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Full text of "Glossaire du Morvan; étude sur le langage de cette contrée comparé avec les principaux dialectes ou patois de la France, de la Belgique wallonne, et de la Suisse romande"

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GLOSSAIRE 



DU MORVAN 



ETUDE SL:R le LANGAGE DE CETTE CONTREE 

COMPARÉ AVEC LES PRINCIPAUX DIALECTES OU PATOIS DE LA FRANCE 

DE LA BELGIQUE WALLONNE ET DE LA SUISSE ROMANDE 



E. DE GHAMBURE 



si erso nesciei'o virtutom vocis, ero ei' oui loquor 
xrbanis, et qui loquitur milii barbariis. 

(S. Paul, Cor. I, 14, 11.) 




PARIS 

H. CHAMPION, LIBRAIRE 

QUAI .MALAIJCAIS, L"i 



AUTUN 

DEJUSSIEU PÈRE ET FILS 

IMPRIMEUUS-LIBRAIRES 



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GLOSSAIRE 



DU MORVAN 



GLOSSAIRE 



DU MORVAN 



ETUDE SUR LE LANGAGE DE CETTE CONTREE 

COMPARÉ AVEC LES PRINCIPAUX DIALECTES OU PATOIS DE LA FRANCE 

DE LA BELGIQUE WALLONNE ET DE LA SUISSE ROMANDE 



E. DE GHAMBURE 



Si ei'go nesciero virtutem vocis, ero ei cui loquor 
barbarus, et qui loquitur milii barbarus. 

(S. Paul, Cor. I, 14, 11.) 



PARIS 

H. CHAMPION, LIBRAIRE 

QUAI MALAQUAIS, 1 j 



AUTUN 

DEJUSSIEU PÈRE ET FILS 
IMPRIMEURS-LIBRAIRES 



ISTS 



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V 



AUTUN, IMPRIMERIE DEJUSSIEU PERE ET FILS. 






INTRODUCTION 



Un homme d'esprit qui a fait quelque figure dans nos assemblées politiques, qui a 
été député, pair de France, ministre, et par surcroît membre de l'Institut à titre de 
botaniste distingué, le comte Jaubert, a laissé dans un livre intitulé : Glossaire du 
centre de la France, le véritable monument de sa longue existence. Ce livre n'a été ni 
conçu, ni exécuté d'un seul jet (1). Il a eu l'heureuse fortune de mûrir lentement 
comme le fruit sur l'arbre et de pouvoir se renouveler plusieurs fois en se perfection- 
nant toujours avant de prendre dans une quatrième édition sa valeur définitive. Les 
savants ont beaucoup loué ce glossaire et en ont dit très peu de mal. Ils ont rendu 
justice aux rares qualités de l'auteur, à l'abondance et à la variété de ses recherches, à 
la finesse de ses aperçus et de ses gloses, à cet art vraiment ingénieux et délicat avec 
lequel il a fait vivre ou plutôt revivre tout le monde ignoré des nombreux vocables 
introduits dans son vaste répertoire. Ils n'ont pas trop insisté sur le vice originel du 
dessein qui ramasse dans un milieu quelque peu arbitraire des groupes linguistiques 

(1) Le Glossaire du Centre a eu en réalité quatre éditions. La première et la seconde parurent sous le même 
titre : Vocabulaire du Berry et des provinces voisines, par un amateur du vieux langapre. Elles furent publiées 
celle-ci chez Roret en 1842, celle-là chez Crapelet en 1838. Une troisième édition intitulée cette fois : Glossaire 
du centre de la France, et portant le nom de l'auteur, parut en 1855 et en 1856 chez Napoléon Chaix, en deux 
forts volumes in-8». Ce dernier éditeur donna en 1864, sous le format in-4», l'édition qui renferme le dernier 
mot de l'auteur. Cette quatrième édition est présentée au public comme la deuxième seulement. Elle reçut 
son complément dans un mince volume in-4° de 160 pages intitulé -.Supplément au Glossaire du centre de la 
France, par le comte Jaubert, membre de l'Listitut. Paris, A. Chaix et C'«, 1869. Ainsi les études de M. Jaubert 
sur le langage rustique de nos provinces centrales ont été poursuivies pendant plus de trente années, pour- 
suivies avec un entrain toujours croissant et une habileté d'exécution qu'on ne saurait trop admirer. 

A 



II INTRODUCTION. 

étrangers les uns aux autres, étrangers à plusieurs points de vue, quoique sortis de la 
même souche latine. Et cependant quoi de plus anormal qu'un vocabulaire dont le 
cadre s'étend ou se réduit à volonté, englobant dans une famille unique les idiomes de 
plusieurs provinces séparées les unes des autres par des divergences dialectales assez 
marquées ? Ainsi comprise, la collection n'est plus l'expression d'un langage particulier 
qui a sa grammaire, sa syntaxe, sa phonétique surtout (1). Ce n'est plus qu'un rassem- 
blement fortuit de mots rapprochés en vertu du compelle intrare, de mots n'offrant 
d'autre caractère commun que la prétention quelquefois mal fondée de n'être pas ou de 
n'être plus français. 

M. Jaubert avait certainement entrevu le défaut de son plan et le point vulnérable 
que pourraient viser les objections d'une critique un peu rigoureuse. Aussi s'est-il 
dérobé modestement avec cette excuse qu'il est rarement possible d'assigner à un glos- 
saire provincial des limites géographiques bien tranchées. Il insiste sur cet argument 
au moins spécieux dans un passage que nous reproduisons ici parce qu'il exprime une 
idée juste, mais aussi parce qu'il nous fournit la meilleure justification des limites un 
peu étendues que nous avons nous-même adoptées dans la composition de notre voca- 
bulaire. La géologie seule, dit le spirituel lexicographe du Centre, « réaliserait peut-être 
l'idéal des frontières naturelles, car elle a fait ressortir avec évidence d'étroites relations 
entre la nature et la configuration du sol, le genre de culture qu'elles déterminent d'une 
part, et les conditions physiques et morales de l'existence de ses habitants d'autre part, 
enchaînement qui ne pouvait manquer non plus d'embrasser le langage. » C'est en 
effet à sa constitution géologique que le Morvan emprunte les titres les plus évidents 

(I) Parmi les vocables en petit nombre qu'il a empruntés à notre rég-ion, M. .Taubert enregistre aie pour eau 
et dit que ce mot est usité aux environs de Saulieu. Nous relevons la citation pour montrer l'inconvénient 
de ces cueillettes faites à la hâte sur une terre lointaine, le danger de ces coups de filet dans des courants 
inexplorés. Aie, que notre Glossaire orthographie « eai », n'est pas une forme isolée qui se rattacherait au 
verbe aigcr comme l'auteur semble l'admettre. C'est une variété locale de « éa » qui est aussi prononcé â, aâ, 
à l'est de la contrée. Nous articulons de même » aigneai, chaipeai, couteai, marteai, peai, veai », etc., pour 
« aignéa, chaipéa, coutéa, martéa, péa, véa », équivalents bourguignons du français agneau, chapeau, couteau, 
marteau, peau, veau. Remarquons en passant, comme un fait vraiment curieux, que, pour l'oreille, sur une 
grande étendue du territoire français, le mot latin aqua peut se traduire avec les trois voyelles accentuées â, 
ê, ô. Lu étymologique ne persiste guère que dans le suisse « ivoue » et dans le lorrain « âouë. » Il se montre 
à jour dans le provençal « aigua » et disparait dans le languedocien « aigo. » Il se consonnifie en v dans le 
poitevin < aive, aiver », comme dans le français évier, dérivé du vieux français eve. CVoyez au Glossaire Aâ, 
Eai, laue, Yaue.) 



INTRODUCTION. m 

de son individualité. C'est à son terrain primitif que cette contrée, aujourd'hui divisée 
en quatre départements, doit l'incontestable homogénéité de son agriculture, de ses 
moeurs, de son parler. Hors de la région, la terre revêt d'autres parures, l'homme change 
de physionomie, le langage n'envoie plus les mêmes sons à l'oreille. Qu'on parcoure 
le pays, du nord au sud, de la Morlande d'Avallon à l'Appenelle de Luzy, ou de l'est à 
l'ouest, du Champ-de-Mars d'Autun à la Madeleine de Vézelay, le regard y retrouvera 
toujours les sommets arrondis ou déchiquetés, suivant que le sol couvre le granit ou le 
porphyre, les vallées étroites et sinueuses, nids de verdure où le merle et le coucou 
chantent en paix sous le feuillage des hêtres, enfin toute cette flore sauvage des mon- 
tagnes qui s'épanouit, fraîche et pure, au souffle de la solitude, la fougère dans ses 
luxuriantes variétés, le genêt pailleté d'or sous le soleil du printemps, un peuple de 
digitales étalant leurs grappes de clochettes purpurines le long des plessies ombreuses 
ou dans les clairières des bois. 

Qui croirait, en voyant ces paysages si doux, si avenants dans leur grâce sans apprêt, 
que le Morvan n'a pas cessé d'être présenté au public sous ses aspects les plus maussades 
ou les plus rudes. A quatorze siècles de distance, chose vraiment curieuse, nous voyons 
un rhéteur romain, habitant d'Autun, et un maréchal de France, enfant du pays, se ren- 
contrer dans une même peinture triste et farouche de la contrée qu'ils aimaient cependant 
puisqu'ils semblent s'être appliqués à charger les couleurs du tableau afin d'obtenir une 
l'émise d'impôts au profit de leurs indigents compatriotes (1). Mais si Eumène, le secrétaire 

(1) La concordance des textes latin et français est remarquable. Les deux plaidoyers emploient les mêmes 
arguments et presque les mêmes expressions. Ecoutez le rhéteur du III" siècle, le directeur des écoles 
Méniennes : « Hominum segnitia, terrœque perfidia... Quospiget laborare sine fructu... Inopia rusticanorum 
quibus in œre aliéna vacillantibus nec aquas deducere, necsilvas licuit excidere... Nam rétro cœtera silvis et 
rupibus invia, securarum sunt cubilia bestiarum. » {Discours d'Euméne. Autun, Dejussieu, 1854, p. 155, 6, 7.) 
Vauban dit à son tour : « Les terres y sont très mal cultivées, les habitants lâches et paresseux jusqu'à ne pas 
se donner la peine d'ôter une pierre de leurs héritages dans lesquels la plupart laissent gagner les ronces et 
méchants arbustes... Les hommes découragés comme gens persuadés que du fruit de leur travail il n'y aura 
que la moindre partie pour eux... Ce pauvre peuple accablé par les prêts de blé et d'argent que les aisés leur 
font... Les loups et les renards dont les bois sont pleins...» (Description géographique de l'élection de Vézelai.) 
On pourrait faire un rapprochement d'un autre genre entre la phrase où Eumène parle d'un canton Arebri- 
gnus, le seul de la région, dit-il, qui cultive en petit la vigne : «; Cujus uno loco vitium cultura perexi^ua est» 
(p. 156), et le passage de Guy Coquille qui débute ainsi : « En cette contrée du Morvan n'y a point de vignes 
sinon en une seule côte qui sort de la montagne comme en potence, » etc. {Hist. du Nivernais, in-f», p. 432.) 
Il ne s'agit sans doute ici que d'un fait particulier, d'un détail local, mais le rapprochement aiderait peut-être 
les géographes de la Gaule à déterminer le véritable emplacement de ce canton Arebrignus. Suivant les uns 
il occupait les environs d'Autun, et suivant les autres les environs d'Arnay-le-Duc. 



IV INTRODUCTION. 

intime de l'empereur Constance, et Vauban, l'illustre ingénieur de Louis XIV, s'accordent 
pour représenter notre coin de terre comme un lieu misérable, hanté par les bêtes 
fauves, couvert de ronces et d'épines, les contemporains ne nous sont guère plus miséri- 
cordieux. Sans parler des autres, Mme George Sand ne nous montre-t-elle pas une jeune 
fille s'armant de pistolets pour tenir tête aux loups dans une promenade aux environs 
de Château-Chinon ? Ne voyons-nous pas un autre de ses personnages tristement cla- 
quemuré dans la même localité sous le toit d'un vieux castel à beffroi, à chouettes et à 
revenants, appelé non sans quelque maligne intention « le château de Mont-Revêche. » 
Avec une pareille mise en scène on peut bien s'attendre à l'exclamation de ce même 
héros de roman : « Tout est lugubre dans ce sombre Morvan ! » En dépit de toutes ces 
machines de théâtre montées à plaisir pour terrifier les plus braves, que les touristes se 
rassurent. Notre pays est une charmante oasis tout à fait digne de leur regard, une 
miniature alpestre pleine de fraîcheur et de sécurité, aussi exempte de bêtes féroces que 
la Picardie ou la Champagne. Ce qui lui a manqué jusqu'à ce jour pour prendre son 
rang dans l'attention des lettrés et des curieux, c'est une littérature (1), c'est une mani- 
festation extérieure de sa personnalité au double point de vue pittoresque et poétique. 
Aucun pinceau célèbre n'a raconté au public la variété gracieuse ou sévère de ses 
paysages, aucune muse n'a dit la tranquille sérénité de ses solitudes où s'épanouiraient 
pourtant si à l'aise les plus beaux songes d'un Burns ou d'un Brizeux. Pour son bonheur 
peut-être, mais non au profit de sa renommée, il a vécu ignoré et délaissé. A peine 
nommé dans l'histoire, le Morvan, sur sa plus grande étendue, ne formait qu'un massif 
vraiment inaccessible au mouvement général de la civilisation. Assis entre la Bourgogne 
et le Nivernais, noyé pour ainsi dire dans la pénombre de deux frontières mal définies, 
privé de grandes routes et presque de chemins abordables, il ne participait à la vie 



(1) Un écrivain qui se fit un moment connaître du public par l'abondance immodérée de ses opuscules à 
titres bizarres, M. Pierquin do Gembloux, a cependant répandu dans ses livres l'annonce d'une brochure 
intitulée : Essai sur la langue et sur la littérature morvandèles, in-S», Nevers, 1841, mais il y a lieu de croire 
que ce travail impossible n'a jamais vu le jour. Il n'y a d'ailleurs rien à regretter. Un érudit qui, à côté du 
dialecte bourguignon, place un dialecte autunois, fondés tous deux sur le celtique, ne peut vraiment pas être 
pris au sérieux. On agira donc prudemment, si l'on veut éviter une cruelle déception, en ne se fiant pas au 
conseil qu'il donne à ses lecteurs d'aller étudier dans nos montagnes « quel dialecte néo-latin parlaient les 
sujets de Charlemagno et de Pépin avant que les rois eussent donné naissance à la langue teutonique des 
Trouvères. » {Histoire des patois, p. 149, 150.) 



INTRODUCTION. v 

commune que par l'action de ses hommes de guerre, derniers survivants de la féodalité 
expirante, et par le travail de ses bûcherons groupés, durant l'hiver, sur les versants de 
leurs montagnes'pour abattre le bois de chauffage destiné à l'approvisionnement de la 
capitale. Comme la plupart des pays exclusivement voués à une existence agreste et 
ainsi condamnés à une sorte d'isolement intellectuel, il n'a pu susciter dans son propre 
sein un interprète populaire qui exprimât avec un certain éclat ce qu'il y a de poésie 
latente dans le cœur de l'homme des champs. Les siècles passés ne nous ont laissé 
aucun monument, aucun écrit dans lequel il nous soit possible d'entendre un écho 
fidèle des idées et du langage d'autrefois (1). Les innombrables chansons de la contrée, 
chanson du bouvier dans le sillon, chanson du bûcheron au fond des bois, chanson du 
pâtre couché au milieu des genêts, tandis que le bétail dont il est le nonchalant 
gardien longe d'un air ennuyé les frontières verdoyantes du pâturage, chanson de la 
bergère cheminant, sa quenouille en main, sur les maigres pâquis avec son troupeau 
d'oies ou ses quelques brebis affamées, chanson du matin, alerte et joyeuse comme 
l'aube qui s'éveille à l'horizon, chanson du soir, lente et cadencée, dont le rhythme va 
s'éteignant peu à peu dans les ombres naissantes du crépuscule, toutes ces chansons 
forment un abondant répertoire où brille parfois la verve du trouvère anonyme mais 
où manque toujours la couleur particulière du lieu, ce qu'on appelle familièrement le 
goût du terroir. D'où viennent-elles, où vont-elles, nul ne le sait. Vagues et incolores 
comme le souffle du vent dans les feuillages, comme le murmure du ruisseau sous les 
saules de la prairie, elles traversent les campagnes où elles ont un moment de vogue 
pour disparaître bientôt en laissant la place à d'autres également venues du dehors et 
déjà peut-être démodées ailleurs. Quoi qu'il en soit il est certain que le Morvan ne 
possède aucune légende, aucun chant, aucun noël un peu ancien en vrai patois. Ce 
qui existe est tout à fait moderne ou arrangé pour produire une illusion de couleur 
locale. En tous cas rien n'est incontestablement original. La chanson des noces connue 

(1) L'unique démenti que nous ayons pu découvrir à cette assertion, et encore ce démenti ne nous vient pas 
de bien loin, est un livre intitulé: Xouvelle méthode pour apprendre k lire, àjmrler, etc., par M. deGouvaut, 
de Lormes, 1788. Cet ouvrage, devenu fort rare, renferme le tableau un peu pâle mais exact des usages de la 
contrée avant la Révolution. Il nous donne en outre quelques chansons patoises plus riches en refrains qu'en 
paroles. M. Bogros {A travers le Morvand, p. 226), en a reproduit une dont il a rétabli le texte et l'ortho- 
graphe avec la précision d'un fin connaisseur et le tact d'un homme d'esprit. Il ne s'est trompé que sur le 
nom de l'auteur en attribuant cette chanson à Vauban, mais il a bien vite reconnu sa méprise. 



VI INTRODUCTION. 

sous le nom de Jiolées ou Ziolées, c'est-à-dire le morceau le plus célèbre de notre réper- 
toire (1), ne renferme pas un seul mot qui appartienne exclusivement au langage du 
pays. Elle n'est qu'une variante du type en circulation dans toute la France. Qu'on la 
rapproche par exemple de la Chanson de mariage donnée par M. Jérôme Bujeaud dans 
son recueil poitevin, ou de la chanson normande dite des Oreillers, et on verra qu'en 
dépit de son apparente naïveté elle n'est point primitive comme on a semblé le crt)ire. 
Qu'en devons-nous conclure ? Pas autre chose que la provenance exotique de ces petits 
poëmes populaires composés non loin des champs car ils en exhalent souvent la bonne 
odeur, mais aussi près des villes car ils dénotent une certaine culture d'esprit. Les 
réminiscences classiques y viennent parfois se fondre avec les trouvailles d'une imagi- 
nation ingénieuse et prime-sautière. 

Le patois morvandeau ne se trouve donc écrit nulle part. Il n'existe que dans l'usage 
contemporain. C'est là que nous avons dû le rechercher et l'étudier non sans des diffi- 
cultés de plus d'une sorte. On a émis sur ce parler les assertions les plus singulières et 
les plus erronées. Dans son indigeste Histoire des patois, Pierqûin de Gembloux fait de 
notre contrée le dernier asile de la nationalité et de la langue gauloises. Lorsque les 
irruptions successives des barbares, dit-il, « eurent refoulé dans ces épaisses forêts une 
partie des populations qui avoisinent leurs circonférences, chacune d'elles portèrent au 
sein du Morvan leurs dialectes que l'on rencontre encore intacts, grâce à l'extrême 
difficulté des abords de ce pays, jusqu'à nos jours. » Et ailleurs : « Les habitants du 
Morvan cantonnés dans ces montagnes, dans ces forêts, n'ayant qu'une route d'Auxerre 
à .A.utun presque jusqu'à nos jours, le peuple a dû conserver forcément cette langue 
(gauloise) proscrite depuis des siècles dans la partie centrale du royaume (2). » Un autre 

(1) Voir le chapitre iv du livre A travers le Morvand. Bien qu'à notre point de vue particulier les chansons 
du Morvan n'aient pas de caractère original il n'en serait pas moins intéressant de les recueillir. Si elles ne 
nous apprennent rien sur le parler du paj's elles ajouteraient assurément quelques agréables fleurs à l'antho- 
logie des campagnes. Nous sommes un peuple chanteur. Garçons et filles, tout le monde s'en mêle au détri- 
ment quelquefois des oreilles un peu susceptibles et de la morale même la moins farouche. 

(2) Le même auteur dit encore (p. 149) : « A cette époque le Morvan n'était habité que sur quelques points 
qu'au défaut de toute tradition écrite l'idiomographie révèle parfaitement. » Qu'est-ce que cela signifie ? 
Pierqûin de Gembloux, si on le lui avait demandé, n'aurait certainement pas pu donner un éclaircissement 
raisonnable. Nous ne comprenons pas davantage le Glossaire du Centre dans cette phrase : « Le dialecte le 
plus tranché de tous serait celui du Morvan, agreste comme ses montagnes, et ayant plus qu'aucun autre une 
tendance à dégénérer en patois. » Dialecte, patois, quelle logomachie à propos de ces deux terribles mots ! 



INTRODUCTION. vu 

écrivain de notre temps qui a publié des Mémoires sur le Nivernais, Née de la Rochelle, 
va plus loin encore. Il voit dans notre idiome un langage si inintelligible qu'à l'entendre 
« on se croirait transporté sur un autre continent ». Toutes ces affirmations sont de 
pures rêveries. Elles ne soutiennent pas un moment d'examen si court et si superficiel 
qu'il puisse être. Elles ne prouvent qu'une complète ignorance de la question. Les 
auteurs qui n'ont pas fait d'études comparatives sur les parlers provinciaux ou qui 
s'occupent incidemment d'un patois quelconque, s'imaginent ordinairement qu'ils ont 
affaire ù un ensemble de mots tout à fait inconnus en dehors d'une certaine zone plus 
ou moins restreinte. Ne retrouvant plus les formes fixées de la langue commune, ren- 
contrant même parfois des termes inusités sinon nouveaux, ils sont disposés à croire 
que ces idiomes sont ou un parler contrefait, une déformation du français, ou qu'ils 
survivent à titre de débris, d'épave échappée au naufrage de la langue celtique, cette 
langue presque complètement perdue sans qu'on puisse se rendre compte d'un aussi 
prodigieux anéantissement. Rien n'est plus faux cependant. Le patriarche de la philologie 
contemporaine, Frédéric Diez, a au contraire exprimé une opinion à laquelle sa réserve 
habituelle donne un grand poids, opinion qu'une étude approfondie des idiomes néo- 
latins dans leurs variétés littéraires et populaires rendra de plus en plus prépondérante. 
Il a dit que, sous certaines restrictions, il y avait lieu d'admettre qu'à l'origine la Gaule 
conquise avait tout entière parlé la môme langue romane, le provençal conservant 
néanmoins des formes plus pures que le français dont le génie particulier, à dater du 
IXe siècle, n'a pas cessé de tendre à une phonétique moins sonore (1). On ne peut en 
effet parcourir les glossaires aujourd'hui assez nombreux de nos anciennes provinces 

(1) Avant Diez, Lcbeuf avait à peu près émis la même idée : « Je me contente, dit-il, d'avancer comme une 
chose très vraisemblable que dans la plupart des provinces de la Gaule on parlait vulgairement une langue 
peu différente de celle des Provençaux, des Périgourdins, des Limousins»(.l/ëi))oires del'Acad. des Inseriptions 
et Belles-Lettres, XVII, p. 718). Ajoutons qu'un historien de la première croisade, au IX^ siècle, comprend les 
Bourguignons parmi les Provençaux {Hist. ijèn. du Languedoc, II, p. 246). D'un autre côté, Palsgrave dit du 
wallon qu'il est le français parlé en Bourgogne : « Wallon, frenche spoken in Burgondy » (P. 223). Voilà 
donc, suivant ces divers auteurs, toute la France méridionale et orientale confondue dans la même zone 
linguistique. Si d'ailleurs, comme le fait Burguy, d'après Fallot, on englobe dans la région de l'idiome bour- 
guignon le Nivernais, le Berry, l'Orléanais, la Touraine, l'Anjou, l'Ile-de-France, la Champagne, la Lorraine, 
la Franche-Comté et une partie de la Suisse, que restera-t-il ? La Picardie ne fera pas, comme on dit, bande à 
part, puisque son langage se rattache évidemment au type wallon, puisque cette province a en commun avec 
le morvandeau le changement du eh en s ou c faible, changement qui, selon le même Burguy, est « le caractère 
principal du dialecte picard. » Quant à la Normandie, remarquons seulement qu'elle a en commun avec nous 



VIII INTRODUCTION. 

sans être frappé de ce fait considérable que les divergences entre les patois se produisent 
principalement et quelquefois uniquement dans la figure ou si l'on veut dans le son des 
mots. A ce point de vue on pourrait, sans trop de témérité, affirmer qu'à un moment 
donné nos campagnes ont possédé le môme vocabulaire, un vocabulaire identique pour 
le fond bien qu'obstrué à la surface par les formes et les flexions qui représentent 
l'élaboration particulière des différents groupes français. Cette affirmation ne contredirait 
en rien l'existence des dialectes admise dès les temps les plus reculés du moyen âge, 
mais elle réduirait à des accidents, à des particularités de prononciation, leur incontes- 
table diversité. On a souvent invoqué le vers latin du Reinardus Vulpes (l) où il est dit 
que le renard parle bourguignon, la lettre de saint Bernard aux Religieux d'Autun (2) 
où il est fait mention des langages dissemblables, dissimilibus linguis, qui avaient 
cours dans les monastères, la phrase de Bacon (3) où le moine anglais établit la distinc- 
tion du normand, du picard, du bourguignon et du français, le passage de Flamenca (4) 
où l'idiome de la Bourgogne est indiqué à côté du français et du breton. Ces exemples 
démontrent évidemment que les idiomes provinciaux pouvaient être reconnaissables 
entre eux. Prouvent-ils que le Normand, dans les formes ordinaires de son parler, se 
distinguait à première vue du Champenois, que le Bourguignon ne courait pas le risque 
d'être confondu avec le Flamand ? Probablement non lorsqu'il s'agissait d'un lettré, 
d'un homme s'exprimant ou écrivant avec quelque correction dans le dialecte de son 
pays. C'est pourquoi le clerc Garnier de Pont-Saint-Maxence, l'auteur de la Vie de 
saint Thomas le Martyr, n'hésite pas, quoique normand et très normand, à louer en ces 
termes la langue de son remarquable poëme (v. 5820) : 

Aine mes mieldre romanz ne fu fez, ne trovez ; 

N'i a mis un sul mot qui ne seit veritez. 

Mis languages est buens, car en France fui nez. 



la finale sèche des mots que le français articule en ie, disant par exemple derrere pour derrière. Son patois 
mouille aussi comme le bourguignon les terminaisons françaises en é fermé, prononçant biautey, libertey, 
parcntey, santey, véritey, pour les substantifs, ou dclivrey, dépravey, étriquey, soulagey, pour les participes 
passés de la !■■'-■ conjugaison. (Voir la Muse normande, édit. Chassant. Rouen, 1853.) 

(1) Reinardus Vulpes, iv, p. 449. 

(2) Opéra, iv, p. 173, Lettre 67. 

(3) Opus majus, m, p. 44. 

(4) Vers 1916. 



INTRODUCTION. ix 

Les vers célèbres de Quenes de Béthune, si fréquemment allégués en faveur de la 
diversité des dialectes, confirment en définitive plutôt qu'ils ne réfutent cette assertion (1). 
Le trouvère du Xlle siècle se plaint avec amertume d'avoir été indiscrètement critiqué 
à cause d'un mot qui sentait son terroir artésien, à cause aussi, sans doute, de sa 
prononciation wallonne : 

Encoir ne soit ma parole Françoise 
Si la puet-on bien entendre en françois. 
Ne cil ne sont bien appris ne cortois 
Qui m'ont reprist, se j'ai dit mot d'Artois 
Car je ne fus pas norriz à Pontoise. 

Aurait-il tenu à grief une légère moquerie, un sourire peut-être d'Alix de Champagne 
et du jeune roi son fils, si les divergences de langue avaient été communes à la cour 
en grande partie composée de personnages appartenant aux diverses contrées du 
royaume? Le pauvre chevalier, dans cette circonstance, x^essemble quelque peu à ces 
jeunes écoliers de province qui, parlant exactement comme leurs camarades parisiens, 
sont néanmoins trahis dès leur entrée au collège par une singularité d'accent ou par 
l'emploi d'un terme du cru inusité dans la capitale. Il y a longtemps déjà que leur 
diction des voyelles a, o, toujours longues chez eux, a signalé l'individualité des purs 
Bourguignons. Sans qu'ils aient prononcé une parole qui ne soit pas correctement 
française, ils se désignent ainsi tout d'abord comme les compatriotes du vigneron 
Liai Barôzai. 



(1) Ce passage étant écrit, nous nous apercevons tardivement qu'il reproduit à peu près la thèse soutenue 
par Génin et vivement combattue par M. Guessard dont l'opinion dans ces matières a la gravite d'un arrêt. 
t>i une nouvelle argumentation ne nous vaut pas quelques bons points, il ne reste à notre amour-propre qu'un 
seul refuge, le [mot de Galilée après sa condamnation : « E pur si muove I » Un fait important domine la 
querelle et défie le choc des contradictions, c'est que les divergences linguistiques plus ou moins tranchées 
dans les patois s'amoindrissent ou même parfois s'effacent dans les dialectes correspondants. A lire par 
exemple les nombreuses chartes bourguignonnes publiées par M. Garnier, on ne retrouve plus que l'ombre 
du langage si cher à la race des bons Barôzai. Où verrons-nous donc alors la marque caractéristique de ces 
dialectes que l'on nous représente si distincte ? Pour comprendre la parole de saint Bernard citée plus haut, 
ilissimilibus linguis, pour lui donner un sons clair, exact, il faudrait admettre que les Religieux d'Autun 
parlaient, non le dialecte, mais le patois de leurs provinces respectives. L'hypothèse ne serait d'ailleurs pas si 
déraisonnable. Il y a cent ans, les patois occupaient encore une place considérable dans le discours familier, 
dans la conversation dos artisans et même de la bourgeoisie. (Voir le glossaire des Noëls de la Monnaye au 
mot Treufe.) 

B 



X INTRODUCTION. 

Si l'on accorde qu'un même roman, au moins dans la division septentrionale de la 
France, a été la langue commune de la nation (1), que cette langue ne s'est partagée en 
dialectes que sur des points plus ou moins nombreux de phonétique, il faudra bien 
admettre en même temps que l'esprit particulier de chaque groupe, dans cette voie, a 
partout rompu l'uniformité du langage. Aussi voit-on se produire sur la surface du 
pays, de province à province, de ville à ville, de hameau à hameau, une variété de 
parlers qui déconcerte les classifications les plus complaisantes. On se trouve en présence 
de cette immense construction gallo-romaine que M. Dupin, à propos du morvandeau, 
appelait dédaigneusement la Babel des patois. Les contrastes ne sont nulle part d'ailleurs 
plus accentués que dans notre région centrale et orientale dite du dialecte bourguignon. 
On a beaucoup disserté sur ce dialecte sans arriver jamais à établir clairement les 
formes qui le distinguent. Si on le considérait dans les patois de la même zone, on y 
reconnaîtrait quelques signes vraiment caractéristiques, mais il s'en faut beaucoup que 
la langue des chartes et autres documents authentiques possède une empreinte aussi 
prononcée que celle des écrits populaires, noëls, chansons ou pamphlets. Les indices 
en définitive sont si vagues, si équivoques même, que tout récemment des hommes fort 
au courant de la question ont pu refuser le cachet bourguignon à des textes depuis 



(1) Dans une chanson de geste qui semble tenir au dialecte bourguignon de plus près qu'au dialecte 
lorrain, nous voyons le parler roman distinguer les Français des autres peuples néo-latins. Le héros du 
poëme, Floovant, se trouve en présence de prisonniers inconnus. Il leur demande d'où ils viennent : 

Il lor ai demandé, li chevalier vailanz. 

Qui estes-vos, seignour? Que querez-vos céanz? 

Vous me sanblez François au parler lo roman. 

Quand le groupe composé du barnaige, de France, c'est-à-dire de la fine fleur de la chevalerie française, 
s'est tour à tour nommé, nous rencontrons autour d'un duc de Bourgogne des hommes appartenant à la 
Gascogne, à la Bretagne, à la Normandie, à la Champagne, à la Beauce, à la Flandre. Le roman pris dans un 
sens général figure donc ici comme la langue commune de notre nationalité. Cette chanson contient les formes 
les plus caractéristiques des patois morvando-bourguignons, la répétition de l'a et de lo pour renforcer le 
son : Chaalon, Cloovis, Floovan ou Floovain, Joouse, vooir, etc. ; la finale ai pour au : chatai ou chestai, man- 
iai, etc. (p. 4, 20, 23) ; le groupe ous pour eux ; angousous, coroçous, glorious, hontous, outregous, trai- 
tous, etc. (p. 3, 14, 19) ; a pour e : la baie Maugalie, baie fille, gonnale, novale, sale, sarmon, il apale, etc. 
(p. 20, 23, 28, 37, 46, 55, 57) ; o pour a, ai : froche, pordone, pormi, troinchier, voilier, voingance, etc. (p, 19, 
36, 38) ; o pour c : Mahonmot, matinot, motre, oie, porcier, muloz, poine, pordu, richoce, soignor, souI, etc. 
(p. 5, 9, 38, 42, 43, 58, 67) ; au pour a devant 1 : auler, senechaul, desvaule, paulefrois, Aulemant, chevaul, la 
saule, avaul, etc. (p. 2, 15, 16, 19, 32, 59) ; n pour mm répété : donmaige, fanme, conmandai, etc. (p. 2, 21, 47, 
68, 69). On citerait aisément un nombre considérable d'autres exemples. 



INTRODUCTION. xr 

longtemps offerts au public comme les exemplaires du type prétendu (1). L'idiomo- 
o-raphie de ce temps s'accorde assez généralement à représenter notre patois comme 
une sous-division en rapport avec ce type. Il est bien vrai que le parler dijonnais et le 
parler morvandeau sont identiques sur plusieurs points. Un coup d'œil jeté sur les noëls 
de La Monnaye et d'Aimé Piron suffit pour le démontrer. Mais il est également vrai qu'ils 
se séparent ou au moins se différencient nettement sur beaucoup d'autres (2). Il ne serait 
pas difficile de prouver qu'en réalité ils n'ont pas de type commun autre que le type 
général, qu'à l'étudier sans parti pris notre idiome est à peu près aussi rapproché du 
champenois que du bourguignon (3). Si l'on en jugeait d'après quelques documents du 
XVIIe siècle, par exemple la Conférence agréable de deux païsans de Saint-Ouen et de 
Montmorency, où l'on trouve cette bizarre substitution de l'r à l's dans la liaison des 
mots : « deux renfans, das raimis », que M. Schnakenburg a signalée comme un phéno- 
mène propre au Nivernais, on pourrait presque soutenir que nous touchons d'aussi près 
au langage populaire de Paris qu'au patois de Dijon. Il n'entre ni dans notre plan ni 
dans notre dessein d'étudier à fond le vaste problème des dialectes comparés avec les 
patois. Il faut laisser aux maîtres de la science ces espaces périlleux dont le mirage a 
égaré tant de bons esprits. Nous nous hasarderons seulement à dire que les grammai- 
riens de la langue d'oïl nous semblent s'être emprisonnés à plaisir dans des classifications 

(1) Citons la parole même de M. Paul Meyer : « Une erreur d'un autre genre a contribué à fausser les idées à 
l'endroit du bourguignon. C'est qu'on a admis depuis Fallot, sans qu'il y eût pour cela l'ombre d'une raison, 
que les anciennes traductions de saint Bernard et de divers ouvrages de saint Grégoire étaient en dialecte de 
15ourgogne, de sorte qu'on attribuait à ce dialecte des caractères qui ne lui conviennent nullement... » Et plus 
loin : « L'étude de poésies liégeoises... me conduisit à croire que les traductions de saint Bernard et de saint 
Grégoire appartenaient plutôt aux pays wallons qu'aux bourguignons. » {Romania, 1877, p. 40.) Si un procès 
s'engage sur cette assertion, M. Meyer ayant pris le rôle de demandeur devra produire de bonnes preuves. 
La galerie sera certainement attentive, car il y a, ce semble, moins de pour que de contre dans une opinion 
peu conforme, il faut le dire, au sentiment général des érudits. 

(2) Notamment pour la diphtongaison de l'u en eu, diphtongaison beaucoup plus prononcée dans notre 
région est que dans la région ouest dite nivernaise. La finale ai, eai, fréquente en wallon, est également 
étrangère au bourguignon qui, comme le poitevin, termine en a, éa, les substantifs dont la désinence fran- 
çaise est au, eau. La chute de l's médiale qui laisse après elle un son très mouillé : 11, llh (« cerïer » = ceri- 
sier, « gairïon » = guérison), n'existe qu'exceptionnellement hors du Morvan. On en rencontre quelques 
traces dans les patois de la Champagne. 

(3) Voyez les paradigmes de la conjugaison des verbes dans l'ouvrage de M. Tarbé : Recherches sur l'histoire 
du langage et des patois de Champagne. La commune de Rioeys, entre autres, dit comme nous « je seu », je 
suis; «j'étô, j'avô », j'étais, j'avais ; « je serô », je serais, etc. On rapprochera aussi des nôtres les traduc- 
tions de la parabole de l'Enfant prodigue qui sont réunies dans le même recueil. 



xii INTRODUCTION. 

embrouillées où les dialectes, les sous-dialectes, avec divisions et subdivisions, jouent 
parfois un rôle de fantaisie, entretenant l'obscurité des origines sans avancer en rien la 
solution de la difficulté. Sur quelles bases prétend-on asseoir ces lignes multipliées de 
démarcation? Où est la souche de tous ces rejetons supposés ? Quant aux patois, ne doit- 
on pas les considérer comme une famille dont les membres contemporains, par la date 
de leur naissance, ne sauraient, à ce titre, être subordonnés les uns aux autres ? 

Le Glossaire du Morvan renferme les principaux échantillons de l'idiome parlé dans 
l'enceinte d'une circonscription relativement assez étroite, circonscription qui emprunte 
ses limites naturelles, on l'a déjà dit, à la constitution géologique de son territoire. II 
offre un champ d'études tout à fait neuf aux investigations des philologues. Il vient à son 
tour répondre à l'appel que l'auteur de la préface insérée dans le Dictionnaire universel 
de Furetière faisait entendre il y a bientôt deux cents ans (1). En dépit de nos longues 
recherches, nous ne le croyons pas complet. II n'est guère possible de ramasser du pre- 
mier coup dans un cadre donné tout le langage d'une population. Beaucoup de mots, 
les plus intéressants peut-être, demeurent en-dehors de cette première récolte parce 
qu'ils se présentent rarement dans l'usage. Ces mots, s'ils se conservent au fond de nos 
solitudes, formeront l'arrière-ban du contingent morvandeau. Tel que nous avons pu le 
composer cependant nous espérons qu'il ne sera pas sans utilité. Que de vocables nou- 
veaux ou peu connus on en pourrait extraire qui apparaîtraient au grand jour comme 
les séculaires témoins des transformations ou des développements de la langue littéraire. 
Celui-ci, « bairnaiger », nous montre à son déclin un terme chevaleresque, presque 
épique, barnage, en bas-latin baronagium, qui à l'origine désignait le corps, l'assemblée 
des barons, et qui peu à peu s'est appliqué d'abord à la maison, au train d'un grand 
seigneur, ensuite à une idée de pompe, de force, de vaillance : 

Sa grant valur ki la purreit cunter ? 
De tel barnage l'ad Deus enluminet ! 

[Chanson de Roland, v. 535.) 

Nous en avons humblement tiré l'expression du bien-être, de la prospérité matérielle. 
Celui-là, « naiger », représente chez nous le substantif naie, qui dans l'ancien français 

(I) On lit en effet dans cette préface : « Rien ne servirait mieux à perfectionner la science étymologique 
qu'une recherche exacte des mots particuliers aux diverses provinces du royaume, s M. Littré dit de son 
côté : f Sans les patois enregistrés, confrontés et analysés, le système de la grande langue d'oil demeure 
imparfait. » {llisl. de la langue fr. II, p. 153.) 



INTRODUCTION. xiir 

se disait pour une pièce de linge, un fragment d'étoupe, un morceau de cliarpie. Nous 
l'avons signalé à la sagacité scientifique de M. Natalis de Wailly pour expliquer le pas- 
sage obscur de Joinville où les croisés calfeutrent la porte d'un navire en mer aussi 
comme Von naye un tonnel. Un autre, « condômer », sort directement du latin avec le 
sens figuré de dompter, terrasser, et le sens propre de contourner, déformer un objet. 
Il peut servir de pendant sévère au gracieux berrichon « arrider », sourire à quelqu'un, 
dont on ne trouve pas non plus la trace dans les textes romans. Un autre, « roucher », 
tout à fait synonyme de rosser, répond au terme provincial « rouche », roseau. Il nous 
met sur la voie de nombreuses étymologies inaperçues ou négligées jusqu'à ce jour. Un 
autre, « lôber », goguenarder, nous donne ce verbe lobber que Ronsard sollicitait des 
néologues de son temps comme un utile provin de lobbe, un vieil mot français, dit-il, 
qui signifie mocquerie et raillerie. Le poëte ne savait pas que le mot enregistré par le 
grammairien Palsgrave circulait en France depuis plus d'un siècle. Un autre, « gôner », 
nous restitue gone qui, avec son diminutif gonelle, se montre assez fréquemment dans 
les écrits du moyen âge pour nous donner le droit de reprendre ce terme à la langue 
anglaise où les gens de robe portent la qualification de goivyimen. Avec « lureau », 
bélier, nous comprenons à première vue, et sans qu'il soit besoin d'un commentaire 
indiscret, la signification de godelureau. Avec « bonde », qui est usuel pour borne de 
champ et pour tampon de bois en forme de grosse quille servant à fermer les étangs, 
nous entendons à merveille, non-seulement ce que veut dire bonder un navire et 
débonder son cœur, mais encore ce que signifie la locution des anciennes Coutumes : 
aller de bonde en bonde (1). Avec « laquais », petit épi de blé, nous entrevoyons pour 
ce terme assez déprécié une origine des plus honorables. Avec « laume », seul usité 
pour indiquer le roseau de nos étangs et par extension les joncs ou autres plantes de 
marécage, nous découvrons sans effort l'étymologie si longtemps poursuivie du nom 



(1) Un passage de Malherbe démontre qu'à son époque bonde se disait expressément pour le bouchon et non 
pour l'ouverture d'un conduit, d'un canal. Ce passage est cité à l'article Bonde dans le Glossaire. Les Anglais 
qui conservent leurs mots non moins soigneusement que leurs institutions politiques ont gardé à « bound », 
la signification de borne limitrophe. La bound-stone est la pierre que nous appelons bonde. Dounding indique 
l'action de borner un terrain, le bornage. Quant à l'identité du mot dans les deux acceptions, elle résulte de 
la forme arrondie des deux objets. Bonde, dans l'un et l'autre cas, se rattache très probablement au même 
radical que boudin. En vieux français boudiné a eu le sens de ventre comme en Champagne « bondaine. » 
Aux environs de Reims « bondine » et « bondon » sont synonymes de bouchon. 



XIV INTRODUCTION. 

que porte la plaine des Laumes, située au pied du mont Auxois. Dans « blosson «^ 
petite poire sauvage qui n'est mangeable, comme la nèfle et la sorbe, qu'au moment 
où elle est devenue blette, nous voyons un augmentatif du vieux français beloce (1). 
La beloce, dans les écrits du moyen âge, désigne ordinairement une mauvaise prune, 
la prunelle des haies, laquelle n'a également d'emploi qu'après avoir été amollie 
par les fortes gelées de l'hiver. Ce fruit, d'une extrême acidité, et l'alise, le fruit de 
l'alisier, étaient considérés comme les emblèmes du rien. Ne pas valoir une beloce 
ou une alise, c'était peut-être moins encore que ne pas valoir deux liards. Dans 
« bouchon », petit bouquet de bois, haie vive non taillée, nous reconnaissons de prime 
abord le traditionnel faisceau de feuillages qui promet aux gens altérés l'hospitalité 
d'un cabaret. Le mot est une variété en ch pour ss de bousson, synonyme de buisson 
dans le Nivernais et surtout dans le Morvan : le Bousson, c^e de Parigny-la-Rose, le 
Vernay-Bousson, c^ de Saint-Brisson. Le radical bosc, bosch, qui se montre également 
dans le provençal et dans le flamand pour bois, figure dans les formes anciennes des 
lieux dénommés aujourd'hui le Bouchât, le Bouchet, le Bouchot autrefois le Boschet (2). 
Dans « menïon », époque des semailles d'automne en même temps que des dernières 
récoltes de l'année, nous découvrons un terme si rare qu'il semble confiné dans la 
région bourguignonne. Ce terme, corrompu par l'aff'aiblissement de la consonne initiale 
et par la chute de l's ou des ss médiales, est une contraction de benison, benisson. Il 
se montre quelquefois dans les chartes et dans les baux du pays. Il fait probablement 
allusion à la cérémonie religieuse mentionnée par Ducange (i, p. 647), à Benedictio, 



(1) Bclocc est un allongement de blosse que Roquefort donne comme variante de blosson et de blot. Ce qui 
le prouve c'est que l'e intercalé ne figure généralement pas dans les provinces. Le haut Maine et la Normandie 
emploient encore le primitif « blosse » qui se prononce « bloche » à Guernesey. En Berry « blosse » est un 
substantif qui signifie au propre blette en parlant d'une poire trop mûre. En Champagne le verbe n blosser » 
est l'équivalent de mûrir. On retrouve le dérivé dans le comtois « blesson » et dans le suisse « blosson. » Le 
bas-breton bolosenn dont le pluriel est bolos, a été vraisemblablement emprunté à l'ancienne langue. Quant 
au sens intrinsèque du mot, il ne s'applique ni à une poire ni à une prune, mais uniquement à l'idée de 
maturité très avancée. L'arbre qui produit les fruits de l'espèce indiquée est appelé, suivant la forme du 
fïubstantif, blessonier ou blessenier, chez nous « bloss'né », « bloussounié » dans l'Avalonnais. 

(2) Buisson provient-il de buis ? Ne représente-t-il pas le vieux français busson dont notre patois a fait 
bousson et bouchon ? Comment le latin buxus aurait-il donné à l'italien buscione le se qui est dans l'ancienne 
forme boschet. Si on dérive le français bûche du radical bo.sc, pourquoi, avec intercalation d'un i, n'en tirerait- 
on pas encore buisson ? La variante en ch n'est pas étrangère au vieux français : « Hui matin juer alai Les 
un Bouchet kc je bien sai. » {Romances et Pastourelles. Bartsch, p. 169.) 



INTRODUCTION. xv 

sous la rubrique : Benedictio super fruges novas (1). Si des substantifs nous passions aux 
adverbes et aux locutions, que de précieux renseignements nous trouverions sur des 
mots et des manières de parler dont l'explication n'existe peut-être nulle part. Parmi les 
premiers, citons seulement la particule explétive « jar » aussi prodiguée dans la conver- 
sation de nos paysans que l'était jà dans les chansons de geste du moyen âge, que l'est 
encore già dans le discours des Italiens (2). Chez nous « jar » ne garde plus rien du sens 
primitif que les dérivés français déjà, jadis, jamais, ont conservé. Ce monosyllabe ne 
signifie plus que vraiment, en effet. Dante l'emploie, ce semble, avec cette signification 
dans le fameux passage de VEnfer où il rencontre son guide, Virgile. Le poëte vivant 
demande au poëte mort s'il est un homme véritable ou l'ombre d'un homme : 

Risposemi : non uom ; uomo Già fui. 

Comme exemple de locution nous ne mentionnerons que « plaimor de », très usité 
dans notre région pour afin que, à cause de, en considération de. On va à la foire 
« plaimor » d'acheter une vache, on vous salue « plaimor » de vous faire une politesse 
on appelle le médecin « plaimor » d'être guéri d'une maladie. En italien per amor 
signifie également à cause de, en faveur de. En Languedoc « pér amour d'aquô » = en 
considération de cela ; « amour dé parla » est l'équivalent de la locution française histoire 
de parler ! Le mot plaimor est donc une crase de pour l'amour. Il a des ramifications dans 
tous les patois et sous différentes formes et fait assez bonne figure dans l'ancienne langue. 
M. Littré, au chapitre des patois {Hist. de la langue française, II, p. 136), relève 
dans le wallon une locution tout à fait semblable, la locution à l'appétit de, qui a exacte- 
ment la même valeur, sans pouvoir revendiquer une aussi haute origine. Notre façon de 
parler possède aussi beaucoup plus d'antiquité comme on peut le voir dans les citations de 

(1) On reproduit ici la formule de la Ijénédiction d'après le Sacramontaire nivernais du XI<= siècle. Cette belle 
prière sera la plus glorieuse des illustrations pour notre humble mot patois : « Oramus pietatem tuam, omni- 
potens Deus, ut lias primitias creaturae tuaj, quas aeris et pluviaj temperamento nutrire dignatus es, benedic- 
tionis tuœ imbre perfundas, et fructus terras tuse usque ad maturitatom perducas, tribuasque populo tuo de 
tuis muneribus, tibi semper gratias agere, ut a fertilitate terrœ esurientium animas bonis afiluentibus repleas, 
et egenus et pauper laudent nomen glorice tuœ. » 

(î) La particule « jar, jair », appelle deux remarques. On y reconnaît le procédé bourguignon qui ajoute un 
r parasite dans la terminaison de certains monosyllabes comme dans « cier, mier », pour leur donner du 
corps. On y constate une fois de plus les bizarres déviations que subissent les mots dans un même milieu. 
En effet si « jar » copie d'assez près le vieux français jà, notre forme patoise « dije, diji », s'éloigne considé- 
rablement de des jà = déjà. 



XVI INTRODUCTION. 

ce Glossaire. Il y aurait un autre rapprochement de quelque intérêt à faire entre l'an- 
cienne locution avoir talent, et notre locution morvandelle « avoir couéte. » Elles 
expriment toutes deux l'idée du besoin ou du désir passionné. Ville-Hardouin dit : « N'a 
raie grant talant de conquerre qui cesti refusera. » {Conquête de Constant inojAe, p. 52.) 
Joinville parle de môme : « Il lour sembloit que nous n'aviens talent d'estre délivrez. » 
{Hist. de saint Louis, p. 182.) Cette expression s'est conservée dans l'italien et dans 
l'espagnol mais elle a complètement disparu de la langue française. Notre terme 
« couéte » pourrait, sans changement de signification, être substitué à talent. L'ancien 
provençal, qui possède les deux primitifs talen et coita, employait les adjectifs dérivés 
talentos et coitos dans une acception pareille, celle de nécessiteux ou de désireux. Nous 
avons cru devoir rattacher « couéte » au latin cuinditia qui a donné le verbe convoiter, 
mais Tétude approfondie du mot conduira peut-être les étymologistes à un autre 
jugement. (1) 

Un dépouillement attentif du fonds patois fournirait certainement encore des indica- 
tions utiles sur la signification et par suite quelquefois sur l'étymologie des noms de 
lieu. Beaucoup de mots qui ont été français et à ce titre usités pour la désignation d'un 
champ, d'un pré, d'un bois, sont depuis longtemps sortis de la langue usuelle ou y ont 
pris une acception détournée qui les défigure, mais ils se sont maintenus, plus ou 
moins intacts, dans les campagnes avec leur sens primitif On les retrouvera donc là 
comme des contemporains toujours prêts à déposer en faveur de la véritable origine. 
Prenons pour exemple les trois mots « brosse, plessie, chaume », si fréquemment 
inscrits sur nos registres cadastraux. Chez nous une « brosse » est la haie vive qui 
forme la clôture des héritages. Elle arrête le bétail parqué dans les pâturages. La 
relation entre cette brosse et l'instrument garni de crins avec lequel on nettoie les 
vêtements saute aux yeux de l'observateur. En effet la haie sans cesse broutée par les 
animaux présente au regard une série de pointes végétales qui rend parfaitement 
compte de la métaphore. D'un autre côté les allures vagabondes du troupeau errant le 
long de ces clôtures vivantes peuvent expliquer aisément le verbe brosser qui, dans 
l'ancienne langue, signifiait rôder dans les halliers, dans les buissons, et qui dans le 

(1) Diez tire lo provençal coitar d'un fréquentatif de coquere, le latin fictif coctare. (Etijmol. Worterbuch, I. 
p. 135.) Cette ctymologie nous ramène à l'opinion de La Monnaye. Nous donne-t-elle le dernier mot de la 
science ? Et puis le bourî^uignon « couite » et le morvandeau « couéte » sont-ils identiques ? 



INTRODUCTION. xvii 

langage particulier des chasseurs sert encore à indiquer une course à travers bois. 
L'anglais to brush, dérivé du primitif hriish, brosse d'habit et broussaille, s'emploie 
également dans le sens de raser, de passer rapidement. L'adjectif hrushy, hérissé, répond 
à l'idée de chose pointue qui est dans l'étymologie du mot (1). De brosse à plessie la 
transition est facile puisque ces termes sont absolument synonymes, indiquant tous deux 
le même objet considéré dans un état différent. La haie livrée à elle-même, c'est-à-dire 
munie de tout son appareil végétal de tiges et de pousses, est la brosse proprement dite; 
elle devient une -plessie (pléchie en patois) lorsque les brins un peu forts ont été à demi 
fendus avec la serpe ou la cognée de manière à pouvoir se courber, se coucher horizon- 
talement (2). Par extension les deux mots ont été usités l'un pour l'autre et ont servi 
concurremment à désigner toutes les haies vives de la contrée qu'elles enguirlandent si 
gracieusement. Les plessies étaient autrefois très communes en France. On en voit la 
preuve dans les nombreuses localités dénommées le Plessis, le Plessier, localités qui 
comprenaient ordinairement un espace plus ou moins vaste, clos au moyen de haies 
plessécs. Ducange enregistre les variantes plesse, plessée. Il y avait des plesseurs comme 
aujourd'hui encore dans le Morvan. Ces ouvriers étaient chargés du soin des clôtures 
vives. Quant au verbe plesser, tiré directement du latin plectere, il a disparu comme le 
substantif, son dérivé. Il n'en reste que le terme d'anatomie plexus. Le vieux français 
cependant l'employait au propre et au figuré (Voyez au Glossaire Flécher); il s'est 
maintenu dans quelques patois anglais où « to pleach » est l'équivalent de to bincl a 
hedge. Nous l'avons conservé intact. Il est un des termes les plus usités de notre voca- 
bulaire. Passons au mot chaume qui ne nous est pas moins familier et qui n'existe plus 
en français sous sa forme féminine et avec la signification que nous lui donnons. Dans 
notre région une chaume est un terrain gazonné, ordinairement de mauvaise qualité. 



(1) En Poitou « brusse, brousse », se dit d'une grosse touffe de ronces, d'épines, d'ajoncs. En Bretagne 
« brous » désigne un jet d'arbuste, une pousse, et « brùk » est l'équivalent de « briis, briig », bruyère (en'ca 
comrnunis), dont quelques dialectes italiens ont tiré le dérivé « brûscia, brûscin », brosse, vergette. En 
Franche-Comté les adjectifs « broussu, brôtchu », s'appliquent le premier à un objet hérissé, le second figuré- 
ment à un langage rude et grossier. Ajoutons qu'en portugais brocha signifie à la fois brosse et clou. Le sens 
de pointe, de piquant, n'est nulle part mieux accusé. 

(2) La tige ainsi coupée et couchée, prise isolément, se nomme un « pléchat. » Dans un texte cité par 
Ducange, pléchat est employé adjectivement : un tonneau pléchat, cupa, plechata. Le français a le mot pleyon 
qui a la même origine et à peu près la même signification. 

C 



xviii INTRODUCTION. 

une lande, un pâquis communal. Les anciennes coutumes font souvent mention de ces 
cliaumes-là. Sous le nom de Hautes-Chaumes, et avec une fertilité beaucoup plus 
grande, elles forment le couronnement verdoyant des ballons vosgiens. Dans le Jura les 
(îhaumes sont des montagnes à pâturages. L'idée de gazonnement s'attache si bien au 
vocable que nous en avons tiré un verbe « chaumer, achaumer », qui l'enferme exacte- 
ment le sens de gazonner. Une terre « achaumie » est une terre où l'herbe a poussé 
plus ou moins drue. En français le chaume est tout autre chose. C'est ou l'éteule qui 
demeure dans le champ après la moisson, ou la paille de seigle que nous appelons 
« glui » et dont on se sert pour la couverture des toits dits de chaume (1). Voilà donc 
trois mots essentiels à l'étude des cartes topographiques, trois mots qui manquent à 
nos dictionnaires et qui seraient à jamais perdus si les patois ne les avaient pas recueil- 
lis avec beaucoup d'autres de même nature. Ainsi on peut affirmer que la confection 
d'une légende territoriale de la France, à la fois exacte et complète, demeurera impos- 
sible tant qu'on n'aura pas pénétré au fond des idiomes provinciaux. 

Quoi qu'il en soit de tous ces aperçus sur les services que les patois pourraient rendre 
à la philologie, il n'en est pas moins vrai qu'à leur source même ils ne sont guère en 
faveur. L'auteur d'un travail quelconque sur le parler rustique de son pays se trouve 
le plus souvent aux prises avec cette interpellation un peu moqueuse : A quoi sert le 
patois, pourquoi tant de labeur pour un si mince objet ? Répondre avec Charles Nodier 
que les patois sont faits pour nous dédommager du bon français qui se fabrique aujour- 
d'hui serait peine perdue. Nous ne le voudrions pas croire tant nous aimons la petite 
littérature de notre journal. Si on mettait en avant l'opinion des savants autorisés qui 
se sont constitués les champions de ces études, on obtiendrait moins de crédit encore. 



(l) Le dcrivô du latin calamuSj chaume, tige des céréales, du froment et du seigle principalement, est-il le 
même mot que chaume, terre gazonncc, lande ? Cela est tout à fait invraisemblable non-seulement à cause 
du changement de genre, mais encore en raison du changement de signification. Tout bien considéré, le bas- 
latin calma semble devoir être rattaché au français calme et à l'espagnol calmo : (terras calmas, terres arides, 
incultes), calma, cessation, suspension. L'idée de repos appliquée à un terrain non cultivé trouve encore 
des appuis dans le bas-breton clioum, s'arrêter, cesser, et dans le suisse romand « chauma, tschauma », cesser, 
se reposer en parlant du b'étail. Caume qui apparaît dans les noms de lieu : la Caume-au-Cerf, la Caume-do- 
la-Bécasse (Yonne), Caumia (Basses-Pyrénées), nous offre peut-être la forme correspondante à calma. Dans 
le Gard on rencontre plusieurs localités qui paraissent avoir la même origine étymologique : Caumal, les 
Caumels, la Calmette qui, au XI" siècle, est désignée dans les chartes par les variantes Calmes, Calmi : Villa 
Calmes, ecclcsia de Calmis. Un écart de ce département est nommé la Calm-Marcillane. 



INTRODUCTION. xix 

On les récuse comme les pontifes du temple intéressés au culte des faux dieux. Il ne 
reste donc qu'à se résigner au rôle peu glorieux d'amateur de bagatelles. Et cependant 
la belle langue française, isolée des patois, ses égaux au point de vue généalogique, n'est- 
elle pas quelque peu semblable à une grande dame dont on ne connaîtrait ni les aïeux, 
ni la famille ? L'innovation la plus heureuse du grand lexique que M. Littré a mené à 
si bonne fin, celle qui a le plus contribué à son succès, c'est assurément le rassemble- 
ment méthodique des exemples empruntés à chaque époque, exemples qui dans leur 
ensemble composent ce qu'on a appelé l'historique du mot. Eh bien, à côté de cette idée 
très simple et cependant très ingénieuse, on en imagine une autre qui ne serait peut- 
être pas moins féconde. Pourquoi n'aurions-nous pas un dictionnaire qui réunirait 
autour de chaque vocable français tous les membres de sa famille aujourd'hui dispersés 
dans l'obscurité des écrits et des parlers provinciaux? L'ébauche de ce travail qui 
jetterait les clartés les plus inattendues sur nos origines linguistiques, existe sans doute 
dans le livre considérable que nous venons de nommer, mais il s'agirait de compléter 
l'œuvre en rapprochant du mot fixé tous ses congénères encore flottants dans les patois 
romans, surtout dans ceux de l'Italie si riches, si abondants, que M. Max Muller a pu 
dire d'eux qu'ils renferment en masse les éléments des langues néo-latines. 

Il faudrait écrire un livre si l'on voulait entrer dans le détail des considérations 
philologiques qui plaident pour un développement sérieux des études relatives aux 
idiomes populaires répandus sur toute la surface du domaine français. Le labeur indi- 
viduel a déjà beaucoup ajouté à nos connaissances sur cette matière, mais n'aurait-on 
pas le droit de demander son concours au gouvernement du pays ? La création d'une 
chaire des dialectes et patois comparés rendrait les plus grands services aux romanistes 
en leur fournissant le foyer central qui leur manque encore dans notre pays. Nos jeunes 
savants accepteraient sans doute avec empressement l'honorable tâche de montrer au 
public tout ce que la langue moderne doit à l'ancienne et surtout ce que le parler 
multiple des campagnes possède encore de richesses enfouies, richesses où l'avenir 
puisera peut-être des rajeunissements imprévus. En attendant qu'un ministre intel- 
ligent accepte et mette à exécution ce patriotique dessein, la carrière est ouverte aux 
liommes de bonne volonté. Qu'ils préparent sans relâche les matériaux d'un enseigne- 
ment nourri de faits et armé de toutes pièces! C'est dans cette vue qu'à la suite de 



XX INTRODUCTION. 

plusieurs autres nous apportons notre pierre de construction, pierre rude à extraire et 
non moins rude à tailler, si brute qu'elle soit encore. Notre recueil ne renferme aucun 
mot qui ne soit du langage contemporain. Il est sorti tout entier du milieu champêtre 
où il a été pour ainsi dire puisé goutte à goutte. Les paysans associés à la longue 
carrière agricole de l'auteur lui ont fourni, à leur insu le plus souvent, ses véritables 
collaborateurs (1). Tel mot a été noté au bord de la source où se désaltéraient les 
« fonouses », tel autre sous le grand chêne où les « fouâchous » aiguisaient l'acier 
tranchant de leurs « dards. » Celui-ci fut récolté dans le champ de seigle où « l'ordon » 
des « moichenous » et des « moichenouses » couchait sur le sol la nappe indigente 
ou luxuriante de la future « teiche »; celui-là fut ramassé dans les bois où le « mou- 
leur » armé de sa vaillante cognée, debout au milieu des arbres abattus, ressemble un 
peu à ces héros des chansons de geste que les poètes nous représentent luttant sans 
trêve ni merci derrière un rempart de cadavres amoncelés ; 

Dur sunt li colp e li caples est griefs. 

[Chanson de Roland, v. 1678.) 



Tel qu'il est, ce Glossaire donnera-t-il quelque satisfaction aux légitimes exigences 
du public spécial devant lequel il va paraître? Nous ne l'espérons guère. Un lexicographe 
provincial dans son humble domaine peut s'appliquer ce que l'Apôtre des nations disait 
à propos de sa mission universelle : « Graecis ac barbaris debitor sum. » En effet, s'il 
veut donner à son livre tout l'essor qu'il ambitionne, il faut qu'il s'adresse en même 
temps aux chercheurs en quête de matériaux et aux lecteurs peu soucieux d'analyses 
philologiques. Il faut qu'il n'éloigne pas tout à fait les juges de son entreprise sans se 
rendre inaccessible aux simples curieux. Tâche difficile et peut-être impossible! Selon 



(1) L'amitié ou le bon voisinage des champs ne nous a cependant pas refusé sa bienveillante assistance. La 
moisson du lexicographe doit plus d'un épi à l'obligeance de M. l'abbé Baudiau, l'historien érudit du Morvan, 
aujourd'hui curé doyen d'Entrains, à M. l'abbé Perreau, curé de Dompicrre-sur-Héry, à M. Simon, instituteur 
à la 'Vault do Frétoy, à M. René Raudot, d'Avallon, à M. Antoine Lesenfans, à M"= Marie Girard, de la Chaux. 
Pourquoi ne mentionnerais-je pas aussi le concours que m'a longtemps donné mon fils, ancien élève pension- 
naire de l'Ecole des Chartes ? Un remerciement collectif serait presque une ingratitude si le donataire ne 
réservait pas à chacun des généreux donateurs sa part de reconnaissance. 



INTRODUCTION. xxi 

nos forces cependant nous avons essayé de concilier les deux systèmes dont les modèles 
se trouvent dans le Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, par Ch. Grandga- 
gnage, et dans le Glossaire du Centre, par le comte Jaubert. Les nombreux exemples 
qui accompagnent comme des éclaireurs la plupart de nos mots, ont été soigneusement 
choisis parmi les plus anciens, non-seulement parce qu'ils sont plus rapprochés des 
sources, mais encore parce que leurs formes s'accordent mieux avec la date des nôtres. 
Ils sont là, posés à côté du vocable patois pour attester son irrécusable parenté avec 
ses congénères de la vieille langue. Les détracteurs de nos parlers rustiques verront 
dans ces citations que le langage contemporain de nos campagnes, souvent considéré 
comme grossier ou incorrect, fut en son temps du très bon français, du français tel que 
le parlaient Ville-Hardouin et Joinville, du français tel qu'on le lit encore avec plaisir 
dans les plus illustres monuments de l'ancienne littérature. Nous n'apporterons aucune 
excuse au sujet de l'orthographe adoptée. L'avis de Quintilien, qu'il faut écrire comme 
l'on prononce, nous paraît encore le meilleur à suivre quoi qu'on en puisse dire, surtout 
lorsqu'il s'agit d'un idiome construit d'après des règles successivement modifiées. Nous 
n'avons quelquefois failli à ce procédé simplificateur que par un reste de soumission 
aux susceptibilités de l'usage. La question des étymologies a été comme toujours la 
grande préoccupation de l'auteur. Il ne s'est pas aventuré sans appréhension sur un 
terrain dont il avait appris à connaître l'extrême difficulté, sur un terrain où les maîtres 
de la science ont eux-mêmes rencontré plus d'un écueil. Si dans cette voie périlleuse il 
a écouté la sirène qui en a séduit et trompé tant d'autres, s'il a tenu ou plutôt battu la 
campagne avec elle, c'est que se trouvant parfois en présence de mots nouveaux, il s'est 
cru comme accidentellement invité à rechercher leur origine. Peut-être aussi, tout en 
appréciant mieux que personne son incompétence, a-t-il eu dans ces rencontres l'am- 
bition de pouvoir offrir à de plus habiles quelques conjectures propres à seconder leurs 
efforts. Il n'est d'ailleurs pas besoin d'ajouter qu'en dehors de quelques libres excursions 
à travers l'inconnu, Diez, Littré, Scheler, Brachet, lui ont servi de guides dans la longue 
élaboration d'un ouvrage conçu et exécuté loin des villes, loin des ressources et des 
conseils qu'elles auraient sans doute procurés à son inexpérience. 

Les travaux de ce genre ne se terminent pas sans que le Temps ait fait un grand pas, 
sans que l'existence d'un homme ait changé de saison, sans que la neige, indice de 



xxii INTRODUCTION. 

l'hiver qui ne se renouvelle plus, ait blanchi ses cheveux. Heureux néanmoins celui qui, 
au moment de se séparer de son œuvre, possède encore assez de vie pour remercier 
Dieu de lui avoir permis de l'achever, pour lui rendre grâces avec le grand légiste du 
XIIIc siècle, Philippe de Beaumanoir, écrivant à la dernière page de ses Coutumes de 
Beauvoisis .• « Gracie je lo et aour de ce que voz m'avez donné espace de tans et volenté 
de penser, tant que je sui venus à le fin de ce que je avoie propos à fere en mon 
cuer. » 



La Chaux, juillet 1878. 



NOTES GRAMMATICALES 



NOTES GRAMMATICALES 



Nous avons essayé de grouper clans le cadre de l'alphabet les diverses particularités qui sont 
comme les accidents caractéristiques du parler morvandeau. Un travail de ce genre servirait 
mieux que tout autre à mettre en relief la véritable structure d'un patois ; mais l'auteur n'a pas 
besoin d'être modeste pour confesser sa trop évidente insuffisance. En pareille matière un bon 
grammairien serait un spécialiste, rara avis in terris! 



A 



A se diphtongue presque toujours en ai dans notre région à la fois morvandelle et bourguignonne : 
«aibri,aidieu, aigneai,aimi,etc.,ai, lai,mai,tai, sai », pour à, la, ma, ta, sa (1) ; même articulation dans 
les finales devant la consonne g : « imaige, raige, saige, usaige, visaige », etc. Au contraire, l'a d'origine 
ne s'associe souvent pas l'i que le français intercale. Ainsi, mâ=mais, fâ = faix, pâ = paix. Nous disons 
jaimâ ou zaimâ pour jamais, mâtre, mâtros.se pour maître, maîtresse, mauvâ, peunâ pour mauvais, 
punais. Le lorrain, dont la prononciation reproduit souvent la nôtre dans ses particularités les plus 
caractéristiques, dit aussi ma, pâ, jemâ pour mais, paix, jamais : si v' piâ z= s'il vous plaît. Les noms 
de lieu reçoivent le même traitement : Montlay, Liernais, Lucenay deviennent Montlâ, Lîernâ, Lucenâ. 

Ai ou la fausse triphtongueeai, en un seul son, remplace dans les terminaisons le groupe français eau, 
auquel correspond le bourguignon et le poitevin â, éa, ià (2). Nous prononçons « eai, béai, chaipeai, 
couteai » pour eau, beau, chapeau, couteau, qu'aux environs de Dijon et de Poitiers on prononce « éa, 
béa, chapéa, coutéa », tandis qu'en Franche -Comté, aux environs de Monthéliard notamment, la 

(1) Les anciens textes bourguignons ont souvent écrit e pour ai, le son de la voyelle isolée se rapprochant beaucoup de celui 
■ lue donne la diphtongue. Pour en citer un seul exemple : oherrotte = charrette, qu'on rencontre assez fréquemment dans nos 
chartes communales, aurait probablement dû être orthographié chairote. Quand un Morvandeau dit : Mon airai, l'oreille hésite 
entre le son ouvert è, ê et le son fermé é. Elle éprouve la même hésitation lorsqu'il prononce le mot a mairà », marais, qui offre 
un etemple de l'i intercalé dans la première syllabe et de l'i retranclié dans la seconde. L'abus de l'a mouillé, qui est typique dans 
les patois de nos contrées, a été poussé en Bourgogne jusqu'à la dernière limite. On trouve dans Gerars de Viane brais pour 
bras, - Bekker, v. 43, - pais pour pas, v. 250, - Paikes pour Pâques, v. 348, - ariebain, v. 3272, - bairon, compaigne, -v. 3304, - 
miraicles, v. 35G2. 

(2) Les noms propres dont la désinence est eau perdent la voyelle u et se réduisent en â, eà : « Beaudâ, Rondâ » pour Beaudeau, 
Rondeau; Miohau, variante de Michel, se change en « Miolieâ. » Diez, i, p. 406, a remarqué qu'en ilal. Bordeà, = Bordeaux. 



V* NOTES GRAMMATICALES. 

finale s'assourdil en c : « bc conte » = beau couteau; « bé vc » = beau veau; « bé mouché » = beau 
morceau. Dans quelques parties de noire région bourguignonne, i s'ajoute à l'a : « in via » = un veau. 
L'ancienne langue nous offre des exemples assez nombreux de cette prononciation : 

Et Karlemaine l'en ait araisoné. 

» Biaz niez, » dist-il, com vos est an«ontreiz? 
{G. de Viane, v. 3201.) 

Li cnfès par estoit tant biax, 
Douz et simples com .1. aigniax.... 
Bons rois, fet-il, .1. damoisiax 
Estoit jadis riches et biax. 

{Dolopathos, p. 163, ICS.) 

Il s'en faut beaucoup, d'ailleurs, que la combinaison ai, eai pour eau soit particulière au Morvan 
bourguignon. On la retrouve en wallon et surtout dans le patois de Liège qui dit : i bâtai, chapai, 
coûtai, » pour bateau, chapeau, couteau; « bai-fré, bai-fi » = beau-frère, beau-fils, « fé F bai » faire le 
beau. En Champagne « coûtai, gâtai, ogeai » = couteau, gâteau, oiseau. Lorraine : « biai » et « bié » 
= beau. Normandie : « coutei » qui devient « coûté » = couteau à Guernesey. 

A lorsqu'il ne se diphtongue pas n'est presque jamais bref; il est long et l'articulation se prolonge 
de manière à donner une émission de voix quelque peu rapprochée de a.l. C'est pour essayer de noter 
cette prononciation que le Glossaire enregistre « aâ, aâge, aàsié, aâye, aâyelé, » etc. L'accent circonflexe 
sur l'a simple marque l'intensité du son sans en rendre la durée. 

A ou ai s'ajoute concurremment avec e au commencement de certains mots. Nous disons « ahaie, 
alemelle, alunette » pour haie, lame, linotte; « aibatelou, aiguian, aiguieu, ailunette, aimeunition, 
aivolte, » etc., pour bateleur, gland, glu, lunette, munition, volte. La prosthèse e ne nous est pas 
moins familière. (Voir la lettre E.) 

A s'emploie pour il et pour elle devant une consonne au singulier et au pluriel : « a vin, a v'non » := 
il ou elle vient, ils ou elles viennent. A devient al devant une voyelle pour le masculin : « al ô béte, 
al euman 1' vin. d Le féminin est ile dans la région bourguignonne. La région nivernaise emploie les 
deux formes al et ol au masculin, ile et oie au féminin : « ile ô jeune, oie ô zeune », elle est jeune. 



B 

B disparait dans le groupe obs : « oscur, ostiné, ostruer », et dans la terminaison able, qu'elle 
représente le latin abula, : « taule » = table, ou abolus : « diâle » = diable. Le b tombe également 
dans la finale aule pour able dérivée par imitation quelquefois du latin abilis. Cette finale, très répandue 
dans la région bourguignonne : « aimiquiaule, aivançaule, compaingnaule, convenaule, croyaule, 
doumaigcaule, perdaule, pidiaule, prenaule, proufitaule, tormentaule, vendaule, » manque souvent 
d'analogue en français. Ainsi parmi les quelques adjectifs cités, on ne pourrait rendre les trois premiers 
avec un équivalent régulier. Aule dans ces mots est un suffixe indiquant ce qui est porté à aimer, à 
donner de l'avance, à rechercher la compagnie. Le vieux français offre de nombreux exemples pour 
cette terminaison, aussi bien dans le sens passif que dans le sens actif. Les Sermons de saint Bernard 
nous oiïrent : amiaulc, p. 530; - colpaule, créaule, p. 532; - convenaule, p. 548; - deleitaule, 
honoraulc, p. 530 ; - profeitaule, p. 549; - resnaule, p. 524 ; - trespessaule, p. 521, etc. Dans les textes 
bourguignons, la diphtongaison de l'a en au s'opère également devant la labiale qui se maintient. 



NOTES GRAMMATICALES. 3* 

Ainsi, dans les chartes d'affranchissement publiées par M. Garnier, nous rencontrons pugnisauble, 
profitauble, II, p. 105; - féaublement, fuiaublement, p. 108; - amandauble, p. 436; - censauble, 
semblauble, taillauble, I, p. 489, 90, 91. L'ancien lorrain (Voyez la Guerre de Metz) conserve 
également le b : « admirauble,doubtauble,estauble. >> Par contre dans le wallon, surtout dans la région 
belge dite du Borinage, le suffixe aule prévaut comme chez nous ; on y dit « habitaule, logeaule, 
mariaule » pour habitable, logeable, mariable. Le dialecte picard substitue l'une à l'autre les labiales 
douces b et V : estavle, honoravle pour estable, honorable. Le même suffixe latin abilis donne donc 
au français able, au lorrain et au bourg, auble, au picard avle, au morvandeau-bourg, aule. Ajoutons 
que sous l'influence allemande il donne la forme âpo au rouchi : « abominâpe » abominable. La région 
du Morvan nivernais qui n'emploie guère la terminaison aule rejette la liquide et dit âbe pour able : 
'I aimâbe, conv'nâbe, miz'râbe. » 

B suivi de 1 rejette également la liquide : ensembo, ressembe, trimbe = tremble. Dans l'ancien 
picard 1 persistait et au contraire le b disparaissait : 

Bien avés dit, font cil cnsanle, 
Et cil respont, ki d'ire tranle. 

{Lai d'Ignaures, v. 470.) 

B s'emploie pour v : « cailâbre, » cadavre ; « genâbre «genièvre. Dans le dernier mot que le provençal 
articule genebre, genibre, les douces b, v, remplacent la forte p de Juniper us, eonsevxé par l'ital. ginepro. 



C disparaît à la fin des monosyllabes bec, bloc, broc, cric, croc, fie, pic, sac, sec, qui deviennent 
« bé, blô, brô, cri, crô, fî, pî, sai, sô ». 

C dur ou k suivi de la liquide 1 prend un son très mouillé dans les finales muettes : article devient 
« artiki' », boucle devient « bôkl' », oncle = « onki' », etc. Qu dans les mêmes finales se mouille 
également : « boutiki', meusiki', euniki' » pour boutique, musique, unique. (Voyez la lettre Q.) Le 
vocalisme du c varie singulièrement dans la contrée. Il se prononce comme le c latin dans «iqui, 
cetu-qui, celle-qui, cequi, cé-qui, voiqui, » etc., il devient ch, tch, dans une partie de la région nord : 
M ichi, itchi = iqui » pour ici. Le ch qui représente en français le c dur du latin se change en c doux 
dans la partie nivernaise du pays. Charbon, chef, chemin, chemise, cheval, chien, deviennent « çarbon, 
ce, cemin, cemille, ceval, cien, » etc. Le picard qui articule « kemin, kemise, kevau, kien, » nous 
offre aussi dans les anciens textes du dialecte la mutation fréquente du c dur en c doux : ceval, - p. 164, 
dans Aliscans, - cief, bouce, ceveus, mance, esciele, -p. 153 ; - le même vers, - p. 175, - donne capiaus 
et cief. En Bourgogne le c doux était quelquefois figuré par l's et réciproquement : 

Ne place à Deu dist Gerars li cortois 
Ke prisoniers soies iai contre moi.... 
Dist Gerars : dame boin loisir en aveiz 

De faire son servise 

Pusele est liée, ki est leiz son amin. 

(G. de Viane, dans Bekker, v. 3575, 3689.) 

Ch s'intercale dans « micheterme »=: mi-terme, comme dans le vieux français nichil pour nihil. 
Ch s'emploie pour s : « chi, chu, chucher, chuite, » etc., si, sur, sucer, suite. (Voyez la lettre S.) 



4» NOTES GRAMMATICALES. 

D 

D est supprime dans le groupe dre, qu'il soit ou ne soit pas d'origine : « cenre, courére, croinre, 
foinre, genre, moinre, ponre, prenre, tenre , » etc., pour cendre , coudrière, craindre, fondre, 
"•endro, moindre, pondre, prendre, tendre. Il disparait également dans plusieurs temps des verbes de 
la 2° conjugaison : « i tinrc, i vinré » = je tiendrai, je viendrai. Dans G. de Viane, le d tombe presque 

toujours en pareil cas : 

Et vos moiemes an 'Vanreiz avoc mi 

Si Rcmainrait la guerre et 11 estri 

De lui Tanrai ma terre et mon pais. 

(V. 3546, 9, 53.) 

D figure au contraire dans quelques verbes de la 3" conjugaison où le français ne l'emploie pas : 
" i craindon, vos craindé, a craindan » = nous craignons, vous craignez, ils craignent; « i toindon, 
vos toindé, a toindan » = nous teignons, vous teignez, ils teignent. Le verbe teindre fait au participe 
passe toindu : « mai toueille ô toindue » = ma toile est teinte. 

D semblerait proslhétique dans les verbes dâler, doter pour aller, ôter, mais cela est loin d'être 
certain. (Voir au Glossaire ces deux mots.) Dans l'adv. «deu» pour hui = aujourd'hui, le d s'agglutine 
comme dans le français dupe pour huppe que le Berry adoucit en « dube. » 

D permute en t dans « coutre » = coude, « coutrére » = couturière, « coutrie » aiguillée de fil. 

E 



E devant les consonnes sifflantes ou liquides permute en a dans la région nivernaise principalement 
où mes, tes, ses deviennent mas, tas, sas, où des, les deviennent das, las, où fer, enfer, guerre, terre, 
se prononcent far, infar, guarre, tarre, mais la même tendance existe dans toute la contrée : « astoma, 
ballement, châgne, farme, jarbe, javale, pâdri, vard, varou » se disent pour estomac, bellement, 
chêne, ferme, gerbe, javelle, perdrix, verd, verrou. 

E permute en o dans un très grand nombre de mots : « anosse, bocaisse, bolotte, borgé, boquer, 
bossons, chairotte, drosser, écholée, fonne, fromer, grôle, lofre, môler, ormise, erreur, porcer, somer, 
voille, vormine, vorser », etc. Même changement dans « noige, poingne, roin, soille, soillot, soin », etc., 
pour neige, peine, rein, seigle, seillot, sein, dans les substantifs et les adjectifs en ou, ous qui repré- 
sentent le français eur, eux. (Voyez la lettre 0.) 

E devient oi dans « loiche », lèche, « loicher », lécher, « soiche », sèche, « soicher », sécher. Moime, 
moinme est pour môme. 

E devient ouâ dans « pouâche, pouâcher, pouâchou » = pêche, pêcher, pêcheur. 

E devient oué dans «mouéche», mèche, dans « souéille » variante de « soille» pour seigle. 

E devient eu devant la labiale douce v ou la sifflante s : « creuver, leuver, peuser, seuvrer» ; nous 
disons « a creuve, a leuve, a seuvre, a peuse, » il crève, il lève, il sèvre, il pèse, un « aleuve », un élève. 
Eur pour r se transpose et s'intercale dans « keurier, peurier », etc., crier, prier. Il en est de 
même dans «■ conteur, enteur » := contre, entre, etc. : « conteur lu, enteur nô », contre lui, entre 
nous. 



NOTES GRAMMATICALES. 5 

E s'emploie pour in [préfixe avec la signification négative : « édocille, éfierme, ctardit, étaressé, 
énocent, escient, éviter, » etc., pour indocile, infirme, interdit, intéressé, innocent, insolent, inviter. 
Par contre, en lorrain, in = é : « inviter », éviter ; « invitons les frais. » [Obei'lin, p. 100.) 

E s'emploie pour es, contraction de en les, surtout dans les noms de lieu : Écots, Échards, Éche- 
nault. Élans, Émorvans, pour Escots, Eschards, Eschenault, Eslans, Esmorvans. On prononce Échamps 
pour Escliamps. 

E s'emploie pour a dans les finales aill', aille : « beiller, keiller, meille, oueille, peille, seillie, 
teilles », etc., pour bailler, cailler, maille, ouaille. paille, saillie, tailles. 

E s'emploie prosthétiquement devant se, sp, sq, st, comme dans presque tous les patois : « escorpion, 
espiration, esquelette, estatue », etc. La même prosthèse se montre en outre au commencement de 
motsqui en françaisne l'ont jamaisreçue : «échardon,écrochet,édegré, éfiétition,époigne,épointe »,etc., 
pour chardon, crochet, degré, pétition, poigne, pointe. La tendance locale se continue dans le terme 
« estation » pour station de chemin de fer. Les enfants de chœur prononcent espiritus sanctus. Par 
contre l'e prosthèse tombe quelquefois : <i corse, corser », pour écorce, écorcer. 

E se supprime ou, comme disaient les anciens grammairiens, se mange dans la première syllabe de 
beaucoup de mots ; « b'ni, t'ni, v'ni », pour bénir, tenir, venir ; « ch'min ou c'min, g'néte, g'nâbre » = 
genêt, genévrier ; « ch'vau ou g'vau » = cheval. La voyelle disparaît également dans « feurter. feur- 
tage », pour fureter, furetage ; « m'zer, m'zuer », etc., pour manger (méger), mesurer. 

E est presque toujours fermé chez nous lorsqu'il est ouvert en français : « coulére, frère, mère, 
père. » Nous disons mé, té, se, pour mes, tes ses. Nous prononçons avec l'accent aigu collège, manège, 
piège, sortilège, que le français articule très irrégulièrement collège, manège, piège, sortilège. La même 
tendance existe dans le langage des environs de Paris et de Paris même. Au reste, Antoine Oudin 
nous apprend dans sa grammaire que commère, compère, frère, mère, père, se disaient avec l'e fermé. 
L'auteur de l'^rt de prononcer parfaitement la langue française (1696), recommande même d'arti- 
culer ces, dès, mes, ses, tés, et non pas çais, dais, mais, sais, tais, pour ces, des, mes, ses, tes. 

E dans quelques mots s'emploie pour l'o français : « droit, endreit, fré, fréde, melin » ou plutôt 
<i m'iin » = moulin; « meloise, menoille », pour moloise, tiré du 1. mollis. La même notation se 
retrouve dans presque tous les patois d'oïl et même d'oc, puisque le languedocien a « dré » pour droit 
et le provençal « drech. » La Chron. des ducs de Norm. porte dreiture pour droiture, et dreiz, drei- 
turier pour droit. Seir pour soir est aussi familier au dialecte normand : 

E quant il s'en ala, la nuit, en l'oscur Seir 
L'arcevesques Thomas, qui mult ot grant saveir 

L'en convéa là fors 

(Thomas le Martyr, v. 2087.) 

E fermé s'emploie pour a dans le présent de l'indicatif du verbe avoir : « i é, t'é, al é », pour jai, lu 
as, il a. Il en est de même en bourguignon : 

Que de chose ai nos é contai 1 
Que de monde el é détraipai ! 
Combeu al é reçu de beugne, 
Et qu'ai é coru de foteugne. 

{Virgule virai, p. 92.) 

Le double ée dans la terminaison des substantifs et dans le féminin des participes passés de la 
\" conjugaison se prononce très souvent en ie qui a le son mouillé ille : « brassïe, chaussïe », pour 
brassée, chaussée ; « aicouchïe, aivancie, bouchie, chairgie, défreuchie, ébranchïe, loichïe, soichïe, 



6* NOTES GRAMMATICALES. 

taillîc, trabeuchio », etc., pour accouchée, avancée, bouchée, chargée, défrichée, ébranchée, léchée, 
séchée, taillée, trébuchée. Le lorrain termine en i lo masculin des mêmes participes : « bouchi. 
ébranchi, laîchi. » Le féminin a la désinence éie. Le changement du double e en ie n'est pas rare en 
vieux français : 

Mais tant com famé est plus gaitie, 

Elle est plus encoraigie 

De mal et de follie à faire. 

{Dolopathos, p. 375.) 

Dou fort escut est la boucle tranchie 
Desci k'en terre est l'espee glacie. 

(G. de Viane, v. 2800.) 



F disparaît dans la terminaison des mots : « beu, bié, œu, ché, chéti, kié, neu, soué, sui », etc., pour 
bœuf, bief, œuf, chef, chétif, clef, neuf, soif, suif. 

F disparaît dans « chuler ou sûler, chulot ou sùlot, chulou ou sûlou », pour sufler, suflot, suflou = 
siffler, sifflet, siffleur. En bourguignon la labiale forte f se change en labiale douce b : « subler. 
sublot, sublou. » La Monnaye, dans le gloss. de ses Noëls, remarque que les Angevins prononcent 
sublet. En provençal, « siblar, siblet, siblaire. » Le latin a le b dans sibilare, et l'f dans la forme 
populaire sifilare. 

F remplace quelquefois le v comme dans le vieux français neif, noif du 1. nix, nivis = neige, 
comme dans le français moderne nef du latin nsivis, neuf du latin novem, etc. Nous disons une femme 
chétife, vife. En rouchi « vife » signifie vive et vivre. F remplace le b latin et le v français dans 
« lofre » tiré de labrum, lèvre. 

G 



G dur comme dans gazon s'emploie pour j : « gambi, gambiller, gambiner. » En rouchi, j suivi de 
la voyelle a se durcit dans un certain nombre de mots : « gampe, gambache, gambon » = jambe, 
jambage, jambon. A Mons : « gambe, gambette, gambier. » Le comtois permute en c le g dur : « cam- 
billie » = gambiller, boiter. 

G dur s'emploie pour d : « guiâbe », diable. La région ouest conserve la forme régulière en rejetant 
la consonne b : « diâle. » 

G se place prosthétiquement devant n au commencement des mots : « gnaguer, gnance, gnangnan, 
gniar,gniau, gniole », etc. (1). Gn s'ajoute aux finales ain,ein, in, mais seulement dans la région nivern. : 

(1) Molière, dans le langage de Pierrot, au second acte de son Don Juan, prépose le g devant 1 et devant n : 

Qucutiue chose qui grouilloit dans gliau... En glieu de pourpoint... Eu glieu de rabat... Queuque gniais... Ignia pas jusqu'aux 

souliers... Iglia que lu me chagraignes l'esprit... Je gny en porteray jamais... Je gly aurois baillé un bon coup d'aviron sur la 

teste... 
Plusieurs patois ont conservé la trace de cette prononciation fortement nasale. Quelques parties du Forez articulent « gny » = 

nid, « gnichi » = nicher. En Berry « gniais, gniau », comme en Morvan. 



NOTES GRAMMATICALES. / 

« beutingn', cemingn', faingn', paingn', r'gaingn', soingn', traingn', vingn' », etc., pour butin, 
chemin, faim, pain, regain, sein, train, vin. On a dit que le gn provenait peut-être d'une influence 
celtique. Le fait est que la nasalité si caractéristique pour une partie de notre Morvan se montre aussi 
prononcée dans d'autres localités du domaine nord-est de la France. A Metz le groupe ngn, ngn', 
fio-ure assez fréquemment dans la terminaison in. La grammaire qui accompagne les documents lor- 
rains publiés par M. Bonnardot (Romania, I, p. 335), remarque que la syllabe finale de eschevin se 
trouve écrite de cinq ou six façons différentes : in, ig, ing, igné, ingne. La dernière correspond exacte- 
ment à la prononciation des environs de Chcâteau-Chinon (1). On rencontre dans l'ancienne langue 
une foule d'exemples où gn, ng remplace la nasale simple : 

Si tu sentir ne wels son iror, son desdeing, sa venjance 

(Sermons S. B. p. 549.) 

Le soir que je fu ou baing li cuers me failli Monsignour Perron de Bourbonne me vint veoir et je le 

retins entour moy. 

(JOINVILLE, p. 224.J 

Donné à Dijon le septiesme jour de juing l'an 1435. 

(Dhetel, -V. Dame de Lône, p. 290.) 

L'ano-lais qui a la finale ing dans un grand nombre de mots prononce cette finale en ingne. Living, 
ring, deviennent pour l'oreille liv'in'gne, rin'gne. Lorsque Renart, dans le poëme qui porte son nom, 
essaie de parler anglais, il affecte de nasaliser son langage d'outre-mer. Ysengrin lui demandant s'il 

est de France, il répond : 

Nai, mi seignor, mes de Bretaing, 
Moi fot perdez tôt mon gaaing 
Et fot cerchior por ma compaing, 

Not fot mes trover qui m'enseing 

(V. 12113.) 

On a dit paingnon pour petit pain. Le nominatif compaing subsiste dans son dérivé compagnon. 
Montaigne écrit encore besoing, coing, desseing, desdaing, gaaing, maling, tesmoing, etc. Plusieurs 
patois sont imprégnés de ce son nasal. Le bourg, prononce le fém. ine en aigne, eigne : « anfantaigne, 
coqueigne, cousaingne, faireigne, fameigne. » A Mons, « pagne, vaingne » = pain, vin. La saison 
des bains à Genève est la saison des « baignes. » Ronsard faisait sans doute allusion au fréquent 
emploi de l'n mouillé lorsqu'il réclamait l'introduction dans notre langue du ?! ou tilde espagnol. 

Gn s'emploie concurremment avec n dans le nom de la ville de Château-Chinon. On disait et on dit 
encore Çâteau-Cignon, Château-Chignon. Les Bourguignons i^rticulent « mignute, sentignelle. » Par 
contre, nous disons « cine, maline, » pour cygne, maligne. 

G s'emploie pour ch ou c doux dans la dernière syllabe de quelques terminaisons muettes : « ai- 
voinge, dimoinge, moinge, revoinge » = avance, dimanche, manche, revanche. On prononce « ageter » 
pour acheter. Le verbe « défonéger » paraît représenter défonicher, c'est-à-dire nicher hors. La forme 
« g'vau » pour chevau renferme la même permutation. Au contraire, en rouchi g devient ch : « ache », 
âge; « avantache », avantage; « imache, pache », image, page; « rouche, déluche, linche ». pour 
rouge, déluge, linge. Quelques textes anciens de Bourgogne emploient aussi le ch pour g : 

David quant il se Plonchat en si grant profundece de luxure 

(Job, p. 505.) 

(I) Le Glossaire du Centre remarque aussi que le n final se prononce quelquefois comme gn : besoingn, fingn, paingn, mais il est 
probable que celte notation s'applique à notre région occidentale que l'auteur a effleurée et non pas au Berry et au Bourbonnais. 
L'auteur ne s'explique cependant pas à ce sujet. Il y a donc incertitude comme dans plusieurs autres cas. 



O NOTES GRAMMATICALES. 

G d'origine se change en c dur ou qu dans a vacabond » = vagabond, dans « fatique » pour fatigue. 
Corneille écrit intriijuc pour intrigue : 

Mais enfin, ces pratiques 

Vous peuvent engager en de fâcheux Intriques. 

(Le Menteur, i, 6.) 

Le picard renforce quelquefois le g en qu : « lanque » = langue. 

G doux s'afïîne en z dans notre région occidentale : « lizer » = léger, « zarhe, zenli, zibier, 
7Aize », etc. (Voy. la lettre J.) 

H 



H est pour nous une consonne muette. Nous articulons Faut, l'auteur, l'hasard, l'erse, l'onte, pour 
le haut, la hauteur, le hasard, la herse, la honte. Ce fait est un de ceux qui distinguent notre patois 
des parlers lorrrain et liégeois oii l'h, sous une influence allemande, est fortement aspirée. 

H s'intercale dans les mots oîi l's médiale est supprimée : « aibuhier, aituhier », pour abuser, atti- 
ser ; « muhi, fuhi, quahiment », pour mourir, fusil, quasiment; « râhion, pouhion, sâhion », pour 
raison, poison, saison, mais la consonne gutturale ne sert qu'à dissimuler l'hiatus produit par la ren- 
contre de deux voyelles. On pourrait aussi bien éviter le bâillement par l'insertion d'un ï, d'un y ou 
de 11 mouillées. Pour en citer un exemple, le mot maison perdant l's devient mâhion qu'on peut aussi 
bien écrire mâion, mâyon, maillon. On orthographie généralement mâïon dans le pays. La notation par 
h correspondrait à des analogues qui existent dans plusieurs patois et notamment dans celui du Ban de 
la Roche. Oberlin enregistre les formes « mouaho, mouahon », pour la région du Ban ; « mâhon » pour 
Lunéville, ajoutant que s entre deux voyelles se change en h aspirée. Il cite encore « râhon », raison; 
« ouheu », oiseau ; « dom'halle », servante. D'autres lexicographes lorrains donnent « môhon. » L'h 
figure aussi dans le diminutif « môhnote », maisonnette. 

H s'intercale dans quelques parties de la région où r subit dans le corps des mots le même trai- 
tement que l's. Écurie, muraille, prairie, deviennent « écuhie, muheille, praihie », etc. L'omission de 
la consonne liquide est caractéristique dans le patois bourguignon. (Voy. les lettres R, S.) 



I s'ajoute à toutes les voyelles pour former des diphtongues : « vaiche » (a), vache ; «. chandeille » 
(e), chandelle ; « moille » (o), molle, qui correspond à l'ital. molle ; « duire » (u), dans conduire. La 
combinaison de l'i avec o, la diphtongue oi, représente dans notre parler tous les sons simples du latin 
(Voy. la lettre 0). Le i de filia, de vinea, devient ei dans « feille, veigne », etc. ; de farina, de famina 
(famés), de radicina (radixj, devient eu dans « faireune, faimeune, raiceune », etc. 

I s'emploie pour e dans « bicher, biquer », pris dans le sens de baiser, dans « licher, lisson, liger, 
michant, mimouére, siringue, signer. » Remplace l'e muet dans la terminaison des noms propres : 
Charli, Daudi, Jacqui, Pierri. Le changement s'opère également pour le féminin : Jeannie = Jeanne. 

I remplace 1 au commencement de certains mots : « iard, iarder, iasse, iétre, iévre », pour liard, 
liarder, liasse, layette, lièvre. 



NOTES GRAMMATICALES. 9* 

I remplace l'e atone dans les terminaisons en eau : « chaipiau, coutiau, viau », etc., chapeau, cou- 
teau, veau. L'e reste muet dans la variante <i chaipeai, couteai, veai. » 

I remplace le double e de quelques substantifs et dans le féminin des particicipes passés de la 
\" conjugaison. (Voy. la lettre E.) 

I s'emploie exclusivement au singulier et au pluriel pour je : « i di, i dion n, je dis, nous disons ; 
« i fâ, i fion », je fais, nous faisons. En bourguignon, au pluriel ; « je maingeon » ou « i maingeon. » 
Nos = nous n'existe pas au nominatif. 

I tombe dans les finales ier provenant du latin arius, a)'ài)?i, surtout dans les noms de végétaux : 
« cerié, figue, poiré, ponmé », pour cerisier, figuier, poirier, pommier. Nous disons « feuvré, feumé. 
gueurné, meunn'tré, peurmé, sente, v'ionté », etc., pour février, fumier, grenier, ménétrier, premier, 
sentier, volontiers. Les terminaisons en ière perdent également l'i : « bannére, barrére, charrére, 
coutrére, ouvrére », pour bannière, barrière, charrière, couturière, ouvrière. Les noms de lieu dans 
le pays sont également contractés. Ainsi on prononce « lai Forére » pour la Perrière. Au reste l'e 
fermé n'est peut-être que l'articulation assourdie du groupe ier transposé en eir : « barreire, char- 
i-eire. » I est omis dans un certain nombre d'autres mots : « brû » = bruit, « freu » = fruit, « jun » == 
juin, « neu » = nuit, « peu, depeu, dedepeu » = puis, depuis, « ran » = rien, « râsin » = raisin. En 
bourguignon « anteire, banneire, chaumeire, maiteire, taneire. » (Voir le noël xv de La Monnaye.) 

I est long dans « chître, vitre », qui représentent le latin sisfere, vestire. 

I est une prosthèse dans « iau » qui est la forme usitée dans notre région nivernaise pour eau. Cette 
forme que Isl. Littré dit être picarde se montre très fréquemment dans nos chartes bourguignonnes et 
dans des textes de l'Ile-de-France. Une quittance donnée par le roi Philippe le Long à Henri de Sully, 
Iwuteiller de France (1319), nous offre partout la notation yeaue : 

Une couppe dor et un pot a yeaue... Une autre couppe dor et un pot à yeaue avec esmaux... Esmaus en 
guise de fueilles dyaue... Un pot dor à yaue pareil audit hanap... 

[Invenl. des Titres de Nevers, p. 617.) 

Le même document écrit constamment aniau, biau, chapiau, etc. 

La diphtongue ie se réduit à i dans « min, tin, sin », pour mien, tien, sien. La même réduction 
s'opère dans l'imparfait de l'indicatif, dans le présent et le passé conditionnel des verbes. Ainsi nous 
disons : « i étin, i feussin été, i serin », pour nous étions, nous eussions été, nous serions. M. Bonnardot, 
dans la grammaire qui accompagne le texte de la. Guerre de Metz, cite, - p. 440, - un document 
de 1296 où se montre la notation ein qu'il dit être renversée de ien : 

Se il avenoit que li roys d'Alemaigne et li roys de Franco Eusseint à faire l'un encontre l'autre de fait de 
guerre... 

Froissart, - vi, p. 299, - dit : 

Si nousEtiens de là celle rivière de Rin, jamais ne le Pourriens repasser que nous ne Fussions tous mors et pris. 
Dans ses Recherches, - p. 473, - Fallot donne noz estiens, nos seriens, nos fusiens, comme les formes 
bourguignonne du milieu du XIIP siècle. Voici des exemples : 

S'estiens ore dedans vostre ost antrey 
Ainz ke Francoiz seuxent la veritey, 
Ke nous Fusiens apaié n'acordey, 
Seriens nos ossis et afolé. 

(G. de Viane, dans Bekker, v. 3620.) 

On voit que les dialectes bourguignon, lorrain et wallon se rapprochent une fois de plus dans cette 
particularité linguistique. 

b 



10* NOTES GRAMMATICALES. 



J remplace souvent l's ou le z dans le corps des mots : « bétige.bijâtre, bije, feujeau, grijer, jujeau, 
mâjon, oujé, prijon, râjon, teujon », etc., pour bôtise, bizarre, bise, fuseau, griser, jus, maison, oiseau, 
prison, raison, tison. Ce j (1) est la consonnification de l'i (11 mouillées) que la plus grande partie de 
la contrée emploie pour suppléer à la cbute de la sifflante et pour écarter l'hiatus. (Voy. au Glossaire 
la lettre S.) En Berry « pléjer » est pour plier : « pléjer » du linge, « nettcjer » est pour « nettéier » ^= 
nettoyer. Quelques cantons de la Suisse romande changent aussi l's en j : 

S'arrotcha à son cou et le Baija... Le valet lai Déjà (dit) : Mon peiré... Coumethi d'ithrè dein la. Mijére... Et 
i Déjirà (désirait)... Hein la Maijon de mon paire... Se accoudhi à chon cou et l'a Baiji. 

[Glossaire de la Suisse rom., p. 443, 444.) 

Dans son Tableau des idiomes joopulaires, Schnakenburg avance que j se change en z ou dz en 
Nivernais : « zeune, zor. » L'assertion est fondée mais seulement pour la partie occidentale du Morvan. 
Quant au dz, tz, si répandu en Auvergne, en Dauphiné, dans le Valais et dans d'autres localités de la 
Suisse, il n'apparaît chez nous qu'accidentellement. Remarquons ici qu'on attribue à tort au Nivernais 
proprement dit le langage de la parabole de l'Enfant prodigue insérée (p. 482) dans le recueil intitulé : 
Mélanges sur les langues. La traduction d'ailleurs un peu inexacte, envoyée en 1808 par M. de Plancy, 
préfet de la Nièvre, est exclusivement morvandelle. Mots et formes, tout ce parler disparaît lorsqu'on 
s'éloigne de nos montagnes. 



K 



Voir dans le Glossaire la lettre K dont l'emploi remplacerait avantageusement le c dur et qu, surtout 
devant eu qui représente très fréquemment l'o et l'u latins : « keûche » (queuche), de coxa, « keure » 
(queure), de coquere, « keurneille » (queurneille), de cornicula, « keurer » (queurer), de curare, 
« keulte » (queulte), de cultus, « keuruel », métathèse de cruel (queuruel), de crudelis, etc. 



L, dans la région ouest, devient i après les consonnes labiales : « bîanc, bié, biaude ; fieur, fiaime, 
flamber ; pieume, pieumer ; vi'onté » = volontiers. Se maintient quelquefois en conservant l'i : « blianc, 
blié, bliaudo ; flieur, fliaime ; plieume : a pieu ou a plieu » = il pleut. Alors 1 se prononce comme 11 
mouillées. Cette prononciation se rencontre également dans le lorrain : « bliauque, fiiamoche, pliaice, 
pliante, pliaine, plianche, pliâre », etc. Guernesey : « fllair » = flair, « fllambe » = flamme, 
a flieur » = fleur, « fllieume » ^= flegme, « pllaisir, pllianche », etc. 

(1) On sait que l'italien emploie le j pour i consonne : ;a(o (iitol hiatus. Ce j prend la place de l's français dans : vecchiaja, 
vieillesse. A la fin des mots lia la valeur du double i : Decc7ij. L'ancien espagnol se servait de l'y pourlej :yîiso, ayuso = ju3, en bas. 



NOTES GRAMMATICALES. H* 

L se mouille dans la terminaison ile qui devient ille comme dans charmille, fille : un enfant « do- 
cille », une chose « éneutille », un pauvre « ébécille », une eau « tranquillhe. » Rien de plus morvan- 
deau que l'exclamation « haibille, haibille ! » pour stimuler l'activité des gens. Les Bourguignons, 
nos voisins, parlent de même. Pour eux, ville rime avec babille, Achille avec drille : 
El y seroo pranturo ancor 
Si son messaigé, de retor, 
N'aivoo rémeunai lai Sibille 
Qui 11 disi : Marche grô Gille ! 

{Virgule virai, p. 173.) 

Po vo, maidaime lai Sibille, 
Qui ne trôvé ran diffîcille. 

(/b. p. 177.) 

L est également mouillée dans les finales muettes, cle, que : « boukll', artikll', cerkll' », pour 
boucle, article, cercle, ou «bôtikll', meusikll', reustikll' », pour boutique, musique, rustique. Au com- 
mencement des mots cl devient ki : « kié » =: clef, « kiar » = clair, « kiairté » = clarté ; Claude 
devient Kiaude ou Guiaude. Après g, dans gli, comme en italien, le vieux français li prend le son 
des II mouillées. En Bourgogne délice s'articule « degllice. » Ulysse est prononcé « Ugllisse » : 
A ce ansin qu'on queùnoi Uglisse. 

{Virgille virai, p. 9.) 

L disparaît à la fin des monosyllabes ciel, fil, miel, poil, sel, etc., qui se prononcent « cié, fî, mié, 
poué, sai », et dans un grand nombre d'autres mots terminés en el, il, cl, ul : « corti, péri, piarsi, 
uti », pour courtil, péril, persil, outil ; «Noué » pour Noël, « soulau » et « soulai » pour soleil; « nu » 
pour nul. Les noms propres perdent également la liquide finale : « Gaibeurié, Miche », pour Gabriel, 
Michel. L tombe encore dans le suffixe able, ible. L'a et l'i dans ce cas reçoivent l'accent : « aimâbe, 
guiâbe,tàbe », ou ((horribe,peunîbe,risîbe. » Dansle patois de la Franche-Comté, surtout dans la région 
de Monlbéliard, 1 est retranchée et l'e fermé devient muet : « cie, mie », pour « cié, mié » = ciel, miel. 

L, après les consonnes labiales, se transpose dans le groupe ble, fie, pie : « faibeulment, gonfeul- 
nient, trimbeulment, r'peupeulment. » Le son eu avec la métathèse persiste, quoique moins accentué, 
dans le radical même. Ainsi faible, gonfle, tremble, peuple, reçoivent dans la finale une intonation 
semblable : « faibeuF, trimbeul', gonfeul', peupeul'. » Pour dire qu'un enfant ressemble à son père, on 
prononce à peu près : « a sembeul' son père.» 

L prend la place de n dans a luméro », dans « volin » = venin, « enveulmer » = envenimer. Au 
contraire n remplace 1 dans « nun », variante de nu pour nul. En rouchi « lomer » = nommer, « li- 
méro » = numéro. Le substantif « linoche » correspond à ninoche = niais que nous prononçons 
« nioche. » L est pour r dans « chambleire », chambrière, et r est pour 1 dans « airmana », almanach, 
« heurter, beurtoué » = bluter, blutoir. Bureter est la forme régulière et étymologique dérivée de 
bure. (Voir au Glossaire Beurter.) 



M 



M prend la place de b dans « aimenitié », bénitier, « menion », bénisson ; de v dans « menoinge 
pour « venoinge », vendange. Le Gloss. du Centre avance qu'à Clamecy (Nièvre) on prononce « menir 
pour venir. 



12* NOTES GUAMMATICALES. 

M devient n lorsque la première nasale est répétée : « honme, sonme », homme, somme ; « i son «, 

nous sommes : 

Seignor, dist-il, nous Sons lobé. 

(Fabliaux et Contes, iv, p. 130.) 

N'est pas en son senz ki trop Ainme... 
Ahi, lasse, quele aventure ! 
Jo l'Aim et il nem'Ainme mie. 

[Dolopathos, V. 3997, 4030.) 
Puet-om ancor convenaulement atorncir ccles trois demandes ke Nostre Sires fist à saint Pierre... : Ainmes- 

lue-tu, Ainmes-me-tu, Ainmes-mc-tu ? 

{Sermons S. B. p. 571.) 

Dans ces exemples (1) la syllabe qui précède m se nasalise avec force comme chez nous dans 
« hon-me. » Le comtois articule aussi « ain-me » pour le vieux français aimme = aime, « main-me » pour 
môme. A Guernesey « main-me ", même. On trouve fan-nie pour femme dans Floovant qui passe 
pour un texte lorrain, mais qui est peut-être bourguignon. M. Paul Meyer a noté les formes anmors, 
anmis, flanme, - Roynania, I, p. 200, 214, - dans le Dit de Henri d'Andeli. (Voy. les lettres iV, 0.) 



N 



N, dans les désinences ain, ein, in, s'allonge en gn' : a ç'mingn', paingn', vingn' », mais ce 
phénomène ne se montre guère que dans la région ouest de la contrée. (Voir la lettre G.) Les parlers 
bourguignon et lorrain usent de la nasale simple dans les finales après i : « aimin, annemin » 
= ami, ennemi ; « ansin » = ainsi. Cette forme existait dans le dialecte des deux provinces : 
Gerars serait vostre Amins et vo drus. 

(G. de Viane, v. 3162.) 
Celui qui Ainssin sera eslit ne peut ou peullent refuser 

{Ch. B. Il, p. 435.) 

On la retrouve encore dans Montaigne, - livre II, ch. su - : 

Ils le tirent Ainsin au dehors et l'entraisnent... Cette coquille qu'on nomme la nacre vit Ainsin avecqucs le 
pinnoterc. 

Par contre, dans les deux régions nord-est, « chemi » est pour chemin. Nous disons aussi « no,, 
ann'o », pour non, comme les Italiens et les Espagnols. 

N disparait dans « mett'nan, mett'ni », maintenant, maintenir. Il en est de même en lorrain. 

N s'ajoute dans le corps des mots ou s'agglutine à la voyelle initiale comme dans le latin pinsere 
pour ptserc (Voy. au Glossaire Piger), et dans le français rendre, de reddere. Citons « ancre», acre; 
«ancrement», âcrement ; « anligner, rendoubler, ranvardi, ranfraîchi », etc. Nous disons : celte 

(1) Àim pour aime semble, au moins à titre de licence poétique, avoir été prononcé ain. L'auteur de Dolopathos donne en effet 
le même son à ce mot et à aim, hameçon, qui en Normandie est articulé in : 

Sa biauto m'a si prise à l'aim 
Com plus me het et ge plus l'aim. 

(V. 4152.) 
Uns peschierres geta iluec son liain... Cliascun maisires dudit mettier pourront acheter fil à faire leurs ains. 

(Ddcangr, Hamatores.) 



NOTES GRAMMATICALES. 13* 

maison est la « nontre », un beau « panpillon », être « nongligent. » La locution « non ou nen dit » 
pour on dit est usuelle. Les patois offrent presque tous l'emploi de la nasale parasite. Berry : « anvec», 
avec ; — Normandie « pingeon >>, pigeon ; — Hainaut : « nanger », nager, etc. La négation populaire 
nenni (Voyez au Glossaire Ninni) redouble le son nasal de la forme régulière nenil, tirée du latin non 
illucl. L'n se montre quatre fois dans la variante bourguignonne -< nennain. » Des exemples de ce genre 
se rencontrent fréquemment dans l'ancienne langue, surtout dans les textes de dialecte bourguignon .- 

Car il estoit si fier que oncques iour de sa vie 

11 ne Dengna plourer, tant eust de hachie... 

Le fil Renier covint Angenoilier... 

Ce fut en mai k'il fait chaut et seri 

Foilli sont bois et près sont Renverdi... 

Par dosoz terre se sont Anchamené. 

(G. de Viane, dans Bekker, v. 183, 2883, 3638.) 

L'on les peult Bangny et furcloure de tous les drois de la communaultey. 

(Ch. B. II, p. 435.) 

La nasale des radicaux français foin, gain, grain, loin, pain, poing, soin, etc., persiste dans les 
dérivés morvandeaux : « foin-ner, gain-gner, groin-gner, éloin-gner, compain-gnon, aicompain-gner, 
empoin-gner, soin-gner. » L'usage des contemporains supprime quelquefois l'n étymologique mais 
elle se maintient dans la bouche des vieillards. 







O devant mm, nn, se diphtongue en ou dans la région nivernaise : « coume, houme, poume; douner, 
souner » (1). En Auvergne « bou, bounà », bon, bonne. En provençal « moun, toun, soun », mon, 
ton, son ; « mounde », monde. Même changement devants, z : « airouser, chouser, ouser, pouser », 
arroser, choser, oser, poser ; » rouzée, ouziére », rosée, osière. Le vieux français nous offre des exemples 
nombreux de cette dernière mutation : 

Ele ne lesso ne Repouse, 
Plus fu vermeille c'une Rouse. 

{Dolopathos, V. 40C0.) 

Dans notre région bourguignonne o devant m, n, se nasalise en on : « con-me, hon-me, son-mc. » 
Plusieurs prononcent « fon-ne », femme. La même nasalisation se montre pour l'a dans le poënio 
de Gaydon, - p. 281, 2 - : 

Vint à la Danme, coiitremont l'a levée : 

Danme, dist-il 

Grant angoisse ot et fort la Danmoiselle... 

La Danmoiselle ne fu mie esbahie. 

L'o latin accentué et atone, long et bref, s'allonge aussi en ou dans un grand nombre de mots 
français. Par contre, dans notre parler, ou français se réduit à l'o d'origine : « aimor, jor, por, tor, 

(I) Cette prononciation en ou pour o eut très ancienne en Nivernais. Une épilaphe de l'église de Montigny-aux-Amognes porte 
honnourable, chouse, noustre, pour honorable, chose, noslre. (Voir le Répertoire arclièol. de M. de Soultrait, p. 185.) On écrivait 
Lourme pour Lormes comme on disait Roume pour Rome. 



I 4* NOTES GRAMMATICALES. 

torment, » etc. Nous disons « mô, tô », comme les Bourguignons pour mou, tout. Le français nous, vous. 
devient « nos, vos. » Cour, cousin, coutume, oubli, ouvrier, deviennent « cor, côsin, côteume, obli, 
ovrc », etc. Cependant le son flotte souvent entre o long et ou. L'oreille a peine à saisir la véritable 
intonation, par exemple dans « cô », cou et coup ; « bôrbe, borde, foie, gôle », etc. La même incerti- 
tude existait probablement dans l'ancien normand, car Marie de France dit lox et loux pour loup dans 
une de ses fables. A l'imparfait de l'indicatif et au futur des verbes, la désinence o reçoit l'accent : 
" al étô, al aivô, al ailô, a chantô, a dreumô, a voulô », il était, il avait, il allait, il chantait, il dormait, 
il voulait ; « i serô, i airô », je serai, j'aurai ; « a dirô, a pairlerô », il dirait, il parlerait. La Monnaye 
se servit souvent de l'o fermé, quelquefois du double o, pour exprimer le son prolongé de la voyelle : 

Prié, c'étô sai besogne, 

Elle en fézô son plaizi, 

Et bailloo ai sai quelognc 

Le reste de son loizi. 

(Noël VI.) 

Mais ses émules ont généralement adopté le second procédé qui satisfait peut-être mieux à la durée 
du son, mais qui donne à l'œil une préoccupation désagréable. Qu'on en juge : 
Lanfan d'Ainiai, le jeune Gille, 
Qui n'étoo ran qu'ein petiô drille, 
Etoo raivi d'être ai chevau ; 
Ai ne s'y tenoo pâ trô mau ; 
Ai trainchoo lai du bon aipôtre, 
Veloo poussai l'un, passai l'autre, 
El airoo velu rancontrai 
Quelque lion po l'anfarai. 

[Virgille virai, p. 103.) 

Dans son Histoire du Morvan, - p. 40, -l'abbé Baudiau a aussi admis cet expédient orthographique. 

II l'a appliqué à presque tous les o du conte de la Veuve : 

Aino poore fonno vivot dm 1' cooté... Soun honrae n' li aivot laiché poo toot ben... L' torment li fié bentôot 
parde sai poore zeunesse... lot chi p'sot d' çoore que d' noos. 
L'anc. langue ne s'est pas refusée au double o pour o long : 
Moult grant poor ot de sa vie 
Li damoisiax et grant doutance. 

{Dolopathos, V. 7508.) 

Roquefort enregistre les formes pooce, pouce ; pooir, pouvoir ; poor, pour ; pooux, pou. L'auteur de 
G. de Viane dit poorous pour peureux. Il ne serait pas difiicile de grossir notablement ce groupe (1). 
Nous avons cru néanmoins qu'il était plus simple de noter l'o avec l'accent circonflexe en avertissant 
{{ue la voyelle doit être vocalisée avec emphase. 

s'emploie pour e avec renversement de la voyelle dans « ormise », remise; « oscouer », secouer ; 
« oscousse », secousse. (Voy. la lettre E.) 

O est pour ais dans « épos, éposse », épais, épaisse. Messin : « pos, posse », avec retranchement de 
la voyelle initiale. 

(1) L'ancienne langue a usé d'un procédé semblable pour l'a. Th. de Bèze écrit dans son Traité de la prononc. fr. : a Si l'a 
est redou!)lé, et il ne l'est que dans très peu de mots comme baailler, aage, il ne se prononce pas et rend seulement longue la 
syllabe où il se trouve. » Quoi qu'il en soit de cette assertion pour l'époque de la Renaissance, il n'est pas douteux que le double 
a comme le double o s'énonçait quelquefois dans certains dialectes. Ou sait que ce redoublement existait aussi dans les dialeotesi 
?rec3 et latins . 



NOTES GRAMMATICALES. 15* 

latin se maintient pour e français dans les substantifs et les adjectifs terminés en eur, eux. La 
désinence eur, dérivée du cas régime latin orem, devient ou par la chute de l'r. Nous disons donc 
« chantou, mentou », pour chanteur, menteur. Le féminin « chanteuse, mentouse », suit par assimi- 
lation le traitement des adjectifs tirés du latin osa avec cette particularité que s permute en r dans une 
partie de la région nivernaise. On a donc « chantoure, mentoure », pour chanteuse, menteuse. Les 
terminaisons directement empruntées au suffixe latin osus conservent au féminin l's d'origine : 
« couéraigeous,ouse, envions, ouse, péressous,ouse, pidious, ouse», etc. La désinence eux pour eur, très 
usitée au moyen âge et très répandue dans les patois, ceux du Centre notamment, se présente rarement 
dans la région bourguignonne. Elle n'est pas rare au contraire dans la partie nivernaise. Quant au 
suffixe adjectif eux = ous, il se rencontre quelquefois dans toute la contrée : « ardilleux, catareux, 
chalûreux, malûreux, ouraigeux. » Remarquons que la terminaison ous, ouse, se reproduit dans le 
domaine d'oc comme dans le domaine d'oil et sur l^ien des points du territoire français. Le provençal 
dit « aurageous, gracions, mervelhous, pious, proudigious, serions, vanitous. » Il en est de même ou 
à peu près sur toute la zone dialectale du nord-est, bourguignon, lorrain, wallon. L'ancienne langue 
fournirait d'innombrables exemples à l'appui de cette notation : 

Chaitis malaurous, ke présume-tu... Dévoient estre bien aurouses... Li orguillous engele...MerveilIouse fust 
li dignations de Deu... Cel glorious cors... N'en n'est mies oysouse ceste neissance, etc. 

(Sermons S. B. p. 523, 26, 31.) 

Babylone, ce est la hontouse assembleie des pécliéors... Plus durement est orgailhouse encontre les altrui... 
Les plaies del bieneurous Job... Isnelenient sunt hontous del engin del délit... 

{Job, p. 451.) 

Grant poor ot et merveilleuse 
La chose fut moult périlleuse... 
Nule riens n'est si merveilleuse 
Com famé, ne se angoissouse. 

(Do(opa(/iOs, V. 7348,7503.) 

La gent de Mets est moult piteuse... 
Elle paist la gent suffraitouse. 

(La guerre de Metz, p. 104.) 

Le suffixe ous, ouse, abonde dans les patois bourguignons (1). Il se présente fréquemment dans le 
lorrain : « pitious», piteux; « plieuvous», pluvieux; «pourous», peureux et poudreux, etc. Les substantifs 
en eur sont aussi prononcés en ou : « chaissou », chasseur ; « ligeou », lecteur, etc. En Poitou our, 
oux au masculin, ouse au féminin : «■ bigassou, ouse », celui qui bricole ; « bigearou, ouse », bizarre ; 
« biraillou », celui qui cligne de l'œil ; « boudinou », celui qui fait le boudin ; « parculou », procu- 
reur. Le Gloss. du Centre enregistre les adjectifs « envieux, morveux, poussiéreux, rechignoux, vani- 
teux », etc., mais est-il bien sûr que ces termes familiers au Morvan soient berrichons ? L'anglais qui 

(1) On en voit la preuve quelquefois assez plaisante dans les sobriquets que les villages de l'Auxcis très rapprochés du Morvan se 
décernaient jadis les uns aux autres : « lé bitous » (chassieux) de Ménetreux, <i lé crolous de preunes i> (abatteurs) de Jailly, « lé 
gouaillous » (gouailleurs) de Quincy, « lé landrous » (malades) de Seigny, i lé niacous » (morveux) de Rouvray, « lé pouillous » 
(pouilleux) de Charancey, « lé rachous i) (teigneux) d'Alise, « lé raillons » (railleurs) des Laumes, etc. Tous ces termes se trouvent 
ou pourraient se trouver dans notre Glossaire. L'auteur dijonnais à qui nous les empruntons {Sobriquets de l'arrondissement de 
Semur, par Clément-Janin, Dijon, imp. Marchand, 1877) mentionne encore parmi beaucoup d'autres : « lé drillous » de Fontenay. 
Ne se trompe-t-il pas dans la glose qui donne au mot le sens de chifTonnier? Dans nos environs « drillou, dreillou t, signifie 
déguenillé. Quelques autres sobriquets, tout à fait étrangers à la langue littéraire, sont demeurés vivants dans notre langage. 
Citons par exemple « lé bograi » de Lucenay-le-Duc, « lé lurai » de la Croisée, a les éloiri » de Torcy. (Voyez au Glossaire 
Bograis, Lureai, Ailoiri.) 



16* NOTES GRAMMATICALES. 

a conserve on partie les formes surannées du vieux français (1), a maintenu dans un assez grand 
noml)re d'adjectifs la désinence étymologique : covetous, avide ; disastrous, désastreux ; glorious, 
glorieux ; harmonious, harmonieux ; luxurious, mélodious, pious, serious, specious, etc. La termi- 
naison ose, dans celte dernière langue, est une forme issue du même sufTixe latin. Elle correspond 
à l'italien et à l'espagnol oso. On trouve dans Milton notamment gloriose (glorious), grandiose, 
otiosc, etc. Le latin bcllicosus se conserve dans bellicosc ^ belliqueux, guerrier. Benoit, le chroniqueur 
normand, se sert de cette dernière forme, - v. 33088, - : 

La g-ente al duc, la dolerose, 
La maubaillie, la plorose. 

Un autre texte normand, le Livre des Rois, - p. 162, - offre le sufïïxe use pour ose et ouse : 

Prist la curune dcl chief le rei ki d'or estoit e asise de pierres préciuses... E merveilluse proie i truvad... 

Le comtois (Montbéliard) réduit en u la finale bourguignonne ou, qu'elle représente eur des substan- 
tifs ou eux des adjectifs : « nientu, patchu, mouqu, satu », pour menteur, pêcheur, moqueur, sauteur ; 
« everu, use, orguillu, use, pidu, use », pour heureux, orgueilleux, piteux. En gascon ou = eur pour 
les substantifs : « aunou », honneur ; « legidou », lecteur ; « serbidou », serviteur. Moqueur pris 
dans le sens adjectif se dit « moucur. » 

long s'emploie pour a et pour e dans plusieurs temps des verbes : « al ô, al éto, a serô », il est. 
il était, il serait; a al aivô, al airô », il avait, il aurait. Les impai'faits de l'indicatif pour les quatre 
conjugaisons ont la désinence ô pour ais, ait : « i eumô, al eumô », j'aimais, il aimait ; « i fmichô, a 
finichô », je finissais, il finissait ; a i r'cevô, a r'cevô », je recevais, il recevait ; « i rendô, arendô », je 
rendais, il rendait. Le passage de l'a à l'o est extrêmement fréquent en comtois. La région de 
Montbéliard le pousse jusqu'aux dernières limites. On y dit « corotte, moçon, oller, ovoine, popa. 
pofluet », etc., pour carotte, maçon, aller, avoine, papa, paquet. Dans un certain nombre de mots il y 
a peut-être confusion entre l'o simple et la syllabe au. Les Noëls de Besançon orthographient tour à 
tour (i ormére » et « auremare » = armoire. La Monnaye écrit Môdelaine et Maudelenne pour Madeleine, 
Aulemain, Aulemaigne, pour Allemand, Allemagne, que plusieurs auteurs de la Franche-Comté 
écrivent Olleman, Ollemigne. La même contrée substitue aussi comme nous l'o à l'e : « fonne », 
femme ;« forré », ferré ; « noige », neige ; « soille », seigle ; « vorai », verrat. 

latin qui devient ou en français dans pouce, devient chez nous eu dans « peuce », pouce ; « peuce- 
ncr », se servir du pouce. 

Oi représente dans notre parler tous les sons simples du latin. Ainsi l'a qui est dans abante, granea, 
manica, ramex, dans exJraneus, vindemiare, etc., et qui persiste dans le français avancer, grange,, 
manche, ranche. étrange, vendange, devient oi dans les formes morvandelles : « aivoinger, groinge, 
moinge, effroinche, étroinge, venoinge » (2). L'e qui est dans fœnum, pœna, meliorem, metipsimns, 
ren, secale, ue?ia, et qui se maintient dans le français fenil, peine, meilleur, même, rein, seigle, veine. 

(1) Il est assez singulier que les Anglais prononcent comme les Français ferveur, honneur, valeur, etc., leurs mots fervour, 
honour , valour. Il ne l'est pas moins que nous disions humour pour humeur quand ils disent à peu près comme nous 
foumeur. 

(2) Malherbe traduit par oi l'a du latin vadere dans la notation je vois pour je vais : 
Vous aurez cent vers que je Vois envoyer au roi. 

{Lettres, iv, p. 68.) 
Il corrige le poète Besportes, - iv, p. 334, - qui écrit je vay au lieu de je voys. La Monnaye qui dit j poitre » pour paître, et 
(t poix » pour paix, remarque de son côté que le vieux français disait je fois pour je fais. En bourguignon « raoigre, moison. 
nioitro » = maigre, maison, maître. 



NOTES GRAMMATICALES. 17* 

devient oi dans « foiner, poigne, moillou, moinmo, roin, soille, voigne » (1). L'i qui est dans inslgnia, 
insignare, extinguere, nivea, piscare, riga, siccare, signare, sinus, tingere, vigilare, virga, devient 
oi dans « ensoigne, enseigner, éteindre, noige, poiche, roie, soicher, soigner, soin, toindre, voilier, 
voirge. » L'u qui est dans fiindere, grunnire, luridus, musca, pugnus, rumigai^e, rupca, truncare, 
devient « foindre, groingner, ailoiri, moince, époigne, roinger, roiche, troincher » (2). Quelques autres 
mots français, dont l'origine est inconnue, reçoivent le même traitement. Ainsi pour l'e dans « boicher », 
se servir du bec, dans « croiche, loiche », crèche, lèche; pour l'o dans « coiche, coichon », coche, 
cochon ; « aicroicher », accrocher ; « loige », loge, etc. 

Oir, qui est dans la terminaison de beaucoup de mots en français, devient fréquemment ouc, ouâ : 
« drossoué, entounouô, miroué, mouchoué», dressoir, entonnoir, miroir, mouchoir. De même pour les 
finales au féminin : « mimouére, victouére », qui dans la région ouest, par la chute de l'r, se prononce 
« mimouée, victouée. » La désinence ouâ se montre dans les infinitifs de la i' conjugaison : « aivouâ, 
eurcevouâ, saivouâ », etc., pour avoir, recevoir, savoir. 



1* se change en b dans le verbe « ébaumir », épanouir, qui semble dérivé de paume. Au contraire, 
eu rouchi, b devient p : « abominape, octope » pour octobre, etc. Le berrichon dit « couble » pour 
couple. 

Q 

Q ou k s'emploie pour t : « aimiquié, quiorde » = tordre. Le verbe « tiaper » semble identique à 
claper. Dans la contrée « tiauler » et « kiauler » sont deux variantes du même mot. 

Q ou k remplace dans quelques mots le ch du vieux français et le c doux du français moderne. La 
région liourguignonne prononce « iqui, d'iqui, cetu-qui, voiqui », etc., pour ici, d'ici, celui-ci, voici, 
mais la région nivernaise articule « ichi, itchi. » Au reste le dialecte picard, qui a maintenu le c dur 
du latin, se servait concurremment des deux notations ki et chi : « iki » et « ichi » : 

Vois Chi mon cors, fai ent ta commandie 



On li demanda 

Por quoi armés par Ichi cevaucha. 

[Aliscans, v. 2917, 2163.) 

A Guernesey et dans le département de la Manche, la prononciation nasalise la finale de ichi : 
« ichin. » Le Vocabulaire bourguignon de M. Mignard enregistre « icin » pour ici. En Saintonge « chi » 
s'emploie pour qui. 

Q disparaît dans « cô » = coq, « chin, cin » = cinq. 

(i) A propos de la prononciation oi pour ei, rappelons ici la sentence d'Estienne Pasquier : Le courtisan aux mots douillets 
nous couchera de ces paroles reyne, venèt, tenèt, ains demeurerons en nos anciens qui sont forts royne, alloit, venoit, tenoit. 
{Lettres, i, p. 129.) La Bourgogne a largement profité du conseil. Le Morvan comme on le voit n'affectionne pas moins la syllabe 
vigoureuse. 

(2), Le roman provençal change aussi en oi l'u latin dans les formes oissoi- de ii.vo)-, noirir de nutrire. L'o se diphtongue en ni 
dans noire de nocere, noit de nocfein, etc. 

C 



NOTES GRAMMATICALES. 



R 



R disparaît dans le corps des mots à l'ouest de la contrée : « couhi, mouhi », courir, mourir ; 
« écuhie, praihie, frée, mée, pée », frère, mère, père, mais principalement lorsque la liquide se trouve 
entre deux voyelles. Le bourguignon rejette la liquide plus fréquemment encore avant une autre 
consonne : « cône, gaçon, jonée, miséricode, Iode, sôde, sote », pour corne, garçon, jornée, miséricorde, 
lorde, sorde, sorte. Nous disons aussi « âbre, mâbre, pâdri », arbre, marbre, perdrix, etc. Même 
retranchement en Berry qui, en outre, remplace quelquefois le r par un s : « rase » = rare. En 
Auvergne « raie » = rare. 

R disparaît dans la finale des infinitifs de la 2" conjugaison qui ont le même son que les participes 
passés : « beuni, fini, ovri, peuri, ranfraîchi, r'teni, seilli, veilli », pour bénir, finir, ouvrir, pourrir, 
rafraîchir, retenir, saillir, vieillir. Même apocope dans la terminaison de quelques mots : « vé, devé, 
deud'vé », vers, devers. Même retranchement dans les finales muettes bre, fre, pre, tre, vre : « chiffe, 
dccembe, libe, prope, fenéte, peut-éte, prête, tréte, live », pour chiffre, décembre, libre, propre, fenêtre, 
peut-être, prêtre, traître, livre. 

R se soude par liaison euphonique à la place de s dans « r'aimis, r'anfans, r'années, etc. » (Voyez au 
Gloss. la lettre fi.) 

R figure comme lettre de renforcement dans un certain nombre de mots : « chefïre, jésuitre, saufre 
que », etc. En Bourgogne « torjo », toujours. Franche-Comté (Montbéliard) : « neveur », neveu. L'an- 
cienne langue abonde en exemples de ce genre. Je n'en cite qu'un : 

La soris ki n'a c'un pertruis 
Est molt tost prise et enganée. 

{Lai d'Ignaitres, v. 489.) 

L'épenthèse s'est maintenue dans le français moderne : fronde, perdrix, trésor. Le changement de 
1 en r à la fin des mots dans le patois bourguignon qui dit « cier, mier », pour ciel, miel, est interprété 
par Geoffroy Tory comme un vice de prononciation : L, dit-il, est mal prononcé au pais de Bourgoigne 
et de Porest quant pour ladicte lettre 1 on y prononce le r comme j'ay veu et ouy dire à maints jeunes 
escoliers desdicts pais quant ils venoient icy en l'Université de Paris au Collège oii pour lors je regen- 
toye. En lieu de dire mel, fel, animal, ilz pronunçoient mer, fer, animar, etc. {Champ fleur y, p. 49.) 
Nous changeons par contre r en 1 dans « chambleire », chambrière ; « peuriéle », prière, etc. D'anciens 
textes bourguignons et champenois portent fréquemment a prieul » pour prieur : 

Fourque, prieul de Chamberoncourt.... Pour ce que lidiz prieulz disoit Est audit prieul et a ladite 

priortey 

(Essai sur ('Histoire des sires de Joinvilie, p. 269.) 

R se transpose dans l'intérieur de beaucoup de mots : « conteurdire, enteur-deux, enteurmi, enteur- 
teni, enteurmôler », ou dans la syllabe initiale « erbondi, erc'mencer, erculer, erdouner, erfromer, 
erfuser, ersembler », que la région bourguignonne articule « eurbondi, eurc'mencer, eurqueuler, 
eurdouner, eurfromer », etc. Nous disons encore « beurtelle, queurson, queurver, crouvi, teurtôs », etc., 
bretelle, cresson, crever, couvrir, trétous. Notre Père se prononce « noteur Père » ; « conteur lu » = 
contre lui, <i auteurment » = autrement, « encombeurment » = encombrement. Quelques patois de 
Champagne et du Berry nous offrent la même métathèse. Dans la célèbre parabole en langage de 
Courtisols, l'Enfant prodigue dit à son père : « J'ai péché contcul ciel et conteur vou itou. » Le spirituel 



NOTES GRAMMATICALKS. 19* 

recueil des Noels nouviàux, en patois berrichon (Bourges, Pigelet, 1857), reproduit fréquemment cette 
inversion : 

Allez-y d'un bon cœur, 

Bin joliment, bin vite, 

Jésus, Voûter sauveur. 

L'attend 'Voûter vésite. 

(P. 12.) 

Chantons toutes de couraige 
Et de cœurs bin résolus, 
Disant dans Nouter ramaige 
Vive el Noël à Jésus ! 

(P. 17.) 



S entre deux voyelles, dont la première est i, tombe dans le corps des mots ou même dans les finales 
muettes. L'hiatus est dissimulé dans ce cas par le son très mouillé, équivalent du double 1 qui soude 
ensemble les voyelles ainsi rapprochées. Bêtise, bise, cerise, chemise, gourmandise, sottise, etc., se 
prononcent « bétille, bille, cerille, chemillc, gourmandille, sottille », comme en français aiguille, che- 
nille, mantille. Frison, grenaison, maison, poison, prison, raison, saison, etc., deviennent « frillon, 
gueurnaillon, maillon, pouillon, prillon, raillon, saillon », comme en français aiguillon, souillon. 
Aise, mauvaise, punaise, etc., deviennent « aille, mauvaille, peunaillo », comme en français paille, 
semaille, taille. Vaudoise devient « vaudouéille. >: Avec chute de r dans la terminaison, loisir, plaisir, 
sont articulés « louâllhi, plâllhi. » Beaucoup de verbes reçoivent le même traitement que les substan- 
tifs et les adjectifs. Ainsi abuser, apaiser, attiser, baptiser, friser, priser, puiser, etc., se prononcent 
» aibiillher, aipâllher, aitiillher, baitîllher, frillher, prîllhcr, poûllher », la lettre h n'étant qu'un 
soutien pour la vocalisation (1). Quelle orthographe convient-il d'adopter pour exprimer exacte- 
ment aux yeux cette forte mouillure des deux voyelles qui se touchent ? Dans le lorrain et dans le 
wallon, où le même phénomène linguistique n'est pas rare, la plupart des lexicographes, le savant 
Grandgagnage entre autres, se sont servis de l'h aspirée « âhe », aise (2), « ahèsi », procurer un avan- 
tage à quelqu'un ; « bâhi », baiser ; « mohon » (vieux français moison), moineau ; « mâhon », maison ; 
« pehon », poisson; » sâhon », saison, etc. M. Rolland, dans le Vocabulaire d'un patois lorrain, écrit 

(1) Le français, pour combler l'hiatus d'ailleurs fréquent en latin, a inséré la lettre h dans les mots où la chute d'une consonne 
médiate amène la rencontre de deux voyelles. Ainsi envahir de inuadii-e pour invadere, trahir de tradire pour tradere. Le portugais 
dit de même caliir (cadere), tomber. Les très anciens textes, la Chanson de Roland par exemple, emploient l'i tréma comme nous 
l'avons fait dans quelques cas. On trouve dans ce poème envair et traïr. Le même i figure en français : glaïeul (gladiolus), ouir 
faudire) , etc. On rencontre l'y dans l'ancien terme oyer pris substantivement. 

(2) Grandgagnage avec Diez et Diefenbach tire l'adjectif aise d'une racine supposée azi, qui aurait donné au gothiqne azêts, 
commode. Notre Glossaire enregistre le terme correspondant au wallon « âhe », c'est-à-dire « aàye » qui a la même valeur. Nous 
possédons comme le liégeois tout un groupe de dérivés : « aâyance », aisance; « aâyeraent », meuble aisé, commode; « aâyeté », 
état d'aise, de satisfaction, de bien-être; « maulàye », malaise; « ai maulâye », avec difficulté, etc. Le verbe aasier qui conserve 
l's et qui n'est usité chez nous qu'au participe passé, répond exactement au wallon namurois « aèsi. » Le montois a l'adjectif « ai- 
sile » = aisé. Kn basque aisia, repos ; aisina, loisir. Remarquons que la chute de l's peut servir à expliquer certains termes 
obscurs du wallon. Ainsi « moihenai », rhume de cerveau; « nahai », coffre de pêcheur; « nâhe », petite nacelle; « nâhi », 
importuner, représentent peut-être moisir, nasse, et nase tiré du latin nasus. Le substantif « neiihe », équivalent du rouchi « neu- 
sète », noisette, n'est qu'une forme raccourcie de neuse. Dans notre patois « nâhier » est identique au wallon « nâhi. » Les deux 
verbes correspondent à nariller ou nasiller. {Ducange, Narire.) 



50* NOTES GRAMMATICALES. 

« ahh », aise ; « cuhcne », cuisine ; « ciiliië », taire ; « pahh », paix ; « piahi >., plaisir ; « puolion », 
poison ; « uhion », oisillon. En Berry môme, nous ti*ouvons « loihiner » pour loisiner, tire de loisir 
avec le sens de flâner ; « pouher », poser, etc. Mais si l'h, tout en ne marquant pas assez pour nous 
le son mouillé, peut, à la rigueur, s'appliquer aux terminaisons sonores, cette lettre ne s'accommode 
pas aux finales muettes. On peut bien orthographier « mâhion, ouhion, râhion, sâhion », mais la nota- 
tion « Ahie, mortâhie, vaudouéhie », pour aise, mortaise, vaudoise, est impossible (1). Notre Glossaire 
a donc modifié l'orthographe de ces mots ainsi syncopés en se servant tantôt de l'ï tréma ou de l'y, et 
tantôt des H mouillées. 

Prcs(£ue tous les patois qui perdent l's médiale emploient concurremment avec l'h la lettre consonne 
j (jue l'ancienne écriture, on le sait, confondait avec l'i. Le Morvan a les variantes « mâïon, mâhion et 
mâjon, prie et prije, prïon et prijon, râïon et râjon, sâïon et sâjon », etc. (2) Il en est de même dans 
le parler messin où l'on trouve « luhi et luji », loisir, « prihon et prijon, pliahi et pliaji. » Les verbes 
a cuhié » et « cuji » pour coiser, se taire, sont identiques, dérivés tous deux de quietare. (Voy. au Glossaire 
Côijer). Une partie de la Champagne et de la basse Bourgogne ne connaissent pas l'emploi de l'h et 
n'usent que du j ou du g doux en remplacement de l's retranchée. Dans le patois de Courtisols qui sur 
bien des points se rapproche du nôtre : « baji », baiser; « coujin », cousin ; « maijon », maison ; 
« punaije », punaise ; « rijin », raisin. La région du Riceys dit « aige, âgé », pour aise, aisé ; « bétije. 
dijette, églije, majon, noujotte, ojon, plaji, rajin », etc., pour bêtise, disette, église, maison, noisette, 
oison, plaisir, raisin. 

S disparaît dans la liaison pour une partie de la contrée. Quelques localités remplacent la dentale 
par la liquide r et disent comme nous l'avons vu : « lâ-r-enfans, lâ-r-œus », pour les enfants, les 
œufs; mais dans d'autres, à Arleuf par exemple, on émet la bouche ouverte les plus effroyables hiatus : 
« là enfans, là œus. » La région bourguignonne prononce sans sourciller « eun mauvâ onme (homme). » 
La substitution de r à s n'existe pas seulement dans la prononciation du féminin des substantifs 
terminés en ous. On la rencontre çà et là dans l'articulation de certains mots. Ainsi aux environs 
de Dun-les-Places et de Brassy, « çôre » se dit pour chose. Dans le conte en patois intitulé la. Veuve, 
l'abbé Baudiau écrit : « iot chi p'sot d' çoore que d'noos », nous sommes si peu de chose! On l'a 
remarqué ailleurs, la mutation de s en r est assez fréquente en Berry. Au XVP siècle, les étudiants 
natifs de Bourges changeaient ainsi s en r, même en récitant la belle poésie des Géorgiques : 

Félix qui potuit rcrum cognoscere Caviras. 

S est transposée avec changement de la voyelle initiale dans « oscousse, oscouer », secousse, 
secouer. 

S s'adjoint un e prosthétique lorsque la sifflante est suivie des consonnes c, p, t, dans le groupe 
8C, sp, st : « escôrj)ut, escôrpion, espectaki'. » Les enfants de chœur en servant la messe prononcent 
d'instinct espirilus sanctus. En espagnol, espiritu. Dans l'ancienne langue, csperis, esperit : le Saint 
Esperit : 

Ou non et en l'cnor dou Pcrc et dou Fil et dou Saint-Esperit, un Dieu tout-puissant. 

(Credo de Joinville.) 

(1) La même difficultù se produit dans la prononciation des noms de lieu. Ainsi dans notre voisinage deux liameaux, BazoUes 
et Guise, ne peuvent s'écrire par le même procédé orlliograptiique. Si le premier est noté Bâhiaule, le second ne peut l'être Guihe. 
On l'articule Gûllhe ou Giiye. 

(2) L'i comble aussi l'hiatus dans le roman provençal maio, maison. Raynouard {Gloss. iv, p. 1 48) enregistre les deux variantes 
maiso et maio. D'un autre cùté nous retrouvons l'emploi de j et de h en portugais : beijo, baiser. Diez (Grammaire, i, p. 222 à la 
note] nous apprend que le provençal moderne admet les deux formes « baigear » et « bayar » pour baiser. 



NOTES GRAJIMATICALES. 21" 

S initiale devient ch : « châbre, chanehue, ciiapin, chciiche, clieur, chi, chiau, chour, chucher, chuer. 
cliuler, chiitôt », etc., pour sabre, sangsue, sapin, souche, sœur, si, seau, sourd, sucer, suer, 
siffler, sitôt, etc. Le wallon dit aussi « chufler », siffler; « chucher », sucer, etc. Guy Coquille [Hist. 
du Nivernais, p. 358) signalait cette tendance dialectale à propos du nom de lieu Sauvigny que les 
o-ens du pays prononçaient Chauvigny. Même mutation pour le c doux : « chiter, chitre », citer, 
cidre. Ce traitement de s est extrêmement commun dans les patois. Il ne l'était pas moins dans 
quelques dialectes, en picard notamment, qui, en revanche comme notre région nivernaise, changeait 
en c doux le ch français, comme on le voit dans les deux exemples suivants : 

Ha ! fait-il à Chelui, maintenant 
Ne deusciés pas estre Chi. 
Sire, fait-il, por Diu, Merchi I 

[Lai d'Ignaures, v. 501.) 
liieles espaules, mains longetes, 
Grades dois et biaus bras en Mances, 
S'ert .j. poi largete par Hances 
Et s'est gente par la Chainture. 

(/b. V. 654.) 

Le double ss se prononce très fréquemment aussi en ch : « aichister », assister : « baicher », ])aisser : 
(1 graicher », graisser; « laicher », laisser; « repaicher », repaisser (repaitre), etc. Dans quelques 
verbes de la 2" conjugaison, le groupe iss qui figure au présent et à l'imparfait de l'indicatif, à l'impé- 
ratif, au présent et à l'imparfait du subjonctif, se change en ch. Ainsi ils finissent, nous finissions, 
finissez; que je finisse, que nous finissions, finissant devient «. a finichan, i finichions, finiché; qu'i 
linicheusse, qu'i finicheussin, finichan. » Le double ss se maintient cependant, on le voit, dans la 
finale concurremment avec le ch. La région comtoise de Montbéliard applique le ch à tous les temps 
(lu subjonctif où le double ss figure : qu'i feuche, que je fusse, pour le morvandeau qu'i feusse, que 
nos feuchin pour qu' nos feussin ; qu'i feuche aivu, que j'eusse été, pour qui feusse été. Le wallon 
" muchon », moisson, glane, « pichon », poisson, et le lorrain « mochon, pouchon », correspondent 
au morvandeau « mouchon, poichon, pouâchon. » En Berry « gravisson » et « gravichon », celui qui 
grimpe, a pour analogues chez nous « gravisser, gravicher », gravir, qui se note encore par 11 : 
'1 graviller. » Le rouchi associe le c dur au ch dans « cacher », chasser ; « écaclie », échasse. La région 
nord-est prononce « agasse » ou «. agache », pie. Le picard « chui », sureau, a pour analogue en 
Morvan « cheu », variante de n seu », sureau ; « chucheu », parasite, est un dérivé de notre verbe 
<c chucher », sucer, tiré d'un type latin suctiare. Dans les environs de Planchez, le double ss prend 
quelquefois le son du ch : a touchir », tousser, « veuchie », vessie; mais aussi se maintient souvent 
avec s pour ch initial : « sausse » ^ chausse, « sausson » = chausson. Dans cette dernière localité 
la particule d'affirmation « chi » semble identique au suisse romand <( chit », usité pour soit, bien 
rappi'oché du latin sit. En Bourgogne ss persiste en général et se montre même parfois pour le ch 
français dans les anciens textes du dialecte : 

Tout li Dessirentson bliaut de samis. 

(G. de Viane, dans Bekker, v. 1428.) 

Kant li rois ot sa venison meue 

Ne sai saingler ou Bisse parceue 

Tant la chasca que il Fût retenue. 

(76. IB. V. 3718.) 

Au reste, la prononciation sur ce point était évidemment hésitante dans beaucoup de mots. Citons 



22* NOTES GRAMMATICALES. 

seulement en preuve mâchecoulis orthographié par Comenius massecoulis, forme qui met peut-être, 
disons-le en passant, sur la voie de l'origine inconnue de ce terme : 
La porte a ses fermures... grilles, herses, coulisses ou Massecoulis et son pont-levis. 

(Jaiuia, p. 185.) 



T passe au c dur ou qu : « aimiquié », mais beaucoup moins fréquemment que dans le parler de 
Paris où la mutation des deux consonnes surabonde. 

T prend la place de v dans « chetite >>, féminin de chétif ^ mauvais, méchant (1) : remplace 11 dans 
« gentite », féminin de gentil ; s'intercale dans « gaite », féminin de gai. 

T s'introduit dans la liaison : « ç'iai va-t'-éte fé », cela va être fait. Ce t parasite et inopportun est-il 
un dernier vestige de l'ancienne orthographe vat pour va ? 

Il Vat si encontre lo malisco del ancien anemi par la mervilhose merci de sa poance. 

{Job, p. 505.) 

Explique-t-il honorablement ainsi la célèbre liaison du Malborough s'en vat-en guerre 'f Le fait est 
que la dentale, barbare ou non, subsiste dans la plupart des patois. 

Le t du latin supposé ca.tenionem semble s'être conservé avec changement en c doux dans notre 
terme « chacignon » = chignon, nuque du cou. Chignon et chaînon sont identiques par suite d'une 
assimilation des vertèbres du cou avec une chaîne. Nicot dit le chaînon, et Amyot (Vie de Pompée) 
le chinon pour le chignon du col. Rabelais donne à la ville de Chinon les variantes Chaisnon et 
Caynon : 

Je sçai des lieux à Lyon, à la Barmette, à Chaisnon et ailleurs où les estables sont au plus haut du logis. 
{Gargantua, i, 12.) Qui est ceste première ville que dictes ? Chinon, dy-ce, ou Caynon en Touraine. 

{Pantagruel, v, 35.) 

Le mot sous ses deux formes provient de ca.tena. C'est dans cette identité et non point dans le 
brouillard celtique que les étjmologistes doivent, selon nous, rechercher l'origine si controversée du 
nom de lieu Château-Chinon, encore articulé Château-Chignon ou Çâtiau-Cinon. Le castrum s'élevait 
au faite du dernier chaînon de nos montagnes. La notation cinon a été aussi appliquée à la ville de 
Chinon llndre-et-Loire) dont le vieux château occupe un sommet de colline ; 

L'autrier par un matinet 
Erroie en l'ost a Cinon. 

{nom. et Past. p. 283.) 

Au reste la petite capitale du Morvan était quelquefois aussi appelée Chinon tout court. J'en cite 
pour preuve le passage suivant de Georges Chastellain (Édition K. de Lettenhove, III, p. 8, 27) : 

Le duc de Bourgongne voulut avoir la terre et seigneurie de Chinon qui gisoit enclavée en Bourgongne et 
estoit de grant préjudice au pays en temps de guerre... Et renvoia arrière le seigneur de Chaumont et celui de 
Culan... pour faire le don et le transport de la terre de Chinon en la main du duc. 

(1) Chétif, di3ons-le en passant, a eu le sens exact de mauvais dans l'ancienne langue. On le voit dans ce passage des iloralitea 

sur Job, p. 449 : 

Ce est forbir la purreture de la Cliaitive pensé.. . 



NOTES GRAMMATICALES. 23* 



u 



U se diphtongue en ou dans un grand nombre de cas. C'est un des caractères typiques pour notre 
région bourguignonne principalement : « beuche, beutin, beuvou, équeume, feumée, jeuche, leunc, 
peunaille, peute, pleume, reuchon, reume, seu, treufe, veue », etc., pour bûche, butin, buveur, écume, 
fumée, juche, lune, punaise, pute (1), plume, rhume, ruche, sureau, truffe, vue. Nous prononçons 
« deur, meur, seur », dur, mûr, sûr ; « eune breuleure, eune fracteure, eune injeure, eune meurtris- 
seure, eune morseure, lai sarreure, lai frouédeure, lai tointeure, lai vardeure. » Dans la plupart des 
verbes, u prend le même son : « deurer, cpcurer, eurqueuler, jeurer, meurmeurer, queurer (curer), 
torteurer, vouéteurer. » Le français mourir et pourrir prend dans la région les deux sons u et eu • 
« meuri, mûri ; peuri, pûri. » L'ancien dialecte bourguignon offre des exemples nombreux de cette 
mutation. Un certain nombre de chartes orthographient Semeur pour Semur : 

Semeur qu'on nomme san raison 
Semeur dedan lal Bairbairie. 

(Hairangite dé Vaigneron de Dijon, 11 IQ.) 

Seully figure pour Sully. La ville de Seurre est Sahure, Sehure, dans plusieurs documents très 
anciens. Aujourd'hui la tendance est si bien enracinée qu'en récitant le Confiteor, nos enfants disent 
mea keulpa., mea maxima keulpa. 

La bivocale ui devient généralement, eu : « anneu, freu, heule, neu, peu, pleuc, queuche, seue, 
treue, veude », etc., pour ennui, fruit, huile, nuit, puis, pluie, cuisse, suie, truie, vuide. Même chan- 
gement de la diphtongue dans la terminaison de quelques verbes : « constreure, estreure, neure, 
keure ou queure », pour construire, instruire, nuire, cuire. Au présent de l'indicatif du verbe être 
« i seu » représente le français je suis. Par contre eu français devient u long dans quelques mots : 
« hûreux, malhûreux ; jûner, dijùner ; Ugéne, Urope », et en général dans le peu de vocables tirés du 
grec qui sont en usage. (2) 

U devient e dans « ailemer », allumer; « ailemette », allumette, etc., mais la mutation n'est 
(ju'apparente parce qu'elle résulte d'une réduction des mots : ail'mer, ail'mette. etc. 

U devient i dans plusieurs temps des verbes. Ainsi pour le verbe avoir : « i airô », j'aurai ; 
« i airais », j'aurais, etc. Au reste ai n'est pas autre chose que l'a mouillé do l'ancienne prononciation : 
je arai, je arais. 

U prend la place de l'i français dans les participes passés de plusieurs verbes de la 2° conju- 
gaison : « bénissu, boulu, mentu, repentu, sentu, sortu », etc., pour béni, bouilli, menti, repenti, 
senti, sorti. 

— Se reproduit sous la forme dyssyllabique : « crouéyu », cru; « pleuvu », plu. S'ajoute à la 

(1) Lorsque Marie-Thérèse d'Autriche disait de sa rivale M-"> de Montespaii ; Cette pute me fera mourir, elle faisait certainement 
allusion à la conduite de la dame et non à sa figure qui était loin d'être « peute. » Dans le sens étymologique le mot se rattachait 
cependant comme le nôtre au latin putidus. Si le vilain mot en ain est dérivé du latin pusa ou puta, petite fille, la confusion date 
des plus anciens temps, car on ne trouve, je crois, en français, aucun exemple où il ait été employé avec la dernière signification 
Le texte allégué par M. Liltré, texte du XIP siècle qui nous montre saint Thomas le martyr injurié par des vauriens des deux 
sexes, est plutôt à l'appui du terme pris en mauvaise part comme pour celui de garçon, en ce lieu tout <à fait synonyme de souiat 
de mauvais sujet. ' 

(2) M. Talbert, dans son opuscule intitulé De la prononciation de la voijelle u au XVI' siècle, a surabondamment prouvé par de 
très nombreux exemples que l'u sonnait fréquemment en eu. Notre prononciation actuelle qui est encore celle des campagnes dans 
une grande partie de la France, a donc été familière aux lettrés et aux poètes. C'est un tait acquis qu'il est impossible de nier. 
Nous n en remarquerons pas moins comme un contraste singulier que dans notre région nivernaise le son de lu se maintient à peu 
près intact. 



-2'l' NOTES GRAMMATICALES. 

désinence française : « croindu, étoindu, joindu, plaindu, loindu », pour craint, cleint, joint, plaint, 
teint II y a permutation entre les dentales d et t. Ces participes passés morvandeaux proviennent du 
sufïixe itus, quelquefois de basse-latinité. Ducange enregistre sentilus pour senti. Par contre u devient 
i dans le participe passé du verbe lire : « H », pour lu. 

U s'intercale parfois devant une consonne liquide. Je cite seulement « bauler » qui représente le 
latin bâlare et le français bêler. Les Bourguignons disent un « vaulôt » pour un valet. Dans « nu])ri », 
abri, l'u précède une labiale comn;c dans le lorrain « aupetit », appétit. 

V 

V médial disparaît dans « boiié », bouvier ; « soûen », souvent; « via » (vivax), vivement : « coiier », 
couver ; « éproûer », éprouver ; « trouer », trouver ; dans « poure », pauvre; « pourelé », pauvreté ; 
dans « pleure », pleuvoir; « seure », suivre. Comme en français le v latin acte retranché dans « poue », 
peur (pavorem), dans « pleue », pluie {pluvial . La syllabe ve tombe dans « brament », bravement, 
comme dans le vieux français briement =: brièvement. 

V devient f dans « chétife », féminin de chétif, qui s'emploie concurremment avec « ch'tite », ren- 
fermant un sens un peu différent, dans a vife», féminin de vif, dans « crointife », féminin de craintif, etc. 
La tendance du pays est, dans les finales françaises ive, de substituer la labiale forte à la douce. Cette 
môme tendance a été signalée dans le dialecte lorrain. 

V s'intercale dans quelques mots ou se place prosthétiqueçient : « vou, laivou », où ; « voué », oui. 
Vre devient bre : « cailâbre », cadavre ; « genâbre », genièvre. En rouchi « cadabre. » Berry : 

« cadâbe. » Le comtois change le b en v dans « aivri », abri, que nous prononçons « aibri » et 

« aubri » : 

Nous seunes ai l'aivri de lai bise 

Boute vitement das soucliés. 

{Noëls de Besançon, noël 17.) 

Nous apprenons de Diez (Grammaire, i, p. 259) que l'adoucissement du b en v s'est produit de 
bonne heure et que des monuments anciens portent devitum, acervus, etc., pour clebitum, acerbiis. 
L'illustre philologue montre ailleurs (p. 265) que le v, par contre, devenait assez fréquemment b : 
bendidit, bixit, pour vendidit, vixit, etc. Il prouve par des exemples que cet ancien échange de 
lettres s'est continué dans les dialectes néo-latins. 

X 

X a le son de s dans beaucoup de mots : « espliquer, estorquer, estraire, esterminer » ; dans « espert, 
espertise, esprès, escuse ou esciie » par la chute de la sifflante médiale. On dit faire un « estra » pour 
un extra, être à a l'estrémité. » L'italien emploie l's simple ou double : essemplo, exemple, estremità, 
estrarre, estirpare, extraire, extirper. 

X devient ss dans « deusse », deux; « chisse », six; « disse », dix. On prononce « deu, chi, di », 
lorsque le nom de nombre est associé à un substantif. Par contre, dans l'ancien dialecte bourguignon, 
X se montre pour le double ss : 

Ainz ko Françoiz Seuxciit la veritoy. 

(G. de Viane, v. 3621.) 
N'est point apetisic leur Poixance et leur force. 

[G. de Rossillon, v. 8fi8, dans Mionarii.) 



NOTES GRAMMATICALES. 25* 

En vieux français x est quelquefois l'équivalent de s que le rouchi prononce ss : « gueusse, voleusse, 
chosse rosse », pour gueuse, voleuse, chose, rose. Nous disons aussi « teusse » pour toux. X ou le 
double s intervocal est une des notations caractéristiques de l'ancien lorrain : 

lia plume n'ot pas oubliée 
Ainz l'a Misse soz l'oreillier. 

{Dolopathos, p. 248.) 
Puis se couchoit el' lit, et jut 
A Aisse et a grant seignorie. 

(76. p. 251.) 

La bouche li Baisse et la faice, 

Et dist : Sire 

Onkes a Malaisse ne fui. 

{Ib. p. 369.) 

X dans les terminaisons as, eas, ias, qui correspondent au français aus, eaus, iaus, n'est autre 
cliose qu'une variété orthographique de s. On écrivait biax, viax, et on prononçait bias, vias, comme 
dans notre région morvandelle-bourguignonne d'Anost : 

Or fut riches le Damoisiax, 
Or ot assez chiens et Oisiax. 

{Dolopathos, V. 7320.) 

On trouve très rapprochées chez nous la forme essentiellement bourguignonne iâ et la forme quasi 
générale des patois d'oïl, iau : « in via, in viau », un veau. 



Y se montre dans la finale d'un assez grand nombre de noms de lieu en Morvan et en Nivernais : 
AUigny, Chitry, Clamecy, Corbigny, Donzy, Gucrigny, Imphy, RafTigny, Varzy, etc. Il est à remar- 
quer que dans notre région au moins cette finale fléchit en ey. Nous prononçons Airgney,Fintigney,pour 
Alligny, Fétigny. Ces terminaisons sont tirées, on le sait, des suffixes latins iactts, iàcum. L'accent se 
porte sur l'i et la consonne de la désinence s'éteint jusqu'à disparaître. Pour Alligny (Cosne et Mont- 
sauche) on trouve au XIIP siècle la flexion de basse-latinité : Aligneium, AUgneyum, qui renferme 
l'articulation ei, ey encore vivante. Au reste le changement de l'y en ey n'est pas rare dans les textes 
bourguignons et champenois. On rencontre par exemple Remey pour Remy : 

C'est assavoir : lendemain de Pasques et le jour de la saint Remey chaucun an... 

(Essai sur l'Histoire des sires de Joinville, p. 269.) 

Y ou i s'emploie en quelques lieux pour le substantif numéral un. J'en cite pour preuve le couplet 
d'une chanson moderne en patois, composée par un anonyme : 

Mon cher frère, i me mairie 

Aite lai feille d' màtre Graipin, 

T' sai qu'air n'ô pâ bin zoulie 

Ma qu' ceus zens-lait' on Y bon bin ; 

I on calculé nout' aiffére, 

Ce zens-lai devon pâ Y sou ; 

I eumerô mieu 1' bin qu' lai gâtiére, 

Ma p' l'aivouà a fau prende 1' tout. 

d 



26* NOTES GRAMMATICALES. 

Y OU i s'emploie fréquemment dans les particules my ou nii, ty ou ti, sy ou si, avec une signification 
tellement vague qu'on ne peut souvent pas reconnaître si elles sont adverbiales ou pronominales. La 
difTicultc sera plus clairement démontrée par un exemple que j'emprunte encore à une chanson du 
pays, chanson beaucoup plus ancienne d'un auteur également inconnu. La pièce en question est un 
dialogue entre un galant et une jeune fille qui, comme la Galathée de Virgile, fait mine de fuir pour être 
suivie avec plus d'ardeur. La belle dit au jeune homme qui essaie de la séduire avec l'argent de sa caisse : 

Si tu m'y donnes cent livres 

De ton argent, 

Je m'y renderai carpe 

Dans un étang, 

Enfin de moi t' nauras pas d'agrément. 

Le garçon entre dans le jeu et réplique : 

Oh si tu t'y rends carpe 

Dans un étang, 

Je m'y rendrai pêcheur 

Pour t'y pêcher ; 

Je pécherai la carpe 

Par amitié. 

A quoi la fille répond avec volubilité et le pied en l'air comme un oiseau près de s'envoler : 

Si tu t'y rends pêchevir 

Pour m'y pêcher, 

Je m'y renderai caille 

Caille volant, 

Enfin de moi f nauras pas d'agrément. 

Loin de s'efïrayer de la menace, le galant, qui sans doute comme tout bon Morvandeau connaît les 

remises du gibier, s'écrie : 

Si tu t'y rends caille 

Caille volant, 

Je m'y rendrai chasseur 

Pour t'y chasser ; 

Je chasserai la caille 

Par amitié. 

Le colloque dure ainsi l'espace de dix ou douze couplets dans lesquels my et ty se reproduisent à 

plaisir, exprimant ou un lieu, comme en latin ibi, ou une personnalité comme en latin me, te. 

Sans doute ces derniers couplets, qui rappellent à la mémoire la charmante chanson de Magali, dans 

Mirèïo, ne sont pas dans le parler du pays. Ils appartiennent à un de ces petits poëmes populaires qui 

sortent on ne sait d'où, mais les particules citées sont bien dans le goût morvandeau. 



Z s'emploie comme liaison d'euphonie : « ç' n'ô pà por-z-cux, por-z-eules », ce n'est pas pour eux. 
pour elles. 

Z s'emploie pour g doux et pour j dans toute la région nivernaise : « grainze, zenti, m'zer, zuze, 
zaimà », grange, gentil, manger, juge, jamais ; « avantaize, imaize, partaize, raize. » L'ancien lorrain 
change qnekiuefois en z le g entre deux voyelles : 

Saiges devint, preuz et cortois 
Et bien sot latin et Grezois. 

(Do(opa(/ios, p. 40.) 



NOTES GRAMMATICALES. 27* 

Le patois de Coiirtisols a dz pour z : « dze », je ; « dz'a », j'ai. Tz remplace quelquefois le ch 
français articulé en c doux ou s dans notre région nivernaise : » dibautze, tzaimp, cotzon mitze » 
que nous prononçons « débauce, camp, coiçon, mice », pour débauche, champ, cochon, miche. Même 
zézaiement dans le comtois (Fourgs) : « dzai », geai ; « d'zar », déjà. Le parler de Montbéliard 
conserve le g et le j en l'associant à la dentale : « dgeai », geai ; « djai », déjà. Il en est de même dans le 
patois de la Suisse romande : « dja », déjà ; a djé », geai ; « djamé », jamais ; « Dzézus » Jésus, 
comme dans quelques cantons de la Champagne. La prononciation de la commune de Frontenaud 
(Saône-et-Loire), assez éloignée de nos montagnes, est exactement semblable à celle des environs de 
Château-Ohinon : « zeune, zour, zuze », jeune, jour, juge. La blésité (1) est en somme un phénomène 
inexpliqué. Il se produit sous des influences absolument inconnues. On a supposé je ne sais quel vice 
de l'organe de la pai'ole, vice qui est apparent chez les enfants dont la langue ne peut émettre avec 
netteté les lettres chuintantes, mais que vaut cette hypothèse lorsque nous avons sous les yeux des 
populations établies côte à côte sur le môme sol et sous le même pan de ciel, alliées entre elles par des 
mariages nombreux renouvelés de siècle en siècle, soumises aux mêmes usages, livrées aux mêmes 
errements agricoles, parlant un langage emprunté à un même vocabulaire, et cependant articulant 
certains sons d'une façon absolument distincte. Nous voyons dans le liaut Morvan des hameaux très 
rapprochés mêler, sans la confondre jamais, leur prononciation dissemblable, les uns disant le g et le j, 
le ch et l's comme en français, les autres changeant ces lettres en z, en c doux et en ch. Encore une 
fois comment expliquer l'existence sinon la persistance de ce phénomène ? Si on considère l'incroyable 
ténacité de l'individu rural, ténacité que l'action du temps entame si lentement, ténacité qui résiste à 
tant de frottements, à tant de chocs, surtout lorsqu'ils s'attaquent à une tendance devenue en quelque 
sorte organique, on est tenté de faire remonter ces singulières divergences jusqu'aux sources du parler 
roman, jusqu'à ces époques à date incertaine oii le latin populaire, mêlé aux idiomes indioènes ou 
étrangers, devint la langue commune de notre pays. Si on remarque en outre la correspondance de 
cette phonétique anormale dans les dialectes et dans les patois néo-latins, l'idée vient à l'esprit que 
ces particularités en relief, dans des milieux différents, révèlent l'action de groupes initiateurs répan- 
dus çà et là comme les essaims d'une autre race introduite par les hasards de la guerre dans la masse 
du peuple vainqueur. Serait-il trop téméraire en somme de croire que ces accidents linguistiques, 
cantonnés de lieu en lieu et .souvent à grande distance, sont la reproduction d'un langage primitif où 
la substitution de la dentale z (s) aux gutturales douces g, j, était naturelle et par conséquent régu- 
lière ? L'Italie (2j, l'Espagne, le Portugal, la France d'oil et d'oc, nous offrent des spécimens plus ou 

(1) N'avons-nous pas tort de confondre le blésement et le zézaiement? Le latin blœsus signifie bègue. Dans le Testament de Jehan 
de Meung, bléser a le sens de balbutier, ne pas parler franchement : 

Se leur langue ne Bloise 

On blèse donc lorsqu'on parle d'une manière peu distincte, avec une sorte de difficulté résultant d'un vice de l'organe vocal. 
Zézayer n'est plus cela, c'est articuler certains sons d'une manière particulière qui n'implique en rien, au moins pour notre région 
occidentale, une infirmité du larynx ou de la langue. La distinction ne se raontre-t-elle pas dans ce fait que le blésement est imposé 
par la conformation de l'individu, tandis que le zézaiement est pour ainsi dire consenti. Nos Morvandeaux qui zézaient fortement 
prononcent, lorsqu'ils le veulent, le g et le j aussi bien que tout le monde. Ils ne sont pas plus bègues que les belles dames de 
Rome disant fizere ozcula pour figere oscula, ou les Merveilleuses du Directoire disant : ze vous aime. Celles-ci sont les esclaves 
d'une mode passagère et ridicule, ceux-là obéissent à l'enseignement oral de la famille. Voilà toute la différence. 

(2) Le vocabulaire et la phonétique du Morvan possèdent des mots et des sons qui lui sont communs avec l'italien. Nos lettrés 
en ont depuis longtemps fait la remarque. M. Dupin, l'académicien, semble attribuer ce fait à l'influence des Gonzague, ducs de 
Nevers. M. Bogros, de son côté, ne lui assigne pas une origine bien reculée. Suivant lui, l'ifa/ianisme qui a été à peu près partout 
de mode au XVI' siècle, une fois implanté dans notre patois, y est resté. Ces assertions, qui ne s'appuient d'ailleurs sur aucun 
document historique ou philologique, sont également sans vraisemblance. Comment la domination de la maison de Gonzague, qui 
en définitive n'a exercé aucune action sur le langage du Nivernais proprement dit, aurait-elle modifié le parler de notre région en 
grande partie bourguignonne et indépendante du duché'? Comment, à un aitre point de vue, une mode passagère et aristocratique, 



V8* NOTES GHAMMATICALES. 

moins étendus de la diction zézayante. Des contrées étrangères ce semble les unes aux autres à cet 
égard, se rejoignent ainsi dans un même type de prononciation contraire au type général (1). D'où 
cela vient-il ? Quel est le point de départ ? Le fait étant évident, quelle en est la cause? Si le problème 
a été signalé, répétons-le, il n'a pas encore été résolu d'une manière satisfaisante. 

une mode de beaux esprits et de précieuses, aurait-elle pu pénétrer dans nos montagnes peuplées de laboureurs et de bûcherons et 
y prendre racine. Non, la teinte italienne do la prononciation morvandelle et de quelques expressions, tient à des causes beaucoup 
plus profondes, remonte à des sources bien plus lointaines. Pour les mots, la ressemblance est en quelque sorte naturelle. Les langues 
française et italienne ne sont-elles pas deux sœurs en possession du même héritage, le latin rustique ou vulgaire ? Quant aux sons, 
ils ne sont pas particuliers au Jlorvan. On les retrouve dispersés sur toute la surface du pays. Voilà la vérité, mais il n'en est pas 
moins curieux de voir les patois de Venise et de Château-Chinon se confondre dans l'emploi des mêmes termes revêtus des mêmes 
formes, d'entendre par exemple dans la petite ville nivernaise et dans la grande cité italienne dire « zambon, zardin, zcntil, zéné- 
ral, zipon, zornal, zuner ou zunàr, zurer ou z iràr », pour jambon, jardin, gentil, général, jupon, journal, jeûner, jurer, etc. On 
note encore comme une autre curiosité certains noms de lieu où les deux contrées semblent se toucher, celui de Vénitien (c°' de 
Préporché) par exemple, que d'anciens documents orthographient Venissiau, Venissien, Vinissien, cest-à-dire avec le double s 
comme dans quelques chansons de geste : 

Et ly frans mesaigier s'ala tant esploitant 

Qu'il entra en Venisse, le cité soufflsant... 

Et Huez vint à Droguez, si se va escriant : 

X ! Sire de Venisse, ne vous allez doutant. 

[Hugues Cajfiet, v. 1085, 3897.) 
Et dans les poèmes Iranco -vénitiens tels que Macaire et Berte de li gran piè {Romania, 1874-5, p. 339, 91), que de rapproche- 
ments ;'i faire'.* .\près tout est-il impossible que les Vénètes de la Gaule et les Vénèles de l'Italie se soient donné la main dans ces 
rencontres inattendues. 

(I) Un des plus singuliers rapprochements qu'on puisse faire dans ce genre est celui du grec Çeùç, Jupiter, Jovis, du valaque 
reu, faux dieu, dieu au sens païen, et du forézien (Rive-de-Gier) « Dzo » dont le z semble correspondre àl'i de l'italien Dio. Le picard 
« Djiu j> offre peut-être une forme intermédiaire. 



VERBES 



Notre principale remarque sur le verbe morvandeau, c'est que dans ses flexions caractéristiques il 
est presque entièrement conforme au verbe bourguignon. La plus notable différence se trouve dans la 
finale des infinitifs et des participes passés de la l'''' conjugaison, et en général dans le traitement de 
la voyelle e qui devient ai en Bourgogne, tandis que notre région l'assourdit le plus souvent en e 
fermé comme le français. La prononciation de la partie est de la contrée se rapproche cependant beau- 
coup plus à cet égard du parler popularisé par les classiques dijonnais. Elle donne un son intermé- 
diaire entre celui de la syllabe sonore et celui de la finale sourde. Ce n'est plus l'articulation écla- 
tante des infinitifs « aimai, chantai, dansai », mais ce n'est pas non plus la finale éteinte du français 
aimer, chanter, danser. La nuance perçue par l'oreille, quoique assez marquée, ne peut d'ailleurs 
être exprimée par aucun signe convenu. Sauf quelques rares exceptions, les divers temps de nos 
verbes n'ont que deux terminaisons, l'une pour le singulier, l'autre pour le pluriel. En prenant le 
verbe être pour type, nous avons à l'imparfait de l'indicatif « i éto, t'éto, al éto ; i étin, vos étin, al 
étin » ; au subjonctif « qui feusse, qu' leu feusse-, qu'a feusse; qui feussin, qu' vos feussin, qu'a feus- 
sin. » Mêmes finales pour le verbe avoir : « i aivô, t'aivô, al aivô ; i aivin, vos aivin, al aivin » ; au 
subjonctif : « qui eusse, qu' t'eusse, qu'ai eusse ; qui eussin, qu' vos eussin, qu'ai eussin. » Il suffit 
de jeter un coup d'œil sur les Noëls de la Monnaye ou sur le Virgille virai pour y retrouver, avec 
de légères divergences orthographiques, ces désinences dialectales. Nous n'insisterons pas sur ces 
analogies naturelles des deux patois. Nous aurons assez l'occasion de les mettre en relief dans xm 
examen attentif de la conjugaison entière. 

INDICATIF. 

PRÉSENT. 

Les pronoms i et j s'appliquent, en Morvan et en Bourgogne, à la première personne du singulier et 
du pluriel : « i é » = j'ai; « i on = j'on. « Dans le verbe être, la troisième personne du singulier au 
présent de l'indicatif prend la forme ô chez nous, et a en bourguignon : « al ô = el a », parce que ce 
dernier idiome traite ordinairement en a la voyelle e que nous changeons fréquemment en o. Par 
contre, notre troisième personne du pluriel offre la désinence an, ant, comme dans le roman provençal 
et en italien : « al an », ils ont ; « a dian, a fian », ils disent, ils font. Môme terminaison au futur. 
La région nivcrnaise ne possède pas cette finale très répandue dans les patois du Midi. (1) 

(1) L'Anjou, le Poitou, la Saintonge, etc., ont aussi la finale de la troisième personne du pluriel an pour on, non-seulement au 
présent de l'indicatif mais aussi à l'imparfait, au futur, au présent et à l'imparfait du subjonctif. Dans plusieurs temps du verbe 
cette terminaison tient lieu de notre désinence ain, in. Molière adopte cette forme dans le langage rustique de Pierrot qu'on pour- 
rait supposer picard ou wallon en l'entendant dire : « Il serait nayé si je n'aviomme esté là. » Ecoutons-le ; « Je pense que v'ià des 
hommes qui nageant là-bas... Ce sont deu.K hommes qui nageant droit icy... Deux hommes tout à plain qui nous faisiant signe de 
les aller que. ir... Deux de la mesme bande qui s'equiant sauvez tout seuls... i)(Don Juan, acteii, se. l"). Il l'applique même irrégulièrement 
au présent de l'indicatif du verbe être : « Ils se sant dépouillés tout nuds pour se sécher... » Il est vrai qu'à côté nous trouvons l'autre 
linale patoise : « Ils nous appelont.. Que dengigorniaux boutont ces messicurs-li, les courtisans... » Il emploie concurremment les 



30' 



IMPARFAIT. 



L'imparfait de l'indicatif, comme nous venons de l'indiquer, a la terminaison o pour les trois per- 
sonnes du singulier et la terminaison in pour les trois personnes du pluriel, et cela non-seulement 
dans notre zone linguistique, mais encore dans presque tout le nord-est de la France, des montagnes 
du Jura aux limites maritimes de la Belgique. Le comtois de Montbéliard dit comme nous : « i aivô, 
nos aivin », j'avais, nous avions. De même en Lorraine, surtout aux environs de Lunéville : « i voyô, 
i voyin », je voyais, nous voyions. La finale au singulier est identique à Valenciennes et à Lille, mais 
au pluriel la flexion est dilTcrente. Dans quelques parties de la Champagne (T.a.rbé, p. 156) le singulier 
est en ois et le pluriel en in : « j'avois, nos aivins. » La finale romane de l'imparfait ive, eve, qui se 
montre assez fréquemment dans les Sermons de saint Bernard est étrangère à nos patois. Ce fait 
tendrait à rendre douteuse la provenance dialectale de ce précieux document qu'on considère généra- 
lement comme un testo di lingua. bourguignon. Cette terminaison familière à l'italien qui l'a copiée 
sur le latin, se rencontre cependant non loin de nous, dans la Bresse chalonnaise, oîi elle se produit 
concurremment avec la désinence o : « e faillive = e faillo », il fallait; « il avive = il avo », il 
avait ; « i baillive, i beillève = i beillô », il donnait. Au pluriel la finale ive se produit également en 
concurrence avec la nôtre ain, in : « i minzivent » ou « i mongin », ils mangeaient ; « i dansivent », 
ou « i dansin », ils dansaient. Le patois d'Auvergne associe la flexion dont nous parlons avec notre 
finale en o : « i amavo, i demouravo, i duravo, i gardiavo, i posavo », il aimait, il demeurait, il durait, 
il regardait, il reposait. (1) 

deux formes dans le même verbe : « Ils ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout Ijrandis... Ils Vavont z' habille 
tout devant nous... Ils ai-ont itou d'autres petits rabats au bout des bras, etc. » C'est que le grand comique dans ces pastiches de 
théâtre se souciait principalement de provoquer le rire. On ne lui demandait pas autre chose et il ne s'en tirait pas mal. 

A propos de cette finale an = on, remarquons en passant qu'un de nos plus antiques monuments, le Fragment de Valenciennes, 
nous donne feent et dcent pour le latin faciunt et debent. Lorsque Joinville nous rapporte certaine formule de malédiction i l'usage 
des Bédouins, il se sert (p. 138), de termes identiques à ceux que les Morvandeaux emploieraient en pareil cas : Quant il 
maudient lour enfans, si lour dicnt, etc. N'avons-nous pas « dian, maudian », pour disent et maudissent. La terminaison n'était 
probablement pas plus muette dans la bouche du biographe de saint Louis qu'elle ne l'est dans celle de nos laboureurs. 

(1) La terminaison o pour l'imparfait de l'indicatif au singulier apparaît çà et là dans des textes appartenant à différents dia- 
lectes. Dans le roman de Renart on la rencontre plusieurs fois, mais toujours à la troisième personne : Il resenblot trop bien 
Renart, Je le vi pendre à une hart (v. 12541). L'ostel a un provoire sot Qui de lui moult fort se gaitot (v. 13746). Ne semblot 
pas jeu de pelote {v. 14280). Et ci crier son conpere Qui por lui moult grant duel nienot (v. 14'.i80). Dans le roman de Brut : 
Et as salus et as présens Le sanli bien le quens et sot Que li rois sa moillier amot (v. 8826). Et il mena ses soldiers A un castel 
fort que il ot Qui le plus de son fin gardot (v. 8862). 

A côté de cette forme assez rare d'ailleurs, on trouve dans les mêmes textes amoit, gardoit, menoit, sembloit, etc. On rencontre 
moins fréquemment encore la désinence du pluriel ain, ein. in. C'est qu'elle est une prononciation essentiellement populaire, un 
déplacement de la flexion si commune en vieux français surtout dans les dialectes du nord-est de la France, een, ien, flexion qui 
s'appliquait non-seulement à l'imparfait de l'indicatif mais encore aux autres temps où les patois de cette zone ont conservé une 
terminaison analogue à la nôtre. Rien ne serait plus facile que de montrer partout dans le vaste domaine bourguignon, lorrain, 
wallon, la correspondance du dialecte et des patois à ce sujet. Cette flexion abonde dans Ville-Hardouin, dans Joinville, dans les 
chartes bourguignonnes et lorraines : Touz les hommes et femmes que ilz havient, tentent et possedient en toute la ville de Beaune 
[Ch. D. I, p. 230). Desquels sommes les dites personnes davient (p. 233). Se pleynnessient li diz abbés et 11 covanz (p. 540). 
...Pourquoy ils infermoient sa sentence et retenient la cause por devers ans... {Mém. de la Société Éduenne, 1876, p. 372). Lui dist 
que tous les religieulx dormient {Instit. en Bourj. Appendice, p. 84). Ainsi chantient par contancion... Des apostres qui annoncient 
la loi nostre Signour (Remania, 1877). Endcmentres que nous estiens ainsi... L'ost que nous aviens lessié... Il ne le pooient 
suivre... (Joinville, p. 12C.) Nous n'estiens que six... Tandis que nous reveniens... Si que nous voiens endementieres que nous 
veniens aval... (Ib. p. 128). Nous qui gardiens le poncel... Quant li Turc virent que nous gardiens le pont... Que nous aviens 
tourné les visaiges vers ans (Ib. p. 130). Ainsi comme nous estiens venu aval... Toutes les foiz que nous voiens... nous lour cou- 
riens sus (Ib. p. 132). 

■Voilà pour les imparfaits de l'indicatif. La correspondance est la même entre les formes dialectale et patoise pour le conditionnel. 
La flnalo du vieux français reen, rien, est reproduite par la désinence bourguignonne et morvandelle rein, rin : Les allégations qui 
pourrient estre dite;... S'il i avoit défaut nos nos tanriens au Maiour {Ch. B. p. 235, 48.5). Ledit abbé de Dijon lou fereent et 
rcgardereent à bone foy... Usaiges de ce que li diz borjois monstrereent et fereent savoir au dit abbé... Li diz abbé de Bese et li 
covanz lor torreent et gardereent et fereont tenir et garder i bone foy... Il les rapelereent et gardereent et sereent tenu dou 



31* 



PARFAIT DEFINI. 



Dans les quatre conjugaisons le passé défini s'éloigne des flexions bourguignonne et française et 
se termine en é fermé au singulier, en ère au pluriel : « i eumé, i eumére », j'aimai, nous aimâmes; 
« i dreumé, i dreumére », je dormis, nous dormîmes ; « i saivé, i saivére », je sus, nous sûmes; « i dié, 
i fié; i diére, i fiére », je dis, je fis ; nous dimes, nous fîmes. En Bourgogne l'é fermé devient i au 
singulier comme au pluriel : « je dreussi, je dreussire ; je quemanci, je quemancire», je dressai, nous 
dressâmes ; je commençai, nous commençâmes, etc. Voyez le Virgille virai, p. 103, 132. Les verbes 
neutres reçoivent le même traitement. Il tonna, dans cet idiome, se prononce « ai toni. » Au reste 
cette terminaison subsiste encore sur les confins du Morvan, aux environs de Saulieu notamment où 
nous avons entendu nos voisins, surtout les anciens, dire : « je tombi, je chouéyi, je m'écorchi, je 
m' blessi. » (1) 

FUTUR SIMPLE ET CONDITIONNEL. 

Dans nos deux divisions linguistiques le futur se rapproche du type français pour le singulier qui 
dans notre patois est à peu près uniforme en é fermé, mais le pluriel, dans la circonscription bour- 
guignonne, s'en éloigne notablement. La seconde personne est en â long et la troisième en an : « vos 
dira, a diran », vous direz, ils diront. Ce temps se distingue ainsi nettement du conditionnel qui en 

rapeleir (Ib. p. 541). Li dessus nomez sai'ient ancheuz en la poigne dessus dite {Instit. en Boiirrj. p. 139). Nos ne troverions 
mie marchié en autre leu (Ville-Hardotjin, p. 48). Si ne porriens tôt garder que nos n'en perdissiens... Et aoordames que nous 
enporteriens les pierres... Se nous connoissiens l)ien comment nous sommes desouz les piez Ihésu Crist, nous ne feriens jamais mal... 
(JoiNViLi.E, p. 72, 142, 434). Ce que nous pourriens faire et souffrir... Il demandèrent se nous renderiens nulz des chastiaus dou 
temple (Ib. p. 182). 

On trouve même entière la forme patoise dans le Girart de liossiUon publié par M. Mignard, texte sans valeur littéraire, mais 
intéressant au point de vue bourguignon : Se Girars ne soramoit le roi premièrement Par an ou par demi, n'irint au mandement Que 
Girars leur téist. .. (v. 1647). Les chartes bourguignonnes en offrent également quelques exemples : Et volons et ottroions que 11 
prévileiges et les chartes de ladicte commune demorint en lor force et en lor valour [Ch. B. I, p. 55). Dans les chartes de Joinville 
publiées par M. N. de WaiUy, le double de ces chartes bourguignonnes est suivi de la voyelle i : Li sires de Joinville nous randera 
Ion dit pris dedanz les quarente jourz que nos li requerreins... Nous nomereeins l'un et li sires de Joinville l'autre... {1262, janvier.) 

L'analogie se continue dans le pluriel des temps du subjonctif qui ont chez nous et en Bourgogne la finale ain, in : « qui sin, qu'i 
feussin », que nous soyons, que nous fussions ; « qu'i ain, qu'i eussin », que nous ayons, que nous eussions : Porons aperzoivre cum 
covenaule chose soit ke nos fussiens delivreit par le Fil... Por ceu ke nos saussiens ke cist avenemenz est receleiz. {Sermons S. B. 
p. 522, 528.) ...Je nel voroie por l'or de Monpellier Qu'en eusiens la monte d'un denier. lai i eusiens un mesaige envolé Por la 
pais faire graer et otroier [G. de Viane, dans Bekker, v. 985, 3434). Que lesdiz panonceaulx hostient et faceint ester... Si nos hai 
supplié la dicte abbeasse que nous sus ce le volessiens pourvehoir... {Mém. de la Société Eduenne, 1876, p. 372, 13, 14). Que 
toutes autres convenances tuissient nulles... Desquelz lidiz ploiges veulent que il en feussient crehuz par lour simple sairement 
(/>is(i(. en Bourg. Append. p. 57 ; ib. p. 139). Cil avoient si grant foison de gent que tuit fuissions noie... II cuidcrent que cil fuis- 
sient Grieu (Grecs)... Nos comanderent que nos vos en chaissiens as piez et que nos n'en levissiens jusques à tant que vos ariez 
otroié... Que volez que nos faciens... (ViLLE-HARDomN, p. 102, 226, 18, 220). Ils cuidoient que nous fuissiens des lour... Je dis que 
nous demourissiens... L'on escrioit à nous qui nagiens par l'yaue que nous atendissiens le roy... Nous aoordames que nous amiens 
miex que nous nous randissiens aus galles (Joinville, p. 128, 168, 174). 

(1) Cette forme en i et en ire du prétérit ne se montre pas que dans les patois de Bourgogne. Elle est présente dans le dialecte. 
On en citerait de nombreux exemples empruntés aux documents locaux, surtout aux protocoles de notaires. Le poème de Floovant, 
dit trovit pour trouva (v. 5). Dans le manuscrit bourguignon publié par M. Meyer [Romania, 1877, p. 3 et suivantes), on ren- 
contre morit pour mourut (v. 62); morirent pour moururent (p. 15, v. 117) ; arestit pour arêta (p. 16, v. 151). Une information 
judiciaire, rédigée à Dijon en 1408, offre la finale ire du pluriel souvent répétée : Ne onques il venist à ma cognoissance... 
Lesdis messires le maieur et procureur demandirent à moi... Incontinent se transportirent... Ou cloistre de laquelle église ils trou- 
virent... Et de fait ils alirent... Les eschevins retournirent en la chambre... (Voyez les Institidions en Bourgogne, p. lxxx, iv, vi.) 
Dans sa grammaire comparée de l'idiome bourguignon, M. Mignard donne pour le verbe avoir au pluriel du passé défini les deux 
variantes ure, aivire : « j'ure » ou « j'aivire », nous eûmes. En effet le Virgille virai (p. 171), racontant le meurtre d'un de ses 
héros, bàcle son oraison funèbre en disant : « Ma lé pandar qui le tuire N'aivire que faire de rire... » En Franche - Comté le 
singulier est aussi en i mais le pluriel est en ine : « i mingi, nos mingine », je mangeai, nous mangeâmes. La région de Montbéliard 
articule : « i maindgi, nos maindgene. » En Poitou : « i alli, i alliron », j'allai, nous allâmes. Dans la Bresse chalonnaise : 
« i ou o cori, i ou o sauti, i ou o deci, dechi », il courut, il sauta, il dit. 



32* YERIIES. 

outre prend au pluriel la désinence in pour les trois personnes : « i dirin, vos dirin, a dirin. » Le 
patois lorrain du Ban de la Roche termine également en â la seconde personne ; mais au conditionnel 
la finale du pluriel, semblable à la nôtre dans le Messin, s'amollit en ine : « dje serine, vos serine, il 
serine. » Cette même terminaison se reproduit dans les temps oij nous employons la désinence in : 
(c j'étine = i étin, que dje sine = qu'i sin », pour nous étions, que nous soyons (1). Le wallon, et en 
particulier le liégeois, possède exactement la môme flexion pour le conditionnel et dit : « nos arin, nos 
d'vrin «, pour nous aurions, nous devrions. 

LMPÉRATIF. 

L'impératif est à peu près inusité dans notre parler. On y supplée par l'emploi des personnes du 
■subjonctif un peu comme dans le roman provençal : vulhatz, veuillez. Une mère ne dit pas à un ou à 
plusieurs de ses enfants : sois sage, mais « qu' teu sa » sage ; soyons, soyez sages, mais « qu'i sin » 
sages. Pour lui ou leur recommander de n'avoir pas peur, elle dira : «. qu' t'a » du courage, « qui ain, 
qu' vos ain » du courage, c'est-à-dire que tu aies, que nous ayons, que vous ayez du courage. 

SUBJONCTIF. • 



Les auxiliaires avoir et être, on le voit dans ces formes impératives, ont la terminaison a pour le 
singulier du subjonctif présent. C'est la flexion étymologique de l'italien : che io abbia, che io sia, 
et du roman provençal : ai a, si a. Il en est de même pour les quatre conjugaisons : « qu'i eumâ, qu'i 
dreumâ, qu'i saivâ, qu'i rompâ », que j'aime, que je dorme, que je sache, que je rompe. Le patois 
bourguignon termine le sigulier en o : « que je sô, que j'ô = qu'i sa, qui à. » La finale du pluriel est 
identique : ain pour les trois personnes. Dans le parler contemporain, l'usage se rapproche insensi- 
blement du type français. L'ancienne finale en a se retire peu à peu et fait place à la terminaison 
muette : « qu'i eume, qu'i dreume, qu'i saive, qu'i rompe. » 

IMPARFAIT. 

La finale dissyllabique eusse est uniforme, au singulier, pour l'imparfait des quatre conjugaisons. 
Elle se substitue aux finales du français asse, ât (2), isse, ît, usse, ût : « qu'i eumeusse , qu'ai 
cumeusse ; qu'i danseusse, qu'a danseusse » (aimer, danser) ; « qu'i dreumeusse, qu'a dreumeusse; qu'i 
senteusse, qu'a senteusse » (dormir, sentir) ; « qu'i vouleusse, qu'a vouleusse ; qu'i voyeusse, qu'a 
voyeusse » (vouloir, voir) ; « qu'i dieusse, qu'a dieusse ; qu'i écriveusse, qu'ai écriveusse >> (dire, 
écrire). Avec changement de ss en ch, la 2"= conjugaison échappe à la confusion du présent et de 
l'imparfait subjonctifs en ajoutant la même terminaison au thème français en isse. Que je bénisse, 
qu'il bénît, devient « qu'i beunicheusse, qu'a beunicheusse » ; qu'il finisse, qu'il finit, devient « qu'i 
finicheusse, qu'a finicheusse » ; que je fleurisse, qu'il fleurît , devient « qu'i fieuricheusse, qu'a 
fleuricheusse. » La désinence du pluriel eussin s'applique dans les deux cas suivant le même procédé : 

(I) Cette désinence ine pour in peut être rapprochée de la prononciation du Morvan nivernais ingnc : » ccmingn' », chemin. En 
lorrain i suivi d'une nasale conserve sa valeur propre. Vin est articulé vyn. (Voyez la Grammaire patoise d'Oberlin, p. 85.) Dans 
quelques parties de la Champagne, l'imparfait et le parfait de l'indicatif donnent au pluriel le son fortement nasal ng : « j'iting, je 
fucing », nous étions, nous fumes. 

(■2) Palsgrave (p. 540), donne les deux formes que je mengeusse et que je mengeasse. Pour la 1" conjugaison il dit aussi 
(p. 90) que nous parussions au lieu de que nous parlassions. 



VERBES. 33* 

«a vourô qu' 1' fouàchou finicheusse de fouâcher et qu' lé mouéchenous commenceussin d' mouéchener », 
il voudrait que le faucheur finît de faucher et que les moissonneurs commençassent de moissonner. 
On remarquera que dans notre prononciation eusse, eussin, l'orthographe est régulière, tandis qu'elle 
est anormale dans le français eusse, eussent, pour usse, ussent. Quelques patois de la Flandre font 
cette finale chuintante : « euche, euchin. » Les deux variétés « eusse, euche, eussin, euchin », coexis- 
tent en Franche-Comté. Suivant M. Nisard (Étude sur le langage populaire de Paris, p. 226), 
l'ancien parler parisien donnait : « que je fussien, que je eussien », pour que nos fussions, nous 
eussions. L'u simple de « j'iisse » se diphtonguait à la troisième personne du singulier dans « qu'il 
eusse » comme dans le pluriel « eussien. » (l) 

INFINITIF. 

Notre patois admet comme le français quatre conjugaisons en er, en ir, en oir, en re, mais les trois 
premières perdent la consonne r dans la finale. La conjugaison en er se termine en é fermé dans la 
région nivernaise, tandis que dans la région bourguignonne elle conserve au moins pour l'oreille 
quelque trace de la sonorité romane. La terminaison sourde se prononce davantage au fur et à mesure 
(ju'on s'éloigne des centres bourguignons (2). Faut-il voir dans cet affaiblissement de la désinence un 
fait résultant de la loi supposée par l'allemand Kersten, loi suivant laquelle les habitants des pays 
froids qui donnent peu d'issue aux conduits aérifères rejettent ou amoindrissent, dans leurs articula- 
tions, l'éclat des voyelles fortes recherchées au contraire par les habitants des contrées où la tempéra- 
ture élevée provoque une ample ouverture de la bouche et en conséquence l'emploi des voyelles ou des 
syllabes retentissantes a, ai, ar ? 

La seconde conjugaison termine invariablement en i la désinence de son infinitif : « côri, fini, meuri, 
seilli, senti, t'ni » = courir, finir, mourir, saillir, tenir. Quelques verbes changent de conjugaison par 
suite d'une ancienne flexion usitée en vieux français. Ainsi « corre » = courir ; « boûre » = bouillir ; 
'I moure > =: mourir. Dans le premier verbe l'accent de currere est maintenu, dans le second au 
contraire l'accent de bullire se déplace. Une autre finale se rencontre encore mais de plus en plus 
rare, la finale ître pour ir : « beunître, finître, mourître, péritre, vitre », pour bénir, finir, mourir, 
périr, vêtir (3). Ces verbes passent avec cette forme de la deuxième à la quatrième conjugaison. Le t 
modial est une intercalation de renforcement. Remarquons, parmi ces verbes, benistre qui est encore 
employé par Rabelais au XVP siècle. Roquefort l'enregistre comme variante de béneir qui avait un 
participe passé beniseu correspondant au nôtre « beunissu. » En Berry le verbe vêtir passe à la 
!'■'■ conjugaison par la forme « vîter. » (Voyez au Glossaire Beunître, Vître, etc.) 

Dans les infinitifs de la 3' conjugaison la finale oir avec chute de l'r devient, suivant les lieux, oi, 
ouà, oué. Ainsi l'auxiliaire avoir est articulé « aivoi » comme en Bourgogne, ou « aivouâ », ou « ai- 
vouér'. » Une partie du Morvan nivernais, qui par exception conserve intacte la désinence, dit encore 
« aivar », analogue au provençal « aver » si on tient compte du changement dialectal en a de la voyelle 

(1) Sur les l'oi'mes du vei-be dans raiioien bourguignon, consulter plus haut la note qui se rapporte à l'imparfait de l'indicatif. 

(i) Quelques communes, celles d'Anost et d'Arleuf entre autres, font exception parce qu'elles subissent l'influence d'Autun qui 
dans son patois est presque entièrement bourguignon, tout en appartenant par son sol et ses mœurs agricoles au groupe morvan- 
deau. 

(3) Le vieux français a eu plusieurs flexions d'infinitif pour le même mot. A propos de cette finale en ître, autrefois istre, on note 
en effet dans l'ancienne langue certains verbes qui l'ont revêtue concurremment avec d'autre?. Ainsi istre, du latin ex-ire, 
d'où nous vient le participe féminin issue, avait les variantes isser, issir. Ainsi tistre, du latin (e.vere, qui a donné au français le 
substantif participial tissu, et à notre patois le participe passé « téchu » ou « teichu », était tantôt tissir, tantôt tisser, dans les 
écrits du moyen âge. Notre pronnnciation « téchu, téclieure, teiolieran », maintient l'e étymologique comme dans l'italien tessere, 
tessitura, et dans le roman provençal (eisse?-, texura, teissei-an. 



étymologique e (latin habere) maintenue par la famille nco-latine tout entière. Plusieurs verbes 
changent encore de conjugaison. Ainsi choir, clouloir, deviennent chouér, douler, et passent à la pre- 
mière ; ainsi pleuvoir passe à la quatrième et devient « pleure. » Pour nous chouér est un monosyl- 
labe et n'est pas un verbe défectif. Nous le conjuguons d'un bout à l'autre. 

La désinence re de la 4'' conjugaison, qui ne diffère de la précédente que par la forme de l'infinitif, 
se maintient d'après le type français, mais le radical du verbe se modifie fréquemment. Ainsi oire, 
comme au reste dans les adjectifs et les substantifs, devient ouére ou par exception seulement eire. 
Nous disons « bouére, crouére » ou « creire. » La finale uire devient eure dans un certain nombre de 
mots : « constreure, keure, neure », etc., pour construire, cuire, nuire, ou se réduit en ure : » lure» = 
luire. Les verbes en aindre, eindre, oindre, ondre, oudre, perdent le d intercalaire : « croinre, oinre, 
semonre, moùre » = craindre, oindre, semondre, moudre. Au contraire coudre le conserve dans les 
temps où le français le remplace par s : cousons, cousez, cousu, se prononcent chez nous « coudon, 
coudé, coudu. » Il en est de même en Berry où on rencontre en outre la variante « couser. « Quelques 
verbes de la 1" conjugaison passent à la dernière, par exemple bouter que nous articulons « boûtre. » 
Au contraire repaître, taire, passent à la première dans les formes morvandelles « repaicher, taiser. » 

P.4RTICIPES. 

II n'y a aucune remarque à faire sur le participe présent qui n'est guère usité en Morvan que comme 
adjectif verbal. Le participe passé offre des particularités que nous allons indiquer. Notons d'abord 
que dans l'auxiliaire avoir la syllabe eu donne entièrement le son qu'elle représente et non pas comme 
en français celui de l'û simple. Dans la région de Château-Chinon, à Arleuf et dans quelques com- 
munes voisines, la bivocale eu devient reu par l'agglutination singulière de la consonne r : « i ai 
reu », j'ai eu ; « qu'i â reu », que j'aie eu ; « aivar reu », avoir eu. Pourquoi cette lettre parasite, 
cette prosthèse que rien ne semble justifier ? Elle ne remplace pas l's comme dans la liaison de l'article 
ou du pronom avec un substantif qui commence par une voyelle : « lé-r-aimis, mé-r-enfans », elle 
n'est pas réduplicative comme nous l'avons dit peut-être par erreur, puisqu'elle n'implique aucun 
redoublement de l'action (1). Il faut donc croire qu'elle figure à titre emphatique. Quoi qu'il en soit, 
notons encore que ce participe eu, avec ou sans la prosthèse, s'emploie comme le participe passé du 
verbe être dans le sens de allé. Les deux zones morvandelles disent donc « i seu été » ou « i seu reu », 
pour je suis allé. Il parait qu'en Berry le verbe avoir est usité dans une acception semblable. Le 
Glossaire du Centre nous apprend que « j' seus eu » à la foire s'entend pour je suis allé à la foire. 
A Clamecy, suivant M. Jaubert, le verbe avoir se conjuguait avec lui-même pour exprimer encore 

(1) On peut remai'iiuer néanmoins que l'ancienne langue employait fréquemment la particule de répétition dans des cas où elle 
n'était nullement nécessaire, et cela surtout avec les deux auxiliaires être et avoir. On rencontre assez souvent, dans la Chronique 
des ducs de Normandie notamment„rest, raisunt ou resunt, refud, reserunt, etc., pour est, sont, tut, seront. De même pour le 
verbe avoir : je rai, il ra, vous ravez ; il raveroit, il a ravu. Le Dict. de la langue française cite plusieurs exemples qu'on pourrait 
invoquer, surtout celui qu'il emprunte à Monstrelet : Après qu'iceux Anglais eurent pris et raveu tous les biens. On tiendrait 
compte encore du dicton proverbial cité par M. Littré : Qui preste, non r'a ; qui r'a, non lost ; si tost, non tout. En wallon (Mons) 
<( récrire, r'guérir, roblier », ne signifient pas autre chose que écrire, guérir, oublier. Plus d'un verbe français accru du réduplicatif 
ne sous-enlend pas la réitération de l'acte, au moins dans le bas langage. Citons seulement racquilter, raiguiser, qui n'ajoutent 
rien aux primitifs acquitter, aiguiser. Ressembler n'exprime pas une autre idée que sembler. Aussi notre patois dit-il : cet enfant 
« semble » son père. Quant à la valeur d'emphase <iue peut contenir la particule prépositive, ne la trouve-t-on pas dans le singu- 
lier emploi qu'en fait la chronique de Benoit où nous voyons un prince promettre à. un autre son appui et ses services s'il en avait 
besoin un jour ; Si re li ert mais à sa vie. (V. 2:î19.) Puisque l'occasion se présente, profîtons-en pour demander aux érudits 
l'explication du préfixe qu'une charte de l'an 9B6 applique au nom latin de Villapourçon : Donamus res nostras qufe sunt sitce in 
pago Augustodunense, et in pago Morvenno, in fine villa Roporcono... {Recueil Pérard, p. 45.) La ville, - prœdium rusticum, - 
des porcs, inscrite dans le Cartuîaire de l'Ér/Hse d'Autun, p. 148, sous la dénomination de Ville es Porcos, prenait-elle donc 
aussi dans la contrée la particule ronflante dont il s'agit? Le peuple n'est pas moins tenace dans les formes de son langage que 
dans ses mœurs. 



VERBES. 35* 

l'idée de locomotion : «j'ai eu à Nevers. « L'emploi des deux auxiliaires avec cette signification n'est du 
reste pas un fait particulier à notre contrée. En Franche-Comté, aux environs de Montbéliard notam- 
ment, « aivu » = eu (1), est usité dans cette acception : « i so aivu », j'ai été ou je suis allé ; « nos son 
aivu », nous avons été ; « être aivu », avoir été (2). Même association des deux auxiliaires avec le môme 
sens dans la Suisse romande : « l'ei su z'u », j'y ai été ou j'y suis allé. Mais si le participe passé eu 
prend dans notre division nivernaise une acception inconnue à la langue moderne, le participe passé 
été s'emploie non moins singulièrement dans la division bourguignonne. Il y devient synonyme de eu 
marquant la possession matérielle ou immatérielle : « i c été, al an été », j'ai eu, ils ont eu de l'argent; 
« i airai été, vos airin été », j'aurais eu, vous auriez eu une maladie. Dans sa triple signification, le 
participe été peut donc exprimer la manière d'être, la possession et un acte de locomotion. Un Mor- 
vandeau réunira ces diverses acceptions dans une phrase telle que celle-ci : « i seu été bin content 
d'eurcevoi mon airgent, vos airin été vot' portion se vos serin ou si vos feussin été chez 1' notaire », 
j'ai été bien content de recevoir mon argent, vous auriez eu votre part si vous étiez allés chez le 
notaire. 

Dans la V'° conjugaison en er le participe passé bourguignon prend la finale ai comme à l'infinitif. 
Cette finale a été considérée comme une des flexions caractéristiques du dialecte. En réalité elle se pré- 
sente fréquemment, mais elle est loin d'exclure la voyelle désinentielle é. La tirade monorime de 
Gérard de Via.ne, qui commence au vers 552 (dans Bekker) et finit au vers 585, donne seize fois la 
terminaison en e fermé et dix fois seulement en ai. Le même mot est quelquefois écrit, sinon prononcé, 
des deux manières. On peut citer pour exemple torney et retorné. Que l'on consulte le précieux recueil 
de chartes d'affranchissement publié par M. Garnier, et l'on verra qu'au centre même de la province 
la finale ai du participe passé n'est ni exclusive, ni même dominante. On y trouve tel document, la 
Charte de Rouvre entre autres, - i, p. 481, - où on ne la rencontre pas une seule fois : doné, outroié, 
quitté, levé, confirmé, dette, usé, etc. Les écrits en dialecte lorrain nous la montrent beaucoup plus 
souvent : « demorey, gettey, honorey, multipliey », etc. Mais si les anciens Bourguignons n'étaient 
pas fixés sur l'articulation de la finale en question, les modernes ont pris carrément leur parti. Sauf 
un très petit nombre d'exceptions, la syllabe sonore à l'infinitif et au participe passé est devenue nor- 
male dans leur parler populaire : « anvôlai, échaipai, quemançai, raingeai, tormentai. » Écoutez 
l'auteur des noëls de Gui Barôzai : i S'ai ne se feusse évizai Je serein tretô vezai. » Quoi qu'il en soit 
l'hésitation du dialecte s'est réfléchie sur notre idiome où le son demeure flottant entre é fermé et ai. 
Le Morvan bourguignon donne en jjartie, dans les infinitifs et les participes passés de cette conjugai- 
son, la notation familière aux vignerons du Dijonnais, mais le Morvan nivernais en général assourdit 
la finale comme le français : « anvolé, échaipé, qu'mancé, tormenté », etc. 
La terminaison du féminin de ces participes fléchit souvent en ie surtout après 11 mouillées : 

(1) La forme aivu, évu, qui correspond à l'italien aviUo, se montre dans les plus anciens textes, dans la Chanson de Roland 
par exemple : Vostre ounseill ai jo's Evud tuz tens. (Cliant v, v. 248.) Le v, qui représente le b du latin habere, figurait également 
dans les temps de l'ancienne conjugaison française où le b figure en latin : Si Evust esté pris sans faille et retenus... Si Evussent 
en aie toz cels de Flandres n'i pevussent là riens conquerre... (Ville-Hardouin, p. 310, 308.) Tu Avéras la paille et je Avérai le 
grain. (Récifs d'un Ménestrel, p. 210.) Le rire et le gaber avoc moi Avereiz. (G. de Viane, v. 751.) La consonne étymologique 
s'effaça peu à peu dans l'usage qui ne conserva même pas l'u = v que le français a maintenu dans j'aurai, j'aurais, etc. On pro- 
nonça en Bourgogne et ailleurs j'arai, j'arois : Ke ceste (femme) aroit à raoilier et à per Bien poroit dire de bon ore fu neiz... 
Vil m'en aroit mon riche parante... Si m'aist deus, boin loier en areiz. (G. de Viane, v. 741, 758, 1076.) Les patois bourguignon et 
morvandeau ont diphtongue l'a du dialecte : « i airai, i airais ou airô. » 

(2) Le provençal conjuguait aussi le verbe avoir avec l'auxiliaire être et l'employait comme équivalent de ce dernier : Moult es 
Avutz belhs sos comensamens, ou à la lettre : Son commencement est eu très beau. (Raynouard. Lex. II, p. 157.) L'ancien italien 
écrivait sono auiiio pour sono stato. On peut presque dire de cette construction qu'elle est un idiotisme roman, car elle a coexisté 
dans le domaine néo-latin tout entier. 



36* VERBES. 

« beillic, Laillie. » Il en estde môme après c, ch, s : «aagie, aicouchie, aivancie, aitaichie, drossie, ccrasie. 
cvoillie, mouéillie, ncyie », etc. Nous Irouvons dans Gérard de Viane, - v. 336 et suivants, - gastie, 
brisio, esxillie, pour gastée, brisée, exilée. Le patois maçonnais substitue avec excès l'i à l'e même au 
masculin : « bailli, changi, chassi, pechi », etc. Une finale aye semble au féminin réunir la voyelle i 
à la syllabe sonore ai : « anfromaye, épousaye » = enfermée, épousée. La mutation de ée en ie est 
aussi fréquente dans le lorrain. Ce changement s'opère également dans l'idiome poitevin non-seule- 
ment pour les participes « aiïanii, roouilli, estimi », mais encore pour les substantifs : « une armie, 
une épie », une armée, une épée. Quelques participes passés de cette conjugaison prennent dans notre 
patois leur désinence anormale en u. Ainsi oser donne « ousu » qui est bien près du latin ausits, et 
qui rappelle l'infinitif portugais ousar. 

Dans la 2" conjugaison en ir, plusieurs participes ont la même finale que les infinitifs dont l'r dispa- 
raît et cela dans des verbes qui en français ont une flexion différente : « crouvi » = couvert ; « ouffri » 
= offert ; « soffri » = souffert; « t'ni » = tenu ; « v'ni » = venu. D'autres se terminent irrégulière- 
ment en u pour i : « boulu » = bouilli ; « mentu » = menti ; « repentu » = repenti ; « sentu » = 
senti ; « sortu » = sorti. Le suffixe de basse-latinité ntus, contracté de uitus, supplée ainsi à l'altération 
du sufTixe latin itus. Pour la S" et la 4" conjugaison nous avons un beaucoup plus grand nombre 
encore de participes qui changent leur désinence, soit par un allongement de la terminaison 
comme dans « chouéyu » = chu, de cheoir ; « dévu » = dû, de devoir ; « pouvu » = pu, de pou- 
voir ; <i saivu » = su (italien saputo], de savoir, etc., ou comme dans « conaichu » = connu (italien 
conosciuto), de connaître ; « crouéyu » = cru, de croire ; « promettu » = promis, de promettre, soit 
par le passage à une autre formation : « croindu » = craint, de craindre ; étoindu » = éteint, de 
éteindre; « joindu » = joint, de joindre ; « mettu » ^ mis, de mettre; « plaindu » = plaint, de 
plaindre ; « promettu » = promis, de promettre ; « suivu » = suivi, de suivi'e. Le français vécu 
devient « vivu » (italien, vivuto), et né devient « nâssu » avec un sens restreint. Le vieux français 
semondre, dont le participe passé était semons, se termine en u : « semondu », comme raipondre (re- 
ponere), dont le participe passé était ra-pont, donne « raipondu. » 



CONJUGAISON DES VERBES 



VERBE AUXILIAIRE AVOIR 



BOURGOGNE 


MORVAN BOURGUIGNON 


MORVAN NIVERNAIS 


BOURGOGNE 


MORVAN BOURGUIGNON MORVAN NIVERNAIS 


(Dijonnais, Auxois. 


i'Env. de Saulieu.J 
INDICATIF. 


(A 


rleuf.) 


(Dijonnais, 


Auxois 


.; (Env. de Saidieu. 
FUTUR (J'aurai). 


) (Arleuf.) 




PRÉSENT 


IJ\v). 






J'airai, 




I airô. 


I airai, 


J'ai ou i ai, 


I 0, 




I ai, 




tu aire. 




t'airô. 


t' aire, 


tu é, 


fé, 




fé, 




el aire; 




al airô ; 


al ou ol aire ; 


el é; 


al é; 




al ou ol 


é ; 


i'airon, 




i airon, 


inn' airon. 


jaivon ou i"on, 


i on, 




inn' on. 




vos aire, 




vos airâ. 


v aire, 


vos c ou vos aivé, 


vos é. 




V c. 




el airon. 




al airan. 


al ou ol airon. 


el 011 ou el aivon. 


al an. 




al OH ol 


on. 






FUTUR PASSÉ (J'aurai 


eu). 


Jaivo, 
tu aivo, 
el aivo ; 
j'aivin, 
vos aivin, 
el aivin. 


IMPARFAIT 

I aivô, 
t'aivô, 
al aivô ; 
i aivin, 
vos aivin, 
al aivin. 


(J'avais) . 


I aivô 01 
t'aivo ou 
al ou ol 
inn' aivir 
v' aivin, 
al ou ol 


aivà, 
t'aivà, 
aivô ; * 

aivin. 


J'airai u, 
tu aire u, 
el aire u; 
i'airon u, 
vos aire u, 
cl airon u. 




I airô été, 
t'airô été, 
al airô été ; 
i airon été, 
vos airâ été, 
al airan été. 


I aire reu , 

faire reu, 

al ou ol aire reu : 

inn' airon reu, 

v' aire reu, 

al ou ol airon reu. 



PARFAIT DÉFINI (J'eUSl. 

I eu, I eu, 



tu u. 


t'eu, 




feu. 


el u; 


al eu ; 




al ou ol eu; 


i'ure. 


i eure. 




inn' eure. 


vos ure, 


vos eure. 




v' eure, 


el ure. 


al eure. 




al ou ol eure. 




PARFAIT INDÉFI.NI 


(J 


ai eu). 


.l'ai u. 


I é été. 




I ai reu. 


tu é u, 


fé élé. 




f é reu. 


el é u OU aivu ; 


al é été ; 




al ou ol é reu ; 


j'on ou j'aivon u 


i on été. 




inn' on reu. 


vos é u, 


vos é été. 




v' é reu. 


el on ou aivon u 


al an été. 




al 0!i ol on reu. 




PARFAIT A.NTÉRIEUR 


(J 


eus eu). 


J'u u ou aivu, 


I eu été. 




I eu reu. 


tu u u. 


feu été, 




feu reu. 


el u u ; 


al eu été; 




al ou ol é reu ; 


i'ure u. 


i eure été. 




inn' eure reu. 


vos ure u. 


vos eure été, 




v' eure reu. 


el ure u. 


al eure été. 




al ou ol eure reu. 




PLUS-QUE-PARF4IT fJ'auais eu). 


.l'aivô u, 


I aivô été, 




I aivô ou i aivà reu 


tu aivô u. 


f aivô été. 




t'aivô ou t'aivà reu. 


el aivô u ; 


al aivô été ; 




al ou ol aivô reu ; 


j'aivin u, 


i aivin été. 




inn' aivin reu. 


vos aivin u. 


vos aivin été. 




v' aivin reu, 


el aivin u 


al aivin été. 




al ou ol aivin reu. 



CONDITIONNEL. 



PRÉSENT (J'aurais). 



J'airo, 


I airai. 


I lèrô 01! airâ. 


tu airo. 


fairal, 


t'airô ou f airâ, 


el airo ; 


al airai ; 


al ou ol airô ; 


i'airin, 


i airin, 


inn' airin. 


vos airin. 


vos airin. 


v' airin. 


el airin. 


al airin. 


al ou ol airin. 




CONDITIONNEL PASSÉ 


(J'aurais eu). 


J'airo u, 


I airai été. 


I airô ou airâ reu, 


tu airo u, 


fairaî été. 


t'airô ou fairâ reu. 


el airo u ; 


al airai été ; 


al ou ol airô reu ; 


j'airin u. 


i airin été. 


inn' airin reu. 


vos airin u. 


vos airin été. 


v' airin reu. 


el airin u. 


al airin été. 


al ou ol airin reu. 



IMPERATIF (inusité). 

SUBJONCTIF. 
PRÉSENT ou FUTUR (QuB j'aie). 

Que i'o, Qui ft, Qu'i à, 

que tu G, qu' f à, qu' f à, 

qu'el o ; qu'ai ai ; qu'ai ai ; 

que nos ain, qui ain, qu'inn' ain, 

que vos ain, qu' vos ain, qu" v' ain, 

.[u'el ain. qu'ai ain. qu'ai ain. 



38* 



CONJUGAISON DES VERBES. 



BOURGOGNE 

^Dijonnais, Auxois 



Que j'eusse, 
que tu eusse, 
qu'el eusse ; 
que i'eussin, 
que vos eussin. 
qu'el eussin. 



Que j'ô u, 
que tu ô u, 
qu'el 6 u : 
que nos ain u. 
que vos ain u, 
quel ain u. 



MORVAX BOURGUIGNON 

J (Env. de Saulieu.) 

IMPARFAIT (Que j'eusse). 

Qu'l eusse, 
qu' t'eusse, 
qu'ai eusse ; 
qui eussin, 
qu" vos eussin, 
qu'ai eussin. 

PARFAIT l'Qîie j'aie eu). 

Qu'i à été, 
qu' t'a été, 
qu'ai â été ; 
qu'i ain été, 
qu' vos ain été, 
qu'ai aiu été. 



MORV.VN NIVERNAIS 

(Arleuf.J 



Qu'i eusse, 
qu' t'eusse, 
qu'ai eu : 
qu'inn' eussin, 
qu' v' eussin, 
qu'ai eussin. 



Qu'i i. reu, 
qu' t'a reu, 
qu'ai ai reu ; 
qu'inn' ain reu, 
qu' v' ain reu, 
qu'ai ain reu. 



BOURGOGNE MOBVAN BOURGUIGNON MORVAN NIVERNAIS 

{Dijonnais, Auxois.) (Env. de Saulieu.) (Arleuf.) 

PLUS-QUE-PARFAIT (Que j'eusse eu). 

Que j'eusse u, Qu'i eusse été, Qu'i eusse reu, 

que tu eusse u, qu' t'eusse été, qu' t'eusse reu, 

qu'el eusse u ; qu'ai eusse été ; qu'ai eu reu ; 

que j'eussin u, qu'i eussin été, qu'inn' eussin reu, 

que vos eussin u, qu' vos eussin été, qu' v' eussin reu, 

qu'el eussin u. qu'ai eussin été. qu'ai eussin reu. 

INFINITIF. 

PRÉSENT ET p.ASSÉ (Avoir, avoir eu).. 

Aivoi, aivoi u. Aivouà, avoua été. Aivar ou aivouér', ai- 

var reu. 
PARTICIPE. 

PARTICIPE PRÉSENT (inusité). 
PARTICIPE PASSÉ (Eu, ayant eu). 
U, aivu. Ehu, eu. 



VERBE AUXILIAIRE ÊTRE 



BOURGOGNE 

('Dijonnais, Atucois.^ 



Je seu, i seu, 
tu è, 
el a; 
je son, 
vos été, 
ai son. 

J'éto, 
tu étô, 
el éto -, 
j'aitin, 
vos aitin, 
al aitin. 

Je fu, 
tu fu, 
ai fu ; 
je fure, 
vos fure, 
ai fure. 



MORVAN BOURGUIGNON 

(Eiw. de Saulieu.) 
INDICATIF. 

PRÉSENT (Je suis). 
I seu, 
t'è, 
al ô; 
i son, 
vos été, 
a son. 

IMPARFAIT (J'étais). 
I étô, 
t'étô, 
al étô ; 
i étin, 
vos étin, 
al étin. 

PARFAIT DÉFINI (Je fuS) 

I feu, 
teu feu, 
a feu ; 
i feure, 
vos feure, 
a feure. 



MORVAN NIVERNAIS 

I Arleuf. I 



I seu, 

t'é, 

al ou ol ô ; 

Inn' son, 

V' été, 

al ou son. 

I âtâ ou i iétô, 
fâtâ ou t'âtô, 
al âtô ou étô ; 
inn' âtin ou étin, 
v' âtin, 
al ou ol âtin. 

I feu, 

f feu, 

a ou feu ; 

inn' feure, 

vos feure. 

a ou o feure. 



BOURGOGNE MORVAH BOURGUIGNON MORVAN NIVERNAIS 

(Dijonnais, Auxois.) (Env, de Saulieu.) (Arleuf.) 

PARFAIT INDÉFINI (J'ai élé). 

Je seu étai, I seu été. I ai élé, 

tu è étai, t'é été, t'é été, 

al a étai ; al ô été ; al ou ol ai été ; 

je son étai, i son été, inn' on été, 

vos été étai, vos été été, v' été été, 

ai son étai. a son été. al ou ol on été. 



Je fu étai, 
tu fu étai, 
ai fu étai ; 
je fure étai, 
vos fure étai, 
ai fure étai. 



J'éto étai, 
tu éto étai, 
el éto étai ; 
j'étin étai, 
vos ctin étai, 
el étin étai. 



PARFAIT ANTÉRIEUR (J'eUS été). 

1 feusse été, I eu été. 



teu feusse été, 
a feusse été ; 
i feussin été, 
vos feussin été, 
a feussin été. 



t'en été, 

al ou ol eu été ; 

Inn' eure été, 

v' eute été, 

al ou ol eure été. 



PLUS-QUE-PARFAIT (J'avais été). 

l étô été, I aivâ ou i aivô été, 

t'étô été, t'aivâ été, 

al étô été ; al ou ol aivô été ; 

i étin été, inn' aivin été, 

vos étin été. v' aivin été, 

al étin été. al ou ol aivin été. 



CONJUGAISON DES VERBES. 



39* 



BOURGOGNE 

(Dijonnais, Aiixoi^ 

1 seré, 
tu seré, 
ai seré; 
je seron, 
vos seré, 
ai seron. 

Je seré étal, 
tu seré étai, 
ai seré étai ; 
je seron étai, 
vos seré étai, 
ai seron étai. 



Je sero, 
tu sero, 
ai sero ; 
je serin, 
vos serin, 
ai serin. 



Je sero étai, 
tu sero étai, 
ai sero étai ; 
je serin étai, 
vo serin ctai, 
ai serin étai. 



Que je sô, 
que tu su, 
quai sô ; 
que je sin, 
que vos sin, 
qu'ai sin. 



MORVAN BOUROUIG.NON MOBVAN NIVERN.IIS 

5.; (Env.deSaulieu.) lArleuf.) 
FUTUR (Je serai). 

I serô, I s'rè, 

teu serô, te s'rè, 

a serô ; a ou o s'rè ; 

i seron, inn' seron, 

vos sera, v' serè, 

a seron. a ou o seron, 

FUTUR PASSÉ (J'aurais été). 

I serô été, I aire été. 



teu serô été, 
a serô été ; 
i serin été. 
vos serin été, 
a serin été. 

CONDITIONNEL. 

PRÉSENT (Je serais). 
I serai, 
teu serai, 
a serai ; 
i serin, 
vos serin, 
a serin. 



faire été, 

al oti ol aire été ; 

inn' airon été, 

v' aire été, 

al 0» ol aire été. 



I sera ou i serô, 
te sera ou te serô, 
a serô ; 
inn' s'rin, 
vos s'rin, 
a s'rin. 



CONDITIONNEL PASSÉ (J'awais été). 



I serô été, 
teu serô été, 
a serô été ; 
i serin été, 
vos serin été, 
a serin été. 



I airâ ou i airô été, 
t'airâ ou t'airô été, 
al ou ol airô été ; 
inn' airin été, 
v' airin été, 
al ou ol airin été. 



IMPERATIF (inusité). 

SUBJONCTIF. 
PRÉSENT iQue je sois). 
Qui sa, Qu'i sa, 

que teu sa, qu' te sa, 

qu'a sai ; qu'a sai ; 

qu' i sin, qu'inn' sin, 

que vos sin, qu' vos sin, 

qu'a sin. qu'a ou o sin. 



BOURGOGNE MORVAN BOURGUIGNON MORVAN NIVERNAIS 

(Dijonnais. Auxois.) (Env. de Saulieu.) (.\rleuf.) 

IMPARFAIT (Que je fusse) . 
Qui feusse, Qui feusse, 

qu' teu feusse, 



Que je feusse, 
que tu feusse, 
qu'ai feusse ; 
que je fussin, 
que vos feussin 
qu'ai feussin. 

Que je sô étai, 
que tu sô étai, 
qu'ai sô étai ; 
que je sin étai, 
que vos sin é 
qu'ai sin ctai 



qu' te feusse, 
qu'a feù ; 
qu'inn' feussin, 
qu' vos feussin, 
iju'a feussin. 



tai. 



qu'a feusse ; 
qui feussin, 
qu' vos feussin 

qu'a feussin. i 
PARFAIT (Que j'aie élé). 

Qu'i sa été, Qu'i â été, 

que teu sa été, qu' t'a été, 

qu'a sai été : qu'ai ai été ; 

qui sin été, qu'inn' in élé, 

que vos sin été, qu' v' in été, 

qu'a sin été. qu'ai in été. 



PLUs-QUE-PARFAiT (Que j'eusse été.) 

Que je feusse étai. Qui feuse été, Qu' i eusse été, 

que teu feusse été, qu' t'eusse été, 

qu'a feusse été ; qu'ai eusse été ; 

qui feussin été, qu'inn' eussin été, 

que vos feussin été, qu' v' eussin été, 

qu'a feussin été. qu'ai eussin été. 

INFINITIF. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Être, avotr été). 
Été, Été, 

été, été. aivar ou aivouér, été. 

PARTICIPE. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Étant, été). 
A tan. 



que tu feusse étai, 
qu'ai feusse étai ; 
que je fussin étai, 
que vos fussin étai 
qn'ai fussin étai. 



Eté, 
été, étai 



Etan, 
étai. 



Etan, 
été. 



40* 



CONJUGAISON DES VERBES. 



VERBE ROUAGER, ROUAIZER, REMUER (1) 



\'' CONJUGAISON 



MORV\N' BOURGUIGNON 



MOnVAN NIVERNAIS 



lAlligny.l [Arleuf.l 

INDICATIF. 

PRÉSENT (Je remue). 

I rouage, I rouaize, 

teu rouage, te rouaize, 

a rouage ; a ou o rouaize ; 

i rouâjon, inn' rouaizon, 

vos rouâjé, vos rouaize, 

a rouâjan. a ou o rouaizon. 

IMPARFAIT (Je remuais). 

1 rouâjô, I rouaizâ ou rouaizô, 

teu rouâjô. te rouaizâ ou rouaizô. 

a rouâjô ; a ou o rouaizô ; 

i rouâjin, inn' rouaizin, 

vos rouâjin, vos rouaizin, 

a rouâjin. a ou o rouaizin. 

PARFAIT DÉFINI (Je remuai}. 

I rouâgé, I rouaize, 

teu rouâgé, te rouaize, 

a rouâgé ; a ou o rouaize ; 

i rouâgére, inn' rouaizére, 

vos rouâgére, vos rouaizére, 

a rouâgére. a ou o rouaizére. 

PARFAIT INDÉFINI (J'ai reiiiué) . 

I é rouâgé, I ai rouaize. 



t'é rouâgé, 
al é rouâgé ; 
i on rouâgé, 
vos é rouâgé, 
al an rouâgé. 



t'é rouaize, 

al ou ol é rouaize ; 

inn' on rouaize, 

v' é rouaize, 

al ou ol on rouaize. 



MORVAN BOURGUIGNON 



MORVAN NIVRR.NAIS 



(Alligny.) (.irleuf.) 

PARFAIT ANTÉRIEUR (J'eus remué j. 

I eu rouâgé, I eu rouaize, 

teu rouâgé, t'en rouaize, 

al eu rouâgé ; al ou ol eu rouaize; 

i eure rouâgé, inn' eure rouaize, 

vos eure rouâgé, v' eure rouaize, 

al eure rouâgé. al ou ol eure rouaize. 

PLUs-QUE-PARFAiT (J'avaïs remuéj. 



i aivo rouage, 
t' aivô rouâgé, 
al aivô rouâgé ; 
i aivin rouâgé, 
vos aivin rouâgé, 
al aivin rouâgé. 



I aivâ ou aivô rouaize. 
t'aivâ ou aivô rouaize, 
al ou ol aivô rouaize ; 
inn' aivin rouaize, 
v' aivin rouaize, 
al ou ol aivin rouaize. 



FUTUR (Je remuerai). 



I rouâgeré, 
teu rouâgeré, 
a rouâgeré ; 
i rouâgeron, 
vos l'ouâgerâ, 
a rouâgeran. 



I rouaizére. 

te rouaizére, 

a ou o rouaizére; 

inn' rouaizeron, 

vos rouaizére, 

a ou o rouaizeron. 



FUTUR PASSÉ (J'aurai remué). 



I airai rouâgé, 
faire rouâgé, 
al aire rouâgé; 
i airon rouâgé, 
vos airâ rouâgé, 
al airan rouâgé. 



I éré rouaize, 

t'éré rouaize, 

al ou ol éré rouaize; 

inn' éron rouaize, 

v' éré rouaize, 

al ou ol éron rouaize. 



(1) Dans la I" conjugaison, le français ne compte guère que deux verbes irréguliers aller et envoyer. Nous n'en avons qu'un seul 
puisque le verbe envoyer, sous l'ancienne forme envier qui est la nôtre, conserve son radical invariable : « i envie, t'envie, al 
envie ; i envion, vos envie, al envian. Imparfait : i enviô, i enviein. Parfait : i envié, i enviére. Futur : i enviré, i environ. Condi- 
tionnel : i envirô, i envirin. Impératif : envie, enviez. Subjonctif : qu'i envia, qu'i enviein. Imparfait : qu'i envieusse, qu'i 
envieussin. Participe : envian, envié. Infinitif : envier. » Le Berry qui, d'après le Glossaire du Centre, dit au futur « j'envierai ». 
et au participe passé a envié », conjugue irrésulièrement comme le français, puisqu'il emploie l'infinitif envoyer, de voie, qui dans 
notre région garde logiquement l'ancienne forme vie. 



CONJUGAISON DES VERBES. 



41^ 



MOBVAN BOURGUIGNON 



MORVAN NIVERNi 



(Allignij.) {Arleuf.i 

CONDITIONNEL. 



PRÉSENT (Je remuerais] 



I rouâgerô, 

teu rouâgerô, 

a rouâgerô ; 
i rouâgerin, 
vos rouâgerin, 
a rouâgerin. 



I rouaizerâ ou rouaize- 

rô, 
te rouaizerâ ou rouaize- 

rô, 
a ou o rouai zéro: 
inn' rouaizerin, 
vos rouaizerin, 
a oit o rouaizerin. 



PASSÉ (J'aurais remué). 



I airô rouâgé, 
t' airô rouâgé, 
al airô rouâgé ; 
i airin rouâgé, 
vos airin rouâgé, 
al airin rouâgé. 



I èrâ ou èrô rouaizé, 
t' èrâ oit èrô rouaizé, 
al oit ol èrô rouaizé ; 
inn' èrin rouaizé, . 
v' èrin rouaizé, 
al oit ol èrin rouaizé. 



IMPÉRATIF (Remue, remuons, remuez). 

Rouage, Rouaizé, 

rouâjon, rouaizon, 

rouâgé. rouaizé. 

SUBJONCTIF. 

PRÉSENT (Que je remue). 



Qui rouâjâ, 
qu' teu rouâjâ, 
qu'a rouâjâ ; 
qu' i rouâjin, 
qu' vos rouâjin, 
qu'a rouâjin. 



Qu'i rouaizé, 
qu' t' rouaizé, 
qu'a oit qu'o rouaizé; 
qu' inn' rouaizin, 
qu' vos rouaizin, 
qu'a ou qu'o rouaizin. 



MORVAN BOURGUIGNON 

lAUigmj.l 



MORVAN NIVERNAIS 

(.\rleuf.j 



IMPARFAIT (Que je remuasse). 



Qu' i rouâjeusse, 
qu' teu rouâjeusse, 
qu'a rouâjeusse ; 
qu' i rouâjeussin, 
qu' vos rouâjeussin, 
qu'a rouâjeussin. 



Qu 1 rouaizeusse, 
qu' t' rouaizeusse, 
qu'a ou qu'o rouaizeusse : 
qu' inn' rouaizeussin, 
qu' vos rouaizeussin, 
qu'a ou rouaizeussin. 



PARFAIT (Qtte j'aie remué). 



Qui â rouage, 
qu' t'a rouâgé, 
qu'ai ai rouâgé ; 
qu'i ain rouâgé, 
qu' vos ain rouâgé, 
qu'ai ain rouâgé. 



Qu' i â rouaizé, 
qu' t'a rouaizé, 
qu'ai ou ol ai rouaizé. 
qu'inn' ain rouaizé, 
qu' v' ain rouaizé, 
qu'ai ou ol ain rouaizé. 



PLUs-QUE-PARFAiT (Quo j'eussc reruué). 



Qui eusse rouâgé, 
qu' t'eusse rouâgé, 
qu'ai eusse rouâgé : 
qui eussin rouâgé, 
qu' vos eussin rouâgé, 
qu'ai eussin rouâgé. 



Qu i eusse rouaize, 
qu' t'eusse rouaizé, 
qu'ai ou ol eu rouaizé; 
qu'inn' eussin rouaizé, 
qu' v' eussin rouaizé, 
qu'ai ou ol eussin rouaizé. 



INFINITIF. 

PRÉSENT ET PASSÉ [Remuer, avoir remué). 

Rouâger, Rouaizer, 

aivouér' rouâgé. aivar ou aivouér' rouaizé. 

PARTICIPE. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Remuant, remué). 

Rouâjan, Rouaizan, 

rouâgé. l'ouaizé. 



42* 



CONJUGAISON DES VERBES. 



VERBE DREUMIB, DROMIR, DORMIR (1) 



CONJUGAISON. 



.MORVAS BOUBOflGNON 

fAHigny.) 



MOBVAN NIVERNAIS 

(Arleuf.) 



INDICATIF. 

PRÉSENT (Je dors). 



I dreume ou i clrome, 

teu dreume, 

a dreume; 

i dreumon, 

vos dreume, 

a dreuman. 



I dreume, 
te dreume, 
a ou dreume; 
inn' dreumon, 
vos dreume, 
a dreumon. 



I dreumô ou 
teu dreumô, 
a dreumô; 
i dreumin, 
vos dreumin, 
a dreumin. 



IMPARFAIT (Je dormais). 
dromô 



I dreumâ ou dreumô, 
te dreumâ ou dreumô, 
a dreumô ; 
inn' dreumin, 
vos dreumin, 
a dreumin. 



PARFAIT DÉFINI (Je dormis). 



I dreume ou i dromé, 

teu dreume, 

a dreume ; 

i dreumére, 

vos dreumére, 

a dreumére. 



I dreumai, 
te dreumai, 
a ou o dreumai ; 
inn' dreumére, 
vos dreumére, 
a ou o dreumére. 



PARFAIT INDÉFINI (J'ai dormi). 



I é dreumi ou dromi, 

t'é dreumi, 

al é dreumi ; 

i on dreumi, 

vos é dreumi, 

al an dreumi. 



I ai dreumi, 

t'é dreumi, 

al ou ol ai dreumi; 

inn' on dreumi, 

v' é dreumi, 

al oit ol on dreumi. 



MORVAN BOURGUIGNON 

iAUigny.l 



RVAN NIVERNAIS 

fArleuf.J 



PARFAIT ANTÉRIEUR (J'eus dormi). 



I airô dreumi ou dromi, 

teu airô dreumi, 

al airô dreumi ; 

i airin dreumi, 

vos airin dreumi, 

al airin dreumi. 



I eu dreumi, 

t'eu dreumi, 

al ou ol eu dreumi ; 

inn' eure dreumi. 

v' eure dreumi, 

al ou ol eure dreumi. 



PLUs-QUE-PARFAiT (J'aiais dormi). 



I aivô 'dreumi, 
t'aivô dreumi dromi, 
al aivô dreumi ; 
i aivin dreumi, 
vos aivin dreumi, 
al aivin dreumi. 



I aivâ oit aivô dreumi, 
t'aivâ ou aivô dreumi, 
al ou ol aivô dreumi ; 
inn' aivin dreumi, 
v' aivin dreumi, 
al ou ol aivin dreumi. 



FUTUR (Je dormirai). 



I dreumiré ou dromiré, 

teu dreumiré, 

a dreumiré ; 

i dreumiron, 

vos dreumirâ, 

a dreumiran. 



I dreumerai, 

te dreumerai, 

a oit o dreumeré ; 

inn' dreumeron, 

vos dreumeré. 

a ou o dreumeron. 



FUTUR PASSÉ (J'aurai dormi). 



I aire dreumi, 
t' aire dreumi, 
al aire dreumi ; 
i airon dreumi, 
vos airâ dreumi, 
al airan dreumi. 



I ai rai dreumi, 

faire dreumi, 

al ou ol aire dreumi : 

inn' airon dreumi, 

v' aire dreumi, 

al ou ol airon dreumi 



(1) Quelques verbes de cette conjugaison offrent certaines divergences avec le français. Ainsi le verbe bouillir, dans ses temps 
primitifs ne prend pas l'i : Infinitif : bouli ; participe préseni : boulan ; 2^articipe passé : boulu. Indicatif : i bou ; par/'ai( : i boulé 
(inusité). Le verbe cueillir passe à la 1" conjugaison : « cuUher, cullhan, cuUhié, i cuUhe, i cuUhié. » Plusieurs autres verbes tels 
que couvrir, offrir, ouvrir, souffrir, changent la flexion du participe passé : « couvri, ouffri, ouvri, souffri », pour couvert, offert, 
ouvert, souffert. I.e verbe mentir forme la terminaison du participe présent comme finir, fleurir, en ich pour iss : « mentichan » 
=1 mentant. Dormir, transposé en dreumi ou dromi, se conjugue régulièrement : Infinitif : dreumi ; pai-ticipe présent : dreuman; 
passé ; dreumi. Indicatif : i dreume; parfait : i dreume, etc., etc. 



CONJUGAISON DES VERBES. 



43* 



MOBVAN BOURGUIGNON 



MORV.\N NIVERNA 



(Alligmj.J CArleuf.) 

CONDITIONNEL. 

PRÉSENT (Je dormira.il. 



I dreumirè on dromirè, 

teu dreumirè, 

a dreumirè ; 
i dreumirin, 
vos dreumirin, 
a dreumirin. 



I dreumerâ ou dreume- 

rô, 
te dreumerâ ou dreume- 



a dreumerô ; 
inn' dreumerin, 
vos dreumerin, 
a ou o dreumerin. 



PASSÉ (J'aurais dormi). 



I airô dreumi, 
t'airô dreumi, 
al airô dreumi ; 
i airin dreumi, 
vos airin dreumi, 
al airin dreumi, 



I airâ ou airô dreumi, 
t'airâ ou airô dreumi, 
al ou ol airô dreumi ; 
inn' airin dreumi, 
v' airin dreumi, 
al ou ol airin dreumi. 



IMPÉRATIF (Dors, dormons, dormez.) 

Dreume ou drome, Dreume, 

dreumon ou dromon. dreumon, 

dreume ou dromé. dreume. 

SUBJONCTIF. 

PRÉSENT [Que je dorme). 



Qu'i dreumâ ou dromâ, 
qu' teu dreumâ, 
qu'a dreumâ ; 
qu' i dreumin, 
qu' vos dreumin, 
qu'a dreumin. 



Qu'i dreume, 
qu' te dreume, 
qu'a dreume ; 
qu'inn' dreumin, 
qu' vos dreumin, 
qu'a dreumin. 



iMP.tRF.iiT (Que je dormisse] 



Qu'i dreumeusse, 
qu' teu dreumeusse, 
qu'a dreumeusse; 



Qui dreumeusse, 
qu' te dreumeusse, 
qu'a dreumeusse ; 



MORVAN BOURGUIGNON 

f.AUiany.J 

qu'i dreumeussin, 
qu' vos dreumeussin, 
qu'a dreumeussin. 



.MORVAN NIVERNAIS 

(Arleuf.J 

qu'inn' dremeussin, 
qu' vos dremeussin, 
qu'a dreumeussin. 



p,\RF.4.iT (Que j'aie dormi) 



Qu'i â dreumi ou dromi, 
qu' t'a dreumi, 
qu'ai ai dreumi ; 
qui ain dreumi, 
que vos ain dreumi, 
qu'ai ain dreumi . 



Qu'i â dreumi, 
qu' t'a dreumi, 
qu'ai ou ol â dreumi ; 
qu'inn' ain dreumi. 
qu' v' ain dreumi, 
qu'ai ou ol ain dreumi 



PLus-QUE-p.-vRFAiT (Que j'eiissc dormi) 



Qu'i eusse dreumi ou 

dromi, 
qu' t'eusse dreumi, 
qu'ai eusse dreumi ; 
qui eussin dreumi, 
qu' vos eussin dreumi, 
qu'ai eussin dreumi. 



Qu'eusse dreumi, 

qu' t'eusse dreumi, 
qu'ai ou ol eu dreumi ; 
qu'inn' eussin dreumi, 
qu' vos eussin dreumi, 
qu'ai ou ol eussin dreu- 
mi. 



INFINITIF. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Dormir, avoir dormi). 

Dreumi ou dromi, Dreumi, 

aivouér' dreumi ou dro- aivar ou aivouér' dreu- 
mi. mi. 

PARTICIPE. 

PRÉSENT ET PASSÉ. 

Dreuman, droman, dreu- Dreuman, dreumi. 
mi. 



44' 



CONJUGAISON DKS VERBES. 



VERBE SAVOIR (1) 



CONJUGAISON. 



MORVAN nOLRGl'IC.NON MORVAN MVEK>AIS 

{MUfjny.J (Arleiif.J 

INDICATIF. 

PRÉSENT (Je sais). 

I sais, I sais, 

teu sai, te sais, 

a sai ; a ou o sait ; 

i saivon, inn' saivon, 

vos saivc, vos saivé, 

a sai van. a ou o saivon. 

iMP.\RF.\iT (Je sauais). 

I saivô, I saivâ ou i saivô, 

teu saivô, te saivâ, 

a saivô ; a ou o saivô ; 

i saivin, inn' saivin, 

vossaivin, vos saivin, 

a saivin. a ou o saivin. 

PARFAIT DÉFINI (Je SUS). 

I saivé, I saivé, 

teu saivé, t' saivé, 

a saivé ; a ou o saivé, 

i saivcre, inn' saivére, 

vos saivére, vos saivére, 

a saivére. a saivére. 

PASSÉ INDÉFINI [J'ui SU). 

I ai saivu, I ai su, 

t'é saivu, t'ai su, 

al c saivu ; al ou ol c su ; 

i on saivu, inn' on su, 

vos é saivu, v' é su, 

al an saivu. al ou ol on su. 



MORVAN BOURGUIGNON 

fAlligny.J 



MORVAN NIVERNAIS 

fArleuf.J 



PARFAIT ANTÉRIEUR (J'eUS SU). 



I eu saivu, 
t'eu saivu, 
al eu saivu ; 
i eure saivu, 
vos eure saivu, 
al eure saivu. 



I eu six, 

t'eu su, 

al ou ol eu su ; 

inn' eure su, 

v' eure su, 

al ou ol eure su. 



PLUS-QUE-PARFAiT (J'auais su). 



I aivô saivu, 
t' aivô saivu, 
] al aivô saivu ; 
i aivin saivu, 
vos aivin saivu, 
al aivin saivu. 



I aivâ ou aivô su, 
t'aivâ ou aivô su, 
al ou ol aivô su ; 
inn' aivin su, 
vos aivin su, 
al ou ol aivin su. 



FUTUR (Je saurai). 

I sairé, I sairé, 

teu sairé, te sairé, 

a sairé ; a ou o sairé ; 

i sairon, inn' sairon, 

vos sairâ, vos sairé, 

a sairan. a ou o sairon. 



FUTUR PASSÉ (J'aurai su). 



I aire saivu, 
faire saivu, 
al aire saivu ; 
i airon saivu, 
vos airâ saivu, 
al airan saivu. 



I aire sii, 

faire su, 

al ou ol aire su ; 

inn' airon su, 

v' aire su, 

al ou ol airon su. 



(I) nuelciiies verbes changent de conjugaison. Choir, qui en français n'est usité qu'au présent de l'indicatif, passe à la première 
et n'est pas irrcgulier : « choner, chouéyan, chouéyu, i chouc, i chouéyu. » Pleuvoir passe à la quatrième : « pleure, pleuvan, pieu 
ou plu, a pleuve » (peu usité ; on dit al é pieu ou plu). Dans ses temps primitifs, sauf au présent de l'indicatif, le verbe devoir 
maintient son radical invariable : « devoi, devan, devu, i devé. » Pouvoir, valoir, comme savoir, se conjuguent de même : « pouvoi, 
pouvan, pouvu, i pouvé », ou « vaillhér', vaillan, vaillu, i vaille, » Dans ce dernier verbe, le fulur et le conditionnel ne prennent 
pas le d : « a vauré, a vauran », il vaudra, ils vaudront; » a vaurè, a vaurin », il vaudrait, ils vaudraient, etc., etc. 



CONJUGAISON DES VERBES. 



45* 



MOKVAN BOURGUIGNON 



MOKVAN NIVERNAIS 



fAllicjnij.) (Arleuf.) 

CONDITIONNEL. 

PRÉSENT (Je saurais). 



I sairè, 




I sairâ oit sairù, 


teu sairè, 




t' sairâ ou sairô, 


;i sairè ; 




a ou G sairô ; 


i sairin, 




inn' sairin. 


vos sairin, 




vos sairin, 


a sairin. 




a ou sairin. 


PASSÉ 


(J 


aurais su]. 


I aire saivu, 




I airâ ou airô su. 


faire saivu, 




t' airâ ou airô su, 


al aire saivu ; 




al ou cl airo su: 


i airin saivu, 




inn' airin su, 


vos airin saivu, 




vos airin su, 


al airin saivu. 




al ou ol airin su. 


IMPÉRATIF 


(Sais, sac/iO)is, sachez] 


Se, 




Sais, 


saivon , 




saivon. 


saivé. 




saivé. 



SUBJONCTIF. 

PRÉSENT [Que je sac/ie). 



Qu'i saivâ. 


Qu'i saive. 




que teu saivâ, 


qu' t' saive, 


Saivan 


qu'a saivâ ; 


qu'a saive ; 


qu'i saivin. 


qu'inn' saivin. 


saivu. 


que vos saivin, 


que vos saivin, 




qu'a saivin. 


qu'a ou saivin. 





(ju 1 saiveusse, 
qu' teu saiveusse, 
qu'a saiveusse ; 
qu'i saiveussin, 
que vos saiveussin 
qu'a saiveussin. 



IMPARF.4.IT [Que je susse]. 

Qu'i saiveusse, 
qu' te saiveusse, 
qu'a ou o saiveusse ; 
qu'inn' saiveussin, 
qu' vos saiveussin, 
qu'a ou saiveussin. 



.MORVAN BOURGUIGNON 



MORVAN NIVIKN 

(AHeuf.) 



PARFAIT [Que y aie su]. 

Qu'i â saivu, 
que t'a saivu, 
qu'ai é saivu ; 
qu'i ain saivu, 
que vos ain saivu. 



qu'ai ain saivu. 



Qu'i à su, 

qu' t'a su, 

qu'ai ou ol ai su : 

qu'inn' ain sii. 

qu' v' ain su, 

qu'ai ou ol ain su. 



PLUS-QUE-PARFAIT [Que j'eusse su) 



Qu'i eusse saivu, 
que t'eusse saivu, 
qu'ai eusse saivu : 
qu'i eussin saivu. 
que vos eussin saivu. 
qu'ai eussin saivu. 



Qu'i eusse su, 
qu' t'eusse sîi, 
qu'ai ou ol eu su : 
qu'inn' eussin sîi, 
qu' vos eussin sii. 
qu'ai ou ol eussin su. 



INFINITIF. 

PRÉSENT ET PASSÉ [SavoîT, avoiv su) . 



Saivouér', 
aivouér' saivu. 



Saivar, 

aivar ou aivouér' su. 



PARTICIPE. 



PRÉSENT ET PASSÉ [Saclmilt, SU] 

Saivan, 
sij. 



46* 



CONJUGAISON DES VERBES. 



VERBE RAPONDRE, REJOINDRE (1) 



CONJUGAISON. 



MORVAN BOURGUIGNON 



MORVAN NIVERNAIS 



MORVAN BOURGUIGNON 



MJRVAN NIVKRNAIS 



(AUigny.) 



(Arleuf.) 



INDICATIF. 



I raipon, 
teu paipon, 
a raipon ; 
i raipondon, 
vos raipondc, 
a raipondan. 



PRÉSENT (Je rejoins). 

I râpon, 
te râpon, 
a ou o râpon ; 
inn' râpônon, 
vos râpôné, 
a râpônon. 



IMPARFAIT (Je rejoignais). 



1 raipondô, 
teu raipondô, 
a raipondô; 
i raipondin, 
vos raipondin, 
a raipondin. 



I râpônà, 
te râpônà, 
a râpônô ; 
inn' râponin, 
vos râponin, 
a râponin. 



PARFAIT DÉFINI (Je rejoîgnis). 



I raipondé, 
teu raipondé, 
a raipondc; 
i raipondcre, 
vos raipondére, 
a raipondére. 



I râpônai, 
te râpônai, 
a râpônai ; 
inn' râponére, 
vos râponére, 
a râponére. 



(AUigny.) (Arleuf.) 

PARFAIT INDÉFINI (J'ai rejoiiit). 



I é raipondu, 
t'é raipondu, 
al é raipondu ; 
i on raipondu, 
vos é raipondu, 
al an raipondu. 



I ai râpônu, 
t'é râpônu, 
al ai râpônu ; 
inn' on râpônu, 
v' é râpônu, 
al on râpônu. 



PARFAIT ANTÉRIEUR [J'cus rejoint). 



I eu raipondu, 
t'eu raipondu, 
al eu raipondu; 
i eure raipondu, 
vos eure raipondu, 
al eure raipondu. 



I eu râpônu, 
t'eu râpônu, 
al ou ol eu râpônu; 
inn' eure râpônu, 
vos eure râpônu, 
al eure râpônu. 



PLUs-QUE-p.ARFAiT (J'auais rejoint). 



I aivô raipondu, 
t'aivô raipondu, 
al aivô raipondu; 
i aivin raipondu, 
vos aivin raipondu, 
al aivin raipondu. 



I aivâ ou aivô râpônu, 
t'aivâ ou aivô râpônu, 
al aivô râpônu ; 
inn' aivin râpônu, 
v' aivin râpônu, 
al aivin râpônu. 



(I) Voyez au Glossaire les verbes dire et fére (faire). Dans cette 4° conjugaison un certain nombre de verbes qui sont irrégu- 
liers en français ne le sont pas en patois. Craindre et coudre possèdent leurs divers modes, temps et personnes, et gardent leur 
radical de formation : « i croin, teu oroin, a croin ; i croindon, vos croindé, a croindan. Imparfait : i croindô, i oroindin. Parfait : 
i croindé, i croindére. Futur : i croindré, i croindron. Conditionnel : i croindré, i croindrin. Subjonctif : qu'i croindà, qu'i croin- 
din. Imparfait : qu'i croindeusse, qu'i croindeussin. Infinitif : croinre (vieux fram^ais : cremre). Participe : croindan, croindu. 
Coudre maintient également le d intercalaire dans tous ses temps, sauf au singulier de l'indicatif : i cou, teu cou, a cou ; i coudon, 
vos coudé, a coudan. Imparfait : i coudô, i coudin. Parfait : i coudé, i coudére. Futur : i coudre, i coudron. Conditionnel : i coudre, 
i coudrin. Subjonctif : qu'i couda, qu'i coudin. Imparfait : qu'i coudeusse, qu'i coudeussin. Infinitif : coudre. Participe : 
coudan, coudu. Le verbe moudre, que nous prononçons « moure », garde la consonne étymologique 1. Dans sa conjugaison, sauf 
uu singulier de l'indicatif, au futur, au conditionnel et à. l'inflnitif, il ne prend nulle part le d : i mou, teu mou, a mou; i moulon. 
vos moulé, a moulan. Imparfait : i moulô, i moulin. Parfait : i moulé, i moulére. Futur : i mouré, i mouron. Conditionnel : 
i mourè, i mourin. Subjonctif : qu'i moula, qu'i moulin. Imparfait : qu'i mouleusse, qu'i mouleussin. Infinitif : moure (vieux 
frani^ais : mol're, de molere, puis moldre). Participe : moulan, moulu. L'I se conserve dans « meule, meulére » = meunier, meu- 
nière. Pour le verbe mettre, le cliangement normal de l'i en e se continue d.ans les temp, primitifs : « mette, metlan. mettu. i met. 
i mette », etc., etc. 



CONJUGAISON DES VERBES. 



47' 



BOURGUIGNON 



MORVAN NIVERNAIS 



(AUigny.) (AHeuf.J 

FUTUR (Je rejoindrai]. 

I raipondré, I râpondrai, 

teu raipondré, teu râpondrai, 

a raipondré ; a ràpondré ; 

i raipondron, inn' râpondron, 

vos raipondrâ, vos ràpondré, 

ai raipondran. a râpondron. 

FUTUR PASSÉ [J'aurai rejoint). 

I aire raipondu, I airai ràpônu, 

faire raipondu, faire râpônii, 

al aire raipondu; al ou cl airai ràpônu ; 

i airon raipondu, inn' airon ràpônu, 

vos airà raipondu, v' aire ràpônu, 

al airan raipondu. al airon ràpônu. 

CONDITIONNEL. 

PRÉSENT (Je rejoindrais). 

I raipondré, I râpondrâ ou râpondrô, 

teu raipondré, te râpondrâ ou râpondrô, 

a raipondré; a râpondrô ; 

i raipondrin, inn' ràpondrin, 

vos raipondrin, vos ràpondrin, 

a raipondrin. a ràpondrin. 

PASSÉ (J'aurais rejoint). 

I aire raipondu, I airâ ou airô ràpônu, 

faire raipondu, f airà ou airô ràpônu, 

al aire raipondu; al airô ràpônu; 

i airin raipondu, inn' airin ràpônu, 

vos airin raipondu, v' airin ràpônu, 

al airin raipondu. al airin ràpônu. 

IMPÉRATIF. 

Raipon, Ràpon, 

raipondon, ràpônon, 

raipondé. ràpôné. 

SUBJONCTIF. 

PRÉSENT (Que je rejo('{y?!e). 

Qu'i raipondà, Qu'i ràponde, 

qu'teu raipondà, qu' f ràponde, 

qu'a raipondà ; qu'a ràponde ; 

qu'i raipondin, qu'inn' ràpônin, 

qu' vos raipondin, qu' vos ràpônin, 

qu'a raipondin. qu'a ràpônin. 



MORVAN BOURGUIGNON 



MORVAN NIVERNAIS 



(AUigny. J [Arleuf.J 

IMPARFAIT (Que je rejoignisse). 

Qu'i raipondeusse, Qu'i râpôneusse, 

qu' teu raipondeusse, qu' f râpôneusse, 

qu'a raipondeusse; qu'a râpôneusse; 

qu'i raipondeussin, qu' inn' ràpôneussin, 

que vos raipondeussin, qu' vos ràpôneussin, 

qu'a raipondeussin. qu'a ràpôneussin. 

PARFAIT (Que j'aie rejoint). 

Qu'i à raipondu, Qu'i à ràpônu, 

qu' f à raipondu, qu' f à ràpônu, 

qu'ai ai raipondu; qu'ai ai ràpônu; 

qu'i ain raipondu, qu'inn' ain ràpônu, 

que vos ain raipondu, qu' v' ain ràpônu, 

qu'ai ain raipondu. qu'ai ain ràpônu. 

PLUs-QUE-PARFAiT [Quc j'eusse rejoint) . 

Qui eusse raipondu, Qu'i eusse ràpônu, 

que f eusse raipondu, qu' f eusse ràjjônu, 

qu'ai eusse raipondu; qu'ai eusse ràpônu ; 

qui eussin raipondu, qu'inn' eussin ràpônu, 

quevoseussinraipondu, qu' v' eussin ràpônu, 

qu'ai eussin raipondu. qu'ai eussin ràpônu. 

INFINITIF. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Rejoindre, avoir rejoint). 

Raipondré, Ràponde, 

aivouér' raipondu. aivar ràpônu. 

PARTICIPE. 

PRÉSENT ET PASSÉ (Rejoignant, rejoint). 



Raipondan, 
raipondu. 



Râpônan, 
ràpônu. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES PRINCIPAUX OUVRAGES OU DES AUTEURS CITÉS DANS LE GLOSSAIRE DU MORVAN 
AVEC LES ABRÉVIATIONS 



Abbaye St-Martin. —Essai historique sur l'abbaije 
de St-Martin, par BuIIiot, 1849, 2 vol. in-8<>. 

Adam, drame anglo-normand du XI^ siècle, publié 
par V. Luzarche. Tours, 1854, ln-8''. 

Alligny, Terrier. — Terrier manuscrit d'AUignij- 
en-Morvan, 1649. 

Arrêts d'A. — Les Arrests d'Amour, par Martial 
d'Auvergne. Amsterdam, 1780, in-12. 

.1 travers le Morvand, par le docteur E. Bogros. 
Château-Chinon, 1873, 1 vol. in-12. 

Aucassin et Nicol. — Voir Nouvelles françaises du 
XIII" siècle, Paris, Jannet, 1856, in-12. 

Aije d'Av. — Aye d'Avignon, chanson de geste pu- 
bliée par Guessard et Meyer. Paris, Vieweg, 1861. 



Balliage de D. — Le Bailliage de Dijon, publié par 

Rossignol. Dijon, 1857, in-S". 
H.\RTSCH. — Chrestomathie de l'ancien français. 
Paris, Leipzig, 1866. 

— Chrestomathie provençale. Elborfeld. 

1868. 

— Romances et Pastourelles françaises. 

Leipzig, 1870. 
Heaumanoir. — Les Coutumes du Beauvoisis, par 

Philippe de Heaumanoir, édit. Beugnot. Paris, 

1842, 2 vol. in-8». 
Benoit. — Chronicjue des ducs de Normandie, par 

Benoît, trouvère du XII<= siècle. Paris, 1836, 3 vol. 

in-4'>. 
Berte. — Berte aus grans pies (li romans de), publié 

par P. Paris. Paris, Techener, 1832, 1 vol. in-12. 
Best. div. — Le Bestiaire divin, de Guillaume, clerc 

de Normandie. Caen, 1862, 1 vol. in-S". 
Bibl. de l'Éc. des Ch. — Bibliothèque de l'École des 

Chartes. 



BOREL. — Dict. de.s termes du vieux français dans le 
tome II du Dict. élym. de Ménage. (Voy. Mé- 
nage.) 

Brachet. — Dictionnaire èlymol. de la langue fran- 
çaise. Paris, Hetzel. 
— Grammaire histor'ique de la langue 

française. Paris, Hetzel. 

Brantôme. — Œuvres complètes du seigneur de 
Brantôme. Paris, Foucault, 1822, 7 vol. in-8». 

Brun. Latini. — Li Livres dou Trésor, par Bru- 
netto Latini, publié par Chabaille. Paris, 1863, 1 vol. 
in-4''. 

Brut. — Le roman de Brut, pur Wace. Rouen, Frère, 
1836, 2 vol. in-8». 

BuRGUY. — Grammaire de la langue d'o'il. par Bur- 
guy. Berlin, 1869, 3 vol. in-8'>. 



Cart. d'Autun. — - Cartulaire de l'Eglise d'Autun, 
par A. de Charmasse, 1865, in-4''. 

Ch. de R. — La Chanson de Roland, publiée par 
Genin. Paris, 1350, in-S". 
— La Chanson do Roland, publiée par 

Léon Gautier, 1875, in-S». 

Chastellain. — Œuvres de G. Chastellain, publiées 
par K. de Lettenhove. Bruxelles, 1863, 8 vol. in-S". 

Châtelet. — Registre criminel du Châtelet de Paris. 
Paris, Lahure, 1861, 2 vol. in-8''. 

Ch. B. — Chartes de communes et d'affranchisse- 
ments en Bourgogne, publiées par M. J. Garnier. 
Dijon, 3 vol. in-4''. 

Ch.-Chinon (Hist.). — Histoire de Chàteau-Chinon, 
par M. Bogros. Chàteau-Chinon, 1865, in-S". 

Ch. d'Orléans. — Poésies de Charles d'Orléans, pu- 
bliées par Guichard. Paris, Gosselin, 1842, in-12. 

Chevallet. — Origine et formation de la langue 
française, par A. de Chevallet. Paris, Dumoulin, 
1858, 3 vol. in-S». 

9 



50* 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Chrost. D. — Chrestomathie de Vaiicien français, 

par K. Bartsch. Paris, 1866, in-i». 
Chron. de R. — La Chronique de Rains, publiée par 

L. Paris. Techener, 1837, in-8». 
C. du roi René. — Extraits des comptes et mémo- 
riaux du roi René, publiés par Leroy de la Marche. 

Paris, 1873, in-S". 
COMENius. — Voyez Janua. 
Contes, Dits, etc. — Nouveau recueil de Contes, Dits, 

Fabliaux, publié par A. Jubinal. Paris, Challamel, 

1842, 2 vol. in-8». 
COQUiLL.ART. — Œuvres de Coquillart, publiées par 

Ch. d'Héricault. Paris, Jannet, 1857, 2 vol. in-12. 



Delisle, Cl. agr. — Etude sur la condition de la 

classe agricole en Normandie. Evreux, 1851, in-8». 

Dict. puerorum. — Dictionariolum puerorum. Oliva 

Rob. Stephani, 1557, in-S". 
Dict. top. S. — Dictionnaire topographique de la 

Nièvre, par G. de Soultrait. Paris, 1865, in-4». 
DiEZ. — Grammaire des langues romanes, par Fré- 
déric Diez, traduite par MM. G. Paris, Bra- 
chet et Morel-Fatio. Paris, Franck, 3 vol. 
in-8». 
— Etymologisches v:orterbuch der romanis- 
chen sprachen, von Fiedrich Diez. Bonn, 
A. Marcus, 1861, 2 vol. in-8». 
Dolopathos. — Li romans de Dolopathos, publié par 

Brunet, etc. Paris, 1856, in-12. 
Dooïi de M. — Doon de Maïence, chanson de geste 

publiée par Pey. Paris, Wieweg, 1859, in-12. 
Duc. — Glossarium medix et infimx latinitatis, 

auct. du Cange. Paris, Didot, 1840, 7 vol in-4°. 
Du FouiLLOUx. — La Vénerie de Jacques du Fouil- 
loux. Niort, Robin, 1864, in-4». 



Ë 



Écon. rur. au XI II" siècle. — Traité d'économie ru- 
rale au XIII" siècle, publié par L. Lacour. Paris, 
1856. 

Eutrapcl. — Propos rustiques, etc., d'Eutrapel. par 
Noël du Fail. Paris, Gosselin, 1842, in-12. 

Evang. des Quen. — Les Evangiles des Quenouilles. 
Paris, Jannet, 1855, in-12. 



F 



Fierabras. — Fierabras, chanson de geste. Paris, 

Vieweg, 1860, in-12. 
Floire et Bl. — Floire et Blanceflor, publié par E. du 

Méril. Paris, Jannet, 1856, in-12. 
Floovant. — Voyez Gui de Bourgogne. 



FuoiSSART. — Chroniques de sire Jean Froissart. 
publiées par Buchon. Paris, 183.'i, 
3 vol. in-8». 
— Le Premier Livre, etc., publié par 

Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 
1863, 2 vol. in-8». 



G 



Gauchet. — Le Plaisir des Champs, par Claude 

Gauchet. Paris, Franck, 1869, in-18. 
Gaydon. — Chanson de geste publiée par Guessard et 

Luce. Paris, Franck, 1862, in-18. 
G. de V. — Gérard de Viane (11 roman de), Reims, 

1850, in-8°. 
G. de Vi. — Gérard de Viane, dans le volume publié 

par Bekker sous le titre : Der roman von Fiera- 
bras. Berlin, 1829, in-4». 
Génin, Récr. — Récréations philologiciues, par F. 

Génin. Paris, 1856, 2 vol. in-8°. 
Génin, Variations. — Des variations du langage 

français, etc., par Génin. Paris, 1845, in-8°. 
Girart de R. — Le roman en vers de Girart de Ros- 

sillon, publié par Mignard. Paris, 1858, in-8». 
Gloss. roman. — ■ Glossaire roman, etc., par Emile 

Cachet. Bruxelles, 1859, in-4°. 
Gloss. du M. A. — Glossaire français du moyen 

âge, etc., par L. de Laborde. Paris, 1872, In-S». 
Gui de B. — Gui de Bourgogne, chanson de geste 

publiée par Guessard et Michelaut. Paris, 1859. 
GuiLL. GuiART. — Branche des royaux lignages de 

Guillaume Guiart Paris, 1828, 2 vol. in-8». 



H 



H. Capet. — Hugues Capel, chanson de geste publiée 

par le marquis de la Grange. Paris, Franck, 1864, 

in-12. 
Hist. du Morv. — Le Morvand, par l'abbé Baudiau. 

Nevers, 1865, 3 vol. in-8». 
Huon de B. — Huon de Bordeau.x, chanson de geste 

publiée par Guessard. Paris, Vieweg, 1859, in-12. 



I 



Instit. de Bourg. — Documents inédits pour servir 
à l'histoire des institutions et de la vie privée en 
Bourgogne, par Simonnet. Dijon, 1867, in-8». 

Intern. consol. — Le Livre de l'internelle consola- 
tion. Paris, 1856, in-12. 



Janua. — Janua aurea Comenii. Lugd. Batav. 1040, 
in-12. (Voyez Comenius.) 



TABLE ALPHABETIQUE. 



5r 



Job. — Le livre de Jo5 clans 1* livre des Eois. p. 4'il. 

(Voyez Rois.) 
.lOiNviLLE. — Jean, sire de JoinvUle, publié par 

N. de Wailly. Paris, Didot, 1874, 1 vol. gr. in-8». 
.long, et Trouv. — Jongleurs et Trouvères, publié 

par Ach. Jubinal. Paris, 1835, 111-8°. 



La guerre de Metz en 132ti, publié par E. de Boutoil- 

ler. Paris, Didot, 1875, in-8». 
La Tour Landry. — Le livre du chevalier de la Tour 

Landry, publié par A. de Montaiglon. Jannet, 1854, 

in-12. 
Lebeuf, Mém. — Mémoires concernant l'histoire 

civile et ecclésiastique d'Au.xerre, par l'abbé Le- 
beuf. Auxerre, 1848, 4 vol. in-S». 
Le Morvan, par M. Dupin. Paris, Pion, 1853, 1 vol. 

in-12. 
Les ducs de Bourg. — Les ducs de Bourgogne, par 

le comte de Laborde. Preuves, Paris, 1851, 3 vol. 

in-8°. 
/./ Livres de Jostica et de Plet, publié par Rappetti. 

Paris, F. Didot, 1850, 1 vol. in-4». 
LiTTRÉ, Dict. — Dictionnaire de la langue française. 

Paris, Hachette, 4 vol. in-4°. 



M 



M.\NTELLIER. — Histoire de la Communauté des 
marchands fréquentant la Loire, par Mantellier, 
3 vol. in-8». 

Marc Pol. — Voyage de Marc Pol, dans le 1" vol. 
des Mémoires de la Société de géographie. 

Marie de France. — Poésies de Marie de Franco. 
Paris, Marescq, 1832, 2 vol. in-8». 

Mélusine, par Jehan d'Arras. Paris, Jannet, 1854, 
in-12. 

Ménage. — Dictionnaire étym. de la langue fran- 
çaise. Paris. 1750, 2 vol. in-f». 

Mênagier de P. — Le Ménagier de Paris. Paris, 
1846, 2 vol. in-8». 

Montaigne. — Essais de Montaigne, édit. Louandre. 
Paris, Charpentier, 1854, 4 vol. in-12. 

MOUSKES. — Chronique rimée de Philippe Mouskos. 
Bruxelles, 1838, 2 vol. in-4o. 



N 



N.-D. de Lône. — L'abbaye de Notre-Dame de Lune, 

par Dethel. Dijon, 1864, in-8". 
Xouv. françoises. — Nouvelles françoises des XIII' 

et XIVo siècles, publiées par Moland et d'Héricault. 

1846-1848, 2 vol. in-12. 



(3l. DE S. — Thânlre d'agriculture, par Olivier de 
Serres. Paris, 1608, in-4°. 



Palsg. — h' Eclai rcissemcnt de la langue française, 

par Palsgrave. Paris, 1852, in-4°. 
Paris. — Étude sur le rôle de l'accent latin, par 

Gaston Paris. 1862, in-8». 
Par. la Duch. — Parise la Duchesse, chanson do 

geste. Paris, Vieweg, 1860, in-12. 
Passion J.-C. — Passion de N.-S. Jésu.s-Christ, pu- 
bliée par Champollion-Figeac. Pa- 
ris, Didot, 1849, in-4». 
— La Passion du Christ, publiée par 

G. Paris, dans Romania, II, p. 295. 
Pérard. — Recueil de plusieurs pièces curieuses 
servant à l'hist. de Bourgogne, par Et. Pérard. 
Paris, 1664, in-f°. 
Polyp. d'irminon. — Polyptiquede l'abbé Irminon. 
publié par Guérard. Paris, 1844, 3 vol. in-4". 

R 

Rabelais. — Œuvres de Rabelais, édit. B. des Marets 
et Rathery. Paris, Didot, 1857, 2 vol. in-12. 

Raynouard. — Lexique roman. Paris, 1844, 6 vol. 
in-8°. 

Récits d'un Ménestrel de Reims, publiés par N. de 
Wailly. Paris, Renouard, 1876, 1 vol. in-8». 

Recueil de poésies fr. — Recueil de poésies fran- 
çoises des XV» et XVP siècles. Paris, 1855-1870, 
13 vol. in-12. 

Régnier. — Œuvres complètes de Mathurin Ré- 
gnier. Paris, Jannet, 1853, 1 vol. in-12. 

Renart. — Le Roman du Renart, publié par Méon. 
Paris, 1826, 4 vol, in-8». 

Renart Suppl. — Le Roman du Renart. Supplément, 
publié par Chabaille. Paris, 1835, in-8". 

Rois. — Les quatre livres des Rois, publiés par L. de 
Lincy. Paris, 1841, in-4». 

Romane, fr. — Le Romancero françois, publié par 
P. Paris. Paris, Techener, 1833, in-8". 

R. de la R. — Le Roman de la Rose, publié par 
Méon. Paris, Didot, 1814, 4 vol. in-8». 

Romania. — Recueil trimestriel, publié par Paul 
Meycr et Gaston Paris. Paris, F. Vieweg, 1872-1878, 
in-8». 

Rom. et past. — (Voyez Bartsch.) 

Romvart. — Recueil de te.xles d'anc. français, publié 
par A. Keller. Paris, 1844, in-8". 

Ronsard. — Œuvres complètes de P. de Ronsard. 
Paris, Jannet, 8 vol. in-12. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Roquefort. — Glossaire de la langue romane avec 

supplément. 3 vol. in-8». 
RuTEBEUF. — Œut-res comp/èfes de Rutebeuf, publiées 

par Jubinal. Paris, 1839, 2 vol. in-8". 



S 



SCHELER. — Dictionnaire d'étymologie française, 
par Auguste Scheler. Paris, Bruxelles, 1873, in-8'>. 

Serm. S. B. — Choix des sermons de Saisit Bernard 
dans le volume des Quatre livres des Rois, p. 521. 
(Voyez Rois.) 

SÉviGNÉ. — Lettres de M"»" de Sévigné. Paris, Ha- 
chette, 1862, U vol. in-8». 

S. Alexis. — La Vie de saint Alexis, publiée par 
G. Paris. Paris, Franck, 1872, in-8». 



Test. J. de M. — Testament de J. de Meung. (Voyez 

le Roman de la Rose, t. IV.) 
Th. fr. — Ancien théâtre français. Paris, Jannet, 

10 vol. in-12. 
Th. fr. au M. A. — Théâtre français au moyen âg'\ 

Paris, 1839, in-8°. 



Ville-Hardouin. — La Conquête de Constantinople. 
par Geoffroi de Ville-Hardoin, publiée par Natalis 
de Wailly. Paris, Didot. 1872, grand in-S". 

Vocab. du X/V= siècle. — Vocabulaire latin-fran- 
çais du XIV' siècle dans les Remarques sur le pa- 
tois, par Escallier. Douai, 1856, 9 vol. in-8°. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



53* 



LITTÉRATURE ET GLOSSAIRES PATOIS 



Conférence agréable de deux païsans de Saint-Ouen 
et de Montmorency sur les affaires du temps. 
Troyes, veuve Oudot, 1728, in-8». 

Coup d'œil sur les patois de la Franche-Comté, par 
M. Dartois, chanoine, in-8». 



De l'influence du langage populaire sur la forme do 

certains mots de la langue française, par Emile 

Agnel. Paris, Dumoulin, 1870, in-8". 
De l'origine et de la formation des dialectes vul- 
gaires du Dauphiné, par Jules Ollivier, in-S». 
Dialecte bordelais. Essai grammatical, par M. l'abbé 

Caudéran. Paris, Aubry, 1861, in-S". 
Dictionnaire d'argot, par Francisque Michel. Paris, 

Firmin-Didot, 1850, in-8». 
Dictionnaire du patois de la Flandre française ou 

wallonne, par Louis Vermesse. Douai, L. Crépin, 

1867, in-8». 
Dictionnaire du patois du pays de Braij, par l'abbé 

Decorde. Paris, Dumoulin, 1851, in-8». 
Dictionnaire du patois forézien, par L. Pierre Gras. 

Lyon, 1863, in-8°. 
Dictionnaire du patois de Lille, par M. Pierre Le- 

grand. Lille, veuve 'Vanackere, 1856, in-8°. 
Dictionnaire du patois normand, par MM. Duméril. 

Caen, Mancel, 1849, in-8°. 
Dictionnaire (petit) du patois normand, par 'Vasnier 

Rouen. Lebrument, 1862, in-8». 
Dictionnaire du patois sai)itorigeois, par P. Jônain. 

Royan, 1869, in-8». 
Dictionnaire du wallon de Mons. par J. Sigart. 

Bru-xelles, Flatau, 1866, in-8°. 
Dictionnaire étymologique de la langue wallonïie, 

par Ch. Grandgagnage. Liège, Oudart, 1845-1850, 

2 vol. in-8». 
Dictionnaire étymologiciuc du patois poitevin, par 

Gabriel Lévrier. Niort, Mercier, 1867, in-8». 
Dictionnaire roman-wallon, celtique et tudesque 

(dom Jean François). Bouillon, 1777. 
Dictionnaire franco -normand (Guernesey), par 

Georges Métivier. Londres, 1870, in-8». 
Dictionnaire rouchi-français, par Hécart. Valen- 

ciennes, Lemaitro, 1834, in-8». 



Dictionnaire wallon- français, par L. Remacle. Liège 

et Leipsig, Ch. Gnusé, 2 vol. in-8». 
Dictionnaire wallon-français (Luxembourg), par 

J.-B. Dasnoy. Neufchâteau, 1856, in-12. 



Essai d'un glo.ssaire des patois de Lyonnais, Forez 

et Beaujolais, par J.-B. Onofrio. Lyon, Scheuring, 

1864, in-8». 
Essai sur le patois lorrain, par le sieur Oberlin 

Strasbourg, Fr. Stein, 1775, in-12. 
Essai sur le langage poitevin, par Dreux du Radier. 

Niort, L. Clouzot, 1866, in-8». 
Essai sur le patois poitevin, par II. Beauchet-Fillcau. 

Niort, 1864, in-8». 
Etude sur la genèse des patois et en particulier du 

roman ou patois lyonnais, par le docteur F. Monin. 

Paris, Dumoulin, 1873, in-8°. 



Glossaire de la Suisse romande, par le doyen Bridel, 

publié par L. Favrat. Lausanne, G. Bridel, 1866, in-8». 
Glossaire de la vallée d'Hyères (haut-normand), par 

A. Delboulle. Havre, Brenier, 1876. 
Glossaire de l'Aunis, par L.-E. Meyer. Niort, Clouzot, 

1871, in-8». 
Glossaire du centre de la France, par le comte Jau- 

bert. Paris, Chai.x, 1874, in-4°. 
Glossaire du patois de Montbéliard. par Ch. Conte- 

jean. Montbéliard, Barbier, 1870, in-8°. 
Glossaire du patois picard, par l'abbé Jules Corblet. 

Paris, Dumoulin, 1851, in-8». 
Glossaire du patois normand, par Louis du Bois. 

Caen, Hardel, 1856, in-8». 
Glo.ssaire du patois poitevin, par l'abbé Lalanne, 

dans les Mémoires de la Société des antiquaires 

de l'Ouest. Poitiers, 1868, in-8». 
Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis, 

par L. Favre. Niort, 1867, in-8». 
Glossaire genevois. Genève, 1827, in-8». 
Glossaire poitev'in, par l'abbé Rousseau. Niort, Clou- 
zot, 1867, in-8». 
Glossaire vaudois, par Callet. Lausanne, Bridel, 1862, 

in-12. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Histoire de l'idioine bourguignon, par Mignard. 
Dijon, Lamarchc, 1856, in-S». 

Histoire du pntoin, par Picrquin de Gembloux. Paris. 
Aubry, 1858, in-8°. 

Histoire et Glossaire du normand, de l'anglais et de 
ta langue française, par Edouard le Héricher. Pa- 
ris, Aubry, 3 vol. in-S". 

Le dialecte poitevin au X///" siècle, par A. Bouche- 
rie. 1873, iii-S". 

Le patois des Fourgs. par M. Tissot. Paris, Durand, 
1865, in-S". 

Les Xoëls bourguignons, de Bernard de La Monnaye, 
publiés par F. Fertiault. Paris, Lavigne, [Sil. 

Les NoËls bourguignons, de B. de La Monnaye, suivis 
des Noëls maçonnais, publiés par F. Fertiault. Di- 
jon, Lamarche, 1866. 

Les patois de la basse Auvergne, par Henry Doniol. 
Paris, Maisonneuve, 1877, in-8''. 

Les passe-temps io/'caùi.s. par Jaclot de Saulny. Metz, 
Lorette, 1854, in-12. 

Mélanges sur les langues, dialectes et patois. Paris. 
Delaunay, 1831, in-8". 

Aoei bourguignon de Gui Barôzai. Ai Dioni, chc 

Abran Lyron de Modène, 1720, 1 vol. in-12. 
Noëls bressans. Bourg, Bottier, 1814, in-12. 
Noëls d'Aimé I^iron. publiés par Mignard. Dijon, 

1858, in-12. 
Noëls nouviaux sus des vieux airs. Bourges, Pigelet, 

1857, in-8». 
Notice du patois vendéen, par Revellière-Lépeaux. 

Niort, L. Clouzot, 1869, in-8». 
Nouvelles recherches sur les piatois, par J.-J. Cham- 

pollion-Figeac. Paris, Goujon, 1809. 

Obsei-vations sur la prononciation et le langage 
rustiques des environs de Paris, par E. Agnel. 
Paris, 1855, in-12. 



Observations sur les patois romans usités en Bel- 
gique, par le baron de Reiffenberg, in-8». 

Origines du patois de la Tarentaise, par l'abbé 
G. Pont. Paris, Maisonneuve, 1872, in-8». 

Patois de la haute Auvergne, par l'abbé Labouderio. 
dans le tome XII des Mémoires de la Société des 
antiquaires. 

Patois de la Saintonge. par M. A. Boucherie. Aiigou- 
lèmc. A. Nadaud, 1865, in-8". 

r^roverbcs de la Franche-Comté, par le docteur Per- 
ron. Paris, Champion, 1876, in-8». 

llecherches sur l'histoire du langage et des patois 

de la Champagne, par P. Tarbé. Reims, 1851, 2 vol. 

in-8». 
Recherches sur le patois de Franche -Comté, de 

Lorraine et d'Alsace, par S. -P. Fallot. Montbéliard. 

1828, in-12. 
Pecherches sur les langues de la Suisse, par Elie 

Bertrand. Genève, 1758, in-8". 
liecueil de Noëls anciens en patois de Besançon. 

publies par Belamy. Bintot, 1842, in-8». 
Remarques sur le patois, pa.T Escallier. Douai. War- 

tellc, 1856, in-8". 

Tableau des idiomes populaires ou patois de In 
France, par J.-F. Schnakenburg. Berlin, A. Foerst- 
ner, 1840. 

Théâtre liégeois. Liège, Carmanne, 1854, ■in-12. 

Virgille virai an borgnignon. Dijon, Frantin, 1831. 

in-12. 
Vocabulaire du bas langage rémois, par E. Saubinet. 

Reims, 1845, in-12. 
Vocabulaire du dialecte et du patois de la province 

de Bourgogne, par Mignard. Paris, Aubry, 1870, 

in-8». 
\'oca6ida»-e du haut Maine (R. de Montesson). Le 

Mans, Dehallois, 1859, in-8". 
Vocabulaire patois du pays messin, par Jaclot de 

Saulny. Paris, Dumovtlin, 1854, in-8». 



GLOSSAIRE 



EXPLICATION 



DES ABREVIATIONS ET DES SIGNES- 



a. 


actif. 


m. 


masculin. 


adj. 


adjectif. 


M. A. 


moyen âge. 


adv. 


adverlîc. 


Morv. 


Morvan. 


Allem. 


allemand, Allemagne. 


n. 


neutre. 


anc. 


ancien. 


niv. 


nivernais. 


ang. 


anglais. 


Norm. 


normand, Normandie. 


b. 


bourguignon. 


partie. 


participe. 


bas br. 


bas-breton. 


Pic. 


picard, Picardie. 


bas 1. 


bas-latin. 


plur. 


pluriel. 


Bourg. 


bourguignon, Bourgogne. 


poitev. 


poitevin. 


celt. 


celtique. 


pop. 


populaire. 


c.-à-d. 


c'est-à-dire. 


port. 


portugais. 


Champ. 


champenois, Champagne. 


prép. 


prépoisition. 


comp. 


comparez. 


pron. 


pronom, pronominal. 


dér. 


dérivé. 


Prov. 


provençal, Provence. 


dict. 


dictionnaire. 


rac. 


racine. 


dimin. 


diminutif. 


rad. 


radical. 


esp. 


espagnol. 


rapp. 


rapprochez. 


ctym. 


étymologie. 


réfl. 


réfléchi. 


f. 


féminin. 


rem. 


remarque, remarquer 


fig- 


figuré. 


rom. prov. 


roman provençal. 


fr. 


français. 


s. 


substantif. 


fréquent. 


fréquentatif. 


Saint. 


saintongeois, Saintonge 


GIoss. 


Glossaire. 


sign. 


signification. 


ital. 


italien. 


sing. 


singulier. 


interj. 


interjection. 


Suisse rom. 


Suisse romande. 


interr. 


interrogation. 


syn. 


synonyme. 


1. 


latin. 


trad. 


traduction, traduit. 


Lang. 


languedocien, Languedoc. 


V. 


verbe. 


loc. 


locution, localité. 


vi. fr. 


vieux français. 


Lorr. 


lorrain, Lorraine. 


Voy. 


voyez. 


lux. 


luxembourgeois, patois du Luxem- 
bourg. 







SIGNES 

= égal à, équivalent de. 

après l'i ce signe achève l'articulation de la voyelle en ie très mouillé. 



GLOSSAIRE 



DU MORVAN 



A 



A s'emploie pour il, pronom, 3" pers. du masc. 
au sing. et au plur. « a dreume, a vin », il dort, 
il vient ; — « a labouéran, abattan », ils labourent, 
ils combattent. — On prononce al devant une 
voyelle : « al ô saige, al ô mailaide », il est sage, 
il est malade; — « al an d' lai poingne », ils ont 
de la peine. Il en est de même devant un verbe 
impersonnel : « a pieu, a noige, a grôle », il pleut, 
il neige, il grêle. Au fémin. « ile, lé, aules. » — 
Voyez ces mots. 

Lorsque l'a n'est point pronominal, il est souvent 
suivi de la voyelle i et donne un son dérive qui se 
rapproche de l'e plus ou moins ouvert, suivant les 
localités : « ç'ô ai lu, al ô ai Pairis », c'est à lui, il 
est à Paris; — « aibri, aimi, aivri, aivâre, aivo- 
cai », abri, ami, avril, avare, avocat; — « aibaitre, 
aiplaini, airiver, aitaicher », abattre, aplanir, 
arriver, attacher. Cette tendance à mouiller le 
son de l'a primitif latin, accentué ou atone, est 
plus prononcée dans le dialecte bourguignon que 
dans les autres, mais elle se montre un peu par- 
tout dans les contrées de langue d'oïl. Beaucoup 
de mots français ont subi cette influence. A Paris, 
le peuple dit encore : « airrière , chaircutier , 
clairté, tairière », pour arrière, charcutier, clarté, 
tarière, etc. Au XV* siècle, Geoffroi Tory remarquait 
que les Parisiennes de son temps prononçaient : 



« mon mery est à le porte de Péris », pour mon 
mari est à la porte de Paris. Chez nous, dans 
« mairi » et « Pairis », ai a le son de l'e circonflexe. 

— A s'emploie pour au dans quelques locutions : 
« dimanche à matin, lundi à soir. » On retrouve 
cette façon de parler dans Fane, langue littéraire ou 
populaire : 

Lou samedi A soir, fat la semainne. 

Gaieté et Oriour, serors germainnes 

(Rom. des deux Sœurs.) 
Dont se repenti, mes A tart. 

[Dolopathos, V. 5155.) 

Elle vint en suppliant et lui dit : G Bertran, je fus 
Asseoir bien batue pour vous et sans cause. 

{Duc. A.) 

Au plur. as, aux : 

Barons franceis, As chevals e As armes 1 
[Chanson de R. p. 249.) 

— A remplace e dans la prononc. d'une grande 
partie du Morv. n. On dit guarre, piarre, tarre, etc. , 
pour guerre, pierre, terre. On parle de même en 
Bourgogne. Écoutez La Monnaye : 

Le mantéa de char humène 
Don vo vos été couvar 

Parce dé bruéne 
D'ein creuël hyvar. 

[Noël VIII.) 
1 



Par un bizarre contraste le Moi'v. b. a con- 
servé à l'e le même son qu'en français. 

À. s. m. Ais, planche qui remplace dans nos 
campagnes les tablettes de cheminée et sur la- 
quelle on pose la lampe , l'almanach , la croix 
de par Dieu et les autres menus objets du mo- 
bilier rustique. 

L'italien n'a qu'un mot, asse, pour désigner 
l'as, monnaie romaine, et l'ais, planche. 

Je voil, qu'il fera venir ciens le quarreour ou le 
joignour pour appareiller, joingdre et faire les Aes 
de mon lit, et après débouter le paille dedans les 
Aes. 

{La Manière rfe langage, p. 384.) 

Du 1. assis, planche, tablette. 

AÀ, s. f. Eau. Cette prononciation est usuelle 
aux confins du Morv. b. La répétition de la voyelle 
tend à exprimer la tenue du son. 

Aâ est peut-être une syncope de aqua. syn- 
cope qui existe dans différents patois. Oberlin. dans 
son Gloss. lorrain, cite une forme aua. Au reste le 
dialecte bourguignon prononce généralement en a 
les suffixes en ai ou en eau, surtout dans les noms de 
lieu et les noms propres. Ainsi « Liernâ, Montlâ », 
pour Liernais, Montlay: « Baudâ, Rondâ », pour 
Baudeau, Rondeau. On dit un « va » pour un veau, 
mon « bâ-père » pour mon beau-père. L'anc. langue 
nous offre beaucoup de textes, même étrangers à la 
Bourgogne proprement dite, où ces formes en a 
se montrent fréquemment. Pour n'en citer qu'un 
exemple, le roman de Dolopathos, dit : « aignaz, 
biaz, damoisiax, mantiax, oisiax, etc. », agneau, 
beau, damoiseau, manteau, oiseau, etc. Laforme en 
eai pour eau, particulière aux env. de Saulieu, n'est 
après tout que celle en a diphtonguée en eai à la 
fin des mots. La forme « coutéa, mantéa », employée 
par La Monnaye, devient « couteai, manteai. » 
(Voy. Eai.) 

AÀGE, s. f. Durée, degré de la vie, époque de 
l'existence : 

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, 
Ou comme c'estuy là qui conquist la Toison, 
Et puis est retourné, plein d'usage et raison, 
Vivre entre ses parents le reste de son Aage I 
(Du Bellay, Sonnets.) 

Etre « d'aàge», être âgé. Une personne «d'aâge », 
une personne âgée. S'emploie au féminin : peu de 



gens arrivent à la « veille aâge », c'est-à-dire à la 
vieillesse. 

Conseillez vous aux vieux ; 

Ils ont l'Age discrotte. 

Le poil grison vaut mieux 

Que la barbe follette. 

(Ronsard, Ode à Charles IX.) 

Palsgrave, - p. 617, 691 , - a le verbe ager et aager 
pour vieillir : je âge, je me âge, je vieillis : « Cha- 
gryn Agera ung homme bien tost. » 

AASIE, part. pas. d'un ancien verbe « aasicr », 
mettre à l'aise, qui est peu usité à l'infinitif. Com- 
mode, facile, d'un bon usage. Au fem. « aâziére. » 
Coverz de beaus covertors 
Se sunt la nuit tuit nu couchié, 
Ne furent mais plus Aaisié. 

(Be.voit, V. 22109.) 

— En vi. fr. aasier signifiait principalement 
accommoder, donnerde la satisfaction, du bien-être : 
Huit jours se fist 11 Rois baingnier. 
Et ventouser et Aaisier, 
Tant qu'il revint en la santé. 

(Re.nart, V. 11954.) 

Vers Malpertuis s'est adreciez 
Heques s'est moult Aaisiez. 

(IB. V. 8198.) 

Il i ot si grant plenté de toz biens comme on poroit 

soushaitier por cors d'ome Aaisier 

(Ville-Hardouin, p. 338.) 
Si la saison le requiert soient chauffés (les valets) 
et Aaisiés. 

{Mènagier de P. II. p. 70.) 

AÀYANCE , s. f. Aisance , commodité. Les 
« aâyances « d'une maison, d'un jardin, c.-à.-d. tout 
ce qu'une maison, un jardin, peuvent offrir de lieux 
ou de dispositions commodes , de dépendances 
utiles ou agréables. 

On trouve dans le bas 1. un mot asium, a:ium, 
qui désignait un terrain libre dans le voisinage 
d'une habitation. 

Ménage cite une charte où figure œcentia pour 
aiacentia avec la même signifie. « terras et silvas, 
suetqua, vel alias /Ecentias. » (Voy. Duc. .■Ecentia, 
Aisentia, Asentia, Aysientia.) 

Rom. prov. aize, aizi. demeure: airos, lieu 
commode. 

AÀYE, s. f. Aise, contentement, bien-être : « ai 



ABR 



- 3 — 



ABU 



l'aâye », à l'aise, avec facilité, dans l'aisance. Payer 
« ai l'aâye », payer facilement ; vivre « ai l'aâye », 
vivre dans l'aisance. 

AÂYE, adj. Aise, content, satisfait : « i seii 
aâye d' vô voua », je suis content de vous voir. Une 
partie du Morv. n. pi-ononce « âge, âgé », pour 
aise, aisé. 

AÂYEMAN, s. m. Meuble, ustensile de ménage, 
vaisselle de terre ou de bois, etc. Morv. n. « age- 
man, agiman. » 

Quelques citations de Ducange définissent exac- 
tement le mot : « Ooncessi, ut dictis hominibus, 
ad Aisamenta sua, videlicet dolia, cupas, cistas, 

et omnia alia superlectilia omni occasione 

vendei'e liceat. « 

Gie Ferris, duc de Lorreyne, aquit tous mes hommes 
et mes femmes dou Noef Cliastel fors que en Aisemens 
d'ostel, c'est assavoir que vaissel où on met le vin et 
Aisemens d'or et d'argent. 

(Duc. Aisamenta.) 

Et art (arde) t'on lors tout le mestier et toutes les 
clioses de bois et de fer qui ont touchié au faulx drap 
et tous les Aisemens. 

{Ch. B. I, p. 356.) 

Le bas 1. aisamentiun s'écrivait souvent aysia- 
Tnentum. 

— Fr. -Comté : « aisément. » — Genève et Suisse 
rom. « aise, ege », vaisselle, outils en général. — 
Forez : « aises, » ustensiles. 

AÀYETÉ, s. f. État d'une personne qui est aise, 
contente, satisfaite. 

Il Soun ame n'atot p' aissez grande poo t'ni toot son 
bounlieur et son aîeté. » 

{Hist. du l\Iorv. I, p. 60.) 

ABORJAULE, adj. Abordable, accessible, ave- 
nant. Se dit des personnes et des choses : un homme 
« aborjaule », une maison « aborjaule », c.-à-d. d'un 
accès facile. 

ABOULER, V. a. Apporter, transmettre à quel- 
qu'un un objet désigné : « aboule-moi mon chapeau, 
mon bâton. » 

De a pour ad et bouler, rouler. 

ABRE, s. m. Arbre. Nous prononçons « âbre » avec 
les Bourguignons, les Picards, les Lorrains, etc. 



Les courtisans de Louis XIV, s'il en faut croire 
Vaugelas, ne parlaient pas autrement. Un vieux 
proverbe disait : « Pour l'amour du buisson va la 
brebis à l'âbre. » Abre pour arbre exi.ste dans les 
anciens textes : 

Ains s'estut trestout cois desous l'Abre ramé. 
{Fierabras, v. 1102.) 

Malabron et Robastre sous l'Abre demeura. 

[Gaufi-eij, V, 8279.) 

On retranchait quelquefois l'r de la seconde syl- 
labe en maintenant celui de la première : 

Roonel a l'Arbe pendi 

Au miex qu'il pot li atacha. 

(Ren.\rt, V. 24736.) 

Dans Palsg. - p. 615, - arbre est du fém. : « Tant 
est ung arbre grande, mays quelle soit desracinée, 
il faut quelle se laisse cheoyr. » 

— Abre du mont Cabri. — Il y a un brin d'idéal 
dans cette locution imagée qui désigne un phéno- 
mène atmosphérique fort connu. Le mont Cabri est 
un point fantastique de l'horizon d'où sortent, par le 
beau temps , de légères nuées qui s'échelonnent en 
forme de branches d'arbre. Si l'arbre s'élève dans 
la direction du Nord, c'est un signe favorable ; s'il 
s'étend vers le Sud, c'est un présage de pluie. 
Quelques parties du Morvan donnent au même 
phénomène le nom de « âbre malquâbre » ou encore 
« âbre malacâbre. » En Bourg., suivant M. Nisard. 
on dit « abre maucabré. » Voy. les Curiosités de 
l'étym. fr., p. 272, et Duc. à Chorea. Machabseorum. 

ÂBRÔ, s. m. Se dit des menus engins qu'on em- 
ploie à divers usages champêtres. Un pêcheur va à 
la pêche, un chasseur se met en chasse , un fau- 
cheur entre dans la prairie, muni de tous ses 
« âbrôs », c.-à-d. de tous les petits objets qui sont 
nécessaires pour pêcher, chasser, faucher. 

En Norm. un « abro » est un petit arlDre enduit 
de glu pour prendre des oiseaux. 

— Du Méril tire ce mot « d'abre » pour arbre. 

ABUJER, ABUHER, v. a. Amuser, dissiper. 
Morv. n. 

— Abujer (s'), abuher (s'), v. réfl. S'amuser, gas- 
piller son temps, flâner. 

— En Bresse, « s'abouijer » avec la môme signi- 
fication 

On monsiu coman vo 

Ne day po s'abouijé a tôle zan que no. » 
{L'enrôlement de Tivan, se. iv.) 
(Voy. Aibuïer.) 



ACO 



AFF 



ABUJOTTE, s. f. Jouet, objet dont on s'amuse. 
Morv. n. n.-o. (Voy. Aibmot.) 

ACCIPER , V. a. Saisir rapidcmenl, happer. Le 
mot exprime dans toute son intensité l'action de 
prendre. En 1. accipcre avait au besoin la même 
force, puisque les anciens donnaient aux oiseaux de 
proie le nom générique de accipiter. Le fr. pos- 
sède Fadj. accipitrin , terme de zoologie , qui mar- 
que la conformité de nature avec les oiseaux de 
proie. 

— Norm. « acciper », chiper, escroquer. 

ACE, s. f. Herse, instrument agricole. Change- 
ment de l'e initial en a et chute de l'r. Cotgrave 
donne les deux formes harce et herce. Une autre 
partie du Morv. n. change l'e en o. (Voy. Ordie.) 

ACER, V. a. Herser, cultiver avec la herse. 
Morv. n. 

A CHEZ, loc. Chez. Dites « à chez Pierre » que 
nous nous portons bien. Il est arrivé un malheur 
« à chez Guillaume. » On dit en fr. dans le langage 
familier : un homme de chez nous; ou subst. : il n'y 
a pas de petit chez soi. Chez ne s'emploie avec la 
prép. a qu'accompagné du pron. poss. : il tient 
beaucoup à son chez lui. (Voy. Chez.) 

ACHÔ, AJCHÔ, particule d'affirm. Oui, c'est 
ainsi. « Achô » est formé de l'interj. a pour ah, et de 
cho, forme loc. en ch de so, oui, ainsi. Le 1. sic 
avait la double signif. de oui et de ainsi. Comp. 
avec l'angl. such, et surtout l'ital. cio. Si nous par- 
lons comme les italiens, nos français du XHP siècle 
parlaient quelquefois comme les allemands : 

Nus ne puit fere serement 
S'il n'a avant un poi mengié. 
Grimbert respont, ia, ia. 

(Renart, V. 9147.) 

(Voy. Chô.) 

ACOUTER, v. a. Écouter, faire attention , pren- 
dre garde. 

Pontus de Tyard, dit le gloss. de La Monnaye. 
écrivait, en 1603 : « Écoutez, vulgo, accoutez. » 

Se une femme grosse d'enfant désire savoir quel hoir 
elle porte, Ascoutez la parler. 

{Évanrj. des Quen. ijl.) 



— Bourg. « acoutai. » — Pic, Fland., Berry : 
« acouler. » — Suisse rom. « acuta, aicuta. » 

Du 1. auscultare. 

ACREiCHER. v. a. Mettre à la crèche. Se dit 
des animaux qu'on attache aux mangeoires dans 
lesquelles se trouve leur nourriture. « Acreîché lé 
bœu ! Ai Noué (Noël) tô 1' bestiau ô acreîché. » 

ACREÎCHOT, s. m. Crochet, agraffe. 

— Dette criarde, dette qui accroche le débiteur. 

ÀCRIT, s. m. Écrit. Je ne veux pas de parole, 
je veux un « âcrit. » Morv. n. 

Dimin. « âcriteau » avec le sens de enseigne de 
boutique. 

ÂCRITEURE, s. f. Écriture, ce qui est écrit. 
Morv. n. 

Le « gâ » qui possède « aine boune âcriteure » est 
dans nos campagnes le fort en thème des collèges. 

ADROIT , s. m. Endroit ; ne s'emploie qu'au 
pluriel. Les « adroits » d'une localité, c.-à-d. les 
environs : « a n' traige pas dans nos adroits » ; il ne 
vient pas souvent dans le pays que nous habitons. 

— Adroit (d'j , adv. En place , en ordre , sur le 
bon côté. — « Torner d'adroit », mettre à sa place, 
ranger, disposer convenablement. Cette loc. est très 
usitée. Elle reçoit une foule d'applications dont 
quelques-unes assez bizarres. On l'emploie souvent, 
par exemple, pour exprimer les derniers honneurs 
rendus à un défunt. Quand un homme est enterré 
après avoir été accompagné par un prêtre, et suf- 
fisamment pleuré, en public, les parents se con- 
solent en disant que le pauvre mort vient d'être 
« brament torné d'adroit. » Cette manière de parler 
se retrouve à Genève où « mettre un mort adroit » 
signifie ensevelir. 

Renart, devenu teinturier malgré lui, parle abso- 
lument comme un Morvandeau, lorsqu'il dit : 

Or est-elle (la teinture) moult bien A droit 
Atornée tote à son droit. 

(V. 12050.) 

AFFILLOURE, 11 mouillées, s. f. Cape, man- 
teau des bergères qui ressemble, pour la coupe et 
l'étoffe, à la limousine des cliarretiers. 

Le mot est, je crois, inusité dans le ]\Iorv. n. ; il 
n'appartient qu'à une certaine région du Morv. b 



AGA 



AGR 



AGA! interj. Regarde ! attention ! vois! Le cure 
de G , mon voisin . interrogeait un jour un en- 
fant sur son catéchisme et lui disait : Oîi est Dieu? 
Au lieu de répondre comme l'enseigne le formu- 
laire, l'innocent montra un crucifix suspendu à la 
muraille, et répondit : « Aga-lu ! » c.-à-d. le voici, 
voyez-le ! 

L'exclamation «agali», usitée en Norm. pour se 
moquer de quelqu'un n'est pas autre chose qu'un 
composé de aga et de li pour le. Aussi le mot dans 
la Manche signifle-t-il regardez-le, comme chez 
nous « aga-lu. » 

L'anc. langue avait la forme agarder pour regar- 
der. Aga n'étaitpeut-être qu'une apocopedeagarde : 
Ki Agardent la mort et si ne vient mie. 

[Job, p. 4nfi.) 

Aga se trouve souvent dans le stjle familier ou 
sur le théâtre : 

Aaa, hé. le fou ! 

Aga donc l'escrivain de neffle ! 

[Paris burlesque, p. 134.) 

Aga, aga, ma mie, voicy du monde sous ces arbres 
qui joue à la rontle. 

[Th. fr. IX, p. oC.) 

— Auvergne : « augâ. » 

AGAITER, V. a. Guetter, surveiller de près, 
épier. Cet homme est méchant, mais je vais bien 
« l'agaiter. » 

En vi. fr. gaite, fém. de gait, guet. — Aguet 
en fr., aguait en rom. prov., agait en esp., aguato 
en ital., wait en anglais, a le sens plus étendu 
de guet-à-pens, piège. Le verbe to wait sous- 
entend l'action de se tenir en éveil, comme quel- 
qu'un qui attend pour travailler ou servir un 
maître. En i"om. prov. gaita signifie à la fois sen- 
tinelle et guérite. 

Un jor feissoient li Borgueignon l'Agait et li Grieu 
lor firent une assaillie. 

(Ville-Hardouin, p. 94.) 

Icellui Guichart s'en ala à tout un baston en les Es- 
gaitant et espiant. 

(Duc. Gaitare.) 

Rouchi : « aguetar » ; — wallon : « awaiti. » 

Rom. prov. agaitar, regarder. L'ital. guaitare 
corresp. à l'esp. aguardar. 

De l'anc. allem. M'ahten, faire la garde; l'alleni. 
mod. wafen signifie patrouiller, faire le guet. 

AGASSE TAUffiOUREVETTE, s. f. Pie-grièche. 



Env. d'Avallon. La chute de l'a initial donne .sou- 
vent le mot inintelligible « gastambourinette. » 

— La Tambouinnette, nom de loc, commune 
de Clamecy. 

ÂGIE, s. f. Evier, pierre creusée sur laquelle 
on lave et d'oîi l'eau s'écoule au dehors. « Agie » 
vient de « âge » comme évier de eve. Age et evesont 
des formes archaïques pour eau. Morv. n. 

— Forez : « aigiiie. » — Basque : « auger. » 

AGRAFER, v. a. Saisir, agripper. 

Dans Palsg., - p. 485 : - « La première chose qu'ils 
firent, ils Agrappèrent leur navire ensemble. » 
Le grammairien traduit le même mot anglais 
I claspe par j'agrappe et je gryppe. 

Et si aucune gens viennent à ois à soscorre, si plon- 
gent ensemble ois ceos k'il payent Agrappeir. 

(Serai. .S. B. p. 521.) 

Et ravissent cum uns escofles 
Quanqu'il en porront Agraper. 

(fl. de laR. v. 13921.) 

A la rapine 

Femme est encline. 
Toujours elle hape 
Ce qu'elle Agrape. 

(GuiLL. Alex. Blason.) 

Graper, dans les anciens auteurs, a quelquefois 
le sens de grapiller : 

Il coilloient es bois les glandes 
Por pain, por char et por poissons. 



Et des roisins es chans Grapoient 

(R. de laR. v. 8414.) 
Et avient moult de fois ains que cors soit souz trape, 
Que li uns y vendange et li autres y Grape. 

{Test. J. DE M. V. 1120.) 

Dans les langues romanes grapa, grapo, grappo, 
pour crochet. Bas 1. grappa qui corresp. au fr. 
grappin et grappe, crampon. Flandre : « agrappe, » 
crochet, agrafe; « agrapper », accrocher. Dans la 
Suisse rom. « agreppa » et « agraflî » sont synon. 
pour agripper; « greppes », tenailles, iDinces. 

— Agraper = agrafer, comme agriper = agrif- 
fer par le changem. du p en f. Le vi. fr. avait le 
subst. grippe avec la signifie, de crochet, croc : 

Grippes de fer agûes entre leurs mains tenoyent. 

[Th. fr. m, p. 334.) 

Comme on le voit dans la citât, empruntée au 
Roman de la Rose, grappe (de fruits), chose sus- 



AI 



— 6 — 



AIB 



pendue, se rattache au même rad. par un rappro- 
chement d'idées facile à comprendre. Ce rad. parait 
être l'anc. allcm. krapfo, crochet. 

AGRÔ, s. m. Ergot du coq et de certains oi- 
seaux ; tubercule corné de quelques mammifères. 
«Agrô» est une métathèse de argot usité envi. fr. 

en poi d'espace 

En fu si junchée la place 

Qu'en sanc i sunt desqu'as Argoz. 

(Benoit, v. 9540.) 

Ils ont mis au net un pauvre prestre ils l'ont es- 

camottc et agriffc avec leurs Argots de chappon. 
(Th. fr. IX, p. 76.) 

On trouve cependant dès le XV siècle la trans- 
position de lettres : 
Autres ymages esgratinoit aux ongles et à Grauhes. 
(Ch.\siell.4IN, IV, p. 250.) 

— Wallon de Mons : « grau », griffe; grawer », 
grauyer », égratigner. — Flandr., Pic. « graus » : 
« grau de cat », griffe de chat ou églantier. — 
Berry, Genève : « argot et argoter » pour ergoter. 
(Voy. Désagroter.] 

AGUEURION, s. m. Héron, oiseau de l'ordre 
des échassiers. Morv. n. n.-o. (Voy. Aigron.) 

AHAIE, s. f. Haie vive ou sèche. Morv. n. 

Ces préfixes euphoniques en a ne sont pas rares 
dans l'anc. langue. Le traducteur des Quatre Livres 
des Rois dit ahaise pour aise : 

Aparceut se David qu'il ne poust à ahaise les armes 
porter, si s'ostad. 

(Rois, p. 66.) 

— Bas 1. hâta, haya, heia. H y avait un bois 
des Ahaies dans la commune de Lucenay-les-Aix, 
mentionné en 1231 : « Nemus de Ahiis de Luce- 
nayo. » (Voy. H à.) 

AI, prép. à, marque la tendance ou la posses- 
sion. Ai pour a est essentiellement bourguignon. 
Dans un mandement du bailli de Chalon-sur- 
Saône à son sergent, 1322 : 

Le fouaige don four de Mellecey qui est propres Ai 
madame la duchesse 

Par quoi nous bailliz dessus dict mandons Ai toi 
Richart sergent 

Donez Ai Beaune, sous nostre scel, l'an mil trois 

cenz vingt deux 

{Biblioth. de iEc. des Ch. \1' série, iv, p. 162, 3, 4.) 



Et plus anciennement dans le roman de Gérard 
de Viane : 

Il n'ait si belle an la crestianté 

Ne iusc' Ai Rome 

Au X^'^'= siècle, La Monnoye garantissait son 
patois aussi friand qu'aucun, a Ai dire d'espar », 
et prenait congé de son lecteur en lui disant : 
« Ai Dieu vo queman ! » 

AIBAITOU, s. m. Abatteur, celui qui abat. Se 
dit principalement des bûcherons qui abattent 
les arbres dans la fabrication du bois de moule : 
tt Ç'ô eun boun aibaitou. » 

AIBAITRE, V. a. Abattre. 

AIBANDON, s. m. Désordre, confusion : « Al é 
tô mettu ai l'aibandon », il a tout bouleversé. 

AIBANDOUNER, v. a. Abandonner. Bourg. 
« aiband'nai. » 

AIBATELOU, s. m. Bateleur, celui qui donne 
des spectacles en plein air, baladin , farceur qui 
amuse le public en faisant des tours ou des 
grimaces. Il faudrait écrire esbatelou si le mot 
bateleur était dérivé du verbe esbattre par le 
retranchement du préfixe. L'ital. sbattere, secouer, 
agiter, brouiller en battant, correspondrait à une 
forme ébatter dont esbateler serait le fréquentatif. 
En bas 1. battere, batere, battre. Le patois du 
Centre a le verbe « bâteler » qui définit à merveille 
les agissements d'un bateleur. L'ancienne langue 
donne souvent au subst. esbattement le sens de 
tour de force, de jonglerie : 

A Jehan Rondelet et Robin son frère, bastelleurs, 

pour don à eulx fait pour ce qu'ils ont joué et dit 

plusieurs chançons et fait plusieurs esbatemens. 
(L.4iORDE, tes Ducs de Bourgogne, III, p. 386.) 

AIBAUBI, part. pass. du v. abaubir, inusité. 
Ébahi, déconcerté, abasourdi, 
— Vi. fr. abaubi, ébaubi : 

Apres entra Hues o le fier vis, 
Simples et cois, mais n'ert mie Abaubis. 

(HuoN DE Bord. v. l'ôl.) 
Renart fu tous Abaubis 
Por Blancart ki ensi fu pris. 

(Ren.\rt, IV, p. 335.) 



AIB 



— 7 



AIB 



Por Abaubir chaus et douter 
Qui sains et saintes ne redoutent. 

{Gaut. de CoiNSi, Mis. de N.-D.) 

Et quant li Cuens entent ceste aventure , molt est 

dolans et Abaubis 

{Xoiw. françaises du XIW siècle, p. 185.) 

Lorsque la crédule M"= Pernelle découvre la 
trahison de Tartufïe, elle s'écrie : 

Je suis tout Ébaubie et je tombe des nues. 
(Acte V, se. 5.) 

Pierrot ne l'est pas moins en voyant la toilette 
de don Juan : 

Que d'histoires et d'engigorniaux boutent ces mes- 
sieux-là les courtisans ! je me pardrois là dedans et 
j'estoie tout Eboby de voir ça. 

(Don Juan, acte ii, se. I .) 

On rencontre la forme ébaubeli dans la Farce 
de Pathelin, acte ii, se. 5. 

Norm. « abauber ». étonner; — Bourg., Berry : 
<i abaubir. » 

De es et balbus, bègue. L'orthogr. étj-m. serait 
donc esbaubi. Baube, en vi. fr., bègue. 

AIBEURIER, V. a. Abrier par métath. Abriter, 
mettre à couvert. 

— Aibeurier (s'), v. réfl. Se mettre à l'abri : « i seu 
été m'aibeurier sô eun châgne. » 

— Abrier pour abriter était un des mots favoris 
de Montaigne. Dans une de ses lettres (xxxv). Et. 
Pasquier lui en reproche l'emploi , ainsi que celui 
de gendarmer pour braver , asteure pour à cette 
heure, d'enfantillage, diversion, etc. Abrier n'était 
pourtant pas un néologisme commis piar l'auteur 
des Essais : 

Si ot d'une chape forrée 

Moult bien, si cum je me recors, 

Abrié et vestu son corps. 

{R. de la R. v. 402.) 

Roquef. dérive abrier de arbor et Burguy de 
apricurn. M. Littré appuie cette dernière étymol. 
qui offre beaucoup de vraisemblance. Le c de 
apricum s'est conservé dans plusieurs patois qui 
disent « abric » pour abri. Poitou : « abrier et 
abriker. » Dans lerom. prov. abric, abri; abricar, 
abriter. Bsp., port, abriga et abrigar. Bas 1. abrka, 
abriga, couverture. On retrouve la métath. dans le . 
mot « désaberier », découvrir, désabriter, usité en 
Anjou. (Voy. Désabeurier.) 



AIBEURIÔ, s. m. Abri, lieu où l'on se met à 
couvert. — H. Maine : « aberiot. » 

AIBLME, s. f. Abîme, lieu profond, où l'on en- 
fonce, marais. Nous disons une « aibime » et même 
une Cl ambîme. » 

Palsgr., - p. 173, - cite abisme comme une excep- 
tion à la règle qui donne le genre fém. à tous les 
mots finissant en me ; il blâme en conséquence 
Alain Chartier d'écrire : « Lesjugemens de Dieu 
sont une profonde abisme. » Ce blâme n'empêcha 
pas Ronsard, un siècle plus tard, de faire la même 
faute : 

Les filles de Tethys 

Aucunefois vaguans tout au sommet des ondes, 

Aucunefois'au bas des abysmes profondes. 

(Hymnes, I, 7.) 

AIBLAMI, part. pass. d'un v. aiblâmir, inusité. 
Rendu blême, défait, abattu, souffreteux: « L' ptiô 
ô aiblâmi por lai mailaidie. » 

— Vi. fr., blêmir, blesmir. rendre blême, ôter 
les forces, abattre, froisser, blesser : 

S'il as gloutons la rose baille, 
Sachiés qu'ele en porra tost estre 
Blesmie ou pâle, ou mole ou flestre. 

[R. de laR. v. 15626.) 

Le rom. prov. a les formes a5/es/)iar, ablasmar : 
Di fereza que accazet ablasmada. 
De peur elle tomba affaissée. 

(R.vyNou.\RD, Le.x. II, p. 227.) 

Le savant auteur ne donne-t-il pas une signifie. 
trop absolue à ablasmar en traduisant par s'éva- 
nouir? Les textes les plus anciens ne semblent pas 
autoriser cette extension de sens. 

Diez, Burguy et Littré s'accordent à dériver 
blesmir de l'anc. Scandinave blâmi, bleuâtre; blâ, 
bleu. Palsg. donne à blesme le sens de noirâtre. 

AIBLEGE, s. f. Une quantité de , un amas 

de Ce terme est peu usité ; il correspond assez 

exactement au met fr. avalanche pris au fig. et 
exprime un accablement. Ainsi : une « aiblége » de 
pluie, de neige, de grêle, etc., en même temps 
qu'une « aiblége » de chagrin , de travaux, de fa- 
tigues. 

AIBLÉGER, V. a. Accabler, surcharger, écraser. 
On est « aiblége » de grêle, de coups, d'injures. Ro- 
quef., sans citer aucun texte à l'appui, enregistre 



AIB 



— 8 - 



MB 



« ablegassioun » avec le sens de punition, cliàli- 
ment. (Voy. Bléger.) 

AIBLOTI, V. a. Accabler , écraser. La pluie , le 
vent, dans un orage, «aiblôlit» le voyageur. — Bloc, 
qui a formé bloquer, se prononce « blô » en bourg, 
et s'écrivait souvent « blot. » En allem. blotzen, 
s'écraser, ce qui, suivant Diez, donne la signifie, 
propre de se blottir. Ablotir serait le même verbe 
pris dans le sens actif. 

AIBÔSSU9IER, V, a. Apostropher avec violence, 
accabler d'injures, d'insultes. — Rapp. du vi. fr. 
abosmer, accabler, abîmer. 

AIBODÉQUER, v. a. Écraser, aplatir contre un 
mur ou contre un corps dur. On dit cependant des 
œufs, brisés à la sortie des petits poussins, qu'ils 
sont « aibouéqués. » Ce dernier sens est proba- 
blement le vrai ; l'autre n'aura été créé que par 
assimilation. Une partie du Morv. n. prononce 
« aibouécer. » 

— Champ. « bêcher », frapper du bec, casser 
sa coquille. 

Comp. cependant avec le vi. fr. boquer qui si- 
gnifiait frapper , heurter , et qui correspondait 
peut-être à biicher, puisqu'on trouve le subst. bo- 
queron pour bûcheron. En Berry, « boquer » a le 
sens de frapper à coups redoublés. 

AIBOUERE, s. m. Boisson mélangée de farine 
qu'on donne aux petits porcelets ; pâtée très 
liquide : « al é mettu d' l'aibouére dan lai soue », 
il a mis de dans le tect à porcs. 

Languedoc : « abéoure », toute boisson étendue 
d'eau. 

AIBOULI, V. a. Abolir, effacer, abattre. 

Abolir un trou , c'est le combler ; abolir une 
éminence de terrain , c'est la niveler ; abolir un 
chemin , un sentier, c'est le piocher, le labourer, 
le clore, de manière à ce que les passants ne puis- 
sent plus s'en servir. En fr., le mot ne s'emploie 
qu'au fig. ; il n'est usité chez nous qu'au propre, 
dans le sens matériel. 

— Berry : « abolir, aboluir », détruire; — Pic. 
« abolir », frapper, donner des coups; — Norm. 
a abolir », anéantir. (Voy. Raibouli.) 



AIBOULITION, s. f. Désordre, désastre, ruine : 
« al é tô mettu ai l'aiboulition dan sai maïon ». 
il a tout mis sens dessus dessous dans sa maison. . 

Du 1. abolitionem. 

AIBOUT'NER, v. a. Boutonner, attacher quelque 
chose avec des boutons : « aibout'né vô », bou- 
tonnez-vous. 

— Aibout'ner (s"), v. réfl. Mettre les boutons de 
son vêtement. 

AIBREUVAU, s. m. Partie sensible qui corres- 
pond à une blessure , à une meurtrissure, à une 
plaie. 

AIBREUVER, v. a. Abreuver, donner à boire : 
« aibreuver 1' neurin », faire boire le bétail. 

AIBREUVOU, s. m. Abreuvoir, lieu où les ani- 
maux s'abreuvent. 

Aibreuvou reproduit la méthat. ou transposition 
de lettres qui existe dans le fr. abreuvoir. Poitou : 
a abreuveu, abreuvou. » 

L'anc. langue disait abeuvrouer et même abu- 
voir, tiré de la forme bevre, boire. En rom. prov. 
abeurer. 

Du 1. ad et bibere. 

AIBU, s. m. Amusement; abus ou perte de 
temps. Il y a beaucoup « d'aibu » dans un ouvrage 
minutieux , c'est-à-dire beaucoup de perte de 
temps. Aibu a la même valeur à peu près que 
« aibuïeman. » 

AIBUÏEMAN, s. m. Amusement, flânerie, dissi- 
pation, abus ou mauvais emploi du temps. 

Aibuïement et abuissement, qu'on rencontre dans 
un passage de Gautier de Coinsi et dans quel- 
ques autres textes, paraissent synonymes. On sait 
d'ailleurs que la dentale s tombe le plus souvent 
dans notre patois : 

Peu est de gens, c'est vérité, 

Qui au siècle sauver se puissent, 

A tant d'abuissement s'abuissent, 

Que leurs emmes (âmes) perdent et damnent. 

(Liv. 1, 28.) 

Roquef. se trompe donc, à notre avis, en don- 
nant à abuissement le sens de faute. Ce mot ne 
signifie pas autre chose que amusement , abus 



AIB 



- 9 - 



Aie 



futile ou criminel du temps. Dans un passage des 
sermons de saint Bernard, - p. 564, - il signifie abu- 
sement ou erreur par méprise. Il s'agit de l'hypo- 
crite qui se donne de faux airs de pénitence, tandis 
que le vrai chrétien jeune et se lave le visage 
« por ceu ke nuls ne praignet Abuissementen lui », 
pour que nul ne se trompe à son égard. 

Abusion a le même sens dans le passage de ses 
chroniques où Froissart raconte le premier accès 
de démence qui saisit Charles VI : 

Et vint au Roi en avision que grand'foison de ses 
ennemis lui courussent sus pour occire. En ceste Abu- 
sion, il se desroia par foiblesse de chef et saillit avant 
en poignant son cheval. 

(Liv. Il, ch. 29.) 

L'anc. langue disait encore abuisonner pour 
abuser, tromper, amuser par de vains discours. 
(Voy. Duc. Busio.] 

AIBUÏER, V. a. Amuser, dissiper, détourner 
de l'ouvrage, faire perdre le temps à quelqu'un. 

— Aibuïer (s'), v. réfl. S'amuser, perdre son 
temps ou en faire mauvais usage. 

« Aibuïer » n'est qu'une forme loc. de abuser par 
la chute de l's et l'intercalation de l'i très mouillé. 
En vi. fr. abuser, pris dans le sens actif, signi- 
fiait .souvent amuser. 

Abuser ou amuser quoiqu'un sont deux termes 
qui renferment la même idée. C'est, dit l'auteur 
du Dict. des Synonymes « tromper en faisant 
perdre le temps, en occupant, en appliquant à des 
bagatelles. » Abuseurs, amuseurs de peuples ou de 
filles, il s'agit toujours d'intrigants par ambition 
ou galanterie. 

En Morvan : « aibuïer, abuher, abujer », trois 
formes de abuser ou amuser. Il en est de même 
en Bourg, pour la forme « aubuzer » : 
Tu te rolleré su l'arbôtte 
An t'aubuzan ai l'auluôtte 
Qu'y subie, ma sy jôliman ; 
Sa tô mon divartisseman. 

(Voy. MiGN-iRT, Ididme bourg, p. 10.) 

On dérive amuser de muser. Cette étymologie 
offre bien des difficultés. Amuser est un verbe 
actif et muser un verbe neutre qui n'admet pas la 
forme pronominale. On ne peut dire se muser. On 
remarquera en outre que le sens au fond est très 
différent. Muser, dérivé de muse, bouche, face, 
visage, se rattacherait avec peine à la même racine 



que amuser dont la signifie, essentielle est trom- 
per, captiver, retenir par un jeu ou une occupation 
abusive. Ce dernier verbe serait-il identique à 
abuser par suite d'une ancienne permutation du b 
en m ? Palsgrave, - p. 639, - traduit l'angl. / mysuse 
par je abuse ou je amuse. Le dialecte de Vannes, 
en bas breton, se sert du terme abuzour pour mu- 
sard. (Voy. Abujer.) 

AIBUÏOT. s. m. Jouet d'enfant, hochet, tout 
objet avec lequel on s'amuse. Morvan n.-n.-o. 
« aibutiot. » (Voy. Abujotte.) 

AICABOICHER, v. a. Charger la tête, écraser, 
fouler sous un poids. 

De caboche, tête, qui avait plusieurs composés 
en vi. fr. cabochon, capuchon ; cabochade , coup 
de tête, etc. 

Le bas 1. cabussare signifiait provigner, parce 
que le vigneron abat et couche en terre la tête du 
sarment qu'il veut multiplier. (Voy. Caboiche et 
Cabucher.) 

AICÂGNARDI, V. a. Acoquiner, amollir, énerver. 

— Aicâgnardi (s'), v. réfl. S'amollir, s'acoquiner 
par habitude ou paresse. 

Je ne me peux contenter de moi-même, me voyant 
ici oisif, Acagnardé à un foyer. 

{Vieitx Conteurs, p. 563.) 

Vous avez secouru des personnes qui estoient dans 
les rues ou Accagnardées près du feu ; je vous de- 
mande l'aumôsne pour des gens qui servent nuit et 
jour. 

(LiTTRÉ, Dict. Lettre de Henri IV.) 

Le fr. prononce acagnarder, mais la plupart des 
patois disent « acagnardir. » Montaigne, - 1. m, ch. 9, - 
donne le nom de caignard à un chenil. Ce mot se 
retrouve en Suisse avec le sens de cache, niche, 
alcôve. 

Dans le pays de Caux, « s'accagnardir » signifie 
au propre se coucher à la manière d'un chien, et au 
fig. s'abattre, perdre courage. 

AICAÏOUNER, V. a. Poursuivre quelqu'un à 
coups de pierres, lapider. Morv. n. 

Le vi. fr. disait acarer pour jeter des pierres. 
De a pour ad et caillou. 

AICCENSE, s. f. Accense. Loyer d'une maison, 



Aie 



10 



Aie 



d'un terrain ; usité dans quelques parties des can- 
tons de Château-Chinon, de Fours, etc. Le cens 
était au M. A. la redevance due au seigneur d'une 
terre. 

Cil qui estoient Accensi devant cestc chartrc ne 
paieroient lor Censé. 

{Cil. D. II. p. 3Î.) 

La communauté doibt 1500 livres de principaux de 
rente. Les rentiers rendent à leurs maistres 4 mesures 
par journal ; leurs terres et bastimens doivent de 
grosses Censés; ils paient dixme de 13 gerbes lune. 
(Bai;;, de D., p. 143.) 

Le 1. census a donné au bas 1. la forme fém. 
censa avec la signifie, de fermage, étendue jusqu'à 
désigner une ferme, un domaine, une métairie. 

Si en aucune Censé ou métoirie a foucq de bre- 
bis, etc. 

{Èvarui. tles Quen.p. 129.) 

Descendit le roy en une Censé ou métairie. 

(CoMiNES, Vin, 6.) 

— L'Accense, nom de loc. commune d'Ouagne ; 
l'Accense de Chevannes, l'Accense de la Breton- 
nière, l'Accense du Garde, l'Accense Michel, etc.. 
communes de Montaron, d'Ysenay, de Fours. 
(Voy. Locaterie.) 

AICCENSER, V. a. Louer, amodier, donner ou 
prendre en location ; s'emploie usuellement aux 
environs de Château-Chinon, mais seulement lors- 
qu'il est question des biens-fonds, des immeubles : 
aiccenser un champ, un pré, une ferme, une maison. 

L'anc. langue usait quelquefois de ce terme, 
même en parlant des personnes : « Robault dist 
au suppliant qu'il se Achenssast et composast par 
devers Jehan Fouquart qui tenoit la maletoste 
d'icelle ville. » (Voy. Duc. Accensa.) 

Berry : « accenser », affermer, prendre à bail. 

Ital. accensare, donner à cens un fonds. 

Bas 1. acceî2sa7'e, assensare. 

Du 1. census. 

AICE, s. f. Petite hache, cognée à manche très 
court et dont le taillant ressemble à celui d'une 
pioche. L'aice rappelle tout à fait l'ascia des 
Romains. On trouve fréquemment la forme hace 
en vi. fr. 

Tient une Hace ki bien fu acérée 

De chi en terre est la Hace colée 

(Aliscans, v. 278-382.) 



Champ. « asse, asseau. » — Saint. « asce. » 
Basl.acia,assia,doloire, hachette. (Yoy.Asciau.) 

AICHAITI, v. a. Attirer, allécher par l'appât 
d'une friandise, d'une récompense. Être « aichaiti » 
à quelque chose exprime l'idée d'un désir stimulé 
par une jouissance antérieure. Dans un de ses 
noëls, La Monnaye dit au Sauveur : 
Le monde au vice at Echaiti 
Devein-vo po lu tan pâti ? 
Ai n'an éto pa daigne. 

(.Yoë( X.) 

De a préf. et chat qui symbolise la gourman- 
dise. 

AICHAUIHI, V. a. Engazonner. 

— Aichaumi (s'), v. réfl. S'engazonner. On dit 
d'un pré nouvellement semé qu'il commence à 
« s'aichaumi. » Une terre « aichaumie » est une 
terre où l'herbe a pris racine et forme un tapis 
épais. 

Berry : « achaumer » et « se chaumer » , se gar- 
nir d'herbe. (Voy. Chawne.) 

AICHI, s. m. Essieu; apoc. du vi. fr. aisil ou 
aixieu avec le changement de l's en oh. 
Wallon : « asî », essieu; câblons. « assi. » 
Du 1. axis. 

AICHISTANCE, s. f. Assistance, aide, secours. 
Prêter « aichistance », donner du secours. 

AICHITER. V. a. Asseoir. 

— Aichiter (s"), v. réfl. S'asseoir, se reposer. 
Morv. n.-n.-o. 

Le vi. fr. disait assiéger dans le même sens : 
« vous vous pouez icy assiéger tant qu'il viengne. . . » 
Voy. Palsg., p. 689. 

Desor un banc se vont il Asegier. 

{Macaire, v. 113.) 

Le texte rom. prov. du même poëme porte aseter 
pour asegier : 

Desor un banco i se vont Aseter. 

(M. V. 113.) 

En 1. ad sistere, arrêter auprès, faire reposer, 
fixer. Sistere, forme de stare, avait la signifie, 
propre de être debout, mais signifiait aussi de- 
meurer en place, se tenir dans un lieu : judcx 
sistet, il siégera comme juge. 



Aie 



— 11 - 



Aie 



Berry, Poitou : « assiter. » —H. Maine : « assil- 
1er. s'assiéter », s'asseoir. (Voy. Cintre.) 

AICHITON, s. m. Escabeau à trois pieds, petit 
siège bas sans dossier. Morv. n. 

Suisse rom. « à seton », sur son séant. — Poitou : 
« assitail», tabouret en bois. — H. Maine: «assillâs », 
petit banc. 

AICITER, V. a. Citer, appeler à comparaître 
devant le juge de paix. 

Du 1. citare, appeler, faire venir. Citare reum, 
appeler l'accusé. 

AICOMPAINGNER, v. a. Accompagner, aller 
de compagnie avec quelqu'un : « i va l'aicompain- 
gner cheu lu. » 

Et tiex puet-on Acompaingnier 
Dont l'en a pris grant enconbrier. 

(Renart, V. Î.'JJO.) 
Se tu te voloies à moi Acompaingner, je te porte- 
roie mult bone foi et conquerriens assez de ceste terre. 
(Ville-Hardouin, p. 192.) 

(Voy. Compaingnon.) 

AICORCI, V. a. Accourcir, rendre plus court, 
abréger. 

Des outrages et des folies 
Qui lor font Acorcir lor vies. 

(R. de la R. v. 17338.) 

AICOTER. V. a. Appuyer, soutenir, mettre d'a- 
plomb, — barrer, fermer au moyen d'un obstacle, 
— accouder. 

Vi. fr. : acoter, acouter, appuyer. 
Dedens le cortil au vilain 
S'entrèrent andui tout à plain, 
Le vilein ont moult redoté; 
Lez la paroi sont Acoté. 

(Renart, v. 12250.) 
Sour le bordon de fraisne s'est li rois Acostez. 

{Gui de B. v. 1371.) 

Cil est fox et chétis qui lez feme s'Acoste 
Bien set à musart rère le lart desus la coste. 

(RUTEBEUF, II, p. 488.) 

Sour son escu s'estoit Fierabras Acoutés. 
{Fierabras, v. 433.) 
En estei il se (S. Louis) alloit seoir ou bois de Vin- 
ciennes après sa messe, et se Acostoioit à un chesne 
et nous fesoit seoir entour li. 

(JOINVILLE, p. 34.) 



— Fermer, barrer : 

Payé à ung serreusier pour avoir Acoustré un huys 
à la court de Genevrays pour mettre nos bardes es 
une des chambres. 

(Dociim. sur le Maine. .Xiguebelle, p. 7ri.) 

Acouter = accouder dans le roman de Tristan : 
« Il choisit la belle Yseult qui regardoit pas defors 
les deux bras Acoutez sur l'apuiail de la fenestre. » 

As fenestres amont se sunt tous Acoutés 
Et ont véu paiens qui furent arrivés. 

(Gaufrey, v. 2â7fi.) 

Sor la table ost Karlemain Accoutés. 

(G. de V. p. 27.) 

Il s'est Acoutez sor le puis 
Qui n'estoit pas toise et demie 
Parfons 

{Lai de l'Ombre, v. 868.) 

M. Littré remarque avec raison que dans l'anc. 
langue il est difficile de distinguer accoter de ac- 
couder. Les deux citations empruntées à Rute- 
beuf et à Joinville semblent cependant indiquer 
que acoter vient de côte ou coste en vi. fr., tandis 
que acouter serait dérivé de coûte, forme archaï- 
que de coude. (Voy. Contre.) Néanmoins en Mor- 
van le même mot exprim.e la double signification. 

« Cote » à Genève et « coûte » en Fr. -Comté = 
soutien, appui. Poitou : « accoter », soutenir au fig. 

— Anjou : « décoter, » enlever le soutien, l'appui. 

— Saint. « barricoter », barricader. — Suisse 
rom. « cotta », étai, appui; « cottâ », étayer. — 
Lang. « acoto », cale sous un meuble; « acouta ». 
caler. — Prov. acotar, soutenir, appuyer. 

Le verbe coter qu'on trouve dans les patois 
suisses semble être le simple du fr. accoter. Dans 
le canton de Vaud, coter signifie appuyer de côté, 
sur le flanc, et aussi fermer. 

AICÔTEUMER, v. a. Acoutumer. 

Li riche gent ne m'ont mie Acostumé qu'ils aillent 



as poures. 



{Serin. S. B. p. .S26.) 



— Aicôteumer (s'), v. réfl. s'accoutumer, s'habi- 
tuer. (Voy. Côteume.) 

AICOUAU (ai 1'), loc. A l'abri, à couvert. 

Dans le Chatillonnais, dit M. Mignard, on pro- 
nonce « à l'acoyo. » Cet érudit tire acoyo du sans- 
crit afeaya. Ne pourrait-on pas trouver moins loin 
l'étvmol. du mot? Dans le Morvan, l'Anjou, le 



Aie 



— 12 — 



Aie 



Berry et ailleurs, on donne le nom de coyau ou 
acoyau, — en fr. coyer, — au bout de chevron qui 
maintient un toit hors de l'aplomb du mur. Le 
coyau forme donc un abri. Maintenant d'oii vient 
coyau? Il y avait un verbe coyer qui signifiait fer- 
mer et par extension protéger, abriter. Acoisier 
avait à peu près le même sens : 

Renart et sa gent sont mucié 

Es garites et Acoisié 

Si que nus n'i ruit ne ne muit. 

(REN.iRT, IV, p. Ki'l.) 

L'adj. coi, coite, se rattache probablement à 
notre locution morvandelle ainsi que le subst. 
recoi, abri : 

Cela li grant nave le Roi, 
Parfont en mer en un Recoi. 

(Renart, IV, p. 347.) 

Bourg. « ai l'acoyau », à l'abri; — Champ. 
« à l'écoyau » ; — Berry : « à la coi, à la coué » ; — 
Lyonnais : « recoto », mettre à l'abri ; — Hainaut : 
« al coïete », à l'abri ; — Picard. « à la coyette », 
à l'aise, à l'abri ; — Mons : « au coi » ; — Vosges : 
a à lai chouai » : -^ Suisse : « à la chotte , à la 
choute » ; — Bretagne «et Poitou : « aicouète », 
gouttière. 

Comp. avec l'esp. acoger, abriter, protéger, re- 
cueillir; acogerse, se mettre à couvert. 

(Voy. Coyau, Coyer, Requoiià.) 

AICOUCHIE, s. f. Accouchée, une femme qui 
vient d'accoucher. 

L'ée de la terminaison se prononçait souvent en 
ie dans l'anc. langue : 

Novelement est Acouchie, 
A chascun donoit sa bouchie. 

(Renart, v. 363.) 

Avant qu'elle fust Accouchie, elle (la Reine) fist 
vuidier hors toute sa chambre fors que le chevalier 
et s'agenoilla devant li et li requist un don; et li 
chevaliers li otroia par son sairement. Et elle li dist : 
Je vous demant que se li Sarrazin prennent ceste ville 
que vous me copez la teste avant qu'il me prei- 
gnent 

(JuINVILI.E, p. 218.) 

Quant une femme est Acouchie d'une fille, il con- 
vient l'asseoir sur la poitrine de la mère en disant : 

Dieu te fasse preudefcmme 

{Évaiuj. des Quen. 80.) 



En vi. fr. accoucher ne signifiait souvent que se 
mettre au lit, se coucher : 

En l'an liO-i Acoucha au lit de mort le duc Phi- 
lippe de Bourtïoigne 

(CousiNOT, ch 84.) 

AICOUTEUJIANCE, s. f. Coutume, habitude. 

L'Accoustumance est une seconde nature et non 
moins puissante 

(MO.NTAIGNE, III, ch. 10.) 

Montaigne aimait tous ces gracieux substantifs 
en ance et je le soupçonne d'en avoir fabriqué 
quelques-uns pour son usage particulier, entre 
autres apercevance pour aperçue , fainéance pour 
paresse, etc. Voy. surtout le ch. .xxii du livre l". 

La Fontaine a dit : 

L'Accoutumance ainsi nous rend tout familier. 
Ce qui nous paraissait terrible et singulier 

S'apprivoise avec notre vue 

Quand ce vient à la continue. 

{Fables, iv, 9.) 

Leur cœur s'y est rendu insensible (aux vérités de 

la religion) par l'Accoutumance La foi des Mages 

n'était point aidée par le consentement des peuples, 
ni par l'Accoutumance. 

(Nicole, Ép. et Évang.) 

M""' de Sévigné emploie le verbe accoutumer 
avec le sens de avoir des habitudes : 

Moins on est Accoutumé dans la province et moins 
on s'y plaît. 

[Lettres. Y, p. ôfi5.) 

AICRAPAUDI (s'), v. réfl. S'affaisser, se mettre 
à plat à la manière des crapauds. Morv. n.-n.-o. 

Berry, Poitou : « grapaud » , 'crapaud ; « gra- 
pauder, acrapauder », aplatir, s'attacher au sol en 
rampant. 

Diez tire le nom de crapaud de l'angl. -saxon 
creopon, avec le sens de ramper sur la terre. En 
anglais, to creep, ramper, se traîner comme le 
serpent; creeping thing, reptile. Voy. le holl. 
kreapel. 

AICRÔ, s. m. Croc, crochet, agraffe, tout ins- 
trument avec lequel on peut accrocher quelque 
chose et notamment celui dont on se sert pour le 
flottage des bois de moule sur les ruisseaux ou 
rivières du pays. 



AID 



13 



AIF 



AICROICHER, V. a. Accrocher. 

Qui en porroit ung Acroichier 
11 le devroit avoir moult chier. 

{R. de la F. v. 1059.) 

Luxure emboë tout et gaste et riens ne rince, 
Car en tous les estaz mort ou Acroiche on pince. 

{Test. J. de M. v. 180IJ.) 

AICTIOUNER, V. a. Appeler devant le juge de 
paix, citer en justice. Le mot et le fait sont très 
usités. « S'a contùne, i m'en va l'aictiouner », s'il 
continue, je vais lui faire un procès. 

— Aictiouner (s'), v. réfl. S'exciter, se mettre en 
train, prendre à cœur. 

AICTIOUNEU, adj. Actif, énergique, ardent. 
« C'ô eun honme bin aictiouneu », c'est un homme 
très actif. Se dit aussi d'un étalon, d'un taureau 
qui a beaucoup d'ardeur. N'est guère usité qu'au 
masc. en parlant des personnes ou des animaux. 

AIDIER, V. a. Aider, donner du secours. 
Chose ke no lor puist niant Aidier, si cum sunt 
l'acines d'erbes. 

{Serm. S. B., p. 521.) 

Dex, Aidiés moi, k'en vos me croi et fi. 

(G. de Vi. V. 2338.) 

Sire Aidiés moi se vous volés. 

(REN.1RT, IV, p. 330.) 

Ce mot rappelle le passage de Joinville, - p. 216, - 
où l'on voit la reine tourmentée par de mauvais 
rêves et criant au milieu de sa chambre qu'elle 
croit pleine de Sarrazins : « Aidiés, aidiés ! » 

Nous disons : lui aidier pour l'aider , comme 
en vi. fr. : 

D'aler pour lui Aidier a moult très bon talent. 
{Doon de M. v. 1990.) 

Une partie du Morv. n. et de la Bourgogne pro- 
nonce « ainder. » 

AIDIEU, s. m. Adieu. Prenant congé de ses lec- 
teurs. Gui Barôzai leur dit : « Ai Dieu vo queman » , 
à Dieu je vous recommande. 

AIDROICI, V. a. Rendre droit, redresser .f Le 
français écrit droit et redresser, rendre droit. Chez 
nous droit et adroici. 

— Aidroici (s'), v. réfl. Se redresser, se rendre 
droit. S'emploie aussi avecleduplic. « seraidroici. » 



AIDROCE, s. f. Adresse. — Bourg. « Aidroisse.n 

AIFAÎTER, V. a. Élever jusqu'au faite en amon- 
celant. On « aifaîte » un charriot de foin, un las 
de paille. S'emploie encore dans le sens de com- 
bler, remplir en entassant jusqu'à la dernière limite. 
Morv. n. « enfaîter. » 

La véritable orthographe serait « aifester », le 
mot n'étant pas dérivé de fastigium, comme l'a 
démontré M. Ct. Paris, mais de l'allemand firste, 
le comble, le sommet. Le bas 1. avait la forme 
festum et festrum, et le vi. fr. festre et frestre. 
L'acception métaphorique de combler, rendre com- 
ble, se trouve dans Duc : « Culmare, fester, vel 
combler. » A Genève on dit la frète d'un toit, 
d'une colline. On prononce le frète à Bàle. La 
forme fém. domine dans les noms de lieu. Beau- 
coup de localités en France sont dénommées « la 
Frette. » Mais quelques-unes de ces dénominations 
pourraient se rattacher au 1. frangere, avec le sens 
de défilé, ouverture. On trouve cependant dès le 
XIP siècle a,f alternent avec le sens de comblement. 
Une chanson de croisade, chantée à cette époque, 
promet aux croisés le « paradis par afaitement. » 
(Voy. Chrest. B. p. 194.) 

AIFÂR3II, V. a. Affermir, rendre ferme, conso- 
lider : « lai tarre s'ô aifàrmie. » 

AIF AUDI, adj. Affamé. Dans l'anc. langue faute 
a le sens de manque. — En ital. falta ^ néces- 
sité, disette. — « Etre aifaudi » signifie donc être 
dans le besoin, dans la nécessité. (Voy. Fauter.) 

AIFELTtlANDER, v. a. Affriander, attirer quel- 
qu'un parl'appâtde lagourmandise. (Voy. Feurian .) 

AIFEURNER, v. n. Demeurer en repos, rester 
coi, ne pas bouger : « a n'veu pà aifeurner c' gà lai, 
a fau qu'a r'mue. » 

En vi. fr. afrener était quelquefois un verbe 
intransitif, avec la signifie, de demeurer en repos, 
en paix. Dans la Chronique des ducs de Nor- 
mandie, - v. 1663, - Alfred le Grand, que le trou- 
vère Benoît nomme Alestans, 

Tint les règnes cum bons reis, 
E Affrena solunc dreiture, 
Cum enseign sainte Escriture. 
En fr. effréné, qui est à peu près le contraire de 



AIF 



— 14 — 



AIF 



« afrené », quant au sens, vient de ef pour e.v et 
de frenwn, frein. 

AIFFAIMÉ. part, passé. Affamé, qui a une 
grande faim. 

Rien n'ont à mengier, si sunt tuit Afemmé. 
{Doon de Maïence, v. 73n.) 

AIFFILÉE (D'i loc. adv. Avec continuité, sans 
interruption et comme à la file : il a fait son 
ouvrage « d'aiflilce » ; nous avons fait dix lieues 
« d'aifïilée. » 

AIFIQUET, s. m. Affiquet, petit bijou, objet 
de toilette en général. Atïîquet est un dimin. de 
atfiche, que le dialecte picard prononce « afïïque » : 
Quel bien vient-il de leur mestier, 
De lor granz coupes noielée.s, 
D'or et d'argent longues et lées, 
Do lor aniaus, de lor Afiches ? 

(Le Dit des Boulangiers.) 

Dans Palsg., - p. 622, - « Affichez ce crochet 
en la muraille ; atachez cest Afiquet à vostre 
bonnet. « 

Berry : « affiche », épingle. — ■ Norm. « afTiche 
ou affîque », branche fichée en terre pour clô- 
ture. 

Afficher et affîquer forment un doublet comme 
attacher et attaquer. Dans le V'ocab. du XIV" siè- 
cle, fihula est traduit par afichie. En bas 1. fixula 
=: fibula. (Voy. Aifutiau.) 

AIFLONGER, v. n. Être comblé, gorgé, pourvu 
avec affluence, avec surabondance. On dit d'un 
homme riche qu'il est « aifiongé » de biens. Une 
prairie arrosée surabondamment « aiflonge » 
d'eau. Le mot ne se prend pas en mauvaise part. 
Ainsi il ne serait pas correct de dire que Job a été 
« aifiongé » de misère. 

Vi. fr. a/Zac, à foison; — wallon : « flouhe », 
abondance; — ital. affluenza, surabondance. 

AIFOUGER, V. a. Écraser sous un poids. Le 
bois mort « aifouge » une haie vive sur laquelle 
on le jette en masse. 

AIFOULER, V. a. Meurtrir, blesser par contu- 
sion. 

— • Aifouler (s'), v. réfl. Se blesser, se contusion- 



ner. Ne s'emploie plus guère qu'en parlant des 
femelles qui avortent par suite d'accident : « c'te 
vaiche s'ô aifoulée d' veai. » 

— Vi. fr. afoler, affoler, blesser, meurtrir, tuer : 
Il n'ad, la merci Deu, ne perdu ne guaigniez, 
Nul de sa maisnée ocis ne Afolez. 

(Benoit. III, p. 582.) 
Ains m'a fait por mieu.x Afoler 
La tierce floiche au cuer voler. 

(R. de R. V. 1773.) 
Vieilz brebiailles ou moutons, 



Prenons qu'il en ait Affolé 
Six ou sept ou une douzaine. 

{Pathelin, ni, 6.) 

— AfTolure. affolement, avaient le sens de bles- 
sure, meurtrissure : 
Fut bien heureux, le gentilhomme, quand il se vit 

ainsi gardé de mort et d'Affolure 

{Cent Nouvelles, lu.) 
Dieu prie, qui ne faut ne ment, 
Qiie il le gart d'Afolement. 

(Ren.irt, v. 14908.) 

J. du Fouilloux, — dans ses Receptes, — em- 
ploie le simple fouler pour meurtrir : 

Il advient aucunesfois que les sangliers Foulent les 
chiens du bout de la hure, sans les blesser 

En fr. fouler s'est peu à peu réduit au sens de 
presser avec force. 

Le bas 1. affolare signifiait blesser et même 
tuer; — ital. affolare, presser, fouler. 

D'un verbe 1. fictif, fullare, selon Diez. 

AIFRANCHI, V. a. Franchir, traverser en sau- 
tant : K aifranchir » un fossé, un mur. 

En fr. affranchi, avec cette signifie, est un terme 
d'équitation. 

De franchir avec ai pour af ^= ad. 

AIFREUMER, v. a. Affermer, donner ou pren- 
dre à louage. Se dit des personnes et des choses. 
On « aifreume » une servante, on « aifreume » un 
domaine. Les domestiques « s'aifreument » chaque 
année, ou de gré à gré, ou sur une place qu'on 
appelle « une louée. » Aujourd'hui on «n'aifreume» 
pas un homme un peu exercé à moins de trente 
pistoles (300 fr.), et une bonne servante à moins 
de vingt. 

Bresse : « afromer. » 



AIF 



— 15 



AIG 



AIFREUTER, v. n. Aiïruiter, devenir mûr. Le 
mot s'emploie en parlant de tous les fruits de la 
terre quels qu'ils soient. 
— Vi. fr. afruiter, défruiter : 
Je ne voi que ma chose à nessun bien s'Afruite, 
Car seelesmetruevent, je suis morte et destruite. 

{Bei-te, V. 37.) 

C'est le temps qui toujours annuité, 
C'est l'arbre qui tost se Deffruicte. 

(J. DE M. Trésor, v. 1231.) 

Dans ce passage de J. de Meung, defïruicter 
signifie laisser tomber ses fruits. (Voy. Freu.] 

AIFROINCHE, s. f. Effranche, traverse de bois 
mobile qui soutient les ridelles ou les planches 
d'un charriot. Tout charriot est muni de ses « ai- 
froinches. » Quelques localités du Morv. n. pro- 
noncent « enfronche. » Voy. effranche dans le 
Gloss. de Roquefort, qui donne du mot une inter- 
prétation erronée. 

De af pour ad, et ranche, renche, usité en vi. fr. 
pour désigner le même objet. « Le suppliant frappa 
d'un baston ou Ranche de charrette. » 

(Voy. Duc. Ranchonum.) 

AIFROU, OUSE, adj. Gourmand, avide. Par- 
lant, au XVl" siècle, des femmes de Paris, Tour- 
nebu disait, dans le prologue de sa comédie des 
Contens : « Elles sont si Affres (gourmandes) et 

importunes, que » 

En fr. gouliafre est formé de goule pour gueule, 
et d'un suffixe afre qui correspond à l'ital. afro. 
âpre, et au vi. fr. afrit, avide. Gouliafre, souvent 
écrit goulafre, signifierait ainsi gueule ou bouche 
gourmande. 

Le diable reçoit ce surnom dans un vieux poëte : 
Li goulafre, li rekingié, 
Assez avoit eskignié 
De che qu'ensi l'avoient pris. 

(Duc. Gula.] 

Le même suffixe est dans bâfre, dans safre, 
dans galimafrée, etc., qui renferment également 
l'idée de gloutonnerie. 

Le sens contenu dans l'ital. afro s'entend bien, 
même en fr., où l'on dit âpre à la curée, pour avide. 
Il est problable que affre, grande terreur, et 
afïreux, sortent du même radical. 

Norm. « fru » = avide. — Suisse rom. « galafro r> 
= gourmand. (Voy. Lofré.) 



AIFUTER, V. a. Affûter, aiguiser, rendre pointu 
au propre et au figuré. 

Gargantua fit faire des arboutans à son berceau, 
bien Afustés. 

{Pantagruel, ii, 4.) 

Le médecin a besoing de trop de pièces, considéra- 
tions et circonstances pour Affuster justement son 



(Montaigne, u, 37.) 

Le sens primitif de affuster était viser avec un 
bâton. Ceux qui travaillaient le bois, les charpen- 
tiers, les menuisiers, ont été appelés fustiers. A 
Genève, un marchand de planches est encore un 
fustier. Une des places de la ville se nomme place 
de la Fusterie. LTn homme « d'affute », en Flan- 
dre, est un homme de ressource, propre à beau- 
coup de choses. 

Dans la H. Auvergne « affûta » = rusé, comme 
en fr. futé. — Flandre : « affûter », aiguiser, affi- 
ler. — Norm. « afïuter », disposer, arranger. 

Le fr. affût, tiré de af pour ad et fût, bois, 
désignait peut-être à l'origine un piège préparé 
avec des branchages , des perches fichées en 
terre. 

En Berry, à Genève, et ailleurs, le verbe alïùter 
signifie guetter le gibier, lui tendre un piège. 

Bas lat. fusterare, couper, tailler le bois. Du 1. 
fustis qui a donné à l'anc. langue fust, fustel, fus- 
teau, etc. 

AIFUTIAU . s. m. Engin de chasse ou de 
pêche . en général tous les menus objets qui 
servent à divers usages ; quelquef. ornement de 
toilette. 

Vi. fr. afutiau, manche d'outil ; afuteau. afutiau, 
bagatelle. 

Poitou : « afutiaus », instruments de toute sorte. 
— Berry : « affutiau ». ornement, affiquet. — 
Suisse : « afïït, affetiau. affutiau ». atours de 
femme, jouet d'enfant. 

Bourg. « affutiance », bagatelle. 

Il semble qu'il y ait une confusion entre affiquet, 
dérivé, suivant Diez, d'un tj-pe latin figkare, et 
affutiau, peut-êti'e tiré du 1. fustis. 

AIGENOILLÉE, s. f. Coussin de paille ou autre 
sur lequel on s'agenouille. Les lavandières se 
servent d'une « aigenoillée » pour se préserver de 
l'humidité. 



AIG 



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AIG 



AIGENOILLER, v. a. Agenouiller, mettre à ge- 
noux. — Morv. n. « azenoiller » : 

Se tu trueues chaste moillicr (femme). 
Va t'en au temple Agenoillier. 

(R. de (a n. v. 8749.) 

— Aigenoiller (s'), v. pron. S'agenouiller : 

Quand la royne le vit entrer si s'Agenoilla contre 

li. et li chevaliers se Ragenoilla contre li aussi, et la 
royne li dist : levez sus, sire chevaliers, vous ne devez 
pas Agenoiller qui portés les reliques 

(JoINVILLE, p. 328.) 

Pymalions lors s'Agenoille 
Qui de lermes sa face moille. 

(R. de la R. v. 21171.) 

De a et genou. (Voy. Geiio.) 

AIGENOILLONS, loc. A genoux, sur ses genoux : 

Devant le laz qui est tenduz, 
S'est mis Rcnart toz estenduz 
Agenoillons et merci crie 

Au Creator 

(Renart, v. 18329.) 

A cest mot s'est cil abessiez, 
Agenoillons se met à terre. 

{IB. V. 18399.) 

AIGER, V. a. Mettre dans l'eau, mouiller, rouir 
le chanvre. 

Vi. fr. aige, eau : 

Tout l'escarnissent, si 1' tienent por bricon 
L'Aige li getent et moillcnt son liton. 

(S. Alexis, v. 797.) 
Du baston d'or i a tel cop donné 
L'Aige en fendit, li cemins i fu lés. 

{Huon de B. v. 3771.) 

Quant furent outre, arrière ont regardé, 
Et voient l'Aige par son canel aler 

(16. V. 3778.) 

Tibers li cas d'ardoir ot doute, 
Dou solier saut ens es fossés 
Qui d'Aige estoient priesque rés. 

(Renart, IV, p. 254.) 
Li Aighe ert si profonde que nus n'estOit sor le pont 
ki ne fust toz esbahis de regarder en l'Aighe. 

(Ville-Hardouin, p. 400.) 

Le Morvan n. a les deux formes « aizer et nai- 
zer. » « Aizer le cindre », mettre le chanvre à 
l'eau; « i seu naizé », je suis mouillé, trempé 
jusqu'à la peau. La prosthèse de l'n est remar- 



quable et doit être notée dans le débat relatif à la 
bizarre locution : « être en nage. » La lettre n 
s'ajoutait ainsi par euphonie ou nonchalance à 
beaucoup de mots dans le langage populaire. Le 
curieux pamphlet de 1649 intitulé : Conférence 
agréable de deux paysans, etc., nous donne cons- 
tamment non et nan pour on. Les Picards et les 
Flamands prononcent «naubépine» pour aubépine ; 
nous disons Nanette pour Annette. En Lorraine, 
« i n'y eut » pour il y eut. Une chanson bien connue 
du Cambrésis débute ainsi : 

N'y a trois fill's à Graincourt. 

Berry : « n'en haut » pour en haut. — Saintonge : 
« n'en v'ià » pour en voilà. 

Dans le wallon do Liège, où «aiwe » signifie eau, 
on dit : «ess' tôt é n'aiwe », pour être tout en nage. 

Bourg. « aigerle chanvre », le rouir; « aigeoir », 
l'outoir. — Berry : « aiger », mouiller, tremper; 
« être aigé », être mouillé à fond. — Forez : 
« naizâ », rouir le chanvre. 

AIGLLIE, 11 mouilL, s. f. Aiguillée : « aine 
aigUie d' filot », une aiguillée de fil. — IMorv. n. 

AIGNEAI, s. m. Agneau : « mé bcurbis m'an 
beillé chis aigneais. » 

Li Aignez li ad respondu : 
Sire ! Eh quoi dune ! 

(Marie de Fr.ance, fab. ii.) 

Aignais, aignel, aignelet, sont d'anciennes for- 
mes très usités jusqu'au XVIP siècle. La spiri- 
tuelle farce de Pathelin a immortalisé le type du 
berger Thibaut l'Aignelet. Ronsard se sei't encore 
de ce diminutif : 

A fin de voiries Sylvains 

Estre boucs par les pieds et hommes par les mains. 

Et porter sur le front des cornes en la sorte 

Qu'un petit Aignelet de quatre mois les porte. 
(Hymnes, liv. n, 5.) 

Vosges : « aigné. » Le Poitou a comme la Bourg, 
la forme « aignca » que nous mouillons en eai. 

. AIGNERIE, s. f. Toile d'araignée. (Voy. Air- 
gnie.) 

AIGOLE. adj. Gourmand, avide ; intéressé au 
figuré. 

De a préfixe et « gole », gueule, bouche. — Prov., 
esp., ital., port, gola, du 1. gula. En vi. fr. agolé 



AIG 



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AIG 



se disait de rouverlured'un vêtement, d'un man- 
teau, d'une chape : 

Li seneschaus y vait, s'ot la mure anfautrce, 
Vestus d'une pelice richement Agolée. 

(Duc. Gula, 3.) 

AIGONISER, V. a. Injurier, assaillir de paroles 
outrageantes. Ce terme se retrouve dans presque 
tous les patois. Nous disons aussi « aigonir. » 
M. Littré condamije ce dernier verbe comme un 
mot du plus mauvais langage. 

Agonisare = Initier dans le Vocab. du XIV" 
siècle. 

Bas 1. acjonizare, lutter, combattre, attaquer. 
AgonizatoiHum, combat. (Voy. Duc. Agonizare.) 

Du grec ùyoïvia, combat. Le fr. agonie a eu 
quelquef. , dans Orème notamment, le sens de 
exercice, lutte. — On dit chez nous des agonisants 
qu'ils travaillent pour la mort. En Flandre on 
dil qu'ils labourent. 

AIGOU, s. m. Ecoulement de l'eau , égout , 
gouttière, rigole d'égouttement. Les « aigous » 
d'une cour, d'un chemin, d'un toit. 

Dans Palsg. agout, chute de l'eau par gouttes. 
Basl. agotum, égout, évier; autrefois agoust. 

Une maison avecquei? toutes ses voues, Agoustz, 

aisances et appartenances quelconques, glas- 

souer ou russeau pour mener, Agouster et conduyre 

l'eau es Agoustz de l'ostel dudit Charles Yaue 

d'Asgout, aqua pluvialis. 

(Duc. Agotum.) 

Agouter signifiait faire tomber un liquide goutte 
à goutte. En ital. agottare, assécher, comme le 
bas 1. agotare. 

Degot, en vi. fr., avait à peu près le même sens: 

N'en sui dignes, qui forfaiz toz. 
Là fors, là u chet li Degoz. 

Rabelais appelle degout le jus qui tombe d'une 
viande rôtie : 

Chappons routiz avec leur Degout.... 

[Pantagruel, iv, 59.) 

Du 1. ad et gutta, goutte. (Voy. Gutte.) 

AIGOUE, part. pass. d'un verbe » aigouer » inu- 
sité. Gorgé, rassasié jusqu'au dégoût. 

Dans le Berry, « s'agouer » =: s'étrangler en 
Inivant de travers. Être « agoué », être rebuté, 



dégoûté de la nourriture. Au fig. on dit d'un enfant 
insupportable qu'il est « agouant. « 

Le fr. engouer eut d'abord le sens d'obstruer, 
embarrasser le gosier. Le Dict. de la langue fr. 
cite à propos de ce mot deux vers de Ronsard : 

Et mordoit goulûment comme un homme en rongeant 
Resve après la viande et s'Engoue en mangeant. 

On peut rapprocher notre mot d'un passage du 
Mystère intitulé Adam. Lorsque le père des hom- 
mes eut mangé le fruit défendu, il dit : 

Donat-le-moi e jo mangai. 

Or m'est avis, tornez est Agwai. 

Mal acontai ioest mangier. 

{Adam, p. 34.) 

Norm. « agosé », rassasié, gorgé. 

Suisse rom. « agu », qui a beaucoup d'appétit. 

AIGOUJÀ, s. m. IIoux. Env. de Chàlcau-Chi- 
non. 

Esp. aguja, aiguille, pointe; ital. aguglia. 
CVoy. Aigru. Aigueiiriau. Argolet.) 

AIGRAFVER, v. a. Meurtrir, blesser au pied. 
Se dit surtout des boeufs fatigués par un long- 
voyage ou par la marche sur des chemins rocail- 
leux. 

— Aigraiver (s'), v. réfl. Se blesser au pied. 

De grave pour gravier, sable, et gravelle : 

Les choses aperitifves sont utiles elles achemi- 
nent cette matière gluante de laquelle se bastit la 
Grave et la pierre. 

(Montaigne, II, 37.) 

Berry : « agravé, engravé. » — Poitou : « aggra- 
vant », chemin aggravant, chemin qui blesse le 
pied à cause du sable qui s'y trouve. 

AIGRON, s. m. Héron, oiseau de l'ordre des échas- 
siers. 

Dans Rabelais hegronneaux, jeunes hérons : 
Pouacres, Hegronneaux, foulques, cigoingnes, etc. 

{Gargantua, i, 37.) 

Le Gloss. du Centre, écrit « aigueron », pour 
ramener peut-être le mot au sens étymol . proposé 
par M. Jaubert, celui d'oiseau d'eau. 

Dans le Lex. rom. de Raynouard, « aigros », 
héron; « agronat », cormoran ; ital. aghirone ; — 
esp. agro. 

3 



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AIG 



Basl. aigro : « quia cœpcrat Aigrones in 

palude )> (Duc. Aigro.) 

Anjou : « hégron. » — Genève : « aigron. » — 
Saint. « egron. » — Poitou : « cgron, egruon. » 

Aigron et héron sont deux variétés du même 
mot. 

De l'anc. li. allcm. heigro, héron, qui a donné 
au fr. aigrette, à cause du bouquet de plumes 
placé sur la tète de l'oiseau. (Voy. Agueurion.) 

AIGRU, s. m. Houx. Morv. n. 
Forez : « agrêvou. » 
Grec : ày/oia, houx; axpo(. pointu. 
iVoy. Aigueuriau.) 

AIGUAISSE, s. f. Agasse ou agace, pie. Le nom 
de la frétillante Margot se jjrononcc d'une manière 
très variable dans les différents dialectes. Le 
roman de Renart, avec La Fontaine et la plupart 
des modernes, dit agace : 

Si i fu Meliaus li Ajracc. 

(Ren.\rt, IV. p. 131.) 

L'Agace eut peur, mais l'aigle 

La rassure 

{L'Aigle et la Pie.) 

Le dialecte picard a la forme « agache », qui 
explique le nom de « frères Agachies » donné 
aux religieux dont l'habillement était blanc et 
noir : 

Quant une agache vient gargonner, c'est bon signe. 
{Et: des Quen. 3' journ. ch. r.) 

Bourgogne : « aiguaisse. » — Berry, Poitou : 
'( ageasse. » — Norm. « agase, agasse. » — Lang. 
« agasso. » — Breton : agas. 

L'étjm. qui rattache agacer à agace, pie, offre, 
quoi qu'on en dise, une grande vraisemblance. Le 
verbe a été écrit, comme le nom de l'oiseau, avec 
un c ou deux ss. ou ch : 

Voulez-vous plus ? 

Elle première l'Agassoit 

{Th. fr. IV, p. 288.) 

Ma femme tou.sjours sans cesse Agache 

Son pauvre mary Calbain 

{Ib. II, p. i4fi.) 

En Norm. le verbe « agasscr, aigasser », signifie 
crier après quelqu'un avec aigreur. 

Avec l'anc. langue, quelques patois ont un subst. 



« agasse » pour désigner un cor. un durillon, peut- 
être admettant l'idée du mal agaçant. 

Le wallon de Liège : « aguess » = pie et cor. 
— Lyon, Forez, Genève : « agacin ». durillon. — 
Lang. « agaci. » 

AIGUANCI. V. n. Diminuer par l'effet de l'éva- 
poration. Se dit d'un liquide qui baisse en bouil- 
lant trop longtemps sur le feu : retirez la chau- 
dière, votre eau « s'aiguancit. » 

Champ. « égainser », éclabousser. 

AIGUË, s. f. Eau. 

Le mot n'est plus usité ; il subsiste encore dans 
les noms de lieu et surtout dans la toponomastique 
rurale. 

Non loin du château de Réglois, commune d'Al- 
ligny-en-!Morvan, on trouve une source appelée 
dans le pays les Chaudes-Aiguës. Le Nivernais a 
des hameaux, un moulin, un rviisseau, nommés 
l'Aiguillon, dim. de aiguë. 

Le simple aiguë est dans Aiguebelle, Aigue- 
blanche, Aiguemorte, Aiguenoire, Aigueperse. 
Aigues-Vives ; et le dérivé dans Aiguillon, torrent 
du Gard, Aiguillon-sur-Mer, Aiguillon-sur-.Jau- 
nay, etc., etc. 

Rabelais .se sert du verbe aiguer dont le fr. a 
conservé le composé aiguejer ; 

En banquetant, du vin Aisgué separoient l'eau 
comme l'enseigne Caton et Pline avec un goubelet de 
lierre, etc. 

(Gargantua, i, 24.) 

L'eau rougie en Lang. porte le nom de aïgarado. 
L'aîgarado est du vin « aisgué » à l'excès. Dans la 
contrée asaïga = arroser : asaïgiajé = arrose- 
ment, droit d'irrigation. Ces termes, et beaucoup 
d'autres de la même famille, sont dérivés de aigo, 
eau, qui répond à aiguë. Le Forez « aiguasse » 
ajoute au primitif un suffixe d'augmentation pour 
désigner un crue d'eau, une inondation. Le suffixe 
diminutif ette, dans «aiguette », sert au contraire 
à désigner un filet d'eau, un petit ruisseau. 

Du 1. aqua. 

AIGUERIOT, s. m. Entonnoir. De « aiguë ». 
eau. 

En Berry et en Poitou une « aiguière » est une 
rigole d'égouttement; « aigueyer », mettre dans 
l'eau. — En Lang. aiguièïro = évier. 



AIG 



- 19 - 



AIG 



Il paraît qu'à Dijon les bénitiers ont été autre- 
lois appelés « aiguerots. » L'épitaphe de Blaizote 
attribuée à Gui, son ami, par le véritable auteur, 
La Monnaye, nous le donne à croire : 

Passan, Blaizote a dans le crô, 
Le prôve Gui di quel a quite 
De li jeté de l'ea bénite, 
Ai ne pu ran dans l'Aiguero. 

Dans l'anc. langue aiguerie := réservoir, aque- 
duc; aiguer =: arroser, irriguer. 

Le verbe « aiguailler » usité en Poitou est tiré 
du même radical avec la signification de couvrir 
de rosée. Dans la guen^e de Vendée les paysans 
« s'aiguaillaient » sur les prairies pour échapper 
cà l'ennemi. Cela voulait dire qu'ils se couchaient 
à plat ventre dans la rosée, au milieu des genêts 
et des buissons. Par un développement naturel de 
l'idée, le mot prit le sens de fuir en se dispersant, 
en dispai'aissant : « Aiguaillez-vous, les gars » ! 
était le signal de la retraite. Dans la même con- 
trée, le même verbe avec le préfixe dé qui exprime 
l'action d'ôter, d'enlever, signifie faire tomber 
la pluie, l'humidité. Le vent « désaiguaille » un 
arbre, une plante, en les secouant, en les agi- 
tant. 

Bas 1. aiguerium. « Aigueriot » est un diin. du 
subst. « aiguerie. » 

AIGUERUELLE, s. f. Animalcule qui abonde 
dans les eaux de source, dans les fontaines. 
J'ignore son nom scientifique. — Morv. n. 

AIGUEUEIAIBE , adj . Agréable, par méta- 
thèse. 

AIGUEURIAU, s. m. Houx. Le houx est extrê- 
mement commun dans le Morvan. En plusieurs 
lieux il forme des haies vives d'un très bel effet. 
Quelques industriels du pays le mettent en coupe 
réglée pour s'approvisionner de manches de fouets 
qu'ils vendent en gros. Le prix, suivant la Revue 
des Eaux et Forêts, « est de 50 fr. le mille lors- 
qu'ils sont à l'usage des charretiers, et 100 fr. 
lorsqu'ils peuvent servir à fabriquer les grands 
fouets d'omnibus. Depuis troismois, — mars 1870, 
— il est sorti des bois du Morvan environ 600,000 
brins de cette essence, dont 400,000 sont partis 
pour l'Angleterre. « 



Autrefois le bois de houx servait à la fabrica- 
tion des fuseaux : 

Fuseaux de houx, fuseaux de houx ! 
Où estes-vous, dames, pour filer ! 
J'en ai vendu depuis le mois d'août 
Plus de cent dedans cette ville. 

{Les Cris de Paris.) 

Le Morv. n. prononce « aigueuriou. » Y a-t-il une 
relation entre « aigueuriau », houx, et « aiguieu », 
glu. On sait que la seconde écorce de houx fournit 
une excellente glu : 

La glu doit estre de joenues houx; la plus verde est 
la meilleure. 

{Modus, csxxm.) 

Dans « aigueriau », aiguë peut être pour aigre, 
qui se montre dans le vieux fr. aigrefeuille. Ce 
peut être aussi la trad. de aq ui du 1. aquifolium, 
houx, en supposant que aqui se ratrtiache à aqua, 
eau, comme dans le mot aquilegium, et non pas 
à acus, aigu, piquant. « Aigueriau » , dans la 
dernière hypothèse, désignerait la feuille lisse et 
imperméable formant la pente, le chemin par où 
l'eau s'écoule. « Aigueriau » aurait le sens de che- 
min de l'eau, comme] « goutteriau » a celui de 
chemin de la goutte. 

Mais la plupart des langues néo-latines et les 
patois rattachent le nom du houx à l'anc. fr. aigre- 
feuiUe. qui répond à l'ital. agrifolio. 

Dauph. « aigrevo. » — Lang. « agrêvou. » — 
Forez : « agrêvou, agriôle. » — Suisse rom. « agre- 
bllai. » 

Houx parait avoir une origine germanique. 
L'allem. moderne dit hûlse. Ménage a écrit sur 
ce mot un article qui est bon à consulter. Un de 
ses continuateurs le tire du teutonique hulst, qui 
signifie, dit-il, ruscus silvestris. ("Voy. Aigoujâ, 
Aigru, Argolet.) 

AIGUIAN, s. m. Gland, fruit du chêne. Morv. n. 
« aillan », avec les 11 mouillées. Vi. fr. aglan, 
aiglan. 

Le gland a imposé son nom à plusieurs localités 
du Nivernais. Ces dénom. reproduisent dans leurs 
anc. formes les variations de la prononciation 
actuelle. Ainsi le hameau de Aglan dans la c"" de 
Challuy est appelé Aalyentum en 1287, Aillant 
en 133Ô, Aiglant en 1414, Asglan en 1438 et enfin 
Asglan, Agland ou Aglan à dater du XV' siècle. 



AIG 



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AIL 



Il est à remarquer que. par mctonjinic, irland 
s'est quelquefois dit pour chêne : 

Aleis moi dire Ugon, sens nul arestement, 
Ken mon pcire vergier, l'atandrai sous l'Aglent. 

{Chrest. B. p. 179.) 

H. Maine : « guian. « — Berry : « lland, aillant. » 
— Norm. « lian, glian. » — Suisse rom. « aillan, 
eillan. )i Ital. (jhianda. 

AIGUIAURE, s. f. Pluie subite et torrentielle, 
grosse averse. Quelques loc. prononcent « aiguore, 
aiguiore », et même « aidiore. » 

Poitou : « guieure » ou « laguieure » avec l'art, 
soudé au subst., cours d'eau. Le terme est géné- 
rique pour les ruisseaux de la contrée. 

AIGUIAURER, v. n. Tomber avec violence. Se 
dit de la pluie lorsqu'elle tombe à verse. 

— V. a. Raviner, entraîner des terres, des 
sables, des limons par l'effet d'une eau torren- 
tielle. 

De « aiguë », eau, et d'un suffixe peut-être dérivé 
du 1. orii'i ? 

AIGUÏER, V. a. Aiguiser, rendre aigu, pointu, 
^lorv. n.-n.-o. « aigujer. » 

AIGUEEU, s. m. Glu, matière visqueuse (jui 
sert à plusieurs usages. 

« Guieu » pour glu doit être rapproché de gui, 
jjlante parasite du chêne, avec laquelle on pou- 
vait faire la glu. On sait qu'en latin viscum signifie 
à la fois gui et glu : « Le guy du chesne, dit Amyot, 
dont on fait la glu pour prendre les oiseaux. » 

Dans Roquef. gluyer, coller ensemble. G. Chas- 
tellain dit gluyeuse pour gluante : « N'appert que 
j'aye mis en avant chose Gluyeuse. » (Voy. le Livre 
de paix, vu, p. 360.) 

Dans la Suisse rom. et dans plusieurs patois fr. 
glu est masc. : « du bon glu » ; — comme dans 
plusieurs textes de l'anc. langue : 

Qui nous dcsscverrat de la chariteit de Crist ? Cist 
est li Gluz par cuy toz li corz de sainte église crest 
ajunz et enlaciez ensemble, cist est li boens Gluz par 
cuy est bonne chose et dcleitaulc habiteir les frères 
en un. 

(Serm. S. B. p. 562.) 

Du 1. cjlus, fjlulis. (Voy. Gheille, Guieu.) 



AIGUJOUÉ, s. m. Aiguisoir, pierre à aiguiser. 

AIGULLE, 11 mouil., s. f. Aiguille pour coudre, 
timon de voiture, grande perche qui sert à main- 
tenir le foin sur les chariots. 

L'anc. forme était aguille. Ai pour a l'a emporté 
avec le temps. Au livre de la Taille (1313), aguil- 
lier, fabricant d'aiguilles. 

Basl. agullia, — ital. aguglia, — port, agulha, 

— catal. aguUa. 

AIGÛLLON, 11 mouil., s. m. Aiguillon, longue 
baguette au bout de laquelle se trouve une pointe 
do fer pour exciter les boeufs. Pas un charretier 
morvandeau qui n'ait son « aigûllon » : 

Ils peuvent prendre les roues de leurs charrettes et 
les Aigullons toutes les fois qu'ils en auront mestier. 

{Ch. B. II. p. 3.53.) 

s. Bernard, dans ses Serinons, dit awillon. — 
Prov. agulion. Voy. Raynouard, Lex. n, p. 37. 

— Ital. aguglione, — esp. agujon, — catal. 
aguUô. 

L'aiguillon des bouviers était quelquef. appelé 
haste en vi. fr. (Voy. Hâte.) 

AIGOUERE, s. f. Égout, écoulement d'eau. Les 
« aigouéres « d'un chemin, d'un toit. 

Berry : « aiguière », rigole dans les champs. — 
H. Auvergne : « aiguyera », ouverture pour faire 
découler l'eau. 

AIHÂBLE, s. m. Érable. Chute de l'r médial. 
Morv. n. 

Berry : « arabe, érabe. » 

AILAN , ANTE , part. prés, du verbe aller. 
Actif, bien portant, vigoureux. On dit d'un vieil- 
lard qu'il est encore bien « ailan », pour dire qu'il 
a encore de la force, de l'énergie. (Voy. Ailer.) 

AILANGOUERE, part, passé d'un verbe inusité 
à l'infinitif. Languissant, maigre, efflanqué. 
\'i. fr. alangorer, alangourer : 

Celé fontaine que j'ai dite 
Qui tant est belle et tant profite 
Por garir, tant est savorce, 
Trestoute beste Enlangorée. 

(R. de laR. v. 20668.) 



AIL 



— 21 — 



AIL 



Ce les faisoit ravigourir 
Qui ne faisoit qu'Alangourir 
Ceulx qui où monde se plungèrent. 
(J. DE M. Trésor, v. 1223.) 

Entre tous biens je suis de mal quintaine, 

Alangoré entre les vigoreux 

(Charles d'Orléans, Baiiades, v. 112.) 

Dans Palsg., - p. 658, - alanguorei- et alangourir, 
languir : « Ceste longue maladie la fait Alangou- 
rer Ce n'est pas amours qui fait les gens Alan- 
gourir. » 

Du 1. elanguescere. 

AILECIE, s. f. Grenier à foin au-dessus des 
écuries, des ctables. Le grenier au-dessus de la 
grange est appelé chafaud. Morv. n.-n.-o. 

Le vi. fr. avait une forme ait, alte, haut. Le 
changement du t en c doux devant Ti, comme dans 
abondance, de abundantia, a pu former « ailecie. » 

Du I. aUiiis? 

AILEMER, V. a. Allumer. « Ail'mer lai chan- 
deille. » 

Bourg. « ailemai. » 

AILEMETTE, s. f. Allumette, tout ce qui sert 
à allumer le feu. 
Morv. n.-n.-o. « ailemotte. » 

AILER, v. a. Aller. (Voy. Ailan.] 

AILIGER, V. a. Alléger, soulager, donner de 
l'aide, du secours. 
Vi. fr. aliger, aligier, éliger : 
Or veil à ma dame proier 
K'elle me gest de cest dongier ; 
Elle m'avroit tost Aligiet ma paine. 
He trikedondaine, trikedondaine ! 

(Chanson du XII« siècle. Chrest. B. p. 52.) 
Quand les denz de la corde osta, 
Li laz entor le col serra, 
Et avec furent li dui piez, 
De quoi auques fust Aligiez. 

(Renart, v. 21548.) 

Si vos quit atorner, ains le soleil couchant, 
Qu'on porroit vostre cors Esliger d'un besant. 
(Gui de B. v. 2663.) 

Il n'a argent ne autre avoir 

Dont il le poist Esligier. 

{Dolopalhos, V. 4963.) 



On employait le simple liger : 
Ne sont tenus de payer aucune chose pour Liger 
sur la chaussée. 

(Man'Telliee, III, p. 351.) 

Du 1. ad et levis, léger. Allevare, rendre léger, 
soulager, correspond h l'esp. aliviar. 

AILIGRE, adj. Allègre, content, joyeux. Morv. 
n.-n.-o. 

AILIRE, part, passé d'un verbe alirer inusité. 
Uni, poli, glissant. Se dit des chemins lorsqu'ils 
sont verglacés et de toutes les surfaces unies et 
polies. 

Aliré = alise, part, passé d'un verbe aliser, unir, 
polir, qui existe encore dans le patois du Berry et 
qui a ses congénères « lisa » dans la Suisse rom., 
— alisa en prov., — alisar en esp., — alizar en 
portugais. 

Alis, alise, en vi. fr. signifiait lisse, poli : 

Simple fu com une espousée 
Et blanche comme flor de lis ; 
Si ot le vis clerc et Alis. 

(fî. ((e ?a R. V. 1006.) 
Parmi outre la chemise 
Li blanchoioit sa char Aliso 

(Ib. V. 1180.) 

■yestue fu la dame par cointise; 
Moult est bêle, graile, gente et Alise. 

(Romane, fr. p. 9.) 

L'alisier, que l'anc. langue appelait aller, alyer. 
alierius en bas 1., a peut-être été nommé ainsi à 
cause de ses fruits à peau lisse. Les alises figurent 
souvent dans les poëmes du moyen âge sous la 
forme allés. Elles désignent, par comparaison, un 
objet de peu de valeur. Burguy tire ce mot de 
l'allem. else, mais cette origine est bien douteuse. 

Le vi. fr. comme le rom. prov. disait lis pour 
uni, poli ; d'oi!i alis avec la prosthèse de l'a. 

Le Poitou et la Saint, donnent encore, avec ce 
sens, le nom de « ali, alise », à un pain lisse sans 
levain, non œilleté, ou à un gâteau dont la surface 
est comme vernissée par une couche de fromage 
cuit avec la pâte. Dans la première région, « delis » 
signifie également doux au toucher, lisse : 
Blanc e Lis pus qu'us almatitz. 
Blanc et lisse plus qu'une améthyste. 
(Voy. Renouard, Le.x. Lis.) 

Ayant pour enseigne une grande bouteille, à moy- 
tié d'argent, bien Liz et polly. 

[Pantagruel, iv, I.) 



AIL 



2-2 - 



AIL 



Rabelais aurait pu dire liz ou polly. L'anc. lan- 
gue employait en effet le verbe polir dans le même 
sens que lisser. La Fontaine dit d'un gros chien 
à poil ras : 

Un doj;ue aussi puissant que beau, 

Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. 
{Fab. I, 1.) 

Aliser a laissé à la langue son participe passé 
alise, avec la signif. doux, calme : vents alises ou 
alizés qui soufflent de l'est à l'ouest. Cette signif. 
se trouve dans le grec kîoç racine de Xito-ôî, lisse, 
poli, et au fig. doux, calme. L'esp. et le port, 
qui ont les infinitifs alisar, alizar, ont les adj. 
partie, liso, lizo, lisse, uni. L'ital. lisciare, lisser, 
polir, donne Uscio, lisse, poli. 

Le subst. lis, fleur, en grec Isipiov dérivé aussi 
de )i«oç, nous vient-il du 1. lUium ? N'est-il pas 
un subst. verbal tiré du simple liser, variante de 
lirer, qui existe dans les deux verbes latins Haro 
et polire. Le latin, outre lilium, avait lirion, lis; 
en esp. lirio ; en rom. prov. liri. Lis exprimait 
si bien une manière d'être, propre à certaines 
plantes, qu'en latin et même en français le nom 
s'applique à d'autres fleurs que le lis, au genre 
convolvulus par exemple, et aux iris. Le grec hipiov 
se disait poétiquement d'une fleur en général. 
« Liseron, liset ou lisset, lisiau » en Berry ; — 
« lisette » en Poitou ; — « lizet, lizette » dans la 
Suisse rom., désignent des plantes qui ne res- 
semblent au lis que par le poli, le lissé de leur 
tissu. C'est dans ce sens qu'en Normandie on donne 
le nom de liset à un ruban de soie. On pourrait 
pousser ces recherclies beaucoup plus loin et mon- 
trer peut-être que d'autres mots tels que lie (lie 
= lessive en anglais) ; lise, boue ou sable limo- 
neux ; lessive, de lixa, mélange épais d'eau et de 
cendre, se rattachent encore à lis par leur état de 
surface polie : 

Icelle terre, par sa substance qui est grasse, forte, 

Lize 

{Pantag. m, 5.) 

Mais pour en revenir à la fleur de lis, il faut 
dire que M. Littré dérive lis de lilium, observant 
que ce mot est l'anc. nominatif pour lils, lilius. 
On trouve cependant lile au nomin. : 

Laltre vermel, entrelacé 

Cum Lile et rose 

(Benoit, III, p. 498.) 



Quoi qu'il en soit, l'autorité du Dict. de la lan- 
gue française est si considérable qu'il va toujours 
lieu de ne se prononcer contre elle qu'après un exa- 
men approfondi. On notera dans l'enquête à ce 
sujet que si Rabelais, comme on le voit précé- 
demment, a écrit liz pour lissé, poli, d'autres 
textes portent liss avec deux ss pour lis, fleur : 

Sur un chaffaud, sous ung pavillon paint à fleurs 
de Liss 

(M.\XTELLIER II, p. 545.) 

C'est ici le cas ou jamais de dire avec Horace : 

Grammatici certant et adhuc sub judice lis est I 

AILLIER, V. a. Délayer, détremper avec de 
l'eau, avec un liquide quelconque. Il faut « aillier » 
la terre argileuse pour faire une chaussée d'étang, 
une aire de grange, etc. 

Nous disons encore « dilaiyer », qui en Berry 
signifie retarder, parce que dans cette dernière 
acception, le mot est tiré du bas 1. ditatare. 

D'un verbe liquare, que fait admettre l'adj. 
liquarius avec l'a préf. 

AILLIEURE, s. f. Liaison, terme de cuisine 
désignant la matière, farine, œufs, etc., qui sert à 
lier ou épaissir les sauces. 

Vi. fr. Heure. 

Item, des espices et Lieures mises en potage l'en ne 

doit riens couler, combien que sansses si fait 

S'il y convient Lieure, amidon lie et ris aussi 

{Ménag. de P. II, p. 87, 225.) 

De a préf. et de îeure forme dialect. de liure tiré 
de lier. 

AILOIRI, V. n. Étourdir, avoir des vertiges par 
éblouissements ou autre accident. S'emploie quel- 
quefois dans le sens actif : le soleil « m'ailoirit » 
toujours. 

— Ailoiri (s'), v. réfl. S'étourdir, prendre un 
étourdissement, un vertige. 

Usant d'une métaphore très hardie, le ISIorvan- 
deau dit de l'eau, lorsqu'elle a été mise sur le feu : 
elle n'est pas chaude, elle n'est « qu'ailoirie. » Le 
français use d'un trope analogue mais beaucoup 
moins poétique, en disant de l'eau tiède qu'elle 
est dégourdie. 

« Ailoirir » est une forme de « ailourdir » par la 
chute du d. Alourdir en vi. fr. signifiait étourdir, 
éblouir. 

Nous en sommes quasi tout Eslourdis. 
(Littré. Dict. Calvin.) 



AIL 



- 53 



AIM 



Berry : « alordir, élordir » = étourdir; être 
« élordi, élourdi «, être pris de vertige. — Saint. 
« élourdir «. étourdir. — Poitou : « alloiri, allouri « 
= épuisé de fatigue. — En rom. prov. aloirar 
signif. leurrer. Leurrer et éblouir s'approchent de 
bien près quant au sens. 

AILOrRISSE]»LVN,s. m. Étourdissement, éblou- 
issement, vertige. 

Poitou : « élordissement. » — Saint. « élourdis- 
sement. » (Voy. Ailordi. Lordais.) 

AILONNER, V. a. Découvrir quelque chose de 
lointain ou de caché, par le flair, l'instinct, ou 
môme, chez les personnes, par intuition. 

Une vache affamée « ailonne » la prairie située 
à quelque distance. L'arabe du désert « ailonne » 
l'oasis perdue dans les sables. 

En vi. fr, long = loin : 

Lonz soit, chier frère, adès de nos cist très 

liorribles endurremenz de cuer ! 

(.Serai. S. B. p. ô63.) 

De loin prononcé « Ion « en Bourg., lonh, hinh 
en prov,, et la prép. ad marquant le mouvement ? 
Avec cette interprétation « ailonner » signifierait 
au loin, sous-entendant le verbe qui indique l'ac- 
tion. 

AILORDI, V. a. Alourdir, rendre lourd, étourdi, 
braque. Un « ailordi » est un étourdi, un évaporé, 
un être sans cervelle. 

Lourd, en vi. fr. = étourdi, stupide : 
Li .soz vieillarz, li folz, li Lors, 
Li envieilli de mauvais jors. 

(G. DE COINSI, p. 219.) 

Il devient onfantiz de parole et de fait, 

Lourt et sourt et avu':;le 

(Test. J. de M. V. 178.) 

(Voy. Ailoirl, Lordais.) 

AILORDITION, s. f. Étourdissement, vertige. 

AILOTI, V. a. Lotir, mettre en lot ; disposer en 
groupe, en tas régulier pour la vente. Allotir était 
un terme de l'anc. jurisprudence qui signifiait 
partager, diviser. 

AILUNETTE, s. f. Lunette. Un vieillard ne peut 
lire sans ses « ailunettes. » 



AIJIAILLANTER, v. a. Meurtrir, écraser. Un 
bras, une jambe « aimaillantés », c'est-à-dire dans 
l'état d'une chair frappée à coups de marteau. 

Le simple mailler est dans Palsg., - p. 632 - : 
« S'il vous Maille sur la teste, je ne donneray pas 
ung denier pour vostre vie » 

Le fréquent, mailleter, dans le langage des ma- 
rins, exprime l'action de couvrir de clous à grosse 
tête la carène d'un navire. 

Le subst. mail désignait une masse de bois ou 
de fer : « il y met ou enchâsse un coin avec le mail 
ou maillet. » (Voy. Janua, p. 159.) 

Maillet est un climin. et mailloche un augmen- 
tatif. 

Angl. mail, maillet ; fo mail, meurtrir. 

Du 1. maliens, marteau. 

AIMARTOILLER, v. a. Ecraser, piler, assom- 
mer. « Martoiller » est pour marteler ; en rom. prov. 
martellar, esp. martillar, ital. martellare. Mar- 
dis, primitif du 1. martulus, se rattache au sans- 
crit mai'j, écraser. 

De a préf. et d'une forme martoi pour marteau. 
(Voy. Marteai.) 

AIMENDAULE, adj. Qui amende, qui améliore, 
qui fait grandir, croître, se développer. Un temps 
de chaleur et d'humidité est « aimendaule » pour 
la végétation. 

ADIENDE3IAN, s. m. Amendement, croissance, 
développement, engraissement, amélioration. 
Oh. de Sévigné écrit à sa sœur : 

Cela donnera sujet à ma mère de faire des réfle- 
xions sur rAmendement que les années apportent à 
ma pauvre cervelle. 

« (Lettres, vi, p. 384.) 

Le sens d'engraissement que renferme notre 
patois se présente dans cjuelques anciens textes. 
Voy. Duc. Arnendaturn. Il y a un passage où 
amendement se dit pour engrais, fumier : « une 
chartée d'amendement. » 

AIMENDER, v. n. Amender, croître, grandir, 
se développer, engraisser. Un enfant qui grandit, 
un bœuf qui engraisse, un arbre qui grossit, une 
herbe qui pousse, « aimendent. » 

Li clerçons crut et Amenda. 

(G. DE CoiNsi, te Vaiiet.) 



AIM 



— 24 



AIM 



Et li cnfoz tous jours Amendoit et crcissoit. 
(DooN DE M. V. 1942.) 

L'anfant ont batisié 

Il croît plus et Esmandc que uns autres asez. 
{Parisc la Duchesse, v. 905.) 
Depuis que icelle Jchannette lui ot dit que elle avoit 
fait mourir lesdiz voultot crapos, il Amenda et gary 
bien. 

{Chatelet, II, p. 288.) 

Pour Esmandeir la force de la ville pour raison de 
la guerre au pais. 

(Chartes de Joinville, — 1295.) 

Du 1. cmendarc qui avait surtout le sens de 
corriger, comme dans les vers suivants du roman 
de Doon de Maiencc : 

Beaul fîlz, atant te couche et demain lèveras; 
Qui trop dort au matin, maigre devient et las, 
Et sa jornée en pert, sy n'en Amende pas. 

(V. 2490.) 

AIJVIENITIÉ, s. m. Bônitier. Ce mot est formé 
de eai pour eau et bénitier par corruption. Eau- 
bénitier était souvent employé au M. A. : 

Item un Eaue-benoistier gouderonné à deux serpen- 
telles sur l'ense item un très petit Eaue- 
benoistier et son aspergeoir doré et esmaillé 

{C. du roi René, p. 188-98.) 

Un Eauebénoistier, à tout l'asperges et la chaienne 
qui tient le dict asperges, tout d'argent blanc 

[Gloss. du M. A. p. 258.) 

ADIER, s. m. Amer, fiel, humeur qui est ren- 
fermée dans une vésicule chez les bœufs et autres 
animaux. 

Prenez une escuclle de lait et l'Amer d'un lièvre, et 
mcslez l'un parmy l'autre, et puis mettez-en deuz ou 
trois escuelles es lieux là où les mouches repairent, 
et toutes celles qui en tastcront mourront. 

(Ménarjier de P. I, p. 173.)* 

Ki n'ont point d'Amer (les colombes), ce est de 
venin que li autre animau ont près dou foie. 

(Bkun. Latini, p. 209.) 

Dans Palsg., - p. 166, - amer, fiel, est du fêm. 
Bourg. « aimer. » — Berry : « amar. » 
Du 1. amar'um. 

AlIVn, s. m. Ami. On appuie sur la première syl- 
labe comme si elle était précédée d'une h aspirée : 
« mon haimi. » 

Les plus anciens monuments, offrent les deux 
formes de l'infinitif amer et aimer. La seconde 



ne prévaut décidément qu'à la fin du XIIP siècle. 
Ami a été, au contraire, la forme générale dès 
l'origine. On ne rencontre que rarement celle 
d'aimi, sauf dans le dialecte bourguignon, qui pro- 
nonçait « aimi » et « aimin. y Rabelais l'emploie 
cependant avec une orthographe vicieuse : 
Agua mon emy, disoit il, men frère. 

{Pantag. rv, ch. 67.) 

L'exclamation plaintive aimi ! qu'il ne faut pas 
confondre avec la traduction de amicus, avait le 
sens de ah moi ! pauvre moi ! On sait que mi a été 
usité jusqu'à une certaine époque pour moi. Saint 
Bernard dit dans un de ses sermons : 

De tant est li plus ohier a mi, de tant cum est il 
plus vils por mi. 

{Rois, p. 547.) 

Aimi correspond à hélas ! oh lasse, en vi. fr.. 

— lassa, dans le Dante, — comme dans la strophe 
suivante d'une vieille pastourelle : 

Ains aimes melz Garnier 
Qui est en cel vergier, 
Que nos fas moi. Aimi ! 

Aimi ! 
Amoretes m'ont traï. 

{Th. fr. au M. A. p. 47.) 

On mettait quclqvicfois une h aspirée pour don- 
ner plus de force à l'exclamation. 
Haimi ! lasse, dolente, com mon corps est mal mis. 

{Berte, xxxi.) 

En Forez : « omi », hélas ! 

Les Italiens ont une interjection exactement 
semblable dans oimè, oisè ! Pauvre moi, pauvre 
lui! 

Oimè figliuol, che a lacrimar mi muove. 

{BocCACCio, Xinfale Ficsolano, Lxxxv.) 

Lorr., Franche-Comté, Berry : «. aimi, émi », 
pour ami. — Suisse rom. « émi. » — Flandre : 
« ami » ; au fém. « amisse. » (Voy. Hélâ.) 

AIMIGNÔDER, v. a. Flatter, câliner quelqu'un. 
Morv. n. 

■Vi. fr. mignot, câlin; mignotié, câlinerie, flat- 
terie, d'où mignoter et mignoder. Dans Palsg., 

- p. 659, - « je fays du mignot », je fais le câlin. 
(Voy. Mignair.) 

AIMIJE, s. f. Fil de chanvre qu'on ajoute au 
be.soin dans le tissage. Morv. n. 

« Aimije » est peut-être une forme locale de 



AIM 



AIM 



« amisse >', par le changement ordinaire de l's 
en j. 

Du 1. amicire. couvrir, envelopper, parce que 
le fil auxiliaire est enveloppe, perdu dans le 
tissu ? 

ADnOTI (S'), v. réfl. Devenir muet. (Voy. Miot.) 

ADIIQUIAULE. adj. Amical, porté à l'amitié, 
disposé à aimer, sociable: «ç'ô eun bon garçon, bin 
aimiquiaule. » 

Vi. fr. amiaule. 

Jhesu-Criz li filz de Deu naist en Belléem, Judé ! 
O naissance plaine de sainteit, lionoraule al mundc, 
Amiaule as hommes. 

[Scnn. S. B. p. 530.) 

Et qu'il soit caritaules 

A tous, et dous et Amiaules. 

(REN.iRT. IV, p. 203.) 

Rom. prov. amicahle. Dul. amicahilem. 

AOUQUIÉ, s. f. Amitié. 

Cette prononciation du t en q ou c dur était 
à la mode dans le jargon parisien du XVIF siècle. 
On y disait : amiquié, carquié, mesquié, moiquié, 
savequié, pour amitié, quartier, métier, moitié, 
savetier, etc. Voy. entre autres documents la 
curieuse Comédie des chansons imprimée à Paris 
en 1640. Dans le Médecin malgré lui, - ii, 2, - 
Molière fait dire à Jacqueline : « La meilleure 
médeçaine que l'on pourroit bailler à vostre fille, 
ce seroit un biau et bon mary pour qui aile eust 
de l'Amiquié. » — « Le jeune Robin où elle avoit 
bouté son Amiquié. )> 

En revanche le c dur latin permute en t clans 
quelques patois, notamment en Flandre, où chien 
se prononce « tiein. » 

ADIOILLER, 11 mouill.. v. n. Mouiller. Se dit 
des femelles d'animaux et principalement des 
vaches lorsque le lait commence à paraître : « tai 
vaiche vé fére son veai ; ile aimoille diji. » 

Dans Borel amolier, adoucir. 

Le Dict. de la langue fr. enregistre ce verbe et 
le subst. amouille, premier lait d'une vache qui 
vient de vêler. 

Norm. K ameuiller «, développer sa mamelle ; 
vache « ameuillante », vache prête à vêler. — 
Suisse l'om. « amohlli. » — Berrv : « remouiller. » 



De a préf. avec une valeur causative et « moil- 
1er. )> forme loc. pour mouiller. 

AIMOINCHER, v. a. Emmancher, mettre un 
manche, (^'oy. Moinche.) 

AIMOIZETER, v. a. Gâcher, galvauder, dété- 
riorer, diminuer la valeur de quelque chose par 
insouciance ou maladresse. Une robe mal faite, un 
cheval couronné, une maison lézardée, sont « ai- 
moizetés, » Morv, n. 

Berry : « amaujeter. >> 

De a préf., « mau » pour mal, et jaciare qui a 
donné au fr. déjeter. 

AIMON, s. m. Amont, le haut, par opp. avec 
aval, le bas. Le laboureur qui se dirige vers le 
sommet de la montagne va « d'aimon. » Lorsqu'il 
conduit la charrue, il crie à celui qui mène les 
boeufs : « aimon, aimon ! » pour monter; et « vau, 
vau ! « pour descendre. « Je marche plus sûr et 
plus ferme à Mont qu'à val », disait Montaigne. 
Et dist li aingles : n'aies paour, bairon, 
Dex le vos mande de son ciel lai Amon. 

(G. DE Vi. V. 3041.) 

Renart 

Devers un grant chesne s'adresce 
Qui moult estoit haut et branchu, 
Amont regarda, s'a véu 
Un ni d'escoflc qui ert biax. 

(Re.\.4RT, v. -24903.) 

Par l'oreille le prent au bec 
Si li leva Amont la teste. 

(IB. V. 28Ô07.) 

Du 1. ad montem. 

AIMÔR, s. m. Amour. Ce mot éternellement 
jeune, et qui occupe une si grande place dans les 
langues humaines, n'apparaît que très rarement 
dans notre patois, organe mutilé d'une existence 
toute matérielle. Il est demeuré dans quelques 
locutions traditionnelles et avec un sens très res- 
treint. Nous disons : « i va 1' fére por l'aimor de 
lu », mais un jeune homme ne dira jamais, en 
prose, qu'il aime d'amour. Il dira tout uniment 
qu'il « eumebin. » Le sentiment exalté qui répond 
à cette expression n'existe pas dans nos campagnes. 
Chez nous, aimer est un mouvement de la nature 
auquel on cède sans qu'on sache le définir. Dans 
les chansons, au contraire, chansons fabriquées on 



AIM 



— 26 - 



AIN 



ne sait où. il n'est question que d'amour : mais 
c'est de la littérature exotique, sans couleur locale. 
Amor est la forme latine et l'une des plus anci- 
ennes de la langue dans les deux grands dialectes 
du Nord et du Sud. Elle se montre dans la Vie de 
saint L(''gcr, qui esl; du X" siècle, et dans un 
grand nombre de monuments postérieurs : 
lu su Amoi- cantomp.s dels sanz 
Quae por lui augrent granz aanz. 

(Vie de S. Léger, v. 3.) 
La queilo char, quant icil refusoit à tochier à man- 
gicr por l'Amor de l'abstinence. 

{Dialogues de S. Grégoire.) 
Quant je ainssi pert mon Saigner 
Trestoute ni perdue m'Amor. 

(RtXART. V. 1620.) 

Dex a commandé que l'en lest 
Père et mère, frère et seror, 
Et terre et lierbe por s'Amor. 

(IB. V. 13-210.) 

Mais or me cliangiez par Amor 
Dcus maailles por un denier.- 

(In. V. 21065.) 
Quant Bucoliques cerclierés, 
Amors vainc tout, i troverés. 

(ff. de ta fi. V. 21598.) 

On voit plus haut, dans les Dialogues de saint 

Grégoire, que la locut. « pour l'amour de » 

s'appliquait, par extension de sens, à un choix, un 
goût, un penchant vers quelque chose. Il en est de 
même en Morvan, où l'on dira : pour l'amour de 
ceci, de cela, sans que cette manière de parler 
implique en rien un mouvement du coeur. Cette 
même extension de la signif. primitive se montre 
assez singulièrement dans un passage cité par 
Duc. — Voy. Jache, — où il est recommandé aux 
francs archers de ne pas porter le collet « trop 
hault derrière pour l'amour de salade » (casque 
pourvu d'un grand couvre-nuque). 

La Manière de langage, écrite au XIV siècle, 
- p. 403, - donne ce conseil salutaire : « lavez vos 
jambes et puis les ressuez d'un drapelet et les 
frotez bien pour l'Amour des puces, qu'ils ne se 
saillent mye sur voz jambes. » 

Dans Martial d'Auvergne, nous voyons une 
scène d'amoureux transi dans laquelle figurent des 
poulets (jui ont pris peur « pour l'Amour de la 
lueur et lumière des fallotz et chandelles. >> 

(Ai-rests d'A. xxii.) 

Palsg., - p. 8G5, - traduit for by cause par la 



locution pour l'amour que A cause qu'il estoyt 

malade ^ pour l'amour qu'il estoyt malade. Le 
même auteur traduit paramour a woman, par 
dame peramour. Dans l'angl. moderne, paramour 
est des deux genres et se dit d'un homme comme 
d'une femme amoureux. Le fabliau intitulé le 
Jongleur d'Ehj donne à la loc. pour amour le 
sens de je vous prie, de grâce : 
Où est Ely, qy siet ? 
— Sire, sur levé estiet. 
Quoi est levé apelé, « por Amours ! » 
— L'on ne l'apèle, eyns vient toujours. 
(Voy. Plaimor.) 

ADIOUGNER, v. a. Amener, mener vers 

« Aimougne, aimougne ! » est le cri familier du 
pâtre qui excite son chien à ramener le bétail dis- 
persé. (Voy. Mougner.) 

ADrcNITION. s. f. :Munition de guerre ou de 
chasse, plomb, poudre, etc. Dans la guerre de 1870 
contre les Prussiens, nos soldats écrivaient sans 
cesse à leurs parents qu'ils étaient battus faute 
« d'aimunitions. » 

AIÎIUSAR, s. m. Flâneur, celui qui perd son 

temps à des choses inutiles. 

Le Roman de la Rose, - v. 14401. -donne à 

musart la même signification en disant que la 

jalousie fait perdre le temps à celui qui en est 

possédé : 

Trop est fors maus que jalousie 

Qui les amans art et soussie 

Mais ceste a jalousie fainte 

Qui faintement fait tel complainte, 

Et amuse ainsinc le Musart, 

Quand plus l'amuse, et cil plus art (brûle). 

Dans Gérard de Mane, le duc Rollan impose 
silence au comte Olivier qui lui dispute la belle 
Aude en lui disant avec rudesse qu'il parle en 
musard, c'est-à-dire en homme qui ne sait ce qu'il 
dit : 

Et dist Rollan : or oi ilusart plaidior. 

(G. DE Vi. V. 2264.) 
Anglais : muse?', o?ie apt to be absent of mind, 
distrait, (^'oy. Aibuïer. Musoji.) 

AIN, AINE. s. num. Un, une. Le fém. est sou- 
vent nasalisé en aigne. Morv. n. 



AIN 



27 



AIP 



Le pic. et l'allem. ont « ein » pour un. — Bourg. 
« ain. » (Voy. Eun.) 

AINCHE. s. f. Hanche. — Morv. n. « aince. » — 
« Ainche >> est la forme bourg. : plusieurs patois 
prononcent « ance. >> 

AEVEAI, s. m. Anneau, bague. 

AINIQUE, adj. Unique, seul. 

AINITÉ, s. f. Unité. Morv. n. 

AINNÉ, adj. Aîné, le premier né d'une famille : 
« ç'ô l'ain-né de nos p'tiots ». c'est l'aîné de nos 
enfants. 

Aîné, qui vient de ains, avant, et de né, est 
souvent écrit en deux mots, conformément à l'éty- 
mologie : 

Pur ço prist son Einned fiz ki dut après lui régner, 
si r sacrefiad devant tuz. 

(Rois, p. 355.) 

Mes Bernart cstoit plus senez 
Por ce qu'il estoit li Ainz nez. 

(REN.iRT, V. 6420.) 

Vos dites bien, ce dist Renart, 
Bien est droiz qu'il aient lor part ; 
Mon cliastel est mon filz l'Ainz né 

(IB. V. 117M.) 

Cils viex roys son règne donna 
A son enfant, lAinz-né, Henri. 

{Chron. métr. v. 720.) 

La roino et son Ains né fds. 

(Froissakt, I, I, p. 9.) 

Quant à la signif. de ains, elle se montre dans 
l'ancien proverbe : 

Tiex est revenuz des Sept Sainz (Rome) 
Qui est pires qu'il ne fu Ainz. 

AINN03IA ! interj. pour exprimer le doute, 
l'incertitude : vraiment ! allons donc ! vous plai- 
santez ! Morv. n. 

Plusieurs exclam, qui se rapprochent de cel- 
le-ci existent dans les patois, de dialecte bourg, 
surtout. En Lorraine, « nome, noume, nemoua » 
signifient à peu près la même chose. « Ainnoma » 
se compose probablement de « ainno », non, et 
de « ma », plus. (Voy. ces deux mots.) 

AIN03IBRER, v. a. Compter, dénombrer. 



AINUÏAN, ANTE, adj. Contrariant, taquin. 

\'i. fr. anuïer, ennuyer : 

■Vos iex rianz, à point fendu, 

Qui frémissent comme l'estele 

D'els regarder nus ne s'Anuie. 

[Jong. et Tvouv. p. 184.) 

Ital. annoiare. (Voy. Anneu.) 

AIPAICHER, V. a. Apaiser, calmer, adoucir. 
Morv. n.-n.-o. 

AIPAIROILLER (S'), v. réfl. Se mettre à l'aise, 
s'étendre, se détircr. Ce verbe se rattache-t-il à 
l'anc. mot apariller ou raparillcr, refaire, rétablir, 
restaurer ? 

O neissance sormontanz la nature et Rapa- 

rillanz par vertuit de sacrement. 

(Serm. S. B. p. 530.) 

.le vous mand que vous soiez le vanredi à Cha- 

lon en arroie, a chevaul et armes, bien montez et bien 
Aparoilliez. 

[Les Instllut. en Dourg. p. 105.) 

Se désaparoiller, dans la chanson de geste appelée 
Floovant, - v. 2173, - a le sens de déshabiller : 
Lai se Desaparoile Maugalie au cors gant 

Puis si se fu baignier tôt et inalement. 

La blanchour li revient 

Dans Borel, rapareiller, réparer = rapareîllier 
dans Roquef. Ce dernier mot signifie aussi s'ha- 
biller : 

Quand voit le jor, si se Rapareilla. 

(G-\YDox. V. 4001.) 

AIPARCEU, part, passé. Aperçu, entrevu : 
K i m' seu aîparceu de ç'iai. » 

Quand Renart sot qu'il est vcuz 
Et qu'il estoit Aperceuz. 

(Renart, v. 378.) 
Renart li let, si vet sa voie, 
Li chien qui l'ont Aparceu 
Se sont après lui esmeu. 

(IB. V. 2493.) 

AIPAURI, v. n. Apauvrir, devenir pauvre. 
Nous disons « paure » et « poure » pour pauvre, 
d'où les verbes « apaurir, apourir. » 

Dès que jo, las ! Apouri, 

Sergans, amis, parens, perdi. 

[Chrest. B. Wace.) 



AIP 



28 



AIP 



N'en fu mûc plus nialbaillic, 
Kar si l'unt arsc e Apouric 
Cum s'el eust este désertée. 

(nENDIT, V. 18305.) 

Dans Palsg., - p. 503, 532, - j'apouris, j'appou- 
ris; je me apouris, pour je m'appauvris. 

AIPETIOTI. V. a. Rendre plus petit, plus mince, 
plus pointu. Oomp. au fr. apelisser, mais avec une 
signif. plus étendue. A l'idée de rendre plus petit, 
notre verbe réunit celle qu'exprime le mot fr. 
amenuiser. 

De a et « petiot », dimin. de petit. {Voy. P'tiot.) 

AIPEUÏOT, s. m. Appui, soutien. 

AIPEURCHER, v. a. Approcher : « aipeurclic 
loué d' lu. >i 

AEPEURÇUE, s. f. Aperçue, vue sommaire d'une 
chose. 

AIPEURIAjNDER. V. a. Appréhender, craindre : 
« n'aipeuriande pas, va ! » 

AIPIÉTER, V. n. Avancer beaucoup en mar- 
chant, marcher très vite. 

Picter est resté en fr. comme terme de chasse. 
Les perdrix cfui piètent ne sont pas faciles à re- 
joindre. L'anc. langue avait piétoïer pour marcher. 
L'infanterie a été appelée la piétaille. 

AIPLAINI, v. a. Aplanir, mettre de niveau, 
rendre plan. 

En vi. fr. plain ^ plat, uni. Froissai't nous 
représente les landes du Béarn comme assez 
plaines. 

AIPL03IB, s. m. Aplomb. « D'aiplomb » s'em- 
ploie quelq. pour exprimer l'intensité d'un effet 
produit : « r soûlai chauffe d'aiplomb. » 

AIPOIGNE, loc. adv. A peine, avec peine. — 
En vi. fr. poine pour peine. Notre patois accentue 
le son nasal. (Voy. Poingne.) 

AIPOIRjVER, v. a. Agacer, picoter, provoquer 
par des taquineries. 

« Aipoirner » n'est peut-être (ju'une forme alté- 



rée du vi. fr. apoigncr, combattre, être en lutte 

avec 

Contre li vint H quens Herberz 
Mult par fu fcl, orrible e chien, 
Sus ciel n'out si mal crestien ! 
Vint Apoit^nant contre le rei. 

(Be.noit, v. 7613.) 

On voit deux choses dans ce passage : l'une que 
le terme de chien appliqué à un vilain homme 
n'est pas nouveau ; l'autre, que apoignant a le 
sens de « aipoirnant. » 

Du 1. pugiiKS, comme apoigner ? 

ALPOLI, V. a. Polir, rendre uni, lisse. 

AIPONDRE. V. a Rejoindre, joindre ensemble. 
S'emploie activement pour exprimer l'idée de 
réunion à une personne qui est en route. Cette 
femme était fort loin, mais je l'ai « aipondue » ou 
« r'joindue. >> 

Parmi la vrai ystoire m'en voudrai tôt aler. 
Et briement la matère Espondre et deviser. 

{Bcrle. p. B.) 

Lyonn. , Forez : « appondre «, joindre, ajouter. — 
Lang.,Prov. «apoundre», «appoundre. » — Suisse 
rom. <c appondre », rattacher, se pourvoir ; « dépon- 
dre », détacher, discontinuer. — ■ Dauph. « apon- 
drer », allonger. 

Dans le Lyonnais une « aponse » est une pièce 
ajoutée, une allonge. — Genève : « aponce. appon- 
dille, appondillon. » Voy. Duc. Aponsare. 

Du 1. apponere qui avait aussi le sens de ajouter. 
(Voy. Raipondre.) 

AIPÔTE, s. m. Apôtre : « ain boun aipôtc ». 
un hypocrite. 

AIPOULI (S') v. réfl. Se dit du ciel lorsqu'il 
prend une teinte uniforme. Le temps « s'aipoulit » 
à l'époque des grandes pluies d'automne. 

Esp. pulir ; — ital. pulire. 

De a et « poulir », polir. 

AIPPEAU. s. m. Appeau, espèce de sifflet dont 
on se sert pour imiter le cri des oiseaux et les 
attirer au piège. 

On emploie principalement les appeaux dans la 
chasse dite à la pipée, chasse qui se fait en appe- 
lant ou en pipant les victimes. Pipe a désigné un 



AIQ 



- 29 



AIQ 



chalumeau.unemuselte, un sifflet. Pipomelle avait 
la même signif. que appeau. Dans la Moralité des 
Enfants de maintenant, le Fol dit à Perdition : 

Vous n'avez garde de me prendre, 

J'entens bien vostre Pipomelle 

Et Luxure qui est si belle. 

(r/(. /•.-. III. p. 70.) 

Appeau est pour appel : 

Qui n'appelle en présence de vive voix, lou jour de 
la sentence donée, li Appeaulx ne vaut. 

(PtR.YRD. p. 3IÎ0.) 

Le wallon dit encore « appel » pour appeau. 

AIPPOE, s. m. Apport, assemblée qui se réunit 
chaque année à jour fixe, marché, foire. 

Il y avoit un temple et un oracle de Pasiphaé auquel 
y avoit grand Apport en la ville de Thalamos. 

(LiTTRÉ, Dict. .\myot, Agùs. et Cliom. ii.) 

AIPPOSER. v. a. Opposer : « i m'aippose ai 
ç'iai. )) 
— Aipposer (s'), v. réfl. S'opposer. 

AIPPRECVE, s. f. Preuve. Il a vendu ses bœufs, 
et pour « aippreuve », il a reçu des arrhes. 

01. de la Marche cite ingénuement Diodore de 
Sicile et raconte d'après lui qu'Hercule traversant 
la Bourgogne y prit pour femme Alise, « dame de 
moult grande beauté, » 

Dont sont venus et yssus les premiers roys de 
Bourgongneetpour Approuve vous trouverez au duché 
de Bourgongne, au quartier que l'on nomme Laus- 
sois (l'Airsois), apparence d'une cité ou vile qui se 
nommoit Alise, que celle dame fonda et lui donna son 

nom De celle cité font Appreuve Lucain et Sal- 

luste 

(Mém. I, p. 115.) 

AIPROPEI. V. a. Nettoyer, tenir propre. 

Vi. fr. approprer. 

Berry : « appropéhir. appropzir. » 

AJPRÔTER, V. a. Apprêter, préparer, disposer. 

(Voy. Prôt.) 

AI QUAN, loc. En même temps : « i m'en vé ai 
quan lu », je m'en vais en même temps que lui. 

Duquel pasté ayant mangé avec ceux qui dinèrent 
Quand lui 

(Desperiers, Contes, 16.) 



L'escuyer Timandon 

S'est jeté Quant et luy dans les murs de Sidon. 

{Th. fr. VIII, p. 40.) 

(Voy. Daquan.) 

AIQUEMÔDER. v. a. Accommoder, préparer, 
satisfaire. « Aiquemôder » un mets, l'accommoder, 
le préparer ; « aiquemôder « un chaland, se mettre 
d'accord avec lui. 

AIQUENI. E, part, passé d'un verbe « aiquenir » 
inusité à l'infinitif. Emacié, celui qui est très 
amaigri. 

Lcà je demeuré toute la nuit sou l'zarme jan su 

encore tout Equené. 

(Confèr. acjy. p. 20.) 

Poitou : i< aiquenir ». maigrir; « s'aquenir », 
devenir languissant: « acreniller », étioler ; « acre- 
nailler », rendre chétif : « être équené ou aqueni », 
être épuisé. — ^'endée : « akonir, s'akenir », s'appa- 
resser, se fondre. 

Le simple « c^uener ou quenir » a dans le patois 
poitevin le sens de gémir à la manière des enfants, 
vagir. Une « quenée » est un long soupir d'épui- 
sement et quelquef. un effort pénible. 

La véritable forme est peut-être dans le patois de 
la H.Auvergne, oii « acani » signifie fatigué jusqu'à 
l'épuisement. « Etre acani », être câgne, c.-à.-d. 
mou, incapable de travail, sens qui correspondrait 
à être acagnardi. — Forez : « acani », épuisé de 
fatigue ou de maladie; — Dauphiné : « accana », 
accabler, oppresser. (Voy. Câgne.] 

AIQDÉTER, v. a. Faire une acquisition, acqué- 
rir, acheter, gagner, ramasser : « ol é aiqueté ain 
bon beutingn' », lia ramassé un bon bien. 

Je ne di pas qu'on doigne quan qu'on a Acquesté. 

ilais selon laisement que Diex tara preste. 

[Test. J. de M. v. 369.) 

Ai ostroié et ostroie au dis religions... que ils puis- 
sent Acqueter en ma terre lor amortis et lor con- 

ferme tout ensi comme eles soient jai Aquestées. 

[Charles de Joini-ille. — 1303.) 

Despendu ay jà maint denier 
Depuis que n'Aquestay un blanc. 

(Th. fr. III, p. 438.) 

Acqueter et acquérir viennent tous deux du 1. 
ad quserere. 

Le préfixe omis, restent quérir et quêter, syno- 
nymes en français. iVoy. Rairiuéter.) 



AIR 



30 — 



AIR 



MQUEULER, v. a. Accroupir, asseoir très bas 
sur les genoux ploycs. Acculer a un autre sens en 
français. 

— Aiqueuler (s'1, v. pron. S'accroupir, s'asseoir 
sur le derrière. 

« Aiqueuler «, forme de ai pour ac et de culer, 
signifie exactement mettre à cul, ou comme on dit 
en fr. à l'accul : 

Or ça donc, puisque le cas s'offre. 
Me voicy boute à l'Acul. 

{Th. fr. I, p. 31G.) 

AIQUEURBOTÉ, ÉE, adj. Accroupi, assis sur 
les talons. « Aiqueurboté >> semble une corruption 
de à-cul-bouté, mis à cul. 

AIQUEURM, E, adj. Maigre, rachitique. 
Le môme mot que racorni, moins le duplicatif. 
Acorni est inusité en fr. 
De a et corne. 

AIQTJIT, s. m. Acquit, reçu, quittance. 

AIQUITER, V. a. Acquitter, rendre quitte : « a n' 
me doué pu ran, al ô aiquitc >>, il ne me doit plus 
rien, il est quitte. 

AIRÂGNER, V. a. Exciter, stimuler de la voix, 
de l'aiguillon , harceler : « allon , via, airâgné 
le bœu ! ^ Allons , vite , excitez , piquez les 
l)ceufs ! 

Arainer, aranier, aragnier, avait en vi. fr. une 
souplesse de signifie, qui en dissimule le véri- 
table sens. On employait souvent ce verbe pour 
exprimer une vive interpellation adressée à quel- 
(ju'un : 

Cécile le (son époux) commença à Araigner. 
{Vita S. Cec.) 

Li rois les voit, les prent à Araisnier, 
Segnor, dit Karlos, en non Dieu bien vegniés. 
{Iluon de Bord. 42 1.) 

Quant li roi lot, molt en fu liés, 
Ses homes en a Araisniés. 

{Lai de Melion, v. 194.) 

Qui es, vasax, qui si m'as Aregnié? 
Crois tu eu Dieu et es tu baptizié ? 

{.\golant, v. 859, dans Bekker.) 

Dans la farce des Cinq Sens, les Mains disent à 



un personnage qu'on ne peut proprement nommer 

en toutes lettres : 

Pour toy faire plus grande engaigne, 
Araigne, Araigne, Araigne, Araigne ! 

[TU. fr. III, p, 3IB.) 

On disait encore aranier, arrainier, pour pousser, 
forcer, contraindre. (Voy. Duc. Ara.ia.re et Arrai- 
nare.) 

AIRAIGNAN, ANTE. part. prés. Hargneux, 
taquin, querelleur. 

Chose singulière, ce mot a en Bourg., suivant 
M. Mignard, une signifie, radicalement contraire. 
« Une femme arraignante » est une personne civile, 
honnête, gracieuse. 

AIRÂLER. V. a. Écorcher, enlever la peau, 
déchirer. 

« Airâler » n'est probablement qu'une forme 
non mouillée de érailler, que M. Littré dérive de 
ralluni, racloir. Scheler tire érailler d'un type 
latin eradulare, de eraclere, racler, arracher. 

Wallon : « arâï » , construitsur « rai » , forme locale 
de « rachier », arracher. 

En Poitou, « éraler « = déchirer ; « s'éraler », 
se déchirer; « éralure », écorchure ; « éralade », 
= éraflade. Le simple « râler » serait-il rafler avec 
chute de la labiale ? 

AIRASER, v. a. Mettre de niveau : « airâser » 
un mur, un trou en remplissant le vide. L'anc. 
langue disait araser pour niveler, mettre au ras 
de terre : 

Tout le porpris voil embraser 

Tors et torneles Arraser. 

(R. de la R. v. JOOSJ.) 

AIRDOUNANCE, s. f. Ordonnance. îNIorv. n. 
AIRDOUNER, v. a. Ordonner. Morv. n. 

AIREILLE, s. f. Oreille. Morv. n.-n.-o. « ai- 
heille », parla chute de l'r : « i é mau ez airoilles. » 

Le vi. fr. a écrit très diversement oreille, orelle. 
orille, oroille, auroille, aroille, etc. 

Il rendra le dommaige a cellui cui il aura dommai- 
S'ié. ou on lui copera une Aroille. 

(Duc. Auditus.) 

Pic. « areille, airèle. » — Vosges : « airaille. » 
— Bourg. « airoaille. » 



AIR 



31 



AIR 



Remarquons en passant qu'on disait encore au 
XVP siècle : je oreille pour j'écoute ; oreillez pour 
escoutés. (Voy. Palsg. p. 605.) 

L'a initial est dans le 1. auricuJa. dimin. de 
auris. 

AIKEILLON, s. m. Oreillon. anneau, agrafe de 
1er qui fixe l'anse d'un seau, d'une chaudière, d'une 
marmite, etc. : les deux « aireillons » d'un vase... 
par assimilation avec les oreilles. Nous disons aussi 
les « aireilles ». pour les ouïes d'un poisson. 

AIRÉTAU, s. m. Obstacle qui arrête, barrière, 
palissade, fossé, etc. : il a mis un « airctau » dans 
son champ pour qu"on n'y passe pas. 

AIKGENT, s. m. Argent : « i n' 1' fré ne por or 
ne por airgent. » Cette manière de parler, si usitée 
encore, est bien ancienne, puisqu'elle figure dans 
le Chant de sainte Eulalie. La sainte se refuse à 
apostasier : 

Ne por or, ned argent, ne paramenz, 
Por manatce regiel, ne preiemen. 
Berry. Lorr., Genève : « airgent. » — Pic. « air- 
gein. » 

AIRGENTAULE. adj. Argenteux. celui ou celle 
([ui a de l'argent, qui a la poche bien garnie : ces 
gens-là sont « airgentaules. » 

Berry : « argenté », celui qui est riche. — Norm. 
« argenté, argentu. » 

AIRGEjVTER. V. a. Convertir en argent une 
valeur en nature : vous me devez douze poulets, 
« airgentons-les ». c.-à-d. donnez-m'en le prix en 
argent. 

AIRGNIE, s. f. Araignée et toile d'araignée, 
sync. de « araignie. » Morv. n.-n.-o. « ailgnie. » 

Le Roman de la Rose loue la maîtresse de mai- 
son qui fait la guerre aux toiles d'araignée : 
■S'ele est preus et bien enseisnie. 
Ne lest entor nule Iraicnie. 

(V. 13542.) 

On disait autrefois araigne pour araignée, et 
araignée ou araignie pour toile d'araigne. Dans 

Comenius, - p. 65 - : « l'araigne ourdit son 

araignée...., ou toile d'araigne. » — Voy. le chap. 
des Contes d'Eutrapel intitulé; Pourquoi la Goutte 



habite les cours des grands seigneurs et l'Hyraigne 
la maison des pauvres. 

Dans Palsg., - p. 274, - herigne, araigne, arai- 
gnie = araignée ; araignée = fil d'araigne. 

Wallon : « aragnie » ; — rouchi : « araignie » ; 
— Berry : « aragne » ; — Pic. « araigne » : — 
Genève : « iragne. » 

Du 1. araneata, travail de l'araignée, aranea. 

AIRIE. s. f. Airée, ce qui est sur l'aire de la 
grange au moment du battage, la quantité de 
gerbes qu'on va battre au fléau. Morv. n.-n.-o. 
« aihic. » 

M. fr. arée, airée, airie : 

Tut à repost e à celée 
Ala dreitement on l'Arée. 

(Benoit, v. 7191.) 

Or ça je n'ay metz qu'une Ayrie 
De tout ce que j'avois à batre. 

{Th. fr. III, p. 388.) 

Et quand il eust battu cesto Airée, il fallut mettre 
le pot au feu. 

(La Nouv. Fabrique, p. 41.) 

Valaque : arie. 

Du 1. area, place. En bas 1. aéra, airede grange. 
Duc. dit : « aria, ager aut locus qui nec colitur 
nec aratur. » Une aire est à proprement parler 
un terrain vacant et qui a une destination d'utilité 
autre que la culture. En Suisse « l'ariau » est 
l'emplacement où l'on trait les vaches. 

AIRIOTTE, s. f. Petite ruelle, chemin, sentier 
étroit entre deux haies, ou deux murailles : « a vô 
fau sigre l'airiotte », suivez le sentier. Moi-v. 
n.-n.-o. 

De a et « riotte », forme fém. de « riot ». ruis- 
seau : « rû, ruée, ruelle. » "\'oy. ces mots. En 
Bourg. « ruotte » dans les noms de lieu : les Ru- 
ottes, près de St-Marcel-lès-Ohalon. 

On trouve en Nivernais « ris, rio, riot. riolle », 
qui correspondent au 1. rivum des anciens titres. 

AIR3L4lNA, s. m. Almanach. 

Un grand nombre de patois, surtout dans le 
Midi, prononcent « armana. » — En wallon de 
Mons : « armonaque. » — Flandre : armena. » 

AIRÔDE, s. f. Arête de poisson, dard, épine, 
piquant. Envii'ons d'Avallon. 



AIR 



3-2 



AIR 



AIROICHER. V. a. Arracher, extraire. Ce mol 
a une application plus étendue qu'en fr. On dit 
«airoichcr» de la terre, «airoichem des pierres, etc. 
Notre forme dérive peut-être plutôt de exradicare 
que de abradicare. Dans le dernier cas, l'orth. serait 
« esroicher. » 

AIRONDELLE. s. f. Hirondelle. — Morv. n. 
« arondelle. » 

Marc Buffet et Vaugelas disaient : « arondelle. 
hirondelle, herondelle, sont tous trois bons, 4ieron- 
delle est le meilleur. » jNIénage au contraii-e proscrit 
la forme herondelle ou airondelle, attribuant cette 
manière de parler « au petit peuple de Paris. » Il 
tient pour hirondelle et observe galamment que si 
M'" de Scudéry a d'abord soutenu herondelle, elle 
a changé d'avis et « dit présentement hirondelle. « 
Le Dict. de l'Académie et l'usage lui ont donné 
raison : e sempre bene. Mais constatons que aron- 
delle a été bien français. Le fait accompli n'ôtera 
pas leur charme aux vers de Marot : 

Sur le printemps de ma jeunesse folle 
Je ressemblois l'Arondelle qui voile. 

[Èglogue au Roy.) 

AIROUGI, V. a. Rougir, rendre rouge. Le vent 
de solaire « airougit « les sarrasins. 

AIROUSER. V. a. Arroser, irriguer. 
y'\. fr. arouser, arrouser : 

(Les nues)... de pluies et de rousées 
Les ont trestoutes Arrousées. 

[R. de la R. v. 187-20.) 

Ledict villase est Arousé de la rivière de Thilles qui 
passe par le milieu. 

{Baill. de Dijon, p. 30.) 

Buiïet rejette arrouser comme prononc. démodée. 
Dans Palsg., - p. 772 - : « si on ne me arrouse ces 
herbes, on les gastera. >> 

Pic. « arouser », — wallon : « arrouser ». — 
Berry : « arrouser, enrouser. » 

Du 1. ad et ros, rosée. 

AIRRHES, s. f. plur. Arrhes, gage. 

L'usage des arrhes est encore très répandu. Il a 
cessé pour les conventions de mariage. Aujourd'hui 
le futur se contente, un mois avant les noces, 
d'acheter à sa promise une paire de souliers, son 



châle et sa ceinture de ruban blanc. La jeune fille 
offre la couronne. Si l'une des parties intéressées 
se dédit, elle rembourse les frais. Les anciens rituels 
du diocèse d'Autun renferment des formules usitées 
pour la bénédiction des arrhes de mariage. L'une 
d'elles commence ainsi : « Benedic, Domine, has 
arrhas, quas hodie tradit hic famulus tous in ma- 
num ancillse tuae » 

Les ambassadeurs du roi Olovis remirent un sou 
et un denier comme arrhes au roi des Bourgui- 
gnons, Gondebaud, lorsqu'ils eurent obtenu la 
main de sa fille Clotilde. On voit dans les Établis- 
sements de saint Louis que l'échange des arrhes 
entre fiancés était pleinement en vigueur à cette 
époque. Voy.liv. i, ch. 124. Le mot y est écrit erre. 
« Les erres demouerroient à l'autre ou à ses hoirs 
se il n'y avoit lignaige. » 

La plupart des patois prononcent « airrhes » ou 
« erres. » Cette prononc. a été générale jusqu'au 
XVP siècle. On la trouve encore dans Ronsard. De 
cette forme est né le verbe enerrer, quelquef. usité 
pour donner un gage, promettre : 

Qui que m'ait ce plait Enerré, 
J'en veul bien tout vostre plaisir. 

(Dits de W. de Codvin, p. 217.) 

Arrabo = eires dans le Vocab. du XIV" siècle, 
p. 215. Du 1. arrha, gage. 

AIRRIVAIGE, s. m. Arrivage, àpeu près synon. 
de « arroi. » Voy. ce mot. L'arrivage désigne toutes 
les denrées qui servent à accommoder les mets, le 
beurre, la graisse, l'huile, le lard, le sel, etc. 

Arrivagium en bas 1. se disait des comestibles 
transportés ou chargés par bateaux ou voitures. Il 
semble que l'arrivage était, à l'origine, le lieu, le 
port du débarquement. Sur la Loire, on employait 
le mot arrivouer. 

Si aucuns marchands de Bloys font charger quelque 
quantité de vins ou autres marchandises cydevantetcy 

après déclarées aux ports, Arrivouers ou banlieue 

ne sont tenus payer 

(M.4ntell:er, II, p. 184.) 

Voy. Duc. Arrii-afjium. 

Ital. arrivamento, arrivage de marchandises; — 
esp. arribada, arribaje, abordage, arrivée d'un 
navire. 

AIRTELÉ. part. pass. Altéré : un homme « airtelé 
d' gaingner », celui qui a soif de bénéfice. 



Aïs 



33 



Aïs 



AIRTER, V. a. Arrêter, saisir. 
— Etre « airté », être malade. Où est Pierre ? 
« Al ô airté », c.-à-d. il ne travaille pas, il est 
malade, il est dans son lit. La suspension du labeur 
quotidien est souvent pour Fhomme des champs 
sa première étape vers l'éternel repos : 
l'homme. 
Alyson, je ne le dy mye ; 
Ainsi le croy certainement. 

L.\ FEMME. 

Vous soupesonnez moysement 
A cela ne vous l'ault Artcr. 

{Th. fr. I, p. 214.) 
Monseis'neur le Dauphin... ne Artoit point en ladite 

ville " 

(Mantclliee, II, p. 551.) 

A Valenciennes on donne le nom de « artau » à 
un repas de longue durée, à un festin. Ce terme 
inexpliqué ne se . rattacherait-il pas à la forme 
u arter » pour arrêter? Artau, dans ce cas, équi- 
vaudrait à arrêt, station. 

Berry : « airter. » — Pic. « arter » — Bourg. 
« érétei. » Du 1. a pour ad et restare. 

AISAUMEE, s. f. Etendue de terre qu'un homme 
couvre de grains à chaque fois qu'il traverse un 
terrain en projetant la semence. Bande de terre en 
srénéral. Mesure de superficie. — Morv. n. « aichau- 
mée. » 

La saumée était une ancienne mesure agraire 
([ui contenait environ un arpent : 

Centum Saumatas terrœ semnis pro faciendo labo- 
ragium... Item quamlibet Baumatam prati suId censu... 
Centum Saumatas terrie seminis pro faciendo labora- 
crium... Item, pro faciendo pratum sex Saumatas ter- 
rœ... Item sex Saumatas et unam sesteiriatam pro 
faciendo vineas... 

{Annales d'Aiguebelle. Preuves, p. 560, 564.) 

La saumée tirait son nom du 1. sagma, qui dési- 
gnait une charge d'un poids indéterminé. La saume 
était aussi bien la charge d'un homme que celle 
d'un animal. Voy. Duc. à Sagma et CHiérard dans 
sa préface du Pohjptique de Saint-Remi de Reims. 
La prononciation fr. de somme, dans bête de somme, 
est vicieuse. Il faudrait bête de saume. Joinville et 
d'autres auteurs de ce temps écrivent somme; mais 
il y a lieu de croire qu'ils prononçaient sonme. 

Fr. -Comté : « saume », âne, charge d'un âne. — 
Poitou : « soume », benne de vendange. — Lyon- 



nais, Dauph., Genève : « saume », ânesse. — Flan- 
dre : « somme », charge de poisson. — Forez : 
« somma, saôme », ânesse, hotte. Lang., Prov. 
« sauma, saouma. » 

Ital. salma, charge, poids; — csp. saltna ou 
tonelada, mesure de capacité ; — catalan : sauma; 

— valaque : samar, bât, cheval de somme; — 
allem. saumfei'd, sawnthier, cheval de somme, 
bête de charge ; saum, mesure, poids, lisière d'un 
champ. 

Du grec uàyna, bât, par le 1. sagma. Le v. sag- 
inare, charger un animal, correspond au fr. assom- 
mer, pris dans le sens d'accabler avec un fardeau. 
Le Morvan prononce « assoumer. » (Voy. Essou- 
macer.) 

AISCEAI, s. m. Hachette à l'usage des sabotiers. 

— IMorv. b. (Voy. Asciau.) 

AISSAIVOUA,v. a. Savoir, connaître, informer : 
« a mé fé aissaivouâ qu'avinrô », il m'a fait savoir 
qu'il viendrait. 

Sire je vos fais Asavoir, 
Je n'ai de quoi do pain avoir. 
A Paris sui entre touz biens, 
Et n'i a nul qui i soit miens. 

(RUTEBEUF, I, p. 3.) 

Ge fais à tous Asavoir 

Que gentillece as gens ne donne 
Nulle autre chose qui soit bonne 

(R. de laR. v. 19002.) 

Or me responds : Est-elle belle ? 
Quans ans peult-elle bien avoir'? 

LE MARY. 

Sire je vous fais Assavoir 
Qu'elle a xviii ans et non plus. 

{Th. f,: h p. 2.) 

AISSEURANCE.s. f. Assurance, sûreté, sécurité. 
Le Duchat appelle asseurance de meurtrier, l'ef- 
fronterie, l'impudence. 

D'advantaoe que je suis très ignorant de mon faict. 
j'admire l'Asseurance et promesse que chascun a de 
soy. 

(MONT.IIGNE. Il, ch. 17.) 

AISSEURER, V. a. Assurer. 
Que si l'eusse esté parmy ces nations qu'on dict 
vivre encores soubs la doulce liberté des premières 

.5 



Aïs 



— 34 



AIT 



lois de la nature, je t'Asseure que je m'y feussc très 
volontiers peinct tout entier et tout nud. 

(Mont, -•lii lecteur.) 

— Être en assurance, en sécurité : « a n' risque 
ran, al ô bin asseuré. » 

Li faus destuef (fauteuil) fu de tel disnité 
S'il ciet en fu, il ne puet embraser ; 
Chil qui sus ert puet estre Aséurés. 

(//iiOH Ile B. V. SOlfi.) 

AISSIEGER, V. a. Asseoir, en parlant des cho- 
ses, mettre d'aplomb. On « aissiége » les fondations 
d'un mur, une roche, un bloc. 

Rom. prov. assetjar, assetiar = asseoir, placer. 
Bas lat. et ital. assediare. 

De siège = assiette. 

AISSIÔ, particule d'affirm. Oui, assurément. — 
Morv. n. 

« Aissiô » nous vient-il du latin scio, souvent 
employé pour afTirmer, ah oui ! ou bien ce mot 
dérive-t-il de la loc. « si ô » (sic est), qui se pro- 
nonce « siô » en Picard, et en Fr. -Comté? 

Plante dit fréquemment scio pour oui. 

AMPHITRUO. 

Sein' me tuum esse herum Amphitruonem ? 

BROMIA. 

Scio. 

AMPHITRUO. 

■Viden' etiam nunc ? 



BROMIA. 



Scio. 

{Amphitruo, v. 1103.] 



(Voy. Chô. 



AISSORDER, V. a. Assourdir : « a m'é aissordé 
aivou sai meusiqhie. » 
Berry : « assordir. « 

AISSOUBI (S'), V. réfl. S'assoupir, s'endormir. 

Le p de la désinence se change en b, comme 
dans double tiré de duplex. 

Le 1. sopire a donné à notre langue assoupir et 
peut-être assouvir : 

Si ne crains plus que rien m'assaille 
Car à la mort tout s'Assouvist. 

(Villon, Grand Tesl. 28.) 



AISSOUETE. adj. Celui qui a soif, qui est très 
altéré. 

De ai pour a et « souéf » dont la consonne finale 
est muette. (Voy. Soué.) 

AISSOUMER, V. a. Assommer, frapper avec 
violence. 

— Aissoumer (s'I, v. réfl. Se blesser gravement 
en tombant ou de (juelquo autre façon. 

AISSOURILLER, v. a. Rendre sourd, assourdir. 
Morv. n.-n.-o. 

En Berry « assouriller » signifie écouter avec 
attention. 

AISTEURE, loc. adv. A présent, à cette heure ; 
« i seu dijeuné aisteure », je viens de déjeuner. En 
plusieurs lieux on ne prononce pas la dernière 
syllabe. 

Madame Diane de France eust le duché de Chastel- 
lerault et puis le quitta pour estre duchesse d'Aiiçrou- 
lème dont elle retient Astheure le nom. 

(BR.i.MOME, Dames illustres.) 

Moy Asteure et moy tantost sommes bien deux. 

(Montaigne, III, ch. 9.) 

Berry, Norm. « asteure. » — Poitou : « astoure. « 

AITAICHE, s. f. Attache, lien, épingle, agrafe, 
cordon, ruban et en général tout ce qui sert à atta- 
cher quelque chose : 

Dame à genoulz ci vous mettez, 

Or ça ! lier par les costez 

A ceste Estache-ci vous vueil. 

{Th.fr. au M. A. p. 3J-2.) 

Le mot qui est encore dans les dictionnaires 
n'est plus guère usité qu'au fîg. : être à l'attache... 
n'avoir point d'attache... 

Bourg. « aitèche », — wallon : « atèche », — 
pic. « attake » et « attaker «, attacher. — Le rom. 

prov. atachar signifie tâcher de , s'attacher 

à ; atac/ia = attaque. — Ital. attaccare, atta- 
cher, lier, atteler, attaquer, assaillir. 

Le simple « taiche, teche «, qui, en Fr. -Comté, 
désigne un clou de soulier, marquait au fig. une 
prédisposition bonne ou mauvaise, comme un 
attachement pour ou contre. Le mot se prenait 
quelquef. dans un sens favorable comme dans ce 
passage de Ville-Hardouin, - p. 336 - : 

Me damoisiele vostre feme elle est biele, sage. 



AIT 



— 35 



AIT 



courtoise et deboinaire... et Entechie de toutes boines 

Teches ke damoisiele doit avoir en soi 

Car qui voelt son coer entamer, 

En bons mours et en nobles Teches. . . 

Amours est la droite racine. 

(Froiss.^rt, le Trettié de l'espin. amour.) 

Enticher, variante de enlecher, renferme au 
contraire une idée de dénigrement. 

En breton tech = inclination ; tecliet cla , 

habitué à 

AITAINER, V. a. Fatiguer, ennuyer, taquiner, 
importuner, dégoiiter : « laiché moue, vo m'aitai- 
ncs », haissez-moi, vous me fatiguez! « i seu 
aitainé de ç'iai », je suis ennuyé de cela. 

Dans l'anc. langue, aitainer signifiait nuire, faire 
du mal, vexer : 

Fox est qui gens Ataîne. 

[R. de la R. v. 7098.) 
Li mineur devant se tiennent, 
Qui pour Anglais Atainer 
Commencent le mur à miner. 

(GUILL. GUIART, V. 4121.) 

Et pour plus les Etanner il les fist sentencier, 

excommunier par bulle publique de Nostre Saint 

Père. 

(CHAST!iLL.\IN, VI.) 

Le mot était usité sans le préfixe a : 
Princes à mort sont destinez 
Comme les plus pauvres vivans. 
S'ils en sont coursez ou Tennez, 
Autant en emporte le vent. 

(Villon, Grand Test. p. 70.) 
Depuis l'heure que je fuz née 
Ne me trouvé aussi Tennée 
De vous voir derrière la porte. 

(R. DE COLLEEnî, p. 68.) 

Nous n'avons plus le subst. ataine, très usité 
en vi. fr., et qui avait le sens de dispute, importu- 
nité, tribulation : 

La mouche où tant a d'Atène 
Tance au frémi par grant haine, 
Elle se loe, l'autre desprise.... 

(YsoPET, De la Mouche et du Ft-emi.) 
Mais prendre set et endurer 
L'aversité e l'Ataîne 
Eissi cum Deus la 11 destine. 

(Benoit, v. 23281.) 

Dans Palgs., - p. 319, 480, 593 - : « pour quoy 
me Attaynez vous ? Why do you chalenge ?» Attay- 



neux, euse, colère, irascible : « il me Tonne ou il 

me ennuyé il me faiche ou il me Tenne il 

me Tenne de ce jeu » 

Berry : « atainer », fatiguer, obséder. — Suisse 
rom. « taina », haïr. — En breton atahinein, 
tourmenter ; — rom. prov. tahinar, atahinar, 
chagriner. — Burguy dérive le simple taïner de 
l'hébreu taan. D'après ce savant, les juifs allemands 
disent encore tânen (tahnen) pour tourmenter, 
inquiéter. 

AITAIQUER, V. a. Attaquer, harceler, (^'oy. 
.4i7aic/îe.| 

AITAIRI, V. a. Tarir, dessécher, mettre à sec : 
« mon poué ô aitairi », mon puits est à sec. N'est 
usité qu'en parlant d'un réservoir naturel. On ne 
l'emploierait pas pour exprimer l'épuisement d'un 
liquide déposé accidentellement dans un vase. 

Un vivier emprès les fontennes.... qui est Aterriz et 
plainz de fane (fange). 

(Duc. Fangus.) 

En un lieu ou il souloit avoir un vivier qui piéça 
Aterry et vint en prez. 

(IB. Mariscus.) 

Lang. K s'atari, » devenir sec. 
Diez dérive tarir de l'anc. allem. tharrjan, 
mettre à sec. 

AITEFICE, s. m. Engrais, fumier, amendement 
quelconque. A l'origine, « aitefice » ne signifiait 
probablement que moyen d'amendement, d'amé- 
lioration par l'engrais. 

Oresme attribue particulièrement aux laboureurs 
l'emploi des artifices : « personnes de divers arti- 
fices comme sont un médecin et un laboureur de 
terres. » (Voy. Littré, Dict. Artifice). 

Maine : « affîement », semailles, préparations 
diverses de la terre ; — Poitou : « affiages », har- 
nais propres au travail des labours, charrues, etc. 

AITEFIER, V. a. Fumer, mettre un engrais en 
terre ; améliorer, amender le sol et, en général, 
tout ce que l'on possède. On dit d'un homme labo- 
rieux et soigneux qu'il « aitefle » ses propriétés. Le 
mot s'emploie dans des acceptions de détail assez 
nombreuses qui au fond se rattachent à la même 
idée. Ainsi k aitefîer » un arbre, c'est le fumer, le 
nettoyer, le grefïer. Dans Rabelais afTier a ce même 
sens de gretïer : 



AIT 



36 — 



AIT 



Quand Je seray en mon mesnaige, j'en Aiïîeray (des 
poires) et hanteray en mon jardin de Tourainc sus la 
rive de Loire et seront dites poires de bon Christian... 
{Pantagruel, iv, j'i.) 

Quelques siècles auparavant. le trouvère Benoit 
disait cdefier : 

Ausi cum l'ente Edefiée 
Qui dcl buen arbre fu trenchée 
Creist e foillist e rent sa flor 
E son cher fruit de bon odor. 

(V. 1-3731.) 

Nous trouvons édifier dans une charte bourg, de 
1340 : 

■Voulons et outroions.... qu'il puissient planter vigne 
et Edifier es terres tiersaubles en paiant le disme des 
vins 

(C/i. B. Il, p. 482.) 

Sous ces diverses acceptions, on reconnaît tou- 
jours la signifie, étym. du latin : faire avec art, 
avec industrie. 

L'ital. artificio, artiflzio, signifie à la fois art, 
industrie, déguisement; artefatto, artificiato, 
travaillé avec art. En esp. et en port, artificiar a 
exactement le sens de notre patois « aitefier. « Le 
port, dit artifice pour artisan. 

Dans Palsg., - p. 619, - artifier, arranger avec 
art. Dans Comenius, - p. 161, - artificicusement 
^ artistement. 

Berry : « adfier, atfier », construire, planter et 
même nourrir ; un « adfiau « est un enfant du 
premier âge, c'est-à-diïe un nourrisson. — Dauph. 
« attafeîer », planter. — Poitou : « afTier «, élever 
des volailles, greffer, planter des arbres fruitiers ; 
« désaffier », cesser de planter. — Maine : « affîer », 
planter, semer, travailler la terre. 

Du 1. ars et ficare, fréquent, de facere, comme 
bonifier de bonus et du même verbe. 

AITENTIOUNEU, EUSE, adj. Attentionné, qui 
a des attentions, des égards, des prévenances pour 
quelqu'un : « çô eune gentite fonne. bin aitcntiou- 
neuse. » 

AITEUJER, v. a. Tisonner, remuer les tisons : 
« aiteujé 1' feu », tisonnez le feu. — Morvan n. 
(Voy. Teujon et Tuïon. ) 

AITIFER, V. a. Attifer, parer avec prétention et 
mauvais goût. 



— Aitifer (s'), v. réfl. S'habiller sans goiit. 
Dans le Roman de la Rose, tifer : 

Car el n'avoit mie mestier 
De soi Tifer ne d'afetier. 

(V. 1010.) 

El fu si cointe et si Tifée, 
El ressembloit déesse ou fée. 

(Y. 3437.) 

Palsg., - p. 758, - supprime aussi le préfixe : 
« I tjfell with my fingers, je tiffe : vous avez em- 
ployé deux heures pour Tiffer ceste chose icy. » 

Au temps de Ronsard, les coiffeurs étaient appe- 
lés attiffeurs : « ils ressemblent à ces Hercules 

lesquelz acheptent la peau d'un lion chez un pele- 
tier, une grosse massue chez un charpantier, et 
une fausse perruque chez un Attiffeur. » (Voyez la 
préface de la Franciade.) 

Suivant Scheler, du germ. tippan, toucher de 
la pointe des doigts: suivant Littré, du flam. tip- 
pen, couper le bout des cheveux. L'anc. anglais 
tife, parer la tête, et le fr. atifet, ornement de 
tête pour les femmes, semblent justifier celte der- 
nière étym. Comparez avec l'anglais mod. to tiff 
one's hair, crêper les cheveux; tiffany, gaze de 
soie. 

AITOLÉE, s. f. Attelée, la durée d'un travail 
d'attelage pour les bœufs ou les chevaux ; espace 
de temps où les animaux de trait sont attelés. 

jSI. Jaubert, dans son intéressant Glossaire, 
demande si « attelée », qu'il enregistre avec le 
sens de repas de longue durée, ne serait pas une 
corruption de attelée. Cela ne nous paraît pas 
douteux. Le Morvan, qui a de nombreux échos en 
Berry, substitue fréquemment l'o à l'e. Attolée, 
pris dans cette acception, est une métaphore qui 
n'offre rien de choquant puisque, dans nos mon- 
tagnes, le mot exprime un laps de temps mal 
défini. M. Littré se trompe donc, à notre avis, 
lorsqu'il dérive attolée, où l'o est bref, de taule, 
table. Le langued. « atâoula », attabler, répond an 
contraire évidemment au 1. tabula et à l'ital. Laro/a. 
(Voy. Détoler.) 

AITOLEMAN, s. m. Appareil d'attelage, et non 
pas comme en fr. action d'atteler. 

AITOLER, V. a. Atteler, mettre les animaux de 
trait sous le joug ou sous le harnais. S'emploie par 



AIT 



37 



AIV 



ellipse en pai-lant des personnes. Un paysan « bra- 
ment aitolé « est un homme qui a, comme dit la 
chanson, deux bons bœufs blancs dans son étable. 
Dans la Suisse rom. « attella » signifie mettre ses 
habits du dimanche pour aller à l'église. (Voy. 
Raitoler.) 

AITOLOURE, s. f. Cheville de bois ou de fer 
qui sert à l'attelage des bœufs. En vi. fr. ateloire. 
f^oitou : « atelure, atelouère. » Le berrichon « àte», 
Limon de charrette, se rattache probablement au 
1. hasta ou à son dimin. hastile. (Voy. Atèle.) 

AITOU, adv. Aussi, également, pareillement : 
>' al ô airivé aitou » , il est arrivé aussi. Dans le 
Morv. n. « aitou » signifie avec : « aitou lu », avec 
lui. Il en était de même dans l'anc. langue : atot, 
atou, a tout = avec : 

Vos ki estes en la pousière escoez vos et si loez, car 
veez ci Nostre Signor ki vient Atot la salveteit. 

{Serm. S. B. p. 531.) 

Atout li dux Robert ses mains 
Des fonz le lieve cum parrains. 

(Benoit, v. 0847.) 

Et lors s'apoia le viex petit hom sor sa croce et 
Atout sa barbe et les traces chenues 

(JoiNViLLE, Credo.) 

Encore fauklra, par ma foy, 

Que je vous monstre Atout le doy. 

{Th. fr., II, p. 208.) 

Montaigne emploie à tout pour avec et et tout 
pour aussi : 

Novis voyons les cicoignes se donner elles mes- 

mes des cly.steres A Tout de l'eau de marine 

(II, ch. XII.) 

La mort nous intéresse de leur interest quasi autant 
cpie du nostre et plus Et Tout parfois. 

(III, ch. IX.) 

Itou, qu'on dérive du latin hic, talis , n'est-il 
pas le même mot que « aitou », aussi, par aphé- 
rèse de l'a initial? 
Un anc. proverbe disait : 

Quand la chèvre saute au chou 
Le chevreau y saute itou. 

Comme tu sçais bian le gros Lucas aime à batifoler 
et moy parfouas je batifole itou. 

(Molière, Don Juan, ii, se. 1'=.) 

Le vi. fr. itel, ital, correspond au rom. prov. 
ai(a/, aitau, et à l'anc. ital. ita = co.sî. 



Gustave Fallot avance que atot, atout, ne com- 
mence à paraître qu'au milieu du XIIT' siècle, et 
que ce mot, sous l'une ou l'autre forme, est un 
signe de peu d'antiquité pour le texte où on le 
rencontre. C'est une erreur que démontrent assez 
les citations empruntées aux Sermo7is de S. Ber- 
nard et à la Ctwonique du trouvèi'e Benoit, deux 
monuments du XII"" siècle. Il serait facile de mul- 
tiplier ces exemples. 

Vendée : « aétou », aussi ; — Pr. -Comté : « aitou »; 
— wallon : « ato » ; — Suisse rom. « atot » ; — 
Champ. , Pic. « atout » ; — Norm . « otou , dotou >> pour 
avec et « etou, itou » pour aussi ; — Poitou ; 
« otout » = aussi. (Voy. Étou.) 

AITUIER. V. a. Attiser, tisonner. (Voy. .4 ifeujer, 
Tuïon.) 

AIVAN, prép. Avant ; en avant ; plus loin, hors 
du lieu où l'on est : « a n' o pâ iqui, al ô aivan », 
il n'est pas ici, il est parti. En Bourg., au temps 
de La Monnaye, on disait : « el at aivan. » 

Vi. fr. avant dans le même sens : 

Or dont, dist Renart, vien Avant, 
Si me deslace tout avant. 

{Renart, v. ii9i.] 

Or descent de cel fein aval, 

Vien Avant, je fatendrai ci. 

[Ib. 23939.) 

Mes Robastre lor fu a I pont au devant 
Qui leur a escrié : nen irés pas Avant ! 

(Gaufrey, v. 2417.) 

L'ital. avante a quelque chose de cette signifie, 
comme dans le fameux vers de Dante : 

Questo giorno non leggiam piu avanti. 

AIVAICHER, V. a. Saillir une vache : le taureau 
blanc a « aivaiché lai Beurnotte. » 

C'est à tort, selon nous, que quelques étymol. 
refusent de dériver le fr. avachir du subst. vache 
et le tirent de l'ancien h. allem. weichjan, énerver. 
.S'avachir ne renferme pas, comme le dit inexacte- 
ment M. Littré, l'idée de passer à l'état de vache, 
mais le mot exprime celle d'avoir les chairs flasques 
et pendantes comme le fanon des bêtes à cornes e( 
particulièrement des vieilles vaches. Dans le Poi- 
tou et en Saint, on dit d'une chose qui s'écule en 
s' abattant, qu'elle « s'avachit ». Dans le patois de 
cette région une femme « s'avache » lorsque l'em- 



AIV 



— 38 — 



AIV 



l)onpoint ôte à son corps la ferme souplesse des 
jeunes années. Le wallon de Liège « s'avachir « 
oiïre la double signifie, de s'amollir et de se défor- 
mer, s'affaisser comme sous un poids. Montaigne 
et son ami Est. de La Boctie se servent métapho- 
riquement du mot pour marquer l'action d'affaiblir : 
" .Te ne cherche, dit le premier, qu'à m'anonchalir 
cl Avachir. » — « Les tjrans, dit le second, font ce 
([u'il faut pour Avachir leurs serviteurs. » (Voy. les 
Essais IV, p. 76, et la Servitude t^olontaire, p. 108.) 

ATVANÇAULE, adj. Qui donne de l'avance, qui 
se fait vite. Un travail minutieux n'est pas « aivan- 
çaule. « 

AJVANCE, s. f. Espace de chemin ou de temps 
franchi avant le moment fixé ; argent libre dont on 
peut disposer sans délai : « al é d' laivance », il a 
de l'argent comptant. 

AIVAJVCI, E, part. pass. d'un verbe « aivancer « 
inusité. Celui qui a de l'avance, qui est à l'aise. 
Les désinences en i pour e des part, passés sont 
très fréquentes dans l'anc. fr. : 

La Dame s'est tant Avancie 
Que par devant toz s'est laucie. 

{Renan, v. 118! 1.) 

La forme avancir pour avancer était très répan- 
due en Bourg., témoin ce passage des Coutumes 
(le Châtillon : « il doit venir aux maieurs et dire : 
Messieurs je vueil Avancir ma maison et mettre 
l'Avancissement sur deux estaiches de pieiTC, etc.» 
(Voy. Ch. B. l, p. 403.) 

AIVANPLEUE, s. m. Avant-pluie, côté de la 
pluie, face exposée à l'ouest. — Un « aivanpleue », 
auvent (lui abrite une maison. (Voy. Pleue.) 

ATVARTI, V. a. Avertir : « i n' veu pà 1' seur- 
|)renre, al ô bin aivarti. » 

AIVARTICHEItfAN, s. m. Avertissement ; avis 
donné aux plaideurs de comparaitre devant le juge 
de paix; cédule qui a pour but la conciliation entre 
les parties. 

AIVAULER, v. a. Avaler, faire descendre. — 
De aval dont la forme bourg, est « avau. » (Voy. 
Dévauler.) 



AIVAULOU, OUSE, adj. Avaleur, avaleuse. Ce- 
lui qui est gourmand : « eun gran aivaulou. » 

AIVEILLI, V. n. Devenir vieux, vieillir : « al 
ô bin aiveilli. » 
Vi. fr. envieillir : 

Li tens qui Enviellist nos pères 
Et qui tous nous Enviellira. 

(fi. de ta R. v. 383.) 

(Voy. Veilli.) 

AIVENTRÏER (S'), v. réfl. Se coucher sur le 
ventre, se mettre à plat ventre. Nos campagnards 
ont l'habitude de « s'aiventrier » au bord des 
sources pour boire, comme les personnages du 
roman de Gaufrey : 

Revient à la fontaine 

A Ventrillons se met, si en reboit sa part. 

{V. 3359.) 

Par deles la fontaine voit Robastre couchié. 
Qui dessus la verte herbe s'estoit Aventrillé. 

(V. 3364.) 

De ventre. 

AIVEUGHIE, s. et adj. Aveugle. Le son de la 
désinence est très mouillé. — Morv. n. « aiveuille. » 

Wallon : « aveûle. » — Flandre : « avule. » — 
Poitou : « aveille ». — Jura : a aveulio. » 

AIVEUGHIER, v. a. Aveugler, éblouir : « 1' sou- 
lai m'é aiveughié. » — Morv. n. « aiveuiller. » — 
Maine : « avouguier. » 

AH^EUGHIOTTE (AI L'), loc. A tâtons, dans 
l'obscurité. — Morv. n. « aiveuillotte. » — En Pic. 
M à l'avuglette » : 

Mais d'aller ainsi à Veuglettes 
L'on chet, s'on ne s'en donne garde. 

{L'Amant rendu Cordelier, stance 95.) 

AIVÏER, V. a. Aviser, apercevoir : « auchuto 
qui m'en seu aivïé ; — n' taiville pâ d' fére ç'iai. » 
«Aivïer» est l'anc. verbe avisier par la chute de 
l's médial. 

Nus des autres riens ne prisié 
Puis que ge l'oi bien Avisié. 

(fi. delà R. V. 1666.) 

— Aivïer (s'), v. réfl. S'aviser d'une chose : « i 
n' m' seu pâ aivié de c' qui », je ne me suis pas 
avisé de ceci. 



AIV 



- 39 — 



AIV 



AIVKtER, V. a. Inventer, imaginer des choses 
fausses le plus ordinairement. Morv. n.-n-o. — 
« Aiviger » est une forme d'aviser. 

AIVINDRE, V. a. Atteindre. Un puriste du XVII'' 
siècle, Caillères, dit de ce mot qu'il est du dernier 
bourgeois. M. Littré établit judicieusement la dis- 
tinction qu'on doit faire entre aveindre et attein- 
dre : « Quand on touche seulement une chose, on 
l'atteint. Quand on la prend et qu'on l'amène à 
soi, on l'aveint ». Les Morvandeaux observent très 
bien cette règle. Aivindre suppose toujours la prise 
de possession de l'objet atteint. L'étjm. latine fixe 
d'ailleurs la distinction dont il s'agit, aveindre 

étant dér. de ad venire, venir à et atteindre de 

ad tangere, touchera 

Poitou : « aivoindre », — Berry, Forez, Norm., 
Pic. « aveindre », atteindre à... ; — Lang. « avé- 
dre », avec le sens de posséder; — Suisse rom. 
« aveinta ». prendre un objet d'un accès difficile. 

ATVÏON. s. f. Avis, aperçu, vue rapide d'un 
objet, ou au fig. d'une idée. A'i. fr., avison, avi- 
sion : 

Si li avilit en Avison 

Qu'il iert toz sens sanz compaingnon, 
Près d'un bois à une montaingne. 

{Rensrt, v. 7617.) 

Moult lui viendra d'Avisions 
Par nuict. quand il sera couchié. 

{Pathelin, il. se. li.) 

Quar une Avisions li dist 
La nuit, si com il se dormoit, 
Ç'une kapiele là feroit. 

{MousKES. V. 2465.) 

AmOTI, E, adj. Amaigri, émacié, miné par la 
faim ou la misère. Ne s'emploie guère qu'en parlant 
des animaux. Un bœuf « aivioti », une brebis « ai- 
viotie » sont des bêtes qui n'ont plus que le souffle. 
Par la chute de la labiale v, « aivioti » est pour 
« aivivoti », tiré de vivoter, dimin. de vivre. A 
Genève, « vicoter » signifie vivre pauvrement, avec 
peine. Vicoter est dér. de la forme viquer qui 
existait en vi. fr. et que nous retrouvons dans le 
wallon « vikar » ; « vikareie » = existence : « 1' 
vikareie = la vie, les vivres. La même syncope 
se montre dans le poitevin « avier » pour aviver : 
« avier le feu. » 



ATVIS, s. m. Avis, opinion, sentiment : « c' ni'ô 
aivi », ce m'est avis ; je suis d'avis ; je crois que... 
En vi. fr. le préfixe a est quelquef. supprimé : 

Renart le vit, si a souriz, 

A son oncle dist, ce m'est Vis, 

Oncles, oez bone novele. 

(Renart. v. 7814.) 

Du 1. vistun. vu. jugé. (Voy. Aivïon.) 

AFVIVES. s. f. plur. Avives, glandes derrière 
la mâchoire. 

Afin que le cheval, par un tremblement conti- 
nuel, semblât avoir les Avives. 

{Vieux Conteurs, p. 642.) 

Voici une recette du XIV' siècle pour guérir les 
avives : 

Quant cheval a Vives, il convient de dire ces trois 
mos avec patenostres f abgla f abgli f alphara f 
asy f Pater noster, etc. 

{Ménagier de P. II, p. 78.) 

Le remède offert par 01. de Serres est moins 
cabalistique mais plus violent : « aux Avives le 
plus prompt remède est le meilleur c'est d'arra- 
cher les Avives avec la lancete. » 

{Théâtre d'Agric. p. 889.) 

Du 1. vivulœ. Bas 1. vivse et vivolœ. Voy. Drc, 
qui cite un texte ou vii-œ correspond à la mala- 
die vulgairement appelée goutte. 

ATVOIGNE, s. f. Avoine. 

AIVOINGE, s. f. Avance. Le dicton du pays est : 
Quan ai pieu 1' dimoinge 
Lai s'maigne n'ô pâ daivoinge. 

Quand il pleut le dimanche, la semaine donnera 
du retard à l'ouvrage. 

ATVOINGEAULE, adj. Qui avance, qui va vite. 
qui se fait avec promptitude. Un travail « bin 
aivoingeaule » est celui qui peut s'exécuter avec 
rapidité. 

ATVOINGER, v. a. Avancer, donner de l'avance. 

Rabelais, - II, ch. 16, - nous offre ce mot, moin.s 
ce qui est particulier à notre idiome : « Panta- 
gruel pourtoyt ordinairement ung fouet sous sa 
robbe duquel il fouettoyt sans rémission les pai- 
ges pour les Avanger daller. » 



A IV 



- 40 



AIV 



En bas 1. adiantagium, se disait d'un objet 
faisant saillie, d'une avance. Le vi. fr. avantage 
désignait quclquef. une planche, une pierre sail- 
lante. (Voy. Duc. Advantarjium.) 

Maine : « avanger », — Poitou : « avainger, 
aivonji », — Dauph. « avangier. » 

AIVOLER. V. a. Abattre, courl)cr en bas, cou- 
cher. 

Vi. fr. avaler, descendre, abaisser : 
Si lor fu vis tous III assés 
Que li flarae al ciol s'en aloit, 
Et puis sour la glise Avaloit. 

(MousKES, V. 341 fi.) 

— Aivoler (s'), v. réfl. Se coucher, étendre ses 
jambes. L'homme fatigué « s'aivole » dans le lieu 
où il se repose. 

Pic. « avolé », nouveau venu dans un pays, 
celui qui y est nouvellement débarqué ou descendu. 

De aval par syncope du 1. ad vallem. (Voy. 
Devoler.) 

AIVOLTE, s. f. Grosse averse qui entraîne les 
terres, ([ui ravine : les « aivoltes » ont couru dans 
les chemins. 

En fr. volte, circuit, tour ; volter, tourner, vol- 
tiger : révolte, mouvement contre ; faire volte-face 
marque l'évolution du visage. 

Ital. volta, tour ; voltare, tourner, faire courir 
par terre; — esp. voltear = volver, rouler, tour- 
ner ; — port, volta, voltar. 

De volte, subst. participial dérivé du 1. volvere, 
rouler. (Voy. Voûter.) 

AIVOU, prép. conjonct. Avec : « al ô v'ni aivou 
ou daivou nô », il est venu avec nous. 

Les pays de dialecte bourg, ont « aivô, aivu, 
aivoue, aiveu, aveuc. » « Aivou » est pour « aveuc » 
avec l'o cjui est étjmol. pour e : 

Si ai sa fille Aveuc moi amené, 
C'est Esclarmonde, qui tant a de biauté. 
{Huon de B. v. 8976.) 

Vosges : « aivou », — Norm., Pic. « aveu », — 
Fr.-C. « aivo, aiveu », — wallon : « avou » =avec 
et aussi. — Mons : « avec » = « aivou » pour aussi. 

De ab hoc pour apxid hoc. 

AIVOUÂ, v. aux. Avoir. 

Indic. présent : i é, t'é, al é; i on, vos é, al an. 



— Imparf. i aivô, t'aivô, al aivô; i aivin, vos aivin, 
al aivin. — Parfait déf. i eu, t'en, al eu; i eure, 
vos eure, al eure. — Parfait incléf. i é été, t'é été, 
al é été; i on été, vos é été, al an été. — Parfait 
ant. i eu été, t'eu été, al eu été ; i eure été, vos 
cure été, al eure été. — Plus que parf. i avô été, 
t'aivô été, al aivô été ; i aivin été, vos aivin été, 
al aivin été. — Futur : i airô, t'airô, al airô ; i 
airon, vos airâ, al airan. — Futur piassé : i airô 
été, t'airô été, al airô été; i airon été, vos airâ été, 
al airan été. — Condit. prés, i airais, t'airais, al 
airait; i airon, vos airâ, al airan. — Condit. pass. 
i airais été, t'airais été, al airait été ; i airon été, 
vos airâ été, al airan été. — Irnpér. n'existe pas 
en patois. — Subj. qui à, qu' t'a, qu'ai ai ; qui 
ain, qu' vos ain, qu'ai ain. — Subj. iinp. qui eusse, 
qu' t'eusse, qu'ai eusse; qui eussin, qu' vos eussin, 
qu'ai eussin. — Subj. parf. qui a été, qu' t'a été, 
qu'ai a été ; qui ain, qu' vos ain, qu'ai ain. — Subj. 
plus que parf. qui eusse été, qu' t'eusse été, qu'ai 
eusse été ; qui eussin été, que vos eussin été, qu'ai 
eussin été. — Infin. aivouâ. — Part, jmssé. éhu, eu. 
Bourg. « aivoi », — Norm. « aver », — Pic. 
<i avoër », — Poitou : « avère, avouère, avoy », — 
wallon : « aveur, avu », — Suisse rom. « avai. » 
(Voy. Raivouâ.) 

ATVOUCAI, s. m. Avocat : «eun boun aivoucai. » 

Bourg. « aivocar. » 

Avocat, dit le D ('cf. de la langue fr., est un mol 
fait dans le XIP siècle sur advocatus qui avait 
donné avoué au fr. primitif. Le vi. fr. advocacie 
signifiait plaidoyer. Advocasser n'impliquait pas 
un sens défavorable. (Voy. Aivoucaisserie.) 

AIVOUCAISSERIE, s. f. Avocasserie, parlage à 
tout propos et sans fin avec esprit de chicane. 

La profession des avocats prétait déjà le flanc, 
pour cause d"abus, à la moquerie du Xn'"" siècle 
en même temps que leur influence exagérée soule- 
vait déjà maintes protestations. En 1314, les barons 
de France rassemblés se plaignent de no plus pou- 
voir se faire rendre justice : 

Nous sommes versez à revers 
Et par vilains et, par convers 



A la cour ne nous fait-on droit 
Sers, vilains, Avocateriaus, 
Sont devenus emperiaus. 

[Cliron. mitr. v. 679ii 



ALE 



— 41 - 



ALO 



S'il faut en croire un proverbe populaire du 
XVP siècle : 

Tout advocat beau diseur 
Ressemble à Bastien le jongleur. 

ATVRI, s. m. Avril, le k" mois de l'année. 
Lai pieu d'aivri 
Fé lé bins réjôïs. 

AIZI, V. a. Agir, se mettre en mouvement. Mor- 
van n. 

AIZU, s. m. Lieu où l'on rouit le chanvre, où 
on le fait aizer = aiger. Morv. n.-n.-o. 
De aige = eau. (Voy. Naigeou, Nâyou.) 

AL, pron. maso, qui désigne la 3" personne du 
sing. il : « al ô saivan, al ô p'tiot, al ô saige. » Au 
plur. « a » pour ils devant une consonne : « a son 
mailaides » ; et « al » devant une voyelle : « al y 
feure. » Morv. n. « ol. « 

Dans les Sermons de S. Bernard, - p. 564, - aies 
= eles pour elles : « Coment feroient elles à altrui 
ceu k'eles ne welent mies c'un facet à Aies. « 

Les paysans de Molière disent aile pour elle : 
« Aile auroit été fort obéissante et je m'en vas gager 
qu'il la prendroit, ly, comme Aile est, si....» (Voy. 
le Médecin vialgré lui, ii, se. 2.) 

Bourg. « el » pour il et ils ; — Flandre : « al » 
= elle. — Poitou, Saint. « aile » = elle devant 
une voyelle, « a >> devant une consonne. (Voyez 
Ile.) 

A LAI GRIPPE É LAI GRAPPE, loc. Attrape 
qui peut ; distribution faite au hasard de la force 
ou de l'adi-esse. Morv. n. 

ALEMELLE, s. f. Lame de couteau. On dit d'un 
individu dupe d'un mauvais marché : « al é choingé 
son couteai por eune alemelle », il a changé le 
couteau pour la lame. On désignait autrefois sous 
le nom d'alemelle tout instrument tranchant, 
mais le sens le plus général était celui de lame : 

« ipsum ensem apprehendit nuda manu per 

Alemellam sive lamam Cum ratione certorum 

cultellorum seu Alemellarum gallice alemelles. » 
(Voy. Duc. Alemella, Alumella.) 

Le coutel tint par l'Alemele 

Et dist : biax enfès, or tenez 

Ce coutel 

{Dolopathos, V. 6369.) 



Cascuns tint le branc nu dont trence la Limelle... 
Si jou ne le conquier à la boine Alemele. 

[Fierabras, v. 988, 1000.) 

Or vou.9 diron d'une autre beste 
Qui a deus cornes en la teste 
Si trenohanz corne une Alemelle. 

{Le Bestiaire divin, v. 2'28.) 
Dur fust qui pitié n'en preist 
Quant si vist Dido la bêle 
Sor la pointe de l'Alemele. 

{R. de R. V. 13404.) 

Un état de marchandises soumises à la taxe sur 
la Loire comprend les alemelles dans les merceries, 
« aiguilles, airain, albâtre, AUumelles de couteaux, 
etc. (Voy. Mantellier, II, p. 250.) 

Berry : u lamelle, lumelle, alumelle » ; — Norm. 
« lumelle, alumelle « ; — Pic. « alemelle, alu- 
melle «; — Champ. « alemelle «; — Bourg. « égu- 
melle, armelle. » 

Du 1. lamella, petite lame, avec a préfixe qui ne 
figurait pas toujours. On trouve souvent dans 
l'anc. fr. lemelle : 

La hache a contremont par mautalent levée 
Dont le manche fu lonc et la Lemelle lée. 

(Dooii de Maîence v. 8532.) 

ALEUVE, s. m. Élève, nourrisson. Se dit des 
animaux, du bétail : Grand Jean fait de bons 
« aleuves. « On prononce « éleuve » dans le Mor- 
van b. 

ALOIGNE, s. f. Alêne dont on se sert pour percer 
le cuir. Berry : « alegne, alogne. » 

ALOUAIGE, s. m. Louage, location : il cultive 
un champ qu'il a « d'alouaige » ; il en paie une 
pistole «. d'alouaige. » 

ALOUER, V. a. Louer, prendre en location, amo- 
dier. On « aloue » une maison, une ferme, un 
domestique, etc. 

Dans le texte du Livre de justice et de plet on 
lit : « Johans de Biaumont dit que cil qui Aloa la 
chose est tenu à celui à qui il Aloa dou louage. » 
M. Chabaille, à la page 2 de son Glossaire, rectifie 
cette leçon et écrit loa au lieu de aloa. La seconde 
forme est cependant correcte : 
Un gars qui avec lui fu, 
Qui les buez chaçoit de vertu, 
Aloé l'avoit la saison. 

[Renart, v. 15969.) 
6 



ALV 



— 42 - 



AMB 



Et dans la farce de Palhelin, - acte m, se. 6 - : 

LE JUGE 

Or cscoutons 

Estoit-il point vostre Aloué ! 

Voire : car s'il s'estoit joué 

Aie tenir sans Alouer 

On retrouve dans plusieurs patois, notamment 
dans l'Anjou. « alouer « pour louer, embaucher. En 
vi.fr. alouer avait quelquef. le sens que nous attri- 
buons au verbe embaucher, celui de mettre le bétail 
à l'engrais dans un pré : « Le seigneur peut saisir 
les bestes pasturantes sur son fonds, encore qu'elles 
n'appartiennent à son vassal, ains à ceux qui tien- 
nent l'héritage à louage, ou qui ont Alloué les 
dites bestes. » Allouer, du 1. ad locare, dans ce 
passage cité par Duc, signifie mettre à son lieu, 
à sa place, c.-à-d. dans l'herbage, comme embaucher 
signifie proprement mettre en bauge. (Voy. Bau- 
cjer.) 

ALPREILL'3IAN , adv. Pareillement, égale- 
ment. 

ALTÉHÉ. part. pass. Altéré, qui a soif. Morv. 
n.-n.-o. 

ALUNETTE, s. f. Linotte, oiseau de la famille 
des granivores. 

ALVIN, s. m. Bétail d'élève, animaux du pre- 
mier âge, poulains, jeunes veaux : il y a beaucoup 
K d'alvin » sur ce domaine. Worv. n. Environs 
de Lormcs. 

En fr. alevin ne désigne que le poisson nouvel- 
lement éclos. Le mot s'appliquait autrefois à un 
enfant trouvé comme encore aujourd'hui en Mor- 
van nourrisson. En Fr. -Comté « alevun » se dit du 
menu poisson et de très jeunes enfants. Dans la 
Suisse romande le bois taillé est appelé « alvi, 
allevai. » Ce terme correspond au bas 1. alleva- 
inentum, plant, pépinière. Le patois forézien 
donne au mot « nourrain » le double sens de carpe 
d'empoissonnement et de cochon de lait. (Voyez 
Neurin.) 

ALVINER, v. n. Aleviner, produire de l'alevin, 
c.-à-d. le fretin ou menu poisson avec lequel on 
peuple les étangs. Chez nous les carpes qui alevi- 
nent sont appelées pisseuses ou en patois « pichou- 
ses. » (Voy. ce mot.) 



— Élever, nourrir du jeune bétail. Le double 
sens du mot démontre qu'il est dérivé d'une anc. 
forme alever pour élever : 

Depuis l'avons céans nourrie et Alevêe 

Et l'avons, mes tous-dis, nostre niesce apelée. 

(Berfe, p. 157.) 

Bas 1. et ital. allevare, élever, nourrir. 

AMBÎ3IE, s. m. Abîme, endroit profond ou dan- 
gereux. 

Fr. -Comté : « aibinme. » (Voy. Aibîme.) 

AJIBITIONNOU, OUSE, adj. Envieux, qui a le 
désir d'avoir, le plus souvent aux dépens du pro- 
chain. 

AMBLÂ, s. m. Tige ou branche de bois tordue 
en forme d'anneau servant à fixer le joug des 
boeufs sur le timon d'une voiture. Le gloss. fran- 
çais du Dtct. de la basse latinité donne une fausse 
définition de cet engin agricole en disant : « Am- 
blai, espèce de claie dont on entoure une char- 
rette pour y pouvoir voiturer certaines choses. « 
On trouve au contraire une interprétation d'une 
parfaite exactitude au mot A mblaciu m. Elle est 
due au savant Guérard, commentateur du Polyp- 
tique d'Irminon. Je la reproduis telle quelle parce 
qu'on ne saurait mieux dire en français : « Ambla- 
cius, annulus virgis flexibilibus contortisque effor- 
matus, cui paxillus jugi inseritur, isque annulus 
aratri temonem extremum aduncumque, in ipsum 
introductum, retinet atque attrahit. » (Voy. le 
Polyptique, p. 314 de l'append. et le gloss. pecu- 
liare, p. 428. 

Vi. fr. amblai, emblei : 

« Octroyons que lidit habitant aient hernoix de 
cherrue, puissent prenre et coillir hars, rortes et 

Amblaix en touz nos bois de Jonville 

Le suppliant print une des verges pour teurtre 
et faire des Ambleiz à charrete. » (Voy. Duc. Am- 
blacium.) 

Poitou, Saintonge : « amblet » et « embleter », 
mettre l'amblet. 

Dul.ambît/a/oi'iusexprimantlamobilité? Déam- 
bler avait quelquef. le sens de mettre en mouve- 
ment, mouvoir. S. Bernard dit de Jésus-Christ : 
« il at jai Dambleit son espeie, » il a déjà promené 
son épée. (Voy. les Sermons, p. 536.) 

Le simple est dans le fr. ambler, le rom. prov., 



AMP 



— 43 — 



ANC 



l'esp. amblar, l'ital, amblàre, le valaque em- 
blà, Tangl. to amble. Le rom. prov. perambular 
signifie s'avancer, faire des progrès. 

AÎIELETTE, s. f. Omelette. L'anc. langue a dit 
alumelle pour omelette, sans doute à cause de sa 
forme aplatie comme une lame : « Faites deux 

Alumelles qui seront frites Alumelle frite au 

sucre... aultre Allumelle d'œufs poches.... » (Voy. 
le Ménagier de P. II, p. 207, 208.) 

M. Littré voit dans la forme amelette un appui 
pour l'opinion des étymol. qui dérivent omelette 
de âme (le contenu de l'oeuf). On peut s'autoriser 
encore du terme plusieurs fois employé par un des 
personnages du Fidelle, comédie de Larivey. 
M. Josse appelle la femme de Cornille « sa très 
douce Amelette, sa désirée et aggréable Amelette. » 
(Voy. acte iv, se. 9, 12.) 

AMERALE, s. f. Camomille vulgaire. Grandga- 
gnage rattache amorale à l'adj. amer. Cette opinion 
parait d'autant mieux fondée qu'on appelait autre- 
fois amerelles certains fruits à saveur amère, la 
griotte notamment. Dans Comenius, - p. 29, - 
amerelle =: griotte, comme en allem. animer. Le 
rom. prov. amari?xa = cerisier sauvage; — Norm. 
« amoroc », camomille commune; — Vendée : 
« amarotte » , — Poitou : « amaron » , matricaire ; 
— Jura, Suisse rom. « ammer », mjTtille. 

AMEULER, v. a. Mettre en meule, en tas, en 
groupe. 

— Ameuler (s'), v. réfl. Se mettre en tas, faire 
masse. On « ameule » le foin, la paille sur le gre- 
nier ; les moutons « s'ameulent « pendant la 
chaleur. 

AMEUSSER (S'), v. réfl. Se baisser, se cacher, 
se tapir. S'emploie quelquef. sans le pronom : « al 
ô ameussé dan V crô », il est tapi dans le trou. 

De musser, cacher, en vi. fr. (Voy. Meusser.) 

AMPOULE, s. f. Petite rainette qui monte sur 
les arbres. On croit dans le pays que son venin fait 
naître des tumeurs séreuses et empoisonne les bêtes 
à cornes qui l'avalent en broutant l'herbe, ^^oici la 
recette légendaire contre la maladie de l'ampoule. 
Le remède est souverain quoiqu'il ne figure pas 
dans le codex de la médecine vétérinaire : 



« Notre-Seigneur, en s'y promenant, rencontra 
Vermine Pouline (l'ampoule). Vermine Pouline, 
où t'en vas-tu? Je m'en vas tout en m'y promenant 
tout au travers des champs, toute bête animale que 
je rencontrerai et que je piquerai en périra. Notre- 
Seigneur a répondu : Non, Vermine Pouline, ils 
n'en périront pas ; c'est si vrai qu'ils n'en périront 
pas, que la colombe est sans amer et le serpent 
sans poil. » 

Cela dit, on donne une grosse poignée d'herbe 
à la bête malade en l'appelant par son nom et à 
l'intention du bon Dieu, de la sainte Vierge et du 
bon saint Phélerin. On ajoute neuf Pater et neuf 
Ave. Après quoi l'animal est guéri et peut retour- 
ner au pâturage. 

AN, terminaison de la 3"= personne du pluriel au 
présent de l'ind., au futur, etc. : « a dian, a fian, a 
mingean », ils disent, ils font, ils mangent. Une 
partie du Morv. n. prononce on : « a dion, a fion, 
a mingeon. » La première terminaison nous vient 
directement du latin : amant, amabant. Le 
rom. pi'ov. dit aman, amavan. Cette forme existe 
dans plusieurs patois, le berrichon, le poitevin, le 
saintongeois, etc. 

Molière, qui avait une certaine connaissance du 
langage des campagnes, prête les deux formes à ses 
paysans. Dans son Don Juan, - i, se. 1, - Pierrot 
use tour à tour des terminaisons ant et ont : « Ils 
Ant des chemises qui Ant des manches où j'ente- 
rions tout brandis... ils Avont des cheveux qui ne 
Tenont point à leu teste... etc. » 

ANCINER, V. a. Exciter un chien, le lancer à 
la poursuite de quelqu'un : le chien s'est « anciné « 
contre lui. 

Le vi. fr. avait le verbe acener dont le sens est 
assez obscur : 

Cléomadès lors Acena 

Les gardes qui estoient là... 

{Cléomadès, v. 11.589.) 

Dans ce passage le mot signifie probablement 
appeler en faisant signe ou en donnant un signal . 
En ital. cenno, signe, signal, geste; cennare, 
accennare, faire signe, qui répond au fr. assigner 
et au wallon « asèner. » Le sens étym. de « anciner » 
serait exciter par un signe. L'n serait une interca- 
lation comme dans le vi. fr. soingner pour signer. 
Guill. Guiart dit Anfrique pour Afrique. 



AND 



ANN 



ANCRE, adj. Acre, âpre, aigre, violent, ardent. 
Au propre on dit d'un fruit sauvage qu'il est 
« ancre », et au fig., d'un bon travailleur, qu'il 
est « ancre » à l'ouvrage. Le mot se trouve dans le 
Gloss. de Roquefort, sans citation à l'appui. 
Ancre est pour Acre, que M. Littré considère 
comme une forme calquée assez récemment sur le 
latin. — Bourg. « ancre, aincre. » 

Le 1. acer signifiait aussi âpre au propre et 
ardent au fig. : acre be?/um, guerre violente. (Voy. 
Cré.) 

ANCREMAN, adv. Avec âpreté, violemment, 
ardemment. Dans le Livre des Rois, - p. 220, - 
ancrement a une valeur superlative : « Abisag de 
Sunam, une Ancrement bêle pulcele » 

(Voy. Deureman.) 

ANDAIN, s. m. Chenet, landier. Duc. définit 
ainsi l'andain : « Andena est ferrum quo appo- 
diantur ligna in foco ut melius luceant, etc. » Le 
Capitulairc de Villis, - ch. 42, - mentionne des 
andains parmi les ustensiles de cuisine. Andain 
rappelle l'anc. fr. andeus, andous, qui signifiait 
les deux, l'usage des chenets les ayant dès l'origine 
accouplés dans le foyer : 

Quant il sont vaincu, il s'efforcent (les éléphants') li 
un et li autre por gaster les Andeus. 

(Brun. Lati.m, p. Î43.) 

Li quens Tiebauz 

D'ire et d'angoisse plore et tremble, 
Et fiert Andous ses poinz ensemble. 

(Benoit, v. 22395.) 

Dou dart d'amours, si com moi semble. 
Furent Andoi navré ensemble. 

{Cléomadés, v. 3266.) 

— Ligne d'herbes que le faucheur couche à terre 

en marchant : 

Arrivez dans le pré, d'une main mesnagière 
Ne laissent clairvoyants un seul brin en arrière, 

L'un les Andins retourne 

(Gacchet, p. 129.) 

L'andain a servi de mesure agraire : « pratum 
continens duodecim Endens prati. « (Voy. Duc. 
Andena.) Dans plusieurs patois, andain signifie 
enjambée comme en vi. français. Le bas 1. nauda, 
dont le sens est très obscur dans le Gloss. de Duc, 
s'applique peut-être à andain, mesure de superfi- 
cie, car en Poitou « landaux » , raneées d'herbe 



coupée, a pour synon. « naudins », bandes de pré 
de la largeur d'un coup de faux. 

Poitou : « andain, ondain, landaux », lignes 
d'herbe fauchée; « andillon », griffe, ou ongles des 
animaux à pied fourchu; — Berry : « landée », 
ligne d'arbres ; — Bourg. « andée », sentier dans 
les vignes ; — Suisse rom. « anda » vague, onde ; 
« andain » ligne d'herbes coupées ; — Normand. 
« andain », intervalle entre deux pas ; « andain, 
ondin » , foin coupé par lignes ; — Forez : « andan » 
et « andana », qui répond à l'esp. andana, file, 
rangée, et à l'ital. andala, allée. (Voy. Désan- 
dener, Landié.) 

ANGIVE, s. m. Contrefort de bâtiment. 

ANGUILLE, E, part. prés, d'un verbe « anguiller » 
inusité à l'actif : une carpe « anguillée » est celle 
qui prend la forme d'une anguille. 

— Anguiller (s'), v. réfl. Se dit du poisson qui 
maigrit et qui s'allonge au lieu de grossir. Il 
devient ainsi impropre à l'engraissement. Dans un 
étang trop chargé de menu poisson , l'alevin ne 
tarde pas à « s'anguiller. » 

Du 1. anguiUa dim. de anguis, serpent. Dans 
les gloses d'Isidore, anguilla désigne une lanière 
servant à fouetter les écoliers. 

ANLIGNER, v. a. Aligner, mettre en ligne. 
Des arbres bien « anlignés. » 

— Anligner (s'), v. réfl. Se mettre en ligne. 

ANNAIGE, s. m. Bête ovine d'un an qu'on 
appelle prime dans le langage technique. La forme 
du Berry « annoge » est calquée sur le bas 1. 
annogius qui désignait un agneau ayant une année 
accomplie : « Accepit ovium Annogium et unum 

agnum unum Annoje de uno anno. » (Voy. 

Duc. Annogius.) Carpentier cite anouge comme 
appartenant à l'idiome provençal. Le Poitou apo- 
cope le mot dans « noge », jeune veau. 

Rapp. « annoge » de annonagium qui parfois 
s'appliquait au produit annuel du croît sur un 
domaine : « In univcrsa terra ejus non habeo 
talliam, vel porcellagium, seu Annonagium. » 
Dans ce passage cité par Ducange, annonagium 
désigne probablement l'agnelage ou l'ensemble 
des agneaux. Le mot « antenois », qui existe dans 
plusieurs provinces avec une signifie, variable. 



ANN 



— 45 — 



APA 



bête bovine d'un an en Berry et en Flandre, jeune 
poulain en Normandie, en Picardie et dans le 
Maine, répond à l'ital. antenato et désigne en 
général un jeune animal, une béted'antan, c.-à.-d. 
de l'année précédente. En fr. antanois, antanier, 
sont des termes de zoologie qui s'appliquent aux 
animaux ayant une année accomplie. Le vi. fr., 
pour exprimer la même idée, se servait encore du 
mot suranné (en ital. sopranno) qui s'étendait 
également aux animaux ayant plus d'un an : 
« Toutes autres aumailles comme vaches et veaux 
Seurannez et aussi de touz poursseaux Seuran- 
nez. » (Voy. Duc. Supe)'a?i?ia/us.) Le verbe suranner 
aujourd'hui peu usité à l'infinitif, signifie littéra- 
lement être âgédeplusd'unan. Le Dictionariolum 
puerorum traduit par antenois le l. ariniciilus. 

Du 1. ante et annus qui se contracte comme 
dans annatus pour anfe natus. 

ANNEM, E, adj. Ennemi. On prononce an-n'mi. 

Cil vengera et el et li, 
Il ocira son Anemi. 

(Marie de FK.ixcE, Lai d'Yvenec.) 
Molt a regardé le pais 
Ou il savoit ses Anemis. 

(Laide Melion, v. 148.) 

Sire Dieu, aies merci de moy garde moy de 

la temptacion de l'Annemi 

{Oraison J. Dupin.) 

Anemin dans les Sermons de S. Bernard. Le 
patois bourg, dit encore « aimin » et « anemin » 
pour ami et ennemi. 

ANNEUnTIÉ, s. f. Inimitié, haine. 

ANNEU, s. m. Ennui, langueur, tristesse, cha- 
grin, embarras. On prononce an-ncu. 
Vi. fr. aneu, anoi, anui: 

Folie est d'autruy ramposner 
Ne gens de chose araisoner 
Dont ils ont Anui ou vergoigne. 

{Fab. et Contes, I, p. 100.) 

Selon Diez, d'un subs. inodhim formé sur 
odium qui avait le sens de dégoût, importunité. 
L'ancien dialecte vénitien disait inodio. (Voyez 
Ainuïan.) 

ANNUIAU, s. m. Animal : « 1' jDoure an-nimau 
ô péri », le pauvre animal est mort. 



ANNO, adv. Non. Mot construit avec l'interj. ah 
et la partie, de négation no pour non. Dans le 
morv.n. «ainn'no «.le premier n est une épenthèse 
d'euphonie. On redouble l'interjection dans la 
locution « oh qu' ann' nô! » oh que non. (Voy. Ain- 
nomâ.) 

ANOSSE, s. f. Anesse. Morv. n.-n.-o. 

ANPRÊS, prép. Près, auprès. Une épitaphe 
gravée sous le portail de l'église de Champallement 
porte : CI : GIST : GIRAT : LI : OSISON : QUI : 
TRESPASSA : LON : lEUDI : ANPRES : LA : 
SAINTE : LUGE : LAN : M : CGC. On voit dans 
ce monument du XIIP siècle que la prononc. 
vulgaire en Nivernais était anprès pour après. On 
y constate aussi la répugnance locale pour l'r des 
désinences, même dans les noms propres. On disait 
Gira pour Girard. Dans le Roman de la Rose, 

- v. 407, - emprès =^ après : 

Une ymage ot Emprès escrite 
Qui sembloit bien estro ypocrite. 

Berry : « anprès », — Pic. » emprès », — Bourg. 
« aipré », — Poitou : « apras. » 

ANQUIE, E, adj. Repu, gorgé, saoulé. Morv. n. 
« i seu anquié », je suis rassasié à l'excès. 

APÀIER, V. a. Apaiser, calmer, tranquilliser. 
Ton cœur ne porras Apaier. 

(R. de la R. v. 2343.) 
Merci de moi et Apaiés 
Vostro ire 

{Ib. V. 3185.) 

« Apaier » vient du 1. pacare comme payer, 
acquitter une dette. 

On dit en Morvan satisfaire quelqu'un pour 
exprimer qu'on a payé un créancier. Apaier a aussi 
le sens de satisfaire, de contenter, dans Joinville, 

- p. 304 - : 

Li autre roy et li autre pèlerin qui après li ven- 
roient, se tenroient tuit Apaié de faire lour pelerinaige 
aussi comme li roys de France averoit fait. 

APAN, adv. En bloc, en masse, tout ensemble, 
sans choix. 

Un marchand vend sa marchandise en gros et 
réserve qu'on la prendra « apan » c.-à-d. sans 
laisser de rebut. 



ARA 



- 46 - 



ARA 



Grec 



La nuit de Nouvel, en cel an, 
Fist-il se très grand froit A Pan 
Que vins gelèrent es toniax. 

{Chron. mèlr. v. 1G80.) 

TTKVTMf, t6 TZÛV, IC tOUt. 



AQUE, S. f. Acte : une « aque » de mariage. Le 
notaire a fait « l'aquo. » 

AR, loc. Etre en ar, être en disposition, en 

velléité de « al étô en ar d'ailcr en viaige », il 

était disposé à aller en voyage. Morv. n. Ar n'est 
peut-être qu'une forme non mouillée de air. Diez 
dérive ce dernier mot de l'allem. art, manière, 
inclination, humeur, penchant. 

ARÂGNER, V. a. Exciter, stimuler les animaux 
de ti-ait, les bœufs, les vaches. On laboure d'autant 
plus de terrain en un jour qu'on « arâgne « davan- 
tage ses bêtes. Morv. n. 

Dans le Vocab. du XIV siècle quelquef. cité, 
compellare = aresner que le commentateur inter- 
prète dans le sens de pousser, faire marcher, 
avancer ou reculer à volonté. Compellere renferme 
cette signifie, en latin. L'Evangile de saint Luc, 
- 14, 23, - dit : « Compelle intrare ut impleatur 
domus mea. » (Voy. Airâgner.) 

ARAJOINTES. On lit dans le Gloss. de Duc. 
a Arajointes, Nundinarum, quse apud Castrum 
Caninum habebantur, nomen. » « Comme icellui 
Arnault fcust aie à une foire nommée la foire des 
Arajointes, séant à Chasteau-Ohinon... » Si jamais 
une académie morvandelle se fonde à Château- 
Chinon, voilà un sujet de concours offert à l'éru- 
dition locale : Dissertation sur les foires du Morvan 
au moyen âge et en particulier sur la foire des 
Arajointes. Je soupçonne que la foire des Arajointes 
n'est autre que celle du Beuvray. Elle se tenait 
tous les ans sur le sommet de la montagne, le pre- 
mier mercredi du mois de mai. Elle existait encore 
au temps de Guy Coquille qui la qualifie de mémo- 
rable. L'historien ajoute qu'elle est « renommée 
par toute la France et représente beaucoup d'anti- 
f[uité. » (Voy. ses Œuvres, I, p. 299 et 439.) En 
Berry et en Poitou on appelle « jointes » le glas 
funèbre que sonnent les cloches de l'église. 

ARÂMER, V. n. Entrer dans les rameaux, dans 



les branches d'un arbre. On prononce en quelques 
lieux « airaimer ». 

— Arâmer (s') , v. réfl. Se mettre dans les rameaux 
au propre, et au fig. revenir le soir, rentrer tard. 
Le Gloss. du Centre donne ce terme poétique avec 
la même signifie, un peu plus étendue. Ainsi on 
dit encore qu'un essaim de mouches à miel « s'ara- 
me» lorsque les abeilles, à l'époque de l'essaimage, 
s'attachent à une branche d'arbre. 

Dans la Chanson de Roland, - p. 208, - Char- 
lemagne ayant obtenu du ciel la prolongation du 
jour, le poëte s'écrie : 

Pur Karlemagne fist Deus vertuz mult granz. 
Car li soleilz est Romés en estant. 
Dans le trouvère Benoît, - v. 22101 - : 
Là tendirent tentes et très, 
Kar une nuit s'i sunt Remés. 
Et dans la Chronique de Mouskes, - v. 24019 - : 
Si s'en est li papes r'alés 
Et li sénators est Remés. 
Remé a ici le sens de resté (du 1. remanere) et 
n'a rien de commun en apparence avec notre mot 
« aramé » ou « airaimé ». L'anc. langue avait le 
participe enramé que Roquefort interprète inexac- 
tement en lui attribuant la signifie, de fendu, 
éclaté : 

Ains que ma cars fust Enramée 
Du mal qui n'est pleisans ne biaus. 

{Li Congié Baude, v. 233.) 

Du 1. ramus, rameau ? Comp. avec le mot com- 
tois « aranii » qui signifie calmer, apaiser, et 
répond au bas 1. arramare. En Touraine : « endra- 

mer », s'engager dans... (Voy. Soûlai raiman.) 

ARÂPE , part. pass. d'un verbe « araper » 
inusité à l'infinitif dans ce sens. Avide, ladre, pa.s- 
sionné pour ses intérêts. En vi. fr. araper se disait 
pour saisir avec force. 

Gargantua Arrapoit l'un par les jambes, l'autre par 

les espaules 

{Gargantua, i, 38.) 

Bas 1. et ital. arrapare; — esp. arrapar d'où 
ari'apax, harpago, croc, main de fer. 

C'est de ces sources que descend le nom de 
l'Avare, de l'admirable type créé par le génie de 
Molière, Harpagon. En grec : âpizu^, grippe-argent. 

Genève : « râpin », avare; — Berry : « arraper ». 
saisir; — Suisse rom. « arappâ », agripper; — 
Lyonn., Dauph. « arpa », griffe, serre; — Forez : 



ARC 



— 47 



ARD 



« arpa », griffe; « arrapù », saisir; — Lang. 
« arpo », griffe; « arpîou » qui a les mains cro- 
chues ; « arpi », accrocher, rapiner. Le subst. 
harpe, griffe, de l'anc. langue, a donné à la nou- 
velle harpailler, harpie, harpin, harpon, etc. (Voy. 
Râper.) 

ARÀPER (s'), V. réfl. Se prendre à... se mettre 
vivement à... Un bon ouvrier « s'arâpe » à son 
ouvrage; il s'est « arâpé » à sa vigne. 

Fr. -Comté (Fourgs) : « arpai », travailler d'ar- 
rache-pied. 

ARAQUER, V. a. Accrocher. Chute de la pala- 
tale et le ch prononcé en c dur, ou q. — Norm., 
Pic. « aroquer. » 

ARCANDIE, s. m. Coureur de grands chemins, 
vagabond. Les niarcandicrs figuraient parmi les 
sujets du grand Coesre, roi des Gueux. C'étaient, 
dit Francisque Michel, « de grands pendards qui 
allaient d'ordinaire deux à deux, vêtus d'un bon 
pourpoint et de méchantes chausses, se donnant 
comme de bons marchands ruinés par les guerres, 
par le feu, ou dévalisés sur le grand chemin. » 
(Voy. Le Moijoti Age et la, Renaiss. I, f° xi.) 

Berry : « arcandier », petit commerçant qui fait 
tous les métiers pour vivre, et « marcandier », 
marchand. — H. Maine : « arquanier, erquanier », 
mauvais garnement. — Bourg. (Puisaye) : « arcan- 
der », peiner, fatiguer ; « arcandier », celui qui se 
fatigue pour ne rien faire. 

ARCHE, s. f. Mait, coffre où l'on pétrit le pain. 
Le Morv. n. dit indifféremment mait ou arche, 
prononcé « airce. » 

Arche = coffre, dans les langues néo-latines et 
dans nos divers patois : 

Convint quelle baillast la cler de s' Arche à son 

dit frère 

(C/i. B. I, p. 73.) 

On trouve le dimin. archet, archete, dans quel- 
ques textes : 

La cuoule e l 'estamine 

En aveit-il en une Archete 
Que desfermout ceste clavete. 

(Benoit, v. 12491.) 

Dans le Forez, « archi » pour arche se dit de 
toute espèce de coffre : l'archi au linge, l'archi à 
l'avoine, l'archi au fromage, l'archi au lard, etc. 



Dans le basque, arkha et hutcha sont synony- 
mes dans le sens de coffre. Dans le Jura, on appelle 
« archebanc » un petit coffre dont le couvercle sert 
de banc. 

Du 1. arca qui avait aussi parfois le sens de coffre 
comme on le voit dans le passage d'Horace, où un 
amoureux se cache dans un meuble de ce genre : 

Turpi clausus in Arca 

Contractum genibus tangas caput. 

Dans la Bible, arca désigne souvent un coffre, 
une caisse publique. (Voy. Paralip. xxiv, 8, 10, 11.) 

Le bas 1. arca désignait quelquef. un tronc 
d'église, et c'est de là que le revenu provenant des 
troncs est appelé arcagium, archagium. 

Le 1. arcus a donné au fr. la double forme arc 
et arche. Palsg., - p. 435, - disait encore archer 
pour arquer: « Ce bastiment est Arche. » Si la 
forme arquer ne nous vient pas de l'ital. arcare, 
elle appartient au dialecte picard et n'est entrée 
dans la langue littéraire qu'au XVP siècle. 

ARDEZ, impér. d'un verbe fictif « arder » pour 
regarder : 

Ardez, c'est la fille à Piarre 
Qui lui fait toujours la guarre. 

{Th. fr., IX, p. 113.) 
Ardez, qu' eus estes galouriau ! 
Est-ce à cause du renouviau ? 

(Ib. ib. 174.) 

ARDILLE, s. f. Argile, terre gi-asse et fraîche. 
L'anc. langue mouillait la lettre 1 dans argile 
lorsqu'elle n'usait pas des formes ardille, ardrille, 
arsille, qu'on rencontre assez souvent : 

Renart 

En l'ArdilIc s'est tooilliez, 
Tant que il estoit toz soilliez, 

[Renan, v. 3957.) 

Dans Palsg., - p. 660 et 507, - « Il saulue son 
beurre sus son payn de son poulce comme si ce fut 

Dardille ou Dargille Je suis ungpoure homme, 

il fault que je Ardille mes murailles » 

Berry : « ardille » ; — Poitou : « ardile » ; — 
Maine : « airdrille » ; — Champ. « arzile » ; — 
wallon : « arzeie » ; — Esp. arcilla ; — Bas 1. 
ardihla, terre blanche. Du grec apyàlo; par le 1. 
argilla. 

ARDILLÈRE, s. f. Terrain argileux. Les Ardil- 
1ères, grande prairie près de Saulieu. La rue et la 



ARE 



48 



ARI 



porte des Ardilliers, à Nevers, tirent leur nom, dit 
M. de Soultrait, d'une famille des Ardilliers. Deux 
membres de cette famille sont appelés en 1283 
Guillelmus et Johanncs de Ardilleriis. 

Dans l'Yonne, une « ardillère » est une fouille 
de terre glaise à l'usage des tuiliers et des potiers : 

Renart ot tant coru 

Qui fu amatiz et lassez, 
Vers le for se r'est apassez 
A ses piez qu'il ot enbouez 
Et de l'Arzilierre enterrez 

{Renart, v. 8108.) 

Bas 1. ardillaria.. (Voy. Duc. à ce mot.) 

ARDILLEU, ARDILLOU, adj. Argileux, qui est 
de la natui-e de l'argile. Au fcm. euseetouse. 

Cum l'eve est bloie e Arzillcse 
E pleintive, c abundose. 

(Benoit, v. 3015.) 

Berry : « ardilleux, ardilloux » ; — Poitou : 
« ardilloux » ; — Maine : « ardrilloux » ; — Esp. 
arci//oso. 

AREINE, s. f. Arène, granit en décomposition, 
lequel forme un sable à gros grains. 

A la fontenelle 
Qui sort sur l'Araine, 
Trouvai pastorelle 
Qui n'iert pas vilaine. 

(Roquefort, Pastourelle.) 

Ces sables de la mer sont des fourriers, et veoyons 
de grandes montioies d'Arène mouvante qui mar- 
chent d'une demie licuc devant elle, et gaignent 
païs 

(Montaigne, I, ch. 30.) 

Ta vie est en sa course et d'une forte haleine, 
Et d'un pied vigoureux tu fais jaillir l'Areine 
Sous tes pas 

(Ronsard, Fragmens.) 

Un « crot d'areine » est une carrière d'où l'on 
extrait ce gros sable pour divers usages. Dans 
une charte du XIIP siècle, un lieu prèsd'Autun est 
ainsi appelé : Crotum de Arena. (Voy. le Carlid. 
d'Autun, p. 181.) 

Nous n'employons le mot « areine » qu'au sin- 
gulier : « l'areine », de « l'areine ». Il en était de 
même pour le 1. arena. On peut consulter sur 
ce point les Nuits attiques, - xix, 8 -; on y voit 
que César « ce savant homme » n'admettait pas 



(ju'on put dire « harense y> au pluriel, parce que le 
mot au sing. désigne la multitude des particules 
qui forment le sable. 

h'Ecclesiaste, - i, 2, - l'entend ainsi lorsqu'il 
s'écrie: «Arenam maris... quisdinumeravit?» L'esp. 
arenas ne s'applique qu'aux gravelles de la vessie. 
(Voy. Gravélle.) 

AREINER, V. a. Couvrir avec le gros sable appelé 
« areine ». On areine un chemin neuf, une allée de 
jardin, etc. 

Le fr. graveler, bien peu usité, a la même signi- 
fication. En esp. arenar, cnarenar, sabler. (Voy. 
Reiner.) 

ARGOLET, s. m. Houx. Ce mot était très usité 
dans le Morv. n. Les bâtons « d'argolet » jouaient 
autrefois un rôle fort actif dans les foires et les 
apports de la contrée. Un « argolois » était sans 
doute un lieu planté de houx comme l'indiquent la 
forme latine argoletum mentionnée par l'abbé 
Baudiau et le nom de plusieurs hameaux du 
Nivernais et de la Bourgogne : Largolet, com- 
mune de Flétj', et l'Argolay près de Charolles, le 
château d'Argoulais, près de Château-Chinon. 
Argoulais, hameau de la commune de Montsauche, 
est écrit Ai'golois en 1512 et Argolloys en 1521. 

Il y avait autrefois des arquebusiers à cheval 
qu'on nommait argoulets, parce que le houx four- 
nissait l'arc de leur arme. Ménage, qui eut le malheur 
de ne pas savoir le morvandeau, tire argoulet de 
arcus. M. Nisard le dérive de arlot qui signifie 
ribaud en roman provençal. Une épitaphe de 
l'église de Saincaize joue sur le mot argoulois en 
le traduisant par agra legiim. Ce mot renferme à 
lafoisunemétathèse et une syncope do agrifolium. 
en vi. fr. aigrefeuille, houx. 

Berry : « argoulin » , -bâton ; — Suisse romande : 
« agrebblai », houx ; — Poitou : « agrole », genêt 
épineux; — Jura : « aigrilou », houx. (Voyez 
Aigoujà, Aigru, Aigueuriau.) 

ARIE, interj. Arié est un expédient de langage 
très usité, une interjection explétive qui donne de 
l'énergie à la phrase. Le sens en est si capricieux 
qu'une définition précise est chose difficile. II 
signifie : maintenant, enfin, en effet, et correspond 
ordinairement à l'interj. « jar, jaré ». (1) 

[i] Duo. remarque qu'à Marseille are a la même signifie, que 
jam. (Voy. Jar.) 



ARN 



- 49 



ARR 



On rencontre dans le bas latin et dans le vi. fr. 
quelques exemples de cette interjection mise en 
œuvre : « Retulit suo juramento quod Are très 
anni sunt lapsi... » « Icellui la Bastide criast au 
suppliant : Ribault, traistres... Ares, par le ventre 
de Dieu, tu mourras... » (Voy. Duc. Are.) 

Vous souvienne de boire à my... et je vous plege- 
ray tout Ares métys. 

{Ganiantiia, Prologue du livre i.) 

L'adjonction de l'i est plus particulière au dia- 
lecte bourg. On prononce « are » dans une partie du 
Morvan. Cons. sur ce mot les Curiosités de l'étijm. 
fr. de Nisard, et le Gloss. du Centre qui écrivant 
arriê, arriers, me semble se tromper dans quel- 
ques-unes de ses citations. Les exemples empruntés 
au roman de Garin et au Vœu du Héron nous 
donnent probablement arrier pour arrière. « G'irai 
arrier parler au fils Garin », est dit pour j'irai 
après, plus tard, ensuite, parler.., « Les deux 
plas a reprins et le hairon arier » doit s'entendre 
et le hairon ensuite, en dernier, en arrière. Le roni. 
prov. reire, en derreir signifie après, ensuite, à 
la fin. 

Bourg. « arié » ; — Champ. « arrié » ; — Norm., 
Poitou : « are » ; — Suisse rom. « ara » ; — wallon 
(Mon s) « oragn. » 

Arié dér. du 1. ad horam prend la forme « aro » 
en Lang. et en Provence. A Toulouse « arometjs » 
signifie immédiatement, à l'heure même, comme 
on le voit plus haut dans la citation empruntée à 
Rabelais. Esp. ahora, présentement ; — cat. ara, 
à l'instant. L'ital. ora, maintenant, nous explique 
le bressan et le lyonnais « tôt ore », comme le 
forézien « tôt oure », tout de suite. Le rom. prov. 
avait les variétés aora, aoras, adoras, qui se con- 
tractaient dans ar, ara, aras. — Valaque : adi- 
neora ; basque : orat. 

Le fr. or, ore, n'est qu'une variante du mot. Sa 
signifie, la plus ancienne est : maintenant, à cette 
heure : 

Je sailli sus et le feri dou poing entre les dous 
espaules et je li dis : « Or hors de mon hostel ! » 

(JOINVILLE, p. 310.) 

ARNE, part, passé d'un v. « arner » inusité à 
l'infinitif. Ereinté, fatigué à l'excès : « i seu arné », 
je suis éreinté. 

Arné dans Palsg., - p. 534, - : « Il se esvertua 
tant pour lever ce grant poys qu'il se rendit Arné.» 



Dans le même auteur, - p. 307, - arne est un 
subst. masc. et fém. qui s'applique à celui ou à 
celle qui a les reins brisés. Si éreinté se peut dire, 
observe Ménage, je pense que ce n'est que du 
cheval. Érené, erné, était donc en vogue au XVIP 
siècle. La forme éreinté est d'ailleurs moins régu- 
lière à cause du t parasite qui la défigure. Esrené 
est dans Rabelais, errené dans Bonav. Desperiers : 
« Il ouvre l'huis au lévrier qui crioit à gueule 
ouverte comme Errené qu'il étoit. » (Voy. Nou- 
velle XX.) Ronsard tient pour arné comme Pals- 
grave : 

S'ils portent le harnois 

Une heure sur le dos, ils ont l'échine Arnée. 
(LiTTRÉ, Dict. Éreinter.) 

D'autres écrivent erné : « Si j'ay affaire à quel- 
que poltron ou quelque homme qui ne soit gen- 
tilhomme, je me contente de l'Erner à coups de 
bâtons. » Voy. Th. fr. vu, p. 191.) 

Bourg. « airenai ; — Berry : a érener, erner » ; 
— Norm. « érener, éherner » ; — Poitou, Champ. 
« erner » ; — Flandre : « éraner » ; — Suisse rom. 
« arena », écraser sous un poids, ployer sous un 
fardeau; — Genève, Lyonnais : « érinières, enrei- 
nières », douleurs de reins, lumbago. 

Du 1. renés, reins, avec le préf. é pour es con- 
tract. de en les. 

AROU, s. m. Arrosoir. Apocope de <c arousoir. » 
Morv. n.-n.-o. 

AROUHER, V. a. Arroser. 

ARRI, interj. Arrière ! cri à l'usage de ceux 
qui veulent faire reculer les bœufs : « arri, arri! » 

Il semble que dans quelques contrées de la 
France, comme en Italie, l'interj. arri s'emploie 
pour presser la marche des animaux de trait. Plu- 
sieurs érudits ont conclu de ee fait que le mot a 
une origine celtique. On cite encore un passage du 
Leys d'amors où arri est mis au nombre des interj. 
à l'aide desquelles on excite les bêtes de somme : 
<■<■ Per las interjectios excita hom soen las bestias, 
coma arri ! » (Voy. Raynou.4Rd, Lex. Arri.) Mais 
dans ce texte le sens n'est pas clair, car on excite 
les animaux aussi bien pour les faire reculer que 
pour les faire avancer. Quoi qu'il en soit, il est 
probable que notre interjection n'est qu'une apo- 
cope de arrière. A Genève « faire arri » est un terme 



ARR 



50 



ARV 



de batelier qui signifie ramer en sens contraire, 
en arrière. 

Dans le Romande la Rose,-v. 8521, - une dame 
indiscrètement interrogée sur la splendeur de sa 
toilette répond : 

Ilari, hari ! 

C'est por lamor de mon mari. 

Hari dans ce passage signifie bien arrière ! 

ARRIÉ, prép. et adv. Arrière. « En arrié », en 
arrière ! 

Vi. fr. arier, arrier, ai'riers. 

Il se met Arrier par la main de discrécion. 

{Job, p. 485.) 

Mais s'il vos plaist, aleiz en France Arier. 

(G. de Vi. V. Hfi9.) 

Tardif le saisi par derrière, 
Par l'un des piez Arriers le tire. 

{Renart, v. lir.73.) 

Qui délivre ajuste aulne et il mesaulne comme de 
tirer le pouce Arriers... l'on lui doit copper le polce... 

(C/i. B. I, p. 376.) 

ARRIHER, V. a. Accommoder avec la graisse ou 
autre assaisonnement. Le bon lard « arrie » bien ; 
il faut de l'huile pour « arriher » la salade. Quel- 
ques anciens prononcent « arriver. » Ce lard est 
mauvais, il « n'arrive « pas. Cette dernière manière 
de parler explique l'origine de « arriher. « Le bas 1. 
arriare est sjnon. deHarriver. (Voy. Dvc. Arriare.) 
En es]). arriar=^arroyar. En vi. fr. arréer, arraier 
= préparer, mettre en ordre. (Voy. ConreiUi.) 

ARROI, s. m. Tout ce qui sert à assaisonner les 
mets, l'huile, le beurre, la graisse, le lard. La 
maison du pauvre est souvent « sans arroi. » Cela se 
dit et cela est. 

Arroi est un subst. verbal formé sur arroyer, 
arréer. qui, au fig., signifiait fournir, garnir, et 
quelque!', préparer, accommoder, approvisionner. 
Bas 1. arriare, arraiare. (Voy. Duc. Monstrum, 
Arraiare) . . . Arrayamenturn en bas 1. ^arroy en fr. 

Conroi, à peu près synon. de arroi, traduit le 
1. annonam dans le Livre des Rois, - p. 238, - 
« Annonam régi et domui ejus, pour le cunrei à la 
maison le rei. » 

Dans le Ménagier de Paris, arrement a le sens 
de arroi et répond au bas 1. arrarnentiim, apprêt. 
iVoy. Conroi, Emhouler, Enroi.) 



ARTISSE, s. m. Artiste vétérinaire. Nos cam- 
pagnes, en fait d'art, ne connaissent que l'art vété- 
rinaire et encore « le r'bouteux » tient le haut du 
pavé. 

ARTOUÉ, s. m. Orteil, le gros doigt du pied. 
Une partie du Morv. n. prononce « artau. » 

Vi. fr. arteil, artueil, ortau. Furetière appuie 
la première forme et avance à tort que orteil 
est une èorruption. Dans Comenius, - p. 75, - 
artueil : « avec les doits ou Artueils le gros 
Artueil. » On rencontre aussi artau, ortau dans 
l'anc. langue : 

Et là prist-il une froidure 

Qui fu trenscans et aspre et dure, 

Si pierdi les Ortaus des pies. 

Berry « arté «, — Dauph. « arteu », — Genève : 
« artueil », — Hainaut: «artoil », — Forez: «artio», 

— Lang. « artél », — ital. artiglio, orteil, ergot. 

— Du 1. articidus, dimin. de artus. membre. 

ARTOUEZON, s. m. Artison, insecte qui ronge 
les étoffes, les fourrures, les bois blancs. 

Les Artusons, mittes, vermisseaux et autres bestioles 
ne mordront aux fourmages, si on les frotte avec de 
la lie molle de bon vin ou avec du fort vinaigre. 
(Ol. de Serres, p. 260.) 

En Bourg. « artoisin » : 

Si dan vo grenei vos aivé 
Dé bahu, dé côfre rongé 
Voù les Artoisins et lé taigne 
Jor ai neu y tene l'écraigne. 

(A. PiRO.N'. h'Evairement de lai peste.) 

En Bretagne l'artison est surnommé le petit 
marteau de la mort, parce qu'en rongeant le bois 
il produit un bruit continu et régulier quelque peu 
semblable à celui d'un martellement lointain. La 
mite ou teigne est appelée « hartouz » dans la même 
région. 

ARVEIRE, s. f. Rivière. ^lorv. n. 

ARVIOULE, s. f. Regain de prairie. Morv. n. 
« Arvioule » est une métath. de « revioule », avec 
changement de l'e en a. 

ARVIVRE, s. m. Regain de prairie. Synon. de 
« arvioule » pour revivre. 



ASI 



— 51 — 



AST 



AS, Aux, à les. Morv. n. 

Celés choses ke reveleies sont As saiges et As 

senneiz. 

{Senn. S. B. p. 522.) 

Tout lo monde par parole oignent, 
Mes lor losanges les gens poignant 
Par derrière dusques As os. 

(R. de la R. v. 1047.) 

Fai, se tu pues, chose qui plaise 
As dames et As demoiseles. 

[Ib. V. 2131.) 

Est-ce donc vostre famé qui est As vos cotés ? 
{Parise la Duch. v. 2525.) 

Dans un vers du même roman de Parise, 
-V. 2682, -as, pluriel de l'art. al,et esi^lur. de el, se 
montrent concurremment avec la même signifie. : 

Il corrurent As armas, Es chevauz sont monté. 

{Yoy.A, Es.] 

ASCIAU, s. m. Petite hache à manche très court 
dont on se sert avec une seule main, outil à l'usage 
des charpentiers, des sabotiers, etc. « Asciau » est 
un dimin. de « asce », comme en fr. hachereau 
est un dimin. de hache. Dans Palsg. hascerell. 

Le suppliant d'un Asseau à charpentier leva la 

serreura d'une huche fermée à clef. 

(Duc. Ascilus.) 

Dans quelques pays maritimes les constructeurs 
de navires étaient appelés maîtres ou charpentiers 
de hache, magistri assiœ. 

Champ. « asse, asseau » ; — Poitou : « ascieau, 
assereau » ; — Suisse rom. « hatson »; — Dauph. 
« aissetto. « 

Basl. ascio?us, doloire; asciaî'e, couper, hacher. 

Le fr. hache a pour congénères « ayssa « en 
prov.; accia, ascia en ital.; mais le français ne 
paraît pas se rattacher comme ces derniers mots 
au 1. ascia, doloire. Toutes les formes romanes 
sont-elles dérivées du rad. sanscrit aksh, pénétrer"? 
(Voy. Aice, Aisceai.) 

ASCUSER, v. a. Excuser, pardonner : « ascusé 
moue », pardonnez-moi. 

ASINE, s. f. Bête asine. S'emploie quelquefois 
substantiv. comme dans l'anc. langue : « al ô été 
qu'ri son asine. » 

Il ont grandismes quantités de bestiames il ont 

vulpes toutes noires et grant, il ont Asines sauvajes. 

(M.iRC PoL, p. 270.) 



01. de Serres écrit asinine pour asine. Dans la 
Haute-Auvergne, en Saintonge et dans la Suisse 
rom. a ase » se dit pour âne. En Lang. « ase » et 
l'adj. « asenen » ; — rom. prov. a:e ; — breton : 

azen, âne ; azenez, ânesse. 
Du 1. asî7ia, ânesse. 

ASSIAUNE, AISSIAUNE, AISSEAUNE, s. f. 

Bardeau, lame de bois de chêne qui sert à la toi- 
ture des bâtiments. La couverture en u assiaunes » 
était autrefois très en vogue à Château-Chinon. 
On voit encore dans cette ville un assez grand 
nombre de maisons revêtues d'assiaunes comme 
d'une armure de bois. La tuile et l'ardoise détrô- 
nent peu à peu cette mode qu'expliquait parfaite- 
ment d'ailleurs la richesse du pays en chênes de 
haute futaie. 

Vi. fr. assenne, aissaule, aisseau, aissielle, as- 
seille, essaul, essaulne : 

Comme les supplians eussent marqué ou signé de 
la marque contrefaite deus charges de aes ou Assennes. 
{Letlre de rémission. — 1412.) 

Pour la couverture du four de Valenton, pour Ais- 
saule et painne xii solz 

^ {Ib. - 1374.) 

Unes heures couverte à Asseilles d'argent 

{Ib. — 1370.) 

Icelle maison qui estoit couverte d'Essil ou d'Es- 

saule vieille Estienne Noquin dist au suppliant 

qu'ilz tirassent hardiment et que s'il avoit une petite 

Essaulne de boys, qu'il retourneroit bien toutes leurs 

flèches 

(Duc. Essarma.) 

Item sur chascun millier d'Esseaune 

(Voy. Mantellier, III, p. 80.) 

Dans Comenius, - p. 161, - les ouvriers qui cou- 
vrent « en assiaunes » sont appelés les recouvreurs 
d'esselin trad. en ital. par gattinelle, assicelle ou 
tavolette. 

Fr. -Comté : « essaie, essôle », bardeau, éclat de 
bois. 

Dul. assula, planche, tablette, tranche de bois. 
(Voy. .4.) 

AST03IAC, s. m. Estomac, poitrine. 
En Morvan, et ailleurs probablement, l'estomac, 
c'est tout à la fois la poitrine, le cœur, la gorge, le 
sein. Un bel estomac promet une bonne nourrice : 
Quand je voy Barbe en habit bien duisant. 

Qui l'Estomac blanc et poly descœuvre 

(JUrot, III, 12e.) 



ATE — : 

Presque tous nos conscrits, lorsqu'ils se présen- 
tent devant le conseil de révision, ont mal à l'esto- 
mac, c.-à-d. quelque part, aux environs. Du reste 
le grec <7Toii«;^oç désignait aussi la gorge. 

À TAS, loc. En monceau. Il a des ccus « à tas. « 
Mettez le grain « à tas » : 

Je suis vostre mère Bobance 
Qui veulz assembler ma puissance 
De folz à troupeaux et A Tas. 

{Th. fr. I, p. -265.) 

ÂTE, v. subst. Être. Morv. n. (Voy. Été.) 

ATÉLE, s. f. iMorceau de bois qui entre dans l'ap- 
pareil d'attelage pour les chevaux de trait. En vi. fr. 
une « astèle » était un tronçon, un éclat de bois : 

En petit dore 

I out mil lances en Astèles. 

(Benoit, v. 2361.) 

Sus les testes et sus les cox 
Les lances volent en Astèles. 

{Renart, v. 26989.) 
Elle lui commanda de fendre du bois et bûcher des 

Astelles 

{Contes d'Eutrapel, xxix.) 

Attelle est en fr. un terme de chirurgie qui dé- 
signe une lame de bois comme dans ce passage 
de Paré, - xii, 2, - « il faut que les compresses 
et Astelles embrassent toute la partie fracturée. » 
Normandie : « atelle », bois coupé et fendu ; — 
Fr. -Comté : « aitelle », éclat de bois ; — Maine : 
« atelle », broche, aiguille ; — Dauph. « eitela », 
éclat, bûche; — Suisse rom. « étalla, étella », 
bûche, tison; « étale », copeaux; — rom. prov. 
astella, tronçon ; — esp. astil, astUla, — port. 
astilha, copeau. 

Du 1. astula qu'on trouve dans Pline pour assula, 
dimin. de assis, fragment de bois, planchette. 
Atelier, lieu où travaillent des ouvriers, est tiré de 
astelle. Dans son poème intitulé le Plaisir des 
champs, Cl. Gauchet nous offre le tableau d'une 
exploitation forestière. Les bûcherons abattent les 
arbres, les charpentiers débitent le bois : 

Le reste de l'ouvrage 

Qui ne peut se tailler nous sert pour le chauffage. 
A six vings pas de là se void une autre bande 

D'ouvriers 

Ont à part çà et là chascun leur Astellier 
Autour d'un hestre gros, dont la tige fendue 
En mille gros eselats sur terre est estendue. 
[L'Esté, les Bosqidltons.) 



l — AUB 

Comcnius, - p. 159, - dit « eselats, couppeaux. 
eschardes ou Estelles. » (Voy. Aitoloure.) 

ATIQUET, s. m. Les femmes se servent de 
l'atiquet comme d'un point d'appui pour leurs 
aiguilles à tricoter. L'atiquet se place sur la poi- 
trine. C'est ordinairement une amande, une noi- 
sette ou même une dent de porc, un corps dur en 
un mot. Plusieurs patois disent « afiquet » pour 
« atiquet. » En vi. fr. l'afïique en métal souvent 
d'or ou d'argent servait au même usage. Atiquet 
n'est peut-être qu'une corruption de affîquet. 
jVoy. Aifiquet.) 

ATOUNAN, ANTE. adj. Étonnant, surprenant. 
Morv. n. 

AUBE, s. m. Enfant nouveau né. L'anc". langue 
nommait aubète la pointe du jour et la membrane 
que je crois être le cordon ombilical : 

Qui feroit sechier l'Aubète du petit enfant sur la 

pointe d'une espée trenchant et clère l'enfant sera 

toute sa vie beaux et hardis 

{Èvang. des Quen. p. 22.) 

Désauber un enfant, c'était, je suppose, lui enle- 
ver l'aubète : 

Quant l'enfant sera Desobé, lui soit rué du vin blanc 
sur son ehief 

{Ib. p. 109.) 

Dans quelques textes cités par Duc. le bas 1. 
albatus et le vi. fr. aube semblaient désigner un 
enfant nouvellement baptisé. L'aubé est aussi l'of- 
frande appliquée à la bénédiction des aubes. Dé- 
sauber exprime l'action de quitter les vêtements 
blancs du baptême ou de la confirmation. (Voy. 
Duc. Alba, Albata, Dealbatus.) 

De alba, aube '? L'aubé serait l'enfant du matin, 
de l'aube. Dans plusieurs régions de la France, en 
Poitou notamment, le v. « auber » se dit pour 
partir de grand matin, à l'aube. L'aubette est la 
pointe du jour. Peut-être encore de albus, blanc, 
parce cjue le nouveau-né était porté à l'église 
dans des linges blancs ? Le vi. fr. avait aube 
pour blanc : Pierre-Aube, nom de loc. près de 
Quarré-les-Tombes. Les aubuns étaient les blancs 
d'œuf : 

Aiez œufs batus c'est assavoir moyeux et Aubuns... 
{Ménag. de P. II, p. 185.) 



AUD 



- 53 



AUM 



AUBÉPIN. s. m. Aubépine. Les aubépins sont 
ébaumis = sont en fleurs épanouies. 
Vi. fr. aube espine, aubespin : 

Devant ans, souz une Aube espine 
Séant, la bêle Clarmondine. 

[Cléomadès, v. 6669.) 

On plantera les Aubespins au temps des arbres frui- 
tiers en raion ouvert comme la vigne 

(Ol. de s. p. 676.) 

De alba spinus. (Voy. Auprepin.) 

AUBEUR, s. m. Aubier. En vi. fr. aubor, au- 
bour = aubier, bois blanc. 

Cent d'arcs dits d'Aubourg et autres boys à faire les 

dicts arcs 

(Mantellier, II, p. 231.) 

Berry, Poitou, Saint. « aubour », aubier; « au- 
bier », saule. 

Du 1. alburnum, aubier. En Saintonge « au- 
bourne », poisson blanc, est le latin alburnus, 
ablette. 

AUBRI, s. m. Abri, petit remblai sur le bord 
d'une rigole d'arrosement. 

AUBU, s. m. Terre argileuse, bumide ou fraî- 
che. Une terre d'aubu est ordinairement un sol 
gras et fertile. Ce mot est également usité en 
Bourg, et en Nivernais. — Un certain nombre de 
localités portent le nom deAubu que les géographes 
écrivent diversement et un peu au hasard: Aubus, 
Aubues, Eaux-bues et même Obus. Dans la com- 
mune de Chaulgnes, il y a les grandes et les petites 
Aubues qui forment deux hameaux différents. Les 
plus anciennes formes sont Albues et Ambues. 
(Voy. le Dict. top. de la Nièvre.) Le Morvan pro- 
prement dit n'a pas de terre d'aubu. Aussi le terme 
n'existe-t-il que sur ses frontières. Nous croyons que 
la forme du XIV siècle albues conduit à l'étymo- 
logie albus, parce que les terres ainsi nommées ont 
très souvent un aspect blanchâtre. 

Saintonge : « aubughe », terre blanche, argi- 
leuse ou marneuse. 

AUDAICIEU, EUSE, adj. Audacieux. Se prend 
en mauvaise part avec le sens d'effronté, d'impu- 
dent. 



AU DROIT DE, loc. A côté de près de. 

à la portée de 



Dans cette manière de parler côté est sous- 
entendu comme dans à droit autrefois usité pour 
à droite : 

En un bois que cent routes séparent 

Les voyageurs sans guide assez souvent s'égarent, 

L'un à Droit, l'autre à gauche 

(BoiLEAu, Satire iv.) 

(Voy. Endreit.) 

AUFLIGÉ, part. pass. Affligé, infirme, estropié. 
Se dit d'une personne atteinte d'une grave infir- 
mité physique, d'un boiteux, d'un muet, d'un 
sourd, etc.: il est « aufligé » de la vue; elle est 
« aufligée » d'un bras, d'une jambe. On dit abso- 
lument « il est aufligé » pour il a une infirmité. 
Dans le nord de la France, la sainte Vierge, coîi- 
solatrix afflictoriim, est honorée et invoquée par 
les estropiés sous le nom de Notre-Dame des Affli- 
gés. Le sens primitif de affliger, considéré dans 
son rad. flaç), était frapper avec force, avec vio- 
lence. Le mot ne s'employait pas au fig. avec une 
signification morale. 

Berry : « affligé », malade; — Flandre, Pic. 
« affligé », blessé, contrefait; — wallon : « afligi », 
bossu; — Suisse rom. « affledzi », impotent, her- 
nieux. 

Du 1. affligere. Quinte Curce dit d'un homme 
blessé : « aflligitur saxo crus », il est affligé d'un 
coup de pierre à la jambe. 

AUFRAGE, s. m. Naufrage. Corruption par 
aphérèse. 

AUîLyjE, terme injurieux qui correspond à 
animal. Ceux qui l'emploient n'en comprennent 
plus le sens qui est bien celui d'animal, puisque 
« aumale » est le même mot que « aumaille » dérivé 
du 1. animalia, neutre plur. de animal., comme 
pécore de pecora, plur. depecus. — Morv. n.-n.-o. 

Al roi l'ont dit et aconté 

Qu'en la forest I leu avoit 

Kl le paîs tôt escilloit 

Molt a ocis de lor Almaille. 

{Lai de Melion, p. 53.) 

Qui chevaus, asnes u Almaille 

Aura el champ, sis laist le jor 

Senz garde nul de pastor. 

(Benoit, v. 7159.) 

Le vilain qui gardoit l'Aumaille. 

{Renart, v. 5796.) 



AUV 



- 54 



AVE 



Mes ne me chaut comment qu'il aille 
J'ai des deniers, j'ai de l'Aumaille. 

{n. '/'■ /.-! R. 11380.) 

Norm. « auniaille », bestiaux : — Berry : « au- 
maille », bêtes à cornes ; — Champ. « aumaillc ». 
génisse; — Poitou : « aumailles », gros bétail : — 
Dauph. « armailli », Ib. ; — Suisse « aumailli, 
armaille ». vaches en général ; « armailli », vacher ; 
— wallon : » aumaie », génisse. 

En Bourg, une bète « armelaine » était une bête 
à laine. Dans les protocoles des notaires, aux XIV 
et XV'" siècles, les moutons figurent sous le nom 
de « armelains. » (Voy. les Chartes de communes 
en Bourgogne, II. p. 30.) 

AUPRÉPIN, s. m. Aubépine. Morv. n. Laupe- 
pin près de Lormes doit probablement son nom 
au voisinage d'une aubépine. (Voy. Aubépin.'^ 

AUSSU. adv. Aussi, également. Morv. n.-n.-o. 

AUTE. adj. Autre. « Ç'ô eune aute aifére. « — 
L'Aute ou l'Autre, un des noms du diable. 

AUTEUR, s. m. Cause, mobile d'une action. Il 
a été malade, c'est « l'auteur » qu'il n'a pas donné 
de ses nouvelles ; cet homme est méchant, c'est 
« l'auteur » qu'on ne l'aime pas. 

AUTUREAU, s. m. Élévation de terre, monticule, 
talus, ados dans un champ, sur un fossé. Le Morv. 
b. prononce « autureai. » (Voy. Teureai, Teureau, 
Teurelée.) 

AUVE, s. f. Graisse de porc. On prononce « au- 
vre » dans quelques localités : 

La somme d'Auve, viij d. — Le tonneau d'Auve, ij s. 
(Mantellier, III, p. 124.) 

Sur chacune caque d'uille ou d'Auve, doibt deux 
solzpar... Beurre, suif, remais, oing, Auves, ou autres 
gresses, xx d. t. 

(Ib. ib. p. 147. 180.) 

Du 1. alvus, ventre, parce que la graisse dite 
« auve » est surtout tirée du ventre du porc. 

AUVENS,s. m. plur. Avent, le temps qui précède 
la grande fête de Noël : « les Auvens de Noué. » 
Joinville, - p. 40, 390, - emploie les deux formes 
auvens et advens : « En quaresme et es Auvens 



croissait li nombres des poures... Il fu coronez le 
premier dymanche des Advens. » 

AVAINGNI, v.a. Affaiblir, amollir, rendre lâche, 
paresseux. Se dit des personnes comme des ani- 
maux. Un cheval « avaingni » par la fatigue, un 
homme « aivaingni » par la maladie. 

Suisse rom. « avani, aveni ». s'éventer, perdre 
sa force. (Voy. Vain.] 

AVALE -ROYAUME, loc. ISIange-tout. panier 
percé. 

A'VENI. V. a. Tirer de arracher de faire 

venir de... Ma charrette était embourbée, je n'ai 
pu <i l'av'ni. » 

S'emploie comme v. réfl. : Il n'a pu « s'av'ni » 
du trou où il était tombé. 

Du 1. advenive = advenir. 

AVÊQUE, s. m. Évoque. 

Pie, avéque, valot dos valets de Dieu, p'en consarvcr 
ai zaimas le mimoir. 

(Bull. InefT-thilifi. trad. de l'abbé B.\udiau.) 

On trouve fréquemment avêque pour évêque 
dans les anc. chartes bourguig. : 

Nos, Guis, par la srrace de Dei, Avesques de Lain- 
gres, faisons savoir à toz ces qui verront ces présentes 

lettres que 

[Ch. B. II, p. 309.) 
Le roi de France, l'Avesque de Leingres, nos très 
bein amez et redoutez seigneurs... 

{Ib. ib. p. 428.) 

Nous, Guillaume de Poitiers, par la grâce de Deu 
Avesque et dux de Leingres... 

{Ib. ib. p. 484.) ■ 

Languedoc : « avésque, avésqua ». pour évêque. 
évêché. 

A'VER (AI L'), loc. Au revers, à l'opposé du 
soleil. Un champ est moins bon lorsqu'il est situé 
« à l'avers » c.-à-d. au nord. En quelques lieux 
le champ de l'avers, c'est le cimetière. 

— Les Averts, commune de Moux, nom de loc. 

Lieu dict en la chaintre des Avertz... deux jour- 
naulx de terre lieu dict au champ des Averz.... la 
semance à deux boisseauls lieu dict es Avertz... 

{Terrier d-Aingny,{. 123, 134.) 

AVEUR (AI L"l, loc. En faveur de... à cause de... 



AYE 



— 55 — 



AZE 



dans le but de... « i é fé ç'iai ai l'aveur de lu », 
j'ai fait cela en sa faveur. 

AYE, s. m. Un coup d'aye, coup de fouet donné 
au cheval pour l'exciter. Aye n'est peut-ctre ici 
([u'une forme mouillée de aide comme l'interj. 
aie, aie ! 

... Lai chait, molt fu corte sa vie... 

Lai ot Gerars molt grant mestier d'Aie. 

(G. de Vi. V. 1628.) 

Si vous estes si sage que ne fachiés folie, 
Jamez ne vous faudroi que ne vous fâche Aie. 
[Gaufrey, v. 7940.) 



Bien sont xx en une compaingnie. 
Et touz jors vint lor force et lor Aïe. 

iGnijdoii. V. 7048.) 

Si pren tantost de ton Aye 
Humilité, dévotion. 

{MOrmfjier de P. II, p. 3.) 

La Chanson de Roland, - p. 305, - emploie le 
verbe aîer pour aider : 

Quant ele vit Arrabiz si cunfundre 
A voiz s'escriet : Aïez nos, Mahume! 



AZE, s. m. Âge. Morv. 
la jeunesse. 



« L'àze preuntanié », 



BAB 



- 56 - 



BAB 



B 



B. seconde lettre de l'alphabet. Une facétie du 
XIV^' siècle où se trouvent quelques idées ingé- 
nieuses, facétie intitulée la. Sénéftance de l'A, 
B, C, rend hommage à cette lettre en ces termes : 

Par B commencent li bien fet, 

Ne jà sanz B n'erent bien fet. 
Mais il n'en est pas moins vrai qu'en fr. être 
marque au b ne promet rien de bon et qu'un pro- 
verbe languedocien exécute la pauvre consonne 
en disant : 

Bcq-ou, borni, boussu, bouitous. 

Quatre B que soun faclious. 
Est-ce à cause de cette disgrâce imméritée que le 
b disparaît dans la plupart de nos mots à suffixe 
en able ou ible, suffixes tirées du 1. abilis, ibilis, 
léguant sa place vacante à un u qui adoucit la ter- 
minaison ? Génin ne l'eût pas admis et n'eût pas 
manqué d'attribuer ce phénomène linguistique à 
la répugnance de nos ancêtres pour la prononcia- 
tion de deux consonnes consécutives. Quoi qu'il 
en soit, et pour parler sérieusement, constatons 
que le fait existe et se montre même très fréquem- 
ment, entre autres textes, dans les Sermons de 
S. Bernard. Si nousdisonscroyaule,doumaigeaule, 
nuisaule, perdaule, profitaule, tormentaule, ver- 
saule, etc., etc., pour croyable, dommageable, 
nuisible, perdable, profitable, tourmentable, ver- 
sable, le prédicateur du XII'' siècle dit amiaule, 
colpaule, convenaule, créaule, deleitaule, hono- 
raule. véritaule, etc., pour amiable, coupable, con- 
venable, croyable, délectable, honorable, véritable, 
etc. (Voy. Rois, p. 530, 532, 548, 532, 530, 535.) 
Dans ces exemples, le suffixe able devient aule. 
qu'il soit à l'act. ou au passif. Le wallon belge du 
Borinage emploie le même adoucissement du suf- 
fixe. On y dit habitaule. logeaule, etc., pour habi- 
table, logeable, etc. 

BABÔ, s. m. Bobo, petit mal, souffrance légère 
dans le langage enfantin : « poure p'tiô, al é deu 
bâbô. y> 



Biêct, en grec, est une intcrj. qui exprime le cri 
d'un très jeune enfant, d'où /3aS«>tov, berceau, lieu 
où l'enfant crie. Dans la même langue, la racine 
B'j correspond, par onomatopée, au sanscrit gu, 
crier, d'où peut-être bua en ital. : fare la. bua, 
faire bobo. 

Du rad. fictif babb, bobb, sont dérivés un grand 
nombre de mots qui marquent l'état d'enfance, de 
sénilité, de niaiserie, d'idiotisme, d'animalité. 
Rabelais dit faire la baboue pour faire la moue. 
En Fr. -Comté faire « la bôbo » à la même signifi- 
cation. En rom. prov. babau, en Berry « babiau », 
en Suisse « bâban » = niais, sot, comme en Forez 
« bobe » = grimace, en Pic. « bobie » := femme 
ridicule, à Genève « bobet » = nigaud. 

Le rouchi tire l'expression enfantine de la souf- 
france du rad. onomatopéique morn et dit « momo» 
pour bobo. En Limousin « momaou. » C'est ainsi 
que l'esp. attribue à l'onomat. mu l'idée de repos, 
de silence ou de langage inarticulé. La mu, dans 
cette langue, signifie sommeil et équivaut au dodo 
du français. (Voy. Babouin, Babouine, Marmoue.) 

BABOUIGNIÉRE, s. f. Celle qui a de grosses 
lèvres ; femme qui fait la moue. Au fig. grognon, 
maussade. 

Dans Rabelais faire la baboue, faire la moue en 
avançant la lèvre inférieure : « Panurge luy fit la 
baboue en signe de dérision. » ^Voy. Pantagruel, 
VI, ch. 56.) 

Berry : a faire les babounes », faire la moue. — 

Bas 1. babugnia, babouine : « ad imaginem 
babugnarum. » (Voy. Duc. Baboynus, Babuyna.\ 

BABOUIN, s. m. Celui qui a de grosses lèvres, 
des lèvres pendantes, qui fait la moue. En fr. 
babouin, nom vulgaire d'une espèce de singes, n'a 
pas de signifie, précise. C'est une expression vague 
qui se prend tantôt dans un sens méprisant, tan- 
tôt dans une acception presque caressante. Il en 
était de même dans l'anc. langue. Un babouin est 



BÂB 



57 



BAB 



ou un niais, ou un bavard, ou une figure grotes- 
que, ou un être enfantin. On ne peut multiplier 
ici l'es textes à l'appui de ces diverses interpréta- 
tions. Citons-en cependant quelques-uns : 

— Babouin, niais, sot : 

Li quens do Flandres, Baudouin, 
Ne semble mie Babouin 
Ne becjaune, ne foux nais. 

(GUII.L. GUIART, V. ?698.) 

Que vault ung homme, si nest fin ? 
On le tient pour un Babouin. 

[Th. fr. I, p. »b.) 

— Babouin, bavard : 

... A ces petits mugueteaux 
Ces Babouins advocasseaux. 

{Th. fr. IV, p. 34.) 

De se quereller.... c'est à faire à des bavards, 

Oaboins mocqueurs et affronteurs. 

(Voy. CoMENius, p. 299.) 

— Babouin, figure grotesque, épouvantail : 

On n'emploie pas seulement les personnes à chasser 
les oiseaux (des chenevières), mais les choses mortes 
c[u'on appelle au pais les Babouins. 

(D'AUBIGNÉ Fœn. III, p. 15.) 

Dans cette dernière acception, babouin est synon. 
du grec BaSùpras et du latin baburrus, fou ; babao, 
ogre en port.; babbeo, bouffon en ital. ; bobo en 
esp. ; « babou », croquemitaine en wallon ; « ba- 
bau, babaou », fantôme en prov. ; « barbaou », 
bête imaginaire en breton ; « bobée », grosse pou- 
pée en champ.; «babouin », statue difforme faite 
avec de la neige en norm., et ailleurs magot qu'on 
faisait baiser aux conscrits dans les casernes (1) 

— Babouin, être enfantin. Dans ce sens, le mot 
correspond à l'anglais baby, à l'ital. bambino, 
dont le primitif bamtio = babbeo. II est à peu 
près équivalent à marmot et à marmouset qui signi- 
fiaient également enfant et singe : « Le singe, dit 
Oomenius, - p. 61, - est imitateur des actions 
humaines, comme le marmot et le babouin. » En 
wallon « bâbô », ignorant, innocent par défaut de 
connaissance. 

(1) Baiser le babouin et croquer le marmot sont deux locu- 
tions qui ont à peu près le même sens; 11 s'agit toujours de se 
soumettre à une épreuve blessante pour l'amour propre. Au 
XIV' siècle, le bas 1. babuinare était usité pour exprimer l'art 
d'illustrer les manuscrits avec des figures satyriques, diableries, 
singeries, des caricatures en un mot. Kn vi. fr. marmot, comme 
babouin, se disait d'une figure grotesque ou effrayante. 



Le magister se tournant à ses cris 

Ah ! le petit Babouin ! 

Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise ? 

(L.v FoNT.MNE, I, Fable 1'.).) 

On connaît le joli conte proverbial d'une jeune 
fille qui invoquait un jour Vénus pour obtenir le 
cœurde celui qu'elleaimait,et qui, croyantentendre 
une réponse défavorable de Oupidon, lui cria avec 
véhémence : taisez-vous, petit Babouin, laissez 
parler votre mère qui est plus sage que vous ! 

Dans ces diverses acceptions, babouin reproduit 
l'idée d'un mouvement de lèvres, d'une moue, 
exprimant tantôt le babillage, tantôt la difformité 
de la bouche, tantôt le langage confus propre aux 
petits enfants, aux bègues et aux ivrognes. Le 
verbe usité en vi. fr. et dans plusieurs patois pour 
indiquer le balbutiement, le bégaiement, sort du 
rad. babb, bobb. Baboyer se trouve encore dans 
Palsgrave, - p. 545, - « Sa langue se commence à 
baboyer »; comme « bobeyer « en Champ, et 
« bauber » en Normandie. 

L'interj. grecque p«g«, cri enfantin, est, sous une 
forme ou une autre analogue, le premier nom du 
père, iraTTTTKs en grec, pappas en latin, papa en 
esp. et en {r.,papai en port., tiab6o en ital., baba, 
babu en corse, etc. Le nom de la mère est babe 
en valaque et baba en serbe. La même interjection 
a formé dans les mêmes langues le terme qui signi- 
fie à la fois bave et bavardage, deux mots identi- 
ques au point de vue étym. et dans l'usage de 
plusieurs patois. (Voy. Bavou, Bavoichou.) La 
série de développement est remarquablement lo- 
gique en anglais, baa, iDÔlement, babe, enfant au 
maillot, baby, petit enfant, babble, babil d'enfant, 
baboon. (singe), augment. de babe à cause du mou- 
vement continu des lèvres. Le wallon « bâbou », 
croquemitaine, « baboui », bredouiller, répond à 
l'esp. bobo, bouffon, bobear, dire des sottises. En 
fr. embabouiner ne signifie pas autre chose au fond 
que embrouiller, entortiller, par un verbiage de 
singe, de babouin. 

Le Dict. de la langue française semble ratta- 
cher babouin et babinoà l'allem. populaire bappe, 
muffle. N'est-il pas évident que ces mots, le terme 
germanique compris, sont copiés sur la nature et 
sortent d'une onomatopée quasi universelle? (Voy. 
Baboi«?ie, Bobeille, Buïon, Marner.) 



BABOUEILLE (AI LAI) 



A la débandade. On 

S 



BAG 



— o» — 



BAI 



dit le jour d'une foire ou d'un marché que tout va 
« ai lai baboueille », lorsque les denrées sont à vil 
prix, lorsque les marchandises ne trouvent pas 
d'acheteurs. 
Ital. a babboccio, alla babbalà, confusément. 

BABOUINE. s. f. Babine d'animal ou grosse 
lèvre humaine comme terme de moquerie. S'em- 
ploie quelquef. par métonymie pour désigner une 
femme aux lèvres épaisses, ou au fig. maussade : 
une grosse babouine. Le mot pourrait être une 
forme fém. de babouin. Il est à remarquer que dans 
plusieurs de nos patois babouine et bobine sont 
synonymes. En Champ. « embobiner », en Poitou 
« embobeliner », ont la même signification que 
tt embabouiner. » Dans babouine le rad. fictif bab 
indique le mouvement des lèvres. De bab devenu 
bar ou bav sont dérivés babiller, barboter, bavar- 
der. Le vi. fr. barboter, barbotai- en esp., borbot- 
taro en ital., a exactement la même valeur que 
marmoter et murmurer : 

Sainte Dame I comme il Barbote I 

Par le corps bieu ! il Barbelote 

Ses mots tant qu'on n'y entend rien. 

{Pathelin, ii, se. 4.) 

Barboter est encore en usage dans les patois du 
Berry et du Poitou. En Norm. « babotier, barbo- 
dier » = babillard ; — Genève : m baboler », bre- 
douiller ; — Bourg. « babaigne » , grosse lèvre ; — 
Berry : « babiche, babonne », babouine; — Flan- 
dre : « babène » , lèvre et bobine ; — Pic. « babeine » , 
joue d'animal; — wallon de Mons : « babiche », 
grande lèvre. (Voy. Bobeille.) 

BÀCHINS, s. m. Bâtons d'échelle, échelons. 
Morv. n. — Berry : « bassins», manches de la char- 
rue ; — wallon : « bâche », planche, pièce de bois 
qui appuie transversalement les deux parois d'une 
galerie de mine. Comp. avec l'allem. balken, 
solive, fléau d'une balance, etc. 

BÀFLOU, OUSE, adj. Menteur impudent, celui 
qui trompe sans scrupule. Vi. fr. béfler, railler, 
baffe et beffe, moquerie, d'où le fr. bafouer qui 
correspond à l'ang. to baffle, se moquer de... 

Rom. prov, 5afa, — esp. befa, moquerie; befar, 
railler ; — ital. beffa. et beffare. 

BAGUÉ, part. pass. d'un v. « baguer » inusité 
A linfinitif. Entassé, empaqueté, empilé. Vi. fr. 



baguer, emballer, mettre en paquet, plier bagage; 
débaguer, déplier bagage : 

Edouard fist trousser et Baguer tout son bagage. 
(J. DE Tboyes, Chron. — 1475.) 

A la première fois (que la trompette sonnera) chas- 
cun troussera, Baguera et se armera. 

(Duc. Baga.) 

Si les laissay illccques trousser leurs Bagues et leurs 
quilles et m'en alay reposer. 

{Êvang. des Quen. \' journée.) 

Mais il convient que je Desbague 
Trestout povir avoir plus tost faict. 

{Th. fr. III, p. ôô.) 

En Flandre a aller à bagues » signifie aller 
acheter les objets de toilette et les meubles de fian- 
çailles ; Luxembourg : « baguer », déloger, dé- 
camper. 

Dans quelques patois « bague » a le sens de 
corde, comme en esp. baga qui désigne particuliè- 
rement la corde avec laquelle on attache la charge 
d'une bête de somme. Bagué donne donc l'idée 
d'un assemblage d'objets attachés, liés ou compri- 
més. Le celt. baich^= paquet. — Anglais : to bag, 
mettre en sac, charger ; bag g âge, bagage. 

Le fr. baguer est un terme à l'usage des tailleurs. 
Il a le sens de coudre à grands points une étoffe. 
Il s'agit encore ici de lier, d'attacher ensemble. 

BAICHER, V. a. Baisser, mettre plus bas. Ces 
hommes-là « baichan lai tête »..., baissent la tête. 

— Baicher (se), v. pron. Se baisser. 

Le Morv. n. prononce « baicher » pour baisser 
et « bésser » pour bêcher, travailler avec la bêche. 

BAILER, V. n. Bêler. On appuie beaucoup plus 
qu'en fr. sur la première syllabe. Notre patois copie 
le 1. balare en mouillant l'a comme à l'ordinaire: 
ovis balat. Le son émis est une évidente onoma- 
topée. Rabelais, - Garg. i, 17,- écrit baisler : « Les 
gentilz hommes de Beauce desjeunent de Baisler 
et s'en trouvent fort bien. » 

BAILHOU, s. m. Bahut, petite armoire à deux 
portes oià l'on met le pain, le laitage, etc. A l'ori- 
gine, dit M. de Laborde, le bahut était une enve- 
loppe de cuir ou d'osier revêtue de toile qui cou- 
vrait un coffre. Ce fut ensuite le coffre lui-même... 

A Pierre du Fou, coffrier, pour une grant maie de 
cuir fauve... a tout un grant Bahu à mettre par-dessus 



BAI 



— 59 



BAI 



ycolle maie pour mettre et porter le lit de madame la 
Reyne; pour ce viij. 1. p. 

{Glossaire du M. A.) 

Trois coffres de Baliuz... dans lesquels ont été 
trouvés les habits à l'usage de ladite défunte dame. . . 
(/6. Invent, de Gabrielle d'Estries.) 

Pr. -Comté : « bahlu », bahut; — Genève : « ba- 
hiii », gros coiïre et au fig. gros homme, gros 
animal; — ital. baule; — esp. baul; — port, bahul. 

Du 1. bajulus. porteur? 

BAILIVARNE, s. f. Baliverne, plaisanterie 
absurde, propos en l'air. Borel dit bavernes pour 
balivernes et rattache ce mot à bave, bavardage. 
L'introduction de la syllabe parasite n'est pas sans 
exemple. (Voy. Escalabreux pour esccLbreiix.) En 
Bourg. « baulivarne. » 

BAIRBOILLER, v. a. Barbouiller, salir, peindre 

grossièrement. 

Pris à la lettre, barbouiller signifie couvrir d'un 
liquide sale ou limoneux, réunissant le préfixe de 
dépréciation bar au verbe boiller tiré du subst. 
« boille, bouille » = boue, eau fangeuse. En 
Saintonge « bouil » se dit pour bourbier liquide, 
jus de fumier. Débarbouiller exprime en consé- 
quence l'action d'ôter, d'enlever les souillui-es de 
la boue. 

Dans Palsg.,- p. 549,- « Ne ordoiez, ne entachez, 
ne souillez, ne embarboyllez pas vostre neuue 
robe. » (Voy. Boue, Boitillasse, Debairboiller.) 

BAIRNAIGER, v. n. Profiter, réussir, prospérer, 
s'accroître : « tô bairnaige en c'te mâion laite », tout 
profite dans cette maison-là. Barnage, souvent écrit 
barnaige en vi. fr., désignait l'assemblée des nobles, 
des barons, la cour, l'entourage d'un souverain, 
d'un prince, d'un grand seigneur. Ce mot, par 
extension, a pris de là le sens de force, de puis- 
sance, de bien-être : 

Si dirois Clarembaut, vos père l'alosé, 
Se il nos voloit tant et prometre et donor 
Dont nos poissons vivre et Barnage mener 
Nos remandron o lui volontiers et de gré. 
{Parise la duchesse, v. 1750.) 

Il est probable que le verbe barnager, que je n'ai 
rencontré nulle part, est sorti de ce développement 
de l'idée première. Borel, dans ses Ayitiquités 
gauloises, rapporte qu'en Languedoc faire bernage 
=: faire du désordre. En Poitou, au contraire. 



« faire son barnage », c'est faire son ménage. En 
wallon « barnége » signifie compagnie, entourage. 
Quoi qu'il en soit de ces signifie, moins contradic- 
toires peut-être qu'elles ne le paraissent, barnager 
ne peut se rattacher qu'au bas 1. barnat^iium. 
iVoy. Duc. à ce mot, et Rayn. à Bar.) 

L'anc. langue disait embarnir pour croître, 
grossir. 

Barnage est une syncope de Imronnagc, dérivé 
de baron : 

Et li Barnages de la terre firent lur rei de Joaz sua 

fiz. 

{Rois, p. 430.) 

H. Estienne, dans la Précellence du langage 
françois, le dérive à tort de benne, panier ou voi- 
ture de transport. 

BAIRQUE, s. f. Barque, bateau, peu usité dans 
une contrée oi!i il y a beaucoup d'eaux courantes 
mais peu de rivières navigables. Nous prononçons 
ai pour a et cependant en Bourgogne la forme 
« baque » est usuelle. A propos de ce mot, M. Littré 
remarque comme un fait singulier que le 1. barca 
n'a donné barque en fr. que très tard. L'anc. lan- 
gue n'employait que le terme barge, probablement 
tiré d'une forme latine barica contractée plus tard 
en barca. 

BAISSINOUÉRE, s. f. Bassinoire. 
Le vieillard avait plus grand mestier d'une bou- 
teille et d'une Bassinouére pour eschauffer son lit, etc. 
(LiiTRÉ, Dict. Bassinoire.) 

La bassinoire accompagnée de la bouteille ou 
cruche d'eau bouillante est toujours de mode en 
Morvan. Dans les maisons pauvres, la bouteille 
suffît à toutes les exigences. 

(Voy. Bassin.) 

BAITAIVIE, s. m. Baptême. E permute en a 
comme dans « quairâme » et « crame » , pour carême 
et crème. 

BAITÏER, V. a. Baptiser, donner le baptême. 
Vi. fr. baticir, baptiier, bapteier, bateier : 

O chier sires Jhésu, wels-tu dons estre Baptieiz 

Tu me doveroies, ce di saint .Tohans, Baptiier, et tu 

viens a mi ? Si Baptiat l'agnel de Deu. 

{Serm. S. B. p. 551, 552.) 

Cil orent fait apareillier 
La chose al enfant Bapteer. 

(Benoit, v. 10746.) 



BAL 



60 — 



BAL 



Que je vos dune e pro e quer 
Que vos vos faceiz Bapteier 
El non del Père e del cher Fiz 
Où nomez seit Sainz-Esperiz. 

(IB. V. 24358.) 

Pi'indrent Frans Maugalie ou le cors avenant, 
Si la font Batier au mostier san Vinçam, 
Et quant fut batisie, si fut la joie granz. 

[Floovant, v. 2183.) 

L'anc. langue changeait quelquef. en u la labiale 
p que nous changeons en i et disait bautiser : 
Et as genz irez demander 
S'il i a cors à enterrer 
Ne nul enfant à Bautizier. 

{Renart. v. 211.")l.) 

BAITIJER, V. a. Baptiser. ÏMorv. n.-n.-o. 

BAJÉ, adj. Se dit des pains qui se touchant dans 
le four n'ont pu former leur croûte. Morv. n.-n.-o. 
« Bajé » = baisé par la chute ordinaire de l's. (Voy. 
Embailleuré.) 

BALAI, s. m. Genêt à balai : un champ de 
« balais » ; les « balais » sont en fleur. On coupe 
les «balais» et on les briile sur place pour répandre 
la cendre sur le terrain. Serait-ce à cet usage 
très suivi dans les cultures arriérées, que nous 
devons le mot écobuage, mot qui, dans la pra- 
tique, exprime l'action de couper les arbustes, 
plantes ou gazons d'un terrain défriché pour les 
brûler sur place? L'esp. escoba, balai, escoba?', 
balayer, escobos, broussailles, bruyères, tiré 
du 1. scopa., répond exactement pour le sens au 
vi. fr. escoube, balai, et au fr. moderne écobuer, 
écobues. 

On se sert beaucoup des pousses de genêt pour 
fabriquer des balais, mais la plus grande partie du 
Morvan dit«panner» pour balayer. (Voy. Panner.) 

Le Livre des Rois, - p. 282, - écrit balain et 
donne à ce terme le sens de verge : 

Jo vus bâterai de grandîmes Balains ki seront dures 
c espinus. 

En Dauphiné, lev. « escopeta» dér. descopa, balai, 
signifie encore fouetter, donner les étrivières. 

— Les Balais, nom deloc, c"*' de Mont-et-Marré. 

Breton : «balan «, genêt, formé peut-être du kjmri 
hala, brout, pousse végétale. La plupart des ani- 
maux broutent avec plaisir les jeunes tiges de genêt. 
Ce fait pourrait expliquer la conformité des deux 
mots. (Voy. Genêtre.) 



BALÉGER, v. a. Balayer, se servir du balai. 
Usité seulement dans le Morv. n.-n.-o. Palsg.. 
- p. 745, - : « Je ballye, je balloye. » 

BALR'^ER, v. a. Faire un balivage, choisir, 
marquer les baliveaux d'un bois et par extension 
tous les arbres réservés dans un taillis. Aucun dict. 
de la langue française ne renferme ce verbe qui est 
très usité en Bourg, comme en Nivernais et qui se 
conjugue régulièrement. En Nivernais « balivette»= 
baliveau de premier âge, comme « cadette »:= bali- 
veau de second âge. 

Dul. bajnlare par une forme ballivare. Le bas 1. 
5ai/ii;us = bajulus, tuteur. (Voy. Dlx. Bajulus.) 

— Balivet, nom de famille très répandu dans le 
pays. Ce nom se rattache probablement au bas 1. 
ballivus, bailli. En ital. balivo, balio. gouverneur, 
bailli; en esp. baylio. Il y a d'ailleurs entre bali- 
veau et bailli l'analogie de supériorité, de pro- 
tection, les baliveaux dominant et protégeant le 
taillis, les baillis exerçant une charge, une magis- 
trature, ou même ayant la fonction de porteurs 
d'enfants, de pèresnourriciers. Les familles nommées 
Bailly ne sont pas moins nombreuses chez nous 
que celles appelées Balivet. Si comme cela est vrai- 
semblable, «baillir», administrer, protéger, gou- 
verner, est tiré de bajulare comme balire en ital.. 
les deux mots sortent de la même racine et ont en 
définitive la même signification. 

En wallon « baiàrdet >> = baliveau. 

BALLAN, loc. Équilibre. Emporter le «ballan », 
faire perdre le « ballan. » En fr. l'adj. ballant 
exprime ce qui estdansunmouvementd'oscillation. 

Vi. fr. baller, danser, flotter : balleur, danseur, 
jongleur : 

ROBIN. 

Mais nous arons anchois Balé 
Entre nous deux qui bien Balons. 

MARION. 

Dieu ! Robin, con c'est bien Balé ! 

ROBIN. 

Est-che bien Balé, Marotèle ? 

MARION. 

Certes, tous li cuers me sautele 
Que je te voi si bien Baler. 

(Li Gieus de Robin et de Marion.) 
Au son del cor commencent à canter, 
Et l'amiraus commença à Baler. 

{Huon rie B. v. 5Ô85.) 



BAL 



— 61 — 



BAL 



Genève : « ballan », équilibre, branle ; « être en 
ballan », être en suspens; « donner le ballan », 
mettre en branle; — Forez : « balan », équilibre ; 

Norm. « baller », être pendant ; — Saint. « bal », 

danse à deux, air de la danse ; « baller », flotter ; 
— Lang. « bala » , être en suspens ; — ital. ballare, 
danser, branler; ballerino, danseur. 

Basl. ba/an.Y, forme de bilanx, balance. Lerom. 
prov. et le cat. balans = perplexité, donnent le 
sens au figuré. 

A Genève « balan » signifie à la fois balançoire 
et irrésolution; être en balan, flotter dans un des- 
sein; — anglais : balance, balancement, équilibre; 
fo balance, hésiter. 

BALLE, s. f. Berceau d'enfant très jeune. 

Pic. « balle », berceau; « ballons », boucles 
d'oreilles; « baloncher », balancer; — Maine : 
> ballotte », poignée ballante d'ancien meuble ; — • 
rouchi : « balle » , barrière ; « balloter » aller et venir ; 
i< balonchoire », balançoire. 

En Poitou l'apport où l'on danse est encore pour 
ce motif appelé « ballade », terme qui en fr. ne 
désigne plus que la chanson d'accompagnement. 
Le mot balevolant, que M"" de Sévigné applique à 
une coiffure de femme, renferme la double idée 
d'un objet qui vole et qui se balance. Elle parle 
de deux dames en grande toilette de deuil : 

Deux bonnets unis, deux cornettes unies, tout élevé 
et Balevolant jusqu'au plancher, des nœuds de crêpe 
partout, etc. 

(Voy. Lettres, III, p. 356.) 

Du même rad. que balance à cause du balance- 
ment régulier d'un berceau ? L'oiseau connu sous 
le nom de hoche-queue, la bergeronnette, est aussi 
appelé en fr. balle-queue k cause de l'agitation de 
sa queue. Dans Palsgr., - p. 760, - « Ne Ballancez 
pas trop de paour que vous ne chéez. » 

BALLE (AI LAI), loc. Porter à la balle, porter 
sur le dos comme une hotte ou une besace. Balle 
en fr. signifie paquet. Porter à la balle pourrait 
donc se rapporter à ce sens et équivaudrait à por- 
ter sur son dos comme un paquet, un ballot. Il faut 
cependant tenir compte du 1. bajuliis, portefaix; 
bajulare, porter sur son dos. Balle pourrait se ratta- 
cher hbajulus, commele vi. fr. ballier à bajulare : 

Karlemaines qui France ot à Ballier 

Fu a Laon en son palais plenier. 

(Benoit, II, p. 517.) 



Ital. far le balle = faire ses paquets, plier ba- 
gage; bajulo ou facchino, portefaix ; — anglais : 
to hall, emballer, faire des ballots. (Voy. Balu- 
chon.) 

BALLE3IENT, BEULE3IENT, adv. Bellement, 
doucement, interj. pour arrêter, contenir, modérer : 
« tô bâlleman, tô beuleman ! » 

Quelques dialectes, le lorrain entre autres, 
disaient « baie, balle », pour belle. Dans la chan- 
son de geste Floovant, - v. 563, 578, - la fille du 
roi Galien est appelée Maugalie la baie : 
Maugalie la Baie au gan cors eschevi... 
Maugalie la Baie li vint à genoillons... 
Cependant la forme la plus usitée en vi. fr. est 
bêlement, bellement : 

Despendre le flst erraument ; 
Maintenant l'ont à terre mis 
Tretost Bêlement et soé. 

{Renart, v. -24783.) 

Malherbe se sert volontiers de ce terme et l'em- 
ploie notamment dans le récit qu'il fait à Peiresc 
de l'assassinat du roi Henri IV : 

Étant arrivé à la rue de la Ferronnerie, il se ren- 
contra une charrette qui obligea le carrosse du roi à 
s'approcher plus près des boutiques de quincailleurs 
qui sont du côté de Saint-Innocent et même d'aller un 

peu plus Bellement sans s'arrêter toutefois 

(Voy. la Lettre du 10 mai.) 

Notre forme « beulement » se montre dans un 
monument du X' siècle : 

Als sos fidels cum rcpadred 
Tarn Beulement los conforted. 

{Passion J.-C. v. 33.) 

Jura, Suisse rom. ( ballaman »; — Vosges : 
« bôleman. » 
Ital. bel, bello = bellement, doucement. 

BALOT, s. m. La balle ou baie en fr. est la cap- 
sule qui enveloppe le grain. Chez nous le « balot » 
est le menu grain qui se trouve dans les déchets, 
après l'opération du vannage. Le cultivateur soi- 
gneux ramasse les « balôs » et les distribue par petits 
tas au bétail. Balot est donc un augment. de balle 
ou baie. Le mot équivaut à baloi qu'on rencontre 
dans quelques textes comme désignant un objet 
sans valeur : 

En cest pais n'ai ami si cortois 
Que vers ces II me valsist I Balois. 

(R. de R. de Cambra;, p. 39.) 



BAN 



62 — 



BAR 



Item li estrain, paille, Balois de ses «rrains puent 
valoir par an environ 50 sols... lesquelz valez mestoient 
ladite avaine avec paille appelée Balais pour donner 
aux chevaux... 

(Dnc. Dnileium.) 

Berry : « balasse, ballin », paille d'avoine; — 
Forez : « balloufe », balle d'avoine; — Maine : 
« ballaine, ballicr, ballicrc », amas de balles. 

Burguy tire balle du celt. ballasg, ballan, peau, 
gousse. Cette étym. n'est guère satisfaisante et ne 
trouve d'appui ni dans la langue littéraire ni dans 
les patois. Balle ou baie semble se rattacher, avec le 
sens de balayure, à balai. Le bas 1. baleiiun, ba,l- 
leium, s'appbquait à la foisà un balai, aux criblures 
de blé et aux balayures des granges. Un texte de 
1230 cité par Duc. (Voy. Corvalse] mentionne les 
corvées du van, du sac et du balai : « Corveise, 
vanni, sacci, Baleii. » On a vu plus haut dans la 
seconde citation empruntée à Duc. que les balles 
d'avoine étaient quelquef. nommées « balais. » 

Peut-être encore le mot devrait-il être rapproché 
de balier. baloier, qui en vi. fr. prend souvent la 
signifie, de flotter au vent. (Voy. Bouffe.) 

BALOTER, v. a. Ramasser avec un râteau les 
balles et « balos » répandus sur l'aire ou ballier de 
la grange, séparer le grain des « balos » qui en 
forment la criblure de choix. 

Duc. nous ofïro les formes de basse lat. ballare, 
balagare, pour balayer, ou comme le dit l'auteur: 
« scopisexpurgare.)! Baladium,balagiuiyi, balexes 
désignent en général les criblures des granges. 
L'esp. a ballico et ballueça, ivraie, dont le grain 
abonde quelquef. dans les résidus du vannage. 

BALUCHON, s. m. Paquet que les voyageurs à 
pied portent sur le dos et qui renferme leur ba- 
gage. On dit en plaisantant d'une femme enceinte 
qu'elle ne sort jamais sans son « baluchon. » Dans 
cette circonstance, le paquet n'est pas à sa place 
ordinaire. 

En Berry le « baluchon » est un petit paquet 
qu'on porte sous le bras. Esp. balija, valise de 
voyageur ; lialijoii, grande valise. 

Du celt. bail ou de l'anc. allem. balla, boule, 
qui a donné au fr. balle, ballon, ballot, etc. 

BANfxNIÉE. s. f. Bannière, étendard que l'on 
porte dans les cérémonies religieuses. Morv. n. 



BAQUIAU. s. m. Bateau, barque. 

BARA, s. m. Cagneux, celui qui a des jambes 
dilïormes. Morv. n. 

En vi. fr. barat signifiait au fig. embarras, empê- 
chement. 

— Barat, nom de famille dans le pays. 

BARACHE, s. f. Terme injurieux qui correspond 
à grande bête. Morv. n. 

BARBAILLE, s. f. Race ovine en général. Une 
ferme qui a beaucoup de « barbaille » est souvent 
prospère. On dit ailleurs « mottenaille, moutte- 
naille. » De la forme barbis pour berbis ^= brebis. 
Le vi. fr. disait aussi brel)iaille : 

Trois ou quatre 

Vieilles Brebiailles ou moutons 
Qui ne valent pas deux boutons. 

(Pathelin, m, 6.) 

Berry : « barbiaille, berbiaille », mauvaise race 
de moutons. 

BARBANCHON, s. m. Brabançon. ouvriernomade 
qui travaille le chanvre. Les habitants du Brabant 
sont appelés Brabanchons dans quelques dialectes. 
L'anc. langue a flétri sous ce nom des coureurs de 
tout métier, des pillards de la pire espèce : 

Cil coterel, cil Brebançons 
Ce sunt déables. 

(Duc. Drabanciones.) 

BARBANÇON, s. m. Nom que les charretiers 
donnent quelquef. à leurs boeufs avec le sens de 
gaillard, rude, hardi. Ce mot est-il un souvenir 
des bandits connus au moyen âge sous les déno- 
minations de Brabançons, de routiers, d'écor- 
cheurs, de cottereaux ? Beaucoup de ces pillards 
étaient originaires du Brabant. (Voy. le mot pré- 
cédent.) 

BARBETTE, s. f. Petite barbe naissante. Mor- 
van n. 

On connaît en tous lieux le jeu où deux enfants 
se tenant le bout du menton chantent à mi-voix : 

Je te tiens par la Barbette : 
Le premier de nous deux 
Qui rira 
Aura la tapette ! 



BAH 



63 



BAR 



L'anc. fr. disait barbeter pour parler dans sa 
barbe, parler en chuchottant : 

Le faus semblant qui se farde. 
Qui c'esforce de baréter 
Par ouvrer, par Barbeter. 

(YsoPET, fab. 63.) 

Partoye d'illec fort mal content 
Fantasyant et Barbetant. 

{L'Amant rendu cordeliei; st. 81.) 

Dans le langage familier le dimin. barbette a été 
remplacé en fr. par barbiche qui n'est pas d'ail- 
leurs un mot nouveau. 

BARBI, s. f. Brebis. Morv. n. (Voy. Beurbi.) 

BARBITOUE. s. m. Presbjtère, demeure du 
curé de la paroisse. On prononce quelquef. palpi- 
toué. (Voy. ce mot). Les clercs ont été appelés bar- 
birasi parce cju'ils étaient obligés d'avoir la barbe 
rase. On trouve dans les Épîtres de Pierre Damien, 
qui vivait au XP siècle, plusieurs passages où ce 
fait est parfaitement établi. Je n'en cite qu'un, les 
autres étant consignés dans le Gloss. de Duc. à 
Barbirasium : « Presbyterum vel episcopum abire 
prospiciunt, Barbirasos se videre fatentur. » Dans 
un texte cité plus loin : « Nullus tonsuram vel 
Barbirasium faciat absque Decani imperio. » 

Le menton rasé comme la tonsure désignaient 
donc aux yeux la fonction sacerdotale. Lorsque les 
espions de Harold virent arriver l'armée normande 
C£ui, suivant l'usage national de l'époque, ne por- 
tait ni barbe ni moustaches, ils crurent se trou- 
ver en présence d'une armée de prêtres. Écoutez 
Robert Wace : 

Un des Engleiz ki ont véu 
Li Normant toz rez et tondu 
Kuida ke tuit proveires feussent 
Et ke messes canter péussent. 

Dans quelques diocèses de France, et notam- 
ment dans celui d'Évreux, l'évèque donnait tous 
les ans aux dignitaires ecclésiastiques le repas des 
conrez, c.-à-d. des rasés. C'était une coutume 
renouvelée des Romains, car nous voyons dans 
Pétrone que les anciens célébraient une fête appelée 
barbatoria la première fois qu'ils se rasaient la 
barbe. 

« Barbitoué » ou « barbitoire >>, demeure du 
provoire, du prêti-e, du curé, a été formé sur un 



verbe fictif « barbire », faire la barbe, que tradui- 
sait le vi. fr. barbier : 

Comme l'exposant estant en la ville de Pontoise fust 
aie pour se Barbier en l'ostel de Jehan Tuart, barbier, 
et là eust fait rere ses cheveux et sa barbe. 

(Voy. Duc. Barbescere.) 

Si presbytère, dér. du compar. grec irpeaf^zepoç, 
désignait la maison de l'ancien, du vieillard; 
«barbitoire», dér. de barbire, indiquait donc aux 
XP et XIP siècles la demeure du rasé. C'est peut- 
être dans un esprit d'opposition que les Vaudois 
donnèrent le nom de Barbes aux pasteurs barbus 
de leurs églises. 

BARBONNAIS, Bourbonnais. En quelques lieux 
Barbounâ. Tous les ans, nos couvreurs en paille 
s'en vont dans le Bourbonnais pour réparer les toi- 
tures de chaume. Ils partent au mois de mai et 
reviennent au moi s de novembre ou décembre. C'est 
une des meilleures industries du pays. 

BARBOUILLON, s. m. Bouton cjui pousse sur 
la langue des veaux. 

BARBOULOTTE, s. f. Insecte de l'ordre des 
coléoptères. Il y en a un qui est rouge pointillé do 
noir ; l'autre est entièrement noir. Les enfants 
s'amusent de ces bestioles. Ils mettent la seconde 
sur leur doigt en chantant : 

Barboulotte de la Saint-Jean, 
Donne-moi de ton vin rouge 
Je te donne de mon vin blanc. 
Ce disant, ils crachent irrévérencieusement sur 
l'insecte qui à son tour sécrète une matière liquide 
de couleur rougeâtre. Avec la première « barbou- 
lotte », ils chantent : 

Barboulotte de la Saint-Jean, 
Monte sur ton chafau, 
Pour voir s'il fera beau. 
L'insecte s'envole-t-il, c'est un signe de beau 
temps pour le lendemain. S'il demeure, il y aura 
de la pluie. 

— Salsifis sauvage, plante de marais. 

BARET, s. m. Baliveau, jeune arbre de réserve. 
Dimin. de barre. Barra en bas 1. signifie perche. 
Le celt. bar = branche de bois, barreau. 

BARICOLÉ, part. pass. Bariolé, bigarré. Morv. n. 
Genève « baricolé » ; — Vaud : « baridolé. » (Voy. 
Brigolé.) 



RAR 



64 - 



BAS 



BARLE, a. f. Lieu où l'on paniue les bestiaux : 
parc, enceinte close. Barle est peut-être une forme 
dialectale du bas 1. herlia. qui n'a pas été compris 
par Duc. et qui est expliqué assez vaguement par 
son continuateur. (Voy. Duc. Berlia.) Dans l'unique 
texte cité, le terme paraît s'être appliqué à un trou- 
peau considérable d'animaux. Berlia, dans cette 
circonstance , aurait désigné le contenu d'une 
« barle », c.-à-d. la ([uantité de bestiaux que le 
parc contenait. 

Vi. fr. baille, berle, barlot, barrière, poterne. 

— Berle, nom de loc. com"» de Crux-la-ville, 
est écrit la Barle en 1678; — les Barlets, com"" 
de Pousseaux. 

— Du Barle, Dubarle, nom de famille. 

Barle a la même signifie. c{ue l'ancien mot baie, 
baile, en bas 1. ballium, enceinte réservée et pa- 
lissée. L'r médial pourrait n'être qu'une interca- 
lation. Le wallon de Mons donne à baille exacte- 
ment le sens du vi. fr. barlot, barrière, clôture. 
Dans les anciens textes, le baile est un lieu protégé 
d'une manière c|uelconque contre une surprise de 
l'ennemi ou des bêtes fauves : 

Jà pescera la porte, si l'engigneur ne menl 
E prendrum le Bailo senz nul delaiement. 

(Benoit, III, v. 580.) 
Si lur funt dur assaut e Flamens e Marchis 
E unt le premier jor sur els le Baile pris. 

(Ib. p. 58'J.) 

Il ont le premier Baile outré 
Clos de fessez et de palis. 

(Fr. MicnEL, Lais inédits, p. 5Î.) 

Joustes furent faictes et criées et furent joustes 

sans toiles, sans fiens ou sablon ; en un lieu devant 
l'hostel du prince que l'on appelle les Bailles. 

(Ol. de L.i Marche, Mém. i, p. 237.) 

En Norm. boel désignait un espace clos, une 
cour : « Tota villa in œquales redigitur portiones, 
cfuas materna lingua vulgariter Boel appellant. « 
(SuENO, Leges Scaniœ, 1. iv.) Voy. sur les boels 
L. Delisle, Classe agric. p. 396. Une grande ana- 
logie de signifie, fera comparer entre eux les trois 
mots barle, baile et boel. Leboll. a halle, barreau. 

BARLI, BARLÔ, dimin. de Philibert. L'usage 
en Morvan est de mettre devant le nom de bap- 
tême l'art, le ou la, suivant le sexe de la personne. 
On dit le Barli, le Franci, la Jeannette, la Fanchon. 
L'art, est très rarement placé devant le nom de 
famille, mais il accompagne ordinairement le so- 



briquet (|ue portent la plupart des hommes dans 
nos campagnes, sobriquet qui a quelquefois sa 
signifie, oubliée dans le vocabulaire de l'ancienne 
langue. Ces sobriquets se transmettent de père en 
fils et ils se substituent peu à peu au véritable 
nom maintenu seulement par les formalités de 
l'enregistrenient ofTiciel. L'adjonction de l'article 
aux noms de baptême n'est pas habituelle en 
France, mais elle existe cependant. Ainsi Bossuet 
parle de la résurrection du Lazare. Nous disons 
l'église et le boulevard de la Madeleine. Un grand 
nombre de noms se sont formés du nom de bap- 
tême augmenté de l'article et sont demeurés pour 
attester la coutume au moins locale : Lefrançois. 
Leguillaume, Lejean, etc. 

BARRAGE, s. m. Etoffe à couleurs tranchantes 
fabriquées par les tisserands du pays et avec la- 
quelle on confectionnait des vêtements. 

Suisse l'om. « barra », étoffe de laine rayée ; — 
bas 1. barra, bande de couleur dans les étoffes. 
(Voy. Duc. Barra, Barracana, Barracanus.) 

De barre = bande, raie. 

BARRÉ, adj. et subst. Aux envir. de Château- 
Chinon ce mot désigne à la fois les gendarmes, 
les enfants naturels et les bœufs dont le pelage 
est bariolé. Pour les gendarmes et les bœufs, la 
variété des couleurs explique cette dénomina- 
tion. Quant aux enfants naturels, on sait qu'en 
matière de blason la barre étroite était un signe 
de bâtardise. Autrefois les célestins et les carmes 
étaient appelés frères barrés, parce que leurs vête- 
ments portaient des bandes de diverses couleurs, 
en bas 1. barrati fratres. Il y a une rue des 
Barrés à Paris. 

BARREIRE, s. f. Barrière, claie mobile qui 
ferme l'entrée des enclos, terres ou prairies. 

BARRIÉE, s. f. Barrière. IMorv. n. 

BASSEUR, s. f. Profondeur. Oetrou est profond, 
je n'en connais pas la « basseur. » Dans l'anc. fr. 
basseur = bassesse. 

BASSIE, s. f. Lieu où on lave la vaisselle, 
terme à peu près synon. de cellier. (Voy. Soillier.) 

Vi. fr. bassie, évier pour l'écoulement des eaux 
ménagères et aussi latrines : 



BAS 



- 65 



BAT 



Le suppliant et Jehan Blanchard cherchèrent icelle 

femme par la maison et la trouvèrent cachée auprès 

de la Bassye. 

(Duc. Bacia.) 

Basse = bâche, auge, vase, cuve. En Poitou la 
« basse « est une cuve de vendange. « Bassée, bas- 
seu, bassie, bassiot», dans cette région, désignent 
une auge pour abreuver les bestiaux, les porcs, 
les volailles. Berry : « baasie >>, pierre d'évier ; — 
Touraine : « bassée » ; — wallon de Mons : « basser » , 
étuver. Comp. avec le fr. bac, qui dans plusieurs 
patois prend la forme fém. « bâche «, bâche, et qui 
dans une partie du Poitou désigne aussi un évier. 

BASSIERE, s. f. Lie, dépôt qui se trouve au 
fond d'un vase. 

Norm. « bassière, baissière », dépôt, lie ; — 
Champ. « bassière », fond du tonneau. 

BASSIN, BAISSIN, s. m. Petit bassin en cuivre 
et muni d'une queue ou manche. Dans chaque 
maison, le bassin, qui remplace le verre à boire, 
est suspendu au-dessus du « soillau » ou seau. 

Dans l'inventaire des meubles de la comtesse 
Mahaut d'Artois (1313) se trouvent « m granschau- 
dleres, m chauderons de cuivre, ii Bacins à puisiei? 
yaue » 

(Bib. de VEc. des Ch. m' série, 3.) 

Le bassin semble avoir été une mesure de capa- 
cité, surtout pour l'avoine, comme aujourd'hui le 
picotin. Dans J. de Garlande « Pelves dicuntur 
gallice Bacin. » (Voy. Duc. Pelvis.) 

L'usage de cette coupe rustique remonte peut- 
être jusqu'aux Gaulois. Grégoire de Tours ne la 
mentionne-t-il pas sous le nom barbare de bac- 
chinon ; « Paterae quas vulgo bacchinon vocant » ! 
En Champ. « bacina » signifie bassin et bassinoire. 
L'esp. bacina, bassin, tasse, et surtout le dimin. 
bacineta, plat où l'on reçoit les offrandes des 
quêtes, explique la loc. fr. cracher au bassin : 

Et si pent uns Bacins d'or fin 

A une si longue chaaine 

Qui dure jusq'a la fontaine. 

{Romvart, p. 527.) 

A l'arbre vi le Bacin pendre 

Del plus fin or qui fust à vendre 

Onques encor en nule foire. 

(76. p. 528.) 

Si prist de l'aiguë en un doré Bacin 



Lava sa bouche et ses oex et son vis. 
(Rom. et pas!, p. 94.) 



Est-ce à un ustensile de ce genre qu'un poëte du 
mojen âge fait allusion dans ce passage ? 
Or escutez cume je fud fous, 
Ke un plains Bassin d ewe pris, 
E sus le perron l'a flati. 

{Li Tourneimens Antichrist.) 

Est-ce à notre bassin de cuivre, toujours bril- 
lant comme un miroir, ou au bassin-d'or, la renon- 
cule de nos prés humides, que le Roman delaRose, 

- V. 527, - emprunte sa métaphore, lorsqu'il décrit 
la beauté de Dame Oyseuse ? 

Cheveus ot blons cum uns Bacins, 
Front reluisant, sorcis votis, 
Son entr'oil ne fu pas pctis. 

Notre bassin -d'or ou renoncule est appelée 
« clair-bassin » en Poitou. 

BASTIEN, ENNE, nom propre. Seul usité pour 
Sébastien, Sébastienne. 

BÂTI, part. pass. Bâti, construit. S'emploie 
adjectivement. Un homme dit : « i seu bâti » pour 
dire qu'il a une maison, qu'il a achevé une bâtisse. 
On est bien ou mal bâti suivant qu'on a une bonne 
ou une mauvaise habitation. 

Cette loc. est française puisque M""^ de Sévigné, 

- VI, p. 409, - l'emploie : 

Nous allons demain à la Silleraye qui est devenu 
tout poli, tout joli et Bâti depuis que vous y avez été. 

BÂTIE, s. m. Blatier, marchand de blé, celui 
qui fait le commerce des grains. Morv. n. Mieux 
vaut, dit-on dans le pays, un « bâtier » qu'un 
huissier dans la « majon » . On dit encore dans le 
même sens : « Le ch'vau du meunié vau mieu 
d'van la porte que P sein du méd'cin », le cheval 
du meunier vaut mieux que celui du mé- 
decin. 

Ronsard appelle Cérès la bletière. Bas 1. blada- 
rius. De bladum, blé. 

BATTERIE, s. f. Aire de grange, emplacement 
réservé pour le battage des gerbes au fléau. Le 
sol de la batterie est ordinairement formé d'argile 
damée avec soin : 

... Doit mettre un homme loial en qi il s'allie outre 
la Batryo des blez. 

[Écon. rurale au XIII" siècle, p. 15.) 
9 



BAU 



66 - 



BAU 



BATTOU, s. m. Batteur en grange, celui qui 
bat au fléau. 

La poétique industrie des « battous » disparaît 
peu à peu devant l'invasion des machines à battre. 
Le bruit strident des cylindres remplace la batterie 
sonore et cadencée des longues matinées d'hiver. 
Progrès peut-être pour le riche, mais souvent aussi 
déception pour le pauvre ! 

BATTRE, v. n. Livrer combat, lutter. Nous 
avons « battu » plusieurs heures; à la fin nous 
avons gagné. 

Combattre en fr. est aussi verbe neutre. C'est à 
partir du XV« et du XVP siècle, dit M. Littré, 
qu'il devient actif. 

— V. a. Faire sortir le grain des épis avec le 
néau, battre le blé, le seigle, etc. S'emploie abso- 
lument : je vais battre, il est temps de battre. 

BAUDE, adj. Gai, jovial, de bonne humeur. Ce 
vieux mot n'est plus guère usité dans le patois 
d'aujourd'hui, mais il s'est maintenu par tradition. 
Plusieurs familles du pays sont connues sous la dé- 
nomination signifie, de Baude, qui leur a été jadis 
impcsée à titre de sobriquet. Un de mes voisins 
s'appelle le Baude sans qu'il puisse dire ni pour- 
quoi ni comment. Tout ce qu'il sait, c'est que son 
père et son grand-père portaient le même surnom. 
En vi. fr. baud, baude, se disaient en bonne et 
en mauvaise part; dans un sens honnête, celui de 
gai, joyeux; dans un sens honteux, celui de lubri- 
que, impudique. C'est avec la première signifie, 
que le Roman de la Rose, - v. 6243, - fait dire à 
Sénèque mourant : 

Si que ge muire en l'iaue chaude 
Et que m'ame joieuse et Baude 
A Diex qui la forma ge rende ! 
Ou encore, - v. 5064 - : 

Maint ribaus ont les cuers si Bauz, 

Portans sas de charbons en grieve 

Que la poine riens ne leur griève. 

Même sens dans le pocme de Floovant : 

Amiraus do Pcrsie, or soies Baus et liez. 

(V. 828.) 

Et enfin dans Villon, - Grand Test, ex, - : 
Item, je donne à frère Baulde 
Demeurant à l'hostel des Carmes 
Portant chère hardie et Baulde 
Une salladc 



C'est avec la seconde que le Roman de la Rose, 
- v. 6970, - dit de certaines nourrices : 
Souent voi néis ces norrices 
Dont maintes sunt Baudes et nices. 
Ou de certaines dames, - v. 8594 - : 
Cuidics-vous m'amor deservir 
Par acointier ces ors ribaus, 
Por ce qu'il ont les cueurs si Baus 
Et qu'il vous retnievent si Baude? 
Vous estes mauvese ribaude. 
Palsg., - p. 155, 289, - dans cette acception, la 
plus générale peut-être, appelle a man bande, un 
homme de mauvais lieux, par opposition avec 
woman baude, femme de joie, la Macette de 
Math. Régnier. L'anglais a le verbe to bawd, qui 
correspond au vi. fr. ribauder, évidemment dér. 
de la même source. 

Baud, baude, a formé un grand nombre de 
noms de famille : Baude, Baudart, Baudement, 
Baudin, Baudon, Baudot, Baudour, Baudry, etc. 
— Maison-Baude, nom de loc. près de Saulieu, 
correspond probablement à l'angl. bawdy-house. 
maison de débauche. 

Un proverbe normand attribue à « baudour » le 
sens de joie, réjouissance : 

Baudour et bobans 
Ne font pas riches gens. 
Le nom do « baudelle » ou « chalibaude » , donné 
en Poitou à un feu flambant et de courte durée, 
est probablement tiré du même primitif et signifie 
feu gai, joyeux. On peut encore rapprocher du fr. 
billebaude le v. « enguilbauder » usité dans la 
même région pour inviter à la danse. 

De l'anc. allem. bald, libre, hardi, audacieux. 
Dans Palsg. baudir = enhardir. (Voy. Ébaudi.) 

BAUDET, s. m. Pelote à épingles. 

A Mons, le baudet sert aux fileuses pour dévider 
leurs bobines. 

L'orthographe serait peut-être bôdet. (Voyez 
Beude.) 

BAUGER, v. n. Entrer, se retirer dans une 
bauge, une tanière, un trou. Se dit de beaucoup 
d'animaux, du lièvre, du lapin, etc., comme du 
sanglier. Embaucher dans le langage du Nivernais 
équivaut à cmbauger. Embaucher un bœuf c'est, 
à proprement parler, l'enfermer dans le lieu où il 
est chargé de s'engraisser. En Fr. -Comté « bauger » 



BAU 



- 67 - 



BAV 



signifie se vautrer dans la fange. Ce sens s'adap- 
terait assez bien à l'anglais bog, fondrière, et à 
l'irl. bogach, marais. Dans quelques patois, celui 
du Berry entre autres, « bauge » désigne une hutte, 
une cabane et quelquefois un chenil. « Bauger » en 
Poitou se dit pour aboyer. Il y a bien des motifs 
pour croire bauge et bouge identiques. Bauge 
semble avoir donné à la toponomastique Baugis, 
Baugies, Baugy, Bauge, Beaugeay, comme loge a 
donné logeis à l'anc. langue et logis à la moderne. 

— Baugy, com"" de Montigny-aux-Amognes ; 

— Le Baugy, com"= de Varennes-lès-Nevers ; 

— Bouhy, chef-lieu de la corn"" de ce nom, est 
écrit Baugiacus du VU" au X" siècle ; 

— Les Bauges, com"" de Jouy, dans l'Yonne. 
Dans le Maine, « bauhine » ou « bouhine » 

désigne une maisonnette, une petite chaumière ; 
dans le Jura « buge » = ctable, parc à l'usage du 
bétail ; en Saintonge les « bauches » sont des ter- 
rains vagues. (Voy. Embauche.) 

BAULER, V. n. Se ditde l'eau qui coule à pleins 
bords, d'un ruisseau qui submerge ses rives en se 
déversant au dehors : « al ô choué tan d' pleue que 
1' bié en baulô », il est tombé tant de pluie que le 
bief en débordait. 

Dans l'Yonne, « bauler « se dit d'un objet qui 
flotte à la surface de l'eau comme le liège d'une 
ligne de pêche. 

BAULER, v.n. Exprime particulièrement le mugis- 
sement prolongé des taureaux. Le Morv. n. marque 
trois nuances très distinctes à l'oreille dans les trois 
termes usités pour désigner le cri du bétail à 
cornes. Le taureau et le bœuf « baulent », la vache 
(. breuille », le veau « braime. » La curieuse nomen- 
clature de Sindonius n'est pas aussi riche. Elle ne 
nous donne qu'un seul mot, mugire, pour rendre 
le cri de toutes les bêtes à cornes. Baulare, synon. 
de latrare, appartient surtout à la race canine. 
(Voy. Duc. Baulare.) 

BAUME, s. f. Nom commun à plusieurs plantes 
aromatiques, à la menthe-baume entre autres, qui 
abonde dans certains sols de notre contrée grani- 
tique. Le 1. balsamum désignait le baumier et son 
suc, le baume. 

BAURGER, V. n. Couler à plein bord, tombera 
Ilot. Après une averse, l'eau « baurge » dans les 



rigoles. On dit pendant une forte pluie : ci a baurge 
d' pleue. » 

La Monnaye, - noël i, - écrit « borger » et tire 
le mot du 1. vergere, mais cette étymol. est dou- 
teuse. 

Tu ne vén pâ cliarché le plaizi, lai bôbanoe, 
Tu vén Borgé ton san po laivai no défau. 

HAUSSER, V. n. Faire bosse, former une pro- 
éminence, un gonflement. On dit d'une femme 
enceinte que son ventre « hausse. » On en dit 
autant du carnier d'un chasseur heureux. 

Bausser devrait peut-être s'écrire bosser et se 
rattacher au fr. bossucr dont bosseler n'est que le 
fréquentatif. 

BAVOICHER, V. a. Baver, jeter de la bave, 
bavarder. 

Vi. fr. baver, primitif de bavoicher, pour ba- 
varder : 

Paix, par le dyable! vous Bavez 
Et ne sçavez vous revenir 
A vostro propos, sans tenir 
La court de telle Baverie ? 

{Pathelin. m, 6.) 

Il discourut en Bavant toutes les peines qu'il avoit 
endurées pour l'amour de Fleurie. 

(Printcms d'Yver, p. 565.) 

Dans Borel et Nicot baver = balbutier. Fure- 
tière dit que bavarder est un mot bas et cite <à 
propos de babillage la loc. populaire : « cet homme 
n'a que de la bave ». Le terme technique d'impri- 
merie bavocher se l'attache à la même origine. 
Dans quelques parties du Morv. n.-o. bavoicher 
s'emploie pour boire souvent, faire l'ivrogne. 

Norm. « baver », bavarder; — Poitou, Saint. 
« bavasser. » 

BAVOICHOU, OUSE, adj. Baveux, euse, celui 
ou celle qui bave, bavard, ivrogne. 

BAVOIRE, s. f. Grand pont de culotte à l'an- 
cienne mode. Les bavoires sont encore en usage 
dans le pays. 

Le bas 1. avait la forme bavara pour bavette. La 
« bavoire» des culottes a une certaine ressemblance 
avec les bavettes d'enfants. La «bavière» en Berry 
est la partie haute d'un tablier de femme, celle qui 
enveloppe la poitrine et le cou. ^ Bavette » et 



BAY 



- 68 



BE 



« bavaron » ont la même signifie, en Suisse. — 
Rouchi : « bavaroisse », pont de culotte ; — Norm. 
« bavaroise » ; — Berry : « bavaloise. » (Voyez 
Braguette.) 

BAVOU, OUSE, adj. Celui ou celle qui bave : 
'< un vieux bavou», rabâcheur, radoteur. 
Vi. fr. bave, bavardage : 

Vous n'avez guère que la Bave. 
Je le scay bien, je vous cognoy 
Vous regardant quand je vous voy. 

{Th. fr. IV, p. 314.) 
Va, va, tu n'as que de la Bave, 
Par ton caquet tu m'as perdu ! 

(76., VII, p. 419.) 

Rabelais, - m, 24. - raillant la prolixité du chro- 
niqueur Monstrelet, lui inflige l'cpithète de baveux : 
M II est plus baveux qu'un pot à moustarde. « 
Montaigne, - m, 2, - emploie le fréquent, bavasser 
encore usité dans quelques provinces pour bavar- 
der : « Il semble que la coustume concède à cet 
aage (la vieillesse) plus de liberté de Bavasser. » 
Dans le style comique on appelait quelquefois la 
bouche bavière. terme tiré de bave, salive et bavar- 
dage. En Bourg. « baibillô » signifie bavette, ce 
qui aide à prouver que babil est la même onoma- 
topée que bave. 

Poitou: « bavou », babillard ; — Pic. «baveux»; 

— Breton : babouz, bave; babouza, baver et bavar- 
der. Rom. prov. bavar, baver et bavec, babillard; 

— port, baba, bave; babujar, baver et grignoter. 
En Suisse bavard a le sens de moqueur, parce 

que le radical onomat. bav = moc. A Genève « se 
bavarder » =: se moquer. (Voy. Moquou, Morver, 
Mousse.) 

BAYARD, nom de bœuf au poil bai ou rouge 
foncé. Ce nom n'a de commun que son étymol. 
peut-être avec celui du chevalier sans peur et sans 
reproche. 

Bayard est pour bai avec la terminaison ard. Le 
Dictiojiariolum pueronim traduit le 1. badius 
color par bay, bayard. Badius est dans Nonius 
qui cite Varron : 

lîqui colore dispares, item nati. 

Hic Badius, iste gilvus, ille murinus. 

Le robuste coursier des quatre fils Aymon. 
Bayard, devait sans doute son nom à sa couleur. 
Ce fier animal, s'il faut en croire un passage cité 



par Ducange (Voy. Bagus), ne se laissait pas monter 
par le premier venu : « Non enim omnes homines 
equum Baiardum scirent equitare. » 

Berry : « baïart », bai ; — Forez : « bayard, 
bayet», rouge; — Champ. « baien», bai, brun. — 
Le breton a baïan pour alezan, fauve, et gell pour 
bai ; — ital. bajn; — esp. bayo, bazo ; — anglais 
bayard, alezan, bai.Basl. baius, bagius, baiardus. 

BE, s. m. Bec. Ce mot est du petit nombre de 
ceux qui appartiennent incontestablement au cel- 
tique. Suétone, - Vitellii vita, xviii, - le remarque 
enparlantd'un généraldeVespasien, Antonius Pri- 
mus : « Cui Tolosse nato cognomen in pueritia 
Becco fuerat, id valet Gallinaci rostrum. » Il est 
fort probable qu'on prononçait autrefois bé comme 
on le fait encore aujourd'hui en Morvan, en Berry, 
en Bourg., en Picardie, etc. On peut citer à l'appui 
de cette assertion les vers du roman de Renart, 
- v. 24938 - : 

Les escofles (milans) 

Bâtent des eles et des piez, 
Des Bés fièrent con esragiez. 
Le Gloss. du Centre cite un proverbe rural où 
la rime démontre la chute du c : 

Quand il pleut à la saint Médard 
Il pleut quarante jours plus tard, 
A moins que saint Barnabe 
Ne lui tape sur le Bé. 

Nous disons en prose : « ç'ô 1' mauvii tan, lé-z- 
airondelles von 1' bé d'van », c'est-à-dire rasent la 
terre en volant. 

Le rouchi néanmoins prononce « bièque » ; — le 
wallon : « bêche, beg » ; — le lorrain : « bac, 
beuc » ; — le breton : bek. La consonne finale s'est 
maintenue dans la formation du mot bécasse, mot 
composé avec bec et accia, en vi. fr. acée ou assée, 
qui était l'ancien nom de l'oiseau. L'un des cuisi- 
niers à la suite de Jean des Entommeures, dans 
Rabelais, s'appelle Becdassée = bec de bécasse. 
(Voy. livre iv, ch. 40.) 

La loc. genevoise <c être au bé-à-ba » correspond 
au fr. avoir la tête basse, c.-à-d. être mis au pied 
du mur, réduit à l'extrémité. 

Comp. bé, bec, bouche, avec l'ancien v. béer qui, 
au propre, signifiait ouvrir la bouche et au fig. dé- 
sirer vivement, attendre avec impatience : 

Feme ne Bée à riens qu'a home décevoir. 

(RUTEBEUF, II, p. 418.) 



BED 



- 69 - 



BEG 



Le siibst. béance exprimait l'attente inquiète : 

Tuit vont 

A Gaillart haut sur la montagne ; 
Là n'ont ils pas entr'eus Béance 
Ne pensée, que cil de France. 

(GUILL. GUIART, V. 376.) 

A l'origine bégueule n'avait que le sens de 
bouche ouverte. Le mot s'écrivait bee gueule (en 
ital. baderla). On trouve même isolément bee pour 
bouche, ouverture, et pour niais, sot : 

Pierrot Vellier entra de nuit audit hostcl par la Bée 

d'une fenestre 

(Voy. Duc. Beare.) 
Mais il fu fols et Bée. 

[Dit du roi Guillaume, p. 191.) 

Dans Palsg., - p. 560, - « Je bée agardez 

comment il bée (comment il a la bouche ouverte)... 
je me suis tenu béant icy une heure dhorloge pour 
regarder après vous. » 

Flandre : « rester biec », être ébahi ; — wallon 
de Mons : « beau, beyau », niais; — Genève : 
« bébé », personne qui a la bouche béante, 
nigaude. 

Dans les plus anciens textes la forme béer, que 
quelques patois mouillent en béîer, parait à côté 
de la forme baer. Toutes deux se rattachent au 
fr. bayer qui dans le wallon du Luxembourg équi- 
vaut à brailler. 

Le bourg. « beuiller », que La Monnaye tire 
péniblement de beu et euille avec le sens de regar- 
der comme avec un œil de bœuf, n'est peut-être 
qu'une corruption de la variante béîer. En Pic. 
« béer » et « béyer » , regarder la bouche ouverte ; 
« béyeux », curieux. (Voy. Bégau.) 

BÉCAFI, s. m. Becfigue, motacilla ficedula, de 
Linnée. 

Dans Comenius, - p. 47 - : la bequefigue. 

Berry, Champ., Genève : « becfi » ; — Lang. 
« béquo-fîgo. » 

BECO, s. m. Petit baiser, terme enfantin qui 
signifie au propre petit coup de bec. De bec pris 
dans le sens de bouche. En Champ, et en Pic. 
donner un « bec » ^ donner un baiser ; en Flandre 
donner une « besse » ; — Lang. « béquou » ; — 
ital. becco, bec, bouche. (Voy. Besse.) 

BEDON, s. m. Petit ventre, ventre d'enfant. 



S'emploie dans une partie du Morv. n. pour nom- 
bril. Autrefois bedille désignait l'ombilic. Terme 
d'amitié dans Rabelais et ailleurs : 

Tiens moy ung peu joyeulx mon Bedon. 

{Pantagruel, m, ch. ii.) 

Mon Bedon, si tu m'aimes, tu peux estre mon mé- 
decin. 

(Th. fr., V, p. 17.) 

Bedon est un dimin. du vi. fr. bède, ventre, 
encore usité aux env. de Poitiers. Bède est du fém. 
comme en fr. bedaine que Diez rattache à bedon, 
tambour. (Voy. Beude, Beuille, Bidette.) 

BEGAU, s. m. Bègue, celui qui bégaie. Au fém. 
bégaute, celle qui est bègue. Morv. n.-n.-o. 

Pueri qui semper dormierunt in atrio vel gremio 
niatris suœ.... ne seront jamais que niez et Bégaux. 

[Sermon de Michel Menot, — 1526.) 

Sous bégaud, qui en fr. signifie niais, M. Littré 
observe que le rad. de bègue est probablement 
dans ce terme. En effet, les deux mots se rattachent 
comme l'ital. becco, bouc et bec, au rad. qui a 
formé bique en fr. et biquot dans notre patois. 
Est-ce à une onomatopée qu'il faut demander 
l'explication de « bégaud », niais, et « bégau », 
bègue ? Est-ce du bée monotone de la chèvre et de 
la brebis que nous vient le double sens des deux 
mots peut-être identiques sous une forme ortho- 
graphique légèrement différente? On en pourrait 
avoir l'idée avec Ch. Nodier, en écoutant le conseil 
que maître Pathelin donne au berger Aîgnclet : 

Tu ne respondras nullement, 

Fors Bée pour rien que l'en te die; 

Dy Bée : ha ! feray je, il est nice. 

Il cuide parler à ses bestes. 

{Pathelin, m. se. 4,) 

Le conseil, en somme, consiste à simuler la 
bêtise et le bégaiement, mais il est plus vraisem- 
blable que la signification de niaiserie n'est prise 
qu'au fig. se rattachant toujours à bégau, bègue. 
Pour le rad. de ce dernier mot, voyez Biquier, 
Biquiet, Biquignon, Biquot. 

Comp.avec le grec ênxta, petite brebis, êuxt'a, voix 
enrouée et êe'xos, sot, imbécille. 

Berry : « bégat » nigaud, bègue ; Poitou : 
« bégaud, béguaud », sot, niais, «béguant », bègue, 
« beguette », brebis ; — Maine : « bègue », niais ; 
— Norm. « bégas, bégaud », niais : — Pic. « bé- 
gueux » ; — wallon : « beketeu », bègue ; — breton .- 



BEI 



70 



BEN 



hek ou beg, bec. bouche; bef/in, bêler. (Voy. Bé, 
Béfjuer.) 

BÉ6AUTER, v. a. Bégayer, parler avec difïi- 
culté. 

En vi. fr. begueter désignait le chevrotement 
de la chèvre et le bégaiement de l'homme. Ce verbe 
était le fréquent, de béguerqui subsiste en ISIorvan 
comme en Flandre, en Champ., en Norm., etc. 

Panurge s'adressa à frère Jan et lui dist Bec- 

guetant 

{Pantagruel, m, 36.) 

Saint, a begauder », bégayer; — Korm. « bé- 
guer », bégayer ; « begauder », dire des niaiseries, 
balbutier, faire le bégaud ; —Poitou: «begasser», 
bégayer ; — wallon : « béketer. » 

BÉGUER, v. n. Parler à la manière des bègues, 
bégayer. Morv. n. 

Dans Palsg., - p. 732 : - « Cestung passe temps 
que de louir Besguer quand il est courroucé. » 

Comp. avec l'anglais to beg, mendier, beggar, 
mendiant, par allusion peut-être au murmure 
continu du solliciteur. Le vi. fr. béguin, dévot, se 
rattache-t-il à la même origine? Dans l'anc. langue 
béguin et béguard sont identiques. Dans le Maine 
« biguenette », dévote outrée, et « biguetonner », 
bégayer. 

De beg pour bec. Dans beaucoup de mots bec 
signifie pointe, d'où le fr. béguettes, petites pinces 
de serrurier. (Voy. Bé, Bégau, Bégauter.) 

BEILLER, v. a. Bailler, donner, remettre quel- 
que chose à quelqu'un. Ce mot est le seul usité 
chez nous pour donner. 

^'i. fr. bailler, baillier, bailler : 

Li dus Rolland est vaillant chevalier 
Et vassas nobles por ses armes Bailier. 

(G. de Vi. V. 1996.) 
le te ferai ij espées Bailier, 
Li une en seroit moie et li autre Renier. 
{Ib. V. 2661.) 
Vez ci la rigle qu'il en Baille ; 
Mais il n'est rigle qui ne faille. 

(R. de la R. v. 83 iG.) 

Ce mot entrait dans un certain nombre de loc. 
populaires : bailler à connaître, faire entendre : 
bailler à faire, donner de l'embarras ; bailler honte, 
faire honte ; bailler peur, faire peur ; bailler du 



pire, mettre au pire. La bailler verte, c'était 
conter une histoire impossible à croire ; en bailler 
d'une, c'était tromper en mentant, etc. Le bailleur 
de billevesées était le menteur de profession. 

Molière met encore ce terme dans la bouche de 
ses paysans. Lucas dit à Sganarelle : « A quoi bon 
nous Bailler la peine de vous battre. » (Voy. Le 
Médecin malgré lui, i, 6.) 

BEIN, s. m. Bien, propriété, fortune. S'emploie 
principalement en parlant de la propriété territo- 
riale. Quand on dit d'un homme qu'il a « eun bon 
bein », cela sous-entend qu'il a beaucoup de terre 
au soleil. 

Obligeons nous et noz hoirs et touz noz Beins 

et les Beins de nos diz hoirs en quelque leux que ils 
peussent estre trovus. 

(C/i. B. II, p. 438.) 

— Bein, adv. Bien : 

Le roi de France, l'avesque de Leingres, noz très 
Bein amez et redoutez seigneurs. 

{Ch. B. Il, p. 428.) 

BEINHIREU, EUSE, adj. et subst. Bienheureux. 

BÉXÉFIER. V. n. Bénéficier, faire du profit, du 
bénéfice. 

De bene, bien, et facere, faire. (Voy. au mot fére 
la conjugaison du verbe.) Anglais to benefit, pro- 
fiter. 

BÉNISSU, E, partie, pas. du v. bénir. Bénit. 
Morv. n. (Voy. Bcunitre.) 

BENNE, s. f. Grande corbeille en osier ou cage 
formée de claies dans laquelle on transporte le 
charbon de bois. Benne se i-etrouve dans presque 
tous les patois. Le fr. a adopté la forme banne qui 
a la même signifie, mais qui est moins ancienne. 
lYoy. Duc. Benna.) 

On se servait autrefois du benaston ou petite 
benne pour la vendange ou la pêche : 

Tel Benaston comme l'on porte aux vendanges es 

vignes ils pourront aller pescher en ladite rivière 

au panier ou Benaston 

{Ch. B. I, p. 556.) 

Il paraît qu'au V siècle de notre ère, la benne 
ou le bennon était une espèce de voiture rappelant, 
quant à la dénomination, nos paniers du XIX". 



BER 



71 — 



BES 



Festus nomme combennones les compagnons de 
voyage réunis dans ce véhicule. Plus tard le mot 
ne désigne plus que des compagnons en général, 
voire même des camarades de bouteille : 
Et vos, mai Combennones 
Elevate bactriones 
Ut possitis dicere 
lo, io I 
(Du MÉRiL, Poésies latines au M. A. p. 2 12.) 

Le roman de Renart, - v. 28594, - conserve à 
benne le sens primitif de chariot à claies : 
C'est un lerres, uns losengiers, 
Qui en la Bene au charetiers 
Se fist jeter con beste morte. 

Aux env. de Valenciennes le « carabène » (car- 
à-benne) est un chariot muni de son appareil 
d'osier ou de bois entrelacé. En Picardie le « be- 
gneu « est une voiture à bascule, un tombereau. 

De benne pris dans le sens de panier par exten- 
sion, les patois ont dérivé un assez grand nombre 
de noms appliqués à des paniers de toute sorte, 
à une ruche d'abeilles entre autres, appelée « bène » 
en Normandie, « benne « en Suisse, « benion, 
bignon, bugnon » en Pr. -Comté, « bugnon i> en 
Champagne. On peut rapprocher tous ces mots de 
l'ital. bugno, ruche, bugnolo, panier tressé avec 
de la paille, et du bas 1. beyiellus. 

Benno était un nom propre chez les Romains. 
S. Bennon était évéque de Meissen au XP siècle. 

Le GIoss. du Centre se trompe, à notre avis, en 
Taisant de banne et manne un même mot. Le bas 
I. manda, qui adonné d'abord la forme mande pour 
manne, ne peut se rattacher au rad. celt. benn. 

BÉRAIS, s. m. Lourdaud, maladroit. Suisse 
rom. « berou », bélier, tête dure, homme opiniâtre. 

BERBE, s. f. Barbe. La forme barbe, de barba, 
est générale dans nos dialectes issus du latin, et 
cependant l'adj. imberbe donnerait quelque raison 
d'être à la forme morvandelle. 

L'anc. langue a dit herbier pour barbier : 

Sept chouses sont au monde dont il ne faut mestier. 
De mire trop piteux et de punais Berbier. 

{Girart de R. p. 278.) 

BERftrE, s. f. Nuée flottante dans le ciel, amas 
de nuages. Dans l'anc. langue barge ou berge 



désignait un bateau, une barque. Berge signifiait 
aussi monceau, amas et même éminence de terrain. 
La ville de Bergues doit probaljlement son nom à 
la montagne au pied de laquelle elle est bâtie. 11 
y a deux hameaux de Berges en Nivernais. — En 
allem. et en holl. berg = montagne. Qu'il s'ap- 
plique à un nuage pris isolément, ou à un amas 
de nuées, notre mot se peut aisément rapprocher 
de barga, barque, ou de berga, amas, monceau. 
Dans le Véda, les nuages sont appelés naras, vais- 
seaux. 

BERNE, s. f. Bordure, lisière, marge, talus : les 
bernes d'une rivière, les bernes d'une route, etc. 
Berne est peut-être le même mot que le fr. berme. 
Benne et berge ont un air de famille qu'appuie 
encore l'analogie de sens. Berge et berne figurent 
dans les noms de lieu du Nivernais: Berge (la), c""-' 
de Chaulgnes : Berges, C" de Magny-Cours et de 
St-Martin-du-Puits ; Bernay, C' de Brinay ; Ber- 
nerie (la), c"" de St-Loup ; Bernets (les) , 0°'^ de Pré- 
mery ; Bernière, Bernots (les), Bernotterie (la), c"" 
de Chatillon, d'Entrains, do Marcy. 

Berme et berne se montrent également dans la 
toponomastique française. A l'appui de la dernière 
forme je cite seulement le Ru de Berne, ruisseau 
qui tire évidemment son nom de l'escarpement 
situé devant le château dePierrefondsdans la forêt 
de Compiègne. 

Norm. « berne » = berme de chemin; — Saint. 
« berne », berme de chemin, berge de fleuve. 

De l'allem. brame, bordure, par métathèse ? 
L'anglais berme = escarpement. En celt. bern = 
monceau, comme le même mot breton. 

BÉRON, s. m. Rouge-gorge ou linotte. Beau- 
coup d'oiseaux en fr. ont emprunté leur nom à 
l'état de leur bec. Je cite seulement la dénom. 
popul. de la pie : Caquet-bon-bec. 

De bec et rond. (Voy. Bé.) 

BESAICE, s. f. Besace, grand sac que l'on porte 
sur le cou autant que sur le dos, pendant de droite 
et de gauche. Il n'y a pas que les mendiants qui 
se servent de cemoyen de transport, il est à l'usage 
de tous nos campagnards. Besace et bissac sont 
deux formes du même mot. Cependant le premier, 
dans le latin de Comenius, - p. 144, - est traduit 
parpera, et le second par hippopera, qui signifie 



BES 



— 72 



BES 



portc-mantoau. Notre besace est exactement un 
bissac,c'est-à-diro un sac à double poche, bisaccus. 

BESOINGXOU, OUSE, adj. Besogneux, celui 
([ui a besoin, qui manque du nécessaire : 

... Dcii.\ fois par terre vola... 
Et puis se rendit par enui, 
Navré et Besoingneus de mires. 

(GuiLL. GuuRT, V. 822G.) 

En vi. fr. besoingner signifiait quelquef. avoir 
besoin de être nécessaire. 

BESSE, s. f. Bêche, instrument pour travailler 
la terre. Morv. n. Besse n'est pas un adoucissement 
dialectal du français bêche ; c'est une anc. forme 
qui correspond au bas 1. bessa. 

Vi. fr. besche, bayche, besque, besse, avec un 
dim. besote et un augment. besoche qui a formé le 
verbebesocherencore usité en Berry, en Poitou, etc. , 
pour bêcher, piocher, biner : 

Pierrat dépouilla son mantel et prist une Besse 
qu'il avoit à deux mains. 

(Duc. Bessa.) 

Le cent de pelles ou do Besses 

(M.INTELLIER, III, p. 120.) 

Dez ja en grant quantité en avoit deffoui et esracé 
(des navets) d'une Besote qui est instrument manuel 
convenable pour ce faire... 

(Duc. Becca.) 

— La Besse, les Besses, nomsdeloc. assez répandus 
avec de nombreux composés. 

"^^'allon : « bêche » = bec; « bechète ;= pointe; 
a bechou » = pointu; — A Mons : « bechuron », 
bec de vase, de cruche; — Champ. « bescheron », 
bec; « bezoche », bêche ; — Lorr. « bac », bec; 
« basse » et « bâche » , bêche ; — Poitou : « béchan » , 
petite binette ; « bêcher », se dit de l'œuf lorsque 
le poussin va sortir et d'une plante qui pousse, 
qui sort de terre. « Besse » ou « bêche » signifie 
exactement bec : « à tête-bèche » = à tête-bec. 

De cette signifie, on a tiré le nom de bateaux se 
terminanten pointe ou bec. Ces bateaux s'appelaient 
à Lyon bêches ou besches. On les nomme bèchetez 
sur la Meuse ou autres rivières du nord de la 
France, bequias en Lorraine et probablement 
bacs en français. Pour le même motif le vi. fr. 
désignait le brochet sous les dénominations synon. 
de bechet ou becquet (en breton békéd). Voy. Bé 
et Bossons.) 



BESSER, V. a. Bêcher, remuer la terre aveu 

une bêche. Morv. n. 

Les supplians aloient Besser avec une palle ferrée 

chacun à son coul 

(Duc. Bovaria.) 

Marco Pol dit becer pour donner des coups de 
bec. Bêcher a le même sens dans le roman de 
Renart, - v. 25526 - : 

Droins au cheval de limons 
Saut sur la teste maintenant, 
Et de son bec le vet Bêchant 

Enl'oil 

Et dans le Bestiaire divin de Guillaume, clerc 
de Normandie, - v. 535 - : 

Quant il sunt (les pélicans) norriz et granz 
Et auques sages et puissanz 
Si Bêchent lor pères el vis. 
Bêchez est une variété d« becs dans la Chronique 
de Benoit, - v. 1440 - : 

A faire e pareiller lur niz 
Emportoent les ramelez 
Par mi le pui en lor Bêchez. 
Berry : « besser »; — Bourb. « bisser »; — Forez : 
« bessâ » ; — Le wallon « béchi » , toucher par la 
pointe avec le bec, correspond à l'ital. bucherare, 
percer, trouer. 

BESTERIE, s. f. Bêtise, niaiserie, propos équi- 
voque. Morv. n. 

L's du 1. bestia s'est maintenue dans la prononc. 
mais moins pleinement que dans le fr. bestiole. 
Palsg. traduit besfyssh?iesse par besterie. Dans 
Montaigne bestise et dans Rabelais besterie : 
Leur savoir n'était que Besterie. 

{Gargantua, i, ch. 15.) 

BESTIAU, s. m. Bétail, les bêtes à cornes prin- 
cipalement. L'anc. langue a eu de nombreuses 
formes pour bétail : bestaille, bestiail, bestial, bes- 
tiage, etc. Le bétail, du 1. bestialis, comprenait 
tous les animaux domestiques et plus encore les 
abeilles et les taupes. 01. de Serres dit des taupes : 
« Ce meschant Bestail hait l'eau. » Il appelle l'édu- 
cation des abeilles « un maniement de Bestail. » 

Le Gloss. du Centre, à propos de ce terme qui 
est aussi berrichon, cite un couplet de chanson qui 
a bien la couleur morvandelle : 

Quand j'étais chez mon père 

Tout petit pastouriau. 

Je n'avais rien à faire 

Qu'à garder mon Bestiau. 



BEU 



- 73 - 



BEU 



Presque tous nos enfants de six à douze ans ne 
sont pas autrement occupés que le petit « pastou- 
riau. » La conduite et la garde du « bestiau « est 
un terrible obstacle à l'enseignement du maître 
d'école. 

BÉTE, s. m. Béte, qui est sans esprit. Un gros 
« béte », un vieux « béte. « « Couye-toué, mon 
n-aimi,teu n'équ'eunebéte. » Tais-toi, mon ami, tu 
n'es qu'une bête. 

BKTIE, s. f. Bêtise, propos léger ou peu raison- 
nalile. niaiserie. 

BÉTÏER, V. n. Dire des bêtises, des niaiseries, 
des choses légères, faire des riens, faire la bête, 
l'idiot, comme le berger Aignelet aux prises avec 
son créancier, maitre Patlielin. Suétone raconte 
que l'empereur Auguste se servait parfois du verbe 
betizare pour qualifier quelque cliose d'insipide, 
comme le discours d'un sot par exemple. Etait-ce 
un néologisme ? Auguste ne les aimait pas, dit 
l'historien. Quelques commentateurs rattachent le 
mot à beta, légume sans saveur. J'aime autant le 
dériver de bestia. De là betïer ou bétiser. L'anc. 
langue avait un verbe béter qui signifiait chasser, 
poursuivre comme une bête : 

En luxure a de borbe tant, 
C'om doit celui, com ors, Béter 
Qui veaut tel borbe borbeter. 

(Benoit, III, p. i-29.) 

Béter, rendre bête dans le fr., embêter. 
Berry : « béter », niaiser ; — Norm. » bêtiser » ; 
— Genève : « bêtioler » ; — Suisse rom. « beta- 



BÉTIJE, s. f. Bêtise. Même sens que bétie. 
Morv. n.-n.-o. 

BÉTI.JER, V. n. Même sens que bétier. Morv. 
n.-n.-o. En quelques lieux « bétéjer. » 

BÉTÔ, s. m. Petite bête, bétat, dimin. de bête; 
terme familier qui ne se prend pas toujours en 
mauvaise part. Les mères l'emploient sur le ton de 
la caresse en parlant à leurs enfants : « p'tiot 
Jjétô ! » Au fém. « bétote. » 

BEUCHE, s. f. Bûche, morceau de bois préparé 
pour le feu. Morv. n. « beuce. » 



— Tige d'arbuste ou même de plante : les 
« beuches » du blé, du seigle, etc. Le vent a brisé 
les « beuches » de cette avoine. A Genève, tirer à 
la courte bûche = tirer à la courte paille. 

Bûche sort du même rad. que bois ; or on dit 
aussi le bois des pommes de terre pour désigner 
leurs tiges. La fane est à proprement parler la 
feuille, du 1. fœnum, ce qui se fane ou dessèche. 
Dans Roquefort, bûche := brin de bois ou de 
paille. Dans Gomenius, bûche et poutre sont syno- 
nymes. 

Le vi. fr. employait quelquef. le mot bûche pour 
désigner du bois en général : 

Si ot devant lui un feu grant 
De sesche Busche, bien ardant. 

{Li Conte de! Graal.) 

Et li feus fu test alumez 

Qu'il orent Bûche a grant planté. 

(Renarl, v. 9-25.) 

Pour hostellaige, chevaux et Busche, es mois 

de janvier à payer 271 livres 5 sous. 

(Extrait des Comptes royaux. Charles VII, t. 3, p. 324.) 

Dans les livres de Taille on voit souvent figurer 
des buschiers et même des buschières, marchands 
ou marchandes qui vendaient le bois en détail. 
Voy. notamment le Livre de la Taille de Paris 
e?il313,p. 10 et 11. Deux mesureurs de busches. 
Jacques Boudin et Jehannot de A^ernon, y sont 
taxés pour xviij deniers parisis. 

Fr. -Comté : «bûche de paille » , fétu; « bûchettes » . 
la courte paille. (Voy. Beuchotte, Bos.) 

BEUCHER, V. a. Frapper avec force, travailler 
en frappant, en taillant. « Beucher » une pièce de 
bois, c'est la dégrossir. « Beucher », absolument, 
suppose un effort, un labeur continu et violent. 
Morv. n. « beucer. » Vi. fr. bûcher, buscher. 
bucheter, buquer. 

La congniée est prestée 
Pour Buchoier 

[Contes, Dits, etc. II, p. 165.) 
Et la famé au provoire estoit 
Enmi sa cort où Buschetoit. 

(Renart, v. 260i;.) 
Desjà de tous costez j'entends par le celier 
A grands coups de maillet Bucquer le tonnelier. 

(G.4UCHET. p. 216.) 

Dans Comenius, - p. 103, - « Heurte, frappe ou 

Buque à la porte. » 

10 



BEU 



- 74 — 



BEU 



BEUCHERON, s. m. Bûcheron. La Fontaine, 
- V. 1, - emploie le vi. mot boquillon : 
Et boquillons de perdre leur outil 
Et de crier pour se le faire rendre. , 

Boquillon est un dimin. tiré d'une forme pic. 
« boquer » pour « buquer « = bûcher. 

BEUCHOTTE, s. f. Bûchette, brin, fétu de paille 
ou de bois dont on se sert pour tirer au sort. Tirer 
« es beuchottes » a chez nous la même significa- 
tion qu'en fr. tirer à la courte paille. Celui qui 
présente les bûchettes chante : 

Beuchottc, beuchotte de froman 
Qui lai toche, lai pran. 

Metz : « beuchote », menu bois; — rouchi : 
« tirer al buquete », tirer à la courte paille ; — 
wallon : « bouhète », courte paille; — Luxem- 
bourg : « tirer à la bûche. » 

Ital. busco, fétu ; buschette, courte paille. 

Dimin. de beuche = bûche, qui désignait, on 
l'a vu plus haut, aussi bien un brin de paille qu'un 
morceau de bois. 

BEUDE, s. f. Ventre, gros ventre, panse. Beude 
= bcde. C'est le primitif de bedaine et de bedon, 
ventre, tambour par analogie. Thymbre for a 
c/ujWe = bedon, tambour d'enfant dans Palsg.. 
-p. 28L - Diez tire bedaine de bedon, tambour. 
Les deux mots ne sont que des dérivés ; il faut les 
rapprocher de beaucoup d'autres qui ont à peu 
près la même signifie, et dont l'air de famille est 
frappant. Tous ces vocables se rattachent à une 
racine :bed, bid, bud. Bôth, en celtique, exprime la 
rotondité, comme le 1. botulus, qui signifie boudin 
et ventre. L'ancien français et les patois ont em- 
prunté à cette racine des termes assez nombreux 
pour désigner les animaux ruminants et quelques 
autres, peut-être parce que leur conformation les 
fait paraître, pour ainsi dii-e, tout ventre comme 
une outre. 

Vi. fr. bedel, veau ; bedele, génisse ; bedille. 
ombilic; beudie, étable à bœufs; bedoil, bedon, 
poulain ; bedoneau, blaireau, etc., etc. 

Rabelais emploie le mot bedeau comme ternie 
d'amitié : 

Esmouche, mon petit Bedeau, je n'arresteray guère 

je l'aime desja tout plein Ce sera mon petit 

Bedault. 

{Pantagruel, ii, lô ; m. 18.) 



Saint, «beude », génisse; « beudet », veau; 
« beudicher », vêler; — Norm. « bedin », petit 
veau ; « bedot », enfant nouveau-né ; « bédou », 
blaireau et rouge-gorge; « bédachon », poussin 
nouvellement éclos ; — Maine : « bédiot », jeune 
bétail ; « bedouau », blaireau, comme en vi. fr. — 
Poitou : « beda », gros homme ; « bedaille », gros 
ventre; «bcde », ventre; «bedet», veau; «bedie», 
bedaine; « bède, beude, bode, boude », génisse; 

— H'^-Auvergne : « bedeter », parc où couchent 
les veaux ; — Suisse rom. « bedande, » équarisseur, 
celui qui dépèce les animaux; « bedet », terme 
caressant pour appeler les chevaux, les agneaux ; 

— Flandre : « bedo », jeune mouton ; — rouchi : 
« bedon », porcelet, et très jeune garçon ; — Ilai- 
naut : « bedene », mauvais cheval. 

— Les Bédaux, les Bédets, les Bédins, les Bédices, 
les Bédoirs, la Bédure, noms de loc. en Bourgogne 
et en Nivernais. 

On peut voir à bidette les dérivés qui se rattache- 
raient à la forme delaracine 5/d.Quantauxformes 
analogues à la variété bod, formes les plus rappro- 
chées du vi. fr. bodin, de l'esp. et du port, bode, 
bouc, comme de l'anglais body, carcasse, corps, 
nous avons en Berry « bode », génisse ; « bodi- 
che », petite génisse : « bodaut, bodi, boudau, », 
veau; « bodoche, bodone, bodoune », vache : — en 
Poitou : « bode » , gros ventre ; « bodet » , veau : — 
en Forez : « bode » , petite vache ; « bôdie » , tau- 
reau; — dans les Vosges : « bodotte », nombril »; 

— en wallon : « bodene », gros ventre et mollet, 
ou gras de la jambe. « Bodaux » se dit du bétail 
en général. Dans cette dernière région, « bodé » 
signifie trapu et gonflé, arrondi. — « Se boder » = 
s'enfler à Mons ; — Languedoc : « boudéfle » = 
bouffi ; « boudéfla » = se boursouffler ; « boudi- 
flo» = vessie. Les patois italiens ont « bodéinfi », 
« budenfi » = gonfio ; « bodic » =; polputo, etc. 

La variété bud donne au rom. prov. bi(dcl, au 
cat. budelU àl'ital. budello, boyau ; — à la Suisse 
rom. « budda /., étables à vaches. L'u diphtongue 
en ou donne au Berry « boudi », jeune veau, « bou- 
diche », génisse ; « boudru », nombril et ventru ; 

— au Poitou : « boude », génisse ; « boudcau », 
veau ; « boudille, boudiche », très jeune veau ; — 
à la Norm. « boude », vessie ; — à la Champ. 
« boude », nombril; — au wallon de Mons et 
Luxembourg, « boudène, boudelette », nombril. 

Constatons encore la relation qui semble exister 



BEU 



- 75 — 



BEU 



entre les deux racines 5od et bot. Dans la région 
de Liège « bot» s'applique à un objet non pointu, 
c.-à-d. arrondi, mousse. Dans la région du Luxem- 
bourg, « bodru « a exactement la même significa- 
tion. L'esp. fournit un rapprochement non moins 
remarquable dans le mot boto qui réunit le sens 
de boyau à celui d'obtus, émoussé. (Voy. Beuille, 
Bidelte, Bot.) 

BEDE. s. f. Buse, oiseau de proie. Morv. n.-n.-o. 
Chute de la dentale s. 

BEUGNE, s. f. Bosse, enflure à la tête par suite 
d'un coup ou d'une chute : 

Comme homme vieil qui chancelle et trépigne 
L'ai veu souvent quand il s'alloit coucher; 
Et une foys il se feit une Bigne, 
Bien m'en souvient, à lestai d'un boucher. 
(Villon, Grand Test.) 

Avec flascons Silenus le suivoit, 

Lequel beuvoit aussi droit qu'une ligne ; 

Puis il trépigne et se fait une Bigne. 

(M.4R0T, Chansons, 32.) 

Dans Ménage beugne = enflure, tumeur. 

Poitou: ic beugne. beurgne», bosse ; « cabeugne » 
(cab et beugne), bosse à la tète; — Berry, Bourg., 
Champ . , Lorr. , Saint. « beugne » ; — Norm. 
« beigne, bigne » ; — Suisse : « bougne » ; — 
Lang. « bougno »,et « boudougno » qui se rattache 
au verbe « boudougna », s'enfler, grossir. Beignet 
nous est venu du normand. Quelques patois pro- 
noncent « bignet » ou « beugnet ». A Lyon 
« bugne », gâteau frit à l'huile. Dans Rabe- 
lais , - IV , 40 , - le cuisinier Franc - Beuignet 
figure parmi les soldats de Jean des Entom- 
meures. 

BEUGNER, V. a. Causer une enflure, faire une 
bosse, bossuer. 

— Beugner (se), v. réfl. Se faire une bosse, à la 
tête principalement. 

Le vi. fr. avait le subst. bigne, beugne, bugne. 
Avait-il le verbe qui y correspond ? 

Poitou : « beugner, beurgner », faire une bosse; 
— Saint. c< beurgner », ibid. 

BEUHAICE, s. f. Besace. Morv. n.-n.-o. (Voy. 
Besaice.) 

BEUILLE, s. f. Ventre, gros ventre. On dit 
encore « boille. » Morv. n. 



Roquefort donne à boille la signification de nom- 
bril, et rattache le mot au 1. botulus. Dans quel- 
ques provinces, « boille » est un terme d'amitié 
qui s'applique à une petite fille, comme « bedon » 
s'applique à un petit garçon. Ma « boille », notre 
« bouille » est en Savoie une manière do parler 
qui équivaut à : mes petites entrailles. C'est ainsi 
qu'en fr. on dit : mon petit cœur, en parlant à un 
enfant. 

Forez : « boille, boillaude », fille, enfant ; « bol- 
lie », entrailles, boyaux; — Fr. -Comté : « beuille », 
nombril ; — Norm. « beille, boille, breuille, broille », 
ventre; — Pic. « boelles », boyaux ; « brouilles », 
entrailles; — Poitou : « beille, beuille », ventre; 

— Lyon : « boille », jeune fille comme en Bresse ; 

— Savoie : « bouilla », ib. ; — Suisse : bouelle ». 
ventre. Comp. avec l'anglais belly, panse, ventre. 

Beuille a la même origine que le vi. fr. boelle, 
JDOuelle, forme fém. de boel tiré du 1. botellits, petit 
jjoudin, boyau. Aussi trouvons-nous dans le nor- 
mand un verbe « esbuillonner », pour éventrer, 
écraser, verbe qui répond au vi. fr. esboueler, 
éboeler. Dans un compte de l'Hôtel - Dieu de 
Bayeux figure une dépense de trois sous « pour 
ébuillonner des pommiers», c.-à-d. éci-aser, 
piler les pommes. (Voy. L. Delisle, Cl. agric, 
p. 478.) 

Le lombard beder, petit garçon, répond à l'ital. 
budello. (Voy. Beude et Torniboelle.) 

BEUILLASSOU, OUSE, adj. Celui qui a un gros 
ventre, ventru. Un homme beuillassou, une femme 
beuillassouse. Morv. n. 

BEUILLOU, BEUILLU, ad. Ventru. Dans Roque- 
fort beuillu, même signification. 

Berry : « beuillou » ; — Maine : « beillu. beuillu » ; 

— Norm. c( beuillu, breuillu, broillu »; -^ Pic. 
« breuillu » ; — Jersey : « bieillu. » 

BEUJON, s. m. Buson, lambin, celui qui agit 
avec lenteur. Morv. n. (Voy. Buïon. Bujon.) 

BEUNER, V. a. Sombrer, donner le second labour 
à une terre en friches. Bas 1. binare, du 1. binus, 
double. 

BEUMTRE, V. a. Bénir, donner une bénédic- 
tion, forme archaïque du verbe « bcunir » qui est 



lîEU 



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aussi usité. Au part, passé « beunissu, b'nissu. » 
Vi. fr. beneistre, bcnistrc. 

Dans le Test. deJ.deMeunri,-v. 113,- beneistre 
rime avec ministre et chapitre : 

Amer Dieu et loer, véoir et Beneistre, 

C'est l'ofiice des anges qui sont nostre menistre. 

Ainsi comme le cure vouloit Benistre le lit desditz 

mariez, lesdiz variez... dirent que le lit ne seroit jà 

Beneist, se ilz navoient desdiz mariez deus franz d'or 

pour les orilliers. 

(Duc. OurilUera.) 

... Donner ordre à sa maison, exhorter et Benistre 
ses enfans. 

{Pantagruel, iv, 27.) 

BEURAU, AUDE, adj. De couleur rousse, brune 
ou même noire : un chien « beurau », une vache 
« beuraude ou beurotte. » Le subst. bural, burel, 
bureau, désignait autrefois une étoiïe de laine 
grossière : 

En une chape de Burel 

Se fu Guillaumcs enbuschiez. 

(Benoit, v. 270:0.) 

S'asamblcrent par itn matin 
Pastorellcs et pastorel : 
Roi ont fait dou plus bel; 
Mantel ot de kamelin 
Et cote do Burel. 

[Rom. et past., p. 160.) 
... Baille encore ccste pièce de Bural de soye et ceste 
autre de camelot. 

(Th. fy. VII, p. 52.) 

Cette étoffe était de couleur sombre comme le 
prouve un passage extrait de Comines, -viii, 17. - 
et cité par M. Littré : 

Tout homme estoit vestu de noir de ces gros 
Bureaux 

Dans l'anc. langue, l'adj. existait sous les formes 
bure et buire : 

Cil li donc une cape Buire... 

(Duc. Gloss. fr. p. 70.) 

Près de Panurge vestu de sa robe Bure, le poil (du 
caméléon) luy devenoit gris. 

{Pantar/ruel, iv, 2.) 

Le patois du Berry a conservé bure sous sa forme 
adject. : « un temps bure, une étoffe bure », c.-à-d. 
sombre. On y appelle « buron » l'eau roussâtre dans 
laquelle on a fait cuire les châtaignes. Les formes 
bure et buse y sont identiques : « une oie bure ou 
buse. » 



On voit dans Ville-Hardouin, - p. 140, - que le 
vent appelé bise en fr. moderne prenait quelquef. 
les formes synon. boire, boure, bourre : « Nostre 
sires lor fist lever un vent que on apele Boire » 

Les quatre mots ne sont probablement que des 
variétés d'un même type dér. du 1. burrus. Diez est 
disposé à voir dans bise, vent, le féminin de bis, 
couleur brune. On a vu plus haut que dans le 
patois berrichon r = s. En Flandre on dit du vent 
de bise qu'il « bisit » ou brunit le teint. 

Rom. prov. burel, brun; — esp. biiriel, bure, 
gros drap pour le subst., et de couleur de bure, 
tanné, pour l'adj. ; — ital. bujo, adj. obscur, som- 
bre, et burello, bure; — port, buzio, rembruni. — 
Le bas 1. buretum = bruneta. 

Du latin qui avait le subst. burra, étoft'e gros- 
sière, et l'adj. burrus, roux. Les Romains appe- 
laient buranica potio une boisson qui ressemblait, 
par la couleur, à notre bière. Bière qu'on dérive 
du germ. nous vient peut-être de birrus^ burrus, 
roux. — Ital. birra, bière. 

En Bourg, et en Champ, le bureau ou burot est 
le raisin que le fr. nomme pinot gris ou pinelu. 
En transposant les lettres du monosyllabe bur, on 
dit en Languedoc du pain « bru » pour pain bure ou 
bis. Dans cette dernière région « burèl, burèlô » = 
brun. (Voy. Beurtoué, Bourou.) 

BEURBI, s. f. Brebis. La forme berbis se trouve 
dans le Gloss. de Reichenau : Oves = berbices. 
Le moine de St-Gall, - ii, 17, - nous représente 
Charlemagne vêtu d'un manteau de peaux de ber- 
bis : « Carolus habebat pellicium berbycinum, non 
multum amplioris pretii » 

Cil ki aveir escut u chivalz ii buefs u vachoz u Bcr- 
biz u porcs... 

(Lois de Guillaume.) 

Il vint en haste por querre la centisme Berbix ke 
perie estoit. 

{Serm. S. B. p. .i2f;.) 

Une anc. famille de Bourgogne, la famille Ber- 
bis, porte d'azur au chevron d'or accompagné en 
pointe d'une brebis d'argent. Une autre famille 
non moins ancienne, les Berbisey (1), portait 
d'azur à une brebis paissante d'argent. S'il est 
incontestable qu'on a d'abord écrit berbis, il nous 
parait faux, comme Génin croit pouvoir l'afTirmer 

(I) Berbisey vient d'un dimin. de berbis. A Valencienne,, on dit 
bcrbisète pour petite brebis. 



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dans ses Variétés, p. 33, qu'on ait toujours pro- 
noncé brebis. L'assertion étant fondée, le nom des 
deux vieilles familles que nous venons de citer 
aurait subi l'influence de l'usage et se serait pro- 
noncé Brebis et Brebisey, ce qui n'a jamais eu 
lieu. Quoique la forme berbis soit la plus générale 
dans les premiers siècles de la langue, on rencontre 
de temps en temps celle de brebis moins conforme 
avec le bas 1. berbix: — rom. prov. herbitz; — 
ital. berbice. Du 1. venex. Pétrone se sert déjà 
de la forme populaire berbex. 

BEURCER, v. a. Bercer : « Beurce ton p'tiô », 
berce ton enfant. 

On dit quelquef. ii beurce » pour berceau. C'est 
un subst. verbal. 

BEURCHAUDE, s. f. Tige de fer qu'on fait rou- 
gir au feu pour percer quelque chose. De broche, 
verge de fer, par metathèse. 

BEURCHIE, s. f. Cruche à deux anses avec un 
petit bec pour verser le liquide. Ce mot est le 
même que « brechie « usité en Bourgogne. 

L'eau changée en vin aux noces de Cana était, 
s'il faut en croire La Monnaye, contenue dans des 
« brechies » : 

Ai taule ein jor, 

Ai chaingi l'a dé Brechie 

An vin de Mador. 

{Suite des !\'oëls, I.) 

Brechie est pour broche = broc, cruche à bec 
par assimilation avec une broche, instrument à 
pointe. Ital. brocca, broc et bâton fourchu. (Voy. 
Brocot.) 

BEURCHOU. s. m. Tarière à l'usage des char- 
pentiers. En Morv. n. « brossu. » Le « beur- 
chou » ébauche les trous que la losse perce à fond. 
Le mot est pour « brochou « par transposition de 
lettres et se rattache au vi. fr. brocher, brochier 
= percer. 

En bas 1. broca, brodiia, fourchon, pointe; bro- 
chiatus, garni de pointes. Ital. brocciare, piquer. 
(Voy. Lo.sse.) 

BEURDA, s. m. Brouillon par précipitation, 
celui qui agitétourdiment. L'auteur de la Moralité 
sur Job, - p. 496, - compare la confusion des pen- 
sées, dans un esprit sans raison, au désordre qui 



règne dans une maison livrée à la direction des 
servantes, « à la Burderesse turbe des anceles. » 

Hainaut : « berdi-berda», en désordre, en confu- 
sion ; — Suisse rom. « bredin-breda », précipi- 
tamment; — wallon : burdi-burda », inconsidé- 
remment ; — Champ, parler « berdi-berda », parler 
étourdiment ; — Berry, Poitou : « berdadas » , o-rand 
bruit confus; — Flandre : « berdouf », bruit d'une 
chute. 

Du vi. fr. burder, l'une des premières formes de 
behorder, behourder, border. (Voy. Beurclaler, 
Beurdouler, Border.) 

BEURDAGO, s. m. Homme sans raison, braque, 
à demi fou. 

BEURDAIS, DALE, adj. Étourdi, désordonné, 
qui marche de travers. « C feuzeau ô tô beurdais», 
ce fuseau marche de travers ; «an' fau pâ aicoutai 
c'te fonne, ile ô beurdale », il ne faut pas écouter 
cette femme, c'est une évaporée. 

Beurdâ et beurdais sont un même mot. Dans la 
dernière forme, la désinence est mouillée comme 
dans mauvais que nous prononçons mauvâ. Norm. 
« berdale », femme de mauvaise conduite; — 
Poitou : « berdasse, brodasse », femme étourdie ou 
légère; — Touraine : «berdasse », fillette étourdie; 
— Saint. « berdasse », brouillon. (Voy. Beurdin.) 

BEURDALE5IAN, s. m. Bruit d'une voiture 
soumise à des cahots. 

Berry : « berdassement », bruit incommode. 

BEURDALER, v. n. Se dit d'une voiture en 
mauvais état ou mal graissée qui fait du bruit en 
roulant : « Sai chairote beurdalô dan 1' chemi » , 
sa charrette beurdalait dans le chemin. 

Vi. fr. burdaucher, faire grand bruit. 

Norm. « berdailler », faire un bruit importun 
en tournant; — Berry : « berdasser, bourdiller », 
remuer avec bruit; — Pic, wallon : « berdeler », 
■gronder, marmotter; Poitou : « bredasser », faire 
du bruit pour rien ; — Saint. « berdasser », tracas- 
ser; « berdonner », bourdonner. 

Beurdaler est le fréquent, du vi. mot burder, en 
bas. I. burdare, jouer, folâtrer et quelquef. faire 
du bruit, du tapage. Bredaler, qui figure dans le 
supplément du Dict. de Trévoux, n'est qu'une 
metathèse de burdaler. Le préfixe bor, bre, n'a 



BEU 



BEU 



le rad. prôjoratif ber ou brc, on a berloquc ou l)re- 
loque, mauvaise chose pendante. On remarquera 
qu'en fr. breloque s'emploie aussi dans un sens un 
peu méprisant. Celte ctymol. offre bien autant de 
vraisemblance que celle proposée par Génin dans 
ses Récréations pliiloL, laquelle dérive berloque du 
rad. ber et de cloke, forme picarde de cloche. En 
vi. fr. lochier = mouvoir, mettre en mouvement. 
(Voy. Effraler.) 

Pic, rouchi, wallon : « berloque » ; — Berry : 
« berloquet », vieillard qui bat la breloque; — 
Genève : « breloque », femme bavarde, inconsidé- 
rée. — En wallon, «berloquer» qui signifie ordinai- 
rement pendiller, prend quelquef. aussi le sens de 
babiller et môme de déraisonner. 

BEURLOQUER, v. a. Remuer en tous sens, 
secouer rudement. S'emploie principalement pour 
exprimer les secousses que causent les cahots d'une 
voiture : « Être beurloqué », être cahoté, mené de 
droite et de gauche avec rudesse. 

Pic. « berloker », pendiller dans des mouvements 
en sens contraire ; — Flandre : « berloquer », pen- 
diller, se balancer. 

BEURLU, ÉBEURLU, E, adj. Celui qui a la 
berlue, qui n'y voit pas clair, qui a des illusions 
de vue. Un homme « beurlu » , une femme « beurlue. » 
Dans l'Yonne, aux environs de Seignelay, «beurlu» 
se dit pour louche, comme en Berry. Pris substan- 
tivement, et au figuré, ce terme désigne un être 
bizarre, extravagant, sans réflexion, comme en 
fr. celui de hurluberlu, qu'on prononce quelquef. 
hustuberlu. Rabelais donne la variante hurlu- 
burlu : 

Je vous jure, mon grand Ilurluburlu, que si aultre- 
ment ne maydez 

(Voy. Pantagruel, prologue, v.) 

M"" de Sévigné parle de coiffures extraordi- 
naires appelées : à la hurlubrelu. Dans sa Fie de 
Rancé, Chateaubriand qualifie Mademoiselle, fille 
de Louis XIII, de grand hurluberlu. Si hurluberlu 
ne vient pas, comme l'ont admis quelques étymol., 
de l'arabe hourloubourlou, ce terme aurait pu 
être formé d'un mot inconnu, peut-être hure, tête, 
et de notre adj. bcrlu, extravagant. A Lille: «berlou, 
berlouque », louche, strabique. (Voy. Ébeurluter.) 

BEURLUE, s. f. Berlue, maladie que la science 



appelle pseudoplepsie et définit « une affection 
dans laquelle le malade croit voir des objets qui ne 
sont pas sous ses yeux. » Amyot (De /a Curiosité) 
dit « qu'en nos maux nous avons la barlue par 
ignorance à tout propos. » Soutenu par l'ital. bar- 
lume, fausse lueur, on tire berlue du préfixe 
péjor. ber et de lue forme dérivée de lucere. La 
berlue serait, à proprement parler, une fausse ou 
trompeuse lueur. Bourg. « barlue, berlue » ; — 
Pic. «seberlurer,seberluser », être dans l'illusion. 
(Voy. Teurlae.) 

BEURLUJOTTE, s. f. Petit lézard. Morv. n. Du 
rad. péjor. ber et lusette, par le changement ordi- 
naire de l's en j et de l'e en o ? En Berry « luzette » 
ou « lizette », lézard gris des murailles, (^^oy. Lui- 
seme, Lujar.) 

BEURNE, adj. Sombre, brun ; inversion de brune 
qui a fourni au fr. les locut. adverb. à la brune, 
sur la brune, et le subst. brune qui désigne une 
femme aux cheveux ou au teint bruns. 

Dans l'Yonne, la « Beurne » est une vache de 
couleur brune. Nous disons « beurnot, beurnotte » 
pour brunet, brunette. Beurnot est un nom de 
bœuf et beurnotte un nom de vache, très répandus 
dans la contrée. Le moyen âge qui aimait les suf- 
fixes en ain avait Beurnain pour nom de vache, 
témoin le joli conte de Jean de Boves intitulé : 
De Brunain la vache au prestre. Duc. cite un 
passage, - à Brunicus, - où l'on voit appeler Bru- 
nitum un petit cheval de selle ou bidet. Le ren- 
versement de la première syllabe se montre dans 
des textes nombreux : 

Garni se sunt al meuz qu'il pout 
De blans osbers, de heaumes Burniz. 

(Benoit, v. 16145.) 

Et je sui nus cl bliaut sebelin, 
Si n'ai espée, ne bon espiel Burni 
Dont je me puisse envers ton cors couvrir. 
{Huon de B. v. 742.) 

Jehan Pochart cust baillic à ladite femme xx tasses 
d'argent à Burnir. 

(Duc. Bntniliis.) 

— Le Teurcau-Beurnot, monticule ou pic à 
Alligny-en-!\Iorvan, a été ainsi appelé à cause de 
la couleur brune de son sol autrefois couvert de 
bruyères. (Voy. Beurnot.) 



BEU 



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BEU 



BEURNIQHIE ! interj. qui équivaut à point, 
à rien, à une négation enfin. Roquefort interprète 
bernicle par point, sans aucune citation conforme. 
Le mot est cependant fort ancien. M. Littré hésite 
entre deux étymologies, l'une allem. : aber nicht, 
mais non ! l'autre dér. de berniquet, ayantpour rad. 
JDran ou bren, son, c.-à-d. chose de rien. Le verbe 
morvandeau « reniquer », refuser, qui appartient 
par le simple niquer, à l'anc. langue, a peut-être 
donné naissance à « bernique », qui, dans ce cas, 
ne serait autre chose qu'un terme moqueur de 
refus. Le b initial aurait une valeur péjorative ; 
niquer tiré de l'allem. nick, nicken , signifie 
branler la tête, faire un signe de tête. A Valen- 
ciennes « niquil pour apostille », est une formule 
proverbiale de refus. L'auteur du Gloss. rouchi- 
français, M. Hécart, rattache cette loc. à nihil. 
Pourquoi pas à nique ? (Voy. Eurniquer, Ni- 
quotte.) 

BEURNOT, nom de bœuf tiré de sa couleur 
brune. — Jura : « Bi-enot », nom de bœuf ; — 
Berry : « Brun, Brunet ou Bernet.»(Voy. Beurne.) 

BEUROUETTE, s. f. Brouette. Morv. n.-n.-o. 
« brotte. » Vi. fr. baroueste, beurouaite. Diez tire 
brouette de bis et de rouette, forme fém. de rouet, 
dimin. de roue. La brouette avait-elle deux roues 
à l'origine ? Cela est probable. Ce véhicule est sou- 
vent confondu avec la charrette et sui'tout avec le 
tombereau. Dhuez cependant traduit par brouette 
ou tombereau le mot unirotian que Comenius, - 
p. 136,- avait fabriqué à l'instardubas 1. birotum, 
voiture à deux roues. 

En vi. fr. rouer avait le sens de tourner, rouler. 
« Manger, boire, dormir, dit Montaigne, nous 
Rouons sans cesse en ce cercle. » Le terme cham- 
penois « broaer », qui signifie rouler, pousser, et 
le fr. rabrouer, — « rebrouer » en Picardie, — se 
sont peut-être construits sur rouer. Rabrouer = 
repousser. Diez cependant dérive ce dernier verbe 
de brave avec le duplic. re. 

Dans les anc. textes, la brouette est une voiture 
de peu de considération, du plus bas emploi. Un 
passage de la Vie de S. Valdebert mentionne 
comme un fait d'humilité que le pieux abbé ne 
rougit pas de se faire charrier dans une brouette : 

« Eo vehiculo quod vulgo Birotum dicitur cir- 

cumferri non erubuit » Ailleurs un poëte chan- 



tant la litanie de ses misères dit piteusement que 
pourtoute voituresuspendueil n'a qu'une brouette! 
« Pour chariots branslans Brouetes. » (Voy. Duc. 
à Birotum.) 

Berry, Norm. « berouette » ; — wallon : « berwète » 
avec un dér. « berweter » , cheoir k terre ; — Champ. 
Pic. « baru », tombereau; « barou » tombereau 
et brouette. Ces formes correspondent à l'ano-lais 
barow, que quelques étj'mol. tirent de bear, porter. 
Les patois de la Suisse ont « barote, barrota, 
barouette »; — Lang. « barioto. » Le même rad. 
est dans l'ital. baroccio, chariot. Comp. cepen- 
dant le bourg. « barrô » , brouette, le forez. « barrot » , 
charrette grossière, avec l'esp. barrote, grosse 
barre qui soutient un assemblage d'autres barres 
ou planches. Tous ces termes, avec le vi. fr. bara, 
civière de transport; barot, char rustique; baraque, 
hutte, pourraient être rattachés à une étjmologie 
commune, le gaél. barrach, branche d'arbre. Ceux 
qui habitent la campagne, dans les pays i^auvres, 
savent que le paysan sait faire, comme on dit. 
flèche de tout bois. 

BEURSAUDES, s. f. Le déchet do la graisse de 
porc, après la fonte. On assaisonne quelquef. les 
beursaudes avec du vinaigre. En Poitou « bre- 
gaude » , soupe au salé ; — Limousin : « bréjaoudo. » 
[Voy. firiblaudes.) 

BEURSONNIÉ, ERE, s. Habitant ou habitante 
de St-Brisson, commune du canton de Montsauche, 
dans le Haut-Morvan. Saint Brice est le patron de 
la paroisse. Le nom hérissé de Beursonnié et de 
Beursonniére, éveillait autrefois une idée de sau- 
vagerie qui se dissipe peu à peu. St-Brisson est 
aujourd'hui unjoli village pourvu de bonnes routes, 
orné d'un étang qui rappelle les petits lacs de la 
Suisse et dont le limpide miroir réfléchit sur ses 
deux rives d'un côté quelques groupes de maisons, 
de l'autre un élégant parc dessiné à l'anglaise. 
A quelques pas de là s'ouvre une vallée extrême- 
ment pittoresque au milieu de laquelle se dresse 
la remarquable roche du Chien. 

On reconnaît de loin une Beursonniére à la forme 
de son bonnet arrondi et bordé d'une garniture 
tuyautée. Ce tjpe-là ne fait pas trop mauvaise 
figure dans les groupes de nourrices morvandelles 
qui siègent aux Tuileries au milieu de leurs bébés 
parisiens. (Voy. Nurice.) 

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le rad. prêjoratif ber ou bre, on a berloquc ou l)re- 
loque, mauvaise chose pendante. On remarquera 
qu'en fr. breloque s'emploie aussi dans un sens un 
peu méprisant. Cette ctymol. offre bien autant de 
vraisemblance que celle proposée par Génin dans 
sesRécrea(io«sp/ii/o/., laquelle dérive berloque du 
rad. ber et de cloke, forme picarde de cloche. En 
vi. fr. lochier = mouvoir, mettre en mouvement. 
[Yoy. Effraler.) 

Pic, rouchi, wallon : « berloque » ; — Berry : 
« berloquet », vieillard qui bat la breloque; — 
Genève : « breloque », femme bavarde, inconsidé- 
rée. — En wallon, «berloquer» qui signifie ordinai- 
rement pendiller, prend quelquef. aussi le sens de 
babiller et même de déraisonner. 

BEURLOQUER, v. a. Remuer en tous sens, 
secouer rudement. S'emploie principalement pour 
exprimer les secousses que causent les cahots d'une 
voiture : « Être beurloqué », être cahoté, mené de 
droite et de gauche avec rudesse. 

Pic. « berloker », pendiller dans des mouvements 
en sens contraire ; — Flandre : « berloquer », pen- 
diller, se balancer. 

BEURLU, ÉBEURLU, E. adj. Celui qui a la 
berlue, qui n'y voit pas clair, qui a des illusions 
de vue. Un homme « beurlu » , une femme « beurlue.» 
Dans l'Yonne, aux environs de Seignelay, «beurlu» 
se dit pour louche, comme en Berry. Pris substan- 
tivement, et au figuré, ce terme désigne un être 
bizarre, extravagant, sans réflexion, comme en 
fr. celui de hurluberlu, qu'on prononce quelquef. 
hustuberlu. Rabelais donne la variante hurlu- 
burlu : 

Je vous jure, mon grand Hurluburlu, que si aultre- 

ment ne maydez 

(Voy. Pantagruel, prologue, v.) 

M"" de Sévigné parle de coiffures extraordi- 
naires appelées : à la hurlubrelu. Dans sa Fie de 
Ra.ncc, Chateaubriand qualifie Mademoiselle, fille 
de Louis XIII, de grand hurluberlu. Si hurluberlu 
ne vient pas, comme l'ont admis quelques étj'mol.. 
de l'arabe hourloubourlou, ce terme aurait pu 
être formé d'un mot inconnu, peut-être hure, tête, 
et de notre adj. bcrlu, extravagant. A Lille: «berlou, 
berlouque », louche, strabique. (Voy. Ébeurluter.) 

BEURLUE, s. f. Berlue, maladie que la science 



appelle pseudoplepsie et définit « une affection 
dans laquelle le malade croit voir des objets qui ne 
sont pas sous ses yeux. » Amyot (De la Curiosité) 
dit « qu'en nos maux nous avons la barlue par 
ignorance à tout propos. » Soutenu par l'ital. ba.r~ 
hune, fausse lueur, on tire berlue du préfixe 
péjor. ber et de lue forme dérivée de lucere. La 
berlue serait, à proprement parler, une fausse ou 
trompeuse lueur. Bourg. « barlue, berlue » ; — 
Pic. «seberlurer, seberluser », être dans l'illusion. 
(Voy. Teurlue.] 

BEURLUJOTTE, s. f. Petit lézard. Morv. n. Du 
rad. péjor. ber et lusette, par le changement ordi- 
naire de l's en j et de l'e en o ? En Berry « luzette » 
ou « lizette », lézard gris des murailles. (Voy. Luî- 
serne, LujsLr.) 

BEURNE, adj.Sombi'e, brun; inversion de brune 
qui a fourni au fr. les locut. adverb. à la brune, 
sur la brune, et le subst. brune qui désigne une 
femme aux cheveux ou au teint bruns. 

Dans l'Yonne, la « Beurne » est une vache de 
couleur brune. Nous disons « beurnot, beurnotte » 
pour brunet, brunette. Beurnot est un nom de 
bœuf et beurnotte un nom de vache, très répandus 
dans la contrée. Le moyen âge qui aimait les suf- 
fixes en ain avait Beurnain pour nom de vache, 
témoin le joli conte de Jean de Boves intitulé : 
De Brunsiin la. vache au prestre. Duc. cite un 
passage, - à Brunicus, - où l'on voit appeler Bru- 
nitum un petit cheval de selle ou bidet. Le ren- 
versement de la première syllabe se montre dans 
des textes nombreux : 

Garni se sunt al meuz qu'il peut 
De blans osbers, de lieaumes Burniz. 

(Benoit, v. 1614-3.) 

Et je sui nus el bliaut scbelin, 
Si n'ai espée, ne bon espiel Burni 
Dont je mo puisse envers ton cors couvrir. 
(Hîion de B. v. 742.) 

Jehan Pochart eust baillié à ladite femme xx tasses 
d'argent à Burnir. 

(Duc. Brunilus.) 

— Le Teureau-Beurnot, monticule ou pic à 
Alligny-en-Morvan. a été ainsi appelé à cause de 
la couleur brune de son sol autrefois couvert de 
bruyères. (Voy. Beurnot.] 



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BEUENIQHIE ! interj. qui équivaut à point, 
à rien, à une négation cnfm. Roquefort interprète 
bernicle par point, sans aucune citation conforme. 
Le mot est cependant fort ancien. M. Littré hésite 
entre deux étymologies, l'une allem. : aber nicht, 
mais non ! l'autre dér. de berniquet, ayantpour rad. 
bran ou bren, son, c.-à-d. chose de rien. Le verbe 
morvandeau « reniquer », refuser, qui appartient 
par le simple niquer, à l'anc. langue, a peut-être 
donné naissance à « bernique », qui, dans ce cas, 
ne serait autre chose qu'un terme moqueur de 
refus. Le b initial aurait une valeur péjorative ; 
niquer tiré de l'allem. nick, nich.en , signifie 
branler la tète, faire un signe de tète. A Valen- 
cicnnes « niquil pour apostille », est une formule 
proverbiale de refus. L'auteur du Gloss. roiichi- 
français, M. Hécart, rattache cette loc. à nihil. 
Pourquoi pas à nique ? (Voy. Eurniquer, Ni- 
quotie.) 

BEUENOT, nom de bœuf tiré de sa couleur 
brune. — Jura : « Brenot », nom de bœuf ; — 
Berry : «Brun, Brunet ou Bernet.»(Voy. Beurne.) 

BEUROUETTE, s. f. Brouette. Morv. n.-n.-o. 
« brotte. » Vi. fr. baroueste, beurouaite. Diez tire 
brouette de bis et de rouette, forme fém. de rouet, 
dimin. de roue. La brouette avait-elle deux roues 
à l'origine ? Cela est probable. Ce véhicule est sou- 
vent confondu avec la charrette et surtout avec le 
tombereau. Dhuez cependant traduit par brouette 
ou tombereau le mot unirotum que Comenius, - 
p. 136,- avait fabriqué à l'instardu bas 1. birotum, 
voiture à deux roues. 

En vi. fr. l'ouer avait le sens détourner, rouler. 
« Manger, boire, dormir, dit Montaigne, nous 
Rouons sans cesse en ce cercle. » Le terme cham- 
penois « brouer », qui signifie rouler, pousser, et 
le fr. rabrouer, — « rebrouer » en Picardie, — se 
sont peut-être construits sur rouer. Rabrouer = 
repousser. Diez cependant dérive ce dernier verbe 
de brave avec le duplic. re. 

Dans les anc. textes, la brouette est une voiture 
de peu de considération, du plus bas emploi. Un 
passage de la Vie de S. Valdebert mentionne 
comme un fait d'humilité que le pieux abbé ne 
rougit pas de se faire charrier dans une brouette : 

" Eo véhicule quod vulgo Birotum dicitur cir- 

cumferri non erubuit » Ailleurs un poëte chan- 



tant la litanie de ses misères dit piteusement que 
pourtoute voituresuspendueil n'a qu'une brouette! 
« Pour chariots branslans Brouetes. » (Voy. Duc. 
à Birotum.) 

Berry, Norm. « berouette » ; — wallon : « berwète » 
avec un dér. « berweter » , cheoir à terre ; — Champ. . 
Pic. « baru », tombereau; « barou » tombereau 
et brouette. Ces formes correspondent à l'anglais 
barow, que quelques étjmol. tirent de bear, porter. 
Les patois de la Suisse ont « barote, barrota, 
barouette »; — Lang. « barioto. » Le même rad. 
est dans l'ital. baroccio, chariot. Comp. cepen- 
dant le bourg, «barrô», brouette, le forez, «barrot», 
charrette grossière, avec l'esp. barrote, grosse 
barre qui soutient un assemblage d'autres barres 
ou planches. Tous ces termes, avec le vi. fr. bara, 
civière de transport; barot, char rustique; baraque, 
hutte, pourraient être rattachés à une élymologie 
commune, le gaél. barrach, branche d'arbre. Ceux 
qui habitent la campagne, dans les pays pauvres, 
savent que le paysan sait faire, comme on dit, 
flèche de tout bois. 

BEUESAUDES, s. f. Le déchet de la graisse de 
porc, après la fonte. On assaisonne quelquef. les 
beursaudes avec du vinaigre. En Poitou « bre- 
gaude » , soupe au salé ; — Limousin : « bréjaoudo. » 

[Voy. Griblaudes.) 

BEURSONNIÉ, ERE, s. Habitant ou habitante 
de St-Brisson, commune du canton de Montsauche, 
dans le Haut-Morvan. Saint Brice est le patron do 
la paroisse. Le nom hérissé de Beursonnié et de 
Beursonniére, éveillait autrefois une idée de sau- 
vagerie qui se dissipe peu à peu. St-Brisson est 
aujourd'hui un joli village pourvu de bonnes routes, 
orné d'un étang qui rappelle les petits lacs de là 
Suisse et dont le limpide miroir réfléchit sur ses 
deux rives d'un côté quelques groupes de maisons, 
de l'autre un élégant parc dessiné h l'anglaise. 
A quelques pas de là s'ouvre une vallée extrême- 
ment pittoresque au milieu de laquelle se dresse 
la remarquable roche du Chien. 

On reconnaît de loin une Beursonniére à la forme 
de son bonnet arrondi et bordé d'une garniture 
tuyautée. Ce tjpe-là ne fait pas trop mauvaise 
figure dans les groupes de nourrices morvandelles 
qui siègent aux Tuileries au milieu de leurs bébés 
parisiens. (Voy. Nurice.) 

11 



BEU 



82 - 



BEU 



BEURTEAU. s. m. Blutoir, crible ou tamis 
pour séparer le son de la farine. 

Bourg., Champ. « burteau », blutcau tic moulin; 
— Champ. « bureteau ». grosse étoffe en laine. 
iVoy. Beurtoué.) 

BEURTER. V. a. Bluter, tamiser la farine au 
blutoir pour en ôter le gros son. Burtcr ou bureter 
parait être la forme primitive de beluter contracté 
en : bluter. Dans la Janua de Comenius, œuvre 
du XVIP siècle, on trouve encore, - p. 117, - blu- 
ter ou buretter. Le basl. buratare, inscrit dans un 
texte du XP siècle, était probablement dér. de 
hura ou bure, étofïe, qui à l'origine, aurait suppléé 
à la soie du blutoir. Une lettre de rémission de 
1400 mentionne une espèce de sac sous le nom de 
buretele : 

Il parolent et bien et bel. 
Il resemblent le Buretel 
Selonc l'Escriture devine. 
Qui giete la blanche farine 
Fors de lui, et retient le bren (son). 
{Bible GuioT.) 

En ital. buratto. burattello = blutoir. — Esp. 
biirato = grosse bure, étoiïe transparente. 

Comp. les deux verbes buratare et barattare. 
Le vi. fr. barate renferme une idée de désordre, 
de bouleversement, qui exprime la première opé- 
ration du blutoir comme de la baratte. Barater, 
au fig. signifie souvent mettre en confusion, sens 
dessus dessous. En Poitou le mot s'emploie pour 
mêler les cartes. En Fr. -Comté « brâté », c[ui 
semble une syncope de baratté,, est synon. de 
bureté ou burté = bluteau, farine blutée. Le subst. 
embarras, - en barat, - avec ses dérivés, embar- 
rasser, débarrasser, appartient peut-être au même 
rad. que barate, confusion, agitation. Le simple 
du verbe esp. embarazar, embarrasser, est barajar 
qui signifie mêler, brouiller, confondre, et non 
pas barrar, barrer, barricader. Baraja, barata, 
dans cette langue, répondent exactement aux 
diverses signifie, du vi. fr. barat, barate, c.-à-d. 
à confusion, débat bruyant, marché frauduleux, 
tromperie. L'ital. irnbarazzo = imbroglio; em- 
barazarse = s'embrouiller. (Voy. Bouler.) 

BEURTOUE. s. m. Blutoir, tamis qui sépare la 
farine du gros son. La forme française serait bur- 
toir. Vi. fr. burtel. buretel. buletel. L'n buretel ou 



buletel était un tamis en général et non pas exclu- 
sivement un tamis de blutoir. Le Ménagier de 
Paris, - II, p. 136, - passe une purée de pois « en 
un Buletel, estamine ou sacs. » Dans Palsg., - p. 
462, - boulter = blutoir. « I lioulte = je bulte = 
je blute. » Dans l'anglais mod. fo boit, to boult. 
bluter, sasser. 

Basl. buratellum, crible pour la farine; du 1. 
burra, étoffe grossière, bure en fr. La forme dimin. 
burel = bureau était très usitée : 

Por faire le cointerel, 
Ot chascuns un vert chapel 
Et cotte d'un gros Burel 
A diverse roie. 

{Rom. et past. p. 136.) 

Metz : a heurte », sac de laine qui sert à tamiser 
la farine. — Le patois normand et le rouchi avaient 
conservé la forme 1. biira pour bure, étolTe de 
laine. En Champ. « burat, buraté », tissu serré 
pour soutane. (Voy. Beurau, Beurteau.) 

BEURZIE, s. f. Bergerie. Morv. n. 

BEUTIÉ, s. m. Celui qui conduit les bœufs, 
charretier. On donne plus spécialement ce nom 
aux individus qui vont faire des charriages dans 
les pays lointains. En vi. fr. butier. Le terme bobe- 
lin qui dans l'ane. langue désignait aussi un bou- 
vier et s'employait par extension dans le sens de 
rustaud, a été tiré d'un dimin. latin bubulinus = 
bubulcus, bouvier, vacher. (Voy, BoiXé.) 

BEUTIN, s. m. Bien, fortune, mobilier. On dit 
d'un homme économe qu'il amasse du butin, d'un 
prodigue qu'il mange son butin. « Aquêter du 
beutin » est l'expression traditionnelle pour acqué- 
rir du bien. Morv. n. « beutingn' » : 
De bien eureuse destinée 
Puissions-nous partir le Butin 

(Ch. d'Orlé.\ks, Rondeaux, 101.) 

Allem. beute, proie, butin, capture; — sax. 
hiite. Butin est un mot d'origine germ. Si on ne 
consultait que l'acception où on le prend en Morvan 

on le dériverait volontiers de buter, tendre à 

viser à...., car l'acquisition du bien est le but uni- 
versel. Le butin des abeilles est aussi là pour mon- 
ti'er qu'on peut s'enrichir sans piller le prochain 
ou au moins sans lui faire tort. 

En Berrv « butin » ^bien. mobilier, richesses: 



BIA 



83 



BIC 



— Metz : « beutin », mobilier, bardes. Aux env. 
de Sens « butin « signifie décombres et ne s'em- 
ploie qu'au pluriel. 

On donnait autrefois le nom de butinier à celui 
qui était chargé de distribuer exactement sinon 
avec justice, le butin fait à la guerre : « Jehan le 

Bègue, escuier, homme d'armes et Butinier do 

sadite compaignie de la destrousse qui fut faite en 

Guyenne » (Voy. Duc. Botinum.) Dieu nous 

garde de Jehan le Bègue et de sa compagnie ! 

BEUVOU, OUSE, s. Buveur, buveuse, celui ou 
celle qui aime à boire. Dans Comenius, - p. 265, - 
beuveur, beuver, beuvotter. En Berry : « beuver » 
ou « beuvre » = boire ; beuverie, action de boire. 
L'e de l'anc. forme beveur se change en eu. 

BEUZIGHIES, s. f. plur. Besicles, lunettes à 
branches dont se servent les gens âgés. La finale 
se prononce comme dans bezigue, jeu de cartes, 
avec un son très mouillé. 

BIAIRE, adj. Se dit d'un mâle et surtout d'un 
taureau qui a été maladroitement châtré, ou dont 
la castration est incomplète. 

BIAN. ANGE, adj. Blanc, blanche. L'adoucis- 
sement de la lettre en i se produit dans quelques 
parties du Morv. b., mais il n'y est pas normal. On 
le retrouve constamment, au contraire, dans la 
région niv. : « bian, biaude, piaice, piau, pieume», 
pour blanc, biaude, place, plant, plume. Quant à 
l'adoucissement de la finale au fém., il n'était pas 
rare dans les dialectes de l'anc. langue. La Chro- 
nique de Rains, - p. 179, - dit : la roine Blance 
pour la reine Blanche. 

— Blême, pâle. Il est malade, voyez comme il 
est blanc ou « bianc » : 

Qui es-tu donc qui es si Blans 

Que nulz bons n'est a toi semblans ? 

{GiraH de fi. p. 280.) 

(Voy. Blesse.) 

BIAU, BIÉLE, adj. Beau, belle. Morv. n. Plu- 
sieurs dialectes ou sous-dialectes mouillaient l'a ou 
plutôt donnaient à la syllabe el du latin le son 
mouillé iau. Ainsi bel, du 1. bellus, se prononçait 
en Champ, notamment, « biau » et non beau 
comme en Bourg. On y disait « chapiau, morciau, 
piau » pour chapeau, morceau, peau. 



Joinville partant pour la Croisade disait, - p. 
68, - : « Je ne voz onques retourner mes yex vers 
Joinville pour ce que li cuers ne me attendrisist 
dou Biau chastel que je lessoie et de mes dous 
enfans. » 

Car de lor Biauté n'est mesure ; 
Plus Biaus ne fist onques Nature. 

{Floire et Blanc, v. 2777.) 

Li ostesse respondi et dist qu'il estoit au duc d'Os- 

teriche. G Biele ostesse, dist Blondiaus 

{Chron. de R. p. 54.) 

Cant il fu venus, sa famé, ki molt fu Bielle dame.li 
dist : Sire, pensés de vostre Bielle fille ke elle soit 
mariée 

(T/i. fr. au M. A. p. 418.) 

Le jargon parisien du XVIP siècle renouvelant 
cette prononciation reléguée dans la province, et 
encore usitée chez nous, mouillait presque toutes 
les finales en eau : 

Pour moi, je bouste à ma teste, 
S'il ne veut changer de piau. 
De planter comme une creste 
Ses cornes sous son chapiau, 

{Th.f,: IX, p. 162.) 

BIAUGAIRÇON, s. m. Beau fils. Cette femme 
n'a pas d'enfants, elle n'a qu'un « biaugairçon. » 
Le mot est formé comme le fr. de beau, terme de 
courtoisie, et de garçon pour fils. L'anc. langue se 
servait du terme fillastre : 

Rollans, dist la mère, Biaus Fius, 
Com vous m'estiés dous et soutius. 

(MousKEs, V. 9230.) 

BIAUTÉ, S. f. Beauté. Morv. n. Le roman deDoo)) 
de Maïence, - v. 7912, - dit gracieusement d'une 
de ses héroïnes, la jolie Flandrine : 

De sa très grant Biauté fu toute enluminée 
Lachambre,oùnostre gent futrestoute assemblée. 

BICHER,v.a. Baiser, embrasser, caresser. Morv. 
n.-n.-o. 

— Bicher (se) v. réfl. S'embrasser. 

Vosges : « bic », bec, bouche ; — Berry : « bi- 
cher, biger » ; — Poitou : « biger, biquer » ; — 
Saint, a bicher, biquer, biser. » « Une bise », un 
baiser. (Voy. Biquer. Boquer.) 

BICHET, s. m. Mesure qui contient soixante 
litres. Morv. n. 



BIE 



BIE 



BIDETTE, s. f. Petite jument de selle. Nous 
disons « aller à bidet » pour aller à cheval. C'est 
avec raison que Diez voit dans hed et bid deux 
racines identiques, mais c'est à tort probablement 
qu'il rattache bidet au celt. biclccich, très petit. 
Bide, qui a pris le dimin. bidet, ne parait être 
qu'une variété de « bède », ventre, panse. Le 
Ilainaut nous offre « bèdene », mauvais cheval et 
ventre. Dans le wallon du Luxembourg, « bidainc » 
= bedaine et gros caillou arrondi. Dans la Suisse 
i-om. « bida » = bidette. Le berrichon « bide », 
vieille brebis, répond au flamand « bèdot » jeune 
mouton, comme le picard « bidot » répond au rou- 
chi « bedot », agneau, « bedon », cochon de lait. 
En Champagne, « bide, bidon » = bedaine, ventre. 
Norm. K bidoche », engin de carton à tête de che- 
val ; « bidoque », vieux cheval. (Voy. Beude.) 

BIE, s. f. Bise, vent du nord-est et de l'est. La 
« bie » est sur pied. Wallon : « bîhe n, bise; 
« biler », faire un vent de bise. Le breton hîz 
désigne aussi le vent nord-est. Dans Borel bisa, 
vent du midi. (Voy. Bige.) 

BIÉ, s. m. Blé, froment. Morv. n. (Voy. Bian.) 

BIÉ, s. m. Bief, biez, petit fossé d'irrigation ou 
d'assainissement. Les locataires d'un domaine sont 
toujours obligés, par le contrat de bail, à « curer 
les biés », c'est-à-dire à les nettoyer chaque année. 

Chacun qui tient feu à Tard la ville doibt chacun 

an ung jour pour curer lez Biez de ses molins de 

paule (pelle) et de fessoir 

(C/i. B. Il, p. 353.) 

Bief se traduit en bas 1. par hecluni ou hecium : 
Débet facere et retinere septem perticas exclusarum 
molendini et curare Bedia. 

(Duc. Bedium.) 

Bedavi répond à l'anglais bed, lit, couche : 

Deus i fist miracles, le glorius del cel, 
Que tute la grande ewe fait issir de sun Bied. 
(Voy. de Charlemagne, v. 774.) 

En Prov. «bers » a aussi le double sens délit ou 
berceau et de tombe. Dans quelques patois, le 
lorrain entre autres, « bié » signifie berceau. N'y 
a-t-il pas quelque rapprochement à faire entre le 
biez et le berceau, semblables de forme, qui mette 
sur la trace de l'étj'm. fort peu assurée jusqu'à 
présent de berceau ? On remarquera le breton héz. 



fosse, tombeau, d'oili le verbe bésïa, enterrer. Le 
bas 1. becium, le vi. fr. bec, désignent tantôt le lit 
d'un ruisseau, tantôt le ruisseau lui-même. La 
Chronique de l'abbaye du Bec, en Normandie, 
explique le nom très connu de ce monastère en 
disant : « Locus qui dicitur Beccus a rivulo decur- 
rente. » Plusieurs localités de cette province, telles 
que Bolbcc, Caudebec, etc., empruntent leur suf- 
fixe et d'autres leur préfixe, comme Bccdalc, 
Bechequet (Eure), au voisinage d'un ruisseau plus 
ou moins considérable. Le dimin. becquet qu'on 
rencontre assez souvent dans la même contrée a, 
dans Chaucer (Cant. taies, V, v. 6029), le même 
sens que rivulet. 

Le ruisseau du Bec, le ruisseau du Bief, dans le 
département de l'Yonne ; le Bié, le Biez, c""* de 
Semelay et des Trois- Vcvres, dans la Nièvre. Le 
Bec d'Allier, point de jonction de l'Allier et de la 
Loire, est appelé par Froissart le Bié d'Allier et le 
Bé d'Allier, dans le langage usuel. Bié n'est qu'une 
apocope de Biec = Bec : 
Et (Herluin) 
Funda-il labcie al Biec. 

(MousKES, V. 1Ô987.) 

Aux env. de Lyon, selon Ducange, le bas 1. 
becium ou echudium s'appliquait à un biez de 
moulin. (Voy. Bedum, Bienun. Biziiim, Vieria.) 
Norm. « bieu » = ruisseau, et « bedière » = lit, 
couche; — Suisse rom. « bi, bié, bied », est un 
nom générique pour ruisseau; — Forez : «bie,bia- 
leure, bial »; — wallon : « bi »; — H. -Maine : 
« bian. » 

L'anglais bech = rill, rivulet, petit ruisseau ; 
— holl. et flamand : bech. Presque tous les petits 
cours d'eau qui traversent la Campine belge, outre 
la dénomination propre, portent le nom commun 
de « bpek » ; — allem. bach. 

Baie semble appartenir à la même racine pro- 
bablement celtique et n'être qu'une forme adoucie 
de bec. En Suisse la baye de Clarens, la baye de 
Montreux, sont des ruisseaux ou torrents. Nous 
avons en Moi'van l'étang et le ruisseau de la Baie, 
affluent de l'Yonne, l'étang et le ruisseau de Baye 
qui alimentent le canal du Nivernais, etc. Un texte 
latin de 1210 cité par Duc. à Baia, donne au mot 
le sens général de pièce ou cours d'eau. Le fr. baie 
ne se rattache-il pas à la même origine ? Le subst. 
anglais bay a pour analogue dans notre langue la 
forme masculine bais, baix, bays, qui se montre 



BIG 



85 



BIG 



dans des noms de loc. assez nombreux. Plusieurs 
petites rivières, en difïérentes contrées, sont encore 
appelées Baise, Bayse. 

BIÉLÉE, s. f. Étendue de biez ou rigoles d'irri- 
gation. 

BIÉLER, V. a. Creuser un biez, une rigole. Bié- 
1er les prés. On bièle au printemps et quelquef. à 
l'automne. 

Forez: « abialâ », creuser des rigoles; — H. -Maine: 
« bienner », curer un ruisseau. 

BIÉLOU, s. m. Celui qui « bièle «, qui creuse 
un biez, une rigole. Un bon «biélou» est un artiste 
dans son genre. 

BIEU, EUSE, adj. Bleu, bleue. Morv. n. L'ours 
dans le roman de Renart jure par le cuer bieu, en 
fr. corbleu : 

Qar mi menez, biau très doz Sire 

Por le cuer Bieu 

(V. 10243.) 
Por la cliar Bieu ne savez-vous 
Conques nul bien ne sot li rous, 
Cil qui tant set de puto estrace. 

(V. 1817S.) 

BIGAU, s. m. Chevreau. Ne désigne que le 
mâle. 

BIGE, s. f. Bise, vent qui souffle de l'Est. Morv. 
n. En Morvan la bise n'est pas synon. de l'hiver 
comme dans la fable de La Fontaine : 
Et quand la bise fut venue. 

En Lang. « biso », vent froid qui souffle du N.-E. 
au N.-O. On prononce « bisse » en Flandre, et le 
verbe bisser exprime le sifflement d'un objet qui 
fend l'air avec rapidité. 

Wallon : « biser, bizer », voler, courir comme 
le vent, fendre l'air. A Lille, jeter au « bise », 
c.-à-d.au vent; «biser» ^haleret jaillir en sifflant. 

Selon Nodier, bise est une onomatopée. Dans le 
Vocabulaire du XIV" siècle, le vi. fr. bisce = 
aquilo. Bis en fr. et aqidhts en 1. signifient gris, 
brun. (Voy. Bie.] 

BIGNON, s. m. Eau qui jaillit du sol ; source 
avant sa sortie de terre, petite fondrière. Le sous- 



sol de nos prairies tourbeuses est rempli de 
« bignons. » En vi. fr. un bignon était un creux 
plein d'eau, une mare alimentée par quelque 
source. De là sans doute le nom de plusieurs loca- 
lités et par métonymie celui d'un filet de pêche 
appelé aussi truble en fr. et dans notre patois. (Voy. 
Duc. Bigo.) 

— Bignon, nom de famille en tous pays. 

— Les Bougnons, nom de loc. près de Château- 
Chinon. 

Suisse rom. « bougno », fontaine à fleur de 
terre, « bougnon », ouverture d'écoulement pour 
un réservoir ; — Champ. « bignon », engin de 
pêche. 

BIGORNAIS, s. m. Amas, fouillis d'objets divers 
et principalement de rognures d'étoffe, de chiffons. 
Le wallon du Luxembourg donne à « bisgorgner » 
le sens de biaiser ; « à bisgorgnante » := de biais. 
En Lang. « bièîos » = efiiloques, franges d'étoffe 
usée. « Bigornais » renferme probablement la 
même idée par allusion aux formes irrégulières 
des morceaux coupés de biais ou efTilochés. 

BIGORNE, s. f. Trépied sur lequel on travaille 
le bois et qui sert à divers autres usages. Le terme 
est technique pour les maréchaux. Une bigorne 
est une enclume à deux cornes comme le dit assez 
le mot formé de bis et de corne. On donnait autre- 
fois ce nom à une massue garnie de deux pointes 
de fer. Dans quelques inscriptions, les bœufs, les 
béliers, les boucs sont appelés bicornes. En Bre- 
tagne le limaçon de mer, à cause de ses tentacules 
sans doute, est nommé le « bigorneau. » En Poitou, 
la « bigourne » est un être fantastique, une espèce 
de loup garou qui porte deux cornes sur la tête. 
En Flandre et en Pic. « bigornier, bigorgner » ^ 
loucher. (Voy. Bic^uier.) L'auteur d'un Gloss. rou- 
chi-français raconte qu'à Valenciennes il y avait 
une compagnie bourgeoise composée de gens 
louches ou « bigorniaux » qui marchait sous la 
bannière de Notre-Dame de Malaise-au-Bois. En 
Languedoc « bigorno », enclume à deux cornes ; 
ancienne milice. (Voyez Gorne.) 

BIGOT, s. m. Fourche à deux ou trois pointes 
dont on se sert pour enlever les fumiers. La des- 
tination du lîigot est la même dans un passage cité 
par le continuateur de Duc. : « Le mary d'icelle 



BU 



86 - 



BIO 



femme curoit et nettoyoit l'estaljlc de ses vaches à 
ung engin appelle Bigot. « Une lettre de rémission 
(1466) emploie la forme bignot : «D'icellui Bignot 
bouta icellui Simonnet. » (Voy. Duc. Bkjo.) Cette 
forme nous conduit à « binot « ou plutôt à bine 
qui, en fr., désigne un instrument de labour et en 
Pic. une charrue sans coutre. Or, en Berry, «binot » 
se dit encore pour bec, pointe : le « binot » ou le 
bec d'un poulet. le «binot» ou la pointe d'un sabot. 
Le sens primitif de biner était, croyons-nous, tra- 
vailler avec la bine et non pas labourer une seconde 
fois. En Berry le bigot sert à piocher la vigne ; en 
Poitou bigot paraît être synon. de bêche ou de pic, 
mais la bêche (Voy. Besse) a eu plusieurs formes, 
celle d'une binette, d'une houe entre autres. Le 
Forez nomme « bechu « notre bigot, dimin. de 
big = beg pour bec, pointe. 

La fourche à deux dents des anciens, la bicornis 
furca de Virgile, rappelle assez exactement notre 
liigot : 

Exacuunt alii vallos furcasque bicornes. 

(Gc'Org. I, v. '260.) 

(Voy. Teiirian.] 

BIGUE, s. f. Bique, chèvre. Les petits sont 
appelées « biguets. » En Piémont: «bèg», chevreau. 
\Yoy. Biquot.) 

BIGUEBAIE (AI LAI), loc. Porter quelqu'un 
« à la biguebaie », c'est prendre une personne sur 
le dos comme une hotte, ses jambes pendantes de 
chaque côté et ses mains entrelacées autour du cou. 
Paul porta la petite Virginie « à la biguebaie » 
lorsqu'ils traversèrent le torrent de la Rivière- 
Noire. Rabelais nous offre une loc. analogue: « Il 
luy promist un habit en condition qu'il le passast 
oultre l'eau à la « cabre morte » sus sesespaules. » 
(Voy. Pantagruel, m, 23.) 

Le sufTixe baie se rattache probablement au vi. 
fr. baer, béer, ouvrir la bouche. 

BIGUE ÉCORCHÉE (AI LAI), loc. On met ses 
lias « à la bigue écorchée » lorsqu'on les retourne 
à l'envers pour les chausser plus aisément. 

BIJÂTRE, adj. Bizarre, extravagant, lunatique. 

L'intercalation du t semble un caprice de la pro- 

nonc. loc. maison trouve dans les anciens auteurs 



la substitution du g ou du j à l's ou au z du fran- 
çais : 

Le pauvre notaire eust voulu estre bien loin, voyant 
les Bigerres opinions de cet homme. 

{Xuits de Straparole, II, p. 314.) 

Dans Comenius, - p. 259, - : « un Bijarre fan- 
tasque et qui est hors de bon sens. » Corneille, 
dans sa jeunesse, écrivait aussi bigearre : 

Cette Bigearre humeur n'est jamais sans soupçon. 

(Galerie du Palais, ni. 4.) 

Berry : « bigearre, se bigearrer » ; — Poitou ; 
'< bigearou » : — Saint. « bighearre. » 

La signifie, ancienne de bizarre ne permet pas 
de rattacher ce mot à l'esp. bizarro, valeureux. 
Le mot paraît être une variante de bigarré pris au 
fig. Non-seulement bizarre et bigarré, deux mots de 
la même époque, ont été écrits de la même manière, 
mais quelques patois, le forézien entre autres, ont 
encore « bigearre » pour bigarré. Le berrichon 
nousoiïre l'adj. «garre» = bigarré, lequel serait le 
primitif et appuierait l'étym. proposée par Ménage. 
bis variare, représenté en anglais par le verbe to 
variegate, bigarrer, varier. En ital. bizzarria dé- 
signe la bigarade, grosse orange à peau globuleuse 
et nuancée. D'ailleurs au fond l'identité de signifie, 
est frappante. Disons cependant que le Dict. de la 
langue fr. prononce un arrêt formellement con- 
traire à cette spécieuse hypothèse. 

BILLE, s. f. Bile, humeur sécrétée par le foie. 
Bile n'est pas ancien en fr., mais la tendance du 
pays est de toujours mouiller la linguale dans les 
suffixes copiés sur le latin ilis. 

BILLON, s. m. Dans quelques loc. on donné ce 
nom à un arbre de forme élancée propre à la char- 
ponte ou à la menuiserie. De bille, pièce de bois 
destinée à être équarrie. « Billon » en Poitou, = 
morceau de bois, bâton. 

BILLOTOUÉRE. s. f. Épinette, cage où l'on 
enferme les poulets pour les faire engraisser. On 
donne en fr. le nom de billot à une espèce de sou- 
ricière construite à peu près comme notre billo- 
toire. Cette cage, à l'origine, n'était probablement 
qu'un billot creusé et ferme par des barreaux. 

BIOX, s. m. Jeune pousse d'arbre ou d'arbuste 
et en général de toute espèce de végétaux. IMorv. 



BIQ 



87 — 



BIS 



n. « Blon » est pour billon. dimin. du fr. bille qui 
désigne également un rejeton ou un scion. 

Berry : «bion, rebion», tige, rejeton ; — H. -Maine: 
« bions », grands épis vides de grains; — wallon : 
« biot », petit bâton. En Piémont : « bion » billot, 
tronc d'arbre. 

BIQUENÉ, s. m. Huche, bahut. 

De bique et nez ? Coffre où l'on pique du nez en 
y fouillant ? L'anglais picklock, crochet, rossignol, 
renferme une image analogue. 

BIQUER, V. a. Baiser, embrasser, caresser. 
Morv.n. Poitou, Saint. «biquer,bicuder.» — De bic, 
forme de bec, pour bouche. — Vosges : « behi me 
vot' bic », embrassez-moi. (Voy. Bicher, Boquer.) 

BIQUIER, V. a. Bigler, guigner, regarder de 
côté, du coin de l'œil, à la manière des chèvres ou 
biques. En vi. fr. bigler s'est dit bicler, forme en- 
core usitée à Genève où on appelle « biclœil » celui 
qui louche. Bicler = biquier par l'adoucissement 
de la linguale en i. On dérive le mot du 1. bis 
ocu?us, œil double, traduit par le poitevin «bizeuil», 
le genevois «■ biclœil et l'espagnol bis ojo. — Berry, 
Norm. a bicler», loucher; — Fr. -Comté : « biclou », 
louche ; « porter biseuil », offusquer la vue. 

BIQUIET, adj. Celui qui regarde du coin de 
l'œil ; au fém. « biquierde. » 
Puis jeta son regard Biscle sur Nazdecabre. 

{Pantagniel, m, 20.) 

BIQUIGNON, s. m. L'extrémité d'une chose, la 
pointe, le faîte, le sommet. « Le fin biquignon » 
= la fine pointe d'un toit, d'un clocher, d'une 
montagne, etc. Morv. n. 

Champ, a bique, biquette », dent; — Norm. 
« béquet », clou de soulier; — Hainaut : «biquer», 
dresser la pointe en l'air; — Poitou : « beque- 
gnon » , petite queue, pointe en général ; — Genève : 
« béque », bout, pointe d'un châle, d'un mouchoir, 
etc. ; — Suisse rom. « bé », bec, pointe de mon- 
tagne, sommet; — breton : hek ou beg ar garreh, 
pointe de rocher. Le vi. fr. bec = pointe : 

Nostre maistres notonniers escria à ses notonniers 
qui estoient ou Bec de la nef et leur dit : Est arée 
vostre besoigne ? Et il respondirent : oil, sire. 

(JOINVILLE, p. 70.) 

Les autres filles, étant en un coin, près le feu, regar- 



daient par sus les épaules des autres, se haussant sur 
le Bec du pied... 

(EUTR-irEL, XI.) 

BIQUOT, s. m. Chevreau, petit de la chèvre. Se 
dit d'un enfant qui a de la naïveté et même de la 
niaiserie. Biquot, qu'on prononce en plusieurs 
lieux bigot, a été une grosse injure au XV" siècle: 
« Icellui Rebours en appelant l'abbé de Creste 
Bigot qui est un mot très injurieux, selon le lan- 
gage du pays. » (Voy. Duc. Bigothi.) Bigot a un 
autre sens dont on peut voir l'explication dans 
Ménage et auquel il faut peut-être rattacher le 
terme cité dans le texte qui précède. « Biquot », 
chevreau, est pour biquet ; c'est un dimin. de 
bique, chèvre. Le breton begek, pointu, qui a une 
pointe aiguë, signifie niais h Vannes. Grec : Pôxxoç 
sot, imbécile; — ital. becco, bouc, bec; beccone, 
bouc, idiot. — Berry : a biquiat, biquion», chevreau ; 
— Poitou : « béquot, bequion, biquion » ; — Jura : 
« bequi. » 

Du celt. byk, bouc. Bouc n'est qu'une variante 
do bec et, comme bec, ne donne i^as le son de la 
consonne finale dans la plupart des patois, qui 
prononcent bô, bou. A l'origine bec ou bouc a peut- 
être été un nom commun pour désigner les ani- 
maux à cornes d'où serait venu le bas 1. beccarius. 
beccharius, l'ital. beccajo, beccaro et le fr. bou- 
cher. Le boucher aurait été à la lettre celui qui tue 
les bêtes à cornes. (Voy. Bôquin.) 

BISAIGUË, s. f. Besaiguë, outil de charpentier 
muni d'un taillant à chacun des deux bouts : 

Cil sunt boen qui sunt doble ostil, 

Celx resemble li Besaguz 

De i.j. pars trenche et est aguz. 

(RUTEBEUF, II, p. 68.) 

Du 1. bis acutus, deux fois aigu. 

BISCANQUARRE, adj. Contrefait, tordu, de 
travers : un champ, un arbre, un toit « biscan- 
quarre. » 

— De biscanquarre, loc, de biais, tout de tra- 
vers, tout tordu. Se dit des personnes comme des 
choses. 

Genève : « de bisingue », tout de travers, tout 
de guingois; — Poitou : « en bisquois », de tra- 
vers, a Parler bisquois », c'est torturer la langue 
en parlant mal. 



BLA 



BLE 



De bis et en quarre. Le forez, a « bitors « pour 
contrefait, le fr. a Jjiscornu. Diez remarque que le 
préfixe bis donne au mot le sens d'oblique. ^Voy. 
Quarre.) 

BITE, s. f. Chassie des yeux, humeur qui se 
forme au bord des paupières. Du 1. bitumen dans 
le sens de matière gluante .' Comenius. - p. 25, - 
traduit bitumen par bitume ou limon glueux. Le 
verbe bas 1. bituminare = glutinare. 

Genève : « piquerne », chassie ; — Fr.-Comtc : 
« bigane. » Grec : iriVra pour ttiVik, poix, résine, 
que Vossius croit être le primitif de pituite, humeur 
visqueuse. Duc. définit pituita. : « narium vel ocu- 
lorum humor redundans. » 

BITER, V. n. Avoir la chassie. « Lé-z-euillos 
d' mon ch'vau bitan », les yeux de mon cheval 
sont chassieux. Norm. « labiter », pleurer, au pro- 
pre et au fig. 

BITOU, OUSE, adj. Chassieux, atteint de la 
chassie. Aimé Piron fait dire à un berger : 
Peire, je graite mon crôtô 
Et je Débitouse mes euille, 
Ecrepi desu note seuille. 

{Noël 2. Édit. Mifjnarcl.) 

Le verbe « débitouser » n'appartient pas à notre 
patois, mais il n'est pas de fantaisie comme on 
pourrait le croire. On le retrouve sous une forme 
légèrement altérée dans le bas breton. En Bretagne, 
où poix se dit pek ou peg, pikouzenn signifie 
chassie. Les verbes jiikousa, devenir chassieux, 
dibikouza, ôter la chassie, correspondent au bourg. 
« bitouser » et « débitouser. » L'adj. jnhouz, 
chassieux =bitou ; — Jura : « bitous», chassieux. 

BLANC A BOURRE, s. m. Blanc en bourre dans 
les dictionnaires, mélange de poil de bœuf, de chaux 
et d'argile dont on se sert pour des plafonnages 
grossiers. On y ajoute souvent de la paille hachée, 
usage qui expliquerait le terme bourre aussi bien 
que l'emploi du poil des animaux. Le plafond de 
blanc à bourre ne se voit encore que dans les 
bonnes maisons. Aussi cette locution est-elle peu 
usitée dans nos campagnes. On prononce blanque 
à bourre. 

BLANQUE, s. f. Jeu de hasard qui a la vogue 
dans les fêtes de village. On gagne principalement 



des couteaux. Les figures sont les bonnes cartes. 
Berry : « blanquer », gagner au jeu. 

BLALDE, BLIALDE, BIAUDE, s. f. Blouse. 
Avant de devenir le vêtement démocratique par 
excellence, la blouse a subi diverses formes et reçu 
divers noms. Pour la forme cependant, on peut 
dire qu'elle en est revenue à son point de départ, 
car elle diffère à peine de la tunique celtique 
trouvée dans une tourbière du Jutland, comme on 
peut le voir, - p. 10, - dans le savant et curieux 
livre de M. Quicherat sur le Costume en France. 

Elle s'est appelée « blialt, bliaut, bleaut, blaude, 
biaude, biaut, bleude », etc. Elle a été la parure 
des rois : 

Li rois avoit .L Bliaut endossé. 

(Huon de B. v. 3G21.) 

Les chevaliers l'ont portée au milieu des fêtes 
comme les paysans dans leurs agrestes travaux. 
Elle a été enfin assujettie aux caprices des modes 
qui ont tour à tour régné dans notre pays entre 
l'usage du sagum gaulois et celui de la blouse 
rustique ou faubourienne. Blaude nous vient-il de 
bladum, blé, comme le suppose La Monnaye, à 
cause de la couleur froment que ce vêtement aurait 
eue à l'origine ? On serait non moins autorisé à 
dire qu'à l'origine la « blaude » était de couleur 
bleue, — Suisse rom. «bliau»^ bleu, — et que son 
nom s'est formé du rad. anc. allem. blau, qui 
semble avoir donné aux langues romanes blao, 
bloe, blau, et au danois b/aa=bleu. On rencontre 
quelquef. bleu écrit avec un d « bleud mourant, 
bleud de la febvre. » (Voy. d'ArBiGNÉ, Fœn. 1. 2.) 
Le dictionnaire de Jean de Garlande porte « pan- 
nos' blodios » pour désigner des étoffes bleues. 

La forme « bliaude » correspond au bas 1. blial- 
dus, bliaudus : bliaudus fustaneus. (Voy. Duc. 
Bliaudus.) 

BLÉGER, v. a. Accabler en frappant, surchar- 
ger, écraser. A propos du mot blet qui a son con- 
génère blos dans notre patois, Diez cite l'anc. allem. 
bleizza, tache produite par un coup. Le rom. prov. 
blezir dans le Gloss. de Raynouard, - ii, p. 226, - 
signifie blêmir et faner. (Voy. Aibléger, Blessi.) 

BLESSE, adj. Pâle, fade, flasque. 
Le mary (duc de Brabant) estoit homme tendre et 
linge (délicat) et Blaire. 

(Ca.VSTLLLAI.\', I, p. 210.) 



BLE 



BLO 



Dans Furetière, blaische, mou, lâche. C'est le 
mot blêche, faible, enregistré par le Dict. de la 
langue française. 

Wallon : « blèse » ; — rouchi : « blèchc » ; — 
norm. «bléque » ; — flamand : bleeh; — ■ anglais 
bleak, blême et sombre, blanc et noir ; — allem. 
bleich, blême, pâle. (Voy. Blessi, Bios.] 

BLESSI, V. a. et n. Pâlir, blanchir, devenir 
blême ou fade. Sa longue maladie l'a « blessi. » 
Notre mot est une variante du fr. blcchir qui est 
peu usité. 

Berry : « blesser » = blettir, commencer à 
mûrir; — Genève : « se blessir », devenir blet, 
comme en Dauphinc « se blettir » ; — Suisse rom. 
a blet », flasque; « bletschi », amollir, flétrir. — 
Rom. prov. blezir, blahir, faner, blêmir; — 
anglais : to bleach, blanchir ; — allem. bleichen; 
— danois : bleg, blême ; blive bleg, blêmir ; — 
eu anglais blea ou bleah= aubier dér. du 1. albus, 
blanc ; — saxon : blac, bloec, noir ou pâle. Oomp. 
avec le fr. blesser qui à l'origine a souvent le sens 
de amollir, affaiblir, meurtrir, rendre blet en un 
mot. Que veut dire la Chanso7i de Roland dans ce 
vers : 

La gent de France iert Blecée et blesmie, 
Si ce n'est que les Français étaient affaiblis ou 
meurtris et, au fig. , pâlis ? D'un autre côté, nous 
voyons qu'en Lorraine « bias, biasse », signifie 
blet, blette, et « biassi », blesser; « biassure », 
blessure. En Norm. «blec, bléche » := mou en par- 
lant des fruits, et « bléchir » = devenir lîlet comme 
« blessir » à Metz. Or « blecher » est une forme 
pic. et wallonne pour blesser : 

Li dieu d'amours me couru seure 
Et me trest de la droitte flèche 
Dont les plus amoureux il Bleche 

(Froissart, le Treltié de l'espinette amoureuse .) 

L'étymol. proposée par Diez, tirée du germ. 
zêbletzen, mettre en morceaux, exagère beaucoup 
la signifie, du mot et s'éloigne des formes que 
fournissent les plus anciens textes. La dériv. de 
l'anc. h. -allem. bleizza, tache bleue par meurtris- 
sure, choc ou coup, paraîtrait donc préférable, 
expliquant à la fois les deux verbes blesser et 
blettir. 

BLEU, BLEUSE, adj. Bleu, bleue. Le wallon 
prononce « bleuse » comme nous au fém. Picardie : 



« bleusse »; Bourg. « bleuve »; Berry : « blue. » 
A Valenciennes les orphelins sont appelés « bleus » 
et les orphelines « blouses », à cause de la couleur 
de leurs vêtements. (Voy. Blaude.) 

BLEUZI, v. n. Devenir bleu. — v. a. Rendre 
bleu. — Pic, Flandre : « bleusir »; — Luxem- 
bourg : « bleuchir »; — Berry : « bleudzir. » 

BLÔ (AI), loc. En masse, en tas épais, pressé. 
C'est le fr. bloc par la chute de la consonne finale. 

(Voy. Aiblôti.) 

BLONDE, s. f. Femme ou fille recherchée par 
un galant, bonne amie, maîtresse : « côri lai 
blonde. » Au XVII" siècle, faire la blonde se disait 
d'une femme coquette : «Elle n'est pas à la maison, 
elle s'accoustre, elle fait la Blonde.» (Voy. Th.fr. 
VII, p. 264.) 

Dans l'argot le Soleil est le beau blond. 

BLONDEAU. Nom de bœuf dans toute la région 
morvandelle. Il est à remarquer que le Morvan b., 
qui change ordinairement en eai la terminaison 
eau, prononce les noms propres comme le français 
en y intercalant quclquef. un i comme dans le 
berrichon « Blondiau. » De blond à cause de la 
couleur du poil. En Berry, « Blondet, Blondiau » 
désigne un boeuf dont la robe est bai clair. En 
Lang. « blounde » se dit d'une couleur qui tienl 
le milieu entre le doré et le châtain clair. L'étym. 
de blond est inconnue. 

BLONDIE, s. f.Houque laineuse, holcus lanatus. 
On lui donne ce nom à cause de la couleur blonde 
de ses panicules à l'époque de la maturité. 

BLOQUER, V. a. Mettre en bloc, réunir plu- 
sieurs choses ; compter en gros, à forfait. Je vous 
dois ceci et cela, mais « bloquons » le tout et je 
vous donnerai tant. De bloc, tas. 

BLOS, BLOSSE, adj. Blet, blette. Se dit d'un fruit 
trop mûr. Les nèfles sont bonnes à manger lors- 
qu'elles sont « blosses. » On parlait de même à Paris 
au XVIP siècle, suivant le témoignage de Henri 
Estienne. 

Dans quelques loc. le féminin « blosse » a les 
deux genres. En fr. blossir, v. n. devenir blet ; à 

12 



BLO 



90 - 



BOB 



Genève : « se blessir » ; — Berry : « blossc « ; — 
Bourg. « blio, bliose » ; « blo, blosse « ; — Melz : 
« blios, bliossc » ; — bas breton : blôd, mou ; — 
suédois : blot; — danois : blod; — allem. blotzen, 
écraser. C'est de ce dernier mot que Diez dérive 
blosse. Le genevois « lilesson » tache noire causée 
par un coup, répond à l'anc. h. -allem. bleizza. 
(Voy. Blesse, Blessi, Blosson.) 

BLOSS'NÉ, s. m. Belossenier, poirier à fruits 
sauvages appelés dans le pays « blossons. » Morv. 
n.-n.-o. « bloussounié. » 

Suisse rom. « blossonei », poirier sauvage; — 
Genève : « blesson », poire sauvage ; « blessonier », 
poirier sauvage ; — Fr. -Comté «blessonier. » Dans 
la Suisse rom., on appelle aussi «blosson» la tache 
bleue que nous nommons un noir en fr., la tache 
qui résulte d'un coup ou d'une meurtrissure. (Voy. 
Bios.) 

BLOSS'NER, V. n. Blettir, devenir blet. Le fr. a 
les deux formes blettir, blossir. 

Bcrry : « blesser », mûrir. En Fr. -Comté : 
« bloussi »; en Suisse « blossi », signifie pincer la 
peau de manière à provoquer une tache livide. (Voy. 
Blessi, Bios.) 

BLOSSON, s. m. Fruit sauvage en général, 
pommes, poires, prunes, etc. Le vi. fr. beloce indi- 
quait plus particulièrement la prune sauvage 
comme dans plusieurs patois, ceux de Normandie, 
de Bourgogne et d'Anjou notamment. Dans la 
première de ces provinces, la « beloce » ou « blo- 
che » est absolument le fruit du prunellier, si com- 
mun dans les haies vives du Morvan. 

Le Test, de J. de Meung, - v. 462, - parle de la 
beloce comme d'une chose de nulle valeur : 

Quant dame Katerine voit l'espreuve dant Joce 
Qui por l'amour sa famé ne donne une Beloce 

Si dote que 

Borel, ne comprenant pas la signifie, du mot, a 
cru qu'il s'agissait non d'une prune ou prunelle, 
mais d'une petite monnaie. L'acidité du fruit se 
trouve implicitement indiquée dans ce passage du 
Martyre de saint Etienne : 

Tien, vilain, tien ccste Beloce 
Afin que le cuer ne te faille. 
La belQpe greffée est peut-être devenue la prune 
de nos jardins. Dans l'énuméralion des petits ' 



cadeaux qu'on peut faire aux femmes pour leur 
plaire, le Roman de la Rose, - v. 8256,- comprend 
la beloce : 

Pèches, parmains ou alietes, 
Nèfles entées ou framboises, 
Beloces d'Avesnes 

Duc., àBa?osùts,citeuntexteoù figure unbelocier, 
qui est un arbre et non pas un arbrisseau comme 
le prunellier : « Le dit Symon ne sceust oîi ne 
quelle part fuir que en un jardin... où il le prin- 
drent sur un Belocier où il estoit montez pour soy 
mucier. » Nos jardins ou courtils champêtres sont 
très souvent ornés d'un « bloss'né », pommier ou 
poirier sauvage, dont les fruits servent à faire le 
mauvais cidre du pays. 

— La Belosserie, nom de loc, c'"' de St-Valérien, 
dans l'Yonne. 

Berry : « baloce », grosse prune ; — Suisse : 
« blesson, blosson », poire sauvage; — Fr. -Comté : 
« blesson », petite poire blette; « beloche, pelosse, 
pelousse », prune, prunelle ; — H. -Maine : « blosse», 
prune qui ne se mange que lorsqu'elle est blette ; 
— wallon du Luxembourg : « bilosse », prune 
séchée au soleil ; — Bret. « belosse », prune sau- 
vage. 

Le changement du b en p donne au bas-breton 
pelos et au forézien « peloussi », prunelle. 

BÔBANCE, s. f. Régal, réjouissance qui sous- 
entend le plaisir de la bonne chère et de la bouteille. 
Faire « bôbance » est à peu près synon. de faire 
« fricot. » (Voy. Fricot.) Diez, Burguy et Scheler 
dérivent le fr. bombance du 1. bombus, bourdon- 
nement, bruit. On aurait cependant bien des motifs 
pour rattacher le motà bobe, moue, grimace orgueil- 
leuse ou sensuelle de la lèvre. L'anc. orthographe 
était bobance et l'anc. signifie, était vanité, osten- 
tation, comme dans l'anglais bobance, jactance, 
vanterie. Joinville, dans son Histoire de S. Louis, 
se sert trois fois du mot boban et toujours avec le 
sens défavorable de superbe, d'orgueil. Je cite seu- 
lement le passage ou le saint roi, - p. 394, - dit à 
propos de ses larges aumônes : « Je aim miex que 
li outraiges de grans despens que je faiz, soit fais 
en aumosne pour l'amour de Dieu, que en Bobant 
ne en vainne gloire de ce monde. » On remarquera 
aussi le passage, - p. 136, -où le chroniqueur nous 
montre des gens « de grant Bobant » qui s'enfuient 
honteusement au milieu d'une bataille. Les patois 



BOB 



91 



BOB 



appuient fortement cette origine tirée d'une expres- 
sion hautaine ou dédaigneuse du visage. « Bolje » 
en Forez s'applique comme le piémontais « boba » à 
une certaine moue de la lèvre inférieure. Dans le 
Poitou, « boube », variante de « bobe », signifie 
enflé, boursoufflé. Une figure « boube » est une 
fin-ure bouffîe. Le vi. fr. bobancier, boubancier, 
qui répond au bas 1. bobinator, arrogant, et à 
bohinare, se vanter, désignait surtout un homme 
présomptueux. L'idée de bombance, avec interca- 
lation d'une nasale, est sortie peu à peu du sens 
primitif, si elle n'a pas été directement empruntée 
à l'expression de lèvres pendantes particulière aux 
trop fervents gastronomes. Qu'on regarde un buste 
de Vitellius, de ce prodigieux gourmand qui, au 
dire de Tacite, mangea neuf cents millions de ses- 
terces en moins d'une année, et on trouvera peut- 
être dans cette face tj'pique l'explication du mot. 

Boberia en esp. est un terme mimologique à 
peu près analogue tiré d'une autre expression des 
lèvres exprimant non plus l'orgueil, l'enflure de 
l'esprit ou du coeur, mais la niaiserie. Bobo = 
niais, comme en vi. fr. bobu et en valaque boble- 
Éic,qui répond au poitevin « bobelique. » Le dimin. 
valaque boblet, un peu niais, reproduit le gene- 
vois « bobet », sot; « bobèche », niaise. 

Au résumé, boban nous paraît synon. du vi. fr. 
boufois,boutTissure, au propre et au figuré. Bôbance 
reproduit bobe avec la terminaison ance. Dans 
Palsg., - p. 263, - boubans = prodigalité et traduit 
l'anglais riot, fête bruyante, festin. 

Berry : « bobe », grosse lèvre; — Poitou : 
« boube »; — Saint. « boube, bourbe », enflé; — 
Bourg. « bôbance », magnificence, profusion ; 
— rom. prov. boban, bobansa, ostentation ; — 
ital. bombanza, joie, plaisir ; burbanza, faste. 
(Voy. Babô, Babouin, Bouffe.) 

BÔBEILLE, s. f. Bobine pour dévider le fil, la 
bobine du rouet. En vi. fr. bobye, bobin. Les deux 
rad. onomatopéiques bab et bob ont la même 
valeur. Cela se voit dans babine et bobine dont 
l'analogie résulte soit du mouvement, soit du bruit 
que l'on fait en parlant ou en dévidant. Le rad. 
fictif bobe qui signifie moue en fr. se dit en Berry 
pour grosse lèvre, babine. (Voy. Bôbance.) En 
Flandre « Ijabonne » signifie à la fois lèvre et bobine ; 
« babenner » = bobiner ; « babenneux » = ouvrier 
qui bobine. En Berry « boubillon », à Rennes 



« bobillon », est pour babillon qui est écrit babion 
dans les dict. et qui a le double sens do singe et de 
babillard. C'est à ce mot que s'applique le vieux 
proverbe cité par L. de Lincy avec une interpré- 
tation probablement erronée : 

Qui baie sans son 

Ressemble Babion. 

Cela signifie que vanner sans obtenir do cri- 
blures, c'est perdre son temps comme le babillard 
qui parle sans rien dire. M'"" de Sévigné qui ne 
dédaignait pas d'emprunter des mots au patois de 
la Bretagne qu'elle habita si longtemps, emploie, 
- IV, p. 67,-leverbe bobillonner, « boubillonner » en 
Berry, pour rabâcher et non pour tergiversercomme 
le suppose à tort l'annotateur de ses Lettres : « La 
Puy du Fou, écrit-elle à sa fille, ne fait pas ce 
qu'elle pourrait faire... elle « Bobillonne » et pleure 
et ne résout rien. » On appelait autrefois bobinette, 
par assimilation de forme, une espèce de fuseau 
en bois qui, retenu par une ficelle, servait de ver- 
rou lorsqu'une fiche ou clavette le maintenait en 
place. C'est à cet engin de sûreté que le célèbre 
conte du Petit Chaperon rouge fait allusion lors- 
que la mère-grand crie à sa petite-fille : « Tirez la 
chevillette, la bobinette cherra. » Le vi. fr. et les 
patois prononcent indifféremment bobinette ou 
babinette. La première forme existe encore en Nor- 
mandie, la seconde en Picardie. Le rad. bob, en 
anglais semble exclusivement s'appliquer à l'idée 
de pendre, pendiller. Le subst. bob y désigne un 
objet quelconque en suspens ou pendant, une cloche 
en mouvement, une boucle d'oreilles, un gland, 
une mèche de bonnet de nuit. Le bob cherry est 
un jeu d'enfants qui consiste à attacher une cerise 
à un fil qui se balance en effleurant les lèvres du 
joueur. Le bobmajor est un branle de cloches 
à toute volée. Le verbe to bob signifie pendre. 
BoJjbin, fuseau, bobine, paraît se rattacher à ce 
sens comme la forme anc. bobin. Il est probable 
que de cette idée sont dérivés un certain nombre 
de mots dontl'étyniol. n'a pu être éclaircie, bobine 
d'abord à cause du fil qui se dévide, bobinette à 
cause de la ficelle qui la retient, bobelin, espèce de 
fuseau autour duquel s'enroulait le fil préparé qui 
sert aux cordonniers, - Voy. Lignet, - pour coudre 
ou pour mettre des pièces aux chaussures. Le 
même sens se retrouve très marqué dans le terme 
« babiches » qui à Mons désigne à la fois de grandes 
lèvres et les rubans d'un bonnet, les pattes d'une 



BŒU 



92 



BOG 



cornette. Il est fort probable que le verbe fr. babiller 
se ratlacbc à bobine. Notre forme morv. « bobeille 
= bobille )) met sur la voie. Ne dit-on pas d'une 
personne qui parle avec volubilitéqu'e//ecn dévide 
h perdre haleine? 

BOCAISSE, s. f. Bécasse. Se dit également de 
l'oiseau de passage au long bec et d'une personne 
trop naïve. Le « mâtre » fait taire sa fdle en lui 
disant : « Couye-té, boeaisse ! » 

De boc pour bec et asse, ancien nom de l'oiseau. 
Le patois bourg, remplace bec par tête dans cai- 
baisse » = bécasse ; — Vosges : « bagaisse » ; — 
Saint. « bégasse. » (Voy. Bé.) 

BOCAISSINE, s. f. Bécassine. Bourg. « bécas- 
saigne. » 

BODEN, s. m. Boudin. Morv. n. « bôdingn'. » — 
Par assimilation, cordon de paille ou de foin tordus 
ou tressés dont on se sert pour faire une bordure 
de fumier, de plancher, etc. Ce « bôdin » là s'ap- 
pelle andouille en Normandie. (Voy. Beude.) 

BÔDONME, s. m. Caricature, personnage gro- 
tesque. Bôdonme est probablement pour bout 
d'homme, avorton. 

BÔDOU, OUSE, adj. Boudeur, celui qui fait la 
moue, la grimace. Bouder tient à la racine bod, 
boud, désignant une chose qui s'enfle. Le sens est 
dû à l'état de boursoufflure qui se montre aux 
joues ou aux lèvres d'une personne mécontente. En 
Piémont, « fel' bodou » signifie grimacer en avan- 
çant la lèvre ; « bodèro » = ventru, pansu. A 
Mons « se boder » , se gonfler ; — Lang. « bou- 
défla, boudifla. » (Voy. Beude, Boueille.) 

BŒU, s. m. Bœuf. Nous disons un « bœu, des 
bœus, acheter un bœu, manger du bœu. » Dans 
bœuf où l'f remplace le v de bovem, le fr. a perdu 
le son imitatif du beuglement, du mugissement de 
l'animal. La plupart des patois omettent la con- 
sonne finale et conservent intacte l'onomatopée si 
sonore dans le grec ^oûj. En Saintonge, les enfants 
recueillent le cri de la nature sous une forme con- 
génère, celle de « moumou », nom du bœuf. Le 
breton bu désigne la vache et le verbe busella = 
beugler. 

L'anc. langue avait bu, bue, pour bœuf, et bugler 



pour mugir. Bug = mug. La diphtongaison de 
l'u en eu est d'ailleurs conforme aux exigences de 
notre phonétique morvandelle. 

BOGRAIS, BOGRALE, s. et adj. Bègue, celui 
qui bégaie ou parle avec difficulté. Son fils est 
« bograis » et sa fille « bograle. » Les hérésies 
manichéennes des XIP et XIII° siècles ont laissé 
de fortes traces dans l'histoire et le langage de nos 
contrées. (Voy. Vaudoué, Envaudoueiller.) Elles 
se sont imprimées dès l'origine jusque dans les 
noms de localité. Une charte de 1252 mentionne 
près de Montreuillon le pré du Bougre : « Quoddam 
pratum, quod vulgariter appellatur Pratum au 

Bougre in parochia de Monte Rupilionis (Voy. 

Hist. du Morv. Preuves, p. 450.) 

La secte dite des Bougres n'a pas eu moins 
d'adeptes en Bourgogne qu'en Nivernais. Nous 
voyons encore au XV^ siècle, dans le voisinage de 
Saulieu, un homme condamné au feu comme 
bougre. Voici l'arrêt cite par M. Mignard dans son 
Hist. de l'Idiome bourguignon. Cet arrêt est 
extrait du registre du Secret de la mairie de Dijon 
en 1407 : « Lundi avant la Saint-Barthélémy 
(22 aoiit), délibéré que comme il est prouvé que 
Nicolas Butin, de Semur, est bougre, il est con- 
damné à soffrir mort et être ars. » On lit dans un 
compte de la Dépense de Sens (1234) : « Pro bogriis 

ductis et reductis Senonas. » Les procès de 

bougrie ou bogrerie devaient être fort nombreux 
comme le fait pressentir ce passage du Livre de 
jostice et de plet, - p. 12 - : « Quant l'en ara 
soupcenos un home de bogrerie, li juges orde- 
naires deit requerre le rei ou sa jostice qu'il le 
prengne. » N'est-on pas conduit à conclure de ce 
fait que les malheureux traduits devant les juri- 
dictions locales comme entachés de l'hérésie ne 
déposaient qu'en tremblant et en balbutiant? Voilà 
comment leur nom maudit aurait pu être appliqué 
ironiquement aux individus atteints de bégaiement 
ou de quelque difTiculté de prononciation. Le mot 
au reste s'est maintenu dans le patois bourguignon 
avec une signification à peu près analogue. Un 
petit ce bôgrai », chez nos voisins, est un très 
jeune enfant, un bébé sans doute qui ne parle pas 
encore distinctement : 

Peirc, gaçon, petit Bôgrai, 
Tandein lo bure e lo gôbelle. 

(Cit. de M. Mignard. Dijon en joie, \'\f>.) 



BOI 



- 93 



BOI 



Remarquons comme un fait assez curieux que 
dans le canton de Vaud, en Suisse, le terme de 
bougre, « baugro » , est un mot d'amitié très usi te dans 
les campagnes. On trouve d'intéressants et nom- 
))reux détails sur les procès de bougrerie ou bogre- 
rie dans le registre criminel du Châtelet de Paris. 

BOICHER, V. n. Se dit du coup do bec que le 
poussin donne à la coquille de l'oeuf pour sortir. 
Les oeufs « boichés « sont les œufs d'où les petits 
vont éclore. 

Berry, Poitou, Saintonge : « bêché » adj. : pou- 
let « bêché », poussin dont le bec a entamé la 
coquille de l'œuf; — Champ. « bêcher », frapper 
du bec, casser sa coquille ; — wallon : « bèchi », 
becqueter, toucher par la pointe ; au fîg. être près 
de... « Boicher ^= bêcher », donner un coup de 
bec. 

BOICHEVAU (AI LAI), loc. A la tète-bêche, en 
sens contraire. Outre la signifie, particulière, cette 
loc. exprime en général le désordre, la confusion, 
le pêle-mêle. Le Morv. n. prononce « boigevau » 
et « boizevau. » En Berry, coucher à « bechevet » 
l'un à la tête, l'autre aux pieds. Lorsque les petits 
des pigeons, dit le Gloss. du Centre, se placent dans 
leur nid, ils sont souvent « bechevet ». C'est une 
marque qu'il y a mâle et femelle. Norm. « bêche- 
vêche », tête-bêche ; — Jura : « béchouet » ; — 
Suisse rom. « à betzevet. » Becheveter des livres 
en Champ, c'est les ranger de manière à ce que le 
dos et la tranche des volumes soient alternés dans 
leur disposition sur les tablettes. 

BOICHEVAULER, v. a. Mettre à tête-bêche, en 
sens contraire. Le moissonneur « boichevaule » 
ses gerbes lorsque les épis des unes sont en l'air 
et les épis des autres touchent le sol. Ce terme 
renferme une idée de désordre , de confusion. 
« Boichevauler » est formé de « boiche » ^ bec ou 
bouche, et de vauler, aller à val, descendre. ■ 

BOICHOT, s. m. IMontant de cheminée, jambage 
ou console qui porte la bande de pierre ou de 
bois. 

BOIGE, BOUÉGE, s. m. Étoffe de laine et de 
coton fort grossière, mais très solide, qu'on emplo- 
yait beaucoup dans nos campagnes pour les rideaux 



de lit et pour les jupons de femme. Les couleurs 
ordinaires étaient le rouge, le jaune et le vert. 
Presque tous les anciens lits rustiques à baldaquin 
sont garnis de rideaux séculaires en « boige. » 
On prononce « boge » dans les villes frontières du 
Morvan, mais l'anc. forme bourg, est « boige » : 

Ne pourroit-il vendre drap en aucune partie de la 

ville que en Chamont et ainsi il est entenduz des 

bureaux, des estamines de tiretaines et de Boiges. 
[Ch. B. I, p. 409.) 

Chacun qui vend drap Boise ou toille à l'aune... 

[Ib. p. 410.) 

Le boigier, dans les anc. chartes, est le mar- 
chand de boige : 

Excepté drappier, tiretcnniers, Boigiers, etc. 

(Ib. p. 407.) 

Boge et borge ne sont qu'un même mot : « Chacun 
qui vend drap, estamines, bureaulx, tireteines, 

Borge ou toille à l'aune » Le fabricant de borge 

est appeléborgier : « drappiers, tireteniers, Borgiers, 

marchans de plume et frappiers » (Voy. Duc. 

à Borgesia,.] Boge ou borge se rattache peut-être 
àbougran, écrit bogeran (byssus) dans le Voccih. 
latin- français du XIV siècle. En bas 1. bogina 
se dit d'une peau de bouc. Le poil des boucs et 
chèvres entrait-il dans la fabrication du boige ? 
Comp. avec le bas 1. boyga, bugia, terre inculte. 
En Poitou une « bouige » est une terre couverte 
de petite bruyère, c'est-à-dire de bourre par assi- 
milation. Le continuateur de Ducange ne se trompe- 
t-il pas en tirant l'adj. bougeria de bougia, habi- 
tation ? Terra bougeria, dans les textes cités, ne 
me paraît désigner qu'un terrain en friche ou 
plutôt gazonné, ce qu'en Morvan nous appelons 
une chaume. Le fr. beige, qui s'applique à une 
laine ayant conservé sa couleur naturelle, corres- 
pond aux termes berrichons « bège », fauve, rous- 
sâtre, et « bègeau », premier lait d'une vache qui 
vient de vêler, à l'ital. bigio, gris, brun ; bigello, 
bure ; au port, bugio, bis, etc. — -Jura : « bage, 
boige »; — Bourg., Champ. « boge. » — Dans le 
Forez la « boge » est un grand sac ainsi nommé 
d'après le 1. bulga et le bas 1. bogea. 

BOILER, V. a. Avaler en aspirant, humer ; 
« boiler » un œuf. Morv. n. Le bas 1. belare, le 
rom. prov. belar ; le vi. fr. béeler sous-cntend 
l'idée d'ouvrir la bouche toute ronde. (Voy. Bé.] 



BOI 



94 - 



BOI 



BOIRE. Nom de famille très répandu dans quel- 
ques loc. du Morvan, dans le canton de IMont- 
sauche surtout. Boire nous paraît être une forme 
mouillée de bore = bure, anc. mot qui désignait 
une maisonnette ou une petite borde : « Item 

avons baillé une Boire séant environ lesdites 

terres le suppliant laboureur natif et habitant 

d'une Boire ou métairie. » (A'oy. Duc. Bovaria.) 
Le contin. de Duc. semble considérer boire comme 
une contraction de bovaria. ou de boaria, bouverie, 
mais nous croyons que c'est une erreur, une con- 
fusion de mots qu'explique d'ailleurs une certaine 
conformité de signification. L'anc. langue a dit 
boirie pour bouverie, étable à bœufs. On en pour- 
rait citer de nombreux exemples. Le mot est même 
encore usité dans quelques patois, celui du Berry 
notamment. On le retrouve en Lang. dans «borio», 
closerie, et en esp. dans boyera, bouverie. ^lais à 
côté de ce terme on rencontre fréquemment le 
subst. bor, dont les variantes bur, bure, boure, 
figurent dans les noms de lieu : Boire, c""" de 
Reugny : Boire-à-Raquet, c"" de Decize ; Bors, c"*^ 
de Montrcuillon ; Bourres (les), c"" de St-Parize- 
en-Viry ; Bourons (les) , c"" de Pougny ; Bourreaux 
(les), c°"= de Decize; Bure (la), c"'' de Luthenay : 
Bureaux (les), c"'* de Cossaye, Millay, etc. 

A vendre le champ de la Boire sis entre 

Cliasnay et Corcelles 

[Journal de la Nièvre du 9 octobre 1S72.) 

Dans notre voisinage, le département de l'Yonne 
offre, en non moins grand nombre, les formes 
analogues, Bor, Bour, Boure, Bouire, Bouron, 
Bui'eaux, le plus souvent accompagnées del'article. 
Je cite seulement Boure (la), c"* de Pourrain ; 
Bourre-de-Loterie (la) ; Bourg-sans-Paille, c°" de 
Chevillon et de Treigny. Le nom de cette dernière 
localité est aujourd'hui écrit avec un g final qui 
n'existe pas dans les anciens titres. Si les deux 
mots n'avaient pas un rad. commun, les géographes 
auraient très souvent confondu bour, chaumière, 
cabane, avec bourg dér. du 1. burgus. C'est par 
suite de cette méprise qu'un assez grand nombre 
de fermes ou habitations isolées portent en France 
la dénomination de Bourg avec un adj. de qualifi- 
cation ou un nom d'homme : le Bourg-Neuf, le 
Bourg-Jolly, etc., ou Bourg-Raveau, Bourg-Ron- 
not, etc. (Voy. le Dict. toi). <^6 la Nièvre à ces 
noms.) 

En anglais bor, bour, hur désignent aussi une 



chaumière comme bower. Le verbe to bower cor- 
respond exactement au sens de to lodge qui, 
primitivement, signifiait habiter une loge, une 
cabane construite avec des branches d'arbres et 
des feuillages. L'adj. 6owe*"y = bocager. en ber- 
ceau. 

Le nom de Boire, prononcé bouére comme on le 
fait encore en Morvan, figure dans des actes très 
anciens : 

...Trado etinperpetuum quitoSymoninoet Renaudo 

fratribus, dictis Boere, civibus Eduensibus quic- 

quid habeo 

(1257. — Cart. d'Autun, p. 352.) 

(Voy. Borde.) 

BOISSE, s. f. Vase qui sert à mesurer le lait et 
qui contient un demi-litre environ. 

Wallon : « boise » ; — Champ. « boise », banc 
de bois : « boisière », boiserie ; « boisset », manche 
de bois. — Suisse rom. « bossa, bossia », tonneau. 
« bossaton », baril. Boisse semble être le primitif 
de boisseau. Dans le rom. prov. boite se traduit 
par les deux formes boissia et bostia. A Tournay 
le « boitiau » est une mesure de capacité. 

BOISSELÉE, s. f. Mesure agraire dans le Morv. 
n. La boisselée est de 0'',12'',50''. Dans une partie 
du Poitou la boisselée est de quinze ares. Dans le 
Maine elle renferme l'étendue de terrain qu'on 
peut ensemencer avec un boisseau de froment. En 
Champagne le boisseau est une mesure pour les 
vignobles qui contient environ six verges. Bas 1. 
boicellata. (Voy. Bouchelée.) 

BOISSINS, s. m. plur. Dessous, jumeaux. — 
Moi'v. n. (A'oy. Bossons.) 

BOrVTN, s. m. Bouvreuil appelé vulgairement 
pive, pivet, pivane, pivoine, à cause sans doute de 
la belle couleur rouge de son ventre. Boivin, avec 
intercalation de Fi, est pour bovin, pris substantiv. 
comme en Forez « bovina », vache ; — en Suisse 
« bovina », viande de boucherie; — en Anjou 
« bovina », étable, maisonnette ; — comme en 
ital. bovina, bouse de vache. Le rom. prov. a bor 
pour bœuf. Le mot se rattache ainsi que le fr. bou- 
vreuil au 1. bos, bovis, par allusion à la forme un 
peu ramassée de l'oiseau. Lang. « bouvé »; angl. 
bull-finch. Quelques ornithologistes, dit Butïon, 



BOL 



95 



BOM 



ont avance que le bouvreuil est plus petit en Niver- 
nais qu'en Picardie. (Voy. Bôvreu.) 

BOIZON, s. m. Poignée de chanvre disposée en 
moyette. Morv. n. 

BOLAK, s. m. Celui qui se plaint à tout propos ; 
qui gémit sans cesse, qui va toujours pleurant. 
Au fém. « bolarde. » — Poitou : « belar », enfant 
qui crie et bélier. 

BOLER, s. m. Pleurer, pleurnicher, crier en 
pleurant. L'e de bêler se change en o. 
Il semble qu'il soit hors du sens 
A rouir crier et Besler. 

[Th. f,:, I, p. ISI.) 

Réboler est le même verbe avec l'augmcnt. re. 
Le simple et le dérivé se trouvent rapprochés dans 
un passage assez obscur de la Chronique des ducs 
de Normandie, - III, p. 524, - il s'agit d'un cra- 
paud qui était : 

D'ire et d'ardeur si tressuanz 
Que li venins orz et puanz 
Parmi la gueule li Bolait; 
Si laidement li Reboloit 
Que 

Duc. attribue au bas 1. haulare la même signi- 
fication qu'à latrare : « Canum est latrare scu 
baulare. » Or latrare, outre le sens d'aboyer, a 
celui de criailler, piailler. 

Du 1. balare, bêler et parler en se répétant sans 
cesse ; boare et reboare, crier et recrier. En grec 
jSoaw, je crie. Virgile, - Géorg. I, v. 272, - applique 
particulièrement aux moutons le bêlement : « Ba- 
lantumque gregum. » 

Poitou, Saint. « boler » = crier en pleurant ; 
« belée, belaie », cris, pleurs d'enfant; — • ital. 
belare, bêler et pleurer ; bêlo, bêlement, pleurs. 
(Voy. Réboler.) 

BOLET, s. m. Pleureur, pleurnicheur. Italien : 
liolone, pleureur. 

BOLLE, s. f. Balle de blé. Morv. n.-n.-o. 

BOLLIE, s. m. Bélier, mâle de la brebis. (Voy. 

Lureai.) 

BOLOT, s. m. Mon « bolot ». nom d'amitié I 



qu'on donne aux enfants, équivaut au fr. : mon 
bellot ; — Poitou, Vendée : « blot » par contrac- 
tion ; « bloter », câliner, soigner avec tendresse; 

Berry : « bellot, blôt. » 

BOLOTTE. s. f. Belette. Le changement de l'e 
en o se présente fréquemment chez nous, mais ce 
changement se retrouve pour le second e dans la 
plupart des patois italiens. 

Du 1. bella, belle, à cause des qualités fantas- 
tiques prêtées à l'animal, qualités énumérées dans 
le Bestiaire divin, - p. 267, - 

De la belette est grand mervelle 

Dans presque toutes les langues, la belette se 
montre sous les dénominations les plus flatteuses 
et les plus mignardes. En Italie elle est la donnola 
et même par surcroît de tendresse la donnoletta, 
la petite dame; en Portugal ladoninha, la demoi- 
selle; en Espagne la coînadreja, la petite commère; 
en Grèce la petite nymphe, vûyiTÇa. 

Bolotte répond au fr. bellote, fém. de bellot, et 
à l'ital. bellosa. 

Ma petite « bolotte » est un terme d'amitié en 
Morvan, il correspond à ma petite belle. Chez les 
Romains, mustela, belette, fouine, se prenait quel- 
quefois dans le même sens. Le 1. mustela subsiste 
en Fr. -Comté sous les formes « motale, motéle », 
belette. 

BOLOTTER, v. a. Sucer un œuf à la manière 
des belettes ou autres rongeurs qui le percent à 
l'extrémité et le hument ensuite. En Forez «belettâ» 
signifie désirer ardemment, dévorer des yeux. 

BOMBARDE, s. f. Guimbarde, petit instrument 
de musique que les enfants fabriquent avec un 
peu de bois et de fer et dont ils se servent en le 
faisant vibrer entre leurs dents. On donnait autre- 
fois ce nom à une sorte de hautbois et aussi à une 
basse, selon Roquefort. 

BOMI, V. a. Vomir, avoir des nausées. Morv. n. 
« bômitre. » Le vi. fr. disait abosmer ou aljosmir 
pour vomir, avoir mal au cœur au i^ropre et au fig. 
Moult est enfermeté grande 
Homs qui Abosme sa viande. 

(Le reclus de Maliens.) 

Li rois Auris out molt le cuer iré 

Li rois fu molt dolans et Abosmé 

(Aubrl li Bonjonnûn, v. 115, clans Bekkek, V.) 



BON 



96 - 



BON 



Adont s'asist Mues moult Abosmés 
Desus la rive commença <à plorer. 

{Huon de B. v. 5314.) 
Et quant Sanses le ber la parole escouta 
De la pitié qu'il ot le cuer li Embosma. 

[Doon de U. v. 5242.) 

Palsg., - p. 478, - nous offre la forme gomir : 
« C'est grand honte à ung homme de tant manger 
que lui soyt force de vomyr ou gomyr. » Quelques 
parties de la basse Bourg, disent aussi « bômir » ; 
— Saint. « bomi », vomir ; — Norm. «. abamir », 
donner du dégoût ; « abaumir », affadir ; — ^Lang. 
« bomi », s. m. vomissement, haut-le-cœur ; et 
-' boumi », vomir. 

« Bomi » substantif, parait être une syncope du 
vi. fr. abomination : « La mente donne apetit de 
mangier et oste Abomination. » (Voy. Duc. Ahomi- 
natio.) 

BON, adj. Solvable, riche, solide dans sa fortune : 
c'est un des « bons » du pays ; il est « bon » pour 
payer; prêtez-lui sans crainte, il est « bon. » Il y 
a dans mon voisinage une famille de paysans aisés 
(ju'on surnomme les Bons de père en fils, parce 
qu'elle est une des plus riches de l'endroit. Le véri- 
table nom s'est effacé derrière la qualification. Si 
le grec àyaOoç signifie bon en général, le neutre 
àyaOov désigne le bien, la richesse ; ày«9à irpaa^eiv 
faire de bonnes affaires. Le superl. apiarog, le 
meilleur, correspondait au compar. latin major 
({ui a donné maire au fr. Maire avait bien aussi le 
sens que nous attachons à bon, celui de plus aisé, 
de plus riche que les autres : 

Clerambaus asoudra an la nueve Ferté, 

Il a mandé Richier, le mieuz de la cité ; 

Et il i est venus, sans plus de deslaier : 

Maires, ce dist li dus 

{Parise la Duchesse, v. 2029.) 

Nobile chevalier 

Jà vos mande par moi li Bons Maire Richiers. 

(/b. V. 2439.) 

Il y a un revers de médaillé dans le nom de 
Boniface qui a eu le double sens de bon enfant et 
de benêt. L'épithète de bon homme s'appliquait 
aussi dérisoirement à un mari trop complaisant. , 
Du 1. bonus qui signifie à la fois bon, riche, noble, 
courageux. ("Voy. Duc. Boni hommes.) 

BONDE, s. f. Borne, pierre ordinairement taillée 
qui marque la limite de deux propriétés contiguës. 



Il y a dans les campagnes des gens qui, sans être 
sorciers, font très vite marcher les bondes. 

Sicut divisum est fossatis et Bundis Et je otroie 

que li abbés et li couvens fassent fossez entour leurs 
bos, de Bonde en Bonde, toutes les fois que ils vour- 
ront. 

(Duc. Bondida.) 
Je y ay esté jusques au trou de Gilbathar et remply 
les Bondes de Hercules. 

{Panta'jruel, ii, 30.) 

— La Bonde, nom de loc. c"" de St-Benin-des- 
Bois ; la Bondinelle, c"" de Guipy. 

Anglais : bound, borne, limite ; to bouncl, bor- 
ner. Le verbe correspond au vi. fr. bonner et 
débonner qui se produit fréquemment dans les 
chartes bourguignonnes des XIII" et XIV" siècles. 
Ce fait démontre la relation étym. qui existe entre 
bonde et borne : a Hz pourront Débonner leurs 
terres, leurs prés, leurs vignes... sans le seigneur... 
li preudommes qui seront esleuz à Débonner 
Débonneront, li sires ne peut aler encontre... » 
(Voy. Ch. B. II, p. 284.) 

— Tampon de bois qui ferme le tuf d'un étang, 
d'un réservoir. Lever la bonde, c'est ouvrir une 
issue aux eaux contenues dans l'étang, d'oîi l'ex- 
pression métaphorique : lâcher la bonde à ses 
pleurs ; « Impossible qu'on n'ait de l'eau dans les 
yeux en la perte d'un ami. Pour le moins, il n'y 
faut pas avoir des rivières, il faut qu'il sorte des 
larmes, mais non pas la Bonde... » (Voy. Malherbe, 
Èpîfres de Sénèque, 63.) 

Il y avait quelque rapport de rotondité entre les 
bondes ou bornes, - Voy. Bosqueuler, - et les 
bondes ou tampons. Dans quelques localités, ces 
tampons étaient même des boules ou des quilles 
formant boule à leur extrémité. En Pic. un « bon- 
don » est une balle de bois. En Norm. une bon- 
derée » est une femme courte et grosse. Duc. cite 
un texte où jouer à la bonde s'applique au jeu de 
la paume. Ailleurs boulet et bonde sont synonymes 
pour nombril. (Voy. Bodellus et Bondula.) 

Les mots bodena, bondina, bondida qui parais- 
sent avec blinda, dans des textes du VIP au XIP 
siècle, se rattachent probablement au même rad. 
que « bedaine » et « bodin. » Aux env. de Reims 
<i bedaine », gros ventre, se prononce bondaine. 
Dondine signifie bouchon. (Voy. Beude, Tuf.) 

BONDENER, v. n. Se dit d'un bruit sourd cl 



BON 



97 - 



BOQ 



continu. Un nuage chargé de grêle « bondeune » 
dans le ciel. Les grosses mouches « bondeunent » 
autour de nos oreilles. Bondener se rattache à 
l'anc. verbe bondir qui signifiait résonner, retentir. 
Dans Palsg., - p. 273, - sounde or Rebonde ^ 
écho : • 

Et la tigre au fenir .1. si fort brait geta 
Que li cans ot li tertre en Bondi et sonna. 
{Doon de Maïence v. 1650.) 

Et tabourz dont l'escrois grandist 
Tant que touz li oirs en Bondist. 

(GUILL. GUIART, V. 8581.) 

Trompes tentissent clerement 
Dont les voiz en Bondonnant i.ssent. 

(IB. V. 6627.) 

Le sens est le même avec le duplic. re : 
Tute la terre Rebundi de leur cri. 

[Rois, p. 225.) 

Berry : « bondiner » =: bourdonner ; « bondine- 
ment » =^ bourdonnement; — Pic. « bondir », 
sonner le tocsin; — Norm. « brondir », faire bruire; 
— Jura : « brondener », produire un bourdonne- 
ment ; — Fr. -Comté : « rebondir », retentir. 

Diez dérive « bondir » du 1. bombitare, faire du 
bruit. Le mot n'est peut-être qu'une onomatopée. 
L'ital. a bombo., son bruyant, ot bombare, retentir. 

BONDER, V. n. Remplir avec excès, combler 
en pressant, en foulant : la salle était « bondée » 
de monde. 

Sur la frontière d'Espagne qu'y verriez-vous ? 

tous les jours il y arrive des trains Bondés de voya- 
geurs : c'est que l'Espagne est en république 

[AssembU-e nationale, séance du 3 mars 1S73.) 

Norm. i< bondas », bouchon ; « bouder », bon- 
donner; — Pic. « bonder », regorger ; « bondis », 
replis d'une robe ; — wallon de Mous : « bondi », 
rempli ; — anglais : boundcd, resserré. 

De bonde avec ce sens qu'un lieu fermé par un 
bondon n'a plus d'ouverture, d'issue, et que tout 
ce qu'il renferme y est entassé ou mis à l'étroit. En 
Languedoc « métré lou boundoù » = bondonner. 

BOISDISSEMAN, s. m. Bruissement, bruit pro- 
longé. Nos paysans disent « bondissement » pour 
bourdonnement d'oreilles : 

Faites sonner nos cors, l'olifant soit Bondis... 
Atant sonnent les cors, s'ont les grailles Bondis. 
[Fierabras, v. 5568-5595.) 



Les Escots commenceront à Bondir leurs cornets et 
cà bruir sur leurs tabours... et dura celle tempête cl 
ce Bondissement de leurs cornets moult longuement, et 

puis cessa Le grand Bondissement de ces cornets 

se renouvela, qui dura une moult longue pièce 

(FRoisa.\RT, II, p. 737.) 

Dans Palsg., - p. 680 - : « Contre une place 
creuse la voix de Ihomme ou quelque aultre bruit 
Bondit ou résonne ou retentit ou Rebondyt vou- 
lentiers et fait ung eccho. » 

B0ND0NNE3IAN, s. m. Bruit sourd et continu, 
bruit lointain d'une cloche, d'une manœuvre d'ar- 
tillerie, d'un tambour qui circule de côtés et d'au- 
tres. Quelques-uns disent : «■ bondeun'man. » (Voy. 
Bondener.) 

BONJOU, s. m. "Visière de casquette, par allusion 
à l'acte de politesse qui accompagne le salut ordi- 
naire. Morv. n. « boujou. » Ce terme est une 
importation des villes, la casquette étant une 
coiffure inusitée dans nos campagnes. Nos paysans 
d'ailleurs, si le mot était du cru, prononceraient 
« bon jor », comme Renart, - v. 3027, - rendant 
gracieusement son salut au Loup, frère d'Ysen- 
grin : 

Brimaut, Diex benéie vos, 
Fot Renart, et Boa jor aiez. 

BOQUE, s. f. Baiser : donner une « boque », 
donner un baiser. En Bretagne le b se change en 
p et le subst. est masculin : donner « un poque. » 
Le bas-breton dit pok pour baiser. Poki, jioka 
correspond à notre verbe « boquer. » (Voy. Bécô, 
Boquer.) 

BOQUE, adj. Grêlé, marqué de petite vérole. Le 
Boqué, surnom d'un de mes voisins, fort endom- 
magé par la variole. Boqué e.st pour bequé, part, 
pass. de l'anc. verbe béquer, frapper avec le bec. 
En bas 1. la petite vérole était quelquef. appelée 
picota, de pic, bec, pointe. (Voy. Boquer.) 

BOQUEBÔ, s. m. Pivert, ou becbois en vi. fr. 
Morv. n. a pi d'bô. » Dans Comenius, - p. 47, - le 
becbois ou pivert. 

En fr. le pic noir, picus martius, que Rabelais 
nomme pic mars, est appelé le piquebois. Ces 
dénominations sont tirées des habitudes de l'oiseau 

13 



BOQ 



- 98 - 



BOQ 



qui semble piquer ou becqueter le tronc des arbres 
lorsqu'il y cherche sa nourriture d'insectes. 

On connaît la fabuleuse légende qui se rattache 
au nom du pivert. Picus, fils de Saturne, roi des 
Aborigènes, et gendre de Janus, roi des Cimmc- 
riens, ayant dédaigneusement repousse les avances 
de Circé, fut changé par cette afïreuse magicienne 
en oiseau des bois. Ulysse et ses compagnons 
furent encore plus maltraités, personne ne l'ignore, 
dans leur cruelle métamorphose. 

Lorr.itbaquebos»; — Pic. «bequebos»; — Mons: 
« becbot » ; — Jura : « beccabos » ; — Vosges : 
« biquebos » ; — Flandre : « biéquebos » ; — 
Champ. « tocque-bois » ; — Vaud : «pique-bois»; 
— Esp. bcquebo et pico qui signifient bec; — ital. 
picchio; — port, picanço. Du 1. picus, qui a donné 
au fr. pic, et bos ou bois. 

BOQUEE, s. f. Becquée ou bcquée, portion de 
nourriture qu'un oiseau prend avec son bec, et par 
extension, une très petite quantité, une bouchée. 

Bourg. « baiquée » ; — Berry, Poitou, Suisse : 
« bêchée » ; — Suisse rom. « bokon », moi-ceau, 
un peu, bouchée. Lang. « béquado » ; — esp. 
boqueada., bouche ouverte. 

BOQUER, v. a. Baiser, embrasser. Une mère dit 
à son enfant : « boque-moué », baise-moi! Em- 
brasser est tout à fait inusité. Le fr. bouquer ren- 
ferme un sens rapproché et cependant différent; il 
signifie baiser par force, contre son gré. En Forez 
« a bouquâ » est un signal d'embrassement général 
à la fin des rondes ou autres danses villageoises. 

— Frapper à coups de bec, becqueter. Les poules 
a boquent » la terre en picotant le grain. 

— Boquer (se), v. réfl. Se baiser, s'embrasser. 
Se dit quelqucf. des animaux et même des objets 
inanimés par extension. Le sens est dans ce der- 
nier cas, se toucher par le bec, la tête, la pointe. 

Le fr. dit emboquer, - iinbocare en ital., - pour 
mettre dans le bec, la gueule, la bouche, donner 
la pâture aux bêtes. L'anc.langueseservaitduverbe 
boquer pour toucher, heurter, tête contre tête ou 
bec contre bec. Ce dernier mot, quoiqu'il soit 
hors d'usage, est encore inscrit dans nos diction- 
naires. 

La racine qui a donné becco au celt. et bucca au 
latin semble avoir voulu exprimer deux idées dis- 
tinctes, celle de chose en pointe, comme dans bec. 



et celle d'ouverture, de creux, comme dans bouche. 
Ce double sens est surtout prononcé dans les noms 
de lieu. Les variations de la voyelle du rad. sont 
remarquables dans les langues et les patois issus 
du latin. Bec se prononce bac en Lorraine, bec en 
français, bic dans les \'osges, boc en ital., en esp. 
en port., bue dans l'ital. buca, creux, buco, trou, 
ouverture, dans l'esp. buque, vase, dans le port. 
bucho, ventricule des animaux, et tous les autres 
dér. congénères du 1. bucca. Outre le changement 
introduit dans la racine même, notre langue et 
nos patois possèdent des mots composés qui corres- 
pondent aux permutations de la voyelle. Ainsi en 
Champ, où le primitif est bec, nous trouvons 
c< boque », moue, « boquelle », bouchée; en Suisse 
« boquon, boquenet », bouchée. 

Fr. -Comté : « boquer », baiser : — Bourgogne : 
« bôquai », embrasser, heurter; — Metz: «boquer», 
frapper à petits coups, tinter; — Forez : «bouquâ», 
embrasser; — Lorr. « baquer », becqueter; — 
Lang. « béqua » , ibid ; — wallon : « boke » , bouche; 
— Suisse rom. « bokenet, bokon », bouchée. En 
breton boch signifie quelqucf. baiser. — Esp. bo- 
quear^ ouvrir la bouche. (Voy. Bicher, Bkiuer, 
Boque.) 

BÔQUET. s. m. Bouquet. Se dit d'une fleur prise 
même isolément, mais surtout d'une fleur de 
jardin, c.-à-d. cultivée. 

DansFroissart,boquetel est un dimin.de boquet, 
petit bois. Boquet à son tour est un dimin.de bois tii'é 
du bas 1. boscus. Bosquet = bouquet d'arbres, et 
bouquet de fleurs, ont la même signifie, et la 
même étjmologie. Bouquet s'est dit pour bouchon, 
enseigne de cabaret, et par extension, le cabaret 
même : 

Moy, je vais au Bouquet 

Jouer un triquetrac ou peut-estre un piquet. 
{Th. fr. VIII, p. 412.) 

Si notre « boquet » désigne une fleur isolée, le 
bas 1. boque/ us s'appliquait également à un seul 
morceau de bois, à un pieu, à un soliveau : « Pro 
faciendo unum estant cum uno Boqueto. » (Voy. 
Duc. Bociuetus, Boscliethim.) Suisse rom. « boket, 
beket », les fleurs en général. 

BÔQUIN, s. m. Bouquin, bouc, mâle de la 
chè\Te. Le jeune bouc est appelé « biquot.» Vi. fr. 
boc ^ bouc : 



BOR 



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BOR 



Boc a non le malle en romanz, 
Barbes ont longues et pendanz, 
Et cornes longues et agues. 

{Best, divin, p. 247.) 

C'est de ces cornes agues que le bouc a pris son 
nom. Boc = bec a dans le celt., le germ., et dans 
les langues romanes, le sens de pointe. Voyez 
notamment l'esp. où boca signifie bec, bouche, 
extrémité, langue, pointe, tandis que bocado 
désigne le fragment enlevé avec la dent ou un 
outil acéré. Bocamanga se dit de l'extrémité de la 
manche. 

Bourg. « bô » ; — wallon : « bo » ; — Suisse 
rom. « bokan, bock»; — rom. prov. boc et boquin; 
adj. carn boquina, chair de bouc ; — ital. becco; 
— angl. buck, daim, chevreuil ; — holl. bok ; — 
allem., suédois : bock. (Voy. Biquignon, Biquot, 
Boquer.) 

BOQUOTTE, s. f. Petite bouche, bouche d'enfant. 
L'anc. langue avait le dimin. bouchete souvent 
employé dans le Roman de la Rose : 

Et la bouchete colorée 
Dont l'alaine est si savorée. 

(V. 2Bfifl.) 

Pic. « bouqueté » ; — prov. « boqueta »; — 
esp. boquilla, boquita; — ital. bocchetta. Dans 
cette dernière langue l'augment. boccacia, usité 
avec un sens méprisant est devenu le nom célèbre 
de l'auteur du Décaméron. L'esp. boquete désigne 
une entrée, un passage étroit, comme le simple 
bouque en français. 

BÔR, s. m. Bourg. En Morvan, le bourg est 
le lieu où se trouve l'église paroissiale. Chaque 
commune a son bourg, c.-à-d. son clocher : le 
« bôr )> d'Alligny, le « bôr » de Montsauche , le 
« bôr » de Planchez, etc. Les Romains appelaient 
burgus, une redoute, le blockaus peut-être des 
modernes : « Castellum parvum quod Burgum 
vocant. » (Voy. Végèce. De re militari, iv, 10.) 
Le sens est plus étendu au moyen âge. On voit 
dans Joinville, - p. 284, - qu'on nommait bour ou 
bourc l'enceinte fortifiée d'un château. « Se prist 
H roys a fermer un nuef Bourc tout entour le 
vieil chastiau. » 

En anglais burg, que quelques dialectes apoco- 
pent en bû, signifie à la fois bourg, forteresse, 
château. En allem. le burg est le château, le fort. 



L'homme du burg, burgmann, est le vassal du 
château. Les formes du mot ont beaucoup varié. 
On trouve dans le département de la Meurthe, 
comme suffixe au nom de Dabo, c"" de Phals- 
bourg, les variantes bore au XP siècle, bure et 
burch au XIP, burg au XIIP, bourch au XIV% 
etc., etc. 

Berry : « bourg », toute agglomération de mai- 
sons avec clocher ; — Suisse rom. « bor », centre 
du village, alentours du château ; — Vendée : 
« bourrie », village; — Norm. « bur », habitation. 
Une ferme appartenant aux rois de la première race 
s'appelait Bur-le-Roi. En wallon « bor » désigne 
un tronc d'arbre. Dans le patois ital. de Reggio, 
« burg, burgott » s'applique à un colombier, au 
lieu où les colombes, les pigeons font leur nid. Le 
mot semble correspondre à l'anglais bor, bour, 
bur et au saxon bur, cabane, loge. (Voy. Borde.) 

BÔRBE, s. f. Bourbe, chassie des yeux, humeur 
en général : 

Clers qui en tel Borbier s'enborbe 
Ou puis d'enfer, en l'orde Borbe, 
Plongiez et enborbez sera, 
Toz jorz com boz (crapaud) borbetora. 
(Benoit, append. III, p. 530.) 

Suisse rom. «borba, borbi », bourbier; « borbo», 
eau en ébullition ; « borbotta », cuire à gros bouil- 
lons, murmurer ; — wallon : « borbou » fondrière. 

(Voy. Bouc.) 

BÔRBIE, s. m Bourbier, marécage : 
En l'orde boe de luxure 
Qvii son cuer i plonge et sa cure, 
Bien est semblanz à la chêne 
Qui tote jor Borbier borbete. 

(Benoit, append. III, p. 529.) 

BÔRBOU, OUSE, adj. Boueux, fangeux, maré- 
cageux. 

BORDE, s. f. Grand feu qu'on allume dans les 
champs et principalement sur les hauteurs le pre- 
mier dimanche de Carême ; grand feu en général. 
Paire une « borde », allumer une « borde », 
brûler une « borde », toutes ces loc. sous-enten- 
dent un feu très nourri et flambant. 

« Le premier dimanche de Carême, les feux de 
brandons s'allument dans le Morvan en l'honneur 
des jeunes mariées de l'année, et la ronde qu'on 



BOR 



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BOR 



exécute autour est un adieu à la danse jusqu'à 
Pâques. Ces feux s'appellent chez nous feux de 
Bordes » (Voy. A travers le Morvan, p. 139.) 

La Chronique des ducs de Norm. - v. 13390, - 
emploie le dimin. bordel dans ce même sens ; 
Desquc j'aie les traitors 
E l'omicide, le mesel, 
Qu'ardeir ferai en un Bordel. 

Dans le Gloss. de Duc. le monosyllabe bor est 
un subst. participial désignant un objet qui brûle 
les pieds, « pedes inflammans. » 

Dans l'anc. langue, on donnait le nom de borde 
à une maisonnette, à une cabane, à une loge 
construite avec du bois, du menu branchage. Le 
bordage, dit le Dict. de Trévoux, était un droit 
seigneurial dîi sur une borde, loge ou maison 
baillée pour faire les vils services du seigneur. Ce 
droit qui a laissé de fortes traces en Nivernais 
s'est peu développé en Morvan. On pourra remar- 
quer à ce sujet qu'on rencontre assez rarement 
dans la contrée la dénomination de borde très 
répandue, au contraire, sur les rives de la Loire 
et en Boui'bonnais. 

Le premier dimanche de Carême était expressé- 
ment le jour des Bordes en Bourgogne : « Ils paye- 
ront six sols de ladite monnoye es Bordes et les 
autres six sols à la Saint-Barthelemy. » (Voy. Ch. 
B. II, p. 399.) Mais les feux de joie se continuaient 
(juelquef. les jours suivants. Aussi un dicton rimé 
du pays disait-il : 

Le plus fort vent des jours de Borde, 
Le plus souvent tout l'an déborde. 

Le terme était cependant devenu générique pour 
désigner les grands feux. Ainsi un texte de 1341 
cité par Duc, - à Bordie, - porte : « Item lidit 

habitant auront csdiz bois usage de prendre et 

coper desdiz bois pour faire les Bordes le jour des 
Brandons. « On lit dans une charte de 1259 : « Je 

sires de Darné, je lor ai doné l'usaigo en 

mesboispour lou foagc et por pars et por Bordes. ..« 
(Voy. Hist. de l'abbaye de Morimond, p. 470.) 
Dimanche des Bordes, des Brandons, des Bures, 
les trois termes renfermaient la même idée d'un 
feu de branchages, de fagots, de bruyères, allumé 
le premier dimanche de Carême. D'anciens rituels 
appellent cette journée solennelle « Dominica de 
lignis orditis », ou en fr., dimanche du Bohor- 
dis, nom qui traduit littéralement le latin par 
bois ourdis c'est-à-dire mis en liïnes. ou en tas 



échafaudés. nom qui explique en même temps 
l'origine des jeux guerriers dits Bohourdis (1), 
parce qu'ils avaient pris naissance à l'occasion des 
divertissements nocturnes du Carême et de la St- 
.lean et qu'ils s'exécutaient à la lueur des bordes 
enflammées. 

Briller une borde, c'était donc et c'est encore en 
Morv. mettre le feu à des amas de branches d'ar- 
bres, de feuillages, tels qu'on les employait et 
qu'on les emploie encore pour construire les loges 
ou cabanes appelées bordes, le terme paraissant se 
rattacher, s'il ne remonte pas beaucoup plus loin 
encore, au rad. goth. baurd qui désignait à la fois 
une baraque, une hutte et enfin le bois sous ses 
différentes formes, poutre, solive, planche, ramée, 
etc. Ce goth. baurd répond à l'anc. allem. bort, 
au gaél. bord, au kimri bwrdh. Le tjpe primitif 
a donné une très nombreuse famille de mots 
répandus dans les langues du Nord, dans les lan- 
gues romanes et probablement en Orient, puisque 
les arabes appliquent la dénomination de bourdseh 
ou burdsch aux petits forts ruinés qu'on rencontre 
fréquemment dans quelques parties de la Syrie, en 
Phénicic notamment. L'anglais bord et board 
sont identiques dans la loc. bord ou board Iode, 
charge de bois, et dans le verbe to board, plan- 
chéier. Ces termes renferment la double signifie. 
de baraque et de bois à brûler ou à construire. 
DansPalsg. , - p. 255, 266, - plancher made of bordes 
= planché ; boord for buylding = ais ; boord a 
table = table; boorde portable = cabane mobile 
en bois. Burden a eu à l'origine le sens de charge 
de bois ; il a encore celui de bâton comme le fr. 
bourdon, dimin. de borde. Les langues néo-latines 
nous offrent en rom. prov. et en ital. 5o)'da, cabane ; 
en catal. borda = choza, hutte de berger, en bas- 
que borda, grange, bordalte, étable, borta, porte; 
en fr. borde, maisonnette, loge, demeure d'un ma- 
nouvrier. De ce côté-ci des Alpes, le terme comp- 
tait des diminutifs possédant à peu près la même 
valeur. Je citerai seulement bordete et bordau (2) 

(1) Le mot bohourdis, bouhourilis, a été probablement fait avec 
bo, bou, apocope de borde, ou bourde = bois et ourdi pris dans 
le sens de mis en rang, en ligne, doublé, croisé, entrelacé comme 
le lil du tisserand. Ce même préfixe pourrait cependant encore 
être la forme archaïque bos ou bou corresp. à boscus, buscus = 
bois. On le trouve en fr. dans le doublet bosquet, bouquet. Comp. 
avec le basque buhiirt, buhurtze, tordre, changer de direction, 

(2) Rabelais, — Prologue de l'auteur, - ii, p. 37, - dit borde 
et bordieux, « Il en acheté force mestairies, force mas, force 
Bordes et Bordieux, force cassines. » 



BOR 



— 101 



BOR 



qui figurent le premier dans le Roman de la Rose, 
- V. 8432, - le second dans la Chronique du trou- 
vère Benoît, - V. 11950 - : 

Covertes ierent de genestes 
De foillies et de ramiaus 
Lor Bordetes et lor liamiaus. 



Ja ne te tondra (enlèvera) dous Bordaus 
Jeo ne li toille (enlève) treis cliasteaux. 

Le bas 1. burlca que Spelman définit une petite 
loge faite avec des IiranChages n'est aussi par la 
chute de la dentale qu'un dimin. de 5ura=^ borda. 
Ce dimin. figure dans la Loi des Alemans : « Si 
quis Buricas in silvis, tam porcorum quani peco- 
rum, incenderit 12 sol. componat », et se rattache à 
des termes encore usités dans nos patois avec la 
même signification « bure », chaumière ; «buret », 
loge à porcs en Norm. ; « bourine » en Poitou ; 
« buron », auberge en Poitou, chalet en Auvergne 
et dans quelques autres régions de la France. 

N'avoir ni maison ni buron était une locution 
renfermant à peu près le même sens que n'avoir ni 
sou ni maille : 

Foi leur est du pays estrange 
Où cil en vont nu et sans lange. 
Qui n'i ont maison ne Buiron 
De late no de cheviron. 

{Dits de W. de Couvin, p. 251.) 

On peut voir dans le Gloss. de Duc. que burra 
est synon. de bourde et bora, loge, cabane, synon. 
de borda. Le 1. bia-a s'était restreint, chez les 
Romains, au sens de manche de charrue (Voy. 
Varron, 1, 19), comme en fr. bordage, bordaille, 
bordigue dér. de borde, planche, menu bois, ne 
désignent plus que le revêtement en bois d'un 
navire ou le clayonnage d'une pêcherie. En Algérie, 
sous la même loi d'appauvrissement, berdâa qui 
appartient très probablement à la même racine, 
n'apparaît, comme un dernier débris, qu'avec la 
signifie, de bât propre au transport des provisions. 
Il y a bien des motifs pour croire que le fr. bord, 
côté d'un vaisseau, et par extension le vaisseau lui- 
même, est encore un dérive de la même famille. 
Bordo en esp. désigne aussi le navire pris dans son 
ensemble. Dar bordos équivaut à notre loc. cou- 
rir des bordées et signifie en général courir çà et 
là. Le terme de mai-ine bordailler rappelle les 
allées et venues des jours de Bordes comme les 
mots bordenaux, bourdons maintiennent le sens 



primitif de bâurd ^ bois. Du fr. bordailler pris 
dans son acception étyniol., on peut rapprocher le 
suisse rom. « borkia, bourkia », canaille; « bor- 
gatta », flâner, fureter, etl'ital. bordaglia, rassem- 
blement de bas peuple, canaille. Bordaglia équi- 
vaut à bourdifaille, qui a la même signification en 
Suisse, à Neuchâtel particulièrement. Le peuple 
des Bordes avait créé à son usage un jargon, une 
sorte d'argot dont les traces sont presque effacées 
dans la langue polie, mais subsistent dans les 
patois. 

Constatons encore en terminant l'identité des 
préfixes bord ou burd et borg ou burg. On ne 
la reconnaît pas moins dans le patois angevin 
« bourdigalier » = bourgeois que dans le vi. fr. 
burguer, burquer, synon. de border, bohorder, en 
vi. fr., et boi'diare, burdeare en bas latin. On 
peut conclure de ce fait évident loi-squ'on fouille la 
difficulté, que le 1. burgus et en conséquence le fr. 
])ourg sont de la même famille que bordo, ayant, 
à l'origine, désigné également une construction en 
bois. En bas 1. borgarium = bordarium. 

Suisse rom. « borde », réjouissance publique; — 
Norm. « bourdigade », fête villageoise, « bour- 
guelée », feu de joie ; — Dauph. « bordaluneïri », 
ib ; — Jura : « beurdifaille », feu de borde (beurdî 
= borde, faille = feu) ; — H. -Auvergne : « byeur- 
ta », ibid; — angl. (Shetland) burtack, feu; — isl. 
birta, ib ; — Norw. byrting, ib. (Voy. Bouriée, 
Falot.) 

BORDON, s. m. Bourdon, insecte, mouche bour- 
donnante en général. Le nom de la grosse mouche 
qui, à la campagne, nous annonce chaque soir la fin 
du jour, n'est pas une onomatopée quoi qu'on en ait 
pu dire, pas plus que celui de la basse continue des 
cornemuses, des vielles, etc. Le bourdon a été ainsi 
appelé parce qu'il se fait entendre à l'heure crépus- 
culaire où on allumait jadis les grands feux de 
joie, les bordes (1). Par extension le nom imposé 
primitivement à la mouche dos bordes a été appli- 
qué à d'autres insectes bourdonnants, au taon des 
boeufs entre autres qui, en anglais, pour le même 
motif, est appelé burrel fly, en catal. borla et en 
Poitou « ])uret, burin » ou « burgau », variantes 

(I) Aujourd'hui encore, clans quelques localités de la Picardie 
et du nord de la France, les enfants parcourent la campagne en 
portant des torches enflammées et en psalmodiant à voix basse 
une sorte de chant continu qui ressemble à un bourdonnement. 
Cette promenade est nommée le bourbour, à St-Omer. 



BOR 



- 10-2 — 



BOR 



qui reproduisent les formes identiques, quant au 
sens et à l'ctymol. bur, burg. Cette même moucbe 
s'appelait fucus en latin, et ce mot, par une coïn- 
cidence assez remarquable, signifiait en même 
temps comme borde ou bourde, tromperie, dégui- 
sement à l'aide du fard ou teinture quelconque. 
Un rapprochement analogue avait fait donner le 
nom de bourde, bourdelot, bourdin, bourdon, etc., 
aux gâteaux de diverses sortes qui se débitaient à 
l'occasion des bordes. Ces termes se retrouvent 
dans une grande partie de la France et surtout en 
Normandie. Roquefort a entrevu le fait. Les gâteaux 
portant ces noms, dit-il, « avaient été ainsi appelés 
parce qu'ils figuraient le dimanche des Bordes ou 
Bures entrelacés à des rubans verts. (Voy. le 
Gloss. à Brandon.) En Berry, ces gâteaux-là sont 
encore des beignets qu'on nomme « sanciaux » ; 
en Bourg., aux env. de Sens, ce sont des pois gril- 
lés qu'on appelle « grollées » , d'où le dimanche de 
la « Grollée », c.-à-d. le premier dimanche de 
Carême. 

Le patois du Dauphiné désigne par le mot 
« bordeiri » les mouches qui font du bruit. Ce 
terme vague s'appliquait également aux baladins, 
farceurs, mimes, qui couraient aux bordes, comme 
aujourd'hui les saltimbanques à nos foires. En 
Bresse les hannetons étaient et sont peut-être 
encore nommés « bordelles » : 

Voite-vo, l'exarcic' et ena foulatelle ; 

Vo derié, parblu, vay de trope de bordelle. 

On se vir, on se torn' 

[L'EnrClement de Tivan, se. vi.) 

On les nomme « bourgaine « dans le Jura, et 
aux env. de Lons-le-Saulnier « bourdiennes. » 

En Poitou « burgau » = taon, frelon, bourdon, 
et « burgaudin » = coureur, vagabond. Le verbe 
« burguer » y a la même signifie, que bourder en 
vi. fr., heurter, pousser, et « burgaudir » a le sens 
de pousser des cris. Le subst. « bregeasse », méta- 
thèse de « burgeasse » := brande, bruyère. 

Beurdon, basse continue de certains instruments, 
se rattache à la même origine : 

Et Thicris son Bordon 

A destoupe, 
Ke disoit : bon, bon, bon, bon 
Sa de la rire durai dure lire. 

{Rom. et past., p. 160.) 

Le bourdon était, dans les campagnes, une 



espèce de chalumeau auquel Dante fait allusion 
lorsqu'il dit : 

Ma coii piena letizia l'ore prime 
Cantando ricevieno intra le fosrlie 
Che tenevan Bordone aile sue rime. 

{Purgatorio, xxriii, 6' verset.) 

Suisse rom. « bordon », insecte et gros bâton ; 
— Berry : « bordon », insecte, musette, grosse 
cloche ; « bordonner » , faire grand bruit ; — Champ. 
a bourdon », cornemuse. Le breton rejette l'r mé- 
dial et prononce bouder celui qui bourdonne, 
boudevez, action de bourdonner, de corner, de 
tinter. Cet idiome maintient l'acception de courir 
en tous sens avec le nom du Juif-Errant, appelé 
« Boudédéo » dans les légendes populaires. Bas 1. 
burdo et burdonus dans Papias, que Duc. traduit 
en 1. par attacus, fucus. Ce qui démontre que le 
nom de la mouche est dû à une circonstance parti- 
culière de son mode d'existence, c'est que, dans 
l'anc. langue, bordonner signifiait aussi bien vol- 
tiger dans l'air que bourdonner. En esp. bordo- 
near a le double sens de frapper avec un bâton et 
mener une vie errante, vagabonde. Bordonero = 
vagabundo. (Voy. Borde.) 

BORDOUNER, v. n. Bourdonner, murmurer 
tout bas d'une manière continue. (Voyez Gour- 
louner.) 

BÔRÉE, BOURÉE, s. f. Broutilles, la partie 
menue du branchage des arbres. Le bois est enlevé, 
ramassons la « bourée. » 

— Danse qui tombe en désuétude comme le 
branle et la sauteuse. Les « bourées quarrées » 
avaient autrefois la vogue. Elles s'exécutaient au 
son de la panse ou de la viole, souvent même avec 
un simple accompagnement de voix. Le nom de 
bourrées donné à ces danses rustiques remonte 
probablement aux amusements du même genre 
qui, au M. A., avaient lieu autour des feux de 
joie alimentés avec de la ramée, des fagots ou 
bourrées, le premier dimanche de Carême et à 
quelques autres époques de l'année. Danser une 
lîourrée signifiait primitivement danser, folâtrer, 
sauter pendant l'espace de temps que durait le feu 
des bûches ou bordes allumées dans les campa- 
gnes à l'occasion de ces fêtes. On dansait par bour- 
rées, c.-à-d. par mouvements rapides et courts. A 
Genève la loc. « travailler par bourrées » se dit d'un 



BOR 



103 — 



BOR 



travail violent et de peu de durée. Ces danses 
étaient quelquef. de véritables bacclianales accom- 
pagnées de pratiques toutes païennes. Aussi le con- 
cile d'Albi et le concile de Leptines interdisent-ils 
les danses aux clercs ou condamnent-ils en général 
les feux dont il est question : « Trepidare, quod 

vulgariter biordare dicitur , clericus publiée 

non attentet Sacrilegos illos ignés quos nec 

fratres vocant. » (Voy. Duc. Bohordicum.) Que 
signifiait le verbe bordare, biordare populaire- 
ment traduit du latin trepidare ? On peut croire 
qu'il s'appliquait à une danse très rapprochée de 
la bourrée, puisque trepare dont trepidare est le 
fréquent, avait la même valeur que tripudiare. 
La danse appelée branle a sans doute une origine 
semblable et se rattache à brandon prononcé 
« branlon » en Berry et ailleurs. On en pourrait 
dire autant du terme wallon « crâmion, crami- 
gnon », branle, danse, emprunté, ce semble, au 1. 
cremium, broutille, morceau de bois sec. L'étroite 
relation qui existe entre les feux de joie et les 
danses champêtres résulte d'usages aujourd'hui 
disparus mais qui étaient encore vivants au XVII' 
siècle. Bossuet, dans son Catéchisme de Meaux, 
touche en passant à ces orgies renouvelées du 
paganisme et très enracinées dans les campagnes. 
« Quelles sont, demande le Catéchisme, les super- 
stitions qu'on pratique au feu de la St-Jean ? 
Danser à l'entour du feu, est-il répondu, faire des 
festins, chanter des chansons déshonnètes, jeter 
des herbes par-dessus le feu, en cueillir avant 
midi ou à jeun, en porter sur soi, les conserver le 
long de l'année, garder des tisons ou des cliar- 
bons de feu et autres semblables. » (Voyez le 
chapitre i, pour les fêtes des Saints.) Un pas- 
sage cité par Duc, - à Brando, - complète le 
tableau : « Comme il soit de coustume en la ville 
de Jauges et ou pais d'environ de faire chacun an 
le jour des Brandons après soupper feux, ausquels 
les bonnes gens ont acoustumé d'eulz assembler, 
dancier, et les jeunes vallés et enfans à sauter par 
dessus iceulx feux, quant il sont appetissiez (dimi- 
nués). » Aujourd'hui encore en Poitou « le saut 
deburéas» est un jeu qui consiste à faire plusieurs 
culbutes à la suite l'unedel'autre. S'il faut en croire 
un poëte du cru, l'abbé Gusteau, la présence de la 
bourrée esttoujours essentielle au mot et à la chose: 

Et j'y fais en tombant in grand saut de Bureas 
Accause que se trouve in fagot desso mas. 



Bôrée, bourrée est-il dér. du 1. burra par assi- 
milation du menu bois avec la bourre ? Le mot, 
au contraire, se rattache-t-il à borda, burda. 
menu bois, bâton, synon. de clava (clavia) dans 
Isidore de Séville ? Le sens de levier, qu'on ren- 
contre dans l'emploi de clava, correspond exacte- 
ment à celui de bura, mancheron de charrue. On 
lit dans Nonius, - p. 81, - « Bura dicitur pars 
aratri posterior decurvata. » La chute de la den- 
tale qui de burda =: borda aurait fait bura, existe 
dans le subst. bouhour = borde : « Dominica 
brandonum dicitur ubi Bouhour vel Borde virgam 
et baculum significat.» [Voy .Bvc. Bordse^Burœ.) 
Le dimanche des « Bures » ou des « Boures «, 
nommé en Bourg, et en Nivernais dimanche des 
« Bordes », ailleurs dimanche des « Brandons », 
est plus particulièrement connu chez nous sous la 
simple désignation de dimanche des « Feux. » En 
Fr. -Comté et dans la Suisse rom. la fête dont il 
s'agit est appelée dimanche des « Failles » et quel- 
quefois des « Bourdifailles. » Dans le Jura les 
« beurdifailles » sont les brandons allumés à l'oc- 
casion de la nuit de Noël. Cette dernière dénomi- 
nation renferme le même sens que les autres, 
étant tirée d'une forme de basse lat. fascia, pour 
fascis, faisceau, fagot, forme qui est reproduite en 
ital. dans fascia, bande, maillot, c.-à-d. le lien 
de faisceau. 

Poitou : « baurée, bourée », litière, paille des 
étables; — Forez : «bourdis, bourdissage », brous- 
sailles, paille hachée etau fig. désordre ; — Genève : 
« bourrain », brisures de menu bois, « bourtille », 
sous-bois. (Voy. Bôr, Borde, Bordon, Bourde, 
Bouriée, Branle, Falot.) 

BORGÉ, s. m. Berger. Morv. n. « borzé, bor- 
zére » au fém. En Bourg. « borgei » : 
Le curé de Pleumeire 
Dizo, lai fleûte en main, 
Chanton Borgei, Borgeire, 
J'airon Noei demain. 

(La Monnaye, noël ix.) 

BORGÉRE, s. f. Bergère. En Bourg. « bor- 
geire » : 

Le Borgeire ai trôtai 

Ne fure pas gambie (boiteuses). 

(La Monnaye, noél v.) 

BORGERIE, s. f. Bergerie comme en Bourg. 



BOR 



- 10^ 



BOS 



Lai pucolle bénie 
N'u lai neû po s^eitai 
Qu'ein coin de Bergerie. 



(IB., ib.) 



BÔRJILLON, s. m. Petit bourgeois. Se dit en 
mauvaise part. Morv. n. « borzillon. » Dans Bes- 
cherclle, bourgillonne était un terme de dénigre- 
ment comme dimin. de bourgeoise. Poitou : «bour- 
geasson » dont la femme k prétentions est appelée 
dérisoiremcnt «damioche», mot composé du préfixe 
dame et du suffixe préjoratif oche. 

BÔRJON, s. m. Bourgeon, bouton qui renferme 
les feuilles et le fruit. Les borjons sont « ébaumis » 
ou épanouis : 

Et quant Borjons a l'une viennent 
Les autres flestries se tiennent. 

(iî. de la R. v. 5983.) 
L'année mil trois cens et sept 
En avril, fist-il si grant froit, 
Que vignes en Borjons gelèrent. 

[Chron. métr. v. 3764.) 

— Touffe d'herbes entortillées ensemble avant 
la dessiccation. Les faneuses, lorsqu'elles remuent 
le foin, mettent les « borjons » au soleil. 

— Flocon de laine détaché de la toison des bre- 
bis, déchet de la tonte. 

BÔRJOUÉ, s. m. Bourgeois. 

Je vue! et outroy... que il retejnne touz les borjois 
de Bese... pour tel censé comme lidis borjois vodront 
paier, cieste chose outroy je aussi es diz borjois de 
Bese 

(1278. — Cil. B., I, p. 539.) 

BORNE, adj. Borgne. Nous disons d'un homme 
qui a fait un mauvais marché : « al é choingé son 
ch'vau borne por eun aiveughie », il a changé son 
cheval borgne pour un aveugle. Breton, born, 
borgne. L'origine celt. est douteuse parce que le 
mot n'existe pas dans les autres langues soeurs. 

Vi. fr. borni, borgne dans Roquefort. 

Hainaut : « borne, bornibus » ; — ital. bornio; 
— cat. borni. 

Comp. avec le genevois « borna », trou ; « bor- 
nu », creusé, rendu creux. Prov. « b'ourna », 
rendre creux; « borni» aveugle ou borgne. Ménage 
cite un très anc. gloss. où on lit : « Oculum eru- 
tum habentem, borgne. » 



BORXOTE (AI LAI), loc. A la borgnettc, à 
tâtons, entre chien et loup. Poitou : « à la bor- 

glliette. » 

BORSE, s. f. Bourse : « i n'é ran dan mai 
borse. » 

... Escharsetez (avarice) est tel chose 
Qui toz tens a la Borse close. 

{Rcnart, v. 190.) 

Entor son vis (visage) n'a tant de pel 
Don l'en peust fere une Borse. 

{Ib. V. 10367.) 
Vint au portier qui à la porte sist, 
D'esterlins blancs la Borse li rempli 
Et li portiers la porte li ouvri. 

{Gaijdon, v. 3442.) 

— Enflure, gonflement, tumeur comme en vi. fr. 
borsel : 

Mais l'un d'aus oing lo musel, 
D'un baston li fis Borsel, 
Puis guerpi lo dorenlot. 

(Pastourelles. Clirest. B. p. 303.) 

En Berry le v. pronom, se « bourser » = se 
tuméfier ; — Saint. « bourser », se gonfler. 

BORTIE. Bizarre dimin. de Barthélémy. Le 
langage populaire se prête à tous les barbarismes 
pour se donner la satisfaction de raccourcir les 
noms. 

BÔRZE, Bourges dans le langage des plaideurs 
du Morv. n. La ville de Bourges, siège d'une Cour, 
oblige souvent nos campagnards à de coûteux pèle- 
rinages. 

BOS, s. m. Bois dans ses divers sens, nemus et 
lignum : « eun bos, des bos », un bois, des bois. 

Montaingnes jubileiz la loenge, et tuit li arbre des 
Booz, eslevez de joye voz mains. 

(Serm. S. B. p. 530.) 

Parmi le Bos qui tant avoit duré 
Souvent parolent d'Auberon le faé. 

{Huon de B. v. 3785.) 

Un leus en saut, la brebiz prent, 
Grant aleure et granz galos 
S'en va li leus fuiant au Bos. 

[Renart, v. 66.) 

Un bon bacon enz en cel Bos, 
Aiuz de mes eulz ne vi si gros. 

[Ib. V. 7099.) 



BOS 



— 105 



BOS 



Dans le roman de Dolopathos, - v. 8574, 5, - 
l'orthog. dit bois et la rime bos : 

Ains fuoie par mi ces Bois 
Ausi com c'il me fiist au Dos. 

Une charte bourg. (1404) nous montre un Mas- 
selin du Bos, seigneur de Ronchenol, bailli de Sens. 
Jean du Bos est un gourdin dans les anc. comé- 
dies. 

Le nom du hameau de Bost en Nivernais est 
écrit Box en 1434, Boux en 1443, Boz en 1540, 
Bostz en 1620, Bos en 1687. Voy. le Dict. top. de 
la. Nièvre. 

BOSCOT, OTTE, adj. Bossu, celui qui porte une 
bosse. Morv. n.-n.-o. 

Hainaut, Norm., Pic. « bosco », bossu. En 
Flandre, « bosco, boscote. » 

BOSQUEULER, v. n. Bousculer, rouler. De 
bosse et cul ? En vi. fr. se mettre à bondccul, 
c'était lever le derrière : « Denys s'y jeue à bon- 
decul. » (Voy. Mystères inédits, p. 128 et Du 
Méril. Dict. du patois normand.) Les étj'mol. 
dérivent cependant bousculer de bousser variante 
de bouter, mettre, et de cul. (Voy. Bonde.] 

BOSQUEULON, s. m. Le dernier né d'une couvée 
d'oiseaux de basse-cour, celui qui ne pouvant 
suivre la troupe « bosqueule » sans cesse en 
chemin . 

Berry : « bouscoux, bouzou. d 

BOSSILLER, V. a. Faire des bosses, déformer 
par des bosses, bosseler. Une cuiller, une casse- 
rolle, une timbale « bossillées », plus souvent 
« bosseillées. » Vauban empruntait ce terme à 
son village natal plutôt qu'à la cour de Louis XIV, 
lorsqu'il disait du Morvan : « Le pays est partout 
Bossillé.... fort entrecoupé de fontaines, ruisseaux 

et rivières » Le Ghss. du Centre enregisti-e le 

mot mais il l'interprète imcomplètement en tra- 
duisant bossillé par montueux. Un jDays de mon- 
tagnes peut être montueux et n'être pas bossillé. 
Ceux qui connaissent le Morvan savent qu'il est 
à la lettre couvert de bosses ou monticules arron- 
dis au sommet. Ses grands paysages vus des hau- 
teurs rappellent à l'imagination le vers de Musset 
sur le Tyrol : 

Ce paisible Océan dont les monts sont les flots ! 



BOSSONS, s. m. plur. Jumeaux, en fr. bessons. 
Morv. n. « boissins ». Aux env. de Montsauche : 
« boussons. » Dans le Centre on syncope besson en 
« b'son. » L'anc. langue disait besson au masc, 
liessonne au fém. : 

M"»" de Lorraine mourut pour la naissance de deux 

Bessons Elle (Victoire de France, sœur delà reine 

de Navarre) fut Bessonne et d'une même ventrée avec 
une autre qui mourut aussi tost née. 

(Brantôme, Dames illustres.] 

Roquefort propose deux étymol. bis on, ont, 
hons, deux hommes, ou bis sunt, ils sont deux. 
Qu'arrivera-t-il de cette proposition si les jumeaux 
sont des filles ou si les bessons sont au nombre de 
trois ? M. Littré qui parle sérieusement, tire le 
mot du bas 1. bisso, bissonis, formé de bis. Nous 
croyons que l'idée et le terme de bessons sont em- 
pruntés à une forme particulière de la bêche ou 
besse,-«bioche)) en Poitou,- qui avait deux becs ou 
pointes, comme notre piémontaise, et dont on se 
servait généralement dans les campagnes. Bêche 
et besoche étaient quelquef. synon. s'ils n'étaient 
pas identiques. On le voit dans ce passage cité par 
le contin. de Duc, - à Besogium - : « L'exposant 
getta contre ledit Mathe Aubereau sa besoche ou 
besche, de laquelle il avoit ouvré la journée. » D'un 
autre côté, il est certain que les pionniers, ceux 
qui défrichaient, étaient appelés bessons à cause 
sans doute de ce même instrument :« Biaise Helouin 

Besson ou pionnier Le suppliant, et Jehan 

Camyn Besson besoingnoient de leur mestier de 
Besonnerie en ung certain pré. » (Voy.Duc. Bessa.) 
Los bessons ou pionniers, eten général les ouvriers 
qui travaillaient avec la besse ou bêche, ont 
laissé le souvenir de leur dénomination dans beau- 
coup de noms de localité. J'en cite seulement 
quelques-uns situés en Nivernais : Les Bessons, 
c"' de Lucenay-les-Aix ; le Bisson, c"" de St-Pierre- 
le-Moutier ; Bousson-le-Haut et Bousson-le-Bas, 
c"" de Quarré-les-Tombes, écrit Bosson en 1496 ; 
Bessonnat, lieu détruit près de Decize. Si on sor- 
tait de la contrée, on trouverait un grand nombre 
d'autres lieux ainsi appelés : Les Bessons, près de 
Vitry-en-Charollais ; les Bessons, dans la Lozère; 
Bessoncourt dans le Haut-Rhin ; Bessonville dans 

Seine-et-Marne etc. Le rad. bec se montre 

dans quelques-unes des anc. formes. Ainsi le Bes- 
say, c°' de Toury-le-Jour, est écrit Becay en 1369. 
Au résumé, besson nous paraît un augment. de 

14 



BOT 



106 — 



BOT 



hessc, en latin bccca, instrument à deux becs ou 
tranchants qui a très naturellement ix-prcscntc aux 
yeux l'étroite association des jumeaux. Le patois 
poitevin dit « abecer « pour unir, lier ensemble, 
souder. En tant que nom de loc. Besson, par méto- 
nymie, désignait un établissement de pionniers, 
le lieu où ils exerçaient, suivant les termes cités 
plus haut, leur « mestier de besonnerie. » Le 
forez, qui a « bessi » pour bêche, a « bessaere » 
pour terre bêchée ou à bêcher. Bisson n'étant 
(lu'une variante de besson, en fr. bêchon, un 
bissonnier était un de ces ouvriers nomades 
([ui parcouraient les pays pour se livrer à leur 
industrie. Duc. - à Bisf^oniis, -donne à ce mot la 
signifie, très vraisemblable de vagabond, signifie. 
(|ui s'explique par les allées et venues du besson. 
Quant à la forme, nous la rencontrons en Bour- 
bonnais où « bisse» = bêche et « bisser »= bêcher. 
Bisson est un nom de famille assez commun. 

Le dialecte bourg, employait comme notre patois 
la forme « bosson » pour terrain défriché, bessoné. 
Dans une charte de 1239, Buret de Piz, chevalier, 
donne des champs, des prés, et deux bossons avec 
un fonds de terre. « Duo boosonnia cum fundo 
terrae.,... partem quam habent in boossonno apud 

Choriacum sito » (Voy. Pér.ird, p. 444.) La 

confusion est facile entre bosson, terre défrichée, 
et « bosson », variante de buisson, qui répond au 
bas 1. bossoniim, bossonium, mais toujours est-il 
qu'un subst. besson désignait à la fois une grosse 
bêche, l'homme qui en faisait usage et le terrain 
travaillé avec cet instrument. (Voy. Besser.) 

BOT, BÔ, s. m. Crapaud. 
Vi. fr., bot, botte dans Borel : 

Plongiez et cmborbez sera, 
Toz jorz com Boz borbetera. 

(Benoit, m. p. .j30.) 

Rcnart, fait-il, à ton viaire, 
Semble bien beste deputaire. 
Plein es de venin corne Boz. 

{Renan, v. I3GÔ8.) 

Anz ou fonz de la chartre lai le fait trabuchier 
Roz i ai et calovres (couleuvres) dont est moût esmaiez. 
{Floovant, v. 84.5.) 

Vosges : « bos » ; — Champ., Genève, Poitou : 
« bot », crapaud ; — Suisse rom. « bô,bot», petite 
grenouille. 

Bas 1., ital. botla, crapaud ; — esp. bota, outre. 



Champollion-Figeac tire le mot d'un vocable 
celt. qui avait la même signifie, et qui s'écrivait 
de même. Comparez avec le forézien « botta » et le 
rom. prov. botta, bot. outre. La basse lat. a botius, 
tumeur, bosse qui explique le vi. fr. boteau, pom- 
meau d'épée. Le rad. bot en latin s'applique à des 
objets gonflés. Je cite seulement botrus, grappe 
de raisin et le dér. botulus, boudin. En valaque, 
bot se dit d'un groin, d'un mufle d'animal, d'un 
gros museau. Le piémontais « botenfi » = enflé. 
Le fr. botte, tonneau, parait être de la même 
famille ainsi que le picard a bote », paquet au fig. 
Dans cette dernière région, « bô » correspond à 
botte, chaussure. Le Lyonnais dit « bottet » pour 
mollet. On peut encore donner à cette racine bot 
le rom. prov. boton, bouton en fr., botola, tuber- 
cule; l'csp. bofo boyau de vache, bouton, bourgeon, 
boule, et toutes les variétés du mot bouteille qui 
coexistent dans les langues romanes. 

L'anglais bottle réunit la signification de bou- 
teille à celle de botte, paquet arrondi. Dans cette 
langue butt, dont l'acception primitive est chose 
enflée, s'applique à une tonne comme à un bout 
proéminent, à une tête. Butt-end = gros bout. 
Comp. le berrichon « bottiau, botillon, botton », 
petite botte de paille avec le wallon de Liège et du 
Luxembourg « bottin, bottelet », petit bœuf. Dans 
le holl. bos se dit aussi d'un faisceau, d'une botte, 
et but d'un bidon. Le latin bufo, crapaud, est peut- 
être un terme mimologique pour exprimer une 
idée analogue de rotondité ou de boursouflure. 
(Voy. Boteret.) 

BOTE, adj. Gâté, avarié. Ne s'applique qu'au 
vin ayant le goût du bois, du fût. 

Les vers viennent de diverses viandes reschauffées 
et de ces vins enfuteiz et Boteiz. 

(RuTEBEUF. Le Di: de l'Erbenc.) 

Item que aucun dudit mestier ne mette en besogne 
lye puante ne vin Bouté ou puant. 

(Duc. Boutarc.) 

De bote ou botte, vaisseau à conserver le vin, 
tonneau '? A Rouen la botte contient 500 pots. Le 
primitif botta est dans l'ital. Iiotaccio, flacon ; bot- 
tajo, tonnelier; bottare, imboilare, entonner. Esp. 
bota, outre, tonneau et botte ou chaussure. 

BÔTÉE, s. f. Dépôt d'huile ou de tout autre 
liquide qui demeure au fond d'un vase, lie. 



BOT 



107 



BOU 



BÔTEILLE, s. f. Bouteille. En vi. fr. bouteille 
se disait pour bulle, bouillon. Comenius, - p. 18, - 
traduit le latin : « bulla fit a stillante gutta », par 
« une Bouteille ou un bouillon d'eau se fait d'une 
goutte distillante. » Dans 'ie Dictionariohim ime- 
rorum « buUo, 5u/?arc, bouillonner comme quand 
sur l'eaue ou urine se lovent des Bouteilles. » 

En Berry, bouteille a conservé la signification 
d'ampoule, de bulle, comme dans la Suisse rom. 
où « bottollia » désigne les bulles d'air de la salive. 

Le verbe bouteiller exprime l'apparente ébulli- 
tion de l'eau frappée par les gouttes de pluie. 
Bouteille qui répond au bas 1. buticula, dimin. de 
butta, tonneau, sort de la racine bot, but, qui 
s'applique à la rotondité ou au gonflement. Le grec 
^ÛTiî désignait probablement un vase de forme 
ventrue. 

BÔTERET, s. m. Crapaud. Le mot est un dim. 

de bot, crapaud en vi. fr., qui répond à l'ital. 

botta : 

A tel meschief sunt venu, 

De lor avoir ont fait lor mestre 
Li clictis Boterel terrestre. 

(R. de la R. v. 5182.) 

S'atrappé l'avosmes et pris 
En luxure et en maies uevres, 
As Botereaus et as coluevres 
D'enfer le feron demengier, 

(Benoit, III, p. 514) 
Assez souent li avenoit 
Par son pecliié, par sa malice, 
Qu'il vooit emmi son calice 
Un grand crapovit et hideus 



Se confessa de sa malice, 
Ainsi chaça hors de calice 
Confessions le Boterel. 



(IB. p. 524.) 

Le Registre criminel du Châtelet,- II, p. 318, - 
nous apprend le rôle du botereau en matière de 
sorcellerie et la manière de s'en servir. [Voy. Bot.) 

BOTIN, s. m. Moyeu : un « bôtin » de roue. 
Morv. n. « boutingn' « ; — Berry, Poitou, Saint. 
« bouton », moyeu. 

Le 1. rnodiolus, moyeu, estun dimin. de raodius, 
mesure de capacité, et par extension boisseau. Le 
morv. « bôtin » a peut-être, par assimilation, été 
formé sur le vi. fr. bote ou boute, futaille, tonneau. 



BÔTON, s. m. Bouton d'habit: 
De grammaire li demandai, 
De sofiime et de question, 
Ne me sot respondre un Boton. 

[Renan, v, 21128.) 

BOUALER, v. n. Beugler, mugir. Se dit pour 
les ruminants en général, mais principalement 
pour les bœufs. 

Vosges : « boiler » = bêler ; — Suisse rom. 
« bouala, bouaila », vociférer ; — Bas 1. baulare = 
latrare, aboyer. 

BOUANFLE, s. f. Vessie, lorsqu'elle est pleine 
de gaz. Morv. n. (Voy. Bouranfle.) 

BOUC, s. m. Petit pied-de-chèvre qu'on emploie 
pour soulever des pièces de bois, pour les mettre 
en chantier. Morv. n.-n.-o. 

BOUCAJGE, s. m. Bocage, petit bois. Vi. fr. 
bocaige, boscaige. Dans Palsg., - p. 9, - bocaige. 
Bas. 1, boscagium, buscagium. 

BOUCANER, V. a. Gronder avec vivacité, en se 
fâchant, faire du tapage. En fr. faire du boucan 
pour faire du vacarme. Berry : « boucan », bruit, 
querelle; — Pic. « boucan » et «boucaner», faire du 
bruit. Ce mot paraît être un souvenir des bouca- 
niers, pirates célèbres dans l'histoire et le roman. 

BOUCHAR, nom de bœuf. Dans le midi de la 
France, le même nom désigne un bœuf, un mulet, 
un mouton, dont le museau est brun ou noir, ou 
d'une couleur quelconque qui difïère de celle du 
corps, c'est-à-dire qui a un signe particulier à la 
tête. En Languedoc le terme s'applique à un visage 
barbouillé. La chèvre, dans cette contrée, est 
appelée « boucho. » La dénom. comme le bas 1. 
buccus = bouc, se rattache à la racine bue = bec, 
pointe, et par analogie, museau. La basse lat. a 
reçu du même rad. buco, bucco, individu au bec 
agile et par extension, bavard, glouton. Le dimin. 
latin buccula, bec, bouche, pointe au centre d'un 
bouclier, désignait aussi une petite vache par allu- 
sion probablement à son museau allongé. En 
Berry « Bouche = Bouchard », nom de bœuf. La 
boucharde, marteau à pointe des maçons, tire éga- 
lement son nom de la même racine bue qui, par 
la chute de la consonne c, donne au patois pié- 
montais le mot « bua », dent, pointe. 



BOU 



108 



BOU 



BOUCHEAU, s. m. Boisseau. Morv. n. Pic. 
« boucliiau », petite tonne. (Voy. Baisse.) 

BOUCHELÉE, s. f. Boisselée, mesure agraire 
très usitée dans le Morv. n. Aux environs de 
Château-Chinon, là boisselée ou «bouchelce» est de 
h. 12, 50. Il est souvent question de cette mesure 
dans les documents de la basse latinité sous les 
formes boicelata, boicellata, boisteUa.ta,etc. En vi. 
fr. boesserée, boisserée, boitelée, boitellée. La 
boisselée est à proprement parler la quantité de 
grains que peut contenir un boissel, anc. forme de 
boisseau. La boisselée de terre est une étendue 
ensemencée avec cette quantité déterminée. L'an- 
glais bushel est à la fois mesure de capacité et de 
superficie. Tous ces termes se rattachent à l'anc. 
fr. boisse, boissele, boite. (Voy. Duc. Bussa, Bus- 
sola, Butta.) 

BOUCHER, V. a. Clore une entrée, fermer une 
ouverture de haie avec du bois vif ou mort, avec de 
la « boucheure. » Boucher s'emploie d'une manière 
absolue, comme faucher, moissonner, vendanger. 

Le l)as 1. bocheare, bochiare signifiait faire du 
bois, abattre ou couper du bois, lignari. Un arrêt 
du Sénat de Chambéry (1492) porte : « Sine con- 
Iradictione poterunt Bocheare et de nemoribus 
capere. » Biicher dont le sens s'est étendu, mais 
qui est encore un terme technique, signifie ti-avail- 
Icr le bois, le dégrossir, l'équarrir. Bûcheron = 
coupeur de bois. (Voy. Bouc/ieu?'e.) 

BOUCHETON (AI), loc. A boucheton, sens dessus 
dessous. Être couché « à boucheton », à plat 
ventre, sur la bouche. Être adens (à dents) avait la 
même signifie, en vi. fr. 

Le contin. de Duc. donne à cette loc. un sens 
difïérent. A boucheton, dit-il, « hoc est super genua 
incumbere », s'appuyer des mains sur ses genoux. 
Cette interprétation est peut-être erronée. Elle 
n'a d'autre base qu'une lettre de rémission qui 
s'exprime ainsi : « Icellui Pyocart regarda par une 
des fenestres de la chambre et pour ce faire monta 
sur icellui Pommart qui se mist à boucheton. » 
(Voy. Duc. Bouchellus.) Ce texte n'a rien de précis. 
On pourrait cependant l'appuyer sur le fr. -com- 
tois « à boutson » qui signifie à la fois se coucher 
à plat ventre et se soutenir avec les mains sur ses 
genoux. 



De même à Genève, où « s'aboucher » réunit la 
double signifie, pour les personnes, se coucher à 
plat ventre, et pour les animaux, les chevaux sur- 
tout, tomber sur les genoux. Évidemment la der- 
nière acception du mot est une extension de l'idée 
primitive. Dans la région, « mettre à bouchon ou 
d'abouchon » signifie mettre sens dessus dessous. 

Champ. « à boucheton », la face contre terre; 
— Berry : « à baucheton », à l'envers ; — Forez : 
« tomber à l'abouchon », tomber sur la bouche, 
sur le nez. 

BOUCHEURE, s. f. Bouchure, haie vive, haie 
qui forme un enclos. Se dit aussi des branchages 
qu'on emploie pour clore les entrées, les ouvertures 
des champs. J'ai acheté de la « boucheure. » Ce 
domaine est cher, il y faut trop de « boucheure. » 

Le bas 1. bouchellus avait le même sens : « Nos 
aut successores nostri... hayas aut Bouchellos in 
nemoribus... nullatenus faciemus... » (Voy. Duc. 
Bouchellus.) 

Berry : « bouchure, boucheture », haie. 

BOUCHON, s. m. Buisson, petit bois : « i é léché 
mai vaiche dan lé bouchons », j'ai laissé ma vache 
dans les buissons. 

Vi. fr. bouchet, bouchon, Ijoucliot : 

Desous Viane leiz le Bouchet flori 
Fuit granz l'estors. 

{G. de Vi. V. 1648.) 

Tu iez la toison arouzée 
Tu iez li Bouchons Sinay. 

(RuTEBEUF, les IX joies Nostre-Dame.] 

— Bouchot (le), nom de loc, c'"' de Frétoy; le 
grand, le petit Bouchot, c"'' de Pouilly-sur-Loire ; 
les Bouchoux, c"" d'Arleuf. 

Un assez grand nombre de localités, dans le 
Morvan, porte les dénominations synon. de Bou- 
chant, Bouchet, Bouchon, Bouchot, Bouchoux. On 
a donné le nom de bouchon à un faisceau de me- 
nues branches et par extension à une botte de 
paille, à un paquet de chanvre, etc. Les auberges et 
cabarets sont vulgairement appelés bouchons à 
cause du petit buisson ou bouquet de fascines 
suspendu à la porte. L'enseigne du bouchon est 
encore en usage dans nos pays. Les Italiens ont le 
mot frasca qui signifie feuillage, branchages, pour 
bouchon : «Al buon vino non bisogna frasca », dit 
le proverbe. 



BOU 



109 — 



BOU 



Naniur : « bouchon »; — Bourg. « bouchot »; 

Poitou : « boisson » ; — Suisse rom. « botza »; 

Bret. hoched ; — Bas 1. boscus, buschus, dont 

la racine est dans l'allem. busch, buisson. Du 1. 
buxus, buis ? (Voy. Fràte.) 

BOUCLOTTE, s. f. Bouclette, petite boucle, 
agrafîe, crochet. En plusieurs lieux « bouquiotte. » 
Le sens primitif était anneau; celui de crochet, 
n'est sans doute qu'une extension, laquelle s'ac- 
corde mal avec l'étymol. bucca, bouche. Bouclette 
= bouchète, petite bouche. (Voy. Bouqhiot.) 

BOUDAR, s. m. Cavité fangeuse sous la roue 
d'un moulin. « Boudar » n'est probablement qu'une 
forme masc. du mot qui suit. 

BOUDÉRE, s. f. Boue, limon, endroit maréca- 
geux, mouille. Morv.n. Boudére, avec transposition 
de l'r, est sorti d'un tjpe « boudre », bouillonner, 
qui subsiste dans le Jura, en Normandie, en Sain- 
tonge, etc. 

Mets ton escume boulir et la fournis tousjours 

tant comme elle Boudra. 

{Mcnaçik-i- de P. II, p. ^J3.) 
Par les durs chailloz, au voir dire, 
Voit-on bien les cerveles Boudre 
Et les briches deviennent poudre. 

(GuiLL. Gl'iart. V. 9828.) 

Le bas 1. bulio, bullio, qui se rattache à buUa. 
et à bullire, bouillir, signifie également bourbier, 
fondrière. A Rennes « bouillon » se dit pour 
boue ; « bouillonneux » = crotté. En fr. bouillie 
et bouillon n'ont pas d'autre origine. Il est fort 
probable que l'anglais bog, fondrière et le lombard 
« bojacca », boue et bouillie, viennent du même 
radical. A Modène, « budrion » =fogna, cloaque. 
L'ital. bogia = bolla, bouillon. Berry : « bouère», 
mare, flaque d'eau croupie; — Vosges : «bodère», 
boue, immondice ; — Poitou : « boudreille », 
boue; « boudreiller », couvrir de boue ; — Saint. 
« boudrer », ibid. ; — Lille : « bedoule », boue 
liquide ; — Rennes : « bôdir », éclabousser ; — 
Lang. « bouldro », boue, vase. — Le piémontais 
« bodrè » signifie mêler en remuant, brouiller. 
Comp. avec le celt. baw, boue ; budhyr, boueux. 
(Voy. Boue, Emboudérer, Embrôder.) 

BOUE, s. f. Ce mot n'existe pas dans notre pa- 



tois. On y dit « borbe » qui, comme boue, désigne 
non-seulement la fange, le limon, ce que le latin 
appelle lubricum lutum, mais encore l'humeur, le 
pus. Si ce terme n'est pas usitédans nos campagnes, 
on le retrouve dans quelques noms de lieu du 
Nivernais : Boue (la) c""^ de Varennes-lez-Nevers 
et de Remilly. Les anc. formes sont Boé (la), Bohe 
(la), Bouhée (la), Bouhie (la). A côté de boue, on 
rencontre de nombreuseslocalités oùdes ruisseaux, 
des fontaines, sont dénommés Bouillons (les), 
Bouillards (les), Bouille (la), Bouillons (les), Bouil- 
lots (les), etc., etc. 

Une fontaine clerc et pure 
Ou levé sourt clore et Bollant 
Quant solel est plus clerc raiant. 

{Best, divin, p. 212.) 

Il y a bien des raisons de croire que boue est 
une syncope de boille, bouille, tiré du latin buUa 
par assimilation de la boue avec l'écume ou les 
bulles produites à la surface d'un liquide qui bout 
ou qui fermente. Joann. de Janua ne dit-il pas 
bullio, tumor aquœ bullientis ? Dans la topono- 
mastique rurale le subst. bouille et tous ses dér. 
s'appliquent à des marais et à des terrains occu- 
pés par des sources minérales ou jaillissantes. 
Qu'on jette un regard sur les recueils topogra- 
phiques de la France et on verra presque partout 
des noms de la même famille imposés à des loca- 
lités marécageuses. Dans le Morbihan : Boë (lai, 
Bouhat (le), Bouère (la), Bouillante (la). Bouillon 
(le), Bouillonno (le), Bouillonnière (la), etc. Pres- 
que toutes ces dénominations sont portées par des 
ruisseaux, des sources, des étangs. En Berry : 
« bouère » = bouillon , mare, marais, source 
jaillissante. Dans le Gard, Bouillens (les), Bou- 
lidou (le), Bouliech (le), écrit anc. Boulhie, 
Boulles (les). Dans le département d'Eure-et- 
Loir, la forme est masc. : Boele (le), Boil (le). 

Le vi. fr. boïer, contraction évidente de boillier, 
ou bouillier, signifie bourbier. S'emboeier = s'em- 
bourber, se mettre dans la boue. Le dimin. bollon, 
boullon, bouillon, a la même valeur : 

C'est un chemin moult destravé, 
Plein de Boulions, tout encavé. 

{Ménagier de P. II, p. 18.) 

Icelles femmes prindrent le corps dudit Valé et le 
portèrent en ung Boulon ou bourbier. 

(DUG. Bullio.) 



BOU 



110 — 



BOU 



Bouille est si bien synon. de boue ou bourbe 
que Palsg., - p. 459, - dit : J boyle up ou hurbyll 
up, pour je bouillonne. A Rennes « bouillon » s'em- 
ploie pour boue et bouillonneux pour crotte. 

Boe qui répond à l'anglais bot/, ulcère, furoncle, 
a été usité en vi. fr. avec la signification de pus, 
humeur du corps humain : 

Etant saut venin et Boe 

Que tout son litsoille et enboe. 

(Duc. Bociiis.) 

Il en est de même de boue : « Vostre clou jecte- 
il de la Boue encore » ? (Voy. Palsg. - p. 463.) 

Dans Comenius, - p. 91, - : « Un froncle, clou, 
ulcère gaignant du pus ou de la Boue et plein 

d'ordure duquel s'ouvrant et crevant il coule 

dehors do la Bouc, ordure et vilainie. » «Bouiette», 
usité dans le wallon du Luxembourg pour dési- 
gner une tumeur, est un dimin. de boue. Le même 
terme s'applique à une bulle d'air, à un globule 
produit par l'ébullition. 

Saintonge : « bouil » = bourbier, liquide, jus 
de fumier ; — wallon Lux. « bouiette », ampoule 
et bulle d'air ; « bouler » = bouillir et délayer la 
boue; «boulisse» =: boue. — En Poitou « bouler», 
mettre les pieds dans la boue; « bouillolle », 
cloche qui se lève sur la peau ; « bouioller », avoir 
des pustules. 

La parenté de borbe et de boue se montre dans 
le port, bulliao = horbolhao, source ; dans l'esp. 
bula, bulle d'air, et /;o)'bo//o?i, bouillon; borbolar 
= borbotar, bouillonner, parler avec excès ; dans 
le b. -breton, boiirbounen, ampoule, bouillonne- 
ment ; bourbouUa, fouiller dans la boue. Comp. 
avec l'esp. bua qu'on prononce boua; buba = 
boja, pustule ; avec le bolonais « bogn » qui a la 
même signifie. ; le lombard « boga », boue, et le 
patois de Rennes « boguille », chassie des yeux. 
(Voy. Borbe, Boudére, Boulie, Embrôder.) 

BOUE, s. m. Bouvier, conducteur de bœufs, 
laboureur par extension. Morv. n. 01. de Serres dit 
du laboureur ou bouvier qu'il est le principal ollî- 
cier de la maison et cite à sa louange le proverbe 
chanté par les paysans du Languedoc : 

Fasse que voudra la meynade 
Mas que lou bouvié sic en l'arade. 

« Aille, comme on voudra, le ménage, pourvu que 
le bouvier soit à la charrue ! » 



Berry : « boyer » ; — Poitou : « boue, bouier, 
bouhier » ; — Saint. « boïer, bouyer. » 

Le président Bouhier, l'un des plus beaux fleu- 
rons du Parlement de Bourgogne, descendait pro- 
bablement d'un pâtre ou d'un laboureur. Il portait 
d'azur au bœuf d'or. (Voy. Beutié.) 

BOUÉCE, s. f. Bouche. Morv. n. 

BOUECEAU, s. m. Bouche, par métonymie = 
bouchon : « ain bouéceau d' for », une bouche de 
four, petite porte mobile en bois ou en métal avec 
laquelle on ferme le four lorsque le pain y est 
enfourné. (Voy. Bouéce.) 

BOUECER, V. a. Boucher, fermer un trou. 
Morv. n. 

BOUEME, s. m. Bohémien, vagabond, coureur 
de grand chemin. S'emploie dans quelques locu- 
tions avec le sens de câlin, de flatteur intéressé et 
hypocrite. Dans Borel, boem, ensorcelé; dans Ro- 
quefort, Boesmien, vagabond. La première édit. du 
petit livre do Pechon de Ruby a pour titre : Vie des 
Marcelots, Gueux et Boëmiens, etc., Lyon Jullie- 
ron, 1596. Le sieur de Sygognes, dans le Cabinef 
satyrique, écrit encore boesme : 

Clepton de Boesme effronté 
Cogneu par sa subtilité, 
Habille joueur de la harpe. 

Bocmien, dans les premières éditions de Molière : 
« Quatre Boëmiens jouans de la guittare. » 

— La Boëme, nom de loc, commune de Fleury- 
sur-Loire. 

Forez : « boeme, boyme », hypocrite, trompeur. 
En Poitou le subst. « boëme, bouême » a donné un 
verbe «embouêmer», qui signifie filouter, tromper, 
ensorceler. — En Saint. « s'embouémer », s'asso- 
cier à des gueux. 

BOUÉMOSSE, s. f. Bohémienne, sorcière. 

BOUÉTE, s. f. Boite, coffre. Vi. fr. boete, boeste. 
boueste, bouette : 

Item une Boueste plate fermant à clef item une 

petite Boueste d'argent 

{Dibl. de l'Éc. des Chartes, 6" série, I, p. 352, 3Ô4.) 

Plusieurs Bouetes et layettes dedans lesquelles sont 

les pierreries, bagues et joyaulx de ladite defunctc 

dame. 

[Glossaire du M. A. Layette.) 



BOU 



111 



BOU 



La femme aux mortels icybas 

Ayant dedans ses yeux mille amoureux appas, 
Et portant en la main une Bouëtte féconde 

Des semences du mal 

(Pb. Desportes, Div. Am.) 

— Trou, lucarne, petite ouverture; trou par 
lequel on jette le foin dans les écuries; œil-de- 
bœuf ; barbacane dans un bâtiment. 

BOUETTE, s. f. Boisson, vin, cidre, bière, etc. 
Un homme qui a sa « bouette » pour l'année est 
un homme à son aise. Morv. n. : 

Advisant qu'ilz vendangeoient leur clos auquel 

cstoit leur Boite de tout l'an fondée 

[Gargantua, i, 21.) 

BOUFFE, BÔFFE, s. f. Balle ou capsule du blé 
et des autres céréales. Le subst. « bouffe », souffle, 
existe dans plusieurs patois, celui du Berry notam- 
ment. La bouffe est donc cette légère enveloppe 
des grains ou des graminées que l'on soulève en 
soufflant. L'épithète de bouffe-la-balle donnée aux 
personnes joufflues exprime à merveille le double 
sens de ce mot. En fr. bouffée signifie proprement 
le souffle entier de la bouche et se rattache à 
bouffe comme halenée à haleine. L'anc. terme 
bufTe que Montaigne, - II, 31, - emploie encore 
pour soufflet : « Je conseille qu'on donne plustôt 

unebuffe à la joue de son valet que de », n'est 

qu'un trope assez peu intelligible, analogue au fr. 
soufflet. Buffer et buffeter en vi. fr. correspondaient 
exactement à souffler et souffleter : 

Aussi bien meurt filz que servans, 

De ceste vie sont Bouffez; 

Autant en emporte ly vens. 

(Villon, Grand Test. p. 68.) 

Dans Palsg., - p. 472, - : je buffette : « je le 
buffetteray fort et ferme. « Anglais : buffet, souf- 
flet; to buffet, souffleter; — csp. bofeton, soufflet. 

Bouffe est une onomatopée produite parlegonfle- 
ment des joues lorsque l'on souffle avec force. Voy. 
en fr. bouffer, bouffir et même « bouiïon » qui, en 
wallon de Mons, signifie gourmand et en Norm. 
gros morceau de pain (qui remplit la bouche). Les 
Egyptiens séparaient le grain de la balle ou bouffe 
en le lançant en l'air et lorsque le vent soufflait 
avec une certaine force. Forez : « bouffettes «, 
soufflet pour le feu ; — Lang. « boufo », balle de 
blé ; « boufa », souffler ; a boufés », soufflet. (Voy. 
Soufiet, Balot.) 



BOUFFER. V. a. Souffler avec la bouche et 
quelquef. souffler en général. VI. fr. buffer. bouf- 
fer. Dans Palsg., - p. 459, ■- bouffer = souffler : 
« Ce vent Bouffe fort. » Forez ; « bouffa », souffler, 
attiser; « bouffa-fœu », cendrillon, servante de 
cuisine. 

Le fr. bouffonner n'est qu'un augment. de 
bouffer, lequel équivaut à l'ital. tirar de buffa. ou 
huffonare. 

Le basque supprime la labiale dans bouha, 
souffler, bouhada, bouffée, bouhader, soufflet. 

L'allem. puffen, gonfler les joues, correspoqd 
au fr. pouffer. Bouffer et pouffer ont été et sont 
encore usités dans un sens figuré pour exprimer 
la sufTisance, l'arrogance, l'état de celui qui s'enfle 
par orgueil : 

Par besoin m'a a tei tramis 
Que cel orguil e cel Bofei 
Qui en eus est 

(Benoit, v. 18194.) 

(Voy. Bôbance.) 

BOUGUENER, v. a. Pousser, malmener. Bou- 
guener semble être au propre une forme du fr. 
bougonner, qui a le sens de gronder, réprimander. 
L'origine de ce mot est fort obscure. M. Littré et 
d'autres étymol. proposent de le rattacher au bas 
1. boujonator, inspecteur charge de la police de 
la draperie, mais cette dériv. n'est guère satisfai- 
sante. A Genève « mougonner » se dit pour bou- 
gonner et « mougne » pour moue, grognement. 
(Voy. Môfle.) 

BOUIE, s. m. Pièce de bois qui entre dans une 
muraille et supporte les échafaudages des maçons, 
couvreurs, peintres, etc. A la fin de la construction 
on ferme les trous de « bouïés » avec du mortier 
et on les marque d'une croix pour les reconnaître 
au besoin. 

BOUILLASSE, BOUILLASSON. Noms qui dési- 
gnent des endroits qui sont ou qui ont été fangeux, 
marécageux ou pleins de sources. 

— La Bouille, C" de Champallement; les Bouil- 
lards, C" de Devay ; les Bouillons, c'"' de Saint- 
Verain ; les Bouillots, C" de Limanton ; la Bouil- 
lotterie, c""' de Rouy ; le Bouillasson, c"' d'Alli- 
gny-en-Morvan . 

Forez : « bouilla », endroit marécageux, tour- 



BOU 



112 - 



BOU 



bière ; « sabouillat » , bourbier ; — Fr. -Comté : 
« bourbouillon », source; — à Rennes « bouillon » 
^crotte ; — wallon de ISIons : « boulan », terrain 
mouvant; — breton : poiW/, pouU-dour, mare. 
(Voy. Boue, Bairboiller.) 

BOUILLON, s. m. Bouillonnement, les « bouil- 
lons » du lait sur le feu. En vi. fr. bouillon et 
bouillonnement sont synonymes. Le second mot 
est moins ancien dans la langue : 

Et mon funeste aviis ne servirait de rien 
Qu'à confondre mon sang dansles Bouillons du sien. 
(Corneille, Uédée, m, 4.) 

(Voy. Boue.) 

BOUILLOT, s. m. Panier que l'âne porte à 
droite et à gauche pour transporter le lait, les œufs, 
le beurre ou autres denrées; poche, sac en général. 
Le primitif du mot parait être « boille, bouille », 
qui à Genève et en Fr. -Comté désignent un grand 
vase en bois servant au transport du lait ou du 
raisin à l'époque des vendanges. En vi. fr. la 
bouille est aussi une espèce de hotte propre à 
porter le raisin. Bullion, bouillon, usités dans 
l'anc. langue, se disaient d'une mesure de capacité 
dans laquelle on mettait le sel en vente : « Pour ce 
que l'exposant (poure vallet saunier faiseur de 
sel) lui avoit recous deux Boulions de sel. » (Voy. 
Duc. Bullio.) Boullon est une forme dimin. comme 
bouillot et comme bouillet, petite tonne, qui, en 
Berry, remplace les paniers de la bête asine. An- 
glais : bole^ mesure de capacité, et boilery (boîH'ri), 
saline. 

M. Ch. Nisard, dans ses Curiosités de l'étijm. 
fr., rattache bouillot à bouleau, supiposant qu'à 
l'origine le vase ou panier était fabriqué avec 
l'écorce de cet arbre, mais comment alors expliquer 
le sens de poche, sac? Le mot est dérivé par assi- 
milation du 1. botellus, boyau, qui a donné au vi. 
fr. les formes boelle, boille, bouelle, bouille, buille, 
pour panse, ventre. Le champenois « bouillon», 
panier des ânes, répond directement à notre mot 
«beuille», ventre. 

Norm. a boille », gros ventre; — Suisse rom. 
« boilla », vase en bois pour porter le lait, avec le 
dimin. « boilleta » ; — Genève : boille », hotte en 
bois de sapin ; « bolliot » , gros ventru ; — Poitou : 
« bouillau », poche de tablier. 
En Saintongc les bouillots de l'âne sont connus 



sous le nom de «bouteilles. » Est-ce à ces bouteilles 
que La Fontaine, - ii, 10, - fait allusion lorsqu'il 
nous présente les deux ânes d'une de ses fables, -2 : 

L un, d éponges chargé, marchait comme un courrier: 
Et l'autre, se faisant prier, 
Portait, comme on dit, les bouteilles. 
Sa charge était de sel 

Quoi qu'il en soit, « bouteille » avec son dimin. 
« bouteillon », petit panier rond, nous confirme une 
racine bot, but, qui est dans le 1. botellus, boyau, 
ventre, comme dans le bas 1. boticella, bullada. 
bouteille. (Voy. Bot, Bôteille.) 

— Petite meule de foin arrondie au sommet, 
synon. de plongeon. [Voy. Plongeon.) 

BOUIS, s. m. Buis. 

Les murtes, la lavande, la rosmarinc, la trufemande 
et le Bouis, sont les plus propres plantes pour bor- 
dures. 

[01. de S. p. 580.) 

Peignes de Bouis, la mort aux poux ! 

C'est la santé de la teste 

Et aux enfans faire feste ; 

Et guérit les chats de la toux. 

{Les Cris de Paris.) 

— Le Bouis, anc. fief de Luzy ; Villards-des- 
Bouys, nom de loc, c"" de Préporché. 

Du 1. buxus, trad. par « bouis, arbre de bouis » 
dans le Dictionariolum puerorum. 

BOUJON, s. m. Traverse de chaise, d'échelle, de 
râtelier. Les Normands prononcent «bougon. » En 
vi. fr. boujon, bougon : «Un Boujon ou eschaillon 

(échelon) d'une charrette Deux grands salloirs 

dont l'un se ferme à le clef à deux Bougons ou 
vergues de fer. » (Voy. Duc. Bolzonus.) 

On voit dans le Dict. rouchi de M. Hécard qu'il 
y avait à Valenciennes et ailleurs des ouvriers 
tourneurs appelés bougeniers ou bougeoniers, les- 
quels fabriquaient spécialement les boujons. Les 
fustaliers tournaient ou façonnaient les manches 
d'outil, le bois des instruments de jardinage ou 
d'agriculture. On se servait au M. A. de boujons 
armés d'une tête ferrée en guise de flèches : 

Il lor giterent pierres et carriax à bandon. 

Et li archier lor traient sajetes et Bojons. 
[Parise la Duchesse, v. 2368.) 

Doolin de Maience, ainsi l'apeloit-on ; 

Chil portoit en sa main .1. arc et .1. Boujon. 
{Doon de M. v. 183.) 



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Quant le merle se boute en un buifïson et ne se ose 
partir pour l'esprevier qui est dessus et l'espie, la 
dame qui scet traire le peut tuer du Bougon. 

{Ménagier de P. II, p. 311.) 

Cette arme était appelée sagitta caintata en bas- 
latin. (Voy. Paichon.) 

BOULA, s. m. Bouleau, arbre très commun dans 
leMorvan, arbor gallica, disait Pline. En quelques 
lieux « boulai. » Bas 1. boula : « Capiunt arbores 
non fructificantes. . . ut sunt boulae. » (Voy. Duc. 
Boula.) 

On appelait boulaya ou en fr. bolaie, boulaye, 
un lieu planté de bouleaux. Le bois du bouleau 
est très recherché par nos sabotiers. Avec les 
rameaux et les cimes on fabriquait autrefois des 
verges ainsi que le démontre un passage de VHls- 
toire naturelle de Pline, - lib. xvi, c. xxx, - : 
« Arbor mirabilis candore, terribilis magistratuum 
virgis. » Il en était de même au temps de Rabe- 
lais : « Plus leur est contraire et ennemy... que 
n'est la férule et le Boullas aux escoliers de 
Navarre... (Pantag., m, 51.) Notre siècle ayant, 
dit-on, beaucoup moins besoin de verges que 
les autres, on ne demande plus au branchage du 
bouleau que d'excellents balais. Dans le Dit des 
choses qui faillent en mesnage, on n'oublie pas 
le balai de bouleau : 

Balay de bou et grant et biau 
Ce n'est pas pou. 

[Contes, Dits, etc., II, p. 164.) 

Un des personnages fantastiques du Roman 
d'Alixanclre, chanson de geste, porte le nom de 
Chenebulas. Il est commis à la garde des arbres 
du Soleil et de la Lune. 

— Les Boulas, Les Boulats, noms de loc. dans 
les 0°" de Fertrève, de Charrin, de Chaulgnes, de 
Montaron, etc ; — Bois-Boulâtre, bois près d'Im- 
phy ; — La Boulassière, nom de lieu assez répandu 
dans la Bourgogne. 

Suisse rom. « biola», bouleau, et « biolâ », fouet- 
ter avec des verges; — Pic. « boule, bouillet », 
bouleau ; — Bourg. « bouillot » ; — Champagne : 
« billou. » 

BOULER, V. n. Former boule, se mettre en 
boule. On dit que la terre argileuse, la neige, 
« boulent » sous les pieds. Le part. pass. « boulé » 
s'applique principalement à la racine do certaines 



plantes, des choux surtout, lorsqu'elle ne pivote 
plus et se noue sans grossir. DansPalsg.,- p.4G2,- 
I bowlne, j'enfle, je boursoufle. 

Berry : « boulé », gonflé, malade. 

— Se dit encore d'un essaim d'abeilles qui se 
ramasse en sortant de la ruche et forme une espèce 
de boule vivante. 

Du 1. bulla qui a formé boule et ses dérivés. 

BOULEVOUCHIE (AI LAI), loc. A la déban- 
dade, en désordre, pêle-mêle. 

BOULEYER, v. a. Bousculer, rouler au propre 
et au fig. Morv. n. Bouléyer est un fréquent, de 
l'anc. verbe bouler qui, au propre, avait le sens 
de jouer aux boules, et au fig. celui de bousculer, 
comme on le voit dans cette phrase de Palsg., 
- p. 670, - a Pourquoy me boulles-tu, ou pour 
quoy me pousses-tu de ton poing » ? I punche, dit 
l'auteur, je boule, je pousse. 

L'anc. langue, par analogie, disait bouler pour 
tromper. Le bouleur ou bouléor était un blagueur 
qui roulait son monde par la ruse et le mensonge : 

Bien est chétis et défoulés, 
Hons qui si vilment est Boules, 
Qui cuide que tel famé l'aime 
For ce que son ami le claime, 
Et qu'el li rit et li fait feste. 

{R. de la R. v. 4586.) 
Ainsinc l'ont fait maint Bouléor 
Qui les dames soloient prendre 
As las que lor voloient tondre. 

[Ib. V. 7511.) 

Norm., Pic. « bouler », maltraiter, pousser, rou- 
ler comme une boule ; — Poitou : « bouli-boula », 
pêle-mêle ; « bouliter », bluter et rouler en tom- 
bant. (Voy. Beurter.) 

BOULIE, s. f. Bouillie. 

Se tu en veulz faire Boulio, si desmelle ta fleur et 
ton lait et du sel, puis met boulir. 

[Ménagier de P. II, 176.) 

Ta bouche sent encore le laict et la Boulie. 

[Th.fr. VII, p. 117.) 

S'il faut en croire un vieil historien, les Nor- 
mands étaient surnommés les Boulieux parce qu'ils 
aimaient tout particulièrement la bouillie. 

Dans Palsg., - p. 251, - bouille = bouillie. En 
Lang. « boul », bouillon, ébullition. (Voy. Boue.) 

15 



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BOULU, part. pass. du verbe bouillir, qui en 
vi. fr., comme on le voit à boulie, avait la forme 
boulir. L'infinitif en Morv. est « boure. » 

Les Anglais avaient fait cliarpenter deux beffrois de 

gros mesrien à trois estages, et estoient ces beffrois au 

lez de la ville, tous couvers de cuir Boullu pour def- 

fendre du feu et du trait. 

(Froissjrt, ch. 110.) 

Le Mênagier de Paris, dans la même page, 
- Il, p. 260, - emploie les deux formes bouly et 
boulu pour bouilli. Le Dictionariohim piœrorum 
traduit elixtis « cuict en eaue, Boullu. » 

BOUNE FONNE, s. f. Bonne femme, sage-femme, 
accoucheuse. Cette façon de parler n'est plus guère 
usitée. On dit « boune-mère « en Berry. Le mari, 
par courtoisie sans doute, est appelé le « bon-père. » 
Le terme de sage-femme a eu sa raison d'être en 
ce sens que sage signifiait instruit comme sapiens 
en latin : 

Moult fu sage d'astronomie 
Tout en congnossoit la maistrie. 

{Lusignan, v. 337.) 

Quelques patois disent femme-sage pour sage- 
femme. 

— La Bonne-Femme, nom de localité, c°° de 
Sermoise. 

BOUNETTE, s. f. Coiffe de femme ordinaire- 
ment d'étoffe noire avec des ruches. Morv. n. — 
Berry: «bounette», capuchon d'étoffe de laine. 

BOUNHEU, s. m. Bonheur. Morv. n. Le dicton 
assure que : 

Fille d'houneu 
N' pard zamâ son bounheu. 

BOUNOT, s. m. Bonnet. A défaut de l'ancien 
chapeau de feutre à larges ailes, nos campagnards 
portaient quelquefois, il y a peu de temps encore, 
le trivial bonnet de coton, le casque à mèche 
comme on dit à Paris. 

Au reste le saint roi Louis IX, au dire de Join- 
ville, - p. 54, - ne dédaignait pas cette coiffure 
ou une autre à peu près semblable : «Li roys avoit 

vestu un chapel de coton en sa teste, qui 

moult mal li séoit pour ce que il estoit lors joennes 
hom. » 

BOUQHIE, s. f. Boucle, anneau, fil de fer tordu 



qui sert à boucler les porcs afin de les empêcher 
de fouiller la terre. L'e de la termin. forme avec 
l'i un son qui se rapproche de la diphtongue ieu. 
(Voy. Boutiqhie.) 

BOUQHIER, V. a. Boucler, mettre une boucle, 
une attache de fil de fer. Vi. fr. bloucquer. 

Dans Palsg., -p. 459, - Je veulx que tu saiches 
que je ne daigne pas que tu Bloucquasses mon 
soulier. 

BOUQHIOTS, s. m. Petites dettes, dettes cri- 
ardes qui embarrassent, qui bouclent : « a n' s'rô 
pâ chu riche s' al aivô paie tô se bouquiots », il ne 
serait pas si riche, s'il avait payé toutes ses petites 
dettes. iVoy. Bouclotte.) 

BOURANFLE, adj. Enflé, gonflé, boursouflé, 
boulTi. Dans Cotgrave : bourranflé. 

Fr. -Comté : « bouranflou » ; — Suisse rom. 
« boreinflo »; — Genève : « bouranfle»; — Bourg. 
« boranflé » ; — Berry : « boudenfle, boutenfle », 
vessie. 

En Piémont : « borenfi, botenfi », gonflé. L'ital. 
borioso, orgueilleux, renferme au fig. la même 
idée. Nous disons en fr. bouffi d'orgueil. 

De bura et in flare? Enflé comme de la bourre ? 
(Voy. Bouanfle.) 

BOURDE, s. f. Feu de joie, grand feu. Morv. 
niv. Une partie de la contrée diphtongue en 
ou l'o bref et l'o circonflexe. Les noms de loc. 
témoignent de l'ancienneté de cette forme de 
borde : les Bourdeaux, c""^ de Dun-les-Places : 
— la Bourdillerie, c"'' de Bona ; — les Bourdons, 
les Bourdys, c""^ de Varennes et de Souvigny-les- 
Bois ; — Bourdoiseau, c""^ de Cours-lès-Cosne. 
appelé Bordosellum en 1145. 

En fr. bourde est un terme de marine qui dési- 
gne un mât pour soutenir un navire échoué. Ce 
terme avait autrefois le sens de béquille. En Poi- 
tou : « aborde = abourde » pour support, potence 
et béquille. « Aborder, abourder » signifie étayer. 
La « faubourde » est un long bâton servant à 
transporter des fagots. Point de prosthèse en 
Saintonge : « bourde », étai, béquille; « bourder, 
bourdjr », étayer ; — Berry : « bourde », bâton 
feri'é des mariniers ; — Lang. « bourdo », bâton 
terminé par une boule. Le vi. fr. donnait quel- 



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— 115 



BOU 



quefois à behourder le sens de battre, frapper à 
coups de bâton : 

Emmeline dist à ce propos que qui Behourde le jour 
des brandons ses arbres, sache pour vray qu'ilz n'au- 
ront en tout cest an ne honnines ne vermines. 
[Évang. des Quen. p. 41.) 

(Voy. Borde.) 

BOURDIAU, s. m. Nuage épais, grosse nuée 
d'orage; en quelquesIieux«bouriau.»Morv.n.-n.-o. 
En Forez : « borrat », nuage d'orage. 

Du 1. burra par assimilation avec un amas de 
bourre ? En fr. bourreau équivaut à bourrelet et 
au vi. fr. bouriau. 

Le Roman de la Rose qui connaissait bien 
l'usage des faux cheveux pour les femmes privées 
des vrais, nous montre le procédé dans des vers, 
- v. 13498, - qui ne sont pas sans actualité: 

Et s'ele véoit décliéoir 

Les biaus crins de sa teste blonde... 
Face tant que l'en li aporto 
Clieveus de quelque fome morte 
Ou de soie blonde Borriaus 
Et boute tout en ses forriaus. 

BOURE, s. f. Alevin, poisson du premier âge, 
plus petit que la feuille. Dans Roquef. bourrée, 
espèce de poisson. Il est singulier que ce mot ne 
se trouve pas dans le Dict. de la langue française, 
étant usité partout en Bourg, et en Nivernais. 

BOÛRE, V. n. Bouillir. « L'eal vai boûre, » l'eau 
va bouillir. (Voy Boulie.) 

BOUREISSON, s. m. La partie la plus grossière 
du chanvre frotté. Vi.fr. bourras, toile faited'étoupes 
de chanvre : 

Et si ot coiffe de Borras 
Ses sollers ne sont mie à las 
Ainz sont de vache dur et fort. 

{Boivins de Provins.) 

Les ouvriers appelés bourachers fabriquaient 
les tapis de haute lisse, les bouracans, etc. 

Berry : « bourasse », rebut de chanvre ; — Poi- 
tou : « baurasse, bourasse » ; — Saint. « bouras- 
ser », mal fagoter, gâcher ; — Ital. borra, bourre; 
boraccia, mauvaise bourre. — Bas 1. boracium, 
borassium. 

Du I. burra, bure. 



BOURIÉE, s. f. Feu de borde, grand feu qui 
flambe et qui est entretenu avec des fagots de 
menu bois appelés en plusieurs pays bourrées. Par 
métonymie, l'effet pour la cause. Morv. n. 

Berry : « bourrage, bourdache » = broussaille ; 
— Picardie: •< bouriquet», fagot de branchages; — 
Genève : « bourrain », brisures de menu bois ; — 
Suisse rom. « borrein », menu bois, fascines; — 
en vénitien : « bora », tige coupée et écorcée ; — 
le langued. a « bourdifaïo », broussailles. Bas 1. 
burœ, brandon, grands feux. (Voy. Borde, 
Bôrée.) 

BOURILLER, v. a. Emmêler, embrouiller : 
« mon fi ô bourillé », mon fil est emmêlé. Morv. n. 
« Bouriller » fréquent, de « bourrer », mettre en 
tas, pêle-mêle, comme la bourre. Le wallon de 
Mens a une forme « bouriquer », froisser, qui se 
rattache au b. 1. buricus. En fr. « bourrillon » amas 
de bourre qui se forme dans la soie grége. Lang. 
« bouril », duvet, éraillures de fil. 

BOUROU, s. m. Anon, petit âne ou bête asine 
de peu de valeur. Se dit quelquef. en plaisantant 
d'un jeune enfant. 

Buricus ou burricus désignait ordinairement 
en latin un petit cheval, mais le mot s'appliquait 
assez souvent à d'autres animaux jeunes ou de 
petite taille; il en est de même dans nos patois. 
Languedoc : « bourou », âne; — Franche-Comté : 
« bourru » ; — Berry : «bourri », ânon ; « bourrin », 
petit taureau ; « buriche » , fauvette ; — Poitou : 
« bourrin, bourdin », âne; — Saint. « bourri, 
bourrin », ânon; — Suisse rom. ce bori, bourri, 
bourrita », oie, canard; — H. -Maine : « bourre, 
bourreau », canard en môme temps qu'étoffe de 
bure; « bourri », âne mâle ; — Norm., Champ, 
a bour, boure, bouret », canard, canne; — Anjou: 
« burrichon», roitelet; — H. -Auvergne: «bourri», 
taureau ; « bouretta », génisse. 

Les langues romanes se conforment à l'ctymol. 
latine. Esp., port, burro, âne, burra, ânesse, bur- 
rinho, ânon. — Esp. borrico = âne; borrego, 
petit agneau. Bas 1. buricus, âne, bidet; boureta, 
canne. 

Du 1. burra, bure, étoffe grossière de laine 
rousse, à cause de la couleur, ou plutôt à cause du 
rebroussement du poil chez les jeunes animaux, 
rebroussement qui assimile leur corps à un amas 



BOU 



116 — 



BOU 



de bourre, en vi. fr. burel, bourel, bourrcl,bourau, 
bouriau. 

Dans Comenius, - p. 175, - : « Le corps se frotte 
d'une estamine ou d'un morceau de bure. » Le 
morceau de bure est traduit en itaL par un panno 
peloso. (Voy. Beurau, Beurtoué.) 

BOUSERÂ, s. m. Petit tas de fumier dépose dans 
un champ. Avant le labourage il faut répandre 
les « bouseras », mettre son fumier en « bouseras. » 
De bouse, fiente des bêtes à cornes. Poitou : 
« bouse, boue, bouzias, bouziau », fiente de boeuf; 

— Saint. « bouser «, fienter ; — rom. prov. boza, 
buza. Boza a formé boiinar comme bouse bousiller. 
n paraît bien difficile, malgré le défaut d'intermé- 
diaire, de ne pas rattacher bouse à boeufs. Diez 
propose cependant l'allem. butze, monceau, tas. 
En Poitou le subst. « boussi » désigne un morceau, 
une parcelle, un petit tas ; on y dit « bouze » pour 
boue, deux mots que Scheler est disposé à croire 
identiques. Comp. avec le fr. bousin qui désigne 
une matière molle, une motte de tourbe en wallon. 

BOUSSU, E, adj . Bossu , bossue. Berry : « boussu » ; 

— Norm., Pic. « bochu. » 

BOUSTEP AILLE, s. f. Mangeaille, ce qu'on peut 
manger ; provisions do bouche dans le style bur- 
lesque. Comp. avec le mot populaire boulïaille qui 
renferme le même suffixe et qui est tiré de bouffer, 
avoir la bouche pleine. 

Lorr., Pic. « boustifaille «, bonne chère ; — 
Norm. « boutifaille », profusion d'aliments; — 
Genève : « bourdifaille, grosse pâtisserie. (Voy. 
Falot.) 

BOUTEILLE, BÔTEILLÉ, s. m. Celui qui, 
dans les noces, dans les festins rustiques, est spé- 
cialement chargé de la distribution des liquides, 
distribution à laquelle il doit pourvoir sans parci- 
monie, s'il fonctionne dans une bonne maison. H 
doit aussi fournir à la consommation du sucre qui 
est quelquef. considérable. Les jeunes gens mettent 
leur point d'honneur à ne pas laisser les filles qu'ils 
accompagnent manquer un seul instant de sucre 
dans leur vin. Ces jours-là tout ce qu'on boit est 
sucré. C'est le grand genre. 

BOUTENÉRE, s. f. Boutonnière. 



BOUTERIOLLE, s. f. Panier de forme allongée. 
Dans un acte de 1202, l'enquête faite au péage de 
Bapaume nous parle d'une bouteroele à côté d'une 
chaudière. La bouteroele est imposée à iiij deniers. 
(T.^iLLiAR, Recueil d'actes, p. 26.) 

En fr. bouterolle a plusieurs significations. 
M. Littré dérive le mot de bouter, mettre, avec le 
suffixe olle comme dans banderolle. Bouteau, filet 
de pêche, est rattaché à la même étjmologie. 

Berry : « bouteriau » , grand panier ; « boute- 
rolle », panier arrondi sans anses; — Poitou: 
« boutole, boutrelle, boutrolle », nasse en osier. 
(Voy. Boutron.) 

BOUTILLON, s. m. Panier avec un couvercle 
attaché à l'anse. 

BOUTIN, s. m. Moyeu, centre de la roue ou 
s'emboîtent les rais d'une voiture. (Voy. Bôtin.) 

BOUTIQHIE, BÔTIQHIE, s. f. Boutique de 
marchand, atelier de travail pour les menuisiers 
principalement. 

En Bourg, les suffixes en ique se prononcent 
icle : « bouticle. » En Morv. nous mouillons la 
dernière syllabe qui donne le son ikhie : boutikhie, 
son que récriture ne peut rendre exactement. Dans 
Palsg., - p. 267, - schoppe to worke in = bou- 
ticle. Comme la plupart des mots qui précèdent, 
boutique pourrait nous venir de bouter, mettre. 
Dans le Luxembourg et en Norm. « boutiquer » 
signifie tripoter. 

Le mot en vi. fr. désigne souvent un lieu de 
dépôt. Paré, - xiii, 29, - nous dit que les murènes 
peuvent être longtemps gardées « dans les viviers 
et boutiques pour s'en servir en temps. » « Bou- 
ticle » a la même signifie, en Champagne. 

Il est à remarquer que l'étymol. grecque «ttoSijx)? 
fournit le même sens de dépôt. L'esp. bote = 
recueil, expliquerait botica et botiga. 

BOUTRE, BOUTE, BOTE, v. a. Bouter, mettre, 

placer : 

Herbez, fueillez et fleurs la dedans tant Bouta 
Que bon lit i a fet, la dedans se coucha. 

{Doon de Malence, v. 1459.) 

Jonesco Boute homme et famé 
En tous péris de cors et d'ame. 

(fi. de la R., v. 4449.) 
Quant li bourgois fu venus, il me dist : siro, que 



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- 117 



BRA 



faites-vous? Que faiz-jc donc? faiz-je. En non Dieu, 
fist-il, vous mangiez char au vendredi I Quant j'oi ce, 
je Boutai m'escuele arières. 

(JOINVILLE, p. 178.) 

Ne puent lez ditz hommes ne estroinges gens 
Bouttre avant bouchon ne ensoigne pour vendre 
vin sans lou congié 

{Ch. B. II, p. 287.) 

Je veux tout d'un plain saut te Boutre à la renverse. 

{Th. fr. IX, p. 501.) 

— Boutre (se), v. réfl. Se mettre, se placer, se 
camper : 

Renart en la haie se Bote, 
En la manière de furet. 

[Renan, v. 16590.) 

Un verbe compose : esbouter, esbôter, était 
quelquef. usité dans l'anc. langue avec le sens de 
ôter vivement de... tirer de... : 

Uns oiseaus est, ibis a non... 
De toz oiseauz est li plus orz... 
Totes hores est sor rivière. 
Illuec atant et Esboote 
La charoigne que la mers giete. 

(Le Bestiaire de Gervaise.) 

Montaigne, - ii, 2, - se sert d'un subst. boutée 
pour effort impétueux, élan : « Qui ne juge que 
ce sont Boutées d'un courage eslancé hors de son 
giste. » Boutée a été remplacé par boutade sous 
l'influence espagnole. 

Bourg. « bôtre » ; — Champ., Norm., Pic. 
« boutre » ; — Poitou : « bouter, boter » ; — Forez, 
Lang. « bouta »; — Suisse rom. « bouta, bota, 
bouëta»; — rom. prov. botar, boutar, butar, avec 
le v. composé rebotar qui correspond au fr. rebou- 
ter. Le rebouteux dans nos campagnes est un em- 
pirique quelquef. asisez habile qui remet ou reboute 
les membres fracturés. 

Bouter est-il dérivé du germ. bôzen, heurter? 
Cette étj^m. ne satisfait guère à la signifie, la plus 
ancienne du mot. 

Comp. avec l'isl. bauta, pousser en avant. (Voy. 
Buter.) 

BOUTRON, s. m. Ruche d'abeilles. Dans le 
Centre on nomme « boutron « ou « boutronne » 
un panier d'osier de forme arrondie. Boutron est-il 
tiré du V. « bouti'e », mettre, comme «bouteriolle « ? 

Poitou : « boutron » , panier de pêche ; — Berry : 
« bouteron, bouteriau », panier; — esp. buytron, 
nasse, panier de pèche. (Voy. Duc. sous Butta.) 



BOUTTE, s. f. Ouverture par laquelle on fait 
descendre le foin du fcnil, trou de sortie pour le 
fourrage. De bouter, mettre, pousser. 

BÔVREU, s. m. Bouvreuil, oiseau, - pyrrhula 
vulgaris. - Les enfants donnent au bouvreuil la 
qualification de « Monsieu », à cause de son riche 
plumage : « Un nid de Monsieus. » (Voy. Boivin, 
Monsieu.) 

BRAGUETTE, BRAYETTE, s. f. Culotte fendue 
sur le devant selon l'usage contemporain. La culotte 
« à braguette » n'a pas encore détrôné la culotte 
« à bavoire. » La « coutrére » (couturière) qui 
confectionne les vêtements d'hommes ne manque 
jamais de demander en entrant dans une maison 
si . on veut des culottes à braguettes ou à bavoires. 

Dans le patois de Dijon, dit M. Mignard, « bra- 
gues avallades » (braies abattues) signifie avoir les 
culottes bas, et équivaut au fr. être déshabillé. 
Dans la Suisse rom. (1359) tout homme surpris 
auprès d'une femme « à braies avallées » était 
condamné à 60 sols d'amende. 

En Prov. « brayas » = culotte. Le v. « desbrayar » , 
qui correspond au fr. débrailler, signifie mettre bas 
sa culotte. 

En Forez « bragard », dérivé de la forme brague, 
est un adj. qui s'applique à un jeune homme qui 
fait le beau. Labragardise est l'élégance de mauvais 
aloi. « Brayes », dans cette région, = culottes. 
u. Brayâ » signifie faire le maitre, c'est-à-dire porter 
culottes. Une « Jeanna à brayes » est une virago. 

Il en est de même en bas-breton où bragez dési- 
gne la culotte courte, et le verbe braga signifie se 
pavaner en même temps que folâtrer, se divertir 
avec excès. Le subst. fém. bragéérez = petite 
maîtresse, fille à la toilette recherchée. 

Braguette, brayette est un dimin. de braie,haut- 
de-chausse, caleçon, culotte : 

Et vit venir Richier, coroçous et dolant. 
En chemise et an Braies, s'espée paumoiant. 
(Flooi-ant, v. 877.) 

Lui a confessé avoir emblé à une cousturière... 

un trousseau que Brayes que chemises. 

{Châtetet, II, p. 75.) 

C'est par miracle, dit Montaigne, qu'on eschappe 
Brayes nettes du maniement du monde. 

(JIONT.UGNE.) 

En buvant, il répand la moitié de son vin sur lui et 



BRA 



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BRA 



tire le devant de sa chemise hors de sa Brayette pour 
essuyer sa bouche. 

[Francion, p. 269, Edit. Colombey.) 

Champ. « braye», haut-de-chausses; «brayette », 
caleçon; — Touraine : « braye », pan de chemise; 
— Bourg. <i brayote » ; — Berry : « braie, bra- 
guette » ; — wallon : « brayette » ; — Norm. , Poitou : 
« brague, braguette » ; — Forez : « brayes » ; — 
Lang. «braio», culotte; «braïa», culotter; — Suisse 
roni. abraietta», dimin. de « braia », culotte. L'ital. 
fyrac/ie,brac?iesse, chausses, culotte, répond à l'angl. 
breeches; — esp. braga, braie d'enfant; braguetta, 
fente de devant d'une culotte. Le bas 1. a les formes 
bracchse, bragœ. La dernière correspond auvi. fr. 
brages : « Le plus gentil chevalier donnera à l'es- 
cuier sa chemise, un autre lui baillera ses Brages. » 
(Voy. Duc. Bracse.) L'adoucissement du g en i ou 
y se montre fréquemment au M. A. dans le terme 
braiel, braïer, brayer, qui désigne ordinairement 
la ceinture ou haut-de-chausses. Un grand nombre 
d'auteurs nous représentent les vieillards avec de 
grandes barbes tombant jusques au braier : 
Par desus la ventaille fait sa barbe lacier, 
Plusestblance que noif (neige) quant cietaprès février, 
Contreval li pendoit jusque au neu du Braier. 

{Fierabras, v. 5680.) 

Braier subsiste en wallon dans le mot « brâie » , 
bandage autour du ventre. Le fr. débrailler a pour 
synon. en Languedoc « désbraia », ôter la culotte, 
tiré de «braio », culotte, comme le simple « braia », 
culotter. 

Du 1. braca, bracca, braies. La Gaule Narbon- 
naise portait le nom de Gallia braccata, à cause du 
vêtement de ses habitants. Dans ses Tristes, -ï. v, 
él, 7, v. 50, -Ovide nous dépeint les Scj-thes comme 
des espèces de loups couverts de peaux et vêtus de 
braies : 

Pellibus, et Iaxis arcent malc frigora Braccis. 

(Voy. Bavoire.) 

BRAI6E, s. f. Braise, charbon allumé. Morv. 
n.-n.-o. Ital. bragia. (Voy. Bréllhe.) 

BRAIGER, v. a. Broyer. Env. d'Avallon. (Voy. 
Brayer.) 

BRAI3IE, adj. Stérile, infécond. Se dit quelquef. 
des poissons mâles qui ont peu ou point de laitance. 
Dans le gloss. des Noï'ls, La Monnaye fait de 



« braime » un subst. désignant exclusivement une 
femme stérile. A propos de ce mot, il cite un ser- 
mon de S. Vincent Ferrier oii sont mis en scène 
les grands personnages évangéliques Elisabeth et 
Zacharie. Dans le Lyonnais une vache « brame » 
est une vache inféconde ou qui n'a pas encore vêlé. 
Le mot s'emploie aussi substantivement : « une 
brame. » 

Bourg. « braime, brainne » ; — Pic. « liraine » ; 

— rouchi : « breine »; — Anjou : « brannée », 
femme indolente; — Norm. « brehaine », perdrix 
qui n'a pas encore couvé; — ■ wallon : «brouhagne», 
femme stérile, carpe qui n'a ni laite ni œufs; — 
Forez : « baragne », lieu couvert de ronces, terrain 
abandonné. 

Braime, qui correspond au bas 1. brana, femelle 
qui n'a pas encore porté, soit à cause de sa jeunesse, 
soit pour cause d'infécondité, s'est allongé en 
« baraine, brehaigne » : 

Terre ert idunques veine 
De tut en tut Baraine, 
Mais li reis cumandat 
Que terre fruit dunat. 

[Livre des Créatures, v. 848.) 

On trouve cependant le primitif nasalisé dans 
braigne : 

Or es-tu Braingne stérile 
Infructueuse, inutile. 

{Dayice aux Aveugles.) 

Baraigne = brehaigne, dans le Livre des Rois, 

- p. 6, - : « Li fameillus sunt asaziez, puisque la 
Baraigne plusurs enfantad... » Comp. l'ital., dans 
les dial. lombards, « brègn' », maison démolie, 
ruinée ; « braina », inculte, stérile. (Voy. Brème.) 

BRAIMER, V. n. Bramer. Se dit du mugisse- 
ment des bêtes à cornes, mais plus particulière- 
ment des veaux ou génisses. Dans l'anc. langue, 
bramer se disait du cri de plusieurs animaux, du 
bœuf dans Marot, de la vache et de l'éléphant dans 
Aniyot, de la vache dans Rabelais, et même du 
rossignol dans un poëte provençal que cite Ray- 
nouard. En ital. bramito se dit du sifflement des 
serpents. 

Aujourd'hui le mot ne s'emploie plus qu'en par- 
lant du cerf. Quelques patois lui donnent le sens 
général de crier avec force, hurler, même lorsqu'il 
s'agit des personnes. Dans la Suisse rom. « brama- 
pan » (pain), mendiant qui crie la faim; -i brama- 



BRA 



— 119 — 



BRA 



sei» (soif), mendiant qui crie la soif; « brama-ran » 
(rien), enfant qui crie à tout propos; « bramahie», 
cri perçant. Rabelais, -i,7, - use du même langage : 

Gargantua Brasmoit demandant à boire, à boire, à 
boire. 

— La Brammepain,nom de loc, c"* de Fougues. 

Lyonnais, Daupb. « brama » ; — Poitou : « bra- 
mer », beugler; « bramée », cri du bœuf; « avoir 
la bramine ou braminer », crier la faim; — Bourg. 
« bramai, braimai », demander avec instance, avec 
importunitc, sens qui correspond à l'interprétation 
de Comcnius, - p. 58, - laquelle établit la syno- 
nymie de bramer avec désirer violemment en fr., 
âvicle cupere en latin. 

Dans le patois anglais de Shetland, « brème » 
se dit d'une truie et en général d'une femelle qui 
recherche le mâle; « brème, brimming» tardons 
in ventrem. L'ital. et l'esp. hra.ma.re, bramar, 
réunissent également la double signifie, de crier 
au propre et de désirer avec ardeur au fig. Grec : 
Ppépetv, rugir. 

BRAINCHE, s. f. Branche d'arbre. Branche ne 
pouvant se rattacher au 1. brachium. bras, quel- 
ques étymol. proposent le celt. brac, qui a la même 
signification. On remarquera cependant l'identité 
des formes jjranc et brand pour désigner un objet 
tenu raide ou droit, avec ou sans balancement. En 
vi. fr. branc = brand, sabre. Dans quelques dia- 
lectes anglais, celui de Craven notamment, brand 
se dit pour branche d'arbre. Le mot « brande », 
broussaille, et bruyère à balai dans le Berry, dont 
l'orig. est inconnue, semble correspondre à cette 
définition. L'arbre et la terre brandissent leurs 
branches comme le guerrier brandit son glaive. 
Dans Palsg., - p. 200, 201, - brande of fire = 
brandon, et bronde of fijre = tison. Brande, 
bronde, dans cette acception, ne signifient peut- 
être que branche de feu. (Voy. Brandi, Brandil- 
ler, Bronde, Ébranciner.) 

BRAISÉ, s. m. Brasier, amasdecharbonsardents. 

BRAISSIE, s. f. Brassée, ce que l'on peut prendre 
dans ses bras. Une « braissie » de paille, de foin, 
de bois, etc. : 

Du fuerrc prent une Bracie, 

Et si l'a el fournier jeté, 

Le feu est tantost alumé. 

{Renart, v. 2925.) 



BRÂJVIENT, adv. Bravement, bien, comme il 

faut, à l'aise, heureusement. « Aller brament », 
c'est se bien porter, être tranquille, voyager en 
paix, etc. « Parler brament », c'est parler raison- 
nablement, dire la vérité, se montrer accommodant, 
etc. « Se conduire brament », c'est avoir une vie 
régulière, être honnête homme, remplir tous ses 
devoirs, etc. « Brament » est une contraction do 
bravement. L'anc. langue avait souvent recours à 
ces syncopes qui donnaient de la vivacité à la 
phrase et allégeaient la versification. On disait ainsi 
briement pour brièvement, forment pour fortement, 
granment pour grandement, griement pour griève- 
ment, etc. 

Jacques de Molay. grand maître de l'ordre du 
Temple, au moment d'être supplicié, s'exprime 
ainsi : 

Lessez-moi joindre un po mes mains, 

Et vers Dieu fère m'oroison, 

Car or en est temps et seison : 

Je voi ici mon jugement 

Où mourir mu convient Brement. 

{Chron. inétr. v. 6078.) 

Ce brément est-il pour braiment, c'est-à-dire 
avec courage et en bon chrétien ? Notre mot signifie 
quelquef. par extension une quantité, beaucoup : 
A-t-il de l'argent ? il en a brament, c.-à-d. en 
abondance. Wallon de Mons : « bramain », beau- 
coup ; — Champ. « brament » ; — Metz : <i brâhe- 
ment « ; — Bresse : « brovaman » ; — Lang. « bra- 
vamen. » (Voy. Brave.] 

BRANDE, s. f. Branle, danse. Cette forme est 
usitée dans quelques parties du Morv. b. Elle n'est 
qu'une variété de branle. 

Od sun espiet l'anme li getet fors, 
Enpeint le ben, fait li Brandir le cors, 
Pleine sa hanste dcl cheval l'abat mort. 

{CJiansoii de R. p. 102.) 

Sun grant espiet par mi le corps li mist; 

Empeint le ben que le corps fait Brandir. 

[Ib. p. 10.).) 

Tute la terre Brande, pensez del espleitier 

Li vielz rci d'Engleterre aura des suens mestier. 

[Chron. des ducs de Norm. ni, p. 569.) 
La char dont ot vescu tel forche li donna 
Que la terre sous li Brandist toute et croulla. 
{Doo7i de Maïence, v. 2131.) 

Forez : « brand », s. m., branle, danse; — 
Lang. « branda », branler, ébranler; « brandido », 



BRA 



- 120 



BRA 



secousse, branle ; — Fr. -Comté : « brandes, brondes, 
broûndo », bourrée; — ital. branda, branle, hamac 
comme en fr. branle, lit suspendu des matelots. 
L'angl. to brand/e, chanceler, s'ébranler = branler 
avec la chute du d médial ; Brand sunday, 
dimanche des Brandons, appelé « dimanche bran- 
dounier » en Berry. (Voy. Borde, Brandiller, 
Brandiner, Branle.] 

BRAKDEVIGNÉ, s. m. Celui qui fabrique l'eau- 
de-vie. 

BRANDEVINGN', s. m. Eau-de-vie. Morv. n. 
Brande, on le voit dans le subst. fr. brandon, et dans 
le dial. picmontais « brande », faire un grand feu, 
signifiait quelquef. feu. Brandevin a donc le sens de 
vin de feu, comme le breton gwîn ardant. Les lan- 
gues romanes appellent l'eau-de-vie l'eau ardente : 
aiguardent, aguardiente. Rabelais, - II, 28, - 

emploie la même métaphore « Grains confictz 

en eau ardente. » Les Indiens la nomment eau-de- 
feu. De l'allem. brand, feu, incendie. 

BRANDI, E, partie, passé. Entier; « tout brandi » , 
tout entier, tout droit, sans être courbé, ployé : 

La vertu concoctrice de son estomac, apte naturel- 
lement à moulins à vent tous Brandifz digérer. 
{Pantagruel, iv, 17.) 

Ils ont des chemises (les courtisans) qui ant des 
manches ou j entrerions tout Brandis, toy et moy. 

(Molière, Don Juan, n, se. l.) 

La Monnaye a drôlement mis en œuvre cette loc. 
(^ui ne parait pas très ancienne dans ce sens : 
Nun n'antre an Pairaidi 

Tô Brandi, 
Lai porte an a si basse 
Que borgei, vaigneron, 

Baron, 
N'y passe qu'ai genon. 
Brandi vient de brandir, tenir droit, raidir en 
agitant. Dans Tanc. langue, branc, brand, signi- 
fiait épée, sabre; d'oii le verbe brandir qui exprime 
l'action d'agiter à bras tendu comme une épée ou 
une torche. (Voy. Brainche, Branle.) 

BRANDILLER, v. a. Secouer de droite et de 

gauche, balancer. 

— Brandiller (se), v. réfl. Se balancer : 

L'on se bourde de celles qui se ligierement Brandel- 

lent et virent, le visaige cà et là. 

(Le chevalier de La Tour Landry, p. 24.) 



BRAMULLOUEE, s. f. Balançoire. Morv. n; 
Anjou, Berry : « brandilloire », escarpolette ; — 
Bourg. « brandilloire », balançoire ; se « débran- 
diller », se balancer. 

BRANDINER, v. a. Brandir, secouer, agiter en 
tous sens. Lang. « brandin-brandau », adv., bras 
ballants. 

BRANLASSE, s. f. Nom de loc. qui s'applique 
à des terrains mouvants, à un sol qui branle sous 
les pieds. 

— Les Branlasses, c"^ de IMoux, hameau situé 
sur la rive du beau lac des Settons ; — Forêt de 
la Branlasse, c°'^ d'Arleuf et de Corancy. 

Ces noms se présentent fréquemmentdanslatopo- 
nomastique rurale. Un grand nombre de prairies 
occupant le thalweg des vallées sont appelées la 
Branlasse, les Branlasses. Les terrains de la même 
nature portent ailleurs le nom de branlants, bran- 
lières, branloires : 

Le monde n'est qu'une Bransloire perenne ; toutes 
choses y branlent sans cesse, la terre, les rochiers du 
Caucase, les pyramides d'Aegypte, et du bransle pu- 

blicque et du leur 

(Montaigne, III, 2.) 

(Voy. Moille, Morte.) 

BRANLE, s. m. Danse du pays généralement 
remplacée par la stupide contredanse ; l'air même 
que l'on chante pendant la danse. 

Brandir et branler ne sont probablement qu'un 
même mot exprimant l'agitation, le balancement 
d'un corps : 

De Sun espiet la hanste en ad Branlee, 
Envers Karlun l'amure en ad turnee. 

{Chanson de R. p. 280.) 

M. Littré l'admet. Branler serait une forme déri- 
vée par l'intermédiaire d'un verbe brandeler con- 
tracté en branler. On trouverait dans les patois de 
nombreux témoignages à l'appui. Dans le Berry 
et dans le Maine, le dimanche des Brandons est 
le dimanche des Brandelons et des Branlons. Tan- 
dis que le fréquent. « brandeler », usité en Berry, 
a formé branler ; « brandiner », usité en Morvan, 
et en Bourgogne, a formé «. branner » qui a la 
même signification. Le gloss. de La Monnaye 
donne « branne » pour branle. « Branner » = 
branler, s'agiter, comme en rouchi. 

L'identité des deux mots admise, le dimanche 



BRA 



— 121 



BRA 



des Brandons pourrait aussi bien être la fête des 
danses appelées branles que la fête des feux appelés 
brandons. Dans le Gloss. du Centre, « se bran- 
donner » ^ se balancer. En Forez : « tochi lou 
brande » := mener un branle. « Brand » s'y dit au 
masc. pour branle. La valeur du c qui terminait 
fréquemment le subst. branc, sabre en vi. fr., se 
retrouve dans le verbe « se branquiola «, se ba- 
lancer. Brande, dans les langues du Nord, dési- 
gnait seulement un piquet, un pieu durci au feu. 
C'est par une extension de sens facile à saisir que 
le mot a pris en allem. la signifie, de tison, d'em- 
brasement, d'incendie, de feu en danois, et, par 
suite, celui de brandon en français. Rabelais l'em- 
ploie en parlant de plantes ligneuses très inflam- 
mables : « Pantagruel fut enflambé à profiter plus 

que jamais, en sorte que eussiez dit que tel 

estoit son esprit entre les livres comme est le feu 
parmy les Brandes. » (Voy. Pantag. ii, 8.) 

Le rom. prov. avait tiré du subst. brande un 
verbe abrandar, enflammer. Ce verbe en vi. fr. 
prenait quelquef. la forme réfléchie. On disait 
l'aube s'abrande pour indiquer le lever du 
soleil. 

Comenius, - p. 13, - fait entre un brandon et 
un tison une distinction qui serait peu comprise 
aujourd'hui.» Leboisardant, dit-il, s'appelle bran- 
don de feu, et l'éteint, tison.» Dans son latin, to7^- 
ris traduit brandon; or ce mot dans les classiques 
signifie aussi bien tison éteint que tison allumé. 
(Voy. Borée, Brande, Brandi.) 

BRANLE, s. m. Petite barrière mobile et sou- 
vent grillagée qui sert de porte pour donner de l'air 
ou du jour. 

BRANLECOUE, s. m. Bergeronnette, lavan- 
dière, oiseau dont la queue est toujours en mou- 
vement. En fr. hoche-queue ou balle-queue sont 
deux mots qui rendent la même idée, et que 
Comenius traduit en ital. avec une profusion de 
synonymes : squassacoda, codasquassola, coda- 
tremola. 

Suisse rom. « brainlakoua » ; — Languedoc : 
« brando-quuïo, couacho » ; — Lorraine : « ho- 
checu » ; — Norm. « bacouette, batte-lessive » ; 
— Poitou : tt bassecouette » ; — breton : hanné- 
rézig - ann - dour , petite batteuse d'eau , qui 
répond au vi. fr. battemare ; — ital. cutretta, | 



ballerina. Ballare = branler. Le latin candi tre- 
mula n'est pas moins expressif. (Voy. Coue.) 

BRÀTER, V. a. Tourner à bras une voiture, 
changer sa direction par un mouvement brusque. 
«Brâter» pourrait n'être qu'une forme un peu altérée 
de braquer, mais à cause de l'accent de la pre- 
mière syllabe, voy. Brast, détour, tournant, dans 
le Gloss. de Roquefort. 

Dauph. « bratà », chanceler ; — Flandre: « bra- 
quer », tourner un chariot ; — Champ. « prendre 
brai », prendre ses mesures, tourner une voiture 
avec adresse ; — en Berry : « abraté » , privé de 
bras ; « s'abrater », s'appuyer sur le bras. 

BRAVE, adj. Beau, honnête, de bonne foi, de 
bon compte, bien vêtu, bien portant. On dit d'une 
jolie fille qu'elle est brave. On le dit aussi de sa 
toilette, mais, dans cette acception, l'adj. précède 
le substantif. Elle a de braves habits. Se faire 
brave, c'est se parer. Dans une comédie de Larivey, 
Guillemette dit : « J'oblions vous dire que je m'es- 
tois vouée me faire Brave si j'avois trouvé qui me 
donnast une robe. » (La Vefve, p. 149.) 

Le lendemain chacun se fît Brave pour assister au 
mariage qui se fît de lui et de Nays. 

{Francion, p. 538.) 

Jean Le Houx emploie le verbe braver dans ce 
même sens : 

Ne sont que piaffeurs 

Bravant sur un pavé pour voir s'on le regarde. 
IVau.x de Vire, 10.) 

Parlant des estudians aux loix, la Coynédie du 
Desguisez dit, - v, se. i : - 

Il faut qu'ils soient vestus en rois 

Et ayent la bourse garnie, 

Pour se trouver en compagnie, 

Pour Braver, paroistre et jouer. 
Suisse rom. « bravo », habillé de neuf. On trouve 
à Genève ledimin. « bravet », joli, gentil, mignon. 
Nicot dit quelque part que braverie signifie « pom- 
posité d'habits. >> En Forez, la plus belle vache 
d'un troupeau est appelée « maîtresse Bravarde. » 
Les Italiens nomment bestia Brava un animal 
encore indompté. Dans leur langue bravo ren- 
ferme sui'tout l'idée de fierté, de vaillance. C'est 
àeux que nous l'avons emprunté s'il faut en croire 
un auteur du XVP siècle, Bonivard. « Dès ma jeu- 
nesse, dit-il, ce mot brafve demeurait en Italie et 

16 



BRA 



— 122 



BRE 



estoit entre nous incogneu. n Yoy. Adris et Devis 
des langues, p. 24. 11 existait cependant dans la 
basse -lat. avec un sens analogue. On le voit 
même usité pour désigner un taureau : 

Qui pignorat boves, Bravos, equas duas magnas 

vaccas cum eorum sequelis et duos Bravos sive bovcs 
item plus sex Bravos vitulum sive animal Bra- 

vium 

(Duc. Bravus.) 

En rom. prov. braus cavals = cheval indompté. 
L'esp. braviar est synon. de bromar qui signifie 
à la fois mugir et entrer en fureur, s'emporter. 

(Voy. Brament.) 

BRAVOURE, s. f. Honnêteté, droiture, probité. 
Quand un IMorvandeau ne veut pas qu'on mette en 
doute sa bravoure, il ne parle que de sa loyauté. 
Son courage n'est pas enjeu. — Lang. « bravoure » 
honnêteté, probité ; — l'esp. bravura se dit de la 
férocité d'un animal. 

BRAYER, v. a. Broyer, gâcher, pétrir la terre 
grasse, l'argile. Pour construire une levée d'étang, 
il faut « brayer » soigneusement le conroi. (Voy. 
ce mot.) On dit que le sol d'un champ, d'un pré 
est «brayé» lorsqu'il a été foulé, étant humide, par 
les voitures et le bétail. Le vi. fr. bray signifiait 
terre grasse, boue, fange. En 1300 le carrefour 
Mibray était une ruelle fangeuse conduisant à la 
Seine : 

Tel nom portoit pour la vague et le Bray 
Getté de Seine en une creuse tranche. 

(Duc. Braium.) 

Dans Palsg., - p. 732, 462 - : Brayer, je braye : 
« Brays ung peu de fueilles ensemble. I bray in a 
brafte^je broyé; I braye in morfer=je brise dans 
un mortier. » Dans les Ardennes , le singulier 
mot « braydonne » désigne une fille de joie ou 
plutôt peut-être une fille de boue. Berry, Champ., 
Poitou : « brayer » ; — H. -Maine : « bréyer » ; — 
Fr. -Comté (Fourgs) : « braï », broyer et marcher 
dans la boue. « Brai », dans ce patois, s'applique 
au beurre de lait. La Suisse rom. donne à « brai » 
la signifie, de sauce, bouillon, endroit fangeux, 
marécage; — esp. brea, suc résineux, goudron, 
suif, etc., comme le fr. brai; embrear = brayer, 
enduire de brai ; — anglais : to bray, broyer. 

De brai, bray, avec le sens de réduire en pâte, 
en boue? Comp. cependant avec un verbe normand 



« brailler » qui semble être, avec épenthcse de l'r, 
une variante de « éboéler », évcntrer. A Dieppe, 
un hareng braillé est un hareng vidé, c.-à-d. 
éventré. 

BRE, s. m. Berceau, lit d'enfant : « i é mettu 
r p'tiô dan son bré. » Le rom. prov. a la forme 
bres pour berceau et bressar pour bercer. Ray- 
nouard, - ii, p. 254, - cite cette phrase dans son 
Gloss. : « Lo premier filh del rey de Fransa que 
es petit el Bres e plora et es heretiers del règne. » 
Rabelais dit se brosser pour se bercer : « Lui 
mcsmes se Bressoit en dodelinant de la teste. » 
(Gargantua, i, ch. 7.) L'anc. langue se ser- 
vait môme dans le style élevé, du mot bers qui 
est peut-être le primitif, berceau n'étant qu'un 
dérivé. Ronsard emploie encore ce mot : 

Jupiter vivoit emmailloté 

Du laict divin de la chèvre alaitté; 

Autour du Bers 

(La Franciade, liv. ii.) 

Fr. -Comté : « bré », berceau; «bressi », bercer ; 

— Bourg, a brei »; — Champ. « brès, bresselet»: 

— Poitou : « bressiou », berceau; « bresser », 
bercer ; — Jura : « bri » ; — Suisse rom. « bré. 
bri » ; « bressi », bercer ; — Norm., Pic. « ber, 
bers » ; rom. prov. bers, brès, bretz, bressol; — 
Basque : breço. — Le bas 1. bressse — cunse et 
l'esp. cuna. Duc, non sans vraisemblance, dérive 
berceau du bas 1. bersa, claie d'osier. On peut 
citer à l'appui les termes de la Suisse rom. « bres- 
set », piège à oiseaux, cage probablement aussi en 
osier, et « berret », petit lit, chalet. En Lang. 
le s. f. « brèsso » s'applique à un lit d'écurie, à 
une cabane portative de berger. (Voy. Beurié.) 

BRÉLLHE, BRÉÏE, BRÉGE, s. f. Braise, char- 
bon allumé. Morv. n. (Voy. Braige.) 

BRÉIVIE, adj. Sec, cassant, sans consistance. 
Une terre « brème » est un sol desséché, dont les 
molécules ne tiennent pas ensemble. On dit d'une 
pomme de terre, d'un morceau de pain, d'un fro- 
mage, d'une matière quelconque en un mot, 
qu'elle est « brème » lorsqu'elle ne forme pas 
masse et se divise par parcelles, par fragments, 
faute de cohésion. « Brème » et « braime » sont 
deux termes identiques. En Berry « brâgne » = 
cassant, fragile et stérile, infécond. Comp. cepen- 



BRE 



— 123 



BRE 



dantavec l'anglais brème, dur, cruel au fig. (Voy. 
Braime.) 

BRÉSILLER, v. a. Mettre en poussière, rompre, 
briser en miettes. De braise par analogie. Dans 
Pals"-., brézil = braise. On écrivait autrefois brèse 
ou brèze : 

Cil vit à sun chief un pain quit suz Breze et ewe 
en un vaissel. 

(Rois, p. 320.) 

Lors les ont mises sor la Brese 
Qui des tisons lor u remese. 

{Renart, v. 327.) 

Suisse rom. « bresi », briser; — rom. prov. 
brezillar, tomber en débris ; — esp. abrasar, 
réduire en braise ou en miettes, comme le fr. 
embraser; — Lang. « briso », miette, parcelle; — 
l'ital, bricia, miette, chapelure = brisa dans le 
piémontais. 

BRETON, s. m. Celui qui marmotte, qui grom- 
melle. Ce mot est-il une allusion au langage incom- 
prisdes Bas-Bretons ou un terme composé du préfixe 
péjor. bre et de ton qui avait le sens de voix? Le 
verbe bretonner pour parler à la manière des Bre- 
tons, se trouve dans Froissart, - I, p. 260 - : a Avec 

eux avoit un chevalier breton Bretonnant qui 

s'appeloit messire Tanguy du Ohastel. » 

La comédie intitulée : Moralité des Enfans de 

maintenant l'emploie dans un sens assez obscur : 

Puis me mai ne en la taverne 

Et par le breton Bretonnant 

Après boire, non aultrement. 

{Th. fr. III, p. 11.) 

D'un autre côté ton avec la signification de son, 
voix, se rencontre partout. Il y avait même un 
verbe tonner qui paraît avoir le sens de recevoir le 
ton, c'est-à-dire d'être dominé par la voix de quel- 
qu'un. Dans la Farce d'un Chauldronnier, 
l'Homme aux prises de caquet avec la Femme 
s'écrie : 

Sainct Mort, voicy dure passion, 
Par saint Copin, Je suis Tonné. 

Et la Femme de dire : 

Victoire et domination ! 

(r;i. fr. II, p. 108.) 

Néanmoins la première conjecture ofïre plus de 
vraisemblance que la seconde. En Poitou les étin- 
celles du foyer, les petits charbons allumés sont 
appelés « bretons » de feu, et en Berry « bertons. » 



Bertons := bi'etons par métath. : vache bertonne 
^ bretonne. 

La transposition de l'r n'est pas un caprice des pa- 
tois puisque Wace disait Bertaigne pourBretaigne : 
Bertaigne qui est lonsce et lée 
Par pluisors lius est désertée. 

(Brut. V. 8140.) 

Il y aurait une troisième étymologie qui n'est 
pas sans valeur, c'est le rad. brou, bourgeon, par 
assimilation de la bouche qui marmotte avec celle 
qui broute. En Fr. -Comté « bretonner », bougon- 
ner, a pour formes synon. « bretenâi » et «broiitaî. » 
D'un autre côté, en Espagne, un breton est un ten- 
dron de chou. Comp. avec l'ital. brontolare. 

BRETOUNER, v. a. Marmotter, parler entre ses 
dents. Flandre : « bertonner », grommeler; — Fr.- 
Comté : « bretonner », bougonner. (Voy. Breton.) 

BREU, s. m. Breuil, bois, taillis, buisson. Six 
hameaux ou habitations du canton de Montsauche 
portent le nom de Breuil que nous prononçons 
<c breu » et quelquef. breul. 

Une forme féminine se montre assez fréquemment 
dans les noms de loc. : Breuille, la Breuille, comme 
dans le rom. prov. bruelha, taillis. 

Breuil désignait en vi. fr. et désigne encore dans 
le langage technique un bois taillis, un groupe de 
buissons plus ou moins épais. Une vaste prairie 
située aux portes de la ville de Saulieu porte aussi 
cette dénomination. Cette prairie n'a peut-être 
jamais été boisée, mais il faut remarquer que 
breuil a quelquef. pris le sens de pré ou pâturage. 
Roquefort, dans son Gloss., dit qu'un breuil ou 
breu est une prairie appartenant à un seigneur et 
que les habitants doivent faucher par corvées. Duc. 
donne à broa, broil, la signifie, de lieu bas, humide, 
abondant en herbe. 

Champ. « breil, broil », bois ; — Norm. « breuil », 
bois; « breuiller », rôder dans les bois; — Forez : 
«breil, breuil; — H. -Auvergne : « breur », bocage ; 
— Lang. « bruèl, bruèil », fourré, taillis ; — anc. 
allem.briU;— allem. 5ru/(?, marécage. (Voy. Brui.) 

BREUGcNAS, s. m. Brumes, nuages très rappro- 
chés de la terre. Morv. n. « breugnes. » Vi. fr. 
breuillas = brouillards : 

Serjanz meurent, li airs s'empoudre 
Comme par Breuillaz ou par nièle. 

(GUILL. GuiARI, V. 2675.) 



BRE 



124 — 



BRE 



Mais notre mot se rattache plutôt ;\ bruine avec 
la signifie, de brouillard qui tombe, petite pluie 
fine. En Bourg. « bruène » = bruine, et « breu- 
gne » = brouillard ; — Champ. « brongne » ; — 
Pic. « brouaine » ; — wallon : « brouhène. » 

Du 1. pruina,, frimas ? (Voy. Breunaisse.) 

BREUILLE, s. f. Brouillard peu épais, brume 
légère. Morv. n.-n.-o. 

BREUILLER, v. n. Beugler, pousser des mugis- 
sements. Dans quelques localités du Morv. n. ce 
terme s'applique plus spécialement aux vaches. 
Poitou : a breuiller », mugir; — 'Fr. -Comté, Suisse 
rom. « brûllhi » ; — allem. brullen, rugir ; — De 
rugitus comme bruire ? 

Dans le Luxembourg « brouiller » = bourdonner 
et se dit des abeilles, des hannetons, etc. (Voy. 
Bi-û.) 

BREULÉE, s. f. Brûlée, galette grossière dont 
la surface est frottée d'huile. 

BREULER, V. a. Briiler, consumer par le feu. 
« Que r tounâre m' breule ! qu' lai fièvre m' 
breule! qu' 1' guiabe m' breule ! » Autant d'im- 
précations familières au Morvandeau. 

— « Breuler » une rivière, c'est y jeter de la chaux 
pour en faire périr le poisson et s'en emparer. 
<i Les Morvandiaux, dit M. Dupin, ne s'amusent 
pas à pécher au filet, à la nasse ou à la ligne, cela 
les ennuierait, mais ils prennent un ou deux muids 
de chaux vive, la secouent dans un sac ou dans des 
paniers et la détrempent dans le ruisseau. Ils 
corrompent ainsi l'eau, la rendent inhabitable au 
poisson qui ne tarde pas à venir expirer à la sur- 
face ou sur les bords c'est ce qu'on appelle 

« brûler une rivière. « (Le Morvan, p. 21.) 

Le procédé ressemble à celui des sauvages qui 
coupent un arbre pour avoir le fruit. Comme le 
remarque très bien l'ex-châtelain de Raffîgny, un 
impitoyable braconnier dépeuple ainsi toute une 
rivière pour prendre un plat de truites. 

L'étjmol. du verbe brûler est obscure. On a 
proposé une forme lat. perusfiiJare, qui aurait 
donné naissance à l'ital. brustolare, griller, des- 
sécher par le feu. On a proposé encore le bas 1. 
ustolare avec le préfixe péjor. ber ou bre, mais il 
y a beaucoup d'incertitude dans ces origines. 



Brûler n'est peut-être qu'une métathèse de hurler 
dérivé de burra = burla, feu de joie, feu en géné- 
ral. La Suisse rom. dit « bourla = bourler « pour 
brûler, consumer par le feu, « bourlon », goût et 
odeur de brûlé; « à la bourletta », à brûle-pour- 
point. Comp. avec l'anglais to burn, brûler, qui se 
rattache probablement à la même étj'mol. 

To borne, to burne, dans Palsg. , - p. 460 et 472, - 
signifie allumer, brûler. Ce verbe semble corres- 
pondre au mot du Dauphiné « empura », allumer 
le feu, faire brûler. 

D'un autre côté bru pour bur se rencontre dans 
un certain nombre de mots. Je cite seulement 
burnir qui est devenu brunir. Dans Palsg., -p. 460 -: 
« Il burnit toute la vaisselle dargent quil eust en 
sa mayson. » L'ancien anglais est borriyssh. Le 
moderne to burnish, brunir, polir les métaux, 
sous-entend l'action du feu. Quelques dialectes 
ital. nous offrent bornisa, burnisa, burnis, pour 
cendres chaudes. 

On retrouve cette transposition dans les noms 
de lieu. Ainsi Bruley dans la Meurthe, canton 
norddeToul, a pour forme ancienne (au IX" siècle) 
Buresiacum. (Voy. Borde.) 

BREULEURE, s. f. Brûlure. Suivant la légende 
du pays, S. Jean guérit la brûlure en soufflant sur 
la partie malade : « Le bon Dieu et le bon S. Jean 
s'en vont s' promenant. Dans leur chemin ils ont 
entendu une voix. Le bon S. Jean dit : Mon Dieu, 
j'entends. Jésus répond : C'est un enfant qui se 
brûle. Va-t'en, tu le guériras de ton vent. » (Voy. 
Vent.) 

BREULI, s. m. Lieu où l'on a brûlé du lîois, 
du gazon, des genêts, etc. ; terrain dont on a opéré 
le brûlement après l'avoir écobué. Nos laboureurs 
ne lisent pas Virgile, mais ils suivent souvent ses 
conseils en faisant d'énormes « brûlis » dans leurs 
champs : 

Sfepe etiam stériles incendere profuit agros 
Atque levem stipulam crepitantibus urere flammis. 
(Géorg. I, v. 84.) 

— Les Brûles, les Brûlats, les Brûlées, les Brû- 
lons, noms de loc. dans la Nièvre. 

Fr.-Comté : « breler », brûler; « brela », ter- 
rain écobué pour èti'e brûlé. 

BREULIN, s. m. Un «breulin » est tout ce qui est 



BRI 



- 125 



BRI 



susceptible de s'enflammer, de prendre feu. Les 
genêts secs servent ordinairement de « brculins » 
pour allumer. L'amadou est le « breulin » par ex- 
cellence. 

BREUNAISSE,s. f. Brouillard qui tombe, petite 
pluie fine. Dans brunasse la termin. asse nous 
paraît dégradative comme âtre dans brunâti'e. La 
« breunaisse » est en effet une brume légère et de 
courte durée. 

Ital. brune:za, obscurité; brunazza, fém. de 
brunazzo, un peu brun. (Voy. Breugnas.) 

BREUNAISSER, v. n. Se dit des brouillards qui 
crèvent en pluie fine. 

BREUNES, s. f. Brouillards humides ou secs. 
Ne s'emploie qu'au pluriel. Le temps est rempli 
de « breunes. » Ce mot peut être une corruption 
de brumes, mais on pourrait aussi le rattacher à 
brune, subst., qui a donné au fr. la loc. usuelle : 
à la brune. Le sens étymol. de brun est brûlé. 
On peut donc rapprocher « breunes » de fumées, 
deux mots synonymes pour désigner le brouillard. 
(Voy. Feianée.) 

— ' Poitou : « brune «. nuage très noir ; « bru- 
neur », nuage orageux; — rom. prov. brunor, 
entrée de la nuit. 

BREUNOT. Nom de bœuf, de couleur brune. 

(Voy. Beurne.) 

BBEUTEILLE, s. f. Broutille, menue branche 
de bois, brin. « Breu » = brout, pousse annuelle 
du taillis ; — Norm. « broussetilles, broustilles. « 

BREUTEILLER, v. a. Broutiller, manger par 
petits morceaux. S'emploie en parlant des per- 
sonnes par extension de l'anc. verbe brousteler 
dimin. de brouter. 

BRICOILLE, s. m. Celui qui fait tous les mé- 
tiers, qui est toujours en mouvement pour toutes 
sortes de petites besognes. On dirait en fr. brioo- 
lier. Morv. n.-n.-o. 

BRICOLE, s. f. Chose sans importance, objet de 
peu de valeur, tripotage. 
— Bride de sabot, lanière, courroie de cuir. On 



trouve quelquef, brigoleen vi. f. — esp. brigola; 

— ital. briglia, bride. 

BRICOLER, V. a. S'occuper à des riens, aller 
et venir pour des niaiseries, tripoter. En fr. brico- 
ler n'a pas la même signific.au moins dans les dic- 
tionnaires, car dans le langage populaire il a un 
sens très rapproché du nôtre. Ce verbe dans Cor- 
neille signifie souvent, au propre et au fig., aller 
par des voies obliques : 

Ne sait-il pas encor les plus rusés détours 
Dont votre esprit adroit Bricola vos amours? 
[Suite du Meyiteur, ii, 4.) 

Dans Malherbe, être bricolé, être ballotté, poussé 
deçà et delà : « De quelque façon qu'on se 
repose, il en est toujours mieux que d'être impli- 
qué dans le tumulte des affaires et Bricolé de 
leur flux et reflux perpétuels. « (Epîtres de Së- 
nèque, 82.) 

Poitou : « bricoler », chanceler, aller en zig-zag ; 

— Pic. t( bricoler », tergiverser. (Voy. Brigoler.) 

BRIGADE, s. f. Troupe en général : une bri- 
gade de gens, une brigade de monde, pour beau- 
coup de gens. — Bas 1. brigacla, brigata, bande, 
réunion de personnes ; ital. brigata, troupe, coterie. 

(Voy. Brigolé.) 

BRIGANDER, v. n. Faire le brigand, marauder 
en courant cà et là ? 

Dans quelques textes brigander est un verbe 
actif et signifie piller. 

Pour le moins sainct Niquaise ne Briganderoit pas 
le pays comme il fait. 

(Duc. Drigandi.) 

Le terme brigand ou brigant impliquait à l'ori- 
gine l'idée de courir, de vagabonder. 

Pic. « bringander », vagabonder. (Voy. Bri- 
goler.] 

BRIGOLE, s. m. Gendarme : « cor via, voiqui 
lé brigolés », cours vite, voici les gendarmes. Les 
protecteurs de l'ordre public sont ainsi appelés à 
cause des couleurs tranchées de leur buffleterie. 
On les nomme encore « barrés » pour le même 
motif. Il y a longtemps que la bigarrure de leur 
uniforme les a signalés à l'attention. Dans la 
Recollection des Merveilles advenues en Piastre 



BRI 



126 - 



BRI 



temps, Molinet, continuateur de G. Chastcllain, 
dit : 

J'ay veu gendarmerie 

Bigarrée à tous lez, 

Comme juïfverie, 

Riollez, piollez 

De diverses bigornes, 

Et d'estrançres façons. 

BRIGOLE, part. pass. Bariolé, peint de diverses 
couleurs , marqué de dessins , d'arabesques , de 
raies. 

Jura, Metz : « brigolé » ; — Poitou : « brigalé » ; — 
Fr. -Comté : « brigoulé » ; — Suisse rom. « bre- 
gola. » On remarquera qu'en Berry « brigaillé = 
maraillé » s'emploie pour « bariolé. » Les deux 
préfixes b et mar sont préjoratifs, à moins que le 
premier no soit un reduplicatif. Dans lefr. bariolé, 
la particule ba marque également la dépréciation 
comme dans le genevois « baricolé. » En Champ. 
« cabriolé », formé du préf. cab et de riolé, a le 
même sens à peu près. 

BRIGOLER, V. a. Paire un dessin sur un objet 
quelconque, y tracer des raies, le peindre en ban- 
des de diverses couleurs. Beurre « brigolé », 
beurre sur lequel on fait des rayures plus ou moins 
symétriques pour le rendre agréable aux yeux : 
sabots « brigolés », c.-à-d. marqués de dessins qui 
en ornent la surface ; robe « brigolée », c.-à-d. à 
raies ou à couleurs tranchées, etc. 

« Brigoler » paraît être pour rigoler, en vi. fr. 
rioler. avec la particule b qui indique ou le redou- 
blement ou la dépréciation. Cette particule a été 
ainsi ajoutée à braire tiré de raire, à bruire tiré de 
ruçjire, etc. 

Le fr. rigole se rattache à riga, raie, comme 
cabriole à cabri, variété de capra, comme bestiole 
à bestia. Rigole est une forme fémin. de riguhis, 
petite raie, petit canal en bas-latin. Rigolé, en se 
contractant, a donné à l'anc. langue l'adj. riolé, 
rayé. Au propre, rigoler signifiait tracer de pe- 
tites raies ou rigoles, glisser, couler, passer rapi- 
dement. Une flèche, une balle, une pierre rigolent 
ou se rigolent dans l'air : 

Quarriaus à descochier commencent, 

Par l'air cà et là se Rigolent, 

O les quiex espessement volent 

Séaites de fresne 

(GuiLL. GunRT, V. 2238.) 



Ce verbe n'était guère usité dans cette acception. 
Au fig. il exprimait un mouvement, un remue- 
ment. Se rigoler, c'était se démener, se trémous- 
ser, courir de côtés et d'autres. De là est sortie 
l'acception la plus générale qui, du vi. fr., .s'est 
transmise à nos patois, celle de se divertir bruyam- 
ment, de folâtrer. Rigolleur = coureur, et dans 
le langage populaire, bambocheur. Rabelais et 
J.-B. Rousseau l'ont compris ainsi. Le premier, 
- Garg. i, 5, - nous montre les hôtes de Grandgou- 
sier dansant sur l'herbe au son des flageolets : 
« Tant baudement que cestoji; passetemps céleste 
les veoir ainsi soy Riguouller. » Chez le second 
nous voyons un bon vivant 

Se Rigollant, menant joyeux déduit 

Et jusqu'au soir faisant le diable à quatre. 

Au résumé rigolage était à peu près synonyme 
de libertinage. 

Le fr. bricoler qui renferme, suivant M. Littré, 
le sens de marcher par des voies obliques : « J'ai- 
lois Bricollant sans chandelle, et tombant d'un 
costé et d'autre comme un homme qui serolt 
yvre de vin » (Palissy, p. 321), signifie dans le 
H. -Maine aller en divers sens, à l'étourdie. Le 
Dict. de l'Académie l'interprète par biaiser. Cette 
définition correspond à celle de tergiverser qui 
existe en Picardie. Au propre et au fig. nous 
retrouvons toujours l'agitation dans les voies obli- 
ques comme dans le simple briguer, lequel n'est 
autre, croyons-nous, que riguer, tracer des raies, 
des chemins, avec ce même préfixe b. Riguer 
n'existe en fr. que dans irriguer, mais en ital. nous 
avons rigare, tracer des lignes, des raies, qui 
correspond à brigare, travailler avec effort, se 

fatiguer à , à irrigare, ouvrir des rigoles pour 

l'arrosement. Palsgrave, - p. 689, - attribue à bri- 
guer la signifie, de rôder : « Il ne fait rien aultre 
chose que rauder ou briguer toute jour. » En rom. 
prov. briguar=^ frayer, suivre une ligne, une voie. 
Le subst. brigand, dont l'origine n'est pas connue, 
appartient peut-être au même primitif. Le sens du 
mot est rôdeur, ou pour emprunter l'orthographe 
de Palsg., maraudeur. Or rigantes, participe de 
rigare, avec le préf. b, donne au bas 1. brigantes. 
On remarquera que le rom. prov_, avec la forme 
rega pour raie, chemin, dit brega et bregan pour 
brigue et brigand; tandis que l'ital. où se trouve 
la forme riga, dit briga et brigante. Dans cette 
dernière langue brigare ne signifie souvent que 



BRO 



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BRO 



aller vite, faire diligence. Brigante, observons-lo 
en passant, n'est pas pris dans le même sens qu'en 
français. Le mot ne désigne qu'un homme affaire, 
actif, qui se démène pour atteindre un but. Bri- 
gander n'est qu'un fréquent, de briguer. Dans 
Corneille brigand est un adj. qui ne signifie que 
vagabond, errant : 

Traître qui te fais fort d'une troupe Brigando 
.Te to choisirai bien au milieu de ta bande. 
[L'Illusion, m, ch. xi.) 

Brigade, troupe mobile et légère ; brigantin ou 
brigantine, bateau de course à la marche rapide, 
sont des mots de la même famille. Les patois au 
besoin fourniraient plus d'un témoignage à l'appui. 
Ainsi à Genève on appelle « bregolet « une petite 
machine à roulettes à l'usage des enfants. Un 
« bregon » y est un serviteur empressé qui va et 
vient avec activité. Le Poitou nomme « brigalé » 
un objet de plusieurs couleurs, et « brigalet » un 
mauvais cheval, sans doute parce qu'il tire inéga- 
lement et trace des sillons irréguliers en marchant. 

On remarquera encore sur ce mot que dans plu- 
sieurs patois « brigand » signifie hanneton, insecte 
dont le vol est un véritable vagabondage. Berry : 
«brigand », frelon. — En Fr. -Comté (Fourgs) 
« bregander » n'a que le sens de courir les caba- 
rets. Le mot a pour synon. « brioler « qui semble 
construit avec rioler et le même atïixe b. 

Brigoler et bricoler sont peut-être un même mot 
sorti d'un tlième rigolare, tracer des l'aies, aller et 
venir au fig. Le fr. a dit brigole pour bricole. En 
esp. hrigola = bricole, machine de guerre. Le b 
dans bricole semble avoir un sens plus particul. 
préjoratif. (Voy. Carrouge, Enréger, Enrïer, 
Enroi, Rigoler, Rigouler, Rue.) 

BRIGOLEURE, s. f. Étoffe de boge ou boige 
fabriquée par les tisserands du pays, et à raies de 
couleurs diverses. Le mot désigne en général une 
surface rayée ou bariolée. (Voy. Boige.) 

BRINCE, s. f. Branche d'arbre. Morv. n. — 
« Norm. bringe », houssine, baguette; — Suisse 
rom. « breintza », branche, rameau. 

BROCOT, s. m. Bouchon de feuillette, bondon, 
cheville qui la ferme. « Brocot » est un dimin. de 
broche, qui désignait une canelle, un robinet de 
tonneau et quelquef. aussi par extension le gou- 
lot, l'ouverture du vase. On appelait «vin à broche» 



le vin qui se vendait au détail, c.-à-d. tiré au fur 
et à mesure à l'aide du robinet ou bec, et débité 
par brocs ou cruches : 

Li obédiencier fors lou cliamborier no porront van- 
dre leur vin à Broiche.... si aucuns vant vin à Broiclio 

tant com li bans l'abbé durra il le doit amandcr et 

cil qui achètera perdra lou pot et le vin. 

(CTi. n. Il, p. :til.) 

Dans Duc. « broccœ, vinum venditum ad bro- 
cam, ad brochiam vin vendu à broche. » 

Champ. « broc, broche », pot de vin ; « broisse- 
ron », robinet ; — Flandre : « brochon », mesure 
pour les liquides ; — Mons : « brochon », bec d'un 
vase; — Esp. brocal de bota. = bondon, canelle, 
goulot. 

Le sens de pointe et de bondon est renfermé 
dans le dimin. « broquelet » qui en Flandre dési- 
gne un fuseau de dentelière, et en Champ, le 
bouchon d'un tonneau. (Voy. Beurchie, Sià.) 

BROICHE, s. f. Broche, grande aiguille à tri- 
coter. 

BROICHER, V. a. Mettre une broche. Ne s'em- 
ploie guère qu'en parlant de l'opération où l'on 
attache un morceau de fil de fer au groin des 
porcs afin de les empêcher de fouiller la terre. On 
broiche les cochons lorsqu'on les lâche dans les 
prairies. En vi. fr. brocher, brocjuer = éperonner, 
c.-à-d. piquer comme avec une broche. Berry : 
« brocher » = tricoter, poser un séton ; — Pic. 
« se broquer », se piquer. (Voy. Embroicher.) 

BRONDE, s. f. Rejeton, pousse, feuillage de 
certaines plantes que l'on cueille pour aliment. 
(c Bronda virgultum, ramusculus vulgo broutilles.» 
(Voy. Duc. Bronda.) Dans Roquef. brounde, bour- 
rée, comme en Lang. « broundo. » « Brondilles », 
menues branches en Niv. = « bressille » en Berry, 
« breutille » en Morvan, broutille en fr. ; — Jura : 
« bronde », branche d'arbre avec ses feuilles; — 
Fr. -Comté : « bronde, brande », menue branche; 
— Suisse rom. k bronda », feuillée, branchage ; 
« ébronda », ébrancher; — Rom. prov. brondiU, 
brondelh, feuillée, rameaux. 

Comp. avec l'ital. bronda, qui, dans le dial. 
lombard, signifie chevelure, tête, et dans le dial. 
piémontais, rameau d'arbre. « Bronde » dans la 
dernière région signifie écimer, c.-à-d. couper la 



BRO 



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BRO 



«bronde. » De l'anc. h.-allem. broz, bouton, bour- 
o-eon, pousse d'arbres? Le breton a brons, brous, 
bourgeon; brousa, bourgeonner. 

BRO]n)I, adj. Brun, In-uni, de couleur sombre. 

— A la «brondie», àlabrune,à l'entrée de la nuit. 
En vi. fr. brunti, brun, bruni : « Et pour che donna 
à l'église ung image de Nostre-Dame doré de fin 
or Brunti. » (Voy. Duc. Bruntus, Brunedo.) Au 
premier mot, une recette de Palladius, - De archi- 
tectura, - est ainsi conçue : « Compositio Brundi ; 
sume seramini partes duas, plumbi unam , stanni 
unani. » 

Berry : « à la brundie » , a. labrune ; « s'abrundir » , 
devenir brun ; le temps « s'abrundit. « 

BRONDON, s. m. Partie supérieure de la tige 
de certaines plantes, extrémité qui porte les 
bourgeons ou fleurs; « brondons « de choux, de 
navettes, etc. La soupe « aux brondons » n'est 
pas sans mérite quoique à l'usage des pauvres. 

S'emploie pour désigner les boutons, les petites 
proéminences charnues du visage : il a un brondon 
au nez. Dans cette acception «brondon» correspond 
au fr. bourgeon, à l'ital. brocco, broccolo, tendron, 
rejeton, dériv.dul. brochus, brocchus, proéminent. 

Pic. « bordon », bourgeon ; — Fr. -Comté : 
"■ brondon », brocoli de chou. — En Poitou «brout » 
signifie feuillage et quelquef. bourgeon. 

BROQUER, V. n. Roter. Le latin eructare avait 
un sens beaucoup plus noble : « Eructavit cor 
meum verbum bonum. » En Berry « broquer » se 
dit pour heurter. Comp. avec le vi. fr. hurt, choc, 
secousse. 

BROSSE, s. f. Haie vive qui forme la clôture 
des héritages. Morv. n. « brousse. » 

— Avant-brosse, lisière boisée plus ou moins 
épaisse le long des haies vives et qui sert d'abri au 
bétail : 

Fain demore en un champ perreus 
Où ne croist blé, buisson, ne Broce. 

[R. de la R. v. 10187.) 
Ez-vos poignant parmi les Broces 
Ysengrin qui s'enbat as noces. 

{Renart, v. 617.) 

Par une Broce lez un plain, 
Renart s'en va toute une sente. 

[Ib. V. 1716.) 



Duc. ne se trompe-t-il pas lorsque sous le mot 
Broccsc, il donne le sens de pieux à brokes dans 
cette phrase de V Histoire de Merlin et d'Arthur : 
K En une praerie qui est enclose de brokes » ? Le 
dialecte pic. prononce souvent en k le c ou les ss. 
L'anc. langue disait brocereux pour buissonneux. 
Au XVI" siècle Montaigne, Buiïon au XVIIP, 
usent encore de la forme brossailles pour brous- 
sailles. 

Il y a en France une multitude de localités qui 
portent le nom de la Brosse ou les Brosses. Dans 
le Nivernais seulement quarante hameaux ou ha- 
bitations sont ainsi appelés. Cela démontre l'em- 
ploi général du terme avec la même signification 
dans toute l'étendue du royaume. On trouve en 
Morvan les dérivés Brochât, Brossart, Brossier. 
Brocard, etc. 

— Les Brochats, c'"' de Lucenay-les-Aix ; — 
les Brossiers, c"" de la Celle-sur-Loire ; — les Bro- 
cards, c""^ de Gouloux. 

Diez rattache broce ou brosse à l'allem. bûrste, 
brosse, ustensile à nettoyer, par analogie entre un 
taillis brouté et le poil hérissé des animaux. Le 
fr. offre la même image dans le mot vergette, 
petite brosse : « Les habits se netoyent avec des 
vergettes et ramonettes. » (Voy. Comenius, p. 175.1 
Sans viser à un jeu de mots déplacé, c'est ici le 
lieu de remarquer que nulle part plus qu'en Mor- 
van, pays d'élève pour les bêtes à cornes, les bros- 
ses ou haies vives, sans cesse rongées par les ani- 
maux, n'offrent l'aspect d'une énorme brosse à 
habits. 

Suisse romande : « brouta », brosser, vergeter ; 
«brosse», foin de rebut déjà brouté ; «brossu », celui 
qui a des cheveux crépus; — Norm. « brousse », 
terrain couvert de grandes herbes ou de brous- 
sailles ; — ■ Fr. -Comté : «brousses », broussailles, 
débris, miettes, restes. 

BROTER, v. a. Brouetter, mener avec une 
brouette, voiturer. Morv. n.-n.-o. Flandre: «brou- 
ter » ; — Champ. « broutier », celui qui mène une 
brouette. 

BROU-DE-BIGUE, s. m. Chèvrefeuille ou brou- 
de-chèvre. Le brout en fr. est la pousse printa- 
nière des arbres et arbustes. Sous toutes les formes 
les langues et les patois associent la chèvre à la 
plante odorante qui est l'ornement de nos haies. 



BRO 



— 129 



BRU 



Si le chèvrefeuille est appelé « brou-de-bigue » 
dans le Morvan n.; on le nomme avec quelque 
raffinement « seuçot-de-bique » dans le Morv. b. 
Noi'm.«broubiquet>>; — Berry : «broutebiquetto»; 

Maine : « broutebiquet »; — Nivernais : «brou- 

tebigot »; — Rom. prov. caprifuelh ; — italien : 
caprifolio ; — latin : caprifolium. (Voy. Seuçot- 
de-bique.) 

BROUILLER, v. a. Orotter, salir, tacher. Avoir 
des habits « brouillés », être tout « brouillé. » En 
fr. brouiller a conservé dans certaines loc. le sens 
de salir, noircir : brouiller du papier ; le temps se 
brouille, etc. L'anc. langue donnait au mot la 
signifie, exacte de salir : 

Le très vaillant et grand Pompée 
Ung matin qu'il sacrifia 

Ot sa robe de sang Broullée 

[Gloss. de RoQUEFuRT, Broidlé.) 

Wallon : a brouli », boue ; — Suisse romande : 
« brellhi » , gâter , salir. (Voy. Châirbouiller, 
Touailler.) 

BROUSSE, s. f. Brosse pour nettoyer les habits, 
les meubles, etc. « Uns serons (peigne de fer) ou 
Brouesse valant trente sols tournois. » (Duc. 
Brustia.) « Les verres estans bien lavez et rein- 
cez et frottez avec une Broussette. » (Comenius, 
p. 169.) Pic. « brouesse »; — wallon, rouchi : 
«brouche » ; — Champ. « brouche », étrille, brosse. 
(Voy. Brosse.) 

BROUSTILLON, s. m. Repas de famille qui se 
donne à l'occasion de la naissance d'un enfant. 
Morv. n.-n.-o. Le vi. fr. avait le verbe brousteler 
dimin. de brouster. Suisse rom. « broutaku », 
repas de relevailles. 

BROUTER, v. n. Se dit par assimilation d'un 
faucheur qui ne coupe que la pointe de l'herbe, 
laissant toute la fourrure. 

BROUTIE, s. m. Veau qui est demeuré chétif à 
la suite d'un sevrage prématuré, avorton. Dans le 
Maine : « broutard », veau d'un an. Quelques 
spéculateurs recherchent les « broutiés » pour les 
restaurer et les vendre ensuite avec bénéfice. De 
brout, pousse d'arbre, parce que ces animaux ma- 
ladifs se traînent en broutant le long des haies. 



BROUTÔ, s. m. Repas qui se donne le jour du 
baptême d'un enfant : 

Mais quoy que vous soyez si mal apparié, 
Si vous faut-il Brouter où vous estes lié. 

{Th. fr. VIII, p. 59.) 

Pr.-Comté, Pic. « broute », pain; — H. -Auver- 
gne : « brosta », jeune pousse des arbres émondés 
qu'on nomme « brou de mai » en Berry ; — rom. 
prov. hroto, ibid. ; hrostar, manger; hrosl, rongé. 
De brout, bourgeon, pousse d'arbre. On a donné 
au mot par extension le sens de nourriture, aliment, 
ce que le vi. fr. nommait viande comme on le voit 
dans un passage d'Amyot cité par le Dict. de la 
langue fr. à Brout : « Ceulx qui ne bougent 
^d'alentour des tables plantureuses, qui ne cher- 
chent que le Broust, comme l'on dit. » 

BRU, s. m. Bruit, tapage, vacarme : «an' 
moune pâ eun gran brû », il ne fait pas de bruit, 
il est d'humeur tranquille. Bru ou brut existe dans 
l'anc. langue et dans la plupart des patois. Chan- 
tons, bruyons! dit une chanson. « Avoir le bru » 
en Poitou sous-entend qu'on a le renom de sorcier. 
« Brute », en wallon, vive réprimande; « bruti », 
faire du bruit ; « brutiner », ébruiter ; — Forez : 
a brure », faire du bruit, crier ; — Suisse rom. 
« bruta », murmurer, gronder ; — Lang. « bru », 
bruit, renom, rumeur. Ces diverses formes appuient 
l'étymol. proposée par Ménage : rugitus avec un 
b préfixe de redoublement. Le port, ruido, bruit, 
témoigne pour cette origine. (Voy. Breuiller.) 

BRUCHE, s. f. Grosse corbeille ronde et faite 
avec de la paille tressée. Elle est ordinairement 
munie d'un couvercle. Forez : « bru », ruche 
d'abeilles ; — rom. prov. brusc, ruche ; brusca, 
rameau. 

BRUCHON, s. m. Corbeille en paille tressée. 
Dimin. de « bruche. » 

Fr. -Comté : brechon, bruchon », sébile en paille, 
ruche; — Genève : « bruchon », brin de paille. 

BRUI, nom de loc.-Bruy, fief près de Poussignol- 
Blismes, est appelé au XVIP siècle Bruy-en- 
Morvan, Bruyt-en-Breuil. ^ Ruisseau du Bruit, 
c°° de Montigny-en-Morvan, un des affluents de 
l'Yonne ; les prés de Bruit à La Vault, c"'' de 
Prétoy, etc., etc. Le Gloss. du Centre mentionne 

17 



BUE 



- 130 - 



BUE 



aussi une localité nommée le Bruit-aux-Chats, 
près de Neuilly-en-Dun. 

M Breu, bru, brui », sont des variantes pour 
breuil, bois ou buisson, variantes très répandues 
dans la toponomastiquc rurale. L'anc. langue les 
connaissait : 

A unes haies d'uns granz Bruiz 

Se sunt H reial retenu 

Qu'il n'unt avant parsegu. 

(Benoit, v. 914.) 

Le trouvère normand nous offre bruil pour bois; 
bruillat, bruillet, pour bosquet, buisson. L'orthog. 
adoptée par le cadastre est souvent erronée. Le t 
final n'a pas de raison d'être. (Voy. Breu.) 

LUBU, BUBUNE (FÉRE), loc. Boire dans le lan- 
gage enfantin. Se rattache à l'onomatopée des lèvres 
qui s'agitent. En ital. bu bu exprime un murmure 
confus et équivaut au subst. hisbiglio qui se rap- 
proche du tei'me usité dans le ^lâconnais « bibi » 
pour bubu. On peut comparer avec le monosyllabe 
bu, le basque butz, souffle; l'esp. buz, lèvre, bai- 
ser; le polonais buzia, bouche, baiser; et enfin le 1. 
buii que le Dictionariolum puerorum traduit par 
« le bruuage des petis enfans. » 

BUE, s. f. Buse, oiseau de proie. Morv. n. 

BUE, s. f. Buée, lessive. Buée, subst., appartient 
encore à la langue, mais le vieux verbe buer qui 
ne signifiait laver que par extension et dont le sens 
propre était lessiver, a disparu. Villon, dans sa 
ballade f?es Pendus, distingue et marque la valeur 
des deux termes. On est d'abord bué et ensuite 
lavé : 

La pluie nous a Buéz et lavez. 

Il en est de même dans Rabelais, - Pantag., v, 31 , - 
où l'on voit des femmes « laver la buée. » Dans 
Palsg.,- p. 472- : «Je bue, je lave, je fais la lessive. » 
K Buez ces chemises. » Dans le langage technique, 
on entend par buée la vapeur qui s'échappe des 
liquides en ébullition. Le fr. a encore buandier, 
buanderie. « Buie », usité en Bourgogne, dans le 
Lyonnais et ailleurs, n'est qu'une forme mouillée 
de « biie. » 

« Bue » paraît être dérivé du rad. bue et n'être 
qu'une syncope de bucca pour hocca, bouche, bec, 
à cause de la petite gouttière qui, dans le cuvier, 
sert d'issue à l'eau de la lessive. 



Aux environs de "\^alenciennes « buque, bucot » 
= buse et désigne un tube do sureau ou autre, 
une sarbacane, une canonnière appelée non loin 
de là « bouhale. » 

On a dit bue, bug, buse, et par le changement 
de l's en r entre deux voyelles, bure. Ces formes 
ont donné à l'ital. bucato, au basque bukhata, au 
rom. prov. et à l'esp. bugada, au breton bugad, 
au vi. fr. et à presque tous les patois du nord de 
la France, bure. La chute de la consonne médiale 
explique les formes bue, buée, buie. Cette chute 
de l's donne le fr. buhot, bout du tuyau de che- 
minée, tuyau de plume, etc., et le wallon « bu- 
hotte», synon. de « busette », petit tuyau, chalu- 
meau. Les variétés buje, bujée, bujie, bujade, 
reviennent à buse par le changement propre à 
plusieurs dialectes de l's en j. (Voy. Prije.) 

Le wallon « buer, bouwer », faire la lessive, 
donne le véritable sens du fr. buer qui ne signifie 
plus que dégager de l'humidité. Lexivia, en bas- 
latin , était synonyme de buée : « Item quse- 
dam mulier furata fuit quamdam lexiviam sive 
Buée. » (Duc. Lexivia.) Buria = buanderie, 
lavoir. En piémontais « biira » regonflement 
d'eau. 

Berry : « buée, bujée », lessive; « bujot », cuvier 
à lessive ; — Poitou : « buje, bujée, bujie, bujade, 
buie »; — Pic. « buée », lessive ; « bueur », vapeur 
produite par le bouillonnement de l'eau ; « burie », 
buanderie ; — Fr. -Comté : « bouiot » ; — Genève : 
« bouie », lessive ; « bouion », petite lessive ; — 
Suisse rom. « buïa, bouhia », lessive ; — Vosges : 
« bouaie » ; — Metz : « boûron » , petite lessive ; 
— Maine : « bùon », cuvier ; — Flandre : « buée », 
lessive; « burie, buerie », buanderie ; « bueur », 
blanchisseur ; « buresse », lessiveuse. L'allemand 
beuche, lessive, que Diez croit êti-e le primitif de 
buée, nous paraît sortir du rad. bue comme les 
autres formes germaniques et l'anglais buck. (Voy. 
Bure, Buye.) 

BUER, V. a. Laver en lessivant, lessiver : « buer » 
du linge sale. 

Dans Palsg., - p. 472, - I bûche lynen clothes, 
<i je bue, je fays de la lessive. » L'auteur établit 
aussi la distinction entre buer et savonner, dis- 
tinction à l'usage de nos campagnes : « Buez ces 
chemises, car elles sont trop sallies de les laver à 
savon. » (Voy. Bûe.) 



BUI 



— 131 — 



BUI 



BUÏON, s. m. Celui qui perd, qui gaspille son 
temps en bavardages ou amusements puérils ; flâ- 
neur, traînard, paresseux. Ce terme est synon. de 
muson usité dans les villes et de « bujon » ou 
« beujon », forme en j pour s, du Morv. n.-n.-o. 

« Buïon », au reste, est le même mot que buson, 
mais il ne sous-entend pas la stupidité comme en 
fr. et dans la basse -latinité. A Busius, Duc. cite 
un passage fort obscur d'Adam de Bi'ème où on 
lit : « Ibi sunt homincs pallidi, virides et macro- 
bii, id est longi, quos busos appellant. » Ce texte 
extrait de l'ouvrage intitulé : De situ Daniee, 
s'applique à un peuple de la mer Baltique. Une 
charte du recueil de Pérard, - p. 201, - mentionne 
l'épithète de « busion » comme injurieuse sans 
qu'on puisse en bien saisir la signifie, précise : 
« Beraldus quem cognominabant busionem et 
quem rêvera busionem esse constant. « Sauf ces 
exemples, s'ils se rattachent réellement à buson, 
homme paresseux ou stupide, on ne voit pas que 
buse figure dans l'anc. langue avant le XVP 
siècle. En Berry, dit le Gloss. du Centre, les ha- 
bitants d'une certaine région sont appelés les 
«busauds», c.-à-d. les niais, de Saint-Août. 

Buson est-il dérivé de buse, oiseau de proie ? 
Cela est fort douteux, car les patois, outre le subst. 
buson, ont un verbe « buser, busier, businer » qui 
correspond au flamand beuzelen, niaiser, se livrer 
à des minuties. Dans le wallon de Mons « busier )>, 
signifie hésiter, balancer. Berry, Pic, Poitou : 
c< businer, bousiner », perdre son temps, s'amuser 
à des vétilles ; — Norm. « busoquer », s'occuper 
à des niaiseries. La parfaite synonymie de buson 
et de muson autoriserait <à croire que ces deux mots 
sortent d'une racine renfermant la même idée, le 
premier d'un rad. peut-être celtique bus, bouche, 
- irl. bus, lèvre, - qui a donné à l'anglais le verbe 
to buss, baiser ; le second d'un rad. mus, - mû en 
sanscrit, - d'où nous vient mus et muse = bouche, 
lèvre, face. En fr. buse et muse ont formé un assez 
grand nombre de termes qui marquent un certain 
état de la bouche ou désignent la bouche elle- 
même, soit à la lettre, soit en général, comme 
ouverture, orifice, trou. En breton bouéc'h = 
mouéc'h, son qui sort de la bouche, voix; busella 
= musella, beugler, mugir. Dans cet idiome, 
moucha, signifie couvrir le visage, înouga, étouffer, 
mowia, remuer les lèvres sans bruit, mouza, faire 
la moue, musa, flairer, lécher; tandis qu'en Pic. 



« businer » a le triple sens de bouder, niaiser et 
emboucher la trompette. En Flandre « bousète = 
mousètc », femme boudeuse. Il en est de même 
pour les verbes « busier, busiller » qui, en rouchi 
et en wallon, signifient réfléchir. Ces mots, au 
physique, expriment l'effet de la méditation sur le 
visage humain . On pourrait suivre ces frappantes 
analogies jusque dans le grec où pOw = boucher, 
pùÇco = crier, hurler; où |3oOs, bœuf, taureau, 
vache, semble un terme générique qui désigne 
l'espèce mugissante, tandis que pcOua = musicienne 
à cause du chant, pOt« pour puo-ia = mouche à cause 
du bourdonnement, et probablement uûo- pour [xuitôî, 
souris, à cause du museau prononcé. Mûm, au fu- 
tur, puaw = fermer la bouche ou les yeux. Le latin 
fournit les mêmes rapprochements. Bucca, bouche, 
gueule, langue, joue, creux, ouverture; buccina, 
trompette ; buccea, bouchée ; bucco, babillard ; 
buculus et bucula, bouvillon, génisse ; bos, bœuf, 
vache; tous ces termes correspondent au rad. Ijus 
comme mus, souris, musa, chant, musca, mouclie, 
musio, chat, musmo, mouflon, mustella, belette, 
mustio, moucheron, etc., au rad. mus. Dans cette 
langue mussare rappelle exactement l'interpréta- 
tion que Papias donne de muser, murmurer, 
bégayer, c.-à-d. montrer sa bouche ou son visage, 
avec un certain mouvement de lèvres. Musinari a 
le double sens de murmurer et de perdre son temps 
en bagatelles. Les langues romanes se prêtent 
naturellement aux mêmes analogies. Ainsi en ital. 
busare signifie percer un trou, faire une ouverture; 
bucinare, murmurer ; busna, trompette ; buzzo, 
ventre, creux et bouderie; buzzicare, bourdonner. 
Tous ces termes se rattachent à bocca, bouche, 
gueule, ouverture. Far bocchi équivaut à torcere 
il muso, c'est-à-dire à faire la moue, à grimacer. 
Le subst. muso signifie museau, visage, moue, 
grimace; musetto, petit museau; musone, boudeur 
et soufflet; 7nuscia , chatte; mustela, belette; 
7nosca, mouche. Mos = mus ; mostacchio, mous- 
tache ; mostaccione, soufflet, etc. Le jeu de colin- 
maillard où l'on se bande les yeux s'appelle en ital. 
mosca cieca, ou visage aveugle. Et chose assez 
singulière, la locution mettere in musica signifie 
traîner en longueur, c'est-à-dire buser ou muser, 
faire le buson ou le muson. Qu'on applique au 
français, à nos patois surtout, ces recherches par 
assimilation, et on trouvera, je crois, l'origine de 
beaucoup de mots demeurés obscurs. Rat1;achés au 



BUR 



— 132 - 



BUR 



dcuxrad. bus et mus, quelle que soit d'ailleurs la 
forme dialectale, ces mots ofTriront presque toujours 
dans leur diversité une signification pour ainsi 
dire parallèle. Il n'en saurait être autrement si ces 
deux rad. ont été copiés sur un mouvement d'ex- 
pression du visage, sur une manifestation de la 
personnalité humaine, c'est-à-dire sur des onoma- 
topées. (Voy. Babouin, Bôbance, Bubu.) 

BDJON, BEUJON, s. m. Lambin, paresseux, 
traînard, comme le précédent. Morv. n. 

BUJOUXER. v. n. Perdre son temps, muser. 
Morv. n.-n.-o. — Bourgogne : « busenai. » (Voy. 
Buïon.) 

BURE, s. f. Buie, buire, vase muni d'un bec ou 
goulot dans lequel on renferme principalement 
l'huile. Dans Comenius, - p. 3 : - « L'huile estant 
bien nette et purgée, on la met en des cruches, 
vases, Buires et Buirettes. » 

Burault, augment. de bure, désignait dans le 
Maçonnais une mesure de capacité qui contenait 
VII quartes et demi, tandis que la feuillette (fillette 
dans les anciens titres) en contenait xv. (Voy. le 
Cartul. de St-Vincent deMâeon, p. 449.) 

« Bure », par le changement fréquent de s en r 
entre deux voyelles, est une variante de « buse », 
comme on le voit dans le patois bourg, où « bu- 
rette », dimin. de « bure », est synon. de busette, 
et dans un texte bas 1. cité plus loin, où septem 
burias nous paraît désigner sept conduits, canaux 
et non sept sources. 

Les paysans des env. de Paris au XVIP siècle 
changeaient volontiers les s en r et les r en s. Dans 
la Conférence agréable quelquef. citée, les inter- 
locuteurs disent indifféremment Pasi pour Paris 
et églire pour église : « Je feume à l'eglire chanter 
le Tedion. » Cette prononciation était certaine- 
ment un jargon, mais un jargon populaire, c'est-à- 
dire tenant par quelque fil à la vieille langue. 

Le fr. buire est le même mot que bure. L'i mé- 
dial n'est qu'un accident dialectal. Le vi. fr. disait 
buhe, buie, buire, bure, buse, busse, pour dési- 
gner un vase à goulot, un canal, un conduit, un 
tube, un tuyau, une bouche ou un bec qui verse 
un liquide : 

Ung jeune homme avoit rompu et cassé une Buhe 
ou cruche de terre. 

(Duc. Buhetarius.) 



En sa meson n'ot nule entrée 
Fors un Buiot quant est fermée. 

{Renart. v. 13748.) 

Une fontaine couroit moult rade et moult vive 

sans Buse ni tuiel ne tive 

(LlTTRl-, Dict. Froiss.\rt.) 

Pergebat ad villam qute Septemburias dicitur 

(Duc. Buria.) 

Il convient donc de rattacher le mot bure au 
même rad que buse, lequel paraît être bec à cause 
du goulot en pointe qui accompagnait primitive- 
ment ces sortes de vases. En fr. bure désigne un 
puits profond, le tuyau d'un soufflet de forge, etc., 
et buse, le conduit d'un biez de moulin, l'aqueduc 
d'une digue, etc. Le dimin. burette est expliqué 
par la variante busette qui se disait d'un petit 
tuyau et en somme du bec qui répand un liquide : 
« Li fossez dessous qui est fossez de la ville est 
abuvrés par une Busete. » (Duc. Busa.) 

Buse et busette sont encore usités aux env. de 
Valenciennes pour désigner un tuyau en général 
et des tuyaux de drainage en particulier. 

De la forme bure on peut rapprocher burin, ins- 
trument à pointe qui, en esp. et en port., est appelé 
buril. On comparera avec buse, oiseau au bec de 
faucon, bus, buse, busse, navire qui était muni 
d'une proue aiguë, arquebuse appelé arcus busus 
en bas 1., arme qui n'était pas autre chose qu'un 
arc accompagné d'un tube ou canon. 

L'esp. buzon indique à la fois un conduit, l'en- 
trée d'une boîte aux lettres, le déversoir d'un étang. 
Le castillan a buz, baiser, petite bouche ; buso 
agujero, canal, issue, ouverture pour l'eau. De ce 
buz, baiser, on rapprochera l'angl. buss qui a la 
même signifie. En ital. buso est un adj. qui signi- 
fie percé, troué. Dans les dialectes lombards «bua» 
= dent, pointe ; «. biiza » désigne un torrent qui 
sert au transport des bois, c'est-à-dire un canal 
ou conduit par appropriation. 

— Bure (la) nom de loc, c"' de Luthenay; 
Bureaux (les), c°* de Millay ; Buzeaux (les), 0°*= de 
Saints dans l'Yonne. Cette loc. s'écrivait Bureaux 
au XVIP siècle. Buzy, nom d'un ruisseau, c"" de 
la Chapelle-St-André, se nomme Bury à la même 
époque. 

Fr. -Comté : «bure », vase à bec; Berry : «buie », 
cruche à anse; — Poitou : « bue, buge », cruche ; 
— Norm. « buhot », tube de bois; « busot », brin 
de paille, fétu ; — Pic. « buire », burette, cruche 



BUT 



— 133 — 



BUY 



déterre; « buise, busine », tuyau de gouttière; 
« buhot», fuseau, orifice d'un tuyau de cheminée; 
— Champ. « buze », entonnoir; — H. -Maine : 
« bue, buie », cruche avec gargouille; « boire », 
rigole, canal; — wallon : « buse, buset », bec, 
goulot, conduit, roseau, tube, tuyau ; « canne-à- 
bûse », sarbacane; — Flandre : « buiche, buisse », 
tuyau de conduite des eaux. 

Le Poitou a le verbe « dcbui-er » pour vider, et 
la H. -Auvergne «emburna», transvaser un liquide 
d'un vase dans un autre. (Voy. Bile.) 

BUTER, V. a. Prendre pour but. On « bute » un 
lièvre, un renard, un loup pour les tuer. Le chas- 
seur qui « bute » sa proie se met à l'affût pour la 
surprendre au passage. Au temps de Montaigne, 
la cible était appelée la bute : « Nos exercices, 
dit-il, la chasse, la paulme, la Bute.. . » (Voy. II, 12.) 
Peau-d'Ane, suivant le récit de son aimable bio- 
graphe, était la risée des valets : 
Elle était la Butte ordinaire 
De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots. 

Toutes mes volontés ne Butent qu'à vous plaire. 
(Molière, L'Étourdi, v, 3.) 



— Jeter sur un but, lancer en visant un objet ; 
buter une pierre, buter un coup de fusil, buter un 
coup de pied. Ce dernier verbe pourrait n'être 
qu'une forme normande de « bouter », mettre, lan- 
cer, pousser : « bouter un coup de poing. » 

Dans la Chanson de Roland, - p. 181, - le comte 
va secourir l'archevêque Turpin, étendu sur le 
champ de bataille ; il lui ôte son casque, et déchi- 
rant sa blaude (blialt) : 

En ses granz plaies les pans li ad Butet, 
Cuntre sun piz, puis si l'ad embracet. 

Dans Comenius, - p. 219 - : « Que les mousque- 
taires et arquebusiers chargent leurs arquebuses 
et mousquets de poudre à canon salpêtrée... visans 
bien à point et tout droit au blanc, Butans au 
but. » 

Basl. bufare ; ital. buttare, jeter, lancer, pous- 
ser dehors. (Voy. Boutre.) 

BUYE, s. f. Buée, lessive. Morv. n. 

Forez : « buya », lessive ; « Jean de la Buya », 
Jean de la lessive, homme efféminé; « buyasson », 
petite lessive. (Voy. Biie.) 



CAB 



- 134 



CAB 



G 



CABA, s. m. Grand panier rond, corbeille sans 
couvercle en paille tressée, dans laquelle on met en 
forme la pâte du pain avant de l'enfourner. Le 
picmontais « cabassa », panier de vendange, répond 
au bas 1. cabassio, cabassius : 

Item pro tribus Cabassisemptis pro portandopanem 
caritatis iiij grosses et médium. 

(Duo. Cabassio.) 

Cabas par assimilation avec la tête se rattache 
comme caboche au rad. cab = cap pour caput : 
Corona prendent de las espines, 
Et en son Cab foUun l'asisdrent. 

{Passion de J.-C, v. G2.) 

Ce qui le prouve, c'est que la loc. injurieuse : 
cabatz rabatu, s'adressait à une femme, comme on 
le voit dans Duc. à Cabatius ; c'est que le poëte 
Eust. Deschamps compare la coiffure des dames 
de son temps à cette sorte de panier rond : 
Sans emprunter tant de haribouras, 
Ne de quérir choveu.x estrangement, 
Vostre affubler est comme un grant Cabas. 
(LiTTRÉ, Dict. Cabas.) 

C'est que dans la Suisse rom. et dans le midi delà 
France, « caba » est une épithète méprisante à 
l'adresse d'une vieille vache ou s'applique, comme 
une injure, à une personne âgée, à une femme 
sale, mal habillée. Le terme carcasse en fr. ren- 
ferme la même grossièreté. Le lang. « cabés » 
s'applique au chevet du lit, à l'oreiller, c.-à-d. au 
lieu où se place la tête. Dans la région « cabésso y 
désigne la tête et au fig. l'esprit, l'intelligence. 
Le dial. anglais de Craven a capper, pour 
homme de tête, d'initiative, qui excelle. 

Palsg., - p. 222, - traduit l'anglais frayle (frail) 
par cabas ou cabache. Le verbe cabacher corres- 
pond à to cabbage. Dans Comenius, on voit que 
les raisins secs étaient appelés raisins de cabas 
parce qu'on les vendait dans des paniers ronds 
encore en usage dans le Midi. Le bas 1. cabus dési- 
gnait à la fois une mesure de capacité et un orne- 
ment de tête. Le mot, dans sa première acception 



dérivée sans doute de la forme du récipient, figure 
dans la Bible au iv" livre des Rois, - ch. vi, 25,- : 
« Quarta pars Cabi stercoris columbarum. » Ce 
passage démontre que les marchands de Samarie 
vendaient aussi au cabas certaines denrées et même 
les engrais. C'est ce qu'on fait encore en Morvan 
pour les pommes, les noix, les navets, etc., et 
pour la cendre. 

CABARNE, s. f. Cabane, chaumière, hutte. En 
vi. fr. cabane, chabane, désigne une hutte cou- 
verte en chaume, une loge, une écurie, une étable 
isolée dans les champs. Chabannœ Mercati, mar- 
ché public avec loges, halles. L'épenthèse de l'r se 
montre dans plusieurs patois. Elle existe dans 
cabaret qui se rattache probablement à la même 
origine et qui a la signifie, de toit, couverture 
grossière en Normandie et dans le Maine. Genève : 
« caborne, cabourne », baraque, hutte ; « cabor- 
gnon », mauvaise loge ; « s'encabourner », s'enfer- 
mer, se tenir caché ; — Poitou : « cabasse », 
tronc d'arbre creux; « cabornea », vide à l'inté- 
rieur ; « cabourne », antre, trou ; dans la contrée 
la Caborne, la Caborgne, noms de loc. ; — Jura : 
« cabeune », caverne; « cabotte », petite hutte; 
« cabourot », réduit obscur; — Forez : «cabiotte. » 

En Nivernais, nous avons pour la forme en c 
dur les Cabarats, les Cabets, Cabaret, etc., c""' de 
la Celle, Donzy, Druy, et pour la forme en ch, 
Chabet, les Chabins, les Chaboureaux, etc., c°" de 
Chantenay, de Bouhy, de Bitry. En Piémont : 
« caborna =; capanna » , chaumière. L'anglais cabin 
correspond à cabane plus qu'au dimin. cabinet. 
Le verbe to cabin a le môme sens que le poitevin 
a s'encabourner », et le fr. très peu usité cabaner. 
Du rad. cab = cap, qui sous-entend une couver- 
ture, un abri. Le bas 1. cabanus désignait un par- 
dessus à capuchon. — Berry : « cabiolle », petite 
loge ; « cabotte », creux d'arbre. 

CABEUCHER, v. n. Pommer, faire une tête. Se 



CAB 



135 



CAO 



dit principalement des clioux et par extension des 
objets qui prennent la même forme. Cabucher = 
cabusser par le changement des ss en ch. Olivier 
de Serres parlant de certaines espèces de laitues 
dit qu'elles sont plus ou moins cabusses ou pom- 
mées. Le changement du p en b se montre dans le 
bas 1. cabo pour capo, caput. Un ornement de 
tête ou coiffure du XIIP siècle portait le nom de 
cabus. On trouve encore dans cette acception 
chabutz, forme en ch pour c dur, au XIV' siècle : 
« Et ainsi qu'il le tenoit à la chevessaille ou Cha- 
butz. » (Duc. Cabus, Cabes.) 

Genève : « chou cabus, laitue cabusse ■•■>; — Poi- 
tou : « choucapus», chou pomme. Dans la région 
« caper » signifie cacher, mettre sous une cape ; — 
Norm. (Bayeux) « capucher «, frapper sur la tête; 

— Prov. « cabussa », faire le plongeon, provigner la 
vigne. (Voy. Capuche.) 

CABEURIOLE, s. f. Cabriole, culbute. 
Berry : « caberiole »; — bas 1. capriola comme 
en ital. ; — esp. cabriola ; — anglais : capriolc 

CABEURIOLER, v. n. Cabrioler, faire des ca- 
brioles, des culbutes. Dans Sganarelle, Molière 
dit encox'e caprioler pour cabrioler : 

Parbleu I si grande joie à l'heure me transporte 

Que mes jambes sur l'heure en Caprioleroient. 

Ital. capriolare ; — esp. cabriolar, cabriolear. 

— Du 1. capreola, chèvre. En Berry « cabiner » 
se dit de la chèvre qui met bas. Cabiner se 
rattache au subst. « cabin », chevreau. 

CABEURIOLET, s. m. Cabriolet, voiture légère 
qui saute à la manière d'une petite chèvre. 

CABOICHE, CABOUÉCHE, s. f. Caboche, tète. 
Le mot était usité en vi. fr. même dans le style 
élevé : 

Biau sire, laissiez mee (ma) Caboche. 

(LiTTRÉ, Dict. Eu3T. Deschamps.) 
Ateinstrent teus set cenz Engleis 
Que cel n'i out, tant eust force, 
Qui'n portast point de la Caboce. 

(Benoit, v. 38976.) 

Jehans le vit, molt l'en pesa; 
De la macue qui pesa. 
Le fiert tel cop en la Caboce, 
Ce ne fu pas por lever boce. 

{Fab. d'Estourmi, v. 213.) 



Ane. esp. cabuza, tête. Un Espagnol disait un 
jour à un moine ambitieux : « Que aunque lluevan 
mitras, nunca caéra una en su Cabuza « ; il pleu- 
vrait des mitres qu'il n'en tomberait jamais une sur 
votre tête. 

— S. f. Clou à grosse tète qui sert au ferrage 
des chevaux, d'où probablement notre loc. « tcte 
de caboiche », tête dure. 

Pour millier de Caboches xx d. t. 

(M.iNTELLtER, III, p. 342.) 

Berry : « caboche » ; — Bourg. « caiboche »; — 
Forez : « cabochi »; — Lang. « cabosso », clou de 
fer à cheval et gros clou de sabot. 

Du rad. cab = cap avec le suffixe oche augmen- 
tatif ou péjoratif. 

CABOSSER, v. a. Bossuer, rendre bossu, défor- 
mer. 

En Berry, à Genève et ailleurs, « cabosse » si- 
gnifie tête, loupe sur un tronc d'arbre, protubé- 
rance en général. Le verbe renferme donc une 
idée de rotondité analogue à celle que présente le 
chef de l'homme. Cabosse est une forme dialec- 
tale de caboche. En Lang. « cabesso » = tète. 

Od grant force venus sor nos 

Qu'ainz perdreit chascon la Caboce 

S'il en aveit poeir e force. 

(Ben-oit, v. 22299.) 

Berry : « cabosser, cambosser » ; — Bourg. 
« caibosser » ; — Fr. -Comté : « cabouler, cam- 
bouler, cabosser » ; — Genève : « cabosser », bos- 
suer ; i< caboler », déformer. (Voy. Caboiche, 
Capucher.) 

CABOULOT, s. m. Vase en bois avec couvercle. 

— S. des deux genres. Personne de petite taille 
et de structure épaisse, par assimilation avec la 
forme du vase. 

De cab = caput à cause du couvercle. Le bas 
latin cabusellus = « cabuceau » en Provence et 
désigne un couvercle : «Unam naviculam argen- 
team habentem cabussellum. » (Duc. Cabusel- 
lus.) 

Lang. '< cabussel », couvercle ; « cabusséla », 
mettre un couvercle, couvrir. 

CACHETONS (A), loc. Jambe par-ci, jambe par- 
là. Monter un cheval à cachetons, c'est le monter 
à la manière des hommes par opposition avec la 



CAD 



— 136 — 



CAG 



manière des femmes qui sont assises sur un côté. 
Morv. n.-n.-o. (Voy. Cailletons.) 

CACOTTE, s. f. Narcisse, faux narcisse. Se 
nomme encore pain de coucou. 

CACOTTE, s. f. Petite dent dans le vocabulaire 
des enfants. (Voy. Naquette.) 

CADETTE, s. f. Pierre plate ou dalle qui recou- 
vre un mur. Nos murs à sec ont quelquefois au 
faîte une rangée de « cadettes. « 

Lyonnais, Forez : « cadette, cadatte », dalle de 
pavage, trottoir. 

— Arbre de réserve qu'on appelle en quelques 
lieux Quarante parce qu'il est supposé avoir qua- 
rante ans. 

— Prénom qu'on donne naturellement à la fille 
puînée. 

Cadet est pour capdet, dimin. irrégulier de ca- 
put pris dans le sens de chef et aussi de tête ou 
couverture. Cette étymol. nous explique à la fois 
la triple signifie, du mot, pierre de recouvrement, 
tête ou tige d'arbre, petit chef de famille. (Voyez 
Clié.) 

CADICHE, adj. des deux genres. Dimin. de 
cadet usité autrefois comme nom de fantaisie dans 
les familles. En Berry, suivant le Glossaire du 
Centre, « cadiche » désigne la fille puînée et celles 
qui viennent après. Les garçons portent les dimin. 
« cadichon, cadichonnet. » « Cadoche » suppose 
un peu de dénigrement. 

En Bourg, le nom de « Cadiche », porté par des 
vieillards dont les aînés ont disparu , devient 
quelquefois nom de famille. 

CADU, adj. Caduc : « le mau cadu », en fr. 
haut-rhal. Ne s'emploie guère que pour désigner 
le mal de St-Jean ou épilepsie. Pourquoi S. Jean 
a-t-il été constitué le patron de cette terrible mala- 
die ? On en trouverait au besoin la raison dans la 
légende morvandelle. Suivant cette légende, le saint 
évangéliste ayant voulu examiner de près la nature 
du tonnerre, il en éprouva une telle frayeur qu'il 
fut subitement atteint du mal caduc. L'imagination 
populaire a peut-être tiré cette fable du surnom de 
Boanerges ou fils du tonnerre, que le Sauveur 
imposa auxapôtresJeanetJacques. (S. Marc, m, 17.) 



Dans le Spéculum naturale de ^'incent de Beau- 
vais, on trouve un remède souverain pour guérir 
le mal caduc. Ce remède est à la portée de tous les 
chasseurs. On prend une cervelle de perdrix qu'on 
broie avec soin et qu'on met dans du vin. Le malade 
avale ce mélange et il est guéri. 

— Saintonge « cadu » = caduc, abattu ; — 
Poitou : « cadru » ; — Limousin : « grand mal » : 

— Genève : « gros mal. » Du 1. caducus, sujet à 
tomber. 

CÂEE,adj. Impair, dépareillé. S'emploie en par- 
lant d'une chose isolée d'une autre qui l'accom- 
pagne ordinairement. En Champ, et en Flandre 
« caiïu » se dit d'un vieux meuble ou d'un objet 
hors d'usage, sans valeur, qui traîne. Le picard a 
un verbe « cafuter » qui a le sens de reléguer, 
écarter, mettre à la réforme les objets qui ne con- 
viennent plus. Le même verbe dans une partie de 
la Normandie signifie renvoyer , chasser un ani- 
mal. 

Berry : « caiïe », impair; « de cafïe », dépareillé; 

— Poitou : « cafegnon », toutes choses chiffonnées, 
de rebut; — ital. caffo, impair; esser caffo, être 
unique, sans pareil. (Voy. Gaife.) 

CÀGNE, adj. Cagnard, paresseux, impropre au 
travail. S'emploie substantiv. C'est un ou une 
« câgne », c.-à-d. une personne lâche. « Une câgne, 
cette câgne-là » s'applique comme terme de mé- 
pris à un chien et même à une femme de mauvaise 
vie. En vi. fr. on appelait quelquef. câgnon, cai- 
gnon, le chien mâtin, le chien de garde. Dans 
Comenius, -p. 55, - « cagnote », petit du chien. 
Cagnet traduit catulus. En Norm. « caignot » = 
jeune chien. 

Champollion-Figeac donnait à câgne une étj'm. 
celtique, cas/iar, vieillard. On aurait tiré de là le 
mot cagnard, faible, indolent, mou, mais ce terme 
vient du 1. canis. La forme archaïque canes est 
dans Plante. On rencontre assez fréquemment dans 
Mouskes la forme gagnard, gainard, forme adoucie 
de cagnard : 

Li quens Ilierbiers ki fu Gagnars 
Et orgillous et beubanciers. 

(V. 1389G.) 

Cagne, caigne avec l'acception de chienne, se 
disait aussi d'une femme. Dans le vi chant de 
VIliade, Hélène ne se donne-t-elle pas à elle-même 



ÇAI 



— 137 



CAI 



cette disgracieuse épithète : « Frère d'une chienne 

horrible cause de tant de maux » ? Il en est de 

même en vi. fr. : 

Ces te maraude, ceste Caigne 
Enamoura l'abbé mon frère. 

[Th. fr. IV, p. 38.) 

Crochetastes-vous onques bouteilles, 
Caisgne ! 

{Prologue de Gargantua, liv. i.) 

Ital. cagna, cagnaccia, chienne et femme débau- 
chée. (Voy. Caigne.) 

CÀGNIAS, s. m. pi. Douleurs de jambes. Avoir les 
«câgnias, » c'est éprouver des douleurs aux jambes 
par suite d'une lassitude prolongée. La même 
expression est usitée en Bourg. , surtout dansl' Yonne 
aux env. de Seignelay. En quelques lieux « cagné- 
res » ; — Saint. « la câgne », l'apathie ; — Forez : 
« câgni »; avoir les « câgnias », fainéanter. 

CÂGNON, s. m. Nuque du cou, chignon. 
Vi. fr. caon, chagnon, chaignon, chesnon, chi- 
non, etc. 

Et Brun l'aert par le Chaignon, 
Les denz li met dusqu'au braon. 

[Rcnart, v. llCjOS.) 

Au bacon est venuz les sauz 
Sel' jeté sor son Chaaingnon, 
Fuit s'en à tôt en un buisson. 

(76. V. 7903.) 

Li Rois tint un coutel à pointe, 
Dou col à la teste desgointe. 
S'entailla fors dou Chaaignon... 

{Ib. 20187.) 

Dans Palsg., - p. 231, - caygnon. De cette forme 
peut-être est tiré le mot « cagnoto » qui dans le 
Midi désigne une coiffure de femme qui couvre la 
tête et les oreilles. 

Berry : « câgnon, chagnon » := chignon, nuque ; 
— Poitou : « chagnon » ; — Champ. « caengnon », 
collier, carcan. Du 1. catena à cause des vertèbres 
dorsales en forme de chaîne. En Pic. « cagnes = 
chaîne. « Câgnon » est une forme picarde. Le 
wallon a « caine. » (Voy. Chacignon.) 

ÇAI, adv. Çà, ici. 

Et tôt adès huchant aloie : 
Je sui Sai, sire, je sui Sai. 

[Dolopathos, V. 8538.) 

(Voy. Endeçai.) 



CAICHE, s. f. Cachette, lieu où l'on cache quel- 
que chose. Le fr. cachette est un dimin. de cache. 

Quand le sanglier va cercher les Caches et greniers 
de mulots 

(J. DU FOUILLOUX, ch. 48.) 

J'ay fureté partout sans pouvoir découvrir leur 
Cache. 

[Th. fr. IX, p. 65.) 

Il dit au roi, je sais, sire, une Cache 
Et ne crois pas qu'autre que moi la sache. 
(L.i Fontaine, vi, 6.) 
On n'est pas peu embarrassé à inventer dans toute 
une maison une Cache fidèle. 

(Molière, l'Avare, i, 4.) 

CAICHE-MICHERAUDE, loc. Jeu de cache-cache, 
colin-maillard. L'origine de caiche-micheraude 
n'est pas plus facile à expliquer que celle de colin- 
maillard. Parmi les jeux de son enfance, Froissart 
mentionne celui de la charrette-michaut : 

Aussi en cest avènement 

Joiens-nous au roy qui ne ment... 

Au mulet, au sallir plus hault. 

Et à la charette-michault. 

(Le Trettié de l'espia. amour.) 

Berry : « cache-cabi » ; — Poitou : « cache- 
mistouri, cache-mite. » 

CAJCHER, V. a. Cacher. Dans Palsg., - p. 699, - 
« Les jours il se Caiche ou il se muce en coygnetz 
et les nuictz il va dérobber. » (Voy. Décaicher.) 

CAICHOTIÉ, ÈRE, adj. Celui qui fait le mysté- 
rieux, qui cache ses pensées et ses actions. Norm. 
« cachottier » ^ « mussotier. » 

CAICHOTTE, s. f. Cachette. Bourg. « caiche- 
nôte. » 

CAICHOTTERIE, s. f. Chose qui se dit ou se 
fait en cachette. Faire des « caichotteries », dissi- 
muler. 

ÇAIE, s. f. Chaise, siège. Morv. n. Çaie est 
pour chaire par la chute ord. de l'r. (Voy. Chée, 
Chéle.) 

CAIGE, s. f. Cage d'oiseau. 

Noces sont aussi comme la Caige 
Où en enclôt oisel sauvaige 
K'il no puist jamais eschapper. 

(Reclus de Moliens, le Miserere, v. 199.) 

18 



ÇAI 



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CAI 



Le bourg, dit aussi caige : 

Je subie ein marie an Caige 
Po rejoué l'anfan 

(La Monnaye, noël ix.) 

CAIGNE, S. f. Chienne, terme injurieux adresse 
à une femme dans le sens de paresseuse ou même 
de prostituée : « Le suppliant disoit à icelle Jehan- 
nete que elle cstoit une faulse rousse-caignc. » 
(Duc. Rufiana.) 

CAILABRE, s. m. Cadavre ; corps d'un être vi- 
vant ou mort. On dit d'un homme, d'un animal 
qu'il a un bon « cailâbre » lorsqu'il est fortement 
charpenté. 

— Corps de bâtiment qui comprend l'ensemble 
d'une habitation champêtre, c.-à-d. la maison, 
l'écurie, la grange. Le mot sous-entend la carcasse 
seulement de la construction, ce que les Anglais 
nomment ibe shell of a building, et répond ainsi 
à la signification de cadavre. 

Calabre en vi. fr. désignait une machine dont 
on se servait principalement dans les sièges. (Ray- 
nouard, t. II, p. 288, de son Gloss. rom.) Carcasse 
est encore un terme de guerre qui s'applique à 
une machine à feu lançant des bombes et des 
grenades. 

Champ. « calabre », cadavre ; — Berry : « ca- 
dâbe » ; — Saint., Lang. « cadabre » ; — wallon : 
« cadâbre. » Du 1. cadaver, corps mort, carcasse, 
tiré de cadei'e, tomber. 

CAILEUCHE, s. f. Tronc d'ai-bre, souche sèche 
ou verte. 

Berry : « calot », morceau de bois, rognure de 
poutre ; — Norm. « caluchot », mauvais bonnet. 
De cale, bonnet, par analogie de forme, avec le 
suffixe péjoratif oche. (Voy. Coqueluchon.) 

CAILLETON (AI), loc. A califourchon, jambe 
deçà, jambe delà. 

Le préfixe non mouillé cale existe dans le fr. 
califourchon. En Saintonge, califourchon prend 
les formes « caillcfourchon » et « caillifourchon. » 
Dans cette contrée on dit « caillebute » pour cul- 
bute. Norm. « à caliberda, à calimoulettes. » (Voy. 
Cacheton.) 

CAILLOT, s. m. Charriot. Morv. n. 



CAILLOTTE, s. f. Petit caillou plat. Caillette 
est une forme fém. du vi. fr. caillau, caillot, dim. 
de « caille », usité en Berry, a caie » en wallon, 
« chaille », en Poitou, pour caillou et même pierre 
de grande dimension. 

Les Caillaus fiert au pié, li fus en est volés, 
Très bien resanble foudre, orage et tempesté. 
{Fierabras, v. 1571.) 
Item trois des Caillotz dont saint Estienne fut lapi- 
dés. 

(Le saint voyage de Jérusalem, p. 32.) 
Au même pour V° de Caillots rendus sur ledit pont 

pour paver l'arclie 

(Mantelliek, II, 417.) 
Pour un Caillou (meule) de moulin. 

(IB. III, 63.) 

On trouve assez fréquemment dans l'anc. langue 
caillet, chaillet, chaillot, chaillon : 
En sa main prist un Caillel 
Vers moi lo paumoie. 

{Chrest. B. p. 303.) 
Et cis de France ont durs Chailloz 
Dont a escerveler les pensent. 

(GUILL. GULiRT. V. 9459.) 

Mais au descendre, de Caillaus 
Furent convoiiet. 

{Renan, iv, p. 201.) 

A Renart livrent grant hustin 
De Caillaus k'il gietent aval. 

{Id. id., p. 338.) 

— Le Moulin-Caillot, nom de loc. c°* de Gou- 
loux. Les Caillots (Caillauxen 1689), c'"' de Decize. 
Chalaux, près de Lormes, s'écrit Chaillo en 1147 : 
terrain de Chaillo (Cart. de l'Yonne, I, p. 436.) 
La Caillette, c"'= d'Avrée. 

— En Champ. « cailleterie » désigne des frag- 
ments, des morceaux de charbon par assimilation 
avec des petites pierres. Le simple « cailles » s'ap- 
plique à des ardoises. (Voy. Chaillot, Chaillou.) 

CAILOTE, s. f. Calotte, toute coiffure qui couvre 
la tête. M. Littré remarque que calota, avec la si- 
gnifie, de bonnet, se trouve dans des textes latins 
du XIIP siècle. 

— Cosse, enveloppe des pois, des fèves, etc. (Voy. 
Cale, Calot.) 

CAINAIR, s. m. Canard, oiseau de basse-cour. 

— Bûche que le flottage des bois dépose le long 
des ruisseaux. Ces bûches sont appelées canards 



CAI 



— 139 



CAI 



par assimilation. En vi. fr. on donnait le nom de 
cane à une sorte de bateau. Par une métaphore 
analogue, les bûches égarées sont appelées pèle- 
rins à Genève. 

CAINE, s. f. Cane, femelle du canard. 
Vi. fr. Ane, aine, enne, avec prosthèse du c, d'où 
cane, caine, quenne : 

Et trestoute la terre n'a rivière petite 
Que n'aie à mon faucon Ane ou sorceille prise. 
{Gui de Bourgogne, v. 122.) 

Diez et quelques étj'mol. tirent cane de l'allem. 
fta/m, bateau ; mais comment expliquer cet em- 
prunt à une langue étrangère lorsque la langue 
du pays possède le terme propre et populaire ? 
Pourrait-on citer un autre exemple d'une pareille 
substitution ? 

Cane a pu se former sur ane, dérivé du 1. anas, 
comme dupe sur huppe ; grenouille sur renouille; 
nombril surombril ; tante sur ante, etc. On remar- 
quera comme une singularité peut-être analogue 
qu'en Poitou, ou plutôt en Vendée, le mot « ca- 
niaon » désigne un ânon. Les patois wallons nom- 
ment encore « anette » la femelle du canard : 

Et sacliiez que Anetes et oies ne pucent vivre sanz 
aiguë et sanz herbe. 

(Brun. L.vtini, p. 200.) 

CAINETER, V. n. Marcher à la manière des 
cannes en se dandinant sur une jambe et sur 
l'autre. 

Une petite logete ou l'on met couchier oës ou Que- 
nettes. 

(Duc. Quaneta.) 

Caineter nous est venu de cainette ou quenette, 
petite cane en vi. fr. 

CAIPÀBLE, adj. des deux genres. Capable, de 
bonne qualité, de belle forme. Se prononce em- 
phatiquement : « i é aijeté eune treue, eune cai- 
pàble » ! J'ai acheté une truie, une superbe ! 

CAIRCASSE, s. f. Espèce de grue à l'usage des 
charpentiers, servant à charger et à décharger les 
pièces de bois. Bourg. « carcaisse. » 

CAIR'ÎIENTRAN, s. m. Syncope de Carême- 
entrant pour Carême-prenant. On appelle ainsi 
les trois jours qui précédent le mercredi des Cen- 
dres. Usité en Bourg, et en Berry. 



Hz payeront chascun an a nostre dit chastellain de 
Brasey à Karesmantrant six livres tournois et à la 
mi-aoust quatorze livres tournois. 

[Ch. B. II, p. 548.) 

Le mardi gras chaque maison a son pot-au-feu 
dont le bouillon se consomme en partie dans une 
cérémonie bizarre. La 7nâtrosse en remplit une 
écuelle, prend un rameau de buis et asperge les 
alentours de sa demeure en disant à haute voix : 
Sarpan, sarpan, va- t'en 
Voiqui r bouillon d' Cair'mentran. 

Cet exercice a pour but d'écarter les couleuvres 
qui rôdent dans le voisinage et viennent quelquef. 
jusque dans les étables pour y teter les vaches. Le 
goiit des serpents pour le lait est si vif, dit-on, 
qu'ils en boivent, lorsqu'ils le peuvent, au point 
d'en devenir ivres. D'un autre côté, on assure dans 
nos campagnes que loin de repousser ces odieux 
nourrissons, les vaches les accueillent sans diffi- 
culté, les recherchent même parfois avec ardeur. 
Lorsqu'elles ont beaucoup de lait et ont déjà été 
tétées i^ar eux, ces pauvres bêtes les appellent en 
mugissant comme elles le feraient pour leurs veaux. 

H. -Auvergne : « carmantron » = carnaval. — 
En bas 1. carementrannus désigne le mardi gras, 
comme le vi. fr. caramantrant, caramentran. 

CAIRNAIGtE, s. m. Carnage. S'emploie souvent 
en parlant des dégâts causés par les animaux ; 
ainsi on dira de sangliers qui ont gâté des récoltes 
qu'ils ont fait un « cairnaige enraigié. » 

CAIRNÂVAL, s. m. Carnaval, masque, per- 
sonne masquée ou déguisée. S'habiller en « cair- 
nâval », se déguiser, se couvrir de vêtements ridi- 
cules ou effrayants. Nous disons « cairnâvals » 
pour des masques, des figures grotesques. Dans le 
midi de la France Carnaval a un frère cadet qui porte 
le nom de Carême ou Carcmi. Ce frère est une statue 
plus ou moins grimaçante, debout sous quelque 
pauvre portail d'église. Le samedi-saint les enfants 
le lapident symboliquement pour marquer leur 
joie d'échapper à son joug de pénitence. Carémi 
est un personnage légendaire connu des Compa- 
gnons du tour de France. On peut voir dans le 
gloss. des Noëls de la Monnaye qu'à Dijon le 
Cairmantran était aussi un homme masqué comme 
notre Carnaval, et de plus habillé, dit l'auteur, en 
Jodelet ou en dame Gigogne. 



CAL 



140 — 



CAL 



Dicz dérive carnaval de carne, chair et de ra/e, 
adieu. Adieu à la chair ! Littré voit dans ce mot 
une contraction do carnis levamen, par allusion 
à l'époque du carême. Le bas 1. carnicapium (car- 
nem capiens) a quelquef. le sens de mardi gras et 
quelquef. celui de carême-prenant. 

CAIRPE, s. f. Carpe, poisson d'eau douce : 
Nus poissonnier ne autre ne puet ne ne doit vendre 
Cuerpiaux et anguillestes, etc. 

[Liv. des Met. 265.) 

CALA, s. m. Noix, le fruit du noyer : il y aura 
beaucoup de « calas » cette année; les « calas » 
sont encore verts. Dans quelques parties du Morv. 
n. le « cala « est le brou de la noix. Vi. fr. calau, 
calon dans Roquefort. Jura : « cala », noix de la 
grosse espèce ; — Berry : « calon », noix revêtue 
de son enveloppe; « cale », brou de noix ; « calou- 
nier » , noyer ; — Bourg. « calô » , noix ; « calotei » , 
noyer; — H.-]\Iaine : « calot », noix verte; — 
Champ. « caillot », noix; — Saint. « calA », 
crâne nu, quartier de noix; — Vendée : « cale », 
noix. En Poitou « calea » se dit à la fois d'une 
noix dépouillée de son écale et du dessus de la 
tête. Dans les deux acceptions le mot est du fémi- 
nin. 

On fabriquait autrefois de petites coupes de bois 
que l'on appelait calas à cause de leur forme peut- 
être. L'ouvrier qui les fabriquait portait en bas 1. 
le nom de calaynus. Comp. avec l'allem. schale, 
coupe, écuelle, et avec le fr. calebasse. L'esp. 
calabaza désigne une gourde et une citrouille. 
Remarquons encore qu'en Saintonge un « calot » 
est une tasse, une coupe. (Voy. Ca^e, Calot, 
Écaloyi.) 

CALAU, s. m. Os d'animal dépouillé de chair, 
os en général. Un dicton du pays avance témérai- 
rement peut-être qu'en ce bas monde « les gros 
calaus ne sont pas pour les bons chiens. » 

Calau se rattache-t-il au rad. cal qui exprime la 
dureté ou au I. calculus ? Le rom. prov. a calhaus 
pour caillou que Raynouard tire de calculus. 

Norm. « calau », morceau de bois, caillou, noyau 
de fruit; — Champ. « callot », grosse bille; — 
wallon : « caliau », pierre ; — Maine : « caillou » 
=: calus ou callosité des mains. On retrouve dans 
tous ces termes l'idée de dureté. 



CALE, s. f. Bonnet d'étofîe que les femmes por- 
tent sous leur coiffe, bonnet de jeune enfant. 

II avoit (le roi Jacques de Naples) vestu pour toute 
parure une longue robe d'un gris de très petit pris et 
estoit ceint d'une corde nouée à façon de cordelier, et 
en son chef avoit un gros blanc bonnet que l'on appelle 
une Calle nouée par dessous le menton. 

(Ol. de la Marche, Mém. p. 243.) 

On nous dit entre autres merveilles que beaucoup 
de Limousins de la première bourgeoisie portent des 
chaperons de drap rose-sèche sur des Cales de velours 
noir. 

{La Fontaine, Lettres à sa femme, I.) 

Le Dict. de la langue fr. définit la cale « un 
bonnet de forme arrondie couvrant seulement le 
haut de la tête. » Voy. Br.4ntome, Dames illustres, 
- p. 388, - les Historiettes de Tallemant des 
Réaijx, le Dict. de Trévoux, et Duc. à Calestria.) 

Le dimin. calotte était quelquef. usité : « Ledit 
Gilet ostaà icellui Maron sa Calotte ou barette qu'il 
avoit sur sa teste. » (Duc. Ca^esira.) 

Norm. « calot », bonnet d'enfant; — Berry : 
« calotte », bonnet d'enfant, coiffe de femme ; — 
Jura : « câline, caliron », bonnet rond à l'usage 
des femmes ; — Touraine : a caillou », bonnet ; — 
Suisse rom. « calet, caletta », bonnet, calotte de 
cuir. En Champagne, par métonymie, on donne 
le nom de « calle » à une femme âgée, tandis 
qu'en fr. le même mot désigne dans le stjle fami- 
lier une très jeune fille. L'anglais caii^ prononcé 
kâle, s'applique au fond d'une coiffe de femme, à 
une résille ou petit filet et quelquef. à la coiffe que 
quelques enfants conservent en naissant. 

Comp. avec le poitev. « calea », dessus de la 
tête; le saintongeois « cala », le crâne nu, et le 
flamand « calotte », coup sur la tête. Il est vrai- 
semblable que cale, coiffe, et cale, enveloppe des 
fruits à coquille, ou brou de noix en Berry, en Poi- 
tou, etc., sont identiques. Cale, clans sa dernière 
acception, avec la prosthèse é n'est qu'une variété 
d'écaillé que les étymol. tirent du germ. scalja, 
tuile, et répond peut-être au lang. « calada » , couvrir, 
paver. Scalja a pour congénère l'allem. schale, 
écaille, écorce, ccosse, coque, coquille, coupe. 
Schalen = écaler. (Voy. Cala, Calot.) 

CALEUL^SDE, s. f. Étoffe de laine à grosses 
rayures tissée autrefois dans le pays et jadis très 
en vogue. Une chanson populaire en Flandre, le 



CAL 



— 141 — 



CAL 



Carillon de Dunkerque, fait mention de ce rusti- 
que tissu : 

Un jupon de Calemande 
Et par dessus un mantelet blanc. 
Lyon, Genève : « calamandre « ; — Luxembourg. 
« calamande » ; — anglais calamanco, étoffe de 
laine lustrée. En Languedoc le « calamandrié » est 
la plante appelée germandrée ou chênette. 

GALENE, s. m. Noyer, arbre qui produit les 
noix. La forme fr. serait calenier. L'e médial ne 
se prononce pas : cal'né. (Voy. Cala, Cale.) 

CALER, V. a. Coiffer, mettre un bonnet, une 
cale sur la tête. (Voy. Cale.) 

CALER, V. n. Reculer, céder par crainte, faiblir. 
En fr. caler, terme de marine, signifie enfoncer 
dans l'eau et au fig. abattre sa voile : 

Cette superbe vertu eust-elle Calé au plus fort de 
sa monstre? 

(Montaigne, III, 12.) 

Amyot emploie la forme chaler plus conforme à 
rétjm. du mot : 

Pliilopœmen ne Chala pointpour cela ni ne se laissa 
point de faire ce qvie portoit son devoir. 

(LiTTRÉ, Dict. Caler.) 

Le bateau appelé chaland tire son nom de sa 
construction basse et plate. C'est un bâtiment qui 
cale, c.-à-d. qui plonge dans l'eau. Le vi. fr. disait 
calan, calant et chalant : 

Clers est li jurz e li soleilz luisant; 
Li amiralz est issut del Calan. 

{Chanson de R. p. 222.) 
En cel Calant est Rainouars entrés 
.L. Turs a là dedans trovés. 

{Aliscans, v. 5353.) 
Trestos ensamblc les mist fors del Calant. 
{Ib., V. 5414.) 

Bas. 1. calannus, chelancliwm. Dans Joann. de 
Janua, calaria désigne une espèce de radeau ser- 
vant au transport des bois. Le bas-grec xeX«ï5iov 
renferme probablement une variété dér. du type 
primitif. 

Ital. calare, plier, céder; — rom. prov., esp., 
port, calar, callar, cesser, se taire. En Berry 
« caler » a également le sens de cesser : la pluie ne 
« cale » pas de tomber. En Poitou l'idée de descen- 
dre, d'enfoncer, de disparaître, se produit dans 



diverses locutions : on « cale » ses bras dans les 
manches d'un habit; on « cale » une clef dans la 
serrure. Une personne qui est on ne sait où a 
« calé. » En Pic. « caler» = mettre bas : ma chatte 
a « calé. » En Forez : « calùre », pente d'un 
coteau, descente, répond au vi. fr. « calate » et à 
l'ital. calata, descente. En Saintonge le v. « s'ac- 
caler » marque une diminution, un affaiblissement. 
On dit que le temps « s'accale » lorsque les nuages 
orageux se dissipent. 

Du grec x«Xâv, abaisser, faire descendre, par le 
1. chalare qu'on retrouve dans le forézien « déca- 
la », dégringoler. 

CALIBEURDAINE, s. f. Calembredaine, grosse 
plaisanterie, conte en l'air, propos plaisant ou bur- 
lesque. La « calibeurdaine » a été chez nous, ce 
semble, une danse un peu échevelée du bon vieux 
temps. Une anc. chanson disait : 

Pour danser la Calibeurdaine 
Faut avoir le pied dégagé, 
Le pied dégagé. 
Le pied dégagé. 
Champ. « calemberdaine. » Le genevois « calem- 
bourdaine » met sur la trace de l'origine du mot 
qui se rattache à bourde. (Voy. Borde.) 

CALIBOT, s. m. Salsifis sauvage, barbe de 
bouc, tragopogon pratense. (Voy. Bai^boulotle.) 

CÂLEN, s. m. « Il mozzo, natura délie donne.» 
Ce terme manque au vocabulaire rabelaisien. 

Le rom. prov. a le verbe acalinar, l'esp. calen- 
tar, chauffer, échauffer. En vi. fr. on donnait le 
nom de câlinaîre à un homme débauché. Roque- 
fort faisait dériver ce mot de gallus, coq. Il vien- 
drait bien plutôt de l'esp. câlina, chaleur. 
L'anc. langue a dit chaline pour chaleur : 

Cil refirent tant et chacèrent 

Ne sai par froiz ou par Chalines 
Dedanz la forest de Halines. 

(G. GuiAKT, V. 5692.) 

L'esp. calentarse se dit des animaux qui sont 
en chaleur. 

CALOFFE, s. f. Enveloppe des pois, des légu- 
mes secs en général. Se dit aussi du brou des noix. 
« Caloffe » = calotte, usité avec la même signifie. 
Morv. n. 



CAM 



- 142 - 



CAM 



H. -Auvergne : « calofïa », écosse, ccorce ; — 
Poitou : « chalafe, chalafre », brou de noix. (Voy. 
Écaloffre.] 

CALOT, s. m. Serre-tête en toile ou en étoffe de 
soie. Dans quelques lieux le « calot » est l'enve- 
loppe des grains, du sarrasin notamment. En fr. 
ccalot désigne une espèce de noix. Ménage rapporte 
qu'on a dit escalote pour calotte et qu'on donnait 
le nom de coquille à une coiffure de femme. 

En Poitou : « caler », enlever le brou de la noix; 
« calet », nu, c.-à-d. dépouillé de son enveloppe; 
tt à calet », à découvert; — Saint. « calot », sé- 
bille ; — Norm. « calot », bonnet d'enfant. (Voy. 
Ccilâ, Cale, Décaler.] 

CALOU, OUSE, adj. et s. Celui qui cale, qui 
met les pouces ; capon, poltron. Le Gloss. du 
Centre attribue au Nivernais la loc. «faire la caloue» 
= être dans un état d'affaiblissement, de lan- 
gueur. 

Norm. « calard, caleux », paresseux, poltron ; 
— Metz : « châlo », homme mou, sans énergie ; — 
wallon (Mons) : « calou », homme dissipé, chien 
infidèle à son maître. (Voy. Caler.) 

CABIBÔLE, s. f. Ampoule, petite vessie qui 
pousse sur le corps humain, aux pieds le plus sou- 
vent. En vi. fr. cambouler signifie faire une bosse, 
bossuer un objet quelconque. Roquef. rattache le 
mot à cabosser. Si on aime mieux l'interprétation 
de La Monnaye, ce dernier tire camboule du latin 
calida bulla, chauboule, cauboule et enfin cam- 
boule. 

Bourg. « cambôle » ; — Jura : « caboule » ; — 
Lang. tt cambroul. » 

— Chambolle, nom de famille. 

CAMBOSSER, v. n. Faire des bosses, bossuer. 
Morv. n. Berry : « cambosser, camboisser », bos- 
suer, cambrer, courber. 

CAMBOULE, s. f. Omelette au sang de lièvre 
ou de tout autre animal ; omelette au sang en gé- 
néral. Morv. n.-n.-o. Le môme mot que « cam- 
bôle » par assimilation ? 

CAlVffiROUSE, s. f. Dépouille d'un animal tué 
et particulièrement du gibier. La « cambrousc » 
d'un sanglier, d'un chevreuil. 



L'argot « cambrouse, cambrousse », dont l'étym. 
n'est pas connue, sous-entend peut-être l'idée de 
maraude, de pillage, que suppose l'action de dé- 
pouiller les gens de la campagne. En Forez aller 
à la « cambroutte » signifie aller à la maraude. 
(Voy. Déf raque.) 

CAMOUAR, s. m. Camard, celui qui a le nez 
écrasé, au fig. sournois, hypocrite, traître. (Voy. 
Camu.) 

_ CA3IPAGNE (EN), loc. Au dehors, en voyage. 
Etre en campagne, c'est n'être pas chez soi ; aller 
on campagne, c'est partir pour une excursion, 
pour un voyage. Cette manière de parler est usuelle 
chez nous et dans presque toute la province : 

L'état de M. de Grignan ne me plait guère; il durera 
aussi longtemps que sa bile noire sera en Campagne. 

(SÉVIONK, VII, p. 11.) 

M"" de Sév. donne au mot campagne un sens 
propre analogue à celui de l'extérieur, le dehors, 
par opposition avec le chez soi, le lieu habituel 
de la résidence : 

Mme de Coulanges a fini sa Campagne et nous re- 
vînmes toutes hier à Paris. 

(Id. p. 359.) 

CAMPAINE, s. f. Campane, clochette qu'on at- 
tache au cou des animaux lorsqu'ils vont dans les 
bois ou aux champs. 

Son père avoyt empourté les Campanes de Nostre- 
Dame pour attacher au col de sa jument. 

{Pantagruel, u, ch. 7.) 
Nous ouismes un son de Campane notable. 

(76, IV, ch. 59.) 

Mettre la campane au chat signifiait attacher le 
grelot. Campanète était un dimin. très usité : 

.C. campanetes d'or i pendent de tous lès 

Li sons do campanetes est tans dous et soués 

{Fierabras, v. 4120.) 

La petite cloche qui autrefois convoquait le 
peuple aux offices de l'Église était désignée sous le 
nom de campane. On a dit campanier pour clocher 
et sonneur de cloches. De campana sont dérivés 
campanille, campanule, campanuline, et les adj. 
campaniforme, campanulacé, etc., etc. 

En Forez, « campana » est un verbe qui signifie 
sonner une cloche. Celui qui sonne est appelé 
campanaire. Bas 1. campanarius. En Champ., 



CAN 



143 



CAN 



« campanelle » = grelot, clochette ; — rom.prov. 
et ital. campana, campanella ; — esp. campa^a, 
campanilla ; — port, campainha. 

Rabelais, - Garg. i, 19, - appelle cymbale ce que 
nous appelons campaine : 

Nous ne cesserons de bramer comme une vache 
sans cymbales. 

CAMPEUNE, s.f. Cloche, clochette. Morv. n.-n.-o. 

CAMU, nom de bœuf. Ce nom est-il tiré de la 
forme du nez ou de la direction des cornes sur la 
tête de l'animal ? En latin bos camurus se disait 
d'un bœuf dont les cornes sont tournées en dedans. 
Virgile, dans ses Géorgiques, - m, v. 56, - nous 
montre comme type de la race une génisse aux 
flancs allongés où tout est grand, même le pied, 
où des oreilles velues sont placées sous des cornes 
i-ecourbées : 

Et Camuris hirtse sub cornibiis auras. 



Le Dictionariolum inierorum traduit cann; rus 
par « camus, courbé. » Camus, en latin, s'appli- 
quaità une sorte de mors à tige courbe et à un collier 
de fer qu'on mettait à un esclave. L'esp. camas, 
camal désigne également les branches d'un mors, 
les pointes d'un manteau, une chaîne d'esclave. 
Camus nous donne donc plutôt l'idée de pointe re- 
courbée que celle de chose écrasée. Dans le H.- 
Maine « camignon » = épingle. Le mot, en tant 
que nom de bœuf au moins, semble se rattacher à 
une racine celtique cam représentée par le breton 
karnm, courbe, crochu, arqué ; kammed, jante de 
roue; kammel, crosse. Dans ce dernier idiome : 
fri kamm, nez aquilin, c.-à-d. recourbé en bec 
d'aigle, nous offre une image contraire à celle d'un 
nez camus ou camard. 

CANCOmNE, s. f. Hanneton. Vi. fr. cancoile, 
cancoire. 

Bourg., Berry, Jura : « cancoire »; — Fr. -Comté: 
Cl cancoire, cancouâne, cancoille, cancouainot»; — 
Forez : « cancorn, concor »; — Dauph. « cancoiro, 
cancouaras. » 

Du 1. cancer = forceps, à cause des pinces de 
l'insecte? Le simple «cancre,» usité dans quelques 
patois de la Fr. -Comté, appuie la dérivation. En 
Forez, « cancorne » se dit d'une personne gron- 
deuse, bourdonnante ; « cancornâ « = radoter. 



CANCOUELLE, s. f. Hanneton. IMorv. n. Berry, 
Bourg., Champ. « cancouelle. » 

CANGRAINGNE, s. f. Gangrène. Le vi. fr. pro- 
nonçait cangraigne, cangrègne, nonobstant le g 
initial du I. gangrœna. Basl. cancrenum vulnus 
= gangrsena. 

CANI, s. m. Petit canard qui n'a pas encore de 
plumes. Morv. n. Cani ! cani ! est le cri habituel 
des femmes pour appeler les canards. A Genève, 
elles se servent d'un cri exactement semblable 
bouri ! bouri ! Bourre signifiait canard envi. fr. 

Berry : « canet, cani, canon », dimin. de canard; 

— Norm. « canet. » 

CANNE, s. f. Roseau, masse d'eau ou massette 
à larges feuilles, typha latifolia. 

Berry : « canne, canniau » ; — Champ. « ca- 
neyne », lieu couvert de roseaux. (Voy. Canon, 
Matelas.) 

CANON, nom de localité. Le Canon, près de 
jNIoulins-Engilbert ; — Canonier, lieu détruit près 
de Decize ; — les Calons, c"" d'Alligny ; — Chalon, 
c°'' de Decize; — la Chalonnière, ancien fiefàCercy- 
la-Tour; — le Chagnon, c"" de Corancy ; — Les 
Chagnons, c"" de la Celle-sur-Loire ; — Chânon, 
nom de lieu très commun dans la toponomastique 
rurale. Écrite avec le c dur ou le ch, avec gn ou 1 
pour n, cette dénomination se rattache au 1. canna, 
canne, roseau, jonc. Canon, cannon, chanon, chan- 
non, est un augmentatif de canne qui a formé un 
très grand nombre de noms de loc. dans quelques 
parties de la France. 

L'ital. cannone signifie à la fois roseau, tuyau 
et canon. Les différentes formes du même terme 
coexistent en divers pays. Le Canon, dans le Gard ; 

— Canon, dans le Calvados ; — les Calons, la 
Chalonnerie, dans l'Yonne; — le Chalon, Chalons, 
dans la Drôme ; — Calonne, Chalonne, dans le Pas- 
de-Calais, Maine-et-Loire et Charente-Inf. Châ- 
non est un peu partout dans nos vallées humides. 

Le changement de l'n en 1 se montre déjà dans 
la basse-latinité. En 1342 la petite rivière de la 
Canne est appelée Cailla. Le son nasalisé en gn est 
caractéristique dans notre idiome. On le retrouve 
dans l'esp. cana, jonc, roseau, cana)', enceinte de 
roseaux. 



CAP 



- 144 



CAP 



Canne, roseau, a nomme en Nivernais la Canne, 
rivière ; — la Canne, hameau, c""" de Neuville-lcs- 
Decize ; — la Cannerie, c"" d'Azy-le-Vif et de 
St-Verain ; — les Canelles, c"'' de Préporché ; — 
les Canats, c°' de Ciez.etc. ; dans l'Yonne, Canats, 
la Canatterie, Canette, etc. Dans quelques autres 
contrées de la France, on rencontre beaucoup de 
dénominations analogues, Can, Canau, Cannât, 
Canelle, Canet, Canette, Canne, Cannée, Cannerie, 
Cannes, Cannet, Canny, Canot, Canoulles. 

CANQDANTER. v. n. Se dit du cri des oiseaux 
de basse cour, des oies particulièrement, mais 
aussi des canards, etc. Morv. n. 

Une racine can a peut-être à l'origine désigné un 
oiseau aquatique ou privé. Comp. avecl'allem. gans, 
oie, qui a de nombreux dérivés ; l'esp. et le port. 
ganso et le rom. prov. ganta. EnNorm. l'oie sau- 
vage est appelée « canehotte. » (Voy. Canquener.) 

CANQUEELLOT, s. m. Petite racine de genêt ou 
de tout autre arbuste. Lorsqu'un champ de genêts 
a été mis en culture, on ramasse les « canqueil- 
lots )i après le premier labour. Ces racines don- 
nent un feu de peu de durée, mais vif et clair. 

CANQUENER, v. n. Se dit du cri des oies. Les 
étymol. ont fait bien des recherches pour trouver 
le sens primitif de cancan, cancaner. Notre verbe 
a canquener », fort ancien dans le pays, serait-il 
le tj'pe de ces deux termes issus l'un de l'autre ? 
Buiïon rapporte que les colons français d'Amé- 
rique avaient le verbe cancaner pour exprimer le 
cri du perroquet. La danse dite le cancan ne pour- 
rait-ellepas être une allusion aux mouvcmentslourds 
et saccadés de l'oie qui s'émancipe "? 

CANTINE, s. f. On dit les mouches « cantines. » 
C'est une corruption de cantharide, terme dérivé 
du grec et trop savant pour se conserver intact 
dans un patois. 

CAPE, CHAPE, s. f. Vêtement de femme qui 
couvre la tête et tombe sur les épaules. Il y a 
trente ans, on ne voyait pas une Morvandelle sans 
la cape de couleur. Les modes nouvelles, greffées 
sur les nourrices qui vont à Paris, ont importé les 
manteaux et même les waterproofs ! 

La cape ou capote était souvent de poulangis, 



assez semblable, dit l'abbé Baudiau, h la cucule 
romaine ou au sagum des Gaulois. Une partie du 
Morv. b. prononce a caipe. » 

— Espèce de coussin en paille tressée ou tordue 
qu'on place sous le joug des bœufs pour protéger 
leur tête. 

— Petite couverture en paille dont on recouvre 
le chanvre, les javelles, que l'on dresse sur le ter- 
rain pour les faire sécher en moyetles. 

CAPINE (AI LAI), loc. Aller « à la capine » 
c'est marcher les pieds nus ou sur ses bas. Les 
voleurs s'en vont « ai lai capine », lorsqu'ils pré- 
parent quelque mauvais coup. Le mot vient-il 
d'une ancienne chaussure en peau de chèvre ? Le 
bas 1. capina est pour caprina, peau de chèvre, 
par la chute de l'r : 

Reddere debent de dozena cordoani quatuor dena- 
rios, de dozena Capinarum duos denarios. 

(Duc. Capina.) 

Capina, dans cette acception, pourrait se ratta- 
cher à escarpin dont l'origine est incertaine et qui 
est quelquef. écrit eschapin en vi. fr. : 
Li sanc des piez li saut e raie, 
Kar n'a seller ne Eschapin. 

(Benoit, v. 28510.) 
Tote dolente hors de la chambre esi, 
Desafublée, chauciée en Escliapins. 

[Roman de Garin cité par Duc. à Scarpus.) 

Norm. « marcher à capine cauche », marcher 
sans bruit. « Chappes » est synon. de chausses; — 
Dauphiné ; « accapa », caché. 

CAPITAU, s. m. Capital, argent comptant, 
cheptel surtout. Ce fermier est riche, il a un bon 
« capitau. » Il n'y a pas de bonne ferme sans un 
fort « capitau », c.-à-d. sans un cheptel important 
fourni par le propriétaire au tenancier. Capital et 
dieptel sont tirés du 1. capitale, capital, ce qu'on 
possède, richesse. Basque, cabale = cheptel en 
bétail. ("Voy. Chetel] 

CÂPRE, s. f. Chèvre. Une vieille chanson aval- 
lonnaise disait : 

Ce sont les gens d'Etaule, 
Ce sont de drôles de gens 

Mon enfian ; 
Ils nourrissent des Câpres 
Pour encorner les gens 
Mon enfian. 



CAR 



— 145 



CAR 



La forme latine persiste jusque dans le XVP 
siècle, puisque Montaigne dit encore capriole pour 
cabriole, saut de chèvre. 

Pr. -Comté : « cabre, caibre » ; — Béarn. crabe, 
par transpos. de l'r comme à Naples, crapa ; — 
ital., valaque : capra; — rom. prov., esp., port. 
cabra. Du 1. capra. (Voy. Cabeuriole.) 

CAPUCHE, s. f. Capuchon, manteau àcapuchon, 
vêtement de femme. Flandre : « capuche »; « capu- 
chin » = capucin ; — Bourg. « caipuche » et « cai- 
puchin »; — Berry : « capiche, capichon » ; — 
Lang. « capuche » = capuchon. — Capuche est 
une forme pic. de capuce. On a vu à Cabeucher, 
dans ce Gloss., que cabiis est pour capus. « Ca- 
puche » est donc identique à cabusse tiré de ca- 
put. 

CAPUCHER, V. n. Pommer, « chou capuche », 
chou cabus, cliou pommé. Morv. n. 

Ital. cappuccio, chou cabus; lattuga cappuc- 
cina, laitue pommée qui à Genève est nommée 
laitue « cabusse » ou « cabuce » ; — flamand : 
kap, capuche ; kappeu, coiffer. De capuche aug- 
mentatif de cappe dér. du bas 1. capa et du latin 
capere. Le dialecte ital. de Plaisance dit « capà » 
pour amonceler. Le sens de contenir ne se trouve 
pas moins dans le dialecte de Bresciano oi!i « capùt » 
exprime la profondeur. (Voy. Cabeucher.) 

CÂQUI, s. m. Œuf, terme enfantin. PL-Maine : 
« caquot », oeuf; — Forez : « caco, cacagnio. » 

ÇAQUIAU, s. m. Château. Morv. n. Q = t 
comme dans amiquié pour amitié. (Voy. Châteai.) 

CARABITOUÉ, s. m. Cas rédhibitoire par syn- 
cope et corruption. On achète un cheval en réser- 
vant les tt carabitoués. » 

CARACTÉE, s. m. Caractère. Morv. n. Ce terme 
n'est pas dans le patois, mais je le cite pour met- 
tre en relief la tendance locale à supprimer les r 
dans les mots nouveaux comme dans les anciens 
« ain mauvâ caractée. » 

CARBALIN, s. m. Sarrasin ou blé noir de Tar- 
tarie, polygonum tartaricum. « Carbalin » pa- 
raît-être une corruption de carabin, un des noms 



vulgaires du blé noir. Ménage, qui explique tant 
de choses avec la meilleure volonté du monde, 
n'explique cependant pas l'origine du mot carabin 
appliqué à une variété du sarrasin. (Voy. Tartari.) 

CARBOULÔ (EN), loc. Morv. n. Se mettre en 
« carboulô », c'est se replier sur soi-même, se pe- 
lotonner. Ce terme a le même sens que la loc. 
usitée dansleMorv. b. « se mettre en queurpoton. » 

De boule et un préfixe car qui transpose cra ou 
cre dont la racine entre peut-être dans le français 
crapaud et l'anglais to creep, ramjjer, resserrer. 
(Voy. Queurpoton.) 

ÇARCER, V. a. Chercher, poursuivre quelqu'un 
ou quelque chose. 

Le jSIorv. n. prononce « ercerce » pour recherche, 
ajoutant la méth. habituelle à la permutation du 
ch en c doux. 

CARCOUE, s. f. On dit d'une poule et de tous 
les animaux en général qu'ils font la « carcoue » 
lorsqu'ils rentrent le cou dans leur corps comme 
dans l'affaissement de la maladie. 

En Berry, « carca, carcon, charcou », signifie 
carcasse, corps d'animal, charogne. « Carcoue » 
n'est-il qu'une forme de carcasse ou bien le mot se 
rattache-t-il à carcan queDiez tireduscand. qverk, 
cou, gorge? Comp. avec le rom. prov. carcol, col- 
lier. 

En Poitou et en Saint. « faire le cadrou » ex- 
prime le même état d'abattement maladif voisin 
de l'agonie chez les animaux et même chez les 
personnes. « Etre dans la cadroue » == être dans 
l'accablement de la tristesse. Dauphiné : « porter 
en carcailli » = porter sur les épaules ; — Suisse ; 
« porter à.cacou. » 

CARDER, v. n. Avoir de la peine, de la diffi- 
culté à fatiguer, peiner, pour faire une chose. 

S'emploie au propre et au figuré. La grenouille de 
la fable « cardait » pour être aussi grosse que le 
bœuf. Le biicheron « cardait » sous le poids de la 

ramée Carder pourrait être un terme emprunté 

au métier du cardeur de laine, métier assez pcniijle 
et qui suppose un effort plus ou moins laborieux. 
Dans la partie du Morv. n. où cette expression est 
usitée, on carde aussi les bœufs pour leur faire le 
poil et par mesure hygiénique. 

19 



CAR 



- 146 - 



CAS 



Berry : « carder », avoir peur, se débattre, avoir 
de la peine, souffrir. (Voy. Charder.) 

CARILLON, s. m. Nom vulgaire d'une plante 
de la famille des campanulacces, ainsi appelée par 
assimilation de ses clochettes avec la série de clo- 
ches qui produit un carillon. Les carillons se for- 
maient autrefois au moyen de quatre cloches et ce 
nombi'c a donné naissance au mot quadrilio en 
bas 1., quarillon en fr., par la chute de la dentale. 

— Le Carillon, nom de loc. c""^ de Poussignol- 
Blismes. 

— Carillon, nom de famille dans le pays. C'est 
aussi un terme de métallurgie qui désigne un fer 
carré de petite dimension. Dimin. de carré. Bas 1. 
quadrilio. (Voy. Quarre.] 

CARNE, s. f. Terme de mépris, injure qui cor- 
respond à charogne ou plutôt à la forme pic. caro- 
gne que Molière a souvent mise sur le théâtre, 
quoique le terme soit... peu parlementaire. L'argot 
donne à « carne » le sens de chair corrompue, 
gâtée. Carne et charne sont les formes archaïques 
de chair, d'oià carnassier, acharné : 

L'osberc li rumpt entresque à la Chani. 

{Chanson de R. p. 107.) 

Du 1. carnem ace. de caro. 

CARPE, adj. Se dit des animaux qui ont des 
épis dans le poil, des touffes qui se hérissent. 
Comme le fr. escarpe, de l'anc. h. allem. scarp ; 
allem. scharf, aigu, qui est en pointe, en aigrette? 
Angl. Sharp; holl. scherp. L'anglais carpet, 
tapis, semble avoir un rapport d'origine avec car- 
ping, pointilleux au fig., et avec le vi. fr. carpite 
qui désignait en même temps un tapis et un drap 
peut-être à poils un peu rebours. Néanmoins carpe 
pourrait n'être qu'une métath. de crêpé avec le 
changement ordinaire de l'e en a. Le 1. crisjmre 
signifiait hérisser. En fr. crêpé, crispé, renferment 
la même idée. 

CARQUESSE, s. f. On donne ce nom, je crois, à 
la petite ciguë qu'on appelle aussi faux persil. La 
carquesse est vénéneuse. Morv. n. Berry : « cocue, 
cocuasse », grande ciguë. 

CARREGER, v. a. Charroycr, transporter sur 
une voiture. Morv. n.-n.-o. « sarréeer. » Brantôme 



emploie fréquemment les mots carreage, carriage 
pour charriage. En quelques endroits ces termes 
ne désignent même que des voitures de transport : 
« l'armée... embarrassée de bagages, de Careages, 
mulles, mulletz et chevaux, etc. » (vi, p. 249.) 

Rège correspond à roie et en conséquence car- 
réger au fr. charroyer : « lesquelz laboureront 
d'icelle terre deux Règes et demye. » (Duc. Rega.) 
Les quatre formes rage, rège, rige, ruge, déri- 
vées du 1. ruga, sillon, chemin, ont formé en bas 1. 
carragium, carregium, carrigium, carrugium. 

— Carrage, c"'' de Luzy ; — le Carrage, c"" de 
Balleray et de Poiseux ; — le Carrège, c°^ de 
Sichamps ; — le Carrouge = Carruge, c"" de Châ- 
teau-Chinon-campagne. En Bourg., le terme est 
usité au féminin dans la toponomastique : la 
Caruge-Lorion, la Caruge près l'Eglise, etc. , près de 
Clermain-en-Mâconnais. 

— Berry : « rège », sillon ^ roie ; « regeon », 
petit sillon; « regeonner », tracer des petites raies, 
de petits sillons; — Saint. « rège », toute ligne 
tracée : la rège du dos; « regeon », petite raie ; — 
Poitou : « rèse, rise » , sillon ; — Prov. « rega, raia » , 
raie ; — Lang. « rigo » , trait léger, ligne. En Italie, 
le dialecte de Parme donne le nom de « caruga » 
à la chenille, celui de Vérone, « ruga. » Bas 1. 
quadrigare, carrucare, charrier; quadrigariiis, 
carrucarius, charretier. 

Du 1. carrus, char, et ruga, raie, sillon, chemin, 
rue. Carréger c'est au propre mettre un char dans 
la raie ou la voie. (Voy. Enrager, Enriger, Enroi, 
Rue.) 

ÇARZER, V. a. Charger, mettre une charge sur... 
confier une mission à quelqu'un, etc. C doux pour 
ch et permutation de g en z. Morv. n. 

CASSAULE, adj. Sujet à être cassé. Le verre a 
été très « cassaule » jusqu'à ce jour. Une invention 
nouvelle va, dit-on, changer cela. 

CASSE, adj. des deux genres. Cassé, courbé, 
rompu, fatigué, affaibli : « C'te fonne n'ô pâ veille, 
ma ile ô diji casse », cette femme n'est pas vieille 
mais elle est déjà courbée. 

Et tous les autres estrumens 

Qui sont piliers et argumens 

A soustenir nature humaine 

Qui sans eus fust et Casse et vaine. 

{R. de la R. V. 6995.) 



CAS 



- 147 — 



CAS 



Mes l'aiitrier oi la jambo Qasse 
En un broion par meschéance. 

[Renart, v. 7320.) 

Cet adj. s'employait au M. A. en style de chan- 
cellerie avec le sens de annulé : 

Cest assavoir que les dits Religieux reiidroient 

les dites lettres originaux qu'ils ont de feu nostre dit 

Seigneur et père le Roi Jehan comme Casses et 

vaines 

{Preuoes de VHist. de S. Etienne, p. 17.) 

De casse, l'adv. cassement ou quassement = 
faiblement. 

Prist Harouge en haut à canter 
Ce cant d'un dous son Quassement. 

{Renart, iv, p. 317.) 

Dans Palsg., - p. 307, - brokyn = casse. Du 1. 
cassits et quassus, part, de cassare, quassare. 
Cassus lumine, dans Virgile, signifie privé de vie, 
mort. 

Tout le monde connaît ce verset de la belle 
prose du Dies ine : 

Quœrens me, sedisti lassus, 
Redemisti, crucem passus, 
Tantus labor non sit Cassus ! 
Ici cassus est le part, passé de cassare, annuler, 
rendre inutile et non de q(uas.saî'e, ébranler, abat- 
tre, briser. On trouve dans quelques textes le 
maso. « cas », brisé, rompu : 

Là Beaudoin fu roide, si li fist l'escu Qas. 

(Chanson des Saxons, i, 179.) 
Un en ateint en mis le tas, 
L'escu li a si frait et Quas. 

(Benoit, v. 21487.) 

Ce masc. cas se trouve encore dans La Fon- 
taine : 

As-tu pris garde ? Il parlait d'un ton Cas, 
Comme je crois que parle la famille 

De Lucifer 

{L'Hermite.) 

Champ. « cas, casse », nul, vain, anéanti; — 
Norm. « cas » = fêlé; — ■ Suisse rom. « cassa », 
alïaiblissement par maladie; « cassa », casser, 
vieillir. 

CASSE, s. f. Bassin à queue dont on se sert 
pour boire : 

Et ce beau lict, ciel et cortines, 
Simaises, potz, Casses, bassines, 
Dont vous est venu cest aveu ? 

[Th. fr. I, p. 24ô.) 



Plusieurs patois appliquent la même dénomina- 
tion à une lèchefrite, ustensile également muni 
d'une queue. Le bas-latin cassa désignait une 
poêle, un poêlon. Dans Oomenius, - p. 147, - : 
« Il rabbal l'escume avec la Casse ou cuiller du 
pot. » En Bourgogne on nomme « queue-de-casse », 
à cause de sa forme, le menu poisson appelé têtard 
en fr. et en général toutes les larves des batra- 
ciens. Casserolle est un dimin. de casse. 

L'anc.langue a ditcasse pour caisse, d'où peut-être 
Cassier, nom de famille répandu dans le pays ; 
mais dans cette acception le mot pouri-ait avoir 
une autre origine. Le dimin. cassette se trouve 
cependant avec la double signification de petite 
caisse et de poêlon : « Le jus sera mis dans le poës- 
lon ou cassette. » dit Olivier de Serres, - p. 777. - 

Pic. « casse », vase à boire; « cassemake », 
vieux coffre ; — Poitou : « casse », lèchefrite ; — 
Champ. « casse», poêlon, casserole; « casse, carse», 
coffret, corbeille; — Berry : « casse », chaudière 
en fonte ; — wallon : « casse », étui ; — Forez : 
« casse, cassi, cassot », casserolle, poêlon à long 
manche ; — Suisse rom. « cassa », poêlon, poêle à 
frire, grande cuiller ; « cassoton », ib. ; — italien : 
cac;a, cuiller à pot. Comp. avec l'allem. kessel, 
bassine, '"chaudière et aussi caisse. 

CASSI, E, adj. Se dit des terres grasses qui, 
par suite de la sécheresse, se ramassent en petites 
mottes compactes. Nous avons l'adj. seulement, 
mais le subst. existe dans plusieurs patois. Berry : 
« casse », motte de terre, glèbe ; « cassaille », pre- 
mier labour ; — Poitou : « casse » , motte de terre ; 
01 casson », terrain qui est en mottes; — Saint. 
« casson » = tesson. 

Cassine, cabane, est-il dérivé de casa ? Le mot 
pourrait nous venir de casse, motte de teri'e. Cas- 
sine, comme terme de guerre, désigne une cons- 
truction dans laquelle on peut s'embusquer, une 
redoute quelquefois en terre ou en gazon. Casine 
et cassine semblent être deux termes différents. 
Le premier désigne une petite demeure sans au- 
cun sens défavorable ; le second s'applique à une 
mauvaise cabane, à une hutte. Un texte cité par 
Duc. dit bien « cassinis seu casalinis », mais cela 
ne prouve pas la dérivation de casa. Les cassines 
n'étaient souvent que de simples loges pour les 
animaux. 

— La Cassine, c"' de Charrin ; — les Cassines, c°'" 



CAS 



148 - 



CAT 



de Chcvcnon ; — les Cassons, c'" de Suilly-la-Tour. 
Ce dernier nom de loc. plaide pour la dérivation 
de casse ; il correspond au bas 1. cassonus, locus 
cavus. (Voy. Casson.) 

CASSIE, s. f. La quantité de liquide que peut 
contenir une casse : une pleine « cassie. » (Voy. 
Casse.) 

CASSEVE, s. f. Rosse, haridelle. De « casse », 
fatigué, vieilli, usé ? 

CASSON, s. m. On dit des matières farineuses 
qu'elles sont « en cassons » lorsqu'elles se ramas- 
sent par l'effet de l'humidité et s'agglutinent en 
grumeaux isolés. Casson en vi. fr., motte de terre 
argileuse, de terre liée ensemble. En Fr. -Comté, 
« caton » := grumeau. — En Berry, « caton », et 
« catonner », s'agglomérer. — Un compte des re- 
venus de la ville de Bourges, cité par le Gloss. du 
Centre, semble donner raison à la forme caton : 
« Cinquante boisseaulx d'aultre farine qui estoient 
dans la dicte tour et environ dix boisseaulx, tant 
Catonnée que plaine de mittes. » La prononc. ré- 
putée vicieuse de castonade pour cassonade cor- 
respondrait alors à la forme caton ou caston, sui- 
vant l'anc. orthographe. Ménage qui tient pour 
cassonade, parce qu'il rattache le mot à casse ou 
caisse, dit expressément que : « L'usage est par- 
tagé à Paris entre castonade et cassonade, mais 
qu'il y est partagé de sorte que le plus grand 
nombre est de ceux qui disent castonade. » On 
appelait aussi caton une sorte de gâteau. En 1469, 
parmi les pâtisseries offertes au duc d'Orléans, on 
voit figurer six Katons. (Mantellier, II, p. 548.) 

Dans le Jura, « catons » désigne une bouillie 
très épaisse de maïs. La Suisse rom. nomme « ca- 
talare » le potier de terre, et la brique d'argile 
« catalla. » Casson se rattache peut-être au même 
rad. que catir dér. du 1. coactus, pressé, comprimé. 
(Voy. Cassi.) 

CASTILLE, s. f. Fragment de pierre à chaux 
qui éclate dans le feu en soulevant la cendre. Le 
Gloss. du Centre donne à ce terme une acception 
technique. La castillc ou castine est une pierre 
calcaire que l'on mélange au minerai de fer pour 
en faciliter la fusion. En Berrycommedansle Morv. 
n.castille s'emploie au propre et au figuré. Castille 



au fig. signifie dispute, querelle, par allusion peut- 
être aux éclats de la pierre à chaux. Dans Ménage 
castille, dissension, débat; et castine, pierre à chaux 
ou terre-pierre, d'après un passage de Guy Co- 
quille. Dans Borel, castine ou cassine, querelle, 
riote. Dans Furetière, castille, querelle. Palsg., 

- p. 222, - traduit l'anglais frayeng par castille. 
La plupart des étymologistes, parmi lesquels je 

cite M. Littré, tirent castille = querelle de castel- 
lum, petit château, parce que des imitations de 
châteaux, de tourelles, figuraient dans les tour- 
nois et donnaient lieu à des combats simulés. On 
peut rapprocher le mot du vi. fr. catillier et du 
bas 1. catillare, qui avaient le sens de harceler, 
attaquer, ou en somme chercher castille. 

De l'allem. stein, pierre, et du 1. calx, chaux ; 
kalkstein. pierre à chaux. 

CASTRER, V. a. Châtrer. Castrer se dit pour 
châtrer non-seulement dans nos campagnes, mais 
dans toutes les villes de la région. Il est singulier 
que le fr. qui a castrat et castration, n'ait pas 
l'infinitif qui existe en rom. prov., en ital., en esp., 
en port, et même dans l'anglais to castrate. Castrer 
et châtrer sont ce qu'on appelle un doublet, c.-à-d. 
une double forme, sortie du même mot latin cas- 
trare, châtrer, amputer, retrancher. Castrer est la 
forme pic. répandue dans la plupart des patois. 
On tire ordinairement castrat de l'ital. castrato. 
Pourquoi pas du latin castratus qui a donné au 
rom prov. castrat ? 

Home Castrat viu plus longuamment. 

(R.YYNOUAKD, Castrar.) 

Le bas 1. et le vi. fr. ont employé castrer et châ- 
trer au fig. avec la signification de faire perdre, 
priver, dérober, soustraire. On voit dans Duc, à 
Castrare, un texte oii « pelliceam Casti-atam » a 
le sens de pelisse dérobée, volée. Ce sens existait 
dans le 1. parce que le mot renfermait l'idée de 
tondre, d'élaguer, d'émonder. (Voy. Sener.) 

CATAPLAJIE. s. m. Cataplasme. On voit dans les 
Hijpomnèses de H. Estienne (ju'au XVI' siècle on 
prononçait cataplesme. Il est fort probable que l's ne 
sonnait ni dans l'une ni dans l'autre forme du mot. 

Bourg. « cataplame » ; — Genève : « cataplâme »; 

— Pic, rouchi : « catapleume. » 

Du grec par le 1. cataplasma. Pourquoi n'avons- 
nous pas pris au latin son verbe cataplasmare ? 



CAT 



— 149 — 



CAU 



CATAEEU, EUSE, aclj. Sujet à se gâter, à se 
corrompre, à perdre en qualité, chanceux : ce com- 
merce est « catarcux », cette affaire est « catareuse. » 
Une partie du ^Morvan prononce « catereux » comme 
le vi. fr. Chifflet remarque que cette dernière forme 
était seule usitée au XVII' siècle. Ménage la pré- 
sente cependant comme une corruption de catarre. 
On peut consulter le passage de H. Estienne qu'il 
cite à l'appui de son assertion. Au XVP siècle, 
Palsg., -p. 582, - disait : « J'ay la catarre, ou je 
suis enrimé. » Le sens de diminution, d'amoin- 
drissement, d'altération qui existe dans l'acception 
oîi notre patois emploie le mot et aussi dans le verbe 
berrichon « caterer », se retrouve dans le grec 

xarâppooç dcr. de xarappéîv, couler de s'écouler, 

tomber en ruine. 

CATÉCniE, s. m. Catéchisme. 

Norm. « catéchime » ; — Flandre : «catichime »; 

— Berry : « catéchime » et « catéchimier », enfant 
qui va au catéchisme ; — wallon : « catégiss. » 

CÀTELINE, nom de femme pour Catherine : 
«Voiqui lai Catt'line; lai Catt'line ô iqui. » Il parait 
que cette prononciation n'était pas inconnue de 
Ronsard. On lit dans les notes d'un de ses discours, 

- vu, p. 124 : « Les gens du bas vulgaire disent 
Catheline pour Catherine. » Berry : « Catheline »; 
<c Cathelin », fils de Catherine; — wallon : « Cate- 
lène, Catelaine. » En Normandie circule un pro- 
verbe concernant la Ste-Catherine fêtée le 25 no- 
vembre : 

A la Catheline 
Tout bois prend racine. 
Palsgrave, - p. 488, - traduit le dimin. anglais 
Kate par notre mot : « Viens moy accoler Cate- 
lyne. » 

CATIAU, s. m. Château. On donne par cour- 
toisie ce nom à toutes les maisons bourgeoises atta- 
chées à un domaine d'une certaine importance. Le 
château en Moi'van est le principal « chà » du pays, 
voilà tout. (Voy. Châ.) 

CATIN, s. f. Poupée d'enfant. Ce mot qui sonne 
assez mal à l'oreille est très répandu en Bourg, 
comme en Niv. Il n'est pas autre chose qu'une 
forme diminutive et familière de Catherine. La 
« catin » de nos petites filles tient donc son nom 



d'une sainte comme le bébé des villes a emprunté 
le sien au gentil nain de Stanislas, roi de Pologne. 
Le vi. fr. avait les diminutifs Catau ou Cathau 
(Cathosdans les Précieuses ridicules] ; Catin, Cati- 
che. En wallon : « Catau », poupée et fille plus que 
légère. 

Dans quelques provinces, en Poitou et en Flan- 
dre notamment, on donne le nom de Marote à la 
Catin bourguignonne. Ce nom se rattache à Marie 
comme celui de Catin à Catherine. Les noms, 
-comme les livres, ont leurs destinées, hahent sua. 
fata. Dans une partie de la Suisse, « Climène », 
contraction de Célimène, est le nom générique des 
prostituées. Salomé dans la région de Mons, dési- 
gne une créature du même genre, et Sara, une fille 
étourdie, évaporée. A Valenciennes, au contraire, 
Sara s'applique à une femme laborieuse. 

CATU, s. m. Pays lointain, au dehors, à l'étran- 
ger; « voir du câtu », c'est voir du pays, comme on 
dit en fr., c'est voyager. Ulysse, s'il faut en croire 
Homère, est un des hommes de l'antiquité qui 
ont vu le plus de « câtu. » Dans l'argot, « castus » 
signifie hôpital. Ce terme est probablement iden- 
tique à « câtu », avec une signifie, empruntée à 
la vie errante. 

Le Thrésor de sentences dorées, - p. 70, - com- 
mente l'idée en disant : 

Vie brutalle plaist au coquin rural, 
Gaudir à la taverne et mourir à l'hospital. 

Mourir à l'hôpital ou mourir à l'aventure, c'est 
un même mot pour un bohème. 

Câtu est une corruption de casus, cas, accident, 
aventure. Le Gloss. de Roquef. enregistre le mot 
sans l'appuyer d'aucune citation. On le trouve 
même dans le Dict. de la langue française. Le 
conte du Psautier, de La Fontaine, dit : 
Et s'étant fait raconter derechef 
Tout le Catu.s 

En wallon « cati », autrefois voyageur pauvre, 
d'où, selon Grandgagnage, le nom d'un hôpital 
sous l'invocation de S. Julien : li Caferèie. Le sens 
actuel est vagabond. « Voir du câtu » signifie donc 
bien courir les hasards, les aventures. 

CAUSER, V. a. Ce verbe qui ne s'emploie acti- 
vement en fr. que par une ellipse comme dans cette 
phrase : causer sciences, arts, littérature, etc., est 
actif dans notre patois. On dit cet homme m'a 



CEM 



— 150 - 



CEN 



« causé » en passant; je lui ai « causé » l'autre 
jour ; — il m'en veut, il ne me «-cause « jamais. 
Morv. n. « cauher », par la chute de l's mcdial. 

CAUSOU, OUSE, s. m. et f. Causeur, bavard, 
musard : « un causou, une causouse. » 

CAUSSÉE, s. f. Ouvrage fait à bâtons rompus, 
à moments perdus : « i l'é fé ai caussées », c.-à-d. 
à plusieurs reprises. 

CAUTESTE, s. f. Femme câline, enjôleuse, qui 
flatte par intérêt. « Cantine » est un dimin. fém. 
de caut, caute, qui dans l'anc. langue signifiait 
rusé, prudent, dér. du 1. cautus. Cautelle, en vi. 
fr. = tromperie. En fr. moderne, cauteleux = 
prudent jusqu'à la duplicité. 

Trop sunt Caut et soubtil pour acquerre à leur ordre, 
Trop aroit mal es dens quant il n'i porroit mordre. 

{Tcit. J. DE M. V. llîl.) 

Dans Palsg., - p. 446, - je cautelle, je lobe, je 
baratte, je boule, sont synonymes. 

CÀVRE, s. f. Cave, lieu souterrain : « voiqui 
lai quié d'iai câvre », voici la clef de la cave. Chif- 
flet dit que de son temps on prononçait cave. 

Cave dans les noms de loc. désigne une grotte, 
une caverne : la Cave, c"" de Clamecy, etc. ; — 
la Cave-aux-Fées, la Cave-aux-Loups, la Cave- 
aux-Poulets, etc., dans la Côte-d'Or. Du 1. câvus, 
creux. Le verbe caver a pris, dans quelques patois, 
le sens de fouiller. En Lang. « cava dé trufos », 
arracher des pommes de terre. 

CE, prép. Chez. Morv. n. : « a n'ô pâ ce lu », 
il n'est pas chez lui. Le vi. fr. avait les formes chés 
et chiés que quelques dialectes prononçaient ces 
et ciés. 

CELAI, pron. démonst. Cela. On prononce ç'iai. 

CE3IENÉRE, s. f. Chenevière. Morv. n. En esp. 
ca?ia»iar, chenevière ; caimmo, chanvre ; cana- 
mon, chenevis. 

CEMENOT, s. m. Petit chemin, sentier dans les 
champs. Morv. n. 

CEMENOTTE, s. f. Chanvre qui a été tillé. Morv. 
n. (Voy. Chevenotle.] 



CE3IIE, s. f. Chemise. Morv. n. On mouille l'e 
final de manière à figurer pour l'oreille le son des 
deux 1 comme dans famille. 

Braies, Cemises i trova il asés 
Si en a pris tout à sa volenté. 

[Huon de B. v. 7182.) 

(Voy. Chemie.) 

CEIHINGN', s. m. Chemin, sentier, voie. Morv. n. 

L'adoucissement du c dur conservé dans les 
langues issues du 1. et dans le dialecte pic. se 
montre dès l'origine de notre langue : 

Sire Dix, en infer fu vos Cemins tornés, 
Si en getastes fors vos drus et vos privés. 
(Fiei'abras, v. l'227.) 
Si doit aler paisiblement 
Ne mie jangler à la gent 
Qu'il trovera par les Cemins. 

{Renart, v. 20595.) 
Et li vilains ne se desvoie, 
Einz s'en vet tôt droit le Cemin. 

{Ib. V. 24465.) 
Si s'en allèrent à un Cemin auques près d'iluec, par 

lequel Cemin 

(Beaumanoir, II, p. 54.) 

Bas 1. CcLminus, clmminus, chemin, voie. 

D'un rad. celt. cam, pas ? Scheler tire le mot du 
1. caminus, four, cheminée qui, dans la basse-lat. 
était devenu synon. de via. (Voy. Chemi.) 

CENALE, s. f. Cenelle, fruit de l'aubépine et 
non du houx : 

Et cerchoient par ces boissons. 
Pommes, poires, noiz et chastaingnes, 
Boutons et mores et prunelles 
Framboises, freses et Ceneles. 

(R. de la R., v. 8410.) 

La cenelle servait de terme de comparaison 
pour exprimer une chose de peu de valeur : 
Tiex nel' prise or une Cenele 
Se de ci pooit eschaper 
Il les feroit encor plorer. 

{Renart, ii, p. 55.) 

Il estoit de si povre afere, 
Nel' prisoit pas une Cenele. 

{Ib., V. 21128.) 

Bourg., Berry : « cenelle, cinelle » ; — Norm. 
« chcnclle, cénille » ; — Forez : « cine, cinelle. » 
— En Poitou, « cenelle » désigne en général les 
baies d'arbrisseaux. 



CEN 



— 151 



CEQ 



De coccinella., dimin. de coccina. dér. du 1. coc- 
cam ou coccus, vermillon, à cause de la couleur. 

CENAXÉ, s. m. Cenellicr, aubépine ou épine 
blanche ; arbuste qui produit les cenelles. On lit 
dans Duc., - à Senellus, - « Senelei vero sepem 
sonat apud Nivernenses » 

« Icellui Berthelot print et arracha ung bas- 
ton ou pal d'une .Senelée ou baye. » 

Dans ces passages, il est évidemment question, 
non d'une haie vive en général, mais d'une haie 
formée de cenelliers ou aubépines comme il en 
existe beaucoup dans le Morvan. 

CENCHAUBm-CENCHAUPÂ, loc. Il importe 
peu ; cela est ou n'est pas ; il est possible que oui 
ou que non. Les deux mots n'en forment qu'un 
seul dans la prononciation. « Oenchaubin » = 
c'en chaut bin ; — « Cenchaupâ » = c'en chaut 
pas. Chau est la 3'' pers. du sing. indic. du verbe 
chaloir, donner du souci : 

Entre ses dcnz dist : ne me Chaut. 

(Benoit, v. 3440.) 
Ayant perdu l'honneur, il ne me Chaut de perdre 
la vie. 

[Th. fr. YI, p. 174.) 

Le Poitou emploie un verbe « choller » dans 
une loc. du même genre : « o m'cholle pas », se 
dit pour cela m'est égal ; « o ne peu choller », pour 
il importe peu. 

CÉNEVIAU, s. m. Filet de pêche. (Voy. Che- 
voneau.) 

GENIE, s. f. Cendi-e chaude, sous laquelle il y a 
encore du feu. On prononce « cenise » dans les 
villes et « c'nie » dans les campagnes. 

Bourg., Champ., Fr. -Comté : « cenise », cendre 
chaude. — Rom. prov. cenre, cènes. Le prov. 
moderne dit « cendrés » pour cendre et « cenilhas » 
pour cendre fine. Port, cenza ; — Esp. ceniza ; — 
ital. cinigia, cendres chaudes ; — valaque : ce- 
nusa. Du 1.. cinicius pour cinericius. (A'oyez 
Cenre.) 

GENEE, s. f. Cendre, poussière des matières brû- 
lées. Bourg. « carre » ; — rom. prov. cenre ; — 
ital. cenere, cendre ; — port, cenrada, charrée. Du 
1. cinerem, vég. de cinis, cendre. (Voy. Cenie.) 



GENRE, s. m. Linge qu'on étend sur la cendre 
du cuvier où se fait la lessive. La forme fr. serait 
cendrier. (Voy. Fleuret.) 

CENRER, V. a. Cèndrer, mettre de la cendre. 
« Cenrer » un champ. Une terre bien « cenrée » donne 
une bonne récolte. La cendre est l'amendement 
par excellence de nos terres granitiques. On en 
importe des quantités énormes recueillies en 
Bourgogne et en Nivernais. L'emploi plus étendu 
du phosphate fossile fournira un précieux supplé- 
ment. 

GENROU, OUSE, adj. Cendreux, couleur de cen- 
dre ; rempli de cendre, couvert de cendre. 

Li un vermeil, l'autre Cendrous, 
Li un sont noir, li autre rous. 

Cenrou est pour cendrou par la chute du d 
médial. En plusieurs pays, on donne le surnom de 
culcendroux aux personnes frileuses ou noncha- 
lantes. Perrault fait allusion à cetie épithcte mal- 
sonnante en nommant Cendrillon l'héroïne d'un 
de ses célèbres contes : « Lorsqu'elle avait terminé 
son ouvrage, elle allait se mettre au coin de la che- 
minée et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait 
qu'on l'appelait communément cucendron. La 
cadette qui n'était pas si malhonnête que l'aînée, 
l'appelait Cendrillon. » 

Le terme de cucendron s'applique encore dans 
notre région aux petits enfants qui se traînent 
autour du foyer. En Picardie une personne mal- 
propre, dont la toilette est toujours en désordre, 
reçoit le nom à peu près équivalent de « cen- 
drouillon » ; — Fr-Comté : « cendreuille » ; — 
Lang. « cendrouséto-bachassou. » 

Dans l'anc. langue cendreux a été aussi quel- 
quef. usité avec un sens méprisant tel que lâche 
ou vil : 

Et li morveus, li Cendreux demourront. 

(Duc. Cendreia.) 

— Nom de bœuf; on désigne ainsi l'animal dont 
la robe est d'un gris cendré. 

CEQUI, pron. démonstr. Ceci ; en opposition 
avec celai ^ cela : « c'qui ô ai moue, c'iai ô ai 
toué » ; ceci est à moi, cela est à toi. 

CÊQHIE, s. m. Cercle. Se dit principalement 



CET 



— 152 — 



CEU 



des cercles de futailles : « eun céqliie de cliàgne », 
un cercle de chêne. 

CÉQHIER, V. a. Mettre un cercle à un tonneau. 

CERFEU, s. m. Cerfeuil, plante potagère. 

CERIE, s. f. Cerise, fruit du cerisier : « eune 
c'rie meure. » Nous prononçons en le, quelquefois 
en ille, beaucoup de mots fr. aujourd'hui en ise. 
Nous disons bctie, cerie, chemie, marchandie, sot- 
tie, pour bêtise, cerise, chemise, marchandise, 
sottise, etc. Comp. avec le langucd. « cérieiro », 
cerise, et l'anglais cherry. Auvergne : « céleira. » 

CERÏÉ, s. m. Cerisier, arbre qui porte les 
cerises : « eun ç'rié sauvaige «, un cerisier sau- 
vage, un griottier. Lang. « cérièire », cerisier. 

CERNER, v. a. Châtrer. Morv. n. corner. Si l'r 
n'est pas épenthctique, cerner pourrait venir de 
cerne, dér.dul.cû'cinare, tiré de circus, cercle, par 
allusion au procédé qu'emploie l'opérateur en châ- 
trant un porc; mais la forme la plus générale dans 
les patois est « cener, sener » ou « saner. » Comp. 
avec l'esp. cercenar, couper en rond, retrancher. 
Le cercenador est celui qui rogne, qui coupe en 
retranchant. (Voy. Cli'ner, Sener.) 

CERTAIN, E, adj. Assuré, digne de confiance, 
d'une qualité reconnue. Onditd'un remède^éprouvé 
qu'il est «certain », d'une vache prise à l'essai qu'elle 
n'est pas « certaine. » La loc. s'emploie même en 
parlant des personnes : ne vous fiez pas à ces gens 
là, ils ne sont pas « certains. » Palsg., - p. 299, - 
entre dans cette acception lorsqu'il cite une belle 
parole attribuée à Alain Chartier : « Tu vois don- 
ques comme les règnes et les puissances establyes 
sans doctrine ou condutz par déraison sont non 
Certaines et tirent le roy et le royalme cà mort. » 

CETELE-QUI, pron. dcmonst. Celle-ci. On pro- 
nonce souvent « c'tel-quite», intercalant quelque!, 
le subst. entre deux : « c'tell'-maion-quite », cette 
maison-ci. (Voy. Cetu-qui, Ceule.) 

CETI-LAI. pron. démonst. des deux genres. Ce- 
lui-là, celle-là par opposition avec « cetu-qui » et 
a cetele-qui », celui-ci, celle-ci, au pluriel «cé-qui», 



ceux-ci et celles-ci ; « cé-lai » pour ceux-ci et celles- 
là. On ajoute souvent à ce pronom une finale para- 
site et on articule «■ c'ti-laite. » En vi. fr. on disait 
cettuy-là : 

Comme Demosthène faisayt quand de luy dist une 
vieille acropye, le montrant au doigt : cest Cestuy-là. 
{Pantagruel, ii, 10.) 

En croirons-nous Cettuy-là ? Oyez Cettuy-là. 

{Montaigne, III, 5.) 

Le patois de Paris, auXVIP siècle, disait «stila» 
pour celui-là : «■ vlà stila qui nous a volé. » (Con- 
férence agréable, discours iv.) 

Berry : « ceti-la, c'ti-la » ; — Pic. « cheti-lo. » 

CETU-QUI, pron. démonst. Celui-ci. En vi. fr. 
cestui, ccttuy-cy. 
Qui saroit tous les biens que moines blans font hui. 
Nul bien n'est en Ordre, qui nesoit en Cestui. 

(Test. J. DE M. p. 976.) 

Paix, de par le dyable, paix : tu parleras ton saoul 
quand Cestui-cy aura achevé. 

(Pantagruel, ii, H.) 
Cettuy-cy (l'Arioste) on le veoit voleter et saulteler 

de conte en conte comme de branche en branche 

(Montaigne, ii, ch. 10.) 
Les aultres vices altèrent l'entendement : Cettuy- 
ci (l'ivrognerie) le renverse et estonne le corps. 

(Id. ib. ch. 2.) 

On féminise souvent la terminaison par eu- 
phonie : « cetu-quite, c'tu-quite, c'tu-lit-quite. 
celit-ci. » 

Pic. K c'ti-chi » ; — Berry : k ceti-ci » ; — Forez : 
« cetu, cetui », ce, celui-ci. (Voy. Cetele-qui.) 

CEU, CEUTE, CEUS, CE, adj. démonst. Ce, 
cette, ces : « çô l'ceu qui vô-z-é s'coru », c'est ce- 
lui qui vous a secouru ; « ceute fonne-laite », cette 
femme-là ; « i veu i aller ceus ou ce jors-qui », je 
veux y aller ces jours-ci. 

CEULE, pronom. Celle : « ceule-quitc », celle-ci 



(Voy. Cetele-qui. 



CEU3IETERE, s. m. Cimetière. Dans ses Observ. 
(1668) Marg. Buffet nous avertit qu'il ne faut pas 
prononcer ceumetière ou cemetière. Aussi pronon- 
çons-nous ceumetére. 

En laqué place l'on a fait un Semetiere dit k- Seme- 
tiere nuefz. 

{Cil. B. II, p. 440.) 



CHA 



- 153 



CHA 



On peut voir dans le Dict. de la ?angue fr. 
les nombreuses formes revêtues par ce mot. Rute- 
beuf écrit comme en Bourg, semetière : 
Li asne niorut de viellesce. 
Tant tint li prestre son cors chier 
Conques non laissast acorchier 
Et l'enfoy ou Semetière. 

(Le Testament de l'Ane.) 

Dans Beaumanoir chimentiére : « Se combat- 
tent es Chimentières. » Palsg., - p. 174, - donne 
« cemitière. « 

Berry : « cemetière, cementire ; — Poitou : 
« cimantère » ; — Saint. « cemantière » ; — wallon : 
« chementière, cemintière » ; — Lang. , Prov. 
«cementeri»; — rom. pvow cementeri; — esp.,port. 
cimenterio. 

Du grec Kotiinr-npioti, dortoir, par le 1. cœme- 
ferlum. 

CE'\T10SSE, s. f. La partie d'un grenier, d'un 
fenil, qui se trouve le long des murailles, sous le 
toit, sous les chevrons. Morv. n. env. de Lormes. 
Les cultivateurs de la région recommandent à leurs 
gens de bien « sacquer le foin dans les cevrosses », 
comme ailleurs on prescrit de le bien « chouacher 
dans les lâreignes. » 

De chèvre comme le fr. chevron, par assimila- 
tion, etledimin. oche, adouci en osse. «Cevrosse » 
est pour chevrette qui correspond au 1. capreo/us, 
chevron, dans Vitruve. 

Chevroches, près de Clamecy, lieu renommé 
dans le Nivernais pour ses belles carrières, n'est 
pas tiré de capra, comme on pourrait le croire, 
mais de cava rocha en bas 1. Ce lieu est appelé 
Cavaroca en 935 et Cava Ruppe en 1287. Le rad. 
a été modifié de la même façon pour Chavroche 
dans l'Allier. En revanche nous avons en Morvan 
le hameau de Chevron, c"" de Moulins-Engilbert, 
et d'autres dérivés assez nombreux de caper et 
capra. (Voy. Lâreigne.) 

CHA, s. m. Colle de farine à l'usage des tisse- 
rands. Morv. n. « sa. » 

Nos tisserands pour faire leur « châ » se procurent 
à bon marché la farine fine, dite chez nous « fai- 
reune fôle «, qui est comme la poussière des inté- 
rieurs de moulins. 

Berry, Bourg., Norm. « châs « ; — Genève : 
« charre « ; — Suisse rom. « tsa » et « tsacha », 



coller avec le « tsa » ; — Lang. « cal », présure ; 
« calai », colle de tisserand. 

De coagulare comme cailler ? Le valaque chiag 
= coagulum. 

CHÂ, s. m. Corps de bâtiment pris isolément. 
Une maison, une grange, une écurie, forment trois 
« châs » distincts. La définition que nous donne 
Ducange au mot Chassum : « Chas partie de la 
maison où l'on fait cuire les alimens, cuisine, 
fournil », est erronée. Les citations qui suivent le 
démontrent assez : 

A .Jehan Cossart donnons un Chas de maison avec 
la place derrière. 

(Duc. Chassum.) 

En la ville de Trouhans, ou Chas de la maison 

de Huguenin ouquel hostcl et Chas de maison 

estoit en sa propre personne Robert Guion 

(Les Institutions en Bourgogne, p. lOG.) 

Il n'y a que huit ou dix mois que le village est ha- 
bité dans lequel soixante et onze Chaas de maisons ont 
esté bruslées... Les Suédois etles Croates en 1G36 brus- 
lèrent 89 Chaastz de maisons Il novis a été remon- 
tré qu'au passage des Suédois, il y eust huiot maisons 
bruslées et par les Comtois furent bruslées 360 Chastz 
de granges, maisons et estables... 

{Bailliage de Dijon, p. 29, 32, 56.) 

A sçavoir trois petits Chapz de maison consistant 
en ung chauffeur, une grange et une forge A sça- 
voir trois Chas de maison consistant en ung chauffeur 

une grange et une estable A sçavoir trois Chas de 

maisons couvertz de paille consistant en ung chauf- 
feur, une estable et une petite grange appelles les 
maisons de Billard. 

[Terrier d'Alligmj, f 30.) 

— Le Ohaz, hameau de la c"" d'Arleuf, près de 
Chàteau-Ohinon ; — les Chats, c"" de Couloutre. 

Chas indiquait bien un logement, mais non pas 
expressément, on le voit, la chambre à feu, la cui- 
sine de la maison. Chez nous cette chambre à feu 
était désignée sous le nom de « chauffeur. » 

Casa, castrum, etsondimin.casfeHtun, semblent 
être sortis d'un même rad. que quelques étymol. 
supposent celtique. En Irlande, ca, cai, ont la 
signifie, de logement. Dans le dialecte anglais de 
Craven, cass = case. Quoi qu'il en soit, ce rad. 
entre en composition dans un grand nombre de 
mots qui expriment tous une idée analogue. Le 
grec a aussi kûtoi employé par Suidas dans le sens 
de cases, loges. 

20 



CHA 



154 



CHA 



Le chat-chastel, machine de guerre, dont il est 
souvent fait mention dans Joinville et dans les 
chroniqueurs de la même époque, était désigné en 
bas-latin sous le nom de cattus, cafus, caia. On 
l'appelait souvent chat tout court : 

Un Cliat bon et fort appareillent, 
Tant ouvrent desouz et tant cavent 
C'une grant part du mur destravent. 

(Gl'ill. Guurt, V. 626.) 

Envoia querre touz les barons de l'ost et lour pria 
que chacuns li donnast dou merrien pour faire un Chat 
pourbouchier lo ilum... là ou li Chas estoit venus... 
quant il virent que nostre gent redoutoient à aler au 

Chat 

(Joinville, p. 1 16.) 

Fit le roi de France faire par grand'foison de char- 
pentiers un grand beffroy à trois étages que on menoit 
à roues... et étoit breteskié et cuire... et l'appeloient 
les plu.sieurs un Cas... 

(Froiss.\rt, liv. I, ch. 201.) 

On rattache généralement le nom de cette ma- 
chine de guerre à chat, animal carnassier, mais 
la relation d'origine entre les deux termes n'est 
pas prouvée. Le chat-chastel était une espèce de 
petit fort mobile construit en bois, et en somme, 
un corps de bâtiment approprié au siéged'une ville. 
Dans les provinces du nord de la France, il était 
également connu sous la dénomination de châ- 
teau, de belfroi, de breteche. L'idée de comjiarai- 
son avec un individu de la race féline disparaît. 

Ménage dérive le mot de Castro castelluvi et 
cette étymol. nous ramènerait toujours au rad. 
cas. On ignore la véritable origine du mot chat, en 
1. felis et en bas 1. gattus. Serait-il bien téméraire 
de l'entrevoir dans le même rad. auquel se rat- 
tache casa, surtout lorsqu'on observe que catius 
désignait l'anima.1 du logis, un chien aussi bien 
qu'un chat ? Domestique, en vi. fr. domesche, dér. 
de domesticus, ne peut-il faire admettre l'idée de 
domesticité, exprimée dans cattus, mot populaire 
et nouveau, dont la racine est commune aux 
langues celtique et germanique ? 

Plusieurs loc. en Nivernais sont appelées Cha- 
zeau, le Chazeau, les Chazeaux. Chazeau est une 
variante, avec le sens péjoratif, de la forme augmcn- 
tative château. Chazelle, - en ital. casella, - est la 
forme diminutive. Chaise, la Chaise, les Chaises, 
dénominations très répandues dans la contrée, cor- 
respondent au 1. casa, au bas 1. caya, chaia. Quai, 
suivant la conjecture très vraisemblable de Dicz. 



est une forme pic. de chais pour chas. Le quai 
n'était peut-être à l'origine qu'une machine plus 
ou moins élevée à l'aide de laquelle on déchargeait 
les navires : les Quais, village près de la Chapelle- 
de-Guinchay dans le Maçonnais. 

Notre prononciation de l'a long dans chalet ré- 
pond à l'orthog. adoptée pour le mot nonoJDstant 
la désapprobation de J.-J. Rousseau. Chalet appar- 
tient encore à la même famille. C'est un dimin. de 
casa, dit Scheler, ou une contraction de castelle- 
tuin suivant Littré. En Champ. « casalet » =: pe- 
tit clos, terme qui corresp. au vi. fr. cassine et à 
l'ital. casnio. La Suisse rom. dit « casa » pour 
chalet, cabane de berger. En Champ. « chas » si- 
gnifie chambre, travée. En Bourg, le droit de fres- 
tage se percevait sur le nombre des travées qui for- 
maient le comble d'un bâtiment. La freste et le 
c/ia< étaient deux termes synonymes. (Voy. Aifai- 
ter, Chaufau. Chez.) 

CHÂA ! interj. dont on se sert pour faire avancer 
les bœufs attelés ; forme emphatique de ça dont 
le c doux permute en ch : 

Sire, fai Chà venir ma surur Thamar que ele me 
face viande e à mangier 

{Rois, p. 163.) 

Quant ly contez le vit. adont le festia 
Et ly dist : Connestablez, et que faitez-vous Chà?" 
(Hugues Capet, v. 5S23.) 

CHÂBRE, s. m. Sabre. Morv. n. 

CHACIGNON, s. m. Chignon, le derrière du cou, 
la nuque. 

Dans «chacignon » le t du 1. catenionem, formé 
de catena, s'adoucit comme dans balbutier, dérivé 
de balhutire. (Voy. Câgnon.) 

CHÂDOUGNERÀ, s. m. Chardonneret, oiseau. 
Morv. n. (Voy. Chairdonneri.) 

CHAGNAR, s. m. Sournois, cafard, un homme 
en dessous comme on dit vulgairement. « Cha- 
gnard » se trouve dans le Gloss. du Centre avec 
la signifie, de sournois, têtu, difficile en affaires. 
Ce mot paraît être une forme dialectale de cagnard 
qui, outre le sens d'indolent, de paresseux, a encore 
en fr. celui de lâche, de poltron, sens qui corres- 



CHA 



155 — 



CHA 



pond à peu près à nos définitions locales et à 
l'emploi qu'en ont fait d'anciens auteurs : 

Ainsi que puis apperoevoir 

Mon frère, nous sommes bien bestes; 

On nous devroit couper les testes; 

Nous nous monstrons par trop Caignardz. 
(Th. fr. III, p. 105.) 

Une des races maudites du M. A., les Cagots, 
appelés aussi Canards et Cagnards, parce qu'ils 
étaient obligés de porter sur eux, comme signe 
infamant, une patte de ce volatile, ont pu intro- 
duire ce terme dans notre langue. C'est un fait 
que l'expression cagnard est devenue en quelque 
sorte générique pour désigner une race de fai- 
néants et de mendiants. On lit dans les Recherches 
d'Ét. Pasquier, un passage où les Caignards appa- 
raissent comme des bandes de Bohémiens. Le lieu 
où ils se rassemblaient, dit l'auteur, - 1. VIII, 
ch. 43, - « estoit appelé caignard. » Ils étaient, 
eux, appelés caignardiers parce qu'ils se retiraient 
sous les ponts de Paris et... « tout ainsi que les 
canards, ils voiioient leur demeure à l'eauë. » 

II maudissoit (sa vie) cent fois le jour qu'il fût 

reduict à mourir en un !ict comme un Caignardier 
le plus pauvre qui fut jamais. 

(Brantôme. II, p. 46:!.) 

Suivant M. Littré cagnard nous vient de l'ital. 
cagyia, chienne. (Voy. Câgne.) 

CHÂGNE, s. m. Chêne. Le Morv. n. prononce 
çâgne : « miçante rouette de çâgne i va t' quiorde » , 
mauvaise branche de chêne je vais te tordre. 

Toute ménière de bois excepté le Cliaane et 

le codre, etc. 

[Cart. de Pontigmj, 1307.) 
Don commence-t-.I. oraiges à lever, 
Et en après à plovoir, à venter. 
Le Roi convint sos .1. Chane escouser. 

(G. de V. p. 34.) 

Autresi gist Garins entr' ax ocis 

Com fait li Chasnes entre les bois petis. 

(Garin le Loher, v. 4754.) 
Bouchure de pots et palis; plus, chacun an, un 
Chaigne bon et suffisant à faire marrin à mettre vin. 

[Hisl. du Morv. m, p. 416.) 

La part d'un prey appelle le prey des Chaignes. 

[Terrier d'Alligny. f° 124.) 

Berry, Poitou, Vendée : « châgne » = chêne ; 
« châgnaie, châgnée » := chênaie. Bas 1. casnus, 
chêne ; casnetum, bois de chêne. |Duc. Casnus.) 



CHÂGNEAI, s. m. Bois de chênes. Ne s'emploie 
guère qu'au pluriel : « les châgneais. » (Voyez 
Châgneau.) 

CHÀGNEAU, s. m. Bois de chênes. De nom- 
breux cantons de bois dans le Morvan portent cette 
dénomination. Le département de la Nièvre a plu- 
sieurs hameaux ou habitations qui s'appellent le 
Chagnot ou Châgneau. Le Châgnot, hameau de 
la commune de Mont-et-Marré, est écrit les Chais- 
gneaulx en 1513 et le Châgneau sur la carte de 
Cassini. Plusieurs autres noms de lieu se ratta- 
chent à la môme signification : la Chagnette, le 
Chagnon, Chagnoux, etc. En vi. fr. chesneau, 
jeune chêne. 

CHAGXE-FORCHÉ, loc. Chêne-fourchu. Le jeu 
de « châgne-forché » consisteàse maintenir, en s'ap- 
puyant sur les mains, la tête contre terre et les jam- 
bes dressées en l'air avec un certain écartement. 
Dans cette position, le patient représente la fourche 
d'un arbre. Quelques parties du Morvan désignent 
le même jeu sous le nom de « châgne-dreit. » Faire 
« le châgne-dreit » ou « le châgne-forché », c'est 
un même divertissement à l'usage de ceux cjui ne 
craignent pas les coups de sang. Néanmoins dans 
le premier de ces exercices , on n'écarte pas les 
jambes. En Anjou le jeu dont il s'agit est appelé 
« pique-chêne. » En Saintonge on le nomme aussi 
« châgne-dreit. » Rabelais connaissait le divertis- 
sement du a. châgne-forché. » Panurge, en danger 
de se noyer, s'écria : « A ceste heure fais bien à 
poinct l'arbre forchu, les piedz à mont, la teste en 
bas. » [Pantagruel, iv, 19.) 

Le Duchat interprète fort singulièrement ce pas- 
sage en disant : « Ce proverbe vient de ce cjue 
dans le poëme appelle Arbre fourchu, le petit 
vers qui est au bas, comparé aux autres, fait comme 
une pyramide renversée >> ! Le chesne - forchu 
figure au livre i, ch. 22, dans la nomenclature des 
jeux de Gargantua. 

Festus parle d'un amusement de ce genre qu'il 
nomme catampo, forme peut-être incorrecte de 
catambo, en grec xarâfiêw, action d'aller la tête en 
bas. 

CHAGRIOT,s. m. Chatouillement: «faire le cha- 
griot », chatouiller. Le préfixe cha se trouve dans 
le fr. moderne chatouiller, dans le vi. fr. catillier, 



CHA 



156 — 



CHA 



chatillier, clans le bas 1. catillarc. Se ratlache-t-il 
au bas 1. catus, caia, chat, ou comme le propose 
Diez, au 1. catulus, petit chien ? Comp. les termes 
berrichons « chatoiller », chatouiller;» chatoyer», 
caresser. 

CHAGROULÉ, E, part, passé d'un verbe cha- 
grouler inusité à l'infinitif. Fendillé, crevassé. Se 
dit surtout de la terre soumise à l'action de la 
gelée. D'un préfixe cha, peut-être se rattachant à 
caldus, chaud, et de gru prononcé grou ? Poitou : 
« chaudrolou, chaudru », se dit d'une terre dessé- 
chée et des animaux qui souffrent de la chaleur ; 
— Berry : « chaudré » brûlé, desséché. (Voy. Gru.) 

CHAGROULEIIAN, s. m. Action de la gelée sur 
la terre qui se désagrège, se crevasse, se fend. Le 
« chagrouleman » est très nuisible aux récoltes, 
parce que les plantes d'un sol « chagroulé » se 
trouvant déchaussées sont exposées sans abri aux 
intempéries de la saison. (Voy. Chailmineman.) 

CHAJTUTER, v. a. Tracasser, harceler, quereller. 
Morv. n. En fr. chahuter se dit de certaines danses 
à la mode dans les liais publics. Ce mot se rattache 
peut-être par quelque lointaine analogie à la si- 
gnifie, du terme morvandeau. Dans l'argot cha- 
huter a le sens de faire du bruit en se divertissant. 
Un chahuteur est un tapageur. Berry : « chahuan- 
ner » poursuivre de cris. 

CHAICUN, pronom distributif. Chacun, chaque 
personne, toute personne, qui que ce soit. On dit 
en Morvan comme en Bourgogne : « un chaicun 
plieure, un chaicun grogne. » Vi. fr. chaicun, 
chécun. 

Nous Hugues, duc de Bourgoingne, faisons savoir 
à touz que comme nous aient faite queste teste pour 
teste, sur un Chascun singulièrement pour nostre 

novele chevalerie Chesqueuns puet cngagier et 

vandre et aliéner. 

(C/i. B. II, p. 34, 207.) 

La eussiez veu le bonhomme Bacchus se gau- 

dissant et beuvant dautant à ung Chascun. 

{Pantagruel, v. 40.) 

L'huissier ouvre vostre huis et alors un Chaqu'un 
y entre pesle-meslo et vous est importun. 

(Ronsard. Poèmes, 1. ii.) 

L'idée de particularité se montrait au vif dans 



l'expression chacunière quelquef. employée pour 
exprimer l'intérieur, la résidence personnelle : 

Je serais d'avvis que chacun se retirast à sa Chacu- 
nière. 

{Th. fr. V, p. 393.) 

CHAILLAS, CHEILLÂS, s. m. Tiges de chanvre 
et en plusieurs lieux de lentilles, de pois, lors- 
qu'elles sont dépouillées et réduites à l'état de 
paille sèche. On prononce échaillâs dans q.q. 
localités. Poitou : « charas », paille de fèves, hari- 
cots, pois, etc. — Berry : « châlas », tige sèche de 
plusieurs légumineuses. Chale qui dans le Centre 
signifie écale se retrouve dans le poitevin « cha- 
lupe » , enveloppe de certains légumes ; — Flandre : 
« callots », ^ plantes sèches. (Voy. Eschas, Pôzas.] 

CHAILLOT, s. m. Petite pierre qui se trouve 
par bancs dans certains terrains du i\Iorv. b. 
Lorsque le « chaillot » se désagrège, il forme une 
espèce de gros sable qu'on appelle « cran. » 
« Chaillot » est une forme anc. de caillou : 

Si durement s'estoit hurtée à un Chaillo 
Que parmi son soulier ot en son pié un tro. 
{Berte, p. 48.) 

— Le Chaillo, nom de loc, c°' de Montaron ; — 
Chaillotum, lieu détruit près d'Urzy : — le grand 
et le petit Chaillou, c"" de Prémery, nommés 
Chaillo au X1V° siècle. 

Poitou : « chaillot » dimin. de « chaill », caillou ; 
«chaillochou », pierreux ; « chailloter », renfermer 
des petites pierres, du gravier. Le vocab. latin fr. 
du XIV siècle traduit calculus par cailliaus. 
(Voy. Caillotte, Calau, Chaillou, Cran.) 

CHAILLOU, Caillou, pierre, roche. Ne figure 
plus que dans les noms de lieu : le moulin de 
Chaillou près de Saulieu ; — Chaillou (le grand 
et le petit), noms de loc, c"" de Prémery; — le 
Chaillou, c"" de Moulins-Engilbert; — les Chail- 
loux, c"'' de Chaulgnes. 

Challenée de pierre, meulle de moulin, un Chaillou 

iiij. d. p. 

(Mantellier, III, p. 120.) 

Poitou , Saint. « chail , chaill » = gravier, 
caillou. Pic. « cailleu ». A Guernesey on nomme 
« caillebourde » le limaçon qui sert de ruche à la 
bourde, petite abeille sauvage. (Voy. Caillotte, 
Chaillot.) 



CHA 



— 157 



CHA 



CHAIL3nNE3IAN, s. m. Action de la gelée qui 
soulève la terre, qui la désagrège et la fait tomber 
en poussière. (VoJ^ Chagrouleman.) 

CHAIL3IINER, v. n. Se dit de la terre que l'ac- 
tion de la gelée soulève et réduit en poussièi'e. 
Nos terres granitiques et légères sont très sujettes 
à « chailminer « pendant l'hiver. Le préfixe chai 
indique-t-il une assimilation avec la chaux pulvé- 
risée par la fusion ? 

CHAINEAU, s. m. Chenal, chéneau, gouttière 
qui reçoit les eaux du toit. Vi. fr. chenal, cheneau, 
chaisneau, gouttière, tuyau de conduite pour les 
eaux. 

La cité est si noble com ja oir porrez : 
.IIL eves i acourent devant par les Chanez. 

{Gui de B. v. 1504.) 

— Suisse rom. « chenau, escheneau », tuyau, 
gouttière en bois, canal, ravin ; — anglais channel, 
kennel, canal, caniveau. Du 1. canalis comme ca- 
nal. (Voy. Échenau.) 

CHAINETTE, s. f. Échenal, gouttière. Usité 
seulement dans les villes du Morvan. Les toitures 
de chaume s'égouttent ordinairement sur le sol. 
Chainette = cannette, dimin. de canne, comme 
cannelle et canule en fr. 

Quant discort naist.... d'aucunes communaultés que 
l'un dit avoir sur l'autre, comme de mectre Champ- 
nettes de murs communs 

(C/i. B. I, p. 355.) 

Poitou : « channe », robinet; — Forez: «chana», 
gouttière ; — Saintonge : « chenelle », long tuyau ; 
— Suisse rom. « chenaletta », petit tuyau de bois. 
Du 1. canna, tube, tuyau. 

CHAIPEAI, s. m. Chapeau. Morv. n. «chapiau». 
« Chaipea », usité en Bourg., se mouille dans la 
forme « chaipeai ». Wallon : « chapai ». Quelques 
dialectes prononçaient « chapial, chaipial », dont 
la consonne finale demeurait muette. Aux env. 
d'Anost, on dit encore chapiâ : 

Et trovai an mi ma voie 
Pastorelle aignaus guardant 
Et chaipial faixant. 

[Rom. et past., p. 146.) 

CHAIPELET, s. m. Chapelet : 



.Je li di : Marguet, 

Bargeronette, 

Doneis-moi vostre Chaipelet. 

{Rom. et past. p. 146.) 

Il s'agit dans cette citation d'un petit chapeau 
de fleurs et non d'un objet de piété, mais on sait 
que sous la double signification, chapelet est dérivé 
de chapel := chapeau. Dans les deux cas, le cha- 
pelet était une couronne formée de roses ou de 
grains divers. La dévotion du Saint-Rosaire se 
rattache à cette commune origine. — En Langue- 
doc « chapélé » désigne encore une couronne de 
mariée et un chapelet. 

CHAIPITE, s. m. Chapitre. 

CHAIPOUTER, V. a. Tailler, hacher le bois avec 
la cognée, la serpe ou tout autre instrument tran- 
chant. Tous nos paysans « chaipoutent » plus ou 
moins, mais assez grossièrement. Beaucoup d'entre 
eux fabriquent des sabots pour leur usage ou pour 
être vendus dans les villes voisines. "Vivant à la 
proximité des forêts, ils acquièrent dès le bas âge 
une profonde connaissance de tous les emplois 
possibles de tel ou tel arbre. De là naissent de très 
nombreux délits en matière forestière. 

Berry : « chappoter, chapiotter » ; — Poitou : 
« chapoter »; — Bresse, Lyonnais : « chapota, 
chapoto » ; — Daupli. , Prov. « chapouta » ; — Suisse 
rom. « capotta ». Dans le Lexique roman de 
Raynouard : « En torney no capola ni dola » est 
traduit par : « En tournoi ne chapute ni dole. » 
En Lang. « capoula » signifie hacher menu, dé- 
couper. Le 1. capulare, frapper, a dans le bas 1. 
le sens découper, entailler, d'où le vi. fr. chapouler 
qui a la même signification. On trouve à Genève 
le simple « chapeler », gâter un objet en coupant, 
en entaillant, avec le fréquent. « chapeloter » qui 
correspond à « chapoter ». Chapoter n'est peut-être 
qu'une syncope de chapeloter. Comp. cependant 
avec le 1. putare, qui subsiste dans le fr. amputer. 

CHAIPOUTOU, s. m. Celui qui hache, qui coupe, 
qui travaille le bois plus ou moins adroitement. 
Dans la Suisse rom. le « capotti » est un mauvais 
charpentier ou en général un gâte-métier. En 
Languedoc « capoulaïre, capusaïre » désignent 
celui qui coupe en morceaux, celui qui menuise 
'' le bois. — Fr. -Comté : « chapu », menuisier. 



OHA 



158 



CHA 



charpentier. Comp. avec le vi. fr. chapuis, cha- 
puiseau, ouvrier en l)ois, et le poitevin « chapu- 
ser », dégrossir. 

CHAIQUE, adj. des deux genres. Chaque. 

Chesque uns de ces de Saurre s'an puet aller en 

autre seignorie Chesque une maisons de Saurre 

qui appartient al seignor li doit Chesque un an cinq 
sous 

(C/i. B. II, p. 308.) 

CHAIR, s. m. Char, chariot ; longue voiture à 
quatre roues qui sert à divers usages et qui est 
d'un emploi général dans une grande partie du 
Morvan. Plusieurs loc. cependant ne connaissent 
que la charrette appelée « chairotte » ou « çai- 
rotte », voiture à deux roues. C'est avec le char 
ou la charrette que les habitants transportent les 
bois de moule ou autres, les foins, les pailles, etc. 
La prononc. du mot varie souvent. En beaucoup 
de lieux on dit « chair » ou « çair. » Aux env. 
des villes la forme fr. char a prévalu : 

Je voi là venir un Char 

Où il a assez pain et char. 

{Renart, v. 25437.) 
Cil bâtirent les sergenz Ami et le trabuchèrent dou 
Cher en quoi on le portet. 

[Nouv. françaises du XIII° siècle, p. fit.) 
Saucuns amené en la ville de Chastillon... sur Cher 
sur charrette ou sur brouoste. 

(C/i. O. I. p. 383.) 

Metz : « chée » ; — Pic. « car, ker. » — Du 1. 
currus, char, chariot, fourgon. 

CHAIRBOILLER, v. a. Noircir, salir, rendre 
terne ; au fig. assombrir. 

— Ohairboiller (se), v. pron. Se noircir, se bar- 
bouiller, s'assombrir. Le temps se « chairboille » 
lorsque le ciel se couvre de nuages ; un enfant se 
« chairboille » en se roulant dans la poussière. 

En fr. charbouiller exprime seulement l'ac- 
tion de la nielle sur les céréales, action qui trans- 
forme le gluten du grain en une poussière noire 
comme du charbon pulvérisé. L'anc. langue disait 
charbonner dans le sens de « chairboiller » : 

Vulcanus si lais estoit 

Et si Charbonnés de sa forge 
Par mains et par vis et par gorge, 
Que por rions Venus ne l'amast. 

(R. de ta R. v. 14069.) 



Berry : « charbouiller », barbouiller, charbon- 
ner. 

Du 1. cavbiuicuhts dimin. de carbo, charbon. La 
nielle des blés porte en fr. le nom peu usité de 
charbucle. En Lang. a carbounel. » (Voy. Déchair- 
boiller.) 

CHAIRBONETTE , CHAIRBOUNETTE , s. f. 

Menu bois façonné régulièrement comme le bois 
de moule pour être converti en charbon. Norm. 
« charbonnctte », braise qu'on retire du four ; — 
ital. carbonetto, petit morceau de charbon. 

CHAIRDONNERI , s. m. Chardonnet, mem- 
brure qui forme le montant d'une porte de grange 
et où s'attachent les gonds. 

Du 1. cardo, gond. 

— S. m. Chardonneret, oiseau chanteur, Frin- 
gilla carduells. 

Norm. « chardonnet » ; — Berry : « chardonnet, 
chardounet, échardounet » ; — Saint. « chardon- 
net, écharderi » ; — Poitou : « chadrier » ; — 
Forez : « chatri, chatrillon »; — Pic. « cardou- 
net » ; — Flandre : « cardonnet, cardonneret » ; — 
wallon : « cardonete » ; — Genève : « chardino- 
let » ; — Lang. « cardounïo » ; — Prov. « carda- 
lina » ; — ital. ca)'do, chardon, et cardeUino, char- 
donneret ; — esp. cardoncillo. De chardon, parce 
que le chardonneret recherche la graine de cette 
plante, (Voy, Châdougnerâ.) 

CHAIRETIN, s. m. Charretin, carcasse de char- 
rette, la charrette sans les roues. Se compose de 
l'aiguille, des deux gouttereaux et des épai'es. Voy. 
ces mots. Dans le Dict. de la langue française : 
« charretin », espèce de charrette sans ridelles. 
Cette définition est inexacte. Un texte cité par 
Duc. à Charretium, montre que l'anc. signifie, de 
charretin est charrette sans roues, corps de char- 
rette : « Ledit Colin avoit prins la charrette ferrée 

dudit Coleau et avoit mis le Charretin à part 

et les roes à autre. » 

Berry : « chârti » : — Norm. « carti » ; — Poi- 
tou : « chartieu, chartiou. » 

CHAIRGI, E, part, passé. Chargé avec la même 
signifie, qu'en fr. : « eune chairotte chairgie. » 
Or le metez en la charete 
Car ele n'est pas trop Chargie. 

{Renart, v. 3975.) 



CHA 



159 — 



CHA 



CHAIRMER, V. a. Charmer, exercer une action 
cxtranaturclle à l'aide de la magie, fasciner. Beau- 
coup de nos paysans croient encore que les sor- 
ciers et même les prêtres peuvent charmer un 
nuage pour changer sa direction, le feu pour ar- 
rêter ses progrès, une plaie ou une maladie pour 
les guérir, etc. Ils ne croient pas moins que la 
même puissance occulte peut agir en sens contraire 
pour opérer le mal. On lit dans un passage cité par 
Duc. à Carmen, que plusieurs individus blessés 
grièvement guérirent, « sauf l'un d'eux qui avoit 
fait Charmer sa plaie sans autre remède y quérir.» 
Le roman de Dolopathos, - v. 8428, - met en 
scène un personnage qui charme les brebis pour 
les sauver du loup : 

Il les avoit si bien Charmées 

C'onkes n'estoient destorbées 

Ne par beste ne par larron. 
Mais aussi pour les manger sans qu'elles dimi- 
nuent en nombre : 

N'estoit nuns jors, tant fust géune. 

C'a tôt le mains n'en mangast une; 

Mais si bien Charmer les savoit 

C'onkes por ceu mains n'en avoit. 

[Ib. V. 8441.) 

Dans la Suisse rom., on donne le nom de « char- 
mailli » au paranymphc chargé de protéger le 
marié contre les sortilèges des noueurs d'aiguil- 
lettes. A Genève il y a encore des charmeurs de 
serpents. 

Poitou ; « carminer », ensorceler. Carminer est 
le fréquent, d'une forme pic. « carmer » pour 
charmer, qui répond au bas 1. carminare, faire 
des enchantements ; — Jura : « encharmillé », celui 
sur qui on a jeté un sort. Dans Paisg., - p. 533, - 
« Il est enchanté ou enchermé. » 

Du 1. Carmen, chant, charme, enchantement. 
(Voy. Charmer.) 

CHAIROI, s. m. Charroi, transport d'un lieu à 
un autre au moyen de bœufs ou de chevaux attelés : 
être en bon « charroi », au fig., être en bonne 
voie, en bon chemin, dans une entreprise. Être en 
mauvais « charroi » exprime l'idée contraire. Cette 
loc. s'appuie sur une des acceptions du mot quel- 
quefois usité pour chemin, route. Vénus cherchant 
son fils Cupidon : 

En hasts s'en alloit 

Par maint Carroy, par maint canton et place. 
(Makot, II, p. 485.) 



Les charrois ou journées employées à charroyer 
sont une des charges ordinaires imposées par les 
propriétaires à leurs fermiers ou métayers. Les 
baux réservent habituellement plusieurs « char- 
rois » en outre des autres redevances. La coutume 
est ancienne : 

Li home d'Auxone... doivent... lou Charroi... en tel 
manière que li Sires no le puet mener si loing de la 
vile, que il ne peust repairier lou jor même à la vile. 
(C/i. B. II, p. 32.) 

Chaque laboureur doibt un Cherroy : 

(Bailliage de Dijon, p. 124.) 

On voit dans ce dernier exemple que le dialecte 
bourg, mouillait autrefois, comme de nos jours, le 
son de l'a. 

Claude Bruandet, propriétaire au XVIP siècle 
du fief d'Estoules, près de Château-Chinon, est 
qualifié « capitaine de Charrois de l'artillerie de 
France. » Le terme correspondant est aujourd'hui 
train. 

— Charry, nom de loc. et nom de famille, en 
Bourg, et en Niv. signifiait en vi. fr. hangar, re- 
mise pour les voitures. En 1248, Charry, c'"= de 
Bara, est appelé : villa Chariacum. Du 1. carrus, 
char. 

CHAIROTTE, s. f. Charrette, voiture à deux 
roues attelée de bœufs ou de vaches. Morv. n. 
« carotte, çairotte. » 

Pour cause de une Charotte ou de somier ou de 

bannière que nous havons desquelz Charrette, so- 
mier, bannière, etc. 

(C/i. B. I, p. 234.) 

Item, prent com la foire dure, le rouage de Char- 
rettes c'est assevoir des Charrettes qui amènent 

vin de chacune Charrette ferrée et delà Char- 
rette qui sera defferrée et ne doit-on rien prendre 

ni des Charrottes qui rien ne meinent. 

(hl. ib. p. 240.) 
Quicenques amené en ladite ville de Chastillon 
denrées sur char, sur Charrottes, sur breuote, la rue 

(roue) doit ii deniers; c'est assavoir la Charrette 

llll deniers, la brouette il deniers tournois 

[Id. ib. p. 406.) 

Entre les Scythes, quand les devins avoient failly 
de rencontre, on les ceuchoit, enforgez de pieds et de 
mains, sur des Charriotes pleines de bruyère tirées 
par des bœufs, en quoy on les faisoit brusler. 

(Montaigne, I, 30.) 



CHA 



- 160 - 



CHA 



CHAIRUE, s. f. Charrue, inslrumcnt de laliou- 
rage. Charrue est une syncope du latin carruca ou 
carrucha, en fr. carrucjue, qui désignait un cha- 
riot chez les Romains ou môme une chaise curule, 
à cause de ses quatre pieds. Le picard a conservé 
la forme en c dur : « carue ». Les procès-verbaux 
de visite des feux, au XVIP siècle, dans le bailliage 
de Dijon, reproduisent exclu.sivement la forme 
cherrue : 

La communauté est endebtée. Chaque Cherue doibt 

trois corvées de bras, chaque feu une poule 

Chaque laboureur doibt deux corvées de Cherrues et 

un chcrroy et quantité de poulies La pluspart 

n'ont qu'une demie Cherrue Il n'y a audit lieu que 

cinq Cherrues tournantes et s'associent pour labourer. 

{Bailliage de Dijon, p. 114, 122, 1G9, 182.) 

CHAISE, s. f. ^Maison, chaumière, cabane, de 
casa ainsi interprété par Papias : « Casa, habita- 
tion champêtre construite avec des pieux, des 
branches et des roseaux au moyen de laquelle on 
peut s'abriter contre le froid ou la chaleur. » 
Chaise pour maison n'est plus usité dans le lan- 
gage ordinaire, mais ce terme subsiste dans un 
grand nombre de noms de lieu en Morvan et dans 
presque toute la France : la Chaise, c""^ de Plan- 
chez ; — les Chaises, c""^ de Brasey. 

Dans les documents les plus anciens. Chaise est 
écrit Chese ou Cheze : Chezeneuve dans l'Isère, 
Chèzabois dans le Jura, la Chèze dans les Côtes- 
du-Nord et les Hautes-Pyrénées, etc. En beaucoup 
de contrées. Chaise est accompagné d'un nom 
d'homme : Chaise-Baudoin , dans la Manche , 
Chaisc-Giraud, dans la Vendée, etc. Il y a en tous 
pays des Chaise-Dieu fcasa Dei) dénomination 
mystique d'établissements religieux ou hospitaliers 
correspondant, dans cette dernière acception, aux 
nombreux Hôtel-Dieu de nos villes. La Chaise-à- 
Buteaux, bloc granitique aujourd'hui détruit, est 
probablement écrit avec une orthographe vicieuse. 
Il faudrait chèle en patois ou chaire en fr. pour 
répondre au sens présumé de siège. Ainsi Chaire- 
au-Diable près de Pontigny dans l'Yonne, Chaire- 
aux-Gens près de Jouy, dans Seine-et-Marne, etc. 
En Bourg, on rencontre assez souvent, outre la 
forme chaise, celle de chize : la Chize, les Chizes, 
les Chizeaux, Chizelles. (Voy. Châ, Chez, Chéle.) 

CHÂLIT, s. m. Châlit, bois de lit, très usité 



pour désigner la carcasse entière d'un lit qui se 
compose du châ et du coucher. D'anciens textes 
écrivent chaalit, caalit. Le redoublement de l'a est 
remplacé dans l'orthog. moderne par l'a circon- 
flexe. On trouve souvent chaslit et quelquef. 
charlit : 

<( Une huche, un Chaslit, une coueste, et coussin 
iiij. d. p. » 

(Mantelliek, III, p. 120.) 

Li Kaalis faisoit moult à loer 

As. un. boors du Caalit doré 

[Huon de B. v. 4919-22.) 

Ung Charlit cordé et une couchete dessoubz.... 
Ung Charlit de boys 

Ung grand Charlit cordé Ung Charlit foncé 

jusques en terre 

(C. du roi René, p. 253-4-50.) 

Un grand Charlit cordé, garny de couete, d'une 
souille de toille de vies linge et le traverslit. 

{Ib. p. 283.) 

Berry : « châlit », bois de lit; — Pic. « calit. » 
Dans le wallon du Luxembourg châlit désigne 
un montant d'échelle, mais le mot correspond au 
saintongeois chalâ qui est le fr. échalas sans le 
préfixe é ou es. Ital. lettiera, châlit et litière. — 
D'un préfixe cha qui figure dans le fr. chafaud 
avec le sens de corps, carcasse où l'on se loge, et 
lit? Comp. avec le fr. chalet, autref. écrit chaslet. 
(Voy. Châ, Chauffau.] 

CHALÛREU, EUSE, adj. En fr. chaleureux ne 
s'emploie qu'en parlant des personnes ou au fig. 
Nous nous en servons exclusivement au contraire 
pour désigner la chaleur atmosphérique : « Le 
temps est trop « chalûreu », — la journée a été 
bien « chalûreuse ». Morv. n. « céléreu ». 

Chaloureux = chalureux , malgré l'approba- 
tion de La Bruyère, ne se trouve plus que dans le 
patois de Genève. Le Dict. de l'Académie, édit. de 
1694, renferme la double forme chaleureux, cha- 
loureux. 

CHA^IBLEIRE, s. f. Chambrière, femme atta- 
chée au service d'une maison bourgeoise, qui ne 
travaille pas aux champs, mais à l'intérieur. Morv. 
n. « çambière, çambiée. » La fonction et le nom 
appartiennent à l'histoire puisque nous voyons le 
lépreux Naaman, guéri par le prophète Elisée à la 
suite d'un bon conseil que lui donna une petite 



CHA 



- 161 - 



CHA 



fille, « chamberière de la femme Naaman. » [Rois, 
p. 36.) 

Chambrier, chambrière a été quelquef. employé 
adjectivement avec le sens de soumis, assujetti à... 
u une âme chambrière de la concupiscence, etc. » 
dit Montaigne. Palsg., - p. 204, - donne à cham- 
brière le synon. pedissèque, singulier mot forgé 
par les grammairiens des XV*^ et XVI" siècles, et 
qui traduit le 1. pecUssequa, suivante. Pedissèque 
ne fut jamais sans doute qu'un terme des ruelles 
pédantesques. On le voit assez clairement dans un 
passage, - Nouv. xvi, - des Contes et joyeux De- 
vis de BonéLV. Desperiers : « Cettui sieur de la 

Roche étoit homme joyeux , il latinisoit le fran- 

çois et francisoit le latin et s'y plaisoit tant qu'il 
parlait demi latin à son valet et à sa chambrière 
aussi, laquelle il appelait Pedissèque ; il lui dit 
tout joyeusement ; qu'est-ce que tu m'afferes là, 
pedissèque ? » 

Berry, Bourg. « chambleire » ; — Fr. -Comté : 
« chambelére » ; — Poitou : « chambrère » ; — 
Saint. « chambarière. » — Du 1. cannera, qui a 
donné en bas 1. ca.me.ra.rius, chamberier, cham- 
brier. 

CHAMBR'AUTE, s. f. Chambre haute ; chambre 
des étages placés au-dessus du rez-de-chaussée. 
C'est presque un château en Morvan qu'une mai- 
son ayant des « chambr'autes. » 

— Chambre de ville pour hôtel de ville, mairie. 

CHAIMP, nom de loc. Nous avons en Niv. et 
particulièrement en Morvan près de deux cents 
noms de lieu qui sont tirés de champ avec ou 
sans qualification. Signalons seulement aux tou- 
ristes : le grand et le petit Champ de Bataille ; le 
Champ païen, c"'' de Varennes-lès-Nevers ; — le 
Champ romain, c°* de Donzy-en-Morvan ; — le 
Champ des Gaulois, c"" de Moux ; — le Champ 
des Preux, c"" d'Avrée ; — les Champs de la 
Bataille, c"'' de Sermages. 

— En champ, loc. adv. On dit: aller «en champ» 
les moutons, « en champ » les vaches, « en champ» 
les oies, etc., pour exprimer l'action de conduire et 
de garder ces divers animaux au lieu où ils doi- 
vent prendre leur nourriture. Mener « en champ » 
signifie absolument mener paître ou « champier. » 
(Voy. Champier.) 

— « Jeter en champ » quelque chose, c'est jeter 



cette chose dans la cour, dans la rue, dehors, à 
terre. L'anc. langue disait aussi dans le larris avec 
la même signifie, vague : 

.1. si grant cop a féru Amauri 

Le teste fist voler ens el Larris. 

{Iliion de B. v. 2130.) 

A Genève le v. « champer » a également le sens 
de jeter en champ, jeter au loin. En Piémont. 
« campé » = « gittare, lanciare. » 

Jean atteignit en passant le chevalier au bras, tel- 
lement qu'il lui fit voler l'épée aux Champs. 

(Froissart, I, p. 352.) 

— Etre aux champs renferme à peu près l'idée 
de la loc. fr. battre la campagne. Cela indique une 
vive inquiétude, un certain égarement d'esprit. 

CHAIVIPAIGNE, s. f. Plaine, endroit plat relati- 
vement aux terrains qui l'environnent. La ferme 
de la Champaigne dans la c"" d'Alligny-en-Morv. 
occupe le bassin d'une vallée très accidentée. On 
sait qu'autrefois Champagne et plaine étaient 
synonymes. Il y a de grandes et petites cham- 
pagnes dans beaucoup de domaines ruraux du 
Nivernais. Ce sont des pièces de terre au sol plus 
ou moins plan. En Berry on appelle Champagneux 
ou Champignous les cultivateurs de la plaine de 
l'Indre. Dans l'Anjou, les Champigners sont les 
habitants des contrées fertiles en céréales. 

Champagne et campagne sont une double forme 
dér. de campus avec le suffixe 1. ania ou agne en 
fr. On lit dans le Livre des Rois, - p. 275, - 
«Quasi sycomorosquaenascuntur in campestribus » , 
traduit par : « Tant cum des sicomors ki croissent 
en la champaigne. » Le Dictionariolum traduit 
le 1. camjjus : « Une grande estandue de terre, 
une campaigne. » Dans le poëme intitulé Aye 
d'Avignon , les chasseurs descendent dans la 
plaine : 

Ce fu a une feste du baron saint Michiel 

Que li cerf sont de gresse et l'en les doit chacier... 

En la Cliampaiugne furent plus de .C. chevalier, 

(V. 1780.) 

En anglais champaingn = campagne , pays 
découvert. 

CHAMP-DE-CHAUDRON (LE), jeu de la ma- 
relle ; jeu d'enfant qui consiste à faire sauter une 
pierre d'un champ circonscrit, en sautant sur un 
pied. On appelle encore ce divertissement, jeu de 

21 



CHA 



— 165 



CHA 



la ponéle, parce qu'une des figures du champ 
d'exercice a la forme d'une poêle à frire. Le même 
jeu porte le nom de « caudière » = chaudière en 
wallon ; — Norm., Pic. « jeu de caudron !>, jeu de 
colin-maillard. 

CHA3IPIER, V. a. Conduire aux champs, mener 
paître. L'anc. langue avait le terme champoîer 
qui est encore usité dans quelques parties du 
Morvan, d'où les noms de lieu Champois et Cham- 
peau, assez communs dans la contrée. En Poitou, 
champeau est un adj. qui qualifie le pré que l'on 
ne fauche pas, qui est pacagé. 

— Champois, fief de la châtellenie de Moulins- 
Engilbert ; Champeau, anc. fief de la châtellenie 
de Montreuillon. 

— Battre, chasser, maltraiter. « Se teu bouge i 
vé t' champier », si tu bouges je vais te corriger, te 
malmener. En vi. fr. champier, champoîer, avait 
aussi le sens de lutter, combattre : 

O com glorieulx champion ! 
Oncques mieulx voir ne Champit hom. 

(Trésor de J. de Meung, v. 1178.) 

Jehan Manecier et icellui Talart Champoyolent l'un 
contre l'autre. 

(Duc. Champeare.) 

Champoîer signifiait, dans cette acception, aller 
sur le terrain, sur le champ de bataille. Champon 
désigne un champ de bataille : 

Il fist Sun tur par le Champon. 
Si repaira al rei Gormund, 
S'il féri sur sun escu rund. 

(MOUSKES, II, p. 20.) 

Palsg. - p. 768, - emploie le verbe deschamper 
pour ramener des champs, des pâturages : « Il est 
temps de Deschamper noz brebis, il est passé huyct 
heures desjà. » Deschamper et le fr. décamper 
sont une double forme issue du 1. campus. 

Bourg., Jura : « champer », jeter là ; — Poitou : 
« champayer, champéyer »; faire paître ; — Dauph. 
11 champeier », chasser un troupeau devant soi ; 
— Anjou : « champaier », chasser, courir sus ; — 
wallon : « champi », mener paître; — Suisse rom. 
« champâ », pacager et pousser, chasser. (Voy. 
Champouê.) 

CHA3IPIGN0T, s. m. Champignon. Le même 
mot latin fungus désigne le champignon, plante, 



et le champignon, bouton d'une chandelle allumée, 
ce dernier par assimilation avec l'extrémité spon- 
gieuse de la plante. Mousseron qu'on rattache à 
mousse n'est probablement qu'une anc. forme en 
ss pour ch de moucheron qui signifie également 
bout de mèche ou lumignon. 

Mousseron, dans cette étjmol., serait dérivé de 
mucus, mucosité, qui en fr. et au pluriel désigne 
un groupe de champignons, et non de muscus. Le 
rapport entre mousse et mousseron n'existe ni 
en ital. ni en esp. Suisse rom. « mussillon, mou- 
sellion » = moucheron et mousseron. 

Comp. avec l'anglais mushroom , prononcé 
meucheroume. (Voy. Mousser.) 

CHAMPLAIN, s. m. Quelques parties du Morv. 
donnent ce nom à un espace libre, à une place 
publique où se tiennent les foires, apports ou mar- 
chés. Sur le champlain de Château-Chinon s'éle- 
vait le gibet seigneurial. C'est aujourd'hui le champ 
de foire de la ville. Il y a sur le mont Beuvray un 
champlain où, en 1867, on a exécuté des fouilles 
qui ont mis à découvert quelques ruines impor- 
tantes. 

— Champelin (en 1670, le Champplain) c"' 
d'Avrée ; — Champlîn, c°* du canton de Prémery, 
fief de la châtellenie de Montenoison. 

Du 1. campus planus, champ plain, c.-à-d. 
plat, uni. Le plain pays est synon. de plat pays. 
Wace dit : « Guerpi ont tout le Plaîn pays. » 
Plain était usité comme une forme masc. de 
plaine : 

Ainz s'apareille de foîr 

Si se volt trere par le Plain; 
Mes Renart le sesist au frain. 

{Renart, v. Iiî39.) 

Tant ont aie et Plains et bos 
Et l'ambleure et les galos. 

(/6. V. 10925.) 

Tôt li secles est en sa mein 
Et tuit li mont et bois et Plein. 

[Ib. V. 12G00.) 

On trouve quelquef. plain subst. avec la signif. 
de place publique. En rom. prov. plan = plain 
pour plaine : 

Quant l'en est on cel haut leu, adonc treuve un 
Plan entre deus montagnes en quel a u flum raout 
bians. 

(M.4RC POL, p. 17.) 



CHA 



163 



CHA 



Le poitevin emploie fréquemment le mot plan 
pour place. A Poitiers les places publiques sont 
appelées « les plans » par le peuple. (Voy. Plain.) 

CHAMPOUÉ. s. m. Pacage, pâturage. On dit 
aussi « champiaige « = champiage, en fr. cham- 
péage : « al é eun bon champoué ai l'entor de lu », 
il a un bon pacage dans ses environs. 

Il y a une belle prairie où ilz ont leur Cliampoy, 
peu de labourage et quantité de vigne dont partie est 
en désort. 

{Bailliage de Dijon, p. 176.) 

Dans son Emile, J.-J. Rousseau emploie le terme 
champeaux pour désigner des prés secs, dos prés 
élevés. Champeaux est un nom de famille très 
répandu en Bourgogne et ailleurs. (Voy. Cham- 
p/er.) 

CHAJIPOUÉYER, v. a. Pâturer, faire paître les 
animaux. S'emploie absolument : « champouéyer» 
dans les bois. Ce terme e.st moins usité que « cham- 
pier » en Morv. b., au moins dans le langage con- 
temporain. On le rencontre au contraire presque 
exclusivement dans les anciens actes. 

Voulons et outroions que notre dit liomme et habi- 
tant de notre dit ehastel et ville de Grancey et leurs 
hoirs puissent Champoier et mener toutes leur bestez 
grosses et menues exceptey chievres en tous nos bois 
et fourey de Grancey. 

{Cil. B. II, p. 482.) 

A Censoir-la-Roche, près d'Avallon, il y avait 
autrefois une prairie close de murs dans laquelle 
les lépreux qui venaient aux fêtes de saint Lazare 
pouvaient mettre leurs juments et montures « pas- 
turer et Champoyer. » (Hist. du Morvan, III, 
p. 48.) 

CHAN, s. m. Côté, tranche. Mettre « de chan, 
sur chan » = de côté, sur le côté. Une brique « sur 
chan » est une cloison construite avec des briques 
qu'on juxtapose sur leur tranche avec du plâtre ou 
du ciment. Etre « sur chan » est l'opposé d'être à 
plat. Flandre, Norm. « de can, sur can », avec la 
même signifie. - c dur pour ch. - On y dit d'un 
avare qui entasse ses écus qu'il les met « de can », 
c.-à-d. qu'il les place debout, sur leurs tranches. 
En Norm. « canter, acanter », à Guernesey « can- 
tair », signifient incliner, pencher de côté, comme 
le fr. décanter, l'esp. deca?ifar, et l'ital. dec3.nta.re. 



Lang. « de cantel, per cantel », posé de côté ; — 
esp. de canto, de biais ; — ital. canto, côté, par- 
tie, coin ; lasciare de canto, laisser de côté ; — 
holl. kant, coin ; — anglais cant, pan coupé. Du 
grec xotveof, coin de l'œil, par le latin canthus, 
côté de roue, jante. — (Voy. Chanteai, Chantre.) 

CHAKCHOUNETTE, s. f. Tresse de cheveux que 
les femmes ramènent sur la tête lorsqu'elles se 
coiffent : « une chanchounette bionde. » Morv. n. 
« Chonette, chounette », est dans plusieurs patois 
un dimin. de Fanchon et en conséquence de Fran- 
çoise. Chanchounette n'est peut-être qu'une cor- 
ruption de Fanchonette. 

CHAJVCHUE, s. f. Sangsue. 

CHANDEILLE, s. f. Chandelle. Cette forme se 
trouve dans un grand nombre de textes anciens ; 
elle est dans Palsg. : « Une femme richement acous- 
trée semble belle à la Ohandeille. » 

Einsi fu sainte Iglise honnie et violée 

Ne Deus n'i fu servi, no Chandoille allumée. 
{Thomas le Mart. v. 153.) 

Elle fist à Dieu oroison 

Qui li envoyast guérison, 
Chandoille offrit à Nostre Dame 
Qui li gardast et corps et ame. 

{Ysopet, I, 24.) 

Quoi c'en die do famo, c'est une grant merveille : 
De bien fère et do dire chascun jor s'apareille, 
Et ausi sagement se pourvoit et conseille 
Com fait li papeillons qui s'art à la Chandoille. 

{Jongleurs et Trouv. p. 29.) 

Se la jument sent l'odour de la fumée de la Chan- 
doille estainte, elle aorterat. 

(Brun. Latini, p. 242.) 

Le roman de Renart a la forme chandoille ri- 
mant avec merveille, parce qu'on prononçait pro- 
bablement chandoueille : 

Ysengrin, vois-tu ces merveilles I 
Que devant moi ardent Chandoiles ? 

(V. 21688.) 

Picardie : « candeille » : 

On alumait jà les Candoilles 

En lost, or oiies grans merveilles 

{Renart, iv, p. 181.) 

Du 1. candela, flambeau de suif ou de cire. 



CHA 



— 161 



CHA 



CHANDELAGE, s. m. Action de la gelée (jui I 
soulève les terres en formant à la surface une forêt [ 
de petites aiguilles ou chandelles de glace. Le j 
« chandelage » est souvent funeste aux récoltes en 
déracinant les céréales qui restent, pour ainsi dire, 
suspendues en l'air. Berry : « chandelure » ; — 
Guernesey : « candelle », chandelle de glace. 

CHANDELER, v. n. Se ditdesterresarénacéesqui 
se soulèvent par l'eiïctdelagelée en formant unemul- 
titude de petites chandelles ou aiguilles de glace, 
lesquelles supportent une légère croiite de terrain. 
Les allées sablées « chandellent » à un tel point 
que le pied disparaît quelquefois tout entier dans 
la brillante cristallisation du sol. Ce phénomène 
ne se montre nulle part mieux qu'au milieu des 
arènes du Morvan. Berry : « chandeler ». — De 
chandelle par assimilation. En fr. les chandelles 
de glace sont les glaçons qui pendent des toits ou 
des arbres. 

CHANDELEUSE (LA), La Chandeleur, fête de la 
Présentation de Notre-Seigneur au temple. Cette 
fête a été appelée en Bourg, les Chandelles : 

.Je ai donné à Deu et à N. Dame de Moiremont la 

pesson por C. C. pors et la vene pastures à lor 

berbis des la feste saint Martin jusqu'aux Chan- 
doilles. 

(Dubois, L\tbbaije de Morhnond. p. 470.) 

Basl. Cande/osa.« Dominica postCandelosam. » 
(Olim, m, p. 124.) L'r entre deux voyelles se change 
en s. 

CHANDIE, s. m. Syncope de chandelier. 

CHAKNI, V. n. Chancir, moisir, couvrir de moi- 
sissures : du pain « channi », du fromage « chan- 
ni. » 

Berry : « channir, chandir» ^ blanchir, moisir; 
— Maine : « channi », moisi; « channit », moisis- 
sure; a déchannir », enlever la moisissure; — 
Forez : « chani » marque l'altération d'une subs- 
tance : temps « chani », pommes « chanies » ; — 
Norm. « canir, chanir ». moisir : — breton kann, 
blanc; kanna, blanchir. 

Du 1. canere, blanchir, être blanc, prononcé 
canire = candere, être blanc. Le 1. canus a la 
double siarnific. de blanc et de vieux, ancien. 



CHANPLEURE, s. f. Robinet de tonneau, can- 
nelle par où s'écoule le vin, la bière, etc.; chante- 
pleure en fr. — En vi. fr. chantepleure, champe- 
Icurc. Ménage consacre un grand article au mot 
Chantepleure qu'il tire des deux verbes chanter et 
pleurer , parce cjue le liquide en sortant par le robinet 
murmure, ou tour à tour chante et pleure. Une 
personne chez qui le rire et les larmes se succèdent 
rapidement est un « chantepleure » à Genève. Le 
mot se trouve dans Palsg. et dans Nicot. Le pre- 
mier l'attribue au patois de Normandie ; il emploie 
aussi une forme « chantepleuse », broche à vin. 
Godefroy de Paris dit des Templiers dont toute la 
puissance s'évanouit en un instant : 
Tant va pot à ève qu'il brise. 
A un seul poinct et à une heure 
Ont-il trouvé la Chante pkure. 

{Chron. met. v. 3898.) 

Valentine de Milan, veuve du duc d'Orléans, 
avait une Chantepleure pour devise. 

Pour avoir faict une Chantepleure d'or à la devise 
de ma dicte dame par elle donnée à M. S. Alof de 

Clèves, son frère 

(Labokde, Gloss. du M. A. p. 204.) 
Or puis avoir nom Chante plore 
Qui de deul chante et de tristor. 
H. -Maine : « champleure » ; — Berry, Norm. 
« champelure » ; — Pic. « champleuse » ; — Lang. 
« canto plouro », tuyau de moulin à huile. 

Consulter le Dict. étym. de Ménage, et le Dict. 
de la langue fr. à Chantepleure. L'historique du 
mot est intéressant dans les deux auteurs. 

CHANTEAI, s. m. Chanteau, morceau, quartier 
de pain. Le « chanteai », ou chanteau en fr., est le 
dernier morceau qui reste sur la table ou dans la 
mait. Morv. n. « chantiau, chanquiau. » Vi. fr. 
cantel, chantel, chanteau, chantiau : 

Grant cop li donne li traîtres provés 
Que .1. Cantel en a jus fait voler. 

{Huon de B. v. ISfifi.) 

Vente et grésille, si ne fet mie bel, 
Deves le vent mist l'escu en Chantel. 

{Agolant, v. 509 dans Behker.) 

Qui a manc-é son pain jusqu'à un petit Chanteau en 
honneur et prudhommie, est vraisemblable et digne 
de croire que 

(Chastellai-n, IV, p. 400.) 

Rabelais donne le nom de chanteau à un quar- 
tier de la lune : « Que tous ayent à se pendre de- 



CHA 



165 



CHA 



clans le dernier Chanteau de ceste lune, je les four- 
nirai de licolz. » (Pantagruel,' IV, anc. prologue.) 
Chanteau ^= quartier dans ce passage, comme en 
Berry, ou «chantiau» désigne aussi un quartier de 
la lune. Dans Palsgr., morceau, lopin, chanteau, 
sont synonymes. 

Bourg, a chaintéa », morceau, portion ; — Ven- 
dée : « chantéâ, » entamure de pain ; — Saint. 
« chanta»; — Champ. « chanteau, chante! », mor- 
ceau, dos de la main ; — Forez : « chantai » ; — 
Norm. « cantet », pain entamé; — Guernesey : 
« cantc », id. ; — Lang. « cantel » ; — Prov. 
« canteou » ; — esp. canteron, grand angle, chan- 
teau ; — ital. ca?iio?ie, angle, morceau, partie ; — 
bas 1. cantellus, chantellus, du 1. canthus, côté 
do la roue, jante. En Bourg. « chantiau » se dit à 
la fois d'une jante de roue et d'un quartier de 
pain. (Voy. Chan.) 

CHANTIÉ, s. m. Sentier, chemin de traverse, 
Morv. n. 

CHANTOU,OUSE,s. Chanteur, chanteuse. Morv. 
n. « çantou, çantoure. » 

CHANTRE, s. f. Jante de roue. Vi. fr. cante, 
chante, gante. 

A la bascule, chalan percé, un cent de Chantes ou 
d'aisseauLx, iiij d. p. 

(Mantellier, III, p. 1,'0.) 

Berry : « chante » avec le dimin. a chantiau » ; 
— Fr. -Comté : « ante, antre » ; — Esp. canto, 
côté ; cantero, partie d'un corps solide ; canteron, 
chanteau ; — ital. canto, cantone; — bas 1. canta. 

Du 1. canthus, terme qui s'appliquait aux jantes 
et à la roue entière. Dans le Dict. de J. de Gar- 
lande, can tus. 

Burguy rejette la dérivation de canthus et 
donne à jante la même racine qu'à jambe, le celt. 
cam, camm, courbe; mais la vraisemblance et les 
principales autorités sont pour canthus. Chante, 
prononcé aujourd'hui jante, appartient à une fa- 
mille de mots qui ont pour rad. can, lequel désigne 
un angle, un côté, une tranche. A Mons « cham » 
= jante de roue. (Voy. Chan, Rechantrer.) 

CHAPE, E. Nom de bœuf ou de vache. Désigne 
plus particulièrement les bêtes à cornes qui ont la 
tête blanche ou blonde. Morv. n. « çaipé ». 



En fr. chape est un terme de liturgie et de bla- 
son désignant une personne ou un objet couvert 
d'une chape. 

Dans la traduction en morvandeau nivernais de 
la chanson des Bœufs, « çaipé » est un adjectif : 
Ion deus grans bœus en nout' étiàbe, 
Deus grans beus bians, Çaipés de rou. 
Mai carotte ô en bois d'ériâbe, 
Mon agheullon en agueriou. 
Genève : « cape », huppé ; — Jura : « chape », 
tête de bœuf crépue. (Voy. Chaplu.) 

CHAPIAU, s. m. Chapeau. Morv. n. 

Que nulz ne mette tainture es Chappiaux de bonnet 
ne de gans de lainne pour ce qu'il honnissent les 
bonnes gens. 

{Statuts des Chapeliers, XIII» siècle.) 

Aux env. d'Anost « chapiâ » : 

Et les plus cointes damoisèles 
Li donnent Chapiax et florètes. 

{Dolopatlios, V. 373r,.] 

(Voy. Chaipelet.) 

CHAPEN, s. m. Sapin. Morv. n. 

CHAPLU, adj. Chappé. Se dit du grain lorsqu'il 
n'est pas encore sorti de son enveloppe ou balle : 
a du blé chaplu. » L'orthog. régulière serait cha- 
pelu. 

Berry : « chape », blé dans la balle; — H.- 
Maine : « chapillon », enveloppe du grain dans 
l'épi; — Saint. « chaperonné », grain dans sa balle. 
Du V. fr. chapel, petite chape, pour couverture, 
enveloppe. (Voy. Chape.) 

CHAPON, s. m. Grain qui ne s'est pas dépouillé 
sous le fléau, qui est demeuré dans la balle. De 
chape, parce que le grain est resté dans sa chape, 
c.-à-d. dans son enveloppe. 

CHAPOUNER. Se dit des incisions qu'on fait 
dans l'écorce d'une branche et à distances plus ou 
moins régulières. Après une opération de ce genre, 
on a un bâton « chapouné ». Moi'v. n. Parmi les 
anciens droits d'usage, on trouve en certains pays 
le droit d'usage « au bois chaponné. » Voy. Etude 
sur la condition forestière de l'Orléanais, p. 146. 
Il s'agit probablement d'arbres élagués et peut-être 
même écorcés par accident ou autrement. 



CHA 



- 166 - 



CHA 



Le 1. castrave, châtrer, s'appliquait aux arbres 
comme aux animaux et prenait dans ce cas le sens 
particulier de tailler, élaguer, cmonder. Dans le 
langage technique, on appelle chapon une branche 
de vigne détachée pour bouture. En Champ. « châ- 
trer » la vigne = couper le bois superflu. Comp. 
avec le vi. fr. chapeler, tailler ; l'esp. capar, châ- 
trer, capon, poignée de sarments, caponar, tra- 
vailler la vigne, capolar, couper, et enfin avec le 
flamand kappen, hacher. 

CHAR, s. f. Chair. 
Li parole est faite Chars et si habitat en nos. 

{Serin. S. B. p. 532.) 

Tuit II poples vit la haire que li reis out vestue à 
sa Char. 

(Rois, p. 369.) 

Nus homs ne so devroit jà prendre 
A famé qui sa Char vuet vendre. 

(fi. de la R., v. 4582.) 

Jhesu-Crist, que pas ne trovasmes 
De sa grâce aver ne eschar, 
Nous fist deus estre en une Char. 

{Ib., V. 16639.) 
Li mondes nous atrait et la Char nous tourmente. 
{Test. J. de M. v. 1412.) 
Par Dieu, fait-il, ne m'apartient 
Cil qui de Char mengier se tient 
N'ai pas fet veu de mangier Char. 

{Renan, v. 15217.) 

CHARDER, V. n. Pleurnicher. Se dit d'une per- 
sonne qui pleure ou grogne à tout propos et sans 
motif. Morv. n. Berry : « carder », avoir de la peine, 
souffrir; — Forez : « chardâ », hargner. (Voyez 
Carder.) 

CHAREIRE, s. f. Oharrière, chemin, sentier ré- 
servé dans les bois pour le passage des voitures. 
Morv. n. «çareire». Vi. fr,, charière, chareire, cha- 
rire, carrière, chemin en général, même au fig. : 

Très parmi l'ost funt leur Charrère, 
Et si créiez que la pudrère 
En fu sanglente la quinzaine 

(Benoit, v. 5879.) 
Governale vit une Charire 
En une lande luire arrire. 

Tristan, i, p. 82.) 

— Grangia de la Charrère (1170), nom de loc. 
dans le Cart. de l'Éijlise d'Autun, p. 329. 



Le Digeste distingue entre Verre qui est un sen- 
tier pour les piétons ou les cavaliers, et la ohar- 
rière qui est la voie des chars ou charrettes. La 
chareire est donc à proprement parler Verre d'un 
char. Erre quelquef. oire en vi. fr. est dér. du 1. 
iterare, tiré de iter, chemin. Forez : « charreire », 
rue, chemin. En Poitou ï charre » et « charrère » 
indiquent un passage, une cour de ferme, l'entrée 
d'un champ, d'un pré, etc. A Mons, a carrière » 
= ornière. 

CHARIER (SE), V. réfl. Aller en voiture : « 1 m' 
seu chârié ai Sauleu », je suis allé en voiture à 
Saulieu. On serait compris en fr. si on traduisait 
cette loc. par se voiturer. On prononce souvent se 
« chairrier ». (Voy. Chair.) 

CHARLETTE, nom propre. Le dimin. masc. 
Charlet n'est pas usité, mais avec Charli nous 
avons la forme Chariot dont le fr. possède le fém. 
Charlotte. Charlet est un nom de famille répandu 
en France. 

CHARLI, nom propre, dimin. de Charles. L'an- 
cien château de Charly, c"" de Chaulgnes, figure 
dans une charte de 1094 sous le nom de mansum 
Charliaci. Le Petit-Charly est une ferme dans la 
même localité. 

CHARLOT (LE), loc. « Avoir le chariot, » être 
d'humeur flegmatique, molle, paresseuse. 

CHARMER, V. a. Avoir en germe, couver une 
maladie : il y a longtemps qu'il « charmait » ces 
fièvres-là. Elle « charme » une hydropisie. Env. 
d'Avallon. En Berry, la gale est appelée la « char- 
mante. » Est-ce par antiphrase ? est-ce par suite 
d'une relation détournée avec cette signifie, du 
V. charmer en Morvan. (Voy. Chairmer.) 

CHARNIÉ, s. m. Échalas, pau de vigne en Niv. 
et dans quelques parties de la Bourg, morvandelle. 
« M. P..., marchand de bois..., prévient les pro- 
priétaires de vignes qu'il tient à leur disposition 
du Charnier moderne, chêne et châtaignier... 
(Journal de la Nièvre, 11 fév. 1872.) Usité en vi. 
fr. ou au moins dans quelques provinces, le Berry, 
l'Orléanais, la Touraine : « Le suppliant donna à 
icellui Faucon d'un eschalaz de vigne, nommé au 



CHA 



167 



CHA 



pays (Blésois) charnier... un cop sur la chenolle 
du col. » (Duc. Cannolla.) Le Gloss. du Centre 
dérive «charnier» de«charne» = charme, tiré du 1. 
carpinus ; mais cette étymol. offre peu de vrai- 
semblance, le charme n'étant pas le bois ordinai- 
rement employé pour fabriquer le charnier. Au 
XIV siècle, les habitants de Châteauneuf sont 
reconnus par un acte en possession du droit de 
« faire Charniers, pelz et perches, merrien à 
vignes. » [Étude sur la condition forestière de 
l'Orléanais, p. 232). (Voy. Quairner, Quairniau.) 

CHAT, CHAITE, adj. Gourmand, friand. L'a- 
vare est toujours « chat » d'argent, la femme tou- 
jours « chaite » de chiffons ou de rubans. Etre 
chat de ceci ou de cela. Se dit absolument pour 
être friand ou même avide de quelque chose. Dans 
Festus : « Catillones appellabant antiqui gulosos.» 
Le Dictionariolum puerorum traduit catillo par 
« gourmand, friand, licheur de plats. » Le verbe 
catillare = friander. Le fém. catilla, femme 
friande, qui se trouve dans Plaute, correspond si 
exactement à notre patois « chaite » qu'on serait 
tenté de rattacher ces mots à cattus, chat ou chien, 
animal domestique. (Voy. Aichaiti, Chatenet.) 

CHATAINGNE, s. f. Châtaigne. 

Servez en un plat d'icelluy chaudeau des navets et 
Chastaingnes. 

{Ménagier de P. II, p. 259.) 

A oui parez vous ces Chastaingnes. 

{Chrest. B. p. 362.) 

Le dialecte picard prononçait « castaingne » : 

Puis a dit coiement 

Que pour li ne feroit vaillant une Castengne. 
{Gaufrey, v. 10532.) 

CHATELICOT, s. m. Petit bouquet de noisettes, 
de glands, de fruits enchaînés. Dimin. de châtelot. 

CHÀTELOT, s. m. Bouquet de noix, de châtai- 
gnes, etc. « Châtelot» représente le fr. cliâtelet, pe- 
tit château par assimilation. Le wallon qui pro- 
nonce « catelet » donne à ce mot, dans la région 
belge, le sens de trochet ou bouquet de fruits, et 
au fig. de groupe, d'enchaînement par agglomé- 
ration. Genève : « catelet » ou « chatelet », trochet 
de noisettes. — Fr. -Comté : « catelot ». — En 
Poitou le « chatelet » est un jeu d'enfants où l'on 



cherche à démolir un petit tas de noyaux ou de 
noix superposés. C'est un dévidoir en Normandie. 
En vi. fr. le verbe achasteler signifiait construire 
en forme de château . 

CHATENERE, s. f. Chatière, ouverture ménagée 
dans le toit pour le passage des chats. — Berry : 
« châtounière » ; — Poitou : « chatounère » : 
— Jura : « châtenêra » ; — Languedoc « catou- 
gnéïro. » 

CHATENET, s. m. Gourmand, friand, celui qui 
aime la bonne chère et recherche les morceaux 
délicats. De chat avec le sens friand au fig. Dans 
Oudin, chatter= friander. En Berry « chatoyer » 
se dit pour flatter, plaire comme une chose friande. 
(Voy. Chat). 

CHATERIE, s. f. Friandise, sucrerie, mets 
délicat. S'emploie par extension pour désigner ce 
qu'il y a de meilleur dans certaines choses, la 
crème, la fleur. — Bourg. « chaiterie » ; — Berry : 
« chatterie ». 

CHÀTILLON, nom de bœuf très connu dans 
notre contrée. Ce nom est peut-être tiré de la cou- 
leur de l'animal plutôt que de son origine. Dans 
le Berry et le Nivernais beaucoup de boeufs sont 
appelés Châtain. Le Chatillonnais néanmoins four- 
nit assez souvent des bœufs à nos charretiers de 
galvache. La dénomin. pourrait encore être em- 
pruntée au vi. fr. chatrillon, équivalant à chastron, 
avec le sens de jeune bœuf châtré. La chute de l'r 
dans la prononc. n'aurait rien d'anormal. En Fo- 
rez « chatrillon » désigne le chardonneret. (Voy. 
Châtron.) 

CHÂTRE, s. f. Châtrure ; action de châtrer. Un 
porc subit « la châtre » avant d'être mis à l'en- 
grais. 

CHÂTRER, V. a. Raccommoder grossièrement 
sans y mettre de goût ou de soin. 

Berry : « châtrouner », ravauder ; — Poitou : 
« châtrer », raccommoder grossièrement des bas. 

— Couper, rogner le cercle de fer qui entoure 
une roue. Dans plusieurs patois châtrer une ruche 
c'est couper, enlever les rayons de miel. (Voy. 
Reuchener.) 



CHA 



168 



CHA 



CHÂTREURE, s. f. Raccommodage grossière- 
ment fait. 

Bcrry : « châtron », reprise grossière. (Voy. 
Reuchon.) 

CHÀTRON, s. m. Taureau récemment châtré, 
jeune bœuf qui n'a pas encore été soumis au joug 
ou qui ne l'a été que depuis peu de temps. Morv. 
n. « çâtron. » 

L'anc. langue désignait sous le nom de chas- 
trons la plupart des animaux mâles lorsqu'ils 
avaient subi la castration, mais plus particulière- 
ment les moutons : « Capones, anseres et Cas- 

trones. » (Duc. Casfo, Casiro.) 

Le bœuf doit ung denier, la vaiclie une obole, le 
porc, le bouc, le Chastron, chacun ung denier. 
[Ch. B. I, p. 191.) 

Berry, Poitou : « châtron)', jeunebœuf châtré; — 
Suisse rom. « châtron », mouton, jeune bœuf; — 
Rom. prov. c)'esfo?i, chevreau ; encastrât, porc 
châtré ; — ital. castrone, mouton, — esp. castron, 
bouc châtré. Du bas 1. Castro, dér. de castrare, 
châtrer. 

CHÂTROU, s. m. Châtreur, celui qui châtre les 
animaux dans nos campagnes. 

Aux XVPet XVIP siècles, nos chastreux parcou- 
raient Paris en criant : 

Moi, Chastreux, Je ne crie guère 
Je ne veux que jouer promptement, 
Car, de crier, ne m'en chaut guère, 
.Te ne veux que mon instrument. 

(Les Cris de Paris.) 

C'est peut-être à quelques-uns de ces artistes 
ambulants que s'adressa le chanoine Fulbert lors- 
qu'il résolut de venger sur Abailard le déshonneur 
de sa nièce. S'il en fut ainsi, ces audacieux pra- 
ticiens payèrent bien cher leur complicité, car 
deux d'entre eux ayant été arrêtés subirent, avec 
aggravation, la loi du talion : « oculis et genita- 
libus privati sunt. » Le châtrou est quelquefois 
appelé affranchisseur, mais ce terme n'est pas an- 
cien dans le pays, il est usité en Berry et en Niver- 
nais. 

— Ohâtreficux nom de localité près de Villa- 
pourçon ; — les Ohâtreux, c"'' de Dornes. 

CHAUCHETTE, s. f. Chaussette, demi-bas, di- 
min. de « chauche » = chausse. 



CHAUDRON, s. m. Vase de fer blanc avec cou- 
vercle et dont on se sert pour transporter la soupe 
ou autres aliments lorsque les ouvriers sont répan- 
dus dans les champs. Le chaudron en fr. est tout 
autre chose. C'est une petite chaudière qui va au 
feu. Notre chaudron fait souvent défaut à l'étj'm. 
caklus, chaud. 

CHAUFAU, s. m. Échafaud, appareil composé 
de poteaux et de claies qui permet de s'élever plus 
ou moins haut au-dessus du sol. 

Le lendemain vindrent deux maîtres engigneurs au 
duc de Normandie qui dirent que s'on leur vouloit 
livrer du bois et ouvriers, ils feroient quatre Chauf- 

faux qui seroient si hauts qu'ils surmonteroient 

les murs. 

(Froissart, I, ch. 131.) 

Comme en la ville de Dijon, en la place appellée 

la place de Morimont, nous ayons fait faire un Chauf- 
fault de bois et au pie diceluy un feu ; auquel 
Chauffault a esté monté Poncet du Soulier, condamne 
par ses démérites à ardoir. 

(PÉR.VRD, p. 395.) 

Et iceluy qui fait le roy doibt estre aux lices au pié 
de l'Eschaffault du juge... 

(C. H. De la forme des duels en champ clos.) 

— La fontaine du Chafaud à Autun nommée 
dans une charte de 1283 « fontem Chafaudi. « (Voy. 
Cart. d'Autun, p. 255.) 

Le M. A. appelait chats faux certaines machines 
de guerre qui ressemblaient à des beffrois et rem- 
plissaient le même office à peu près que les chats, 
petites galeries couvertes dont on se servait pour 
le siège des villes. Ces chats faux étaient h propre- 
ment parler des échafauds, c'est-à-dire des plan- 
chers mobiles et plus ou moins élevés au-dessus 
du sol. Suivant le dialecte, on prononçait cat ou 
chat. 

Dont fist Hues d'Aire faire un Cat et le fist bien 
cuirier et acesmer. 

(Ville-Hardouin, p. 408.) 

Chascuns li donnast dou merrien de ses neis pour 

faire un Chat pour bouchier le flum 

(JomviLLE, p. 116.) 

Dans un des patois de la Lombardie «cat» se dit 
encore d'un monceau de bois à brûler, coupé ou 
fendu. 

Bourg., Berry : « chafaud, chaufaud » ; — 
Maine : « chauffaud » ; — Poitou : « chafaud. » 
Il y a en France plusieurs localités appelées le 



CHA 



169 



CHA 



Chaffal, le Chaffaut. Le Chaffal près de Léoncel, 
clans la Drôme, est écrit Chaafalc en 1220 et Chaa- 
faudus Cadefalsus, à la fin du XlIP siècle. De cafa, 
forme fém. du 1. catus ou cattus, et/'a/da, claie (1). 
Faude en vi. fr. se disait aussi d'un amas de bois 
dressé pour un usage quelconque, entre autres 
pour la fabrication du charbon : « Une faude, une 
faudce de charbon. » En wallon « fade, faulde >>. 
a aujourd'hui encore la même signification. Le 
charbonnier est appelé « fâdeu, faudeu. » Dans le 
patois du Luxembourg « fauldes r, n'est usité qu'au 
plur. et désigne les monceaux de bois qu'on appelle 
ailleurs fourneaux. Le verbe fauder dér. du subs- 
tantif, équivalait à échafauder, c.-à-d. à l'action 
d'empiler le bois propre à la combustion. Fauder 
ne signifiait pas à la lettre cuire le bois comme 
l'admet le contin. de Duc, mais bien entasser le 
bois avec lequel on le cuit. [Voy. Duc. Fa/da, 
Faldata.) Falda semble n'être qu'une variante de 
fala, (alla, turris lignea, à peu près le catafalco 
des italiens. L'identité s'accuse dans les mots bas 
1. falciia, et ital. falda, désignant un vêtement de 
femme, lesquels sont absolument syn. du bas 1. 
fala. phala, et du vi. fr. faille. Dans un texte de 
1341 chasfallia signifie même chafauds : « Item 

quod mûri, Chasfallia, schiffœ, tollantur om- 

nino.» (Duc. Schiffa.) L'sdu bas 1. scafaldus, scal- 
faudus est prosthétique et ne prouve rien contre 
la dérivation. Cette prosthèse de la dentale n'est 
pas rare. On la retrouve, par exemple, dans sca?ia- 
bis pour cannabis, chanvre. Elle n'existe d'ailleurs 
ni dans le rom. prov. eadafal, ni dans l'ital. cafa- 
falco, ni dans le port, cadafalso, ni enfin dans la 
basse-lat. cadafalus, cadafaudus. Fauteuil, que 
les germanistes dérivent de l'anc. h.-allem. 
faltstuol, siège plié, est tiré de faldus qui a donné 
le sulPixe de chafaud et de staulus, stolus, siège 
des religieux, des chanoines. Staulus est une va- 
riante de stallus = stalle. Stallus qui s'entrevoit 
encore dans le rom. prov. fadestel, fadestol, 
semble n'être qu'une contraction de stabiilus = 
stabulum, qui se rattache à sfa?'e. Duc. définit 
stallum locus ubi quis stat. En allem. schafstall 
correspond à stabulum. Le bas 1. installare qui 



(1) A Guernesey, « fallc m s'applique à un eusemble de pieux, 
palissades ou poteaux formant un enclos. Dans cette acception, 
le mot correspond au vi. fr. faulde, liei fermé de claies, et explique 
l'anglais fold, parc, faldage ou foldaqe, droit de parcage, par- 
cage, non moins que l'écossais fald, fauld, enceinte close. 



est le fr. installer, a pour équivalent en vi. fr. inse- 
1er qui signifie littéralement asseoir, mettre sur 
un siège. iVoy. Châ, Falot.) 

CHAUFAUDER, v. n. Échafauder, construire 
un appareil en bois pour s'élever au-dessus du 
sol. Les maçons ne peuvent travailler à une cer- 
taine hauteur sans « chaufauder. « 

La charretée de cloies à Eschaufauder doit un de- 
nier do tonlieu. 

(LiTTRÉ. Dict. — Livre des métiers, 323.) 

Berry : « chafauder, chaufauder »; — Poitou, 
Saint, a chafauder « ; — Maine : « chauffauder. — 
En anglais to fold = fauder dans le sens de faire 
un clayonnage, un parc, et dans celui d'appointer 
une étoffe : to scaffold = échafauder. (Voy. Chau- 
fau.) 

CHAUFFEU, s. m. Chauffoir, lieu où se trouve 
la cheminée ; chambre à feu. Le chauffeur dans 
les anciens actes est toujours distinct des autres 
nhâs de bâtiment ; c'est à proprement parler la 
maison d'habitation : 

Assçavoir ung maisonnement consistant en deux 
Chauffeuz, ung grenier et une cave un aultre mai- 
sonnement consistant on ung chauffeur couvert de 

paille à sçavoir une maison couverte moitié as- 

siaulne et moitié paille contenant quatre chapz, sça- 
voir deux Chauffeus, une cstable et une grange. 

{Terrier d'.AIligmj, f 049.) 

Chauffeur, dans les noms de loc. (c"" de Cla- 
mecyetde St-Loup), désigne un four à chaux. 

BeiTy : « chaufïoir », chambre à feu, maison de 
paysan ; — Norm. « chaulïepied », chambre où se 
trouve la cheminée d'une maison champêtre. 

CHAUGNON, s. m. Anneau qui réunit l'avant 
et l'arrière-train d'une charrue. « Chaugnon » = 
chaînon. 

CHAUMÂ, s. m. Petite chaume, terre inculte et 
engazonnée. 

Bas 1. calma, chauma, chaume, lande ; « Super 
Chaumam quœ partitur cum Perrecier ». dans le 
Cart. de St-Bénigne de Dijon. 

« Et omnes décimas de alla villa que voca- 

tur Calma » (Abbaye de St-Martin, II, p. 36.) 

Poitou : « chauméa, chaumia », petite chaume ; 



CIIA 



170 



CHA 



— ^'endée : « cliaumcà », terre inculte: — Forez : 
« chaumassc ». prairie luimide. 

Chaumard, clicf-lieu de commune dans te Mor- 
van, tire son nom de cliaume. En vi. fr. chaumard 
= chaume : « Deux journaux de bois-issards ou 
d'écorce, au finage de Fretoy, sur te Chaumard de 
Voilliard. » [Affiches de Bourgogne (1778), p. 152.) 

CHAUME, s. f. Terrain engazonné, ordinaire- 
ment de peu de valeur, lande, espace vague et 
livré au pacage des animaux. Dans le Dict. de 
l'Acad., chaume est un subst. masc. qui désigne 
la tige des céréales, soit qu'elle reste en partie 
dans les champs après la moisson, soit qu'elle 
serve à la toiture des habitations pauvres, des 
chaumières. En Morvan, au contraire, chaume 
est un subst. fém. qui signifie exclusivement ter- 
rain gazonné. Il est étrange que la forme fém. de 
calamus correspondante au bas 1. calma ait dis- 
paru de la langue littéraire, lorsqu'on la trouve 
en tous pays appliquée à de nombreuses localités. 
Dans le Niv. il y a près de cent villages, hameaux 
ou écarts, qui portent ce nom avec ou sans quali- 
ficatif. Le vi. fr. disait aussi une chaume dans le 
sens de terre engazonnée : 

En yver par la grant froidure 

Se gisoit sor la Chaume dure. 

(RuTEBEUF, Vie de sainte Élysabel.] 

Le Gloss. du Centre hésite entre les deux formes 
orthog. chaume et chôme, la première dérivée de 
calamus, la seconde se rattachant à l'étymol. de 
chômer, demeurer inactif. Les plus anciens monu- 
ments se prononcent pour chaume. Dans la Suisse 
rom. « chauma, tschauma », signifie cesser, chô- 
mer, se mettre à l'ombre. En Languedoc, «châou- 
ma », rester oisif, rechercher l'ombi'e ; — Prov. 
« chaumar » = chômer. Les paysans piémontais 
disent « cioma » en parlant du repos des vaches. 
Dans te Jura une « chaume » est une montagne à 
pAturages. 

— Chaumien, nom de famille très répandu dans 
la contrée. 

CHAUPIQUET, s. m. Saupiquet, sauce piquante 
où il entre beaucoup de vinaigre. Morv. n. 

Et quant l'oisel sera cuit, si mettez en la leschcfrite 
un petit de vertjus et moitié vin moitié vinaigre et 

toutbouli ensemble et ccste dcrrcnicrc sausse est 

appclléc le Saupiquet. 

{Mi-nngier f(p P. II, p. 181.) 



CHAUSSE, s. f. Chausse, bas, vêtement de la 
jambe et du pied. !Morv. n. « causse. » Les Gau- 
lois n'ont porté des bas que fort tard, les Morvan- 
deaux n'en portent que le moins possible. Toujours 
est-il que pour eux les bas sont encore des '< chaus- 
ses » ou « chauches. » 

Je t'aprendrai moult bien comment ères sauvés ; 
Or va, s'oste ta robe, tes Cauces, tes solers ; 
En la pvire cemise soit li tiens cors reniés. 

{Fierabras, v. 2fi9l.) 
Cascunc sans estriez séoit, 
Et si n'orent solliers ne Chauces, 
Ains estoient totes deschauces. 

(Lai du Trot, v. 175.) 
Quiconques est Chauciers à Paris, il peust fore 
Chauces de soie et de toile. 

iLicre des métiers, 139.) 

M™" de Sévignc usait d'une liberté un peu licen- 
cieuse en disant : « Il falloit que M. de Janson. 
Chaussât mieux ses lunettes. » [Lettres . ix , 
p. 541.) 

Du 1. calceus, qui a donné « keuche » aux Pi- 
cards. En Morvan « keuche » = jambe. (Voyez 
Queuche.) 

CHAUSSES, s. f. Chaussée, levée d'étang, bar- 
rage qui retient les eaux. 

Ravoit une Chaucie ferme, 
Qui par le mares en ce! terme 
Retouchoit devers Lenz la rive. 

(GUILL. GUURT, V. 8,^44.) 

Devers dcstre, à l'autre partie, 
Bien près du pont, sus la Chaucie... 

(IB. V. 8643.) 

(Voy. Conchausser.) 

CHAUVEAU, nom de bœuf ; bœuf dont le poil 
est ras, non frisé. 

Berry, Poitou : « chauvet », nom de bœuf à poil 
ras. De chauve, à cause de l'absence de poil, 
comme dans chauve-souris à cause de l'absence 
de plume. 

CHAUVEAU, s. m. Mesure de capacité ayant la 
forme tubulaire et contenant environ un litre. On 
dit d'une personne craintive qu'elle se ramasse, se 
resserre comme un « chauveau » d'huile. 

— Chauveaux (les) nom de loc, c"" d'Arleuf. 

Bas 1. calvea, mesure pour les grains. Du 1. cal- 
ra ? Le nom est peut-être venu de ce que la mesure 



CHE 



171 - 



CHE 



en question présentait à l'origine la forme arrondie 
d'un crâne, de la boite osseuse de la tête. 

CHAUVOUCHERI, s. f. Chauve-souris. Morv. n. 
Chéri = seri par le cliangement de l's en oh. (Voy. 

SerL] 

CHAVOUCHIE, s. f. Chauve-souris. 

CHÉ. s. m. Chef, tête. Sapplique seulement aux 
animaux. Autant de bœufs, de vaches, autant de 
« chés de neurin. » On compte aussi les chevaux, 
les moutons et même les volailles par « ché. » 
Morv. n. « ce. « 

Là où plus les veit entassez, 

Lor fuiit les heaumes sor les Chés. 

(Benoit, v. 33636.) 

Od les trenchanz branz acerez 
Lor vont trencher les Chés des bues. 
(IB. V. 2243.) 

Là en veissiez tant découper 

Tant Chés fenduz en deus meitiers, 

Tant braz, tantes quisses e tant piez. 

(IB. V. 5149.) 

Là lor vait l'on les Chés couper 
Les cors e les mains e les braz. 

(IB. V. 9567.) 

E la belle Esslentine, la pucelle au Chié blan. 
(Parise la Duchesse, v. 112.) 

As grans fenestres en ont mis hors les Chiés 
Virent venir Alemans 

{Otinel,y. 701.) 

Genève : « à ché miette, à ché peu », un à un, 
peu à peu. Du 1. caput qui avait donné à l'orig. la 
forme cheve d'où sont dérivés chevance. chevet, 
chevir, etc. Le trouvère Benoît dit chevetaine pour 
chef ou capitaine. (Voy. Ca.dette.] 

CHÉE, s. f. Chaise, siège. Syncope de chaire ou 
chère, anc. forme pour chaise. Du 1. caf/iedra, 
chaire et chaise. (Voy. Çaie, Chéle.) 

CHEFFRE, s. m. Chef, celui qui commande. 
En temps de république nos paysans ont coutume 
de demander un «chefïre. » L'r qui renforce le mot 
se trouvait aussi volontiers dans la bouche des 
croisés du XIII= siècle. Joinville dit califre pour 
calife. Les langues romanes ont ajouté la même 
lettre à l'arabe çafar pour composer le mot chilïre. 



Nos chartes bourguignonnes écrivent fréquemment 
Baptistre pour Baptiste. 

CHÉLE. s. f. Chaise, siése où l'on s'assied, petit 
banc. 

— Chéle ou chaise à prêcher, chaire des églises. 

— Chéle-à-Berthaud, nom d'une pierre supposée 
druidique non loin du Beuvray. On trouve dans 
lelivreintitulé : Sainf-7io?io/'e-ies-BaùiS. -p.374, - 
la légende qui se l'attache à cette chaise de granit. 

Champ. « selle », chaise; — Fr. -Comté : « sé- 
lot, séletot », chaise, petite chaise ; — Forez : 
« sella » ; — Suisse rom. « sala, sella, chola » ; — 
Genève : « selle », siège ; « aller sur selle » = aller 
à la selle. Ital. sella, chaise et selle ; — esp. silla, 
chaise ; silleria, rangée de chaises ; dar silla, faire 
asseoir. Du 1. seHa, chaise, siège. Dans Vitruve 
sella familiarica, chambre où se trouve la chaise 
percée, nommée la « selle nécessaire » dans les 
inventaires du moyen âge. [Yoy. Selle.] 

CHEiyiI, s. m. Chemin. Morv. n. « c'mingn'. 
cemingn'. » Suivant notre dicton agricole : 
A la Saint-Denis 
L'hiver ô dan l'ch'mi. 
Ainsi nous jecta celle horrible fortune hors de nostre 

Chemyqui tendions venir en Rodes et adressasmes 

nostre Chemy pour aler en pèlerinage droict à Sainte- 
Croix qui est en Chippre. 

{Le saint voyage de Jérusalem, ji. 186, 189.) 

Poitou : « chemi », chemin ; « cheminot », petit 
chemin. — Rom. prov. cami, chemin :«Sipoirion 
forsviar del Cami. » (R.\ynou.\rd. Le.v. v, p. 542.) 

CHEME, s. f. Chemise, vêtement. ÎSIorv. n. 
« cemie, cemillhe, cemije. » Quoique l'usage de 
la chemise, dans le lit au moins, ait été peu répandu 
au M. A., un évèque français du VP siècle, For- 
tunat, nomme cet utile vêtement : « Regina, ser- 

mone ut loquar barbaro, Camisas tradidit. » 

M. Littré cite un passage de S. Jérôme où la che- 
mise de toile est expressément désignée : « Soient 
militantes habere lineas quas Camisias vocant... » 
Dans la Passion du Christ, poëme du X" siècle, 
la robe sans couture du Sauveur est appelée che- 
mise, - verset 67 - : 

Cum el perveng a Golgota, 

Davan la porta de la ciptat. 

Dune lor gurpit sa Chamise 

Chi sens custure fo faitice. 



OHE 



— 17? — 



CHE 



■Wace etMouskes emploient la forme du Morv.n. 
en e doux pour eh : 

Un hauberi^eon jivoit vcstu 
Dcsus une Cemise blance. 

(Rou, V. 13558.) 

En aporta, viers la bataille 
De la veraie crois, sans faille, 
Et la Cemise Nostre-Dame. 

(MOL-SKES, V. 13019.) 

Pic. « kemise » ; — Flandre : « quemisse » ; — 
wallon : « g'mie. » (Voy. Cemie.) 

CHEMILLOLE, s. f. Veste ronde en boge.«Che- 
millole « est une forme locale pour camisole. On 
sait que ce dernier vêtement était une sorte de 
veste portée par les hommes. On lit dans Ron- 
sard : 

Ce bon prince 

Sa camisole et son pourpoint vestit. 

Forez, Poitou : « chemisole » ; — ital. camici- 
uola; — bas 1. camisile, camsilis, camisilus. 
Âdalbéron, évêque d'Augsbourg, envoie aux moi- 
nes de Saint-Gai, en octobre 908, un don considé- 
rable de vêtements. Dans le nombre se trouvent 
des camisilia qui semblent, dit le savant Guérard, 
« avoir été des espèces de gilets ou de vestes, » 
c.-à-d. nos « chemilloles. » (Voyez le PolyjH. d'Ir- 
minon, p. 722.) 

CHEMILLOT, s. m. Brassière d'enfant. On lit 
dans les Capitulaires, - ii. 19, - « Ut feminse nos- 
trœ habeant ex partibus nostris lanam et linum et 
faciant sarcillos et Camisilos. « 

CHEM'NÉE, s. f. Cheminée, foyer. 

CHEM'NON. s. m. Petit chemin, sentier. Morv. 
n. (Voy. CliemL] 

CHE3IN0TER, v.a. Se dit des rameaux d'arbres 
ou d'arbustes qui sèchent et meurent, peut-être 
par assimilation avec la «chenevote » que l'on pro- 
nonce « chemenote » dans une partie du Morv. n. 
(Voy. Chevenote.) 

CHENEILLE, s. f. Chenille. 

CHENI, s. m. Le rebut, la plus mauvaise ijua- 
lité des choses, poussière, ordure : ôtez ce «ch'nix 



qui est sur la soupe. Il y a des « ch'nis » dans le 
lait. 

Le 1. canictœ ou canietœ, qui se trouve dans 
Papias,' avait le même sens que furf lires, dési- 
gnant du son, de petites écailles, la crasse qui 
tombe de la tête. Le jmnis caninacpiis des Ro- 
mains était le pain de son qu'on distribuait aux 
chiens. Il est vraisemblable que canietœ et canicœ, 
son de froment, sont identiques. Dans le patois 
rouchi « chêne » signifie cendre. Ce terme se rat- 
tache probablement au nôtre qui désigne aussi 
bien la poussière du foyer que toute autre. En 
wallon : « chinôie », canaille; « chinis » au plur., 
ordures, saletés. L'esp. a canil, pain noir, pain 
de chien. Du 1. canis par le dér. canile. 

CHENOT, s. m. Chenet de foyer. Morv. n. En 
Saintonge « chenot », en Poitou « chenet », en 
Berry a chenard », désignent un petit chien; — 
Forez : « chanaus », grands chenets. Chenet est 
une forme diminutive de « chen », chien. 

CHÉRAJVTIE, s. f. Cherté, prix élevé des den- 
rées. Nous sommes dans un siècle de « chérantie. » 
Le mauvais temps augmente la « chérantie . » 
Morv. n. « céantie, céantise. » 

Tempore illo tanta fuit Carestia quaî nunquam visa 

fuit, vel audita (anno 1152) fuit omnium vic- 

tualium maxima Carestia Si al)unda.s blado, non 

dili^e Caristiam, quia diligens Caristiam cupit esse 
pauperum homicida. 

(Duc. Carestia, Carislia.) 

Berry, Poitou, Saint. « cherantise », cherté; 
« cherant », celui qui vend cher. 

CHERCHE, s. f. Recherche, poursuite : il est en 
« cherche » de sa vache. Morv. n. « serche. » (Voy. 
Sercher.) 

CHERCHOU, CHERCHOUSE DE PAIN, s. m. et 

fém. Celui ou celle qui cherche, qui quête, qui 
demande l'aumône, mendiant ou mendiante pris 
dans un sens favorable. Morv. n. « sarçou, sar- 
çouse » ou a sarçoure. » En quelques lieux « ser- 
chou, serchoure, serchouse. » Il est à remarquer 
que notre pays ne possède aucune expression mal- 
sonnante pour qualifier l'état de mendicité. La 
pauvreté, la misère même qui tend la main, y est 
un fait douloureux toujours, souvent respectable. 



CHE 



173 



CHE 



mais grâce au ciel, jamais déshonorant. Ce n'est 
pas chez nous que les termes de bélître, de coquin, 
de gueux, etc., qui ne s'appliquaient d'abord 
qu'aux mendiants, ont fini par ne plus désigner 
que l'inconduite ou l'improbité. Je ne résiste pas 
au désir de mettre en scène le mendiant morvan- 
deau tel que je l'ai encore vu à la lueur de son 
soleil couchant. J'emprunte le portrait aux Pro- 
menades en Morvan de M. Charleuf : 

Le vieux Cherche-pain morvandeau, voilà un type ! 
Il s'annonçait par une prière, un pater, un eonfiteor 

en Diou Avant de recevoir la provende il baisait 

pieusement sa main, et par ce signe d'adoration an- 
tique il rapportait l'aumône à Dieu Nul ne possé- 
dait comme lui nos légendes Quand abondait la 

recette, il faisait la part des petits et des veuves, ne 
gardant rien au-delà de ses stricts besoins. Dans les 
mauvais temps il prenait gîte sous le chaume de quel- 
que vieille communauté, et durant les longues veillées 

d'hiver, il contait ses intarissables histoires Les 

jeunes gens lui disaient mon père, ceux de son âge 
l'appelaient mon parrain. Il allait par procuration aux 
neuvaines, aux pèlerinages et gardait en tout temps, 
dans sa mallette d'écorce de cerisier, de la terre du 
tombeau des saints, puissante contre une foule de 

maladies LTn surnom pris de son village ou de sa 

conformation physique servait à le désigner. Connu de 
tous il était parfaitement accueilli. 

{St-Honoré-tes-B.iins, p. 216.) 

En Bretagne le mendiant est appelé klasker, 
c.-à-d. chercheur. 

CHÈRE ÀME DU BON DIEU. Cette locution est 
très usitée pour désigner les personnes défuntes. 
Une veuve ne parle presque jamais de son mari 
décédé que dans ces termes à la fois tendres et 
religieux. 

Le mot abstrait âme ne se montre en Morvan 
que dans cette manière de parler. C'est un oiseau 
du ciel dont les patois ont peu de souci. Il apparaît 
encore en Poitou et en Auvergne dans le subt. 
« narme, nerme » = personne, pas une âme, nulle 
âme. Le rom. prov. usait d'une locution semblable 
en disant : No y a arma. Larmier était le lieu du 
repos des âmes. En Forez, les « armettes » sont 
les âmes du Purgatoire. 

CHERESSE, s. f. Dérivation d'eau pour le ser- 
vice d'un moulin, d'une usine. 

CHETEL, CH'TEL, Ç'TEL, s. m. Cheptel, capi- 



tal en bestiaux que le propriétaire confie au fer- 
mier ou au métayer ; contrat passé entre un pro- 
priétaire et un cheptelier. Les contrats de cette 
nature étaient autrefois fort nombreux, surtout 
dans le voisinage des villes. Lorsque les condi- 
tions étaient vraiment équitables, ils constituaient 
une bienfaisante association de l'argent et du 
travail. Malheureusement l'âpreté du gain d'un 
côté, et de l'autre, l'incurie ou la paresse, détrui- 
saient les bons effets de l'opération, ou amenaient 
une liquidation plus ou moins amiable. L'anc. 
langue emploie le mot chate, chatel, chetel, pour 
fortune, avoir ; chatiex, catix dans Beaumanoir : 

Se il avenoit chose que aucuns des homes ou des 
famés de Moloimes ou leur Chate fusient pris ou retenu 
l'abbés est tenu au requerre 

{Ch. B. II, p. 310.) 

Tant se baréta d'un et d el 
Que toz jors .sauva son Chatel 
Et ot assez de remanant. 

{La Houce partie, v. 59.) 

Au diable qui touz jours tire ariere vers li ceus 

qui l'autrui Chatel weulent rendre. 

(JOI.NVILLE, p. 18.) 

Comment li sires doit garder les toisons de ses 

oeilles et lait et fromages, et en norrir polains et che- 
vaus et en croistre son mueble et son Chatel. 

(Brun. Latim, p. 181.) 

Norm. « chatel » ; — Pic. « chastel », biens mo- 
biliers; — Champ. « chateil», fortune, propriété; — 
Genève : « chedal », bétail; — breton : chatal, 
troupeau. En anglais chattel, biens propres et 
cattle, bestiaux, terme analogue au vi. fr. aumaille. 
Bas 1. capitale, capital, richesse, tiré de caput, 
tète, fonds, principal. (Voy. Capitau, Enseuche- 
man.) 

CHETELIÉ, CffTÉLIÉ, Ç'TÉLIÉ, s. m. Chep- 
telier, celui qui prend du bétail à cheptel. Il y 
avait autrefois beaucoup de « ch'téliés » en Morv. 
C'était un type à part qui disparait raijîdement. 
Il est remplacé par le marchand de vaches, industriel 
assez adroit pour faire le commerce de bétail sans 
avoir d'autre capital que la confiance publique, 
confiance incessamment déçue mais qui renaît 
toujours de ses cendres. 

Berry : « chetolier, chetelier » ; « chetoler », mul- 
tiplier, croître. De « chetel » en fr. cheptel. 



CHE 



IH 



CHE 



CHETI, CH'TI, V'TI {au fém. ite), adj. Chétif, 
faible, malingre, mauvais, méchant, malheureux, 
miscral)le, de mauvaise qualité. Chétit avait dans 
l'anc. langue ces diverses signifie, eten outre cellede 
captif (jui est la signifie, étymologique. Il est assez 
singulier que cette dernière soit la seule qui ait 
entièrement disparu du langage moderne. Nous 
élisons un « ch'tit » homme, une « ch'tite « récolte. 
L'année 1816, année de cruelle disette dans le 
Morvan et ailleurs, a été longtemps désignée dans 
nos campagnes sous le nom de « la ch'tite 
année. » 

Le «Chéti », tout court, c'est au ]\Iorvan, comme 
en Poitou, la personne du Diable. [Voy. Mauvâ, 
Michan.) 

Rapprochons de notre patois les anciens textes : 

— « Chéti », chétif, faible, malingre : 

Li Chaitif fil d'Adam n'en ont cure de veriteit ne 

de celés choses k'a lorsalvetest apartiennent Tôt 

ceu ke ju doneir li puys en mes Chaitis cors, et assez 
est se ju ceu li done. 

{Serm. S. Bernard, p. 523, 549.) 

Lor diex veille pour aus, moult les a bien gardez; 
Mais li nostre dieu sont Caitif et enivré : 

Ne se pueent aidier 

[Fierabras, v. 3723.) 

Certes je sui un Chaitis hon 
Mes fêtes moi confession. 

{Renart, v. 80G1.) 

— « Chéti », mauvais, méchant. 

La paine des Chétiz qui en enfer vont maindre 
Est si grant quechascun cuide souffrir la graindre. 

{Test. J. de M. v. 19'J7.) 

Mais tu Chaitif, morir te laisses 
De raauvaistié et de peresce. 

{Les deux Bordéors.) 
Loiale amie en moi eusses 
Se ne m'eusses deguerpie 



Chetiz, tu iez si deçeu 
Que le fruit lesse por la fueille, 
La lamproie por la santueille, 
Por le venin et por le fiel 
Lesse la rée et le dous miel. 

(G-iurniER DE Coi.NSi, Le Varlet.) 
.ludas, li feuz traîtres, biauz Sire, vos vendi ; 

A Dcx ! quant grant trésor an dona li Chaitis ! 
{Parise la Duchesse, v. 811.) 

— « Chéti », malheureux, misérable : 



Trépesserai-ju Chaitis el cors del maligne espiril, 
trenchiez del cors del Salvaor ? 

{Serm. S. B. p. 549, 562.) 

Las! si je muir paiens, Chaitis, que devenrés? 
Sainte Marie dame, et car me secoures ! 

{Fierabras, v. 1584.) 

Si come dit nostre mestre 
Nus n'est Chctis, s'il ne 1' cuide estre. 
{R. de la R. v. 5062.) 

Avarice a le mont sorpris. 
Cil est clamez dolent, Chaitis, 
Ne rente n'a, se il n'usure. 

{Renart, v. 194.) 

Et Ysengrin tôt coi se gist... 

Hai ! malcureus Chaitis ! 

Se j'oi hier mal, or ai hui pis. 

{Ib. V. 7t;05.) 
Ha ! las, dist-il, dolenz Chaitis, 
Con sui maleurez tout dis ! 

{Ib. V. 6443.) 
Ha ! las dist-il, con sui Chaitis 
Or vousisse estre o mes berbis ! 

{Ib. 13417.) 

Deffan les vaves et les orfenins ; reliève les Chaitis 
et las beseignos. 

(.Vouiî. françaises du XIW siècle, p. 41.) 

— « Chéti ». de mauvaise qualité, de peu de 
valeur : 

Maigres estoit et moult Chaitis. 

{Renart, v. i'i5Û3.) 

Li cor est megres et menuz 

Trop est Chaitis, n'a que les os. 

{Ib. V. ineoi.) 

Bien avoir en cuidasmes .i. plain sac de deniers. 
Mais en Chetis meriaus fu nostre argent changiez. 
{Contes, Dits, etc. I, p. 115.) . 

— Nom de lieu dans ce sens : le Ohéti-Four, 
Chétif-Moulin, Chétif-Village, les Chétifs-Quar- 
tiers, les Chétives-Maisons. (Voy. \eDict. top.de la 
Nièvre.) 

Citons maintenant quelques exemples où on 
trouve le sens étym. de captif, prisonnier. 

Mei pristrent e menèrent pris 
Longement fui entr'eux Chaitis. 

(Benoit, v. 10570.) 

Il a fet par sa terre tous ses Chetis mander, 
De merveilloses armes les fait bien conréer. 

(.•iye d'Avignon, v. 3362.) 

Ensemble o eus eninainnent bien III c. de Chetis. 

(76. V. 3516.) 



CHE 



— 175 



CHE 



Sans forfait en prison demore 
La languist li Chetis, et plore. 

(fi. de la fi. V. l-:;446.) 

Elle dist : je ne veul pas estro famé d'un Chaitif 
mes de filz de roy. 

[Noiw. l'r. du XIV' siècle, p. 5.) 

Li soudans estoit tenu a délivrer tous les Chaitis 
crestiens qui estoient par toute sa terre des Chai- 
tis qui encore estoient en prison seroit l'espérance 

toute perdue de leur délivrance Encore disoient- 

il que si li roys demouroit, li Chetis porroient bien 
estre délivrés. 

[Lettre de Pierre Sarrasin, p. ■204, 295.) 

Dans cette acception, VilIe-IIardouin, - p. 266 - 
emploie les formes chaitif au cas sujet et chaitis 

au cas régime « Estoient li Chaitif et les Chai- 

tives que Johannis emmenoit tornerent les 

Chaitis et enmenerent devant als arrière » 

L'adoucissement de chétif en cétif qui donne la 
contraction « ç'ti » au Morv. n. n'est pas rare dans 
l'anc. langue. 

Il demanda coi ; et il disent, sire, unCetifpour met- 
tre au bersel. 

(Duc. Caplivare.) 

Le dialecte picard nous offre en revanche ia va- 
riante assez rude « quetif. » Il est probable que 
dans ces diverses formes la consonne finale 
demeurait muette comme chez nous. L'anglais 
caitif ajoute une acception plus méprisante encore 
(jue les autres. Dans cette langue le mot ne signifie 
plus seulement esclave ou misérable, mais encore 
ignoble, lâche. Le vœ victis de Brennus revêt ici 
un cynisme impitoyable . 

— Aubigny- le -Chétif près de Decize (Nièvre) 
figure dans les chartes du XV^ siècle sous le nom 
de Albigniacum captivum. Dans l'Yonne, Ville- 
chétive est appelée en bas 1. Villa Captiva. 

On disait aichaitiver, eschaitiver pour rendre 
captif : 

La terre d'entor gastent tute 
E mult i Eschaitivent genz. 

(Benoit, v. 5081.) 

L'ital. cattivo signifie, comme « chéti « dans 
notre patois, malheureux, méchant, de mauvaise 
(jualité et en outre captif. Esp. cautivo; — port. 
eativo, prisonnier de guerre. Du 1. captivus. Cap- 
tif et chétif sont identiques. La première forme ne 
remonte qu'au XVP siècle. 

CHETITETÉ, CH'TIT'TÉ, Ç'TIT'TÉ, s. f. Ma- 
lice, méchanceté. Envi. fr. caitiveté ou cheitiveté. 



suivant le dialecte. L'auteur de Fierabras raconte 
la chute du premier homme. Adam mange le fruit 
défendu : 

Mais Adam en manga par pecié do maufés, 
Par ce caimes tuit en grant Caitivetés. 

(V. 1186.) 
rions qui tous jors est pris est en Chetiveté; 
Moult fet meilleur mourir que vivre en tel lasté. 
[Doon de Maïence, v. 5728.) 
Mes gardes bien que tu nel' prestes. 
Car se tu l'avoies preste 
Gel' tenroie à Chetiveté. 

[Tt. de la B. v. 2202.) 

En l'onneur de nostre Seigneur Jésus Crist, ra- 
chapteur et rédempteur de créature humaine... vou- 
lant souffrir passion pour rompre les liens de la 
Chetiveté et servitude où nous estions par le péché 
de nostre premier père Adam. 

[Ch. B. 11, p. 650.) 

On voit par l'exemple tiré du Roman de la Rose 
que chetiveté, outre le sens de captivité, avait celui 
de méchanceté. On rencontre quelquef. et jusque 
au commencement du XVIP siècle le verbe chc- 
tiver pour captiver et faire du mal : 

Et Chetivez si bien mon esprit langoureux 
Qu'il ne conçoive rien qui ne soit malheureux. 
(Robert Garnier, Porcie, acte iv.) 

Poitou : « chétif », malicieux ; « chetiveté », 
malice. — Berry : « cheti », faible, malingre, mau- 
vais ; «chetiveté», bassesse, faiblesse, méchanceté : 

— Genève : « chettance, chette, pauvreté : « être 
dans la chette », être dans l'indigence. La Suisse 
pom. emploie le même mot pour désigner une as- 
semblée maudite : « aller à la chette » = aller au 
sabbat. Rom. prov. « captivitai » ; — ital. catti- 
vitk, captivité, méchanceté ; — esp. cautividad . 

— Du 1. captivitatem. 

CHEUCHE, s. f. Souche, tronc d'arbre vivant 
ou mort. Les haies du IMorvan sont remplies de 
souches séculaires qui offriraient aux peintres les 
plus beaux sujets d'étude. Au S. 0. « seuce » ; au 
N. O. « chuche » et « chuchon », petite souche. 
Les souches, on ne sait pas trop pourquoi, sont 
devenues un emblème d'abandon ou de stupidité. 
Dans une chanson pieuse du XII'' siècle, la vierge 
Marie dit : 

Des ores mais vivray comme une Souche, 

Sans nul confort. 
Triste sera ma vie jusque à la mort. 

[Chrest. B. p. 99.) 



CHE 



176 



CHE 



Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche, 
Que jo puisse à vos yeux devenir une souche ; 
Que le ciel 

(Corneille, La Suivante, m, se. 10.) 

Dans Marot, la souche est un tj'pe de bôtise : 
Quant à l'esprit paincrnez-moy une souche 
Et d'un taureau le mufle, pour la bouche. 

{Épisires, p. 107.) 

Elle est un type d'obstination en Normandie. On 
y dit entêté comme une « chouque « = souche, ou 
plutôt l'homme entêté est appelé « chouquard. » — 
Bourg., Flandre, Pic. « choque » = souche ; — 
Berry : « chouche, chuche, suche » ; — Norm. 
« chouque, chuque » ; — ital. ceppo, ciocco, bûche 
et stupide ; — port, cepo = souche et stupide ; — 
esp. cepa, tronco, tronc, souche, stupide. La forme 
en ch pour s s'est maintenue en fr. dans choque- 
tage, martellement des souches. (Voy. Choque, 
Tronce.) 

CHEUCHON, s. m. Petite souche d'arbre, dimin. 
de « cheuche. » La forme fr. serait souchon. 

— Le bois des Suchons, c"'' de Corvol-d'Ember- 
nard; — le Suchet, nom de loc.. c"*' d'Alligny et 
de Sainte-Colombe. 

CHEUL, E, adj. Seul : « aine parsonne cheule. » 
ÎMorv. n. 

OHEUPE, s. f. Chupe est pour huppe, houppe, 
touffe de plumes sur la tête d'un oiseau, de crins, 
de poils, sur la tête d'un cheval, d'un âne, etc. Se 
dit même d'une mèche de cheveux sur la tête d'un 
homme. En fr. houppe et huppe sont deux formes 
du môme mot dérivé du 1. upupa, houppe. Chupe 
se rattache-t-il à upupa. avec prosthèse du c, ou le 
mot n'est-il qu'une variété de chape ? En Langue- 
doc « capélu » signifie huppé. Comp. avec l'allem. 
schopf, tête, touffe, huppe. 

Norm. « chouppe «, houppe de bonnet, huppe 
d'oiseau. Le marquis de Ohouppes qui, sous 
Louis XIV, eut le gouvernement du Roussillon, 
était probablement d'origine normande. Poitou : 
« supet », houppe, plumet. (Voy. Clioupette, 
Tleuppe.) 

THEUPÉ, part. pass. d'un verbe « chcupper » 
inusité à l'infinitif. Celui qui a une huppe ou une 
iiouppe sur la tête. Les poules Crèvecœur sont 
bien « cheuppécs. » 



CHEUR, s. f. Sœur. Morv. n. Dans quelques 
parties de la contrée, aux env. de Brassy, de 
Dun, etc., on prononce chor. La forme en ch pour 
s figure dans le terme frarescheurs très usité au- 
trefois dans quelques provinces pour désigner les 
cohériters d'une personne défunte : 

Mathurin Cougnard, Jehan Bezard, Jehan Boulleau 
et autres, leurs Frarescheurs, héritiers de deffunt 
Joubert 

{Doc. sur te Maine, Aiguebelle, p. 8,'i.) 

Jehanne Honguer et ses Frarescheurs pour leurs 
choses de la Chanipionnière doibvent 18 I)ocss. 
avoyne. 

{Ib. p. 89.) 

Jehan et André les Gareaux et autres, leurs frères 
et sceurs, enffants de deffunt Gareau. 

{Ih. p. 41.) 

En vi fr. le terme surescheurs s'appliquait aussi 
bien aux héritiersmâlesqu'auxfemmes:«... Jehan et 
Guillaume de Mazeirolle et autres Surescheurs. » 
(Duc. Sororgius.) C'est ainsi qu'en bas 1. le v. so- 
roriaro avait le sens de grandir ensemble, de com- 
pagnie, qu'il s'agit de garçons ou de filles. (Voy. 
Frée.) 

CHEUROTTE,- s. f. Sœur, petite sœur, terme 
d'amitié. Morv. b. « seurotte. » 

CHEURTER, v. a. Asseoir. « Oheurté-lu » ; as- 
seyez-le ; « ile ô cheurtée », elle est assise. 

— ■ Cheurter (se), v. réfl. S'asseoir. L'homme fa- 
tigué « se cheurte » volontiers. « Cheurter » est 
composé de la prépos. sur que nous prononçons 
cheur (Voy. Seurpourter), etduv. « ster », demeu- 
rer en place, dér. du 1. stare. Dans notre patois, 
le simple « ster » signifie également asseoir avec 
l'idée de mettre en place, tenir tranquille, reposer. 
L'anc. langue employait ce verbe à l'actif et sous 
la forme réfléchie : 

E diva, fait-il, aversier! 
Lairras-mei or jamais Ester? 

(Bk.noit, v. ~-21i.) 

Furent 

E citeein e marcheant 
E autres genz de maint semblant ; 
A plusors gens se deportoient, 
E si cum il iloc s'Estoent 
Virent un chevalier sus Seigne... 

(IB. V. 7G89.) 



CHE 



— 177 



CHE 



Dans le premier exemple ester = être tranquille, 
être en repos; dans la seconde s'estoent = se repo- 
saient. Cheurster est devenu cheurter par la sup- 
pression de l'une des deux consonnes consécutives. 

CHEDTE, s. f. Chute, action de tomber. 

Absent, je me despouille de touts tels pansements, 
et sentirois moins lors la ruyne d'une tour, que je ne 
fais présent la Cheute d'une ardoise. 

(Montaigne, 1. m, ch. 9.) 

H. -Maine, « cheute» partie, passé fém, du verbe 
choir : 
Duquel coup estant Clieute de son long 

(Montaigne, ii, 57.) 

CHEUZ, prép. Chez. 

Par le saint soleil qui roye, 

Je retourneray, qui qu'en grousse, 

Chaux cest advocat d'eaue douce. 

{Pathelin il, se. 5.) 

Je vous vueil monstrer la creste 
Du coq qui chanta Cheuz Pylate. 

(Th. f,: II. p. 55.) 
Je les avons tirez de gliau et pis je les avons menés 
Cheuz nous auprès du feu. 

(Molière, D(m Juan, ii, se. 1.) 

Cheuz est une prononc. popul. commune à 
presque tous les patois. Cheuz, nom de loc. dans 
le Calvados, est peut-être une anc. forme locale 
pourchez. Quelques chartes bourg, disent enchieux 
pour cheuz : 

Saucun des habitans vouloit faire gasteaulx 

il peult porter sa fleur Enchieux aucun fournier 

{Ch. B. I, p. 381.) 

Enchieux est pour in casa. (Voy. Chez.) 

CHEVAU, CH'VAU, G'VAU, Z'VAU, s. m. Che- 
val. Nous disons comme le vi. fr. un chevau, des 

chevals : 

Quant ont chevauché une leue, 
Si erra puis auques plus lent, 
Kar sis Chevaus seignout forment. 

(Benoit, v. 22181.) 
Adonc le roi Thiaus descendit de dessus son Che- 
vau aflin qu'il ne fist trop grant effroy Le roi 

vint à son Chevau et monta Raimondin monta 

à Chevau 

[Mélusine, p. 16, 18, 42.) 

Et nous deffend de boyre l'eau, 
Car autant en faict ung Chevau 
Quant on le meine à la rivière. 

(Th.ri: II, p. 11.) 



Au XVP siècle, Roger de Collerye, - p. 112, - 
dit encore : 

A propos, ung chartier sans fouet 

Qui ne dit dea ne hurehau, 

Pourroit-il toucher son Chevau ? 
Du 1. ca.ha.llus. Le cas régime a donné chevau 

au sing. et cheval au pluriel. « Li altre furent 

maistres sur ses curres et sur ses chevals. » [Rois, 
p. 270.) 

Quand li Cheval aus Sarrazins avoient poour d'au- 
cun bisson (buisson), lour maistre lour disoient : 
« Cuides-tu, fesoient-il à lour Chevaus, que ce soit li 
roys Richars d'Angleterre? » 

(Joinville, p. 306.) 

CHEVENALE, s. f. Plante parasite des champs; 
œillette .sauvage. Elle produit une huile de mé- 
diocre qualité. Son nom lui vient probablement 
d'une assimilation de sa graine avec celle du 
chanvre. 

CHEVENÉ, s. m. Chenevis, graine du chanvre. 
Morv. n. « chamené. » La métatii. est dans le bas 
1. chevenerinum : « La suppliant demanda si elle 
lui bailleroit du Chevenoir quelle lui avait autref- 
fois promis. » On disait aussi « cheveneri » pour 
chenevière : « Item pro le Cheveneri de Raaul 

ij den pro son Cheveneri dou tertre » (Dur. 

Chevenerinum.) 

Berry : « cheneveu, chenoué, chenevoué. >> — 
Norm. « chenivieu. » — Poitou : « chenebou, 
cheneboué. » — Saint. « chenebar, chenevar. » — 
Genève : « chenevar. » — Luxembourg : « chene- 
veuse. » — Norm. « canivieux. >> — Guernesey : 
« canivet, canivier. » — Lang. « canabou. » — 
Prov. « canaboun. » 

Du 1. cannabis, chanvre, par un type cannabi- 
cium. Scheler rattache la forme « chennebou » à 
un type cannabolus. 

CHEVENOTTE, s. f. Tige de chanvre dépouillée 
de son écorce. En vi. fr. chenevotte : 
Ainsi le bon temps regretons 
Entre nous, pauvres vieilles sottes, 
Tout en ung tas comme pelotes, 
A petit feu de Chenevottes, 

Test allumées, tost estainotes 

(Villon, Gr. Testament.) 
Maistre Robin prenoit une Chenevote allumée par un 
bout etsoufllait par l'autre aunezdeceluyquidormoit. 
(Noël du Fail, Propos rustiques, V.) 
23 



CHE 



— 178 



CHE 



L'avare de Bassclin : 

D'estrain et de Chenevotte 
Se chauffoit tous les hj'vers. 

(Vaux de Vire, I.) 

On se chauffe aussi en Morvan avec les cheve- 
nottes qui donnent une flamme claire et vive mais 
de courte durée. 

Berry : « chamenotte, chemenotte. » — Bourg. 
« chenevotte, cheneveuille. » — Norm. «canivotte. » 

Du 1. cannabis, qui a donné au vi. fr. la forme 
cavene, et le suffixe diminutif otte. 

CHEVIEE, s. f. Civière qui sert à transporter le 
fumier des étables. Morv. n. ch pour c doux et 
chute de l'r. 

CHEVI, V. n. Venir à bout, mener à bonne fin. 

achever, se rendre maitre de 

Puisque Dieu a donné que la veue avés 
Et que bien dezormès sans moi vous Chevirés. 
(Doon de M., v. 234?.) 
Un poure homme demande comment il se porra 
Chevir de leus (loups) de quoy il y a tant en son pays 

qu'ilz lui destruisent toutes ses bestes 

[Modus, C Lxx.) 

M. Dimanche, -Don Juan, iv, 8, - dit de son 
chien Brusquet : « Qu'il ne sauroit en Chevir. » 
« Chévi ') est pour chefvir, venir à chef, à bout. 
(Voy. Ché.) 

CHEVONEAU, s. m. Filet de pêche. Ce filet par 
métonymie tire son nom du petit poisson appelé 
chevanne et aussi, ce semble, cheveneau. 

Un bon Cheveneau, des barbillons, filardeaux et 
autre menu poisson. 

(Duc. Chenerenum.) 

Ce poisson est désigné sous des noms différents. 
Suivant les pays on l'appelle « chevane, chevene, 
chavene , chaboisseau , chabuisseau, » etc. An- 
glais cheven, chevin. — En Bourg, la « chevane » 
est le cyprinus dobula de Linné. 

CHEVRETIE, s. m. .Joueur de cornemuse, mu- 
sicien de village. En quelques lieux « cheveurtié >> 
par metathcse. Chevrette est un des anc. noms de 
la cornemuse : 

Puis prent fretiaus et si fretele 

Puis chalemiaus et chalemele 

Citole prent, trompe et Chievrete 

{R. de la R., v. 21303.) 



Le fr. chevroter est pour chovreter par assimi- 
lation avec le bêlement de la chèvre. L^n chevretier 
n'est donc qu'un joueur de chevrette. 

« La musette morvandelle est l'ancienne Chevrette... 
Elle se compose de la peau de mouton, réservoir à 
air, du bourdon qui fait la basse, du pied-de-chèvre 
qui sert à moduler les sons, et de la chanterelle qui 
donne l'accord. Une musette ordinaire coûte de 30 <à 
35 fr.... » 

(.1 travers le Morvan, p. 8i.) 

Berry: «chèvre » ^musette. — Poitou : «chebrie. 
chevrie, » flûte de pan, musette, et « chebra, che- 
bratte, » chevreau, chevrette. — Forez : « chabre. 
chioretta, » cornemuse. 

CHEVREU, s. m. Chevreuil. 
As chers et as Chevreus va par le bois traiant 
Tant en prent et ochist comme li vient à talent. 
{Doon de M., v. 1970.) 

Doon l'enfant devant li encontra 

Qui .1. Chevreus entier en son col emporta. 

(/b. V. 2078.) 

Une beste sauvaige que l'on appelle gazel, qui est 
aussi comme uns Chevreus. 

(JOINVILLE, p. 278.) 

CHEVROTTE, s. f. ^loyette de sarrasin ou blé 
noir. On met le sarrasin en petites « chevrottes » pour 
le garantir des mauvais effets de la pluie. E)imin. 
de chèvre par assimilation avec une petite chèvre. 

CHEZ, nom de loc. Nous avons dans le Niver- 
nais, Morvan compris, cinquante-quatre hameaux, 
fermes, habitations, désignés par le mot chez, très 
souvent accompagné d'un nom d'homme : Chez 
Baret, Chez Baron, Chez Briot, Chez Genty. Chez 
Martin, Chez Moreau, Chez Renouard, Chez Tra- 
vet, etc. Chez n'est pas une préposition comme on 
pourrait le croire, mais un subst. dérivé du 1. casa, 
comme « chas, » en passant par l'intermédiaire 
dubasl. cayum,c/iaiiim,chassu?n, avecl'amouillé, 
chais, prononcé chés. 

— Cheix nom de loc. dans la Loire-Infér. — 
Cheix dans le Puy-de-Dôme. Challuy dans le can- 
ton de Nevers porte le nom de Chayloe (chai-lieu), 
en 1259, Chailloc en 1318, Chailfui (chai-huis •?! 
en 1435, Chaleys en 1527. 

Chais pour petite maison, corps de bâtiment, se 
présente fréquemment dans les anciens monuments 
et surtout dans nos terriers ou actes de notaires. 



CHE 



179 



CHI 



Quoddam Chay valoris 300 lib. Tur cum uno 

Chav, in quo quidem Chay, etc. 

(Duc. Caya.) 

A sçavoir trois Chais de maisons couvertz de 
paille, etc. 

[Ten-ier d'AUigny, t" Sa.) 

A sçavoir dou.x Chais de maisons au finage de la 
Cremaine. 

[Ib. i' 38.) 

A sçavoir trois Chais de maisons consistant en ung 
chauffeur, une grange et une estable. 

(/5. f" 40.) 

D'ailleurs la forme chez prise substantivement 
n'était pas inusitée puisque dans le grand Cou- 
tumie)'i\ est question « de maisonsetChez èsquels 
les marchands mettent leur marchandise. « Les 
nombreux dérivés sortis de cette forme le prouve- 
raient au reste. On rencontre dans presque toute 
la France des noms de loc. tels que Chezal, Che- 
zaut, Chezeaux, Chezolle. Chezet, Chezeuille, 
Chezot, etc. Dans la Suisse rom. un « chezal » est 
une place à bâtir ou une résidence rurale. 

Clièze ou chaise est la forme fém. de chez ou 
chais. On la rencontre plus fréquemment encore 
que le masc. dans les noms de lieu. Elle sort direc- 
tement du 1. casa. 

La Chaise, c'"' de Planchez, écrit Le Ohèze en 
1(549. — Les Chaises, c'"' de Brassy, etc., etc. Les 
Chaises, dans la c"'' de Diennes, s'écrit Cheses, 
Cheze au XVP siècle. L'usage, en vi. fr., suppri- 
mant l'article qui lie le nom de la chose possédée 
au nom du possesseur, on a dit Chez Baret, Chez 
Baron, Chez Martin, Chez Moreau, comme on dit 
ailleurs, dans le départ, du Gard par exemple, 
mas Bernard, mas Boyer, mas Caron, mas Perrier, 
mas Rolland, etc. ; comme en Bourg., maison Bon- 
nard. maison Bourdon. maison Morin, etc., comme 
on dit à Paris, hôtel Larochefoucauld, hôtel Mont- 
morency, etc., comme on dit enfin à Rome, palais 
Borghèse, palais Colonna, palais Doria, etc. 

Si on doutait encore, il sufïirait de remarquer 
iiuechez, s'associant quelquefois à d'autres mots 
que des noms d'hommes, maintient sa signifie, de 
chas ou chais = maison, logis : Chez Daré (chais 
derrière). Chez d'Avaux (das vaux = chais des 
vaux ou vallons). Chez Renouard appelé maison 
des Renouards en 1610, Chez Dieu pour Maison- 
Dieu dans l'Allier près de Lurcy-Lévy, etc. Cas- 
sini, supposant peut-être que chez est une prépos. 
marquant la propriété plutôt qu'un sub.st. dé- 



signant la localité, n'inscrivit ordinairement sur 
sa carte que le nom du propriétaire ancien ou nou- 
veau. Chez Brisson, Chez Colin, Chez Mignot, 
Chez Pillot, Chez Ravier, se transforme en Bris- 
son, Colin, Mignot, Pillot, Ravier, etc. Il substitue 
aussi quelquef. le terme Lieu à Chez et met par 
exemple Lieu Guillot pour Chez Guillot. 

Ital. m casa, a casa di, se traduit par chez; 
aver una casa da se, avoir un chez soi. — Esp. en 
casa de, = chez; no tiene casa siiya, 11 n'a pas 
de chez soi. Rapp. du persan cas/i, hutte et du 
syriaque chez, cabane. (Voy. CJm, Chaise, Cheux, 
Huis, Lieu.) 

CHI, adv. Si, tellement, autant que Morv. n. 

« cl ô chi bête » ; — Morv. b. « al 6 chu béte. « 
(Voy. Chu.) 

CHIAIRAIGNE, s. f. Charogne, carcasse d'un 
animal mort. Se dit en parlant d'un mauvais chien 
et quelquefois des personnes comme terme inju- 
rieux. Les formes varient suivant les lieux. Morv. 
niv. ce ceheugne.» Dans le Livredes Rois, - p.379,- 
charulgne : « E la charuigne Jézabel girrat 
cume feins il champ de Jesrael. — Et erunt carnes 
Jezabel sicut stercus « 

CHIAISSAULE, s. m. Fouet, courroie, lanière. 
De chasse prononcé chiaisse avec le sens de 
chose qui sert à chasser, à mettre en fuite ? En 
Fr. -Comté on donne le nom de « chassoire « à 
une mèche de fouet ; — Metz : « chessure « ; — 
Languedoc : « chasse », mèche de fouet et coup 
de fouet. 

CHIAISSE, s. f. Chasse : « i va ai lai chiaisse », 
je vais à la chasse. Nous ajoutons encore un i à la 
forme bourg. « chaisse. » 

Bas 1. cliassia. Captia = venatio. 

CHIAISSER, V. a Chasser, aller à la chasse. Le 
dialecte bourg, avait aussi des formes très mouil- 
lées pour ce mot : 

Les habitans de la ville de Beaune puent et devent 

Chacier fors de garennes se devent iceulx corniers, 

prodeshommes, vigniers, messiers et fourestiers pour 

chassier lou commun proufit Les dis habitans 

peuUent et ont acostumer de Chassier en tout le fi- 
naige d'Yz sans contredit et pêcher en la rivière... 

(C/i. B. I, p. 239, 287, 439.) 



CHI 



180 - 



CHI 



— Se dit quelquef. , chez les animaux, du m;ile 
(jui recherche la femelle : mon taureau a « chassé » 
la vache. Le mot renferme l'idée de la poursuite 
plutôt que celle delà saillie. Il explique la locution 
picarde disant d'une vache en chaleur qu'elle est 
« en cache. » Le taureau est le « cacheu » ou chasseur. 

La dériv. d'une forme altérée de captare, c'est- 
à-dire captiarc, est appuyée par le sens étendu de 
chasser qui indiquait une poursuite ou une cap- 
ture en général. Le contin. de Duc. cite un texte 
ou chasser signifie pêcher. Captura a été usité 
pour locus piscosus. 

CHIAISSOT, s. m. Petit sac en toile ou en peau. 
En Bourg., d'après La Monnaye, un « chaissô « 
est le linge dans lequel on enveloppe un enfant, 
ce que nous appelons ici le « draipeai » ou « dra- 
piau. » Chiaissot est une forme de sachet qui se 
trouve dans Comenius, - p. 145, - pour petit sac : 
« Les pacquets esquels ils portent leur fait ou 
hardes empacquctéessont un sac, ... une bougette, . . . 
une bourse, un Sachet... » 

Berry : « sache », grand sac; « sachot », petit 
sac ; — Champagne, Genève : « sache », sac ; — 
Poitou : « sachot », petit sac; — ital. sacchetto. 
(Voy. Enchiaisser.) 

CHIAISSOU, s. m. Chasseur, celui qui va à la 
chasse. Bas 1. captor, captator = chasseur. (Voy. 
Chiaisser.) 

CHIAXNER, V. n. Pleurnicher, pleurer à tout 
propos, sans motif. Morv. n. On prononce « chian- 
ner. » (Voy. Chouiner, Chonner.) 

CHIAU, s. m. Seau pour puiser de l'eau. Morv. 
niv. he Dlctionariolum puerorum traduit situla 
« ung seau ou seille à porter eaux » ; mais seau 
nous vient d'une forme masc. de basse-lat. situlus, 
tandis que seille nous représente le latin situla. 
(Voy. SoiUau.) 

CHICANOU, OUSE, s. et adj. Chicaneur, celui 
qui chicane : 

Les Chicquanous guaignent leur vie a estre battuz 

Depuis rencontrasmes deuz vieilles Chicqua- 

noures du heu nous doubtans que elles faussent 

parentes du Chicquanous qui avoit eu bastonnades, 

etc 

{Pantatjruel, iv, 12, 10.) 



On remarquera que dans Rabelais, le féminin de 
chicanons est en oure comme dans ime partie du 
Morv. n. 

CHICHINE, s. f . Mauvaise viande, chair de rebut. 
Le terme est peu usité. Esp. chicha, nom enfan- 
tin de la viande ; — ital. ciccia. 

CHICOT, s. m. Hoquet. « Avoir le chicot », 
avoir le hoquet. En Poitou « avoir le chiot » sous- 
entend un dérangement d'estomac ; en Languedoc 
« faire chiquo » équivaut au fr. faire un raté, sur- 
tout au sujet du bruit émis. Berry : « chiquot, 
choquet, sicot » ; — Forez : « choquet »: — Suisse 
rom. « chèque, sequet » , — Prov. « chouquet. » 
De choc ou heurt par assimilation. Le Poitou 
donne au verbe « heurter, hurter » le sens de 
tousser avec efïort. 

La Fontaine dit hoquet pour choc : 

Mes gens s'en vont à trois pieds 

Clopin dopant comme ils peuvent, 

L'un contre l'autre jeté 

Au moindre « hoquet » qu'ils treuvent. 
{Le Pot de terre et le Pot de fer.) 

Le poitevin « sicot » signifie à la fois hoquet et 
cahot. « Sicoter » = cahoter. 

CHIDRILLE, s. f. Avorton, terme de dénigre- 
ment qui s'applique plutôt aux filles qu'aux gar- 
çons. 

CHÏE, s. f. Scie, instrument pour scier le bois. 
Morv. n. Vi. fr. sie, sée, seille : 

Or i faut-il chavidière et Sie 

Havet, tréfeu, 
Le soufflet à soufïler le feu. 

{Choses qui faillent en ménage.) 
A cinq veez Siez et autres instrumens orriblement 
dépecèrent et desrompirent la closture de ladite cure 
Chacun an une journée à la crovée de la Seille 

az waiien. 

(Duc. Seccare, Secare.) 

Levi.fr. seille répond au wallon du Lux. «cile», 
faucille, et au champ. « sille », serpe. Le fr. fau- 
cille renferme peut-être les deux mots faux et scie. 
Lille, Metz, Pic. « soille » ; — ital. sega : — b. 1. 
seca, secia. Comp. avec l'esp. siUar, pierre taillée 
(sciée), l'anglais cil, tablette de fenêtre, et même 
le fr. sille, table en plan incliné dans les salines. 
(Voy. Chiler.) 



CHI 



181 — 



CHI 



CHIEINDRE, s. m. Chanvre, plante qui porte 
le chenevis. Morv. n. « cindre, cinde. « Les formes 
anc. et patoises de chanvre sont nombreuses et 
fort dissemblables. 

Pic. « canve » : — v^'allon (Liège) : « cheinn »: — 
wallon (Mens) : « came » ; — Forez : « chinève )i; 

— Berry : « chambe, chande, charbe « ; — Poi- 
tou : « chambre, charbe » ; — Saint. « charve » ; 

— breton canab; — rom. prov. canebe, cambe, 
cambre, carbe; — esp. canamo ; — ital. canapé, 
canapo ; — valaque : canepa. Du 1. cannabis. 
(Voy. Cinde.) 

CHIEN FOU, loc. Chien enrage. Dans l'origine 
l'épithète de fou n'avait peut-être que le sens de 
errant, vagabond. L'anc. langue disait quelquefois 
i'oller pour courir çà et là, errer : 

Fuit s'en, mais non pas dreite veie ; 
Kar sis chevaus par tôt Foleie 
Primes à munt et puis à val. 

(Benoit, v. 16395.) 
N'eusmes pas longues erre 
Que nos fumes si esgare, 
Ne seusmes quel part aler 
Tote nuit nos estut Foller 

(Chastellain, XVI, 32.) 

Le nom de la flamme erratique appelée vulgai- 
rement feu follet appartient, je crois, à cette signi- 
fie, particulière du mot « fou. » Chien fou, chien 
errant ; feu follet, flamme errante, vagabonde. 

Le Ménagier de Paris, - IL p. 259, - nous offre 
un remède contre là rage : 

Médecine pour garir de morsure de chien ou autre 
beste arragée : Prenez une crouste de pain et escrip- 
vez ce qui s'ensuit : f Bestera f bestie f nay f brigo- 
nay f dictera f sagragan f es -{- domina f fiât f fiât f 
fiât +. 

CHIÉRE, CIÉRE, s. f. Chèvre. Morv. n. Vi. fr. 
chièvre, chieuvre : 

Quel bee est ce cy? suis-je Chièvre, 
Parle à moy. 

{Pathelin, m, 6.) 

Berry : « chièvre, chieuve, chieuvre « ; — Lorr. 
« chive, cheuve, chieuve » ; — Forez : « chiora, 
chuère » ; — Pic. « cabe, cabre, kève, kèvre. » 

CHIFON, s. m. Se dit amicalement d'une petite 
fille dans le langage des villes voisines. Chiffon 



est usité en fr. dans le même sens, mais d'où vient 
le mot dans cette acception ? On peut le rapprocher 
de l'ital. ceffo, museau, vi.sage, prononcé tcheffo. 
Cefo, cifo, désigne un petit singe, et dans l'argot 
fourbesque, un petit garçon. Avec cette étymol. 
un minois chiffonné nous représenterait une figure 
très mobile et un peu grimaçante. L'ital. ne se 
rattache pas aufr. chiffon, mais au gvecxt(f«\-n, tète, 
qui correspond au 1. caput. Le forézien « chichon», 
minois chiffonné, petit enfant, parait se rattacher 
à l'esp. chico qui a la même signifie. On se rappel- 
lera que le roi Louis XV donnait à une de ses 
filles le petit nom familier de Chiffe. 

CHIFOUNER, V. a. Importuner, tourmenter, 
tracasser, Nous disons en fr. cela me chiffonne, 
pour cela me tracasse. A Rennes, « chifer » = 
chiffonner. 

CHILER, V. a. Scier, se servir de la scie. Morv. 
niv. Dans le gloss. de Roquefort, silleur = mois- 
sonneur. « Chiler » reproduit la forme siller, seil- 
1er, scier, tirée du vi. fr. sille, seille, scie. Rabe- 
lais écrit seyer pour seiller : 

Lors commença le laboureur avec ses gens Seyer 
le bled. 

[Pantagruel, iv, 46.) 

Wallon du Luxembourg : « cile », faucille ; « ci- 
leur » , moisisonneur ; — Mons : « souye » , scie ; 
« souyer », scier; — Forez : « sayi », faucher, 
scier; — Suisse rom. « seihi », faucher; « chillon, 
sillon, » petit tas de foin coupé ; — Poitou : « se- 
ger »; — Saint. « segher », scier labié; — italien : 
segare; — rom. prov., esp. segar; — valaque : 
secere, faucille ; secer, faucher. Comp. avec le 
berrichon « sillée », percée, ligne tracée dans un 
bois, et avec le basque chlla, percer. 

Du 1. secare, couper, suivant un type de dimi- 
nution ou de répétition seculare ou autre analogue 
au 1. sicilire. 

Le sens littéral de coupure ne se maintient-il 
pas dans sillée, fosse où l'on plante la vigne, dans 
sillage, trace d'un navire qui fend la vague, dans 
sillon, raie dans la terre, fente sur une surface ? 
Je sais que Diez dérive siller et sillage du Scandi- 
nave sila, inciser, couper, mais est-il téméraire 
de s'en tenir au 1. secare ? Dans le wallon de Liège 
« soy » = couper, faucher, scier et « sohi » qui 
est probablement le même mot autrement écrit. 



OHI 



182 - 



CHI 



signifie creuser des rigoles. D'un autre coté, à 
Guernesey, «siller» se dit pour fendre les flots. Le 
sens ancien de sillon, dit leDict. de la langue fr., 
est mesure de terre. Cela nous éloigne fort du 
rad. Scandinave et nous rapproche beaucoup du 
bas 1. secta, sectiira, secatura, mesure de division 
pour le sol que le vi. fr. écrivait quelquefois see, 
c.-à-d. de la même manière que scie, instrument 

pour couper 

Une pièce contenant deu.x Sees item une pièce 

de pré contenant environ xvj. Sées 

(Duc. Secave.) 

On voit à côté de ces exemples un autre texte 
où le mot séonneur, contraction de sillonneur, 
désigne un scieur de blé, un moissonneur. See et 
seillon étaient identiques pour désigner une cer- 
taine bande de terre appelée sellio, seilo, sellonus 
en bas 1. Dans l'usage contemporain les Bourgui- 
gnons donnent « à roie » la même signification. 
(Voy. Soiteure.) 

CHILEU, EUSE. s. m. et f. Egoïste, avare ou 
avide, qui ne songe qu'à ses intérêts, qui en toute 
affaire, tire à soi la couverture. Morv. n. En Nor- 
mandie « cliuiler » = épargner, économiser. 

CHDIE, dimin. de Simon. 

CHINADE, s. f. Prise de tabac, terme burlesque. 

CHIXTRE, CHIELNTRE, CINTRE, CINTE, s. f. 

Chaintre, nom de loc. qui s'applique à un grand 
nombre de pièces de terre, closes ou non, dans 
les domaines ruraux. Les dernières formes appar- 
tiennent au Morv. n. Cette dénomination se rat- 
tache au mot fr. cintre, surface concave, dont 
l'origine est fort obscure, et qui. dans les langues 
néo-latines, revêt la forme féminine. Ainsi non- 
seulement nous avons le subst. même dans des 
noms de lieu comme la Grande - Cintre, c"* de 
Vandenesse; les Chintres, c"" d'Arleuf, mais en- 
core le verbe, dans le Haut-Chintré (Saône-et- 
Loire). On trouve aussi en Bourgogne plusieurs 
localités dénommées : les Chintrières. Il est d'ail- 
leurs facileàl'observateur de constater que les ter- 
rains appelés chaintres affectent une sorte de cour- 
bure ou plutôt de concavité au centre avec les 
bords plus ou moins relevés. Dans le Berry, le 
Maine, le Poitou, on donne le nom de « chintrc. 



cheintre », à une haie de bordure, à une lisière de 
terrain non cultivé autour d'un champ. « Déchin- 
trer « s'applique à l'action de détruire, d'arracher 
une haie. En Forez, les « chintres » sont les pre- 
miers sillons tracés autour d'un terrain qu'on 
laboure, les sillons qui ceignent la pièce en culture. 
Cette acception favorise la conjecture de Diez qui 
dérive cintrer d'un verbe cinctui^are . Le rouchi 
« chinte « donne « cinte » avec le changement de 
ch en c doux. (Voy. Échintre.) 

CHIPIE, s. f. Une chipie en Morvan n'est pas 
comme à Paris une personne dédaigneuse, une 
bégueule ; c'est une femme sans franchise, sour- 
noise. Le mot cliipie dont l'étjm. n'est pas connue 
ne se rattacherait-il pas à chippe qui semble être 
une forme de chiffe et en conséquence synon. de 
« chiffon )> ? Dans le Hainaut on dit indilTérem- 
ment « chipe » ou « chife » de pain pour morceau 
de pain. Le Maine a le verbe « déchipier » pour 
déchirer et « chippe » pour chiffe. L'anglais chip 
désigne un morceau, une pièce, et to chip signifie 
couper en morceaux. Ce sens est peut-être pris au 
fig. dans un passage, - p. 49, -de Berte auxrirans 
pies : 

II not si bêle dame jusques aie Dinoe 
Sage fu et courtoise, sans boban, sans Chipoe. 
Quoi qu'il en soit la synon. de chiffe et de chippe 
est incontestable. Guill. Guiart, - v. 75, - ne dit-il 
pas : 

Veut que par joie et par déport 
Ses filz le nom de conte port, 
Qui n'iert mie vestuz de Chippes. 
Corne li fu nommez Phelippes. 

CHIPOTER. V. a. Disputer pour rien, marchan- 
der à tort et à travers, s'occuper de bagatelles. Chi- 
poter se trouve encore dans quelques dictionnaires 
ainsi quechicoter dont la signification est la même. 
Chicoter peut se rattaclier à l'étymologie de chiche, 
au 1. ciccum, bagatelle ; — ital. cica, chose de 
rien ; — esp. chico, petit ; cicateria, avarice ; 
achicar, rapetisser. Le fr. chicane a été rapproché 
du basque chikia, chikerra, petit. 

CHIPOTIE, s. m. Celui qui chipote, qui mar- 
chande minutieusement. Un auteur du XVP siècle, 
Du ^'erdier, réunit dans un même groupe « les 
fols, les Chicots, les flatteurs, les harlequins. » 



CHI 



- 183 



CHI 



Mais qu'était-ce qu'un chicot ? un diseur de riens, 
un babillard ? En esp. chicharra. = babillard. 

Berry : « chipot », qui touche à tout, vétilleux; 
.< chipoterie », bagatelle, lambeau, parcelle. Ce 
dernier sens appuie l'étym. qui rattache notre mot 
à chipe = chiffe. Dans le Maine « chippe « = 
chiffe et « chipoi » == avare, celui qui chipote. 

CHIRAIS,s. m. Se dit d'un enfant qui a souvent 
la diarrhée et qui est malpropre. Ce terme a de 
nombreux synonymes qu'il est inutile de repro- 
duire. 

CHISSE. adj. num. Six. 

CHITÉ, s. f. Cité, ville. Morv. n. On ne men- 
tionne ce mot peu usité qu'à cause de la forme 
en ch. 

Et li baron vont parmi la Chité. 

{Huon de B. v. 665'2.) 

Sur la tombe du vacher Tout-le-Monde, person- 
nage légendaire de la Picardie, on lisait : 
Ichi chous chete lorde tombe 
Gist le vacher dit Tout-le-Monde 
De Chalny (Chauny) Chité de grand prix, 
Entre maintes Cliités du pays. 

CHITER, V. a. Asseoir, « chité 1' p'tiô », asseyez 
l'enfant. Env. de Brassy, de Lormes, etc. Par le 
changement ordinaire de l's en ch, notre mot est 
pour siter, forme dér. du 1. sinêre, qui a donné au 
fr. situer avec le sens de placer, poser. Dans le 
Vocab. du XIV° siècle, le subst. situs signifie 
siège, et l'adj. = assis. Lerom. prov. nous offre 
sefi pour siège dans des textes très anciens. Si la 
Chronique de Rams, - p. 132, - dit d'une ferme 
qu'elle est « Sitée à XII lieues de Cantorbile », 
c'est que l'auteur la présente comme assise à cette 
distance. Au 1. situs se rattache le fr. site cjui 
signifie littéralement place, position, comme l'ital. 
sito etl'esp. sitio. Dans la Suisse rom.<(sitze» se dit 
à lafoisde l'assiette d'une construction et d'un siège 
pour s'asseoir. En wallon (Liège) le verbe « sitârer » 
exprime l'action de poser çà et là. 

Berry : « siter, assiter », asseoir; — Poitou : 
« assiter, s'assiter »; — Suisse rom. « sita-té », 
assieds-toi ; — rom. prov. assetar, assitiar; — 
ital. situare, placer ; — esp. sitiar, assiéger ; — 
anglais to sit, se mettre, se placer, s'asseoir, par 
extension seulement, puisque to sit up a le sens 



de se lever, se mettre debout ; — flamand sitten, 
s'asseoir, se tenir ; sitting, séance : — allemand 
sitzen, être assis, siéger. 

Au 1. sihfsrenfermantl'idèed'un emplacement il 
convient peut-être de rattacher le sub.l. sitonia qui 
désignait la fonction de celui qui avait la surveil- 
lance des greniers où l'on déposait les approvision- 
nements publics. C'est peut-être à une dérivation 
du même verbe sinere que le vi. fr. et les patois 
doivent plusieurs termes qui n'ont pas encore été 
expliqués. Dans l'anc. langue, sinal, sineau, si- 
nault, s'appliquait à un grenier, à un plancher 
d'étable, à un fenil, à un magasin : 

Le suppliant ymagina qu'ilz feussent ou Sinal des- 
sus (ladite bergerie) qvii est bien di.x piez de hault 

print une eschielle et la dreça contre le tref dudit 

Sinal en montant amont En un Sinault cabaust ou 

loigis qu'il avoit en l'église et forteresse du lieu d'Aur- 

reville A un Synau dessus les brebis ou icelle Je- 

hanne estoit montée... 

(Duc. Solariiun.) 

Lequel Thomas prit un grant levier, dont l'en levoit 
la mole dudit moulin et commenta à monter à l'es- 
chielle dudit Signal 

(Duc. Signale.) 

Norm. « sinat », plancher d'une grange ; « se- 
nas », grange, grenier ; « sénas », mauvais lit : — 
wallon (Liège) : « sina », fenil ; — Guernesey : 
<( chenas », grenier à foin ; — • Poitou : « sitron », 
cercueil ; « sitau », lieu oij l'on dépose des gerbes, 
des fagots, etc. On rapprochera ces mots de « séton, 
siton », qui dans plusieurs patois désignent ou un 
siège ou l'action de se mettre sur son séant. En 
tous cas « chiter » ne provient pas du 1. si'sfere, 
comme on l'a dit inexactement au mot Aichiter. 
(Voy. Aichiter, Aichiton, Siéter.) 

CHÎTRE, V. a. Asseoir, faire asseoir. Une mère 
disait de son enfant malade : « Al ô chu vaigne 
qu'î n'peu ne 1' vitre ne 1' chître » ; il est si faible 
que je ne puis ni le vêtir ni l'asseoir. Plusieurs 
patois et notamment le rouchi ont le terme enfan- 
tin « faire cissite » pour s'asseoir, lequel se rat- 
tache à cette forme archaïque d'infinitif due peut- 
être à une transposition de l'r. (Voy. Vître.) 

CHITRE. s. m. Cidre, boisson fabriquée avec 
les fruits sauvages du pays et principalement les 
« blossons. » Le c doux = ch donne « citre » au 
Morv. n. et à quelques autres patois. 



CHO 



184 



CHO 



Nos reitres receurent aussi argent qu'ils trouvèrent 
beaucoup meilleur que les Citres de Normandie. 
(Lanoce, p. 604.) 

Citrc vulgairement dit pomade 

(Dlx. Pomata.) 

L's de sicera se change en ch comme le c de 
citrus = citron, que le Ménagier de Paris écrit 
constamment chitron. 

Berry, Champ., Norm. « citre »; — Picardie : 
a cite » ; — Mons : « cilte » : — Maine : « citroil- 
ler », griser avec du cidre. Du grec aixepa par le 1. 
sicera. boisson de suc de dattes. (Voy. Blosson.) 

CHITRER, V. a Couler. Se dit en parlant du 
coulage des liquides. De « chitre, >> cidre, la seule 
boisson du cru que connaissent les Morvandeaux. 

CHITU, part, passé du verbe chitre. Assis : « a 
s"ô chitu » ; il s'est assis. ( Voy. Chître.) 

CHIZAS, s. m. Ciseaux des couturières. Morv. 
n.-n.-o. Poitou : « ciseas, cîsias. » (Voy. Cïais.) 

CH'NAIPAN, s. m. Chenapan, vaurien, marau- 
deur. Un ancien auteur applique ce mot injurieux 
à des femmes qu'il appelle des chnapines : « Fe- 
minse in habitu religionis mendicant, aliae habi- 
tum et gestus viriles assumunt, scilicet Chnapinse. 
(Duc. Chnapina.) 

Diez dérive le mot de VaW. schnapphahn, voleur, 
maraudeur. 

CH'NER, V. a. Châtrer, opérer la castration. Se 
dit principalement en parlant des truies. (Voy. 
Cerner, Sener.) 

CHÔ. CHIÔ, partie, d'affirmation usitée dans le 
Morv.b. Oui. On prononce souvent «aichô « comme 
dans le Morv. n. « aissiô » Les anciens du pays 
se servent bien rarement, dans l'une ou l'autre 
région, de oui et jamais de si. Balzac disait des 
bergères de son temps qu'elles ne savaient que le 
oui et le non. Les nôtres ne connaissent guère que 
le « chô >> et le « ninni. >> L'anc. langue réduisait 
quelqucf. la partie, d'affirmation au point de ne 
conserver que la voyelle initiale : 

Se il est bone chose ou non, 
Il ne respont ne o ne non. 

{Renart. v. 21790.) 



Si toutefois o est pour oil, anc. formule d'affir- 
mation copiée sur le latin hoc, iUucl. ( Voy. Achô, 
Aissiô.) O pourrait être une contraction de oc (en 
1. hoc] usité dans le rom. prov. pour oui. En Pic. 
« cho », comme le vi. fr. ço, signifie ce, cela; — 
Vendée : « siâa », oui. 

CH0INGE3IENT, s. m. Changement, transition 
d'un état à un autre, mutation. 

CHOLNGER, v. a. Changer avec les diverses 
signifie, du fr. 

CHÔLAI ! interjection dontse servent nos charre- 
tiers pour arrêter leurs bœufs. On l'emploie ou isolé- 
ment ou dans une phrase dont le rhythme est presque 
musical, phrase qui marque le ralentissement de la 
marche en même temps que le commandement de 
l'arrêt, « hôche tiâ (ici le nom du bœuf), Chôlai! » 
Chôlai me paraît être la variante dialectale bourg, 
de Holà avec la prosthèse c. 

Berry : « chola. » — En Norm. « choler » = 
tourner. 

CHOXNER, V. n. Pleurnicher, grogner en pleur- 
nichant. Se dit principalement des petits enfants. 
On prononce chon-ner. (Voy. Chouiner.) 

CHOQUAR, nom de loc. Un des faubourgs de 
Château-Chinon mentionné en 1671. Ce mot nous 
représente-t-il le vi. fr. choqua, tronc, souche 
d'arbre, avec épithèse de l'r à la fin du mot comme 
dans « aivocar » pour avocat en bourguignon ? Les 
dialectes du nord de la France prononcent « cho- 
que » pour souche. En Pic. « choque » = bûche 
et souche. Choque a donné à la Flandre le verbe 
« déchoqueter », fendre une racine pour en multi- 
plier les rejets. Bas 1. choca, souche, d'où choca- 
gium, droit d'enlever les racines d'arbres dans les 
bois. (Voy. Cheuche.) 

CHOQUE, s. f. Chose qui choque, qui contrarie, 
procédé blessant, offensant. Il y a de la « choque » 
dans cette affaire. Votre procès a été une « choque » 
pour toute la famille. Cette forme appuie rétjTii. 
de choquer = heurter contre une souche. Choquer 
a aussi littéralement le sens de heurter : « I m' seu 
choqué dan lé roiches. » 



CIIO 



- 185 - 



CHO 



L'Ame doit se roidir plus elle est menacée, 
Et contre la fortune aller tète baissée, 
La Choquer hardiment et sans craindre la mort 
Se présenter de front à son plus rude effort. 

(CiiRNEiLLE, Médée, I, 5.) 

En fr. choquetage, action de marteler les sou- 
ches ; — Esp.,port. chocar, choquer, heurter. (Voy. 

Cheuche.) 

CHOQUÉ, part. pass. du v. choquer. Celui qui 
l)oude par suite de mécontentement : « léche-lu, 
al ô choque » ; laisse-le, il est choque, il boude. 
On prend ici l'effet pour la cause. 

CHOSER, V. a. Faire quelque chose, s'occuper 
de..., travaillera... Ce terme extrêmement vague 
a un sens proportionnellementétendu. Il correspond 
assez bien au verbe besoigner qui se trouve si sou- 
vent dans les textes du M. A. Choser en bas 1. a eu 
quelquefois la signifie, de faire, fabriquer, s'em- 
ployer à... « Ordinamus... quod fabri... non acci- 
piant pretium vel mercedem ultra modum infra 
scriptum, videlicet pro ferrando equo... item de 
Causando quendam ligonem, sicut convenerint 
inter se, justo modo. » (Duc. Causa.) 

Plus ordinairement choser signifiait accuser, 
blâmer, quereller. Chose et chosement étaient usi- 
tés pour blâme, réprimande : 

Par grant air l'eust Ferrant gieté, 

Quant li dus Naynmes et Ogiers l'ont Chose 

Hé! sire rois 

{Gaydon, v. 3625.) 

Du 1. cau.sa, procès, affaire, causari, accuser, 
plaider, s'occuper d'une affaire. 

CHOUÂCHER, V. a. Presser fortement avec la 
main ou avec le pied, appuyer sur quelque chose 
en pesant. Morv. n. « souacer, souacher. « 

IlForchauchet les cols des orguillousetdes esleveiz. 

(Serm. S. B. p. 537.) 

Dans le Maçonnais, la coupe (mesure de capacité) 
comble et « Chauchée », c'est-à-dire fortement 
tassée, en valait deux rases. (Voy. le Cartulaire de 
Saint-Vincent de Mâcon, p. 449.) 

En Normandie, pour le mesurage de l'avoine 
surtout, on distinguait le boisseau foulé (mensura 
calcata) et non foulé. (Voy. L. Delisle, Classes 
agric., p. 541.) 

K'il soit dcl nombre de ceos à oui om donrat en lor 
.sains mesure bone et plaine et Chauchicie. 

(Serm. S. B., p. 569.) 



La «chauche» était l'action de mesurer en pesant 
sur le grain, en le tassant : 

Doibt chasoun an trois bichetz d'avoyne à la mesure 

de Dijon et demy cartault pour la Chauche Une 

esminc d'avoyne et demy cartault pour la Chaulche 

[Ch. B. II, p. 351, 352.) 

Le 1. calcare, fouler, presser, a donné à la langue 
d'oil les formes « caucher et chaucher » avec le 
sens de tasser en pesant : 

Icellui suppliant et Marguerite... estans ensemble 
avec autres personnes en la granche, là où ils Cau- 
choient un tas de foing (1378). 

(Duc. Calcare.) 
Dedans son wis plutôt qu'il puet 
Fait une fosse, si l'enfuet, 
La terre Chauche et aounie. 

(G. DE COI.NSI, 1. II, ch. 5.) 

Chaucher se disait aussi pour cocher en parlant 
du coq qui couvre la poule : 

Mes gelines 

Que véez là sor ces cspines.... 

Por ce que menu et sovent 

Les me Chauchoit l'une après l'autre. 

{Renan, v. 5351.) 
Les perdrix n'estoient pas assez aagées quant la sai- 
son de Chauchier fut. 

{Ménagier de P. II, p. 308.) 

Chauche-poule est un des noms vulgaires du 
milan et Chauche-branche de l'engoulevent. 
L'orth. du fr. cocher est vicieuse. Il faudrait écrire 
caucher, forme qui se rapproche de l'allem. hau- 
chen (sich) s'accroupir sur... être à croupetons. 

Cauchemar prononcé chauquemar en wallon, et 
coquemar en rouchi, se rattache à calcare, comme 
chaussée qui désigne un remblai de terre fortement 
battue et foulée. 

Berry : « souacher, chaucher >> ; — Lyonn. 
« chaucher » ; — Daupli. « chauchier » ; — Forez : 
« chaucha. « (Voy. Conchausser.) 

CHOUE, s. f. Chouette, chat-huant. Morv. n. 

Les galopins de la cuisine, lesquelx avoient ap- 
porté xxij jeunes Choues au roy pour son esbate- 

ment 

{Comptes de l'Hôlel des rois de France, p. 114.) 

Dans Ronsard « choiiah » : 
Si nous oyons crier de nuict quelque Chouan 

Nous hérissons d'effroy 

{Élégie, 24.) 

C'est de cette forme, suivant quelques auteurs, 

24 



CHO 



- 186 — 



CHO 



que les Chouans de Bretagne et de 'N'endce auraient 
tiré leur nom. Leur premier chef, Jean Cottereau. 
fut tout d'abord surnomme le Chouan. Le Vocab. 
du XIV" siècle déj.à cite traduit le 1. v-ionedula 
qui figure dans Plaute comme terme d'amitié, 
par cave = chat-huant en vi. fr. 

Fr. -Comte : » choue » ; — Berry. Poitou : 
« chavant « : — Norm. « chou, choan. chouan »: 

— breton : « kaounn. « 

CHOUÉE. s. f. Chouette, hibou. Chouée est une 
syncope du dimin. chouette, comme en Berry 
« chucche » est une contraction de chevêche qui a 
été en usage avec la même signification. 

Sa coulors n'estoit pas en semblance de Choe 

Car cle ert aussi blanche come croie qu'on hoe. 
(Berte, p. 50.) 

L'en peut voler comme dit est aux pies, au.x Choés 
aux cercelles 

{Ménagier de P. II. p. 311.) 

Suisse rom. « chua, chuva », freux, corneille 
moissonneuse ; — Lang. « cho », hibou ; — Prov. 
« eau, chau. » Comp. avec legerm. chonch, hibou 
et l'angl. chough, chouette. 

CHOUER, V. n. Cheoir. tomber, faire une chute. 
Nous conjuguons encore entièrement ce verbe 
très usité ou plutôt le seul usité dans le sens de 
faire une chute. 

Ind. prés, i choué, teu choué, a choué; i choué- 
yon, vô chouéyé, a chouéyan. — Imp. i chouéyô, 
teu chouéyô, a chouéyô ; i chouéyion, vô choué- 
yié, a chouéyian. — Passé déf. i chouéyé, teu 
chouéyé, a chouéyé ; i chouyére, vô chouéyére, a 
chouéyére. — Futur : i chouérai. — Impératif : 
choué , chouéyé! S ubj . qui chouéyé , que teu chouéyé, 
qu'a chouéyé ; qui chouéyon, qu'vô chouéyé, qu'a 
chouéyin . — Imp. qui chouéyeusse , que teu 
chouéyeusse , qu'a chouéyeusse ; qui chouéyeus- 
sin , que vô chouéyeussin , qu'a chouéyeussin. 

— Part. j)rés. chouéyan. — Infin. chouer. — 
Part, passé : choué, chouéte. 

La forme morv. se rapproche de l'anc. chaer, 
chair. Une bonne mère grand de ce pays dirait au 
Loup du petit Chaperon rouge : tirez la chevil- 
lette, la bobinette « choucra. » Perrault écrit au 
XVIP siècle cherra. 

Et aparmenmes vairels l'aversier Chaoz de ciel si 
cum foudre. 

(Serm. S. B. p. 522.) 



Croix fu du sanc Dieu vernicée 
Dont une goûte où qu'elle Chée 
Pourroit mil mondes racheter. 

{Trésor de J. deMeung, p. 638.) 
Li dons d'un polain d'un an pendut au col d'un en- 
fant cui lui dent Chaient, les font Chair hastivement 
sens dolour. 

{Brun. Latini, p. 242.) 

Le féminin du part, passé « chouéte», dans notre 
patois, répond au vieux mot chaete, chute : 

Ni out une puis saette traite 
Dès qu'il conurent lor Chactte. 

(Be.noit. V. 41380.) 

La forme de l'infin. « chouer » fait penser au 
fr. échouer dont l'origine est inconnue. Est-il 
impossible que cette forme ait eu à son jour droit 
de cité dans la langue polie, et, combinée avec le 
préfixe es, ait donné un mot correspondant à un 
thème latin e.vcadere ? Le sens d'échouer existe 
dans divers emplois du simple cadere. 
L'avis de celui-ci fut d'abord trouvé bon 
Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. 
(La Fontaine, Fables, x, 16.) 

Le verbe eschaer avait la même signification 
que chaer : 

■ya-t-en ton chemin et te sauves si tu pues si tu 

Eschies es mains de mes ennemis Par aucune in- 

fortunité il fut Echu es mains des routiers qui aval 

Bruges alloient 

(Froissart, II, p. 156.) 

Le subst. mescheance, malechance a été fait sur 
le participe présent avec un préfixe équivalent à 
mauvais. On trouve quelquef. mescheant. qu'il ne 
fautpas confondreavec méchant, pour malheureux, 
point chanceux, comme on dirait aujourd'hui. Le 
rom. prov. mescazer répond au bas 1. mescadere. 

Poitou : « cheure », tomber; au participe passé, 
« chet. »« Chet », qui, dans larégion, désigne le pis 
d'unevache,d'unechèvre.etc., n'est-il pas un subst. 
verbal tiré de « cheure.» On y dit aussi « chète» pour 
chute. 

Du 1. cadere qui, par la chute du d médial. a 
donné la forme pic. « caër, caïr » : 
Si l'emprint de si grant air 
Que d'autre part l'a fait Cair. 

(Renart, v. 24214.) 

CHOUEXAIS, s. m. Pleurnicheur, celui qui se 
plaint, qui grogne et qui gémit à tout propos. 
(Voy. Couinar.) 



CHT 



187 



CHU 



CHOUINER, V. n. Pleurer sans raison, pleurni- 
cher. «Chouler», en Morvan, signifie imiter le cri de 
la chouette. Ce verbe rapproché des termes con- 
génères en Berry, en Poitou « chouler » et «chiou- 
1er >>, pleurer en criant, ne justifie-t-il pas l'hy- 
pothèse de Grandgagnage qui considère chouler 
et ses variantes comme une prononciation chuin- 
tante de hûler, en fr. hurler ? La Suisse rom. dit 
« churla » pour hurler, pleurer en sanglotant, 
« churlahie », hurlement, grand cri ; — Bourg. 
« chouinei, chougner » ; — Fr. -Comté : « choui- 
ner, couiner » ; — Berry, Poitou : « chiouler »; — 
wallon : « chouler. » (Voy. Chonner, Chouler, 
Couiner.) 

CHOULER, V. n. Chuinter, imiter le cri de la 
chouette. 

De choue, nom commun à plusieurs oiseaux de 
nuit. En Bourg, la « choue-cornerotte » est la 
hulotte, le hibou. (Voy. Choue, Chouêe.) 

CHOUPETTE, s. f. Mèche, touffe ou boucle de 
cheveux. Ce terme correspond à huppe ou houppe 
qu'on appelle en Normandie « chouppe. « Le conte 
de Perrault a immortalisé la choupette du prince 
Riquet. 

Fr. -Comté : « chouquette », houppe ; — ital. 
c-iocchetta, touffe de cheveux. (Voy. Cheupe.) 

CHOUR. s. Sourd. Morv. n. 

CHOURDIAU, s. m. Sourdaud. celui qui a l'o- 
reille dure. 

CHOUTEAU, s. m. Chouette sur la frontière du 
Morv. b. (Voy. Choue, Choué.) 

CHTOURBER, v. n. Mourir, rendre l'âme ; il 
est mourant, il va « chtourber » ; un homme 
« chtourbé », un homme mort. Ce terme, assez 
usité dans le Morvan avallonnais, n'est pas connu 
dans la plus grande partie de la contrée. Sa struc- 
ture le rend suspect de germanisme. Est-il dérivé 
de l'allem. sterben, mourir, expirer ? Gestorben, 
part, et adject. = mort. « Chtourber », mourir, 
et « compire », pomme de terre, appartiennent 
donc probablement au douloureux vocabulaire des 
invasions allemandes. On peut cependant rappro- 
cher « chtourber » du mot de Fr. -Comté « aissou- 
erbi « et de l'argot « estourbir », assommer. 



CHU, prép. de lieu. Sur; « al ô choué chu lu », 
il est tombé sur lui. (Voy. Su.) 

CHU, adv. Si, aussi. « Al ô chu béte qu'ai ô 
michan, » il est aussi béte qu'il est méchant. 

CHU, adj. Seul. Morv. n.-n.-o. « i seu tô chu, » 
je suis tout seul. (Voy. Sou.) 

CHUBSISTER, v. n. Subsister : « i n'é ran pô 
chubsister », c.-à-d. pour vivre. Morv. n. 

CHUCHER, v. a. Sucer, aspirer avec les lèvres. 
Morv. n. 

Flandre, Hainaut, Norm. « chucher » ; — Pic. 
■< chuker », sucer, « chucheu », parasite. 

CHUCHOTER, v. a. Sucer, suçotter, aspirer avec 
les lèvres. Cette forme en ch du Morv. n., forme 
qui existe dans plusieurs autres patois, n'explique- 
t-elle pas le verbe fr. chuchoter, parler bas et 
comme en suçant ? La langue des XVP et 
XVIP siècles disait chucheter, fréquentatif peut- 
être de chucher que nous employons pour sucer. 
Dans Comenius, - p. 48, - « Le moineau passereau 
Ohuchette et gringotte. » 

Il est bien difficile de croire avec certains éty- 
mologistes que chuchoter soit sorti de l'interj. 
chut. Avec cette onomatopée pour racine, on aurait 
chuter et non pas chucheter ou chuchoter. 

Norm. « chucher », sucer, « chucotter », parler 
bas; — rouchi : « chucher » et « chuchoter », su- 
cer, « chucheler », parler à l'oreille; — wallon du 
Lux. « chuchier », chuchoter ; — Saint. « chucho- 
ter », épuiser peu à peu. 

CHUE, s. f. Suie de cheminée. Morv. n. Wallon 
du Luxembourg : « chuve. » (Voy. Seue.) 

CHUER, V. a. Suer, être en sueur. 

CHUEUR, s. f. Sueur, transpiration. On emploie 
aussi ce mot pour exprimer la vapeur qui s'échappe 
d'une matière en fermentation : la « chueur » du 
foin, du fumier, etc. 

CHUITE, s. f. Suite. 

CHUITRE, CHUTRE, v. a. Suivre. Se prend 



CIE 



CIE 



dans une acception particulici-e et non pas pour 
aller, venir après. « Chuitre » signifie aller aussi 
vite que... Ainsi on ne peut «chuitre » ou« chutre» 
une machine qui consomme plus de charbon de 
bois ou de houille qu'on ne peut lui en fournir. 

CHULER, V. n. Sifller, siffloter. Signifie aussi 
boire en aspirant, humer dans le Morv. n.-n.-o. 
Au XVIP siècle on disait encore chifflet pour sif- 
flet : 

Chiflets, cizeau.x, doux à solliers et cordonniers, etc. 
(Mantellier, II, p. 250.) 

En Touraine « chuler « se dit pour hurler. Suisse 
rom. « churla » ; — wallon de Mons : « chufler », 
siffler, souffler. (Voy. Suïer, Suler.) 

CHIILOT, s. m. Sifflet; gorge, gosier. 
Champ. « sublct, sublot » ; — wallon de Mons : 
« chuflot », sifflet, gorge. (Voy. Sulot.) 

CHULOU, s. m. Siffleur, celui qui siffle. 

CHUPLICAITION, s. f. Supplication. 

CHUPLIER, V. a. Supplier. 

CHUTÔT, adv. et propos. Aussitôt : « i vinré 
chutô qu'teu vourâ, » je viendrai aussitôt que ta 
le voudras. 

CÏAJS, s. m. Ciseaux de couturière. Morv. n. 
« cîaux. » (Voy. Chiza.s.] 

CICE, adj. Chiche, économe jusqu'à l'avarice. 
Morv. n. 

CIDULE, s. f. Cédule, sommation pour compa- 
raître devant un tribunal . un juge de paix « : i f beil- 
lerai eune Cidule », est une menace de procès. Du 
1. schedula, feuille, feuillet. 

CIE, s. m. Ciel. Lorsque notre patois parle du 
ciel sans employer le terme ordinaire de temps, il 
dit « cié » comme en IJourgogne. (Voy. le gloss. 
des Noëls de La Monnaye.) 

Cors est li Uiez et la terre et la meirs Neiz et 

morz az Ciez remontanz 

(Job, p. 484, 485.) 

Plus tard, on écrit ciel mais en vers au moins 



on prononce cié et on fait rimer le mot avec mos- 
tier, avec pechié, avec tiex dont la consonne finale 
était également muette : 

...Je deviendrai noine (nonne) à .i. de ces mostiers 
Lai, si proirai Deu, le glorieus do Ciel. 

[Parise la Duchesse, v. 631.) 
Sire, ce dist la dame, ce ert torz et péchiez ; 
Car ge nel forfis onque, si m'ait Dex del Ciel.-» 

{Id. ib. V. 636.) 

Comment diable ! estes vos tiex, 
Quidiez vos monter as sainz Ciex 
Avec Dame Dieu là amont ? 

(flenarf, v. 24746.) 

On prononçait probablement encore de même au 
XVP siècle, car Rabelais, - Garg. i, 9, - se mo- 
quant des courtisans qui jouaient sur les mots dans 
leurs devises dit : « Ils font pourtraire un lict sans 
Ciel pour ung licentié. » 

Le Roman de la Rose emploie la forme ciau 
pour ciel : 

Il sembloit que ce fust uns anges 
Qui fust tantost venus du Ciau. 

(V. 906.) 

Des roses i ot crans monciaus. 
Si bêles ne vit homs sous Ciaus. 

(V. 1645.) 

Lesdeuxformes ciel, ciez, se retrouvent dans les 
noms de lieu : Ciel, h. en Bourg, près de Verdun : 
— Cieux (les) (Yonne), c"" de Villegaudin ; — 
Cieux (les) (Nièvre) , c""^ d'Entrains ; — Ciez 
(Nièvre), près de Donzy. 

Dans le patois bourg, comme en valaque 
« cier. » 

CIEN, s. m. Chien. Morv. n. « être cien », être 
avare. 

Plus vous tenrai mais vil c'un puant Cien tué. 
{Fierabras, v. 5788.) 
Et si, dist-on souvent, avient 
Que d'aire (race) est li Ciens, ki devient, 
Vénères (chasseur) sans aprendéour. 

(.MousKEs, V. 17169.) 
Sor tous hommes ert convignables 
De Ciens, d'osiaus et delitables. 

(Lai d'Jgnaurés, v. 615.) 

Teil qui ne valent deus Ciennes. 

(B.iRB.iz.iN, Fables, III, p. 87.) 

L'orthog. en c doux se montre dans les noms 
de loc. Je cite seulement Villecien, c"* de Joigny, 
dans l'Yonne. Villacanis au XIP siècle, Villacia- 



CIM 



— 189 



CIN 



num au XIV^ Au contraire le c est dur dans le 
dialecte picard et se prononce « kien. » 

CIÉRE, s. f. Chevalet sur lequel on scie le bois. 
Morv. n. « chiévre » = chèvre par assimilation? 
En Berry « chieuvre » se dit pour chèvre et che- 
valet. 

CIGNAU, s. m. Raie dans un labour, rigole 
creusée par la charrue pour l'écoulement des eaux 
pluviales. Morv. n. « Cignau « est-il pour « chi- 
nau » ou plutôt « chanau » , qui représente canal ? 
Bourg, a caineau. » Du 1. canalis. 

CIHÉ, adj. Ciré. Se dit du pain mal cuit dont 
la mie ressemble à une pâtede cire par son brillant 
et sa densité. Pain « taqué » et pain « cihé » sont 
deux termes à peu près identiques. Morv. n. A 
Genève « pain ciré » =: compacte. (Voy. Cirer.) 

CILER, V. n. Remuer, frémir, s'émouvoir. Se 
dit principalement de l'eau lorsqu'elle commence à 
bouillir. Comp. avec le bas 1. cillere, acillare^ 
mouvoir, remuer, et avec le fr. ciller que l'on dé- 
rive du 1. cilium, cil. 

Les uns en sont si avant qvi'ils osent bien hausser 
les yeux pour regarder la fortune, mais ce n'est pas 

sans Ciller. 

(Malherbe, Épttres de Sénéque, lxxi.) 

Dans son Commentaire sur Desportes, Malherbe, 
après avoir cité les deux vers du poëte : 

Et mes yeux obstinés 

Sans Ciller vers le Louvre étaient toujours tournés, 
avance que « ciller est ici en sa vraie signifi- 
cation qui est de mouvoir. » Dans le latin barbare 
cilurn a quelquef. désigné la paupière : « la pel 
([ui couvre l'oeil. » (Duc. Cilum.) 

CIIHE, s. f. Jeune pousse végétale, brin de bois, 
extrémité des branches. Dans la fabrication du 
bois de moule, la cime ne sert qu'à former des 
petits fagots ou bourrées de peu de valeur. En 
beaucoup de lieux, on la laisse pourrir sur place. 
On dit « la cime » en général comme « la rame » 
pour désigner, en pi'emier lieu, le bois le plus 
menu, ou, en second, le branchage des arbres. 

Le droit d'enlever la cime est stipulé dans de 
nombreux actes des XIII'', XIV" et XV siècles; il 
se montre fréquemment dans les Coutumiers des 
forêts : 



Droit de prendre la Syme ou cimailles de labre qui 
a demouré XL jourz après l'abat de labre 

(L. Delisle, Cl. sfjr. p. 3G'2.) 

Dans un texte cité par M. Delisle, - p. 367, - on 
voit figurer parmi d'autres ouvriers travaillant le 
bois un cymerarius. Ce terme désignait probable- 
ment l'homme chargé de mettre la cime ou cimaille 
en fagots. 

Dans Roquefort cymeaulx, extrémités des bran- 
ches; chimenée, touffe d'arbres, buisson. Chimenée 
traduit le 1. rhamnus, dans le Livre des Juges, 

- oh. IX, 14 - : a Egrediatur ignis de rhamno. » 
Le sens du passage sous-entend un jeune arbuste, 
et non un arbre. 

Norm. « chimes », jeunes pousses, rejetons de 
choux ; — Pic. « chimettes » ; — Berry : « ci- 
miau « , branchage ; — Metz : « ceumeau » ; — 
ital. cima, cimatura, bourre. Bas 1. cima, cima- 
lia, cimeya, chevelure d'un arbre, tendrons. 

Du grec xûf*B, jeune pousse, par le latin cyma, 
cime, cœur de chou. L'esp. cima signifie encore 
tendron de cardon, d'artichaut, etc. — Valaque : 
chima, germe. 

CIMER, V. n. Remuer par le faite, par la cime. 
Lorsqu'une roche commence à s'ébranler et que 
sa pointe remue, on dit qu'elle « cime y en terre. 
Un arbre attaqué à sa racine « cime » dans l'air 
c.-à-d. agite son faîte avant de tomber. 

CIMOT, s. m. Cimosse, lisière, bordure du drap 
ou autre étoffe. Forez : « ciniou, cimousse », lisière 
en drap ; — Fr. -Comté : « cemou, cemousse» ; — 
Lyonnais : « cimousso » ; — Dauphiné : « cimous- 
sa. » 

Dimin. de cime, bord, sommité. En ital. cima 
se dit du bout extrême ; levar la cima, tondre 
l'extrémité de la laine. — Port, cima, sommet. 

CINDE, CINDRE, s. m. Chanvre. (Voy. Chiein- 
dre.) 

CLNGHIE, s. f. Ceinture, sangle. La terminai- 
son ne rend qu'un son très mouillé. Ital. cinghia ; 

— valaque, cinga, ceinture. Du 1. cingulaWvê de 
cingere, ceindre. 

CINCtHIER, V. a. Ceindre avec force, serrer une 
ceinture, sangler. « Cinghier » a aussi la signifie, 
de cingler : « cinguier un coup de fouet. » 



CIV 



190 



CLE 



CINGtHION, s. m. Ceinturon, sangle. 

OINTE, s. f. (Voy. Chintre.) 

CIRER, V. a. Presser fortement en glissant, en 
lissant. De cire. iVoy. Cilié.] 

CIRUZERIE. s. f. Salle d'hôpital oîi se font les 
opérations de chirurgie. 

CIRUZIEN, s. m. Chirurgien. Le mot est peu 
usité parce que ce sont nos médecins qui font la 
chirurgie, mais la forme existe comme elle exis- 
tait encore, ce semble, au XVL' siècle, puisque 
Palsgrave, - p. 505, - l'emploie : « Le Oirurzien 
ne me ose poynt cnsciser aujourd'hui à cause que 
la lune nest pas en ung bon signe. » On voit par 
cet exemple que le ch à cette époque se pronon- 
çait quelquef. en c doux et que les chirurgiens 
étaient beaucoup plus timorés ou plus supersti- 
tieux, si l'on veut, qu'aujourd'hui. 

A propos de chirurgiens, Rutebeuf nous apprend 
que les femmes n'ont pas attendu la découverte 
de l'Amérique pour exercer la médecine et la chi- 
rurgie. S'il y a des chirurgiennes à New-York en 
1875, il y en avait à Lyon et à Vienne sous saint 
Louis : 

.Je .sai une fisicieiine, 

Que à Lions, ne à Viane, 

Ne tant comme li siècles dure, 

N'a si bone Serurgienne. 

N'est plaie, tant soit anciene, 

Qu'ele ne nétoie et escure. 

{La Mort Rustebeuf, p. 37.) 

Il y avait aussi des médecins du sexe féminin à 
Paris. Le rôle de la Taille en 1292 mentionne parmi 
les contribuables plusieurs mirgesses ou miresses. 
Alire. on le sait, se disait pour médecin. 

On trouve dans quelques auteurs, dans Frois- 
sart entre autres, la syncope surgien. En anglais 
surgeon. Le fabliau de /a Saineresse nous mon- 
tre aussi des femmes maniant la lancette et appli- 
quant des ventouses. 

CIVIÉE, s. f. Civière à bras avec laquelle deux 
iiommes transportent le fumier dans la fosse. Un 
vieux proverbe, pour exprimer les caprices de la 
fortune, disait : 

Eu cent ans bannière, 

En cent ans Civière. 



Le Ditlé des choses qui faillent en ménage 
mentionne la civière comme figurant dans un jeu 
du temps et comme un ustensile nécessaire à un 
établissement : 

C'est com le gieu de la civière : 
L'un va devant, l'autre derrière. 



■Valot y faut et chamberière 
Fourche au fiens et la Civière, 
Et le ratiau. 

{Contes, Dits, etc. II, p. 163.) 

Giviée pour civière est une forme du Morv. n. 
Au reste l'r n'est ni dans le latin ni dans l'ital. 
civea,, civière et traîneau. Bas 1. csenovehum, ci- 
vière, ou tout instrument avec lequel « csenum 
vehitur. » Le dict. de J. de Garlande, - art. 62,- 
dit : « Cenovectorium gallice dicitur civière; de 
cenum quod est lutum, et veho. » (Voy. Forché.) 

CIVOT, s. m. Ciboule ou civette et par analogie 
les petits oignons qui ont poussé l'hiver en terre et 
qui poussent au printemps. Civot est un anc. dimi- 
nutif de cive, comme civotte qui était également 
usité : 

Aussi vert cum une Cive. 

{R. de la R. v. 200.) 
Ne pris pas deus foilles de Cives 
Ton menacier ne ton vanter. 

{Renai-t, v. 16092.) 
Car il ne doute une Chive 
La pais du pape ou le courroux. 

{Chron. met. V. 3094.) 

Guignons, poiriaux, naviaus, Ci vos d'aulx et 

Civots qui causent forte halène. 

(LiTTRÉ, Dict. — Livre des métiers, 334.) 

Dans Palsg., - p. 205, - civol, jeune oignon. 

Du 1. ca?j3a, oignon. « Givé de lièvre, ragoût de 
chair de lièvre et d'ognons », dit Ménage. Givot, 
tiré du part, passé cœpatum, désigne un mets aux 
jeunes oignons ou cives. 

CLAIRER, V. n. Briller, luire. Faire « clairer » 
la chandelle, c'est l'allumer; faire « clairer » le feu 
c'est le faire briller, lui faire jeter de la flamme. 
Le norm. a l'augmentatif « claironner », reluire : 
— Berry : « clairer, clairir » ; — anglais : ta clear, 
s'éclaircir. (Voy. Quiérer.) 

CLEUCHE. s. f. Cloche. Morv. n. « clieuce.» — 



CLI 



191 



CLO 



Dans les Vosges « kieuche « ; — Bourg. « cloi- 
che » ; — Pic. « cloque » ; — Guernesey : « cllo- 
que. » 

CLEUCHÉ, s. m. Clocher. Morv. n. « clieucé. » 

CLIAE, CLIAIR, E, adj. Clair. « Père cliar », 
éclairer au propre, donner de la clarté. — Rom. 
pi'ov. clar. (Voy. Quiar.) 

CLIARTÉ, CLIAIRTÉ, s. f. Clarté, ce qui 
éclaire. — Rom. prov. clartat, claritai. ^Voyez 
Quiarté.) 

CLIDOU. s. m. ou adj. 

Mignin clidou 
Mé lai pièce ai coté deu trou 
Taré ma d'ovraige. 

Chaudronnier « clidou «, mets la pièce à côté du 
trou, tu auras plus d'ouvrage. 

Clidou n'est usité que dans cette espèce de cou- 
plet qu'on chantonne ironiquement à la vue d'un 
de ces ouvriers ambulants qu'on appelle « ma- 
gnins » ou « mignins » dans nos campagnes. Le 
mot dont la signifie, est perdue même pour ceux 
qui l'emploient me paraît dérivé du bas 1. clida, 
grille, par allusion à quel(|u'un des ustensiles du 
magnier. Cledare, clidare, fermer, griller. 

H. -Auvergne : « clida », claie, grille; « clidar », 
parc ; — Suisse rom. « cleda, cllia », barrière, 
porte à claire voie ; — Poitou : « elle. » Du celt. 
clwyd, claie ? 

CLIVE, s. m. Gros tamis qui sert à séparer le 
sable fin des pierres ou du gravier. En fr. le subst. 
clive n'existe pas et le verbe cliver a une autre 
signification, tout en marquant aussi la division, 
la séparation. 

Wallon (Luxembourg) : « clive », crible à fa- 
rine, tamis; — Suisse rom. « cliver », pente d'une 
éminence, descente. — Basl. cliba, clibola, dans 
Papias, pour cliva et cHvosa, choses inclinées. Du 
latin clivus, inclinaison, pente, parce qu'on incline 
le « clive » pour opérer le triage. Nonius cite un 
vers où clivinn a le sens de pente : 

Ardua nec nitens fortunœ escendere Cliva. 

Dans Ovide, « per tabulée Clivum labi », rouler 
sur une planche inclinée. 



CLI'VER, V. a. Se servir du « clive » pour trier 
les arènes, les sables, les terres. Scheler tire le fr. 
cliver de l'allem. klieben, qui correspond à l'angl. 
to cleave, fendre, mais aussi diviser. Le sens de 
fendre au propre est étranger à notre verbe cliver, 
mais au fig. cliver, dans les deux acceptions, sous- 
entend la séparation. 

CLO, s. m. Claie, ouvrage de menu bois entre- 
lacé et à claire voie; « clô de chaufau », claie 
dont se servent les maçons. (Voy. Cliaufau.) « Clô» 
est une apocope de l'anc. fr. cloie qui est encore 
usité en Picardie. 

Bas 1. cloia, claie. Le poitevin « clie » = claie 
et petite barrière, le forézien