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Full text of "Glossaire saintongeais; étude sur la signification, l'origine et l'historique des mots et des noms usités dans les deux Charentes"

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GLOSSAIRE 



SAINTON GEAIS 



Ouvrage tiré à 320 exemplaires dont 20 sur hollande 
grand papier et 300 sur vélin. 






GLOSSAIRE 

SAINTONGEAIS 

ÉTUDE 

SUR LA SIGNIFICATION, l'oRIGINE ET l'hISTORIQUE 

DES MOTS ET DES NOMS 

USITÉS DANS LES DEUX CHARENTES 

PAR 

M. A. ÉVEILLÉ 

OUVRAGE PRÉCÉDÉ d'uNE INTRODUCTION SUR l'oRIGINE Î)E LA LANGUE FRANÇAIS^ 
■ ET SUIVI d'un index BIBLIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE 



« — v^s.^»9i9mjr^ — »- L*^r 


PARIS 


BORDEAUX 


. CHAMPION 


V MOQUET 


Quai Malaijunis, lo. 


Rue Porte-Dijeaux, 45. 



1887 



Eî 



INTRODUCTION 



Le parler saintongeaîs n'est pas un dialecte particulier et 
distinct de la langue française; c'est cette langue elle-même 
dans sa forme ancienne. Pendant que le français se modifiait 
profondément au XVP siècle par la renaissance des lettres 
grecques et latines, et h la suite des incursions des armées 
françaises en Italie, au XVIP siècle, en raison des relations 
intimes avec l'Espagne, plus tard par l'autorité et souvent les 
caprices des grands écrivains, les habitants des provinces con- 
servaient beaucoup des formes de langage léguées par le moyen 
cage. Leur langue diffère de celle de Voltaire, comme aux 
premiers siècles celle de nos ancêtres des campagnes différait 
de l'idiome des citadins. Ces derniers, à la suite de la conquête 
romaine, s'étaient empressés d'adopter la langue des vainqueurs 
comme leurs habits : Galli braccns deposiierunt, latiim clavum 
sumpsonint, nous dit Suétone {Vie de Jules César), mais les 
campagnards conservèrent leurs braies ou culottes longues, 
comme leur idiome paternel. 



n INTRODUCTION 

Etudier l'origine de notre patois serait étudier l'origne de la 
langue française elle-même, et ce travail a été fait d'une manière 
coniplète par un grand nombre de savants contemporains. Je 
me bornerai h rappeler que la langue latine est notre véritable 
langue-mère et qu'elle fut imposée par les Romains aux Gaulois, 
suivant la coutume constante de ces conquérants : Linrjua romana 
qiiam fjentihiis domitis ciim jiujo ipso romani imposuerunt. 
(Saint Augustin, Cité de Dieu, ch. VII.) 

L'influence de la langue parlée par les Gaulois asservis, celle 
des idiomes importés par les envahisseurs francs et normands 
fut relativement insignifiante pour la formation définitive de 
la langue française. 

De la langue celtique proprement dite, nous ne connaissons 
qu'une centaine de mots isolés qui nous ont été conservés par 
les auteurs grecs ou latins, mais cette langue a donné naissance 
aux idiomes parlés encore aujourd'hui en Basse-Bretagne, en 
Ecosse, en Irlande et dans le pays de Galles. Elle a laissé dans 
la langue française et principalement dans les noms de localités 
et de cours d'eau des traces irrécusables que nous retrouverons 
dans les étymologies de ces noms. 

Le plus important des vieux idiomes germaniques est le 
tudesque qui était parlé par les Francs, les Bavarois, les Alemans 
et autres peuples d'outre-Rhin, qui vinrent se noyer au milieu 
des populations gallo-romaines, dont la langue garda la pré- 
dominance. 

Les Normands {north-man, hommes du nord) parlaient l'idiome 
des Goths de Germanie. Le dialecte islandais en conserve des 
vestiges et les langues Scandinaves en sont dérivées. Peu 
d'années après leur établissement en France, les Normands 
adoptèrent la langue du pays envahi et les soldats de Guillaume- 
le-Conquérant avaient déjà oublié leur idiome paternel quand ils 
s'emparèrent (Xé l'Angleterre, habitée depuis plusieurs siècles 
par les conquérants saxons, de môme origine Scandinave que 
les nouveaux envahisseurs. 

Les idiomes tudesque et normand ont laissé dans notre 
langue des traces aussi légères que le celtique. Le premier nous 



INTRODUCTION III 

a donné un certain nombre de mots relatifs à la chasse ou à la 
guerre, le deuxième, quelques expressions conservées dans la 
langue des marins. 

En réalité c'est le latin qui a formé la grande majorité des 
mots français, il nous a transmis son génie, son accentuation, 
sa syntaxe : « L'origine de notre langue, dit ^I. Leroux de Lincy, 
» est aujourd'hui reconnue d'une manière incontestable. Il est 
» certain que c'est h la langue latine parlée dans la Gaule pen- 
» dant plusieurs siècles de la domination romaine, qu'on doit 
» presque tousses éléments.» (Introduction au Livre clos Rois.) 
Cette opinion est partagée par tous les écrivains qui ont étudié 
notre langue et en particulier par le plus illustre d'entre eux, 
M. Littré. 

Il est important de remarquer que le français, comme les autres 
langues néo-latines: l'itahen, l'espagnol, le roumain ne dérive 
pas directement du latin écrit par les historiens ou les poètes du 
siècle d'Auguste, mais du latin parlé qui en différait sensiblement. 

La langue de Plante l'affranchi n'est pas celle de son contempo- 
rain Ennius, l'homme de la plèbe romaine ne parlait pas le latin 
deCicéron. Que dirons-nous de ces légionnaires, recrutés parmi 
toutes les nations soumises à l'empire, qui allèrent porter dans 
les Gaules leurs armes victorieuses et leur langue corrompue? 
Pendant plusieurs siècles le latin resta la langue officielle de 
notre pays, la seule admise dans les tribunaux et dans l'entou- 
rage des nombreux délégués de l'administration romaine. Elle 
survécut même à la conquête franque et dans la période mé- 
rovingienne elle est exclusivement employée par le clergé, par 
les poètes et les chroniqueurs. Combien la langue de Grégoire 
de Tours, de Frédégaire, de Fortunatus, diffère de celle de Virgile 
et de Tacite? Que devait être à cette époque la langue rustique 
ou populaire parlée par le soldat et le hiboureur, mélange des 
divers idiomes que la conquête avait amalgamés? Cette langue 
fut longtemps parlée sans être écrite et prit le nom de langue 
romane. Les apôtres de la Gaule durent l'employer pour être 
compris des populations des campagnes. Ils ne lardèrent pas à 
l'écrire pour étendre leur propagande évangélique. Saint IMun- 



IV INTRODUCTION 

molin, évêque de Noyon (660), saint Adalhard (750), parlaient 
couramment le roman. Saint Bernard nous a laissé des sermons 
en langue vulgaire et a traduit du latin les actes des apôtres et 
les vies de saints, f Multos libres et maxime vitas sanctorum 
» et actus apostolorum de latino vertit in romamim. » (Cbron. 
d'AIbêric, 1177.) Des traductions avaient déjà été ordonnées (1) 
par les Conciles de Tours et de Reims (813), de Mayence (847), et 
d'Arles (851). Dans les écoles, le roman ne tarda pas à être 
enseigné avec le latin : 

Car à l'oschole fu quant il fa pelis 
Tant que il sol et roman et latin. 

(Poème de Garin le Loherain.) 

Plus tard on traduisit en langue vulgaire des chroniques et 
des poèmes tels que celui de Dolopathos primitivement composé 
en latin : 

Un blans moines de bone vie 
De haute selve l'abaïe 
A ceste estoire novellée 
Par biau latin la ordenée; 
Herbers la velt en romanz trère. 

{Li romans de Dolopathos, vers 19 et suivants.) 

Le plus ancien monument de celte langue populaire est un 
fragment de glossaire donnant en regard de mots latins de la 
Bible l'équivalent en roman. Ce fragment, découvert en 1863, 
est connu sous le nom de Gloses de Reichenaii, il remonte à 
768, première année du règne de Charlemagne. Dans son 
Histoire des Francs, Nithard nous a conservé le texte des 
serments prononcés en 842 par Louis-le-Germanique et par les 
soldats de Charles-le-Ghauve. Le X" siècle nous a laissé la 
cantilène de sainj,e Eulalie et le sermon sur Jonas, connu sous 
le nom de Fragment de Valencienncs. Du XP siècle, il nous 



(1) Et ut easdem homilias, quisque apcrtc transfcrre sttideat in rusticam rowfl«flw linguara ant 
theotiscara, quô facilius cuncti possint intelligere quœ dicuntur. 

(Concile de Tours, année 813, "« canon.) 



INTRODUCTION V 

reste le recueil de Lois de Guillaume-le- Conquérant, qui fut 
promulgué en dialecte nornand vers 1072. 

Nous transcrivons ci-après quelques phrases de ces divers 
textes avec la traduction en regard. 

i" Serment de Louis-le-Germanique (842) 

Pro deo amur et pro Christian poblo Pour l'amour de Dieu et pour le pcu- 

et nostro commun salvament, distdi en pie chrétien et notre salut commun, de 

avant, in quant Deus savir et podir me ce jour en avant, en tant que Dieu me 

dunat, si salvara jeo cist meon fradre donne savoir et pouvoir, je sauvegar- 

Karlo et in adjudha et in cadhuna derai mon frère Charles ici présent et 

cosa par mon aide et en chaque chose 

2° Serment des soldats de Gharles-le-Chauve 

Si Lodhuvigs sacrament que son fra- Si Louis garde le serment qu'il jura 

dre Karlo jurât, conservât et Karlus à son frère Charles et que Charles mon 

meos sendra de suo part non lo stanit, seigneur de son côté ne le tient pas; si 

si io returnar non lint pois, ne io ne je ne puis le ramener ni moi ni nul de 

neuls cui eo returnar int pois in nulla ceux que j'aurai pu ramener, ne lui 

adjudha contra Loduwig nun li iver(l). serons en aide contre Louis. 

3° Cantilène de sainte Eulalie (X^ siècle) 

Buona pulcella fut Eulalia Bonne vierge fut Eulalie 

Bel avret corps, bellezour anima, Bel avait le corps, plus belle Pâme, 

Voldrent la veintre le Deo inimi Les ennemis de Dieu voulaient la vaincre 

Voldrent la faire diaule servir. Ils voulaient lui faire servir le diable 

Elle non eskoltel les mais consellers, Elle n'écoute pas les mauvais conseillers, 
Etc. Etc. 

4° Sermon sur Jonas ou fragment de Valenciennes (X« siècle) 

Mult laîtatus, co dixit, porque Deus Bien joyeux, dil-il, parce que Dieu lui 

cel edre li donat à sun soueir et à sun donna ce lierre à son souhait et pour 

repausement li donat quant il se son repos quant ils se furent dclour- 

erent convers de via sua maie et sis nés de leur mauvaise voie et repentis 

penteiet de cel mal que fait habebanl.... du mal qu'ils avaient fait.... 



(1) Il est intéressant de rapprocher les deux premiers textes de la traduction latine pour rendre 
frappante la ressemblance des deux idiomes dans la forme des mots comme dans la syntaxe : 

1° Pro Dei amore et pro clirisliano poplo et nostro commun! salvamcnto, de ista die in abante, 
in quantum Deus sapere et potere mî donat, si salvaro ego eccistum meum fratrem Karlum et in 
adjutum ero in quaque una causa.... 

•2" Si Ludovicus sacramentum quod suus fraler Karlus jurât, conservât et Karlus meus senior de 
suâ parte non illud teneret, si ego retornare non illum inde possum, nec ego nec nullus quem ego 
relornare inde possum, in nullo adjuto contra Ludovicum non illi fuero. 

(Traduction do M. Bonamy, membre de l'Acaiiémie Jo3 Inscriptions.) 



VI INTRODUCTION 

5° Lois de Guillaume-le-Gonquérânt (XP siècle) 

Ce sunl li leis el les custumes que li Ce sont les lois et coutumes que le 

reis William grentat à lut le puple de roi Guillaume accorde à tout le peuple 

Engleterre... iceles meme's que li reis d'Angleterre... celles même que le roî 

Eward, sun cosin, tint devant lui.... Edouard, son cousin, suivit avant lui.... 

La fin du XP siècle a vu composer la Chanson de Roland, 
le plus beau poème épique français ; au XIP, parurent les chan- 
sons de geste, les romans de la table ronde, les traductions de 
la Bible (Livre des Rois, psaumes. Livre de Job), les sermons de 
saint Bernard, les poèmes de Wace. 

Le grand mouvement littéraire inauguré au XP siècle, déjà 
si important au XIP, se continue au XIIP qui nous a légué un 
grand nombre de compositions remarquables ; c'est dans cette 
dernière période que furent écrites les Histoires de Villehardouin 
et de Joinville, la première partie du Roman de la Rose et du 
Poème du Renart, la Chanson d'Antioche, les poésies de 
Piutebœuf, de Marie de France, d'Adam de la Halle, de Jehan 
Bodel, etc. 

Il faut remarquer que la langue romane, employée dans ces 
œuvres importantes, n'a été parlée que dans une partie de la 
France et se dislingue de celle que le contact de l'Italie et de 
l'Espagne fît adopter par les provinces méridionales. Bien 
qu'elles aient la même origine latine, les langues du nord et du 
midi sont arrivées à différer de plus en plus, elles ont été distin- 
guées par les noms de kmcjuc d'oil et de langue d'oc d'après le 
mot qu'elles employaient pour l'affirmation. 

La langue d'oil, dont le saintongeais est un dialecte, a été 
parlée dans le nord et le centre de la France. La Gironde, la 
Dordogne, l'Ile séparaient dans l'ouest les pays de langue d'oil 
de ceux qui employaient oc pour l'affirmation et où l'on dit 
encore nenni portr la négation. La Saintonge, le Bourgeais, le 
Blayais et une partie du Fronsadais faisaient partie des pays 
de langue d'oil et le patois saintongeais ne possède qu'un petit 
nombre d'expressions qui puissent se rattachera la langue d'oc. 

Dès le XIP siècle, les deux branches sont bien tranchées 



INTRODUCTION VII 

sans l'être autant qu'aujourd'hui. Leur différence ressortira du 
rapprochement de \a Chanson provençale composée en 1199, par 
le troubadour Gaucelm Faidit, sur la mort de Richard Gœur-de- 
Lion, et de sa traduction en dialecte français de l'Anjou. Nous 
citons le début de cette chanson et de la version française 
d'après les textes reproduits par M. Leroux de Lincy, dans le 
Recueil des Chants historiques. (Paris, Gossehn, 1841.) 

CHANSON PROVENÇALE : VERSION FRANÇAISE : 

Fortz chausa es que lot le niaior flan Greu chose es que tôt lo maior dan 

El maior dol las ! qu'ieu anc mais agues El greignor dol que onques mais anguez 

E so don dei totz temps plaigner ploran Et lot qanc'ondevroit plaindre en plorant 

M'aven à dire en chanlan et relraire Covent oïr en chantant et relran-e 

Que selh qu'era de Valor caps e paire Quan cil qu'estoit de valor chiés et paire 

Lo ries valens Richartz reys dels Engleis Li rich valens Richars, reis des Englcis 

Es mortz , etc. Es morz , etc. 

Les troubadours composèrent leurs chansons et leurs mystères 
dans la langue d'oc en môme temps que naissent en langue d'oil 
les poèmes et romans cités plus haut. 

« La parladura francesa val mais et plus avinenz à far romanz 

> et pasturellas, mas cella de Lemosin val mais per far vers et 

> causons et serventes. » {Grammaire de Raymond Vidal, XIIP 

siècle.) 

Mais nous voilà bien loin du parler de nos campagnes. J y 
reviens en répétant que notre patois n'est pas une altération du 
français, mais un parler populaire qui a conservé sa forme 
ancienne et un grand nombre de locutions et de tournures pitto- 
resques dont la perte est regrettable. On y retrouve les mots en 
usage au moyen âge et dans les ouvrages du XV et du XVP 
siècles, notamment dans ceux de Rabelais, de Palissy, d'Agrippa 
d'Aubigné et des poètes de la pléiade. 

La publication de ce Glossaire n'est pas destinée à faire 
revivre un idiome provincial qui ne tardera pas à disparaître 
devant les progrès de l'instruction primaire, cette bète noire du 
bon Nodier. Elle aidera, par l'étude d'un dialecte populaire, a 
la connaissance de notre langue nationale et de ses origines. 
Pasquier, Ronsard, Malherbe, comme Louis Courier et Charles 



VIII INTRODUCTION 

Nodier et après eux les philologues contemporains, ont pensé 
avec raison que les patois ne sauraient être trop étudiés. 
» J'apprends mon françois à la place Maubert et Platon, poète 
» s'il en fut. Platon qui n'aimait pas le peuple l'appelle 
ï son maître de langues.» (Louis Courier, préface de la Traduc- 
tion d'Hérodote.) 

Etienne Pasquier nous dit en ses Recherches : c Faisons 
» renaistre et résusciter ceux (les mots) qui ont esté du piéça 
» délaissés, rappelons-les, lesquels remis en usage auront plus 
» de grâce et de goust pour eslrc sortis de notre ancien estoc...» 
Ménage estimait que « pour réussir en la recherche des origines 
» de notre langue, il faudrait avoir une connaissance parfaite 
» de la basse latinité et aussi des divers idiomes de nos provinces. » 
{Origines de la Langue française, épître liminaire.) 

Le prince de la pléiade lui mémo, qui a introduit dans la 
langue tant de néologismes prétentieux, tant de mots à formes 
latine, grecque ou italienne, par un engouement ridiculisé jus- 
tement par flenri Estienne et Piabelais, Ronsard nous donne ces 
excellents conseils : « Tu ne desdaigneras pas les vieux mots 
> françois, d'autant que je les estime tousjours en vigueur, 
» quoy qu'on die, jusques à ce qu'ils ayent fait renaistre en leur 
» place, comme une vieille souche, un rcjetton...» (P. Pionsard, 
Abrogé de l'Art Poétique, œuvres, t. VII, p. 355.) 

Que de rejetons en usage aujourd'hui ont leur origine dans 
des mots oubliés ou dédaignés, mais conservés dans notre 
patois. Citons parmi les plus caractéristiques : aigaadc, 
aiguière, dérivés do aiguë, eau; évier, de ève, autre forme sain- 
tongeaise du mot eau ; abri, de abre, arbre ; débauche, de bauche, 
retraite, réduit; cabriole, de cabri, chevreau; échantillon, de 
chanteau, morceau, etc. 

« Le langage du peuple, dit M. Littré, est plein d'archaïs- 
» mes, de locirtions vieillies... Le peuple est le conservateur 
» suprême de la langue, c'est chez lui qu'il se perd le moins de 
» la tradition antique, c'est cliez lui que le travail de décompo- 
» sition se fait le plus lentement sentir.» Et ailleurs: «.Vujourd'hui 
» il n'est besoin que d'entendre parler sans prévention les per- 



INTRODUCTION IX 

» sonnes illettrées, surtout dans certaines provinces , pour 
» reconnaître dans les mots, dans les locutions, dans la pronon- 
» dation des particularités tout aussi légitimes et souvent bien 
» plus élégantes, énergiques et conmiodes que dans l'idiome 
» ofliciel... Ce serait se l'aire une idée erronée que de considé- 
» rer un patois comme du français altéré... Les patois sont à 
» un certain point do vue contemporains du français propre- 
» ment dit, ils plongent comme lui par leurs racines dans le 
» latin, d'où la langue romane dérive, et dans le comparti- 
» mont provincial qui les a produits. » (Littré, Origine de la 
Langue française, Revue des Deux Mondes, année 1817, passim.) 

« Le patois, nous dit Charles Nodier, c'est la langue du père, 
» la langue du pays, la langue de la patrie... Il a été l'intermé- 
» diaire essentiel des langues autochtones et des langues classi- 
» ques... Composé plus naïvement et selon l'ordre progressif des 
» besoins de l'espèce, il est bien plus riche que les langues 
» écrites en curieuses révélations sur la manière dont elles se 
» sont formées... L'étude des patois de la langue française, 
» bien plus voisins des étymologies, bien plus fidèles à l'ortho- 
» graphe et à la prononciation, est une introduction nécessaire 
» à la connaissance de ses radicaux... » (Charles Nodier, Notions 
élémentaires de Linguistique, ch. XIII, passim.) 

Ces sages opinions, recommandées par l'autorité d'écrivains si 
compétents, m'ont dirigé dans la marche suivie pour ce Glossaire, 
que je recommande à la bienveillance de mes compatriotes des 
Gharentes. 

A la nomenclature des mots usités dans la bouche de nos 
paysans, j'ai cru devoir ajouter les noms d'hommes et de loca- 
lités, dont je me suis efforcé d'établir l'origine et les transfor- 
mations. Comme le fait remarquer Nodier, les noms propres ne 
subissent en général d'autres changements que ceux que leur 
impose l'esprit des langues qui se succèdent, ce sont les mots 
les plus précieux parce qu'ils sont les plus inaltérés, et ils peu- 
vent guider l'esprit à la recherche des radicaux primitifs. Cela 
est surtout vrai des noms de locahtés, car le caractère évident 
et prononcé sur lequel s'est fondée la désignation du lieu n'a 



X INTRODUCTION 

généralement pas subi de changement assez intense pour y 
perdre sa pliysionomie primitive. L'étymologie des noms locaux 
nous conduit naturellement aux radicaux primitis de chaque 
pays. (Voir Ch. Nodier, Notions do Linguistique, cli. XII.) 

Cette partie du Glossaire touche à la géographie ancienne et 
à l'archéologie, et je me suis en général dispensé de donner 
mon avis personnel sur les points controversés, me bornant à 
citer avec impartialité les opinions des écrivains locaux, des géo- 
graphes et des antiquaires. Le lecteur aura la liberté de décider 
entre des conclusions souvent contradictoires. 

L'ouvrage est complété par un index des auteurs et des ou- 
vrages cités. Outre des notes bibliographiques, cet index contient 
sur les œuvres anciennes et les auteurs peu connus les indica- 
tions biographiques et littéraires qui ont paru présenter 
quelque utilité. 



GLOSSAIRE 



SAINTONGEAIS 



-A. 



A, prép. Employé souvent 
pour dt\ Ainsi on dira : 1r nore 
à Robin pour la belle-iille de 
Robin. On dit encore en français : 
le denier à Dieu. 

La fille à Jupiter, Aie la rrdoulabîe. 
(Joacliini DU Bellay.) 

La préposition à s'emploie éi;a- 
lement pour en comme dans cet 
exemple tiré d'un roman du XIP 
siècle : 

Lors la belle Euriant et toulte sa 
route (1) se mirent à chemin. 

(Roman de Gérard de devers.) 

A, AIBc, pronom. Elle. L'un 
ou l'autre s'emploie suivant que 
le mot suivant commence par une 
consonne ou une voyelle. Ainsi 
on dira : n nienra les oueilles, elle 
mènera les brebis; aile irat à 
rêve, elle ira à l'eau. 

Ainsi com s'ale fusl forscnéc. 

(Tonrnnirmciit do, VXnlrdvisl. EJit. 
tlo Kôinis, 1351, {ol. G3.) 



[i; Vxoulc, compagnie, suite. 



ABAUPIx"^, Anltépiu, s. 

m. Aubépine, en latin : allia 
spinn; en bourguignon : nvhêpin; 
en provençal : albespin. 

Ce«tcorlil fut moult très bien clos 
De piedz do chesne aguz et gros 
Hordez estoit d'aubes espiiies. 

{Uninaii du Rcnart, vers 1-29I».) 

Entrai en un Jardin, por jucr i alai 
Dcsousunaw^espùiun polit m'acointai. 
(RuiED'jîiF, la Vie du Monde, 1. 1, p. "23"2.) 

Aubépins et autres arbrisseaux por- 
tant bons fruits pour la nourriture des 
oiseaux. 

(I5ern.ird Palissy.) 

AIt.\YER, v. n. Aboyer. De 
ad et baubai'i. En grec : Baù^eiv. 

Com cil ki est chef des fols ki abaicnt 
vers David. 

(Livre des Ilots ^ trad. du XU» siccle.) 

Un chien ne doit autre chose savoir 
sinon abaxjer aux étrangers, servir de 

garde à la maison 

(Bnnnveiit. des PÉiiiEns, Symbalum muiidi.) 

Tu le fus emportant 

Maugrc Vabai de Vol-Mont abaïant. 
(Vauquolin de li Fresmaye, 
Foresterie VI. p. 17.) 



ABECHBR 



ABRASER 



ABÉCHER, V. a. Abecquer, 
donner la becquée. En sainton- 
geais, on prononce ah'cher. Le 
genevois ahécher a le même 
sens. L'Académie française écrit 
nhccqner qui se rapi;)roche plus 
du radical cellique : b'ec. 

Sur ce débal quand on a le loisir 

Et qu'oize.'uixonl faict assez bon devoir 

On les ahesche 

(Guillaume Cretiw, Poésies, p. 83.) 

Le vieux français avait héchêe 
pour becquée : 

El ne prennent leur héchéo, sinon 
qu'on leur lappe sur la queue, à la mode 
des passereaulx.... 

(Rabelais, Pantagruel, liv. Il, ch. XIV.) 

ABE5JILLE, s. f. Abeille. Du 
latin apicula diminutif de npcs 
par je changement du p en h qui 
est fréquent : 

Trouvèrent une bezanne d'abeulles, la 
levèrent et en prirent tout le couppeau 
et le miel de dedans.... 

(Texte cité par du Ganse, au mot bcsaiia.) 

ABOMIi^'ER, V. a. Avoir en 
horreur, — accabler d'injures. 
Dérive du latin : ah et omen, pré- 
sage; italien: ahhonunare; pro- 
vençal : abominar. Le français a 
conservé abominable, abomina- 
tion. 

Ta fureur perd et extermine 
Finalemenl tous les menteurs; 
Quant aux meurtriers et décepteurs 
Celui qui terre et ciel domine 
Les abomine. 
(Clément Mahot, psaume V, vers 7«.) 

ABOTEAU, ^l>otâ, s. m. 

Petit batardeau fait pour retenir 
l'eau — petit réservoir factice 
pour attirer les oiseaux près du 
filet de chasse. Du werho abotare, 
de basse latinité. 



Le Glossaire de du Gange 
mentionne également les mots 
Abotiun, Abotamenlum avec un 
sens tout Juridique. D'après l'au- 
teur, ils désignaient un privilège 
du créancier sur les terres qui 
l'avoisinent. Mais la citation ci- 
dessous de du Gange indique le 
sons de mare, pièce d'eau, analo- 
gue à celui du patois saintongeais 
et que l'ignorance de cet idiome 
lui a fait négliger : 

Quidquid habcre dicebant in ma- 

resiis, pratis, terris, aquis, botis (pour 
boscis), canalibus, abbolamentis 

(Lettre de Gl'illai:me, évèque de 
roiliers, année 1221.) 

ABOÏJTER, V. n. Aboutir — 
toucher par un bout. En berri- 
chon : aboter. Le mot abouterest 
encore usité dans la langue du 
blason et s'applique aux pièces 
d'armoiries qui se répondent par 
les pointes. 

Sezile (1) qui sur mer aboute. 

(Guillnume Giiart, cité dans Lacitnie 
de Sainle-Pallaye.) 

ABOrTURE, s. f. Bout d'un 
champ, d'un sillon. (Voir abouter.) 

ABR AMIT, adj . Affamé. Aug- 
mentatif du verbe bramer, crier, 
gémir; du grec Bpsaw. En bre- 
ton : brani, bruit ; italien : brama, 
désirer ; provençal : brama, crier. 

ABRASER, V. a. Détruire 
par le feu, brûler, embraser. 

Abrasez fu e plein de mal 
De la laide fure (2) infernal. 

(Chron. des Ducs de Normandie, 
t. I, vers 12017=.) 



(1) Sezile. Sicile. 

(2) Fure, fureur. 



ABRE 



ABUSION 



ABRE, s. m. Arbre. Dans les 
dialectes picard, genevois, bour- 
guignon, berrichon : ahre. En 
italien : alhevo. Le saintongeais : 
ahre, avec Va prononcé très 
ouvert, se rapproche du vieux 
français aiihre. 

Lors s'est assis sous Vaubre qui verdie. 
{Poème de Ronccvals^ p. lai.) 

Li aiihre despoillent lor brnnohcs. 

(RiTRBŒrK, li Dit du Ribaux de 
Greive. 1. 1, p. 211.) 

La pucclle descent sos Vahre 
i:i se Irova froil comme mabre. 

[Roman de Blancharrlin^ cilé par 

RoyUEFORT, Gluss.) 

Le mot ahi'e avait formé le 
vieux substantif abrier, pressoir 
en bois, qui est resté longtemps 
usité : 

Plus la vendange no geint 
Sons Vabric)', qui de sa charge, 
Criant, enroué, restreint. 

(Baïf, Poésies .) 

ABRfi<].\0T101i\ exclamation 
de dégoût ou d'horreur. C'est le 
latin : ahrenuntio, je renonce 
formellement. 

Dans les baptêmes de la primi- 
tive église, on demandait au 
néophyte : Utnini ahrenunliat 
Diabolo et pompeis ejiis ? Il 
devait répondre : Abreminlio. 
(Voir du Gange, Glossaire, au 
mot abrenuntiare.) 



Aïs RËl^^ VOIR A MOr- 

CUKS, locution signiliant : plaie 
vive, vésicatoirc. 

Si tu y avais seulement pcnsii, je 
ferais de ton corps un abreuvoir à 
mouches. 

(Comédie des Prorerhes, a. I, se. VII, 
anc. lU. fr., t. IX, p. 'i'I.) 



Quand Hercule aprcs mainte touche 
Lui lit un abreuvoir à mouche 
De son cesle 

(ScAiiuox, Virgile travesti, liv, V.) 



ABRIER, V. a. Abriter, 
garantir, vient comme le français 
abri du vieux mot abre arbre. 

Si ot d'une chape forrée 
Moult bien, si cum me recors 
Abrié et veslu son cors. 

(G. DE Lonnis, Roman de la Rose, 
vers 100'.) 

Dès le soir, les assiégés sans beaucoup 
de peine, abricrcnt le rouage de fascines 
gouildronnées.... 

(Agrippn r>'AiiiiGSÉ,//M/o/r<?,liv. III, 
p. 170.) 

ABUSER, V. a. Tromper. Ce 
verbe est français dans le sens 
neutre. 

Fl ainsi m'alloit amusant 

Kt me souffroit tout rnccompter 

Mais ce n'estoit qu'en m'abusanl. 

(François Vilion.) 

ABÏJSEIJR, s. m. Trompeur, 
qui abuse de la bonne foi de 
quelqu'un. On trouve avec le 
même sens dans le Dictionnaire 
de Cotgrave : abiiseux. 

Je puisse mourir, Mercure, si tu es 
qu'ung abuseur et fusses lu lilz de Juiù- 
tcr troys fois. 

(Bonavont. des PÉniEns, Cymbaltun 
mundi, dial. II.) 

Charlatans et abuscurs 

[Des Accords, bignrruros, liv. IV.) 

ABlJSIO.\, S. f. Abus, sottise, 
Ironqjerio — erreur. 

Fol f^sl qui se mêle d'amis 
El d'enfants : c'est abusion. 

[Farce des Femmes, anc. tb. fr., 
t. I, p. 1-213.) 



ABZAG 



ACCAGNARDER 



D'en plus parler je me désiste, 
Ce n'csl que luiilc abusion; 
Il n'est qui contre mort résiste. 

(rr.inçdis Vir.r.oN, Bail. (Jes Se'njncurs 
du temps jadis., p. i5i5.) 

ABS.IC;, nom (riiornme et de 
localik'. Eu latin : âbhezncum, 
domaine abbatial ou domaine pa- 
ternel. (Le radical nb en hébreu 
signifie père.) Un Gamérier de 
l'abbaye de ÎMelle a porlo ce nom : 

Florebant in Angeriaci monasterio 
Thomas Lussaudi, prier S' Hilarii de 
Mctulo et petrus de Abezaco, Camc- 
rerius. . . . 

iC.alUa Chrisliana, t. II, col. llOo.) 

AC, terminaison d'un très 
grand nombre de noms de loca- 
lités du sud-ouest. Ce mot, 
d'après la majeure partie des 
étymologisles et notamment Bou- 
rig-non, signilie en celtique : mai- 
son, habitation; il est fréquem- 
ment précédé d'un nom d'homme, 
ce qui confirme notre interpréta- 
tion. Liicanincniu, Pnulincum, etc. 
se tradiuscnt naturellement par 
maison de Lucanus, maison de 
Paul, etc. ; ce i)remier nom de 
Liicaninciim (actuellement Lugai- 
ffiiRc) désignait la maison de 
campagne de Lucanus, beau-pèi'e 
d'Ausone, et ce poète nous l'a 
conservé dans un vers où par 
une licence poétique, il sé})are la 
linale du nom propre : 

Villa Lucani mox potieris aco. 

Quelques antiquaires voient 
dans ae l'article pluriel basque qui 
se met à la suite du nom d'après la 
règle expliquée ci-après : 

Nomen quidem ipsum maneat immu- 
taUmi, arliculus vero in fine posiUis 
(qucm unir'à lilterà a in singulari, syllabà 
vero ac in plurali ) 

{Ow^-i\m, Notice de l'une cl l'autre 
(îauroj/iie., p. 57.) 



Cette interprétation, acceptée 
par l'abbé Baurein (Variétés bor- 
delaises, t. I, pag. 28), semble 
moins admissible que la première, 
car la langue basque, malgré son 
antiquité reconnue, parait avoir 
été toujours cantonnée dans un 
petit territoire éloigné de notre 
réarion. 



ACCAIîASSÉ, adj. Accablé 
par la fatigue ou la maladie. En 
basse latinité : accabassare signi- 
fie immerger, faire faire un plon- 
geon. Il désignait, au moyen âge, 
le ti'aitement qu'on faisait subir à 
Bordeaux aux femmes de mau- 
vaise vie. (Voir du Gange au mot 
accabassare.) 

Si mollicr es pro ada que sia tansonosa 
mal parleyra, guatgara se delz soudz 
sera liguada ab una corda solz las 
eysscras et sera plonguada très vetz en 
l'aygua. 

{Statuts de la ville de Boî-deau.r, cité 
par BituEiN, Yanclcs Bord. i. III, 
p.Gl.) 

ACCACHEïl, Ecacher, v. 
a. Peser sur, écraser — fouler 
aux pieds. 

Laissez ce bassinet couvert 
Si nous dictes qui vous acache 
Si genlement a cesle place. 

{Farce des Cinq Sens, aiic. th. fr., 
t. II, p. oOo.) 

Et dist ainsi que qui vouloit tuer pre- 
mier la serpent, il li devoil esquacliier 
le chief. . . 

(JoiNviLLE, llist. de S. Lnrjs.p. 33.) 

II menaroit ceux de dedans qu'il les 
escac/ieroù comme grenouilles. 

{Satyre Ménippcc.) 



A€CA£j:%ARE>iER, s'Acca- 
g;iiai*(llcr. Eainéanter — devenir 
paresseux — du latin canis, chien, 



ACCOINTANCE 



ACCORD 



et peut être du breton kaigii, 
mauvais cheval, rosse. 

Estant jeune comme il est et ambi- 
tieux aussi bien que moy, il n'a garde 
de s'accagnarder en oy si voté ni aux 
plaisirs de sa cour. . . . 

(Brantôme, Capitaines Elraujcrs^ 
Vie de Char les- Quint.) 

Vous avez secouru des personnes qui 
éloienl dans les rues ou accagnardées 
près du feu; je vous demande l'aumône 
pour des gens qui ont servi.... 

{Lettre de Henri IVaic Parlement 
de Paris.) 



A€€Oi:%TAI^CE , Acoiu- 
taucc, s. f. Amitié, familiarité, 
liaison — commerce charnel. 

Depuis qu'il a sceu qui elle estoil, il 
ne cessa jusques à tant qu'il ait eu 
Vacointance d'elle. 

(Martial d'Auvergne, cité par le 
Ct« Jaobert.) 

Car jeunes gens perdent tost contenance 
Quant en lieu sont oîi n'ont point d'acoin- 

[tance. 
(Charles d'Orléans, Enfance et Jeunesse.) 

Mais votre accueil et froide contenance 
Me font douter de nouvelle accointaiice. 

(Mellin de S'-Gelais, Rondeau, p. 87.) 

ACCOÏSER, V. a. Apaiser, 
rendre coi. Du latin quiescere. 

Et prisent trives à trois jours et là 
dcdcns fut la cose acoisie et apaisiée. 
{Chroniq. de Rains, p. 4*2.) 

Par la sale n'i a tant os (1) 
Qui i face ne cri ne noise; 
Li rois pai"la, Renart s'acoise. 
{Roman du Renart, vers 1363 î».) 

Ce mot était encore usité au 
XVIP siècle : 

Adoucissons, lénifions et accoisons 
l'aigreur de ses esprits. 

(Molière, Pourccaugnac, a. I, se. H.) 



(1) Os. hardi. 



Acoîsez tous les mouvements de votre 
intérieur pour écouter celte parole. 

(BossLEi, Evangiles', li" jour.) 

ACC©MMU.\IER (s'), V. r. 

Faire la communion — recevoir 
l'Eucharistie. 

Puis que il sunt à bataille justiez (1) 
Ben sunt cunfès e asols e soigniez, (2) 
Oent lur messes e sunl aciwmniez. 

{Chanson de Roland, vers 38o8«.) 

ACTO^UI^E», V. a. Faire 
prendre à quelqu'un une mauvaise 
habitude. Du latin coquina, cui- 
sine, d'après Monet. Acoquiner, 
dit Nicot dans son dictionnaire, 
c'est « rendre quelqu'un ou (|uel- 
» que beste si privée en sa hantise 
» qu'elle ne veuille estre nulle 
» part ailleurs. » 

Les hommes sont acoquinez à leur 
eslre misérable. 

(Montaigne, Essais, liv. HI.) 

Mon Dieu I qu'à les appas je suis 

[acoquiné ! 

(Molière, Dépit Amoureux, a. IV, se. IV.) 

AC'€'©»», s. m. Acceptation 
d'un marché — réconciliation. 

Le seigneur de Pernnge, lors ambassa- 
deur en ce pays pour le roi Charles VIII, 
en vit le pitoyable spectacle et en lit 
l'accord. 

(Brantôme, Dames Galantes, Jisc. I, 

r. -i^.) 

Il voudrait qu'un accord avantageux ou 

[non 

L'affranchit d'un emploi qui ternit ce 

[grand nom. 

(P. Corneille, Srrtorius, a. I, se. II.) 

Au pluriel accords signifie 
fiançailles — réunion pour signer 
un contrat de mariage. 



(1) .Justiez. préparés à commencer. 

(2) Seigniez. bénis. 



ACCOTER 



ACCROUER 



belles fleurs sans fruits! Accords 
[sans hyménée! 

(RoTRou, Aiitigone.,a.\, se. I.) 

ACCOTER, V. a. Appuyer, 
étayer. S'einploin surtout dans 
le sens pronominal : s'accotor, 
s'a|)puyer sur ([uelque chose. En 
normand : acout ; en wallon : ascot, 
signilient appui. 

Le vilein ont moult redoté 
Lez la paroi sont acolé. 

(Roman du Ueiiart, vers IS^IS».) 

Maintes foiz avint que en esté, il aloit 
seoir au bois de Vincenncs après la 
messe et se acostolt a un chesne. 

(Joisviii.E, Uint. de Suliil-Loys .) 

Car heurtant une porte ou pensant 

\m' accoter 
Ainsy qu'elle obeyt, je vins à culbuter. 

(Matli. Regmer, sntyre X.) 

ACC'OtJlILEli, V. a. Accou- 
pler, assembler par paire. (Voir 
couhlcr.) 

Ainsi les présentoyt à Panurge, puys 
les acoubla de mode que le poulce dextrc 
touchoyt le gausche. 

(Rabelais, l'aiitagrucl, liv. II, ch. XIX.) 

ACCOUESS, V. a. Attacher 
par la queue. Pour conduire les 
chevaux à la foire, on les accoiie, 
c'est-à-dire qu'on attache la tête 
de l'un à la queue de celui qui 
doit le précéder. Provençal : 
acoatar; italien ; accodare. 

Nous n'avons pas faict marché, en 
nous mariant, de nous tenir continuelle- 
ment accouez l'un l'aultre 

(MoniAiGNE, Essais, liv. III, ch. IX.) 

ACCOtJSII^'ER, V. a. Traiter 

quelqu'un de cousin. Se conduire 
avec lui comme avec un parent, 
un allié. (Voir Glossaire de 
Roquefort.) 



Rome fonda ses frères Romulus 
Le sénat accousina 
Et ton confort requist et demanda. 
(Eustache Deschamps.) 

ACCOUTUMAH'CE, s. f, 

Coutume, habitude. 

Il ne s'en pooit pas tenir 
Qu'il ne lui portast révérence 
Par la force d'accoustiimance. 

[Roman de la Rose, vers 2628».) 

Mais les hommes se jectant inconti- 
nent en des accoutumances, en des 
opinions, en des loys, se changent ou 
se desguisent facilement. 

(Montaigne, Essais, liv. I, ch. XXV.) 

Au XVIP siècle , ce joli mot 
était déjà vieux et remplacé par 
coutume, d'après les remarques 
de Vaugelas. Il fut cependant 
employé par Boileau, dans sa 
traduction de Longin, par Lafon- 
laine et Larochefoucauld. 

U accoutumance ainsi nous rend tout 
[familier. 
(Lafostai.ne, Fables, liv. IV, fab, .X.) 

La jeunesse change ses goûts par l'ar- 
deur du sang et la vieillesse conserve 
les siens par Vaccoutnmance. 

(LABOCHErOlCACLD, J/fl.l'/WM .) 



ACCMEIKE, V. a. Accroire, 
croire légèrement. En sainton- 
geais, il est usité principalement 
précédé du verbe faire. Berri- 
chon : accreire; wallon : acreure; 
provençal : acreive. 

Quant H fu demandez 
Fist al seignur acreire 
Que senz cuer esteit nez. 
(Théodore le martyr, cité par Littré.) 

AC'CKOUEIS, V. n. Accrou- 
pir. (Voir aijrouer.) Ce mot est 
la traduction du latin ad curvare. 



ACCUEILLIR 



ACQUETER 



El nous mena en tapinoys et silence, 
droicl à la cayge en laquelle il cstoit 
acci'oué. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. V, cU. A'III.) 



ACCUEILUK, V. a. Gager 
un domestique , le prendre à 
gag'es. Des mots latins ad et 
colUgere. 

A Aubigné s'accueillent trente gentils 
hommes ou capitaines. 

(AgrippnD'AuBiGNÉ, Histoire, t. U, 

p. 449.) 

Il est inhibé et deffcndu à toutes per- 
sonnes indilTéremment quelconques de 
louer ou accuillir aucuns vallelz et 
chambrières au jour et l'esté Saint Jehan 
prochaine et aux valietz et chambrières 
d'eux accuillir a peine de cent livres 
d'amende. 

(Ordonn. du 21 juin 1G23, relative 
à la ville de Bourges.) 



ACCUIiEK, Éculcr, v. a. 

Se dit en parlant des souliers dont 
le quartier est abattu. 

Tousjours se vautroyl dans les fanges, 
se mascaroyt le nez, se chauffouroyt le 
visaige, acculoyt ses souliers. 

(Rabelais, Gargantua.XuA^ ch. X.) 

AC'EKTAIl^EK, v. a. Ren- 
seigner d'ime manière certaine — 
prouver — affirmer. 

Paroles sont nécessères por accrlener 
Seinte Yglise. 

[Livres de Jn.ttice et de IHet, 
p. 183, § 25.) 

Nous vous envolons haslivement ce 
chevaucheur de nostre escurie pour 
vous acertener de par nous, par ces 
présentes, des choses dessus dictes. 

[Les Demandes du Roi Charles M, 
Ed. 1833, p. 111.) 

El vous mêmes m'en avez acertené 
plus de cent fois. 

(P, Larivey, Comédie des Escnlliers, act. UI, 
se, II, auc. th. fr. VI, 15U.) 



Il n'est pas acerlainé qu'ils aient rien 
fait de mal pour ce qu'il arriva entre 
deifx. 

[Les quinze Joyes du Mariage, 
15« Joye, p. 147.) 



AC'BïAIiEIB, V. a. Causer de 
la chaleur. Du latin : ad calorem. 
En vieux français : chaline est 
synonime de chaleur. (Voir Ro- 
quefort, Glossaire de la Langue 
romane, sup.) 

A€IIAItI9, nom d'homme. 
Du vieux nom germanique Ach- 
hart, courageux sur mer, (Scott, 
noms de baptême.) 

ACIÏÉE, Achct, s. m. Petit 
ver de terre, Lombric. Dérivé 
d'après M, Jônain du grec : 

Aaxapiç. 

Mais tu vis par les sillons verds 
De petits fourmis et de vers 
Ou d'une mouche ou d'une achée. 

(RoKsAnn, l'Alouette, poés. chois. 
p. 222.) 

At'OUTEK, v. a. Écouter. 
Latin : auscultare; Italien : ascol- 
tare. La science a conservé les 
mots acoustique et ausculter. 
« Ce n'est que parmi la])opulace, 
» dit le dictionnaire de Trévoux, 
» {{u'on dit acouter; tons les hon- 
» notes gens disent écouler. » 

Nul ne savereit acouter 
Ne les miracles anumbrer 
Que Deus i fait. 

(V'(> de saint Thomas de Catitorbéry, 
vers 1291».) 

Acoutez, messieurs, acoutez un peu, 
je vous dirai un conte. 

(Boralde da Verville, Moyen de Parvenir.) 

ACQUarrEK, AqucUcr. v. 

a. Acquérir^ gagner. Du lalin ad 
quivrere. 



ACRKTE 



ADRESSER 



Despendu ay jà maint denier 
Depuis que n'aquestay un blanc. 

[Le Chevalier qui dniine sa femme au 
Dyabte. t. III, p. 438.) 

Car pour vous il faut que je l'acqueste. 

(Oclnvicii de S^O't-Gelais.) 

ACISÈTÉ, ad. Arrogant, qui 
redrese la crête. 

Vrayinent, tu es bien acresté à ce 
malin. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I. chap. XXV.) 



ABEUIIiliK, adj. En deud. 
Du lalin : dolore. 

Par vos sui si adolés, 
El si malement menés 
Que je n'en cuit vis alcr, 
Suer, douce amie ! 

{Aucassiii et ISicolelle, ch. VII.) 

AMOUÎîAGE, s. m. Assai- 
soniieineiil. (Voir Adouber.) 

A»OUS3KR, V. a. Remetli-e 
un membre démis — raccommo- 
der (espagnol : adohar) — alïïi- 
bler, revêtir — assaisonner un 
ragoût. En basse latinité adohare, 
et en italien nddohhare, signifient 
orner. En vieux français adouber 
a eu le sens d'instruire au métier 
des armes et d'adopter comme 
fils ou frère d'armes. (Voir radou- 
ber.) 

Adouber veuil l'enfant Gircrl, mon fil. 
(Roman de Gariii le Loheraiii.) 

En français moderne adouber 
n'est plus usité qu'au trictrac et 
dans l'argot maritime. On trouve 
les autres sens àa saintongeais 
dans les textes du XVP siècle : 

Il print une bonne corde ei en lya et 
adouba son casier. 

{Cent Nnuvelles- I^nuvclles du roy 
Louis .\7, "3" luiuïclle.) 



Et à son mary vint, lequel il adouba 
de son habit et l'envoya devers sa 
femme. 

{Ibid, 'S" nouvelle,) 

Les uns adoubants les courroies de 
leurs fléaux... 

(Noël Dc Fail, Propos rustiques. 
chap. V, p. 31.) 

A3îî5ttJISF.ÏJÎ6, s. m. Rebou- 
teur, celui qui remet un membre 
démis. Espagnol : Adobador, ac- 
coucheur. (V. Oudin, Tesoro de 
las dos Lenguas espanola y fran- 
cesa.) 

Les suyssesl'alloientveoirmenans avec 
eux leurs chirurgiens et adoubeurs. 

(Guill. Bou;het, Sérécs, t. V, p. 83.) 

ADOÏIÉ, ad. Qui vit maritale- 
ment avec une femme sans être 
marié. Corruption des vieux ver- 
bes : adeser, adesier, adoiscr, 
joindre, s'attacher. En lalin : 
adesse alicui, être avec quelqu'un, 
(Virgile.) 

AS51ÎESSF>MF>I^'T, s. in. Ré- 
paration — redressement. 

La verge, li ccptres de Ion règne, 
à que tu bas e chasties ccls que tu 
eimes, est verge d'adrecement.) 

[Commentaires sur le Psautier^ psaume il».) 

ABÎKKSSEB5, v. a. Rendre 
droit, redresser. Du lalin : ad 
rectum. 

Nous octroions le pardon à tous ceux 
qui confès mourront por cest forfait 
adrecier. 

(ViLLEiivr.DoLiN, Coiiquctc de Constaiiliiioplc.) 

Puis te voilant à toute bride 
Ton corps adresserait au cours. 
Et le piquant seroit ton guide 
Par la carrière des amours. 

(RoNSABD, oie XXXIV", poés. ch., 
P.13S.) 



AFFAIRE 



AFFETE 



AFFAîKK (être «le luan- 

vaîsc). Locution indiquant une 
vilaine humeur, des (lisi)ositions 
habilusUement mauvaises. 

Uns huem i fud lores ki estcit ds 
mull maleit afaire, Siba, Le fiz Hoci — 
.Tccedil quoque ut ibi esset vir Belial, 
nomiue Seba, lilius Bochri. 

{i' Livre des lioifi. ch.ip. XX, 
verset 1, p. 197.) 

Et de tnanvais ajfaire 

Seroit celui qui te vouldiuit meffaire. 

(Clément Marot, Enfer, t. I, p. 56.) 

AFFAITF-K, V. a. Former le 
faite d'un toit — achever de 
couvrir une maison, une meule 
de foin — linir quelque chose. En 
Vendée, nffniter son palier signi- 
fie : marier sa dernière lille. 

Et se aucuns se fet mestres d'afetier 
ma chose et no sache chose fère 

{Li Livres ie Jnsliee et de IHel, 
p. A'-iX. l 0.) 

Li cyprien avoient ce pont rompu et 
li bnron firent toute jor labourer l'ost 
et le pont afaitier toute la nuit. (1) 

(ViLLEHARDouiN, Conquêtc de Coiistunlinnple.) 

AFFAïiEïî, V. a. Tirer en 
bas, abaisser. Ce mot, encore 
en usage dans le langage des 
marins, nous a probablement été 
apporlé par les pirates normands 
du XIP siècle. 11 dérive de af, 
suffixe, correspondant au de latin 
et de Imlen, tirer, attirer, qui se 
trouve dans la plupart des lan- 
gues Scandinaves et notamment 
dans l'islandais et lô danois. En 
hollandais : afhalen a conservé 
le sens de notre argot maritime. 

AFFF.]VA<f.iE, s. m. Action 
de préparer la nourri tui'e des 



(\) Et les Larons firent toute In joiiriK'c tra- 
vailler l'armée et achever le pont toute la nuit. 



animaux, de garnir leur ràtelior 
de fourrages. Du latin feniini, foin. 
Du Gange (Glossarhiin inliunv et 
niediœ latinitatis) définit aiïena- 
giiini: « Merces operarii débita, » 
récompense due au travailleur. 
Ce mot devait également s'appli- 
quer aux soins donnés à la nourri- 
ture des bœufs, car aiïenalor a 
évidemment le sens de valet- 
bouvier dans la citation du même 
auteur, tirée de Vllistoire du 
Dauphinê, on nous trouvons les 
mots : afjricolœ aiïona fores et 
nnhnalla ïenentes. 



AFFE:xf/S5, v. a. Garnir de 
foin les râteliers (voir affenaf/e), 
et par extension, nourrir abon- 
damment. 

Quand j'ay bien à poiiift dc^jeuné et 
mon sLom.ich est bien à jioinct affené et 
agrené, encores pour un besoiny et un 
cas de nécessité nie passerays-je de 
dipner. 

(Rabelais, Vautagruel, liv.lll, ch. XV.) 

AFFERMF8?, v. a. Affirmer, 
assurer. 

Et Ovide niTme afferme 
Par sentence et prouve et ferme. 
(RamuH de la Ihise.) 

Et pour l'adieu de ma lettre t'afferme 
nue nonobstant que notre amitié l'erine... 

(Clcmont Mauot, t'pilre, p. 181.) 



AF 5^"S':T i^ , A ralté , adj . 

Affecté, maniéré, fat. 

Les plus affetez et délicats se parfu- 
moieiit tout le corps bien trois ou quatre 
l'ois jjar iour. 

(MoNiAir.NE, Essais, cil. LXIX.) 

Je laisse aux douccureux ce langage 

[affalé. 
(BoiLEAU, satyre VllI.) 



AFFIER 



10 



AFFRONTEUR 



AFFIER, V. a. Planter, 
semer, grelïer sur son terrain 
arbre ou tleur pour en avoir 
l'espèce. (P. Jônain.j 

Vrayement, dist Panlagruel, quand je 

seray en mon inesnaige (co sera, s'il 

plaist à Dieu, bien toùsl) j'en affieray 

et enteray en mon iardin de Touraine. 

(Rabelais, l'antayriiel, liv. IV, ch. LIV.) 

AFFIEK, V. a. Donner sa foi. 
aftirmer. 

Saheladins li respondi 
Hues, vous le me af/ierez 
Sur vosli'e foi que revenrez. 

[Ordène de ciievalcrie.) 

A chascun sa partie 

Dit Bertrand du Guesclin : Prévost, je 

[vous afl'ie 

Jà n'en arons deniers en jours de notre 

[vie. 

(Chron. de Bertrand du Guesclin.) 

Je vous affie 
Et certifie 
Que quelque jour 
J'ai bonne envie.... 

(LAFOMAiîiE, Jeannol et Colin.) 

AFFIjIfiîÉ, atlj. Infirme, ma- 
lade. En wallon : afiligi signifie 
bossu. 

Affligé de longue hydropisie 

(MoNTAioriE, Essais, liv. II, ch. XXVI.) 

AFFOIiEK, V. a. Faire enra- 
ger, rendre Ibu. 

Qui navro autrui ou affole, il doit 
rendre ses damages. 

{Cmilume du. Beauvoisis, ch. XXX.) 

AFFOXDREK, v. n. Enfon- 
cer dans l'eau — s'effondrer, 
s'écrouler — du latin ad fiindum. 

Moult vcïssirz harnas floter 
Homes noïer et afondrer. 

(Wace, Bornait de Rou.) 



AFFORCER, Airorcier, V. 

a. Violer, prendre par force. 

Omecide, traïlor, murtrier, aforceur 
de femes.... 

{Li Livres de Jostice et de plel, 
p. 104, § 1.) 

Femme efforcier, si est quant aucuns 
prent à force carnele compaignie à 
femme. 

(Beai'uanoiii, Coutume du Beauvois'.s, p. 412.) 

AFFOURAGER, v. a. Gar- 
nir de fourrag-es la crèche des 
animau.\". 

Cela avient quand désordenement on 

les affourage, ce trop leur ostant l'appétit. 

(Olivier de Serres, Theat .d'Agriculture.) 

AFFRA^VCIIIR, v. a. Châ- 
trer les mâles. Ce mot se trouve 
dans le Glossaire de la Langue 
romane, de Roquefort, ainsi que 
les suivants : affranchissement, 
castration; afiranchisseur, hom- 
me qui a pour état de châtrer les 
animaux. 



AFFRO^k'TER, v. a. Trom- 
per, abuser — outrager. 

Tu sçays bien que partout un chacun faict 

[son conte 

Qu'ils nous ont affrontez, ce qui est 

[grande honte. 

(Pierre Tuoterel, a. V, se. I, anc. th. 

fr., t. Vin, p. im.) 

Courons donc le chercher, ce pendard 
[qui m'affronte. 
(MoLiÈRB, Sgatiarelle, se. XVII.) 

AFFRO:VTErR, s. m. Di- 
seur d'injures, faiseur d'affronts 
— impudent, trompeur. — Du 
latin : adfronteni (s. ent. tanrjere). 

Auquel le président le Maistre res- 
pondil que la Cour n'estoit pas affron- 

teuse et que tant s'en falloit que la 

Cour eust usé en cela d'affront. 

(P. DE l'Étoile, Mémoires, t. VI, p. -41.) 



AFFUIK 



11 



AGARDER 



Et ainsi l'ayant reçu comme affron- 
teur, offrit à lui prouver qu'Aubigné 
avait été tué à la charge de Savignac. 
(Agr. d'Aubigné, Mémoires, p. 21.) 

AFFUIB, V. n. Se sauver, 
fuir, s'enfuir. 

Ni nul n'osoit y demeurer, ainsi 
éloient tous les gens du plal pays ajf'uis 
à Paris ou à Orléans. 

(J. FnoissàiiT, Chrojiiques.) 

AF1f£-TÉ, adj. Affilé, bien 
coupant. On disait dans le même 
sens au moyen âge : nfaitâ. 

Ke il porte coutiel ameure ne broke 
quel qu'ele soit afaitie pour mal faire.... 

{Ban des Echev'nia de Douai, 1!2C2, 
cité par RoytEFoni.) 



AFFÛTÉ, adj. Qui a le goût 
de fût; se dit du vin auquel la 
barrique a donné un goût de bois. 

Et aussi comme ung homme qui boit 

du vin affusté pour cause du fust 

en quoy il est... 

(Quinze Joyes du Mariage, ch. XIV, 
p. Ii3.) 

AFFUTK, adj. Placé à l'affût 
pour la chasse. 

Ici l'arquebusier, de derrière un bois vert 
Affûté, vise droit contre un chûiie couvert 
De bisels passagers.... 

(Du Bartas, la Semaine., '= chant.) 

AFFIJTIÂ, Afrtitiaii, s. m. 

Brimborion — chiffon — orne- 
ment de toilette. 

En vieux français : aiïutiaii, 
bagatelle, chose de peu de consé- 
(pience. (Voir Roquefort, Glos- 
saire de la Langue romane.) 

Je ne saurois trouver dans tous vos 
[alfâliaux. 

(Halieroche, Crispiuy a. U, se. U.) 



.VffwA, Affarcz, impératif : 
regarde, regardez. Syncope du 
vieux verbe agarder. (Voir ce 
mot.) 

Hé ! quel honneur le voyant par la place 
Tout couvert d'or, ouïr la populace 
Dire en arrière : aga, voilà celuy 
Duquel la France a reçu tant d'ennuy. 
(Vauqueliu de la Fiia5>aye, l-v. IV.) 

Agaré, Monsieu le baron, in sol 
avise ben ine bute. 

(Ag. d'Ai BiGNÉ, Baron de Fœneste, 
liv.ll, ch. IX.) 



AïiACEK, V. '^. Produire sur 
les dents une sensation désa- 
gréable provenant de la saveur 
aigre ou acide. Le mot agacer est 
français au sens ligure, dérivé 
évidemment du sens propre plus 
ancien. 

De la noix vont rungeant l'escorce 
Mais ne sevcnt qu'il a dedenz, 
Péchiez lor aace les denz. 

(Gautier de Coiusi, Sainte Leocade, 
vers 218».) 

Avoil-il mangé prunes aigres sans 
peler? avoil-il les dens esgiiassées"? 

(UAni-LAis, Pantagruel, prologue du 
IV» livre.) 

Avoyent un proverbe commun, que 
leurs pères avoyent mangé du v<*rl-jus 
et que les dens dos ealans en csloyent 
agacées. 

(Calvin, Institution chrétienne.) 

Au moyen âge, on a appelé 
agacins les cors et durillons qui 
viennent aux pieds. 



AGAllDiOlS, Argartlcr, v. 

a. Regarder. 

— Aganle:, mon monsieur quand il 
éloit petit, il chéut du haut d'une échelle 
et se rompit le — 

(Honaveiiture des PÉuiBns, ConlâS et 
Nouvelles,) 



AGE 



12 



AGOUTS 



AfiîE (iF), locution pour àg-c', 
vieux. Ainsi on dira : ol est in 
homme d'iKje. 

Laissez faire à George; il est homme 
Wàge; j'en leray ainsi'comme 
Si c'estoit pour muy — .... 

(Jacques Giiévin, Comédie des Esùahis, 
aiic. th. fr., t. IV, p. 30j.) 

Cette nymplie estoit d'ârje et ses clieveux 

[mesléz 

Floltoient au gré du vent, sur son dos 

[avalez. 

(RÉGxiEn, Discours au Roy.) 

ACîKASSâ:, Affa.sisp, s. f. 
Pie. En toulousain : agnsso; en 
italien.: gazzn. Ce mot est d'ori- 
gine tudesque ou celtique. Pie se 
dit, en bas breton : agaez; en 
tudesque : agnza; en Jjas alle- 
mand : aglnster; en hollandais : 
aakster. 

Uarjace eut peur; mais l'aigle, ayant fort 
[bien dîné, 
La rassure et lui dit 

(Lafoniaime, liv. Xn, fab. XI.) 

Dans le diclionnaire de Roque- 
fort, on trouve les formes agace, 
agache, agasse, ajasse, avec la 
même signification de. pie. 

On a a[)pelé agacies, agacines, 
des moines dont l'habit était noir 
et blanc. Il en fut (piestion au 
concile de Lyon de 1273 : 

Plusieur orJenenient par le conseil 
des frères prêcheurs et des frères me- 
neurs si corne li frères agachies et li 
frères aux sacs.... 

(Chronique de France.,c\ié par du Ca.nok, 
au mot fralres pyes.) 

Au moyen àgai, le nom de la 
pie était un nom de famille. Il fut 
porté par un français dont le 
souvenir exécrable n'est i)as 
perdu, Gobin Agace, qui four- 
nit à 1 armée du roi anglais, 
Edouard III (24 août 1346), le 



moyen de traverser la Somme et 
d'échapper à la poursuite du roi 
de France et à une destruction 
complète. 

Là eut un vai'let, qu'on clamoit Gobin 
Agace, qui s'avança de parler, car il 
cognissoit le passage de la blanke take 

mieulx que nulz aultres Si disl au 

Roy : Oil, en nom Dieu, je vous promelz, 
sus l'abandon de ma lieste, que je vous 
menrai bien à tel pas où vous passerez 
la rivière de Somme et vostre host, sans 

péril 

(J. Froissirt, ChroH., liv. I, § 268, 
t. m, p. 159.) 

Deux jours après (26 août 1346), 
les Anglais, établis dans une forte 
position, entre Crécy et ^^'adi- 
court, résistèrent à la bravoure 
désordonnée de l'armée de Phi- 
lippe de Valois, qui fut mise en 
déroute et presque entièrement 
détruite. Cent ans après, les 
Anglais occupaient encore une 
grande partie de la Franco. 

ACiîîiAX*?. Aillant, s. m. 

Gland, fruit du chêne. (Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

AftIiAXOEK, V. a. Nourrir 
avec des glands. En basse lati- 
nité : inglandare. 

Sed et porci qui nnnuè in casalibus 

inglandati fuerint capila ceatuni, exindè 
occidentur. 

(.VNASTàsirs, lu S" Iladriano P. P. apud 
Muralori, cité par dl" Cange.) 

A«0:^'ÏSEH, V. a. Accabler 
d'injures. Dans la basse latinité, 
agonizare a eu le sens de com- 
battre (decerlare) et d'attaquer 
(invadere, impetcre.) (Voir Du 
Cange, au mot agonizare.) 

A«Ol,'TS, nom de localité. 
Du vieux français : agaou, agoual, 



AGRAINS 



13 



AGUETTER 



canal, fontaine, abreuvoir (latin : 
aqualis) ou du bas lalin : ajothmn, 
ajonc. 

ACKAI^VS, s. m. Menus 
grains, grains de rebut — ce qui 
sert à agrener. (Voir ce mot.) 

AGRAFER, Acraper, v. 

a. Prendre, saisir avec force, avi- 
dement. En toulousain : arrapa, 
empoigner; en basse latinité : 
arrapare, enlever, arracher, des 
mots latins ad et rapere. 

Bertrand agrapa la picque.... 

(Texte cité par du Casge, au mot 
arrapare.) 

Et si aucune gens viennent à ois 
por ois à soscorre, si plongent ensemble 
ois, ceos k'il payent aggrappeir. 

(Sermon de saint Behnard, pour le 
jour de l'Avent, p. 521.) 

Justice pugnit petit cas 

Petites gens prent à ses las; 

Mais quant il vient une fort mouche 

A la toile, cil fait le louche 

Oui la déust prendre et happer 

Et si lait la toile acraper. 

(Eustache Deschamps, Poésies.) 

Au XYII® siècle, agripper était 
encore en usage : elle agrippe 
tout ce qu'elle voit, (Richelet, 
Dictionnaire, édit. de 1680.) 

ACRÉXER, V. a. Donner des 
grains aux volailles et par exten- 
sion : nourrir. 

Quand mon stomach est bien à poinct 
affené et agrené... 

(Rabelais, Pantagruel., liv. UI, ch. XV.) 

ACiRIFFER, V. a. Griffer, 
égratigner — saisir avec les 
griffes. En basse latinité : agri- 
fare, ainsi défini par du Gange : 
ungiies protenderc. 



Mais si peu qu'il avoil. ils l'ont esca- 
moté et agriffé avec leurs argots de 
chappon.... 

{Comédie des Proverbes, a. III. se. IV, 
anc. th. fr., t. IX, p. "G.) 

AGROUER (s'), v. reH. 
S'accroupir; se dit de la poule 
qui se baisse pour couvrir ses 
poussins (P. Jônain); synonime 
d'accrouer. (Voir ce mot.) 

Peut-être agrouer est-il une 
contraction de agrouper, encore 
en usage au XYIP siècle pour 
grouper, mettre en groupe. 

Les contrastes savants des membres 

[agroupés 

Grands, nobles, étendus et bien deve- 

[loppés. 

(MoLiÈnE, la Gloire du Yal-dc-Grâce.) 

AGUEIIiliE, s. f. Aiguille à 
coudre — timon de charette. Du 
latin, aeicula, épingle de tête, di- 
minutif d'acws, aiguille. En picard : 
agouille, en provençal : agullia. 

Lors trais une aguille d'argent 
D'un aguiUer mignot et gent. 

(Guill. DE LoRnis, Romaii de la Rose, 
vers 91») 

Divinez combien y a de poincts d'a- 
gueille en la chemise de ma mère? 
(Rabelais, Gargantua, liv. I, cb. XII.) 

AGUETTER, v. a. Guetter 
— être aux aguets. Mot d'origine 
hybride formé de la préposition 
latine ad et du mot tudesque 
walita, guet. 

Pour ce que la mère étoit 
Auprès de là, ce me semble, 
Laquelle nous aguetloit. 

(Joachin dc Bellay, Chanson.) 

L'académie n'admet que le plu- 
riel afjuels ; le singulier agut't 
aurait mérité d'être conservé. 
3 



AGl'ILLON 



n 



AIGNA 



Ouaiul Vaguet d'un pirale arrêta leur 
[voyage. 

(MiLHERBE.) 

Au XII* siècle on a écrit cm'ei't. 
(Voir les Lois do Guillaume-lo- 
Conqiwrant, § 1.) PIhs lard, agait. 

Murdres si est quant aucuns tue ou 
fel tuer autrui en agait apeusé. (1) 

(BEArMANoin. Coulumes de Beauvoisis, 
t. II, p. -il-i.) 

AGniiljOX, S. m. Aiguillon. 
Le latin iKjolum est employé par 
Festus ])Our désigner le long 
bâton pointu des conducteurs de 
bestiaux et des pâtres romains. 

I,i bedel Iraioienl le char 
Robert le n;iin et grant Kschnr 
Les poingnoil loz d'un aguillon. 

(Bataille des Sept Arls, ndd. 
àllutebœuf, t. II,p. 41'J.) 

ACr'ISKR, V. a. Aiguiser. 
Du' latin inusité aculare, employé 
par Végèce avec le môme sens 
que acuere. 

Or un foudre sur lui s'aguise 
D'un feu lortu par l'air volant. 

(Jacques Tahureii, Ode au Boy, p. 10.) 

A1II ! interjcc. Cri poussé 
pour faire marcher en avant les 
animaux de trait. 

Cil l'esgarde, puis li escrie 
llu! hu ! le leu ! ahie ! ahie! 

{Poème de Renaud de Muatauban, 
vers \i\.i«.) 

Ail! liASI Alà, interjec. 
Hélas ! exclamation de douleur. 

Ha ïas\ Dolent, tant ai mesfet 
Ne garl l'eurc tetre m'engloute 
//a /as! tant fu ma langue gloulc. 

(RiTEBEiK, Comment Tliéophilun 
vint à pénitence.) 



(l) At/ait apen-ié, aguet préiiid'dité, préparé. 
Devenu eu français guet-apena. 



AlUFR, V. n. Aider, secou- 
rir. La prononciation saintongeai- 
se en trois syllabes était encore 
usitée au XVII° siècle. Ménage, 
dans ses Remarques, conseille de 
prononcer ce mot en deux sylla- 
bes. 

D'une part m'oingt, d'autre me cuist 
Ainsy m'aïde, ainsy me nuist. 

(Jean de Meunc, Roman de la Rose.) 

Et cil de Constanlinople leur venoient 
aider en barges et en nés. 

(ViLi.EiiARDoim, Conquête de Constanlinople, 
chap. XH.) 



ABIIER (s'en). V. réfl. Se 
servir de quelque chose. 

Uns fèvres fist une cuignée 
Dure et tranr'hant et bien forgiée 
Mais ne s'en pooit pas aidier. 

(Marie de France, fab. XXIII', 
t. II, p. 137.) 



AICîIVA, Is»â, s. m. Agneau- 
Du latin agnus, agneUus. Ce mot 
a eu beaucoup de formes dans 
l'ancienne langue française, ce 
({ui tient à la déclinaison que les 
noms ont conservée jusqu'à la lin 
du XIII° siècle, à l'imitation du 
latin. Le passage suivant suffira 
pour faire comprendre la diversité 
de formes dont les poètes ont 
usé autrefois pour désigner les 
mêmes mots : 

Ce dit dou lou et dou aignel 
Qui beveienl à un rossei 
Li [oK à la source beveit 
Kt li agneaus avaul esleit 

Iréement parla li luz 

Li agnaz li ad respundi 

Li ugnelez a dune respond. 

(.Marie lie France, fab. II, dou LeU 
et de iAinijniel.) 

Les formes agneaus, agnez, 
agnclez, répondent aux sujets 
agnus, agnellus; aignel, aingniel, 



AIGREFEUILLE 



AIGUË 



aux régimes nr/inini, Qcjnollnm; 
lox, luz, au sujet lupus; leii, 
au régime lupuni. 

AICiRFFFXMIiliF, nom de 

localité et de famille. En sainton- 
goois, aigre est synonime de 
cassant et s'applique au loin sec, 
à la bruyère. En vieux français, 
aigrcfouille désigne le houx , 
iigvifolium. Ce nom latin du houx 
s'est appliqué à la localité, sans 
doute en raison de l'abondance 
de cet arbuste. Le nom à' Aigre- 
feuille a été porté au moyen âge 
par un prieur d'Esnandos : « Guil- 
»lelmus III de Agri'olio , prier 
» S. Johannis dcEsnendà...» (Voir 
Gnllia Chrislimia, t. II, col. 1 104.) 

AlfiKFTTF, s. f. Chéne- 
votte et probablement plusieurs 
fruits de saveur aigre. 

Après Yaigret trouve on la doulce 
[meure. 
(Chorles d'Orléins, Rondeau.) 

En vieux français, aigrin, 
aigriin, herbe aigre ou amère, 
d'après le Glossaire de Roquefort. 
Italien : agrume. 

AIGni'i^SKR ('s'), v. r. Se 

rebiffer, se regimber, se mettre 
en colère — prendre un ton aigre. 
Envieux français : aigroier, aigrir 
l'esprit, aiguillonner. (Roquefort, 
Glossaire do la Langue romane.) 

AICUAIL, F«all, s. m. 

Rosée. Ce mot, dérivé du vieux 
français aiguë, eau, parait avoir 
été employé jjour la première fois 
par le poitevin J. du Fouilloux : 

Vesgall lavoil ses piedz tous les 
linatins. 

(Jacques Di: FoiRioiJi, AduU'siciuf.) 



Comme le fait remarquer 
Ch. Nodier : « L'orthographe 
» esgail est très mauvaise parce 
» (pi'elle ne rappelle aucunement 
» l'étymologie qui est le patois 
» aiguë. » (Nodier, Critique des 
Dictionnaires.) Racan lui avait 
laissé sa vraie forme : 

Ma fille à (juolle lin 

Voulez-vous aujourd'hui vous lever .«si 

(uiaUn, 
Le soleil n'a pas bu Vaignail de la 
[prairie. 
(R*CA>-, Bcrycrii's, Silùue.) 

AlCil'AlL.l.FK, ï^^sailler, 

V. n. Mouiller de rosi-e. La 
phrase : ul aignille dans tieu pré 
veut dire (jue la rosée ne permet 
pas d'y i)asser sans s'y mouiller, 
que cliaque brin d'herbe a sa 
goutte de rosée. 

Le cri de retraite des Chouans 
de la Vendée : aigaillez-vous ! a. 
un sens analogue et qui fait 
image. A ce commandement, 
cha([ue insurgé devait se placer 
derrière un buisson ou une loulTe 
de genêts. Dans celte dernière 
signilication, ce mot a été employé 
par d'Aubigné : 

Les soigneurs volontaires qui clier- 
chcnt à donner le ruiip de pislnl<'l; tout 
cela au pays de Canipajjnc peut s'csgayer 

devant l'armée 

(A. u'AïuicsB, Lettres, t. I, p. 1G8.) 

AlOUr. Eau. De aqua. Ce 
mot se dit concurreuuneiit avec : 
l've, {[ui a une origine celliciuc. 

No vcis lu 

Tu m'as ei cette aUjue lourbléc, 
N'en puis boire m'a saolée... 

(Mario de I'haucf., fablo doit Leil et 
de IWiiujuiet.) 

... .\voicnt plus cher à jousler eu 

Vaiguc tpie sus tt:rrc 

(Fniii»!tiiiT, C.hrnn., liv. I, § 2G"J, 
l. m, p. 101.) 



AILLAND 



16 



AIREI1 



Le vieux mot nlgiio a Inissd 
dans la laiiijuo tVanraise les deux 
dérivés ni(/iin(h', provision d'eau 
douce, et niguirro, pot à eau. A 
Saintes existait autrefois \({ porto 
ai(juirro, parla uqunria, dont une 
rue a longtemps rajîpelé le sou- 
venir. 

AIIiTi.V^'D, s. m. Gland; ne 
s'cmj)loio qu'au sing(dior. Corrup- 
tion du latin ad rjhindom. 

AIL.Iii:F, s. f. Tranche de 
pain fi'otlé d'ail. En vieux fran- 
çais : aillie. 

Se i! te plaist, la teste aie trencliie 
Ou je' soie arse et en carbon bruïe. 
De toute Franoe, se toi plaist, essilie; 
N'en quiei' avoir vaillissant une aillie. 

(Bataille d'Aliscans, vers 2918".) 

Le vieux mot aillie a été aussi 
employé comme adjectif : sauce 
aillie^ sauce à l'ail. 

Ma pucelle va tuer 
Deux chapons por déporter 
A la sauce aillie. 

(Colin McsET, chanson du XHI" siècle, 
Recueil de Chants hi.st. p. '2"23.) 

AIA'-Xt, adj. Aîné. La pro- 
nonciation saintongeaise est con- 
forme à l'étymologie de ce mot 
dérivé du latin antù-natus, devenu 
en vieux français : ainz né, du 
mot ainz, avant. Le mot ainz-né 
s'écrivait en deux mots ou en un 
seul et était opposé à mains-né, 
devenu en français pniiné. 

Li amsne's de ces filsota non JofTrois... 
Li mainsnés ot a non Guillaume. 

(llintoire des DucH^le Normandie, p. 113.) 

Le vilenages vient à enfans em- 
porte autant li mains nés comme li 
ains nés. 

(Beaimanoir, Coutumes du Deauvoisis, 
1. 1, p. 22G.) 



AIIVSI (par). Locution pour : 
ainsi, c'est pourquoi, par consé- 
quent. 

Par ainsi donc, en terre et sur la mer 
Ton noble ca-ur le pin doibt estimer. 

(Clément Miiioi, Epiyramme, t. III, 
p. 10.) 

AIRE, s. f. Bassin carré d'un 
marais salant, ayant 18 pieds de 
côté, d'après M. Jùnain. Ce mot 
se trouve avec cette signilicalion 
dans une traduction de la Bible 
du XII" siècle : Les aires des 
salines, « areas salinearum. » 
(Macchabées, liv. I, ch. IL) 

Les autres sens du mot aire : 
surface unie pour battre le blé, 
place vide, nid de l'aigle, etc., 
sont restés français. Le mot est 
très ancien dans les deux pre- 
mières de ces significations. 

Fist l'Kmpereres cl paleiz faire 
Dancz à siège envirun Vaire. 

(VVace, Roman de Rou, vers 8275».) 

En latin, area avait le sens 
général de place vide (Horace, 
Epitres, liv. I, ép. X), et le sens 
particulier d'aire à battre les 
grains. (Virgile, Georg. liv. I, 
vers 178^) 

AIRÉE, s. f. Une pleine aire, 
ce que l'aire peut contenir de 
gerbes. 

Or oa je n'ay metz qu'une ayrie 
De i^out ce que j'avois à batre. 

(Moralité de Charité, anc. th. fr., 
t. III, p. 388.) 



AIRER, V. a. Aérer, donner 
de l'air. 

Ayres ces dras de paour de vers. 

(PALscnAVE, Eclaircissement de la 
Lang. franc., p. 419.) 



AI Px VAUX 



17 



AITRE 



AIRVAUX, nom de localité. 
En latin : fiiiroa vnllis, riche 
vallée. 11 y existait une abbaye 
d'Augustins (jui dépendait du 
diocèse de Saintes : 

Ad eumflem quoqiie scripsit Ermen- 
çraudus, clusensis abbas pro aiirea-valle 
diocesis santoncnsis cellà. 

(Gallia Clirisliana, t. n.) 

AISCÉE, S. f. Houe, instru- 
ment d'agriculture. En latin : 
ascja, houe à manche court, 
herminette; du radical sanscrit 
aksli, pénétrer. 

Les dictionnaires de Borel et 
de Nicot ont les mots : aisccnr, 
aiscetlc, dans le sens de bêche. 
En languedoc : aissade, aissadoii : 

Ccste ci est la façon d'Avignon où 
l'on jardine avec la poincte de la grande 
cl large aissade. 

(Olirier de Sebre*, Théâlre d'Agri- 
culture, liv. VI, ch. m.) 

Sur beaucoup de tombeaux 
gallo-romains on a trouvé la 
formule fiuh ascin dediealiim, qui 
a donné lieu à diverses interpré- 
tations. Les uns y voient la mar- 
(pie d'une modeste sépulture 
qu'un seul ouvrier a pu achever, 
d'autres un appel au resjjcct dû 
aux tombeaux ipie Yaiscco doit 
respecter. (Voir du Gange, au 
mot asciafa). Il semble i)lus natu- 
rel de voir dans Vasria sopnlrralis 
une forme dissimulée do la croix, 
symbole persécuté et compromet- 
tant dans les premiers siècles. Un 
passage de saint Justin, rappelé 
j)ar l'abbé de Tersan et |)ar Ghau- 
druc de Grazanncs, conlii-me celte 
interprétation. Ge docteur de 
l'Eglise, parlant de la croix, dit 
qu'elle se retrouve dans un grand 
nombre d'objets naturels ou arti- 
ficiels parmi lesquels l'a^TW, bêche 



ou hache, est clairement in<li- 
quée : 

... Fossorcs opus non faciùnl, nec 
manuarii pariler arlillccs, nisi adhibilis 
hane liguram proferentibus inslrumenlis. 

(Saiwli Justini pro Chrislianix apo- 
logia, Tersion latiue.) 

Un antiquaire, M. de Rilling, a 
présenté en 18G4 un mémoire à 
l'Académie des Inscriptions, où il 
mentionne l'existence en Alsace 
de tombes celtiques portant la 
liguration d'une hache. Il conclut 
que la dédicace siib asciti n'est 
que la généralisation d'une cou- 
tume antérieure à la naissance du 
christianisme dans les Gaules. 

ATSER Cs'), verbe réfléchi. — 
Se donner de l'aise, se mettre à 
son aise — se tirer d'affaire. 

... Son avis cstoit que chacun s.'aisast 
au mieux qu'il pourroil celle nuict et 
que le malin à l'aube on assaillisi le 
Hoy 

(Ph. DE CnaiNEs, ilcmnirex, Iït. I, 
t. I, p. tt.) 

AISI\ES, Ejmlncsî, s. f. 

Aises, commodités — servitudes 
rurales. En basse latinili; : avsiiia. 
Du Gange donne a ce mot la 
signillcalion de meubles, mais le 
texte suivant prouve (ju'il tlési- 
gnait les bâtiments et terrains 
entourant une maison rurah^ et 
servant à l'exploitation : 

.... Extra monasierium verô in prio- 
ralibus, sivc corum grangiis .seu 
aysinis 

(Cit. nniii ISIi r.r nrrhiris S. Vir- 
ions iliissilirn.'ii.s. ) 

Dans le bordelais, le mot aisinos 
est resté usité dans le même sens. 



AlTIilO. .%ytr6, noms do 
localités. Même étymologio ({uc 



AITRES 



18 



AJAUX 



aîti'es (voir ce mot), dérivé de 
atrium, parvis. La commune de 
ce nom, près La Rochelle, possède 
une église fortifiée qui fut assié- 
gée par les troupes de Louis XIII, 
en 1621. 

AITRES, Êtres, s. m. 

Appartements, disposition inté- 
rieure d'une maison. Du bas latin 
astrum, foyer (du Gange), ou du 
latin atrium (grec: àlOpiov), nom 
donné à la pièce de la maison 
romaine qui suivait le vestibule; 
c'était le lieu de réunion de la 
famille, le parloir. 

Le dictionnaire de Trévoux 
applique le nom cVaitre à la paitie 
de l'église qu'on appelle aujour- 
d'hui le parvis. La Chanson de 
Roland l'emploie dans ce sens : 

Truverunt nus e mors e détrenchiez 
Levcrunt nus en bières sur sumiers 
. Si nus plurrons de doel e de pitié 
Enfuerunt nus en ailres de musliers. 
(Chanson de Roland, vers l'i'^.) 

Connaître les êtres d'une mai- 
son, c'est être familier. Cette 
expression s'applique , dit du 
Gange, « eo qui cubicula, caminos 
» et omnia penetralia rectè novit, 
» seu , ut vulgô dicimus : les 
» estres. » (Voir Glossaire, verho 
astrum.) 

Renart qui savoit tous les estres 
Regarde par unes fenestres. 

(Roman du Renart, vers 13i2<'.) 

AIX, nom de la petite île située 
à l'embouchure de la Charente, 
et qui, dans une charte de 1078, 
citée par Besly (Histoire des Ducs 
d'Aquitaine, p. ^77), est désignée 
par le mot aias, nom d'origine 
saxonne : 

Eia Insula a Saxonico Ease; indè 



nomina locorum qui aquis sunt vicini 
plerum que in eia desinunt apud Anglos. 
(Du Gange, Glossaire, Verbo eia.) 

La localité : Mons Aquilinus, 
désignée dans la charte de fonda- 
tion de l'abbaye des Dames de 
Saintes, me paraît désigner l'île 
d'Aix qui était autrefois réunie au 
Continent : 

Insuper dedimus... cum decimâ lotius 

terrœ Marcnniœ a monte aquilino 

usque ad chapusium sicut illa omnis 
terra clauditur ex duobus maris lateri- 
bus, canali videlicet seudrâ etbroadgio... 

(Ch.fund. abb. S. Mariœ apud Saiitones, 
anno 10i7. Gall.Christ.,l. II, instr. I, 
col. 479.) 

Une opinion plus générale voit 
dans Mons Aquilinus une localité 
de nom de Montaiglin, située près 
Sainte-Gemme, et qui, du reste, 
ne figure pas sur la carte de 
Gassini. 

D'après Dulaure [Description 
des Provinces), un titre de 1430 
prouve que l'île d'Aix était encore 
à cette date réunie au conti- 
nent (1), ce que confirme Amos 
Barbot : 

Montmelian qui esloit entre Chaste- 

laillon et l'isle d'Aix à laquelle cité 

et à la dite isle on pouvoit aller à terre 
et à pied sec, de basse mer, en passant 
sur quelques pierres, selon que rappor- 
tent les anciens ouïs au susdit procès- 
verbal et avoir veu gens qui de leur 
temps y avaient passé.... 

(Amos Barbot, Histoire de la RocheUe, 
p. 26.) 

Outre l'étymologie saxonne pré- 
citée, on a donné à Aix celle de 
arx, citadelle, et aqua, eau. 

AJAL'X, nom de localité, 



(1) Remarquons que la constitution géologi- 
que d'Aix (craie dure et grès vert) est la même 
que celle de la colline qui s'étend entre Roche- 
fort et Fouras. 



ALAIN 



19 



ALLANT 



située près de Champagne, arron- 
dissement de Marennes. En latin : 
ajothum, correspondant au vieux 
français ajous, genêt, qui est 
devenu ajonc. Il est lait mention 
des ajaux dans ime charte du 
XII® siècle : carta de decinià terrœ 
novœ de Ajothis, relative à la 
dime due par cette contrée à 
l'abbaye de Saintes. 

AliAIX, Allain, nom d'hom- 
me, d'origine germanique; en 
latin : alanus, nom d'un peuple 
de la Germanie. Ce nom est très 
répandu en basse Bretagne qui, 
au V® siècle, fut envahie par 
Aëtius, dont l'armée comptait 
parmi ses alliés la nation barbare 
des Alains. Beaucoup de ces 
étrangers restèrent en Bretagne. 

L'auteur du livre : De Santo- 
num regione^ édité en 1593, est 
Nicolas yl77a/;2, qui habita Saintes 
et d'après Dulaure {Description 
des Provinces), le logis d'Usson. 
Il était originaire de l'Agenais. 

AliAIVClUÉ , adj . Bavard , 
doué d'une langue trop active. 

AliE, s. f. Aile. C'est le latin : 
àla. 

Cil croisa moult de peuple et s'en 
allèrent à deus aies : li première aie 
arriva à Aire. 

(Chronique de Rains, p. 89.) 

Si vous souffrez qu'un oysoau de 
[basse aelle 
Au nid de l'aigle aille- à force loger. 

(Jean Marot.) 

Depuis que décret z eurent aies 

(Rabelais, Pantagruel, liv.IV, ch. LU.) 

ALËIHER, V. n. Respirer 
avec peine, souftler avec force — 
suffoquer. 



Cnm cil qui d'amertor alainc 
Od aime de diables pleine. 

(Chrnniqiir des Durs de Normandie, 
t. I, vers 14355".) 



AlilAT, adj. Compacte. Du 
vieux verbe français : alliécr, 
allier, aligêcr, lier, joindre, unir, 
en latin : alligarc, d'oîi alliage. 

AlilE, s. f. Fruit de l'alisier, 
qui s'appelle en vieux français : 
alier. 

Au milieu de ce prael, si ot un alier 
qui fu grans et nierveilleus et bien 
chargiez d'alics meures. 

{Roman des Sept Sages, édition Leroux 
de Lincy, p. 22.) 

AlilSE, S. f. Galette au beurre 
non levée et par conséquent fort 
compacte. Même origine (juo alial. 
(Voir ce inot.) 

L'adjectif a7/s, alise, compact, 
serré, se trouve dans le vieux 
français. (Voir Roquefort, G7os- 
saire de la Langue romane.) 

Il y a autres terres qui sont si alises 
ou si peu poureuses quepour ces causes 
ceux qui en besongnent sont contraints 
d'y mettre du sable... 

(Bernard Palissy, Discours admirnl>les, 
p. 369.) 

AliliAIRE, nom d'homme. 
Altération de la forme ludesque : 
adalher, dérivé du germani(iue 
adal, noble. 

AliliA^'T, Allante , adj . 

Bon marcheur, dégourdi. Se dit 
surtout d'un vieillard ([ui est 
resté actif. 



me 
veu 



C'estoit un grand allant, dist Ansel- 
c, et me semble l'avoir autres fois 



(Noël nu Far, Propos rustiques, ch. IV. 
p. 48.) 



ALLARD 



20 



AMALADIR 



C'étoit une grande et grosse créature, 
fort allante, couleur de soupe au lait. 
(Saixt-Sihéom, Mémoires.) 

AliliARO, nom d'homme. Dé- 
rivé du g'ôrmaniqiie Adalhard , 
devenu Alard,Allavd par contrac- 
tion. Le nom latin Adahrdus a 
désii^rné deux saints, l'un français 
l'autre llamand. Le radical du 
mot germain est adal, noble. (Voir 
Lor. Larchey, Diclionnaivo des 
Aoms.) 

Ce nom était usité au XIP 
siècle. 

Li messages le conte Baudoin furent 
Coènes de Belhume el Alars Maqueriaus. 
(Vii.iEHAnDoriN, Conquête de 
Constaiitiiinple, § it.) 

AIjIiAS, nom de localité. 
Forme saintongeaise de Alleu. 
(.Voir ce mot.) Nous avons dans 
la contrée les lieux dits : Allas- 
Champagne, Allas-Bocage, etc. 

AliliAUME , Alléaumc , 

noms d'hommes. Du germanique 
Adalhem (radical : adal, noble), 
(}ui est devenu adelehn, puis alelm. 
(Voir Lor. Larchey, Dictionnaire 
des noms.) 

Au moyen âge c'était un pré- 
nom répandu : 

Tost ot trouvé frère Guillaume 
Frère Robert et frère Aliaume. 

Frère Giefroi 
Frère Lambert, frère Lanfroi. 
(RoTEBŒUF, dil du Pharisiaii, t. I, p. 206.) 

AliliE, pronom. Elle. Ce mot 
s'écrit a devant une consonne. 



Aussi com s'ale fusl forsenée. 



{Tournoiemriit'Ale l'Antéchrist, édit. 
de Reims, 1851, p. 63.) 



AliliEIVET, nom d'homme. 
Diminutif d'Allain. (Voir ce mot.) 



AliliEU (1), les AlleuiK, 

noms de localités. Le mot alleu 
est d'origine germanique ou 
Scandinave ; en basse latinité : 
allodium, en tudesque : alod, en 
suédois : all-odal, désignaient une 
terre possédée en toute propriété 
par un homme libre, un domaine 
patrimonial. 

AlililS, passé défini irrégu- 
lier du verbe aller. Tallis, tu allis, 
il allit, pour j'allai, tu allas il alla. 

Madame, hier malin me partis de 
Lyon, et m'en alis à la héronière où 

est le roy 

(Lettres de Louis XII, t. II, p. 189.) 

Je m'en allis dans un bois à l'ombrette 

Oîi me couchis dessus la fraische 

[herbette. 

(Gratian Dipont, Controverses des sexes.) 

AliliOlVIS (j'). Forme usitée 
du pluriel employé pour le singu- 
lier : i'allons, je venons, déjà 
condamnés au XVP siècle : 

Pensez vous, o courtisans, qui lour- 
dement barbarizans toujours, yallion, 
je venion, dites 

(II. EsTiE>KE, Langage franc, italiaaizé, 
t. I, p. 12.) 

AliliOUEIC, v. a. Prendre 
un domestique à louage, gager. 

Estoit-il point votre aloué 9 
Voire ; car s'il s'estoit joué 
A le tenir sans alouer. 

(Farce de maistre Pierre Pathelin.) 

Nus du meslier devant dit ne puet 
alouer valet qui œuvre entour home 
du meslier devant ce qu'il ait parfait 
son service entièrement. 

(Est. BoiLEAu, Livre des Métiers, p. 169 .) 



AIVIAIiADIR , Eiumala- 
dir, V. n. Devenir malade, et 
dans le sens actif : rendre malade. 



AMASSER 



21 



AMONT 



Puis amaladid le flz à celc ved-ve... si 
murut. 

Post hœc œgrotavit filius mulieris 
matris, etc.. 

{3""' Livre des Rois, ch. XVII, 
verset 17, p. 312.) 

L'ombrage du noyer emmaladissant 
et hommes et bestes s'y retraians 
dessous... 

(Olivier de Serres, Théâtre d'ayricuUure, 
p. 695.) 



AMASSER, V. a. Ramasser. 

Un petit fagot de bois qu'il m'avoient 
fait amasser. 

(Noël DU Fail, Propos rustiques.) 

AlVIBIiARD, nom d'homme. 
Dérivé du vieux nom germanique 
anialhar (laborieux, éprouvé), 
abrégé en amblard dès 933, ou 
dérivé du vieux verbe anibler, 
enlever, dérober. (Voir Lor. Lar- 
chey. Dictionnaire des Noms.) 

AjflBIiET, s. m. Ce mot, qui 
se prononce anihiet, désigne l'an- 
neau de peau mégissée qui passe 
dans le joug des bœufs et sou- 
tient le timon. Par extension, il 
s'applique a un gâteau en cou- 
ronne ayant la même forme et la 
môme couleur que Vamhlct de la 
charrue. 

En basse latinité : amhlacium : 

Et ipsi dent aratrum, unum jugum 

cum amblacio et conjunclis 

{Adalardus,iii statutis monasterii Corheiciisis, 
cité par du CiiscE, au mot : Juijum.) 

AMEMEK, V. a". Produire, ac- 
coucher en parlant des animaux. 

Au XVP siècle, le mot amener 
se trouve dans le sens de mener, 
conduire. 

Et me semble qu'il n'en faudra point 
amener de grandes preuves. 

[Laiioue, p. Ii7, cité par LiiinÉ.) 



AMEXUSER, V. a. Mettre en 
menus morceaux. Diminuer peu 
à pen. 

Ains s'cfforrent û'amenuisier 
Mes biens, quant ge les lor départ, 
Et les regiètent d'autre part. 

(Jehan de Meing, Roman de la Rose, 
vers 10298».) 

Ensi s'en alloit li oz (1) forment en 
amenuissant chacun jor. 

(ViLLEHAnooiiiN, Couquête de Conslaii- 
linople, § 101.) 

Et son ennui veillant que toujours 
[elle pleure 
Amenuise son cors.... 

(VADyiELiN, Foresterie Mil, p. 26.) 



AlIEli'lt AI, Amarrai, futur 
irrég. du verbe amener, pour 
amènerai. 

Là une ànesse trouverez 

Liée, vous la deslierez 

Et là, m'amon'er maintenant. 

(La Passion de N.-S. Jcsus-Clirisl.) 

Ou Hendri ou Rainfroi en amcnrai o 
[uii (2). 

(Brrte ans (/rans pics, ch. LXXI.) 

AI?Il<ii.\^OTER, V. a. Cares- 
ser, tlatter, mignarder. Ge mot se 
trouve avec ce sens dans le dic- 
tionnaire de Trévoux. 

On dit dans le patois du Borry 
amignarder, qui a été usité au 
XVP siècle. 

Flale le et Vamiçinardc et lui donne 
à manger son saoul. 

(BoccACE, Deeameron, traii. d'Auloino le Maçom, 
3° journée, nouvelle I.) 

AMO^"£r,adv. En haut, c'est le^ 
\ai\nadmontem, opposé à aval, ad 
vallem. Ce mot désigne encore 



(1) Oz, armée, devenu plus tard ost, 

(2) 0, avec. 



ANCIEN 



n 



ANGLIERS 



aujourd'hui, on françai;?, le côté 
du cours d'eau qui se trouve le 
plus près de la source. 

In poi plus amonl, Perrcs, toi ron- 
plainsis nient avoir veut l'anrme d'un 
nioranl (1). 

{Dial. de S. Grcgnirr. XUI' siècle, 
liv. IV, ch. YUl.) 

Je voys jouer mon penonnaigc 
if usl montons amont ccsie échelle. 

(Nicolds DE I.A Chbsnave, Compdam- 
nalioii de Bancquet.) 

A\C'1KX, Ancienne, adj. 

âgé, âgée. 

Or avoil moull de temps le chevalier 

[vesqui. 

Si esloit anciens, mais il ol avec li, 

Une jonc mouillicr de qui un lilzyssi. 

(Roman de Brun de la ilontanne, manus- 
crit n° 'ÎUSa do la Bibl. nal.) 

Femme je suis, povrelte et ancienne 
Qui rien ne say, oncques lettres ne 

|leuz, 

Au mousticr voy dont je suis parois- 

[siennc. 

Paradis peint oîi sont harpes et luz. 

(Fr. Villon. Prière à la Vierye.) 

AXt'IEXXETÉ (d'), locution 
adverbiale. Autrefois, au temps 
jadis, depuis longtemps. 

Gentil sire et gentil roi, véez nous cy 
six, qui avons esté d'ancienneté bour- 
geois de Calais. 

(J. Fboissabt, Dineours d'Enstaehe de 
Sl-l'ierre au Roy Edouard III.) 

])' ancienneté, les pays n'étoient dis- 
tincts par lieues, milliaires ni stades... 
(Rabelais, l'antagruel.) 

.l.\DOl'ARII,nomd'homme. 
YovxnQ Lorrame d'Edouard. 

Le roy on lui ol j^idoivard. 

(Guerre de Metz, st. til, p. 1.36.) 



(1) Paolô Hupr.rius, Pctre, qufnstus es moricn- 
tb cujusdain aainiam te non vidi^sc. 



A]\ DRIEU, Audricnx, 

noms d'homme. Forme gasconne 
du prénom André, dérivé du grec 
.\vY)p, AvSpoç, homme. 

Kl fubnptizics (l)levenredicnsiewanl, 
à l'heure de haute nonc ens es saincts 
fonds de l'église Saint-Aïub'ieu, en le 
cité de Bourdiaus. 

(J. Froissaiit, Chroniques, § oG'), t. VII, p. 1.) 

AîVClIiAIS, S. m. Créancier. 
Avec ce sens le mot anglais fait 
plutôt partie de l'argot con- 
temporain que d'un patois quel- 
conque. Il est indicpié ici à cause 
de son origine ancienne malgré 
sa modernité apparente : 

Et aujourd'huy je fais solliciter 
Tous mes anglais pour mes debtes 
(parfaire 
Et le paiement entier leur satisfaire. 

(Guillaume Crétin.) 

Un bien petit de près me venez pren- 

[dre 
Pour vous payer; et si debvez enlen- 

[dre 
Que je n'euz onc angloys de voslre 

[taille; 

Car à tous coups vous criez : baille, 

[baille. 

((".Icment Marot, Rondeau à un Créancier, 
t. II, p. i-28.) 

Il y a des Anglais en cette rue là, 
je ne veux pas y aller, j'y dois de l'ar- 
gent à quelqu'un. 

(OcDiN, Curiosités françaises, p. 13.) 

Anglois, ou English man : also a cre- 

ditor 

(CoTcnATE, Dictionnaire.) 

A:Vf>:iilER§, nom de localité 
donné en souvenir de la domina- 
tion anglaise, dans l'Aunis : vilhi 
do anglis, ou de sa position : 
villa de an gui if;. 



(I) C(;l enfant, baptisé en l'égiisc-cathédralc 
de Bordeaux, était le fils du prince Noir. Il 
devint roi d'Angleterre sous le nom de Uichard 11. 



ANGOISSE 



33 



ANTENNE 



A^'OOI^SK, An;;olsscnx, 

adj. Désolé, peiné, plein d'an- 
goisses. 

Or est vray qu'après plaigtz et pleurs 
Et angoisseiix gémissements. 

(Fr. Villon.) 

Plu tôt que me laisser languir plus 
longtemps en ces aïKjoisseuscs misères. 
(Satyre Méiiippcc.) 

Nous sommes aflligés mais nous ne 
sommes pas angoissés. 

(BossiET, Lettres.) 

A:VCîOrLÈMK, nom do ville, 
désigné au moyen âge par le latin 
Engolismn, cpii s'est écrit anté- 
rieurement Ecolisma et Iculisinn. 

Au IV° siècle, Ausone la dési- 
gne par ce dernier nom dans sa 
XVIIP épître, où il l'appelle : 
Devium et sohiin lociim. 

Les anciens itinéraires no font 
aucune mention de cotte ville (|uc 
la Notilia provinciûvum (jalliœ, 
rédigée à la lin du IV" siècle, 
appelle : civitns Ecolisniensiuin. 
C'était alors une ville de troisième 
ordre de l'Acjuitaine seconde. 
Grégoire de Tours nous apprend 
que Théodebert, lils du roi Ghil- 
debert, tué dans un combat, y 
fut enseveli : «Ad Ecolismensem 
civilatem scpullum. (Voir Gallia 
Christiana, t. II, col. 975.) 

Dans un autre passage, le saint 
bistorien emploie le mot Engo- 
lisma en mentionnant le passage 
de Glovis dans cette ville : « Glo- 
» vous vcro, dit-il, cunctos lliesau- 
» ros Alarici à Tbolosà auferens, 
y> Engolisniaiii vcnit. » 

AIVGOriilIVN, nom de com- 
mune. Dérivant comme Anr/lis et 
Angliers, flu latin : auguhnn. 



AXGnEA.\K 



nom (1 un 



cours d'eau aflluent do la Cha- 
rente (rive gaucho.) Du latin : 
augirinemn, en forme de serpent. 

AXCiL'ILLI-:, s. f. ,ltni d'en- 
fant (pii so joue avec un mou- 
choir roulé en forme d'anguillo. 
On appelait en latin : anguilJa, le 
fouet de peau d'anguille dont le 
maitro d'école so servait à Home 
pour corriger les écoliers, i Pline, 
Histoire mit., liv. IX, cii. XXXIX.) 

AMIKR, s. m. Celui (pii con- 
duit un àne. 

Un ànier son sceptre à la main 
Menait on empereur romain 
Dcu.\ coursiers à longues oreilles. 

(Lakontaise, Fable.) 

A l'époque où Nodier |iublia la 
Crilitfue des Dictionnaires, le 
mot ànicr n'était jjas admis jiar 
l'Académie ((ui avait donné asile 
au mot anerie, avec ce singulier 
exemple : Ce livre est plein 
d'àneries. 

A.\IWAr, s. m. AninVil. Go 
singulier en an au lieu de al est 
très usité dans l'idiome sainlon- 
geais (jui dit : un clievaii, ui\ 
marée Juin, etc. 

Prenez bien tant de loysir de vouloir 
bien écouter la cause d'ung povro 
animau que je suis. 

(Boiinvent. dea rp.RiEns, Cyinbalum 
mundi, dial. 3.) 

A.\T.%:%, S. m. L'année qui 
précèile, do an te aninini. 

Mais oïl sont les neiges d'aiilan-^ 
C'esloit le jilus grand soucy (ju'eusl 
Villon, le poète parisien. 

(nAiiniAi^, Vnntaijruel. liv. lY, di. \\.) 

AATKWF, nom d'un cours 



ANTEZANT 



U 



API 



d'eau, afiliient do la Charente, 
au-de^^us de Merpins. Du latin : 
iiiiti' nnincin. 

A\TI-:ZA\T, nom de localité 
près d'Anlnay. Désig-né au moyen 
âge par le latin : antisanis. 

AMIT, .Ineiit, Anc<, adv. 
aujourd'hui. 1^'origine de celte 
expression saintong'eaise paraît 
remonter au berceau de la race 
franque. Les Germains comptaient 
jiar nuits, non jjar jours. 

N'ec dicrum numcnim, lU nos, sed 
noclium computant, sir conslituunt, sic 
condicunt : nox duccrc dieni videlur. 

(Tacite, Germania, cap. XI.) 

Nous retrouvons une des Ibr- 
mes du mot saintongeais dans un 
des plus anciens monuments de 
la langue romane. 

..;... Car nos non son certan 
Si la mort nos prnra o ennui o deman. (1) 

(Poème Vaudois de la noble leiczon, 
XI» eiùcle.) 

Il a été en usage aux diverses 
époques de la langue. 

Anuyt ne cessay de courir 
Por venir a vous sans arrcsl. 
(Mystère du Siège d'Orléans, \era 473'.) 

Kl me mena voir la royne sa sœur oii 
je demeurai jusques bien tard; annuyst 
suis allii devers elle et elle m'a tenu fort 
bons proupous. 

(Lettres de Marguerite de Valois à 
François I". octobre 1525.) 

On trouve dans le même sens, 
au moyen âge : finqueimil. 

Mes cil qui erl vis anquenuit 
Ne sel s'il sera vis demain. 

(La liib'.e au Seit/nnr de Berf/r, vers 1 4«, 
fabl. et contes, t. II, p. 3'Jtj.) 



(i) Car nous ne sommes pas certain — si la 
mort nous prendra aujourd'hui ou demain. 



Ménage voit dans le mot anuit 
une corruj)tion de on hu}, comme 
on dirait en latin : in ho die. (Voir 
(Ji'i(/ino de hi Langue française, 
p. 48.) 

A^'UITFR (s'), V. réfl. Se 
retarder — se laisser surprendre 
par la nuit. 

Parmi un bois covinl passer 
Dedenz le bois li anuita 
Une logete illuec trova... 

(Marie de France. fab.IX, t. II, p. 00.) 

Avoient mandé que il venis- 

scnt à la serre lorskc il seroit anwî'iic 

(Vii.LEiiAnDoinN, Conq. de Cnnst. §620.) 

Au XVIP siècle, le mot était 
déjà passé de modo. (Voir Riche- 
let, Dictionnaire, éd. de 1680.) 

APAKt,ER, V. n. Parler, 
s'entretenir. 

Kaparla pas od lui li du.x 
Sachiez pur tel lui pesa plus. 
(Chrnnif/ue des Durs de Normandie, 
t. I, vers 77tii".) 

APERCEVAH'CF, s. f. Ac- 
tion d'apercevoir, de remarquer, 
de reconnaitre. 

Tant est fort la décevancc 

Que trop est grand Vapercevance. 
(.loan DE Meung, Roman de la Rose.) 

Tant il y d'incertitude partout! tant 
nostre appercevance est grossière, 
obscure et obtuse. 

(Montaigne, K.-'sais. liv. III, ch.XI.) 

API, s. m. Nom donné à une 
petite pomme douce, à peau lisse 
et tachée de rouge vif. On écrivait 
autrefois apic. 

Charles Nodier (Critique des 
Dictionnaires), inditpie pour ce 
mot l'étyinologio Att'/.oo'î , sans 
amertume. 



APPARIKR 



APRKS 



APPARIER, V. n. Mettre 
par paire — rendre i)areil — com- 
parer, 

Cecy se pourroit apparier à ce qu'on 
vist dernièrement d'un prince des 

nostres 

(Mo:<TAiGXE, Essais, liv. I, ch. II.) 

Apparier deux chevaux. (Ri- 
chelet, éd. de 1680, de son dict.) 

On dit aussi dans le même 
sens : appariouner. 

APPÉTITS, s. m. Tiges 
vertes d'échalottes coupées en 
petits fragments pour donner à 
la salade et à certains autres mets 
un goût relevé. 

C'est des feuilles qu'on lire la princi- 
pale commodité des échalottes. Les 
mangeons crues en salades et cuites en 
plusieurs viandes où elles sient très bien, 
dont elles portent aussi le nom 
û'appétits. 

(Olivier de Seiiues, Thcàl. d'Ayric. 
p. 515.) 

APPIAU, S. m. Appeau, 
instrument servant à attirer les 
oiseaux par l'imitation de leur ci"i. 
Il signiliait autrefois appel, au 
proj)re comme au tiguré, ou plutôt 
c'était le mêms mot : apiau, apiaus 
étaient les formes dti sujet, appel 
la forme du régime : 

La force d'appel est que toutes choses 
doivent remaintlre en l'cstat en quoi eles 
estoienl quant li apiauz fu fez. 

(TiNCRènE, Li Onlinaires, cité ilnns le 
Gloss. du Livrc_de Joslicc-, p. 365.) 

Il coneust de la cause Pierre el Etienne, 
apiau oté, Pierre par achoison de l'in- 
dulgence, apela. L'en demande se l'en 
doit obJir à son apel...., 

(Li Litres' de Jostiee cl de l'icl, 
p. 13, !5 I.) 

Appeel from a judge — appeau. 

(Pii.scRAVE, Edaircisscment de la 
Lany. française, p. l'Ji, col. 2.) 



APPIIiKR, Appilofcr, V. 

a. Mt'jlre en las, fuinifr nue pile, 
un pilât. (Voir ce inot.i 

Considère un peu les fumiers des 
laboureurs el lu verras qu'ils les mellenl 
hors de leurs eslables, lantosl en lieu 
haut tanlost en lieu bas, sans aucune 
considcralion, mais qu'il soit appih\ il 
leur sufiil... 

{Bernanl Palissy, Uecepte làitable, p. 27.) 

APPOINTER. V. a. Aigui- 
ser en iiointo, rondre pointu. 
Latin : appunctare. 

Il est allé chez le niareschal soy faire 
esguiser et appoincter les gryphos... 

(IIabelais, Vanlagruel , liv. IV, 
c!i. XLVU.) 

APPRÊTER, (s'V, V. rell. 
S'habiller. 

En me disant : lu dors trop longuement 
Esveille-toy el aprestes briefinent. 
{('.h. d'Ouléams, Pucsies.) 

APPROPRlF.i:, V. a. lîen- 

dre proj)!'!.', nulloyci'. 

Mêliez ordre à loul, déprchez-vons de 
les laver (vos vêtements) de les appro- 
prier. 

(I"k.nei.i)>-, Ti'lémaqiif, lir. XXI.) 

APR8:», }»rép. Le long de, 
comme dans celte phrase : luonter 
après un arbre, à lapoiirsulle de, 
comme -dans celle-ci : npi'i-s qucl- 
qu'un; dans ce dernier sens, il se 
met souvent à la lin de la phrase 
sous la forme advi-rhiaK*. 

Jamais je ne vis un Id homme 
Il ne fauldroil faii-e, en somme 
Aultre chose qu'uslre aprîs vous. 
{Farce Xouvettc, onc. ih. Cr., i. I, p. IT'.i.) 

Pensez à celle ingralilnde, que Dieu 
vous nyanl toujours couru après pour 

vous sauver 

{Sailli Fraiifois de Sales.) 



ARAGXE 



26 



ARCIIAL 



L'exprosbion so mettre nprès 
qufhjuo chose signilîo s'occui)cr 
aotiveinent do quelque chose. 

J'ay conchid que la ]>ublication de ce 
gentil chel-d'ci'uvre estoil licite et per- 
mise et me suis mis après pour l'ini- 
prinier. 

(Lettre il'Rstieiino Boiet, servaiU d'épî- 
Ire liiniiiairo à VEiifer, de Clément 
Mauut, t. I, p. 17.) 

ARAG.\K, s. f. Araignée. Du 
la lin : nrunca 



AKAlC;.\i:K dnus le pla- 
fond. Expression d'argot mo- 
derne qui, comme beaucoup 
d'autres nouveautés, remonte très 
loin. Elle correspond exactement 
à la locution latine : uiuscr in 
cerehro : 

..... Quem Ilali muscam in cerehro 
nominabant eo quod plerumque quasi 
démens viderctur 

(Te\to de 1167, cite par du Gange.) 

L'expression analogue de mus- 
ca ni cervello se trouve, d'après 
le même du Gange, à la page 5, 
des Actes du pape Innocent III.) 

AKA.V, nom de localité. En 
vieux fraïK.-ais : bélier, contraction 
du latin urictem. 

ARA.VTKLE, Irantele, s. f. 

Toile d'araij^née. Du latin : ara- 
neu; tvla. Ménage, ch. GXXXIV, 
de ses Observât ions sur la Lan- 
gue française, le dérive des mots 
analogues : aranei lineœ. Le 
patois du Ilainaut a arnitoile; 
le \\'allon : an;nci'el, où le mot 
cret, d'origine gcrmani([ue et 
signiliant pli, est substitué au 
mot teJe ou toile. 

Je ne seus jamais cstre à lemps que j 



les niandres ou arantcUes ne fussent 
lombées! 

(Jacques DU FouiLLoux, Vénerie.) 

De peur que les hyraigncs n'i bâtissent 
leurs hyranlelles. 

(Brantôme, I)a7nrs (jalanles, dise. IV, 
V. 1-28.) 

AKAIVTF.I.FR, v. n. Enle- 
ver 1er toiles d'araignées. (Voir 
arantèle.) 



ARAIVTEIiOIR, v. m. Tète 
de loup, long balais destiné à 
abattre et enlever les arantèles. 
(Voir ce mot.) 

ARAi;, Arèrc, s. m. Char- 
rue. Du latin: arare, labourer; 
ou du celtique : arar, charrue; 
en gallois : arad. 

Quand les suppliantes laissaient leur 
areau. 

(Texte cité par du Gange, au mot arar.) 

Une seule beste suffit, tirant gaiement 
le soc ou la terre, avec une sorte 
dat'aire 

(Olivier de SEimEs, Agriculture, p. 117.) 

ARRRECOIIR, nom de lo- 
calité, situé dans les environs de 
Sablonceaux, tirant son nom d'un 
arbre de forme particulière : 
Landa de arbore curvata, lisons- 
nous dans la charte d'Othon. 
(Gallia CJiristiana, t. II, instru- 
menta.) 

ARCB'^S, nom de localité. Du 
latin : arx (au pluriel, arces), 
citadelle. Le vieux français arce 
avait, d'après lioqucfort, le mémo 
sens. 



ARCIIAl., Archau, s. m. 

Laiton, cuivre jaune. Encore 



ARCHAMBAUD 



ARDILLLRES 



usité dans la locution : /// iTnr- 
chnl. En normand : nrkaï. Ce 
mot dérive pcnt-èlro du grec : 
dpEixalxoç, airain du montagne. 

Hyram refist vaisselle demeintebaillie, 
poz e chanes e pichers; et funnl luit de 
archal. 

{Livre des Rois, traJ. du XH» sit:cle.) 

Quiconques veut estrc batèrcs A'ar- 
chal[\.] à Paris, estre le puel 

(Estienne Boileau, Livre des Métiers, 
p. 55.) 

... Et percer les coslcs, les liant avec 
fil de leton ou d'arcltau. 

{Ambroise Paré, ch. IV.) 

ARCHAlflBAlI», n. d'hom- 
me. Du vieux nom germanique 
arcambald {nrcain, sincère, hald, 
hardi) , d'après Lor. Larchey , 
Dictionnaire des noms. Un évo- 
que de Londres, en 093, j)ortait 
ce nom et a été canonisé. 

ARCIIIAC, nom de iocahté. 
Arclii dérive de arx, citadelle, 
ou de archièi'B, lucarne, en vieux 
français. Bourignon (Anliquilés 
de Saintes, p. 53) dérive arcliiac 
du celtique ara, terre lahourée. 
Pour ce nom et pour les autres 
de même terminaison, voir l'ex- 
plication donnée de celte linale, 
au mot ac. 

ARCIIIA'GEAY , nom de 

conunune. Dérivé, d'après Bouri- 
gnon, de Ar, nom celtique des 
bois et forêts, au(iuo"l on aurait 
ajouté le verbe latin cingvre, en- 
tourer. (Antiquités de Saintes, 
p. 203, 204, notes.) 

AUCIVArx, nom de localité 



(1) Batères d'arehal.haneuT de cuivre, celui 
qui le réduit en feuilles ou en lil. 



située près de Saintes, sur une 
hauteur (pii domine la vallée de 
la Charente. Du latin arx, arces, 
forteresse, envieux français arco 
et de vallis, vallée, en vieux fran- 
çais vau. 

ARDECR, V. a. Regarder. Di- 
minutif de arregarder. (\'oir ce 
mot.) 

Ardez, ccit la fille à Piarre 
Qui luy fait lousjours la guarre. 

{Comédie des Ciiaiisniis, net. U, se. H, 
onc. th. fr., l. l.\. p. 113.) 

.\rdez le beau museau 

Pour nous donner envie encore de sa 

[peau. 

(MoiiÈitE, Dépil Amnitreii.r.aci. IV, 
8C. .\IV.) 

ARnKR, Ardre, Ar.ser, v. 

n. lirùler. Du lulin ardcre. 

Knz en'l fou la getlércnt coni anie 
Itosl. (1). 

{Cantilèiie de Sainte Eulalie, 
vers l'J».) 

Ou sans fin ard l'élernel soufre. 

{Mystère de la Passion, rF.iifor, 
composé eii 11U2.) 

Dune véissiez flambe voler 
Chapeles arder et mosliers. 

(Wace, noman de Roit, vers lGi23".) 

Et nmeroit miculx madamo qu'il fust 
au gibet et (ju'elle fust arse. 

[Quinze Joijes du Mariage, XV» Jnyo. p. VM.) 

ARDII.fiF, s. f. Argile, terre 
grasse. C est la délunlion des 
mots usités au moyen âge : ar- 
dille, ardrille, arsille. (Voir lîo- 
quefort. Glossaire de la Langue 
romane, au mut ardille.) 



ARB»IBili8:iCB<:s. nom de lo- 



(1) Ainsi en 
brille vite. 



feu la jillùrcnl pour i|u'i'lle 



ARDILLON 



ARMANAT 



calité de l'Aunis. Du vieux fran- 
çais ardilierc, hallior, lieu plein 
de ronces. En basse latinité : ar- 
dillcria, ou de ardiJle, argile. 

AlîE)JSiïiO:v,* s. m. Bouton 
ardt^nt aux yeux — orgelet. Di- 
minutif du mot ordure, qui, en 
vieux français, a signdié brûlure, 
écliauffeaiont, et dérive du latin 
ardcrc, bi'ùler. 

ARF:VKïe,v. a. Attacher par 
les rênes. 

Li Dux li sages li corteis 
^Ne voul sa custome oblier; 
Là est torné dreil por orer ; 
Aredné a son chaccor. (l) 

{Chrnn. des Ducs de Nonnaiidie, t. U, 
vers iJjOW-.) 

AISF.SS, V. a. Labourer. Ce 
mot a cessé d'être usité, mais les 
mots araii et araire ont été con- 
servés. Le celtique ara, labourer, 
arar, charrue, le gallois arad, 
nous donnent l'étymologie de ces 
deux mots. Le même radical se 
retrouve dans le latin arare, ce 
(pii serait une preuve de l'origine 
commune du celtique et du latin 
tpii font partie du groupe des 
langues indo-européennes. 

Des uns en frad ses prcvoz e cunes- 
tables, des allres vileins pur sa terre 
arer. 

{Livre des Unis, ch. VUI, ver. 13, traJ. 
du XU" siècle.) 

Autres à trois couples de regnards 
sous un joujr, aroient le rivage areneux 
et ne perdoient leur semence. 

(lUsiELAis, Pantagruel., 1. H, ch. XXU.) 



(1) Le Duc le saRC, le courtois 
.Ne veut sa coutume outiller 
Vi il s'est tourné ii droite pour prier 
"11 a artené (attaché par les rênes) son cheval 
[de chasse. 



AREÏ'CîlVE, adj. Infirme, 
malsain, malvenu. M. Jùnain y 
voit un synonime de chaveugne, 
pour charogne. Il semble (juc l'o- 
rigine du mot se retrouve plutôt 
dans les mots roigne, gale, roi- 
qncux, galeux, qui appartiennent 
a notre vieille langue. 

Il devient froid et sec, baveulx et ro- 

[pieux, 
Roigneux et grateleux et merencolieux. 

{TeslametU de Jehan de Mcuiiff, vers 181°) 

AlB «AGITASSE, s. f. Hardes 
en mauvais état, lambeaux d'é- 
toffes. Le vieux français avait 
argaiit, casaque de toile à l'usage 
des paysans. En bas latin : arga- 
vum. (Voir Roquefort, Glossaire 
de h Langue romane.). 

AWCJOT, s. m. Ergot, ongle 
pointu. Les deux mots s'em- 
ployaient ensemble au XVP siè- 
cle : 

Argot, qu'on dit aussi ergot..,, est le 
crochet cornu qui est par derrière la 
jambe du coq. 

(NicoT, Trésor de la Laïu/ue française.) 

Ils l'ont escamoté et agriffé avec leurs 
argots de chappon. 

{Comédie des Proverbes, anc. th. fr., t. IX, 
p. -6.) 

Subtils renards et grands mengeurs 

[d'images 

Pour hault monter contrefont les bigots 

Puis quand ils sont hucliez sur leurs 

[argots 

Au monde font de merveilleux dommages 

(Guill. Crétin, cité par le comte Jaibert.) 

ARMAIVAT, s. m. Almanach. 
En bourguignon et en genevois : 
armana. Le mot français doit être 
préféré, parce qu'il se rapproche 
plus de l'étymologie ; il se trouve 
dans EusèJje, avec le sens actuel, 
écrit : 'A)>[j.ïva/à , et viendrait, 



ARMONIAT 



29 



ARRAISONNER 



d'après M. Littré, d'un mot cophle : 
almeneg, composé de a/, calcul 
et men, mémoire. 

ARMOj¥IAT, s. m. Am.mo- 
niaque, alcali volatil. Ce mot 
s'écrivait autrefois ; nrnioniac. 
« L'usage, dit Ménage, veut qu'on 
» dise armoniac, les italiens di- 
» sent de même arnioniaco. » 
(Observations sur la Langue 
française.) Richelet, édition de 
1680, écrit également armoniac, 
sel armoniac. 

ARIVAUD, Aruaulcl, noms 
d'hommes. Du vieux nom germa- 
nique Arnoald, de arn, aigle, ald, 
ancien. Ce mot est devenu en 
latin Arnaldus, en allemand Ar- 
nold. Au moyen âge on trouve en 
français les formes Ernould, Er- 
noulz. Froissart (liv. I, g 350) parle 
de Messire Ernoulz d'Andrehen. 

D'après la Gallia Christiana, 
Arnaud (Arnaldus vel Arnoldus), 
XV" évoque de Saintes, siégeait 
en 1038. 

ARAOUIiD, Ai'uoult, noms 
de localités. Même origine que 
Arnaud. Latin : Armilfus. 

AROrVDE, Aroudcllc, s. f. 

Hirondelle. Le premier de ces 
mots est encore usité en termes 
de menuiserie : un bois coupé en 
queue d'aronde est celui dont la 
section imite la formé à double 
pointe de la queue des hiron- 
delles. Au temps de Vaugclas on 
disait arondollo, hirondelle et 
herondelle. (Voir Rcmarq. sur la 
Lang. française.) 

No quier veoii' le cheval Pegason 
Qui plus toi courl en l'air ne \'o\caronde. 

{Ballade de Jehan Froinsart.) 



Ces aromleJlcs qui vont 

Et qui sont 
Du printemps les messagères. 
(Remy Bellad, Avril.) 

Son trot semble égaler 

Le tigre en la campagne et l'arondeUe 
[en Ter. 

(Du Bartas, 'i" semaine, i'^ jour.) 

Le vieux français avait le verbe 
arrondiller, murmurer comme 
les hirondelles, dont le chant est 
un espèce do chuchotement. 

Arondillastes en vos tabernacles et déis- 
tes : Nostre Seigneur nous haisl. — Mur- 
muraslis in labernaculis vestris alque 
dixistis : odel Dominus. 

(Lfl Bible histnriau.r. ch. I, ver. 26, 
(lu Deulerouômo.) 



ARPEXT, s. m. mesure agrai- 
re. En latin : aripemiis, auquel 
Columelle attribue une origine 
celtique : « quod aratores cande- 
» tumnominanl, somi-juguuKpio- 
» que aripe nne m xocani (s. eut. : 
» Galli.) » (Columelle, liv. V, 
ch. L) 

ARQUF/r, s. m* Piège à 
prendre les oiseaux, formé d'imc 
branche courbée et d'un fil. Ce 
mot était français au moyen âge 
dans le sons de petit arc, du latin 
arqualus. Le verbe arquer [iVar- 
cuari) est encore usité dans le 
sens de courber. 

ARKAISOXXFR,v.a.Fairc 
entendre raison — sormonor — 
demander raison de quelque chose. 

Sis mari/. Hclcana le areisuna^ si li 
dist : purquei plures ? 

(Li Livres des Rois, irad. du XU» siècle.) 

Folie est d'aulruy ramposncr 

Ne gens de chose araisoner 
Dont il soil anui ou vergoigne. 

{Fabliaux et Contes. 1. 1, p. 100.) 



ARRArER 



30 



ARTIGUE 



ARRAPER, V, a. Prendre, 
saisir, empoit^nier. Uu latin urvi- 
pere, composé do ndei de vapcrc. 
En italien : arrapare. 

L'arrapy à l'affubail 
Ly decouvri.l'épalelte. 

{Gente Poili'viH'rie, éd. delCOa.) 

Car il arrapoit l'un par les jambes, 
l'aultre par les espaules, l'aultre par la 

bezace 

(Rabelais, Gargantua, 1. I, ch. XXXVIH.) 

ARREGARIIER, V. a. Re- 
garder. (Voir agarder.) 

J'ai ouy dire à un grand nombre 
qu'entre aucuns grands, non pas tous 
voulentiers, on n'arregarde à ces lilles- 
là...... Car parmj' les grands on n'arre- 

garde pas à ces règles et scrupules 

(BnAKiôBB, Dames galantes, dise. I, p. 103.) 

ARRKXTFR, v. a. Mettre à 
rente, louer par bail emphytéo- 
tique : ad Emphyteusim prœdhun 
locare. (Du Gange, Glossaire, 
verbo avrentarc.) 

Nec terrœ vel tencmenta eorum eâ 
occûsione arentenlur. 

(Charla Edwardi I, régis angliœ.) 

Ce mot signifie aussi donner 
des rentes, faire vivre quelqu'un. 

Et y establit chanoines pour Dieu ser- 
vir et les arrenta et approuvenda bien 
et largement. 

(Jehan FnoissAnT, Chroniques, t. I, p. 213.) 

ARROUSER, V. a. Arroser. 
Malherbe a écrit ce mot avec un 
u dans sa traduction du Trnilô de 
IJcnc/iciis, de Seneque. 

Je dresseray aussi un autre petit 
moyen pour arrbuser les parties du 
jardin. 

(Bernard Palissy.) 

La charité ari'ousant une âme, pro- 
duit en elle les œuvres vertueuses. 
[Saint François de Salles, p. 491.) 



vlRROllTKR, s'nrronter, 

V. a. ou réll. Mettre en route — 
se mettre en route. 

Et Robiers de Dovc se met sus pre- 
mièrement et li autre s'aroutent apriôs. 
(ViLLEiiARDoi'i.N, Coiiq. dt Coiislaiit, § 653.) 

Dont s'arroutèrent li charroi et che- 
vaucliierent li signeur, li coureur pre- 
miers, qui esloienl bien deu.x cens 

lances 

(FnoissAiiT, Chroniques, 1. I, § lOS.) 

ARS, nom de localité, de Arx, 
citadelle. 11 est question dM/'s, 
près de Gozes, dans une charlre 
de 1190 (villa de Arcis). Getle 
localité dépendait à cette époque 
de l'abbaye de Vaux. 

ARISOIR, adverbe. Hier soir. 
(Voir hersoir.) 

Se ne feust mon chapeau de fautre 
J'estoye arsoir en mauvais point. 

[Moralité d'un Empereur^ anc. th. fr., 
t. UI, p. 143.) 

Ha ! que je fus affligé arsoir quand 
je ne trouvay plus le subjecl qui me 
faisait trouver le veiller si doulx ! 

(Lettre de Henri IV à Gobrielle d'Estrées, 
15 avril 1593.) 



ARSO^^aTEAU, nom d'hom- 
me et de lieu. Dérivé du vieux 
français arson, incendie, brûlure. 
En latin : arsuni, supin du verbo 
ardere, brûler. 

ARTAV», nom d'homme. Du 
vieux nom germanique Ai't-ald, 
lldùle par sa naissance. (Léon 
Scott, Dictionnaire desprénoms.) 

ARTICiUE, nom de localité, 
signiliant défrichement. En la- 
tin : arlifja, « incultus ager ad 
» culturam redactus, » d'après le 
Glossaire de Dom Garpentier. 



ARVERT 



31 



ASSAVOIR 



AUVERT, nom de localité. 
Da radical arve, en vieux fran- 
çais, dérivé du pluriel neutre 
arva, champs. Au XIIP siècle, il 
existait à Arvert un prieuré dépen- 
dant do l'abbaye de La Grande- 
Sauve-de-Guyenne. 

Anno verô 1235... prioratum B. Mariaj 
de Ai'vcrto silvce mnjori subditum... 
{Gallia cnrisiiana. t. U, col. 10:3.) 

Le pays d' Arvert était autrefois 
formé d'ilôts au milieu des eaux. 
Il a été désigné par Palissy et les 
anciennes cartes sous le nom d'ile 
d' Arvert, et il suffit de jeter un 
coup d'œil sur la carte de Gassini 
pour reconnaitrc que toute celle 
région a été autrefois occupée par 
les eaux. 

La plupart des villages du pays 
d' Arvert seraient aujourd'hui en- 
sevelis sous le sable sans l'ense- 
mencement des dunes qui déjà au 
temps d'Elie Vinet avaient cou- 
vert des villages et même des 
forêts. 

Mirali sumus apud Arvertinos sum- 
ma quœdam edificia quœ longius volaiis 

arena obtegeral.Averlince etiamsilvœ 

(Elle ViNEi, Commentaires ytr Ausoiie.) 

Bernard Palissy a désigné à 
tort celle localité par les mots 
Allevcrt , Alvcrt. (Œuvres, 
p. 133, 134, 137.) 

On a trouvé le mot Avivos sur 
des médailles santones en argent 
portant au revers lo mot Snntonos. 
11 est permis d'adopter rojjinion 
de Bourignon, qui pense que ce 
premier mot désignait les habi- 
tants du pays d'Arvert dont il 
dérivait le nom des mots celti(|ues 
ar, arci, bois. (Voir Aiitiif. (la 
Saintes, p. G et U.) 

ASPERGÉS, s. m. Goupillon, 



En basse latinité : aspergillum, 
du latin adspergerc, réiiaiidre, 
arroser. 

Tout y sechoil tout au long do l'année, 
Mais bien est vray qu'il y avait dedans 
Pour aspenjès une rose fennôe. 

(Clément Mauot, Temple de Cupidon, 
1. 1, p.18.) 

Il prist Vaspergès et de l'eau bénite, 
et nous en donna 

{Brastôhe, Vie de il. de Bourbon.) 

Richelet, dans les remarques 
qui servent d'introduction à son 
diclionnairo, donne c-?s/5ey'^*'S pour 
un mot poj)ulaire ou iirovinciai, 
remplacé à Paris par aspcrsoir ou 
goupillon. (Dictionnaire, édil. de 
1G8Û, t. I, p. 8.) 

Le mot goupillon, usité en fran- 
çais, dérive du vieux français 
goupil, renard, parce que autrefois 
l'aspersion se faisait avec une 
queue de cet animal. En basse 
latinité, l'aspersoirougouiiillonsc 
nomme vulpilio, du latin vulpcx, 
renard. 

ASSASSIXEER, s. m. Assas- 
sin, meurtrier. 

Les hommes seront loups ès-homme9, 
briguan5,asA'assiH<?»rs,cmpoi sonneurs... 

(ItABELiis, l'antayruel, liv. III, cb. III.) 

On a également dit : assassina- 
Icur. 

Retraite de voleurs, meurtriers et 
assassinalcurs. 

{Satyre Mniippce. Ilaraiiijue de M. cTAubra]/.) 

ASSAVOIR, v. a. Savoir. 

l'arcillemcnt je vous fais assax'oir 
•Jue les prcceps de Jésus faut sc;ivoir. 
{ilysttres des Actes des Apôtres.) 

Le bal et la grand'bande, assavoir 
[deux musettes. 

(MoiifcnB, Tartuffe.) 



ASSECHER 



32 



ATARGER 



ASSKCIIEK, V. a. Rendre 
sec, sécher. 

La viande crue n'est pas tousjours 
propre à nostrc estomac ; il la faut 
asseicher. 

(Mo.NTAiGNE, Essais, liv. II.) 

ASii^E.lIBIiÉG, S. f. Fête lo- 
cale, fraii'ie. (Voii- ce mot.) C'est 
le piivdon de Bretagne. 

Suivez assemblées et fcslcs 
A la tin jà niieulx n'en vaudrez. 

(Fr. Villon.) 

Ce mot est encore usité en 
Touraine : 

Les filles n'étoient pas chères à 
Vassemblée de Vcrelz, les garçons hor.s 
de prix. 

(r. L. COLIUIIER.) 

Af^SEURER, V. a. Assurer, 
afliniier. 

Et osta son anel de son doy pour 
asseurer que il tenroit la trêve. 

(JoiNviLLE,7/(.v/. (le SniiU Loijs, ch. L.V.XII.) 

A§^1XER, V. a. Assigner, 

citer à comparaître. 

La Dame l'a de son gant assené 
Et il i vint de bonne volenté. 

(Raoul DE COLCÏ.) 

L'auberge enfin de l'hyménée 
Lui fut pour maison assinée. 

(Lako.m.vine, Failles, liv. V, fnb. iJO.) 

A^iSlR (s), V. réll. S'asseoir. 

Assisons-nous sur cestc molle couche. 
(RossAiiD, Ailleurs, t. I, p. "218.) 

ANNOTER, ANMOtir, v. a. 

Rendre sot, l'cn^ro ibu de désir. 

Oufl drap est cecy? Vrayement 
Tant plus le voy otplus m'assoie. 

Vrayement cet homme m'assolist. 

{Farce de Maître Pierre l'allielin.) 



La reine a une levrière dont elle est 
beaucoup assolée et la fait coucher en 
sa chambre. 

{Cent Nniiveltes du Rmj Louis XI, 
nouvelle 527".) 

A§TE, s. f. Branche à fruit 
conservée pour la taille. Du latin 
hiisitn, lance. En languedoc asté, 
broche. 

D'après M. Dnbrcuil, l'fl.s/e est 
appelée suivant les localités : 
conrr/ro, vinôc, pleyon, archet, 
snuteltc, Ili-che, tiret, etc. 

En vieux français, nsle, anste, 
ont désig-né la lance des cheva- 
liers. 

Ansle ol roide de frasne et gonfanon 
[pendant. 

(Chaiiàon d'Alexandre, p. 65.) 

ASTEURE, adv. Contraction 
des mots : à cette heure, signi- 
fiant : à présent, maintenant. En 
})atois gascon : adar. 

J'en ay assez parlé asthure, ailleurs 
j'en parleray encore. 

(BnANTÔME, Vie de Marguerite, 
royiic de Navarre.) 

«l'ay de pourtraicts de ma forme de 
vingt-cinq, de trcnle-cinq ans ; je les 
comjiare avec celui d'asteure. 

(Montaigne, Essais, liv. III, ch. XIII.) 

Je sorcs toujours ravie de les apren- 
dre par vous, Madame, pour qui je me 
sens asleure une véritable amitié. 

(Maiiaiie, Duchesse d'Orléans, Lettre du 
4 Juin 1701 ù M"'" DE Mai.menun.) 



ATARfUER (s'), V. réfl. Se 
retai'dor, so l'aire attendre. (Voir 
Targcr.) On trouve en vieux fran- 
çais le substantif a^c7/;/a;2C6', retard. 

Dulce prière et grant te fait 
Hue l'secorges senz demorance ; 
Car n'i aureit os alarjance. 

{Clironi(/ue des Durs de Normandie, 
1. 1, vers 'kt'Ho.) 



ATOUT 



33 



AUBERGER 



Et cil de rien ne s'alarja. 

Le Co.itoieiiient d'un l'nr, Fabliaux 
et Contes, t. II, p. 110.) 

Et Ysengi'in point ne s'atarge 
Fuiant s'en va, si se regarde, 
Droit vers le bois granl aléure. 

{Roman du Renurl, vers 1-259'\) 



ATOUT, Etont, Otont, adv . 

Aussi, ég-alement, en même temps. 
En vieux français, ces mois par- 
raissent avoir eu également la 
signitication de la proposition : 
avec. 

Al arcevesque en est venuz atut 
Les misl en reng de devant ses genuilz. 

(Chanson de Roland.) 

J'ai vcu sainct Pierre atout sa clef 
Et sainct Paul atout son cspée. 

{Résurrection de Jean Landorre, 
anc. th. fr., t. II, page 2i.) 

Pour faire salamine, prenez broehetz... 
faire broyer amendes atout l'escorce 
deffaicle de purée de j)oix... 

(T.iiLiEVENT, Livre de Cuisine.) 

ATTJEXDAXCE, S. f. Atten- 
te, espérance. 

Ou comte Othon ai mont grant aten- 
[dance. 

(Heshi, comte de Bar, chnnson citi'e par 
Leroux deLincï, Chants Historiques, 
p. 47.) 

ATTRAPE , AUrapoirc , 

s. f. Tromperie, piège. 

Prindrent chemin confusément à s'en 
retourner ne pensants à Vatrapoucre. 

(Noël 00 Faii, Propos rustiques, p. 103.) 

Sommerive, ayant eu nouvelles que 
Mouvans et Sorcze venoicnt au secours, 
voulut leur dresser une atlrappe. 

(.\grippa d'.\«bignp,. Histoire, liv. I, p. IW.) 

AUBAI.V, Auliin^ noms 
d'hommes. En vieux français, ati- 
bain signifie étranger; en latin, 



albanus, contracte de alihi tiatiis. 
Ces noms peuvent aussi êlreconsi- 
dérés comme dérivés du vieux 
français anhe, blanc, du latin 
aJbus, diminutif: ulhiiiiis. 

Puis s'en vait les galos après le genl 
[aubaine. 
{Roman d'Alexandre, p. 188.) 

Aubain, étranger né en pays qui n'est 
pas de la souveraineté de la couronne 
de France. 

(De Lairièhe, Glossaire du Droit Franxais.) 

AUBARÉE, s. f. Lieu planté 
d'aubiers, de saules. En langue 
d'oc : auhart'de. Envieux français, 
auharado. (Ro([uefort.) Ces mots 
dérivent (Valbus. 

A dextro et à senesirc dudit ruisseau 
seront plantez plusieurs belles auba- 
rées... 

(Bernant Pai.issy, Rereple icrituhle, p. lOi.) 

AUBEPIIV. Voir Abanpin. 

AL'BERGER, Aulicr«ler, 

noms d'hommes, qui, d'après 
Loréd. Larchey, signilleraient fa- 
bricants de htiuberls. Les vieux 
textes donnent au verbe Jiaubor- 
ffior la signilicalion de revêtir le 
haubert. 

Tant ont erré le chemin droitiiritr 
nue de saint (iille coisironl le moslicp 
f)ont font iurgens armer cl hauberf}ier 
En trois escheles les ont faites rengier. 
{Roman rie Garin le Loherain.) 

On peut y voir une corru|tlion 
du vieux français liunli('rifrort\u'\ 
se trouve dans liocpiefort, dans 
le sens i\o cabaret iiu", aubergiste, 
ou de alhci-ffr, aulierge ; en basse 
latinité : tilhrrijn. alhori/iuin. 

Une élymologie t'galcmcnl ad- 
missible "serait celh^ dt^ hnnlu'v, 
haut-bci\ grand baron (ultus vir). 



AUBERT 



3i 



AUGE 



OÙ quelques savants trouvent l'o- 
rigine du mot hobereau. 

Al'BERT, Anbcrtin, Au- 

dcbert. Noms d'hoinmes d'ori- 
gine germanique :* Adnlbert (no- 
ble-renommé) , Albert (ancien- 
renonuué). En latin : aubertus ou 
albertiis. (Voir Loréd. Larchey, 
Dictionnaire des Noms.) 

AUBETERRE, nom de loca- 
lité désignée dans la Gallia Chris- 
liana par les mots : alba terra. 
Le mot aube, pour blanc [cValbus) 
a été d'usage en vieux français 
et slest conservé pour désigner 
le lever du Jour et un vêtement 
sacerdotal de couleur blanche. 



AUBIER, s. m. Saule à 
feuilles d'osier. Du latin : albus. 

Contemple un peu les aubiers lesquels 
sur un même degr6 produisent plusieurs 
branches 

• (Bernard Palisst, Recette véritable, 
p. 36.) 

AUBICilVÉ, Anbigny, noms 
de lieux et d'hommes. Ce mot 
dérive (Valbinus, diminutif cVal- 
hus, blanc. En latin^ le nom de 
lieu était albiniacum, domaine 
d'Albinus. 

Il est inutile de rappeler que 
M"' de Maintonon avait pour nom 
de famille Aubir/juj; elle était 
petite-lillc d'Agrippa d'Aubigné, 
qui naquit à Saint-Maury, près 
Pons, en 1550. 
* 

AUBOUIIV, nom d'homme. 
Du vieux nom germanique : Albu- 
win fblanc-ami), ((ui se retrouve 
dus 7S0 sous la forme Auhouin, 
d'après M. Lorédan Larchey. 



AUBOUR, s. m. Aubier (voir 
ce mot) — mince écorcc blanche 
de certains arbres. En latin : 
aihurnum. (Voir de Laurière, 
Glossaire du Droit français.) 

« Aubours, (lit Charles Nodier, 
» est le nom patois du faux 
» ébénier des Alpes, espèce de 
» cytise. » (Critique des Diction- 
naires.) 

De tel manière cstoit tous li vergiés 
Ains ni ot arbre, ne fust pins u loriés, 
Cyprès, aubours, entes et oliviers. 

(Fable fin Dirii d'Amours, édit. 
Jubiual, 1834.) 

En sa maintient d'auborc un arc. 
(Roman de Tristan, t. I, p. 66.) 

Arc d'aubour porte et sajètes d'acier. 
(Garir lE LoHERAiN, Mort de Bégon.) 

AUBRI, Aabry, noms d'hom- 
mes. Formes d'aubery ou d'albe- 
ric; en germanique : chef-noble. 
(Léon Scott, Dictionnaire des 
Prénoms.) 

AUDOUARD, Audonin, 

noms d'hommes dérivés des vieux 
noms germaniques : Ald-ward 
(ancien gardien), écrit plus tard 
Aldoard; Aldwin (ancien ami), et 
enfin Alduin. (Lor. Larchey, Dic- 
tionnaire des Noms.) 

Au moyen Age, Aude a été un 
nom de femme, [dérivé du ger- 
manique ald, ancien, ou peut-être 
d'une forme Anninisée du nom 
d'homme : Eudes, en latin : Audo 
et Odo. 

AUGE, Aug^creau, An- 

jçicr, noms d'hommes dérivés du 
vieux nom germanique Ad-alnar 
(ancien javelot). En latin: Aael- 
garias. (Voir Lor. Larchey.) 
En vieux français, Algier a eu, 



AU JOUR D'AUJOURD'HUI 



3o 



AUTON 



dès le XIP siècle, la signification 
de javelot, pique : 

Li rcis Marsiles en fui mult csfréed 
Un algier tint ki d'or fut cnpened. 

(Chanson de Roland, st. 32.) 

En 1248, le prévôt des mar- 
chands de Paris s'appelait Augicr. 
(Voir le Registre des Métiers 
d'Et. Boileau, p. 449.) 

AU JOUR D'AUJOUR- 
D'HUI, locution pour aujour- 
d'hui, qui est un double pléo- 
nasme, car le mot aujouviriiui se 
découpe en quatre mots, dont 
deux : jour et liui ont la même 
signilication. 

Nos fûmes ajornés par court au jour 
de hui. 

(Assises de Jérusalem.) 

En ce joyeux temps du jour d'huij 
Que le mois de mai se comraance. 
(Charles d'Orléans, ballade l"''.) 

AULXAY, nom de localité. 
La petite ville d'Aulnay, qui 
devrait s'écrire Aunay, est la 
station désignée par le mot 
Avcdonnaco, sur la carte de Peu- 
tinger, entre Brigiosuni (Brioux) 
et Mediolano Santouum (Saintes), 
sur la voie romaine de Sens à 
Bordeaux. V Itinéraire, d'Anto- 
nin, la désigne par le mot 
Auncdonnacum, et la place entre 
Mediolamim Santonum (Saintes) 
et liauranum (Rom, Deux-Sèvres), 
sur la voie romaine d'Autun à 
Bordeaux. 

Il est probable que Auncdonna- 
cum est un mot celtique en ac, 
latinisé par les conciuéranls de la 
Gaule. 

Il a donné son nom à la pro- 
vince ce Aunis. (\'oir ce mot.) 

Berlius, cosmographe du XVII" 



siècle, pense que Aiilnay est le 
Ducoiia on Dovvona de la géo- 
graphie de Ploleméc. 



AUinoxiER, adj. Qui fait 
largement raumOnc, charitable. 

Le roy fu si large aumosnier que 
partout là où il alloit en son royaume, 
il fesoit donner aux pauvres esglises, à 
maladeries 

(JoisviLLB, Uisl. de S. Loy.i.) 

AU:X'IS, nom de la région qui 
entoure La Hochelle, désignée 
autrefois par les mots pagns alni- 
siensis, corruption du nom itlus 
ancien avedonacicnsis, tiré lui- 
même de celui de la ville gallo-ro- 
maine d'Aulnay. (Avedonnaco, de 
lacartedePeutinger, Auncdonna- 
cum de V Itinéraire d'Antoiiin.) 

Rupella Santonum, caput pagi alni- 
siensis olim avedonacietisis. 

(Gallia Chrisliana, t. II.) 

Bourignon et le Père Arcère 
pensent que le pays d'Aunis lire 
son nom des Alains , peuples 
fugitifs qui immigrèrent dans les 
marais du Bas-Poitou. (Voir lîou- 
rignon, Antiq. de Saintes^ p. 3(Ji, 
note). Aune époque où la science 
étymologit|ue était en enfance, 
Amos Barhot a émis la singuMère 
idée que le nom de la province 
d'Aunis n'était autre chose que 
les deux dernières syllabes du 
nom latin de Chatelaillon : cas- 
truni allionis : 

Duquel nom latin ry dessus Allionis, 
toute Veslenduo cl ressort de la dite villo 
cl forteresse, par une abréviation, a 
piuslost prins le nom d'Onis que d'auUrc 
clymologie et dérivation que ce soil 

(Adios BiHDfii, llisi, de La RocheUf, 
p. 31 0135.) 

AUTOA', nom do localité. En 



AVALOIRE 



36 



AVISER 



vieux français, Auion désigne le 
vent du midi; du latin: Austor. 
La forcH d'Auton (siîvii autcwnis) 
est mentionnée dans une charte 
de 1107, faisant partie du cartu- 
laire de l'abbaye cle Saintes. Cette 
forêt était à quinze kilomètres de 
Saintes, entre cette ville et Saint- 
Jean-d'Angély. 

AVAIiOIRE, s. f. Gosier. 

Je pense que tu es fils de tonnelier, 
tu as une belle avaloire. 

(Comédie des Proverbes, anc. th. fr., 
t. IX, p. 5-2.) 

Assurément, si celle femme a mangé 
tout l'argent qu'elle a tiré de sa fille et 
de m'ol depuis vingt ans, il faut qu'elle 
ail eu une terrible avaloire. 

(J.-J. RorssEAi', Correspondance.) 

AVAIiOlV, nom de localité 
près La Tremblade. Du vieux fran- 
çais : avnl, en bas, ad valleni, ou 
du latin : valluni, palissade, bar- 
rière. 

AVE3VAKT, adj. Agréable à 
voir, courtois, affable. 

Mescinele o le cuer franc 
Cors a gent et avenant 
Le poil blont et reluisant. 

(Aucassui et Kicolette, ch. XV.) 

J'ay une des plus belles, plus adve- 
nantes, plus prudes femmes en mariage 
qui soyt en tout le pays de Xainctonge. 
(Rabelais, l'antagruel, liv. IV, ch. Y.) 

AVIIVER, V. a. Imbiber de 
vin. Se dit des hommes aussi bien 
que des vaisseaux vinaires. Avi- 
ner une cuve, la» rincer avec du 
vin. 

Je suis né bas normand mais ma boû- 
[che avinée 

Dit être d'Orléans 

(Olivier Basselin.) 



AVIS (être), locution signi- 
fiant paraître, sembler. S'emploie 
surtout à la troisième personne : 
m'est avis, me fut avis. Il me 
semble, il m'a semblé. Cette 
manière de parler est très usitée 
dans le langage du paysan sain- 
tongeais, fertile en précautions 
oratoires. On dit aussi : il nio 
semble avis. 

Di tost comment te fu: aviz, 
De ceo, dont ainz teiser te fiz. 

(Résurrection du Sauveur, Mystère 
du XI" siècle.) 

Guesne répond : mei est vis que trop 

[large. 
(Chanson de Roland. yers 659».) 

Donc m'est avis qu'il parle saigement. 
(Gratian Dupont, Controverse des Sexes.) 

Il semble advis qu'on ne vous veuille 

[rendre 

Ce qu'on vous doibl, beau sire, ne 

[vous chaille. 

'Clément Marot, Rondeau ///«, t. II, 

" p. 128.) 

Tout mon beslail mourust plus riche 
[je seroy 
Ce me serait avis que le plus riche roy. 
(Ant. Baïf, églogue 6, p. 18, v».) 

AVISÉ, adj. Intelligent, rusé. 

Et aussi messagers sages et avisés et 
bien idoines et taillés de faire ce mes- 
sage. 

(FnoissiHT, Chronique, liv. I.) 

AVISER, V. a. Regarder, 
apercevoir. 

Agaré, Monsieu le baron, in sot avise 
ben inc bête. 

(Agrippa d'Aiibigné, Baron de Fœneste, 
liv. II, ch. IX.) 

^oit qu'un autre,, modeste, à l'improuvu 
[m'avise. 

(RÉGNIER, sat. vil.) 

Le roi après avoir parlé à quelques 
uns, avise enfin ce chapeau gris. 

(Saint-Simon, Mémoires.) 



AVONS 



37 



DACHELIER 



AVO^'S (j'), pluriel employé 
avec le pronom sing-ulier. Con- 
damné mais usité au XVP siècle : 

J'avons espérance qu'y fera beau 
temps, veu ce que disent les cstoiles... 

(Lettre de François I'"' à M. de Moiit- 

mnreiicv.) 

AVOIIKE, adv. A présent, 
maintenant. En vieux français : 
oure, signilie heure. Latin : honi. 
Avoiire est synonime d'asteure. 
(Voir ce mot.) 

Sire, me commandasics que je gar- 
dasse mon jour et je suis venu à oiire 
cl à tens garder mon jour. 

(Assises de Jcrmalem, ch. L.) 



A'\or'S, contraction fréquem- 
ment employée pour: avcz-vous. 

A'vons mal aux dents, maître Pierre? 
(Tcstamenl de Palhclin.) 

A'vous aussi pleuré, vous Ninfes forcs- 

[tièrcs. 

(Vauqnoliti dk i.v Fhesnaïe, Fores- 
terie II, p. 7.) 

A'vous bien vu, dit Eulrapcl, jouer 
des orgues? 

(XopI m; Fail, Contes et Discours 
d'Eulrapel.) 

AW, nom de localité. Du 
galli(iue : ar, eau (voir cvc), qui 
se dit encore en picardic : iuvu. 



B ABIIV , Babinct , noms 
d'hommes. Dérivés du vieux mot 
germanique : hab, enfant, d'où 



l'anglais 



hahv. 



BABIJVEIS, s. f. Lèvres. 

Les babines estoient disjoincles bien 
demi-pied demeurant ou\erles en cette 
belle extiise. 

(Béroalde de Veuville, Moyen de parvenir.) 



BABOlillV, s. m. Mannc([uin 
destiné à servir d'épouvantail et 
à éloigner les oiseaux-des vergers 
et des champs. 

En basse latinité, ])ahouinus 
désigne le singe, mais il a eu 
également la même signitication 
qu'en Saintonge. 

Et sunt sicut babouini qui ponuntur 
in terris et piiariis. 

{Sermoiies Meiioti, fol. 28, cité par 

UU CiNGE.) 



On n'emploie pas seulement les per- 
sonnes à chasser les oiseaux (des rhenc- 
vières) mais les choses mortes qu'on 
appelle au pais les babouins. 

(Agrippa d'.\ibigsb, Lr BarOH de F«'«f,s7r, 
liv.UI, ch. XV, t. U, p. 161.) 

Eu vieux français, Jnilioiiiii 
signifiait aussi coiumo aujourd'hui 
un homme laid. 

Le vez vous là ce baboyn ? 
Vraiemenl il put tant le vin 
Que je sens d'ici son alainc. 

{Sermon Joi/eiix de hien boire, niif. 
tli. fr., t. U, p. Il) 

BABUT, nom d'homme. Du 
radical germaniqiu^ : Inib, enfant, 
(pu se trouve dans le nom htilmlf, 
(le môme origine. (Voir Lor. Lar- 
chey, JJiclioiiiiiiirc tirs .Vo/;;.s\ ) 

BACIIF.lill'.K, nom d'hom- 
me. En viiMix iV.inrais, ce mot 
désignait \\n jeune honun(\ im 
étudiant, un apprenti chevalier. 



BACONAY 



BAGNOLE 



Ensembrod vos XV milliers de francs, 
De bcu'helers, de nos meillors vaillanz. 
(Chanson de Roland, vers 3019".) 

Une femc demandoil un bachelier el 

disoil que il l'avoit esposee el f ; li 

home ne niet pas. , 

{Li Liin-s de Jostiee, p. 192, § G.) 

BACO^'AY, nom do locnlitû 
qui désignait une forêt située 
entre Nancras, Sainte-Gemme et 
Saint-Saturnin-de-Marcnnes. 

« Foresla (}ua3 vocatur JJaco- 
» nny. » (Charte d'Olhon, en 
faveur de Sablonceaux, Gallia 
Clirisn'ana, t. II, instrumenta.) 

Cette foret est désignée par les 
mènKîs mots (fores fn quœ vocatur 
Baconay) dans la charte de 1047, 
de fondation de l'abbaye de 
Saintes. 

L'étymologie de ce mot doit 
être cherchée dans le vieux fran- 
çais : hacon, sanglier, porc. 

Si Dieu me doint confession 
Ce fut un bacon que je tuai. 

{Fabliau du Soucretaire de Clnni.) 

La forêt de Baconay, dont le 
nom paraît être oublié aujour- 
d'hui, était fort giboyeuse, et 
c'est dans ses fourés que le maître 
chasseur de l'abbaye de Sainte- 
Marie-de-Saintes avait le droit de 
capturer chaque année un certain 
nombre de bêtes. Il faut citer ici 
le texte latin et admirer la galan- 
terie du rédacteur de l'acte qui 
établit ce privilège : 

Staluimus ut quotannis Abbalissa, mis- 
60 venalore suo, quoquc modo polerit, 
habeal de prœfata s^Iva ad recreandum 
fœrnineam imbecilntatem aprum ununi 
cum sua fera, cervum cum rervà, 
damum cum dama, caprum cum caprâ, 
duo lepores... 

{Charta fundalionis ahb. S.-Mariœ-apud- 
Sanlones. Gnllia Cliri.itiana, t. II, 
inslr., col. 480.) 



BADEBE, s. m. Badaud, 
niais. En saintongeais : qui bade 
la goule. 

Rabelais a donné ce nom à la 
femme de Gargantua. 

Le radical île ce mot est celti- 
(jue, on le trouve dans toutes les 
langues dérivées de cet idiome ; 
en breton : hada, agir, parler 
comme un sot; hader, hadouer, 
sot, niais, bavard. L'écossais : 
J)aoth; l'irlandais : badr/haire, ont 
ces derniers sens. 

BADElilVE, s. f. Personne 
incapable, abrutie, dont l'esprit 
est affaissé. Même étymologie que 
le précédent. Le radical, bad, 
signifie en bas breton : stupeur, 
ébahissement. En cornouaillais : 
badus, lunatique. 

BADIGOI^CE, s. f. Lèvre. 
Usité en Saintonge , d'après 
M. Burgaud de Marets, dans la 
locution : se lécher les badi- 
goinces. 

Il leur souffloil au cul, ilz lui Icschoienl 
les badirjoinces. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XI.) 

BAFFKEB, v. n. Manger 
goulûment. Du radical celtique : 
baf, lèvre. 

Quand Gargantua fcut à table cl la 
premiore poincte des morceaux feut 
bau/frée. 

(lUnELAis, Gargantua, liv. I, cli. XXXIX.) 

BAGIVOIiE, s. f. Mauvaise 
voiture. Péjoratif de banne, ban- 
neau, qui, coimne banaste,banas- 
tre, désignent en vieux français 
les paniers qu'on met de chaque 
côté du dos de l'âne. 



BAH! 



BAILLER 



BAH! interj. Signo d'indiffé- 
rence, de mépris. 

Mais les fiz Belial dislrent entre soi : 
Ba ! purrad nus cist de nos encmiz 
salvcr ? 

(Livre des Rnis, ch. X, verset 27°, traJ. 
du Xll" siècle.) 



BAICilVES, nom do localité. 
En vieux français : btujnic, bnniiio, 
in(li([uaient l'étendue d'un terri- 
toire ou ban (latin : biuinum.) 
Bencrie , bagnevic avaient la 
môme signillcalion. (Voir Roque- 
fort, Glossaire de la Langue 
romane.) Le mot baignes peut 
aussi être considéré comme une 
syncope du vieux français : baiiai- 
gne, baraigne, stérile. 

Baignes, en latin Boania, avait 
une abbaye dépendant du diocèse 
de Saintes. (Voir Gallia Cliris- 
tiana, t. II.) Une localité, située 
près de Saint-Georges-dcs-Go- 
teaux, a porté le même nom. 

Usque ad parochiam Sancli-Georgii- 
dcs-CousUiux juxla fooduni de la Louba- 
Ire et de la Beraudière el usque ad 
signum album Beaynio; 

{Charte GuilMmi VII, anno 11-211, 
nrch. Je l'oiliers.) 

BAIIiE, Bayle, noms d'hom- 
mes. Dérivé de bai, (pii sii^uilie 
brun; et peut-être de baille, en 
vieux français : barrière, porte ; 
et en wallon : concierge de prison. 

BAlIiliARGE, s. f. Orge. 
En vieux français, ce mot a dési- 
gné, d'après Hoipiefort, l'orge, 
l'avoine, la vesce. M. Jùnain 
dérive ce mot du grec : Baxsto:; 
aypioç, blé sauvage. 

BAIIiliK, s. f. Cuve ou 
baquet eu bois cerclé pour conte- 



nir des li(piides; c'est une sorte 
de dcAii-lonneau. Ce mot est 
d'origine germanique ou Scandi- 
nave. En danois : Jh-iIJe ; on 
suédois : bœlja ; en hollandais : 
balie ; en saxon : balye ; en 
anglais : pail, ont le même sens 
de cuve, bacjuel, seau. 

Sa niaipcc y avoil fait son ordure el 
laissé aller tout sous elle en plain bail. 
(P. DE l'Estuile, ilcin., \. V, p. 2<J9.) 

Au moyen âge, !> aille avait le 
sens de porte, d'oii nous est resté 
baie, pour ouverture de fenêtre 
ou de porte : 

Adonc s'avança cilz bons chevaliers 
messircs Gautiers de Mauni et pria au 
roy son siijneur que il li vonisisl laissier 
faire une chevaucie el cnvaïc jusques as 
bailles de Paris. 

(Jehan FiioismiiT, Clirail., t. V, p. i)l.) 

BAlliliEK, V. a. Donner. 

Je envoie quérir l'abbé de Cheminon 
qui... et me bailla et ceignit mon cs- 
charpe. 

(JoiNviLiE, Histoire de Saint Loijx.) 

Bs avoient été contraint/, de le bailler 
à l'un des neveuz de leur frère. 

(Bonav. des VÉniKH»,Pi()Uvrlle III.) 

Bailleray-ie du foing à l'oison? 

i^Farce du Badin, anc. ili. fr., i. I, p. ISi.) 

Le futur de ce verbe est en 
saintongeais : barrai , barras , 
barra, \\\x\ dérive de l'ancienne 
forme de l'indicatif : je hau, lu 
bail s... 

Aux gardes sus la liarl, commande, 
(^)ue nus homs ne leur baut viande. 

[Branches des Inijaux tiunages, i. I, p. IHT.) 

C'est ain>i <[ue diin a fait (hni- 
rai, lais a fait lairrai, vins a fait 
venrai, clc, pour la formation de 
nombreux futurs conservés dans 
notre dialecte. 



BAL 



M 



BALERIT 



On trouve dans nos vieux 
auteurs le composé rebailler, 
rendre, donner de nouveau. 

Il faut que tu me confesses que quand 
tu apportes le fumier au champ (jue 
c'est pour luy rebailler une partie de ce 
qui luy a esté esté... 

^Bernara Palissv, Receple rcritablc, p. "29.) 

BAIi, s. m. Danse. 

Au drmourant tout leur bal consiste 
au mouvement des pieds. 

(Amvot, Trail. de la Vie de Numa, de 
l'iutnrque.) 

BAÏiAIi rôtir le). Cette expres- 
sion de l'argot moderne est très 
ancienne ; au XIII'' siècle on disait 
avec lemèmesens qu'aujourd'hui: 
rôtir le hruliau. 

Saint Ylairc et puis clos Rurniau 
Oii l'on a rosti maint bruliau 
Kt puis la rue du noïer 
Où plusieurs dames par louier 
Font souvent batre leurs carlier.s. 

{Le dit dr.t rues de Paris, vers 99», Fabli- 
aux et Ciintcs, t. II, p. 244.) 

BAIiAlVDR.i, s. m. Grande 
casa([ue ou manteau qui se jette 
sur les autres habits. M. Jônain 
fait dériver ce mot du grec : 
HïA£-.v , jeter, avSpoç, homme. 
En basse-latinité : halnndrnnu à 
la signification de manteau, pallii 
spccics, dit du Gange. 

Prohibemus quoque slrictiùs, ut nuUi 
regulares cum balandranis vel aliis 
veslibus laïcorum, equitenl vel incedant. 

(DtREiA, ConciUi albieusis, aniio 12o4.) 

Ce mot était encore usité au 
XVII» siècle : 

Nuit couvre l'urtivcrs de ison noir 
[balandran. 
(Sii:<T-AMAKi, Poésies.) 

Le soleil dissipe la nue, 
Recrée et puis pénètre enfin le ca- 
[valier 



Pons son balandras fait qu'il suc 
Le contraint do s'en dépouiller. 

(L.VKOMAINE, liv. VI, Ùb. III.) 

B.lti.mzAC, nom de localité 
(pii est probablement dérivé du 
latin J)alanufi, genêt, ou du celti- 
(pic. En breton : halan, en irlan- 
dais : halhin, désignent le même 
ar})usto. 

BAIiS^:, Balle, s. f. Petite 
paille qui sert d'enveloppe au 
grain dans l'épi. 

Un petit vent qui eslcva le dessus 
seulement et le plus délié de cette terre 
pouldreusc, comme la baie quand on 
vanne le blé. 

(Fr.intnis Amyot, Vies de Plutarqiie, 
Sertorius.) 

Desquels jardins et vignes destour- 
nerez la baie et bourriers des bleds 
battus en l'aire... 

(Olivier de Serre.'*, Tlicàlrc d'Agriculture, 
liv. I, p. 18.) 

BAIjEB, s. m. Surnager, 
llotter. 

Les onsaignes de paile es lances ba- 
\lians (1). 

{Conquête de Jérusalem, édit. 1868, 
vers 1"21") 

El li vilain qui va balant en l'èvc. 

{Hnman du lieitart, vers 5922''.) 

Le patois poitevin et le patois 
wallon ont conservé ce verbe 
avec le môme sens. 

0\ est in grand coffre de bois 
Hue l'é fasons baler su l'cve. 

( Vieille chanson du Poitou.) 



KAIiKKlT, S. m. Emouchet. 
C'est la crécerelle., du genre 
faucon. 



(i) Les enseignes de soie flottant autour des 
lances. 



DALET 



lîAM.ER 



Le nom de cet oiseau vient 
probabiemenl de son liabitiule, 
commune d'ailleurs à la {jhi[)arL 
des grands oiseaux de proie, de 
planer presque immobile dans 
l'air, ce que nous appelons : hulcr. 
(Voir ce mot.) 

IIAIjB-:T, s. m. llanyar cou- 
vert par un toit en saillie, appuyé 
à un bâtiment. Mol dérivé du cel- 
tique. En breton : hnlor/, saillie, 
jiiilf'd, toit en saillie, auvent; en 
gallois: halawcj, avant-toit, bul, 
saillie. 

Celte construction rurale a été 
désigi'née en basse latinité par le 
mol baletuju, ainsi di'lini par du 
Gange : Species povlicus locli nd 
niindinas alias vo ros quasUJiol 
ah arris intempérie defendendas. 
Le mol Laletum se trouve dans 
une charte du XIV" siècle, rela- 
tive à l'abbaye de Sainl-Jean- 
d'Angély. 

In (iomo in qu;1 diclus nbbas inliabilat, 
in quodani tustorio scu bafelo 

[Cliarla Ceraldi ahbalis S. Joaniils 
Angeriaco, aimo l^Sb.) 

Vindrent deux chape.llains dessoub/, 
le balet ou galerie de l'église de Saiiit- 
Marlin-de-Cuussay. 

(Lettres de rémissinn île 14!jl, cite ilnns 
lo Glosaaire île dom tiuiiiciitier (I) 
au Diot bttlrtUiii.) 

Elle c?5t dehors araonéc (2) 
D'un balé qui vol loutcnloui- 
S'il qu'entre li balé ci la tour 
Sont li rosiers esjios planté. 

{Hiimau (le lu Ho.sc.) 



n.lIilI'.K, v. a. Balayer. On 
ditaussi : //r7/////7'.s pour balayures; 
balienv pour balayeur. Au mot 



(1) Car|)(!Hli('r l'icrrc, liriiiMlictin, lié en ItIJT, 
a i-onliniié le (Hossaire île du Cant'c. 
[i) Araoïic, entouré. 



hnlior, le Dictionnaire de Tré- 
voux dit : il ne faut pas se servir 
de ce liiol; au mol de ludieur : 
ce mot ne vaut rien. 

Il faudra faire nostrc ménage 
Et balier noslre maison 
— liailleray-je du foin à l'oison? 
{Fnrtc du Badin, anc. tb. fr.,t. I, p. 18-2.) 

Puis me faut aller 

Au inarclié; au retour liler, 
Balier, faire la lexive. 

(Reniy BEiinr, La Hfcoiiiilii-, 
act. I, 8C. I.) 

D'une robe à lontjs plis balier le bar- 

lr.au. 
(BoiiEAi-, Satyre I.) 

Gens lalineux... vont grattant dans 
les balieures et bourbiers du latin : 

(Béroalde dp, Vehville, J/o//('« de parvenir, 
l. I, p. 0.) 

1SAMi:ki<:, s. f. Paillasse 
faite de baies d'avoine. (\uir baie.) 

B.\M!%, s. m. Drap de lit, 
couvertiu'c. En vieux IVanrais : 
JialiiKje, halin, langes, maillot, 
drap. (Voir Hoquelbrl.) En pro- 
venral comme en bas breton : 
ballen. 

llAlili.WM, nom de localilt'. 
Du \i\i)\ latin Imlanus, gcnrt. ('cl 
arbuste est appelé halan en Ijas 
breton, iiallan en irlandais, co 
(pii tV;rail croire (pie balaiius ne^l 
tpi'un mol cellitpic latinis»'-. 

IIAliliFK, V. n. Sauter, dan- 
ser. I'>us;iiiil(jnge, //.v/tvoircemol) 
d(''signe non seulemenl une réu- 
nion de danseurs, mais ime 
espèce particulière de daii^e. 

IIar|)er y faisoil harpcors 

Et violer violeors 

Et les balercsscs baler. 

(lioman de l'ercevnl.) 



BALOT 



42 



BARATEUR 



Icy le muet silence un esquadron con- 

[duicl 

De fantosmcs ballants dessous l'avcu- 

[gle nuicl. 

(PontUS DE TVARD, SOUliet.) 

El je ne puis par devers vous aller 
ChaaLe qui veult, *a7/(3qui veult haller. 

(Clément MvnoT, Riindeail XI, 
i. II, p. 13-2.) 

BAI.OT, s. m. Lèvre infé- 
rieure. En vieux français : Lmi- 
liôvre. 

Il avoil fait bruslcr (Louis IX) et mar- 
quer à fer chault le neys et la bauliè- 
vre d'un bourgeois de Paris pour un 
blasphème qu'il avoitfaict. 

(JoisviLLE, Histoire de Saint Loys.) 

BAIiZAR, Balzaf, s. m. 

Nom donné à deux expèces de 
cépages de la Saintong-e, l'un 
blanc et l'autre noir. Ce mot est 
peut-être un dérive du cellique : 
Lai, tache, devenu en irlandais et 
en écossais Lall, qui parait avoir 
également donné naissance au 
mot balzan, usité pour désigner 
le cheval noir ou brun marqué de 
taches blanches. 

BAIVASTE, s. f. F*anier ou 
manne qu'on met sur le dos d'un 
àne. En basse latinité : banastum. 
Ce mot, ([\n apj)artient au vieux 
français : banastc, banaslre, he- 
nalo, etc. (voir le Glossaire de 
Roquefort), dérive probablement 
du cellique benn (1), osier. Bas 
breton : Lenna, panier d'osier. Il 



M) Le mot celtique a eu le sens de voilure : 
« benmi linijua g;illiA kciius veliiculi appella- 
tur.»{Keslus,cilé par Henri Kslienne elKsiieiinc 
I'as<4uicr lier/wrchcs, liv. V(, ch. XXH.) Le mot 
beuaa, ipji a été employé aussi par Calon, dé- 
signe, d'après M. \niony KIcli (Itirtiuiuiairc (lr\- 
Aiiliiinilés rumaiiirs], un chariot à quatre roues 
fait en osier, dont la ligure est reproduite sur 
la colonne de Marc-Aurèle. 



se trouve en espagnol : bcnasta, 
et en provençal : bcnaslo. 

BA^'CHE, s. f. Couche cal- 
caire ou argilo-calcaire disposée 
par bancs, qui se trouve sous la 
terre arable. Ce nom est égale- 
ment donné à desbancs de rochers; 
à l'est d'Oléron, un écueil porte 
le nom de Banche-dc-Mal-Conchc. 

BAKAT, s. m. Tromperie, 
tricherie. Mot d'origine celtique, 
en breton : barad. En basse lati- 
nité : barata, ainsi défini par du 
Gange : Fvaus, dolus qui fit in 
contractibus et venditionibus. 

lulerroget sacerdos de rapinis , de 
usurâ, de pignoribus in fraiidem usu- 
rârum f.iclis, de baratis, de falsis ven- 
ditionibus 

[Statuta ccclcsix Cadurccnsis.) 

Tex marchiez n'est ne bons ne loïaus 
pour ce qu'en tcx marciiiez a trop de 
baraz. 

(Eit. BûiLEvu, Livre des Métiers, p. 35.) 

Baral et tricherie sont en authorilé. 

[Débat du Corps et de l'Ame, aiic. th.fr., 
t. III, p. 335.) 

Ecoute! 

Se d'aymer t'estrange et te reboute 
Le barat de celles nommées, 
Tu lais une bien folle double 
Car ce sont femmes dilTamcas. 

(t'V. Villon, Grand Testament, slance 48.) 

Le mot barat, tromperie, nous 
a laissé baraterie, usité en fran- 
çais pour désigner la fraude en 
matière d'assurances maritimes. 

Entre Oléron et la côte de La 
Tremblado, près de Maumusson, 
se trouve le banc du Petit-Barat, 
dangereux pour les navires. 

BABATEUR, s. m. Trom- 
peur. (Voir barat.) 



BARATTE 



43 



nARDE 



Car il est menteur et parjure 
Grand barateur et non créable. 
(Robert Gaglin, l'assetemps de L'Oisiveté.) 

Le nom de barateur àoibi bien le monde 

[avoir. 

Car adont quand il veult les pécheurs 

[decepvoir, 

Plus leur donne de biens, de richesse 

[et avoir. 

{Débat du Cnrps et de l'Ame, anc. ih. fr., 
t. III, p. 331.) 



BARATTE, s. m. Vaisseau 
en bois dont on se sert pour faire 
le beurre. En latin : bavalhruin; 
bas breton : baraz, baquet. 

Al lier fu la grans barale. 

{Roman de Parthenopeus de Dlois, vers 
10665".) 



BARAUD, Barraud, noms 
d'hommes. Dérivés du vieux nom 
g-ermanique Baroakl (guerrier 
ancien I. 

En vieux français linvrot, bar- 
reau, ont signifié tombereau (Ho- 
quefort), et dans la langue d'oc 
Jjarraii a le sens de barricjuo. 

BARBilRIlV, s. m. Poisson 
de mer, espèce de rouget. 

Quelques poissons se perdent en la 
suitle (les dauphins fomnie font les 
chiens, les barbarins, les maquereaux. 

(A. o'ArniGNÉ, Confession de Sancy, t. Il, 

p. m.) 



BARBEAU, Bar1iot,noms 
d'iionunos, d('rivés du \ icux fran- 
çais barbe, Ijarbu. En la lia bar- 
Lai us. 

Et Priamum c Guarlan le barbet. 

{Chanson de Roland, vers 6Î>'.) 

Il est darerc od celé gent barbée. 
{Ibid, vor8 3317^) 



A la barbe ne gardez mie 
Tel l'a gr.mt n'a de sens demie, 
Se îi barbé le sens avoicnt • 
lions et chtîvres trop en aroient. 

{Fabliau de Cnquaiijne.) 

BARBEZIEFX , nom de 

ville. Désignée au moyen âge 
par le latin DarhizcUum. 

Anno 11G8 occurrit in chartâ Agnelis 
de Rarbizello abbatissce U. M ijanlo- 
ncnsis 

{Gallia Clivistiana. l. II, col. 1071.) 

BARBOT , Bnriioteaii , 
Barliotin, noms d'hommes. Les 
deux derniers sont les diminutifs 
du premier, Barbol, qui a signi- 
fié barbu en langue d'oc. Le vieux 
français barboter, écrit aussi 
barbeler, signilie marmoter, ca- 
queter. 

Petits gans, petites mainelles 
Petite bouche à barbeler; 
Ba, ba, ba, font ces godineltos 
Quant elles veulent caqueter. 

(CuouiLiAiiT, Monologue de la botte de 
foin.) 

Le nom de Barbolin se retrouve 
plusieurs fois dans notre histoire 
locale. 

Le vingt-uniùmc prieur do l'ah- 
baye de Bassac se nommait Lu- 
dovicus Barbolin. (Gallia Chris- 
tiana, t. II, col. 411.) 

En 1191), Baninutf Barbolin,^ 
archidiacre de Saintes, est cité 
comme un des t('inoins signatai- 
res de la charte parJatiuelle .\li(''- 
nor, reine tl'Anglelerrc, coiiUrine 
lesprivilégesde laville deSaintes. 

B.VKIIE (Lai, nom de lorn- 
lit(''. En vieux français l'ailjectif 
barde signilie fort, puissant, le 
substantif /A7rf/<^ armure de che- 
val de bataille , d'oii nous est 
resté l'adjectif bardé. 



L5ARU0N 



a 



BARON 



En patois toulousain , Jhir , 
fang'e, limon. (Voir le Glossaire 
lie Goudoulin.iEn langue romane 
biir a eu le même sens, d'après 
Roquefort. 

B.\RU<IX, noin d'homme. Ce 
mot a, connue bni'doii et Lardot, 
la signilication de lourdeur, en 
vieux français; en basse latinité 
hiU'dus. (\'oir Roquefort. ) 

B.lKDK.i, s. m. Battoir des 
lavandières. Syncope des mots 
Lut-drops, d'après M. Jônain. 

BARGIv, s. f. Bâtiment de 
tran-sjjort — [)ile de foin ou de 
paille. Ct'tte dernière signification 
dérive probablement do la pre- 
mière en raison de l'usag'e de 
transporter sur les g'rands ba- 
teaux sans quille de la Charente 
les foins qui, amoncelés sur le 
bateau, le cachent complètement. 
D'après M. Littré, yja;v/6' viendrait 
du grec I3àp^ç, canot. 

Et li cuens Baudoins de Flandres cl 
de Hennaut envoia la barge de sa nef 
por savoit quelz genz ce estoieiit. 

(ViLLEHARDOiix, Coiiq. de Constant., § 120.) 

Ils se lessiei'cnt clicoir de la grnnl 
nef en la barge de cantiers qui plus 
plus, qui miex niiex, lanl que lu barge 
se voulolt enfondrer. 

(Joi.Nvii.LE, Ilistaire de S. Lo'jn, % 33.) 

n,\Kf>l-:Ai:Bl,nom d'homme 
dérivé du mot Jjurf/c. (Voir ce 
mot.) 

lïAKCîl'KlVEAU, s. m. Meu- 
le de foin. Dimiftutif de barge. Le 
vieux proverbe saintongeais est 
connu : 

Quant pleut sur lé rami.l, 
6 jdeut sur 16 barguenà. 



«.lIcmimiVFIB, V. n. Hé- 
siter. Italien : barijagnare. Bre- 
ton : havkanâ, marchander. 

Par ma foy! larges est li frans quant 
il n'a pas barguignié sur si granl somme 
do deniers. 

(Joi.NviLiE, Histoire de S. Loys, § 67.) 

Ccst madame Schœnée qui acheté 
notre lilonière ; mon homme bargid- 
gnail un i^eu; je craignais des difli- 
cultés. 

(Paul-Louis CoLiiuiEn, Lettres.) 



If AKII^liKK , Barillier , 

noms d'honnnes. C'est la dési- 
g'iiation du fabricant de barri(jues 
au XIIP siècle. 

Le Barillier puel bien rapareillcr et 

redauber les viez fuz mehaigniez 

(Est. BoiLËAi-, Reg. des Métiers, p. 103.) 

BABI..i;e:, s. f. Berlue, 
éblouissement qui empêche de 
voir. Le vieux français a eu le 
verbe ('barhior, aveugler, donner 
la barluo. 

Venant aux mains elle ébarluë 
L'ennemy frappé dans la vue. 

(Aut. B.vïF, le Brave, act. I, se. I, p. 91.) 

BAROJV, Baronet, noms 
d'hommes. Le mot havon signi- 
fiait autrefois : guerrier, coura- 
geux. 

Dist l'arccvesque : cest colp est de barun. 

[Cliansoii de HoUiiid. vers 1280'.) 

Il désignait aussi le maître de 
la maison, le mari, du latin vi- 
l'imi, \>av le changement de v en 
h (pii se présente si souvent. 

Ces veulz, sa prophecions 
N'est pas à toute sa vie 
Cest an pleure, et cest an prie 
Ktccst an panrra Baron. 

(Hi lEiiEiF, Sat. des Beyiiincs, fabl. et cuiit., 
t. n, p. 38.) 



BARPxAIL 



45 



BAS3AC 



BAI^RlSffi, ISnrraillc, 

noms (lo lieux. Eu vieux iVaiirais : 
haie, clôture, porte. (Voir Hoque- 
fort. Glossaire dn Ja Lniit/uo ro- 
mane.) 

I2ARKK, s. f. Fcrmelurn de 
porte, d'où XavGvhQ hnvrev. (Voir 
ce mot.) 

Le cheval qui soefle porte 
Il s'en vint di-oiel devant la porte 
Pi la trova molt bien fi'rmée 
Que la barre erl tote coulée. 
[Fabitau du Piestre et de la Dame, vers 30°) 

ESAï^IlK, nom d'homme. En 
vieux IVaneais : big'arré, ])ariolé ; 
en basse hitinité : barraliis. C'est 
le nom donné aux carmes intro- 
duits en 1254 en France par Louis 
IX, à cause de leurs habits bario- 
lés de jaune et de blanc. La rue 
oii le saint roi les avait établis a 
conservé longtemps le nom de 
rue des Barrés. 

Li barré sont près des béguines (1) 
XXIX en ont à lor voisines 
Ne lor faut que passer la porte. 
(Rdtebœcf, les Ordres de Par/.f, 1. 1, p.159.) 

Icil vont criant par matin 

Du pain aus sas, pain aus barrez 

Aus pauvres prisons enserrez. \'2) 

{Le» Crieries de l'aris, vers 80°, fabliaux 
et contes, t. U. p. "230.) 

BARRER, V. a. Arrêter une 
porte avee la Larre (voir ce mot», 
l'orme r. 

Tant qu'ung huis illec bien barré 
Trouvoy moult petit et estroil. 

{Roman de la lUise.) 



(1) D'aprùs M. Juliinal, éililcur de Rutcbo-uf, 
le couvent des HeKtiines était rue des Barrés, 
n°-2l, et il est devenu la caserne do V.\rc- 
Marin. au .Marais. 

(-2) Du iiaiii aux frireu .snchctins. du pain aux 
carmes, aux pauvres prisonniers enfermés. 



.\ ce seul mot, un gros marteau carré 
Frappe tel coup contre un portail barré 
Uu'il faict crosler les tours du lieu infâme. 
(Clémonl Mahot, l'Enfer, p. tio.) 

A Bordeaux, l'ancienne porte 
Tropcyle ayant été murée sous 
Charles \'II, porta depuis ce 
temps le nom de portait Uarral. 
(Baurein, Variétés Bordelaises, 
t. IV, p. 142.) 

RARTI-: (La), nom de localité 
et de famille. En vieux IVançais : 
barte, buisson, bouquet de bois; 
Lartas, hallier, toulïe de brous- 
sailles, har, Jjart, lieu fangeux. 
(Voir Roquefort.) 

En basse latinité, Larta a eu la 
signification de buisson. (Voir du 
Gange.) 



BARZAIT, nom de localité. 
CorruiUion deJjalsan, qui en vieux 
français désigne la couleur pic. 

BASC'«rFTTE,s. f. Oiseau 
qui remue la queue, bergeron- 
nette. En vieux français -.Iiascou)', 
Laquelle. (Voir Hociuefoi'l.) Au 
XVII" siècle on appelait la berge- 
ronnette : JiocIie<jiieue. (Voir Hi- 
chelet, Dictionnaire fram;ais, éd. 
de 1G80.) 

BASFMT , s. m. Basilic, 
espèce de marjolaine odorante, 
Vocyniuni, de Linné. 

Aussi ils auront la senteur de cer- 
tains damas, violettes, marjolaines, l>a- 
selics, et autres telles espèces d'herbes. 
(Berii. l'xiissv, lircrpte rfritable, p. 08.) 

BASN.ir. nom de localité. En 
laliu : Bassaruni, doiiuiine bas. 
Bassae était ati uioytMi âge le 
siège d'une abbaye dépendant du 



BASSE 



46 



BAUCIIE 



diocèse de Saintes. (Voir Gnllin 
Christ., l. II, col. 10%.) 

BASSE, s. f. Cuve en bois 
pour transporter les raisins, vient 
du latin vus, par. le changemont 
du r par sa consonnante/>. Dans 
le bordelais on (Vil hnsto, mot^qui 
se rapproche du verbe Bxg-xIzvj, 
porter. En cclliiiuc baz a le sons 
de : peu profond. 

Si ladite matière ne se peut porter 
dans des paniers, il faut que tu preiies 
des basses qui puissent tenir l'eau. 

(Bern. Palissy, Rcceptc rcrilablc, p. 35.) 

BASSIOT, S. m. Baquet, pe- 
tite hnsso (voir ce mot), qui se 
porte à la main par une anse. 

BASSÏIVET (cracher au). Lo- 
cution signifiant : rendre gorge, 
restituer ce qu'on a pris — recu- 
ler devant une entreprise. Il est 
curieux de la retrouver au XVP 
siècle : 

Toutes fois, si ont ilz craché 
Depuis peu de temps au bassin 
Maulgre leurs dents, pour leur larcin. 
{Roger DE CoLLERYE, Satyre, p. 9.) 

Cracher au bacin, payer sa part, 
bailler de l'argent. 

(OuDi», Curiosités françaises, p. 29.) 

BATAI ïi, s. m. Battant de 
cloclic. En basse latinité : hnlal- 
Iiim, hatalUum. En bas breton : 
Latailh : 

Absconditis omnium campanarum ba- 
tallis. j 

{Citron. Yalciador., cité par uc Caxge.) 

! que vostre balail est trop mol pour 
[ma cloclie ! 

(Jean OE ScHKi.A:^DnK, Tijr. et Sidon, oiic. 
Ih. fr., t. VHl, p. 97.) 



Le batail cstoit d'une queue de re- 
nard. 

(lUBEi.ii3, Vanlayruel, 1. V, ch. XXVU.) 

Le uiot Latail a été conservé 
dans la langue du blason où une 
cloche LatnilJce est celle dont le 
battant est d'un autre émail que 
celui de la cloche. 



MATASIiïii:, Batalllîcr, 

noms d'houunes et do localité. 
En vieux français : crcnclé. 

Et richement close c fermée 
De granz fossez, de hauz terrera 
E de boens murs forz e entiers 
Od si fuites lurs bataillies. 

(Chronique des Ducs de Normandie, 
t. I, vers 3934».) 

Toi clos d'un haut mur bataillée. 

(Guil. DE Lonnis, Roman de la Rose, 
vers 139».) 



BATTABEiE, adj. Qui mérite 
d'être battu — insupportable. 

On trouve dans Nicot : ville 
hallahlc, qu'on peut battre d'artil- 
lerie ; dans Borel : hatable, que 
l'on peut battre. 

BATTliBÈ, s. f. Action de 
battre. Principalement battage 
des grains. Batement ou batiive, 
percussio, dit Nicot. {Trésor do 
la Langue française.) 

Esclaves plutôt corrigez de paroles 
que de batures. 

(G. Boi-ciiET, Sérées, t. I, p. 150.) 

BAlH'BiE, s, f. Lieu inculte, 
terrain vague — bauge d'un ani- 
mal — point de départ et d'arrivée 
de certains jeux d'enfants. Le 
celtique baie, route de terre, ou 
le tudcscpje botch, fange, ])Our- 
bier, ont pu donner naissance au 
mot saintongeais dont ils sont 



BAUDIN 



47 



BE 



jilns rapprochés que le français : 
bniKjc. Dans le Glossaire do la 
Lniif/ue romane, de Ho({ucfort, 
on trouve : hanche, petite maison. 
En basse latinité : bugin, hogium. 

BAl'DIX, ISaiifloin, Ilnii- 
(louin, noms (riiomnies dérivés 
du ludesque Laid, hardi, en latin : 
haldiis, qui esl devenu haiid dans 
le vieux français. En vieux alle- 
mand, on trouve également la 
fovme h aldavin, hardi compag-non, 
modifié plus tard en Laldovin, 
Lnldouin et entin Jnmdouin; ce 
dernier nom latinisé en Lakhiinus. 



IBAUnRT, IBandrif , Itnii- 
dry, noms d'honunos dériv(;s diîs 
vieux mots germani(iui^s haldn- 
rich (VP sièc\G),Ijaldrich (LV siè- 
cle), qui signifient hardi-riche, 
latinisé sous la forme baldericns. 

Dès le XIP siècle, nous trouvons 
ce nom dans notre pays : 

Carta de demissione quam farit Bau- 
drir de Plazay Deo et boalce Mariu' super 
vineis Johannis Chevaleir (anno 110.").) 

(Gallia Christiana, t. U, instrum.) 

BAi:nKOIX,ltnutlroiiin, 

noms d'hommes cpii pourraient 
être des formes dérivées du vieux 
français : baudroïcr, corroyeur. 

Nus ne puet estre baiidroier à Paris, 
ce esl à savoir conréeur de quir (lor 

fere coarroics 

(Est. BoiLEAC, Livre des J/t'/(Vr.s-,p.2il.) 

BAirSSAXT, Bauccuf, noms 
d'hommes. En vieux franç-ais : 
haucant. Lancent, désignent la 
couleur j)ie, blanc et noir. En 
provençal : baoûcan^ petit cheval 
noir. 

Puis sunl es bons chcvaus meniez 



Sors e bançans e pumelcz. 

- {Chruni]ue des Ducs de Normandie, 
t. I, vors 5il9'.) 

Dui chevalier vonl cbevauehanl 
Li uns vairon, l'autre bauçanl. 

(Fabliau des Chevaliers, des Clercs 
et des Vilains, vcri 1, liecueil de 
Harbazan. t. m, p. 28.) 

BAVASSKW, V. n. Davardcr. 

Il semble que la cousiume concède à cet 
aage plus de liberté de bavasser et d'in- 
discrétion à parler de soy. 

(MoNiiicxB, Essais, liv. III, cl». II, p. 283.) 

BAVFTTF, s. f. Partie du 
tablier d'une femme (pii se relève 
sur la poitrine, par analogie avec 
la bavette des petits enfants, ce 
mot est synonime do bavardage 
dans la locution : tailler une ba- 
vette. 

Faut pour l'enfant 

Et le mailleil et la bavette. 

(DU des choses qui faillenl en 
mcnatje. \l\l' Bièclc.) 



BAITAB», nom d'homme. 
En vieux français, c'était un 
adjectif synonime de brim, (|ui 
s'appliquait au cheval. On dit 
aujourd'hui : bai. 

Quant fu montés sour bayart 

(Henri i)F. VAi.F«(ctE?(r<K<, Histoire de 
l'Empereur Henri, § îiil.) 

BF, B6, adv. Bien. Devant 
une voytdlf, on dit : ben ([)ro- 
noncé beun). 

Planher vuelh en lUaras 

W cor triste marril: lit ai en l>c 
[razoM (1). 

(Sirvenle de Sordello sur la mort de 
Ulacas. Tcr» 1I50«.) 



'.[) Plaindre je veux don Blaras... d'un C'iur 
triste et marri el j'cu ai liien raison... 



BEC 



48 



BEGUIN 



BEC, nom de localité dési- 
gnant une pointe do terre ou le 
lieu de réunion de deux cours 
d'eau. Bec est un mot celtique : 

Antonio primo... Tolosaî nato, cogno- 
men in pucrilià Becco, id valel gallican;», 
rostrum... 

(SiÉiosE, Vie de Yitelliux, ch. XVni.) 

Beccus, priscâ Danorum, seu Gallo- 
rum lingua, dicilur aquœ cursus alteri 
lluviu se commiUens. 

(Du CÀh'GE, Gloss. (le la basse Latinité.) 

De là le nom de Dec-cTAmhds, 
donné au point de rencontre des 
deux rivières Garonne et Dor- 
dogne. 

BK€IIÉE, s. f. Becquée — 
bouchée. Du radical : Lee. 

Les petits beuvereaux de Paris qui ne 
beuvent en plus (ju'un pinson et ne 
prennent leur bécliée sinon qu'on leur 
tappe sur la queue, à la mode des passe- 
reaulx. 

(Rabelais, Pantugniel, liv. H, ch. XIV.) 

BEDE^VAr, nom de localité. 
Domaine de Bcde ou du Bede. 
Ce dernier mot signifiant en poi- 
tou, gros ventre, ventru. En vieux 
français, hcdel a désigné le veau. 

BEBET, s. m. Veau. En 
vieux français : hodel, hcdoJo, 
veau, génisse ; provençal : bedelo; 
latin : vilcUiis. 

Ror un grant char en une cuve ; 
Li bedel traioienl le char, 
Robert le nain et grand Kschar 
Les poingnoit toz d'un aguillon. 

(Bataille des MI Arts, voir Œuvres ilo 
KuTEBŒLF, t. n, p. il',).; 

* 

BEB>0(;]IE, Besochc, s. f. 

Bèclie ou marre à deux pointes. 

Fourches, gaules, espieux, pièles, 
[pœles, bezoches 



Racles, siennes, basions , poèches, 
(csparvier, poches. 

(Florent Clirestien, cité par Borel, 
Dict, du vieux français.) 

BEa>OQ^flSOX, S. m. Ser- 
fouette — diminutif de bedoche. 
(Voir ce mot.) 

BEB90IV, s. m. Ventre, d'où 
on a fait Jwdondninc. En vieux 
français, />e(/oii signifiait tambour. 

Ainsi nos vieux français usoient de 

[leur rebec 

De la flûte de bonis, et du bedon avec. 

(Vauquelin de la FiŒiSi\E, Art puétique.) 

Ma foi ! je n'en puis plus — a toi, mon 

[gros bedon. 

Viens — je ne danse plus — un petit 

[rigodon. 

(REGNAnn, Divertissement des Folies 
amoureuses.) 

BECASSE, s. f. Bécasse. 

Quion général au grand becq 
Fu pry quem 'ine bérjace 
El lit pylouse grimace. 

(Roleà de la gentc Poitevinerie.) 

BÉCJl'EUIiE, s. f. Femme 
prude, mal gracieuse — hypocrite. 
Ce mot s'écrivait autrefois en 
deux mots : Lvo gueule, bouche 
béante. Dn vieux français : béer. 
En basse latinité : beare. 

Le suppliant soy voyant Injurié sans 
cause, rcspondil à icelluy compagnon : 
que vaulx tu, bée gueulle? 

(Texte Ju XV« siècle cité pur du Camge, 
au mot beare.) 

BEfiîUIX, s. m. Petit bonnet 
d'enfant — sorte de coiffe qui 
s'attache sous le menton. En pro- 
vençal : be'jui. 

Sans colet, sans béguin et sans autre 
[afiiquet. 
(Malh. RiioMER, sat. XI.) 



BEGUINE 



49 



DENON 



BF.r>iUi:%E, s. f. Petit faîîot 
de sarment. La couleur des sar- 
ments secs se rapproche de celle 
de la bure qui habille loàbcgniucs 
de l'ordre du Carmcl. 

flRIfliliAX, ]8c1inn,nom(lc 
locahté dérive probablement, du 
vieux français Lclie , étable à 
moutons, Ce mot peut être aussi 
une forme dérivée de hnillie (en 
basse latinité : hnlin.haUUi), dési- 
gnant un territoire soumis à la 
mémo juridiction. 

BKIjIIV, s. m. Mouton, bélier, 
— ver blanc des cerises. 

Dcus montons a es chans vcuz 
L'un fa Bclin, l'autre Dcrnarl. 

{Roman du Rcnart, vers 6368".) 

Item, j'ay srcu à ce voyage 
Que mes trois povrcs orphelins 
Sont creuset devenus en aage 
El n'ont pas testes de belins. 

(Fr. Villon, Grand Testament, st. 117.) 

Avaller aussi doulx que lin 
('inq ou six croies de belin 
\'ous appartient. — Fy de l'cnvyc ! 

(Roser de Collerye, Dialogue de 
deux enfants, p. lUl.) 

IJEIiliEME^'T, adv. Bien, 
avec gentillesse. 

Disl à sun uncle bêlement en riant. 

[Chanson de linlunil. vers 80-2". ) 

Comme ils balloicnt cointemenl 
L'un venoit tout bellement. 

(Roman de ta Rose.) 

VA y furent iicmcnl et bellement rechnl; 
cl csfoil la salle du conle loule appareil- 
lée 

(J. FnoissAnr, Ed. Renouard, liv. I, 
§ 10, p. -23.) 

BSEÏiïï.iF/f', ISclIol . noms 

d'hommes. Diinimitifs de hfJ, 
beau. En vieux français, hcllot a 



signifié un 
Roquefort. 



joli entant, d'après 



BEEiLUIRE:, Bcliilrr,nom 

de localit(!. En vieux français, 
bel hin s, belle porte, ou hcl-virc, 
beau tournant, du vieux verbe 
virer, tourner. 

On peut également indi(|uer 
heluc, bête sauvage , ilu latin 
hcllun. 

BEX, adv. Bien (prononcé 

])cun). 

Ben sunt garniz el de chcvals et d'armes. 
[Chanson de Rnland, ver» 3010'.) 

Dan Joseph, ben seiciz-tu venuz ! 
Ben deiz eslre de mci receuz. 
Ben es de mei sanz dolancc. 

(Résurrection du Sauveur, Myslrre 
du Xh siècle.) 

ItÉAAKII, nom (rhomiiii\ 
Une des formes de Bernard. 
(Voir ce mot). 

BEZVASSE, s. f. Petite pro- 
priété , iHîtit bien sans grande 
valeur. En basse latinité, hciin 
signifie une espèce de cliarrue. 
(îo mot est encore usité dans lo 
langage familier. 

Qu'il se vende un quartier de pré, 
c'est un paysan (|ui raciictc; chacun à 
sa gouléc de benace. 

(!'.-L. CoiBHinn, Lettres.) 

ESE.V ATIO, BIriioH. Ileiicl. 

noms (riiommi^s et do localités. 
En latin : Iicncilirhis , en victix 
français: Jjvueui.^, béni. 

Bencois soit 11 pains que vos dovcs 
(mnngicr. 
[Roman dMexandre, p. 1><j.) 

ïr.K:.\0\, nom (riiomme rt flo 



DERBIS 



bO 



BERNARD 



localité. Corruption de Benoit 
(voir ce mot). Benon ])eut aussi 
être considcrd comme une l'orme 
dùBonion, dérivé du geruianiquc 
hercn, hei-n, guerrier, ou des 
mots cclliquos ben et bcrn, si- 
frnitiant : hauteui\ colline, éléva- 
tion. Benon, commune du canton 
de Courron, en latin, Beno, Beno- 
nis, est mentionné au XIV" siècle 
sous son nom actuel et sous celui 
de Bonnon. 

Il y a un chastel c'onfait Bonnon 
[nommer. 

{Chrnn. de lii'rtrand Dugucscliii, 
vers 21()I3«.) 

Et puis chevaucièrcnt sus Ausnay; si 
conquisenl la ville et le chastiel et puis 
i;urgicres et Benon... 

(J. FnoissAnT, liv. I, § 202, t. V, p. 11.) 

BF.RBIS, Barlii!S,s. f. Bre- 
bis, du latin vervcXy vervicis, 
par le changement du v en h 
qu'on retrouve si souvent dans 
l'étude de lalilialion des langues. 

Deux choses atrouveras en ceste ber- 
Inx, la nature douce et bone, et forment 
bone si cum burrc. 

{Sermon de Saint Brrnnrd, cité p.ir 
BoyuEKOBi, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

îîERCIiOt'S, nom de loca- 
lité prcsSaint-Joan-d'Angély,(iui 
peut se ti-aduire {)ar : baron pri- 
sonnier (vir clmisiis), ou berceau 
fermé; le vieux français /ycy a eu 
le sens de baron, seigneur et 
de berceau. 

BKRf;AU», Biirgaud, s. 

m. Escargot du^^incr. 

Les huitres, les moucles, les gcmbles 
cl un nombre inlini de burrjaux de di- 
verses espèces et grandeurs. 

(Bernard I'alissï, Receptc véritable, 
I>. 14'.) 



BF.KOEOX , Bcrisreroii , 

Brejon, noms d'honnncs déri- 
vés du vieux français Lcrgier, 
comme bcrgerot, (jui signilie 
petit berger. (Voir Rocpiefort.) 

ltf:KJO:Vi^KT:, Brcjon- 
uéc^ s. f. Parcelle de terre de 
forme triangulaire oîi les sillons 
vont en diminuant. 

UER^flO^D, Bcrmout, 
Bréiiiout, noms d'hommes et 
do localités dérivés de la langue 
germanicjue. On trouve au V° siè- 
cle la forme berimund (guer- 
rier-prolccleur) ; au IX^ siècle : 
bevmund; au XP siècle : Brenmnd. 
(Voir Loréd. Larchey, Biction- 
nairc des Noms.) 

BEKjVxSlRB, nom propre et 
prénom, dérivé du vieux germa- 
nique : b er i n har d {guevriev hardi), 
écrit ensuite Berenhard, Ber- 
nliard, et dès le IX^ siècle : 
Bernard. (Voir Lorédan Larchey, 
Bictionnaire des Noms.) 

En vieux français, bernard 
avait la signification de sot, lour- 
daud. Dans le Boman du Benavd, 
ce nom est donné à l'âne et parait 
lui avoir été conservé au moyen 
âge : 

Oii se devient il s'cnfuiroit, 
Bernart l'asne les deduiroit. 
sa grant croiz... 

HiTEBŒiF, Renart le bestournc, t. I, 
p. 2UU.) 

Le vingt-neuvième évêque do 
Saintes portait le nom de Bernard. 
Ce prélat avait été prieur de 
Sablonceaux. 

In nnno 1141 Bernardus in cfenobio 

Sabloncellis prior eral 

{Gallia Clirisliana, t. H, col. 1070.) 



BERNE 



m 



DESOIN 



BERXE, nom d'homme et de 
localilë (voirBomier).Eii gascon, 
Leni désigne l'iuilne. 

BEK:VKnij, nom de loca- 
lité. En latin : hvrniculus, petite 
colline. Du celtique : />6'ry2, ëmi- 
nence, sommité; ou du teuton : 
Jbern, filet de pèche. 

Dans le patois toulousain, /verw 
désigne V naine, arbre; en latin, 
aliius. (Voir le Glossmiro des 
Poésies, de Goudoulin.) 

B£R\'IER, nom d'homme 
qui peut être dérivé du germani- 
que : Jjcrinlicr et hernhev{bcrin, 
guerrier, lier, auguste), (ju'on 
retrouve aux VHP et IX'' siècles. 
Il paraît plus naturel d'y voir le 
vieux français : berniov, valet de 
chiens, rabatteur de gibier. 

Talent le prist d'aler cliacier, 
La nuit somunt ses cevalicrs, 
Ses veneors et ses berniers. 

(Mario DE FniNCE, Lai de Gugcmcr, 
vers TS", t. I, p. 54.) 

Li dus demande Brochart, son licmier 
Par devant lui li amainc un brcnier. 
{Chanson de Garin le Lnhcrain.) 

BERTACI», ISertliand, 

etc., noms d'hommos. Formes 
dérivées du vieux nom gcrmani- 
(jue : /7em/i/o7(/, devenu phis tard 
Bcrtoald, Bcrtald {hei\ guerrier, 
ald, ancien). Le radical, bcr 
ou berfli, se retrouve également 
dans les noms Berlon, Bcvthon. 
En vieux français, hevlnudcr 
signifie couper, raser, châtrer. 
Du latin : bis tnndere; dans le 
dictionnaire de Trévoux, Borland 
se trouve avec la signification de 
châtré. 

Puisque Dix ensi me berlaïuic 
lu m'a si racourcié les gès 



Que je n'ai mais solcrs a bès. 

{Li cnngié Jiaudc fastnul d'.irax, (sblioux 
et contes, t. I, p. llo.) 

nKRTHII.R, Borticr, 

noms iriiounnos. Du vieux giirma- 
nique :/;('/7-/;<'/', guerrier brillant. 
(Scott, Bictionnuire dos Pré- 
noms.) 

BFRTIV, nom d'homme dé- 
rivé ilu germanique : hert-win, 
guerrier vainqueur. (Scott, Bic- 
(ionnairc des Prénoms.) 

BERTRAX», nom de fa- 
mille et prénom d'origine germa- 
nique. On trouve au moyen àgo 
les formes bcrlbnimm, bvrlrnm, 
en latin bcrtirlinniis, renonnné — 
vigoureux. (Voir Lor. Larchey, 
Bictionnaire des Noms.) 

BESOr.:XER, V. a. Travailler 
— peiner. En italien : hisognarc. 

Je congnois quand tout est de nicsnic, 
Je congnois qui besongne ou chomme, 
Je congnois tout fors que nioy mesme. 

(Pr. \iuoy, Ballade des Menus Propos, 
p. 118.) 

lîESOl.V (de), mots liabi- 
luellement réunis en saintongeais 
comme dans le vieux français et 
(jui ont exactement le sens do 
l'italien : c d'uopo. 

Mais il n'en csloil point de besoin 
pour deux raisons que j'ay dites. 

(Philippe nv. CoMïSEs, ilniioirfs.U^.Ul, 

ch. vm.) 

Kn la ruysino a point bien ordonnée 
i;sl de bcsoinij avoir la cheminée 
IMcnc de feu..'... 

(Cille CimBoïKT, lilason DoiUf^liquf, 
le ItlasoH de la f.uysiue, p. H.) 

Il est de besoin en premier poincl 
ajmer, révérer et craindre Dieu. 

(Not'l Df Fui, Propos Hu.iltque.i, 
ch. IV, p. 3S.) 



BESSE 



52 



BIAU 



Laissez-moi, j'aurai soin 

De vous encourager s'il en est de 

(besoin. 

(MoLiÈRE, Feinme.i Savanlcn, act.Y, se. II.) 

BF.SSF, nom d'hommo. En 
vieux français, hcsse est un ins- 
trument de pêcRe; en basse 
latinité : bessa; il désigne de plus, 
comme hessièrc, un lieu maréca- 
geux et plein de broussailles. 
(Roquelbrt, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

I5ESSO]V, s. m. Jumeau. Ex- 
pression usitée dans le patois ber- 
richon et employée par G. Sand 
dans ses Romans champêtres. Ce 
mot dérive du bas latin : hisso, 
bissônis, formé du radical his, 
deux fois. 

Ainsi sera^ si Johanna enfantoil deus 
enfans et emprès deus berons. 

(Li Livres de Jostice et de Ple{, p. 5o.) 

"Ce que voyant, le bon Janot, mon père, 

Voulut gaiger à Jatjuet son compère. 

Contre un "veau gras, deux aignelctz 

[bessons. 

(Clément Mauot, Eglnr/iie ait Roi/, t. I, 
■ p. iO.) 

Puis à force de coups 

D'ongles, de poings, de pieds, il brise 

(le partage 

Dont nature donna à son bess'on 

[l'usage. 

(Aprippa d'Aibionk Les Tragifiiies, liv. I, 

t. IV, p. 325.) 

Esticnne Pasquier (Recherches 
do la France, liv. VI, ch. XXIX), 
dit que « bcsson est un mot cor- 
» romjju du vieux français bes- 
» homs , formé de deux mots 
» latins : bis homines. » 



BKSTIAIv, l^cKtiaii, s. m. 

Les bestiaux de la ferme. 

Du bestial qui desjà estoit mis au tecl. 
(Noël Dc Fail, Propos Rusli'jues.) 



Afin que les bœufs, vaches et 

autres bestial puissent aisément entrer 
et sortir pour y boire 

(Bernanl Palissv, Discours AdmiraMes, 
p. 175.) 



US'^ÏJG.'VF, Bciirii^ue, s. f. 

Bosse survenue à la suite d'un 
coup. Le vieux français avait 
biir/nc, buigne, bouton, tumeur, 
contusion. (Voir Roquefort.) Ces 
mots paraissent dérivés du celti- 
que parle changement du p en b. 
En bas breton, punez (prononcé 
pur/nez) , signilie tumeur ; en 
gallois : pwiing, congestion. 

Ladite Colette donna si grand coup 

sur l'œil et pour ce lui fîst un grant 

buigne ou boce sur ledit œil. 

(Lettres de Rémission de I3TS, citées 
par (Iahpe.mieii, nu mot buba.) 

L'ay vu souvent quand il s'alloit cou- 

[cher, 
Et une fois il se fit une bigne 
(Uien m'en souvient) à l'étal d'un 
[boucher. 
(Frnnjois Villom.) 

BKîiISIiA^, nom de localité. 
Lay, lais a signilie, envieux fran- 
çais, sentier dans les bois. La 
première syllabe pourrait dériver 
de boê, beue, boue, fange, ou de 
])er, bair, berger. Le sens de 
beurlay serait alors chemin fan- 
geux ou chemin du berger. Cette 
étymologie n'explique cependant 
pas la présence de ïr et ne pour- 
rait s'aj)pliquer au nom latin de 
J)eurlay , mentionné dans une 
charte de l'abbaye do Saintes : 
(larta dc nomorc de Burle cjuod 
Gaufridtis de Tauniaco dédit 
bealœ Mariœ, et qui date du com- 
mencement du XII*^ siùcle. 

I5IAF, BSîà, adj. Beau. 
Au ru d'une clerc fontaine 



DII3ER 



S3 



DINETTE 



Dont l'iaue esloit et clère et saine 
Et li bos est entour moult biax 
(Wace, llomaii de Roii.) 

Aucassin avoil à non li damoisians ; 
biaus estoit. 

{Aiicassin et ?iicotelh', cli. II.) 

De robes, deniers et joïaux 

Les plus riches cl les plus biaux. 

(RlTEBŒlK.) 

BIItËR, V. n. Imporluncr, 
obséder. Du latin : bihere, boire. 
Ne dit-on pas encore : boire le 
sang, dans le même sens d'ob- 
séder. 

BIBAll'», Bldaitt, noms 
d'hommes. Au moyen âge, les 
bidaiix étaient des fantassins 
armés de lances. Moustrelet les 
nonuTie bibaux (en basse latinité : 
bibakli); Froissart : bibauds. 

BICiAIIil<ËIS, V. a. Maqui- 
gnonner. Péjoratif du vieux verbe 
bigiwv, troquer, changer. (Voir 
Roquefort.) Le limousin a con- 
servé biga, dans le sens de gage 
et de troc. 



BICiAïIiïiO:^, s. m. Maqui- 
gnon — mrmo origine (jue 
higaiUev. (Voir ce mot.) 

BK^ARKS-^AtJ, s. m. Cerise 
Ijigarrée de noir, de rouge et de 
blanc, d'après Hichelct. (Diction- 
naire Fran^'ais, édition de 1080.) 

Nous allions au verger cueillir des 
[bigarreaux. 
(V. IIiT.0, Contemplai ions, II-VII.) 

BïCiïïiK, adj. Louche. De bis 
oculiis. 

Eslrc louche ou bi'jlc : c'est une dis- 



torsion contrainte avec incgalilc de la 
vue. 

' (Ambroiso Vxné, XV, ,5.) 

Si VOUS Clcs bifjle, vous verrez quo 
je deviens aveugle et sourd. 

(VoLiAïuE, LcUrc à l'ictet, Je sept. 1763.) 

BIGOB^KAl', s. m. Co([uil- 
lage luiivalve de mer, de l'orme 
conique helyf'oïdalc. Du latin : 
bis cornna. Ce coquillage est 
nommé ailleurs: bigorne, vigneau, 
guiguetle, etc. Le nom de bigor- 
neau a été donné au.x sergents de 
ville et aux soldats d'infanterie 
de marine. 

BllVEB, V. a. Donner le 
deuxième labour à tm champ. En 
basse latinité : biiiaro, vineain 
iterum fodere. De Jiiniis, double. 

Quam vineam circumfoilicnt, lailla- 
bunt, paisselabunt, fodienl et bhiabintt. 

{Carlul. de l' Eyl.d' Autnn^nna» liTO, 
cilé par du Casge.) 

La seconde œuvre, dite bisner : sera 
bon en môme temps qu'on bisitc la 
vigne... de la faire cspamprer et osbour- 
geonner... 

(Olivier np. Serres, Aijriettltnre,) 

Au XVII° siècle, en langage 
ecclésiastique , biner signiliait 
dire deux messes eu un uK'me 
jour, (Hichclet, Dictionnaire. 
Français, édition ItiSÛ.) 

K1>;ettk, s. f. Mol familier 
pour désigner l'aspect , la tour- 
nure d'une persomie. il faut voir 
l'origine de ce mot dans le nom 
de binettes, donné aux porru- 
(pies du XVII" siècle, fahritpiées 
par liinel, le perru(|uier do 
Louis XIV. Cotte opinion, émise 
l)ar AL Feuillet de CoucIkîs, dans 
ses (Causeries (Piin Curieux, 
parait assez plausible. 



BION 



Si 



DISSAC 



BIOX, Billou, S. m. Dont 

d'iino lourelio. Envieux franrais: 
bàlon; latin : pilhi; bas lalin : 
lulliis. 

UIQUE], s. f. Chèvre. En bas 
breton : bicq, bouc ; italien : 
Lecco. 

La bique allant remplir sa traînante 
[mamelle. 

(Lafostaisb, liv. IV, fabl. X V.) 

BTQrKT, Blqiiof, S. m. 

Chevreau. En vieux français : 
hichot. (Ménagior du XI F« siècle.) 

Puisque ce bouc mis en jeu me suffit 
Je n'en ai point de meilleur à prouffit 
Ce'sont biquets 

iVAi«iELi:t, Foresterie VI, p. 17.) 

BIR.VU», Bifoleaii, Bi- 
roii, etc., noms d'hommes. Du 
vieux verbe hiver, tourner, qui a 
aussi signifié : se réjouir, mener 
joyeuse vie. (Voir Hoquel'ort, 
Glossaire.) 

Ces mots sont peut-être une 
corruption du latin vir, homme, 
par le changement du v eu J)\ on 
peut également les considérer 
comme une forme de hireiiil, 
(voircemot), en poitevin: hiroiix, 
en berrichon : hiron, qui signi- 
lient : louche. 

Il faut lire dans le Baron de 
Fœncste, d'A. d'Aubigné (liv. III, 
ch. XIII), la jolie anecdote de 
Charpentier Birnut. 

BIRKLTIi, adj. Louche, ((ui 
regarde de travers. Du vieux fran- 
çais /jy>e;', tourner; en breton et 
en provençal : bira. 

nsst:, s. f. Vent froid; vent 
du nord. 



M'a Diex donc, li rois de gloire 

I"'.t povro rente 
Kt froil au cul quand bise vente. 

(Ri;TEn(EiiF,Lr dis de la yricsche 
d'ijver, 1. 1, p. 95.) 

Ah! prélat de Sainte Ygliso 
Qui por garder les cors de bise 
Ne volez alcr aus matines. 

(RirTEnŒii-, Complainte d'Outre-Mer, 
i. I, p. 9o.) 



BISET, s. m. Pigeon sauvage, 
ainsi nonuné de sa couleur hise. 

En ce lieu on embroche 

Lièvres, connilz, oiseaus, perdrix, fai- 

[santz. 
Pigeons, bizels, ce sont oyseaulx plai- 

[sanlz. 

(Gilles CoRRozET, Blason de la Cuisine, 
p. 11) 

Ici l'arquebusier de derrière un buis verl 
Affûté, vise droit contre un chêne cou- 

De bisets passagers [vert 

(»u Bartas, La Semaine, > chaut.) 

Tristan Bizet, évêque de Saintes 
en 1530, portait : d'azur au sautoir 
enr/reshi d'or, accompagné de 
quatre hizets do môme. 

BISSAC, s. m. Double sac 
de toile ayant une seule ou- 
verture au milieu de la longueur. 
Ce mot dérive du latin hisaccium, 
qui se trouve dans Pétrone 
(sat. II). En grec moderne on dit: 
Si'îaxiov; en italien : bisaccia, qui 
est le pluriel latin. 

Hé! vierge Marie, ce sont ille 
Qu'il a pris en lieu de bissac 
Las, mon Dieu! je suis à bazac. 

{l'arce du frère Cuillcbcrt, anc. th. 
fr., t. I, p. 321.) 

La bonne femme qui desroba le />issoc 
de Jolivct, bourreau de Rennes, ou il y 
avoit la tcsie d'un gentilhomme voleur. 

(Nniil DM 1''aii., Contes d'Eulropel, t. I, 
p. 20G-267.) 

Cet ustensile si usité dans nos 
campagnes est désigné dans les 



BISSE 



S5 



DLATTF 



vers macaroni(iues du moine 
Tappccoue, revenant de la quèle : 

Hic esl de patriâ, nalus de gcntc belistrà, 

(Jui solcl anlHjuo bribas portarc bisacco. 

(RabelaiSj Pantagruel, liv. IV, ch. XHI.) 

BI§§e:, s. f. Rouge-gorge. En 
angoumois on appelle cet oiseau 
la russe, de l'allcniand ross, 
rouge. 

ms.^l^l'IIi, nom d'homme si- 

gniiiant : œil noir. 

BliAISF, s. m. Prénom et 
nom d'homme synonime dchègue. 
En latin : hlœsiis, en grec : Bla-.'joç. 
On dit encore biaiser pour hé- 
gayer d'une manière peu pronon- 
cée : 

Et Robert de Castcl ki bloiso. 

{Li cniif/ic Baudr fafttnuld'Arrns, 
vers ItHi", Fabliaux cl Contes, 
1. 1, p. 118.) 

IiIiA]V4;iia-:T, s. m. Vélc- 
mont blanc, longue chemise de 
nuit des enfants. En basse latini- 
té : })litnchctiiiu, ainsi délini : in- 
dusiiun Iniiciiiii sou lliornx intc- 
rior laneà. 

Uem de Capuciis et vpsiibus, sivc 
blanchelis alcjiie aliis rcgularibus ves- 
linicnlis 

{Statuta rcformalionis mon. S. Claudii, 
nnno lliS.) 

Quatre aulnes de drap lurquois retrait 
et retondu, un nucf blançliet double do 
toile... 

(Teite (lu XVI" siècle, cité par dc C.vnge, 
ou mot blanclict uni.) 

3 SOUS et U deniers pour un blanc/iet 
et 9 sous et 1 denier pour refailures des 
drapaillcs des enfants 

[V.omplrs de l'hnpilal de St-Jehan 
rie.iTri)ueé.s,\',V.ii, ciio pnr Homie- 
roitT, Clossnire de ta Lnni/ue rn- 
mane, 3* volume au mol ane.) 



ISIiA^-wrKKAl'.s.in.Sorto 
de pomme dure cl blanche. En 
vieux français : bliinduriuu, pom- 
me de Galeville blanc, qui venait 
d'Auvergne. (Hociuefort, Glos- 
saire do la LaïKjae romane.) 

Poires de chaillou et nois fresches (1) 
Primes ai ponnnes di^ rouviau 
Et d'Auverj^'ne le blanciluriau. 

{Les Crierie.t de l'aris. vers -W*, 
Fabliaux cl Contes, l. U, p. iT'J.) 

ISIiAlVZAC, nom (\c. localité 
signiliant : maison blanche. (Voir 
au mot ac, pour la signilication de 
la terminaison.) 

En latin, cette commune est 
désignée par le mot blanziacnm; 
il y existait une abbaye dépendant 
de l'évécpie d'Angoulènie. (Voir 
la Gallia Christ iana. t. II.) 

BliAXKAY, nom de localité 
ayant même signilication (|uc 
blanzac. La finale ay remplace 
ordinaircmentac pour leslocaliés 
avoisiiuint le Poitou. 

BIi^ASl.Tl»\T, nom de loca- 
lité. En latin : blasii-mons, mon- 
tagne de Biaise. 11 y existait un 
monastère ou un prieuré au 
moyen âge: IJlasii mnntiscœno- 
biiim. (Gallia Christiana, t. II, 
col. 1100.) 

IIïiATTE, s. f. Mite (pii ronge 

le draj) cl le papier. 

Les rats et bluttru on (.illn que je ne 
mente) autres malignes bestcs avoient 
broustc le commencement. 

(IUbklàI!', l'anlajiuel, li». l,di. I.) 



(l) Pnirrt de ChaiUou : poires de Caillam en 
Boiir,?ojçne. 
Hiiuviau. rouKP, poires ilo C.nlcvllle. 
Ulauduriau. Calerillc blanc, d'Auvergne. 



BLAVE 



SS 



BOISARD 



IBIiAYF, nom de ville. C'est 
rnneieniio Blnvia de la carte de 
Peiitinger, située entre Tamniim 
et Burdignh, sur la voie romaine 
de Sens a Bordeaux. L'itinéraire 
d'Antonin la désisjne par le nom 
Blmitum alias Blaxinin , et lui 
donne la même position. AuIV^sic- 
cle, Blaye était un poste mi- 
litaire (pii conmiandait la Garonne 
et une voie romaine (/jlnrcn (rila, 
gravier battu). 

Iteraturum quà glarfa Irila viàrum 
Ferl mililarem àd Blaviam. 

(Ai'soNE, épitro \ ù l'jiulus.) 

Eiie Vinct {(lonnnenlaircs sur 
Ausone, p. 447), nous apprend 
qu'on a employé la dénomination 
de Blavia pour Blaiva. La chute 
de la consonne médiane a donné 
Blaia, devenu Blaye. 

La voie romaine qui passait à 
Blaye paraît avoir eu de l'impor- 
tance, c'était ce quenousappelons 
une route stratégique, elle suivait 
la côte de Saintonge, passait par 
la station de Noviorcgum, celle 
de Tamimm (voir les mots novio- 
regum et talmont) et était dési- 
gnée sous le nom de helli via, 
d'oLi l'étymolog-ie de Blavia : 

Le dernier poste sur la voie militaire 
de Bordeaux à Saintes porta le nom de 
Castrum belli viœ, dont on a fait plus 
lard : Blavia. 

(Obeilly, Uislnirc de Bordeaux, t. I, p. 3-2.) 

Cette voie a laissé des traces 
(pji ont été retrouvées à Plassac, 
à Mazion (Mansio), dont un des 
villages ])orte encore le nom de 
village de la Voie, à Saint-Martin 
La Caussade, nom gascon de 
chaussée (calciata), elle passait à 
Cartelègue (quarta leuca), distant 
de Blaye de Ij kilomètres environ, 
con-espondant à quatre lieues 
gauloises. 



Au moyen âge Blaye était ap- 
pelé Blaive et Blavc. 

Basset Girundc a mult granz nefs iju'i sunt 
Entres (ju'à Blaive ad runduit sun 

[nevuld. 
{Chanson de Roland, vers 3688°) 

Si passèrent toutes ces gens la rivière 
de Garonne entre ISourdiaus et Blaves. 

(.1. KnoissAUT, liv. I, § i!92, t. V, p II.) 



ISOEPl^', Boflincau, noms 
d'hommes. Le second est un di- 
minutif du premier, qui lui-môme 
peut être considéré comme une 
l'orme de Baudin (voir ce mot). 
Mais Bodin étant aussi un nom de 
lieu, pourrait dériver du vieux 
français Bode, Bodin, Bodince, 
en basse latinité : hodincus, qui 
désigne un trou profond, une 
Ibsse dans un cours d'eau. 

BOI'JSIï:, nom d'un afiluent 
de la Charente (rive gauche). 
Ce mot a eu en vieux français le 
sens de sorcière ihohcjna). 



BOIXASiSS, !ioiimu(],Boi- 

Mot, noms d'hommes et de loca- 
lités dérivés de Loin, bon, clé- 
ment, et peut-être du nom d'un 
])euple de la Gaule chevelue, les 
Boïes, en latin hoii. 

Dans le premier nom Boinard, 
qui s'écrit quelquefois Boisnard, 
on peut voir une corruption du 
vieux français buisnavl, niais, 
sot. 

Por buisnarl vos povez tenir; 
Alcz vos, bucn home, dormir. 

[Chronique drx Ducs de Normandie, 
t. II, p. 21).) 

BSîîBSAUBî», nom d'homme. 
Du vieux français hoiseor, boi- 
sierre ; en basse latinité bausia- 



BOISSEAU 



57 



nONDON 



toi\ trompeur, fourbe. (Roquefort, 
Glossaire de la Langue roinanc.) 

BOïSSK-ll', s. m. Mesure do 
capacité, ilouljle-dc'calitro en bois. 
En basse latinité : LoisscJIus. 

Or i faut et vans cl corbeilles 
El si i faut boissiaus et seilles 

Pos et picliiers. 
(Le dit des choses qui fuiUeiU en ménage.) 

Li meunier de grant pont puent pren- 
dre de cliascun scslier de blé ou de 
aucun autre grain maudre, un boissiel. 
(Est. BoiLE.iu, Reg. des Métiers, p. 18.) 

On l'appela de toute mémoire l'année 
des grosses niesles, car les troys en 
faisojent le boysseau. 

(Rabelais, Pantufiruel, liv. II, cb. I.) 

IBOISISI!:l.1':f, s. f. Mesure 
locale de superlicie, portion de 
terre (pi'on jieutensonienscr avec 
un boisseau de grains. 

Je n'avé pu qu'une ouohe de quatorze 
boiceléeSy fremee de murailles. 

(Agrippa dWi-bigné, Baron de Fœneste.) 

En Vendée, on ai)pelle/;o/.ssc- 
Jvo la redevance en nature que le 
curé reçoit de ses paroissiens. 

n02SSls:iSK, nom de villag-e 
et d'boinme. Lieu planté de bois, 
en vieux français : hiissiùre, en 
basse latinité : Liisserla. 

B01^$>iO\, s. f. Tottt liquide 
(jui se boil, et en j)articnlier dans 
la Saintong-e, les diiï'évents breu- 
vages faits avec des raisins secs, 
des marcs, des fruits sauvages, 
etc., et ([ui sont destinés à suj)- 
jjléer au vin. 11 y a longtemps (pic 
le paysan saintongeais, si grand 
amateur du jus de la vigne, est 
obligé de se contenter de breuva- 
ges moins vivilianls : 



Duabus pipis vini et unà pip.T de 
boisson seu bevralge. 

(Te\lo ilu XV» eièclo clic p.ir in. C.asce 
au uiol beuvcnda.) 

B01i«>!§0]V, s. m. Buisson. 

Biax oisellons en verts boissons 
De lûtes èves les poissons. 

(Jean de Mei.nr, Homan de la Ruse. 
vers 16191») 

Boisson est un nom d'iiommc, 
comme hosson et Ju'sson. Ces 
trois mots en vienx français, ont 
la même signilication do Imissoii. 
(Voir lÂocptofort, Glossaire de la 
Lanfjuo romane.) 

BOIi«»^iO\^'F.R, V. n. Boire 

avec excès, boire souvent. 

Je suis très mal aboissonné 
Nous serons j'a tost torchonnc. 

(Ariioul GnEn\>-, Mystère de la Passion, 
vers 3T68".) 

BOXACF, s. f. Calme. C'est 
le contraire do tempête, au propre 
et au ligure. Italien : honazia. 

Si lono que voi mers osl bonacc. 
[iienart le Nouvel, vers 5Cii*.) 

Se la nave vient a 1ère cl brize par 
fort lens ou par bonnassc. 

{.\ssises de Jérusalem, l. I, p. 8i.) 

IIO\l»O.V, S. m. Trou rond 
d'une harriquo qui .•>o l'orme avec 
la II onde. 

V\ fu la plaie si largo que li sans 
venoil du cors comme li bandons d'un 
toiinel. 

(Jol^vll.LK, Histoire de S. Loys, § Iti.) 

IVollc usent aulcuncs foys les friands 
à caciiolcr, comme de syplions pour 
sugcer cl avccqucs l'Iialciiic attirer lo 
vin nouveau |iar lo bondon. 

(Uadeiau, Pantagruel, liv. ni,ch.L.) 



BONE 



58 



BORRU 



BOXF, s. f. Borno, marque 
sc'parative do doux champs. 

Des laboréors je vous di 
Que li uns conquiert volentiers 
Sor son compaignon deus (luarliers 
De terre, s'il puel ^n ambiant 
Et boute adès la bone avant. 

(La Bible au seif/nor de Berze, vers 219») 
Fabliaux et Coules, t. II, p. 401.) 

BOXIVFFO:^ W, nom d'iiom- 
et do localilô, siguiliant bonne 
lontainc. 



BOJVJVEVAIi, nom d'homme 

et de locahté : bonne vallée. 

BOX]\ KGF^T,Bouu'scut, 

exclamation de pitié. Au moyen 
âge, on appelait hounc-gens les 
bourp^eois de la ville; manants, 
les habitants (ninnentes) qui 
n'avaient pas droit de cité. 

La nuit Saint Martin en yvar, cl mois 
de novembre, en la présence des boines- 
gens de la dite ville 

{Bail de l'E.trhevinagc de Douai, 
aiuice 1301.) 

Où sont-elles? bonnes gens, je ne 
vous peux voir 

(Rabelais, PanlagruelyWv.U, cl). III.) 

B«]V^'EItIEA'T, adv. Avec 
boiit(.*, sinqjlement. 

La dame pluranlc et pensive 
Li respondi mull boinement. 

(Marie de Frai^ce, Lai de Gugemcr, 
Ters 3(X)", t. I, p. 70.) 

BOXXIX, Boniiaiid, noms 
d'hommes. Dérivalil'sde l'adjectif 
bon. 



IlOBBERIE, s. f. Petite 
métairie. Du vieux français : 
borde, petite maison, cabane. 



Doi\ en ancien langag-o tudes- 
(jue, signifie un domaine, une 
métairie ou ferme des champs et, 
de là, est tiré l'ancien mot fran- 
(;ais horde, qui signifie la même 

chose (Guy Go(iuille, ///s/o/re 

du Nivernais, cité par M. le comte 
xlaid)ert.) 

En gothicjue : haiird; en ancien 
Scandinave : bord, signifient mai- 
son. En anglo-saxon : bur, bord, 
et on irlandais : bir, signifient 
maison et mailairie. 

Une borderie qui contient en soy si.\ 
sexterées do terre. 

(Toite du XV» siècle, cité par nu Gange, 
nu mot borda.) 

B«RB>ïEK, s. m. L'exploi- 
tant d'une/^orc/cvie. (Voir ce mot.) 

Le seignur pur un denors que il don- 
rad, si erunt quilcs ses hordiers e ses 
boverz. 

(Lois de Cuillaume-le-Conquéraiit. 
ch. XVIII.) 

BOBB'^Ii, liSorenu, noms 
d'hommes, formés de bour, bâ- 
tard, ou de bourrel, bourreau, 
adjectifs de la vieille langue fran- 
çaise dérivés de bure, bourre, 
et désignant la couleur roussâtre. 
L'exécuteur des hautes œuvres, 
vêtu de couleur rouge, en a tiré 
son nom. Le nom Borel se trouve 
dans le grand poème national du 
XI° siècle : 

Ksperveris i fut, H filz Borel, 
Icel ocisl Kngclers de Burdel. 

(Chanson de Boland, vers 1383».) 

BOnBU, nom do localité, 
près de La Rochelle. C'était, au 
XIV" siècle, un château fort. 

A deux lieues sans plus de La Rochelle 

[droit 
Droitcmcnt a Borru no barnage cstoit. 

(Chronique de Bertrand du Guesrlin, 
ver» 21321°.) 



BORS 



59 



DOUCAN 



ROilS, Boiirs, noms de 
localités. Ce sont deux des formes 
([ne le vienx français a employées 
})0ur désigner les villes, les villa- 
p^es, les bourg's el maisons forli- 
liées ; du grec : -n'jpYoq ( voir 
bourg); en italien : borgo. 

Ici sunl les livres des dialoj^ues Gré- 
goire, lo papa del hors de Rome 

(_l>iiUoijiies (le saint Grégoire, irad. 
Uu Xn» siècle.) 

BOSSIS, s. m. Levée de terre 
qui entoure les aires des marais 
salants. 

Mais sais-je bien que sur les bossis 
des marez sallans de Xaiutonge, l'on y 
cueille du bled aussi beau (ju'eii lieu où 
je fus jamais 

(Bornnrd Palissy, Discours Admirable, 
p. 300.) 

BOT, s. m. Sabot. Mot dérivé 
du celtique : hotcz, qui désigne la 
chaussure, ainsi que le gallois : 
holas; l'écossais :j&o/; l'irlandais : 
Lolis. 

l'est vray que Jon Tallebot 
Mon vesin me cassi men bot 
In jour in jouant au pallet. 

[Genlc Poilevinerir, p. 27.) 

A savoir si le bot frapil le jialct 

ou si le palet frapil le bot. 

(Noël DL- Fail, Contes d'i:utrnpel,[>.^'t.) 

En vieux français, le mol Lot a 
signifié bout, but, et en outre : 
crapaud, outre de peau de bouc, 
(lioijuefort. Glossaire de lu Lan- 
gue romane.) 

Dans i'Aunis, Lot désigne un 
fossé d'écoulement des marais. 



1SOTOX , ISot<oii , noms 
d'hommes d'origine Scandinave, 
((ui se trouvent dans la forme la- 
tine : Lot ho. Au XII" siècle, un 
comte Doton fut chargé d'ensei- 



gner le danois au fils de Gnil- 
laume»Longue-Ei)ée : 

Kl pur ceo, sir {|uens Boton, 
\'uil que vos ensemble od vus 
De lui ensei^^ner Curius... 

{Chronique des Ducs de Kormandie^ 
t. I, p. iSO.) 

ISOTTIvll,', S. m. Petite 
botte de jjaille ou de foin. Dimi- 
nutif de botte qui dtîrive du ludes- 
(pie : Lozo, fagot, faisseau ou du 
celtique, car en breton : Jiolel, 
a le sens de botte de fuin. 

Au lieu où il mangea fallut osier qua- 
tre ou cinq hommes morts pour lui 
faire place el y mil l'on deux boleaux 
de paille où il s'assit. 

(l'b. de CuMiNKs, Mcm.. liv. I, l.I, |i.2S.) 

Il monte, j'entondy le train 

Je saulx et quis mon advnntaigo 

L'un lève le botheau de toing. 

((;. ("oi.iriLLAiiT, Monolnqtie de la Botte 
de Foin. l. U, p. 22a.) 

Graveur vous deviez avoir soin 
De mettre dessus cesle leste 
Voyant qu'elle esloit d'une bcste 
Le lien d'un bottcau de foin. 

(M. Uegueh, Epiijramme.) 

BOTTFIiKR, V. a. Mettre 
en botte du foin ou de la paille. 
Bas breton : Lotelhi, lier. 

S'csbaloycnl à botelcr du foin, à fondre 

du boys 

(Rabelais, Gargantua, lit. I, cli. XXIV.) 

Le foin sera bottclc en faisscaux à 

l'usage du pais 

(Olivier nR Sbbhb», ThciUre d'Agriculture, 
p. iG'.i.) 

llOTTi:iir.l'H,s.m. Ouvrier 

(jui met le foin en bottes. 

HOrCAV, s. m. Tapage, 
1,1.,, il — grouderie brutale. Dt-rivé 
du grec : Ur/.ivr, drompellei. 



BOUCIIOLKl'R 



60 



BOUGRE 



Grecs et Phrygiens alloienl faire 
Trop de lapage sur la lerre 
Pour qu'il ne" s'en fil pas au ciel 
Ce fui un boucan sans pareil. 

(La Giu-iri' de Troie, ch. VI, p. 79.) 

Au XVII"' siècle (voir Richelet, 
Dictionnnive Français , édition 
de 1080), ce mot a signilié : maison 
de proslitiilion. 11 a eu, comme 
le mot d'argot : bousin, ia double 
signilicalion de tapage et de mau- 
vais lieu. 

La Bourbon dans son boucan 
Etale sa marchandise. 

• (Ch.iiisim citco pnr la duchesse d'Orlévxs, 
Letlreu, p. 2S3.) 

B,«ï'C'Sî«ïiEï:K, S. m. Ce- 
lui (|ui cultive les moules dans 
les boiichols. (Voii* ce mot.) 

lîOUCBÊWT, s. m. Parc à 
moules formé de pieux et de 
clayonnages. Mot dérivé du vieux 
français : hoiical, latin : Jniccula, 
goulot d'une bouteille, Loucel, 
Louclwl , ])()uchiaux , tonneau, 
cruelle; latin : houcellus ; cette 
étymologie convient assez au hou- 
chot, qui a une forme en enton- 
noir. 

Le bouchot, inventé dit-on au 
milieu du XP siècle, par l'irlan- 
dais Walton, tire peut-être son 
nom du vieux mot JjoucJio, ([ui 
signifie, d'a{)rès Hoquefort, sale, 
jjuanf, et dériverait du celtique : 
bouch, qui a le même sens. 
L'odeur exhalée à marée basse 
par les parcs à moules, ne dément 
pas cette hypothèse. 



î20ufB'^E':k, V. 

goulûment. 



n. Manger 



Des chevrcaulx à la chardonneUe. 
{(Uémenl Mauot, Kpitres, t. I, p. 224.) 

BOmFK (se), V. réfl. Se 
remuer, s'éloigner d'un lieu. 

El i)crs:onne, Monsieur, qui se veuille 

[bouger 

Pour retenir des gens qui se vont 

[égorger. 

(Moi.iKiin, Di'pit Amoureux, act. Y, 
se. VI.) 



S'il est vrai, adieu le caresme 
Au concile qui se fera; 
Mai-s Rome tandis bouffera 



UWETTE, s. f. Bourse. 
Mot d'origine celtique; en bas 
breton : boulgan et Jjoulgedcn; 
en gallois : bolf/ar; en écossais 
et en irlandais : bolj; en basse 
latinité : buhja. 

Ihilgos galli sacculos scorteos appel- 
lanl. 

(Festus.) 

En vieux français : bouge, bou- 
gclte, bourse de cuir : 

Vous voulez vuider les gibecières 
d'aulruy pour remplir vos bouges. 

(CuoLiF.REa, Quatorzième Matinée.) 

El baillent, quant ilz sont sur champs 
Leur bougette a l'hulesse a garder. 
El disent qu'il y a cent francz 
Oii il n'y a pas ung denier. 

(C.uill. CoyuaiAiiT, lesDroilz Nuuveaulx.) 

IXOtlft^'EAïJ, nom de loca- 
lité située sur les bords de la 
Seugne, cours d'eau liinjjide et 
poissonneux. Corruption de bon- 
ne-eau. 

180îî«îSF>, s. m. Expression 
injurieuse qui, au moyen Age, a 
pris le sons de sodomitc, après 
avoir simplement désigné les 
habitants delà Bulgarie ou Dou- 
gvie. 

Les envoia à Johannis, le roi de Bla- 
quie (Valachie) et de Bougrie. 

(Vii.i.i:ii\uDoiiN, Conq. de Constant.) 



BOUIL 



61 



BOULER 



Vers le XIII° siècle, une secte 
hérétique, née en BuliJ^arie, se 
r{'l)andit on Euroiic et se mêla à 
celles des vaiulois et des albi- 
geois. La crédulité populaire, 
excitée par les moines, lit poser 
sur ces héréti(iues (natifs do la 
liougrio, ou Jjoiitfros), des accu- 
sations de bestialité et do sodomie 
(jui ont détourné ce mot de son 
sens primitif et en ont assuré 
l'immortalité. 

Les mcsons et li hérilaiges el les 
niobles qui sont au hor/rc sont le roi... 
el se la feme siet sa niauvelé... l'on la 
doit prendre comme ceic (jui se consent 
à son fct et est tenue à boiji'osse... 

[Li Livres de Joslice el de Pie!, 
p. l-2eii;}.) 

Il n'a en tout ccst mont ni bougre ne 
Ihe'rile (1) 

Ne fort popelican (2), Vaudois no 
Isodomilc 

Se il vestoit l'abit où papclars s'.ibrilc 

C'on ne le tenist jàà saint ou à hermite. 
(KirrEBŒiT, DU des Jaciiliin.i, 1. 1, p. 178.) 

Qui sunt les derniers devenu/. 
Qu'entre jacobins cl nienuz (o) 
Ont recciiz de testament 
De bougres por loiaus lenuz 
Et d'useriers vieux el chenuz. 

(RiTEiiŒti-, Comptainrle de Conslaii- 
tinopte, l. I, p. lOo.) 

Aujourd'hui, lo sens du mot 
bougre est beaucoup plus étendu : 

Le dieu qui vit la triste enluminure 
Kl l'oripeau du poète gla('é 
Se prit à dire en style moins pincé 
Ce bougre-\h n'aime pas la peinture. 

(Lefiihn, Epiqramme sur les Jardins 
de Delille.) 

nOUTTi, S. m. Bouillonnement 
d'un li(piide chauffé. Du latin : 
hiilliliis, vieux IVanrais, J>ull. 



[D Ilerite, licrcUiiiic , , 

(-2) l'opetieaii, manicliéon ; on liasse latiiiilc 
poplicdiuis. 
(3) Menui, frères mineurs. 



KOUllifil':K,s. f. Pousses de 
taillis i;?suos d'une seule souche 
de bois. Mot dérivé probablofuenl 
de la forme en boule des toulVes 
de jeunes taillis. 

BOi:il^I..O\, s. m. Dimiimtif 
du mot précédent, s'ajjpliipianl à 
la touffe de céréales ([ui nail d'un 
seul grain semé. 

BOlilXF, adj. Corruption de 
})Ovine, c'est la qualilication don- 
née à une espèce de mouche qui 
pique et affole les bœufs. 

BOUIXFAU, nom d'homme 
et de localité. Forme do Ijoiiimii, 
dérivé du vieux fi'an(;ais Luiii, 
hou. 

ISOULA^VCiiroil, v. n. Prépa- 
rer la pàto du pain et la pétrir. 
Dérivé du vieux verbe huiih'i\ 
rouler, mettre en boule. Latin: 
hullnvc. L'ouvrier qui faille pain 
mot après le pétrissage la pàto on 
boules pour ([u'olle foi-monto sous 
l'action du levain. Cuire lo jjain 
constitue imo diMixièuiO opc-ration 
appelée ou Saintongo fonrncyci-. 
(Voir ce mot.) 

,\près Jacquinol, il vous faul 
lioidaïujcr, fournicr el bucr, 
Ululer, laver cl essangor. 

(Farce du Curier, nue. Ui.fr. ,i. I, p. .r.! 

nOl7TiB-:R, v. a. Mottro ou 
boido, laiio outrer (iuol(|uo clioso 
de force. Jfoiilrr une porsonno, 
c'est la réprimanilor, la bruscpioi'. 

Prenez du jiain haslé cl du fojc de 
poulailli-, si en pouvez lincr, il le lucUez 
tremper en bouillon de b.cuf, le couliez 
parmy l'cslamine cl boulte: dedann un 
put avec la j)crdri.x. 

(Taiuevest, Lirrcs de ('.iiisinc.) 

G 



I50UGREAU 



G2 



BOURG 



BOIGRFAF, Boii^rou, 

Iloiijïuoi'onii. noms d'Iioiniiics 
dérivés du mot hongre (voir co 
mot), qui a simultanément dési- 
g-né au moyen jîgc les habitants 
de la Bulgarie, des hérétiiiues et 
des sodomites. • 



BOUIV, Bonne, adj. Bon, 
bonne. 

S'en vail li bor en sun pais 
Véer sun père, sun segnur 
Sa bonne mère et sa surur. 

(Marie de Fiunce, Lai rfe Guyemer, 
t. I, p. 5i, vers 'tt^,) 



BOU^Jl'ET, nom d'homme 
dérivé du vieux français />oz/^?/e/, 
chevreau, ou du verbe Lonquor, 
gronder, bouder. (Voir Roquefort.) 

BOUd^UIl': , a;oiif|uicr , 

noms d'hommes. Corruption du 
vieux h'ixnçSLïà Loue hier, boucher, 
en latin : buccavius. 



BOl BBAU», Bonrlieau, 

noms d'hommes. Habitant d'un 
pays marécageux , l)our])eux. 
Peut-être ce mot vient-il de Aoyr- 
bete, en vieux français : poisson 
de mer. 

Nous ne mangions nuls poissons en 
l'ost tout le quaresme, mez que bour- 
betes... 

(Joi.xviLi.E, Histoire de S. Linjs.) 

lUirRiil], s. f. Béquille, 
appui — mensonge, tromperie. 
Mot contracté du vieux français 
bcliourde, sorte de lance pour les 
joutes. Ag. d'Aubigné a emjjloyé 
ce mot avecses deux significations 
dans les vers suivants cjue les 
mécréants pourraient applicjucr à 
bien des lieux de pèlerinage : 



Si vous ouvrez encor les yeux 
Si vos oreilles ne sont sourdes 
Tant de bourdes de ces boiteux. 
Qu'en dites-vous? Ce sont des iounfes. 

(Ag. d'Atnir.xÉ, Itarnn de Fœnesle 
liv. n, ch. V, t. I, p. 70.) 



BOUIiFxVU, nom d'iiommo 
dérivé probablement du vieux 
français bouv, bâtard. Au XIV® 
siècle, le bour de Lesparre, 
bâtard de la noble maison de Les- 
])arre en Aquitaine, avec le bour 
(lanuis et d'autres aventuriers 
gascons et anglais, commandait 
les grandes compagnies de soldats 
mercenaires que le traité de Bré- 
tigny lit licencier, et ([ui, après 
avoir pillé la France, furent em- 
menés en Espagne les uns par 
Du Guesclin, les autres par le 
])rince Noir. (V. Froissart, Chron., 
passim.j 

BOIIKC,:, s. m. Chef-lieu de 
commune , ensemble des mai- 
sons qui entourent l'église parois- 
siale. Ce mot, au moyen âge, 
désignait une ville ou un village 
fortiliés , du mot latin burgus , 
ainsi délini : Castellum parvum 
quem burgiim vocant. (Vegèce, 
de Arte militari.) Il dérive du grec 
x'jpYo^i tour. L'italien ])orgo, 
l'espagnol borgo, l'allemand />//;\9, 
le gothique baurgs, ont le même 
sens (|ue bourg. 

Gésir pourrons -dubiirc de Si-Denise. 
[Chanson de Roland.) 

Bours et chastiaus, et viles, fermcléz et 
[destrois... 

(lionians de Berte aus grum pics, 
vers 1508".) 

Là estoient li champ et li maisnil 
Li b(iles viles et li bore seignori 
Croissent li bois, ronces et aubespins. 
[La mort de Garin. vers 2939".) 



BOURGEOIS 



63 



BOURRIN 



La ville do Bourg-, ancienne 
place forte du blayais, estdésig'iiéo 
au moyen âge ])ar les mots : Bui'- 
giis super Duramniam. 

UOl RfiiKOIS, ISoiir- 

g;eoise, s. Lemaitro, la maîtresse 
de la maison. — Le patron , la 
patronne. 

Od li n'en oui on la maisun 
Escuier, serganl ne garçiin, 
l'"ors seule la lile à la burijeise. 

(Marie de Fbascb, Lai de Graeleiit-, 
1. 1, p. 498.) 

El chambrières i ol trois 
Si i fui la nièce au borgeois 
Deux paulonniei's el un ribaul. 

(Faldiait de la borgoise d'Oiliens.) 

Mon sac! Il faut que je m'en voise ! 
C'est la façon do la bourgeoise 
De riens faire, se ne lui plaisl. 

[Teslainent de Pathclhi, Farce du 
XV° siéele.) 



lS0l'Rf-03 V, ]Itoiir;;ouiii, 

noms iriioiames. Dimimilirs de 
bourguignon, qui lui-même dérive 
du vieux nom g-ermauique hurg- 
win, défenseur, i)rotecteur. 

1SOlISi(;.\K, s. f. Sorte de 
nasse pour prendre le poisson, 
appelée aussi hourgnon. 

Dans le vieux français, on avait 
outre ces mots, ceux de hourgin, 
lilet pour la pèche. (V. Roquefort.) 
En basse latinité : horgnus. 

Certains inslrumcnls el enjoins pour 
pescher poissons, noninicZ el appeliez 
hourgnes, ou bourgnons. 

(Teilo Uu XV» sicclo, cilc pnr l)i: r.\>cE 
au mot linryiius.) 

lfiOi:i^ici-:o^, s. f. Fagot d'a- 
joncs, litière faite d'ajoncs et de 
broussailles. 

Vingt sols pour un ccnl cl deniy de 



colterets et un demi cent de bourrées 
qui furent arses ledit jour. 

{Compte de l'ordinaire de l'uri.i', 1 117, 
relulé danu los antiquités d» Sauvai.) 

Après... s'eslre seichié en l'ombro de 
cinq ou six gros fagot/, et autant de 
bourrées. 

(Noël DL- FiiL, Propos r«v//i/«t'v, ch. XV, 
p. 69.) 

Ce mot est encore usité dans 
beaucoup de provinces et notam- 
ment en Tourraine. 

Si je n'arrivais pas le 2 on li- .t avril, 
fais vendre les bourrées par Hlondcau. 
(1*.-L. CuniiiiEii, Lettres.) 

lïOl'RKKIiKT, s. m. Hou- 
leau de linge ou d'étolTe pour rele- 
ver les jupes. Cet appendice rus- 
tique est destiné à remplacer pour 
nos villag-eoises ce cpie nos gi-aiid' 
mères ont appelé un polisson, et 
nos contemporains une tournure. 

On donne le même nom et celui 
de frontemi, au rouleau cpii en- 
toure la coilTure des petits enfants 
et qui est destiné à préserver 
leur visage quand ils font une 
chute. 

Chausses, pourpoincts et bourrelets, (1) 
llobes cl toutes vos drapillos. 

(François Villun, Crand Testament ,\i. SS.) 

Dames à rebrassez collet/. 
De i]uelconque condicion 
Porlant atours el bourrelé!: 
Mort saisit sans exception. 

(François ViiiuN, Grand Testament, 
!>. 33, si. 39.) 

fita>l'3CESI.\. S. m. .\[H>. iMl 
vieux Iraiii.'ais lionrrc, hourras, 
(pii (h'signail une {grosse élolïe do 
drap gris et bourru, que la peau 
de l'àne gris de Sainlonyc, rare- 



(1^ I/iMition (Ifi I'. JaiiMcl, faiic d'apn-s ciMlc 
de la Monnaye, porte: 

o Chausses, pourpoincts «v«i/'f''"- 



BOURRIQUE 



64 



BOUSSIN 



ment étrilU', rappelle parfaite- 
ment. 

Vôstu ot une sorquemie 
Qui ne fut mie de boun'as. 

{G. DELonnrâ, Roman de la liosc, 
vers i-ilS".) 

UOURRIQIC , Boiirri - 
quet, Hoiirriqnot, noms don- 
nés à un mauvais petit cheval de 
somme, et principalement à ïâne 
ou à Vihwsso. 

Espagnol : borrico; italien : 
hi'icco; lombard: bovich; portu- 
gais -.burrico ; en patois normand : 
bourri; en provençal :/>o?/;"7.5Ao('. 
En basse latinité, nous 'trouvons 
dans le même sens : Burricus 
Bu'vicus (Vegèce, de rê vet.)\ 
dérivé du \a.Wnburvus, roux. 

Hé quoi ! charger ainsi ceUe pauvre 
[bourt-inue. 

(LAF0NT4IXE, le Meiiiiicr, non fis cl l'dae, 
liv. ni, fab. I.) 

BOL'RSFKAXC, nom de 

localité. (Voir hors.) Au moyen 
Age : franc-bourff est un bien de 
roturier exempt de charges féo- 
dales. (Voir Roquefort, Gloss. de 
la Lang. romane.) 

1SOl'R!!»I€OT, s. m. Petite 
bourse. 

Pas ne scmbloit avoir au cueur granl 

IJoye 
Et croy pour vray qu'il avoit de nion- 

|noye 
Plus que d'escuz dedans son bnursi- 

\cault. 

{Chas.ie d'amour, cite par LA(;l•u^E 
DE St-Pal\ye.) 

BOl'RftlI^R, nom d'homme. 
Celait au moyen âge le nom du 
fabricant de bourses de cuir. 

De recliicf veulent li commun des bour- 



siers de Paris que nus ne puisse com- 
porter par la ville de Paris 

(/{(■(/. des •Ht'lier.'i (rEst. BoiLEiu, p. 205.) 

BOUSF, s. f. Fiente de bœuf 
ou de vache. Mot dérivé, suivant 
((uclques étymologistes, de l'alle- 
mand butze, monceau, suivant 
d'autres, du celti(iue. Cette der- 
nière opinion est confirmée par 
l'existence dans les langues néo- 
celtiques des mots: /^e/izd^/jZ'auze/, 
lîentede vache, et bahonz, ordure, 
en breton ;j&a^v', ordure, en gallois. 

Bouse vous di, bran de vous. 
(Roman d'Audigier.) 

On debvroit attacher une queue de 
regnard au collet et faire un masque 
d'une bouze de vaches à ung chacun 
d'iceulz. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, p. 9.) 

La bouse de bœuf chaudement appli- 
quée 

(Ambroise Pake, liv. XVUI. — 86, cité 
par M. Lillré.) 

BOll^IX, s. m. Tapage — 
mauvais lieu. C'est le mot anglais 
bowshhf, dans l'argot des marins. 
En italien, biissarc signifie tapa- 
ger. M. Francisque Michel dérive 
bousin ûe buccina, trompette, car 
les noms de bouzin et de bouzine 
se sont appliqués autrefois à une 
forme de cet instrument. 

Et Dissiez les labourins 
Trompez, naquaircs et bouzins. 

(Chron. de Bertrand Dnijucselin, 
t. n, p. 454.) 

Et se rigollèrent ensemble au son de 
la belle bouzine. 

(KAI1ELAI3, Carnantna, ViY. I, ch. XXV.) 

BOrSMl.V, s. m. Petit mor- 
ceau, bouchée do (piel((uo chose. 
Provençal : boiissina; gascon : 
boiissi. 



BOUTEE 



6!i 



BOXON 



Mais le quintal de ces quinquallcrics 
ne vault que un boussin de pain. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II,ch.X.VX.) 

BOUTKE, s. f. Poussée, 
secousse (voir bouter). — « De la 
» première boutée , primo im- 
» pulsu. » (Nicot.) 

Le bateau... marche incgallement par 
secousses, boutées et boullces. 

(Charroi*, De la Sagesse, cilé par 
La CiRNE.) 

BOUTEIIiliFn, Boiitil- 

llcr, noms d'hoiniiies. Ces mots 
clësitrnaienl, en vieux français, 
réchanson, l'oflicier qui avait la 
charge de la cave ; en basse lati- 
nité : buticularius. On peut les 
dériver également du latin botu- 
larhis , charcutier, faiseur de 
boudins (hotulus, boudin noir.) 

A son bouteiller commanda 
(Ju'al gaiant le ciel" trancast (1). 

WicE, Roman de Brut, t. H, p. 156.) 

Mais cependant survint 

Dans le celier ung bouteiller qui vint. 

(Gilles CoRRozET, Les Fables d'Esnpe, 
p. -21.) 

BOL'TEILIiOX, Boiitil- 
lon, s. m. Petit iianicr rond et 
couvert, muni d'une anse. Le 
vieux français avait boiiti'ron, 
espèce de panier. (Hoquefort , 
Glossaire de la Langue romane.) 

BOlTETiKlX, Bontc- 

loiii^, Bontclcau, noms d'hom- 
mes. En vieux français houtelcu 
a le sens de louvotier, littérale- 
ment : polisseur de loups. 

BOV'TER, V. a. Mettre, 



(1) Qu'au géant il tranchai la tcic. 



frapper, jeter, pousser. On con- 
naît la devise de M""" du Barry : 
boutez en avant. 

Assez i feri cl boutai, 
El maintes foys j'escoutai 
Si j'orroie léans mon àme. 

(Guill.DF. LoRRi<<, Roman de la Rose, 
Portrait de Hame Oyseuse.) 

El par ce veulx-je bien dire que icclui 

est bien fol qui se boute en lel 

dangier. 

(JoisviLiB, Histoire de S.-Loys.) 

BOUTKT, Boutin, noms 
d'hommes, dérivés du verbe 
bouter. (Voir ce mot.) 

BOrTO\XE, nom de rivière. 
En latin : vullumna ou ^^■ultumna. 

Tauniacum urbs est anliqua super 
caranlonum lluvium ul dislinguatur a 
Tauniaco super wultiimnam (1) 

{Gallia Chri^liana, t. H, col. 1111) 

BOi:VARD,Bouvo(. Bou- 
vet, noms d'hommes. En vieux 
français : jeune bœuf. 

B O V Y K B , Boiiliicr , 

Boycr, noms d'hommes. Mémo 
signilleation que bouvier, celui 
(|ui conduit les ba-iifs. (Voir 
Hoquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

Menassons fort el ferme les bouicrs, 
bcrgiers et mestaiers de Seuillc... 

(Rauelii<, Carganino. lir. I, ch. XXV.) 

BOXOV, S. m. l't'joratif de 
bowhoii (cal)aret, mauvais liem, 
dérivant comme lui du latin 
buxum, rameau de buis ou de 



{V Tauniaruin super Wulliimiiani. Tonna%- 
Iluutnnnc, arrondissemcnl de Sainl-Jcan-d'An- 
g^lv. Taintianim super Carrnlniium purium, 
Toiinay-ChareDle, pnS llochefort. 



BOYARD 



66 



BRAISE 



laurier qui sert encore d'enseigne 
aux cabarets. (Voir Francisque 
Michel, Dictionnaire d'Argot, aux 
mots hoccard, boxon). Le vieux 
français box, hoqiie, bouc (sym- 
bole de la luxure), et le verbe 
boquci\ frapjjer,. battre, ont éga- 
lement pu donner naissance à ce 
mot d'argot. 

BOYARD, s. m. Sorte de 
civière ou de brancard. En vieux 
français : bovnr , cheval de 
somme. (Voir Roquefort, Glos- 
saire de la Langue romane.) 

Les unes seront portées dedans des 
vaisseaux de terre, les autres sur cer- 
tains engins faits en forme rie boyards 
ou, brouettes. 

(Bernard Palissv, Recepte Xcritahle, 
p. Uo.) 

Un banc de roches, à l'est de 
l'ilc d'Olcron, porte le nom de 
banc du boyard, sans doute à 
■ cause de sa forme. 

BR.VCHET, nom d'homme. 
Ce mot désignait, autrefois, une 
espèce de chien de chasse : le 
braque. 

Tristan entent un pelilet 
Husdent me lesse, Ion brachet (1). 

{Roman de Tristan, p. 130.) 

BRACIIETTE, BraycUc, 

s. f. Ces mots, qui se trouvent 
dans le Dictionnaire Saintongeais 
de M. Jônain, dérivent du latin 
braca, braie ou culotte gauloise, 
devenu en vieux français brague 
elbraye. 

Pellibus et Iaxis arcenl mala frigora 
[braccis. 
(Ovide.) 



(U Tristan, écoute-moi un peu, laisse-moi 
Husdent, ton braque. 



Gnlli l»'acas dcposucrunt, lalum cla- 

vum sumpserunl 

(Si'ETONE, Vie de J.' César.) 

Le latin a emprunte le vocable 
braca au celtique, car les langues 
dérivées ont b ragez (breton); 
briges, briogan (écossais), avec 
le sens de culotte. 

Au XVI" siècle, les mots/v/'A^we, 
brayette, braguette ont été simul- 
tanément employés pour désigner 
l'ouverture de la culotte. 

Chaussez-vous de£es chausses vagues 
Qu'ils portent qui n'ont point de fcra^t^es. 
(Baïf, Le Brave, net. IV, se. IV, p. Ii3.) 

Pour la brcujuetle furent levées seize 
aulnes... 

(Rabelais, Garf/anlua., liv. I, eh. VIII.) 

Cents de ville, n'aymants que mignar- 
dise, souz l'ombre, ne sentants leur 
homme fors en la brayette. 

(Noël DU F/iii, Propos Rustiques-,ch.l\\ 
p. 4i.) 

BRAIIiliER, v. n. Crier fort 
— pleurer bruyamment. 

Et quant li enfant aus sarrazinois 
bréoient, elles leur disaient : t;iy-loi, 
tay-toi ou je irai querre le roy Richarl. 

{}oi!iy[LtE, Histoire de S. Loys,^ 108.) 

Et me conlcntede gémir sans brailler... 
(Montaigne, Essais, liv. III.) 

En nos forests où les braïans sangliers 
Les cerfs craintifs, les dains de peur 

[légiers 
Vivent sous toi.... 

( Vauquelin de i.a Fresnaye, Foresterie l, 

p. 4.) 

BRAIIiliERIK, s. f. Action 
de brailler — cris bruyants. 

Le monde se reculoit.., plus cent fois 
que par une infinité de braillerîes. 

(Brantôme, Duels.) 

BRAII^E, S. f. Argent mon- 
nayé. 



BRAMER 



&J 



riRANCIIER 



Vendant nol' maroliandisc 

La braise ne nous manque pas. 

[Chanxon rie.i Eroxsrit-ses, cilée par 
M. P. yUcMZL, Dictionnaire d'Argot.) 

BKAITIKR. V. II. Gémir, 
pleurer, pousser des cris. En 
français, ce verbe exprime le cri 
du cerf. En grec : Bpèas'.v ; lan- 
guedoc : brama, crier fort, Lra- 
mairé, crieur. Ce mot paraît être 
d'origine germanicjue, car il se 
trouve dans les divers idiomes du 
nord, avec le sens do mugir. 
Tuûes(iuG : Lr amen ; anglo-saxon : 
brcman; allemand : bviimmen; 
danois : briimme ; suédois : 
briimma, hollandais : brommcn.^ 
En gothique, bram a signifié 
grand cri. 

Taut brama qu'advint et de voix 
Terrible : que veux-lu ? — Ce bois 
Que m'aydicz à cargucr. Madame. 

(Marie de Khance, Falde de la Mort et 
du Bûcheron. ) 

Quand il brasmoyt demandant à boyro, 
à boyre. 

(Rabeims, Ganjantua, liv. I,cli.XVn.) 

Le ventre affamé n'a point d'aureiiles. 
Je brame, par Dieu, de mal de rajje de 
faim. 

(Rabelais, liv. m,ch. XV.) 

BKAITIFKIT, nom d'un af- 
lluent de la Seugno (rive droite). 
Dérivé du mot précédent (jui raj)- 
pellcrait le murmure de ses eaux, 
ou du vieux français bram, en 
provençal : Lramo, brome, pois- 
son d'eau douce. 

BKAIV, BrcM, s. m. Son de 

bh; — son de hois. Ce mot est 
d'origine cclti(|ue. Kn gaéli(|ue : 
bran, et en bas breton : hrenn, 
signilient son de farine. De là est 
venu //rewt'G, pâtée de son pour 
les porcs. Le mot bran, matière 



focale, a une aidre origine. (Voir 
ce mot.) 

Us resemblenl le burclel (\) 
Belonc l'cscriture devine 
Qui gièle la blanche farine 
Fors de lui cl relient le brcn 

(Bible Guint de Prnrins. ver» ï.lil". 
Fabliaux et Coules, l. U, p. Mi.) 

Li talemelicr (2) qui sont haubanicr (3) 
sont quiles du lonlieu (i) des pors qu'il 
achètent et de ccus qu'ils revendent, 
portant qu'ils aient une fois mangié de 
leur bren... 

(E3t. BiniEir, Ilefiintre des Métiers, p. 0.) 

I lum! c'est prendre />mM pour farine — 
Que dictes-vous? — Rien, Catherine. 

(Clémenl Mabot, Colloque d'Erasme, 
t. IV, p. 29.) 

II faisoit de l'àsne pour avoir du bran. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.) 

BRA]V, s. m. Matière fécale. 
Ce mot est comme le jirécédcnt, 
d'origine celli(pie. En gaclicpie : 
brcan; en gallois: Iiracn, signi- 
lient mauvaise odeur. Il a fait le 
verbe brencr et l'adjectif brc- 
nciix. 

Bran du rithmcur 

rareilicnicnl m.... pour rimin-inicnr 
Lc(iuel nous vient cy rompre les ccr- 
[vcilcs. 

(Cliarlos FosTAiNK, Epitre A C.lomcnl 
Mabot, voir Œurres de ilarot.i. I, 
p. ioO.) 

BKA:\'€"m-:U,v.ii. l'cn-hcr, 
être sur une branclu'. 

Kt quant l'oyseau vaganl a bien chercha 
Terres ou arbre oii puisse cire hrancfui 
A la lin tombe en la mer amas.scc. 

(Cloiiicni Maiiot, Mctamurph. d'Ovide. 
i. I, I'. i":J.j 

(t) Burclel. le liliitnir. 

(-2) Tairmrlirr. lioul.inprr, du verbe tnlrr, 
laper, frapper el mi'Ier. <|iii evprimeiil Ir.s deux 
aclioiis ilii pclrissa:;c de la p.Ue. 

(3) Uaubanier. relui qui pajrc le liauban . 
espèce d'iinpùi. 

(l) Tnnlieu. aulrc espèce d'impol; en basse 
laiinitc: tateonium. 



BRANDE 



63 



RRAVE 



Commenl la chaste tourterelle 
Perdant sa compatrnc tidèle 
Se branche sur un tronc seiche. 
(Philippe DEsroHTEs, Chansnn.) 

BKAXDE, s. f. Bruyère, 
ajoncs, broussailles — lieu où 
croissent ces arbustes. 

Tel esloit son csperit entre les livres 

comme le feu parniy les brandes 

(RiBELiis, Pantagruel, liv. n, ch. vni.) 

Ainsi que j'allois de Xaintes à Ma- 
rennes, passant par les brandes de 
Saint-lSorUn 

(Beru. Palissy, /{fcrp/c Véritable, p. 'ai.) 

Au mois de novembre il faut ceroher 
les cerfs aux brandes et bruïères 

j(J. Dc FociiLocx, Vénerie, cli. XXVUI.) 

BlCAA'IiE, s. m. Sorte de 
danse et de chanson. 

Il npprcnoit à danser aux chambrières 
de léans, les branles dc Gascogne. 

(Marguerite de N'AVAiiBE,7/f»/ff;«cro«, 
n"» 28". ) 

Lors qu'à son luth ses doigts elle 

[embesongne 

Et qu'elle dit le branle de hiourgongne. 

(Ro>-sAnD, Amours, t. I, p. Go.) 



BliAXIil.S, s. m. Ebranle- 
ment, balancement, se dit surtout 
d'un champ de blé mur dont les 
épis se courbent au souClle du 
vent. Corruption du mot précé- 
dent. 



BRA^l'E, adj. Remuant, 
bizarre, toqué. Du vieux verbe 
hrachici\ remuer, agiter les bras. 

Orgucus va des bras brachiani 
Des espaulcs espauliant. 

{Miserere du Reclus de Molieiis,) 

Le mot braque, substantif, 
désij'ne un chien de chasse de 



petite taille; du grec : Dpa/'jç, 
court. 

BKASSÉE, s. f. Ce qui peut 
tenir entre les bras, comme poi- 
gnée signifie ce qui peut être 
saisi avec la main. 

De fuerre prcnl une brade 
El si l'a el fournicr jeté. 

(Roman du Renart, vers 'iil'ie".) 

Il en a sa brassée toute comble, il 
n'en pcult saisir'davanlage. 

(MoMAiGfiE, Essais, liv. I, ch. XLA'U.) 

BRASSIER, s. m. Labou- 
reur, homme dc journée, manœu- 
vre rural. En basse latinité : 
hriisserius. ( Voir Roquefort , 
Glossaire do la Langue romane.) 

BRASSIÈRE, s. f. Petite 
camisole qui se mut sur la che- 
mise des enfants. L'Académie 
n'admet ce mot qu'au pluriel. 

Elle n'avait pour habillement qu'une 
méchante petite jupe avec des brassières 
dc nuit qui étaient de simple fulaine. 

(Molière, Fourberies de Scapin, 
net. I, se. II.) 

BRAUB , Brault , noms 
d'hommes. Abréviation de hé- 
raudjjérault, qui sont dos dérivés 
des noms germaniques : Lcroald, 
Lcra/d, signifiant : vieil ours et 
vieux seigneur. 



BRAVE, adj. Bien vêtu, 
élégamment paré. Ce mot est 
dérivé du celtique, car il a con- 
servé ce sens dans la plupart des 
langues qui ont cet idiome pour 
origine. En breton : hrav, beau, 
agréable ; en écossais : brcacjh, 
Lraw, beau, orné; en irlandais : 
brcatj, beau, gentil. 



BREBIAILLE 



tVJ 



BRENEF 



Il est resté longtemps en usage 
dans le sens d'élégant. 

FAre brave n'est pas trop vain; c'est 
montrer qu'un grand nombre de gens 
travaillent pour soi; c'est montrer par 
ses clievcux qu'on a un valet de cham- 
bre, un parfumeur. 

(B. Pascal, Penscf, l"'*» partie.) 

Que sa façon est brave el sa mine 
[assurée. 
(Malheiibe.) 

BREBlAlIiIiR,s. f. Troupe 
de brebis — mauvaises brebis. 

N'avons honte de tant débattre 
A ce bcrgicr, pour trois ou quatre 
Vicilz brebiailles ou moutons 
(Jui ne valent pas deux, boulons. 

{Farce de Maislre Pierre l'alhclin.) 

BREBIKTTE, s. f. Mau- 
vaise pelilo brebis, chctive 
oueillc. 

Ne volt nient prendre de ses bues ne 
do SCS berbiz mais list prendre la 6e)'- 
beiete al povre hume... (1) 

{Second Livre des Hois, ch. XU, 
vers. IV, p. lo8.) 

BRÈrOF, s. f. Hayon de 
miel. En bas breton : Li^ec, cas- 
sant; en italien : Lresca, cire. 
L'ancien français avait, dans le 
même sens, les formes : Lresca, 
LrcscJiv, Lrcsco, Jircsquejjrnxe. 
(Voir Roquefort.) 

Mais maint gens se desplaignent par 
aventure de ceu k'il rarement sentent 
ceste delilaule aiTcclion el que plus est 
douce ke niiez cl braxe \2]. 

(Sermon de saint Bernard, cité pnr 
RnyiEFoiir.) 

En languedoc, on a conservé 
le mot fjresca pour rayon de 

miel : 



(i) l'arrens iilo siimorc de oril>iis cl de liobus 
suis... tulit iirrm viri ijaiipcris. 
\;ii Et dulciorcm supor incl el faium. 



Dois e suaus es plus que brcsca (T. 
(ViedeS.FidendWyeH.) 

BRFCIIl^ adj. Qui a u.io 
dent cassée, c'csl-à-diro ijui a une 
brèche dans la mâchoire. En 
vieux français, on avait bvcciv, 
brechii'', mutilé, blessé. (\"oir 
Roquefort.) 

BREB.\SSK, adj. Femme 
brouillonne, (lui touche à tout, (|ui 
dérange tout. Un dit aussi hre- 
dassier, Lrcdassirrc, cl on dési- 
gne l'action par le verbe brc- 
dasscr. 

BRFUIF, nom d'homme. Ce 
mot, d'après Lorédan Larchey 
{Diclionnairc des Xoins),<.\^m\\e : 
entêté, en Cham])agne; jx'tnliinl, 
dans le Centre; hi-rdouilleui', en 
Normandie. La véritable origine 
se trouve dans le vieux français : 
hvaidif, bvaidis, ardent, coura- 
geux, emporté. 

Mais il furent trop volonlif 
Et de ferir avant braitlif. 

(Wace, Roman de Unit. i. U, p. iui.) 

BRFKOIRI-:, aflhienl de la 
Boulonne. Di'rivi' du vieux verbe 
vi'édcr, courir, aller rapidement; 
du latin : veredtis, cheval de 
poste; ou du vieux français : 
brayoire, instrument à briser le 
chanvre. 

BRF\i:i:, s. f. Pâtée pour 
les porcs. Du vieux mol ///•.•///, 
breii, son. (A'oir ce mol.) 

On appelait autrefois brenn;/c, 
la redevance payée au seigneur 
pour la nourriture de ses chiens. 



(ij Esl douce cl SU3VC plus que rayon dcmicl. 



DRENER 



70 



DRICHET 



(Borel, Dictionnaire du vieux 
français.) 

BRFIVFU, V. a. Salir de 
matière fécale, dérivé du celtique 
comme bran. (Vpir ce mot.) 
Gallois : 7j7'a(^/;; gaélique : hrcan, 
mauvaise odeur. 

BKFXEl'X, adj. Sali de 
matière fécaU\ do bran. Le Glos- 
saire de Roquefort a l'adjectif 
hvandieux avec le même sens, 
mais breneux api^artient aussi à 
notre ancienne langue : 

Bien lavés le — drapeaux hreneux 
De nostrc enfant en la rivière. 

(Farce du Ciivier, anc. th. fr., 1. 1, p. 3S.) 

Toutesfoys le sac fui ouvert, 
Mais quant il le vit si breneux 
Il s'en alla tout roupicux 
Cuydant que ce fust mocquerie. 

(Fr. ViLLOji, llepnc Franche, p. 205.) 

BRÉSlIiliAT!^ (Les), nom 

de localité, signillant rompu ; du 
vieux français : hrôsiller, mettre 
en pièces; picardie : hersiller ; 
provençal : hrcsilla. 

BRKTTi:, adj. Bretonne. Go 
mot désigne surtout une vache de 
race bretonne. 

Brettes, suysses, n'y scavent guèrcs 
Ne gasconnes ne tholouzanes 
Du Petit Pont deux harengères 

Les concluront 

(Fr. Vii,Lo>-, Grand Testament, p. 80.) 

BREriIi, nom de commune 
et nom d'hommes, (pu a do nom- 
breux dérivés et diminutifs : 
TJuhrouil, Drcuillaud, IJrcuilJicr, 
Broillot, etc. 

En vieux français, les mois 
hrouil, brouille, JjruiJ, etc., dési- 



gnent un jeune bois, un taillis 
En basse latinité : brocjilum, bro- 
l/ioluni, brolium, etc. ; en bas 
breton : bruc ou brug. 

Lucos nostros quos vulgus brorjilos 
vocal. 

[Capitnlaire de Charlcnuvjne^devilUs.) 

VI val de Josaphat y est un breuil 

[foillu. 

[Rnman d'.\lr.i:andres,cÀl6 par Bo»uefoiit.) 

Enz en un bruill par sum les puis 
(rem( strent 
iiij. C. niilie alcndent l'ajurnce (1). 

(Chanson de linland, vers 715".) 

BRFlIILIiET, nom de loca- 
lité et d'homme. Diminutif de 
breuil. (Voir ce mot.) 

En une Lande à une part 
Ourent ars li vilains essart 
Li rois s'estul el bruelliez. 
[Roman de Tristan, vers 3000».) 

Il est parlé, dans la Gaîlia 
Christiana (tom. II), de l'église 
de Breuillet, dédiée à Saint- 
Vivien, sous le nom de : S^^- Vi- 
vianus do Brevillcto. 

BRFTOCIIFR, V. n. Boire 
souvent et à petits coups. 

Et bcuvochanl sa mort ressembler l'hy- 



[dropiquo 

blc ■ 



Qui sa vie et sa soif ensemble à con- 

[sommé. 

(Ar. d'Acbigné, Sonnets, t. IV, p. 332.) 



BRfCHKT, s. m. Bœuf qui 
porte une marcpie blanche près 
de la (jueiie, ou bœuf d'un gris 
tirant sur le roux. En vieux fran- 
çais, brychet d'après Roquefort. 



(1) Ainsi dans un taillis sur le sommet des 

[monts se cachent. 

Quatre cent mille attendent le lever du 

[jour. 



BRICOLER 



DROCMEn 



Lepicque-breuf parle à ses bœufs : 

Garcâ, fromentin, brichct, castain, vcn 
après nioay... 

(Bon.iventuro des PÉniEBs, Contes et 
joyeux devis., cb. LXIX.) 

BKirOBiB:«, V. n. Chance- 
ler, aller do travers comme un 
ivrogne — vendre en ambulance. 

J'allais bricolant sans chandelle cl 
lombaiil d'un coslé cl d'autre. 

(Bernard I'aiissy.) 

BRIE, nom de localité qui in- 
dique la nature du terrain. Les 
mots />;•/, hnùe, broie, ayant dé- 
signé en vieux français une terre 
grasse. Ce mot dérive du celtique, 
en breton, hrni, boue, bri, terre 
argileuse, brikcn, brique. 

Jean d'Aubigné, frère d' Agrippa, 
était seigneur de Brie en Sain- 
tonge. 

BRICiUE, négation. Pas, pas 
dutout, comme mie, qui a le même 
sens, et dérive du latin niica. 
Brigue dérive de briciu en basse 
latinité, qui a le sens de parcelle, 
de bribe, et eu général de toute 
chose sans valeur. 



BRIIIBVLI^EK, V. n. Se 

})alanccr, se unUtre en Itranle. 
(Celtique : brin bulht, sonner des 
cloches.) 

Dedans un bassin plein d'eau, je te 
monstreray la femme future brimballanl 
avec deux rustres. 

(Rarelus, I>anla;intel, liv. ni, cli. XXV.) 

BRIOUX, nom de localité. 
C'est la station liriQiosuin de la 
carte de Peutinger sur la voie ro- 
maine de Sens à Bordeaux. En 
vieux français, brige a signilié 
pont, comme l'anglais briihjc. 



RRI«^ARU , s. m. Arprilo 

grasse, augmentatif de bri. (\'oir 
bric.) 

RRIf^FniiOMlC;, nom de 

localité (pii à dû s'écrire en trois 
mots : Jh'is-vn-bourif. Bris peut 
être regardé comme une contrac- 
tion di; brisre, en vieux français 
chemin, roule. (V. Roquefort, 
Glossaire do la Langue romane.) 

BRlS*!»Ai:'D,BriMNC(, BriN- 
son, noms d'hommes dérivés do 
bris, en vieux français chemin, 
ou du breton briz, bigarré, 
tacheté. 

BRIVE, nom de localité. 
Dérive de briva, en basse latinité : 
pont, qui est devenu en vieux 
français /^rv/zf, en anglais bridge. 

La ville de Ponloise est dési- 
gnée dans l'itinéraire d'Antonin 
l)ar les mots: Briva Isarœ, pont 
de l'Oise. 

BROCHE, s. f. Aguille à 
tricoter — morceau de vigne des- 
tiné à être planté. Dans le vieux 
français, ce mot était synonime do 
faucet, petit morceau de bois 
destiné à boucher hi trou fait à la 
barri([uc, d'où le nom de uuu'- 
chand de vin ;) la broclir donné 
au débitant. (Voir le firgistrc des 
Métiers d'Est. Boileau.) 

Ypocras dil à ses ami.s : or Iravcz de 
ce tonne! toutes ces brokes, cil les 
sachièrcnl cl gouUo d'cvc n'issi du 
tonncl. 

(Hnman des Sept Sarifx.) 

On donnait aussi autrefois lo 
nom d'^ hrochi' à l'i-iMM'nn. 

BKOCJIII'.ll, V. 11. Tricoter. 
{Uloss. rorhelais do 1780.) 



BRONZER 



:î 



BROUAGE 



BROYZEK,v. II. S'épancher, 
se (lit d'iiu liquide qui se déverse 
d'un vase trop plein. 

BROi!»S.VC% nom de localité. 
Du vieux français /;^'o.s\sc, brous- 
saille. (\'oir Hoquelbrt.) 

Aucunes foy les cerfs denieurcnl 

dessous les fustayes ou au bord d'icclles 
en quelques petites brosses. 

(Jaeq, Df FouiLLoix, Vénerie, ch. XXXUI.) 

BROS!!^ARU, Rrossand, 

noms d'hommes et de localités. 
Même origine (jue le mot précé- 
dent. 

BBOI', nom do localité qui 
comme hrcil, hreiiil, hrouc, a si- 
gnifié en vieux français : taillis, 
broussailles; bas-breton: hriic; 
toulousain : hriic, brouc. (Voir le 
Gloss. de Goudolin.) 

Brou, célèbre par la tour de ce 
nom, situé entre Saintes et Ma- 
ronnes, était désigné au moyen 
Age par le mot broa. 

Insuper dedimus dictœ ecclesiœ, eccle- 
siani S. Pétri et S. Eutropii de Broà 
cum décima parte terrœ Marenniœ. 

(Ch. fiind. abb. S. Mariœ apitil Saiitones, 
anno 1017.) 

Que la tour de Brou ait été un 
fanal ou un donjon, elle parait 
avoir été bâtie pour guider les 
navigateurs (1). La mer occupait 
la majeure partie du pays envi- 
ronnant, si nous nous en rappor- 
tons aux traditions du pays, dont 
Palissy s'est fait l'écho : 

(1) La position dominante de Brou, pourrait 
la faire regarder comme une des tours ou 
nos ancêtres étal)lissaient des télégraphes 
aériens, ressemblant beaucoup k ceux de Fabbé 
Chappe, si nous en croyons la relation de Véiîrcc : 

• In caslillorum et urbiuiu turrilius ap(iPiidijnt 
» Irabes quibus aliquando erectis . aliqiiando 

• depositis. indicant quii; geruntur. » (Vcfc'éce, 1 
de re MiUlari, liv. HI.) j 



Et estant en Vlsle de Brouc, Inquelle 
fait une pointe vers le costé de la mer, 
oii il y a encores une tour ruinée, les 
habitants du pays m'ont attesté qu'au- 
trefois ils avoicnl veu le canal du havre 
de Brouagc venir jusqu'au pied de 
la dite tour et que l'on avait édilié la 
dite tour pour garder d'entrer les pirattes 

cl brigands do mer Kt pour 

.Tutant ((u'il est aujourd'hui impossible 
d'aller h- long du canal pour aprocher 
de la dite tour, l'on connaist par là 
que la mer s'est retirée de celte con- 
trée... 

(Beninrd Palissï, Discours Admirables, 
p. 236.) 

C'est auprès de la tour de Brou 
(pie se trouve l'emplacement du 

port dos <S'c?W^0?AS(2avT0V0iV Xi[Jtviov), 

dont parle Plolémée au livre IV 
de sa géographie. Il existait dans 
ces parages un centre important 
qui est probablement le Noviore- 
ffuni de l'itinéraire d'Antonin et 
un port assez profond, puisqu'on 
1727 on y découvrit la quille d'un 
bâtiment de 50 tonneaux et que 
le duc de Beaufort y arma (les 
navires. (V. Arcère, Histoire de 
La Rochelle, t. I.) 

Le plus ancien monument qui 
parle de Brou est une charte de 
1078 où la tradition se trouve 
confirmée : 

De Aias in insulam oleronis navigavit 
el deindc ad caslellum ({uod Broa voca- 
tur. 

(Clinrte citée pnr Besly, Histoire des 
Unes d'Aquitaine, p. 377.) 

BROUACiE, nom de lieu. La 
ville de Brouage, située dans les 
marais, est devenue déserte en 
raison de l'insalubrité du pays. 
M(''me étymologie que Brou. 

L'Isle... laquelle se nomrne Brouc, 
dont le havre de Brouage a pris son 
nom. 

(Beninrd PAi.iasv, Di.svours Admirables, 
p. 33(j.) 

La terminaison arjo est une des 



BROUSSE 



BL'FFE 



nombreuses formes du mot eau 
(voir a(je}. Au moyen Age, Brou- 
age a été désigné par les mots 
hvoagium et hrondr/iiini. (^Voir 
Gallin Christinini, t. II, et notam- 
ment la charte de fondation de 
l'abbaye de Saintes.) 

BROU!!^N0<:, Broustc, noms 
dolocalitéscld'honiinos.y/ro;/sse, 
en vieux français, signilie brous- 
sailles, comme le bas breton 
liroust, le gallois Jirwif, le pro- 
vençal hroussns. En basse lati- 
nité Jjrustum a signilié pâturage, 
droit de dépaissance : 

Caprcœ quoqiie bnistiun habeant 

per lolum boscuiii... 

{Ch. Fuml, S. Cniris de TiiU'inniitc, 
Gall. Christ., t. U , Instr. 
col. 41G.) 

BKIIAXT, S. m. Nom vul- 
gaire d'une espèce de verdier. 
C'est un oiseau jaune verdàtre, 
de la grosseur d'un moineau. 

La linolle hait tellement le bruant 
que l'on Uenl pour a?;seuré que leur 
sang ne se mesle jamais. 

(.Vmbroise Pahé, Animaux.) 

nKlJf-F, nom (le localilé. Eu 
vieux français, Iji'ikj, Jiru(/o signi- 
fient pont, donjon, cliàteiui; d'où 
l'anglais y^r/f/^c'. (Voir Ho(iuclbrt, 
Glossaire do la LaïKjuc roinanv.) 



BRI im: 

brouillard. 



f. riuie linc. 



N'est pas de l'ordenn Pain-Marliii 
(^iiii en yver par la bruine 
l'aiiit (le son brann aclierin (1) 
ï^on manlel au povrc cl chemin. 
(Miserere du reclus de Molieus.) 



I.'amas pleureux d'une obscure bruine. 
, (Ro>3AUD, Amours, t. 1, p. 112.) 

BRVXETTK, s. f. Petit 
champignon brun au-dessus, 
blanc par dessous. 

En vieux fran(;ais : liviKjncî, 
sorte de champignon, d'après 
Roquefort — on appelle aussi 
bi'unctte une étoffe brune, la 
bure. 

Delez li pendoil uns mauteaus 



(1) l'arlajîea de son couteau d'acitT son nmn- 
tcau. 



Kl une cote de brunelte. 

{homan de la Uose, ver» 212», 211*.) 

BRI'TAI'», s. m. llnnnolon. 
Du vieux français : bi-nt, bruit, 
tapage; cet insecte fait en vo- 
lant entendre un bourdonnement 
bruyant. 

ur VEliliF, s. f. Mcrm bois, 
broussaille, bourrée. tUoiiuorort, 
Glossaii'v do la Langue vumanc) 

BIC'H.VT, s. m. lîrin de bois 
mort. Diminutif de bûche. 

Bl (Il Allil'I'R* V. n. lla- 
masser Kî bois murt, faire des 
fagots de bûchais. 

BL'CIIF.R, V. a. Battre, frap- 
per, cognei-, abattre du bois, faire 
des biiches. 

Vinrent messagers invisibles qui com- 
menceront à buschcr et à Icmpeslcr. 
(J. Fhoissàkt, i'.hrouique, t. M, ch. IV.) 

Soit qu'entre mes Iroupcanx \\ l'ombre 

Iji^ me lienno 

Soit que je huschc au bois, soit i|uo 

|che/. miii jf vienne. 

AiU. Uiu, EijUxjue \U p. 1H. »••) 

BLlTi:, S. f. Souftle — res- 



BUFFEU 



BUJEE 



piratioii — soufflet, tnpo sur la 
joue. 

En basse latinité : huiïa; espa- 
gnol : yjo/e/.if/o, soufflet, clacjue; 
bafé, poumon. 

Ne l'esluel pas penser a trufes 
Batre la font et doner bufes. 

(RlIEBŒlF, t. II, [). 19S.) 

Vien donc, dcclaii'c toy 
Pour moi, mon Dieu, mon roy 
Qui de buffes renverses 
Mes ennemis mordentz... 

(Cl, Mauoi, Psaume III", t. iy,p. 71.) 

Et à ces mots, son mari haulsc le 
poing et luy donne une très grande 
huffe et dist 

{Cent Nouvelles nouvelles, ch. LXI, 
p, 3i7.) 



BL'FFKK, V. n. Soufllor fort, 
respirer dinicilenieuL. D'où vient 
éhiiffé, essouftlé. 

Les mots Jiuiror et hiiiïe ont 
une orgine germanique ou Scan- 
dinave; en hollandais, puiïen ^ 
pofTeii signifient soufllcr ; en 
anglais, to piiiïa la même signi- 
fication , L'allemand puffen a le 
sens d'être gonllé, bouffi. Le 
changement du p on Ij dans la 
filiation des langues est si fré- 
quent (ju'il est inutile d'insister 
sur l'analogie du verbe sainton- 
geais avec les mots néo-germa- 
niques cités. 

Li rois l'entent, boufe cl sosjjirc. 
{Homan de Tristan.) 

Aus tenailles et au martel 
Si chaufïe son fer bien et bel 
El souflle et buffe et se regarde. 

{Fabliau de la Dent, rec. de UarOazan, 
1. 1, p. 101, vers "t}'.) 

S'il buffoil, c'estoienl clioux à l'huile, 
alias cauies amb'olif. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXII.) 

Des vents impétueux qui se bouffent 

[si fort 



Qu'à peine l'univers résiste à leur 

(ellûrt. 

(RoNSAItD.) 

ISî:-FFI':t, s. m. Souftlet — 
gifile. Même origine ({ue buffev. 
(Voir ce mot.) 

A CCS molz se aprcschad Sédéchias 
le 11/. Chanaan à Michéc, si li empreinst 
un buffelhon bien estored... (1) 

(5'"» Livre des liois. ch. XXII, vers. 21, 
p. 337.) 

Dou poing li done un tel bufet 
Del cul li fait saillir un pet. 

{Roman du Reiiart, vers llt'i07e.) 

SSï'ia'], s. f. Vase de poterie, 
cruche à anse et à goulot pour 
conserver l'eau. Le vieux français 
a eu les formes hiiie, biiye, biiho^ 
la première nous a laissé les 
i\6n\éà huire et burette; la der- 
nière avait formé le mol buhetier 
qui désignait, au moyen âge, le 
fabricant de jjots et de cruches. 

Le pasteur dicl : amys, ne vous ennuyé 
J'aurai pour moy le premier traisl do 

[buye. 

(Vauciiieliii de La Fiirsnave, Satires 
Françaises, liv. II.) 

El si quoiqu'un me présente une buye. 
(Mellin de S. Gelais, Rondeau, p. 84.) 

Il le fisl brusler honorablement puis 
on lisl mettre les os et les cendres dans 
une buye d'argent. 

(l'V. Amyot, irnci. do la 17*' de Marcellus, 
par l'LUrAityi:E.) 

IXf'.Il':B"., Muée, s. f. Lessive. 
Mol tlériv(j du celtique bur/iid, 
lessive, conservé dans le proven- 
çal (bur/ade); en bas breton, 
JiUf/a a le même sens; en gallois, 
bo(/ signifie tremper, lessiver. 



(1) Accessit autcm Sedéclas filius Chanaan 
tipercussil Midicaiu in muxiUuoi. 



BUJOUR 



BUZARD 



Ceux de son train qui alloyenl devant 
vindrent a descouvrir de loing mon curé 
de Brou qui lavoil sa buée. 

(Bonaveiil. des Pkiiieus, Coillcs et Detis, 
XXXIV» nouvelle, p. 151.) 

Il demouroit bien souvent a couclier, 
a cause de faire la Imijée un jour, deux 
jours es maisons dessus dites. 

{Louis XI, Cent Nouvelles, n"» 43.) 

Les servantes sous prétexte de four- 
bir leur vaisselle, faire leur buée et 
autres ordinaires mesnageries 

(Olivier DE Serres, Vicàl. d'Agriculture, 
liv. I, p. 18.) 

Et prenez ung peu la suée 
Pour bien tendre noslre buée. 

(Farce du Cuiier, Farces Françaises, 
p. 23.) 



nUJOl'llî, s. in. Cuvo ù faire 
la lessive — (voir Jjiijc'c). Cet 
ustensile se noinnic ponno dans 
le bordelais. 



ISl'RGAU, ESrcs;au, s. m. 

Escar^cot de mer, espèce de 
coquillag-e de couleur j'irise — le 
frelon noir est quchiuefois cjualilié 
(lu même nom. 

Les huîtres, les moucles, les gembles 
et un nombre intini de bureaux de 
diverses espèces et grandeurs. 

(Bernard Pahssy, Discours Admirables. 
p. 147.) 



Rl'Rir, nom de localité. Le 
radical : Jtiir, enfumé, noirâtre , 
du latin hnrrus, roux, parait 
avoir formé ce mot, ainsi que 
huron, nom donné aux cabanes 



de certains pays et notamment à 
celles, des fromag'ers d'Auvergne. 

BCltOT, adj. Creux. Se dit 
des noix cl des noisettes : noix 
huroltc, noix creuse et vide. En 
vieux français, biiro ilésigne un 
moine. Existe-t-il ([uelcjuo asso- 
ciation d'idée entre ces deux 
sens? peut-être, car le synonimc 
de burot^lcmolc-ilionrnc, désigne 
aussi un capuchon de moine. 

BliSS.Vr, nom de localité 
porté en Saintonge par deux com- 
munes situées au milieu des bois. 
Le sens du mot parait être : mai- 
son du bois; la terminaison ac 
ayant le sens de maison ou 
domaine et la première syllabe 
pouvant être considérée comme 
une contraction de })0sriis, bois, 
en basse latinité, cpii a ('gaiement 
donné naissance au vieux franrais 

J)OS. 

BrzAlill, s. m. oiseau de 
proie. 

On s'y roinproit l'enlondement 
Car on ne srauroil nullement 
D'un busard faire un esprevicr. 

{Furce de Jeitinnl, nnc. ih. (r., t. I, 
p. 3(Jl.) 

Jamais buzanl ne lit tour d'esprevier. 
(JeAii Mahot.) 

Le Iraislrc loup n'aj^uelle 

Leurs moutons : le .serpent n'a plus la 

jdenl infelte ; 

Le buzard ne virnt jilns mangi-r leurs 

(poussinets. 

(Aiii. Baik, Eijlmjue \\n. p. l**.) 



CABANIER 



CABUS 



c 



CAIM^'IKK, ç. m. Fermier 
crimo inétaii'io ai)poléo cabano 
dans le bas ])oitou (^marais de 
Lueon et de Marans). En basse 
latinité: cabnimria, métairie; du 
latin : tnberna. 

CAB.IS, s. m. Panier aplati, 
en paille tressée. Du grec : Kâ!îoç, 
mesure de froment, d'a])rès Hésy- 
chius, cité par Hoijuelbrt, ou de 
l'arabe : gnt'as, cage, panier. 

Aux Gobelins Saint-Marciau 
Là où il prit plus de stabat 
Qu'il n'en tient dans un rabat. 

{Comédie dex Chansons, act. ni, se. I, 
aiic. Ui. fr., t. IX, p. 16-2.) 

Car en certain cabas où leurs gens la 

[cachèrent, 

Les souris enfin la mangèrent. 

(LiFOjiTAiME, Fables.) 

Le vieux français : cabasscr a 
signilté amasser. 

Poinct esgassez n'estes quand cabasscz 
Et entassez poltrons à chiche face. 
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.) 

C'ABArnïKKE, nom donné 
à un (piartier de Saintes. Du 
vieux français : cabôde, caibode, 
cabane, hutte de pierres sans 
mortier. (Voir Roquefort, Glos- 
saire do la Lanrjuo romane.) 

CABIIiliAUD, s. m. Morue 
fraîche. En wallon : cabawe; en 
hollandais : cabcljaauw. 

Que nus ne parle dorénavant de 

houe (1) ne de cabillaud sur peine 
d'eslre puni 

(Teite du XV» siècle, cité par dl' C.vxke, 
nu mol cubelijenses.) 



(1) Uouc, hameçon. 



CA«I]¥ET, S. m. Armoire à 
deux battants — lieux d'aisances. 

Franohemenl, il est bon à mettre au 
[cabinet. 

(MùLiÈHE, Misanthrope , act. I, se. II.) 

Il lui envoya un cabinet de lacquc et 
plusieurs bijoux. 

(J.-J. Rousseau. A'"" llélotse, liv. VI, 
lettre II.) 

«"AC20SSE, s. f. Clou à grosse 
tête i)0ur les fers des chevaux ou 
la semelle des sabots. Du celtique 
kah, tète, qui a fait le vieux fran- 
çais cab, tête, bout, extrémité, et 
son dérivé caboclie, du langage 
familier : 

Portant sur ma caboche un coffin (1) 
[de Hollande. 
(Sr-AjiANT.) 

CAB50.SSEIÎ, V. a. Bossuer. 

Et en grande véhémence d'esprit, il le 
Irepoyl, le cabossoyt. 

(RAnELAis, Pantagruel.) 

CA150I;k:^^E, adj. Creux et 
vide comme une caverne. Mot 
d'origine celtique : Kav coinme 
en bas breton. En vieux français 
caboiirne, cabovno, désignait le 
capuchon des moines, d'après 
Roquefort, 

CABUS, adj. Pomme, se dit 
du choux. 

De vostre sueur, tombant en terre, 
nasquirent les choux cabas. 

Rarelais, Pantaf/riiel, prol. du IV' livre.) 



(1) Colfiu, corbeille. 



CABRI 



•n 



CAGOUILLE 



CABRI, Cabrit, s. m. Che- 
vreau. Du latin: capra, chèvre; 
en languedocien : cahriolo. 

On aura là pain cl vin 

Gras moutons, cabrils, agneaux. 

(J. Faoi39\nT, Pastourelle.) 

CADET, s. m. Nom donné à 
un jeune bœuf. 

CADEUIIi, nom de localité. 
Du vieux français : cap-ducil, 
capcleulh, tour seigneuriale, prin- 
cipale maison d'un licf ; en basse 
latinité : capdoUum, corruption de 
capitolium; radical : capiit, tête. 

Dans le dictionnaire do Borel : 
capdeulh, maison noble apparte- 
nant à l'aisné. Même détinition 
dans le dictionnaire de droit de 
Ragueau et de Laurière. Ce 
dernier en indique l'étymologie : 
quœ vox forte originem habet 
a capitoUo. (Voir de Laurière, 
Glossaire du Droit français, au 
mot capdeulh.) 

CADIS, s. m. Sorte de serge 
de laine, peu coûteuse, dont nos 
campagnards s'habillaient autre- 
fois. 

D'un kamoukas ou d'un cadis 
Comment se tailloit un abis 
Apres nos coslcs et nos cors. 
(FnoisaAitT, Poésies.) 

CAFARD, s. m.. Flatteur, 
hypocrite. Nicot le dérive de 
l'hébreu : cappha, couvrir ; Lcdu- 
chat du latin : cappa, manteau. 
En turc, cafar signilie renégat. 



CACS^^ARDER, v. n. Mon- 
trer do la lâcheté. Même sens que 
capoiiner. 



Donc si quelqu'honncur vous poing 
Soldats ne carjnardez point. 

(RoNSinD.) 

CAGXOT, s. m. Petit chien. 
Du vieux français : car/ne, chien, 
qui a fait cagneux, adjectif quali- 
fiant celui qui a les jambes sem- 
blables à celles du chien basset. 
Ce mot se trouve dans le diction- 
naire de Cofgravo : cagnot, alittlc 
dog. 

Vénus la bonne cagne aux paillards 
[appétits. 

(Sairt-Amast, Le Melon.) 

CAGOEET, s. m. Nuque. En 
vieux français : cahuet, espèce de 
bonnet, partie de l'ainnusse cou- 
vrant le derrière de la tête. Cai- 
gnole, caignon, nu([ue du cou, de 
caiena, chaînon. (Roquefort, Glos- 
saire de la Langue romane, aux 
mots cahuet et caignole.) 

En celtique, chouli signifie 
nuque. 

CAGOUIIiliAC , nom de 

localité, entre Bourscfranc ot 
Marennes : domaine des Cajouil- 
les. (Voir ce mot.) 

CAGOriEIiE, s. f. Colima- 
çon, escargot. C'était aulrefois lo 
nom donné à la volute (pii orne 
l'éperon d'un vaisseau. 

En provençal : cacalauda; lan- 
guedocien : cagaroula. La simili- 
tude des noms et des formes 
permet do rapprocher cagouille 
du mot caffoule qui désignait le 
capuchon des moines : 

Autant chemine unp homme en ung 
jour comme une caijoiiille en cent ans. 
(Proverbe ilu XV« »iJcl«. cil6 par I'avbe, 
Glossaire du Poilou.) 



CAIAU 



78 



CALIN 



CA1AI% eaillan, Caillct, 

noms d'hommes, dérivés du celti- 
que : cail, cailloU; ou du vieux 
français : caïaus, chien (latin : 
caiiis.) 

Job fu sages com uns caïaus 

Qui tous tans suit au flair sa proie. 

(Roman de Charité, strophe 214.) 

On peut également voir dans 
ces mots une corruption du vieux 
français : caïe, tranquille, de 
quietus. 

Ne se povoit tenir caïe 
Tant par estoit jolive et gaie. 

(J. DE Mbcng, Roman de la Rose' 
vers 19930».) 

La dernière forme, caillet, a eu 
au moyen âge les significations 
de fou, imbécille, d'où le nom de 
caillette, donné à un des bouf- 
fons de la cour de France, au 
XVP siècle. 



CAlIiL.EBOTTi:, s. f. Lait 
de brebis caillé et rendu consis- 
tant par la chardonnette et la 
cuisson. Le dictionnaire de l'Aca- 
démie définit ce mot : masse de 
lait caille. 

Si d'icelluy jus vous mettez dedans 
un seilleau d'eau, soubdain vous verrez 
l'eaue prinse, comme si feussent caille- 
bottes. 

(RAnELAis, Pantai/ruel, liv. IH, ch. LI.) 



CAIiA, s. m. Crâne nu. Du 
mol latin calvus, et peut-être du 
colticpae cal, dur. Ce mot désigne 
aussi, en Saintonge, un quartier 
de noix. 

En vieux français : cal, crâne 
— calaux, calons, noix. (Voir 
Roquefort.) 



Co est Gualter, ki conquist Maiilgut, 
Li nies Uroiin al viel cal canut (1). 
{Chanson de Roland, vers 204"».) 

CAIiAIVDi:, Calandre, s. 

f. Mûrier à queue rouge et à 
gorge grise (P. Jônain) — 
alouette. 

Caladrius est un oisiax 
Sor toz autres corteis et biax 
Autresi blanc com la neis. 
(Guillaume le }ion!ii.no, Bestiaire.) 

Calandres est uns oisiaus touz blans 
et ses poumons garït des oscurtez des 
oilz. 

(Brunetto Latini, U Livres dou Trésor, 
ch. CLVI, p. 209.) 

Lors s'évertue et se dégoise 
Le papegau et la calandre. 

(Jeau DE Mecng, Roman de la Rose.) 

Maintz ennemys le viennent assiéger 
Dont le plus rude est le serein légier 
L'autre, le geay, la passe, la callande. 
(Clément Mauot, Rondeau, t. II, p. 147.) 

CAIiEB, V. n. Enfoncer. Ce 
verbe exprime l'action contraire 
de Laler. (Voir ce mot.) 

Plus dolente est de cuer que cil qu'on 
[en mer cale. 

(Li romans de Berte ans grans pies.) 

Celte superbe vertu eust-elle calé au 
plus fort de sa montre. 

(Montaigne, Essais, liv. IV, ch. III.) 

CAIiII¥, s. m. Etouffoir de 
cuisine en cuivre étamé qui sert 
à faire cuire les mets entre deux 
feux. De l'arabe cala'i ou du 
malais kelang , qui signifient 
cluin. Peut-être est-ce une forme 
du provençal câlina, chaleur. 



CÂMJV, adj. Paresseux, fai- 



(1) Le neveu de Drouin au vieux crâne chenu. 



CALINER 



79 



CANETTE 



néant. En wallon, câlin signifie 
coquin. 

Quelqu'un de la Serée nous contant 
que les câlins ne laissent, pour cslre 
cousus de poux, de rire et do se moquer. 
(Guillaume Boucuet, 30' Seréc.) 

CÂlil^ER, V. n. S'attarder 
au lit — paresser. Dans le borde- 
lais, on donne le nom de câline 
à la balançoire ou escarpolette. 

Viens avec moy et pren ton bon mantel 
I ne fault plus calyner à l'hostel. 

{Chant Rial, placard de 1590, annexé aui 
Mémoires de P. de L'Etoile, éd. Jouaust.) 

CAIiVÉ , Calvet , noms 
d'hommes . Du ialin calvus , 
chauve, ou du bas breton calvcz, 
charpentier. 

CAlflBRE, s. f. Chambre. 
Du latin caméra, provençal : 
camhvo. Ce mot n'est usité que 
sur les confins du bordelais. 

En celé cambre, un lit avoit 
Qui de paile (1) ornés esloil. 

[Roman de Flaire et BLancIteflorJ 

CAITIPOS, S. m. Congé, jour 
de liberté où l'on peut courir les 
champs, currero per campas : 

Je me dispose a un tel jour donner a 
mes escolliers campos et licence de se 
jouer, fermer mon cschollc 

(Pierre dr L\nivEy, Le Fidelle, net. I, 
»c. VIII. aiic. th. fr., t. VI, p. 337.) 

Trouva que Geoffroy de Lusignan 

estoit enterré à Maillezais, dont print 
un jour de campos pour le visiter comme 
homme de bien. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, cli. V.) 

C'AXDAIiE, s. m. Terme du 



(t) Paile, étoffe de soie. 



jeu des billes opposé à franc-Jeu. 
L'un srgnilie pair, l'autre impair. 
M. Jùnain, qui écrit ce mol (/iinn- 
dale, le dérive de quantum alibi, 
combien dehors. 

CAIVELI.E, s. f. 'Conduit de 
bois, petit canal. Latin : ciinalis. 
On dit aussi chenelle. (Voir ce 
mot.) 

Le caillou est demeuré creux comme 
une canelle tout à travers 

(Bern. Palissï, Receplc Yérilable. p. Ci.) 

CAHE-PETIERE, s. f. 

Petite outarde, otis letrax. 

Cigongues, cannes petières, oranges, 
flammans... 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXVII.) 

CAI¥ER, V. n. Reculer, avoir 
peur. On disait autrelois dans le 
même sens faire la cane. 

Par Dieu ! qui fera la cane de vous 
autres, je me donne au diable si je no 
le fais moine en mon lieu... 

(Radelais, Gargantua, liv. I, ch. XLII.) 

CAXET, s. m. Petit canard, 
caneton. — En provençal : cancto. 
Au moyen âge, on a dit canal, 
canotte. 

Bien est scmbl.iblc h la canotte 
Que tout jour bourbe et barbolte. 
(Gautier de Coirm, liv. I, cli. I.lll.) 

C-1]VETTE, S. f. Petit seau 
de bois destiné à contenir les 
liquides. En allemand , kanno 
signifie cruche, ainsi (pie le nor- 
mand : canna. En wallon, riini'le 
a le sens de petit seau. Le latin : 
canna, roseau (grec : xiwi) a 
donné naissance à un hoinonymo 
canna, vase à boire, en basse 



CAPE 



80 



CAREUILLOUX 



latinité, qui est employé dans ce 
sens par le poète Venantius For- 
tiinatus. (Voir du Gange, au mot 
canna.) Le vieux français a eu 
chanc, dont canette est un dimi- 
nutif. 

Tost après 'Commanda que l'om quatre 
chanes de ève emplist, 

{Livre des Rois, trad. du XII» siècle.) 

Portant les deux cannettes en ses 
deux mains 

(Marguerite de NiVànaE, Hcptaméron. 
19« nouvelle.) 

CAPE, s. f. Manteau avec ou 
sans capuchon dont les femmes 
saintongeoises couvrent leurs 
autres vêtements. Italien : cappa; 
espagnol : capa. 

Le français a conservé le dimi- 
nutif : capeline. 

En basse latinité, capa ainsi 
détini dans le glossaire d'Isidore : 
capa, quia quasi totum capiat 
homineni. {Origines ou Et^mo- 
logies d'Isidore, évêque de Sé- 
ville.) 

Le vieux français avait chape^ 
qui a été conservé pour désigner 
un manteau sacerdotal : 

Une chape à pluie afubla. 

(Wace, Roman de Ron, vers 7180».) 

Veslu simplement d'une mcschante 
cappe. 

(Fr. Abyoi, Vie de Nicias, trad. de 

PLUTARgUE.) 

La cape saintongeaise, dont la 
forme actuelle se reconnaît sur 
des poteries gallo-romaines, fut 
importée par les Gaulois au siège 
de l'empire. On s'en servait à 
Rome pour courir la nuit en 
bonne fortune : 

Quid si nocturnus adultcr, 

Tempora iSantonico vêlas adopcrla 
[cucullo. 
(JcviBAL, Satire VIII.) 



Martial désigne également ce 
vêtement : 

Gallia Santomco vestit le bardo- 
[cucullo. 
(Martial, Epigrammc 128".) 

€AQUEROl4li£, s. f. Ecaille, 
carapace. 

Eschylus, ce nonobstant, par ruine 
fut tué d'une cheule do caqiierolle de 
tortue. 

(Rabelais, Pantagruel,\iv. IV. ch.XVII.) 

CARABOSSE, adj. Bossue. 
Ce mot dérive évidemment du 
grec : Kàpa^oç, écrevisse de mer, 
crabe; latin: carabus. 

CARASSO^^E, s. f. Nom 

donné dans l'ouest de la Sain- 
tonge (Blayais), aux pieux desti- 
nés à soutenir la vigne. En basse 
latinité : carratium, échalas. 

On se sert également du verbe 
carassonnei\ planter des écha- 
las, disposer la vigne sur des 
pieux. 

CARBO^ADE, s. f. Ragoût, 
ainsi nommé parce qu'il se cuit 
sur un fourneau; latin : carbo- 
naria. 

Je voys tenter les héréticques ce sont 
asmes friandes en carbonade. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XLVI.) 

CARCUIiER, v. n. Calculer, 
réfléchir. 

Comment ! — je suis bien recullé 
Car je n'avoys pas carcullé 
Que ccslc ligne estoit bastarde. 

(Farce de Genrqe le Veau, anc. th. fr., 
t. I, p. 395.) 



CAREUIIiliOUll, adj. Qui 
a les yeux chassieux, humides, 



CARPENTIER 



81 



CASSOUIL 



huileux. En vieux français : carcil, 
chaleil, chareil, désignent une 
lampe de cuisine. Le nom de cet 
ustensile, généralement huileux 
et sale, a probablement donné 
naissance à l'adjectif saintongcais 
careuilloux. 

CARPE^'TIER, nom d'hom- 
me. En vieux français : char- 
pentier 

Puis fisl qucrrc Carpentiers partout 
por faire escièles... 

(Henri db ViiENCiEmiEs, Histoire de 
l'Emp. Henri, cdit. de Wailly, 
§678.) 

CASSE, s. f. Vase plat pour 
recevoir le jus des viandes qu'on 
fait rôtir — lèchefrite. On donne 
aussi ce nom a un trou plein d'eau 
sale ou de vase. La casse à ïîan 
est le trou du fumier. Dans le der- 
nier sens on dit aussi cassouil. 
(Voir ce mot.) La basse latinité 
avait le mot cassa qui avait le 
premier sens; en latin, cassus 
signifiait creux, vide ; cassa nux, 
noix vide. (Plaute.) 

OUes, chauderons, casses de cuivre. 

(Toile du XV* siècle, cité par du Cance, 
au mot cassa.) 

Le mulet... passa par dessus pots, 
buies, casses, chauffrettes, qu'il brisa, 
cassa, rompit et gasla comme un étourdi. 

(Béroalde de Vertille, Moyen de parvenir.) 

.\chines étoit teigneux; Agamemnon 
liche-casse. 

(Rabelais, Pantagruel ^\iy. H, ch. XXX.) 

CASSE-MUSEAU, s. m. Gâ- 
teau rond de la forme d'un poing 
fermé. 

Quand je tiens une tartelette, 
Un flanrl, un casse-muzeati 
Jo le fourre sous mon muzeau. 
(Farce de Jcannol, anc. th. fr., t. I, p. -"yi.) 



Quarcsmo prenant a... les ligamenla 
comme une cscaroUe, les os commo 
ca^ses-wuzeaulx. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXX.) 

Le vrai nom de ce gâteau est 
cacbe-muscan, qui contient son 
étymologie. On trouve cache-nm- 
seu dans le Glossaire do la Langue 
7'0/2i<9«e de Roquefort, et cache-mu- 
séu dans celui des œuvres du 
poète toulousain, Goudoulin. Co 
mot se trouve également dans les 
vieux écrivains : 

Fougasses, brassadeaux, lourlil- 

lons, biscuits, eschaudés, oublies, cache- 
ynnseaux 

(Olivier de Serres, Thcùlre d'Agriculture.) 

Casse-nniseau et cachc-nmscau 
sont d'ailleurs des synonimes des 
mots pins anciens talmousc ou 
talemouse, qui désignaient une 
espèce de pâtisserie. (Du vieux 
français taler, frapper, presser, 
moiise, museau.) 

Item à Jehan Régnier je donne 

Tous les jours une talcmoxise 
Pour bouler et fourrer sa }nousc 

(l'rniiçois Villos, Testament.) 

CASSIIVE, s. f. Mauvai.sc 
petite maison. Péjoratif do case, 
cabane. (Latin : casa.) 

J'ai là-bas une petite cassitui au bout 
de votre grand pré. 

(Béroalde de Vbrville, Moyen de parvenir.) 

Or, voilà le Ihrcsor de ma pauvre 
[cassitic. 
(Remy Belhbai-, Bergeries.) 

CASSOTTE, s. f. \'ase (Ml 
bois ou en métal muni d'un con- 
duit poiu' laisser coulor l'eau. 
Diminutif de casse. (Voir ce mol.) 



CASSOlIIi 



Flacjuc 



^ 



CASTAIN 



CELLE 



d'eau sale. (Voir casse.) On trouve 
en vieux français cassard. 

Des poissons... qui se sont engen- 
drez dedans certains cassars ou récep- 
tacles d'eau... 

(Bernard Palissv, Discours Admirables, 
p. 337.) 

CASTAIIV, adj. Nom donné 
au bœuf roux ou châtain. 

Le picque-bœuf... parle à ses bœufs : 
Gareâ, fromentin, brichet, castain, ven 
après moay. 

(Bonav. des PÉiuEns, Contc-S et devis, 
69» nouvelle.) 

CASTO^UfADE, s. f. Casso- 
nade. Le mot saintongeais était 
encore usité au XVIP siècle. 

Le grand usage est pour castonnade 
et non pour cassonade, qui est pourtant 
le véritable mot. 

(MÉMAGE, Observatioos sur la Langue 
française.) 

CASUEIi, adj. Fragile, sus- 
ceptible d'être cassé — éventuel, 
du latin casus, hazard, malheur. 



CATERRE, s. m. Catharre, 
des mots grec y.a-cà et p'âiv, couler 
en bas. 

Le mal du roy fut un caterre ou apo- 
plexie. 

(C0MINE3, Mémoires, liv. VUI.) 

La gelée a tué les fleurs 
L'air est malade d'un caterre 
Et l'œil du ciel noyé de pleurs 
Ne peut plus regarder la terre. 

(Théophile de Vue.) 

CATIR, V. n. Cacher dans 
un endroit resserré, usité surtout 
dans le sens réfléchi : se calii\ 
se cacher, se blottir. 

»^_' ^ """' ^Z^Z 

Je trouvai en un anglet ^ ^^ 



D'un bourselot: Diex! doux valet! 
Di-ge lors cs-tu si qiiatis. 

(J. FnoissART, Le dît dou Florin, vers 3°.) 

CAUSSADE, nom de localité. 
Forme gasconnne de chaussée, 
chemin battu. (Via calcata.) En 
basse latinité : calciata. Le village 
de St-Martin-La-Caussade, en 
Blayais, était sur la voie romaine 
de Saintes à Bordeaux. 

CAVICîl^AC, nom de localité 
signifiant domaine bas ; du vieux 
français cavin, vallée, lieu bas, 
du latin cavea, cavum. (Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

CAYEîï", s. m. Nom injurieux 
donné au paysan. En basse lati- 
nité, caya signifie petite maison, 
par corruption de casa. Il paraît 
plus naturel de dériver cayen du 
gascon caï, chien. 

CAlfEafaiTE, nom de localités 
près de Marennes et de la Trem- 
blade. (Voir cayen.) 

CÉDUIiE, s. f. Assignation à 
payer — acte d'huissier. Ce mot 
s'est écrit schedule. 

A celle fm qu'il n'y ait faute nulle 

Je vous feray une belle cédule 

A vous payer, sans usure s'entend. 

(Clément Mauot, Epitrc au Roy pour 
lui demander de l'argent.) 

Ri le papier de mes schedules beuvoyt 
aussi bien que je foys; mes créditeurs 
auroyent bien... 

(Rabelais, Gargantua, \\\. I, ch. V.) 

CEIiIiE, Cielle, adj. dém. 

Cette. 

La domnizellc celle kosc ne contredit. 

(Canlilènc de Sainte Eulalie, X» siècle, 
vers "l'i".) 



CELLES 



83 



CERNEAU 



En l'espeisse d'un grant buissun 

Vit une bisse od sun faun 

Tute esleil blaunce cela besle (1). 

(Marie de Fiunce, Loi de Gugcmer, 
vers 91°, t. I, p. 56.) 

CEIiliES , ecUcrronin , 

noms de localités, l'une près d'Ar- 
chiac, l'autre dans la Charente. 
Du latin : colla, cellier, petite 
chambre, et plus tard : chapelle, 
sanctuaire dans Vitruve. 

CEJflElVTIÈRE, s. m. Cime- 
tière. Au XVIP siècle, on disait 
encore semetierre. 

Boutique d'un libraire : le Semetierre 
des vivants et des morts. 

(SoMAizE, Dictionnaire des Prctieuses, 
p. 43.) 

CEIVDRIIiliE, s. f. Mésange, 
ainsi nommée à cause de sa cou- 
leur cendrée. 

— Compère qu'astu vu? 

— J'ai vu un cendrille 
Qui peignait sa fille 
Au haut d'un rocher. 

— Compère vous mentez. 

(Vieille chanson citée dans lo glos- 
saire de LiisNEL DE Lassalle {'i). 

CElVEIiliE, iScncllc, s. f. 

Petite prune violette (jui vient 
sur l'épine noire, d'après la défi- 
nition du dictionnaire do Trévoux. 
Ce mot est d'origine tudosfiue. 
Dans cet idiome, slcha signillait 
prunelle. Nous le retrouvons dans 
le plus grand nombre des langues 
néo-germaniques : l'anglo-saxon : 
sla; le hollandais : slco; l'anglais : 
sloe, signilient prunelle. Le da- 



nois : s/a/?, sinacn, prunellier; lo 
suédois : slaan, prune, slaan-hœr, 
pruneile. 

Et je vous raporl les novelcs 
Qu'el front vous sont li borjon né 
Ne sai se ce seront ccnelcs 
Qui ce vis ont avironné. 
Elles seront merveilles et bcles 
Avant que l'on ail moissonné. 

(RlTEBŒCr,) 



(1) En l'épaisseur d'un grand buisson 

Vit une biclir au'c son faon 
Toute était liianclie cette \\c\c- 

(2) LaisncI di* Lassalle, arrliéolo(,'iic brrri- 
clion, auteur d'un glosbaire manuscrit du bas 
berry. 



Et cerchoienl par ces boissons 

Boulons et mores et prunelles 
Framboises, frèzes cl cencUcs. 

(Jean DE .Mei'nc, Roman de la Rose, 

vers oin-oiao».) 



CEWER, V. a. Chiltrer, faire à 
un animal mdle ou femelle roj)é- 
ration qui le rend stérile. Du 
grec : Xaîvtj^, je coupe. 

Il faut que tout de moy tenez 
Qu'ils ne sont chaslrés ne scncz. 

(Clcmenl Mahot, f • Dial. d'Erasme, 
t. IV, p. 31) 

CERîVE, S. m. Enceinte tracée 
autour d'un moulin à vent. Du 
latin : circinus, diminutif do 
circus. 

A minuyt à la lune 

\'a faire, en terre un grand cerne tout 

[rond. 

(Clément Marot, Epitres, p. 181.) 

El voyant que tous estoycnl dedans 
lo cerne do chordes, soudain cria : lyre, 
lyre. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXV.) 

Puis sonnez vos porncmuses 
Kl menez nu b.il les nuises 
En un cerne tout aulour. 

(Roî«»a«d, Egloguc Vl, I.IV, r-Hfi) 

<'i:R.\E.ir, s. m. Noix fraî- 
che et (Micillio avant la iiiàlurih: 
(pi'on fait inari-rtM- dans du vtM-jus. 
Cl! mol ebld'origiiii' g.irmani(|ue. 
L(î ludoscpio : kcvno; l'angio- 
saxon : civiicl; l'islandais: kiariii; 



CERTAIN 



84 



CHAFFOURRER 



le danois : kîœrne; l'allemand et 
le hollandais : kern; l'anglais : 
kernel, signilient un fruit enfermé 
dans sa coque ou l'intérieur de la 
noix. Rabelais appelle cernci\ 
l'opération qui consiste à déta- 
cher la noix fraîche par une inci- 
sion circulaire. (Voir Garaantua, 
liv. I, ch. XXVII.) 

Présentez moi, pour fruitz nouveaulx 
Des pommes, poires et pruneaulx 
Reste après toutes ces chosettes 
Avelaines, cerneaulx, noisettes. 

(Nicole ne n Chesn4ye, Comdamnacion, 
de Bancquet.) 

Pommes et amandes sucrées et pel- 
lées; ccrneaulx pelez a l'eaue rose 



(Antoine be la Salle, Jehan, de Saintrc. 
ch. LXXI, p. 307.) 

Huile de noix, or aux cerniaux 
Vinaigre qui est bons et biaus. 

(Les: Crieries de Paris, vers So", 
Fabliaux et Contes, t. n, 
p. 279.) 



• CERTAIN (de), locution 
adverbiale pour certainement. 
On dira : olcst de certain, savoir 
de certain, pour il est sûr, savoir 
d'une manière certaine. 

Et il me dist que il avoit trouvée de 
certain que au giet d'une pierre menue... 
(JoiNTiLLE, Ilist. de S. Loys, § 36.) 

Quant li rois de France sceut de cer- 
tain cl fu cnfourmésquemessires Robert 
d'Artois estoit arrestés 

(Jehan FnoissARi, Chronique, liv. I,§ 48.) 

Or suis marié de certain 

Je prie Dieu qu'il m'en doint gain. 

(Conseil au nouveau marié, anc. th. fr., 
1. 1, p. \.) 

On trouve, au XVI° siècle, 
pour certain avec le même sens. 

Le pauvret jpour certain fut pris en 
[trahison. 
{Passerai, lu, mort d'un Moineau.) 



CHA, adj . Chaque — cela, ce 
qui — ça. 

Châ petit va loin. 

(Vieux Proverbe.) 

Et s'enfui li uns châ et li autres là. 

(Henri de A'^aienciennes, Uist. de l'Empe- 
reur Henri, odit. do Wailly, § 509.) 

Et lor sires est romcs clia fors (1) 
Qui moût estoit crueus et fors 

(Chevalier au Barinel, vers 159». — 
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 213.) 

CHADEIVAe, Chadene, 

noms de localités. Du vieux fran- 
çais chaène, cadene, chaîne ; latin : 
catena. 

CHADEIVIERS , nom de 

localité. La locution sainton- 
geaise : à dm deniers, correspon- 
dant à celle de : sou par sou, a 
désigné un bien acheté à force 
d'économie. 

CHAFAUD, s. m. Echaffau- 
dage qui sert aux maçons pour 
élever leurs constructions. 

... A Saint-Denis un chaffault et parterre 
Joustes très grans où l'or luit ethabonde. 
(Eustache Deschaups, Poésies.) 

CHAFAUDER, v. a. Elever 

un échaffaudage. 

Il falloit pour le moins une riole sur 
laquelle il chajfaudoit et bastissoit ses 
moïcns. 

(Noël DU Fail, Contes et Discours d'Eutrapel.) 

CHAFFOURRER, v. a. 

Barbouiller. En poitevin : chaf- 
fourri. D'après M. Burgaud des 
Marets, ce mot est usité on Sain- 
tontïe. 



(t) Et leur seigneur est reste lii-debors. 



CHAGNAUD 



CHAINTrxES 



D'abondant en ont chaffoxwé leur 
robidilardiquc Loy Gallus... 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. III.) 



CnAGXAUD, €liaig;uaad, 

nomsd'hommesdérivësdec7i%/?o. 
(Voir ce mot.) En patois poitevin : 
chagnoux, planté de chênes, 
chênaie. 



CHACi^^G, Cliaisne, s. m. 

Chêne. Ménage dérive ce mot de 
quernus, corruption de qiiercus, 
Barbazan de chaonia, contrée de 
l'Epire. 

Cum li mules vint suz un grand 
chaigne e ki mult out branches, une 
des branches aerst Absalon par la 
Iresce. 

(Livre des Rois, trad. du XII» siècle.) 

Le chancelier de Bourgogne a ordonne 
que l'on feist faire bonnes layettes de 
bois de chaigne. 

(Jehan Frjissaut, Chroniques.) 

ClIACiXE-DRET, C'hasnc- 

foarcliut, locutions indiquant 
l'action de marcher sur les mains, 
d'être la tête en bas et les jambes 
en l'air. 

Chacun à ceUe facétie 
Voulut être de la |3artie 
L'un en fist le chesnc- fourchu. 

(ScAiiROit, Virgile travesti.) 

CIIAG^^ÉE, s. f. Chênaie, 
lieu planté de chênes. En vieux 
français chaoine veut dire chêne. 
(Voir chùgne.) 

CHAI, s. m. Cellier à vin, à 
eau-dc-vie, de easn, maisonnette, 
cabane, hutte; en basse lalinilé : 
chaia, cellier. 

Les marchands... payeront les louages 
de ces maisons, chaiz ou ouvroucrs 



esquols mcllront cl tiendront leurs mar- 
chandises. 

{Couslumier général de France, 1. 1, p. 707.) 



ClIAIIi, s. m. Caillou et en 
général toute pierre dure, silex, 
quartz, etc. Du celtique cal, dur; 
en provençal : calhau, en hollan- 
dais : kai. Le mot caillou parait 
dérivé de calculas, comme clou 
de clavus. h'ii du patois sainlon- 
geais se retrouve dans quelques 
anciens textes : 

Si durement s'estoil hurlée à un chaillo. 
{Li Romans de Berte aus grans pies.) 

Bien estoienl un cent que queuls, <]uo 
(boulillicr 
Qui véisl sur Bertrand venir cl cosliier 
Et jeter grans chaillos pour lui à cmpiricr. 

(Chronique de Bertrand Du'jucscliii, 
vers %'2».) 

ClIAIIiliEVr, C'haillof, 
Cliaillou, noms d'hommes déri- 
vés de chail, caillou. (Voir ce 

mot.) 

Et si rcroil mainte colce 
Souvent de coulel et d'cspéc 
El de chaillous parmi les costcs. 

{Fabliau de l'Anesse et du Chien, 
ver» 77» — roc. do fiarbnzao, 

t. m, p. ox.) 

CIIAILIiEVETTE, nom do 

localité du canton lic la Trcm- 
blado. Diminutif de chail, caillou. 
(Voir ce mot.) 

ClfAIXTREîii, s. f. Sillons 
du bout d'un cliiiinp, tracés en 
travers des autres. En vieux fran- 
çais, ce mot désigne im champ 
entouré d'une haie; en basse 
latinité : rinclada. (Voir Hoipic- 
fort, Glossaire do la Langue 
l'omanr). En nivernais, un chaiii- 
Irc est une réserve de pâturage. 



CHALAIS 



CHAMPAGNE 



Item luy avons baillé toutes les chain- 
tres assis entre les terres labourables 
de la cousture de Sommiers, assize 
jouxte le pcrat de Saujon... 

(Bail emphyléi'tique du 18 novembre 1465, 
consenti par l'abbo deSabloncoaux — 
Arch. hist. de Saintonge, X, p. 327.) 



CHAIiAIS, nom de lieu. En 
vieux français : lais, sentier. 
Chalais peut être considéré 
comme un diminutif de chasse- 
lais, sentier de chasse. 

CIIAIiA^D, s. m. Client 
d'un marchand — habitué d'une 
maison, d'un lieu quelconque — 
grand bateau. 

Un chaland est toujours remis 
Au lendemain, et l'incognu 
Qui sera le dernier venu 

(Jacques Grevin, Les Esbahis, act. III, 
8C. II, anc. th. fr., t. IV, p. 278.) 

Faites cerkicr le mer, dusc' a 1' port 
[Daniel 
Ne barges ne laies ne calant ne batiel. 
(Roman d'Alexandre, p. 121.) 



CHAIiA^DISE, s. f. Acha- 
landage — clientèle d'un mar- 
chand. 

Perdu ma femme et mes escuz 
VA qui plus est, la chalandise 
De ma meilleure marchandise. 

(Jacques GnEviN, Les Esbahis, act. I, 
8C. I, anc. th. fr., t. IV, p. 231.) 



C'HAIiEUIIi, s. m. Lampe 
rustique. En vieux français : 
cbaleil. (Roquefort, Glossaire de 
la Langue romane.) 

CHALIJV, Chalinc, s. 

Eclair sans tonnerre dans les 
soirées chaudes. En vieux fran- 
çais : chaline, chaleur; du latin : 
caler e. 



Et si est à la fie de près veisino 
Ko viande défit par sa chaline, 

(Pierre de Vernon, Enseign. d'Aristote.) 

Ainz que l'solcilz déust espandre 
Les rais d'amunt c sa chaline. 

{Chronique des Ducs de Normandie, 
t. II, vers 19245».) 

CHAIilT, s. m. Bois de lit. 
Ce mot, dit Richelet; ne se dit 
pas à Paris par les gens qui par- 
lent bien; en sa place, on dit: 
bois de lit. (Dictionnaire fran- 
çais, édit. de 1680.) 

Car el lit où ele se couche 
N'a il ne chaelit ne couche^ 
Ains gist en fiens et en ordure. 

(RtlTEBŒUF, t. II, p,34.) 

Esquelles maisons avoit quatre salles, 
chambres, garde robes, chalitz 

(Ant. DE La Salle, Jehan de Saintré, 
ch. LVI, p. 212.) 

S'esmeurent et se remuèrent 

tellement toute la nuict qu'ils en rom- 
pirent et enfoncèrent le fond du challit, 

(Brantôme, Dames Galantes, dise. II, 
p. 37.) 

Marye toi de par le diable Le plus 

toust que faire pourras. Dès huy au 
soir faiz en crier les bancs et le challit. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. XXVI.) 



CHAIiliER, v. a. Oter la 
coquille des noix — faire tomber 
ces fruits de l'arbre en frappant 
sur les branches avec des gaules. 
(Voir ce mot.) 

Cependant les mestaiers qui là auprès 
challoient des noix, accoururent avec 
leurs grandes gaulles. 

(Rabelais, Gargantua, liv.I. ch. XXV.) 

CHAHOVIIiliAC, nom de 

localité, canton de Montcndre : 
Domaine du Champ mouillé. 

CUAMPAOIVE:, s. f. Nom 

donné aux pays qui produisent les 



CHAMPAGNE 



87 



CHANCEUX 



meilleures eaux-dc-vio de la Sain- 
tonge. Il y a des champngncs 
dans plusieurs autres provinces : 
en Berry, en Touraine, etc., etc. 
En vieux français, ce mot était 
synonimc de plaine et de cam- 
pagne. 

E de cèdre i en oui taut cum de Sico- 
mors ki creissent en la champaigne (1). 

(3' Livre des Rois, ch. X, verset 27, 
p. 2-5.) 

Il serabloit que toute la champaigne 
fui couverte de batailles... (2) 

(ViLLEHiHDoiiN, Coiiq. de Constantinople.) 

Un bruit courut jadis que les montaignes 

Enfans portoient 
De quoy trembloient vallées et cham- 
[paignes. 
(Gilles ConnozET, Fables d'Esope, p. i~.) 

Néantmoins que souvent se trouvas- 
sent aux landes et champaignes à garder 
leurs avoirs ou bien à bêcher. 

(Noël DU Fin, Propos Rustiques. 
ch. Vin, p. 93.) 

Grégoire de Tours a employé 
le mot campania dans le sens de 
plaine. 

€HA]fIPAf.iXE, Chantpa- 
gnac, Chaiii|)a;^uollc, noms 
de localités. Du mot Champagne, 
plaine. (Voir ce mot.) En latin, 
ces localités sont désignées par 
le mot campania. 

CHAIflPARTEK, Chaiii- 

pertcr, v. a. Henvcrscr, inollro 
les jambes à l'air. • 

Bertaus qui fu on sa meson 
Saut por véoir ([ue ce esloit 
Qui ses gelincs champartoit. 
{Roman du Rcnart, vers 5039".) 



CIIAIflP IIOLKIVT, nom do 

localité signiliant : le champ do 
deuil, et rappelant quelque événe- 
ment tragique. En latin: campus 
dolensis. 

Ecclesiam sanctœ Mariœ quro sila est 
in catnpo dolcnsi 

{Gatlia Chrisliana. t. H, col. 1098.) 

CIIAMPEAll, nom de loca- 
lité. Dans la Coutume de Sain- 
tonge, art. XV, « les prez cham- 
» peaux sont des terres mises en 
» prez. » (De Lauriùrc, Glossaire 
du Droit français.) 

CHAMPl, s. m. Bâtard, 
enfant naturel abandonné par ses 
parents. Du latin : è csmpis. 

Appelant un enfant, en présence de ses 
père et mère, champis ou avoiste (l) 
c'est honncstemcnt, lacilement, dire lo 
père coqu et sa femme ribaulde. 

(RiBELiis, Pantagruel, liv. HI, ch. XIV.) 

La Biographie Universelle, au 
mot Cliampionnet, jjrétcnd (pie 
cet illuslro capitaine a reçu ce 
nom a cause de sa naissance. 

Le mot champi est usité dans 
le Berry : 

Champi n'est pas français — jo 
demande bien pardon, répondis-je. lo 
dictionnaire le déclare vieux mais Mon- 
taigne l'emploie Je n'intitulerai donc 

pas mon conte : François l'enfant trouvé, 
François lo bâtard, mais Fr.nnçois lo 
champi, enfant abandonmi dans les 

champs 

(George S*>n, aïanl-pri'po» île François 
le Champi.) 

C'IIAXC Kl'X , Cliaiirar«l, 



(1) Et cœdoruin pr.vbiiit miillilii(Iincin quasi 
sycomores qu(C nasciintiir iii cnmprslrihus. 

(2) Il semblait que toute la pluinr (de Cons- 
tantinople) fut couverte de bataillons en armes. 



(l) Avoisirr, adultérin, du vieux français: 
avntirc, avoilire, adultère; en basse Ulinilc : 
avuUeria. 

« Cil qui font des avoitircs sont comdampnié.* 
{Livre de Josticeel de Plel.) 



CHANCRE 



CHAPIA 



adj . Heureux, qui a de la réussite. 
Quoique familier, le premier de 
ces mots est français. 

Faut-il qu'il soit aussi chanceux que 
Cogue-feslu qui se tue et ne fait rien. 

(Comédie des Proverbes, act. II, bc.VI' 
anc. Ih. fr., t. I.\.,p. 60.) 

Il est vrai que je suis chanceux 

d'avoir cette chambre-ci 

(P.-L. Courrier, Lettres,) 

CHAJVCRE, s. m. Cancre, 
écrevisse de mer. Latin : cancer. 

Celte tumeur a pris le nom de chancre 
parce qu'elle ressemble beaucoup au 
poisson appelé chancre. 

(Ambroise Paré, Chirurgie, y. 2i.) 

CHAivierS, nom de com- 
mune qui, dans les deux Gha- 
rentes, se présente sous les 
formes : cbaniers, chapniers, 
champniers, chepniers. Ces mots 
paraissent signilier : champs net- 
toyés, champs bien travaillés. 
En vieux français, le verbe nier, 
participe passé : nié, ayant la 
significetion du latin : nitidare, 
nettoyer, de nitidus, propre. 

CHAJVTEAU, s. m. Morceau 
coupé à un pain — quartier de 
quelque chose. De ce mot, passé 
d'usage, est resté le diminutif : 
échantillon. 

Chanteau est d'orig-ine germa- 
nique, car nous le retrouvons 
avec la signification de morceau, 
quartier, dans les idiomes du 
nord : tudesque : kant; islandais : 
kantr; allemand : kante; anglais : 
cantle; hollandais, suédois, da- 
nois ; kant. 

Mal se peut vuider, sans ronger au 
chanteau... 

(Georges CnASTELAin, Exposition sur 
la vérité mal prise.) 



Mais ils nous donnèrent de leurs 
chanteaitx et bûmes à leurs barils à 
bonne chère. 

Rabeiiis, Pantagruel, Ut. V, ch. XXXII.) 

Rognez, bref prenez le couteau 
Tranchez à mesme le chanteau. 

(Ani. Baïf, Le Brave, act. III, se. I, 
p. 1-20, v°.) 

CHAIVTECIiilIR, Chantc- 
S:r«lct, Cliautenicrlc, Chan- 
teraiuc, Chautccocut, noms 
de locahtés. Lieux où on entend 
chanter le coq, le grillon, le 
merle, la grenouille, le coucou. 

Ces noms se retrouvent dans 
le bordelais, sous les formes 
gasconnes : cante-merle^ cante- 
coucut, cante-rane. 



CHA]VTE]«Air , Chantc- 
net, noms de localités. La com- 
mune de Chantenay s'appelait, 
autrefois Charentenay, et en 
latin, d'après la Gallia Christiana, 
Carentiniacum. Sous cette forme, 
la signification : domaine sur la 
Charente ressort d'une manière 
évidente. 

CHAPIA, Cliapiau, s. m. 

Chapeau. 

Nus ne puct fero coispiaus c'est à 
savoir cJiapiax à coutiuux et à espécs... 

(Est. BoiiEAu, Livre des Métiers, p. 168.) 

En la rue au quains de Pontis (1) 
Fis un chapia de violette 

[Ledit des rues de Paris, ters 274», 
Fabl. et Contes, t. II, p. 236.) 

Pour moi, je boute à ma teste, 
S'il no veut changer de piau 
De planter comme une cresto 
Les cornes sous son chapiau. 

{Comédie des Chansons, act. III, se. I, 
anc. th. fr., t. IX, p. 162.) 



(1) Ea la rue du comte de Ponthieu. 



CHAPONNER 



CHARDONNETTE 



CHAPOXIVER, V. a. Ghrurer 
un coq et par extension un 
homme. 

Ces poussins deviendroient grands et 
les feroit chaponner. 

(BonaT. DES P^riers, Contes et Joyeux 
Devis., XIV* nouvelle.) 

A Naples on y chaponne deux ou 

trois mille enfants par an. 

(VûLTAiRB, Candide, ch. XII.) 

CHAPUS, nom de lieu qui 
désigne la pointe de terre qui du 
continent se rapproche de l'ile 
d'OIéron. Ce mot vient comme 
chapeau, chapiteau, etc., du latin : 
caput, tête, qui a également donné 
le dérivé : cap, pointe de terre 
s'avançant dans la mer. 

Au moyen âge, on appelait 
chapuis la charpente en bois des 
selles et des bats, et chapuiscurs, 
les fabricants de ces objets, que 
les selliers avaient seuls le droit 
de recouvrir de cuir. 

Quiconque veut être chaptiiseur à 
Paris, à savoir fesieres de arçons el 
d'aunes à seles et de fuz à some... (1). 

(Registre des Métiers d'Est. Boueai-, 
p. 21a.) 

Monté sur l'échaffault de luy-mêmes, 
il se métit à genoux et estendit le col 
sur le chappus (2). 

(Jean d'Auiou, Hist. de Louis Xll, 
éd. 1615, ch. XXVUI.) 

L'expression chaput s'est con- 
servée dans les patois rochelais 
où elle désigne le billot de bois 
des tonneliers. (Glossaire a'Au- 
nis.) 

Dès le XI" siècle, il est fait 
mention de la pointe du chapus : 



(1) Fui à some, bals do bois pour les bOles 
de somme. 

(2) Ici, chappus désigne un morrcau de bois en 
forme d'arçon de selle, sur lei|iiel n'iiose lacou 
du supplicié qui va cire décapité au moyen de 
la niaiinaja, espèce de guilloliue. (Voir ce mol.) 



Donâraus cum decimâ toliusterrœ 

Marenniœ a monte Aquilino usque 

ad cfîapusium Canuli videlicel Soudrâ 

et Broadgio (brouagc) 

{Charta fundalionis abhalia S. Marix 
apud Sanlones. anno lui'. Gallia 
Christiana, t. II, inslranieota.) 

€II.%.R, S. f. Chair, viande. 

Li parole est faite chars et si habitat 
en nos (1). 

(Saint Bbbnabd, Sermon de la Nativité.) 

Rien c'on péust mengier ni ol, ne 
[cru ne cuit 

Ne pain, ne chai', ne vin, no gasliaus, 
[ne bcscuil. 

{Li Romans de Berte aus grans pics. 
ver» 910«.; 

La char lur tolent e la pel 
Si cum li lox llst à l'ainguiel. 

(Mario de Fiurcb, Fable dti Loup et 
de l'Agneau, t. II, p.GT.) 



CHARDOIVIVET, s. m. 

Chardonneret. Petit oiseau chan- 
teur dont le nom est venu du 
végétal dont il fait sa nourriluro 
habituelle : « C'est ainsi que le 
» chardonneret, dit Bernardin do 
» Saint -Pierre , affectionne lo 
» chardon d'où il a pris son 
» nom. » (Etudes de la AaturCt 
liv. I.) 

Oii pas à pas, le long des buyssonncti 

Allois cherchant les nidz des char- 

[dontuitz. 

(Clément Miior, Eglogue au Roy, 
t. I, p. M).) 



CnAUnOXXETTE, s. f. 

Fleur irai'licliaut sauvage {cynara 
cardunccllijs), employée pour 
cailler le lait. On s'cmi sert pour 
confectionner la caillchottc. (Voir 
ce mol.) 



(1) Verbum caro factum csl cl sic habiui in 

DOS. 



CHARIVARI 



90 



CHARRIER 



S'il crachoit, c'estoient panerées de 
chardonnette. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXII.) 

S'il est vray, adieu le caresme, 
Au cancile qui se fera ; 
Mais Rome tandis bouffera 
Des chevreaux à la chardonnette. 
(Cl. MiROT, Epitre, t. I, p. 2-24.) 



CHARIVARI, S. m. Tapage 
et concert grotesque faits devant 
la maison de ceux qui convolent 
en secondes noces. Scaliger le 
dérive de clmlybaria, chaudrons, 
d'autres étymologistes, du grec 
xapTj^apico, jeromps la tête. Dans 
son Glossaire de la basse latinité, 
du Gange définit ainsi le mot 
chariv-ariiim : «Ludus turpis tinni- 
»tibus etclamoribusvariis, quibus 
»illudunt iis, qui adsecundascon- 
«volant nuptias. » 

Cet usage très ancien et qui n'a 
pas disparu en Saintonge, a été 
condamné sévèrement par le 
Concile de Tours : 

Insultationes, clamores, sonos et alios 
tumultus in secundis et lertiis quorum- 
dam nuptiis quos charïvarium vulgô 
appelkmt, propler multa et gravia in- 
commoda prohibemus sub pœna excom- 
munationis. 

(ConcU.ltiroiicnseï anno 1445.) 

Pour vanger cet affront fasse un chariva- 

[ris 
Dont jamais on ait fait de semblable à 

[Paris. 

{Comédie d'Alizon (1), act. III, se. VI, 
anc. th. fr., t. VIU. p. 456.) 

CnAR:ni^ACii:, s. m. Carna- 
val, temps où l'on peut manger 
de la viande. 

Car karesme vient et commande 
A charnai'je, tant qu'on le mande, 



Que pour un temps se lire arrière. 

(Charles d'Ohléans, Rondeau.) 

L'on ne se resjouissoit en icelle non 
plus en charnage qu'en caresme. 

(Pierre de Lahiveï, la Constance, act. I, 
se. I, anc. th. fr., t. VI, p. 195.) 

CHAR^'IER, s. m. Saloir, 
vaisseau dans lequel on conserve 
la viande salée. Le latin carnarium 
désigne le garde-manger dans 
Plante et Pline. 



(1) L'auteur de la comédie â'Alizou, signe 
L.-C. Discret; c'est probablement un iiseudo- 
nyme. Cette pièce de théiltre a été publiée en 
1GCI4 Si Paris, chez Jean Gui^^nard. 



CHARMURE, S. f. Corpu- 
lence, enbonpoint — chair. 

Mesme en l'effet peut estre il n'y pensera 

[point 
En pareille charnure et pareil cnbonpo int. 

(Jean de Schelandre, Ti/r et Sidon, anc. 
th. fr., t. VIII, p. 154.) 

Sa charneure sentoit bon et il avoit 
l'aleine très doulce. 

(Fr. Amyot, Alexandre le Grand, 
trad. de IHutarque.) 

CIIAREIJG^E, S. f. Femme 
débauchée — viande pourrie. En 
français: charogne. 

E la charuigne jesabel girral cume 
feins el champ de jesrael : (i) 

(4« Livre des Rois, ch. IX, verset XXXVII, 
p. 379.) 

CHARRIER, V. a. Charroyer 
— porter en charette ; au figuré : 
marcher. 

Grant péché firent ceux qui li conseil- 
lèrent le voyage en la grant foiblesse où 
son corps étoit avant départir ; car il ne 
pouvoit souffrir ni le charrier, ni le 
chevaucher. 

(JomviLiE, Histoire de S. Loys.) 

Nous f'iisions peu d'expéditions en 
attendant la lin de cette maladie; car il 



(1) Et crunt carnes Jezaeel slcutstercus super 
faciem terne in agro Jezracl. 



CHARRIER 



91 



CIIASSAIGNE 



esloit maistre (Louis XI) avec lequel il 
faloil charier droict. 

(COMINES, liv. VI, t. I, p. 403.) 

Qui charier ainsi vouldra 
Craindre ne faut que jamais verse. 

(Clément Marot, ps. XV, t. IV, p, 90.) 



CHARRIER , nom d'homme . 
Du vieux français charroyer, 
charruyer, charretier, laboureur 
qui mène la charrue; en basse 
latinité : carruerius, du latin 
earrus (charriot gaulois), mot 
employé par César. 

Car lor cors ne vault une pomme 
Outre le cors d'ung charruyer 
Ou d'ung clerc ou d'ung escuier. 

(Jean de Mei-sg, Roman de la Rose, 
vers 18793".) 

CHARROI'', nom donné à la 
plus belle espèce de moules qui 
provient des réservoirs du pays 
de Charron, entre Marans et La 
Rochelle. La localité de Charron 
possédait une abbaye de cister- 
ciens qui est désignée dans la 
Gallia Christiana par les mots : 
abbatia sanctœ Mariœ do Ca- 
ronte. 

_ CHARROUX, nom de loca- 
lité du Poitou, siège d'une abbaye 
011 le prépuce de Jésus-Christ se 
trouve admirablement conservé. 
Ce nom dérive d'un ancien nom 
celtique carroph. 

Est Locus, hune vocilant Carroph 
[cognomine Galli. 

(Théoddlphe, liv. III, cité pnr Ménage, 
Orig, (if la Lang. fruii(., au mot 
Charronx.) 

CRARRUACiF., s. f. Con- 
duite de la chai-i'uo. Du vieux 
français: charruyer. (\'oir chur- 
rier.) 



El trop fu grans il charruiiges. 

' (DoLoPAiiios, vers 1021*, p. 37.) 

CRARRl-RR, V. n. Labou- 
rer. On ilil aussi : i'airc charruv, 
faire une liée. 

Après avoir donné ordre que tout 
fust le lendemain prest pour charmer 
au clos devant et que si le soc n'esloil 
en bonne poinclc on l'eusl au malin 
porté au Plessis à la forge... 

(Noël Dc Fail, Propos rustiques, ch. IV, p. 48.) 

CIIARTI, S. m. Corps de la 
charetle — appentis sous lequel 
on abrite les charrues et les 
charrettes. 

Fourches, fléau 5, rcstiau;c, fourches, 
ne doivent rien de lonlieu, ni charetÙ 
ne chevron dolé. 

{Livre des Métiers d'Est. Boueai-, p. 3iJ.) 

Cil saillirent au chan'etd 

Où ilcuidièrent renarl prendre 

Mais il ne volt pas tanlalendre. 

{Roman du Renarl, lers 870».) 

Puis a véu en un corlil 
Gésir un grant viels charelil. 

{Le Segrctain moine, Tora Gl>3«, Fa4/. 
et Contes, 1. 1, p. iW.) 

Au XYII" siècle, ce mot était 
encore usité : charti, corjis do 
charrette. (Richelet, Dictionnaire 
Finançais, éd. 1G80.) 



CII.IRTIZAC, nom de loca- 
lité, domaine des Chartreux; en 
latin : carlJiusianus. 

COASSAI Cii.X ■:, CiiMN!>>aiii, 

noms d'iioiinuos dérivés de 
chassin, un di'S noms du chéiu'. 
(Voir Hoipiefort, Clossnirc dc In 
Lantf. romane.) Dans lu plupart 
des pays de Langue d'oc, r/iassai- 
ffiw désigne un Heu planté do 
chênes. 



CHASSENON 



02 



CHATONNER 



CHASSEXOX, nom de loca- 
lité dans la Charente. C'est l'an- 
cien casshwnidffus; celte com- 
mune a conservé des ruines ro- 
maines nombreuses et intéressan- 
tes : temple, amphithéâtres, aque- 
ducs. 

CHASSEREAU, Chasse- 
rian, noms d'hommes dérivés du 
vieux français chacéor, chassiè- 
res, chasseur. En langue d'oc : 
chassaire. 

CHASSIROIV, nom de lieu. 
Cap situé à l'extrémité nord-ouest 
de l'île d'Oléron. En latin : cap 
cironis, contraction de caput 
cironis. 

MM. de La Sauvagère et Bou- 
rignon y placent avec raison le 
promontoire des Santons Savxovwv 
aypov, dont Ptolémée parle au 
liv. II de sa géographie, et dont 
il indique la position entre la 
Garonne et la Charente. 

CHATEAUI¥EUF, nom d'une 
ville de l'arrondissement de 
Cognac, désignée dans la Gallia 
par le mot: Castrumnovum. 

€IIATEIiAIIiIiOI¥, nom de 

localité située près de La Rochelle. 
En latin : CasteUum Alonis ou 
Alionis et Castrum Alionense, 
château d'AUoin. Ce dernier nom 
est d'origine germanique. 

Chatelaillon était une ville 
d'une certaine importance, dans 
laquelle Thevet (Cosmorjraphio 
universelle), voit le castrum julii 
fondé par César. Il n'en subsiste 
qu'un petit village situé sur la 
côte d'Aunis, à un myriamètre 
au sud-est de La Rochelle; au 



XVI" siècle, il subsistait encore 
des ruines d'une forteresse et 
de remparts qui permettaient de 
juger de l'importance de l'an- 
cienne ville. (Voir Amos Barbot, 
Histoire de La Rochelle, p. 25.) 

CHATEIiARS, Chatelierst, 

noms d'hommes et de localités. 
Du latin castelliim, qui a fait 
également castel, châtel, cha- 
telais ; quelques archéologues 
placent aux nombreux points dé- 
signés par ces différents mots 
des postes fortifiés destinés à la 
défense des voies romaines de la 
Saintonge. 

La carte de Cassini indique des 
chatelars près de Médis, de Corme- 
Ecluse, de Montpellier, Chateliers 
près de Rétaud; ces points de- 
vaient être sur la voie de Saintes 
à Blaye, par Novioregum (près de 
Saujon), et Tamnum (Talmont). 

On a découvert a Chàtelier 
près St-Savinien, les restes d'un 
vaste camp retranché établi par 
les Romains, dans une boucle 
formée par deux bras de la Bou- 
tonne. 

Dans l'île de Ré existent encore 
les ruines de l'abbaye des chate- 
liers, fondée en 1178 par les bé- 
nédictins de Citeaux. 



CHATE^TAY, Chatenet, 

noms de localités. En latin : cas- 
tanetum, châtaigneraie, castanea, 
châtaigne. Egalement usité com- 
me nom d'homme, il peut être 
considéré comme dérivé de châ- 
tain. 

CHATOIVIVER, v. n. Faire 
des petits chats, et dans le sens 
familier : enfanter. 



CHATRE 



93 



CIIAUMENT 



Je viens vers vous faire ma plainte — 
De quoi? — Votre fille est enceinte 
A calonner ce premier mois. 

{Farce deJolyol, anc. th. fr., t. I, p. 58.) 

11 y a encore ma mie piaillon, ajouta 
Bois-Robert, c'est sa chatte — je lui 
donne vinj,'l livres de pension, répondit 
l'éminentissime. — Mais, Monseigneur, 
elle a chatonné. 

(Tallemikt DE3 Rbaix, lUstoriette 
de ii"" de Goiirnay.) 



r IIATRK , lA\ C'iiàfre , 

noms d'iiomines et de localités. 
Comme noms d'hommes, ces mots 
])euvent être regardés comme ime 
corruption du latin : castratus ; 
comme noms de lieux, ce sont 
des formes du latin : castnini. 

L'abbaye de Ghastre, diocèse 
de Saintes, portait au moyen àf,'e 
les noms de : Ahhatia lieatu^ 
Maviœ de Castris. (Gallia Chvis- 
tiaiia, t. II, col. 1090.) 

€H.%.rBOl'IIiIirKF, s. f. 

Eruption de petits boutons sur la 
peau. 



cii.\uc'iir/r, 

de raisin noir. 



m. 



Espèce 



Les vignes de Xainlonge, planlTos au 
milieu des mare/, salans, apijoi-tont d'un 
genre de raisins noirs qu'ils appelknl 
chauchetz. 

(Bernnrd Pxlissv, Discours Admirables , 
p. 301.) 



tirirni-:.%r,s-. m. Sorte de 
potage à l'ail ou i-ùlie au vin ([u'on 
apporte aux nouveaux mari('s le 
lendemain des noces. Eu basse 
latinité : raidr/luni, diminutif du 
latin : calidiis, chaud. Mans le 
dialecte ])icard : catidiaii, bouillie 
faite avec de la farine et des 
œufs. 



Le chaudeau que nous vous apportons 
sera lautost tout froid. 

{Cent Nouvelles durai Louis .\7,n"« ÎU.) 

C'est Roger qui vous accolla 
Au soir et gaigna le chauUleau, 



{Farce d'un Amoureux, anc. ib. 
t. I, p. ai8.) 



fr., 



Vous arrivez tous affamez 

Les chaitcleaux sont soudain humez. 

(Est. JooBLii!, l'Eugène, anc. tli. fr., 
t. IV, p. \i.) 

Si l'espousc plaint la iioitrine 
Demain au matin ou la teste 
Je suis d'avis «lu'on lui apprestc 
Le beau petit cliaudeaii flamant. 

(RoRer DE CiiLLRnTF, Sermon pour 
une Nopcc, p. Il**^ 



ni\i iir:Ri-:F, s. f. Un 

plein tliauilruii. Du latin': enhiaria 
(chaudron); en vieux fran(;ais, co 
mot a la mémo signilicalion. (Voir 
l{o(piefort, Glossaire do la Laii- 
(juc roniann.) 

Il est usité en Aunis jjotu' dési- 
gner la part de la pêche laiss('e à 
l'équipage d'un bateau pour sa 
nourriture. 

rn.lI'IlKlT, adj. Sensible 
au chiuid — (1(^ teuipt'rainent 
amoureux. iJu latin : calidiis. 

CIIAI'IIKO wr.F., s. f. 

Même signitit-atiun ipie rliau- 
dt'Vi'c : un j)leiii chaudron. 

Le Glossaire de Montellier 
(Paris, 18(V.)), dit (|uc ce mol 
remonte au XVI' siècle. 



( II\l TII.M, ail 



Moisi. 



Mais pour clinsiMini' pissadc ilz ne 
ont ([ue uni' nnzardi^ cl sus le soir i|url- 
(juc morceau de pain chaumcny. 

(RAiELiii, Pantagruel, li». II, ch. XXX.) 

fII.Vt.ni:\T, 6. m. Ciment, 

8 



CHAUSSES 



91 



CHERE 



mortier; ainsi nomme sans doute 
de la paille ou chmunc avec lequel 
on mêlait le mortier pour élever 
des murs de torchis. 

CHAUSSES, s., f. Bas. Du 
latin : caiccus, soulier, chaussure. 

Ceux de Morlaignc n'avoient ni 
chausses ni souliers au pied. 

(J. Fhoissard, Chroniques, liv. U, ch. II.) 

CHAUVET, nom d'homme. 
Diminutif de chauve; latin : 
cahus. 

Dans le Poitou, ce nom se 
donne au bœuf à poil ras. 

CHAVAIIiliOIV, s. m. Partie 
des crêtes des sillons que la 
charrue ne peut abattre dans les 
vignes et qu'il faut enlever à la 
main pour le déchaussage du cep. 
En bordelais : cavaillon. Ces deux 
mots sont sans doute des dérivés 
du vieux français : caiive, creux, 
enfoncement. 

CHAVÊCHE, s. f. Chouette. 
C'est l'ancien français : cheves- 
che , chevesque , que Ménage 
dérive de cavecca, mot de basse 
latinité. 

Ils leur engravèrent sur le front des 
chevesches parce que la chevesche est la 
marque de la monnoie d'Alhènes (1). 

(Fr. Amïot, Vie de Périclès, trad. de 
Plutarque.) 

CHEF-BOUTOJVXE, nom 

de localité où la Boutonne prend 
sa source : Caput Wullumniœ. 

ClIESIII%'EAU,s.m. Ouvrier 



(1) Athénc était consacrée à Minerve AOr/rr^ 
dont l'oiieau symbolique était la chouolle. 



terrassier étranger au pays qui 
travaille à la construction des 
routes et des chemins de fer. 

CHE^AC, nom de lieu, 
dérivé de chenal, chenaii, chcnex, 
signiliant, en vieux français, 
canal, gouttière, chenal (du latin : 
canalis), ou de chêne, chênaie. 

€HEI¥EIiIiE, s. f. Conduit 
en bois qui amène le lessif du 
hujour à la chaudière — mot 
dérivé du vieux français : chanel, 
chenel, canal. 

Chacune ève est en son chanel vertie (1). 

(Girart de Vianne, XII» siècle, édit. 
de Reims, 1850.) 

El crul si la rivière (2) par droite force 

[vive 

Qu'elle issit du chenel ni oui si haute 

[rive. 

(Girart de Rossiilon, vers 3925".) 

Dedans le bout d'iceluy bois j'emman- 
cheroy une autre pièce de chenelle ou 
autre bois percé. 

(Bern. Palissy, Recepie Véritable, p. 103.) 

CHÉRAC, nom de localité. 
Forme dérivée du mot celtique : 
ker, village. 

CHÉRA^'T, adj. Qui vend 
cher ; le marchand qui surfait sa 
marchandise. 



CIIERCOUX, nom de loca- 
lité. Du mot kor, village, et du 
vieux français : coux, cornard. 

CHÈRE, Clicire, v, n. 

Tomber à terre, en langue ro- 
mane : chair, latin : cadere. 



(1) Chaque eau est en son canal conduite (ou 
détournée.} 
(-2) Et la rivière crut tellement... 



CHERENTE 



KS 



CHERVES 



Li fous Dcu chai't dcl ciel. (1) 

[Livre de Job. tra J. du .\I1« siôcle, p. 500.) 

Et entre ccles 'imaiges si en avoit 
une qui ère laborée en l'orme d'enipereor 
et cclesi t7ioï outre val. 

(GeoII. DE VlllElunDo^•I^(, Conquite 
de Cunstantiiiopte.) 

Et son formaige chet à terre. 

(Farce de maître Palhelin.) 

A Goupil endormi ne chct rien en la 
[gueule. 
(Vioui provorbo du XIII' siècle.) 

Ta belle ombre cherra et toy encor 

[plus belle, 

Forcsl, (]ue j'aimay tant, Ui clierra,'; 

[avec elle. 

(\nl. BViF, Eijloijue .VV, p. Il v°.) 

f'Iir.KFATE, S. f. La Cha- 
rente, lleuve. 

Dans la géographie de Ptolémée, 
dans celle do Strnbon cl dans le 
périple maritime de Marcicn d'Hé- 
raclée, ce joli cours d'eau est 
désigné par le mot grec Raviv-reXo;. 
En latin : Cnneutcliis. (À^s deti.x 
mots dérivent du cellicpie cm, 
canal. 

Dès le IV" siècle, ce radical a 
disparu et a été remplacé par la 
syllabe car. 

Santonico rcduens non ipsc Caren- 
[tonus œstu. 

(Al «OSE.) 

Le mot saintongcais résulte 
d'un simple vice de prononciation, 
bien (pi'il se trouve au W'I" 
siècle dans Marot : 

Tu n'as rien veu que la Douo ot (iirondf 
liicnlost verras la Chcraiito profonde. 

(Clémont Mirut, Epitrea, i. I, p. 107.) 

C'IIEKFI-:riIi,s. m. Cerfeuil, 
pliuilt! polaig'èri.' à l'cuilles sendjla- 



(1) Ignls Dcl cccl'lit (le cœlo. 



blés à celles du persil, mais plus 
petftes. Le saintongcais clierfcuil 
se rapproche plus cpic cerleuihlu 
latin cltorophylhnii et du grec 
yaîpl'iuXXov {feuille en forme de 
main). Le vieux français avait 
cependant corfeil. 

t-'n chapel ot mis en son chief 
(Ju'erl d'esglantier et do cerfeil. 
[Homan du lleiiart, rer» it»;tU>.) 

f<IIF.I<9IIG\A€ , nom do 

localité, lii- Ki'i\ vdlage, en cel- 
tique, et probablement du vieux 
français niifjnnn . chaudronnier. 
La signilicalion du mot chcnni- 
flimc, malgré son étymologic 
hybride, parait conUrméc par 
l'existense dans cette comnmno 
d'un groupe de maisons ipii iiorlo 
le nom do village dos Chaudron- 
niers. Le mot nn'f/nan, cpii s'est 
écrit maignan, niagnan, est d'ail- 
leurs lui-même d'origine cellitpu% 
car en Ikis breton : nianoiiiioi' i\ le 
sens de chaudronnier, ;/;<v;;<7 celui 
de cuivre. 

Il est fait mention de Chermi- 
gnac au XIII" siècle dans une 
(lonalion faite par Hugo, 37' évè- 
(pic de Saintes, aux moines de 
l'abbaye d'Arvert. 

.\nno 125."» dédit capitulo f\0 libras ri 
qiiosdain annuos rrdiUis in ii.irochià do 
C/tcnnirjniar à Icpe ul celobrarenl solcm- 
nilcr fcsluni sanclie M;ii,'dalcii;c. 

(Gallia Chrinliana, t. II, col. lUTi.) 

C ' Il i:i(VI<:, chanvre. 

C'est le propre de ce que nous appe- 
lons ici cl vers vous la cficrve d'eslro 
csgrugéo cnlre des fers serrez cl pointus. 

{.\tt. o'Ai»ir.s<, Baron de Fa-nestr. lit. III, 
ch. XV, i, II, p. 137.) 

Clir.KVi:*< , c IirrvrlfcN, 

noms lie localités ilénvcs du mol 



CHETI 



96 



CHEVAU 



cherve, chanvre (voir plus haut), 
ou du vieux français chcrvéc, 
charretée. {Voir Roquefort.) 

CIIKTI, eiiaiU , adj. 
Malheureux, pauvre* — fainéant. 
Italien : cattivo. 

Chaitis malourous , ke presume-tu 
cum se soit ke li lilz del hallisme ail la 
clief de science. 

{Sermon de saint Bernard pour le Jour 
de l'Aient, p. 523.) 

Faites venir aucun dcmonstrcmcnt 
A la chétive, qui au moustier attend 
(jui oliviers me dise son talent. 

(Poème de lioncevaux.) 

Molt a grant joie li chaitis 
Encontre sa maie aventure. 

{Le Segretaiii moine, vers 280», Fabliaux 
et Contes, t. I, p. 251.) 

Encore vault mielx toute voie 
Demorer en son païs 
Que aler, pauvres chaitis, 
■ Là où n'a solas ne joie. 

(Thibault DE Champagne.) 

CHKTIVERIi:, s. f. Indis- 
position, maladie qui traîne en 
longueur. En vieux français : 
chaitivaison, chaitiveric ont eu le 
sens de captivité, de misère et de 
maladie. 

Granz proichiere est Griz, ki montanz 
en hait, monat la chaitivaison en chai- 
tivéie (1). 

(Sermon de saint Bernard.) 



CHEU, prép. Chez. 

El delà surprit taut le chevalier la 
pucelle qu'il la trouva cheuz une sienne 
cousine. 

{Roman de Perreforest, ch. VI.) 

Le reste se retira à confusion, qui çà 
qui là, chacun cheux soi. 

(Satyre ilenippée.) 



(1) Magnus prœdatnr est Christus qui asccn- 
dcas in altum capliiam duxil capUvilutem. 



CIIEir IXOVS (l'homme, la 
femme de). Locution pour dési- 
gner le mari ou la femme, le chef 
ou la maîtresse de la maison. 

Je voudrois bien, disl lors Pasquicr, 
que la femme de chez nous m'eust tant 
contesté, je crois que marlin-baston 
trolteroit. 

(Notil nn Fail, Propos rustiques, ch. V, 
p. 5i.) 

CHEUT, Chut, part, passé 
du verbe cheire, d'oi^i est venu 
chute. 

L'andemain de la Penthecouste li venz 
fu cheus : le rois et nous... fcisme voile 
de rechicf. 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 32.) 

Icare est cheut ici, le jeune audacieux 

Qui pour voler aux cieux eut assez de 

(courage. 

(Philippe Despoiites, trad. de SANXAZAn, 
poète italien.) 



CIIEVA^fCEAUX, nom de 

commune. Du vieux français : 
chevance, en basse latinité : cJie- 
vancia, bien, héritage, richesse. 

Diex m'a par maint perilz conduit sans 

[meschéance 

Diex m'a donné au miex honneur et 

[grant chevance. 

(Jean de Melno, Testament.) 

CHEVAU', s. m. Cheval. 
Forme usitée en Berry, en Picar- 
die, en Bourgogne, comme en 
Saintonge. Le français a conservé 
chcvau-16(jer (1). 

Et por chou k'il ol paour et doute 
ke ses chevaus ne fust mors u mehai- 
gniés, il s'en torna le petit pas... 

(Yii.i.EiiiHDûLiN, Conq.de Constantinople, 
§5H.) 



(t) L'emploi du mot chevau au singulier et 
d'autres formes semblables comme animau, ma- 
récltau, etc., a son origine dans la formation 
des cas qui étaient encore usités dans le fran- 



CHEVELU 



97 



CHICHETTE 



El nous déffond de boyrc IVnu 
Car autant en faict un rhevau 
Quant on le mène à la rivière. 

(Sermon joyetuc dr birn boi/re, 
aac. tb. fr., t. 11, |>. 111.) 

Là, jouoil au chevau fondu... 

(Rabelais, Gargantua, lir. I,ch. XII.) 

Ha ! ha ! chevau! vous ai-jeaclictc pour 
me mordre?.. 

(Boroaido db Verville, Moyen df parvenir.) 



niKVFIiU, s. m. Plant de 
vijjiic muni ilo racines. 

En d'aacans endroits, la vigne donne 
des chevelues cl des margoules dont on 
lire de l'argent chascun an. 

(OlÏTior DE Se»hb3, The itre d'Agriculliirr, 
p. 143.) 

riIi:VFli.\CIIE, nom d'un 
goufrc situé au milieu du perUiis 
breton, entre le continent et 
l'île de lié. Ce mot parait rire un 
péjoratif dérivé du vieu.v verbe 
cJiover, creuser, du latin cavcaro. 

€'IIKVRr.TTK>«», s. f. Cre- 
vette de iiitjr, eontiplion du mot 
français. On donn(î aussi en Sain- 
longe à la crevette le nom de 
snnlc, sans doute en raison de la 
teinte rose-saumon (pic la cuisson 
donne à ce petit animal. 

C'III-:vuOTI':ii, v. n. Enfan- 
ter, en parlant des clièvros. 



ç.iis(lcs XII' cl XIII* .sjèrles, et qui, employés 
ronrurrommenl avoc l'arlirle. ont disparu |i|us 
lanl. pour ir. mot rheval en- partiruliur, qui psi 
dérivé de raballus. on a eu les formes suivantes : 

S. Nom. ('.nhaUu<: a fait c/if-ri/i/.*. sujet sinRulicr. 
(VoirVilli'hardouin,(,'»H'/M<7^(/<"^"n;i.t- 
taiilinnjilf, S îill.) 
Acr. Calialt uni a faMchrcal, régimcsingollcr. 

iiA. S n:.)tyx) 

PI.Nom. C<iAa//( a fait cheval, 5ujci pluriel. 

(Id. S37i) 

Ace. OihnUnt a fait rhernu*, rherox. rhernh, 

régime pluriel. (Id. % il.l.'>*.3.Vi.r>23.) 

L'qc phrase du Hegistre des Uclicrs fera 



Vraiment tu auras le clicvris 
Si jamais ma clièvro chevrote. 

(VAiyiEiin, Foresterie XI, p. 32.) 

€'IIi:x, jin'j). fréquemment 
employée en l-*ûitou et en Sain- 
tonj,'e devant un nom projtre 
pour dési}.,'ner un villa^,'e, un 
hameau. Exemple : Lo yillnijn do 
chez (îinird. Cette coutume .so 
retrouve en Suisse : deuxbameaux 
des environs de Genève s'appel- 
lent : chez Chnrot, chez Le(k'n.<;. 
(Voir Salverte , /v.s.s.v/ sur h-.'i 
Noms, t. II, p. 333, et les Mémoi- 
res des Antiquaires de Franco, 
p. 282.) 

eilIClIi:, adj. Avare, ladre. 
Du niul ccltiipie chî, cliien.oudu 
latin vicciis, zeste, et par exten- 
sion, cliose de peu do valeur. 

No soyés orgouilleus ne chichcs 
.\yc7. por enseipnier les riches 
Larj,'o ruer et eorlois rt gcnt 
Et pitcus à la povro gcnt. 

{Roman du Henarl, ver» 66ÛT«.) 

lisons avare, ou avaricieux, csrhars, 
ta(]uin, tenant, Irou-lcnant, c/iichc, 
vilain, ou r/ii<7ic-vilain. 

{Henri F.iiTirsi^B, Pr^ecllence du tangage 
(rnnrms, p. KW.) 

C'IIICII1-:TTI:o. f. Avarice, 
It'sintM'ie. La locution : à ht chi- 



.salsir la dilTércncc des formes du sujet et du 
régime: 

• Il doit deui deniers de lonliea pAur rhasrun 
. (AfMi/ (régime), se 11 rherau.i (sujet), est vis. • 

(E»i. Boitr.Af, Hrgiilre des Uéltrrt, p. 316.) 

I,fs déclinaisons longtemps consertées dans 
notre vieille langue, explHiurni un grand 
nomlire de formes anormales de la langue mo- 
derne, formes qui paralvsiMit lotîtes dUTi-rentcs 
pour des mois i|ui oui iine rommune origine. Je 
ne rili'rai qu'un eirniple, relui de nifcr. employé 
comme féminin de iicrrH : »rp'>t a fail h/c/i», 
Hiff, sujet singulier; nrpoirm a fait nnonr. 
iirirur. ri'gime singulier. La première forme a 
doiiui nalMancc ï mece, la dcuticmc ï nertti. 



CIIIENERIE 



98 



CHOMER 



clicttc, souvent cinployéo, indujnc 
une distribution peu abondante, 
un doQ fait avec parcimonie et à 
regret. 

La langue romane avait chicetc, 
avarice, vilenie. (Voir Roquefort.) 
Ce mot est devenu chichetc au 
XVI° siècle : 

Son mari csl si fort donné 

A cliicheté et avarice 

Qu'il est du tout délibéré 

Ne lui quérir point de nourrisse. 

(CoyiuLAiiT, Les Droits nourcaulz.) 

Qu'il se contente de l'espargne et 
chiceté de sa table. 

(.MoxTAiGXE, Essais, liv. II, ch. LXXIX.) 

CUIEXERIE, s. f. Avarice. 

De cestuy monde rien ne prcslanl, ne 
sera qu'une chienerie. 

(Rabelais, Pantagnii'l, liv. HI, ch. III.) 



CHIER HES fJEIIjS, locu- 
tion (jui signifie : pleurer ahon- 
damnient. 

Pleurez donc et chiez bien des yeux. 
(Béroalde de Veuville, Moyen de parvenir.) 

C'HIEU, Ç'Iioii, adj . ddmonst. 
Ce, cet, cela (jjrononcé tchicii, 
Ichou). 

Quant li Escot perchurent cliou, ils 
s'en vinrent rcngiet ossi bien comme 
le jour d'avant. 

(J. Fnoi3SAiiT, Chroniques.! liv. I. § 35, 
1. 1, p. 66.) 

CHIPIE, S. f. Grimacière, 
bégueule, femme de mauvais ca- 
ractère. Du vieux français chipoc, 
chipouo, grimace, minauderie. 

Sage fu et courtoise, sans chicrc e 
[sans chipoii. 

{Li Romans de Derte ans grans pics, 
vers 840'.) 



Divers usage sunt venu 
En avant, et grandes cJiipoues, 
Grandes chieres et grandes moues. 
{Le dit du singe de Jean de Condé, vers 33°.) 

CHIKOjV, s. m. Monceau de 
pierres rassemblées en défrichant 
un champ. Du radical Xsip, main. 
En vieux français chiroii, chirot. 
(Voir Roquefort.) 

CHIVES, nom de locahté. Du 
vieux français cive, cJiive, espèce 
de ciboule (latin : cœpiila). 

CHIZAY, Chizé, noms de 
localités. Du vieux français che- 
zeau, manoir entouré de cultures, 
chezé, espace de terre entourant 
un château. (Voir Roquefort.) 

CHOC, s. m. Brouillerie. Ce 
substantif correspond à un des 
sens du verbe choquer. 

CHOIÎVE, s. m. Pain de luxe 
fait avec la fleur de la farine. En 
vieux français cJwôsnc, pain blanc 
et délicat. Roquefort dérive ce 
mot du latin caijus, blanc; Mé- 
nage et du Gange de canonicus, 
pain de chanoine. 

Offrirent à Dieu, ouvrans leurs cor- 
beilles cl leurs marmites : hypocras 
blanc avec la tendre rouslie seiche, 
pain blanc, pain mollet, choine... 

(Rabelais, Pantaf/rucl, liv. IV, ch. LVI.Y.) 



€IIÔI7IER, v. n. Manquer de 
quelque chose. 

Vous me ferez mourir de faim — 
Ne chaumeras de pain, de vin 
Ni d'autre chose qucUeconque. 
{Farce du Badin, nnc. th. fr., t. I, p. 183.) 

eiIOUIER, V. n. Attendre — 



CHOPINE 



99 



CHOUX GRAS 



tarder — se reposer. Fêter un 
jour de fête en ne travaillant pas. 

Je les recommandoray à Charon qu'il 
les face uns; petit clwmmer sur le ri- 
vage et qu'il ne les passe de trois mille 
ans. 

(Bon. DES PÉBiERs, Ct/mbalum nitindi. 
dialogue I»''.) 

CHOPI^'E, s. f. Petite bou- 
teille, mesure locale, en basse 
latinité : chopa, chopina. Ce mot 
est d'origine germanique. En tu- 
desque : koph, vase à boire, cru- 
che ; hollandais : kop, écuelle, 
tasse ; anglo-saxon : schopen , 
seau ; allemand : schopp, verre à 
boire. 

Allons querrc celle chopinc 

De vin que devons boire ensemble. 

{Théât. fr. au moyen âge, p. 329.) 

Sus, je vous ordonne qu'on fine 

D'une tostcc enluminée — 

Et de bon vin — quarte ou chopine? 

(iNopI de La Chesnaïe, Coiidamnacinn de 
Bancquct.) 

Ménage dérive chopine de cu- 
pina, diminutif de cwp;?; quelques 
étymologistes facétieu.x des mots 
grecs /-îo') et -itfvw. 

CIIOPIXER, V. n. Boire 
chopine — passer son temps à 
boire. 

Il m'invita h boyre avccques luy et 
chopinasmes théologalement. 

(Rabelais, Pantagruel, 1. II, ch. XXX.) 

Relournoienl tous au logis, fraiz et 
délibérés, où commcnçoienl à chopincr 
de mesme cl do plus belle. 

(Noël ni: Fail, Propos nuiliaucs. ch. IV, 
p. IG.) 

CnoPPE, ad.j. Blet, en par- 
lant dos fruits, du verbe rlinppcr 
(voir ce mot), (jui signitlo butor, 
tomber. La poire devient cboppc 
quand elle a reçu un coup. 



CHOPPER, V. n. Buter, 
tomber — faire un faux pas. En 
hollandais : shoppen; eu alle- 
mand : schûpfen. 

Saillez hors de ce galelhas 
Il fault sans brocher ni cliopcr 
(Jue veniez devant les estais. 

(Nicole DE La Ciiesnayb, Condamnation 
de Bancquet.) 

Sus galopin, qu'on le galoppe 
Redressons cet asne qui choppc. 

(Clément Marot, Epitre, 1. 1, p. 2i5.) 

' CHOTAKO, Cliotcan, 

noms d'hommes dérivés du vieux 
français chô, cbot, chouette. (Voir 
Boquefort.) 



CHOUSE, s. f. Chose, du la- 
tin : causa. 

Je suis qui suis, j'ay parfaicl toute 

[chousc 
Je suis le Dieu qui ay l'âme jalouse. 

(Ronsard.) 

€|EIOU!§E, adj. Abruti, en- 
nuyé. Du vieux verbe français 
chouser, molester, tourmenter. 

Je dout les mesdisans qui les boins font 

[chouye)\ 

(Prophétie de Lambelis, Guerre de Metz, 
p. 337.) 

CHOUX GRA§, locution in- 
diquant quelque chose d'excel- 
lent. Faii'O SCS choux gras de 
quelque chose, c'est s'en délec- 
ter, en abuser. On dit dans le 
même sens : faire ses orges. 

Il en fait ses choux riras : lio gels 
well by il. ^ 

(CoTORAVE, french-engiisk Diclinn.) 

Vous faites bien vos orges cl vos choux 
gras ceste annéc-cy. 

(Guill. BoiciiET, Séracs, t. II, p. 219.) 



CHRETIEN 



100 



CLAMER 



Pensez-vous que je feray mes choux 
gras de ces auloritcs... 

(H. EsHENNE, Laiig. franc, italianizc, 
1. 1, p. 42.) 



CHRÉTIEIV, S. m. Humain, 
un homme en général. 

Et jamais je ne vis un si vilain cJiré- 

[tien. 
(Molière.) 

€i:»IEXTli:RE , €imcu- 

terre, s. m. Cimetière. En la- 
tin : cœmcterium ; en grec : 

KotJJLTjTrîpiOV. 

La mère Dieu lui dit adoncqucs 
Ce fu li clers, fU elle, frère, 
Qui fors de votre cbnentere 
L'autrfer si vivement enfouisles 
Dans un fossé 

(Gautier de Coinsi, liv. I, ch. VI.) 

Par un cimenlire passoit 
Com aventure le menoit. 
Une molt bêle tombe vil. 

(Castoiement d'un Vère, Fabliaux et 
Coules, t. n, p. 179.) 

CIXCE, S. f. Chiffon, linge 
servant à cincer, c'est-à-dire à 
laver. (Voir since.) 

En vieux français, chinche 
signifie guenille, chiffon ; chin- 
cherie, chincerio, buanderie, lin- 
gerie. (Voir lloqucfort, Glossaire 
de la Langue romane.) 

Le mot chainse a également 
désigné une pièce de l'habille- 
ment des femmes au moyen âge. 

Terlstra dicuntur gallicc chainse quœ- 
dam veslis mulieris de lino. 

{Dictioniiariiim Johannis de Garlaiidâ.) 

Et Rogier sa mie apelc 
Si l'a par le chainse prise. 

(Pastourelle du A7//« siècle, th. fr. 
au moyen âge, p. 37.) 

CIIVCEK, V. a. Laver (voir 
cjncej. On trouve dans Roquefort : 



recincer, laver avec de l'eau 
nette, rincer (voir Glossaire do 
la Langue romane), et du Gange 
mentionne le verbe latin recincc- 
rare avec le sens de laver , 
nettoyer. 

CISAÎliliES, s. f. Ciseaux. 

Barbier sanz rasoir sanz cisailles 
Qui ne scz rooigner ne rèrc, 
Tu n'as ne bacins ne toailles. 

(RiTEBŒCF, Disputoisoii de Chariot et 
du Barbier, 1. 1, p. 214.) 

/\ 

CliA, s. m. Fléau pour battre 
les gerbes. (Voir flea.) 

Le latin flagellum a fait ïlau et, 
par le changement de // en cl qui 
est fréquent dans l'ouest, clau. 
(Voir M. Littré, Histoire de la 
Langue française, t. II, p. 131.) 

CliAlIlVAUX, Clcrvaux, 

noms de lieux et noms d'hommes. 
Du latin : clara vallis. En vieux 
français, vau a signifié vallon, 
vallée. 

Lièvres couarls venant de sa pasture 
Son gist quierl es montaignes,ès vawte. 
(Eusincho Deschamps, Poésies,) 

CliAM, nom do localité signi- 
fiant cri public, ban; en vieux 
français : daim, clam, clain. 
Latin : clanior; bas latin : cla- 
mum; anglais : daim. 

CliAMER, V. a. Demander en 
criant, proclamer — appeler — 
nommer. (Latin : clamare.) 

Tout de loin que de prèz n'est laide 
La mors. La clamoyt à son aydc 
Tosjors, ung povrc bosquillon. 

(Marie de Fiiance, Fable de la Mort et 
du Bûcheron.) 



CLAS 



m 



CLONE 



Siet el cheval qu'il clahnet Salt-perdut 
Beslo nen est ki poisset curie à lui. 
(^Chanson de Roland, stancelltt.) 

En espagnol, ce mot existe avec 
le sens de nommer : 

En una villa buena que la clamen Pavia. 

(Berceo. Milagron de nuestra Seiiora, 
vers 281«.) 

CliAS, S. m. Glas mortuaire, 
sonnerie do cloches pour annon- 
cer l'agonie d'un catholique. On 
dit en saintongcais : sonner les 
clas. 

L'e'tymologie de ce mot est le 
latin : classiciun, signal de trom- 
pette (voir du Gange, à ce mot), 
ou le grec : y.Hm, je pleure. 

En bourguignon et en proven- 
çal : clas; en italien : chiasso. 

Aucunes fois trouveras-tu que l'en 
fct mention de clas au défaut de la lune... 
Leur sembloil que la lune se resuscitoit 
à leurs sonnettes; si appcloient celle 
fête le clas de la lune... 

(Bcrcheure, fol. 2, texte du XVI» siècle 
cité par M. Linné.) 

CLAVETTES, nom de 
localité près La Jarrie ; de clavus, 
clou, en breton : clav, ou de 
clavis, clef. 



CliAVIER, nom d'homme. 
En vieux français : gardien, geô- 
lier, porte-clefs; du lalin : cla- 
vifjer. 

Garder les veut c estoier; 
Il meisme en fu clavier. 

{Chroni<inc dm Ducs de Normandie, 
Ters 1I3TI'.) 

CliERAC, Clairac, nom de 

lieu. En latin : clara domus. 

CliEIiGEOX, s. m. Enfant 
de chœur. En vieux français : 



clerçon, clcrçoniau, jeune clerc; 
du' lalin : clcrieiis. Ges mots 
s'appliquaient à l'enfant de chœur 
comme au polit clerc de procureur 
ou saute-ruisseau. 

Un jour jouoit une granl flote 
De clerçoniaux à la'pclote 
Devant les portes do l'église 
Où celé image estoit assise. 
Un des clerçons i oui moult bel 
Qui en son doit a un anel... 

(Gautier de Comsi, liv. I, ch. XU.) 

Ke ne sai la kele leçons 
Est aie lire un des clerjons. 
(W'ace, Roman de flo«,TerB 503".) 

Et à maistre Robert vallée 
Povre clenjeon au Parlement. 

(Fr. Villon, Petit Testament, et. 11.) 

ClilDE (La), nom de locaUté. 
Du vieux mot français : clido, 
claie, barrière (Roquefort). 

Le testament de Guillaume 
d'Aquitaine mentionne l'église de 
cette commune : « Sancla ]\Laria 
» de Glidà. » {G allia Chris tiana, 
t. II, instrum. col. 484.) 

diIO]V, nom de localité 
dérivé des mots clide, barrière, 
ou clicr, lieu fermé de clous, 
enclos. Dans le Poitou, le mot 
clio]) a la signification de claie, 
barrière. (Favre, Glossaire du 
Poitou.) 

ClilSSE (La), nom de localité. 
En vieux français, clisse signilic 
osier. 

Ma maîtresse avoil un coche de clisse 
qui n'éloil guère suspendu que de 
cordes. 

(Agrippa d'Acbionk, Raron de Fœneste, 
liv. m, cil. II, t. II. p. 117.) 



CliOXE, Ciauuc, s. m. Mare, 
grand trou d'tau ordinairement 



GLOTTE 



102 



COGNAC 



entouré d'eau. Du latin : clausus 
qui a fait clos, closcau, closerie 
et, par corruption, closne, donc. 
En langue d'oc : lono. 

Et icellc fosse creusée en manière 
d'un clmine ou d'un abre'uvoir, faut que 
lu paves de caillous ou de pierres ou 
de briques le dit claune ou fosse. 

(Bernard Pkuss\,Recepte Véritable, 
p. 34.) 

CliOTTE (La^, nom de loca- 
lité. En vieux français : clolo, 
tombeau, fosse, trou. Uu latin : 
claustrum. 

Nér garroicnt armes molues 
Ne huche, ne dotes ne chambres 
Qu'il ne fut despéciez par membres. 

(Jean de Mefng, Roman de la Rose, 
vers 1426b». ) 

Ce mot pourrait aussi dériver 
du poitevin : dot, crapaud, ainsi 
nommé par onomatopée du mélan- 
colique monosyllabe que cet ani- 
mal fait entendre. 



CliOVISSE, s. f. Coquillage 
alimentaire , la venus verru- 
qiieusc. 

CliUSE, Cliisean, noms de 
localités. Du latin : c/usus, fermé, 
entouré; vallisdusa aforméVau- 
cluse. 

COCHE, s. f. Entaille. Mot 
d'origine celtique ; en breton : 
cocIj, entaille; en gallois : cosi, 
fente. Ce mot se dit principale- 
ment en Saintonge de l'entaille 
faite par le boulanger sur la tailJe 
(voir ce mot), pour marquer les 
pains. 

Quand il me voit de son carquois il lire 
Un dard trempé en longueur et martyre 



Puis le mcltanl subtilement en coche 
Tout au travers de mon cœur le décoche. 

(Gilles D'AcniONY (1). 



COCHER, V. n. Faire une 
coche, une entaille. (Voir enco- 
clier.) 

Rien, bien, il faut cocher sur la grosse 
taille. 

(Noël DU Fail, Contes et Discours 
d'Eutrapel.) 

COFFIX, CofOueau, s. m. 

Corbeille à porter la pâte au four. 
Du grec : Ko(p'.vô«;, corbeille. 

Item pour l'achat d'un coffineau de 
bois pour prendre l'eaue à laver les 
mains du commung du dit hostel-dieu. 

(Comptes de l'IIostel-Dieit de Bourges., 
loll, cité par le comte Jalberi.) 

Portant sur ma caboche un coffin de 
[Hollande. 

(SAiNT-ÀMiNT, Poésies.) 

Venez sur vos rives secrètes 
Soudain cueuillir à pleins coffins 
L'émail des plus belles fleurettes. 

(Scévole DE Sainte-Marthe (2). 

COtï^AC, nom de ville. 
(Latin : Condate.) En vieux fran- 
çais, cognac, coignac, congnac 
signifient embouchure de rivière ; 
condat, condô, confluent de deux 
cours d'eau. (Du latin : cum, avec 
data, donnée.) 

Aux premiers siècles, de notre 
ère. Cognac s'appelait Condate; 
cette ville est ainsi désignée sur 
la carte de Peutinger, dans le 
tracé de la voie romaine de 
Vcsonna (Périgueux) à Médio- 
lano (Saintes), entre cette pre- 
mière ville et Sarum (Charmant 
ou Montmoreau.) Elle se trouve 



(1) Gilles (l'Aurigny, poète, né a Beauvais, 
mort en l.'jîjS. 

(2) Scévole de Saintc-.Marthc, né k Paris 
en 1G18. 



COIE 



103 



COLOMBARD 



placée entre les deux confluents 
de la Soinioire et de V Antenne, 
avec la Charcrite (1). D'après 
d'Anville, le Condate de la carte 
de Peutinger correspond exacte- 
ment à la position actuelle de 
Cognac ; son nom a la significa- 
tion du latin : Ciineus. M. de Va- 
lois le définit ainsi : Condate, 
nomine celtico, coniluentcs signi- 
iîcante. (Voir d'Anville, Notice 
sur la Gaule, p. ïi3(S.) 

Dans la GaUia Christiana, 
Cognac est désigné par le mot 
latin : Coniacum. 

Bourignon place à Merpins 
l'emplacement de la station ro- 
maine de Condate. 

COIE, s. f. Coloquinte, ci- 
trouille, calebasse, du grecKo-.Xo;, 
creux. En vieux français, coyer 
signifie attacher, joindre ensem- 
ble. 

Je contemplais les rameaux des vignes, 

des pois et des coxjes lesquelles 

trouvans quelque pelile branche ou ra- 
meau se venoienl lier et attacher sans 
plus partir de là... 

(Bernard Palissy, Recette véritable, 
p. 108.) 

COITE, S. f. Lit de plume — 
couverture. En basse latinité : 
colhum, en latin : culcita. En 
vieux français, on retrouve les 
formes : coûte, ouate, coite. En 
grec : -/.olzr,, lit. 

Jà Dieu ne place que je gise 
Sus ciieta de plume à nul jors. 

{Roman du Rciiart.) 



(1) Iteaucoup d'autres localités ont porté ou 
portent enrorc le nom de Condnt, elles sont 
toutes situées au point de roncontri' de cours 
d'eau. Ainsi, Libournc, au conilucnl de l'Ile cl 
de la Dordognc, avait pour ancien nom Cnnd air, 
i|ui est resté h un villaue de sa banlieue. Près 
de llulTec, le villaftc de (Uindat est situé au con- 
fluent de la Cliarcutc et du petit ruisseau le 
Lien. 



Je m'en suis bien apercéue 

' La coûte no fut pas méuc, 

La plume n'est pas remuée 

Ainrois est toute amoncelée. 

{Roman de Narcisse.) 

El quant par nuit dormir voloient 

En leu de coites aportoient 

En lor casiaus monceaus de gerbes. 

(Jean de Melng, Roman de la Rose, 
vers 8i38«.) 

Frère Jean lui bailla cinq sols, puis 
avec son bracqucmard fendit la coytte 
et le coissin en deux, et par les feneslres 
mettoit la plume au vent. 

(Rabelais, Pantayruel, liv. V, ch. XV.) 

Et les linceuls trop courts par les pieds 

[tirassoit. 

Et fit à la fin tant, par sa façon adroite, 

Qu'elle les fit venir à moitié de la coite. 

(RÉGNiEa, Satyre XI.) 

COIiÉRER (se), V. réfl. So 
mettre en colère, s'emporter. 

Mon amy, ne vous colérez pas tant, 
j'ay tastc des deux... 

(Bonav. des PÉniERs, Cymbalum, 
dial. I.) 

COIililBERT, s. m. Nom 

donné à des poitevins émigrés au 
XI1° siècle dans les marécages de 
la Basse-Sèvre,qui passaient pour 
descendre des Visigoths défaits 
par Glovis à la bataille de Veuille 
(507); persécutés pendant plusieurs 
siècles, les descendants de ces 
étrangers furent obligés de vivre 
à l'écart dos autres habitants. 
Connus dans le Bordelais sous le 
nom de Galiets, dans le Midi de 
Cagots, en Bretagne do Cacous, 
on les désigna dans le Poitou et 
l'Aunis pir le nom de Collibcrt, 
qui signiPe en vieux français : 
vassal, ou jilutôt co-vassal, com- 
pagnon d'affranchissement. Latin: 
co-libertus. 



COIiOUIfiAR». 



m. Nom 



COLOMBIERS 



104 



COMMUNS 



d'un cépage blanc delà Saiiitong-c, 
ainsi désigné d'après sa couleur 
tourterelle . 

COIiO:TIBIERIS, nom do lo- 
calité, désignée air moyen âge 
par le mot : columbaria. 

In pago xantonico boscum sancti 
Aniani et boscum de columbariis. 

(Charte de Geoffroy d'Anjou, pour la fon- 
dation du monastère de Vendôme.) 

eoIiOA'GE, nom de localité, 
dérivé comme Cologne du latin 
Colonia. 

COIilj'T, Colet, noms d'hom- 
mes et de localités, dérivés du 
vieux français colcr, frapper, 
colée, coup; horion. 

A chevalier anglois donna telle colée, 
Que gorgière et camail ne li valu riens 

[née. 

(Chron. de Bertrand Duguesclin, 
vers 4623».) 

COMBE, s. f. Petite vallée, 
lieu bas et entouré de coteaux. 
Bien que le mot se trouve fré- 
quemment en basse latinité sous 
les formes comba, cumba, et 
notamment dans une charte de 
631 (voir du Gange, au mot 
cumba), et qu'il puisse être con- 
sidéré comme une corruption de 
l'adjectif latin concava , la plu- 
part des étymologistcs regardent 
le mot combo comme dérivé d'une 
forme celtique qui a donné nais- 
sance au breton : komhant; au 
gallois : cwm; à l'irlandais : 
cumar, qui signifient vallée. 

Li os (1) chevauche par tertres et par 
[combes. 
(Roman de Garin le Lolicrain.) 



(1) Li os, l'armée. 



Prenant à droite le chemin qui tourne 
à Chartres, il trouve sortant d'une combe 

le nouveau gouverneur 

(Agr. d'Audigné, //(«/. Unh\,llï,i~i.) 

Le mot combe a donné nais- 
sance à beaucoup de noms de 
lieux et d'hommes : La Combe, 
Des Combes, etc. 

COJTIBIiK, adj. Qui est rem- 
pli jusqu'aux bords et, par exten- 
sion : abondant. 

Son trésor estoit de mal fère 

Por plus d'amis à li atrère 

Se faisoit riche et comble et plaine, 

(RuTEBŒUF, Sainte-Marie l'egypciane, 
t. II, p. 108.) 

Quand li chardonal sont venu 
(Jui viennent ça luit alumé 
Et de covoitise enbrasé. 
Ça viennent plein de symonie 
Et comble de malveise vie. 

(La Bible Giiiot de Provins, vers 667, 
Fabliaux et Contes, t. II, p. 329.) 

Lesquels il fit encore couvrir de terre 
jusqu'à ce que la fosse fust comble. 

(Boiinv. DES PÉiiiEns, Contes et Joyeux 
Devis, u"" XV.) 

Il en a sa brassée toute comble il n'en 
peult saisir davantage. 

(Montaigne, Essais, liv. I, ch. XLVII.) 



€0MBBA:^'D§, nom de loca- 
lité. Du vieux français : combre, 
pêcherie faite de pieux fichés 
dans une rivière. (Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

Go village, situé sur la Sèvre, 
entre Marans et Niort, a passé 
j)our être le dernier refuge des 
Colliberls. (Voir ce mot.) 

€0:flMU^^S, s. m. Latrines, 
lieux d'aisances. 

Item pour l'achat d'un cofineau de 



COMPRENABLE 



103 



CONSULTE 



bois pour prendre l'eaue à laver les 
mains du commung du dit hoslel-dieu. 

(Coniptes de VHnstel-Dieu de Bourges, 
IdH, cité par le comle Jaiberi.) 



eOMPREarABIiE, adj. 
Compréhensible, facile à com- 
prendre . 

A sens humain non comprenable. 

(Chrietine de Pisan, Ilist. de Charles V, 
prologue.) 

COMPORTE, s. f. Espèce 
de cuve servant dans le Blayais 
au transport de la vendange. Elle 
nécessite deux porteurs. L'éty- 
mologie est évidente : ciim 
portare. 

COXCHE, s. f. Plage mari- 
time ou lluviale en forme de 
coquille — réservoir d'eau pour 
les marais salants. Du latin coucha 
et du grec ^o'(-/;n, coquille. En 
basse latinité, coucha a eu la si- 
gnification saintongeaise : 

Concedo Deo et S. Johanni et mona- 
chis Angeliacensibus quidquid in conchd 

de Esnendâ habebam 

(Charta Wilhelmi, Aquit. ducis pro Ange- 
riaco, Gall. Christ., t. Il, instrum., 
col. 470.) 

Le tout mit pied à terre prôs Zcrbi, 

en une conche nommée Rochelle, où les 

galères ont accoustumé de faire aigade. 

(Agr. d'Aubigné, Hist. ?<K/î;.,liv. I, p. 116.) 

Us ont fait au bout d'iceluy d'autres 
grands réceptacles qu'ils ont nommé 
conches. 

(Berndnl Palissy, Discours Admirables, 
p. 307.) 

COXDITIOIV, s. f. Service 
dedomcsticpie. Etre en condition, 
aller en condition, être au service, 
entrer au service de quelqu'un. 

Il ne cherchera pas à se mettre en 
condition jusqu'à votre retour. 

(M™« DE SÉvioNÉ, Lettres. ) 



Celjc personne ne saurait durer en 
place'; elle a fait plusieurs conditions... 
(Idem., idem.) 

COlVCîÉ, s. m. Permission, 
autorisation. 

Li patriarches ad Karlemaigne apelet, 
Vostrecitngie's'ilvusplaislmedonez. 

(Vogaçie de Charlemagne à Jérusalem, 
vers 250".) 

Grans périx est d'entrer en autrui 
manoir par nuit sans le congié et sans 
le seu de celi à qui le manoir est. 

(BEAUMANoin, Coutumes du Beauvoisis, 
t, n, p. 108.) 

COAXAISSAXT (être), lo- 
cution qui a le sens de : recon- 
naître une vérité, avouer un fait. 

Si home occit aller et il seit conu- 
saunt (1), 

(Lois de Guillaume-le-Conquérant, eh. III.) 

Si fort et si puissant 

Et si malicieux et si mal cognoissant 
De la très grant amour qu'entre vous 
[déust estre. 

{Roman de Girurl de Rossilloii.) 

COÎWXEUTRE, v. a. (pro- 
noncé c'neutre). Connaître. 

Signer, je ai veues vos lettres : bien 
avons queneu que vostre signor sont li 
plus haut home... 

(YiLi-BHARDociN, Cono. de CoHstantinople, 
éJ. 1872, p. 12.) 

COIliSE^'T, Conscutant, 

adj. Qui consent, qui accepte. 

Ledit Francisque fut consentant du cas. 
'CoMiNEs, Mémoires, VIII. p. 10.) 

CO]VSUL,TE, s. f. Consulta- 
tion, conseil de famille, de con- 
sulta, qu'oL a dit pour cousullio, 



(1) Si un liomnc en tue un autre et iju'il 
avoue le fuit... 



CONTENT 



106 



CONVOITEUX 



comme missa pour missio. (Voir 
Ménai^e, Origine do la Langue 
française, p. 229.) 

Qui passoit au Mans pour faire 

une consulte de médecins sur sa ma- 
ladie, 

(ScARiioN, Uomuii comiiiuc, ch. VII.) 

COXTE.VT, s. m. Tout ce 
qu'on peut désirer, provision suf- 
lisante. On doit dire : avoir tout 
son content, et non pas : tout son 
comptant. 

Nous avons pourtant 
Tout notre content 
De nietz pour nostre repas. 

(Olivier Basselin.) 

CO:irTRAIiIER, V. a. Con- 
trarier, de contra aJiuni. 

Grand pdchié fait qui contralie 
Dame qui est d'amors marrie. 

[Varlhcnopeus de Blois. vers GCCO°.) 

COXTRAIilEUX, adj. Qui 
aime à contrarier — difficile à 
vivre. 

Senz votre coulpe avez si mortel anemi 
Si très contralieux, si fort et puissant. 
{Roman de Girart de Rossilluii.) 

Uns vileins prist feme à espuse 
Qui moult csteit cuntraliuse. 

(Marie de FnAXCE, Fables, t. II, p. 379.) 

CONTRE, de Contre, prép. 
A côté de, auprès de, vers. 

Eust une place frouce et vacant 

de conte le dit vergier de la meson. 

(Vonle do innrs 1301, ArcL hiat. de la 
Saint., t. XII, p. 17.) 

Et Dorilas, contre qui ;élais, a été 
de mon avis. 

(.MoLifciip., Critir/ue de l'éciile des femmes, 
8C. VI.) 

Contre Blanchcflour v.)nt, qui moult 
[grant duel ara 



Quant de Bcrlain sa Tille les nouveles 

Isara. 

{Li Romans de Rcrte ans qrans pics, 
vor3 iy03\) 

Quant il fut monlé sur son cheval, si 
montèrent ceulx de léans, pour le con- 
voyer et la dame aussi qui chcvauchoit 
contre luy. 

{Roman de Lancclot du Lac, t. II.) 

COXTRElttOA^T, adv. Vers 
le haut — du côté de la mon- 
tagne : contra mon te m. 

Ambes ses mains en levât cuntre munt. 
{Chanson, de Roland, n. 31.) 

La Seine dans son lit verra plu tôt 

|son onde 

Rebrousser contre mont sa course 

[vagabonde. 

(Racan, Bergerie d'Alcidon.) 

COXTREPOIJITE , s. f. 

Courte-pointe, couverture piquée : 
culcita puncla. 

Elle envoya quérir un bon lit garny 
de linceux, mante et contrepointe. 

(Marguerite de Navauue, Ileptaméron, 
37" nouvelle.) 



COI%TREPORTEUR, s. 

m. Colporteur. On disait autre- 
Ibis : comporlcur, comporter, du 
latin : cum portare. 

Quiconques est fremailliers de la- 
ton (1) à Paris, il puet conporter cl faire 
conporter ses denrées à un seul conpor- 
teur par la ville de Paris... 

(Livre des Métiers d'Est. Boileau, p. 9G.) 

COUVOITEUX, s. m. Plein 
do convoitises, envieux, gour- 
mand, avide de gain. 

Purpensa sei en sun curaigc 
K'il les vuleit avoir andeus, 
lllucc fu-il trop cuveiteus. 
(Marie de France, Fab. V, t. II, p. 78.) 



(1) Fremailliers de laton, fabricant de fer- 
moirs, anneaux, dés k coudre en cuivre. 



COPAIN 



107 



CORDOUAN 



Mes rien ne demoroit de bon devant 
ces pillars : il enporloient tout el par 
espécial gascon qui sunt moult convoi- 
tetis. 

(J. FnoissAnr, Chronique, liv. I, § 358, 
t. IV, p. 36a.) 

COPAI]¥, S. m. Ami intime, 
compai?non. En vieux français : 
conipainz ; du latin : cornes. 
L'accusatif latin : comitcni, a 
donné la forme conipaignon, qui 
s'est employée avec compaimj, 
simultanément, suivant que le 
mot était régime ou sujet. 

Oui de tout à envie 
Mauvaise compaignio 
Fait à son compaignon. 

N'est pas droit cotnpainz 
Qui tout veut avoir. 

{Proverbes et dictions populaires, 
p. 1-3.) 

COPEB, V. a. Couper. 

Il chaït jus quant la teste ot copée 
Fors de son lucre colat la bonne espée. 

(Girard de Vune, vers 2671 •.) 

C'OQUARDEAU , s. m. 

Jeune coq — jeune galant, étourdi 
et arrogant. Diminutif de coquart. 
(Voir ce mot.) 

S'un coquardeau 
Qui soit nouveau 
Tombe en leurs mains ; 
C'est un oiseau 
Pris au gluau 
Ne plus ne moins. 

{Blason des faulses amours.) 

Qu'on mène aux champs ce coquardeau , 
Lequel gasle, quand il compose, 
Raison, mesure, texte et glose. 

(Clémenl Marut, Rondeau »7//', l. U, p. 131.) 

C'OQl'AItT, s. m. Vieux coq 
— chai)Oii mal réussi et par ex- 
tansion : fou, bonet. Ce mot est 
un péjoratif du mot co(f, qui lui- 
même est d'origine celtique, et 



peut être considéré comme une 
onomatopée du chant de cet 
oiseau. 

Qn'est-ce à dire? que Jeanneton 
Plus ne me tient pour valeton 
Mais pour un vieil use regnart 
De vieil porte voix et le ton. 
Et ne suis qu'ung jeune coquart. 

(!•>. ViLLOM, Grand Testament, 
st. G'2, p. W.) 

Ceux qui cuydent que les femmes 
sont si léales sont parfaicts coquards. 

(Louis XI, Cent Nouvelles nouvelles, 
'i'O'' nouvelle.) 



COQUxlSSIKR, s. m. Coque- 
tier, marchand de volailles et 
d'œufs. En langue romane, le 
mot cog'wass/er signifiait cuisinier, 
du latin coquus. 

Asdrubal estoit lanternier, Hannibal 
coquassier. 

(Rabelais, Pantagruel, Vw. II, ch.XXX.) 

CORBEJEAU,s.m. Courlis 
de mer. 

Au coucher du soleil, on y voyait 
voler le corbigeau et l'alouette. 
(Bernardin DE S.viM-I'iEnnE, Paul et Virginie.) 

CORBIIV , Coi'liiucau , 

noms d'hommes. Du vieux fran- 
çais covbin, corbeau, qui est 
resté dans l'expression : bec de 
corhin. 

Lor beaus vis clers a lor cors jenz 
Faiseient manger à niastins 
E à vautours e à corbins. 

'Chroii. des Dues de Normandie, t. II, 
ïors 27i)32«.) 

fORBOUAlV, nom de l'ilot 
situé à l'emboiichurc de la Gi- 
ronde, sur lequel est construit un 
(les plus beaux phares des côtes 
de r(Jcéan. 

A l'épocjuc de Plolémée, cet 



CORDOUAN 



108 



CORDOUANIER 



îlot était réuni au continent quand 
la marée était basse. Il portait le 
nom d'Ile cTAnthros, d'après 
Pomponius Mêla, qui en parle en 
ces termes : 

In eo insuis, Antros nomine, ubi 
garunina obvius oceani excestuantis 
accessibus adauctus est. 

(Pomp. Mêla, lib. III, cap. II. j 

L'opinion qui place Gordouan 
sur l'île d'Anthros est partagée 
par la plupart des géographes. 

On pense que cette île consti- 
tuait la pointe extrême du Médoc, 
séparée du continent, à la haute 
mer, par le chenal de Soulac (1). 
M. de Valois croit qu'Anthros 
était à l'embouchure de la Loire, 
ce qui est en désaccord complet 
avec le texte de Pomponius. 

Quelques auteurs croient que 
le nom de Cordouan vient de la 
construction du premier phare par 
des architectes de Gordoue (2). 
Gette opinion ne saurait être 
admise. Il paraît plus raisonnable 
d'accepter celle donnée par 
Merula {Cosniographia, pars II, 
lib. III — 1636), qui pense que 
Gordouan est le Ko'jpiàvov de Plo- 
témée et tire son nom de cette 
appellation ancienne (,3). 

Un phare existait déjà sur l'île 
deGordouanaumilieuduXIV^siè- 



(1) Elie Vinet pensait également que la tour 
de Cordouan a été primitivement établie sur 
des rochers faisant partie de la côte du Médoc. 

« ... Ut milii duliium non sit, quin Cordanum 
» nostrura raedulis aliquando adhœserit... » 
(ViKET, CiimmeiitaiTCH sut Ausoiie.) 

f2) Un géographe a même émis h singulière 
idée que l'architecte primitif s'appe<aitC«/7/««c; 

« Corduanti turris exstructa fuit ii quodam 

n Corduba architecto, indeci norien inditum.» 
(Beaugrand, Gcug., au molCordiana litrns.) 

(3) L'opinion qui place lecapùurian à Textré- 
mité du Médoc, adoptée par Viiiet comme par 
Merula, n'est pas acceptée pir la plupart des 
historiens et géographes qui le placent au cap 
Ferret, k l'entrée du bassin J'Arcachon. 



cle, car une charte do 1409, de 
Henri IV d'Angleterre, fait men- 
tion de la tour construite en 1360 
par Edouard III, et dont le feu 
éiait entretenu par un ermite. 

Le phare de Gordouan fut 
reconstruit en 1581, par l'ingé- 
nieur français Louis de Foix, qui 
avait pris part à l'édihcation de 
l'Escurial et à la construction du 
port de Bayonno. Une charte du 
diocèse de Bordeaux mentionne 
en ces termes Gordouan et son 
architecte : 

Ad oslium verô garumnœ, in oceanum 
influenlis in vicinà rupe, turris dicta 
Cordoan, labore Ludovici Fiixii, inter 
syrtes cxslrucla est, ex quâ faces 
accensœ noctu viam navigantibus mons- 
Irant. 

(Gallia Chris tiana, t. II, col. 786.) 

€Ordouab>ii:r , s. m. 

Gordoimicr. Cet artisan , qu'on 
désignait sous le nom de sueur, 
du latin sutor, prit au XIP siècle 
le nom de cordouanier, de celui 
de cordouan, donné au cuir fabri- 
qué par les corroyeurs arabes de 
Gordoue. 

De cordoan prist une pel 
Si la mise soz sun mantel. 

(Marie de France, fable 48», t. II, p. 233.) 

La corporation des cordoua- 
nicrs avait le monopole de la 
fabrication des chaussures élé- 
gantes; celle des eavetonniers 
fabriquait en basane , et enfin 
celle de cavaliers {(Voù est resté 
le mot savate) avait la spécialité 
des raccommodages. 

Nus cordouaniers ne puet ne ne doit 
mcsire bazanc avecques cordouans en 
nule euvrc qu'il face, se ce n'est en 
contrefort tant seulement. 

(Livre den Métiers d'Est. Boileau, p. 228.) 



CORME-ECLUSE 



109 



CORPS-SAINTS 



La terre est si beneiirée 
iju'il i a uns cordoaniers 
(Jue jà ne tieng mie à laniers 
Qui sont si plain de granl solaz 
Qu'il départent sollers à las. 

{FaMiau du pais de la Coquaignc, vers 
138», Rcc. de Darbazau, t. IV, p. 
179.) 

CORlflE-KCIifSE, nom de 

localité, de l'ancien nom du cor- 
nouillior.Kn vieux français corme 
désignait aussi bien l'arbre que 
le fruit. (Voir Roquefort, Gloss. 
de la Langue romane.) Le nom 
ajouté sert à distinguer cette lo- 
calité de celle de Gornie-Royal. 

Corme-Ecluse est situé dans 
l'arrondissement de Saintes, près 
de la Seudre. Son église dépen- 
dait de Saint-Jean-d'Angély. 

Ego Rammulfus , sanloniccc sedis 
episcopus, do et concedo ecclesiam s. 
Marise de Connu, raonasterio s. Jo- 
hannis... 

(Charta Ângerlaca, Gallia Christ., t. H, 
ÏDatrum.j col. 438.) 

eOK^TIE-ROYAIi, nom de 

localité. Du vieux français corme. 
(Voir ci-dessus.) Il est fait men- 
tion de cette localité dans la 
charte de 1017 de l'abbaye des 
Dames de Saintes : 

Curtem quoquc aliam quœ nomi- 

natur Corma-Refjalis. 

(Charta fundnt. abb. S. Marirc apuil Saii- 
tones, Gallia Clirinl.. instrum., col. 
479.) 

COR^TIÉ, s. m. Ik)isson fcr- 
mentée faite avec des cormes, 
fruit du cornouillier, conmie le 
poiré se fait avec des poires. 

Vin, perc, corme, bière... 

(.\mbroi80 I'abé, l. UI, p. 637.) 

COR^'FK, V. n. Souffler 
dans une corne, sonner du cor. 
En basse latinité : cornarc, cornu 



inflave. Dans le sens actif: corner 
quelqu'un, c'est exécuter à sa 
porte un charivari. (Voir ce mot.) 

Ço disl Rollanz : cornerai l'olifant. 
{Chanson de Roland, vers l'O'i".) 

Li vcneor lor cors cornant 
Lcsquex vont durement sonant 
Tôt le pais vont estonanl 
De lor huier, de lor corner. 

{Roman du Renart, vers 3't97».) 

Et faisoient grand bruit de corner et 

de huier 

(Jehan Froissaiit, t. I, § 19.) 

CORBIÈRE, s. f. Coin 
d'une pièce de terre, d'un mou- 
choir, etc.. En basse latinité : 
corneria, corneriuni de cornu, 
corne. (Voir du Cangc.) 

C'OROA'EIi, s. m. Colonel. 

Ces deux vostrcs coroneh Rifflan- 
douillc et Tailleboudin. 

(Rabelais, Pantaijrucl, liv. IV, 
ch. XXXVII.) 

CORPOREXC'E, s. f. Cor- 
pulence , embonpoint. On dit 
aussi corporc , pour désigner 
quelqu'un de belle taille. Ce mot 
sainlongcais dérive naturellement 
du génitif: corporis. 

Il mourut veau par dcsplaisance 
Qui fut dommage a plus de neuf 
Car on vit (vu sa corporence) 
Que c'eusl este un maistre bœuf. 
(Clénionl Maiiot, Epigr.) 

CORP» -J^.VIATJ!», s. m. 

Reli([ues. Celle exj:)ression, usitée 
dans le centre, l'est également 
dans l'ouest. A Bordeaux, l'église 
de Sainte-Eulalie, faisait tous les 
ans la procession dite des corps- 
saints, où elle exhibait les reli- 
ques de son sanctuaire. 

9 



COSSARD 



110 



COUBLE 



Lors les cors-saints fist demander 
El en un lieu tos assambler. 

(Wace, Roman de Roii.) 

CO.SSAItD, s. m. Vieil arbre 
réduit à son tronc: Synonime de 
têtard, comme en vieux français 
cosso est synonime de tète. (Voir 
Roquefort, au mot cosso.) 

COSSARD E, s. f. Espèce 
d'oiseau de proie, de la famille 
des balerits. (Voir ce mot.) 

COSSE, s. f. Vieille souche 
de bois ou de vigne. Ce mot, 
ainsi que cossard , dérive des 
racines celtiques : Âos, bois, ou 
Â02, vieux, ou du vieux français : 
cosse, tête. 

COSSOBT, s. m. Ver blanc qui 
ronge le bois. En basse latinité : 
cosso; du latin : cossus ou cossis. 

Vermiuni ligno editorum, qui cossi 
appellantur. 

(Fe.itun, cité par Ménage, Oiiy. de la 
LaïKj. Irançaise.) 

L'humidité engendrera quelques 

cassons ou vermines qui quelque temps 
après gaslera le bois... 

(Bern. PAiiàSY, Recepte Véritable, p. 41.) 

COT, s. m. Coup, choc. En 
vieux français, colp, coup, cotir, 
frapper. (Voir le mot coter.) 

Francs et païens merveilleus colp i 
[rendent. 

(Chanson de Rolland, st. 107.) 

De premic cot qu'ilz tiririant 
fut in cot de couUeuvrinc. 

(Chan.ion du siège de Lusignan, rol(5n 
do la geule Poitevinorie, éd. do 16(30.) 

COTARD , nom d'homme. 
Dérivé de cotte, espèce de robe 



qui se mettait sur les autres ha- 
bits. 

Ucm a maislre Jehan Cotard 
Auquel doy encore ung palard. 
(Villon, Grand Testament, vers 11228".) 

COTER, V. a. Frapper lour- 
dement. Dans le vieux français 
on trouve cotir dans le môme 
sens; il était encore usité au 
XVP siècle : les daims cotissent 
l'un contre l'autre, dit Nicot 
dans son dictionnaire. 

Li flots la hurte et dcbatenl 
Et tous jors à li se combatent 
Et maintes fois tant i cotissent 
(Juc toute en mer l'ensevelissent, 

(Jehnn de Meung, Roman de la 
Rose, vers 5951°.) 

COTI, adj. Meurtri, se dit 
surtout des fruits mâchés. (Voir 
coter.) 

En procédant de paroles à fait, il feri 
le dit Lorrain et coti la teste au mur. 

(Texte du XV» siècle, cité par du Cangb 
au mot costris.) 



COIJ, Couc, s. f. Pierre à 
aiguiser. En vieux français on 
trouve dans ce sens keux et coux, 
du latin cos, cotis (1). 

Lors commença à aguisier 
Hon coutel à une grant keux 
Le prudom cstoit fors et preux. 

(Le preslre crucifié, vers 50», Fabliaux 
et Contes, t. UI, p. 13.) 

COUBîiE,s. m. Paille, couple. 

Le corps Dieu, il prend plus de plaisir 
quand on lui fait présent d'un couble de 
bueufz. 

(Rabelais, Gargantua., liv. I, ch. XXXIX.) 



(l)« Ardentes acuens sagittas cote cruentas. 
(HoniCE, Odes, liv. Il, ode VIII.) 



COUBLER 



111 



COUPEAU 



eOUBLEK , Acconlilcr , 

V. a. Accoupler, i'('unir})ai' j)aii'e, 
mettre en présence des animaux 
pour les faire produire. 

Bien et mal, vertu et vice si vous 

les coublez dételle façon. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. X.) 



eOUDER, Coiiflcrc, noms 
d'hommes et de localités. En 
vieux français ces mots désignent 
une petite place devant une mai- 
son, un pâturage commun. (Ro- 
quefort, Glossaire do la Langue 
romane.) 

COUDIK", s. m. Coing, fruit 
du cognassier, du latin cydoninni 
et du grec Kyow-nov, dont le dérivé 
saintongeais est i)lus rapproché 
que le français. 

Coiidin est également un nom 
d'homme. 



rOUDRAY, Condrcau, 
Condrcf , noms d'hommes et do 
localités, désignant un bouquet 
de noisetiers, et dérivés du vieux 
français : coudre, noisetier. En 
latin : codra corylus, coudrier, 
coryletum, coudra ie. 

Grant i ci-eissent li buissun 
Espines drues c coudreiz 
Mult i crcsseit granz li erbeiz. 

(Chrnn.dcs Ducs de Normandie, 1. 1, 
vers 980».) 

COUE, S. f. Queue ; du latin : 
cauda. 

Une beslc est moult vilaine 
De ledure et d'ordure plaine... 
Ghief a, mes coe n'a mie. 

(fluillaumo Lenuhmand, Dcxtiairc.) 

COL'ER, V. a. Couver. 



l^nç, contagion nuira aux œufs que la 
poulc'co«t;/-a. 

(G. BoucuET, Scrces, t. U, p. iS.) 

COUETTE, s. f. Politc 
queue. 

A défaut de poule couvante poserés 
les œufs dans un large pannier parmi 
de la plume de coette. 

(Olivier des Seures, Théâtre d'Agri- 
culture, p. 248.) 



COUl, C'oiiït, adj. Gâté, se 
dit d'un O'uf pourri, d'un œuf qui 
a été trop longtemps couvé. Cor- 
ruption du verbe couver. 

roijTiEURÉ, adj. Coloré, de 
bonne mine. 

Doulce aleine eut et savourée 
La face blanche et couleurée. 

(GuiU. DE Louris, Roman de la Rose.) 

COUtiOXGE, nom de loca- 
lité. Du vieux français : coulon, 
pigeon. 

D'un couJun cunte que jadis 
S'esteit seur une croiz assis. 

(Mario de France, Faille don Coulon et 
dou Gourpil, t. H, p. "223.) 

On dérive également ce nom 
de collis longus, colline allongée, 
ou de colluin longuni, longue 
q-orge. 



eoi'PEAl', s. m. Copeau, 
morceau coupé mince. En basse 
latinité : copcllus. 

J'y venons; lu nous apportes icy de 
terribles coiipeaux de vieilles véritez. 

(Béronlile de VEnvii.t.E, Moyen de par- 
venir, t. II, p. 'iiil.) 

N'en eussiez donné un coupcau d'oi- 
gnon. 

(Rabelais, Garganluaj prol. Ju 1>"" liv.) 



COUPEAU 



112 



COURTE-POINTE 



De l'aultre main faisoyt ses ongles 
avec des cyseaux, les coiipeaux des- 
quels voloient à la moustache de la 
bouche de l'orateur. 

(Agrippa d'Albigné, Couft'Sfiionde Saiicij. 
liv. II, ch. III, t. II, p. 332.) 

COUPEA.U, nom d'homme. 
On peut choisir entre le sens 
saintongeais et les vieux mots : 
coupeau, sommet de montagne, 
coiipcl, cime d'un chêne, et 
coupe, coupcau, cornard (voir 
Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane), d'oi!i le verbe cou- 
pauder : 

Plusieurs hommes ne voulurent plus 
souffrir leurs femmes se trouver en 
telles assemblées nocturnalles ayant le 
vice en mespris d'cstre coupaudez en 
leur présence (1). 

(Claude Haton, Mémoires, 1. 1, p.l2lj.) 

COURAîVTE, s. f. Diarrhée, 
maladie qui fait courir. On a dit 
au XV'' siècle : courance. 

Et ne mangcoient les poures gens que 
prunes et fruitz dont la courance se 
preit dans l'ost et y moururent beaucoup 
de nos gens. 

(01. DE La Marche, Mémoires, liv. II, 
p. 205, cité parLACi'RNE deSainte- 
Palaïe.) 

De parler elle s'effraya 

Dont il eut bien fort la courante. 

(ScARno:(, Virgile travesti.) 

COURAUD, Courrcaii, s. 

m. Grande barque de charge. En 
basse latinité : currellus, char, 
véhicule; du latin : curvus. 

Il arriva qu'un des bateaux qui avoient 
passé la troupe fut assablé; et ne put 



(1) Dans ce passage, Claude Haton, fervent 
catholique, mentionne raccusation qui pesait 
sur les prolestants de terminer leurs assem- 
blées nocturnes par des accouplements charnels. 
La même calomnie avait été répandue sur les 
premiers chrétiens. 



eslre ramené de là le courau comme les 
autres. 

(Agr. u'AiDiGsÉ, llist. Univers.^ III, 21.) 

COUKATIER, Coura- 
tîère, s. m. et f. Coureur, cou- 
reuse, vagabond — entremetteur. 
Envieux français, couratier axait 
la signification d'intermédiaire 
pour l'achat et la vente des mar- 
chandises; le mot actuel, cour- 
tier, en est dérivé. 

Et meslier devant dit ne puet et ne 
doit avoir nul couralier. 

{Livre des Mesliers d'Est. Boileau,p.149.) 

Ains se tendra chascun à son mes- 
tier... li corratier à la corraterie tant 
seulement et li auneur à l'aulnerie tant 
seulement 

(Ordonnance de 1288, Registre des Métiers 
d'Est. Boileau, p. 392.) 

Cléopâtre étoit revenderesse d'oi- 
gnons; Hélène courratière de cham- 
brières. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

€OUR€EIiIiE:§, nom de 

localité. En vieux français, petit 
jardin; en basse latinité : Corli- 
cella. 



COIIRCOURY, nom de loca- 
lité située dans une ile formée 
par l'union de la Seugne et de la 
Charente. 

€OUROMi\E (La), nom de 
localité située près d'Angouléme, 
où subsistent encore les ruines de 
l'abbaye de ce nom. En latin : 
Corona. 

Lambertus conslruxit cœnobium (anno 
1122) in vicino loco paludibus et rupi- 
bus in modo coronm cinclo ; indè illi 
coronoi nomen datum... 

[CalUa Cliristiaiiu, t. II, col. 1043.) 

COURTE-POINTE, s, f. 



COURTIL 



113 



COUTIA 



Couverture composée de plusieurs 
étoffes réunies par des points, 
c'est-à-dire couverture piquée. 
En basse latinité : culcilrn puncta 
(voir du Cang-e aux mots culciln, 
culcilra). En ancien français : 
coute-pointe, qui aurait dû ôtre 
conservé sans l'interpolation do 
la lettre r. 

En un lit vi de cliief en clùcf 
Estandre une coute-pointe. 
(Nouveau recueil de Coules, 1. 1, p. 220.) 

Entremenlcs que Philippe dormoit sur 
une coute-pointe delez le feu de charbon 
en son pavillon... 

(J. FnoissARi, Chroniques, Ih. U.) 

COURTIIi, s. m. Petit jardin, 
petite cour. En basse latinité : 
curtile, métairie. 

Cest cortil fut moult très bien clos 
De piez de chesne aguz et gros. 

(Roman du Henart, vers 1289».) 

C'est moy mesme — Dont venez-vous? — 
J'cstoys allée quérir des chous 
En nostre courtil pour disner. 

(Farce des Femmes, anc. th. fr.,t. I, p. 67.) 

Mais la vieille anticipa, tenante le fu- 
seau en sa main, et sortit en un conrlil 
près sa maison. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. ni,ch. XVH.) 

En vieux français, on disait 
courlillage comme nous disons 
Jardinage pour désigner les pro- 
duits du jardin. 

Courlillage, c'est à savoir, toute manière 
de porées, pois, naviaux, fèves novelles. 

(Leltres-pntentes clu iS nini 1 4lM), Lirre 
des Métiers d'Est. BouEAt, p.2"G.) 

COUSIIVAGC:, s. m. Action 
de se traiter en parents — fré- 
quentation entre cousins, et jtar 
cxtansion : intimité. 

Ainz verra se li ferez amur c cusinage 



Comment vus vus conlendrci cum fol u 

[cum sage. 

(Chroii. de Jordan Fantasme, vers 377«.) 

Cosin renart, dist Chantecler, 
Nus ne se doit en vous fier. 
Dahcz ait vostre cosinafje. 

(lioman du lieiiart, vers 1705°.) 

COUSSEAU, nom d'homme. 
Forme du vieux français cassons, 
courtier-maquignon, d'après Ro- 
quefort. 

COITTÉ, s. m. Côté, du latin 
Costa, côte. Les deux formes costé 
et cousté étaient usitées au XVI° 
siècle. 

Autant en est il de chose et de chouse, 
de costé et de cousté, 

nous dit Robert Estionne dans 
son dialogue du Nouveau Langage 
français italianisé. 

Nageoit en profonde cauc, à l'endroicl, 
à l'envers, de cousté. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. I, ch. XXin.) 

COIJTEITIEA'T, s. m. Coi\t, 
prix, dépense. 

Mes une chose vos vueil dire 
Qui n'est pas de grand coustemcnt. 
(Ri'TEBŒDF, Lai de Brichemcr.) 



COUTIA. Coûta, s. în. Cou- 
teau. En vieux français : cultcl 
et coutiel, et, plus tard, coutiau. 

Se trenchièrcnt si cum fud lur usages 
de cultels c riflèrent la charn jusque il 
furent sanglcnz 

(Livre des Rois.) 

Li leva le pan d'un haubert cl l'ocist 
d'un coutiel. 

(Chronique de IXains.) 

Il tcnoit trois coutiaus en son poing 
dont l'un cnli-oit ou manche de l'autre. 
(.loiMviLLE, histoire de S. Loys.) 



COUTRE 



lli 



CRAQUELIN 



rOI'TRE, Cowltrc, s. m. 

Couteau iilacô en avant du soc de 
la charrue i»our fondre la terre. 
Du latin; ciilter. 

Or sont-il perciez d'ouUrc on ouUre 
A gros clous loncs comme un coullre. 

(llê.iurrection de N.-S. Jésus-Clirisl, 
Mystère du XV" siècle.) 

Tu sentiras le soc, le contre et la 
[charrue. 

(RoxsAno, Cnntre les Biichei'ons de 
la foret de Gasline.) 

Amena ses bœufs gras et refailz, 

son soc rondement acéré, son coullre 
très bien apointé 

(Noiil DU Faii, Propos Rustiques, 
ch. IV, p. 41.) 

COtlTKETT, s. m. Gotret, 
petit fagot de bois de sapin ; dans 
le bordelais : Jirjot. 

Artus de Oretaigne (estoil) dégrcsseur 
de bonnetz, Pcrceforesl, porteur do cous- 
trets. 

I Rabelais, l'anliujrucl, liv. H, cli. XXX.) 

COUTUni:, La couture, 

noms d'houinies et de localités. 
En vieux français : coullure, en- 
droit cultivé; du latin : cullura ou 
fosturo, terrain à ini-côte; du 
latin : costa. 

N'a ne boef ne cliarrue ne vilain en arée 
Ne vigne provignié en couture semée. 
(Wace, Roman de Rou, 1. 1, p. 73.) 

Les pors por mener en pasture 

Là aval en ccle coulure 

Tant qu'il soient saoul cl plain. 

[Corlois d'Arras-, vers S'iO".) 

Il luy avoit baillé toutes les chaintres 
assis entre les terres labourables do la 
cousture de sommiers 

(Bail du 18 iiovcmlire 1465. — Archives 
histor. de la Suintoni/e, t. X, p. 3"27.) 

COtVARTE, Couverte, 

s. f. Couverture de lit. 



Un garde-robe gras servoil de pavillon, 

De couverte un rideau, qui fuyant (vert 

|cl jaune) 

Les deux cxlrcmités, estoit Iroj) court 

[d'une aune. 

{Rkgnieu, Satijre XI, p. 85.) 

L'on cstcndil sur nous deux antiques 
[couvertes. 

(Sahuazin, l' Embarquement de Poissy.) 



COVVKAII^IiE;, s. f. Ense- 
mencement des terres. Le verbe 
français couver, du latin cuhare 
avait autrefois le sens de couvrir, 
abriter, cacher. 

Job onques trésor ne couva 
Tant com à qui donner trouva. 

{Roman de Charité, vers 210".) 

COCX, nom de localité. En 
vieux français, le mot coux dési- 
gne le mari dont la femme a été 
infidèle : coû (voir ce mot), une 
pierre à aiguiser. 

COCVEK, s. m. Etui en bois 
servant à placer la pierre à ai- 
guiser des faucheurs, appelée 
coû. (Voir ce mot.) 

CîlïKES, nom de lieu dérivé 
de l'un des radicaux ccUit[ues koz, 
vieux, ou kôs, bois. 



eilAil^TISE, s. 

timidité. 



f. Crainte, 



Mais je passasse la cloison 
Moult volenticrs pour l'occoison 
Du bouton flairant comme basme 
Si je n'eus craintise de blasme. 

(Guill. DE Loiuiis, Roman de la Rose). 

CR.l«UUEILIiV,s. m. Echaudo 
en l'oriiio d'anneau. D'après Uiche- 
let ilJictionnnire i'nincuifi, éd. 
de lOfSOj, c'est un mot provincial 
pour dire : un échaudé aux œufs. 



CRASSE 



115 



CREUX 



Il est ordonné que tous les boulangers 
de Rouen fassent du bon pain blanc 
comme mollet, fouachc, pain de rouelle, 
semincaux, cornoyaux, craquelins, cre- 
telées... 

(Ordonnance d'octobre 1508.) 

Dans la despense y avoit à monceaux 
Restes du soir, force friantz morceaux 
Perdrix, levreaux, et des canes sauvages 
Gasteaux sucrés, cmgite^ms et fromages. 

(.Nicolas Rapin. Irad. de la snt. VI, liv. II, 
d'Horace.) 

CRASSE, s. f. Avarice, et 
dans un autre sens : mauvais 
tour. 

Mais pour bien mettre ici leur crasse 
[en tout son lustre. 

(BoiLEAu, Satyre X.) 

CRAVAXS, nom de localité. 
En latin: cravantium. Il en est 
fait mention dès le XII" siècle : 

Anno 1171 sopitlitem inter convenlum 
el priorem Sti Eutropii ex unà parte et 
Robcrlum Jordin de cravantio ex al- 
téra... 

{Gallia Christiana, t. H, col. 1071.) 

Nom dérivé du vieux mot 
cravnn, coquillage qui s'attache 
au fond des vaisseaux. (Dict. de 
Trévoux.) 

Les navires produisent force rats et 
souris, cravants et autres animaux. 

(G. BoccnET, Scrccs, 1. 1, p. 90.) 

CRAZAIVIVES, nom de com- 
mune. En vieux français : ano, 
amie, signifie canard, cane; du 
latin anas et cras, est synonime 
de gras, du latin crassiis. 

Taslanl vait le plus cras mouton. 
(Fabliau d'Eslula.) 

Kl tout dis aloil li rois d'Englelcrrc 
avant, quéranl le cras pays. 

(J. Froissart, CArort/ffttW, liv. I, S 471, 
l.Vl,i..3.; 



Crazanncs serait donc synoni- 
me de canard gras, crassiis anas. 

CRÉA, s. m. Esturgeon, pur 
grec KpÉa;, chair. En vieux fran- 
çais, créât et crat. (^Voir Roque- 
fort.) 

CREIATI;re,s. f. Créature, 
mauvaise femme. 

Les criatures se assemblèrent 
\ la destinée en alèrent. 

(Marie de France, Fab. VI, t. II, p. 80.) 

Trop estoit large criature. 
(DoioPiTHOs, vers 174«, éd. Jannet, p. 9.) 

CRÈRE, Crcirç, v. a. 

Croire. Du latin : credero, ou du 
celtique : credi. 

Ma l'escriptura di et nos creire o devcn. 

(La noble Leiezon, poème vaudois du 
XI» siècle.) 

Ce nous croyons, n'y n'est aussi de 
[creire. 
(Rabelais, Epistre à Jean Boitchct.) 



CREITRE, V. n. Croître, 
augmenter. S'écrivait, autrefois, 
crcistrc; du latin : cresccre. 

Bienheureux le malheur creist la 
[renommée. 

(Philippe DEsroniEs.) 

CRESSÉ, nom de locahté. En 
vieux français : augmenté, accru; 
du latin : crcscerc. 

CREfX, s. m. Trou, tanière. 

Tantosl aront plains les crues (1). 

(Chanson du XIII" siècle. — Hecucil 
(ien Chnnls liisl., p. -ioS.) 



(I) Bientùt ils auront rempli les souterrains. 



CREYABLE 



116 



CmSTE-MARINE 



Les lyonccaux mosmcs lors sont yssans 
Hors de leurs creux, bruyans et rugis- 

[sans 
Après la proye, afin d'avoir paslurc. 

(Clément Maiiop, Psaume CIY, t. IV, 
p. 1-45.) 

Une grand troupe de^formis 
Ensemble en ung creux s'esloicnt mis. 
(Gilles ConuozET, Fab. d'Esope, p.^2U3.) 

Puis je voy ce grand mont, qui au loing 

[redouté 

Voyant ses pieds souillez tous boueux 

[de tempeste 

De soupirs ensouphrez en son creux 

[csvanlc 
Porte les feux au cœur, les gla(;ons à la 

[teste. 

(Agrippa d'Aibigni';, So««c/ épigramma- 
tique XXll, t. IV, p. 341.) 



( RKYABLiE , €;rcal»lc , 

adj. Croyable. 

Dant Yscngrin est connétables 
El bien de la cort est crdables. 

[Roman du Henarl.) 

■ Car il est menteur et parjure 
Grand barateur et non créable. 
(Robert Gaguin, Passetemps d'oysivelé.) 

Ainsi que leur disoient chaque jour 
gens créablcs, chevaliers et cscuyers 
qui bien le cuidoient savoir... 

(Jehan Fiioissaht, liv. I, § iil.) 

CRIER, V. a. Fleurer — 
appeler — gronder. 

Pourquoi me criez vous? J'ai grand 
[tort en effet. 

(MoLiÈiiR, Ecole des Femmes, act. V, 
BC. IV.) 

t'ISlAIIiliER, V. n. Péjoratif 
de crier, crier souvent. 

Peuple qui vole en troupes infiny 
VA criaillant sur les rives cognues 
fcje presse ensemble aussi cspais que 

[nues. 

(RoNsvni), Froueiade^ t. ni, p. "ri.) 

CRIERIK, s. f. Criailleric. 



Tel meschef, douleur cl crierie avoit 
en la salle qu'on ne savoit auiiuci 
entendre... 

(.1. l'noissAUT, Chroniques , liv. III, § 4.) 

Ce jour, nonobstant les crieries de 
Boucher et l'opposition des ecclésiasti- 
ques et des seize 

(Pierre de l'Estoiik, Mémoires, t. VI, 
p. 13.) 

Au XIII° siècle, le mot crieries 
était employé pour désigner les 
annonces faites par les crieurs 
publics de Paris, et notamment 
par la corporation des crieurs 
de vins qui bon gré, mal gré, 
criaient aux portes des tavernes 
le vin qu'on y vendait au détail. 
Los écrivains du moyen âge ont 
latinisé cette expression par le 
barbarisme : crieria. 

... Mercatoribus nostris hansatis aquœ 
Parisis, concedimus crierias Paris 

... Et terrnm quœ fuit dicti simonis 
quœ erat in firma crieriârwn Paris 

(Charte de l'hilippe-Aupusto, année 1220, 
citée dans Felibien, llist. de Paris, 1. 1.) 

CRIIVCRIIV, s. m. Violon. 
« Ménage rapporte ce terme, » 
dit Charles Nodier, dans son 
Dictionnaire des Onopatopées , 
« comme formé par l'imitation du 
» son du violon. » 

Monsieur, ce sont des masques 

Qui portent des crincrins et des tambours 
[de basque. 
(Moi.iKiiE, les Fâcheux.) 

C'RISTE-MARIJVE, s. f. Un 
des noms du fenouil marin, crit- 
toniiis niariliiiius, le XpsOiJtov de 
Galion. {De sinip. nicd., liv. VII.) 

Dans les rochers des isles de Xain- 

tonge, l'on y cueille aussi de la criste- 

tnarine, autrement appelée perce-jnerre. 

(Bcrnaril I'ai.issy, Diseours Admirables, 

p. 202.) 



CRO 



CUISSAGE 



CRO, S. m. Cori'uption du mot 
croc, désignant les taches de vin 
aux lèvres et au coin de la bouche, 
ainsi nommées du stigmate crochu 
que le verre a laissé à la figure du 
buveur. 

eRO§!SE, s. f. Béquille; ce 
mot, bien ({u'il désigne aussi le 
bâton pastoral des évèques, ne 
dérive pas du latin criix, crucis, 
croix, mais du bas latin crocia, 
bâton recourbé, qui est lui-même 
d'origine tudesque. En vieux 
allemand krucka, en anglais 
crook, signifient béquille. 

CKOL'IiFK , V. a. Faire 
tomber, faire écrouler. Mot fran- 
çais, seulement au neutre. 

Emporlans les seps, 'croullans tous 
les fruitz des arbres. 

(Rabelais, Gargaiilua, liv. I, ch. XXVI.) 

CRUCIIÉE, S. f. Une pleine 
cruche. 

Va t'en tout à l'heure à la fontaine de 
Jouvence et m'en rapporte une cnichée 
d'eau. 

(Lafomai>e, Psijchc, liv. n.) 

CRrJOX, S. f. Cruchon, 
petite cruche. En basse latinité : 
crufffi. Ce mot, comme cruche, 
est d'origine germanique; ancien 
allemand: krôg, allemand: krùff. 

Un cnigeon d'uylle. 

(Telle du XV» siècle cité par dc Gange 
au mot criiga.) 

Nous trouvâmos avoir gai,'nc un 

crujond'hniicdc noix, demi-vessie d'ouin, 
une fausse barbe. 

(Ag. n'Ariiir.NK, liarnii dr Ftnirslc, liv. ni, 
cU. m, l. II, [1. 1-22.) 

CrKJon : any round tliing as a mans 
skuil or br.iin panne. 

(CyrciiiVE, Dictionnaire.) 



CrBIiAXC, s. m. Sorte de 
petit oiseau qui fréquente le bord 
des rivières et qui est bon à 
manger. (Hichelet, DictionnairQ 
français, éd. 1G80.) 

CUISAXT, adj . Facile à cuire, 
se dit surtout des légumes. 

Navets sont durs et mal cuisants 
jusques à ce qu'ils aient esté au froit 
et à la gelée. 

{Ménagiev français du XIV" siècle, lir. 
II, ch. V.) 

Les febves creues en un champ sont 
cuisantes. 

(Bernard Palissy.) 

Cl'ISSAGE, CiiUasc Ces 

mots, comme ceux de jambage, 
marquette, prœlibation, etc., ont 
désigné le droit féodal connu sous 
le nom de Droit du Seigneur, ou 
le rachat de ce droit par un paie- 
ment en argent. La nouvelle 
école historique dont M. Vcuillot 
fut le porte-voix, a nié jusqu'à 
l'existence do ce droit seigneurial, 
dont il était difficile de faire l'apo- 
logie. Nous nous bornerons à 
citer quelques textes qui parais- 
sent trancher la question : 

Consueludo olim ab Evenno tyranno 
inducta, ut Domini prefeclive in suo 
territorio sponsaruiii omnium virginita- 
tem prœiibarent, dimidiata argcnti maroa 
unam noctem à priefcctorum uxoribus 
rodi mente sponsa; quod étiam num pen- 
dere cogunlur, vocanl que vulgô mar- 
kettam mulierum. 

(Heclor Boéthus, lib. III ol XII, UistoriiK 
Scolortim. p. '200.) 

Nemo fcminam det viro, antoquam dc 
merccde Komino l'oddondà lidejussorcm 
accipial. l'uclla dicilur esse dcferlum 
régis et ob hoc régis est do ea amachyr 
(pra-lium virginitalis) liabere. 

{Leges Noeli boni regin WaUiœ, cap. XXI.) 

Postremo hune jam induxcrat morem, 
ut nemo sine ejus permissu uxorcm du- 



CUISSAGE 



118 



CULER 



cerel, ut ipse in omnibus nupliis pro.r- 
quitator esset. 

{Lactaiitiu.f, Lib. Jo mortib. porsecut.) 

Dans le Glossaire du Droit fran- 
çais de Laurièrc, nous trouvons 
ce qui suit au chapitre : « Dcrcditu 
» baronioc S. Martini le gaillard 
» (anno 1507) » : 

Item ledit soigneur (le comte d'Eu), au 
dit lieu de St-Marlin, droit de cullage 
quand on se marie. 

(Voir DU Gange au mot marchcta.) 

Boi''rius , décision 297 , nu- 
méro 17, rapporte ce qui suit : 

Ego vidi in curiâ bituricensi metropo- 
litani, processum appellalum, in quo 
rector s'en curatus parochialis, prœlen- 
debat ex consuctudine [jrimam haberc 
carnalem sponsœ cognitionem, quaj con- 
suetudo fuit annuUala et in amendam 
condemnatus... 

Et plus loin : 

Et pariter dici et audivi et pro ccrto 
lencri, nonnullos vasconiœ dominos 
habere facuUatem prima nocte nupliarum 
suorum subditorum ponendi unam 
tibiam nudam ad latus neogamœ cuban- 
tis ant componendi cum istis. 

Dans Roquefort, au mot cullar/c, 
nous trouvons qu'on Piémont les 
seigneurs de Prellcy et de Par- 
sanni jouissaient du môme droit 
appelé cazzagio, du mot italien 
eazzo. La môme indication se 
trouve dans le glossaire de Lau- 
rière au mot culhirje. 

Un arrôt du Parlement de Paris 
du 19 mars 1409, fait défense à 
l'évoque d'Amiens d'exiger des 
habitants d'Abbcville nouveaux 
mariés un droit en argent })0ur 
leur donner congé de cohabiter 
avec leurs femmes les trois pre- 
mières nuits du mariage. 

Dans le répertoire de jurispru- 
dence de Merlin nous trouvons 
au mot markulto que ce droit a 



été inauguré au XIIP siècle, qu'il 
se nonnua d'abord droit do prœli- 
hation, ensuite inarkette, et fut 
réclamé par des abbés et des évo- 
ques. 

CUL (à), Cul (de), locutions 
qui signifient, la première : pousser 
quelqu'un à bout, la deuxième : 
renverser quelqu'un. 

A cul a autrefois formé un seul 
mot, d'où nous est resté le verbe 
aculer. 

Or ça, puisque le cas s'offre 
Mevoicy boulé à lacul. 

{Farce de Frère Gulllebcrt^ anc. th. 
fr., t. I, p. 316.) 

Pantagruel tint contre les régens, 
artiens et orateurs, et les mist tous de 
cul. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II.) 

CUIi E^TRE «EUX SEIi- 
liES, locution qui indique une 
situation embarrassante, une hé- 
sitation à prendre un parti. Ici, le 
mot s'applique non pas à la selle 
du cheval, mais à la colle ou 
chaise percée. 

Deum ergo repellens et a sœculo rc- 
pulsa, inter duas, ut àicilar , sellas, 
corrueras. 

(S. BEBNABDiîa, Epiatolalli», éd. 1690, 
t. I, col. l'20.) 

Entre deux selles chiet eus à terre. 

(Texte Ju XIII» siùcle, cité par Roquefort, 
Glossaire de la Laiif/iie romane.) 

La situation indicjuée par la 
locution : avoir le cul entre deux 
selles, rappelle celle do l'àne de 
Buridan, placé à la môme distance 
de deux j)icotins d'avoine et ne 
voyant aucune raison d'aller plu- 
tôt à l'un qu'à l'autre. 

CULER, V. m. Reculer. Se 
dit surtout des animaux. 



CUMON 



ii9 



DAM ! 



Et s'estant culé dedans ledit rnii5seau, 
1g renard entrait petit à petit pour faire' 
fuyr toutes les puces du corps en sa 
teste. 

Bern. Palissy, Rcceptc Véritable, p. 113.) 

CUI9I01V, Cuitioiit, noms 
d'hommes et de localités. En 
latin : cuneus mous, mont ou 
colline en forme de coin. D'après 
M. Lorédan Larchey, l'ancien 
nom de la famille Moncuq est 
celui d'un \illage do Qucrcy, 



renommé pour la beauté de ses 
coteaux et qui portait, en latin, 
le nom de Cunous-Mons. (Voir 
Lor. Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

CUVEAU, s. m. Petite cuve. 

Qui fait vigne.-:, li ceux est grans 
Car bastons y fault à oultraige. 
Cuves, cuvaux, queux, reliaige. 

(Eustache Desciumi-s, Poésies.) 



JD 



MA, particule qui se place 
après un mot ou une phrase jjour 
donner plus do force à l'aflirma- 
tion ou à la négation. Ce mot a 
été conservé en français dans la 
locution oui-dû. La forme an- 
cienne de cette interjection est 
diva, devenu plus tard dea, pro- 
noncé en une seule syllabe. 

Diva! floires, après mangier 
Te doit ton oste consillier. 

[Flaire et Blaiurflor, vers 170o».) 

Dea! beaulx amis, ce dict Amours, 
Celui qui a servir se met... 

(Charles n'OnLÉANs, Complaincte de 
l'Amour et de l Amant.) 

Pourquoi non dea? Socrales estoit 

homme 

(M. Montaigne, Essais, liv. UI.) 

DAUxl, s. m. Mot enfantin, 
pour cheval. 

Le dclivrcur d'Andromeda 
Monte sur un aile dada. 

(VoiTi-nE, l'ocsies.) 

Il avoil trouvé une occasion favorable 
et cependant oscrais-jc le dire son dada 
resta court à Lérlda... 

(M™« iiE SÉvir.NÉ, Lettre du S avril 167 1, 
i. I, p. l'J3.) 



DAIIi, s. m. Faux et particu- 
lièrement la lame de cet instru- 
ment. En basse latinité : dayla, 
ainsi délini par dti Gange : 

Nam occitanis dailla, dailha est fal- 
carc; daiUiayre falcator, dailho faix quû 
fenum secatur. 

(1)1' Cange, Glossarium., verbodayla-) 

Ce mot paraît être d'origine 
Scandinave, car en islandais : 
dcila, et en danois : dccle, signi- 
fient faux. 

La mort six jours après, le rencon- 
trant sans coingnce, avccques son dail 
l'cust fauschc et cerclé de ce monde. 

(Uabelais, Pantagruel, prologue du 
liv. IV«.) 



WAIiKE, s. f. Quantité d'urine 
réjjandue eu une fois. Ce mot, 
comme d;dc, désignait un petit 
canal (jui reçoit les eaux des toi- 
tures. Dériv(; de, l'arabe : dalla, 
conduire; dalalali, condiute d'eau. 
En espagnol et en portugais : 
dala et adala ont la signification 
de dalo et de gouttière. 

DAIVI! exclamation. Abrévia- 



DAMPIERRE 



1-20 



DANGIBAUD 



tion de l'ancienne interjeotion : 
dame-dcii, dame-dex ; du latin : 
domine deus. 



Miracles fit dames-dex par lui.... 
{Roman de Garin le Lohcrain.) 



01) dam ! on ne court pas deux lièvres 
[à la fois. 
(Racine, Les Plaideurs.) 

UAIIPIERRK, nom de loca- 
lité et nom d'homme. Du vieux 
français : dam, dnmp, maîlrC; 
seigneur. Latin : Dominiis Pe- 
trus. 

Nous Irouvasmes dam Piclre, que le 

[corps Dieu cravent 

Qui la royne avoil fait morir fausse- 

[ment. 

(Chroii. de Bertrand Diiguesclin, 
t. n, p. 9.) 

Quant damp Abbéz sceul la venue de 
ma Dame, il fut très joyeulx. 

(Ant. DE L\ Sai.le, Jehan de Saintré, 
ch. LXIX, p. ^298.) 

DAIIEJEAUXE, s. f. 

Grande bouteille de verre, ser- 
vant à contenir du vin ou de 
l'eau-dc-vie. 

Ce mot, dont on no trouve pas 
trace dans le vieux français, est 
d'origine arabe, comme élixir, 
alcool, marasquin, etc. Ces divers 
mots se raj)portent à la fabrica- 
tion des liqueurs qui nous vient 
de l'Orient. 

Dans la langue arabe, djouna 
signifie cruche, et on trouve dans 
le dictionnaire de Kasimirski : 
damajan, damadjan, avec le sens 
de bocal. Hichardson traduit ces 
mots par : glass phial. 

Nos facétieux ancêtres avaient 
trouvé une variante de la pre- 
mière partie du mot danw-Jcaniw 
qu'ils avaient transformé en puthi- 
jeanne. 



Plus ung chandelier de cuivre, plus 
une pusiin-jane 

(Inventaire du 1t) tlocembre 1653, do 
l'Abbnye do In Freunde. — Arch, 
hisl. de Saintunt/e, t, X, p. 287.) 



]1A^^])0:W^EAU , nom 

d'homme. Diminutif de dandin, 
dando, en vieux français : homme 
indolent, mari complaisant. Mo- 
lière ne l'a pas choisi au hasard 
pour en faire le nom d'un époux 
trompé. 

Jennin espluche des chardons 
M.iislre Prebstre se va jucher, 
Le dando tranche des lardons 
Quant on va sa char embrocher 

Le dando faict bouillir le pot. 

(Guill. Coyi'iLLAHT, Monologue des 
Perruques, t. H, p. 280.) 



DAIVCIBAUD, Daugi- 
liault, noms d'hommes auxquels 
plusieurs origines également vrai- 
semblables peuvent être attri- 
buées. Dan, comme dam, damp, 
dom, signifie seigneur; du latin: 
dominus. Ce même mot, dérivé 
du celtique, signifie gendre, et a 
conservé ce sens en bas breton. 

Les noms Gibaiid, Gihault, 
Gihauld, sont des formes du ger- 
manique Gislehald, devenu, par 
contraction, Gisbald. En vieux 
français, r/ihaud a signifié bossu, 
de tjibc, bosse. Nous avons donc 
les divers sens de : maître Gibaud, 
maître bossu, et de gendre de 
Gibaud ou du bossu. 

D'ailleurs, le nom Angihaud est 
une forme dérivée des noms ger- 
mani({ues : cntjiihurr/, château 
do l'ange, ou cncjilhald, ange 
renommé. 

Nous savons que le nom (VEii- 
(jibaut fut porté par un fils naturel 
d'Agrippa d'Aubigné. Le vieux 



DANNEPONT 



lil 



DEBAGOULER 



Huguenot a cité ce nom dans un 
de SCS ouvrages : 



Un queiteino de Brouage. 
chez Gibaut ou Engibaul... 



me mena 



(Agrippa d'Aibigmk, Baron de Fœneste, 
liv. II, ch. IV, t. I, p. 63.) 



DAXXEPOXT, nom d'hom- 
me. Natif (ÏAnnepont, pont do 
l'âne; en latin : asini-pons. 

Constituimus procuratores nostros... 
magislros Hcliam Magnani, Joliannem 
Aquilœ, Sancti Maximi et de Asirw- 
"ponte nostrœ xanctonensis diocesis 
redores 

(Procuration du 4 avril 1317, pour être 
représenté aux Etats généraux. — 
Archives hist. de Saiiiloiige, t. X, 
p. 55.) 

DARD, s. m. Espèce de pois- 
son, lenciscus vulgaris — cou- 
leuvre verte. 

Gardons, perclies, dars, loches... 

(.4.inbroi8e I'aiié, liv. XXIV.) 

DARRAIX, adj. Dernier. 

Alel se prennent qui destruit 
Au daarrain s'empleni,'ncnt tuit (1), 
Lors regrelenl lur buii seignur, 
Gui il firent la deshonur. 

(.Marie de France, Fublc XXVI, t. II, 
p. 140.) 



DARRIf^RK, s. m. et adv. 
Derrière. Les saintongeais disent 
par contre : en erriôro pour en 
arrière. 

Mult fièrement chevalchet l'Empcrere 
Il est darere od celc gent barbée. 

{Chanson de Roland, vers 3310".) 

Dariere les trois avoit bien trente de 
leur chevaliers... et dariere ces clieva- 
liers grand planléi de scrgans... 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 21.) 



(1) On s'en prend îi celui (|ui détruit 
Du duniicr se plaifucui touï. 



Dessus, dessoubz, davanl, darriere, 
à dextre, à sencstre... 

(Rauelais, Panlaynici, prol. du liv. IV.) 

DATTIIiliE, s. f. Espèce de 
prune de forme allongée comme 
la datte. Ce dernier mot dérive 
du grec oâxTuXo;, doigt. 

Le palmier produit l'exquise prune 

datte, qu'on nous envoie de Barbarie... 

(Olivier ue Seuues, Thcàt. d'Agr., p. 615.) 

Figues, prunes, datils, pignolals, 
noisettes... 

(Idem., p. 81-2.) 

DAU, Dô, Don, art. Du. 

Le s en de droit est de savoir ou avoir 
les quenoissances des choses dou ciel 
et de la terre. 

{l.i Livres de Justice et de Plet, p. 3.) 

Sire, je vos fais asavoir, 

Je n'ai de quoi rfô pain avoir. 

(RlTEBOBlT, t. I, p. 3.) 

DAVAXT, prép. Devant. 

Dessus, dessoubz, davant, darriere. 
(Rabelais, Pantagruel, prol. du liv. IV.) 

Car il porte gris et froid, rien davant 
et darriere. 

(Ibid.) 

DÉBAGOUIiER, v. a. Ba- 
varder , jjarler avec excès. Du 
saintongeais (/onlc, bouche, dé- 
rivé du latin /juin. 

Si vous aviez débagoulé ce mol là 
dans la ville on vous diroit que vous 
en avez menty. 

(Dialogue des deux marcbnnds, 1573, daus 
les Variétés litl. d'Ed. Fodiinieb.) 

Des menaces grandes qu'ils firent et 
injures qu'ils débaçfoulcrent contre le- 
dict aumosnior jusqu'à l'aiipeler ma- 
raud et fils do boucher. 

(Draniùue, Vie d'Anne de Bretaigne.) 

Ce mot était encore en usage 



DEBARRER 



122 



DEDIRE 



au XMP siècle : cK'hngoiiler des 
rapsodies se trouve dans la tra- 
duction de Lucien, par d'Ablan- 
court, édition de 1671. 

UÉBARRER, v. a. Enlever 
la havre de bois ou le verrou qui 
ferme une porte — l'ouvrir. 

Mais l'un deux vistenienl, vers la porlc 
[tournant 
La débarre soudain... 

(MosTciinEsTiEN, Pocmc (îc Suzaiiiu'.) 

Incontinent que l'aube-jour apporte 
Du grand olympe eut desbarré la porte. 
(RoKSABD, Poésies.) 

BKBAUCHKK, V. n. Cesser 
son travail à l'heure de la déhan- 
chée. C'est le contraire à'cmhau- 
cher. Elymologie : de, préfixe, et 
hanche, ancien mot qui désignait 
un lieu de travail, un atelier. 

Pareillement avant que nous débau- 
cher davantage, je veulx que nous al- 
lions prendre d'assaull tout le royaume 
des dipsôdes. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXXI.) 

En français, dans le sens ac- 
tif, déhancher signifie détourner 
quelqu'un de son devoir, de son 
travail, le pousser à la débauche. 

UÉBI^'E, S. f. Misère, état 
d'une personne qui fait mal ses 
affaires. En wallon : dihiner, 
dépérir, dihène, dépérissement. 

I>KISORI9, s. m. Dévoiement, 
diarrhée. Ce mot, qui fait image, 
est une syncope do déJjordcincnt. 
Au XVI" siècle, déhord et déhor- 
demenl ont été synoniines. 

Ni le débord de ce Dieu tortueux 
Qui tant de fois t'a couvert de son onde. 
(Joachim du Beiiay, VI, 55.) 



RÉCIIFVKIii:, adj. Eche- 
velé, mal peigné. 

Et là supplia au peuple les larmes 
aux yeux et toute deschevelée... 

(CoaiNEs, Mémoires, liv. V.) 

DE CO^'TRE (Voir contre.) 

RÉeOUIiKURER, v. n. 

Décolorer; du latin : de colorare. 

Et Sun visage fut moût desculeret. 
{C/iaason de Roland.) 

Tous ayant les visages desroideurez 
et defl'aicts 

(Fr. Amyot, trad. do la Vie de Paul- 
Emile de Plularque.) 

DERAIVS, prép. Dans. Mot 
admis par l'Académie dans la 
locution : passeï' par dedans. 

Là fu ir estours (1) dedens la porte 
mult grans et moult merveilleus. 

(ViLLEiiAnDoim, Conq. de Constaiitiiiople, 
g LXXH.) 

Ceux qui ont la foi vive dedans le 
cœur... 

(Pascal, Pensées.) 

Tant il en avait mis dedans la sépul- 
[pulture. 

(Lafoniaine, liv. II, fable II".) 

RÉRIRE, V. a. Démentir, 
contredire — refuser. 

Quant vos desdit, ce fu grans resverie 
Pardonès li, biaus oncles, ceste fie (2). 
Bataille d'Aliseans (3), vers 2927°.) 

Et n'est nul à Angleterre tant soit noble 
ni de grant affaire, qui l'ose courroucer 
ni desdire de tout ce qu'il veut faire. 
(J. FiioissAKT, liv. I, ch. I.) 



(1) Estour, combat. 

(2) Fie, fois. 

(8j Balai lie d'Aliseans, chanson de geste du 
XII" siècle. 



DEFACHER 



123 



DEGOBILLER 



Avoit osé, premier que d'eslre nu lieu, 
desdire les asseuranccs d'un tel homme 
que Segur Pardaillan. 

(Atirippa D'AinioMÎ, Histoire Univ. 
liv. II, p. iJTO.) 

DKFACHER (se\ v. rcll. 
S'apaiser — se récoiicilier. 

Et si je suis fasché d'un fascheux 

[serviteur 

Dessus les vers, Boucher, soudain je 

[me desfache. 

(Joachim dc Bellay, VI — 7.) 

BÉFAUTE, s. f. Défaut — 
manque de quelque chose — 
négligence à se présenter — en 
basse latinité : defalta. 

Et cil qui est redlé (1) et lestimonict 
de dëléauié e le plait (2) très foiz eschucl 
et el quart munstrent li sumenour (3) de 
si très défautes. 

{Lois de Guillaumc-le-Conqucraiit, 
§ XLV.) 

Ne s'en pooient mie eslre aie avec le 
roy par défaute de navie. 

(J. -Pierre Skv.nKi\-s, Lettre sur la Croi- 
sade de Saint-Louis. — V. Joinville, 
édii. 1838, p. 293.) 

UÉFEKiflEK, V. a. Ouvrir. 

Les ventailles ont deffermécs 
El les coifes jus avalées. 

[Homaii d'Athis.) 

La porte li ont deffermée 
Floire s'en isl lance levée. 

{Roman de Floire et Blanchefor.) 

Quant ainsinc m'ot l'uis desfremé 
La pucèle au cors acesmé (4). 

(Guil. DE I.onnis, Roman de la liuse, 
tors Ej""".) 



nFFICN, Dent'N, noms de 
localités. En vieux Irançais : dofcs, 



(1) Redti', accusé. 

(2) Plait. proci's, jour d'audionce. 

(3) Sumenour, avertisseur, iiuissicr. 
(ij Accsmc, paré, orné. 



terre^, bois, garenne; dciïûsso, 
défense, lieu défendu. (Roquefort, 
Glossaire do la Langue romane.) 

nFCARr^ATFR, v. a. Dé- 
colleter, montrer la gorge. Dérivé 
du vieux l'rançais gargate, gorge, 
col. 

Or veeiz ke nos n'avons pas longues 
et si parlons ; qunr alsi com il disoit 
dos regardans eslre veut, ke jus tren- 
ciès les lengues de la racine, alsi com 
une fosse fu ouverte en la (jargate (1). 

{Dialogue de S. Grégoire, liv. III, cli.XXXII.) 

Au XV'' siècle, csgargatcr a eu 
le sens d'égorger. 

Esgargatez, esgueuUez,- exillés. 

(H. MoLiKEr, chanson. Recueil de chants 
liin toriques, p. 391.) 



En patois toulousain, degar- 
gailhat a le sens du sain longeais 
degargater. (Voir le Glossaire des 
œuvres de Goudoulin.) 

UFCÂTER, V. a. Détruire, 
faire dégât. Du latin de vas tare. 

Li fous Deu chaït del ciel, si desgas- 
tat les berbis et li enfanz (2). 

{Livre de Job, trad. du XII» siècle.) 

DFr;OKlL.]^FR, V. a. Vo- 
mir — rendi'o les aliments pris 
avec excès. Mot dérivé du radical 
celtique goh, cpii sigiiille bouche 
dans les dialectes gallois, irlan- 
dais et écossais. 

Et puis la belle matière à remuer 
pour vous que son dêgobillagc ! 11 ! 
Laissez-le là. 

(P.-L. (loiuiiiEfi, Lettres.) 



(t) Quasi quodilani liaralliruin \\\ </utluri\ 
("2) ignis Doi iccidil de ca'lo et(/ci7/'K.i//oves 
et pueros. 



UEG0I3KR 



124 



DEJOUQUER 



«FOOINEK, V. a. Parler 
aboiulaimnonl. So prend généiva- 
leineut en mauvaise part : dôgoi- 
ser un chapelet crinjiires. Dans 
le Berry on dit dans le même 
sens : dégoisiller.. 

On rit, on raille, on sornc, on dit 
On cscoute, on preste l'oreille 
On se desgoise, on s'esgaudil... 

(Coyni.i.AnT, Blason des Ai'iiies et des 
Damex.) 

Alouette qui de l'amour 
Desfjuincs dès le point du jour. 

(RoNsAuu, Gaietés.) 

nnCiOl Til^KR, V. n. 

Découler, et particulièrement dé- 
couler d'une manière peu agréable 
à l'œil. La racine de ce mot est 
le saintongeais : goule, Louche. 

Saint-Laurent au logis revint 
Lâchant des soupirs plus de vingt 
Pleurs de ses yeux dégoulinèrenl. 

{Voyage de Paris à La Roche-Guion. 
La Haye, iii-1'2, cli. VI.) 

BÉGOUTTAIVT, s. m. Nom 

d'un cépage de la Saintonge, ainsi 
nommé de l'abondance de gouttes 
de moût produites par chacune de 
ses graines. 

DEGRÉ, s. m. Escalier. Du 
latin : degvedire , descendre ; 
supin : dcgrcssuni. 

Celui cui il l'ol commandé 
A tost le cheval ensélc 
Et puis en degré li amène. 
Romau du Renart, vora 22-20'".) 

Miron trouva, on descendant mon 
degré, un frère de son cuisinier. 

(Gard, de Retz, Mémoires, liv. II.) 

liriT, net, s. m. Doigt. 

Del dei après le poicier. 

(Lois de Guillaume-le-Coiujucrant, 
ch..\III, XI» siècle.) 



Car en sun petit dei en tient Deus la 

jl)alance 

Qui met tant cum li plest nos mcsfaitz 

[en soiVrance. 

{Théodore le martyr, XII» siècle.) 

A partir du XIIP siècle, Vo 
remplace l'e dans ce mot : 

Entre gens ne devrai seoir 
Oue l'en mi mousterroit au doi 
Or ne sai-jc que fère doi. 

(RUTEBŒIF, t. Il, p. 80.) 

DKJTAKOTEK, v. a. Décol- 
leter, synonime de dégargater 
(Voir ce mot). La racine du verbe 
déjaboter Gsljahot (voir ce mot), 
synonime de poitrine. 

WÉJKTK, adj. Courbé, mal 
bâti — rejeté, chassé. En latin : 
dejectus. 

Moult oriblement se dejete; 
. Li oel H torblent en la teste, 
De sa bousche ist escumc fors. 

{Roman de Mahomet, vers 790", 
XII« siècle.) 

Chris! ierne honteusement dejetlé, son 
oncle Frédt'ric fut cstabli roy de Dannc- 
marc. 

(A^'. u'AiBiGNÉ, Ilist. Univ., liv. I.) 

On ne voit que des foi'cts d'érables 
rachili(iues et déjetés. 

(CiiJVTEALBKiAND, Voijafjc Cil Amérique.' 

v. 11. (Juittor le Jonc, c'est-à-dire 
le perchoir en i)arlant des vola- 
tiles et, par extension, se lever, 
(juilter le lit. 

Vient as chapons, si les desjoche 
L'un en manjue, au cuer li toche. 
{Roman du Renart, vers lo229».) 

Messires Ernoulz d'Andrehen qui alant 
et venant avoit tous dis costiiet les 
Englès et tenus si cours qui li arrière 
garde ne s'estoit oncques oset desjou- 

chier 

(J. FnoissAiiT, Chroniques, liv. I, § 350, 
t. IV, p. 147.) 



DEJOUSTE 



125 



DEMARIER 



Le vinux français avait le 
substantif desjiic , l'heure du 
lever. 

Chantons NolI, tant au soir qu'au 
[desjuc. 
{Clémoiit M.iiioT, Ballade, t. II, p. 76.) 

Tant au soir, la nuyt, qu'au desjnc. 

(Rofjer DE CoLiERïE, Monologue du 
Résolu, p. 59.) 



DB^JOL'STE, prép. Près de, 
à côté de ; latin : jiixtà. 

Li Philistin pristrent l'arche Deu.,... 
cl assistrent la el temple de Dagon de 
juste Dagon (1). 

{Livre des Rois, liv. I, ch. V.) 

Dejoste lui se siet bel Erembors. 

(ArnEFnoY le hiltard, Cliaiisiin d'Erem- 
liors, XII» siècle.) 

Donc vint Rou à Roem, amont Saine 

fnaja, 
Dejoste Saint-Morin sa navic ataclia. 
(Wace, Roman de Rou.) 

f>B':ji:]VER, V. n. Déjeuner; 
latin : Jejunarc, jciiner, avec 
l'addition de la préfixe de qui 
donne au mot le sens do rompre 
le jeûne. 

Que tous li mons doit hui juncr 
Et vous, vous voulez desjuner 
Et mangier char a maie estrime. 

(Le Chevalier au Rarizel, vers 83». — 
Fabliaux el Coules, t. I, p. !200.) 

DEIi.VfiiB^, Dclaajçc, noms 
d'iioinmes. Des vieux mots fran- 
çais: finrfo, ni/o, eau, ((ui nous sont 
restés ((ans la locution : être en 
fif/e, ([u'on écrit <à tort : être en 
iinr/c. 

1l1<:iiIltl':Rl': , adj. Décidé 
résolu. 



(i) Pliilistini autoin tiilcniiit aroam Dei et 

intulcruMt enm ia tciupluiu Dagon et statuerunt 
cain>H.i;a Dagon. 



Mais s'il a beu et mange a suffisance, 
qu'il soit modérément gay, son corps 
dispos et son esprit bien délibéré. 
(r. Amyot, trail. de l'iulurque.) 

Elle avoit de la taille, quelque chose do 
fort délibéré dans l'air. 

{H.iuiLTON, Mém. du comte de Grammont.) 

Ut:iiIVRKS, s. f. Décom- 
bres, résidus de pierres et de 
mortier laissés par les maçons. 
De l'adjectif ancien : délivre, 
abandonné, délaissé. 

Or ne me sais mes comment vivre 
nui des bones gens sui délivre 
Qui me soloicnt maintenir. 

{Fal'liau de la Dent, vers 7», Fabliaux 
el Contes, 1. 1, p. 15'J.) 



SîF.IiMAS, Dumas, noms 
d'hommes, du vieux mot mas, 
habitation rurale; en basse lati- 
nité : nhisiinn. 

lï !■> là BJ €' , ISiiliic , noms 
d'hommes, du vieux mot hic, bois ; 
en latin : Jiicus, bois sacré, dérivé 
par antiphrase de Jiicorc. (Lucus 
à liicere quia non lucet.) 

B5l':5ïA]VCIIKK, v. a. Défaire, 
détruire, au propre et au figuré. 

Quand celluy se sentit desmanché du 
bras. 

{Perceforesl, i. I, p. G7, cilé par Litthé.) 

Il importail aux confidents de l'intri- 
gue de ne pas laisser démancher le 
]iarli. 

(Saint-Simon, Mémoires.) 

»S<:ivrARIi:R. v. a. S('parcr 
deux ('poux. Dans le sens rélléchi : 
se drmaviev, divorcer. 

Vous devinez assez que je viens vous 

[prier 
Do me démarier. 

(REG^Ano, Souhaits, se. I.) 

10 



DEMENANCE 



126 



DENIER 



Ils se brouillôivnl, se déinaricrent cl 
n'eurent (loinl d'enfants. 

(Saini-Simon, Mémoires, 57-210.) 

On trouve aussi, dans Saint- 
Simon, le substantif démariage. 
Cet écrivain a souvent forgé des 
mots pour rendre sa pensée d'une 
manière plus saisissante. 

Dès qu'elle fui la maîtresse, dès avant 
son démariage elle rappela le duc de 
Cadaval. 

(Saixt-Simon, Mémoires, 88-146.) 



BEHIEIiAlVCE, Deinenc- 
nient, subst. Affaire, conduite, 
occasion. 

Ne- jà por ce ne faites mauvèse deme- 
nance. 

(Doctrinal de Cortoisic.) 

Là l'a reçu Bertrand et la foi de lui 

[prent 

Ainsi qu'il appartient en lel demaine- 

[ment. 

{Chronique de Bertrand Diiguescliu.) 



lïEMEIVER, v. a. Faire, 
mener, remuer, secouer. Ce verbe 
est français dans le sens réfléchi : 
se démener. 

Plurent e crient, demeinent granl dolur. 
{Chanson de Roland.) 

Aine n'oïstes effondre orage, ne tempesl 
Démener si grant noise 

(Un dit d'aventures, XIU" siècle.) 

Aux templacions iay en guerre 
Qui est moult forte à démener 
Mais il ayde qui le veult requerre 
Servir Dieu c'est vivre et régner. 

(Mnrlinl d'Aiveugre, La grant dan e 
macabre des femmes.) 



IlElWrEUKAXCE, s. f. Habi- 
tation, demeure et, par extension, 
arrêt, station, retard. Latin : 
dcmoratio. En bas breton : demeu- 
ranez. 



Alors chargcay ici la nef d'espérance 
Tous mes souhailz, en la priant d'aller 
Uultre la mer, sans faire demeurance. 
(Charles b'Oiuéans, Complainte.) 

Rclournanl au lieu de sa demourance 
champestre. 

(AuYOT. trad. de Daphnis et C/iloé, liv. I, 
p. 10.) 

On a dit aussi, au XVP siècle, 

dcinourùo : 

Doulce vierge honorée 

Ferons nous cy la longue demourée. 
(CI. Mahot, Epitre.) 

BEMEUKA]¥T, s. m. Reste. 
En vieux français : demouvant. 

El fui renvoyé tout courant 
Haslivement, tenant sa holte 
Pour requérir le demourant. 

(Fr. Villon, Repues franches, p. 192.) 

Pipeiir, larron, jureur, blasphémateur 
Sentant la hart de cent pas à la ronde 
Au demourant le meilleur fils du monde. 

(CI. Marot, Epistres.) 

Laisse moy songer un tantôt, je le 
diray la fin en deiix motz, puis viendray 
au demourant. 

(Noël DU Faii, Propos rustiques, 
ch. XIV, p. 155.) 

Au lac de pleurs faudra que je me plonge 
El là finer, en langoureux séjours, 
Le demourant et la fin de mes jours. 
(Roger DE CoLLEUïE, Epitre F, p. 31.) 



nEilEURER, V. n. Rester, 
tarder. Du latin : mora, retard. 

Quand je me dors, point ne m'esveille 
Pour ce que n'ay à quoy penser, 
t'y yy vouloir de deniourer 
En ceslc vie noinpareille... 

(Chnrles d'Orléans, Chanson I".) 

Guidant qu'elle ne dust plus demeurer 
à tumber 

(Boiiav. DE3 PÉniEns, Contes et Joycux 
Devis, 144» conte.) 

]>É]\IEK, v. a. Nier, démen- 



DENIGER 



127 



DEPLANCHE 



tir — refuser — reniei". Lalin : 
denegare. 

Cil desnoeil dav.int loz et se dist : 
neni sai, neni n'enlens ce ke tu dis. 

(Trad. do VEriint/. do saint Mathieu 
en dial. lorrain du XII» aiocle.) 

La Berbiz tut le clenoia 
El dit que nus ne li prestn. 

(Marie de France, Fab. 7V, t. II, p. 7a.) 

Je remarquerai trois fautes générales 
et signalées, congneues d'un chacun, 
qu'il ne peut dénier 

(Advert. Véritable aux catholiques de 
PariSi recueil de P. de l'Estoile.) 

DÉXICER, V. a. Dénicher 
— trouver quelque chose de 
caché. Se dit aussi dans le sens 
rélléchi : se dénigcr, sortir du 
nid, du lit, de la maison. 

Et là passoient toute la journée 

dénigeans des passereauix, prenons des 
cailles, peschant aux gienouilles 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, cli. XXIV,) 

départe:«ext, s. m. 

Départ. 

Et après le département du roi de 
France et de son ost du mont de San- 
galtes 

(J. Froissabt, Clironique, liv. I.) 

Quand Florinde se trouva seule après 
le département de son serviteur. 

(Marguerite de Navaiire, llcptamcron, 
nouvelle lU".) 

On a employé dans le même 
sens le joli mot : départie. 

Cruelle départie 

Malheureux jour 
Que ne suis-je sans vie 

Ou sans amours. 

{Chan.son de la belle Gabriclle.) 

Que l'exlrômc regret ne m'ait pas em- 

Ipûclié 
De me laisser résoudre à cette départie. 
(Maluebbe, Poésies.) 



DÏJPARTIR, V. a. Partager, 
distribuer des parts. — Diviser, 
séparer. 

Si home mort sanz devise, si dépar- 
tent les enfans l'érité entre sei per 
uwel (1). 

{Lois de Guillaume-le-Conquérant, 
XI' siècle.) 

Ausi com l'espriviers qui vole à recelé 
Départ les eslurniaus qui pasturent 
[el' pré. 
{Roman d'Alexandre, p. 160.) 

A li se tint de l'aultre part 
Li diex d'amors, cil qui départ 
Amorètes à sa devise. 

(Guil. DE LoRRis, Roman de la Rose, 
vers 770".) 

Et s'en vinrent rafreschir à Dièpe et 
là départirent leur butin et leur pillage. 

(Jehan Frcissart, Chroniques, liv. I, 
§74, t. I, p. 158.) 

Il fist sa devise et son lais et départi 
son avoir, qu'il devoit porter, à ses 
homes et à ses compaignons. 

(ViLLEHAHDoii.\, Couq.de Constantinoole, 
édit. 1872, p. 2-2.) 



MKPEXAIIiliK , adj. Dé- 
guenillé. Du vieux français pane, 
pêne, drap, étoffe. 

Leurs grands panaches blancs et 
noirs, tout brisés, dépenaillés. 
(ScLLY, Mémoires.) 

WÉPKXSF, s. f. Annexe de 
la cuisine — hou où se serrent les 
provisions de bouche. 

En riches sales la mena 
Se li ad muslrés ses soliers 
Ses despenses e ses greniers. 

(Mario de Frahce, Fab. XI, t. II, 
p. 9-.'.) 

»ÉP1.AXC'IIÉ, adj. Démuni 



(1) Si homrao inourt sans tpsiament. ses 
enfants pariagcni son licriiage par égale partie. 



DEPOCIIER 



1-28 



DERIORTER 



de planches, démoli en parlant 
d'un plancher. 

Ce petit grenier estoi't d'ancien édifice 
tout desplanchéy tout deslatlté et per- 
tuisé. 

(Cent muvdles du roy Louis A7, 
'SU nouvelle. ) 

DUPOCIIER, V. a. Th-er 
d'un sac — vider une pochée. 
(Voir ce mot.) 

Lors forgier en toute simplesse appro- 
che... pensant que Marquet luy deust 
despocher de ses fouaces. 

(Rabelais, Gargantua, liv, I, cb. X.VV.) 

nÉPOTKK, V. a. Mesurer 
un liquide au moyen d'une mesure 
de capacité. 

On aurait pu les dépoter cl s'assurer 
de leur contenance. 

(Arrêt du conseil d'Etat du 17 septembre 1765.) 

On dit aussi dépotage, action 
de dépoter; dépotcur, celui qui 
dépote. 

DEPOrV, Dcspoiiy, Du- 
pouy, Dnpny, noms d'hommes, 
en langue d'oc : originaires de la 
montagne. Dans les dialectes mé- 
ridionaux, puy désigne un som- 
met. Il est souvent employé avec 
cette signification dans la Chan- 
son de Roland. 

DEPUIf!^ (du), adv. Depuis 
lors, depuis un certain temps, 
ensuite. Cette locution a cessé 
d'être permise au XVIP siècle : 
« Il faut dire depuis et jamais du 
dnpiuis. (Vaugelas, Rem. de la 
Lan Cf. franc.) 

Mais du depuis que vous estes venue 
A ces faveurs, vous estes devenue 
Pardonnez moi, un peu meconnoissanle 
A vos amis. 
(Mellin de Siisi-Gelais, Rondeau, p. 8i.) 



Et toujours du depuis comme frères 

[s'aimèrent. 

(Ant. Baïf, Eglogue XIII, p. 38.) 

Vojià donc comme amour rfu depuis nous 

[fait vivre. 

(Pbilippe DESP0I1TE3, trad. de Bemuo.) 

Sa Majesté s'étant depuis souventes 
fois repentie (ainsy qu'on dit) de ne l'avoir 
fait, pour s'estre du depuis monstre 
fort ingrat. 

(Pierre de l'Estoile, Mémoires, t. VUI, p. 53.) 

DÉ^tlIIiliER, V. n. Chasser 
d'une ])lace, expression tirée d'un 
terme du jeu de quille. 

Duras, voulant prendre sa place, 
l'accusa... le des<juilla facilement. 

(Ag. D'Ai BiG.NÉ, Ilist. Univ., II, 222.) 

DE QUOY (avoir), locution 
qui veut dire ne pas manquer, et 
indique généralement la situation 
financière de celui à qui elle s'ap- 
plique : 

Par ton secours fais que l'esmoy 
De mon cueur on plaisir se change 
Lors à Dieu chanteray louange 
Car de chanter j'auray de quoy. 

(Clément .Marot, psaume XIII, t. IV, p. 88.) 

DÉRA9IEK, nramcr, v. a. 

User, mettre en loques, se dit 
surtout des habits. Même étymo- 
logie iramus) que pour raim , 
rameau, ramée. Le sens jjrimitif 
de déramcr a été : dépouiller une 
branche de ses feuilles. 

DltlR] BOULER, v. n. Tom- 
ber en roulant, dégringoler. Du 
vieux verbe français bouler, 
rouler. 

RÉRIORTER, Dcrîofcr, 

V. a. Délier, ôter la riortc (voir 
ce mot), c'est-à-dire le lien de 



DEROCHER 



1-29 



DESENGAGER 



bois tordu qui réunit les brins 
d'un fagot. 

La choscUe faicte à l'cmblée, entre 

deux hujs en tapinois, sus ung 

fagot desrioté plus plaist à la déesse do 
Cypre... 

(Rabelais, Pantagruel.) 

DÉROCHER , V. a. Arra- 
cher, détacher ([uel([UG chose qui 
tient fortement. 

Lors les premiers frappèrent sus pour 
la desrocher. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. H, cli. XXXUI.) 

D£§A]IRIER, V. a. Enlever 
un abri, découvrir. {Yoir abrier.) 

Nud ne désabrié 
Mort de faim et de soif. 

(Fabliau cité par La Ccrne de Sainte- 
Palaïe, Dictionnaire du vieux 
français.) 

DÉSAPAREIIiliER, v. a. 

Dépareiller. 

Et s'il fust désa}]ereilé que ils ne out 
ni chev;il ne les armes. 

{Lois de Guillaume-le-Conquérant., 
ch. XXIV, XI» siècle.) 

DÉSARRAXGER, v. a. 

Détruire l'arrangement, déranger. 

Les meubles furent aussi remis en 
place, non pas dutout si entiers que 
lorsqu'on les désarrangea. 

(ScAnnoM, Roman Comique, liv. I, ch. III.) 

DÉSATTACIIER , v. a. 

Délier, séparer. Le mot sainton- 
geais est préférable au français 
détacher, ([ui en est une syncope 
et qui se confond avec détacher, 
enlever une tache. 

DÉ!!».\TTEIiER, v. a. Dé- 
teler. Le mot saintongeais est 
beaucoup plus e.xact, puisqu'il 



conserve la racine alto, du latin 
hastOy timon. 

Il arriva que les chevaux qu'ils n'avaient 
pas désatelez au premier bruit empor- 
tèrent et brisèrent tout. 

(Ag. d'Ai-bioîié, Ilist. Univ., liv. III, p. 92.) 

En Saintonge, le mot désattelé 
a par extension un sens particulier, 
celui d'être démuni des aniinaux 
nécessaires à l'attelage des voi- 
tures et des charrues. Un tel est 
désattelé, signifie qu'il a vendu 
ou perdu ses animaux de trait. 

DÉ!SE.lII5ARRA!§i!iER, v. 

a. Débarrasser, déhvrer des choses 
embarrassantes. 

Sitôt que je serai désembarrassé de 
visites importunes, je ne perdrai pas un 
moment. 

(Balzac, Letlrex, lir. VIII.) 

BÉSEXFARGER , v. a. 

Oter les entraves, les enfarges 
(voir ce mol), des pieds des che- 
vaux. En vieux français, on trouve 
dcITerger, dctl'arger, et dans Mon- 
taigne, déscnfargcr avec le même 
sens. 

Et saint Liénart qui deffarçfc 
Les prisonniers bien repentants. 

(Jean de Meino, Roman de la Rose, 
vers 90-29».) 

Le plaisir qu'il eut (Socrate) à gratter 
sa jambe après que les fers en furent 
hors, accuse il pas une pareille doulceur 
et joye en son âme pour cstre dcsen- 
fargé des inconimodilos passées. 

(Mo:tTAicxE, Essais, liv. II, ch. XI, p. ll"2.) 

Le mot déscnfargcr est usité 
dans le Berri : 

C'est un courroux de femmes, une 
tête à rêvent, un poulain dèsenfargc... 
(George Sawd, Claudie.) 

ni:f^K\9i\GVA\, v. a. Déga- 
ger, retirer trun engagement. 



DESENTERRER 



130 



DEVANTEAU 



Se trouver désengagé de la nôccssilé 
qui bride les aullrcs. 

(Montaigne, Essais, liv. II, p. io2.) 

DÉi!$Ei\TEKKÉK, v. a. Dé- 
terrer, exhumer un cadavre. 

Et s'il ndvicnt qu'irsoit convaincu et 
atteint d'hérésie, il doit estre désenlerrc 
et ses os mis dans un sac. 

(MossinELEi, liv. I, p. 39.) 

DESSIIK, Dcsseur, prép. 
Dessus, sur. 

Iluec fist Alixandrcs un caslicl comen- 

[cicr 
Deseure une montagne, asès près de 1' 

[gravier. 
(Roman d'Alexandre, p. 113.) 

De seiir un drap a fait les sains tenir, 
(Roman de Garin le Loherain.) 

Berte dort enz el bois deseur la terre- 

[dure. 

[Li Romans de Berte ans yrans pics, 
vers lUO'J».) 

Li corbeax sict deseur l'ocillc. 

(Marie de FRA^CE, Fab. L, t. II, p. 238.) 

La ceste troupe est arrivée 
Dessu)'\c poinct qu'on desservait 
Et que déjà Portonnc avoit 
La première nappe levée. 

(RoNSAnn, Ode à Michel de l'IIospital, 
Btr. V.) 

DÉTOUPEK, V. a. Débou- 
cher. (Voir élouper.) 

Il prendra du vin aigre dans le creux 
de sa main et le mettra aux nazeaux de 
son chien pour les luy deslouper. 

(J. DU FoLiLLocx, Vénerie, ch. XXIX.) 



D1:trOQUF.E8, v. a. Déla- 
chor, se dit de l'action de séparer 
les huîtres attachées au collecteur 
ou adhérentes entre elles. Les col- 
lecteurs des huîlriùrcs sont ordi- 
nairement formés de fascines do 
menus bois; en vieux français : 



troclic, faisceau, fascine ; en basse 
latinité : troclm. 

Les substantifs : détroquage 
et dcti'oqiwuv sont également 
usités dans les régions du sud- 
ouest où se cultivent les huîtres. 



DF^VAIiliUR, V. n. Descen- 
dre, se laisser glisser, tomber. Du 
latin : vallis, vallée, endroit bas. 
En bas breton : deval. 

Rondement montoit encontre la mon- 
tagne et devalloit aussi l'ranchement. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.) 

L'aigle prend sa volée 

Tout au plus haut, puis laisse en terre 

[basse 

L'huystre tomber; si viste est dévalée 

Contre le roch qu'en deux elle se casse. 

(Gilles CoiinozET, Fables d'Esope, p. 26.) 

Le prisonnier se dévala par la 

feneslre par le moyen de ses lincculx, 
en chemise... 

(Agrippa D'AuniGNÉ, Sa Vie, 1. 1, p. 12.) 

Par un degré tremblant dévale à son 

[caveau. 

(PiBUAc, Plaisirs de la Vie rustique, p. 132.) 



BEVAIVT, adv. Auparavant, 
d'abord. 

Mais orre kir rcquestc orras et ne 
pur([uant di lur devant quclc seignurie 
e quel dreit avcrad li reis sur els. 

(Livre des Rois, ch. VIII, vorsot 9, 
trad. du XII» siècle.) 

Une maisum vit bêle e grant 
Dont il oïl parler devant. 

(Marie de Fhance, Lais.) 

Quand on veult bien faire cuire les 
fèves, on les met devant tremper. 
(Quadraijésinal spirituel, 1321.) 



DEVA]¥TEA.r, s. m.Tablier. 

Trois fois sous un ormeau 
Troussa ma cotte grise; 



DEVANTIERE 



131 



DEVIDOUÈRE 



Trois fois mon devanteau 
Et trois fois ma chemise. 

{Comédie des Chansons, nrt. III, se. I, 
anc. lli. fr., t. IX, p. lO'J.) 

Mit son devanteau sus sa teste 
comme les prebstres mettent leur amict 
quand ils veulent messe chanter. 

(Rabelais, Pantaijruel, liv. III, cb. .WII.) 

El je te donrai pour ta peine 
Un beau devanteau de couleur. 
(Vai-qielin, Foresterie XI, p. Z'I.) 

Au XVIP siècle, on disait 
encore : devantier, dans le sens 
de tablier. (Richelet, édil. de 
1G80.) 



DEVA^'TIERE, S. f. Devant 
du tablier, de la robe. 

Et traittenl ainsi leurs pauvres fem- 
mes qui ont toutes leurs chaleurs en 
leurs belles partie de la devantière. 

(BnANiÔME, Dames Galantes, discours I, 
p. :219.) 

Font comme ccluy qui craint d'adorer 
la statue d'un sainct, si elle est sans 
devantière. 

(Montaigne, Essais, liv. III, ch. V.) 



DEVAIVTIEIER, adv. Avant- 
hier. 

Ah! ce fut devanlhicr 
A l'heure volontiers que tu me vis 
|descendrc... 

(Ant. Baïf, Eglmjue IV. p. (i.) 

DEVAIT QUE, locut. Avant 
que. 

Nus chapelier de feutre ne puot ouvrer 

devant que la gueite ail corné le jour. 

{Livre des Métiers d'Est. Boii.EAf, p. 218.) 

Unp peu devant qiie le jour vienne, 
je me transporte au parc de nos ouailles. 

(Bonnv. des Pkiiiers, Cymbalum mutidi, 
dial. IV.) 

DEVENIR, V. n. Venir de 



quelqu'endroit : — Allez-vous à 
Saintes? —J'en deviens. 

Isengrins, que chnscun dcsprisc 

L'ost conduiroit ; 
Où se devient, il s'enfuiroit (1). 

(RuTEBŒiF, Renarl le bestoiirné, t. I, 
p. 200.) 

Là endroit devinrent moult de nou- 
veau.K chevaliers. 

(J. FnoissART, liv. I.) 

Gomme venir, ce verbe est fort 
irrégulier dans sa conjugaison 
saintongeaise : je devenis, que je 
devenisse, etc. 

Et me requisl qu'il fut ainsy 
Que ton amy je devenisse. 

{Le Miracle de nostre dame, mystère, 
lliéAl. fr. nu iiioyoïi i'ige.) 



DEVERIi», prép. Vers, du 
côté de. 

Devers Ardène vit venir un leupard. 
{Chanson de Roland.) 

Prenez Epistemon de compaignic et 
vous transportez par devers elle. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, cb. XVI.) 

Tirer c^ei'O's le soir le pis aux vaches 
[pleines. 

(RoNSAnn, Le Ci/clope amoureu.r, t. IV, 
p. 110.) 

Et s'est devers la lin levé longtemps 
[d'avance. 
(MiiLiÈiiE, Les Fiirlieiix, net. I, se. I.) 

DÉVIUOUÈRE, s. f. Dévi- 
doir, dévidcuse, rouet. 

Mettant on l'allée par laquelle son 
monsieur alloit en son cstudc dfU.x ou 
trois pelotons et rcniisscaux de lil cl la 
dcvidouère. 

(Noiîl ni! Fail, Contes d'Eulrapel, t.I, 
p. 2.S-2.) 



(1) IsenRrin de Inup), que chacun atlaquc. 
l'armée coaduiniii ; d'où il arrive, il s'enfuirait. 



DEVINAI LLE 



132 



BIDONNE 



DEVlXASIiliF, Dcvi- 

uoiicrc, s. f. Enigme, sui)i)Osi- 
tioii — action do deviner. 

Sans cuider et sans devignaiUe- 
J'en dirai réson lot debout 
Et droite vérité par tout. 

(Bible Giiiot de Provins.) 

Lcgière est ceslo devinaille 
Chascuns quide estre lot sachant 
Por quey vos teneiz l'enfant. 

[tlhrnii, des Dues de I^ormandie, t. I, 
vors 13174".) 

Pour asseurer si c'est ou laine ou soye 

[ou lin 
Il faut en devinaille estre maistrc Gonin. 

(Math. Régnier, Sut. -Y, p. 71.) 



DEVISEU, V. n. Dire, parler, 
discuter. 

Nus hom ne puct ne ne doit ven- 
dre barilz à Paris d'autre façon que de 
celc dessus devisée. 

{Livre des Métiers it'Est. Boiieai;, p. 103.) 

La traïson devisent entr' ans trois à 

[loisir. 

(Li Romans de Berle ans f/raiis pies, 
vera 3GI") 



»a<:V0YER, V. n. Mettre en 
diarrhée. C'est le sens indiqué 
par Hichelet : être dévoie, c'est 
avoir nu dévoiemcnt. (Diction- 
naire Français, édil. de 1080.) 

Destin soupa fort sobrement et M"" de 

la Rapinière tant qu'elle en fut dévoyée. 

(Scinno.i, Roman Comique, liv. I, ch. IV.) 

DIA! interjection dont se ser- 
vent les charretiers pour faire 
tourner leurs chevaux à gauche. 
Ce mot est d'origine celticpie, il 
s'écrit en bas breton : dia, diaz 
ou dihaz, et dérive de diou, diliou, 
flroit, à droite. En gallois: dcou; 
en écossais : don; irlandais : drus, 
signillent à droite. La contradic- 
tion entre la signiiication celtique 



et le coté de la vol te n'est qu'appa- 
rente. Les mots à droite, à (jau- 
clio, n'ont qu'un sens relatif.' Ils 
dépendent de la place qu'occupe 
le charretier à côté du cheval ou 
en face de lui. 

Qui le mèneront à dij ay et hory ho. 
(Noël Dr Faii,, Contes d'Eutrapel, ch. IX.) 

A propos un charticr sans fouet 
(Jui ne dit dea no hurehau 
Pourroit-il toucher son chcvuu? 

(Roser DE CoLi-RRYE, Sermon pour une 
Nopee, p. 112.) 

Et l'on voit que l'un tire 

A dia, l'autre à hurhaut; l'un demande 

(du mou. 

L'autre du dur; enfin, tout va sans 

{savoir oii. 

(Moi.iÈiiE, Dépit Amoureux, act. IV, 
se. II.) 



»IABI.ESSE, s. f. Femme 
méchante, acariâtre. 

Ils se mettent en la teste de ces vieilles 
scmpiterneuses et les rendent diablesses 
)jarfaites. 

(Bonav. des Péuiehs, Contes et Joyeux 
Devis, i^" conte.) 

Ces dragons de vertu, ces honnêtes 

[diablesses 

Se retranchent toujours sur leurs 

[sages prouesses. 

(Moi.iÈiiE, Eeole des Femmes, act. IV, 
si;. VIII.) 

lïïCOIVCraïE, nom de loca- 
lité. Du latin : concha, coquille. 
(Voir conchc.) 



aiîBï^îMJ^'E, nom de localité. 
En latin : didonia, dérivé des 
mots celtiques : (//, jour, et dun, 
élévation. 

Pelrus de Bidoniâ, dominus de Tau- 
niaco et de Hoyano (12l'i) cessit monas- 
tcrio do Vallibus quidquid habcbat in 

vicariâ 

[Gallia Chrisliaiia, l. II.) 



DIRIE 



133 



DONRAI 



DIKIE, S. f. Discours, façon 
de parler, propos. 

Je nous fions sus Icux diries 
Tout comme sus planches pourries. 
(Telle (le 1740, cito par NisaiiDj l'aluis 
populaire-, p. 2W.) 

UISIS (je), »isiiiics (nous), 
prétérit irrégulicr du verbe dire. 

Et si le teslimonie ad, si cum nous 

ainz disimes (1). 

{Lois du roi Guillaume, § 43 — XI» siècle.) 

Nous baillèrent or et argent 
A celle fin que nous disiesmes, 
Ses deciples secrètement 
L'ostèrent hors du monument. 

(Tragédie de la vengeance de Jésus- 
Ciirist.) 

Dunt a un ohevroil apelé 
A cunseil li a demandé 
Ke par amur il li désist. 
Voir de s'alainc s'ele puist (2). 

(Marie nE France, Fub. XXXYII, t. II, 
p. 18'J.) 



DI"VO]VE, nom de localité 
qui, d'après Atisone, désigne une 
fontaine consacrée à une divinité : 

Divona, ccllârum linguâ, fons addite 

[Divis. 

1IODO, S. m. Sommeil, dans 
le langage enfantin : 

Je vous pry, couvrez moi le dos 
Car par ma foy je veux dodos. 

{Farce de Calhain, aiic. lli. fr., l. II, 
p. 151.) 

Quant n'ont assez fait dodo 
Ces petits cnfanchonnés. 

(Cliarlos d'Ohléaxs, Chanson.) 

IlOliU^, nom de localité dans 
l'île d'Ulérou. Iladical celticiue : 



(1) Fst s'il a le témoignage, comme nous dîmes 
auparavant. 

(■2) Une par amitié il lui dît avec vérité s'il 
puait de riialcinu. 



(loi, table, latinisé en dolus. Dans 
le voisinage, se trouve un dol- 
men (dol, table; men, de pierre), 
que les insulaires appellent la 
galoche. 

nOIiOllà'.KE, s. f. Doloirc, 
bâche do tonnelier servant à 
tailler les cercles. 

Si carpentier qui après vindrent 
Grans coignies en leurs coul lindrcnt 
Dolouères et besagiies 
Orent à leur coslez pendues. 

(Wace, Roman de Rnu.) 

Le bourreau preint une corde, à 
laquelle tenait altaclié un gros bloc, 
atout une doulouère tranchante. 

(Jean o'A^ctati, Histoire de Louis XII, 
eh. X,\VIU, édit. 1615, p. 2-28.) 

MOjTIPIEKKF,, nom de lieu 
et d'homme, qui signilie : sei- 
gneur Pierre, maître Pierre; en 
latin : doininiis Potrus. Il est 
question de Dompierre, près La 
Rochelle; dans le texte suivant : 

Guillelmi domini de Domno-Pclro \n 
païo alniciensi propè Rupellam anno 
1-227. 

(Gullia Christiana, t. II, col.tO'3.) 

DOXXAXT, aclj. Libéral, 
généreux, qui aime à donner. 

La maréchale de Noailles... fort riche 
et fort donnante. 

(Saint-Simon, Mcmnircs, cite par Litthé.) 

»o:VR.tl. futur du verbe 
donner, pour duniirrui. 

Le seignur pur un deners que il 
donrad, si crunt quilcs ses bordicrs cl 
ses boverz. 

(Lois de C.uillaumr-le-Ciinqncranl, 
cil. XVin — XI» siùclo.) 

Or ne m'en vueil plus onlremcltrc 
Ainz leur donré jor de plait mettre. 
[lioman du IXcnart.) 



DORDOGNE 



13i 



DOU 



Gras ol repeuz te viendront adorant, 
Voire le maigre à la fosse courant 
Et dont la vie est hors de restorant 
Te donra gloire. 

(Clément Marot, Psaumes de David, 
t. IV, p. 101.) 

Le futur donrai est formé de 
l'ancienne forme de l'indicatif pré- 
sent que le verbe donner a con- 
servée jusqu'au XVI'' siècle : je 
doin, tu doins, il doint. 

La pel, se Dieu me doint salu 
Coûta plus qu'ele no valu. 

(RuiEBŒCF, Chariot le Juif, t. I,p. 290.) 

Or à ces deux que mort a dévorez 
Dieu doint repos 

(Cl. Mahot, Epitres, t. I, [>. 170.) 



l»ORDO€ïl%'E, nom de la 

rivière qui sépare, au sud-ouest, 
la Saintonge du Bordelais. Ausone 
la désigne par les mots : Duranius 
/luvius, qui se trouvent également 
dans Sidoine Apollinaire. Gré- 
goire de Tours lui donne le nom 
de : Doi'ononia, devenu plus tard 
D or don l'a. 

Le mot le plus ancien, diiran- 
nhis, dérive du radical celtique : 
dour, rivière, cours d'eau. En 
bas breton : dour, eau ; doji, pro- 
fonde. En gallois : dur, eaux. 

« Le lleuve qui est appelé Dor- 
» donne (dit Alain Ghartier), 
» retient le nom de deux fontaines 
» dont l'une est appelée Dor et 
» l'autre Donne. » (Voir Ménage, 
Oriqines de la Langue française, 
p. 259.) 

U'ORE E\' AVA^'T, adv. 
Dorénavant. Le français a fait, 
en les altérant, un seul mot de 
quatre : de arc en avant. 

D'ore en avant serons nous compai- 
[gnons, 
{Poème de honccvaux, XII* siècle.) 



Si auroic dès orc en avant meslier de 
reposer. 

(ViiiKHinDoriN, Conq. de Constantiiioplc, 
p. 39.) 

Et dès lors en avant traicte humaine- 
ment luy et les siens 

(Montaigne, Essais, liv. I, ch. II.) 

DORMAIIiliER, V. n. Dor- 
mir mal, faire de petits sommes 
souvent interrompus. D'où le 
substantif dormiUe, sommeil de 
peu de durée. Le vieux français 
avait dormiller. 

En dormillant li respondi 
En es le pas se rendormi. 

[Flaire et Blance/lor, vers SaSO».) 

DOR]VE, S. f. Giron, espace 
compris entre la ceinture et les 
genoux. Dans les idiomes néo- 
celtiques, dorn désigne la main. 

Il y a des vocables qui sont français 
naturels, qui sentent le vieux mais le 
libre et le français comme tenue, 
empour, dorne, bouger et autres de 
telles sortes. 

(Agr n'AiBiGNÉ, Conseils de Ronsard à 
SCS disciples.) 

Ton fjiron est la dorne 

De la vierge à qui rend ses armes la 
[licorne. 
(Agr. d'Aubigné, Tragiques.) 



DOU, S. m. Dos, du latin : 
dorsum. Go mot, écrit dos, dans 
les textes du XP au XV° siècle, 
s'est écrit doulx et dours, au 
XVP siècle. 

Le suppliant baille à Pcrinet de la 
quarre ou du doulx de la main gaulche 
en arrière main sur la joue. 

(Texte du XVI» siècle, cité par do Gange, 

nu mot dodus.) 

Il charge sur son dours les deux pré- 
tieuscs coingnces. 

( Rabelais, /'ûrt/a^rueijprol. du I\'« liv,) 



DOUBLE 



133 



DOUTADLE 



DOUBIiE, s. m. Mesure de 
capacité valant deux décalitres. 

En tel lieu la semence cspande 
Que fruit à cent doubles lui rende. 

(Chrétien DE Ttoyes, iio;na;i du Graal, 
prov. front., t. I, p. 85.) 

DOUEIiliE, s. f. Douve, plan- 
che de inerrain pour faire les 
tonneaux. En basse latinité : 
clolea, doclla; du latin : doliuin, 
vaisseau vinaire. 

Icellui suppliant prist furtivement 
environ soixante pièces de douelles à 
faire tonneaux. 

(Texte du XIV» siècle, cité par du Gange, 
au mot doella.) 

Et sera la longueur de la douclîe au 
moins de trois pieds deux poulces 

(OrJonaance de 15"", sur la police géné- 
rale d'Issoudun.) 

Autrefois, le verbe cloh'r avait 
la signification de couper, tailler 
et, probablement, faire des douel- 
les avec la doloucre. (Voir ce 
mot.) 

La charretée de cloies à eschaffaudcr, 
de fort merrien à doler, doit un denier 
do tonlieu (1). 

{Registre des Métiers d'Est. Boileai-, 
p. 3-23.) 



DOUIIET, nom de localité 
située près de Saintes, remarqua- 
ble par sa fontaine qui foiu-nissait 
de l'eau, aux arènes de cette ville, 
au moyen d'un acqucduc dont il 
reste des vestiges. M. Jônain 
dérive ce mot du latin : duce, 
impératif du verbe ducerc, con- 
duire; il j)arait plus naturel de 
voir, dans le nom de cette com- 
mune, une forme du vieux fran- 
çais : doucl, fontaine. 



(I) Tonlieu, droit d'entrée ou de placage. En 
basse latinité : talcunium. 



Douet, diminutif de douche. C'est une 
fontaine qui ne rend qu'un petit lilet 
d'eau. , 

(Le Dcciiat, Remarijues, t. I, p. M.) 

Douet, canal, égout, courant d'eau. — 
Douls, source d'eau, du latin ductus. 

(RoyiEFoni, Glossaire de la Langue 
romane.) 



DOUIIiliAT, s. m. Cuve à 
transporter les raisins de la vigne 
au pressoir. Du latin : dolium, 
tonneau, au pluriel : dolia. 

JèOJjSWi, s. m. Fausset, 
petite cheville de bois fermant lo 
trou fait au tonneau. En basse 
latinité : diiciculus, en langue d'oc : 
dosil. Les ccifophiles font venir 
ce mot des deux mots doui\ eau, 
canal, rivière, et sil, passoire, 
dont le premier est certainement 
celtique et se retrouve dans le 
nom de plusieurs rivières : Dor- 
doQue, dont le nom le plus ancien 
fut Durannia, Adoui\ JJurance, 
etc. 

Les mots dousiJ, dusil, dosil, 
ont eu autrefois le sens de robi- 
net (voir Roquefort), et aussi la 
signilicalion saintongeaise. 

Il faudra lordrc le douzil et bouche 
close. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. UI.) 

A ce bruit il eust si belle peur, que si 
le douzil n'cust tenu, il l'eust laissé 
choir. 

(Béronide de Veiiville, Moyen de parvenir, 
t. I,p. 1'J7.) 

Là esloit Monsieur de Monlpensier ... 
ce n'csloit pas celuy qui lit couper le 
douzil de son vin de Gasconpne, ayant 
ouy de Hnbeiot qu'il estoil digne de faire 
le sang du Christ. 

(Agr. D'ArniGSÉ, (Confession de Saneg, 
ch. VIII, t. II, |.. i'Jt.) 



»OUTAniiI-:, adj. Douteux, 
diflicilc à croire. 



DOUTANCE 



136 



DROITIER 



Et se ce semble doutable 

C'est bien par argument prouvable. 

(Jein DE Mr.umc, Roman de la liose, 
vers a063".) 

Personne ne croyant doulablc 
Que tout ça ne soit praticable. 

(Texte de i740, cité par Cli. Nisakd, 
Langage populaire, p. 2'Jl.) 

IIOI:tA]VCK, s. f. Doute, 
souj3f;on, supposition — hésita- 
tion. 

Dan Joseph, ben seiez-tu vcnuz! 
Ben deiz estre de mci reçeuz, 
Ben es de mci sans dolance. 

(Résurrection du Sauveur, Mijslère du 
XI" siècle.) 



L'autre jour en dormant 
Fus en grant doutance. 

(Thibaut de Champag.ne, XIII» siècle.) 

Votre doutance fait tort à un garçon 
comme moi. 

(Vadé, Lettres de la Grenouillère, 3» lettre.) 

UOrTER, V. a. Redouter, 
craindre — soupçonner. 

Discrez et sages et sans doute 

Qtii bien crient (1) Dieu et bien le doute. 

(Gautier DE Coinsi, cité par M. de Labokde 
au mot estache. 

Sous couleur de changer de l'or que l'on 

[doutait. 
(Moi.iÈitE, Etourdi., act. U, se. VU.) 

MRAPE.VU, s. m. Lange, et 
par extansion : linge, drap. 

Icis vcnirs, icis alers, 

lois veilliers, icis parlers 

Font as amans sous lor drapiaus 

Durement amaigrir lor pians. 

(Guillaume de Lomiis, Roman de la Rose., 
vers 2oî>i«.) 

Et en ces ords cuvoaux 

Oii nourrices essangent leurs drapeaux. 
(Fr. ViiLo.N, Grand Testament, p. 77.) 



{i) Crient, craint. 



Il ostc ses chausses et ses souliers, 
et s'en va porter un faiz de drapeaux. 

(Bonavenlure des Péiuers, A'.Y.Y/t'» Nouvelle., 
p. 131.) 

Nous espluchcrons maintenant les 
linges et drapeaux auxquels ils maillo- 
lent les âmes endormies. 

(Calvin, Institution Chrétienne.) 

Au XVII° siècle drapeau signi- 
liait vieux linge : le papier se fait 
do drapeaux, dit Richelet {Dicl. 
franc., éd. de 1080). 



URKIT, Brcte, adj. Droit, 
droite. 

Menez serez dreit à Ais le siet. 

{Chanson de Roland, stance XXXV.) 

Dret et endret étaient l'ortho- 
graphe du XVP siècle : 

Geste diphtongue oi, dit Henri Es- 
tiennc, a été changée en e, comme es 
mots dret et endret, pour droit et en- 
droit. 

(Henri Estienne, Dialogue du nouveau 
langage français italianisé.) 

Au XVII° siècle on écrivait 
encore dret. 

Blanc, poli, bien formé, de taille haute 
[et dr'ete. 

(Lafo.-ïtaine, Conte du Cas de Conscience.) 

URIIilIOIV, nom d'homme 
qui est peut-être une abréviation, 
d'Andrillon, diminutif d'André; 
en grec : Avcpeaç, de Avr^p, avopo;, 
homme, ou Avopsia, bravoure. 

Peut-être ce mot est-il un 
d(''rivé de drille, chiffon, drillier, 
chiffonnier, ou do drille, soldat. 

On dit par mépris : c'est un pauvre 
drille, un méchant soldat; miles igna- 
vus, imbcllis. 

(Dictionnaire de Trévou.v.) 

BISCUIT a KR, adj. Qui se 
sert luibiluellement de la main 



DROITURIKR 



137 



DRU 



droite, c'ost lo contraire de gau- 
cher. Dans le dictionnaire d'Oudin, 
XVI" siècle, droictiev est défini : 
adroit. 

DROIxrRIER, adj. Plein 
de droiture, probe. 

Uns hom astoit en la terre Us, ki oui 
num Job, simples e droituriers (1). 

[Livre de Job, trad. du XU» siùcle, 
p. 441,41-2.) 

Suyvre la voie battue et droicturière 

(Montaigne, Essain^ liv. U.) 



UROIiE, s. m. Terme amical 
pour les petits garçons et inju- 
rieux pour les autres personnes. 

Ce mot est d'origine germani- 
que. En allemand clroUirj, on an- 
glais droll, signifient plaisant, 
loustic. Qulques étymologistes 
font dériver drôle du Scandinave 
troll, mauvais génie. 

Tous les droites mes compaignons 
Quand d'eux me viendra souvenir 
Auront part en mes oraisons. 

(Olivier Basselim.) 

Le drôle a si bien fait par son humeur 
(plaisante. 
(ScARROM, doit Japhet, net. I, se. I.) 

L'expression drôle de corps, 
pour désigner un original, un 
individu grotesque, s'exj)lique 
par la signification de corps sou- 
vent pris dans le sens de per- 
sonne. 

Isabel, alez un po hofs 
De conseil vueil a ce bon corps 
Un po parler. 

{Miracle de Koslre-Daiiir, lbt.1l. franc, nu 
moyen ilgc, [i. 017.) 

I>RÔ£.E:!>».<!»IC, s. 1'. Fille ou 



(1) Vir erat in terra llus, nomiiie Job, simplcx 
cl reclus. 



femme d'une conduite scanda- 
leuse --- petite tille. 

Je vous renvoie à Cliloé, Galla, Les- 
biau et autres drollesses. 

(CiioLiÈHEs, Contes, 1. 1, maiinéo 5».) 

l-s. drùlcsse un matin s'en vint bonjour, 

jbonne œuvre. 

Jusqu'à notre maison porter ce beau 

[chef-d'œuvre. 

(Recxard, Dcmocrile, act. V, se. V.) 

DROl IliliAR», nom 

d'homme, dérivé de droiulle(\o'n' 
ce mot), qui signifie chêne blanc. 
En vieux français, drouille a éga- 
lement signifié pot do. vin, d'après 
Roquefort (Diction, de la Long, 
romane). 



RROL'IIiliE, s. m. Ghènc 
blanc, aussi appelé chêne droiiil- 
lard. En grec, Apùç chcno, d'où 
est venu, dit-on, druides {\a\\n : 
driiidœ), nom des prêtres gaulois 
qui avaient leurs autels sous les 
chênes pourvus de gui. En vieux 
français, drylle désignait le chêne 
femelle, d'après Ho([uefort. 

DROUIX, DroiiiiiHiid , 

noms d'hommes dérivés du vieux 
nom geriiiani(|ue Drinvin (ami, 
compagnon), d'après M. Lor('dan 
Larchey. En bas breton, drouin 
désigne le havresac des chau- 
dronniers ambulants. Ce nom se 
retrouve dans la Cliunson de l\o- 
land : 

Co est Guallor, ki ronquist Macljjut, 
Li nies Droïm al viel cal canut (l). 

(Chanson de Hotand, vers -iO-l"».) 

RRL', licdrii, noms d'hom- 



(1) Cflui-fi est C.aulinr. qui rfliniuil Macleiit, 
Le iievcu de Drouin au vieux crJne chenu. 



DUMAS 



138 



DURER 



mes. En vieux français, dru si- 
gnilie aussi amant. Le tudcsque 
driit a le même sens. 

El vit son dru et il sa drue. 
{Floire cl Blancheflor.) 

Car cil qui la vuel retenir 
Quel ne puisse aller ne venir 
Soit sa moillier (1) ou soit sa drue 
Tantost en a l'amor perdue. 

(Jean de Mecng, Roman de la Rose, vers 
10468.) 



DUÎTIAS, Deliiias, noms 
d'hommes, signiliant de la mai- 
son. La seconde forme appartient 
à la langue d'oc. Mas est un mot 
d'origine celtique qui signifie 
mai'son, ferme, métairie. En bas 
breton, ma, maes. Basse latinité, 
masium. Il nous est resté de ce 
mot le français masure. 

En 1506, le prieur du monas- 
tère de Saint-Eulrope, de Saintes, 
s'appelait Fi\iiipois Dumas. 

nu MAY, Duniey, noms 
d'hommes, signiliant de Tauhé- 
pine, tleur de mai. Le ma y dési- 
gne encore l'arbre vert planté à 
la porte d'une maison en signe 
honorifi((ue ou à celle d'un lieu 
de réjouissence. 

En 1257 le garde de la prévoté 
de Paris (2) s'appelait Guy Du- 
inex. {lleçf. des Métiers d'Est. 
Boileau, p. 598.) 

mJilIETj s. m. Duvet. En 
basse latinité, duma; en dialecte 
normand, dcumct. 

Si à ce besoing ilz me secourent, je 



(1) iloiUier, épouse, du latin mnlier. 

iï) Le garde de la prévoté était l'oilicier chargé 
de rexéciiliori des ordonnances du prévôt des 
marchands. Il fut plus lard nommé lieutenant 
du Chaldet et chevalier du Guet. 



leur érigcray un autel joyculx composé 
de lin dumet. 

(Rabelais, l'aiilmjnicl, liv. UI, ch. XIII.) 



©UIV, terminaison ayant le 
sens de colline, lieu élevé, et ce- 
lui de tombeau. Il nous en est 
resté le français dune, colline de 
sable de mer. Roquefort dérive 
ce monosyllabe du latin tunmhis. 
Il faut y voir un mot ceiticpie (jui, 
latinisé, a servi de finale à beau- 
coup de noms de villes gallo- 
romaines : Au(justodunum{Aulun), 
Cœsarodunum i^Tours), Melodu- 
num (Melun), Lugdunum {h^on et 
Saint-Bertrand-de-Gomminges') , 
etc. Sous sa forme romane ou 
celtique il entre dans le nom de 
beaucoup de localités modernes : 
Verdun, Cliâteaudun, Issoudun, 
Loudun, etc. 



IJUPUIS, Uupuy, noms 
d'hommes, dérivés, suivant les 
contrées, de puits, en latin pu- 
teus, ou de puy, montagne, en 
langue romane. 

Hait sunt li puie tcnebrus e grant 
Li val parfunt e les ewes curant. 

{Chanson de Roland, vers 1830».) 

Ço sent Rollanz de sun tens n'i ad plus ; 
Devers Espaigne gist en un pui agut. 
{Ibid.. vers 2336».) 

lIlTIiÉK (de), locution pour 
durable, solide, résistant. 

Tout homme qui s'efforce dans le tra- 
vail fait plus que sa force ne lui permet 
et par conséquent n'est pas bon ouvrier 
c'est-à-dire ouvrier de durée. 

(LAyi'iNiiriiE, Jardins, llv. I, ch. IV.) 



DURKR, V. a. Attendre — 
larder — paraître long — rester, 
demeurer. 



ÉBAFFER 



139 



EBERNER 



Niés, dil Gulllaumcs, moult petit durerez 
Le covenanl a Deu tenir volez. 

{Li Charrois de Plijmcs, XII» siècle.) 

Je ne puis plus durer caché dans les 

[ruelles. 

(Math. RÉGNiEn, Satire IV.) 

Car pour moi j'en suis las, ingrate, cl 

[je ne puis 

Durer plus longuement en la peine où 

[je suis. 

[Ibid., Elégie H.) 



Comme le fait observer le comte 
^auhcvt (Glossaire du centre de 
In France), ce dernier sens est 
celui dn lalin diirare ncqiieo in 
œdibus (Plante) (1). 

I>i:HFT,nom d'homme, dimi- 
nutif do dur, comme nioJJet est 
un diminutif de mol. 



E 



1:BAFFER (.«'), UboufTer 

(s'), V. réfl. Se réjouir, éclater de 
rire — rire à en perdre la res[ji- 
ration. 

Otte la dame de rire s'esbofi. 

{Pnhne de Gariit leLoheraiii, vers 
14"6«.) 

Ung paslissier qui portoit un bounot 
rouge et lequel après avoir tire le coup, 
on avûit oui s'esbouffer ù rire, criant 
tout haut 

(P. DE l'Estoile, Mémoires, t. VI, p. -49.) 

Ne manquez pas de le dire, 
Dit Môme s'ebbuffant de rire. 
(ScAiiBON, Typhon, chant 11°. ) 



ÉBAUBT, adj. Etonné, intor- 
dit. Ce mot vient de halbus, 
bègue. 

Chis a nommé deus enemis — 

Maistre, ne soies abaubis 

S'il me convient, nommer le voc. 

(Adam iiK \k HiitK, li Jus Adam, th. 
fr. au moyen âge, p. 03.) 

Je suis toute ébaubie et je tombe des 

[nues. 

(MoLip.nE, Tartuffe, act. T, se. V.) 

Je suis cmerveilléo 
Toute ébaubie et toute consolée. 

(VoLTAiiiR, Enfant pudique, act. V, 

8C. VU.) 



ÉRAUDIR, V. a. Mettre en 
joie, i)lus usité dans le sons rétlé- 
chi : s'éJjiuidir, de l'ancien adjec- 
tif: Laid, baud, courageu-x, vail- 
lant. 

Car chascun qui de ses nmors 
Oit parler, moult s'en esbaudit. 

(r.uill. DE Loiiiiis, Roman de la Rose, 
vers ;2t38"".) 

^'ébaudirai votre excellence 
Par des airs de mon flageolet. 

(Voltaire, Lettre en vers.) 

i:itÛO\, nom de localité. Le 
radical Ebe est un des noms 
hollandais du sang-lier qui a pu 
être latinisé en KJ)co. Cette loca- 
lité est célèbre j^ar le monument 
romain connu sous le nom de 
fanal d'Ebcon (\n\ est probable- 
ment une simjjlo colonne milliairc. 

KRKR]\KR, ÏJironer., v. 

a. Nettoyer un enfant — torcher. 

Les français sont comme les enfants 
qui braillent ijuand on les cbcrne. 
(DEAiMAncHAis, Mcmoircs.) 



(1) Je ne puis durer Ii la maison, c'ost-b-dire: 
y rester. 



KHESILLER 



liO 



EC AGI 1ER 



La haine do Saint-Simon, pour 
la inarifuise do Maintonon, lui 
a fait dôsigner cotte ancienne 
gouvernante des bâtards de 
Louis XIV, par l'épilhète à'éhrc- 
jicnsc. 

La Vi'illière étoit tout feu roi, consc- 
queniment tout bâtard, lie avec eux par 
la Mainlenon leur ébreneuse. 

{S.lixT-SiMo.N, Mémoires.) 

i:BK«$IIifiKR, V. a. Mettre 
en miettes, briser en menus mor- 
ceaux. 

Desgondoil les ischies, débesilloit les 
faucilfes. 

(lÎABELAIS, liï. I, ch. XXVU.) 

KBEI:KREK, V. a. Oter du 
lait la crème qui lait le beurre. 

I flete in ylkc ': je esbeurre... Allons 
esbeurrer ce laid avant qu'elle vicngnc 
fayre le beurre. 

(Palsouave, Eclairciftsemeiit de la ian/juc 
française, p. 551, col. H.) 

Un sexlier de bon lait non eshurré. 

{Ménagier du XIV^ siècle, t. U.) 

Tout meillenr, tout plus délicat et 
tout plus pesant setreuverale fourmage 
qui moins aura esté esbeurre. 

(Olivier dk Sehues, Théâtre dW'/ricnlurc, 
p. -287.) 



Ï<:B0ESB^, adj. Imbécile, idiot, 
ahuri. Vient du vieux français 
abauhi, ébmibi. 

Et mont en fut de cuer dolente et 
[ébaubie. 

(Li romans de Bertc aus grans pies, vers 74».) 

Et quant la dame entcndi le roy son 
frère, elle fu toute esbahie et abaubie, 
ce ne fu point de merveilles. 

(J. FnoissAiiT, Chroniques, éil. Reuouard, 
liv. I,§7,p. 19.) 

ï:ISOL'GER (s'), V. réfl. Se 



hâter, partir. Augmentatif du 
verbe ])ou(jer, rcnuier. 

l']BOi:iIl.l.ER,v. a. Eci\ascr, 
mettre en bouillie. 

Et cil qui chassent, les destranchent 
I']t lor chevaux les éboellent 
Et vifs desors les mors rodent 
Qui s'entrafolent et ocient. 

(Chrestien, Roman de Troyes.) 

Chaulez comment furent François vain- 

[cus 
Escartellez, ébouillez, esbarillez 
Esservelez, esbahyz et perduz. 

(H. MoLiNET, Chanson de la bataille de 
Guinegalc, Ch. hist., p. 3'Jl.) 

ÉBKAlIiïiEIl /s'), V. rélL 
S'écrier très haut en braillant. 
(P. Jônain.) 

ÉCAC'MEIt, V. a. Appuyer 
fortement, aplatir en écrasant. En 
vieux français : cscneher, csqna- 
chcr, de calcave, de quatore ou 
de qiiaxnre (festus), verbes latins 
qui ont le sens de fouler, battre, 
aplanir. 

Le flum est toujours trouble dent çaus 
du pais qui boire en vuelenl, vers le 
soir en le prennent et ésquachent quatre 
amendes ou quatre fèves et lendemain 
est si bonne à boire. 

(.loiNviLLE, Histoire de Saint Louis.) 

S'il est bien atains de la mace 
Ou qu'il n'el confonde ou escache 
S'il n'est tex que trop d'armes sache. 

(Jean de MEtiNc,, Roman de la Rose, 
verslG'ialo.) 

Poussant la porte de l'autre côté, la 
fil donnncr si rudement contre le visage 
de la pauvre dame (ju'elle en cul le nez 
écaché. 

fScAnnoN, Roman comique, liv. U, ch. X.) 

Nous trouvons encore ce mot 
au XVIIP siècle : 

Ils écachent et détruisent dix fois plus 



ECAPOUTIR 



141 



KCHARDF.R 



de plantes avec leur jiicds qu'ils n'en 
consomment . 

(BcFi-uN, Histoire Natiiirlli'. Elépliant.) 



i:€;APOU'rBis, i<:ciapou- 

tlr. li^erag)*»!!!!!», v.a. Ecraser. 



l<:f'AUTEB«, V. a. Egarer, 
perdre. 

La baleine le suit sans cesse, el si 
de fortune elle Vescarte, elle va errant 
çà el là. 

(Montaigne, Essais, liv. II.) 

J'ay plus de soing de la s.inté quand 
elle me rit que quand je l'ay escarlée. 
(MoNT.viGNE, Essais, liv. IV.) 

ÉrnAIiAS, s. m. Piquet 
pour soutenir la vigne. Dans le 
bordelais : carrissoniw. En basse 
latinité : carratium. Du grec /àpa;, 
l)icu. 

Fut amenée une grosse grappe de 
vignes qu'on vendange en co pays là, 
du plant (le l'extraordinaire, qui souvent 
pend à eschalatz. 

(Rabelais, Vantmjrucl, liv. A', ch. XVI.) 

On les supporte (les vignes) avec 
vaisseaux, esc/iallals, charniers, diver- 
sement nommés suivant les endroits. 

(Olivier nE Serbes, Théâtre d'Aijricul- 
liire, p. 1"8.) 



I>:C'nAIiASfi»l<:R, v. a. ( larnir 
la vigne cVvchnhis. Atlaclier la 
vigne aux échalas. 

La notoire différence qu'il y a entre 
les vignes csclialassf'cs à celles qui sont 
portées par les arbres 

(Olivier de Serres, Thcùlre d'Ayricul- 
tiire. p. 156.) 



É^IIAIiMO, s. f. EchcUo. En 

berry : eschnilc; en provençal et 
en espagnol : oscnla; en lalin cl 
en italien : scahi. 



Ils ont avec eux douze charrettes 
d'eschales de la mesure qu'il en faut. 
(CviiLoix, liv. V, ch. XXIIl.) 

Ii-:C'IIAT.gs-R, s. m. Echelle 
basse lorinant le trou d'une haie 
alin de permettre aux piétons de 
passer tout en arrêtant les bes- 
tiaux. Du latin : scala, échelle. 

Il se chausse, il s'habille et est aussi 
tost prest qu'un chien auroit sauté un 
eschallier. 

(Bonnv. des PÉniEns, Contes et Joyeux 
Devis, 29* nouvelle.) 

On trouve dans le grammairien 
Palsgrave : 

Style to go over : eschallier, s. m. 

(Pai sr.RAVE, Eclaircissement de la Langue 
française, p. 277, col. 2.) 

Notaire du Perche passe plus d'tr/iO- 
liers que de contrats. 

{Livre des Prorerbes français, t. I, 
p. 380.) 

ÉCn.VKBOT.v. a. Escarbot, 
insecte du goure dc6 scarabées. 
Du latin : scaraheus, el du grec : 

Escorpion est beste petite semblable 
à escitarbot fors qu'il a queue. 

(H. DE Mondeville, fiilio 8i), cité pnr 

.M. LiTTRÉ.) 



D'XII.lïClSOTI*]!!, v. a. Ej)ar- 

])iller, se dit surtout en Sainlonge, 
à jd'opos du l'eu qu'on remue. 

Semblent ès-coquins de village qui 
fougcnt et escharlintlent la merde (ies 
l)elits enfants en la saison des cerises 
et guignes pour trouver les noyaulx. 

(Kabelus, l'antaijruel, liv. II, ch. XXXIV.) 

Avec un bâton brûlé d'un bout dont 
on esc/iarhute le feu. 

(Kaiielais, Caryanlua, liv.I.ch. XXXIII.) 

ÉCllAKIirn. v. a. Ecailler. 

Il 



ECHEDRUNE 



143 



ECOT 



Dnns le sens réfléchi : se lever, se 
détacher par plaques minces. 

Li uns des ars qui fu liideux 
Et [ilains de neus et escliardeux. 

(Guill. DE LoRuis, Roman de la Rose, 
vers 978'.) 

Pour faire chauldume, prenez brochetz 
et les eschardez et mettez en pièces ou 
tous entiers... 

(TAII.I.EVBNT, Line de Cuisine Ju 
.\IV» siècle.) 

KC1II^1!5KU.\'K, nom do loca- 
lité pouvaul siynilior : colline 
aplanie; du celtique: ])evn, col- 
line, éminence, et du vieux verbe 
escheir, tomber. Cette étymo- 
logie est d'ailleurs une simple 
conjecture. 

ÉCHIG^'KR (s'), V. réfl. Se 
tuer à force de travail. Etymo- 
logie : échine, dérivé du tudes- 
que : skina, aiguille, piquant, ou 
du celtique : chein ou kein, dos. 

Qu'il a de mal ! Ah ! sans doute il s'échine 
\\ est souvent debout toute la nuit. 

(l'ons DE Yërdi:n, Contes et Poésies.) 

Je ne veux pas que vous alliez vous 
faire échigner mal à propos à la con- 
trescarpe... 

(J. Hacine, lettre à Boileau, du 
15 juin 16'J'i.) 

Éf;iIII.iTj.VfS, nom de loca- 
lité. Du vieux français : eschieJle, 
échelle, pilon, gibet, ou cschile, 
sonnette. 



ÉCHOPPE, s. f. Petite mai- 
son composée d'un rez-de-chaus- 
sée seulement. 

Ce mot, usité surtout dans le 
bordelais et le blayais, est d'ori- 
gine germanique ; ancien alle- 
mand : schiipfa ; l'allemand : 
schoppcn; l'anglais : sliop, dési- 



gnent une petite boutique. C'est 
le sens du français oîi échoppe 
s'applique à une bouti(|ue en 
bois, facile à élever et à démolir. 

On tombe, on glisse, on chet, on chope 
Quant on a pleuré demy-larme 
C'est fait, il n'y perl à Yeschope. 

(C.oyrii.i.AnT, Poésies, p. 1131, filé par 

i.ITTIlÉ.) 

Qu'il soit permis aux dits jurats et 
bourgeois (de ISordcaux) de bâtir et faire 
construire des chopes, tant au dedans 
(ju'au dehors de la dite ville. 

(Arrêt du 2't mars 1C61 du Pnrlement 
de Bordeaux.) 

Le vieux français avait le subs- 
tantif escT/oy^/j/e'/', pour désigner le 
marchand vendant sous échoppe. 

Une belle et génie demoiselle femme 
d'un cschoppier 

(Cent Nouvelles du roy Louis XI, 
nouvelle IV^.) 

KCOIEK, V. a. Couper, tran- 
cher la cime d'un arbre. Ce mot 
a été conservé dans la langue du 
blason. 

Las! le cercle royal dont l'avoit cou- 
Ironnée 

L'a kiyssée comme un arbre écymé 
[par les vents. 

(Philippe Desi'ohtes, Elégie.) 

KCLiAIRE, s. f. Plante rusti- 
(pie, la chélidoine des botanistes. 

Ce nom iVesclaire est donné à celte 
herbe à cause que d'icelle les arondelles 
guérissent leurs petits de l'esborgne- 
mcnt. 

(Olivier de Seiires, Théâtre d'Agri- 
culture, p. 615.) 

ÉCOT, S. in. Morceau do dont, 
chicot. Du vieux verbe français : 
cscotcr, secouer, ébranler (latin : 
exculere), ou du substantif : 
escol, part, partie, portion. (Voir 



ECOUER 



143 



ECURER 



ce mot dans lo glossaire do 
Roquefort.) 

ÉCOrEK, V. a. Coui)cr la 
queue. 

Grant joie fel et moull cl liez 
Vaille lie renarl s'esl bien vengiez 
nui par barat l'ol escoué. 

{Itumaii (lu lienart, vers 2'.li9«.) 

Do ces regnardz la compaignie esloil 
Dedans un champ, le regnard escoué 
Couppor la (jucue à tous adnionesloit. 

(Gilles r.oHiiozET, Fables d'Esope^p.i'M.) 

KC'OUPEAU, s. m. Copeau, 
morceau de bois coupé mince. 

Va chez un nienusier et tu trouveras 
que, quand il rabote quelque table ou 
membrure dudict noyer, il se fait des 
escoujicaiLc longs et tervcs comme 
papier. 

^Bernar.l l'.virssv, Uecrnlr Vfvitulile, 
p. 39.) 



i:f,'«VKUX., nom de localité. 
En vieux français : cscooil, escoel 
signifient retraite, abri, qui potir- 
rait être l'origine de ce nom. 
Cependant, le nom latin : escoya- 
cmn, rapproché du vieux français : 
nscohior, tanneur ou marchand 
de cuir, du latin : corium, rend 
vraisemblable la signiiication : 
domnine du tnnncuv. Il est ques- 
tion d'Ecoycux, au XVP siècle : 

Degcbanl apud Escoyacum, san- 

lones inter et Angeriacum anno 1594. 
(r.ittlia Christiana, l. U. col. 1107.) 

IX'IKAISOl IliM^li. V. a. 

Ecraser, aplatir violemment, met- 
tre en bouillie en écrasant. C'est 
une forme du vieux français : 
vscnrijouilli'r; en basse Ialinit(; : 
<;.\r,'irliiiiiciil;u-c, di-rivé du latin : 
ciirJx), charbon. En lielgique, on 
nomme scrahouHIcs les mêmes 



résidus du charbon de terre, qu'on 
appello- en français : escarhillts. 

Ceux qui sont mordus et piequez de 
roscorpi(jn : le ])lus souverain remède 
qu'ils ont c'est do le prendre, tuer ou 
Vescai'bouiller et l'appliquer sur la 
morsure. 

(BnANiÔME, Dames Galantes, iliac. I, 
p. <.)-2.) 

Quand l'hosle faut, il voit toujours sa 

I leste 
H'escraboiiUIev d'une juste lempeste. 
(IloNSAiiD, Fraiiciade. liv. 111.) 

El laschant de sa dextre une orrible 
[lempesle 

Au ninlhcurenx eliarlon escarbouille 
[la leste. 

(.AlUI. Baïf.) 

Ec museau vermoulu, le nez escar- 
[bouillé. 
(RÉGNIF.I1, Sal. XI, ji. 81.) 

KÎT^KEiîiï^E, s. f. Une pleine 
écuelle.Du latin : .sc;//ey/,7,écuclle, 
soucoupe. 

Fabius, préteur romain, lequel mourut 
sutfoqué d'un poil de chèvre, mangeant 
une esculée de lait. 

(Kadelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XVII.) 

Croy aussi qu'il estoit gentilhomme à 
cause d'un pré que son père vendit et 
portait en ses armes une esculée de 
choux billetée de lard... 

(Notil Dr Fail, l'rupos I{iisli<ines,c\i. XI, 
p. 2-26.) 

KCUESAT, nom de commune. 
M. Jônain le dérive de sqiijro, 
écuyer, en anglais. Il parait jilus 
logique d'y voir une dérivation 
du vieux fi-ançais : cscm-o , 
métairie, ferme. iHoqucfort, Glos- 
sniro do In Lnni/tic roiiiiine.) 

i^.V\lVKn, v. a. Curer, net- 
toyer, rendre clair par le net- 
toyage. Se dit surtout du four- 
bissage des chaudrons et autres 
ustensiles de cuisine. Ce mot est 



ÉDUQUER 



ili 



EGRAFIGNER 



d'oriii^ine Scandinave; le danois : 
skiirc; le suédois: skœra, signi- 
fient nelloyei'. 

Devant la mie-nuit li temps un peu 
[s'esciire. 

{Li Rumiiii.idi- Berllie aus gratis pics, 
verslO-20«.) 

Et après que ce pot de cuyvrc fut 
vuidé, l'ayant très bien fait escurer 
envoya un garron à celui auquel il 
appartenoit. 

(Bi)nnv. DEd Pt-.Rii'.ns, Récréations L't 
JnijeuLv Deris, n"« 118«.} 

Il faut à Pâque, écurer son chaudron. 

{Livre des Vrotcrbes français, 1. 1, 
p. 111.) 

Au XVII° siècle, on disait 
écur-euv de puits : 

La plupart de monde appelle celte 
sorte d'ouvrier cureur de puits, mais 
écureur est le vrai mot. 

(RiciiELET, Dict. français, éJil. de 1GS0.) 



KDt'Çl'Elî, V. a. Instruire, 
former quelqu'un par l'éducation. 
Du latin : educnrc. 

Au XVIII" siècle, Voltaire con- 
sidérait ce mot comme un néolo- 
gisme : 

La langue s'embellit tous les jours : 
on commence à édurjuer les enfants au 
lieu de les élever. 

(Voi.TviriE, leUre A Linguet, du 
15 mars 17G9.) 

KFrO\noer:K, v. a. Couler 
à l'ond , enfoncer , submerger. 
Latin : eiïundcrc. 

Et pies et puins 11 ont estroit lié 
En la santine aval l'ont avalé 
La barge e/fondrent, atant s'en sout 
[tornés. 

{Roman de Garin le Loherain.) 

EFFORCER, v. a. Violer, 

prendre par violence. 



El tant Amour son cueur força 
Que la j(Minc lillc nffoyça 
Malgré elle par granl ardeur. 

{iloralilé d'nn Empereur, nnc. th. fr., 
t. m, p. 1-28.) 



EEE«>tIR]VIf,ÎEAT, s. m. 
Oiseau récemment sorti du nid. 
Radicaux : foris nidiiin, hors du 
nid. 



EFFOUR^f«ER, v. a. 

Sortir du nid, j)rendre sa première 
volée. Synonime de déni(jei\ dans 
le sens neutre. 



EFFOURACIÏER, v. a. 

Effaroucher. Du vieux français : 
foiirasche, ferasche, farouche, 
sauvage. 

Que Narcissus au cuer férasche. 

(G. DE Lonnis, Roman de la Rose, 
vers liG'J".) 

a'^f-Alîi. (Voir nigail.) 

ÉGAIIEER, V. a. Elaguer 
une branche, en ôter les rameaux. 
Du saintongeais : gaule. (Voir ce 
mot.) 

B':f^O!^!«»ER, Ég;oH.«>scr, v. a. 

Ecosser. 

Camillus esloit gallochier; Marcellus 
esijousseur de fcbves. 

(liAiiELAis, Pantai/ruel, liv. H, oli. XXX.) 

ÉfiRAFIftXER, V. a. Egra- 
tigner — déchirer avec les ongles. 
Même sens que (jraligner. (Voir 
ce mot.) 

Se rendirent à Iny sains et saulves 
excepté Euslhènes lequel un des géans 
avoit c(fraphi(jné . 

(Rabelais, Pantayruct, liv. H, cli, XXX.) 



EGRUGER 



ii5 



EMBAUCHE 



Toujours le rliardon cl l'orlic. 
Puisse esgral'tijner son tombeau. 

(RoxiAUn.) 

'f:c:Rl'f>:Eec, v. a. Détacher 
la graine du chanvre fenieUe (la 
cberve.) 

C'est le propre de ce que nous appe- 
lons ici et vers vous la chervo d'eslre 
esijrugée entre des fers serrez et 
pointus. 

(Agr. D'Aimifisé, Baron de Fœneste, 
liv. ni, ch. XV.) 

É JARRE, adj. Renversé, se 
dit du blé couché par le vent ou 
hi j)luie ; dérivé par syncope (hi 
hitin : ejaculnri. 

KliOC'ER, Élochcr, v. a. 

Tordre, disloquer — arracher, 
ôter d'un heu; du latin: cxloco, 
et d'après Nicot : exlocarc. 

Li clou de quoy les planches do la neif 
estoient alachées esluienl tuit éloscliié. 
(Joi:<viLLE, Histoire de S. Loys, § i.) 

Non porquant li cos li coula sour le 
bras diestre, si ke poi s'en failli kc il 
ne li esloça. 

(Henri nr. VAtF.>T.iENKEs, Ilist. de l'Empe- 
reur Henri, éJit. Wnilly, § 631.) 

Ez aullres deslochoyt les espondyles 

du col 

iRABELAid, Gargantua, liv. I, ch. XXXI.) 

Montaigne a employé le mot 
eslochement. (Liv. II, ch. XXXI. i 

ÉLOI^il-:, s. f. Eclair, clart('; 
du latin : cJucorc. (Voir Hocpic- 
loi'l, Glossaire do la LntKjin' 
l'omnnc). En vieux franrais : 
<'-littii, éclair, étincelle; du grec : 
UX'.o;, soleil. En bas breton : clw. 

Noslre vie n'est qu'une éloise dans le 
cours d'une nuit élcrnclle. 

(>Iu:hcl Mo.xTAiiiNK, E.isai.1.) 

f^LOI'QIDIR, V. a. Hondre 
lourd — éloiu'dir. 



C'est une lourde et longue maladie 
Ue tcois bons moys, qui m'a toute 
[eshurdie 
La pauvre teste et ne veull terminer. 

(Clément Marot, Epitre.f, t. I, p. l'JG.) 



EilIKAilIF.R, V. a. Embau- 
mer — sentir bon. 

Le ciel ou poislo est un cèdre embas- 

[mant 
Les cueurs humides, duquel la largeur 
[grande 
Couvre l'aulel 

(Clément Mardi, Temple de Citpido, 
t. I, p. li.) 

Des le matin avant que les avcUes 
Eussent succc la douceur des fleurettes 
Qui embasmoient les jardins d'environ. 
(ItoxsARD, Elégie V, poés. chois,, p. 203.) 

U.lIBARRAS^Ki:, adj. 
Enceinte, en parlant d'une lille. 
Cette (lualitication, si bien choisie 
pour colle qui s'efforce de cacher 
un état honteux, s'emploie d'une 
manière générale; en espagnol : 
omharazo, grossesse; enihara- 
zada, femme enceinte. En Tou- 
raine, ce mot est usité : 

Ma fiancée qui avait peur que je ne 
revinsse pas, étant déjà embarrassée, 
pensa mourir de tristesse et de regret 
de sa noce perdue. 

(l'aul-Louis CoiRRiER, Pamphlets.) 

Le vieux français avait dans le 
même sens l'adjectif: cnl reprise. 

Tel famc ai prise 

<Jue nus fors moi n'aime ne prise 
Et s'esloit povre et entreprise 
(Juant je la pris. 
(Hi rniiiirr, le Mariai/e, t. I, p. G.) 

IC.TSES.trC'UI':, s. f. Kmhau- 
cliage — action de louer un 
domeslicpie ou un ouvrier pour 
un travail — action de se mettre 
à l'ouvrage. 

Dans le dictionnaire de Uorcl, 



EMDAUCHEPx 



lifi 



EMBRENER 



on trouve : cmbnuchc, condition 
ou place des compagnons apothi- 
caires, chirurgiens ou autres. 

L'action contraire, c'est-à-dire 
celle de quitter sa [)lace ou son 
travail, s'appelle la débauche. 

Ces deux mots* viennent du 
vieux mot : hogo ou Lmiclw, 
demeure. 

EI?ia5Ai:rniEK, V. a. Louer, 
gager un domestique ou un 
ouvrier. Dans le sens neutre : se 
mettre à l'ouvrage. Ainsi, on dira 
dans le sens actif: j'ai embauché 
un vigneron, et dans le sens 
neuire: f embauche chez un tel. 
(Voir embauche.) 

Au XVIP siècle, enibaucber, 
d'après Richelet, était un terme 
usité chez les cordonniers. Il 
signifiait introduire un compa- 
gnon ou un apprenti dans une 
boutique et lui faire donner du 
travail. (Dictionnaire français, 
édition de 1680.) 

E:?IKOi;€iaF;K,v. n. Mettre 
en bouche en parlant d'un animal 
— habituer un cheval au mors. 

Sur le cheval est monté 
D'un mors acre Vembouchant. 
(Ant. hkir, Antigone, p. 67.) 

E.1IBUB<:S>.1 tt'lC;OTER,v. a. 
Tromper, séduire, amuser de 
paroles. On trouve avec le même 
sens, dans le vieux français, le 
verbe emburelicoquer. 

Lors se taist Fauvcl et souspire 
l)'nn faux soupir dont il rst sire 
J-;t fuydc par nuit à la lune 
Emburelicoquer Fortune. 

(Roman de Fauvcl.) 

E.'îfiîStj.WEK, V. a. Ense- 
mencer un champ de blé ou de 



toute autre espèce de grains. En 
basse latinité : imbladarc, ense- 
mencer; hladum, blé. 

Ors est sales et desiavoz 
El de pou de chose emblavez. 
(Eustache Deschamps, Pncftics.) 

Ce mot était dc'jà vieux au 
XVIP siècle, et est rangé par 
Richelet dans VAi-got des Labou- 
reurs de rile de France. (Voir 
Dictionnaire français , édition 
de 1680.) 

E.TIBOUSEB5, v. a. Souiller 
de Ijouso do vache et, en général, 
d'ordure. 

Sa barbe est presque toute embousée. 
(fUiiEi.Ais, Garyanliia, liv. I, eh. H.) 

Au moyen âge, on disait dans 
le même sens : emboër, cnhoër. 

Luxure est si enboant boc 
Qui le cors soillc et ITinie enboe. 
(Gautier de Consi, liv. I, ch. LXXXIU.) 



EMBOUT, s. m. 
dérivé du bas latin 
dans le tonneau. 



Entonnoii-; 
: in hutem, 



Lavoicnt le vin en plein bassin d'eau 
puis le reliroient avec un embut. 

(Radelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIV.) 

Ei^fBKE]^'EK, V. a. Souiller, 
salir. Du vieux mot hran, ordure. 

En provençal, on a dans le 
même sens : embrena. 

Enl'ans, poules et coulombs 
Embrenent et souillent les maisons. 

(Proverbe du XV!-» siccle. — V. Leroux 
DE Li.NCY, Proverbes., t. I, p. 216.) 

Le seigneur du Cars se trouva aussi 
embrenné avec luy, lequel l'ut aussi 
disgracié. 

(BiiAriiùME, Capilaines l'raiiçaiti.) 



EMERY 



EMOULU 



KMERY,norn d'homme, d'ori- 
gine germanique. Ce serait une 
forme du vieux nom onioIricJj, 
anmlricb (riche par le travail), 
d'après M. Lorédan Larchey, ou 
une corruption (Vhcr-innn-rùj 
(puissant chef de guerre), d'après 
M. Scott. 

Le huitième évèque de Saintes 
se nommait Emery, et était 
successeur d'Eusèbe : 

Quœ presul fundavit orans Eusebius olim 

Ne tamen explerct,rnptus ab orbe fuit. 

Cui mox Emerins successit in arce 

[sacerdos. 

(Vcnanlius Foiiunatiifi, lib. I, carm. XH.) 

Éi?IIER, Émij^er, v. a. 

Emietter, mettre on miettes; du 
latin : niiea, parcelle. Italien : 
niiffa, mie ; niighclto, miettes. 
C'est de là que vient le mot 
iniffeot, pain émietté dans du vin. 

Nous eussions hurlée à tout ploin de 
roches qui csloient couvertes là ou 
nostre neis eust esté toute esmiée. 

(Joixvii.LE, Ili.sl. de S. Loijs, § l"2-2.) 



E:?I?«AXC'fîKK, V. a. Mettre 
un manche — adapter ensemble 
deux choses ([uelconipies — met- 
tre une entreprise on train. 

Frère Guilleberl ne vous desplaisc 
Ce n'est pas ainsi qu'on amanche. 

(Farce de frère Gitiltehcrt, anc. th. fr., 
t. I, p. 30'l.) 

N'cst-il p;is temps que vous emmanche 
J'ay desjà trois jours attendu. 

(Noël nn Kau, Propos liusliqucs, ah. .\IV, 
p. Iu5.) 

Eltl.TÎ.VATMFlIK, s. m. 

Celui qui euunanche. (\'oir le 
mot emmancher.) 

Faisiorcs de piipics d'yvoirc et cmmaii- 

cheeurs de coutiaus 

(Livre des Hclicrs d'Est. Boileau, p. 49.) 



EM:?II, préji. Au milieu de, 
jjarmi. 

Si a choisi emmi un pré 
Un niulon de faing aûné (1). 
(liomaii dit Renard., vers -28003".) 

Tourterelle, ainsi comme une oyc qui 
veuU, soit dorée au vergus cuyt, pieds 
entiers et soit fendue la teste jusques 
emmy les espaules. 

(Taillevem, Livre de Cui.siue.) 

ÉiflOliK, adj. Imprimé. Lire 
clans rômolr, lire dans les impri- 
més. Du latin : d molà, sorti do la 
presse, de la meule. 

ÉIIOKCHE, s. f. Amorce, 
appât. 

Geltez-y poudre pour Vêmorche 
Et gardez bien qu'il ne s'cscorche. 

(C.lcnient Mauot, Epllre du Coq à l'Ane.) 

É li 41 V li i: , adj . Aigu isé , 
repassé, limé. Du latin : omolcre, 
moudre. En basse latinité : enio- 
larc, avec la signification d'aigui- 
ser (radical des deux mots : mo/a, 
meule.) 

Qui gladium emolutum conlrà alinm 
iraio aninio traxcril, in decem solidis 
pro justilià punialur. 

(I)om Secoisse, in Lilleris, aiiiio I3jT.) 

Dam, ce dist Tybers, grans biens vous 
[est créi'is 

Dcrtain avons ocisc, à nos brans (2) 

[esmoltts. 

{Li Hovinns de Berle niix <jrans pies, 
vers 613".) 

Mains cous i ont férus de pierre cl de 

|maruc 

El de coutiaus Iranrhans et de hache 

\c)imolHc. 

{Chanson d'Antinche, citil. Paulin, l'ari;*, 
t. n, p. '251.) 



(l) Fning aune, foin amassé. 
(1) Brans-, épécs, poignards. 



EMOYER 



148 



EMPOUR 



Je voy sus la hune, Alropos la félonne 
avec ses cizeaulx de freys émoulus 
prcsle à nous tous coupper le filel de la 
vie. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV 
ch. XXXIII.) 



t.UOYFK is'),«v. rëfl. S'en- 
quérir, s'informer. Du vieux fran- 
çais : éinoyer, émouvoir, remuer, 
secouer; en latin : emovere. (Voir 
Roquefort, Glossaire de la Lnn- 
gue romane.) 

E.TIPAA-K, s. f. Empan, 
mesure de longueur obtenue en 
étendant la main ; c'est la distance 
du pouce à l'extrémité des doigts. 
Ce rnot est dérivé du tudesque : 
spanhn, empan; spannan, éten- 
dre, et se retrouve dans toutes 
les langues d'origine germani- 
que : le danois : spand; le 
suédois : spann ; l'allemand : 
spanne; le hollandais : span; 
l'anglais : span, signifient empan. 
En anglais : ta span, mesurer avec 
la main. 

En vieux français, on disait 
cspan : 

Nus cordouaniers de Paris ne puet ne 
ne doit fère soulers de bazane dedenz la 
banlieue de Paris de plus d'un espan 
de pié ne de plus d'un espan de haut. 

{Livre des ilétien d'Est. BoaEir, 
p. ii-.-iiH.) ' 

EMPAlMïER, v. a. Prendre, 
empoigner — séduire. Radical : 
palma, paume de la main. 

Les folles qu'elles sont me nazardent, 

[m'empaument. 

Mille niches me font si je ne prends 

[le faix 

Des ouvrages plus forts pour acheter 

[la paix. 

(Jean DE ScHÉLAsonE, Tyr et Sidon, 
act. IV, se. II — anc. tlx. fr., 

t. vui, p. as.; 



E.]I5»i-:CIIE. adj. Embar- 
rassé. 

Il n'y a point de plus empeschez quo 
ceux qui tiennent la queue de la poisle. 

(Prol. de la Comédie des Proverbes — 
anc. th. fr., t. IX, p. 12.) 

E.TIPEf, s. m. Ente, greffe. 
Du latin : inipedicare, enlacer, 
lier. Ce mot est également usité 
en langue d'oc. 

La pax y va veni, que de son olivic 

Y feg un bel empeut sul lauric de 

[bellone. 

(GoiDori.i;!, Poésie toulousaine sur la 
mort d'Henri IV.) 



E^IPOl'ftXEK, V. a. Empoi- 
gner, saisir, dérober. Du latin : 
piif/niis, poing. Au moyen âge, on 
disait : empuigner, qui se rappro- 
che davantage du radical. 

Car nus ne me puet empuignier ne 
jamais vcC empuigner a. 

[Rnman de S. Graal, ché par Rooiefoht, 
Glossaire de la Langue romane.) 

Disoii le petit mot à la t-'averse à 
Janne ou à Margot et soudain regardant 
s'on ne le voyoit, Vempourjnoit et sans 
dire mot, la jetoit sur un banc. 

(Noël Df Faii, Propos Rustiques, 
cb. VI, p. 63.) 

llay le mortel loisir, tiens le labeur 

[plaisant 

Que Satan ne Vempougne un jour ne 

[rien faisant. 

{.\gr. d'.\ubicsé. Les Tragiques, liv. II, 
t. IV, p. 111.) 



E:?ÏPOï'K, En ponr. prép. 
Pour, eu échange de : 

Prisonnière là bas, mais princesse là 

[haut 

Elle changea son trosne empour un 

[eschaffaut. 

(Aiïr. o'AcBir.MÉ, Tragiques, liv. IV, 
t. IV, p. laS.) 



EMPRES 



149 



EXCIIIFRENE 



E ^î P lî !•: S , adv . Après , 
onsiiilc. 

Enprès, cil cnpctra unes autres lel- 

Ircs 

(Li Lii'fcs deJoslice, p. l'J, § 0.) 

Emprcs forment vendront avaincs. 

(RiTEn'Eir, Bataille des VU Arts; 
t. II, p. 131.) 

Femme pour airapper marlirs 
El ruser quelipie gaudisseur 
Celte emprcs luy de grans soupirs. 

(Guill. CoQiiLL*nT, Droits nouveaux, 
1. 1, p. lo7.) 

É:^'A.\1>ES, nom de localité 
do l'Auiiis. En latin : Esimnda. 

Guiilelmus de Agrifolia, prior de 

Johannis de Esnandâ 

(Gallia Christiana, i. II, col. 1101.) 

Concedo deo et S*' Johannis et mona- 
chis Angeriacensibus quidiiuid in con- 
châ de Esnendâ babeham... 

(Clinrta \yiUielmi, Aquit. ducis. — 
Gallia Clirisljana, t. II, inslru- 
meuta, col. 470.) 

Le port d'Esnandes était connu 
dès le X" siècle. En 1035, un 
irlandais réfugié du nom de Wal- 
lon, y créa, dit-on, la culture des 
moules qui devait enrichir le 
pays. 

EXCARASSaCK, V. a. Di.s- 
poser dans un chai les harriques 
de vins les unes sur les autres. 

Cette expression, usitée dans 
le Bordelais et le Blayais, est 
prohablement une corruption d'un 
verbe dérivé du vieux mot cnrn- 
que, grand vaisseau de transport. 
La disposition des barricpies dans 
les navires étant la même ([ue 
celle usitée dans les magasins. 
L'étymologie indiquée par Littré, 
carrnlium, échalas (dans le Bor- 
delais : carrassonne), est inad- 
missible, tandis cpic l'existence 



d'un vcrbo ciicnrar/iicr, ranger 
les i)arri([ucs dans une cnrnque, 
a dû naître naturellement dans la 
bouche des portefaix. Le mot 
car raque àc trouve dans Joinville, 
Villehardouin, et est encore usité 
au XVI° siècle. 

Quand Neptune puissant dieu de la mer 
Cesse d'armer carrcuiiies et galécs. 
{C'icmeiit MAiior, Ballade IX.) 

EXCASSEK, V. n. S'embour- 
ber, enfoncer dans un trou de 
boue ou d'eau, dans une casse ou 
un cassouil. (Voir ces mots.) 

E.\€EI-\TER, V. a. Rendre 

grosse, et dans le sens neutre : 
devenir enceinte. 

Du latin : hiciens, incienlis, 
qui se trouve dans Pline. Grec : 

Si famnie est jugée à mort Ki scit 

enceintée ne faced l'um justice des qu'clc 

seil delevere 

(Lois de Guillaume-le-Cnnqucranl, 
ch. XX.VV. — XI» siècle.) 

Taut i vint Milum, taut l'ama 
Que la damoiselc enccinta. 

(.Mnrie de Fîiance, Loi de Milum, 
vers 54".) 

EXrHBAU<;E«, v. a. Ile- 
commander, charger quelqu'un 
de faire quelque chose. 

Or oez ce que m'encharja 
.Ma dame qui m'envoia rj^i. 

(RuTEBŒVF, Vil de l'Erberie.) 

Elle encharcjea à sa demoiselle qu'elle 
bailiasl jour à l'cndcmain. 

(Cent noueelles du roij Louis XI, m"« 0.) 

On m'a enchargé de prendre garde 
que personne ne me vit. 

(Molière, Georges Dandin.) 



t:jiCMiri\Ksi], adj. En- 



EXCISER 



IdO 



ENFARGE 



rhume, gène dans la respiration 
et, par extension, embarrassé. 

t^i ne fut aucun forcené/. 
Qui fui d'amour enchiferne:. 
(Jeaii DE Mei .\G, Roman de la Rose.) 

KXt'lSFK, Eiichiscr, v. a. 

Inciser, couper. 

Origenes qui , 

Se copa, molt pou me prisa 
Quant à ses mains les encisa. 
(Jenii i)E Meung. Roman de la Rose.) 

rxC'OCBfKK, V. n. Tendre 
im arc, en moLlrc la corde dans 
la coche (voir ce mol) — faire des 
entailles. 

Tristan prist Tare, par le bois vait 
Vil un chevrel, encoche el trait. 

(Roman de Tristan et d'Iseult, 1. 1, p. ()3.) 

K]VrOM»IE^-€EK, v. a. 

Commencer, entreprendre. 

Oi ma Tlialic encomtnençanl première 
Dedans le bois se faire forestière. 
(VAiyiEi.iN, Foresteries, liv. I, p. 15.) 



EIveoXTKEll, V. a. Se 

trouver en face — rencontrer. 

Quant en la sale s'en repaire 
Qui moull esloit de granl biautc 
Le chevaliers a encontre. 

(Roman de Parecval^c'Ué par Rooijefout, 
Glossaire.) 



EIvrOlJKIR (s';, V. réll. Se 
mettre à courir — s'en aller rapi- 
dement. 

Par là soit esté, soit yvers 
S'encourent dui fiueves divers. 
(.1. DE Mel>g, Roman de la Rose.) 

Et dans la galerie encor que tu lui parles 
Il te laisse au roy Jean et n'encourt au 
[roy Charles. 
(.M.ith, Rëgmcii, Satire -Y.) 



E\BAR€E, Eudcrcc, s. f. 

Dartre. 

Et plusieurs çjuérissenl les cnderces 
du dit huile parce qu'il est corrosif. 

(Bernanl Palissy, Reeepte Vérilable, 
p. 30.) 

EXDià'.VEK, V. a. Irriter — 
impalicnler. Plus usité dans le 
sens neutre : être irrité, être 
ennuyé. 

Je ne l'ay prins qu'à ce matin mais 
déjà yendesve... 

(riAiiEi-Ais, j'aiilugruel, liv. ni, rh. VU.) 

EJVDOKIfll, adj. Engourdi. 

Le braz li fud endormiz des grans 
colps qu'il ont donnez. 

{IJrre des Rois, p. 212.) 

Ex\«KET, S. m. Endroit, lieu 
de naissance ou d'habitation. A 
ïendret de, préposition, à l'égard 
de, envers. 

Ke chascun bon fut endreit de sci 
El endreit des autres en bon fei. 

(Texte (lu Xn» siècle, cité au tome XUI, 
do Vllisloire littéraire de France.) 

Vous orrez dire aussi : il en a' usé 
ainsi en mon endret. 

(Henri Estienne, Lan(]. franc, ilalianiié, 
t. I, p. 137.) 

E.\E.iIl«E, ËCiifcr^c, s. f. 

Entrave (h; l'or (pi'on met aux 
pieds des chevaux pour les empê- 
cher de courir. 1 ladical : i'ornim, 
for. 

Il avoit troussé son habit sur ses 
espaules el avoil attaché son enfergeen 
une fie ses jambes. 

(Bernanl Palissï.) 

Ce mot est usité dans leBerry. 
George Sand s'en sert dans son 
charmant roman de la Mare aux 
diables. 



ENFARGRR 



loi 



ENGRANGER 



E,\FARCB-:k, V. a. Mo lire 
des eulraves aux pieds des che- 
vaux cl, par extension, enchaîner. 

Mes il la lient cl enfenjent 

{Jehan DE Mr.cxfi, Roman de la Ihispy 
vers ÎJi'ta".) 

11 y a un Iionnnstc homme qui avoil 
mis sa cavale eiifargée en ses foussez. 

(BoioaUlo DK A'ehvii.le, Mnijrn de par- 
venir, t. I, p. 139.) 

Le pitoyable Monferrant duquel les 
sœurs pi'cnoient la peine d'eufenier ci 
quelquefois de gelienner les prisonniers 
huguenots. 

(A^r. D'Arnic.sÉ, Cnnfc.i.uoii de Sanc>i, 
liv. ni, cil. vni, t. II, i>. 3G-2.) 



k:vfkriif.kii:, nom de 

localilé. Du vieux français : 
enferme, malade (Roiiueforl); 
une locaUté do ce nom, enlre 
Soubise et Rochefort, touche 
celle de la Maladrcrio. 

E!%'FIiAllBKK, v. a. En- 
llainmcr, jncllro en llainmes. Du 
saintongeais : Jhuiibc. (Voir ce 
mot.) 

Le chant a grande force et pouvoir 
iVen/larnber le cœur des hommes. 

(Calvin, préface des l'uanmcfl ilc 
CI. .MviioT.) 

Tmohis en ard, le mont Alhos i^'en/lainbc 
Taurus se bruslc, Oila est tout en llandje. 
(Clémeiil Maiiot.) 

E i\ F O "X B> V , pa ri passi • . 
Mouillé départ en part, justfu'aux 
os. 

Maigres, vclluz cl morfondu/, 
Chausses courtes, robbc rongnéc, 
Gelez, mcurtriz et enfonduz. 

(Fr. Villon, Pelil Trsiamrnt, xi. :iO.) 

E]VFO'i'a>KFB5,v. a. Enfon- 
cer, ollondi-cr — enyloulir. 

Se Icssièrcnt chcoir de lu grant nef en 



la barge... lanl que la barge se vouloit 
elfomire. 

(JoiNVRLE, Ilist. de S. Lofjs. § 33.) 

Le murmure nouveau 

De son peuple, l'adieu du mari qui 

[s'absente 

l'^t son dur désespoir, luy servant de 

I tourmente 

Etifondranl son vaisseau. 

''Estieniio Jodelle, Didon, anc. tli, fr., 
t. IV, p. 197.) 

]<:.\r>iARDER, v. a. Garder 

do faire (picUpie chose : empê- 
cher. 

Et Panurgc, non pour ayder aux nau- 
tonniers mais pour les engarder do 

grimper sur la nauf 

(Kahelais, l'anlngriirl. liv. IV, cli. VIII.) 



EJ^'GEî^BIKESS, V. a. Donner 
un gendre. H'aujoiidrcr, })ren(li'C 
un gendre. 

Ma foi! je m'enrjendi'ois d'une belle 

(manière 

Et j'allois prendre en vous un beau 

jrds fort discret! 

(MoLiKiiE, Etourdi, ncl. II, se. VI.) 

EXCiOtER (s'), V. réll. Se 
suffoquer en mangeant, avaler do 
travers. Ce verbe est français 
dans ce sens : se prrinlro dmnitiô 
pour quelqu'un. 

Engouer est une forme du 
vieux verbe cngoulcr, manger 
avec avidité; en basse latinité : 
ingulnre; du latin : (juin, gosier, 
gorge. 

Car la douceur si fort le boule 
«Ju'il n'est nul qui tant en cnçfonle. 
[linman de la Hose.) 

E^'fJK.^^'CJEK, v. a. Me lire 
la récolle dans la grange — serrer, 
loger. 

El encore le nourrit celui, qui la mère 



ENGRAVER 



lo2 



ENSEMENT 



engrangea en l'absence de notre dit 
gentilhomme. 

{Cciil nom elles du roi Louis .\7, u"» H-î.) 

EXGRAVER, v. n. Se met- 
tre dans le i^ravier^ — s'embour- 
ber. Dans le sens 'actif: g-raver, 
incrubter. 

« Ce mot, dit le comte Jaubert 
» dans son glossaire, se dit d'une 
» bête dans le pied de laquelle 
» un caillou s'est introduit. » 

Grosses bacces entre lesquelles 
cstoyent en œuvre gros jaspes verdz 
engravez et taillez en dracons. 

(Radeiais, Garyantua, liv. I, ch. vni.) 

Nous nous engravâmes et restâmes à 
deux cents pas de notre hôtellerie sans 
pouvoir aborder. 

(M™" DE SÉviG.Mî, Lettres.) 

K.\«15E.\E5«, V. a. Garnir 
de grain la trt'inie du moulin. 

Prince combien qu'un ait envye 
D'engrener quand le moulin moult 
Si force et puissance dévie 
Il ne faicl pas ce tour qui veult. 

(Jean Mahot.) 

E:\ftiKOSSElî, V. a. Rendre 
une femme grosse. 

Tant garda Bauduin le dnnsicl de Jouvcnl 
Qu'il engraissa sa lillo et des autres 
Igrammant. 
(BeauJouin de Sbbasie, XIV" siècle.) 

Et faisoyent eulx deux souvent ensem- 
ble la besle à deux dos, joyeusement se 
frôlant leur lard, tant qu'elle engraissa 
d'ung beau fils... 

(Rabelais, Garr/antiia, liv. I, cli. ni.) 



EIVIVU YA^'T, adj . Ennuyeux, 
importun. 

A tous complaist, à nul n'est ennuyant 
Qui plus la voit, plus en est désirant, 

(Charles d'Okléass, Ballade.) 



EIVPOÏIK, prép. En échange. 
(Voir ompour.) 

EJVKEiVER, V. a. Seller, 
harnacher une bête do trait ou de 
somme. 

Prenez mon cscu et ma lance 
S'ol m'aportez et mon cheval 
Enreignez, mestre Governal. 

{Iloniun de Tristan, t. I, p. l"l.) 

EISliaiflEK (s'), V. réll. S'en- 
rhumer. 

Je rime tant cl j)lus et en rimant, 
souvent m'enrime. 

(Rabeiais, Garfjaiiliiti, liv. I, ch. XUI.) 

EIVKOCMER, V. a. Enterrer 
un animal ; enfouir. 



E]¥K®S>i§ER, V. a. Vendi^e 
ou procurer à (|uelqu'un un mau- 
vais cheval, une rosse. (Voir ce 
mot.) 

EIVSACMEK, V. a. Mettre 
en sac. 

Diable ù son croc les cnsaiehant 
Enz en enfer dedens les saichcnt 

î 

Knfcr tost les ensachera 
Jamais un seul fors n'en traira. 

(Gautier be Coinsi, Miracle de Sainte- 
Lcocade, vers 375».) 

Mais lors qu'ilz sont bien entassez, 
enchâssez et ensachez, on les peut vraye- 
ment dire membruz et formez. 

(RABEi.iis, Pantagruel, liv. ni, ch. XLII.) 



E^^SEI?ÏEXT, adv. Sembla- 
blemont — en même temps. 

TrestuL comanablemcnt 
Sunt al ton comandement 
El Iules choses ensemenl. 

{liésnrrection du Sauveur, XI' siècle 
th. IV, au moveii rtge, p. 18.) 



ENSELLE 



153 



EN VOIR RAI 



Durs uni les quirs ensemenl cumc fer 
Pur qo n'unt soing de halme ne d'osberc. 
{('Jtanxnii de Roland, vers 3219".) 

Car quant H jugement vendra 
Et chaseuns sa raison rendra 
Et sera fait li parlement 
Del bien e del mal ensemenl. 

[Vie du pape Gré(joire-le-Grand, 
XIl" siècle.) 

De Roslemont se parlent au malin 

(liemenl, 

llainuul ont Irespassé, Vermandois 

[ensemenl. 

{Li Romans de Berte aus graiis pics, 
vers 246".) 



EIVSEIilii:, adj. Se dit d'un 
cheval dont le dos a une forme 
trop concave. En vieux français, 
cnseller avait le sens du mot 
actuel seller : 

Qui au marrliié voloil aler 
Sa jument a fait ensseler. 

(Du provoire qui mengn les mnres, 
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 1)6.) 

K !vr T A. :?! u i« i: , i:ntou- 

aiiure, s. f. Entaille^ morceau 
détaché — blessure. 

Noslre vierge sans entamure 
Conceul, porta cl enfanta. 

{ilartyre de Saint Esticnne, mystôre 
du .VV« siècle.) 

Rabelais a donné à un de ses 
liéros le nom de frère Jean des 
Enlomnmrcs, à cause des bons 
coups dont il {joiirfondait les sol- 
dats de Micromégas. 

EIVTOXXEK, V. a. Mcilrc 
un li((uide en tonneau — boire 
avec e.\cès. 

Tanl en entonent par la goule. 
(lU'TEDŒi'F, Poésies.) 

Lors le sortant du loul de la cuve 
pour Venlonner 

(Olivier be Sf.Hnti,Tltéàlre d'Agriciil- 
litre, p. 21 i).) 



EXTOl It, A l'eiifoiii' de, 

pré]}. Autour, aulour i\c — vers. 

Entour la saint Jehan que la rose est 

[florie 

Fu rois Charles Marliaus en sa sale 

fvoulie. 

{Li Romans de Bcrtc ans grans pies, 
vers 36".) 

Et cil Folques dont je vos di,comença 
à parler de Deu par France et par les 
autres terres enlor 

(ViLLEHAnDoiiNjCo/K/. rff Constontinople., 
édit. Didot, 18';2, p. 2.) 

E^-TOI:k.\ER (V), V. réfl. 
S'en aller, s'en retourner. 

David s'entwnad d'ilec cl fuid s'en 
al fosse de odollan (1). 

{Livres des Rois, liv. I, cli. XXU, 
verset I, p, 83.) 

e:^'TRE]?ïï, ])rép. Au milieu 
de^ parmi, entre deux. 

Les crinsons ou cygalles, lesquelles 
ou temps d'eslé, massées entremy l'om- 
brage des branches feuillues, ont accou- 
tumé de chanter doulcement. 

(Jean Lem.vihe de Belges.) 



E.WBKOA, A rcBiviron. 

prép. Autour, à l'cnlour. 

Fist Fcmpereres el paleiz faire 
IJancz à siège envirun l'aire. 

(Wace, Roman de Roit, vers i0300«.) 

Son petit pas s'en vet avant 
Et environ lui regardant. 

{Ruman du Renurt, vers 11967".) 



EXVOIURAB, futur du verbe 
envoyer, iiour ciivemu. 

Je scay bien qu'ung malin vous 
m'cni'oyrez comme vous faictes d'autres. 

(P. DE COMIMES, J/('M;o/ro', VI-12.) 



(l) .\ltlst ergil Djvid iiulo cl l'ii^^il ;nl spoluii- 
cain odellam. 



EPALLE 



rji 



EPAL'UER 



Jusqu'à toi, mon Seigneur, yenvoiemï 
[ma prière. 

(l*. Corneille, trail. de Vlmildtion, 
liv. II, ch. IX.) 

KP.VIjLE, s. f. Epaule. Du 
lalin : spnthtiln, omoplate, dimi- 
nutif do spalhii, spatule, cuiller. 

En la srant presse or i fiert cume ber (1) 
Trenchel cez lianstes (2) et cez escuz 
[buclers (3) 
E piez c poinz, espalles c coslez. 

{Cliuiisun (te liolaitd, vers 196"°.) 

I^PARKK. V. a. Egaliser, 
ûLciulrc, disperser sur le sol. 

Au lens le mauvais empereur Julien 
le renoié (4) dit-il, prisrent païen les os 
Jeliaiî, si les eparsirent par les chans. 
(Guiart Desmoulins, XIII» .siicle.) 

Je voy le ciel du cousté de la trans- 
n^ontane (5) qui commence s'esparer. 

(Rabelais, Pantaf/ruet.XU. IV, ch. XXII.) 

" Ains yespar de Roulin et les norfs rt 
[la chair. 
(.\. Baïf, Eyloyuc .V17, p. 11.) 

Au moyen âge, on appelait 
espari'C l'oreille de la charrue qui 
étend la terre fendue par le soc. 
(Voir Roquefort, Glossaire de la 
Langue romane.) 

Él»AKft.\KS, nom de loca- 
lité. Du celtique : Lern, éminence 
par le changement du h en p, 
fré(picnt dans la transformation 
des mots. 



lIPARPABÏiliER, v. a. 

Répandre, disperser çà et là. En 
provençal : esparpulhar, du pré- 



fixe es et do parpalliô, papillon, 
dans les dialectes méridionaux. 

Si cum cvc espandut sui e espaiyeUet 
sunt luit H mien os (1). 

(Livre (les Psaume/!, ir.nl. ilu XII» siècle,) 

Quant li nostre poignoient (2) en con- 
tre aus, cil s'esparpeilknoit lanlost et 
fuioicnt arrière. 

(Guillaume de Tvh, cilo par RoyiEKOiiT.) 

B':i»AM^MER,s. m. I^porvier, 
oiseau de proie — esi)t!Co de lilel 
pour la pèche. Mot d'origine ger- 
mani(iue; haut allemand : spar- 
vari, épervier; gothique : sparva, 
moineau. Les étymologistes ad- 
mettent un radical : spar, lancer ; 
sanscrit : spliar, se mouvoir; 
grec : crTra'.ps'.v, s'agiter. 

Racles, seinnes, basions, poechcs, 
esparvier, poches 

(Florent Chrestien, cité par Bohel, Die- 
lioitnaire du vieux français.) 

Us ne vouloient se condamner à une 
pareille mort comme ils merileroienl en 
se rendant esparviers de bourreau ou 
valets de gens à robe longue. 

(Agr. d'Akbicné, Hist. Univ.., II-2"a.) 

K P A U Î5 E K , Épenrer , 
Époiircr, V. a. Faire peur, 
effrayer. 

Paours moi tinucl et Iremblors, cl 
tolcs mes osses furent espaitn'es (3). 

{Livve lie Ji/b, Ir.id. .lu XII» siècle, 

p. 481.) 

Elle m'époure : je tremble et crain. 
(Baïf, Devis des dieux, p. '2'20.) 

El quelque bouc épeure le vachier 
Du copeau d'un rochier. 

(VAuyL'ELiN, Foresterie Y, \>. 57.) 



(1) lier, guerrier vaillant. 
(■2) llanste, lance d7(«.v/«. 
(3) Escuz. hiiciers, écus, boucliers. 
(i) heniiic, renégat. 

(3; Trausinontanf. est, vent qui souflle (le 
l'est, (lu pays d'au-delà les montagnes. 



(t) Ainsi comme Teau je me suis répandu et 
tous mes os sont éparpillés. 

(2) Puii/ner, combattre ; latin : puynare. 

(3) Pavor me tenuil et trcmor : et omnia ossa 
mea pr;elerrila sunt. 



KPAUX 



155 



ERENER 



KPAU"X, nom de localité, du 
vieux IVaurais : cspaiid, espnut, 
réserve dans une forêt, ce qu'on 
ne peut couj^er. (Rocjucfort, Glos- 
saire de In Langue romane.) 

Il existait aux Epanx, près 
Meursac, une comuuuKh.'rio du 
temple. 

KPI!\'AY, nom d'homme et 
de localité. Lieu rempli de ronces, 
champ épineux. 

Mes espincs i avoil tant 
Chardons el ronces, c'onqucs n'oi 
Pooir de passer Vespinoi. 

(G. DE Lonnis, Roman de la Ruse, 
vers 1808».) 

ÉPIGOTS, s. m. Débris 
d'épis, balayures de grange. Du 
latin : spica, épi. 

UPllSAII^IiKR, v.n. S'épui- 
ser à force de crier, perdre le 
souftle; du vieux verbe espirer, 
soufller. 

Esperit où il veut espirc 
El sa voix oi'l... 

{Testament de Jehan deMeuuu.) 

KPOL'FFEK (V), v. réll. 
Pouffer de rire, rire aux éclats. 
(Voir s'éhaiïer.) 

Commencèrenl à s'esbouffer àc, rire... 
(CiioiiKiiEs, g™* Matinée.) 

Ce que la jeune mariée trouva si 
plaisant que s'cpouffant àa rireencom- 
niençant ù boire, elle couvrit le visage 
de sa belle-niére. 

(ScAnnoN, Roman cumiiine, liv. II, cli. VIII.) 

kpoi:sseti:b«, v. a. l'.ros- 
ser, faire sortir la iioussière. Du 
latin cxpiilsai'c. Au ligure : cor- 
riger, admonester. 

Lors je les Irailcray en cnfans de 



bonne maison; je les époustermj et 
élrilleray sur le ventre et partout. 

(Comédie des Proverl>es, «et.. II, se. III, 
aiic. tli. tV., t. IX, i>. 4i.) 

Eudémon tant bien tcslonné, tant bien 
tirr, tant bien espousseté. 

(Raiielais, Garyanlua, liv. I, ch. XV.) 

La ])rcmipre fois, mon ami, nous 
épousseterons Michel Vanloo... 

(DiDEuoT, Salon île 17UT.) 

l':PRr.\nKI':, v. n. s'allu- 
mer on parlant du l'eu. Le l'eu est 
épris, le feu est allumé. 

Sait en H fans que l'erbe en (ail espren- 

[dre. 
[Chanson de Roland, vers 3917.) 

Deux cliandelabres de fin or 
El cief de la nef furent mis 
Desus ont deus cirges espris. 

(Marie de FnA^cE, Loi de Giigemer, vers 185, 
t. I, p. G-2.) 

Commeni^a li feus si grant à esprendre. 

(Vii.i.EiiAiiDotiiN, Conquête de Constantinople, 
cil. LXXX.) 



i:RAlL.flir.K, V. a. Eraller, 
égratigner. Prélixe es et rallnni, 
racloir, en latin. 

On Ut recherche à Paris d'un nommé 
Chateaulorl, parisien, soldat de la gar- 
nison dudit liruxclles, ([ui avait un 
iL'il esraillé. 

(P. DE l'Etoile, Mémoires, t. VII, p. 3.) 

Madame .Panache était une petite el 
fort vieille créiilure avec des lippes el 
des yeux éraillés. 

(St-Simo.n, Mémoires, ii-S, cilé pnr Litthé.) 

ÉKFA'ICK, V. a. Ei-einler, fa- 
tiguer. 

Il ouvre l'huis au lévrier (jui crioil à 
gueule ouverte , comme crrené qu'il 
esloit. 

(Biin.ivonliire dkh Péuiehs, Contes el Deris, 
XVIII» nouvelle.) 



KRIFLKR 



150 



ESCAROLE 



A icelluy froissoyt loule l'iirosto du 
dos et Véresnoijt comme ung chien. 

(Rabelvis, Garijanlitu, liv. I, ch. XXVII.) 

lOKIFEiKK. V. a. Eraflcr, 
friser conti'o, jiasser à cùté. 

Car quarriaus issenl jà des coches (1) 
Si con pierres h\=? en erri/Ient, 
Chaillos (2) braient, sajeles siftlent. 
(Guillaume Giiaut.) 

KRO-\C'E, l^roiicBo, s. f. 

Ronce; du laliu : ntucitro, sar- 
cler. 

KROXaiEK, V. a. Egratigner 
avec une ronce. 

EKRIKKE, adv. Arrière. Les 
charretiers ])rononcent ce mot 
par une conlraction y-iV prononcée 
énergiqucincnt en faisant vibre 
Yr. 

Quant airière volt rcturner 
A dius proia dou revenir 
Qu'il n'el lessaL néent périr, 
(JInrie de Fbaxce, Fui). C, t. II, p. 392.) 

ESCAMPETTE, S. f. Fuite, 
évasion. En basse latinité: esca- 
piiiin. Escampette dérive de ex 
et de cnnipiis, champ. De là cette 
expression : prendre la poudre 
d'escainpeUe , fuir rapidement. 
En vieux français, on disait : 
escûnipie , es camp é e . 

Contre cel clam ne peut il U'cuver 
nules escampées ne fuite. 

(Assises- de Jérusalem, ch. LU, p. 43, 
cité par Roi^uEFoiti.J 

Rompre barreaux, crier et braire 
Saillir en bas pour Vescampie. 

(Guill. CoguilLART.) 



(1) Coche, entailii; d'arlialette. 
l'i) Chaillos, cailloux. 



îOSCAXMASjK, s. m. Scan- 
dale. 

Et si dist : ju li durrai pur ço que elc 
li seit a eschandele e à mat a que li 
l'hilistien le mêlent à mort (1). 

(Litre des Rois, cb. XVIII, verset i2l.) 

Et servirent as ideles d'els, e feit est 
a els en escandele (2). 

(Livre des Psaumes, psaume 105, 
verset 3o, p. l'J".) 

F.§€APE1C, V. a. Echapper 
— c'est la prononciation de nos 
voisins du Blayais et du Bour- 
geais. 

Tu es, fist-il, foie pruvée 
Kanl de moi es vive escapée, 
E tu requiers autre loier. 

(Marie nE Franiie, Fab. VU, doU leu 
e de la yrur, t. II, p. 83.) 



B<:SCA1!î25IIiïiAT, adj. Vif, 
éveillé. Italien : scarabiffh'are, 
jouer d'un instrument bruyant. 
En vieux français : escai'JjiIlart, 
escaraJ)iIhU , escarhiJJat , gai , 
enjoué, plaisant. (Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

C'est un mot de la langue d'oc 
plutôt que do la langue d'oil, bien 
qu'il se trouve dans Pasquier : 

Le gascon escarhillat par dessus tous 
parle "d'une promptilude de langue non 
commune 

(Estioiine PASyl'lEU, liv. VI, p. 290.) 

ESCAïSOIiE, s. f. Plante 
potagère do la famille des chi- 
corées. (Cilhorium endivJa, do 
Linné). Ce mot paraît dériver 
du radical germanique : skar, 
couper. 



(1) Dixit que Saiil : Dabo ram illi ut fiât ci 
scandaluiM cl super eum niaiius l'Iiilislinorum. 

(2) Et servicruiil idolis eoruiu et faclum csl 
eis scaudalum. 



ESCOFFION 



157 



ESSAXGER 



ESCOFFIOX, Scofflon, s. 

m. Coilïc (Je fcMiimo. Italien : 
scuflia. 

Sa teste en ce beau mois, sans plus, 

[estoit couverte 

D'un riche escofpon ouvré de soye verte. 

(RoNSAno, Amours de Marie, l. I, p. 210.) 

D'abord leurs scof/tons ont volé par la 

[place. 

(MûtiÈnE, VElOurdi, net. V, se. XIV.) 

ESCORPIOX, S. in. scor- 
pion. 

Tiécelin lint el poing l'espée 
Dont li brans fu bien esmolu 
S'a un escorpion féru. 

(Roman du Rcnarl, Tcrs 26lo-2.) 

Escorjnons est apelez, por ce que il 
laidil les mains de l'orne qui le prent. 

(Brunetto Latisi, Li Livres dou Trésor, 
ch. CXXXI, p, 183.) 



ESPKCIAÏi, adj. Spécial. 

El l'en dit que nenil, s'il n'a espéciau 
commandement dou seignor de cel fet. 

(Livre de Jostice et de Ptet, p. 96, § 16.) 

Et qui sceusl oncques que c'est 
d'aymer, par espécial de mère un fils, 
pance à ceste douleur de la doulce mère 
de Jésus. 

(Jenn Gehson, Sermon sur la Passion, 
cité par M. Nisxhd, Histoire de la 
Littérature française, t. I, p. "226.) 

Advisé me suis au malin 

De vous lire des droyiz nouveaulx 

Droytz nouveaulx, droytz espéciaulx. 

(Guillaume Cooi;iii.art, les Droits nou- 
veaux, i. I, p. 37.) 

La voyelle e s'ajoute souvent 
avant Vs initiale dans le parler 
sainlongeais : escorpion, cscnn- 
(lalo, cstation, cslafiio, etc. Elle 
se trouve également dans beau- 
coup de mots semblables du vieux 
français : 

L'an de grâce mil ce iiij^ et quinze 



(1205) au mois de janvier, fu mis en 
registre li estalu des lapiciers 

(Registre des Métiers d'EsiienneBouEAi', 
p. 410.) 



ESPEClAIiE:?IEXT, adv. 
Spécialement. (Voir espécial.) 

Et espécialement le plus noble et le 
plus gentil Roy en larghèce qui régnasl 
en ce temps 

(J. pROiâSART, Chroniques, liv. I, 
éait. 1879, t. I, p. 39.) 

ESPÉRER, V. a. Attendre. 
Le latin : sperare, a eu cette 
signification et même celle de 
redouter, d'altendro du mal com- 
me du bien : 



Polui lanlum sperare dolorem. 
(VinciLE, Enéide, liv. IV, vers 419.) 



... Jam quarlanam sperantihus œgris, 
Slridebal deformis hicms 



(JrvÉNAL, Sat. IV.) 

Adonc fusmes tous esbahiz plus que 
devjint, et espérions eslre tous en péril 
de mort... 

(JoixviLiE, Histoire de S. Loys.) 

Lorsqu'aprcz une longue quesle la 
beste vient à se présenter à nous où 
nous Vespérions le moins. 

(.Montaigne, Essais, liv. II, p. 1-27.) 



ES^^AIVOER, V. a. Laver du 
linge, le tremper d'eau avant la 
lessive. 

En latin : cxsaniare, de sanies, 
saleté. 

Aicz les mûmes boyaux bien lavés, 
renversés et essangés en rivière. 

(Menai) ier du XIV* siècle, liv. II.) 

Après, Jacquinot, il vous faut 
Houlengcr, fournier et buer, 
Bluter, laver, essanger. 
(Farce du Cuvier, anc. ili. fr., t. I, p. 37.) 

El en ces ords cuveaux 

Ou nourrices essangent leurs drapeaux. 

(Fr. Villon, Grand Testament, p. 77.) 

12 



ESSARMENTER 



158 



ESTABLE 



essar:?ie^ter, v. a. 

Tailler la vigne, couper les sar- 
ments. On trouve dans les dic- 
tionnaires de La Gurne de Sainle- 
Palaye et de Borel : accrmenter, 
tailler la vigne. 

ESSARITIILiIiER, V. a. Cou- 
per les jets supertlus d'un bois 
taillis. 

ESSART, s. m. Défrichement, 
sol mis en culture. En wallon : 
sar; en picard : sart; en basse 
latinité : cxartum, essnrtuin. 
Latin : exararo, déterrer en 
labourant, labourer à fond. 

De'di etiam eisdem fratribus ad œdifi- 
calionem ejus (ecclesiœ) vallem cum 
declivis laterilius à stagno usquè ad 
essarlum magistri Johannis 

(Charl.-i anni 1212, Gallia Christiana, 
t. IV, col. 199.) 

Et quidquid in toto terrllorio Laussi- 
niaco dirceptum et extirpalum est, quod 
vulgô dicilur exsars. 

(Charte de 1196, citée par du Gange, 
au mot essartum.) 

Ensi coume la voie change 
Lez un essarl dclcz un clous 
Iluec dut Henart e.slre eaclous. 
(Roman du Renart, vers 539».) 

Moyennant que la pluie survienne sur 
tel bruslement latiuelie de nécessité 
convient attendre et fuir les vents pour 
les raisons des essarts. 

(OlÏTier DE Serbes, Théâtre d'Agricul- 
ture, ch. .VC.) 

Ce mot a donné naissance aux 
nond)reuses dénominations de 
localités et d'hommes : les 
Essarts, DésessartSy etc. 



E.SSARTER, V. a. Défricher, 
mettre en culture et, par exten- 
sion, ch';clnror. 

YjW basse latinité : essartaro, 
exartare. Latin : exarare. 



Cum nos vcllomus essartare et ad 
terrani arabileiii redigere neniora nostra. 

(Cliarta niini 1231 in tabellario eampaniœ 
thuniio, f" 2'Jo.) 

Ne vos saureit rien reconter 
La merveille de lor labor 
Qu'il i endurent chascon jor 
A trencher e à essarter. 

(Chronique des Durs de ^'urmandie, 
t. l, vers 1089-2".) 

Ainsi comme le laboureur quand il 
veult essarter et arracher quelque plante 
sauvage... 

(.\iiïOT, Irad. de PLiiAngi'E — Mauvaise 
Honte.) 

Dans le sens de déchirer, essar- 
ter est bien sainlongeais : 

Thiè mâtine 

Mal essarté la pià tout le long de l'échiné. 
(BuncAiD DES Mareis, la Maleisie.) 

Il se trouve avec le même sens 
dans Brantôme : 

Ayant pris le devant de son manteau 
qui s'estoit accroché à quelque chose et 
puis l'avoit un peu déchiré, elle lui dit : 
S'oilà ce que vous m'avez fait, un tel, 
vous m'avez essarté mon devant. 

(Brantôme, Dames Galantes, dise. IV, 
p. 3-28.) 



ESSEE, s. f. Espèce de pio- 
che. Ce mot, ainsi écrit dans le 
Dictionnaire aunisien, doit s'or- 
thograiihier aiscco (voir ce mot), 
du latin : ascia. 

ESSORER, Essaurer,v. a. 

Exposer à l'air pour faire sécher. 
En basse latinité: exaurare ; du 
latin : aura, vent. 

Tantost s'en vont tuit Iroi à désire 
Tant qu'ils vinrent à la fenestre, 
Overte estoit pour essorer. 

(Roman du Renart, vers 9181».) 

E S T A R li K , adj . Stable , 
ferme, solide. 



ESTAMEL 



159 



ESTOPER 



La parole du saige doit être eslable. 

(Proverbes de SenkilE, le philosophe, 
cité dans le Glossaire du Litre de 
Jo^lice, j). 38G, coLÏ.) 

Vérité est torncc à fable 
Nule parole n'est eslable. 

(Roman du Renart, vers 827G».) 

Vers celuyj'ay paour qui en table 
N'en soye escripte sans mercy, 
Jamais n'aroye cuer eslable. 

(La Confession de la belle fille^ fabliau 
du XIII" siècle.) 



ESTAITIEIi, Fstamet, s. m. 

Etûfre (le peu de valeur. Du latiu : 
stainen, lil de la quenouille, ou 
du grec : Stt,[jlwv, fil. 

Pour ses chausses furent levées unze 
cents cinq aulnes cl un tiers d'eslamet 
blanc. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. VIII.) 

E§TATUE, s. f. Slatue. 

Les estafues des gens argent et or, 
ovres de mains de humes, bûche unt et 
ne parlerunl, oilz uni et ne verrunl 

(Psaume 120», versets i'2 et 13, traj. 
du XII» siècle.) 

ESTEir, s. m. Chenal ou 
ruisseau se déchargeant dans un 
lleuve et sujet aullux et au rellux 
de la mer. 

Esterhim canalis quo intrat œslus 
maris. 

(Du Cancb, Cwlossaire de la Basse latinité.) 

ESTIIflE, S. f. Estimation, 
supputiUion. D'où : fniro ostiino, 
présumer, compter d'avance. En 
latin : lestiinaro, de tes, monnaie. 

Il y mourut trente ou quarante gen- 
tilshommes d'estiine. 

(Comices, Mémoires, liv. VIII, ch. XVI.) 

L'ouvrage par estime de tous, excé- 
doyl en prix la matière. 

(IUbelàis, Gargantua, liv. I, cb. LI.) 



ESTOC, S. m. Lignée, ori- 
ginc^,cxtraction. 

Qui oyr voull de (iiours et plains grant 

[noise 
Aille veoir la maison Bourbonnoise 
El la ligne de son esloc |)arlie 
Et il verra que perle d'amis poise. 

[Cnmplaiucte sur la mort de la comtesse 
de Ckarolois.) 

ESTOIVIAQIJER, V. a. Affli- 
ger, surprendre douloureusement. 

Et il y eut des parens de ladite dame 
morte qui en furent très doleu.x et très 
estomaqués. 

(Bhamtôme, Dames Galantes, dise. I, 
p. 15.) 

Ce mot se trouve encore au 
XVIIP siècle : 

11 ne faut pas, Monsieur, s'estotyiaqucv 

[si fort 

On peut en un moment nous mettre 

[tous d'accord. 

(Recnard, le Légataire, act. IV, se. VII.) 

ESTOPER, V. a. Ravauder, 
boucher un trou à une étoile, 
reprendre les mailles d'un tricot 
troué. Ce mot avait autrefois, 
comme cstouper, le sens de bou- 
cher. En basse latinité : cstoparc; 
du latin : stuppa, étoupc. En 
anglais : to stop, arrêter. 

Cil qui estope son oreille al cric du 
poevre, il criera et si ce ne est-il pas 

oï (1). 

(Bible, Proverbes, ch. I, verset 13», trnd, 
du Xlh siècle.) 

N'avum le poeir des bouches estoper 
à cens ki mal nus voillent (-l). 

(Distiques de Cato, trnd. du XII» siècle, 
l'ruv. frunç., t. II, p. 430.) 

Pon fait estouper maleboucho 
Qu'il ne dise blasine ne reprouche. 
(Joaii DR Meik», Roman de la Rose.) 



(l/Qui oliturat aiironi nu.Tin aii claninreiu pau- 
peris et ipse clamatiii et non exaudiclur. 

(•2) Arbilrii iiosiri non est tiuod quisque 
loquatur. 



ETALONNER 



100 



ETOUPER 



KTAIiOXXER, V. a. Com- 
parer les mesures à un modèle 
ofliciel appelé étalon. 

EnSrtintonge : laisser le liquide 
qu'on mesure s'étaler horizonta- 
lement i)our que le surplus du 
volume s'écoule par l'échancrure 
de la velte. 

Etalonne)' les poids et mesures appar- 
tient au seigneur haut justicier. 

(Laibièiie, Glossaire du Droit français, 
du XVi» siècle.) 



KTAXC'UE, adj. Qui retient 
un liquide, cpii no le laisse pas 
s'échapper. 

En vieux français : étanclie, 
vivier, réservoir, du latin : sta- 
gnum; estanchat, digue, écluse. 
(Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

KTAlIIiE, Étaiiliers, noms 
de localités dérivés du vieux fran- 
çais: estaule, étable, écurie; en 
latin : slahulum. 

Cou te prieschct cil estaule (1). 

(Sermon de Saint Bernard, cité par 

RogiEFORT.) 

On trouve dans la langue 
romane d'autres mots qui pour- 
raient avoir donné naissance aux 
noms d'Etaule et Etauliers, par 
exemple : estauliâ, table d'artisan, 
établi, du latin : slahilis; esteule, 
éteule (voir ce dernier mot), 
chaume des champs, couverture 
de paille des maisons. 



ÉTAl'SSEK, v. a. Couper, 
rogner; se dit surtout des bran- 
ches d'un arbre. 



(1) Hoc lil)i pnedicat stabulum istud. 



Ces biaus crins a fait reoignier 

Corne valiez l'ut estaucié 

Et fu de bons houziaus cliauciée. 

(RuiEnœuF, Fabliau de frère Denise, 
cordelier.) 

Ils vont ensemble accorder qu'il faloit 
estaiicer leur palice ou haye alin ([uc 
les espines produisissent derechef 

(Bernard Halissy, Receple Yèritahle, 
p. 38.) 



ETEIiE, s. f. Etoile: 
Stella. 



du latin : 



Cils fist divers ars nouveles 
Cils mist nom et nombra esteles. 

(Jean DE HELTfG, Rmnan de la Rose., 
vers Wlo'Jo.) 

ÉTEUBIiE, Étuble, s. f. 

Chaume laissé sur pied , ou 
chaume servant de couverture à 
une maison. Du latin : stipula, 
paille. En anglais : stuhle, chaume. 

Tu enveias la tue ire, laquelle dévora 
si cum estuble. 

{Livre des Psaumes, trad. du XU° siècle.) 

Car il pert (1) assez à Yesteule 
Que bons n'est mie li espis. 

(Johan DE CoNDÉ, te Sentier batu, 
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. tO'2.) 

ÉTOUPEK, V. a. Boucher; 

du latin : sluppa, grec : cxjuttt], 
étoupc. 

Servez nous à nostre appétit 
N'y mettez point clou si petit 
Que le trou n'en soit estoiippé. 

{Farce des femmes, anc, th. fr., t. II, 
p. %.) 

Ores est à scavoir si ce trou par cesle 

cheville peult entièrement cstre estouppé. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. IX.) 

Il lui coupa les oreilles 
Et les conduits en éloupa. 

(VoinuE, Poésies, cité par Liithé.) 



(1) // pert, il paraît; en latin : paret. 



ETRANGE 



161 



EVE 



ÉTRA^'GE, adj. Etranger 
— étonné, embarrassé comme 
serait un étranger. C'est dans ce 
dernier sens (juc G. Sand a dit : 
« Je me trouve étranr/e quand 
» vous n'êtes pas à la maison. » 
Latin: extraneus, de extra, hors. 

Mais poursuivons d'éplucher les noms 
des allemands qui sonl plus étranges 
du lalin. 

(Bonnv. des Périers, Contes et Jnyeu.t 
Devis.) 

Peu de nos chants, peu de nos vers 
Par un encens flatteur, amusent l'univers 
Et se font écouter des nations étranges. 
(Lafomiaine, le Henard anglais.) 

ÊTKKS, subs. m. plur. Dispo- 
sition intérieure d'une maison. 
Connaître les êtres d'une maison, 
c'est en être familier. On devrait 
orthographier aîtres (voir ce mot), 
du latin : atrium. 

A sa compagne en a parlée 
Dist que ses esfres est mauves 
E ke n'i volt dcmourer mes. 

(Marie de FnAJicE, Fable IX, t. H, 
p. 90.) 

Renart qui savoit tous les estrcs 
Regarde par unes fenestrcs. 

(Roman du Renart, vers 4342.) 

Or veut de l'argent ma norrice 
Qui m'en destraint et me pelice 

Por rcnf;int peslro 
Ou il reviendra brerc en Veslre. 
(RcTEBŒCF, Complainte, t. I, p. 15.) 

Et clorroieni huis et fenestres 
Si en seroit plus chaus li cstres. 

(Jcnn DE Meinc, Roman de la Rose, 
vers 18614'.)- 

Las que diray, nous estant en ceste estre 

L'aube du jour commença apparoislrc. 

(Octnvien de Saim-Gei.ais, Hypermestre.) 



JÉTliFT, Ktrctc, adj. Etroit, 
étroite. Avant de disparaître, ce 
mot a donné naissance au verbe 
estrecier, devenu étrecir. 



.'V Pâques la feste en fu fêle 
(jui fu large non pas eslrele. 

(GonEFnoY de PMua.C.lironique 
Métrique, Tcrs 6135.) 

La nation des belettes 

Non plus que celle des chats 

Ne veut aucun bien aux rats 

El sans les portes élrites 

(LAFoniAixE, Fables, liv. IV. fnb. VI.) 

KUKÉK, l'rée, s. f. Bord, 

lisière. (Voir orée.) 

El'TKOPE, nom d'homme, 
signiliant en grec : homme d'hu- 
meur facile. C'est le nom du 
premier évangéliste de Saintes, 
dont les poètes et les écrivains 
de l'époque mérovingienne nous 
ont conservé l'histoire ou la 
légende. 

Eutropius martyr santonicœ urbis à 
R. Clémente, episcopo, fcrtur dircctus 
in Gallias; ab eodem etiam pontilicalis 
gratià consccralus est, implclo que 
hujus ofiicii ordine, peractà incredulis 
prœdicatione , insurgentibus paganis 
quos auctor invidiœ credcre non per- 
misit, inliso capitc viclor occubuil. 

(Grésoire de Toi'ns, De Gloritl martynim, 
liv. I, cb. CXX.WI.) 

D'après la Galh'a Christinna 
(t. II, col. 105i), le corps du mar- 
tyr n'eut ni séfiulture décente, ni 
culte jus((u'au VP siècle, où 
Palais, évoque de Saintes, le lit 
transporter dans la basilique 
dédiée à saint Eutrope. Peu de 
temps après, comme le rapporte 
le poète Venantius Fortunatus, 
cette église fut restaurée par les 
ordres de Léonce 11°, évoque de 
Bordeaux. On fonda plus tard, 
aujtrès de l'église, un monastère 
do l'ordre de Cluny (jtii fut incen- 
dié au XVP siècle. 

KVE, s. f. Eau. Ce mot est 
d'orgine celtique : 



EVE 



162 



EVU 



Le mot ei' signifiait boire ou nvalor, 
en celtique; en breton, ev signilie eau 
et, dans la langue gallique, av a la 
même signification. 

(Chnrles Nouieb, Dictionnaire des 
Onomatopées,) 

Il prist la lance, oi l'féri 

Al quer, dunt sanc e ewc en issi. 

(Résurrection du Sauveur, mrslôre du 
Xl« siècle.) 

En Vève le mêlent sans plus 
Et li feslu la tient dessus. 

(Bible Guiot, vers 638», XIII» sitcle.) 

La langue romane a eu, pour 
désigner Voaii, une grande quan- 
tité de formes dérivées du celti- 
que ev et av, ou du latin : aqua. 
Il est curieux de les énumérer et 
d'y suivre les transformations par 
lesquelles a passé ce mot : 

Aaje, aaigc, âge, aie, eage. 

Aiguë, egue. 

Awe, ave, auve, ewe, eve, 
eawe, eauwe, iawe, iave, eau. 

Les formes iawe, iave, qui 
paraissent établir la transition 
entre ève et eau sont très 
anciennes : 

Moult grans pitiés l'en prent 

Viave dou cucr jusqu'as iex li descent. 
{Amis et Amiles, XI» siècle.) 

Voïanl païens les ont par pièces découpés 
En Viave et cl carbon les ont bien qui- 

[sinés. 

{Chanson d'Antioche, t. II, p. 5.) 

Quelques-unes des formes du 
mot eau, disparues aujourd'hui, 
ont laissé des traces dans la lan- 
gue française moderne; ainsi, 
aiguë nous a donné aiguière, pot 
à eau ; air/ue a donné aigaii, rosée ; 
aiguade, lieu où on s'approvisionne 
d'eau ; êgouL, écoulement liquide ; 
ève nous a laissé évier; auve, 
auvent. Age subsiste dans la 
locution être en âge, et non pas 
comme on l'écrit : être en nage, 



pour indiquer l'état d'un homme 
trempé de sueur. Le mot ago, 
pour 
ancien 



eau, est également très 



h'arje passer l'i convcnoit 

IJarje passe sans atargier, 
A Yage vient et au passage 
Cil qui le cuer n'avoil pas sage 
En la nef entre isnelemenl. 

(Gautier de Coimsi, Miracle de Noslrc- 
Dame.) 



KVKE, s. f. Pluie abondante 
qui pénètre la terre. Dérivé du 
radical celtique : ev. (Voir ève.) 

ÉVEUX, adj. Aqueux. (Même 
étymologie.) 

De nuages éveux le marin ténébreux (1) 

L'autom de noirs brouillas couvre le ciel 

[ombreux. 

(Ant. Baïf, Eglogue XV, p. 41, v.) 



ÉVIER, s. m. Sorte de table 
de pierre légèrement creusée oîi 
se lave la vaisselle. Dérivé de 
ève, eau. 

Eve qui en vieil langage signifie la 
même chose (eau) veu que avons pareil- 
lement un sien dérivé évier. 

(Uenri Ksiienne, Prccellence du Lan- 
gage français, p. 188.) 

Ne soit nuls si hardi ki il ait euwier 
qui ait son csscut devant devers la 
rue (2). 

(Taii.mar, telle du XII» siècle, cité 
pnr LiiinÉ.) 

ÉVU, Évut, part, passé du 
verbe avoir, pour eu. En patois 
bourguignon : aivu. 



(1) Marin, vent de mer. 

(2) Que nul ne soit si hardi d'avoir évier qui 
ait son issue par devant sur la rue. 



FA 



163 



FAGNE 



Dist l'nmirail : Jnngleu, vouez avant, 
Vos estes proz, vostrc. savcir est granl 
Voslre conscill ai jo's évud luz tene. 
(Chanson de Roland.) 



Si que li espce H coula jusques al tiest, 
en tel manière ke se il ne se fust sous- 
ploiés'dosoz le cop, il cvut esté mors. 

(Henri niî Vaie:<cif.mxe3, ///.v/. de l'Empe- 
reur Henri, édit. Wailly, § 631.) 



FA, nom de localité. Du latin : 
falœ (grec : cpàXai), tours de bois 
employées dans les sièges ou dans 
les amphithéâtres romains pour 
les combats simulés (Virgile, 
Mn. liv. IX, vers 705; Juvénal, 
sat. VI), ou de fax, flambeau, 
fanal ; en grec : oavô;. 

FABRE, Favpc, Faupc, 

noms d'hommes. Dérivés du latin : 
faber, forgeron. (Voir fehvrc.) 

FABRICIFIV, s. m. Mar- 
guillier, membre de la fabri(pie 
d'une église. En basse latinité : 
fabviccviiis ou fabriquer ius, cii- 
rator ivdis sacrœ. 

Vencrabilibns canonicis et fabriceriis 
sacclli S. Johannis Baplistœ Modjfliœ... 

(Diplomn, niino li330, Miiralori, t. H, 
p. 315.) 

Les marguilliers ont été autre- 
fois désignés par le nom de 
fabriqueurs. 

Knlcndrc les noms des fabriqueurs 
ou marguilliers députez en régime et 
gouvernement des revenus des fabric- 
qiiGS 

(Lettre pnteiile de Henri II, du ii décem- 
bre liiaV — Arrkifc.<! Iiislnriqites de la 
Saintonge, t. IX, p. 8'J.) 

FADE, S. f. Fée, esprit follet. 
D'où farfadet. En basse latinité : 
fadas, fada : Dicmonis spccics. 



(Du Gange, Glossaire de la Basse 
latinité, au mot fadus.) 

Quid dieam, nescio, si verus equua 
fuit aul si fadus erat, ut homines affe- 
runt. 

(Gcrvasiiis tillel>arieniiis,(lécii'wnoZ,cnp. 
yl, cité par du Camge.) 

En vieux français, faé signifiait 
enchanté, ensorcelé; du latin : 
fat nus. 

Mors gisl là bas en lieu de bierrc 
En CCS fossés gueule baée, 
Sacliiez, si ce n'est chose faée. 
Jamais d'eux deux ne janglera 
Car jà ne ressuscitera. 

(Jean de Melng, Roman de la Rose.) 

FACîET, nom d'homme. En 
basse latinité : fagctum, lieu 
planté de hctrcs; du latin : faQUS. 

FAG:%' ARI>, Fas;nou:»L, ad j . 

Fangeux, ijloin de /iu//iO. (Voir ce 
mot). On connaît le vieux dicton 
saintongeais : 

Pâques fagnoux 
Saint-Jean froumcnloux. 



FAfiiXF, s. f. Fange, boue. 
En normand : fanguc; en proven- 
(;al : fanha, faigna; en catalan : 
fang. L'origine de ce mot est 
peul-êlrc le gotliu[ue : fani. 

Ce mot se retrouve en vieux 
français, avec le sens de bvtre. 
On y trouve fane, avec la signifi- 



FAGOTER 



16i 



FAIRE 



cation de boue et de lieux fan- 
geux. 

Jadis avint qu'en un cslanc 

Enlur les rives et ou fane 

Ol de raines grant compaignies. 

(Marie de Fiunce, Fab. AAT/, t. H, 
p. 143.) 

FAGOTEK, V. n. Faire des 
fagots. 

Aussi plombé qu'un qui journellement 
Bêche à la vigne ou farjolte au bocage. 
(RossARo, Amours, t. I, p. 40.) 

FAGOTEm, s. m. Faiseur 
de fagots. 

Je voudrais estre un pitaut de,villagc, 
Un fagoteur qui travaille au bocage. 
(Ross.iBD, Poésies.) 

FACitEIVAT, s. m. Odeur 
de bouc, odeur forte qui sort d'un 
corps échauffé. En vieux français : 
fagaenat, mauvaise odeur. (Roque- 
fort.) 

Gousset, escafignon, /ajfîtcnai, cambouis 
Qui formez ce présent que mes yeux ré- 

[jouis 
Sous l'aveu de mon nez lorgnent comme 
|uii fromage. 
(Saint-Amand, cité par .M. Lillrc.) 

FAICî^-IAA'T, adj. Fainéant, 
de l'italien fav niante, ne faire rien. 

Mais pour les fainrjniants desloiaus 
Dist-on qu'à peine est nulz loiaus. 
(Raoul DE CoiCY, cité par le comte Jalbebt.) 

FAIIilil, adj. Mauvais, lâche, 
fainéant : failli r/as, mauvais gar- 
nement. Failli, dit Leduchat, 
signifie lâche, de cœur lailli. 
{Remarquer, liv. II, p. 282.) 

Mauves seroie, recréans (1) et failUz, 



Pc à Guillaume estoit li mes (1) tramis, 

(Juant sui encor, la merci Deu, toz vis(2). 

{Le coveuans Vivien, vers 406», XH» siècle.) 

Il coufondc Tybcrt, le mauvais, le /"aiZh^. 
{Li ruinans de Berte ans gratis pics, vers 133'2<|.) 

Jhésus de gloire, li rois de paradis 
Sauve celui de qui jo suis nasquis, 
El mon chier père, mes frères, mes amis, 
Et il confonde ce mauvais roi failli. 

{Bataille d'Aleschaiis, XU» siècle.) 

lia! failli gentilhomme, dites-vous 
que n'en aviez nulle? 

(Antoine de ia Sahe, Jehan de Saintrc, 
cil. m, p. 10.) 



FAIIVE, S. f. Fruit du hêtre ou 
fouteau, qui s'appelle iain envieux 
français, du latin farina. 

Que le fou porte la faine. 
Le chataigner la châtaine. 

(V'Aiyi'EiiM, Foresterie Xll, p. 32.) 



FAIKE, V. a. D'une conju- 
gaison irrégulière en Saintonge : 
indicatif présent : nous Jasons, 
i fazanl ; imparfait : je fazais ; 
passé détini : je i'azis, etc.. 

In quid il mi allresi fazet (3). 
{Serment de Louis le Germanique, IX« siècle.) 

Quant un lierre umbre li fesist. 

{Fragment de Valenciennes, X» siècle.) 

Votre message fesismes à charlon. 
( Chanson de Roland.) 

Culuns (4) demandèrent seignur, 
A rei choisirent un ostur (5) 
Pour ce ke meins mauz lor fesist 
Et vers autres les garandisl. 

(.Marie de Fiia^ce, Faille XX VU, t. H, p. laO.) 



(1) Recréans, crahilif. 



(1) Mes, message ou messager. 

(2) Toz vis, bien vivant. 

f3) Pourvu qu'il me fasse semblalilcracnt. 
(4) Culuns, pigeons, rolomlies. 

(3) Uslur, autour, oiseau Je ptoic. 



FAIT 



IGj 



FAUBOURG 



FAIT, s. m. Faîte, sommet. 
En vieux français : fest, que nous 
trouvons dans le Coiistiiniicr gé- 
néral du XVI° siècle, t. II, p. 65 : 
(jibet à fest, gibet abrité. Cet 
instrument de haute justice était 
un signe de suzeraineté, 

Toutefois l'eau plus haute 

Couvre le fest et par dessus lui saute. 
{Clémeiil Maroi.) 

FAIiliOT , Falot , noms 
d'hommes. Du XII au XVIP siècle, 
ce mot était synonime de folâtre, 
plaisant, fou. Du latin fallerc, 
tromper. 

Cy dessoubz gist et loge en serre 
Ce très gentil fallol Jean Serre. 

(Clément Mahot, Epitaphes, t. H, p. 21a.) 

Par quelque chanson falotte 
Nous célébrons la vertu 
Qu'on tire de ce bois tortu. 

(Siim-Amant, Poésies.) 

FA^'FREIiirCIIES , s. f. 

Bagatelle, inutilité — parure de 
peu de valeur. Altération du grec 
ito[jL!foX'jÇ, bulle. En vieux français : 
fan f élues.. 

Elle lui (list tant de bellucs, 
De trufes et de fanfelues. 

(RUIEBŒIF.) 

Les fanfreluches antidolées... 

(Rabelais, Gargnntitai liv. I, ch. H ) 

FA^'IR, v. n. Faner, se des- 
sécher. 

Doter la chasteté 

De la vierge nubile à qui la chasteté 
Refusoit un mari, /'agissant en tristesse 
La misérable lleur de sa verte jeunesse. 

(Beuiait, l'aiicgijrique de Saint Louis.) 

FARCE, Farci, s. m. Hachis 
de viandes ([u'on introiluit dans 
les pâtés ou les volailles. 



Pi que la crouste en est faussée 
Kt la farce s'en est volée. 

, [Fabliau du XIII" siècle, édil. Bnrbnzan, 
t. IV, p. Oo.) 

FAR€ER, v. n. Plaisanter, 
faire dos farces. — Confectionner 
un hachis. 

Les dames congneurent bien que com- 
bien que feusscnt vrayes, que n'estoient 
que pour farcer. 

(Ant. DE La Salle, Chron. du Petit Jehan 
de Saillira, ch. HI, p. 11.) 

L'autre devant me regardoit 
L'une farsoit, l'aultre lardoit. 

(CoQcn.LABT, monologue do In Botte 
de Foiiuj.) 

FARME, S. m. etadj. Ferme, 
la substitution de Va à l'e, dans 
la prononciation saintongeaise, 
est fréquente et nous n'en citons 
qu'un petit nombre d'exemples : 

Apportent clefs, du roy prennent les 

[armes 
Luy promettant d'esiro loyaux et farines. 

(Jean Maiiot, Voyage de Venise.) 

FAROl'CHE, s. f. Trèfle 

incarnat. 



F AT i« o u I a i li s: R , \ . a . 

Brouiller, fourgonner, palper. 

Quand il eut fatrouiUc longtemps 
Kt voulut la chose reprendre 
Kllc fut si povre, si tendre, 
Si molle que c'estoit pitié. 

[Confesssion de Margot, nnc. th. fr., 
t. I, p. 377.) 

Apres baiser et fatroitiller. 
Dire adieu par l'huys de derrière, 
En elTect vclà la manière. 

(CoyciLiAnT, monologue do In Botte 
de Foing.) 



FAUROURC;, s. m. Partie 
de ville siluéo en dehors de 
ragglomération. L'étymologie de 



FAUCHARD 



166 



FAVEREAU 



ce mot se trouve dans rancicnnc 
orthographe : forbourc; foras, en 



dehor 
château 



hiirgo, du bourg, du 



Li roys mcloit grans cous et grans 

despens enfeiTiicr de murs et de 

tours le forbourc de là ville d'Acre... 

(J.-I'. SiRRAzra, Lettre sur la Croisade 
de Saint Louis — V. Joisvillb, éiiit. 
18b8, p. 298.) 



FAirCHARD, s. m. Grande 
faux, faux à long manche. On 
trouve, avec le même sens, dans 
le glossaire de Roquefort : faii- 
chart, faucher, fauchon. 

Ipocras dist à son niés (1) : je suis 
une bone herbe; cil s'agenouille pour la 
coellir^ Ipocras fu envieux, si sacha (2) 
un fauchon en traïson et en feri son 
neveu parmi le chief 

{Roman des Sept Sages de Rome.) 

Mais Renart le feri ou col 
De son fausarl 

{Renart le nnuvcl, Tora 1988'.) 

FALCIIE , Fauchaison , 

s. f. Saison et action do faucher 
— produit do la coupe des four- 
rages. 

Si devant ledit jour saint Pierre iceuz 
prez sont fauchez, laditte fauche faicte 
et les foins charriés 

(Coutumicr général, l. I, XVI' siècle.) 

Clamer si vindrent li vilain 
Al duc de lor prez l'endemain 
Que tuil lor falcheison alire 
E sie e maumet e empire (8). 

(Chronique des Ducs de Normandie, 
vers 17607».) 



FAUeiIOUR, s. m. Fau- 



(1) i\(«-, neveu; dans le même texte : n^-vc!/, 
ré-'Ime, s'écrit comme en français; niés est la 
forme du sujet. 

(2) Sarha, tira. 

(3; Que tout homme leur fauchaison arrache 
et coupe et met à mal et empire. 



chcur. Vieux français : fauchéor; 
latin : falcator. 

L'erbe fu drue ke dessus fu versée 
Après Ions tans l'ont fauchéor trovée. 
(Girard de Vune, vers 2673'.) 

FAURF, Faureau, Fan- 
rie, noms d'hommes dérivés de 
fauv, dans la langue d'oc : ouvrier 
en fer, forgeron. En langue d'oil : 
fabre, fcbvre. A Bordeaux, la 
rue des Faurcs s'appelait autre- 
fois rua Fabroruni. L'origine 
commune des formes : taure, 
fabre et fcbvre, est le latin : 
faber. 



FAUSSER, V. n. Mentir, 
renier, se parjurer. 

Jà fu tex jors que les dames amaient 
De léal cuer sans feindre et sans fausser. 
(Teite du XU« siècle, cité par M. Litthé.) 

Grans fu la joie gc'l voz di sans fausser. 
{Amis et Amiles, vers 3235».) 

FAUVE AU, s. m. Nom donné 
au bœuf de couleur fauve. Du 
latin: fulvus. Le diminutif: fau- 
vclet, s'applique au bœuf d'un 
jaune moins foncé ([ue le faiiveau. 
En vieux français, l'adjectif /awre/ 
était usité : jument tauvelée. 
(Roman de la Rose, vers 14264.) 

Ce fauveau à la raye noire doibt bien 
souvent estre étrillé. 

(RABELàis, Pantagruel., liv. IV, ch. IX.) 

Ce nom est encore usité dans 
la Touraine : 

Ah ! mes bœufs ! mes beaux bœufs ! 
fauveau à la raie noiro et l'autre qui 
avait une étoile sur le front. 

(l'aul-Louis CouiiiEii, 2" Lettre.) 



FAVEREAU , Favrcau , 



FAYAN 



167 



FEINTISE 



noms d'hommos, diminutifs de 
favre; du laliii : fnbor, forgeron. 

FAYAX, s. m. Ilùtro. Du 
lalin : fagus; en grec: «i>>)YÔs; en 
provençal : fau. 

Berle fu ens el bois assise sous un fo. 
{Li Romans de Berte ans (jrans pics.) 

Plusieurs verriers tic ceux qui font 
les verres de vitres se servent do la 
cendre de bois de fayan. 

(Bern. Palissy, Recepte Véritable, p. 3-2.) 

FAITAU, S. m. Haricot — fève 
de marais. Les marins désignent 
le haricot sec par lo nom de fayol 
qui est la forme provençale. 
Fayau et fayol sont des altérations 
du vieux français : faisolo, l'n- 
séolc. Du lalin: i'ascolus ; grec : 
«pàoTjloç. 

On trouve, dans Roquefort, les 
différentes formes : fnvinu, f ai- 
sole, faséolc, favioii, fayolc, fève, 
haricot; du latin : t'aha, phaseolus. 
(Voiv lo' Glossaire do la Langue 
romane.) 

Les espèces principales et plus géné- 
ralement cognï'ucs sont les fèves, pois, 
fazéols, geisses, pois-ciches... 

(Olivier de Serres, Théâtre d'Agricul- 
ture, ch. m.) 

FAYEjFay eau, noms d'hom- 
mes et de localités; en vieux 
français : fayc, lieu planté de 
hêtres ; du latin : fagus. 

FEBVIlE,Fcvrc,IiCrcvrc, 

noms trhommos. Au moyen âge, 
les mots j'ebre, y'c'ry'c' désignaient 
le forgeron, l'ouvrier en fer; en 
latin : fabcr. 

Uns fèvres fist une cuignéc 
Dure et tranchant cl bien forgiée. 

(Mario DE France, Fable X\III\ l. U, 
p. 137.) 



Esl-il avenant que le marteau se 
rebelle à son fèvre. 

' (Alain Chaiitier.) 

Un fevre avoil un petit chien 
Oui tousjours dormoit ce pendant 
Que son maistre bcsongnoit bien. 

(Gilles CoRBOZET, Fables d'Esope, 
p. 195.) 

Au moyen âge, comme aujour- 
d'hui dans nos campagnes, le 
forgeron et le maréchal avaient 
la mission délicate d'arracher les 
dents : 

Il ot un fèvre en Normandie 
Qui trop bel arrachoit les dcnz. 

{Fabliau de la Dent, vers 62« — Fahl. 
et Contes, t.. I, p. 161.) 

FEIX, Faiu, s. m. Foin. Du 
lalin : fenuni. 

Le cheval courut atachier 
A un arbre parmi le frain 
Ilec paisl de l'erbe et dou faiti. 
(Roman du Renart, vers 19266».) 

Ils doivent pcr servage les fainrjs 

faner et mettre à l'hoslel. 

(FnoissARi, Chroniques, liv. II, ch. II.) 

Le serviteur pour apaiser la faim 
De tous ces bœufs leur veut donner 
[repas ; 
Le cerf estoil caché dedans le fcin. 
(Gilles CoRRozET, Fables d'Esope, p. 90.) 



FEI^VT, adj. Rusé, trompeur, 
menteur. 

Le monde n'est pas tel qu'il semblo 
Les hommes sont fains et divers 
L'un à l'autre point ne ressemble. 

(l'ierro GBi,-«r.ouE, Fantaisies des 
Hommes.) 

FEIX'D'ISl':, S. f. Feinte, ruse 
— mensonge — hypocrisie. 

Offres lor tout par grant fainlisc, 
Cucr et cor.s, avoir cl scrvise. 

(Jean de .Meimo, Roman de la Rose, 
vorsSlUl*.) 



FEMELLE 



168 



FERRANT 



... El vous pri qne faintise 
Ne trouve en vous, ne nul autre faulx 

[tour. 
(Christine de Pisas, Ballade.) 

Tout ce que j'ai de bon, tout ce qu'en 

[moy je jirise 

C'est d'estre comme toy, sans fraude 

{et sans feintise. 

(Joachim Df BEiLiy, Hymne à la Surdité.) 

FË.lIEIiliE, s. f. Femme ou 
fille, prononcé généralement fu- 
melle. (Voir ce mot.) 

Le père mort les trois femelles 
Courent au testament sans attendre plus 

[tard. 

(Lafo.maixe, liv. II, fab. XX.) 

FEJflME DE eiIEUZ 

IVOlJS, locution pour désigner ■ 
l'épouse, la maîtresse du logis. 

Je voudrois, dict lors Pasquier, que 
la femme de chez nous m'eust tout con- 
testé. 

(Xoël DC Faii, Propos Runliques, ch. LXII.) 

FE:VAIS0X, s. f. Action do 
faner — saison oij se coupent les 
foins. Dérivé comme feiii, du 
latin : f en uni. 

Les moissons tallonnanl les fenaisons 
les deux récoltes assemblées donnent 
trop de fatigue aux mesnagcs. 

(Olivier de Sebiies, Théàlre d'Agriculture.) 

FEXDASSE, s. f. Ouverture, 
fente. 

Ne clés ne barres ne redoutent 
Ains s'en entrent par les fendaccs 
Par chatières et par crevasses. 

(Jenn de Mei-sg, Roman de la Ilnse, 
Ters 19368».) 

La terre fend et parmy ses fendasses 
La grand' lueur j usqu'aux régions basses 
A pénétré 

(Cl. Marot, Mctamorph. d'Ovide, liv. II.) 

FEXER, V. a. Faner, remuer 



le foin pour le faire sécher. Du 
latin : fenum, foin. Dans le sens 
neutre : flétrir, devenir sec. 

Pour n'avoir daigné en fenant aux 
prairies du château Lctard respondu 
aux chansons» que les hardelles de 
Rûlard disoient 

(\oi;l ni- Faii, Contes d'Eulrapel, 1. 1, 
p. 150.) 

Il meil sur sa teste un chapeau de 
fleurs tout fené. 

(Fr. Amtot, Irad. de Plitarque, Vie de 
Pyrrhus.) 

Au moyen âge, on disait fein 
pour foin, et aussi l'enier, pour 
désigner le marchand de four- 
rages : 

Quiconqucs vuet estre fenier à Paris, 
ce est à savoir venderres et achaterres 
de fein, estre le puct franchement. 

(Livre des Métiers d'Est. Boileai-, 
p. "243.) 



FEU'IEK, nom d'homme. En 
vieux français : marchand de foin. 



FEXIIj, s. m. Grenier à foin. 
Même étymologie que foner. En 
latin : fcnilia, grenier à fourrages. 

Positas que crcmct fenilibus hcrbas. 
(Ovide, Mélamarpit. 17.) 

Ils descouvrirent dedans le fenil de 

son logis sous de la paille 

(CahloiX; liv. II, cité par Littiir.) 

FE^VIOUX, nom d'homme et 
de localité; dérivant de fenuni, 
foin, ou du vieux français : fagne, 
houe, qui a également donné 
l'adjectif: fagnoux. 



FEKRAIVT, nom d'homme. 
En vieux français : gris, couleur 
de fer. 



FERREE 



169 



FEUSSE 



Et vi lès lui un chevalier 
Séir sour un ferrant destrier. 
{Renart le nouvel, vers 5703*.) 

Dans Alein de Lancelles, tant cum fud 
[en estant, 
Se défendi sur le destrier ferrant. 
(Chron. de Jordan Fantasme, vers 1S51».) 

FERKB-:!), s. f. Bêche en fer, 
de radjectif latin : fârrea, em- 
ployé substantivement par Caton, 
avec le sens de foui'che de fer. 



FERRIÈRE, nom de loca- 
lité, signifiant en vieux français : 
forge (^langue d'oc : ferreyre). 
En Franche-Comté, on appelle 
ferrière la voie romaine (via 
ferrata.) 

FERTÉ I La), nom de localité. 
En vieux français : fort, forte- 
resse , abréviation de l'ablatif 
latin : firmitate. (Voir Roquefort.) 

Le mot intermédiaire, fermeté, 
a désigné au XIP siècle une for- 
teresse : 

Por fermeté ne por doujon 
Ne li eschappera nus lions. 

{Dolopatho^, vers 3-2(ît«.) 

FESSER, V. a. Familier pour 
fouetter. 

Puis de sa main de l'herbe verde fauche 
Pour l'en fesser dessus sa cuysse gauche. 
(Cl. Màhot, Epilres.) 



FESSIER, s. 

latin : /issus. 



m. Derrière, 



De quoy elles n'ont pas plus de honte 
que les femmes de bien qui montrent 
l'apanape de leur fessier aux eau.\ de 
Pougues 

(BéronlJe de Veuviue, Moyen Je 
panenir.) 



Le nez sur les carreaux et le fessier 
[au vent. 
(M. RÉcsiEB, Sdl. AV.) 

FErBIiE, adj. Faible. 

Et à prendre sur chascun clochier, le 
fort portant le feuble, vingt livres tour- 
mois par an. 

;Jean BorcHET.) 

FEniiliARD, s. m. Branche 
garnie de ses feuilles. 

Il y raesla maincte branche enlacée 
De menus bois avec tendres feuillards. 
[Scevole de Sainte Marthe.) 

Après leur respondoient les zéphyres 

[mi^nards 

Excitant un doux bruit à travers les 

[feuillards. 

(De MoxTCHBEsnEN, Suzanne.) 

FErR:?IOGER, V. a. Oter 
le fumier de l'étable — le remuer 
pour refaire la litière des ani- 
maux. Des deux mots anciens : 
moer, agiter, remuer (latin : 
movere), et feurre, paille, qui 
s'est aussi écrit : foare, foerre, 
feure. Il y avait au moyen âge, à 
Paris, la rue du Feurre, où se 
vendait la paille qui servait de 
siège aux écoliers de l'Université. 
Cette rue est devenue, par cor- 
ruption, la rue du Four : le verbe 
moer se trouve dans les vieux 
textes : 

Quar quantes sentences il moet alsi 
corne par demandise (l) 

{Dialogues de saint Grégoire, liv. lY, 
cil. IV.) 

FEUSSE, nom de localité, 
près Saint-Just. En vieux fran- 
çais : feus (du latin : férus), a 
signillé méchant, cruel. 



(1) Nam quotsonteulias quasi per inquisitio- 
nem motet. 



FIANCE 



170 



FIENT 



FIA.'VCE, s. f. Confiance; du 
latin : fiJentia. 

Tu acerles li miens cunibaterc del 
venlre, la meie fiance des mamcles 
ma merre... (1). 

{Livre des Psaumes, ps. XXI, verset IX, 
p. 33.) 

Miilt fu bêle celé estoire \2\ el riche et 
mult i avoit grant fiance li cueiis de 
Flandres et li pèlerin 

(ViLi.EHAiiDoiiN, Conquête de Constan- 
tinople, § 49.) 

Car on leur dit qu'en vous, mes Damoi- 

. [selles, 
Pans gage sur il y a peu de fiance 
Et que d'Amour n'avez rien que les ailes. 
(Melii.n de Saimt-Gelau.) 

Toujours auray 
A vous fiance 
Et aimeray 
Voslre accointance. 
(Etienne Tabolrot.) 



FICEIiliE, Fisccllc, s. f. 

Ustensile i'usti(iue, formant une 
enceinte cylindrique à jour, où 
les raisins sont jetés au sortir du 
moulin pour être presses — petit 
j^anier d'osier à jour pour égoutter 
les fromag-es. Du latin : /iscclla, 
petit panier. 

Et gracili fiscellam lexil hibisco. 

(ViRGiiE, Bucol. Eijl. XI", vers '!•.) 

Si employay l'esprit, le corps aussi 

Ou à tyssir (pour frommages former) 
Paniers d'osiers et fiscelles de jonc. 
(Cl. MmoT, Eglogue au rotj. 1. 1, p. 42.) 

Fay f scelles de jonc à cailler des lai- 

I tn*^es. 
(A. liAÏr, Eglof/ue I, p. 1.) 

FICHER, V. a. Placer, don- 
ner, avec un sons énerg-i(pie qui 
est accentué par son synonimc : 



(1) Tu autem propu^nator meus ex utero, 
fiducia mea ali uterihus lualris mca', 

(2) Estoire, flotte. 



foutre. En vieux français : ûcher, 
fichier ont eu le sens do placer, 
fixer, attacher, se fourrer; du 
latin : ligcrc. 

lUuec en eussiez li sejU mil e véiis 
Que se ficent a laighe tant jouenes que 
[cenus. 

[Ilmnan d'Alexandre, p. 96.) 

Pricment tous les moquent et trichent 
Tous sont ribau.x, partout se fichent. 
(Jean de Meung, Roman de la Rose.) 

Lors lui répond de Vénus le fils cher : 
Fiche ton arc ce qu'il pourra ficher\ 
dieu Phœbus, le mien te fichera. 
(Cl. Mahoi.) 

Se ficher signifie se moquer; 
fichant, fâcheux; ficJiu s'accole 
comme épithète malsonnante : 
ficlnie femme, fichue récolle. 



FIE, Fis, s. m. Verrue, signe 
sur le corps. 

S'il l'eust bien veuc et reconnue toute 
nue, comme plusieurs que j'ay veu, il 
l'eust connue à plusieurs fis, possible : 
dont il fait bon les visiter quelques fois 
par le corps. 

(BnANTÔMB, Yies des Daines Galantes, 
dise. I, p. 79.) 

En sang qu'on mect en poylettes sécher 
Chez ces barbiers, quand plaine lune 

(arrive, 
Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que 

[cive 

En chancre et fix 

(Villon. Grand Testament, p. 77.) 

Au XVIP siècle, Richelet a 
défini : fie, substantif masculin; 
excroissance de chair qui vient 
de la supor-fluité des aliments. 
(Dictionnaire français, édition 
de 1680.) 

FIEîfc^T, Ficn, s. m. Fiente, 
fumier. Casse à lien, trou à 
fumier. 



FIER D'ARS 



171 



FILLOT 



Et que les pouvres indigents 
Sont mot's de fain sur unjj; /ieiit. 

{Sottie (tu Roy des Soti, aiic. th. fr., 
t. II, p. -231.) 

La plus calamiteuse et fragile de toutes 

les créatures, c'est l'homme Elle se 

sent et veoid logée ici parmi la bourbe 
et le fient du monde. 

(MoNiiiGXE, Essays, liv. II, ch. XII.) 

Estable où sont la fourche et pelle 
De quoy le fjens on expelle 
Hors de ce lieu 

(Gilles ConiiozET, Blaxons dnmefitiques, 
Blason de l'estal)U\ 1° 32, v.) 

FIER lï'AKS, nom du golfe 
formé par les côtes de l'ile de Ré 
dans le voisinage d'Ars. Fier est 
la forme francisée du norwégien : 
ïiord, golfe, baie. 

FIEU, s. m. Fils. 

Chicr (ieiis, li première cose que je 
l'enseigne, si est que tu mêles tout ton 
cuer en Dieu amer. 

{Enseignement de Saint-Louis à son 
fils. — A la suite lie Vllistuire de 
Saint-Louis, Je Joinville.) 

FIEU, nom de localité, signi- 
fiant /icJ\ en vieux français. 

Toz doleros e toz pensifs 
Fin a un suen seignor requis 
De qui /ieu Mustcrol moveit 
El de qui en chief le tenoit. 

{Chronique des Dues de Normandie, 
t. I, vorsllGOU».) 

FIÈVRES, s. i)lur. Se dit 
surtout de la lièvre intermittente. 

Et oultrc aura les fièvres quartes, 
(l'rançoia Vilion.) 

Il faut dire j'ay la ficvre et non pas : 
j'y y les /ii-vres. 

(MÉXAOK, Ol'seri'ations sur la Langue 
fran{aise.) 

FIFI, s. m. Vidangeur, ainsi 
nommé parce que, d'après Pas- 



quier {Recherches, liv. VI, ch. 
XXV), on n'usait du mot // que 
pour les choses les plus ardues et 
sales. 

Le lien estoit toujours breneux 
Et s'appeloil maistre fyfy. 

[Faree du Savetier, nnc. th. fr., t. II, 
p. 131.) 

FIIiET, s. m. Fil — couper le 
filet, couper le lîl de la vie, faire 
mourir. 

L'un contrefaisant le ladre, s'estant 
lié la gorge avec ung filet. 

(NniU DU Fiii, Propos llustiijues, ch. VII.) 

Mon tahurcau mignardclct 
La parque, fatale déesse, 
Rompit de les ans le filet 
Au bel esté de la jeunesse. 

(VaiQUEIW de l\ FilB3MlVB.) 



FlI^IiAUDE, s. f. Jeune fille, 
petite fille. 

Son mary n'en faisant cas que comme 
d'une pclile fiUaude, ne l'aymoil comme 
il devoil. 

(Brantôme, Dames Galantes, dise. I, 
p. l'Jl.) 

FIIiîiEl'X, Fillol, s. m. 

Filleul. — De l'italien : fighiolo, 
fils. 

FiUieus, dist-il, je vous ay moult aimé 
Mais (l'une chose ay fait granl lascheté 
De miolage ne vous ay point donné. 

(Poème d'Amis et Amiles.) 

Le roy le flst son compère et donna 
à sa fiUiole le beau nom d'Elisabeth. 

(BniNTÛuB, Vie des Dames Illustres, 
Elisabeth de France.) 

Il n'a pas aperçu Jeannette ma filiale 
Laquelle a tout ouy parole pour parole. 
(Moi.iÈnE, l'Etourdi, act. VI, se. VU.) 



FlIil^OT, 

petit gar(;on. 



m. Jeune fils 



FIN 



17-2 



FLAMBE 



Tout beau, fdlot, dit Pantagruel, tout 
beau. 

(Ridelàis, Pantiiynu'l, liv. III, ch. XII.) 

FIX (à ceHe\ locution pour 
afin que. On dit aussi : ù seule Un 
que. 

A celle fin qu'il te fut plus familier et 
plus intelligible. 

(Bonav. des Périfms, Cyiiibalum mniidi.) 

Il me faut 



Frotter haut et bas 



A celle fin que son airain, 
Son cuivre, son fer, son estain, 
Reluise, jucisciu'au lauiperon 
Et jusqu'au cul du chaudcron. 

(Rcniv Belleav, La Rfconniie^ net. I, 
se". I, ;inc. Ib. fr., t. IV, p. 344.) 

FI\' FLVAIiE, pléonasme, 
fin clétlnitive. 

Dieu permet hérétique 
Quelquefois dominer 
I%nseinble hypocrite 
Pour quelque temps re'gner 
Mais la fin finable 
En est misérable. 

{Chanson nonvelle du Biernois. — 
Kecueil de Pierre de L'EaiuiiE, 
1589.) 

FI^*AISI.Ki?IE:%T, adv. Fina- 
lement, Clllill. 

Et finablement arrivasmes en une 
basse salle où nous veismes ung grand 
dogue 

(Rabelais, Pantayruel, liv. V, ch. XVII.) 

Fi:\E FOKCF (à), locution 
pour : ù force do 

Estienne ce plaisant mignon 
De la danse du compaignon 
Que pour vous il a compassée 
M'a ,jà faict maislresse passée 
De fine force par mon âme 
De me dire : Tournez, madame. 
(Cl. Mabot, Epitres; t. I, p. 207.) 

FISSEK, V. a. Piquer. Du 



latin : Rijcre. En vieux français : 
fisson, aiguillon. 

Sur toy, race du ciel, ont esté inutilles 

Les fissons des aspics, comme dessus 

[les Psylles, 

(As;r. d'Aubigné, Les Tragiiiues, liv. II, 

t. IV, p. 113.) 

Dans le Glossaire Toulousnin, 
des poésies de Goudoulin, on 
trouve : fissn, piquer ; fissaduro, 
piqûre; fissou, aiguillon. 



FliACBIE, adj. Flasque, mou 
— se dit d'une surface ((ui pré- 
sente des creux — du verbe latin : 
flacceo. 

Elle pria Dieu et requist 
Que Narcissus au cœur ferasche 
Qu'oie ot trové d'amors si flasche 
Fust asproiez encore un jor. 

(Guill. DE Lonnts, Itoman de la Rose, 
vers 1468°.) 

En laquelle terre ou sable l'on verra 
évidamment la forme touchée, rides, 
flasches^ bosses et concavités. 

(Bernard Palissv.) 

FîiAlilSAKT, s. m. Torche, 
tison ardent (voir flamber) — 
homme orgueilleux, arrogant. 

Le surnom de flamhart avait 
été donné à un certain Ranulfe, 
homme arrogant : 

Undè... flamhardus cognominalus est, 
quod vocabulum ei secundum mores 
ejus et actus quasi propheticè coUatum 

[Ordcric Vital, liv. VIII, p. 678.) 

FfiAMRE, S. f. Flamme. De 
là le torleau sous flambe, gâteau 
cuit au four, sous la llamme des 
bourrées. 

\'oit les luncires c les vcnz o les giels 
E les orcz, les merveillus tempiez 
E fous e flambe i est apareiUicz. 
{Chanson de Roland, vers 'ioBS".) 



FLAN 



ra 



FLEURER 



Renart la maie flambe Tarde ! 
(Roman du lienarl.) 

La flambe croisl si cl celier. 

(Guillaume Oiubt, Royaux lignages, 
vers 4i"4«,) 

Taurus se brusle, oita est tout en 
[flambe. 

(Cl. Mabot, Métamorphoses d'Ovide.) 

L'on voit de nuit un grand nombre 

de petits trous au travers de la terre 

par lesquels sorteut des flambes de feu. 

(Bernar.l l'iiisiï, Discours .\dniirables, 

p. lyi.) 

Le feu mis es fagotz, la flambe feut si 
grande qu'elle couvrisl tout !e chasteau. 
(Rabbliu, Pantagruel.) 

Le verbe flamber est resté fran- 
çais; le dialecte picard a con- 
servé : reflamber et enflamher. 

Clers fut li jurz e bcls fut li soloilz 
N'unt guarnemenl que tut ne reflambeit. 

(Chanson de Roland, vers lOOi*.) 

FIi.%:!V, S. m. Gàlcau à la 
crème. En basse latinité : /lato, 
placentœspecies; du latin : ûare, 
souffler, d'a})rès du Gange. 

Tenentur mittere... horâ prnndii unum 
panem magnum, unum galonem boni 
vini, honeslum ferculum piscium et 
unum magnum flalonem de pinguedine 
lactis. 

{Ordinarius ecclesiœ Roloinagensis, 
cité par du Ct.toB.) 

Janmais ne menguera à la P.isque de 

[flans. 

(Bbaodouin db SÉB18IB, liv. Vn, p. G98.) 



FL.VXQl-FIl, V. a. Lancer 
un coup.jclcr brusquement quel- 
que chose. Ce mot est probable- 
ment d'origine Scandinave ; dans 
les idiomes du nord, on trouve : 
flcn(l;/a, frapper; et en anglais : 
to fliiKj, lancer. 

Brantôme a employé ce mot 



dans un sens qui paraît dérivé 
du frxmçais : ilanc. 

Entre telles beautés c'estoit la dame 
la mieux flanquée et la plus haute qu'il 
eut jamais veue. 

(Buàmômb, Dames Galantes, t. I.) 

Nous dirions dans le même 
sens : la dame la mieux fichue. 

FliASQUE, s. m. Ustensile 
en forme de réchaud mobile qu'on 
remplit de charbons ardents et 
qui sert à lisser le linge. 

Cette invention malsaine tire 
peut-être son nom du vieux fran- 
çais : flasche, flasque, paresseux 
(en latin : flaccidus), car la 
lisseuse peut s'en servir en res- 
tant assise. 

FIiA§Qi:ER,v. a. Lisser en 
se servant du flasque. (Voir ce 
mot.) 



FliKA, Flâ, s. m. Fléau 
pour battre le grain. Du latin : 
UaijcUum. En Berry : flau. En 
vieux français, on a dit llaël. 

Le royaume des Assiriens fut le flaêl 
que Dieu appareilla pour amortir son 
jieuple d'Isr;iL'l : puis brisait son flacl. 

(Alain CiiÀRTiBH, Quardiloge inicrtif.) 

Q'uil home batron en un for 
Le blé as fleax toute jor. 

[Bible ùuiol de Provins, ter» 290«.} 

Au XVI° siècle, on écrivait 
fleiin, mais ce mot ne formait 
cju'une syllabe : 

Comme s'il fust le fléau de justice 
[divine. 
(Ji'flii MiiiuT, T. 1 il, cilé par LinRé.) 

FI.I<:URFR, V. n. Sentir, 
avoir une odeur. 

13 



FLEURY 



FOI? 



Il sentirent le nerf qui fléret de novel 
Aus deus le despecierenl ausi come un 

[navel. 
{Un dit d'aventures, XIII" siècle.) 

Il flenroit bien plus fort mais non pas 
[mieux que roses. 

(Maih. RÉuwiEH, Satire A'.) 

FliEURY, nom de lieu et 
nom d'iiomme. D'après Lorédan 
Larchey, une localité de la 
Moselle', qui porte actuellement 
ce nom, avait en 760 la désigna- 
tion latine iloriacum, qui signitie : 
le domaine de ïlorus. 

Gomme nom d'homme, Fleur v 
dérive de ce même nom latin : 
ïlorus, ou de l'adjectif: floridus. 

FliOIRAC, nom de localité : 
domaine fleuri ou domaine de 
floire. Ce dernier mot a signilié 
Heur et a été un nom d'homme. 

FliOT, s. m. Flux, marée 
montante. 

La neif virent qui vint singlant 
Si cum li flos veneit muntant. 

(Marie DE France, Loi deGugerner, 
vers ;269«, 1. 1, p. G8.) 

FliOTTE, s. f. Grande quan- 
tité de gens. 

Et sunt bien XX mille de gent en une 

[ftote. 
[Roman d'Alexandre, p. 129.) 

Flil'TElJK, FIuteux,s. m. 

Joueur de llùte. 

Soit que lu soys flusleur 
Ou Phœbus ou pasteur 
Dessus les bords dWmphryse. 

(RoNSÀBD, Ode à l'htebus pour la yué- 
risun de Charles IX.) 

FliUX, S. m. Espèce de jeu 
de cartes. 



Si viderilis fratrem nostri ordinis 
solum in tabernà, ludenleni taxillis, 
charlis, glissi et /luxui. 

(Menoti sermo quadraycsimœ, fol. 139.) 

Qui ludit ad ludum chartarum, du 

glic, du flux, de la triomphe 

[Ibid., fol. 204.) 



FOIRAlIi, s. 

foire; du latin : 
publique. 



m. Ghamp de 
forum, place 



FOIBF, s. f. Déjection 
liquide, stercus liquidum. On 
trouve dans le glossaire d'Isidore 
de Séville : foria, stereora liqui- 
diora. (Voir du Gange, au mot 
foria). Ménage le dérive du grec : 

cpopsià. 

De foire clère à cul overt 
Tout le vilain en a covert. 

[Roman du Renart, vers 5829».) 

FOIRFUX, Folronx, adj. 
Qui a la foire (voir ce mot) — 
embrené. 

J'ay rencontré deux jacobins 
Qui portoient leur cul au pape 
Très tout foireux dessoubz leur chappe. 
[Sottie du roy des Soti., anc. th. fr., 

t. n, p. 231.) 

Il eut esté plus pasle qu'un foireux. 

[Comédie des Proverbes, net. I, ac. VI, 
anc. th. fr., t. IX, p. 26.) 

Les denz avoit petites si com loux 
Molt ol le cul souvent ort et foiroux. 

[Fabliau d'Audiyier, vers 274» — F«W. 
et Cont., l. IV, p. 22».) 



FOIS (dcsi, A des fois, 

locution adverbiale pour quelque- 
fois. 

Ainsi que vous sans contreditz 
Le mien amy, des foijs bien dix, 
Ay demandé en ce quartier. 

(Roger DE CoLLERïE, EpUre d'une Avwu- 
reusc, p. 23.) 



FONCER 



175 



FORCENE 



FOXCER, V. n. Donner do 

l'argent, ouvrir sa bourse, en 

montrer le fond, synoniino de 
l'argot : ahoulev. 

Servons marclians pour la pitanre 
l'our fructus venins, pour la pance, 
On y {jai^çneroil ses dépens. 

El de foncer? 

(François Viilom, Dial. de ilali'paye et 
Baillevent. p. 174.) 

Pour cslre aimé, il faut foncer pccunc. 

(Roger DB COLLEKYE.) 

Il y avoit aussi un pauvre gentil 
homme plaidant, auquel on dit que s'il 
vouloit avoir la raison et yssue do son 
procf'S, il lui ronvenoit foncer et bailler 
argent à ce maistre président. 

(Noël ni- FiiL, Contes d'Eutrapel, t. I, 
p. 61, 

S'il est prodigue de ses biens 
Que pour le plaisir et déduit 
Il fonce, et qu'il n'espargne rien. 

(G. CoQDiLLAHT, DruHs Kouteaiij:, t. I, 
p. 88.) 

FOXDE, s. f. Fronde, du 
verbe fundere , répandre. En 
latin : funda; en grec : Stssvoovr^. 

Prisl sun bastun al puin et sa funde 
e eslit cinc bêles pierres de la rivière... 

(Livre dex Rois, ch. XVII, verscl 10 — 
irad. du .\1I« iiècle.) 

Ou renTorrais sur le genoil les fondes 
Puis d'en tirer droicl et loing j'apprcnois 
Pour chasser loups et abattre dis noix, 
(CI. Mâk.it, Egl. an Hoy, t. I, p. 40.) 

FOXT, s. f. Fontaine. La ville 
do Saintes tire de ce mot le nom 
d'un de st^s (juartiers, celui de la 
Grand font. 

Kl les conduits des eaucs venant à 
la dite font cl abreuvoir. 

(Charto ilo 1374, citée pur di' Ctnee.) 

Don de Jln';sus très précieux, 
Marie, nom très gracieux; 
Font de pitié, source de grâce. 

(Kr. Viiio:», Le dit de la naissance 
de Uane, p. 105.) 



ÇOXTEXE.Vr, nom d'hom- 
me, diminutif de l'ont, fontaine 
En basse latinité : fontana; latin : 
fans, fontis; provençal : founla- 
niou. 

On trouve dans le vieux fran- 
çais, et dans le même sens, les 
formes fonlaincaulx, fonteneaux, 
fontenelle, etc. 

Jouxte une clère fontenelle 
Pensant à la rose novèle. 

(Jenn dk Mei kg, Roman de la Rose, 
vers 10797».) 

FOJVTEXET, nom do loca- 
lité située près do Saint-Joan- 
d'Angély. Dérivé du bas latin : 
fontana. (Voir plus haut.) 

Le nom latin de ce lieu : fonta- 
nicum, est mentionné dans la 
charte de 1073, de Guillauine 
d'Aquitaine, en faveur de Saint- 
J e a n - d ' A n gé I y . (Voir G allia 
Christiana, t. II, instrumenta.) 

FOIVTE^IIi, Fontenillat, 

noms d'hommes et de localités. 
Dérivés du bas latin, fontana, 
comme les mots précédents. En 
vieux Irançais, fontenil était une 
des formes (jui désignait une 
fontaine. 

Un jor qu'il veneit de chacier 
En choisi une en un gravier 
Denz le missel d'un fontenil. 

[Chrniiiqne des Ducs de Nurmandie, 
t. U, ver» 3l'i2-i«.) 

FOKCEIVÉ, ndj. Hors de 
sens, insensé. L'ancienne ortho- 
graphe, fji'sonr, aurait dû être 
cousei-véo. Italien : forscnnato. 
Dérivé, daprôs M. Littré, du 
latin : foris, hors de, et de l'alle- 
mand : sinn, sens. 

Aussi corn s'ale fust forsenée 

(Tournoiement de l'Antéchrist, édiu 
do Hcims, 1851, p. G3.) 



FORGES 



116 



FOUACE 



Fortune ainsine le peuple vanche 
Des bobans que vous démené/ 
Cum orguillcus et forsenez. 

(Jean db Meixg, Roman de la Ilo.ic, 
Ter8 6576".) 

FORCES, s. f. Grands ciseaux 
pour tailler les haies ou couper 
l'herbe. 

Puis demanda k'avis li fu 
Et qu'el en avoit entendu? 
Se li prez fu od fax fauchiez (1) 
U s'il fu od forces tranchiez? 

(Marie de Francb, Fabl. XCl'", t. II, 
p. 381.) 

Le serrurier, ung tondeur de grans 

forces et ung frepicr furent comp- 

demnéz à estre pendus 

(Jehan de Troyes, Chroniques du roy 
Louis XI, p. 146.) 



FORESTIER, nom d'hom- 
me, de forestarius, officier chargé 
de la surveillance des forêts et 
étangs (voir Capit. de Charlenm- 
gne, année 813, ch. XVIII), ou de 
l'italien : forestière, étranger, 
hôte. 



FOR7IAGE, Fourmage, 

s. m. Fromage. 

La! pourc femme de villaige 
Suivez mon train sans plus tarder 
Plue ne vendrés eufs ne formaige 
Alez vostre pennier vuyder. 

(Martial d'Auvehonb, la Grant Dance 
Macabre des femmes.) 

Il y a aussi des montaignes fertiles 
en fourmages de vache 

(Olivier de Serres, Théitre d'Agricul- 
ture, p. 280.) 

Au soir en s'entrevisitant 

Sur le fourmage 
Les fhaslaignes et les marrons 

Deuvoient du bjn. 

(01. Basselin, Vaux de Vire, p. 49.) 



FORMAIVCE, s. f. Embryon 
des grappes de la vigne. Le vieux 
français, forment, désignait le 
grain; du latin : frumentum. 

Et demandèrent 

Sa fille por le païsant 
Qui tant avoit or et argent 
Plenlé forment et plenlé dras (1). 

{Fabliau du Vilain Mire, vers 24», 
Recueil de Barbazan, t. III, p. 2.) 

FORTUITE, adj. Riche, abon- 
damment pourvu. 

Je hez mes jours et ma vie dolente 
Et si maudis l'eure que je fus nez 
Et à la mort humblement me présente 
Pour les tourmens dont je suy fortunez. 

(Eustache DEscniMPB,cité par Roquepori, 
Glossaire de la Langue romane.) 

FOU, s. m. Hêtre. (Voir fou- 
teau.) 

Que le fou porte la faine 
Le châtaigner la châtaine. 

(Vauquelin, Foresterie XII, p. 34.) 

FOUACE, s. f. Gâteau rond 
et épais. En basse latinité : foca- 
ciiis, qu'Isidore de Séville définit 
ainsi au chapitre XX, de ses 
Etymologics : Ciiiere coclus et 
rêver satiis est et focacius. Pline 
distingue le panis focacius, pain 
cuit dans l'àtre, du panis furna- 
ceus, pain cuit au four. (Histoire 
Naturelle, liv. XVIII, ch. II.) 

On quel temps, les fouaciers de Lerné 
passoient le grant quarroy, menant dix 
ou douze charges de fouaces a la ville. 
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.) 

A la pauvrette il ne fit nulle grâce 
Du talion rendant à son époux 
Fèves pour pois et pain blanc pour 
[fouace, 

(Lacontainb, Contes et ISouvellcs.) 



(t) Si le pré fut avec la faux fauché ou s'il fut 
avec \es forces coupé'.' 



(1) Piew/e, grande quantité ; du latin : plenus. 



FOUACIER 



177 



FOUILLOUSE 



FOrACIFR, Fouassier, 

s. m. Fabricant de fouaces (voir 
ce mot). Nom d'homme. 

FOIjCAID, Foucaiild, 

noms d'hommes, dérivés du l'an- 
cien germanique : fulcald (ancien 
du peuple), devenu en latin : 
fulcadus, ou peut-être des vieux 
mots français : fouc, foucq, foule, 
troupeau, réunion d'animaux et 
d'hommes. 

Preslres, soies fors, fiers el fers 
Que li leu par un toi ne saille 

El fouc (1) 

(Roman de Charité, str. 66«.) 

Au XUl° siècle, ce nom était 
devenu Fouques. Un des romans 
de la Table Ronde nous indique 
la forme faucon, qui correspond 
à l'accusatif iulcaldum, comme 
fouques au nominatif fulcaldus. 

Mainte grant envahie 

Fist Gérart el Foucon el ceaus de lor 
[partie, 

(Li Romaiifi de Berte aits gratis pies, 
vers '2î)«.) 

Les formes latines : fulcaldus, 
fulcaudus et même folcaudus, se 
trouvent dans les vieilles chartes 
de notre pays. Le vingt-({uatrièmc 
ëvêque d'Angoulême portait le 
nom do Foucaud ou Foucauld. 

Quo tempore (941) Guibaudus cpis- 
copus Engolismensis decedens succes- 

sorera habuil Focaudum 

(Gallia ChrisUana, t, II, col. 986.) 

Anne 951... Domnus.Fu/caWus, epis- 

copus, migravil a sœculo 

(Ibid., col. 987.) 

FOVCHF, Fouclicr, Fou- 
chlé, noms d'hoinines, dérivés 



(1) Prêtre soyez fort, corabatiant ol rnura- 
geai pour que'ie loup ne saute pas du toil sur 
le troupeau. 



du germaniiiue : Folckier, Fol- 
cber (auguste du peuple), qui se 
trouve dès le IX° siècle, d'après 
Lorédan Larchey, ou du latin : 
fulco, faucon. 

L'origine germanique est la 
plus probable, d'après la forme 
latine : fulcberius. Au XI" siècle, 
un abbé de Tonnay-Charcnte 
portait ce nom : 

Fulcherius Talniacensibus datus 

csl abbas, anno 1090. 

(GaUia Christiana, t. II, col. 1117,) 

FOUHRF, s. m. Grand vais- 
seau de bois, en forme de cuve 
ou de tonneau pouvant contenir 
beaucoup de liquide. 

De l'allemand : fiider, tonneau, 
qui ôe prononce foudre. 

FOUGFB, V. a. Fouiller, 
fouir, creuser. En latin : fodicare, 
dérivé de fodere; en bas breton : 
furgbein. 

Semblent es coquins de village qui 
fougent et ccharboltenl la merde des 
petits enfajits en la saison des cerises 
el guignes, pour trouver les noyaulx. 

(Rabel.is, Pantagruel, liv. II, ch. XXIV.) 



FOUIER, Fouycr, s. m. 

Foyer. 

Piaus de chat privez que l'en apele 
chat de feu ou dcfouïer. 

{Livre des Mitiers d'Eslienno Boilbau. 
p. 3-26.) ' 

Aussi la cendre au foiiyer s'amoncc- 
lant 

(Antoine MiziuLD, Agronomie des Rus- 
tiques.) 



FOUIIiliOrSE, s f. Poche, 
escarcelle. Ce mot a été conservé 
dans l'argot des voleurs. 



FOUILLOUX 



178 



FOURMI 



Qu'aviant bain des métaux 
Des pèces dans lou fouillouse. 

{Vieux fioèl poitevin.) 

Il arrapoit l'un par les jambes, Taullre 

far les espaules, l'aullrc par la bczace, 
aultre par la fouillouzf. 

(R1BEL113, Gargantua, liv.I, ch. XXXA'III.) 

FOllIIiliOUX, nom de loca- 
lité, près Montguyon ; synonime 
de feuillu, boisé, ou dérivé du 
vieux français : fouille, pioche. 

FOUI^V, s. m. Putois, fouine. 
La forme primitive a été faine, 
qui désigne aussi le fruit du hélre, 
faginuSy diminutif de fagus. 

Piaus de faine, piaus de chai sau- 
vage... 

(Livre des Métiers d'Est. Boileai:, p. 326.) 

. FOUIR, V. a. Fuir, s'enfuir. 

Ne jà reproche n'en aura Aymeris, 
Guibor la bêle, Guillaume H marehis 
Que por païen m'en soie un jour fouiz. 
Ou ci morrai ou deraorrai vis (1). 

[Li Covenans Vivien, chaninn de geste 
du XU" eiècle, vers -llj'.) 

Et se li aprentiz qui s'en seroit fouiz 
ne revenoit dedenz l'an et Is jor 

{Livre des Métiers d'Est Boileai-, p. 67.) 

FOl'IiOIRE, Foulonère, 

s. f. Instrument à écraser le rai- 
sin — grand bassin où le raisin 
est écrasé par Ijs vendangeurs. 

Sur chaque usiencil cstoient escrits 
les noms de chnjunc chose en langue 
du pays. La vi« du pressoir s'appcloit 
recette, les foiLlouers acquits. 

(Rabelais, Vantagruel.) 



(1) Ni jam?is ne me feront reproche Aymcri, 
ni Guibort 1: belle ni Guillaume le marquis que 
pour des p.-yens je me sois un jour enfui, ("est 
ici que je. 'esterai mort ou vif. 



FOUPI, adj. Froissé, fripé; 
usité dans une partie de la Sain- 
tonge, d'après M. Burgaud des 
Marets. 

Les fouacicrs proposèrent leur 

complainte, niontrans leurs paniers 

rompus, leurs bonnelz foupis 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.) 

FOUKÂCHE, adj . Farouche, 
sauvage : in osia fourâche, un 
oiseau qu'on ne peut apprivoiser. 
Gomme le précédent, ce mot est 
usité dans le Berry. En vieux 
français, on disait : ferasche , 
dérivé du latin : fcrox. 

Elle pria Diex et requist 
Que Narcissus au cuer ferasche 
Qu'ele ol trouvé d'amors si llasche 
Fust asproiez encor un jor. 

(G. DE LoRiiis, Romande la Rose, 
vers 1 168°.) 



FOlJRA§, nom de localité, 
désignée au moyen âge par le mot 
latin : follorasum. 

Urbanus H... eodem anno (109G) con- 
firmât donum ecclcsiœ S. Gaudentii de 
folloraso, fouras, quod seculares homi- 
nes usualiler lurpi nominc vocant, sita 
juxta marc prope castillum quod vul- 
gari nominc nuncupatur currasium... 

{Gallia Christiana, t. U, col. 1065.) 

Le mot follorasum paraît la 
forme latine du vieux français : 
folcrez, moulin à foulon. Quant 
au nonien turpc, que les farceurs 
du bon vieux temps ont appliqué 
à fouras, il parait inutile d'en 
donner l'explication, même en 
latin. 



FOUR]?II, s. m. Fourmi. En 
sainlongeais, ce mot est masculin, 
comme dans le vieux français : 



FOURNEE 



179 



FOUTIMASSER 



Or gentils fourmys je vous prie 
Si un jour Belleau lient sa niic... 
(RoxsiiRD, Poésies.) 

FOl'RlîÉE, la locution usitée 
dans notre pays : prendre un pain 
sur la fournée, est ancienne; 
nous la trouvons dans l'ouvrage 
du poitevin Guillaume Bouchet : 
prendre un paiu ou deux sur la 
fournée (Serées, t. I, p. 195). 
Cette locution est ainsi définie 
dans le dictionnaire de Oudin : 
fornicar antes de ser casados 
(Tesoro de las dos Lenguas esp. 
y franc.) 

FOURIVER, Fourncyer, 

V. n. Faire la fournée; fabricjuer 
et cuire le pain dans la fournière. 
En basse latinité : furnare (voir 
du Gange) , du latin : furnus, 
four. 

Après, Jacquinot, il vous faut 
Boulenger, fournier et buer. 

[Farcf (lu Cuvicr, anc. ih. fr., t. I, 
p. 37.) 

Nus ne puet cstre rc.cratiers de pain 
à Paris, c'est à sçavoir vendères de 
pain que autres fourniècc et quise, se 
il ne achate le mestier du Roy. 

[Livre des Métiers d'Est. Boileau, p. 38.) 

El quelques aultres de semblable 
farine, à la lecture desquelz il devint 
aussi saigc qu'oncques puis ne four- 
néasmes nous. 

(Ràreliis, Gargantua, liv. I, ch. .\IV.) 

Le fournier esl celui (pii fait la 
fournée; ce dernier mot n'est 
d'ailleurs pas autre chosi; (jue le 
participe passé du verbe fourner. 

El n'e&l à sçavoir que li forniers doit 
associer lojaument les fournées. 

(Telle ilu XIII" nirclo, cilé p«r du Cancb, 
au mni associare.) 



FOLnXIER, Fouruière, 



Fournil, bâtiment oi!i se fabri- 
que-et se cuit le pain déménage. 

De son lit saut lot effreez 
Ses chiens apcle et sa mesnie 
De fuerre prent une bracie 
Et si l'a el fournier jeté. 

{Roman du Renarl, vers 292i».) 

FOURRIER, nom d'homme. 

Latin : furnarius, boulanger. 

FOUSSE, s. f. Fosse. 

Ils pensoyent qu'on les eust mis en 
quelque basse fousse des prisons. 

(Rabeiais, Gargantua, liv. I.) 

POUSSÉ, s. m. Fossé. 

Les Romains, ainsi qu'ils honoroient 
de couronnes ceulx qui faisoicnl les 
grans vaillances d'armes, si comme cil 
qui passoit premier le faussé. 

(■Kit. DE La Salle, Saint-Jehan de Saintré, 
ch. n, p. 4.) 

Moins d'ung saut, passoitun faussé... 
(Rabelais, Gargantua, liv. I.) 

FOUTE.IU, s. m. Hêtre. 

La furie d^s vipères expire par l'attou- 
chement d'ui. rameau de fauteau. 

{Rknems, Pantagruel, liv. IV, ch. LXII.) 

Un pastoureui qui Robin s'appeloit 

Tout a par scy, n'aguères s'en alloit 

Parmy foustetux, arbres qui font 

[ombrage. 

(r.l. Marot, Eilogue au Roy, t. I, p. 39.) 

Or puisqu'il faut chanter, allon sous 

[le feuillage 

De ce large /bitteoitqui rend si doux 

[ombrage. 

(Rpmy Beileac, D^gerie, i" iournce, 

i. I.p.b.) \ 

FOUTi:HASSER,v. n. S'a- 
muser à des niaiseries. Le vieux 
français avait foutiniassô^ie. 



FRAGNAUD 



180 



FREMIS 



Après beaucoup de telles foutimosse- 

rics capilulaires, il fut résolu 

(Boroalde de Verviub, Moyen de parvenir.) 

FRAGXAITD , Frat$;ne , 
Fresne, Durrcsnc, Dufrcs- 
naj, noms d'homm'es dérivés des 
mots frùgne, fresne, frêne, 
arbre, et fvâgnée, fresnaie, lieu 
planté de frênes. 

FRAG]\^F, s. m. Frêne, du 
latin fraxinus. En vieux français : 
frai. 



FRÂGIVÉE, s. f. Lieu planté 
de frênes. 

lier pcr quod itur ad malam vilam et 

ad quadrevium de la fraignée et asque 

adparochiam S.Georgil des cousteaux... 

(Charta Guillelmi VII, ducia Aqiiitnniœ, 

anno 1139, Archive» de Poitiers.) 

FRAIRIF, s. f. Fête patro- 
nale d'un village qu'on appelle 
dans d'autres contrées : fêle locale, 
assemblée, pardon. 

Ce mot est peut-être simple- 
ment une corruption du vieux 
français foirie, foire, ou jour 
férié. 

Li rois deffcnt que l'on no juge à jor 
de foirie. 

(Li Livres de Jostice et de Plet. p. 97, § 6.) 

M. Littré fait dériver ce mot du 
bas latin frnlria, société, corpo- 
ration, qui vient du grec cfpa-upta, 
tribu. 

Ha! dit le renirt, il n'est rien qu'on 
ne face par corepères et par commères ; 
nous sommes «.ous de la frairie Saint- 
Faulssait. 

(Telle du xr* siècle, cité par M. Littré au mot 
fausset, fupplémcntau dictionnaire.) 

Dans ce texte, il a tout simple- 
ment le sens de confrérie comme 



dans la chronique de Dclurbe. En 
parlant des Montuzets, cet écrivain 
dit tantôt confrairie, tantôt frai- 
rie. (V.BaureinlII, 100.) Richelet 
écrit ce mot : frérie, et il le défi- 
nit : régal et bonne chère qu'on 
fait entre amis. {Dictionnaire fran- 
çais, édition de 1680.) Lafontaino 
paraît lui avoir donné le même 
sens: 

Un loup donc étant de frairie. 

(LiFONiAiNB, liv, III, Fable IX.) 

FRAMC-JFU, s. m. Terme 
dujeudebilles. Synonimedepa/r, 
par opposition à candale (voir ce 
mot), qui signifie impair. 

FRATER, s. m, Barbier, au- 
trefois chirurgien. Du latin frater, 
frère, appliqué aux moines qui 
étaient souvent, autrefois, chirur- 
giens et médecins. 

Ainsi ce pauvre frater commença à 
brusler par telle concupiscence... 

(Marpuerite de Navarre, Heptaméron, 
Nouvelle 23«.) 

FRAUlTIAIIiHOU, nom de 

localité près d'Hiers-Brouage . 
Des vieux mots français fraus, 
fraii, lande, friche, et Mail, Marne 
(en latin maria), ou maille, clos. 

FREMERjV. a. Fermer. 

Renard qui savoit tous les estres 
Regarde par unes fenestres 
Si elles cstoienl fremées. 

{Roman du Renart. vers 4342».) 

FREIflIS, s. m. Fourmi ; dans 
le centre de la France, on dit 
fromi. Les deux formes se trou- 
vent dans les vieux textes fran- 
çais : 



FREQUENTER 



18i 



FRINGUER 



Les fromis sentant la pluie avenir 
portent leur bief en leurs tavernes. 

{Songe du Vergier.) 

Car je sai tout de reposlaille 
Que plustôt en un tas de paille 
Si m'aist Diex et sains Rémi 
Trouveroil un œf de frémi. 

(Jean de Mecng, Roman de la Rose, 
verB 156i4«.) 

Il me disoit qu'il n'a dormy 
Depuis quatre ou cinq jours en ça 
Et qu'il n'a si gros qu'un fremy 
Le cuer ne les boyaulx 

(André db Là Vigme, la Farce de ilunyer.) 

FRÉQl'EA'TER, v. a. Aller 
habituellement dans une maison, 
faire la cour à une jeune lille. 

Sans doute, et je le vois qui fréquente 

[chez nous. 

(MouÉRB, les Femmes savantes, act. II, se. I.) 

FRÉROT, s. m. Petit frère. 

Un jour ce gentil frérot... 

(BonaT. DES Périers, Conles et joyeux 
devis.) 



FRESAIE, s. f. Effraie, oi- 
seau nocturne dont le cri est, dit- 
on, de mauvais augure. En gas- 
con : hrcsaga. Dans le dialecte 
poitevin, cet oiseau s'appelle jore- 
saie, qui, d'après Ménage, con- 
duit au latin prœsaga, avis. Le 
celtique avait, pour désigner cet 
oiseau, le mot irao. 

Or dirons du nyclicorace 
Un oiseau de mauvaise trace 
Frasae a nom en drct roman. 

(GciLLÂiiiE, Bestiaire du XUh siècle.) 

Le hideux cri de la fresaic cITraje 
Celui qui l'ouït; elle vole denuict 
Et à leller les chèvres prend dcdaicl. 
T'esbahis tu s'cllc se nomme Effraye? 
{Oiseaux de Delon, p. 28.) 

En Saintonge, on donne le nom 
de ircsaic au neuf de i)ique, (jui 



a la réputation de porter malheur 
aux joueurs. 

On doit remarquer que le mau- 
vais renom de la fresaie s'étend 
en général à tous les oiseaux de 
nuit dont la forme et le cri sont 
ordinairement peu agréables. Le 
chat-huant était aussi autrefois 
considéré comme un porte- 
malheur. 

Mes moult i brait et se lamente 
Li chahuan a sa grant hure 
Prophètes de maie aventure 
Hideus messager de dolor. 

(Jean de Mei'wg, Roman de la RosCy 
vers 6711".) 

FRET, s. m. Froid. 

E dist qu'el ne seit ù aler; 
Yvers esteit; par la freidur 
Murreil de freit à grant dolur. 

(Marie de Frikcb, Fable Vlll, t. II, p. 86.) 

FRETTE, s. f. Jeune pouce 

de bois taillis. 

La terie de Boièrc doit tous les ans 
de service deux arcs, deux frètes ferrées. 

(Telle du XIV* siècle, cité par du CincB au 
laotfrecta.) 

FRieA§SER, V. a. Dépenser, 
dilapider uae fortune. 

Qu'il s'en l«rche le nez : sa part 
Est fricassée 

(Jacques Crévis, les Esbahis, anc. tli. 
fr., t. ^, p. 3-23.) 



FRIXGUEH, V. n. Sauter, 
danser, se tortiller. En celtique : 
fn'nt/a. 

Or ça ma dame la Rôçenle 
•Jui avez nom de si bVn dire, 
De danser, frinrjuer, eS'xe gente 
Sur toutes qu'on sauro^ eslire. 

(Martini n'AivEnr.nB, Vl grant Dance 
macabre des /VwwvvJ 

El quand les dix compaigncOî qui frinr 



FRIT 



182 



FRONTEAU 



ffoient et chanloient aperçeurent le Roy, 
ors tous vers lui accoururent. 

(Anl. DE La Salle, Jehan de Saintré. 
cli.LXVII, p, 289.) 

Ils dansent et fringuent comme il 
faut. 

(Eiemple cité par RicAelet, Dicl, franc., 
éJil. de 1680.) 



FRIT, adj. Perdu, ruiné. 

Muchez vous tost en quelque lieu 
S'il vous trouve vous êtes frit. 

{Farce de frère Guillebcrt, anc. th. fr., 
t. I, p. 31b.) 

Les mémoires du XVIIP siècle 
nous ont conservé cette phrase 
prononcée par M""" du Barry, qui, 
au grand scandale des dames de 
la cour, se serait écriée après un 
coup de cartes malheureux : je 
suis frite. 



FROGER, Frogler, noms 
d'hommes. Du vieux germanique 
frodger (prudent-javelot); d'après 
Lorédan Larchey. 

FRO:fIE.\TÉE, s. f. Gâteau 
de farine de froment — bouillie; 
en basse latinité : fromenleia. 

... Frumentum decoquitur tum in olla 
coquinœ conventus supradicti et fit de 
eo cibus qui dicilur fro'nfienteia. 

(Transaction de 1351, cité par du Cange.) 

Ayant esté seigneurs ou dames 
Souef et lendreirenl nourriz 
De ores me, fromentée ou riz. 
(François Villon, Grand Testament, p. 90,) 

FRO]?IE5TI]V, s. m. nom 

donné au bœuf de couleur jaune 
comme le f-oment. 

Il parle à ^es bœufs : Garcau, fromcn- 
tin, brichC, chatan... 

(pjnav. DES PÉRIER8, Contes et joyeux 
deria, nouvelle "233'.) 



FROIVCER, V. n. Se rider le 
front — marquer sa colère par 
un froncement de sourcils. 

En vieux français : fronce, 
ride; fronci, ridé. 

Ccle serve ot en France la terre si 

[honnie 

Par le conseil sa' mère, Torde vielle 

[fronde. 

(Li Romans de Berte aus grans pies, 
vers 1473".) 

Isengrins en sent la fumée 
•Ju'il n'avoit mie acostumée 
Adonc comença à fronchier 
Et ses guernons (1) à déléchier. 

{Roman du Renart-, vers 943».) 

Moult estoit jà ses vis (2) flétris 

Qui jadis fut soef et plains 

Mais or est tous de fronces plains. 

(Guill. DR LoRRis, Roman de la Rose, 
vers 352».) 

FROIVCIiE, s. m. Furoncle. 

L'un avoit la picote, l'aullre le tac... 
l'aultre gros frondes. 

(Rabelais, Pantagruel., liv. IV, ch. LU.) 



FROUTEAU, s. m. Coiffure 
ceignant le front — bourrelet 
d'enfant; du latin : frons. 

Dames, pleurez vos gorgeretles 
Il n'est plus temps de vous farder 
Vos tourectez, froncteaux, banectes 
Ne vous peuvent de présent ayder. 

(.Martial d'Auvehcne, la granl Danse 
macabre des femmes.) 

Manteaux, anneaux, pcleteries 
Menu ver, gris, chapel d'or gay 

Fronteaulx, couronne 

(Eustache Deschamps, Poésies.) 

On trouve dans Palsgrave : 
fyllet for a maydens heed : fron- 
Icau. (Ecliurcissenwnt de la Lan- 
gue française, p. 220, col. 1.) 



(1) Guernon. moustache. 
(t) Vis, visage. 



FROUMENT 



183 



futp: 



FROUilIEXT, S. m. Fro- 
ment. 

Des plaines de terres labourables à 
porter froument. 

(Fr. Amïot, Daphnis et Chloc.) 

FUIE, S. f. Petit colombier. 

Messieurs, soyez les très bien venus ; 
çà, que l'on se dépesche; garçon, au 
vin, au poulailler, au crochet, à la fuye... 

(Béroalde de VEnvii.iE, Moyen de par- 
venir, t. II, p. 159.) 

Comme un pourceau grongne après 
[une truye 
Et comme on voit un pigeon à la fuye 
Se retirer, et un bœuf à la grange, 
Ainsi se tourne autour de la vendange. 
(Mellin de Saint-Gelais, Rondeau, p. 81.) 

Les moineaux ont leurs nids, leurs 

[nids les hyrondelles, 

On dresse quelque fuye aux simples 

[colombelles. 

(Agr. d'Aubignr, les Tragiques, liv. I, 
t. lY, p. 68.) 



FUI?IEl.IiF, S. f. Femelle, 
femme, épouse. 

Por tant qu'il voloient dire et main- 
tenir, encores voelent, que li royaumes 
de France est bien si nobles que il ne 
doit mies aler ne descendre à fumelle 
ne par conséquence à fil de fumelle. 

(FiioissATiiT, Chroniques, édit. ReiiouarJ, 
liv. I, § 3.) 

Je le dys la première foys 
Que vous appointactes à clic — 
Que fisl-elle, la bonne /'it»it'//c:' 

(Farce des Femmes, anc. th. fr., 1. 1, 
p. 121.) 

S'il vient qu'el soit belle fumelle 

Le povre mary s'esvertue 

De labourer tant qu'il s'en tue. 

(Roger DE Colleute, Sermon pour une 
Kopee, p. Ilu.) 



Fli.Tll'iKOliliE, s. 1". Cour- 
lillùre ou taupe yrilion 



Fl'MtRE, s. f. Engrais d'un 
champ par le l'umier — engrais 
anim'al. 

Plantez le cep et fumez de bonne 
fumeur e. 

(ilénaffier français, liv. II, ch. II — 
XIVo siècle.) 



FUKOX, S. m. Furet. 

Molt seroit malvais au civé 

Li connins (1) que li furons chace. 

{Fabliau du Prestre et de la Dame, 
vers 136°, Recueil de Barbaian, 
t. IV, p. 187.) 



Fl'T, s. m. Futaille, barrique 
pour le vin. Du bas latin : fusta, 
bois. 

A tels chanteurs rcspondez courte messe 

Du fust qu'ils font rendez leur le 

[merein (2). 

(Eustache Deschamps, Poésies.) 

Au moyen âge, fust était syno- 
nime de bois : 

Feseurs de manches à coustiaux d'os 
et de fust et d'y voire... 

{Livre des Métiers d'Est. Boileai-, p. 49.) 

El tant liray que j'amène 
Le fusl à moy tout empené. 

(GuiU.DE Loitms,/{om«« de la Rose, 
vers lr21».) 

Ce mot était encore usité au 
XV1I° siècle : 

Je crois que c'tAail dans le transport 
de la reconnaissance de ce bon vin qui 
sent le fût. 

(M"» DE SÉT»;sÉ, Lctlrc 28Î'.) 

\ 

FFTÉ, adj. Se )\it du vin qui 
a i)ris le goût du lïif, c'est-à-dire 
goût de bois. On a dH autrefois, 



(1) Cniinin, cnnnil , i.ipin. 
(i) Merein, bois mcrrain <iui sert à faire les 
barriques. 



GABARE 



184 



GACHERE 



dans le même sens, affûté et 
enfuté. 

Et aussi comme ung homme qui boit 
du vin affusté... pour cause du fust en 
quoy il est... 

(Quinte Joijes do Mariage, ch. XIV, 
p. 118.) 

Aucune genz i a qui me demandent 
dont les vers viennent, je vos fais à 



savoir qu'il viennent de diverses viandes 

reschauffées et de ces vins enfutiez 

(1U;ieu(Bi;f, li dit de VErbcrie, t. I, p. 256.) 

FIT, S. m. Foi — employé sur- 
tout dans l'exclamation ma fy! 

Une de ses gouvernantes m'a dit, 
jurant sa fy, que ce faire il esloil tant 

coustumier 

(RiBBLAis, Gargantua, lir. I, ch. VH.) 



Gr 



OABARi:, s. f. Grand bateau 
sans quille, de la Charente. Dans 
la Coutume Bordelaise, act. 116, 
nous trouvons ces définitions : 
Gabare est navicula amaica ; 
gabarier navicularius. 

Mises et despenscs pour prendre et 
assembler plusieurs nefs, galarres et 
autres choses nécessaires aus pons et 
aus passages sur la rivière de Garonne... 

(Thésaurus guerrârum, anno 1338.) 

Il se met dans la gabarre seul avec 
une charrette et huit ou dix hommes qui 
passoient... 

(Agr. d'Acbioné, Histoire Universelle, 
liv. II, p. 451.) 



GABARIER. s. m. Conduc- 
teur de gabares. 

Vint à Rordeaulx auquel lieu ne trouva 
grand exercice «non des gabarriers 
jouant aux luettes sur la grave. 

[RhBEikin, Pantagruel, Ht. II, ch. V.) 



OABE^IE; S. f. Tromperie, 
piège, ra'llerie. Du vieux verbe 
français • gaher, se moquer. 

Petit!^ enfanz cissircnl hors de la 



cited, si 1' gabèrent, si li distrenl : or 
en vicn, dan calf, or en vien (1). 

(Livre des Rois, liv. II, ch. II, verset 23, 
p. 351.) 

Et se gobent ainsinc des dames 
Et lor promettent cors et âmes. 

(Jean de Mecko, Roman de la Rose, 
vers 5010».) 



GABEIiOU, S. m. Employé 
des douanes ou de la régie, ainsi 
nommé du mot gabelle (2), qui 
désignait autrefois l'impôt sur le 
sel. 

Tu as menti, méchant bourreau, gabe- 
loux que tu es. 

(Noël DU Fia, Contes d'Eutrapel.) 

«ABORIAU, Gabory, 

noms d'hommes, dérivés du vieux 
français : gabcor, gabeour, rail- 
leur, farceur. 

GACHÈRE (lia), nom de 



(1) Pueriparvi egressi suntdecivitate et illu- 
debanl ci uiccntes : asccnde, calva. 

(2) Gabelle dérive des mots hébreux gab, pièce 
de monnaie, ou gabe, publicain, et peut-être 
plus simplement est-ce une corruption de 
garbellr, diminutif du vieux français : garbe, 
gerbe de blé. 



GADESCAU 



183 



GAGNIER 



localité ; du vieux mot gaskière, 
terre en friche, qui est devenu 
Jachère. 

Pour miex fructefler plus tard 
De si au tierc an ou au quart 
Laist-on bien sa terre à gaskière. 

{Li congié Adaii d'Arras.Fabl. et Contes., 
1. 1, p. 108.) 

GADESCAi;, nom d'un banc 
de sables mouvants, situé dans le 
pertuis de Maumusson; ce mol a 
le sens de : giiô profond^ gadum 
excavatuni. 



GADOUE, s. f. Prostituée, 
entremetteuse. En basse latinité, 
gadalis a eu la môme significa- 
tion : 

Simililer de gadalibtis et meretricibus 
volumus ut apud quemque inventœ 
fuerint ab ois porlantur usque ad mer- 
calum ubi flagellandx' sunt. 

[Capitulare de niiiiisterialibus palatibus, 
cditum a Baluzro, cap. 3.) 

En bas breton, gadal est syno- 
nime d'entremetteuse. 

Nous trouvons les définitions 
suivantes dans le Glossaire Cam- 
bro-breton, de Davies : 

Gadales, meretrix. 

Gadalus, libidinosus. 

Gadaledo, luxuria, hoc est las- 
civia. 

La véritable origine de ce mot, 
appliqué aux femmes de mauvaise 
vie de la plus basse condition, 
parait être le wallon : gndau, jus 
de fumier, et le vieux français : 
gadoue, matière fécale, (}ui avait 
encore ce sens au XVI II" siècle : 
Richelet définit gadour, ordures 
et excréments qu'on tire des 
lieux. Gadoiiai-d, vidangeur. (Dic- 
tionnairo français, édit. de 1080). 
Mercier l'a employé dans le même 
sens : 



A peine a-t-il mis le pied hors des 
barrières qu'il trouve les exhalaisons 
infectés qui sortent des gadoues et 
autres immondices. 

(MEnciEB, Tableau de Paris. l'.\ir Ticié.) 

GAGER, V. a. Parier, faire 
un pari en déposant un gage — 
prendre un domestique à gage. 
(Voir louer.) 

Li chiens dist qu'il a plus d'ahan 
Kt plus de paine qu'il n'a 
Et s'il veut il li gagera. 

[Fabliau de l'Asne et du Chien, cité par 
RoyiEFOHi, au mot ahan.) 

Ce que voyant, le bon Janot, mon père 

Voulut gaiger à Jaquet, son compère, 

Contre un veau gras deux aignelets 

[bessons. 

(Cl. Marot, Eglogue au Roy, t. I, p. 40.) 

A 

GAGIVIER, nom d'homme. 
En vieux français gaaigneor, gaa- 
gncrres, a signiiié laboureur ; 
gaaiçjner, labourer; gaignage , 
terre labourée. Ce nom peut éga- 
lement dériver du vieux français 
gaaignier, fabricant de gaines et 
de fourreaux, au moyen <àge. (Voir 
le chap. LXV des gaaignicrs de 
fouriaux au Registre des Métiers 
d'Est. Boileau, p. 160.) En Sain- 
tonge, le sens de laboureiu" parait 
devoir être préféré. 

Le premier câs est quant famé baille 
à moitié à gaagniere les terres qu'ella 
lient en domaine. 

(Bbacuà.noih, Coustume de Beauvoisis.) 

Pur le dcvé, po(a' l'entrcdil 
Uue je VO.S ai co\)t6 e dit 
Ont en sa arée d^erpiz. 
Uns gaaignercs ses ulilz. 

{Chruniijiie des hues de Normandie. 
vor« ilOti*.) 

.\ dol, à gloire c à d\|lor 
lù't tote la terre livrée 
K si dcslruite e si gaslôe 
C,tuc ni avcil mais que ««anger 
Car nuls ni osout gaaigiï;r. 
[Ibid, ver» iJOCV».) 



GAGNON 



186 



GALOPIN 



Au contraire la forest dt^ Chisay est 
un pays de plnine. environné de tous 
bons ij ai g nages comme bleds et légumes. 
(De FociLLoux, Vénerie, ch. XIX.) 

fïAGXOX, Gaijçiion, noms 
d'hommes et de localités. En 
vieux français : chien de basse- 
cour, mutin, 

Quant li gaignons veut rongler l'os 
S'uns aulVes'ciiiens li veut reprendre 
Sans R ne li i)eul défendre. 

{Rois de Cambraij, Sene fiance de l'A B C.) 

Il a caiens de tiex gaingnons. 
S'il te .sentent, il l'assaudront 
El moult tost retenu l'auront. 

{linman de la Rose, vers '2730'.) 

Le 38' doyen du chapitre de 
Saintes portaitlenom de Gaignon. 

Joachimus HI Gaignon, doctor théo- 

logicus nominatur decanus diè 9 sep- 

tembris 1049... 

(Gallia Christiana, t. H, col. 1093.) 



CîACii;i, s. f. Diminutif de 
Marguerite, et nom dérisoire donné 
à une femme grasse. En vieux 
français : gagui, gros, gras. 
Grosse gngniOy grosse dondon. 
(Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

OAIIiliAR», adj. Vivace 
en parlant des plantes, comme il 
signifie en français, et sans doute 
par extension : déluré, bien por- 
tant en parlant aes hommes. 

Les herbes sau'^ages, espines et char- 
dons, y croiss'Ut aulanl gaillardes 
qu'en nulz autres pays. 

[BernuTiïPjLiiis:, Discours Admirables, p. ^Qi.) 



GAIiAi^'TISE? s. f. Galante- 



rie. 



En un de ces moulins un sold.it, seul 
enferm'i composa à la Nie pour lui et 



toute sa trouppo, et fut sauvé par sa 
galantise. 

(Ag. d'Ai-bicné, y//,v/. Univ., liv.n,ch. XXXVI.) 

GAIiKRXE, s. f. Nord-ouest. 
— vent de nord-ouest. Dérivé du 
celtique gai, souftle de vent. En 
breton : .gwalarn, en gallois : 
govlewin, ont la même signiiica- 
tion que le saintongeais galerne. 
En anglais, gale signifie vent. 

Si galerne ist de mer, bise ne altre vent 
Ki l'ère al paleis devers occident 
Il le font turncr e menut e suvent. 

( Voyage de Charlemagnc à Jérusalem, vers 354».) 

Aux vents de bise et galerne inhumaine 
Mes gaiges sont en yver assignez. 

(Ko^er DE CoLLEHYE, Rondeau LV, p. 212.) 

Le vent de galerne, dist Panurge, 
avoit doncques lanterné leur mère. 

(Rabei,ai3, Pantagruel, liv. IX, ch. IX.) 

CîAIiOClIES, s. f. Sabots. 
Du latin gallicœ, souliers bas à 
semelles épaisses dont se servaient 
les gaulois. (D'après Baïf et Pas- 
quier, Recherches, liv. VIII.) 

Cum gallicis et lacernâ cucurristi. 

(CicÉRON, 2"" Pliilippique.) 

Un gentilhommegascon... fut repoussé 
par ung des gardes, en sorte qu'il fust 
contraint de laisser ses galoches à la 
porte. 

(P. DE l'Esioile, Mémoires-journaux, t. VII, 
p. 280.) 

Quant un jeune frisé, relevé de moustache 

De galoche, de botte 

(Math. REG.NiEn, Sa/. VIII.) 



CiAIiOCIIER, Calochler, 

s, m. Fabricant de galoches. 

Anciis Marlius esloit gallofretier , 
Camillus guallochier. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXX.) 

GAIiOPIIV, s. m. Mauvais 



GANIF 



187 



GARCE 



petit garçon. Ce mot est d'origine 
germanique, en gothicpie : hlaii- 
pan, en ancien allemand : galihm- 
fan, en allemand : laufcn, signi- 
fient courir, galoper. 

En la taverne hastivemenl en vint 
Ilec trouva menue! galopin 
Lez le tonnel, en sa niein trois dez tint. 
{[{oman de Garin le Loherain.) 

GAIVIF, s. m. Canif. C'est 
l'ancienne orthographe encore usi- 
tée dans plusieurs patois, notam- 
ment dans celui du Bourbonnais. 

Il faut écrire et prononcer ganif et 
non canif. 

(Mé:<4GB, Observations sur la Langue 
française, cb. 231.) 

En vieux français nous trouvons : 
ganive, petit couteau ; ganiveter, 
couper, déchirer , ganivetiei\ cou- 
telier. (Roquefort, Glossaire de 
la Langue romane.) 



GAXIPOTK. 



f. Sorcier 



qui se change la nuit en chien 
blanc, et court les camjjagnes. 
Entre St-Palais et St-Augustin, 
près Hoyan, se trouve le village 
des Ganipotes. 



OAXIVET, nom d'homme 
dérivé du vieu.\ mot ganivelicr, 
coutelier. 



GA\T.*«, s. m. Ce pluriel se 
disait autrefois pour honnemain, 
poiirhoire, et s'emploie encore 
dans le sens de cadeau donné en 
certaines occasions. Cette locution 
vient d'Esjjagne, où on donne 
para Quanlcs connue nous pour 
Loire. 

Furetière déhnit ganl.'i : prc;- 
sent qu'on donne aux messagers 



qui apportent une bonne nouvelle. 
{Dictionnaire français.) 

Laurière dit qu'il désigne une 
redevance donnée en argent aux 
sergents. {Dictionnaire du droit 
français.) 

Viens-ge, disl-elle, à point as gans 
Se ge vous di bones novelles 
Toutes fresches, toutes novelles — 
— .\s gans, dame, ains vous di sans 

[lobe 
Que vous aurès manlel et robe. 

(Jean de Mel^g, Roman de la Rose, vers 16G10'.) 

Passavant, dist le roy, je vous doibz 
vos gants... 

[Roman de Perceforest.) 



GARAl'D, f-arraiid, noms 
d'hommes. En vieux français, 
gare, garel, désignent un objet de 
diverses couleurs {virgatus) ; 
gareau, gareî, ont également la 
signilicat'ion de boiteux, qui a les 
jambes en accent circonflexe 
( varus). L'origine de ce nom est 
peut-être germanique, garald, 
garait (javelot ancien), d'après 
Lorédan Larchey.) 

En Anjou comme en Sainton- 
gcais, garenu ou garreau est le 
nom du bœui tache de noir et do 
blanc. 

Il parla à ses bpufs : Garreau, fro- 
menlin, brichct, cl.alan 

(Bonnv. des I'kbif.rs, CoM/f.v et Joijeus devis, 
iiourelle i3j'.) 



GAKBSOl ir,Gral>ouil,s. 

m. Dissension, querelle, grabuge. 
En italien : garJiuglio, 

11 y eut aussi un peu de garbouil 
entre mesdames de Helin et Je Uussy... 
{Satgre itentjpi'e.) 



CrAKC'F, s. f. Femme dômau- 
vaise vie, a eu autrefois la s^nù- 



GARDRAT 



1S3 



GARGOUILLER 



cation simple de fiUc. En bas- 
breton : gwerc'h, jeune fille. 

Sire, recouchiez-vous, bien vous povez 

[vanter 
Que jamais de la garce, n'orrez un mot 

[sonner. 

(Berte aus granspiés, Teri522«.) 

Car il n'affiert à garces difTnmécs 
User des droicts de vierges bien famées. 

(Cl. Maiiot, Elégie /".) 

Un œil malin eut plustôt jugé qu'elle 
estoit sa garce. 

{Saint François de Salles, p, 525.) 

GARDRAT, nom d'homme 
qu'on ti'ouve en Saintonge sous 
la forjne guardradus dès le XIP 
siècle : 

Guardradus anno 1170 prier monas- 
terii sancti Eutropii, Adhemari episcopo 
Santonensi. 

[Gallia ChrisUana, t. U. col. 1095.) 



GARE^'IVE, s. f. Futaie de 
chênes avec ou sans lapins. Mot 
d'origine celtique ; gwaré, au 
pluriel gwarénou, désignaient une 
culture au milieu des forêts. En 
gaélique : gwara, en bas breton : 
gwarer , signiflent : défendre 
l'accès d'un lieu clos. 

Qui est trouvé tendant aux perdrix en 
pais de garenne, il chel en amende de 
dix livres et le haraas perdu.. 

(BouiEiLLER, Somme rural, liv. II, titre XL, 

XlV'siècU.) 

GARG AjWEIiliE, S. f. Gorge, 
gosier. En italien et en provençal : 
gargnmellt, du radical garg, qui 
a également formé ^a^'^a/e. (Voir 
ce mot.'^ 

Puis'uy passay ma broche à travers 
la garjamelle. 

(Rabelais, Pantaijruel, liv. II, cL. XIV.) 



Le patois toulousain désigne le 
gosier par le joli mol gargaillol. 

Jantis pastoureletz quedejoust las om- 

[breles 

Sentets apusima lou calimas del jour 

Mentre que lous ausels per saluda l'amour 

Uslon le gargaillol de mille cansonetes. 

(GouoouLm, Poésies en patois toulousain.) 

GARGATE, s. f. Gorge, 
haut de la poitrine. D'oi^i le verbe 
dégargatcr, décolleter. En italien : 
gargata, en picard et en ancien 
anglais : gargale, en espagnol et 
en portugais : garganla signifient 
gosier. En basse latinité : gargata 
portus a signifié entrée d'un port. 

Navis januensis cum esset in portu 
massiliensi in gargatâ. 

[Charta Massilicnsis, anno 1436, cité par 

DU Ci^GE.) 

Alsi com une fosse fu ouverte en la 
gargate — quasi quoddam barathrum 
patebat in gutture. 

{Dialogues de S. Grégoire, liv.ni,ch. XXXII.) 

Tel est doux aux boyaux qui blesse la 
[gargate. 
(FuRETiÈuE, le Médecin pédant.) 



GARGOTER, V. n. Faire du 
bruit en bouillant. 

Il ne nous en cliaut de tous les bruits 
qu'on fait courir de nous pourveu que 
nous ayons de quoy faire gargolter la 
marmite. 

(Caquets de l'accouchée, p. 178.) 



GARGOL'IIiliER, v. n. Se 

dit du bruit que fait un liquide en 
coulant, de celui qui se produit 
dans les intestins. Cette onoma- 
topée s'emploie aussi pour dési- 
gner le bruit que fait le pot au 
feu ou le ragoût en bouillant. Le 
français a retenu de ce vieux mot 
le substantif : gargouille, conduit 
qui de la toiture d'un édifice jette 



GARIR 



189 



GARONNE 



les eaux pluviales au dehors. Du 
bas latin : gavgula, gosier. 

Là gargouillent les eaux de cent mille 
[fontaines. 

(RuNSiiiD, Amours de Marie, p. 30.) 

S'il y a de la boue ou aulre humeur 
contenue au thorax on oit un son 
comme d'une bouteille à demi-pleine 
qui gargouille. 

(Ainbroise Paré, introduction.) 

CîARIR, V. a. Guérir. S'écrit 
aussi guarir. (Voir ce mot.) 

Ganssez-mo\ de mort et de tourment. 
{Roman de Guillaume au court nez.) 

La déesse apparut à lui, de nuict, en 
dormant, qui lui enseigna une médecine 
de laquelle il garit. 

(F. Amvot, trml. de PuiARgiE, Yie de 
l'ériclès.) 

CiARIVIER, nom d'homme 
qui est d'origine germanique : 

Warinher (wavin, délense; her, 
armée). Ce nom s'est abrégé en 

Wnrnher, Wnrner, conservé en 
allemand et devenu le français 
Gnrnier, après avoir passé par le 
latin Garnorius, qui se trouve 
dans notre région dès leXPsiècle : 

Garnerius, S'' Maxenlii, abbas, anno 
1090. 

(Gallia Christlana, t. H.) 

Le poète Adenès li rois a donné 
ce nom à un ménestrel : 

Et l'autres fu Ilarpères, s'ot nom maislrc 
[Garnie»'. 

{Li Bomans de Berte aus grans pics, 
vers i!05*,) 



CSAK^-IMEXT,s. m. Garne- 
ment, mauvais sujet. En ])roven- 
çal : garnimen; en catalan : 
guarniment ; en italien : gavni- 
inento. 



Dlsl le duc de l'Encloistre : par le mien 
[serrement 
Jà trièves ne donrai à itel garniment. 

(Chronique de Bertrand Duguesclin, 
vers 11~4".) 

Les prians que, pour la communauté, 
ils voulussent prester chascun quelques 
chiens pour despecher le pays de ce 
nieschant garniment de regnard. 

(Bonav. des PÉniEns, XXI.V« nouvelle, 
p. 138.) 

Ce mot n'a pas toujours eu le 
sens péjoratif d'aujourd'hui; au 
X1V° siècle, il signiliait tout sim- 
plement un homme, un garçon. 

Franceis i perdent lor meillors guar- 
[nemenz 
Ne reverrunt lor pères ne parenz. 
(Chanson de Roland, vera 1420«.) 

CVROBK, s. f. Vesce, petite 
graine donnée ordinairement en 
nourriture aux pigeons. 

Avons trouvé en meslure unze bois- 
seaux, plus deux boisseaux de garobe. 

(Inventaire de l'nbbaye do la Frennde, 
décembre 1653. — Arr'i. histur. de 
la Sainlonge, t. X, p. 288.) 



G.%.ROlTIi, s. m. Maïs en 
herbe ou en grains. Ce nom, 
donné au maïs ou blé d'Espagne, 
a probablement une origine ai'abc 
car, dans cette langue, kavouia 
désigne une mesure de capacité 
pour les grains. C'est un dimi- 
nutif de karw, augette, coupe. 

GAIIOIVÎXT, nom de rivière, 
du celtique : gavw, rapidité, d'oïi 
est venu, en bas breton et en 
gaélique, le mot carw, qui dési- 
gne le cerf, animal agile. 

Ganv vel garaw rapidum sonat etiam 
brilannis nostralibus, unde suspicalur 
Canibdenus nomen habuisse GariDnnam. 

(BocHAiiT, Colonies des Phéniciens, 
p. 737.) 

14 



GAS 



190 



GATE 



GAS, S. m. Garçon; se prend 
généralement en mauvaise part. 
Ce mot est d'origine celtique ; en 
kymrique, gwas a été latinisé 
dans la forme vassus, garçon, 
serviteur, d'où est venu vassal. 
Ce mot se retrouve dans la plu- 
part des langues néo-celtiques 
avec le même sens : en breton : 
gwaz; en gallois : ffwas; en 
écossais et en irlandais : gas. 

GAS, Gât, adj. Usité dans 
l'expression : marais-gai , qui 
désigne d'anciens marais salants 
où l'eau de la mer n'arrive plus. 
En vieux français : gaste, gast, 
inculte-, aride, désert; gaster, 
ravager, détruire ; du latin : 
vastare (1). 

Quar ma meson est trop déserte 

El povre et gaste 
Sovent n'i a ne pain ne pasle. 

(Rltebœcf, Mariage, 1. 1, p. 9.) 

Adonc m'aparul uns sentiers 
Qui par une gaste lande 
Me mena en Hreceliande. 

(Huon DE MÉRY, Tournoiemeut de 
l'Antéchrist.) 

Le roy estoil diiement informé que 
les Anglais estoient délibérez d'en- 
trer et descendre au royaulme de France 
pour deslruire et gaster icelluy 

(Jean de Troïes, Chronique du roy 
Louii.Y/, p. 98.) 

Les marais salans sont rangés en 
plusieurs classes. Ceux qu'on a laissé 
dégrader se nomment marais gatz. 

(P. Abcère, Histoire de La liochelle, 1. 1, 
p. 22.) 



GASSOl'Ili, s. 

d'eau bourbeuse. 



m. 



Flaque 



fl) Vattiiin destructionera significat, dit Du 
CauRe {Glossaire de la Basse latinité), et ce 
savant ajoute : vaslum, yaslnm. yrastum. yoces 
ejusdeiD nolionis et originis. 



Ne n'ay point aucun vaisseau ni 
bachot comme vous avez le vostre, dans 
lequel je jette un gassouil de pollution 
et d'ordure. 

(Braxtôme, Daines Galantes, dise. I, 
p.7>.) 



GASSOUILIiEB, v. n. Met- 
tre les mains dans l'eau sale — 
dans le sens actif: salir. 

Voylà pourquoy il ne faut se vanter 
de nous gasouiller de vos ordures... 

(Bra:<iôme, Dames Galantes, dise, I, 
p. 70.) 

D'après M, Ch. Nisard, gas- 
souiller est un augmentatif de 
gasser qui vient de l'italien : 
Quazzare, dibatter cose liquide 
dentro a un vaso. Latin : qiiassare. 
(Parlsianismes populaires, p. 
124-125.) 

GASTAUD, nom d'homme. 
En vieux français : gastos, savant, 
sage. 

Borel prétend que la loi sali- 
que a été écrite par Wisogastus, 
Iliisegastus, Salegastus et Loso- 
gastus, dont les noms ont été 
tirés de cette qualification an- 
cienne. 

Le prieur de l'abbaye de Sur- 
gères (de 1604 à 1628) se nommait 
Gaslaucl. 

GATE, Gatte, s. f. Poisson 
de mer, qui se trouve aussi dans 
les neuves assez loin de leur 
embouchure. C'est Valosa lintade 
Cuvier. 

Dans la Loire-Inférieure, on 
désigne ce poisson par le nom de 
Couvrcau. 



GATK, adj. Atteint d'hydro- 
phobie ou de tout autre mal qui 
altère le sang. 



GATINE 



191 



GAUGER 



Parquoy, craignant Gargantua qu'il 
se guastat fcil faire quatre grosses 

chaînes de fer pour le lier 

{Rabelais, l'antayrucl, liv. II, ch. IV.) 

Un soudard, mal sain de sa personne 
et ijasté dedans le corps. 

(Fr. Amvot, Vie de Pelopidas, trad. Je 

PtCTAByfE.) 

CîATIXK, s. f. Terre inculte. 
En basse latinité : giinslare, cor- 
ruption du latin : vastarc, sig-nifie 
ravager, rendre désert. Même 
origine que (jàt. (Voir ce mot.) 

David cunversout el désert, là u il 
truveit les fermelez; e demeuroul en 
un munt de la (juastine de Ciph (1). 

{Litre des Roi.i, liv. I, ch. X.XIII, ver- 
sot Il — traJ. du XIl" siècle, p. 91.) 

Avant! messire Fîrun, tandis 
(Jue sommes en ceste gastine 
Faites que ceste dame tine. 

{Théâtre Français au moyen âge, 
p. 390.) 

Une partie du Poitou, dont la 
capitale est Parthenay, avait le 
nom de Gastine. J. du Fouilloux 
y est né. 

Tendre orphenin sortant de la tétine 
Transporte fuz dehors de ma Gastine. 
(J. DU FoiiLioLi, Adolescence.) 

fJATI.VE.lU, nom d'homme. 
Habitant de la Gàline. (Voir ce 
mot.) 

QAi:»F, s. f. Espèce de 
réséda sauvage employé en tein- 
ture. Vert c'nie (jaiide est une 
comparaison usitée en Saintonge. 

L'on sçait aussi que les teinturiers se 
servent d'une herhe qu'ils appellent 
gaude de lac[uelle ils font leurs jaunes. 

(Bernard l'itissï, Discours Admirables, 
p. 318.) 



(1) Moraliatur nutcm David de descrto in locis 
Orinissimis, mausit que iu monlu solitudinis 
Zipti 



Les chanvres, lins, guesde ou pastel, 
garance, gaude, chardon à bonctler 

(Olivier be Sehues, Théâtre d'Agriculture, 
p. 501.) 



G.VrDF/r, Gaudin, €iau- 
diiieau, noms d'hommes; déri- 
vés du vieux français : gaud, gai, 
gaillard (en latin : gaiidcns), et 
Claudine, plaisir, divertissement, 
qui ont donné naissance au fran- 
çais : gaudriole. 

Gaud et gaudino ont également 
signifié au moyen âge : bosquet, 
bois, forêt, bocage; en allemand : 
Galcl, forêt. 

Dont venez-vous si seul parmi ce 
[gaut feuillu. 

[Berte aus grans pies, vers 12S4'.) 

Tout le brueil et le gaut resonne 

De -son cler ton; 
Maint dous verLelet et maint son 
Faisoit adont en sa chanson. 

(La Lande dorée. Nouv. rec. de Contes 
t. II, p. 181.) 

Aussi les satires et les fées 
iSont moult dolent en lors pensées 
Uuanl il perdent par telles crétines 
Leurs délicieuses gaudiiies. 

(Jean de Mecso, Roman rie la Rose.) 



GAUFRK, s. f. Friandise faite 
d'une pâte légère et liquide dont 
on emplit un moule plongé dans 
la graisse bouillante. 

Vous avez des metz plus de douze 
l'our servir ces trois marjollez 
\ous avez raton, tallemouse, 
Gaufres, poupelins, dariollez. 

(Nicole DE Là Ches:4àye., Condamnaciony 
de Bancquet.) 

El ne puent ne ne doivent les mestres 
ne les valiez donner que deux goff'res 
pour un denier... 

(Litre des Métiers d'Estienne BoiiEiC, 
ordonnance relative aui oubliera, 
p. 351.) 

O ALGER, V. n. Enfoncer, 



GAULE 



19-2 



GAUTIER 



être détrempé par riiumidité. Se 
dit d'un lorrain dans lequel on 
cncasse. (Voir ce mot.) 

OAUIiK, s. f. Long bâton, 
ëchalas. Ce mot est.d'originc cel- 
tique et se retrouve avec la même 
signiiication et des formes peu 
diiïerentes dans les dialectes néo- 
celtiques. En gallois : gwicl, 
gwail; en breton : gwalen; en 
cornouaillais: gunylen; en écos- 
sais et en irlandais : Çjiole. 

Viens au tect aux vaches, car celui 
des brebis étoit de l'autre côté, clos do 
gaules de coudres entrelacées subtile- 
ment. 

(Noël Dc Fml, Propos Rustiques.) 

Les cheveux en passe-filon 
Et l'œil gay en esmcrillon 
Souple, droictc comme une gaule. 

(CI.MiROT, Dialogue de Deux Amoureux, 
1. 1, p. ^29.) 

OAUIiER, V. a. Abattre les 
noix avec une gaule. (Voir ce 
mot.) 

OAl'IilS, s. m. Branches 
d'un taillis qu'on a laissé croître. 
(Voir gaule.) 

Je pousse mon cheval et par haut et 

♦ [par bas, 

Qui plioit des gaulis aussi gros que 

[le bras. 

(Molière, les Fâcheux, act. II, se. VII.) 

GAUPE, s. f. Femme de mau- 
vaise vie — femme malpropre. 
Du Gange tire ce mot de gausape, 
sorte de manteau; il parait plutôt 
avoir une origine orientale, car, 
en arabe, gahha signifie vieille 
courtisane , du verbe gahab , 
tousser. En persan, gahpe a le 
même sens. On le retrouve dans 
le dialecte najiolitain, où guappa 
signille une femme batailleuse, 



mal embouchée, d'où les mots 
d'argot gouape, gouapeur pro- 
viennent évidemment. 

Kst-rc ainsi, sales gopes, (juc l'on 
ferme l'huys à celui qui vous a rachetées 
do misères 

(P. DE Lahivey, les Tromperies, act. I, 
8C. I, «ne. th. fr., t. Vil, p. 9.) 

Maintenant celui qui aura une belle 
femme, s'ira acointer de sa chambrière 
qui sera un louillon, un salisson, une 
gaupe. 

(CiioLifenKs, Matinée Y des Laides et 
des Belles Femmes.) 

En patois poitevin, gaupe est 
le nom d'une vieille truie qui ne 
porte plus. 

« AIJRY, Gory, noms d'hom- 
mes, diminutifs de Grégory, 
forme de Grégoire, nom dérivé 
du grec : rpE-^opto;, vigilant. 

Ces mots peuvent également 
dériver du vieux nom germani- 
que : goderich (bon, riche); en 
latin : godericus. (Voir Lorédan 
Larchey, Dictionnaire des Noms.) 

Le trente-deuxième prieur de 
l'abbaye de Bassac se nommait 
Gory: Joliannes IV Gory,pres- 
hyter. (Gallia Christiana, t. II, 
col. 1111.) 

GAUTIER, Gautreau, 
Gaiitrct , Gautron , noms 
d'hommes. Les trois derniers 
sont des diminutifs du premier. 
En vieux français, gauliev ou 
qauhier a signilié bûcheron ; en 
basse latinité : gualterius ; ce mot 
dérive du mot gant, forêt, taillis. 

Là vont vnrlet et damoiseles 

Conjoins par vieilles m 

Cerchant prés et jardins cl gaus. 
(Jean de Meino, linmaii de la Rose.) 

Malgré cette signification an- 
cienne, le nom Gautier a une 



GAVACHE 



193 



GEARBE 



origine germanique au moins 
dans le nord de la France. La 
forme latinisée, M'nlthcrus, cor- 
respond au tudesque : waldber, 
devenu walter, gualder, gautei\ 
et a également la signification de 
bûcheron (de l'allemand : wald, 
forêt.) Dès le XP siècle, on trouve 
en français la forme gualler et, 
au XI', celle de gantier. 

Senz l'arcevesque et senz Gualter del 

[hum 
Repairez est de la muntaigne jus 
A cels d'Espaigne mult si est com- 

[batuz. 
{Chanson de Roland, Tcrs 2039°.) 

Li uns fu viclères, on l'apeloit Gautier. 

[Li Rnmana de Berte ans grans pics, 
vers '294'.) 

Au XVI' siècle, gaullier dési- 
gnait un joyeux compère ami de 
la joie. 

A moy n'est que honneur et gloire 
d'estre dit et réputé bon gaullier et bon 
compagnon. 

(RABBLiis, Gargantua^W-^. I, prologue.) 



GAVACHE, s. m. Habitant 
de la région saintongeaise qui 
fait partie du département de la 
Gironde et, en particulier, des 
cantons de Guîtres, Saint-Savin 
et de la partie du Fronsadais où 
se parle notre idiome. On donne 
aussi ce nom au langage parlé 
dans ce pays et que le patois gas- 
con désigne sous le nom do gabaï. 

Le mot gavachc, ordinairement 
pris dans un sens injurieux, n'est 
jjas autre chose que l'espagnol : 
gavaclio, canaille, (|ue les soldats 
de Ferdinand VII employaient en 
1812 pour désigner les soldats 
français. 

Le mot gn vache se trouve chez 
quelques auteurs du XVII° siècle, 
époque où la littérature française 



s'inspirait fréquemment de la lan- 
gue espagnole. 

Homme lâche et sans honneur 
Il vous Imiterait do gavaches ; 
Vous me faisiez tant les bravaches. 
(SciBKOM, Virgile travesti, liv. V.) 

Dans le midi, les montagnards 
sont quelquefois désignés par le 
sobriquet de gavot, qui dérive du 
nom de gave donné aux torrents 
des Pyrénées. 

GAVAGIVER, v. n. Gâter, 
gaspiller, diminutif de gaver. 
(Voir ce mot.) 

GAVER, v. a. Faire manger, 
gorger des animaux pour les 
faire engraisser. Des vieux mots 
français : gave, gavion, gosier, 
jabot. 

Mais Renart le feri ou col 
De son fausart (1), jus li ciist 
Caupéc la teste, ne fust 
L'aubier dont ot la gave plaine, 
Kil ot mangié 

{Renart le nouvel, vers 1988', 
Xni» siècle.) 

Il a passé huit jors entiers 
Que ne pot boivrc ne mengicr 
Quar une areste de poisson 
Li aresla au gavio7i. 

{Le Vilain Mire, ver» 1 15*, Faliliaux 
et Contes, t. III, p. 6.) 

GAZEAUX, Gazcaii, noms 
d'hommes; corruption do caseaii, 
cazeau, qui désigne dans le midi 
une petite maison; en latin : casa. 



GEARBE, Jarlic, 



f. 



(1) Fausart. fauchard en sainlonRoais, faux 
k long manche pour iniilcr les Imissons. Voilà, 
d'ailleiirs, la traduction do ce passade: «Mais 
renard le frappa au col — de sa grande faux, il 
lui cul coupe ras la tète, n'eut été raui)icr 
qu'elle avait mangé dont elle avait le jabot 
plein. ■ 



GEARCE 



194 



GEMME 



Gerbe. Ce mol est d'origine 
tudosquc; en ancien allemand : 
garbn; en allemand : (jnrbc; en 
hollandais : gavf; en wallon : 
jabe. 

Par vos perdi-jc mon froment 
Cil j'nvoie la quarte jar/^e. 

[Roman du Rrnart., vers SOWa.) 

Et les jambes plus grosses, bien vueil 

[que oliascun l'oie 

Que ne soil une jarbe de blé quant on 

[le loie. 

(Un dit d'avenlures, xni» siècle.) 

Mes travaillez et aouvrez 

De messonner et de soier, 

Si menoit jarbes a loier 

D'un roncinel de poure coust (1). 

{FaHian des Deux Chevaux, vers 28', 
Hcc. de Barbazan, i . ni, p. 108.) 

C2EARCE, s. f. Gerçure, cre- 
vasse à la peau. En basse latinité, 
ffiirsa signiliait scariiication. (Voir 
Jarser.) 

Ce vent de mars vous garschera les 
lèvres. 

(Palscrate, Eclaircisxement de la Lan- 
gue française, p. 434.) 

Le blé meurdri de la froidure 
El blesme des jarçans frimas (2) 
Maintenant n'a plus le chef bas 
Mais touffu reprend sa verdure. 
(Remy BELf.Eiu, Bergeries.) 



CiEL, s. m. Gelée. 

Fn y ver pler et me gai manie 
Et me desfuel ausi com l'ente 
Au premier rjiel. 
(Rdiebcbcf, Dit de la Griesche d'ijrer, 
1. 1, p. 26.) 

CiÉIilIVE, S. f. Poule; du 
latin : gallina. Le IVançais geli- 
notte en est un diminutif. 



(1) Mais nrcssé et orciipô de moissonner et 
de .scier (lel)ié),il menait des Rerbes ii lier avec 
un ctieval (roncin) de pauvre valeur. 

(2) Jarfans, frimas, froids qui produisent des 
gerçures. 



Ne seroit autre ehosc faire 
Fors que par anioretes fines 
Mètre l'cnart o les gélines. 

(Jenn de Miîi'kg, Roman de la Rose, 
vers 15218».) 

11 n'y avoit que ung grant testu 
(,Uii avoit un Jacques vestu 
(Jui mist ma grant <jéline à fin. 

{Farce de Colin, anc. ih. fr., t. II, p. 389.) 

Mais à l'œil de tous regardanlz 
Fust trouvée dans sa poictrine 
Tout ainsi qu'une aultre géline. 
(Gilles CoBHOzEi, Fables, p. 188.) 

GÉIilIVEAU, nom d'homme, 
signifiant poulet; du vieux fran- 
çais : géline. Dans le midi, on 
appelle galinier le marchand de 
volailles; en latin : gallinariiis. 

En vieux français : gélinicr, 
poulailler. 

Il ira à la vielle son huis brisier 
Kl se il puet trouver le gélinier 
Il s'en vorra o tout les hués aler (1). 

(Fabliau d'Aiidif/ier, vers 'i'i'i' — Recueil 
de Barbazan. t. IV, p. 'i'ii.) 



GEIilS, Gellve, adj. Se dit 
des pierres sujettes à se briser à 
la gelée. 

Considère un peu certaines pierres 
qu'on ap[iclir, gelices ou ventouses et lu 
verras qu'elles se consomment journel- 
lement 

(B. Paiissy, Recepte Véritable, p. 46.) 

lïEIflITIE (fi^aintc-), nom de 

localité. Gemme, du latin gemma, 
pierre précieuse. 

La paroisse de Sainte-Gemme 
avait un prieuré fondé en 1071, 
par Guy d'A(iuitaine, (]ui devait 
la dime à la riche abbaye de 
Sainte-Marie, de Saintes : 

Caria de decimâ monachorum sanclœ 



(1) Il s'en voudra avec tous les œufs aller. 



GEMOZAC 



195 



GERARD 



Gemmœ, ecclcsiœ bealœ Mariœ red- 
dendâ. 

(InTentairo Hu Curlulaire de Sainte-Mnrie, 
par M. .Moreàu.) 



GEMOZAC, nom do localité, 
dérivé par corruption du vieux 
français : gémeau, jumeau; en 
latin : gemellus. Gemozac, ijemel- 
liacuni aurait la signification de 
domaine des jumeaux. 

GElVElIIIi, Gcnolllôn, s. 

m. Genou. En latin : genii ; en 
grec : yôvj; en sanscrit : jâmi. 

Se meUre à genoux se dit : se 
mettre de genoillon. 

La fille Karle se mist à genoillons. 
Alii, dist-ellc, genliz fiuls à baron! 

{Amis et Amitrs, vers ^2757», chanson 
(le geste du XI' siècle.) 

Sur son genoill en fiert son destre gant. 
[Chanson de UnUind, stance 188.) 

Devant eus se getla li mes (t) à 
[genouillon. 
{Chroniques de Bertrand Diigrsclin.) 

A genillons merci li crie 
Jointes mains li requiert et crie. 
(RcTEBŒiF, Frère Dcniie, 1. 1, p. 263.) 

OÉIVÉTOUZE, nom de loca- 
lité du canton de Montguyon. 
Lieu planté de genêts; latin : 
genista. 

CiKlVOUIIiliÉ, nom de loca- 
lité. Au moyen ix^a, genou a eu 
la signification de degré de 
parenté; du latin : gignerc, 
enfanter. 

Jurèrent que le premier mari et la 
feme estoient cosin en quatre genoul à 
l'orne. 

(Livres de Jostire et de plel, p. 203, § 1.) 



(1) Mes, messager ; du latin ; missus. 



Il est probable que l'église de 
Ge-fiouillé : sancta Maria de 
Gcnualico (Gall. Chn'stiana, t. II, 
col. 1100), a été ainsi nommée 
d'une pièce d'armure, le genouiî- 
lier (du latin : genualia), déposée 
en e.\-voto par (juelque chevalier. 

CîEOFFROY, nom d'homme, 
abrégé de Godefroid. En latin : 
gaufridus, godefridus sont déri- 
vés du vieux nom germanique : 
godet'vid (bon-i)acifique), d'après 
Lorédan Larchcy. 

Au moyen âge, on trouve les 
formes géïrei, géfreid. 

Sire empererc, co dist Gefrey d'Anjou 

Gefreid d'.\njou ad sun greisle sunet (1). 
{Chanson de linland, vers '2945"-'295i«.) 



C E O R e E S , Gcorg;ct , 

CMeorgeon, noms d'hommes ; 
du grec : ïscopYOî, cultivateur, 
laboureur. 



CÎERAIIV , Gérin , noms 
d'hommes dérivés du germanique 
gai\ javelot. C'est le nom d'un 
des pairs de Charlemagne. 

Et Gerins liert Malprimis de Rrigal. 
{Chanson de Roland, vers l'26I«.) 

GÉRARD, nom d'homme 
d'origine germanique, il s'écrivait, 
en 768 : Gare hard (javclot- 
aguerrij, d'après Lorédan Lar- 
chey. Ce nom est devenu succes- 
sivement Gerhard, Gérard, Gi- 
rard. Il se trouve aussi sous la 
forme de Gvrers dans le vieux 
français. 



(I) Geoffroy d'Anjou a sonné son clairon. 



GERBEUR 



196 



GINDRE 



Et sis cumpains Gcrers ficrl l'nmu- 
[raste (1). 
{Chanson de Roland, vers 1 IQ9«.) 

GERBKUK, S. m. Celui qui 
lie les gerbes. 

Gerbeur les javelles entasse 

De peur que le premier qui passe 

Die, voyla des gens de soin. 

(Baïf, Eglogue XIY, p. 41, t°.) 

GER:fIIGIVAr, nom de com- 
mune du canton d'Archiac, du 
vieux français gcrniiner (latin 
germhiarc), croître, germer. 

Les filz Israi'l crustrent et com aer- 
minants sunt multipliez (2). 

(Traduction de la Bible, Exode, ch. I, 
Tcrset Vn.) 

CIBAUn, nom d'homme et 
de localité, d'origine germanique : 
giboald, abréviation de gisle-bald 
(otage-confiant), d'après Lorédan 
Larchey. Dès le VIP siècle, ce 
nom se trouve dans notre pays. 
Le dixième évêque d'Angoulème 
(616), s'appellait Giboaldus. 

Gihaud peut également être 
considéré comme un dérivé du 
celtique gib, élevé en forme de 
dos, d'où : f/ibJtosus, bossu. Il 
existe près de Saintes un village 
appelé le Puy-Gibaiid. 

CrlBER, v. n. Ruer, regimber, 
se débattre des pieds comme un 
pendu, d'où le substantif gibet. 

En un estable ont mené le destrier 
Frouche et henist et regibe des picz. 
(Roman de Garin le Loherain.) 

Rainsant (3) s'en torne regibant. 

{Roman du Renart, vers "601«.) 



(1) Et son compagnon Gcrers frappe rérair. 

(-2) Filii Israël crevcrunt et quasi gcrminantes 
muitiplicatisunt. 

(Z) Rainunnt est le nom du cheval dans le 
Roman du Renart. 



Volenliers les vaches dn pyé de der- 
rière regibent et souvent brisent le pot 
et respandent le laict. 

{Evangile des Connoillcs, p. "2.) 



GIBOI^, Gilioiiiu, noms 
d'hommes. C'est le vieux germa- 
nique gebewin (ami-libéral), qui 
se trouve en français dès le XI° 
siècle : 

Li reis cumnndct Gebuin e Otun 
Tcdbald de Reins e le cunle Milun. 

{Chanson de Roland, vers 2i32''.) 

C-mUER, Ging;ucr, v. n. 

Lover la jambe ou gigue, danser, 
faire des pirouettes. Les mots 
gigue, jambe, et gigot, cuisse de 
mouton, paraissent dériver du 
nom donné à un instrument à 
cordes qui a quelque ressem- 
blance à la forme de la cuisse. 
En italien et en espagnol : giga; 
provençal : guiga, ancien alle- 
mand : guige, allemand moderne : 
geige, violon (1). 

S'il faut giguer et se battre 
Elle en donne six pour quatre. 

(GoMBACT, Epttrcs, Ut. I.) 

GIIiRERT, nom d'homme 
dérivé du vieux nom germanique : 
hilde-bert, brillant au combat. 
(Léon Scott.) 

Gi:%'RRE, s. m. Garçon bou- 
langer, celui qui pétrit le pain. 

Et aura avec lui le coustumier et 

touz les talcineliers (boulangers), et les 

meslresvallès que l'on appelé moindres. 

(Esticnno Bûilew, Livre des Métiers, p. 7.) 



(1) FI prcmnrain front clievaohnient 
Cil qui les cslrumcnz portoicnt 
Ggijurs et harpes cl viéles. 
{Dolnpatlins, vers 2980' — EJ. Jannel, 
p. 204.) 



GIRARD 



197 



GLEU 



Cette ancienne orthographe 
joindre nous donne l'étymologie 
de ce mot que l'on a supposé à 
tort venir du verbe Qcindre à 
cause de l'espèce de gémissement 
que font entendre les boulangers 
en pétrissant leur pain. Le mot 
joindre vient de junior, comme 
moindre vient do minor. (Voir du 
Gange au moi junior et M. Littré 
au mot gindre.) 

Dans un ancien titre relatif aux 
meuniers et à leurs valets, on 
trouve CCS derniers désignés par 
le mot juniores : « In uniquoque 
molendinorum duo juniores tan- 
tùm erunt. 

GIRARD, Qirardcau, Gi- 
rardct , Girariliu , noms 
d'hommes. Le nom (Jii'ard elsea 
diminutifs sont des formes de 
Gérard. (Voir ce mot.) 

GIR\i;n, Giraudeau, Qi- 
rardcl , Giraucliu , noms 
d'hommes. Giraud et ses diminu- 
tifs viennent du vieux nom ger- 
manic(ue girakl, abrégé de gni- 
roaJd, garelmld (javelot-ancien), 
d'après Lorédan Larchcy. La 
forme latine giraldus se trouve 
souvent dans les vieilles chartes. 



GIRO.'«'Dï:, s. f. Nom du 

fleuve qui sépare le Médoc de la 
Saintonge, entre le Bec-d'Audiés 
et la mer. D'ai)rès Bourignon ce 
mot dérive du celtique gyr qui a 
désigné tout ce qui est rond. 
(Ant. do Saintes, p. 2i2, note.) 
Le nom du lleuve est relativement 
moderne, car les anciens géogra- 
phes : Strabon, Ptoléméo, Mêla, 
et les vieux écrivains locaux : 
Ausone, St-Paulin, Fortunatus, 
ne parlent que de la Garonne; 



cependant nous trouvons cette dé- 
signation employée au moyen âge 
pour la partie du fleuve qui se 
trouve devant Bordeaux où il dé- 
crit un demi-cercle complet. 

Pro Arnalfio Monelario, civi Burde- 
galensi , hahendo domum ibidem inter 
portam Hossellam (porte delà Rousselle) 
et mare, sen fluvium Girondœ... 

{llôles gascons de tSS8.) 

GlSSE, s. f. Gesse, plante 
iégumineuse. (Le Lathyrus des 
botanistes.) 

Plus ung picoUin et demy de febves 
d'Espagne"; plus demy boisseau de gisse 
cuizant'é... 

(Inventaire de rAbbaye delà Frennde, 
décembre 16o3 — Arch. kisl. de La 
Saintonge, i. X, p. 5!89,) 

Les espaces principales et générale- 
ment congneues sont les fèves, pois, 
fazéolzs, geïsses, pois-ciches... 

(Olivier de Serres, Théâtre d'Agrieullure 
liv. m.) 

GITTE, Gette, s. f. Jet, 

pousse d'arbre. 

Et la mesme année que les dites bran- 
ches auront esté coupées près et joi- 
gnant la couppe d'icellcs, il sortira ua 
nombre de gilles...! 

(Bernard PAiiasv, Recepte véritable., p. 36.) 

En ces mois ils ne vont pueres à 
l'eau (les cerfs), ils se contentent do 
l'humidilc cl substance delà geltc. 

(J. DU FouiLLocx, Vénerie, ch. XXXI.) 

GIVREZAC, nom do loca- 
lité. Domaine du brouillard, du 
vieux français giLro , brume , 
brouillard. 



GLEr, Glcux, s. m. Paille 
laissée sur piod après le sciage de 
l'épi — chaume — poignée de 
paille. Du llamand geluye, gluyc, 
paille ; en provençal : glueg. 



GLOIRE 



198 



GOGO 



Un fesscau de chaume autrement ap- 
pelé glui. 

(Lettres do rémission de 1391, Glossaire 
■ Carpenlier, art. j/we/l.) 

Fuerres, gluis, eslrains ne esteules. 
(J. Froissiri, Ledit du Florin, vers 83*.) 

As-tu pas veu certains laboureurs, 
que quand ils veulent semer une terre 
de deux années suivantes, ils font brus- 
1er le gleu ou paille restée du blé. 

(Bernard Paiisst, Recepte véritablCiP.ZS.) 

GLOIIiE, s. f. Fierté, glo- 
riole, vanité. 

Si c'est gloire de publier soy mesme 
ses valeurs... 

(M. .Mo5iAiG>E, Essais, Ut. II, ch, VI.) 

GOBAIJD, Gobcau, noms 
d'hommes. Du vieux français/yo/;e, 
vain, fou, ou du radical celtique 
goh, bouche. 

Lor devient la terre si gobe 
Qu'el velt avoir novele robe. 

(Guillaume de Lorhis, Roman de la 
Rose, vers o3*.) 



GODAIIiliE, s. f. Vin mêlé 
au bouillon du potage; c'est ce 
que les gascons appellent chnhrot. 

On appelait autrefois godalle 
ou goudale, une bière brune : 
Palsgrave traduit aie dvinke par 
le français goudale. {Eclaircis- 
sement de la Langue française, 
p. 190, col. 2.) L'anglais a con- 
servé en deux mots : good aie ; le 
suédois et le danois : god œle, 
qui signifient bonne bière. 

Car il a 1 lissié son mestier 
De draper, pour brasser goudale. 
(Thcàlre français au moyen âge, p. 83.) 

Une rivière trueve qui d'un pendant 

(avale 
Volentiers en béiist mais trouble est 
[com godale. 
[Berte ans yra.is pies, vers 742*.) 



Faisons les touz, si vous m'en voulez 

[croire 
Aller humer leur cervoise et godale. 
(Cl. MiRor, Ballade, t. II, p. 72.) 

La coutume de mêler le vin au 
bouillon et la vertu bienfaisante 
do ce breuvage n'étaient pas 
ignorées de nos aïeux : 

Quant il ot oy messe du tout à son 

[comand 

Prist une soupe au vin qu'cstoit moult 

[poignant 

Et si but une foiz, puis va oultre 

[passant. 

(Chronique de Bertrand Duguesclin.) 

GODAUD, Godart, noms 
d'hommes, dérivés du vieux fran- 
çais : gode, femme de mauvaise 
vie, paresseuse, ou du vieux ger- 
manique : godehard (bon-hardi.) 

GODEAU, Godet, noms 
d'hommes, du vieux français : 
gode (voir godard), ou simplement 
de godet , vase à boire ; au 
XIIP siècle : gode. 

GOËinoiV, s. m. Herbe ma- 
rine vésiculaire — varech. Ce 
mot est d'origine celtique; on le 
retrouve dans le gallois : gwymon, 
varech, et il a été conservé en 
bas breton. 

Recollegissent globum herbœ marince 
vocatœ goumon alibi gouëmon. 

(Texte du XIII" siècle cité par nu Cange, 
Glossarium, verbo : gnumon.) 

GOGO (à), locution adver- 
biale. Abondamment, à cœur joie. 
Dans le dialecte picard : à gaugau. 
Le radical .• gau, répété, a été pris 
du latin: gaudere, se réjouir. 

Et estois traité à gogo comme un 
aigneau sous la mameUe. 

^Pierre de Larivet, les Tromperies, n(A. I, 
8C. I, anc. th. fr., l. VII, p. 10.) 



GOGUET 



199 



GOSSER 



N'ayez pas de religion, mocquez vous 
à gogo du prestre et du sacrement de 
l'église et de tout droicl divin et humain. 

(Satyre Ménippce, p. 7.) 



f-OGl'KT, nom d'homme 
dérivé, comme goguetle, du vieux 
français : gogaei\ railler, plaisan- 
ter; gogue, moquerie, plaisir, 
réjouissance. 



GO.lIBAr», Gonibanlt, 

noms d'hommes dérivés du vieux 
germanicpie : gumhidJ, forme de 
Qondebald (comhal-hardi), qui se 
trouve drs le VP siècle, d'après 
Lorédan Larchoy. (Voir Diclion- 
nairc des Aonis.) 



CiOXËIiEiE, s. f. Fossé lon- 
geant une vigne de marais. Dérivé 
du grec : '{o^o^, côté. 



GORll (La\ fiiorcc (La), 

noms de localités. En vieux fran- 
çais : gord, gors, gorz, désignent 
un espace entouré de pieux dans 
un cours d'eau, une pêcherie. Du 
latin : giirgcs; en basse latinité : 
gordus. (Roquefort, Glossnirc de 
la Langue romane.) Pour La 
Gorce, M. Jônain indique un 
radical cclli({ue : cors, signifiant 
ajoncs, bruyères. 



r^OKAllilii:, s. f. Entrailles 
du porc. Afalgi'é sa ressemblance 
avec les mots goret, cochon , 
gorc, ivuicgoraillo est probable- 
ment une corrrupfion du vieux 
français : cor ai Ile, boyau. 

N'i a broinc si fort clnvel 
Qui vers sa lance ait garantisc 



Mais que le pan d'une chemise (1) 
-Les cors lur perce e les corailles, 

{Chronique de.i Ducs de Normandie, 
Tors 1-258».) 



GORF, s. f. Truie. (Voir 

govet.) 

Isabeau de Bavière avait été 
surnommée la grand gore par le 
peuple de Paris. 

En anglais, gore signifie boue, 
limon. 



CiiORF.T, s. m. Porc. Le nom 

de cet utile animal dérive proba- 
blement de son cri habituel. En 
flamand: gorren, en allemand : 
gùrren , signifient grogner. 

Le cochon s'est appelé en grec yoTpo;, 

en géorgien govri, en latin gorretus 

En vieux fram^ais la truie se nommait 
gorricre. 

(Charles Nodieh, Dict. des Onomatopées, 
au mol goret.) 

Estrc gorricre et faire la poupine. 

(Jean Marot,) 

De surcroist furent roustis trois 

cens gourretz de laict à beau moust. 
(Rabelais, liv. I, ch. XXXVU.) 

CiiORIilGK, nom d'homme; 
en vieux français, sellier, bour- 
relier , qui fait les goreanx , 
colliers de cheval. (Voir Roque- 
fort, Glossaire, au mot gorlerie.) 

CiOSNER, v. n. Railler, plai- 
santer, blaguer. On dit en fran- 
çais : se gausser. 

Puis parlant de la journée d'Ivry cl 
gossant a. sa manière accoustumée... 

{Mémoires de P. de l'Eutoile, t. V, p. 20.) 



(I) Il n'y a ruirassp si solidement clouée qui 
gnrantisse de sa lanre plus que le pan d'une 
cbemise. 



GOSSEUR 



200 



GOULE 



En saintongeais, gosser a éga- 
lement le sens de tailler du bois 
avec un couteau. 

QOSSEl'R, s. m. Celui qui a 
l'habitude de railler,* de blaguer. 

A quoy un gosseur qui se rencontra 

là va dire que 

{Mémoires de P. de l'Estoub, t. V, p. 209.) 

GOSSEKIË, Qausserie, s. 

f. Plaisanterie, mensonge, blague. 

Et à cest cffect est grandement ne'cos- 
saire d'avoir et entendre les propres 
significations éloignées et métaphori- 
ques des mots communs et fam.iliers en 
telles gausseries. 

(Noël DU Fail, Epitre iiminaire des 
Contes d'Eutrapel.) 

GOUGE, s. f. Femme de mau- 
vaise vie. Dans ses Remarques 
sur Rabelais, le commentateur 
Le Duchat lui donne ce même 

sens. 

Tellement que sur toutes gouges 
Elle semblera la plus franche. 

(Guill. Coytti,i.AnT, Droits Nouveaux, 
t. I, p. loi.) 

Gouge a eu longtemps le sens 
de femme ou de fille et l'a con- 
servé dans les divers dialectes de 
la langue d'oc. A Toulouse et à 
Montauban, gouge désigne une 
servante; en Périgord, gouye, 
une fille. En Gascogne, gouyal 
est le garçon; en Béarn : gouyon, 
le lils. 



GOrOEOX, Gougct, Gou- 
jon, Goajard, etc., noms 
d'hommes dérivés du mot gouye 
ou gouge, fille ou femme. Le mot 
gouyard a autrefois désigné les 
coureurs do filles et les entremet- 
teurs. Ces mots peuvent égale- 
ment être une forme de goyard, 



goujard, signifiant hommes d'ar- 
mes, valet chargé de porter les 
armes. 

GOUIIV, Gouiuean, noms 
d'hommes. En vieux allemand, 
on trouve godwin (bon-ami), qui 
a pu se transformer en gouin et 
govin. Ils peuvent être considérés 
également comme le masculin de 
gouino. (Voir ce mot.) 

GOUIIVE, s. f. FemiTie de 
mauvaise vie ; en provençal : 
goino. 

Ce mot est d'origine germani- 
que ; il se trouve dans la plupart 
des langues tudesques et Scandi- 
naves : 

En anglo-saxon, cwen signifie 
femme; cven, prostituée. 

En gothique : gwino, en islan- 
dais : gwinna , en ancien alle- 
mand : quena, signifient femme. 
En anglais moderne, quean dési- 
gne la prostituée et, par un rap- 
prochement malheureux, queen, 
la reine. 

Roquefort pense que gouiiie 
vient de goliine, nom que porte 
une princesse très méchante dans 
le roman de Tristan de Léonois. 

Au XVIl" siècle, ce mot avait 
déjà le sens de la langue verte 
moderne. 

C'est une franche gouïne — Il a 
quitté sa gouïne. 

(Exemples cités par Richelet, Diction- 
naire français, édit. do 1680.) 

GOUIiAKD, nom d'homme, 
synonime de goulu, ami de la 
bonne chère; dérivé de goule. 
(Voir ce mot.) 

GOUIiE, s. f. Bouche, gueule ; 



GOULEE 



%1 



GOUTTE 



du latin : gula. En langue celti- 
que, bouche se disait gob, qui a 
formé le français gober et le 
saintongeais dégobiUcr. 

Qar Renart ne l'en lessa 

De tûtes quatre qu'une soûle 

Tûtes passèrent par sa goule. 

{Roman du Rmart.) 

L'expression très usitée en 
Saintonge, badcr la goule, se 
retrouve au moyen âge : 

Tôt hors s'en ist baant la gole 
Et le cerf l'occist et dévore. 

(Guillaume Lexormand, Bestiaire du 
XllI' siècle.) 

GOU liÉE, Bouchée, cuillerée 
et, en général, chose prise en 
petite quantité, ù la gouléc, à 
petites bouchées, à la dérobée ; 
une goulue de terre, un petit 
champ. 

Car par aventure elle prent ung com- 
paignon dont elle ne peut liner sinon à 
grant paour et à la (joulée. 

{Quinze Joyes de Mariage, ch. VII, p. 86.) 

Ma jument ayant une rjoulée de foin 
devant elle 

(Noël DO Fail, Propos Rustiques.) 

Ce maudit animal vient prendre sa 

[goule e 

Malin et soir, dit-il, et des pièges se rit. 

(LAroMii>E, fnble du Jardinier et son 
Seigneur.) 



GOU.noiV, s. m. Maladie du 
mouton, apjjelée aussi pourriture. 
C'est la cachexie aqueuse qui se 
reconnait à une grosseur dans la 
gorge. Ce mol vient-il du vieu.x 
français : gounie, paquet ? (Voir 
Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

GOL'RD, adj. Engourdi par 
le froid — lourd, obèse. Ce mot 



(en latin : gurdus), appartenait à 
l'anfienno langue des Ibères 
d'Espagne : 

Gurdos, quos pro stolidis accipit 
vulgus, ex hispaniâ duxisse originem 
audivi. 

(QiiMiLiEx, hstitutiones, lib. I, cap. V.) 

En provençal, gord signifie 
gras ; en espagnol et en portu- 
gais, garda a le même sens. 

Dans le sens de lourd, épais, 
gourd a fait gourdin, gros bâton, 
et donné naissance aux noms 
d'hommes : Gourdeau, Goiirdon, 
Gourdet. 

Vieulx barbiers, vieulx phisiciens 
Viculx ménestrels qu'estes gourt, 
Vieulx queulx,vous ne valez plus riens. 
(Eustacbe Deschamps.) 

CiOL'RDI.lfE, nom d'un petit 
ruisseau de la Charente qui se 
jette dans le Brouillon, aî'tluent 
de la Charente (rive droite.) Ce 
nom dérive du précédent (voir 
gourd) et indique probablement 
un courant peu rapide. 

COrsSET, nom d'homme. 
Au moyen âge, ce mot désignait 
la partie de l'armure qui préser- 
vait l'aisselle quand le combattant 
levait le bras. L'expression sentir 
le gousset en dérive et est encore 
usitée dans le langage familier : 

Le feu roy (Louis XIII) pensant faire 
le bon compagnon disoit : je tiens de 
mon père, moy, je sens le gousset. 

(Tallemast hE3 Rbaix, Historiette /", 
t. I, p. 100 

Gousset, escafignon, fagucnat, cam- 

[bouis. 
(Sai:(t-Ajiam, Poésies.) 



CiOrTTE, adv. Point du tout. 
Du latin : gutta. Se dit encore en 



GOUTTIERE 



20-2 



GRAILLY 



français dan> la locution : n'y voir 
ijouttc. En saintoii?:eais, ce mot 
s'einploio (riinc inanièro plus 
générale. 

?ires, pour Dieu, alez-vous ent 
Certes, je n'ai goûta d'argent. 

{Fabl. de Sainl-Pierre et du Jongleur.) 

GOUTTIÈRF, s. f. Voie 
d'eau à la toiture d'une maison. 

C'est pour le niiculx que j'ai la gra- 
velle; les baslimenls de mon aagc ont 
naturellement à soulTrir quelque rjout- 
tière. 

(Montaigne, Essais, liv. IV, p. ItJO.) 

CJRAFFIGXKK, KsianB- 
ffncr, V. a. Eg-ralig'uer, déchirer 
avec les ongles. Le moi f/raflif/ner 
et son augmentatif sont peut-être 
dérivés de l'hébreu : garnph, 
prendre par force. 

Et ceux qui ne sont acnouslumez 
qu'au parler de cotte ville où on ne dit 
point autrement que graphigner ou 
égvaphigner. 

(Henri Estienne, Précellcnce du Long. 
}rançais, p. 330.) 

OKAlLiK, Grêle, s. f. Cri- 
ble, tamis, fiasse latinité : grali- 
cula, corruption de craticula, 
diminutif du latin : cratcs, claie. 

Le 21" d'aousl audit an 1G41 Samuel 

Robert se seroyt malheureusement 

noyé au lieu de Uussac en se jouant 

avecq une grelle. 

{Journal de Rol>ert, Arch. hislor. de 
Saintes, t. XI, p. 331.) 

Dans le vieux français, ce mot 
a signifié grille, gril, dairon, 
trompette. 

Gcfreid d'Anjou ad sun greisle sunet. 
(Chanson de lioland, vers iJOal".) 

Au quanz en vit arz e bruis 
'jui sur graïl ereat roslis. 

(Mnrio de Knv.xcK, Purgatoire, 
vers lOttj».) 



Ou sera bouillis en chaudière 

Ou roslis devant el derrière 

Ou sur charbons ou sur greïlles. 

(J. DK ME^^■o, lOiman de la Hose, 
vers 19177».) 

QllAlIil.OiV, s. m. Péjoratif 
de grillon, résidus mal cuits des 
viandes. Outre cette signilication, 
le mot {iraillon a eu le sens de 
vieilles loques. 

Je ne vois pas qu'il y ail plus grand 
relief à vendre des graillons que d'en 
ramasser... 

(T.icoNNEr, /(■ Procès du Chat, se. IV, 
cité par Nisahd, Long, populaire, 
p. 308.) 

C:KATliI.O.\AFK , V. n. 

Cuire lentement et mal en répan- 
dant une mauvaise odeur; du 
vieux français : graailler, brûler, 
rôtir. M. Jônain le dérive de 
craticula. gril. 

CiRAIIiljY, nom d'une an- 
cienne famille de Saintonge, 
dérivé du verbe grailler, onoma- 
topée qui, en vieux français, a 
signifié : crier comme la corneille, 
croasser, et sans doute aussi : 
sonner du cor. 

Toutes les fois que le roy sortoit de 
son logis, trois corbeaux se vonoient 
présenter devans lui, graillant et cro- 
aissant de telle sorte, que le pauvre 
prince avoit la leste romjiuc... 

(Roman d'Eraslus.) 

Au XIV° siècle, le sire de 
Grailly, Captai de Buch, jjrit une 
part active à la sinistre chevau- 
chée du prince de Galles, qui 
livra au pillage et à l'incendie les 
villes les jjIus riches du midi : 
Narbonno, liéziers, Mazamet, etc. 
Les seigneurs gascons (pii, selon 
l'expression de Froissart, « étoient 
moult coiivoitous, » en revinrent 
chargés de dépouilles. 



GRALER 



203 



GRAVE 



GRAIiER, V. a. Griller, faire 
griller. 

Le vieil bonhomme Gramigousier, 

qui après souper se chauffe à ung 

beau clair et grand feu et attendant 
fjraisler des chastaignes escrit... 

(Rabelais, Gargantua^ liv. I, cb. XXVIII.) 

CSRAIiÙS (les), nom de loca- 
lité située près de Breuillel, qui 
rappelle le souvenir d'un incendie. 

QRA^fliTIEJVT, adv. Gran- 
dement, beaucoup. 

Ne demora mies grammant de temps 
apriès, que cil/, rois, madame sa mère, 

li contes de kent eurent avis et 

conseil de lui marier. 

(J. Fhoissart. liv. I, § 38«.) 

A brief parler, j'estoye ainsi 
Mignon comme cest enfant-cy. 
Je n'avois pas gramment plus d'aage. 
(Fr. ViLiox, l'Archer de Bagnolct, p. 156.) 

ORAUDKT, adj. Diminutif de 
grand, devenu nom propre. 

Vien hardymenl : car quand grandet 

[seras 
Et qu'à entendre un peu commenceras 
Tu trouveras un .siècle pour aj)prendre. 

(Cl. MmoT, Avant naissance du fils de la 
duchesse de Ferrure, t. I, p. 08.) 

GRA]VIER, nom d'homme. 
Forme de garnier (voir ce mol), 
ou corruption de grenier. (Voir 
ce mot.) 

CSRAPlLIiER, v. a. Voler 
des raisins — ramasser les grappes 
oubliées par les vendangeurs. En 
vieux franrais on disait grnpcr. 

Et des raisins es chans grapoienl. 
(Joaii DE .Mklxo, Roman de la Uose, veru 'JI2j*.) 

GRAPPI-:, adj. Engourdi, se 
dit surtout des mains rendues cro- 



chues par l'excès de froid. En 
l)atoi;5 toulousain : grcp, engourdi, 
his mas grepos, les mains engour- 
dies. 

GRAS$!$ET, s. m. Becfigue 
gris, petit oiseau plus petit que 
l'alouelle à laquelle, dans quel- 
ques provinces du midi, on donne 
le nom de graisset. 

GRATIGXER, V. a. Egra- 

tigner. (Voir grnfh'giwr, cgrat'û- 
gncr.) 

She scratched her wilh her nagles 
— Elle se graligna de ses ongles. 

(Palsgrave, Eclaircissement de la Langue 
française, cb. IX, p. 338.) 

Car sans cesse il gralignoit 
Quand ce désir le jtoingnoit. 

(Joach. DU BFI.IAY, Epi th. d'un petit 
chien —Jeux rustiques, p. 87.} 

GRATOX, S. m. Grillon, ré- 
sidu de la fonte de la graisse de 
porc. C'est ce qu'on appelle ril- 
lettes en Tourraine, ailleurs ril- 
lons. 

GRATTKROXS, s. m. Fruits 
de diverses plantes, le gaillet, la 
bardane, etc. 

Gratewn, à cause que parsonaspreté, 
elle s'attache aux habillements de ceux 
qui l'approchent. 

(Olivier db Serres, Théâtre d'Agriculture, 

p. m.) 

Rabelais a écrit glateron . 
(Pantagruel, liv. II, ch.'XVl.) 

GR.IlVE, s. m. Caillou, gra- 
vier, terrain sablonneux. Dans la 
Gironde, on appi^lU; vin de ç/raves 
celui (pii vient dans les terrains 
sablonneux et non pas aux en virons 
de Grave, localité du bordelais, 
comme le dit M. Lillré. 



GRAVER 



204 



GREZAC 



Grave, gravier, viennent des 
radicatix grav, grau, qui se retrou- 
vent dans le cornouaillais : ffi'oii, 
dans le bas breton : (/rouan, sable, 
et dans le sanscrit : gravan, 
pierre. En basse latinité : grava 
locum sahulosum, arenosnm. 
(Voir glossaire du t. II de la 
Gallia Christiana.) En latin : gla- 
rea, gravier. 

Il y a tri'^s mauvais pays à chevaucher 
pour les graves. 

(J. Fnoiss.vnT, liv. II, § III.) 

Nous lui donnons loisir (à l'urine) de 
se charger de ces excrémenls cl de 
grave qui servira de matière à bastir 
la pierre de la vessie. 

(MoNTiiGSE, Essais, liv. II, ch. XXXVII.) 

Dans le même sens de sable et 
de gravier, on a dit autrefois 
g rave le. 

Et li ruissiax 
Couroit to7. par fine gravele 
Qui estoit plus luisans et bcle 
Que n'est lins argent esmerc. 

(\V\CE, Roman de Ruu.) 

CJRAVER, V. n. Monter aux 
arbres — gravir. 

Rondement montoit encontre la mon- 
tagne et devalloit aussi franchement : 
gravait es arbres comme un chat... 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.) 

CiRAVli:iiE, s. f. Lieu d'où 
l'on extrait le sable, carrière de 
grave. (Voir ce mot.) 

GRf:iiI':T, s. m. Grillon. 

Les poitevins disent un greîet, les 
angevins un gresillon. Il faut dire un 
grillon avec les parisiens. 

(MB.xiGE, Observ. sur la Laïuj. franc., 
cL. (XCXXIV.) 



GRKXET, Grenon, noms 
d'hommes; du vieux l'rançais : 



grenon, barbe, moustache; mot 
d'origine germanique; en ludes- 
que : grani; en islandais : gr'ôn. 

Moult estoit bien appareillez 
Harbe ol noire, grcnons trcchiez. 

{Fabl. (le Saint-Pierre et du Jonyléor.) 

A son menton n'avoit ne barbe ne 
[grenon. 
(Floire de Blance/hr.) 

GRF>1%^1ER, nom d'homme 
qui désignait autrefois le mar- 
chand de grains (aujourd'hui : 
grainetier). On appelait égale- 
ment ainsi la glandvc, la saison 
de ramasser le gland ; en latin : 
granarium. 

GRÉSIIi, s. m. Grêle menue; 
il diffère de la grêle par la finesse 
des grêlons. 

Et Moyses tendit sa main et grisil 
cessèrent. — Moyses telendit manus ad 
dominum et cessaverunl tonitrua et 
grando. 

{Traduction de la Bible, Exode, ch. IX, 
verset 33.) 

Pur fuildre en l'esgardement de lui 
nues trespassèreni, grésille e charbuns 
de fou. — Pro fulgure in conspectu ejus 
nubes transierunt, grando et carbones 
ignis 

(Tradurlion des Livres des Psaumes, 
pa. 17, verset i'i, p. 2i.) 

Oroz i ad de tuneire e de vent. 
Pluie e grésilz dcmesurécmenl. 

{Cliunson de Roland, vers i'k'il".) 

GRÈVE, nom de localité. En 
vieux français, ce mot désignait 
un lieu pierreux, plein de sable. 
D'après Bourignon, il dériverait 
dos mots celtiques gré, grai, 
jjici'ro ou terrain gi-aveleux. {Anl. 
(le Saintes, p. 142, note.) 

GRJLZAC, nom de localité, 



GRIGXE 



205 



GROUS 



domaine de la pierre, du celtique 
cjvé. 

ORICA'i:, s. f. Croûte du 
pain, et particulièrement l'un des 
bouts do la miche. Ce mot a pour 
diminutifs (jri(jnollc , tjrignollo, 
il a comme ceux-ci et les mots 
français gricjnoi), gi'iguottci\ une 
origine celtique, car en bas bre- 
ton, krinn signifie grignoter , 
kign, croûte ; en irlandais croinim 
signilie ronger. 

A laquelle fille le suppliant avoit ac- 
couslumé de donner des grignettes de 
pain... 

(Texte du XV» siècle elle par du Gange au mot 
giignolM.) 

CiRIlSArn», nom d'homme 
signitiant autrelois petit écolier. 

El les petits grimaulx les appellent en 
grammaire jambus. 

(RiBEi..ii3, Vanlauruel, liv. U, cli. I.) 

GROA, GroSe. s. f. Terre 
caillouteuse, peu compacte, mot 
d'origine celtique : 

Les bas-bretons disent gr(>a pour 
grève et grouan pour sable. 

(MÉsiGE, Origines de la Langue française.) 

Berle gist sor la terre, qui est dure 
(coni groe. 

(_Li lioman de Berte au.s grans pics, 
vers 528*.) 

GKOAIV-LAXS, nom donné 
à un banc île la côte, ouest de l'ile 
d'Oléron, le platin de Groanhins; 
ce mot est d'origine celtique ou 
Scandinave: groan,\nQVYQ, sable, 
Inns, [lays, terre. 



GIIOMKR , Grolenu , 
Groulier, noms d'hommos dé- 
rivés du vieux français groulicr, 



savetier, groulcs, savates, pan- 
toullijs, ou de grollo, corneille, 
corbeau. (Voir ce mot.) 

GROI^ILi:, s. f. Corbeau, 
corneille, ce nom est donnné à 
plusieurs espèces, le corrus 
coroiia, le cor vus friigilegus, 
aussi appelle freux, le cor vu s 
monedalu, choucas. 

Cela sont les groslcs, corneilles et 
choucats... 

("Ag. D'AcBrc.\B.) 

Je voyois d'aulre part cueillir les 
noix aux groles qui se resjouyssoient. 

(Bernard Palissy, Rectpte véritable, p. 112.) 

Une commune de la Saintonge 
s'appelle LaGrollc. , 

GRO.^^ARD, Groiissard, 
C>roiis«»e(, etc., noms d'hommes 
dérivés de l'adjectif gros, pro- 
noncé groiisen Saintonge, ou du 
verbe groiisser, grogner, gron- 
der. 

GROriiKR, v. n. Grogner, 
glousser. (Voir grousser.) 

Si j'entendois quelque chose en la rue 
Crouler de nuit j'avoy l'âme csperdue. 

(Ronsard, Elégie de Jean Brinon, t. IV, 
p. 373.) 

GROUS, G rousse, adj. 
Gros, grosse. 

Et est battu et paye une grousse ran- 
çon 

(Les XV loges du Mariage.) 

Faire fion groua est une expres- 
sion qui signilie aller à la selle. 

Car en cuydanl f;iire une vosse 
11 m tant (le ]irim ol de gros 
^,Ui'il hiy f.iillil payer deux pros 
Pour luy avancer de blancz draps. 
[Sermon Joyeux de bien boire, anc. tli. 
fr.,l. n, p. 10.) 

15 



GROUSSER 



206 



GUENIJER 



c:ROr§SElt, V. n. Glousser, 
onomatopée qui désigne le cri de 
la poule qui couve. En sainlon- 
geais, ce mot a aussi la signifi- 
cation de gronder. 

Je n'os à lui parler«de bouce 
Car il n'est mais nus ki ne grouce 
Quand je vois près de son kaiel (1). 

{Li Congié Bande Fa.ttoul d'Arras, 
vera '295», Fabl. et Contes, t. I, 
p. 121.) 

Je retourneray qui qu'en grousse. 
{Farce de maître Pathelin.) 

GRUAU, S. m. Bouillie durcie 
au feu, faite avec de la farine 
grossière de blé, de maïs, d'orge 
ou d'avoine. Ce mot est d'origine 
tudesque. En anglo-saxon : gvut; 
en anglais : grout; en ancien 
allemand : gruzi; en allemand : 
grûtze, signifient grain mondé. 

Et une fpmme estendi un drap suz le 
purz si cume ele i séchasl orge pur 
faire gniel. 

(Livre des Rois. p. 183, trad, du 
XU" siècle.) 



CS-UA, nom de localité. Une 
des formes des mots qui comme 
gué, guée, gwée désignaient un 
lieu où une rivière qui pouvait se 
traverser : 

Porlaunt de la milieu de \agwée 

del Jordan douze perres (2). 

{Traduetion de la Bible du XII' siècle, 
Jasué, ch. IV, vorset 8.) 

En basse latinité , guadare 
signifie passer à gué. Au moyen 
âge, le nom latin du guâ était 
gadiim. Il en est fait mention dans 
la charte d'Ûthon, en faveur de 
l'abbave de Sablonceaux : Molen- 



(i) Kaiel, manoir, cabane. 
(2) Portantes d« medio jordanis alveo duo- 
decim lapides. 



diimm dcgado(GaUia Christ iann, 
t. II, instrumenta), et dans celle 
par laquelle Agnès d'Aquitaine 
et d'Anjou fonda l'abbaye de 
Saintes : 

Donamus...'.. ecclesiam S. Laurenlii 
de gado cum parochiis et utililatibus 
universis 

(Charta fuiidationis ahh. S. Mariir, apud 
Santones — Gallia Chrisliaiia, t. II, 
inalr., col. 479.) 

L'orthographe du mot latin 
nous éloigne du sens de gât (voir 
ce mot), dérivé de guast, terrain 
ravagé ; en basse latinité : guas- 
tatiis, corruption de vastatus. 

CUARIR, V. a. Guérir. (Voir 
garir.) 

Et fait comme le loup qui promeltoit 
à la brebis de la guarir de sa tou.v. 

(Satyre Ménippée.) 

GUEDER, v. a. Rassasier, 
saouler, faire manger quelqu'un 
avec excès. Ce mot est d'origine 
germanique; en vieil allemand : 
M'eidôn, et en allemand moderne : 
weidciiy signifient paître. 

Dont je me suis tant guedé et remply 
que j'en crève. 

{Straparole.Uaii. de P. de Laiuvey, t. II, 
p. 2G5.) 

6UÉDOIV, Gneydoo, noms 
d'hommes dérivés probablement 
du verbe gueder. (Voir ce mot.) 

Ce sont peut-être des corrup- 
tions du latin : guido, forme 
latine du prénom guy. 

GUE]VIJER, V. n. Remuer 
comme cela a lieu dans une 
nichée de petits oiseaux. En sain- 
tongeais : nijée. ^.Voir ce mot.) 



GUENILLON 



207 



GUETTE 



«lIE^'IIiliO^V, s. m. Lam- 
beau de gueiiillo. C'est un dimi- 
nutif de ce mot qui dérive du 
vieux français : (jonc, robe. 

Guenillon était encore usité au 
XVIP siècle : 

Mais qui pourrait compter le nombre 

[de haillons 

De pièces, de lambeaux, de sales 

[guenillons 

Dont la femme, aux bons jours, com- 

[posail sa parure. 

(BoiLEAu, Satire X.) 

On lui ota ses riches habits et on la 
couvrit d'un pauvre guenillon de grosse 
toile. 

(M"" D'AiiNOY, Co'tlc (le Gracieuse et 
Perciiiel.) 

CÏJKIVIPE, S. f. Femme de 
mauvaise vie — femme sale. Du 
hollandais : knippe, lieu de pros- 
titution. 

Passe encore si on était assuré d'rtre 
aimé mais mourir pour une guenippe ! 

(Bus3ï-Rabutin, Lettre du \'l août 1G"8, 
à M"" de Séfigne.) 

CUKRKT, Gaaret, s. m. 

Terre labourée et non ense- 
mencée. Mot dérivé du celtique, 
conservé dans la langue galloise : 
gwerid. Go mot se trouve sous 
sa forme actuelle dans un diction- 
naire cornouaillais du XII" siècle. 

Lur dous espiez enz el cors li uni frait 
Mort letresturncnt très en mi un guaret. 
[Chanson de Roland, vers 13SI".) 

Les terres se trouvèrent en mcschanl 
gxiarct toute l'année. 

(Claude HiTTojt, ilémoires, t. I, p. 3'J".) 

El moy je suis le chien dont la jcu- 

(ncssc, folle 

Court au long des guérets l'alouette 

[qui vole. 

{Amadis Jamyn, sonnet 28«, p. ti'2.) 

Il laboure les guérets 
Traînant les contres tranchants. 
(Ant. Bkir, Antigone, p. 67.) 



Dans la vieille langue proven- 
çale, nous trouvons le niot garac/ 
avec le même sens : 

Per una rega 

Aney vas ley d'un garag (1). 

{Leys d'Àmors, poème provençal, 
cité dans le leiique roman de 

KET.>(OlA.nn.) 

OUÉRIJV, Cuérinean, 
Gu6rinet, noms d'hommes. Les 
deux derniers sont des diminutifs 
de giiérin qui s'écrivait en latin : 
varinus et guarinus; du germa- 
nique : varia, défense. On peut y 
voir également une corruption du 
vieux français : gair, garçon, 
jeune homme. 



GtJKKIVIKK 

S. m. Grenier. 



Ciuaruicr, 



Si mon bled estoit dans mon guernier 
et H guernier fondoit ou perroil en telle 
manière que mon bled chéist en un 
autre guernier 

(Philippe DE Bb\cm.i:«oir, Coutume du 
Beauvoisis.) 

Si je sçavois parler latin 
Ainsi (jue font ces cordelierg 
J'arois du blé ces plains garniers. 

iR(i;,'or DE CoLiEuYR, Solyre pour les 
habitants d'Auxerre, p. 9.) 



GUETTE, s. f. Action de 
guetter, guet, affût. 

Cil jor fist Henri», li frères dou 
comte Haudoin, entre lui cl ses gens la 
gaite as engeins devant la porte de 
lilaquernc. 

(ViiiFiuBDonx, Conquête de Couslan- 
tiiwplc, p. 81.) 

On appelait de ce nom, au 
moyen âge, la patrouille chargée 
de parcourir la ville pour assurer 



(l) Aujourd'hui j'allai S lui par une rège 
(sillon) d'un yucrel. 



GUETTER 



20S 



GUILHAUD 



la tranquillitt' des habitants; plus 
tard, elle s'est appelée le guet. 

Nus chapeliei- de feutre ne puet 
ouvrer devant que la guette ait corné 

le jour 

(Livre des Métiers d'Est. Boileai-, p. '218.) 

GUETTER, V. a. Surveiller. 
Ce sens, usité en Saintonge du 
verbe français guetter, l'était 
aussi au moyen âge. 

Mps tant corn famé est plus gaitie 
Elle est plus encoraii^ie 
De mal et de folie à faire. 

(Dolftpathos, versll0"3', édit. Janiiet, 
p. 37y.) 

GriBAUn, nom d'homme, 
du vieux germanique : wibakl 
(combat-hardi), d'après Lorédan 
Larchey. Les formes latines : 
wibaldus, giiihaldus, guihaudus 
se rencontrent fréquemment dans 
les vieux chroniqueurs. 

Au X" siècle, Guibaud était le 
vingt-troisième évoque d'Angou- 
léme : 

Quo tcmpore (9'il) Guibaudus cpis- 
copus Engolismensis deccdens succes- 
sorem habuil Focaudum. 

{Gallia Christiana, t. II, col. 986.) 

GUIBERT, nom d'homme 
dérivé des formes germaniques : 
wichbert , wibert (combat-re- 
nommé) , d'après M. Lorédan 
Larchey, Dictionnaire des Noms. 

CiUieilAKU, Guicliar- 
det, Giiicliardin, fiiuicliar- 
dcaa, noms d'hommes. Les trois 
derniers sont des diminutifs du 
premier qui, d'après Lorédan 
Larchey, dérive de wichart (com- 
bat-endurci.) 

En vieux français, guiscbard 
ou guiscard signiliait rusé, astu- 



cieux; gnichard a le même sens 
en Normandie. Ces adjectifs ont 
probablement une origine Scan- 
dinave car, en islandais, wiskr a 
la même signilicalion : 

C'est ce Robert lequel, par son excel- 
lent esprit et astuce grande fut nommé 

Guisca7'd 

(Ant. Dc VEiiDiF-n, les Diverses Leçons.) 

GUIG^ARD, Guig:nct, 

noms d'hommes dérivés du verbe 
guigner, encore usité et qui 
signifie, au propre, regarder en 
clii^rnant dc l'œil. 



GUSGXE, s. f. Cerise de cou- 
leur foncée qu'on appelle aussi 
Quin ou guindoux. Borel prétend 
que guigne vient do Guyenne, 
nom du i)ays où abonde ce fruit 
que les latins appelaient cerasa 
aquitanica. (Voir son Dictionnaire 
du vieux français, au mot guisne.) 

Le verre est le pinceau duquel on 

[t'enlumine 

Le vin est la couleur 

Dont on t'a peint ainsi plus rouge 

[qu'une guisne 

En beuvanl du meilleur. 

(Olivier Basselin, Yau de vire à son nez, 
p. 31.) 

Diversité de fruits Rieslez comme 
pruneaux, cerises, guignes et autres 
telles espèces 

(Bernard PALisay, Reccpte Véritable, 
p.%.) 

Plus rouges que coural.j'ay tous les 
[ans des guignes. 

(Ro:oMiD, le Cyclope amoureux, t. IV, 
p. 111.) 



GïJITiBAlID, Giiilleband, 

noms d'hommes, du germani- 
que : willebald (volonté-hartlie), 
d'a[)rès Lorédan Larchey, Dic- 
tionnaire des Noms. En 1608, le 
prieur dc l'abbaye de Saint-Jean- 



G U ILLARD 



209 



GL'IMAUX 



d'An^^ély portait le nom de Guil- 
Icbaud (Voir Gallia Christiana, 
t. II, col. 1107.) 

Gl'IIiliAKD, nom d'homme 
d'origine germanique : wiUi-hard, 
volonté-aguerrie (d'après Loré- 
dan Larchey.) 

GUIIiliAUD, enillot, 
Guillet, noms d'hommes dci-i- 
vés du germanique : will, volonté, 
comme le précédent, ou plutôt du 
vieux français : giiille, tromperie, 
ruse; guiléor, trompeur; guiller, 
tromper. 

Tel pcnso guiller Guillot que Guillot 
lou gidlle. 

(Proverbe provençal cité par Borel, Trésor 
des Rccheniiea. — Paris, 1655.) 

El cil sont si nice et si fol 
Et guiléor et laschc et mol 
Que se je bien grant sens avoie 
Entr'aus, ce cuit, tôt le perdroie 
Tant leur ci mentir et guiller. 

{La Bible Ciiint de Proriiis, vers 122», 
Fabl. et Contes, t. H, p. 311.) 

Griï>.LAr:Tir, ouiiiau- 

nict , fâuillciiiiu, (-iiillc- 
■uinot, etc., noms d'hommes 
dérivés du germanique : wilheni 
{will, volonté; Jiclin, casque), ou 
du vieux français : guillc, trom- 
perie. 

Diex ne Qst onqucs évangile 
C'on ne puisse tourner à guile. 
(RuTEBŒiT, Image du monde.) 

Cil'IM^OTIXK, s. f. Le 

nom i\c ce sinistre instrument 
peut entrer dans un glossaire 
sainlongeais ptusqu'il a ou pour 
parrain notre compatriote, le 
médecin GuHlolin, dont la science 
et les vertus méritaient une 
immortalité i)lus enviable. Le 



nom Giiillolin est un diminutif 
do Guillot (voir plus haut), nous 
le trouvons en 1692, porté par un 
maître chirurgien de Dolus, dans 
l'île d'Oléron. (Voir Archives 
historiques do la Saintonge, X, 
189.) 

L'appareil, remis en honneur 
par la singulière philanthropie 
du médecin sainlongeais, est pro- 
bablement bien ancien. La maidcn 
dont on se servait en Ecosse, au 
XVP siècle, la niannaja génoise 
sont de véritables guillotines. La 
description de ce dernier instru- 
ment, faite en 1507, suffira pour 
reconnaître l'instrument et la 
manière de s'en servir. 

11 se meit à genoux et ostendil le col 
sur le cliapus (1). Le bourreau print 
une corde à laquelle lenoil attaché un 
gros bloc, atout (2) une dolouère tran- 
chante, hantée dedans, venant d'amont 
entre deux posteaux et lira ladite corde 
en manière que le bloc tranchant à 
celui gennevois tomba entre la leste et 
les espaules 

(Jean d'Aitom, Histoire de Louis A'//, 
édil. 1615, ch. XXVm, p. 2-28.) 

Le régent d'Ecosse, Jlorlon, 
fut décapité à Edimbourg par une 
machine de la même espèce en 
1581. En 1652, on retrouve un 
appareil identique employé à 
Toulouse, pour l'exécution du duc 
de Montmorency. (Voir M. Scott, 
Histoire (F Ecosse, 1'"° série, 
ch. XIX, et Mémoires de Puysé- 
gur, édil. de 1717, 1. 1, p. 137.) 

«nif.%.U"X, adj. Qualifica- 
tion donnée en Poitou aux i)rès 
([u'on fauche deux fois. Gorriq)tion 
du \(\['\n h i nulles, d'après Ménage. 



(I) Cliappus\ chappuisy arçon de selle. (Voir 
ce mot.) 
(i) Atout, avec. (Voir ce mot.) 



GUINDET 



210 



GUITRES 



{Origines de la Langue française, 
p. 370.) 

Prèz gxiimaxix sont prez qui portent 
deux fois l'an... 

(RiBBLiis, Gargantua, liv. I, eh. IV.) 

CilJIlVDET, Gnindon, noms 
d'hommes dérivés de Quinder, 
hisser, ou du bourguignon guin- 
don, cerise noire; en langue d'oc: 
guindole, guindoul; en sainlon- 
geais : guindou et giiin. (Voir au 
mot guigne.) 

Gi:iO]V , Giiyon , noms 
d'hommes diminutifs du prénom 
Guy, abréviation de Guillaume 
(voir ce mot). Un des guerriers de 
la grande épopée Garlovingienne, 
natif de la Saintonge, a été dési- 
gné sous ce nom : 

Sun cumpeignun Gérer ocituncore 
E Berenger e Guiun de Santonie; 
Puis vait ferir un riche duc Austorie. 
(Chanson de Roland, vers 1580».) 

Ce mot guion pourrait être une 
abréviation du vieux français gui- 
oneres, conducteur, guide. 

Tu fus guioneres etnmoneres etadre- 
cieres de son erre, de son vcaige en 
l'esgardement de lui (1). 

[Commentaires sur le Psautier, — Psaume 
ÏXIX, verset 10'.) 

d'ITARD, Gniton, noms 
d'hommes, en vieux germanique : 
Witard, Wito, dérivés de wit, 



(1; Dux ileneris fuisti in conspcctu ejus. 



ample. (Lorédan Larchey, Dict. 
des noms.) 

Au XVP siècle, un Guittard 
était le 32° doyen du chapitre de 
Saintes : Ludovicus Guittard, re- 
cipitur die 5 X'""'^ anno 1553. 
{Gallia Christiana, t. II.) Au XVI« 
siècle, la charge de présidial de 
Saintes était occupée par Jacques 
Guitard. Il est superflu de rappe- 
ler le nom glorieux de Guiton, 
maire de La Rochelle, éner- 
gique défenseur de cette place, 
assiégée par Louis XIII et Ri- 
chelieu. 



GUITIXIKRES, nom de lo- 
calité, canton de Jonzac. Radical : 
•\vitt , en vieux germanique : 
forêt. 



GUITRE§, nom de localité 
située sur la rive droite de l'Ile. 
Est-ce un dérivé du celtique 
guich, bourg, village, quartier; 
une corruption du vieux français 
guiterre, bouclier de cuir; gui- 
treux, soldat ami delà guiierre? 
La Gallia Christiana nous a con- 
servé le nom latin de la vieille 
église de Guitres : Ecclesia beatœ 
mariœ de Aquistris. Ce dernier 
mot est probablement devenu 
Guitres, après avoir été une cor- 
ruption de aquis tribus (trois ri- 
vières), nom qu'explique l'aspect 
du pays vu des coteaux. A cette 
hauteur, on distingue les nom- 
breux méandres de l'Ile , qui 
vient de recevoir laDronne. 



HABILE 



211 



HERAUD 



H 



H^lBIIiE, adj. Bien portant, 
robuste. 

Je qui souloyc csirc habile 

Suis débile 
Cassé de corps, pieds et mains. 

(Cl. MiROi.) 

HAOIPS, nom de localité du 
canton de Matha — de hahn, ha- 
meçon ; en latin : hamus. 

HÂliER, V. a. Se dit de l'effet 
produit sur le visage par un vent 
froid ou une grande chaleur. 

Et pour garder que ses mains blanches 
Ne halaissentol un blans gans. 

(Guillaume de Lorhis, Roman de la Rose, 
Ter 8 565'.) 

Autrefois, on appliquait cette 
expression au pain grillé: 

Puis, quand il sera cuit, halez une 

lostée de pain Prenez du pain haslé 

et du foix de pouiaille... 

(TuLLETBNT, Le litre de Cuisine ou viandier.) 

Le verbe haler et le substantif 
Julie, dérivent du grec d'après 
Henri Estienne, qui leur donne 
pour étyinologie le dorique aX-.oc, 
(en grec : r^lioi;). Ces mots ont 
peut-être une origine celtique, 
car en gallois, yitîw/signilie soleil, 
heulaw, exposer au soleil. En 
vieux français, halle a eu le sens 
de soleil. 

Or veut l'ombro, or veut le halle. 
(Kouveau recueil de Contes, t. H, p. 172.) 

Poi pensent à pluie ni à halle. 
(Branche des royaux Ugnaijc.s. 1. 1, p. 111.) 

HA:?I£.11S s. m. Village, de- 



pendance d'un bourg. En basse 
latinité : hnmellum. Ce mot qui 
est français, est inscrit ici en 
raison de son origine germanique 
ou saxonne. En tudcsque, ham 
signilie maison, domicile, habita- 
tion. Beaucoup de noms de loca- 
lités se terminent en ham en 
angleterre, en heim en allemagne, 
en am en hollandais; ce sont des 
formes variées du mot qui a 
formé haDieau. 

Covertes ièrent de genestes 
De foillics et de ramiaus 
Lor bordettes et lor hamiaus. 

(Jean de Mecno, Roman de la Rose, 
vers 'J14"2«.) 

IIARSOIR, adv. Hier soir 
(voyez arsoir, hersoir). 

Harsoir en vous couchant vous jurasles 
[vos yeux 
D'estreplustot que moy ce malin csveillée. 
(Ronsard, Amours, t. I, p. 164.) 

Et harsoir du croissant, qui le beau 

[temps semont, 

Les co.'nichons pointus versez en con- 

(Iremont. 

(Remy BELLEit, Bergerie, 2» journée, p. 108.) 

HKGROX, s. m. Héron, 
d'après M. Burgaud des Marets : 

Hégronneauœ, foulques, aigrettes, ci- 

goingncs 

(RiBBi.Ài9, Gargantua, Ht. I, cb. XX.Wn.) 

IIÉRAUD, lléranlt, noms 
d'hommes. En tudcsque : jiarald, 
en saxon : Iiarold, ayant pour si- 
gnification : ancien de l'armée 
(han\ armée, ald, ancien). D'où lo 
nom donné à l'oflicier chargé de 
porter les défis, de surveiller les 



HERBAUD 



312 



HOBEREAU 



combats singuliers, do tenir regis- 
tre des noms et armoiries de la 
noblesse. (Voir LorédanLarchey, 
Dict. des noms.) 

lIERBAi:» , lîorlicati , 

noms d'hommes du Vieux germa- 
nique haribal(Ii\i{il\auldG l'armée) 
d'après Lorëdan Larchey. En 
vieux français, Iwrhout, bcvbaus, 
stérilité, pauvreté. 

Ou se herbout devoit saillir 

Qui si feïsl les bien faillir 

Que gcnz de fain niorir déusscnt. 

(Jean de Mr'ng, Romam de la Ro:^e, 
vers 18U97».; 

Monter dessus comme herhaut sur 
pauvres gens... 

'(Rabelais, Pantagruel, liv. IV ch. LH.) 

HERPES, nom de localité, 
en latin herpiacum. En langue 
romane, lierpcv est synonime de 
hérisser, hcvpo de herse et de 
grille. Le nom \?^\\\\ àe hevpiacum 
signifiait donc : domaine boisé, ou 
domaine défendu par des herses. 

En 1157, l'égHse de Herpès: 
Ecclesia beatœ maria? de /ie/'p/aco, 
fut donnée par Foulques et son 
épouse à l'abbaye deSte-Marie de 
Saintes. 

UERSOIK, adv. Hier soir. 
(Voyez arsoir, liarsoir.) Hier 
vient du latin heri, en sanscrit : 
h y as. 

Un en aveie, cil fut ocis her soir. 

{Chanson de Roland, st. 193«.) 

A moult grant tort la refusastcs 
Er soir quant si vous courour.istcs. 

(Fabliau de la maie honte, vers 1-28' — 
Recueil de Darbazan, l. UI, p. -208.) 

Pour ce matin un peu vous conforter 
Du dueil qu'/iersoir il vous convint 
[porter. 
(Cl. MiHoi, XII* Elégie.) 



On trouve également écrit cr 
pour hier, er main, pour hier 
matin. 

Ermain scdeit l'emperèrc suz l'umbre. 
(Chanxon de Roland, vers 383». ) 

HERVE, Hcrvcy , noms 
d'hommes, dérivés du germani- 
que : heriwiff (armée, combat), 
qui a donné les formes hairveus 
eUieriveiis, latinisés en hervœus. 
(Lorédan Larchey, Dictionnaire 
des Noms.) 

HIER!!»AC, nom de localité, 
formé de la terminaison ac, 
domaine (voyez ac) , et du 
vieux mot hierre (latin : hedera) 
qui, par l'adjonction de l'article, 
est devenu le français : lierre., 
ou du vieux français .: hière , 
héronnière (latin : herodius ^ 
héron.) 

HIER§-BROUAGE, nom 

de localité. Pour Iliers, voir 
Iliersac, et se reporter au mot 
Brouage. 

HIIiîiAiRET, nom d'hom- 
me, forme du prénom : hilaire, 
dérivé du latin : Lilarius, gai, 
jovial. 

HO! interjection employée par 
les charretiers poiu* faire arrêter 
leurs chevaux. Synonime de : 
halte! 

D'aler ou Liens m'avicngne, puis-je 

[bien dire ho! 

Car pour ce que j'ai froit, en mon 

[manlel m'enclo. 

{Li Roman.i de Berte aus grans pics, 
vers 833».) 

HOBEREAU, s. m. Petit 



HOMMAGE 



213 



HUCHER 



g-onlilhomme do mauvais aloi. Co 
mot, (jui s'a})j)li([uail autrefois à 
un oiseau do proio, était dérivé 
des mots plus anciens : hobc, 
hobel. 

Femme est ostoiir pcr preic aUoindre, 
Femme est es|iorvcr (ler haut voler, 
Femme est hobel pcr haut monter. 

(yniiirati Recueil de Contes, 1. 1, p. 331.) 

lIOiTI.llAC7K, adj. Femme qui 
a la liguro masculine, l'extérieur 
d'un homme. 

Mais malheureux celuy qui vil esclave 

[infâme 

Soubz une femme hommacc cl soubz 

[un liomme femme. 

(Agr. d'Aibigné, Tragiques, liv. U, t. IV, 
p. 93.) 

no.n.^IE, s. m. Mari. Noutr' 
homme, mon mari. 

J'entends qu'elle soit obéissante à 
Dieu cl à son homme, ménagère, ser- 
vante 

(.1. LiÉuirLT (1), Maison rustique.) 



UOilOIF flï'ACiE, locution 
usitée pour désigner un vieillard. 

Joue-toy de ces baltelagrs avccques 
des enfans et no destourne à cela les 
pensées d'un homme d'âge. 

(Montaigne, Essais, liv. I, cb. XXV.) 

II l! Hue! interjection usitée 
pour faire avancer les botes de 
somme et do trait. En basse lati- 
nité : Jjueshim, cri tumultueux 
([ui a été conservé dans les mots 
fraïK'ais : huer et hiiàc. Il est 
])robablc (jue le mot tudesque : 
hiiff, (jui signifie dehors! a été 
l'origine de ces diverses expres- 
sions. 



(I) Jcnn Liéliaiilt, médecin et agronome de 
Dijon, auteur de VAyriculturc cl iluison rusti- 
que (1570). 



Dixil bis : Jiuz! hiiz.' quod significat : 
foras ! 

{Vie de Louis le Débonnaire, par un 
anonyme.) 

Dune recumenccnl e le hii c le cri. 
(Chanson de Roland, vers 206l«.) 

Lors leissèrent cheval aler 
l,à oussiés un hus lever 
Et une noisse et un cris (1). 

{Roman de la Guerre de Troyes.) 

Et li hus ère si grans, que il scmbloil 
que terre et mer fundisl. 

(ViiLEiiAnDoii.N, Conq. de Constantinople.) 

nri nau! — Un! IIô! 

interjection pour faire marclier 
les botes en avant et à droite. 

Dictes hio'e ho car je suis cheval 
Mais gardez que me frappiez — 
Où es-tu? — A quatre pieds. 

(Farce de Guillerme, anc. th. fr., 1. 1, 
p. 331.) 

A propos ung charlier sans fouet 
Qui ne dit dea ne hure hau 
l'ourroil-il toucher son chevau. 

(Roser DE Coi.ir.^\t., Sermon pour une 
fiopce, p. Il "2.) 



B&r€fiII':B5, .Suclior, v. a. 

Apj)clor à haute voix. En celti- 
que, urc'hn signifie hurler; cei)on- 
dant, le mot hacher pourrait 
dériver du latin : hue, ici, d'où le 
bas latin : huccus, cri d'appel. 

En sa maison l'cmmaine, le passet 

[bêlement, 

Symon hwhe sa femme, constance o 

l^le cors gent. 

{Derte ans yrans pies, ver» lili*.) 

Lors jeunesse si hucha le portier 
Et luy a dit : j'ay oy ung cstrangier. 

((;ii. i)'0nLKA:<9, Enfance et Jeunesse.) 

Ecoute : on me husche : il m'en faull 
aller. 

(Ilon.iv. nrs l'Knir.iis, Cymbalum mundi, 
(Uni. 1V«.) 

(1) Alors laissèrent leurs chcv.Tux alcr, lit tu 
eusses entendu s'élever un hurlement et une 
dispute et un cri. 



ICI 



INNOCENT 



Au XVII* siècle, le substantif 
biichet, corne pour appeler les 
chiens, était usité dans le langage 
de la vénerie. 



Dieu préserve, en 



chassant, toute 
•(sage personne 



D'un porteur de huchet qui mal â 
[propos sonne. 
(MouÈBE, Fâcheux, «ci. n, «c. Vil.) 

HUTEAU , nom d'homme , 
habitant de la hutte ou petite 
maison. En vieux français : hute. 



ICI, adj, démonstratif. Em- 
ployé pour ci. Cet homme ici 
pour cet homme-ci. 

Et si quelque maistresse en ces beaux 

[moys icy 

Lui tourmente le cœur d'un amoureux 

[soucy. 

(Ronsard.) 

Et dans ce monde icy 

Souvent avec travail on poursuit du 
[soucy. 

(Math. RÉoNiEH, Satires.) 

IliE, nom de la rivière qui 
passe à Périgueux et se jette, à 
Libourne, dans la Dordogne. En 
latin : Ella. 

Liburnia ad Dordoniam ubi Ellatn 
amnem recipit. 

{Gall. Christ., i.lh col. "éSf).) 

IIV, lue, adj. numéral. Un, 
une. 

Agaré, monsieu le baron, in sot avise 
ben ine bête. 

(Agrippa D'ArBrr.tié, Baron de Fœneste, 
liv. n, ch, IX.) 

IIVCITER, V. a. Exciter, 
pousser à quelque chose. 

A quoy j'espère qu'elle sera incitée, 
quand il lui playra considérer 

(Henri Ebtiennb, Dédicace du truite de 
la l'rccellence du Langage français.) 



La beauté partant du dehors 
De cette maison amoureuse 
D'entrer dedans m'incita lors. 

(CI. Marot. Temple de Ciipido, 1. 1, 
p. 13.) 

IIVeOIflPREIVABIii:, adj. 
Incompréhensible , inexplicable. 

Ariston estime la forme de Dieu 
incomprenable. 

(Montaigne, Essais, liv. II, 2i9.) 

IMCRÉYARIiE , adj. In- 
croyable. On disait, avant le 
XV® siècle, incréable. 



Je veiz choses incréables du froit 

(CoMiNEs, Mémoires, ut. II, li.) 

I^GIilSE, s. f. EgUse. 

Li rois escrit as chenoines Seint- 
Aignan d'Orliens que il un poure clerc 
reçeussent à chcnoine por sa prière et 
à frère en lor ynglise. 

(Li Livres de Jostice et de plet, p. 17, 

§5.) 

IXIVOCEXT, s. m. Idiot; se 
dit surtout de celui que l'imbé- 
cillité rend irresponsable de ses 
actions; du latin : ignoscore ne 
pas connaître. 

Les tuteurs ne se donnent seulement 
aux mineurs mais aussy à ceux qui 
n'ont l'usage de leur sens comme à ceux 



INSOLENTER 



213 



JABLE 



qui sont naturellement mûris et sourds^ 
lous innocents, sols cl autres. 

{Nouveau Coustumier généraly t. I, 
p. 1"2G0, cilé par Litiiié.) 



IIV§OIiE^'TER, V. a. Inju- 
rier, traiter insolominont. 

Madame la duchesse se sentit sou- 
lagée d'avoir au moins insolente sa 
sœur. 

(Saint-Simox, Mémoires, 271-172, citi par 

LlITBÉ.) 

IRAICî:vi:, s. f. Araignée. 

Ainsinc est comme mésons vide 
Où Virègne Qle et desvuide. 

(Bible Guint de Provins, vers 1870' — 
Fabliaux et Contes, t. II, p. 367*. ) 

Quant ung homme trouve sur sa robe 
une yreigne c'est signe d'cslre ce jour 
eureulx. 

(Evangile des Connoilles,p. 53.) 

ISAMBART , Isanibert , 

noms d'hommes d'origine germa- 
nique, qu'on trouve dès le IX° siè- 
cle, formés des mots is, fer, glace 
(aujourd'huy ice), bart, géant; 
bcrt, renommé, ou herj, mon- 
tagne. 

Abat-paroi, fort pontonnier 
Et Jocelin lonnc-morticr. 



Et Isenbart le mau-réglé 
Et Espaulart le (ils raichc. 

{Fabliau des Deux Trovéors ribaux^ 
RiiEBai'F, t. I, p. 338, note.) 

ITOUT, Ftont, Otout, adv. 
Aussi, de même, également, en 
latin : item ou cliam. Ces mots 
dérivent, d'après M. Littré, du 
latin : hic talis, d'oti est venu le 
vieux français : itel. (Histoire de 
la Langue française, t. II, p. 127.) 

Ge connais Hunbaul tranclic-costo 



Triant, Traïant, et Enbatoul 
Des ménestrels connais itoiit. 

(Fabliau des Deux Trovéors ribaux, 
RcTBBŒtK, t. I, p. 339, note.) 

Quand la chèvre saute au chou 
Le chevreau y saule itou. 

(Livre ries Proverbes français, t. II, 
p. 164.) 

IVROGIVER (s'), V. réfl. 

S'enivrer habituellement. 

Ils luy faisoienl passer le temps à 
yvrongner et à dire mots de gaudis- 
seric. 

(Fr. Amïot, traJ. dos Vies de Plutar- 
que, cilé par Litiiié.) 

IVROG^'E^SE, s. f. Femme 

habituée à s'enivrer. 

Femme safre et yvrongnesse 

De son corps n'est pas maflressc. 

(ProTerbo du XVI» siècle, cilé par LiriBB.) 



JA, adv. Pas, jamais. 

J'en cstcroio moll dolans; mais se jo 
puis, il ne vos tcnronljo. 

{Aucassin et Nicolele, ch. XXVI.) 

Las! vous amenderez, vousjo 
Qui menez la vie que savez 
l'our rendre compte et rcliqua, 

(Oliv. .Mailliud, Chanson piteuse^ioGi.) 



Quand tel ribaud seroil pendu 
Ce ne seroit ja grand dommage. 

(VoiTCBF, cité par Richelbt, éJil. 
de 1G80.) 



JARIiE, Joiialile, s. m. 

Entaille pratiquée aux douelles 
des barriijues pour y encastrer 
les pièces du fond. 



vlADOT 



'216 



JAMBU 



Les futailles ne se trouvant de jaulge, 
bouge cl jable raisonnables elles seront 
contlsquées. 

(Eiiit de février 11)96, cité p.ir LiimÉ.) 

JABOT, s. m. Haut de la 
chciiiiso qui sert fort bien de 
poche — poitrine de femme. De 
gibba, bosse. 

Amour nabot 
Qui du jabot 
De don Japhel 

As fait 
Une ardente fournaise. 

(ScAnnoN.) 

JACHÈRE, s. f. Terre 
laissée en friche après une 
récoltç. 

Les jachierres, qui n'i refiche 
Le soc, demoreront en friche. 

(Jean »e Mei No, Roman (le la Rose, 
vers 1<J"77«.) 

On a dit, anciennement, gns- 
kierrc dans le nord de la France. 

Pour miex fruclclier plus tart 
De si au ticrc an ou au quart 
Laist-on bien sa terre à gaskière. 

{Li CoïKjiés Adaii d'Aras, Fabliaux 
et Coules, 1. 1, !>. 108.) 

JACQUET, nom d'homme, 
diminutif de Jacques ; d'où la 
locution : dès patron Jacquet. 
(Voir au mot patron.) 



JADExlU, s. m. Petite jatte, 
d'après M. Burgaud des Marets. 

Il a les yeulx rouges comme nnjadeau 
de vergne. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXIX.) 

JAIiliE, s. f. Vase, jatte ou 
baquet. Ce mot s'applique dans 
la Gironde à des petits cours 
d'eau; il est d'origine celtique, 
car, en écossais, sgal signifie 



seau; en irlandais : sgala, bol, 
tasse. En vieux français, on 
trouve les formes Jaloie, Jarle. 

N'a encor guères que il plut 
Kt de l'èvc assez y cstut 
Ou plus ou moins d'une jaloie. 
{Roman du Renard, vers 2407».) 

Lors a li prestres encontre/ 
Deu.K gars qui portent une jarle. 

(Fabliau du Prcstrc crucifié.) 

JAIjOIV, s. m. Vase à conte- 
nir des liquides; même origine 
([ue Jnllo, ou dérivation du latin : 
jaciiJuin. 

Céenz a os tel a devis 

Quonque l'en veut i trueve l'on; 

Ostcs, traiez dcml-jalon, 

Quar je l'aim moult frès et novel. 

(CoiiTois n'Annks, Imitation de l'enfant 
prodigue.) 

JAIiOUSlE, s. f. Œillet de 
Chine ou œillet barbu. Ce mot 
désigne aussi l'amaranlhe dont le 
nom latin, colosla, est probable- 
ment l'origine du mot vulgaire. 

JAIVIBE, Jamble, s. f. 

Coquillage comestible, univalve, 
de forme conique, qui s'attache 
aux rochers. 

Les huîtres, les mondes, les gembles 
et un nombre infini de burgaux de 
diverses espèces... 

(Bernard Palishï, Rccepte véritable, 
p. 147.) 

JAMBU, nom d'homme, 
signifiant i)ourvu de grandes 
jambes. 

Eussiez dit que c'estoient grues ou 
fiammans ou bien gens marchans sur 
eschasscs. Et les petits grimauls les 
appellent en grammaire j'am^us. 

(ItADELAia, liv, n, ch. I. 



JANVIER 



217 



JARS 



JA.1WIFK, nom d'homme; 
du laliii : Jiiininrhis, })Oi'ticr. 

JAR^^1':k, V. a. Gercer, 
causer à la peau une gerçure qui 
se dit, en saintongeais, jarce ou 
gearce. (Voir ce dernier mot.) 

L'onglée et les frissons 

Mesmc devant le feu, de la troupe 

[tremblante 
Tenoient les doigts jarçez de froidure 

[mordante. 

(Remv Bbiieiu, Bergeries, 2™« journée, 
p.' 130.) 

•TARD, S. m. Réservoir où 
l'eau de mer se concentre avant 
d'entrer dans les aires des marais 
salants oii s'achève l'évaporation. 

Ils ont fait venir l'eau de la mer jus- 
ques à un grand réceptacle qu'ils ont 
nommé le jard. 

(Bernard Paiissv, Discours Admirables, 
p. 307.) 

JARD (lia), nom de localité. 
Du vieux IVanrais jargucrie, jar- 
derie, ivraie, mauvaise herhe. 

Mais là vanereigie mon fromont et gi- 
lerei fors et la paille et la jarderic. 

{Commentaires sur le Psaume 100, 
XUl' siècle.) 



JARDRI.V, s. m. Jardin. 

Et premièrement sur ungjardrin estant 
assis au chasteau appartenant au curé 
Saint-Fryon, doibt par chascun an 
quinze sols... 

(Dict. de 15'23 des droits dus nu roi par les 
clercs de Sl-Fierre do Saintes, Archives 
historiques de la Saintonge, t. X, p. 83.) 

JAROLSSK, s. f. Espèce de 
pois. 

Ils iront faire leur viandis : scmbla- 
blement aux pois, febves, jarousses. 
vesces et autres légumes. 

(J. DU FofiLioii, Vénerie, ch. XXVUI.) 



JARRIK dift), nom de loca- 
lité. X^ontraetioii du vieux l'rançais 
jar(juevii\ jardevie (voir javd). 
En patois poitevin, jarrie, jar- 
rige, désignent une terre inculte. 

Au moyen âge, cette localité 
était désignée par le nom latin 
javreia, elle est mentionnée dans 
la charte de fondation du monas- 
tère de Saint-Jean en Poitou, 
(pii fut confirmée en 1140, par 
Louis VII. 

Dono etiam in territorio Xanctonensi 
medietatem villœ et terrfirum de Lolay... 
et jarreiam cum terris sibi appenden- 
tibus. 

{Charta Guillelmi, Aquit. ducis, 
2S janvier 1017.) 

JARROIV, S. m. Jarret d'a- 
nimal, terme do houchcrie. Autre- 
fois, il a désigné les branches 
coupées en biseau cpii ont la forme 
du jarret de banif ou de veau sus- 
pendu à l'étal du boucher. 

\'ilains, tu semble mieux pcndéour de 

[larrons 

Que ne fais charbonnier ne copeur de 

[jarrons. 

[Roman de Girart de Roussillon, XUI* siècle.) 

JAR^, s. m. Oie mâle. En al- 
lemand : gans. Les latins connais- 
saient ce dernier nom, appliqué 
aux oies de germanie : 

Candidi ibi (in germanià) verum mi- 
nores (janzo: vocanlur. 

{Vu^B, Histoire naturelle, liv. X,ch. XVH.) 

Le mot saintongeais dérive pro- 
bablement du celtique, car le bas 
breton garz a la même signillca- 
tion ainsi que l'islandais et l'écos- 
sais ganra. 

Totes sont pleines les cuisines 
De jars, de col et de gelines. 

{Homan du Renarl, Ters 12661».) 



JAU 



218 



JINGUER 



Moull i ot gclines el cos, 
Anes, nialarz, et jars et oes, 

{Idem, vers 12;2'.) 

Il en acheple force mestairics... coqs, 
chappons, pouUctz, oyes, jars, canes, 
canars et du menu. .. 

(RiBBLii^, Pantagruel, Prologue du IV» livre.) 

Jamais tu n'eslois resjouie 
Qu'en contemplant la vilenie 
Une cane soubz un can;ird 
Une oy'envezée d'un jard. 

{.VgrippB d'Ai'bio.né. Ode XXII, t. III, 
j.. 165.) 

On disait encore au XVII® siècle 
jargauder pour désigner l'action 
du jnrs couvrant sa femelle. 
(Voir Ménage, Origines de la 
Langue française, p. 401.) 

JAU, Jas, s. m. Coq. Du latin 
gallus. 

Ant que la noil lo jalz cantes 
Terce vez Pelre lo noiet (1). 

[Passion de N. S. J.-Christ^ Manuscrit du 
X» siècle de la Bibliothèque de Cler- 
mont-Ferraut, 

Si ussil fuers devant la cort, se chan- 
teit \i jas. 

(Traduction de l'évangile selon S. Matthieu 
en dialogue Lorrain du .\II' siècle.) 

Il les faisoit despouiller devant tout 
le monde; les aullres dancer comme 
jau sur brèze ou bille sur tabour. 

(RiBELiis, Pantagruel, liv. II. ch. XVI.) 



JAU, S. m. Robinet, canal. 
Il avait la même signification au 
moyen âge. (Voir Roquefort , 
Glossaire de la Langue romane.) 

J.IUXET, s. m. Nénuphar 
à fleurs jaunes. Dans le langage 
familier, on donne ce nom à une 
pièce de monnaie en or. Le mot 
Jaunet était usité au XVII" siècle 



(1) Avant que la nuit le coq chantât, trois 
fois Pierre le renia. 



dans ce sens. (VoirOudin, Curio- 
sités françaises.) 

JAUIVETTE, s. f. Champi- 
gnon chanterelle, appelé jaunelet 
dans le dictionnaire de Littré. 

JAVEIiliE, s. f. Sarment de 
vigne — fagot de sarments — 
gerbe de blé. En basse latinité : 
javella, fuscis sarmentorum (du 
Gange, Glossariuni). 

Marchand qui vend charbon et javelle 
en la ville de Chartres, à sas revidiez... 

(Reg. Censuum Carnotensis urbis, anno 1302.) 

Gerbeur, tes javelles entasse. 

(Daif, Eglogue XIV. i>.i08.) 

Adonc sur le matin quand il entend passer 

Les voysins qui s'en vont la javelle 

[amasser. 

(PiBRAc, Plaisirs de la vie rustique, p. 120.) 

JEÎVIVE, Jène, adj. Jeune. 
On a dit autrefois juène, Jouène, 
plus rapprochés du laiïnjuvenis. 

Et se fichent à l'oighe tant Jonencs que 
[cenus. 
{Roman d'Alexandre, i>. 96.) 

Riches fu et de haut paraige 
Mes moult en (ajuennes d'aage 
Quant ses pères parti de vie. 

{Dolopathos, vers 137», Ed. Jannet, p. 8.) 

S'il a amie ou genne ou vieille 
l'",t sf.t ou pense qu'ele vuelle 
Autre amis querre 

(Jean de Meiing, Roman de la Rose, 
vers 10437».) 

JEUNESSE, s. f. Jeune fille. 

Di que je fus couplé sous le joug d'h^- 

[ménec 

Avec une jeunesse à toute vertu née. 

(Vauquelin bb Lu Fuessaïb.) 

JUVOUER, V. n. Jouer, .s'é- 
battre. Ce mot a été usité dans le 



JOBARD 



219 



JONZAC 



français du moyen Age : Jyngucr, 
rire, folâtrer, badiner. Du latin 
Jocare. (Ho(iuefort, Glossaire de 
la Langue romane.) IJorel dérive 
ce mol du grec iùy$. (Voir gingucr.) 

JOBAltD, s. m. Homme 
niais, crédule. On dit encore en 
flamand : johhe pour ni{?aud. 
En vieux français, johe, joholin, 
avaient la même signillcation, 
ainsi que jobet aux XVP et XVII" 
siècles. 

Faire le mignon longtemps, qui est 
l'offlce d'un jobe ou caillette. 

(Noël 00 Faii, Propos rustiques, Ut. VI.) 

Je ne sais ce que j'aurais fait d'un 
jobelin qui eut sorti de l'académie. 

(M">« OB SÉriG!(é, Lettre du 4 juin 1GG9.) 

Assez ce nous est d'infortune 
De donner tout noslre pécune 
Sans être encore comme jobets. 

{Requente des partisans, 1649, cité 
par NisiRT, l'arisianismeSy p. 151.) 

JOBERT, Jouliert, noms 
d'hommes dérivés de l'hébreu 
Job, dolent, gémissant, ou des 
vieux mots français jobéor, rail- 
leur, j'ober, railler, jobe, niais. 

M. Lorédan Larchey dérive le 
nom Joubert du germanique 
Gozbert (goth-renommé). 

JO.\C', s. m. Anneau de ma- 
riage, anneau très mince sans or- 
nement. En basse latinité : annu- 
las dejunco. (Voir du Gange.) 

Ncc quisquam annxdhim de junco 
vel quâcumquo vili malcrià vel prcliosn, 
joi-ando manibus innectal mulierculd- 
rum... 

{Conslilutiones Ricardi episcopi, anno 
lil" cnp. 5j.) 

Et je scai moult bien faire aniaMS 
De Jons qu'on met dedans ses dois. 
(J. FnoustHT, Poésies.) 



JONCHÉE, S. f. Rameaux, 
herbes ou lleurs dont on Jonche 
le soi, principalement devant le 
dais des processions. En basse 
latinité : Juncata. 

J'ai jonchéure de jagliaus (1), 
Herbe frcschc 

{Crieries de Paris.) 

A charpenler loges de boys portables 
A les rouler de l'un à l'autre lieu 
A y semer lajonchéc au milieu. 

(Cl, MiRoi, Egl. au Roy, t. I, p. 112.) 

Il me plaisl pour me défascher 
A la renverse me coucher 
Entre les pots et les jonchées. 

(RoNSino, Ode SS*, Poésies choisies. 
p. 241.) 

En prodiguant dessus mille fleurs épan- 

[ciiées 
Pour cacher notre meurtre à l'abri des 
[jonchées. 
(Ag. d'Aibioné, Tragédies, liv. U.) 

JONCHÉE, s. f. Fromage de 
lait fraichement caillé et égoutté 
sur un lit de menus joncs. 

Il faut avoir la cresme frite ; 
Apportez aussi pour la lin 
l)e pure cresme un beau daulphin. 
C'est bien raison que soit couchée 
Auprès des autres la jonchée. 

(Niciile DE La CIlBli.^AVB, Condamnation 
de bancquet.) 

Au XVII' siècle, on appelait 
yo/ir/v6't? le petit panierà jour qu'on 
vendait à Paris au printemps. 
(Voir Hichelet, Dictionnaire fran- 
çais, éd. de 1G80.) 



JOXZAC, nom do ville formé 
de la terminaison ac (voir ce mot) 
et d'une forme abrégée de Jean 
qui, en vieux français, s'est dit : 
JeJian, Jboan, xJoan; du latin ; 
Joanncs. 



(1) Jagliau'!, Iris. 



JOTTE 



220 



JOUR FAILLI 



« Cette ville, dit Bouriç^non, * 
» est située sur la rivière la 
» Seuffiie qui traverse des prai- 
» ries un peu marécageuses. Il y 
» a apparence que son nom vient 
» de sa situation dans un lieu 
» remjjli de joncs. On a ajouté à 
» ce nom une terminaison cclti- 
» que, ne, qui veut dire liabila- 
» lion. » (Antiquités de Saintes, 
p. 255, note.) 

JOTTE'], s. r. Joue. Ce mot 
s'est conservé dans la marine 
pour désigner les deux côtés de 
l'avant d'un navire, qui ont la 
forme courbe des joues humaines. 
En berri : Jotte; en italien : f/otn; 
en provençal : gnuta; en vieux 
français : jude eijoe. 

La destre joe en a tule sanglante. 
[Chanson de Roland, st. 2S".) 

Les jO("-?es des leuns fraindrat li sire (1). 
[Livre des Psaumes, trad. du Xll' siècle.) 

JOTTS:i5F.Al, Jrtttcrâ, S. 

m. Maladie des oreillons, carac- 
térisée ])ar l'enlluro des arrière- 
joues. Dérivé de jotte. (Voir ce 
mot.) 

JOU, pron. pers. Je, moi, 
usité surtout sur les confins du 
bordelais. 

Je vous tieng por fol ; cl bien sai-ke 
jou meismes serai blasmés par vostre 
fait. 

(Henri de Vai.en(:ip.nnp,3, Histoire de 
l'Empereur Henri , ctlitiou de 
AVailly, § 510.) 

Il est d'Espaigne, fius de roi 
Par droit doit vivre et jou inorir. 
[Floirc et Blancc/lor.) 



(1) Le seigneur brisera les joues des lions. 



JOU, S. m. Joug. Pièce de 
bois supportant le limon et qu'on 
pose sur le cou des bœufs. Du 
latin •.juguni, dérivé du sanscrit: 
yuf/, joindre, attacher; j7/^fl, 
joug. Ce mot s'est conservé sans 
altération dans beaucoup de lan- 
gues : persan : jough; grec : ^j-fo; ; 
espagnol : jrnjo; catalan : jou; 
provençal : jo. 

James buef sa teste cornue 
Ne metroit à jou de charrue. 

Oean de SIeung, Roman de la Rose, 
vers 187iO«.) 

Pour en aimer un autre en ce pays 

[d'Anjou 

Où maintenant Amour me délient sous 

[le jou. 

(Ronsard, Amours, t. I, p. 145.) 

JOUC, fSuc, s, m. Perchoir 

potu' les poules. 

Le soir vous allez coucher quand les 
poules vont au joue. 

(P. de Laihveï, la Constance, act. I, se. I, 
nnc. Ih. fr., t. VI, p. lOG.) 

Il usoit quelques fois de si rudes 
termes que les poules s'en fussent levées 
du JHC. 

(Bonav. des Péuieus, XIV' nouvelle.) 

JOUR (Avant), locution pour 
désigner le matin, avant le lever 
du soleil. 

... Je veux savoir de loi, traître, 

Ce que lu fais, d'où lu viens avant-jour. 

(MoiiÈuE, Amphijtrion, act. I, se. H.) 

JOlIli V.VIIjILI (à), locution 
indicpiant la soirée, la tombée de 
la nuit. Expression également 
usitée dans le Berry. 

Puisque jou ne puis aller là 
Qu'il vientrne là 
A jour failli. 

(Vieille clinnsdii ciU-e par M. de Mon- 
MEiiyi.K, Théâtre fruuç. au moyen 
due.) 



JOURNAL 



221 



JUN 



JOl'KXAIi, s. m. Mcsuro 
agi'aire {}ui vario suivant les loca- 
lités. Dans le principe, ce mot a 
désigné la quantité de terre que 
des bœul's peuvent labourer en 
un jour (1). En basse latinité : 
jorimle eljornnlis. 

Simililer dono duos jornales de 

terra arabili 

(Yftits charta ex tabul. S. lienigiii, 
aiino 88i,cité par di: Cange.) 

Rcvertilnr nd fcodum Daudouin 

in quo habebant XXX jornalia lerraj... 

{Charla Gnillelmi VII. nnno 1129 — 
Archives de l'oitiers.) 

Le Diex m'aïsf ! De ce me puis vanler 
Plus ai de terre que XXX de mes pers, 
Encor m'en a un jornel aquité. 

(Li Charrois de Nijmes, vers 039».) 

Et sachiez que il avoit bien un joiirnel 
de terre darrière les templiers. 

(JoisviLiE, Ili.st. de S. Loys, § 51.) 

Le jjaysan saintongeais ])ro- 
nonce souvent joiirnaii, connue 
cJwvau, niarécLnu, etc. 

Je l'ose aussi bien dire que si la terre 
esloit cultivée à son devoir, qu'un 
journaut produiroit plus de IVuil que 
non pas deux 

(Bernard Palisjy, liecepte ïérilalile, p. ii.) 

JOI:TF.IC,v. a. Joindre, con- 
fronter. Du latin : jiixtà. En 
Berry, yoi/^e signifie limite, sépa- 
ration. 

Justez ensemble norlli et man; 
Ensemble dites donc norlhman. 
(NVace, Roman de Uou, vers W.) 

Le vieux franrais avait la \)\'v- 
posilion Jouxte, ]m'0('1io do, (pti 
rei)rotluisait le lalin même. 



(1) Est cerlus modus Icrric, forlé jugum, un 
journal!, quod juncli boves uno diè exarare 
possint... 

[Marins Virinrinus. cité pnr LirRiÈnR, 
Gloss. du Droit français, 1. 1, p. 8.) 



E moru e fu enfouis ricemenl à Saint- 
Denis jouxte son père Loeys le jus- 
licier. ' 

(Chronitiiie de Iluins.) 

Sous un poplier, en l'erbe esloient 
Joitste un vivier, où s'ombroioienl. 

(Jean de Meino, Iloman de la Hose, 
vers ICe-iO».) 



JUeiffEK, v. a. Monter, 
placer. Dans le sens neutre, il se 
dit j)articulièremcnt de la poule 
qui monte au perchoir, au Joue. 
(Voir ce mot.) 

La dame lessa le vilain 
Longuement au solier jouchier. 

(Fablian de la Burgoise d'Urliens.) 

Vous avez donc juché sur le poulailler. 

^François d'Ambroise (1)', les Néapolilaines, 
act. II, BC. Vin.) 

Ma maison e?.\, jnciiée sur un terire, 
comme dil son nom. 

(Montaigne, Essais, liv. III.) 

Jl'GKHCIE, s. f. Lieu où l'on 
juge — manière de juger. Ce 
mot désignait autrefois une cir- 
conscription juridique ; Jugeria 
en basse latinité. 

Gnillac en la jngerie d'Albigois cl 
sénescliaucée de TJioulousc. 

(Texte du XIV» siècle, cité par du C*?ige. 
au mol jugeria.) 

JUIIjïiK, s. m. Lien de cuir 
qui attache les cornes du bœuf à 
son joug. Du latin : Jiifjula. 

Jl'IV, s. m. Juin, sixième mois 
de l'année; du latin : Juniiis, 
dérivé d(; Jiiiio. La j)lu})art des 



(1) François d'Ambroise, avocat au Parlement 
de Paris, est l'auteur de plusieurs conn^iies. 
Une seule, celle des yéapntil(inifs,a été impri- 
mée (Paris. Abel l'AnKclier, ISH-I.) Cet auteur 
suivit Henri Ul en l'olnpne et publia, en Kilt), 
les œuvres d'Alieilanl. Son frère, .Adrien d'Am- 
broise, composa la tragédie ù'Jlolophcrnc. 

16 



JUSQU'A TANT 



222 



LAIDET 



formes modornos sont dépourvues 
de Vi avant Vu. En bourguignon : 
jeun; en berrichon : Jun; en pro- 
vençal : junh; en catalan : juny; 
en espagnol : Junio; en i)ortu- 
gais : junho. 



JL'SQU'A 

pour jusqu'à 



devrait 
que. 



T\ST, locution 
ce que , et qui 



s ecru-e jusqua temps 



Et dort sans aucun soin jusqu'à tant 
[que l'aurore 



Le réveille au malin pour travailler 
[encore. 
(Ronsard, Poésies choisies.) 

JUSTK, s. m. Gorsag'e de 
femme ajusté à la taille. En vieux 
français : habillement collant, 
d'où est venu Justaucorps. 

Es vos iileuc un' damoisel 
Une juste sous son muntel. 
(Wace, llomaii de Rou.) 



k: 



K.KIRI, s. m. Giroflée jaune. 
Mot arabe qui était en usage au 
moyen âge. (Voir Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

KISSI^^OT, s. m. Coiffure 
légère en toile destinée à préser- 



ver du soleil. Mot composé des 
deux monosyllabes anglais : kiss 
et not, n'embrasse pas. Cette 
coiffure, qui entoure la tête et se 
prolonge en avant des joues et 
du front, est pour la vertu une 
espèce d'armure défensive. 



TiABRI, s. m. Chien do ber- 
ger. Cet animal est, dit-on, 
d'importation sarrazine; il tient 
le milieu entre le griffon et le 
lévrier. 



liAFARGE, Ijafarsnc, 

noms d'hommes et de localités, 
du mot farqa, en langue d'oc : 
l'orge. 

1.AFITF. , liaflttc, noms 
d'hommes et de localités, dési- 
gnant en vieux français une 
pierre debout ou menhir : pierre 



fitte on peyre fille; en latin : 
pctra licla. 

îiAGORCF, La^ord, noms 
de localités. En vieux français : 
gord, gors, gorz, enclos fermé 
dans une rivière pour la pèche ; 
basse latinité : gordus. 

En limousin, gorda désigne un 
lieu })lein de décombres et de 
mauvaises herbes. 



liAIUKT , liCidet , noms 
d'hommes dérivés de l'adjectif 
laid, ou du vieux français : laider, 



LAIGNIER 



223 



LANDIER 



percepteur; en basse latinité: 
leidarius. 

liAIG^'IKR, liCfïnier, 

noms d'hommes, dérivés du vieux 
français : laigniev, charretée de 
bois, et Joigne, bois (en latin : 
lignum), de l'adjectif également 
ancien : lanier, paresseux, ou du 
substantif : lanier, drapier. 

N'uns n'i fu de parler laniers; 
Doneiz nos maîtres ou deniers, 
Font-ils, qu'il est drois et raisons. 
(Ri-TEBŒCF, Chariot le Juif. 1. 1, p. 292.) 

Foulons, laniers, tainturiers. 

(Le dit de la guerre de Renard, Coules 
et Fabliaux, \. H, p. 93.) 

liATR , nom d'homme. En 
vieux français, laive, Inirrc, 1ère 
ont signilié voleur; du latin : 
liitro. En vieux provençal, hir a 
eu la même signification. Notre 
français, larron, en est dérivé. 

Aies le cuer et dur et tendre. 
Toi le convient amer et pendre; 
Amer, por ce qu'il est ton frère, 
l'endre por ce que il est 1ère. 
(Le Reclus de Molieits.) 

li.VIRIlAf, futur irrégulier 
du verbe laisser, et régulier du 
vieux verbe laïer qui, d'après 
Duez, dérive du latin : lerjare, 
opinion que conlirme le substan- 
tif 7t?/f/e, employé dans les chartes 
messines dans le sens de legs. 

Je ne lerrcie por tut l'or que deus fisl 
Por tut l'aveir ki soit en cesl pais 
Que ço ne die, se tant ai de loisir. 
{Chanson de Roland, Ton i56«.) 

Comme Dieu layra mourir ces bonnes 
gens de Compieipnc (|ui ont este et sont 
si loyaux à leur seigmur. 

{Pron^/i de la l'urellc, interrogatoire Ju 
Il uars 1431,) 



Telle proyp est maulvaise 

Tant que tu la lairras, tu seras à ion aise. 

(BiïF, Amour et Oiseaux,i"'' livre du 
Pasae-lemps.) 

Tous les saintongeais connais- 
sent la chanson de Guilleri : 

Compère Guilleri 
Te lairras-[\i (ter) mouri. 

liAISSES (Eics», nom de 
localité entre Esnandes et Char- 
ron, où de vastes terrains ont été 
abandonnés par la mer. 



ïi.AIiEl', nom 

(Voir alleu.) 



de localité. 



liAMBKRT, nom d'homme ; 
abréviation du vieux nom gcrma- 
ni(jue : Lnndoherth (renommée 
du pays.) En latin : Landohertus. 
(Voir Lorédan Larchey, Diction- 
naire des Noms.) Ce nom fut 
l)orté par le premier abbé de la 
couronne, sacré en 1122, qui 
avait fait construire l'abbaye de 
ce nom : 

Lambertus conslruxit Cœnobium in 
vicino loco paludibus et rupibus in 
modo coronce cinctum, unde illi Coronœ 
nomen datum. 

IGallia Christiana, t. U, col. 1043.) 

IjAXDIFR, s. m. Chenet de 
fer; se dit en wallon : andi, et en 
vieux français : andier, ce qui 
ferait supposer que l'article s'est 
incorporé avec le vieux mot, 
comme cela a eu lieu pour hicrre, 
endemain, oriof, etc., devenus 
lierre, lendemain, loriot. 

u n'y a pns apparence qu'une telle 
pièce de fer ait parlé. Je ne dis pas si 
c'estoil un landier... 

(Bcronlile de Vbhvimb, Moyen de par- 
venir, i. II, p. 310.) 



LANDRY 



331 



LARD 



Je tombe à terre près des landiers 

(Rabeliis, /'(i«/fl(7rKt'/, liv. II, ch. XIV.) 

liAXDRV, nom d'hommo, du 
|2:ennnnii|iio : Lnnd-ricli, en latin : 
Landericus ; en .allemand mo- 
derne : Land-rcich, riche en 
terres. 

liAXGAR», adj. Bavard, du 
latin : linguax. 

Dire vous veulx , maulgré cliascun 

]lanr)ard 
A l'arriver, doulcement Dieu voos gard. 
(Cl. JIutoT, Epilirs, t. I, p. 159.) 

L'autre fut grand lanfjard, révélant les 

[secrets. 
(Regmer, Satires.) 

Myrtine m'aime et voire autant me prise 
Que tels langards souvent elle déprise. 

(Vauquelin de La Fresnaïe, Foreaterie Yl, 
p. 16.) 

liAXC-E, s. m. Etoffe de laine 
dont on couvre les petits enfants; 
en Saintonge, on dit plus ordinai- 
rement drapeau. Le sens original 
rie lange est étoffe de laine (y^/ia), 
comme celui de linge est étoffe 
de \\n{linas]. 

Celé qui n'ot lanrfe ne fautre (1) 
Ne linge n'autre couverture 
N'osa pas montrer sa figure. 

(RiTEBŒiT, Œuvres^ t. II, p. 133.) 

IiA\GROTTE, s. f. Lézard 
gris. L'ancien nom pourrait avoir 
été angrotte de an guis, serpent. 
Cependant, -dans le vieux fran- 
çais, on trouve généralement les 
formes : lanQOsio, langolte, lan- 
groust, langi'Ottes, avec le sens 
de sauterelles ou de lézard. 



(1) Faillie, étolTe foulée, feutre. 



Aucuns fous ne quidast et déist que 
ce fil formes volailles si comeAangostes 
ou chauve-soris, ou teles pouretés (1). 

(ilommeulaircs sur le Psautier, psaume 
"7, verset ^7.) 

Car quant el oit bruire le vent 
Ou el oit saillir deus langotes 
Si l'en prennent lièvres el gotes 

(Guill. DE LoRBis, Roman de la Rose, 
vers 4i95'.) 

Et si sera ledit cabinet luisant d'un 
tel polissement que les Iczars et langrot- 
les qui entreront dedans se verront 
comme en un miroir. 

(Beriianl Palissv, Receple véritable, p. 80.) 



liAIVGUE »E BFIJ, s. f. 
Sauge sauvage — buglose ofli- 
cinale. (P. Jônain.) 

ïiAXGUE DE CERF, s. f. 

Scolopendre, plante de la famille 
des fougères. 

liAJVGUE DE CHAT, s. f. 

Petite sole (poisson de mer), ainsi 
nommée en raison de sa ibrine 
plate et effilée, également dési- 
gnée par la locution satirique : 
langue d'avocat. 

Les latins l'appellaient : lingii- 
lace, les italiens et les espagnols : 
lingualte, linguattole, lenguados. 
(Voir Ménage , Origines do la 
Langue française, p. 610.) 

IjA IVOUE, nom d'homme ou 
de localité. Du vieux français 
noe, noue, terrain marécageux. 
(Voir nouailles.) 

liARD, s. m. Peau, dans un 
sens familier. 

Allons nous battre guaillard et bien 
à poinct frotter nostre lard. 

(Rabelais, Pantayruel.) 
(1) l'ourelé, pauvreté. 



LARDIER 



LAVE-PLAGE 



liARDIEK, s. m. Lieu où se 
conserve le lard, charnier. En 
basse latinité : hirdnrhun locus 
ubi larduni scrvatur (du Gange). 

Trois bacons avoit en un monl 
Chez un preudhomme en un lardier. 
(Riiman du Renart.) 

Et Renart au lardier s'adresse 

{Homan du Renaît, vers 'i36l«.) 

I^ARROIV, s. m. Syphon — 
tuyau servant à faire passer un 
liquide d'un récipient dans un 
autre. Cet instrument a dû souvent 
servir à voler du vin ou de l'eau- 
de-vie, d'où son nom. 

Un trou ou larron pour vuidcr l'eau 
importune afin de irardcr de crever les 
tuyaux. 

(Olivier DE Serres, Théâtre d'Agriculture, 
p. 768.) 

Cette année (1499) fut la bonde ou le 

larron i\u'un appelle pour laisser 

escoulcr en la mer les doulcins de Lafond 
et cau.x pluviales. 

(Amos B\RBOT, Ilist, de la Rochelle, l. I, 
p. 461.) 

liAltY, nom d'un ruisseau, 
aniuont de l'Ile (rive droite», qui 
traverse les landes de Monffjuyon. 
Du vieux français Inrris, lande; 
en basse latinité : larrichiin. 

Taul chevaulcha par plains, par bois, 

par larris 

{Roman de Gérard de yevcrs.) 

liAS î Interjection plaintive 
pour Iii'las ! 

Lasl voyez comme en peu d'espace 
Mignonne, elle a dessus la place 
Lasl lasl ses beautés laissé ciieoir. 
(no:<iAHn, Eléiiie à Cassandrc.) 

Ii.\SSi;s,adv. Là haut, d'après 
M. Burgaud des Marets. 



Ho! gentil compaignon, ainsy mon 
amy : tenez bon lassus. 

(RiDKi\i3, Pantagruel, liv. IV. ch. XIX.) 

Ii.%UKKA'S.\^^A'E, «nom de 
localité et cours d'eau, affluent de 
la Seugne. Latin : laurentii 
ainneni. 

liAmiÈRE, nom de localité 
située à quatre kilomètres de 
Pont-L'abbé. Le nom latin loe- 
riiim, mentionné dans une charte 
du XIP siècle s'applique à ce lieu : 
Garta de décima loerii (juœ est 
juxta pontolabium. 



I.AVACJXOX, s. m. Goquil- 
lagc bi-valve, comestible, qui vit 
enfoncé dans le sable ou la vase. 

M. Littré l'écrit lavignon ([ui, 
d'après lui, serait le nom roche- 
lais. Le mot lavnçjnon paraît être 
une corruption de l'ancien nom 
availlon, avec lequel l'article se 
serait incorporé comme pour 
beaucoup d'autres mots : lende- 
main, lièvre, loriot. 

Les huîtres, les mondes, les sour- 
dons, les pétoncles, les availlons... 

(Bcrnnnl Palissy, Rceeple véritable, 
p. 147.) 

liAVAlLLE, s. f. Eau qui a 

servi à laver, eau de vaisselle. 

En lavaille de jambes à meseaulx (1) 

En raclure do piedz et vieux hou- 

[scaulx (2). 

(François Viii.on, Grand Testament, p. 76.) 

■iAV »•:-!• Bi ACE, s. m. Brosse 
emiiianchée d'un bàlon, servant 
à laver les i)lanchers.(Voiryj/rtce.) 



(l) Mcxenul.r, lépreux. 
{-', UouieauLv, chaussures. 



LAVÛUR 



226 



LESUEUR 



liAVOl'R, LaToner, s. m. 

Lavoir. Au moyeu àg-o, ou a dit 
laveur, laviir, lavoiwv pour dési- 
gner un réservoir d'eau ou bassin 
à laver le linge. En latin : Inva- 
torium. 

Co fii li laveurs u li pruvcirc soleienl 
laver (1). 

{Livre des Rois., traJ. du XU' siècle, 
p. :2oti.) 

De co fist Salomon tuz les vaissels de 
araim el temple e neis le granl lavur (2). 
(/*(■(/., p. 147.) 

liEDRU, nom d'homme ; en 
vieux français, dru signifiait 
amant, ami. 

Li âmiralz ki treslut les esmut 
Si n'apelat Gemalphin un sun drut (3). 
(Ckanson de Roland, vers 2813».) 

Si sa chère amie e sa drue. 

(Chronique de Normandie, t. II, 
vers :il93i«.) 

Le mot dru a du reste eu autre- 
fois la signilication du français 
moderne : épais, fort. 

Granl i creisseient li buissun 
Espines drues c coudreiz. 

{Chronique de J\'orniandie, t. I, 
vers 980».) 

liKFEISVKE, liCfèvre, 

liCfébure, noms d'hommes. Du 
vieux français : fùvre, ouvrier en 
fer, forgeron; latin: faber. 

liÉfiil^K, nom d'homme; du 
vieux germanique : loodegnv (ja- 
velot du peuple); en latin : leodc- 



(I) Ce fut le lavoir où les prêtres avaient 
coutume de laver. 

(2; De cela, Salnmon fit tous les grands vais- 
.seaux (l'airain du temple et même le grand 
bassin. 

(3) L'amiral qui tous les mit en mouvement — 
Gt appeler Gemalphin un sien ami. 



gavius, abrégé en leudgar, leut- 
ger. (Voir Lorédan Larchey , 
Dictionnaire de Noms.) 

ILK.^'MK, s. f. Œuf de pou; 
latin : lens, lendis. Dans les 
dialectes de la Provence, du 
Berry, de Namur, de Genève, ce 
mot s'écrit de la même manière. 
« Perles de gueux, des lentes. » 
(Oudin, Curiosités françaises^ 
p. 411.) 

Paous neïs, cirons et lentes 
Tant lor livrent sovcnl ententes, 
Qu'il lor font lor euvres lessier. 

(Jeau DE MEurcG, Roman de la Rose, 
vers 180i5".) 

liEIVïElS, nom d'homme; en 
vieux français, dialecte anglo- 
normand : lâche, couard. 

El qex que icisl soit, ne le taig à 

[lenier 
Quant encontre vos toz vient toz sox 
[guerroier (1). 
{Chanson des Saxons, couplet 139°.) 

liEKME, s. f. Larme. 

Femme a moult tosl terme Irovée 
El grand mensonge controvée. 

(Dolopalhos, vers 4328», p. 150.) 

liESSlF, s. m. Eau de lessive. 

Puis en frolta une partie d'huile de 
noix, pour voir si elle n'ctoit pas escrite 
de lexif de figuier. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXIV.) 

liESl-EtJR, nom d'homme. 
En vieux français : le cordonnier, 
du latin : sutor. Au moyen âge, 
le nom de cordonnier ne s'appli- 
quait qu'à ceux qui travaillaient 



(1) Et quel qu'il soit ici, je ne le tiens li poltron 
Quand contre vous tous il vient seul combattre. 



LETELLIER 



227 



LIARD 



le cuir de Cordouc, le cordouan, 
et s'écrivait eordouanier. 

liUTEIjIilKB, nom d'hom- 
me; en vieux français, les mots 
teUei\ /e7//erdcsi£^naient le mar- 
chand de toiles; du latin : lela. 

liEC'RIXE, Kiiiriiie, noms 
de locaHtés dérivés probablement 
du mot ancien : leurre, prouesse 
fallacieuse, qui s'est conservé en 
français. Au XVI" siècle, Sainte- 
Leur ine était une paroisse de la 
chatellenie d'Archiac;il s'y trou- 
vait une fontaine miraculeuse : 

L'évêquc de Xninctes a fait un trait 
de bon pasleur : quatre gueux ayant con- 
trefait les aveugles allèrent prescher leur 
guérison par une source nouvelle trou- 
vée à Sainte-Lurine près Archiac 

On y porta deux mille charretées de 
pierres, l'évêque alla sur le lieu et ayant 
fait enqueste contraignit chacun de rem- 
porter sa pierre 

(Agr. d'Acbigné, Baron de Fœneste, liv. II, 
ch, VI, t. I, p. 71.) 

LKVES (Les), nom de loca- 
lité; du vieux français : leyve, 
ferme, domaine affermé. (Voir 
Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

liEVK, s. m. Levée au jeu de 
cartes — pli. 

Pour ce jeu nous ne volerons pas car 
j'ay faict un levé. 

(HAnELAis, Gargantua, liv. I, ch. V.) 

liEVFR, v. n. Pousser. Se 
dit surtout du blé dont la verdure 
commence à percer le sol. 

Cerés, si de nos blés grande planté se 

[U've 

{Bs.iv,Erjl.XI, p. 33, v.) 

liEZ, adv. Près de, le long de ; 



du latin : latus, synonime dejuxta 
en basse latinité. Ce mot a été 
coiis6i"vé en français pour dési- 
gner quel([ues localités : Le Ples- 
sis-Lez- Tours {Plexilium-Latus- 
Turonem.) 

D'un los cuntc qu'une nuit 
Ksleit alez en sun déduit. 
Lez une mare trespassa. 

(Marie de FnAriCE, Fable XLIX, t. II, 

p. 236.) 

Sur mol duvet assis un gras chanoine 
Lez ung brasier, en chambre bien nattée. 
(François Vaios.) 

Lors les alcyons ponent et esclouenl 
leurs petits lez le rivage. 

(Rabelais, Pantagrcel, liv. V, ch. VI.) 

lillOMEAU, Lhoiimcau, 

noms d'hommes et de localités; 
du vieux français : homeau, j)etit 
homme; en latin : homunculus, 
honmncio. 



Lî, Lé, pronoms personnels. 
Lui, elle. 

A li s'en vint, parmi les draps de soie 

La battit tant que pour un poi 

Ne la morte lessée. 

{Romancero de la belle Idoine.) 

Gardai si vi venir une leuvc orguillousc 
Qui menoil après li de petits louviaus VII. 

{Un dit d'aventures. XIII» siècle.) 

Je vous veus demander si )e roy se 
seoit en ce préau et vous vous allez 
seoir sur son banc plus haut que li, si 
on vous en dcvroil bien blasmer? Kt je 
li du que oil. 

(JoiîiviLi.E, llist. de s. Loys.) 

Devant justise l'amena 
Se li a un pain demande! 
K'il li aveit, ce dist, prestei. 

(Marie de France, Fai>. IV, t. II, 
p. 75.) 



LfARBI, s. m. Monnaie de 

cuivre (jiii valait autrefois trois 



LICHÉE 



228 



LIGNERES 



deniers, et qui représente aujoiu'- 
d'hui le (juart d'un sou. Mol 
dérivé de li hardis, c'est-à-dire 
Philippe-ie-IIardy, cpii lit fabri- 
ipier les premiers liards, selon 
Clérac, en son Traité des mon- 
naies de Guyenne.^ (Voir Borel.) 

lilCaÉE, s. f. Petite portion 
de (pielque chose. Mot d'origine 
celtique, devenu en écossais : 
slis, sliseag, tranche, morceau ; 
en irlandais : slis, sliseog. Le 
vieux français a eu dans le même 
sens : Icsche; le provençal : lescn. 

Une cruche seut (1) estre prise 
Où l'aumosne do vin est mise 
D'une lesche de pain singnie. 

' (De Giersay, nppendicR aux œuvres de 

lUlEBŒlT, t. II, p. 139.) 

liirnUR, Luclicr, v. a. 

Lécher — manger ou boire avec 
excès — aimer la bonne chère. 

Le flol qui voit 

Que le bord lui fait place, en glissant 

[la reçoit, 

Au giron de la terre apaise son courage 

Et la lichant se joue à l'entour du rivage. 

(Pierre Ronsahd.) 

Dans le sens do gourmandise, 
goinfrerie, le vieux français disait 
lie lie rie et lécher ie : 

Li autre par sa licherie 
Est entrez en l'infirmerie. 

(RCTEBŒIF.) 

Considère ce que à nature sofOst non 
pas ce que lécherie requiert. 

(Brunetto Latim, Lirres du Trésor, 
cil. L.VV, p. 3S1.) 



LIClIf:UK,s. m. Qui aime la 
bonne chère, gourmand, parasite. 
On disait autrefois lichard, ainsi 



(1) Scut, a coutume; latin : solct. 



indii{ué par du Gange : lecator, 
gallis olim lichnrd. Le latin leca- 
tor avait foruK) avec le même 
sens : léchéor, léchéour, lechier- 
res, etc., et au féminin: léche- 
resse, lécherelle. 

Diii léchéor s'entr'enconlrèrcnt 
A la cort à un Roi mengèrenl, 
Et niengrrcnt par granz estris. 

{Caxtuicmcnl d'un pore — Fabliaux cl 
Coules, t. II, p. 136.) 

Ains en voleit eslrc mangierres 
Tant erl (1) dclicieus léchierres, 
Tant ot les volatiles chères. 

(Jenii DE MEiNfi, Roman de la Rose, 
vers 21005".} 

La char qui ne veut cstrc caste 
De tout veut avoir, partout tasie 
La lécheressc de péchiez. 

(Miserere du Reclus de Moliois, st. XIV.) 

lilDOIV, nom de localité. 
Village au bord de la Seugne, qui, 
par un rapprochement sans doute 
purement accidentel, porte un 
nom identique à l'italien lido, ri- 
vage. 

lilKE, s. f. Temps pendant 
lequel les mêmes bœufs restent 
attachés à la charrue. Du latin 
lifjare, lier. 

IiIGIVS<:Ri:§, nom de localité. 
Terre semée en lin, basse lati- 
nité : linaria. Ce nom dérive 
peut-être du vieux français 
lifjnier, ligner, bûcher, lieu oi^i 
se scM're le bois, en basse latinité : 
lignarium, du latin ligniun. On 
appelait aussi autrefois lagnier, 
Ingniére, le lieu où on fait un 
abbatis de bois, 

Tous bos qui sont es lagnèrcs de cha 



(1) Erl, était; latin: cral. 



LIGNOU 



229 



LIIION 



le Irau de Marillon le doivent amener en 
cestc ville... 

(Rep. lie In ville de Dnuni, lai", cite 
par Roquefort.) 

I^lGlxor, S. 111. Fil de lin en- 
duit de i)oix, servant à la couture 
des chaussures — lilet de la lan- 
g^ue. En vieux français : lii/ncl, li- 
gncul, lignoiil. 

Et por garder que ses mains blanches 
Ne halcisscnt ot un bians gans, 
Cote ol d'un riche vert de Gans, 
Cousue à lignel tout enlour. 

(Guillaume nE Loiiiiis, Roman de la Rose, 
vers aBl".) 

Je gage une musette, au lieu de ton vais- 

[seau, 
Que d'un lirjncul ciré au genouïl j'ay fait 

[coudre. 

(Ronsard, Eglogiic V, t. IV, p. 01.) 

lil.flAC'E, S. f. Limaçon, cs- 
carjj^ot — du l^vcc Asîjjia;, latin : 
Umax. 

La limace gcte son cors 
De l'escalope toute fors (1). 

l'ar le biau tens 

(RiTEBŒCF, Vie d'Elisabeth.) 

Et ne faites laide grimasse 
Et tout ainsi que la limassa 
Qui SCS deu.x cornuchons retire. 

(Cl. M.vnor, Epitres, 1. 1, p. -JOl) 

Ces citations indiiiucnt (ju'il 
s'agit de l'oscargot, et non du mol- 
lusque rampant sans co([nille,(|ui, 
en français, à le nom de liinnce. 

lil.lIO.MFK, s. m. Cheval 
jilaci; en tri! les doux brancards 
(ou limons) de la charrette. 

Une charrote a fet aiiareillior, 

D'un auferrantlistGuiborc limonier (2). 

{Bataille d'Mi-.uiinns, vers 4'J88».) 



(1) La //«(«refait sortir son corps tout entier 
hors (le sa cni|uj|lc. 

(2) D'un cheval de guerre, Guihourc fil un li- 
monier. 



lilACF.lX, liiiiccu, s. m. 

Drap do lit, lange, et en général 
toute pièce de linge. En basse 
latinité : linchis, latin : linlcum, 
drap de lit. 

Ne coûte, ne coussin, linciteil ne oreillier. 
{Berte ans gratis pies, yen 932».) 

Et la fut-il cnsevely entre deux Un- 
ceulx sans s'esveiller, bien deux jours 
après. 

[Cent Nouvelles nouvelles du rny Louis A7, 
cil. V, p. 75.) 

Beuvez des vins délicieux 
Puis après entre deux lincieulx 
Allez reposer vostre teste. 
(Cl. Marot, Epigrammes, t. ni, p. 110.) 

Il alla couvrir la teste de la dame, 
femme de l'autre, d'un linceul et lui dé- 
couvrit tout le corps. 

(Brantôme, Dames galantes^ dise. I, p. 78.) 

L,IA'«T , S. in. Màlc de la 
linotte, ou verdier. 

Les chantres Ujnotz et serins 
Et rossignols au gay courage 
Quisur buyssonsduverdboscagc... 

(Cl. Marot, Temple de Cttpido, t, l, p. 16.) 

Douce est du rossignol la rustique chan- 

[son. 
Et celle de Unot et celle du pinron. 

(Ro.NSARD, Egloguesy i. IV, p, 52.) 

L'expression vulgaire : linotte 
coilTcc, pour femme, se trouve 
dans Oudin, Curiosités fran- 
çaises . 



lAllOS, s. m. l'ctit rat, loir, 
mulot. 

Aux lirons et limaçons caciiez en terre 
ou dans leurs creux le dormir sert aulieu 
de mangeaille. 

(I'A9-..riEn, Lettres, l. III.) 

Rabelais a écrit gliron. 

Soudain deviennent gras comme 
glirons (jui p;ir avant cstoienl maigres 
comme pics. 

{RnuKiui, Pantagruel, liv. V, ch. IV.) 



LISTE 



230 



LOCHER 



LISTE, s. f. Bande de terre, 
morceau de champ plus long que 
large. Ce mot est d'origine Scan- 
dinave, lise trouve avec la même 
signification dans toutes les lan- 
gues du Nord : 

Tudesque : listn;, anglo-saxon : 
list ; islandais : listi ; danois : 
Jisle ; suédois et hollandais : list. 

En basse latinité, listn se trouve 
dans des chartes des XI" et 
XV^ siècles, citées par du Gange: 
lista terrœ, lista vineœ. 

Ce nom s'applicpiait aussi autre- 
fois soit à une bande d'étoffe, soit 
à une bordure ou à une marque 
alongée. 

Tunicam item rum Ixsln aureâ et cir- 
cnlos aureos et listam aurcam marga- 
ritis insignitam. 

(Chronique de Monlcassiii, liv. I, ch. XXI.) 

Li rois fu en la sale d'oi-pciiilurce à liste. 
(Berte ans grans pics, vers 2218».) 

Li clieval qui aura l'esloilc blanche 
au front ou la liste et raie blanclic qui 
lui descende par la face 

(Olivier de Sbrrr», Théâtre d'Agricul- 
ture, p. a02.) 

IjlTRilF., s. f. Potilc quantité 
de quelque chose. On trouve en 
basse latinité : lislrn; en vieux 
français : listrc, Jistrol; en lan- 
guedocien : Jistro, pour désigner 
une bande étroite, un petit mor- 
ceau d'étoffe ou do terre. 

lilUnE, s. f. Ligature, 
réunion de deux parties par la 
couture. 

Nul ne puet quirier (1) selc qui soit 
brisiée desus la darenière li^ire en 
amont. 

{Livre des Métiers d'Est. IJoii.nAu, p. 219.) 



(1; Quirier, couvrir de cuir. 



LIVFH'j^E, nom d'un ruis- 
seau, aftluent do la Gironde, qui 
descend des collines de Montlieu. 
Ce mot est d'origine celtique : 
livo , en bas breton, signifie 
niveau, comme le bas latin : 
livellns. 

lilKARD, s. m. Lézard. 

En outre petits lisards courans à tra- 
vers la pampre... 

(IlAnELAis, Pantagruel, liv. V, ch. XXXIX.) 

liWCBIE, s. f. Espèce de pois- 
son commun dans la Seugne — 
limace. 



Gardons, perches, dars, loches 

(Ambroiso Paré, cité par Litthb.) 

Il avoit en la ruelle de son lict un 
dard, duquel il tuoit des loches en son 
jardin. 

(A?r. D'Aiinir.NÉ, Baron de Fœnestc, liv. III, 
cil. XXIII.) 

Qui ne peschc qu'une loche si pcsche-il. 

(Livre des Proverbes français, t. I, 
p. 179.) 

liOClBER, V. n. Branler au 
manche, remuer. M. Litlré indi- 
(pie plusieurs élymologies pro- 
])Osées pour ce nom qui proba- 
blement n'est qu'une corruption 
du verbe clocher, dont la pronon- 
ciation gutturale de notre pays a 
fait disparaître le c. Le breton : 
liiska, branler, remuer, pourrait 
faire supposer une origine celti- 
que. 

De belif li cstoit laciès 

Li hiaume, qui el chicf li loche. 

(Tournoiement de l'Anteehrisl.p. 22.) 

Mais n'oubliez pas votre broche 
Toujours avons un fer qui loche 
Ou quelque trou à restoupper. 

{Faree des femmes, anc. th. fr,, t. II, 
p. 102.) 



LOGE 



231 



LOQUET 



Une fille toujours a quelque fpr qui 

[loche. 
(Regnàrd, le Dal, se. VII.) 

liOGrF, S. f. Cabane en bran- 
chages dcstinëo à abriter les 
charrettes, les outils, le fumier. 

Cum il vint à unes loges à paslur an 
ccl chemin (l). 

(4"" Livre des Rois, ch. X, verset 12, 
p. 3S1.) 

Elle prist des (lors de lis 
Et de l'erbc du garris 
El de la foille aulrcsi 
Une bêle loge en lisl. 

{Aucassin et Nicolete, chant XIX.) 

Si employay l'esprit, le corps aussi 
Aux choses plus à tel aage sortables, 
A charpantcr loges de boys portables. 

(Cl. .Mauoi, Egl. au Roy, t. I, p. 42.) 

Et afin que le fumier ne soit gaslé par 
les pluyes ni par le soleil lu feras quel- 
que manière de loge pour couvrir le dit 
fumier. 

(Bernard Palissy, Ricepte Véritable, p. 35.) 

liOlKs':, nom (le localité. 
Dérivé de Joir, petit rat, ou loir, 
contraction de le hoir, l'héritier; 
du latin : hscrcs. 



IjOIX, nom de localité de l'ile 
de Hé. Du vieux français : Joie, 
cabane, logette; latin : localis. 
(Roquefort, Glossaire.) 

liO^TIBAIin, nom d'homme 
désignant autrefois le changeur, 
le jirôteur sur gages. La rue 
des Lombards, à l^aris, ('tait au 
moyen âge habitée par les chan- 
geurs et ban([uiers italiens. 

Ei01iC;i:VES,nom de localité, 
canton de Maraus. Svnonimc de : 



(1) Cum vcnissct ad rameram pastorum iu 
vid. 



grandes eaux; du saintongeais : 

ève. (Voir ce mot.) 

liOXCrl!^, adj.Lent, traînard. 
Ce mot était encore usité au 
XVIP siècle : c'est un loitr/is, un 
vrai longis. (Dictionnaire de 
r Académie, édit. de 1090.) 

LOPIIV, s. m. Petit morceau. 
En allemand .- loppen, lambeau ; 
en anglais : to lop, retrancher. 
En basse latinité : Jopadium, mor- 
ceau coupé; loppare, émonder. 

Un loppin de terre planté en saulaye. 
(Texte du XV» siècle, cité par du Cance.) 

OÙ la peau du lyon ne peut suffire, 
il y fault coudre un lopin do celle du 
regnard. 

(HoKniGNE, Essais, liv. I, ch. V.) 

Et ayant broyé grande quantité de 
diverses matières, je couvray tous les 
lopins des dits pots des dites drogues 
couchées avec le pinceau. 

(Bernaril Paussï, Discours Admirables, 
p. 381.) 

Ii©Qi:KX€E, S. f. Elocpience 
— facilité de parler — force de 
la voix. 

Quant ung enfant est né, qui luy por- 
tproit le petit boyau iusques nu chief, il 
en auroit longue vie, doulco alayne, 
bonne voix et gracieuse loquence. 

{Evangile des Counoilles, p. 30.) 

Lors cuydant répliqu^^r, ma loquence 
interrompit par un rondeau. 

(Cl. Mahot, Dédicace du temple de Cupidn, 
t. 1, p. li.) 



I^O^l'ET, IIjO(|iiotcau, s. m. 

Petite clé, passo-jiartout. Loquet 
est un diminutif du vieux fran- 
çais : loc, d'origine gcrmani({ue. 
Anglo-saxon : Joe; anglais : lo 
lock, fermer. 



LOOl'ETER 



23-2 



LOUP-GAROU 



As allres chambres out une chambre 

(ajustée 

Par uni la veie esleit al cloistre plus 

[privée 

Mes à celé ure esleit à un grant loc 

[fermée. 

{Théodore le martyr, ciié par Littré.) 

La femme qui se double d'estre grosse 
qu'elle pisse en ung bassin et puis que 
ele mecte un loquet dedans ou une 

clef 

{Evangile des Counoilles, p. i\i.) 

liOQl'ETER, V. n. Secouer 
le loquet d'une porte pour la faire 
ouvrir. 

Lequel huyz ils trouvèrent fermé et 
pour ce hurlèrent et loquetèrent en- 
semble. 

/Telle du XV" siècle, cilé par dc Ca>ge, 
au mot locetus.) 



liORIGXAC, nom de loca- 
lité, domaine originel; en latin : 
orignacuin. Comme dans Lierre, 
Loriot, etc., l'article s'est incor- 
poré au nom primitif. 

liOKIor, s. m. Loriot, oiseau 
de l'ordre des passereaux, de 
couleur jaune. En italien : oriolo ; 
du latin : aureolus, de couleur 
d'or. Dans ce mot, l'article s'est 
incorporé au nom pour ne faire 
qu'un seul mot. 

C'estoit un dart dont li penon 
Erent de pênes û'oriol (1). 

{Tournoiement de l'Antéchrist, édition 
ael8ol,p. 5-2.) 

Entre les autres je fus fort esmer- 
veillé d'un forteresse que Voriou avoit 
faite pour la sauvegarde de ses petits, 

(Bernard P411SSY, Discours Admirables, 
p. l'»5.) 

IjOU, pronom. Le, cela. 



(1) C'était ane (lèche dont les pcnnons étaient 
déplumes de loriot. 



Filz, dist li père, bien Ion croi. 

{Doliipnthos, vers 6761", édit. Jaiiuet, 
p. ^231) 

liOVER, V. a. Prendre à 
gages, gager un domestique. Du 
latin : Jocare, anermor, louer, 
qui, dans la basse latinité, a eu 
aussi le sens de prendre à ferme, 
à gages, soudoyer. 

Si quis furlim aliqusm locavevit ut 
hominem interlieiat 

{Loi Salique, titre XXX, de Lncatioiiibus.) 

Ki primes furent saziez or se sunt 
pur pain liiez"? (1) 

{Livre des Rois, trad. du XU» siècle, p. 6.) 

liOUIiAlf, nom de localité. 
En vieux français : loii. Jeu, c'est 
le loup ; laïc, laye, lay désignent 
une forêt ou un sentier dans la 
forêt. Loulay est donc : chemin 
du loup ou forêt du loup. Ces 
animaux sont encore communs 
dans la conti-ée. 

Cependant le nom latin lolaïcus, 
qui désigne cette localisé dans 
une charte de 1073, de Guillaume 
d'Aquitaine (Voir Gallia (Jhris- 
tiana, t. II, instrumenta), pourrait 
être une abréviation de locus 
laïciis, lieu laïque, bien sécula- 
risé. 

liOrP-GAROr, subst. 
masc. Homme-loup, ganipote. La 
croyance au loup-garou, conser- 
vée en Saintonge , est très 
ancienne. Dans la vieille langue 
normande, on disait garwall ; en 
Artois : wai'ous. 

Humes plusieurs fjarwall dovindrenl 
Et es boscages meisun tindrenl. 
Garwall si est beste s;ilvage. 
Tant cum il est en celc rage 



(1) Ceux qui d'abord étaient rassasiés, main- 
tenant se sont loués pour la nourriture. 



LOURDERIE 



233 



LUGIIAT 



Humes dovure, grnnt mal fait 
El granz foresl couvcrse et veit. 

(Marie de Fr\nce, Lai de Bisclaveret, 
1. 1, 1,. 178.) 

Et lor sires est remès cha fors 
Qui niout estoit crueus et fors 
Et fel et fiers et plus irous 
Que chiens dervés et îetts warous. 

{Le Chevalier aubariiel-, vers 139" — 
Fabliaux et Contes. 1. 1, p. "213.) 

En langue tiulesque : wcr-volf; 
en anglais : ^vevc-^voU'; en bre- 
ton : denhleis; en celtique : bleiz- 
garw, ont la mtme signification. 
Une jolie ballade du XVP siècle, 
sur le loup-garou, nous a été 
conservée ; elle débute ainsi : 

Il faut que je vous dye 
D'ung très gentil galois 
Qui cuydoit son amie 
La femme d'ung bourgeois. 
Mais elle list la fée 
En disant : Amy doulx 
Venez à la vespri'e 
Faisant du loitp-garoulx. 

{Jardin de l'iaisance., Lvon, s. J., 
in-4°.) 

liOrKIIFltlE, S. f. Balour- 
dise, lourdeur d'esprit. 

Venez, les disciples gentils, 
(lombatlre ceste lourderie; 
Venez mon mignon Horderie. 

(Cl. Maiiot, Epiatre, t. I, p. 214.) 

IjOUVAT, s. m. Louveteau. 
En provençal : lohnt; en gascon : 
Joiibat; en vieux français : loii- 
veau, louvat. 

Quatre loviax gisent enimy 
El madame Hersent la love 
Qui ses loviax norrisl et covc. 

{Rnman du Uenart, vers 3G0\) 

Gardai, si vi venir une louve orguil- 

[louse 
Qui mcnoit après li depelilz loviaus VH. 

{Un dit d'aventures, poème sniyrique 
du .\ni* siècle.; 



Mort du hniveau 
Santé de l'agneau. 

' {Livre den Proverbes français^ 

t. I, p. 18-2.) 

Au bout de quelque temps que mes- 

[sieurs les louvats 

Se virent loups parfaits et friands de 

[tuerie. 

(Lafomaise, liv. m, fuble XIH.) 

liOYFR, nom d'homme. En 
vieux français, l'oyer en deux 
mots, c'est le rôtisseur, le mar- 
chand d'oies. (Voir dans le Re- 
gistre d'Et. Boileau, p. 175, 
l'ordonnance du métier des oyers 
de la ville de Paris.) 

L'oie s'appelait autrefois oe, 
oiie d'oîi le nom de rue aux Oues 
donné h la rue habitée au moyen 
âge par les rôtisseurs et qui est 
devenue, par corruption, la rue 
aux Oui's. 

Vous l'en avez pris par la moue (1) 
Il doit venir manger de l'ouë. 

{Farce de Maistre Pathelin.) 

lil'C, nom de iocalitt'. Du 
latin : Jucus, bois, dérivé lui- 
même do Jucere, par antiphrase : 
quia non hicet. 

L.l€'AXE, s. f. Lucarne. 
Do lux, lucis, lumière. Dès le 
XVI" siècle, ïr a été intercalé. 

A la lueur de la lune qui entroit en 
sa maison par une htqucniï^. 

(Toile ilu XIV» siècle, cilé par Df Caxce, 
au mol lucanar.) 

Pour ouvrir dcu.v hicannes. 

(Euslacho DEsciutirs, cite par Littré.) 

IiUCII.\T, nom de localité. 
En vieux fiançais : lochct, luchct, 



({) Mnuf, comme, mouxe, a sigiiiniï autrefois 
bouche, museau, grimace. 



LUCIIE 



234 



MACHE 



louche, hiche, ont désip^né un 
outil à fouir et romuer la terre. 
Luclie signifie en outre : porte ; 
hic, un petit bateau; enfui lox. 
Jeu, loii désignent le loup, animal 
très commun autrefois dans la 
contrée qui est encore très boisée. 
Le ruisseau du Lu coule dans 
cette commune. D'après Bouri- 
gnon, ce mol désignerait l'eau, 
en celtique. 

lilJCIIF, s. f. Chasse aux 
escargots. On reconnaît le passage 
du gibier aux traces de bave qu'il 
a laissé sur les feuilles en les 
Juchant. Luchcr comme licher 
(voir, ce mot), signifie lécher 
en saintongeais. 

lilJETTE, s. f. Jeu de cartes 
fort usité dans la Vendée, qui se 
joue avec des cartes spéciales en 
faisant force grimaces. 

El vint à Bordeaux, auquel lieu ne 
trouva erand exercice sinon aux gabar- 
riers jouant aux luettes sur la grave. 
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. V.) 

Iiï:f.:UET, nom d'homme, 
Contraction de Lehuquct, ce der- 
nier mot diminutif de hugues ou 
signiiiant originaire delaHongrie, 
au moyen âge hugueric (1). 

liUIiU, s. m. Espèce d'alouette, 



nhuda nrhoroa de Linné, ainsi 
nommé à cause de son chant. 

LUMAT , s. m. Limaçon , 
escargot. En vieux français : 
limas. (Voir limace.) 

Autant en est de la tarde tortue 

Et du limas qui plus tard se remue. 

(HoNSAUD, Poème du Chat.) 

Cette année (149'4) le dit Mercier, 

maire, bailla à la ville une baslarde 

sur laquelle sont les armes du dit Mer- 
cier qui sont trois lumatz 

(Amo3 Barbot, Histoire de La Rochelle, 
t. I, p. 453.) 

Le mot himat a probablement 
formé lumnchelle, sorte de mar- 
bre composé de petites coquilles 
de la figure du limaçon. (Voir 
Buffon, Minéralogie, t. II.) 

I^USICilVAIV, nom de localité 
du Poitou; en latin : Liziniaeum, 
domaine de Licinius. 

Quidam Bertrandus, qui capellanus 
fuerat hugonis Liziniacensis... 

(Soiilence du 15 mars 1111 île Pierre de 
Soubise, évéque de Suintes. — Areh. 
hist. de Saint., X, 222.) 

liCSSAlV, nom de localité et 
nom d'homme. Du vieux français : 
lus, luz, brochet; lusel, luseau, 
petit brochet ou brocheton. 

Que pour mengiez luz ne barbotes 
Quelconques fusl un jor malades. 
(Gautier OE Coinsi, ch. X.XVIII, liv. I.) 



IS/L 



]?IACAIRE, nom d'homme; 
du grec : Ma/.àpto;, heureux. 



(1) Ilugucrie, il existe îi Bordeaux une rue 
de ce nom. 



MA€IIE, S. f. Nom vulgaire 
de la valévianollo locuste qui se 
mange en salade; se désigne 
aussi en Sainlonge sous le nom 
de doucette. 



MACHE FER 



435 



MADION 



Ce mot est d'origine arabe; 
dans cette langue, nu'icJi désigne 
une espèce de légume, d'après 
les dictionnaires de Freytag et 
de Richardson. 

MACHE FER,nom d'homme 
qui ne signifie pas mangeur de 
fer, comme on pourrait le croire, 
mais massue de fer. Le mot 
mâche avait, au moyen âge, le 
sens de masse d'armes, de massue 
de combat. 

Au XV° siècle, le mot mâchefer 
avait déjà le sens actuel de résidu 
de fonte des minerais de fer. 

Abusé m'a et fait entendre 
Tousjours d'ung que c'esloit ung autre 



De viel mâchefer que fust peautre (1). 
(Fr. ViLLOM, Grand Testamenl.) 

MACHEK, V. a. Meurtrir, 
faire une contusion qui laisse une 
trace : // a Jes yeux mâchés, ce 
fruit est mâché. Ce mot parait 
être d'origine germanique, car, 
dans l'ancien allemand, masca 
veut dire tache. 

Je sens trop Lien que mon soulier me 

(Mellin dr Sii.xt-Gel.iis, Ballade d'un 
Chat et d'un ililaii, p. 90.) 

On trouve dans le vieux fran- 
çais avec le même sens : ma- 
churer. 

Mourir me conviendra de faim 
De dueil j'en rnachure ma face. 

{iluralilé de l'Aveugle et du Boiteuxi 
Hecueil de Farce.i, Svlics, \>. 230.) 



MAt'IlOTTER, V. a. Mâcher 
avec rf'pugnancc, manger sans 
appétit. 



(1) l'eaulre, étain. 



N'as-tu pas vu, Bellot, mâchottev\es 

(brebis 

L'iiefbe demi-brûlée, au milieu des 

[herbis... 

(Remv Bblleac, Bergeries, !■■• journée, 
t. I, p. 3.) 

MACHOUÈRE, s. f. Mâ- 
choire. 

Prend ta verge de fer, fracasse de tes 

[fléaux 

La macJioucre puante à ces tiers 

[lionceau.v. 

(Agr. d'Aibigxr, Tragiques, liv. III 
t. IV, p. 147.) 

MACHOIJK, s. m. Instru- 
ment à briser le chanvre en tige. 
Du vieux français : machéure. 

ITIA^O^T, Massou, LiCinas- 
son, noms d'hommes dérivés de 
celui de l'artisan qui bâtit les 
murailles. En basse latinité : 
Machio. 

Machiones dicti à machinis in quibus 
insistunt propter altiludinem parictum. 

(Isidore nr. Séville, Origines, liv. XIX, 
ch. VUI.) 

MA^'OXXE, s. f. Maçonnerie. 

Il faudra quelques inassonnes pour 

une bande de muraille d'une toise 

(Agr. d'.\ibig.\é, Lettres, t. I, p. 113.) 



il A 111 OX, nom de localité. 
En Ijasse latinité : Masdio, con- 
traction de Masam-Dionysii, mai- 
son de Denys. 

Au moyen âge, il existait dans 
les landes de Madion une abbayo 
soumise à l'évéque de Saintes. 
Cette abbaye, située jirès de 
Viroilet, était en ruines en 1648, 
à réi)0(pio où Fouciuet, frère du 
surintendant, en fut nommé abbé 
coinmandataire. 



MADRE 



23G 



MAILLARD 



Masdio seu Masum-Dioïiysii ol ^fns- 
dionum... prope Aic-hiacuiu in parocliià 
S"-Gerniani du Sciuire, qui tluviolus 
alluit rupem in qiià condiluiu fuit 
monasleriam. 

{Gallia Christiana. t. II, cnl. 1120.) 

IflADRE, S. f. Bébillo (lo l)ois ; 
de l'esijagnol : niadoni, bois. Au 
moyen àg-e, on désig-nail par ce 
nom le cœur ou la racine de cer- 
tains bois. 

Touz cil qui vendent hanas de madré 
ou de fusl, ou escueles ou plaliaus, 
hors (le leurs hotieus au iour de samedi, 
doivent j denier de tonlieu. 

(Registre des Métiers d'Est. Buileav, 
p. 3-29) 

H.VGXAir, Mnij^naii, noms 
d'hommes. En vieux français : 
chaudronnier. 

Voyant cecy, autant suis resjouy 

Comme ung renard qui se voit prins 

[mu piège 

■ Ou ung meignan de Dinan ou de liège, 

Chauderonnier de dueil esvanouy. 

(Roger DE Colleuïe, hmidean 5/1'., j). iJl-4.) 

]7I.VCi;.\IB';K, iriaitîer, noms 
d'hommes. En vieux français : 
nieunicr. 

Les magniers sont tenus de chascune 
rasière du meilleur bledt, bien et souffi- 
samment mollu, sans fraulde, rendre et 
rapporter 

(Ordonnance du 1 1 aoiit 1 i37, citée par 
RoyiF.FOHT, Glossaire île la Langue 
romane.) 

Mnçfnier, nmifjnier ont aussi 
signilio : domestique, laboureur; 
en basse latinité : mar/ncrJus, 
niainngerius. Le mot nuiz/nicr 
peut être ég'alement regardé 
comme une contraction du vieux 
français : ninlini)/n('' , niair/nié , 
blessé, estropié, mutilé. 

De mahaignc pert toz ses biens, sauve 
la porvéance du maignié. 

[Li Livres de Jostice., p. 279, §20.) 



Tous erl br laies et mahaigniés. 
(RUIEBIEIF, t. II, p. 410.) 

MAGOT, s. m. Trésor caclié, 
aljoiidance d'argent. Du vieux 
français : mncniit, nmf/nul, poche, 
bourse. (Roquefort, Glossaire de 
la Langue romane.) 

IVI \ G II I F R , ITIasuet , 
Maliicr, noms d'hommes. Le 
dernier est une forme de Mathieu 
comme Main'; en breton, Maheu, 
Mahiou, Maliot en vieux français. 

Les deux ])remiers noms sont 
une corruption du même mot ou 
des dérivations do mage, grani, 
ou magre, maig-re. 

MAîGRi:, s. f. Poisson de 
mer, c'est la sciènc aigle de 
Guvier. Quand ce poisson est de 
petite taille, on l'appelle maigrol. 

En la mer oceane, environ le temps 
de Pasqnes, il se prend un grand nom- 
bre de poissons qui sont grands comme 
enfants, que l'on nomme inaigres. 

(Bernard PxmsM, Disrours Admirables.) 

MAIÎ.^, s. m. Maillet de bois 
dur , à manche souple , pour 
enfoncer un coin. Du latin : 
maliens, marteau. 

Cil porte un mail (n'ot lance ne espée) 
De fer i ol demie-charretée. 

{Bataille d'Aleschans, vers 5309».) 

IflAIfjIj.'^Kn, nom d'homme; 
du vieux français : maille, petite 
monnaie dont le nom a été con- 
servé dans la locution : ni sou ni 
maille, ou plutôt des vieux mots : 
mailler, fraj)i)er; mail, marteau. 

Ains fiert, frappe, et rouille et maille 
Celé qui brait et crie et braille. 
(Homan de la liose.) 



MAILLKZAIS 



237 



MAIS 



MAîfilir.Z ABî^, nom do loc.i- 
lilé siliu'o aux couliiis du Poitou 
et de l'Aunid ([ui l'ut, Jus(}u'cn 
1648, lo siùgo d'un évrchô trans- 
i'êvCi à celte date à La Rochelle. 

C'était une j)lace de £,-uerre dont 
Agrippa d'Aul)ig'né fut g-ouver- 
nour i)ondant le règne d'Henri IV 
et la minorité de Louis Xlli. 

En latin : Mii leur uni ou Mallcn- 
ciun. 

Au XVP siècle, l'église de 
Miiilleznis était i)ourvue d'une 
précieuse reHipie qui ne parait 
pas y avoir été conservée : 

Du lairt de la vierge à Maillezals in 
una parvà bursù saliao rubri. 

(A^r. D'Acnir.NK. CflH/V"î.v/ft« (le Slllicy, 
ch. Vni, t. n, p. 2711.) 

IîïAI¥iIi«î<r'B!ÎE, S. f. Gros 
niailliît de liois, augmentatif de 
jnnil. {\û\v ce mot.) 

Le suppliant prit une mailloche à 
tonnelier el d'icelle mailloche Ceiy icelui 
Rugei'on. 

(Telle Ju XV» sii^clo, cite par d'c Cinoe, 
au mol mailhelus.) 

On dit aussi : nmillochon, petite 
mailloche. 

ïïïAarïir:,156iiîB, noms d'hom- 
mes et (1(3 localiU'.s (pii ont formé 
les noms Leinainc, Duinnint^ 
Dinnenil, etc. 

En vieux franca's : innir/nro, 
inaitjnio, iniusnic, incsnil, nuùnc\ 
etc.,signilient demeure; du latin : 
mnnsio. En basse latinité: nuis, 
inn ,s //; ia , niaïujn c in , n i n in nr/ in m , 
niniisionilo, etc., dont l'origine 
(!sl le verbe innncvc, habiter, 
demeurer. 

Kt ce à cause et pour raison de cer- 
tains maitics cl liériUnyfS nomniez el 

déelairez 

(Acte lie cession du 8 novorabrc 1 WH. — 
Arch. liist. de la S.iiul., i. X, it.lWO.) 



ÏÏI.VîîlK, î.eiMaîrc, noms 
d'homiij(!s; du lalin : jnujur, plus 
grand. En vieux français, maire 
a eu le sens du latin : 

El nionle en un engien cpii l'u îles 
[autres maire. 

{Roman d'Alexandre, p. 207.) 

IflAîSBKïlïE, S. f. Mairie, 
local affecté aux affaires munici- 
pales. Maire vient du latin : 
major, en passant j)ar l'intermé- 
diaire maïenr, usité autrefois. Lo 
mot maircrie, qui parait résulter 
d'tm vice de prononciation, a été 
usité au moyen âge. 

Jean P.i/.ard grenclier de Sully-sur- 
Loire, seigneur de la iuairerie de Gour- 
naiville 

{Conxtumier ffénénil, t. I, p. '21, elle par 
M. LniiiÉ.) 

MAIS, adv. Plus, davantage; 
du latin : ma;/is. On dit en Sain- 
te nge : // n'en peut mais, il ne 
peut en supporter davantage — 
mais d'nn, jjIus d'un, etc. 

De vieillesse ne voy mez goutte 
Porqiioy ne crains guère la mort 
Il y a dix ans que iay ia goutte. 

(Miirtiiil d'Ai:veiigmî, Danre Hacabre 
des femmes.) 

Pur la tentation ai-je quelque crédit? 
l'^l puis-jc mais, clictil', si le canir leui- 
[en dil? 
(Moi-iÈiiE, /)(■;;// amoureux, nol. V.) 

Le mot mais, dans le sens de 
plus, s'est conservé dans le fran- 
çais désormais comi)osé des trois 
mois : drs, orc, mais, dès, à 
présent, jjIus. 

Ne sui aised di-s ove a ester à curt. 
(^m. ii,.,.(. lUs /{„/,,._ eli. XI\', p. nio.) 

L'italien a, dans le même sens, 
mai. L'espagnol : mas. 

17 



MAISOUNEE 



i38 



MALCONCIIE 



Mas son que arenas in riba de la mar. 

(Bahceo, ililagros de nuestra seiwra, 
vers 47'.) 

ITIAISOUA'ÉE, s. f. Maison- 
née, ensemble des habitants do 
la maison. G'esfl'ancienne mais- 
nie ou mesnie. 

Et encor, dit Ilenris, je vouldrai qu'il 

jm'oltrie 

Daniot et Turquant, qui sont de sa 

[maisnie. 

(Poème de Bertrand Dugncscliu, 
vers 9318».) 

Le mot nmisonnée n'a remplacé 
maisnio qu'au XVP siècle. Il 
se trouve dans le dictionnaire 
d'Oudin. 



IflAITKE, Maîtresse, titre 
donné aux paysans propriétaires; 
on dit monsieur au bourgeois. 
Eu parlant d'une personne, on 
dira : niailro AUain, mai tresse 
Bernard. 

Le principal se nommoit maistre Lié- 
vin Blanc... 

(Mathieu DE CoicY, Hist. de Charles YII.) 

ni AIZIKRES , Méasières , 

noms de localités. Du latin : 
maceriœ, murs de clôtures. En 
vieux français, maixière a signilié 
débris, ruines. 

Chescuin sceil bien que li roy veult 
Que de maison face-on maixière. 
(Guerre de Metz, st. 77, p. lil) 

MAIiAISA^X'E, s. f. Défaut 
de fortune — incommodité. 

A cause de la malaisance du lieu, on 
ne pouvoil ni fouir ni chasser guères 
loing. 

(J. Amyot, traduction de PLCiiRQi'E, Vie 
de liomutus.) 

IVIAIiAIfliÉ , adj. Invalide, 



incapal)le de travailler par suite 
d'inlirmités physicjues. 

Il cstoit tnalaisé de sa personne car 
il avoit une bosse sur le dos et l'autre 

sur l'estomac 

(Bonnv. des Péiuers, nouvelle 37».) 

Lo mot malaisé avait aussi 
autrefois le sens actuel de dif/i- 
cilc. 

Et chevauçoicnt les En{j;lès par lo 
dcstroit de la montagne et le malaisieu 

chemin en plusieurs roules (1). 

(FnoiasiRt, Ht. I, § 355, t. IV, p. 157.) 

Dans ce sens, il est également 
usité dans le langage sainton- 
geais. Le paysan malicieux de 
nos pays désigne souvent sa 
femme par la gracieuse épithète 
de malaisée ou malaisie. 

MAIiA]%'DRE, s. f. Tout mal 
apparent; ce mot est usité avec 
ce sens dans le dialecte du Berry. 

Malandre veult estre lavé deux fois 
le jour de chault pissat ou chaude eaue. 
(Ménagier français, liv.U, ch. HI.) 

Tiennelte n'a ni suros ni malandre. 

(LiFONTAiNB, Conte des Troqiieurs.) 

MAïiART, s. m. Canard — 
mâle de la cane sauvage. 

Assès aront à boire e à mangier 
Grues e ganstes e mallars e plouvier. 

(Ogier DE I)\NEMiiiciiE, note du Roman 
d'Alexandre, p. 103 ) 

Anes, malars et jars et oes. 

(Roman du Renart, vers 1273.) 

niAIiCOXCRE, nom de lieu, 
mauvaise baie, mala coucha. (Voir 
conche.) Un rocher situé à l'est 



(t) Route. Ce mot a eu le sens ancien de 
troupe. 11 a formé le mot routier, soldat eurôlé. 



MALDISANT 



239 



MALTOL'TE 



d'OIéron porte lo nom de banc de 
Malconche. 

MAIiDISAXT, adj. Médi- 
sant, menteur — diseur de vilains 
mots. 

Ne soyez malclisant ne menteur 

{Histoire de Baynrt par le loyal servi- 
teur, XVI* siècle.) 

MAIiEBÊTE, s. f. Loup- 
garou, ganipote. En languedoc : 
mnlohcstio , le moine bourru , 
fantôme imaginaire. 

Le mot nmlc, pour mauvais (du 
latin : main), était usité en vieux 
français. 

]?IAI.K:fIKXT, adv. Mécham- 
ment, mal. 

Par vos sui si adolés 
Et si malement menés. 

{Aucassin et Nicoletle.c^mnt. VU.) 

D'b là vient que nous, pauvres hommes, 
Malement fourvoyez nous sommes. 
(Baïf.) 

]?IAE.EXDrRAXT, adj. Peu 
patient, hargneux. 

Mais comme le peuple de Nevers est 
assez malendurant 

(Guy Coyrii.LE.) 

]?IAI^FAÇOX^, s. f. Mauvaise 

confection d'im ouvrage — vice 
de construction. Du vieux mot : 
nialc, mauvaise; en latin : nnila. 

Si les gardes du mcslier trouvent 
aucune autre vice de malefaçon en 
aucune des œuvres 

(Registre des Mestiers d'Esi. BoiiEAr. 
p. <Jt.) 

:fIAl,IlfUEl'X, adj. Malheu- 
reux. C'est l'ancienne prononcia- 
tion. 



Ft Ysenf^rin lot coi se gist 
(irant piôce, après et puis si dist : 
Haï! malhureus chaitis! 

- (Poème du Renart, vers 7663«.) 

T)e tant de gens valureux 

Uui dans ces temps tnalliureux 

Finirent leur destinée... 

(M"» DE La Vigne, Ode à J/"« de Seii- 
dertj.) 



JYIAIilXE, s. f. Grande marée 
de pleine lune ou d'équinoxe. Ce 
mot pourrait être d'origine ger- 
manique comme la plupart des 
termes de marine; anglo-saxon : 
mufjle, gi'and. Il est cependant 
probable qu'il vient du latin : 
malignus, malin, malfaisant, cette 
sorte de marée étant dangereuse 
pour les navigateurs. 

Et lors estant la maline, les galères 
passèrent facilement sur les batlures et 
platins 

(Agr. D'AiBiGNé, Histoire Univ., Uv. II, 
p. 30-2.) 

IflALOTIir, adj. Malappris, 
grossier. Le Duchat dérive ce 
mot de mnlc astructus; Ménage, 
de malà instriictiis; Borel, de 
nialô astrosus. Il s'écrivait autre- 
fois nialaustriis. En languedoc, 
on dit mal est rue. 



HIAIiTOrTE, s. f. Maltùte, 
mauvais impùt, malversation. De 
malè tollus, mal pris. Ce fut le 
nom donné à l'impôt établi jiar 
Pbilippc-lc-Bel, pour stdjvi'iiir 
aux frais de la guerre contre les 
Anglais. 

Ces levées qui estoienl quelquefois 
extraordinaires furent anciennement 
appelées 7naltoutes comme si le jteuple 
eusl voulu dire qu'elles csloicnt mal 
prises. 

(PAâyiiEB, Recherches, liv. VIII, p. '18.) 



MALVAT 



SiO 



MANICLE 



M.lîiVAT, s. m. Mauvais 
sujet, (\m vaul piHi, ninlr valet. 
Usité en })rovenral. 

Eh! non, ce lui fit la drôlosse, je ne 
veux point d'un grand 7Hal-va comme 
vous. 

C/-C.S' Ecoxst'uxei, p.lS, cité pur Nisahu, 
l'urisiaitismes, p. 156.) 

HIAIVAXT, S. m. Homme 
f^rossicf, de basse extraction. Go 
mot avait autrefois tout simple- 
ment la signiiication d'habitant; 
du latin : niancre. 

Kn la forest erl oreslanz 
Là où li anciens rnananz 
Avoil la scue t'orlerece (1). 

{Le Voir patefroij, vers 10o«. — Fabl. 
et Contes, t. I, p. 168.) 

Et Ipouvasl on bien en laditte ville do 
Saint-Leu manans huit mil ou neuf mil, 
bourgeois que gens de mestier. 

(FnoissAni, Chroniques, liv. I, § !260, 
l. ni, p. 140.) 

Dans le sens de demeurer, 
habiter, le vieux français avait 
autrefois le verbe iminer qui a 
subsisté jusqu'au XIIP siècle : 

En Bretaiae maneil un Ber... (2). 

(Marie de Fiiaxce, Lai de liiseluverct-, 
t. I, p. 178.) 

Le mot manant qui nous est 
resté do ce verbe, loin d'avoir 
autrefois la signiiication actuelle 
qui provient de la réunion ordi- 
naire dos mots : bourgeois et 
manants, a désigné autrefois le 
riche habitant d'un i)ays, le pos- 
sesseur do terres et fiefs. 

Porquoi nous efforron-nous tant 
D'esLre si riche et si manant. 

{Co.ttairment d'un pire, l'ahituux et 
Contes, t. IV, p. 17».) 



(1) En la forêt il s'était arrêté, Vi où l'ancien 
hal)itant avait son clifiteau tort. 
('2; En liretagne demeurait un baron. 



Dui chevaliers veisin esloient 
r.ichcs hiuumcs furent e manant 
E chevaliers pru.'c e vaillunl. 

(Maiie de France, Lai del freisne, t. II, 

p. las.) 



MAIVCMS':K«î»r, s. m. Man- 
che de vriomont — manche 
d'outil. Se dit principalement des 
tiges de bois que le laboureur 
tient pour diriger sa charrue. Du 
latin : manicœ, ou d'un mot colti- 
(lue devenu en bas breton : 
nianch. 

Levés à deus mains toutes nues 
Les mandierons de vos charrues. 

(Jean de Mecng, Roman de la Rose, 
vers 20641».; 

Elle vous avoil puis après 
Mancherons d'escarlatle verte, 
l\obe de pers large et ouverte. 

(Cl. Mahot, Dialogue de dcu.v Amou- 
reux, 1. 1, p. 28.) 

MA5.'«EKIE, s. f. Festin — 
manière de manger — glouton- 
nerie. 

Il despescha sa messe laquelle il dit 
en chasseur, ayant le cœur à la man- 
gerie. 

(Bonav. des rûiiiEiis, conte 75".) 

Non moins étoient de bonne doctrine 
que bien instruit/, non que je veuille 
mesurer la conséquence d'un bancjuet 
en variété cl magnilicjue apparat de 
maïKjeries. 

(Xoiil Di- Fail, Propos rustiques, ch. III, 
p. 20.) 

lîf AIVICIiK, s. f. Bracelet — 
menottes pour lier les mains des 
prisonniers — espèce de gants 
dont se servent cpiehiues ouvriers 
(notamment les cordonniers) pour 
protéger leurs mains. De mani- 
citla, diminutif de manicœ, man- 
ches. 

Ainsi ([u'un prisonnier qui jour et 
[nuit endure 



MANIERE 



2il 



MARECHAU 



Les manicles aux mains, nux pieds 
[la chaisne dure. 

(RONSABO.) 

IflATVIKRE, s. f. Espèce, 
employé fréquemment sous celle 
forme : ine manière de monde; 
ine manière d'osiû... pour une 
espèce de gens, une espèce 
d'oiseau. 

Une manière «uni de gent 

Qui mescreienl nioull malemcnt. 

(V/f' du pape Grcgoire-le-Grand — 
XI* siècle.) 

Sursirent e as viles e as champs une 
manière de suriz, à la destrucliun del 
païs (1). 

(Livre des Rois, ch. V, vcrsot 6, irad. 
du Xn* siècle.) 

Li prévolz esloit curiels de refréner 
l'engrestc à celé manière d'ornes [H). 

(AncionDe Iraduction du DiflCfile, citoe 
pai-'e ^Si, du Glossaire du Litre de 
Jostice.) 

Les jésuites sont une mayiière de 
religieux habillés de noir... 

(RicHEi.p.T, Dictionnaire français, édil. 
de 1630.) 



MAMLLE, S. f. Espèce de 
jeu (le caries U3ilé dans le sud- 
ouest. Les plus fortes cartes sont 
les dix qui s'appellent miniilJes, 
comme le jeu lui-même. En espa- 
gnol : manilla. 

MAXXE, s. f. Grappe de la 

vigne avant la floraison. Mot 
usité dans le IMayais, synonimo 
de formance cpii est employé 
dans le reste de la Saintongc. 

ITIAQrEKEAl', s. m. Pois- 



(1) Kl dans les villes et d.ins les fliamps une 
espace de souris surgirenl (surroxère) pour la 
deslruclion du p.nys. 

li; l,e préviU éiiit di^sircin de incllre un frein 
•I la méchaacclù de cette espèce 'i'bumiucs. 



son de mer, tacheté de noir, 
scomher vulgnris. Mot d'origine 
Scandinave ; en llamand : makrrcl; 
en danois : nmkrcl; en anglais : 
mackreU. 

Tout le maquerel et tout le harenc 
qui vient à Paris doit estre vendus 
frais. 

[Registre des Mcstiers d'Est. Boileau, 
p. 270.) 



MAKAICIf AU , mùrai- 
chiu, s. m. BijL'uf de marais. En 
vieux français, maraischicre dési- 
gnait un lieu bas et humide, un 
marais. En basse latinité : maris- 
cotuni, marescaginni. Maraichan 
est un des noms donné au bœuf 
dans la Vendée : 

Caslain, maraicitau 
Bretagne et Chollet 
Oh! oh! oh! oh! oh! mon valet. 
(Chanson yendéenne.) 



MARAXS, noms de localité, 
lieu marécageux ainsi nommé 
sans doute du voisinage de la 
mer. En bas breton, maraës 
signifie marais. 

^ i^IARBRE, s. m. Bille des 
écoliers saiulonï:reais. 



^VfAKC'ADïKER, llcrca- 
dicr, noms d'hommes; en vieux 
français : marchand, Iraliciuant. 
En provençal : mercadié, en 
breton : marcbadour, marchader, 
nwrchadwr. 



.H.\B5C:«'II.li:, s. m. Maré- 
chal. 

Messires Mahieus de Trie, mares- 
chaus de France avocch monsigneur 
Godomar 

(Jehan FH0ISS4RI, Chroniques, Ht. I, § 100.) 



MARENAUD 



212 



MARIENNEE 



Maréchau comme maréchal 
dérive du celtique : marc , 
cheval, qui nous a été conservé 
par les historiens grecs et est 
encore usité dans, le pays de 
Galles : 

I-rtov To ovofjix XrzvA ■:'.; « Map/.av » 
ôvTa 'jTio zCo't ReXtcov. 

(Pausnilias, liv. X, ch. XIX.) 

Mark était usité avec le même 
sens dans les langues tudes- 
ques (1) et sa réunion avec l'alle- 
mand : shal, officier serviteur, 
a formé mareschal, officier de 
récurie. 

ITIAKÉXArD, s. m. Habitant 
de Mavenncs (voir ce mot) — ori- 
ginaire des marais, qu'il s'agisse 
d'un homme ou d'un animal. 

MARE^.'VES, nom de loca- 
lité, dérivé du radical : mare, 
mer. Le pays avait au moyen âge 
le nom de pagus maritimus : 

Item in ipso pago Sanlonico, loco qui 
dicitur maritimus, donamus domino et 
S. Mariœ ecclesiam S" Salui'nini Ma- 
remniœ et S" Justi... 

{Char la fundationis abb. S. Mariœ apud 
SaiUoiie.<i,tinao iOil — Gallia Chris- 
tiana, t. II, iastrumeuta, col.479.) 

9IAKFROIS , Marfroy , 

noms d'hommes. Du vieux fran- 
çais : mav, mal et mauvais, et 
frois, humide et rompu, brisé. 

Mar fu nez, mar te adoubas 
Et le pueple mar destourbas, 
Qui en toi est asséiJrez (2). 

(Roman de CAoriie, strophe 101.) 



(1) Si qals equo fjaein viark dicunt, oculum 
eicusseril. [Loi Satiquc, litre 71.) 

(2) Mal ta es né, mal tu t'armas et mal tu trou- 
blas le peuple qui avait mis en toi sa sécurité. 



ITIARGOUlIilillS, s. m. 

Bourbier, lieu plein d'ordures. 
Dérive probablement de mavgila, 
diminutif de marga, marne. On 
trouve, dans le vieux français, le 
verbe mevgiiiller dans le sens 
d'embourber. 

Espristrent du fu le tuen saintuarie; 
en terre merguillèrent le tabernacle del 
tuen num (1). 

(Livre des Psaumes, irad. du XII« siùcls, 
p. 98.) 

Margouillis s'est employé dans 

le style familier aux temps mo- 
dernes : 

La pauvre philosophie se trouverait 
une seconde fois dans le margouillis. 
(D'.\LEMBERi, lettre du 9 juillet i""4.) 

MARGOUIiETTE, s. f. Bou- 
che, mâchoire, mot composé de 
mar, abréviation du latin : major, 
grande, et goule, bouche. 

En vieux français, margouler a. 
eu le sens de la locution popu- 
laire : casser la Queule : 

Bcsoing seroit par cry impérial 

De margouller sans appel ne réplicques 

Telz séducteurs, serviteurs de Bélial. 

(Roger de Collerye, Ballade /, p. 170.) 

,^IARIE:VXÉE, Mérien- 

née, s. f. Méridienne, sommeil 
du milieu du jour. En latin : 
meridies, midi. 

Entre ces afaires, H reis David à un 
jur levad après merienne; si se alout 
esbaniant en un solier et vit une dame 
ki se baignout (2). 

(«m. iiire des Rois, ch. XI, verset 2, 
p, 154.) 



(1) Ils firent consumer par le feu ton sanc- 
tuaire, en terre ils embourbèrent le tabernacle 
dédié 'j ton nom. 

(2) Accidii ut surgerct David de strato suo 
post meridiei» et deambularet in solario domus 
regicje; vidii que raulierem se lavantem... 



MARIGNAC 



243 



MA55AC 



:TIAllIGXAr, nom de loca- 
lité, domaine de Marinius; latin : 
Mariniacuui. 

:TIAR:tiiTErx, adj. Douce- 
reux, hypocrite, bon apôtre. 

El fait dehors le marmiteus 
Si a le vis simple el pileus 
El semble sainte créature. 

(Rewua de U Rose, édit. Xeon, t. I, 
p. 19.) 

5IARMOA\ER. V a Mar- 
motter, grommeler. 

Car ta ne sçeuz tant lixarmonner 
C>u'un nom lu luv sceusses donner. 

(Cl. MiiOT, Efitres, t. I, p. 243.) 

MARRE, S. f. Hoyau, pelle 
large et courbée. En celtique : 
niarr: en italien et en latin : 
marra; en grec : Miiiov. 

Toucharent les piochears de leurs 
inarres ung grand lumbeau de bronze. 
(Raselus, Gargantua, Ut. I, clu I.) 

Ainsi comme le laboureur quand il 

veull essarter el arracher quelque plante 
sauvage qui ne porte point de fruit, 
mettant à bon esciant la nxarre, toul du 
premier coup dedans la terre il en 
couppe les racines. 

(Fr. AxTOT. la Matrtûe lutMte, trad. de 
PirruiyrB.) 

:»AR ROCHE, llarro- 
chon, s. f. et m. Petite marre, 
outil de jardinier tranchant d'un 
côté, fourchu de l'autre. 

Et y veismes grand nombre d'arbres 
portans marroches, piochons, serfouet- 
tes, faulx 

(IU»ELU3, PaMtttgmel, Ih. V, ch. IX.) 

Ensemble des marrochons, des pio- 
ches, serfouettes, besches 

(RuBLAjs, Gûrgantua. lir. I, ch. Iini.) 

ITI.IRSAIS, nom d'homme el 



de localité, forme du prénom 
Martial, comme le poitevin : Mar- 
saud. 

MARSAS,nom de commune. 
En vieux français : warsaus, 
saule mâle ; du bas latin : J/ar- 
salix. 

iWARSÈCHE. s. f. Menus 
grains qu'on sème au mois de 
mars. lOrges, avoines, etc.». En 
basse latinité : marceschia, niar- 
secbia. En vieux français : mar- 
çaiche, marcbesse, marcescbe : 

De chascun muid de marcesche et 
autres bleds et grains de mars payera 
un denier... 

(ABcienne coctarae d'Orléans, cité p^ar 
RoflrEToiT, Gluttire ie la Laa§me 
nmëMe.) 

MARSIIiliT, nom de com- 
mune, dérivé comme Marsas du 
nom du saule ; en latin : Ifarsalix. 



-IIARTIX, llartinet. ^ar- 
lineau. noms d'hommes. En 
latin : Martinus, diminutif de 
niartius, martial, belliqueux. Ce 
nom se retrouve avec quelques 
différences de forme dans la plus 
grande partie des dialectes euro- 
péens. 

MAS, s. m. Maison, ferme, 
métairie, propriété. Mot d'origine 
celtique, conservé en gaélique et 
bas breton : ma, maës. En basse 
latinité : massa, massum. 

Mas entre dans le nom de beau- 
coup de localités et a formé plu- 
sieurs noms d'hommes : Daumas, 
Dumas, Delmas, etc. 

.^lASSAC, nom de localité; 



MASSEPAIN 



2il 



MATIN 



radical : J/rîs. (Voir ce; mot.) En 
basse latinité, on trouve : niassii, 
hutte, nictairio, village. 

1IA§SEI»AI.V, s. m. Petit 
gâteau lég-er, très connu en Sain- 
tonge, oh les nmssepnins de Glion 
ont de la rL'i)ulation. En italien, 
mavzapnne dérive, d'après Mé- 
nage, du mot pane, pain, et du 
nom de l'inventeur : Miivzo. 

Courte venoit dessus la table 

Du lioy prendre jusqu'en sa main 

Le biscuit cl le massepain. 

(RoNSAiiD, EpUre de Courte, chicane 
(tu Roy.) 

Les festins et banquets s'y fai.soicnl 
à 4") ('eus le plat avec les collations 
niugniliques à tous services oii les 
dragées, coniUures sèches e\, mascejycDis 
étoient si peu espargnés... 

(P. DE i.'Ejtoii.e, Mcmuires-Jounuiu.r, 
t. VU, p. i'J.) 

Le premier massepain pour eux, je 
[crois, se lit 
El le premier citron à Rouen fut conlit. 
(J. Boii.EAU, Satire X.) 

MAS^'^JKR, V. a. Battre avec 
une masse — agglomérer par le 
battage. En grec: Mâcrjeiv, pétrir. 

Et après ce qu'il est molu 
Qu'il soil ensemble tut massé 
Va seit parmi un drap passé 
Plus menu (|ue nule farine. 

(Manuscrit du XUI» sirele, cité pur 
Lirritii, Dictionnaire français.) 

lIASSaOÎj , nom d'homme 
qui, comme Mnssieu, peut être 
considéré comme une l'orme de 
Mathieu qui, en hébreu, signifie 
qui est donné. On peut aussi y 
voir un dérivé du latin : niaxiiuii.s, 
très grand, ou du vieu.x mot 
français: nia.s qui, outre la signi- 
fication de maison (voir ce mot), 
a eu le sens de triste, abbattu, 
chagrin. 



Lors s'en est Bol-accueil fouï; 
Je (lemourai moult csbahi, 

Honteux et mas 

(Itomaa de la llose.) 



M.VrEI.^, Malbes, noms de 
localités. En vieux IVançais : mata, 
butte, tertre; inatho, l'osso, trou, 
tombeau. (liociuefort. Glossaire 
de la Lanr/ue i-oniano.) 

I*eut-ètrG ce mot est-il une 
forme do Matlucus, Mathieu. 

Bourignon dérive Matha et 
Mathe du celtique : niad, prononcé 
mat, qui a signifié élévation. 
(Antiq. do Saintes,]}. 153, note.) 

Autrefois, Matha a été (lésigné 
par le motil/c?«/as. 

Plusieurs tailhécs ont esté csta- 

blies par le soigneur de Mastas,.. 

(Manilenieiit du 3 mai 1338, Documenta 
historiques, publiés par M. de IIiciie- 
MONT, p. 23.) 

En vieux français, mastau a 
désigné le cens dit sur un mas 
ou méttiirio. (Voir I-loquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

WiV^l^'i (k\, I?ïalîn (à ce), 
locutions saintongcaises. Le ma- 
lin, ce matin, aujourd'hui. 

Moult s'en paincnl de cucr à soir et 
[à ttiatin. 
[Berte ans yrans pics, vers 1363".) 

A ca matin n'ai point clé songneuse 
De m't trouver: ainsi suis malheureuse. 

(Vauuiei.in, Foresteries III, p. '.).) 

Marquel grand bastonnier de la com- 
pagnie des fouaciers lui dit : Vraiment 
tu es bien accreslé à ce malin. 

(llAnELAis, Gargantua, liv. I,ch.XXV.) 

J'avûis à ce malin un IVuict de cette 
[sspècc. 
(Mairet, l'Athcnais.) 



miVWlN^ MàtîMC, terme 
injurieux aj)pli(|ué à un homme 



MATIXET 



215 



MAUFRAS 



OU à Tine fomnio. Du nom mû fin 
donné à un i^i'os chien. Eu bas 
breton : mnstin. 

... Afin que la mastine 

En eust après c:i liaiiie le vieillard; 

Ce que je creus el fus lâche paillard. 

(F. Amyot, Cniiimciit on dnil lire les 
pnelt's, trail. de l'inAngi;:.) 

MATTIKET, s. m. Matin, do 
bonne heure. 

Al matinet, quant primes apert l'albe 
Esveillez esl li emperère Caries. 
(Cliansvn de llaland, vers SSiii».) 

Senestre, il est bien matinet 
E gar! encore ame n'y est. 

(Miracle de Notre-Dame, thé'ît. franc, 
au moyen (îge, p. 331, col. 1.) 

Moult matinet entrez esloit 

lin la chambre où ses lilz gisoit. 

(Li Romans de Dolopallws, vers 3ji"2i.) 



MATO.'V, lUatton, s. m. 

Grumeau de pà'e ou de lait caillé. 
En allemand, niatté signilie lait 
caillé. 

Tout leur mathon ne toute leur potée 
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. 

(F. ViLr.ox, Ballade XI des Conlrediets 
de franc Gonlier.) 



lïAU, S. m. Mal 
du latin : nmlum. 



souffrance ; 



Tant grale chèvre que mau gist. 

(La Vie des pères, cité pnr RogrnroBT, 
Glossaire de la Langue romane.) 

Mail, luniis ont eu autrefois la 
si|?ni(lcation de mauvais, et ce 
radical esl resté dans un grand 
noud)re de noms d'iioinmes et de 
lieux : Manclorc, Maupas, Maul'và, 
MauheCy Maiicroix, Maiipcrliiis, 
Mau vilain, Mauvuisin, Maunius- 
son, etc.. 



iriAUBEliT, nom de localité 



et nom d'homme. En vieux fi-an- 
çajs : niau, mauvais; her, baron, 
seigneur. 

F.n Brelaine nianoit un ber 

Merveille l'ai oi locr ; 

Beau chevaliers c bon esloit. 

'Marie de I'hxnce, Lai du Bisclavcret, 
t. I, p. ITS.) 

Bcr, bert ont aussi signifié 
berceau (voir Ho([uefort), et 
l'appellation maubert, avec ce 
dernier sens, conviendrait assez 
bien au port Maubcrl situé sur la 
Gironde, et fort mal abrité des 
vents d'ouest et de nord-ouest. 

MAI^FAIEES':, v. n. Faire 
mal, commettre une nuiuvaise 
action. 

En l'église S'" Saloina midunl sun 
corps mort en parfont el onc Normans 
n'i puec maufaira. 

{Citron, l'rancurum, édil. reisné-Delncouri.) 

MAUft'i:, Iflaiifait, MolTé, 

noms d'honunes et de localité. Du 
latin : malcfacliis , malfaisant. 
C'est le nom (pi'au moyen Age on 
donnait au diable. 

Un jour avint que li maufé 
Furent lécnz luit assemblé 
D'enfer issirenl pour conquerre 
Les àmcs par toute la terre. 

{Fabliau de Saint-I'ierre et du Jongléor.) 

Encop viendra tout à tens l'euro 
Que li maufé noir comme meure 
Les tendront en lor desciplines! 

(UriEamiK, Complainte de Coiistanti- 
noble, 1. 1, p. 109.) 

Maufai m'auroicnt envaï. 
J'auroic mon seignor Irai. 

(J. DE ME^^^r., Human de la llosc, 
vers 4760".) 

MAÎIFIÎIAS, Mauri'oîjj, 

noms d'hommes. M. Larchciy les 
dérive du vieux nom germanique : 



MAUGRÉ 



346 



MAUSSE 



madelfrid (orateur pacifique), 
remarquant que Madelfridiis est 
le nom latin de Sahit-Maufroy 
(Voyez Lorédan Larchey, Dic- 
tion nairo des I\'oins.) 

Il est permis de penser que ces 
mots ont leur origine dans le 
vieux français : niaii, mauvais; 
frau, froë, lande, terre inculte. 
(Voir Roquefort.) 

MAUGRÉ, malgré, mauvais 
gré. 

Vo mère sui, seurs soïez, 
Mes flex ester lot entresail 
Maugré que loz li nions en ait. 
{Fabliau de la vieille Truande.) 

Toutes dames qui oyez-ci comment 

Prisa celles que j'ayme loyaument 

iSe m'en sachiez »nau3?*e, je vous en prie. 

(Charles d'0hiéa:«3, Ballade X.) 

El c'est Estrade qui s'est fait connes- 
lable du roy François maurjré lui. 
(Agr. d'Aibigné, Mémoires.) 

Et menoient maupre nous leurs bœufs 
[en nos herbages... 

(RossABD, Eglogues, t. IV, p. 63.) 

MAUIiÉOX, nom de localité 
et nom d'homme. En latin : Maleo- 
liiim seu Malus-Leo désigne 
l'abbaye de l'ordre des Augustins 
établie à Mauléon, diocèse de 
Maillezais. 

MAUMUSSOX, nom d'un 
passage dangereux pour les navi- 
res, situé entre l'île d'Oléron et 
le continent. Ce mot, comme 
maupertuis, signifie mauvais trou. 
Du vieux français : mau, mau- 
vais, et musse, cachette, trou où 
on se musse. 

MAURIX, iflorln, lUori- 
neau, etc., noms d'hommes, 



dérivés de maure ou more, en 
vieux français : noir. Il existe 
plusieurs saints de ce nom en 
latin : Maurinus. 

MAU S'Y FROTTE, en 

français : mal à qui s'y frotte. 
Nom donné à une tour qui était 
construite sur le vieux pont de 
Saintes pour défendre l'entrée de 
la ville. Il en est fait mention 
dans un acte d'arbitrage du 
31 mai 1244, qui restitua au cha- 
pitre certaines parties de la ville 
dont le gouverneur militaire avait 
pris possession : 

De feodo Compnyaci, de ponte Xanc- 
tonensi et de turre mau s'y frotte super 
prœdictum pontem conslruclâ... 

La tour de mau s'y frotte, 
malgré son nom rébarbatif, n'avait 
pas empêché Louis IX, deux ans 
auparavant , de s'emparer de 
Saintes le lendemain de la bataille 
de Taillebourg (1242). Il en est 
fait mention dans un autre acte 
de 1244 : 

Turris quœ vocatur mausifrote et tola 
pars ponlis ab arcu antiquo versus 
vicum bealœ Mariœ Xanclonensis... 

(Transaction du 20 juin 1244 — Archives 
Nat., Bull, des Archives deSaintonge, 
X, p. 31.) 

Est-ce la même tour qui porte 
le nom de Montrible, Monrihlus? 
dit Nicolas Alain, dans son 
ouvrage de SanLonum regione. 



MAUSSÉ , llanzè , noms 
d'hommes et de localités, dérivés 
du vieux français : mau, maus, 
mauvais. 

On doit conoitre boens et maus 
El desevrer les boens des faus. 

(RiTEBŒLF, cité par RoycEFORT, Glossaire 
de la Langue romane.) 



MAUVAISETE 



2i7 



MECHIN 



]?IAXJVAISETK, s. f. Mé- 
chanceté, malice. Régnier, Elé- 
gie 2""°, écrit mauvaistié; Bona- 
venture des Périers : mauvaise té : 

Or vois-je bien que la mauvaiseté 
des femmes surmontera celle des hom- 
mes. 

(Bonav. des Péiiiers, Cymbalummuttdi.) 

MAUYIS, s. f. Mauviette. 

Oi chanter le russlnol 
E la mauvis e l'oriol. 

{Le Donnez des Amanz^ cité par 
Fr. Michel, Introduction du 
Roman de Tristan.) 

SIAZEROIiliES, nom de 

localité. Du radical : nias, habita- 
tion (voir ce mot), et peut-être 
du vieux français : nmzeU niacel, 
maisel, niaisellerie, boucherie. 
En latin : macellaria tabcrna. 

IIAZIOX, nom de localité du 
Blayais; du latin : mansio (sta- 
tion.) La voie romaine de Saintes 
à Bordeaux passait dans cette 
commune dont un village a gardé 
le nom de village de la Voie. 

11E:€HAIIV, llaicliiu, noms 
d'hommes; du vieux français : 
mescliin, jeune homme, domesti- 
que; meschinc, chambrière. 

Tant con je fui mescins et bacheler 

Et jovenchaus 

{Ogier de Dancmarche, vers 3593'.) 

Mes il ne sèvenl ù il vunt 
Ensemble od eus ot un »iesc}dii 
Ques' a menés le droit cemin. 

(Marie de France, Lai d'ïwcnec, t. I, 
p. 306.) 

Li rois ot une fille belle 
Mut curtcisc dameïsclo : 
Cunforlo/. fu par la mcschine 
Puisque [icrdue ot la reine. 

(Marie de Fiiance, Lai des Deux AiiiantSy 
i. I, p. -ioi.) 



Ce nom a été porté par l'auteur 
de' Vllistoire des pravinces de 
Saintonge, Poitou, Aunis et 
^;;^o?/wois (Saint-Jean-d'Angély, 
1671 ), Arnaud Maiscliin, seigneur 
de Maisonneuve. 

MKCHA^'T, adj. Sans pro- 
duit, sans valeur. 

On a omis dans Testât cy dessus d'y 
reporter dix livres de meschans marais 
situés dans les paroisses de Marennes 
et de St-Just. 

(Etat des revenus de l'abbaye de S'« Claire 
de Saintes. Archives historiques de 
la Saintonge, X, 2i3.) 

Plus trouvé dans ledit grenier deux 
meschans fus de barriques. 

(Inventaire de l'abbaye de la Frenado, 
décembre 1653, Archives histor. de la 
Saintonge, X, 29"2.) 

Les terres se trouvèrent en meschant 
guéret toute l'année. 

(Claude Hato.-», Mémoires, 1. 1, p. 397.) 



MÉCIIAXCE, s. f. Maie 
chance, mauvaise fortune, gui- 
gnon. En latin : malus casus. 

El que de ma meschance. lu ayes 
[compassion. 

(Allttin Chariier.) 

Et fu pris li rois meisme par lèlc 
meschance cl fortune que vous poés en- 
tendre. 

(Fhoissart, Chroniques, Ut. I, § 17, édit. 
Renoua rt, p. 33.) 

MÈCHE, subjonctif irrégu- 
lier du verbe mettre. 

Que Diex qui en la croix fu mis 
\'ous nicche à vraie pcnilanche 
Et vous doint tant de rcpentanchc. 

{Le Chevalier au barizel, vers '29, Fabliaux 
et Contes, 1. 1, p. -218.) 

THÉCIII^V, nom d'homme. 
En vieux français, meschin, 
jeune garçon, domestique, mes- 



MÉCONNAISSANT 



213 



MEDOC 



chine, jeune fille, chambrière, 
demoiselle, suivante. 

Mais li meschins vendre ne voit 
Por quanque l'autre faire sot. 

{Le Ca.itniemeiit d'un prre, FabUait,v et 
Contes, t. n, !>. 11-2.) 

Car onqucs mais ne remirai 
Dame, incschine ne pucèie, 
Qui tant me fust plesant ne bêle. 

(Dm rarlet qui se maria à No.stre-Dame, 
vers II», Fabliaux et Contes, t. H, 
p. 4-2-2.) 

M a^: COX:V AISS ATVT , ad j . 

In.qrat, oublieux do l'ancieime 
amitié — incapable d'apprécier la 
vérité. 

Vous estes inescognoissante, ha! j'en 
aurai ma' raison. 

(P. DF. I.vRnivET, Les Trnmperien, net. I, 
se. I, nnc. th. fr., t. VHI, p. 9.) 

Qu'elle soit chaste et vertueuse 

et surtout médiocre en habits, pnrceque 
la superfluitc la rend niécognoissante. 

{Brief discours sur la reformation des 
mariages, 1614.) 

Mais du depuis que vous estes venue. 
A ces f;iveurs, vous estes devenue 
Pardonnez-moi, un peu mesconnaissanle 
A vos amis. 

(Cl. Marot.) 

Ce mot aujourd'hui perdu et 
trè.s rc!?rettable, était encore usité 
au XVIIP siècle : «Il ne faut jamais 
» être oublieux au point d'être 
y> méconnaissant. », dit Marmon- 
tel en ses Mémoires. 



MJKCaiiï.^BïiF-, adj. Mé- 
créant, incrédule — chose difficile 
à croire, incroyable. 

Ki mescréable sunt ne scient eshalciet 
on els mesmes... (1) 

[Livre des Psaumes, ps. 6a, vers G, p. 1 10.) 



(1) Qui incrcduli sunt non exaltcntur in scmcl 
ipsis. 



MKntB^.lïI, s. m. Mercredi 
(mercurii dies). Au XVII" siècle, 
la forme saintongeaiso était en 
usage, d'après le grammairien 
le plus raffiné du temps : 

La plus saine opinion et le meilleur 
usage est donc, non-seulement do pro- 
noncer, mais d'écrire mécrcdij sans r, 
et non p;is mercredy. 

(Vaigelas, Remarques sur la Langue 
française.) 

Le mécredy 8"" de ce mois, le duc 
de Féria, envoie ici de la part du roy 
d'Espagne... 

(P. DE i.'EsToiLE, Mémoires-journeauXi t. II, 
1'. 3.) 

MÉCREIIBE, V. a. Ne pas 
croirO; nier. 

De nule rien ne vos mécrei. 

{Roman de la Rose, vers 15"09«.) 

Quand les lutliériens ont voulu résis- 
ter, on a prouvé le feu du Purgatoire, 
en brûlant ceux qui le mescr oyaient. 

(Ar. n'AuBiGNÉ, Confession de Sanc'/, 
chap. IV, t. II, p.2:i9.) 

MB':DaiiïA]V, nom de localité, 
au milieu dos glands, en sainlon- 
gcais : aillancls. Montpellicr-de- 
Méddian est une commune des 
environs de Saintes, située dans 
un pays autrefois couvert de bois 
de chênes. 



MÉHîBS, nom de localité. En 
vieux français, modvc, moisson. 
En breton : iiwdi a eu la même 
signification; ce dernier mot dé- 
rive du Q,c,\[\i\\\G Môd, pays de pâ- 
turages f{ui aurait ïovmé nicdiola- 
nuin d'api'ès Dourignon. {Antiq. 
do Suintes, p. 21 et 2i3.) 



MH-^DOÎ', nom de contrée 
bien coimutî, située sur la rive 
gauche de la Gironde, en face des 



MKFAIRE 



249 



MELIER 



côtes de Saintong-o. En laliii : 
pa/jui^ niediiliciis. Ce mot, nous 
(lit d'Anvillo, vient ûe niediilcinn, 
(k'i'ivé de nioduli, nom de l'ancien 
])(Hii)le qui habitait celte partie 
du territoire des yy/////';^6'.s vivisci. 
{Notice de la (Jaule, p. 450.) Au- 
sone parle de ses sables, il loue 
ses huîtres et son vin déjà célè- 
bre de son temps. 

Quid geris extremis posilus lelluris in 

[oris, 
CuUor arenarum vates? 

(AiâoNE, Epitre V, à Tlicuu.) 

Ostrea boianis certanlia, quœ rnednlo- 

\ru)n 
Dulcibus in stagnis rcflui maris œslus 

opimal. 

(AcsoNE, Epitre VU, à Tliéoit.) 

Non laudala minus noslri quam ginria 

[viiii. 

(AusoNE, Epitre Xlllà Paul.) 

iÇlÉFAIRE, V. n. Faire mal, 
faire don^magc ou préjudice à 
quelqu'un. 

Et se alquens, u qucns, u prevosl 
mesfeit as homes de sa baillie (1). 

{Loin de Guillaume-lc-Cnn'i!iêraii,t, cli. H, 
XI» siècle.) 

Pe il avenoil ko personcs seculers 
melfesit méfiait. 

[CartuUire de Ilainaiit.) 

Molz est que l'en lest a punir If^s mes- 
feleurs que il n'est ipie l'ea condenuic 
ccus qui n'ont riens inesfet (2). 

{U livres de Joxtice, i>. 277, § 2.) 



sanf, adj. Mallaisaiit, mallaiteur 
— haintué à mal l'aire. 



(l) El si fiiic;(|u'iin, ou con\[c ou prévôt fait 
tort aux lioiiiraes dt! sa juriillciioii. 

(i) >licuxvuutni'>:llu'iT (il- [puiiir un luaifaileur, 
qui! (le CDiiil iiiiiiiT un iiiiimcnt. 

Ou e.sl surplis do trouver dans la liV.'Islatioii 
du Xll'sic'cle une lellu luaxiuie du Loléraace. 



Fortune es bèle et bone aus bons et 

[de bon aire 

Mauvèse aus mausfezans ctrde put aire. 

(A'o«i7'«« recueil de Contes, t. I, p. 198.) 

Entre ces cliicns y avoit un lévrier 
fort mcffaisant. 

(Bon. DE3 rÉiuEiis, AT///" Nouvelle.) 

Mlk\\fi^W^ lliS^nan, Ma- 

g:uau, etc., noms d'hommes. Au 
moyen àg-e : mcignan, mcignier, 
inic/nnn, désignent un chaudron- 
nier. (Voir Hoquelbrt, Glossaire 
de la Langue romane.) 

Mon chauidron fait de l'eau 
Auprès du col quand il est cliaull; 
Et pour cause, maignan, il fault 
Qu'y mettez une bonne pièce 
Alin que plus ne se dépièce. 

[Farce des femmes, anc. th. fr., 1. 1, p. 90.) 

Ml->ïiE, s. f. Nédo; du latin 
niespihis, néllier, ou du grec 
M-^Àov, pomme. 

La terre, embiic du sang du juste, 
fut certaine année si très fertile en tous 
fruitz, (jui do ses tlans nous sont pro- 
duyz cl singulièrement en ))iesles, qu'on 
l'appelle de loule mémoire, l'année des 
grosses inesles. 

(R.VBCLAI3, Panta(/ruel, liv. H, ch. I.) 

^aïOIiî'-K, V. n. Se dessécher, 
se rider en séchant. 

Les accotouers seront gi-andement 
utiles à faire mêler les pruneaux, gui- 
gnes, cerises et autres tels fruits iju'on 
a accouslumé faire mêler au soleil. 

(Beriinril Palissy, heccpte véritable, 
p. y7.) 

^IB-:iifF,ï5, S. m. Néllier, 
arbre cpii produit les mêles. (^\'oir 
ce mot.) 

Qtuifonque jeune enfant 

A luele, il coui'se ou à char tricmiphant 
Estuit vainqU'Ur, jiar liuntieur singulier 
Prenoil cliappeau de feuilles de tncsliev. 

(Cl. M.viiur,.Wi'/o/H. d'Ovide, l. III, p. 181.) 



mkli-ml;lo 



MKMEMENT 



Une des tours de la ville de 
Saintes portait le nom de Tour 
du Mi'lier. (Voir Bourignon, 
Aniiq. de Saintes, p. 34.) 

]?IFÏiI-lïi:ijO, 6. m. Terme 
populaire dc'signant un mélange 
de choses disparates qui ne sont 
pas faites pour aller ensemble; 
des mots grecs MèXt, miel, MtjXov, 
pomme. 

MÉIilEt, Mcllleu, s. m. 

Milieu. 

Le vint aUaindre eiilre la lance et la 
main droite et à la main que par le 
meilleu à tout le gantelet trois bons 
doidz là lui faulce. 

(Ant. DE La Salle, Jehan lie Saintré, ch. LI, 
p. '200.) 

Enfla son ventre et sur piedz se leva : 

Mais tout soudain par le meilleu creva. 

(Gilles ConiiozET, Fables d'Esope, p. GS.) 

La voulte de celle taverne cstoit le 
meilieu de la roche. 

(Fr. Amyot, Irad. de Daphnis et Chlué.) 

MEIiliE, nom de ville aux 
contins de l'Aunis et du Poitou. 
La charte de Guillaume d'Aqui- 
taine, qui date de la 15° année 
du règne de Louis d'Outre-Mer, 
désigne cette ville sous le nom de : 
Castrum mctulense, dérivé du 
mot metula, en basse latinité : 
météil, mélange de blé et de 
seigle; corruption du latin /w/a'- 
lura. 

]?IK:?IAIX, ITIèiiiiii, noms 
d'hommes, abréviation de maxi- 
min, (\n\ dérive du latin ma'ximus. 

Mn.lIBRU, adj. Qui a de 
gros membres, qui est vigoureu- 
sement constitué. 



Agamemnon qui estoit rois 
Et duc et maistre des Gréçois 
Vu grans, mervcilleus et }ne»i6r»s. 

(liomati de la guerre de Troyes.) 

Là vint un chevalier qui fu preux et 
[membnis. 

(Chron. de Bertrand DuguescUu, vers 17631».) 

Ta femme étant jument forte et membrue 
Ira plus vite 

(Lafo:<taine, Contes, la Jument du compère 
Pierre.) 

MÊME (à), locution rempla- 
çant les prépositions à et par. 
Exemple : prendre à même le cou, 
pour prendre par le cou, hoire à 
môme la bouteille, pour boire à 
la bouteille. 

Al meisme le roc que tant jor ot gardée 

L'ont pendu tôt armé: puis est l'osl re- 

[tornée (1). 

{Roman d'Alexandre, p. 95.) 

A mesme celé cuignée 
Apuisl'espinedétrenchiée (2). 

(Marie de France, Fable 33', t. II, p. 137.) 

Rognez, bref prenez le couteau 
Tranchez à mesme le chanteau. 

(Ant. Baïf, Le Brave, act. ni, se. I, 
p. 120 v°.) 

MÊMEMEIVT, adv. De même, 
également. 

Et meismement qu'en la mer devant 
Damiètc n'a jjoint do port. 

(JoiNviLLB, Histoire de Saiul-Loys.) 

Mesmement, en la ville du Mans, fut 
reproché en publicq au dit sieur cardi- 
nal... 

(Avorlissement Tf^rit.iblo nui onlholiques 
(le l'arib, Recueil de P. de l'Estoile, 
l'JO.) 

Ce mot était déjà hors d'usage 
au XVJP siècle : à sa place, dit 



(1) Ail rocher rjuc tant de jours il a gardé, ils 
l'ont pendu tout armé, puis l'armée est retournée. 

(t) Au moyen de cette coignée, elle a ensuite 
coupé l'épine. 



MÉNAGEMENT 



251 



MENTERIE 



Vaiif^elas dansses Remarques, on 
dit de même. 

lIÉIVAGE.nEXT, s. m. Eco- 
nomie, conduite du ménage. En 
basse latinité : inni)sion;Uicinn, 
dérivé de mansio, habitation. 

Anciennement, quand un gentilhomme 
avec le bon mesnagement de sa femme, 
laissoil à la tin de son aage sa maison 
Lien meublée à ses enfants, c'esloil 
beaucoup fait. 

(Mém.de Laiioue, ciià par Limié.) 

IflÉIVARD, Mosnard, noms 
d'hommes, dérivés du vieux nom 
germanique megenhavd (robuste- 
aguerri), abrégé successivement 
en megnhavd et inenhardd'aiwèà 
M. Lorédan Larchey, Dict. des 
Noms. 

Au commencement du IX® siè- 
cle, l'abbé de St-Cybard portait 
le nom de Mainard. 

Mainardus, IV* abbas monasterii S" 
Eparchii in suburbio engolismensi. 

{Gallia Christiana, t. H.) 

ITIEIVER, v. a. Usité dans le 
sens de faire. E.xemitlc : mener du 
bruit. 

Grant paour ot dou vent qui menoit 
[trop grand bruit. 
(Berte ans graiis pics, totb 9U8«.) 

Escho parlant quant bruyt on maine 
Dessus rivière ou sus estan. 

(Villon, Ballade des dames du temps jadis.) 

Le Maine en mène un. lamentable bruyt. 
(Cl. M4110T, Complainte sur Loyse de Savoie.) 

Qunnd Zéphyre lyieineun bruit 

Qui se suit 
Au travers d'une ramée. 

(KosBAiiD, l'.hansnn^ t. I, p. 2i"2.) 



i?IE:\ETTI:, I?Icuiclie, s. f. 

Petite main, menotte. 



Mes genoulx 

Ont froilz; aussi ont mes meneltcs'. 
Je les mettray en ma braguette 
Pour estre un peu plus chauldcment. 

{Farce d'un amoureux, anc, th. fr., 1. 1, p. 217.) 

iTIÉlVIER, Mesnler, noms 
d'hommes. En vieux français, 
mesnier signiliait sergent, huis- 
sier, et aussi maitre-valet, celui 
qui était à la tête du ménage, delà 
mesnie. (Voir Roquefort, Gloss. 
de la Langue romane.) 

Il se délivra ainsi de sa famé et de sa 
7nesnie... 

(Guill. DE TvK, cité par RoyiEFont au mot 
mesniœ.) 

En langue d'oc, menier dési- 
gnait l'ouvrier mineur, menière, 
une mine. 

IIEIVRAI, futur irrégulier du 
verbe mener, usité au moyen 
âge, ainsi que la forme merrai. 

Ore venez; jo vus i merrai. 

{Hésureciion du Sauveur, Mystère du 
XI* siècle, théùl. franj. au moyen 
âge, p. IG.) 

Mes humes les abalerunt al bois du 
Liban e ni ewe les merrunt e en nef 
les chargerunl (1). 

(S"" Livre des Rois, ch. V, verset 9, 
trad. du XU" siècle.) 

A trente dames qui avec moij/ie»rai. 

(AuJefroid IB BiTiuD, poète du XUI» siècle.) 

Aller doi contre un pèlerin 
Avec moi menrai Poitevin. 
Il tambure et je sifllcrai (2). 

{Li congié liaude Fastoul d'Arras, vori 
Tiï\t'abLiauxel Coules, \. I, p. lit.) 

i^IE\TERlE, s. f. Mensonge. 
Du latin mcntiri, dérivé lui-même 



(1) Servi mei déponent oa de libano ad mare 
et ego l'ûinponaiii ea in raiibus. 

(i: Je dois aller ii la rencontre d'un piSlerin, 
je menorai avec moi Poitevin, il tambourine et 
moi je ïifllcrai. 



MENUSAILLE 



MEIILU 



du fubstnnlif ?«<'7is, esprit, imagi- 
nation. Ce mot n été usité juscprà 
la lin (lu XVII"^ siècle, el se Irouvt^ 
dans le Dictionnaire i'rançais de 
Richelet, édition de 1G80. 

De pnrluy fut pour en avoir mémoire 
I.'ne cliapeile au dii't liru estal)lic 
Dedans l^aris et est sans menterie 
Le propre lieu jilain de renom el fanie 
On présent est l'église Noslre-Dame. 

(Gilles CoiuiozET, Fleur des antiquilez de 
Parin, j.. '29.) 

La science est folle parole 
Les grand juremans menteries, 
Les stalulz cesonl jonchcries. 

(Guilinume CoQuri.i.Ann, l'.roilz iioii- 
reaulx, t. I, p. 7i.) 

Je n'ai point tant d'esprit pour tant de 
[menterie... 
(M.Tth. liECMER, Satyre îll.) 

Mon îimc et sa complcxion rcfuyt la 
menterie 

(M. MoMviGNE, Esiais, liv. III, cil. LII.) 



lB5IF.!î;t'SAÎÏiI^lE, s. f. Onan- 
tilé de ])Otit(is choses sans valeur; 
menuaillo, augmenlalil'de incnu. 

Des balieurcs de la maison, des ren- 
dîmes du foier et do colles de la lescive 
et semblables menusailles oii la pou- 
laille se délecte. 

(Olivier db Srhiies, Théâtre d'Agricul- 
ture, p. 349.) 

ME3.'C»aEn, s. m. iMenui- 
sier. 

A Marcel Fvh'ol, menusier, pourung 
jeu de bille qu'il a faicl. 

(I,.inoHi)E, Ki/iau.r, n. 387.) 

ME:^'î'f^C>:^', s. m. Petit mor- 
ceau — on tiiia : (Jo i'umier est 
tout à nicnuson, pour dire (pi'il 
se délite en menus morceaux. Ce 
substantif, diminutiC de menu, est 
de la inrnie l'amilNî tpie le verbe 
itmenusev. (Voir ce mol.j 



i:SlS<:t5EÎASi.I^B'], s. f. Terme 
injurieux j)uur désig-ner une 
troupe de gens méprisables. 

El l'crtrand Duguesclin les Anglois 

[moult travaille 

llaiilcment va criant : Tuez ceste 

[merdailla. 

{Chrunique de Dui/ueselin, vers 5979".) 

ME<:kbî3$EJ:!^, adj. Souillé 
d'excrémonls. Pris suljslantive- 
inent : un polisson, un mauvais 
(Irùle. 

Ail! es-tu là, truant merdoux9 
Quel bon valet, mais à quoy faire? 

(Farre de Maislre Patlieliii.) 

c'est la lit! acidti qui conserve la 
force du vinai|^re el fait aig'iùr le 
vin qu'on y ajoute. 

Ouex vins quo ce soit, rcech ou seur 
■»ù're. 

{Itei/istre (les Mestiers d'Est. Boileau, 
1,. 300.) 

MB':R1E]^'KE, McrîcBiBiéP, 

s. f. Méi'idiçnne, sonuucil de midi. 
(Voir marieune.) 



I^BF.Bîliî^ ]?IarÎM, s. m. Mer- 
luche, nnîi'lau, poisson de mer du 
£;:enre (jade (gadus mevlangus). 
En bas breton : mavlouan. En 
basse latinité : merlucius. Con- 
traction du latin : maris liicins, 
brochet de mer. 

fialîi merhicium quasi maris îucltim 
\ocanl. 

(Sc\MGEit, Animaux d'Arislule, p. 45 ) 

Ilem in diebus quibus debent comedi 
pisees,dabil et minislr.diil diclus aqne- 
i-ius secundum lempora videliecl do 
marlucio recenli fcreula. 

{Chnrtu pra (l'/uariiilu mouast. de Tale- 
muiido, «iiiiû 1300.) 



M ERRA IN 



253 



MET 



La charestée de merlus, chascun 
cheval xiij deniers. 

(liûlr de péage de ilontléry, Regi.it. des 
Métiers J"E3t. BoiLBiu, p. 446.) 

Pour ne perdre l'eau salée 
Du merlus quand il bouilloit 
De la soupe il en faisoil. 

(Olivier Bisselix, Vaux de Vire, p. 4.) 

El tout ainsi comme lu vois qu'un 
merlu salé ou autre poisson qui auroit 
longtemps trempé perdroit enfin toute 
sa substance salsitive 

{B. Palissï, Recepte Véritable, p. 23.) 



lIERnAi:v, S. m. Planche 
de chêne pour la fahrication des 
barriques. Ce mot avait autrefois 
la signification de bois coupé; en 
basse latinité : materiamen; du 
latin : nmteria. 

Li reis Yram Iruvad al rei Salomon 
mairen de cèdre et de sap, tut à sa 
volenled (1). 

(S"' Lirre des Rois, ch. V, rerset 10, 
p. -213.) 

Furent plusieurs petites maisons 
comme abattues et en venoil le marrin 
avaj l'eaue. 

(Juvénal des Unsics, ///.</. de Charles VI.) 

«lEËlVEILIiE, s. f. Pâtis- 
serie de ménage, rubans de pâte 
plongés dans la graisse bouil- 
lante. 

La collation fut composée d'échaudés, 
de 7nerveilles 

(J.-J. HoKsaEnv, Nouvelle Iléloise, liv. VI, 
IcUre .\.) 

IflKSAISK, S. m. Tristesse, 
chagrin, malaise, misère. 

En jongleur est mauvais mestier car 
tant plus aura froit et mésaise, tant 
plus on le semondra de chanter. 

{Woman de Gérard de devers.) 



(\) Itaqiie liiram dabatSalomoni ligna cedrina 
et li^'oa abicb'na,juxiaomuem roluiuatem ejus. 



Or pri à Dieu que il li plaise 
'Cesie, dolor, cesle mésaise 
Et ceste enfance. 
M'a tort a vraie pénitance. 

(RciEBŒiF, Mariage, t. I, p, 12.) 

MÉSAISÉ, adj. Pauvre. 
(.Voyez malaisé.) 

Le mésaisé esdrezce del puldrier; le 
povre sache del femier (1). 

(Livre des Rois, ch. II, verset 8 — traJ. 
du XII" siècle.) 

SBK!§CIIERf$, nom de localité 
qui dérive peut-être du vieux 
français : nieis, niex, niôs, formes 
de mas, maison, et de cJwh\ 
tomber. 

Ce nom pourrait être une des 
formes du prénom Michel (jui 
s'est écrit Michicus , Michô , 
M lequel, etc. 

Et saint MicJiieus nloit devant 
Qui les conduit moult liement... 

[Fabliau de la Court du Paradis.) 

MESA'IIj, Diiniesnil, noms 
de lieux et d'hommes. Du vieux 
français : nicsnll , habitation, 
village. 

Ny à meson, ne borde, ne tnesnil 
Trestot le règne ont torné à essil. 

{Roman de Garin le Loheraia.) 

D'un len raconte sans gabois 
Que famine chara d'un bois 
Et ala querre sa paslure 
Lez un mesnil par aventure. 

(Dou Lou et de l'Oue — Fahliaui et 
Contes, t. m, p. 53.) 



MET, S. f. Huche à pain — 
coffre à serrer le pain. Du celti- 
que : mé, pétrin, conservé dans 
le vieux français sous les formes 



M^ Surroxit miscrera ex pulvere, traxit pau- 
percm c slercore. 

18 



METEIL 



ibl 



MÉTURE 



mai, inaict, maie. En grec : 

MaxToa. 

Ma nourrice avoit les telins molelz, 
en la laiclanl mon nez y enfondroit 
comme beurre et là s'eslevoit et crois- 
Boil comme la jiaste de^ians la met. 
(Rabelais, Gargantua, liv.I, ch. XL.) 

Cy gist un roy par merveille 
Qui mourut, comme Dieu permet, 
D'un coup de serpe et d'une vieille 
Comme il chïoil dans une met. 

(Agr. d'Aibioé, Mémoires, p. 3G.) 

L'autre vogue en un coffre et l'autre 
[en une met. 

(Du Bartas, la Créativn, 1" semaiuc.) 



MKTEIIi, s. m. Mélange de 
blé et de seigle. En basse latinité : 
nùxtallum; du latin : mixiiini, 
mêlé. 

Nus cervoisiers (1) ne puel et ne doit 
faire cervoise fors de yaue et de grain, 
c'est à savoir, d'orge, de mestuel et do 
dragic (2). 

(Est. BoiLEAC, Registre des Mestiers, 
titre Vni, p. 30.) 

Lhermile avoit labouré un sard (3) et 
semé du métail en la terre qu'il avoit 
sarlée (4). 

{Chronique du Jlainaut, cité par Roque- 
Four, Gluss. de la Langue romane.) 



MÉTIVE, S. f. Moisson, épo- 
que (le la moisson. Du celtique : 
meJ, moisson. En basse latinité : 
mestjva. 

Item volumus et concedimus quod 
dictus aquarius ponal et sumat duos 
porcos in areû abbaliœ, tempore mesti- 
vâru7n. 

(Charte de 1366, ciléc par ne Ca:hge, 
Gloss. in/inœ Latinitalis.) 



(t) Ccrvoisier, fabricant de Lière. 

(ij Dragie, dr";che. 

f3) Sard. terrain défriché, comme essart. 
(Voir te mot.) 

(4) Sarier, labourer, défricher, comme essar- 
ter. (Voir ce mol.j 



Il appelle les hirondelles ses sœurs 
parce que leur.s frères comme elles se 
niellent au temps des mestives chez les 
villageois. 

(Agr. d'Al'bicné, Confession de Sannj, 
t, II, p. 247.) 



]Tïi':TIVEU, V. n. Faire la 

moisson : 

Li rois commenda que nus ne fust 
forchiez de venir à cort en lens qu'il 

mestive por ce que les biens dont il 

ont la cure ne périssent 

{Li Livres de Jostice et de Plet,f.%, § 1.) 



MKTIVIEI8, s. m. Moisson- 
neur, ouvrier gagé pour le temps 
des moissons. En basse latinité : 
mestivus, qui est synonime de 
niessor. 

Dono ilerum ut ipsi mcstivi et 

servienles ])ossunt libère mestivas suas 
transferre ubicunque volucrunt 

(Charte citée par du Cangb, Gloss. inf. 
latin, verbo mestivi. 

Si ai trouvé aucun épi 
Après la main as ynestiviers 
Je l'ai glané moult volontiers. 

(Uuoii DE MÉitï, Tournoiement de 
l'Antéchrist, éd. Taché, p. 1017.) 

Ce faisant, j'espargne les sarcleurs 
qui gaingnent argent, les mestiviers 
qui boive.it volunliers et sans eau... 
(Raueiais, Pantagruel, Ht. III, ch. II.) 

Voy, mestivier, qui sçavoit que tu 
[pousses 

Chanter si bien! 

(Aiit. Baïf, Eglogue XIV, p. 40.) 



MKTTABÏiK, adj. Ce qui 
peut se mettre — présentable. 

Jeune homme assez mettable en bonne 
compaignie. 

(Marg. DB Navahre, Ucplaméron, 41" nou- 
velle.) 

MÉTURE, s. f. Mélange de 
baillartre et de froment. En basse 



MEUBLE 



235 



MIE 



lalinitô : ineltiirn, mollira; du 
lalia : niixtura, mélange. 

Loco dicli frumenti ot avcnœ débet 
recipcre de metuvà vil alio blado ad 
equivalenliaui dicli fruinenli et avenœ. 

(Charta anno Iî85'iii tabulario S'' Juhan- 
nis-Anyeriaci.) 

Plus nous sommes transportés dans 
lo puernier, où estant, avons trouvé en 
mesture unze boisseaulx... 

(Inventaire de l'iibbiye de la Frcnade, 
29 décembre 1653 — Arch. hisl. de 
SaiiUoiige, X, 288.) 

MEfiBLG, S. m. Mobilier. 

El qu'après le départ de ces fiers 

[ennemis 

Son cher et pauvre me.uble en place 

[elle eust remis. 

(S\i.\t-Am.i>t, iluine sauvé.) 

MEUIïiliE, s. m. Mule, 
mulot, poisson de mer. C'est le 
Tpfylades grecs, le iniillus hnrhn- 
tiis de Linné. Au XVII'' siècle, on 
disait : muge. (Voir Hichelet, 
Diclionmiire frann., édit. 1(380.) 
En vieux français : miijol, d'après 
Roquefort; en basse latinité : 
niuiolus. En latin : multis. 

Nec mitlum cupias, qnum sil tiLit 
[gobio taiitum 

In loculis 

(JcvÉ.NAi., Sût. XI, vers 37*.; 

Puys lui offrent barbeaux, barbil- 
lons, meuilles, meuiUelz, rayes 

(Uabelais, PaïUai/ruel, liv. IV, ch. LXX.) 

MEL'KSAC, nom do localité; 
du vieux français : motir, marais, 
lieu bas et Immide. D'après 
M. Jônain, meiir, en celtique, 
siernifio fertile par hinnidité. 



MEZE.ir, ni^'xinn, noms 
d'honunos; du vieux français : 
môzeau, léj)reux. En basse lati- 
nité : mcsellus. 



J'ai veu lele fois que le roi Haudoin 
de Jérusalem qui fu mézeaits desconlil 
Salehadin... 

(JoiNTii.iE, Ilisinirr de S. Loys — édi- 
tion 1858, p. 131.) 



ITIICnAUU, »liclicle<,lli- 
chon, etc., noms d'hommes, 
formes ou dérivations du nom 
Michel (pii, en ht''l)reu, signilie 
semblable à Dieu. Dans Ronsard, 
Michaii est le nom pastoral de 
son ami Michel de l'Hospital. 

MiriIE, ITIicliof, s. Pain, 
petit pain. En basse latinité : 
michii; du latin : mica, parcelle. 

Micha, p;irvulus i)anis quasi mica 
panis 

(Du CiNKE, Closs. tufimœ laliiiitatis.) 

Deux livres pour une miche, une livre 
pour un inicJiot et bisotle et deux livres 
pour le bousin le tout de IG onces la 
livre... 

{Computus, anno 16S8, in talntl. veilust., 
cite par du Cii^ce.) 

.\tanl manjuenl aus dcus la miclie 

[alise. 
(Hoi>it:it d'Aiilicry.) 

Qu'il aiment miex grant pain que 

[niiclie. 

(Rltehœlf, le Dit des llei/lfs, t. I, 

p. ia-i.) 

Mais ainsy leur aide Dieu s'ilz prient 
pour nous et non par paour de perdre 
leurs unicités et sou|>i)es grasses. 

(Rabelais, Cari/a/i/ua, Iït. I, ch. XL.) 



I^ÏIE, adv. Pas, pas du tout, 
rien. Du latin : mica, i)arcelle, 
chose imi)on(lérable. 

Et quant dedenz l'aijjfuc esgarda 
L'uiiibre de la luno a wèu 
Mes ne sol mie ce que ce feu. 

(Mario de ruA>tE, Fable XLIX', i. II, 
p. -236.) 



MIGEOT 



2dG 



MINE 



Car talent ai, n'en dotez mie, 
De r'alci" à ma mesnie 
Quant g'y vois borse desgarnic, 
Ma famé ne méril mie. 

(C. McsET, Chansonnier du Xllh siècle.) 

En saintongcais, on a dans le 
même sens brigue. (Voir ce mot.) 

iniGKOT, s. m. Collation 
faite avec du pain émietté dans 
du vin. On trouve dans Roque- 
fort : inigue, mie de pain; iniée, 
pain émietté dans du lait. (Voir 
Glossaire de la Langue romane.) 
niiée, comme niigue et migeot, 
ont pour étymologie le la lin : 
mica, parcelle, petit morceau. 

MIGXEK, V. a. Mang-er, se 
dit surtout (juand on parle des 
petits enfants. Dans le diction- 
naire de Garpentier, on trouve : 
mingnier, manger. En langue 
d'dc, minya a le même sens. 

Les sourcières et tous loubs-garous 
Aux curés hon minya capous (l). 
(Proverbe béarnais.) 

miJOUIt, s. m. Midi, milieu 
du jour. 

L'heure de myjour est passée après 
laquelle nous défendent nos sacres 
décrélales messe chanter. 

(Rabelais, l'aiitayritcl, liv. IV, ch. XLIX.) 

IIIJLIjA, s. m. Pâle de farine 
de mais cuite au four. En Gasco- 
gne : millasse. En vieux français : 
milJins, miJias, pain fait avec 
du millet. (Ho(juefort, Glossaire 
(le la Langue romane.) 



MIB^LET, Millon, JTIll- 



(1) Les sorcières et les loups-Raroux 
Aux curés font manger cliapons. 



lot, noms d'hommes; dérivation 
lV Emile, du nom latin : Œmilius, 
porté par plusieurs g-randes 
familles de Home. En grec, 
AtjjiùXia signifie enjouement. 

iraiLiIilASSE, s. f. Mille, un 
millier. 

Le curé prescha et son sermon ne 
fusl que du Roy contre lequel il desgor- 
gea une milliasse d'injures... 

(P. DE l'Estoile, Mémoires, t. VI, p. 81.) 



MIMACîE, s. m. Halle aux 
blés — endroit où se mesurait le 
froment avec la mine ou le minot 
(mesures de capacité.) En basse 
latinité : minagium. 

Minagium : cmporium in quo frumen- 
tum distrahitur. 

(Du Gange, Glossarium infimœ latinitatis.) 

De tout temps et d'ancienneté que le 
marché ou mynaige de la dite ville de 
Lagny est accouslumé de seoir et eslre 
tenu trois l'ois la semaine. 

(Tabtilarium latiniaci.) 

On appelait aussi minage, au 
moyen âge, un droit de péage ou 
de mesurage sur les grains. 

Nus, qu'il qu'il soit, n'est quite del 

minaye se il mesure à la mine le roy. 

(Eat. BoiLEAU, lieg. des Mestiers, p. 313.) 



MÏIVE, Minot, subst. Mesures 
de capacité i)our le sel, le blé, la 
farine. En basse lalmilé : mina, 
minotus. Ce dernier mot, d'après 
du Gange, s'aj)pliquait à une 
mesure qui valait la moitié de la 
mine : minotus, dimidia pars 
minœ. 

Omnia concesserunt absque ullâ relen- 
tione, pr;cter (juatuor minas frumenli... 

[Charla Odunis, episc. Belvac. ,anno 1140;) 



MINOT 



237 



MIROBOLANT 



Item duodccim paupcrioribus mulie- 
ribus viduis... unum ininotiun bladi. 

{Charta mnnast. mnnti.i — martijrium., 
aaao 13'2't.) 

El doil avoir cil qui la mesure est 
pour la mesure, soil mine soit ininot, 
iiij deniers pour l'ajouster et pour la 
seignier, se mine ou minot se forfeit (1). 

(Est. BdiLEAu, Hrgistre des Mestiers, 
cU. IV, p. ±1.) 

Puis lui gccla de sa barque plus de 

dix et liuict cacques cl un minot de sel. 

(Rabel.vu, Pantagruel, liv. II, cli. XXIX.) 

IfHîWOT, S. m. Fleur de farine, 
farine de qualité supérieure. 

Ce mot, d'oij nous sont restés 
minotier et minoterie, dérive de 
minolus, mesure de capacité. 
(Voir mine, minot.) 

La Pierrière, qui y commandoit 50 
hommes si diligens à leurs courses 
qu'ils avoient esté tout le trafiic du 
minot. 

(.\gr. d'Aubig.nk, Uist. i'.iiv., liv. II.) 

MI KA:?! BEAU, nom de 

localité; du latin : Mirabilis. 
Cette ville portait, au moyen âge, 
le nom de Mirabiel : 

Si passèrent toutes ces gens la rivière 
de Garone entre Bourdiaus et Hlaves. 
Quant il furonl tout oullro, il prisent le 
chemin de Sainlonge cl clievaucièrent 
tant qu'il vinrent à Mirabiel. 

(Froissart, Chroni'/iics, liv. I, § 292, t.V, 
p. 11.) 

L'éditeur de Froissart (Société 
de l'Histoire de France) a 
supposé que Mirabiel désig-nait 
Mirebeau en Poitou, mais l'iti- 
néraire suivi par l'expédition 
du comte de Derby, lieutenant 
d'Edouard III, on 13^6, ne permet 



(l) • Kt doit avnir relui qui la mesure pour 
» le mc.suraKC soil di; la tiiiiie .soil du minot, 
» quatri; rionicrs (lour les aju.sler ou l(!s poiii- 
» couner si la mine ou le minot sont rtéformés. • 
On trouve, dans celte phrase, l'orininc des 
droits de vérilicalioa des poids cl mesures. 



pas d'accepter celte hypothèse : 
Bordeaux, Blaye, Mirabiel, Aul- 
nay, Surgères, Benon, Marans, 
Mortag-ne-sur-Mer , Taillcbourg , 
Saint-Jean-d'Angély, Niort, Saint- 
Maixent, Montreuil-Bonin, Lusi- 
gnan, Poitiers. Cette succession 
indi(|iie qu'à Blaye deux corps 
furent formés (jui se dirigèrent 
l'un par Mirainboau sur Marans, 
l'autre par Saint- Jean sur Poi- 
tiers. 



MIRER, v. a. Regarder du 
coin de l'œil — viser. 



MIRER (se), V. rén. Se 
regarder avec ])laisir, s'admirer 
au miroir. Du latin : niirari. 

Si ne m'en croyez 

Mirez vous bien et vous voyez 
En ce ruisseau 

(CI. JIauot, Coll. d'Erasme, t. IV, p. 23.) 

Dicles moy, s'il vous plaist, ne vous 
estes vous pas myrées aujourd'huy, 
luvées et espoussetées? 

(Olivier Maii.laht, Sermon du 5°" diman- 
che du Carême.) 

Y en eust un qui dit èi la dite dame 
qu'il sembloit, ainsi qu'esloil le coup, 
que le soldat l'eust miré... 

(r. DE l'Esioile, Mémoires, t. VI, p. 42.) 



On dit aussi remirer., se remi- 



rer 



Car onques mais ne remirai 

Dame, meschine ne puccle 

(Jui tant me fust plésant ne bèlc. 

(Fabliaux et Contes, t. II, p. 422.) 



MIROESOIi.lA'T, adj. Mer- 
veilleux, étonnant. Mot dérivé du 
nom d'une drogue célèbre de 
l'ancienne médecine : le miroho- 
Inn , en latin : mirobolnnuni 
(^Plinc;; en grec : Mjpo,3àXâvo;, 



MIROUE 



MONAC 



dérivé de Mjpov , parfum , cl 
pàXàvo;, gland. 

La rhubarbe, les inymbolans. 

(Ambroise Paré, XVIII, 66, cité par LiiniÉ.) 

ITIIROUÉ, S. m. Miroir, glace 
où l'on se mire. 

C'est li mirouer périlleus 
Oii N.ircissus très orgucilleiis 
Mira sa face et ses yeux vairs. 
{Rumaii de la Rose.) 

MISTr, s. m. Ane, baudet. 
En Berry, on les appelle minis- 
tres; en Vendée, magistrat s. Le 
mot mistii a été appliqué à l'àne 
par antiphrase; en celtique, mistr 
signifie gentil, propret; dans le 
vieux français, miste a eu le 
même sens. 

L'avois tu fait tant bon, tant beau, 
[tant 7niste. 

(Cl. M.uioi, Complainte.) 

On trouve dans Roquefort : 
misturlet, fanfaron, petit docteur 
qui se môle de tout. (Voir Glos- 
saire de la Langue romane.) 

iTIlTAX, s. m. Milieu. En 
espagnol : mitad ; en italien : 
meta; et, avant le XII^ siècle, 
mita signifient moitié. 

Pieust à Dieu que tu te fcusses néyé 
au millan de la mer! 

{Hitils de Slraparole, trn J. Je J. Loiveac, 
1. 1, p. 76.} 

Aux unes on demandoit si elles scn- 
loicnt rien qui les picquat au tnitan du 

corps 

(BRA.niôuE, Dames galantes, dise. I, p. 53.) 



iTIITOr, S. m. Chat; du vieux 
français : mite, doux; latin : 
mitis. 



Et vint à court criant hélas 
Il et kenuo la soris 
De lor 111 ke lor a ocis 
Âlilous li cas, li lius Tibiert. 

{Renart le Koiivel, vers 30"0".) 



ITIOKSK, nom de localité entre 
Soubise et Brouago. Du breton : 
ma, maes, maison de campagne, 
domaine. Provençal: maza; lan- 
guedoc : mas. 

]?10GETTE, Mouffette, s. f. 

Haricot. Une des variétés de ce 
farineux est désignée par le mot 
mongcon. M. Jônain écrit niau- 
jliette, et donne cette plaisante 
explication : qui Jette mau-vais 
air. 

110I]VG§, nom de localité, 
signifiant moines; en vieux fran- 
çais : moingnes. 

Moincjncs, provères, clers s'enfulsent. 
(Wace, Roman de Roii, c'ilc par RoyUEFoiiT.) 

M O l. E T , Mollet , noms 
d'hommes ; diminutifs de mol, 
mou. Un œuf mollet est un œuf à 
la coque. 

C'est raison que soyez traiclé 
Tous les matins d'un œuf molet. 

(Rof:er de Collehyr, Dialogue de deux 
enfants, p. 106.) 

MO EilXIER , Moulnlcr , 

noms d'hommes dérivés des mots 
anciens : molinier , meunier; 
molin, molinel, moulin. En latin : 
molinarius, meunier. 

JIIOiVAC, Mosnac, noms de 
localités; bien de moine, mona- 
chalis. En vieux français, mosnée 
a désigné une mesure de blé à 
moudre; et, mosneie, un droit de 



MONARD 



259 



MOREAU 



mouture. (Voir Roquefort, Glos- 
saire de In Lanfjue romane.) 

Près de Mosnac se trouve une 
pierre debout, isolée dans les 
champs, ce qui ne saurait suffire 
pour faire dériver Mosnac du 
grec : Movo?, 

mOIVARU, nom de localité; 
diminutif de moinard, qui est lui- 
même un péjoratif de moine. 

mOlVI^TER, Jalonner eau, 

noms d'hommes, dérivés de mo- 
liniei\ meunier; molinarius; en 
basse latinité : molnarius, ou de 
niounoier, monnayeur, en latin : 
monetarius. 

IIOXA'AIE DE SIXGE, 

locution familière pour grimaces. 
L'expression payer en monnaie 
de singe, c'est-à-dire avec des 
grimaces, vient de la faveur sin- 
gulière accordée aux montreurs 
de singes, de jiayer leur passage 
sur le jielit pont de Paris en 
faisant exécuter des tours à leur 
singe devant le péager. Elle est 
consignée dans une ordonnance 
royale de l'année 1400 : 

Li singes nu marchant doit iiij deniers 

se il pour vendre le porte; Et se li 

singes est au joueur, jouer en doit 
devant le paagicr et pour son jeu doit 
eslre quites 

(E3t. BoiLEii:. Rcg. des Mestiem, p. 287.) 

IIOIVTFTVDR'F, nom do loca- 
lité signiliant : montagne dWn- 
dron on André ; du latin : Mons- 
Andronis. 

Eodem anno (11.')!) cîim W. de Monte- 
Andi'onis, domiiius caslri Didoni^e, 
exigcrcl quosdani consuetudines in 
cajnobio S'' Slcphani de Vallibus. 

[Gallia Christ., t. H, col. 1U70.) 



ITIOXTIEK-XEUF, nom de 

localité; du latin: monasterium, 
moîiastôre, qui a fait également 
Monslier , Moustier , Moutier. 
Une abbaye de ce nom existait 
autrefois près de Saint-Aignan. 

Et frater Robertus prior monasterii 
novi propè Sanctum-Anianum 

(Acte de mars 1-273, Archives histor. de 
Saiiiloiiye, X, 46.) 

ni O X T I L S , ITIontlieu , 

Moiitpclicr, noms de localités 
situées sur des éminences; du 
latin : Mons, Montis. 

MO^'TGUYOî^'', nom de loca- 
lité. Montagne de Guy. Dans cette 
localité, autrefois couverte de 
forêts , se trouve un dolmen 
appelé pierre folle de propor- 
tions colossales. 

MOQUE, s. f. Gobelet en 
faïence grossière qui sert de 
verre à boire. Dérivé du celtifjue : 
mog, vase, lasse. En limousin : 
moco; en provençal : mouca; en 
italien : moca. 

MOUATO.'V, s. m. Espèce de 
canard sauvage. Du vieux fran- 
çais : more, noir. 

MOBID, participe passé irré- 
gulior du verbe mordre, j)Our 
mordu. 

Se complainct eslre mort par eslre 
mords d'une chatte au petit doigt. 

(ll\BEL.nâ, Pantagruel, liv. IV, ch. XVH.) 

MOREAU, ITIorcI, noms 
d'hommes. En vieux français, 
more, moreau, morel ont signilié 
noir; en basse latinité : niorus, 
morellus. 



MORELE 



%0 



MORVER 



Acheta li roiibe de pers 
Si la ploia en un Iroussel 
Dessus son palefroi morel. 

[Fabliau de la Bourse, vers î>7« — 
Fabl. et Contes, i. H, p. 4:2.) 

El en mangeant et en bevant 
Li va tant adès requérant 
Que doint sa proven^lc à morel. 

{De la dame oui demandait avrine, 
vers -203»; Ibid., t. IV, p. iS->.) 

Au XVP et au XVIP siècle, on 
disait encore cheval nioreau \)Ouv 
cheval d'un poil noir fort vif. 
(Richclet, Dictionnaire français, 
édit. 1680.) 

C'est toy qui fais que la lune 
Mène au galop ses rnoreaux 
Le long de la lisse brune. 

(Rcmy Belleai-, l'Ombre, t. II, p. iO.) 



]TIOKi<:îiE, s. m. Passereau 
noirâtre, poule d'eau. 

MOKFIAT, s. m. Crachat 
d'un vilain aspect. De l'italien : 
niorfia, bouche, ou du vieux 
verbe français : movfier, manger, 
qui s'est conservé en argot. 

Vo les valez en hyver prez leuz astre 
En rnor/iant le levrault et l'oizon. 

(Musc normande, S™" partie.) 

I?IOKIS.^E, I?Iorisscf , ITIo- 
rlssQn, noms d'hommes. Formes 
dérivées du nom Maurice; en 
latin : Mauritius, de mauriis, 
basané, noir. 

ItOK^'AC*, nom de localité 
sur la Seudre, désignée au moyen 
âge sous le nom de Morniacum. 
En vieux français, momie dési- 
gne le cadavre d'un animal ; 
momie, un cercle ou un collier. 
(Voir Roquefort, Glossaire de la 
Langue romane.) 



MORXAY, nom do localité. 
Même signitication que le précé- 
dent avec la finale ay, qui rem- 
place généralement ac pour les 
noms de lieux du Poitou. 

]?IOKTA«:VE, nom de loca- 
lité qui j)arait dériver du celti((ue 
mor, mer, (pii est le radical d'Ai'- 
moriquo {ar, sur, mor, la mer). 

Le nom latin de Mortagne était 
Maurilania, cette localité est dé- 
signée ainsi dès le XIIP siècle : 

... Terliam parlem omnium teloneo- 
rum de lîoeys et navim liberam ab om- 
nibus teloneis à Maurilania usque ad 
lingonam... (1). 

(Dipinmn Alienfiria, in Krntinm nrchiepiscorum 
burdi^'alensiuin, GalLia Christiana, t. II, 
inatrum., col. 1215.) 

Au XIV siècle, Mortagne por- 
tait déjà son nom actuel, il fut 
pris en 1346 par le comte de 
Derby, lieutenant d'Edouard III. 

Et vinrent à Mortagne sur mer en 
Poitou et là eut grant assaut et le 
prisent. 

(FnoissART, Chroniques, liv. I, § 292, 
l. V, p. 2.) 

MOltAEAU, s. m. Narines, 
réservoir à morve. 

On ne voioit autre chose au Palais 
et partout que gentilshommes et reli- 
gieuses accouplés qui sefaisoientramour 
et se leschoient le morveau. 

(P. DE l'Estoue, Mémoires, t. VI, p. 103.) 



]?IOKVER, V. 

couler la morve : 



n. Laisser 



(1) Nous accordons le tiers de tous les droits 
sur le |iays de Bucli (sur les salines du captalat 
de Buch), et pour un navire la franchise de tous 
droits depuis Mortagne jusqu'il /.an^on. 

Telnneum désignait les droits sur le sel et 
sur les marchandises de mer, cet impôt est de- 
venu celui des douanes. 



MOTTE 



261 



MOUGNON 



Toussoit, sangloloil et eslcrnuoil et 
se morvoit en archidiacre... 

(Rabelais, Gargantua, liv. II, ch. XXI.) 

MOTTE, s. f. Terrain relevé 
— chonevière — jardin maréca- 
geux. Dans le bordelais, ces der- 
niers sont appelés mattcs. 

Ce mot csld'originc g^eruianicpie 
ou celtique, en hollandais: moet, 
mot, petite élévation ; en bavarois: 
niott, morceau de terre maréca- 
geuse ; écossais et irlandais : mota, 
montagne. 

Jà de la mer la fureur à grans brasses 

Avoil couvert et molles et terrasses. 

(Cl. Maiioi, ilétamorph., t. III, p. 1"3.) 

Beaucoup de localités portent 
ce nom, par lequel, au moyen 
âge, on désignait l'éminence sur 
laquelle s'élevait le chàteau-fort. 

lIOrCHE, s. f. Fureur subite, 
qui, dans une foire, se commu- 
nique aux animaux, les affole et 
les rend dangereux, surtout pen- 
dant un temps orageux ; de là, 
probablement, l'expression -.pren- 
dre la mouche. 

Nos paysans attribuent cette 
panique du bétail à des poudres 
répandues par des malfaiteurs, 
les naturalistes à la présence de 
riiypoderma Loris, ou mouche 
œstre du bœuf, qui, par son bour- 
donnement et ses violentes pi- 
qûres, produit l'épouvante (|u'on 
attribue à tort à la malveillance. 
En Saintonge, on appelle cet in- 
secte : mouche bouine (pour 
bovine). 



MOICIIEXEZ, 

Mouchoir. 



m. 



Puis me torcliay d'une serviette, 

d'un motischenez, d'un peignouoir. 

(Rabelàu, Gargantua, liv. I, ch. XIII.) 



MOrCDET, nom d'homme. 
Du français àmouchet, oiseau de 
proie-; en breton : mouchel, en 
écossais et irlandais : musgait. 
En vieux français : mousché, 
mouskê. 

Adont vaissiez-vous faucons 
El ostoirs et esmeriilons 
Et moult grant pl.inté de mouskés 
Voler après les oiselès. 

[Floire et Blanche flor.) 

MOrriiE, s. f. Moule, coquil- 
lage bivalve comestible. 

Les huîtres, les mondes, les péton- 
cles... 

(Bernard I'alissy, Diseours Admirables, 
p. 147.) 

Saintes avait autrefois (voir le 
plan de 1500», le port Mouclicr, 
situé on aval du vieux pont; on y 
déchargeait le poisson et les co- 
quillages, notamment lesmoucles. 
A La Rochelle, le pont Saint-Sau- 
veur portait autrefois le nom de 
Pont Moucler, « ainsi dit parce 
» qu'on y vendoit des moucles», 
nous apprend Barbo t. {Histoire de 
La Rochelle, p. 43.) 

IIOUÉE, s. f. Volée, du latin 
movcrc. Ce mot, d'après M. Biir- 
gaud des Marets, api)artient en- 
core au patois de la Saintonge. 

Depuis certaines éclipses, s'en est re- 
voie une grande mouée. 

(R.VBEIAI3, Pantagruel, liv. V, ch, IV.) 

II O i: F li E T , illonflard , 

noms d'hommes. Ce fut autrefois 
le nom du vautour. 

Le voltor volant 

Seignor mou/lard qui quèroit proie. 

{lioman du Henart, vers 3818». ) 

MOrGA'O.V, s. m. Moignon. 



MOUILLEPx 



262 



MOUVER 



Au brns gauche il porlo un grand gan- 
telet qu'il couvre jusqu'au coude et au 
droit un petit 7nougnon qui cache seule- 
ment l'espaulo. 

(LiNOi'E, ÎIcmoircSy cité parLiiTRÉ.) 

MOUIIiliEK, V. n. Pleuvoir. 
B. Palissy a employé le mot 
mouillé pour pluvieux. 

S'il advient une année fort mouillée, 
ledit fruit sera fade. 

(B. Palissï, Reccptc Véritable.) 

MOl.'IUiETTE, s. f. Tran- 
che de pain taillée en long qui se 
trempe dans l'œuf à la coque. 

Avant de casser vos ués, taillez vos 
mouillettes. 

{Livre des proverbes français, t. I, p. 317.) 

9IOUIiOX, nom de localité. 
Des mots saintong-eais nioulon, 
niulon, qui désignent des meules 
de foin et des las de sel marin. 



ITIOl'IiljE, s. f. Morue. Ce 
Ce n'est (pi'au XVII" siècle qu'on 
a commencé à dire morue au lieu 
de moulue et de moluc. (Voir Ri- 
chelet, Diclionnaive français, 
éd. de 1580.) 

S'il suoyt, c'estoient 7nouiues au beurre 
frays. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXU.) 

Nous sommes contrains aller quérir 
des molues es terres neuves. 

(Bernnrd Palisȕ, Discours Admirables, 
p. 333.) 

if OURAIXES, s. f. Plaques 
d'excréments sur les fesses des 
bœufs. — sables qui s'attachent 
a la barbe — hémorrhoïdes. Ce 
dernier mot se dit en esjjagnol 
vulgaire : almorrcnas, d'origine 
arabe. 



]?IOlJRE, Mourean, Mou- 
rc4, noms d'honnnes dérivés 
comme mnurin, morin, morincau, 
etc., du latin maurus, basané, 
noir. 

MOUSSERON, Hloussiron, 

s. m. Variété d'agaric ou champi- 
gnon comestible. 

Aux truffes nous accouplerons les 
mousserons, potirons ou boulets pour 
cueillir en nostre jardin ces fruits pas- 
sagers et volontaires. 

(Olivier nR Sebres, Théâtre d' Agrieulture, 
p. 565.) 

]?IOUT, s. m. Jus de raisin. 
Latin : mustum, vin doux encore 
dans la cave. 

En septembre doit-on sainier et 
mangier ces et car de porc et boire 
moust. 

((Calendrier du XUI» siècle, cilô par RoyvE- 
Foiir, Glossaire de la Langue romane, au 
mol kalendrier.) 

MONTER, V. n. Produire du 
moiit en quantité. Le paysan se 
réjouissait autrefois quand la 
vendange donnait un liquide 
abondant et épais. moiUe, 
disait-il avec enthousiasme; 
depuis le phylloxéra, o ne moule 
plus. 

MOUTïERS, nom de localité. 
C'est le vieux français monstior 
devenu mouslier et moutier, du 
latin monasterium. 

Et vindrcnt à Nevers droit à 

l'heure que la belle Euriant revenoit du 
motistier. 

{Roman de Gérard de Nevers.) 

MOl'VER ("se), v. réfl. Se 
remuer, changer de place. Du 
latin movera; mouvcv est la forme 
ancienne. 



MOYENXER 



263 



MURE 



IIOYEÎWIVEK, V. a. Mani- 
gancer, chercher ou trouver un 
moyen. 

Toutesfois je suis délibéré d'employer 
tous mes sons à nous tnoyenner bien- 
losl une heureuse rcnconlrc qui puisse 
assouvir nos long désirs. 

(Bonnv. des PpIriers, Contes et Devii, 
i'2S' nouTello.) 

Vous direz à mes bons serviteurs de 
Paris qu'ils ne se lassent point de bien 
faire : que pour moïenner toujours et 
faciliter leurs entreprises je me tiendrai 
auprès de Paris avec toutes mes forces. 

(P. DE i.'Esii)ii,E, iIcmoircs-Journatix, 
t. VI, p. 1-2'J.) 

En Saintongc, on dit dans le 
même sens : (ùcher moyen pour 
chercher un moyen, ifaire en 
sorte. 

llOYE^b^^'É, adj. Qui a des 
moyens, qui est aisé. 

]TIO¥E\.\C:UR, s. m. Celui 
qui manigance quelque chose, 
qui s'entremet dans une affaire. 

Et vouloit tousjours le comte de 
SaiTict-Paul, conncslable de France, 
estre moyenneur de ce mariage. 

(Ph. DR r.oMixEs, Mémoires., liv. ni, 
cb. vni.) 

IVIIIE, S. f. Cage à poulets — 
cage à claire voie oii s'engraisse 
la volaille. En basse latinité : 
muta; du latin : nmtavc, changer. 

Muta, doniuncula quâ inoluduntur 
falconcs, cùui plumas mutant. 

(Di: C*Nr.E, Gtnssariumiiiliinœ laliiiitatis, 
verbo miila.) 

Comme un cheval se poUil à l'cstrillc 
Et comme on voit un haranc sur la 

(grille 
Se revenir cl un chappon en mue. 
(Mellin de SAiM-GELAts, liondeati., p. 80.) 

Un aultre salua une sienne disant : 
Adieu, ma tnïie; elle respondil : Don- 



jonr, mon oizon. — Je crois, disl 
Ponocrates,que cestuy oizon est souvent 
en niïte,. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, éh. IX.) 

MUETTE, s. f. Pièce de la 
charrue qui sert à faire pénétrer 
plus ou moins le soc dans la 
terre. — lietour à angle droit 
d'une parcelle de terrain sur une 
autre. 

Ce mot vient du vieux français : 
muer, changer, tourner. En latin : 
mulare. 

MUGLEIt, V. n. Beugler, 

bramer. 

Toujours depuis dous muglent mes 
[génisses 
Et dous mwjlcnt mes veaus. 

(VAiyLELiN, Foresterie M, p. 20.) 

MULOIV, s. m. Petite moule 
de foin ou de tout autre fourrage 
— tas de sel mis en meule sur les 
levées des marais salants. En 
basse latinité : miillo. 

Garda avant, garda arière, 
Si a rlioisi emmi un pré 
Un mulon de faing aiiné (1). 
(Roman dn Renarl, vers 28002«,) 

Un autre l'amoncelle 

En pointes, le dressant en superbes 

[muions 
Le jouet quelquefois de venteux lour- 

[billons. 

(Remy Beii.eau, Bergeries, l" journée, 
1. 1, p. il.) 

Item, super uno inuUone feni reddi- 
tualis, quem dominus noster rex... 

(Acio lie inni 1.T20 — Archives hist. de 
Saint., Xn, -218.) 



MURE, s. f. Fruit de couleur 
noire, de diverses es[)cces de 
ronces. En celtique : muoiiar. 



(1) Un mulon de foin amassé. 



MURON 



NADAUD 



Le poil avoit basset ausi noir c'une 
[meure... 
[Un dit d'aventures, XIII« siècle.) 

Encore viendra tout à tens l'heure 
Que li maufé (1) noir comme meure 
Les tendront en lor disciplines, 

(RlTEnŒ'-K.) 

mUROili', nom de localité, 
canton de Tonnay-Charente. Dé- 
rive de mure. (Voir ce mot.) 

I?III§AKD, s. m. Flâneur — 
qui perd son temps aux choses 
inutiles — bavard. 

En basse latine : musardas, 
piger, otiosus (voir du Gange). 
En anglais : muse, méditer; en 
wallon : mûser, être morne. 

Et il me disl : vous déistes comme 

hastis 7nusarz 

(JoiNviiLE, Hist. de S. Loys, § 4.) 

Quant à la ville suy revenus 
Des gens suy pour musars tenus. 
{Egiditis de Mett, in mappâ muitdi.) 

MUSAItDEKIE:, :7Iusar- 
dlc, s. ï. Paresse, laincanlise, 
occupation frivole. 

Qui concques croie ne que die 
Que ce soit une musardie. 

[Roman de la Rose.) 

ITIUSCADET, s. m. Raisin 



blanc assez bon. (Richelet, Dic- 
tionnaire français, édit. de 1680.) 

IfirsSEK, lluccr, V. a. 

Cacher, se cacher. 

Avant les démolitions de Paris, 
il existait dans cette ville la rue 
du Petit Musc, une des plus 
anciennes de la cité dont le nom, 
modilié d'âge en âge, était arrivé 
à cette forme singulière. Au 
moyen âge, la malice populaire 
lui avait donné le nom de pute-y- 
mussc parce qu'elle servait de 
refuge aux nombreuses fdles de 
joie du val d'amour. Le verbe 
musscr était autrefois très usité : 

Sculette suiz à huiz ou à fenestre 
Seulelte suiz en un anglet mucée. 
(Ballade de Christine de Pisan.) 

Une ondée revint, si prist à pleuviner 
Lors remuée ou buisson, si lait le tcns 

[aler. 
[Bcrle aus (jrans pics, vers 1061». ) 

IIUSSET, s. m. Moustique, 
cousin, moucheron presque im- 
perceptible qui se glisse partout, 
se musse dans tous les coins. 

MUSSOIV, nom de localité, 
trou, lieu où on se musse. (Voir 
musser.) 



N 



IVABOT, adj. Petit, nain, 
avorton. En Scandinave, nabli 
signifie bosse. Borel dérive nabot 
de napus, navet; Ménage, de 
nanus, nain. 

Aussi Y a-t-il do petites femmes 



(1) Li maufé, le diable. 



nabottes qui ont le geste, la grâce, la 
façon en ces choses un peu approchantes 
des autres... 

(BiuNTÔMB, Dames Galantes., dise. I, p. 36.) 



IVADAUD, IVacIeau, noms 
d'hommes, abréviations de Bor- 
nadcau cpii est un diminutif de 
Bernard. (Voir ce mol.j Ou peut 



N'ANCRAS 



NAVEAU 



és:alGment y voir une forme de 
Aadal, synonime de îVoi-I dans le 
midi. 

WAXCKAS, nom de localité 
qui est peut-être une corruption 
de Lancras formé des vieux mots 
land en germanique, lan en 
breton, sig-niliant terre, et do 
cras , gras, épais; en latin : 
crassus. 

'XA'SnAW, IVandiii, s. m. 

Rangée d'herbes abattue par la 
faux. En vieux français, andaiii 
se trouve avec la même signitîca- 
tion dans la plupart des diction- 
naires. Du Gange : amlain, andel- 
Jus , Littré et le Dictionnaire de 
J' Académie : andain; le comte 
Jauberl : andin, etc. Les élymo- 
logies indiquées pour ce mot sont 
diverses; les uns le tirent de 
l'italien: andare, marcher; d'au- 
tres, du mot de basse latinité : 
andena, espace; d'autres enfin 
du provençal : andan, ou de 
l'espagnol : andana, rangée. 

Le saintongeais, qui est surtout 
une langue parlée, a formé nan- 
dain de andain, on y incorporant 
l'adjectif numéral : un andain, se 
prononçant comme un nandain. 

^\%T11AjT.^ nom de localité, 
canton de Sainl-IIilaire. Diminutif 
du vieux français : nant, vallée. 

IVAQl'FT, s. m. Nain, avor- 
ton. Jusipi'au X\'III" siècle, ce 
mot a désigné un petit laquais. 

Toujours quelque liouqiifît 
Selon la saison dis l'arint''e — 
El de peige — quelque naquet. 

(Fr. Villon, Dialogue de Taillevcal 
et MaUcpaie.) ' 



XASSE, S. f. Engin de pêche 
en osier, usité surtout pour la 
capture des anguilles. 

Et tant va et vient qu'il trouve une 
nasse borgne où il a plusieurs poissons. 

{Les Quinze Joijes du mariage, prologue.) 

Je ferois maintenant de grands nasses 
[d'esclisse 

Et de saule et d'osier et de jonc qui 
(se plisse. 

(Remv BEi.iEic, les Pescheurs, t. UI, 
P.'ilo.) 

XATRE, adj. Fou, turbulent, 
indocile. 

L'an mil deus cens et trente quatre 
Quant tenu se Ut pour fol natre... 
(Guill, Guunr, cité par RoyLEFORT.) 

Diex het avers, les vilains naslres (1) 
Et les dampne comme idolaslres. 

^Jeaii DE Mkimc, Roman de la Rose., 
vers oSTU».) 

IVAi:, s. m. Noël; du latin : 
natalis. 

Nau! nau! nau! le jour est fériau, 
dist Epislemon... 

(Rabelais, Pantagruel.) 

On connaît le dicton sainton- 
geais usité pour indiquer l'allon- 
gement du jour : « à nau d'un i)as 
de jau. » 

X.%.l'D, niaudcaii, IVaudiu, 

noms d'bonunes dérivés de nau, 
Noël, ou abréviations des noms 
Arnaud ivoiv ce motj, Arnaudcau, 
Arnaiidin. 



IVAVKAr, s. m. Navet. Du 
latin : najAis. 

Et en caves et en cnviaux 
No laissa vaillant deux naviaitx. 
(KiTEBŒtK, Reiiart le bestoumé.) 



(i) Dieu bail les avares, les vilains fous... 



NE 



26G 



NIEUL 



J'ai raisin d'oulre-mcr, raisin ; 
J'ai porées et j'ai naviaus 
J'ai pois en cosses loz noviaus. 

(Lcv Crievies de Paris, vers. 132 — 
Fabl. el Cu,Ues, t. Il, p. 283.) 

L'un avoit envoyé un cliappon aux 
porreaux, l'aulre aiî saphran, l'autre 
avoit la pièce de bœuf poudrée aux 
naveaux. 

(Bonav. df.3 PF.nir.ns, Contes et Joyeii.v 
Devis, nouvelle III".) 

J'ay encore dans mon cabinet une 
pomme de coin^', une ligue et un naveau. 
(Bernnril I'àlissy, Discours Admirables, 
p. 3i3.) 

]\É, nom du ruisseau qui se 
jette dans la Charente (rive gau- 
che), en aval de Merpins. 

Ainsi nommé de la pureté de 
ses eaux, né est la prononciation 
saintongeaise de l'adjectif : net 
(nitidus.) 

■ IVÈGKE, adj. Noir, obscur, 
fait nt-yre, il fait noir. 

]\KKAUI>, IWcrcau, noms 
d'hommes, signiliant noireau; du 
vieux français : neii\ nei\ noir. 

La neire gent en ad à sa baillie 
Grant uni les nés e lées les oreilles 
K sunt ensemble plus cinquante mille. 
(Chanson de Roland, vers 1917».) 

]%'ÉRlfc,nom de localité, même 
étymologie que les mots précé- 
dents. 



IVETTKYER, ^eltlcr, v. a. 

Nettoyer, rendre propre ; du latin : 
nilidarc. 

Looienl Deu qui lor avoit donc force 
de netléier le sucn lue (1) 

{Bible, S"" Livre des Macchabées, ch. X, 
verset VII.) 



M) t;t palmas prx'ferebaiit ci qui prosperavil 
munduri locum suum. 



KEU"^^ICQ, nom de com- 
mun(!s, cantons de Matha et de 
Montguyon. Latin : ;30Fus viens, 
nouveau bourg. 

KBCYEK, jVaïer, V. a. Noyer; 
du latin : necaro, tuer. 

Tuil sunt neiez par merveilleus ahan. 
{Chanson de Roland, staiico 176.) 

E vus, co crei, devez neier, 

Uns pcissuns peut nus dous menger. 

{Roman de Tristan, i, II, p. 77.) 

Eut le dit bateau submergé et ceux 
de dedans naiés près les bons hommes, 

(P. DE l'Estoile, Mcmoires-Journaux, 
t. v, p. 6.) 

On compta, ce jour (22 janvier IGll) 
jusqu'à treize personnes nayées à 

Paris 

{Ibid., t. XI, p. 68.) 

A la fin du XVIP siècle, neïer 
élait encore usité. (Voir Richelet, 
Dictionnaire français , édition 
de 1680.) 

Vien neïer dans nos vins muscats 
Ta soir et ta mélancolie. 

(Mainard, Poésies, citù par Riciielet.) 



IVïCOS^E, ]%icolcaii, IVIco- 

let, noms d'hommes dérivés de 
nicolas, mot grec, signifiant vain- 
queur du peuple : Nty.oXaô(;. 

KIE, nom d'un affluent de la 
Boutonne. Du vieux français : 
nier, nettoyer. 

ÎVïEUÎi. nom de localité. En 
vieux français, on trouve : niele, 
nieule, petite pluie froide, dérivés 
de nel)ula; nieule, sorte de pâtis- 
serie légère du genre des oublies. 

Au moyen âge, le nom de cette 
localité élait nioliuni. La Gallia 
Chris tiana, tome II, parle de : 



NIGEASSER 



20" 



NOROUE 



Niolium super altiziam, ahl)alia 
diocesis Mallcacensis : AUenl-sur- 
VAutize, abbaye du diocèse de 
Maillezais. 

XIGEASSEK, V. n. Musar- 
der, perdre sou temps eu niaise- 
ries. En vieux français, niger, 
nigéer, nigeoner ont eu le nitune 
sens, comme le latin : nugnri. 
(Voir Roquefort, Glossaire de la 
Langue romane.) 

^VIGÉE, s. f. Nichée. Ce mot 
est usité en patois berrichon. 

Comme les grnns Inrrons nourrissent 
et sousliennent une niée d'autres larron- 
neaux pour rober sur le peuple. 

(Alain Chvutier, Ilistnire de Charles Y, 
cité jiar M. LiniiÉ.) 

ïïIGEK, V. n. Se noyer. 
D'après M. Jônain, ce mot déri- 
verait du grec : irvTYEtv. 

A^IOilT (Pctit-^, nom de loca- 
lité située entre Blaye et Miram- 
beau, qui eut au XVIl" siècle 
une assez triste réputation si nous 
en croyons M. de Lancre, auteur 
du Tableau de l'Inconstance des 
mauvais anges et démons (Paris, 
1(512, in-4°), qui nous a[)prend 
que Satan, après avoir pris pos- 
session du carrefour du i)alais 
Gallien, passa la rivière à Bor- 
deaux et a « tenu le sabbat vers 
Blaye et le Petit-Aiort. » 

IVORIiE, s. m. Porc. Le 
paysan saiiitonj^'eais n'a jamais 
aimé l'aiùstocralie et ce sentiment 
lui a fait choisir cotte appellation 
pour désij,'ner le cochon. En 
limousin, on les appelle gentils- 
hommes. 



Les paysans du Limosin appellent 
gentilshommes les pourceaux p.ircG 
qu'ils sont vûlus de soyes coiiinxî l'était 
autrefois la seule noblesse... 

(Le DiciuT, Remarques, l. I, p. 21.) 



IVOÎJUE, s. f. Intérieur du 
g-osier, la pomme d'Adam, la noix 
ou le nœud du gosier; du latin : 
nucalis ou nucleus. 

Arrosons nous 
La noque, la noque 
Arrosons nous 
La noque du cou. 

'Vieille chanson siiintongeaise et 
boii'iclionne.) 

WO<!HjET, IVocnt, s. m. Le 

dernier né d'ime couvée et, par 
extension, enfant de petite taille, 
corruption du vieux français : 
nacquet, petit la([uais, page. 

Lors les seigneurs estoicnt petits 

[nacquet s 

D'aulx et d'oignons se faisoient les 

[bancquels. 

(Victor BitonBAiT, Rondeau, voir Œuvres 

de Cl. Mahot, t. II, p. 163.) 

IVORE, s. f. Bru, bclle-fille. 
En patois toulousain : noro. En 
basse latinité : nora, filii uxor : 

Vinea... dulcissimœ novœ nieœ Berto- 
varce haberc jubeo. 

(Testament d'Ermentrnde, cité pnr 
MxuiLLo.N, Liturgie franc. ^ p. iUiJ.) 

Sur quoy il prit son fils par une main 
et la nore par une autre et les mena 
tous deux en une chambre... 

(BiiANTÔMK, Vie des Dames galantes, 
Jibc. VII, p. 211.) 

Le 1" janvier au dit an 1G42 monsei- 
gneur d'Kpernon est décédé... Le corps 
a passé par celte ville... accompagné 
de Madame de Lavalcllc sa nore... 

[Journal de Robert. — Areh. hist. de 
la Sdintonye, t. XI, p. 33'J.) 



IVOKOUE, iVoroua, s. m. 

Veut do noid-ouest — chapeau à 



NOU 



268 



NOURRIGEON 



bords rabattus sur le cou pour 
préserver des ralales du veut 
buinide de nord-ouest. On appe- 
lait au moyen âge île de Novois, 
les orcades et norois des chevaux 
qui en étaient ori^'inaires. 

Man en Kngleiz et en noroiz 
Senefie home en franchois. 

(Wace, Roman de Roii, vers iOG".) 

Sour un ceval séoil H rois 
Moull grant et rice, de norois. 

(Philippe MorsKEs, Chronique riince, 
vers -m^\ t. n, p. 99.) 

Liones sistarmûs sor un ceval norois. 
{Roman d'Alexandre, p. 151.) 



]4'OH, ]Vouc, S. m. Nœud. 

Il lui bailla de son fouet à travers les 
jambes, si rudement que les noudz y 
apparoissoient. 

(RxBEiAU, Pantagruel, liv. X, ch. XXV.) 



IVOUF., IVoiiaillcs, rVoH- 

aillc, noms de localités et 
d'hommes. Du vieux français : 
noué, pré bas, terrain maréca- 
geux, terre nouvellement mise en 
pré. On a dérivé du latin : noviis, 
ce mot qui a probablement une 
origine celtique ou germanique. 
En breton, nnoz désigne un petit 
cours d'eau; noë, une auge. Le 
nom tudesque Ileich-nau, de la 
ville où mourut Charles-lc- 
Chauve, est traduit dans les vieux 
titres latins par augia clives. 

En se reportant à la désigna- 
tion latine do nouaillé : nobilia- 
cum, ce nom signilierait domaine 
noble. C'est là que se perdit la 
bataille de Poitiers. 

Commissum est pr.-eliuni in exlremâ 
pai'te syllus nobiliacensis ubi ctiainnuin 
anglorum castra fossis munila cernere 

est 

{Gallia Christiana, t. Il, col. M't'i.) 



L'alibé de Longueruc dérive 
nouailles du latin : novalia , 
champs cultivés. (Salverto, Essai 
sur Jcs Noms, t. II, p. 287.) 

IVOUB'^E, s. f. Brasse, expres- 
sion de natation. Du vieux fran- 
çais : iiou, nage, et noër, nager. 

Car pour combatre à voz ennemis 
avez passé une rivière à nou et les avez 
déconliz. 

(JoiNviii.E. Ilistiiire de S. Loys, éJit. 
ae18o8, p.7G.) 

Lors cnvoia Diex un Snrrazin qui 
estoil de la terre l'empereur et en vint 
en noant jusqu'à nostrc vassel. 

(Ibid., p. 97.) 

Tant ont parmi l'ève noé 
Que d'autre part sont arrivé. 

[Jiinnan dn Rcnarl, vers 2-2S0G'.) 

La pierre ponce 

Oui nage dessus l'eau et jamais ne 

[s'enfonce 

Non plus que mon penser, qui dessus 

(l'eau noïiant 

Avecques mon désir toujours s'en va 

[jouant. 

(RoMstnD, le Cijclope amoureux, t. IV, 
p. 1U8.) 

IVOCETTE, S. f. Cordon de 
soulier. Diminutif de nou, nœud. 

IVOÇTBiîSAIIV, s. m. Jeune 
poi'c (ju'oii nourrit pour la vente. 
En wallon, noùrin a la même 
signilication. Du latin : nulrimen. 

Li aucun laissoicnt à labourer leurs 
terres et à faire norrin de bestes et de 
chevaulx. 

(Texte ilu XIV" siècle, cité par du Cinge, 
au mot nulriculiu.) 



iv«i;b«biî«eoiv, s. m. 
Nourrisson, jeune veau — nom 
d'homme. Ce mot se forme du 
latin: nulritiono, comme pigeon 
de pipiono, d'après l'opinion de 



NOUZILLE 



269 



NUITEE 



Le Diichnt. (Romarciucs sur le 
ch. III, liv. II, du Baron de 
Fœneste.) 

Celte pauvre idiote le second jour, 
ravie des splendeurs de son nourrUjeon, 
lui sauta au col. 

(Agr. D'ArBiGNÉ, Baron de Fœneste, 1. 1, 
p. 6-2.) 

IVOUZlIiliE, S. f. Noisette. 
En vieux français : noizille. 

Noix, noizilles, figues, chastaignes. 
(Sermon du Ménage — Farces françaises, 
p. 194.) 

IVOrzililiER , s. m. Noi- 
setier. 

Est-to pa vraiz que les noitsillers 
fleurissant à toutes les Notre-Dame... 
(Agr. D'AcBiGNÉ,Baro« de Fœneste, p. 80.) 

Un champ de noyers, un autre de 
chastagners et un autre de nousillers, 
poiriers, pommiers... 

(B. Palissy, Recepte Véritable, p. 101.) 

IVOVIORKCÎU.^Ï, Station 
romaine située, d'après Vltiné- 
raire d'Antonin, entre Modioln- 
num (Saintes) et Tammim (Tal- 
mont). D'Anville place cette sta- 
tion à Royan et voit dans les deux 
dernières syllabes l'origine du 
nom de cette ville qui s'est 
appelée autrefois Rcgianum. (Voir 
Royan.) 

D'autres anliquaires placent 
Noviorcfjum à Saiijon ou au 
village de Toulon (voir ce mot.) 
L'auteur de ce glossaire penche- 
rait à idenlilier le Noviovegum 
deV Itinéraire au 2iIavTovwv X-.jjlv'ov 
de Plotémée ou Portas Santo- 
niim de Strabon et à placer la 
station comme le port des Sautons 
(voir ce mot), dans le voisinage 
de la tour de Brou. Il existait 
dans ces régions un centre impor- 
tant aux premiers siècles do l'ère 



chrétienne ce qui explique la 
direction donnée à la voie romaine 
de Saintes h Bordeaux qui, pas- 
sant par Talmont pour aller à 
Blaye, a été détournée de la 
ligne droite pour atteindre cette 
station de Novioregum. (Voir au 
glossaire les mots Brou et Port 
des Santons.) 

l^UAIliliK, nom de localité. 
Même sens que Noué, Nouaille. 
(Voir ces mots.) 

IVUISA^TE, s. f. Préjudice, 
incommodité. 

Mes contre lui s'appareilloient 
Pour lui fere nuisance et grief. 
(Godefrov de Paris, Chronique métrique, 
vers â7.43<>.) 

Fuy tous ces dons de nuisance et 
[reproche... 
(Cl. Marot, l'Amour fugitif.) 

Quand Timon athénien voulut on 
arracher un (figuier) qui faisoit nuisance 
en son jardin. 

{Sdlyre ilénippée, 2™« advis de l'impri- 
mour, p. 13.) 

]VUIT (à^, voir annuit. 

KUIT (de), adv. Nuitamment, 
pendant la nuit. 

La déesse apparut à lui, de nuict, en 

dormant 

(F. Amyot, Vie de Périclcs, irad. de 

Pl.tTAH«LE.) 

IVUITÉE, s. f. Nuit — durée 
de la nuit. 

Boire Ypocras à jour cl à nuyctce 
Rire, jouer, mignonner et baiser. 

(Fr. ViLi.os, Co/j/rfrfi/i de Franc Goiilier, 
p. 78.) 

Encore sans mensonge 

L'autre nuictée en dormant fuz ravy 
Et me sembla que toutes je vous vy. 
(Cl. Maroi, Epilrcs, t. I, p. 180.) 

19 



270 



OISEAU 



o 



O, ol, pronom démonst. Ce, 
ceci, cela. s'emploie devant 
une consonne, ol devant une 
voyelle. Dérivé du latin : hoc. 

Mels sostendrciet les empedementz 
Qu'elle perdcsse sa virginitet 
Por furet morte a grand honestet (1). 
(Ca/itilène de S'« Eulalie, X» siècle.) 

Ma l'escriptura dl e nos creireo deven (2). 

(La noble leiczon, poème vaudois du 
XI* siècle.) 

OBIilEIfi,v. a. Oublier, latin : 
ohlivlsci. 

Car tant estoit valeureuse et prudente 
Qu'il n'est nuls biens qui jamais nous 
[contente 
Ni qu'il fasse telle dame oblier. 

{Complainte de Charolais^ citée par 

HOULEFOBT.) 

Œlli (]?Iauval.«8).La croyance 
au mauvais œil, si répandue en 
Italie, est restée vivace chez nos 
paysans qui pensent que certaines 
personnes jettent un sort sur les 
bestiaux en les regardant. Les 
pauvres bêtes ne tardent pas à 
dépérir. 

Faire tarir le lait et les pis désenfler 
De la vache laitière et de mauvaise 

[œillade 
Rendre tout le troupeau et galeux et 

[malade. 

(Rcmy Delieau, Bergerie, l" journée, 
1. 1, p. 3.) 



(1) Ces vers correspondent au mauvais latin 
suivant qui les traduira mieux que du fran- 
çais ; 

Meliiis sustjnulsset impedimenta 
Uuiim perdidisset suam virginiiatem 
l'ro CD fuisset mortua raagnâ honeslate. 

(2) Mais l'écriture dit et nous devons croire 
cela. 



4F.IIi§, S. m. Yeux. C'est l'an- 
cien jjluriel français : li oil (au 
sujet pluriel), les oils ou œls 
(régime pluriel), correspondant 
au latin : ocull, oculos. 

Vair ot les oils et moût fier le visage (1). 
{Chanson de Roland, st. XX.) 

Tant a saigné, li oil lui sont troublé. 
(Poème de Roncevaux, p. 91.) 

Quand Sébile le voit, si taint comme 

[charbon, 

L'cive des oilz li chiet conlreval le 

[menton (2). 

(Jean Bodef,, Chanson des Saxons, 

st. ccvn.) 

N'i a un sol que de pitié 
N'en oit des eiiil le vis mollic. 

(Roman de Tristan, 1. 1, p. 16b.) 

OIIVCE, S. m. Jointure des 
doigts, phalanges. 

Mais je diray cela de luy, qu'il ha les 
plus dures oinces qu'oncques je senty 
sus mes espaules. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch.XT.) 

OISEAU, s. m. Appareil en 
bois servant aux maçons pour 
porter le mortier sur les échafau- 
dages. Par une transformation 
singulière, il vient du mot miffot, 
petite auge à mortier, qui se dit 
aoiiset dans les patois du midi 
parlés par la plupart des maçons 
qui se rendent à Paris. 

Chargez proprement cet auget sur vos 
espaules et tenez bon... 

(P. Larivey, les Tromperies, anc. th. fr., 
t. VII, p. 83.) 



(U Bleus eut les yeux et très fier le visage. 
(■2) L'eau des yeux lui tombe au bas du men- 
ton. 



OISI 



271 



OLIE 



OISI, s. m. Osior. En bas 
breton : auzilh et aozil. 

Un portefraise (1), partie de ferblanc 
partie à'oisi... 

(Agr. D'Ai-niGNÈ, Baron de Fœncste, 
liv. III, ch. III, t. II, p. 123.) 



OliA GIBIER , Olanier , 

noms d'hommes, dérivés des 
vieux mots français : aulainc, 
aulanc, noisette; aulanier, noi- 
setier. 

OliKROiV, nom de la g'rande 
île de l'Océan qu'un bras de mer 
sépare du canton de Marennes. 
Au moyen âge, on disait Vîle de 
Layron, en latin : UJariiis. A 
l'époque de Strabon : ]'ilarus 
hisiila. 

Bourignon voit dans le mot 
iilarjus, qu'on prononçait oiiln- 
rious, une onomatopée du bruit 
des oulcs ou vagues de la mer. 
(Antiquités de Saintes, p. 214, 
note I.) 

Le mot Layron semble donner 
la véritable étymologie qui est le 
vieux français : 7a/, lais, lay, ile 
nouvellement formée, du vieux 
verbe Jaier , abandonner. (On 
appelle encore Jais de mer, les 
terrains d'où la mer s'est retirée.) 

Tout fait supposer que l'île 
d'Oléron était autrefois liée au 
continent (2) au point où se trouve 
actuellement le pertuis de Mau- 
musson : 

Comme ainsi soil, que près la cûte 
d'Alvert, guères loin du passage de 
Maumusson, qui est si fort dangereux, 



(1) Ce portefraise, mnilié en forblanc, moitié 
en osier, servait ii inaiiiteiiir le col godcroniié 
des éléganis de la cour des Valois. 

(2) La consiiiutiongéologi(jued'01éron(craics 
dures et tendres) est la même que celle de la 
côte de Marenucs. 



les habitants du pays disent avoir passé 
autrefoi^s de liesse d'Alvert en l'islc 
d'Oleron, en ayant mis seulement une 
teste de cheval ou de bœuf à un petit 
fûssé ou autrement petit bras de mer 
qui le joignoit des deux bouts à la 
grand'mer. 

(Bernanl Palissy, Discours Admirables, 
p. 330-337.) 

La baie formée à l'embouchure 
de laSeudre est peut-être le/)or/us 
Santonum dont parlent les anciens 
géographes. L'extrémité occiden- 
tale de l'ile, actuellement cap de 
Chassiron (caput cironis), paraît 
être le promonlorium Santonum 
(SavTO)vtov axpov) situé, d'après 
Plotémée, entre les embouchures 
de la Garonne et de la Charente. 
(Voir les mots Port et Promon- 
toire.) 

Dans les anciennes chartes 
latines Oléron est désignée par 
les mots Uliarius, Ularius et 
Olarionem; la charte de fondation 
de l'abbaye de Sainte-Marie, de 
Saintes, la désigne sous ce der- 
nier nom : 



Item in eadem insulâ Olarionis adauxi- 

mus in dotem hujus monasterii dc- 

cimam partem omnium rosiarum, 

cervorum cervarum que, quœ in ipsû 
captœ fuerinl ad librorum volsuras 

(Charta fundat.abb.S.Marice^annoiQil, 
Gallia CAns/., l. II, instr., col. WO.) 

Sidoine Apollinaire parle des 
lièvres de l'île d'OIvron: Olario- 
ncnsihus lepusculis (liv. VIII, 
épist. VI, ad Nammatiumt. Pline 
la mentionne : in atjuitanico situ, 
Uliarius insula (^liv. IV, cap. XIX.) 



OLIK, Olir, s. m. Huile 
d'olive. Du latin : olcum. 

Et li roi Salomun donad, par an, al 



OREE 



272 



OSIA 



rel Iram sis cenz mille muiz de furmcnt, 
el sis cenz de oUe (l). 

{S"" Litre (les lïois, ch. V, vers. XI, 
P.2i3.) 

OR1-:f, Furéc, s. f. Bord, 
lisière. Eu celtiijuo, oro a eu la 
même signilicalion, ainsi que 
orevia en basse latinité. En espa- 
gnol : orilla, bord. 

Ce disant en haulsant Vorée de son 
chapeau 

(Noël DU Fkih, Propos /i«5i/?HM, p.22 ) 

Passnns de là par Vorée de la Touche, 
en plain chemin tombèrent tous. 

(Rabelais, Garijanlua, liv. I, ch. XXXVUI.) 

Plus anciennement, on a dit 
oraille. 

A Voraille du bois menu 
Li en sont quatre avant venu. 
{Roman du Reiiart, vers 9551'.) 

ORI:îLL.OiV§, s. m. Enflure 
de la partie dos joues et du cou 
qui avoisine les oreilles. 

Parlez tout doulx, c.ir il tient de la lune 
Et a la teste massive de grillons. 
Il nous mettra à la roue de fortune 
C'est pour nous faire avoir les oreillons. 

{Farce de marchandise^ anc. th. fr., t. ni, 
p. 258.) 

ORIFJLAMBE, s. f. Ori- 
flamme, drapean éclatant [aurea 
ilamma.) 

Gefreid d'Anjou portet Vorie flambe. 
[Chanson de Roland, st. CCXXIII.) 

Le service du fief est tel qu'il en doit 
porter à la bataille et es osls (armées) 
Voriflambe de Sainl-Denys toutes les 
fois que le roy osloye (entre en cam- 
pagne.) 

{Chronique de Saint-DenijSfU I, p. 2-23.) 



(i) Saloraon autem pr;rliel)at hiram coros tri- 
ticivigiiui iiiillia in cibuiii doiainiejuset vigiiiti 
coros purissiini olei. 



OUIG^OliléVlfi , nom de 

localité, canton i\o Monllieu. Du 
vieux français : orignc, source; 
latin : orijo, oviginis. 

OKSlLEiSEBS, s. m. Oreiller. 

Cervicalia dicuntur orillier. 

{Dict. Johannis de Garlandiâ.) 

De couvertouers, de coutes-poinles 
Et d'orillier mignoz el cointes. 

(Gautier de Coinsi, Ht. I, ch. X.) 

D'une pierre a fait orillier 
Si comença à someillier. 

{Poème du Renart, vora 1529».) 

OMTïGEîî,v. a. Piquer avec 
des orties qui amènent de légères 
boursoullures à la peau ; plus 
usité dans le sens réfléchi : 
s'ortiger. Du vieux français : 
ortie; latin : urlica. 

On cognoist tost l'ortie qui orlier doit. 
{Livre des Proverbes français, 1. 1, p. 80.) 

OSIA, s. m. Oiseau. Contrac- 
tion des formes du vieux fran- 
çais : oisiaus, oisiax (sujet), oisel 
(régime). 

Calœdrius (1) est un osiax 
Sor toz autres corteis el biax. 

(Guill. Lenchmand, Bestiaire.) 

Prcz reverdissent et li bos 
Et oisiax chantent sans repos. 

(Roman de la Rose, vers 4807».) 

Ainsinc corn fnil li oiselierres 
Qui lent à Voisel comme lierres (2) 
El l'apele par dous sonnés... 
Li fox oisiaus de li s'apiimc (3). 
{Ibid., vers 21737".) 



(f) Calœdrius, calandre ou alouette. 

(2) Lierre, larron, voleur. 

(3) S'aprime, s'aiiproclic. 



OSTINE 



273 



OUE 



OSTIIVÉ, adj. Obstiné, entêté, 
c'est l'ancienne prononciation : 

Ostiner, b disparaît absolument devant 
st dans obstiné, obstination qui se pro- 
nonce osliné, ostination. 

(Thco.lore de Bèze (1), Traité de la 
bonne prononciation du français.) 

OTOUT, adv. Aussi, égale- 
ment, en même temps. 

Sire, je I'yos irai baillier 
Le coc demain bien matinet 
Otoul quinze gras pociiiet. 

(Roman du Renarty vers lîj'Juo».) 

OUBIiIx\]V€E, s. f. Oubli, 
négligence, pardon. 

Tous tes escripts envoyés à fiance 
Sont mis au fond du coffre d'oubliance. 
(Cl. Makot, Elégie I.) 

Cette première entente s'esvanouit en 
accord et oubhjance pour tous. 

(Agr. D'AiniGsÉ, Mémoires, p. 120, édit. 
Lalanne.) 

OUBLIE, s. f. Gâteau léger, 
appelé aussi plaisir ou gaufre — 
pain à cacheter. En basse latinité : 
oblia et oblala. 

Sunt qui dépravant eulogias quas 
vocamus oblias seu hostias. 

(Ganfridus Vnsiensix, cité par du Gange, 
Gloss. inf. lalinit.) 

II y aura un paticicr à qui l'en fera 
marché de faire le pain de bouche, les 
oublées. 

(Statuts do rhospice de Jeanne, reiae 
do Frauce, aiino 1316.) 

S'il guygnoit des yeul.\, c'csloicnl 
gauffrcs et oublies. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch.XXXII.) 

Au XIV° siècle, on appelait 
oublicrs les fabricants de pâtis- 
series. (Voir dans le Registre des 



(1) Théolinrc de Bèze, né en lal9, k Vézclay, 
en Buurgoisuc. 



Métiers, p. 351, l'ordonnance 
relative aux ouhliers). Paris avait 
la rue des Oubliers devenue, plus 
tard, rue de la Licorne. 

La rue de la Pomme assez tost 
Trouvai, et puis aprez tanlosl 
Ce fu la rue as Obloiers. 

{Le dit de.i mes de Paris, vers ISl» — 
Fabliaux et Contes, t. II, p. 219.) 

OUCIIE, nom de lieu. Ce 
mot, d'après Laurière, désigne 
un jardin fermé de haies et planté 
d'arbres sous lesquels on sème 
des légumes ou du chanvre. (De 
Laurière, Glossaire du Droit 
français). 

En basse latinité : olcbia, olca, 
olcha. (Voir du Gange, à ces 
mots.) 

Census autem meos et venditiones et 
olchiam meà in manu relineo. 

(Coutume d'Aix, citée par df. La Thai-- 
MA8SIÈRE, liv. I, ch. LXXYII, de la 
Coutume du Berry.) 

En vieux français, ouclie a 
désigné aussi la taille des bou- 
langers. (Voir ce mot). En basse 
latinité : osca. (Voir Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 



OIjDET, Oiidin, Oiidinct, 

noms d'hommes dérivés iV Eudes; 
en latin : Eudo, Ode, vieux nom 
germaniciue qui, d'après Forste- 
mann, signifierait doux, facile. 
(Voir Lorédan Larchey, Diction- 
nnirc dos noms.) 



OIIÉ, Oiicy, affirmation : oui. 
L'ancienne forme est oil qui a 
donné son nom à la langue 
romane du nord et du centre do 
la France. Il est formé du latin : 
hoc illud, comme ncnnil, devenu 
nenni, de non illud. 



OUE 



274 



OUTER 



Et cil rcspond : oïl, sire, assez bien. 
{Chanson de Roland, st. L.) 

Est-il vos? — Ouïl sanz faille (1). 
(I{otnan du licnart, vers 836"».) 

OIJE, s. f. Oie*. 

Ving en la rue os ouës droit 
Pris mon cliemin cl mon ndroil 
Droit en la rue Saint-Martin. 

[Le dit dcsrurs de Paris, vers 36i« — 
Fabl. el Contes, t. II, p. "263.) 

Cette rue aux Oues, dont parle 
Guillot, en son Dit des rues do 
Paris, est devenue, par suite de 
l'oubli dans lecjuel ce vieux mot 
est tombé, la rue aux Ours. 

OlJËIIiliE, s. f. Brebis. 
L'Académie n'accepte plus le mot 
ouaille que dans le sens figuré : 
le curé et ses ouailles. Ce dernier 
mot est cependant resté français, 
mais il ne se prononce pas comme 
le saintongeais. Dans le Glossaire 
de la Langue romane, on trouve : 
ovaille, brebis. Latin : avis. 

Mons, vos esledeçastes sicume raul- 
lum e tertre si cume li aignel des 
oueilles (2). 

(Traduct. du XII« siècle, du psaume 175.) 

Purquey es ici venuz; purquei as 
guerpi ces poi de mveilles al désert (3). 
{Livre des Rois, ch. XVII, verset 28.) 

Alixandres meisme les conduit et con- 

[selie 

Autresi les conduit com li paistres 

[s'oelle (4). 

{Roman d'Alexandre, p. 101.) 

OUIIiliER, V. a. Ajouter un 



(1) Est-il avec vous? — Oui, sans tromperie. 

(2J Montes cxultatis sicui ovcs et colles sicut 
agni ovium. 

(3; Quare vcnisti? Et quare dcrlliiiuisti pau- 
culas oves in deserto '.' 

^<1) Ainsi les conduit comme le pâtre sa 
brebis. 



liquide à un autre pour faire le 
plein ; dérivé de œil, car, ouiller, 
c'est remplir jusqu'à l'œil, c'est- 
à-dire jusqu'au trou de la bonde. 
En vieux français : cuUier. (Voir 
Roquefort.) 

Quand les deux lonneans sont dévalez 
de la nef dedens les charrettes el illec 
aemplis et aeuillés par le marchaant. 

(Texte du XIV» siècle, cité par du Gange, 
au mut implayium.) 

OUIIiLETTE , s. f. Petit 
entonnoir, qui sert à cuiller. 
(Voir ce mot.) 

Un tire-fond, une ouilletle, un vire- 
brequin el un Ijencstier 

(Agr. d'Audigné, Baron de Fœneste, liv. III, 
ch. ni, t. II, p. 123.) 



ors, S. m. Os. 

Cy n'entre's pas 

Grecs ou latins plus à craindre que 

[loups 
Ni vous galoux, véroles jusqu'à Tous. 
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.) 



OUTER, V. a. Oter. Les 
étymologistes diffèrent d'avis sur 
l'origine de ce mot; les uns le 
tirent de ohstare, faire obstacle, 
dont le sens est fort éloigné ; les 
autres, de haustare, qu'ils suppo- 
sent avoir pu exister comme 
augmentatif (Vhaurire, puiser. 
Cette dernière opinion, qui con- 
siste à dériver un mot d'un autre 
([ui n'a pas existé, a le mérite de 
l'originalité. 

Grand marci, dit hans Carvel^ Mon- 
.sieur le diable, je renie mon nom si 
jamais on me Vouste du doigt. 

(RAflELAis, Pantagruel, l'Anneau d'hans 
Carvel.) 

Car on ne combat plus pour l'honneur 
[d'une jouste 



OUTERON 



275 



PAILLARD 



D'un prix ou d'un tournoy, mais ofin 
[que l'on s'ouste 
L'un cl l'auUrc la vie 

(RoNsànD, Poésies.) 



OlITEROBT, s. m. Moisson- 
neur, ouvrier gagé pour le temps 
de la moisson, dans le mois 
d'août, qui se prononce ont. 

Je vous promets que ces ousterons 
sont si bien faits (en ceste tapisserie)... 
que rien ne peut estre mieux. 



(Remv Belleac, Bergerie, !■' 
P."19.) 



journée, 



Pauvre ousteron haslé, quelle fortune 
T'est arrivée? Kt qu'y a-il que tu ne 
Sçais plus mener ton sillon en avant. 

(Ant. Baïf, Eglogue XIV, p. 38, v«.) 

En vieux français, nous trou- 



vons le verbe aoustcr pour mois- 
sonneç : 

En icel tens que l'on aosUi 
Un poi après la pentecoste. 
(Roman de Tristan.) 

Demain, ce peus, aousterons 
Si me vueil de gens pourveoir. 

[Mystère de Notre-Dame, Ihéâl. franj. 
au moyen âge, p. 336.) 

On a même dit aoust (prononcé 
d'un seul son) pour moisson : 

Nous deux mettrons icy la main 
Et ferons Vaoûst sans ayde aucun 
Puisque le temps est oporlun. 

(Gilles ConRozET, Fables d'Esope, p. 230.) 

OZIIiliAC, nom de localité. 
Du vieux français : ouzils, signi- 
fiant osier ; en saintongeais : oisi. 



PABAJ*", nom de localité. 
C'est le nom d'un saint breton 
(latin : Pabanus). En vieux fran- 
çais, pahe a le sens d'abondant 
en fourrages, contraction du latin : 
pahulosus. 

PABOU, s. m. Pavot, coque- 
licot. En berrichon : papou, ([ui 
est une transformation du latin : 
papaver. Le mot saintongeais 
résulterait en outre d'une trans- 
formation du p en h qui est fré- 
quente. 

En kimry, on trouve la forme 
pahy; en anglo-saxon : papirj. 

Au moyen âge, on écrivait paot. 

Fleurs de paot broues en oile d'olive. 

(Alébrànt, telle ilu XUI« siècle, cité 
par M. LiTTKÉ.) 

PACAUD, Pascaad, noms 



de lieux et d'hommes, formes de 
Pascal (latin : Paschalis), ou du 
latin : pascuum , pâturage; en 
basse latinité : pascasium. 

PAfliLARn, s. m. Homme 
de vie dissolue — amateur exces- 
sif du beau sexe. 

En bas latin : paillardus, scor- 
tator, libidinosus, dérivé de /^«/ec?; 
paille, d'après du Gange. 

Quod nullus déférât cnligas rcbrassa- 
tas ad genua, ad modum pailla)xlorum. 

{Statuts de la Sainte-Chapelle de Paris, 
p. 10, oilé par du Cakoe.) 

Tuez, tuez tous ces paillars mache- 
f.iins, ces larrons dcsroubeurs de Dieu 
cl du monde. 

(Georges Cmastelain, Chron. des Ducs de 
Bourgogne.) 

Tout ainsi que si une femme impudi- 
que pour navrer davantage le cœur do 



TAILLARDER 



276 



PALE 



son mari, devant ses yeux faisoit chère 
à son paillard. 

(Calvin, Institution Chrclienne,]}. 'iSi.) 

PAIIili.'lRDElS, V. n. Faii-e 
acte de paillard. (Voir ce mot.) 

Tu ne menliras pas, tu ne paillarderas 
pas. 

(Calvin, Institution Chrétienne, p. 273.) 

PAIIiliC: (Courte). L'usage 
de tirer à la courte paille est très 
ancien. Dans l'ancien dialecte 
picard, faire le biiske avait le 
même sens. 

Mais on fera 

Le busqué el celé ki l'ara 
lert drue et amie à Renart. 

{Renart le Nouvel, vers 561».) 

PAIIiliER, S. m. Meule de 
fourrages; du latin : palea, paille. 
En basse latinité : paleariiim. 

Et les poucins et les gelines 
Qui èrent lez un tas d'espines 
En un joaillier oh il gratoient. 
(lioman du Renart, vers 4989'.) 

Ceux qui ne sont accommodes de 
greniers à fourrage, à l'imitalion des 
gerbiers, entassent leurs pailles en 
paillers. 

(Olivier de Serbes, Théâtre d'Agricul- 
ture, p. 133.) 

Dans le sens de meule de paille, 
on a dit autrefois jDa;7//z. 

Mes costeiz connoit le pailliz 
Et Hz de paille n'est pas liz 
Et en mon lit n'a fors la paille. 
(Rliebœcf, la l'ovretéi, 1. 1, p. 3.) 

Autrefois, à Paris, on appelait 
poulets de pailler ceux qui avaient 
été élevés en plein air et non 
engraissés en mue. 



PAISAX', s. m. Prononcé en 
saintongeais : pésan. En latin : 
pagensis, ùq pagus, pays. Ce mot 



a le sens de campagnard, dans 
Grégoire de Tours et dans le 
texte de la Loi Lombarde. Jus- 
qu'au XVIP siècle, le moi paysan 
a eu la prononciation du sainton- 
geais et n'a compté, dans les 
vers, que pour deux syllabes. 

Il met des cœurs do rois aux seins 

[des artisans 

Et aux cerveaux des rois des esprits 

[de paisans. 

(Agr. d'Albigné, Tragiques, t. IV, p. 160.) 

On fait en Italie un conte assez plai- 

[sant 
Qui vient à mon propos : qu'une fois 
[un paisan... 
(Math. Regnieh, Sat. X.) 

Le Faisant, d'autres soins se sent 
[l'ame embrasée. 
(Ibid., Sat. IX.) 

On trouve, au XP siècle, le 
mot paisinisme dans le sens de 
pays d'infidèles , de payens (ce 
dernier mot ayant la même étymo- 
logie que paysan.) 

El nous defendum que l'un christien 
fors de la terre ne vendre, n'ensurche- 
lul en paisinime. 

{Lois de Guillatime-le-Conquérant, %\Ll.) 

PAIiAIS, nom d'homme. En 
latin : Palladius et Fallalius. Du 
grec : IlaXXaç. Saint-Palais fut, 
en 580, le douzième évêquc de 
Saintes. 



PAIiE, s. f. Pelle, du latin : 
pala. Le radical : pale, s'est con- 
servé dans le diminutif : palette^ 
petite pelle. 

Lors les pionniers frappèrent sus pour 
la dcsrochcr et les aultres avec leurs 
pasles, emplirent les corbeilles. 

(RABRLAI8, Pantagruel, liv. Il, ch. XXXIII.) 

Monseigneur, je loue fort votre pensée 
de vous servir du pic et de la pale. 
(Ai;r. d'Albigné, Lettres, 1. 1, p. 191.) 



PALEE 



277 



PALISSE 



Un banc de roches plates, à 
l'embouchure de la Charente, 
porte le nom de banc des Pales. 

PAIiÉE, s. f. Pelletée. Dans 
le dictionnaire d'Isidore de Sé- 
ville, le latin : pala, est indii}ué 
avec le sens de pelletée, qui se 
retrouve égalemenldans plusieurs 
textes du moyen âge : 

Frumenlum autem dcbct esse de prima 
pald. 

{Cartularium eccl. auxit., cap. 93.) 

Le blé de première palée est 
celui qui est deux fois vanné à la 
pelle : frumenlum de prima palâ 
quod semel est ventilatum. (Du 
Gange.) 

De fien a pris une palée 
Si li a au nés aporlee. 

(Le Vilain Asiiier, Fabliaux inédits, 
p. 16.) 

Chascune palée de suif doit obole, 
ausinc par eaue corne par terre. 

(Registre des Métiers d'Est. Boileau, 

p. m.) 

On trouve également en vieux 
français : palée, comme synonime 
de clôture de pieux. Une ordon- 
nance de Charles VI, de 1115, 
enjoint aux bateliers (jui amènent 
les vins d'Orléans, d'amarrer aux 
palécs du Moulin du Temi)le. 
(Voir le Registre des Métiers 
d'Est. Boileau, note 2, p. 138.) 



PALER, V. n. Remplir la 
pelle; en saintongcais : pale.iYoh' 
ce mol). Le paysan dit « que cela 
pale » quand la pelle ramasse 
facilement et vivement. 



PALEKÉE, s. f. Pelletée. 
Même sons et même élymologie 
que palée. 



Cependant quatre do ses gens lui 
jectoyent en sa bouclic l'ung après 
l'aultre Conlinuemcnt mouslarde àplènes 
palerées. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXI.) 

PAIiEROX, s. m. Omoplate. 
Cet os tire son nom de sa l'orme 
aplatie en forme do pelle, et 
dérive comme les précédents du 
latin : pala. 

Les muscles qui meuvent le bras 
s'implantent sur l'os du bras ou au 
paleron. 

(Ambroise Pahé, Anatomie, liv. I, cité 
par LiTTiiÉ.) 

PALET, s. m. Morceau de 
pierre ou de brique i)late qui sert 
à certains jeux et notamment à 
celui des ricochets. Mot d'origine 
celtitjue; en breton et en gallois, 
pdl désigna une pierre pliile. Le 
vieux français avait paleste; du 
grec: IlaXXciv, lancer, et/;a/es/ea«, 
palestiau, morceau, pièce. 

El n'avoit c'un vie sac cstroit 
Tout plain de mavès palestiaus 
Ce iert sa robe et ses manliaus. 

(G. DE LoRBis, Roman de la Rose, 
vers 418«.) 

PAIiISSE, s. f. Haie vive; 

en basse latinité : palicium. 

El Renars va le col baissant 

El retor del paliz choisisl 

Un pel froissié, dedenz se mist. 

(Roman du Renart, vers 1314°.) 

Martin estoit dedans un boys taillis 
Avec Alix que par bonne manière 
Dit à Martin : le lont; de ce pallis 
T'aniyc Alix d'amour le fait prière. 

(Cl. ÎUnoT, Epigr.. t. UI, p. "0.) 

Ils vont ensemble accorder, qu'il 
faloit estaucer leur palicc ou haye... 

(B. l'AiissY, Receptc Véritable, p. 33.) 

Quand on veut parler d'un 
homme qui manque do courage 



PALISSER 



278 



PANEREE 



au moment où il devrait en mon- 
trer, on dit qu'iV mot lo cul dans 
la palisse. 

PAIiliSSER, V. a. Entourer 
d'une palisse (voir ce mot), d'une 
j3alissade. 

Ce champ palissé de grand bois de 
chasteigner couchez entre des fourches 
à la mode du pays. 

(Agr. d'Aibigsé, Hisl. Univ, t. I, p. 288.) 

PALOURDE, S. f. Coquillage 
bivalve de forme ronde, gris 
foncé. Le nom scientifique est 
peloride. 

Les sourdons , les pétoncles, les 

availlons, les palourdes, les dailles 

(B. Palisst, Recepte Véritable, p. 147.) 

PAIiTOC, S. m. Paletot, 
vêtement d'homme ; mot d'origine 
germanique, d'après M. Littré, 
qui le dérive du hollandais : 
paltrok , vêtement d'homme, 
formé de palster, pèlerin, et rok, 
robe. En basse latinité, palectum 
a le sens de robe. 

Et une palecto de flanchiis pro vesli- 
bus ipsius dominœ Malhildœ... 

{RoUandinus, cité par du Gange.) 

Le radical est le latin : palla; 
Alartial parle de la palla gallica, 
espèce de veston qui ne venait 
qu'au bas du dos. 

Dimidias que nates gallica palla tegil. 
(.Martial, liv. I, épig. 93.) 

En vieux français, palesteau, 
pales tiaus désignaient un mor- 
ceau d'étoffe, un chiffon. 

La prononciation saintongeaise, 
paletoc, a été celle du XVP siècle : 

De moelle et de jonc il portoit un 
(chapeau 



En lieu d'un paletoc se vcsloit de la 

Ipeau 
D'un chevreau marqueté de couleur 
[blanche et noire. 
(Ronsard, Egl. IV, t, IV, p. 82.) 

Paltoquet vient évidemment de 
paltoc. 

PAIiUS, Paine, s. f. Marais 

— prés bas et humides. Du latin : 
palus, paludis. Dans le bordelais, 
on donne ce nom aux terrains 
d'alluvion. Un des quais de Bor- 
deaux porte le nom de Paludate. 
A Saintes, tout le monde connaît 
la prairie de la palue. 

Et quant il furent eschapé 
Qu'il vindrent au port du salu 
Et virent plaines de ^^alu. 

(Jean nE Meong, Roman de la Rose, 
vers 18539".) 

Je croy que ce sont tartarins 
Gotz ou magotz vertigineux 
Babouins, bugles barbarins 
Partant des palus bruyneux. 

(Nicole DE La Ciirsnaye, Compdamna- 
ciuii de Baiicqucl.) 

Saillir en l'eau grenouilles advisèrent 
Car elles ont la rive abandonnée 
Et au profond du palus se plongèrent. 
(Gilles CoHRozET, Fables d'Esope, p. 52.) 

PAIV, s. m. Empan — c'est 
une abréviation de ce mot qui, 
dans le midi, désigne une mesure 
encore usitée correspondant à 
24 centimètres. Il se dit encore 
dans la locution : un pan de nez. 

Si n'avoit pas les cheveulx plus longs 
deux pans... 

{Roman de Perceforest, cité par M. Liitré.) 

PARERES, s. f. Un plein 

panier. 

L'on disoit qu'elle avoit ponnu une 
panerée d'œufs. 

{Ménagier français, liv. I, cité par 
M. LiiiuB.) 



PANNETIER 



279 



PAR APRES 



J'aurai une pleine chemise de chair 
pour cinq sol el une panerée de cerises 
pour quatre. 

(Béoalde de Vertiilb, Moyen de parvenir, 
t. I, p. 20.) 

Il a grefvement péché. Son ame s'en 

va à trente mille panerées de diables. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. .X.VII.) 

PABîIWETIER, nom d'hom- 
me; ce nom était autrefois donné 
à l'officier de la maison du roi 
qui était préposé aux vivres. Il 
désignait aussi le boulanger; du 
latin : panis. 

Por ce le di qu'à Aviceinnes 
Avint n'a pas un an entier 
A Guillaume le Penetier. 

(RuiEBŒOF, Chariot le Juif, 1. 1, 
p. 289.) 

PAafOmiiLE, s. f. Epi de 

maïs. Du latin : panicula, dimi- 
nutif de panus^ lil de tisserand. 



PA^'SEB, V. n. Nourrir, 
soigner les animaux. En parlant 
des hommes, panser se dit de la 
médication applicjuée par le paii- 
seux et le rebouteux, médecins 
empiriques de nos campagnes, 
qui appliquent aux maladies de 
si singuliers remèdes. 

Il print dedans Paris cent beaulx 
jeunes et gualans compaignons bien 
délibérez et cent belles garces picardes 
et les feist bien traicter et bien panser 
pour huict jours. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

Des moyens dont usa un médecin afin 
d'être paye d'un abbé malade lequel il 
avoit jyansé. 

(Bonnv. des PÉniEns, 106» nouvollo.) 

PAîV'TE, s. f. Filet. Ce mot, 
qui n'est usité en français qu'au 
pluriel, désigne le grand lilct 
servant à la chasse des palombes. 



Larges espieux, toiles, pannes de retz. 
(Joachim dc Bellat, Poésies, liv. IV.) 

On disait autrefois dans le 
même sens : pantière. 

Ou la troupe légère 

Des oiseaux peinturés surpris à la 
[pantière. 
(Remy BELLEAf, Poésies.) 

PAPOA'IVET, Papouuct, 

noms d'hommes, diminutifs de 
papon, papoun qui, en langue 
d'oc, ont signifié aïeul, grand- 
père. En grec : -a-nro;. 

PAQUIEK, Pasquier, 

noms d'hommes, dérivés de pas- 
cha, pàques, ou du vieux fran- 
çais : paschier, pâturage; du 
latin : pascere, faire paitre. 

PAÇITIS, s. m. Pâturage, 
terrain non cultivé oii paissent 
les moutons. En latin : pascua. 

Jadis avint k'en un pasquis 

Ot grans cumpengnies de berbis. 

(Marie de Frasce, Fable XLY', i. Il, 
p. iii.) 

PAR AIIVSI, locution adver- 
biale. Four aij}si,par conséquent. 

Par ainsy, j'ay donc tort et ne dois 
[pas me plaindre. 
(M. Régnier, Satyres.) 

PAU APRÈS, loc. adv. 
Ensuite, depuis. 

Les vers que les joinglours, leurs 
[contours et chantcrres 
Rcchantoienl par a})rès 

(Vnuquelin de La Fresmate, Art 
poétique.) 

Que j'ayc peine aussi d'en sortir par 
[après. 
(.MouÈns, l'Etourdi, act. III, se. V.) 



PARATRE 



280 



PARFAIRE 



PARATRE, s. m. Mari delà 
mère, mauvais père. 

Car son parastre avoyt rompu la 
iambe au cheoir de son cheval après 
qu'il avoyt rencontré ung lièvre... 

{Evangile des donnoilles, p. 4j.) 

PARAVA\'T, adv. Aupara- 
vant. 

Assez longtemps elle a esté 
A un Florimond, homme d'armes, 
Qui paravant sous les alarmes 
Par qui son amour l'asservit 
Longtemps à Hélène servit. 

(Est. J0DEL1.E, l'Eugène, auc. th. fr., 
t. IV, p. 19.) 

PARC, S. m. Toit des mou- 
tons, des poules, des porcs. Ce 
mot, qui en Saintonge se pro- 
nonce par, est d'origine celtique; 
bas breton : parc; gaélique : 
paire. 

Prenez icelles bestes et les mettez en 
parc ou en tect ainsi comme est accous- 
tumé en pareil cas. 

(Texte du XV» siècle, cité par dd Cance.) 

Fais rentrer dans le parc la brebis 
(esgarée. 
(Ph. Despories, Œuvres Chrétiennes.) 

PARf^HE, s', f. Perche, long 
morceau de bois — mesure locale 
— poisson de mer. 

La parche dit, lai mei ester 
Geo ne faz par mei nule rien 
Tu me gicles ce sct-um bien. 

(Marie DR France, Fable XCI, t. H, 
p. 367.) 



PARROUI^T, nom de loca- 
lité. Latin : l'arcluJfns. Ilaymond 
Maiehin, un des historiens de la 
Saintonge, a vécu à SainL-Par- 
doult, près Aulnay. 



PAREHIEIVT, s. m. Parure, 

riches habillements. 

Ne por or, ned argent ne paramens, 
Por manatce regiel ne preienient. 

{CaïUilènc de Saintc-Eulalie, X» siècle.) 

Des robes ne des garnements 
Dont vous ferés vos paremens 
Por sembler as gens miex valoir. 

(Jean DE Metng, Roman de la Rose, 
vers 13288».) 

PAREXTACE, s. m. Liens 
de parenté — parents. 

Dune fu un terme longemenl 
Qu'il ne gardoent serrement 
N'amor ne fei ne signorage 
Ne Deu, ne lei ne parenlage. 

(Chronique des Ducs de Normandie, 1. 1, 
vers 11640».) 

J'y allai tout soudain, là tout le paren- 

[tage 
Des deux parts s'y trouva; là tout le 
[voisinage. 
(A. Baïf, Eglogue XVI, p. 45.) 



PARER, V. a. Préparer — 
peler, tondre — en latin, parare 
a eu le premier sens; en basse 
latinité, il a eu les deux derniers. 
(Voir du Gange.) 

E li maschun Salumim c H maschun 
Yran les taillèrent e parèrent. 

($""• Livre des Rois, ch. V, verset 18, 
p. 245.) 

Nus foulons ne puet ne ne doit parer 
drap qui ne soit parés bien cl loiaument. 

(Registre des Métiers d'Est. Boileau, 
p. 131.) 

Et l'arrachit facilement de terre et en 
osta les rameaux et le para pour son 
plaisir. 

(lUnELAis, Gargantua liv. I,cli. XXXVI.) 



PARFAIRE, V. a. Achever, 
mener à bonne lin. 

Dame Trouseline comme présidente 
pour celle nuyctée leur imposa silence. 



PARFIN 



281 



PARPAILLON 



affin qu'elle peust paysiblemenl par/afre 
sa lecture. 

(Evangile des Connoilles, p. 460 



PAîlFlX (à la^, loc. adv. A 
la lin, linalement. 

Et ne purcant à la parfin 
Al siste meis jurn à la lin 
Prengent à terre... 

(Voyage de Sainl-Brandaii, vers 628% 
poème anglo-normand du XH" siè- 
cle.) 

Il sera conclus et vaincu à la parfin. 
(Les Quime Joyes du Mariage, p. id3.) 

Je m'essaye par quelques remontran- 
ces et exercices de convertir le simple 
désir de Philothée en une entière réso- 
lution qu'elle fait à la parfin. 

(François rb Salles, Introduction à la 
Vie Dévote, préface.) 



PARFO.\'D, adj. Profond. 

En l'iglisa S'-Saloina midunt sun 
corps most en parfont... 

(ClironicoH francorum, édit. Peigné 
Uelacourt.) 

PAKI-.E:?IF>]VT, s. m. Action 
déparier, entretien, conversation, 
bavardage. 

Ne puis à vous tenir long parlement. 
(Chanson de Roland, stance 198.) 

Je te rendrai bon compte de ma vie 
Depuis le soir qu'eus à toi parlement. 

(Cl. Mahot, Epigrammes, t. II, p. 72.) 

Remède unicque estrc surdité de mnry 
contre cestuy interminable parlement 
de femme. 

(RiBF.Liis, Pantagruel.) 

Au XVII® siècle, dans le lan- 
gage familier, on disait encore : 
pavlemenlciijc. 

PAKI^OFl'lRE, s. f. Bavar- 
dage, discours sans lin. 



Nous ne voulions nous amuser à 
ouyr toutes leurs parloires. 

(Satyre Ménippée.) 

On a dit aui&i parlerie dans le 
même sens : 

Francisque Taverna, ambassadeur du 
duc de Milan, homme très fameu.x en 
science de parlerie. 

(Mo.NTAiGKE, Essais, liv. I,ch.XXXVUI.) 

PARIilTRE, s. f. Manière de 
parler, langage. 

A la Danesche parléure 

Si comença à aresnier... 

(Chronique des Durs de Normandie, 
t. I, vers 1û5jO=.) 

Je diroie que chest pour deus raisons : 
Tune que nous sommes en Franche, 
l'autre pour chose que la parléure est 
plus délitable et plus kemune à tous 
langages. 

(Brunetto Laîi.m, Livre du Trésor.) 

PAR:tIEXTIER, nom 

d'homme. Ce mot a désigné 
autrefois l'artisan qui préparait 
les peaux. 

Plusieurs feiz li unt hucié : 
La pei, la pel al parmentier I 
Pur ceo ke à Faleize fu nez, 
U pelletiers aveit assez. 

(Wace, Roman de Rou, vers 9159», 
t. n, p. 50.) 



PAROISf^E, s. f. Eglise. 
Aller à la paroisse, aller à l'église 
paroissiale. En français, ce mot 
désigne la circonscription desser- 
vie par un curé. En basse lati- 
nité : parochia; du grec: Trapc.y.îiv, 
être voisin, 'ij'Ey.xXsTÎa r, irapotxôjjx 
£v Sajpvr,. (Eusèbe, liv. IV, 
ch. XVll.) 

PARPAlIiliOA , Parpil- 

lou, s. m. Papillon; du bas 



PARPAILLOT 



PASSER 



lai in : pni'pnlio. En provençal : 
parpailloun; en italien : parpaglio. 

Gargantua couroyt voulentiers après 
les pai^aillons. 

(Rabelais, Gargantua^ liv. I, ch. XI.) 

PARPAIIiliOT, s. m. 

Huguenot, calviniste. D'après 
M. Jônain, ce mot dériverait du 
bas latin : parpalio, papillon, i)ar 
analogie avec le sort des hugue- 
nots qui venaient se faire brûler 
à la flamme des bûchers papistes. 
Nous trouvons la véritable ori- 
gine de ce mot dans le passage 
suivant : 

René de Sicile fut contraint de donner 
cours à une très mauvaise monnnie de 
fort bas alloy qu'on fabriquait à Taras- 
con. Ces pièces furent appelées par- 
pailloles desquelles il en fallut 83 pour 
un écu. Et comme nos religionnaires 
du siècle dernier les remirent en usage, 
les catholiques de Provence les appelè- 
rent parpaillaux qu'on pourrait expli- 
quer par faux-monnayeurs. 

(PicioN, Ilintoirc d'Aix, liv. III, ch. IX.) 

Parpaillaux, mot usité en France, et 
Rueux, mot usité dans les pays bas, ont 
été de courte durée. 

(Balzac, Sonate chrétien^ ch. X.) 

En son aage viril espousa Gargamelle, 
fille du roy des parpaillos. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. III.) 

Le bruit a couru que vous alliez tro- 
quer votre gouvernement de Guyenne 
contre celui de Languedoc; c'était une 
joie chez toutes les jmrpailloics . 

(VoLTAinB, Lettre «lu 29 juia 1763 au 
maicchal de Ricbeheu.) 



PARPAING, s. m. Pierre 
plate. En vieux français : par- 
paigne. 

Toutes jambes ou membrures de 
pierre de taille, parpeignes assis au rez 
de chaussée. 

(Ordonnance de 1485, citée par M. LinnÉ.) 



Jambes, parpaignes, piliers, chevets 
et corbeaux de pierre dure 

{Coustumier général, t. II, p. 1028.) 

PARTEIIEXT, S. m. Départ. 

Et depuis le dit parlement des dits 
Dourguignons, ils s'en alèrent boutant 
les feux ès-bleds et ès-villaiges. 

(Jehan DE Troïes, Chroii. du roy Louis XI, 
p. 18i.) 

PxVS, S. m. Passage étroit 
dans une clôture — marque d'un 
passage. 

Mes la haie ne passé pas 
Porce qu'il m'ot véé le pas. 

(Guill. DE LonRis, Roman de la Rose, 
vers 3169«.) 

Sire, Tristan est eschapez 

Les plains, les bois, les pas, les guez 

Set forment bien 

{Roman de Tristan, 1. 1, p. K5.) 

PASSAGER, adj . Fréquenté, 
se dit d'une voie par où l'on passe 
souvent. 

Les chemins passagers aboulissans 
ou traversant le domaine seront main- 
tenus en bon estât. 

(Oliv. DE Serres, Théàt. d'Agriculture.) 



PASSAGER, s. m. Passeur, 
celui qui conduit un bateau pour 
passer l'eau. 

PASSÉE, s. f. Passage, lieu 
par où passent les oiseaux voya- 
geurs, les bêtes fauves. 

Tant furent les murailles rompues et 
atterrées que par les capitaines et mais- 
tres canoniers français fusl dit que 
passée suffisante y avoit pour donner 
un assault. 

(Jean d'Aïion, Annales de Louis XU.) 



PASSER, V. a. Dépasser, 
surpasser. 



PATARD 



383 



PATIRAS 



La moisson de nos champs lassera 

[nos faucilles 

Et les fruits passeront la promesse 

[des fleurs. 

(Malherbe, Poésies.) 



PATARD, s. m. Monnaie, 
argent. En basse latinité : patarus, 
pat ardu s : 

Rex ordinal levari pataros duo pro 
quolibet floreno super extraneos ven- 
dentes pisces Massiliœ... 

(Charte de René de Provence, année 1 4G0.) 

Adhuc benè potabunt vinum pro sex 
patardis. 

{Sennon. ilcnoti^ f» 140, cité par 

DU CA^■GE.) 

Le patard de Flandre valait 
cinq liards,quinze deniers tournois 
ou un vingtième do la livre pari- 
sis. En monnaie moderne, six 
centimes un quart. En vieux 
français, patard paraît avoir eu 
la signification actuelle de mon- 
naie de peu de valeur. 

Je gaigne deux patars 
El moy-même deviseray. 

{Farce d'ung chauldrnnnier, anc. 
th. fr., t. II, p. lO'J.) 

Item à maistre Jehan Cotard 
Auquel doy encore ung patard. 
(Fr. ViiLo:*, Grand Testament.) 

Ce maistre carme se pourmcnoit 
attendant que quelqu'un le list chanter 
pour gaigner deux j^atars... 

(Cent Nouvelles du roy Louis XI, p. iZi.) 

Tesmoings tous ceulx qui d'avoir 

[furent dignes 

Pour six patars deux de'leurs brigan- 

[dines. 
(MoLi:tET, chanson du XV» siixk*.) 



I» A T A t D , adj . Lourd , 
maladroit, grossier. 

Et luy mettant cent fois sa pataude 
[de main 



Dessus ses deux tétons, qui font lever 
[son sein? 

(Pierre Trotterel, les Corrivaux. acl. I, 
80. I, anc. th. fr., t. Vm, p. '235.) 



PATE^'OTRE, s. f. Prière 
faite de routine. Du latin : pater 
nostcr. 

Saint Juliens, fait-cle, vueillis moi 
conseillier ; 
Sa paternostre a dite 

{fierté ans grans pies, vers 973".) 

Si se commande as douze apostres 
Et a dit douze paternostres . 

{Roman du Renard, vers 2S039».) 

Les chapelets s'appelaient au- 
trefois patenôtres; les fabricants 
de chapelets, patenotriers. 

Il est ordené des patenotriers faisanz 
patenôtres d'or et de cor (corne)... 

{Livre des Métiers d'Est. Boii.EAu,p. 66.) 

PATI-PATA, locution usitée 
dans les jeux des enfants. C'est 
une onomatopée indiquant l'action 
de frapper sur un objet qui se 
disait autrefois joa/iC-/3a/ac. 

Et saincl François les combatoil 
Frappant sur eux, patic-patac. 

{Résurrection de Jean Landorre, anc. 
th. fr., t. II, p,2i.) 

Puis on vient : ung tel vous demande, 

Patic-patac ! à la sachce! 

S'en se trouve en place marchande. 

(Guill. CogiiLiiRT, Plaidoyer de la simple 
et de la rusée, t. II, p. 37.) 



PATIRAS, nom de localité 
donné à ime île de la Gironde. 
Ce mol s'écrivait autrefois pati- 
racli et parait être une forme 
languedocienne des deux mots : 
patis rachis, près galeux. Ce 
nom est mcntioimé dans la charte 
d'Othon d'Aquitaine en faveur de 
Sablonceaux, Cawpos do pati- 



PATI; 



284 



PATURER 



r.ich. (Voir Gallin Christinna, 
t. II, in^trum.) 

On désigne aussi en sainton- 
geais, par le nom pntiras, un 
souffre douleur; du latin : pidior; 
grec : iiaOiTv. 

P.VTIS, s. m. Terrain en 
friche; champ laissé sans culture 
pour le pâturage; du latin : pas- 
tuni, supin dejoascei'©; faire paître; 
grec ; "Kxxiouxf.. 

Je ne quiers pas, ô bonlé souveraine, 
Deux mille arpens de jMstiz en Tou- 

[raine 
Ne mille bœufs erranz par les herbis. 

(Cl. MiBOT, Eglogue au roy souliz len 
noms de l'an et liobin.) 

Il ordonne qu'on ne laisse chés soy 
les voysins puiser eau, si premièrement 
ils n'avoienl en leurs propres j^'^stifs 

foussoié et besché 

(Rabelais, Pantagruel^ liv. III, ch. V.) 

PATOIS, s. m. Ce mot, qui 
désigne aujourtl'hui un idiome 
local et grossier, avait autrefois 
le sens de langage naturel, 
patrius sernio. 

In peregrinum sonum lingua corrom- 
pitur et externis vitiis sermo patrius 
sordidalur. 

{Saint Jérôme, ép. VII, éJit. 1732.) 

Aloient cil oisel faisant 

Lais d'amour et sonnés cortois 

Chantoit chascun en son patois. 

(G. DE LoniKs, Roman de la Rose, 
Y«ra 706".) 

PATKOX-J ACQUET (dès 

le), locution advcrhiale signifiant 
de grand malin. On la trouve 
sans explication dans les Curio- 
sités françaises, d'Oudin, avec 
une légère variante : Il s'est levé 
dès le poitron-jaequet. 

D'après M. Liltré, ce serait une 
corruption des mots dès le paitre 



à jacquet, qui signifient: dès que 
l'écureuil commence à manger, 
jacquet étant, en Normandie, le 
le nom de ce petit animal. 

M. Jônain a trouvé une expli- 
cation qui paraît plus exacte et 
qui est plus naturelle par cette 
l)hrase : faut se lever dès le 
patron, Jacquet. C'est-à-dire en 
même temps que le patron, petit 
Jacques. 

PATROUBIiliKK, v. a. 

Marcher, s'agiter dans la boue — 
manier malproprement. 

On lui apport de la viande froide 

qui est le demourant des matrones, 

qu'ils ont patrouillé à la journée en 

bcuvanl 

(Quinze Joycs du Mariage.) 

Il mourvoyt dedans sa soupe et pa- 
trouilloyt par tous les lieux. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.) 

Dans le dialecte des Sables 
d'Olonne, patrouilloux désigne 
celui qui manie une femme d'une 
manière indécente. 

As-tu fini, grand patrouilloux? 
{Chanson Sablaise de Nichon.) 

PATTE, adj. Pattu. 

Car il porte son gros pigeon pâté 
tantôt à Montfort, tantôt à licscherol. 

(Noël DU Fail, Contes d'Eulrapel.) 

PATTEIl, V. a. Agrafer. 
Dans le sens neutre, ce verbe 
signifie, en Saintonge, prendre 
aux pieds. patte veut dire que 
la terre est détrempée et s'attache 
à la chaussure. 



PATURER, V. a. Paître, 
manger. 



PAU 



285 



PAURE 



Ce temps pendant, à pasturer m'ordonne. 
(Cl. Marot, Epilres.) 

PAl^ S. m. Pal, pieu, piquet. 
Du latin : palus, poteau. 

Mais silost que le coq plante dessus 

[un }iau 

A trois fois saliié le beau soleil nou- 

[veau. 

(RossAHD, Elégie YI, t. IV, p. 252.) 

Après que plusieurs années on luy 
aura couppé ses branches desquelles 
aucuns font des cercles et des paux 
pour souslenir les seps de vignes... 

(B. Pi^LissY, Recepte Véritable, p. 36.) 

P.VUFOrRCIIE, &. f. Pieu 
fourchu. En vieux français : pau- 
fore, pmiforche. (Voir Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 
Latin : palus-furca. 

Aucunes autres serviront pour serrer 
grande quantité de perches, paufonr- 
ches, vismes... 

(Bernard Pàii33t, Rcceple Véritable, 
p. 03.) 

PAUME, S. f. Pelote ou 
balle élastique. Du latin pahna, 
paume de la main, qui sert, à 
défaut de raquette, à renvoyer la 
balle. Au moyen âge, le jeu de 
paume était désigné par les mots : 
Lus us pilœ cum palmà et du 
temps de Froissart il portait déjà 
le nom actuel : 

Des pelotes de Paris pour nous es- 
battrc moi et vous à la paume. 

(J. Froissart, Chroniques, liv. H, ch. HI.) 

Le latin palma a été employé 
par Tibulle et Properce dans le 
sens de petit bouclier. (Parnia 
dans Virgile et Salluste). 

PAri?IÉE, s. f. Coup frappé 
dans la main pour conclure un 
marché. Vieux mot français ex- 



primant une action, que nos 
])aysans^saintongeais n'ont garde 
d'oublier dans leurs ventes et 
leurs achats. 

Pour ce que il a paumée est marchié 
par coutume; et il ni ot point de 
paumée que por ce vaut il que li mar- 
chiez fust nus?... Covenances acordées 
par bones mors font le marchié non 
pas la paumée... Paumée esl seneflance 
que l'en revest l'acheteor par bone foi 
de marchié... (1) 

{Li Livres de Jostice et de Plet, p. 8, § 7.) 

PAUilER, V. n. Rebondir, 
dérivé de paume. (Voir ce mot.) 

En vieux français, paumer a eu 
le sens actif, il signiliait tenir, 
saisir, manier avec la paume de 
la main. 

Oui donc voist le conte droiturier 
Dessous le tremble paumoîer son 

[cspié. 
(GiRis le Loherain, Mort de Begon.) 

Au XVII® siècle, paumer a si- 
gnifié frapper avec la main. 

Si j'osais pour douceur le bien pau- 
[mer la gueule. 

(Thomas Corneille, Baron dWlbikave, 
act. I, se. ni.) 

PAURE, Pourc, Pouvre, 

adj. Pauvre, misérable. 

Et de tout l'argent de celle boiste done- 
on le jor de Pnsques un denier as 
2)oures de l'ostel-Dieu de Paris. 

{Registre des ilcliers d'En. Boileau, p. 39.) 

Comment se puet un poure cueur def- 

[fcndrc 

Quand douix beaux yeux le viennent 

[assaillir. 

(Charles D'OnLÉiNs, Ballade IV.) 



(1) Quand il y a paumée, le marché est conclu 
d'après la coutume; (]uand il n'y a pas eu 
pflH/7i('c, le marché doil-il être regardé comme 
nul'... Conveniionsaccordées par lionnes raiturs 
fonl le marché et non pas la paumée... Paumée 
esl siu-ne qu'on transmet une chose à un ache- 
teur par un marché de bonne foi. 

20 



PAVIE 



286 



PELAUD 



Vous mercianl du plaisir que m'avés 
fait pour le pauvre Herquin (1) que j'ès- 
lime autant que si c'cstoit moy-niGme. 

(Marguerite db Navarre, Le lire à Anne 
de Montmorency.) 

PAVIE, S. f. Pèche jaune. 
Ce mot désignait déjà, au moyen 
âge, le fruit du pécher. (Voir le 
glossaire de Roquefort.) 



PÉCIIXE, s. m. Argent 
comptant, du latin pecunia. 

Résa li reis Moab oui mult de pécu- 
nie (2)... 

{Litre des Rois, traJ. du XHI» siècle, p. 351.) 

Sa pécunie ne dunal à usure (3). 

{Livredes Psaumes, ps. XIX, verset 5, 
p. 19.) 

Sur moy ne faut telle rigueur eslen- 

(dre 

Car de pécune un peu ma bourse est 

[tendre. 

(Cl. Marot, Rondeau III, t. II, p. 126.) 

Pour estre aymé il faut foncer pécune. 
(Roger DE CoLLERYE, Rondeau XXI, p. 189.) 

PEICXÉE, s. f. Correction, 
volée de coups. Envieux français, 
peigner a eu le sens de battre. 

Quant Renart l'a véii, por sol 

Se tint, si torne le talon 

Et cil l'acrt par le crépon 

As denz le pigne et house et hape. 

(Roman du Renart, vers "iuGG"*.) 

Prent un grand baslon, duquel il 
commença à le peigner. 

(Nuits de Slraparole. t. II, p. lil.) 



(1) Le pouvre Berquin était conseiller du roy 
François l", et soupçonné de luthérianismc. 
La charge qu'il occupait, l'amitié du connéta- 
ble, l'estime et la protection de la sa-ur du roy 
ne purent le sauver. Il fut brûlé en place de 
Grève, le 17 avril l.r2'J- 

(2) Kesa rex moabitorum babuit multum 
pecuniœ. 

(3) l'ecuniam suam non dédit ad usuram. 



PEIXER, V. n. Prendre de 
la i)eine, être surchargé de tra- 
vail, être tourmenté. 

Jonas prophela habebat mult laborel 
et mult penet à cil populum (1). 

(Glose sur Jonas, Fragment Je Valeucieanes, 

X« siècle.) 

Mes de vos, sire, qui par tant estes 

[bers 
Et tant vos estes travailliez et penez 
De nuiz veiller et de jorz jéiiner. 

Dex ! dist li cuens, qui en croiz fu 
[pénez (2). 

(Li Charrois de Nimes, chanson de gcstedu 
XII« siècle, vers 4142-43-80.) 



PEIJVTURliURER, v. a. 

Poindre, colorier, barbouiller. On 
a dit autrefois peinturer. 

Merveilleus cop se donent es escus 
[painturés. 

(Roman d'Alexandre, p. 305.) 

Nicole est en prison mise 

En une cambre vautie 

Ki faite est par grand devise, 

Painturée à miramie. 

(Aucassin et Nicolette, ch. V.) 

Si je me loge en ces maison dorées 
Au front superbe, aux voûtes peintu- 

[rées. 
(Ph. Despories, Bergeries.) 

Ou la troupe légère 

Des oiseaux peinturés surpris à la 
[pantière. 
(RemyBELLEiD, Poésies.) 

PELAUD, Plaad, noms 
d'hommes et de localités. Dérivés 
probablement de/?e7, peau et poil, 
qui a fait pelu. En breton, pJoe 
signifie village, en languedoc, 



(1) Le proptiiHe Jonas avait oeaucoup tra- 
vaillé et beaucoup peine pour ce peuple. 

("2) Mais de vos, seigneur, (jui êtes tout puis- 
sant bers (seigneur, baron.) 

Et tant vous êtes travaillé et peiné. 

De veiller la nuit et déjeuner lejour 

ODicu, dit le comte, qui en croix fut tour- 
menté. 



PELAUDER 



W7 



PELU 



plô, carrefour, plaine. (Voir Lo- 
rédan Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

PELAl'DFR, V. a. Battre, 
maltraiter, taper sur la peau. 

Ainsi est berné et pelaudé le pauvre 
homme. 

{Quinte Joy es du mariage.) 

Faire quelqu'exploit et aperlise d'ar- 
mes ou une brave composition entre 
les pies et les geais qui s'y pelaudèrent 
tant brusquement. 

(Noël DD Faii, Contes d'Eutrapel, 1. 1, p. 300.) 

PEIilSSE, S. f. Vêtement 
d'enfant. Du bas latin pellicia, 
pellicea, vêtement de peau. 

Mobilem vero meum quem habeo, id 
est meum bombicum et moa^s pellicias... 
vendite. 

(Testant. Guixliœ comitis ceritait, anno 
HiiO, cité par dc Cànge.) 

Or ferai-je s'il prennent ma pelice 
Il est frivort, si est froide la bise. 

(Roman de Guillaume au court nez.) 

PEIiI§SOX , Pellisson , 

noms d'hommes. En vieux fran- 
çais, peliçon, pelisson, plisson, 
désignaient un manteau fourré, 
un habit garni de fourrures; en 
latin : pcUiceus de pellis, peau. 

Adonc me prist une froidor 
Dont ge dessous c\\^\x\. peliçon 
Ai puis senlu mainte frioon 

(Guill. DE LoRRis, Roman de la Rose, 
ïersl70i«.) 

Voilà le point que je souhaicle 

Quand je luy lève son })lissun. 

(Roger DE CoLLEHïE, Rondeau, p. 2-i5.) 

PEIiliETA.\', nom d'homme. 
En languedoc : écorce-tan, l'ou- 
vrier qui enlève l'écorcc des 
chênes. 



PFLÏiETIFK , Polletreau, 

Pellier , Pellissier , noms 
d"liommes, marchands ou prépa- 
rateurs de peaux. 

PEIiOIV, s. m. Enveloppe 
rugueuse de la châtaigne — ce 
qui reste de l'épi de maïs après 
l'enlèvement des grains. Dimi- 
nutif de pel, qui, en vieux fran- 
çais, a signilié pieu, ou dérivé du 
\a[\npellis, peau. 

Il prist un pel de vigne de quoi il 
s'apuia et revint à la meson. 

{Miracles de S. Loys, ch. LXHI.) 

Il me fust monstre un grand nombre 
de poisson armé qui esteil fait en forme 
d'un pellon de chastagne. 

(Bernard Paiissy, Receple Ycritable, p. 52.) 

Le peion de maïs, malgré sa 
rugosité, avait dans nos campa- 
gnes un usage très habituel, 
dont les journaux à bon marché 
l'ont dépossédé. Cependant Ra- 
belais, si complet dans ses énumé- 
rations, n'en parle pas dans son 
chapitre XIII du livre I. 

PEIiOlJAIIiliE, nom de lo- 
calité (St-Simon do Pelouaille). 
En vieux français, pel, peau, 
ouaille, brebis. 



PEIiU, adj. Velu, couvert dc 
poil. 

Le Creslien illucc trovèreni, 
Toz iert chenuz et toz peluz 
Kl de magrece confonduz 
N'aveit fors le cueur et les os. 

{Vie du pape Grégoire-le-Grand, 
XU" Biùcle.) 

Pi noslre estomac est velu 
Mars, comme nous, l'avoil pehi. 

(Joachim du Bbllat, Complaincte des 
Satyres, st. V.) 



PEXADER 



•288 



PENSEMENT 



Son mirouer fut mer, sa main esloit velue 
El de poil hérissé, sa poitrine peine. 
(Ronsard, ic Cyclone amoureu.i, t. lV,p.lOG.) 

PEXADER, V. n. Courir et 
sauter à pieds nus, se dit surtout 
des enfants. 

Puis il guambayoit, penadoit et pail- 
lardoil parmy le lict quelque temps 
pour mieus esbaudir ses instincts ani- 
maulx. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXI.) 

Y estant, je voyais jouer, gambader 
et penade»' certains agneaux, moutons... 

(Bernard Palissy, Recepte Véritable, pA\0.) 

PE^VAlLIiE, Penaillon, 

haillon, de l'ancien français 
panne, penne, drap, avec la dési- 
nence péjorative aille. C'est éga- 
lement un terme de mépris pour 
désigner une troupe de mendiants 
ou de gueux. En grec : t:ï;vo;, 
morceau d'étoffe, haillon. 

Ces embourrements de ventre que 
portent les hommes et ces penaillons 
de revesche de quoy les femmes gros- 
sissent leur cul... 

(Guill. BotcHET, Scrée III.) 

La penaille ensemble enfermée 
Fut en peu d'heures consumée. 

(Lafo.ntaine, Contes, Le Cordelier.) 

PEIVAIVCE, s. f. Vêtement 

déchiré, guenille, dérivé du vieux 
français panne, penne^ drap. 

Autrefois pcnance était syno- 
nime de pénitence, dnlalin pœna, 
châtiment. On a donc pu dési- 
gner par vêtement de penancc, 
un vêtement mis en lambeaux en 
signe de pénitence, d'oîi le mot 
saintongeais. 

Et firent envers Dieu si très ferme 

|acordance 

De vivre en povreté et soulfrir grant 

[j)enance. 

{Le dit des trois chanoines, Contes et 

Fabliaux, 1. 1, p. 268.) 



PE^'ARD, Pcuand, noms 

d'hommes dérivés du vieux fran- 
çais pencr, châtier, punir. En 
outre, penaut a signifié mendiant, 
gueux. Borel le dérive de pes 
nu du s, Roquefort de pœnalis. 
Penart a signifié un couteau à 
deux tranchants; en basse lati- 
nité, penardus est un vieux ga- 
lantin. 

PE^'DARD, s. m. Mauvais 
sujet, qui mérite d'être pendu. 

Trois grans pendars vindrent à l'es- 
[tourdie 
En ce palais, me dire en désarroy : 
Nous vous faisons prisonnier par le 

[Roy. 
(CI. ni.\wr,EpUre XXYII', 1. 1, p. 191.) 

PE^IIiIiE,PcnilIière,s.f. 

Chiffon, Joque. C'était au moyen 
âge le nom d'une espèce de 
vêtement de drap; des vieux mots 
panne, penne, drap; en latin : 
pannus. 

Ou se voulez de groigneltes 
Prenez en ou de manlonettes 
Des croupes ou des pénillières. 
{Farce de Maislre Pathelin.) 

Sentit dcliors si soudaine froidure 
Que demander !uy fil une fourrure 
Et souhaiter pour grâce singulière 
Auprès de soy avoir sa pénillière. 
(Mellin de Saint-Gelais, Poésies, p. 41.) 

PE]VSEHE]l"T, s. m. Pensée, 
réllexion, rêverie. 

La sérénité d'iceluy jamnis ne soit 
troublée par unes quelconques de pen- 
sement. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

Un muletier à ce jeu vaut trois rois 
Dont Tenguelinguc entra par plusieurs 

[fois 
En pansement... 

(Lafomiaine, Contes, le Muletier.) 



PENTECOUTE 



289 



PERIGNY 



PEIVTECOI'TE, s. f. Pen- 
tecôte ; du grec : ~vmy,ovzx, cin- 
quante. 

Le saint roy fu à Corbeil à une Peitr 
thecouste là où il ot quatre vins che- 
valiers. 

(JoisviLLE, Ilist. de S. Loys.) 

Entre Pâques et la Penthecouste 
Le dessert n'est qu'une crousle. 

(Livve (ici Proverbes français, 1. 1, 
p. il5.) 

PEPIX", nom d'homme. En 
germanique : Pippin; en basse 
latinité : P;/;yD/;iys,queForsteman 
dérive de pih, mouvement. (Loré- 
dan Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

Cette étymologie peut convenir 
au nom franc do Pépin porté par 
les maires du palais sous les 
derniers Mérovingiens, mais le 
nom actuel n'est autre que le 
vieux français : pépin, horticul- 
teur, d'oi^i nous sont restés pépi- 
nière et pépiniériste. 

PEPOUHET, nom d'homme, 
diminutif do Pépin (voir ce mot), 
ou de pepon, melon, en vieux 
français, d'après le dictionnaire 
de Roquefort. 

PÉKAT, s. m. Jetée en 
pierres qui s'avance dans l'eau. 
En basse latinité : pera, perrcia; 
du latin : petra, pierre. 

Incipit operare in orientali brarhio 
primam perain de terra 

(Spielman, in Itinerario Canli, cité par 
DU Gange.) 

Et de là se rendent les ditz fossés, en 
continuant jusqucs près du bout du 
pérat de chef de liarclic 

(Bail ilu 18 no\embro li65, clic nu t. X, 
p. 327, du liecuril des Arch. histnr. 
de la Sainlonye.) 



En vieux français, on avajt 
dans le même sens le mol perrajl 
(voir du Gange, au moi perreia , 
et l'adjectif perrin, recouvert de 
pierres, pavé. 

A la maison Synion, en la chambre 

{perrine 

Se gist Berte aus grans pies desouz 

[une courtine. 

{Berte aus grans pies, vers 1365*.) 



m. Second 
qui a des 



PERATRE, s. 

mari d'une veuve 
enfants. Mot parallèle à celui de 
marâtre. Provençal : pairastre; 
espagnol et portugais : padrasto. 

Co dist Rollanz ; c'ert Guenes, mis 
[par astre. 
{Chanson de Rolland, vers "277».) 

PÉRAUD , Péraiifleaii, 
Péret, Périncaii, Périuct, 

noms d'hommes dérivés du vieux 
français : perre , qui se dit 
aujourd'hui pierre; latin : Pe- 
triis. 

Le nom de Pierre, qui existe 
sous des formes différentes mais 
reconnaissables dans la plupart 
des langues de l'Europe : Pierre, 
Pey, Pé, etc., Petcrs, Pedro, 
Pictro, etc., dérive du grec : 
TCE-rpa, pierre, traduction de l'hé- 
breu : Ceplia, nom imposé par 
Jésus-Christ à l'apùtre Simon (jui 
fut le premier jjape : Vous êtes 
Simon, /ils de Jonas, vous vous 
nommerez Ckph.\s. {Evangile 
selon saint Jean, ch. I, verset 42.) 

PÉRIGXAC, nom de loca- 
lité. Domaine de l'érin. 

PB:rIGXV, nom de localité 
de l'Aunis. Même signification 
que Pérignac, mais avec la ter- 
minaison poitevine. 



PERIR 



290 



PESAS 



PÉRIR, V. n. Dépérir, mai- 
grir. 

PÉRIR {se^, V. réfl. Se tuer. 

PÉRI (être), Y. p. Etre mort. 

Et fiour ce que li enfès ne fus périz, 

dont elle esloil grosse 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 78.) 

Que je te voyc, à demy suis guéry 
Et sans te veoir à demy suis péry. 

(Cl. Mabot, Epigr. à M. l'Ami/, t. III, 
p. 18.) 

Mesme aux chevaux péris de farcin 

[et de faim 

On a veu labourer les ongles de la 

[main. 
(Agr. d'Abbigné, Tragiques, liv. I, t. IV, 
p. 44.) 

PÉR0€IEE:AIJ, nom d'hom- 
me. Habitant de la paroisse; du 
vieux français : peroche; latin : 
parochia. 

PÉROIVIVEAU, nom d'hom- 
me. Masculin de Péronnelle, 
ancien nom de femme qui a été 
conservé comme qualificatif inju- 
rieux. Dérivé de péron, qui est 
une forme du prénom : Pierre. 

PEROT, s. m. Dindon. Dimi- 
nutif de père, peut-être parce 
que le dindon ou poule d'Inde a 
été importé en Europe par les 
pères Jésuites. 

En Normandie, une oie s'ap- 
pelle pvrote; en anglais, parrot 
désigne le perroquet. 

PERROT, Perrodn, noms 
d'hommes, signifiant petit Pierre. 
Le nom de Perrotin est cité au 
XIV° siècle, à Saintes. C'était 
celui d'un des clercs délégués aux 
états généraux de 1317. 



PERSET, s. m. Espèce de 
pêche adhérente au noyau. Dérivé 
du nom du pays, la Perse, d'oiî 
ce fruit nous est venu. 

PER§ETIER, s. m. Arbre 
qui produit le perset. (Voir ce 
mot.) 



PERTU, Parti!, s. m. Per- 

tuis, trou. De pertusum, supin 
du verbe pertundere, perforer, 
trouer. 

Li berteisches garnir et \[pertuz garder. 
(Wace, Roman de Roii, vers 4!261».) 

11 n'advint 

Qu'un si beau vergier n'eust un huis 
Ou feneslre ou quelque partuys. 
(J. DE Meung, Roman de la Rose.) 

Le français du XVP siècle avait 
encore le joli verbe pcrtuiser, 
qui aurait dû être conservé : 

Qui le premier les roseaux pertuysa 
Et d'en former des flustes s'advisa. 

(Cl. MiRUT, Egl. au Roy, 1. 1, p. 41.) 

PESAS, s. m. Pois et aussi 
cosses ou paille de pois. Latin : 
pi s II m. 

Avoit sovent et fain et soif 
Toute pelue esloit de fain 
En son lit n'eut pesas ni fain. 
(Gautier DE Coinsi, liv. I, ch. X.) 

Cousin, tost allons querre tant 
l'alis, buissons, chaume, pesas 
Qu'elle de mort n'eschappe pas. 

{Miracle de Nostre-Hamc, th. fr. au 
moyen rtge, p. 354.) 

Ele s'estoit nue dréciée 
Si avoit alumé le fu 
En une couche que grant fu 
D'eslrain de pesas amassez. 

(Guill. Lenoumand, Fabliau du Prestre 
et d'Alisoii, vers 3'JiJ". — Recueil 
de Barùazait, t. IV, p. 43'J.) 



PESSINES 



291 



PETIT 



PESSINES, nom de localité. 
Du vieux français : pesse, pes- 
seau, espèce de peuplier. (Roque- 
fort, Glossaire do la Langue 
romane.) 

PETASSEK, V. a. Raccom- 
moder, ravauder. En toulousain : 
petassou, ravaudeur; en vieux 
français : pétasse, morceau, pièce. 

Je ne sai s'il appela saint Silvin à 
son aide mais bien lui prit que l'estri- 
vière etoil pelacée d'éguilettes... 

(Agr. d'Ai-bignk, Baron de Fœiiestc, liv. ni, 

ch. vn, i. n, p. 135.) 

Le français a conservé l'aug- 
mentatif : rapetasser. 

PETAli» , nom d'homme. 
Ce mot désignait autrefois , 
d'après Monstrelet, le paysan 
qu'on faisait aller à la guerre, 
les fantassins ou gens de pied. 

De là est venu Pétaudière, 
nom de localité, signifiant habi- 
tation de paysan. 

PETEL^X, Pctoux, s. m. 

Celui qui a l'habitude de peter — 
par extension : pauvre diable, 
triste sire. 

A quinze ou vingt jours de là revint 
le notaire aussi gay, petou, résohi 
comme une brebis tondue. 

(Béronldo de Vehviile, Moyen de par- 
venir, t. I, p. 103.) 

L'un avccqucs prudence au ciel s'im- 

[patronise 

Et l'autre en fut chassé comme un 

Ij^etcux d'îglisc. 

(Math. Rbc.mek, Satijrr XIV.) 

PET I>E HOIVIVE, nom 

donné au beignet souCtlc!, friandise 
fabricjuée en plongeant de la pâle 
de beignets dans la graisse bouil- 
lante. Cette expression parait 



ancienne, car nous trouvons avec 
la mèijie signitlcation : moniales 
crepitus dans la lettre (|uarante- 
septième, du livre Kpislolœ obscu- 
rorum V7>or»/», imprimé en 1657 
et attribué à Ulric de Hutten. 

PETIOT, adj . Petit, tout petit. 

Pourquoy larron me faiz nommer? 
Pource qu'on me voit escumer, 
En une petiote fustc? (1) 

(Fr. ViLioN, Grand Testament, st. 18.) 

PETIT, adj. Mauvais, de peu 
de valeur. Qualificatif appliqué 
surtout au vin qui manque de 
force et de couleur. 

Je suis si ayse quant je trouve 
Ung très bon vin emmy ma voie! 
Ung bon vin jamais ne desvoye 
Ainsy que fait ung vin petit. 

{Sermon joyeux de bien boyre, anc. th. 
fr., t. n, p. 15.) 

PETIT, adv. Peu. 

Charles Martiaus ne le pot pas soffrir 
Car de ses homes ert forment apovris 
Petit en ot... 

[Chanson des Loherain.i, vers M'.) 

Il vuelont estre bien paie 
Et 2)etit de besoingnc fère. 

(RcTEBŒiF, de l'Lslal du monde, t. ï, 
p. 2-24.) 

PETIT (un), loc. adv. Un 
petit peu, un tantinet. 

S'est humblement à genoilz mis 
Devant le Duc et si li dit : 
Beau sire, entendez xin petit. 

{Chronique des Dues de Normandie, 
l. U, p. 517.) 

Pur mes deu.v bras ils ont la main posée 
Et m'ont mené ainsi qu'une cspousce, 
Non pas ainsi, mais plus roide un petit. 

(Cl. >UnoT, Epitre au Roy pour le délivrer 
de prison.) 



(1) Petiote fusle, petit navire. 



PETIT APRES 



292 



PIBALLE 



Altcn encoi'cs tin petit; chapitre ne 
l'oubliera pas. 

(Bonnv. des Phriehs, nouvelle III».) 

PETIT APRÈS (uu), loc. 
aJv. Un peu de temps après. 

Lo parax un petit après dissent à 
Pierron ki lai esteivent : Vraiement lu 
es de ceos, car lu es aussi Galilcus. 

(Trnduclioii de VEnangile selon saint 
Matthieu, en dialecte lorrain du 
XII* siècle.) 

PETOX, S. m. Polit pied, 
pied d'enfant. 

IIo, mon petit filz, disoit-il, mon 
peton que tu es joly ! 

(RADELAI3, Pantagruel., liv. II, eh. III.) 

PETOXCIiE, s. m. Coquil- 
lage bivalve, côtelé. En basse 
latinité : pectunculus, diminutif 
du latin : pecten, peigne, qui se 
trouve avec le sens de coquillage 
dans Pline et Horace. 

Sur la irrandc nécessité des Rochelois 
le Havre "fut rempli d'une monstrueuse 
quantité de sourdons et de pétoncles... 

(Agr. n'.icniGNÉ, Histoire Univ., liv. II, 
ch. Lin.) 

Puys lui offrent peclonclcs, lan- 
goustes, espelans 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LXIX.) 



PÉTRA, S. m. Homme lourd, 
gros rustre. En bas breton, /?t'/ra 
signifie : quoi? 

PETRASSE, s. f. Colère 
bruyante. 

PETUCHER, V. n. Babiller, 
parler bas et à l'écart. 

PEU, radical qui se trouve 
dans un i^rand nombre do noms 



de localités, corruption du vieux 
français : puy; en latin : po- 
dium (1), en celtique : pod, signi- 
fient éminonce, colline. En sain- 
tongcais, beaucoup de noms de 
localités ont conservé ce radical : 
Peu-nouvcLiu, Pou-richard, Peu- 
volant, etc.. Le terrier de Cour- 
coury porte le nom de Peus-de-Ia- 
Fade, colline de la fée. 

Fors chasteaus ont, bien clos de pal, 
Soianl sor roche, sor haut pui. 

(Roman de Tristan, 1. 1, p. 151.) 

PEU VOL AN, nom de localité 
située dans la commune d'Ecurat ; 
corruption du celtique : peulvan, 
pierre debout. Il existe, dans les 
environs, un ancien tumulus 
auquel on attribue une origine 
gauloise. 

PIA, Piau, s. f. Peau. 

Et de pials de bestes se vestent. 
{L'Image du monde, Fabliau.) 

L'ourse pour sa piau desguisce 
En vouloil cstrc mieux prisée. 
(Fabl. du Renard et de l'Ourse.) 

Et sur ces cercles giètent piaus de 
moutons que l'on appelle piaus de 
damas... 

(JoiNviLLE, Ilist. de S. Loys, ch. LI.) 

PIAUX, s. m. Cheveux; du 
latin : pilus, poil. 

PIBALLE, s. f. Frai d'an- 
guille — petites anguilles de la 
grosseur d'une aiguille à tricoter, 



(1) Le latin, podium, a désigné un lieu élevé; 
les architectes désiKnaient, par ce mot, un sorte 
ou console. (Voir Viiruvc, liv. II). On donnait !e 
nom de podium au souhassement des cirques, 
élevé au-dessus de l'arène, ou s'étalaient les 
siéKCS de Tompereur, des vestales, de certains 
mayislrats. (Voir ijuétone, Vie de IScron.) 



PIBLE 



293 



PICOTE 



qui remontent la Charente par 
quantités considérables. 

PlBIiE, s. m. Peuplier trem- 
ble. Mot d'origine celtique; en 
bas breton : pibol; en langue 
d'oc : piboul. 

Du couslé devers Beaulieu et le Mor- 
tier jusques à ung pible assez près 
d'ung pré qui est "à François Coquil- 

lon 

(Bail (lu 18 novembre 1-465 — Archives 
hist. de la Saintonge, l. X, p. 327.) 

Je planteray certains pibles ou popu- 
liers qui en peu de jours seront creus 
d'une bien grande hauteur... 

(B. Falissy, Rccepte Véritable, p. 99.) 

PIBOIiE, S. f. Cornemuse ou 
clarinette — coccinelle, bête à bon 
Dieu (petit insecte rouge). De là 
le verbe piholer, jouer de la pi- 
bole, et piholeux, joueur de pi- 
bole. Ce mot est dérivé du cel- 
tique pibon, pib, fliîte, pipeau. 

Furieusement en bataille marchantes 

vers nous au son des vezes et piboles. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXVI.) 

Marchiont doucement avec do pibolou 
Quatre ou cinq envion, de vrey fari- 

[bolou, 
Torsiant lou balot et baguiant leur 

[goule. 

{Gentc Poitevinerie, éd. do 160j.) 

Tout le monde, en Saintonge, 
connaît la ronde de l'ageasse : 

Au printemps la mère ageasse 
Fil son nid en in boisson 

La pibole 
Fit son nid en in boisson 

Pibolon. 



PIC, S. m. Oiseau insectivore 
qui frappe de son bec le tronc 
des arbres. En sanscrit : pikn, 
coucou. 

Le dicton maigre comme un pic, 
ne date pas d'aujourd'hui. 



Soubdain deviennent gras comme 
glirons ceux qui paravant estoient mai- 
gres'comme picz. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

PICAIIiliOXS, s. m. Argent; 
avoir des picaillons, être riche. 
Le picaillon est une monnaie de 
Savoie, valant un demi-liard. 

PICHET, s. m. Petit broc 
de terre ou de verre, chopine. Ce 
mot est d'origine germanique, et 
se trouve sauf mutation de p en h 
dans la plupart des idiomes du 
nord : tudesque -.pehhar, béchar; 
islandais : hikar; allemand : 
bêcher ; hollandais : hocker ; 
anglais : pitcher. En basse lati- 
nité, picherius a eu le même sens 
de bouteille ou de broc. 

Dom. Rollelus recognovit duos 

picherios magnos. 

(Inventaire année 134", Histoire du Dau- 
phinc, p. 3-4".) 

Or i faut et vans et corb^lles 
Et si i faut boissiaus et scilles. 
Pos et pichers 

{Le dit des choses qui faillent en ménage, 
nouv. rec. de contes,!. II, p. it)6.) 

Un pichet de terre, vous appelez cela 
un pot à l'eau. 

(Noël DU Fail, Propos rustiques.) 

PICOTE, s. f. Petite véroUe, 
variole. En basse latinité : picota. 

Picota, niorbus variolàrum, gallicc 
petite vérollc, non rarô picote dicitur 

quod faciem punctis dcformct 

(Du Gange, Glossarium, verbo picots.) 

Paliens fcbrem cum picota vcl vay- 
rolâ. 

(Mirncul. S. Urbnni V, in tnbul. S. Victnris 
Mnssilieiisis.) 

L'ung avoit la picole, l'auUrc le tac, 
l'aultre la vérollc. 

(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. LU.) 



PICOTE 



294 



PIGNOT 



PICOTÉ, adj. Marqué de la 
petite vérole. En termes de bla- 
son, se dit des pièces marquées 
de pointa de différentes couleurs. 

Car comme moy tu deviendras en 

[poudre 

Tout picoté comme est un deel à cou- 

[dre. 

(Vers du XV» siècle, cité par M. Nisard, 
Rev. de l'insCructionpubliquc,i'à no- 
vembre 1860.} 

PICOTIIV, S. m. Mesure de 
grains. Ce mot paraît d'orig'ine 
celtique, car en écossais et irlan- 
landais, peie et en gallois pcj, 
désignent une mesure de capa- 
cité. En basse latinité, picolinus 
dérive, dit Ménage, du latin paii- 
cum, parce que c'est une petite 
mesure. La Monnaye dérive 
picothidepichot, petit, en italien: 
piccolo. 

Quœ raseraia vel mensura Débet 

valérc très quarterios et duo partes 
unius picotini. 

(Descriptio bonorum dom. de Eska... cité 
par DU Ca:(se.) 

Beau sire, se la créature 
Prent tous les jours de son mary 
Le picotin à granl mesure. 

(CoQciLLART, Ics Droitz nouveaux.) 

Au XVP siècle, on disait quel- 
quefois pocotin, qui se rappro- 
chait de paucum et de poco. 

Au moins donnez-moi un pocotin de 
loisir pour cercher... 

(Renri Esiienne, Nouveau lang. franc, 
italianisé, t. I, p. 164.) 

PIDOU, Pldoux, noms 
d'hommes, signifiant poitrine d'oie 
vieux français pis d'oo, pis doue, 
et peut-être pied d'oie, pied 
large. 

Une ordonnance de 1293 (Hcq. 
des Métiers, d'Est. Boileau) nous 
apprend qu'un des échevins de 



Paris se nommait Guillaume 
Piz-Doe. 

PIÈCE, s. f. Morceau d'étoffe 
qui se place sur la poitrine. 

Une robe d'un gris bien faicte, 
D'ung fin gris changeant, bonne myne; 
La belle pièce à la poictrine. 
Tissu cramoisy; large front. 

(Guill. C00C11.1AHT, Mnnol. de la Botte 
de Foin, l, n, p. 209.) 

PIÈCE (bonne), locution 
employée par antiphrase pour 
désigner un mauvais sujet, une 
méchante personne. 

La bonne pièce : une meschante per- 
sonne par ironie. 

(OuDiN, Curiosités françaises, p. 48.) 

PIGEASSE, adj. Marqueté 
de blanc et de noir. 

Pigeassée au meillou quam plume 
d'ajasse. 

{Gente Poitevinerie, édit. de 1605.) 



PICii¥IER, Pinier, noms 
d'hommes et de localités. Ils dési- 
gnent un lieu planté de pins; 
et comme noms d'hommes, ils 
dérivent du vieux français : 
pignicr, pignivre, fabricant de 
peignes, cardeur de laine. 

Nus pignières ne puct ne ne doit 
reparailler pigne viez en la manière 
qu'il semble pigne neuf... 

(Eat. Boileau, Registre des Mestiers, 
p. 170.) 

PIGMOT, adj. Gourmet, déli- 
cat en fait de nourriture. Ce mot 
a eu également le sens de mala- 
droit, paresseux : // n'est pas 
pignot, se dit d'un homme coura- 
geux, habile. 



PIGOSSER 



29b 



PINELLE 



PIGOSSER, V. a. Béquelter, 
piquer avec le bec, manger par 
petits morceaux. 

PIGOUIIi, s. m. Humidité, 
éclaboubsure. Dérivé de l'hébreu : 
pggul, d'après M. Jônain. 

PIGOUIIiliER, V. n. Se 

mouiller, remuer l'eau avec les 
mains. Se dit surtout des enfants 
qui se plaisent à toucher l'eau. 

On appelle en Vendée, pi- 
gouille, une perche servant à 
pousser les bateaux dans les 
fossés vaseux des marais. 

PIIiOT, s. m. Morceau, tas, 
et par extension : rassemblement 
de choses et de gens. Un pilot 
de fagots, un pilot do monde. 

Et si s'accompagnoienl à un pilot 
vingt ou trente et s'escucuilloient, et 
puis boutoienl de grand randon contre 
le mur. 

(J. Froissabt, Chrniliq., liv. I, ch. I.) 

Ils mettront iceluy fumier par mon- 
ceaux ou pilots dans le champ. 

(B. Palissy, Receple Ycritable, p. 33.) 

PIIIPERADE, nom d'un 
allucnt de la Scugnc (rive droite), 
qui prend sa source dans les 
Landes de Montcudrc. Ce nom, 
de forme gasconne, rappelle la 
nature pierreuse du terrain semé 
de pins. 

PIÎi'CE-iTIORlIiliE, s. f. 

Jeu enfantin qui consiste à se 
pincer les bras on prononçant 
ce mot composé (d'après M. Bur- 
gaud des Marcts.) 

La jouoit à itinse morille, au 

poirier 

[ïUBBUiB^GaijfaïUua, liT.I,cli. .\XII.) 



PIIVE, S. f. fruit du pin; en 
latin; phiea. Ce mot a aussi le 
sens du latin : pénis. En breton : 
pen, bout, tète. Ménage le dérive 
du latin : pipinna, qui se trouve 
dans Martial : 

Drauci naUa sui vocal pipimiam 
Collalus cui gallus est Priapus. 

(JUbtul, Epif/rammey cité p«r MÉrucB, 
Orig. de la Lang. française., p. 118.) 

Dans la vieille langue française, 
ce mot a été souvent employé 
dans le sens que lui donnent nos 
paysans : 

Chascune qui les va nommant 
Les apele ne sai comment 
Horces, bernois, riens, piches, pines 
Ausinc com ce fussent espines. 

(J. DE Meing, Roman de la Rose, 
\er3 "89-2'.) 

Le mot pinne, avec deux n, 
dérive du latin : pinna, et a 
signifié nageoire. 

Estendant toute la main comme une 

œsle d'oiseau ou une pinne de poisson. 

(Rabeliis, Pantagruel, liv. H, ch. XIX.) 

/ 

PII¥EAU, s. m. Vin cuit mêlé 
d'eau-de-vic. 

Qu'on boive muscadet, clarc 
Ypocras et vin de pyncau 
El dit qu'on n'y melle point d'eau. 
{Sermon Joyeiuv, anc. ih. fr., t. n, p. 11.) 

Puis bcul un horrible traict de vin 
pineau cl altendirenl que l'on apprestat 
le soupper. 

(RABELii8, Gargantua, liv. I, ch. XXXVIII.) 



PIM EAU, PincI, noms 
d'hommes. Jeune pin, raisin noir, 
vin cuil. 



PIXEIiLE , Pinclleric , 

noms d(î localités, mriiui origine 
que ci-dessus. 



PI NIER 



206 



PIREVOLLET 



PIIVIER, s. m. Arbre pin, 
pinus piuciï de Linné. Désigne 
aussi un lieu planté de pins, et a 
été conservé en Sainlongo comme 
nom de localité : le Phiier, la 
Piniève. 

Sommerivc fit d'abordôe pendre au 
pinicr d'Aix où so faisoil le prcsche, 
vingt-quatre, ne voulant point se des- 
dire. 

(Agr. d'Audigxé, ///s/, t''Hii'.,liv.I,p.lDl.) 

PIiVTER, V. a. Boire. On y 
retrouve le radical du grec : 
Hivecv. 

N'est nus qui chascun jor ne pinte 
De CCS tonneaus ou quarte ou pinte. 
Ou mui, ou setier ou chopine. 

(J. DE MErwG, Roman de la Rose, 
vers 6853=.) 

PIIVTOX, S. m. Biberon. 
Diminutif de pinte, vase à boire, 
mesure de liquide. 

PIOT, s. m. Dindon, à cause 
de son cri, dit M. Jônain. 

Vous n'estes pas mon amyot — 
Dca, je suis plus tray qu'un pyot 
Et me donne trois brins de joye. 
{Farce de Jolyel, nnc. th. fr., 1. 1, p. 52.) 

On dit aujourd'hui, en Sain- 
tonge, gai com' perot; la répu- 
tation (ie gaîté du dindon est due 
à son cri qui ressemble à un 
ricanement. 



PIPE, s. f. Grande futaille — 
rafraîchissoir du serpentin de 
l'alambic. Ce mot dérive du latin : 
pipare, piauler, qui a fait pipo 
dans le sens de pipeau, musette. 

Le roy Edouard fit mourir son frère 
le duc de Clarence en une pippe de 
malvoisie. 

(Pb. DE CoMvrfEs, Mémoires., liv.I, ch. VU.) 



PIÇUE-BEU, s. m. Celui 
qui pique les bœufs avec l'aiguil- 
lon, le petit garçon qui marche 
devant l'attelage de la charrue. 

Le pique-bœuf ne so liaste pas trop 
de respondrc 

(Bonav. des PÉniEna, Coilles et Joycttx 
Devis, 71« nouvelle.) 



PIHEIiOlVGiE, nom de loca- 
lité. Il y subsiste une tour massive 
construite en moellons et haute 
de soixante-quatorze pieds, dis- 
tante de deux kilomètres de 
l'abbaye de Sablonceaux. 

Cette tour fut, dit-on, élevée 
par un lieutenant de César, Lon- 
ginus, d'où le nom de Pila-Longini 
devenu Pirelonge. Cette opinion 
de quelques antiquaires n'est pas 
partagée par la plupart de leurs 
confrères. M. de La Sauvagère 
(Recueil d' Antiquités delà Gaule) 
admet que cette tour est le 
monument d'une victoire rem- 
portée par Jules César; Bouri- 
gnon y voit un tombeau : pyra 
longa, bûcher élevé ; M. Massiou 
pense ([ue cette tour n'est autre 
chose qu'une colonne itinéraire 
de la voie romaine de Saintes à 
Bordeaux, entre les stations de 
Mediolanum et de Novioregum, 
comme la tour d'P^béon qui est 
placée entre Mediolanum et Aune- 
do nnacum, sur la voie de Saintes à 
Autun. 

PIREVOIiLET, s. m. Jeu 

saintongeais (jui consiste, d'après 
M. Burgaud des Marets, à faire 
retomber sur la pointe un bâton 
garni de plumes. 

La Jouoit au court baston, au 

pirevoilet, à clinc-mucette 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXU.) 



PIRON 



297 



PITEYABLE 



PIRO\% S. m. Oison. En 
Normandie, on appelle une oie : 
pirote. 

Iz-arian dit d'in jar qui défend ses 
[pirons. 
(BurgauJ des Mahets, fable eu patois 
saintoiigoais.) 

PI§SAT, s. m. Urine. Ce 
mot, comme le féminin : pisse, a 
une origine germanique, car son 
radical se retrouve dans toutes 
les langues d'origine tudesque 
ou Scandinave. Suédois : piss; 
danois et hollandais : pis; an- 
glais : piss; allemand : pisse, 
signifient urine ; suédois et islan- 
dais : pissa; danois : pisse; 
hollandais et allemand : pisscn ; 
anglais : to piss, signifient uriner. 

Li enfès Audigier fu bien norriz 
Trois fois le jor le baignent en un 
[seilliz (1) 
Qui trestoz est puanz de pisséïs. 

(Fabliau à' Audigier, vers 1G2°. — Fabl. 
et Contes, t. IV, p. '2-21) 

Kn suif et poix, deslrampéz dclessive 
Kaicte d'eslronls et de pissai de juive. 
(Fr. Villon, Grand Testament, p. 76.) 

Torrent fait de pissat de bœufs. 
(Sàint-Amast, Roman ridicule.) 

PI§SE DE niIE.V, cham- 
pignon qui pousse sur le bois 
pourri. 

PISTOIiFl, s. f. Valeur de 
dix francs. Les paysans comptent 
encore par jjistoles et doubles 
pisloles, comme par écus; au 
XVII" siècle, la pistole était une 
pièce d'or non battue au coin de 
France et qui valait onze livres. 
(Voir Hichelet, DicHonnairc fran- 
çais, édit. de 1G80.) 



(1) SeiUii, vase, d'où sont restés seille et 
seau. 



Gagea cent j)istoIes qu'il lircroit et 
n'y manqua pas. 

(Agr. d'Aibicné, Baron de Fœneifle, liv. UI, 
ch. VI.) 

Le mardi, le Conseil de ville 
Fit un règlement fort utile 

Savoir que 

Elle donneroit la somme 

De quinze pistoles de poids. 

(Courrier burlesque de Paris, Haza- 
rinadc.) 

PITARD, Pitaiid, PltoniL, 

noms d'hommes, synonimes de 
miséricordieux, compatissant; du 
bas latin : pitosus, et du vieux 
français : pilé, pitié, miséricorde. 

Premier parlons d'humilité 
Contre le grand péché d'orgueil 
Elles ont douleur et pilé 
En maintien, en cucur et en œuil. 

{Le Miroir des Dames.) 

Au XVIP siècle, pitaud a eu la 
signification de rustre, de paysan. 
(Hichelet, édit. de 1080.) 

En vain l'amoureux tout surpris 
De sa pitaude oïant le cris 
Se rend la trogne furibonde. 

(Saim-.\mam, Roman ridicule.) 

Ce jntaud doit valoir pour le point 
[souhaité 
Bachelier et docteur ensemble. 
(Lafosiaine, Contes.) 



PITKVAIII.E, adj. Digne de 
pitié — charitable. En vieux 
français : pUcablc. 

En icellc place poure famés lingères, 
vendeurs do petits sollers et poures 
pitéables personnes vendeurs do mes- 
mes fcrpcries 

(Ordonnanco do 1302, de Jumeau, prévôt 
do l'aris. — Registre des ilestiers 

d'Est. BOILBAU, p. /tli.) 

Ceste vaillante prcudc femme... avoit 
plusieurs serviteurs en amours... tant 
cstoit doulce et ))itéable. 

{Cent Nouvelles du roij Louis XI, 
'6'f uuuvolle.) 



PLACE 



29S 



PLATUE 



PIi.\rE, s. f. Plancher, sol 
d'iino chambre. D'où on a fait 
lave-place, brosse emmanchée 
d'un bâton servant à laver les 
planchers. 

D'abord leurs escofQons ont volé par 
[la place. 

(MouÈRE, l'Etourdi.) 

PLAlXE§EIiVE, Plenc- 
selve, noms de localités. En 
latin : plana-silva (en plein bois), 
d'après la G allia. (T. Il, col. 892). 
En vieux français : selve, forêt. 

Entr'els n'en at ne pui ne val ne tertre 
Selve ne bois, asconse n'y poet estre. 
(Chanson de Roland, vers 3292«.) 

PliAIA'IER, adj. Uni, plan; 
du latin : planus. 

E s'il frai de Jérusalem si la dcs- 

truirai et abaterai e aplanierai si cura 
suit planier tables. 

(Livre des Rois, liv. IV, ch. XXI, verset 13.) 

Mes long-espée ne vout plus demorer 

Ly et sun graunt chival ûst à tere 

[tumber 

Curt à cel amiral un chimin tut pleiner. 

(Poi-me anglo-normand sur la bataille de 
Mansourah. — Voir Joinville, édit. 
de 1858, p. 338.) 



PliAIIVT, s. m. Gémissement, 
plainte. 

Tant mieux vaudroil me taire que 

(parler 
Car profiter ne me peuvent mes plains. 
(Charles d'Orléins, Rallade.) 

C'est le bon Pan à la mort duquel 
furent plaintz, soupirs, effroys et lamen- 
tations en toute la machine de l'univers. 

(Rabelais, Pantagruel.) 



PLAISAJVCE, s. f. Plaisir, 
joie. 



Mais la yvaie plaisance 

De volupté finit tousjours en repentance. 
(BiïF, Poésies.) 

PIjAWTE, s. f. Jeune vigne, 
terrain nouvellement planté. Du 
bas latin : planta. 

Et siti sunl duo solidi prœdicli super 
unam -plantam quœ vocatur longa rca. 

[Charta anno 1Î86, in Chart. S. Yaudreg., 
t. II, p. 13tt'2.) 

Oncques le bon vin du cru de la 
Devinière, en la plante du grand Cor- 
mier, au dessus du moyen grolier... 
(Rabelais, Pantagruel, lir. III, ch, XXXII.) 

PIiAI¥TIS, s. m. Lieu planté 
de vigne — vigne d'un seul 
tenant. En basse latinité : plan- 
terium. 

Frères esloient ambdos jumel 
Pais avoienl buen et biel 
Et riche planteif tôt dis. 

{Roman de la guerre de Troyes.) 

PliASSAC, Plassay, noms 
de localités. En vieux français, 
plaissay, plaissé, plaisseiz, pies- 
sis signifient clos, parc fermé de 
haies. En basse latinité : plessa, 
plais s ia. 

Par où vint-il de l'abaïse? 
Sire, dii-el, par le postis 
Qui est devers le plaisseïz. 

(Le Segretain vioine, vers 374». — 
Fabliaux, 1. 1, p. 254.) 

La localité de P/assa^ est dési- 
gnée, au XIII° siècle, par le latin : 
Plassayum : 

Anno domini 1256 in crastinum obiit 
dom. hugo Felftti quondam rector hujus 
ecclesiaî de Plassayo tandem venera- 
bilis episcopus sanlonensis qui legavit 
capellano de Plassayo vineas suas, 
scilicet dcpodio belaul. 

{Gallia Christiana, t. II, col. 1074.) 



PLATUE, s. m. Poisson 



PLEIN 



299 



POINÇON 



d'eau douce qui se pêche dans la 
Garonne. Les lacs de Suisse ont 
un poisson du même genre , 
nommé la plate : 

La plate vil dans le lac de Thonon 
et se pêche rarement ailleurs. 

(De SicssiBE, Voyage dans les Alpes.) 

PliEIA^ (tout), loc. adv. Un 
grand nombre — entièrement. 

Caries li rois nostre emperère magne 
Sel ans tuz pleins ad esled en Espagne. 
{Chanson de Roland, stauce I.) 

Et tumba une merveilleuse graislc si 
grosse... laquelle... tua hommes, fem- 
mes, enfans et bestail en tout plain de 
lieux. 

(P. DB L'EâioiLE, Mémoires, t. VI, p. II.) 

PliESSlS, nom d'hommes et 
de localités. En vieux français : 
petit bois, taillis — parc. 

Li mast, dunt numbres n'ert petiz, 
Ne ressemblout mais plessiz : 
Avis esloil que fust uns bruil/.. 

{Chronique des Ducs de Normandie, t. I, 
vers 1019«.) 



PliEURER DES ŒlIiS, 

pléonasme saintongeais qui n'a 
pas besoin d'explication et est 
très ancien : 

Tiret sa barbe cum hom ki est iriet, 
Plurent des oilz si baron chevalier. 

(Chanson de Roland, rers 2il i*.) 



PliUlTIAIIi, S. m. Plumeau 
fait avec les plumes des ailes des 
volailles. 

Frère Jean les regardoil de coustô 
comme un chien qui emporte un plu- 
mail. 

(RinsLAis, Pantagruel, liv. IV, ch. LI.) 

Ou bien me faisoil un beau plamail 
de plumes de chapon. 

(Not'l Di' F*iL, l'ropos Rusti<}ues, ch. VII, 
p. •:7.) 



PliUIflER, V. a. Exploiter 
quelqu'un —le ruiner— lui l'aire 
payer le plus possible. 

Cette expression est aussi an- 
cienne que les impôts. 

Car s'ils eussent été sage 
Ils fussent quites de fouage (1) 
Dont li rois chascun an les plume. 
(r.uillnume GtunT, elle par Littré.) 

POCHÉE, s. f. Sac — un 

plein sac. — En basse latinité : 
pochia. Ce mot, comme poche, 
parait avoir une origine Scandi- 
nave, car il se dit en anglo-saxon : 
pocca; en islandais : poka; en 
anglais : poke. 

Une pochée de seigle que le suppliant 
avoit fait amener. 

(Teite du XV* siècle, cité par du Cahgb, 

au mol pochia.) 

POI (un), adv. Un peu. 

Un poi plus amont. Pierres, toi con- 
plainssis (2). 

{Dialogue de S. Grégoire, Unducl'iou du 
XII' siècle, liï. IV, ch. VIII.) 

POIIVÇOX, S. m. Pièce de 
vin, expression usitée dans la 
Touraine et l'Anjou. On dit pon- 
çon, en Franche-Comté. 

Et burent si net qu'il n'y demeura 
une seule goutte des deux cens trente 
et sept poinsons. 

(RiBBLAis, Pantagruel, \i\. II, ch. XXVIII.) 

La terre cherche tousjours le bas 

comme la lie dans un poinson de vin. 

(B. Palibst, Discours Admirables, p.3G3.) 

Le poinçon était comme la 
queue, une mesure do capacité 
au moyen âge : 



(1) Fniiage, latin: foagium, impôt exigé par 
leselKneur pour chaque feu ou foyer (focus) de 
son tenancior. 

(■i) i'aulo superius, Pelre, quïslus es. 



roisoN 



300 



PONS 



Chascun lonnel doit ij deniers de 
rouage (1) ; ij queues et ij pondions 
pour le tonnel. 

(Ordonnance de la ville de Paris. — Beg. 
des Mestiers d'Est. Boileau, p. 296.) 

Au XVP siècle, le poinçon 
valait cent qiialre-vingl-douzc 
pintes. 

Et contient le poinçon douze jallayes 
et chaque jallaye seize pintes, coutume 
d'Orléans. 

(Olivier de Sekres, 7/ieà/rf d'Agriculture.) 



P0I§03i', s. f. Substance 
venimeuse — femme méchante. 
Ce mot, masculin en IVancais, 
s'emploie au ftîminin dans noti*e 
patois comme dans l'ancienne lan- 
gue. Du temps de Malherbe, il 
était encore féminin. 

Amors m'aporte d'espérance 
Une merveillose poison 
Qu'avoit conlite en sa maison. 

(Touriiniemenl de l'Antéchrist, éJi- 
timi de 1851, p. 79.) 

Je senlois la poison de mes os devallée. 
(Philippe Despoiites, Poésies.) 

Au XVIP siècle, poison était 
devenu masculin, et Ménage s'in- 
digne que le féminin soit quel- 
quefois employé : 

Ils veulent malgré la raison 
Qu'on dise aujourd'hui la poison. 
Une épigramme, une anagramme. 

(.MÉNAGE, liequHc des Dictionnaires.) 

POIiI€îI¥AC, nom de com- 
mune, canton de Matha. Ce nom 
se trouve écrit en laiin : podemp- 
niacum ; radical : podium, colline, 
montagne. (Voir Lorédan Lar- 
chey). On peut plus simplement 
lui attribuer la signilication de : 
domaine de Paulinus. 



(1) /J')«a//e,imp(it.sur les liquides transportés, 
c'est notre droit de circulation actuel. 



POIVE, Ponnc, s. f. Jarre 

où l'on sale le lard. Dans le 
Berry et le bordelais : cuvier en 
bois pour la lessive. On y place 
le linge par assises régulières, ce 
qui pourrait suffire pour faire 
admettre l'étymologie ponere , 
placer. 

POXER, V. a. Mettre au jeu, 
payer ses dettes, dérivé du même 
mot latin : poncrc. 

POA'FT, s. m. Toton, petite 
toupie qu'on fait tourner avec les 
doigts. 

POiVU'U, Ponun, participe 
passé. Pondu. Le vieux français 
avait le verbe ponner, pondre, 
dérivé sans doute du latin : 
poncrc. 

On avoit mis un œuf au cul de la 
poule qu'elle avoit achetée pour faire 
croire qu'elle ponnoit et elle n'avoil pas 
depuis ponnu... 

(BéroaMe df.Xerville, Moyen de parvenir, 
t. U, i>. 224.) 

Tant s'cnlramèrent ambedui 
Qu'en un ni ensemble pouneient. 
(Marie de France, fable 80.) 

Aucune femme nourrissoit 
Une géline en sa maison 
Qu'elle aymoit fort et chérissoit 
A cause qu'en toute saison 
Luy pounoit un œuf frais de rente. 
(Gilles CoiinozET, Fables d'Esope, p. 209.) 

Mais, dcmandoit Pantagruel, ces beaux 
oiseaux icy une fois avolez retournent- 
ils jamais plus au monde ou ils furent 
ponnus. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. IV.) 

POUS, nom de localité. Quel- 
ques écrivains ont choisi l'étymo- 
logie de ce mot dans le nom d'un 
prétendu fondateur, Elius Pon-^ 
lias, petit-fils du grand Pompée. 



PONT 



301 



PORREE 



Il paraît plus naturel que les 
ponts, nécessités ])ar les nom- 
breux méandres do la Seug:ne, 
aient donné leur nom à la ville 
dont les armoiries sont : do yncules 
à trois ponts d'or. La Gallia 
Christiana désigne l'une des 
églises de Pons par les mots : 
iS. Vivianus de Pontihus. 

En 1179, Richard Cœur de Lion 
ravagea cette ville qui devint 
plus tard un poste militaire impor- 
tant dont il subsiste un donjon 
carré fort massif et très ancien, 
car il est mentionné dans une 
charte du 28 août 1083. Son âge 
vénérable ne l'a pas mis à l'abri 
des outrages de nos contempo- 
rains. 

POA'T, part, passé. Pondu. 
Cette forme est usitée comme 
celle de ponnii. 

Castor et PoUux, de la coque d'un 
œuf, pont et csclous par Lcda. 

(Raiiel.vis, Garyanlua, liv. I, ch. VI.) 

POX'FERE AU, Pontrcan, 

noms de localités, signiliaiit petit 
pont. En latin : Ponliciilus; en 
basse latinité : PontcUus. 

Le comte de Salleberry (Salisbury) 
fui tué dans la tonnelle du Pontereaa 
(à Orléans.) 

(.■Vmo3 BAnBOT, Histoire de La Hocliellc, 
t. I, p. 29i.) 

PO^'T-I/A«ï5l':, nom de 

localité, paraissant signilior /;o;?< 
do Fabbé. Cette explication est 
contredite par les dénominations 
latines des anciennes chartes : 

Donamus huic sacro loco P. Mnriœ 
in hoc pai^o Santonico curtem unam 
scilicel Pontem-Labium. 

{Cit. fundat. tibh. S. Mario: apud Siui- 
lones, anno lOi".) 



... Seoruendo terras do Pontelabio et 
de fontibus usque ad cruccin aux Se- 
fjuins.,... 

iCharta guill. 17/, anno 11-29. — Archives 
de l'uilifr.s.) 

POPII.IOX, s. m. Peuplier, 
du latin : j)opuhis. En vieux fran- 
çais : poplicr. 

POÇrE, s. f. Trou dans la 
terre où les enfants jettent leurs 
billes dans le jeu de ce nom. 

P«^IE«, V.' n. Mettre dans 
la poque. (Voir ce mot.) 

PO K €01 AI RE <<«iaiiit-), 

nom de localité, dérivé de por- 
cariiis, gardeur de pourceaux. Ce 
môme mot latin a donné naissance 
à un grand nombre de noms d'hom- 
mes : Porcher, Porcher on, Por- 
cher eau, etc. 

POKREAL', s. m. Poireau, 
plante potagère (allium porruni 
de Linné). En basse latinité : 
porrelhim, diminutif du latin : 
porrinn, poireau. 

L'un avoil envoyé un clinppon aux 
porreaux, l'autre au saphran. 

(Boiiav. DK3 PÉitiEiis, m» iinuTellc.) 

Au point du jour s'en va dans son 

Ijanliii cueillir 

Des clioux ou des ;joioTt'ai<.r pour les 

Imeltre bouillir. 

(PiBnAO, Plaisirs de (a vie ruslicque, 
p. 120.) 

Il ressemble les îioreaiu', il a la leste 
blanche et la queue verte. 

(OcDiN, Curiosités françai.ies, p. 139.) 

POKKÉi:. Pour 6e. s. 1. 

Plant de poireau. 

Mangeoit choulx cl chioit pourrée. 
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.) 

21 



PORT-DT.NVAUX 



3oi 



POSSIBLE 



Le restant des bons lourdaux par- 
loient du décourt du croissant, quand 
il feroit bon planter pon'ée. 

(Noël nr Fail, Propos Rustiques, cU. III, 
p. 30.) 

On connaît l'expression sain- 
tongeaise : planter la pon'ée, qui 
signilie : faire la cabriole la tète 
en bas. 

PORT-D'EXVAUX, nom 

de localité, port d'en bas, port de 
la vallée t^portus in vallein) des 
vieux mots val, vaii. 

Le Port-dEnraux est situé 
dans des prairies marécageuses, 
au nord-ouest des marais de 
Saint-James où Louis IX, en 
1242, mit en fuite l'armée anglaise 
après avoir forcé le passage du 
pont de Taillebourg. 

PORT - DES - SAXTOA §. 

Ce lieu, désigné par les anciens 
géographes sous les noms de Por- 

tUS-Sanlonum, ilav-ovwv X-.av.ov, 

était situé, d'après Plotémée et 
Strabon, entre l'embouchure de 
la Garonne {Yolc,-j\vix -ozx^lo-j 
ex^oXat) et celle de la Charente 

(KcvîvTîXou TTOTaiJLO'j Ex^oXa-.). Valois 

et Bourignon le placent à 
Brouage; le père Arcère, sur la 
presqu'île d'Arvert; d'Anville, à 
l'embouchure de la Seudre ; La 
Sauvagère, à la Tremblade. Sans 
égard pour l'ordre indiqué par 
Plotémée et Strabon, d'autres 
géographes le croient situé à La 
Rochelle. 

Il paraît probable que le Por- 
tus-Santonum se trouvait dans le 
voisinage de la tour de Brou, au 
pied de laquelle on arrivait autre- 
fois par mer ivoir Brou) ; la voie 
romaine de Saintes à Bordeaux 
se détournait de sa ligne directe 
pour y passer et toute la contrée 



environnante (Saint-Romain-de- 
Bonet, Toulon, PMrelonge) est 
couverte de débris de construc- 
tions anticjues, qui démontrent 
l'existence d'un centre important, 
probablement la station romaine 
de Novioregum. 

PORTAI!, s. m. Portail. 

Et si i a quatre portaus 

Dont li mur sunt espès et haus. 

(Guill. DE Lonnis, Roman de la Rose, 
vers 4432».) 

Ilaulsez vos testes, grans portaulx, 
Huys éternels, tenez vous haultz. 

(Cl. Marot, Psaume XXIV, t. IV, p. 103.) 

C'est aux grands portaux que bâtent 
les grands vents. 

(Bhanti5mf,, Dames galantes, dise. 4», 
p. 130.) 

PORTEilIEXT, S. m. Santé, 
comment on se porte. 

Et luy donnoit mille accolades, remer- 
ciait Dieu de son heureux retour et bon 
portement. 

(Facétieuses nuits de Straparole, traduc- 
tion du XVI« siècle.) 



POS.SIBL.E, adj. Employé 
adverbialement pour : peut-être, 
si cela est possible. 

Ne la refusant, j'en diray possible 
confusément mais au moins la vérité. 

(Noël Dc Fail, Propos Rustiques, ch. Ill, 
p. 126.) 

Possible tu voudras me départir de 

[quoy 

Je puisse m'adonner aux muses de 

[requoy. 

(Ant. Baïf, /«■■ Eglogue, p. 2.) 

La refuser n'était pas sûr 
Même un refus eut fait possible 
Q'on eut vu quelque beau matin 
Un mariage clandestin. 

(Lakontaine, le Lion amoureux, liv. IV, 
fab. I.) 



POSSIBLE 



308 



POUACRE 



POSSIBL,F (aul, loc. adv. 
Beaucoup, exlrêmernent. 

L'Eternel est grand au possible. 
(Ph. Despobtb:!, Psaume XIV.) 

Mais Ctésiphon qui a le cerveau déli- 
cat au possible, n'en savoit supporter 
une pinte, sans estre incommodé. 

(Théophile Vuro, Fragment d'une 
Histoire comique, ch. IV.) 

POSSIBLE Ql'E, loc. conj. 
Pour pout-Otre que. 

Possible que, malgré la cure qu'elle 

(essaye, 

Mon âme saignera longtemps de ceUe 

[playe. 
(MoLiÈBF, Dépit amouriux, act. IV, se. III.) 

POTÉE, S. f. Un plein pot — 

se (lit aussi des viandes qui doi- 
vent être mis au pot pour l'aire du 
bouillon. Du celtique : pod, pot. 

Escoutez le sermon divin 

Ce n'est encor que i'introïte — 

Mais la potée est-elle cuytte? 

{Farce moralisée, «ne. ih. fr., t. I, 
p. 161.) 

Il est esveillé comme une potée de 
souris. 

{Dictionnaire Comique de J. Le Rom. — 
Lirre des Proverbes français, i. 1, 
p, 203.) 

Tout leur mathon (1) et toute \ear potée 
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. 

(ViLios, Ballade XI.) 

S'il baisloit, c'estoient potées de pois 
piles. 

{Ri«ELAis, Pantagruel, lir. I, ch. XXXTII.) 

POTE\CE, S. f. Béquille, 
en basse latinité : potcntia, bâton 
pour soutenir un malade. 

... Slelil impotens nec poteral ambu- 
lare nisi cum potcntiis sive crossis. 

(Miracul. Urbani V, cité par dc Ca.ice.) 



{\)Mathon, lait caillé. 



Li hermile Tristan connut 
ï^or sa potence apoié.fu. 

(Roman de Tristan, t. I, p. G7.) 

Tant pas esloit de grant viellune 
Qu'el n'alast mie la montance 
De quatre toises sans potance. 

(Guill. DE I.o«Ria, Roman de ta Rose, 
vers 358».) 

Les estropiez n'ont pas plus besoin 
de leurs potences pour cheminer, qu'il 
a besoin de lieux communs pour faire 
des livres. 

(Guez DE Balzac, Lettres.) 

Le mot polencti est encore 
usité en blason pour dési^rner un 
objet en forme de béquille : de 
sable ù la croix potencùc d'ar- 
gent. 

POTET, s. m. Petit pot. En 
celtique : pod-ev, pot à eau. 

La tierce pour devise 'a voit un beau 
et profond hanat de porcelaine : la quarte 
Mnpotet d'or à deux anses. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. I.) 

Les écoliers désignent par 
potel le trou creusé en terre qui 
leur sert à jouer aux billes. 

POTIRO.V, s. m. Espèce de 
cliampignon. Ce mot, en français, 
désigne, un légume connu dans 
la Saintongc sous le nom de 
fjirauinont. 

Ou ccluy qui s'engendre ainsi qu'un 
[potiron. 
(RossABD, Bocage royal, 2»* partie.) 

POr.%€UE, adj. Vilain, sale, 
aflVcux, du latin podagcr, gout- 
teux (grec : rooaYpô;). 

Et si déiste à très toute la jent 

(Jue je cstoic powacrcs non puissanz (1). 

(Amis et Amiles, Ter» 3W1'.) 

{\^ Et vous avez dit !i tout le monde, que 
j'étais un vilaia impuissant. 



POUGNON 



301 



POURSUIRE 



POrfîA'O^^ S. m. Enfant, 
gros comme le poing-, du laliii 

pUffUUS. 

POriiAULI.E, s. f. Volailles, 
tout ce qui peuple la* basse-cour. 

Il puet par droit vendre... toute 2^o«- 
laille, toute sauvagine. 

(Est. BoiLEAu, Livre des Mestiers, p. 36.) 

Je prends la mort vaille que vaille 
Bien en gré et en pacicnce 
Francs archiers ont pris ma j^OHlaille 
Et osté toute ma substance. 

(Martial D'AcvEncNE, la (jraiit Danse maca- 
bre des femmes.) 

L'officier du palais chargé de 
l'élevage des volailles s'appelait: 
poulailler. (Voirord. deSt-Louis 
de 1261.) 



POIîIjIIVE, s. f. Jeune jument. 
On dit aujourd'hui pouliche, 
bien que Buffon se soit servi du 
premier mot. 

Les jeunes poulins se fatigueraient 
autour des poulines et s'énerveraient 
sans fruit. 

(BiFFoN, Histoire 7iaturellc des quadru- 
pèdes, 1. 1.) 



POllIilXER, V. n. Mettre 
bas en parlant des juments. 

Une jument qui poulina un poulin 
qui avoit une teste d'homme bien for- 
mée et le reste d'un cheval. 

(Ambroise Paré, ch. XIX, cité par LiirnÉ.) 



POUMAT, S. m. Boisson 
ferrnentée faite avec des pommes, 
c'est le cidre des saintongeais. 
En basse latinité : pomaceum. 

POUMERASI^E, s. f. Pom- 
mier sauvage. 



POl'ïî, préposition employée 
souvent à la place do par. 

Moût fait l'amour que vilaine 
Qui commence por faillir. 

{Chanson de Coucy, st. IV.) 

POUR €K ^UE, locution 
conjonctive employée à la place 
de parce que. 

lie dycecy, mes très chers frères, pource 
Que i'amytié la chère nous rebourse. 
(Cl. Marot, l'Enfer, 1. 1, p. 49.) 

POUKE, s. f. Peur, frayeur, 
on a dit autrefois pour, paour. 

Si gardum ben le monument 
Si nul venge por lui embler 
Nus le ferum grant joour aver (1). 

{Résurrection du Sauveur, Mystère du 
XI» siècle, th. fr. au moyen âge, 
p. 19.) 

Et de mauvais affaire 

Seroit celuy qui te vouldroit meffaire 
Dy moi, n'ayspaottr 

(Cl. Marot. l'Enfer, 1. 1, p. 36.) 

POURMEl^^EK, V. a. Pro- 
mener, se promener. 

Les astres et les planètes ne sont 
pas oisifves, la mer se pourmeine 
d'un costé et d'autre. 

(Bernard Palissy, Reeepte véritable, p, 48.) 

Item une autre fois je me pourmenois 
le long des rochers de cette ville de 
Xaintes. 

(W/rf, p. 51.) 

On a dit aussi proumener. 

Aux champs Elysiens son âme se 

[proumeine. 

(Passerai, La mort d'un moineau.) 



POURSUIRE, V. a. Pour- 
suivre. 



(1) Aussi gardons hien le monument 
Si {juel'iu'un vient pour l'enlever 
Nous lui feront grand peur avoir. 



POUSSE 



305 



PRE-LE-ROY 



Humble cuer toudis (1) doit travailler 
Et poursuive failz de chevalerie. 

(Eustache Deschjlmps, Poésies.) 

POUSSÉ, adj. Sg dit du vin 
qui a pris un certain mauvais 
goût. 

Mais il luy faisoit mille maux et lui 
faisoyt manger le pain bis el boire vin 
pouké. 

(Rabelais. Pantagriiel^Viw II, ch. XXX.) 

En advint un inconvénient bien grand : 
tout le bon vin d'Aurelians poiilsa el 
se guasta. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ct>. VII.) 

Au XIIP siècle, on a dit dans 
le môme sens bouté. Ce verbe 
avait autrefois la signification de 
remuer, frapper, pousser. 

Je vous fais asavoir qu'ils vienncnl 
(les vers) de diverses viandes réchauf- 
fées et de ces vins enfuteiz et boteiz. 

(RciEBOBUF, le dit de l'Erberie, 1. 1, p. 257.) 

POUSSE-PIE», s. m. Ba- 
teau plat servant à la culture des 
moules dans le pays d'Enandes 
et do Charron, ainsi nommé du 
mode employé par les /jo»('//e7e?/i's 
pour le faire glisser, à marée 
hasso, dans les rigoles des 
bouchots. (Voir ces mots.) 

PKK, prép. Pour, prc-quicu, 
pourquoi. 

Clochard : Et bien pre quieu qu'c-lo 
Maillé: o lest (jue l'église ou a bcn 
ordonné. 

,'A>:ri|i|in d'aibiom';, Harnn de Fa'iicslr, 
liv. II, ch. IX, t. I, p. 80.) 

Quand vous en bcustes dernièrement 
et taslastos de tous vos vins, vous 
dites : ceslui-ci est pre les valets. 

(Guill. BorniiET, les Scrces, liv. I, cb. I, 
t. I, p. 57.) 



(1) Toudisi toujours. 



PRÉE, s. f. Prairie, du plu- 
riel latin /3rfl/«. 

Ciere el série (i) et bêle ostoit 
La matinée el alemprée (2) 
Lors men alai parmi la prée. 

(Guill. DE Lonnia, Hnmun de la Rose, 
vers I'2l«.) 

Et quand parmy les prées 

\olent les papillons aux ailes diaprées. 

(RonsABD, Amours, 1. 1, p. 18-4.) 

Nymfes qui dessus la prée 
Bnllez aux rais (3) de la nuit 
D'une danse mesurée. 

(Remy Belleau, Bergeries, i" journée, 
p. 35.) 



PREGUIIiliAC, nom de lo- 
calité, du vieux français praici, 
praiau, pré, prairie, accolé de la 
terminaison ac (voir ce mot). Ce 
nom pourrait cependant avoir la 
signification do ])rofit-li'Oin})(!iir, 
de gain frustré, dont les synoiii- 
mes sont fré(iuemnient appilcjnés 
à des champs ofi la culture n'a 
pas donné de bons résultats. Dans 
le nom PrvQuiJIac se trouvent en 
effet les vieux mots IVançais prà, 
profit, avantage, guillcr, tromper, 
(juille, tromperie. 

Bien li porra tout à loisir 
Moslrcr cl dire son corage 
Tort li a pré (4). 

{Le lais de Gugemcv, vers 457".) 

Moult vont le siècle guilant. 

{Bible Guiot de Provins.) 

Diex ne list oncques évangile 
C'on ne puisse tourner à guillc. 
{L'Image du mande.) 

PKÉ-LIvKOY, nom d'un 
lieu-dit situé à Saintes. On s'v 



(1) Série, traïuiiiillo. 

(■ij.t/rwprcc, tempérée, ou peut-être humide, 
trempée. 

(3) Hai.s, r.iyoïis. 

(4) Lui a enlevé le profit. 



PREMIER 



306 



PRIX-FAIT 



ballait en duel autrefois si nous 
en croyons l'anecdote de la ren- 
contre du baron de Fœneste avec 
le saintongeais Corbineau : 

C'est le Corvineau dont, pour ce 
qu'il estoit estropié d'un«vras et d'une 
jambe, je l'appelai a chcbal au pré-lou- 
roy. 

(Agr. d'Ai-bigné, Baron de Fœneste, 
liv. n, ch. XVI.) 

PREMIER, adjectif pris 
adverbialement pour première- 
ment, d'abord. 

Mais il vuelent primes saveir 
Sun estre et sun cunleneinant. 

(Marie de France, Fable XXII, t. U, 

p. m.) 

El vienne tost, car mort prent (tant 

[est dure) 

Premier les bons, laissant les vicieux. 

(Cl. JUnoT, Sonnet de l'étrarque, t. m, 
p. IbO.) 

PREiVIIER 4JUE, locution 
employée pour avant que. 

J'en boy à \o\i^, premier </we jem'en 

[aille. 
(Olivier Basselin, Vaux de Vire, p. M.) 

PRE.VGE, subjonctif du verbe 
prendre, qui .se prononce prenrc. 
(Voir ce mot.) 

Bon porchaz sera, ce li semble, 
S'ajoster puct, par nul espleil, 
Que li fdz à la mère seit 
Et que le premje en mariage. 

{Vie du pape Grégoire le Grand, 
Xn- siècle.) 

Nus sélier ne pun-t prendre aprentis 
autre que les persanes desus dites, que 
il ne le premje à mains de terme de viij 
ans de service. 

(Est. B0II.E41-, Livre des Mestiers, p.iJl-2.) 



PREXRE, V. a. Prendre. La 
conjugaison saintongcaisc est 
assez irréguliùre : prétérit : je 



prcnis; futur : Je pr dirai; sub- 
jonctif : que je prcnrje. 

L'asséurat et promisist 

Que jamais oiscl ne pranreit 

El que riens ne lor forfereit. 

(Marie de Fiunce, Faô/c LX,YA7r,t.II, 
p. 331.) 

PR ȧ, préposition prise adjec- 
tivement dans le sens de proche, 
prochain (proxinms.) 

Item je donne à mon barbier 
Qui se nomme Colin Galarne 
Près voysin d'Angelot Cherbier 
Un gros glasson pris oii? en Marne. 
(Fr. ViiLuN, Grand Testament.) 

PRE§ISIf$, s. m. Produit d'un 
pressage — le suc que l'on obtient 
des raisins pressés. En vieux 
français: pressis, suc, jus. (Voir 
Rociueibrt, Glossaire do la Lan- 
gue romane.) 

On donnera à l'accouchée un pressis 
de chapon. 

(Ambroise Paré, cité par Litiré.) 

PRESSURE, s. f. Action de 
presser le fromage pour en faire 
sortir le petit lait — ce mot dési- 
gne aussi le petit lait. 

Je sçay pisser contre le vent 
Mesurer lait, battre le beurre 
Mettre le fromage en pressure. 

(Mnisire Hambuelin, Farces françaises., 
p. 20(5.) 

PREUVE, S. f. Eprouvelte 
dans laquelle on mesure le degré 
de l'eau-de-vie. 



PRISE, s. f. Portion de 
marais, lais de mer. Ce qui est 
pris sur la mer. 

PRIX-FAIT, s. m. Entre- 
prise à forfait, tâche. 



PRIX-FAITEUR 



307 



PROUILLON 



prix-faitei:r , s. m. 

Ouvrier qui exécute à forfait cer- 
tains travaux. Usité dans le 
Blayais pour désigner le bordier 
qui cultive les vignes à un prix 
lixé par journal. 

PROClIFi, adj. Prochain, 
voisin. 

Dieux! qu'un bonheur extrême est 
[proche du malheur. 
(GoMBitiT, Poésies.) 

PROFITOX, s. m. Petite 
excroissance près des ongles, 
envie. Du latin : proïîccre, aug- 
menter. 

PRO:?Il-:LOGIi), adj. Pré- 
coce, se dit d'iui l'ruit ou d'un 
légume de primeur. Dérivé , 
d'après M. Jônain, do primo loco, 

P R O II O \ T 1 R I<M> E S- 
SAJVTOXS, en latin : Pro- 
montorium-Sanlonum; en grec: 
ilavTwvwv à/.pov. Plotémée le place 
entre l'embouchure do la (laronne 
et celle de la Charente; Marcicn 
d'Héraclée, à quatre cent soixante- 
quinze stades de l'endjouchure 
de la Garonne , à cin([ cent 
soixante de celle de la Charente, 
soit environ aux six Ireizièmosde 
la distance ([ui sépare ces deux 
points, comptés à jiartir de Cor- 
douan. 

Quehpies géograj)iies placent 
le Pronwntoirc-flcs-Sniitons à 
Blaye; le père Arcère, au Chcl, 
près d'Angoulins ou à la pointe 
des baleines (ilo de Hé); doni 
Pou(piet, dans la presipi'ile d'Ar- 
vert , La Sauvagère , au cap 
Ghassiron (cnpiit dironis), au 
nord-ouest de l'île d'Oléron. 

L'île d'Oléron était autrefois 



réunie au continent (voir Oléron) 
et il- est possible que le relief du 
cap Chassiron, très remanpia- 
ble sur la ligne des côtes de 
Saintonge, ail fait donner à ce 
cap le nom de Promontoivc-dcs- 
Santons, mais, si nous admettons 
l'exactitude des distances du géo- 
graphe Marciuu d'Héraclée, l'opi- 
nion de dom Bouciuet parait 
devoir être préférée. 

PROU, adv. Assez, beaucoup. 

Car enfui toute crantle dame pour 
son honneur doit donner un peu ou 
prou. 

(Bramôme, Dames Galantes.) 

Les princes mo donnent prou s'ils ne 
m'ostcnt rien. 

(MoNTAic.NK, Essais, liv. m, ch. IX.) 

PROl'FITARIiE, adj. Qui 
raiJ|)orto du protlt, du hénéllcc ; 
en latin : pruliccrc, gagner, aug- 
menter. 

Li saint et H prodome que Dicx traisl 
d'enfer, liquel avoienl menées lor tons 
vies douces et por/itables. 

{Credo do Joinvule, ch. XXIX, p. i'8.) 

.)c les vous quitte — ils sont passables — 
Ils sont parbleu bien prou f/i tables. 

{Le Diniirea}! l'allieliiiyReniril de Farres, 
Sulties et Mnralitès, \\. 1 13.) 

PROUFITFR,v. n. Profit(>r, 
grandir. 

Roses aussi de diverses grandeurs 
^^'on ne les cueull sans prouf/itcr 
Lpérisscnl. 
(l'I. MvHoT, Epilli.dr lie née de h'ranee.) 

l'ROLIliliO.V, s. m. Timon 
volant a\'('c imc cliaiiui pour 
atteler deux bu'ufs devani deux 
autres. Latin : protclmii (d'après 
M. Jônain). On trouve en vieux 
franrais : prunlivru, trait do 



TROUST 



30S 



PUNAIS 



corde, courroie, chaîne servant à 
tirer une charrette. {Roi{uefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

PROrST, l'roux, noms 
d'hommes. Des vieux mots fran- 
çais : prou, preus, pros, prus, 
(jui signilîent sage, prudent. En 
bas breton : prcws. 

PROUVABLE, adj. Certain, 
prouvé ou facile à prouver. 

Et se ce semble doutable 

C'est bien par argument prouvable. 

(Jean de Meing, Roman (le la Rose, 
vers 5063».) 

PROVICJA'EBS, V. a. Cou- 
cher en terre des pousses de 
vigne pour leur faire prendre 
racine, faire des provins. 

N'a ne boef ne charrue ne vilain en arée 
'Ke-xignc provignié ne coulure semée. 

(Wace, Roman rie Rnii, t. I, p. 73.) 

PRLWELliE, s. f. Prune 
sauvage. En basse latinité : pru- 
jiellum , des deux mots prima 
nigella. 

Transmissas epulas qure prima ni- 
[fjella vocantur. 

(Venaul. Fortl'.naius, liv. II, poème 16.) 

Et encore luy demande-elle souvent 
des prunelles à buissons, des cerises 
et des poires. 

(Quinze Joyes de Mariaye, cb. VIII, p. 101.) 

PUAXTISE, s. f. Puanteur, 
mauvaise odeur. 

Pour la puantise des besles que l'on 
luoit en l'ost. 

(J. l'RotssAni, Cliron., liv. II, p. 'iflO.) 

PUCIIEU, Pucbaud, noms 
d'hommes, dérivés des vieux 



mois puescli, pucli, colline, mon- 



tas'ue. 



PliECH, s. m. Colline de 
sable sur la côte d'Arvert. Voir 
le mot peu, dont piiecli est la 
forme gasconne. 

PlI۔ET, nom d'homme; du 
vieux français : pug, puig, puits; 
en latin : put eus. En langue d'oc, 
puget signifie élévation, comme 
le vieux français : pucli, puy. 

PUIiMOJïIQUE, adj . Malade 
des poumons, catharreux, asthma- 
tique. 

Le mardi, 30% M. Hotloman, advocat 
en la cour mourust à Paris, en sa mai- 
son, pulmonique, en la fleur de son 
aagc. 

(P. DE i.'EsToiLE, Mémoires-Journaux, 
t. vn, p. 47.) 

Un fanlosme de corps fiévreux et 
\pulmoniqae. 
^Ronsard, Elégie XXIX, t. IV, p. oil.) 

PUJVAIS, adj. Qui sent mau- 
vais du nez — se dit aussi du blé 
attaqué du charbon. En proven- 
çal : pulnais, où se voit le radical 
put; du latin : piitere, puer. 

Vilain punès 

Fit Kenart, qu'alez vos disant? 

{Roman du Renarl, vers 5171».) 

On avait autrefois le substantif: 
punaisie, puanteur, maladie du 
nez. 

Nous nous bouchions que nous ne 
pouvions durer pour \ixj)uneisie qu'issoit 
du sac. 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, p. 265.) 

Punaisie ou orajna n'est autre chose 
qu'un ulcoTC profond et puant qui est 
au dedans du nez. 

(Anibroise Paiié, XI, cilé pur LiriiiÉ.) 



PUPUT 



309 



QUASI 



PUPUT, s. m. Huppe, oiseau. 
En latin : upupa, qui est dérive 
du cri ordinaire de l'animal , 
d'après Gh. Nodier, Dictionnaire 
des Onomatopées. 

Diable! que me conseilles-tu... me 
munir de langues depuputz et de cœurs 
de ranes verdss. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IH, cli. XXV.) 

PUTE, s. f. Faucheux, arai- 
j^née do champ. Cet insecte sert 
à deviner, dans un cercle de filles, 
celle qui se mariera la première. 

PUY RAVAUD, nom de loca- 
lité. Du vieux français : piiy, 
éminence, hauteur. (Latin : po- 
dium.) 

Traversa les marais et gaigna au 
dessus le puy... 

(Rabelais, Garganlita, liv. I, ch. XLVin.) 

Puyravaud est désigné au 



XI» siècle dans la charte de fon- 
dation du monastère de la Trinité 
de Vendôme, sous le nom de 
Poio-Rabelli (poio pour podio) : 

In eodcm pago (Xantonico) ego 
Agnès conccdo ecclesiam de Poio- 
Rabelli cum omnibus ad eam perlinen- 
tibus mcim quoque partem exclusè do 
ponte Xantonico 

(Cliarla Goffrrdi, Coin, .iiidegav. 
31 mai 10 iO.) 

La fin de ce texte ferait suppo- 
ser qu'il s'agit de la colline située 
à Saintes, entre les rabanières et 
les roches. Le même lieu est 
indiqué d'une manière plus pré- 
cise dans une charte de 1:270, 
constatant une cession au prieuré 
de Saint-Eutrope par Foulques de 
Malha : 

Furchas nionasterii S. Eutropii 

cl a dictis furcis proul itur ad fluvium 
Karanlonis juxta feodum de Podio- 
Ravelli. 

{.irch. hist. de Saint, l. H, p. -272.) 



Q 



QUART, Qiiartnut, s. m. 

Petit tonneau dont la contenance 
varie suivant les localités. 

En l'eminc a deux bichols, au biiMiot 
deux quartaux. 

((îoustumier gênerai, XVI» siùclo, cité 
par LiTinÉ.) 

QUAKTACiKUK,s.m.Celui 
qui cultive pour le quart de la ré- 
colte. Du latin : quartam agcrc 
{■s. enl. partem) ou qnarla garba. 

Par vos pordi-ge mon froment 
Où j'avoic la quarte jarbe. 

(Roman, du Rcnart, vers 201-1".) 



QUARTERON 

d'un cent, d'unr '■■■ 



^ s. m. Quart 
livre. C'est une 



mesure de (juanlité (25) ou de 
poids (125 grammes.) 

Apparcillicr ou mettre par quarlerons 
por faire peser au poids le Roy... 

{Registre des Métiers d'Esl. BoitEAr, p. 148.) 

Loup-garou doncqucs s'adresse à 
Pantagruel avec une masse toute d'acier 
pesante neuf mille sept cens quintaulx 
deux (luarlerons. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. U, cli. XXIX.) 

QUA^il. Qiiuwimonf. adv. 
PiH!S(pi(!, pour ain^i dire. C'est le 
latin lui-même. 

Ilélas quasi qu'amour 

Se peust par ces travaux adoucir qucl- 
[que jour. 
(A. Daït, Egloguc II, p. 5.) 



QUEMISE 



310 



QUIBUS 



Au feu que mon cueur a choisy 
Jeclez y, ma seule déesse, 
De l'eau de grâce et de liesse 
Car il est consommé quasy. 
(Cl. Marot, Rondeau YI% l. II, p. 130.) 

C'est une ville en vérité 
Aussi grande quast que Tliébe. 
(Molière, Amphytrioii., act. I, ac. I.) 

QUEMISE, s. f. Chemise. 

La quamisc qui ert bien blanche 
Senetie que douce et franche 
Estoit celé qui la vestoit. 

(Joan DE JIeung, Uomaii de la liosc.) 

QUE^'AlLIiE, s. f. Petit 
entant, marmaille. Du celtique : 
kenaw. M. Boucherie fait dériver 
ce mot du saintongeais : qiiener, 
vagir, se plaindre. 

sont de mauvaise quenaille. 
{Gente Poitevinerie, édit. de 1605.) 

Les puces et les poux et telle autre 
[qtienaiUe. 
(Mat. Régnier, Sat. X.) 

QUEIVER, V. n. Gémir par 
suite d'efforts ou de souffrance, 
vagir, se plaindre. En vieux fran- 
çais, le mot quenaux désignait 
les mendiants, les gueux qui 
gémissent pour apitoyer les pas- 
sants. 

^VE^VEUIIiliE, s. f. Que- 
nouille. En basse latinité : conu- 
cula, diminutif de colus. 

Ilasples ne fuseaus ne keneules. 

(Froissart, le Dict don Florin, vers 8i« 
— Poé.sies, p. 104.) 

Ql'E.VOTTE, s. f. Dent d'un 
petit enfant. De l'ancien français : 
quenne, dent; mot d'origine Scan- 
dinave ; islandais : konnu, mâ- 
choire. 



Prendre le volt, mes il failli 
Kt ne porqu.mt quatre des pennes 
L'errcmislrcnt entre les quennes {\). 
{Roman du Rcnart, vers 731'.) 

QUÉRIR, V. a. Chercher; 
du la lin : qiiœrere. 

Si averad un meis c un jour de quer 

le (2). 

[Lois de Guillau)He-le-Conqucrant, 
ch. IV — XI» siècle.) 

Et ne scéust en nule terre 
Nule plus bêle dame querre. 

(Guill. DE Lorris, Roman de la Rose., 
Portrait de Dame oyseuse.) 

Là me vint quérir mestre Pierre de 
Corbon 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys.) 

QUÉREUX, s. m. Terrain 

nu, cour non fermée entre une 
maison et la voie publique. C'est 
ce que dans le Bordelais on 
aj)pelle : aisines. 

Quelques étymologistes tirent 
ce mot du celtique : cairn, lieu 
pierreux, amas de pierres, qui a 
été retrouvé avec ce dernier sens 
dans la langue des esquimaux. 

QUEUli^IlVE, s. f. Cuisine; 
latin ; coqiiina. Le cuisinier s'ap- 
pelait, au moyen âge, qiicii, queux, 
de coquus. 

Et à sa quesine furent asis chascun 
jur dis bues gras de guarde. 

{Livre des Rois, liv. III.) 

QUIBUI^, s. m. Argent mon- 
nayé. « Il a des quihus, dit Ledu- 
chat, c'est-à-dire des écus, do 
quihus Ihint oninia. » On dit 



(1) Il voulut le prendre mais il le manqua; 
pourtant (|ualrc de ses plumes lui restèrent 
entre les dents. 

('■î'j II aura un mois et un jour pour le cher- 
cher. 



QUIGNON 



311 



RABATER 



aussi : il a de quoi, avec le même 
sens. 

Et besoingna au mieulx qu'il peut 
comme dessus, moyenn;int de quibus 
que la gouge tant bien sravoit avoir... 

{Cent Nniii'i'llrs du rny Louis XI, 
ch. LXXVIH, p. Il l.) 

Il falloil qu'il vint sus au jus 
La fournir à son appclit 
Car qui ne fonce de quibus... 

(Guill. Cogrii.iART, Plaidoyer de la 
Simple et de la Rusée, t. II, 
p. 'i-i-) 

Ne falotes fourbir vos coquilles 

A seigneur ny à coquibus 

S'ilz ne vous baillent des quibus. 

(Roger DE CoiLEBYE, Sermon pour une 
nopce, p. i'2i.) 



QUIG^'OA^ S. m. Morceau 
de pain, bout de pain, de cuncus, 
coin. 



La femme de Pierrot un quignon de 
[païn coupe. 

(Plaisir des Champs, XVI* siècle, cité 
par M. LiTTHÉ.) 

QUIXAIID, nom d'homme. 
En vieux Iraiiçais : sot, camus, 
grueux. (Rochefort). Ce inol peut 
d'ailleurs cHre considéré' comme 
une abréviation de Jacquinaud, 
dérivé de Jacques. 

O l^ î T E , adj . Affranchi , 
dégagé d'une dette. Du latin : 
quietus, tranquille. 

A toz jors quitcs on seroiz 
Que jamès jors ne l'paicrois. 

(Lt Romans de Dolopathos.) 

Li lalemclier (1) qui sont haubanier (2) 
sont quites de tonlieu (3) des pors qu'il 
achètent et de ceux qu'il revendent. 

(Est. BoiLEAi-, Livre des Mestiers.) 



FI 



K.lltAIiE, s. f. Grande pelle 
servant à amonceler le grain dans 
l'aire — espèce de lilet à prendre 
les oiseaux. Dans le glossaire de 
Rochefort, ce mot est délini : 
espèce d'outil. 



RABAIiEU, v. a. Ramasser, 
réunir en tas, en se servant ou 
non (le la rabalo (voir ce mot). 
On dit au figuré : // m'a rabalé 
mon argent, dans le sens de 
gagner ou escroquer. 



RABATEE, s. f. Correction 
manuelle, volée tic coujis, Inpage 
vioUîiit.Dii vieux français : rabat, 
lutin, revenant. 



Faisoit le rabas toute la nuict pour 
faire miracle. 

(Béronlile nr, VEnviiiE, ilnijen de parvenir, 
1. 1, p. 110.) 

La mommerie dos rabats cl lutins. 
(R.vuEiiis, Pantagruel.) 

Au XVP siècle, le mot rahatéo 
a été un nom propre : 

En la maison de Rerjnie Rabattéc, en 
la paroisse Saint-M;iur 

(Uéclnratiiin de lo.'i.l. — Arch. hist. de 
Snintomje, X, 85.) 

K ABAT Eli, v. a. Faire du 
bruit, remuer bruyamment, bat- 



(1) Talemrlier, lioulaiiRcr. 
(•2) //(i«/'(j;i(cr, soumis h un ilrnil de plncagc. 
;.S) rH;i//V'H,(troii(l'cntroc(Oclroi ou(loiianc); 
eu basse latinité : lolconium. 



RABOBELINER 



312 



RADOUBEUR 



tre. Dérivé comme le précédent 
de rabat, lutin. Nicot et Tripault 
le tirent du grec : PâpittEiv, se 
promener haut et bas, frapper, 
faire du bruit. 

Crie, huche, bat et rabasle 
Formenl s'angoisse et mult se haste. 

(Chronique des Dues de Normaiidie{ 
t. ni, vers 3-2806».) 

esprit donc, bon feroit, ce me semble 
Avccques toy rabbâtcr toute nuyct. 
(Cl. Marot, Epiijr., t. HI, p. 75.) 



RAISOBEIilIVER , Y. a. 

Raccommoder, rapetasser. 

Il se vauldroit mieux consoler 
A rabobelinei' vos soulder 
Que de penser à leur foUyc. 

{Farce d'un Chauldronnier, anc, lh.fr., 
t. n, p. 106.) 

RABO^VXIK, V. a. Rendre 
bon, améliorer. 

Ces paroles et aultrcs raboinirent et 
adoucirent grandement le corage dou 
roy d'Engleterre. 

(FnoissARi, Chroni'j., liv, I, § 238, t. UI, 
p. lOo.) 

KABOU^IXf':», V. n. Faire 
des plis. Cette étoile est toute 
rahousinée. 



RACAILIiE, s. f. Réunion 
de gens méprisables — homme 
de mauvaises mœurs, de basse 
extraction. Ce mot dérive d'un 
primitif germanique qui signifie 
chien, comme canaille dérive de 
canis. En ancien anglais : rack; 
en islandais : raki ; en vieux 
allemand et en hollandais : rakel; 
en suédois : racka, signifient 
chien. Quelques étymologistes ont 
indiqué comme origine le grec : 
pàxo;, guenille. 



L'iiommc d'cstat et la racaille du 
pcuiilc 

(Guillnumc Bouchet, Scrces, liv. UI.) 

R€IfE, s. f. Teigne des 
enfants, maladie éruptive de la 
tète. 

Porrigo, teigne, râche, roignc 

(Texte du XVI» siècle, cité par du Gange, 
au mot porrigium.) 

Le vieux français avait l'adjec- 
tif : raclions, galeux, teigneux. 

Et por ce qu'il le tiengne en pais 
Li raclions consent le pugnais 

Ne se desconfortent de rien 
Pour ce que l'un et l'aultre put. 
{Bible Guiot, vers 2604».} 

RADOUBER, V. a. Raccom- 
moder. On disait autrefois vedaii- 
hci\ ce qui semble indiquer pour 
étymologie : aube, blanc; du 
latin : albiis. Cette opinion est 
d'autant plus probable que radou- 
ber a eu le sens propre et figuré 
comme blanchir. 

Li barillier puet et doit raparelller cl 
radauber les viez fuz méhaignicz. 

(Est. BoiLEAU, Livre des Mestiers, p. 103.) 

Le dit comte de Charolois se radouba 
cl rapaisa avec son père le mieux qu'il 
put. 

(CoMisKs, Mémoires, liv. I, 1. 1, p. 11.) 

L'autrejour que j'estoi assis près d'un 

[ruisseau 

Radoubant ma musette avecque mon 

[alcsne, 
Je vy dessus le bord le tige d'un beau 

jfresne. 

(RoxsAiiD, Ei/l. I, — Poésies choisies, 
p. 180.) 



RADOUREIIR, s. m. Rac- 

commodeur, celui (jui remet un 
membre en place. Dans ce dernier 
sens, il est synonime de rebou- 
teur. 



RAFAITER 



313 



RAISINE 



Ce prestre esloit lorreln, excellent 
radoubeur, il racoulroil plusieurs estro- 
piez dans le païs. 

(Agr. d'Aibigné, Fœiicste, liv. II, ch. VI.) 

RAFAITER, V. a. AiTanger, 
remettre en état, réparer la toi- 
ture. 

La chose qu'i firent première 
Fu en l'église de Saint-Père 
Qui auques esteit empeiriée; 
Celé fu mult jent r'afailiée. 

(Chronique rfcf Ducs de Normandie, t. I, 
vers 1U991«.) 

RAFFARD, nom d'homme. 
Du vieux français : raûarcler, 
railler, se moquer. 

RAFFET , nom d'homme. 
D'après Ménage, dérivé du verbe 
rafei\ enlever, ou du vieux fran- 
çais : râlait iei\ rafctior, rajuster, 
raccommoder. 

Sire Hains savoit bon mestier 
Quar il savoit bien rafétier 
Les côtelés et les manliaux. 

(Fabliau de sire Uains et de dame 
Anieuse.) 

Borel cite le substantif rnfotier 
avec le sens d'entremetteur. Dans 
la langue d'oc, raiïct désigne le 
raifort ou radis noir. 



RAFISTOIiER,v. a. Arran- 
ger, raccommoder. Dans la Suisse, 
on dit vapistoqucr et rahistoquev. 
On trouve dans le vieux français 
le verbe appistoJcr avec le même 
sens : 

Et povcz bien penser si le bonhomme 
est bien aise de se estre ainsi appislolé. 
(Les Quinze Juyes du Mariaije.) 

RAGA\'E, s. f. Rigole. Dans 
l'Aunis : raqalc (voir glossaire 
de 1780). Du vieux français : 



rager, rayer, couler; dérivé du 
\{\lin -..rigare. On trouve dans le 
glossaire de Roquefort : ràgasso, 
inondation causée par de fortes 
pluies. 

RAIMBAID, RaiiihaïKl. 

noms d'hommes dérivés du ger- 
manique : raim-hald (conseil- 
hardi), d'après Lorédan Larchey 
{Dictionnaire des Aoms.) 

RAIXAIi, Rainaiid, noms 
d'hommes dérivés du germani- 
que : 7't\9iiifl/f/(^consciller-ancien), 
d'après Lorédan Larchey. 

RAIXE, Raue, s. f. Gre- 
nouille, dont le diminutif est 
rainette; du latin : rana. 

Ki enveiad en eals tute manière de 
musches, qu'elles manjassent e reines 

qu'elles déperdissent? (l) 

(Livre des Psaumes, ps. ", vers. 45, 
p. 14-2.) 

Et il gist en cel fossé mors 
Tôt eslendu com une raine. 
(Poème du Renart, vers o983«.) 

Jadis avint qu'en un cslanc 
Entur les rives et ou fane (2) 
Ot des raines granl cumpaignies. 

(Mnrie DR France, Fable XXVl, t. II, 
p. 115.) 



RAIS, 

radius. 



m. Ravon. Du latin : 



Si revient toute enluminée 

Des rais que li soleil li monstre 

C,)ui d'autre part reluit encontre. 

(G. DR Loniii.i, Roman de la Rose, 
Tcr8 .1808*.) 



raisim: 



m. Confiture 



(1) Quis immisii in cisomncgcnus muscarum 
ulconicderenl cns cl ranas ut dcperdcreut cos? 
(2; Ou faite, dans la vase. 



RAI5INETTE 



311 



RAMU 



faite avec du mont do raisin et 
des fruits. Ce mot était féminin 
autrefois. Olivier do Serres donne 
la recette do la raisinée au 
tome II, page 033, dô son Théâtre 
cV Agriculture. 

RAISIXETTE, s. f. Mauvais 
raisin, petit et mal mûri. Dans le 
vieux langage de Lorraine : 
résinet, raisin. 

Pommes, poires de mainte guise 

Et en vayr (automne) le résinât. 

{Guerre de ileli, st. U, p. 108.) 



RAIii:, s. f. Jambe. Tirer h 
raie, marcher péniblement. 

Il existe près de La Tremblade 
un village des Balles. 

R.\TiER (.se), R aller (se), 

v. réll. Marcher en se glissant, en 
se frottant le long d'un abri qui 
vous cache. 

Je voyois aussi le renard qui se 
ralloit le long des buissons, le ventre 
contre terre 

(Bernard Palissy, lieceple Véritable, 
p. 111.) 

R'AIiliER, S'en r'allcr, 

v. réll. Retourner, s'en retourner. 

Li emperères Alexis s'en r'alla en la 
ville. 

(ViLiF.HARDoiiN, Couq. (Ic Cuiislantiitnple, 
p. 75.) 

En si prisent congé pour râler en lor 
pais. 

(//vV/., p. 413.) 

Se je ne savoïe parler 

Il m'en faudroit de ci raller. 

(Jeh. FiioisnKiiT, Plaidnierie de la 
Roze et de la Violette, p. 132.) 

Raluns nus en, si feruns bien; 
A tant li lièvre rétamèrent 
En lur contrée s'en r'alèrent. 

(Marie dp, Fhance, Fable XXX, t. H, 
p. 160.) 



RA]?IE, adj. Rnmcux, garni 
de branchages. 

Se dit aussi des légumes tels 
que pois et haricots qui ont 
grimpé à des soutiens de bran- 
chages : 

Et que l'oiseau parmy les bois ramez. 
(Ronsard, Amours, 1. 1, p. 90.) 

RAITIEIiliE, s. f. Anse d'un 
panier, généralement faite de 
tiges tlexibles dépouillées de leurs 
fouilles et tordues. De raniellus, 
diininutif de ranius, rameau. 

RAlIFilfRAI, forme irrégu- 
lière du futur du verbe ramener. 

Tel parule direit pur veire 
Dont l'arundoille recevreit 
Et li moingnels li remanreit. 

(Marie de France,FûW(? L.Y.YX/K, t.H, 
p. 3o0.) 

RAMER, V. a. Garnir un 
champ de branchages pour y faire 
s'y attacher des haricots ou des 
pois. De ranms, rameau. 



RAMPOJVER, V. a. Railler, 
critiquer. 

Folie est d'autrui ramposner 
Ne gens de chose araisoner 
Dont il ont anui et vergoigne. 

(Le Sentier batit. Fabliaux et Contes, 
t. I, p. 100.) 

Quant la dame s'oïl si ramposner 
Vergoigne en ot 

(Queues de lictliune — Romancero 
français, p. 107.) 



RAHIU, adj. Rameux, qui 
a des branches couvertes de 
feuilles. Le saintongeais dit sur- 
tout ramé. (Voir ce mot.) 



RANCIIE 



3lj 



RAQUER 



Foilles i avoit à plenlé 

En tout le plus lonc jor d'cslé 

N'i péussiez choisir le ray 

D'où soulcil, tant par est ramns. 

{Li Lais de l'Oiselel, Ters 60«.) 

En Berlain revenrai qui ert au bois 

[ratmi. 

(Li Rumaits de Bertc aus yrans pics.) 



RAXCIIE, s. f. Ridelle ou 
fourragère de charrette; du bas 
latin : ranchonum. 

Le suppliant frappa icelui Perrinot 
d'un baston ou ranche de charreUe. 

(Teito du XV» siècle, cité par Df Gance, 
Gloss. de la Ba^se lalinité.) 



RAIVDOIV, s. m. Elan, essor. 
Le français a conservé randonêe 
dans le langage de la chasse. 

Et emmi ol une fontaine 

Dont l'ieaue estoit et clère et saine 

Et surdoil de si grant randon. 

(Li Lais de l'Oiselet, vers 53".) 

El quant il fut chëu geule baée 
Si li pisse el visaige de randonêe, 

{Fabliau d'Audif/ier. — Recueil de Bar- 
bazait, i. IV, p. ■iiS.) 



m.\S€M (de), adv.En rang, en 
ligne droite — de suite, consécu- 
tivement. 

Plus on voit de choses en un seul 
livre en trois mois que n'en sauroient 
voir à l'icil et entendre par expérience 
vingt hommes de irang vivans l'un après 
l'autre. 

(Ph, DE CoMi:<E3, Mémoires, liv. H, i.I, 
p. lOii.) 

Je ne luy ouy oncques dire qu'il fust 

las et si ay esté sept années de ramj 

en la guerre avec luy 

(/M., 1. 1, p. 31.) 



RAPE, s. f. Grappe de raisin 
dont les grains ont été enlevés — 
grappes sur !os([uelIcs on met de 
l'eau pour faire de la piquette. 



Allemand : rnppe, grappe; pro- 
vencftil : raspa; italien : raspo. 

Les râpes de leurs raisins bruslent et 
calcinent les lamines d'airain et les 
réduisent en vert de gris. 

(Bernard Palissy, Reccpte lVr(7aWc, p. 30.) 

RAPK, s. m. Piquette, bois- 
son obtenue en faisant fermenter 
avec de l'eau des raisins ou du 
moût. Ce mot était français au 
XVIP siècle, et se trouve dans 
Richelet, édition de 1680. En 
basse latinité, raspctum avait le 
sens de vin renouvelé, vinum 
recentatum. (Voir du Gange.) 

Qui vinum suprâ uvas habuerit quod 
raspetum vocatur, in tavernis ipsum 
vendere non polesl. 

(Charta llenrici duc. Brub. pro commu- 
nia DruxelL, anno l-i-i'J.) 

Aucuns font ce vin qu'on appelle 
rappé dans des tonneaux défoncez d'un 
costé 

(Olivier de SEnnEs, Théâtre d'Agriculture, 
liv. ni, p. 197.) 



RAPER, V. n. .Grappiller, 
chercher les raisins oubliés par 
les vendangeurs. (Voir nipc.) 

RAPETASSER, v. a. Hapié- 
cier, raccommoder. Du vieux mot 
pétasse, augmentatif de pirce. 

Je veiz Diogènes qui faisoil enra- 
ger Alexandre le grand quand il n'avoil 
bien rapetassé ses chausses. 

{Rx»f.ikis, Paiilagruel, liv. II,ch. XXX.) 

En patois toulousain : petassou, 
ravaudeur. (Voir le Glossaire des 
Poésies, de Goudoulin.) 

RAQL'E, s. f. Diarrhée. 
(Voir raquer.) 

UA^L'ER, v. n. Aller en 



RAQUITER 



316 



RAVAUD 



diarrhée. En vieux français 
raquioi\ cracher, du latin scrcarc. 

HAQriTER (sc\ v. réfl. 
Regagner ce qu'on a perdu. Cette 
expression était encore usitée au 
XVIP siècle : 

Je perdais dix pisloles, mais à la fin 
j'ai joué de bonheur et je me suis ra- 
quité. 

(Exemple cité par Richeiet, Dictionnaire 
français, éd. de 1680.) 

RASCOr'ET, s. m. Détour 
subit d'un sentier, d'un animal, 
d'un oiseau. Le lapin chassé, la 
bécassine prenant son vol, font 
des rascoucls. M. Jônain écrit ce 
mot : racoit. 

KASIBUS, prép. Au niveau 
de, tout près de, prononcé en 
saintongeais : rasihii. 

Hz lui ont arrasé son chasleau or ils 
l'ont desmolié rasibus de terre. 

(Palsgrave, Eclaire, de la lanij. franc., 
p. 669, col. 2.) 

Comme il passait rasibus du cliastcl, 
véisiiies les archers delà garde du Roy 
devant la porte qui ne bougèrent. 

(Ph. DE CoMi.NEs, Mémoires, 1. 1, p. 23.) 

Il prend son arc et sa fleschc, et vous 
descoche rasibus l'image du saint. 

(Bonay. des Périer3, Contes et Juyeii.v 
devis, conte 124«.) 



RASIIV, S. m. Raisin, en 
latin : racemus, grappe, raisin. 

Eave douce, vin et bescuit 
El rasins ses et autre fruit. 

(lioman d'Alys et Profdias.) 

RAT lïE CAVE, locution 
injurieuse pour désigner les com- 
mis de la régie. Expression très 
ancienne que Le Duchat définit 
ainsi : Rat de cave, petit commis 



employé par les fermiers des Aides 
à fureter dans les caves pour 
exiger les droits du roy sur le vin 
qui y est. {Remarques de Le 
Duchat, t. II, p. 534.) 

La même signification se trouve 
dans Richeiet, Dictionnaire fran- 
çais, éd. de 1G80. 

RATE, Raticlic, s. f. Petite 
dent, dent de lait. Corruption du 
latin rac?jfAr,racine. 

RÂTELÉE, s. f. Ce qu'on 
peut enlever d'un coup de râteau 
— abondance de paroles, d'in- 
jures. Dans le second sens, 
râtelée vient de rate; dire sa râ- 
telée, est synonime de décharger 
la rate. Ce dernier mot avait au- 
trefois pour synonime: râtelle. 

Desopile la râtelle, soulage les roi- 
gnons... 

(Rabelais, Pantagruel, liv. lU, ch. IV.) 

Nous declaira à pleine voix 
Qu'il en diroit sa râtelée. 

{Cor!riLLA.m, Enqucsle de la Simple et 
de la Rusée.) 

Mon amy j'ay bien au long entendu 
vostrcgrant râtelée qui, à la vérité dire, 
me baille à congnoislre que je n'ay pas 
esté si saige comme je déusse. 

{Cent nouvelles du roy Louis XI, p. 225.) 

RATOIJÈRE, s. f. Piège à 
rats. 

La ralou'cre des théologiens. 

(RiiiELAis, Pantagruel, liv. H, ch. VH.) 

Les secrctains avec une ratouère 
prirent une souris qui estoit pleine et 
feit cinq petits souriceaux dans la ra- 
touère mesmc. 

(Amyot, Hommes illustrés de Plutarque, 
Vie de Sylla.) 

RAVAU0, Ravard, noms 

d'hommes dérivés de rave. En 



RAYBAUD 



317 



REDOUTEUX 



Auvergne, on appelle ravni'cil un 
espèce de bàfon. 

Le vieux verbe r.ivir, courir, 
marcher, se promener, donnerait 
à ces noms la signilicalion de 
ilâneur. 



llAYR.Vi;» , Kcybaud , 

noms d'iiommes provenant du 
germanique vagemhald (conseil- 
hardi), abrégé plus tard en vein- 
bald et reinhoald. (Voir Loréd. 
Larchey, Dict. des Noms.) 

RAT.nOXD , Keynioiid, 

noms d'hommes dérivés du ger- 
manique i'R(jcn-mund (conseil- 
refuge). En latin nif/neiinindus, 
très anciennement abrégé sous la 
forme raimund. (Voir Loréd. 
Larchey, Dictionnaire des Noms.) 

RÉ, nom de localité. Ile ià 
l'ouest de la Rochelle, peu élevée 
au-dessus du niveau de la mer, 
et tout-à-fait dénudée ; on a pu, 
pour cette raison, l'appeler île 
rase, raise ou même rôe. Ce 
dernier mot était le participe 
passé du verbe rère, raser. 

La leste me vouloil jus des csj)nule3 

[rère, 
(Bcrtc aus graas pics, vers 3398'.) 

Dans le vieux français où trouve 
raiz, rez, terrain uni, terrain de 
plain pied, et rez, préposition 
d'oîi nous est resté : rez-de- 
chaussée. 

Corone flst, si se londi 
Comme moines rés el tondus, 

(Wacb, Homan de Brut, vers 81C"2*.) 

Puis raza rù: pied, ni terre toute la 
forteresse. 

(Amïot, irad. do PtiiAByiE, Vif de 
Démétrius.) 



En vieux français. Ré a eu 
aussi' la signification de bûcher. 

Menée fu la roïne 
Jusques au ré garni d'espine. 

(Roman de Tristan, t. I, p. ul.) 

Au XVP siècle, le nom de cette 
ile s'écrivait avec un h : Bhé, 
où les éfymologistes ont cru 
trouver un souvenir de 'Pîx, fdle 
d'Uranus et de la terre et femme 
de Saturne, ou du verbe "PeTv, 
couler. 

Dans le latin du moyen âge, 
\)onv désigner l'ile de Ré, on 
trouve : insula liea ou reacus, 
insula Iiadi {Gallia Christiana), 
et même dans une Charte de 845 
par Gharlcs-le-Ghauve : Insula 
Rodi, ce qui est probablement 
une erreur de copiste pour Radi. 

R EAUX, nom de localité, can- 
ton de Jonzac. En vieux français. 
rôal, réaii, signilient : royal. 

RKBOl'TKR, V. a. Remet- 
tre en place, replacer — raccom- 
moder, du vieux verbe français 
bouter, placer. (Voir ce mot.) 

El fcsoient en terre fosses : 
Ks roclies et es tiges grosses 
Dos chesnps crues se reboloient. 

(Jean dp Mri î(o, Roman de la Rose, 
Ters 914l«.) 

Or ça, reboxilo7ts noz couslcaux 
La dinéo est bion acomplyc 
Faites ester table et tréteaux. 

(Noi'l DR La CiiFsxiïE, Compdamnacion 
de liancquet.) 

RI-:ilOUTI':i;X,s.m.Rebou- 
teur, empirique (pii réduit les 
luxations, les entorses. Du verbe 
rebouter. (Voir ce mot.) 

Aux XVI" et XVll" siècles, on 
disait ronoucurs. (V. Richelet, 
éd. de 1080.) 

22 



RECHIGNER 



318 



REINIER 



Les vuljîaires, à bon droit, appellent 
eeux qui réduisent les os fracturés ou 
luxés, rhabilleurs ou renoueio's. 

(Ainbioiso Pakk, Chirurgie, XIII. 4 — 
cilé par M. LnriiÉ.) 

REenm.^'ER, v. n. Faire la 
moue, gronder, du radical ancien 
rèche, âpre au goût ou au toucher. 

L'une est trop dure, l'autre a cuieon 
Dont nous sommes en grant friçon 
Qui sovent nous fout rechingnier, 
Bouche clorre, les iex clingnier. 

{Le dit des vins, vers 81».) 

RECHiexOUX, adj. Har- 
gneux, grognon ; même radical 
que rechigner. (Voir ce mot.) 

Quo l'est ine étronge chose 
Que d'aver dans sa moison 
Ine famé rechinouse 
Et qui n'a poin de rason. 

{Rolea de la geiite Poitevinerie, éd. de 1GG6.) 

• Dans le vieux français, on a dit 
dans le même sens : rechigné. 

Il estoit rec/tîj/ne, hargneux et solitaire. 
(Ronsard.) 

RECROÇUIIiIiÉ,adj.Reco- 
quillé, recroquevillé. Dans le dic- 
tionnaire de Gotgrave on trouve 
recroquebillé. 

Recroquillées et crossues 
Avoit les mains ycelle ymage. 

(G. DE LoRRis, Roman de la Rose, 
vers 186°.) 

REDO]V, nom d'homme. En 
vieux français : redon, gros 
bàlon, rcdoun, rond. 

REOARRURE, s. f. Regard, 
façon de regarder. 

Quant vostre dame d'aventure 
Jettoit en allant à l'offrande 
Sur ung aullre sa regardiire. 

(Martial D'AuvEnoME.) 



Ri:CrE, s. f. Rang de vigne, 
sillon d'un champ. Basse lalinilé : 
ren (1), en langue d'oc : rega; en 
italien : riga. Go mot parait déri- 
ver du ccllique, car, en gallois, 
rhig signifie raie creuse, rainure ; 
en breton, le verbe rcga veut 
dire creuser des sillons, faire des 
rigoles. 

Per una rega 

Aney vas ley d'ung garag (2). 

(Leys d'amors, cité dans le lexique 
romnn de Kavnouakd.) 

REGOUIlIIiliOXiVER, v. 

n. Faire un repas bruyant, un ré- 
veillon. Du vieux mot gobelin ; 
en basse latinité, gobelinus : 
diable, démon, lutin. (VoirRoque- 
fort.) 

Depuis ne feismcs qu'un repas, 
lequel dura tout le jour et ne savions 
si c'estoit diner ou souper, gouster ou 
regoubillonner. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. VII.) 

REGIVARD, Reg^naud, 
Rcguier, noms d'hommes déri- 
vés des mots germaniques re,<7/w- 
hard (conseiller-aguern), reginald 
(conseiller-ancien), i'er7/;2/^e/' (con- 
seiller-auguste), d'après Lorédan 
Larchey, Dictionnaire des Noms. 

Le premier de ces noms attri- 
bué comme sobriquet au héros du 
poème du XI" siècle (Roman du 
Renart), a fait abandonner les 
anciens noms de goupil et verpil 
donnés jusqu'alors au renard. 

REIIVIER, Renier, noms 
d'hommes qui peuvent être con- 
sidérés comme une forme de 



(1) Unam plantam quœ vocatur longa rea. 
(Voir du Gange, verbo Planta.) 

{'■2) Par un silloQ d'ua guéret aujourd'hui 
j'allai ù elle. 



REMANANT 



319 



RENAUD 



Rognier (voir plus haut), mais 
aussi comme sii;-nilinnt renégat, 
infidèle, du vieux français rcnoié. 

Il me fist amener mes mariniers 
devant moy et me dit qu'ils estoient 
tous renoiés et je li dis que il n'eust jà 
fiance on eulz. 

(JoisviLiE, Histoire de S. Loys.) 

Le nom de Reinier se trouve 
cité dans la Chanson de Roland : 

Co, dit Rollanz : bel cumpainz Olivier 
Vos fustes filz al bon cunte Reinier. 
{Chanson de Roland, vers 'J-20T«.) 

RK:?ÎAXA^'T, Renieiiaiit, 

s. m. Reste, restant, du latin 
rcmnnei'o. On dit aussi dans le 
même sens: demeurant. 

Il se iroient combalre au conte de 
Champaigne et au duc de Lorraine et 
atout le rcmenant de sa gent. 

(■JoisviiiF, Histoire de S. Loija, 6J. 1761, 
p. 19.) 

Desquex II sols VI deniers li mcslres 
des molins a VI deniers pour s'amende 
et li chapitres le remanatd. 

(Est. BoiLEio, lleg. des tiestiers, p. 19.) 

Qu'il i avoit d'oisiaus trois tans (1) 
Qu'en tout le remanant de France. 

(Guill. DE LoHRis, Roman de la Rose, 
vers 483'.) 

Li aucuns sont mortz et roydiz 
D'culx n'esl-il plus rien maintenant 
Repos ayent en paradis 
El Dieu saulve le retnenant. 

(Fr. Villon.) 



Rr:?IBAKKE:R, y. a. Ad- 
monester sévèrement — rcmolli'e 
quelqu'un à sa place avec rudesse. 

Toutes fois esloit besoinp de s'y pré- 
parer pour rembarrer l'audace do ces 
coquins (car lelz a|(pcloit-il les predi- 
cans et menistrcs) qui se vantent jà 
d'avoir tout gagne contre nous. 

(ClsuJo IIato.'<, Mémoires, l. I, p. li>3.) 



(1) Trois tans, trois fois autant. 



S'ils, m'eussent trouve menteur, ils 
m'eussent bien rembarré. 

(Bernard Palissï, Discours Admirables,p. '2^.) 

RK:yiECIIi, s. m. Pis de la 

vache. 

Plus on pénètre en eux, plus on sent 
[le remeiigle. 
(Mathieu Rbgmibb, Satire XI.) 

RE.niRER, V. a. Regarder 
avec plaisir, avec attention — 
admirer. (Voir mirer.) 

Alixandre li rois y esgarde souvent 
Et quant l'a remiré, si fait son serc- 

[ment 
Que lot ainsi fera se il vit longement. 
(Roman d'Alexandre, p. 'Ï9.) 

Là ne se voit fontaine ni verdure 
Qui ne reinire en elle la figure 
De ses beaux yeux et de ses beaux 
[cheveux. 

(RoNSABD, Amours, t. î, p. 47.) 



RFITIUER Cse), v. réfl. Chan- 
ger de place, d'hahitation. 

De ce se déivent purpenser 
Cil que se voelent remuer 
Et lor ancien liu guei-pir. 

(Marie dr Fhincb, Fable XXX, t. II, 
p. IGO.) 

REX", adv. Rien, prononcé 
rciin. Ce mot vient de l'accusatif: 
rem, chose. 

Aler i poez, bels amis. 

Ne vous serrad de ren le pis. 

(Résurrerlion du Sauveur, Mystère 
Uu \I* siècle.) 

Nule ren que il demandent ne lur est 
(deniurel. 

( Voyage de Charlemagne à Jérusalem, 
>er» il7*.) 



REXAUD, nom d'homme; du 
vieux nom germanicpie : Rcnald; 
du latin : Rcf/inakliis. Le nom de 



RENOU 



390 



REQUINQUER 



Benaud a été porté par plusieurs 
seigneurs de Pons, et notamment 
pai" celui qui mourut vaillamment 
à Poitiers en défondant le roi 
Jean, 

Un autre Renaud, de Pons, fut 
un des arbitres choisi par Jean, 
roi d'Angleterre, pour concliu^e 
une trêve de cinq ans avec Phi- 
lippe, roi de France. 

Rerjinaldus dePontibiis, senior, abbas 
S. Joannis Angeliacensis et decanus 
Xanctonensis... 

(Lettre de septembre 1214. — Trésor 
des Chartes.) 

REXOU, Renoua, noms 
d'hommes d'origine germanique ; 
le premier dérive de ragonulf 
(conseil-loup) ; en latin : raganul- 
fus; l'autre, de ragenold (conseil- 
ancien); abrégé en Renold. En 
langue d'oc, ces noms ont la 
signification de grandeur. (Loré- 
dan Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

En 1611, le prieur de Saint- 
Eutrope, de Saintes, s'appelait 
Claude Renou. 

REPAIRE, Repéré, noms 
d'hommes, du vieux verbe repai- 
rei\ revenir; en basse latinité : 
repalriare, ainsi défini dans un 
des plus anciens lexiques connus : 
Repatriat, ad patriam redit. (Isi- 
dore de Séville.) 

En son voiage s'en ala 
Si tosl com'il pot rcpaira. 

{Le Castoiement d'un père, Fabl. et 
Contes, t. Il, p. 108.) 

Le vieux substantif : rcpairier, 
retour, rapatriement, aurait mé- 
rité d'être conservé : 

Au repairier que je fis de Provence 
S'esmul mon cuer un petit de chanter. 

(Perrin b'Awcecort.) 



RÉPOAR, Répounn, part, 
passé du verbe répondre pour 
répondu. Ce verbe a, en Sain- 
tonge, d'autres temps de formes 
particulières : présent : répou- 
nons; prétérit: répounis; futur: 
réponrai. 

Vous réponez hari hari 
C'est por l'amor de mon mari 

(J. DE Meung, Roman de la Rose, 
vers 8G"'2".) 

Et l'ayant enquis pour qui il faisoit 
la dite table, auroil respon qu'il la ven- 
doit... 

(Reg. de la Juridiction de Bourges, i620, 
cité par le comte Jaubert.) 

RÉPO^'SE (faire), locution 
pour répondre, usité surtout pour 
écrire une lettre en réponse à une 
autre. 

Au jour que cil esteit semuns 
(Jui deveil fère sun respuns, 
De Cordoan prist une pel... 

(Marie de France, Fable XLYIII, t. II, 

p. m.) 

REPOUS, S. m. Repos. 

Son reconfort et son repous... 

(Bonav. des Périehs, Adriennc.) 

REPOUSER, V. n. Se repo- 
ser. 

Tu me donras. mon espouse 
I)it-ii, ce sac qui réponse 
Plein d'or, de ducat choisi 
En quelque cofl'ro moisi. 
(Amadis Jauym.) 

REQVI^^^UER, V. a. 

Egayer, rajeunir, regaillardir; 
s'emploie surtout dans le sens 
rélléchi. 

Le plus souvent il se dit à vieilles 
gens, juxtâ vulgarem canlilenam Tolo- 
son.un : requinque te, viello, requinque 
te donc. 

(Odde de Triobs, Recherches sur la 
Lany. tolosane, cité par LiiinÉ.) 



RESPECT 



321 



RETOUBLE 



RESPECT (sons Totre), 
Respect (parlaut par). Ces 

locutions courtoises et autres 
analogues sont Iréqueniment em- 
ployées par nos paysans quand ils 
nomment certains objets incon- 
grus ou certains animaux comme 
l'âne, le porc. 

... Les pourceaulx [Dieu soit avecques 
nous) ne mangent que niirobolans; les 
truycs en leur pésine (saulve l'honneur 
de toute la campai g nie) ne, sont nourries 
que de fleurs d'orangiers... 

(Rabeius, Pantagruel.) 

Les saintongeais employent 
quelquefois la locution : révé- 
rence parler, précaution oratoire 
de môme espèce : 

Fallu qui se cachi (Dieu béni la cré- 
tiantéj, révérance, dans le privé... 

(Agréable confcrenre de deux paisans, 
Mazarioade do 1649.) 



RESPIR, s. m. 

souflle, haleine. 



Respiration, 



Mandez vos homes sans prendre nul 
[respir. 

[Roman des Loherains.) 

Ainsi froideur et mortifère place 
Prinl peu à peu en sa poitrine place 
Lui esloupant les conduitz de la vie 
El le respir sans lequel on desvie. 

(Cl. Mahot, ilctam.^ liv.H, t. HI, p. 214.) 

RET, S. m. Filet pour prendre 
les oiseaux. En français moderne, 
ce mot n'est usité qu'au pluriel; 
jusqu'au XV* siècle, il est em- 
ployé au singulier et du genre 
féminin. Du latin : rcle; au plu- 
riel : relia. En provençal : ret. 

Le peschcur prist en sa rcz une table 
d'or. 

(Christine de Pisah, Hisl. de Charles V.) 

L'évangile est une rets pour attirer 
toute sorte de poissons. 

(Calvis, Inslilulion Chrétienne.) 



Ronsard a écrit ret au mascu- 
lin :- 

Main, un beau lis, poil, un beau ret 
[de soye. 
(Ronsard, Amours, liv. I, 1. 1, p. 1-2.) 

Plus anciennement, le mot s'est 
écrit roi toujours au féminin : 

Il avint à un péchéor 
Qui en la mer aloit un jor 
En un batel tendi sa roi. 

[Du preudnme qui rescolt son com- 
père de noier. Fabl. et Contes, 
t. I, p. 87.) 

RÉTAUD, nom de localité, 
située près de Samtes. Du vieux 
français : restaule, retaille, reta- 
ble, autel, ou des mots retel, 
reteau qui, au moyen âge, signi- 
fiaient barrière, herse. 

RETIIVT, part, passé do 
retenir. 

Or est avisé que durant ma peine 

Je fus retins pour ami précieux. 

(Jean Marot, Poésies.) 

RETORET, nom d'homme, 
dérivé de retord, rusé. 

RETOR^'ER, V. n. Retour- 
ner, s'en retourner. 

Le soleil, guidé du capricorne, 

Donne espoir que bientôt devers nous il 

[retornc. 

(Sccvole DE Saime-Marihe, La ^uit de 
Noël.) 

RETOrRIiE, Retulilc, 

s. m. Cliaiup hérissé do brins de 
paille tenant aux racines. En 
basse latinité : rcstipuhis, terre 
lal)Ourée où il reste (le la ])nille ; 
du latin : stipula, paille. (Voir du 
(~lange, Glossaire de la Basse 
latinité.) 



REVANCHER 



332 



RIBEROU 



C'est sottise telle que du charretier, 

lequel sa charrette versée p;ir un i'etouble 

à gcnoilz implorait l'aide de Hercules. 

(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. XXI.) 

KEVAIVCMEK (se), v. réfl. 
Prendre sarevancKe — se veng'er. 
On dit aussi se revcngcr. (Voir 
ce mot.) 

Il est maigre et tourmenté de noise 
car elle ne sceil où revencher du mal 
qu'elle ait sinon de lui. 

[Les Quinze Joyes du Mariage, ch. XII, 
p. 13-2.) 

Vray est qu'il se revanchoit bien et 
en toutes sortes dont il pouvoit adviser. 
(Bonav. des Péhiers, 47" nouvelle.) 

Je scay bien ce qui en seroit 
Car le chien se revencheroit. 

(Gilles ConnozET, Fables d'Esope, 

p. m.) 

REVEIVGER (se), V. réfl. 
Se venger. 

Car cilz qui se revenrje depuis qu'il est 
[sourpris 

Et par son grant orgueil ne veut crier 
[mercis 

S'il meurt en cel estât je dis qu'il en 
[vaut pis. 

(Poème de Bertrand Duyuesclin, 
vers iJllGU».) 

L'aultre qui vit sa compagne oultrager 
Laissa la danse et la vint revenger. 
(Cl. Mabot, Epilres, p. 180.) 

Se défendre et se revenrjer de ceux 
qui entreprendroient de l'assaillir... 

(Fr. Amïot, traduction de Daphnis et 

Cliloé.) 

REV£i\'RAI, futur irrég. du 
verbe revenir. 

En Berlain revenrai qui est au bois 

[ramu. 
{Roman de Berte aux grands pieds.) 

Et quant il revenra, s'il en escape vis 

Le raein cors li otroie, de bon cocr à 

[loudis. 

{Le Vœu du Héron, édition de La Curno 
de Sainte-Palaye.) 



REVIIiliET , Rcvillon , 

noms d'hommes formés d'un nom 
de localité : Reville; du latin : 
régis villa, domaine royal. 

MEYIRER, V. n. Retourner, 
se retourner, augmentatif de 
virer. (Voir ce mot.) 

Et quand j'euz bien viré cl reviré 
Dedans mon lict et beaucoup souspiré. 

(Cl. Mauot, Elégies, t. II, p. 27.) 

Ces bons cordeliers oyans ce bruit de 
femmes saillirent puis se revirèrent. 

{Cent nouvelles du roi Louis XI, 30" nou- 
velle.) 

BIRADT, s. m. Ruban. 

Je voudrois être le riban 
Qui serre ta belle poiltrine. 
(Ronsard.) 

11IB2AUD, nom d'homme. 
Au moyen âge, les ribmids étaient 
des soldats à pied, d'où le nom 
de rihaudes donné au.K femmes 
de mauvaise vie qu'ils traînaient 
à leur suite. En basse latinité : 
Rihaldus. 

Skinner, dans ses étymologies, 
explique ainsi le mot Ribaud : 
Rihald à gallicâ Ribauld, italianâ 
Ribaldo; nebulo, scelus, furcifer, 
impudens, scortator, hoc à Re 
intensive et gallicà Daiid, italianâ 
Baldo, audax, impudens. 

Et ce mesme iour arriva à Paris deux 

cens archiers Et tout derrière icelle 

compaignie aloyent à cheval huit ribaul- 
des et ung moine noir leur confesseur. 

(Jehan de Troyes, Chronique du roy 
Louis XI, p. 49.) 



RIRÉROU, nom de localité 
située sur la Seudre. Du mot 
gascon : ribeyre, rivière. En lan- 
guedoc, riberol signifie riverain. 



RIBOULE 



323 



RIGOLER 



RIBOriiE, s. f. Gros bout 
d'un bâton (Glossaire Rochelais 
de 1780) — massue, sorte de 
bâton plus gros par un bout que 
par l'autre. (Roquefort, Glossaire 
de la LauQue romane.) 

RlBOUIiER, V. n. Rouler 
comme une boule, moins usité 
que déribouler. (Voir ce mot.) 

RUBOUIjUT, nom d'homme, 
dérivé de riboule (voir ce mot) ; 
dans la langue d'oc, rihoulet 
signifie court, trapu. 

ISI€ABD, Micaiid, noms 
d'hommes, d'origine gcrmani(jue. 
Le premier dérive de ricohard 
(riche-aguerri) , Vl" siècle; le 
second, de ricoald (riche-ancien), 
VIII° siècle , d'après Lorédan 
Larchey, Dictionnaire des Noms. 

RICASSEK, V. n. Ricaner 
— rire sans raison. 

A ces motz les filles commencèrent 
ricasser entr'elles. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LU.) 

RICHARD, Ricliardcaii, 
Richaud , noms d'hommes , 
signifiant homme riche. Au 
VHP siècle, on trouve déjà écrit 
la forme actuelle : Richard; latin : 
Ricardus; c'est une abréviation 
du germanique : rico-hard (riche- 
aguerri.) 

RICIIK, adj. Beau, bon — 
un riche temps, un riche vin. 

Et y eut maint riche coup féru entre 
les portiers. 

(MoNsTnEi.ET, citron.) 

RICIIOU , Ricoiix., noms 



d'hommes; du vieux germani- 
que-; r/cw/Âpuissant-loup), en 777, 
d'après Lorédan Larchey. 

RIÈRE, Rlé, adv. En 
arrière. Cri des charretiers pour 
faire reculer leurs chevaux. C'est 
le vieux français : ricre; du latin : 
rétro. On trouve au moyen âge : 
rère-garde pour arrière-garde; 
rière-ban pour arrière-ban. 

En dulce France s'en repairral li reis 
Sa rcregarde lerrat derère sci. 

(Chanson de Roland, vers 5"3".) 

Lui pris flamens à mort ric7'e 
Raoul de Néele son frère; 
Cils ne sont pas le rière-ban. 

(Guillauino Gcurt.) 

RIFAU», s. m. Radis noir, 
raifort. C'est également un nom 
d'homme qui pourrait être dérivé 
du vieux français : ri/Ter, arra- 
cher, écorcher, plus usité sous la 
forme rider. (Voir ce mot.) 



RIlPIiER, V. a. Raser de 
près, enlever des ripes avec le 
riflard, espèce de varlope, ra- 
boter. 

Se trenchièrent, si cume fud lur usa- 
ges de cullels et rif/lèrcnl la chara 
jusque il furent sanglenz. 

(Livre des Rois, trad. du XII» siècle.) 

RIFOGtT, s. m. Raifort, radis 
noir. (Voir ril'aud.) 

Des pieds de bœuf rolis, lardés do 

ri fort 

(Noël DU Fail, Propos Rustiques.) 



Rir.iOI^FR, Rijïoulcr, v. 

n. lS'anius(M\ so divcrlir. Lu vieux 
français avait ce verbe et le 
substantif: rigolage. 



RIMER 



321 



RIPE 



El crucusement me déçul 
Quant oncques vostrcs foi rcçui 
Le jor de noslrc luariaii^'e 
Por moi mener tel rigolaige. 

(Jean DE Mei-rg, Roman de la Rose, 
vers 8689'.) 

C'estoyt passelcmps oclesle les vcoir 
ainsi soy rigouller. 

(RkBBiui, Gargantua, liv. I, ch. IV.) 



RIMER, V. n. Se dit de la 

viande ou du ragoût qui brûle 
dans le vase et prend un goût de 
graillon. Cela sent Je rimé, dit-on 
alors. Il faut connaître ce sens du 
verbe rimer pour comprendre le 
jeu de mots de la phrase sui- 
vante : 

Quoy? dit Grandgousicr, mon petit... 
as-lu prins au pot, veu que tu rimes 
desjà? 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch, XIII.) 

KIIVCÉE, S. f. Corrrection 
violente. (Voir rincer.) 

RIXCER, v. a. Battre, don- 
ner des coups à quelqu'un, lui 
administrer une rincée. 

Jehan Levasseur dist audit Regnaudin 
qu'il le rainseroil autre part. 

(Texte du XIV» siècle, cité par dc Gange, 
au mot rama.) 

L'orthographe rainser est la 
bonne, car ce mot dérive du vieux 
français : rains, rameau, branche, 
comme fustiger de ï'ust, bois. 

Li quels rois Locys fu ainsi com li 
rains qui est novellemenl trenches d'un 
très bon arbre... 

(GuilLiume de Namcis, Annales dc 
Saint-Louis.) 

Un lox esgarda un culun 
Ki queilloil desoz un buisson 
Rainsiax dunl voleit sun nis fcre. 

(Marie de Fiiakck, Fabie XCIX, t. II, 
p. 390.) 



RI^'CIIER, V. n. Ruminer. 
Onomatopée qui désigne le mou- 
vement de la mâchoire inférieure 
des ruminants. On croit entendre 
le frottement des inolaii^s. 

RIORTE, Riotc, s. f. Lien 
de bois tordu qui attache les 
fagots. Du latin : retorta; en 
basse latinité : roorta. 

Lcsquelx avoient mis au col du sup- 
pliant une rorte de bois qut lui lioit le 
col et les jambes. 

(Teito du XIY» siècle, cité par du Cahgb, 
glossaire, au mot roorta.) 

Ilart, doncques, disoit-il en discourant 
à part luy, est le lieu d'un fagot ou 
d'une bourrée à Paris, qu'on appelle 
une riotte en mon benoist païs. 

(Bonav. des Périers, nourelle 97«.) 



RIORTER, Riottcr, v. a. 

Attacher avec une riorte. (Voir 
ce mot.) Le mot desroté avec le 
sens de délié, a été employé par 
Rabelais : 

La chosette, faite à l'emblée, entre 

deux huys, à travers les degrés, derrière 

la tapisserie, en tapinois, sus un fagot 

desroté plus plaist à la déesse de Cypre... 

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch, XVIII.) 

RIOUX, nom de localité. En 
vieux français, rieu, riou signi- 
fiaient ruisseau. Latin : rivus. 

RIPAIIiliE, s. f. Festin abon- 
dant — orgie — d'où le verbe 
ripailler. D'après Richelet, ce 
mot est venu du nom du château 
de lUpaille, où le cardinal Amé- 
dée de Savoie se retira pour 
mener une vie de plaisir et de 
bonne chère. (Voir Richelet, Dic- 
liuniiaire français, édit. de 1680.) 

RIPE, s. f. Ruban que le 



RIPER 



m 



ROCHELLE 



rabot du menuisier enlève du 
bois. Onomatopée rappelant le 
bruit du rabot courant sur la sur- 
face d'une planche. (Voir riper.) 

RIPEK, V. n. Glisser sur un 
terrain en pente, du mot ripa, 
bord. Enlever d'un coup de main 
les feuilles d'un rameau, du latin : 
rapere, enlever. Dans le dernier 
sens, on dit plus souvent ê riper. 

RISTOK, nom d'homme. En 
vieux français : ristoiu\ incom- 
mode, tourmentant; vister, pous- 
ser^ presser, forcer à agir. (Voir 
Roquefort, Glossaire de la Lan- 
gue romane.) 

RIVAL, Rivaiid, noms 
d'hommes, dérivés de rivas, 
ruisseau. Au XV" siècle, on 
disait corrival, corrivaux au lieu 
de rival, rivaux. (Voir la comédie 
de P. de Larivey, composée sous 
le titre : les Corrivaux.) Au sens 
propre, ce mot signifiait des gens 
riverains, voisins. De voisin à 
rival, il n'y a généralement pas 
loin. 

ROBERT, Roliertcaii, 

noms d'hommes dérivés du vieux 
germanique : lirodberi (gloire- 
renommée), qui s'est abrégé en 
Rodbert et en Robert, dès 741. 
(Voir Lorédan Larchey, Diction- 
naire des Noms.) • 

ROI5IIV, Roliincau, noms 
d'hommes dérivés, tl'aprèsM. Lo- 
rédan Larchey, du germanicpie : 
Rudvin , abrégé de hruodwin 
(glorieux-compagnon). Latin : 
Ruviiius. 

11 convient plutôt de chercher 



à ce nom une étymologie fran- 
çaise dans les vieux mots ro, roh, 
rouge, ou robe, vol, butin, d'où 
est venu robàor, voleur, et en 
français : dérober. 

ROCIIEFORT, nom de ville, 
signifiant rocbcr fortifié, dési- 
gnée en 109G par le latin : Roca- 
i'ortis, et dans la Gallia par les 
mots : rupes-i'ortis. 

Tauniacuin urbs est anliqua super 

Caranlonum fluvium ab Angeriaco 

sex leucis , toUdem à Santonibus et 
unâ rupe-forti. 

{Gallia Christiana, i. H.) 

ROCHEIiliE (La), nom de 

ville. Du vieux français : roche, 
forteresse, château. (Voir Rociue- 
fort.) 

La RocIicUe, dit Dulauro (Des- 
cription des Provinces), fut bâtie 
à la place d'un ancien château 
nommé Vauclair. Un petit fort, 
construit sur un rocher, fut 
nommé Rocca et fut l'origine du 
nom. Aux XIII* et XIV° siècles, 
cette ville était encore désignée 
par le nom de Rocelle. 

Vin d'Aussai et de la Moussellc 
Vin d'Auni cl de La Rocelle. 

{La Bataille des vins, vers 1"». —Fabl. 
cl Contes, i. I, p. 153.) 

Mes an chastcl do, Marans, à quatre 
liesvcs do La Rocelle ne pcurcnl il riens 
fourfaire 

(J.Froissvht, Chroniq., liv. I, § iO'i, t. V, 
p. 11.) 

Il est question pour la première 
fois de La Roclicllc, désignée 
par le nom liupvlla, dans un 
acte de 961, do Guillaume tète 
d'étoupcLc mot latin Rupella est 
un diminutif do Riipos et signifie 
petite roche. Ainsi du l'cslo que 
RocJicIIa, qui se trouve dans les 



RODIER 



326 



ROxMEGOUX 



vieilles chartes. L'étymologio 
indiquée par Dulaiire est celle 
donnée par les Bénédictins qui 
ont écrit la Gallia. 

Rupella Santonum, caput pagi alni- 

siensis, olin avedonaciMisis nomcn 

habel à parvà rupe ciii insklet. Sœpè in 
veteribus chartis appellalur Rochclla. 
(Gallia Christiana, t. II.) 

Le conseiller Tiraqueau (Trnilé 
du retraict Lif/nar/ier, § XVII), 
dit que La Rochelle a été ainsi 
nommée de l'hébreu : rocliella, 
signilîant marchand ou marchan- 
dises. (Voir Barbot, Histoire de 
La Rochelle, p. 4 4.) 

ROltlER, Roudicr, noms 
d'hommes; qualiiicalion donnée 
au moyen âge au charron, rodier, 
celui qui faisait les roues (latin : 
rota.) 

ROGF.R, Ros:crcau, Ro- 
gier, noms d'hommes, formés 
des diminutifs du vieux nom ger- 
manique : rodger (rouge-javelot). 
En latin : Roger iiis. (Voir Loré- 
dan Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

ROf-XOU:VEK, V. n. Gron- 
der^ grommeler. 

M. de Monaco y était ardent, sauf ses 
parties cl sa bourse, encore payait-il 
en rofjnounant. 

(Saint-Simo^, Mémoires.^ cité par Litthf,.) 

BOI, Roy, noms d'hommes. 
En celtique, roy signilio rouge ; 
l'écossais : Rob-roy, c'est Robin 
le rouge. En vieux français, rois 
comme rais a si.^-nifié rasé. 



ROIBERTAIS), Kohcr- 
taud, s. m. Roitelet. En vieux 



français, hertaudxeul dire tondu ; 
hortauder, tondre ; du latin : 
bistondere. 

BOIiAKD, nom d'homme. Du 
vieux germanique : ruot land 
(gloire du pays). C'est le nom du 
préfet des marches de Bretagne, 
cité parEginhard, qui est devenu 
le héros de la grande épopée du 
XI° siècle : 

Li emperères est en un grand vergier 
Ensemble od lui Rollanz et Olivier. 

{Chanson de Rolland-, vers 103".) 

KOÏilLîER, V. a. Rouler, 
border la couverture du lit, arran- 
ger les draps de manière à pré- 
server du froid une personne 
couchée. 

Et cstoit ledit pavillon rollé à mont 
tout autour... 

(Aliénor de Poiiiehs, les Honneurs de la 
Cour.) 

ROIiîiOI¥, s. m. Barreau 

de bois, particulièrement d'une 
échelle. 

Quand ell' fut sur l'échelle 
Trois voilons jà montés. 

(Vieille chanson citée par M. Ampère.) 

RO.IîADE:, nom de localité, 
môme radical que Romegoux. 
(Voir ce mot.) 

KOIÎIAZIÈRES, nom de 
localité, canton d'Aulnay. Roma- 
ziacuni. 



ROMKCîOUX, nom de loca- 
lité. Du radical rum, hébreu, 
devenu run en celtique, qui dési- 
gne un lieu élevé ou, d'après 
M. Jônain, de l'anglais : room, 
chambre. En vieux français, goue 



ROMIEU 



327 



ROUFFIAC 



signifie grotte, caverne. (Roque- 
fort). On aurait donc pour ce lieu, 
suivant le radical choisi, caverne 
haute ou caverne habitée. 

'ROIIIEU, nom d'homme; en 
vieux français : pèlerin. On 
appelle dans beaucoup do loca- 
lités, notamment près de Bor- 
deaux, chemin romieu, une route 
anciennement fréquentée par les 
pèlerins. 

ROIVDIX, s. m. Bois à brûler 
non fendu, bûche ronde. 

Tu servirais 

De crochet à quelques bons droites 
Pour porter dessus leurs espaulcs 
Bources, coffrets, fagots, rondins. 

{L'Anatomir d'un nez à la mode, Variétés 
Lin., t. II, p. lil.) 

ROS§E, s. f. Mauvais cheval 
et, par extension, femme de mau- 
vaise vie. Dérive par antiphrase 
de l'allemand : ross, coursier, 
cheval de guerre. Ce mot se 
trouve dans la plupart des lan- 
gues Scandinaves ou germani- 
ques. Teutoniquo : kros et vos ; 
anglo-saxon : liras ; islandais : 
kross; hollandais : ros; suédois : 
hors; anglais : horse. 

Un cheval généreux ne devient jamais 

[rosse. 
(P. Ronsard.) 

Et la postérité d'Alfane et de Bayard 
Quand ce n'est qu'une rosse est vendue 
[au hazard. 
(BoiLEAP, Sat. V.) 

ROSSER, v. a. Battre. On 
dit aussi rossée, dans le sens de 
correction manuelle. 

D'une verge tant le bâti 
Que contrc-lerrc l'abati; 
Tant l'a batlu, tant l'a rossic 
Pour peu ne l'a tout dufroissic. 

(Gautier de Coissi, Miracle de la 
Saiiite-Yiergc.) 



ROTl'RiER, nom d'homme 
qui- avait autrefois le même sens 
que routier, c'est-à-dire d'homme 
rompu à toute espèce de ruses. 
« Brantôme , dans ses Dames 
» illustres, parlant du cardinal 
» de Tournon, le traite de viel 
» roturier de prudence et de 
» conseil. » (Le Duchat, remar- 
ques sur le chap. X, liv. Il, du 
Baron de Fœneste.) 

ROUAX, Rouin, s. m. 

Ornière de roue. En vieux fran- 
çais : rouain de car, ornière de 
charrette. (Roquefort, Glossaire 
de la Langue romane.) 

ROï'CME, s. f. Roseau, lai- 
chcs et carex des prés maréca- 
geux ou prés rouchis. De l'an- 
glais : rush, roseau; en basse 
latinité : ruscha ou rusca. 

Et quia decimœ debentur de pan- 

nagiis (i), silvis cœduis (2), ruscis, 
fœno, herbà 

{Synodiis e.roninisis, anno 1287, cité 
pnr DU Cange.) 

Ce foing ne pourroit rien valloir, 
d'autant que ce n'estoit que roiiache. 

(Trausaclion de 1587, ville de Cambrai, 
cité par le comte Jacbert, Glossaire 
du Berry.) 

KOUFEi.VC, nom de localité, 
terminaison ae (voir ce mot) 
accolée au mot qui, dans l'ancien 
langage (rouifian, rulTien), dési- 
gnait un libertin. 

Dans la Gallia, Roufïiac est 
désigné par le mot liulTiacum 
qui peut se traduire par : domaine 
de Rut'us ou domaine du Roux. 

Bourignon, sans tenir compte 
de la forme latine, fait dériver 



(t) Paiinagium, coupe d'IicrbaRCs. 

[i] Silvœ cxdiiœ, coupes de bois, taillis. 



ROUFFIGNAG 



323 



ROUTI 



RoiitCiac du cclliciue : rou, chêne, 
qui «1 donaé naissance au latin : 
robm\ et au français : rouvre. 
(Voir Antiquités de Saintes, 
p. 305, note I.) 

HOUFFIG^TAC, nom de 

localité. Domaine de Ruiinus. 



ROUGET, s. 

au bœuf roux. 



m. Nom donné 



Je perdi le mellor de mes bues, roget, 
le mellor de mu carue. 

{Aucassiii et Nicolette, ch. XXIV.) 

ROUGET, S. m. Trognon, os, 
arête et, en général, tout détritus 
de ce qui a été mangé. D'où 
l'expression : jeter ses rougets 
gras qui, en Saintonge, est syno- 
nime d'être prodigue. 

Le mot rouget désigne égale- 
ment un excellent poisson : le 
bar bar in. 

R O U H I E R , Rouyer , 

Royer, noms d'hommes du vieux 
mot royer, qui a signifié voisin 
et aussi clmrron. (Voh' Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane.) 

ROUIIiliit-iSiSE, nom de loca- 
lité près de Soubise, ainsi nommée 
d'eaux ferrugineuses qui donnent 
au terrain la couleur de la rouille. 

ROIJSEE, s. f. Rosée. L'or- 
thographe saintongeaise a été- 
suivie jusqu'à la lin duXVPsiècle. 

Li preiz fu si plains de rousée 
Ke tute est la suriz moilliée. 

(Marie ne FRA^CB, Fable III, t. U, 
p. 71.) 

A la rousée au scrain 

S'en va Maros à la fontaine. 

{Théàt, franc, au moneii àye, p. 31.) 



Tendre ot la char comme rousée 
Simple fu corn une espousée. 

(Guill. DE LoRHis, Roman de la Rose, 
vers 1003«.) 

Mais elle alloit quand le temps estoit gay 
Entre les fleurs et rousées de may. 

(Jacques DU Foiiiioui, Adolescence.) 



ROUSSEAU, adj. Qui a les 
cheveux roux — nom d'homme. 

E fud li juvencels russaz mais mult 
cstcit de bel semblant (1). 

(Livre des Rois, ch. XVH, verset 42. 
— Traduction du XU» siècU.) 

Un jour en s'esbatant 
Dieu créa le rousseau 
Puis dit en le tentant : 
Garçon, que lu es beau ! 

(Mellin de S;iint-Gblais,(^u Rousseau 
et de la Rousse, p. 36.) 

Ce faulx rousseau Porcins qui 

harassoit et mordoit tout le monde. 

(Fr. Amyot, traduction de la Vie de Caton, 
par PLUTARgiE.) 



ROUTIER, nom d'homme; 
en vieux français, soldat merce- 
naire. Dérivé du mot route, plus 
ancien encore qui, au moyen âge, 
désignait une compagnie de sol- 
dats, un bataillon. En allemand : 
rutte, rotte; en danois : rotte;en 
anglais : rout, ont le même sens. 

El avec lot ce, ère venue une rote de 
serjanz à cheval. 

(Vii.iEiiARDouiN, Conq. de Constantinople, 
§ il3.) 

Si se mil madame la Roine et toute 
sa compaignie, messire de Hainaut, les 
comtes et barons d'Angleterre et leurs 
routes au droit chemin. 

(Froissart, Chron., liv. I, ch. XIX.) 



ROUTI, s. m. Rôti. 



(-1) Erat enim (David) adolescens 
pulcbcr aspeclu. 



rufus et 



ROUTIR 



329 



ROYER 



L'un aime le routy, l'autre aime la 
[salladc. 

(Ronsard, Disc, à Loys Desmasiires.) 



ROUTIR, V. a. Rôtir. 

Pindare hier dinant avec nouf5 chez 
Mécenas louoit fort une bonne téline 
de bœuf routie. 

(Béroalde de VERviLLB,i/oye« de parvenir.) 

Mais notez que cestuy roustissement 
me garit d'une isciatique. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XIV.) 

ROUTIER, Rouvicre, 

noms d'hommes ; du vieux fran- 
çais : rouve, chêne ; latin : rohiir; 
langue d'oc : rouve; italien : 
rovere. 

ROUX, lierons, noms 
d'hommes qui désignent évidem- 
ment la couleur des cheveux. 
C'était le nom de l'aventurier 
normand que l'histoire connaît 
sous le nom de RoUon et qui fut 
le héros du Roman de Rou, de 
Wace (1). 

iîoMs, cum bénignes e duz e sage 
Fist mut bel semblant au message. 

{Chronique des Ducs de Normandie, t. I, 
vers 4305".) 

Une tradition ancienne attribue 
à Judas des cheveux roux et la 
réputation de ce traître a rejailli 
sur les roux. 

Entre vous poil et félonie 
S'entreportent de compaignie. 

{Roman de Cristal. — Prov. franc., 
t. II, p. 490.) 

ROYA:»", nom de localité. En 
vieux français, ce mot désignait, 



(1) Les deux noms Bous et Rnllum n'en font 

3u'uii. L'un est la fonne du sujet, l'autre celle 
e l'accusatif. Comme hurles et Karlum, Berte 
et Uertain, etc. 



d'après Roquefort, un chemin qui 
séffare deux seigneuries. Il se 
rapproche dans ce sens de celui 
du saintongeais : rouan; en vieux 
français : rouain, ornière de char- 
rette. 

Au moyen âge, la ville de 
Royan a été successivement dési- 
gnée par les mots Réuntium, 
Regianum., Royanum, portus de 
Roiano. 

Haud secùs Reuntio villa est in quâ 
cum esset ecclesia catholica, advenien- 
libus Gothis, ad suam sectœ immundi- 
tiam transtuierunt. 

(Grégoire de Tot^Rs, de glorià Confesso- 
rum, cap. të..) 

In pago burdigalensi, secundùm Ga- 
rnmnam, est Reuntium villa, vulgô 
Royanum. 

{Alteserra, de rébus aquitanicis, p. 57.) 

Petrus de Didoniâ, dominus de Tau- 
niaco et de Royano. 

(Charte de 1213. — GaUia Christiana, 
t. H.) 

Hugo de Talniaco, domnus Monlis- 
Andronis, de lioiano et de Didonia. 

(Acte d'hnmmnpe du 18 mnrs 1227. — 
Gallia Christiana, t. II.) 

D'Anville place à Royan la 
station romaine de Novioreçiiim 
et voit, dans les deux dernières 
syllabes de ce mot latin, l'origine 
du nom de Royan qui s'est appelé 
autrefois Regianum. La distance 
de quinze lieues gauloises, indi- 
quée par \ Itinéraire d'Antonin, 
entre Novioregum et Mediola- 
nuni, correspondrait exactement 
aux trente-quatre kilomètres qui 
séparent Saintes de Royan; mais 
l'opinion des savants, qui placent 
Novioregum au village de Toulon 
ou dans les environs de la tour de 
Brou, paraît plus probable. 



ROYER, liCroycr, noms 
d'hommes qui désignaient autre- 



RUAGE 



330 



RULLIER 



fois l'officier charge de la police 
des chemins. 



ISUACrE, s. m. Voie qui per- 
met d'accéder à un Ijtttiment ou à 
un lieu quelconque. En basse 
latinité : i^iiaghini. 



RUETTE, s. f. Ruelle, petite 
rue. Dans le dictionnaire d'Oudin, 
on trouve : mette, calleja, petite 
rue estroite. {Tesoro de las dos 
Leiiff. esp. Y h'cViç.} 

Dans un long de la ruecte appelée 
la ruectç de fonlmorigny. 

(Déclaration de 1533, du chapitre de 
Saint-Etienne do Bourges, citée par 
le comte Jaibeut.) 



Confrontant d'un costé à la mai- 
son des héritiers de feu M. de Montaigne, 
évesque de Rayonne, une mette de la 
dite maison entre deux. 

(Acte du \\ juillet 1665. — Minutes de 
M. Laferrière, notaire à Saiiites.) 



Le mot mette est une abrévia- 
tion du mot meletto qui a été 
usité au moyen âge : 



El Merderiau (1) n'obli-jc mie 

Ne la petite ruélèle 

Jehan Bingne par Saint-Clcr surète. 

(GuiLLOT, le Dit des rues de Paris., 
vers 353".) 

Et la petite ruélcte 
De quoi l'un des bous chiel sur l'être 
Et l'autre bout si se rapporte 
Droit à la rue de la porte 

De Saint-Marcel 

(Ibid., vers. 111.) 

MIIFFIAK', Muflîen, s. m. 

Débauché, libertin, coureur et 
courtier de femmes. En basse 
latinité : mflîanus; en italien : 
ruffinno. Ce mot est d'origine 
tudesque, car il se trouve avec la 
mênrie signification dans la plupart 
des idiomes néo-germaniques . 
Danois : miïer; suédois : roiïare; 
allemand et anglais : mffian; 
hollandais : ruffiaan. 

La lumière de l'Evangile les a fait es- 
vanouir et nous a appris que c'estoient 
coureurs de pavés et ruffiens. 

(Théod. DE BÈzE, Hist. des églises rcfor- 
7nces, 1580.) 

ïlïJIiLIElî, nom d'homme, 
dérivé du vieux français mile, 
jeu de boules. (Roquefort, Gloss. 
de la Langue romane.) 



S 



SAESAROar, s. m. Chausson 
de cuir qui se met dans les sabots. 

SAISIiO^VCEAUX , nom 

d'une localité située à 12 kilomè- 
tres de Saintes, et à 3 kil. de la 
Seudre. En latin : sahloncolla, 
qui nous donne l'étymologie : 
maison ou chapelle des sables. 

CelJa, en latin comme en italien, 
signifiait cabane, maisonnette, 
ermitage ; en basque : celda; en 



bas-breton : kaël. La terminaison 
celle, chelle,se trouve d'ailleurs 
dans les noms de beaucoup d'an- 
ciennes abbayes ; cette étymolo- 
gie est acceptée par les auteurs 
de la Gallia : 

Beata maria de SablonceJUs... sila est 
hœc abbatia haud procul a fluvio le 



(1) La rue Merderiau est devenue rueMerderel, 
plus tard, Merderet. Elle était dans la cité et a 
disparu dans les démolitions de ce quartier. 



SABON 



331 



SAGOUIN 



Seudre qui non longé ab hinn influil 
in mare, in loco arenoso seu sabuloso à 
quo forsilan indilum ipsi nomen de 
sabloncellis. 

(Gall. Clirist., t. II, col. 1131.) 

La ville de Paris avait une rue 
du Sablon désignée dans les car- 
tulaires du XIIP siècle sous le 
nom de vicus de Sabnlo. 

La rue du Sablon par m'âme 
Puis rue neuve Noslre-Dame. 

(GiiLLOT, le Dit des rues de Paris, 
Yera 161°.) 

L'abbaye de Sablonceaux, forti- 
fiée au moyen âge, fut pillée par 
les protestants en 1559, incendiée 
en 1568, pillée et en partie dé- 
truite en 1621 par le prince de 
Soubise. En 1633 les religieux de 
l'ordre des Augustins qui l'habi- 
taient furent remplacés non sans 
difficultés par douze chanoines 
réguliers de la Chancelade en 
Quercy. Peu de temps après , 
Henri d'Escoubleau de Sourdis, 
archevêque de Bordeaux, fit ré- 
parer et reconstruire la maison 
abbatiale. 



SAISOA'', s. m. Savon, mot 
dérivé, d'après M. Jônain, du 
persan saboiin; latin : sapo. 

Le saintongeais, outre sahon, 
a\esdén\éssabounade,sabouner, 
sabounure. 



SABOUILER, V. a. Gronder, 
réprimander, maltraiter enparoles 
et en actions. 

Le père que le fils lirassoil et sabou- 
loit emmy la rue. 

(Montaigne, Essais, liv. I.) 

Bien scai-je que, luy un jour parlant 
au grand Roy de clioses célestes et 
transcendantes, les Inquais de court 
par les degréz , entre les huys , 



sabouloient sa femme à plaisir, laquelle 
estoii assez bellaslre. 

{RkBELUs, Pantagruel, \iy. III, cli. XXV.) 



S A IS O U K A U M , nom 
d'homme. En langue d'oc, sabour 
veut dire saveur, saboui'oux, 
savoureux, et au figuré sucré, 
recherché de paroles. (VoirLoréd. 
Larchey, Dict. des N^oms.) 

Ce nom a peut-àtre aussi dési- 
gné une localité sablonneuse, et 
dériverait du latin saburra, sable, 
gravier. 



SACIJUEIl, v. a. Fourrer, 
enfoncer quelque chose avec 
effort. En basse latinité : saccare. 
mettre en sac. 

Dom Bernard en a sacqué el puing 
[s'espée (1). 
[Roman de Wace, cité par M. LiiinÉ.) 

Puis bransloit la picque, sacqiioit de 
l'espée à deux mains 

(Rahelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.) 

Sacquer a eu autrefois la si- 
gnification de tirer, faire sortir. 

Vez ci ces pèlerins qui sunt mult 

[bones gent, 

Il sunt dcmon païs. je vous en ai con- 

[vent ; 

Faites sacher du vin, du meilleur vis- 

[lement. 

{Poème de Bertrand Duguesclin.) 

Alors le déloyal trayteur ayant l'en- 
ncmy au cors qui le gouvernoit, sacqua 
un Cousteau qu'il avoit moult trenchant. 

(Roman de Gérard de devers.) 

SAGOITI^^ adj. Sale, dégout- 
tant. Mot dérivé probablement du 
vieux français sagou, sagoun^ 
petit singe. 



(I) Dom Dcrnard en a assujetti son espéc au 
poing. 



SAILLIR 



332 



SAINTES 



Zon dessus l'œil, zon sur le groin 
Zon sur le dos du sagouin. 

(Cl. Mahoi, Epilres, t. I, p. 2iG.) 

§AIIiIiIR, V. n. Sauter. Ce 
mot est reste français pour expri- 
mer le saut de l'étalon, et est 
encore usité dans la langue du 
blason. 

De plaine terre est sailHs en l'arçon. 
(Poème de Ronceveau.v, p. 52, cité par 

M. LiTTRÉ.) 

Estoit très habile el hardy valleton, 

fust pour chevaulcher à jouer de la 

paulme, à courir, à saillir. 

, (Ant. DE La Salle, Chroii. du Petit Jehan 
de Sainlré, ch. I, p. 2.) 

Le saintongeais saillira égale- 
ment eu le sens de sortir. 

Puis sans rien profiter du collège sailhj 
Je vins en Avignon... 

(Ronsard, Epitre à Remy Belleau.) 

SAIIVBOIS, s. m. Nom vul- 
gaire du Daphné gnidiiim, dont 
l'écorce est employée à faire une 
pommade à vésicatoires. Littéra- 
lement Lois sain, bois servant à 
guérir. 

S A I IV T - A 11 A IV T - D E - 
BOIXE, nom de localité. Du 
latin biixuw, buis. 

SAl]VT-CIERS,nom de loca- 
lité. En vieux français: ciov, cher, 
de grand prix; ciers, certain, 
ciet\ au pluriel dès, tête, chef. 

S AIIVT- GEORGES -DES - 
COTEAUX., nom de localité. Il 
en est fait mention dès le XIP 
siècle : 



Usque ad parochiara S.-Georyii- 



des-Cousteaux juxla féodum de la Lou- 
batre..,.. 

{Charla GuiUelmi Vil, «nno 1129, 
Are/i. de Poitiers.) 



SAI]VT-ETIEIV]VE-»E- 
VAUX, nom de localité. Il y exis- 
tait une abbaye soumise à l'évé- 
ché de Saintes : Valles-S^'-Ste- 
phani ou S^"^-Stephanus-de- Valli- 
1ms. (Voir Gall. Christ., t. II, 
col. 1096.) 

SAI^'TES, ville. Chef-lieu de 
la Saintonge, qui porta le nom de 
Mediolanum Santonum jusqu'au 
IV® siècle, où la plupart des villes 
prirent le nom des peuples qui les 
habitaient. Mediolanum devint 
Sanlones comme Lutetia prit le 
nom de Parisii, Limonum celui 
de Lemovices, Vesonna de Petro- 
corii, etc. Dans la carte de Peu- 
tinger, la ville de Saintes est dé- 
signée par les mots .• Mediolano 
Sancorum (pour Santonum) ; dans 
l'itinéraire d'Antonin, elle est 
encore appelée Mediolanum San- 
tonum. Au IVe siècle, la notice 
des provinces l'appelle : Civitas 
Santonum. Ptolémée et Strabon 
la désignent sous le nom de 
MsotoXaviov, Ammien Marcelin par 
celui de Santones : 

Omissis aliis multis, Burdegala et Ar- 
verni excellunt, et Santones et Pictavi. 

(Ammien Marcelin, liv. XV.) 

Tacite en fait mention en par- 
lant de Julius^Africanus qui y est 
né: 

Julius Africanus de Santonis galliS 
civitate. 

(Tache, Annales, liv. VI.) 

Bourignon fait dériver Mediola- 
num des deux mots celtiques 
med, prairies, et laniou, beau; 
Sanlones du celtique pa^i (adouci 



SAINTES 



333 



SAINT-JEAN-D'ANGELY 



en San), cercle, et de on, qui dé- 
signe les eaux dans diiïéi'enls 
dialectes dérivés du celtique. 
D'après cet antiquaire trop ingé- 
nieux , Mediohunun- Snntonum 
devrait se traduire mot à mot par : 
Belles prairies entourées par les 
eaux. 

Un autre étymologiste, M. Bon- 
namy dérive Mediolmium des ra- 
dicaux med, fertile, hui, pays, des 
langues celtique et tudesque. (///s- 
toire de ï Académie des Inscrip- 
tions, t. XXVIII.) L'opinion la plus 
rationelle est que Mcdiolanum si- 
gnifie le milieu de la contrée, le 
centre d'un pays, la capitale. 
Milan qui se nommait aussi Mcdio- 
lanum est encore appelée par les 
allemands Mil-land, qui a exac- 
tement celte signification. 

Certains étymologistes voient 
dans Santones un radical çan 
(prononcé san) signifiant canal en 
celtique. Cette origine aurait l'a- 
vantage de s'applicjuer également 
au fleuve saintongeais la Charente 
(voir ce mot), qui a été désigné 
par les auteurs latins sous le nom 
de Canenfelus et par Strabon, 
Plolémée et Marcien d'Héraclée, 
sous celui de KavïvTsXoc. 

Les habitants de la Saintonge 
sont appelés par César : santo- 
nes (1) et quelquefois santoni(2); 
par Pline : santones liheriiS) ; ])ar 
Strabon : SàvTovo-. ; par IMoiémée 
et Marcien : SàvxovEç; parLucain : 
santoni (4); par Grégoire de 
Tours : santonici. . 

De nombreuses médailles san- 



(1) In xantoiium ducs qui non lon^è a Tolosa- 
lium (inibus absunt (Ct-sar, Comment., liv. I.) 

(2) Navibus (|iias ex Pictnnibus cl santunis... 
convenirc jusseral. (//'((/., liv. III.) 

(3) Aquitaniii! sunt... Pirtones, santones li- 
beri... (Pline, liisl. ^^al., liv. IV, ch. XIX.) 

(4) Gaudet que araolû.v«/j/«MHAliostc.(Lucain, 
De bello civili, liv. 1.) 



tones en argent ont été décou- 
vertes. On y Ht le mot santonos 
ou santonoc (le dernier mot étant 
terminé par le sigma de forme 
antique); on y trouve gravées 
diverses figures : une tête cas- 
quée, un cheval au galop, un 
bouclier gaulois, un double trian- 
gle. (Voir Bourignon, Antiquités 
do Saintes, p. 6.) 

SAI^T-JEAIl-D'AXCïÉLY, 

ville de la Saintonge située sur la 
Boutonne. Un château, bâti par 
les anciens ducs d'Aquitaine 
dans une forêt, nommé Angeria- 
cum, a donné son nom à la ville. 
Pépin le Bref y fonda un monas- 
tère en 768 et y fit déposer la 
tête de saint Jean-Baptiste. Les 
nombreux pèlerins, attirés par 
cette relique étonnante, firent la 
fortune des moines et amenèrent 
la construction d'hôtelleries au- 
tour du couvent. En 1204; l'agglo- 
mération était devenue considé- 
ble et Philippe-Auguste y créa 
un maire et des échevins. 

En 1346, la ville qui portait 
alors le nom de Saint-Jehan- 
ï Angeliev (voir Froissart, Chro- 
niques, liv. I, § 292), se rendit 
après un assaut au comte Derby, 
lieutenant d'Edouard III. Le 7 août 
1351, le roi Jean la reprit aux 
anglais : 

Saint- Jehan-d'Angeli s'ala à nous 
[rendant 
El Saintes en Poitou la ville souflisant. 
(Citron, de Duguesclin, vers 21891.) 

Peut-être la ville a-t-elle pris 
son nom d'un des héros de 
l'armée de Charlemagne, Ange- 
lie r. 

L'un fu Gaudin et li autres Richier 
Et li doi autres Sansson et Angelier. 
{Homan d'Aymcri de ^arbounc.) 

23 



SAIXT-JEAN-D'ANGLE 



334 



SARGE 



Cet Angelier, d'après la Chan- 
son de RoLwdivevà 1185° à 1500'^), - 
fut tué à Koncevaux par le sarra- 
ziu Climborins, monté sur son 
cheval Barbamusche. 

S.VIAT- JEA^^^lï'AXCIiE , 

nom de localité. Angle a ici la 
signification à' anglais. 

Ecclesiam etiam S. Johannis de 
Ang.'is. 

{Ch. fitnd. abb. S. Mariœ apitd San- 
toues, aiino 1047.) 

SAIIVT-KOMAIJV-DE- 

BEIVET, nom de localité, men- 
tionnée par les mots : villa Sancti 
Romani de Benais dans la charte 
d'Othon, duc d'Aquitaine, en 
faveur de l'abbaye de Sablon- 
ceaux. (Voir Gallia Christiana, 
t. II, instrumenta). Benais était 
en vieux français une forme de 
Benoit; du latin: Benedictiis. Il 
est devenu en français synonime 
d'imbécile. 

SAIilG^VAC, nom de localité, 
domaine de Saliniis ou du mar- 
chand de sel. 

SAliliES, nom de localité. En 
vieux français, salle, du latin : 
solium, désignait une cour, un 
manoir seigneurial, un palais. 

SAIilIOIV , nom d'homme , 
abréviation de Salomon ; en 
hébreu : homme pacifique. 

Car on le trueve en Salemon 
Que tout adez fet sages hom. 

(flrdéne de chevalerie, vers '».) 

Ou champ les atandirent li roi et li baron 
La roine Sébile, Baudoins et Naymon, 
Salemonz de Bretaigne o le conte Huon. 

(Jean Bodkl, Chanson des Saxons, 
Bt. CCVU.) 



SAIil'S, Salut, s. m. Fourche 
à iilusicurs branches bai'bclées 
pour saisir les anguilles dans la 
vase. 

Mais en ce temps nous laissons 
rouiller les saints pource que le poisson 
est trop esveillé et on ne peut le trom- 
per en léchant la bouc. 

(Agr. d'Acdigné, Confession de Sancy, 
t. U, p. 300.) 

SAITISOIV, nom d'homme. En 
hébreu : soleil. 

§A]VCEÎ¥I^XIE, s. f. Espèce 
d'absinthe administrée, en Sain- 
tonge, contre les vers. Le vrai 
nom est sanlonique, santonica 
herba, cette plante étant origi- 
naire de Saintonge. Pline en 
parle (liv. XXVII , ch. IV.), 
ainsi que Dioscoride (liv. III, 
ch. XXVIII.) 

§A:^^GSUGE, s. f. Sangsue, 
de sanguis, sang; sugeve, sucer. 
Malgré l'étymologie dont se rap- 
proche le mot saintongeais plus 
que le mot français, la forme 
sangsue est très ancienne. 

Qui l'or vermeil et l'argent blanc 
Cuveile (1) cum sangsue sang. 

{Edouard le confesseur, vers 179», cité 
par M. LiTTiiÉ.) 

SARGAIIi, s.' m. Tas de 

choses en désordre. Ce mot est 
probablement une corruption de 
sargasse, espèce de varech ou 
fucus, dont les tiges sont enche- 
vêtrées à la surface de la mer. 

SARCbE, s. f. Serge, espèce 
d'étoffe commune. En basse lati- 
nité : sarga. 



(1) Convoite. 



SARMONER 



335 



SARQUEU 



Six sarges rouges 

(Du C\NGE, glossaire, au mot sarga.) 

Ilcm quinze pièces de sarges blan- 

clies 

(luveiitaire du mobilier de Charles V, 
édit. do 1879, p. 370.) 

On a dit longtemps sarge et 
serge, suivant la région. 

Le peuple dit serge mais la cour dit 
sarge... 

(Chifflet, Grammaire, p. 18-2.) 

i§AK:?IO^'KR, V. a. Sermo- 
ner, adresser des conseils ou des 
reproches. 

L'ermite Ogrins moll les sarmone, 
Du repentir consel lor donc. 

{Roman de Tristan, t. I, p. GS.) 

SARPE, s. f. Serpe. 

Choses qui conviant coutiver, com 
une vignes fere de sarpe et de marre et 
de terre gaaignier... (1). 

(Livres de Jostice et de Plet, p. 271, § 2.) 

L'un estoyt vestu en vigneron d'Or- 
léans avecques belles guestres de toile, 
une panouère et une sai'pe à la ccinc- 
ture. 

(Rabelais, Pantagruel-, liv. IV, ch. XLVni.) 

SARPEXT, s. f. Serpent et, 
par extension, mauvaise femme, 
médisante. C'est sans doute en 
raison de cette signilication (jue 
le mot snrpenl est resté longtemps 
féminin, comme il l'est encore en 
Saintonge. 

Et disl ainsi que qui vouloit lucr la 
serpent, il li devoit csquachier le cliief. 
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 38.) 

Dou vilain e de la sarpent 

Nus muslrc ci cunfétemeiit. 

La sarpcnz au vilain proia... 

(Marie de Tiiance, Fable LXIII, t. U, 
p. 267.) 



(1) C.lioscs qui foiiccrncnl la ruUurc comme 
de travailliTuiio viKiicavecla serpe ou la marre 
et de labourer ta terre. 



En la rue de la Barre vins 
, l'-t. en la rue des Poitevins 
En la rue de la Sa)']yent (1). 

(GiiiLLOT, le Dit des rues de Paris, 
vers 21». — Fabl. et Contes, 
t. II, p. 23'J.) 

Les oyseletz sont humains qu'il feil naitre 
Et l'oyseleur, la serpente tortue 
Qui les déçeut 

(Cl. Maroi, Ballade XIII.) 

On trouve aussi, au XVP siècle, 
le serpent désigné par les mots 
sarpe et serpe. 

Ryre mais, dis-jc, vous vous damnez 
comme une sarpe. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XVII.) 

§AKPIIiLill':«E, s. f. Toile 
grossière pour laver — linge — 
chiffon. En basse latinité : serpeil- 
loria, grosse étoffe de laine, 
d'après du Gange. 

Por Dieu me donne une retaille 
D'un tronçon de la serpcillièrc ; 
Ce n'est mie chose muull cliière. 

(Dernier, fabliau de la Houee partie, 
vers 29o«.— faii. et Contes, t. IV, 
p. 481.) 

Rois, tant bons che chevaliers seoit 

[icr en caïero 

Et ot or et argent et rice sarpiliùre 

(Jui por ta mort, biaus sire, gira en 

[sa litière (2). 

(Li Romans d'Alexandre, [i. 511, vers 3".) 



SARQUEU, S. m. Cercueil. 
En grec, -ip^oc signifie tombeau, 
lie -ipç, ciiair, (jui a également 
donné naissance au mot sarco- 
phage (oaY^Tv, manger, sào$, la 
chair). Malgré cette analogie, 



(1) Rue de la Serpent, devenue rue Serpente; 
au moyen ;lgc ; viens lortunsus. 

(2) ûoi aussi boii que noble «ilait assis liier 
en sa chaise et il eut or et argent ei riches 
étoffes qui par ta mort, beau sire, tombera eu sa 
possession. 

I.e Roman d'.Me.vandre est le premier poème 
français écrit en vers do douze pieds qui ont 
(iris, pour ce motif, le nom du vcrii alexaudrias. 



SARRAZIN 



33G 



SAUTEREAU 



sarqueu dérive probablement du 
germanique; car, en tudesquc : 
sarc, sarch; en allemand: sarg, 
et en hollandais : zark, signilient 
cercueil ou tombeau. 

En blancs sarcous fait* mettre les sei- 
[gncurs. 
(Chanson de Roland, st. 269.) 

En un riche sarqueu l'ont mise 
Par dessus une pierre bise. 

{Flaire et Blancheflore, vers 343".) 

Un sarkeu fist appareillier 

Lez la meisière del mostier 

A mettre emprès sa mort son cors. 

(Jean de Meiing, Roman de la Rose, 
vers 5961«.) 

Si fust mis le corps en ung sarcus de 
plomb..; 

(MoNSTRELET, Cliron., Mort du due 
d'Orléans.) 

iSARRAZIX, nom d'homme 
assez répandu, ainsi que celui de 
Mffurin, qui a la même significa- 
tion. Il rappelle l'invasion arabe 
de 732 et le séjour des Maures 
dans l'Angoumois, où dans quel- 
ques communes existent encore 
des descendants. {Dirac et Si- 
gogne.) 

NARRER, V. a. Serrer — 
resserrer. 

Venez après, ma damoiselle, 
Et sai'rez tous vos afficquetz; 
Ja me chault s'estes laide ou belle, 
Laisser fault dances et quaquetz. 

(Martial d'Alvekcnb, la grant Dance 
macabre des femmes.) 

Elles y ont trouvé assez de remède 
et en trouvent tous les jours assez, pour 
rendre leurs portes plus estroites^ 
sarrées et plus malaisies d'entrée. 

(Brantôme, Dames Galantes, dise. IV, 
p. 181.) 



SAU, s. f. Sel ; usité surtout 
en poitevin. Dans le glossaire de 



Cotgrave : sau, sait. (French- 
engl., dict.) 

La populace du Poitou appelle du sel 
de la sait. 

(J. BoLCHEf, Sérées, t. V, p. 94.) 

SAUJOM, nom de localité. La 
ville de Saujon est, d'après cer- 
tains antiquaires, bâtie sur l'em- 
placement de la station romaine 
de Novioregum , indiquée par 
y Itinéraire d'Antonin entre Me- 
diûlanum (Saintes) et Tamnum 
(Talmont). Une opinion plus com- 
mune place cette station au 
village de Toulon qui est voisin 
de Saujon. 

Bourignon fait dériver le mot 
Saujon d'un radical celtique : 
sau, qui aurait signifié eau, 
rivière (voir Antiquités de Sain- 
tes, p. 205, noie) ; il pourrait 
tirer son origine du vieux fran- 
çais : saulff, sauge, mais il est 
plus probable qu'il dérive du 
vieux mot poitevin : sau, sel; en 
latin : sal. Au moyen âge, le nom 
latin de Saujon était Salionum, 
d'après la Gallia Christiana, et 
celte forme met en évidence le 
radical : sal. 

SAULIVIER, Saunier, noms 
d'hommes signifiant marchand de 
sel, ouvrier des salines, officier 
du grenier à sel. 

saute-ea-rarqve:, s. 

m. Fagot de bois de petite dimen- 
sion , ainsi nommé du mode 
habituel de transport par bateau. 

SAUTEREAU, s. m. Saute- 
relle, criquet. Dans le Berry : 
sautcriau. Dans le vieux français, 
sautercau était le masculin de 
sauterelle : 



SAUVAGE 



337 



SEAU 



Greshopper : saiitei'eau, s. m., saute- 
relle, s. f... 

(Palsgritb, Eclaire, de la Long, franc., 
p. 2i7, col. 1) 

Yraignes, sautereaux, papillons 

{Ménagier du XIV' sièele.,cHé par Liiiué.) 

On voyoil sauteler dix mille sauterelles 
Mais dans ce fameux pâtureau 

Ainsi que le sultan auprès de ses don- 

[zelles 
L'on n'y voyoit qu'un sautereau. 

(AJnm BiLLACT (1), Poésies.) 

Le mot sauterefiu a donné nais- 
sance aux noms d'hommes : Sau- 
treau, Saiitron. 



SAUVAGE (mer^. On donne 
le nom de nier Sauvage à la 
partie de l'Océan qui avoisine 
l'ile de Hé, et qui est fertile en 
naufrages. 

Avec ces douze pinasses, il alla recon- 
naître l'isle du costé des baleines (2) 
vers la iner Sauvage. 

{Mémoires de RiCHELiEr, liv. XVIII, 
p. 4Go.) 

SAUVAGIX, S. m. Arbuste 
sauvage, arbre à fruit non enté. 
Ronsard a dit dans le même sens : 
sauvageau. 

D'autant qu'un arbre enté rend un 

[jardin plus beau 

Que le tige espineux d'un rude sau- 

[vageau. 

(RossARD, Eglogues, t. IV, p. 50.) 

SAUVACÎIXE, s. f. Toute 
sorte de gibier sauvage. C'est le 
contraire de volaille (autrefois 
poiilaille), qui est le gibier domes- 
tique. 



(1) Adam Rillaut, ou le menuisier de .N'cvcrs, 
mon en 16fii. 

(-2) Lea halrincf: sont des rochers de l'ilc de 
Ré sur lesquels on a conslruii un phare. 



Il puet par droit vendre ... toute pou- 
laille, toute sauvagine. 

(Est. BoiLEAP, Regislre des Mestiers, p. 36.) 

SAVARY, nom d'homme qui, 
en raison de sa terminaison, ne 
peut être considéré comme un 
dérivé du vieux français : savart, 
terre en friche. C'est un nom 
d'origine germanique; on trouve 
dans des textes de 697, le nom 
tudesque : Saharich ; en 1206, le 
nom latin : Savaricus. (VoirLoré- 
dan Larchey, Dictionnaire des 
Noms.) 

Le nom de Savary paraît à 
Saintes au XV" siècle. D'après 
une charte de 1480, citée dans la 
Gallia, Savaricus de Vivonne fut 
le vingt-sixième doyen du chapi- 
tre de Saint-Pierre. 

SAVIGXAC , SaTi^non , 

noms d'hommes et de localités, 
formés de Savinien, diminutif de 
Savin; en latin : Sabinus. On 
trouve, dans les vieux textes, la 
localité Sabiniacuni, qui signifie 
domaine de Sabinus. 

SAVE, nom d'un ruisseau 
aftUient de l'Ile, rive droite. En 
vieux français, ce mot signifie 
crochet et seau à puiser de l'eau. 

SÉAXT, s. m. Derrière, ce 
qui sert à s'asseoir, dérive de 
sedens, participe présent du verbe 
sederc, par la chute de la con- 
sonne médiane. 

En mon séant lors m'assis 

Moult angoisseus et moult pensis. 

(G. DE LoRRis, Roman de la Rose, 
Tors 1785*.) 

SEAU, S. in. Seau, récipient 
en bois. (Voir scillc). Le sainton- 



SECOT 



338 



SEGRET 



geais prononce seau, en deux 
syllabes, et seilleau. 

Au puis une corde pendoil 
Au deux chiés deux séaus avoil 
En tel m;iniére ère noé 
Por aiuue traire à volenlé. 



[Castoicmcnt d'un pire. 
Contes, l. I, p. 147.) 



Fabl. et 



Il m'en est entré en la bouche plus 
de dix-lmit seilleaux ou deux. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XIX.) 



SÉCOT, adj. Sec; se dit prin- 
cipalement d'un homme maigre ; 
latin : siccus. 

SÉCRÉTAIS, SegrétaSu, 

s. m. Sacristain. 

Il requist frère Etienne Tappecoue. 
secrétain des Cordeliers du lieu. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

Thomas Gouyneau, laboureur à bœufs 
et Jehan Malias, segrctain du dit Virol- 
let, tesmoings requis 

(Acte du 25 mai 1648, concernant l'abbaye 
de Madioa. — Archiv.hist.de Saintes, 
X, 321.) 



SEGER, Seycr, V. a. Couper 
en parlant du blé — moissonner. 
Du latin : secarc, scier. Cette 
expression est très ancienne et 
démontre que les faucilles de nos 
pères avaient des dents comme 
celles de nos paysans sainton- 
geais. 

A cel cunfemplc, cil de Belhsames 
scièrent furmenz en la valée. 

(Livre des Rois, ch. VI, verset 13, tra- 
duction du ,XII" siècle.) 

Des altres vilcins pur sa terre arer et 
pur ses blez séer... 

[Ibid.. ch. Vni, verset 12.) 

Ne faucilles pour seyer blés. 

(J. Fboissart, le Dit dou Florin, 
vers 85'.) 



Il sccust que nostrc belle fille soyoit 
de l'erbe au coing d'un bois... 

{Cent nouvelles, ch. XXIV, p. 153.) 

Lors commença le laboureur avecques 
ses gens seyer le bled. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XLVI.) 

fSECiO^'D, adj. Second. Au 
féminin, c'est un prénom usité de 
la lille cadette. 

Et appela le firmament ciel et fait est 
vespres et matin le segunt ]or. 

{Bible historiaux, Geabae, ch. L.) 

Il convient que H segons face mention 
del premier. 

{Le Conseil de Pierre de Fontaines, 
p. 485.) 

SEGO^^ZAC, nom de localité. 
Domaine de segoiid (v. ce mot), 
secundacum. 

si:GRE, V. a. Suivre. En ita- 
lien; seguire, du latin sequeri. 
Ce verbe, peu usité à l'infinitif, 
a des temps souvent employés en 
sainlongeais; indicatif présent : 
segons, seguez; subst : seguions; 
part, passé : segiil. 

Et assez de genz les avoient seguz{\.). 
(/»■" Livre des Machabces, ch. I, verset 31.) 

La feme est digne par lignage ou par 
mariage et se èle se marie à non digne, 
ele pert sa dignité et doit ségre la con- 
duction à lo home. 

{Li Livres de Justice, p. 6G, § 3.) 

SEGRET, s. m. Secret. S'em- 
ploie également adjectivement : 
cet homme est segret, c'est-à- 
dire : il ne raconte pas ses affaires. 

Tu sais comme le seul tu es 
A qui j'ouvre tous mes segrès. 

(Baïf, l' Eunuque, net. I, se. II, p. 166.) 



(1) Et abiisscnlpost illos raulti. 



SEGUIN 



339 



SEIT 



§E€rUI.\, §eg:uincaii, noms 
d'iioiniiios du vieux gcruiaiiique 
S7(/ir/;;(victoii'e-aini) qui se trouve 
dès le IX^ siècle. (Voir Lorédau 
Larchey, Dict. des Noms.) 

Ce nom pourrait dériver du 
saintongeais se(jcr, scier le blé. 
Dès le II"' siècle, le nom segnin se 
trouve appliqué en Sainiong-e à 
des personnes et à des localités. 

Soquendo terras de Pontelnbio et de 
fonlibus usque ad crucem aux seguins 
et à dicta crucc aux seguins rcvcrlitur. 

{Charta Gitill. VU, aimo ll^O, 
Arch. de Poitiers.) 

En 1221, le prieur du monas- 
tère de St-Eulrope s'appelait 
Seguin. 



SEIEUK, s. m. Celui qui scie 
le blé, moissonneur, en provençal: 
segaïré. 

A un jiir li enfôs alad à sun perc au 
champ as seïeurs (1). 

(Litre des Rois, Uv, IV, ch. IV, verset 18.) 



SEIG!:%'É, nom de localité, 
canton d'Aulnay. En vieux fran- 
çaiS; marqué, béni. 



SEîIiLA, Scillc, S. m. ou f. 
Seau, récipient cylindi'i(iue en 
boissellerie ou en bois; du latin 
siliiln. En vieux français : seilJc, 
seiay, schjc. 

Mais la corde en qui ponduil la schjc 
por puisier l'algue soventcs fois roni- 
poil. 

[Dialogues de S. Grégoire, liv. III, 
ch. XVI.) 



(1) El ciim cssct <|U(P(l.im dics cl .igrcssus 
cssct (s. eni: puer, inraii!>) ad patruiu suum ad 
messores. 



Or i faut et vans et corbeilles 
Et si i faut boissiaux et seilles 
Pos et pichiers. 

(Le dit des choses qui (aillent 
en ménage, nouv. rec. do 
coules, t. II, p. 160.) 

Marie alloit pour puiser de l'eau tenant 
une seille. 

{ûenTiEsTiE:t:iE, Apologie pourllérodole.) 

SEILIiOX, s. m. Sillon. 

Vos puisse mal ors dévorer 
Que trop me festes demorer 
A aver un seiUon de terre. 

[Roman du Rcnart, vers lo3"o«.) 

Son lévrier, voyant la proie, le tirassa 
et traîna plus de six seillons loin. 

(Noël DU Faii., Contes d'Eutrapel, t. I, 
p. l'J3.) 

Loin de Cerès les bons grains secou- 

[rables 

Sous longs seillons de terres labou- 

[rablcs 

Sont enterrez... 

(Cl. Marot, Métam. d'Ovide, t. UI, p. 163.) 

Couvert de tourbillons 

Escroule sous ses pieds les bluétans 
[seillois. 
(Du Baktas, 5» Jour de la 2« semaine.) 



SEIXE, s. f. Sorte de grand 
filet qu'on traîne sur les grèves. 
Du grec ix'fh'n,, lilct. En basse 
latinité : soyna. 

Comme les suppliants fcussent aler 
pcscliier...à un instrument appelé sciV/ne. 

(Telle ilu XV» siècle, cité par Du Caxgb 
nu mol seyna.) 

Et la povreté vous prcschanl 
Et les grans rlchcsces pcschant 
As saynes et as tralniaus. 

(Jonn PE MKr«r., Roman de la Rose, 
vers 1181i«.) 

SiEIT, soif. Du latin sitis. 

Curent en mer par mult lonc Icns 
Mais do terre unt nul sens ; 
Crut l'ègrc faim o l'ardent seid. 

[Voi/ages de S. Brandan, vere ISG', 
ni' siècle.) 



SELLE 



3i0 



SEMONDRE 



SEIiLF, s. f. Siège en bois. 
Latin : sella, siège bas. 

Cum cil oui l'arche nuinée, Hély erram- 
meiil de la scie où il sedail envers cliaï... 
{Liiie des Hois, ch. IV, verset XVni.) 

Mourut subitement séant sur une sele. 
{Li romans de Berte ans gratis pics.) 

Je lui présentois une selle pour se 

mettre à l'aise 

(Noël DU Fail, Propos ruslicqucs.) 

Entre deux selles chiet on à terre. 
{Livre des Prorerbes français., t. H, p. 781.) 

§EL1.E PERCÉE, s. f. 
Chaise i»ercée contenant un vase. 
En basse latinité : sellœ familin- 
ricœ, ' locution synonime de 
latrinœ et de privatœ. (Voir 
VaiTon, derè lusticà, cap. XI V.^ 

Véritablement je pensais qu'en icelle, 
darrière la tapisserie ou en la venelle 
du lict fust vostre selle percée. 

■ (Texte du XVI» siècle, cité par du Gange.) 

Au XVII« siècle, les raffinés de 
langage avaient imaginé une sin- 
gulière paraphrase pour désigner 
la chaise percée. Ils l'appelaient 
la soucoupe inférieure Voir 
Somaize, Bict. des Précieuses, 
p. 4/1.) 

Du mot selle, chaise, est venue 
l'expression aller à la selle, en 
basse latinité adsellare et assel- 
lare : 

Si infanli vel majori ad assellandum 
intestinum descendorit, sive sanguine 
puro, sive cum stcrcore assellatus, su- 
blavct se de aqua. 

(Cet. IIoRATiAN. De rènim mcdic. liv. IV, 
p. 97.) 

La locution : avoir le cul entre 
dcu.x selles (voir cul) a la même 
origine. 

Cela faict luy commanda s'asseoir 
entre deux selles le cul à Icrre. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. XLV.) 



SEHBIiA^^CE, s. f. Ressem- 
blance — image — opinion. 

On (lit qu'ele ha une semblance 
De Jhesu, dont fcit renicmbrance. 

{Roman de S. Graal.) 

De nos barons que vos est-il avis, 
Compains L^rairs? dites \olrc semblance, 

{Le comte de Bar, chanson, vers 2>, cité 
par Leroux deLincy, Citants liistor., 
p. -47.) 

SEMBÏiAlVT, s. m. Appa- 
rence, avis. 

Je veiz venir, si ie le scay descrire 
Un grand troppeau de chevaulx et de 

Igens 

Entre lesquels un chariot branlant 

\'eiz riche et beau, au moins à mon 

[semblant. 

(Gratieii Dupont, Controverse des se.ves.) 

SEMBIiEli, v. n. Ressem- 
bler. 

Afm que ce discours ne semble à celui 
d'un plaisant qui ne tâche qu'à faire 
rire. 

(Bonav. des Péhiers, Contes et Joijmx 
devis.) 

On ne souillera plus les maisons d'a- 

[dultères 

Le mal sera puny silost qu'il sera faict 

Les enfants sembleront aux légitimes 

[pères. 

(Nicolas Rapin, roc. de P. de i'Estoile, 
t. XI, p. 3i9.) 



SEMIIiBjAC, nom de localité, 
canton de Mirambeau, domaine 
de la gaieté, de la malice, en 
vieux fi-ançais : semille, d'où est 
resté sémillnnt. 

Et ot trop cstrange semille. 

(Jean de Meung, Roman de la Rose, 
vers 21701°.) 



SEI?ÎO]V»liE, V. a. Avertir 
— faire dos reproches — donner 
des conseils — inviter. En latin : 



SEMONT 



3il 



SEPEE 



submonerc 
mon. 



en an.srlais : to siim- 



La menace dcl juiremeut qui est 

siirniliée par la busine (l) les semunt 
qu'ils meUent en eovre ce qu'il voient 
en escriplure. 

{Glose sur l'Apocalyp.te., mnn. du XIII' 
siècle.) 

Ingrate, hélas! tu ne veux me répondre 
J'ai donc beau te semondre. 

(Vauqiielin de La Fuesnaye, Idylle.) 

L'on me semont contricion 
Que je alasse parler au mire.. 

{Tournoiement de l'Antéchrist, éd. 
1851, p. 90.) 

Assez tost apriés çou que cilz rois 
Plielippes fu couronné à Ilains, il se- 
motist ses princes, ses barons et toutes 
ses gens d'armes. 

(J. Froissakt, Chroniques, liv. I, § '2.) 

Le verbe semondre a été em- 
ployé dans un sens analogue par 
Molière. (Etourdi, act. II, se. III.) 



SEI?IO]VT, SciiioucI, partie, 
passé irrégulier du verbe se/22o;2- 
dre. (Voir ce mot.) 

Le vilain ou roturier esloil semond 
du matin au soir ou du soir au malin, 
au noble, il falloit quinzaine. 

(LoisEL, Inst. cons., liv. I.) 

Ung homme avoit semond ung sien 

[amy 
A un bancquet que chez lui apresta. 

(Gilles CoRBOzET, Fables, p. IGl.) 



noms de localités. Dérivés du 
vieux lVan(;ais : musse, caclie, 
trou, nmsser, cacher. 

SE^^ELLE, .^cncr. Voir 



cenelle, cener. 



(1) Busine, irompelle. 



SEXTU, part, passé irrégulier 
du'verbe sentir. 

Qui premier l'a sentu l'a faict. 
Je n'en ai faict ne sentu nulz — 
Non vous — Et qui donc? — voslreculz. 
{Farce du pect, anc, th. fr., t. I,p.95.) 

De laquelle sentence icelluydéfl'endeur 
s'est sentu aggravé et en a appelé à la 
court. 

(Martial D'AivEncKE, l"' arrêt d'amour.) 

Il a plusieurs poissons qui se sont 
pris au past qui estoit dedcns qu'ilz ont 
senlu au flayrer. 

{Les quinze joyes du mariage, prologue.) 



SEP, s. m. Tronc de vigne, au 
pluriel, seps, du latin sepes, et 
du vieux français scppc, tronc. 
L'orthographe moderne, ce/), n'est 
pas conforme à l'étymologie. 

Vendangcans les vignes, emportans 
les seps. 

(Rabelais, Garijanlua, liv. I, ch. XXVI.) 

De chault, de gresle. et de froid, qui 

[estonne 

L'herbe l'espic, le sep, n'ayons soucy. 

(Jonchiin Df Bellay, Jeux rustiques, p. 13.) 

Estant au frais de l'ombrage 
De cet ormeau refrisé 
Sur les plis de son feuillage 
D'un beau sep favorisé. 
D'un beau sep qui s'entortille. 

(Remy Belleai^ l'Ombre, t. UI, p. 39.) 

Aucuns font des cercles et des paux 
pour soustenir les seps des vignes. 
(Bernard Palissy, Recepte véritable, p. 36.) 



SEPÉE, S. f. Lieu couvert de 
ronces et d'é))ines — taillis brous- 
sailleux. Du latin sopcs, dont nos 
anciens écrivains ont fait seil\ 
soif. 

.\u plus bas passe-on la seif. 

(l'roTerbo du XU* sii^cle, cité par Rinni- 
zA.-<, Contes tt Fabl., 1. 1, p. 43U.) 



SER 



342 



SETEAU 



Dunkes vint li lerres solunc la cous- 
tume cui il soloit, si montoit la soif (1). 
{Dial. de S. Grégoire, liv, I, ch. III.) 

C'on ni fâche souvent senliers 
Sans mur et sans soif épineuse. 

(Reclus DE MoLiEN, Iloman de Charité, 
Et, i-24".) 

Le mot seppc a ou autrefois la 
signification de tronc. 

Les bûcherons de ce pays en coup- 
pant leur taillis, laissent la seppe ou 
tronc. 

{BernarJ Paiissy, Reccpte véritable, p. 36.) 

SEK , Séréc, soir, soirée. 
De ser, ce soir, est une locution 
très usitée en Saintonge. 

L'om l'a aima, miga non l'a al ser (2). 

{Fagment d'un poème de Boece, XI« siècle, 
vers i-ïi", p. 29.) 

Vengez voz filz, voz frères et voz heirs 
Qu'en Roncesvals furent morz l'altre 

[seirl 
{Chanson de Roland, vers 3111".) 

Chez nous 

Viens t'en passer cette longue sere'e 
Près d'ua beau feu, de nos gens sé- 

[parée. 
(Vauquelin de La. Fhesnaye, Idillies.) 

Le vieux français avait le verbe 
enserir, asserir, faire nuit, arri- 
ver au soir : 

La nuit, après souper, quand vint à 
[Venserir. 
(Li Romans de Bcrte ans yrans pics.) 

SEREIJV, S. m. Soir, le mo- 
ment où l'humidité de la nuit 
commence à se faire sentir. 

Abusé m'a et faicl entendre 
Tousjours d'ung que ce fust ung aultre 
De farine que ce fust cendre... 

Du matin qu'estoit le serain. 

(Fr. Villon, Grand Testament, st. 57 et o8.) 



Ostez-vous du serein, craignez-vous 
[point le rhume? 
(Ph. Desportes, Contre une nuit trop 
claire.) 

SEKEia^E, S. f. Sirène. 

Mult sunl à douter les seraines 
Car de félonies sunt plaines. 

(Wace, Roman de Brut.) 

Sa voix passoitle chant de la seraine. 

(Cl. Marot, le Balladin, t. I, p. 109.) 

SEKC1E]¥T, s. m. Huissier. 

Sergens, quasi serre-gens d'autant 
que leur estât est voué à la capture des 
malgisants. 

(Pasquier, Recherches, liv. VIII.) 

Comme vous aultres, messieurs sem- 
blablement les sergens, appariteurs, 
chiquancurs, procureurs... 

(Uabelais, Pantagruel, liv. III, ch. II.) 

SERMENT, s. m. Sarment, 
fagot de branches de vignes. 

Les bonnes gents près le feu se 
chaufants d'un fagot de serment de 
vigne. 

(Noël DU Fail, Propos Rustiques p. 22.) 

SERKAîWT, adj. Rangé, éco- 
nome et même avare. 

J'entends, qu'elle soit obéissante à 
Dieu et à son homme, mesnagère, ser- 
rante... 

(Jean LiÉBALTT, Maison rustique.) 

SÉTEAU, s. m. Petit poisson 
de la famille des soles dont il a le 
goût. Il en diffère par sa forme 
très allongée qui lui a peut-être 
valu son nom. Séteaii est un dimi- 
nutif du vieux français : sète^ 
flèche ; du latin : sagitta. 

Espuiz e escorpions por traire les 
sèles e fundes (1). 

(JIacchabées, liv. I, ch. VI, verset bO.) 



(I; .Moresolito fur advenil, asccndii scpem. 
(2; On l'a au malin, point on ne l'a le soir. 



(1) Spifiuia et scorpios ad mittendas sayittas 
et fundibula. 



SETIER 



343 



SIGNIFIANCE 



SETIER, s. 

volume pour les 
liquides. En latin 
sex, six. 



m. Mesure de 

grains et les 

: sexlarius, de 



L'un vendit le cliief de un adne qualre- 
vinz deniers de arg'enl el cinc deniers 
d'argent le sestier de fiente de colums (I). 
(Liire des Rois, p. 369.) 

N'est nus qui chascun jor ne pinle 
De CCS lonneaus ou (juarte ou pinte 
Ou mui ou setier ou chopine. 

(Jean de Mf.ung, Roman de la Rose, 
vers 6853».) 



SEU»KE, nom du petit fleuve 
qui se jette dans la mer, près de 
Marennes. Corruption du verbe 
sourdre, soudro, paraître, sortir 
en parlant d'un cours d'eau. 

M. Bourignon fait dériver seu- 
dre, seugne, sèvre des mots 
celtiques : su, swi, sou, sau, qui 
auraient désigné l'eau courante. 
(Voir Antiquités de Saintes , 
p. 232, note.) 

SEUGIVE, nom d'un affluent 
de la Charente, très poissonneux. 
Outre l'étymologie de Bourignon 
(Voir Seudre), qui est sujette à 
discussion, il est permis de cher- 
cher l'origine de ce mot dans le 
vieux français : seigne, seine, 
enceinte à poisson, espèce de 
filet, ou dans le vieux verbe 
sewir, suivre. 

Mais ne sewirent pas la vie cl les 
veies le père (2). 

(/'"• Livre des Rois, ch. THI, verset 1.) 

On trouve dans le dictionnaire 
de Roquefort : sewirrc, seu^virrc, 
canal ({ui conduit l'eau au moulin. 



SEICHE (IiC'i,nomde localité 
sitiic^e dans un lieu marécageux. 
De sou, étable à porc (latin : sus), 
ou de seu, sureau. 

Ainz chacerai fors de la sew 
Les pors por mener en pasture. 
(Cortois d'Arras,\eTa^Ti'>.) 

Mais nel osât unkes crier merci 
A un seu pur duel se pendi. 

{Romandes Romans, strophe 211.) 

SEUKi:V, nom d'homme. 
Dérivé du vieux français : seur, 
(jui a signifié sureau el beau-père. 
Ce nom peut aussi être regardé 
comme une forme de se vérin; 
du latin : severus. 

SÉVIG.^'E, nom de rivière, 



diminutif 
mot.) 



de Sèvre. (Voir ce 



(1) Sexlariura stercoris columbarum. 

(2) Non ambulaveruiU iu viis patris, 



SÈVRE, nom de rivière dont 
l'étymologie nous paraît donnée 
par son nom latin : separis; du 
latin : separare, diviser, séparer. 

Hoîc abbalia (S'-Leodegarii) ordinis 
bencdictini ad Separem amnem prope 
Niorto sila, fundatur anno 'JtJi. 

{GaUia Chrisl.,t. H, col. 11-23.) 

Voir pour les autres étymolo- 
gies les mots Seudre et Seugne. 

SIC.IK» , nom d'homme , 
abréviation du germanique : 
SifjiJiard ( victorieux - nguorri ) , 
d'après Lorédan Larchey. [Dic- 
tionnaire des Aoms.) 

SICOT, nom d'homme signi- 
liant sec, comme sccot. Du latin : 
siccus. 



SIGXlFIA.'fC'E, s. f. Indi- 



SIGNIFIER 



3ii 



SOLE 



cation, marque — signification, 
preuve, indice. 

Ei distrent au Roy, de par le vieil, 
que c'estoil sene/'iance... 

(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 90.) 

Cousin, a dit le roi, ce vous est un 
grand' sigriifiance et à moi petite. 

(Fhoissirt, Chroniq., ch. LXXV.) 

Car en droit ai-je fiance 
Que songe soit signi/iance. 
(Jean de Meing, Roman de la Rose.) 

SIGNIFIER, V. a. Annoncer, 
faire savoir — indiquer quelque 
chose. 

Et entendent que la menace del juge- 
ment qui. est segnefiée par le busine 

{Glose sur l'Apncalyp.se, man. du 
XUI» siècle.) 

Et souvent envoioient leurs messages 
devers le roi, leur seigneur, et li signe- 
fwient ce qu'ils avoient besoingniet. 
(FiioissART, Citron. , liv. I, g 60.) 

!!»IIiEK, V. a. siffler, faire 
entendre un son très aigu, exciter 
un chien. Onomatopée plus rap- 
prochée du latin : sibilare, que le 
français : sifJler. 

En angoumois , on appelle 
sllard le martinet siffleur. En 
saintongeais : silaiit, la couleuvre 
sifflante, connue également sous 
le nom de dard. 

SI.YIOX, ï>»lnioucau, Siiuo- 
net, etc., noms d'hommes déri- 
vés, comme Siniéon, de l'hébreu : 
Schimchon , action d'exaucer. 
(Voir Lorédan Larchey, Diction- 
naire des Noms.) 

SHVCE, s. f. Chiffon, linge 
servant à nettoyer. En vieux fran- 
çais : since, cince, chinclio ont 
eu le sens de guenille ou de chif- 



fon. En italien : cencio, chiffon. 

(Voir cince.) 

IVien ot muet son duel à joie, 
Por ses sinces ol dras de soie 
Et por sa bordète un pallais. 

{Roman de Dolopatlios, vers 78il«, 
p. 271.) 

SIACEK, V. a. Voir cincer. 

I^OCQUJE:, s. m. Chaussure 
en bois sans empeigne. En basse 
latinité : soccus et soquus. 

Talares c alcf;i socci sunt. 

(Glossaire d'Isidore de Séville, I. 19, 
cil. XXXIV.) 

Quamlibet gravis bruma rigesceret, 
sim[)licibus soccis muniebat pedes. 
(Pierre Damien, liv. I, lettre XIX.) 

Stntuimus quod nullus intret chorum 
cum soqiiis nec unquam discalciatus ita 
quod nuditas pcdum apparere possit. 

{Statuta Raymundi, episcop. tnassill.., 
auno 1271.) 

v^iOGHEK, V. n. Attendre, 
faire le pied de grue. Du vieux 
français : sogue, bateau de pê- 
cheur. C'est un des endroits oîi il 
faut s'attendre à soguer. 

SOI, Soué, s. m. Soif. 

Por le bien et por la douçor 
Que li vins avoit dedcns soi 
Li rois en but sanz avoir soi. 

[La Bataille des vins, vers 8".) 

SOIiE, s. f Sol d'un plancher, 
d'une aire à battre, d'un champ, 
d'un four. En latin : soluni, en 
basse latinité : soliiim. 

Cum casa indominicala, curtis, soliis, 

pratis 

(Prxeeptum Ludoviei pii, arma 815. — 
Gall. Christ. ,\.. IV,col. 26i.) 



SOLIER 



345 



SOUCHOT 



Id sunt casas cum solis et superpo- 

sitis. 

{Charta anno 104j, e.v tabul. S, Yidoris, 
mas s il.) 

Item ils ont bnillé la sole desdites 
forets à rente dont ils ont eu beaucoup 
d'argent. 

(Bernard Palissy, Rccepte Véritable, 
p. 114.) 



SOLIER, Soiiliè, Soui- 
ller, noms d'hoinmos et de loca- 
lités, dérivés du vieux français : 
solier, partie de maison, salle, 
galerie. 

Et li avugle du solier 
Furent servi coni chevalier. 

(Fabliau des trois aveugles de Com- 
piègae., vers 113«.) 



SOXGi:, s. m. Somme, som- 
meil; du latin : somniis, comme 
le français : songe, rêve, vient du 
latin : soniniiini. 



SOXS, forme irrégulière pour 
sommes, employée quelquefois 
pour/e suis. 

El nous qui sons navré chacun jour 
[endroit soi 
N'avons cure de mire ainz nous mo- 
urons de soi. 

(RlTEBŒlF.) 

SOLiICiXAC, Sonlisnac, 

noms do localités sig-nillant, com- 
me Sologne, une contrée déserte ; 
du radical : sohis. Au moyen àg-e, 
Solignac est désigné par le nom 
Solcnniaciim, domaine de So- 
lennis. 



SORKT, adj. Saur, se dit du 
hareng préparé pour être con- 
servé. Dérivé du vieux français : 
sor, jaune. (Voir Serin.) 

Mais le pauvre Panurge en beul vail- 



lamment car il cstoit exinié (1) comme 
un liaran soret. 

'(Uauelais, Pantagruel, liv. H, ch. XIV.) 

SORI]V, nom d'homme. En 
Normandie, on désignait sous ce 
nom l'ouvrier qui préparait le 
hareng : « C'est celui, dit Hiche- 
» let, qui sait l'art de sorer les 
» harans. » {Dictionnaire fran- 
çais, édition de 1680 1. En langue 
romane, sor désigne la couleur 
fauve ou blonde, la robe des che- 
vaux alezans. 

Li algalifes sist sur un ceval sor 
Brochet le ben des espérons à or (2). 
(Chanson de Roland, vers 19i3«.) 

Non pas, par Dieu, se ce fust ores 
Absalon à ses tresses sores. 

{}. DE Mei:>g, Roman de la Rose, 
vers 14649'.) 

SORIilX, nom d'homme et de 
localité. C'est un nom de saint; 
en latin : Saturninus. 



SOL'BISE, nom de localité. 
La Gallia CJiristiana la désigne 
par le mot solbisia. On peut voir, 
dans le nom do Souhise, une déri- 
vation des vieux mots sou ou scu, 
é table à pourceau, bis, noir. 



SOUBIRAX, nom de localité, 
littéralement : sous Je fumier. 
(Voir bran). En limousin, soubra 
signifie dominer, comme le latin : 
super arc. 

i^Ol-ClIOT, s. m. Tronc de 
vigiio, racine de bois, diminutif 
du français : souche. 



H) Eximé, amaigri. 

Ci) l.c calife est assis sur son cheval alezan, 
il le pique fort de ses éperons d'or. 



SOUCI 



316 



SOUTENANCE 



SOrCï, ?. m. Trou où l'oiiu 
se perd; du latin : subsicare, 
mol employé par Golumelle, avec 
le sens de sécher. 

SOl'DAIX", adj. Prompt, vif. 

Toinet, il ne faut pas croire ainsi ton 
[courage 

Ne sois pas si soudain 

(Aut. BiïF, Egloguc III, p. 6, v».) 

SOl'ILIiAR»!:, S. f. Pièce 
dépendant de la cuisine, où se 
lave la vaisselle. Du vieux fran- 
çais : souiilard, aide-cuisinier , 
laveur do vaisselle ; en basse lati- 
nité : soliai'dus, coquinœ minisler. 

Item in eadem coquinà duos vallelos 
pedilcs soliardos 

{Stat. Ilumberti, anno 1310. — Histoire 
du Dduphiné, t. H, p. 3'Jl.) 

Qu'il y vienne un palefrenier 
Un gros souillwd, un cuisinier. 

(TAHCBEAr, Ode. — Edition Blaucliemain, 
p. 130.) 

SOi:EiÉE,s. f. Orgie — action 
de prendre autant de boisson 
qu'on peut en contenir. 

Ne veis-lu 

Tu m'as ci cesle aiguë tourblcc 
N'en puis boivre ma saolée. 

(Marie de France, Fable II, t. II, p. G5.) 

Puis si menja la meillur part 

Après icelle sooulée 
Une autre besle a apelée. 

{Ibid., Fable XXIYII, t. II, p. 190.) 

SOn^EUIIi, Soulaîl, s. m. 

soleil, astre et plante. En vieux 
français on trouve, d'après Ro((ue- 
fort, les formes solniJ, solaus, 
s ouïe il, etc. 

SOriiICîXOIVa'E , nom de 

localité dérivé, d'après Douri- 



g-non, de smi, su et on, mots 
celtiques qui auraient désigné les 
eaux. (S' o'w Antiquités de Saintes, 
p. 2-28, note). M. BuUel [Mémoi- 
res sur la Langue celtique), 
donne au mot soûl la signilication 
de paille, chaumière ou maison 
c ou V Cl' te de paille . 

SOU]V, adj. poss. Son, sa — 
la soun, la sienne. 

Chascun dist ore en soun endreyt 
Tut ço ke il estre voudrejt. 

(Merlyn Ambhoise (1), cité par le corata 
Jalbeut, Gluss.dll Berry.) 

SOt'ïSSî, s. m. Salamandre; 
du grec : îLaupoç, lézard. Dans le 
Berry : sauret. 

En Saintonge , on applique 
également à la salamandre le 
nom de sereine (sirène), malgré 
le son peu séduisant de son chant. 

SOUlîIïOIV, s. m. Coquillage 
bivalve, rond et blanc. 

Sur la grande nijcessitô des Roche- 
lais, le Havre fut rempli d'une mons- 
trueuse quanlilé de sourdons et péton- 
cles. 

(Agr. D'.\rBiG>É,/i/i^ Univ., §53.) 

Item ay trouve plusieurs coquilles de 

sourdon qu'esloyent réduites en pierres. 

(Bernard Palissy, Recppte véritable, p. 53.) 

SOURGKOIV, s. m. Petite 
source ; du latin : surgerc. 

Comme par les chaleurs, d'un sour- 

[jon bien curé 

L'eau fraîche semble douce au pns- 

(sant altéré. 

(A. Baïf, Eghujue XYIU, p. 48, v.) 

SOUTEÎi'AKCE, s. f. Sou- 



(1) Merlyn Ambroisc est un poète de la fin du 
XII' siècle. 



SOUTRE 



347 



SUFFISANCE 



tien, secours — subsistance — 
entretien. On dit encore : soute- 
nance d'une thèse. 

De lor laijor ne plus ne mains 
Recevoi'nl lor sostenance 
El vivoient en pacience. 

(J. DE Meing, Roman de la Rose, 
vers 11505'.) 

Mais le Dieu supernel 

Sera des bons tousjours la soiti(3naHce. 
(Cl. Maroi, Psaume XVI.) 

«OUTRE, s. f. Litière, du 
latin suhtci\ dessous. En breton : 
saotr, fouler. En basse latinité : 
SOS traie : stramentum pccuarium 
ex fœno et puleis (du Gange). 

Ainsi le beau soleil montre un plus 

[beau visage. 

Faisant un souire clair sous l'espais du 

[nuage. 
(Agr. d'Acbigxb, Tragédies.) 

SOUTRER, V. n. Donner Vie 
la litière aux animaux, même ori- 
gine que soutre (voir ce mot). 

SOUYEXTES FOIi$, locu- 
tion adv. pour souvent, fréquem- 
ment. 

Mais la corde en qui pendoit la selge 
por puisier de l'aiguc soventes fois 
rompoit. 

[Dialogue de S. Grégoire, liv. III, ch. XVI.; 

STI, Stcllc, §tici, i^tlla, 

syncopes des adjectifs démons- 
tratifs : celui, celle, celui-ci, 
celui-là ; usités au XVIIP siècle 
dans le parler populaire : 

C'est le Tedion (Te Dcuni) et si c'nesl 
pas sty que n'eu chanlc en nout pa- 
roisse. 

(Conférence VI, cilée par Nisino, Etude 
du langage populaire, p. 277.) 

Stila qu'a pincé Bcrpobsom 
Est un vrai moule à Te Deum. 

(Vadé, Chanson, cilée par le mémo, 
p. 278.) 



^^URLER, v. a. Siffler, du 
latiii sibilare. 

A sa voix roe crie à paine 
le nJs fait subler l'alaine (1). 

{Roman de Tristan, t. I, p. 178.) 

Sublant ou sifflant (lequel l'on voudra 
ou tous les deux) une chanson du pays 
fort harmonieusement. 

(Xocl DU Faii, Contes d'Eutrapel, il, p. 117.) 

Ainsy que le serpent qui erre 

En ondoyant et sillonnant la terre 
A longs replis de colère sublant. 
(Remy Belleai-.) 

Un sansonnet mignon dans une belle 

L autre jour lui donnay qui outre son 
[ramage 
Subie mainte chanson 

(Anl. BaiV, Eylogue YIII, p. 20, v».) 

Sr25I.ET, s. m. Sifflet. 

Maintenant qu'il vit le roy sur le flum 
il sonna un siblet, et au son du siblet 
saillirent delà soute de la galiequatre- 
vins arbalestiers. 

(JoisviLtr, Histoire de S. Loys, p. 111.) 

Tous ces motz allcschans 

Font souvenir de l'oyselcurdes champs 
Qui doulcement faict chanter son sublct, 
(CI. Marot, l'Enfer, l. I, p. 5G.) 

Puis se levant, fit un pect, un sault, 
et un siiblet. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXVIII.) 



Sl'El'R, liC «ncur, noms 
d'hommes, du vieux français 
suor, sueor, sueur cordonnier, 
latin : sutor. 

J'ai amcçons à peschéor 
J'ai fers d'olènes à suor. 

(Le dit du mercier, Fab. inédits, 
p. 8.) 

SUFFISANCE, s. f. Ce qui 

suflit, quantité sutllsante. 



(I) De .sa voix enrouée il crie avec peine, 
avec son nez il fait sifllcr son baleine. 



SUPER 



348 



TAC 



Si ne fait pas richesse riche 
Celi qui en llirésor la llclie 
Car so/isance solemenl 
Fait homme vivre richement. 

(J. DE Meung, Roman de la Rose.) 

Il s'employa si bien au service de 

[France 

Que le Roy lui donna des biens à 

[suffisance. 

(Ronsard, Epîlre à Remjj Delleaii.) 



§UPliK, V. a. Sucer, corrup- 
tion du laliii sapere, g-oùter. 

Somme toute qu'ils maschèrent, tor- 
dèrent, supèrent, avallèrent 

(Nouvelle fabrique des excellents traits 
de vérité, p. 136.) 



SUPET, S. m. Sucre d'orge, 
petite chose qui se supe. 

SUR ET t'EKTAIlV, pléo- 



nasme fréquemment employépour 
al'lirmer fortement. 

Elle est preude, je le confesse 
Et si suis tout seur et certain 
Qu'el n'est paillarde ni... 

(Farce moralisée, rcc. des farces franc.., 
p. 118.) 

SURGÈRES, nom de loca- 
lité, désignée par le latin cas/7'u;î2 
surgeviacum dans un titre de 
1338. (Dulaure, Description des 
provinces.) Ce nom dérivé pro- 
bablement du latin surgcre, s'é- 
lever, se tenir debout, ou plutôt 
sourdre, jaillir, d'où le vieux fran- 
çais Bourgeon. 

SUS (prononcé su), prép. Sur. 

Sus le point moyen de chascun angle 
et marge estoit assise une colonne. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. V,ch. XLIII.) 



X 



TA150IS, nom d'homme, abré- 
viation de taille-hois, nom de 
sculpteur ou de tal-hois, du vieux 
français taler, frapper. 

TA16UT, s. m. Trouble, tu- 
multe, tracas, ennui. En bas-bre- 
ton : tahut, dispute, bruit. 

Le suppliant dit à son ncpveu : je 
vous prie qu'il n'y oit point de noise ni 
de tabust. 

(Texte du XV» siècle, cité par du Gange au 
mot tabussare.) 

Il me faict rompre ici la teste 

Et si ne vault pas le tahut. 

(Cl. Mahoi. Epitres, 1. 1, p. 247.) 

TABUTEAU, nom d'homme 
signiiîant tapageur , grondeur , 



querelleur, dérivé de tahut. (Voir 
ce mot.) 

TABUTER,v. a. Disputer, tra- 
casser, chicaner. En basse lati- 
nité : tabussare, devenu en fran- 
çais : tarabuster. 

Ne m'en tahustez plus l'entendement. 
(Rabelais, Pantagruel, liv. VI, ch. VI.) 

TAC% s. m. Maladie, et spécia- 
lement espèce d'angine du porc 
et du mouton. 

En basse latinité, tac : morbi 
genus seu febris pestifera qua ceu 
repentino ictu Parisienses percu- 
tabantur sub anno 1411 vel 1414 
(du Gange, Glossarium). 

C'est en 1412 que Paris fut af- 



TACHERON 



349 



TAILLEDOURG 



fligé de cette épide'mie que Mézc- 
ray appelle coqueluche. Elle repa- 
rut en 1427, et d'après l'Estoile 
reçut à cette époque le nom de 
Dando (voir Le Duchat, t. II, 
p. 311); d'après le Journal d'un 
bourgeois de Paris, le tac ou 
horion commença en mars 1413. 

Habens per totum corpus lo tac quod 
siguum dicebatur esse morlale. 

IJiliracula Urbain V, ei. tab. S'i Vietoris 
Massiliensis.) 

Je VOUS jure et proleste 

Que j'aimerois bien mieux avoir la 
[noire peste 

Voire même le tac 

(Pierre Tboterei, les Corrivaux, anc. 
th. fr., vni, p.280.) 

L'ung y avoit la picote, l'aullre le tac 
l'aullre la vérolle... 

(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LH.) 

, Et jamais la gelée 

N'envoyé à les brebis ny tac ni clavelée. 
(Ronsard, Eylogues, t. I, p. 34.) 



TA.€IIERO]V, s. m. Ouvrier 
travaillant à la tâche, d'après la 
quantité de travail exécuté; du 
bas latin taxa, taxare. Au moyen 
âge, on disait taschéor. 

Et si ne doit nus mestres de ce mes- 
lier ne tascliéur avoir qu'un aprentiz. 
(Reg. des Mestiers d'Est. Doileau, p. 206.) 

TACOXET, nom d'homme. 
En vieux français, taconnicr si- 
gnifie raccommodeur de souliers, 
de tacon, pièce qu'on met à une 
vieille chaussure. (Roquefort, 
Gloss. de la Lanrjuo romane.) 

TAIIiliE, s. f. Morceau de 
bois destiné à marquer par des 
coches (v. ce mot) ou entailles, les 
quantités de marchandises ven- 
dues à crédit. 



En basse latinité, talea, talia, 
tallta, ont signifié bois coupé : 
incisusramus, et particulièrement 
le morceau de bois fendu en deux 
parties, sur chacune desquelles 
les mêmes entailles transversales 
pratiquées marquent les quantités 
vendues, l'une des parties restant 
entre les mainsdu vendeur, l'autre 
entre celles de l'acheteur. (Voir 
du Gange au mot talea.) 

Et sans espandre ou baillier voslre 
argent chascun jour, vous pouvés en- 
voyer, maistre Jehan, au bouchier, et 
prendre char sur taille. 

(ilénagier du XIY- siècle, liv. II, ch. IV.) 

Rien, bien, il faut cocher sur la grande 
taille. 

(NoëlDuFAiL, Contes et discours d'Eutrapel.) 



TAIIiliEBOURG, nom de 

localité, Castellania de Talle- 
burgo, d'après la Gallia Chris- 
tiana, (t. II, col. 1103). Au XIIP 
siècle, ce nom s'écrivait Talhorc 
ou Talhourc, du radical tal, élé- 
vation, qui a formé le français 
talus. Il s'est aussi écrit : Taille- 
horc, qui est peut-être une inver- 
sion de Lorc-tailleis, château en 
pierres taillées. 

Li maçons sur les fossez font 
Un mur de karriax tailleis. 

(Guill. DE Loiiiiia, Roman de la Rose, 
vers 38-2-2°.) 

Le château de Taillebourg était 
établi sur un massif élevé, main- 
tenu par des murs en pierres de 
taille qui ont résisté au temps. 

On ne douterait pas aujourd'hui 
que les vins de Taillebourg ont eu 
autrefois de la réputation. Henri 
d'Andéli, poète normand du XIIP 
siècle, les cite avec ceux de 
Saintes et de La Rochelle. 

24 



TAILLEFER 



330 



TALBOT 



Vin d'Auni et tle La Rocclle, 
De Saintes et do TaiUeborc, 
De Melans et de Treneborc, 
Vin de Palme, vin de Plcsence. 

{Bataille des vins:., vers 18", Fubl. et 
Coûtes^ t. I, p. 15.) 

TAIIjIiEFER,nomd'homme, 
surnom donné nu foi'geron ou à 
l'armurier. Traduit dans la Gallia 
par les mots : sector-ierri. 

TAISEK, V. a. TairC; cacher. 
Latin : lacère. 

Il les a fait trestous taiser. 

{Floire et Bla}iche/!o7\ vers TtOl^ .) 

....^Ung homme doibl plustost la 
mort s'offrir que de taiser de dire la 
vérité. 

(Gratian Dupont, Controverse des sexes.) 

En vieux français, on a eu le 
substantif (aisance, action de se 
taire, silence. 

Li miens Deus, je crierai par jur e 
tu ne l'orras: e par nuit, n'en est tel- 
sance a mei (1). 

(Livre des Psaumes, Ps. XXI, verset 2, p. 3-2.) 

TAI§ER (se), v. réfl. Se taire. 
(Voir taiser.) 

Quel miracle veis-tu de là? 
Di to^l comment tefutaviz 
De ceo duntainz teiser te fiz. 

(Résiirreelioii du Sauveur, Mystère du 
XI" siècle.) 

For ce vueil-je cortoiscment 
Enseignier les dames comment 
Elles se doivent contenir 
En lor jîller, en lor venir, 
En lor tési)\ en lor parler. 

(Robert de Bi.ois, Castoiemenl des dames, 
Fabl. et Contes, t. II, p. 184.) 



TAIiBOT, S. m. Billot do bois 
suspendu au cou des chiens pour 



(1) Deus meus, clamabo pcr diem et non cxau- 
dies; et nocte, nec est sitentium mihl. 



les empêcher d'entrer dans les 
vignes, ou au cou des bœufs et 
vaches pour les empêcher de 
courir. Ce mot paraît être d'ori- 
gine celti({ue, d'après du Gange, 
qui indique dans le glossaire 
cambro- britannique : talbos, cly- 
peus (bouclier). Le vieux français 
désignait le bouclier par un mot 
semblable : taie vas, oii le y rem- 
place le h par une mutation qui 
se rencontre fréquemment dans 
l'étude de la filiation des mots. 

As talevas se sont bien couvrir et 
[molcr (1). 
(Wace, Roman de Rou, vers 2317".) 

J'ai à cel vilcin tant parlé 
Que bonement m'a créante (2) 
Que un fromage aurois viaz (3) 
Ausi grans co"m uns talevaz (4) 

(Le Casloietnent d'un père, Fabl. et Contes, 
t, II, p. Wk.) 

D'après Ménage {Orig. de la 
Lanrj. française, p. 620), le tal- 
levas est une sorte d'écu que le 
président Fauchet a décrit en son 
Traité de la milice et des armes. 

Un texte du saintongeais 
Agrippa d'Aubigné nous donne 
une autre origine du mot talhot : 

Il laisse sur la porte un corporal 
qu'on lui avait donné pour talbot et qui 
l'importunait... 

(Ag. d'Audigné, Ilist. Univ., I, 336, cité 
par LiiTHÉ.) 

Dans cette phrase, talbot est 
pris au figuré et indique un em- 
barras, un surveillant importun, 
probablement en souvenir du ca- 
pitaine anglais Talhot, qui en 
1-128, était le mentor du comte de 



(1) Avec son bouclier il sut se bien couvrir 
et cacher. 
("2) (Créante, promis. 

(3) Viaz, donc. 

(4) Talevaz, écu, bouclier. (Voir gloss. de 
Barbazan, ii la fin du 2» vol. dus Fabl. et Coûtes.) 



TALINER 



351 



TANTAN 



Salisbury, chef nominal de l'ar- 
mée anglaise au siège d'Orléans. 
Le dialecte saintongeais nous 
fournit une autre étymologie : 
frappe-sabot, le vieux verbe taler 
signifie en effet heurter, frapper, 
et bot est une syncope de notre 
patois qui s'appliijue aussi bien 
au sabot, chaussure, (.[w'aw sabot, 
pied corné des animaux. Cette 
expression concorde exactement 
avec l'usage du talbot, cet instru- 
ment empêchant les vaches de 
courir en heurtant leurs pieds 
avec une force proportionnelle à 
la rapidité de leur course. 

TAIilMER, V. n. Agir avec 
lenteur, avec nonchalance. En 
Aunis : trûUner. {Gloss. roche- 
lais de 1780.) 

TAIi^flO^VT , nom de com- 
mune dans la Vendée et dans la 
Saintonge. Le Talmont Sainton- 
geais, situé sur la rive droite de 
la Gironde, est l'ancien Tanmiim 
de la carte de Peutinger, station 
de la voie romaine de Sens 'à 
Bordeaux, entre Saintes (Medio- 
lano-Sancorum) et Blaye {Blavia). 
L'Itinéraire d'Antonin désigne 
cette station par le même nom et 
la place entre Noviorogum (Sau- 
jon, Royan ou Toulon) el lilaviiim 
(Blaye) sur la voie d'Aulun à 
Bordeaux. 

L'étymologie latine, talus men- 
tis, ne s'applicjuc pas plus au 
Talmont vendéen qu'à celui de 
notre pays. Il faut plutôt voir 
dans ce nom une corruption de 
l'appellation celto-latinc : Tam- 
num, dérivée du celte : tann, 
chêne. 

Bourignon dérive Talmont du 
celtique : tal, émincncc, et place 



la station romaine à un kilomètre 
du bourg actuel; sur le territoire 
de Barzan, à l'endroit où fut élevé 
le moulin du Fa. (Voir Antiquités 
de Saintes, p. 292 et 293.) 

TAiTIAIillV, s. m. Nom donné 
improprement au tamarix ou 
tamaris {tamarix gallica). Tama- 
rin est le nom du fruit du tama- 
rinier (tamarindus indica) et 
dérive des deux mots indiens : 
thamar, fruit, hindi, indien. 

TAXIVEK, V. a. Battre, rosser 
— ennuyer, fatiguer. 

Ce, dist Renart, ne vos tanez. 
[Roman du Renart, vers 2i24«.) 

Ne m'esluct pas taner en tan 

Quar le resveil 
Me tane assez quant je m'esveil 
(RuTEBŒiF, Complainte, 1. 1, p. 16.) 

Trop volentiers se fussent partis 
ceux de Brusselles et de Louvaing car 
ils estoienl si lanés que plus ne pou- 
voient. 

(FnoiasART, Chron., liv. I, ch. !•■■.) 

Li a dit : u, 

Advocas, voles vous aler? 
Vous nous tanés de tant parler. 

(Fboissart, la Plaidoierie de la Rose 
et de la Violette, p. 140.) 

TAXT PliUS, locution adver- 
biale, pour d'autant plus. On dit 
aussi : tant moins. 

Plus elle fuit el tant plus on la veut. 
Car volontiers on veut ce qui ne peut. 
(Amnilya Jauyn.) 

Tant pJus elle a de bien en fuison 
[abondant 
Et tant moins elle va de ce bien 
dépendant. 

(Vnuquolin de La FnEsNAVE, Srt//rf6\) 



TAXTA^^ Tatau, s. f.Tante. 
Ce mol, (jui vient du radical 



TANTOU 



352 



TAPINOIS 



latin : anlè, se disait en vieux 
français : anle, antain. Les for- 
mes actuelles, lante et tantan, se 
sont formées par l'absorption du 
pronom possessif avec les noms 
anciens (ta-ante, ta-antain). En 
anglais, on dit encore : auut. 

Nos mères qui furent seurs germaines 
cl de nostre dit oncle et antes de noslre 
dit cousin. 

(Assises de Jérusalem, t. U, p. 413.) 

Je ne puis me penre à feme la mère à 
mon père adoptif ne s'antain. 

(Traduction du Digeste, fol. 256, cité 
dans le gloasnire du Livre (leJosiice, 
p. -261.) 

TAUfTOU, adv. Tantôt, bien- 
tôt. On dit aussi : à tantou, à co 
tan ton; dans ce sens, tantou est 
substantif et signifie après-midi. 

Doncques que tantoust sans étendre 
Y soit mis deux cens pyonniers. 

(Mystère du siège d'Orléans, XY" siècle, 
vers âaSii".) 

Boy bon vin et sans moquerie 
Tu seras en bon point tmitoust 
Espécialement le mois d'aoust. 

{Sermon joyeux de bien boire, anc. th. 
fr., t. II, p. 10.) 

El avec gros raisins estuvolent les 
jambes de Forgier mignonnement si 
bien qu'il fusl tantoust guary. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. I, ch. XVI.) 

TAlXTOUIIiliÉE, s. f. 
Espèce de bouillie épaisse et 
noire, faite avec les résidus de la 
cuisine des boudins de porc. Au 
XVP siècle, le mot tantouiller 
avait le sens de salir, souiller. 

Plusieurs fentes et crevasses toutes 
tantouillées de sang et de grosses clo- 
ches . 

(SuLLï, Mémoires, t. II, p. 218.) 

TAIVT SEU1,EMEA^T, loc. 
adv. Augmentatif de seulement. 



Un sentier fet, qui n'esloit mie 
llanlcz d'ome qui fust en vie 
Se de lui non tant seulement. 

{Fabliau du Vair palefroy, vers 119».— 
Fabliaux et Coules, t. I, p. 108.) 

Pour moi tant seulement la porte 
[étoit fermée. 
(Math. Régnier, Elégie III.) 



TAJVZAf, nom de localité, 
composé de la terminaison ac 
déjà expliquée et du radical cel- 
tique : tann, chêne, conservé dans 
le français : tan, écorce de chêne. 



TAP1]\'®IS (en), loc. adv. 
En cachette. En basse latinité : 
tapina, tapinatio, action de faire 
quelque chose en cachette (more 
lalpariim, à la manière des tau- 
pes.) 

En grec, Taireivoi; signifie grêle, 
menu, sortant à peine de terre ; 
ce mot, d'après Ménage, serait 
l'origine de tapinois. 

Le vieux irançais a employé 
avec ce même sens les formes 
tapin, tapinage, tapinois, tapine. 

E David levad prlvéement e en tapin 
vint là u li reis fud (1). 

{Livre des Rois, liv. I, ch. XVI, verset 5, 
p. 103.) 

Ne dot pas que je n'allé au plet 
En tapine comme lafurs (2). 

{Roman de Tristan, 1. 1, p. 160.) 

Li dus fist son pèlerinage, 
Si cum l'en dist, en tapinage. 
(Wace, Roman de Rou.) 

Si se leva plus tôt que de coustume 

Et me va prendre en tapynois icelle, 

Puis vous la meit très-bien soulz son 

[esselle. 

(Cl. Marot, Epistres.) 



(1) Et siirrexit David clam et venit ad locuin 
ubi erat Saiil. 

(2) Tafurs, vagabond, libertin. 



TAPON 



333 



TELLIER 



TAPOIV, S. m. Tampon, bou- 
chon. 

Le derrière de mes chenelles sera 
fermé, au bout, d'un tapon. 

(B. Palissy, Receple Yéritable, p. 103.) 

Tnpon et son diminutif Taponet 
sont des noms d'hommes. 

TAR9 (sur le), loc. adv. 
Tardivement, le soir. 

Et à peine sur le tard rentre t'on en 
soi-même. 

Ilmit. de J.-C, liv. UI, ch. XLIV, tra- 
duction (le M. DE MiROLLES.) 



TARGER, V. n. Tarder, s'at- 
tarder. 

Puis qu'out ço dist, plus ni tarrje^ 
Vait s'en al vent tut la barge (1). 

[Voyage de Saint-Brandaii, vers 6-20».) 

Mes si li pères aperceit 

Qu'il seit malle, ne large gaires 

Que li cope ses génélaires. 

(Guillaume Lenormand, Bestiaire.) 

Après que le roy fu revenu de Poi- 
tiers, ne tarja pas grandement après 
ce, que le roy d'Angleterre vint en Gas- 
coingnc. 

(JoiNviLLE, Hist. de S. LoffS^ édition 
do 1858, p. 3-2.) 

De l'asne et du chien sans targier 
Vous vueil un fablel comencier. 

(Fabliau de l'Ane et du Cliien, vers I") 



TARGET, nom d'homme, du 
verbe Inrger (voir ce mot) ou du 
vieux français : large, boucher. 

TATIIV, nom d'homme; en 
vieu.x français, homme de peu de 
sens, d'après Roquefort; Tatillon 
en est peut-être dérivé. 2'atin a 
eu également le sens de «^2 peu, 
d'où lantinel. 



(1) Ouand il eut dit cela, il ne s'attarde plus, 
la bariiue s'en va toute au veut. 



Selon la loi que l'on fait au rivet 
Distribuant un latin de potaige 
A ces facquins qui ûrent te brevet. 
(Rabelais, PflHtfli/rafi, liv. I, ch. II.) 

TÈ, interjection. Ce monosyl- 
labe a le sens de tiens! C'est le 
cri par lequel on appelle les 
porcs. Il se trouve avec le même 
sens dans l'odyssée : T-fj, KùxXo"{>c, 

irtvl otvov. 

TEIG^'ASSE, s. f. Chevelure 
mal peignée, tignasse. Du mot 
teigne, cette maladie rendant la 
chevelure difficile à peigner. 

On a donné le nom de teignasse aux 
perruques mal peignées. 

(L'abbé Tiiiers, Livre des perruques.) 

TEILÏiEK, V. a. Effiler le 
chanvre, le mettre en filasse. 

Ce sont les feux que vous voyez tout 
le long de la Garonne que celles qui 
teillent font. 

(Agrippa d'aibigné. Mémoires.) 

El nos bergers à la claire chandelle 
Des contes vieux, en leiUant, conteront. 
(Vauquelin DE La Fbesnave, Idillies.) 

L'Académie admet tiller qui 
est dans Villon : 

Mais le chanvre broyés ou tilles. 
[Grand Testament, p. 88.) 

L'étymologie du mot teiller se 
trouve dans le nom ancien du 
tilleul, teil, dont l'écorcc servait 
à faire des cordes. 

Nus cordier ne puet ne ne doit nulc 

corde faire toute de tcil ou toute de 

chanvre ou toute de lin 

[Livre des Mestiers d'Est. Boiieai-, p. 41.) 



TELLiIElS, Lctcllicr, noms 
d'hommes; en vieux français. 



TEMPLE 



3Si 



TENIR 



tisserand, fabricant do toile. Du 
latin : tela. Meiix français : tèle. 

Se il avient que l'on done ses dras à 
coudre à j couslurior ou se l'on donc 

sa tele à j tisserant à faire 

(Assises de Jérusalem, 1" pnriio, p. 114.) 

TEMPJLE, S. f. Tempe. 

De sun cervcl le temple on est rampant. 
{Chanson de Rolland, st. XZi'.) 

Couppeun rameau de fresnc et l'en arme 

[le flanc 

Les temples et le front, puis cscry de 

[ton sang 

Les lettres de son nom dessus l'escorce 

[tendre. 

(Rémy Belleau, Bergeries, H" journée, 
'p. 111.) 

TEMPS, s. m. Durée — tem- 
pérature. Employé en Saintonge 
dans les locutions suivantes : ce 
temps pendant, c'ta pendant, 
jusqu'à temps que. 

Ce temps pendant que preniez vos 
[délictz. 
(Cl. Mahot.) 

Jeanne ce temps pendant me faisoit 
[un sermon. 
(M. Regxieii, Sat. XI.) 

Bossuet a écrit Jusqu'à tant 
que dans la phrase suivante oi^i la 
l'orme jusqu'à temps que aurait 
été plus exacte : 

Il le faut prendre avec réserve, jus- 
qu'à tant fjue nous soyions prêts à 
recevoir tout son effet. 

{Méditations sur l'évangile, 48° jour.) 



TEX.VIL.L.E (La), nom de 

localité. En latin : Tcnalia, d'après 
la Gollin dhristlana (tome II, 
colonne lOUGj, (pai mentionne 
l'abbaye de ce nom. Celte abbaye 
possédait, au nombre de ses reli- 
(pjcs, la sainte lance dont le 
soldat Longin perça le sein du 



Christ. Par un don particulier 
aux objets do celte espèce, celte 
lance découverte, dit-on, à la 
prise d'Antioche, en 1098, se 
trouvait également à la Sainte- 
Chapelle de Paris, à Nuremberg, 
à Mont-Dieu en Champagne, à 
la Selve près de Bordeaux, à 
Moscou. 

TEBfAIi'T, s. m. Qui est d'une 
pièce — propriété d'un seul 
tenant. 

Pour joindre l'Espagne, la France et 
les Pays-Bas d'un seul tenant... 

(Satyre Mcnippée.) 

Sur nos rives du Cher où tout est 
divisé, où se trouvent à peine deux 
arpents d'un tenant. 

(P.-L. CoiniiiEB, Gazette du village, a» 1.) 

TEIVAU», Etcnaufl, noms 
d'hommes dérivés d'Etienne; 
latin : Stephanus. 

'ffÉIVEMEXT, s. m. Lieu-dit, 
district, lieu attenant. En basse 
latinité : tenemenlun, du verbe 
latin : tenere. 

Partiray vous parmi mes tenemcns. 
{Roman d'Amis et Amiles.) 

Dist que el bore le porteroit 
Dcdens la ville et le lairroit 
A l'us à aucune borgoise 
La plus bêle el la plus cortoise 
Qui soit en tout le tenement. 
{Segretain moine, vers 461«.) 

Mes n'enlens pas champ ne maison 
Ne robe ne Icx garnemens 
Ne nus terriens tenemens. 

(J, DE Mp.i:ng, Roman de la Rose, 

vers 6047».) 

TEIVlIt, v. a. Ce verbe fran- 
çais a, en saintongeais, plusieurs 
temps do formes irrégulières : 



TERASPIC 



3oo 



TET 



je teins, il teint... je leinrai, il 
teinra... je tenis, etc. 

Tu me teins i'd à ton fil, reine bêle. 
(RuTEBŒLT, Miracle de Théophile.) 

Car li termes vient durement 
Que Dieux lanrra son jugement. 

(RuTEBŒiF, Nouvelle Complaiiilc d'outre- 
mer, t. I, p. H3.) 

Li fou roy de Behaigne en prison vous 

[tenra. 

(Le Vœu du Héron., édit. de La Cuino de 
Saiiite-Palaye.) 

Bien me tenroie por gari 
Certes se faillir les veoie 
-Bien sui mors, mais encor vivroie. 

(Bible Guiot, vers22oo.) 

Je ne demant ne plus ne moins 
De bien avoir, fors qu'avuec moi 
Vos tenisse en un lit segroi. 

(Seyretain moine, vers 110°.) 

TERASPIC, s. m. Plante 
dont le nom véritable est thlaspi; 
en grec : eXaTixi?. 

TËRIiUIItG, Treluire, v. 

n. Luire, briller, resplendir. 

Pour estre agréyable à vos yeux 
Aussi treluisants que les cieux. 

(Comédie des Chansons, net. ni, se. II, 
anc. th. fr., t. LY, p. 174.) 

Pour ses armes, Amour cuysant 
Porte de gueules à deux traicts 
Dont l'un ferré d'or Iresluysant 
r.ause les amoureux atlraictz. 

(Ci. .AIarot, Temple de Cupido, p. l'2.) 

Il rend raisin Iveluisant 
A ces arbres produisant 

_ Force fruit 

(Vacqcelin, Foresterie .Y, p. "27.) 

TERRASSE, s. f. Terrine. 

Plasteaux y fault aussi bien des ter- 

[rasses . 

(Gratian Dipont, Controverse des scres.) 

TESSIER, Tcxlcr, Tls- 



sier 



- ' 



noms d'hommes et de 
localités. Du vieux français : 
tissier, tisserand (voir Roquefort, 
Glossaire de la Langue romane)^ 
encore usité dans le Berry. 

Texicr pour tisserand a été 
employé jusqu'au XVII" siècle. 

Arnaud Millet, texier en toile, Jehan 
Dixmier, laboureur 

(Acte du 23 mai 16i8 de prise en posses- 
sion de l'abb. de Masdion. — Voir 
Areh. hist. de Saintonge, X, 321.) 

TESSOIV , Tesjsonueaii , 

Tessouuière, noms d'hommes 
et de lieux; du vieux français : 
tesson, blaireau; tessonnière^ 
tanière du blaireau. 



Ils dorment comme des tessons. 



(P. DE Larivey, Comédie du Morfondu, 
act. IV, se. VII.) 

La prévoyance du fourniy, la ne'gli- 

gence du tesson, la fidélité du chien 

(Ambroise Paiié, Animaux, cilé par Littré.) 

TÈT, s. m. Toit, étable des 
brebis ou des porcs. Du latin : 
tectiim, ou du celtique : //, tiez, 
maison, logis. En vieux français : 
tect et tet. 

Une chèvre alloist en paslure 
Pour y prendre sa nourriture; 
Son clievreau dans le tect enferme... 
(Gilles ConnozET, Fables d'Esope, p. a3.) 

Levons-nous, il est nuit, petit troupeau 

préfet 
Le soleil est couché, sus retournez au tet. 
(.\nt. B.uF, Enloyue II, p. 5, v.) 

Broutez et remportez ce soir devant le 

[tect 
Le ventre plein de trcffle et le tetin de 

[laict. 

(Romy Beileau, Bergerie, 2» journée, 
p. 108.) 

Quand l'heure fut venue de ramener 

son troupeau au tect 

(Amyot, Daphnis et Chloé, liv.I, p. 10.) 



THAIMS 



356 



TIMBRE 



THAI^IS ou Thaius, nom 

de localité. Des mots cclliqucs : 
tann, chOne, ou tin, pays. Cette 
commune possède un tinnulus 
antique non loin de la Seudre. 

TIIEXAC, nom de localité. 
Même étymologie que Thains. 

THÉZAC, nom de localité; 
du breton : tcss, éminence, ter- 
tre ; en vieux français : test, chef, 
crâne, et aussi morceau de vase 
cassé. 

TIIIBAUD, Thibandcau, 

noms d'hommes; du vieux nom 
germanique : Thco-bald; en latin : 
Théobaldas. 

TniEIVXOT, nom d'homme, 
diminutif d'Etienne. 

Un soir le jour de Saint-Martin 
Thiennot au milieu d'un festin. 

(RoRsiRD, Cayeté Ylll'.) 

THIERRY, nom d'homme 
dérivé du saxon : Théocloric, 
formé du nom français : Théodore; 
en grec : Oîoî-owoov, don de Dieu. 



TIIIEU, Tien, adj. dém. 
Celui, ce; au féminin, ticlle. 

Tiens rit au main kl au soir plore. 

{Dolopalhos, vers 3235', édit. Jannet, 
p. 112.) 



En paradis ne vont pas teus gens. 
(Aucassin et Nicolelte, ciiani VI.; 



Et se lieux manières de sèles sont 
trouvées par qui que ce soit, elle doit 
cstre arsc... 

{HegUitre des Mestiers d'E»t. Boileau, 
p. m.) 



THOMAS , Tliomasset , 



Tlioniassiii, noms d'hommes 
dérivés d'un mot hébreu qui 
signifie jumeau. 

THOU, nom de localité, can- 
ton d'Aigrefeuille. Vieux français : 
thou, fossé, trou. (Voir Roque- 
fort.) 

TIFFER, V. a. Attifer, arran- 
ger, parer. Mot d'origine tudesque 
ou Scandinave; en anglais : to 
tife, parer; hollandais : tippen, 
ajuster la chevelure. 

Feme se parc et tiffii, ce voit-1'en mult 

[sovent 

Et vest sa bêle roube et chauce estroi- 

[lement. 

(RlTEBŒUF.) 

Ne fu fardée ne guignie (1) 
Car el n'avoit mie meslier 
De soi tijjer ne d'afetier. 

(Guill. DE Lonnis, Roman de la Rtse, 
vers 1008".) 



TIIiliET, TiUier, Tilly, 

noms d'hommes dérivés du vieux 
français : til, tilleul (latin : tiiia), 
ou du vieux mot tille, morceau, 
tranche. 

Et vielt avoir de frues un boissclion 
Et si velt une tille de son bacon (2) 
Et si voudra avoir un cras chapon. 
{Fabliau dAudigier, vers 395».) 

Tilly est un nom de loca- 
lité; nous trouvons, parmi les 
ouvriers chauciers de Paris, un 
certain Raoul de Tilli. (Reg. 
des Mestiers d'Est. Boileaiî, 
p. 141.) 

TOIBRE, s. m. Gi^ande auge 



(1) Guignie, déguisée. 

(2) Tille de son bacon, morceau de sofl jam- 
bon. 



TINE 



3S7 



TIRE LARIGOT 



en pierre, généralement d'un seul 
morceau. 

Ce nom vient sans doute de la 
sonorité de ce récipient, peut-être 
est-ce un dérivé du vieux fran- 
çais : tine, tinnel, vase. 

Et lui tailloit-on ladiclc bouillie en 
un grand timbre qui est encore de pré- 
sent à Bourges près du palays... 

(RjiBELiis, Pantagruel, liv. U, ch. IV.) 

Bacbuc, jeclant je ne sais quoy dedans 
le tymbre... 

(Rabelais, Pantagruel, Ht. V,ch. XLIV.) 

Quelques élymologistes voient 
dans timbre ou tymbre un dérivé 
de tamulus, tombeau, mais il est 
difficile d'accepter cette liliation 
démentie par la présence du b 
dans ce mot sainlongeais. L'ana- 
logie de forme entre les timbres 
de nos logis et les sarcophages 
de pierre de l'époque gallo- 
romaine ne suffît pas pour expli- 
quer la communauté d'origine de 
deux mots si dissemblables. 

TIIVE, s. f. Futaille étroite, 
ouverte par le haut. En basse 
latinité : tiiia, ainsi défmi : « Tina 
» seu tyna, vas grande ligneum 
» tam lavationibus quam conden- 
» dis vinis paratum. » (Du Gange, 
Glossarium inf. et med. latin.) 

Rulœ suffundes lignamen, quod satis 
cril et olei modicum et commiscebis in 

tinà cum pulpis 

[Apiliu,^, de reculinariâ, cnp. 2.) 

En italien : lino, cuve om se 
foule le raisin. 

Alant de Icns se guarniront 
iJ'aigue dulce des funlaines 
E uni lur tinyies lûtes pleines. 
{Voyage de Sainl-Brandan, vers 99"'. i 

Cellier pour les cuves, tinnes et pres- 
soirs 

(01. DB Sbrbes, Tltcàt. d'Agriculture, 
ch. XX.) 



TIXETTE, s. f. Petite tine. 
(Voir ce mot.) 

Il veit au milieu d'un moult beau pré 
une tinette pleine d'eau chaude.,. 

{Roman de Pcrceforcst-iCiié par M. Littré.) 

TIXT, part, passé du verbe 
tenir — pour tenu. 

Et par ainsi dame Ane qui deux fois 
A tins le ceplre de France soubz deux 

Iroj-s. 
{Epi th. d'Anne de Bretagne, composée par 
Germain OE Bnixi.) 

Syre, ainsi comme allois faisant ma 

[queste 
Mon chien au vent se rabat d'une beste 
L'ay tins de court et de près l'ay suivy. 
(J. Dc FoiiLLoux, Vénerie, ch. XXXVI.) 

TIXTOUIIV, S. m. Embarras, 
ennui. Du verbe tinter; en latin : 
tinnitare, tinnire, résonner. 

Car si un aulheur a ce tintoin à la 

teste 

(Et. DoLET, Eptlre liminaire de l'Enfer, 
— OEuv. de Cl. Marot, t. I, p. 48.) 

Il faut retourner aux bons vins 

Comme à la beste 
Qui nous a mis ces tintouins 

El ce mal dans la teste. 

(01. Basselin, Vau dc vire XLII!-) 

Tin.lXT, part. prés. Allant, 
approchant, avoisinant. 

A cousté gausche de la grande chaul- 
dière, à trois toises près les gryphes de 
Lucifer, tirant vers la chambre noire 
de Demiourgon. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. XXII.) 

La vénerie estoit un peu plus loing, 
tyrant vers le parc. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LV.) 

TIRK Ii\Kir>:OT ilioirc h\ 

locution signifiant boire excessi- 
vement. 

On lui apporte le demeurant des 



TIRER 



358 



TONNAY-BOUTONNE 



valelz qui l'auront patrouille toute la 
journée, beuvanl à tire larigot. 

(Quinze Joyes du ilariage. ch. Y.) 

Ce mot hu'igot, formé par l'in- 
corporation de l'article avec le 
mot primitif arigol a désigné 
autrefois une llùte champêtre, et 
viendrait, d'après Scheler, du 
mot arinca, espèce de blé. 

Margot 

Qui fait sauter ses bœufs au" son du 
[larigot. 
(Ronsard, Eglogues, t. IV, p, 51.) 

Boire à tire larigot pourrait 
donc avoir signifié autrefois : 
boire avec un tuyau, avec une es- 
pèce de fliite. 

TailTepied (Antiquités et sin- 
gularités de Rouen) donne à ce 
mot une autre origine. Il nous 
apprend que la plus lourde cloche 
de la cathédrale de Rouen s'appe- 
lait la Rignult, du nom de l'arche- 
vêque Odon Rigault : « pource 
» qu'il escheoit de bien boire 
» avant de la sonner, ce proverbe 
» est venu qu'on dit d'un bon 
» beuveur : qu'il boit en tire la 
» Rigault. » 

TIKEK, v. a. Traire — téter. 

Les petits enfants à la mamelle de 
leurs mères allangouries, tirants pour 
néant et ne trouvants que sucer. 
{Satire iléiiippée.) 

On appelle tirée la quantité de 
lait que donne imc biMe chaque 
fois qu'on la trait. 

TIK:tIORIX, nom de loca- 
lité, près Pont-L'abbé : 

Terram quœ incipit ad crucem de 
Tinnorins scqucndo terras de Ponte- 
Labio. 

{Cil. Guill. r//,anno 1129. — Archives 
de Poitiers,) 



TOMBER Ui: li'E.VU, loc. 
Pour uriner. Gasconisme encore 
usité : 

Il se desroboil pour iutnher de l'eau, 
aussi religieux qu'une pucellc. 

(Montaigne, Essais, '.iv. I, ch. HI.) 

TOIfIBER, V. a. Abattre, 
faire tomber. Ce mot est neutre 
en français. 

Les français et gascons csloicnt mon- 
tez sur bons et forts chevaux, vistes et 
bons à la main et pour ce abaltoient et 
totnboient tout ce qu'ils Irouvoient à 
eux contraire. 

(Alain Chaktieii, Ilisl. (le Charles 17.) 

TO:?IBSI^$, ])rétérit du verbe 
tomber pour tombai. 

En telle sorte que Marquet tombit de 
dessus sa jument. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.) 

TOIVRAILIiE, s. f. Tonte 
des moutons. 

Estiment qu'en iceluy pays festin on 
nommasl crevailles comme de ça nous 
appelons iiançailles, espousailles, relc- 
vaillcs, tondailles, mestivailles... 

(Rabelais, Gargantua,li\-.l, ch.XVII.) 



nom de localité. En latin : Taunia- 
cuni {ou talniacuni), super Vullum- 
nam. 

Juxlâ fluvium Vultumnœ non procul 
à talniaco oppido. 

(Chnrtn Willolmi, Aquit. ilucis, Gallia 
Christ., I. n, iii3ti-um.) 

Talniacuni et Tauniacum ont pu 
signilier domaine de Taunus ou 
Talnus. On y trouve le radical 
celtique tal, éminence, qui a for- 
mé les mots talus, talon. Bou- 
rignon {Anliq. do Saintes, p. 2AA), 
et Claude Chalillon {Topog. 



TONNAY-CHAREXTE 



350 



TÛREL 



franc.) , dérivent Tonnny du 
celtique tom , lieu élevé , d'où 
?>QVQ.\çn{\ci\\is tombeau, tonnerre, 
etc. 

TOX.\.\Y - CIIAREXTE , 

nom de localité. Eu latin : Taii- 
niaciim ad Carantonuni. 

Tauniaciim vel talniacum urbs est 

anUqua super Carantonum ttux'mm 

ab Angeriaco dissita sex leucis, tolidem 
a Sanlonibus et unà Rupe-forli 

{Gallia Chrixtiana, t, U, col. 1113.) 

TORCHÉE, S. f. Correction, 
volée de coups. On disait avec le 
même sens au moyen âge : torche. 

S'il ne sauUe il reçoit la torche. 
(Mystère de la passion d'Arnoiil Greban.) 

En vieux français, le mot com- 
posé torchc-lorgno a été employé 
par Rabelais, Coquillart, Régnier, 
dans le sens d'action de frapper 
de tous côtés : 

S'en vinrent à parler à lictac, torche- 

\ Ion) ne 

Qui casse le museau, qui son rival 

[éborgne. 

(M. RÉGxiER, Satyre X.) 



TORCIIEIi, V. a. Essuyer 
- frapper. 

Souvent MarsauU comme tout cour- 

[roucé 
Souffle, renifle, et d'un nez retroussé 
Maudicl ses aulx: souvent io>'c7((; ses 

[yeux 
Du bout des doigts..: 

(Joachin or Bei-lav, le Morctum, Jeux 
rustiques-, p. 9.) 

Tu torches les lèvres, mauvaise, 
Mais c'est à lin que je te baise. 

(Anl. Baïf, Eflogue XVllI, p. 30.) 

Jà tant n'icrl batu ne torchés. 

(Jean de Mklxg, Roman de la Rose, 
Tors l-H)i'.} 



Et encor souvent il nous torche 
Sans avis ne sommacion. 
{Mystère de la passion d'Arnouid Greban.) 

TOR€IIO^% s. m. Bouchon 
ou poip:née de paille tortillée. En 
vieux français, torcJic se d'il pour 
botte de paille, d'osier ou de 
foin ; on trouve dans Cotgrave : 
torchon de paille. 

La coustume de l'ozière est telle, que 
la dite ozière se vend à torches. 

(TuAuuAssiBnE, Coutume dn Berry.) 

Les assiégez jeltoient des torchons 
d'artifices pour Urer aux pionniers. 

(Ag. d'Aibigné, Hist. unie., U. p. 369, 
cité par Litiré.) 

TORCOU on TORS-COU, 

s, m. Celui qui a le cou de 
travers, et par extension : hypo- 
crite. (Voir tors.) 

Premièrement mcssires Henri au tors 
col, comte de Lancastre... 

(FnoissART, Chron., liv. II, § 182, 
t. lU, p. 3.) 

Cy n'entrez pas, hypocrites, bigolz, 
Vieux malagotz, marmiteu.v boursou- 

[flcs, 
TorcouLr, badaux plus que n'esloient 
[les Gotz. 
(Rabeiais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.) 

TORE, S. f. Jeune vache, 
génisse, féminin du vieux français 
tor, taureau. 

Qar je voi ici, ce me semble, 
Un tor cl une vache ensemble. 

{Roman du Renart, vers 5"d9«.) 



TOREL, Tliorcl, noms 
d'hommes, en vieux français : 
jeune taureau. (Voir Roquefort, 
Gloss. de la Langue romane.) 

Encontre li saut le m au fez 
En guisod'un lorel muïant 
Cornes levées, et tout bruiant. 

(Gautier de Cnissi, liv. I, ch. VII.) 



TORMENT 



360 



TOUCHE 



TOïl^IEXT, s, m. Tourment, 
lalin : tonnontum. 

Cil Damedeus ki ne faut ne no niant 
Gart vostrc cors de morl et de tor- 

\menl. 

{Roman de Xiirurd de Yianiir) 

T0K:%EI«, V. n. Tourner. 

Cil qui son frein en son poing a 
Legièrement son cheval tome 
El de mal pas bien le destome. 
(Gautier de Coissi, Légende de Théophile.) 

TOKS, Torsant, parlicipes 
du verbe tordre pour tordu, tor- 
dant. 

Alant cort el prent le plus tendre 
Toi le manga à un seul mors 
As autres nuef a le col tors. 

{Roman du Renart, vers \81i0'.) 

Le diable l'alla quérir dans son chas- 
teau el après lui avoir tors le col, le 
jelia en les fossés. 

(P. DE l'Esioile, Mémoires, t. VIII, p. 2.) 

Si fine soye au meslier ne fut torse. 
(Ronsard, Amours, t. I, p. 117.) 



TOUT, Tortc, adj. Boiteux, 
boiteuse — qui est de travers. 

Ribaus qui de l'osl se partent 
Par les chans çà cl là s'espartcnt 
Li uns une pilète porte 
L'autre croc et maçue torte. 

(Guillaumo GiiAni.) 

Ainçois la maie mort vous praingnc 
Uuc ja mère soit si fête 
Si torle et si contrefèle. 

(Fabliau de la vieille truande.) 

La raison va lousjours et torte et boi- 
teuse el dcshanchée el avccques le men- 
Bongc comme avccques la vérité. 

(MoMAicsE, £'i.sa/s, liv. II. p. 32-2.) 



TOKTlIiLOX, s. m. Gâteau 
do lorine i-ondo — tresse de 
paille. Basse latinité : tortelhis, 



diminutif de torta, tourte. (Voir 
ce dernier mot.) 

Fougasses, brassardeaux, tourtillons, 
biscuits, cschaudés. 

(Olivier de Serbes, Théâtre d'Ai/riculfure.) 

TOUAILIiE, s. f. Nappe, 
serviette, essuie-mains. En ita- 
lien : tonaglia , qui , d'après 
Ménage, dérive du latin toral, 
nappe ou tapis pour manger. 

Ne turpe toral ne sordida mappa 

Corruget nares 

(Horace, Epilre, lir. I.) 

Le vieux français touaille, de- 
venu en portugais loalha; en es- 
pagnol : toalla; en anglais : lowcl, 
parait plutôt avoir une origine 
Scandinave, car le verbe laver se 
rend dans les langues du Nord 
par des vocables de même famille. 
Allemand : twchle; gothique : 
Iwahan ; islandais : thwo; sué- 
dois : twotta; anglo-saxon : 
dhvean. 

Mais celc fist avant covrir 
Les pasiez soz une touaille 
El puis après se retravaille. 

{Fabliau da Prestre et de la Dame.) 

El si csloil entortillée 
Hideusement d'une toaille. 

(G. DE LoRRis, Roman de la Rose, 
vers 150".) 

Or demande le bonliommc des napes, 
des touailles ouvrées et blanches. 

{Quinze Joyes de Mariage, cli. VI, p. 77. 



TOl'CHE, Ijatouclie, noms 
de localitésot d'hommes. En vieux 
français, touscJie, touche, dési- 
gnent un petit bois de haute 
futaie, voisin d'une habitation. 
Le Duchat, dans ses notes sur 
Rabelais, dit que ces mots signi- 
fient un boufjuet de bois, il les 
dérive de stock, tronc, bâton en 
allemand. 



TOUCHER 



TOULON 



Passrtns de là par l'orée de la touche, 
en plain chemin tombèrent tous. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXVIII.) 

Un petit port désert vers le midy si- 
tue lez une touche de bois Ji:iule, belle 
et plaisante... 

(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. XXXV.) 

TOUCIÎEK, s. m. Diriger los 
bœufs avec son aiguillon. 

Et le taureau indonté 

Sous le joug il va touchant. 

(Aut. Baïf, Antigone, p. 6".) 

TOUCIIEUK, S. m. Celui 
qui, placé devant les boDufs, les 
dirige avec son aiguillon (voir 
toucher). Ce mot désigne aussi 
l'heureux mortel doué cïu don do 
guérir certaines maladies par at- 
touchement; nos anciens rois 
étaient toucheurs d'écrouellcs. 

On trouve dans le dictionnaire 
de Gotgrave : toucheiir crânes, 
pour ànicr. 

TOr'lLIiER, v. a. Salir. 

Me veux-tu par terre touil.'er 
El ma belle robe de fesie 
Dans la fange veux-tu souiller. 

(A. Baïf, Egloguc XVlll, p. 52.) 

TOl'LOIV, nom de localité 
située près de Saujon. Le vieux 
français loul, canal, fossé, pour- 
rait être considéré comme l'ori- 
gine de ce nom, si la situation du 
village sur une éminencc ne faisait 
rejeter cette hypothèse. M. de La 
Sauvagère voit dans Toulon une 
contraction du lalin (urris lon- 
qini désignant une tour antique 
Làtie par un prétendu lieutenant 
de César, Longinus, (|ui aurait 
également donné son nom k Pire- 
longe Cpila longini). La tour anti- 
que que le village de Toulon a 



remplacé, était située au milieu 
d'un camp romain qui a conservé 
le nom île Camp do César, et 
dont les restes ont le caractère 
des castra établis par le conqué- 
rant ou ses ofliciers. 

Bourignon (Antiq. de Saintes), 
dérive Toulon comme Toul et 
Tulle des mots celtiques tal, tel, 
tul, qui signifient colline, émi- 
nence. Cette étymologie parait 
plus raisonnable que la plupart 
de celles imaginées par cet anti- 
quaire. 

Un grand nombre d'archéolo- 
gues placent à Toulon la station 
romaine de Norioregum que l'iti- 
néraire d'Antonin indique comme 
située entre Tammini (Talmont) et 
Médiolanum (Saintes); d'autres 
placent cette station à Saujon ou 
à Royan. 

Quelques écrivains pensent que 
la villa de Noverus que le poète 
Ausone possédait en Saintonge, 
se trouvait à Toulon ou dans les 
environs. Cette opinion est accré- 
ditée par le passage suivant d'une 
des épîtres d' Ausone : 

Citus veni rcmo nul rotà 
AL quoris undosi quà multiplicala reeursu 

Garumna pontuni provocat 

Aut iteraturum quij glarca trita viârum 

Fert miiilarem ad Blaviam. 

(AisoNE, Epitre X à Paulus.) 

Le poète propose à son ami 
deux moyens d'arriver à Noverus, 
l'un en descendant la Garonne, 
l'autre en suivant la voie romaine, 
qui de Bordeaux passe à Blayer 
(Blaviam), et se prolonge par 
Tamnum et Novioregum. 

Elle Vinet et Bourignon pen- 
sent que la maison de campagne 
du poète était située aux Nouillcrs 
près St-Jcan-d'Angély. Ils ap- 
puient leur o})inion sur le pas- 
sairc suivant : 



TOLTON 



362 



TOUSSIR 



Ter juga Burdigalœ trino me flumina 

[cœlu 
Sccernunt lurbis popularibus. 

(AisoNE, Epitre XXIY ttPaulii.i.) 

Ce passage n'est.pas concluant, 
car si trois tleiives se trouvent 
entre Bordeaux et les Nouillers 
(Garonne, Dordogne et Charente), 
il en existe le même nombre 
entre la métropole et Toulon 
(Garonne, Dordogne et Seudre). 

TOl'POX, s. m. Bouchon en 
verre (Angoumois). 

Pour le resjouir au malin faisoient 

devant luy sonner des verres avec un 

Cousteau ou des flacons avec leur totipon. 

(RAnELAis, Gargantua, liv. I, ch. VU.) 

TOL'RXURE, s. f. Paquet 
d'étoiles qui relève le jupon à la 
ceinture et exagère la grosseur 
du derrière ; c'est le polisson de 
nos grand'mères. L'usage des 
tournures et des polissons est 
aussi ancien que la coquetterie 
féminine. 

Nos bourgeoises tiennent ces termes 
De façonner leurs culz de cartes 
Afin qu'ilz en semblent plus fermes. 
(Guillaume CogiiLLAni, Droits nouveaux, 
i. I, p. iy't.) 

TOL'RTE, s. f. Gâteau rond 
— galette grossière. Ce mot 
dérive du celtique, car on trouve 
en breton : lors, en gallois: lorth, 
en écossais et en irlandais : tort, 
avec la signification de pain rond, 
gâteau. En base latinité, tortn a 
signifié pain de qualité inférieure, 
gâteau. Guillaume Breton le dé- 
finit ainsi : lorta unde tortilla di- 
minutivum, genus cibi est vel 
panis. 

Le poure mengue sa lorte 

Ses aux, oignons, sans crémcur. 

{Poème de Robert Gaguin.) 



Adjoulons que point e'i eulx n'appar- 
tenoit manger de ces belles fouaces ; 
mais qu'il/, se debvoycnt contenter de 
gros pain balle et de tourte. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I.) 

TOURTE, Tonrtre, s. f. 

Tourterelle. 

Oncques tuerlre qui pert son compai- 

Ignon 
Ne fut un jour de moi plus esbahie. 

{Channon du chàtelaiu de Coucy, Chants 
hist.,f. iOl.) 

Mais cependant la palombe enrouée, 
La tourte aussy, de chasteté louée. 
Ne laisseront à gémir sans se taire. 

(Cl. Marot, TraJ. de la /■''> Eglogue de 
Virgile.) 

Ce sont les pigeons pour la douceur 
desquels quelques naturalistes ont écrit 
qu'eux et les tourlres éloienl sans fiel. 
(Agr. d'Albigné, cite par LiiinÉ.) 

TOURTEAU, s. m. Galette 
grossière, pain cuit rapidement 
(môme étymologie que tourte, 
voir ce mot). En basse latinité : 
tortilla d'après Guillaume Breton, 
tortellus d'après du Gange. 

L'abbé de Fescam doit à la porte 
beauvoisinc une mine de fourmenl par 
an pour aller querre les tourteaulx à 
Sainte-Marie des fontaines. 

[Usalicuvice-comilalus uquœ liolhomagi, 
cité par du Cange.) 

Esveilliez Martin Sura 
Ce marcerot qui chascun mois 
Couche caionz deux fois ou trois 
Si li prometez bon tourlel. 

(Le Segrélaiti moine, vers G7G'.) 

Aler m'esluet a terme brief 

Ij je paierai grant relief 

Ains que j'aie pain ne tourtel. 

{Li conr/ié Baude Fastoul d'Arras, 
voi-8'2-23., Fabliaux, t. I, p. ll'J.) 

TOUSSIR, V. n. Tousser. 

Après que tout le monde eut sonore- 
mcnt tousni, crasché et recrasché. 

{Satyre Mcnippée, llarangue de M. le Légat.) 



TOUT EN TOUT 



363 



TRAMAIL 



Je ne puis plus durer caché dans les 

[ruelles 

Ni dans le cabinet oîi l'on est à tran- 

[sir 
Sans oser remuer, ni cracher ni toiissir. 

(M. RÉGxiEii,S(i/y;r /r.) 

TOl'T EX TOUT (de), loc. 
adverb. Entièrement. 

Comme toi qui nous ordonnes 
Tout en tout et qui nous donnes 
Notre' pis et notre mieux. 

(Remy Belleàu.) 

TOUT-t'OlI-^IE, loc. adv. 
Ainsi, également. 

C'est justement tout-comme, 

La femme est effet le partage de 

[l'homme. 

(MoLiÊnE, Ecole des femmes, act. I, se. III.) 

TOUT, adv. Tôt, bientôt. 

Pourtant, mon fils bien-aimé, le plus 
toust que faire pourras, retourne. 

(Rabelais, Gargantua, liv. I.) 

TOUVKE, nom d'un affluent 
(rive gauche) de la Charente for- 
mé par des sources jaillissantes 
très abondantes, s'échappant du 
sol avec bruit. Latin : tiirJjnrc, 
troubler, agiter, tiirho, tourbillon, 
tournoiement. 



TOUaSEAl', Toiizctf, noms 
d'hommes, du vieux français 
touzé, tondu, rasé, sans barbe. 

N'aux nopces du sainct cspousé 
N'cntrast liome rez ou touzé 
Pour prière et pour requeste. 

(Testament de Jehan de Meiing.) 

TRAIX", S. m. Bruit, tapage. 

Et que l'ivcr passé, Ficrlnnid ira delà 
Parmi la granl Guiemic un tel train fera 
De quoy jusqu'à mil ans parlé il en sera 

(Citron, de Bertrand Ditffitesdin, 
Ters l'Jiii".) 



XR.\i:vÉE, s. f. Fille perdue, 
coureuse, prostituée de bas étage. 

Print ccst amye et l'emmena 
Afin d'en faire sa traînée 
Par voie indue et diffamée. 

(CoQriLLART, Plaidoyer de la simple 
et de la rusée.) 

TRAIRE, V. a. Tirer, attirer 
— entraîner, l'emporter sur. 
Latin : trahere. 

Qui ne seit la balance igaus 
Mais que li biens traie les maus. 
{Vie de S. Grégoire le Grand, XII« siècle.) 

Vorrent malcment traire en ois ceu 
k'appartient solemcnl al fil de Deu. 
{Sermon de S. Bernard pour l'Avent, p. 5-23.) 

Renart li a la langue traite 
Bien demi-pic foi's de la gueule. 

{Roman du Renart. vers 110G«.) 

TRxlIRE (se), v. réfl. Se 
cacher, se retirer. 

Or vous traiez vers moi ; je crois que 

[vous orrez 

D'un livre souffisant qui nouvel est 

[reniez. 

(Chron. de Bertrand Duguesclin, 

vers 18«.) 

Huit jors to7. plcniers i séjourne 
A mienuit un main s'en torne 
En l'cssart au vilain se trait. 

{Roman du Renart, vers 16937».) 

Si se traisent tout secrètement en- 
semble à conseil et eurent avis et volenté. 
(FnoissARi, Citron., éd. RenouarJ, 
liv. I, § 7.) 



TRAIiEE, s. f. Bande de 
gens se trouvant ensemble. Au 
XVIIP siècle on disait trolce. 

M"° de Sens vient passer une partie de 
l'automne chez moi à Chambord avec 
une trolée de femmes de la cour. 

(LcUro (lu maréchnl do Snie, cilée par 
Sie-Beuve, Causeries du lundi, t. XI.) 

TRAxlIAIf., s. m. Filet pour 



TRAPIER 



364 



TREMBLE 



la pêche; italien : triimaglio. 
Basse latinité : Tramalhnn, spo- 
cies retis ad capiendos pisces. 

Quatuor Iractus relis, quod vulgari- 
ter vûcanl tramallum. 

{Tabular. vindociHenxf, ch. CC.YL, voir 
Df Cance, verbo truwalliim.) 

Les boyaux comme un tvamail, le fiel 
comme un dolouoire. 

(Rabelais, Pantagruel., liv. IV, ch. XXX.) 

Et tendre ses engins, son trible, son 
[tramail 

De ses doigts artisans l'ordinaire 
[travail. 

(Remy Belieu-, t. HI, p. Hi.) 

TRAPIER, nom d'homme, 
tendeur de pièges. En vieux fran- 
çais : trnppan, piège pour les 
animaux ; trappe, ruse, tromperie. 

TRAQCET - RATA- 
GE A S S E, s. m. Pie grièche. 
Le premier nom lui vient de son 
vol, le second de la guerre qu'elle 
fait à la pie ou ageassc. (Voir ce 
dernier mot.) 

TRAVOUIIi, s. m. Instru- 
ment avec lequel on met le fil en 
écheveau. 

Aux quatre corniores d'un travouil, 
quatre gros flambeaux. 

(Noël Dc Faii, Propos Rustiriuefi.) 



TRECIIER, v. a. Chercher, 
examiner. En Normandie : 
Irachev, tracer. 

El par quel pochée as-tu fui en tièle 
manière après moi et si as tresché tous 
mes hostiilenienz(l). 

(Genhe, ch. XXXI, veraet 30 et 37, tinj. 
au XII* siècle,) 



(i) Et ob quod peccatum meum sic exarsisti 
post rac cl HvrulalHs es oranem supcUcctilcm 



Et cependant de moy je penseray 
Kl avec gens le temps je passeray 
Atin qu'ennuy ne me quière ne trace, 
(Roger DE CoLLEiiïE, £';;//;•(; /A', p. 36.) 

TRÉFILE A QUATRE 

EEUIIiE.ES. Une croyance po- 
pulaire attribue, en Saintonge, un 
augure de bonne fortune à la dé- 
couverte du trètle à quatre leuilles. 
Cette opinion est très ancienne (1). 

Celuy ou celle qui trouve le trèfle à 
quatre feuilles, s'il le garde en révé- 
rence saichés pour aussi vray que Evan- 
gile qu'il sera cureulx toute sa vie. 

{Evangile (les Connoilles, p. 52.) 

TREUU , Trellu , noms 
d'hoinmcîs, du vieux français 
trclu, trelus, troublé, obscur. 

TREIiUIRE, V. n. Luire 

(voir torluire). 

TREIflRIiADE (La), nom 

de localité, forme du mot trcm- 
hlaic, lieu planté de trembles, 
qui est très usité comme nom de 
lieu dans une partie de la France. 
En vieux français, Iremblade, 
tremblant, qui remue, d'après 
Roquefort (GIoss. de la Langue 
romane). Peut-être ce nom rap- 
pellc-t-il quelque commotion de 
la côte ou la nature mouvante des 
dunes sur lesquelles la ville est 
bâtie. 



TREI?IRIiE, s. m. Tremble- 
ment, frisson. 



(1) Ce n'est pas seulement en Saintonge et 
parmi les paysans que cette croyance persiste. 
L'impératrice Eugénie n'écrivait-clle jias k son 
tils au (lél)ut (le la guerre de 1870: <■ La petite 
» Malakoir a encore trouvé deux trèdes ii quatre 
>• feuilles, je te les envoie.» (Papiers secrets 
des Tuileries.) 



TREMPE 



365 



TREUILLEE 



Sans que la femme en pâtisl qui de- 
meura longtemps en trouble cl aux 
alertes. 

(Bbantôme, Dames Guliutlcs, t. I.) 

TREUPE, adj. Trempé, 
mouillé jusqu'aux os par la pluie 
ou la sueur. Du latin (emperarc, 
qui a eu le sens de mouiller avec 
de l'eau, temperare xinum. (Voir 
Pline, r ancien, liv. XXIX, 
ch. III.) On a dit en vieux fraru-ais 
at tromper, avec le sens de mouil- 
ler et de tempérer. 

Je chante, Robertet, la saison du prin- 

(temps 

Et comme Amour et luy après avoir 

[longtemps 

Combattu le discord de la masse pre- 

[mière 
Altrempez de chaleur sortirent en lu- 

[mière. 

(Ronsard, Hymne du printemps, Poés. 
choisies, p. '209. j 

En ses paroles fu-il attrempez car 
onques jour de ma vie je ne l'y oy mal 
dire de nulluy. 

(JoiNvii.LE, Histoire de S. Lotis, éd. 18oS, 
p. 6.) 

TRÉ^EXCE, nom d'un cours 
d'eau affluent de la Boulonne. 

Dédit itaque supra dictus dux aqn.mi 
vocalam Tresenciam pisces fercntcm 
juxla tluvium VulUimntc non procul à 
ïalniaco oppido. 

(Ch. WiUelmi, Aq. due.— Gallia Christ., 
t. n, instr.) 

TRET01:T, TretoiiK, adj. 
dét. Tout, tous. 

Tretout le bétail est péry 

Ccsl yver par la grant froidure. 

(Farce de Maistre Pierre Palhelin.) 

Or y penscy trustons les jours 
Car je ne suis mie si fou ! 
Je pense cèler mes amours. 

(Fr. Villon, Grand Testament, bl.^i.) 

Paix de par le diable, paix! Par Dieu I 



coquins, si vous me tabuslez ici, je vous 
coujïtray la teste à tresious.. 

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XVIII.) 

Au XIII° siècle, on disait (ros- 
tiiit et trestoz. 

Trestuit li autre font silence 
El messirc Ysengrin commence. 

(Roman du lienart.) 

Quar il ne sait que il deviengne 
For la vie que il demaine 
Trestoz les jors de la semaine. 

(Le Yair paU'froy, vers 240». — Fait., 

1. 1, p. i:->.) 



TREt, Tru, s. m. Tube en 
bois servant à tirer le vin. En 
vieux français, ce mot signifiait 
impôt, tribut; du latin : trihii- 
tiim (1). 

Devons-nous doncr à Césaire treu 
qu'il nos demande de nostrc terre. 

(Traduction du Psautier, ps. 57, verset '.) 

TREVIT., s. m. Pressoir et 
partie des bâtiments ruraux où se 
fait le vin. En basse latinité : tro- 
lium, corruption du latin : torcii- 
him, de torqucre, tordre, pres- 
surer. 

Guillaume et Jehan frères apportèrent 
leur vendcnge au pressouer ou treuil 
de Michclel. 

(Texte du XIV" sit'cle, cité pnr du Gange, 
(lu mot Irolium.) 

TREi:'IIiI.ÉE, s. f. La quan- 
tité do ràpos (voir ce mot), c'est- 
à-dire de raisins foulés qu'on a 
pressé à la fois — série des tra- 
vaux qui constituent le foulage et 
le pressage des raisins. 



(1} Il est permis de conjecturer que le tribut 
en iiaiurc sur le vin se porccvait au moycMi de 
l'iiislrunicnt au'iuel les sainiongeais ont donné 
le nuiu de treu. 

25 



TREUILLON 



366 



TRIMEH 



TREni>iIiO:v, s. m. Ouvrier 
employé au pressoir pendant les 
vendanges, celui qui fait la 
tr eu niée. En vieux français : 
treiillour, celui qui gouverne le 
pressoir banal. (Voir Roquefort, 
Glossaire de la Langue roniano.) 

Le mot treuillon est devenu un 
nom d'homme et de localité. 

TRKIIVEU, Truvcr, v. a. 

Trouver, découvrir. Employé aux 
divers temps de la manière la 
plus irrégulière en Saintonge 
comme en vieux français. 

Indicatif jjrésent : je tvcuvc, je 
troue; prétérit: je truvis, etc. 

Qui béent à avoir chcvance 
Moût trueve au siècle nuisance. 

(Fal'liau du Testament de l'âne, 
VOIS 3».) 

L'en dit qui bien cliacc, bien trueve. 
{Le Dit du Bitifel, vers 264».) 

Tel coin il est le m'estuet prendre 
Tant que le truise à vendre. 

{Fabliau des deux Chevaux, vers C2».) 

En escris truis qu'il eut vers Sens 
Un prevoire si for del' sens 
Qu'un seul jour l'entrelaissat 
Qu'en luxure ne s'abuisast. 

(Gautior de Coiksi, liv. I, ch. XXVin.) 

Ne plus belles gens, ce sachiez, 
Que jamais en nul lieu truissiez. 
(Jean de Mecng, Roman de la Roue.) 

TRIBOUII^IiER, v. a. 

Remuer, mêler, troubler. En 
vieux français : triLoulcr, trebou- 
Jcr; du latin : trihulare, ([ui a 
formé trjhulalion, ou de tvibuhim 
(grec : -rp-CioXa), espèce de herse 
servant à battre le blé. (Virg. 
Geovff., liv. I, vers 164«.) 

Sont foulez 

El par fortune Iréboulez. 

(Alain CiiAiiTiEn.} 



Cliescun fu lai si iviboleis (i) 
(Guerre de .Vc/i, st. 246, p. 232.; 

On trouve fréquemment, dans 
les textes du moyen âge, les mots 
tribouil, agitation, trouble, em- 
barras, dispute; triboulèves, celui 
qui trouble, qui apporte la dis- 
corde et l'agitation. 

Ilellas! feit-elle, tant Dieu me veult 
graut mal quant il me mist en tel triboil. 
{Les Quinze Joijes du Mariage.) 

Dont il ot à un parlement qui fu à 
Paris grant tribouil de moy et de 
révcsque Pierre de Flandres... 

(Joixvii.LE, Uintoire de S. Loijs, édition 
de 1658, p. 213.) 

Certes, fait-il, biaus dous amis 
Se vous fussiez un triboulcres, 
(Gautier de Coinsi, liv. 1, c!i. I.) 

Il faut évidemment voir dans 
ces divers mots l'origine du nom 
de Ti'iboulct porté i)ar ))lusieurs 
fous des rois de Franco aux 
XV° et XVI° siècles. 

TRïGXAC, nom de localité 
dérivé, d'ajjrès Bourignon (Anti- 
quitus do Saintes, p. 293, note), 
du celti(iue : tri, habitation, ou 
du vieux français : trie, colom- 
bier, volière, ou triège, territoire. 
(Voir Rocpiefort, Glossaire de la 
Langue romane.) 

TRIiTIER, V. n. Marcher 

beaucoup, se fatiguer, travailler 
dur. En bas breton, tremen signi- 
fie aller d'un endroit à un autre. 
En vieux français, trumer a eu 
le sens du saintongcais; au 
XVP siècle, le grand Irimaud 
était le grand chemin ; dans 
l'argot des voleurs, trimar a con- 
servé ce dernier sens. 



(1) Chacun fut là si secoué. 



TRIZAY 



367 



TRUT 



Si lu es prins d'un sergent 
Comraenl fais-lu? je trame à plain. 

(Eustaclic DESCI1.1MP3, Poésies.) 

TRIZAY, nom de lieu. Voir 
Trignac pour l'étyinolog-ie. Ce 
lieu est désigné dans une donation 
de 1084 par le nom de Irisacum. 
(Voir Gallia Cliristlana, t. II.) 

TROJAlî, nom de localité. 
Du latin : trojaniis, originaire do 
Troycs. 

Le sixième évèque de Saintes 
fut canonisé sous le nom de 
sailli Trojaii. 

TKOfFIG^-O^', s. m. Anus 
— croupion de volaille. 

Et des deux premiers doigts vous 
ouvrirez le troufignon. 

(BéroalJe de Ver ville, Afoy^n de parvenir.) 

TROlJC\0:v, s. m. Trognon, 
ce qui reste d'un fruit ou d'un 
légume quand on a oté ce qui est 
mangeable. 

L'on peut coupper la porréc au dessus 
du trougnon ]usqncs k la mi-septembre. 
{iléiiagier du XIY' siècle, liv. VI.) 

On a dit dans le même sens : 
trou, qui est encore usité en 
Berry : 

En sa dextre tcnoil un gros trou de 
chou. 

(Rabelais, PaïUai/rucl, liv. V, ch. XVHI,) 

TROUPIÂ, S. m. Troupeau. 
En bourguignon •: Iropàa. On 
disait au moyen âge : tropcl, 
troiipel, Iropiau. 

Au roc en prist un grant tropel 
Et disl eskec : moult li fu bel (1). 
(Floire et Dlaneheflor, vers 221"».) 

(I) Avec la tour il prit un grand nombre de 
piî'ces et dit : éclicc. Ce fut l)cau pour lui. Au 
jeu d'échecs, la tour s'appelait autrefois roc, 
d'où est resté le terme roquer. 



Il regarde sus sa main sencslrc; si 
vitr un tropiau de Turs... 

fJoi.>- VILLE, Histoire de S. Loys.) 



TRtBLE, s. m. Filet pour la 
pécbe. En vieux français : fruhlo, 
trille et trihlc. Du latin : Iriilla; 
grec : TpojXXiov, cuillère plate per- 
cée de trous, écuinoire, truelle, 
et Tpj|3X'!ov, plat. 

Micx vos venist peschier au truble. 
{Roman du Renart, vers 338"°.) 

El tendre ses engins, son trilde son 

[Iramail, 

De ses doigts artisans ordinaire tra- 

[vail. 

(Remy Belle ac, le Pescheur. t. III, 
P.lli.) 



TRUFÏiE, s. m. Truffe. 

Il trouva la relique ployée dans la 
serviette comme on enveloppe les tnifles 
en Xaintonge. 

(Agr. d'Ai-bigné, Baron de Fœneste, 
liv. IV, ch. II.) 

Au XIIl'' siècle, ce mot signi- 
fiait tromperie, mensonge, plai- 
santerie. 

Certes je liendrois à grant trufles 
Qui dirois que tu fusses hon 

Car onqucs home en nul saison 

(J. DE Mei-.ng, Roman de la Rose.) 



TRUJLOT, s. m. Filet pour la 
pèche qui se j)lace au bout d'une 
perche. Diminutif du vieux mot 
français : truie. (Voir triihlc.) 

En Aunis : trouille, lilet à 
pécher le frai d'anguille, d'après 
le Glossaire Rochelais de 1780. 



TRUT, s. m. Jeu de cartes 
usité en Vendée. En basse lati- 
nité : t reçus. 



tublat 



36S 



USSE 



Troco lude. aléas fuge (1). 

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