbu, qu'on appelle encore œillet de 
poète. 

TOUILLER, V. actif. — Agiter, mêler, remuer : « Touiller une 
sauce. — Avant de jouer, touillez bien les dominos. » 

Il Embrouiller, enchevêtrer, en parlant d'un peloton de fil, de 
chanvre, de lin . 

Touiller dans le v. fr. se trouve avec le sens de souiller : « Touillé 
de hoc ; touillé de sang. » (Lett.de rémiss., 1400 et 1406.) Un com- 
posé de ce mot, entouiller a été employé par le poète rémois Coquillart : 
Souvent entouillé pai' meslure. 

Le Blason, p. 163. 

(V. plus haut tantouiller.) 

TOUJOUS, adv. — Toujours ; on dit de même boujous au lieu de 
bonjour. Au XVI^™^ siècle, \'r des terminaisons oiir, ours ne sonnait 
jamais dans le langage du peuple. (V. Talbert, p. 221.) 

Il Néanmoins : « Si o' ne pouvez que m'prêter vingt francs, donnez - 
les toujous. » 

Il En vérité, assurément : « Je n'ai toujous jamais vu un si mau- 
vais payeur. » 

TOUPIE, n. f. — Au fig., ce mot désigne une femme de mauvaise 
vie qui ne reste jamais en place el tourne sans cesse pour chercher sa 
proie : « Garrula et vaga, quietis impatiens, nec valens in domo 
cousistere podibus suis, Nunc foris, nunc in plateis, nunc juxta an- 
gulos insidians. » (Lib. Proverb., cap. VII, 2.) 



TOU 327 

Il Morceau de bois en forme de toupie sur lequel le cordonnier en- 
roule et corde le ligncul. 

TOUPIER, Toupiner, v. n. — Tourner, s'agiter sur place comme 
une toupie ; s'einploi(! act. dans cette locution : Faire toupier quel- 
qu'un, le faire attendre longtemps. 

« Il est à toupier kl'entour du buisson.» (La Curnc, dans Liltré.) 
Toupier est dans le Dict de Rielielet. 

TOURGNIOLE, n. f. — Coiii» donne sur la tôte; de tourner, parce 
fjuun coup sur la tète étourdit. 

TOURNER, V. act. — Faire sortir les bestiaux deTctable : « Dites 
à la servante de tourner les vaches. » 

TOURNIQUER, v. n. — Tourner .sans cesse ; n'avancer à rien. 

TOURNURE, n. f. — Mensonge : « Adressez-vous ailleurs, je suis 
fatigué de vos tournures. » 

TOUSER, V. act. — Tondre : « Touser les moutons. » Du bas-lat. 
tonsare. 

Il Se faire touser, se faire couper les cheveux. 

Il a les ccvels .si meslés 

Qull volroit moult estrc tousés. 

Partonop., v. 6193. 

Li maistres keus si l'avoit fait touser, 
A la paele noircir et carbouner. 

AuscANS, V. .3158. 

Vous cloistriers, vous damoisolles, 

Vous joncs toutes, vous puceles, 

Qui à Diu estes espous(?es 

Et ({ui tondus et tousées 

Avez pour Dieu vos belles trcsclies. 

Miracle de In li. V. Marie. 

Aussi touzcz (ju'un nioyne ou capoUcn, 

M.MuiT, Rond. 

Il faut rattacher à ce mot /oz/sc/, tome, tousrtte «|ui dans la vieille 
langue signifiaient jeune garçon, jeune lillc fillclte. cl touseUe sorte 
de froment précoce dont l'épi est sans barbe, tonsus. 



328 TRA 

Iluec moururent maint viel et jovencel, 
Dont deraorarent maint orphelin touzel. 

Gatdon, V. 5199. 

Guillaume Malet, 

Qui n'ert tosel pas ne vaslet, 
Mais chevaliers durs e vaillanz. 

Ben. de Sainte-More. 

TOUSERIE, n. f. —Tonte des moutons. 

TOUSEUX, n. m. — Celui qui fait sonmétier de tondre les chiens, 
les moutons ; qui émonde les haies, etc. 

TOUSSAILLER, v. n. — Tousser fréquemment. 

TOUSSE, n. f. — Toux ; c'est presque le latin tmsis. 

TOUSSOTER, V. n. Diminutif de tousser. 

TOUTOUILLE, n. f. — Grosse femme. 

TRAGHER, v. act. — Chercher : « Où va-ti f vacher tout ce qui 
dit ?» — Trache hien, et tu trouveras. » 

Il Tracher sin, pain, mendier ; d'où tracheux de pain, mendiant, 
misérable. 

Les anciennes formes sont trader, tracer, trasser, tresser, tracher, 
suivre la trace, chercher avec soin, de tractiare, forme latine suppo- 
sée par Diez. 

Et avec gens le temps je passei'ay, 
Affin qu'ennuy ne me quière ne trace. 

R. DE COLLERYE, épit. 

Anciennement ce mot voulait encore dire marcher beaucoup, courir, 
errer à travers champs : 

Et vont traçant parmi ces rues. 
Pour veoir, por estre veues. 

La Rose, v. 9,067. 
Je faictz mes gorgias courir, 
Danser, bondir, tourner, virer, 
Trasser, furetter, enquérir. 

CoQUiLLARD, Blason. 
J'ay trassé plus que nulle aultre personne ; 
J'ay veu le Turc, le souldan de Bablone, etc. 

Ane. Poés., I, pag, 39. 



TRE 329 

En ce dernier sens, le patois d'atraxer : « Un chasseur dira qu'il a 
traxé longtemps pour trouver du gibier. » 

TRACIER, n. m. — Volt'c ou pièce transversale d'une voiture, à 
laquelle sont fixés les traits des chevaux. Mi^me étym. que pour trachr. 

TRAIL. n. m. — Treuil. 

TRAIN (Etre en), loc. — Etre occupé à, et non pas disposé à, 
connue vn franrais: « Etre en train de s'habiller, de se raser, etc.» 

Il Aller son train-train, loc. Aller tout doucement ; travailler sans 
se presser. Corruption du français trantran. 

TRAINACHE, Trinache. n. f. — Plante très-commune dans les 
blés, dite renouéo liseron, pnli/gonum, couvolvulus. De traîner, parce 
que cette plante se traîne sur la terre. 

TRAÎNER, V n. — Etre enceinte : « Il y a deux mois qu'elle est 
mariée, et elle traîne déjà.» 

On applique aussi ce mot aux animaux : « Notre vache est malade, 
elle traîne. » 

Il En général, avoir une nialadie de langueur. 

TRAINOIRE, Trinoire. n. f. — Courroie ou sangle qui sert au\ 
boquillons à traîner leurs fagots. 

TRÈFE, n. m. — Trèfle. Dans ce mot, la lettre / est supprimée; 
elle est au contraire ajoutée dans toujJJe, fjuimple, Christophie, temples 
(touffe, guimpe, Christo|)he, tempe). 

Il Trèfle à quatre feuilles : « Cellui ou celle (|ui tnMivc le treffle à 
quatre feuilles, s'il le garde en révérence, sachiez, pour aussi vray 
que Evangile, qu'il sera eureux et riche toute sa vie.» (Er. îles Que- 
nouilles). — Cette superstition fleurit toujour;*: « Les risées n'y font 
rien, dit la mère Mahé, que vère, j'y crais, au trèfle àijuatre feuilles.» 
(B. d'Aurevilly, V Ensorcelée). 

TRÈFLERIE, n. m. — Champ dans lequel on a réeolté du trèfle. 

TREMBLEMENT, n. m. — Suite nombreuse : « Il est venu avec 
sa famille et tout le tremhlemcnt.^^ 

TREMPE, n. f. — Vigoureuse corr(»ction. 

TREMPETTE, n. f. — Pain que 1 on fait tr.'mj>.T dans le ridr.\ 



330 TRI 

TRÉTIN, n. m.— Botte faite avec la paille qui reste après le gluage 
(V. Gluier). Il faudrait peut-être écrire traUin, de trait (ce que l'on 
a retiré, extrait). 

TREU, n. m. — Trou : « Il ou elle a un treu sous le nez qui lui 
fait bien du mal, » dit-on en parlant d'un ivrogne ou d'une ivrognesse. 

Mors, di l'oncle, Ji le neveu. 
Cor nous convient par petit ti^eu 
Passer à moult petit d'avoir. 

Stances sur la Mort, X. 

On dit treuer et plus souvent treuver au lieu de trouer : Porter des 
habits treuvés. v Comp. avec tramcer, que l'on trouve daus le poëme 
de Hugues Capet : 

Tel cop li a donné eu sa targe listée, 
Que tout parmy ly a despechie et trauwcc. 

TRIBOULER, v. act. — Agiter, troubler, importuner : « Vous me 
triboulez l'esprit. » 

Veci nos anemis, par la vertu nommée, 
Qui si ont à dame Aye sa terre triboulée. 

Aye d'Avignon, v. 3885. 

Biax fils, fait-il, bien devroic desver, 
Puis qu'ainsi voi mon païz triboler. 
Et mes barons ocirre et afoler. 

Garin, 3626. 

Ce mot énergique si souvent employé par nos vieux auteurs a été 
remplacé par tribouiller, qui lui-même est tombé en désuétude. Tri- 
bouler était formé detriboil, tribouil : 

« Dont il ot à un parlement qui fu à Paris, grant tribouil de moy 
et de l'evesque Perron de Chaalons. » (Joinville, p. 242.) 

« Hellas ! fait-elle, tant Dieu me veult grant mal quant il me mist 
en tel triboil. » {Les XV Joies, p. 29.) 

Dériv. tribouillade, œufs brouillés, mot très-usité chez nous, et 
Tribouillard, nom propre, assez commun en Normandie. 

Etym. lat. tribulare, herser ; au fig. persécuter. 

TRICOTÉE, n. f. — Volée de coups de bâton ; d'où tricoter, v. 
act. Battre. De trique, tricot, gourdin. 



TRO 331 

TRIFOUILLER, v. act. — Remuer tout, fouiller partout. Mot 
composé de la {larticule augmentative tri (trc) et de fouiller. 
Il V. n. — Tromper au jeu. 

TRINQUEBALLER. v. act. — Agiter, secouer : « Trinqwbnlhr 
un trousseau de clefs. » 

« Vray est qu'ilz molestent tout leur voisinage à force de trinque- 
baller leurs cloches. » (Rab., I, 40.) 

Il Traîner, porter un objet ça et là, trimballer dans le fr. p(,[iii- 
laire, triballer dans Rab., II, 16. 

TRIOLÉE, Triolaine, n. f. — Multitude, ribanibellc : ^ Il a uno 
triolaine d'enfanls. 

Au moyen de la triolaine. 
Et qu'elle en disoit des biens tant, 
La pauvre mignonne se pêne 
Et s'en va vers luy tout bâtant. 

CoQUiLLART, Droits nouveanh- . 

Je trouve encore cemot dans Gauthier deCoinsy, mais il m'est im- 
possible de lui donner un sens précis : 

De jeunes, de triolaines, 

Jainés estoics comme pié d'escoufle. 

Comment Théoj)h. vint à Pcnitance. 

TROIS-PIEDS, n. m. — Trépied. 

TROITE, n. f. — Truite; « Traites dLkwMyi. » (Dictons |K3p. au 
XlIIe siècle.) 

TRONDELER, V. act. — Renverser quelqu'un en lui f.iis.iiit faire 
plusieurs pirouettes. (V. Cul-trumblet). 

TROUFIGNON. n. m. — Anus; croupion de volaill.-. 
« Et des deux premiers doigts, vous ouvrirez le tnmfifjnoii. » (Bo- 
roalde de Yervillc). 

TROUSSE, n. f. — Ligne amorcée d'un paijuet de vers i|n'nii laissa 
traîner au fond de la rivière, dans les temps d'orage, pour prendre 
des anguilles. Ces poissons sont si voraces qu'ils s'attachent mordicus 
à l'appât, et plutôt que de lâcher prise, se laissent tirer hors de l'eau. 

TROUVE, n. f. — Trouxaille ; « Faire une bonne tmuv. » 



332 TUT 

TROYELLE, n. f. — Truelle. 

TRUCHER, V. act. et neut. — Courir après un bon repas, faire le 
parasite. Dériv. trucheux, trucheuse. 

Etym. truc qui, dans le langage populaire, signifie manière de 
voler. Le trucheux est celui qui, pour ainsi dire, a le truc pour attra- 
per un bon repas. 

TUER (Etre à), Etre bon à tuer, loc — S'applique à quelqu'un 
dont la conduite est infâme : « // est à tuer celui qui maltraite ses 
parents. »> 

TUMBER, V. n. — Tomber : « Il faut dire tomber. Autrefois on 
disait tumber; il y a encore des pays où on le dit, ce qui pourrait 
bien venir du grec TÛu.poç, qui signifie une fosse. » (A. de Boisreg, 
1692, p. 665; cité par Talbert). 

TURLUTUTU, interj.— Lorsqu'on ne veut pas écouter quelqu'un, 
on l'envoie promener en fredonnant : 

Turlututu, 
Cape pointu. 

Turlututu est une onomatopée exprimant le son d(^ la llùte. « Savez- 
vous, Messieurs, quel fut le plus brave et le plus hardi de la jour- 
née?» Ils répondirent en s'inclinant : «C'est vous, sire.— Oh ! bien, 
reprit le roi (Frédéric le Grand), ce n'est pas moi, c'est un petit fifre. 
Au plus chaud de la bataille, il n'a pas cessé de souffler dans son 
turlututu.-» (Janin, Rêve Académique). 

TURNE, n. f. — Taudis où tout va sans-dessus dessous. Une 
maison où les gens s'injurient du matin au soir^ se traitent de pour- 
riture et de fumier est une turne. 

TUTER, V. act. — Aspirer un liquide à la manière des porcs, ou 
au moyen d'un chalumeau. 



usu .,.,., 



U 



UCHARISTIE, n. féiii. _ Eiu-harislic. On ,IU Je riirmo Urofi: 
Vstttche, elc. Pour la i.r.mondalioii Je la Jipl.thongue ™, voir 
Abruver. 

URTE, n. m. — Usage. « Mettre des habits à tout urte, » les 
mettre en tout temps, les porter aussi bien les dimanches que les 
jours ouvriers. 

USABLE, adj. — Qui s'use facilement : « Je ne veux pas de cette 
toile, elle est trop usahle. » 

USAGE (Pré, Pâtis d'), n. m. - Pré, pàtis dans lequel les habi- 
tants d'une coniînune ont droit démener paître leurs bestiaux. 

USAGIER, n. ni. — Ancienne forme dû usager. 
<■< Quant aux usaigiers qui ont droit et coustuine de prendre bois es- 
forêts. )> (Onloa. des Rois,, t. VU. p 770 ; cité par Liltré.) 

USTENSILE, n. niasc. — Ce mot s'emploie souvent dans un sens 
obscène. 

USURE, n. fém. — Détérioration d'outils, de in.'ubles, dliabits : 
« Les enfants, ça fait de ['usure. » Cette ferme est bonn.-. il n'y a pas 
tropd'wswyr. » 

USURFRUIT, n. m. — Usufruit. Pour liiiL-rcalatiou de la lettre 
r, voir hurler. 



334 VAL 



V 



VA ! — Interjection qu'on emploie pour donner plus de force à la 
pensée ; elle se place ordinairement à la fin de la phrase ; ex. : « Je 
suis bien malade, va ! — Tu ne viendras jamais à bout de tes affaires, 
va I » C'est l'impératif du verbe aller. 

Qui es tu, t;a, qui vas par ici ? 

Rut., II, p. 101. 

LessG,va, tost les chieus aler. 

Renart, V. 1220. 

VAGABOND, adj. — Vagabond. 

VAILLANT, adjectif. — Actif, laborieux : « Henri est un vaillant 
ouvrier. — Un tel n'est point assez vaillant pour que je li donne 
m' fille. » 

VALOIR, V. n. — Ce verbe fait vaurrai, au futur, et vaurrais, 
au condit. Cette forme qui remonte au X1I«'"« siècle provient d'une 
assimilation de / à r. 

Atlont pensa bien li cuvers 
Que poi li vaiirra sa desfense. 

Roman de la Violette, p. 303. 

Petit li vaurra sa raison. 

Roman de la Manekine, v. 662. 

« Exemples y pourroit ou prendre dont on vaurrait mieux à la 
fin. » (Le lai de l'Oyselet, Xllleme siècle, dans Jaubcrt.) 

Le subjonctif se conjugue ainsi : « Que je vauche, que tu vauches, 
qu'il vauche, qu'o valions, qu'o valèche ou valiez, qu'ils vauchent. » Il 
est aisé de reconnaître dans vauche une ancienne forme vauge : 

E vers tuz li ait e vauge, 

E le maiutienge en son poeir. 

Benoist, V. 17214. 



VAV 



335 



VANT, 11. inasc. - Jactance, vanterie. D'où Momieur, Mmhm,'- 
{irand-Vant, sobriquet dont on h.iptise les gens à grand fracas. 

VAPAIL, n. 111. _ Pièce de bois, en forme de volée, à laquelle on 
attache les baculs ou les- traders des deux derniers chevaux iruu 
chariot. (Decorde). 

VAQUE, n. f. — Vache, du latin vaccu; dériv. vcuiuur. (Voir le 
mot Attaquer.) 

VAQUETTES (Faire des), loc. - Laisser du cidre au fond de .son 
verre. La civilité des paysans défend défaire des vaquettes quand on 
boit plusieurs dans le même verre, ce qui arrive encore de nos jours 
dans certaines fermes, quoicjue l'âge d'or soit passé de[)uis lon-tcm|is. 

VARIER, V. n. — Hésiter : « Il a mm longtemps, mais il a liiii 
par se décider. » 

Il Etre sur le point de : « Je variais de partir, lorstiue la pluie 
m a tout à coup empêché. » 

VAROQUE, n. masc. — Bâton qui sert à enrouler le comble d'un 
chariot autour du pouUot, alin de serrer les gerbes. D'où varoquer. 
serrer au moyen du varoque. 

VAROUILLE, n. f. — Grosse toile d'emballage qui sert à essuyer 
le pavé. 

Il Au fig. femme malpropre. 

VAROUILLER(Se), v. réil. — Se salir, se vautrer dans la hou.-; 
de va rouille. 

VASTRIGUER. v. n.— Courir de côté et d'autre ; èlro continuel- 
lement dans les foires et les marchés. 

VAUDOISE, n. fém. — Coup de vent subit et violent. V a-i-il un 
rapport métaphorique entre ce mot et vandoise, quelquefois vaidloise, 
poisson du genre des car[)es, appelé aussi dard à cause de la rapidité 
avec laquelle il s'élance ? 

VAVITE, n. f. — Diarrhée. 

N'apportez point de vin nouveau ; 
Car il faict avoir hv ?-a tost. 

Le TestaificHt de Pathelin. 



336 YEN 

VEF, Vêve, adj. — Veuf, veuve ; n. comm. un vef, unevêve. 
On a dit dabord vedu, vediie (du latin viduus) puis \u se prononça 
comme une consonne, vedv, qui a donné vef au masculin, et veve, au 
féminin. 

Ocis i fu Antoine qui d'Avignon fu dus ; 
Sa famé en devint veve. por l'amitié dolut. 

Aye d'Avignon, v. 46. 

Le seigneur Dieu les abessés relève.... 

Garde les étrangers ; 
Suportera le pupil et la vève. 

Baïf, pseaumes. 
Je chante les vertus d'une vaillante vefve. 

Du Bart. Judith. 

VEILLATIF, adj. — Vigilant : « Quand on a beaucoup d'ouvriers, 
il faut être veillatif. » 

VELIN;, n. m. — Chair de jeune veau, qui n'est pas bonne à man- 
ger : « Ce n'est pas du veau que vous me donnez-là, c'est du vélin,n 
dit-on à un boucher qui vous sert de mauvaise viande. 

VENDERDI, n. inasc. — Vendredi. Pour beaucoup ce jour est 

néfaste. 

VENIR, V. n. — Prononcez v'nir ; de môme t'nir au lieu de tenir. 
Futur, je wnrai, plus souvent verrai ; cond. , vêtirais^ verrais. Ces 
formes sont du Xll^me et XlIIeme siècle : 
Si t'en veni'us à pié ot moi 
Déduire es cans tôt à secroi. 

Partonop, v. 5093. 
Ahi ? Ogier? mult es plains de folage 
Et outrageus, si t'en verra damage. 

Ogier de Danemarche, v. 4289. 

Subj., que je vienche, renforcement de l'ancienne forme vienge, 
particulière au dialecte normand : 

Preiom, s'aveir veus seignorie 
Jamais en tote Normendie, 
Que tu od force, senz demore, 
La vienges défendre et secorre. 

Benoist, V. 15818. 



VER :}:57 

Auxtemps composés, venir se conjiigiio avec avoir : « Il y a l.i.Ti 
longtemps qu'oz avez venu dans not' pays. » 

Cis a servi ce povre ménestrel. 
Et en maius lieus a venu et aile. 

HuoN, V. 7580. 
Ainsi se conjuguent les composés : revenir, convenir, parvenir, 
etc. Tenir, retenir ont les mî-mes formes, exce[)té au part, [lassé : 
tint, retint sont plus usités que tenu, retenu. 

VÊPE, nom des deux genres. — Guêpe : « Un gros, une grosse 
vêpe m'a [liqué. » 

Mais kant ce vint à l'asenblée. 
Une wespe s'est desseuvrée. 

Marie, fab. 50. 
Vêpe est tout à fait le latin vespa. 

VERBLED, n. masc. — Larve du hanneton, le muns. De wret de 
bled, c.-à-d. ver qui attaque'le blé. 

VERDAUD, adj. — Diminutif de vert : « Ces fruits sont encore 

veriUtuds. » 

VERGUE, n. f. — Verge ; du latin virga. 

Il Cheval de vergue, cheval (jui est à la droite du conducteur, à 
portée de la verge ou du fouet. 

VERGUETTE, n. f. — Vergettc : « Passer par les vergueltes, » re- 
cevoir le fouet. 

VERGUIE, n. fém. — Vergée, mesure de terre. Has-Ialin virijin, 
_ virgala, dans Du Gange. 

VERMAINE, n. f. — Vermine. Au fig. vaurien, misérable : « N.- 

fré([U('nte[)as cette vennaine. » 

VEROLE, n. fém. — Gros mot qui désigne la petite vérole : «< Ma 
petite II! le a la vérole.)) 

VÉROU, n. m. — Verrat. 

VERSEUX, euse, n. m. et IV'in. — Celui, celle (|ui est chargée de 
verser à boire aux convives. 



338 VET 

VESCHE, n. f<''m. — Yescc : « Une jarbe de vesche ou. d'avonne. » 
(Cité par Littré.) 

Il Dériv. vcsch'rtc, n. m. Champ où l'on a récolté de la vesche. 

VESÉE, n. r. — Yir désir : «Iln'a pas une petite ivsée de se marier 
avec cette fille. « 

VESER, V. n. — Fuir, courir çà et là, en parlant des vaches pi- 
quées par les taons. (Y. le mot Bsmer.) Il suffit qu'elles entendent 
le bourdonnement de ces insectes pour décamper aussitôt, la queue 
en trompette. Ce mot doit venir de veze, cornemuse dans le patois 
berrichon. Le bourdonnement des insectes, par un jour chaud et 
calme, peut fort bien être comparé, dit Jauhert, au son très-lointain 
de la veze. 

Au fig. veser signifie aimer à courir, à voyager, à fréquenter les 
foires et les marchés. 

VESON, n. des deux genres. — Celui, celle qui n'aime pas rester 
chez soi ; [lersonne ([ui se remue, qui s'agite beaucoup pour ne rien 
faire : multa agendo nil agens. 

On trouve ce mot dans notre vieux langage avec une acception 
erotique : « De sorte que tous les chiens du commun allaient après 
branlant le vezon. (Nouv. Fabr'Kjiw.) 

VESONNER. V. n. — S'agiter beaucoup et faire peu de besogne. 
Comme élym. Du Méril propose le latin vrsnnus. fou. 

VÉSOU ILLARD, Vésouilleux, adj. — Oui aime courir, voyager. 

VESOUILLER, v. n. — Etre toujours paili : « Ce n'est pas à ve- 
souiller que vous ferez vos affaires. » 

VESSARD, adj. — Celui qui a l'habitude de vesser. Au fig. peu- 
reux. 

VESSE-DE-LEU, n. f. — Vesse-de-loup, sorte de champignon du 
genre lycoperdon. Il y a dans le Pays de Bray, près de Cricjuiers, une 
localité appelée Vesse-Dru, parce que le terrain est propice à la pro- 
duction de ces champignons. (Dergny, Pays de Bray.) 

VÊTU-DE-SOIE, n. m. — Noble périphrase par laquelle on dé- 
signe un porc. Un paysan qui se pique de savoir-vivre ne prononce 
jamais le mot porc, à plus forte raison, cochon, devant un supérieur. 



YIP 339 

VIANDE (Etaler sa), loc. — Tomber par terre. 

VIANDIER, adj. — Qui aime la viande; qui mange beaucoup de 
viande . 

Ahi ! grant cler, grand provandier, 
Qui tant estes graut viandier. 
Qui fêtes Dieu de vostre pance. 

Rut., la Coynpl. d'Outre-Mer. 

VIAU, n. m. — Yoau : « Grand viau, » grand imbécile. 

VIDEBREQUIN, n. m. — Vilebrequin. 

VIDURES, n. f. plur. — Entrailles de poisson. 

VIE, n. tem. — Loc. particulières : « Animal de grande, de chère 
vie, » animal qui coûte beaucoup à nourrir. 

Il Faire la vie, mener la vie d'un débaucbé. Vie de porichinelle 
(polichinelle^, même sens. 

Il Faire une vie du diable, crier, tempêter, mener grand bruit, 
faire le diable à quatre. 

VIÈVE, n. propre. — Geneviève. 

VILLOTE, n. fém. — Petit tas de blé, d'avoine, de foin, etc., que 
l'on recouvre d'un caperon par crainte de la pluie, en attendant qu'on 
puisse le mettre en gerbes. 

VIOLONNER, v. n. — Jouer du violon : « C'est le père Conseil 
qui violonnera à la noce. » 

D'oli violonneux, synonyme de ménétrier. 

VIONDIR, V. n. — Siffler, en parlant d'une balle de fusil, d'uno 
pierre lancée avec une fronde, etc. Onomatopée. 

VIPER, V. n. — SillliT comme la vipère. 

VIPÈRE, n. masc. — « J'ai vu un gros vipère dans le bois. » Au 
XVII^-^e et même au XYIII''™" siècle, le genre de ce mot n'était pas 
fixé. 

La patrie, indulgente mère, 
Ouvre son sein à ce vipère. 

Lagr.vngk-Cha.ncel. 



340 YIR 

VIPILLON, n. m. — Goujîillon. Le patois est plus voisin du mot 
étymologique : vidpes. On trouve vulpil dans Saint-Bernard. 

VIR, V. act. — Voir. Contraction des anciennes formes vedeir, 
veir, veïr : 

Etjo (en irai) al sarrazin Espan, 

S'il! vois vedeir alques de sun semblant. 

Ch. de Rol., p. 24. 
Tant pour oir ses cortesies, 
Tant pour veir ses mananties. 

Brut., V. 10022. 
Chemin pour Bel Accueil veïr. 

Rose, v. 10048. 

Fut. et cond., voirai, voirais, formes le plus souvent employées 
par les auteurs du XVI"'"- siècle : 

« Geste année les aveugles ne voirront que bien peu, les sourds 
oyront assez mal. « (Rabelais.) 

Quand voirrons-noiis quelque tournoy nouveau ? 

Ronsard, le Bocage royal. 

Subj. que je voiche; imparf. du subj. que je viche. 

VIRAUDER, V. n. — Vagabonder, roder çà et là. Du fr. virer, le- 
quel (L'-rive. selon Diez, du latin viriœ, bracelet ; selon d'autres de 
qyrus, cercle. Les mots chavirer, environ, environner, virement, 
virole, etc. ont évidemment la même racine, et sont toujours usités ;. 
(juelques autres sont tombés en désuétude ou ne sont pas admis par 
l'Académie, comme : vireton (trait d'arbalète), tournevirer, virade, 
vire-volte, virée, etc. • 

Sans faire virade ne tour, 
Clieniiuer, ne alier dehors. 

COQUILLART. 

« Les moindres cboses lournevirent nostre jugement. » Ce mot 
pittoresque est de Montaigne. 

« Enfin après beaucoup de tournées et de virées par des ruelles es- 
cartées. » (Sat. Ménippée.) 

Dans le patois du Berry « faire son viron ou sa vironnée, » c'est 
faire sa louniée. Dans cchii du Poitou, je note revirer (retourner), 
recirvn (('iilliulei. avirer (faire chanL;er de roule, d'où aviron,), ri- 



VIT 341 

ronna (vertige), dévirer (détourner, égarer), tous mots excellents et 

expressifs. 

VIMUDIER, n. m. — Vagabond, vaurien, coureur de filles ; au 
fém. viraudière. 

VIRÉ (Être bien ou mal), loc. — Être de bonne ou de mauvaise 
humeur. 

VIRLIGOUTE, n. des deux genres. — Personne qui a la vue basse, 
qui h'u voit goutte. 

VIS, n. m. — Visage , du Lit. vistis: 

Li chastelaius, pour mieus véoir 
Son coz'ps et son gracieus vis, 
S'est un petit en sus assis. 

Chast. de Côucy, V. 172. 

De la pool' qu'ai ot tôt li chanja le vis. 

Aye d'Avignon, v. 285. 

Je raurai Aygleutiué, m'amie o le vis fier, 

Gui de Nantelil, v. 2302. 

Ce mot est resté chez nous dans ces locutions proverbiales : « Poli 
comme un vis d'ours. — Rester immobile comme un vis de dure, » 
une image de cire. 

En fr. vis subsiste dans la loc. prép. vis-à-vis, qui signifie exacte- 
ment visage à visage, partant, en Face de, à rûp[K)site de. On ne doit 
s'en servir que pour exprimer une position de lieu. C'est parler allo- 
broge en français, disait Voltaire, que d'écrire coupable vis-à-vis do 
vous, difficile vis-à-vis de nous, etc. 

VISARD, adj. — Avare, regardant : « C'est un homme «jui n'est 
pas visard , » c.-h-d. qui est généreux. 

VITOLER (Se), V. réil. — SV-tendre comme imi rraii au soleil ; 
faire, comme disent les paysans, un métier de paresseux. Du laiiii 
vitidus (vitulari, dans Piaule.) x\olro mot viloler me remet en nie- 
moire un adjéîctif créé par le romancier Balzac : «Caiinlis est un [lolit 
homme sec de tournure aristocratique. Iiniii.dnué d'une figure rilii- 
Uni', el (l'une tèle un pen nifuue. enimiie eelle des lioiiinies qui ont 
plus di' \anili' que d'oii^ueil . i |{al/.ae. M. Miiiimi).} 



342 VOU 

VITRE, n. f. — Fenêtre d'une maison. 

VIUS, adj. — Vieux. 

Li mors prend tout à son kius, 
Sitôt les jouenes com les vius. 

Renart le Nouvel, v. 5895. 
Formes anciennes ; viex, maux,viez, cas du sujet. 
« Aussi veut li viez tenir le roy plus près à amour que nul autre 
roy. » (Joinville, p. 163.) 

V'LÀ, loc. prép. — Voilà : « La v'ià ! la vHà ! » (Beaum., Bar- 
bier de Séville, I, 6.) 

VO, pron. poss. — Votre ; devant une consonne : « Vo femme, vo 
père. » 

Devant une voyelle, vot : « Vot' ami viendra-t-il bientôt ? » On 
trouve dans le fragment -de Valenciennes vost, apocope de votre. 

Dans nos vieux auteurs, vo est employé indistinctement au singu- 
lier et au pluriel, comme cas du régime et cas du sujet : 
Oï parler de vo samblauche, 
De ro biauté, de vo vaillanche, 
Que plaisant aloit tout li mons. 

Rom. de la Violette, v. 372. 

Vo fille sera arse 

Berte, v. 476. 

VOITURÉE, n. f. — Ce que porte et contient une voiture : « Une 
voiturée de gens, d(î blé, de foin, de bois, etc. 

VOL, contraction du pronom vous et de l'article le, la. — « Quoi 
qu'oz' allons faire ch' matin ? — Attendez, je vol dirai. » 

VOUI, adv. — Oui ; vient du verbe vouloir dont une des anciennes 
formes était vHtï. 

VOULOIR, V. act. — Fut. et cond. vourrai, vourrais. Formes du 
Xlleme et XIII"™'' siècle : vorai, voirai, vourai, vourrai, vaurai. 

Tout ainsi le croi et ererei, 
N'autrement croire non vourrei 

Rom. du Saint-Graaî, v. 2223. 

« Et il mi dist tout en riant : Dites quant que vous vourrez, je ne 
mecourouce pas. » (Joinville, p. 181.) 



VRI 343 

Le cond. l'ait à la pniinirrc et à la seconde pers. du pinr., o vour- 
raimcs, o vourraitcs. Comp. avec les formes vorrlfiin, vnurriés : 

« Nous firent demander, par un frère de l'ospilal (|ui savait sarra- 
zinois, de par le soudan, se nous vorriens eslre délivre. » (Joinville, 
Credo, p. 279.) 

Subj. que je veuclie, que tu vmches, qu'il veuchr, dérivé de l'an- 
cien indicatif w/ (veu). Dans la vieille langue, ro/^c, vouge, veuge, au 
subj., sont des formes normandes. 

VRÊPE, n. m. — Soir : « I k'minche a faire orcj)/'. » 
Il Vrêpes, n. m. plur. Vêpres : « Vicns-lu à vrêpcsuYec mei ? » 
Dicton : « Aller de travers comme un kien qui revient des vrêpes. ï> 

VRIMEUX, adj. — Venimeux. 



344 ZIU 



W 



WERTAGES, n. m. plur. — Vesce et pois mêlés : « Nous avons 
en une bonne récolte de wertages. » 

WOUAIKAS, n. m. plur. — Pois et vesce récoltés séparément. V. 
fr. waras, warat, fourrages. 



Z 



ZIÈBLE, n. m. — Hièble : « Arracher du zichle. » 

ZIUS, n. masc. pluriel. — Yeux : « Avoir mal aux z'ms, ouvrir de 
grands zius. » 

ZIUS-DE-VAQUE, n. m. — La grande pâquerette. 



Havre. — Imprimerie J. BHENlEit cV G", nie B,>auverger, 2. 






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V-^ -î^ 



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Delboulle, Achille 
'^37 Glossaire Je la vallée 
J'ïères 



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