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LE I>A.TOIS
DES
MATELOTS BOULONNAIS
Ernest DESEILLE
GLOSSAIRE DU PATOIS
DES
IMMl
i. — l'équipage pu n» 101
II. — LANGAZE DES ZENS DE L' BUKIÈRE
II! . — NOMS ED BERTÈQUE ED NOS ZENS
PARIS
^Q
%
V
ALPHONSE PICARD, LIBRAIRE
Rue Bonaparte, 82
V
1884
3ùé>y
L'EQUIPAGE
Du Bateau n' 101
L'équipage du bateau n" 101, >;i intrépide au travail
de mer, n'est pas assez connu. Désir m'est venu d'en
faire le portrait à la plume, à la manière de Noriac, le
peintre du loi"^ régiment.
Ce sera la même chose, sauf ,
D'abord, le champ d'exercice diffère : le régiment
manœuvre sur \tplancer des v.iccs ; Vcquipaze. au-dessus
des profonds abîmes
Ensuite, mais ai-je besoin de signaler ce qui
manquera encore !
~ 4 —
peint les choses par les mois : le tlux devient /' flol .- /
va ;^rand JloL { va graune mer, jusqu'à ce que la marée
tombe en molle ieauv^e (quand elle ne baisse plusj. /
ravive, i ravcrdil ou / ramorlil, selon l'augmentation
ou la décroissance de la marée. La pleine mer c'est
y étale , le reflux c'est l'ebbe, le jusant ou /' perdant.
II
Le C luai-tioi'
Comme les amphibies, le matelot niche à terre.
Xid d'aiyle eu haut d'un rocher voisin de l'eau, le
quartier marin ne ressemble à nul autre.
Les rues resserrées de la Burière grimpent en pente
raide sur les flancs de l falize. pour redescendre en es-
caliers vers le rivage. La rue des Cent-huit est bien
connue à Baston. Il y ea a plusieurs du même type,
avec larges paliers sur lesquels s'ouvrent les maisons
perchées le long de rampes qui donnent le vertige. On
y prend vite le pied marin. La population est tassée,
agglomérée comme dans un navire où il faut ménager la
place : on peut dire que les habitants vivent l'un sur
l'autre. L'ensemble a le cachet le plus hardiment pitto-
resque. Ln chaque rue des filets suspendus à des mâts
a\ ancent comme des bras de géants sur la voie, décou-
pent leur silhouette sur le bleu du ciel et tamisent les
rayons de lumière.
Il suffit de parcourir ce quartier pour connaître la vie
intime du matelot, vie au grand jour, avec la maison
— 6 —
toujours ouvcrlc sur la rue qui n"cst qye 1 immense
corridor à ciel ouvert d'un même logis.
La marmaille y joue ; la femme, de son foyer, y lient
conversation avec sa voisine. Des voix aiguës, au
verbe accentué, partent de toutes ces demeures : c'est
un bruit de ruche; c'est un mouvement incessant ; c'est
la vie dans son intensité.
Ce qu'on y rencontre le moins, c est un matelot: il
est sus' c quayc ou à bord.
III
Le Bateau
V^oilà la vraie demeure, la préférée du matelot ! Avec
quel amour il a veillé sur sa construction !
Remontons jusqu'au jour où le patron de l'équipage
est allé en choisir les matériaux. Ses recommandations
au constructeur ont été nombreuses : — Of'rez V pont
ben larze ; les fonds à l .ivant et à l'arrière ben découpés,
ben taillés, à seule fin qui soit bo7i voïer.
Le jour est pris pour commencer le travail. — sur-
tout pas un vcnderdi, — le patron est là avec ses
hommes.
Attention ! un charpentier frappe le premier clou en-
touré d'un petit ruban rouze. Halte ! — Ez paiye un
café pour assir el batiainve .'
Bras dessus, bras dessous, on s'en va au cabaret :
c'est la première l'égalade. Il y en aura d'autres : carie
patron veut que ça aille rondement: ce serait de si
mauvais présage si l bezongne arlandoit. On arrose
donc souvent la coque. Pièces à pièces on a posé lé-
tambot. l'étrave. /'i tors de bois, les bordures, le pont,
8 —
le bas du mal, le rein du devant, le rein du deiTicrc, le
cornichon, le trou d'homme et le trou haJmi.
\.c bateau s'achève, montre ses hossoirs très gra-
cieusement arrondis : leur forme sert aux comparaisons
les plus g-alantes, quoique dans son for intérieur le
patron préfère la g-orge de son bateau : C'est bcn pu
biau qu celU d'einc fane !
Le bâtiment est terminé. Le patron l'examine. Rien
à dire : Bien découplé, il promet de n'être pas un
oualle batiauzve ; ce sera un coquet, un matelot fini.
obéissant bien au Qouvernal et Ion pourra y avoir con-
fiance quand il sera chrétien.
11 faut donc le baptiser.
Pour cette cérémonie, faite à quai, le curé sera en
blanc surplis, avec l'étole, accompagné du parrain cl
de la marraine qui donnent le nom (i).
(1) Tous les bateaux- reçoivent un nom à leur baptême :
celui d'un saint, de Notre-Dame sous tous ses vocables ou
d'un verset des litanies : ce n'est que depuis peu d'années
qu'on a adopté les noms des personnages célèbres ou d'enfants
de la famille.
Nos bateaux l)oulonnais voguent sous l'invocation de
Notre-Dame de Boulogne,
Manne du Ciel,
Sacré cœur de Marie,
Rose mystérieuse,
Fœderis Arca,
Gloire de Marie,
Arche d'Alliance,
Stella maris,
Reine des Anges, etc.
ou do Jésus Marie Josei^h,
Don de Dieu,
Tout à Jésus et à Marie,
La Providence,
— 9 —
Toutes les têtes se découvrent : le signe de la croix,
répété par tous les assistants, la bénédiction du ciel
est appelée avec ferveur dans des prières écoutées Ã
genoux. Ensuite le curé asperge d'eau bénite jusqu'aux
moindres trous, en commençant par l'arrière. L'équi-
page surveille attentivement s'il n'oublie aucun recoin :
ce serait un coin maudit.
Cela fait, nouvelles prières : un signe de croix final...
et maintenant vive la joie !
Un repas est préparé, collation de gâteaux et de vin.
avec les dragées du parrain pour dessert.
Pendant ce repas, un homme muni de quelques
bouteilles monte à quai où il offre du vin aux pas-
sants. Ne refusez pas sa politesse, car cela le peinerait
vivement ; il en tirerait un mauvais présage ; du reste,
pour y obvier, il s'adresse à bonnes enseignes.
Après le baptême et la collation, l'équipage se rend
au cabaret avec la dame du bateau et les femmes du
bord. Là se donne la fête de famille : on s'y dédom-
mage de n'avoir pu chanter à bord — ce qui est inter-
Volouté de Dieu.
Agneau de Dieu,
Dieu vous voit, vous entend,
Tout au Sacre'-Coeur, etc.
mais il y aussi : Le Progrès,
Mac Mahon,
Le Curieux,
File ton nœud,
Polichinelle,
Il côté de Jean Bart,
Fréde'ric Sauvage,
Fulton,
sans oublier la Belle Gabrielle, et les Jeanne, les Hélène et
les Alice, etc.
— lu —
dit. Toutes les chansons du répertoire sont entonnnées.
Quelle joie bruyante et sonore ! Et comme on s'y dé-
mène. Tant pis si Ion casse de la vaisselle ! D'ail-
leurs ça porte bonheur.
Ça porte bonheur ! Le matelot croif à l'influence des
choses. Faut-il s'en étonner? Est-il le seul? Les plus
forts esprits et les esprits forts sont-ils exempts de
semblables faiblesses ?
Superstitions pour superstitions, je préfère la na'ive
confiance du marin, ancienne comme sa race, souvent
touchante dans son expression ; en tout cas, pas plus
ridicule que celle des joueurs en leurs amulettes.
Il a son excuse, l'incessant péril en perspective. L'i-
dée d'un danger toujours menaçant prédispose l'à me Ã
se rattacher à toutes les branches de l'ancre de l'espé-
rance.
Le marin s'y rattache par une foi robuste au ciel et
en certaines pratiques, remontant peut-être au paga-
nisme.
C'est pourquoi le patron du n" loi n'a pas oublié de
mettre à bord, avant le premier départ, une statue de
la Madone, celle d'un saint, ou un crucifix, et d'y
attacher une branche de buis bénit, etc. Il a, de plus,
cloué sur la tête du gouvernail, le fer à cheval qu'il a
eu la çance de rencontrer durant la construction de la
barque : cela le rassure. C'est la meilleure sauvegarde.
Est-ce tout ?
Il n'a employé comme lest, ni sable, ni objets ronds ;
Il n'a embarqué ni chat, ni singe, animaux portant
malheur et dont la rencontre même, en allant au bateau,
est un signe funeste, autant que la rencontre d'un
curé.
Toule"^ le> précautions prises pour naviguer sur un
— 11 —
batiauwe du bon Dieu, et non pas sur un i;ic:anl inor-
cLxu d'bos, il n'y a plus qu'à attendre la bénédiction
de la mer. L'équipage s'y rendra dévotement : céré-
monie curieuse, avec cortège, croix et bannière, com-
parable aux rites dévotieux de nos ancêtres sur les
bords du Gange.
Après cette cérémonie, le n° ici peut partir demain
pour Ecosse. \'^ous pouvez en être assuré, car aujourd'hui
l'équipage est allé entendre une messe à Notre-Dame ;
il s'est dirigé ensuite vers l'bon Diu Flazellé où il a fait
brûler des cierzes.
C'est demain, Ã l'heure de la pleine mer. Nous y
voici.
Qui songera à rire quand le bateau sortant du
port, peut-être pour n'y plus rentrer, le patron tête dé-
couverte et faisant face au Calvaire dira tout haut un
Pater noster que l'équipaTe- répétera avec lui !
Cette prière du départ, renouvelée au large de la
chapelle de Jésus-Flagellé, puis à l'arrivée sur les lieux
de pêche, sera redite au retour.
Du reste, les femmes s'associent aux dévotions ; le
lendemain du départ, elles vont aux mêmes lieux prier
pour ceux qui sont partis à la grâce de Dieu,
N'ayant qu'un bout de planche avec un bout de toile...
Reviendront-ils ? Ces femmes, ces filles, auront-elles
les angoisses dont on est trop souvent témoin, alors
que la cloche d'alarme avertit que des marins sont en
danger, alors que les falaises et le rivage sont envahis
par les familles inquiètes et que les yeux fixés sur
les flots aperçoivent une barque ballottée, monter
sur le dos de la vague puis disparaître dans ses pro-
— J2 —
fondeurs. Songez à leurs douleurs ! Foui secours
humain parait impossible. Etonnez-vous que les ge-
noux plient, que la prière et les vœu.x. sollicitent l'assis-
tance du ciel !
Leur foi s'avise dans le péril incessant, mais en d'au-
tres cas elle a toute la candeur de l'enfance. Jacques Ca-
villier nous a conservé le souvenir des prières publiques
faites, en 1786, pour la destruction des chiens de mer
qui abîmaient les filets lors de la pêche du hareng. Les
matelottes, dit-il, firent chanter une grand'messeà Notre-
Dame et s'y rendirent en cortège avec le clergé de Saint-
Nicolas ; elles firent encore une neuvaine à Jcsus-
Flagellc, à jambes et pieds nus : « Mais, ajoute sans
rire le chroniqueur, nos pêcheurs ont été très mal-
traités par les chiens de mer, malgré les prières pu-
bliques et un hareng d'argent porté à la Sainte Vierge
avec croix et bannières. ï>
L'insuccès n'ébranle pas leur confiance, et nom-
breux sont leurs pèlerinages : à Notre-Dame, Ã
Saint-Josse, Ã Saint-Adrien, Ã Sainte-Godeleine, Ã
saint Gandoiife, etc., etc.
Leur dévotion n'empêche pas le contraste piquant
d'un vœu accompli pieds nus. "avec retour fêté dans
tous les cabarets de la route. Dieu discerne les inten-
tions et n'en demande pas davantage aux croyants de
bonne volonté. Se fâche-t-il même quand un père,
voulant inculper cette croyance à un fils qui refuse de
prier, l'oblige à commencer l'oraison en l'apostrophant
d'un : Nom di dii, des milliards di dii, te prieras ou
le r'ccvras cin trempe !
IV
L'éqmi)age
Avant d'affaler à bord (descendre dans le bateau), le
patron cherche des averlissances dans l'état du ciel.
Y aura-t-il eùie calmenne ! cette série de jours sans
vent où les bateaux n'avancent pas ?
La veille, il a interrogé là -haut : L'ieune étoil vilaine ;
al a eimbarqué s canote (i) ! Mauvais seinne l mau-
vais temps en perspective ; néanmoins pas assez me-
naçant pour arrêter le départ. Biaiiv)e temps n'est pont
pécale, d'ailleurs ! / peut beaucir. U battaiiwe supportera
bien un vent qui se nourrit (qui augmente) et même
une biise carabinée, si elle n est pas contraire à la
marche.
Ce serait différent s'il y avait de ïoujelain : si les oi-
seaux de mer, rassemblés en foule dans les mâtures,
poussaient les cris qui les ont fait appeler des miaules ;
(1) U canote dé V leuiie, c'est l'ëtoile qui semble être sa voi-
sine. La hine l'oinbarqne, quand les nuages qui l'entourent
empêchent de voir l'étoile.
— 14 —
si la mer était trouble : s'il survenait eine arvetutée.
Alors gare l'ouragan !
( )n n'a pas le vent à .s' volonté. Parfois i refuse, et
puis :
Vcint d'iiord ravalé-ye
N'vaut point un cien enrcigc-ye
C'est cor ein purze'qui va nousj.....
A moins qui s.'rarnordisse ! sinon ;
Veint d'nord perdu
Va Vcercer au su !
Non, tout ça n'est pas à craindre aujourd'hui ; le
patron a vu le pied du vent et se rassure. Il aura un
vent routier ; on peut crier à bord !
Au cri de à bord ! tout l'équipage est accouru.
Qu'est-ce qu'un équipage?
C'est — d'après le dictionnaire, — l'ensemble de
tous les hommes embarqués pour le service actif d'un
navire.
Ou bien :
Trois homm et un cien !
Equipaza ed Calaisien.
En réalité, c'est mieux que cela :
Durant des siècles ça été l'association modèle, la
mise en commun dans une même entreprise. C'est
surtout une famille ayant pour chef le patron, et pour
mère, la dame de bateau.
- 15 —
Les compagnons sont, ainsi que leurs femmes, mem-
bres de cette famille, où les enfants commencent l'ap-
prentissage du plus rude métier.
Cette grande famille, c'est l'équipage du n° ici, et
elle comprend — pour être complète :
L'armateur,
Le patron,
La dame de bateau,
Les compagnons,
Les Jemmes dît bord
Et les mousses.
Ici, comme au ciel, les premiers seront les derniers.
Le mousse
Un jour un matelot a dit à ses camarades ; J'crois
qu on m fcunic jii n'.i pour quai' mois et quinze zours
deiis çaque fesse !
C'est la première mention qui soit faite du futur
mousse. Il arrive au jour, il est venu avec el' Jlol, comme
il partira aveuc eC perdant. (Les marins croient à l'in-
fluence de la marée sur les naissances et les décès.)
L' batisé-ye a réuni la famille et ses amis autour d'une
table où l'on mange du gatiauve avec accompagne-
ment de thé al' canellc (le fameux thé qu'on f..t.)
L'enfant poussera au grand air de la rue où il se
roulera le plus tôt possible, se traînant d'abord à quatre
pattes jusqu'au ruisseau, pour s'émanciper, bientôt,
avec ses jambes dégourdies, jusqu'à faire des fugues
d'une journée entière pendant laquelle il se nourrira à la
grâce de Dieu.
Il grandit : on le met à l'école, non pour longtemps
ni assidûment ; mais juste ce qu'il faut pour être admis
à la première communion.
- 17 -
Avant cette époque, il a déjà chaussé les grosses
bottes, on l'a embarqué pendant la durée de la haren-
gaison : il est devenu moussaillon vers sept ou huit
ans. Sa véritable éducation commence à bord. Rude
apprentissage, dont les principes lui sont inculqués Ã
renfort de maques, ce qui les fait pénétrer plus avant
dans sa caboce. Boulé d'un côté, rabroué de l'autre, un
va-t'-laver par-ci, un patavirer par là : c'est avec ces
encouragements efficaces qu'il accomplit les corvées de
l'équipage qui n'est pas plus tendre qu'il ne faut.
D'ailleurs , c'est pour son bien : Z'aye étéye élvé-ye
comme ça,j'n'en sus pont pus malade, — dit son père.
Tous les marins ont commencé ainsi.
Donc, il a des durte-Ã -souffrir, surtout s'il est un
étombi d' Maroc, s'il séblaire d'un rien. Alors on l'en-
voie dinguer et le père affirme qu'il dérace.
Surtout qu'il ne s'avise pas de briqué le pont aveuc
sen dos (dormir) Ã l'heure de la besogne, il serait bap-
tisé avec une tinée djeau.
Ne le plaignez pas trop, cependant : il a ses bons
moments.
Le matelot, sous sa rude écorce, cache un cœur so-
lide : il frappe facilement ; la main est leste en même
temps que lourde, mais les mauvais quarts d'heures
ne durent pas.
Jamais il ne sera commandé au mousse plus qu'il ne
peut faire. Que de fois on ferme les yeux sur ses espiè-
gleries, sur ses petites rapines, car c'est un bec à z'œus
fini.
I broute don son vinaigre sans être trop malheureux.
II avance en âge, il monte en grade. Chargé d'abord
de lofer les barsouins, il a été ensuite appelé à lofer les
cordages ; enfin, on lui a confié le soin d'aider à virer
— 18 -
les filets. Sa part s'est augmentée : d'un quart elle at-
teint le quart et demi. Il mérite bientôt un seizième en
sus ; encore un peu et il sera compagnon à demi-part.
Le voilà jeune homme ! Il a conservé son premier
amour du pestaque, surtout lorsqu'on y joue un drame
bien noir. Seulement il n'y va plus seul ; il a une bonne
amie et i n'en raffole, i vont enscnibe al danse, al cou-
médie, partout où Ion s'amuse.
Sa bonne amie a commencé par dire : Pour qu'est-ce
qui s tue ! (phrase employée lorsqu'on veut exprimer
qu'une personne perd son temps à désirer l'impossible).
Ctldiii ein frime ! Dame, on aime bien d'être aimée.
Son cœur s'attendrit peu à peu, son soupirant lui fait
' tant d'amabilités : il lui rapporte des biaux mouçoirs
âilnguelterre, en soie voyante ; alors elle est touchée.
Le beau couple, les belles amours ! et qui ne ressem-
blent à rien de connu. Ils se promènent entrelacés, le
bras du jeune homme entourant la taille de la belle,
sans souci des passants, ne s'occupant que d'eux seuls.
La jeune fille fait la coquette, malmène son soupi-
rant et elle fait bien : car autrement il la croirait indif-
férente. Elle veut, elle ne veut pas ; elle lui donne des
taloches : rien ne prouve mieux l'amitié. L'amour Ã
coups '^de poings, c'est le plus sensible! 11 est réel chez
eux : ils s'aiment, ils seront fidèles.
Il peut aller au, service, elle l'attendra.,.,.
Mais fréquemment, avant de devenir servicier, il
est père de famille. Le mariage, obligatoire en pareil
cas, doit devancer le départ. L'amant qui, après avoir
rendu mère une jeune fille, chercherait ailleurs, n'en
trouverait plus une pour l'écouter : — Va soigner ten
bâtard ! Va fruquer tett vjarrat ! lui répondrait-on.
C'est la fidélité forcée I
— 19 -
Mais les infidèles sont rares... du moins, ils l'étaient...
jadis.
Les fiançailles se font ainsi : le garçon se présente
avec ses parents pour demander la jeune fille en ma-
riage. Acceptation faite, on s'en va à dorlots ; c'est-à -
dire acheter les bagues, les boucles d'oreilles, la chaîne,
bijoux plus ou moins volumineux, selon la fortune et la
générosité du fiancé.
Les dorlots achetés, si le futur n'a pas encore pré-
levé un pain sus sfournéye :
— Pis qic'o sommes pour no marier, dit-il, ez veu ein
gaze égu'té m'aimes ! , »
Ce gage, ô pudeur, voilez-vous !
Voilà pourquoi sans doute la mariante ne se met pas
en blanc et conserve le costume traditionnel des mate-
lottes, avec un châle tapis et un mantelet de drap noir.
Sauf ce point, la cérémonie ressemble aux mariages
de la bourgeoisie, excepté toutefois que le bateau, que
la maison, que la rue même sont en toilette, pavoises,
enguirlandés : c'est fête de famille pour le quartier.
VI
Les Compagnons
.Un compagnon, c'est un ancien mousse monté en
grade.
Le mousse du n° loi a été admis à part pleine lors-
qu'il a eu seji giiernier fait ; lorsque possédant un lot
de filets, l'âge et ses aptitudes l'ont rendu l'égal des
autres compagnons.
Cela arrive vers dix-sept ou dix-huit ans, plus ou
moins.
C'est un homme maintenant.
Regardez-le passer : sa forte individualité tranche
vigoureusement entre les types affaiblis et trop égalisés
des autres classes de la société : il fait contraste par-
tout où il séjourne. Son costume, ses mœurs, son lan-
gage, tout est pittoresque, énergiquement en plein relief.
Le compagnon a, jusqu'Ã nos jours, maintenu dans
son intégrité l'association de la primitive famille des
hommes de proie, rebelles à l'esclavage du travail sé-
dentaire ; il a conservé les rudes qualités des anciens
l'ois de la mer, ses ancêtres.
— 21 —
Ne le jugez pas sur l'ordinaire de tous les jours !
Rien de plus apathique en apparence. Il arrive sus' c'
quaye tout s dandinant. Il semble sennuyer à terre ; et
sa démarche, nonchalante comme ses gestes traînants,
semble celle d'une race alourdie. Combien autre est-il
à la mer, lorsqu'une impulsion a réveillé le lion qui
sommeille en lui !
Les héros lége^nd aires des courses, Ls pêcheurs
d'hommes, c'étaient des compagnons redevenus pirates.
Les sauveteurs intrépides d'autrefois et d'aujourd'hui,
c'étaient, ce sont encore ces marins sublimes, d'une
énergie dévouée, d'un héro'isme qui s'ignore !
Contraste frappant ! Ce héros, enfant na'if dans ses
croyances, soumis à tou.s les pouvoirs qu'il ne dis-
cute jamais, abdique également le sceptre marital : sa
femme règne et gouverne.
Le compagnon ne s'en plaint pas, heureux de la di-
rection active, pleine de ressources, d'une épouse atten-
tive à le pourvoir de tout ce dont il a besoin. Est-ce par
dédain des choses de !:i maison > Non ; mais son abdi-
cation a pour effet avantageux de le délivrer de tout
souci lorsqu'il est à terre.
II les passe indolemment, ces jours de congé, en cau-
series le long du quai, avec un camarade qu'il entre-
tient de la tenue du temps, des nouvelles de la mer,
des armements en expectative. Quand il rentre au logis,
s'il est reçu avec un plat d' bonne fneine, il a tout ce
qu'il désire.
Les conjoints sont franchement dévoués l'un à l'autre.
Toutefois, chez eux, l'affection paraît soumise, comme
la mer, aux orages les plus soudains. Parfois l'esclave
se révolte contre le joug ; alors des cris s'élèvent : c'est
un ouragan de récriminations, de lamentations, d'in-
— 22 —
jures. Faute d'habitude, le bourgeois s'en effraie : ce
n'est rien pourtant qu'une explication conjugale un peu
vive. Tout à l'heure, ce vent de dispute tombera de lui-
mêrne ; le mari, la femme et les enfants — ils viennent
vite et nombreux — s'ils ont pris parti, qui pour l'un,
qui pour l'autre, seront comme devant: elle, ayant
affirmé son autorité ; lui, géant dompté, reconnaissant
ses torts, même n'en ayant pas, attendant son embar-
quement pour reprendre volonté et initiative.
Voilà les traits généraux du portrait !
Il y a des nuances toutefois à apporter dans ce por-
trait, si on veut l'étendre aux dix-huit compagnons d'un
équipage : nuances d'origine et autres, que nous allons
étudier en passant la revue de l'équipage.
vil
Ceux d'en- deçà et ceux d'a^i-delÃ
Sauf Wissant, le quartier maritime de Boulogne
comprend tous les ports de l'ancienne province du
Boulonnais: Audresselles, Ambleteuse, Le Portel,
Equihen et Etaples fournissent donc, avec notre port,
l'appoint ordinaire d'un équipage.
On a remarque qu'au'.rcfois la Liane était la limite
entre deux familles distinctes de marins. En-deçà , les
gens de Wimereux, d'Ambleteuse et d' Audresselles,
paysans-matelots, cultivent la terre dans l'intervalle
des voyages à la mer, et leur conformation physique
les rattache à la race indigène des villages, tandis que
les pêcheurs de Boulogne — fixés primitivement Ã
Châtillon, — ceux du Portel, d'Equihen et d'Etaples
semblent appartenir à une race méridionale.
Et même, si l'on voulait croire le docteur Duchenne,
et M. Lagneau, naturaliste, il faudrait reconnaître des
descendantes de Basques dans beaucoup de femmes de
marins de Boulogne (et surtout du Portel), remar-
quables par leurs cheveux noirs, leur peau un peu
— 24 -
brune, la forme gracieuse de leur cou et de leurs
épaules, l'ensemble harmonieux de leur personne parla
succession des courbures aux contours onduleux
H ne nous appartient pas de décider en matière si
délicate.
Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'il y a entre
les divers ports du quartier, selon qu'ils sont en-deçÃ
ou au-delà de la Liane, des différences sensibles de
caractère et d'habitudes.
VJEnquihcnnois est aussi un paysan-matelot : il cul-
tive ; il a l'accent plus rude, mais il zézaie moins que le
Portelois. Le type primitif de la race se reconnaît en
lui; il y a si peu d'années qu'Equihen est sorti à demi-
civilisé du long- isolement où l'âpreté du sol le main-
tenait. Au siècle dernier, ce hameau — qualifié -de Répu-
blique d'Equihcn, — échappait à tout impôt par sa
misère et justifiait le dicton : «Où il n'y a rien, le roi perd
ses droits ! » Les habitants, espèces de sauvages, vi-
vaient, on ne sait comment, de ce que la mer appor-
tait, poissons ou épaves. Un naufrage était une au-
baine ; ils allumaient des feux sur les rochers pour
attirer les vaisseaux qui s'y brisaient et sur lesquels
ils s'abattaient comme des oiseaux de proie.
Le compagnon actuel est intrépide, ne craint de
s'embarquer par aucun temps ; mais avant d'aller Ã
bord, il accomplit des libations multipliées, derniers
restes, sans doute, d'antiques rites de ses pères.
Le compagnon Portelois est de haute taille : c'est un
rude travailleur et un économe. Il est très estimé des
armateurs. Beau gars, hardiment découplé, haut en
couleur, intelligent ; on lui doit la fortune du hameau
-- 25 —
devenu la forte et populeuse commune du Portel, la
plus riche peut-être du pays.
Le compagnon Bcnilnois est proche parent du Porte-
lois par les qualités : toutefois le voisinage de la ville a
greffé quelques défauts bourgeois sur ses aptitudes
primitives. Ce n'est pas impunément que, tout jeune, il
a roulé avec le gamin des rues sur le pavé, vu et en-
tendu....: Tous ne s'y gâtent pas, mais tous, plus ou
moins, se pénètrent d'influences contraires à leur race.
Aussi voit-on s'accuser chez eux la tendance à échapper
au métier du père. La fabrique les saisit dans son
engrenage. Ils s'embourgeoiseront, hélas !
Les compagnons d'Audresselles et d'Ambleteuse
sont plus lourds de formes, mais plus sobres. Ils ont
moins de génie, disent les mauvaises langues. N'en
croyons que la moitié. Ils mènent une rude jeunesse
sur leur terroir sableux, inculte : l'économie est obli-
gatoire pour eux.
VIII
Portraits à l'emporte-pièce
Commençons par le plus jeune :
LE SERVICIER
Il revient du service de l'Etat : comme il a vu beau-
coup de pays, il sait beaucoup d'histoires.
De la discipline militaire observée, il a conservé des
habitudes d'ordre et une certaine coquetterie de tenue,
en rapport, d'ailleurs, avec son âge.
11 se mariera bientôt.
l'interpide
Un jour on lui disait : Vous ne craignez donc pas
d'aller en mer où périrent votre père, votre grand'pcre
et plusieurs de vos frères ?
Il a répondu :
— Où est mort votre père, à vous ?
— Dans son lit.
~- 27 —
— Et votre grand'père ?
— Dans son lit aussi ; mais pourquoi me demandez-
vous cela ?
— Parce que" je ne comprends pas que vous osiez
vous coucher dans un lit si fatal pour les vôtres.
LE BON ZIGUE
C'est le boute-en-train du bateau n° loi.
Constamment de bonne humeur, rien à s' n épreuve,
rien ne le rebute. CÅ“ur et ardeur à la besogne, voilÃ
son numéro ; mais dans sa poche l'argent n'est pas
destiné à la Caisse d'épargne.
Lorsqu'il en a le petit commerce local en reçoit sa
part.
C'est lui que vous rencontrez dans les environs de
la Noël, après le comptage annuel, parcourant les rues
avec sa matelotte et s'approvisionnant dans tous les
magasins « où ça n'est pont trop çer ».
A cette époque, certains marchands d'habillements
tiennent à demeure, sur leur foyer, une bouilloire qui
chante la bonne chanson. Sur une table, des verres
près d'une bouteille avoisinent un sucrier : tout est
prêt pour un grog au pied levé.
Quand le matelot arrive : « — Ah ! comrne il fait
froid, lui dit d'abord le marchand, venez prendre une
chaude ! » Le matelot, très sensible à ces attentions,
accepte. Le voilà près du feu, ainsi que sa femme •
« — I nous faut , dit-il ». — Le marchand l'inter-
rompt : — J'allais me faire un grog, vous allez cho-
quer avec moi. — Pas de refus.
On trinque, parfois on retrinque. Le matelot, des
mieux disposé, a dit à son hôte : Vous m'allez, vous !
~ 28 -
Ils sont amis finis.
La matelotte n'oublie pas ce qui les amène :
— Avez-vous quicque çose ed hiaii, et pont trop ce?- ?
— Oui, tout à l'heure, mais finissez donc votre
verre.
On passe au magasin. Le marchand étale un grand
nombre de vêtements, ayant soin d'en laisser ostensi-
blement un ou deux de côté ; il vante chaque pièce :
l'étoffe est inusable ; comme cela est fait !
Les vêtements laissés de côté intriguent la matelotte
(c'est elle qui discute l'affaire pendant que le mari re-
garde) : — Et ceusses laie ? dit-elle.
— Ça ne vous convient pas.
— Pourquoi ça >
— C'est trop beau.
— Quément que dites, dont ! Trop biaii ! Esse quo
n peuvons pont acater comme les autres, nous ! Esse qu
no arzent nvaut pont c ti laie d' ein aiite !
— Je ne dis pas cela.
— / n manqiieroit pus qu," ci. Eh ben ! pour vous
preuver qu ment quo sommes, cest c ti laie quo prin-
drons, pont vrai, Zacques.
La ruse du marchand a réussi : il a écoulé un de ses
rossignols, et à bon prix encore.
LE RÉPILLEUX
Toui ne sont pas bons zigues : il y a le répilleux, le
mécontent, le soupçonneux, qui assiste à toutes les
ventes, note sur le couvercle de son ciquotin (où préa-
lablement il a collé un morceau de papier), le montant
des ventes, afin de contrôler le compte de l'écoreur. Le
répilleux est toujours fâché contre celui-ci, comme il
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l'est contre lé patron, comme il l'est contre ses com-
pagnons. On le trompe si souvent — assure-t-il. Il
change d'équipage à chaque saison, et n'a pas encore
rencontré, même sur le bateau n° loi, celui qui n'é-
meut pas sa bile.
C'est un répilleux qui, jadis, prononçait le mot éco-
reur, écorceur !
LE ZALOUX
Un matelot zaloux ! Ziizez un peu de ce que doit être
son existence et quels diables satmes hantent sa cervelle
lors des longs voyages d'Ecosse ou du Dogger's bank !
Le pauvre homme !
Lors de la pêche côtière, ses soucis sont moindres,
car dans l'intervalle d'une marée à l'autre, il peut se
rasséréner l'esprit par ses précautions. Il en a d'ingé-
nieuses, auxquelles Bartholo lui-même n'a pas songé.
Il enferme sa femme ; mais ce n'est pas tout : il sable
sa maison d'une certaine manière à lui, afin de pou-
voir vérifier si un pas accusateur y a laissé sa trace. Il
interroge, en outre, les voisins. Au moindre soupçon,
sa lourde, main s'abat sur sa victime
Le pauvre homme !
Lors des voyages lointains, pas moyen de tenir son
trésor sous clef. Que faire > S'il est patron, il peut em-
barquer sa femme à bord : mais s'il n'est que compa-
gnon !...
Le pauvre homme !
LE LOUSTIC
Il y en a toujours un à bord, un comédien de race
qui s'est trompé de planches.
— 30 —
Bon enfant, du reste, mais farceur fini. Il faut le voir
quand il s'est emparé d'un bourzeois curieux, désireux
de connaître la vie intime du matelot, et qui a demandé
à faire un voyag-e avec l'équipage. Le loustic s'en
amuse avec bonheur ; c'est une revanche. Comme
l'antipathie des races s'accuse alors : car il y a antipa-
thie entre le bourgeois et le marin, plus profonde qu'on
ne croit.
Si le premier se persuade qu'il est d'une essence su-
périeure en suite de son éducation et de ses habitudes
d'existence, il doit bien en rabattre lorsque, changeant
d'élément, il se frotte au génie vivace et de premier jet
du matelot sur son terrain. Le loustic joue maint tour
au capet, Ã l'intrus, car le bourgeois est un intrus Ã
bord : il n'est pas ci' nos zens et c'est pain bénit de s'en
moquer un brin. On l'envoie al picoréc chercher cul
four*tête, ce que nous appelons le poisson d'avril. Au
moment de servir la chaudière, le loustic le charge
d'une commission qui le retient jusqu'au partage des
meilleurs morceaux. On l'induit en erreur sur les termes
du métier, sur la manœuvre, sur l'usage des agrès.
Plus on lui en fait avaler^ plus l'équipage jubile : le
capet devient le jouet de ces grands enfants, et il ne
s'en doute pas : au retour, il se croit bien instruit.
LE LADADIOUS
Souffreteux, malingre, étiolé, admis par chanté, le
ladadïoiis, comme un élan d' ramon, est un zéro dans
le nombre. Personne ne lui reproche son incapacité :
/' pauvre cer homme, faut ben qui vive !
LE LICHEUR
Gourmand aussi, il chippe la part de l'absent. Gare
— 3L —
.à lui s'il est découvert : à bord, on a des procédés de
justice sommaire très efficaces.
Mauvais compagnon, le licheur arrive au bateau
vent dessîis vent d'dens, par suite dune bitture à tout
casser. Le lendemain, il est tout démacatif, impropre
au serv'ice : son compte est bon. On le débarquera à la
première occasion et il ne trouvera à se caser que parmi
les équipages enguignonnés . Le brave n° loi ne le
verra pas longtemps.
LE DUR A CUIRE
Insensible à toutes les intempéries, à toutes les im-
pressions extérieures, il ne sait pas ce que c'est que
d'être malade. Jeune, il roulait pieds nus ; maintenant
il retire encore ses souliers pour être plus à l'aise. Que
lui font le froid ou le chaud ? Cela n'existe pas, et
quand quelqu'un se plaint de la température, à ses
yeux ce n'est pas un homme.
Durs à cuire nos anciens corsaires, dont Bucaille resta
le type. Quelles natures bronzées! et quels naïfs héros!
C'est un dur à cuire qui, devenu vieux et riche, ne vou-
lant pas avouer son ignorance un iour qu'il devait
signer un acte, arriva chez le notaire le bras gauche en
bandouillère : « Z' peux pont signer, z'em sus blessé-ye. »
Comme on l'aurait offensé si on lui avait fait obser-
ver que sa main droite restait libre.
l'viu
« Ein pauver viu, ein homme d'em naze à qui qiion
manque ed respect : cest pont ben ! »
Il geint toujours. Toujours sur le qui-vive de la sus-
— 32 —
ceptibilitc, il sait s'épargner les moindres corvées en
invoquant s' ii'Ã ze. ce qui serait naturel et compris s'il
n'y avait pas souvent de la ruse. C pciuvcr vin gei-
gnard est connu pour un ancien ladadious, yn loupeur
tîni d'auter/ois ; car les auti'es, les diir-à -cuire^ ont
l'orgueil de prouver que les années ne leur enlèvent
rien de leur courage : aussi restent-ils l'exemple des
bons compagnons, le bras droit du patron, et on leur
confie souvent la charge de confiance, la cambuse.
LE CAMBUSIER
En attendant qu'il devienne eine vielle badei-ne, le
cambusier se montre souvent un coria à tous crins.
Cela se comprend, s'il était moins raide, on /' fîibuste-
roit. C'est lui qui distribue les douceurs, de quoi s'
papiner les loupes, de quoi zuer dé l trompe marine.
Attrape au boiijaron, al mock, au bidon ! via l riqui-
qiii, le schnip, le schnap -y' là c qui dégratte /' conduite
des boyaux f
Le cambusier est estimé selon ses connaissances
spéciales. Il tient 1' çarnier ; il prépare 1' çaudière, la
fameuse chaudièrf^Joù cuisent ensemble, en leur pre-
mière fraîcheur, les poissons du repas de bord. Ces
poissons prennent par l'eau de mer un bouquet et
une saveur inconnus ailleurs. La chaudière du matelot
donne des mets exquis et, au dire des dégustateurs,
les plus riches tables n'ont rien de comparable. C'est
là qu'il faut savourer le poisson pour en connaître les
exquisités.
Un bon cambusier est souvent lapidé : il lui faut une
rude tête pour arriver à contenter tout son monde et
le patron.
IX
Let^î l'emnieR du bord
Cette enfant à la crignasse mal détou'féc-ye. qui joue si
bruyamment aux varelles partout où elle s'arrête, se
.servant du premier trottoir venu ou d'un pas de porte,
comme d'un tremplin ; posant, pour le jeu, la rondelle
où elle vend tour à tour du sucre d'orge et des fruits,
sera bientôt la jeune fille alerte, belle de santé et de
conformation, qui, saiilrière, sans craindre le froid qui
mord ses jambes nues, ou pêcheuse de moules, revient
chargée d'un fardeau sous lequel plierait un portefaix.
Active, solide, c'est encore la femme de journée que
ne rebute aucun travail si rude qu'il soit.
C'est aussi l'ouvrière des ateliers de salaisons où
elle retourne chaque hiver.
Ne la jugez pas dans son costume de travail et
d'à tous les zoiirs qui l'empaquête. Il faut les yeux
d'un matelot pour découvrir, sous cet accoutrement si
lourd et si disgracieux, la belle fille aux formes rebon-
dies qu'elle est naturellement. \'oyez-là le dimencc,
avec ses fraîches couleurs ravivées par la toilette, la
3
~ 34 —
Hgurc encadrée par son bonnet — le Inau solci — dont
les rayons font un nimbe favorable à ses traits éveillés.
La belle filLe ! aussi est-elle vite choisie par un beau
gas qui l'épouse.
i.,a voilà femme de matelot : toute une \ic de rude
labeur lui incombe. Es hcllévcVoccupc un peu la pre-
mière année ; mais avec le premier enfant, avec el'
h.inde qui suit si vite le premier, elle a d'autres
devoirs. Il faut du pain à tout ce petit monde : elle ne
veut pas être inie mère ed lien, une mère dénalurisée .
A elle de tout prévoir ; car son homme ne sait que
gagner de l'argent à la mer. A terre c'est eine poire
molle. A elle de défendre ses intérêts auprès de l'arma-
teur; Ã elle de ramoider les lilets; Ã elle de pourvoir Ã
tout. Si elle peut encore faire une journée de temps Ã
autre, tant mieux ! Tant mieux si elle parvient à deve-
nir une arvciidcuse cd pisson ; tant mieux surtout, si
elle a un étal à la Halle ! Le pain est assuré. Sinori,
elle ira crier le -poisson par les rues. Rien ne la rebute ;
elle s'ingénie de toutes les façons.
C'est une maîtresse gaillarde et qui ne craùit pas sa
voisine pour le bec. Quel vocabulaire sort de sa bouche
émotionnée pour la moindre contradiction : eWc éboubit
son monde, aussi fut-il un temps où l'entrée des
bateaux lui était interdite tant elle y portait le désordre.
Tout pour son homme ! Et que d'inquiétudes lui
donne son métier hasardeux !
Un jour une voisine l'interpelle du seuil de sa porte :
— - Em' n homme i vient ed rentrer.
— Tiens ti, té f en fiées alors, lé )i'aspiis d' viande al
mer, t'es ben tranqinle.
Pourquoi n'est-il pas revenu, son homme > Le temps
est menaçant. Y a-t-il eu des avaries V Elle voie sur la'
— 35 —
falaise. Une barque se débat contre la tourmente,
hélas ! hélas !
Le lendemain, au milieu de ses- sanglots on lentend
rappeler les circonstances de son deuil :
— Et dire qu'à cinq heures il a mis l'boiit ed dens
(il venait de mettre le dernier bout de filet à bord lors-
qu'il fut élingué) et qu'à six heures il étoit mort. Sei7
pciuver cadctve i cole al nier. Si i serai"! seiirement ein
terre sainte !
Cette femme si expansive, si loquace, si vive, est
aussi la plus propre des ménagères. Tout reluit chez
elle dune propreté hollandaise ; mais en ce logis
qu'elle tient si bien, elle veut rester maîtresse absolue;
si son homme voulait se mêler du ménage : — Guettez
connau ! dirait-elle avec un mépris indéfinissable.
Ainsi que nous avons agi pour les compagnons, il
faut distinguer les femmes du bord selon le port
d'origine.
\J Enquihennoise est devenue une femme. Jadis c'é-
tait un être quelconque dont le sexe ne pouvait se de_
viner à l'extérieur. Elle a gardé de son origine un
courage jamais rebuté.
La Porteloise, fortement cambrée, avec les beautés
de la Vénus Callypige, est un type curieux de
femme dans laquelle on a vu une descendante des
Basques. Force et beauté sont alliées en elle avec un
charme pittoresque : elle a l'accent plus doux, moins
poissard, mais elle zure davantage que la Boulnoise.
Au sujet de sa conformation remarquable, dont on a
fait un signe.de race méridionale, certains sceptiques
— 36 —
ont dit qu'il n'y avait pas besoin de la faire descendre
des gascons pour cela et que le séjour de la grande
armée, sous le premier empire, avait eu sa grande
influence. Les grenadiers de la vieille garde étaient de
très beaux hommes et...
N'écoutons pas cette calomnie !
La Porteloise a la jambe admirablement faite et forte,
visible sous ses jupons courts et serrés. Elle a un
costume spécial qui la fait reconnaître partout : casa-
quin à basque, jupe noire de grosse étoffe, rarement
un mouchoir de cou. Elle porte letoquet plissé au lieu
du «. beau soleil,» son chignon est énorme, si énorme
même que souvent on appelle la Porteloise, tête à lo-
ques : on dit qu'elle le renforce avec du linge... quelque-
fois.
Rien de piquant à rappeler sur les Anderselloises et
les Ambeultesoises, campagnardes autant que matelottes,
confinées presque constamment dans leurs garennes.
La Boidnoise est le type accentué de la matelotte un
peu aiguisé par le voisinage bourgeois.
Première remarque : Le Coin Menteur doit son nom
au marcé au pisson où trônait la matelotte des anciens
jours, alors qu'elle était hâbleuse, vantarde, exubé-
rante en gestes, vrai moulin à paroles — je parle d'au-
trefois — disputeuse à fendre la tête, colérique ctle
cœur sur la main — comme elle l'a toujours — bonne
comme du bon pain et mauvaise comme la gale — je
parle toujours d'autrefois — prête à se prendre au chi-
gnon et à agoniser d'injures jusqu'à sa fille.
C'est une Boidnoise qui, au plus fort d'une dispute
avec sa fille et ne sachant plus que dire l'appela enfin :
— 37 -
Fille ed p.... fille ed g.... sans songer aux qualificatifs
qu'elle se donnait.
Parmi les Boulnoiscs il faut distinguer les Baston-
naises et les Calvairicnnes, ces dernières moins frottées
à l'élément bourgeois et doublement matelottes.
La Bastonnaise est comédienne sahs le savoir — je
parle toujout-s d'autrefois. En i8... Tune d'elles con-
damnée à l'amende par le tribunal et ne voulant pas
payer, alla trouver le maire pour en obtenir le certifi-
cat d'indigence libérateur de la dette. Ce certificat ayant
été refusé, pour cause, et la sommation de payer
venue, elle ne se lassa pas d'aller de porte en porte,
chez son armateur, chez toutes les bonnes âmes de sa
connaissance, afin d'avoir leur intervention pour l'exo-
nération de l'amende.
Ce qu'elle perdit de temps dans ces supplications on
en peut juger. La loi est la loi. Les' gendà rfties liiis à ses
tr^dussës, la trouvèrent à la halle. Là se jetant à genoux
devant les « zendarmes », elle invoqua Dieu et les saints,
que ses enfants allaient être réduits à l'aumône. Pauvre
malheureuse ; faut pas avoir pitié du pauver monde.
— Dites, monsiii Idirecteur, dites à ces bons messieurs
zendarmes qnzjinciis de la vie vivante zn-weaie eu, dix
sous à mi. Si m'préndent, qui nourrira mes p'tits
zéfons.... T) Cela dura dix minutes.
Les gendarmes auraient été émus si cela leur avait
été permis, mais comme cela ne leur est jamais permis,
ils ne purent que dire : Il faut nous suivre.
— « Ein prison ! ah ! mais non, fit-elle alors d'une
voix fort délibérée et en se relevant d'un bond : Tnez
Vvlà . va arzent ! et elle tira de sa poche une poignée
assez rondelette de monnaie.
- 38 -
Aucune c\pressir,n ne pourrail rendre reflet de ce
coup de scène.,, s'il n'avait été prévu.
Comédienne ai-je dit : trag-édienne aussi, par Tha-
bitude de l'exagération en tout, dans les qualités
comme dans les défauts.
C'était il y a longtemps aussi — pendant la durée
d'un voyage à Islande. Le mari d'vuie matelottc y pé-
chait la. morue sans se douter que sa icvaxnt pdchixil de
son côté.
Voici les faits :
La femme n'était pas coutumière d'infidélités mais il
arriva qu'un jour de malheur, un dimanche qu'elle
s'ennuyait sans doute et qu'elle s'était requinquée, elle
fut rencontrée par un groupe de bons vivants :
— Viens-tu avec nous Zabelle ?
— Où ça ?
;— .4/,ducasse.
II y avait-là Marie-Zeanne, Cathrine et d'autres, elle
pouvait bien les suivre.
. — Eh ben wi !
On se met en roule, on rit, on danse, on se régale,
son danseur était aimable, bref...
La faim, l'occasion, l'iierbe {eiidre...
il en résulta quelque chose d'qssez visible pour éton-
ner le mari à son retour.
Nier un tel état, et par conséquent la faute, ce n'é-
tait pas possible. L'attribuer au mari, pas moyen non
plus. La matelotte eut recours aux grands effets. Dans
un état indescriptible de douleur apparente elle aborda
carrément la question : Té peuwes dire tout cqué té
- 39 -
venzi'es ; z\iye été prise ed force : si tcyc in'crois pont
zvjis m zester à Vieawwe.
Il pardonna : c'est ce qu'il avait de mieux à faire.
Cette exagération, la metelotte la porte dans le bien :
Elle a la bonté du cœur, la charité. Elle ne peut voir
pleurer un enfant. Souvent elle s'interpose entre les
délinquants et la police, donnant toujours raison aux
premiers... lorsqu'ils sont pris. Elle recueille les vieux
parents, les orphelins de sa famille et ceux qui n'ont
-pas de famille. Elle se retire littéralement les mor-
ceaux de la bouche pour les nourrir et pourtant elle
est à s' •cueille comme pas une, adorant les friandises,
surtout les petites tartes de trois sous, auxquelles elle
consacre ses bénéfices d'extra.
J'ai vu ^ on aura peine à le croire — des matelottes
diner avec des têtes de poissons pour économiser les
cinq sous d'un verre de sirop de groseilles et terminer
le repas avec une petite tarte de chez Coqvielin.
Tout pour le dessert, rien pour le vrai repas, c'est
l'habitude.
Les Bonlnoises sont peu prévoyantes de l'avenir. Il
leur semble tout naturel, après avoir aidé leurs vieux
parents, que leurs enfants leur rendent la pareille dans
leur vieillesse. Jusqu'Ã nos jours la coutume des filets
de veuve mis à bord, et gagnant une demi-part à leurs
propriétaires, leur assurait un gain certain annuel. Cet
usage s'en va. Que deviendra la cigale quand la. bise
sera venue !
X
La Dame du Bateau
Lors des armements de bateaux, on rencontre fré-
quemment un g-roupe de trois ou quatre matelottes par
voies et par chemins, allant de magasin en magasin,
s'approvisionnant activement.
La dame du bateau se reconnaît alors à son beau
huaisc en passementerie, qui soutient la manne sur
son dos. Elle dirige le groupe. Elle semble ne pas
tenir en place. C'est que la tournée d'achats doit
être menée rondement, et qu'il faut bien, regagner le
temps perdu au marçanda:{e.
Quelquefois, un peu rafaroticre, elle n'hésite pas Ã
courir tous les magasins pour obtenir un rabais.
Celles qui la suivent sont les mères des mousses,
témoins de ses acquisitions faites pour le compte com-
mun : il faut bien voir si elle n'achète pas dé l' malienne
(de la mauvaise viande).
Ainsi qu'il arrive dans les entreprises commerciales
où l'influence de la dame de maison est si sensible, la
dame du bateau a une grande part dans le succès de
l'association des conipagnons de pèche. L'approvision-
— 41 —
nement des vivres repose sur elle, et, si elle est active,
elle s'occupe aussi de 1 "équipement général. C'est elle
qui va chez larmaieur obtenir- des avances ou un lot
de filets pour tel compagnon auquel on les avait refu-
sés. En hiver, après la harengaison, lorsque le bateau
va à r trile, il faut la voir, au retour, venir en toi-
lette, — elle fait toilette pour venir à la Halle — présider
à la vente des lots de broutilles et de phtale, diriger
l'étalage des gros lots, attendre le bon moment pour la
vente, relancer partout les mareyeurs.
Elle veille à tout, sun^eille tout, infatigable.
C'est elle qui perçoit le montant de la marée qu'elle
partage entre les femmes du bord, tandis que les
hommes, ayant reçu leur ;^\.iincye, sont allés prendre
quelque chose de chaud au cabaret. Le beau bruit lors
du partage ! Parfois, il s'élève des doutes sur un point
délicat. Ah ! Zézus ! il faut la voir, les poings sur la
hanche, tenir tète à toutes et ziirer sa part de paradis...
Ces petits ouragans n'empêchent pas l'entente cor-
diale, vite rétablie.
C'est la dame du bateau qui préside a.\i J'ayiisse n" i,
fait avec les pardessus le bord qui reviennent aux
hornmes lors du comptage de la harengaison.
Comme toutes les femmes du bord, elle" a le cœur
sur la main : c'est elle qui prélève l'impôt du pauvre,
la pari à Dieu, ainsi qu'on la désignait jadis. Les
veuves, les orphelins l'ont pour appui. Elle va solliciter
pour eux, et souvent, mieux que cela, elle prend soin
elle-même de leur misère.
Quand la dame de bateau est économe et que son
indu.stiie ajoute aux gains du mari, la fortune arrive
vite. Rien de plus trompeur que l'apparence avec les
matelottes. On a vu de ces porteuses de hotte donner
._ 42 —
dcb d()l> fort imporlanles à leurs lilles. Plus d'une,
après avoir été femme de bord, puis patronne, est
morte femme d'armateur'.
Au siècle dernier, — je ne prends mes exemples que
dans l'antiquité, — une patronne avait une fille qui
avait faille.
Le commis du mari lui sembla le seul gendre pos-
sible. Voyant qu'il n'osait lever les yeux si haut, la
patronne lui dit un jour :
— Z' vous csteime, et. vr.xic'xt: z vondrni avoir ciii huic
fin comme vous.
Le commis la regarda sans répondre.
Elle reprit :
— Pourquoi pas ! f crois qu em fille an n vous :^' ar-
garJe pont ci' trop mcttiv.iis œul. Esse quo vodrie^ pont
d'elle?
Le commis soupira.
— Z vois qui faudra que \ parle pour vous, attende^ i
Elle revient au bout de quelques minutes :
— Eni fille an n dit pont non. et vous ?
— Je l'adore, répond le commis.
— Eh ben, cest fait.
La patronne le laissa sur ce bon goût
Il fallait, toutefois, l'informer que la fille n'était pas
seule.
Le lendemain, revenant sur le sujet du mariage,
après avoir énuméré qu'elle donnait tant et qu'ils pour-
ront être à l'aise :
— Seznemc»^, fait-elle à la fin, z'ai oblié ed vous dire...
qu'ai ètoit enceinte.
Le commis, sans savoir ce qu'il répondait, exclama :
— Qu'importe ! je l'aurais prise quand même elle ne
l'eCit pas été.
XI
Le Pati'on
Il est, après Dieu, maïUc absolu de son bateau et de
ses hommes, sur lesquels il a l'autorité d"un capitaine.
Comme tel, il est bon qu'il soit un peu rèche. solide au
poste et qu'il impose.
Il règne et gouverne puisqu'il conduit le gouver-
nail ou la barre à l'entrée et à la sortie du port, ainsi
que dans le danger.
Le reste du temps, les hommes de l'équipage ly
remplacent par quarts.
Comment le maître du n" loi est-il devenu patron ?
Il est jeune encore, il s'est marié dernièrement Ã
M"* Fane, celle qui disait : Sus c quaye on m'appelle
Zabclle, mais à m mai\one, c'est mamzelle Delpierre.
Comme il possédait quelques économies de compagnon
et surtout un grand courage déjà apprécié, il est allé
avec son argent, (mille, deux mille francs, plus ou
moins),- trouver un armateur, et il lui a dit : « Z' vou-
drois qu mender ein batiauzve ! »
Comme il était déjà estimé, l'armateur répondit : ça
— 44 —
se peut, si vous vous engagez à user ce bateau Ã
mon écore.
— Tope ! c'est fait.
Alors commença la sur\i;illance de la construction
dont nous avons parle.
Autrefois le patron mettait la main à la pâte. c"est-à -
dire qu'il travaillait à bord, donnant l'exemple de l'ac-
tivité. C'était lui qui, notamment, embarquait le fil des
voies lorsqu'on relevait les filets aux harengs. On dit
qu'il n'en est plus de même.
Jadis encore, en des, temps reculés, on parlait de
méchants patrons, durs à l'équipage, rudes aux mous-
ses, mettant, au bout des mots grossiers, le sifflement
d'une garcette, frappant les jeunes, etc.
Le tribunal a dû sévir.....
C'est de l'histoire ancienne, heureusement.
A ces patrons :
Tel berceau ! Tel tombeau !
Peu aimés, mal secondés, ils ne réussissent pas ;
bientôt ils n'ont plus qu'à porter lu barre à Zé\iiS
fla\cllé o\x k saint Gandoufe ; in nfont qu des ronds
dans rieauzre ; i sont /' étant d' bas, lesti qui na pont d'
ça lice.
Le bon patron fait le bon équipage: avec le bon
équipage, il possède bientôt /' s.ic et T amarrage, i d'
vient f amiral du hable, et, s'il est hardi, il entreprend
à son compte : c'est un futur armateur.
XII
L'Armateur
Le patron du bateau n" loi. sur la route de la for-
tune, a payé son bateau bien vite. Fidèle à son enga-
gement, il a usé sa première barque à Técore de son
armateur.
Ses économies lui permettent d'en construire une
autre : il s'écore lui-même : c'est le début d'un arma-
teur nouveau. Encore un peu de temps, il aidera un
frère et un cousin : il leur fera des avances, il les
écorera.
L'âge venant, il n'ira plus à la mer, mais il portera
dans la direction des divers bateaux, dont il a le soin,
l'esprit d'ordre, et d'économie qui l'ont fait réussir.
•Ayant gravi l'échelle hiérarchique : mousse d'abord,
puis compagnon, puis patron, puis armateur, il con-
naît le fort et le faible de tout.
Il amasse. Ses enfants sortiront du milieu marin,
iront en pension. Grâces au père laborieux, ils n'auront
jamais à peiner : ils seront les fils de Monsieur un tel,
le riche armateur, armateurs de naissance, n'avant
— 46 —
qu'à récolter dans le plus riche champ de l'induslrie
maritime.
J'ai tout dit. J'ai voulu être vrai, faire aimer mon
sujet comme je Taimais.
Ce brave équipage du bateau n" loi ne sera bientôt
plus qu'un souvenir. Ses éléments se transforment,
comme se transforme aussi son langage.
L'armement à la part qui était l'à me de la pêche
depuis le xii" siècle, va faire place à l'armement au.^
gages. Ceci tuera cela ! Nous aurons des travailleurs
de la mer, nous n'aurons plus la famille des com-
pagnons.
Qiiod dî niiien jvei Ltiit !
4 SEPTEMBRE ï8H^.
TABLE
PAGES.
Introduction 1
La Mer 3
Le Quartier . 5
Le Bateau 7
L'Ecjuipage. . 13
Le Mousse ] 6
Les Compagnons •. . . . 20
Ceux d'en-cleçà et ceux d'au-delà 23
L'Enquihennois 24
Le Portelois 24
Le Boulnois 25
Portrait à l'emporte-pièces 26
Le Servicier 26
L'Interpide • . . .27
Le Bon Zigue 27
Le Rëpilleux 28
Le Zaloux 29
Le Loustic 29
Le Ladadious 30
Le Licheur 30
Le Dur-Ã -Cuir 31
L'Viu 31
Le Cambnsier 32
— 48 —
PAOES.
Les Femmes du Bord 32
L'Enquihennoise. 35
La Porteloise 35
La Boulnoiae 3G
La Dame de Bateau 40
Le Patron 43
L'Armateur 45
L'LANGAZE ED NOS ZENS
El langage des \ens dé V Biirîère a beaucoup de
points de contact avec le patois bouUenois :
1° Par la suppression des liquides / et r dans les
suffixes quand elles se trouvent après une consonne ;
2° Par la transposition de IV pour former des sons
pleins, ar ou er au lieu de ra et de re et de / dans
l'article le :
3° En se prononce in comme dans ennemi ;
4° L'f s'ajoute pour faire in au lieu de eu et iaii au
lieu de eau;
5° Le ? s'ajoute pour accentuer les troisièmes per-
sonnes pluriels des verbes : aimtent, danstent, aimoit-
tent, dansettent ;
6° Le son de oi se substitue à celui de ai, etc.
Ce qui diffère le langage ed nos \ens, c'est le -{ure-
ment obtenu par la suppression de Yh dans les mo,ts,
l'emploi du c cédille et celui du \ au lieu du g du 7 et
de 1'.? doux.
Le glossaire qui va suivre fera, mieux que tous nos
commentaires, comprendre les ressemblances et les
dissemblances.
'J\rr^'^
, i *{'â–
Ce glossaire forme le complément de notre Vocabu-
laire BouLLENOis, ou dictionnaire historique et com-
paratif du dialecte boulonnais, dont l'ébauche a été
publiée par le journal la Saison, en 1881 et 1882 (i).
On ne trouvera donc pas ici les mots du dialecte
boulonnais qui n'ont pas reçu, par nos marins, c>u un
sens différent ou une forme spéciale.'
(1) Le Vocabulaire Boullenois. dont le manuscrit est
pi'ôt, ne sera publié qu'après la plus rigoureuse re'vision de
chafjue mot.
Ce sera une œuvre se'rieuse à laquelle nous consacrons et
notre temps et les recherclies les plus minutieuses.
GLOSSAIRE DU LAMAZE DÉ L'BURIÈRE
A. — Comme le paysan bouUenois, le marin a une
forte tendance à donner le son d'à aux mots commen-
çant en e\ nous en fournirons quelques exemples.
Abattée, s. f. — Deux bateaux marchant l'un vers
l'autre font une abattée en changeant de direction.
Abe. — Suflixe, pour able et abre : cabe, aimabe,
sabe, etc., etc.
Abecquer v. a. — Amorcer de nouveau.
A bord ! — Cri d'appel aux marins d'un équipage,
lorsqu'ils sont à terre, pour qu'ils se rendent au
bateau prêt à partir.
Accastillage, s. m. — Arrangement des parties
hautes d'un bateau. (Gaillards d'un vaisseau.)
Accrues, s. f. — Fausses mailles de filets.
Ace. — Suffixe et préfixe, pour ache : moustace,
tace, vace, hâce, etc., aceter.
Acorceu, s. m. — Tablier. A r^ place s' n acorceit, té
_ 52 "
sayes, qu' ça fait comme eine poce et ça H sert pour
voler des pissons.
Acourcôî, v, a. - — Diilhinuer, accourcir,
Acoute ein peuwe ! écoute un moment. — Locution
fréquente : T'aT on Zacquot, acoute ein peuwe 1
Acq ou acquie, s. f. — Amorce.
Ade. — Sullixe, pour adre : cade, escade, etc.
Admirer. — Ce verbe prend un sens spécial dans la
bouche de nos marins : il exprime un étonnement pro-
fond :
Vu qu' nos p' titsfius et p' titesfilVs egiC :( admire.
[Poésies d'ALTAZiN.)
Adoucer, v. a. — Adoucir. Par contraste, on verra
égayer devenir égayir, etc.
Affalée (Faire eine). — Lorsque des pêcheurs n'ont pu
rentrer à temps pour vendre les maquereaux, ils les
dépècent et se servent de la peau coriime acq pour
prendre dés congres : cela s'appelle ya/re eine affaléye.
Affaler en vraque ou affaler à bord. — Sauter du
quai dans le bateau. — Affaler a, en général, le sens
d'aller : affale sus c' quaye, dit un marin à un cama-
rade qui est dans le batea;u.
Afflizé, s. m. ou f. — Estropié.
Agace. — Agache, pie ou cor aux pieds.
Aguesser.- — Agacer, dans un sens favorable. On
aguesse un enfant pour le faire rire. L'autre sens
s'emploie aussi, mais plus rarement.
Aguzoire, s. f . — Affitoire.
Aïance. — Alliance, bague.
Aiguë. — Suffixe, pour aigre : vinaigue, ttraîgue.
Aile (Faire 1'). — Se tenir à l'écart.
— 53 -
Si té n'as pont d' çance,
Fais dens V botte
Si t'as dé F cance
Fais l'aile !
Ainet, s. m. — Bâton sur lequel on enfile les harengs
pour les faire saurir.
Ains, s. m. — Hameçons, comme le vïc.lX français.
Ain-ye. — Suffixe phonétique, pour ain. Afin de
rendre la prononciation de main, train, bain, etc., il faut
écrire ces mots : main-ye, train-ye, etc. Cette re-
marque peut s'appliquer à tout le patois boullenois.
Aite. — Suffixe, pour aitre : maite, traite, naite, pa-
raîte.
Ai-ye, pour ai : balai-^-e, brai-ye, etc.
Al pour ail : détal, traval et aie pour aille : faut
qu' i' aie, batale, pécale, etc.
Alarzir. — Elargir, changement de Ve en a.
A r côte (Eté). — Etre ruiné.
Alèze, s. f. — Lé d; filet : une alèze est un lé de
cinquante mailles.
Al ou aile pour elle. pron. — Changement de ïe en a.
I :;" ont si ben emoiiquayé V candelle
Qu'aile a v' nu molle et fondu comme du sui.
(Poésies (TAtxAZiu,)
Aller à dorlots, loc. — Aller chez un orfèvre acheter
les bagues, boucles d'oreilles, etc., lorsqu'on va se
marier.
Aller au pain, loc. ~ Mendier.
Aller dehors, loc. — Sortir du port.
Alouans, Alouons ou haloin, s. m. — Sorte de moufle
- 54 ~
ou gants sans doigts que les marins mettent pour tra-
vailler.
Aloze, s. m. — Sablier placé sur le pont, dont le sable
en s'écoulant marque le temps des quarts ou heures
de service actif à bord.
Amarre, avec le sens d'arrêté. — Un marin était un
jour à confesse et le prêtre l'interrogeait :
— Combien y a-t-il de temps que vous ne vous êtes
confessé ? Deux, trois ans ?
— Larguez, larguez.
— Dix ans ?
— Larguez core. '
— Vingt ans ?
— Larguez.
— Jamais alors depuis votre communion ?
— Amarrez là .
Amarette, s. f.— Petite armoire. Les marins disent
amaire et ormoire pour armoire, comme les paysans.
Amarre et' blague, loc. — Tais-toi.
Ambe et embe. — Suffixe, pour amble, ambre et
embre : Membe, décembe, etc.
Ambitionneiix, Ambitionneuse, adj. ^ Ambitieux et
ambitieuse.
Ambeultesois. — Qui est d'Ambleteuse.
Amets, s. m. — Amers. Avoir des amets ou des points
de repère sur terre, tels que maisons, moulins, églises,
que l'on remarque en plaçant les cordes en mer, afin de
les retrouver. Les amets sers'ent aussi pour s'orienter.
Amiral du hable. — Celui qui a gagné le plus dans la
harengaison. Il est curieux de voir le vieux mot hable,
port, subsister dans le langage des marins.
Ance. — Suffixe, pour anche : blance, démence, mance.
etc.
Ande et ende. — Suffixe, pour andre et t'/ùirt;; répande,
tende, fende.
Aagouce. — Douleur subite.
Arnordir, v. n.— Revenir au nord, se dit du vent. Le
vrai mot devrait être anordir, cité par M. Tiret.
Anze pour ange : ctranze, niélanze, etc.
Aploit, s. m. — Un certain nombre "de filets réunis,
Arl)alète ou clipot. — Morceau de bois p nir la pêche
au libouret.
Arcanzer. — Rechanger, par transposition des lettres
du préfixe et changement de Ye en a.
Arçur, V. a. — 'Recevoir. Os allons V arcur che-{ V
marijyetir.
Arfouler 1' marée, loc. — Aller contre la marée.
Ar pour re. — Préfixe comme dans le patois,
ar trouver, artourner, arpas etc.
Arignéye d' mer, s. f.— Sorte . de crustacé ayant la
forme de Taraignée. ,
Arléver dans 1' suroit,loc. — Frapper au derrière.
Arnagat, s. m. — Renégat.
Arpife (L'mer s). — Ld merse fâche. Le marin emploie
du reste en général le verbe s^arpifer pour se rebiffer.
Arrien, s. m.— Rien. Zi ai fait arrien. Je ne lui ai
rien fait.
Oit qu' les pus fins yet voitfnt arrien du tout.-
{Poésies (Z'Altazin. )
Arriéré (C'est un). — Un niais à qui l'on fait croire ce
que Ton veut.
Arrioler (S').- — Se dit de la mer quand le vent change
subitement et que de nouvelles vagues en sens contraire
combattent les anciennes. •
— 56 —
Arsouvenir(S"). — Se ressouvenir.
Et ■{ ni" ar souviens qu' té m'as dit auterfois.
{Poésies d'ALTAZiN. )
Arténir (S'). — Se modérer dans sa colère.
Artirance, s.f. — Ressource. II y a de Vartirance à tel
ou tel métier, comme il y en a avec telle ou telle
maison.
Arvendeuses, s. f. — Marchandes de poisson sur ron-
delles.
Arvénir. — Apparaître. Les naufragés qui sont restés
au fond de l'eau arviennent pour réclamer des prières.
Ce verbe s'emploie aussi pour succession : /' pus \eune
dity à son père ed li donner d'esse qui doit H arvénir ;
signifie aussi tout simplement revenir.
En arvénant dé V danse
M' n' amoureux Gaberrier...
[Poésies d'ALTAZiN.)
Arventée. — Il y a arventée, lorsque le vent d'ouest,
ayant soufflé en tempête, a changé d'aire pour revenir
ensuite à l'ouest souffler en ouragan.
Arzeint. — Prononciation du mot argent.
Asse. — Suffixe, pour aste et astre : contrasse, dé-
sasse, asse.
Assir. — Mettre les filets à la mer. On assit le bateau
lorsqu'on le commence.
Ate. — Suffixe, pour atre et attre : quate, combâtc,
emplâte.
A tous les zours (Habits d'). — Habits de travail.
A trape. — Interjection avant le commandement, qui
- 57 -
semble venir de apte, très apte, en passant par le mot
bouUenois trape. A trapeà vider les escarbilles. A trape
à serrer les voiles. Signifie donc: Sois apte.
Audersellois. — Qui est d'Audresselles.
Au nom du père. — Au premier lot qu'elle achète et au
premier lot qu'elle vend, la matelotte dit : J' vas faire
au nom du père pour que ça m' porte bonheur.
A bord, le patron au moment du repas dit aussi :
Os allons faire au nom du père
Avant d'aller à V caudière.
Ausse. — Suffixe, pour auche : débausse, gausse.
Aussière, s. f. — Cable relié au bateau et qui retient
les filets.
Aumôunier, adj. — Charitable.
Auter.— Pour autre : auterfois, auterment.
Autérui, s. m. — Autrui.
Auxzuns. — Aucuns. Gn^ena d'aux!{uns qui disent.
Auze pour auge : patauze.
Avalaze ou avalison, s. m. — Avalanche d'eau occa-
sionnée par de grandes pluies ou par l'ouverture d'une
écluse, ce qui. donne un grand courant dans le port et
y gène l'entrée des bateaux ; se dit aussi d'une vague
qui vient déferler sur le pont d'un navire.
Avalison (Faire eine). — Partir de l'amont pour faire
une pêche dans l'aval.
Avalette, s. f.— Morceau de bois auquel on attache les
lignes pour pêcher au libouret.
Avalins, s. m. — Marins des ports à l'ouest de Bou-
logne. Dans le vieux français on disait Avallois.
Avant-Z-hier. — Avant-hier.
Avaries, s. f. — En sus du sens français, ce mot
— 58 —
signilic encore les dépenses communes dun équipage
Avertissance, s. m. — Avertissement.
Aveugler, v. a. • — Boucher à la hà le un trou ou une
voie d'eau à un bateau.
Avoir r sac et l'araarraze, loc. — Kh-e riche.
Az pour ag et aj. — Préfixe : azouter, azuster, azir,
azile, aziter, etc.
Aze pour âge. — Suffixe : aze, amarraze, bagaze, cou-
raze, etc.
B
Baderne (Vieille), s. f. — Matelot qui n'est plus propre
au service.
Baclou (Faire le). — Faire le niais.
Bâce, s. f. — Bâche de la pompe à air (Tiret).
Balai-ye du Ciel. • — Vent du nord.
Balais (Ramasser les). — Etre le dernier, ne. pas
réussir.
Balast, s. m. — Lest.
Balineaux. — Grands poissons, marsouins, etc.
Balouette, s. f. — Girouette placée au haut du grand
mât.
B ptisé-ye, s. f. — Baptême. Fine baptisé-ye.
Baptisé un dormeur. — Le réveiller en lui jetant un
seau d'eau. Les verbes en èr ne prennent pas l'r dans
la prononciation.
Baroquette, s. f. — Poulie.
Barots et barotins, s. m. — Pièces qui soutiennent les
ponts de bateau : de là le verbe baroter, employé par
les constructeurs.
Barre (Gouvernail). — Eté al' barre, gouverner,
diriger le gouvernail. Passer sus c barre, chavirer.
Barre du cou. — Epine dorsale touchant à l'occiput.
J' H tordrai V barre du cou.
Barsier. — Bateau ou homme faisant la pèche des
bars.
Barsoin, s m. — Bassouin, corde qui relie les filets
au câble ou aussière.
Bas d' hotte, s. m. — Nom du grand bas de laine
montant jusqu'aux cuisses.
Basquette, s. f. — Manne à claire-voie : de l'anglais
basket.
Basquine, besquine ou bisquine. — Bateau de Trou-
ville.
Bassures ou basses, s. f. — Fonds qui se trouvent Ã
certains endroits de la mer.
Bastaque, s. f. — Poulie attachée aux haubans.
Bastet, s. f. — Bâton employé dans le gréement
(Tiret).
Baston, n. p. — Rester à Baston, demeurer dans la
rue ou dans le quartier de Boston. Z' demeure Ã
Baston, dans les Cent-huit. Je demeure dans la rué des
Cent-huit escaliers.
Bastonais, s. m. — Qui est du quartier de Boston.
Bâtarde, adj. — De deux couleurs.
Bateler. — Action de mettre un canot à la mer pour
amener le poisson à la halle, lorsqu'il n'y a pas assez
d'eau dans le port pour que le bateau puisse rentrer.
Batiauwe. s. m. — Bateau. Batiauwe-peinture, ba-
teau bien peint mais mal tenu. Batiauwe du bon Diu,
navire qui a de la chance et qui est bien conduit.
Battent à flets, loc. — Lorsqu'on a sommeil, les
yeux « battent à flets. »
— 60 —
Bauwe, s. m. — Solive d'un flanc à l'auUe du bateau,
— désigne aussi la largeur du bateau.
Bouffe, s. f. — Grosse corde à laquelle sont attachées
les lignes qui portent les hameçons.
Bavette, s. f. — Petite bouée.
Beaucir, v. a. — Embellir. L tempsy beaucit, qa
beaucit.
Bec, s. m. — Baiser. Donne un bec.
Bec au gatiau ou bec à ^eus. — Gourmand, qui est
à sa bouche.
Bécard, s. m. — Genre de raie n<>ire. — Nom aussi
d'un certain saumon.
Bel. — Sorte de construction élevée à l'arrière des
bateaux qui font la pêche à la morue
Bellot comme un saint Zean-Batisse. — Locution ad-
mirative.
Bellotte, adj. — Gentille. Al est bellotte comme
tout.
Belté-ye, s. f. — Beauté.
Ben pipe, superlatif. — Bien plus mal.
Bendingue, bandîngue, s. f. — Corde qui relie les
flottes au câble bordant les filets.
Béni soit Diu ! — Exclamation que fait toute mate-
lotte en concluant une affaire, gain ou non gain.
Berguiner, v. a. — Action d'un bateau qui achète
du poisson en mer. — Nos campagnards disent bargui-
gnerponr marchander. De l'anglais to bargain, acheter.
Berquois. — Qui est de Berck-sur-mer.
Bête -à - dos. — Petit marchand de poisson qui
emporte sa marchandise sur son dos. On dit des
bêteà -dos.
Bête du bon Diu (C'est 1'). — C'est un bonasse.
Bétôt. — Bientôt,
— 61 -
Les ^euiis \ins
Vont bétôt prende' lés armes.
{Poésies «fAiTAZiN.)
Biau moule, loc. — Ironique. C'est un biau moule !
Biau solei. — Les matelottes appellent ainsi le bon-
. net bien blanc, bien potelé, bieil évasé, qui encadre si
bien lu belté-ye.
Bice, s. f. — Chèvre. Le matelot dit toujours eine
bice ; jamais ou rarement eine cêve.
Bichette ou bicette. — Filet monté sur deux perches
courbées.
Bifins, s. m. — Nom donné aux soldats de l'infan-
terie de terre.
Bitture ($' donner eine). — S'enivrer.
Blancs mantiauwes, s. m. — Goélands blancs.
Blanque comme ein drap (Mer). — Mer calme.
Blanquettée, s. f. — 'Mer qui commence à se calmer.
Bluet, s. m. — Squale. Chien de mer sans dard.
Boire à V grande tasse, loc. — Se noyer.
Boire un coup, loc. — Tomber à l'eau.
Bon Diu flazellé. — C'est ainsi que les marins dési-
gnent la chapelle de Jésus Fkgellé.
Bonite, s. m. — Poisson.
Bordé au vent, loc. — Etre de mau\'aise humeur
(Tiret).
Bordée (Courir Ou tïrer eîjre). -^ Faire la noce.
Bos (Il est d' ces). — Locution fort employée par la-
quelle une matelotte désigne un paysan qui a l'air em-
barrassé.
Bosses (Larguer les).— Quitter. J' vas H larguer les
bosses, dit un jeune homme qui veuf défeisser sa bonne
amie.
62
Bossoir, s. m. — Avant du bareau, à l'endroit où est
placé l'homme de vig'ie.
Boîisoirs (Eine paire ed), loc. — Seins.
Botte, s. f. — Réunion, grand nombre. / sont eine
botte. .V, 'S. .
Si. t'as du hasard, ly
Mets teu à l écart.
Si t'as pont d'hasard,
Mets teu dans r botte,
Tépécras comni ein aitte.
Botte' à collets jaunes, loc. — Lorsqu'un arma-
teur, propriétaire de bateaux, remercie le maître d'équi-
page, on dit qu'il lui donne des botte^ Ã collets jaunes.
Bouclettes, s. f, — Anneaux en métal dont on borde
les filets.
Bouée (Rester planté comme eine). -^ Comme un
étombi ou un ahuri.
Bouffi (Hareng). — Demi-salé et demi-fumé.
Bouillon d' cien, loc. — Pluie.
Bouillons d' liérengs. — Amas de harengs en mer,
bancs,
Boulier, s. m. — Grand pot de terre qui sert à bouillir
l'eau, etc.
Bouiiet, s. m. — Bosse à la tête, par suite d'un choc.
Boujaron, s. m. • — Espèce de blouse en toile oirée
qui recouvre les autres vêtements du marin.
Boujaron, s. m. — Gobelet en fer blanc servant Ã
boire la goutte.
Boulnois, s. m. — Qui est de Boulogne.
Boiirset, s. m. — Grande voile d'un lougre.
Bourzois, s. m. — Bourgeois.
Boute en bas ! — Cri d'appel à l'équipage.
- 63 —
Boutife, s. f.— '\'essie de poisson : hareng à boutifes.
Braies, s. f. pi. — Culottes en toile. Nos marins ont
conservé ce vieux mot français.
Braille, s. f. — Pelle en bois avec laquelle on remue
les harengs, en tas ou en vrac, pour les saler.
Brailler, v. a. — Saler le hareng à la braille, sans le
caquer.
Brasser, v. a. — Faire. — Brasser à ciller, locution.
— Se tirer d'une affaire difficile. Brasser carré son
çapeaii ou le brasser en pointe, autres locutions.
Braziller, v. a. — Clapotter. L' mer bra\îlle.
Ereunnes, s. f. — Brouillards épais sur la mer.
Breuilles, s. f. — Intestins du poisson.
Bricole, s. f. — Ligne de pêche attachée à une
branche d'arbre ou à un poteau enfoncé en terre, au
bord de l'eau.
Briqué V pont aveuc sen dos, loc. — Dormir sur
le pont.
Brise, s. f. — Le vent qui se fait sentir est une belle
brise, ou une jolie brise, ou une forte brise. La belle et
la jolie brise sont déjà assez puissantes, mais ne con-
trarient pas la marche. La forte brise avoisine le grand
vent : Eine brise qui nous mén'ra F qneuxue eii trom-
pette. (Tiret.)
Brosse de matelot. — Poisson.
. Broutilles, s. m. pi. — Menus poissons. vendus avant
les gros lots.
Bucque, s. f. — Petite quantité, petit morceau. Prêt'
ême ein morcieauwe ed pain-ye. — O n n'avons pu
eine bucque.
BuCQUet, s. m. — Echantillon de harengs apporté par
le vendeur à la salle des criées. Doit venir de bouquet,
choix.
- 64 -
Buhôttier, s. m. — Petit filet en forme de poche et Ã
manche.
Bure ou bi}'e, s. f. — Bouteille oii engin de cette
forme, en osier, pour prendre le poisson.
Burière, s. f. — Bruyère. Nom du quartier marin, Ã
Ëoulogné, jadis couvert de bruyère.
C
Ça. — Préfixe pour cha : çagrin, çaleur, cambre,
çandelle, çançon, çapelle, casser, çat, etc.
Cabe, s. m. — Câble. La plus grosse corde. Filer
sen câbe par el bout : Mourir.
Cabeines, s. f. — Lits qu iressemblent à des armoires.
Ailleurs on dit Capetes.
GaMllaud, s. m. — Morue la plus estimée, à grosse
tête.
Gablièrè, s. f. — Grosse pierre qu'on attache aux
lignes de fond pour les empêcher d'être entraînées par
le courant.
Cabot, s, m. — Poisson à grosse tête.
Cace, s. f. — Bateau qui fait la pêche au chalut.
Çacun, pron. — Chacun. Çacun à s' place et V ba-
tiawpe va droit !
Gade, s. m. — Appât. Cade soufflé, loc. — Affaire
manquée.
Çafaud, s. m. — Echafaud. Un Çajaud pour sécher
la morue. — Les mamans qui ne sont pas contentes
d' lu fin leur promettent facilement que s'il continue
ainsi, / monfra su V çafaud.
— 65 —
Caïfe. — Sobriquet curieux qae les Enquihennois
donnent aux Etapois.
Gale (L'), s. f. — Escalier du quai.
Cale, s. f. — Mauvaise plaisanterie : Donner eine cale
à ein homme, c'est couper les rabans de son hamac
(Tiret).
Caler, v. a — Appuyer : même sens qu'en français.
Ranger les barils dans les bateaux et les faire tenir
avec des morceaux de bois,, pour qu'ils ne roulent pas
en cas de mauvais temps.
Caler les joues (Se). — Faire un bon-repas.
Calisien. — Qui est de Calais.
Ein équipage ed Calisien
Trois hommes et un cien.
Galme-et-vent, loc. '■— Vent faible et inconstant.
Calme tout blanc, loc. — Pas le moindre vent.
Calmenne, s. f. — Suite de jours où le temps est
tout à fait calme.
Calmir ou Calminer, v. n. — Se calmer, s'apaiser
en parlant du temps. / calmit : le vent commence Ã
tomber. L" veint va calmissant .
Çalut, s. m. — Chalut. Filet terminé en pointe, traîné
au fond de la mer pour ramasser le poisson.
Calvairien, s. m. — Qui habite le quartier du Cal-
vaire.
Çamarin, s. m. — Cormoran et poisson ayant la vie
très dure hors de l'eau.
Camen, adv. — Combien.
Camiélois, s. m. — Qui est de Camiers.
Camucer (Zeuer à ). — Jouer à cache-cache.
Canarder, v. n. — Plonger dans l'eau. L batiainue
— 66 —
i canarde^ c'est-Ã -dire il enfonce de l'avant, il met le
ne:{ dans l'eau comme les canards.
Canapé, s. m. - - Sorte de morue nommée cglelin.
Çanlattes ou Chanlattes. — Pièces qui traversent la
cheminée d'une corresse.
Canotte, s. m. — Canot. Les marins appellent /' ca-
notte dé V leiine, l'étoile qui l'avoisine et ils disent :
L' canotte rapproche sen batiauwe ou bien : L' leune
a embarqué sen canotte.
Çanter, v. a. — Chanter : l' poulie çante, al a soi!
(Tiret). La poulie grince, elle a soif, il faut la graisser.
Çanzer, v. a. — Changer.
Cap (Mette el'), loc. — A'" p>us savoir oii mette el
cap, être embarrassé (Tiret).
Çapelet, s. m. — Chapelet. C'est aussi une chaîne de
communication de mouvement (Tiret).
Çapelle du bon Diu fiazellé. — C'est la chapelle de
Terlincthun, dite de Jésus Jlage lié, où les marins vont
fréquemment en pèlerinage.
Çaperon, s. m. — Chaperon, instrument qui sert Ã
mettre l'ancre à bord lorsqu'elle est élevée à une hau-
teur convenable.
Capet, s. m. — Nom donné aux bourgeois surtout
à ceux qui s'embarquent avec un équipage de matelots
pêcheurs.
Gapïer, v. a. — Action d'un bateau qui louvoie en
face du port, en attendant que la marée soit assez haute
pour y entrer.
Gapon, s. m. — Corde garnie d'un gros crampon de fer.
Capon raverdi. — Locution employée pour désigner
un vieux galantin.
Capot, s. m. — Couvercle des trous qui existent sur
le pont des bateaux et donnent entrée dans l'intérieur.
- 67 -
Captennes (Avoir des), loc.—Avoirdes lUets déchirés
ou arrachés.
Caques, s. f. — Ouïes de poisson d"où le verbe ca-
qiier, enlever les ouïes, Caqueux, qui caque. Le fran-
çais donne le nom de caque au baril qui contient les
harengs caques.
Caquestêtes, s. m. pi. — Mâchoires de morues que
les marins découpent pour les saler et les conserver
de la même manière que la morue.
Caracos, synonyme de bassoins. — Voir barsouins.
Carbon (Treu à ). — Point sans étoiles dans le ciel.
Çarbonnier ou charbonnier, s. m. --Genre de merlan
noir. Navire sen-ant au transport du charbon.
Garculer, v. a. — Calculer.
Caresser 1' frimouse, loc. — Donner un souftlet.
Caringue, s. m. — Poisson.
Çarle, n. p. — Prononciation de Charles. On trouve
cette forme \iirante dans une copie italianisée de Re-
naud de Montauban.
Çarnier au lard, s. m. — Endroit où l'on conser\'e
le lard.
Garplue, s. f. — Néréide ou scolopendre de mer,
espèce de ver qui sert d'amorce.
Carrelet, prononcez Carlet. — Poisson plat que les
revendeuses crient ainsi :
Carlets là où !
Casser, v. a. — Chasser.
Cistemotte, s. m. — Douanier. Expression anglaise.
Çauce-ed lainne, s. f. — Bas de laine dit aussi Bas
de botte.
Çaudière, s. f. — Chaudière où l'on fait cuire tout en
commun à bord d'un bateau de pêche.
— 68 —
Caveux ou Ceveiix, s. m. — Cheveux. Plats caveux,
sobriquet. L' mer fait des caveux se dit lors des chan-
gements de vent.
Çavirer, v. n. — Chavirer.
Cayellois, Cayenois ou Caois, s. m. — Qui est de
Cayeux.
Ce pour che. — Préfixe ou suffixe : ccf, ceminée,
cemise, cène, ceval, ceville, etc., ou cloce, clocer. Dans
Marie de France, on trouve :
Tant ont leur droit cemin terni
Sa cemise li a donné
Sor un ceval ferrant monté
Un cevalier on lui mena.
Dans lé vieux poëme de Macaire, que l'on peut dire
écrit dans un français italianisé, les préfixes en ce, le
c cédille fréquent et l'emploi de ïé ouvert au lieu de le
fermé, pourraient nous fournir de nombreux exemples
de mots semblables à ceux que nos marins emploient :
mais leur citation donnerait un air hérissé de pédan-
tisme à notre travail : nous nous bornons donc à si-
gnaler la ressemblance.
Ce pour Che. — Suffixe : accoucée, marcé, débaucé.
Gel laie, pron. — Celle-là .
Cemises (Compter ses), lôc. — Avoir le mal de mer.
Cer pour Cher. — Préfixe et suffixe : cercer, cer, cérir,
certé.
Gère (Faire bonne). — Se mettre en fête.
Cérimonie ou Çarimonie, s. f. — Cérémonie.
Gerque, s. m. — Cercle, Gnia un cer que aV leune os
airons inauvais temps, locution.
Gé^uzien, s. m. ■— Chirurgien.
G'est-t'y? — Quoqu''o baragouiner^ la tout seu,
— 69 —
m'sieu V devancé, c'est t'y pour nous, fisser la goaille
quo ynargarde\ aveuc des :{iiis d' marsouin ein
colère !
Ci pour Chi. — Préfixe ou suffixe : cicane, cien, ciffon,
ciquer. ou blanci, enrici, etc. Citons encore ces vers de
Marie de France :
Ki volentier fiert rostre cien
Ja mar quérés qu'il vos aint bien.
Qui frappe votre chien, ne croyez pas qu'il vous aime.
Cic, adj. — Chici Ein cic batiainve !
Cie-dans 1' ieauwe (Des), loc— Sobriquet des marins
de la flotte.
Cien d' mer, s. m. — Ciiien de mer, squale.
Cierze, s. m. — Cierge.
Gin pour Chin. — Suffixe : macin.
Cique à bâbord (Passer «a), loc. — Mourir.
Ciquet (// est à sen). — Il est dans son élément, Ã
son aise.
Giquotin, s. m. — ^ Petit sac, blague à tabac ou, plus
généralement, boite en cuivre qui contient le tabac.
Gir. — Suffixe pour c/izV : Francir, blancir, 'etc. Si-
gnalons que le français a conservé noircir.
Gle. — Suffixe, fait que comme en patois : Blouque,
boucle, etc.
Glef doube, s. m. — Seconde cheville ajoutée au pied
d'un mât pour le consolider.
Ço pour Cho. — Préfixe : çoc, çocolat, çolard, çoper,
çoquer, couette, etc.
Cocon d' mer. — Poisson.
Goçonnier, s. m. — Charcutier; se dit aussi d'un
débauche.
— 70 —
Cocotière, s. f. — Cuve pour l'huile tirée du foie de
morue.
Cocu-à bord (Gn ià des). — Se dit lorsqu'un bateau
rapporte des turbots.
Coigir, V. a. — Choisir.
Coinçaze, s. m. — Action de mettre des coins.
Coincer. — Mettre des coins.
Cole-au-pied. — Domestique du dernier degré.
Colin, s. m. — Espèce de morue inférieure.
Collets bleus, s. m. — Sobriquet des marins de l'Etat.
Cominier, v. n. — Communier.
Gomptaze, s. m. — Règ-lement du compte d'un équi-
page ; s'entend surtout du règlement fait vers Noël, Ã
l'issue de la harengaison d'automne.
Çon pour Chon. — Suffixe : bouçon, cocon, corniçon.
Gonau, s. m. — Homme qui se mêle du ménage. On
dit aussi Conassière.
Congrier. — Bateau qui fait la pèche des congres.
Gongue, s. m. — Congre. 'Voici le cri des marchandes:
Congue-err là où !
Conquerre. — S'emploie dans cette phrase : // est v'
nu nous conquerre : se dit d'un bateau en mer venu
pour parler à un autre.
Conzé, s. m. — Congé ; congédier, congédier.
Coque (Parer la). — Couvrir le bateau en construc-
tion.
Coque ed noix. — Petit bateau.
Coque (Œul à la). — Œil poché.
Coque (Tonne) — Dont la saumure est partie.
Coquet, adj. — Un bateau n'est pas coquet, s'il se
comporte mal à la mer.
- 71 -
Coria, s. m. et ad). — Coriace. Un Coria est syno-
nyme d'un dur-Ã -cuire, solide au travail.
Cornette, s. f. — Bonnet.
Os ave\ rempli d' taques
Em' beir cornette à fleurs,
(Poésies fli'ALTAZiK.)
Cornice, s. f. — Dessus de cheminée.
Corps, s. m. — Corset.
Çose. — Chose : pas grand çose ! injure.
Cotillon, s. m. — Large pantalon de toile ou broyés
qu'on met par-dessus tout pour travailler.
Couçaze, s. m. — Couchage : poste ed couca\e.
Gouce (S'sauver au matin quand on s'), loc. — Se
sauver la nuit sans payer ses dettes.
Gouliard, s. m. — Raie mâle.
Coupe ou Acoupe, s. m. — Membrure d'un bateau.
Couper l'figure ( Vent à ), loc, — Grand vent.
Cracer, v. a. et n. — Vbatiau i crace des étoupes ou
i crace lieaiiye par les coutures.
Graille, adj. — Eine mécante craille est une fille
ou femme d'un mauvais caractère.
Crape, s. f. — Crabe : Eine crape tourteau, eine
crape plue, eine crape étrille. On dit d'une petite fille
éveillée : mécante crape l On crie ainsi les crabes :
Crape coi oit !
Craque, s. f. — Mensonge.
Craquer (Eine neuce à tout). — Orgie.
Crasseux, adj. — Non généreux, qui fait des crasses.
Crayer, v. a. — Tendre à la côte, avec un crayet
pour prendre les oiseaux de mer.
— 72 —
Grèce {Foi't dé /'). — I-'ort de la crèche.
Cren, s. m. — = Ce mot, qu'on dit dérivé de crena,
entaille, rainure, est donné à diverses avancées de la
falaise : Cren aux œufs, cren ou pointe à l'oies, etc.
Creux-pontal, s. m. — Profondeur de la cale
Crignasse, s. f. — Chevelure en désordre.
Croc, s. m. — Avarie, coup que reçoit un bateau.
Crocez dans l'toile, loc. — Ne vovi^s laissez pas dé-
courager !
Grotte-piquante, s. f. — Sucrerie appelée bourgeoi-
sement pistache.
C'ti là ou c'ti laie. — Celui-là .
Après c'ti laie i n'a v'nu par tatoule.
[Poésies d' ALTAZiif .)
Çu pour chu. — Suffixe : croçu, déçu, fiçu, etc., et
pour préfixe : çute, çuçoter, etc.
Cuite (N'' n'avoir eine), loc. — Etre ivre.
Gui d' singe. — Sobriquet des soldats de l'infanterie
de terre.
Cul pour tête (Cercer), loc. — Chercher le contraire. .
Çute, s. f. — Hauteur verticale d'un filet ou d'une
voile.
D
D' s'ajoute parfois par une euphonie spéciale au
parler marin : Mais sans fil ni d'aiguille.
Dada, s. m. — Espèce de crabe, le cancer mœnas de
Linné, fort renommé à Boulogne.
- 73 —
Dame du bateau, s. f. — Femme du patron.
Dard, s. m. — Aiguillon de certains poissons.
Dé pour de. — On remarquera ici que fréquemment
Ve muet devient un é ouvert : c'est ainsi que se forme
le dé V pour de le ou de la : Dorme H dé l bière. Même
remarque pour le patois boullenois.
Débarquer, v. n. — Débarquer un matelot, le ren-
voyer de l'équipage.
Débauce, s. f. — Ce mot s'emploie rarement ; de
préférence les matelots disent d'un débaucé qu'il mène
« eine vie d' policinelle. »
Débleuir, v. a. — \'oler, terme de marine militaire,
par allusion aux collets bleus des chemises que les vo-
leurs lavent afin de leur donner l'air vieux et dérouter
ainsi les recherches.
Déboque (L' solei). loc. — Le soleil se montre, il sort
des nuages.
Débrouiller {Se). -— Terme familier, mais essentiel-
lement maritime, dit M. Tiret : tout le monde 1 emploie,
depuis l'amiral jusqu'au mousse. — Allons, allons, on ne
débrouille pas du tout là -bas. — Tu te débrouilles comme
une crape dans un paquet détoupes, ou comme un pou
dans une baille de goudron (voir Dictionn. des termes
de marine).
Déçarze. et ses dérivés, ^eçar^eme/z/, etc.— Décharge,
déchargement, etc.
Déclinquer (Se), v. pr. — Se disloquer.
Déclaration d'avarie (Faire eine). — Chercher un
prétexte pour ne pas aller à la mer. .
Décatourner, v. - Tourner le coin d'une rue.
Dédoubeier. — Même sens. Lorsqu'on lui demande
son chemin, le marin vous répond : O décatournere^
rrue, ou bien : O dédoubelrCy à droite...
6
— 74 -
Dégréé-ye (Eté). — Ressentir une impression désa-
gréable ; contraction, sous forme de verbe, du mot
désagrément .
Délègue, s., f. — Délégation.
Délimonner, v. tr. — Laver le poisson pour lui retirer
son limon.
Démacatif (Eté tout). — Etat maladif le lendemain
d'une ribotte.
Démaquaze, s. m. — Ce qui provient de l'état déma-
catif ; il y a aussi le verbe démaquer.
Démainzure, s. f. — Démangeaison.
Démarcer (S^). — Un enfant commence à s'démarcer,
lorsqu'il fait les premiers pas.
Déraarraze, s. m.- — Action du bateau qui quitte le
port ou les lieux de pêche pour revenir à destination.
Démucer, v. tr. — Trouver une chose cachée; même
sens que dénicer, dénicher.
Dénaturisée, adj. — D'un mauvais naturel : une mère
dénatiirisée est celle qui ne soigne pas ses enfants.
Dépendeux, s. m. — Celui qui dépend les harengs
dans les coresses.
Dépleumer l'gueule, loc. — Déchirer la figure avec
les ongles.
Déplotter, v. tr. — Dévider.
Déracer, v, intr. — Dégénérer, s'abâtardir.
Déralingué {Eté tout), loc. — Avoir les vêtements en
désordre et déchirés.
Derza, adv. — Déjà : I sont der^a mort ed frayeur
Desbillé un batiauwe. — Le dégréer, le désarma
Déshabillé-ye, s. f. — Robe, vêtement de femrr-
Donne\ li l'pus belle déshabillé-ye.
Détériiire {Se). — Se suicider.
Détetter, v. a. — Oter la tête des morues.
Dévaller, v. n. — Descendre dé l"\Bnriere sur le quai
ou en ville, qui se ti^ouve en aval de la colline.
Dézancé, ad. — Déhanché.
Diguiaux, s. m. — Sorte de grands filets.
Dinguer (Envoj'er). — Envoyer promener.
Dive, s. m. — Moineau. — Un dive c'est un moineau
et « ren d'pus malin qu'ein dive, » aussi le marin dit-il
grand dive pour désigner iin rusé, un mal.:i.
Dorlots. s. m. — Mot générique des bijoux.
Doublure (Fice eine). — Battre quelqu'un.
D'ous qu'est. — Où est.
O save\ d'ous'qu'est la Halle !
(Chanson de la Matelotte.)
Dragon ed mer, s. m. — Grande raie à ventre noir.
Drès. prép. — Dès, depuis.
Oest un bieauw'' ■{èle
Qii drès qu'on s'en mêle
Çà n' sert seul' nic.'.t jii^à s'attirer rf' s' en' mis.
(Poésies (rALTAZiN. )
Driver, v. intr. — / n'a pus qu' einflot et eine èbe Ã
driver. — Se dit de quelqu'un qui va mourir ou est
près de sa ruine. — Se dit aussi d'une affaire qui va se
terminer. — S'en aller à V drive, être fort malade ; s'eji
aller en dérive, en débauche.
Droit vent arrière (^rrzVer). — Arriver les mains dans
les poches, en se dandinant ; allure ordinaire du marin
à terre.
Drollelte (.4/ est). — Se dit d'une petite ou grande
À^l.e gentille et ben délurée.
Droule, s. f. — Femme malpropre, de mauvaise con-
— 7<> -
duilc â– Ã rapprocher de wandroule, loques au boul d'un
bâton.
Durte-à -souffrir (A^' n'avoir des).— Avoir à supporter
de mauvais procédés : être malmené, subir de très
mauvais temps, etc.
Durtes (Souffrir des). — Même sens : Subir des mi-
sères.
E
E. — S'élide fréquemment dans la prononciation des
mots, comme dans le boullenois.
É pour e. — Nous avons déjà dit que Ve muet deve-
nait souvent é ouvert : té, que, dé.
Comme eine ferdii té v^ nais dé m^ /air' danser.
(Poésies d'ALTAZiN, )
Eboubl, adj. — Ahuri : lu ce/s les traif ront d'é-
boubis.
Eboubir, v. int. — Ahurir.
Ebreuillir, v. a. — Retirer les breuilles du hareng.
Ecalipe, s. f. — Coquille : on rencontre beaucoup
d'écalipes sur la plage.
Eçancrure, s. f. — Echancrure : Eçancrure d'une
voile, d'une robe, d'une chemise.
Ec pour éch. — Préfixe ou suffixe : .éçaper, éçarp •
éçaufer, écelle, écigner ou : crêce, pêce, flêce, mêce.
Eclaire (11). — Il fait des éclairs.
Eclesse ed bos, s. f. — Ecléche, éclat : on dit ma
comme eine éclesse.
Eclié, adj. — Qui a des jours : une tonne écliée.
Ecoreux, s. m. — Celui qui écore : littéralement qui
soutient. Le mot est ancien dans le pays et se trouve
dans les actes de 1550 avec un sens différent de celui
de hôte ou armateur de pêche. Les écoreurs semblaient
alors les commis des hôtes, ceux qui s'occupaient des
soins matériels du bateau.
Eçouage, s. m. — Echouage, échouement.
Eçouir, V. a. — Etourdir par le bruit, par la loqua-
cité ; les matelottes éçouissent souvent lu ■{eus.
Ecquervisse ed rempart, s. f.— Soldat de l'infanterie
de terre.
Ecran, s. m. — Lisière d'une pièce de drap : des
bertelles d'écran.
Ed pour- de. — Comme en bouUenois.
L' pus \eune di à sen père ed li donner
(Parabole de l'Enf. prod. )
Efon, s. m. — Prononciation du mot enfant.
Egayir, v. int. — Se réjouir :
C'est i pont eine raison ed nous égayir à -mort.
(Enf. prod.)
Egue, pour que ou qui. — Mon fin ègue v là : mon fils
qui est là ou que voilà .
Ein, pron. — Un : Ein homme, eme femme.
Eine. — Suffixe pour ine : fameine, etc.
El pour le, par transposition. — Doubelment, etc.
El pour eil. — Velle, candelle, etc.
'r'iavé (Hareng). — Qui a perdu son brillant ou une
ie de ses écailles,
ingue, s. m. — Poisson : le lingue, genre morue.
Elinguer, v. n. — Homme ou chose jetés à la mer
par le vent ou la vague.
Elté-ye. — Suffixe pour auté : nouveltc-ye, belté-ye.
Em. — Préfixe : Se prononce comme s'il y avait eim
ou in.
Em, pron. — Mon, ma.
Embarqué sans biscuit, loc. — Etre peu prévoyant.
En. — Préfixe et suffixe. — A le son qu'il prend clans
e;znemi ou dansbi£?77. Enflure se prononce donc comme
einïiure ; vent comme veint ; g-erts se prononce ■{eins ;
il suffira d'en faire une fois la remarque, laquelle, du
reste, s'applique aussi au patois boullenois.
En pour on avec la prononciation d'fn. — Men. ten
et sen, etc., pour an : dens pour dans, etc.
Enbanqué (Eté). — Etre arrivé sur les lieux de
pêche.
Encalminé (Eté). — Se dit d'un bateau c^ui ne peut
avancer faute de vent.
Encleume. — Terme d'astronomie.
Quand encleume et bigorne apparaistent aux cieux,
I soiiffelra du vent à décorner ces beus.
(Dicton.)
Eufléçure, s. f — Enfléchure.
Engouzure d' eine poulie. — Ouverture.
Enguelterre, n. p. -- Angleterre.
Enguernaze, s. m, — Engrenage.
Enguerné, adj. — Engrené: Se dit d'un bateau qui
commence à entrer dans le port.
Enquihénois ou Equihennois. — Qui est d"Equihen .
Ent. — P'inale des adverbes : Se prononce comme
eint ou- in, ainsi qu'il a été dit pour en. Seulmin. con-
tenfmin, mais l'étymologie exige que l'on écrive :
Seulement, contentement, etc.
Enter. — Pour entre : Enterprende, enter oaillé.
Euterbouque, s. m. — Engin de pêche.
Epinoque. — Etat du crabe lorsqu'il est prêt à perdre
sa carapace.
Equ'. — Pour que ;
Laisse m éqii \é V rattaque.
[Poésies d'AiTAZiN.)
Eque. — Pour ecte : Architèque, insèc^ue, suspèque.
Equinié, adj. subst. — Qui est grand et fort maigre.
Equipaze, s. m. — Equipage.
Erze. — Suffixe pour erge : Verze, vierze, cierze.
Es. — Pour se ou sa : Es' madone.
Es'n — Pour son :
Aveuc es' n homme
S'a coiicey' dins sen lit.
{Poésies d'AiiTAZiN.)
Escope ou écope, s. f. — Sorte de pelle qui sert Ã
ramasser les harengs.
Esnard, — Ficelle seixant à attacher les filets à la
fincelle.
Espérer. — Au lieu d'attendre : Z' vous espère ci'
auis V matin-jye à la halle.
Esse. — Suffixe pour este : Celesse, funesse, mo-
' 'sse, resse, etc.
Esse. — Suffixe pour estre : Orchesse, trimesse.
. 'stée-ye. — Jetée : Os allons l'amarrer sur V estée-ye.
. ('.:".ant d' bas (L'). — Nom donné à celui qui- a le
n'i-.Nis péché et le moins gagné.
— 80 -
Etapoio, s. m. ~ Qui est dlùapics, que les marins
prononcent Etapes.
Etau d' ramon, s. m. — Celui qui n"a aucune ini-
tiative, qu'il faut pousser partout où on \eut l'avoir.
Eté. — Pour ettre et être : Prête, lette, etc.
Eté d' retour, loc. — Avoir gagné trop peu pour
compenser les frais de nourriture et d'armement.
Eté vent dessus, vent dedans, loc— Etre ivre (Tiret).
Eteindre. — Ce verbe, aux tempsoù le g vient mo-
difier les finales en français, éteignais, éteignons
fait éteindois, éteindons, en patois marin comme
en boullenois. Même observation pour les verbes en
eindre en général.
Etiômes, du verbe être. — Etions. Le patois boulle-
nois dit e7/é/7i<?5. A l'indicatif, étumes^ le boullenois dit,
étêmes. A la troisième personne de. l'impératif, les ma-
rins disent étoittent, comme les paysans.
Etomhi d' Maroc, s. m. ~ Hébété.
Etoupeuse, s. f. — ■Femme qui défait les vieux cor-
dages pour en faire des étoupes.
Etranguelment, s. m. — Prononcez Etranguelmin,
étranglement. Partout où gle se rencontre il se durcit
en guel. Nous l'avons vu dans le mot Enguelterre,
Ongle fait ongue, par la même règle.
Eul pour euîl. — Suffixe : Deul, ccuel, oeul, etc.
Eume. — Suffixe pour urne et omme : pleume,
peume.
Eu-we, son de Veu. — Suffixe prononcé en traînant :
Fleu-we, caveu-V\^e, queiî-we, voeuwe. Même son dans
fiieu-we au lieu de filleul. Ce son existe également en
boullenois.
Eve pour èvre. — Suffixe : Lève, miève, etc.
Eventer sen perroquet d' fougue, loc— Etreà l'agonie.
— 81 —
Excescament (prononcer eqcécamin). — Excessive-
ment. C'est le môme mot que le an n sait camen des
paysans {je ne sais combien)^ mais les marins le rap-
prochent du mot excessivement.
Exque. — Suffixe pour exte et exe : Pretexque, sex-
que, etc.
Ez, pron. — Je devant une consonne : E:{ sus ma-
Jîée-ye.
Eze= — Suffixe pour ège et eige : Cortèze, nèze, etc.
Fahiusse ou/ajrusse, s. m. — Fête, avec repas, donnée
par le maître à son équipage avant de partir pour une
longue pêche. On fait aussi fahiusse avec les par
dessus r bord.
Faire côte. — Echouer ; au figui-é, être ruiné.
Faire équipaze. — Armer un bateau, réunir les
compagnons nécessaires.
Falize, s. f. — Falaise. Ce mot,, employé par les
Portelois, est ainsi écrit dans les vieux terriers.
Fauque, s. m. — Poisson qui suit les harengs.
Fécanais. — Qui est de Fécamp.
Feume. — Prononciation du mot femme.
Feumes' pipe (Un). — Sur les navires de l'Etat on dé-
signe ainsi les matelots boulonnais depuis peu d'années;
ce nom, dit-on, vient de la réponse fréquente faite par
les Boulnois interrogés sur l'absence d'un camarade :
i feume s' pipe. Autrefois on appelait le servicier boul-
nois, un :{ean de Boulone.
Feu pour /m. — Préfixe : Feumer, feumier.
— 82 —
Fiabe, adj. — Digne de confiance : il est fiabe.
Fiate, s. f. — Confiance, foi. /' g' na'pont d'Jîate ù
y avoir.
Ficer, v. a. — Donner.
Fair gramment d'' train-ye, s'engueuler, s' fie' des
[^trempes.
[Poésies d'Altazin.)
Fiçu, s. m. — Fichu, mouchoir de cou.
■Fiçu, ad. — Méchant, désagréable : Que fiçu gui-
gnon.
Fiève ed ces crapes. — Poumons qui se présentent en
petites branches à l'intérieur de ce mollusque ; ainsi
. nommés parce qu'on croit qu'ils rendent malades ceux
qui les mangent.
Figure à vent debout, loc. — Figure désagréable. Il
y a aussi figure ed maquériau, figure ed macaque,
figure ed marsoin, ed singe, ed cien, etc., etc. On va
5' taire, cevalier d' la grippe, figure d' maquériamve
resté-ye à fond d'cale. (Duchesse de Boulognestein.)
Filer eine bouée ed longueur, loc— F'arler longtemps
sans s'arrêter.
Filer son cabe, loc. — Mourir.
Fincelle, s. f. — Corde sur laquelle les filets sont
montés.
Flaquer eine mourue. — La fendre dans toute sa lon-
gueur, ta mettre à plat et la saler.
Flauwe (Vent). — Vent flatueux.
Flinguer ein maquériauwe. — Luiretirer les intestins
par la gorge, sans le fendre.
Foc, s. m. — Voile. Payer ses dettes en hissant V
grand foc, loc. — Partir sans payer.
— 83 —
Foie-blanc. — On dit dïm mari plusieurs fois veuf,
et d'une femme dans le même cas, qu'ils ont ï foie
blanc, ce qui fait mourir leurs conjoints.
Foirain (Vent). — Vent du sud.
Fond d' dix-huit pieds.— Nom populaire d'une partie
de la Liane en sa plus grande profondeur, à l'arrière-
port.
Forcir, v. m. — Augmenter. Il commence à Jorcir
dit-on d'un esfant qui se fortifie.
Fouronner, v. a. — Chercher en mettant tout en dé-
sordre. C'est le mot fourgonner adouci.
Fraïaison, s. f.— Epoque où le poisson perd sa laite
où sa rogue.
Fraice, adj. — Frais, humide. I fait fraiçe ; s'em-
ploie enco're pour fraîche dans le sens français.
Em' v'ia fraîce ! loc. — Signifie me voilà bien lotie,
bien embarrassée.
Fraicit (/). '— Le temps commence à devenir froid.
Frérot, s. m. — Petit frère.
Frise (L' mer). — Elle moutonne, elle se ride, elle
commence à avoir un peu de houle.
Fruquer 1' warrat. — Va fruquer ten warrat, ré-
pondent les jeunes matelottes à l'infidèle qui, abandon-
nant la fille qu'il a rendu mère, veut s'adresser à une
autre. Cela veut dire: Va soigner ton bâtard.
G
G doux est remplacé par z dans la prononciation des
matelots. — Zeorge; :{éant ; \igot^ :iilet, etc.
- 84 -
Gahouache, ad. — Un maquereau est gahouache quand
on lui a retiré la peau pour en faire de Yacq.
Gaine, s. f. — Chance. Ah! c cadet-là que gaine
qii'il a ! — Opposé de guignon.
Gainée-ye, s. f. — Ensemble de poissons petits ou
communs que le patron abandonne à son équipage et
que les hommes vendent à leur profit. Quand ils ont
reçu leur gainée-ye ils vont ensemble en boire le mon-
tant au cabaret.
Galet, s. m. — Canot pilote.
Galoupiot, s. m. — Gamin, galoubi.
Gambillier (prononcer Gambïer). — Marcher sur un
cordage.
Gandoufe (Saint). — Prononciation de St-Gendulphe.
Garaze, s. m. — Lieu où se placent à quai les ba-
teaux pour ne pas gêner la navigation dans un port.
S' mette en garage.
Garelles (Jeu de). — Jeu d'osselets fort en usage par-
mi les jeunes matelottes. Il y a un excellent tableau
d'A. Delacroix, lithographie pour la Société des Amis
des Arts, représentant des fillettes de la Burière jouant
aux garelles.
Gartier, s. m. — Corde qu'on enroule autour d'une
voile lorsqu'elle est pliée le long d'un mât. .
Gartiers, s. m. — Jarretière. Deux tendances sont Ã
observer dans le langaie dé V Burière. En certaines
occasions les mots sont prononcés à la boulnoise, alors
on ne :{ure pas. On dit capiau, déquirer, déquerquer.
Le purement n'a lieu que pour les mots prononcés à la
française, avec adoucissement : Çapeaii, \aretière^
décirer, déçarzer, etc.
Gatte ed Douve (Lieu-dit). — Certain endroit de la mer,
près de Douvres, où l'on pêche beaucoup de harengs.
— 85 —
Gazer, v. a. — Gager.
Gazou, s. m. — Qui bredouille en parlant.
Glène, s. f. — Paquet de filets. Le hâle-à -bord ne
sélongeait pas assez rapidement parce que la glène
s'embrouillait de temps en temps. (Rapport du capi-
taine Tiret.)
Glène du Porté, s. f. — Grisard, oiseau de mer.
Gna. — Prononciation de il n'y a : Gna pus qu'
pour euives, tant qui s'ront là . — Gna pus que pour li.
Gobans ou Mingettes, adj. — Etat des maquereaux
qui, étant pris dans des filets, ont été à moitié dévorés
par d'autres poissons.
Gobelette, s. f. — Petit bateau.
Gomme, s. f. — Houle. / a dé V gomme .' il y a des
brisants : se dit d'une mer houleuse, agitée et qui se
brise sur un obstacle. / a toujours dé V gomme au
bout dé r Restée.
Grain-ye {Velle au), loc. — Méfie-toi.
Grappin d' sus (Mett' 1'). — Arrêter.
Graune, adj. — Grande. I va graune mer.
Greuille, s. f. — Une ^reuille, c'est la réunion de
vingt à trente merlans, plus ou moins, enfilés au moyen
d'une ficelle.
Gri, s. m. — Gril et griffe.
Gros-bonnet, s. m. — ^ Un chef de la marine.
Gros-zius, s. m. — Gros hameçons.
Groumer, v. int. — Murmurer.
Groumeur, adj. — Qui murmure.
Guer pour ger. — Guerlots, guernier, etc. L' guer-
nadier (sobriquet), etc.
Gueulard, s. m. — Porte-voix (Tiret).
Gueule ed sayot. — Se dit de celui ou de celle qui
ont une grande bouche. Sayot, seau.
— 86 —
Gueule ed... n'importe quoi. — Fait partie du voca-
bulaire poissard le plus usuel : Gueule ed congue, etc.
Guïonriant (C'est). — Quelle malchance !
Guine (S'en donner eine). — Se saouler.
H
Habiller 1' pisson. — Oter les intestins, nettoyer le
poisson pour le faire cuire.
Hamilles, s. m. — Très petits poissons servant d'a-
morces. « On ne sçait si c'est à la sécheresse qu'il faut
attribuer la quantité d'hamilles qu'on a vu sur la coste
cette année 1765. » (Cavillier).
Hautur, s. m. — Colline élevée au fond de la mer.
Hazardir, v. int. — Hasarder. Nous avons déjà ren-
contré la finale en ir au lieu de er dans égà yir ei forcir.
HénOîl, s. m. — Petit coquillage bivalve qu'on trouve
à Etaples. Les armoiries de cette ville portent trois
hé7îoiis.
Herenguison, s. f. — Harengaison, saison où l'on
prend le hareng; campagne de pèche commençant vers
juin pour finir au mois de mars suivant.
Hérengueux, s. m. — Bateau qui fait la pèche du
hareng.
Hérens baisés. — Collés ou trop rapprochés, qui ne
sont salés ou fumés que d'un seul côté.
Hérens vierzes, s. m. — Qui n'ont pas encore frayé.
Hérens brûlés. — Qui ont reçu un coup de feu dans
la corresse.
Hérens bouvards. — Etat des harengs lorsqu'ils per-
dent leur rogue ou laite:
— 87 —
Hérens d' eine nuit. — Pris dans les vingt-quatre
heures précédant le jour de vente.
HéreilS pleins. — Qui ont encore leur laite ou leur
rogue.
Hérens ! liécens frais ! — Cri de vente.
Hérens ! hérens saurs là où ! — Cri de vente.
Homme ed Los. — Lorsque le minimum d'équipage
était obligatoire sous le régime du décret de 1852, les
£'?a/JO/^ prenaient souvent un paysan pour faire nombre
et cet auxiliaire était appelé un homme ed bos.
Houlier les barils. — Calfater les barils pour qu'ils
ne puissent couler à fond. Corruption du mot huiler.
Hôtage de pêcho. — L'hôtage de pêche est la même
chose que l'écorage. L'hôte de pêche est l'armateur
d'un bateau. Il est question de Vhôtage et des hôtes de
pêche dans les Coutuvies de Boulogne rédigées en
1550. Lors des ventes de harengs, l'usage s'est per-
pétué de libeller ainsi les déclarations : Bateau n", pa-
tron, un tel ; hôte, monsieur un tel.
Houler, v. a, — xMaltraiter.
Huaise, s. m. — Corde de manne. Un huaise en pas-
sementerie distingue la manne d'une dame de bateau.
Un biau huaise est une coquetterie.
Huite, s. f. — Huître. Il y a cette singularité que les
matelottes d'Etaples disent : Eine-\huite et dé huites.
Le cri de vente est : ^' huitreau-au !
I. Pron. pour // devant une consonne. — I lu n'ien
faujpe ! Il leur en faut.
— 88 -
I. — Suffixe pour ai dans »?/, ti ; moi. toi.
la pour a. ^- Fréquentatif.
lawe pour eau. — Biawe, iawe, morciawe, mu-
siawe, etc.
Ibe. — Suffixe pour ible : Paisibe, possibe, risibe,
etc., et pour ibre : Calibe, libe, etc.
Ice. — Suffixe pour iche ; Affice, nice, etc.
leu, pour eu. — Artifice de prononciation. O n'avon-
ieue et iewe, suffixe pour eu, banlièwe.
leuice, adj. — Rempli d'eau ; même mot que le iawi-
che du patois boullenois. Un poisson ieuice.
Ife. — Suffixe pour ifle : Mornife, sife, etc.. et pour
ifre : Cife ; parfois pour ivre : Vife, life.
Inde pour indre. — Suffixe : Crainde, peinde, plainde.
Même son des finales en endre : Prinde, pinde, etc.,
que néanmoins on doit écrive, prende, pende.
l'n' n' a ewe. — Il en a eu.
Inz pour ing ou inj. — Préfixe et suffixe : Inzure,
linze, sinze, etc.
Ipe. — Pour iple : Tripe, ou pour ipre : Ile ed Cipe.
Ique. — Pour icle ; Artique et pour icte ; Strique, etc.
Isse. — Suffixe pour ipse : Eclisse.
Pour isme : Catécisse, romatisse.
Pour isque : Bisse.
Pour iste : Artisse, Bâtisse, modisse, etc.
Pour isthme : A l'isse ed Sue:{.
Pour istre : Régisse, ménisse (ministre).
Ite. — Suffixe pour itre : Lite, vite, huite.
Itt. — Contraction de ils te ou de elles te .
Toufs les mat' lot f itt' faisoifnt les doux ^ius.
{Poésies i^'Altazin.)
89 —
lu pour ieu. — Suffixe : Diu, liu, viu, etc.
Ixempe. — Exemple. Par ixempe !
Ize. — Pour ige : Prestize, tize, dirize, etc.
Jone, s. m. — Petit enfant.
K
Kahouans, s. m. — Etoupes.
L. — Ainsi que nous l'avons remarqué en citant des
préfixes et des suffi.xes, 17 se supprime fréquemment
devant les dentales : Aimabe, ixempe, possibe, etc. ;
se supprime aussi dans les finales : Porte' pour Portel,
té pour tel, etc.
Lace, s. f. — Lâchure, sorte de nœud pour serrer la
corde. Faire eine lace.
Ladadious, s. m. — Souffreteux, malingre. Au figuré,
propre à rien.
Laissé-l' zé faire. — Tournure de la phrase : Laissez-
les faire.
8
— 90 —
Lancée-ye (Fine). — Mouvement qui écarte un ba-
teau de sa route.
Langue dé c' tien. — Banc de roche près d'Amble-
teuse, très dangereux pour les navires. Ce banc part de
terre et s'avance assez loin en mer.
Lapider, v. a. etpr. — Tourmenter.
Largue^ meu .' ça tn lapide
D' vous vir si maladroit.
(Poésies c?' Alt AZiN )
Larguer, v. a. — Donner du large, lâcher.
Ah ! ca, Gaberrier,
Esse quo vole\ m' larguera
[Poésies d'-Alxazik.)
Larze, adj. — Large, d'où largeur, largeur. // est
lar:^e, mais des épeules, dicton qui signifie : il n'est
pas généreux.
Lascar, s. m. — Ce mot ne signifie plus que malin,
rusé : il est pris en bonne part après avoir été une
grande injure.
Lavend'rie, s. f. • — Mauvaise soupe.
Leaudée-ye, s. f. — Temps que les filets restent à l'eau.
Lesti, pron. — Ceux.
Let de harengs. — Prononciation du mot lest ou last,
mot allemand désignant la mesure de quantité en
usage dans les ventes de hareng. Il y a le let d' terre
et f let d' mer différents entre eux. Le premier conte-
nant cent mesures du double décalitre et pesant en
moyenne 2,000 kilog. ; le second comprend douze
tonnes de' cinq mesures et pèse en totalité 1,212 kilog.
— 91 —
Leu, s. m. — Loup. / nia longtemps qu'ai a vu V
leu, locution exprimant qu'une jeune fille a perdu son
capital.'
Leu. — Préfixe pour lu : Leunette, etc.
Leune, s. f. — L' leune sert beaucoup dans les pré-
visions du temps, ainsi que s' canote. L' canote dé
r leune c'est l'étoile voisine. Quand V leune rapproce
es s' canote, bon sinne ; quand /' leune emb.irque es s'
canote (quand un nuage voile l'étoile), mauvais sinne.
Eine vilaine leune, quand elle est embrouillée. Visage
ed leune, sobriquet.
Lévite, s. f. — Redingote.
Li, pron. — Lui.
Lihortaze, s. m. — Action de pêcher à la ligne autour
du bateau, le long du bord, de li bort comme on par-
lait au moyen âge.
Lièzer, v. a. — Garnir un filet de liège.
Lignoleu, s. m. — Bateau qui fait la pêche au maque-
reau frais avec des lignes. Ce bateau rapporte les ex-
cellents maquériaux d'ains, si fermes.
Lilitte, s. m. — Viande de veau mort-né. Zius d'
liUtte, sobriquet.
Limondes, s. f. — Poisson plat. Le cri de vente est :
Des belle' limondes la où. !
Liure, s. f. — Nœud.
Live ed messe, s. m. — Brique à briquer le pont,
Lo.catis. s. m. — Location : Suffit qu.o puissie\ m'
payer l locatisd'eiiz étal à l halle au pisson (Grande
Duchesse de Boulognestein).
Lofées, s. f. — Pelles en bois pour vider l'eau.
Longs cous, s. m. — Oiseaux de mer.
Longué-loupes. — Grandes lèvres.
Loripète (Grand'père). — Un des épouvantails des
— 92 —
enfants qu'on menace de grand père Loripète s'ils ne
sont pas sages.
Lorséqu' té m' dis. — Pour : lorsque tu me dis.
Losse, adj. — Fainéant. Grand losse !
Lousse, s. f. — Louche, cuiller à pot.
Lovée, s. f. — Pourboire. La lovée consiste en un
certain nombre de harengs que l'on donne aux camion-
neurs et aux aides pour payer leur travail.
Love-à -mort. — Sobriquet,
Lu, pron. — Leur ou leurs.
A lu paroles
EV vei l's épaules.
(Poéties d'Alxazxn.)
Lubieux, adj. — Qui a des lubies.
Luméro, s. m. — Numéro. L' luméro du batiawe.
M
Macaque, s. m. — Ce nom de singe sert comme
terme injurieux : Figure ed macaque, se dit de quel-
qu'un qui est laid.
Maçoire, s. f. — Mâchoire.
Rire, canter, boire
A pleine maçoire.
(Poésies d'Altazin.)
Le ço substitué au cho français est général : Maçoquc,
maçoqucr, etc.
— 93 —
Mahenne, s. f. — Ce mot, qui veut dire truie dans
certains patois, signifie de la mauvaise viande dans la
Biirière.
Mainguerlet, adj. — Maigrelet, maigre, chétif.
Maizone, s. f. — Maison.
Mal hourde, s. m. — Mal de mer.
Malva, s. m. — Terme injurieux : Vaurien.
Mance, s. f. — Manche. Unmance à balai; V Mance,
la Manche.
Manceron, s. m. — Manchon.
Mandée, subs. — Contenu d'une manne pleine.
Maniabe (Vent). — Vent propice.
Manigots, s. m.— Sorte de mitaines que les matelots
mettent pour travailler.
Maquer, v. a. — Manger, surtout avec le sens étendu
de dissiper : il a tout maqué s' n' avoir.
Maque, s. f. — Coup sur la figure : f 5' flanqu tent
des maques.
Maqueu, s. m. — Bateau qui fait la pêche des ma-
quereaux frais avec des manets.
Maqueu, s. m. — Mà cheur. Maqueu d' viau ; ma-
queu d'hommes, sobriquets.
Maqu'rison, s. f. — Saison où l'on prend le maque-
reau. On dit aussi maquelraison.
Maquériawe, s. m. — Maquereau. L maquériawe
veut V mort des péceurs ! c'est-à -dire que plus il fait
de vent plus on en prend. On dit que /' maquériawe
est einvolé lorsqu'on n'en rencontre plus dans les Heux
de pêche. Le cri de vente est :
Maquériawe frais, maquériawe frais !
Marauder, v. a. — Remettre les cordes dans la manne
à mesure qu'on retire les poissons des hameçons.
— 94 —
Marbelette, s. f. — Oiseau de mer.
Marçandière, adj. subs. — Celle qui marcande
beaucoup dans ses achats.
Marcé, s. m. — Marché. Marcé au pisson.
Marée (Eine), s. f. — Faire eine marée c'est aller Ã
la pêche du poisson frais.
Marée (S'en aller aveuc V). Mourir:
Margat, s. m. — Oiseau de mer.
Margaye, s. f, — Femme de mauvaise vie.
Margré. — Malgré.
Marie, s. m. — Mâle. P' tit marie, sobriquet.
Marpaille (Mécante). — Mauvais repas.
Marsoin, s. m. — Sobriquet de l'infanterie de marine.
Marzolaine, s. f. — La marjolaine était la chaîne qui
fermait l'entrée du port lors du premier Empire. —
Dépêçons-nous (V rentrer, V marjolaine a va baisser !
disaient alors les pêcheurs.
Mastrêque. — Ce mot . employé dans la locution :
Té n'as mie abattu Mastrêque, pour : Tu n'as pas fait
grand'chose, nous avait d'abord semblé un souvenir
de Maëstrich ; mais en rouchi, Mastrêque, désigne une
tranche de pain d'épices que l'on joue aux dés. Avec
les dés on abattait Mastrêque.
Matelot fini, superlatif. — Un bateau est matelot
fini comme un homme peut l'être, quand, ils méritent ce
qualificatif : cela veut dire qu'ils sont excellents tous
deux. N'être pas matelot c'est le contraire pour les
deux aussi.
Maturin, s. m. — Sobriquet générique des gabiers.
Ménoyelle ou Mainoyelle, s. f. — Manivelle.
Menzer, v. a. — Manger donne lieu à plusieurs locu-
tions : Menzer i mot dorde, se sauver sans permis-
sion. A'^ pus menzer au plat, être mort. IS batiaiue
— 95 —
est men:[é pa'' i mer quand il ne sait plus où se mettre
à la mer.
Mer. — Le matelot prononce /' merre. La mer est
dite parfois /' grande tasse. Sur le littoral ouest on
l'appelle V jument blanche. Dians \'Equipa:{e du n" loi
nous avons rappelé les locutions auxquelles elle donne
lieu selon son état d'agitation ou de calme. On dit
souvent /' mer pour la marée. I va graune tner, forte
marée.
Mer pour me. — Préfixe, dans merler, etc. Nous
avons déjà vu jnargvé pour malgré, derja pour déjà .
L'r ajouté ou substitué est l'une des singularités du
langage ed nos ^^ens.
Mère des liérens. — Nom donné à l'alose.
Mère ed tien. — On prononce mère ette tien : Mau-
vaise mère, qui ne pi'end nul soin de ses enfants. Il y a
aussi mère dénaturisée dans le même sens.
Merlandé, part, passé. — Mêlé. Tout est merlandé,
tout est mêlé.
Merlen (prononcez merlin). — Merlan, s. m., dont le
cri de vente est :
Des merlens d'ain là iyou !
Ou : Des merlens frais là iyou !
Merlengueu, s. m. — Bateau qui fait la pêche des
merlans. (A Dieppe, mélangueux .)
Messe (Eté). — Avoir entendu la messe.
Mesuré-we, s. m. — Mesureur. On a dû remarquer la
tendance à substituer la finale e-ipe à eur.
Métier (Grand et petit). — • La pêche au grand métier
est la pêche au filet faite loin du port, vers l'Ecosse, Ã
Yarmouth, au Dogger's-Bank, ou dans l'Ouest. La
— 96 —
pêche au petit métier, c'est celle du chalut et du poisson
frais, faite dans une marée ou deux, non loin du port.
Mette, V. a. — Mettre offre cette particularité que le
participe passé est mé pour mis. J" l'ai me, té l'as we,
etc. On dit mette ed côté pour épargner, s'amasser un
petit pécule. Mette tous les voiles dehors, s'endiman-
cher,
Meulette, s. f. — Fer placé à chaque bout du bâton
du chalut.
Miaule, s. f., quelquefois miaulin. — Goéland.
Minabe {Eté ou avoir l'air).— Avoir l'apparence mi-
séi"able, avoir mauvaise mine.
Mitonne (L temps i' s'). — Il a mauvaise apparence,.
i mitonne quicque çose. Le verbe mitonner s'emploie
aussi dans le sens de souquer ou préparer, avec l'idée
de préméditation.
Mock, s. m. — Pot pour la boisson à bord du bateau,
synonyme de /' bidon ou. c' pot.
Molle-iauwe, s. f. — Se dit quand la marée ne
baisse plus.
Molle-salée, s. f. — Morue insuffisamment salée.
Moniau, s. m. — Moineau ou dive : ce mot subsiste
comme sobriquet d'une famille depuis près de deux
cents ans.
Monte-à -dos (Lieu-dit). — Le chemin dit Monte-à -
dos conduit de Capécure au Portelà travers la falaise.
Morciaud' bos {Mécant ou mauvais). — Bateau mal
construit.
Mort (A), superlatif. — O boirons à mort, nous boi-
rons beaucoup. S^égayir à mort, grande réjouissance.
Mortenne, s. — Mortalité. La finale enne déjà observ^ée
dans calmenne signifie état de. Cette mortenne an n'
va pas, disait jadis Roccas le fossoyeur.
— 97 —
Morue, prononcé souvent mounie, s. f. — Le cri de
vente est ;
Mouriie là où !
Mouce ou mouqiœ, les deux se disent, s. f.— Mouche.
Les mouqu i pleument l'iawe, loc. La mer a de faibles
rides.
Mouceter ou moiicheter, v. a. — Simuler le caquage.
C'est un procédé qui n'a pas cinq années d'existence.
Il consiste à faire une incision légère à la gorge du ha-
reng et à le saigner sans Y ébreuiller .
Moucoir, s. m. — Mouchoir. On à \X. moucoir , au lieu
de fichu, pour l'étoffe qui se croise sur la poitrine.
Moufflu, adj. — Gonflé.
Mouillé comme eine soupe, loc. — Percé par la pluie
jusqu'aux os.
Mouler, v. a. — Presser les harengs entre les doigts
pour les nettoyer et les écailler.
Moule, s. f. — Mollusque dont il y a une qualité très
estimée à Equihen. Cri de vente :
V là des mouV d' Enqiiihen là !
En certains endroits on dit des mourlivettes au lieu
de moules.
Mouruette, s. f. — Petite morue.
Mourutier ou morutier, moruyer, s. m. — Bateau
ou homme faisant la pêche de la morue.
Moussaïon. ou mouscaillon. — Jeune mousse.
Moustafia s. m. — L'un des vocables consacrés aux
gamins, et le nombre en est grand.
Moyen d' moyenner '} {I a f i), loc.^- Y a-t-il moyen
de s'entendre.
1»8
Musique, s. 1". — Concert. Le tout employ-c pour la
partie. Les matelottes disent : Os allons à /' musique
en parlant des concerts du kiosque au Casino.
N
Nanau-we, s. m. — Niais servant de bouffon.
Nanour, s. m. — Niais qui veut courtiser une jeune
fille.
Naous, s. m. plur. — Espèce de peau ou fraise qui
recouvre l'arête de la morue, et que les pêcheurs reti-
rent pour la saler à part.
Navirons, s. m. — Avirons. On entend souvent dire
les navirons et le vieux français orthographiait ainsi ce
mot qui a l'avantage d'en rappeler l'ctymologie.
Nazer, v. a. — Ramer. C'est le sens primitif du mot.
Le vieux français employait noyer pour naviguer, aller
sur l'eau.
N'empêce que, loc. — Malgré tout. N'empêce qu' al
ia dit tout c' qu' al avait su /' cœur.
Nèque, s. m. — Nuque. C'est le mot anglais neck.
Nèque cV tnourue, partie du dos, près de la tête.
Neuce, s. f. — Noce.
Neuée, s. f. — Nuage.
Nez du batiawe, s. m. — Etrave. L' batiawe met
r ne\ dans /' pleume : il plonge de l'avant.
Nézois, s. m. — ^ Qui est du Ne\. Les marins disen^
toujours le Ne^ et non le Grisne^.
Noir-bec (Hareng à ). — Hareng franc qu'on trouvait
dans la èii55wre, non loin du port et qu'on appelle main-
tenant hareng à nez noir ou à tête noirte.
- 99 —
Noirte ou no/rrfe, adj. — Noire. L'adjonction du t
après ïr a été déjà remarquée dans durte.
Nom di diëi. — Jurement. Prononciation presque
impossible à figurer. Le diëi se mouille fortement.
No pus viu, loc. — Pour, notre à iné.
Nordé, s. m. — Nord-est.
Noroit, s. m. — Nord-ouest.
Nourrit (Vent qui se). — Vent qui augmente.
Nunutte, s. f. — Un rien.
o
ou Os, pronom. — Vous. Os s'emploie devant les
voyelles pour éviter l'hiatus.
0, pron. ind. — On. O dit qu Zacques i va s ma-
rier.
Obe. — Suffixe pour oble : Nobe et obre : octobe.
Oce. — Suffixe pour oche : Brioce, cloce, galloce,
poce, reproce, etc.
Oeule ed COngue. — Se dit d'un individu qui est
borgne.
Ofe pour qfre. — Suffixe : Cofe, ofe, etc.
Officier d' salon, loc. — Demoiselle et malle de cuir.
Oinde. — Suffixe pour oindre : Moinde, arzoinde.
Oittent, finale des troisièmes personnes plur., imp.
des verbes. — I aimoittent, i savoittent, prendoittent ;
à l'indicatif : aimtent, sautent, prendtent, etc.
Omes. — Finale de verbe au lieu de ons : o rouliômes,
os étiômes, os aimiômes.
Once pour onclie. — Suffixe : bronce, zonche, etc.
— 100 —
Onde pour ondre. — Suffixe : Londe, confonde, ré-
ponde.
Ongue pour ongre. — Congue.
n' n' a ri. — Pour : On en a ri.
Onsse. — Finale de verbe pour ons. Faut quo l'a-
bordonsse.
Onz pour ong et onj, — Eponze, plonze, mensonze,
lonzin, etc.
Orde. — Pour ordre : Morde, torde.
Oriller, v. a. — Orienter. Oriller les voiles.
Orne. — Pour orgne : Borne, lorne, etc.
Orze. — pour orge : Gorze, forze, etc.
Ostendois, prononcé Ostindois.— Qui est d'Ostende.
Ote.— Suffixe pour ôtre : apôte, note, paternôte, etc.
Oualle, adj. — Sans qualité, mauvais. Un oualle Ixi-
tiauwe qui ne gagne pas d'argent ou qui a un mauvais^
équipage composé (ïoualles matelots, sans énergie.
Ouarétales, s. f. — Corde sur laquelle les filets sont
attachés.
Ouaroulier le poisson, loc. — L'abimer.
Ouce pour ouche. — Suffixe : bouce, mouce, touce,
etc.
Oude pour oudre. — Mou4p, poude, etc.
Oafe pour oujle. — Soufe, pantoufe, et pour oufre :
Soufe, goufe, etc.
Ougelain ou ou\ lain. — Oiseau de mer à long bec
effilé. On dit qu'il y a de ïougelain quand ces oiseaux
se rassemblent en grand nombre : c'est signe de mau-
vais temps.
Oule*. — Suffixe pour ouille : andoule, dépoule, em-
broule, etc.
Ousque. — Où. / sa en allée-ye den ein autepays ous
qu'il a maqué tout c' qu'il avoit. (Enfant prodigue.)
— 101 —
Oate ette ça. — Outre cela.
Ouze pour oiige. — Suffixe : bouze. rouze, etc.
Oze pour oge. — Horloze, délozè. etc.
Ozé pour ogé. — Subrozé, lozé.
Pa' c' que. — Parce que.
Palle-on ! — Contraction de parle donc. On trouve
dans Marie de France ce vers :
Par maiitalent palla à H.
(Du leu et de Vaingnel).
Pancie (S' Jîce eine). — Manger trop.
Papiner les loupes (S'), v. pr. — Se pourlécher, avoir
l'eau à la bouche.
Paquaze, s. m. — Xcùon à & paquer ow démettre les
harengs en barils pour l'expédition.
Parade ! (Que), interj. — Le matelot voulant exprimer
qu'il a infiniment de plaisir à entendre quelque chose
dit : Que parade ! Cett<; interjection vient à tout propos
et hors de propos.
Paravirer, s. m. — Claque de revers.
Parc à z' huite. — Lieu où l'on abandonne les épaves
et les vieux navires dans un port, (Tiret.)
Par dessus 1' bord. — Ce qui revient à l'équipage en
sus de la part allouée dans le gain d'une campagne de
pêche. \^Q par dessus V bord est destiné à une rigolade
ou à un fahiusse entre tous les compagnons.
Paré (EteJ. — Etre prêt.
— 102 —
Parler à . — Courtiser. // ou al i parle. I s parl'tent
edpis longtemps.
Parler englais. — Un bateau de Boulogne au mo-
ment de tendre ses filets se trouvait gêné par le voisi-
nage d'un bateau anglais ; le maître appelle Zean-Lui :
— Dis-donc, ti, Zean-Lui, té sayes parler englais,
di-ye ein pewpe à c batiawe ed s'en aller d' là ?
Zean-Lui obéit et se met à crier : — Insé, largue et f
n' amerre ouf té V cueupe. Il fut compris, sans doute,
car le bateau s'en alla ; et ses camarades exclamèrent :
— Comme c'est commode d'avoir à bord ein homme
qui sai-ye parler englais.
Paroquet d' falaise. — Douanier.
Pataud, adj. — Lourd. Un bateau pataud est de mau-
vaise marche.
Pauver ou Pauve. — Pauvre. Y) ts pauver \ens.
Pour vous, Zabell' men pauver cœur soupire.
(Poésies rf' Aliazin. )
Pécale, s. f. — Pêche. Biau temps n'est point
pécale.
Pec-pec, s. m. — Mot forgé pour désigner et le dé-
guisement du pêcheur et celui qui est déguisé. Chaque
année on voit encore au mardi-gras quelque mélanco-
lique pec-pec arpenter les rues avec de grosses bottes
et une ligne terminée par un bonbon, heureux lorsqu'il
peut lancer un péque ma'mselle, c'est du suque !
Pécer, V. — Action de pêcher ou pécher, soit à la
mer, soit contre les lois divines, s. m. — Arbre à pêche.
— D'où pêce, péce, pécé, etc. La pêce drouillette ou
dérivette, pêche aux filets.
Pelle, s. f. — Bout de la ligne où le pêcheur attache
l'hameçon.
— 103 —
Pèque- sale, s. f. — Pêche au maquereau avec salai-
son à bord.
Pèque-salier, s. m. — Bateau qui fait la pèque-sale.
Perdi, perdienne. — Jurement. C'est \q parbleu.
Père et mère (Faire). — Ricochets dans l'eau.
Pestaque, s. m. — Spectacle. L' mouscaillon aime le
pestaque. « Le pestaque ! hélas ! il n'y va qu'une fois
l'an, encore faut-il que la pêche ait été heur:use. Aussi
faut-il le voir juché au plus haut du paradis. » (Auguste
Mariette : "Physiologie du Matelotin.) On disait un
jour au baron Bucaille : O nalle\ donc pus au pesta-
que ? — Qm' !(i vaisse ou qu {i vaissepont,]' paite tout
d' même, f y sus f abandonné-ye. — Quic quon ^oue ?
— Paul et Ver:{us, coumédie en trois actes. ~ Et pis
core ? — Montenhaut c'est fini. (C'est ainsi qu'il pro-
nonçait Paul et Virginie, Montagno et Stéphanie.)
Pé-t' été. — Peut-être. C&sipé f ête du latin-ye.
Petit-temps, prononcé/?' tit tin. — Temps tout à fait
calme.
Vià .ïLQ, pinono o\x piloneau, s. m. — Poisson genre
dorade.
Picorée (Envoyer à 1'.) — Au mois d'avril.
Pièce. — Pour pas, négation. O' n avons vu pièce,
o' «' avons pièce.
Pied d' vent. — Eclaircie dans les nuages indiquant
d'où souffle le vent.
Pied d' ceval, s. m. — lluitre très grosse, ostrea hip-
popodium, spéciale au littoral, qui n'est presque plus
qu'un souvenir.
Pif, s. m. — Oiseau de mer.
Pilo, s. m. — Coquillage. Pilo canteux, sabot, pi/o
noir, vignot. Cri de vente :
Pilo coi, pilo coi oie !
— 104 —
Pinte ed bon sang (S' faire eine). — S'en donner Ã
cœur joie, avoir grand plaisir.
Pis, adv. — Puis; ed pis, depuis.
Pisse {Héreng à /'). — Hareng qu'on fait égoutter
avant de le saurir.
Pisson, s. m. — Poisson. L Halle au pisson.
Plaucer des vaces, loc. -^ La terre. .
Platalle, s. f. — Poissons plats tels que carrelets, li-
mandes, etc.
Platenne, s. f. — Bagou. Avoir del platenne, parler
beaucoup.
Plein, ad), et subs. — Avoir son plein ou porter p/em
ses voiles. Etre ivre. L' mer bat sen plein, haute mer.
Pieu (Il a). — Il a plu, la pluie est tombée.
Pleumard, adj. — On dit d'un bateau qui n'a pas
péché beaucoup, que c'est un pleumard : il a pleiimé
V ieaufe.
Pleume, s. f. — Eau un peu ridée. L batiawe met
r ne:{ dens /' pleume.
Pleumer, v. n. — Rider. Ces mouques i pleument
Vieaïve.
Pleuve, s. f. — Pluie. I va tomber des pleuves.
Plisser, v. a. — Plier, céder.
Plomb. — Monnaie de convention en usage pour re-
présenter la valeur d'un charroi de hareng. Chaque ca-
mionneur reçoit un plomb pour une certaine quantité
de poisson mis en voiture et il va échanger ces plombs
contre de l'argent chez l'armateur.
Plouse, s. f. — Poisson. Des \ius d' plouse, de gros
yeux.
Poc-à -poc (Aller). — A petit pas.
Pocession, s. f. — Procession.
Poïuté-ye, adj. — Velu.
— 105 -.
Pomper, v. a. — Ce verbe se conjugue curieusement
à certains temps dans la bouche de nos matelots. Un
jour le capitaine Bucaille marchait toutes voiles dehors
sur un bateau anglais. Son gabier lui crie : la déV
iawe dens i cale, faut-i quo pomponsse ? — Non,
répond le brave marin, pomponsse pont, faut quo Va-
bordonsse !
Ponard, s. m. — Gros nuage menaçant.
Pont. — Pas. A pon ? interrog. : N'est-ce pas >
Portant. — Pourtant, dans le sens de cependant qui
se dit rarement. Portant sen fiu qui étoit dens ces
camps. (Enfant prodigue.)
Portaze (Pour men). — Pourboire réclamé par les
porteuses de poisson.
Porté. — Portel.
Portélois, s. m. — Qui est du Porté.
Porter 1' sac, loc. — Sen-ir de bouffon.
Porter s' barre, loc. — I peut ben porter s barre Ã
Zésus Flaiellé ou / na pu qu à porter s' barre Ã
Se dit lorsqu'un patron, qui n'a pas de conduite et qui
ne gagne rien, touche à sa ruine. On dit aussi porter s'
barre à saint Gandoufe avec la même signification.
Posse, s. f. — Poste aux lettres.
Posséder (A^' pus s). — Etre hors de soi, en violente
colère.
Potz' au noir, loc. — Calme. Le {de liaison vient sou-
vent s'ajouter ainsi entre une consonne et une voyelle.
Pour à Pâques ou pour à n'importe quelle date
de fête. — Locution fréquente lorsqu'on veut fixer une
époque.
Pour lors. — Alors. Pour lors l père di à ses do-
mestiques. (Enfant prodigue.)
Pour qu'es qui s' tue ! — r Lorsqu'un garçon cherche
— 106 —
à faire la cour à une jeune fiUe'qui ne veut pas l'écou-
ter, elle lui répond : Pour quès qui s' tue ! ou d'où
quil arvient !
Puer. — Ce verbe se conjugue avec l'adjonction d'un
V. F' là du pisson qui puvra bétôt. Vos merlens i pu-
voittent V diabe. Chose singulière : nos marins cm-
Y>\o\.tn^. puvettent au féminin. Ces moules^ i puvettent.
Pus, adv. et subs. — Plus. Pus mais qu eine, plus
qu'une seule.
Q
Qua même. — Quand même.
Et pis qua même ! Quoy donc equ o veut dire
QiC un publiscim ?
{Poésies cPAltazin.)
Que pour cle. — Suffixe : Miraque, débaque, blouque;
pour cre : Diaque, fîaque, m'assaque, convainque, et
pour cte : Exaque, contraque.
Que pour quelle. — Que parade ; pour qu'est-ce, que
quo dites.
Que qu on dira ed H bétôt
En Enguelterre et à Breslau
D'avoir laissé prend' es Jrégate ?
(Chanson du Corsaire. )
Querver d' rire, loc. — / /' \afait querver d' rire.
Il les a fait rire on ne peut plus.
— 107 —
Querver d' çaleur, loc. — Souffrir d'une grande cha-
leur.
Quitter, v. intr. — Pour laisser. Vous marchandez
un poisson sans vous entendre avec la vendeuse ; vous
le tenez ; elle vous dira : « Quitte\-le là , si o nen
vole:{ pont. »
Quoique pour ce que. — / ia d' mendéqué qui gnia !
ce qu'il y a.
R
R se supprime fréquemment comme nous l'avons vu
dans arbe, marbe, orde, etc. Cette lettre se transpose
comme dans le patois boullenois pour donner un son
plein ; en préfixe, ^irlever pour relever, arpas, etc., et,
dans le corps des mots, auterïois, auterment, etc. Elle
s'ajoute ou se substitue dans der:{à , merler, margré,
etc.
Rabonir (Se), v. pron. — Une matelotte ayant acheté
un lot de poissons, trop cher à son avis, cherche, pour
se rabonir, à en acquérir un second de qualité moindre
ou quelle obtient à meilleur compte. L'un compensera
l'autre. Cette compensation est ce qu'elle appelle se
rabonir.
Raccource, s. f. — Une raccource d'aviron.
Rade, s. f. — Radeau.
Radouce {L temps i). — 11 se radoucit.
Rafolle (/ nen). — 11 en est épris.
Rafarot {Faire du). — Ne plus vouloir payer le prix
convenu d'une chose.
Rafarotière, s. f. — Celle qui, pour ne pas payer le
— 108 —
prix convenu cherche de vains prétextes ou fait des que-
relles d'allemand.
Rai, s. m. — Filet de sauterelles ou haveneau.
Rai-ye, s. f. — Poisson. Cri de vente :
Acate\ des belle raiyes la où !
Raïeu. — Bateau qui fait la pêche aux raies.
Raïot, s. m. — Petite raie.
Ramender, v. a. — Raccommoder. Ramender un
filet. Ramenda:^e, action de ramender.
Ramortit (1). — Se dit quand les marées commencent
à tomber en morte-eau.
Rapatafioler. — Mot forgé pour exprimer l'action de
frapper. Une rapatafiole est une inaque songnée.
Rapia, s. m. — Qui rapine sur tout. Un pingre.
Rapiquer au vent, loc. — Venir au vent.
. Rappeler. — Retirer les filets de l'eau.
Rat d' quai, s. m. — Ouvrier d'occasion travaillant
sur le port comme aide.
Ravitailler s' n' homme, loc. — Il n'est pas de sacri-
fice que la matelotte ne fasse pour fournir à son mari
tout ce dont il a besoin à bord. Elle restera sans res-
sources, s'il le faut, pourvu qu'il ait ses vivres et tout
ce qu'il lui faut.
Ravive (1). — Se dit quand les marées commencent
à revenir en. vive-eau.
Reclinquer une barque. — La réparer.
Refuse (.Vent qui). — Qui devient contraire.
Relâce, s. f. — Relâche.
Relouaze, s. m. — Action de donner ses filets en
location.
Régalant {C'est pont)., loc. — Exprime qu'une chose
est déplaisante et cause du déboire.
— 109 —
Rembellit (L temp i). — Il se remet au beau.
Remette ou armette, v. int. — Reconnaître. Z' vous
armets.
Ren qui vale, s. m. — Vaurien.
Renouvellin, s. m. — Petit poisson de l'année, im-
propre à la vente.
Repiquer au truc, loc. — Reprendre du service.
Requiem, s. m. — Le lendemain d'une noce ou d'une
fête.
Resse ed nos écus, loc. — Une mère montre ses enfants
à quelqu'un. Survient le dernier : Vlà V resse ed nos
écus ! dit-elle.
Rester en d'rive, loc. — Faire la noce sans rallier le
bord.
Revenir du lof, loc. — Eviter une querelle.
Rice, adj. — Riche, avec la signification d'habile, de
capable : Oest un rice marin !
Rideau d' breune, s. m. — Brouillard intense.
Rider, v. a. — Raidir. Rider V basse carène, raidir
les bas haubans (Tiret). On voit ici le contraire du
changement de er en ir remarqué dans égqyir^ etc.
Rinquinquin (Faire sen). — Se rebiffer, monter sur
ses ergots.
Risée d' solei. — Eclaircie dans le temps.
Risée d' vent. — Augmentation subite.
Roces mouillières, s. f. — Roches sur lesquelles s'at-
tachent les moules.
Rogui (Du), s. m. — Rogue de poisson.
Roi-bras (A). — A toute .force de bras. Un coup Ã
roi-bras est un coup donné avec violence.
Roie, s. f. — Lot de filets à harengs. Jadis on disait
qu'une roie qui avait bien péché rapportait sept lés
(lasts), sept cent et sept hérens.
— 110 —
Roïoi (Eté). — N'avoir rien pêche.
Roiidiawes, s. f. plur. — Espèces de boutons souvent
purulents qui poussent aux mains et, plus particulière-
ment, aux poignets des pêcheurs de hareng-s. On les
attribue au frottement du cuir des gants et à la crasse
des poissons qui s'y infiltre.
Rond'let (Efon). — Poupon bien gras, bien portant.
Ronds dens 1' iawe (Faire des). — C'est ne rien
faire qui vaille.
Rouleuses, s. f. — Revendeuses de poisson allant
crier le poisson dans les rues.
Roussabe, s. m. — Hareng saur.
Rouzeau, s. m. — Grondin, rouget. Cri de vente ;
Rou\eau là où !
Ruses (Avoir des). — Avoir du mal, rencontrer des
difficultés dans son travail.
R' vinir. — Forme ancienne du verbe revenir, em-
ployée par les vieilles matelottes.
S. — L'5 pluriel ne sonne pas dans les liaisons et le
fait est curieux, alors que les marins ajoutent un :{ ou
1'^ doux après un singulier terminé par un t : pot ^au
noir, etc.
/ sont mor ed frayeur.
\Js ne sonne pas à la suite de dans ou dens, : I s'a
— m —
enallé-ye ben loin den ein aute pays. (Enfant pro-
digue.)
Sabes (Eté ed ces). — Etre d'Etaples, de Dannes, de
Camiers.
Sac (L'), s. m. — Bagage de chaque matelot. Un sac
à lest se dit d'un homme gros et fort.
Saint-Valériquais. — Qui est de Saint-Valéry.
Salaze, s. m. — Action de saler.
Samure, s. f. — Saumure.
Sang-boulant (Un). — Qui est vif et ne peut tenir en
repos.
Saquerdi ! — Jurement.
Sangsurer, v. int. — Pressurer.
Satir, au lieu de sacré. — S'emploie en bonne part
et comme superlatif. C'est un satir malin !
Saucé {Eté). — Trempé de pluie.
Saute en cien, les quat' pattes à 1' fois, loc. — Signifie :
Allons vite, dépêche-toi.
Sautrée, s. f. — Sauterelle ou crevette. Cri de vente :
Des gras sautrée !
Ou Sautrelles coi-où !
Sautrière, s. f. — Qui va pêcher les sauterelles.
Sautrier, s. m. — Bateau qui fait la pêche des sau-
terelles.
Sayot, s. m. — Seau et gros poisson dit diabe ed
mer.
Scier du bos, loc. — Hâler à coups sans rien gagner.
{Tiret.)
Scieu d' long, s. m. — Ouvrier scieur.
Scouer ses puces. — L batiawe i s'coue sespuces,
il est secoué par le mauvais temps.
— 112 —
SeC'{Ete à ), loc. — N'avoir plus le sou.
Sêce, adj. — Sèche. Le mot sèque s'emploie aussi et
il y a le sobriquet : crotte sèqiie.
Servicier, s. m. — Celui qui est au semce sur les
bâtiments de l'Etat.
Serviette au cul. — Il a la serviette au cul, crient les
les gamins quand l'un d'eux laisse passer un bout de
chemise.
Seurement. — Souvent employé pour seulement.
S&urette, s. f. — Diminutif de sœur. Grande seurette,
sobriquet.
Si i seroit î — Pour, s'il était.
Sole, s. f. — Poisson : Acatêmes des soles d'ain !
Cri de vente :
Des belle soles là où !
Solette, s. f. — Petite sole.
Sombertée, s. f. — Obscurité.
Soroit, s. m. — Sud-ouest. Désigne aussi le chapeau
en toile cirée et à grand rebord sur le dos, que portent
les pêcheurs»
Sortir à traîne-cul, loc. — Se dit d'un bateau qui
sort du port quand la mai'ée a déjà baissé, qu'il n'y a
plus d'eau et que la quille touche le. fond.
Souffler, v. int. — Venter. Ça souffèle que V diabe
en prendroit les armes. ' .
Souffler dans 1' peau d' bouc, loc. — Boire un coup.
Peu usité dans nos parages.
Sou inbrahlabe. — Ivre mort.
Soulazer 1' viande, loc. — Se coucher.
Souque un coup pour accoster! loc. -- Fais effort
pour atteindre le but. — Souquer, amarrer fort, faire
effort. — Souqu dur ! Se dit à un rameur.
— 113 —
Sourdorelle, s. m. — Dur de l'oreille.
Souyer ou Souïer. — Soulier. Le marin dit : mette des
sou et's dens ses pieds; jamais : aux pieds, ei'û a raison.
Su, s. m. — Sud.
Sudé, s. m. — Sud-est.
Suenne, s. f. — Grosse mer.
Sui, s. m. — Suif et suie, Du sui d' quéminée.
Suiner, v. int. — Suinter.
Suinot, s. m. ou adj. — Homme gros, court et fort
râblé ; poisson de la famille des souffleurs .
Suir, V. a, — Suivre. Ils l'ont sui.
Tertous ont sui V bon ixemp qu i :( ont reçu .
[Poésies rf'ALTAZiN.)
Suque, s. m. — Sucre.
Surte, adj. — Sûre. Celle peume al est surte.
Sus (Z'). — Je suis.
Z' sus ben sûr qui gna dens c' moment
Ben des \eun's filC en larmes.
(Poésies (i'ALTAZiN.)
T final s'élide devant une voyelle en certains cas ou
se lie à la voyelle par l'adjonction d'un ^.
Lpus^eune di à son père.
(Enf. prod.)
L pot T-au noir.
^ ^ 10
_ 114 —
Le t s'ajoute aux adjectifs noirte, durte, etc.
T' n. — Pour ton.
Etant coucèy's té m'appellois f' n' amour
■■' (Poésies d'ALTAzrN.)
Tacer, v; a. — Tacher.
Fauiue tacer d' l'emporter.
{Poésies d'ALTAZiN. )
Tahus, s. m. — Nuages qui se ratatinent.
Tai sen bec (// a). — Il s'est tu.
Tanguer sus s' bosse, loc — Tomber de sommeil.
Tant pus. — Tant plus.
Tant seul'nient (/ n'a pus). — Il n'a plus seulement.
Tapaze, s. m. — Tapage.
Aveuc ein' phrase
Et moins d' tapage
On peut s'entend' sens s' tirer les cavejpes.
{Poésies d'ALTAZiN.)
Tasse {El graune). — La mer.
Tasser, v. a. — Tâter._ Tasse un peuwe.
Tatoule, s. f. — Grande quantité.
Après c' ti laV i n'est venu par tatoule.
(Poésies (i'ALTAZiN.)
Taupette {Noirde comme), loc. — Se dit d'une petite
tille sale, mal lavée.
Tendre, v. a. - Le matelot entend toujours par ce
mot : Mettre les filets à l'eau.
Tenir bon, loc. — Soutenir la fatigue.
— 115 —
Terre Neuvier, s. m. — Bateau ou pêcheur allant
pêcher à Terre-Neuve.
Tête à loques, s. f. — Sobriquet injurieux pour les
Porteloises, qu'on accuse de mettre du linge dans leur
chignon pour le grossir.
Tiaulée ou tioulée. — Quantité.
Tiens bon virer ! loc. — Assez causé.
Tiot. adj. — Petit.
Tirer d' sus quiqu'un, loc. — Lui ressembler.
Tire-t'arrière, loc. — Eloigne-toi.
Tire {Avoir l' cœur qui). — Avoir faim.
Tirfond dé 1' mer. — Le fond de la mer.
Tit. — Abréviation fort usitée du mot petit lorsqu'il
précède un nom. Tit Mare,^/7 Pierre. Avec le nom Louis,
la contraction est plus prononcée et devient Ti-ui.
Tom, s. m.. — Gros rouget, poisson.
Tondïer, s. m. •- Tonnelier.
Tonnoi, s. m. — Tonnerre.
Toper, V. a. — Toucher. T'es topé, j' te prens.
Toquet, s.' m. — Petit poisson qui se trouve avec les
sauterelles et dont la piqûre est douloureuse.
Tor. — Préfixe pour tour : tormenter, etc.
Tors de bos (A). — Un bateau est à tors de bos quand
tous les bois tors ou tordus sont placés.
Tors, adj. — Tordu.
Tortu-bancal {Eté). — Avoir une jambe plus courte
que l'autre. â–
Tortuze, adj. — Tortue. Zambe torture.
Toulette, s. f. — Tolet, crochet qui tient l'aviron.
Touliaze {Gnia du), loc. — Il y a de la brouille ou de
la difficulté.
Toupin. — Effet d'un filet mêlé et enroulé par un
poisson qui s'y trouve pris.
- uc -
Touque, s. f. — l^ot pour la boisson.
Tour du pmnoau (Faire le), loc. — Eviter le travail.
Tout-pleiu. — Syn. de beaucoup. Z'en veux tout
plein. Al a cmpe en s' mariant tout plein rf' lime, etc.
Tout près- — Syn. de proche^ qui ne s'emploie jamais.
Tout tant qu'à mi. — Pour quant à moi.
Tralle, s. — TraiUe, chalut.
Travalle (Çà / ). — Cela lui fait de l'effet. Se dit
après l'absorption d'une médecine.
Trempe {Fice eine). — Battre quelqu'un.
Trépordais, s. m. — Qui est du Tréport. .
Treu à l'iawe {L vent est dens l), loc— Le vent est
du sud-ouest.
Treu du diat)e(L'). — Certain endroit du détroit où on
prend beaucoup de congre. On n'y va qu'en morte-eau.
Tréuée (Panche ou poche). — Sobriquets.
Tripotte (Ça me). — Cela grouille intérieurement.
Tripottée, s. f. — Quantité.
Troite, s. f. — Prononciation du mot truite.
Trouvilais, s. m. — Qui est de Trouville.
Trompette marine, s. f. — Instrument qui sert à an-
noncer la présence des navires en temps de brouillard.
Zuer dé l' trompe marine, loc. — Lever le coude,
boire â même d'une bouteille, ce qui fait l'effet de jouer
de la trompe.
Turbine, s. f. — Sorte de coquillage ayant la forme
d'un cône contourné en spirale.
u
U pour eu. — Fu.
â €” 117 —
Ui)e. — Suffixe pour libre : Salube, luyabe.
Uce. — Suffixe pour iiche : Buce, cruce, etc.
Usse. — Suffixe pour liste : zusse ; pour ustre : ba-
lusse, illusse, etc.
Uzaze, s. m. — Usure. C f habit i s' ra d'un bon
u:[a\e : il ne s'usera pas vite.
Uze. — Suffixe pour uge : Déluze, adzuze, zuze, etc.
V
Vacabond, s. m. — Vagabond.
Vace ed mer, s. f. — Roussette, poisson genre squale.
Va flot (I). — La mer monte.
Va graune mer (I). — Se dit de fortes marées.
Vacivala (Eté le), loc. — Le domestique, le cole au
pied.
Valdrague, adj. — Vrac. Batiaive à V valdrague,
en désordre.
Valissance, s. f. — Valeur.
Varlop. — Corruption du mot vire-lof.
Va-t' laver (Un). — Coup sur la figure.
■Vatévient, s. m. — Sorte de pèche avec un filet qu'on
fait aller et venir.
Vent, prononcez vin. — Le veut occupe une grande
place dans les préoccupations du marin : on ferait un
livre avec toutes les locutions ou désignations données
à bord.
Vent d' demoiselle . — Vent léger.
Vent d'amont. — Du nord.
L' vent il est aniordi ou ramarri. — Il est revenu
au nord.
— 118 —
Vent carré. — Perpendiculaire à la marche du
bateau.
Ventfoirain. — Qui vient de terre.
Vent marin. — Vent de mer.
Vent anpardi ou ravalé. — Revenu à l'ouest.
Vent d' nord perdu
Va r cercer au su !
Noroi ravalé
N' vaut pon un cien enragé
C'est cor ein pur:{e qui va nous /..... !
Vent routier. — Favorable pour aller et revenir.
Il y a aussi les locutions spéciales : avoir du vent
plein son sac ou plein ses voiles, être gris ; en n' avoir
dens ses voiles, être un peu allumé.
Vélocipède, s. m. — Nom donné à certains bateaux dits
d'armateur, en raison de ce qu'étant mieux armés et
gréés," ils font les voyages plus rapidement.
Véreuse goudronnée (Eine vieille), loc. — Vieux ma-
telot.
Vezenne (In'en). — Il en grille d'envie.
Viande à 1' mer (Avoir dé l'), loc. — Avoir son mari
ou son fils embarqués.-
Vice {Avoir du). — Etre malin, rusé.
Vie d' policinelle (A/' ner eine) ou faire la vie. — Se
conduire mal. Le mot vie est aussi'synonyme de bruit :
Que vie qu''i font.
Vir-goutte (Aller à ). — A tâtons.
Vive, s. f. — Poisson. Cri de vente :
FzV er là où !
Voit (L' médecin qui /'). — Qui le soigne. Expression
— 119 —
ancienne et déjà employée par Homère lorsqu'il fait
dire par Agamennon à son héraut : « Hâte-toi d'ame-
ner le savant Machaon, fils d'Esculape, pour qu'il voie
le chef des Grecs. »
Voit (// la), loc. — Il la courtise.
Voroittent. — Voudraient. / a des :{ens qui voroittent
avoir tout !
Vrague. — Vrac. Rester en vrague !
w
■Vyasinguer, v. a. — Washinguer, laver.
Wagnaze, s. m. — Gain, gagnage.
Wandroule, s. f. — Loques au bout d'un long bâton,
servant à nettoyer les fours, etc.
Warouleu, s. m. — Vagabond, d'où Warouler, Wa-
roula:[e, etc.
Water, v. a. — Gâter.
Wazier, s. m. — Ouvrier qui va ramasser les épaves
dans là vase.
Wiinérois, s. m. — Qui est de Wimereux.
Wissandois, s. m. — Qui est de Wissant.
y. — S'ajoute souvent pour la liaison des mots.
— 120 —
Et pus d'un craint yaveuc raison
Oii qu les pus finsyet voittent arrien du tout
Edsus vo k' min y os «' in verre:{ ein bende.
[Poésies d'Altazin.)
Z' pour 7e, pron. — Z' sus^ je suis, :( préfère, etc.
Z. — S'ajoute pour la liaison.
A coup de z haches d abordage
(Chansou du Corsaire.)
Si \ ont v' nu lu ;(' acater.
Z pour g ou j. — Zacques. Zules, Zean, zamais,
zambe, zardin. zendarme, zeune, zilet, zoliment, etc.
Cette lettre semble la principale de l'alphabet marin.
Zabelle. — Abréviation d'Isabelle.
Zalouserie, s. f. — Jalousie.
Zambe d' eine maille. — Fil qui forme l'un des côtés
d'une maille.
Zé pour gé ou gée. — Clerzé, naufrazé, drazée.
Zer pour ger. — Berzer, passazer, danzer.
Zean d' Boulone (Un). — Matelot boulonnais au ser-
vice de l'Etat.
Zéan r brén, s. m. — Celui qui fait de l'embarras.
Zester. — Jeter.
Zetie, s. m. — Courtine de cheminée.
— 121 —
Zézu Flazellé {Çapelle erf).— Chapelle où les pêcheurs
vont en pèlerinage avant de s'embarquer.
Zie pour gie. — Bouzie, énerzie, etc.
Zinquer, v. pron. — Monter.
Zius, s. m. — Yeux.
Que' d' s' ahouper et dé s querver les ^ius !
{Poésies d'Altazin.)
Mette ses quat' ^zm5, loc. — Mettre ses lunettes.
Zon pour g"^on ou jon. — Badizon, gouzon, pizon.
Zuzer, V. a. — Juger.
-<— «cJiTSSïij»*-^
SUPPLÉMENT (0
A, préposition. — S'emploie parfois au lieu de par.
C t'é/on il est mengé à poux ou à puces.
Adchouter. — Faire atchoute, cternuer.
Aller long. — // est ben malade, e\ croye qui nira
pus long.
AraoUientes ou amoyentes. — Espèces émoUieiites :
mauve, guimauve.
Appliquer dens. — Siéger constamment. L douleur
al est appliqué-jre dens jn n estomaque.
Arigné-ye d' mer. — Maïa Spinado.
Arwatiser, rebaptiser. — Un matelot en débarquant
apprend que sa femme est accouchée : — Palons,
Zacquot, vo femme al est accoucé-ye.
— Quiaqu'a la rf' biaive ?
— C'est unfiu.
— Quément qii'o l'appelle ?
— O l'appelle Zean.
— Zè n veux pont qii'o l'appelle Zean, na, mi ;
■( veux qu'on V déwatise et qiCo Varwatise et qiCo
l'appelle Zacquot, na, mi, na l
Aufaler. — Racine hin fall, .descendre. Em' nourri-
ture ail est trop aufalé-ye.
(1) La majeure partie de ce supple'ment «st due à M. le
D' DUTERTRE et à M. RiVENEZ.
— 123 —
Bête à bon Dieu. — Ne pas confondre avec la cocci-
nella quatuor punctata : Marie Madeleine; c'est un
nom donné à eine pover bête du bon Diii, n'importe
laquelle lorsqu'elle pâtit, et parfois à un homme inof-
fensif et malmené.
Bloquer. — S'emploie dans divers sens, surtout dans
celui d'obstruer : Ern nourriture al est bloquée. E^
■SUS bloqué-ye. Je suis gêné par des gaz.
Bombarder un lot. — Pousser les enchères avec ani-
mation et le plus haut possible pour le faire payer cher
à un concurrent.
Bon Diu froizellé. — Se dit aussi souvent que bon
Diii flagellé.
Boulingue ou bouline. — D'où les verbes bouHner et
boulinguer : aller ail boulingue c'est louvoyer pour
sortir du port.
Bouteine. — Cordon ombilical. Longue bouteine,
individu à qui il reste un bout de cordon ombilical qui
ne sest pas gangrené lors de la chute du cordon.
Boutiffe.— S'emploie souvent pour j7/2/;^c?/îéne, bulle,
ampoule. Synonyme, cloche ou cloque.
Boutinette. — Ombilic.
Brayette. — Braguette (de braies).
Bren. — Vieux mot. Bren pour ti ! Rulette à bren.
Bruenne (L' mer). — La mer bruit. Le bruit de la
mer est exprimé par diverses locutions. 'Coûte ein
peu-we comme el mer al cante, comme al brasse,
comme ça siffe, comme al bruenne !
Buvestance. — Boissons. I gn'a dé /' buvestance et
dé r mengestance.
Cabillaud. — Tête ed cabillaud, surnom donné aux
individus à gros traits (grands yeux, nez épaté, grosses
lèvres, etc.)
— 124 —
Canteu. — Chanteur. Le pilo canleu est le buccinum
undatiim, ainsi nommé du bruit que l'on entend lors-
qu'on applique sa coquille vide contre Toreille.
Capiau à pieumes. — Chapeau de femme.
Capiau chinois. — Mollusque, patelin vulgaris.
Capignée, s. f. — De capilli, cheveux, rossée.
Cared plasme. — Cataplasme. Se dit aussi dans la
classe ouvrière à Paris.
Çarité. — Eine tite cavité, m'sieu^ un tit sou. Cri
dont les gamins de la Burière fatiguent souvent les pas-
sants.
S' carpiller ou carpigner. — S'agiter, agiter les
mains : Ã rapprocher du mot carpologie.
Carplue. — C'est plutôt l'arénicole.
Castrolée (de casserole). — Charivari que Ton faisait
jadis .surtout lors des mariages scandaleux.
Gayelle. — Chaise. Le baron Bucaille, recevant l'em-
pereur Napoléon I" chez lui, aurait dit à sa fille : Tu'e
ten eu ed eelle cayelle et quitte là à c' f homme.
Gholer. — Cholard. Traîner en guenilles. Au carnaval,
les masques de la Burière sont souvent des « cho-
lards. » Ce mot vient-il du jeu de choie. On m'a assuré
dans la Beurière qu'il venait des ouvrières écossaises
de la grande filature qui ne sortaient jamais sans leur
schall ???
Clapet. — Chaussure de matelotte.
Clovis. — Mollusque. Le clovis de Boulogne est le
pecten varius, celui de Normandie appartient au genre
Vénus.
Combatte la mort. — Etre à l'agonie.
Copéli du pain. — Un grand copélidupain ou un grand
quoniam est un paresseux, un coin Bavier ou un coin
Menteur. J'ai aussi entendu dire un dépendeu d'andoule.
— 125 —
Courante. — Synonymes ; drisse ou droule. Le mot
courante, diarrhée, est employé de préférence par le
marin qui se respecte.
Gourliatte (Se). — Se démener, remuer sans cesse
dans son lit à la recherche d'une position plus agréable.
Goutiau. — Mollusque. Solen ensis et solen vagina.
Crignon. — Enfant rachitiquc et criard.
Cuite. — Eine querque à bar telles. Lorsque l'ivrogne
« sombre sous voiles » on dit aussi : / n' n'a dix lés
baricocu (il a dix lasts barique au cul).
Défait. — Décomposé. / s'a défait, son visage s'est
décomposé.
Déiialer. — Es déhaler, se retirer, s'extraire. Zé n'
peu pont em déhaler d' là , je ne puis sortir de cet état.
Dent. — Est du masculin : un dent, sen dent (pro-
noncez din).
Dézirer ou désirer. — Digérer.
DoL — De dolere, souffrir : ça m^ est gr amen dol.
Dorentiant. — Individu sans énergie qui dort en ch...
Ecalipe. — Se dit aussi pour oreille.
Ecliortiu. — De short, court : individu délicat et
chétif ; se dit surtout en parlant d'une petite femme
maigre et nerveuse.
Écueils dangereux et noms donnés à divers points
du détroit. — Balancier de l'est, balancier rouze, ba-
lancier vert ; 1' banc du diabe, 1' banque al leune ; les
bracques ; 1' cimetière des chrétiens ; 1' nid à crapes ;
r rouze falizettie ; 1' treu de 1' mort ; l' treu à l'andoule ;
r treu à z'anguïlles.
Engaerner. — Entrer, enfoncer ; Es su malen^uerné.
Equilles. — Petit poisson : mot qui n'est pas propre
à Boulogne : ce serait Vammodytes tobianus et Yam-
modytes pictavus est abondant à Wimereux.
— 15)6 -
Eté eune gent, être une personne. — Une matelote
qui revenait de faire sa première communion disait Ã
une amie : Astere, :{' su f eune gent, :{' peux t' avoir
un amourempe.
Faibelté ed sang. — Anémie, quelquefois chlorose.
Famille. — Eine pauver mère ed famille, expression
fréquente.
Fiève ed ces crapes. — Branchies.
Flouquer. — Bruit hydro-aérique. Quan i boit ça
Jlouque dens s' 7i estomaqne .
Fraiceur. — Douleur rhumatoïde, rhumatisme mus-
culaire. Z'ai des fraiceurs dens l \ épaules.
Fréqun (On sent). — Dans la saison des harengs, ces
poissons laissent sur leur passage un graissin à fleur
d'eau que nos marins appellent /' quémin ed Saint-
Martin-ye. Ce graissin a une forte odeur dont on dit :
ca sentfréqun ! qu'il faudrait écnrtfraiqun, ça sent le
frai !
Fu. — Feu. Fù dens s' tête, ec:{éma impetigneux du
cuir chevelu : elfu n'est pas la même chose que les
« soies de lait » ou que « le lait répandu. »
Growe {Héren d'). — On nomme ainsi les premiers
harengs frais qui arrivent. Ce mot grome est ancien.
Il y avait en 1550 une ferme ou assise de la growe.
Gueule. — Ce mot est, à propos de tout, sur la
langue du matelot. 11 y a un dicton à ce sujet :
Matelot, gueule ed bos,
Va t'en à V mer, gueule d' infer,
Péquer d' :(hens, gueule ed bren,
Té les raporfras, gueule ed cat,
Té les mettras sus ten gri, gueule ed seuris,
Et té les maqu'ras, gueule ed rat.
— 127 -
Hisse, — A la hisse! Cri des matelots quand ils font
un effort pour hisser quelque chose.
Lavasse. — Synonyme de lavenderie, mauvaise soupe.
Léquer. — Lécher. Léquez vos plats. S'emploie aussi
dans le sens de perdre. £":{ su léqué. Ce mot a le même
sens en Suisse dans les glaciers : la crevasse m'a léqué
mon bâton, a léqué trois voyageurs.
Loquet. — Le hoquet, el loquet.
Lourdies. — Sensation de vertige, de syncope. On
devient lourd.
Mauguiner. — Mâchonner. / mauguenne ses lèves.
Mentiries. — Mensonges.
. Merlen bouli. — Des \ius d' merlen bouli. Gros yeux
blancs.
Miner {Es). — Se faire du mauvais sang au point
d'en maigrir; en perdre le boire et le manger.
Monstre. — Tit ynonstre, grand monstre, Es monstre
dé/on, que monstre ! etc.
Myet ou millet. — Le muguet, affection de la bouche,
produit par Voidiiim albicans.
Naufragé. — Estropié, avarié : Em' jambe al est tout
naufraiée.
Ners. — Ners tordics, ners neués (crampes muscu-
laires). E sang i s bat avec les ners : irritabilité ner-
veuse due à l'anémie.
Nervure. — L'ensemble des nerfs, système nerveux.
Nounous. — Amas de poussière en forme de duvet
qui se trouve sous les meubles, lits, etc.
Nounous s'emploie aussi pour autre chose qu'on
pourrait traduire en latin, mais non en français. Voici
une chanson -- du vrai cru — où ce mot est employé.
C'est dans 1' rue à Baston,
Qui la eine zeune drouïon,
— 128 —
Qu'a sa sauwë-ye à Londe,
Avec cin marçand d' viande.
Tra la la, etc.
Al a ein water pouf
Pour cacer sen nounous,
Et un çapeau brigand
Pour es mette du grand rang.
Tra la la, etc.
Marie, ma bien aimée,
Prête moi ten port' monnaie,
Pour metf nos onz' cent' francs
Pour faire el négociant.
Tra la la, etc.
I va à l'abattoir
Pour aceter ein viawe,
II acète ein mouton
Pour avoer el pognant.
Tra la la, etc.
Cette chanson est la seule que nous osions repro-
duire, tant le matelot, dans sa langue, imite l'audace
du latin.
Nourriture. — S'emploie surtout au pluriel : des
fortes nourritures.
Oin. — Un coup. J' te fice un ^' oin.
Outraze. — Secousse, irritation. Ça li a donné ein
outra\e.
Outrazé-yé. — Blessé, malade. Z'ai-ye el cou ou-
tra:{é-ye.
Palourde. — Mollusque, coquille de Saint-Jacques.
Pecten maximus.
Panse ed flet. — Individu fort maigre.
Pichon d'écange. — Les marins appellent ainsi les
turbots de moyenne et grande dimensions qu'ils met-
— 129 —
tent dans leurs grands lots. Ces poissons sont aussi
appelés pièces.
Proverbes : — Du diabe vient, du diable va !
Zamais si riche que V mer. Qu'esse qui a d' pus rice.
Salé comme dé Viawe d' mer.
Railler. — Râler, bruit produit par les mucosités
pulmonaires pendant la respiration.
Sitôt d' suite. — Immédiatement.
Salotin. — Petit saleur qui ne fait pas beaucoup
d'affaires.
Tat)e, table. — Un matelot demande à un camarade :
— Eine salade d' homard c'est ti bon ?
— Z' crois ben.
— Tè n^as men^é ti ?
— Non, mais :{' n\ii-ye vu men'^é sus V table du
quémandant.
Tende. — Pour entendre : Tends-tu ? La suppres-
sion de la voyelle en avant de certains verbes est assez
fréquente. Coûte un peuwe pour écoute ; tendu pour
attendu, etc.
Véreules. — Variole. / n'a ^u les véreules noirdes
tout ein paquet.
Zézu Maria.— Afe/7 dou Zé^u, jurement de matelotte.
Zougler. — Jongler.
11
LES SURNOMS ED NOS ZENS
Les sobriquets sont une habitude très ancienne dont
on retrouve des traces dans les vieux documents des
archives. En 1740 les mêmes familles portaient les
noms de Faite, Moniaii, Banal que les petits enfants
conservent. Il y a une famille dont tous les membres ont
l'un des noms ci-dessous : Gros temps, — Petit temps,
— Moyen temps, — Tempête, — Beau temps et Tout
calme : ces différentes appellations sont données selon
le caractère du porteiar. Aussi voit-on souvent Beau
temps et Tout calme faire les commissions du ménage
et leur mère dit d'eux qu'ils sont très doux et d'humeur
égale : c'est ce qui fait sa consolation. Les noms qui
suivent et qui tous sont authentiques, répondent sou-
vent à des qualités, des défauts remarqués ou des ha-
bitudes prises, etc. :
Abd-el-Kader.
A joue.
Ancien coursier.
André Dunoir.
Archignié.
Balla.
Bamboche.
Banal
Barbe à poux.
Barbe.
Bari à poude.
Barque à fu.
Bas du cul.
Bat d' la gueule.
Bat d' l'œul.
Batiau à l' tarte.
Bâtisse Bine.
Bâtisse Coco.
— 1S2 -
Bâtisse Paillasse.
Baubet.
Baveuse.
Bébelle. -
Bébert.
Bec au gatiau
Bec à z' œufs.
Bedenne.
Bégueule.
Belandre.
Belle grâce.
Belotte.
Bers.
Bésiqaes.
Bêtise sottise.
Betsée.
Bette.
Beurette.
Binel.
Bisemi.
Bismark.
Bizalier.
Boame.
Bobotte.
Boîte à sardines.
Bon bras.
Bonne vinte.
Bonotte.
Bossu Lagardère.
Botte d'ognons.
Boule dogue.
Boyau d' pleureuse.
Branche d'or.
Bras d' mer.
Bras d' molin.
Brazin.
Brillante.
Brouque.
Bucal.
Cabot.
Cabrioleuse.
Cacatte .
Cadet Roussel.
Cafaiot.
Cafarin.
Caïfe.
Calisienne.
Calotin.
Cambronne.
Camoux farci.
Camus.
Canard.
Canette.
Caniche
Capiau d' plomb.
Capitainc-in-in.
Capitaine du ourlons gris.
Caplinette.
Capoto,
Caquelo.
Casaque.
Cassart Tempon.
Casse croûte.
Cassieux.
Cat gris.
Cathrinette.
Cat houan.
Cavagnac.
Chicanier.
Choléra.
Chouchou.
Chucharon.
Citronnelle.
Coco.
Coco l'œil.
Cocotte à lisse.
Coillotte.
Colation.
C Comique.
Confe.
Congue.
Coria.
Côte-en-long.
Coton.
Couyon.
Crincheux.
Crocodile.
Crotte sèque.
Cul brûlé.
Cu masœiir.
Dandanse.
Dédit
Dérionne.
Dézardin.
Diguard.
Domino.
Doudou Canard.
Doudaux.
- 133
Duc d'Orléans.
Du feuraier.
Eche blanc.
Eche noir.
Fanfati.
Faue.
Fau faute.
Fauquette.
Finette.
Fifine.
Figure à trois coins.
Fine botte.
Flinguëé.
Forabras.
Freton.
Fricot.
Friset.
Gambe ed bos.
Garnu.
Gascogne.
Gaviotte.
Gervais.
Gille din din.
Gnognotte.
Gobon.
Gogne-amont.
Grand bidet.
Grand Colas.
Grand collet.
Grand Marcq.
Grand moniau.
Grand nanard.
Grand nègre.
Grand rôti.
Grand fit.
Grande Derrienne.
Grande Finette.
Grande gataie.
Grande gueule.
Grande marée.
Grande nanon.
Grande " potence.
Grande seurette.
Grande tété-ye.
Grillot.
Gros blanc.
Gros boyau.
Gros Jean l'porteloia.
Gros Louis.
Gros mena.
Gros mollets
Gros pif.
Gros poussif.
Gros tien..
Groszius
Grosse tête.
Guégué.
Guernadier.
Guerriaux,
Guette ben.
Guette en l'air.
Gueule brûlée.
Gueule ed'coin
Gueulette.
Gi;ina.
Hopédé.
Huile de bras.
Jacob Dalle.
Jacques Coco.
Jacques Dalle.
Jacques Raquin.
Jacquot l'ni pus ni moins.
Jambe de boia.
Jeanjean.
Jean l'bride.
Jean Marie Muse.
Jean notrhomme .
Jean rouge.
Jean l'roux.
Jeannot face.
Jeune bébé.
Jouasse.
Jus noir.
L'aiguille ar'sarcir .
Ij'amiral.
L'amoureux long d'viau .
L'aristocrate.
La balance.
Labalette .
La baronne.
La bergère.
La biche .
La cassine.
La cata.
La cave.
La chique.
La cloche .
La Crimée.
134
La crochille . â–
La cruelle.
Ladoubet .
La douceur.
La farine ou la f areine .
La flamande (les)
La malice.
La marine.
Lamelot
La marciuise.
La négresse.
La panthère.
Lapin .
Largue/ donc.
La rousse .
La sourde.
Lastreux.
La troyelle
La voltigeuse.
L' bâtard.
L'brulot.
L'cassieux .
L'ensellée.
L'empereur.
L'Espagne .
L'estafette .
L'gane .
L'he'ring.
L'hollandais .
L'homm' canon .
L'huile ed bras.
L'ivrognerie.
L'malin.
L'nègre .
L'russe.
L' pomi^ier.
L'teigneux .
L'zouave.
Le balon rouge
Le bossu .
Lelerre .
Lernbetta30et40.
Le pirate.
Los cocogaraia.
Les e'pitres.
Les évangiles.
Les lapins.
Les Napole'ons.
Les réve'rends.
Les siffleux.
Les tockfl .
Lève ten pied .
Lolotte .
Long dos
Long menton.
Long nez.
Longs caveux.
Longs deints.
Longues loupes.
Loulou .
Loupe.
Love à mort.
Luitin (ce nom est e'galemcnt
porté à la campagne) c'est
un déminutif de Louis.
Macquois .
Magnon .
Magongon .
Magritte calonnier.
Maîtresse.
MagritoUo .
Magritte du Porté.
Maiakofl".
Mamaille.
Mame.
Manière .
Manon .
Ma poule.
Ma(iueu d'homme.
Maqueu d'viau.
Maquignon.
Margot .
Mari carré =
Marie Jeanne l'esclave.
Marie Jeanne du Porté.
Marie six liards.
Marie wanwan.
Marietta.
Mariette .
Marlot .
Marquise ed bel oeil. .
Ma sœur.
Ma tante .
Matruge.
Mauvais temps.
Mazine.
Mélie.
Méquignon .•
— 135 —
Merlin bouffon .
Merlot
Michelette.
Mignonne.
Mile à , mont.
Mingo .
Minuit.
Mizour.
Momo.
Mon ange.
Mon coq .
Mondoux.
Mon onque.
Monsauveur.
Mon sens.
Moniaix.
Monsigny.
Monstache .
Mouton .
Musique.
Nanaie .
Ne'nette .
New dipp .
Né amont.
Nez Madeleine.
Nunutto.
Ouragan.
Paillasse .
Pajotte pilote.
Panche .
Panche d'flé.
Panche treuée.
Pandour.
Panse gone.
Papa qui feu me.
Papute.
Paquette.
Parot.
PatiiK.t.
Payelle.
Payo.
Pazotte.
Père bâtisse.
Perroquet d' falaise.
Pia pia.
Pierre meli.
Pierre à tiens
Pierre Paillasse.
Pigeon voyageur.
Pion.
Piutte.
Pâltre.
Plats caveux.
Pois verts.
Polignac.
Popol.
Poriau vert.
Pot d' bière.
Pouce.
Pouïeux
Poulna.
Poulotte.
Poulouse.
Pourette.
P'tit bandit.
P'tit Boiteux.
P'tit canon.
P'tit capot.
P'tit cœur.
P'tit coq.
P'tit cotron.
P'tit marie
P'tii. Merc.
P'tit patë-ye
P't't rôti.
P'tit tien.
P'tit vinte.
P'ite Catelaine.
P'tite sourde
P'tits zius.
Qu'ai dit.
Quilti
Quinquin.
Rata
Raïot
Semé
Rembelli.
Rice I\[arin.
Ricquet.
Rigodon
Rigolo.
Rïne.
Ris-Ris
Robespierre.
Robine
Rocasse
Roccns
Rogneux
13G —
Rognure
Roquin-gro3-melin.
Roro Thomas
Rosidante.
Rostchild.
Royalistes (les).
Sac à diables.
Sac à pois.
Sans bertelles
S' Comia.
S' Gars.
S' Merlin.
S' Portrait.
S'tor.
S'tortu.
Sénateur
Seurette.
Six cats
Six francs.
Six orteauwes.
Souliers vernis.
Soutoinne.
Suce he'reng saur. .
Surprise.
Sus-Car.
Tanase.
Tanin.
Tanis
Tatase,
Tatasette.
Taupe.
Télégraphe.
Terre jaune poteresse
Tête ed' mort.
Tête pelée.
Têterre.
Tête ed cochon.
Thomas la Bredouille.
Tibite.
Ticanne.
Tite boutique.
Ticu.
Tire à fond.
Tite feume.
Tît Marc
Tocquotmas.
Tombe
Tonton
Tombe des grêles.
Tontou .
Topinambour.
Torchon.
Toto.
Toupet blanc.
Toulonnette.
Tournon.
Tout bleu.
Tout cru.
Trente ans.
Trente sous.
Trinquette.
Trognon Bouché.
Trop tard.
Trousse bras.
Truquette.
Tuton.
Tute eincor.
Va t'iaver.
Vert dé gris.
Vire toujours.
Visage- ed leune.
Volcan.
Wanche.
Wawa.
Wiyot.
Yes papa.
Yon.
Yoyo.
Zabelette.
Zabelle Nanour.
Zean ma commère.
Zézé.
Ziux d'iilitte.
Zius d'tor.
Zius noirs.
Zius verts.
Zizi pan pan.
Zozo.
Houlojrne-sin-Mer. — Iiiip. V- Gh. Aigro, 4. rue des Vioiliavils.
PC Deseille, Ernest
3067 Glossaire du patois des
B7D4. matelots Boulonnais
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