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GLOSSAIRE
SAINTON GEAIS
Ouvrage tiré à 320 exemplaires dont 20 sur hollande
grand papier et 300 sur vélin.
GLOSSAIRE
SAINTONGEAIS
ÉTUDE
SUR LA SIGNIFICATION, l'oRIGINE ET l'hISTORIQUE
DES MOTS ET DES NOMS
USITÉS DANS LES DEUX CHARENTES
PAR
M. A. ÉVEILLÉ
OUVRAGE PRÉCÉDÉ d'uNE INTRODUCTION SUR l'oRIGINE Î)E LA LANGUE FRANÇAIS^
■ ET SUIVI d'un index BIBLIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
« — v^s.^»9i9mjr^ — »- L*^r
PARIS
BORDEAUX
. CHAMPION
V MOQUET
Quai Malaijunis, lo.
Rue Porte-Dijeaux, 45.
1887
Eî
INTRODUCTION
Le parler saintongeaîs n'est pas un dialecte particulier et
distinct de la langue française; c'est cette langue elle-même
dans sa forme ancienne. Pendant que le français se modifiait
profondément au XVP siècle par la renaissance des lettres
grecques et latines, et h la suite des incursions des armées
françaises en Italie, au XVIP siècle, en raison des relations
intimes avec l'Espagne, plus tard par l'autorité et souvent les
caprices des grands écrivains, les habitants des provinces con-
servaient beaucoup des formes de langage léguées par le moyen
cage. Leur langue diffère de celle de Voltaire, comme aux
premiers siècles celle de nos ancêtres des campagnes différait
de l'idiome des citadins. Ces derniers, à la suite de la conquête
romaine, s'étaient empressés d'adopter la langue des vainqueurs
comme leurs habits : Galli braccns deposiierunt, latiim clavum
sumpsonint, nous dit Suétone {Vie de Jules César), mais les
campagnards conservèrent leurs braies ou culottes longues,
comme leur idiome paternel.
n INTRODUCTION
Etudier l'origine de notre patois serait étudier l'origne de la
langue française elle-même, et ce travail a été fait d'une manière
coniplète par un grand nombre de savants contemporains. Je
me bornerai h rappeler que la langue latine est notre véritable
langue-mère et qu'elle fut imposée par les Romains aux Gaulois,
suivant la coutume constante de ces conquérants : Linrjua romana
qiiam fjentihiis domitis ciim jiujo ipso romani imposuerunt.
(Saint Augustin, Cité de Dieu, ch. VII.)
L'influence de la langue parlée par les Gaulois asservis, celle
des idiomes importés par les envahisseurs francs et normands
fut relativement insignifiante pour la formation définitive de
la langue française.
De la langue celtique proprement dite, nous ne connaissons
qu'une centaine de mots isolés qui nous ont été conservés par
les auteurs grecs ou latins, mais cette langue a donné naissance
aux idiomes parlés encore aujourd'hui en Basse-Bretagne, en
Ecosse, en Irlande et dans le pays de Galles. Elle a laissé dans
la langue française et principalement dans les noms de localités
et de cours d'eau des traces irrécusables que nous retrouverons
dans les étymologies de ces noms.
Le plus important des vieux idiomes germaniques est le
tudesque qui était parlé par les Francs, les Bavarois, les Alemans
et autres peuples d'outre-Rhin, qui vinrent se noyer au milieu
des populations gallo-romaines, dont la langue garda la pré-
dominance.
Les Normands {north-man, hommes du nord) parlaient l'idiome
des Goths de Germanie. Le dialecte islandais en conserve des
vestiges et les langues Scandinaves en sont dérivées. Peu
d'années après leur établissement en France, les Normands
adoptèrent la langue du pays envahi et les soldats de Guillaume-
le-Conquérant avaient déjà oublié leur idiome paternel quand ils
s'emparèrent (Xé l'Angleterre, habitée depuis plusieurs siècles
par les conquérants saxons, de môme origine Scandinave que
les nouveaux envahisseurs.
Les idiomes tudesque et normand ont laissé dans notre
langue des traces aussi légères que le celtique. Le premier nous
INTRODUCTION III
a donné un certain nombre de mots relatifs à la chasse ou à la
guerre, le deuxième, quelques expressions conservées dans la
langue des marins.
En réalité c'est le latin qui a formé la grande majorité des
mots français, il nous a transmis son génie, son accentuation,
sa syntaxe : « L'origine de notre langue, dit ^I. Leroux de Lincy,
» est aujourd'hui reconnue d'une manière incontestable. Il est
» certain que c'est h la langue latine parlée dans la Gaule pen-
» dant plusieurs siècles de la domination romaine, qu'on doit
» presque tousses éléments.» (Introduction au Livre clos Rois.)
Cette opinion est partagée par tous les écrivains qui ont étudié
notre langue et en particulier par le plus illustre d'entre eux,
M. Littré.
Il est important de remarquer que le français, comme les autres
langues néo-latines: l'itahen, l'espagnol, le roumain ne dérive
pas directement du latin écrit par les historiens ou les poètes du
siècle d'Auguste, mais du latin parlé qui en différait sensiblement.
La langue de Plante l'affranchi n'est pas celle de son contempo-
rain Ennius, l'homme de la plèbe romaine ne parlait pas le latin
deCicéron. Que dirons-nous de ces légionnaires, recrutés parmi
toutes les nations soumises à l'empire, qui allèrent porter dans
les Gaules leurs armes victorieuses et leur langue corrompue?
Pendant plusieurs siècles le latin resta la langue officielle de
notre pays, la seule admise dans les tribunaux et dans l'entou-
rage des nombreux délégués de l'administration romaine. Elle
survécut même à la conquête franque et dans la période mé-
rovingienne elle est exclusivement employée par le clergé, par
les poètes et les chroniqueurs. Combien la langue de Grégoire
de Tours, de Frédégaire, de Fortunatus, diffère de celle de Virgile
et de Tacite? Que devait être à cette époque la langue rustique
ou populaire parlée par le soldat et le hiboureur, mélange des
divers idiomes que la conquête avait amalgamés? Cette langue
fut longtemps parlée sans être écrite et prit le nom de langue
romane. Les apôtres de la Gaule durent l'employer pour être
compris des populations des campagnes. Ils ne lardèrent pas à
l'écrire pour étendre leur propagande évangélique. Saint IMun-
IV INTRODUCTION
molin, évêque de Noyon (660), saint Adalhard (750), parlaient
couramment le roman. Saint Bernard nous a laissé des sermons
en langue vulgaire et a traduit du latin les actes des apôtres et
les vies de saints, f Multos libres et maxime vitas sanctorum
» et actus apostolorum de latino vertit in romamim. » (Cbron.
d'AIbêric, 1177.) Des traductions avaient déjà été ordonnées (1)
par les Conciles de Tours et de Reims (813), de Mayence (847), et
d'Arles (851). Dans les écoles, le roman ne tarda pas à être
enseigné avec le latin :
Car à l'oschole fu quant il fa pelis
Tant que il sol et roman et latin.
(Poème de Garin le Loherain.)
Plus tard on traduisit en langue vulgaire des chroniques et
des poèmes tels que celui de Dolopathos primitivement composé
en latin :
Un blans moines de bone vie
De haute selve l'abaïe
A ceste estoire novellée
Par biau latin la ordenée;
Herbers la velt en romanz trère.
{Li romans de Dolopathos, vers 19 et suivants.)
Le plus ancien monument de celte langue populaire est un
fragment de glossaire donnant en regard de mots latins de la
Bible l'équivalent en roman. Ce fragment, découvert en 1863,
est connu sous le nom de Gloses de Reichenaii, il remonte à
768, première année du règne de Charlemagne. Dans son
Histoire des Francs, Nithard nous a conservé le texte des
serments prononcés en 842 par Louis-le-Germanique et par les
soldats de Charles-le-Ghauve. Le X" siècle nous a laissé la
cantilène de sainj,e Eulalie et le sermon sur Jonas, connu sous
le nom de Fragment de Valencienncs. Du XP siècle, il nous
(1) Et ut easdem homilias, quisque apcrtc transfcrre sttideat in rusticam rowfl«flw linguara ant
theotiscara, quô facilius cuncti possint intelligere quœ dicuntur.
(Concile de Tours, année 813, "« canon.)
INTRODUCTION V
reste le recueil de Lois de Guillaume-le- Conquérant, qui fut
promulgué en dialecte nornand vers 1072.
Nous transcrivons ci-après quelques phrases de ces divers
textes avec la traduction en regard.
i" Serment de Louis-le-Germanique (842)
Pro deo amur et pro Christian poblo Pour l'amour de Dieu et pour le pcu-
et nostro commun salvament, distdi en pie chrétien et notre salut commun, de
avant, in quant Deus savir et podir me ce jour en avant, en tant que Dieu me
dunat, si salvara jeo cist meon fradre donne savoir et pouvoir, je sauvegar-
Karlo et in adjudha et in cadhuna derai mon frère Charles ici présent et
cosa par mon aide et en chaque chose
2° Serment des soldats de Gharles-le-Chauve
Si Lodhuvigs sacrament que son fra- Si Louis garde le serment qu'il jura
dre Karlo jurât, conservât et Karlus à son frère Charles et que Charles mon
meos sendra de suo part non lo stanit, seigneur de son côté ne le tient pas; si
si io returnar non lint pois, ne io ne je ne puis le ramener ni moi ni nul de
neuls cui eo returnar int pois in nulla ceux que j'aurai pu ramener, ne lui
adjudha contra Loduwig nun li iver(l). serons en aide contre Louis.
3° Cantilène de sainte Eulalie (X^ siècle)
Buona pulcella fut Eulalia Bonne vierge fut Eulalie
Bel avret corps, bellezour anima, Bel avait le corps, plus belle Pâme,
Voldrent la veintre le Deo inimi Les ennemis de Dieu voulaient la vaincre
Voldrent la faire diaule servir. Ils voulaient lui faire servir le diable
Elle non eskoltel les mais consellers, Elle n'écoute pas les mauvais conseillers,
Etc. Etc.
4° Sermon sur Jonas ou fragment de Valenciennes (X« siècle)
Mult laîtatus, co dixit, porque Deus Bien joyeux, dil-il, parce que Dieu lui
cel edre li donat à sun soueir et à sun donna ce lierre à son souhait et pour
repausement li donat quant il se son repos quant ils se furent dclour-
erent convers de via sua maie et sis nés de leur mauvaise voie et repentis
penteiet de cel mal que fait habebanl.... du mal qu'ils avaient fait....
(1) Il est intéressant de rapprocher les deux premiers textes de la traduction latine pour rendre
frappante la ressemblance des deux idiomes dans la forme des mots comme dans la syntaxe :
1° Pro Dei amore et pro clirisliano poplo et nostro commun! salvamcnto, de ista die in abante,
in quantum Deus sapere et potere mî donat, si salvaro ego eccistum meum fratrem Karlum et in
adjutum ero in quaque una causa....
•2" Si Ludovicus sacramentum quod suus fraler Karlus jurât, conservât et Karlus meus senior de
suâ parte non illud teneret, si ego retornare non illum inde possum, nec ego nec nullus quem ego
relornare inde possum, in nullo adjuto contra Ludovicum non illi fuero.
(Traduction do M. Bonamy, membre de l'Acaiiémie Jo3 Inscriptions.)
VI INTRODUCTION
5° Lois de Guillaume-le-Gonquérânt (XP siècle)
Ce sunl li leis el les custumes que li Ce sont les lois et coutumes que le
reis William grentat à lut le puple de roi Guillaume accorde à tout le peuple
Engleterre... iceles meme's que li reis d'Angleterre... celles même que le roî
Eward, sun cosin, tint devant lui.... Edouard, son cousin, suivit avant lui....
La fin du XP siècle a vu composer la Chanson de Roland,
le plus beau poème épique français ; au XIP, parurent les chan-
sons de geste, les romans de la table ronde, les traductions de
la Bible (Livre des Rois, psaumes. Livre de Job), les sermons de
saint Bernard, les poèmes de Wace.
Le grand mouvement littéraire inauguré au XP siècle, déjà
si important au XIP, se continue au XIIP qui nous a légué un
grand nombre de compositions remarquables ; c'est dans cette
dernière période que furent écrites les Histoires de Villehardouin
et de Joinville, la première partie du Roman de la Rose et du
Poème du Renart, la Chanson d'Antioche, les poésies de
Piutebœuf, de Marie de France, d'Adam de la Halle, de Jehan
Bodel, etc.
Il faut remarquer que la langue romane, employée dans ces
œuvres importantes, n'a été parlée que dans une partie de la
France et se dislingue de celle que le contact de l'Italie et de
l'Espagne fît adopter par les provinces méridionales. Bien
qu'elles aient la même origine latine, les langues du nord et du
midi sont arrivées à différer de plus en plus, elles ont été distin-
guées par les noms de kmcjuc d'oil et de langue d'oc d'après le
mot qu'elles employaient pour l'affirmation.
La langue d'oil, dont le saintongeais est un dialecte, a été
parlée dans le nord et le centre de la France. La Gironde, la
Dordogne, l'Ile séparaient dans l'ouest les pays de langue d'oil
de ceux qui employaient oc pour l'affirmation et où l'on dit
encore nenni portr la négation. La Saintonge, le Bourgeais, le
Blayais et une partie du Fronsadais faisaient partie des pays
de langue d'oil et le patois saintongeais ne possède qu'un petit
nombre d'expressions qui puissent se rattachera la langue d'oc.
Dès le XIP siècle, les deux branches sont bien tranchées
INTRODUCTION VII
sans l'être autant qu'aujourd'hui. Leur différence ressortira du
rapprochement de \a Chanson provençale composée en 1199, par
le troubadour Gaucelm Faidit, sur la mort de Richard Gœur-de-
Lion, et de sa traduction en dialecte français de l'Anjou. Nous
citons le début de cette chanson et de la version française
d'après les textes reproduits par M. Leroux de Lincy, dans le
Recueil des Chants historiques. (Paris, Gossehn, 1841.)
CHANSON PROVENÇALE : VERSION FRANÇAISE :
Fortz chausa es que lot le niaior flan Greu chose es que tôt lo maior dan
El maior dol las ! qu'ieu anc mais agues El greignor dol que onques mais anguez
E so don dei totz temps plaigner ploran Et lot qanc'ondevroit plaindre en plorant
M'aven à dire en chanlan et relraire Covent oïr en chantant et relran-e
Que selh qu'era de Valor caps e paire Quan cil qu'estoit de valor chiés et paire
Lo ries valens Richartz reys dels Engleis Li rich valens Richars, reis des Englcis
Es mortz , etc. Es morz , etc.
Les troubadours composèrent leurs chansons et leurs mystères
dans la langue d'oc en môme temps que naissent en langue d'oil
les poèmes et romans cités plus haut.
« La parladura francesa val mais et plus avinenz à far romanz
> et pasturellas, mas cella de Lemosin val mais per far vers et
> causons et serventes. » {Grammaire de Raymond Vidal, XIIP
siècle.)
Mais nous voilà bien loin du parler de nos campagnes. J y
reviens en répétant que notre patois n'est pas une altération du
français, mais un parler populaire qui a conservé sa forme
ancienne et un grand nombre de locutions et de tournures pitto-
resques dont la perte est regrettable. On y retrouve les mots en
usage au moyen âge et dans les ouvrages du XV et du XVP
siècles, notamment dans ceux de Rabelais, de Palissy, d'Agrippa
d'Aubigné et des poètes de la pléiade.
La publication de ce Glossaire n'est pas destinée à faire
revivre un idiome provincial qui ne tardera pas à disparaître
devant les progrès de l'instruction primaire, cette bète noire du
bon Nodier. Elle aidera, par l'étude d'un dialecte populaire, a
la connaissance de notre langue nationale et de ses origines.
Pasquier, Ronsard, Malherbe, comme Louis Courier et Charles
VIII INTRODUCTION
Nodier et après eux les philologues contemporains, ont pensé
avec raison que les patois ne sauraient être trop étudiés.
» J'apprends mon françois à la place Maubert et Platon, poète
» s'il en fut. Platon qui n'aimait pas le peuple l'appelle
ï son maître de langues.» (Louis Courier, préface de la Traduc-
tion d'Hérodote.)
Etienne Pasquier nous dit en ses Recherches : c Faisons
» renaistre et résusciter ceux (les mots) qui ont esté du piéça
» délaissés, rappelons-les, lesquels remis en usage auront plus
» de grâce et de goust pour eslrc sortis de notre ancien estoc...»
Ménage estimait que « pour réussir en la recherche des origines
» de notre langue, il faudrait avoir une connaissance parfaite
» de la basse latinité et aussi des divers idiomes de nos provinces. »
{Origines de la Langue française, épître liminaire.)
Le prince de la pléiade lui mémo, qui a introduit dans la
langue tant de néologismes prétentieux, tant de mots à formes
latine, grecque ou italienne, par un engouement ridiculisé jus-
tement par flenri Estienne et Piabelais, Ronsard nous donne ces
excellents conseils : « Tu ne desdaigneras pas les vieux mots
> françois, d'autant que je les estime tousjours en vigueur,
» quoy qu'on die, jusques à ce qu'ils ayent fait renaistre en leur
» place, comme une vieille souche, un rcjetton...» (P. Pionsard,
Abrogé de l'Art Poétique, œuvres, t. VII, p. 355.)
Que de rejetons en usage aujourd'hui ont leur origine dans
des mots oubliés ou dédaignés, mais conservés dans notre
patois. Citons parmi les plus caractéristiques : aigaadc,
aiguière, dérivés do aiguë, eau; évier, de ève, autre forme sain-
tongeaise du mot eau ; abri, de abre, arbre ; débauche, de bauche,
retraite, réduit; cabriole, de cabri, chevreau; échantillon, de
chanteau, morceau, etc.
« Le langage du peuple, dit M. Littré, est plein d'archaïs-
» mes, de locirtions vieillies... Le peuple est le conservateur
» suprême de la langue, c'est chez lui qu'il se perd le moins de
» la tradition antique, c'est cliez lui que le travail de décompo-
» sition se fait le plus lentement sentir.» Et ailleurs: «.Vujourd'hui
» il n'est besoin que d'entendre parler sans prévention les per-
INTRODUCTION IX
» sonnes illettrées, surtout dans certaines provinces , pour
» reconnaître dans les mots, dans les locutions, dans la pronon-
» dation des particularités tout aussi légitimes et souvent bien
» plus élégantes, énergiques et conmiodes que dans l'idiome
» ofliciel... Ce serait se l'aire une idée erronée que de considé-
» rer un patois comme du français altéré... Les patois sont à
» un certain point do vue contemporains du français propre-
» ment dit, ils plongent comme lui par leurs racines dans le
» latin, d'où la langue romane dérive, et dans le comparti-
» mont provincial qui les a produits. » (Littré, Origine de la
Langue française, Revue des Deux Mondes, année 1817, passim.)
« Le patois, nous dit Charles Nodier, c'est la langue du père,
» la langue du pays, la langue de la patrie... Il a été l'intermé-
» diaire essentiel des langues autochtones et des langues classi-
» ques... Composé plus naïvement et selon l'ordre progressif des
» besoins de l'espèce, il est bien plus riche que les langues
» écrites en curieuses révélations sur la manière dont elles se
» sont formées... L'étude des patois de la langue française,
» bien plus voisins des étymologies, bien plus fidèles à l'ortho-
» graphe et à la prononciation, est une introduction nécessaire
» à la connaissance de ses radicaux... » (Charles Nodier, Notions
élémentaires de Linguistique, ch. XIII, passim.)
Ces sages opinions, recommandées par l'autorité d'écrivains si
compétents, m'ont dirigé dans la marche suivie pour ce Glossaire,
que je recommande à la bienveillance de mes compatriotes des
Gharentes.
A la nomenclature des mots usités dans la bouche de nos
paysans, j'ai cru devoir ajouter les noms d'hommes et de loca-
lités, dont je me suis efforcé d'établir l'origine et les transfor-
mations. Comme le fait remarquer Nodier, les noms propres ne
subissent en général d'autres changements que ceux que leur
impose l'esprit des langues qui se succèdent, ce sont les mots
les plus précieux parce qu'ils sont les plus inaltérés, et ils peu-
vent guider l'esprit à la recherche des radicaux primitifs. Cela
est surtout vrai des noms de locahtés, car le caractère évident
et prononcé sur lequel s'est fondée la désignation du lieu n'a
X INTRODUCTION
généralement pas subi de changement assez intense pour y
perdre sa pliysionomie primitive. L'étymologie des noms locaux
nous conduit naturellement aux radicaux primitis de chaque
pays. (Voir Ch. Nodier, Notions do Linguistique, cli. XII.)
Cette partie du Glossaire touche à la géographie ancienne et
à l'archéologie, et je me suis en général dispensé de donner
mon avis personnel sur les points controversés, me bornant à
citer avec impartialité les opinions des écrivains locaux, des géo-
graphes et des antiquaires. Le lecteur aura la liberté de décider
entre des conclusions souvent contradictoires.
L'ouvrage est complété par un index des auteurs et des ou-
vrages cités. Outre des notes bibliographiques, cet index contient
sur les œuvres anciennes et les auteurs peu connus les indica-
tions biographiques et littéraires qui ont paru présenter
quelque utilité.
GLOSSAIRE
SAINTONGEAIS
-A.
A, prép. Employé souvent
pour dt\ Ainsi on dira : 1r nore
à Robin pour la belle-iille de
Robin. On dit encore en français :
le denier à Dieu.
La fille à Jupiter, Aie la rrdoulabîe.
(Joacliini DU Bellay.)
La préposition à s'emploie éi;a-
lement pour en comme dans cet
exemple tiré d'un roman du XIP
siècle :
Lors la belle Euriant et toulte sa
route (1) se mirent à chemin.
(Roman de Gérard de devers.)
A, AIBc, pronom. Elle. L'un
ou l'autre s'emploie suivant que
le mot suivant commence par une
consonne ou une voyelle. Ainsi
on dira : n nienra les oueilles, elle
mènera les brebis; aile irat à
rêve, elle ira à l'eau.
Ainsi com s'ale fusl forscnéc.
(Tonrnnirmciit do, VXnlrdvisl. EJit.
tlo Kôinis, 1351, {ol. G3.)
[i; Vxoulc, compagnie, suite.
ABAUPIx"^, Anltépiu, s.
m. Aubépine, en latin : allia
spinn; en bourguignon : nvhêpin;
en provençal : albespin.
Ce«tcorlil fut moult très bien clos
De piedz do chesne aguz et gros
Hordez estoit d'aubes espiiies.
{Uninaii du Rcnart, vers 1-29I».)
Entrai en un Jardin, por jucr i alai
Dcsousunaw^espùiun polit m'acointai.
(RuiED'jîiF, la Vie du Monde, 1. 1, p. "23"2.)
Aubépins et autres arbrisseaux por-
tant bons fruits pour la nourriture des
oiseaux.
(I5ern.ird Palissy.)
AIt.\YER, v. n. Aboyer. De
ad et baubai'i. En grec : Baù^eiv.
Com cil ki est chef des fols ki abaicnt
vers David.
(Livre des Ilots ^ trad. du XU» siccle.)
Un chien ne doit autre chose savoir
sinon abaxjer aux étrangers, servir de
garde à la maison
(Bnnnveiit. des PÉiiiEns, Symbalum muiidi.)
Tu le fus emportant
Maugrc Vabai de Vol-Mont abaïant.
(Vauquolin de li Fresmaye,
Foresterie VI. p. 17.)
ABECHBR
ABRASER
ABÉCHER, V. a. Abecquer,
donner la becquée. En sainton-
geais, on prononce ah'cher. Le
genevois ahécher a le même
sens. L'Académie française écrit
nhccqner qui se rapi;)roche plus
du radical cellique : b'ec.
Sur ce débal quand on a le loisir
Et qu'oize.'uixonl faict assez bon devoir
On les ahesche
(Guillaume Cretiw, Poésies, p. 83.)
Le vieux français avait héchêe
pour becquée :
El ne prennent leur héchéo, sinon
qu'on leur lappe sur la queue, à la mode
des passereaulx....
(Rabelais, Pantagruel, liv. Il, ch. XIV.)
ABE5JILLE, s. f. Abeille. Du
latin apicula diminutif de npcs
par je changement du p en h qui
est fréquent :
Trouvèrent une bezanne d'abeulles, la
levèrent et en prirent tout le couppeau
et le miel de dedans....
(Texte cité par du Ganse, au mot bcsaiia.)
ABOMIi^'ER, V. a. Avoir en
horreur, — accabler d'injures.
Dérive du latin : ah et omen, pré-
sage; italien: ahhonunare; pro-
vençal : abominar. Le français a
conservé abominable, abomina-
tion.
Ta fureur perd et extermine
Finalemenl tous les menteurs;
Quant aux meurtriers et décepteurs
Celui qui terre et ciel domine
Les abomine.
(Clément Mahot, psaume V, vers 7«.)
ABOTEAU, ^l>otâ, s. m.
Petit batardeau fait pour retenir
l'eau — petit réservoir factice
pour attirer les oiseaux près du
filet de chasse. Du werho abotare,
de basse latinité.
Le Glossaire de du Gange
mentionne également les mots
Abotiun, Abotamenlum avec un
sens tout Juridique. D'après l'au-
teur, ils désignaient un privilège
du créancier sur les terres qui
l'avoisinent. Mais la citation ci-
dessous de du Gange indique le
sons de mare, pièce d'eau, analo-
gue à celui du patois saintongeais
et que l'ignorance de cet idiome
lui a fait négliger :
Quidquid habcre dicebant in ma-
resiis, pratis, terris, aquis, botis (pour
boscis), canalibus, abbolamentis
(Lettre de Gl'illai:me, évèque de
roiliers, année 1221.)
ABOÏJTER, V. n. Aboutir —
toucher par un bout. En berri-
chon : aboter. Le mot abouterest
encore usité dans la langue du
blason et s'applique aux pièces
d'armoiries qui se répondent par
les pointes.
Sezile (1) qui sur mer aboute.
(Guillnume Giiart, cité dans Lacitnie
de Sainle-Pallaye.)
ABOrTURE, s. f. Bout d'un
champ, d'un sillon. (Voir abouter.)
ABR AMIT, adj . Affamé. Aug-
mentatif du verbe bramer, crier,
gémir; du grec Bpsaw. En bre-
ton : brani, bruit ; italien : brama,
désirer ; provençal : brama, crier.
ABRASER, V. a. Détruire
par le feu, brûler, embraser.
Abrasez fu e plein de mal
De la laide fure (2) infernal.
(Chron. des Ducs de Normandie,
t. I, vers 12017=.)
(1) Sezile. Sicile.
(2) Fure, fureur.
ABRE
ABUSION
ABRE, s. m. Arbre. Dans les
dialectes picard, genevois, bour-
guignon, berrichon : ahre. En
italien : alhevo. Le saintongeais :
ahre, avec Va prononcé très
ouvert, se rapproche du vieux
français aiihre.
Lors s'est assis sous Vaubre qui verdie.
{Poème de Ronccvals^ p. lai.)
Li aiihre despoillent lor brnnohcs.
(RiTRBŒrK, li Dit du Ribaux de
Greive. 1. 1, p. 211.)
La pucclle descent sos Vahre
i:i se Irova froil comme mabre.
[Roman de Blancharrlin^ cilé par
RoyUEFORT, Gluss.)
Le mot ahi'e avait formé le
vieux substantif abrier, pressoir
en bois, qui est resté longtemps
usité :
Plus la vendange no geint
Sons Vabric)', qui de sa charge,
Criant, enroué, restreint.
(Baïf, Poésies .)
ABRfi<].\0T101i\ exclamation
de dégoût ou d'horreur. C'est le
latin : ahrenuntio, je renonce
formellement.
Dans les baptêmes de la primi-
tive église, on demandait au
néophyte : Utnini ahrenunliat
Diabolo et pompeis ejiis ? Il
devait répondre : Abreminlio.
(Voir du Gange, Glossaire, au
mot abrenuntiare.)
Aïs RËl^^ VOIR A MOr-
CUKS, locution signiliant : plaie
vive, vésicatoirc.
Si tu y avais seulement pcnsii, je
ferais de ton corps un abreuvoir à
mouches.
(Comédie des Prorerhes, a. I, se. VII,
anc. lU. fr., t. IX, p. 'i'I.)
Quand Hercule aprcs mainte touche
Lui lit un abreuvoir à mouche
De son cesle
(ScAiiuox, Virgile travesti, liv, V.)
ABRIER, V. a. Abriter,
garantir, vient comme le français
abri du vieux mot abre arbre.
Si ot d'une chape forrée
Moult bien, si cum me recors
Abrié et veslu son cors.
(G. DE Lonnis, Roman de la Rose,
vers 100'.)
Dès le soir, les assiégés sans beaucoup
de peine, abricrcnt le rouage de fascines
gouildronnées....
(Agrippn r>'AiiiiGSÉ,//M/o/r<?,liv. III,
p. 170.)
ABUSER, V. a. Tromper. Ce
verbe est français dans le sens
neutre.
Fl ainsi m'alloit amusant
Kt me souffroit tout rnccompter
Mais ce n'estoit qu'en m'abusanl.
(François Vilion.)
ABÏJSEIJR, s. m. Trompeur,
qui abuse de la bonne foi de
quelqu'un. On trouve avec le
même sens dans le Dictionnaire
de Cotgrave : abiiseux.
Je puisse mourir, Mercure, si tu es
qu'ung abuseur et fusses lu lilz de Juiù-
tcr troys fois.
(Bonavont. des PÉniEns, Cymbaltun
mundi, dial. II.)
Charlatans et abuscurs
[Des Accords, bignrruros, liv. IV.)
ABlJSIO.\, S. f. Abus, sottise,
Ironqjerio — erreur.
Fol f^sl qui se mêle d'amis
El d'enfants : c'est abusion.
[Farce des Femmes, anc. tb. fr.,
t. I, p. 1-213.)
ABZAG
ACCAGNARDER
D'en plus parler je me désiste,
Ce n'csl que luiilc abusion;
Il n'est qui contre mort résiste.
(rr.inçdis Vir.r.oN, Bail. (Jes Se'njncurs
du temps jadis., p. i5i5.)
ABS.IC;, nom (riiornme et de
localik'. Eu latin : âbhezncum,
domaine abbatial ou domaine pa-
ternel. (Le radical nb en hébreu
signifie père.) Un Gamérier de
l'abbaye de ÎMelle a porlo ce nom :
Florebant in Angeriaci monasterio
Thomas Lussaudi, prier S' Hilarii de
Mctulo et petrus de Abezaco, Camc-
rerius. . . .
iC.alUa Chrisliana, t. II, col. llOo.)
AC, terminaison d'un très
grand nombre de noms de loca-
lités du sud-ouest. Ce mot,
d'après la majeure partie des
étymologisles et notamment Bou-
rig-non, signilie en celtique : mai-
son, habitation; il est fréquem-
ment précédé d'un nom d'homme,
ce qui confirme notre interpréta-
tion. Liicanincniu, Pnulincum, etc.
se tradiuscnt naturellement par
maison de Lucanus, maison de
Paul, etc. ; ce i)remier nom de
Liicaninciim (actuellement Lugai-
ffiiRc) désignait la maison de
campagne de Lucanus, beau-pèi'e
d'Ausone, et ce poète nous l'a
conservé dans un vers où par
une licence poétique, il sé})are la
linale du nom propre :
Villa Lucani mox potieris aco.
Quelques antiquaires voient
dans ae l'article pluriel basque qui
se met à la suite du nom d'après la
règle expliquée ci-après :
Nomen quidem ipsum maneat immu-
taUmi, arliculus vero in fine posiUis
(qucm unir'à lilterà a in singulari, syllabà
vero ac in plurali )
{Ow^-i\m, Notice de l'une cl l'autre
(îauroj/iie., p. 57.)
Cette interprétation, acceptée
par l'abbé Baurein (Variétés bor-
delaises, t. I, pag. 28), semble
moins admissible que la première,
car la langue basque, malgré son
antiquité reconnue, parait avoir
été toujours cantonnée dans un
petit territoire éloigné de notre
réarion.
ACCAIîASSÉ, adj. Accablé
par la fatigue ou la maladie. En
basse latinité : accabassare signi-
fie immerger, faire faire un plon-
geon. Il désignait, au moyen âge,
le ti'aitement qu'on faisait subir à
Bordeaux aux femmes de mau-
vaise vie. (Voir du Gange au mot
accabassare.)
Si mollicr es pro ada que sia tansonosa
mal parleyra, guatgara se delz soudz
sera liguada ab una corda solz las
eysscras et sera plonguada très vetz en
l'aygua.
{Statuts de la ville de Boî-deau.r, cité
par BituEiN, Yanclcs Bord. i. III,
p.Gl.)
ACCACHEïl, Ecacher, v.
a. Peser sur, écraser — fouler
aux pieds.
Laissez ce bassinet couvert
Si nous dictes qui vous acache
Si genlement a cesle place.
{Farce des Cinq Sens, aiic. th. fr.,
t. II, p. oOo.)
Et dist ainsi que qui vouloit tuer pre-
mier la serpent, il li devoil esquacliier
le chief. . .
(JoiNviLLE, llist. de S. Lnrjs.p. 33.)
II menaroit ceux de dedans qu'il les
escac/ieroù comme grenouilles.
{Satyre Ménippcc.)
A€CA£j:%ARE>iER, s'Acca-
g;iiai*(llcr. Eainéanter — devenir
paresseux — du latin canis, chien,
ACCOINTANCE
ACCORD
et peut être du breton kaigii,
mauvais cheval, rosse.
Estant jeune comme il est et ambi-
tieux aussi bien que moy, il n'a garde
de s'accagnarder en oy si voté ni aux
plaisirs de sa cour. . . .
(Brantôme, Capitaines Elraujcrs^
Vie de Char les- Quint.)
Vous avez secouru des personnes qui
éloienl dans les rues ou accagnardées
près du feu; je vous demande l'aumône
pour des gens qui ont servi....
{Lettre de Henri IVaic Parlement
de Paris.)
A€€Oi:%TAI^CE , Acoiu-
taucc, s. f. Amitié, familiarité,
liaison — commerce charnel.
Depuis qu'il a sceu qui elle estoil, il
ne cessa jusques à tant qu'il ait eu
Vacointance d'elle.
(Martial d'Auvergne, cité par le
Ct« Jaobert.)
Car jeunes gens perdent tost contenance
Quant en lieu sont oîi n'ont point d'acoin-
[tance.
(Charles d'Orléans, Enfance et Jeunesse.)
Mais votre accueil et froide contenance
Me font douter de nouvelle accointaiice.
(Mellin de S'-Gelais, Rondeau, p. 87.)
ACCOÏSER, V. a. Apaiser,
rendre coi. Du latin quiescere.
Et prisent trives à trois jours et là
dcdcns fut la cose acoisie et apaisiée.
{Chroniq. de Rains, p. 4*2.)
Par la sale n'i a tant os (1)
Qui i face ne cri ne noise;
Li rois pai"la, Renart s'acoise.
{Roman du Renart, vers 1363 î».)
Ce mot était encore usité au
XVIP siècle :
Adoucissons, lénifions et accoisons
l'aigreur de ses esprits.
(Molière, Pourccaugnac, a. I, se. H.)
(1) Os. hardi.
Acoîsez tous les mouvements de votre
intérieur pour écouter celte parole.
(BossLEi, Evangiles', li" jour.)
ACC©MMU.\IER (s'), V. r.
Faire la communion — recevoir
l'Eucharistie.
Puis que il sunt à bataille justiez (1)
Ben sunt cunfès e asols e soigniez, (2)
Oent lur messes e sunl aciwmniez.
{Chanson de Roland, vers 38o8«.)
ACTO^UI^E», V. a. Faire
prendre à quelqu'un une mauvaise
habitude. Du latin coquina, cui-
sine, d'après Monet. Acoquiner,
dit Nicot dans son dictionnaire,
c'est « rendre quelqu'un ou (|uel-
» que beste si privée en sa hantise
» qu'elle ne veuille estre nulle
» part ailleurs. »
Les hommes sont acoquinez à leur
eslre misérable.
(Montaigne, Essais, liv. HI.)
Mon Dieu I qu'à les appas je suis
[acoquiné !
(Molière, Dépit Amoureux, a. IV, se. IV.)
AC'€'©»», s. m. Acceptation
d'un marché — réconciliation.
Le seigneur de Pernnge, lors ambassa-
deur en ce pays pour le roi Charles VIII,
en vit le pitoyable spectacle et en lit
l'accord.
(Brantôme, Dames Galantes, Jisc. I,
r. -i^.)
Il voudrait qu'un accord avantageux ou
[non
L'affranchit d'un emploi qui ternit ce
[grand nom.
(P. Corneille, Srrtorius, a. I, se. II.)
Au pluriel accords signifie
fiançailles — réunion pour signer
un contrat de mariage.
(1) .Justiez. préparés à commencer.
(2) Seigniez. bénis.
ACCOTER
ACCROUER
belles fleurs sans fruits! Accords
[sans hyménée!
(RoTRou, Aiitigone.,a.\, se. I.)
ACCOTER, V. a. Appuyer,
étayer. S'einploin surtout dans
le sens pronominal : s'accotor,
s'a|)puyer sur ([uelque chose. En
normand : acout ; en wallon : ascot,
signilient appui.
Le vilein ont moult redoté
Lez la paroi sont acolé.
(Roman du Ueiiart, vers IS^IS».)
Maintes foiz avint que en esté, il aloit
seoir au bois de Vincenncs après la
messe et se acostolt a un chesne.
(Joisviii.E, Uint. de Suliil-Loys .)
Car heurtant une porte ou pensant
\m' accoter
Ainsy qu'elle obeyt, je vins à culbuter.
(Matli. Regmer, sntyre X.)
ACC'OtJlILEli, V. a. Accou-
pler, assembler par paire. (Voir
couhlcr.)
Ainsi les présentoyt à Panurge, puys
les acoubla de mode que le poulce dextrc
touchoyt le gausche.
(Rabelais, l'aiitagrucl, liv. II, ch. XIX.)
ACCOUESS, V. a. Attacher
par la queue. Pour conduire les
chevaux à la foire, on les accoiie,
c'est-à-dire qu'on attache la tête
de l'un à la queue de celui qui
doit le précéder. Provençal :
acoatar; italien ; accodare.
Nous n'avons pas faict marché, en
nous mariant, de nous tenir continuelle-
ment accouez l'un l'aultre
(MoniAiGNE, Essais, liv. III, ch. IX.)
ACCOtJSII^'ER, V. a. Traiter
quelqu'un de cousin. Se conduire
avec lui comme avec un parent,
un allié. (Voir Glossaire de
Roquefort.)
Rome fonda ses frères Romulus
Le sénat accousina
Et ton confort requist et demanda.
(Eustache Deschamps.)
ACCOUTUMAH'CE, s. f,
Coutume, habitude.
Il ne s'en pooit pas tenir
Qu'il ne lui portast révérence
Par la force d'accoustiimance.
[Roman de la Rose, vers 2628».)
Mais les hommes se jectant inconti-
nent en des accoutumances, en des
opinions, en des loys, se changent ou
se desguisent facilement.
(Montaigne, Essais, liv. I, ch. XXV.)
Au XVIP siècle , ce joli mot
était déjà vieux et remplacé par
coutume, d'après les remarques
de Vaugelas. Il fut cependant
employé par Boileau, dans sa
traduction de Longin, par Lafon-
laine et Larochefoucauld.
U accoutumance ainsi nous rend tout
[familier.
(Lafostai.ne, Fables, liv. IV, fab, .X.)
La jeunesse change ses goûts par l'ar-
deur du sang et la vieillesse conserve
les siens par Vaccoutnmance.
(LABOCHErOlCACLD, J/fl.l'/WM .)
ACCMEIKE, V. a. Accroire,
croire légèrement. En sainton-
geais, il est usité principalement
précédé du verbe faire. Berri-
chon : accreire; wallon : acreure;
provençal : acreive.
Quant H fu demandez
Fist al seignur acreire
Que senz cuer esteit nez.
(Théodore le martyr, cité par Littré.)
AC'CKOUEIS, V. n. Accrou-
pir. (Voir aijrouer.) Ce mot est
la traduction du latin ad curvare.
ACCUEILLIR
ACQUETER
El nous mena en tapinoys et silence,
droicl à la cayge en laquelle il cstoit
acci'oué.
(Rabelais, Pantagruel, liv. V, cU. A'III.)
ACCUEILUK, V. a. Gager
un domestique , le prendre à
gag'es. Des mots latins ad et
colUgere.
A Aubigné s'accueillent trente gentils
hommes ou capitaines.
(AgrippnD'AuBiGNÉ, Histoire, t. U,
p. 449.)
Il est inhibé et deffcndu à toutes per-
sonnes indilTéremment quelconques de
louer ou accuillir aucuns vallelz et
chambrières au jour et l'esté Saint Jehan
prochaine et aux valietz et chambrières
d'eux accuillir a peine de cent livres
d'amende.
(Ordonn. du 21 juin 1G23, relative
à la ville de Bourges.)
ACCUIiEK, Éculcr, v. a.
Se dit en parlant des souliers dont
le quartier est abattu.
Tousjours se vautroyl dans les fanges,
se mascaroyt le nez, se chauffouroyt le
visaige, acculoyt ses souliers.
(Rabelais, Gargantua.XuA^ ch. X.)
AC'EKTAIl^EK, v. a. Ren-
seigner d'ime manière certaine —
prouver — affirmer.
Paroles sont nécessères por accrlener
Seinte Yglise.
[Livres de Jn.ttice et de IHet,
p. 183, § 25.)
Nous vous envolons haslivement ce
chevaucheur de nostre escurie pour
vous acertener de par nous, par ces
présentes, des choses dessus dictes.
[Les Demandes du Roi Charles M,
Ed. 1833, p. 111.)
El vous mêmes m'en avez acertené
plus de cent fois.
(P, Larivey, Comédie des Escnlliers, act. UI,
se, II, auc. th. fr. VI, 15U.)
Il n'est pas acerlainé qu'ils aient rien
fait de mal pour ce qu'il arriva entre
deifx.
[Les quinze Joyes du Mariage,
15« Joye, p. 147.)
AC'BïAIiEIB, V. a. Causer de
la chaleur. Du latin : ad calorem.
En vieux français : chaline est
synonime de chaleur. (Voir Ro-
quefort, Glossaire de la Langue
romane, sup.)
A€IIAItI9, nom d'homme.
Du vieux nom germanique Ach-
hart, courageux sur mer, (Scott,
noms de baptême.)
ACIÏÉE, Achct, s. m. Petit
ver de terre, Lombric. Dérivé
d'après M, Jônain du grec :
Aaxapiç.
Mais tu vis par les sillons verds
De petits fourmis et de vers
Ou d'une mouche ou d'une achée.
(RoKsAnn, l'Alouette, poés. chois.
p. 222.)
At'OUTEK, v. a. Écouter.
Latin : auscultare; Italien : ascol-
tare. La science a conservé les
mots acoustique et ausculter.
« Ce n'est que parmi la])opulace,
» dit le dictionnaire de Trévoux,
» {{u'on dit acouter; tons les hon-
» notes gens disent écouler. »
Nul ne savereit acouter
Ne les miracles anumbrer
Que Deus i fait.
(V'(> de saint Thomas de Catitorbéry,
vers 1291».)
Acoutez, messieurs, acoutez un peu,
je vous dirai un conte.
(Boralde da Verville, Moyen de Parvenir.)
ACQUarrEK, AqucUcr. v.
a. Acquérir^ gagner. Du lalin ad
quivrere.
ACRKTE
ADRESSER
Despendu ay jà maint denier
Depuis que n'aquestay un blanc.
[Le Chevalier qui dniine sa femme au
Dyabte. t. III, p. 438.)
Car pour vous il faut que je l'acqueste.
(Oclnvicii de S^O't-Gelais.)
ACISÈTÉ, ad. Arrogant, qui
redrese la crête.
Vrayinent, tu es bien acresté à ce
malin.
(Rabelais, Gargantua, liv. I. chap. XXV.)
ABEUIIiliK, adj. En deud.
Du lalin : dolore.
Par vos sui si adolés,
El si malement menés
Que je n'en cuit vis alcr,
Suer, douce amie !
{Aucassiii et ISicolelle, ch. VII.)
AMOUÎîAGE, s. m. Assai-
soniieineiil. (Voir Adouber.)
A»OUS3KR, V. a. Remetli-e
un membre démis — raccommo-
der (espagnol : adohar) — alïïi-
bler, revêtir — assaisonner un
ragoût. En basse latinité adohare,
et en italien nddohhare, signifient
orner. En vieux français adouber
a eu le sens d'instruire au métier
des armes et d'adopter comme
fils ou frère d'armes. (Voir radou-
ber.)
Adouber veuil l'enfant Gircrl, mon fil.
(Roman de Gariii le Loheraiii.)
En français moderne adouber
n'est plus usité qu'au trictrac et
dans l'argot maritime. On trouve
les autres sens àa saintongeais
dans les textes du XVP siècle :
Il print une bonne corde ei en lya et
adouba son casier.
{Cent Nnuvelles- I^nuvclles du roy
Louis .\7, "3" luiuïclle.)
Et à son mary vint, lequel il adouba
de son habit et l'envoya devers sa
femme.
{Ibid, 'S" nouvelle,)
Les uns adoubants les courroies de
leurs fléaux...
(Noël Dc Fail, Propos rustiques.
chap. V, p. 31.)
A3îî5ttJISF.ÏJÎ6, s. m. Rebou-
teur, celui qui remet un membre
démis. Espagnol : Adobador, ac-
coucheur. (V. Oudin, Tesoro de
las dos Lenguas espanola y fran-
cesa.)
Les suyssesl'alloientveoirmenans avec
eux leurs chirurgiens et adoubeurs.
(Guill. Bou;het, Sérécs, t. V, p. 83.)
ADOÏIÉ, ad. Qui vit maritale-
ment avec une femme sans être
marié. Corruption des vieux ver-
bes : adeser, adesier, adoiscr,
joindre, s'attacher. En lalin :
adesse alicui, être avec quelqu'un,
(Virgile.)
AS51ÎESSF>MF>I^'T, s. in. Ré-
paration — redressement.
La verge, li ccptres de Ion règne,
à que tu bas e chasties ccls que tu
eimes, est verge d'adrecement.)
[Commentaires sur le Psautier^ psaume il».)
ABÎKKSSEB5, v. a. Rendre
droit, redresser. Du lalin : ad
rectum.
Nous octroions le pardon à tous ceux
qui confès mourront por cest forfait
adrecier.
(ViLLEiivr.DoLiN, Coiiquctc de Constaiiliiioplc.)
Puis te voilant à toute bride
Ton corps adresserait au cours.
Et le piquant seroit ton guide
Par la carrière des amours.
(RoNSABD, oie XXXIV", poés. ch.,
P.13S.)
AFFAIRE
AFFETE
AFFAîKK (être «le luan-
vaîsc). Locution indiquant une
vilaine humeur, des (lisi)ositions
habilusUement mauvaises.
Uns huem i fud lores ki estcit ds
mull maleit afaire, Siba, Le fiz Hoci —
.Tccedil quoque ut ibi esset vir Belial,
nomiue Seba, lilius Bochri.
{i' Livre des lioifi. ch.ip. XX,
verset 1, p. 197.)
Et de tnanvais ajfaire
Seroit celui qui te vouldiuit meffaire.
(Clément Marot, Enfer, t. I, p. 56.)
AFFAITF-K, V. a. Former le
faite d'un toit — achever de
couvrir une maison, une meule
de foin — linir quelque chose. En
Vendée, nffniter son palier signi-
fie : marier sa dernière lille.
Et se aucuns se fet mestres d'afetier
ma chose et no sache chose fère
{Li Livres ie Jnsliee et de IHel,
p. A'-iX. l 0.)
Li cyprien avoient ce pont rompu et
li bnron firent toute jor labourer l'ost
et le pont afaitier toute la nuit. (1)
(ViLLEHARDouiN, Conquêtc de Coiistunlinnple.)
AFFAïiEïî, V. a. Tirer en
bas, abaisser. Ce mot, encore
en usage dans le langage des
marins, nous a probablement été
apporlé par les pirates normands
du XIP siècle. 11 dérive de af,
suffixe, correspondant au de latin
et de Imlen, tirer, attirer, qui se
trouve dans la plupart des lan-
gues Scandinaves et notamment
dans l'islandais et lô danois. En
hollandais : afhalen a conservé
le sens de notre argot maritime.
AFFF.]VA<f.iE, s. m. Action
de préparer la nourri tui'e des
(\) Et les Larons firent toute In joiiriK'c tra-
vailler l'armée et achever le pont toute la nuit.
animaux, de garnir leur ràtelior
de fourrages. Du latin feniini, foin.
Du Gange (Glossarhiin inliunv et
niediœ latinitatis) définit aiïena-
giiini: « Merces operarii débita, »
récompense due au travailleur.
Ce mot devait également s'appli-
quer aux soins donnés à la nourri-
ture des bœufs, car aiïenalor a
évidemment le sens de valet-
bouvier dans la citation du même
auteur, tirée de Vllistoire du
Dauphinê, on nous trouvons les
mots : afjricolœ aiïona fores et
nnhnalla ïenentes.
AFFE:xf/S5, v. a. Garnir de
foin les râteliers (voir affenaf/e),
et par extension, nourrir abon-
damment.
Quand j'ay bien à poiiift dc^jeuné et
mon sLom.ich est bien à jioinct affené et
agrené, encores pour un besoiny et un
cas de nécessité nie passerays-je de
dipner.
(Rabelais, Vautagruel, liv.lll, ch. XV.)
AFFERMF8?, v. a. Affirmer,
assurer.
Et Ovide niTme afferme
Par sentence et prouve et ferme.
(RamuH de la Ihise.)
Et pour l'adieu de ma lettre t'afferme
nue nonobstant que notre amitié l'erine...
(Clcmont Mauot, t'pilre, p. 181.)
AF 5^"S':T i^ , A ralté , adj .
Affecté, maniéré, fat.
Les plus affetez et délicats se parfu-
moieiit tout le corps bien trois ou quatre
l'ois jjar iour.
(MoNiAir.NE, Essais, cil. LXIX.)
Je laisse aux douccureux ce langage
[affalé.
(BoiLEAU, satyre VllI.)
AFFIER
10
AFFRONTEUR
AFFIER, V. a. Planter,
semer, grelïer sur son terrain
arbre ou tleur pour en avoir
l'espèce. (P. Jônain.j
Vrayement, dist Panlagruel, quand je
seray en mon inesnaige (co sera, s'il
plaist à Dieu, bien toùsl) j'en affieray
et enteray en mon iardin de Touraine.
(Rabelais, l'antayriiel, liv. IV, ch. LIV.)
AFFIEK, V. a. Donner sa foi.
aftirmer.
Saheladins li respondi
Hues, vous le me af/ierez
Sur vosli'e foi que revenrez.
[Ordène de ciievalcrie.)
A chascun sa partie
Dit Bertrand du Guesclin : Prévost, je
[vous afl'ie
Jà n'en arons deniers en jours de notre
[vie.
(Chron. de Bertrand du Guesclin.)
Je vous affie
Et certifie
Que quelque jour
J'ai bonne envie....
(LAFOMAiîiE, Jeannol et Colin.)
AFFIjIfiîÉ, atlj. Infirme, ma-
lade. En wallon : afiligi signifie
bossu.
Affligé de longue hydropisie
(MoNTAioriE, Essais, liv. II, ch. XXVI.)
AFFOIiEK, V. a. Faire enra-
ger, rendre Ibu.
Qui navro autrui ou affole, il doit
rendre ses damages.
{Cmilume du. Beauvoisis, ch. XXX.)
AFFOXDREK, v. n. Enfon-
cer dans l'eau — s'effondrer,
s'écrouler — du latin ad fiindum.
Moult vcïssirz harnas floter
Homes noïer et afondrer.
(Wace, Bornait de Rou.)
AFFORCER, Airorcier, V.
a. Violer, prendre par force.
Omecide, traïlor, murtrier, aforceur
de femes....
{Li Livres de Jostice et de plel,
p. 104, § 1.)
Femme efforcier, si est quant aucuns
prent à force carnele compaignie à
femme.
(Beai'uanoiii, Coutume du Beauvois'.s, p. 412.)
AFFOURAGER, v. a. Gar-
nir de fourrag-es la crèche des
animau.\".
Cela avient quand désordenement on
les affourage, ce trop leur ostant l'appétit.
(Olivier de Serres, Theat .d'Agriculture.)
AFFRA^VCIIIR, v. a. Châ-
trer les mâles. Ce mot se trouve
dans le Glossaire de la Langue
romane, de Roquefort, ainsi que
les suivants : affranchissement,
castration; afiranchisseur, hom-
me qui a pour état de châtrer les
animaux.
AFFRO^k'TER, v. a. Trom-
per, abuser — outrager.
Tu sçays bien que partout un chacun faict
[son conte
Qu'ils nous ont affrontez, ce qui est
[grande honte.
(Pierre Tuoterel, a. V, se. I, anc. th.
fr., t. Vin, p. im.)
Courons donc le chercher, ce pendard
[qui m'affronte.
(MoLiÈRB, Sgatiarelle, se. XVII.)
AFFRO:VTErR, s. m. Di-
seur d'injures, faiseur d'affronts
— impudent, trompeur. — Du
latin : adfronteni (s. ent. tanrjere).
Auquel le président le Maistre res-
pondil que la Cour n'estoit pas affron-
teuse et que tant s'en falloit que la
Cour eust usé en cela d'affront.
(P. DE l'Étoile, Mémoires, t. VI, p. -41.)
AFFUIK
11
AGARDER
Et ainsi l'ayant reçu comme affron-
teur, offrit à lui prouver qu'Aubigné
avait été tué à la charge de Savignac.
(Agr. d'Aubigné, Mémoires, p. 21.)
AFFUIB, V. n. Se sauver,
fuir, s'enfuir.
Ni nul n'osoit y demeurer, ainsi
éloient tous les gens du plal pays ajf'uis
à Paris ou à Orléans.
(J. FnoissàiiT, Chrojiiques.)
AF1f£-TÉ, adj. Affilé, bien
coupant. On disait dans le même
sens au moyen âge : nfaitâ.
Ke il porte coutiel ameure ne broke
quel qu'ele soit afaitie pour mal faire....
{Ban des Echev'nia de Douai, 1!2C2,
cité par RoytEFoni.)
AFFÛTÉ, adj. Qui a le goût
de fût; se dit du vin auquel la
barrique a donné un goût de bois.
Et aussi comme ung homme qui boit
du vin affusté pour cause du fust
en quoy il est...
(Quinze Joyes du Mariage, ch. XIV,
p. Ii3.)
AFFUTK, adj. Placé à l'affût
pour la chasse.
Ici l'arquebusier, de derrière un bois vert
Affûté, vise droit contre un chûiie couvert
De bisels passagers....
(Du Bartas, la Semaine., '= chant.)
AFFIJTIÂ, Afrtitiaii, s. m.
Brimborion — chiffon — orne-
ment de toilette.
En vieux français : aiïutiaii,
bagatelle, chose de peu de consé-
(pience. (Voir Roquefort, Glos-
saire de la Langue romane.)
Je ne saurois trouver dans tous vos
[alfâliaux.
(Halieroche, Crispiuy a. U, se. U.)
.VffwA, Affarcz, impératif :
regarde, regardez. Syncope du
vieux verbe agarder. (Voir ce
mot.)
Hé ! quel honneur le voyant par la place
Tout couvert d'or, ouïr la populace
Dire en arrière : aga, voilà celuy
Duquel la France a reçu tant d'ennuy.
(Vauqueliu de la Fiia5>aye, l-v. IV.)
Agaré, Monsieu le baron, in sol
avise ben ine bute.
(Ag. d'Ai BiGNÉ, Baron de Fœneste,
liv.ll, ch. IX.)
AïiACEK, V. '^. Produire sur
les dents une sensation désa-
gréable provenant de la saveur
aigre ou acide. Le mot agacer est
français au sens ligure, dérivé
évidemment du sens propre plus
ancien.
De la noix vont rungeant l'escorce
Mais ne sevcnt qu'il a dedenz,
Péchiez lor aace les denz.
(Gautier de Coiusi, Sainte Leocade,
vers 218».)
Avoil-il mangé prunes aigres sans
peler? avoil-il les dens esgiiassées"?
(UAni-LAis, Pantagruel, prologue du
IV» livre.)
Avoyent un proverbe commun, que
leurs pères avoyent mangé du v<*rl-jus
et que les dens dos ealans en csloyent
agacées.
(Calvin, Institution chrétienne.)
Au moyen âge, on a appelé
agacins les cors et durillons qui
viennent aux pieds.
AGAllDiOlS, Argartlcr, v.
a. Regarder.
— Aganle:, mon monsieur quand il
éloit petit, il chéut du haut d'une échelle
et se rompit le —
(Honaveiiture des PÉuiBns, ConlâS et
Nouvelles,)
AGE
12
AGOUTS
AfiîE (iF), locution pour àg-c',
vieux. Ainsi on dira : ol est in
homme d'iKje.
Laissez faire à George; il est homme
Wàge; j'en leray ainsi'comme
Si c'estoit pour muy — ....
(Jacques Giiévin, Comédie des Esùahis,
aiic. th. fr., t. IV, p. 30j.)
Cette nymplie estoit d'ârje et ses clieveux
[mesléz
Floltoient au gré du vent, sur son dos
[avalez.
(RÉGxiEn, Discours au Roy.)
ACîKASSâ:, Affa.sisp, s. f.
Pie. En toulousain : agnsso; en
italien.: gazzn. Ce mot est d'ori-
gine tudesque ou celtique. Pie se
dit, en bas breton : agaez; en
tudesque : agnza; en Jjas alle-
mand : aglnster; en hollandais :
aakster.
Uarjace eut peur; mais l'aigle, ayant fort
[bien dîné,
La rassure et lui dit
(Lafoniaime, liv. Xn, fab. XI.)
Dans le diclionnaire de Roque-
fort, on trouve les formes agace,
agache, agasse, ajasse, avec la
même signification de. pie.
On a a[)pelé agacies, agacines,
des moines dont l'habit était noir
et blanc. Il en fut (piestion au
concile de Lyon de 1273 :
Plusieur orJenenient par le conseil
des frères prêcheurs et des frères me-
neurs si corne li frères agachies et li
frères aux sacs....
(Chronique de France.,c\ié par du Ca.nok,
au mot fralres pyes.)
Au moyen àgai, le nom de la
pie était un nom de famille. Il fut
porté par un français dont le
souvenir exécrable n'est i)as
perdu, Gobin Agace, qui four-
nit à 1 armée du roi anglais,
Edouard III (24 août 1346), le
moyen de traverser la Somme et
d'échapper à la poursuite du roi
de France et à une destruction
complète.
Là eut un vai'let, qu'on clamoit Gobin
Agace, qui s'avança de parler, car il
cognissoit le passage de la blanke take
mieulx que nulz aultres Si disl au
Roy : Oil, en nom Dieu, je vous promelz,
sus l'abandon de ma lieste, que je vous
menrai bien à tel pas où vous passerez
la rivière de Somme et vostre host, sans
péril
(J. Froissirt, ChroH., liv. I, § 268,
t. m, p. 159.)
Deux jours après (26 août 1346),
les Anglais, établis dans une forte
position, entre Crécy et ^^'adi-
court, résistèrent à la bravoure
désordonnée de l'armée de Phi-
lippe de Valois, qui fut mise en
déroute et presque entièrement
détruite. Cent ans après, les
Anglais occupaient encore une
grande partie de la Franco.
ACiîîiAX*?. Aillant, s. m.
Gland, fruit du chêne. (Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
AftIiAXOEK, V. a. Nourrir
avec des glands. En basse lati-
nité : inglandare.
Sed et porci qui nnnuè in casalibus
inglandati fuerint capila ceatuni, exindè
occidentur.
(.VNASTàsirs, lu S" Iladriano P. P. apud
Muralori, cité par dl" Cange.)
A«0:^'ÏSEH, V. a. Accabler
d'injures. Dans la basse latinité,
agonizare a eu le sens de com-
battre (decerlare) et d'attaquer
(invadere, impetcre.) (Voir Du
Cange, au mot agonizare.)
A«Ol,'TS, nom de localité.
Du vieux français : agaou, agoual,
AGRAINS
13
AGUETTER
canal, fontaine, abreuvoir (latin :
aqualis) ou du bas lalin : ajothmn,
ajonc.
ACKAI^VS, s. m. Menus
grains, grains de rebut — ce qui
sert à agrener. (Voir ce mot.)
AGRAFER, Acraper, v.
a. Prendre, saisir avec force, avi-
dement. En toulousain : arrapa,
empoigner; en basse latinité :
arrapare, enlever, arracher, des
mots latins ad et rapere.
Bertrand agrapa la picque....
(Texte cité par du Casge, au mot
arrapare.)
Et si aucune gens viennent à ois
por ois à soscorre, si plongent ensemble
ois, ceos k'il payent aggrappeir.
(Sermon de saint Behnard, pour le
jour de l'Avent, p. 521.)
Justice pugnit petit cas
Petites gens prent à ses las;
Mais quant il vient une fort mouche
A la toile, cil fait le louche
Oui la déust prendre et happer
Et si lait la toile acraper.
(Eustache Deschamps, Poésies.)
Au XYII® siècle, agripper était
encore en usage : elle agrippe
tout ce qu'elle voit, (Richelet,
Dictionnaire, édit. de 1680.)
ACRÉXER, V. a. Donner des
grains aux volailles et par exten-
sion : nourrir.
Quand mon stomach est bien à poinct
affené et agrené...
(Rabelais, Pantagruel., liv. UI, ch. XV.)
ACiRIFFER, V. a. Griffer,
égratigner — saisir avec les
griffes. En basse latinité : agri-
fare, ainsi défini par du Gange :
ungiies protenderc.
Mais si peu qu'il avoil. ils l'ont esca-
moté et agriffé avec leurs argots de
chappon....
{Comédie des Proverbes, a. III. se. IV,
anc. th. fr., t. IX, p. "G.)
AGROUER (s'), v. reH.
S'accroupir; se dit de la poule
qui se baisse pour couvrir ses
poussins (P. Jônain); synonime
d'accrouer. (Voir ce mot.)
Peut-être agrouer est-il une
contraction de agrouper, encore
en usage au XYIP siècle pour
grouper, mettre en groupe.
Les contrastes savants des membres
[agroupés
Grands, nobles, étendus et bien deve-
[loppés.
(MoLiÈnE, la Gloire du Yal-dc-Grâce.)
AGUEIIiliE, s. f. Aiguille à
coudre — timon de charette. Du
latin, aeicula, épingle de tête, di-
minutif d'acws, aiguille. En picard :
agouille, en provençal : agullia.
Lors trais une aguille d'argent
D'un aguiUer mignot et gent.
(Guill. DE LoRnis, Romaii de la Rose,
vers 91»)
Divinez combien y a de poincts d'a-
gueille en la chemise de ma mère?
(Rabelais, Gargantua, liv. I, cb. XII.)
AGUETTER, v. a. Guetter
— être aux aguets. Mot d'origine
hybride formé de la préposition
latine ad et du mot tudesque
walita, guet.
Pour ce que la mère étoit
Auprès de là, ce me semble,
Laquelle nous aguetloit.
(Joachin dc Bellay, Chanson.)
L'académie n'admet que le plu-
riel afjuels ; le singulier agut't
aurait mérité d'être conservé.
3
AGl'ILLON
n
AIGNA
Ouaiul Vaguet d'un pirale arrêta leur
[voyage.
(MiLHERBE.)
Au XII* siècle on a écrit cm'ei't.
(Voir les Lois do Guillaume-lo-
Conqiwrant, § 1.) PIhs lard, agait.
Murdres si est quant aucuns tue ou
fel tuer autrui en agait apeusé. (1)
(BEArMANoin. Coulumes de Beauvoisis,
t. II, p. -il-i.)
AGniiljOX, S. m. Aiguillon.
Le latin iKjolum est employé par
Festus ])Our désigner le long
bâton pointu des conducteurs de
bestiaux et des pâtres romains.
I,i bedel Iraioienl le char
Robert le n;iin et grant Kschnr
Les poingnoil loz d'un aguillon.
(Bataille des Sept Arls, ndd.
àllutebœuf, t. II,p. 41'J.)
ACr'ISKR, V. a. Aiguiser.
Du' latin inusité aculare, employé
par Végèce avec le môme sens
que acuere.
Or un foudre sur lui s'aguise
D'un feu lortu par l'air volant.
(Jacques Tahureii, Ode au Boy, p. 10.)
A1II ! interjcc. Cri poussé
pour faire marcher en avant les
animaux de trait.
Cil l'esgarde, puis li escrie
llu! hu ! le leu ! ahie ! ahie!
{Poème de Renaud de Muatauban,
vers \i\.i«.)
Ail! liASI Alà, interjec.
Hélas ! exclamation de douleur.
Ha ïas\ Dolent, tant ai mesfet
Ne garl l'eurc tetre m'engloute
//a /as! tant fu ma langue gloulc.
(RiTEBEiK, Comment Tliéophilun
vint à pénitence.)
(l) At/ait apen-ié, aguet préiiid'dité, préparé.
Devenu eu français guet-apena.
AlUFR, V. n. Aider, secou-
rir. La prononciation saintongeai-
se en trois syllabes était encore
usitée au XVII° siècle. Ménage,
dans ses Remarques, conseille de
prononcer ce mot en deux sylla-
bes.
D'une part m'oingt, d'autre me cuist
Ainsy m'aïde, ainsy me nuist.
(Jean de Meunc, Roman de la Rose.)
Et cil de Constanlinople leur venoient
aider en barges et en nés.
(ViLi.EiiARDoim, Conquête de Constanlinople,
chap. XH.)
ABIIER (s'en). V. réfl. Se
servir de quelque chose.
Uns fèvres fist une cuignée
Dure et tranr'hant et bien forgiée
Mais ne s'en pooit pas aidier.
(Marie de France, fab. XXIII',
t. II, p. 137.)
AICîIVA, Is»â, s. m. Agneau-
Du latin agnus, agneUus. Ce mot
a eu beaucoup de formes dans
l'ancienne langue française, ce
({ui tient à la déclinaison que les
noms ont conservée jusqu'à la lin
du XIII° siècle, à l'imitation du
latin. Le passage suivant suffira
pour faire comprendre la diversité
de formes dont les poètes ont
usé autrefois pour désigner les
mêmes mots :
Ce dit dou lou et dou aignel
Qui beveienl à un rossei
Li [oK à la source beveit
Kt li agneaus avaul esleit
Iréement parla li luz
Li agnaz li ad respundi
Li ugnelez a dune respond.
(.Marie lie France, fab. II, dou LeU
et de iAinijniel.)
Les formes agneaus, agnez,
agnclez, répondent aux sujets
agnus, agnellus; aignel, aingniel,
AIGREFEUILLE
AIGUË
aux régimes nr/inini, Qcjnollnm;
lox, luz, au sujet lupus; leii,
au régime lupuni.
AICiRFFFXMIiliF, nom de
localité et de famille. En sainton-
goois, aigre est synonime de
cassant et s'applique au loin sec,
à la bruyère. En vieux français,
aigrcfouille désigne le houx ,
iigvifolium. Ce nom latin du houx
s'est appliqué à la localité, sans
doute en raison de l'abondance
de cet arbuste. Le nom à' Aigre-
feuille a été porté au moyen âge
par un prieur d'Esnandos : « Guil-
»lelmus III de Agri'olio , prier
» S. Johannis dcEsnendà...» (Voir
Gnllia Chrislimia, t. II, col. 1 104.)
AlfiKFTTF, s. f. Chéne-
votte et probablement plusieurs
fruits de saveur aigre.
Après Yaigret trouve on la doulce
[meure.
(Chorles d'Orléins, Rondeau.)
En vieux français, aigrin,
aigriin, herbe aigre ou amère,
d'après le Glossaire de Roquefort.
Italien : agrume.
AIGni'i^SKR ('s'), v. r. Se
rebiffer, se regimber, se mettre
en colère — prendre un ton aigre.
Envieux français : aigroier, aigrir
l'esprit, aiguillonner. (Roquefort,
Glossaire do la Langue romane.)
AICUAIL, F«all, s. m.
Rosée. Ce mot, dérivé du vieux
français aiguë, eau, parait avoir
été employé jjour la première fois
par le poitevin J. du Fouilloux :
Vesgall lavoil ses piedz tous les
linatins.
(Jacques Di: FoiRioiJi, AduU'siciuf.)
Comme le fait remarquer
Ch. Nodier : « L'orthographe
» esgail est très mauvaise parce
» (pi'elle ne rappelle aucunement
» l'étymologie qui est le patois
» aiguë. » (Nodier, Critique des
Dictionnaires.) Racan lui avait
laissé sa vraie forme :
Ma fille à (juolle lin
Voulez-vous aujourd'hui vous lever .«si
(uiaUn,
Le soleil n'a pas bu Vaignail de la
[prairie.
(R*CA>-, Bcrycrii's, Silùue.)
AlCil'AlL.l.FK, ï^^sailler,
V. n. Mouiller de rosi-e. La
phrase : ul aignille dans tieu pré
veut dire (jue la rosée ne permet
pas d'y i)asser sans s'y mouiller,
que cliaque brin d'herbe a sa
goutte de rosée.
Le cri de retraite des Chouans
de la Vendée : aigaillez-vous ! a.
un sens analogue et qui fait
image. A ce commandement,
cha([ue insurgé devait se placer
derrière un buisson ou une loulTe
de genêts. Dans celte dernière
signilication, ce mot a été employé
par d'Aubigné :
Les soigneurs volontaires qui clier-
chcnt à donner le ruiip de pislnl<'l; tout
cela au pays de Canipajjnc peut s'csgayer
devant l'armée
(A. u'AïuicsB, Lettres, t. I, p. 1G8.)
AlOUr. Eau. De aqua. Ce
mot se dit concurreuuneiit avec :
l've, {[ui a une origine celliciuc.
No vcis lu
Tu m'as ei cette aUjue lourbléc,
N'en puis boire m'a saolée...
(Mario de I'haucf., fablo doit Leil et
de IWiiujuiet.)
... .\voicnt plus cher à jousler eu
Vaiguc tpie sus tt:rrc
(Fniii»!tiiiT, C.hrnn., liv. I, § 2G"J,
l. m, p. 101.)
AILLAND
16
AIREI1
Le vieux mot nlgiio a Inissd
dans la laiiijuo tVanraise les deux
dérivés ni(/iin(h', provision d'eau
douce, et niguirro, pot à eau. A
Saintes existait autrefois \({ porto
ai(juirro, parla uqunria, dont une
rue a longtemps rajîpelé le sou-
venir.
AIIiTi.V^'D, s. m. Gland; ne
s'cmj)loio qu'au sing(dior. Corrup-
tion du latin ad rjhindom.
AIL.Iii:F, s. f. Tranche de
pain fi'otlé d'ail. En vieux fran-
çais : aillie.
Se i! te plaist, la teste aie trencliie
Ou je' soie arse et en carbon bruïe.
De toute Franoe, se toi plaist, essilie;
N'en quiei' avoir vaillissant une aillie.
(Bataille d'Aliscans, vers 2918".)
Le vieux mot aillie a été aussi
employé comme adjectif : sauce
aillie^ sauce à l'ail.
Ma pucelle va tuer
Deux chapons por déporter
A la sauce aillie.
(Colin McsET, chanson du XHI" siècle,
Recueil de Chants hi.st. p. '2"23.)
AIA'-Xt, adj. Aîné. La pro-
nonciation saintongeaise est con-
forme à l'étymologie de ce mot
dérivé du latin antù-natus, devenu
en vieux français : ainz né, du
mot ainz, avant. Le mot ainz-né
s'écrivait en deux mots ou en un
seul et était opposé à mains-né,
devenu en français pniiné.
Li amsne's de ces filsota non JofTrois...
Li mainsnés ot a non Guillaume.
(llintoire des DucH^le Normandie, p. 113.)
Le vilenages vient à enfans em-
porte autant li mains nés comme li
ains nés.
(Beaimanoir, Coutumes du Deauvoisis,
1. 1, p. 22G.)
AIIVSI (par). Locution pour :
ainsi, c'est pourquoi, par consé-
quent.
Par ainsi donc, en terre et sur la mer
Ton noble ca-ur le pin doibt estimer.
(Clément Miiioi, Epiyramme, t. III,
p. 10.)
AIRE, s. f. Bassin carré d'un
marais salant, ayant 18 pieds de
côté, d'après M. Jùnain. Ce mot
se trouve avec cette signilicalion
dans une traduction de la Bible
du XII" siècle : Les aires des
salines, « areas salinearum. »
(Macchabées, liv. I, ch. IL)
Les autres sens du mot aire :
surface unie pour battre le blé,
place vide, nid de l'aigle, etc.,
sont restés français. Le mot est
très ancien dans les deux pre-
mières de ces significations.
Fist l'Kmpereres cl paleiz faire
Dancz à siège envirun Vaire.
(VVace, Roman de Rou, vers 8275».)
En latin, area avait le sens
général de place vide (Horace,
Epitres, liv. I, ép. X), et le sens
particulier d'aire à battre les
grains. (Virgile, Georg. liv. I,
vers 178^)
AIRÉE, s. f. Une pleine aire,
ce que l'aire peut contenir de
gerbes.
Or oa je n'ay metz qu'une ayrie
De i^out ce que j'avois à batre.
(Moralité de Charité, anc. th. fr.,
t. III, p. 388.)
AIRER, V. a. Aérer, donner
de l'air.
Ayres ces dras de paour de vers.
(PALscnAVE, Eclaircissement de la
Lang. franc., p. 419.)
AI Px VAUX
17
AITRE
AIRVAUX, nom de localité.
En latin : fiiiroa vnllis, riche
vallée. 11 y existait une abbaye
d'Augustins (jui dépendait du
diocèse de Saintes :
Ad eumflem quoqiie scripsit Ermen-
çraudus, clusensis abbas pro aiirea-valle
diocesis santoncnsis cellà.
(Gallia Clirisliana, t. n.)
AISCÉE, S. f. Houe, instru-
ment d'agriculture. En latin :
ascja, houe à manche court,
herminette; du radical sanscrit
aksli, pénétrer.
Les dictionnaires de Borel et
de Nicot ont les mots : aisccnr,
aiscetlc, dans le sens de bêche.
En languedoc : aissade, aissadoii :
Ccste ci est la façon d'Avignon où
l'on jardine avec la poincte de la grande
cl large aissade.
(Olirier de Sebre*, Théâlre d'Agri-
culture, liv. VI, ch. m.)
Sur beaucoup de tombeaux
gallo-romains on a trouvé la
formule fiuh ascin dediealiim, qui
a donné lieu à diverses interpré-
tations. Les uns y voient la mar-
(pie d'une modeste sépulture
qu'un seul ouvrier a pu achever,
d'autres un appel au resjjcct dû
aux tombeaux ipie Yaiscco doit
respecter. (Voir du Gange, au
mot asciafa). Il semble i)lus natu-
rel de voir dans Vasria sopnlrralis
une forme dissimulée do la croix,
symbole persécuté et compromet-
tant dans les premiers siècles. Un
passage de saint Justin, rappelé
j)ar l'abbé de Tersan et |)ar Ghau-
druc de Grazanncs, conlii-me celte
interprétation. Ge docteur de
l'Eglise, parlant de la croix, dit
qu'elle se retrouve dans un grand
nombre d'objets naturels ou arti-
ficiels parmi lesquels l'a^TW, bêche
ou hache, est clairement in<li-
quée :
... Fossorcs opus non faciùnl, nec
manuarii pariler arlillccs, nisi adhibilis
hane liguram proferentibus inslrumenlis.
(Saiwli Justini pro Chrislianix apo-
logia, Tersion latiue.)
Un antiquaire, M. de Rilling, a
présenté en 18G4 un mémoire à
l'Académie des Inscriptions, où il
mentionne l'existence en Alsace
de tombes celtiques portant la
liguration d'une hache. Il conclut
que la dédicace siib asciti n'est
que la généralisation d'une cou-
tume antérieure à la naissance du
christianisme dans les Gaules.
ATSER Cs'), verbe réfléchi. —
Se donner de l'aise, se mettre à
son aise — se tirer d'affaire.
... Son avis cstoit que chacun s.'aisast
au mieux qu'il pourroil celle nuict et
que le malin à l'aube on assaillisi le
Hoy
(Ph. DE CnaiNEs, ilcmnirex, Iït. I,
t. I, p. tt.)
AISI\ES, Ejmlncsî, s. f.
Aises, commodités — servitudes
rurales. En basse latinili; : avsiiia.
Du Gange donne a ce mot la
signillcalion de meubles, mais le
texte suivant prouve (ju'il tlési-
gnait les bâtiments et terrains
entourant une maison rurah^ et
servant à l'exploitation :
.... Extra monasierium verô in prio-
ralibus, sivc corum grangiis .seu
aysinis
(Cit. nniii ISIi r.r nrrhiris S. Vir-
ions iliissilirn.'ii.s. )
Dans le bordelais, le mot aisinos
est resté usité dans le même sens.
AlTIilO. .%ytr6, noms do
localités. Même étymologio ({uc
AITRES
18
AJAUX
aîti'es (voir ce mot), dérivé de
atrium, parvis. La commune de
ce nom, près La Rochelle, possède
une église fortifiée qui fut assié-
gée par les troupes de Louis XIII,
en 1621.
AITRES, Êtres, s. m.
Appartements, disposition inté-
rieure d'une maison. Du bas latin
astrum, foyer (du Gange), ou du
latin atrium (grec: àlOpiov), nom
donné à la pièce de la maison
romaine qui suivait le vestibule;
c'était le lieu de réunion de la
famille, le parloir.
Le dictionnaire de Trévoux
applique le nom cVaitre à la paitie
de l'église qu'on appelle aujour-
d'hui le parvis. La Chanson de
Roland l'emploie dans ce sens :
Truverunt nus e mors e détrenchiez
Levcrunt nus en bières sur sumiers
. Si nus plurrons de doel e de pitié
Enfuerunt nus en ailres de musliers.
(Chanson de Roland, vers l'i'^.)
Connaître les êtres d'une mai-
son, c'est être familier. Cette
expression s'applique , dit du
Gange, « eo qui cubicula, caminos
» et omnia penetralia rectè novit,
» seu , ut vulgô dicimus : les
» estres. » (Voir Glossaire, verho
astrum.)
Renart qui savoit tous les estres
Regarde par unes fenestres.
(Roman du Renart, vers 13i2<'.)
AIX, nom de la petite île située
à l'embouchure de la Charente,
et qui, dans une charte de 1078,
citée par Besly (Histoire des Ducs
d'Aquitaine, p. ^77), est désignée
par le mot aias, nom d'origine
saxonne :
Eia Insula a Saxonico Ease; indè
nomina locorum qui aquis sunt vicini
plerum que in eia desinunt apud Anglos.
(Du Gange, Glossaire, Verbo eia.)
La localité : Mons Aquilinus,
désignée dans la charte de fonda-
tion de l'abbaye des Dames de
Saintes, me paraît désigner l'île
d'Aix qui était autrefois réunie au
Continent :
Insuper dedimus... cum decimâ lotius
terrœ Marcnniœ a monte aquilino
usque ad chapusium sicut illa omnis
terra clauditur ex duobus maris lateri-
bus, canali videlicet seudrâ etbroadgio...
(Ch.fund. abb. S. Mariœ apud Saiitones,
anno 10i7. Gall.Christ.,l. II, instr. I,
col. 479.)
Une opinion plus générale voit
dans Mons Aquilinus une localité
de nom de Montaiglin, située près
Sainte-Gemme, et qui, du reste,
ne figure pas sur la carte de
Gassini.
D'après Dulaure [Description
des Provinces), un titre de 1430
prouve que l'île d'Aix était encore
à cette date réunie au conti-
nent (1), ce que confirme Amos
Barbot :
Montmelian qui esloit entre Chaste-
laillon et l'isle d'Aix à laquelle cité
et à la dite isle on pouvoit aller à terre
et à pied sec, de basse mer, en passant
sur quelques pierres, selon que rappor-
tent les anciens ouïs au susdit procès-
verbal et avoir veu gens qui de leur
temps y avaient passé....
(Amos Barbot, Histoire de la RocheUe,
p. 26.)
Outre l'étymologie saxonne pré-
citée, on a donné à Aix celle de
arx, citadelle, et aqua, eau.
AJAL'X, nom de localité,
(1) Remarquons que la constitution géologi-
que d'Aix (craie dure et grès vert) est la même
que celle de la colline qui s'étend entre Roche-
fort et Fouras.
ALAIN
19
ALLANT
située près de Champagne, arron-
dissement de Marennes. En latin :
ajothum, correspondant au vieux
français ajous, genêt, qui est
devenu ajonc. Il est lait mention
des ajaux dans ime charte du
XII® siècle : carta de decinià terrœ
novœ de Ajothis, relative à la
dime due par cette contrée à
l'abbaye de Saintes.
AliAIX, Allain, nom d'hom-
me, d'origine germanique; en
latin : alanus, nom d'un peuple
de la Germanie. Ce nom est très
répandu en basse Bretagne qui,
au V® siècle, fut envahie par
Aëtius, dont l'armée comptait
parmi ses alliés la nation barbare
des Alains. Beaucoup de ces
étrangers restèrent en Bretagne.
L'auteur du livre : De Santo-
num regione^ édité en 1593, est
Nicolas yl77a/;2, qui habita Saintes
et d'après Dulaure {Description
des Provinces), le logis d'Usson.
Il était originaire de l'Agenais.
AliAIVClUÉ , adj . Bavard ,
doué d'une langue trop active.
AliE, s. f. Aile. C'est le latin :
àla.
Cil croisa moult de peuple et s'en
allèrent à deus aies : li première aie
arriva à Aire.
(Chronique de Rains, p. 89.)
Si vous souffrez qu'un oysoau de
[basse aelle
Au nid de l'aigle aille- à force loger.
(Jean Marot.)
Depuis que décret z eurent aies
(Rabelais, Pantagruel, liv.IV, ch. LU.)
ALËIHER, V. n. Respirer
avec peine, souftler avec force —
suffoquer.
Cnm cil qui d'amertor alainc
Od aime de diables pleine.
(Chrnniqiir des Durs de Normandie,
t. I, vers 14355".)
AlilAT, adj. Compacte. Du
vieux verbe français : alliécr,
allier, aligêcr, lier, joindre, unir,
en latin : alligarc, d'oîi alliage.
AlilE, s. f. Fruit de l'alisier,
qui s'appelle en vieux français :
alier.
Au milieu de ce prael, si ot un alier
qui fu grans et nierveilleus et bien
chargiez d'alics meures.
{Roman des Sept Sages, édition Leroux
de Lincy, p. 22.)
AlilSE, S. f. Galette au beurre
non levée et par conséquent fort
compacte. Même origine (juo alial.
(Voir ce inot.)
L'adjectif a7/s, alise, compact,
serré, se trouve dans le vieux
français. (Voir Roquefort, G7os-
saire de la Langue romane.)
Il y a autres terres qui sont si alises
ou si peu poureuses quepour ces causes
ceux qui en besongnent sont contraints
d'y mettre du sable...
(Bernard Palissy, Discours admirnl>les,
p. 369.)
AliliAIRE, nom d'homme.
Altération de la forme ludesque :
adalher, dérivé du germani(iue
adal, noble.
AliliA^'T, Allante , adj .
Bon marcheur, dégourdi. Se dit
surtout d'un vieillard ([ui est
resté actif.
me
veu
C'estoit un grand allant, dist Ansel-
c, et me semble l'avoir autres fois
(Noël nu Far, Propos rustiques, ch. IV.
p. 48.)
ALLARD
20
AMALADIR
C'étoit une grande et grosse créature,
fort allante, couleur de soupe au lait.
(Saixt-Sihéom, Mémoires.)
AliliARO, nom d'homme. Dé-
rivé du g'ôrmaniqiie Adalhard ,
devenu Alard,Allavd par contrac-
tion. Le nom latin Adahrdus a
désii^rné deux saints, l'un français
l'autre llamand. Le radical du
mot germain est adal, noble. (Voir
Lor. Larchey, Diclionnaivo des
Aoms.)
Ce nom était usité au XIP
siècle.
Li messages le conte Baudoin furent
Coènes de Belhume el Alars Maqueriaus.
(Vii.iEHAnDoriN, Conquête de
Constaiitiiinple, § it.)
AIjIiAS, nom de localité.
Forme saintongeaise de Alleu.
(.Voir ce mot.) Nous avons dans
la contrée les lieux dits : Allas-
Champagne, Allas-Bocage, etc.
AliliAUME , Alléaumc ,
noms d'hommes. Du germanique
Adalhem (radical : adal, noble),
(}ui est devenu adelehn, puis alelm.
(Voir Lor. Larchey, Dictionnaire
des noms.)
Au moyen âge c'était un pré-
nom répandu :
Tost ot trouvé frère Guillaume
Frère Robert et frère Aliaume.
Frère Giefroi
Frère Lambert, frère Lanfroi.
(RoTEBŒUF, dil du Pharisiaii, t. I, p. 206.)
AliliE, pronom. Elle. Ce mot
s'écrit a devant une consonne.
Aussi com s'ale fusl forsenée.
{Tournoiemriit'Ale l'Antéchrist, édit.
de Reims, 1851, p. 63.)
AliliEIVET, nom d'homme.
Diminutif d'Allain. (Voir ce mot.)
AliliEU (1), les AlleuiK,
noms de localités. Le mot alleu
est d'origine germanique ou
Scandinave ; en basse latinité :
allodium, en tudesque : alod, en
suédois : all-odal, désignaient une
terre possédée en toute propriété
par un homme libre, un domaine
patrimonial.
AlililS, passé défini irrégu-
lier du verbe aller. Tallis, tu allis,
il allit, pour j'allai, tu allas il alla.
Madame, hier malin me partis de
Lyon, et m'en alis à la héronière où
est le roy
(Lettres de Louis XII, t. II, p. 189.)
Je m'en allis dans un bois à l'ombrette
Oîi me couchis dessus la fraische
[herbette.
(Gratian Dipont, Controverses des sexes.)
AliliOlVIS (j'). Forme usitée
du pluriel employé pour le singu-
lier : i'allons, je venons, déjà
condamnés au XVP siècle :
Pensez vous, o courtisans, qui lour-
dement barbarizans toujours, yallion,
je venion, dites
(II. EsTiE>KE, Langage franc, italiaaizé,
t. I, p. 12.)
AliliOUEIC, v. a. Prendre
un domestique à louage, gager.
Estoit-il point votre aloué 9
Voire ; car s'il s'estoit joué
A le tenir sans alouer.
(Farce de maistre Pierre Pathelin.)
Nus du meslier devant dit ne puet
alouer valet qui œuvre entour home
du meslier devant ce qu'il ait parfait
son service entièrement.
(Est. BoiLEAu, Livre des Métiers, p. 169 .)
AIVIAIiADIR , Eiumala-
dir, V. n. Devenir malade, et
dans le sens actif : rendre malade.
AMASSER
21
AMONT
Puis amaladid le flz à celc ved-ve... si
murut.
Post hœc œgrotavit filius mulieris
matris, etc..
{3""' Livre des Rois, ch. XVII,
verset 17, p. 312.)
L'ombrage du noyer emmaladissant
et hommes et bestes s'y retraians
dessous...
(Olivier de Serres, Théâtre d'ayricuUure,
p. 695.)
AMASSER, V. a. Ramasser.
Un petit fagot de bois qu'il m'avoient
fait amasser.
(Noël DU Fail, Propos rustiques.)
AlVIBIiARD, nom d'homme.
Dérivé du vieux nom germanique
anialhar (laborieux, éprouvé),
abrégé en amblard dès 933, ou
dérivé du vieux verbe anibler,
enlever, dérober. (Voir Lor. Lar-
chey. Dictionnaire des Noms.)
AjflBIiET, s. m. Ce mot, qui
se prononce anihiet, désigne l'an-
neau de peau mégissée qui passe
dans le joug des bœufs et sou-
tient le timon. Par extension, il
s'applique a un gâteau en cou-
ronne ayant la même forme et la
môme couleur que Vamhlct de la
charrue.
En basse latinité : amhlacium :
Et ipsi dent aratrum, unum jugum
cum amblacio et conjunclis
{Adalardus,iii statutis monasterii Corheiciisis,
cité par du CiiscE, au mot : Juijum.)
AMEMEK, V. a". Produire, ac-
coucher en parlant des animaux.
Au XVP siècle, le mot amener
se trouve dans le sens de mener,
conduire.
Et me semble qu'il n'en faudra point
amener de grandes preuves.
[Laiioue, p. Ii7, cité par LiiinÉ.)
AMEXUSER, V. a. Mettre en
menus morceaux. Diminuer peu
à pen.
Ains s'cfforrent û'amenuisier
Mes biens, quant ge les lor départ,
Et les regiètent d'autre part.
(Jehan de Meing, Roman de la Rose,
vers 10298».)
Ensi s'en alloit li oz (1) forment en
amenuissant chacun jor.
(ViLLEHAnooiiiN, Couquête de Conslaii-
linople, § 101.)
Et son ennui veillant que toujours
[elle pleure
Amenuise son cors....
(VADyiELiN, Foresterie Mil, p. 26.)
AlIEli'lt AI, Amarrai, futur
irrég. du verbe amener, pour
amènerai.
Là une ànesse trouverez
Liée, vous la deslierez
Et là, m'amon'er maintenant.
(La Passion de N.-S. Jcsus-Clirisl.)
Ou Hendri ou Rainfroi en amcnrai o
[uii (2).
(Brrte ans (/rans pics, ch. LXXI.)
AI?Il<ii.\^OTER, V. a. Cares-
ser, tlatter, mignarder. Ge mot se
trouve avec ce sens dans le dic-
tionnaire de Trévoux.
On dit dans le patois du Borry
amignarder, qui a été usité au
XVP siècle.
Flale le et Vamiçinardc et lui donne
à manger son saoul.
(BoccACE, Deeameron, traii. d'Auloino le Maçom,
3° journée, nouvelle I.)
AMO^"£r,adv. En haut, c'est le^
\ai\nadmontem, opposé à aval, ad
vallem. Ce mot désigne encore
(1) Oz, armée, devenu plus tard ost,
(2) 0, avec.
ANCIEN
n
ANGLIERS
aujourd'hui, on françai;?, le côté
du cours d'eau qui se trouve le
plus près de la source.
In poi plus amonl, Perrcs, toi ron-
plainsis nient avoir veut l'anrme d'un
nioranl (1).
{Dial. de S. Grcgnirr. XUI' siècle,
liv. IV, ch. YUl.)
Je voys jouer mon penonnaigc
if usl montons amont ccsie échelle.
(Nicolds DE I.A Chbsnave, Compdam-
nalioii de Bancquet.)
A\C'1KX, Ancienne, adj.
âgé, âgée.
Or avoil moull de temps le chevalier
[vesqui.
Si esloit anciens, mais il ol avec li,
Une jonc mouillicr de qui un lilzyssi.
(Roman de Brun de la ilontanne, manus-
crit n° 'ÎUSa do la Bibl. nal.)
Femme je suis, povrelte et ancienne
Qui rien ne say, oncques lettres ne
|leuz,
Au mousticr voy dont je suis parois-
[siennc.
Paradis peint oîi sont harpes et luz.
(Fr. Villon. Prière à la Vierye.)
AXt'IEXXETÉ (d'), locution
adverbiale. Autrefois, au temps
jadis, depuis longtemps.
Gentil sire et gentil roi, véez nous cy
six, qui avons esté d'ancienneté bour-
geois de Calais.
(J. Fboissabt, Dineours d'Enstaehe de
Sl-l'ierre au Roy Edouard III.)
])' ancienneté, les pays n'étoient dis-
tincts par lieues, milliaires ni stades...
(Rabelais, l'antagruel.)
.l.\DOl'ARII,nomd'homme.
YovxnQ Lorrame d'Edouard.
Le roy on lui ol j^idoivard.
(Guerre de Metz, st. til, p. 1.36.)
(1) Paolô Hupr.rius, Pctre, qufnstus es moricn-
tb cujusdain aainiam te non vidi^sc.
A]\ DRIEU, Audricnx,
noms d'homme. Forme gasconne
du prénom André, dérivé du grec
.\vY)p, AvSpoç, homme.
Kl fubnptizics (l)levenredicnsiewanl,
à l'heure de haute nonc ens es saincts
fonds de l'église Saint-Aïub'ieu, en le
cité de Bourdiaus.
(J. Froissaiit, Chroniques, § oG'), t. VII, p. 1.)
AîVClIiAIS, S. m. Créancier.
Avec ce sens le mot anglais fait
plutôt partie de l'argot con-
temporain que d'un patois quel-
conque. Il est indicpié ici à cause
de son origine ancienne malgré
sa modernité apparente :
Et aujourd'huy je fais solliciter
Tous mes anglais pour mes debtes
(parfaire
Et le paiement entier leur satisfaire.
(Guillaume Crétin.)
Un bien petit de près me venez pren-
[dre
Pour vous payer; et si debvez enlen-
[dre
Que je n'euz onc angloys de voslre
[taille;
Car à tous coups vous criez : baille,
[baille.
((".Icment Marot, Rondeau à un Créancier,
t. II, p. i-28.)
Il y a des Anglais en cette rue là,
je ne veux pas y aller, j'y dois de l'ar-
gent à quelqu'un.
(OcDiN, Curiosités françaises, p. 13.)
Anglois, ou English man : also a cre-
ditor
(CoTcnATE, Dictionnaire.)
A:Vf>:iilER§, nom de localité
donné en souvenir de la domina-
tion anglaise, dans l'Aunis : vilhi
do anglis, ou de sa position :
villa de an gui if;.
(I) C(;l enfant, baptisé en l'égiisc-cathédralc
de Bordeaux, était le fils du prince Noir. Il
devint roi d'Angleterre sous le nom de Uichard 11.
ANGOISSE
33
ANTENNE
A^'OOI^SK, An;;olsscnx,
adj. Désolé, peiné, plein d'an-
goisses.
Or est vray qu'après plaigtz et pleurs
Et angoisseiix gémissements.
(Fr. Villon.)
Plu tôt que me laisser languir plus
longtemps en ces aïKjoisseuscs misères.
(Satyre Méiiippcc.)
Nous sommes aflligés mais nous ne
sommes pas angoissés.
(BossiET, Lettres.)
A:VCîOrLÈMK, nom do ville,
désigné au moyen âge par le latin
Engolismn, cpii s'est écrit anté-
rieurement Ecolisma et Iculisinn.
Au IV° siècle, Ausone la dési-
gne par ce dernier nom dans sa
XVIIP épître, où il l'appelle :
Devium et sohiin lociim.
Les anciens itinéraires no font
aucune mention de cotte ville (|uc
la Notilia provinciûvum (jalliœ,
rédigée à la lin du IV" siècle,
appelle : civitns Ecolisniensiuin.
C'était alors une ville de troisième
ordre de l'Acjuitaine seconde.
Grégoire de Tours nous apprend
que Théodebert, lils du roi Ghil-
debert, tué dans un combat, y
fut enseveli : «Ad Ecolismensem
civilatem scpullum. (Voir Gallia
Christiana, t. II, col. 975.)
Dans un autre passage, le saint
bistorien emploie le mot Engo-
lisma en mentionnant le passage
de Glovis dans cette ville : « Glo-
» vous vcro, dit-il, cunctos lliesau-
» ros Alarici à Tbolosà auferens,
y> Engolisniaiii vcnit. »
AIVGOriilIVN, nom de com-
mune. Dérivant comme Anr/lis et
Angliers, flu latin : auguhnn.
AXGnEA.\K
nom (1 un
cours d'eau aflluent do la Cha-
rente (rive gaucho.) Du latin :
augirinemn, en forme de serpent.
AXCiL'ILLI-:, s. f. ,ltni d'en-
fant (pii so joue avec un mou-
choir roulé en forme d'anguillo.
On appelait en latin : anguilJa, le
fouet de peau d'anguille dont le
maitro d'école so servait à Home
pour corriger les écoliers, i Pline,
Histoire mit., liv. IX, cii. XXXIX.)
AMIKR, s. m. Celui (pii con-
duit un àne.
Un ànier son sceptre à la main
Menait on empereur romain
Dcu.\ coursiers à longues oreilles.
(Lakontaise, Fable.)
A l'époque où Nodier |iublia la
Crilitfue des Dictionnaires, le
mot ànicr n'était jjas admis jiar
l'Académie ((ui avait donné asile
au mot anerie, avec ce singulier
exemple : Ce livre est plein
d'àneries.
A.\IWAr, s. m. AninVil. Go
singulier en an au lieu de al est
très usité dans l'idiome sainlon-
geais (jui dit : un clievaii, ui\
marée Juin, etc.
Prenez bien tant de loysir de vouloir
bien écouter la cause d'ung povro
animau que je suis.
(Boiinvent. dea rp.RiEns, Cyinbalum
mundi, dial. 3.)
A.\T.%:%, S. m. L'année qui
précèile, do an te aninini.
Mais oïl sont les neiges d'aiilan-^
C'esloit le jilus grand soucy (ju'eusl
Villon, le poète parisien.
(nAiiniAi^, Vnntaijruel. liv. lY, di. \\.)
AATKWF, nom d'un cours
ANTEZANT
U
API
d'eau, afiliient do la Charente,
au-de^^us de Merpins. Du latin :
iiiiti' nnincin.
A\TI-:ZA\T, nom de localité
près d'Anlnay. Désig-né au moyen
âge par le latin : antisanis.
AMIT, .Ineiit, Anc<, adv.
aujourd'hui. 1^'origine de celte
expression saintong'eaise paraît
remonter au berceau de la race
franque. Les Germains comptaient
jiar nuits, non jjar jours.
N'ec dicrum numcnim, lU nos, sed
noclium computant, sir conslituunt, sic
condicunt : nox duccrc dieni videlur.
(Tacite, Germania, cap. XI.)
Nous retrouvons une des Ibr-
mes du mot saintongeais dans un
des plus anciens monuments de
la langue romane.
..;... Car nos non son certan
Si la mort nos prnra o ennui o deman. (1)
(Poème Vaudois de la noble leiczon,
XI» eiùcle.)
Il a été en usage aux diverses
époques de la langue.
Anuyt ne cessay de courir
Por venir a vous sans arrcsl.
(Mystère du Siège d'Orléans, \era 473'.)
Kl me mena voir la royne sa sœur oii
je demeurai jusques bien tard; annuyst
suis allii devers elle et elle m'a tenu fort
bons proupous.
(Lettres de Marguerite de Valois à
François I". octobre 1525.)
On trouve dans le même sens,
au moyen âge : finqueimil.
Mes cil qui erl vis anquenuit
Ne sel s'il sera vis demain.
(La liib'.e au Seit/nnr de Berf/r, vers 1 4«,
fabl. et contes, t. II, p. 3'Jtj.)
(i) Car nous ne sommes pas certain — si la
mort nous prendra aujourd'hui ou demain.
Ménage voit dans le mot anuit
une corruj)tion de on hu}, comme
on dirait en latin : in ho die. (Voir
(Ji'i(/ino de hi Langue française,
p. 48.)
A^'UITFR (s'), V. réfl. Se
retarder — se laisser surprendre
par la nuit.
Parmi un bois covinl passer
Dedenz le bois li anuita
Une logete illuec trova...
(Marie de France. fab.IX, t. II, p. 00.)
Avoient mandé que il venis-
scnt à la serre lorskc il seroit anwî'iic
(Vii.LEiiAnDoinN, Conq. de Cnnst. §620.)
Au XVIP siècle, le mot était
déjà passé de modo. (Voir Riche-
let, Dictionnaire, éd. de 1680.)
APAKt,ER, V. n. Parler,
s'entretenir.
Kaparla pas od lui li du.x
Sachiez pur tel lui pesa plus.
(Chrnnif/ue des Durs de Normandie,
t. I, vers 77tii".)
APERCEVAH'CF, s. f. Ac-
tion d'apercevoir, de remarquer,
de reconnaitre.
Tant est fort la décevancc
Que trop est grand Vapercevance.
(.loan DE Meung, Roman de la Rose.)
Tant il y d'incertitude partout! tant
nostre appercevance est grossière,
obscure et obtuse.
(Montaigne, K.-'sais. liv. III, ch.XI.)
API, s. m. Nom donné à une
petite pomme douce, à peau lisse
et tachée de rouge vif. On écrivait
autrefois apic.
Charles Nodier (Critique des
Dictionnaires), inditpie pour ce
mot l'étyinologio Att'/.oo'î , sans
amertume.
APPARIKR
APRKS
APPARIER, V. n. Mettre
par paire — rendre i)areil — com-
parer,
Cecy se pourroit apparier à ce qu'on
vist dernièrement d'un prince des
nostres
(Mo:<TAiGXE, Essais, liv. I, ch. II.)
Apparier deux chevaux. (Ri-
chelet, éd. de 1680, de son dict.)
On dit aussi dans le même
sens : appariouner.
APPÉTITS, s. m. Tiges
vertes d'échalottes coupées en
petits fragments pour donner à
la salade et à certains autres mets
un goût relevé.
C'est des feuilles qu'on lire la princi-
pale commodité des échalottes. Les
mangeons crues en salades et cuites en
plusieurs viandes où elles sient très bien,
dont elles portent aussi le nom
û'appétits.
(Olivier de Seiiues, Thcàl. d'Ayric.
p. 515.)
APPIAU, S. m. Appeau,
instrument servant à attirer les
oiseaux par l'imitation de leur ci"i.
Il signiliait autrefois appel, au
proj)re comme au tiguré, ou plutôt
c'était le mêms mot : apiau, apiaus
étaient les formes dti sujet, appel
la forme du régime :
La force d'appel est que toutes choses
doivent remaintlre en l'cstat en quoi eles
estoienl quant li apiauz fu fez.
(TiNCRènE, Li Onlinaires, cité ilnns le
Gloss. du Livrc_de Joslicc-, p. 365.)
Il coneust de la cause Pierre el Etienne,
apiau oté, Pierre par achoison de l'in-
dulgence, apela. L'en demande se l'en
doit obJir à son apel....,
(Li Litres' de Jostiee cl de l'icl,
p. 13, !5 I.)
Appeel from a judge — appeau.
(Pii.scRAVE, Edaircisscment de la
Lany. française, p. l'Ji, col. 2.)
APPIIiKR, Appilofcr, V.
a. Mt'jlre en las, fuinifr nue pile,
un pilât. (Voir ce inot.i
Considère un peu les fumiers des
laboureurs el lu verras qu'ils les mellenl
hors de leurs eslables, lantosl en lieu
haut tanlost en lieu bas, sans aucune
considcralion, mais qu'il soit appih\ il
leur sufiil...
{Bernanl Palissy, Uecepte làitable, p. 27.)
APPOINTER. V. a. Aigui-
ser en iiointo, rondre pointu.
Latin : appunctare.
Il est allé chez le niareschal soy faire
esguiser et appoincter les gryphos...
(IIabelais, Vanlagruel , liv. IV,
c!i. XLVU.)
APPRÊTER, (s'V, V. rell.
S'habiller.
En me disant : lu dors trop longuement
Esveille-toy el aprestes briefinent.
{('.h. d'Ouléams, Pucsies.)
APPROPRlF.i:, V. a. lîen-
dre proj)!'!.', nulloyci'.
Mêliez ordre à loul, déprchez-vons de
les laver (vos vêtements) de les appro-
prier.
(I"k.nei.i)>-, Ti'lémaqiif, lir. XXI.)
APR8:», }»rép. Le long de,
comme dans celte phrase : luonter
après un arbre, à lapoiirsulle de,
comme -dans celle-ci : npi'i-s qucl-
qu'un; dans ce dernier sens, il se
met souvent à la lin de la phrase
sous la forme advi-rhiaK*.
Jamais je ne vis un Id homme
Il ne fauldroil faii-e, en somme
Aultre chose qu'uslre aprîs vous.
{Farce Xouvettc, onc. ih. Cr., i. I, p. IT'.i.)
Pensez à celle ingralilnde, que Dieu
vous nyanl toujours couru après pour
vous sauver
{Sailli Fraiifois de Sales.)
ARAGXE
26
ARCIIAL
L'exprosbion so mettre nprès
qufhjuo chose signilîo s'occui)cr
aotiveinent do quelque chose.
J'ay conchid que la ]>ublication de ce
gentil chel-d'ci'uvre estoil licite et per-
mise et me suis mis après pour l'ini-
prinier.
(Lettre il'Rstieiino Boiet, servaiU d'épî-
Ire liiniiiairo à VEiifer, de Clément
Mauut, t. I, p. 17.)
ARAG.\K, s. f. Araignée. Du
la lin : nrunca
AKAlC;.\i:K dnus le pla-
fond. Expression d'argot mo-
derne qui, comme beaucoup
d'autres nouveautés, remonte très
loin. Elle correspond exactement
à la locution latine : uiuscr in
cerehro :
..... Quem Ilali muscam in cerehro
nominabant eo quod plerumque quasi
démens viderctur
(Te\to de 1167, cite par du Gange.)
L'expression analogue de mus-
ca ni cervello se trouve, d'après
le même du Gange, à la page 5,
des Actes du pape Innocent III.)
AKA.V, nom de localité. En
vieux fraïK.-ais : bélier, contraction
du latin urictem.
ARA.VTKLE, Irantele, s. f.
Toile d'araij^née. Du latin : ara-
neu; tvla. Ménage, ch. GXXXIV,
de ses Observât ions sur la Lan-
gue française, le dérive des mots
analogues : aranei lineœ. Le
patois du Ilainaut a arnitoile;
le \\'allon : an;nci'el, où le mot
cret, d'origine gcrmani([ue et
signiliant pli, est substitué au
mot teJe ou toile.
Je ne seus jamais cstre à lemps que j
les niandres ou arantcUes ne fussent
lombées!
(Jacques DU FouiLLoux, Vénerie.)
De peur que les hyraigncs n'i bâtissent
leurs hyranlelles.
(Brantôme, I)a7nrs (jalanles, dise. IV,
V. 1-28.)
AKAIVTF.I.FR, v. n. Enle-
ver 1er toiles d'araignées. (Voir
arantèle.)
ARAIVTEIiOIR, v. m. Tète
de loup, long balais destiné à
abattre et enlever les arantèles.
(Voir ce mot.)
ARAi;, Arèrc, s. m. Char-
rue. Du latin: arare, labourer;
ou du celtique : arar, charrue;
en gallois : arad.
Quand les suppliantes laissaient leur
areau.
(Texte cité par du Gange, au mot arar.)
Une seule beste suffit, tirant gaiement
le soc ou la terre, avec une sorte
dat'aire
(Olivier de SEimEs, Agriculture, p. 117.)
ARRRECOIIR, nom de lo-
calité, situé dans les environs de
Sablonceaux, tirant son nom d'un
arbre de forme particulière :
Landa de arbore curvata, lisons-
nous dans la charte d'Othon.
(Gallia CJiristiana, t. II, instru-
menta.)
ARCB'^S, nom de localité. Du
latin : arx (au pluriel, arces),
citadelle. Le vieux français arce
avait, d'après lioqucfort, le mémo
sens.
ARCIIAl., Archau, s. m.
Laiton, cuivre jaune. Encore
ARCHAMBAUD
ARDILLLRES
usité dans la locution : /// iTnr-
chnl. En normand : nrkaï. Ce
mot dérive pcnt-èlro du grec :
dpEixalxoç, airain du montagne.
Hyram refist vaisselle demeintebaillie,
poz e chanes e pichers; et funnl luit de
archal.
{Livre des Rois, traJ. du XH» sit:cle.)
Quiconques veut estrc batèrcs A'ar-
chal[\.] à Paris, estre le puel
(Estienne Boileau, Livre des Métiers,
p. 55.)
... Et percer les coslcs, les liant avec
fil de leton ou d'arcltau.
{Ambroise Paré, ch. IV.)
ARCHAlflBAlI», n. d'hom-
me. Du vieux nom germanique
arcambald {nrcain, sincère, hald,
hardi) , d'après Lor. Larchey ,
Dictionnaire des noms. Un évo-
que de Londres, en 093, j)ortait
ce nom et a été canonisé.
ARCIIIAC, nom de iocahté.
Arclii dérive de arx, citadelle,
ou de archièi'B, lucarne, en vieux
français. Bourignon (Anliquilés
de Saintes, p. 53) dérive arcliiac
du celtique ara, terre lahourée.
Pour ce nom et pour les autres
de même terminaison, voir l'ex-
plication donnée de celte linale,
au mot ac.
ARCIIIA'GEAY , nom de
conunune. Dérivé, d'après Bouri-
gnon, de Ar, nom celtique des
bois et forêts, au(iuo"l on aurait
ajouté le verbe latin cingvre, en-
tourer. (Antiquités de Saintes,
p. 203, 204, notes.)
AUCIVArx, nom de localité
(1) Batères d'arehal.haneuT de cuivre, celui
qui le réduit en feuilles ou en lil.
située près de Saintes, sur une
hauteur (pii domine la vallée de
la Charente. Du latin arx, arces,
forteresse, envieux français arco
et de vallis, vallée, en vieux fran-
çais vau.
ARDECR, V. a. Regarder. Di-
minutif de arregarder. (\'oir ce
mot.)
Ardez, ccit la fille à Piarre
Qui luy fait lousjours la guarre.
{Comédie des Ciiaiisniis, net. U, se. H,
onc. th. fr., l. l.\. p. 113.)
.\rdez le beau museau
Pour nous donner envie encore de sa
[peau.
(MoiiÈitE, Dépil Amnitreii.r.aci. IV,
8C. .\IV.)
ARnKR, Ardre, Ar.ser, v.
n. lirùler. Du lulin ardcre.
Knz en'l fou la getlércnt coni anie
Itosl. (1).
{Cantilèiie de Sainte Eulalie,
vers l'J».)
Ou sans fin ard l'élernel soufre.
{Mystère de la Passion, rF.iifor,
composé eii 11U2.)
Dune véissiez flambe voler
Chapeles arder et mosliers.
(Wace, noman de Roit, vers lGi23".)
Et nmeroit miculx madamo qu'il fust
au gibet et (ju'elle fust arse.
[Quinze Joijes du Mariage, XV» Jnyo. p. VM.)
ARDII.fiF, s. f. Argile, terre
grasse. C est la délunlion des
mots usités au moyen âge : ar-
dille, ardrille, arsille. (Voir lîo-
quefort. Glossaire de la Langue
romane, au mut ardille.)
ARB»IBili8:iCB<:s. nom de lo-
(1) Ainsi en
brille vite.
feu la jillùrcnl pour i|u'i'lle
ARDILLON
ARMANAT
calité de l'Aunis. Du vieux fran-
çais ardilierc, hallior, lieu plein
de ronces. En basse latinité : ar-
dillcria, ou de ardiJle, argile.
AlîE)JSiïiO:v,* s. m. Bouton
ardt^nt aux yeux — orgelet. Di-
minutif du mot ordure, qui, en
vieux français, a signdié brûlure,
écliauffeaiont, et dérive du latin
ardcrc, bi'ùler.
ARF:VKïe,v. a. Attacher par
les rênes.
Li Dux li sages li corteis
^Ne voul sa custome oblier;
Là est torné dreil por orer ;
Aredné a son chaccor. (l)
{Chrnn. des Ducs de Nonnaiidie, t. U,
vers iJjOW-.)
AISF.SS, V. a. Labourer. Ce
mot a cessé d'être usité, mais les
mots araii et araire ont été con-
servés. Le celtique ara, labourer,
arar, charrue, le gallois arad,
nous donnent l'étymologie de ces
deux mots. Le même radical se
retrouve dans le latin arare, ce
(pii serait une preuve de l'origine
commune du celtique et du latin
tpii font partie du groupe des
langues indo-européennes.
Des uns en frad ses prcvoz e cunes-
tables, des allres vileins pur sa terre
arer.
{Livre des Unis, ch. VUI, ver. 13, traJ.
du XU" siècle.)
Autres à trois couples de regnards
sous un joujr, aroient le rivage areneux
et ne perdoient leur semence.
(lUsiELAis, Pantagruel., 1. H, ch. XXU.)
(1) Le Duc le saRC, le courtois
.Ne veut sa coutume outiller
Vi il s'est tourné ii droite pour prier
"11 a artené (attaché par les rênes) son cheval
[de chasse.
AREÏ'CîlVE, adj. Infirme,
malsain, malvenu. M. Jùnain y
voit un synonime de chaveugne,
pour charogne. Il semble (juc l'o-
rigine du mot se retrouve plutôt
dans les mots roigne, gale, roi-
qncux, galeux, qui appartiennent
a notre vieille langue.
Il devient froid et sec, baveulx et ro-
[pieux,
Roigneux et grateleux et merencolieux.
{TeslametU de Jehan de Mcuiiff, vers 181°)
AlB «AGITASSE, s. f. Hardes
en mauvais état, lambeaux d'é-
toffes. Le vieux français avait
argaiit, casaque de toile à l'usage
des paysans. En bas latin : arga-
vum. (Voir Roquefort, Glossaire
de h Langue romane.).
AWCJOT, s. m. Ergot, ongle
pointu. Les deux mots s'em-
ployaient ensemble au XVP siè-
cle :
Argot, qu'on dit aussi ergot..,, est le
crochet cornu qui est par derrière la
jambe du coq.
(NicoT, Trésor de la Laïu/ue française.)
Ils l'ont escamoté et agriffé avec leurs
argots de chappon.
{Comédie des Proverbes, anc. th. fr., t. IX,
p. -6.)
Subtils renards et grands mengeurs
[d'images
Pour hault monter contrefont les bigots
Puis quand ils sont hucliez sur leurs
[argots
Au monde font de merveilleux dommages
(Guill. Crétin, cité par le comte Jaibert.)
ARMAIVAT, s. m. Almanach.
En bourguignon et en genevois :
armana. Le mot français doit être
préféré, parce qu'il se rapproche
plus de l'étymologie ; il se trouve
dans EusèJje, avec le sens actuel,
écrit : 'A)>[j.ïva/à , et viendrait,
ARMONIAT
29
ARRAISONNER
d'après M. Littré, d'un mot cophle :
almeneg, composé de a/, calcul
et men, mémoire.
ARMOj¥IAT, s. m. Am.mo-
niaque, alcali volatil. Ce mot
s'écrivait autrefois ; nrnioniac.
« L'usage, dit Ménage, veut qu'on
» dise armoniac, les italiens di-
» sent de même arnioniaco. »
(Observations sur la Langue
française.) Richelet, édition de
1680, écrit également armoniac,
sel armoniac.
ARIVAUD, Aruaulcl, noms
d'hommes. Du vieux nom germa-
nique Arnoald, de arn, aigle, ald,
ancien. Ce mot est devenu en
latin Arnaldus, en allemand Ar-
nold. Au moyen âge on trouve en
français les formes Ernould, Er-
noulz. Froissart (liv. I, g 350) parle
de Messire Ernoulz d'Andrehen.
D'après la Gallia Christiana,
Arnaud (Arnaldus vel Arnoldus),
XV" évoque de Saintes, siégeait
en 1038.
ARAOUIiD, Ai'uoult, noms
de localités. Même origine que
Arnaud. Latin : Armilfus.
AROrVDE, Aroudcllc, s. f.
Hirondelle. Le premier de ces
mots est encore usité en termes
de menuiserie : un bois coupé en
queue d'aronde est celui dont la
section imite la formé à double
pointe de la queue des hiron-
delles. Au temps de Vaugclas on
disait arondollo, hirondelle et
herondelle. (Voir Rcmarq. sur la
Lang. française.)
No quier veoii' le cheval Pegason
Qui plus toi courl en l'air ne \'o\caronde.
{Ballade de Jehan Froinsart.)
Ces aromleJlcs qui vont
Et qui sont
Du printemps les messagères.
(Remy Bellad, Avril.)
Son trot semble égaler
Le tigre en la campagne et l'arondeUe
[en Ter.
(Du Bartas, 'i" semaine, i'^ jour.)
Le vieux français avait le verbe
arrondiller, murmurer comme
les hirondelles, dont le chant est
un espèce do chuchotement.
Arondillastes en vos tabernacles et déis-
tes : Nostre Seigneur nous haisl. — Mur-
muraslis in labernaculis vestris alque
dixistis : odel Dominus.
(Lfl Bible histnriau.r. ch. I, ver. 26,
(lu Deulerouômo.)
ARPEXT, s. m. mesure agrai-
re. En latin : aripemiis, auquel
Columelle attribue une origine
celtique : « quod aratores cande-
» tumnominanl, somi-juguuKpio-
» que aripe nne m xocani (s. eut. :
» Galli.) » (Columelle, liv. V,
ch. L)
ARQUF/r, s. m* Piège à
prendre les oiseaux, formé d'imc
branche courbée et d'un fil. Ce
mot était français au moyen âge
dans le sons de petit arc, du latin
arqualus. Le verbe arquer [iVar-
cuari) est encore usité dans le
sens de courber.
ARKAISOXXFR,v.a.Fairc
entendre raison — sormonor —
demander raison de quelque chose.
Sis mari/. Hclcana le areisuna^ si li
dist : purquei plures ?
(Li Livres des Rois, irad. du XU» siècle.)
Folie est d'aulruy ramposncr
Ne gens de chose araisoner
Dont il soil anui ou vergoigne.
{Fabliaux et Contes. 1. 1, p. 100.)
ARRArER
30
ARTIGUE
ARRAPER, V, a. Prendre,
saisir, empoit^nier. Uu latin urvi-
pere, composé do ndei de vapcrc.
En italien : arrapare.
L'arrapy à l'affubail
Ly decouvri.l'épalelte.
{Gente Poili'viH'rie, éd. delCOa.)
Car il arrapoit l'un par les jambes,
l'aultre par les espaules, l'aultre par la
bezace
(Rabelais, Gargantua, 1. I, ch. XXXVIH.)
ARREGARIIER, V. a. Re-
garder. (Voir agarder.)
J'ai ouy dire à un grand nombre
qu'entre aucuns grands, non pas tous
voulentiers, on n'arregarde à ces lilles-
là...... Car parmj' les grands on n'arre-
garde pas à ces règles et scrupules
(BnAKiôBB, Dames galantes, dise. I, p. 103.)
ARRKXTFR, v. a. Mettre à
rente, louer par bail emphytéo-
tique : ad Emphyteusim prœdhun
locare. (Du Gange, Glossaire,
verbo avrentarc.)
Nec terrœ vel tencmenta eorum eâ
occûsione arentenlur.
(Charla Edwardi I, régis angliœ.)
Ce mot signifie aussi donner
des rentes, faire vivre quelqu'un.
Et y establit chanoines pour Dieu ser-
vir et les arrenta et approuvenda bien
et largement.
(Jehan FnoissAnT, Chroniques, t. I, p. 213.)
ARROUSER, V. a. Arroser.
Malherbe a écrit ce mot avec un
u dans sa traduction du Trnilô de
IJcnc/iciis, de Seneque.
Je dresseray aussi un autre petit
moyen pour arrbuser les parties du
jardin.
(Bernard Palissy.)
La charité ari'ousant une âme, pro-
duit en elle les œuvres vertueuses.
[Saint François de Salles, p. 491.)
vlRROllTKR, s'nrronter,
V. a. ou réll. Mettre en route —
se mettre en route.
Et Robiers de Dovc se met sus pre-
mièrement et li autre s'aroutent apriôs.
(ViLLEiiARDoi'i.N, Coiiq. dt Coiislaiit, § 653.)
Dont s'arroutèrent li charroi et che-
vaucliierent li signeur, li coureur pre-
miers, qui esloienl bien deu.x cens
lances
(FnoissAiiT, Chroniques, 1. I, § lOS.)
ARS, nom de localité, de Arx,
citadelle. 11 est question dM/'s,
près de Gozes, dans une charlre
de 1190 (villa de Arcis). Getle
localité dépendait à cette époque
de l'abbaye de Vaux.
ARISOIR, adverbe. Hier soir.
(Voir hersoir.)
Se ne feust mon chapeau de fautre
J'estoye arsoir en mauvais point.
[Moralité d'un Empereur^ anc. th. fr.,
t. UI, p. 143.)
Ha ! que je fus affligé arsoir quand
je ne trouvay plus le subjecl qui me
faisait trouver le veiller si doulx !
(Lettre de Henri IV à Gobrielle d'Estrées,
15 avril 1593.)
ARSO^^aTEAU, nom d'hom-
me et de lieu. Dérivé du vieux
français arson, incendie, brûlure.
En latin : arsuni, supin du verbo
ardere, brûler.
ARTAV», nom d'homme. Du
vieux nom germanique Ai't-ald,
lldùle par sa naissance. (Léon
Scott, Dictionnaire desprénoms.)
ARTICiUE, nom de localité,
signiliant défrichement. En la-
tin : arlifja, « incultus ager ad
» culturam redactus, » d'après le
Glossaire de Dom Garpentier.
ARVERT
31
ASSAVOIR
AUVERT, nom de localité.
Da radical arve, en vieux fran-
çais, dérivé du pluriel neutre
arva, champs. Au XIIP siècle, il
existait à Arvert un prieuré dépen-
dant do l'abbaye de La Grande-
Sauve-de-Guyenne.
Anno verô 1235... prioratum B. Mariaj
de Ai'vcrto silvce mnjori subditum...
{Gallia cnrisiiana. t. U, col. 10:3.)
Le pays d' Arvert était autrefois
formé d'ilôts au milieu des eaux.
Il a été désigné par Palissy et les
anciennes cartes sous le nom d'ile
d' Arvert, et il suffit de jeter un
coup d'œil sur la carte de Gassini
pour reconnaitrc que toute celle
région a été autrefois occupée par
les eaux.
La plupart des villages du pays
d' Arvert seraient aujourd'hui en-
sevelis sous le sable sans l'ense-
mencement des dunes qui déjà au
temps d'Elie Vinet avaient cou-
vert des villages et même des
forêts.
Mirali sumus apud Arvertinos sum-
ma quœdam edificia quœ longius volaiis
arena obtegeral.Averlince etiamsilvœ
(Elle ViNEi, Commentaires ytr Ausoiie.)
Bernard Palissy a désigné à
tort celle localité par les mots
Allevcrt , Alvcrt. (Œuvres,
p. 133, 134, 137.)
On a trouvé le mot Avivos sur
des médailles santones en argent
portant au revers lo mot Snntonos.
11 est permis d'adopter rojjinion
de Bourignon, qui pense que ce
premier mot désignait les habi-
tants du pays d'Arvert dont il
dérivait le nom des mots celti(|ues
ar, arci, bois. (Voir Aiitiif. (la
Saintes, p. G et U.)
ASPERGÉS, s. m. Goupillon,
En basse latinité : aspergillum,
du latin adspergerc, réiiaiidre,
arroser.
Tout y sechoil tout au long do l'année,
Mais bien est vray qu'il y avait dedans
Pour aspenjès une rose fennôe.
(Clément Mauot, Temple de Cupidon,
1. 1, p.18.)
Il prist Vaspergès et de l'eau bénite,
et nous en donna
{Brastôhe, Vie de il. de Bourbon.)
Richelet, dans les remarques
qui servent d'introduction à son
diclionnairo, donne c-?s/5ey'^*'S pour
un mot poj)ulaire ou iirovinciai,
remplacé à Paris par aspcrsoir ou
goupillon. (Dictionnaire, édil. de
1G8Û, t. I, p. 8.)
Le mot goupillon, usité en fran-
çais, dérive du vieux français
goupil, renard, parce que autrefois
l'aspersion se faisait avec une
queue de cet animal. En basse
latinité, l'aspersoirougouiiillonsc
nomme vulpilio, du latin vulpcx,
renard.
ASSASSIXEER, s. m. Assas-
sin, meurtrier.
Les hommes seront loups ès-homme9,
briguan5,asA'assiH<?»rs,cmpoi sonneurs...
(ItABELiis, l'antayruel, liv. III, cb. III.)
On a également dit : assassina-
Icur.
Retraite de voleurs, meurtriers et
assassinalcurs.
{Satyre Mniippce. Ilaraiiijue de M. cTAubra]/.)
ASSAVOIR, v. a. Savoir.
l'arcillemcnt je vous fais assax'oir
•Jue les prcceps de Jésus faut sc;ivoir.
{ilysttres des Actes des Apôtres.)
Le bal et la grand'bande, assavoir
[deux musettes.
(MoiifcnB, Tartuffe.)
ASSECHER
32
ATARGER
ASSKCIIEK, V. a. Rendre
sec, sécher.
La viande crue n'est pas tousjours
propre à nostrc estomac ; il la faut
asseicher.
(Mo.NTAiGNE, Essais, liv. II.)
ASii^E.lIBIiÉG, S. f. Fête lo-
cale, fraii'ie. (Voii- ce mot.) C'est
le piivdon de Bretagne.
Suivez assemblées et fcslcs
A la tin jà niieulx n'en vaudrez.
(Fr. Villon.)
Ce mot est encore usité en
Touraine :
Les filles n'étoient pas chères à
Vassemblée de Vcrelz, les garçons hor.s
de prix.
(r. L. COLIUIIER.)
Af^SEURER, V. a. Assurer,
afliniier.
Et osta son anel de son doy pour
asseurer que il tenroit la trêve.
(JoiNviLLE,7/(.v/. (le SniiU Loijs, ch. L.V.XII.)
A§^1XER, V. a. Assigner,
citer à comparaître.
La Dame l'a de son gant assené
Et il i vint de bonne volenté.
(Raoul DE COLCÏ.)
L'auberge enfin de l'hyménée
Lui fut pour maison assinée.
(Lako.m.vine, Failles, liv. V, fnb. iJO.)
A^iSlR (s), V. réll. S'asseoir.
Assisons-nous sur cestc molle couche.
(RossAiiD, Ailleurs, t. I, p. "218.)
ANNOTER, ANMOtir, v. a.
Rendre sot, l'cn^ro ibu de désir.
Oufl drap est cecy? Vrayement
Tant plus le voy otplus m'assoie.
Vrayement cet homme m'assolist.
{Farce de Maître Pierre l'allielin.)
La reine a une levrière dont elle est
beaucoup assolée et la fait coucher en
sa chambre.
{Cent Nniiveltes du Rmj Louis XI,
nouvelle 527".)
A§TE, s. f. Branche à fruit
conservée pour la taille. Du latin
hiisitn, lance. En languedoc asté,
broche.
D'après M. Dnbrcuil, l'fl.s/e est
appelée suivant les localités :
conrr/ro, vinôc, pleyon, archet,
snuteltc, Ili-che, tiret, etc.
En vieux français, nsle, anste,
ont désig-né la lance des cheva-
liers.
Ansle ol roide de frasne et gonfanon
[pendant.
(Chaiiàon d'Alexandre, p. 65.)
ASTEURE, adv. Contraction
des mots : à cette heure, signi-
fiant : à présent, maintenant. En
})atois gascon : adar.
J'en ay assez parlé asthure, ailleurs
j'en parleray encore.
(BnANTÔME, Vie de Marguerite,
royiic de Navarre.)
«l'ay de pourtraicts de ma forme de
vingt-cinq, de trcnle-cinq ans ; je les
comjiare avec celui d'asteure.
(Montaigne, Essais, liv. III, ch. XIII.)
Je sorcs toujours ravie de les apren-
dre par vous, Madame, pour qui je me
sens asleure une véritable amitié.
(Maiiaiie, Duchesse d'Orléans, Lettre du
4 Juin 1701 ù M"'" DE Mai.menun.)
ATARfUER (s'), V. réfl. Se
retai'dor, so l'aire attendre. (Voir
Targcr.) On trouve en vieux fran-
çais le substantif a^c7/;/a;2C6', retard.
Dulce prière et grant te fait
Hue l'secorges senz demorance ;
Car n'i aureit os alarjance.
{Clironi(/ue des Durs de Normandie,
1. 1, vers 'kt'Ho.)
ATOUT
33
AUBERGER
Et cil de rien ne s'alarja.
Le Co.itoieiiient d'un l'nr, Fabliaux
et Contes, t. II, p. 110.)
Et Ysengi'in point ne s'atarge
Fuiant s'en va, si se regarde,
Droit vers le bois granl aléure.
{Roman du Renurl, vers 1-259'\)
ATOUT, Etont, Otont, adv .
Aussi, ég-alement, en même temps.
En vieux français, ces mois par-
raissent avoir eu également la
signitication de la proposition :
avec.
Al arcevesque en est venuz atut
Les misl en reng de devant ses genuilz.
(Chanson de Roland.)
J'ai vcu sainct Pierre atout sa clef
Et sainct Paul atout son cspée.
{Résurrection de Jean Landorre,
anc. th. fr., t. II, page 2i.)
Pour faire salamine, prenez broehetz...
faire broyer amendes atout l'escorce
deffaicle de purée de j)oix...
(T.iiLiEVENT, Livre de Cuisine.)
ATTJEXDAXCE, S. f. Atten-
te, espérance.
Ou comte Othon ai mont grant aten-
[dance.
(Heshi, comte de Bar, chnnson citi'e par
Leroux deLincï, Chants Historiques,
p. 47.)
ATTRAPE , AUrapoirc ,
s. f. Tromperie, piège.
Prindrent chemin confusément à s'en
retourner ne pensants à Vatrapoucre.
(Noël 00 Faii, Propos rustiques, p. 103.)
Sommerive, ayant eu nouvelles que
Mouvans et Sorcze venoicnt au secours,
voulut leur dresser une atlrappe.
(.\grippa d'.\«bignp,. Histoire, liv. I, p. IW.)
AUBAI.V, Auliin^ noms
d'hommes. En vieux français, ati-
bain signifie étranger; en latin,
albanus, contracte de alihi tiatiis.
Ces noms peuvent aussi êlreconsi-
dérés comme dérivés du vieux
français anhe, blanc, du latin
aJbus, diminutif: ulhiiiiis.
Puis s'en vait les galos après le genl
[aubaine.
{Roman d'Alexandre, p. 188.)
Aubain, étranger né en pays qui n'est
pas de la souveraineté de la couronne
de France.
(De Lairièhe, Glossaire du Droit Franxais.)
AUBARÉE, s. f. Lieu planté
d'aubiers, de saules. En langue
d'oc : auhart'de. Envieux français,
auharado. (Ro([uefort.) Ces mots
dérivent (Valbus.
A dextro et à senesirc dudit ruisseau
seront plantez plusieurs belles auba-
rées...
(Bernant Pai.issy, Rereple icrituhle, p. lOi.)
AUBEPIIV. Voir Abanpin.
AL'BERGER, Aulicr«ler,
noms d'hommes, qui, d'après
Loréd. Larchey, signilleraient fa-
bricants de htiuberls. Les vieux
textes donnent au verbe Jiaubor-
ffior la signilicalion de revêtir le
haubert.
Tant ont erré le chemin droitiiritr
nue de saint (iille coisironl le moslicp
f)ont font iurgens armer cl hauberf}ier
En trois escheles les ont faites rengier.
{Roman rie Garin le Loherain.)
On peut y voir une corru|tlion
du vieux français liunli('rifrort\u'\
se trouve dans liocpiefort, dans
le sens i\o cabaret iiu", aubergiste,
ou de alhci-ffr, aulierge ; en basse
latinité : tilhrrijn. alhori/iuin.
Une élymologie t'galcmcnl ad-
missible "serait celh^ dt^ hnnlu'v,
haut-bci\ grand baron (ultus vir).
AUBERT
3i
AUGE
OÙ quelques savants trouvent l'o-
rigine du mot hobereau.
Al'BERT, Anbcrtin, Au-
dcbert. Noms d'hoinmes d'ori-
gine germanique :* Adnlbert (no-
ble-renommé) , Albert (ancien-
renonuué). En latin : aubertus ou
albertiis. (Voir Loréd. Larchey,
Dictionnaire des Noms.)
AUBETERRE, nom de loca-
lité désignée dans la Gallia Chris-
liana par les mots : alba terra.
Le mot aube, pour blanc [cValbus)
a été d'usage en vieux français
et slest conservé pour désigner
le lever du Jour et un vêtement
sacerdotal de couleur blanche.
AUBIER, s. m. Saule à
feuilles d'osier. Du latin : albus.
Contemple un peu les aubiers lesquels
sur un même degr6 produisent plusieurs
branches
• (Bernard Palisst, Recette véritable,
p. 36.)
AUBICilVÉ, Anbigny, noms
de lieux et d'hommes. Ce mot
dérive (Valbinus, diminutif cVal-
hus, blanc. En latin^ le nom de
lieu était albiniacum, domaine
d'Albinus.
Il est inutile de rappeler que
M"' de Maintonon avait pour nom
de famille Aubir/juj; elle était
petite-lillc d'Agrippa d'Aubigné,
qui naquit à Saint-Maury, près
Pons, en 1550.
*
AUBOUIIV, nom d'homme.
Du vieux nom germanique : Albu-
win fblanc-ami), ((ui se retrouve
dus 7S0 sous la forme Auhouin,
d'après M. Lorédan Larchey.
AUBOUR, s. m. Aubier (voir
ce mot) — mince écorcc blanche
de certains arbres. En latin :
aihurnum. (Voir de Laurière,
Glossaire du Droit français.)
« Aubours, (lit Charles Nodier,
» est le nom patois du faux
» ébénier des Alpes, espèce de
» cytise. » (Critique des Diction-
naires.)
De tel manière cstoit tous li vergiés
Ains ni ot arbre, ne fust pins u loriés,
Cyprès, aubours, entes et oliviers.
(Fable fin Dirii d'Amours, édit.
Jubiual, 1834.)
En sa maintient d'auborc un arc.
(Roman de Tristan, t. I, p. 66.)
Arc d'aubour porte et sajètes d'acier.
(Garir lE LoHERAiN, Mort de Bégon.)
AUBRI, Aabry, noms d'hom-
mes. Formes d'aubery ou d'albe-
ric; en germanique : chef-noble.
(Léon Scott, Dictionnaire des
Prénoms.)
AUDOUARD, Audonin,
noms d'hommes dérivés des vieux
noms germaniques : Ald-ward
(ancien gardien), écrit plus tard
Aldoard; Aldwin (ancien ami), et
enfin Alduin. (Lor. Larchey, Dic-
tionnaire des Noms.)
Au moyen Age, Aude a été un
nom de femme, [dérivé du ger-
manique ald, ancien, ou peut-être
d'une forme Anninisée du nom
d'homme : Eudes, en latin : Audo
et Odo.
AUGE, Aug^creau, An-
jçicr, noms d'hommes dérivés du
vieux nom germanique Ad-alnar
(ancien javelot). En latin: Aael-
garias. (Voir Lor. Larchey.)
En vieux français, Algier a eu,
AU JOUR D'AUJOURD'HUI
3o
AUTON
dès le XIP siècle, la signification
de javelot, pique :
Li rcis Marsiles en fui mult csfréed
Un algier tint ki d'or fut cnpened.
(Chanson de Roland, st. 32.)
En 1248, le prévôt des mar-
chands de Paris s'appelait Augicr.
(Voir le Registre des Métiers
d'Et. Boileau, p. 449.)
AU JOUR D'AUJOUR-
D'HUI, locution pour aujour-
d'hui, qui est un double pléo-
nasme, car le mot aujouviriiui se
découpe en quatre mots, dont
deux : jour et liui ont la même
signilication.
Nos fûmes ajornés par court au jour
de hui.
(Assises de Jérusalem.)
En ce joyeux temps du jour d'huij
Que le mois de mai se comraance.
(Charles d'Orléans, ballade l"''.)
AULXAY, nom de localité.
La petite ville d'Aulnay, qui
devrait s'écrire Aunay, est la
station désignée par le mot
Avcdonnaco, sur la carte de Peu-
tinger, entre Brigiosuni (Brioux)
et Mediolano Santouum (Saintes),
sur la voie romaine de Sens à
Bordeaux. V Itinéraire, d'Anto-
nin, la désigne par le mot
Auncdonnacum, et la place entre
Mediolamim Santonum (Saintes)
et liauranum (Rom, Deux-Sèvres),
sur la voie romaine d'Autun à
Bordeaux.
Il est probable que Auncdonna-
cum est un mot celtique en ac,
latinisé par les conciuéranls de la
Gaule.
Il a donné son nom à la pro-
vince ce Aunis. (\'oir ce mot.)
Berlius, cosmographe du XVII"
siècle, pense que Aiilnay est le
Ducoiia on Dovvona de la géo-
graphie de Ploleméc.
AUinoxiER, adj. Qui fait
largement raumOnc, charitable.
Le roy fu si large aumosnier que
partout là où il alloit en son royaume,
il fesoit donner aux pauvres esglises, à
maladeries
(JoisviLLB, Uisl. de S. Loy.i.)
AU:X'IS, nom de la région qui
entoure La Hochelle, désignée
autrefois par les mots pagns alni-
siensis, corruption du nom itlus
ancien avedonacicnsis, tiré lui-
même de celui de la ville gallo-ro-
maine d'Aulnay. (Avedonnaco, de
lacartedePeutinger, Auncdonna-
cum de V Itinéraire d'Antoiiin.)
Rupella Santonum, caput pagi alni-
siensis olim avedonacietisis.
(Gallia Chrisliana, t. II.)
Bourignon et le Père Arcère
pensent que le pays d'Aunis lire
son nom des Alains , peuples
fugitifs qui immigrèrent dans les
marais du Bas-Poitou. (Voir lîou-
rignon, Antiq. de Saintes^ p. 3(Ji,
note). Aune époque où la science
étymologit|ue était en enfance,
Amos Barhot a émis la singuMère
idée que le nom de la province
d'Aunis n'était autre chose que
les deux dernières syllabes du
nom latin de Chatelaillon : cas-
truni allionis :
Duquel nom latin ry dessus Allionis,
toute Veslenduo cl ressort de la dite villo
cl forteresse, par une abréviation, a
piuslost prins le nom d'Onis que d'auUrc
clymologie et dérivation que ce soil
(Adios BiHDfii, llisi, de La RocheUf,
p. 31 0135.)
AUTOA', nom do localité. En
AVALOIRE
36
AVISER
vieux français, Auion désigne le
vent du midi; du latin: Austor.
La forcH d'Auton (siîvii autcwnis)
est mentionnée dans une charte
de 1107, faisant partie du cartu-
laire de l'abbaye cle Saintes. Cette
forêt était à quinze kilomètres de
Saintes, entre cette ville et Saint-
Jean-d'Angély.
AVAIiOIRE, s. f. Gosier.
Je pense que tu es fils de tonnelier,
tu as une belle avaloire.
(Comédie des Proverbes, anc. th. fr.,
t. IX, p. 5-2.)
Assurément, si celle femme a mangé
tout l'argent qu'elle a tiré de sa fille et
de m'ol depuis vingt ans, il faut qu'elle
ail eu une terrible avaloire.
(J.-J. RorssEAi', Correspondance.)
AVAIiOlV, nom de localité
près La Tremblade. Du vieux fran-
çais : avnl, en bas, ad valleni, ou
du latin : valluni, palissade, bar-
rière.
AVE3VAKT, adj. Agréable à
voir, courtois, affable.
Mescinele o le cuer franc
Cors a gent et avenant
Le poil blont et reluisant.
(Aucassui et Kicolette, ch. XV.)
J'ay une des plus belles, plus adve-
nantes, plus prudes femmes en mariage
qui soyt en tout le pays de Xainctonge.
(Rabelais, l'antagruel, liv. IV, ch. Y.)
AVIIVER, V. a. Imbiber de
vin. Se dit des hommes aussi bien
que des vaisseaux vinaires. Avi-
ner une cuve, la» rincer avec du
vin.
Je suis né bas normand mais ma boû-
[che avinée
Dit être d'Orléans
(Olivier Basselin.)
AVIS (être), locution signi-
fiant paraître, sembler. S'emploie
surtout à la troisième personne :
m'est avis, me fut avis. Il me
semble, il m'a semblé. Cette
manière de parler est très usitée
dans le langage du paysan sain-
tongeais, fertile en précautions
oratoires. On dit aussi : il nio
semble avis.
Di tost comment te fu: aviz,
De ceo, dont ainz teiser te fiz.
(Résurrection du Sauveur, Mystère
du XI" siècle.)
Guesne répond : mei est vis que trop
[large.
(Chanson de Roland. yers 659».)
Donc m'est avis qu'il parle saigement.
(Gratian Dupont, Controverse des Sexes.)
Il semble advis qu'on ne vous veuille
[rendre
Ce qu'on vous doibl, beau sire, ne
[vous chaille.
'Clément Marot, Rondeau ///«, t. II,
" p. 128.)
Tout mon beslail mourust plus riche
[je seroy
Ce me serait avis que le plus riche roy.
(Ant. Baïf, églogue 6, p. 18, v».)
AVISÉ, adj. Intelligent, rusé.
Et aussi messagers sages et avisés et
bien idoines et taillés de faire ce mes-
sage.
(FnoissiHT, Chronique, liv. I.)
AVISER, V. a. Regarder,
apercevoir.
Agaré, Monsieu le baron, in sot avise
ben inc bête.
(Agrippa d'Aiibigné, Baron de Fœneste,
liv. II, ch. IX.)
^oit qu'un autre,, modeste, à l'improuvu
[m'avise.
(RÉGNIER, sat. vil.)
Le roi après avoir parlé à quelques
uns, avise enfin ce chapeau gris.
(Saint-Simon, Mémoires.)
AVONS
37
DACHELIER
AVO^'S (j'), pluriel employé
avec le pronom sing-ulier. Con-
damné mais usité au XVP siècle :
J'avons espérance qu'y fera beau
temps, veu ce que disent les cstoiles...
(Lettre de François I'"' à M. de Moiit-
mnreiicv.)
AVOIIKE, adv. A présent,
maintenant. En vieux français :
oure, signilie heure. Latin : honi.
Avoiire est synonime d'asteure.
(Voir ce mot.)
Sire, me commandasics que je gar-
dasse mon jour et je suis venu à oiire
cl à tens garder mon jour.
(Assises de Jcrmalem, ch. L.)
A'\or'S, contraction fréquem-
ment employée pour: avcz-vous.
A'vons mal aux dents, maître Pierre?
(Tcstamenl de Palhclin.)
A'vous aussi pleuré, vous Ninfes forcs-
[tièrcs.
(Vauqnoliti dk i.v Fhesnaïe, Fores-
terie II, p. 7.)
A'vous bien vu, dit Eulrapcl, jouer
des orgues?
(XopI m; Fail, Contes et Discours
d'Eulrapel.)
AW, nom de localité. Du
galli(iue : ar, eau (voir cvc), qui
se dit encore en picardic : iuvu.
B ABIIV , Babinct , noms
d'hommes. Dérivés du vieux mot
germanique : hab, enfant, d'où
l'anglais
hahv.
BABIJVEIS, s. f. Lèvres.
Les babines estoient disjoincles bien
demi-pied demeurant ou\erles en cette
belle extiise.
(Béroalde de Veuville, Moyen de parvenir.)
BABOlillV, s. m. Mannc([uin
destiné à servir d'épouvantail et
à éloigner les oiseaux-des vergers
et des champs.
En basse latinité, ])ahouinus
désigne le singe, mais il a eu
également la même signitication
qu'en Saintonge.
Et sunt sicut babouini qui ponuntur
in terris et piiariis.
{Sermoiies Meiioti, fol. 28, cité par
UU CiNGE.)
On n'emploie pas seulement les per-
sonnes à chasser les oiseaux (des rhenc-
vières) mais les choses mortes qu'on
appelle au pais les babouins.
(Agrippa d'.\ibigsb, Lr BarOH de F«'«f,s7r,
liv.UI, ch. XV, t. U, p. 161.)
Eu vieux français, Jnilioiiiii
signifiait aussi coiumo aujourd'hui
un homme laid.
Le vez vous là ce baboyn ?
Vraiemenl il put tant le vin
Que je sens d'ici son alainc.
{Sermon Joi/eiix de hien boire, niif.
tli. fr., t. U, p. Il)
BABUT, nom d'homme. Du
radical germaniqiu^ : Inib, enfant,
(pu se trouve dans le nom htilmlf,
(le môme origine. (Voir Lor. Lar-
chey, JJiclioiiiiiiirc tirs .Vo/;;.s\ )
BACIIF.lill'.K, nom d'hom-
me. En viiMix iV.inrais, ce mot
désignait \\n jeune honun(\ im
étudiant, un apprenti chevalier.
BACONAY
BAGNOLE
Ensembrod vos XV milliers de francs,
De bcu'helers, de nos meillors vaillanz.
(Chanson de Roland, vers 3019".)
Une femc demandoil un bachelier el
disoil que il l'avoit esposee el f ; li
home ne niet pas. ,
{Li Liin-s de Jostiee, p. 192, § G.)
BACO^'AY, nom do locnlitû
qui désignait une forêt située
entre Nancras, Sainte-Gemme et
Saint-Saturnin-de-Marcnnes.
« Foresla (}ua3 vocatur JJaco-
» nny. » (Charte d'Olhon, en
faveur de Sablonceaux, Gallia
Clirisn'ana, t. II, instrumenta.)
Cette foret est désignée par les
mènKîs mots (fores fn quœ vocatur
Baconay) dans la charte de 1047,
de fondation de l'abbaye de
Saintes.
L'étymologie de ce mot doit
être cherchée dans le vieux fran-
çais : hacon, sanglier, porc.
Si Dieu me doint confession
Ce fut un bacon que je tuai.
{Fabliau du Soucretaire de Clnni.)
La forêt de Baconay, dont le
nom paraît être oublié aujour-
d'hui, était fort giboyeuse, et
c'est dans ses fourés que le maître
chasseur de l'abbaye de Sainte-
Marie-de-Saintes avait le droit de
capturer chaque année un certain
nombre de bêtes. Il faut citer ici
le texte latin et admirer la galan-
terie du rédacteur de l'acte qui
établit ce privilège :
Staluimus ut quotannis Abbalissa, mis-
60 venalore suo, quoquc modo polerit,
habeal de prœfata s^Iva ad recreandum
fœrnineam imbecilntatem aprum ununi
cum sua fera, cervum cum rervà,
damum cum dama, caprum cum caprâ,
duo lepores...
{Charta fundalionis ahb. S.-Mariœ-apud-
Sanlones. Gnllia Cliri.itiana, t. II,
inslr., col. 480.)
BADEBE, s. m. Badaud,
niais. En saintongeais : qui bade
la goule.
Rabelais a donné ce nom à la
femme de Gargantua.
Le radical île ce mot est celti-
(jue, on le trouve dans toutes les
langues dérivées de cet idiome ;
en breton : hada, agir, parler
comme un sot; hader, hadouer,
sot, niais, bavard. L'écossais :
J)aoth; l'irlandais : badr/haire, ont
ces derniers sens.
BADElilVE, s. f. Personne
incapable, abrutie, dont l'esprit
est affaissé. Même étymologie que
le précédent. Le radical, bad,
signifie en bas breton : stupeur,
ébahissement. En cornouaillais :
badus, lunatique.
BADIGOI^CE, s. f. Lèvre.
Usité en Saintonge , d'après
M. Burgaud de Marets, dans la
locution : se lécher les badi-
goinces.
Il leur souffloil au cul, ilz lui Icschoienl
les badirjoinces.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XI.)
BAFFKEB, v. n. Manger
goulûment. Du radical celtique :
baf, lèvre.
Quand Gargantua fcut à table cl la
premiore poincte des morceaux feut
bau/frée.
(lUnELAis, Gargantua, liv. I, cli. XXXIX.)
BAGIVOIiE, s. f. Mauvaise
voiture. Péjoratif de banne, ban-
neau, qui, coimne banaste,banas-
tre, désignent en vieux français
les paniers qu'on met de chaque
côté du dos de l'âne.
BAH!
BAILLER
BAH! interj. Signo d'indiffé-
rence, de mépris.
Mais les fiz Belial dislrent entre soi :
Ba ! purrad nus cist de nos encmiz
salvcr ?
(Livre des Rnis, ch. X, verset 27°, traJ.
du Xll" siècle.)
BAICilVES, nom do localité.
En vieux français : btujnic, bnniiio,
in(li([uaient l'étendue d'un terri-
toire ou ban (latin : biuinum.)
Bencrie , bagnevic avaient la
môme signillcalion. (Voir Roque-
fort, Glossaire de la Langue
romane.) Le mot baignes peut
aussi être considéré comme une
syncope du vieux français : baiiai-
gne, baraigne, stérile.
Baignes, en latin Boania, avait
une abbaye dépendant du diocèse
de Saintes. (Voir Gallia Cliris-
tiana, t. II.) Une localité, située
près de Saint-Georges-dcs-Go-
teaux, a porté le même nom.
Usque ad parochiam Sancli-Georgii-
dcs-CousUiux juxla fooduni de la Louba-
Ire et de la Beraudière el usque ad
signum album Beaynio;
{Charte GuilMmi VII, anno 11-211,
nrch. Je l'oiliers.)
BAIIiE, Bayle, noms d'hom-
mes. Dérivé de bai, (pii sii^uilie
brun; et peut-être de baille, en
vieux français : barrière, porte ;
et en wallon : concierge de prison.
BAlIiliARGE, s. f. Orge.
En vieux français, ce mot a dési-
gné, d'après Hoipiefort, l'orge,
l'avoine, la vesce. M. Jùnain
dérive ce mot du grec : Baxsto:;
aypioç, blé sauvage.
BAIIiliK, s. f. Cuve ou
baquet eu bois cerclé pour conte-
nir des li(piides; c'est une sorte
de dcAii-lonneau. Ce mot est
d'origine germanique ou Scandi-
nave. En danois : Jh-iIJe ; on
suédois : bœlja ; en hollandais :
balie ; en saxon : balye ; en
anglais : pail, ont le même sens
de cuve, bacjuel, seau.
Sa niaipcc y avoil fait son ordure el
laissé aller tout sous elle en plain bail.
(P. DE l'Estuile, ilcin., \. V, p. 2<J9.)
Au moyen âge, !> aille avait le
sens de porte, d'oii nous est resté
baie, pour ouverture de fenêtre
ou de porte :
Adonc s'avança cilz bons chevaliers
messircs Gautiers de Mauni et pria au
roy son siijneur que il li vonisisl laissier
faire une chevaucie el cnvaïc jusques as
bailles de Paris.
(Jehan FiioismiiT, Clirail., t. V, p. i)l.)
BAlliliEK, V. a. Donner.
Je envoie quérir l'abbé de Cheminon
qui... et me bailla et ceignit mon cs-
charpe.
(JoiNviLiE, Histoire de Saint Loijx.)
Bs avoient été contraint/, de le bailler
à l'un des neveuz de leur frère.
(Bonav. des VÉniKH»,Pi()Uvrlle III.)
Bailleray-ie du foing à l'oison?
i^Farce du Badin, anc. ili. fr., i. I, p. ISi.)
Le futur de ce verbe est en
saintongeais : barrai , barras ,
barra, \\\x\ dérive de l'ancienne
forme de l'indicatif : je hau, lu
bail s...
Aux gardes sus la liarl, commande,
(^)ue nus homs ne leur baut viande.
[Branches des Inijaux tiunages, i. I, p. IHT.)
C'est ain>i <[ue diin a fait (hni-
rai, lais a fait lairrai, vins a fait
venrai, clc, pour la formation de
nombreux futurs conservés dans
notre dialecte.
BAL
M
BALERIT
On trouve dans nos vieux
auteurs le composé rebailler,
rendre, donner de nouveau.
Il faut que tu me confesses que quand
tu apportes le fumier au champ (jue
c'est pour luy rebailler une partie de ce
qui luy a esté esté...
^Bernara Palissv, Receple rcritablc, p. "29.)
BAIi, s. m. Danse.
Au drmourant tout leur bal consiste
au mouvement des pieds.
(Amvot, Trail. de la Vie de Numa, de
l'iutnrque.)
BAÏiAIi rôtir le). Cette expres-
sion de l'argot moderne est très
ancienne ; au XIII'' siècle on disait
avec lemèmesens qu'aujourd'hui:
rôtir le hruliau.
Saint Ylairc et puis clos Rurniau
Oii l'on a rosti maint bruliau
Kt puis la rue du noïer
Où plusieurs dames par louier
Font souvent batre leurs carlier.s.
{Le dit dr.t rues de Paris, vers 99», Fabli-
aux et Ciintcs, t. II, p. 244.)
BAIiAlVDR.i, s. m. Grande
casa([ue ou manteau qui se jette
sur les autres habits. M. Jônain
fait dériver ce mot du grec :
HïA£-.v , jeter, avSpoç, homme.
En basse-latinité : halnndrnnu à
la signification de manteau, pallii
spccics, dit du Gange.
Prohibemus quoque slrictiùs, ut nuUi
regulares cum balandranis vel aliis
veslibus laïcorum, equitenl vel incedant.
(DtREiA, ConciUi albieusis, aniio 12o4.)
Ce mot était encore usité au
XVII» siècle :
Nuit couvre l'urtivcrs de ison noir
[balandran.
(Sii:<T-AMAKi, Poésies.)
Le soleil dissipe la nue,
Recrée et puis pénètre enfin le ca-
[valier
Pons son balandras fait qu'il suc
Le contraint do s'en dépouiller.
(L.VKOMAINE, liv. VI, Ùb. III.)
B.lti.mzAC, nom de localité
(pii est probablement dérivé du
latin J)alanufi, genêt, ou du celti-
(pic. En breton : halan, en irlan-
dais : halhin, désignent le même
ar})usto.
BAIiS^:, Balle, s. f. Petite
paille qui sert d'enveloppe au
grain dans l'épi.
Un petit vent qui eslcva le dessus
seulement et le plus délié de cette terre
pouldreusc, comme la baie quand on
vanne le blé.
(Fr.intnis Amyot, Vies de Plutarqiie,
Sertorius.)
Desquels jardins et vignes destour-
nerez la baie et bourriers des bleds
battus en l'aire...
(Olivier de Serre.'*, Tlicàlrc d'Agriculture,
liv. I, p. 18.)
BAIjEB, s. m. Surnager,
llotter.
Les onsaignes de paile es lances ba-
\lians (1).
{Conquête de Jérusalem, édit. 1868,
vers 1"21")
El li vilain qui va balant en l'èvc.
{Hnman du lieitart, vers 5922''.)
Le patois poitevin et le patois
wallon ont conservé ce verbe
avec le môme sens.
0\ est in grand coffre de bois
Hue l'é fasons baler su l'cve.
( Vieille chanson du Poitou.)
KAIiKKlT, S. m. Emouchet.
C'est la crécerelle., du genre
faucon.
(i) Les enseignes de soie flottant autour des
lances.
DALET
lîAM.ER
Le nom de cet oiseau vient
probabiemenl de son liabitiule,
commune d'ailleurs à la {jhi[)arL
des grands oiseaux de proie, de
planer presque immobile dans
l'air, ce que nous appelons : hulcr.
(Voir ce mot.)
IIAIjB-:T, s. m. llanyar cou-
vert par un toit en saillie, appuyé
à un bâtiment. Mol dérivé du cel-
tique. En breton : hnlor/, saillie,
jiiilf'd, toit en saillie, auvent; en
gallois: halawcj, avant-toit, bul,
saillie.
Celte construction rurale a été
désigi'née en basse latinité par le
mol baletuju, ainsi di'lini par du
Gange : Species povlicus locli nd
niindinas alias vo ros quasUJiol
ah arris intempérie defendendas.
Le mol Laletum se trouve dans
une charte du XIV" siècle, rela-
tive à l'abbaye de Sainl-Jean-
d'Angély.
In (iomo in qu;1 diclus nbbas inliabilat,
in quodani tustorio scu bafelo
[Cliarla Ceraldi ahbalis S. Joaniils
Angeriaco, aimo l^Sb.)
Vindrent deux chape.llains dessoub/,
le balet ou galerie de l'église de Saiiit-
Marlin-de-Cuussay.
(Lettres de rémissinn île 14!jl, cite ilnns
lo Glosaaire île dom tiuiiiciitier (I)
au Diot bttlrtUiii.)
Elle c?5t dehors araonéc (2)
D'un balé qui vol loutcnloui-
S'il qu'entre li balé ci la tour
Sont li rosiers esjios planté.
{Hiimau (le lu Ho.sc.)
n.lIilI'.K, v. a. Balayer. On
ditaussi : //r7/////7'.s pour balayures;
balienv pour balayeur. Au mot
(1) Car|)(!Hli('r l'icrrc, liriiiMlictin, lié en ItIJT,
a i-onliniié le (Hossaire île du Cant'c.
[i) Araoïic, entouré.
hnlior, le Dictionnaire de Tré-
voux dit : il ne faut pas se servir
de ce liiol; au mol de ludieur :
ce mot ne vaut rien.
Il faudra faire nostrc ménage
Et balier noslre maison
— liailleray-je du foin à l'oison?
{Fnrtc du Badin, anc. tb. fr.,t. I, p. 18-2.)
Puis me faut aller
Au inarclié; au retour liler,
Balier, faire la lexive.
(Reniy BEiinr, La Hfcoiiiilii-,
act. I, 8C. I.)
D'une robe à lontjs plis balier le bar-
lr.au.
(BoiiEAi-, Satyre I.)
Gens lalineux... vont grattant dans
les balieures et bourbiers du latin :
(Béroalde dp, Vehville, J/o//('« de parvenir,
l. I, p. 0.)
1SAMi:ki<:, s. f. Paillasse
faite de baies d'avoine. (\uir baie.)
B.\M!%, s. m. Drap de lit,
couvertiu'c. En vieux IVanrais :
JialiiKje, halin, langes, maillot,
drap. (Voir Hoquelbrl.) En pro-
venral comme en bas breton :
ballen.
llAlili.WM, nom de localilt'.
Du \i\i)\ latin Imlanus, gcnrt. ('cl
arbuste est appelé halan en Ijas
breton, iiallan en irlandais, co
(pii tV;rail croire (pie balaiius ne^l
tpi'un mol cellitpic latinis»'-.
IIAliliFK, V. n. Sauter, dan-
ser. I'>us;iiiil(jnge, //.v/tvoircemol)
d(''signe non seulemenl une réu-
nion de danseurs, mais ime
espèce particulière de daii^e.
IIar|)er y faisoil harpcors
Et violer violeors
Et les balercsscs baler.
(lioman de l'ercevnl.)
BALOT
42
BARATEUR
Icy le muet silence un esquadron con-
[duicl
De fantosmcs ballants dessous l'avcu-
[gle nuicl.
(PontUS DE TVARD, SOUliet.)
El je ne puis par devers vous aller
ChaaLe qui veult, *a7/(3qui veult haller.
(Clément MvnoT, Riindeail XI,
i. II, p. 13-2.)
BAI.OT, s. m. Lèvre infé-
rieure. En vieux français : Lmi-
liôvre.
Il avoil fait bruslcr (Louis IX) et mar-
quer à fer chault le neys et la bauliè-
vre d'un bourgeois de Paris pour un
blasphème qu'il avoitfaict.
(JoisviLLE, Histoire de Saint Loys.)
BAIiZAR, Balzaf, s. m.
Nom donné à deux expèces de
cépages de la Saintong-e, l'un
blanc et l'autre noir. Ce mot est
peut-être un dérive du cellique :
Lai, tache, devenu en irlandais et
en écossais Lall, qui parait avoir
également donné naissance au
mot balzan, usité pour désigner
le cheval noir ou brun marqué de
taches blanches.
BAIVASTE, s. f. F*anier ou
manne qu'on met sur le dos d'un
àne. En basse latinité : banastum.
Ce mot, ([\n apj)artient au vieux
français : banastc, banaslre, he-
nalo, etc. (voir le Glossaire de
Roquefort), dérive probablement
du cellique benn (1), osier. Bas
breton : Lenna, panier d'osier. Il
M) Le mot celtique a eu le sens de voilure :
« benmi linijua g;illiA kciius veliiculi appella-
tur.»{Keslus,cilé par Henri Kslienne elKsiieiinc
I'as<4uicr lier/wrchcs, liv. V(, ch. XXH.) Le mot
beuaa, ipji a été employé aussi par Calon, dé-
signe, d'après M. \niony KIcli (Itirtiuiuiairc (lr\-
Aiiliiinilés rumaiiirs], un chariot à quatre roues
fait en osier, dont la ligure est reproduite sur
la colonne de Marc-Aurèle.
se trouve en espagnol : bcnasta,
et en provençal : bcnaslo.
BA^'CHE, s. f. Couche cal-
caire ou argilo-calcaire disposée
par bancs, qui se trouve sous la
terre arable. Ce nom est égale-
ment donné à desbancs de rochers;
à l'est d'Oléron, un écueil porte
le nom de Banche-dc-Mal-Conchc.
BAKAT, s. m. Tromperie,
tricherie. Mot d'origine celtique,
en breton : barad. En basse lati-
nité : barata, ainsi défini par du
Gange : Fvaus, dolus qui fit in
contractibus et venditionibus.
lulerroget sacerdos de rapinis , de
usurâ, de pignoribus in fraiidem usu-
rârum f.iclis, de baratis, de falsis ven-
ditionibus
[Statuta ccclcsix Cadurccnsis.)
Tex marchiez n'est ne bons ne loïaus
pour ce qu'en tcx marciiiez a trop de
baraz.
(Eit. BûiLEvu, Livre des Métiers, p. 35.)
Baral et tricherie sont en authorilé.
[Débat du Corps et de l'Ame, aiic. th.fr.,
t. III, p. 335.)
Ecoute!
Se d'aymer t'estrange et te reboute
Le barat de celles nommées,
Tu lais une bien folle double
Car ce sont femmes dilTamcas.
(t'V. Villon, Grand Testament, slance 48.)
Le mot barat, tromperie, nous
a laissé baraterie, usité en fran-
çais pour désigner la fraude en
matière d'assurances maritimes.
Entre Oléron et la côte de La
Tremblado, près de Maumusson,
se trouve le banc du Petit-Barat,
dangereux pour les navires.
BABATEUR, s. m. Trom-
peur. (Voir barat.)
BARATTE
43
nARDE
Car il est menteur et parjure
Grand barateur et non créable.
(Robert Gaglin, l'assetemps de L'Oisiveté.)
Le nom de barateur àoibi bien le monde
[avoir.
Car adont quand il veult les pécheurs
[decepvoir,
Plus leur donne de biens, de richesse
[et avoir.
{Débat du Cnrps et de l'Ame, anc. ih. fr.,
t. III, p. 331.)
BARATTE, s. m. Vaisseau
en bois dont on se sert pour faire
le beurre. En latin : bavalhruin;
bas breton : baraz, baquet.
Al lier fu la grans barale.
{Roman de Parthenopeus de Dlois, vers
10665".)
BARAUD, Barraud, noms
d'hommes. Dérivés du vieux nom
g-ermanique Baroakl (guerrier
ancien I.
En vieux français linvrot, bar-
reau, ont signifié tombereau (Ho-
quefort), et dans la langue d'oc
Jjarraii a le sens de barricjuo.
BARBilRIlV, s. m. Poisson
de mer, espèce de rouget.
Quelques poissons se perdent en la
suitle (les dauphins fomnie font les
chiens, les barbarins, les maquereaux.
(A. o'ArniGNÉ, Confession de Sancy, t. Il,
p. m.)
BARBEAU, Bar1iot,noms
d'iionunos, d('rivés du \ icux fran-
çais barbe, Ijarbu. En la lia bar-
Lai us.
Et Priamum c Guarlan le barbet.
{Chanson de Roland, vers 6Î>'.)
Il est darerc od celé gent barbée.
{Ibid, vor8 3317^)
A la barbe ne gardez mie
Tel l'a gr.mt n'a de sens demie,
Se îi barbé le sens avoicnt •
lions et chtîvres trop en aroient.
{Fabliau de Cnquaiijne.)
BARBEZIEFX , nom de
ville. Désignée au moyen âge
par le latin DarhizcUum.
Anno 11G8 occurrit in chartâ Agnelis
de Rarbizello abbatissce U. M ijanlo-
ncnsis
{Gallia Clivistiana. l. II, col. 1071.)
BARBOT , Bnriioteaii ,
Barliotin, noms d'hommes. Les
deux derniers sont les diminutifs
du premier, Barbol, qui a signi-
fié barbu en langue d'oc. Le vieux
français barboter, écrit aussi
barbeler, signilie marmoter, ca-
queter.
Petits gans, petites mainelles
Petite bouche à barbeler;
Ba, ba, ba, font ces godineltos
Quant elles veulent caqueter.
(CuouiLiAiiT, Monologue de la botte de
foin.)
Le nom de Barbolin se retrouve
plusieurs fois dans notre histoire
locale.
Le vingt-uniùmc prieur do l'ah-
baye de Bassac se nommait Lu-
dovicus Barbolin. (Gallia Chris-
tiana, t. II, col. 411.)
En 1191), Baninutf Barbolin,^
archidiacre de Saintes, est cité
comme un des t('inoins signatai-
res de la charte parJatiuelle .\li(''-
nor, reine tl'Anglelerrc, coiiUrine
lesprivilégesde laville deSaintes.
B.VKIIE (Lai, nom de lorn-
lit(''. En vieux français l'ailjectif
barde signilie fort, puissant, le
substantif /A7rf/<^ armure de che-
val de bataille , d'oii nous est
resté l'adjectif bardé.
L5ARU0N
a
BARON
En patois toulousain , Jhir ,
fang'e, limon. (Voir le Glossaire
lie Goudoulin.iEn langue romane
biir a eu le même sens, d'après
Roquefort.
B.\RU<IX, noin d'homme. Ce
mot a, connue bni'doii et Lardot,
la signilication de lourdeur, en
vieux français; en basse latinité
hiU'dus. (\'oir Roquefort. )
B.lKDK.i, s. m. Battoir des
lavandières. Syncope des mots
Lut-drops, d'après M. Jônain.
BARGIv, s. f. Bâtiment de
tran-sjjort — [)ile de foin ou de
paille. Ct'tte dernière signification
dérive probablement do la pre-
mière en raison de l'usag'e de
transporter sur les g'rands ba-
teaux sans quille de la Charente
les foins qui, amoncelés sur le
bateau, le cachent complètement.
D'après M. Littré, yja;v/6' viendrait
du grec I3àp^ç, canot.
Et li cuens Baudoins de Flandres cl
de Hennaut envoia la barge de sa nef
por savoit quelz genz ce estoieiit.
(ViLLEHARDOiix, Coiiq. de Constant., § 120.)
Ils se lessiei'cnt clicoir de la grnnl
nef en la barge de cantiers qui plus
plus, qui miex niiex, lanl que lu barge
se voulolt enfondrer.
(Joi.Nvii.LE, Ilistaire de S. Lo'jn, % 33.)
n,\Kf>l-:Ai:Bl,nom d'homme
dérivé du mot Jjurf/c. (Voir ce
mot.)
lïAKCîl'KlVEAU, s. m. Meu-
le de foin. Dimiftutif de barge. Le
vieux proverbe saintongeais est
connu :
Quant pleut sur lé rami.l,
6 jdeut sur 16 barguenà.
«.lIcmimiVFIB, V. n. Hé-
siter. Italien : barijagnare. Bre-
ton : havkanâ, marchander.
Par ma foy! larges est li frans quant
il n'a pas barguignié sur si granl somme
do deniers.
(Joi.NviLiE, Histoire de S. Loys, § 67.)
Ccst madame Schœnée qui acheté
notre lilonière ; mon homme bargid-
gnail un i^eu; je craignais des difli-
cultés.
(Paul-Louis CoLiiuiEn, Lettres.)
If AKII^liKK , Barillier ,
noms d'honnnes. C'est la dési-
g'iiation du fabricant de barri(jues
au XIIP siècle.
Le Barillier puel bien rapareillcr et
redauber les viez fuz mehaigniez
(Est. BoiLËAi-, Reg. des Métiers, p. 103.)
BABI..i;e:, s. f. Berlue,
éblouissement qui empêche de
voir. Le vieux français a eu le
verbe ('barhior, aveugler, donner
la barluo.
Venant aux mains elle ébarluë
L'ennemy frappé dans la vue.
(Aut. B.vïF, le Brave, act. I, se. I, p. 91.)
BAROJV, Baronet, noms
d'hommes. Le mot havon signi-
fiait autrefois : guerrier, coura-
geux.
Dist l'arccvesque : cest colp est de barun.
[Cliansoii de HoUiiid. vers 1280'.)
Il désignait aussi le maître de
la maison, le mari, du latin vi-
l'imi, \>av le changement de v en
h (pii se présente si souvent.
Ces veulz, sa prophecions
N'est pas à toute sa vie
Cest an pleure, et cest an prie
Ktccst an panrra Baron.
(Hi lEiiEiF, Sat. des Beyiiincs, fabl. et cuiit.,
t. n, p. 38.)
BARPxAIL
45
BAS3AC
BAI^RlSffi, ISnrraillc,
noms (lo lieux. Eu vieux iVaiirais :
haie, clôture, porte. (Voir Hoque-
fort. Glossaire dn Ja Lniit/uo ro-
mane.)
I2ARKK, s. f. Fcrmelurn de
porte, d'où XavGvhQ hnvrev. (Voir
ce mot.)
Le cheval qui soefle porte
Il s'en vint di-oiel devant la porte
Pi la trova molt bien fi'rmée
Que la barre erl tote coulée.
[Fabitau du Piestre et de la Dame, vers 30°)
ESAï^IlK, nom d'homme. En
vieux IVaneais : big'arré, ])ariolé ;
en basse hitinité : barraliis. C'est
le nom donné aux carmes intro-
duits en 1254 en France par Louis
IX, à cause de leurs habits bario-
lés de jaune et de blanc. La rue
oii le saint roi les avait établis a
conservé longtemps le nom de
rue des Barrés.
Li barré sont près des béguines (1)
XXIX en ont à lor voisines
Ne lor faut que passer la porte.
(Rdtebœcf, les Ordres de Par/.f, 1. 1, p.159.)
Icil vont criant par matin
Du pain aus sas, pain aus barrez
Aus pauvres prisons enserrez. \'2)
{Le» Crieries de l'aris, vers 80°, fabliaux
et contes, t. U. p. "230.)
BARRER, V. a. Arrêter une
porte avee la Larre (voir ce mot»,
l'orme r.
Tant qu'ung huis illec bien barré
Trouvoy moult petit et estroil.
{Roman de la lUise.)
(1) D'aprùs M. Juliinal, éililcur de Rutcbo-uf,
le couvent des HeKtiines était rue des Barrés,
n°-2l, et il est devenu la caserne do V.\rc-
Marin. au .Marais.
(-2) Du iiaiii aux frireu .snchctins. du pain aux
carmes, aux pauvres prisonniers enfermés.
.\ ce seul mot, un gros marteau carré
Frappe tel coup contre un portail barré
Uu'il faict crosler les tours du lieu infâme.
(Clémonl Mahot, l'Enfer, p. tio.)
A Bordeaux, l'ancienne porte
Tropcyle ayant été murée sous
Charles \'II, porta depuis ce
temps le nom de portait Uarral.
(Baurein, Variétés Bordelaises,
t. IV, p. 142.)
RARTI-: (La), nom de localité
et de famille. En vieux IVançais :
barte, buisson, bouquet de bois;
Lartas, hallier, toulïe de brous-
sailles, har, Jjart, lieu fangeux.
(Voir Roquefort.)
En basse latinité, Larta a eu la
signification de buisson. (Voir du
Gange.)
BARZAIT, nom de localité.
CorruiUion deJjalsan, qui en vieux
français désigne la couleur pic.
BASC'«rFTTE,s. f. Oiseau
qui remue la queue, bergeron-
nette. En vieux français -.Iiascou)',
Laquelle. (Voir Hociuefoi'l.) Au
XVII" siècle on appelait la berge-
ronnette : JiocIie<jiieue. (Voir Hi-
chelet, Dictionnaire fram;ais, éd.
de 1G80.)
BASFMT , s. m. Basilic,
espèce de marjolaine odorante,
Vocyniuni, de Linné.
Aussi ils auront la senteur de cer-
tains damas, violettes, marjolaines, l>a-
selics, et autres telles espèces d'herbes.
(Berii. l'xiissv, lircrpte rfritable, p. 08.)
BASN.ir. nom de localité. En
laliu : Bassaruni, doiiuiine bas.
Bassae était ati uioytMi âge le
siège d'une abbaye dépendant du
BASSE
46
BAUCIIE
diocèse de Saintes. (Voir Gnllin
Christ., l. II, col. 10%.)
BASSE, s. f. Cuve en bois
pour transporter les raisins, vient
du latin vus, par. le changemont
du r par sa consonnante/>. Dans
le bordelais on (Vil hnsto, mot^qui
se rapproche du verbe Bxg-xIzvj,
porter. En cclliiiuc baz a le sons
de : peu profond.
Si ladite matière ne se peut porter
dans des paniers, il faut que tu preiies
des basses qui puissent tenir l'eau.
(Bern. Palissy, Rcceptc rcrilablc, p. 35.)
BASSIOT, S. m. Baquet, pe-
tite hnsso (voir ce mot), qui se
porte à la main par une anse.
BASSÏIVET (cracher au). Lo-
cution signifiant : rendre gorge,
restituer ce qu'on a pris — recu-
ler devant une entreprise. Il est
curieux de la retrouver au XVP
siècle :
Toutes fois, si ont ilz craché
Depuis peu de temps au bassin
Maulgre leurs dents, pour leur larcin.
{Roger DE CoLLERYE, Satyre, p. 9.)
Cracher au bacin, payer sa part,
bailler de l'argent.
(OuDi», Curiosités françaises, p. 29.)
BATAI ïi, s. m. Battant de
cloclic. En basse latinité : hnlal-
Iiim, hatalUum. En bas breton :
Latailh :
Absconditis omnium campanarum ba-
tallis. j
{Citron. Yalciador., cité par uc Caxge.)
! que vostre balail est trop mol pour
[ma cloclie !
(Jean OE ScHKi.A:^DnK, Tijr. et Sidon, oiic.
Ih. fr., t. VHl, p. 97.)
Le batail cstoit d'une queue de re-
nard.
(lUBEi.ii3, Vanlayruel, 1. V, ch. XXVU.)
Le uiot Latail a été conservé
dans la langue du blason où une
cloche LatnilJce est celle dont le
battant est d'un autre émail que
celui de la cloche.
MATASIiïii:, Batalllîcr,
noms d'houunes et do localité.
En vieux français : crcnclé.
Et richement close c fermée
De granz fossez, de hauz terrera
E de boens murs forz e entiers
Od si fuites lurs bataillies.
(Chronique des Ducs de Normandie,
t. I, vers 3934».)
Toi clos d'un haut mur bataillée.
(Guil. DE Lonnis, Roman de la Rose,
vers 139».)
BATTABEiE, adj. Qui mérite
d'être battu — insupportable.
On trouve dans Nicot : ville
hallahlc, qu'on peut battre d'artil-
lerie ; dans Borel : hatable, que
l'on peut battre.
BATTliBÈ, s. f. Action de
battre. Principalement battage
des grains. Batement ou batiive,
percussio, dit Nicot. {Trésor do
la Langue française.)
Esclaves plutôt corrigez de paroles
que de batures.
(G. Boi-ciiET, Sérées, t. I, p. 150.)
BAlH'BiE, s, f. Lieu inculte,
terrain vague — bauge d'un ani-
mal — point de départ et d'arrivée
de certains jeux d'enfants. Le
celtique baie, route de terre, ou
le tudcscpje botch, fange, ])Our-
bier, ont pu donner naissance au
mot saintongeais dont ils sont
BAUDIN
47
BE
jilns rapprochés que le français :
bniKjc. Dans le Glossaire do la
Lniif/ue romane, de Ho({ucfort,
on trouve : hanche, petite maison.
En basse latinité : bugin, hogium.
BAl'DIX, ISaiifloin, Ilnii-
(louin, noms (riiomnies dérivés
du ludesque Laid, hardi, en latin :
haldiis, qui esl devenu haiid dans
le vieux français. En vieux alle-
mand, on trouve également la
fovme h aldavin, hardi compag-non,
modifié plus tard en Laldovin,
Lnldouin et entin Jnmdouin; ce
dernier nom latinisé en Lakhiinus.
IBAUnRT, IBandrif , Itnii-
dry, noms d'honunos dériv(;s diîs
vieux mots germani(iui^s haldn-
rich (VP sièc\G),Ijaldrich (LV siè-
cle), qui signifient hardi-riche,
latinisé sous la forme baldericns.
Dès le XIP siècle, nous trouvons
ce nom dans notre pays :
Carta de demissione quam farit Bau-
drir de Plazay Deo et boalce Mariu' super
vineis Johannis Chevaleir (anno 110.").)
(Gallia Christiana, t. U, instrum.)
BAi:nKOIX,ltnutlroiiin,
noms d'hommes cpii pourraient
être des formes dérivées du vieux
français : baudroïcr, corroyeur.
Nus ne puet estre baiidroier à Paris,
ce esl à savoir conréeur de quir (lor
fere coarroics
(Est. BoiLEAC, Livre des J/t'/(Vr.s-,p.2il.)
BAirSSAXT, Bauccuf, noms
d'hommes. En vieux franç-ais :
haucant. Lancent, désignent la
couleur j)ie, blanc et noir. En
provençal : baoûcan^ petit cheval
noir.
Puis sunl es bons chcvaus meniez
Sors e bançans e pumelcz.
- {Chruni]ue des Ducs de Normandie,
t. I, vors 5il9'.)
Dui chevalier vonl cbevauehanl
Li uns vairon, l'autre bauçanl.
(Fabliau des Chevaliers, des Clercs
et des Vilains, vcri 1, liecueil de
Harbazan. t. m, p. 28.)
BAVASSKW, V. n. Davardcr.
Il semble que la cousiume concède à cet
aage plus de liberté de bavasser et d'in-
discrétion à parler de soy.
(MoNiiicxB, Essais, liv. III, cl». II, p. 283.)
BAVFTTF, s. f. Partie du
tablier d'une femme (pii se relève
sur la poitrine, par analogie avec
la bavette des petits enfants, ce
mot est synonime do bavardage
dans la locution : tailler une ba-
vette.
Faut pour l'enfant
Et le mailleil et la bavette.
(DU des choses qui faillenl en
mcnatje. \l\l' Bièclc.)
BAITAB», nom d'homme.
En vieux français, c'était un
adjectif synonime de brim, (|ui
s'appliquait au cheval. On dit
aujourd'hui : bai.
Quant fu montés sour bayart
(Henri i)F. VAi.F«(ctE?(r<K<, Histoire de
l'Empereur Henri, § îiil.)
BF, B6, adv. Bien. Devant
une voytdlf, on dit : ben ([)ro-
noncé beun).
Planher vuelh en lUaras
W cor triste marril: lit ai en l>c
[razoM (1).
(Sirvenle de Sordello sur la mort de
Ulacas. Tcr» 1I50«.)
'.[) Plaindre je veux don Blaras... d'un C'iur
triste et marri el j'cu ai liien raison...
BEC
48
BEGUIN
BEC, nom de localité dési-
gnant une pointe do terre ou le
lieu de réunion de deux cours
d'eau. Bec est un mot celtique :
Antonio primo... Tolosaî nato, cogno-
men in pucrilià Becco, id valel gallican;»,
rostrum...
(SiÉiosE, Vie de Yitelliux, ch. XVni.)
Beccus, priscâ Danorum, seu Gallo-
rum lingua, dicilur aquœ cursus alteri
lluviu se commiUens.
(Du CÀh'GE, Gloss. (le la basse Latinité.)
De là le nom de Dec-cTAmhds,
donné au point de rencontre des
deux rivières Garonne et Dor-
dogne.
BK€IIÉE, s. f. Becquée —
bouchée. Du radical : Lee.
Les petits beuvereaux de Paris qui ne
beuvent en plus (ju'un pinson et ne
prennent leur bécliée sinon qu'on leur
tappe sur la queue, à la mode des passe-
reaulx.
(Rabelais, Pantugniel, liv. H, ch. XIV.)
BEDE^VAr, nom de localité.
Domaine de Bcde ou du Bede.
Ce dernier mot signifiant en poi-
tou, gros ventre, ventru. En vieux
français, hcdel a désigné le veau.
BEBET, s. m. Veau. En
vieux français : hodel, hcdoJo,
veau, génisse ; provençal : bedelo;
latin : vilcUiis.
Ror un grant char en une cuve ;
Li bedel traioienl le char,
Robert le nain et grand Kschar
Les poingnoit toz d'un aguillon.
(Bataille des MI Arts, voir Œuvres ilo
KuTEBŒLF, t. n, p. il',).;
*
BEB>0(;]IE, Besochc, s. f.
Bèclie ou marre à deux pointes.
Fourches, gaules, espieux, pièles,
[pœles, bezoches
Racles, siennes, basions , poèches,
(csparvier, poches.
(Florent Clirestien, cité par Borel,
Dict, du vieux français.)
BEa>OQ^flSOX, S. m. Ser-
fouette — diminutif de bedoche.
(Voir ce mot.)
BEB90IV, s. m. Ventre, d'où
on a fait Jwdondninc. En vieux
français, />e(/oii signifiait tambour.
Ainsi nos vieux français usoient de
[leur rebec
De la flûte de bonis, et du bedon avec.
(Vauquelin de la FiŒiSi\E, Art puétique.)
Ma foi ! je n'en puis plus — a toi, mon
[gros bedon.
Viens — je ne danse plus — un petit
[rigodon.
(REGNAnn, Divertissement des Folies
amoureuses.)
BECASSE, s. f. Bécasse.
Quion général au grand becq
Fu pry quem 'ine bérjace
El lit pylouse grimace.
(Roleà de la gentc Poitevinerie.)
BÉCJl'EUIiE, s. f. Femme
prude, mal gracieuse — hypocrite.
Ce mot s'écrivait autrefois en
deux mots : Lvo gueule, bouche
béante. Dn vieux français : béer.
En basse latinité : beare.
Le suppliant soy voyant Injurié sans
cause, rcspondil à icelluy compagnon :
que vaulx tu, bée gueulle?
(Texte Ju XV« siècle cité pur du Camge,
au mot beare.)
BEfiîUIX, s. m. Petit bonnet
d'enfant — sorte de coiffe qui
s'attache sous le menton. En pro-
vençal : be'jui.
Sans colet, sans béguin et sans autre
[afiiquet.
(Malh. RiioMER, sat. XI.)
BEGUINE
49
DENON
BF.r>iUi:%E, s. f. Petit faîîot
de sarment. La couleur des sar-
ments secs se rapproche de celle
de la bure qui habille loàbcgniucs
de l'ordre du Carmcl.
flRIfliliAX, ]8c1inn,nom(lc
locahté dérive probablement, du
vieux français Lclie , étable à
moutons, Ce mot peut être aussi
une forme dérivée de hnillie (en
basse latinité : hnlin.haUUi), dési-
gnant un territoire soumis à la
mémo juridiction.
BKIjIIV, s. m. Mouton, bélier,
— ver blanc des cerises.
Dcus montons a es chans vcuz
L'un fa Bclin, l'autre Dcrnarl.
{Roman du Rcnart, vers 6368".)
Item, j'ay srcu à ce voyage
Que mes trois povrcs orphelins
Sont creuset devenus en aage
El n'ont pas testes de belins.
(Fr. Villon, Grand Testament, st. 117.)
Avaller aussi doulx que lin
('inq ou six croies de belin
\'ous appartient. — Fy de l'cnvyc !
(Roser de Collerye, Dialogue de
deux enfants, p. lUl.)
IJEIiliEME^'T, adv. Bien,
avec gentillesse.
Disl à sun uncle bêlement en riant.
[Chanson de linlunil. vers 80-2". )
Comme ils balloicnt cointemenl
L'un venoit tout bellement.
(Roman de ta Rose.)
VA y furent iicmcnl et bellement rechnl;
cl csfoil la salle du conle loule appareil-
lée
(J. FnoissAnr, Ed. Renouard, liv. I,
§ 10, p. -23.)
BSEÏiïï.iF/f', ISclIol . noms
d'hommes. Diinimitifs de hfJ,
beau. En vieux français, hcllot a
signifié un
Roquefort.
joli entant, d'après
BEEiLUIRE:, Bcliilrr,nom
de localit(!. En vieux français,
bel hin s, belle porte, ou hcl-virc,
beau tournant, du vieux verbe
virer, tourner.
On peut également indi(|uer
heluc, bête sauvage , ilu latin
hcllun.
BEX, adv. Bien (prononcé
])cun).
Ben sunt garniz el de chcvals et d'armes.
[Chanson de Rnland, ver» 3010'.)
Dan Joseph, ben seiciz-tu venuz !
Ben deiz eslre de mci receuz.
Ben es de mei sanz dolancc.
(Résurrection du Sauveur, Myslrre
du Xh siècle.)
ItÉAAKII, nom (rhomiiii\
Une des formes de Bernard.
(Voir ce mot).
BEZVASSE, s. f. Petite pro-
priété , iHîtit bien sans grande
valeur. En basse latinité, hciin
signifie une espèce de cliarrue.
(îo mot est encore usité dans lo
langage familier.
Qu'il se vende un quartier de pré,
c'est un paysan (|ui raciictc; chacun à
sa gouléc de benace.
(!'.-L. CoiBHinn, Lettres.)
ESE.V ATIO, BIriioH. Ileiicl.
noms (riiommi^s et do localités.
En latin : Iicncilirhis , en victix
français: Jjvueui.^, béni.
Bencois soit 11 pains que vos dovcs
(mnngicr.
[Roman dMexandre, p. 1><j.)
ïr.K:.\0\, nom (riiomme rt flo
DERBIS
bO
BERNARD
localité. Corruption de Benoit
(voir ce mot). Benon ])eut aussi
être considcrd comme une l'orme
dùBonion, dérivé du geruianiquc
hercn, hei-n, guerrier, ou des
mots cclliquos ben et bcrn, si-
frnitiant : hauteui\ colline, éléva-
tion. Benon, commune du canton
de Courron, en latin, Beno, Beno-
nis, est mentionné au XIV" siècle
sous son nom actuel et sous celui
de Bonnon.
Il y a un chastel c'onfait Bonnon
[nommer.
{Chrnn. de lii'rtrand Dugucscliii,
vers 21()I3«.)
Et puis chevaucièrcnt sus Ausnay; si
conquisenl la ville et le chastiel et puis
i;urgicres et Benon...
(J. FnoissAnT, liv. I, § 202, t. V, p. 11.)
BF.RBIS, Barlii!S,s. f. Bre-
bis, du latin vervcXy vervicis,
par le changement du v en h
qu'on retrouve si souvent dans
l'étude de lalilialion des langues.
Deux choses atrouveras en ceste ber-
Inx, la nature douce et bone, et forment
bone si cum burrc.
{Sermon de Saint Brrnnrd, cité p.ir
BoyuEKOBi, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
îîERCIiOt'S, nom de loca-
lité prcsSaint-Joan-d'Angély,(iui
peut se ti-aduire {)ar : baron pri-
sonnier (vir clmisiis), ou berceau
fermé; le vieux français /ycy a eu
le sens de baron, seigneur et
de berceau.
BKRf;AU», Biirgaud, s.
m. Escargot du^^incr.
Les huitres, les moucles, les gcmbles
cl un nombre inlini de burrjaux de di-
verses espèces et grandeurs.
(Bernard I'alissï, Receptc véritable,
I>. 14'.)
BF.KOEOX , Bcrisreroii ,
Brejon, noms d'honnncs déri-
vés du vieux français Lcrgier,
comme bcrgerot, (jui signilie
petit berger. (Voir Rocpiefort.)
ltf:KJO:Vi^KT:, Brcjon-
uéc^ s. f. Parcelle de terre de
forme triangulaire oîi les sillons
vont en diminuant.
UER^flO^D, Bcrmout,
Bréiiiout, noms d'hommes et
do localités dérivés de la langue
germanicjue. On trouve au V° siè-
cle la forme berimund (guer-
rier-prolccleur) ; au IX^ siècle :
bevmund; au XP siècle : Brenmnd.
(Voir Loréd. Larchey, Biction-
nairc des Noms.)
BEKjVxSlRB, nom propre et
prénom, dérivé du vieux germa-
nique : b er i n har d {guevriev hardi),
écrit ensuite Berenhard, Ber-
nliard, et dès le IX^ siècle :
Bernard. (Voir Lorédan Larchey,
Bictionnaire des Noms.)
En vieux français, bernard
avait la signification de sot, lour-
daud. Dans le Boman du Benavd,
ce nom est donné à l'âne et parait
lui avoir été conservé au moyen
âge :
Oii se devient il s'cnfuiroit,
Bernart l'asne les deduiroit.
sa grant croiz...
HiTEBŒiF, Renart le bestournc, t. I,
p. 2UU.)
Le vingt-neuvième évêque do
Saintes portait le nom de Bernard.
Ce prélat avait été prieur de
Sablonceaux.
In nnno 1141 Bernardus in cfenobio
Sabloncellis prior eral
{Gallia Clirisliana, t. H, col. 1070.)
BERNE
m
DESOIN
BERXE, nom d'homme et de
localilë (voirBomier).Eii gascon,
Leni désigne l'iuilne.
BEK:VKnij, nom de loca-
lité. En latin : hvrniculus, petite
colline. Du celtique : />6'ry2, ëmi-
nence, sommité; ou du teuton :
Jbern, filet de pèche.
Dans le patois toulousain, /verw
désigne V naine, arbre; en latin,
aliius. (Voir le Glossmiro des
Poésies, de Goudoulin.)
B£R\'IER, nom d'homme
qui peut être dérivé du germani-
que : Jjcrinlicr et hernhev{bcrin,
guerrier, lier, auguste), (ju'on
retrouve aux VHP et IX'' siècles.
Il paraît plus naturel d'y voir le
vieux français : berniov, valet de
chiens, rabatteur de gibier.
Talent le prist d'aler cliacier,
La nuit somunt ses cevalicrs,
Ses veneors et ses berniers.
(Mario DE FniNCE, Lai de Gugcmcr,
vers TS", t. I, p. 54.)
Li dus demande Brochart, son licmier
Par devant lui li amainc un brcnier.
{Chanson de Garin le Lnhcrain.)
BERTACI», ISertliand,
etc., noms d'hommos. Formes
dérivées du vieux nom gcrmani-
(jue : /7em/i/o7(/, devenu phis tard
Bcrtoald, Bcrtald {hei\ guerrier,
ald, ancien). Le radical, bcr
ou berfli, se retrouve également
dans les noms Berlon, Bcvthon.
En vieux français, hevlnudcr
signifie couper, raser, châtrer.
Du latin : bis tnndere; dans le
dictionnaire de Trévoux, Borland
se trouve avec la signification de
châtré.
Puisque Dix ensi me berlaïuic
lu m'a si racourcié les gès
Que je n'ai mais solcrs a bès.
{Li cnngié Jiaudc fastnul d'.irax, (sblioux
et contes, t. I, p. llo.)
nKRTHII.R, Borticr,
noms iriiounnos. Du vieux giirma-
nique :/;('/7-/;<'/', guerrier brillant.
(Scott, Bictionnuire dos Pré-
noms.)
BFRTIV, nom d'homme dé-
rivé ilu germanique : hert-win,
guerrier vainqueur. (Scott, Bic-
(ionnairc des Prénoms.)
BERTRAX», nom de fa-
mille et prénom d'origine germa-
nique. On trouve au moyen àgo
les formes bcrlbnimm, bvrlrnm,
en latin bcrtirlinniis, renonnné —
vigoureux. (Voir Lor. Larchey,
Bictionnaire des Noms.)
BESOr.:XER, V. a. Travailler
— peiner. En italien : hisognarc.
Je congnois quand tout est de nicsnic,
Je congnois qui besongne ou chomme,
Je congnois tout fors que nioy mesme.
(Pr. \iuoy, Ballade des Menus Propos,
p. 118.)
lîESOl.V (de), mots liabi-
luellement réunis en saintongeais
comme dans le vieux français et
(jui ont exactement le sens do
l'italien : c d'uopo.
Mais il n'en csloil point de besoin
pour deux raisons que j'ay dites.
(Philippe nv. CoMïSEs, ilniioirfs.U^.Ul,
ch. vm.)
Kn la ruysino a point bien ordonnée
i;sl de bcsoinij avoir la cheminée
IMcnc de feu..'...
(Cille CimBoïKT, lilason DoiUf^liquf,
le ItlasoH de la f.uysiue, p. H.)
Il est de besoin en premier poincl
ajmer, révérer et craindre Dieu.
(Not'l Df Fui, Propos Hu.iltque.i,
ch. IV, p. 3S.)
BESSE
52
BIAU
Laissez-moi, j'aurai soin
De vous encourager s'il en est de
(besoin.
(MoLiÈRE, Feinme.i Savanlcn, act.Y, se. II.)
BF.SSF, nom d'hommo. En
vieux français, hcsse est un ins-
trument de pêcRe; en basse
latinité : bessa; il désigne de plus,
comme hessièrc, un lieu maréca-
geux et plein de broussailles.
(Roquelbrt, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
I5ESSO]V, s. m. Jumeau. Ex-
pression usitée dans le patois ber-
richon et employée par G. Sand
dans ses Romans champêtres. Ce
mot dérive du bas latin : hisso,
bissônis, formé du radical his,
deux fois.
Ainsi sera^ si Johanna enfantoil deus
enfans et emprès deus berons.
(Li Livres de Jostice et de Ple{, p. 5o.)
"Ce que voyant, le bon Janot, mon père,
Voulut gaiger à Jatjuet son compère.
Contre un "veau gras, deux aignelctz
[bessons.
(Clément Mauot, Eglnr/iie ait Roi/, t. I,
■ p. iO.)
Puis à force de coups
D'ongles, de poings, de pieds, il brise
(le partage
Dont nature donna à son bess'on
[l'usage.
(Aprippa d'Aibionk Les Tragifiiies, liv. I,
t. IV, p. 325.)
Esticnne Pasquier (Recherches
do la France, liv. VI, ch. XXIX),
dit que « bcsson est un mot cor-
» romjju du vieux français bes-
» homs , formé de deux mots
» latins : bis homines. »
BKSTIAIv, l^cKtiaii, s. m.
Les bestiaux de la ferme.
Du bestial qui desjà estoit mis au tecl.
(Noël Dc Fail, Propos Rusli'jues.)
Afin que les bœufs, vaches et
autres bestial puissent aisément entrer
et sortir pour y boire
(Bernanl Palissv, Discours AdmiraMes,
p. 175.)
US'^ÏJG.'VF, Bciirii^ue, s. f.
Bosse survenue à la suite d'un
coup. Le vieux français avait
biir/nc, buigne, bouton, tumeur,
contusion. (Voir Roquefort.) Ces
mots paraissent dérivés du celti-
que parle changement du p en b.
En bas breton, punez (prononcé
pur/nez) , signilie tumeur ; en
gallois : pwiing, congestion.
Ladite Colette donna si grand coup
sur l'œil et pour ce lui fîst un grant
buigne ou boce sur ledit œil.
(Lettres de Rémission de I3TS, citées
par (Iahpe.mieii, nu mot buba.)
L'ay vu souvent quand il s'alloit cou-
[cher,
Et une fois il se fit une bigne
(Uien m'en souvient) à l'étal d'un
[boucher.
(Frnnjois Villom.)
BKîiISIiA^, nom de localité.
Lay, lais a signilie, envieux fran-
çais, sentier dans les bois. La
première syllabe pourrait dériver
de boê, beue, boue, fange, ou de
])er, bair, berger. Le sens de
beurlay serait alors chemin fan-
geux ou chemin du berger. Cette
étymologie n'explique cependant
pas la présence de ïr et ne pour-
rait s'aj)pliquer au nom latin de
J)eurlay , mentionné dans une
charte de l'abbaye do Saintes :
(larta dc nomorc de Burle cjuod
Gaufridtis de Tauniaco dédit
bealœ Mariœ, et qui date du com-
mencement du XII*^ siùcle.
I5IAF, BSîà, adj. Beau.
Au ru d'une clerc fontaine
DII3ER
S3
DINETTE
Dont l'iaue esloit et clère et saine
Et li bos est entour moult biax
(Wace, llomaii de Roii.)
Aucassin avoil à non li damoisians ;
biaus estoit.
{Aiicassin et ?iicotelh', cli. II.)
De robes, deniers et joïaux
Les plus riches cl les plus biaux.
(RlTEBŒlK.)
BIItËR, V. n. Imporluncr,
obséder. Du latin : bihere, boire.
Ne dit-on pas encore : boire le
sang, dans le même sens d'ob-
séder.
BIBAll'», Bldaitt, noms
d'hommes. Au moyen âge, les
bidaiix étaient des fantassins
armés de lances. Moustrelet les
nonuTie bibaux (en basse latinité :
bibakli); Froissart : bibauds.
BICiAIIil<ËIS, V. a. Maqui-
gnonner. Péjoratif du vieux verbe
bigiwv, troquer, changer. (Voir
Roquefort.) Le limousin a con-
servé biga, dans le sens de gage
et de troc.
BICiAïIiïiO:^, s. m. Maqui-
gnon — mrmo origine (jue
higaiUev. (Voir ce mot.)
BK^ARKS-^AtJ, s. m. Cerise
Ijigarrée de noir, de rouge et de
blanc, d'après Hichelct. (Diction-
naire Fran^'ais, édition de 1080.)
Nous allions au verger cueillir des
[bigarreaux.
(V. IIiT.0, Contemplai ions, II-VII.)
BïCiïïiK, adj. Louche. De bis
oculiis.
Eslrc louche ou bi'jlc : c'est une dis-
torsion contrainte avec incgalilc de la
vue.
' (Ambroiso Vxné, XV, ,5.)
Si VOUS Clcs bifjle, vous verrez quo
je deviens aveugle et sourd.
(VoLiAïuE, LcUrc à l'ictet, Je sept. 1763.)
BIGOB^KAl', s. m. Co([uil-
lage luiivalve de mer, de l'orme
conique helyf'oïdalc. Du latin :
bis cornna. Ce coquillage est
nommé ailleurs: bigorne, vigneau,
guiguetle, etc. Le nom de bigor-
neau a été donné au.x sergents de
ville et aux soldats d'infanterie
de marine.
BllVEB, V. a. Donner le
deuxième labour à tm champ. En
basse latinité : biiiaro, vineain
iterum fodere. De Jiiniis, double.
Quam vineam circumfoilicnt, lailla-
bunt, paisselabunt, fodienl et bhiabintt.
{Carlul. de l' Eyl.d' Autnn^nna» liTO,
cilé par du Casge.)
La seconde œuvre, dite bisner : sera
bon en môme temps qu'on bisitc la
vigne... de la faire cspamprer et osbour-
geonner...
(Olivier np. Serres, Aijriettltnre,)
Au XVII° siècle, en langage
ecclésiastique , biner signiliait
dire deux messes eu un uK'me
jour, (Hichclet, Dictionnaire.
Français, édition ItiSÛ.)
K1>;ettk, s. f. Mol familier
pour désigner l'aspect , la tour-
nure d'une persomie. il faut voir
l'origine de ce mot dans le nom
de binettes, donné aux porru-
(pies du XVII" siècle, fahritpiées
par liinel, le perru(|uier do
Louis XIV. Cotte opinion, émise
l)ar AL Feuillet de CoucIkîs, dans
ses (Causeries (Piin Curieux,
parait assez plausible.
BION
Si
DISSAC
BIOX, Billou, S. m. Dont
d'iino lourelio. Envieux franrais:
bàlon; latin : pilhi; bas lalin :
lulliis.
UIQUE], s. f. Chèvre. En bas
breton : bicq, bouc ; italien :
Lecco.
La bique allant remplir sa traînante
[mamelle.
(Lafostaisb, liv. IV, fabl. X V.)
BTQrKT, Blqiiof, S. m.
Chevreau. En vieux français :
hichot. (Ménagior du XI F« siècle.)
Puisque ce bouc mis en jeu me suffit
Je n'en ai point de meilleur à prouffit
Ce'sont biquets
iVAi«iELi:t, Foresterie VI, p. 17.)
BIR.VU», Bifoleaii, Bi-
roii, etc., noms d'hommes. Du
vieux verbe hiver, tourner, qui a
aussi signifié : se réjouir, mener
joyeuse vie. (Voir Hoquel'ort,
Glossaire.)
Ces mots sont peut-être une
corruption du latin vir, homme,
par le changement du v eu J)\ on
peut également les considérer
comme une forme de hireiiil,
(voircemot), en poitevin: hiroiix,
en berrichon : hiron, qui signi-
lient : louche.
Il faut lire dans le Baron de
Fœncste, d'A. d'Aubigné (liv. III,
ch. XIII), la jolie anecdote de
Charpentier Birnut.
BIRKLTIi, adj. Louche, ((ui
regarde de travers. Du vieux fran-
çais /jy>e;', tourner; en breton et
en provençal : bira.
nsst:, s. f. Vent froid; vent
du nord.
M'a Diex donc, li rois de gloire
I"'.t povro rente
Kt froil au cul quand bise vente.
(Ri;TEn(EiiF,Lr dis de la yricsche
d'ijver, 1. 1, p. 95.)
Ah! prélat de Sainte Ygliso
Qui por garder les cors de bise
Ne volez alcr aus matines.
(RirTEnŒii-, Complainte d'Outre-Mer,
i. I, p. 9o.)
BISET, s. m. Pigeon sauvage,
ainsi nonuné de sa couleur hise.
En ce lieu on embroche
Lièvres, connilz, oiseaus, perdrix, fai-
[santz.
Pigeons, bizels, ce sont oyseaulx plai-
[sanlz.
(Gilles CoRRozET, Blason de la Cuisine,
p. 11)
Ici l'arquebusier de derrière un buis verl
Affûté, vise droit contre un chêne cou-
De bisets passagers [vert
(»u Bartas, La Semaine, > chaut.)
Tristan Bizet, évêque de Saintes
en 1530, portait : d'azur au sautoir
enr/reshi d'or, accompagné de
quatre hizets do môme.
BISSAC, s. m. Double sac
de toile ayant une seule ou-
verture au milieu de la longueur.
Ce mot dérive du latin hisaccium,
qui se trouve dans Pétrone
(sat. II). En grec moderne on dit:
Si'îaxiov; en italien : bisaccia, qui
est le pluriel latin.
Hé! vierge Marie, ce sont ille
Qu'il a pris en lieu de bissac
Las, mon Dieu! je suis à bazac.
{l'arce du frère Cuillcbcrt, anc. th.
fr., t. I, p. 321.)
La bonne femme qui desroba le />issoc
de Jolivct, bourreau de Rennes, ou il y
avoit la tcsie d'un gentilhomme voleur.
(Nniil DM 1''aii., Contes d'Eulropel, t. I,
p. 20G-267.)
Cet ustensile si usité dans nos
campagnes est désigné dans les
BISSE
S5
DLATTF
vers macaroni(iues du moine
Tappccoue, revenant de la quèle :
Hic esl de patriâ, nalus de gcntc belistrà,
(Jui solcl anlHjuo bribas portarc bisacco.
(RabelaiSj Pantagruel, liv. IV, ch. XHI.)
BI§§e:, s. f. Rouge-gorge. En
angoumois on appelle cet oiseau
la russe, de l'allcniand ross,
rouge.
ms.^l^l'IIi, nom d'homme si-
gniiiant : œil noir.
BliAISF, s. m. Prénom et
nom d'homme synonime dchègue.
En latin : hlœsiis, en grec : Bla-.'joç.
On dit encore biaiser pour hé-
gayer d'une manière peu pronon-
cée :
Et Robert de Castcl ki bloiso.
{Li cniif/ic Baudr fafttnuld'Arrns,
vers ItHi", Fabliaux cl Contes,
1. 1, p. 118.)
IiIiA]V4;iia-:T, s. m. Vélc-
mont blanc, longue chemise de
nuit des enfants. En basse latini-
té : })litnchctiiiu, ainsi délini : in-
dusiiun Iniiciiiii sou lliornx intc-
rior laneà.
Uem de Capuciis et vpsiibus, sivc
blanchelis alcjiie aliis rcgularibus ves-
linicnlis
{Statuta rcformalionis mon. S. Claudii,
nnno lliS.)
Quatre aulnes de drap lurquois retrait
et retondu, un nucf blançliet double do
toile...
(Teite (lu XVI" siècle, cité par dc C.vnge,
ou mot blanclict uni.)
3 SOUS et U deniers pour un blanc/iet
et 9 sous et 1 denier pour refailures des
drapaillcs des enfants
[V.omplrs de l'hnpilal de St-Jehan
rie.iTri)ueé.s,\',V.ii, ciio pnr Homie-
roitT, Clossnire de ta Lnni/ue rn-
mane, 3* volume au mol ane.)
ISIiA^-wrKKAl'.s.in.Sorto
de pomme dure cl blanche. En
vieux français : bliinduriuu, pom-
me de Galeville blanc, qui venait
d'Auvergne. (Hociuefort, Glos-
saire do la LaïKjae romane.)
Poires de chaillou et nois fresches (1)
Primes ai ponnnes di^ rouviau
Et d'Auverj^'ne le blanciluriau.
{Les Crierie.t de l'aris. vers -W*,
Fabliaux cl Contes, l. U, p. iT'J.)
ISIiAlVZAC, nom (\c. localité
signiliant : maison blanche. (Voir
au mot ac, pour la signilication de
la terminaison.)
En latin, cette commune est
désignée par le mot blanziacnm;
il y existait une abbaye dépendant
de l'évécpie d'Angoulènie. (Voir
la Gallia Christ iana. t. II.)
BliAXKAY, nom de localité
ayant même signilication (|uc
blanzac. La finale ay remplace
ordinaircmentac pour leslocaliés
avoisiiuint le Poitou.
BIi^ASl.Tl»\T, nom de loca-
lité. En latin : blasii-mons, mon-
tagne de Biaise. 11 y existait un
monastère ou un prieuré au
moyen âge: IJlasii mnntiscœno-
biiim. (Gallia Christiana, t. II,
col. 1100.)
IIïiATTE, s. f. Mite (pii ronge
le draj) cl le papier.
Les rats et bluttru on (.illn que je ne
mente) autres malignes bestcs avoient
broustc le commencement.
(IUbklàI!', l'anlajiuel, li». l,di. I.)
(l) Pnirrt de ChaiUou : poires de Caillam en
Boiir,?ojçne.
Hiiuviau. rouKP, poires ilo C.nlcvllle.
Ulauduriau. Calerillc blanc, d'Auvergne.
BLAVE
SS
BOISARD
IBIiAYF, nom de ville. C'est
rnneieniio Blnvia de la carte de
Peiitinger, située entre Tamniim
et Burdignh, sur la voie romaine
de Sens a Bordeaux. L'itinéraire
d'Antonin la désisjne par le nom
Blmitum alias Blaxinin , et lui
donne la même position. AuIV^sic-
cle, Blaye était un poste mi-
litaire (pii conmiandait la Garonne
et une voie romaine (/jlnrcn (rila,
gravier battu).
Iteraturum quà glarfa Irila viàrum
Ferl mililarem àd Blaviam.
(Ai'soNE, épitro \ ù l'jiulus.)
Eiie Vinct {(lonnnenlaircs sur
Ausone, p. 447), nous apprend
qu'on a employé la dénomination
de Blavia pour Blaiva. La chute
de la consonne médiane a donné
Blaia, devenu Blaye.
La voie romaine qui passait à
Blaye paraît avoir eu de l'impor-
tance, c'était ce quenousappelons
une route stratégique, elle suivait
la côte de Saintonge, passait par
la station de Noviorcgum, celle
de Tamimm (voir les mots novio-
regum et talmont) et était dési-
gnée sous le nom de helli via,
d'oLi l'étymolog-ie de Blavia :
Le dernier poste sur la voie militaire
de Bordeaux à Saintes porta le nom de
Castrum belli viœ, dont on a fait plus
lard : Blavia.
(Obeilly, Uislnirc de Bordeaux, t. I, p. 3-2.)
Cette voie a laissé des traces
(pji ont été retrouvées à Plassac,
à Mazion (Mansio), dont un des
villages ])orte encore le nom de
village de la Voie, à Saint-Martin
La Caussade, nom gascon de
chaussée (calciata), elle passait à
Cartelègue (quarta leuca), distant
de Blaye de Ij kilomètres environ,
con-espondant à quatre lieues
gauloises.
Au moyen âge Blaye était ap-
pelé Blaive et Blavc.
Basset Girundc a mult granz nefs iju'i sunt
Entres (ju'à Blaive ad runduit sun
[nevuld.
{Chanson de Roland, vers 3688°)
Si passèrent toutes ces gens la rivière
de Garonne entre ISourdiaus et Blaves.
(.1. KnoissAUT, liv. I, § i!92, t. V, p II.)
ISOEPl^', Boflincau, noms
d'hommes. Le second est un di-
minutif du premier, qui lui-môme
peut être considéré comme une
l'orme de Baudin (voir ce mot).
Mais Bodin étant aussi un nom de
lieu, pourrait dériver du vieux
français Bode, Bodin, Bodince,
en basse latinité : hodincus, qui
désigne un trou profond, une
Ibsse dans un cours d'eau.
BOI'JSIï:, nom d'un afiluent
de la Charente (rive gauche).
Ce mot a eu en vieux français le
sens de sorcière ihohcjna).
BOIXASiSS, !ioiimu(],Boi-
Mot, noms d'hommes et de loca-
lités dérivés de Loin, bon, clé-
ment, et peut-être du nom d'un
])euple de la Gaule chevelue, les
Boïes, en latin hoii.
Dans le premier nom Boinard,
qui s'écrit quelquefois Boisnard,
on peut voir une corruption du
vieux français buisnavl, niais,
sot.
Por buisnarl vos povez tenir;
Alcz vos, bucn home, dormir.
[Chronique drx Ducs de Normandie,
t. II, p. 21).)
BSîîBSAUBî», nom d'homme.
Du vieux français hoiseor, boi-
sierre ; en basse latinité bausia-
BOISSEAU
57
nONDON
toi\ trompeur, fourbe. (Roquefort,
Glossaire de la Langue roinanc.)
BOïSSK-ll', s. m. Mesure do
capacité, ilouljle-dc'calitro en bois.
En basse latinité : LoisscJIus.
Or i faut et vans cl corbeilles
El si i faut boissiaus et seilles
Pos et picliiers.
(Le dit des choses qui fuiUeiU en ménage.)
Li meunier de grant pont puent pren-
dre de cliascun scslier de blé ou de
aucun autre grain maudre, un boissiel.
(Est. BoiLE.iu, Reg. des Métiers, p. 18.)
On l'appela de toute mémoire l'année
des grosses niesles, car les troys en
faisojent le boysseau.
(Rabelais, Pantufiruel, liv. II, cb. I.)
IBOISISI!:l.1':f, s. f. Mesure
locale de superlicie, portion de
terre (pi'on jieutensonienscr avec
un boisseau de grains.
Je n'avé pu qu'une ouohe de quatorze
boiceléeSy fremee de murailles.
(Agrippa dWi-bigné, Baron de Fœneste.)
En Vendée, on ai)pelle/;o/.ssc-
Jvo la redevance en nature que le
curé reçoit de ses paroissiens.
n02SSls:iSK, nom de villag-e
et d'boinme. Lieu planté de bois,
en vieux français : hiissiùre, en
basse latinité : Liisserla.
B01^$>iO\, s. f. Tottt liquide
(jui se boil, et en j)articnlier dans
la Saintong-e, les diiï'évents breu-
vages faits avec des raisins secs,
des marcs, des fruits sauvages,
etc., et ([ui sont destinés à suj)-
jjléer au vin. 11 y a longtemps (pic
le paysan saintongeais, si grand
amateur du jus de la vigne, est
obligé de se contenter de breuva-
ges moins vivilianls :
Duabus pipis vini et unà pip.T de
boisson seu bevralge.
(Te\lo ilu XV» eièclo clic p.ir in. C.asce
au uiol beuvcnda.)
B01i«>!§0]V, s. m. Buisson.
Biax oisellons en verts boissons
De lûtes èves les poissons.
(Jean de Mei.nr, Homan de la Ruse.
vers 16191»)
Boisson est un nom d'iiommc,
comme hosson et Ju'sson. Ces
trois mots en vienx français, ont
la même signilication do Imissoii.
(Voir lÂocptofort, Glossaire de la
Lanfjuo romane.)
BOIi«»^iO\^'F.R, V. n. Boire
avec excès, boire souvent.
Je suis très mal aboissonné
Nous serons j'a tost torchonnc.
(Ariioul GnEn\>-, Mystère de la Passion,
vers 3T68".)
BOXACF, s. f. Calme. C'est
le contraire do tempête, au propre
et au ligure. Italien : honazia.
Si lono que voi mers osl bonacc.
[iienart le Nouvel, vers 5Cii*.)
Se la nave vient a 1ère cl brize par
fort lens ou par bonnassc.
{.\ssises de Jérusalem, l. I, p. 8i.)
IIO\l»O.V, S. m. Trou rond
d'une harriquo qui .•>o l'orme avec
la II onde.
V\ fu la plaie si largo que li sans
venoil du cors comme li bandons d'un
toiinel.
(Jol^vll.LK, Histoire de S. Loys, § Iti.)
IVollc usent aulcuncs foys les friands
à caciiolcr, comme de syplions pour
sugcer cl avccqucs l'Iialciiic attirer lo
vin nouveau |iar lo bondon.
(Uadeiau, Pantagruel, liv. ni,ch.L.)
BONE
58
BORRU
BOXF, s. f. Borno, marque
sc'parative do doux champs.
Des laboréors je vous di
Que li uns conquiert volentiers
Sor son compaignon deus (luarliers
De terre, s'il puel ^n ambiant
Et boute adès la bone avant.
(La Bible au seif/nor de Berze, vers 219»)
Fabliaux et Coules, t. II, p. 401.)
BOXIVFFO:^ W, nom d'iiom-
et do localilô, siguiliant bonne
lontainc.
BOJVJVEVAIi, nom d'homme
et de locahté : bonne vallée.
BOX]\ KGF^T,Bouu'scut,
exclamation de pitié. Au moyen
âge, on appelait hounc-gens les
bourp^eois de la ville; manants,
les habitants (ninnentes) qui
n'avaient pas droit de cité.
La nuit Saint Martin en yvar, cl mois
de novembre, en la présence des boines-
gens de la dite ville
{Bail de l'E.trhevinagc de Douai,
aiuice 1301.)
Où sont-elles? bonnes gens, je ne
vous peux voir
(Rabelais, PanlagruelyWv.U, cl). III.)
B«]V^'EItIEA'T, adv. Avec
boiit(.*, sinqjlement.
La dame pluranlc et pensive
Li respondi mull boinement.
(Marie de Frai^ce, Lai de Gugemcr,
Ters 3(X)", t. I, p. 70.)
BOXXIX, Boniiaiid, noms
d'hommes. Dérivalil'sde l'adjectif
bon.
IlOBBERIE, s. f. Petite
métairie. Du vieux français :
borde, petite maison, cabane.
Doi\ en ancien langag-o tudes-
(jue, signifie un domaine, une
métairie ou ferme des champs et,
de là, est tiré l'ancien mot fran-
(;ais horde, qui signifie la même
chose (Guy Go(iuille, ///s/o/re
du Nivernais, cité par M. le comte
xlaid)ert.)
En gothicjue : haiird; en ancien
Scandinave : bord, signifient mai-
son. En anglo-saxon : bur, bord,
et on irlandais : bir, signifient
maison et mailairie.
Une borderie qui contient en soy si.\
sexterées do terre.
(Toite du XV» siècle, cité par nu Gange,
nu mot borda.)
B«RB>ïEK, s. m. L'exploi-
tant d'une/^orc/cvie. (Voir ce mot.)
Le seignur pur un denors que il don-
rad, si erunt quilcs ses hordiers e ses
boverz.
(Lois de Cuillaume-le-Conquéraiit.
ch. XVIII.)
BOBB'^Ii, liSorenu, noms
d'hommes, formés de bour, bâ-
tard, ou de bourrel, bourreau,
adjectifs de la vieille langue fran-
çaise dérivés de bure, bourre,
et désignant la couleur roussâtre.
L'exécuteur des hautes œuvres,
vêtu de couleur rouge, en a tiré
son nom. Le nom Borel se trouve
dans le grand poème national du
XI° siècle :
Ksperveris i fut, H filz Borel,
Icel ocisl Kngclers de Burdel.
(Chanson de Boland, vers 1383».)
BOnBU, nom do localité,
près de La Rochelle. C'était, au
XIV" siècle, un château fort.
A deux lieues sans plus de La Rochelle
[droit
Droitcmcnt a Borru no barnage cstoit.
(Chronique de Bertrand du Guesrlin,
ver» 21321°.)
BORS
59
DOUCAN
ROilS, Boiirs, noms de
localités. Ce sont deux des formes
([ne le vienx français a employées
})0ur désigner les villes, les villa-
p^es, les bourg's el maisons forli-
liées ; du grec : -n'jpYoq ( voir
bourg); en italien : borgo.
Ici sunl les livres des dialoj^ues Gré-
goire, lo papa del hors de Rome
(_l>iiUoijiies (le saint Grégoire, irad.
Uu Xn» siècle.)
BOSSIS, s. m. Levée de terre
qui entoure les aires des marais
salants.
Mais sais-je bien que sur les bossis
des marez sallans de Xaiutonge, l'on y
cueille du bled aussi beau (ju'eii lieu où
je fus jamais
(Bornnrd Palissy, Discours Admirable,
p. 300.)
BOT, s. m. Sabot. Mot dérivé
du celtique : hotcz, qui désigne la
chaussure, ainsi que le gallois :
holas; l'écossais :j&o/; l'irlandais :
Lolis.
l'est vray que Jon Tallebot
Mon vesin me cassi men bot
In jour in jouant au pallet.
[Genlc Poilevinerir, p. 27.)
A savoir si le bot frapil le jialct
ou si le palet frapil le bot.
(Noël DL- Fail, Contes d'i:utrnpel,[>.^'t.)
En vieux français, le mol Lot a
signifié bout, but, et en outre :
crapaud, outre de peau de bouc,
(lioijuefort. Glossaire de lu Lan-
gue romane.)
Dans i'Aunis, Lot désigne un
fossé d'écoulement des marais.
1SOTOX , ISot<oii , noms
d'hommes d'origine Scandinave,
((ui se trouvent dans la forme la-
tine : Lot ho. Au XII" siècle, un
comte Doton fut chargé d'ensei-
gner le danois au fils de Gnil-
laume»Longue-Ei)ée :
Kl pur ceo, sir {|uens Boton,
\'uil que vos ensemble od vus
De lui ensei^^ner Curius...
{Chronique des Ducs de Kormandie^
t. I, p. iSO.)
ISOTTIvll,', S. m. Petite
botte de jjaille ou de foin. Dimi-
nutif de botte qui dtîrive du ludes-
(pie : Lozo, fagot, faisseau ou du
celtique, car en breton : Jiolel,
a le sens de botte de fuin.
Au lieu où il mangea fallut osier qua-
tre ou cinq hommes morts pour lui
faire place el y mil l'on deux boleaux
de paille où il s'assit.
(l'b. de CuMiNKs, Mcm.. liv. I, l.I, |i.2S.)
Il monte, j'entondy le train
Je saulx et quis mon advnntaigo
L'un lève le botheau de toing.
((;. ("oi.iriLLAiiT, Monolnqtie de la Botte
de Foin. l. U, p. 22a.)
Graveur vous deviez avoir soin
De mettre dessus cesle leste
Voyant qu'elle esloit d'une bcste
Le lien d'un bottcau de foin.
(M. Uegueh, Epiijramme.)
BOTTFIiKR, V. a. Mettre
en botte du foin ou de la paille.
Bas breton : Lotelhi, lier.
S'csbaloycnl à botelcr du foin, à fondre
du boys
(Rabelais, Gargantua, lit. I, cli. XXIV.)
Le foin sera bottclc en faisscaux à
l'usage du pais
(Olivier nR Sbbhb», ThciUre d'Agriculture,
p. iG'.i.)
llOTTi:iir.l'H,s.m. Ouvrier
(jui met le foin en bottes.
HOrCAV, s. m. Tapage,
1,1.,, il — grouderie brutale. Dt-rivé
du grec : Ur/.ivr, drompellei.
BOUCIIOLKl'R
60
BOUGRE
Grecs et Phrygiens alloienl faire
Trop de lapage sur la lerre
Pour qu'il ne" s'en fil pas au ciel
Ce fui un boucan sans pareil.
(La Giu-iri' de Troie, ch. VI, p. 79.)
Au XVII"' siècle (voir Richelet,
Dictionnnive Français , édition
de 1080), ce mot a signilié : maison
de proslitiilion. 11 a eu, comme
le mot d'argot : bousin, ia double
signilicalion de tapage et de mau-
vais lieu.
La Bourbon dans son boucan
Etale sa marchandise.
• (Ch.iiisim citco pnr la duchesse d'Orlévxs,
Letlreu, p. 2S3.)
B,«ï'C'Sî«ïiEï:K, S. m. Ce-
lui (|ui cultive les moules dans
les boiichols. (Voii* ce mot.)
lîOUCBÊWT, s. m. Parc à
moules formé de pieux et de
clayonnages. Mot dérivé du vieux
français : hoiical, latin : Jniccula,
goulot d'une bouteille, Loucel,
Louclwl , ])()uchiaux , tonneau,
cruelle; latin : houcellus ; cette
étymologie convient assez au hou-
chot, qui a une forme en enton-
noir.
Le bouchot, inventé dit-on au
milieu du XP siècle, par l'irlan-
dais Walton, tire peut-être son
nom du vieux mot JjoucJio, ([ui
signifie, d'a{)rès Hoquefort, sale,
jjuanf, et dériverait du celtique :
bouch, qui a le même sens.
L'odeur exhalée à marée basse
par les parcs à moules, ne dément
pas cette hypothèse.
î20ufB'^E':k, V.
goulûment.
n. Manger
Des chevrcaulx à la chardonneUe.
{(Uémenl Mauot, Kpitres, t. I, p. 224.)
BOmFK (se), V. réfl. Se
remuer, s'éloigner d'un lieu.
El i)crs:onne, Monsieur, qui se veuille
[bouger
Pour retenir des gens qui se vont
[égorger.
(Moi.iKiin, Di'pit Amoureux, act. Y,
se. VI.)
S'il est vrai, adieu le caresme
Au concile qui se fera;
Mai-s Rome tandis bouffera
UWETTE, s. f. Bourse.
Mot d'origine celtique; en bas
breton : boulgan et Jjoulgedcn;
en gallois : bolf/ar; en écossais
et en irlandais : bolj; en basse
latinité : buhja.
Ihilgos galli sacculos scorteos appel-
lanl.
(Festus.)
En vieux français : bouge, bou-
gclte, bourse de cuir :
Vous voulez vuider les gibecières
d'aulruy pour remplir vos bouges.
(CuoLiF.REa, Quatorzième Matinée.)
El baillent, quant ilz sont sur champs
Leur bougette a l'hulesse a garder.
El disent qu'il y a cent francz
Oii il n'y a pas ung denier.
(C.uill. CoyuaiAiiT, lesDroilz Nuuveaulx.)
IXOtlft^'EAïJ, nom de loca-
lité située sur les bords de la
Seugne, cours d'eau liinjjide et
poissonneux. Corruption de bon-
ne-eau.
180îî«îSF>, s. m. Expression
injurieuse qui, au moyen Age, a
pris le sons de sodomitc, après
avoir simplement désigné les
habitants delà Bulgarie ou Dou-
gvie.
Les envoia à Johannis, le roi de Bla-
quie (Valachie) et de Bougrie.
(Vii.i.i:ii\uDoiiN, Conq. de Constant.)
BOUIL
61
BOULER
Vers le XIII° siècle, une secte
hérétique, née en BuliJ^arie, se
r{'l)andit on Euroiic et se mêla à
celles des vaiulois et des albi-
geois. La crédulité populaire,
excitée par les moines, lit poser
sur ces héréti(iues (natifs do la
liougrio, ou Jjoiitfros), des accu-
sations de bestialité et do sodomie
(jui ont détourné ce mot de son
sens primitif et en ont assuré
l'immortalité.
Les mcsons et li hérilaiges el les
niobles qui sont au hor/rc sont le roi...
el se la feme siet sa niauvelé... l'on la
doit prendre comme ceic (jui se consent
à son fct et est tenue à boiji'osse...
[Li Livres de Joslice el de Pie!,
p. l-2eii;}.)
Il n'a en tout ccst mont ni bougre ne
Ihe'rile (1)
Ne fort popelican (2), Vaudois no
Isodomilc
Se il vestoit l'abit où papclars s'.ibrilc
C'on ne le tenist jàà saint ou à hermite.
(KirrEBŒiT, DU des Jaciiliin.i, 1. 1, p. 178.)
Qui sunt les derniers devenu/.
Qu'entre jacobins cl nienuz (o)
Ont recciiz de testament
De bougres por loiaus lenuz
Et d'useriers vieux el chenuz.
(RiTEiiŒti-, Comptainrle de Conslaii-
tinopte, l. I, p. lOo.)
Aujourd'hui, lo sens du mot
bougre est beaucoup plus étendu :
Le dieu qui vit la triste enluminure
Kl l'oripeau du poète gla('é
Se prit à dire en style moins pincé
Ce bougre-\h n'aime pas la peinture.
(Lefiihn, Epiqramme sur les Jardins
de Delille.)
nOUTTi, S. m. Bouillonnement
d'un li(piide chauffé. Du latin :
hiilliliis, vieux IVanrais, J>ull.
[D Ilerite, licrcUiiiic , ,
(-2) l'opetieaii, manicliéon ; on liasse latiiiilc
poplicdiuis.
(3) Menui, frères mineurs.
KOUllifil':K,s. f. Pousses de
taillis i;?suos d'une seule souche
de bois. Mot dérivé probablofuenl
de la forme en boule des toulVes
de jeunes taillis.
BOi:il^I..O\, s. m. Dimiimtif
du mot précédent, s'ajjpliipianl à
la touffe de céréales ([ui nail d'un
seul grain semé.
BOlilXF, adj. Corruption de
})Ovine, c'est la qualilication don-
née à une espèce de mouche qui
pique et affole les bœufs.
BOUIXFAU, nom d'homme
et de localité. Forme do Ijoiiimii,
dérivé du vieux fi'an(;ais Luiii,
hou.
ISOULA^VCiiroil, v. n. Prépa-
rer la pàto du pain et la pétrir.
Dérivé du vieux verbe huiih'i\
rouler, mettre en boule. Latin:
hullnvc. L'ouvrier qui faille pain
mot après le pétrissage la pàto on
boules pour ([u'olle foi-monto sous
l'action du levain. Cuire lo jjain
constitue imo diMixièuiO opc-ration
appelée ou Saintongo fonrncyci-.
(Voir ce mot.)
,\près Jacquinol, il vous faul
lioidaïujcr, fournicr el bucr,
Ululer, laver cl essangor.
(Farce du Curier, nue. Ui.fr. ,i. I, p. .r.!
nOl7TiB-:R, v. a. Mottro ou
boido, laiio outrer (iuol(|uo clioso
de force. Jfoiilrr une porsonno,
c'est la réprimanilor, la bruscpioi'.
Prenez du jiain haslé cl du fojc de
poulailli-, si en pouvez lincr, il le lucUez
tremper en bouillon de b.cuf, le couliez
parmy l'cslamine cl boulte: dedann un
put avec la j)crdri.x.
(Taiuevest, Lirrcs de ('.iiisinc.)
G
I50UGREAU
G2
BOURG
BOIGRFAF, Boii^rou,
Iloiijïuoi'onii. noms d'Iioiniiics
dérivés du mot hongre (voir co
mot), qui a simultanément dési-
g-né au moyen jîgc les habitants
de la Bulgarie, des hérétiiiues et
des sodomites. •
BOUIV, Bonne, adj. Bon,
bonne.
S'en vail li bor en sun pais
Véer sun père, sun segnur
Sa bonne mère et sa surur.
(Marie de Fiunce, Lai rfe Guyemer,
t. I, p. 5i, vers 'tt^,)
BOU^Jl'ET, nom d'homme
dérivé du vieux français />oz/^?/e/,
chevreau, ou du verbe Lonquor,
gronder, bouder. (Voir Roquefort.)
BOUd^UIl': , a;oiif|uicr ,
noms d'hommes. Corruption du
vieux h'ixnçSLïà Loue hier, boucher,
en latin : buccavius.
BOl BBAU», Bonrlieau,
noms d'hommes. Habitant d'un
pays marécageux , l)our])eux.
Peut-être ce mot vient-il de Aoyr-
bete, en vieux français : poisson
de mer.
Nous ne mangions nuls poissons en
l'ost tout le quaresme, mez que bour-
betes...
(Joi.xviLi.E, Histoire de S. Linjs.)
lUirRiil], s. f. Béquille,
appui — mensonge, tromperie.
Mot contracté du vieux français
bcliourde, sorte de lance pour les
joutes. Ag. d'Aubigné a emjjloyé
ce mot avecses deux significations
dans les vers suivants cjue les
mécréants pourraient applicjucr à
bien des lieux de pèlerinage :
Si vous ouvrez encor les yeux
Si vos oreilles ne sont sourdes
Tant de bourdes de ces boiteux.
Qu'en dites-vous? Ce sont des iounfes.
(Ag. d'Atnir.xÉ, Itarnn de Fœnesle
liv. n, ch. V, t. I, p. 70.)
BOUIiFxVU, nom d'iiommo
dérivé probablement du vieux
français bouv, bâtard. Au XIV®
siècle, le bour de Lesparre,
bâtard de la noble maison de Les-
])arre en Aquitaine, avec le bour
(lanuis et d'autres aventuriers
gascons et anglais, commandait
les grandes compagnies de soldats
mercenaires que le traité de Bré-
tigny lit licencier, et ([ui, après
avoir pillé la France, furent em-
menés en Espagne les uns par
Du Guesclin, les autres par le
])rince Noir. (V. Froissart, Chron.,
passim.j
BOIIKC,:, s. m. Chef-lieu de
commune , ensemble des mai-
sons qui entourent l'église parois-
siale. Ce mot, au moyen âge,
désignait une ville ou un village
fortiliés , du mot latin burgus ,
ainsi délini : Castellum parvum
quem burgiim vocant. (Vegèce,
de Arte militari.) Il dérive du grec
x'jpYo^i tour. L'italien ])orgo,
l'espagnol borgo, l'allemand />//;\9,
le gothique baurgs, ont le même
sens (|ue bourg.
Gésir pourrons -dubiirc de Si-Denise.
[Chanson de Roland.)
Bours et chastiaus, et viles, fermcléz et
[destrois...
(lionians de Berte aus grum pics,
vers 1508".)
Là estoient li champ et li maisnil
Li b(iles viles et li bore seignori
Croissent li bois, ronces et aubespins.
[La mort de Garin. vers 2939".)
BOURGEOIS
63
BOURRIN
La ville do Bourg-, ancienne
place forte du blayais, estdésig'iiéo
au moyen âge ])ar les mots : Bui'-
giis super Duramniam.
UOl RfiiKOIS, ISoiir-
g;eoise, s. Lemaitro, la maîtresse
de la maison. — Le patron , la
patronne.
Od li n'en oui on la maisun
Escuier, serganl ne garçiin,
l'"ors seule la lile à la burijeise.
(Marie de Fbascb, Lai de Graeleiit-,
1. 1, p. 498.)
El chambrières i ol trois
Si i fui la nièce au borgeois
Deux paulonniei's el un ribaul.
(Faldiait de la borgoise d'Oiliens.)
Mon sac! Il faut que je m'en voise !
C'est la façon do la bourgeoise
De riens faire, se ne lui plaisl.
[Teslainent de Pathclhi, Farce du
XV° siéele.)
lS0l'Rf-03 V, ]Itoiir;;ouiii,
noms iriioiames. Dimimilirs de
bourguignon, qui lui-même dérive
du vieux nom g-ermauique hurg-
win, défenseur, i)rotecteur.
1SOlISi(;.\K, s. f. Sorte de
nasse pour prendre le poisson,
appelée aussi hourgnon.
Dans le vieux français, on avait
outre ces mots, ceux de hourgin,
lilet pour la pèche. (V. Roquefort.)
En basse latinité : horgnus.
Certains inslrumcnls el enjoins pour
pescher poissons, noninicZ el appeliez
hourgnes, ou bourgnons.
(Teilo Uu XV» sicclo, cilc pnr l)i: r.\>cE
au mot linryiius.)
lfiOi:i^ici-:o^, s. f. Fagot d'a-
joncs, litière faite d'ajoncs et de
broussailles.
Vingt sols pour un ccnl cl deniy de
colterets et un demi cent de bourrées
qui furent arses ledit jour.
{Compte de l'ordinaire de l'uri.i', 1 117,
relulé danu los antiquités d» Sauvai.)
Après... s'eslre seichié en l'ombro de
cinq ou six gros fagot/, et autant de
bourrées.
(Noël DL- FiiL, Propos r«v//i/«t'v, ch. XV,
p. 69.)
Ce mot est encore usité dans
beaucoup de provinces et notam-
ment en Tourraine.
Si je n'arrivais pas le 2 on li- .t avril,
fais vendre les bourrées par Hlondcau.
(1*.-L. CuniiiiEii, Lettres.)
lïOl'RKKIiKT, s. m. Hou-
leau de linge ou d'étolTe pour rele-
ver les jupes. Cet appendice rus-
tique est destiné à remplacer pour
nos villag-eoises ce cpie nos gi-aiid'
mères ont appelé un polisson, et
nos contemporains une tournure.
On donne le même nom et celui
de frontemi, au rouleau cpii en-
toure la coilTure des petits enfants
et qui est destiné à préserver
leur visage quand ils font une
chute.
Chausses, pourpoincts et bourrelets, (1)
llobes cl toutes vos drapillos.
(François Villun, Crand Testament ,\i. SS.)
Dames à rebrassez collet/.
De i]uelconque condicion
Porlant atours el bourrelé!:
Mort saisit sans exception.
(François ViiiuN, Grand Testament,
!>. 33, si. 39.)
fita>l'3CESI.\. S. m. .\[H>. iMl
vieux Iraiii.'ais lionrrc, hourras,
(pii (h'signail une {grosse élolïe do
drap gris et bourru, que la peau
de l'àne gris de Sainlonyc, rare-
(1^ I/iMition (Ifi I'. JaiiMcl, faiic d'apn-s ciMlc
de la Monnaye, porte:
o Chausses, pourpoincts «v«i/'f''"-
BOURRIQUE
64
BOUSSIN
ment étrilU', rappelle parfaite-
ment.
Vôstu ot une sorquemie
Qui ne fut mie de boun'as.
{G. DELonnrâ, Roman de la liosc,
vers i-ilS".)
UOURRIQIC , Boiirri -
quet, Hoiirriqnot, noms don-
nés à un mauvais petit cheval de
somme, et principalement à ïâne
ou à Vihwsso.
Espagnol : borrico; italien :
hi'icco; lombard: bovich; portu-
gais -.burrico ; en patois normand :
bourri; en provençal :/>o?/;"7.5Ao('.
En basse latinité, nous 'trouvons
dans le même sens : Burricus
Bu'vicus (Vegèce, de rê vet.)\
dérivé du \a.Wnburvus, roux.
Hé quoi ! charger ainsi ceUe pauvre
[bourt-inue.
(LAF0NT4IXE, le Meiiiiicr, non fis cl l'dae,
liv. ni, fab. I.)
BOL'RSFKAXC, nom de
localité. (Voir hors.) Au moyen
Age : franc-bourff est un bien de
roturier exempt de charges féo-
dales. (Voir Roquefort, Gloss. de
la Lang. romane.)
1SOl'R!!»I€OT, s. m. Petite
bourse.
Pas ne scmbloit avoir au cueur granl
IJoye
Et croy pour vray qu'il avoit de nion-
|noye
Plus que d'escuz dedans son bnursi-
\cault.
{Chas.ie d'amour, cite par LA(;l•u^E
DE St-Pal\ye.)
BOl'RftlI^R, nom d'homme.
Celait au moyen âge le nom du
fabricant de bourses de cuir.
De recliicf veulent li commun des bour-
siers de Paris que nus ne puisse com-
porter par la ville de Paris
(/{(■(/. des •Ht'lier.'i (rEst. BoiLEiu, p. 205.)
BOUSF, s. f. Fiente de bœuf
ou de vache. Mot dérivé, suivant
((uclques étymologistes, de l'alle-
mand butze, monceau, suivant
d'autres, du celti(iue. Cette der-
nière opinion est confirmée par
l'existence dans les langues néo-
celtiques des mots: /^e/izd^/jZ'auze/,
lîentede vache, et bahonz, ordure,
en breton ;j&a^v', ordure, en gallois.
Bouse vous di, bran de vous.
(Roman d'Audigier.)
On debvroit attacher une queue de
regnard au collet et faire un masque
d'une bouze de vaches à ung chacun
d'iceulz.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, p. 9.)
La bouse de bœuf chaudement appli-
quée
(Ambroise Pake, liv. XVUI. — 86, cité
par M. Lillré.)
BOll^IX, s. m. Tapage —
mauvais lieu. C'est le mot anglais
bowshhf, dans l'argot des marins.
En italien, biissarc signifie tapa-
ger. M. Francisque Michel dérive
bousin ûe buccina, trompette, car
les noms de bouzin et de bouzine
se sont appliqués autrefois à une
forme de cet instrument.
Et Dissiez les labourins
Trompez, naquaircs et bouzins.
(Chron. de Bertrand Dnijucselin,
t. n, p. 454.)
Et se rigollèrent ensemble au son de
la belle bouzine.
(KAI1ELAI3, Carnantna, ViY. I, ch. XXV.)
BOrSMl.V, s. m. Petit mor-
ceau, bouchée do (piel((uo chose.
Provençal : boiissina; gascon :
boiissi.
BOUTEE
6!i
BOXON
Mais le quintal de ces quinquallcrics
ne vault que un boussin de pain.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II,ch.X.VX.)
BOUTKE, s. f. Poussée,
secousse (voir bouter). — « De la
» première boutée , primo im-
» pulsu. » (Nicot.)
Le bateau... marche incgallement par
secousses, boutées et boullces.
(Charroi*, De la Sagesse, cilé par
La CiRNE.)
BOUTEIIiliFn, Boiitil-
llcr, noms d'hoiniiies. Ces mots
clësitrnaienl, en vieux français,
réchanson, l'oflicier qui avait la
charge de la cave ; en basse lati-
nité : buticularius. On peut les
dériver également du latin botu-
larhis , charcutier, faiseur de
boudins (hotulus, boudin noir.)
A son bouteiller commanda
(Ju'al gaiant le ciel" trancast (1).
WicE, Roman de Brut, t. H, p. 156.)
Mais cependant survint
Dans le celier ung bouteiller qui vint.
(Gilles CoRRozET, Les Fables d'Esnpe,
p. -21.)
BOL'TEILIiOX, Boiitil-
lon, s. m. Petit iianicr rond et
couvert, muni d'une anse. Le
vieux français avait boiiti'ron,
espèce de panier. (Hoquefort ,
Glossaire de la Langue romane.)
BOlTETiKlX, Bontc-
loiii^, Bontclcau, noms d'hom-
mes. En vieux français houtelcu
a le sens de louvotier, littérale-
ment : polisseur de loups.
BOV'TER, V. a. Mettre,
(1) Qu'au géant il tranchai la tcic.
frapper, jeter, pousser. On con-
naît la devise de M""" du Barry :
boutez en avant.
Assez i feri cl boutai,
El maintes foys j'escoutai
Si j'orroie léans mon àme.
(Guill.DF. LoRRi<<, Roman de la Rose,
Portrait de Hame Oyseuse.)
El par ce veulx-je bien dire que icclui
est bien fol qui se boute en lel
dangier.
(JoisviLiB, Histoire de S.-Loys.)
BOUTKT, Boutin, noms
d'hommes, dérivés du verbe
bouter. (Voir ce mot.)
BOrTO\XE, nom de rivière.
En latin : vullumna ou ^^■ultumna.
Tauniacum urbs est anliqua super
caranlonum lluvium ul dislinguatur a
Tauniaco super wultiimnam (1)
{Gallia Chri^liana, t. H, col. 1111)
BOi:VARD,Bouvo(. Bou-
vet, noms d'hommes. En vieux
français : jeune bœuf.
B O V Y K B , Boiiliicr ,
Boycr, noms d'hommes. Mémo
signilleation que bouvier, celui
(|ui conduit les ba-iifs. (Voir
Hoquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
Menassons fort el ferme les bouicrs,
bcrgiers et mestaiers de Seuillc...
(Rauelii<, Carganino. lir. I, ch. XXV.)
BOXOV, S. m. l't'joratif de
bowhoii (cal)aret, mauvais liem,
dérivant comme lui du latin
buxum, rameau de buis ou de
{V Tauniaruin super Wulliimiiani. Tonna%-
Iluutnnnc, arrondissemcnl de Sainl-Jcan-d'An-
g^lv. Taintianim super Carrnlniium purium,
Toiinay-ChareDle, pnS llochefort.
BOYARD
66
BRAISE
laurier qui sert encore d'enseigne
aux cabarets. (Voir Francisque
Michel, Dictionnaire d'Argot, aux
mots hoccard, boxon). Le vieux
français box, hoqiie, bouc (sym-
bole de la luxure), et le verbe
boquci\ frapjjer,. battre, ont éga-
lement pu donner naissance à ce
mot d'argot.
BOYARD, s. m. Sorte de
civière ou de brancard. En vieux
français : bovnr , cheval de
somme. (Voir Roquefort, Glos-
saire de la Langue romane.)
Les unes seront portées dedans des
vaisseaux de terre, les autres sur cer-
tains engins faits en forme rie boyards
ou, brouettes.
(Bernard Palissv, Recepte Xcritahle,
p. Uo.)
Un banc de roches, à l'est de
l'ilc d'Olcron, porte le nom de
banc du boyard, sans doute à
■ cause de sa forme.
BR.VCHET, nom d'homme.
Ce mot désignait, autrefois, une
espèce de chien de chasse : le
braque.
Tristan entent un pelilet
Husdent me lesse, Ion brachet (1).
{Roman de Tristan, p. 130.)
BRACIIETTE, BraycUc,
s. f. Ces mots, qui se trouvent
dans le Dictionnaire Saintongeais
de M. Jônain, dérivent du latin
braca, braie ou culotte gauloise,
devenu en vieux français brague
elbraye.
Pellibus et Iaxis arcenl mala frigora
[braccis.
(Ovide.)
(U Tristan, écoute-moi un peu, laisse-moi
Husdent, ton braque.
Gnlli l»'acas dcposucrunt, lalum cla-
vum sumpserunl
(Si'ETONE, Vie de J.' César.)
Le latin a emprunte le vocable
braca au celtique, car les langues
dérivées ont b ragez (breton);
briges, briogan (écossais), avec
le sens de culotte.
Au XVI" siècle, les mots/v/'A^we,
brayette, braguette ont été simul-
tanément employés pour désigner
l'ouverture de la culotte.
Chaussez-vous de£es chausses vagues
Qu'ils portent qui n'ont point de fcra^t^es.
(Baïf, Le Brave, net. IV, se. IV, p. Ii3.)
Pour la brcujuetle furent levées seize
aulnes...
(Rabelais, Garf/anlua., liv. I, eh. VIII.)
Cents de ville, n'aymants que mignar-
dise, souz l'ombre, ne sentants leur
homme fors en la brayette.
(Noël DU F/iii, Propos Rustiques-,ch.l\\
p. 4i.)
BRAIIiliER, v. n. Crier fort
— pleurer bruyamment.
Et quant li enfant aus sarrazinois
bréoient, elles leur disaient : t;iy-loi,
tay-toi ou je irai querre le roy Richarl.
{}oi!iy[LtE, Histoire de S. Loys,^ 108.)
Et me conlcntede gémir sans brailler...
(Montaigne, Essais, liv. III.)
En nos forests où les braïans sangliers
Les cerfs craintifs, les dains de peur
[légiers
Vivent sous toi....
( Vauquelin de i.a Fresnaye, Foresterie l,
p. 4.)
BRAIIiliERIK, s. f. Action
de brailler — cris bruyants.
Le monde se reculoit.., plus cent fois
que par une infinité de braillerîes.
(Brantôme, Duels.)
BRAII^E, S. f. Argent mon-
nayé.
BRAMER
&J
riRANCIIER
Vendant nol' maroliandisc
La braise ne nous manque pas.
[Chanxon rie.i Eroxsrit-ses, cilée par
M. P. yUcMZL, Dictionnaire d'Argot.)
BKAITIKR. V. II. Gémir,
pleurer, pousser des cris. En
français, ce verbe exprime le cri
du cerf. En grec : Bpèas'.v ; lan-
guedoc : brama, crier fort, Lra-
mairé, crieur. Ce mot paraît être
d'origine germanicjue, car il se
trouve dans les divers idiomes du
nord, avec le sens do mugir.
Tuûes(iuG : Lr amen ; anglo-saxon :
brcman; allemand : bviimmen;
danois : briimme ; suédois :
briimma, hollandais : brommcn.^
En gothique, bram a signifié
grand cri.
Taut brama qu'advint et de voix
Terrible : que veux-lu ? — Ce bois
Que m'aydicz à cargucr. Madame.
(Marie de Khance, Falde de la Mort et
du Bûcheron. )
Quand il brasmoyt demandant à boyro,
à boyre.
(Rabeims, Ganjantua, liv. I,cli.XVn.)
Le ventre affamé n'a point d'aureiiles.
Je brame, par Dieu, de mal de rajje de
faim.
(Rabelais, liv. m,ch. XV.)
BKAITIFKIT, nom d'un af-
lluent de la Seugno (rive droite).
Dérivé du mot précédent (jui raj)-
pellcrait le murmure de ses eaux,
ou du vieux français bram, en
provençal : Lramo, brome, pois-
son d'eau douce.
BKAIV, BrcM, s. m. Son de
bh; — son de hois. Ce mot est
d'origine cclti(|ue. Kn gaéli(|ue :
bran, et en bas breton : hrenn,
signilient son de farine. De là est
venu //rewt'G, pâtée de son pour
les porcs. Le mot bran, matière
focale, a une aidre origine. (Voir
ce mot.)
Us resemblenl le burclel (\)
Belonc l'cscriture devine
Qui gièle la blanche farine
Fors de lui cl relient le brcn
(Bible Guint de Prnrins. ver» ï.lil".
Fabliaux et Coules, l. U, p. Mi.)
Li talemelicr (2) qui sont haubanicr (3)
sont quiles du lonlieu (i) des pors qu'il
achètent et de ccus qu'ils revendent,
portant qu'ils aient une fois mangié de
leur bren...
(E3t. BiniEir, Ilefiintre des Métiers, p. 0.)
I lum! c'est prendre />mM pour farine —
Que dictes-vous? — Rien, Catherine.
(Clémenl Mabot, Colloque d'Erasme,
t. IV, p. 29.)
II faisoit de l'àsne pour avoir du bran.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.)
BRA]V, s. m. Matière fécale.
Ce mot est comme le jirécédcnt,
d'origine celli(pie. En gaclicpie :
brcan; en gallois: Iiracn, signi-
lient mauvaise odeur. Il a fait le
verbe brencr et l'adjectif brc-
nciix.
Bran du rithmcur
rareilicnicnl m.... pour rimin-inicnr
Lc(iuel nous vient cy rompre les ccr-
[vcilcs.
(Cliarlos FosTAiNK, Epitre A C.lomcnl
Mabot, voir Œurres de ilarot.i. I,
p. ioO.)
BKA:\'€"m-:U,v.ii. l'cn-hcr,
être sur une branclu'.
Kt quant l'oyseau vaganl a bien chercha
Terres ou arbre oii puisse cire hrancfui
A la lin tombe en la mer amas.scc.
(Cloiiicni Maiiot, Mctamurph. d'Ovide.
i. I, I'. i":J.j
(t) Burclel. le liliitnir.
(-2) Tairmrlirr. lioul.inprr, du verbe tnlrr,
laper, frapper el mi'Ier. <|iii evprimeiil Ir.s deux
aclioiis ilii pclrissa:;c de la p.Ue.
(3) Uaubanier. relui qui pajrc le liauban .
espèce d'iinpùi.
(l) Tnnlieu. aulrc espèce d'impol; en basse
laiinitc: tateonium.
BRANDE
63
RRAVE
Commenl la chaste tourterelle
Perdant sa compatrnc tidèle
Se branche sur un tronc seiche.
(Philippe DEsroHTEs, Chansnn.)
BKAXDE, s. f. Bruyère,
ajoncs, broussailles — lieu où
croissent ces arbustes.
Tel esloit son csperit entre les livres
comme le feu parniy les brandes
(RiBELiis, Pantagruel, liv. n, ch. vni.)
Ainsi que j'allois de Xaintes à Ma-
rennes, passant par les brandes de
Saint-lSorUn
(Beru. Palissy, /{fcrp/c Véritable, p. 'ai.)
Au mois de novembre il faut ceroher
les cerfs aux brandes et bruïères
j(J. Dc FociiLocx, Vénerie, cli. XXVUI.)
BlCAA'IiE, s. m. Sorte de
danse et de chanson.
Il npprcnoit à danser aux chambrières
de léans, les branles dc Gascogne.
(Marguerite de N'AVAiiBE,7/f»/ff;«cro«,
n"» 28". )
Lors qu'à son luth ses doigts elle
[embesongne
Et qu'elle dit le branle de hiourgongne.
(Ro>-sAnD, Amours, t. I, p. Go.)
BliAXIil.S, s. m. Ebranle-
ment, balancement, se dit surtout
d'un champ de blé mur dont les
épis se courbent au souClle du
vent. Corruption du mot précé-
dent.
BRA^l'E, adj. Remuant,
bizarre, toqué. Du vieux verbe
hrachici\ remuer, agiter les bras.
Orgucus va des bras brachiani
Des espaulcs espauliant.
{Miserere du Reclus de Molieiis,)
Le mot braque, substantif,
désij'ne un chien de chasse de
petite taille; du grec : Dpa/'jç,
court.
BKASSÉE, s. f. Ce qui peut
tenir entre les bras, comme poi-
gnée signifie ce qui peut être
saisi avec la main.
De fuerre prcnl une brade
El si l'a el fournicr jeté.
(Roman du Renart, vers 'iil'ie".)
Il en a sa brassée toute comble, il
n'en pcult saisir'davanlage.
(MoMAiGfiE, Essais, liv. I, ch. XLA'U.)
BRASSIER, s. m. Labou-
reur, homme dc journée, manœu-
vre rural. En basse latinité :
hriisserius. ( Voir Roquefort ,
Glossaire do la Langue romane.)
BRASSIÈRE, s. f. Petite
camisole qui se mut sur la che-
mise des enfants. L'Académie
n'admet ce mot qu'au pluriel.
Elle n'avait pour habillement qu'une
méchante petite jupe avec des brassières
dc nuit qui étaient de simple fulaine.
(Molière, Fourberies de Scapin,
net. I, se. II.)
BRAUB , Brault , noms
d'hommes. Abréviation de hé-
raudjjérault, qui sont dos dérivés
des noms germaniques : Lcroald,
Lcra/d, signifiant : vieil ours et
vieux seigneur.
BRAVE, adj. Bien vêtu,
élégamment paré. Ce mot est
dérivé du celtique, car il a con-
servé ce sens dans la plupart des
langues qui ont cet idiome pour
origine. En breton : hrav, beau,
agréable ; en écossais : brcacjh,
Lraw, beau, orné; en irlandais :
brcatj, beau, gentil.
BREBIAILLE
tVJ
BRENEF
Il est resté longtemps en usage
dans le sens d'élégant.
FAre brave n'est pas trop vain; c'est
montrer qu'un grand nombre de gens
travaillent pour soi; c'est montrer par
ses clievcux qu'on a un valet de cham-
bre, un parfumeur.
(B. Pascal, Penscf, l"'*» partie.)
Que sa façon est brave el sa mine
[assurée.
(Malheiibe.)
BREBlAlIiIiR,s. f. Troupe
de brebis — mauvaises brebis.
N'avons honte de tant débattre
A ce bcrgicr, pour trois ou quatre
Vicilz brebiailles ou moutons
(Jui ne valent pas deux, boulons.
{Farce de Maislre Pierre l'alhclin.)
BREBIKTTE, s. f. Mau-
vaise pelilo brebis, chctive
oueillc.
Ne volt nient prendre de ses bues ne
do SCS berbiz mais list prendre la 6e)'-
beiete al povre hume... (1)
{Second Livre des Hois, ch. XU,
vers. IV, p. lo8.)
BRÈrOF, s. f. Hayon de
miel. En bas breton : Li^ec, cas-
sant; en italien : Lresca, cire.
L'ancien français avait, dans le
même sens, les formes : Lresca,
LrcscJiv, Lrcsco, Jircsquejjrnxe.
(Voir Roquefort.)
Mais maint gens se desplaignent par
aventure de ceu k'il rarement sentent
ceste delilaule aiTcclion el que plus est
douce ke niiez cl braxe \2].
(Sermon de saint Bernard, cité pnr
RnyiEFoiir.)
En languedoc, on a conservé
le mot fjresca pour rayon de
miel :
(i) l'arrens iilo siimorc de oril>iis cl de liobus
suis... tulit iirrm viri ijaiipcris.
\;ii Et dulciorcm supor incl el faium.
Dois e suaus es plus que brcsca (T.
(ViedeS.FidendWyeH.)
BRFCIIl^ adj. Qui a u.io
dent cassée, c'csl-à-diro ijui a une
brèche dans la mâchoire. En
vieux français, on avait bvcciv,
brechii'', mutilé, blessé. (\"oir
Roquefort.)
BREB.\SSK, adj. Femme
brouillonne, (lui touche à tout, (|ui
dérange tout. Un dit aussi hre-
dassier, Lrcdassirrc, cl on dési-
gne l'action par le verbe brc-
dasscr.
BRFUIF, nom d'homme. Ce
mot, d'après Lorédan Larchey
{Diclionnairc des Xoins),<.\^m\\e :
entêté, en Cham])agne; jx'tnliinl,
dans le Centre; hi-rdouilleui', en
Normandie. La véritable origine
se trouve dans le vieux français :
hvaidif, bvaidis, ardent, coura-
geux, emporté.
Mais il furent trop volonlif
Et de ferir avant braitlif.
(Wace, Roman de Unit. i. U, p. iui.)
BRFKOIRI-:, aflhienl de la
Boulonne. Di'rivi' du vieux verbe
vi'édcr, courir, aller rapidement;
du latin : veredtis, cheval de
poste; ou du vieux français :
brayoire, instrument à briser le
chanvre.
BRF\i:i:, s. f. Pâtée pour
les porcs. Du vieux mol ///•.•///,
breii, son. (A'oir ce mol.)
On appelait autrefois brenn;/c,
la redevance payée au seigneur
pour la nourriture de ses chiens.
(ij Esl douce cl SU3VC plus que rayon dcmicl.
DRENER
70
DRICHET
(Borel, Dictionnaire du vieux
français.)
BRFIVFU, V. a. Salir de
matière fécale, dérivé du celtique
comme bran. (Vpir ce mot.)
Gallois : 7j7'a(^/;; gaélique : hrcan,
mauvaise odeur.
BKFXEl'X, adj. Sali de
matière fécaU\ do bran. Le Glos-
saire de Roquefort a l'adjectif
hvandieux avec le même sens,
mais breneux api^artient aussi à
notre ancienne langue :
Bien lavés le — drapeaux hreneux
De nostrc enfant en la rivière.
(Farce du Ciivier, anc. th. fr., 1. 1, p. 3S.)
Toutesfoys le sac fui ouvert,
Mais quant il le vit si breneux
Il s'en alla tout roupicux
Cuydant que ce fust mocquerie.
(Fr. ViLLOji, llepnc Franche, p. 205.)
BRÉSlIiliAT!^ (Les), nom
de localité, signillant rompu ; du
vieux français : hrôsiller, mettre
en pièces; picardie : hersiller ;
provençal : hrcsilla.
BRKTTi:, adj. Bretonne. Go
mot désigne surtout une vache de
race bretonne.
Brettes, suysses, n'y scavent guèrcs
Ne gasconnes ne tholouzanes
Du Petit Pont deux harengères
Les concluront
(Fr. Vii,Lo>-, Grand Testament, p. 80.)
BREriIi, nom de commune
et nom d'hommes, (pu a do nom-
breux dérivés et diminutifs :
TJuhrouil, Drcuillaud, IJrcuilJicr,
Broillot, etc.
En vieux français, les mois
hrouil, brouille, JjruiJ, etc., dési-
gnent un jeune bois, un taillis
En basse latinité : brocjilum, bro-
l/ioluni, brolium, etc. ; en bas
breton : bruc ou brug.
Lucos nostros quos vulgus brorjilos
vocal.
[Capitnlaire de Charlcnuvjne^devilUs.)
VI val de Josaphat y est un breuil
[foillu.
[Rnman d'.\lr.i:andres,cÀl6 par Bo»uefoiit.)
Enz en un bruill par sum les puis
(rem( strent
iiij. C. niilie alcndent l'ajurnce (1).
(Chanson de linland, vers 715".)
BRFlIILIiET, nom de loca-
lité et d'homme. Diminutif de
breuil. (Voir ce mot.)
En une Lande à une part
Ourent ars li vilains essart
Li rois s'estul el bruelliez.
[Roman de Tristan, vers 3000».)
Il est parlé, dans la Gaîlia
Christiana (tom. II), de l'église
de Breuillet, dédiée à Saint-
Vivien, sous le nom de : S^^- Vi-
vianus do Brevillcto.
BRFTOCIIFR, V. n. Boire
souvent et à petits coups.
Et bcuvochanl sa mort ressembler l'hy-
[dropiquo
blc ■
Qui sa vie et sa soif ensemble à con-
[sommé.
(Ar. d'Acbigné, Sonnets, t. IV, p. 332.)
BRfCHKT, s. m. Bœuf qui
porte une marcpie blanche près
de la (jueiie, ou bœuf d'un gris
tirant sur le roux. En vieux fran-
çais, brychet d'après Roquefort.
(1) Ainsi dans un taillis sur le sommet des
[monts se cachent.
Quatre cent mille attendent le lever du
[jour.
BRICOLER
DROCMEn
Lepicque-breuf parle à ses bœufs :
Garcâ, fromentin, brichct, castain, vcn
après nioay...
(Bon.iventuro des PÉniEBs, Contes et
joyeux devis., cb. LXIX.)
BKirOBiB:«, V. n. Chance-
ler, aller do travers comme un
ivrogne — vendre en ambulance.
J'allais bricolant sans chandelle cl
lombaiil d'un coslé cl d'autre.
(Bernard I'aiissy.)
BRIE, nom de localité qui in-
dique la nature du terrain. Les
mots />;•/, hnùe, broie, ayant dé-
signé en vieux français une terre
grasse. Ce mot dérive du celtique,
en breton, hrni, boue, bri, terre
argileuse, brikcn, brique.
Jean d'Aubigné, frère d' Agrippa,
était seigneur de Brie en Sain-
tonge.
BRICiUE, négation. Pas, pas
dutout, comme mie, qui a le même
sens, et dérive du latin niica.
Brigue dérive de briciu en basse
latinité, qui a le sens de parcelle,
de bribe, et eu général de toute
chose sans valeur.
BRIIIBVLI^EK, V. n. Se
})alanccr, se unUtre en Itranle.
(Celtique : brin bulht, sonner des
cloches.)
Dedans un bassin plein d'eau, je te
monstreray la femme future brimballanl
avec deux rustres.
(Rarelus, I>anla;intel, liv. ni, cli. XXV.)
BRIOUX, nom de localité.
C'est la station liriQiosuin de la
carte de Peutinger sur la voie ro-
maine de Sens à Bordeaux. En
vieux français, brige a signilié
pont, comme l'anglais briihjc.
RRI«^ARU , s. m. Arprilo
grasse, augmentatif de bri. (\'oir
bric.)
RRIf^FniiOMlC;, nom de
localité (pii à dû s'écrire en trois
mots : Jh'is-vn-bourif. Bris peut
être regardé comme une contrac-
tion di; brisre, en vieux français
chemin, roule. (V. Roquefort,
Glossaire do la Langue romane.)
BRlS*!»Ai:'D,BriMNC(, BriN-
son, noms d'hommes dérivés do
bris, en vieux français chemin,
ou du breton briz, bigarré,
tacheté.
BRIVE, nom de localité.
Dérive de briva, en basse latinité :
pont, qui est devenu en vieux
français /^rv/zf, en anglais bridge.
La ville de Ponloise est dési-
gnée dans l'itinéraire d'Antonin
l)ar les mots: Briva Isarœ, pont
de l'Oise.
BROCHE, s. f. Aguille à
tricoter — morceau de vigne des-
tiné à être planté. Dans le vieux
français, ce mot était synonime do
faucet, petit morceau de bois
destiné à boucher hi trou fait à la
barri([uc, d'où le nom de uuu'-
chand de vin ;) la broclir donné
au débitant. (Voir le firgistrc des
Métiers d'Est. Boileau.)
Ypocras dil à ses ami.s : or Iravcz de
ce tonne! toutes ces brokes, cil les
sachièrcnl cl gouUo d'cvc n'issi du
tonncl.
(Hnman des Sept Sarifx.)
On donnait aussi autrefois lo
nom d'^ hrochi' à l'i-iMM'nn.
BKOCJIII'.ll, V. 11. Tricoter.
{Uloss. rorhelais do 1780.)
BRONZER
:î
BROUAGE
BROYZEK,v. II. S'épancher,
se (lit d'iiu liquide qui se déverse
d'un vase trop plein.
BROi!»S.VC% nom de localité.
Du vieux français /;^'o.s\sc, brous-
saille. (\'oir Hoquelbrt.)
Aucunes foy les cerfs denieurcnl
dessous les fustayes ou au bord d'icclles
en quelques petites brosses.
(Jaeq, Df FouiLLoix, Vénerie, ch. XXXUI.)
BROS!!^ARU, Rrossand,
noms d'hommes et de localités.
Même origine (jue le mot précé-
dent.
BBOI', nom do localité qui
comme hrcil, hreiiil, hrouc, a si-
gnifié en vieux français : taillis,
broussailles; bas-breton: hriic;
toulousain : hriic, brouc. (Voir le
Gloss. de Goudolin.)
Brou, célèbre par la tour de ce
nom, situé entre Saintes et Ma-
ronnes, était désigné au moyen
Age par le mot broa.
Insuper dedimus dictœ ecclesiœ, eccle-
siani S. Pétri et S. Eutropii de Broà
cum décima parte terrœ Marenniœ.
(Ch. fiind. abb. S. Mariœ apitil Saiitones,
anno 1017.)
Que la tour de Brou ait été un
fanal ou un donjon, elle parait
avoir été bâtie pour guider les
navigateurs (1). La mer occupait
la majeure partie du pays envi-
ronnant, si nous nous en rappor-
tons aux traditions du pays, dont
Palissy s'est fait l'écho :
(1) La position dominante de Brou, pourrait
la faire regarder comme une des tours ou
nos ancêtres étal)lissaient des télégraphes
aériens, ressemblant beaucoup k ceux de Fabbé
Chappe, si nous en croyons la relation de Véiîrcc :
• In caslillorum et urbiuiu turrilius ap(iPiidijnt
» Irabes quibus aliquando erectis . aliqiiando
• depositis. indicant quii; geruntur. » (Vcfc'éce, 1
de re MiUlari, liv. HI.) j
Et estant en Vlsle de Brouc, Inquelle
fait une pointe vers le costé de la mer,
oii il y a encores une tour ruinée, les
habitants du pays m'ont attesté qu'au-
trefois ils avoicnl veu le canal du havre
de Brouagc venir jusqu'au pied de
la dite tour et que l'on avait édilié la
dite tour pour garder d'entrer les pirattes
cl brigands do mer Kt pour
.Tutant ((u'il est aujourd'hui impossible
d'aller h- long du canal pour aprocher
de la dite tour, l'on connaist par là
que la mer s'est retirée de celte con-
trée...
(Beninrd Palissï, Discours Admirables,
p. 236.)
C'est auprès de la tour de Brou
(pie se trouve l'emplacement du
port dos <S'c?W^0?AS(2avT0V0iV Xi[Jtviov),
dont parle Plolémée au livre IV
de sa géographie. Il existait dans
ces parages un centre important
qui est probablement le Noviore-
ffuni de l'itinéraire d'Antonin et
un port assez profond, puisqu'on
1727 on y découvrit la quille d'un
bâtiment de 50 tonneaux et que
le duc de Beaufort y arma (les
navires. (V. Arcère, Histoire de
La Rochelle, t. I.)
Le plus ancien monument qui
parle de Brou est une charte de
1078 où la tradition se trouve
confirmée :
De Aias in insulam oleronis navigavit
el deindc ad caslellum ({uod Broa voca-
tur.
(Clinrte citée pnr Besly, Histoire des
Unes d'Aquitaine, p. 377.)
BROUACiE, nom de lieu. La
ville de Brouage, située dans les
marais, est devenue déserte en
raison de l'insalubrité du pays.
M(''me étymologie que Brou.
L'Isle... laquelle se nomrne Brouc,
dont le havre de Brouage a pris son
nom.
(Beninrd PAi.iasv, Di.svours Admirables,
p. 33(j.)
La terminaison arjo est une des
BROUSSE
BL'FFE
nombreuses formes du mot eau
(voir a(je}. Au moyen Age, Brou-
age a été désigné par les mots
hvoagium et hrondr/iiini. (^Voir
Gallin Christinini, t. II, et notam-
ment la charte de fondation de
l'abbaye de Saintes.)
BROU!!^N0<:, Broustc, noms
dolocalitéscld'honiinos.y/ro;/sse,
en vieux français, signilie brous-
sailles, comme le bas breton
liroust, le gallois Jirwif, le pro-
vençal hroussns. En basse lati-
nité Jjrustum a signilié pâturage,
droit de dépaissance :
Caprcœ quoqiie bnistiun habeant
per lolum boscuiii...
{Ch. Fuml, S. Cniris de TiiU'inniitc,
Gall. Christ., t. U , Instr.
col. 41G.)
BKIIAXT, S. m. Nom vul-
gaire d'une espèce de verdier.
C'est un oiseau jaune verdàtre,
de la grosseur d'un moineau.
La linolle hait tellement le bruant
que l'on Uenl pour a?;seuré que leur
sang ne se mesle jamais.
(.Vmbroise Pahé, Animaux.)
nKlJf-F, nom (le localilé. Eu
vieux français, Iji'ikj, Jiru(/o signi-
fient pont, donjon, cliàteiui; d'où
l'anglais y^r/f/^c'. (Voir Ho(iuclbrt,
Glossaire do la LaïKjuc roinanv.)
BRI im:
brouillard.
f. riuie linc.
N'est pas de l'ordenn Pain-Marliii
(^iiii en yver par la bruine
l'aiiit (le son brann aclierin (1)
ï^on manlel au povrc cl chemin.
(Miserere du reclus de Molieus.)
I.'amas pleureux d'une obscure bruine.
, (Ro>3AUD, Amours, t. 1, p. 112.)
BRVXETTK, s. f. Petit
champignon brun au-dessus,
blanc par dessous.
En vieux fran(;ais : liviKjncî,
sorte de champignon, d'après
Roquefort — on appelle aussi
bi'unctte une étoffe brune, la
bure.
Delez li pendoil uns mauteaus
(1) l'arlajîea de son couteau d'acitT son nmn-
tcau.
Kl une cote de brunelte.
{homan de la Uose, ver» 212», 211*.)
BRI'TAI'», s. m. llnnnolon.
Du vieux français : bi-nt, bruit,
tapage; cet insecte fait en vo-
lant entendre un bourdonnement
bruyant.
ur VEliliF, s. f. Mcrm bois,
broussaille, bourrée. tUoiiuorort,
Glossaii'v do la Langue vumanc)
BIC'H.VT, s. m. lîrin de bois
mort. Diminutif de bûche.
Bl (Il Allil'I'R* V. n. lla-
masser Kî bois murt, faire des
fagots de bûchais.
BL'CIIF.R, V. a. Battre, frap-
per, cognei-, abattre du bois, faire
des biiches.
Vinrent messagers invisibles qui com-
menceront à buschcr et à Icmpeslcr.
(J. Fhoissàkt, i'.hrouique, t. M, ch. IV.)
Soit qu'entre mes Iroupcanx \\ l'ombre
Iji^ me lienno
Soit que je huschc au bois, soit i|uo
|che/. miii jf vienne.
AiU. Uiu, EijUxjue \U p. 1H. »••)
BLlTi:, S. f. Souftle — res-
BUFFEU
BUJEE
piratioii — soufflet, tnpo sur la
joue.
En basse latinité : huiïa; espa-
gnol : yjo/e/.if/o, soufflet, clacjue;
bafé, poumon.
Ne l'esluel pas penser a trufes
Batre la font et doner bufes.
(RlIEBŒlF, t. II, [). 19S.)
Vien donc, dcclaii'c toy
Pour moi, mon Dieu, mon roy
Qui de buffes renverses
Mes ennemis mordentz...
(Cl, Mauoi, Psaume III", t. iy,p. 71.)
Et à ces mots, son mari haulsc le
poing et luy donne une très grande
huffe et dist
{Cent Nouvelles nouvelles, ch. LXI,
p, 3i7.)
BL'FFKK, V. n. Soufllor fort,
respirer dinicilenieuL. D'où vient
éhiiffé, essouftlé.
Les mots Jiuiror et hiiiïe ont
une orgine germanique ou Scan-
dinave; en hollandais, puiïen ^
pofTeii signifient soufllcr ; en
anglais, to piiiïa la même signi-
fication , L'allemand puffen a le
sens d'être gonllé, bouffi. Le
changement du p on Ij dans la
filiation des langues est si fré-
quent (ju'il est inutile d'insister
sur l'analogie du verbe sainton-
geais avec les mots néo-germa-
niques cités.
Li rois l'entent, boufe cl sosjjirc.
{Homan de Tristan.)
Aus tenailles et au martel
Si chaufïe son fer bien et bel
El souflle et buffe et se regarde.
{Fabliau de la Dent, rec. de UarOazan,
1. 1, p. 101, vers "t}'.)
S'il buffoil, c'estoienl clioux à l'huile,
alias cauies amb'olif.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXII.)
Des vents impétueux qui se bouffent
[si fort
Qu'à peine l'univers résiste à leur
(ellûrt.
(RoNSAItD.)
ISî:-FFI':t, s. m. Souftlet —
gifile. Même origine ({ue buffev.
(Voir ce mot.)
A CCS molz se aprcschad Sédéchias
le 11/. Chanaan à Michéc, si li empreinst
un buffelhon bien estored... (1)
(5'"» Livre des liois. ch. XXII, vers. 21,
p. 337.)
Dou poing li done un tel bufet
Del cul li fait saillir un pet.
{Roman du Reiiart, vers llt'i07e.)
SSï'ia'], s. f. Vase de poterie,
cruche à anse et à goulot pour
conserver l'eau. Le vieux français
a eu les formes hiiie, biiye, biiho^
la première nous a laissé les
i\6n\éà huire et burette; la der-
nière avait formé le mol buhetier
qui désignait, au moyen âge, le
fabricant de jjots et de cruches.
Le pasteur dicl : amys, ne vous ennuyé
J'aurai pour moy le premier traisl do
[buye.
(Vauciiieliii de La Fiirsnave, Satires
Françaises, liv. II.)
El si quoiqu'un me présente une buye.
(Mellin de S. Gelais, Rondeau, p. 84.)
Il le fisl brusler honorablement puis
on lisl mettre les os et les cendres dans
une buye d'argent.
(l'V. Amyot, irnci. do la 17*' de Marcellus,
par l'LUrAityi:E.)
IXf'.Il':B"., Muée, s. f. Lessive.
Mol tlériv(j du celtique bur/iid,
lessive, conservé dans le proven-
çal (bur/ade); en bas breton,
JiUf/a a le même sens; en gallois,
bo(/ signifie tremper, lessiver.
(1) Accessit autcm Sedéclas filius Chanaan
tipercussil Midicaiu in muxiUuoi.
BUJOUR
BUZARD
Ceux de son train qui alloyenl devant
vindrent a descouvrir de loing mon curé
de Brou qui lavoil sa buée.
(Bonaveiil. des Pkiiieus, Coillcs et Detis,
XXXIV» nouvelle, p. 151.)
Il demouroit bien souvent a couclier,
a cause de faire la Imijée un jour, deux
jours es maisons dessus dites.
{Louis XI, Cent Nouvelles, n"» 43.)
Les servantes sous prétexte de four-
bir leur vaisselle, faire leur buée et
autres ordinaires mesnageries
(Olivier DE Serres, Vicàl. d'Agriculture,
liv. I, p. 18.)
Et prenez ung peu la suée
Pour bien tendre noslre buée.
(Farce du Cuiier, Farces Françaises,
p. 23.)
nUJOl'llî, s. in. Cuvo ù faire
la lessive — (voir Jjiijc'c). Cet
ustensile se noinnic ponno dans
le bordelais.
ISl'RGAU, ESrcs;au, s. m.
Escar^cot de mer, espèce de
coquillag-e de couleur j'irise — le
frelon noir est quchiuefois cjualilié
(lu même nom.
Les huîtres, les moucles, les gembles
et un nombre intini de bureaux de
diverses espèces et grandeurs.
(Bernard Pahssy, Discours Admirables.
p. 147.)
Rl'Rir, nom de localité. Le
radical : Jtiir, enfumé, noirâtre ,
du latin hnrrus, roux, parait
avoir formé ce mot, ainsi que
huron, nom donné aux cabanes
de certains pays et notamment à
celles, des fromag'ers d'Auvergne.
BCltOT, adj. Creux. Se dit
des noix cl des noisettes : noix
huroltc, noix creuse et vide. En
vieux français, biiro ilésigne un
moine. Existe-t-il ([uelcjuo asso-
ciation d'idée entre ces deux
sens? peut-être, car le synonimc
de burot^lcmolc-ilionrnc, désigne
aussi un capuchon de moine.
BliSS.Vr, nom de localité
porté en Saintonge par deux com-
munes situées au milieu des bois.
Le sens du mot parait être : mai-
son du bois; la terminaison ac
ayant le sens de maison ou
domaine et la première syllabe
pouvant être considérée comme
une contraction de })0sriis, bois,
en basse latinité, cpii a ('gaiement
donné naissance au vieux franrais
J)OS.
BrzAlill, s. m. oiseau de
proie.
On s'y roinproit l'enlondement
Car on ne srauroil nullement
D'un busard faire un esprevicr.
{Furce de Jeitinnl, nnc. ih. (r., t. I,
p. 3(Jl.)
Jamais buzanl ne lit tour d'esprevier.
(JeAii Mahot.)
Le Iraislrc loup n'aj^uelle
Leurs moutons : le .serpent n'a plus la
jdenl infelte ;
Le buzard ne virnt jilns mangi-r leurs
(poussinets.
(Aiii. Baik, Eijlmjue \\n. p. l**.)
CABANIER
CABUS
c
CAIM^'IKK, ç. m. Fermier
crimo inétaii'io ai)poléo cabano
dans le bas ])oitou (^marais de
Lueon et de Marans). En basse
latinité: cabnimria, métairie; du
latin : tnberna.
CAB.IS, s. m. Panier aplati,
en paille tressée. Du grec : Kâ!îoç,
mesure de froment, d'a])rès Hésy-
chius, cité par Hoijuelbrt, ou de
l'arabe : gnt'as, cage, panier.
Aux Gobelins Saint-Marciau
Là où il prit plus de stabat
Qu'il n'en tient dans un rabat.
{Comédie dex Chansons, act. ni, se. I,
aiic. Ui. fr., t. IX, p. 16-2.)
Car en certain cabas où leurs gens la
[cachèrent,
Les souris enfin la mangèrent.
(LiFOjiTAiME, Fables.)
Le vieux français : cabasscr a
signilté amasser.
Poinct esgassez n'estes quand cabasscz
Et entassez poltrons à chiche face.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.)
C'ABArnïKKE, nom donné
à un (piartier de Saintes. Du
vieux français : cabôde, caibode,
cabane, hutte de pierres sans
mortier. (Voir Roquefort, Glos-
saire do la Lanrjuo romane.)
CABIIiliAUD, s. m. Morue
fraîche. En wallon : cabawe; en
hollandais : cabcljaauw.
Que nus ne parle dorénavant de
houe (1) ne de cabillaud sur peine
d'eslre puni
(Teite du XV» siècle, cité par dl' C.vxke,
nu mol cubelijenses.)
(1) Uouc, hameçon.
CA«I]¥ET, S. m. Armoire à
deux battants — lieux d'aisances.
Franohemenl, il est bon à mettre au
[cabinet.
(MùLiÈHE, Misanthrope , act. I, se. II.)
Il lui envoya un cabinet de lacquc et
plusieurs bijoux.
(J.-J. Rousseau. A'"" llélotse, liv. VI,
lettre II.)
«"AC20SSE, s. f. Clou à grosse
tête i)0ur les fers des chevaux ou
la semelle des sabots. Du celtique
kah, tète, qui a fait le vieux fran-
çais cab, tête, bout, extrémité, et
son dérivé caboclie, du langage
familier :
Portant sur ma caboche un coffin (1)
[de Hollande.
(Sr-AjiANT.)
CAB50.SSEIÎ, V. a. Bossuer.
Et en grande véhémence d'esprit, il le
Irepoyl, le cabossoyt.
(RAnELAis, Pantagruel.)
CA150I;k:^^E, adj. Creux et
vide comme une caverne. Mot
d'origine celtique : Kav coinme
en bas breton. En vieux français
caboiirne, cabovno, désignait le
capuchon des moines, d'après
Roquefort,
CABUS, adj. Pomme, se dit
du choux.
De vostre sueur, tombant en terre,
nasquirent les choux cabas.
Rarelais, Pantaf/riiel, prol. du IV' livre.)
(1) Colfiu, corbeille.
CABRI
•n
CAGOUILLE
CABRI, Cabrit, s. m. Che-
vreau. Du latin: capra, chèvre;
en languedocien : cahriolo.
On aura là pain cl vin
Gras moutons, cabrils, agneaux.
(J. Faoi39\nT, Pastourelle.)
CADET, s. m. Nom donné à
un jeune bœuf.
CADEUIIi, nom de localité.
Du vieux français : cap-ducil,
capcleulh, tour seigneuriale, prin-
cipale maison d'un licf ; en basse
latinité : capdoUum, corruption de
capitolium; radical : capiit, tête.
Dans le dictionnaire do Borel :
capdeulh, maison noble apparte-
nant à l'aisné. Même détinition
dans le dictionnaire de droit de
Ragueau et de Laurière. Ce
dernier en indique l'étymologie :
quœ vox forte originem habet
a capitoUo. (Voir de Laurière,
Glossaire du Droit français, au
mot capdeulh.)
CADIS, s. m. Sorte de serge
de laine, peu coûteuse, dont nos
campagnards s'habillaient autre-
fois.
D'un kamoukas ou d'un cadis
Comment se tailloit un abis
Apres nos coslcs et nos cors.
(FnoisaAitT, Poésies.)
CAFARD, s. m.. Flatteur,
hypocrite. Nicot le dérive de
l'hébreu : cappha, couvrir ; Lcdu-
chat du latin : cappa, manteau.
En turc, cafar signilie renégat.
CACS^^ARDER, v. n. Mon-
trer do la lâcheté. Même sens que
capoiiner.
Donc si quelqu'honncur vous poing
Soldats ne carjnardez point.
(RoNSinD.)
CAGXOT, s. m. Petit chien.
Du vieux français : car/ne, chien,
qui a fait cagneux, adjectif quali-
fiant celui qui a les jambes sem-
blables à celles du chien basset.
Ce mot se trouve dans le diction-
naire de Cofgravo : cagnot, alittlc
dog.
Vénus la bonne cagne aux paillards
[appétits.
(Sairt-Amast, Le Melon.)
CAGOEET, s. m. Nuque. En
vieux français : cahuet, espèce de
bonnet, partie de l'ainnusse cou-
vrant le derrière de la tête. Cai-
gnole, caignon, nu([ue du cou, de
caiena, chaînon. (Roquefort, Glos-
saire de la Langue romane, aux
mots cahuet et caignole.)
En celtique, chouli signifie
nuque.
CAGOUIIiliAC , nom de
localité, entre Bourscfranc ot
Marennes : domaine des Cajouil-
les. (Voir ce mot.)
CAGOriEIiE, s. f. Colima-
çon, escargot. C'était aulrefois lo
nom donné à la volute (pii orne
l'éperon d'un vaisseau.
En provençal : cacalauda; lan-
guedocien : cagaroula. La simili-
tude des noms et des formes
permet do rapprocher cagouille
du mot caffoule qui désignait le
capuchon des moines :
Autant chemine unp homme en ung
jour comme une caijoiiille en cent ans.
(Proverbe ilu XV« »iJcl«. cil6 par I'avbe,
Glossaire du Poilou.)
CAIAU
78
CALIN
CA1AI% eaillan, Caillct,
noms d'hommes, dérivés du celti-
que : cail, cailloU; ou du vieux
français : caïaus, chien (latin :
caiiis.)
Job fu sages com uns caïaus
Qui tous tans suit au flair sa proie.
(Roman de Charité, strophe 214.)
On peut également voir dans
ces mots une corruption du vieux
français : caïe, tranquille, de
quietus.
Ne se povoit tenir caïe
Tant par estoit jolive et gaie.
(J. DE Mbcng, Roman de la Rose'
vers 19930».)
La dernière forme, caillet, a eu
au moyen âge les significations
de fou, imbécille, d'où le nom de
caillette, donné à un des bouf-
fons de la cour de France, au
XVP siècle.
CAlIiL.EBOTTi:, s. f. Lait
de brebis caillé et rendu consis-
tant par la chardonnette et la
cuisson. Le dictionnaire de l'Aca-
démie définit ce mot : masse de
lait caille.
Si d'icelluy jus vous mettez dedans
un seilleau d'eau, soubdain vous verrez
l'eaue prinse, comme si feussent caille-
bottes.
(RAnELAis, Pantai/ruel, liv. IH, ch. LI.)
CAIiA, s. m. Crâne nu. Du
mol latin calvus, et peut-être du
colticpae cal, dur. Ce mot désigne
aussi, en Saintonge, un quartier
de noix.
En vieux français : cal, crâne
— calaux, calons, noix. (Voir
Roquefort.)
Co est Gualter, ki conquist Maiilgut,
Li nies Uroiin al viel cal canut (1).
{Chanson de Roland, vers 204"».)
CAIiAIVDi:, Calandre, s.
f. Mûrier à queue rouge et à
gorge grise (P. Jônain) —
alouette.
Caladrius est un oisiax
Sor toz autres corteis et biax
Autresi blanc com la neis.
(Guillaume le }ion!ii.no, Bestiaire.)
Calandres est uns oisiaus touz blans
et ses poumons garït des oscurtez des
oilz.
(Brunetto Latini, U Livres dou Trésor,
ch. CLVI, p. 209.)
Lors s'évertue et se dégoise
Le papegau et la calandre.
(Jeau DE Mecng, Roman de la Rose.)
Maintz ennemys le viennent assiéger
Dont le plus rude est le serein légier
L'autre, le geay, la passe, la callande.
(Clément Mauot, Rondeau, t. II, p. 147.)
CAIiEB, V. n. Enfoncer. Ce
verbe exprime l'action contraire
de Laler. (Voir ce mot.)
Plus dolente est de cuer que cil qu'on
[en mer cale.
(Li romans de Berte ans grans pies.)
Celte superbe vertu eust-elle calé au
plus fort de sa montre.
(Montaigne, Essais, liv. IV, ch. III.)
CAIiII¥, s. m. Etouffoir de
cuisine en cuivre étamé qui sert
à faire cuire les mets entre deux
feux. De l'arabe cala'i ou du
malais kelang , qui signifient
cluin. Peut-être est-ce une forme
du provençal câlina, chaleur.
CÂMJV, adj. Paresseux, fai-
(1) Le neveu de Drouin au vieux crâne chenu.
CALINER
79
CANETTE
néant. En wallon, câlin signifie
coquin.
Quelqu'un de la Serée nous contant
que les câlins ne laissent, pour cslre
cousus de poux, de rire et do se moquer.
(Guillaume Boucuet, 30' Seréc.)
CÂlil^ER, V. n. S'attarder
au lit — paresser. Dans le borde-
lais, on donne le nom de câline
à la balançoire ou escarpolette.
Viens avec moy et pren ton bon mantel
I ne fault plus calyner à l'hostel.
{Chant Rial, placard de 1590, annexé aui
Mémoires de P. de L'Etoile, éd. Jouaust.)
CAIiVÉ , Calvet , noms
d'hommes . Du ialin calvus ,
chauve, ou du bas breton calvcz,
charpentier.
CAlflBRE, s. f. Chambre.
Du latin caméra, provençal :
camhvo. Ce mot n'est usité que
sur les confins du bordelais.
En celé cambre, un lit avoit
Qui de paile (1) ornés esloil.
[Roman de Flaire et BLancIteflorJ
CAITIPOS, S. m. Congé, jour
de liberté où l'on peut courir les
champs, currero per campas :
Je me dispose a un tel jour donner a
mes escolliers campos et licence de se
jouer, fermer mon cschollc
(Pierre dr L\nivEy, Le Fidelle, net. I,
»c. VIII. aiic. th. fr., t. VI, p. 337.)
Trouva que Geoffroy de Lusignan
estoit enterré à Maillezais, dont print
un jour de campos pour le visiter comme
homme de bien.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, cli. V.)
C'AXDAIiE, s. m. Terme du
(t) Paile, étoffe de soie.
jeu des billes opposé à franc-Jeu.
L'un srgnilie pair, l'autre impair.
M. Jùnain, qui écrit ce mol (/iinn-
dale, le dérive de quantum alibi,
combien dehors.
CAIVELI.E, s. f. 'Conduit de
bois, petit canal. Latin : ciinalis.
On dit aussi chenelle. (Voir ce
mot.)
Le caillou est demeuré creux comme
une canelle tout à travers
(Bern. Palissï, Receplc Yérilable. p. Ci.)
CAHE-PETIERE, s. f.
Petite outarde, otis letrax.
Cigongues, cannes petières, oranges,
flammans...
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXVII.)
CAI¥ER, V. n. Reculer, avoir
peur. On disait autrelois dans le
même sens faire la cane.
Par Dieu ! qui fera la cane de vous
autres, je me donne au diable si je no
le fais moine en mon lieu...
(Radelais, Gargantua, liv. I, ch. XLII.)
CAXET, s. m. Petit canard,
caneton. — En provençal : cancto.
Au moyen âge, on a dit canal,
canotte.
Bien est scmbl.iblc h la canotte
Que tout jour bourbe et barbolte.
(Gautier de Coirm, liv. I, cli. I.lll.)
C-1]VETTE, S. f. Petit seau
de bois destiné à contenir les
liquides. En allemand , kanno
signifie cruche, ainsi (pie le nor-
mand : canna. En wallon, riini'le
a le sens de petit seau. Le latin :
canna, roseau (grec : xiwi) a
donné naissance à un hoinonymo
canna, vase à boire, en basse
CAPE
80
CAREUILLOUX
latinité, qui est employé dans ce
sens par le poète Venantius For-
tiinatus. (Voir du Gange, au mot
canna.) Le vieux français a eu
chanc, dont canette est un dimi-
nutif.
Tost après 'Commanda que l'om quatre
chanes de ève emplist,
{Livre des Rois, trad. du XII» siècle.)
Portant les deux cannettes en ses
deux mains
(Marguerite de NiVànaE, Hcptaméron.
19« nouvelle.)
CAPE, s. f. Manteau avec ou
sans capuchon dont les femmes
saintongeoises couvrent leurs
autres vêtements. Italien : cappa;
espagnol : capa.
Le français a conservé le dimi-
nutif : capeline.
En basse latinité, capa ainsi
détini dans le glossaire d'Isidore :
capa, quia quasi totum capiat
homineni. {Origines ou Et^mo-
logies d'Isidore, évêque de Sé-
ville.)
Le vieux français avait chape^
qui a été conservé pour désigner
un manteau sacerdotal :
Une chape à pluie afubla.
(Wace, Roman de Ron, vers 7180».)
Veslu simplement d'une mcschante
cappe.
(Fr. Abyoi, Vie de Nicias, trad. de
PLUTARgUE.)
La cape saintongeaise, dont la
forme actuelle se reconnaît sur
des poteries gallo-romaines, fut
importée par les Gaulois au siège
de l'empire. On s'en servait à
Rome pour courir la nuit en
bonne fortune :
Quid si nocturnus adultcr,
Tempora iSantonico vêlas adopcrla
[cucullo.
(JcviBAL, Satire VIII.)
Martial désigne également ce
vêtement :
Gallia Santomco vestit le bardo-
[cucullo.
(Martial, Epigrammc 128".)
€AQUEROl4li£, s. f. Ecaille,
carapace.
Eschylus, ce nonobstant, par ruine
fut tué d'une cheule do caqiierolle de
tortue.
(Rabelais, Pantagruel,\iv. IV. ch.XVII.)
CARABOSSE, adj. Bossue.
Ce mot dérive évidemment du
grec : Kàpa^oç, écrevisse de mer,
crabe; latin: carabus.
CARASSO^^E, s. f. Nom
donné dans l'ouest de la Sain-
tonge (Blayais), aux pieux desti-
nés à soutenir la vigne. En basse
latinité : carratium, échalas.
On se sert également du verbe
carassonnei\ planter des écha-
las, disposer la vigne sur des
pieux.
CARBO^ADE, s. f. Ragoût,
ainsi nommé parce qu'il se cuit
sur un fourneau; latin : carbo-
naria.
Je voys tenter les héréticques ce sont
asmes friandes en carbonade.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XLVI.)
CARCUIiER, v. n. Calculer,
réfléchir.
Comment ! — je suis bien recullé
Car je n'avoys pas carcullé
Que ccslc ligne estoit bastarde.
(Farce de Genrqe le Veau, anc. th. fr.,
t. I, p. 395.)
CAREUIIiliOUll, adj. Qui
a les yeux chassieux, humides,
CARPENTIER
81
CASSOUIL
huileux. En vieux français : carcil,
chaleil, chareil, désignent une
lampe de cuisine. Le nom de cet
ustensile, généralement huileux
et sale, a probablement donné
naissance à l'adjectif saintongcais
careuilloux.
CARPE^'TIER, nom d'hom-
me. En vieux français : char-
pentier
Puis fisl qucrrc Carpentiers partout
por faire escièles...
(Henri db ViiENCiEmiEs, Histoire de
l'Emp. Henri, cdit. de Wailly,
§678.)
CASSE, s. f. Vase plat pour
recevoir le jus des viandes qu'on
fait rôtir — lèchefrite. On donne
aussi ce nom a un trou plein d'eau
sale ou de vase. La casse à ïîan
est le trou du fumier. Dans le der-
nier sens on dit aussi cassouil.
(Voir ce mot.) La basse latinité
avait le mot cassa qui avait le
premier sens; en latin, cassus
signifiait creux, vide ; cassa nux,
noix vide. (Plaute.)
OUes, chauderons, casses de cuivre.
(Toile du XV* siècle, cité par du Cance,
au mot cassa.)
Le mulet... passa par dessus pots,
buies, casses, chauffrettes, qu'il brisa,
cassa, rompit et gasla comme un étourdi.
(Béroalde de Vertille, Moyen de parvenir.)
.\chines étoit teigneux; Agamemnon
liche-casse.
(Rabelais, Pantagruel ^\iy. H, ch. XXX.)
CASSE-MUSEAU, s. m. Gâ-
teau rond de la forme d'un poing
fermé.
Quand je tiens une tartelette,
Un flanrl, un casse-muzeati
Jo le fourre sous mon muzeau.
(Farce de Jcannol, anc. th. fr., t. I, p. -"yi.)
Quarcsmo prenant a... les ligamenla
comme une cscaroUe, les os commo
ca^ses-wuzeaulx.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXX.)
Le vrai nom de ce gâteau est
cacbe-muscan, qui contient son
étymologie. On trouve cache-nm-
seu dans le Glossaire do la Langue
7'0/2i<9«e de Roquefort, et cache-mu-
séu dans celui des œuvres du
poète toulousain, Goudoulin. Co
mot se trouve également dans les
vieux écrivains :
Fougasses, brassadeaux, lourlil-
lons, biscuits, eschaudés, oublies, cache-
ynnseaux
(Olivier de Serres, Thcùlre d'Agriculture.)
Casse-nniseau et cachc-nmscau
sont d'ailleurs des synonimes des
mots pins anciens talmousc ou
talemouse, qui désignaient une
espèce de pâtisserie. (Du vieux
français taler, frapper, presser,
moiise, museau.)
Item à Jehan Régnier je donne
Tous les jours une talcmoxise
Pour bouler et fourrer sa }nousc
(l'rniiçois Villos, Testament.)
CASSIIVE, s. f. Mauvai.sc
petite maison. Péjoratif do case,
cabane. (Latin : casa.)
J'ai là-bas une petite cassitui au bout
de votre grand pré.
(Béroalde de Vbrville, Moyen de parvenir.)
Or, voilà le Ihrcsor de ma pauvre
[cassitic.
(Remy Belhbai-, Bergeries.)
CASSOTTE, s. f. \'ase (Ml
bois ou en métal muni d'un con-
duit poiu' laisser coulor l'eau.
Diminutif de casse. (Voir ce mol.)
CASSOlIIi
Flacjuc
^
CASTAIN
CELLE
d'eau sale. (Voir casse.) On trouve
en vieux français cassard.
Des poissons... qui se sont engen-
drez dedans certains cassars ou récep-
tacles d'eau...
(Bernard Palissv, Discours Admirables,
p. 337.)
CASTAIIV, adj. Nom donné
au bœuf roux ou châtain.
Le picque-bœuf... parle à ses bœufs :
Gareâ, fromentin, brichet, castain, ven
après moay.
(Bonav. des PÉiuEns, Contc-S et devis,
69» nouvelle.)
CASTO^UfADE, s. f. Casso-
nade. Le mot saintongeais était
encore usité au XVIP siècle.
Le grand usage est pour castonnade
et non pour cassonade, qui est pourtant
le véritable mot.
(MÉMAGE, Observatioos sur la Langue
française.)
CASUEIi, adj. Fragile, sus-
ceptible d'être cassé — éventuel,
du latin casus, hazard, malheur.
CATERRE, s. m. Catharre,
des mots grec y.a-cà et p'âiv, couler
en bas.
Le mal du roy fut un caterre ou apo-
plexie.
(C0MINE3, Mémoires, liv. VUI.)
La gelée a tué les fleurs
L'air est malade d'un caterre
Et l'œil du ciel noyé de pleurs
Ne peut plus regarder la terre.
(Théophile de Vue.)
CATIR, V. n. Cacher dans
un endroit resserré, usité surtout
dans le sens réfléchi : se calii\
se cacher, se blottir.
»^_' ^ """' ^Z^Z
Je trouvai en un anglet ^ ^^
D'un bourselot: Diex! doux valet!
Di-ge lors cs-tu si qiiatis.
(J. FnoissART, Le dît dou Florin, vers 3°.)
CAUSSADE, nom de localité.
Forme gasconnne de chaussée,
chemin battu. (Via calcata.) En
basse latinité : calciata. Le village
de St-Martin-La-Caussade, en
Blayais, était sur la voie romaine
de Saintes à Bordeaux.
CAVICîl^AC, nom de localité
signifiant domaine bas ; du vieux
français cavin, vallée, lieu bas,
du latin cavea, cavum. (Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
CAYEîï", s. m. Nom injurieux
donné au paysan. En basse lati-
nité, caya signifie petite maison,
par corruption de casa. Il paraît
plus naturel de dériver cayen du
gascon caï, chien.
CAlfEafaiTE, nom de localités
près de Marennes et de la Trem-
blade. (Voir cayen.)
CÉDUIiE, s. f. Assignation à
payer — acte d'huissier. Ce mot
s'est écrit schedule.
A celle fm qu'il n'y ait faute nulle
Je vous feray une belle cédule
A vous payer, sans usure s'entend.
(Clément Mauot, Epitrc au Roy pour
lui demander de l'argent.)
Ri le papier de mes schedules beuvoyt
aussi bien que je foys; mes créditeurs
auroyent bien...
(Rabelais, Gargantua, \\\. I, ch. V.)
CEIiIiE, Cielle, adj. dém.
Cette.
La domnizellc celle kosc ne contredit.
(Canlilènc de Sainte Eulalie, X» siècle,
vers "l'i".)
CELLES
83
CERNEAU
En l'espeisse d'un grant buissun
Vit une bisse od sun faun
Tute esleil blaunce cela besle (1).
(Marie de Fiunce, Loi de Gugcmer,
vers 91°, t. I, p. 56.)
CEIiliES , ecUcrronin ,
noms de localités, l'une près d'Ar-
chiac, l'autre dans la Charente.
Du latin : colla, cellier, petite
chambre, et plus tard : chapelle,
sanctuaire dans Vitruve.
CEJflElVTIÈRE, s. m. Cime-
tière. Au XVIP siècle, on disait
encore semetierre.
Boutique d'un libraire : le Semetierre
des vivants et des morts.
(SoMAizE, Dictionnaire des Prctieuses,
p. 43.)
CEIVDRIIiliE, s. f. Mésange,
ainsi nommée à cause de sa cou-
leur cendrée.
— Compère qu'astu vu?
— J'ai vu un cendrille
Qui peignait sa fille
Au haut d'un rocher.
— Compère vous mentez.
(Vieille chanson citée dans lo glos-
saire de LiisNEL DE Lassalle {'i).
CElVEIiliE, iScncllc, s. f.
Petite prune violette (jui vient
sur l'épine noire, d'après la défi-
nition du dictionnaire do Trévoux.
Ce mot est d'origine tudosfiue.
Dans cet idiome, slcha signillait
prunelle. Nous le retrouvons dans
le plus grand nombre des langues
néo-germaniques : l'anglo-saxon :
sla; le hollandais : slco; l'anglais :
sloe, signilient prunelle. Le da-
nois : s/a/?, sinacn, prunellier; lo
suédois : slaan, prune, slaan-hœr,
pruneile.
Et je vous raporl les novelcs
Qu'el front vous sont li borjon né
Ne sai se ce seront ccnelcs
Qui ce vis ont avironné.
Elles seront merveilles et bcles
Avant que l'on ail moissonné.
(RlTEBŒCr,)
(1) En l'épaisseur d'un grand buisson
Vit une biclir au'c son faon
Toute était liianclie cette \\c\c-
(2) LaisncI di* Lassalle, arrliéolo(,'iic brrri-
clion, auteur d'un glosbaire manuscrit du bas
berry.
Et cerchoienl par ces boissons
Boulons et mores et prunelles
Framboises, frèzes cl cencUcs.
(Jean DE .Mei'nc, Roman de la Rose,
vers oin-oiao».)
CEWER, V. a. Chiltrer, faire à
un animal mdle ou femelle roj)é-
ration qui le rend stérile. Du
grec : Xaîvtj^, je coupe.
Il faut que tout de moy tenez
Qu'ils ne sont chaslrés ne scncz.
(Clcmenl Mahot, f • Dial. d'Erasme,
t. IV, p. 31)
CERîVE, S. m. Enceinte tracée
autour d'un moulin à vent. Du
latin : circinus, diminutif do
circus.
A minuyt à la lune
\'a faire, en terre un grand cerne tout
[rond.
(Clément Marot, Epitres, p. 181.)
El voyant que tous estoycnl dedans
lo cerne do chordes, soudain cria : lyre,
lyre.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXV.)
Puis sonnez vos porncmuses
Kl menez nu b.il les nuises
En un cerne tout aulour.
(Roî«»a«d, Egloguc Vl, I.IV, r-Hfi)
<'i:R.\E.ir, s. m. Noix fraî-
che et (Micillio avant la iiiàlurih:
(pi'on fait inari-rtM- dans du vtM-jus.
Cl! mol ebld'origiiii' g.irmani(|ue.
L(î ludoscpio : kcvno; l'angio-
saxon : civiicl; l'islandais: kiariii;
CERTAIN
84
CHAFFOURRER
le danois : kîœrne; l'allemand et
le hollandais : kern; l'anglais :
kernel, signilient un fruit enfermé
dans sa coque ou l'intérieur de la
noix. Rabelais appelle cernci\
l'opération qui consiste à déta-
cher la noix fraîche par une inci-
sion circulaire. (Voir Garaantua,
liv. I, ch. XXVII.)
Présentez moi, pour fruitz nouveaulx
Des pommes, poires et pruneaulx
Reste après toutes ces chosettes
Avelaines, cerneaulx, noisettes.
(Nicole ne n Chesn4ye, Comdamnacion,
de Bancquet.)
Pommes et amandes sucrées et pel-
lées; ccrneaulx pelez a l'eaue rose
(Antoine be la Salle, Jehan, de Saintrc.
ch. LXXI, p. 307.)
Huile de noix, or aux cerniaux
Vinaigre qui est bons et biaus.
(Les: Crieries de Paris, vers So",
Fabliaux et Contes, t. n,
p. 279.)
• CERTAIN (de), locution
adverbiale pour certainement.
On dira : olcst de certain, savoir
de certain, pour il est sûr, savoir
d'une manière certaine.
Et il me dist que il avoit trouvée de
certain que au giet d'une pierre menue...
(JoiNTiLLE, Ilist. de S. Loys, § 36.)
Quant li rois de France sceut de cer-
tain cl fu cnfourmésquemessires Robert
d'Artois estoit arrestés
(Jehan FnoissARi, Chronique, liv. I,§ 48.)
Or suis marié de certain
Je prie Dieu qu'il m'en doint gain.
(Conseil au nouveau marié, anc. th. fr.,
1. 1, p. \.)
On trouve, au XVI° siècle,
pour certain avec le même sens.
Le pauvret jpour certain fut pris en
[trahison.
{Passerai, lu, mort d'un Moineau.)
CHA, adj . Chaque — cela, ce
qui — ça.
Châ petit va loin.
(Vieux Proverbe.)
Et s'enfui li uns châ et li autres là.
(Henri de A'^aienciennes, Uist. de l'Empe-
reur Henri, odit. do Wailly, § 509.)
Et lor sires est romcs clia fors (1)
Qui moût estoit crueus et fors
(Chevalier au Barinel, vers 159». —
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 213.)
CHADEIVAe, Chadene,
noms de localités. Du vieux fran-
çais chaène, cadene, chaîne ; latin :
catena.
CHADEIVIERS , nom de
localité. La locution sainton-
geaise : à dm deniers, correspon-
dant à celle de : sou par sou, a
désigné un bien acheté à force
d'économie.
CHAFAUD, s. m. Echaffau-
dage qui sert aux maçons pour
élever leurs constructions.
... A Saint-Denis un chaffault et parterre
Joustes très grans où l'or luit ethabonde.
(Eustache Deschaups, Poésies.)
CHAFAUDER, v. a. Elever
un échaffaudage.
Il falloit pour le moins une riole sur
laquelle il chajfaudoit et bastissoit ses
moïcns.
(Noël DU Fail, Contes et Discours d'Eutrapel.)
CHAFFOURRER, v. a.
Barbouiller. En poitevin : chaf-
fourri. D'après M. Burgaud des
Marets, ce mot est usité on Sain-
tontïe.
(t) Et leur seigneur est reste lii-debors.
CHAGNAUD
CHAINTrxES
D'abondant en ont chaffoxwé leur
robidilardiquc Loy Gallus...
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. III.)
CnAGXAUD, €liaig;uaad,
nomsd'hommesdérivësdec7i%/?o.
(Voir ce mot.) En patois poitevin :
chagnoux, planté de chênes,
chênaie.
CHACi^^G, Cliaisne, s. m.
Chêne. Ménage dérive ce mot de
quernus, corruption de qiiercus,
Barbazan de chaonia, contrée de
l'Epire.
Cum li mules vint suz un grand
chaigne e ki mult out branches, une
des branches aerst Absalon par la
Iresce.
(Livre des Rois, trad. du XII» siècle.)
Le chancelier de Bourgogne a ordonne
que l'on feist faire bonnes layettes de
bois de chaigne.
(Jehan Frjissaut, Chroniques.)
ClIACiXE-DRET, C'hasnc-
foarcliut, locutions indiquant
l'action de marcher sur les mains,
d'être la tête en bas et les jambes
en l'air.
Chacun à ceUe facétie
Voulut être de la |3artie
L'un en fist le chesnc- fourchu.
(ScAiiROit, Virgile travesti.)
CIIAG^^ÉE, s. f. Chênaie,
lieu planté de chênes. En vieux
français chaoine veut dire chêne.
(Voir chùgne.)
CHAI, s. m. Cellier à vin, à
eau-dc-vie, de easn, maisonnette,
cabane, hutte; en basse lalinilé :
chaia, cellier.
Les marchands... payeront les louages
de ces maisons, chaiz ou ouvroucrs
esquols mcllront cl tiendront leurs mar-
chandises.
{Couslumier général de France, 1. 1, p. 707.)
ClIAIIi, s. m. Caillou et en
général toute pierre dure, silex,
quartz, etc. Du celtique cal, dur;
en provençal : calhau, en hollan-
dais : kai. Le mot caillou parait
dérivé de calculas, comme clou
de clavus. h'ii du patois sainlon-
geais se retrouve dans quelques
anciens textes :
Si durement s'estoil hurlée à un chaillo.
{Li Romans de Berte aus grans pies.)
Bien estoienl un cent que queuls, <]uo
(boulillicr
Qui véisl sur Bertrand venir cl cosliier
Et jeter grans chaillos pour lui à cmpiricr.
(Chronique de Bertrand Du'jucscliii,
vers %'2».)
ClIAIIiliEVr, C'haillof,
Cliaillou, noms d'hommes déri-
vés de chail, caillou. (Voir ce
mot.)
Et si rcroil mainte colce
Souvent de coulel et d'cspéc
El de chaillous parmi les costcs.
{Fabliau de l'Anesse et du Chien,
ver» 77» — roc. do fiarbnzao,
t. m, p. ox.)
CIIAILIiEVETTE, nom do
localité du canton lic la Trcm-
blado. Diminutif de chail, caillou.
(Voir ce mot.)
ClfAIXTREîii, s. f. Sillons
du bout d'un cliiiinp, tracés en
travers des autres. En vieux fran-
çais, ce mot désigne im champ
entouré d'une haie; en basse
latinité : rinclada. (Voir Hoipic-
fort, Glossaire do la Langue
l'omanr). En nivernais, un chaiii-
Irc est une réserve de pâturage.
CHALAIS
CHAMPAGNE
Item luy avons baillé toutes les chain-
tres assis entre les terres labourables
de la cousture de Sommiers, assize
jouxte le pcrat de Saujon...
(Bail emphyléi'tique du 18 novembre 1465,
consenti par l'abbo deSabloncoaux —
Arch. hist. de Saintonge, X, p. 327.)
CHAIiAIS, nom de lieu. En
vieux français : lais, sentier.
Chalais peut être considéré
comme un diminutif de chasse-
lais, sentier de chasse.
CIIAIiA^D, s. m. Client
d'un marchand — habitué d'une
maison, d'un lieu quelconque —
grand bateau.
Un chaland est toujours remis
Au lendemain, et l'incognu
Qui sera le dernier venu
(Jacques Grevin, Les Esbahis, act. III,
8C. II, anc. th. fr., t. IV, p. 278.)
Faites cerkicr le mer, dusc' a 1' port
[Daniel
Ne barges ne laies ne calant ne batiel.
(Roman d'Alexandre, p. 121.)
CHAIiA^DISE, s. f. Acha-
landage — clientèle d'un mar-
chand.
Perdu ma femme et mes escuz
VA qui plus est, la chalandise
De ma meilleure marchandise.
(Jacques GnEviN, Les Esbahis, act. I,
8C. I, anc. th. fr., t. IV, p. 231.)
C'HAIiEUIIi, s. m. Lampe
rustique. En vieux français :
cbaleil. (Roquefort, Glossaire de
la Langue romane.)
CHALIJV, Chalinc, s.
Eclair sans tonnerre dans les
soirées chaudes. En vieux fran-
çais : chaline, chaleur; du latin :
caler e.
Et si est à la fie de près veisino
Ko viande défit par sa chaline,
(Pierre de Vernon, Enseign. d'Aristote.)
Ainz que l'solcilz déust espandre
Les rais d'amunt c sa chaline.
{Chronique des Ducs de Normandie,
t. II, vers 19245».)
CHAIilT, s. m. Bois de lit.
Ce mot, dit Richelet; ne se dit
pas à Paris par les gens qui par-
lent bien; en sa place, on dit:
bois de lit. (Dictionnaire fran-
çais, édit. de 1680.)
Car el lit où ele se couche
N'a il ne chaelit ne couche^
Ains gist en fiens et en ordure.
(RtlTEBŒUF, t. II, p,34.)
Esquelles maisons avoit quatre salles,
chambres, garde robes, chalitz
(Ant. DE La Salle, Jehan de Saintré,
ch. LVI, p. 212.)
S'esmeurent et se remuèrent
tellement toute la nuict qu'ils en rom-
pirent et enfoncèrent le fond du challit,
(Brantôme, Dames Galantes, dise. II,
p. 37.)
Marye toi de par le diable Le plus
toust que faire pourras. Dès huy au
soir faiz en crier les bancs et le challit.
(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. XXVI.)
CHAIiliER, v. a. Oter la
coquille des noix — faire tomber
ces fruits de l'arbre en frappant
sur les branches avec des gaules.
(Voir ce mot.)
Cependant les mestaiers qui là auprès
challoient des noix, accoururent avec
leurs grandes gaulles.
(Rabelais, Gargantua, liv.I. ch. XXV.)
CHAHOVIIiliAC, nom de
localité, canton de Montcndre :
Domaine du Champ mouillé.
CUAMPAOIVE:, s. f. Nom
donné aux pays qui produisent les
CHAMPAGNE
87
CHANCEUX
meilleures eaux-dc-vio de la Sain-
tonge. Il y a des champngncs
dans plusieurs autres provinces :
en Berry, en Touraine, etc., etc.
En vieux français, ce mot était
synonimc de plaine et de cam-
pagne.
E de cèdre i en oui taut cum de Sico-
mors ki creissent en la champaigne (1).
(3' Livre des Rois, ch. X, verset 27,
p. 2-5.)
Il serabloit que toute la champaigne
fui couverte de batailles... (2)
(ViLLEHiHDoiiN, Coiiq. de Constantinople.)
Un bruit courut jadis que les montaignes
Enfans portoient
De quoy trembloient vallées et cham-
[paignes.
(Gilles ConnozET, Fables d'Esope, p. i~.)
Néantmoins que souvent se trouvas-
sent aux landes et champaignes à garder
leurs avoirs ou bien à bêcher.
(Noël DU Fin, Propos Rustiques.
ch. Vin, p. 93.)
Grégoire de Tours a employé
le mot campania dans le sens de
plaine.
€HA]fIPAf.iXE, Chantpa-
gnac, Chaiii|)a;^uollc, noms
de localités. Du mot Champagne,
plaine. (Voir ce mot.) En latin,
ces localités sont désignées par
le mot campania.
CHAIflPARTEK, Chaiii-
pertcr, v. a. Henvcrscr, inollro
les jambes à l'air. •
Bertaus qui fu on sa meson
Saut por véoir ([ue ce esloit
Qui ses gelincs champartoit.
{Roman du Rcnart, vers 5039".)
CIIAIflP IIOLKIVT, nom do
localité signiliant : le champ do
deuil, et rappelant quelque événe-
ment tragique. En latin: campus
dolensis.
Ecclesiam sanctœ Mariœ quro sila est
in catnpo dolcnsi
{Gatlia Chrisliana. t. H, col. 1098.)
CIIAMPEAll, nom de loca-
lité. Dans la Coutume de Sain-
tonge, art. XV, « les prez cham-
» peaux sont des terres mises en
» prez. » (De Lauriùrc, Glossaire
du Droit français.)
CHAMPl, s. m. Bâtard,
enfant naturel abandonné par ses
parents. Du latin : è csmpis.
Appelant un enfant, en présence de ses
père et mère, champis ou avoiste (l)
c'est honncstemcnt, lacilement, dire lo
père coqu et sa femme ribaulde.
(RiBELiis, Pantagruel, liv. HI, ch. XIV.)
La Biographie Universelle, au
mot Cliampionnet, jjrétcnd (pie
cet illuslro capitaine a reçu ce
nom a cause de sa naissance.
Le mot champi est usité dans
le Berry :
Champi n'est pas français — jo
demande bien pardon, répondis-je. lo
dictionnaire le déclare vieux mais Mon-
taigne l'emploie Je n'intitulerai donc
pas mon conte : François l'enfant trouvé,
François lo bâtard, mais Fr.nnçois lo
champi, enfant abandonmi dans les
champs
(George S*>n, aïanl-pri'po» île François
le Champi.)
C'IIAXC Kl'X , Cliaiirar«l,
(1) Et cœdoruin pr.vbiiit miillilii(Iincin quasi
sycomores qu(C nasciintiir iii cnmprslrihus.
(2) Il semblait que toute la pluinr (de Cons-
tantinople) fut couverte de bataillons en armes.
(l) Avoisirr, adultérin, du vieux français:
avntirc, avoilire, adultère; en basse Ulinilc :
avuUeria.
« Cil qui font des avoitircs sont comdampnié.*
{Livre de Josticeel de Plel.)
CHANCRE
CHAPIA
adj . Heureux, qui a de la réussite.
Quoique familier, le premier de
ces mots est français.
Faut-il qu'il soit aussi chanceux que
Cogue-feslu qui se tue et ne fait rien.
(Comédie des Proverbes, act. II, bc.VI'
anc. Ih. fr., t. I.\.,p. 60.)
Il est vrai que je suis chanceux
d'avoir cette chambre-ci
(P.-L. Courrier, Lettres,)
CHAJVCRE, s. m. Cancre,
écrevisse de mer. Latin : cancer.
Celte tumeur a pris le nom de chancre
parce qu'elle ressemble beaucoup au
poisson appelé chancre.
(Ambroise Paré, Chirurgie, y. 2i.)
CHAivierS, nom de com-
mune qui, dans les deux Gha-
rentes, se présente sous les
formes : cbaniers, chapniers,
champniers, chepniers. Ces mots
paraissent signilier : champs net-
toyés, champs bien travaillés.
En vieux français, le verbe nier,
participe passé : nié, ayant la
significetion du latin : nitidare,
nettoyer, de nitidus, propre.
CHAJVTEAU, s. m. Morceau
coupé à un pain — quartier de
quelque chose. De ce mot, passé
d'usage, est resté le diminutif :
échantillon.
Chanteau est d'orig-ine germa-
nique, car nous le retrouvons
avec la signification de morceau,
quartier, dans les idiomes du
nord : tudesque : kant; islandais :
kantr; allemand : kante; anglais :
cantle; hollandais, suédois, da-
nois ; kant.
Mal se peut vuider, sans ronger au
chanteau...
(Georges CnASTELAin, Exposition sur
la vérité mal prise.)
Mais ils nous donnèrent de leurs
chanteaitx et bûmes à leurs barils à
bonne chère.
Rabeiiis, Pantagruel, Ut. V, ch. XXXII.)
Rognez, bref prenez le couteau
Tranchez à mesme le chanteau.
(Ani. Baïf, Le Brave, act. III, se. I,
p. 1-20, v°.)
CHAIVTECIiilIR, Chantc-
S:r«lct, Cliautenicrlc, Chan-
teraiuc, Chautccocut, noms
de locahtés. Lieux où on entend
chanter le coq, le grillon, le
merle, la grenouille, le coucou.
Ces noms se retrouvent dans
le bordelais, sous les formes
gasconnes : cante-merle^ cante-
coucut, cante-rane.
CHA]VTE]«Air , Chantc-
net, noms de localités. La com-
mune de Chantenay s'appelait,
autrefois Charentenay, et en
latin, d'après la Gallia Christiana,
Carentiniacum. Sous cette forme,
la signification : domaine sur la
Charente ressort d'une manière
évidente.
CHAPIA, Cliapiau, s. m.
Chapeau.
Nus ne puct fero coispiaus c'est à
savoir cJiapiax à coutiuux et à espécs...
(Est. BoiiEAu, Livre des Métiers, p. 168.)
En la rue au quains de Pontis (1)
Fis un chapia de violette
[Ledit des rues de Paris, ters 274»,
Fabl. et Contes, t. II, p. 236.)
Pour moi, je boute à ma teste,
S'il no veut changer de piau
De planter comme une cresto
Les cornes sous son chapiau.
{Comédie des Chansons, act. III, se. I,
anc. th. fr., t. IX, p. 162.)
(1) Ea la rue du comte de Ponthieu.
CHAPONNER
CHARDONNETTE
CHAPOXIVER, V. a. Ghrurer
un coq et par extension un
homme.
Ces poussins deviendroient grands et
les feroit chaponner.
(BonaT. DES P^riers, Contes et Joyeux
Devis., XIV* nouvelle.)
A Naples on y chaponne deux ou
trois mille enfants par an.
(VûLTAiRB, Candide, ch. XII.)
CHAPUS, nom de lieu qui
désigne la pointe de terre qui du
continent se rapproche de l'ile
d'OIéron. Ce mot vient comme
chapeau, chapiteau, etc., du latin :
caput, tête, qui a également donné
le dérivé : cap, pointe de terre
s'avançant dans la mer.
Au moyen âge, on appelait
chapuis la charpente en bois des
selles et des bats, et chapuiscurs,
les fabricants de ces objets, que
les selliers avaient seuls le droit
de recouvrir de cuir.
Quiconque veut être chaptiiseur à
Paris, à savoir fesieres de arçons el
d'aunes à seles et de fuz à some... (1).
(Registre des Métiers d'Est. Boueai-,
p. 21a.)
Monté sur l'échaffault de luy-mêmes,
il se métit à genoux et estendit le col
sur le chappus (2).
(Jean d'Auiou, Hist. de Louis Xll,
éd. 1615, ch. XXVUI.)
L'expression chaput s'est con-
servée dans les patois rochelais
où elle désigne le billot de bois
des tonneliers. (Glossaire a'Au-
nis.)
Dès le XI" siècle, il est fait
mention de la pointe du chapus :
(1) Fui à some, bals do bois pour les bOles
de somme.
(2) Ici, chappus désigne un morrcau de bois en
forme d'arçon de selle, sur lei|iiel n'iiose lacou
du supplicié qui va cire décapité au moyen de
la niaiinaja, espèce de guilloliue. (Voir ce mol.)
Donâraus cum decimâ toliusterrœ
Marenniœ a monte Aquilino usque
ad cfîapusium Canuli videlicel Soudrâ
et Broadgio (brouagc)
{Charta fundalionis abhalia S. Marix
apud Sanlones. anno lui'. Gallia
Christiana, t. II, inslranieota.)
€II.%.R, S. f. Chair, viande.
Li parole est faite chars et si habitat
en nos (1).
(Saint Bbbnabd, Sermon de la Nativité.)
Rien c'on péust mengier ni ol, ne
[cru ne cuit
Ne pain, ne chai', ne vin, no gasliaus,
[ne bcscuil.
{Li Romans de Berte aus grans pics.
ver» 910«.;
La char lur tolent e la pel
Si cum li lox llst à l'ainguiel.
(Mario de Fiurcb, Fable dti Loup et
de l'Agneau, t. II, p.GT.)
CHARDOIVIVET, s. m.
Chardonneret. Petit oiseau chan-
teur dont le nom est venu du
végétal dont il fait sa nourriluro
habituelle : « C'est ainsi que le
» chardonneret, dit Bernardin do
» Saint -Pierre , affectionne lo
» chardon d'où il a pris son
» nom. » (Etudes de la AaturCt
liv. I.)
Oii pas à pas, le long des buyssonncti
Allois cherchant les nidz des char-
[dontuitz.
(Clément Miior, Eglogue au Roy,
t. I, p. M).)
CnAUnOXXETTE, s. f.
Fleur irai'licliaut sauvage {cynara
cardunccllijs), employée pour
cailler le lait. On s'cmi sert pour
confectionner la caillchottc. (Voir
ce mol.)
(1) Verbum caro factum csl cl sic habiui in
DOS.
CHARIVARI
90
CHARRIER
S'il crachoit, c'estoient panerées de
chardonnette.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXII.)
S'il est vray, adieu le caresme,
Au cancile qui se fera ;
Mais Rome tandis bouffera
Des chevreaux à la chardonnette.
(Cl. MiROT, Epitre, t. I, p. 2-24.)
CHARIVARI, S. m. Tapage
et concert grotesque faits devant
la maison de ceux qui convolent
en secondes noces. Scaliger le
dérive de clmlybaria, chaudrons,
d'autres étymologistes, du grec
xapTj^apico, jeromps la tête. Dans
son Glossaire de la basse latinité,
du Gange définit ainsi le mot
chariv-ariiim : «Ludus turpis tinni-
»tibus etclamoribusvariis, quibus
»illudunt iis, qui adsecundascon-
«volant nuptias. »
Cet usage très ancien et qui n'a
pas disparu en Saintonge, a été
condamné sévèrement par le
Concile de Tours :
Insultationes, clamores, sonos et alios
tumultus in secundis et lertiis quorum-
dam nuptiis quos charïvarium vulgô
appelkmt, propler multa et gravia in-
commoda prohibemus sub pœna excom-
munationis.
(ConcU.ltiroiicnseï anno 1445.)
Pour vanger cet affront fasse un chariva-
[ris
Dont jamais on ait fait de semblable à
[Paris.
{Comédie d'Alizon (1), act. III, se. VI,
anc. th. fr., t. VIU. p. 456.)
CnAR:ni^ACii:, s. m. Carna-
val, temps où l'on peut manger
de la viande.
Car karesme vient et commande
A charnai'je, tant qu'on le mande,
Que pour un temps se lire arrière.
(Charles d'Ohléans, Rondeau.)
L'on ne se resjouissoit en icelle non
plus en charnage qu'en caresme.
(Pierre de Lahiveï, la Constance, act. I,
se. I, anc. th. fr., t. VI, p. 195.)
CHAR^'IER, s. m. Saloir,
vaisseau dans lequel on conserve
la viande salée. Le latin carnarium
désigne le garde-manger dans
Plante et Pline.
(1) L'auteur de la comédie â'Alizou, signe
L.-C. Discret; c'est probablement un iiseudo-
nyme. Cette pièce de théiltre a été publiée en
1GCI4 Si Paris, chez Jean Gui^^nard.
CHARMURE, S. f. Corpu-
lence, enbonpoint — chair.
Mesme en l'effet peut estre il n'y pensera
[point
En pareille charnure et pareil cnbonpo int.
(Jean de Schelandre, Ti/r et Sidon, anc.
th. fr., t. VIII, p. 154.)
Sa charneure sentoit bon et il avoit
l'aleine très doulce.
(Fr. Amyot, Alexandre le Grand,
trad. de IHutarque.)
CIIAREIJG^E, S. f. Femme
débauchée — viande pourrie. En
français: charogne.
E la charuigne jesabel girral cume
feins el champ de jesrael : (i)
(4« Livre des Rois, ch. IX, verset XXXVII,
p. 379.)
CHARRIER, V. a. Charroyer
— porter en charette ; au figuré :
marcher.
Grant péché firent ceux qui li conseil-
lèrent le voyage en la grant foiblesse où
son corps étoit avant départir ; car il ne
pouvoit souffrir ni le charrier, ni le
chevaucher.
(JomviLiE, Histoire de S. Loys.)
Nous f'iisions peu d'expéditions en
attendant la lin de cette maladie; car il
(1) Et crunt carnes Jezaeel slcutstercus super
faciem terne in agro Jezracl.
CHARRIER
91
CIIASSAIGNE
esloit maistre (Louis XI) avec lequel il
faloil charier droict.
(COMINES, liv. VI, t. I, p. 403.)
Qui charier ainsi vouldra
Craindre ne faut que jamais verse.
(Clément Marot, ps. XV, t. IV, p, 90.)
CHARRIER , nom d'homme .
Du vieux français charroyer,
charruyer, charretier, laboureur
qui mène la charrue; en basse
latinité : carruerius, du latin
earrus (charriot gaulois), mot
employé par César.
Car lor cors ne vault une pomme
Outre le cors d'ung charruyer
Ou d'ung clerc ou d'ung escuier.
(Jean de Mei-sg, Roman de la Rose,
vers 18793".)
CHARROI'', nom donné à la
plus belle espèce de moules qui
provient des réservoirs du pays
de Charron, entre Marans et La
Rochelle. La localité de Charron
possédait une abbaye de cister-
ciens qui est désignée dans la
Gallia Christiana par les mots :
abbatia sanctœ Mariœ do Ca-
ronte.
_ CHARROUX, nom de loca-
lité du Poitou, siège d'une abbaye
011 le prépuce de Jésus-Christ se
trouve admirablement conservé.
Ce nom dérive d'un ancien nom
celtique carroph.
Est Locus, hune vocilant Carroph
[cognomine Galli.
(Théoddlphe, liv. III, cité pnr Ménage,
Orig, (if la Lang. fruii(., au mot
Charronx.)
CRARRUACiF., s. f. Con-
duite de la chai-i'uo. Du vieux
français: charruyer. (\'oir chur-
rier.)
El trop fu grans il charruiiges.
' (DoLoPAiiios, vers 1021*, p. 37.)
CRARRl-RR, V. n. Labou-
rer. On ilil aussi : i'airc charruv,
faire une liée.
Après avoir donné ordre que tout
fust le lendemain prest pour charmer
au clos devant et que si le soc n'esloil
en bonne poinclc on l'eusl au malin
porté au Plessis à la forge...
(Noël Dc Fail, Propos rustiques, ch. IV, p. 48.)
CIIARTI, S. m. Corps de la
charetle — appentis sous lequel
on abrite les charrues et les
charrettes.
Fourches, fléau 5, rcstiau;c, fourches,
ne doivent rien de lonlieu, ni charetÙ
ne chevron dolé.
{Livre des Métiers d'Est. Boueai-, p. 3iJ.)
Cil saillirent au chan'etd
Où ilcuidièrent renarl prendre
Mais il ne volt pas tanlalendre.
{Roman du Renarl, lers 870».)
Puis a véu en un corlil
Gésir un grant viels charelil.
{Le Segrctain moine, Tora Gl>3«, Fa4/.
et Contes, 1. 1, p. iW.)
Au XYII" siècle, ce mot était
encore usité : charti, corjis do
charrette. (Richelet, Dictionnaire
Finançais, éd. 1G80.)
CII.IRTIZAC, nom de loca-
lité, domaine des Chartreux; en
latin : carlJiusianus.
COASSAI Cii.X ■:, CiiMN!>>aiii,
noms d'iioiinuos dérivés de
chassin, un di'S noms du chéiu'.
(Voir Hoipiefort, Clossnirc dc In
Lantf. romane.) Dans lu plupart
des pays de Langue d'oc, r/iassai-
ffiw désigne un Heu planté do
chênes.
CHASSENON
02
CHATONNER
CHASSEXOX, nom de loca-
lité dans la Charente. C'est l'an-
cien casshwnidffus; celte com-
mune a conservé des ruines ro-
maines nombreuses et intéressan-
tes : temple, amphithéâtres, aque-
ducs.
CHASSEREAU, Chasse-
rian, noms d'hommes dérivés du
vieux français chacéor, chassiè-
res, chasseur. En langue d'oc :
chassaire.
CHASSIROIV, nom de lieu.
Cap situé à l'extrémité nord-ouest
de l'île d'Oléron. En latin : cap
cironis, contraction de caput
cironis.
MM. de La Sauvagère et Bou-
rignon y placent avec raison le
promontoire des Santons Savxovwv
aypov, dont Ptolémée parle au
liv. II de sa géographie, et dont
il indique la position entre la
Garonne et la Charente.
CHATEAUI¥EUF, nom d'une
ville de l'arrondissement de
Cognac, désignée dans la Gallia
par le mot: Castrumnovum.
€IIATEIiAIIiIiOI¥, nom de
localité située près de La Rochelle.
En latin : CasteUum Alonis ou
Alionis et Castrum Alionense,
château d'AUoin. Ce dernier nom
est d'origine germanique.
Chatelaillon était une ville
d'une certaine importance, dans
laquelle Thevet (Cosmorjraphio
universelle), voit le castrum julii
fondé par César. Il n'en subsiste
qu'un petit village situé sur la
côte d'Aunis, à un myriamètre
au sud-est de La Rochelle; au
XVI" siècle, il subsistait encore
des ruines d'une forteresse et
de remparts qui permettaient de
juger de l'importance de l'an-
cienne ville. (Voir Amos Barbot,
Histoire de La Rochelle, p. 25.)
CHATEIiARS, Chatelierst,
noms d'hommes et de localités.
Du latin castelliim, qui a fait
également castel, châtel, cha-
telais ; quelques archéologues
placent aux nombreux points dé-
signés par ces différents mots
des postes fortifiés destinés à la
défense des voies romaines de la
Saintonge.
La carte de Cassini indique des
chatelars près de Médis, de Corme-
Ecluse, de Montpellier, Chateliers
près de Rétaud; ces points de-
vaient être sur la voie de Saintes
à Blaye, par Novioregum (près de
Saujon), et Tamnum (Talmont).
On a découvert a Chàtelier
près St-Savinien, les restes d'un
vaste camp retranché établi par
les Romains, dans une boucle
formée par deux bras de la Bou-
tonne.
Dans l'île de Ré existent encore
les ruines de l'abbaye des chate-
liers, fondée en 1178 par les bé-
nédictins de Citeaux.
CHATE^TAY, Chatenet,
noms de localités. En latin : cas-
tanetum, châtaigneraie, castanea,
châtaigne. Egalement usité com-
me nom d'homme, il peut être
considéré comme dérivé de châ-
tain.
CHATOIVIVER, v. n. Faire
des petits chats, et dans le sens
familier : enfanter.
CHATRE
93
CIIAUMENT
Je viens vers vous faire ma plainte —
De quoi? — Votre fille est enceinte
A calonner ce premier mois.
{Farce deJolyol, anc. th. fr., t. I, p. 58.)
11 y a encore ma mie piaillon, ajouta
Bois-Robert, c'est sa chatte — je lui
donne vinj,'l livres de pension, répondit
l'éminentissime. — Mais, Monseigneur,
elle a chatonné.
(Tallemikt DE3 Rbaix, lUstoriette
de ii"" de Goiirnay.)
r IIATRK , lA\ C'iiàfre ,
noms d'iiomines et de localités.
Comme noms d'hommes, ces mots
])euvent être regardés comme ime
corruption du latin : castratus ;
comme noms de lieux, ce sont
des formes du latin : castnini.
L'abbaye de Ghastre, diocèse
de Saintes, portait au moyen àf,'e
les noms de : Ahhatia lieatu^
Maviœ de Castris. (Gallia Chvis-
tiaiia, t. II, col. 1090.)
€H.%.rBOl'IIiIirKF, s. f.
Eruption de petits boutons sur la
peau.
cii.\uc'iir/r,
de raisin noir.
m.
Espèce
Les vignes de Xainlonge, planlTos au
milieu des mare/, salans, apijoi-tont d'un
genre de raisins noirs qu'ils appelknl
chauchetz.
(Bernnrd Pxlissv, Discours Admirables ,
p. 301.)
tirirni-:.%r,s-. m. Sorte de
potage à l'ail ou i-ùlie au vin ([u'on
apporte aux nouveaux mari('s le
lendemain des noces. Eu basse
latinité : raidr/luni, diminutif du
latin : calidiis, chaud. Mans le
dialecte ])icard : catidiaii, bouillie
faite avec de la farine et des
œufs.
Le chaudeau que nous vous apportons
sera lautost tout froid.
{Cent Nouvelles durai Louis .\7,n"« ÎU.)
C'est Roger qui vous accolla
Au soir et gaigna le chauUleau,
{Farce d'un Amoureux, anc. ib.
t. I, p. ai8.)
fr.,
Vous arrivez tous affamez
Les chaitcleaux sont soudain humez.
(Est. JooBLii!, l'Eugène, anc. tli. fr.,
t. IV, p. \i.)
Si l'espousc plaint la iioitrine
Demain au matin ou la teste
Je suis d'avis «lu'on lui apprestc
Le beau petit cliaudeaii flamant.
(RoRer DE CiiLLRnTF, Sermon pour
une Nopcc, p. Il**^
ni\i iir:Ri-:F, s. f. Un
plein tliauilruii. Du latin': enhiaria
(chaudron); en vieux fran(;ais, co
mot a la mémo signilicalion. (Voir
l{o(piefort, Glossaire do la Laii-
(juc roniann.)
Il est usité en Aunis jjotu' dési-
gner la part de la pêche laiss('e à
l'équipage d'un bateau pour sa
nourriture.
rn.lI'IlKlT, adj. Sensible
au chiuid — (1(^ teuipt'rainent
amoureux. iJu latin : calidiis.
CIIAI'IIKO wr.F., s. f.
Même signitit-atiun ipie rliau-
dt'Vi'c : un j)leiii chaudron.
Le Glossaire de Montellier
(Paris, 18(V.)), dit (|uc ce mol
remonte au XVI' siècle.
( II\l TII.M, ail
Moisi.
Mais pour clinsiMini' pissadc ilz ne
ont ([ue uni' nnzardi^ cl sus le soir i|url-
(juc morceau de pain chaumcny.
(RAiELiii, Pantagruel, li». II, ch. XXX.)
fII.Vt.ni:\T, 6. m. Ciment,
8
CHAUSSES
91
CHERE
mortier; ainsi nomme sans doute
de la paille ou chmunc avec lequel
on mêlait le mortier pour élever
des murs de torchis.
CHAUSSES, s., f. Bas. Du
latin : caiccus, soulier, chaussure.
Ceux de Morlaignc n'avoient ni
chausses ni souliers au pied.
(J. Fhoissard, Chroniques, liv. U, ch. II.)
CHAUVET, nom d'homme.
Diminutif de chauve; latin :
cahus.
Dans le Poitou, ce nom se
donne au bœuf à poil ras.
CHAVAIIiliOIV, s. m. Partie
des crêtes des sillons que la
charrue ne peut abattre dans les
vignes et qu'il faut enlever à la
main pour le déchaussage du cep.
En bordelais : cavaillon. Ces deux
mots sont sans doute des dérivés
du vieux français : caiive, creux,
enfoncement.
CHAVÊCHE, s. f. Chouette.
C'est l'ancien français : cheves-
che , chevesque , que Ménage
dérive de cavecca, mot de basse
latinité.
Ils leur engravèrent sur le front des
chevesches parce que la chevesche est la
marque de la monnoie d'Alhènes (1).
(Fr. Amïot, Vie de Périclès, trad. de
Plutarque.)
CHEF-BOUTOJVXE, nom
de localité où la Boutonne prend
sa source : Caput Wullumniœ.
ClIESIII%'EAU,s.m. Ouvrier
(1) Athénc était consacrée à Minerve AOr/rr^
dont l'oiieau symbolique était la chouolle.
terrassier étranger au pays qui
travaille à la construction des
routes et des chemins de fer.
CHE^AC, nom de lieu,
dérivé de chenal, chenaii, chcnex,
signiliant, en vieux français,
canal, gouttière, chenal (du latin :
canalis), ou de chêne, chênaie.
€HEI¥EIiIiE, s. f. Conduit
en bois qui amène le lessif du
hujour à la chaudière — mot
dérivé du vieux français : chanel,
chenel, canal.
Chacune ève est en son chanel vertie (1).
(Girart de Vianne, XII» siècle, édit.
de Reims, 1850.)
El crul si la rivière (2) par droite force
[vive
Qu'elle issit du chenel ni oui si haute
[rive.
(Girart de Rossiilon, vers 3925".)
Dedans le bout d'iceluy bois j'emman-
cheroy une autre pièce de chenelle ou
autre bois percé.
(Bern. Palissy, Recepie Véritable, p. 103.)
CHÉRAC, nom de localité.
Forme dérivée du mot celtique :
ker, village.
CHÉRA^'T, adj. Qui vend
cher ; le marchand qui surfait sa
marchandise.
CIIERCOUX, nom de loca-
lité. Du mot kor, village, et du
vieux français : coux, cornard.
CHÈRE, Clicire, v, n.
Tomber à terre, en langue ro-
mane : chair, latin : cadere.
(1) Chaque eau est en son canal conduite (ou
détournée.}
(-2) Et la rivière crut tellement...
CHERENTE
KS
CHERVES
Li fous Dcu chai't dcl ciel. (1)
[Livre de Job. tra J. du .\I1« siôcle, p. 500.)
Et entre ccles 'imaiges si en avoit
une qui ère laborée en l'orme d'enipereor
et cclesi t7ioï outre val.
(GeoII. DE VlllElunDo^•I^(, Conquite
de Cunstantiiiopte.)
Et son formaige chet à terre.
(Farce de maître Palhelin.)
A Goupil endormi ne chct rien en la
[gueule.
(Vioui provorbo du XIII' siècle.)
Ta belle ombre cherra et toy encor
[plus belle,
Forcsl, (]ue j'aimay tant, Ui clierra,';
[avec elle.
(\nl. BViF, Eijloijue .VV, p. Il v°.)
f'Iir.KFATE, S. f. La Cha-
rente, lleuve.
Dans la géographie de Ptolémée,
dans celle do Strnbon cl dans le
périple maritime de Marcicn d'Hé-
raclée, ce joli cours d'eau est
désigné par le mot grec Raviv-reXo;.
En latin : Cnneutcliis. (À^s deti.x
mots dérivent du cellicpie cm,
canal.
Dès le IV" siècle, ce radical a
disparu et a été remplacé par la
syllabe car.
Santonico rcduens non ipsc Caren-
[tonus œstu.
(Al «OSE.)
Le mot saintongcais résulte
d'un simple vice de prononciation,
bien (pi'il se trouve au W'I"
siècle dans Marot :
Tu n'as rien veu que la Douo ot (iirondf
liicnlost verras la Chcraiito profonde.
(Clémont Mirut, Epitrea, i. I, p. 107.)
C'IIEKFI-:riIi,s. m. Cerfeuil,
pliuilt! polaig'èri.' à l'cuilles sendjla-
(1) Ignls Dcl cccl'lit (le cœlo.
blés à celles du persil, mais plus
petftes. Le saintongcais clierfcuil
se rapproche plus cpic cerleuihlu
latin cltorophylhnii et du grec
yaîpl'iuXXov {feuille en forme de
main). Le vieux français avait
cependant corfeil.
t-'n chapel ot mis en son chief
(Ju'erl d'esglantier et do cerfeil.
[Homan du lleiiart, rer» it»;tU>.)
f<IIF.I<9IIG\A€ , nom do
localité, lii- Ki'i\ vdlage, en cel-
tique, et probablement du vieux
français niifjnnn . chaudronnier.
La signilicalion du mot chcnni-
flimc, malgré son étymologic
hybride, parait conUrméc par
l'existense dans cette comnmno
d'un groupe de maisons ipii iiorlo
le nom do village dos Chaudron-
niers. Le mot nn'f/nan, cpii s'est
écrit maignan, niagnan, est d'ail-
leurs lui-même d'origine cellitpu%
car en Ikis breton : nianoiiiioi' i\ le
sens de chaudronnier, ;/;<v;;<7 celui
de cuivre.
Il est fait mention de Chermi-
gnac au XIII" siècle dans une
(lonalion faite par Hugo, 37' évè-
(pic de Saintes, aux moines de
l'abbaye d'Arvert.
.\nno 125."» dédit capitulo f\0 libras ri
qiiosdain annuos rrdiUis in ii.irochià do
C/tcnnirjniar à Icpe ul celobrarenl solcm-
nilcr fcsluni sanclie M;ii,'dalcii;c.
(Gallia Chrinliana, t. II, col. lUTi.)
C ' Il i:i(VI<:, chanvre.
C'est le propre de ce que nous appe-
lons ici cl vers vous la cficrve d'eslro
csgrugéo cnlre des fers serrez cl pointus.
{.\tt. o'Ai»ir.s<, Baron de Fa-nestr. lit. III,
ch. XV, i, II, p. 137.)
Clir.KVi:*< , c IirrvrlfcN,
noms lie localités ilénvcs du mol
CHETI
96
CHEVAU
cherve, chanvre (voir plus haut),
ou du vieux français chcrvéc,
charretée. {Voir Roquefort.)
CIIKTI, eiiaiU , adj.
Malheureux, pauvre* — fainéant.
Italien : cattivo.
Chaitis malourous , ke presume-tu
cum se soit ke li lilz del hallisme ail la
clief de science.
{Sermon de saint Bernard pour le Jour
de l'Aient, p. 523.)
Faites venir aucun dcmonstrcmcnt
A la chétive, qui au moustier attend
(jui oliviers me dise son talent.
(Poème de lioncevaux.)
Molt a grant joie li chaitis
Encontre sa maie aventure.
{Le Segretaiii moine, vers 280», Fabliaux
et Contes, t. I, p. 251.)
Encore vault mielx toute voie
Demorer en son païs
Que aler, pauvres chaitis,
■ Là où n'a solas ne joie.
(Thibault DE Champagne.)
CHKTIVERIi:, s. f. Indis-
position, maladie qui traîne en
longueur. En vieux français :
chaitivaison, chaitiveric ont eu le
sens de captivité, de misère et de
maladie.
Granz proichiere est Griz, ki montanz
en hait, monat la chaitivaison en chai-
tivéie (1).
(Sermon de saint Bernard.)
CHEU, prép. Chez.
El delà surprit taut le chevalier la
pucelle qu'il la trouva cheuz une sienne
cousine.
{Roman de Perreforest, ch. VI.)
Le reste se retira à confusion, qui çà
qui là, chacun cheux soi.
(Satyre ilenippée.)
(1) Magnus prœdatnr est Christus qui asccn-
dcas in altum capliiam duxil capUvilutem.
CIIEir IXOVS (l'homme, la
femme de). Locution pour dési-
gner le mari ou la femme, le chef
ou la maîtresse de la maison.
Je voudrois bien, disl lors Pasquicr,
que la femme de chez nous m'eust tant
contesté, je crois que marlin-baston
trolteroit.
(Notil nn Fail, Propos rustiques, ch. V,
p. 5i.)
CHEUT, Chut, part, passé
du verbe cheire, d'oi^i est venu
chute.
L'andemain de la Penthecouste li venz
fu cheus : le rois et nous... fcisme voile
de rechicf.
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 32.)
Icare est cheut ici, le jeune audacieux
Qui pour voler aux cieux eut assez de
(courage.
(Philippe Despoiites, trad. de SANXAZAn,
poète italien.)
CIIEVA^fCEAUX, nom de
commune. Du vieux français :
chevance, en basse latinité : cJie-
vancia, bien, héritage, richesse.
Diex m'a par maint perilz conduit sans
[meschéance
Diex m'a donné au miex honneur et
[grant chevance.
(Jean de Melno, Testament.)
CHEVAU', s. m. Cheval.
Forme usitée en Berry, en Picar-
die, en Bourgogne, comme en
Saintonge. Le français a conservé
chcvau-16(jer (1).
Et por chou k'il ol paour et doute
ke ses chevaus ne fust mors u mehai-
gniés, il s'en torna le petit pas...
(Yii.i.EiiiHDûLiN, Conq.de Constantinople,
§5H.)
(t) L'emploi du mot chevau au singulier et
d'autres formes semblables comme animau, ma-
récltau, etc., a son origine dans la formation
des cas qui étaient encore usités dans le fran-
CHEVELU
97
CHICHETTE
El nous déffond de boyrc IVnu
Car autant en faict un rhevau
Quant on le mène à la rivière.
(Sermon joyetuc dr birn boi/re,
aac. tb. fr., t. 11, |>. 111.)
Là, jouoil au chevau fondu...
(Rabelais, Gargantua, lir. I,ch. XII.)
Ha ! ha ! chevau! vous ai-jeaclictc pour
me mordre?..
(Boroaido db Verville, Moyen df parvenir.)
niKVFIiU, s. m. Plant de
vijjiic muni ilo racines.
En d'aacans endroits, la vigne donne
des chevelues cl des margoules dont on
lire de l'argent chascun an.
(OlÏTior DE Se»hb3, The itre d'Agriculliirr,
p. 143.)
riIi:VFli.\CIIE, nom d'un
goufrc situé au milieu du perUiis
breton, entre le continent et
l'île de lié. Ce mot parait rire un
péjoratif dérivé du vieu.v verbe
cJiover, creuser, du latin cavcaro.
€'IIKVRr.TTK>«», s. f. Cre-
vette de iiitjr, eontiplion du mot
français. On donn(î aussi en Sain-
longe à la crevette le nom de
snnlc, sans doute en raison de la
teinte rose-saumon (pic la cuisson
donne à ce petit animal.
C'III-:vuOTI':ii, v. n. Enfan-
ter, en parlant des clièvros.
ç.iis(lcs XII' cl XIII* .sjèrles, et qui, employés
ronrurrommenl avoc l'arlirle. ont disparu |i|us
lanl. pour ir. mot rheval en- partiruliur, qui psi
dérivé de raballus. on a eu les formes suivantes :
S. Nom. ('.nhaUu<: a fait c/if-ri/i/.*. sujet sinRulicr.
(VoirVilli'hardouin,(,'»H'/M<7^(/<"^"n;i.t-
taiilinnjilf, S îill.)
Acr. Calialt uni a faMchrcal, régimcsingollcr.
iiA. S n:.)tyx)
PI.Nom. C<iAa//( a fait cheval, 5ujci pluriel.
(Id. S37i)
Ace. OihnUnt a fait rhernu*, rherox. rhernh,
régime pluriel. (Id. % il.l.'>*.3.Vi.r>23.)
L'qc phrase du Hegistre des Uclicrs fera
Vraiment tu auras le clicvris
Si jamais ma clièvro chevrote.
(VAiyiEiin, Foresterie XI, p. 32.)
€'IIi:x, jin'j). fréquemment
employée en l-*ûitou et en Sain-
tonj,'e devant un nom projtre
pour dési}.,'ner un villa^,'e, un
hameau. Exemple : Lo yillnijn do
chez (îinird. Cette coutume .so
retrouve en Suisse : deuxbameaux
des environs de Genève s'appel-
lent : chez Chnrot, chez Le(k'n.<;.
(Voir Salverte , /v.s.s.v/ sur h-.'i
Noms, t. II, p. 333, et les Mémoi-
res des Antiquaires de Franco,
p. 282.)
eilIClIi:, adj. Avare, ladre.
Du niul ccltiipie chî, cliien.oudu
latin vicciis, zeste, et par exten-
sion, cliose de peu do valeur.
No soyés orgouilleus ne chichcs
.\yc7. por enseipnier les riches
Larj,'o ruer et eorlois rt gcnt
Et pitcus à la povro gcnt.
{Roman du Henarl, ver» 66ÛT«.)
lisons avare, ou avaricieux, csrhars,
ta(]uin, tenant, Irou-lcnant, c/iichc,
vilain, ou r/ii<7ic-vilain.
{Henri F.iiTirsi^B, Pr^ecllence du tangage
(rnnrms, p. KW.)
C'IIICII1-:TTI:o. f. Avarice,
It'sintM'ie. La locution : à ht chi-
.salsir la dilTércncc des formes du sujet et du
régime:
• Il doit deui deniers de lonliea pAur rhasrun
. (AfMi/ (régime), se 11 rherau.i (sujet), est vis. •
(E»i. Boitr.Af, Hrgiilre des Uéltrrt, p. 316.)
I,fs déclinaisons longtemps consertées dans
notre vieille langue, explHiurni un grand
nomlire de formes anormales de la langue mo-
derne, formes qui paralvsiMit lotîtes dUTi-rentcs
pour des mois i|ui oui iine rommune origine. Je
ne rili'rai qu'un eirniple, relui de nifcr. employé
comme féminin de iicrrH : »rp'>t a fail h/c/i»,
Hiff, sujet singulier; nrpoirm a fait nnonr.
iirirur. ri'gime singulier. La première forme a
doiiui nalMancc ï mece, la dcuticmc ï nertti.
CIIIENERIE
98
CHOMER
clicttc, souvent cinployéo, indujnc
une distribution peu abondante,
un doQ fait avec parcimonie et à
regret.
La langue romane avait chicetc,
avarice, vilenie. (Voir Roquefort.)
Ce mot est devenu chichetc au
XVI° siècle :
Son mari csl si fort donné
A cliicheté et avarice
Qu'il est du tout délibéré
Ne lui quérir point de nourrisse.
(CoyiuLAiiT, Les Droits nourcaulz.)
Qu'il se contente de l'espargne et
chiceté de sa table.
(.MoxTAiGXE, Essais, liv. II, ch. LXXIX.)
CUIEXERIE, s. f. Avarice.
De cestuy monde rien ne prcslanl, ne
sera qu'une chienerie.
(Rabelais, Pantagnii'l, liv. HI, ch. III.)
CHIER HES fJEIIjS, locu-
tion (jui signifie : pleurer ahon-
damnient.
Pleurez donc et chiez bien des yeux.
(Béroalde de Veuville, Moyen de parvenir.)
C'HIEU, Ç'Iioii, adj . ddmonst.
Ce, cet, cela (jjrononcé tchicii,
Ichou).
Quant li Escot perchurent cliou, ils
s'en vinrent rcngiet ossi bien comme
le jour d'avant.
(J. Fnoi3SAiiT, Chroniques.! liv. I. § 35,
1. 1, p. 66.)
CHIPIE, S. f. Grimacière,
bégueule, femme de mauvais ca-
ractère. Du vieux français chipoc,
chipouo, grimace, minauderie.
Sage fu et courtoise, sans chicrc e
[sans chipoii.
{Li Romans de Derte ans grans pics,
vers 840'.)
Divers usage sunt venu
En avant, et grandes cJiipoues,
Grandes chieres et grandes moues.
{Le dit du singe de Jean de Condé, vers 33°.)
CHIKOjV, s. m. Monceau de
pierres rassemblées en défrichant
un champ. Du radical Xsip, main.
En vieux français chiroii, chirot.
(Voir Roquefort.)
CHIVES, nom de locahté. Du
vieux français cive, cJiive, espèce
de ciboule (latin : cœpiila).
CHIZAY, Chizé, noms de
localités. Du vieux français che-
zeau, manoir entouré de cultures,
chezé, espace de terre entourant
un château. (Voir Roquefort.)
CHOC, s. m. Brouillerie. Ce
substantif correspond à un des
sens du verbe choquer.
CHOIÎVE, s. m. Pain de luxe
fait avec la fleur de la farine. En
vieux français cJwôsnc, pain blanc
et délicat. Roquefort dérive ce
mot du latin caijus, blanc; Mé-
nage et du Gange de canonicus,
pain de chanoine.
Offrirent à Dieu, ouvrans leurs cor-
beilles cl leurs marmites : hypocras
blanc avec la tendre rouslie seiche,
pain blanc, pain mollet, choine...
(Rabelais, Pantaf/rucl, liv. IV, ch. LVI.Y.)
€IIÔI7IER, v. n. Manquer de
quelque chose.
Vous me ferez mourir de faim —
Ne chaumeras de pain, de vin
Ni d'autre chose qucUeconque.
{Farce du Badin, nnc. th. fr., t. I, p. 183.)
eiIOUIER, V. n. Attendre —
CHOPINE
99
CHOUX GRAS
tarder — se reposer. Fêter un
jour de fête en ne travaillant pas.
Je les recommandoray à Charon qu'il
les face uns; petit clwmmer sur le ri-
vage et qu'il ne les passe de trois mille
ans.
(Bon. DES PÉBiERs, Ct/mbalum nitindi.
dialogue I»''.)
CHOPI^'E, s. f. Petite bou-
teille, mesure locale, en basse
latinité : chopa, chopina. Ce mot
est d'origine germanique. En tu-
desque : koph, vase à boire, cru-
che ; hollandais : kop, écuelle,
tasse ; anglo-saxon : schopen ,
seau ; allemand : schopp, verre à
boire.
Allons querrc celle chopinc
De vin que devons boire ensemble.
{Théât. fr. au moyen âge, p. 329.)
Sus, je vous ordonne qu'on fine
D'une tostcc enluminée —
Et de bon vin — quarte ou chopine?
(iNopI de La Chesnaïe, Coiidamnacinn de
Bancquct.)
Ménage dérive chopine de cu-
pina, diminutif de cwp;?; quelques
étymologistes facétieu.x des mots
grecs /-îo') et -itfvw.
CIIOPIXER, V. n. Boire
chopine — passer son temps à
boire.
Il m'invita h boyre avccques luy et
chopinasmes théologalement.
(Rabelais, Pantagruel, 1. II, ch. XXX.)
Relournoienl tous au logis, fraiz et
délibérés, où commcnçoienl à chopincr
de mesme cl do plus belle.
(Noël ni: Fail, Propos nuiliaucs. ch. IV,
p. IG.)
CnoPPE, ad.j. Blet, en par-
lant dos fruits, du verbe rlinppcr
(voir ce mot), (jui signitlo butor,
tomber. La poire devient cboppc
quand elle a reçu un coup.
CHOPPER, V. n. Buter,
tomber — faire un faux pas. En
hollandais : shoppen; eu alle-
mand : schûpfen.
Saillez hors de ce galelhas
Il fault sans brocher ni cliopcr
(Jue veniez devant les estais.
(Nicole DE La Ciiesnayb, Condamnation
de Bancquet.)
Sus galopin, qu'on le galoppe
Redressons cet asne qui choppc.
(Clément Marot, Epitre, 1. 1, p. 2i5.)
' CHOTAKO, Cliotcan,
noms d'hommes dérivés du vieux
français chô, cbot, chouette. (Voir
Boquefort.)
CHOUSE, s. f. Chose, du la-
tin : causa.
Je suis qui suis, j'ay parfaicl toute
[chousc
Je suis le Dieu qui ay l'âme jalouse.
(Ronsard.)
€|EIOU!§E, adj. Abruti, en-
nuyé. Du vieux verbe français
chouser, molester, tourmenter.
Je dout les mesdisans qui les boins font
[chouye)\
(Prophétie de Lambelis, Guerre de Metz,
p. 337.)
CHOUX GRA§, locution in-
diquant quelque chose d'excel-
lent. Faii'O SCS choux gras de
quelque chose, c'est s'en délec-
ter, en abuser. On dit dans le
même sens : faire ses orges.
Il en fait ses choux riras : lio gels
well by il. ^
(CoTORAVE, french-engiisk Diclinn.)
Vous faites bien vos orges cl vos choux
gras ceste annéc-cy.
(Guill. BoiciiET, Séracs, t. II, p. 219.)
CHRETIEN
100
CLAMER
Pensez-vous que je feray mes choux
gras de ces auloritcs...
(H. EsHENNE, Laiig. franc, italianizc,
1. 1, p. 42.)
CHRÉTIEIV, S. m. Humain,
un homme en général.
Et jamais je ne vis un si vilain cJiré-
[tien.
(Molière.)
€i:»IEXTli:RE , €imcu-
terre, s. m. Cimetière. En la-
tin : cœmcterium ; en grec :
KotJJLTjTrîpiOV.
La mère Dieu lui dit adoncqucs
Ce fu li clers, fU elle, frère,
Qui fors de votre cbnentere
L'autrfer si vivement enfouisles
Dans un fossé
(Gautier de Coinsi, liv. I, ch. VI.)
Par un cimenlire passoit
Com aventure le menoit.
Une molt bêle tombe vil.
(Castoiement d'un Vère, Fabliaux et
Coules, t. n, p. 179.)
CIXCE, S. f. Chiffon, linge
servant à cincer, c'est-à-dire à
laver. (Voir since.)
En vieux français, chinche
signifie guenille, chiffon ; chin-
cherie, chincerio, buanderie, lin-
gerie. (Voir lloqucfort, Glossaire
de la Langue romane.)
Le mot chainse a également
désigné une pièce de l'habille-
ment des femmes au moyen âge.
Terlstra dicuntur gallicc chainse quœ-
dam veslis mulieris de lino.
{Dictioniiariiim Johannis de Garlaiidâ.)
Et Rogier sa mie apelc
Si l'a par le chainse prise.
(Pastourelle du A7//« siècle, th. fr.
au moyen âge, p. 37.)
CIIVCEK, V. a. Laver (voir
cjncej. On trouve dans Roquefort :
recincer, laver avec de l'eau
nette, rincer (voir Glossaire do
la Langue romane), et du Gange
mentionne le verbe latin recincc-
rare avec le sens de laver ,
nettoyer.
CISAÎliliES, s. f. Ciseaux.
Barbier sanz rasoir sanz cisailles
Qui ne scz rooigner ne rèrc,
Tu n'as ne bacins ne toailles.
(RiTEBŒCF, Disputoisoii de Chariot et
du Barbier, 1. 1, p. 214.)
/\
CliA, s. m. Fléau pour battre
les gerbes. (Voir flea.)
Le latin flagellum a fait ïlau et,
par le changement de // en cl qui
est fréquent dans l'ouest, clau.
(Voir M. Littré, Histoire de la
Langue française, t. II, p. 131.)
CliAlIlVAUX, Clcrvaux,
noms de lieux et noms d'hommes.
Du latin : clara vallis. En vieux
français, vau a signifié vallon,
vallée.
Lièvres couarls venant de sa pasture
Son gist quierl es montaignes,ès vawte.
(Eusincho Deschamps, Poésies,)
CliAM, nom do localité signi-
fiant cri public, ban; en vieux
français : daim, clam, clain.
Latin : clanior; bas latin : cla-
mum; anglais : daim.
CliAMER, V. a. Demander en
criant, proclamer — appeler —
nommer. (Latin : clamare.)
Tout de loin que de prèz n'est laide
La mors. La clamoyt à son aydc
Tosjors, ung povrc bosquillon.
(Marie de Fiiance, Fable de la Mort et
du Bûcheron.)
CLAS
m
CLONE
Siet el cheval qu'il clahnet Salt-perdut
Beslo nen est ki poisset curie à lui.
(^Chanson de Roland, stancelltt.)
En espagnol, ce mot existe avec
le sens de nommer :
En una villa buena que la clamen Pavia.
(Berceo. Milagron de nuestra Seiiora,
vers 281«.)
CliAS, S. m. Glas mortuaire,
sonnerie do cloches pour annon-
cer l'agonie d'un catholique. On
dit en saintongcais : sonner les
clas.
L'e'tymologie de ce mot est le
latin : classiciun, signal de trom-
pette (voir du Gange, à ce mot),
ou le grec : y.Hm, je pleure.
En bourguignon et en proven-
çal : clas; en italien : chiasso.
Aucunes fois trouveras-tu que l'en
fct mention de clas au défaut de la lune...
Leur sembloil que la lune se resuscitoit
à leurs sonnettes; si appcloient celle
fête le clas de la lune...
(Bcrcheure, fol. 2, texte du XVI» siècle
cité par M. Linné.)
CLAVETTES, nom de
localité près La Jarrie ; de clavus,
clou, en breton : clav, ou de
clavis, clef.
CliAVIER, nom d'homme.
En vieux français : gardien, geô-
lier, porte-clefs; du lalin : cla-
vifjer.
Garder les veut c estoier;
Il meisme en fu clavier.
{Chroni<inc dm Ducs de Normandie,
Ters 1I3TI'.)
CliERAC, Clairac, nom de
lieu. En latin : clara domus.
CliEIiGEOX, s. m. Enfant
de chœur. En vieux français :
clerçon, clcrçoniau, jeune clerc;
du' lalin : clcrieiis. Ges mots
s'appliquaient à l'enfant de chœur
comme au polit clerc de procureur
ou saute-ruisseau.
Un jour jouoit une granl flote
De clerçoniaux à la'pclote
Devant les portes do l'église
Où celé image estoit assise.
Un des clerçons i oui moult bel
Qui en son doit a un anel...
(Gautier de Comsi, liv. I, ch. XU.)
Ke ne sai la kele leçons
Est aie lire un des clerjons.
(W'ace, Roman de flo«,TerB 503".)
Et à maistre Robert vallée
Povre clenjeon au Parlement.
(Fr. Villon, Petit Testament, et. 11.)
ClilDE (La), nom de locaUté.
Du vieux mot français : clido,
claie, barrière (Roquefort).
Le testament de Guillaume
d'Aquitaine mentionne l'église de
cette commune : « Sancla ]\Laria
» de Glidà. » {G allia Chris tiana,
t. II, instrum. col. 484.)
diIO]V, nom de localité
dérivé des mots clide, barrière,
ou clicr, lieu fermé de clous,
enclos. Dans le Poitou, le mot
clio]) a la signification de claie,
barrière. (Favre, Glossaire du
Poitou.)
ClilSSE (La), nom de localité.
En vieux français, clisse signilic
osier.
Ma maîtresse avoil un coche de clisse
qui n'éloil guère suspendu que de
cordes.
(Agrippa d'Acbionk, Raron de Fœneste,
liv. m, cil. II, t. II. p. 117.)
CliOXE, Ciauuc, s. m. Mare,
grand trou d'tau ordinairement
GLOTTE
102
COGNAC
entouré d'eau. Du latin : clausus
qui a fait clos, closcau, closerie
et, par corruption, closne, donc.
En langue d'oc : lono.
Et icellc fosse creusée en manière
d'un clmine ou d'un abre'uvoir, faut que
lu paves de caillous ou de pierres ou
de briques le dit claune ou fosse.
(Bernard Pkuss\,Recepte Véritable,
p. 34.)
CliOTTE (La^, nom de loca-
lité. En vieux français : clolo,
tombeau, fosse, trou. Uu latin :
claustrum.
Nér garroicnt armes molues
Ne huche, ne dotes ne chambres
Qu'il ne fut despéciez par membres.
(Jean de Mefng, Roman de la Rose,
vers 1426b». )
Ce mot pourrait aussi dériver
du poitevin : dot, crapaud, ainsi
nommé par onomatopée du mélan-
colique monosyllabe que cet ani-
mal fait entendre.
CliOVISSE, s. f. Coquillage
alimentaire , la venus verru-
qiieusc.
CliUSE, Cliisean, noms de
localités. Du latin : c/usus, fermé,
entouré; vallisdusa aforméVau-
cluse.
COCHE, s. f. Entaille. Mot
d'origine celtique ; en breton :
cocIj, entaille; en gallois : cosi,
fente. Ce mot se dit principale-
ment en Saintonge de l'entaille
faite par le boulanger sur la tailJe
(voir ce mot), pour marquer les
pains.
Quand il me voit de son carquois il lire
Un dard trempé en longueur et martyre
Puis le mcltanl subtilement en coche
Tout au travers de mon cœur le décoche.
(Gilles D'AcniONY (1).
COCHER, V. n. Faire une
coche, une entaille. (Voir enco-
clier.)
Rien, bien, il faut cocher sur la grosse
taille.
(Noël DU Fail, Contes et Discours
d'Eutrapel.)
COFFIX, CofOueau, s. m.
Corbeille à porter la pâte au four.
Du grec : Ko(p'.vô«;, corbeille.
Item pour l'achat d'un coffineau de
bois pour prendre l'eaue à laver les
mains du commung du dit hostel-dieu.
(Comptes de l'IIostel-Dieit de Bourges.,
loll, cité par le comte Jalberi.)
Portant sur ma caboche un coffin de
[Hollande.
(SAiNT-ÀMiNT, Poésies.)
Venez sur vos rives secrètes
Soudain cueuillir à pleins coffins
L'émail des plus belles fleurettes.
(Scévole DE Sainte-Marthe (2).
COtï^AC, nom de ville.
(Latin : Condate.) En vieux fran-
çais, cognac, coignac, congnac
signifient embouchure de rivière ;
condat, condô, confluent de deux
cours d'eau. (Du latin : cum, avec
data, donnée.)
Aux premiers siècles, de notre
ère. Cognac s'appelait Condate;
cette ville est ainsi désignée sur
la carte de Peutinger, dans le
tracé de la voie romaine de
Vcsonna (Périgueux) à Médio-
lano (Saintes), entre cette pre-
mière ville et Sarum (Charmant
ou Montmoreau.) Elle se trouve
(1) Gilles (l'Aurigny, poète, né a Beauvais,
mort en l.'jîjS.
(2) Scévole de Saintc-.Marthc, né k Paris
en 1G18.
COIE
103
COLOMBARD
placée entre les deux confluents
de la Soinioire et de V Antenne,
avec la Charcrite (1). D'après
d'Anville, le Condate de la carte
de Peutinger correspond exacte-
ment à la position actuelle de
Cognac ; son nom a la significa-
tion du latin : Ciineus. M. de Va-
lois le définit ainsi : Condate,
nomine celtico, coniluentcs signi-
iîcante. (Voir d'Anville, Notice
sur la Gaule, p. ïi3(S.)
Dans la GaUia Christiana,
Cognac est désigné par le mot
latin : Coniacum.
Bourignon place à Merpins
l'emplacement de la station ro-
maine de Condate.
COIE, s. f. Coloquinte, ci-
trouille, calebasse, du grecKo-.Xo;,
creux. En vieux français, coyer
signifie attacher, joindre ensem-
ble.
Je contemplais les rameaux des vignes,
des pois et des coxjes lesquelles
trouvans quelque pelile branche ou ra-
meau se venoienl lier et attacher sans
plus partir de là...
(Bernard Palissy, Recette véritable,
p. 108.)
COITE, S. f. Lit de plume —
couverture. En basse latinité :
colhum, en latin : culcita. En
vieux français, on retrouve les
formes : coûte, ouate, coite. En
grec : -/.olzr,, lit.
Jà Dieu ne place que je gise
Sus ciieta de plume à nul jors.
{Roman du Rciiart.)
(1) Iteaucoup d'autres localités ont porté ou
portent enrorc le nom de Condnt, elles sont
toutes situées au point de roncontri' de cours
d'eau. Ainsi, Libournc, au conilucnl de l'Ile cl
de la Dordognc, avait pour ancien nom Cnnd air,
i|ui est resté h un villaue de sa banlieue. Près
de llulTec, le villaftc de (Uindat est situé au con-
fluent de la Cliarcutc et du petit ruisseau le
Lien.
Je m'en suis bien apercéue
' La coûte no fut pas méuc,
La plume n'est pas remuée
Ainrois est toute amoncelée.
{Roman de Narcisse.)
El quant par nuit dormir voloient
En leu de coites aportoient
En lor casiaus monceaus de gerbes.
(Jean de Melng, Roman de la Rose,
vers 8i38«.)
Frère Jean lui bailla cinq sols, puis
avec son bracqucmard fendit la coytte
et le coissin en deux, et par les feneslres
mettoit la plume au vent.
(Rabelais, Pantayruel, liv. V, ch. XV.)
Et les linceuls trop courts par les pieds
[tirassoit.
Et fit à la fin tant, par sa façon adroite,
Qu'elle les fit venir à moitié de la coite.
(RÉGNiEa, Satyre XI.)
COIiÉRER (se), V. réfl. So
mettre en colère, s'emporter.
Mon amy, ne vous colérez pas tant,
j'ay tastc des deux...
(Bonav. des PÉniERs, Cymbalum,
dial. I.)
COIililBERT, s. m. Nom
donné à des poitevins émigrés au
XI1° siècle dans les marécages de
la Basse-Sèvre,qui passaient pour
descendre des Visigoths défaits
par Glovis à la bataille de Veuille
(507); persécutés pendant plusieurs
siècles, les descendants de ces
étrangers furent obligés de vivre
à l'écart dos autres habitants.
Connus dans le Bordelais sous le
nom de Galiets, dans le Midi de
Cagots, en Bretagne do Cacous,
on les désigna dans le Poitou et
l'Aunis pir le nom de Collibcrt,
qui signiPe en vieux français :
vassal, ou jilutôt co-vassal, com-
pagnon d'affranchissement. Latin:
co-libertus.
COIiOUIfiAR».
m. Nom
COLOMBIERS
104
COMMUNS
d'un cépage blanc delà Saiiitong-c,
ainsi désigné d'après sa couleur
tourterelle .
COIiO:TIBIERIS, nom do lo-
calité, désignée air moyen âge
par le mot : columbaria.
In pago xantonico boscum sancti
Aniani et boscum de columbariis.
(Charte de Geoffroy d'Anjou, pour la fon-
dation du monastère de Vendôme.)
eoIiOA'GE, nom de localité,
dérivé comme Cologne du latin
Colonia.
COIilj'T, Colet, noms d'hom-
mes et de localités, dérivés du
vieux français colcr, frapper,
colée, coup; horion.
A chevalier anglois donna telle colée,
Que gorgière et camail ne li valu riens
[née.
(Chron. de Bertrand Duguesclin,
vers 4623».)
COMBE, s. f. Petite vallée,
lieu bas et entouré de coteaux.
Bien que le mot se trouve fré-
quemment en basse latinité sous
les formes comba, cumba, et
notamment dans une charte de
631 (voir du Gange, au mot
cumba), et qu'il puisse être con-
sidéré comme une corruption de
l'adjectif latin concava , la plu-
part des étymologistcs regardent
le mot combo comme dérivé d'une
forme celtique qui a donné nais-
sance au breton : komhant; au
gallois : cwm; à l'irlandais :
cumar, qui signifient vallée.
Li os (1) chevauche par tertres et par
[combes.
(Roman de Garin le Lolicrain.)
(1) Li os, l'armée.
Prenant à droite le chemin qui tourne
à Chartres, il trouve sortant d'une combe
le nouveau gouverneur
(Agr. d'Audigné, //(«/. Unh\,llï,i~i.)
Le mot combe a donné nais-
sance à beaucoup de noms de
lieux et d'hommes : La Combe,
Des Combes, etc.
COJTIBIiK, adj. Qui est rem-
pli jusqu'aux bords et, par exten-
sion : abondant.
Son trésor estoit de mal fère
Por plus d'amis à li atrère
Se faisoit riche et comble et plaine,
(RuTEBŒUF, Sainte-Marie l'egypciane,
t. II, p. 108.)
Quand li chardonal sont venu
(Jui viennent ça luit alumé
Et de covoitise enbrasé.
Ça viennent plein de symonie
Et comble de malveise vie.
(La Bible Giiiot de Provins, vers 667,
Fabliaux et Contes, t. II, p. 329.)
Lesquels il fit encore couvrir de terre
jusqu'à ce que la fosse fust comble.
(Boiinv. DES PÉiiiEns, Contes et Joyeux
Devis, u"" XV.)
Il en a sa brassée toute comble il n'en
peult saisir davantage.
(Montaigne, Essais, liv. I, ch. XLVII.)
€0MBBA:^'D§, nom de loca-
lité. Du vieux français : combre,
pêcherie faite de pieux fichés
dans une rivière. (Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
Go village, situé sur la Sèvre,
entre Marans et Niort, a passé
j)our être le dernier refuge des
Colliberls. (Voir ce mot.)
€0:flMU^^S, s. m. Latrines,
lieux d'aisances.
Item pour l'achat d'un cofineau de
COMPRENABLE
103
CONSULTE
bois pour prendre l'eaue à laver les
mains du commung du dit hoslel-dieu.
(Coniptes de VHnstel-Dieu de Bourges,
IdH, cité par le comle Jaiberi.)
eOMPREarABIiE, adj.
Compréhensible, facile à com-
prendre .
A sens humain non comprenable.
(Chrietine de Pisan, Ilist. de Charles V,
prologue.)
COMPORTE, s. f. Espèce
de cuve servant dans le Blayais
au transport de la vendange. Elle
nécessite deux porteurs. L'éty-
mologie est évidente : ciim
portare.
COXCHE, s. f. Plage mari-
time ou lluviale en forme de
coquille — réservoir d'eau pour
les marais salants. Du latin coucha
et du grec ^o'(-/;n, coquille. En
basse latinité, coucha a eu la si-
gnification saintongeaise :
Concedo Deo et S. Johanni et mona-
chis Angeliacensibus quidquid in conchd
de Esnendâ habebam
(Charta Wilhelmi, Aquit. ducis pro Ange-
riaco, Gall. Christ., t. Il, instrum.,
col. 470.)
Le tout mit pied à terre prôs Zcrbi,
en une conche nommée Rochelle, où les
galères ont accoustumé de faire aigade.
(Agr. d'Aubigné, Hist. ?<K/î;.,liv. I, p. 116.)
Us ont fait au bout d'iceluy d'autres
grands réceptacles qu'ils ont nommé
conches.
(Berndnl Palissy, Discours Admirables,
p. 307.)
COXDITIOIV, s. f. Service
dedomcsticpie. Etre en condition,
aller en condition, être au service,
entrer au service de quelqu'un.
Il ne cherchera pas à se mettre en
condition jusqu'à votre retour.
(M™« DE SÉvioNÉ, Lettres. )
Celjc personne ne saurait durer en
place'; elle a fait plusieurs conditions...
(Idem., idem.)
COlVCîÉ, s. m. Permission,
autorisation.
Li patriarches ad Karlemaigne apelet,
Vostrecitngie's'ilvusplaislmedonez.
(Vogaçie de Charlemagne à Jérusalem,
vers 250".)
Grans périx est d'entrer en autrui
manoir par nuit sans le congié et sans
le seu de celi à qui le manoir est.
(BEAUMANoin, Coutumes du Beauvoisis,
t, n, p. 108.)
COAXAISSAXT (être), lo-
cution qui a le sens de : recon-
naître une vérité, avouer un fait.
Si home occit aller et il seit conu-
saunt (1),
(Lois de Guillaume-le-Conquérant, eh. III.)
Si fort et si puissant
Et si malicieux et si mal cognoissant
De la très grant amour qu'entre vous
[déust estre.
{Roman de Girurl de Rossilloii.)
COÎWXEUTRE, v. a. (pro-
noncé c'neutre). Connaître.
Signer, je ai veues vos lettres : bien
avons queneu que vostre signor sont li
plus haut home...
(YiLi-BHARDociN, Cono. de CoHstantinople,
éJ. 1872, p. 12.)
COIliSE^'T, Conscutant,
adj. Qui consent, qui accepte.
Ledit Francisque fut consentant du cas.
'CoMiNEs, Mémoires, VIII. p. 10.)
CO]VSUL,TE, s. f. Consulta-
tion, conseil de famille, de con-
sulta, qu'oL a dit pour cousullio,
(1) Si un liomnc en tue un autre et iju'il
avoue le fuit...
CONTENT
106
CONVOITEUX
comme missa pour missio. (Voir
Ménai^e, Origine do la Langue
française, p. 229.)
Qui passoit au Mans pour faire
une consulte de médecins sur sa ma-
ladie,
(ScARiioN, Uomuii comiiiuc, ch. VII.)
COXTE.VT, s. m. Tout ce
qu'on peut désirer, provision suf-
lisante. On doit dire : avoir tout
son content, et non pas : tout son
comptant.
Nous avons pourtant
Tout notre content
De nietz pour nostre repas.
(Olivier Basselin.)
CO:irTRAIiIER, V. a. Con-
trarier, de contra aJiuni.
Grand pdchié fait qui contralie
Dame qui est d'amors marrie.
[Varlhcnopeus de Blois. vers GCCO°.)
COXTRAIilEUX, adj. Qui
aime à contrarier — difficile à
vivre.
Senz votre coulpe avez si mortel anemi
Si très contralieux, si fort et puissant.
{Roman de Girart de Rossilluii.)
Uns vileins prist feme à espuse
Qui moult csteit cuntraliuse.
(Marie de FnAXCE, Fables, t. II, p. 379.)
CONTRE, de Contre, prép.
A côté de, auprès de, vers.
Eust une place frouce et vacant
de conte le dit vergier de la meson.
(Vonle do innrs 1301, ArcL hiat. de la
Saint., t. XII, p. 17.)
Et Dorilas, contre qui ;élais, a été
de mon avis.
(.MoLifciip., Critir/ue de l'éciile des femmes,
8C. VI.)
Contre Blanchcflour v.)nt, qui moult
[grant duel ara
Quant de Bcrlain sa Tille les nouveles
Isara.
{Li Romans de Rcrte ans qrans pics,
vor3 iy03\)
Quant il fut monlé sur son cheval, si
montèrent ceulx de léans, pour le con-
voyer et la dame aussi qui chcvauchoit
contre luy.
{Roman de Lancclot du Lac, t. II.)
COXTRElttOA^T, adv. Vers
le haut — du côté de la mon-
tagne : contra mon te m.
Ambes ses mains en levât cuntre munt.
{Chanson, de Roland, n. 31.)
La Seine dans son lit verra plu tôt
|son onde
Rebrousser contre mont sa course
[vagabonde.
(Racan, Bergerie d'Alcidon.)
COXTREPOIJITE , s. f.
Courte-pointe, couverture piquée :
culcita puncla.
Elle envoya quérir un bon lit garny
de linceux, mante et contrepointe.
(Marguerite de Navauue, Ileptaméron,
37" nouvelle.)
COI%TREPORTEUR, s.
m. Colporteur. On disait autre-
Ibis : comporlcur, comporter, du
latin : cum portare.
Quiconques est fremailliers de la-
ton (1) à Paris, il puet conporter cl faire
conporter ses denrées à un seul conpor-
teur par la ville de Paris...
(Livre des Métiers d'Est. Boileau, p. 9G.)
COUVOITEUX, s. m. Plein
do convoitises, envieux, gour-
mand, avide de gain.
Purpensa sei en sun curaigc
K'il les vuleit avoir andeus,
lllucc fu-il trop cuveiteus.
(Marie de France, Fab. V, t. II, p. 78.)
(1) Fremailliers de laton, fabricant de fer-
moirs, anneaux, dés k coudre en cuivre.
COPAIN
107
CORDOUAN
Mes rien ne demoroit de bon devant
ces pillars : il enporloient tout el par
espécial gascon qui sunt moult convoi-
tetis.
(J. FnoissAnr, Chronique, liv. I, § 358,
t. IV, p. 36a.)
COPAI]¥, S. m. Ami intime,
compai?non. En vieux français :
conipainz ; du latin : cornes.
L'accusatif latin : comitcni, a
donné la forme conipaignon, qui
s'est employée avec compaimj,
simultanément, suivant que le
mot était régime ou sujet.
Oui de tout à envie
Mauvaise compaignio
Fait à son compaignon.
N'est pas droit cotnpainz
Qui tout veut avoir.
{Proverbes et dictions populaires,
p. 1-3.)
COPEB, V. a. Couper.
Il chaït jus quant la teste ot copée
Fors de son lucre colat la bonne espée.
(Girard de Vune, vers 2671 •.)
C'OQUARDEAU , s. m.
Jeune coq — jeune galant, étourdi
et arrogant. Diminutif de coquart.
(Voir ce mot.)
S'un coquardeau
Qui soit nouveau
Tombe en leurs mains ;
C'est un oiseau
Pris au gluau
Ne plus ne moins.
{Blason des faulses amours.)
Qu'on mène aux champs ce coquardeau ,
Lequel gasle, quand il compose,
Raison, mesure, texte et glose.
(Clémenl Marut, Rondeau »7//', l. U, p. 131.)
C'OQl'AItT, s. m. Vieux coq
— chai)Oii mal réussi et par ex-
tansion : fou, bonet. Ce mot est
un péjoratif du mot co(f, qui lui-
même est d'origine celtique, et
peut être considéré comme une
onomatopée du chant de cet
oiseau.
Qn'est-ce à dire? que Jeanneton
Plus ne me tient pour valeton
Mais pour un vieil use regnart
De vieil porte voix et le ton.
Et ne suis qu'ung jeune coquart.
(!•>. ViLLOM, Grand Testament,
st. G'2, p. W.)
Ceux qui cuydent que les femmes
sont si léales sont parfaicts coquards.
(Louis XI, Cent Nouvelles nouvelles,
'i'O'' nouvelle.)
COQUxlSSIKR, s. m. Coque-
tier, marchand de volailles et
d'œufs. En langue romane, le
mot cog'wass/er signifiait cuisinier,
du latin coquus.
Asdrubal estoit lanternier, Hannibal
coquassier.
(Rabelais, Pantagruel, Vw. II, ch.XXX.)
CORBEJEAU,s.m. Courlis
de mer.
Au coucher du soleil, on y voyait
voler le corbigeau et l'alouette.
(Bernardin DE S.viM-I'iEnnE, Paul et Virginie.)
CORBIIV , Coi'liiucau ,
noms d'hommes. Du vieux fran-
çais covbin, corbeau, qui est
resté dans l'expression : bec de
corhin.
Lor beaus vis clers a lor cors jenz
Faiseient manger à niastins
E à vautours e à corbins.
'Chroii. des Dues de Normandie, t. II,
ïors 27i)32«.)
fORBOUAlV, nom de l'ilot
situé à l'emboiichurc de la Gi-
ronde, sur lequel est construit un
(les plus beaux phares des côtes
de r(Jcéan.
A l'épocjuc de Plolémée, cet
CORDOUAN
108
CORDOUANIER
îlot était réuni au continent quand
la marée était basse. Il portait le
nom d'Ile cTAnthros, d'après
Pomponius Mêla, qui en parle en
ces termes :
In eo insuis, Antros nomine, ubi
garunina obvius oceani excestuantis
accessibus adauctus est.
(Pomp. Mêla, lib. III, cap. II. j
L'opinion qui place Gordouan
sur l'île d'Anthros est partagée
par la plupart des géographes.
On pense que cette île consti-
tuait la pointe extrême du Médoc,
séparée du continent, à la haute
mer, par le chenal de Soulac (1).
M. de Valois croit qu'Anthros
était à l'embouchure de la Loire,
ce qui est en désaccord complet
avec le texte de Pomponius.
Quelques auteurs croient que
le nom de Cordouan vient de la
construction du premier phare par
des architectes de Gordoue (2).
Gette opinion ne saurait être
admise. Il paraît plus raisonnable
d'accepter celle donnée par
Merula {Cosniographia, pars II,
lib. III — 1636), qui pense que
Gordouan est le Ko'jpiàvov de Plo-
témée et tire son nom de cette
appellation ancienne (,3).
Un phare existait déjà sur l'île
deGordouanaumilieuduXIV^siè-
(1) Elie Vinet pensait également que la tour
de Cordouan a été primitivement établie sur
des rochers faisant partie de la côte du Médoc.
« ... Ut milii duliium non sit, quin Cordanum
» nostrura raedulis aliquando adhœserit... »
(ViKET, CiimmeiitaiTCH sut Ausoiie.)
f2) Un géographe a même émis h singulière
idée que l'architecte primitif s'appe<aitC«/7/««c;
« Corduanti turris exstructa fuit ii quodam
n Corduba architecto, indeci norien inditum.»
(Beaugrand, Gcug., au molCordiana litrns.)
(3) L'opinion qui place lecapùurian à Textré-
mité du Médoc, adoptée par Viiiet comme par
Merula, n'est pas acceptée pir la plupart des
historiens et géographes qui le placent au cap
Ferret, k l'entrée du bassin J'Arcachon.
cle, car une charte do 1409, de
Henri IV d'Angleterre, fait men-
tion de la tour construite en 1360
par Edouard III, et dont le feu
éiait entretenu par un ermite.
Le phare de Gordouan fut
reconstruit en 1581, par l'ingé-
nieur français Louis de Foix, qui
avait pris part à l'édihcation de
l'Escurial et à la construction du
port de Bayonno. Une charte du
diocèse de Bordeaux mentionne
en ces termes Gordouan et son
architecte :
Ad oslium verô garumnœ, in oceanum
influenlis in vicinà rupe, turris dicta
Cordoan, labore Ludovici Fiixii, inter
syrtes cxslrucla est, ex quâ faces
accensœ noctu viam navigantibus mons-
Irant.
(Gallia Chris tiana, t. II, col. 786.)
€Ordouab>ii:r , s. m.
Gordoimicr. Cet artisan , qu'on
désignait sous le nom de sueur,
du latin sutor, prit au XIP siècle
le nom de cordouanier, de celui
de cordouan, donné au cuir fabri-
qué par les corroyeurs arabes de
Gordoue.
De cordoan prist une pel
Si la mise soz sun mantel.
(Marie de France, fable 48», t. II, p. 233.)
La corporation des cordoua-
nicrs avait le monopole de la
fabrication des chaussures élé-
gantes; celle des eavetonniers
fabriquait en basane , et enfin
celle de cavaliers {(Voù est resté
le mot savate) avait la spécialité
des raccommodages.
Nus cordouaniers ne puet ne ne doit
mcsire bazanc avecques cordouans en
nule euvrc qu'il face, se ce n'est en
contrefort tant seulement.
(Livre den Métiers d'Est. Boileau, p. 228.)
CORME-ECLUSE
109
CORPS-SAINTS
La terre est si beneiirée
iju'il i a uns cordoaniers
(Jue jà ne tieng mie à laniers
Qui sont si plain de granl solaz
Qu'il départent sollers à las.
{FaMiau du pais de la Coquaignc, vers
138», Rcc. de Darbazau, t. IV, p.
179.)
CORlflE-KCIifSE, nom de
localité, de l'ancien nom du cor-
nouillior.Kn vieux français corme
désignait aussi bien l'arbre que
le fruit. (Voir Roquefort, Gloss.
de la Langue romane.) Le nom
ajouté sert à distinguer cette lo-
calité de celle de Gornie-Royal.
Corme-Ecluse est situé dans
l'arrondissement de Saintes, près
de la Seudre. Son église dépen-
dait de Saint-Jean-d'Angély.
Ego Rammulfus , sanloniccc sedis
episcopus, do et concedo ecclesiam s.
Marise de Connu, raonasterio s. Jo-
hannis...
(Charta Ângerlaca, Gallia Christ., t. H,
ÏDatrum.j col. 438.)
eOK^TIE-ROYAIi, nom de
localité. Du vieux français corme.
(Voir ci-dessus.) Il est fait men-
tion de cette localité dans la
charte de 1017 de l'abbaye des
Dames de Saintes :
Curtem quoquc aliam quœ nomi-
natur Corma-Refjalis.
(Charta fundnt. abb. S. Marirc apuil Saii-
tones, Gallia Clirinl.. instrum., col.
479.)
COR^TIÉ, s. m. Ik)isson fcr-
mentée faite avec des cormes,
fruit du cornouillier, conmie le
poiré se fait avec des poires.
Vin, perc, corme, bière...
(.\mbroi80 I'abé, l. UI, p. 637.)
COR^'FK, V. n. Souffler
dans une corne, sonner du cor.
En basse latinité : cornarc, cornu
inflave. Dans le sens actif: corner
quelqu'un, c'est exécuter à sa
porte un charivari. (Voir ce mot.)
Ço disl Rollanz : cornerai l'olifant.
{Chanson de Roland, vers l'O'i".)
Li vcneor lor cors cornant
Lcsquex vont durement sonant
Tôt le pais vont estonanl
De lor huier, de lor corner.
{Roman du Renart, vers 3't97».)
Et faisoient grand bruit de corner et
de huier
(Jehan Froissaiit, t. I, § 19.)
CORBIÈRE, s. f. Coin
d'une pièce de terre, d'un mou-
choir, etc.. En basse latinité :
corneria, corneriuni de cornu,
corne. (Voir du Cangc.)
C'OROA'EIi, s. m. Colonel.
Ces deux vostrcs coroneh Rifflan-
douillc et Tailleboudin.
(Rabelais, Pantaijrucl, liv. IV,
ch. XXXVII.)
CORPOREXC'E, s. f. Cor-
pulence , embonpoint. On dit
aussi corporc , pour désigner
quelqu'un de belle taille. Ce mot
sainlongcais dérive naturellement
du génitif: corporis.
Il mourut veau par dcsplaisance
Qui fut dommage a plus de neuf
Car on vit (vu sa corporence)
Que c'eusl este un maistre bœuf.
(Clénionl Maiiot, Epigr.)
CORP» -J^.VIATJ!», s. m.
Reli([ues. Celle exj:)ression, usitée
dans le centre, l'est également
dans l'ouest. A Bordeaux, l'église
de Sainte-Eulalie, faisait tous les
ans la procession dite des corps-
saints, où elle exhibait les reli-
ques de son sanctuaire.
9
COSSARD
110
COUBLE
Lors les cors-saints fist demander
El en un lieu tos assambler.
(Wace, Roman de Roii.)
CO.SSAItD, s. m. Vieil arbre
réduit à son tronc: Synonime de
têtard, comme en vieux français
cosso est synonime de tète. (Voir
Roquefort, au mot cosso.)
COSSARD E, s. f. Espèce
d'oiseau de proie, de la famille
des balerits. (Voir ce mot.)
COSSE, s. f. Vieille souche
de bois ou de vigne. Ce mot,
ainsi que cossard , dérive des
racines celtiques : Âos, bois, ou
Â02, vieux, ou du vieux français :
cosse, tête.
COSSOBT, s. m. Ver blanc qui
ronge le bois. En basse latinité :
cosso; du latin : cossus ou cossis.
Vermiuni ligno editorum, qui cossi
appellantur.
(Fe.itun, cité par Ménage, Oiiy. de la
LaïKj. Irançaise.)
L'humidité engendrera quelques
cassons ou vermines qui quelque temps
après gaslera le bois...
(Bern. PAiiàSY, Recepte Véritable, p. 41.)
COT, s. m. Coup, choc. En
vieux français, colp, coup, cotir,
frapper. (Voir le mot coter.)
Francs et païens merveilleus colp i
[rendent.
(Chanson de Rolland, st. 107.)
De premic cot qu'ilz tiririant
fut in cot de couUeuvrinc.
(Chan.ion du siège de Lusignan, rol(5n
do la geule Poitevinorie, éd. do 16(30.)
COTARD , nom d'homme.
Dérivé de cotte, espèce de robe
qui se mettait sur les autres ha-
bits.
Ucm a maislre Jehan Cotard
Auquel doy encore ung palard.
(Villon, Grand Testament, vers 11228".)
COTER, V. a. Frapper lour-
dement. Dans le vieux français
on trouve cotir dans le môme
sens; il était encore usité au
XVP siècle : les daims cotissent
l'un contre l'autre, dit Nicot
dans son dictionnaire.
Li flots la hurte et dcbatenl
Et tous jors à li se combatent
Et maintes fois tant i cotissent
(Juc toute en mer l'ensevelissent,
(Jehnn de Meung, Roman de la
Rose, vers 5951°.)
COTI, adj. Meurtri, se dit
surtout des fruits mâchés. (Voir
coter.)
En procédant de paroles à fait, il feri
le dit Lorrain et coti la teste au mur.
(Texte du XV» siècle, cité par du Cangb
au mot costris.)
COIJ, Couc, s. f. Pierre à
aiguiser. En vieux français on
trouve dans ce sens keux et coux,
du latin cos, cotis (1).
Lors commença à aguisier
Hon coutel à une grant keux
Le prudom cstoit fors et preux.
(Le preslre crucifié, vers 50», Fabliaux
et Contes, t. UI, p. 13.)
COUBîiE,s. m. Paille, couple.
Le corps Dieu, il prend plus de plaisir
quand on lui fait présent d'un couble de
bueufz.
(Rabelais, Gargantua., liv. I, ch. XXXIX.)
(l)« Ardentes acuens sagittas cote cruentas.
(HoniCE, Odes, liv. Il, ode VIII.)
COUBLER
111
COUPEAU
eOUBLEK , Acconlilcr ,
V. a. Accoupler, i'('unir})ai' j)aii'e,
mettre en présence des animaux
pour les faire produire.
Bien et mal, vertu et vice si vous
les coublez dételle façon.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. X.)
eOUDER, Coiiflcrc, noms
d'hommes et de localités. En
vieux français ces mots désignent
une petite place devant une mai-
son, un pâturage commun. (Ro-
quefort, Glossaire do la Langue
romane.)
COUDIK", s. m. Coing, fruit
du cognassier, du latin cydoninni
et du grec Kyow-nov, dont le dérivé
saintongeais est i)lus rapproché
que le français.
Coiidin est également un nom
d'homme.
rOUDRAY, Condrcau,
Condrcf , noms d'hommes et do
localités, désignant un bouquet
de noisetiers, et dérivés du vieux
français : coudre, noisetier. En
latin : codra corylus, coudrier,
coryletum, coudra ie.
Grant i ci-eissent li buissun
Espines drues c coudreiz
Mult i crcsseit granz li erbeiz.
(Chrnn.dcs Ducs de Normandie, 1. 1,
vers 980».)
COUE, S. f. Queue ; du latin :
cauda.
Une beslc est moult vilaine
De ledure et d'ordure plaine...
Ghief a, mes coe n'a mie.
(fluillaumo Lenuhmand, Dcxtiairc.)
COL'ER, V. a. Couver.
l^nç, contagion nuira aux œufs que la
poulc'co«t;/-a.
(G. BoucuET, Scrces, t. U, p. iS.)
COUETTE, s. f. Politc
queue.
A défaut de poule couvante poserés
les œufs dans un large pannier parmi
de la plume de coette.
(Olivier des Seures, Théâtre d'Agri-
culture, p. 248.)
COUl, C'oiiït, adj. Gâté, se
dit d'un O'uf pourri, d'un œuf qui
a été trop longtemps couvé. Cor-
ruption du verbe couver.
roijTiEURÉ, adj. Coloré, de
bonne mine.
Doulce aleine eut et savourée
La face blanche et couleurée.
(GuiU. DE Louris, Roman de la Rose.)
COUtiOXGE, nom de loca-
lité. Du vieux français : coulon,
pigeon.
D'un couJun cunte que jadis
S'esteit seur une croiz assis.
(Mario de France, Faille don Coulon et
dou Gourpil, t. H, p. "223.)
On dérive également ce nom
de collis longus, colline allongée,
ou de colluin longuni, longue
q-orge.
eoi'PEAl', s. m. Copeau,
morceau coupé mince. En basse
latinité : copcllus.
J'y venons; lu nous apportes icy de
terribles coiipeaux de vieilles véritez.
(Béronlile de VEnvii.t.E, Moyen de par-
venir, t. II, p. 'iiil.)
N'en eussiez donné un coupcau d'oi-
gnon.
(Rabelais, Garganluaj prol. Ju 1>"" liv.)
COUPEAU
112
COURTE-POINTE
De l'aultre main faisoyt ses ongles
avec des cyseaux, les coiipeaux des-
quels voloient à la moustache de la
bouche de l'orateur.
(Agrippa d'Albigné, Couft'Sfiionde Saiicij.
liv. II, ch. III, t. II, p. 332.)
COUPEA.U, nom d'homme.
On peut choisir entre le sens
saintongeais et les vieux mots :
coupeau, sommet de montagne,
coiipcl, cime d'un chêne, et
coupe, coupcau, cornard (voir
Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane), d'oi!i le verbe cou-
pauder :
Plusieurs hommes ne voulurent plus
souffrir leurs femmes se trouver en
telles assemblées nocturnalles ayant le
vice en mespris d'cstre coupaudez en
leur présence (1).
(Claude Haton, Mémoires, 1. 1, p.l2lj.)
COURAîVTE, s. f. Diarrhée,
maladie qui fait courir. On a dit
au XV'' siècle : courance.
Et ne mangcoient les poures gens que
prunes et fruitz dont la courance se
preit dans l'ost et y moururent beaucoup
de nos gens.
(01. DE La Marche, Mémoires, liv. II,
p. 205, cité parLACi'RNE deSainte-
Palaïe.)
De parler elle s'effraya
Dont il eut bien fort la courante.
(ScARno:(, Virgile travesti.)
COURAUD, Courrcaii, s.
m. Grande barque de charge. En
basse latinité : currellus, char,
véhicule; du latin : curvus.
Il arriva qu'un des bateaux qui avoient
passé la troupe fut assablé; et ne put
(1) Dans ce passage, Claude Haton, fervent
catholique, mentionne raccusation qui pesait
sur les prolestants de terminer leurs assem-
blées nocturnes par des accouplements charnels.
La même calomnie avait été répandue sur les
premiers chrétiens.
eslre ramené de là le courau comme les
autres.
(Agr. u'AiDiGsÉ, llist. Univers.^ III, 21.)
COUKATIER, Coura-
tîère, s. m. et f. Coureur, cou-
reuse, vagabond — entremetteur.
Envieux français, couratier axait
la signification d'intermédiaire
pour l'achat et la vente des mar-
chandises; le mot actuel, cour-
tier, en est dérivé.
Et meslier devant dit ne puet et ne
doit avoir nul couralier.
{Livre des Mesliers d'Est. Boileau,p.149.)
Ains se tendra chascun à son mes-
tier... li corratier à la corraterie tant
seulement et li auneur à l'aulnerie tant
seulement
(Ordonnance de 1288, Registre des Métiers
d'Est. Boileau, p. 392.)
Cléopâtre étoit revenderesse d'oi-
gnons; Hélène courratière de cham-
brières.
(Rabelais, Pantagruel.)
€OUR€EIiIiE:§, nom de
localité. En vieux français, petit
jardin; en basse latinité : Corli-
cella.
COIIRCOURY, nom de loca-
lité située dans une ile formée
par l'union de la Seugne et de la
Charente.
€OUROMi\E (La), nom de
localité située près d'Angouléme,
où subsistent encore les ruines de
l'abbaye de ce nom. En latin :
Corona.
Lambertus conslruxit cœnobium (anno
1122) in vicino loco paludibus et rupi-
bus in modo coronm cinclo ; indè illi
coronoi nomen datum...
[CalUa Cliristiaiiu, t. II, col. 1043.)
COURTE-POINTE, s, f.
COURTIL
113
COUTIA
Couverture composée de plusieurs
étoffes réunies par des points,
c'est-à-dire couverture piquée.
En basse latinité : culcilrn puncta
(voir du Cang-e aux mots culciln,
culcilra). En ancien français :
coute-pointe, qui aurait dû ôtre
conservé sans l'interpolation do
la lettre r.
En un lit vi de cliief en clùcf
Estandre une coute-pointe.
(Nouveau recueil de Coules, 1. 1, p. 220.)
Entremenlcs que Philippe dormoit sur
une coute-pointe delez le feu de charbon
en son pavillon...
(J. FnoissARi, Chroniques, Ih. U.)
COURTIIi, s. m. Petit jardin,
petite cour. En basse latinité :
curtile, métairie.
Cest cortil fut moult très bien clos
De piez de chesne aguz et gros.
(Roman du Henart, vers 1289».)
C'est moy mesme — Dont venez-vous? —
J'cstoys allée quérir des chous
En nostre courtil pour disner.
(Farce des Femmes, anc. th. fr.,t. I, p. 67.)
Mais la vieille anticipa, tenante le fu-
seau en sa main, et sortit en un conrlil
près sa maison.
(Rabelais, Pantagruel, liv. ni,ch. XVH.)
En vieux français, on disait
courlillage comme nous disons
Jardinage pour désigner les pro-
duits du jardin.
Courlillage, c'est à savoir, toute manière
de porées, pois, naviaux, fèves novelles.
(Leltres-pntentes clu iS nini 1 4lM), Lirre
des Métiers d'Est. BouEAt, p.2"G.)
COUSIIVAGC:, s. m. Action
de se traiter en parents — fré-
quentation entre cousins, et jtar
cxtansion : intimité.
Ainz verra se li ferez amur c cusinage
Comment vus vus conlendrci cum fol u
[cum sage.
(Chroii. de Jordan Fantasme, vers 377«.)
Cosin renart, dist Chantecler,
Nus ne se doit en vous fier.
Dahcz ait vostre cosinafje.
(lioman du lieiiart, vers 1705°.)
COUSSEAU, nom d'homme.
Forme du vieux français cassons,
courtier-maquignon, d'après Ro-
quefort.
COITTÉ, s. m. Côté, du latin
Costa, côte. Les deux formes costé
et cousté étaient usitées au XVI°
siècle.
Autant en est il de chose et de chouse,
de costé et de cousté,
nous dit Robert Estionne dans
son dialogue du Nouveau Langage
français italianisé.
Nageoit en profonde cauc, à l'endroicl,
à l'envers, de cousté.
(Rabelais, Pantagruel, liv. I, ch. XXin.)
COIJTEITIEA'T, s. m. Coi\t,
prix, dépense.
Mes une chose vos vueil dire
Qui n'est pas de grand coustemcnt.
(Ri'TEBŒDF, Lai de Brichemcr.)
COUTIA. Coûta, s. în. Cou-
teau. En vieux français : cultcl
et coutiel, et, plus tard, coutiau.
Se trenchièrcnt si cum fud lur usages
de cultels c riflèrent la charn jusque il
furent sanglcnz
(Livre des Rois.)
Li leva le pan d'un haubert cl l'ocist
d'un coutiel.
(Chronique de IXains.)
Il tcnoit trois coutiaus en son poing
dont l'un cnli-oit ou manche de l'autre.
(.loiMviLLE, histoire de S. Loys.)
COUTRE
lli
CRAQUELIN
rOI'TRE, Cowltrc, s. m.
Couteau iilacô en avant du soc de
la charrue i»our fondre la terre.
Du latin; ciilter.
Or sont-il perciez d'ouUrc on ouUre
A gros clous loncs comme un coullre.
(llê.iurrection de N.-S. Jésus-Clirisl,
Mystère du XV" siècle.)
Tu sentiras le soc, le contre et la
[charrue.
(RoxsAno, Cnntre les Biichei'ons de
la foret de Gasline.)
Amena ses bœufs gras et refailz,
son soc rondement acéré, son coullre
très bien apointé
(Noiil DU Faii, Propos Rustiques,
ch. IV, p. 41.)
COtlTKETT, s. m. Gotret,
petit fagot de bois de sapin ; dans
le bordelais : Jirjot.
Artus de Oretaigne (estoil) dégrcsseur
de bonnetz, Pcrceforesl, porteur do cous-
trets.
I Rabelais, l'anliujrucl, liv. H, cli. XXX.)
COUTUni:, La couture,
noms d'houinies et de localités.
En vieux français : coullure, en-
droit cultivé; du latin : cullura ou
fosturo, terrain à ini-côte; du
latin : costa.
N'a ne boef ne cliarrue ne vilain en arée
Ne vigne provignié en couture semée.
(Wace, Roman de Rou, 1. 1, p. 73.)
Les pors por mener en pasture
Là aval en ccle coulure
Tant qu'il soient saoul cl plain.
[Corlois d'Arras-, vers S'iO".)
Il luy avoit baillé toutes les chaintres
assis entre les terres labourables do la
cousture de sommiers
(Bail du 18 iiovcmlire 1465. — Archives
histor. de la Suintoni/e, t. X, p. 3"27.)
COtVARTE, Couverte,
s. f. Couverture de lit.
Un garde-robe gras servoil de pavillon,
De couverte un rideau, qui fuyant (vert
|cl jaune)
Les deux cxlrcmités, estoit Iroj) court
[d'une aune.
{Rkgnieu, Satijre XI, p. 85.)
L'on cstcndil sur nous deux antiques
[couvertes.
(Sahuazin, l' Embarquement de Poissy.)
COVVKAII^IiE;, s. f. Ense-
mencement des terres. Le verbe
français couver, du latin cuhare
avait autrefois le sens de couvrir,
abriter, cacher.
Job onques trésor ne couva
Tant com à qui donner trouva.
{Roman de Charité, vers 210".)
COCX, nom de localité. En
vieux français, le mot coux dési-
gne le mari dont la femme a été
infidèle : coû (voir ce mot), une
pierre à aiguiser.
COCVEK, s. m. Etui en bois
servant à placer la pierre à ai-
guiser des faucheurs, appelée
coû. (Voir ce mot.)
CîlïKES, nom de lieu dérivé
de l'un des radicaux ccUit[ues koz,
vieux, ou kôs, bois.
eilAil^TISE, s.
timidité.
f. Crainte,
Mais je passasse la cloison
Moult volenticrs pour l'occoison
Du bouton flairant comme basme
Si je n'eus craintise de blasme.
(Guill. DE Loiuiis, Roman de la Rose).
CR.l«UUEILIiV,s. m. Echaudo
en l'oriiio d'anneau. D'après Uiche-
let ilJictionnnire i'nincuifi, éd.
de lOfSOj, c'est un mot provincial
pour dire : un échaudé aux œufs.
CRASSE
115
CREUX
Il est ordonné que tous les boulangers
de Rouen fassent du bon pain blanc
comme mollet, fouachc, pain de rouelle,
semincaux, cornoyaux, craquelins, cre-
telées...
(Ordonnance d'octobre 1508.)
Dans la despense y avoit à monceaux
Restes du soir, force friantz morceaux
Perdrix, levreaux, et des canes sauvages
Gasteaux sucrés, cmgite^ms et fromages.
(.Nicolas Rapin. Irad. de la snt. VI, liv. II,
d'Horace.)
CRASSE, s. f. Avarice, et
dans un autre sens : mauvais
tour.
Mais pour bien mettre ici leur crasse
[en tout son lustre.
(BoiLEAu, Satyre X.)
CRAVAXS, nom de localité.
En latin: cravantium. Il en est
fait mention dès le XII" siècle :
Anno 1171 sopitlitem inter convenlum
el priorem Sti Eutropii ex unà parte et
Robcrlum Jordin de cravantio ex al-
téra...
{Gallia Christiana, t. H, col. 1071.)
Nom dérivé du vieux mot
cravnn, coquillage qui s'attache
au fond des vaisseaux. (Dict. de
Trévoux.)
Les navires produisent force rats et
souris, cravants et autres animaux.
(G. BoccnET, Scrccs, 1. 1, p. 90.)
CRAZAIVIVES, nom de com-
mune. En vieux français : ano,
amie, signifie canard, cane; du
latin anas et cras, est synonime
de gras, du latin crassiis.
Taslanl vait le plus cras mouton.
(Fabliau d'Eslula.)
Kl tout dis aloil li rois d'Englelcrrc
avant, quéranl le cras pays.
(J. Froissart, CArort/ffttW, liv. I, S 471,
l.Vl,i..3.;
Crazanncs serait donc synoni-
me de canard gras, crassiis anas.
CRÉA, s. m. Esturgeon, pur
grec KpÉa;, chair. En vieux fran-
çais, créât et crat. (^Voir Roque-
fort.)
CREIATI;re,s. f. Créature,
mauvaise femme.
Les criatures se assemblèrent
\ la destinée en alèrent.
(Marie de France, Fab. VI, t. II, p. 80.)
Trop estoit large criature.
(DoioPiTHOs, vers 174«, éd. Jannet, p. 9.)
CRÈRE, Crcirç, v. a.
Croire. Du latin : credero, ou du
celtique : credi.
Ma l'escriptura di et nos creire o devcn.
(La noble Leiezon, poème vaudois du
XI» siècle.)
Ce nous croyons, n'y n'est aussi de
[creire.
(Rabelais, Epistre à Jean Boitchct.)
CREITRE, V. n. Croître,
augmenter. S'écrivait, autrefois,
crcistrc; du latin : cresccre.
Bienheureux le malheur creist la
[renommée.
(Philippe DEsroniEs.)
CRESSÉ, nom de locahté. En
vieux français : augmenté, accru;
du latin : crcscerc.
CREfX, s. m. Trou, tanière.
Tantosl aront plains les crues (1).
(Chanson du XIII" siècle. — Hecucil
(ien Chnnls liisl., p. -ioS.)
(I) Bientùt ils auront rempli les souterrains.
CREYABLE
116
CmSTE-MARINE
Les lyonccaux mosmcs lors sont yssans
Hors de leurs creux, bruyans et rugis-
[sans
Après la proye, afin d'avoir paslurc.
(Clément Maiiop, Psaume CIY, t. IV,
p. 1-45.)
Une grand troupe de^formis
Ensemble en ung creux s'esloicnt mis.
(Gilles ConuozET, Fab. d'Esope, p.^2U3.)
Puis je voy ce grand mont, qui au loing
[redouté
Voyant ses pieds souillez tous boueux
[de tempeste
De soupirs ensouphrez en son creux
[csvanlc
Porte les feux au cœur, les gla(;ons à la
[teste.
(Agrippa d'Aibigni';, So««c/ épigramma-
tique XXll, t. IV, p. 341.)
( RKYABLiE , €;rcal»lc ,
adj. Croyable.
Dant Yscngrin est connétables
El bien de la cort est crdables.
[Roman du Henarl.)
■ Car il est menteur et parjure
Grand barateur et non créable.
(Robert Gaguin, Passetemps d'oysivelé.)
Ainsi que leur disoient chaque jour
gens créablcs, chevaliers et cscuyers
qui bien le cuidoient savoir...
(Jehan Fiioissaht, liv. I, § iil.)
CRIER, V. a. Fleurer —
appeler — gronder.
Pourquoi me criez vous? J'ai grand
[tort en effet.
(MoLiÈiiR, Ecole des Femmes, act. V,
BC. IV.)
t'ISlAIIiliER, V. n. Péjoratif
de crier, crier souvent.
Peuple qui vole en troupes infiny
VA criaillant sur les rives cognues
fcje presse ensemble aussi cspais que
[nues.
(RoNsvni), Froueiade^ t. ni, p. "ri.)
CRIERIK, s. f. Criailleric.
Tel meschef, douleur cl crierie avoit
en la salle qu'on ne savoit auiiuci
entendre...
(.1. l'noissAUT, Chroniques , liv. III, § 4.)
Ce jour, nonobstant les crieries de
Boucher et l'opposition des ecclésiasti-
ques et des seize
(Pierre de l'Estoiik, Mémoires, t. VI,
p. 13.)
Au XIII° siècle, le mot crieries
était employé pour désigner les
annonces faites par les crieurs
publics de Paris, et notamment
par la corporation des crieurs
de vins qui bon gré, mal gré,
criaient aux portes des tavernes
le vin qu'on y vendait au détail.
Los écrivains du moyen âge ont
latinisé cette expression par le
barbarisme : crieria.
... Mercatoribus nostris hansatis aquœ
Parisis, concedimus crierias Paris
... Et terrnm quœ fuit dicti simonis
quœ erat in firma crieriârwn Paris
(Charte de l'hilippe-Aupusto, année 1220,
citée dans Felibien, llist. de Paris, 1. 1.)
CRIIVCRIIV, s. m. Violon.
« Ménage rapporte ce terme, »
dit Charles Nodier, dans son
Dictionnaire des Onopatopées ,
« comme formé par l'imitation du
» son du violon. »
Monsieur, ce sont des masques
Qui portent des crincrins et des tambours
[de basque.
(Moi.iKiiE, les Fâcheux.)
C'RISTE-MARIJVE, s. f. Un
des noms du fenouil marin, crit-
toniiis niariliiiius, le XpsOiJtov de
Galion. {De sinip. nicd., liv. VII.)
Dans les rochers des isles de Xain-
tonge, l'on y cueille aussi de la criste-
tnarine, autrement appelée perce-jnerre.
(Bcrnaril I'ai.issy, Diseours Admirables,
p. 202.)
CRO
CUISSAGE
CRO, S. m. Cori'uption du mot
croc, désignant les taches de vin
aux lèvres et au coin de la bouche,
ainsi nommées du stigmate crochu
que le verre a laissé à la figure du
buveur.
eRO§!SE, s. f. Béquille; ce
mot, bien ({u'il désigne aussi le
bâton pastoral des évèques, ne
dérive pas du latin criix, crucis,
croix, mais du bas latin crocia,
bâton recourbé, qui est lui-même
d'origine tudesque. En vieux
allemand krucka, en anglais
crook, signifient béquille.
CKOL'IiFK , V. a. Faire
tomber, faire écrouler. Mot fran-
çais, seulement au neutre.
Emporlans les seps, 'croullans tous
les fruitz des arbres.
(Rabelais, Gargaiilua, liv. I, ch. XXVI.)
CRUCIIÉE, S. f. Une pleine
cruche.
Va t'en tout à l'heure à la fontaine de
Jouvence et m'en rapporte une cnichée
d'eau.
(Lafomai>e, Psijchc, liv. n.)
CRrJOX, S. f. Cruchon,
petite cruche. En basse latinité :
crufffi. Ce mot, comme cruche,
est d'origine germanique; ancien
allemand: krôg, allemand: krùff.
Un cnigeon d'uylle.
(Telle du XV» siècle cité par dc Gange
au mot criiga.)
Nous trouvâmos avoir gai,'nc un
crujond'hniicdc noix, demi-vessie d'ouin,
une fausse barbe.
(Ag. n'Ariiir.NK, liarnii dr Ftnirslc, liv. ni,
cU. m, l. II, [1. 1-22.)
CrKJon : any round tliing as a mans
skuil or br.iin panne.
(CyrciiiVE, Dictionnaire.)
CrBIiAXC, s. m. Sorte de
petit oiseau qui fréquente le bord
des rivières et qui est bon à
manger. (Hichelet, DictionnairQ
français, éd. 1G80.)
CUISAXT, adj . Facile à cuire,
se dit surtout des légumes.
Navets sont durs et mal cuisants
jusques à ce qu'ils aient esté au froit
et à la gelée.
{Ménagiev français du XIV" siècle, lir.
II, ch. V.)
Les febves creues en un champ sont
cuisantes.
(Bernard Palissy.)
Cl'ISSAGE, CiiUasc Ces
mots, comme ceux de jambage,
marquette, prœlibation, etc., ont
désigné le droit féodal connu sous
le nom de Droit du Seigneur, ou
le rachat de ce droit par un paie-
ment en argent. La nouvelle
école historique dont M. Vcuillot
fut le porte-voix, a nié jusqu'à
l'existence do ce droit seigneurial,
dont il était difficile de faire l'apo-
logie. Nous nous bornerons à
citer quelques textes qui parais-
sent trancher la question :
Consueludo olim ab Evenno tyranno
inducta, ut Domini prefeclive in suo
territorio sponsaruiii omnium virginita-
tem prœiibarent, dimidiata argcnti maroa
unam noctem à priefcctorum uxoribus
rodi mente sponsa; quod étiam num pen-
dere cogunlur, vocanl que vulgô mar-
kettam mulierum.
(Heclor Boéthus, lib. III ol XII, UistoriiK
Scolortim. p. '200.)
Nemo fcminam det viro, antoquam dc
merccde Komino l'oddondà lidejussorcm
accipial. l'uclla dicilur esse dcferlum
régis et ob hoc régis est do ea amachyr
(pra-lium virginitalis) liabere.
{Leges Noeli boni regin WaUiœ, cap. XXI.)
Postremo hune jam induxcrat morem,
ut nemo sine ejus permissu uxorcm du-
CUISSAGE
118
CULER
cerel, ut ipse in omnibus nupliis pro.r-
quitator esset.
{Lactaiitiu.f, Lib. Jo mortib. porsecut.)
Dans le Glossaire du Droit fran-
çais de Laurièrc, nous trouvons
ce qui suit au chapitre : « Dcrcditu
» baronioc S. Martini le gaillard
» (anno 1507) » :
Item ledit soigneur (le comte d'Eu), au
dit lieu de St-Marlin, droit de cullage
quand on se marie.
(Voir DU Gange au mot marchcta.)
Boi''rius , décision 297 , nu-
méro 17, rapporte ce qui suit :
Ego vidi in curiâ bituricensi metropo-
litani, processum appellalum, in quo
rector s'en curatus parochialis, prœlen-
debat ex consuctudine [jrimam haberc
carnalem sponsœ cognitionem, quaj con-
suetudo fuit annuUala et in amendam
condemnatus...
Et plus loin :
Et pariter dici et audivi et pro ccrto
lencri, nonnullos vasconiœ dominos
habere facuUatem prima nocte nupliarum
suorum subditorum ponendi unam
tibiam nudam ad latus neogamœ cuban-
tis ant componendi cum istis.
Dans Roquefort, au mot cullar/c,
nous trouvons qu'on Piémont les
seigneurs de Prellcy et de Par-
sanni jouissaient du môme droit
appelé cazzagio, du mot italien
eazzo. La môme indication se
trouve dans le glossaire de Lau-
rière au mot culhirje.
Un arrôt du Parlement de Paris
du 19 mars 1409, fait défense à
l'évoque d'Amiens d'exiger des
habitants d'Abbcville nouveaux
mariés un droit en argent })0ur
leur donner congé de cohabiter
avec leurs femmes les trois pre-
mières nuits du mariage.
Dans le répertoire de jurispru-
dence de Merlin nous trouvons
au mot markulto que ce droit a
été inauguré au XIIP siècle, qu'il
se nonnua d'abord droit do prœli-
hation, ensuite inarkette, et fut
réclamé par des abbés et des évo-
ques.
CUL (à), Cul (de), locutions
qui signifient, la première : pousser
quelqu'un à bout, la deuxième :
renverser quelqu'un.
A cul a autrefois formé un seul
mot, d'où nous est resté le verbe
aculer.
Or ça, puisque le cas s'offre
Mevoicy boulé à lacul.
{Farce de Frère Gulllebcrt^ anc. th.
fr., t. I, p. 316.)
Pantagruel tint contre les régens,
artiens et orateurs, et les mist tous de
cul.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II.)
CUIi E^TRE «EUX SEIi-
liES, locution qui indique une
situation embarrassante, une hé-
sitation à prendre un parti. Ici, le
mot s'applique non pas à la selle
du cheval, mais à la colle ou
chaise percée.
Deum ergo repellens et a sœculo rc-
pulsa, inter duas, ut àicilar , sellas,
corrueras.
(S. BEBNABDiîa, Epiatolalli», éd. 1690,
t. I, col. l'20.)
Entre deux selles chiet eus à terre.
(Texte Ju XIII» siùcle, cité par Roquefort,
Glossaire de la Laiif/iie romane.)
La situation indicjuée par la
locution : avoir le cul entre deux
selles, rappelle celle do l'àne de
Buridan, placé à la môme distance
de deux j)icotins d'avoine et ne
voyant aucune raison d'aller plu-
tôt à l'un qu'à l'autre.
CULER, V. m. Reculer. Se
dit surtout des animaux.
CUMON
ii9
DAM !
Et s'estant culé dedans ledit rnii5seau,
1g renard entrait petit à petit pour faire'
fuyr toutes les puces du corps en sa
teste.
Bern. Palissy, Rcceptc Véritable, p. 113.)
CUI9I01V, Cuitioiit, noms
d'hommes et de localités. En
latin : cuneus mous, mont ou
colline en forme de coin. D'après
M. Lorédan Larchey, l'ancien
nom de la famille Moncuq est
celui d'un \illage do Qucrcy,
renommé pour la beauté de ses
coteaux et qui portait, en latin,
le nom de Cunous-Mons. (Voir
Lor. Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
CUVEAU, s. m. Petite cuve.
Qui fait vigne.-:, li ceux est grans
Car bastons y fault à oultraige.
Cuves, cuvaux, queux, reliaige.
(Eustache Desciumi-s, Poésies.)
JD
MA, particule qui se place
après un mot ou une phrase jjour
donner plus do force à l'aflirma-
tion ou à la négation. Ce mot a
été conservé en français dans la
locution oui-dû. La forme an-
cienne de cette interjection est
diva, devenu plus tard dea, pro-
noncé en une seule syllabe.
Diva! floires, après mangier
Te doit ton oste consillier.
[Flaire et Blaiurflor, vers 170o».)
Dea! beaulx amis, ce dict Amours,
Celui qui a servir se met...
(Charles n'OnLÉANs, Complaincte de
l'Amour et de l Amant.)
Pourquoi non dea? Socrales estoit
homme
(M. Montaigne, Essais, liv. UI.)
DAUxl, s. m. Mot enfantin,
pour cheval.
Le dclivrcur d'Andromeda
Monte sur un aile dada.
(VoiTi-nE, l'ocsies.)
Il avoil trouvé une occasion favorable
et cependant oscrais-jc le dire son dada
resta court à Lérlda...
(M™« iiE SÉvir.NÉ, Lettre du S avril 167 1,
i. I, p. l'J3.)
DAIIi, s. m. Faux et particu-
lièrement la lame de cet instru-
ment. En basse latinité : dayla,
ainsi délini par dti Gange :
Nam occitanis dailla, dailha est fal-
carc; daiUiayre falcator, dailho faix quû
fenum secatur.
(1)1' Cange, Glossarium., verbodayla-)
Ce mot paraît être d'origine
Scandinave, car en islandais :
dcila, et en danois : dccle, signi-
fient faux.
La mort six jours après, le rencon-
trant sans coingnce, avccques son dail
l'cust fauschc et cerclé de ce monde.
(Uabelais, Pantagruel, prologue du
liv. IV«.)
WAIiKE, s. f. Quantité d'urine
réjjandue eu une fois. Ce mot,
comme d;dc, désignait un petit
canal (jui reçoit les eaux des toi-
tures. Dériv(; de, l'arabe : dalla,
conduire; dalalali, condiute d'eau.
En espagnol et en portugais :
dala et adala ont la signification
de dalo et de gouttière.
DAIVI! exclamation. Abrévia-
DAMPIERRE
1-20
DANGIBAUD
tion de l'ancienne interjeotion :
dame-dcii, dame-dex ; du latin :
domine deus.
Miracles fit dames-dex par lui....
{Roman de Garin le Lohcrain.)
01) dam ! on ne court pas deux lièvres
[à la fois.
(Racine, Les Plaideurs.)
UAIIPIERRK, nom de loca-
lité et nom d'homme. Du vieux
français : dam, dnmp, maîlrC;
seigneur. Latin : Dominiis Pe-
trus.
Nous Irouvasmes dam Piclre, que le
[corps Dieu cravent
Qui la royne avoil fait morir fausse-
[ment.
(Chroii. de Bertrand Diiguesclin,
t. n, p. 9.)
Quant damp Abbéz sceul la venue de
ma Dame, il fut très joyeulx.
(Ant. DE L\ Sai.le, Jehan de Saintré,
ch. LXIX, p. ^298.)
DAIIEJEAUXE, s. f.
Grande bouteille de verre, ser-
vant à contenir du vin ou de
l'eau-dc-vie.
Ce mot, dont on no trouve pas
trace dans le vieux français, est
d'origine arabe, comme élixir,
alcool, marasquin, etc. Ces divers
mots se raj)portent à la fabrica-
tion des liqueurs qui nous vient
de l'Orient.
Dans la langue arabe, djouna
signifie cruche, et on trouve dans
le dictionnaire de Kasimirski :
damajan, damadjan, avec le sens
de bocal. Hichardson traduit ces
mots par : glass phial.
Nos facétieux ancêtres avaient
trouvé une variante de la pre-
mière partie du mot danw-Jcaniw
qu'ils avaient transformé en puthi-
jeanne.
Plus ung chandelier de cuivre, plus
une pusiin-jane
(Inventaire du 1t) tlocembre 1653, do
l'Abbnye do In Freunde. — Arch,
hisl. de Saintunt/e, t, X, p. 287.)
]1A^^])0:W^EAU , nom
d'homme. Diminutif de dandin,
dando, en vieux français : homme
indolent, mari complaisant. Mo-
lière ne l'a pas choisi au hasard
pour en faire le nom d'un époux
trompé.
Jennin espluche des chardons
M.iislre Prebstre se va jucher,
Le dando tranche des lardons
Quant on va sa char embrocher
Le dando faict bouillir le pot.
(Guill. Coyi'iLLAHT, Monologue des
Perruques, t. H, p. 280.)
DAIVCIBAUD, Daugi-
liault, noms d'hommes auxquels
plusieurs origines également vrai-
semblables peuvent être attri-
buées. Dan, comme dam, damp,
dom, signifie seigneur; du latin:
dominus. Ce même mot, dérivé
du celtique, signifie gendre, et a
conservé ce sens en bas breton.
Les noms Gibaiid, Gihault,
Gihauld, sont des formes du ger-
manique Gislehald, devenu, par
contraction, Gisbald. En vieux
français, r/ihaud a signifié bossu,
de tjibc, bosse. Nous avons donc
les divers sens de : maître Gibaud,
maître bossu, et de gendre de
Gibaud ou du bossu.
D'ailleurs, le nom Angihaud est
une forme dérivée des noms ger-
mani({ues : cntjiihurr/, château
do l'ange, ou cncjilhald, ange
renommé.
Nous savons que le nom (VEii-
(jibaut fut porté par un fils naturel
d'Agrippa d'Aubigné. Le vieux
DANNEPONT
lil
DEBAGOULER
Huguenot a cité ce nom dans un
de SCS ouvrages :
Un queiteino de Brouage.
chez Gibaut ou Engibaul...
me mena
(Agrippa d'Aibigmk, Baron de Fœneste,
liv. II, ch. IV, t. I, p. 63.)
DAXXEPOXT, nom d'hom-
me. Natif (ÏAnnepont, pont do
l'âne; en latin : asini-pons.
Constituimus procuratores nostros...
magislros Hcliam Magnani, Joliannem
Aquilœ, Sancti Maximi et de Asirw-
"ponte nostrœ xanctonensis diocesis
redores
(Procuration du 4 avril 1317, pour être
représenté aux Etats généraux. —
Archives hist. de Saiiiloiige, t. X,
p. 55.)
DARD, s. m. Espèce de pois-
son, lenciscus vulgaris — cou-
leuvre verte.
Gardons, perclies, dars, loches...
(.4.inbroi8e I'aiié, liv. XXIV.)
DARRAIX, adj. Dernier.
Alel se prennent qui destruit
Au daarrain s'empleni,'ncnt tuit (1),
Lors regrelenl lur buii seignur,
Gui il firent la deshonur.
(.Marie de France, Fublc XXVI, t. II,
p. 140.)
DARRIf^RK, s. m. et adv.
Derrière. Les saintongeais disent
par contre : en erriôro pour en
arrière.
Mult fièrement chevalchet l'Empcrere
Il est darere od celc gent barbée.
{Chanson de Roland, vers 3310".)
Dariere les trois avoit bien trente de
leur chevaliers... et dariere ces clieva-
liers grand planléi de scrgans...
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 21.)
(1) On s'en prend îi celui (|ui détruit
Du duniicr se plaifucui touï.
Dessus, dessoubz, davanl, darriere,
à dextre, à sencstre...
(Rauelais, Panlaynici, prol. du liv. IV.)
DATTIIiliE, s. f. Espèce de
prune de forme allongée comme
la datte. Ce dernier mot dérive
du grec oâxTuXo;, doigt.
Le palmier produit l'exquise prune
datte, qu'on nous envoie de Barbarie...
(Olivier ue Seuues, Thcàt. d'Agr., p. 615.)
Figues, prunes, datils, pignolals,
noisettes...
(Idem., p. 81-2.)
DAU, Dô, Don, art. Du.
Le s en de droit est de savoir ou avoir
les quenoissances des choses dou ciel
et de la terre.
{l.i Livres de Justice et de Plet, p. 3.)
Sire, je vos fais asavoir,
Je n'ai de quoi rfô pain avoir.
(RlTEBOBlT, t. I, p. 3.)
DAVAXT, prép. Devant.
Dessus, dessoubz, davant, darriere.
(Rabelais, Pantagruel, prol. du liv. IV.)
Car il porte gris et froid, rien davant
et darriere.
(Ibid.)
DÉBAGOUIiER, v. a. Ba-
varder , jjarler avec excès. Du
saintongeais (/onlc, bouche, dé-
rivé du latin /juin.
Si vous aviez débagoulé ce mol là
dans la ville on vous diroit que vous
en avez menty.
(Dialogue des deux marcbnnds, 1573, daus
les Variétés litl. d'Ed. Fodiinieb.)
Des menaces grandes qu'ils firent et
injures qu'ils débaçfoulcrent contre le-
dict aumosnior jusqu'à l'aiipeler ma-
raud et fils do boucher.
(Draniùue, Vie d'Anne de Bretaigne.)
Ce mot était encore en usage
DEBARRER
122
DEDIRE
au XMP siècle : cK'hngoiiler des
rapsodies se trouve dans la tra-
duction de Lucien, par d'Ablan-
court, édition de 1671.
UÉBARRER, v. a. Enlever
la havre de bois ou le verrou qui
ferme une porte — l'ouvrir.
Mais l'un deux vistenienl, vers la porlc
[tournant
La débarre soudain...
(MosTciinEsTiEN, Pocmc (îc Suzaiiiu'.)
Incontinent que l'aube-jour apporte
Du grand olympe eut desbarré la porte.
(RoKSABD, Poésies.)
BKBAUCHKK, V. n. Cesser
son travail à l'heure de la déhan-
chée. C'est le contraire à'cmhau-
cher. Elymologie : de, préfixe, et
hanche, ancien mot qui désignait
un lieu de travail, un atelier.
Pareillement avant que nous débau-
cher davantage, je veulx que nous al-
lions prendre d'assaull tout le royaume
des dipsôdes.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXXI.)
En français, dans le sens ac-
tif, déhancher signifie détourner
quelqu'un de son devoir, de son
travail, le pousser à la débauche.
UÉBI^'E, S. f. Misère, état
d'une personne qui fait mal ses
affaires. En wallon : dihiner,
dépérir, dihène, dépérissement.
I>KISORI9, s. m. Dévoiement,
diarrhée. Ce mot, qui fait image,
est une syncope do déJjordcincnt.
Au XVI" siècle, déhord et déhor-
demenl ont été synoniines.
Ni le débord de ce Dieu tortueux
Qui tant de fois t'a couvert de son onde.
(Joachim du Beiiay, VI, 55.)
RÉCIIFVKIii:, adj. Eche-
velé, mal peigné.
Et là supplia au peuple les larmes
aux yeux et toute deschevelée...
(CoaiNEs, Mémoires, liv. V.)
DE CO^'TRE (Voir contre.)
RÉeOUIiKURER, v. n.
Décolorer; du latin : de colorare.
Et Sun visage fut moût desculeret.
{C/iaason de Roland.)
Tous ayant les visages desroideurez
et defl'aicts
(Fr. Amyot, trad. do la Vie de Paul-
Emile de Plularque.)
DERAIVS, prép. Dans. Mot
admis par l'Académie dans la
locution : passeï' par dedans.
Là fu ir estours (1) dedens la porte
mult grans et moult merveilleus.
(ViLLEiiAnDoim, Conq. de Constaiitiiiople,
g LXXH.)
Ceux qui ont la foi vive dedans le
cœur...
(Pascal, Pensées.)
Tant il en avait mis dedans la sépul-
[pulture.
(Lafoniaine, liv. II, fable II".)
RÉRIRE, V. a. Démentir,
contredire — refuser.
Quant vos desdit, ce fu grans resverie
Pardonès li, biaus oncles, ceste fie (2).
Bataille d'Aliseans (3), vers 2927°.)
Et n'est nul à Angleterre tant soit noble
ni de grant affaire, qui l'ose courroucer
ni desdire de tout ce qu'il veut faire.
(J. FiioissAKT, liv. I, ch. I.)
(1) Estour, combat.
(2) Fie, fois.
(8j Balai lie d'Aliseans, chanson de geste du
XII" siècle.
DEFACHER
123
DEGOBILLER
Avoit osé, premier que d'eslre nu lieu,
desdire les asseuranccs d'un tel homme
que Segur Pardaillan.
(Atirippa D'AinioMÎ, Histoire Univ.
liv. II, p. iJTO.)
DKFACHER (se\ v. rcll.
S'apaiser — se récoiicilier.
Et si je suis fasché d'un fascheux
[serviteur
Dessus les vers, Boucher, soudain je
[me desfache.
(Joachim dc Bellay, VI — 7.)
BÉFAUTE, s. f. Défaut —
manque de quelque chose —
négligence à se présenter — en
basse latinité : defalta.
Et cil qui est redlé (1) et lestimonict
de dëléauié e le plait (2) très foiz eschucl
et el quart munstrent li sumenour (3) de
si très défautes.
{Lois de Guillaumc-le-Conqucraiit,
§ XLV.)
Ne s'en pooient mie eslre aie avec le
roy par défaute de navie.
(J. -Pierre Skv.nKi\-s, Lettre sur la Croi-
sade de Saint-Louis. — V. Joinville,
édii. 1838, p. 293.)
UÉFEKiflEK, V. a. Ouvrir.
Les ventailles ont deffermécs
El les coifes jus avalées.
[Homaii d'Athis.)
La porte li ont deffermée
Floire s'en isl lance levée.
{Roman de Floire et Blanchefor.)
Quant ainsinc m'ot l'uis desfremé
La pucèle au cors acesmé (4).
(Guil. DE I.onnis, Roman de la liuse,
tors Ej""".)
nFFICN, Dent'N, noms de
localités. En vieux Irançais : dofcs,
(1) Redti', accusé.
(2) Plait. proci's, jour d'audionce.
(3) Sumenour, avertisseur, iiuissicr.
(ij Accsmc, paré, orné.
terre^, bois, garenne; dciïûsso,
défense, lieu défendu. (Roquefort,
Glossaire do la Langue romane.)
nFCARr^ATFR, v. a. Dé-
colleter, montrer la gorge. Dérivé
du vieux l'rançais gargate, gorge,
col.
Or veeiz ke nos n'avons pas longues
et si parlons ; qunr alsi com il disoit
dos regardans eslre veut, ke jus tren-
ciès les lengues de la racine, alsi com
une fosse fu ouverte en la (jargate (1).
{Dialogue de S. Grégoire, liv. III, cli.XXXII.)
Au XV'' siècle, csgargatcr a eu
le sens d'égorger.
Esgargatez, esgueuUez,- exillés.
(H. MoLiKEr, chanson. Recueil de chants
liin toriques, p. 391.)
En patois toulousain, degar-
gailhat a le sens du sain longeais
degargater. (Voir le Glossaire des
œuvres de Goudoulin.)
UFCÂTER, V. a. Détruire,
faire dégât. Du latin de vas tare.
Li fous Deu chaït del ciel, si desgas-
tat les berbis et li enfanz (2).
{Livre de Job, trad. du XII» siècle.)
DFr;OKlL.]^FR, V. a. Vo-
mir — rendi'o les aliments pris
avec excès. Mot dérivé du radical
celtique goh, cpii sigiiille bouche
dans les dialectes gallois, irlan-
dais et écossais.
Et puis la belle matière à remuer
pour vous que son dêgobillagc ! 11 !
Laissez-le là.
(P.-L. (loiuiiiEfi, Lettres.)
(t) Quasi quodilani liaralliruin \\\ </utluri\
("2) ignis Doi iccidil de ca'lo et(/ci7/'K.i//oves
et pueros.
UEG0I3KR
124
DEJOUQUER
«FOOINEK, V. a. Parler
aboiulaimnonl. So prend généiva-
leineut en mauvaise part : dôgoi-
ser un chapelet crinjiires. Dans
le Berry on dit dans le même
sens : dégoisiller..
On rit, on raille, on sornc, on dit
On cscoute, on preste l'oreille
On se desgoise, on s'esgaudil...
(Coyni.i.AnT, Blason des Ai'iiies et des
Damex.)
Alouette qui de l'amour
Desfjuincs dès le point du jour.
(RoNsAuu, Gaietés.)
nnCiOl Til^KR, V. n.
Découler, et particulièrement dé-
couler d'une manière peu agréable
à l'œil. La racine de ce mot est
le saintongeais : goule, Louche.
Saint-Laurent au logis revint
Lâchant des soupirs plus de vingt
Pleurs de ses yeux dégoulinèrenl.
{Voyage de Paris à La Roche-Guion.
La Haye, iii-1'2, cli. VI.)
BÉGOUTTAIVT, s. m. Nom
d'un cépage de la Saintonge, ainsi
nommé de l'abondance de gouttes
de moût produites par chacune de
ses graines.
DEGRÉ, s. m. Escalier. Du
latin : degvedire , descendre ;
supin : dcgrcssuni.
Celui cui il l'ol commandé
A tost le cheval ensélc
Et puis en degré li amène.
Romau du Renart, vora 22-20'".)
Miron trouva, on descendant mon
degré, un frère de son cuisinier.
(Gard, de Retz, Mémoires, liv. II.)
liriT, net, s. m. Doigt.
Del dei après le poicier.
(Lois de Guillaume-le-Coiujucrant,
ch..\III, XI» siècle.)
Car en sun petit dei en tient Deus la
jl)alance
Qui met tant cum li plest nos mcsfaitz
[en soiVrance.
{Théodore le martyr, XII» siècle.)
A partir du XIIP siècle, Vo
remplace l'e dans ce mot :
Entre gens ne devrai seoir
Oue l'en mi mousterroit au doi
Or ne sai-jc que fère doi.
(RUTEBŒIF, t. Il, p. 80.)
DKJTAKOTEK, v. a. Décol-
leter, synonime de dégargater
(Voir ce mot). La racine du verbe
déjaboter Gsljahot (voir ce mot),
synonime de poitrine.
WÉJKTK, adj. Courbé, mal
bâti — rejeté, chassé. En latin :
dejectus.
Moult oriblement se dejete;
. Li oel H torblent en la teste,
De sa bousche ist escumc fors.
{Roman de Mahomet, vers 790",
XII« siècle.)
Chris! ierne honteusement dejetlé, son
oncle Frédt'ric fut cstabli roy de Dannc-
marc.
(A^'. u'AiBiGNÉ, Ilist. Univ., liv. I.)
On ne voit que des foi'cts d'érables
rachili(iues et déjetés.
(CiiJVTEALBKiAND, Voijafjc Cil Amérique.'
v. 11. (Juittor le Jonc, c'est-à-dire
le perchoir en i)arlant des vola-
tiles et, par extension, se lever,
(juilter le lit.
Vient as chapons, si les desjoche
L'un en manjue, au cuer li toche.
{Roman du Renart, vers lo229».)
Messires Ernoulz d'Andrehen qui alant
et venant avoit tous dis costiiet les
Englès et tenus si cours qui li arrière
garde ne s'estoit oncques oset desjou-
chier
(J. FnoissAiiT, Chroniques, liv. I, § 350,
t. IV, p. 147.)
DEJOUSTE
125
DEMARIER
Le vinux français avait le
substantif desjiic , l'heure du
lever.
Chantons NolI, tant au soir qu'au
[desjuc.
{Clémoiit M.iiioT, Ballade, t. II, p. 76.)
Tant au soir, la nuyt, qu'au desjnc.
(Rofjer DE CoLiERïE, Monologue du
Résolu, p. 59.)
DB^JOL'STE, prép. Près de,
à côté de ; latin : jiixtà.
Li Philistin pristrent l'arche Deu.,...
cl assistrent la el temple de Dagon de
juste Dagon (1).
{Livre des Rois, liv. I, ch. V.)
Dejoste lui se siet bel Erembors.
(ArnEFnoY le hiltard, Cliaiisiin d'Erem-
liors, XII» siècle.)
Donc vint Rou à Roem, amont Saine
fnaja,
Dejoste Saint-Morin sa navic ataclia.
(Wace, Roman de Rou.)
f>B':ji:]VER, V. n. Déjeuner;
latin : Jejunarc, jciiner, avec
l'addition de la préfixe de qui
donne au mot le sens do rompre
le jeûne.
Que tous li mons doit hui juncr
Et vous, vous voulez desjuner
Et mangier char a maie estrime.
(Le Chevalier au Rarizel, vers 83». —
Fabliaux el Coules, t. I, p. !200.)
DEIi.VfiiB^, Dclaajçc, noms
d'iioinmes. Des vieux mots fran-
çais: finrfo, ni/o, eau, ((ui nous sont
restés ((ans la locution : être en
fif/e, ([u'on écrit <à tort : être en
iinr/c.
1l1<:iiIltl':Rl': , adj. Décidé
résolu.
(i) Pliilistini autoin tiilcniiit aroam Dei et
intulcruMt enm ia tciupluiu Dagon et statuerunt
cain>H.i;a Dagon.
Mais s'il a beu et mange a suffisance,
qu'il soit modérément gay, son corps
dispos et son esprit bien délibéré.
(r. Amyot, trail. de l'iulurque.)
Elle avoit de la taille, quelque chose do
fort délibéré dans l'air.
{H.iuiLTON, Mém. du comte de Grammont.)
Ut:iiIVRKS, s. f. Décom-
bres, résidus de pierres et de
mortier laissés par les maçons.
De l'adjectif ancien : délivre,
abandonné, délaissé.
Or ne me sais mes comment vivre
nui des bones gens sui délivre
Qui me soloicnt maintenir.
{Fal'liau de la Dent, vers 7», Fabliaux
el Contes, 1. 1, p. 15'J.)
SîF.IiMAS, Dumas, noms
d'hommes, du vieux mot mas,
habitation rurale; en basse lati-
nité : nhisiinn.
lï !■> là BJ €' , ISiiliic , noms
d'hommes, du vieux mot hic, bois ;
en latin : Jiicus, bois sacré, dérivé
par antiphrase de Jiicorc. (Lucus
à liicere quia non lucet.)
B5l':5ïA]VCIIKK, v. a. Défaire,
détruire, au propre et au figuré.
Quand celluy se sentit desmanché du
bras.
{Perceforesl, i. I, p. G7, cilé par Litthé.)
Il importail aux confidents de l'intri-
gue de ne pas laisser démancher le
]iarli.
(Saint-Simon, Mémoires.)
»S<:ivrARIi:R. v. a. S('parcr
deux ('poux. Dans le sens rélléchi :
se drmaviev, divorcer.
Vous devinez assez que je viens vous
[prier
Do me démarier.
(REG^Ano, Souhaits, se. I.)
10
DEMENANCE
126
DENIER
Ils se brouillôivnl, se déinaricrent cl
n'eurent (loinl d'enfants.
(Saini-Simon, Mémoires, 57-210.)
On trouve aussi, dans Saint-
Simon, le substantif démariage.
Cet écrivain a souvent forgé des
mots pour rendre sa pensée d'une
manière plus saisissante.
Dès qu'elle fui la maîtresse, dès avant
son démariage elle rappela le duc de
Cadaval.
(Saixt-Simon, Mémoires, 88-146.)
BEHIEIiAlVCE, Deinenc-
nient, subst. Affaire, conduite,
occasion.
Ne- jà por ce ne faites mauvèse deme-
nance.
(Doctrinal de Cortoisic.)
Là l'a reçu Bertrand et la foi de lui
[prent
Ainsi qu'il appartient en lel demaine-
[ment.
{Chronique de Bertrand Diiguescliu.)
lïEMEIVER, v. a. Faire,
mener, remuer, secouer. Ce verbe
est français dans le sens réfléchi :
se démener.
Plurent e crient, demeinent granl dolur.
{Chanson de Roland.)
Aine n'oïstes effondre orage, ne tempesl
Démener si grant noise
(Un dit d'aventures, XIU" siècle.)
Aux templacions iay en guerre
Qui est moult forte à démener
Mais il ayde qui le veult requerre
Servir Dieu c'est vivre et régner.
(Mnrlinl d'Aiveugre, La grant dan e
macabre des femmes.)
IlElWrEUKAXCE, s. f. Habi-
tation, demeure et, par extension,
arrêt, station, retard. Latin :
dcmoratio. En bas breton : demeu-
ranez.
Alors chargcay ici la nef d'espérance
Tous mes souhailz, en la priant d'aller
Uultre la mer, sans faire demeurance.
(Charles b'Oiuéans, Complainte.)
Rclournanl au lieu de sa demourance
champestre.
(AuYOT. trad. de Daphnis et C/iloé, liv. I,
p. 10.)
On a dit aussi, au XVP siècle,
dcinourùo :
Doulce vierge honorée
Ferons nous cy la longue demourée.
(CI. Mahot, Epitre.)
BEMEUKA]¥T, s. m. Reste.
En vieux français : demouvant.
El fui renvoyé tout courant
Haslivement, tenant sa holte
Pour requérir le demourant.
(Fr. Villon, Repues franches, p. 192.)
Pipeiir, larron, jureur, blasphémateur
Sentant la hart de cent pas à la ronde
Au demourant le meilleur fils du monde.
(CI. Marot, Epistres.)
Laisse moy songer un tantôt, je le
diray la fin en deiix motz, puis viendray
au demourant.
(Noël DU Faii, Propos rustiques,
ch. XIV, p. 155.)
Au lac de pleurs faudra que je me plonge
El là finer, en langoureux séjours,
Le demourant et la fin de mes jours.
(Roger DE CoLLEUïE, Epitre F, p. 31.)
nEilEURER, V. n. Rester,
tarder. Du latin : mora, retard.
Quand je me dors, point ne m'esveille
Pour ce que n'ay à quoy penser,
t'y yy vouloir de deniourer
En ceslc vie noinpareille...
(Chnrles d'Orléans, Chanson I".)
Guidant qu'elle ne dust plus demeurer
à tumber
(Boiiav. DE3 PÉniEns, Contes et Joycux
Devis, 144» conte.)
]>É]\IEK, v. a. Nier, démen-
DENIGER
127
DEPLANCHE
tir — refuser — reniei". Lalin :
denegare.
Cil desnoeil dav.int loz et se dist :
neni sai, neni n'enlens ce ke tu dis.
(Trad. do VEriint/. do saint Mathieu
en dial. lorrain du XII» aiocle.)
La Berbiz tut le clenoia
El dit que nus ne li prestn.
(Marie de France, Fab. 7V, t. II, p. 7a.)
Je remarquerai trois fautes générales
et signalées, congneues d'un chacun,
qu'il ne peut dénier
(Advert. Véritable aux catholiques de
PariSi recueil de P. de l'Estoile.)
DÉXICER, V. a. Dénicher
— trouver quelque chose de
caché. Se dit aussi dans le sens
rélléchi : se dénigcr, sortir du
nid, du lit, de la maison.
Et là passoient toute la journée
dénigeans des passereauix, prenons des
cailles, peschant aux gienouilles
(Rabelais, Gargantua, liv. I, cli. XXIV,)
départe:«ext, s. m.
Départ.
Et après le département du roi de
France et de son ost du mont de San-
galtes
(J. Froissabt, Clironique, liv. I.)
Quand Florinde se trouva seule après
le département de son serviteur.
(Marguerite de Navaiire, llcptamcron,
nouvelle lU".)
On a employé dans le même
sens le joli mot : départie.
Cruelle départie
Malheureux jour
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amours.
{Chan.son de la belle Gabriclle.)
Que l'exlrômc regret ne m'ait pas em-
Ipûclié
De me laisser résoudre à cette départie.
(Maluebbe, Poésies.)
DÏJPARTIR, V. a. Partager,
distribuer des parts. — Diviser,
séparer.
Si home mort sanz devise, si dépar-
tent les enfans l'érité entre sei per
uwel (1).
{Lois de Guillaume-le-Conquérant,
XI' siècle.)
Ausi com l'espriviers qui vole à recelé
Départ les eslurniaus qui pasturent
[el' pré.
{Roman d'Alexandre, p. 160.)
A li se tint de l'aultre part
Li diex d'amors, cil qui départ
Amorètes à sa devise.
(Guil. DE LoRRis, Roman de la Rose,
vers 770".)
Et s'en vinrent rafreschir à Dièpe et
là départirent leur butin et leur pillage.
(Jehan Frcissart, Chroniques, liv. I,
§74, t. I, p. 158.)
Il fist sa devise et son lais et départi
son avoir, qu'il devoit porter, à ses
homes et à ses compaignons.
(ViLLEHAHDoii.\, Couq.de Constantinoole,
édit. 1872, p. 2-2.)
MKPEXAIIiliK , adj. Dé-
guenillé. Du vieux français pane,
pêne, drap, étoffe.
Leurs grands panaches blancs et
noirs, tout brisés, dépenaillés.
(ScLLY, Mémoires.)
WÉPKXSF, s. f. Annexe de
la cuisine — hou où se serrent les
provisions de bouche.
En riches sales la mena
Se li ad muslrés ses soliers
Ses despenses e ses greniers.
(Mario de Frahce, Fab. XI, t. II,
p. 9-.'.)
»ÉP1.AXC'IIÉ, adj. Démuni
(1) Si homrao inourt sans tpsiament. ses
enfants pariagcni son licriiage par égale partie.
DEPOCIIER
1-28
DERIORTER
de planches, démoli en parlant
d'un plancher.
Ce petit grenier estoi't d'ancien édifice
tout desplanchéy tout deslatlté et per-
tuisé.
(Cent muvdles du roy Louis A7,
'SU nouvelle. )
DUPOCIIER, V. a. Th-er
d'un sac — vider une pochée.
(Voir ce mot.)
Lors forgier en toute simplesse appro-
che... pensant que Marquet luy deust
despocher de ses fouaces.
(Rabelais, Gargantua, liv, I, cb. X.VV.)
nÉPOTKK, V. a. Mesurer
un liquide au moyen d'une mesure
de capacité.
On aurait pu les dépoter cl s'assurer
de leur contenance.
(Arrêt du conseil d'Etat du 17 septembre 1765.)
On dit aussi dépotage, action
de dépoter; dépotcur, celui qui
dépote.
DEPOrV, Dcspoiiy, Du-
pouy, Dnpny, noms d'hommes,
en langue d'oc : originaires de la
montagne. Dans les dialectes mé-
ridionaux, puy désigne un som-
met. Il est souvent employé avec
cette signification dans la Chan-
son de Roland.
DEPUIf!^ (du), adv. Depuis
lors, depuis un certain temps,
ensuite. Cette locution a cessé
d'être permise au XVIP siècle :
« Il faut dire depuis et jamais du
dnpiuis. (Vaugelas, Rem. de la
Lan Cf. franc.)
Mais du depuis que vous estes venue
A ces faveurs, vous estes devenue
Pardonnez moi, un peu meconnoissanle
A vos amis.
(Mellin de Siisi-Gelais, Rondeau, p. 8i.)
Et toujours du depuis comme frères
[s'aimèrent.
(Ant. Baïf, Eglogue XIII, p. 38.)
Vojià donc comme amour rfu depuis nous
[fait vivre.
(Pbilippe DESP0I1TE3, trad. de Bemuo.)
Sa Majesté s'étant depuis souventes
fois repentie (ainsy qu'on dit) de ne l'avoir
fait, pour s'estre du depuis monstre
fort ingrat.
(Pierre de l'Estoile, Mémoires, t. VUI, p. 53.)
DÉ^tlIIiliER, V. n. Chasser
d'une ])lace, expression tirée d'un
terme du jeu de quille.
Duras, voulant prendre sa place,
l'accusa... le des<juilla facilement.
(Ag. D'Ai BiG.NÉ, Ilist. Univ., II, 222.)
DE QUOY (avoir), locution
qui veut dire ne pas manquer, et
indique généralement la situation
financière de celui à qui elle s'ap-
plique :
Par ton secours fais que l'esmoy
De mon cueur on plaisir se change
Lors à Dieu chanteray louange
Car de chanter j'auray de quoy.
(Clément .Marot, psaume XIII, t. IV, p. 88.)
DÉRA9IEK, nramcr, v. a.
User, mettre en loques, se dit
surtout des habits. Même étymo-
logie iramus) que pour raim ,
rameau, ramée. Le sens jjrimitif
de déramcr a été : dépouiller une
branche de ses feuilles.
DltlR] BOULER, v. n. Tom-
ber en roulant, dégringoler. Du
vieux verbe français bouler,
rouler.
RÉRIORTER, Dcrîofcr,
V. a. Délier, ôter la riortc (voir
ce mot), c'est-à-dire le lien de
DEROCHER
1-29
DESENGAGER
bois tordu qui réunit les brins
d'un fagot.
La choscUe faicte à l'cmblée, entre
deux hujs en tapinois, sus ung
fagot desrioté plus plaist à la déesse do
Cypre...
(Rabelais, Pantagruel.)
DÉROCHER , V. a. Arra-
cher, détacher ([uel([UG chose qui
tient fortement.
Lors les premiers frappèrent sus pour
la desrocher.
(Rabelais, Pantagruel, liv. H, cli. XXXUI.)
D£§A]IRIER, V. a. Enlever
un abri, découvrir. {Yoir abrier.)
Nud ne désabrié
Mort de faim et de soif.
(Fabliau cité par La Ccrne de Sainte-
Palaïe, Dictionnaire du vieux
français.)
DÉSAPAREIIiliER, v. a.
Dépareiller.
Et s'il fust désa}]ereilé que ils ne out
ni chev;il ne les armes.
{Lois de Guillaume-le-Conquérant.,
ch. XXIV, XI» siècle.)
DÉSARRAXGER, v. a.
Détruire l'arrangement, déranger.
Les meubles furent aussi remis en
place, non pas dutout si entiers que
lorsqu'on les désarrangea.
(ScAnnoM, Roman Comique, liv. I, ch. III.)
DÉSATTACIIER , v. a.
Délier, séparer. Le mot sainton-
geais est préférable au français
détacher, ([ui en est une syncope
et qui se confond avec détacher,
enlever une tache.
DÉ!!».\TTEIiER, v. a. Dé-
teler. Le mot saintongeais est
beaucoup plus e.xact, puisqu'il
conserve la racine alto, du latin
hastOy timon.
Il arriva que les chevaux qu'ils n'avaient
pas désatelez au premier bruit empor-
tèrent et brisèrent tout.
(Ag. d'Ai-bioîié, Ilist. Univ., liv. III, p. 92.)
En Saintonge, le mot désattelé
a par extension un sens particulier,
celui d'être démuni des aniinaux
nécessaires à l'attelage des voi-
tures et des charrues. Un tel est
désattelé, signifie qu'il a vendu
ou perdu ses animaux de trait.
DÉ!SE.lII5ARRA!§i!iER, v.
a. Débarrasser, déhvrer des choses
embarrassantes.
Sitôt que je serai désembarrassé de
visites importunes, je ne perdrai pas un
moment.
(Balzac, Letlrex, lir. VIII.)
BÉSEXFARGER , v. a.
Oter les entraves, les enfarges
(voir ce mol), des pieds des che-
vaux. En vieux français, on trouve
dcITerger, dctl'arger, et dans Mon-
taigne, déscnfargcr avec le même
sens.
Et saint Liénart qui deffarçfc
Les prisonniers bien repentants.
(Jean de Meino, Roman de la Rose,
vers 90-29».)
Le plaisir qu'il eut (Socrate) à gratter
sa jambe après que les fers en furent
hors, accuse il pas une pareille doulceur
et joye en son âme pour cstre dcsen-
fargé des inconimodilos passées.
(Mo:tTAicxE, Essais, liv. II, ch. XI, p. ll"2.)
Le mot déscnfargcr est usité
dans le Berri :
C'est un courroux de femmes, une
tête à rêvent, un poulain dèsenfargc...
(George Sawd, Claudie.)
ni:f^K\9i\GVA\, v. a. Déga-
ger, retirer trun engagement.
DESENTERRER
130
DEVANTEAU
Se trouver désengagé de la nôccssilé
qui bride les aullrcs.
(Montaigne, Essais, liv. II, p. io2.)
DÉi!$Ei\TEKKÉK, v. a. Dé-
terrer, exhumer un cadavre.
Et s'il ndvicnt qu'irsoit convaincu et
atteint d'hérésie, il doit estre désenlerrc
et ses os mis dans un sac.
(MossinELEi, liv. I, p. 39.)
DESSIIK, Dcsseur, prép.
Dessus, sur.
Iluec fist Alixandrcs un caslicl comen-
[cicr
Deseure une montagne, asès près de 1'
[gravier.
(Roman d'Alexandre, p. 113.)
De seiir un drap a fait les sains tenir,
(Roman de Garin le Loherain.)
Berte dort enz el bois deseur la terre-
[dure.
[Li Romans de Berte ans yrans pics,
vers lUO'J».)
Li corbeax sict deseur l'ocillc.
(Marie de FRA^CE, Fab. L, t. II, p. 238.)
La ceste troupe est arrivée
Dessu)'\c poinct qu'on desservait
Et que déjà Portonnc avoit
La première nappe levée.
(RoNSAnn, Ode à Michel de l'IIospital,
Btr. V.)
DÉTOUPEK, V. a. Débou-
cher. (Voir élouper.)
Il prendra du vin aigre dans le creux
de sa main et le mettra aux nazeaux de
son chien pour les luy deslouper.
(J. DU FoLiLLocx, Vénerie, ch. XXIX.)
D1:trOQUF.E8, v. a. Déla-
chor, se dit de l'action de séparer
les huîtres attachées au collecteur
ou adhérentes entre elles. Les col-
lecteurs des huîlriùrcs sont ordi-
nairement formés de fascines do
menus bois; en vieux français :
troclic, faisceau, fascine ; en basse
latinité : troclm.
Les substantifs : détroquage
et dcti'oqiwuv sont également
usités dans les régions du sud-
ouest où se cultivent les huîtres.
DF^VAIiliUR, V. n. Descen-
dre, se laisser glisser, tomber. Du
latin : vallis, vallée, endroit bas.
En bas breton : deval.
Rondement montoit encontre la mon-
tagne et devalloit aussi l'ranchement.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.)
L'aigle prend sa volée
Tout au plus haut, puis laisse en terre
[basse
L'huystre tomber; si viste est dévalée
Contre le roch qu'en deux elle se casse.
(Gilles CoiinozET, Fables d'Esope, p. 26.)
Le prisonnier se dévala par la
feneslre par le moyen de ses lincculx,
en chemise...
(Agrippa D'AuniGNÉ, Sa Vie, 1. 1, p. 12.)
Par un degré tremblant dévale à son
[caveau.
(PiBUAc, Plaisirs de la Vie rustique, p. 132.)
BEVAIVT, adv. Auparavant,
d'abord.
Mais orre kir rcquestc orras et ne
pur([uant di lur devant quclc seignurie
e quel dreit avcrad li reis sur els.
(Livre des Rois, ch. VIII, vorsot 9,
trad. du XII» siècle.)
Une maisum vit bêle e grant
Dont il oïl parler devant.
(Marie de Fhance, Lais.)
Quand on veult bien faire cuire les
fèves, on les met devant tremper.
(Quadraijésinal spirituel, 1321.)
DEVA]¥TEA.r, s. m.Tablier.
Trois fois sous un ormeau
Troussa ma cotte grise;
DEVANTIERE
131
DEVIDOUÈRE
Trois fois mon devanteau
Et trois fois ma chemise.
{Comédie des Chansons, nrt. III, se. I,
anc. lli. fr., t. IX, p. lO'J.)
Mit son devanteau sus sa teste
comme les prebstres mettent leur amict
quand ils veulent messe chanter.
(Rabelais, Pantaijruel, liv. III, cb. .WII.)
El je te donrai pour ta peine
Un beau devanteau de couleur.
(Vai-qielin, Foresterie XI, p. Z'I.)
Au XVIP siècle, on disait
encore : devantier, dans le sens
de tablier. (Richelet, édil. de
1G80.)
DEVA^'TIERE, S. f. Devant
du tablier, de la robe.
Et traittenl ainsi leurs pauvres fem-
mes qui ont toutes leurs chaleurs en
leurs belles partie de la devantière.
(BnANiÔME, Dames Galantes, discours I,
p. :219.)
Font comme ccluy qui craint d'adorer
la statue d'un sainct, si elle est sans
devantière.
(Montaigne, Essais, liv. III, ch. V.)
DEVAIVTIEIER, adv. Avant-
hier.
Ah! ce fut devanlhicr
A l'heure volontiers que tu me vis
|descendrc...
(Ant. Baïf, Eglmjue IV. p. (i.)
DEVAIT QUE, locut. Avant
que.
Nus chapelier de feutre ne puot ouvrer
devant que la gueite ail corné le jour.
{Livre des Métiers d'Est. Boii.EAf, p. 218.)
Unp peu devant qiie le jour vienne,
je me transporte au parc de nos ouailles.
(Bonnv. des Pkiiiers, Cymbalum mutidi,
dial. IV.)
DEVENIR, V. n. Venir de
quelqu'endroit : — Allez-vous à
Saintes? —J'en deviens.
Isengrins, que chnscun dcsprisc
L'ost conduiroit ;
Où se devient, il s'enfuiroit (1).
(RuTEBŒiF, Renarl le bestoiirné, t. I,
p. 200.)
Là endroit devinrent moult de nou-
veau.K chevaliers.
(J. FnoissART, liv. I.)
Gomme venir, ce verbe est fort
irrégulier dans sa conjugaison
saintongeaise : je devenis, que je
devenisse, etc.
Et me requisl qu'il fut ainsy
Que ton amy je devenisse.
{Le Miracle de nostre dame, mystère,
lliéAl. fr. nu iiioyoïi i'ige.)
DEVERIi», prép. Vers, du
côté de.
Devers Ardène vit venir un leupard.
{Chanson de Roland.)
Prenez Epistemon de compaignic et
vous transportez par devers elle.
(Rabelais, Pantagruel, liv. III, cb. XVI.)
Tirer c^ei'O's le soir le pis aux vaches
[pleines.
(RoNSAnn, Le Ci/clope amoureu.r, t. IV,
p. 110.)
Et s'est devers la lin levé longtemps
[d'avance.
(MiiLiÈiiE, Les Fiirlieiix, net. I, se. I.)
DÉVIUOUÈRE, s. f. Dévi-
doir, dévidcuse, rouet.
Mettant on l'allée par laquelle son
monsieur alloit en son cstudc dfU.x ou
trois pelotons et rcniisscaux de lil cl la
dcvidouère.
(Noiîl ni! Fail, Contes d'Eulrapel, t.I,
p. 2.S-2.)
(1) IsenRrin de Inup), que chacun atlaquc.
l'armée coaduiniii ; d'où il arrive, il s'enfuirait.
DEVINAI LLE
132
BIDONNE
DEVlXASIiliF, Dcvi-
uoiicrc, s. f. Enigme, sui)i)Osi-
tioii — action do deviner.
Sans cuider et sans devignaiUe-
J'en dirai réson lot debout
Et droite vérité par tout.
(Bible Giiiot de Provins.)
Lcgière est ceslo devinaille
Chascuns quide estre lot sachant
Por quey vos teneiz l'enfant.
[tlhrnii, des Dues de I^ormandie, t. I,
vors 13174".)
Pour asseurer si c'est ou laine ou soye
[ou lin
Il faut en devinaille estre maistrc Gonin.
(Math. Régnier, Sut. -Y, p. 71.)
DEVISEU, V. n. Dire, parler,
discuter.
Nus hom ne puct ne ne doit ven-
dre barilz à Paris d'autre façon que de
celc dessus devisée.
{Livre des Métiers it'Est. Boiieai;, p. 103.)
La traïson devisent entr' ans trois à
[loisir.
(Li Romans de Berle ans f/raiis pies,
vera 3GI")
»a<:V0YER, V. n. Mettre en
diarrhée. C'est le sens indiqué
par Hichelet : être dévoie, c'est
avoir nu dévoiemcnt. (Diction-
naire Français, édil. de 1080.)
Destin soupa fort sobrement et M"" de
la Rapinière tant qu'elle en fut dévoyée.
(Scinno.i, Roman Comique, liv. I, ch. IV.)
DIA! interjection dont se ser-
vent les charretiers pour faire
tourner leurs chevaux à gauche.
Ce mot est d'origine celticpie, il
s'écrit en bas breton : dia, diaz
ou dihaz, et dérive de diou, diliou,
flroit, à droite. En gallois: dcou;
en écossais : don; irlandais : drus,
signillent à droite. La contradic-
tion entre la signiiication celtique
et le coté de la vol te n'est qu'appa-
rente. Les mots à droite, à (jau-
clio, n'ont qu'un sens relatif.' Ils
dépendent de la place qu'occupe
le charretier à côté du cheval ou
en face de lui.
Qui le mèneront à dij ay et hory ho.
(Noël Dr Faii,, Contes d'Eutrapel, ch. IX.)
A propos un charticr sans fouet
(Jui ne dit dea no hurehau
Pourroit-il toucher son chcvuu?
(Roser DE CoLi-RRYE, Sermon pour une
Nopee, p. 112.)
Et l'on voit que l'un tire
A dia, l'autre à hurhaut; l'un demande
(du mou.
L'autre du dur; enfin, tout va sans
{savoir oii.
(Moi.iÈiiE, Dépit Amoureux, act. IV,
se. II.)
»IABI.ESSE, s. f. Femme
méchante, acariâtre.
Ils se mettent en la teste de ces vieilles
scmpiterneuses et les rendent diablesses
)jarfaites.
(Bonav. des Péuiehs, Contes et Joyeux
Devis, i^" conte.)
Ces dragons de vertu, ces honnêtes
[diablesses
Se retranchent toujours sur leurs
[sages prouesses.
(Moi.iÈiiE, Eeole des Femmes, act. IV,
si;. VIII.)
lïïCOIVCraïE, nom de loca-
lité. Du latin : concha, coquille.
(Voir conchc.)
aiîBï^îMJ^'E, nom de localité.
En latin : didonia, dérivé des
mots celtiques : (//, jour, et dun,
élévation.
Pelrus de Bidoniâ, dominus de Tau-
niaco et de Hoyano (12l'i) cessit monas-
tcrio do Vallibus quidquid habcbat in
vicariâ
[Gallia Chrisliaiia, l. II.)
DIRIE
133
DONRAI
DIKIE, S. f. Discours, façon
de parler, propos.
Je nous fions sus Icux diries
Tout comme sus planches pourries.
(Telle (le 1740, cito par NisaiiDj l'aluis
populaire-, p. 2W.)
UISIS (je), »isiiiics (nous),
prétérit irrégulicr du verbe dire.
Et si le teslimonie ad, si cum nous
ainz disimes (1).
{Lois du roi Guillaume, § 43 — XI» siècle.)
Nous baillèrent or et argent
A celle fin que nous disiesmes,
Ses deciples secrètement
L'ostèrent hors du monument.
(Tragédie de la vengeance de Jésus-
Ciirist.)
Dunt a un ohevroil apelé
A cunseil li a demandé
Ke par amur il li désist.
Voir de s'alainc s'ele puist (2).
(Marie nE France, Fub. XXXYII, t. II,
p. 18'J.)
DI"VO]VE, nom de localité
qui, d'après Atisone, désigne une
fontaine consacrée à une divinité :
Divona, ccllârum linguâ, fons addite
[Divis.
1IODO, S. m. Sommeil, dans
le langage enfantin :
Je vous pry, couvrez moi le dos
Car par ma foy je veux dodos.
{Farce de Calhain, aiic. lli. fr., l. II,
p. 151.)
Quant n'ont assez fait dodo
Ces petits cnfanchonnés.
(Cliarlos d'Ohléaxs, Chanson.)
IlOliU^, nom de localité dans
l'île d'Ulérou. Iladical celticiue :
(1) Fst s'il a le témoignage, comme nous dîmes
auparavant.
(■2) Une par amitié il lui dît avec vérité s'il
puait de riialcinu.
(loi, table, latinisé en dolus. Dans
le voisinage, se trouve un dol-
men (dol, table; men, de pierre),
que les insulaires appellent la
galoche.
nOIiOllà'.KE, s. f. Doloirc,
bâche do tonnelier servant à
tailler les cercles.
Si carpentier qui après vindrent
Grans coignies en leurs coul lindrcnt
Dolouères et besagiies
Orent à leur coslez pendues.
(Wace, Roman de Rnu.)
Le bourreau preint une corde, à
laquelle tenait altaclié un gros bloc,
atout une doulouère tranchante.
(Jean o'A^ctati, Histoire de Louis XII,
eh. X,\VIU, édit. 1615, p. 2-28.)
MOjTIPIEKKF,, nom de lieu
et d'homme, qui signilie : sei-
gneur Pierre, maître Pierre; en
latin : doininiis Potrus. Il est
question de Dompierre, près La
Rochelle; dans le texte suivant :
Guillelmi domini de Domno-Pclro \n
païo alniciensi propè Rupellam anno
1-227.
(Gullia Christiana, t. II, col.tO'3.)
DOXXAXT, aclj. Libéral,
généreux, qui aime à donner.
La maréchale de Noailles... fort riche
et fort donnante.
(Saint-Simon, Mcmnircs, cite par Litthé.)
»o:VR.tl. futur du verbe
donner, pour duniirrui.
Le seignur pur un deners que il
donrad, si crunt quilcs ses bordicrs cl
ses boverz.
(Lois de C.uillaumr-le-Ciinqncranl,
cil. XVin — XI» siùclo.)
Or ne m'en vueil plus onlremcltrc
Ainz leur donré jor de plait mettre.
[lioman du IXcnart.)
DORDOGNE
13i
DOU
Gras ol repeuz te viendront adorant,
Voire le maigre à la fosse courant
Et dont la vie est hors de restorant
Te donra gloire.
(Clément Marot, Psaumes de David,
t. IV, p. 101.)
Le futur donrai est formé de
l'ancienne forme de l'indicatif pré-
sent que le verbe donner a con-
servée jusqu'au XVI'' siècle : je
doin, tu doins, il doint.
La pel, se Dieu me doint salu
Coûta plus qu'ele no valu.
(RuiEBŒCF, Chariot le Juif, t. I,p. 290.)
Or à ces deux que mort a dévorez
Dieu doint repos
(Cl. Mahot, Epitres, t. I, [>. 170.)
l»ORDO€ïl%'E, nom de la
rivière qui sépare, au sud-ouest,
la Saintonge du Bordelais. Ausone
la désigne par les mots : Duranius
/luvius, qui se trouvent également
dans Sidoine Apollinaire. Gré-
goire de Tours lui donne le nom
de : Doi'ononia, devenu plus tard
D or don l'a.
Le mot le plus ancien, diiran-
nhis, dérive du radical celtique :
dour, rivière, cours d'eau. En
bas breton : dour, eau ; doji, pro-
fonde. En gallois : dur, eaux.
« Le lleuve qui est appelé Dor-
» donne (dit Alain Ghartier),
» retient le nom de deux fontaines
» dont l'une est appelée Dor et
» l'autre Donne. » (Voir Ménage,
Oriqines de la Langue française,
p. 259.)
U'ORE E\' AVA^'T, adv.
Dorénavant. Le français a fait,
en les altérant, un seul mot de
quatre : de arc en avant.
D'ore en avant serons nous compai-
[gnons,
{Poème de honccvaux, XII* siècle.)
Si auroic dès orc en avant meslier de
reposer.
(ViiiKHinDoriN, Conq. de Constantiiioplc,
p. 39.)
Et dès lors en avant traicte humaine-
ment luy et les siens
(Montaigne, Essais, liv. I, ch. II.)
DORMAIIiliER, V. n. Dor-
mir mal, faire de petits sommes
souvent interrompus. D'où le
substantif dormiUe, sommeil de
peu de durée. Le vieux français
avait dormiller.
En dormillant li respondi
En es le pas se rendormi.
[Flaire et Blance/lor, vers SaSO».)
DOR]VE, S. f. Giron, espace
compris entre la ceinture et les
genoux. Dans les idiomes néo-
celtiques, dorn désigne la main.
Il y a des vocables qui sont français
naturels, qui sentent le vieux mais le
libre et le français comme tenue,
empour, dorne, bouger et autres de
telles sortes.
(Agr n'AiBiGNÉ, Conseils de Ronsard à
SCS disciples.)
Ton fjiron est la dorne
De la vierge à qui rend ses armes la
[licorne.
(Agr. d'Aubigné, Tragiques.)
DOU, S. m. Dos, du latin :
dorsum. Go mot, écrit dos, dans
les textes du XP au XV° siècle,
s'est écrit doulx et dours, au
XVP siècle.
Le suppliant baille à Pcrinet de la
quarre ou du doulx de la main gaulche
en arrière main sur la joue.
(Texte du XVI» siècle, cité par do Gange,
nu mot dodus.)
Il charge sur son dours les deux pré-
tieuscs coingnces.
( Rabelais, /'ûrt/a^rueijprol. du I\'« liv,)
DOUBLE
133
DOUTADLE
DOUBIiE, s. m. Mesure de
capacité valant deux décalitres.
En tel lieu la semence cspande
Que fruit à cent doubles lui rende.
(Chrétien DE Ttoyes, iio;na;i du Graal,
prov. front., t. I, p. 85.)
DOUEIiliE, s. f. Douve, plan-
che de inerrain pour faire les
tonneaux. En basse latinité :
clolea, doclla; du latin : doliuin,
vaisseau vinaire.
Icellui suppliant prist furtivement
environ soixante pièces de douelles à
faire tonneaux.
(Texte du XIV» siècle, cité par du Gange,
au mot doella.)
Et sera la longueur de la douclîe au
moins de trois pieds deux poulces
(OrJonaance de 15"", sur la police géné-
rale d'Issoudun.)
Autrefois, le verbe cloh'r avait
la signification de couper, tailler
et, probablement, faire des douel-
les avec la doloucre. (Voir ce
mot.)
La charretée de cloies à eschaffaudcr,
de fort merrien à doler, doit un denier
do tonlieu (1).
{Registre des Métiers d'Est. Boileai-,
p. 3-23.)
DOUIIET, nom de localité
située près de Saintes, remarqua-
ble par sa fontaine qui foiu-nissait
de l'eau, aux arènes de cette ville,
au moyen d'un acqucduc dont il
reste des vestiges. M. Jônain
dérive ce mot du latin : duce,
impératif du verbe ducerc, con-
duire; il j)arait plus naturel de
voir, dans le nom de cette com-
mune, une forme du vieux fran-
çais : doucl, fontaine.
(I) Tonlieu, droit d'entrée ou de placage. En
basse latinité : talcunium.
Douet, diminutif de douche. C'est une
fontaine qui ne rend qu'un petit lilet
d'eau. ,
(Le Dcciiat, Remarijues, t. I, p. M.)
Douet, canal, égout, courant d'eau. —
Douls, source d'eau, du latin ductus.
(RoyiEFoni, Glossaire de la Langue
romane.)
DOUIIiliAT, s. m. Cuve à
transporter les raisins de la vigne
au pressoir. Du latin : dolium,
tonneau, au pluriel : dolia.
JèOJjSWi, s. m. Fausset,
petite cheville de bois fermant lo
trou fait au tonneau. En basse
latinité : diiciculus, en langue d'oc :
dosil. Les ccifophiles font venir
ce mot des deux mots doui\ eau,
canal, rivière, et sil, passoire,
dont le premier est certainement
celtique et se retrouve dans le
nom de plusieurs rivières : Dor-
doQue, dont le nom le plus ancien
fut Durannia, Adoui\ JJurance,
etc.
Les mots dousiJ, dusil, dosil,
ont eu autrefois le sens de robi-
net (voir Roquefort), et aussi la
signilicalion saintongeaise.
Il faudra lordrc le douzil et bouche
close.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. UI.)
A ce bruit il eust si belle peur, que si
le douzil n'cust tenu, il l'eust laissé
choir.
(Béronide de Veiiville, Moyen de parvenir,
t. I,p. 1'J7.)
Là esloit Monsieur de Monlpensier ...
ce n'csloit pas celuy qui lit couper le
douzil de son vin de Gasconpne, ayant
ouy de Hnbeiot qu'il estoil digne de faire
le sang du Christ.
(Agr. D'ArniGSÉ, (Confession de Saneg,
ch. VIII, t. II, |.. i'Jt.)
»OUTAniiI-:, adj. Douteux,
diflicilc à croire.
DOUTANCE
136
DROITIER
Et se ce semble doutable
C'est bien par argument prouvable.
(Jein DE Mr.umc, Roman de la liose,
vers a063".)
Personne ne croyant doulablc
Que tout ça ne soit praticable.
(Texte de i740, cité par Cli. Nisakd,
Langage populaire, p. 2'Jl.)
IIOI:tA]VCK, s. f. Doute,
souj3f;on, supposition — hésita-
tion.
Dan Joseph, ben seiez-tu vcnuz!
Ben deiz estre de mci reçeuz,
Ben es de mci sans dolance.
(Résurrection du Sauveur, Mijslère du
XI" siècle.)
L'autre jour en dormant
Fus en grant doutance.
(Thibaut de Champag.ne, XIII» siècle.)
Votre doutance fait tort à un garçon
comme moi.
(Vadé, Lettres de la Grenouillère, 3» lettre.)
UOrTER, V. a. Redouter,
craindre — soupçonner.
Discrez et sages et sans doute
Qtii bien crient (1) Dieu et bien le doute.
(Gautier DE Coinsi, cité par M. de Labokde
au mot estache.
Sous couleur de changer de l'or que l'on
[doutait.
(Moi.iÈitE, Etourdi., act. U, se. VU.)
MRAPE.VU, s. m. Lange, et
par extansion : linge, drap.
Icis vcnirs, icis alers,
lois veilliers, icis parlers
Font as amans sous lor drapiaus
Durement amaigrir lor pians.
(Guillaume de Lomiis, Roman de la Rose.,
vers 2oî>i«.)
Et en ces ords cuvoaux
Oii nourrices essangent leurs drapeaux.
(Fr. ViiLo.N, Grand Testament, p. 77.)
{i) Crient, craint.
Il ostc ses chausses et ses souliers,
et s'en va porter un faiz de drapeaux.
(Bonavenlure des Péiuers, A'.Y.Y/t'» Nouvelle.,
p. 131.)
Nous espluchcrons maintenant les
linges et drapeaux auxquels ils maillo-
lent les âmes endormies.
(Calvin, Institution Chrétienne.)
Au XVII° siècle drapeau signi-
liait vieux linge : le papier se fait
do drapeaux, dit Richelet {Dicl.
franc., éd. de 1080).
URKIT, Brcte, adj. Droit,
droite.
Menez serez dreit à Ais le siet.
{Chanson de Roland, stance XXXV.)
Dret et endret étaient l'ortho-
graphe du XVP siècle :
Geste diphtongue oi, dit Henri Es-
tiennc, a été changée en e, comme es
mots dret et endret, pour droit et en-
droit.
(Henri Estienne, Dialogue du nouveau
langage français italianisé.)
Au XVII° siècle on écrivait
encore dret.
Blanc, poli, bien formé, de taille haute
[et dr'ete.
(Lafo.-ïtaine, Conte du Cas de Conscience.)
URIIilIOIV, nom d'homme
qui est peut-être une abréviation,
d'Andrillon, diminutif d'André;
en grec : Avcpeaç, de Avr^p, avopo;,
homme, ou Avopsia, bravoure.
Peut-être ce mot est-il un
d(''rivé de drille, chiffon, drillier,
chiffonnier, ou do drille, soldat.
On dit par mépris : c'est un pauvre
drille, un méchant soldat; miles igna-
vus, imbcllis.
(Dictionnaire de Trévou.v.)
BISCUIT a KR, adj. Qui se
sert luibiluellement de la main
DROITURIKR
137
DRU
droite, c'ost lo contraire de gau-
cher. Dans le dictionnaire d'Oudin,
XVI" siècle, droictiev est défini :
adroit.
DROIxrRIER, adj. Plein
de droiture, probe.
Uns hom astoit en la terre Us, ki oui
num Job, simples e droituriers (1).
[Livre de Job, trad. du XU» siùcle,
p. 441,41-2.)
Suyvre la voie battue et droicturière
(Montaigne, Essain^ liv. U.)
UROIiE, s. m. Terme amical
pour les petits garçons et inju-
rieux pour les autres personnes.
Ce mot est d'origine germani-
que. En allemand clroUirj, on an-
glais droll, signifient plaisant,
loustic. Qulques étymologistes
font dériver drôle du Scandinave
troll, mauvais génie.
Tous les droites mes compaignons
Quand d'eux me viendra souvenir
Auront part en mes oraisons.
(Olivier Basselim.)
Le drôle a si bien fait par son humeur
(plaisante.
(ScARROM, doit Japhet, net. I, se. I.)
L'expression drôle de corps,
pour désigner un original, un
individu grotesque, s'exj)lique
par la signification de corps sou-
vent pris dans le sens de per-
sonne.
Isabel, alez un po hofs
De conseil vueil a ce bon corps
Un po parler.
{Miracle de Koslre-Daiiir, lbt.1l. franc, nu
moyen ilgc, [i. 017.)
I>RÔ£.E:!>».<!»IC, s. 1'. Fille ou
(1) Vir erat in terra llus, nomiiie Job, simplcx
cl reclus.
femme d'une conduite scanda-
leuse --- petite tille.
Je vous renvoie à Cliloé, Galla, Les-
biau et autres drollesses.
(CiioLiÈHEs, Contes, 1. 1, maiinéo 5».)
l-s. drùlcsse un matin s'en vint bonjour,
jbonne œuvre.
Jusqu'à notre maison porter ce beau
[chef-d'œuvre.
(Recxard, Dcmocrile, act. V, se. V.)
DROl IliliAR», nom
d'homme, dérivé de droiulle(\o'n'
ce mot), qui signifie chêne blanc.
En vieux français, drouille a éga-
lement signifié pot do. vin, d'après
Roquefort (Diction, de la Long,
romane).
RROL'IIiliE, s. m. Ghènc
blanc, aussi appelé chêne droiiil-
lard. En grec, Apùç chcno, d'où
est venu, dit-on, druides {\a\\n :
driiidœ), nom des prêtres gaulois
qui avaient leurs autels sous les
chênes pourvus de gui. En vieux
français, drylle désignait le chêne
femelle, d'après Ho([uefort.
DROUIX, DroiiiiiHiid ,
noms d'hommes dérivés du vieux
nom geriiiani(|ue Drinvin (ami,
compagnon), d'après M. Lor('dan
Larchey. En bas breton, drouin
désigne le havresac des chau-
dronniers ambulants. Ce nom se
retrouve dans la Cliunson de l\o-
land :
Co est Guallor, ki ronquist Macljjut,
Li nies Droïm al viel cal canut (l).
(Chanson de Hotand, vers -iO-l"».)
RRL', licdrii, noms d'hom-
(1) Cflui-fi est C.aulinr. qui rfliniuil Macleiit,
Le iievcu de Drouin au vieux crJne chenu.
DUMAS
138
DURER
mes. En vieux français, dru si-
gnilie aussi amant. Le tudcsque
driit a le même sens.
El vit son dru et il sa drue.
{Floire cl Blancheflor.)
Car cil qui la vuel retenir
Quel ne puisse aller ne venir
Soit sa moillier (1) ou soit sa drue
Tantost en a l'amor perdue.
(Jean de Mecng, Roman de la Rose, vers
10468.)
DUÎTIAS, Deliiias, noms
d'hommes, signiliant de la mai-
son. La seconde forme appartient
à la langue d'oc. Mas est un mot
d'origine celtique qui signifie
mai'son, ferme, métairie. En bas
breton, ma, maes. Basse latinité,
masium. Il nous est resté de ce
mot le français masure.
En 1506, le prieur du monas-
tère de Saint-Eulrope, de Saintes,
s'appelait Fi\iiipois Dumas.
nu MAY, Duniey, noms
d'hommes, signiliant de Tauhé-
pine, tleur de mai. Le ma y dési-
gne encore l'arbre vert planté à
la porte d'une maison en signe
honorifi((ue ou à celle d'un lieu
de réjouissence.
En 1257 le garde de la prévoté
de Paris (2) s'appelait Guy Du-
inex. {lleçf. des Métiers d'Est.
Boileau, p. 598.)
mJilIETj s. m. Duvet. En
basse latinité, duma; en dialecte
normand, dcumct.
Si à ce besoing ilz me secourent, je
(1) iloiUier, épouse, du latin mnlier.
iï) Le garde de la prévoté était l'oilicier chargé
de rexéciiliori des ordonnances du prévôt des
marchands. Il fut plus lard nommé lieutenant
du Chaldet et chevalier du Guet.
leur érigcray un autel joyculx composé
de lin dumet.
(Rabelais, l'aiilmjnicl, liv. UI, ch. XIII.)
©UIV, terminaison ayant le
sens de colline, lieu élevé, et ce-
lui de tombeau. Il nous en est
resté le français dune, colline de
sable de mer. Roquefort dérive
ce monosyllabe du latin tunmhis.
Il faut y voir un mot ceiticpie (jui,
latinisé, a servi de finale à beau-
coup de noms de villes gallo-
romaines : Au(justodunum{Aulun),
Cœsarodunum i^Tours), Melodu-
num (Melun), Lugdunum {h^on et
Saint-Bertrand-de-Gomminges') ,
etc. Sous sa forme romane ou
celtique il entre dans le nom de
beaucoup de localités modernes :
Verdun, Cliâteaudun, Issoudun,
Loudun, etc.
IJUPUIS, Uupuy, noms
d'hommes, dérivés, suivant les
contrées, de puits, en latin pu-
teus, ou de puy, montagne, en
langue romane.
Hait sunt li puie tcnebrus e grant
Li val parfunt e les ewes curant.
{Chanson de Roland, vers 1830».)
Ço sent Rollanz de sun tens n'i ad plus ;
Devers Espaigne gist en un pui agut.
{Ibid.. vers 2336».)
lIlTIiÉK (de), locution pour
durable, solide, résistant.
Tout homme qui s'efforce dans le tra-
vail fait plus que sa force ne lui permet
et par conséquent n'est pas bon ouvrier
c'est-à-dire ouvrier de durée.
(LAyi'iNiiriiE, Jardins, llv. I, ch. IV.)
DURKR, V. a. Attendre —
larder — paraître long — rester,
demeurer.
ÉBAFFER
139
EBERNER
Niés, dil Gulllaumcs, moult petit durerez
Le covenanl a Deu tenir volez.
{Li Charrois de Plijmcs, XII» siècle.)
Je ne puis plus durer caché dans les
[ruelles.
(Math. RÉGNiEn, Satire IV.)
Car pour moi j'en suis las, ingrate, cl
[je ne puis
Durer plus longuement en la peine où
[je suis.
[Ibid., Elégie H.)
Comme le fait observer le comte
^auhcvt (Glossaire du centre de
In France), ce dernier sens est
celui dn lalin diirare ncqiieo in
œdibus (Plante) (1).
I>i:HFT,nom d'homme, dimi-
nutif do dur, comme nioJJet est
un diminutif de mol.
E
1:BAFFER (.«'), UboufTer
(s'), V. réfl. Se réjouir, éclater de
rire — rire à en perdre la res[ji-
ration.
Otte la dame de rire s'esbofi.
{Pnhne de Gariit leLoheraiii, vers
14"6«.)
Ung paslissier qui portoit un bounot
rouge et lequel après avoir tire le coup,
on avûit oui s'esbouffer ù rire, criant
tout haut
(P. DE l'Estoile, Mémoires, t. VI, p. -49.)
Ne manquez pas de le dire,
Dit Môme s'ebbuffant de rire.
(ScAiiBON, Typhon, chant 11°. )
ÉBAUBT, adj. Etonné, intor-
dit. Ce mot vient de halbus,
bègue.
Chis a nommé deus enemis —
Maistre, ne soies abaubis
S'il me convient, nommer le voc.
(Adam iiK \k HiitK, li Jus Adam, th.
fr. au moyen âge, p. 03.)
Je suis toute ébaubie et je tombe des
[nues.
(MoLip.nE, Tartuffe, act. T, se. V.)
Je suis cmerveilléo
Toute ébaubie et toute consolée.
(VoLTAiiiR, Enfant pudique, act. V,
8C. VU.)
ÉRAUDIR, V. a. Mettre en
joie, i)lus usité dans le sons rétlé-
chi : s'éJjiuidir, de l'ancien adjec-
tif: Laid, baud, courageu-x, vail-
lant.
Car chascun qui de ses nmors
Oit parler, moult s'en esbaudit.
(r.uill. DE Loiiiiis, Roman de la Rose,
vers ;2t38"".)
^'ébaudirai votre excellence
Par des airs de mon flageolet.
(Voltaire, Lettre en vers.)
i:itÛO\, nom de localité. Le
radical Ebe est un des noms
hollandais du sang-lier qui a pu
être latinisé en KJ)co. Cette loca-
lité est célèbre j^ar le monument
romain connu sous le nom de
fanal d'Ebcon (\n\ est probable-
ment une simjjlo colonne milliairc.
KRKR]\KR, ÏJironer., v.
a. Nettoyer un enfant — torcher.
Les français sont comme les enfants
qui braillent ijuand on les cbcrne.
(DEAiMAncHAis, Mcmoircs.)
(1) Je ne puis durer Ii la maison, c'ost-b-dire:
y rester.
KHESILLER
liO
EC AGI 1ER
La haine do Saint-Simon, pour
la inarifuise do Maintonon, lui
a fait dôsigner cotte ancienne
gouvernante des bâtards de
Louis XIV, par l'épilhète à'éhrc-
jicnsc.
La Vi'illière étoit tout feu roi, consc-
queniment tout bâtard, lie avec eux par
la Mainlenon leur ébreneuse.
{S.lixT-SiMo.N, Mémoires.)
i:BK«$IIifiKR, V. a. Mettre
en miettes, briser en menus mor-
ceaux.
Desgondoil les ischies, débesilloit les
faucilfes.
(lÎABELAIS, liï. I, ch. XXVU.)
KBEI:KREK, V. a. Oter du
lait la crème qui lait le beurre.
I flete in ylkc ': je esbeurre... Allons
esbeurrer ce laid avant qu'elle vicngnc
fayre le beurre.
(Palsouave, Eclairciftsemeiit de la ian/juc
française, p. 551, col. H.)
Un sexlier de bon lait non eshurré.
{Ménagier du XIV^ siècle, t. U.)
Tout meillenr, tout plus délicat et
tout plus pesant setreuverale fourmage
qui moins aura esté esbeurre.
(Olivier dk Sehues, Théâtre dW'/ricnlurc,
p. -287.)
Ï<:B0ESB^, adj. Imbécile, idiot,
ahuri. Vient du vieux français
abauhi, ébmibi.
Et mont en fut de cuer dolente et
[ébaubie.
(Li romans de Bertc aus grans pies, vers 74».)
Et quant la dame entcndi le roy son
frère, elle fu toute esbahie et abaubie,
ce ne fu point de merveilles.
(J. FnoissAiiT, Chroniques, éil. Reuouard,
liv. I,§7,p. 19.)
ï:ISOL'GER (s'), V. réfl. Se
hâter, partir. Augmentatif du
verbe ])ou(jer, rcnuier.
l']BOi:iIl.l.ER,v. a. Eci\ascr,
mettre en bouillie.
Et cil qui chassent, les destranchent
I']t lor chevaux les éboellent
Et vifs desors les mors rodent
Qui s'entrafolent et ocient.
(Chrestien, Roman de Troyes.)
Chaulez comment furent François vain-
[cus
Escartellez, ébouillez, esbarillez
Esservelez, esbahyz et perduz.
(H. MoLiNET, Chanson de la bataille de
Guinegalc, Ch. hist., p. 3'Jl.)
ÉBKAlIiïiEIl /s'), V. rélL
S'écrier très haut en braillant.
(P. Jônain.)
ÉCAC'MEIt, V. a. Appuyer
fortement, aplatir en écrasant. En
vieux français : cscneher, csqna-
chcr, de calcave, de quatore ou
de qiiaxnre (festus), verbes latins
qui ont le sens de fouler, battre,
aplanir.
Le flum est toujours trouble dent çaus
du pais qui boire en vuelenl, vers le
soir en le prennent et ésquachent quatre
amendes ou quatre fèves et lendemain
est si bonne à boire.
(.loiNviLLE, Histoire de Saint Louis.)
S'il est bien atains de la mace
Ou qu'il n'el confonde ou escache
S'il n'est tex que trop d'armes sache.
(Jean de MEtiNc,, Roman de la Rose,
verslG'ialo.)
Poussant la porte de l'autre côté, la
fil donnncr si rudement contre le visage
de la pauvre dame (ju'elle en cul le nez
écaché.
fScAnnoN, Roman comique, liv. U, ch. X.)
Nous trouvons encore ce mot
au XVIIP siècle :
Ils écachent et détruisent dix fois plus
ECAPOUTIR
141
KCHARDF.R
de plantes avec leur jiicds qu'ils n'en
consomment .
(BcFi-uN, Histoire Natiiirlli'. Elépliant.)
i:€;APOU'rBis, i<:ciapou-
tlr. li^erag)*»!!!!!», v.a. Ecraser.
l<:f'AUTEB«, V. a. Egarer,
perdre.
La baleine le suit sans cesse, el si
de fortune elle Vescarte, elle va errant
çà el là.
(Montaigne, Essais, liv. II.)
J'ay plus de soing de la s.inté quand
elle me rit que quand je l'ay escarlée.
(MoNT.viGNE, Essais, liv. IV.)
ÉrnAIiAS, s. m. Piquet
pour soutenir la vigne. Dans le
bordelais : carrissoniw. En basse
latinité : carratium. Du grec /àpa;,
l)icu.
Fut amenée une grosse grappe de
vignes qu'on vendange en co pays là,
du plant (le l'extraordinaire, qui souvent
pend à eschalatz.
(Rabelais, Vantmjrucl, liv. A', ch. XVI.)
On les supporte (les vignes) avec
vaisseaux, esc/iallals, charniers, diver-
sement nommés suivant les endroits.
(Olivier nE Serbes, Théâtre d'Aijricul-
liire, p. 1"8.)
I>:C'nAIiASfi»l<:R, v. a. ( larnir
la vigne cVvchnhis. Atlaclier la
vigne aux échalas.
La notoire différence qu'il y a entre
les vignes csclialassf'cs à celles qui sont
portées par les arbres
(Olivier de Serres, Thcùlre d'Ayricul-
tiire. p. 156.)
É^IIAIiMO, s. f. EchcUo. En
berry : eschnilc; en provençal et
en espagnol : oscnla; en lalin cl
en italien : scahi.
Ils ont avec eux douze charrettes
d'eschales de la mesure qu'il en faut.
(CviiLoix, liv. V, ch. XXIIl.)
Ii-:C'IIAT.gs-R, s. m. Echelle
basse lorinant le trou d'une haie
alin de permettre aux piétons de
passer tout en arrêtant les bes-
tiaux. Du latin : scala, échelle.
Il se chausse, il s'habille et est aussi
tost prest qu'un chien auroit sauté un
eschallier.
(Bonnv. des PÉniEns, Contes et Joyeux
Devis, 29* nouvelle.)
On trouve dans le grammairien
Palsgrave :
Style to go over : eschallier, s. m.
(Pai sr.RAVE, Eclaircissement de la Langue
française, p. 277, col. 2.)
Notaire du Perche passe plus d'tr/iO-
liers que de contrats.
{Livre des Prorerbes français, t. I,
p. 380.)
ÉCn.VKBOT.v. a. Escarbot,
insecte du goure dc6 scarabées.
Du latin : scaraheus, el du grec :
Escorpion est beste petite semblable
à escitarbot fors qu'il a queue.
(H. DE Mondeville, fiilio 8i), cité pnr
.M. LiTTRÉ.)
D'XII.lïClSOTI*]!!, v. a. Ej)ar-
])iller, se dit surtout en Sainlonge,
à jd'opos du l'eu qu'on remue.
Semblent ès-coquins de village qui
fougcnt et escharlintlent la merde (ies
l)elits enfants en la saison des cerises
et guignes pour trouver les noyaulx.
(Kabelus, l'antaijruel, liv. II, ch. XXXIV.)
Avec un bâton brûlé d'un bout dont
on esc/iarhute le feu.
(Kaiielais, Caryanlua, liv.I.ch. XXXIII.)
ÉCllAKIirn. v. a. Ecailler.
Il
ECHEDRUNE
143
ECOT
Dnns le sens réfléchi : se lever, se
détacher par plaques minces.
Li uns des ars qui fu liideux
Et [ilains de neus et escliardeux.
(Guill. DE LoRuis, Roman de la Rose,
vers 978'.)
Pour faire chauldume, prenez brochetz
et les eschardez et mettez en pièces ou
tous entiers...
(TAII.I.EVBNT, Line de Cuisine Ju
.\IV» siècle.)
KC1II^1!5KU.\'K, nom do loca-
lité pouvaul siynilior : colline
aplanie; du celtique: ])evn, col-
line, éminence, et du vieux verbe
escheir, tomber. Cette étymo-
logie est d'ailleurs une simple
conjecture.
ÉCHIG^'KR (s'), V. réfl. Se
tuer à force de travail. Etymo-
logie : échine, dérivé du tudes-
que : skina, aiguille, piquant, ou
du celtique : chein ou kein, dos.
Qu'il a de mal ! Ah ! sans doute il s'échine
\\ est souvent debout toute la nuit.
(l'ons DE Yërdi:n, Contes et Poésies.)
Je ne veux pas que vous alliez vous
faire échigner mal à propos à la con-
trescarpe...
(J. Hacine, lettre à Boileau, du
15 juin 16'J'i.)
Éf;iIII.iTj.VfS, nom de loca-
lité. Du vieux français : eschieJle,
échelle, pilon, gibet, ou cschile,
sonnette.
ÉCHOPPE, s. f. Petite mai-
son composée d'un rez-de-chaus-
sée seulement.
Ce mot, usité surtout dans le
bordelais et le blayais, est d'ori-
gine germanique ; ancien alle-
mand : schiipfa ; l'allemand :
schoppcn; l'anglais : sliop, dési-
gnent une petite boutique. C'est
le sens du français oîi échoppe
s'applique à une bouti(|ue en
bois, facile à élever et à démolir.
On tombe, on glisse, on chet, on chope
Quant on a pleuré demy-larme
C'est fait, il n'y perl à Yeschope.
(C.oyrii.i.AnT, Poésies, p. 1131, filé par
i.ITTIlÉ.)
Qu'il soit permis aux dits jurats et
bourgeois (de ISordcaux) de bâtir et faire
construire des chopes, tant au dedans
(ju'au dehors de la dite ville.
(Arrêt du 2't mars 1C61 du Pnrlement
de Bordeaux.)
Le vieux français avait le subs-
tantif escT/oy^/j/e'/', pour désigner le
marchand vendant sous échoppe.
Une belle et génie demoiselle femme
d'un cschoppier
(Cent Nouvelles du roy Louis XI,
nouvelle IV^.)
KCOIEK, V. a. Couper, tran-
cher la cime d'un arbre. Ce mot
a été conservé dans la langue du
blason.
Las! le cercle royal dont l'avoit cou-
Ironnée
L'a kiyssée comme un arbre écymé
[par les vents.
(Philippe Desi'ohtes, Elégie.)
KCLiAIRE, s. f. Plante rusti-
(pie, la chélidoine des botanistes.
Ce nom iVesclaire est donné à celte
herbe à cause que d'icelle les arondelles
guérissent leurs petits de l'esborgne-
mcnt.
(Olivier de Seiires, Théâtre d'Agri-
culture, p. 615.)
ÉCOT, S. in. Morceau do dont,
chicot. Du vieux verbe français :
cscotcr, secouer, ébranler (latin :
exculere), ou du substantif :
escol, part, partie, portion. (Voir
ECOUER
143
ECURER
ce mot dans lo glossaire do
Roquefort.)
ÉCOrEK, V. a. Coui)cr la
queue.
Grant joie fel et moull cl liez
Vaille lie renarl s'esl bien vengiez
nui par barat l'ol escoué.
{Itumaii (lu lienart, vers 2'.li9«.)
Do ces regnardz la compaignie esloil
Dedans un champ, le regnard escoué
Couppor la (jucue à tous adnionesloit.
(Gilles r.oHiiozET, Fables d'Esope^p.i'M.)
KC'OUPEAU, s. m. Copeau,
morceau de bois coupé mince.
Va chez un nienusier et tu trouveras
que, quand il rabote quelque table ou
membrure dudict noyer, il se fait des
escoujicaiLc longs et tervcs comme
papier.
^Bernar.l l'.virssv, Uecrnlr Vfvitulile,
p. 39.)
i:f,'«VKUX., nom de localité.
En vieux français : cscooil, escoel
signifient retraite, abri, qui potir-
rait être l'origine de ce nom.
Cependant, le nom latin : escoya-
cmn, rapproché du vieux français :
nscohior, tanneur ou marchand
de cuir, du latin : corium, rend
vraisemblable la signiiication :
domnine du tnnncuv. Il est ques-
tion d'Ecoycux, au XVP siècle :
Degcbanl apud Escoyacum, san-
lones inter et Angeriacum anno 1594.
(r.ittlia Christiana, l. U. col. 1107.)
IX'IKAISOl IliM^li. V. a.
Ecraser, aplatir violemment, met-
tre en bouillie en écrasant. C'est
une forme du vieux français :
vscnrijouilli'r; en basse Ialinit(; :
<;.\r,'irliiiiiciil;u-c, di-rivé du latin :
ciirJx), charbon. En lielgique, on
nomme scrahouHIcs les mêmes
résidus du charbon de terre, qu'on
appello- en français : escarhillts.
Ceux qui sont mordus et piequez de
roscorpi(jn : le ])lus souverain remède
qu'ils ont c'est do le prendre, tuer ou
Vescai'bouiller et l'appliquer sur la
morsure.
(BnANiÔME, Dames Galantes, iliac. I,
p. <.)-2.)
Quand l'hosle faut, il voit toujours sa
I leste
H'escraboiiUIev d'une juste lempeste.
(IloNSAiiD, Fraiiciade. liv. 111.)
El laschant de sa dextre une orrible
[lempesle
Au ninlhcurenx eliarlon escarbouille
[la leste.
(.AlUI. Baïf.)
Ec museau vermoulu, le nez escar-
[bouillé.
(RÉGNIF.I1, Sal. XI, ji. 81.)
KÎT^KEiîiï^E, s. f. Une pleine
écuelle.Du latin : .sc;//ey/,7,écuclle,
soucoupe.
Fabius, préteur romain, lequel mourut
sutfoqué d'un poil de chèvre, mangeant
une esculée de lait.
(Kadelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XVII.)
Croy aussi qu'il estoit gentilhomme à
cause d'un pré que son père vendit et
portait en ses armes une esculée de
choux billetée de lard...
(Notil Dr Fail, l'rupos I{iisli<ines,c\i. XI,
p. 2-26.)
KCUESAT, nom de commune.
M. Jônain le dérive de sqiijro,
écuyer, en anglais. Il parait jilus
logique d'y voir une dérivation
du vieux fi-ançais : cscm-o ,
métairie, ferme. iHoqucfort, Glos-
sniro do In Lnni/tic roiiiiine.)
i^.V\lVKn, v. a. Curer, net-
toyer, rendre clair par le net-
toyage. Se dit surtout du four-
bissage des chaudrons et autres
ustensiles de cuisine. Ce mot est
ÉDUQUER
ili
EGRAFIGNER
d'oriii^ine Scandinave; le danois :
skiirc; le suédois: skœra, signi-
fient nelloyei'.
Devant la mie-nuit li temps un peu
[s'esciire.
{Li Rumiiii.idi- Berllie aus gratis pics,
verslO-20«.)
Et après que ce pot de cuyvrc fut
vuidé, l'ayant très bien fait escurer
envoya un garron à celui auquel il
appartenoit.
(Bi)nnv. DEd Pt-.Rii'.ns, Récréations L't
JnijeuLv Deris, n"« 118«.}
Il faut à Pâque, écurer son chaudron.
{Livre des Vrotcrbes français, 1. 1,
p. 111.)
Au XVII° siècle, on disait
écur-euv de puits :
La plupart de monde appelle celte
sorte d'ouvrier cureur de puits, mais
écureur est le vrai mot.
(RiciiELET, Dict. français, éJil. de 1GS0.)
KDt'Çl'Elî, V. a. Instruire,
former quelqu'un par l'éducation.
Du latin : educnrc.
Au XVIII" siècle, Voltaire con-
sidérait ce mot comme un néolo-
gisme :
La langue s'embellit tous les jours :
on commence à édurjuer les enfants au
lieu de les élever.
(Voi.TviriE, leUre A Linguet, du
15 mars 17G9.)
KFrO\noer:K, v. a. Couler
à l'ond , enfoncer , submerger.
Latin : eiïundcrc.
Et pies et puins 11 ont estroit lié
En la santine aval l'ont avalé
La barge e/fondrent, atant s'en sout
[tornés.
{Roman de Garin le Loherain.)
EFFORCER, v. a. Violer,
prendre par violence.
El tant Amour son cueur força
Que la j(Minc lillc nffoyça
Malgré elle par granl ardeur.
{iloralilé d'nn Empereur, nnc. th. fr.,
t. m, p. 1-28.)
EEE«>tIR]VIf,ÎEAT, s. m.
Oiseau récemment sorti du nid.
Radicaux : foris nidiiin, hors du
nid.
EFFOUR^f«ER, v. a.
Sortir du nid, j)rendre sa première
volée. Synonime de déni(jei\ dans
le sens neutre.
EFFOURACIÏER, v. a.
Effaroucher. Du vieux français :
foiirasche, ferasche, farouche,
sauvage.
Que Narcissus au cuer férasche.
(G. DE Lonnis, Roman de la Rose,
vers liG'J".)
a'^f-Alîi. (Voir nigail.)
ÉGAIIEER, V. a. Elaguer
une branche, en ôter les rameaux.
Du saintongeais : gaule. (Voir ce
mot.)
B':f^O!^!«»ER, Ég;oH.«>scr, v. a.
Ecosser.
Camillus esloit gallochier; Marcellus
esijousseur de fcbves.
(liAiiELAis, Pantai/ruel, liv. H, oli. XXX.)
ÉfiRAFIftXER, V. a. Egra-
tigner — déchirer avec les ongles.
Même sens que (jraligner. (Voir
ce mot.)
Se rendirent à Iny sains et saulves
excepté Euslhènes lequel un des géans
avoit c(fraphi(jné .
(Rabelais, Pantayruct, liv. H, cli, XXX.)
EGRUGER
ii5
EMBAUCHE
Toujours le rliardon cl l'orlic.
Puisse esgral'tijner son tombeau.
(RoxiAUn.)
'f:c:Rl'f>:Eec, v. a. Détacher
la graine du chanvre fenieUe (la
cberve.)
C'est le propre de ce que nous appe-
lons ici et vers vous la chervo d'eslre
esijrugée entre des fers serrez et
pointus.
(Agr. D'Aimifisé, Baron de Fœneste,
liv. ni, ch. XV.)
É JARRE, adj. Renversé, se
dit du blé couché par le vent ou
hi j)luie ; dérivé par syncope (hi
hitin : ejaculnri.
KliOC'ER, Élochcr, v. a.
Tordre, disloquer — arracher,
ôter d'un heu; du latin: cxloco,
et d'après Nicot : exlocarc.
Li clou de quoy les planches do la neif
estoient alachées esluienl tuit éloscliié.
(Joi:<viLLE, Histoire de S. Loys, § i.)
Non porquant li cos li coula sour le
bras diestre, si ke poi s'en failli kc il
ne li esloça.
(Henri nr. VAtF.>T.iENKEs, Ilist. de l'Empe-
reur Henri, éJit. Wnilly, § 631.)
Ez aullres deslochoyt les espondyles
du col
iRABELAid, Gargantua, liv. I, ch. XXXI.)
Montaigne a employé le mot
eslochement. (Liv. II, ch. XXXI. i
ÉLOI^il-:, s. f. Eclair, clart(';
du latin : cJucorc. (Voir Hocpic-
loi'l, Glossaire do la LntKjin'
l'omnnc). En vieux franrais :
<'-littii, éclair, étincelle; du grec :
UX'.o;, soleil. En bas breton : clw.
Noslre vie n'est qu'une éloise dans le
cours d'une nuit élcrnclle.
(>Iu:hcl Mo.xTAiiiNK, E.isai.1.)
f^LOI'QIDIR, V. a. Hondre
lourd — éloiu'dir.
C'est une lourde et longue maladie
Ue tcois bons moys, qui m'a toute
[eshurdie
La pauvre teste et ne veull terminer.
(Clément Marot, Epitre.f, t. I, p. l'JG.)
EilIKAilIF.R, V. a. Embau-
mer — sentir bon.
Le ciel ou poislo est un cèdre embas-
[mant
Les cueurs humides, duquel la largeur
[grande
Couvre l'aulel
(Clément Mardi, Temple de Citpido,
t. I, p. li.)
Des le matin avant que les avcUes
Eussent succc la douceur des fleurettes
Qui embasmoient les jardins d'environ.
(ItoxsARD, Elégie V, poés. chois,, p. 203.)
U.lIBARRAS^Ki:, adj.
Enceinte, en parlant d'une lille.
Cette (lualitication, si bien choisie
pour colle qui s'efforce de cacher
un état honteux, s'emploie d'une
manière générale; en espagnol :
omharazo, grossesse; enihara-
zada, femme enceinte. En Tou-
raine, ce mot est usité :
Ma fiancée qui avait peur que je ne
revinsse pas, étant déjà embarrassée,
pensa mourir de tristesse et de regret
de sa noce perdue.
(l'aul-Louis CoiRRiER, Pamphlets.)
Le vieux français avait dans le
même sens l'adjectif: cnl reprise.
Tel famc ai prise
<Jue nus fors moi n'aime ne prise
Et s'esloit povre et entreprise
(Juant je la pris.
(Hi rniiiirr, le Mariai/e, t. I, p. G.)
IC.TSES.trC'UI':, s. f. Kmhau-
cliage — action de louer un
domeslicpie ou un ouvrier pour
un travail — action de se mettre
à l'ouvrage.
Dans le dictionnaire de Uorcl,
EMDAUCHEPx
lifi
EMBRENER
on trouve : cmbnuchc, condition
ou place des compagnons apothi-
caires, chirurgiens ou autres.
L'action contraire, c'est-à-dire
celle de quitter sa [)lace ou son
travail, s'appelle la débauche.
Ces deux mots* viennent du
vieux mot : hogo ou Lmiclw,
demeure.
EI?ia5Ai:rniEK, V. a. Louer,
gager un domestique ou un
ouvrier. Dans le sens neutre : se
mettre à l'ouvrage. Ainsi, on dira
dans le sens actif: j'ai embauché
un vigneron, et dans le sens
neuire: f embauche chez un tel.
(Voir embauche.)
Au XVIP siècle, enibaucber,
d'après Richelet, était un terme
usité chez les cordonniers. Il
signifiait introduire un compa-
gnon ou un apprenti dans une
boutique et lui faire donner du
travail. (Dictionnaire français,
édition de 1680.)
E:?IKOi;€iaF;K,v. n. Mettre
en bouche en parlant d'un animal
— habituer un cheval au mors.
Sur le cheval est monté
D'un mors acre Vembouchant.
(Ant. hkir, Antigone, p. 67.)
E.1IBUB<:S>.1 tt'lC;OTER,v. a.
Tromper, séduire, amuser de
paroles. On trouve avec le même
sens, dans le vieux français, le
verbe emburelicoquer.
Lors se taist Fauvcl et souspire
l)'nn faux soupir dont il rst sire
J-;t fuydc par nuit à la lune
Emburelicoquer Fortune.
(Roman de Fauvcl.)
E.'îfiîStj.WEK, V. a. Ense-
mencer un champ de blé ou de
toute autre espèce de grains. En
basse latinité : imbladarc, ense-
mencer; hladum, blé.
Ors est sales et desiavoz
El de pou de chose emblavez.
(Eustache Deschamps, Pncftics.)
Ce mot était dc'jà vieux au
XVIP siècle, et est rangé par
Richelet dans VAi-got des Labou-
reurs de rile de France. (Voir
Dictionnaire français , édition
de 1680.)
E.TIBOUSEB5, v. a. Souiller
de Ijouso do vache et, en général,
d'ordure.
Sa barbe est presque toute embousée.
(fUiiEi.Ais, Garyanliia, liv. I, eh. H.)
Au moyen âge, on disait dans
le même sens : emboër, cnhoër.
Luxure est si enboant boc
Qui le cors soillc et ITinie enboe.
(Gautier de Consi, liv. I, ch. LXXXIU.)
EMBOUT, s. m.
dérivé du bas latin
dans le tonneau.
Entonnoii-;
: in hutem,
Lavoicnt le vin en plein bassin d'eau
puis le reliroient avec un embut.
(Radelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIV.)
Ei^fBKE]^'EK, V. a. Souiller,
salir. Du vieux mot hran, ordure.
En provençal, on a dans le
même sens : embrena.
Enl'ans, poules et coulombs
Embrenent et souillent les maisons.
(Proverbe du XV!-» siccle. — V. Leroux
DE Li.NCY, Proverbes., t. I, p. 216.)
Le seigneur du Cars se trouva aussi
embrenné avec luy, lequel l'ut aussi
disgracié.
(BiiAriiùME, Capilaines l'raiiçaiti.)
EMERY
EMOULU
KMERY,norn d'homme, d'ori-
gine germanique. Ce serait une
forme du vieux nom onioIricJj,
anmlricb (riche par le travail),
d'après M. Lorédan Larchey, ou
une corruption (Vhcr-innn-rùj
(puissant chef de guerre), d'après
M. Scott.
Le huitième évèque de Saintes
se nommait Emery, et était
successeur d'Eusèbe :
Quœ presul fundavit orans Eusebius olim
Ne tamen explerct,rnptus ab orbe fuit.
Cui mox Emerins successit in arce
[sacerdos.
(Vcnanlius Foiiunatiifi, lib. I, carm. XH.)
Éi?IIER, Émij^er, v. a.
Emietter, mettre on miettes; du
latin : niiea, parcelle. Italien :
niiffa, mie ; niighclto, miettes.
C'est de là que vient le mot
iniffeot, pain émietté dans du vin.
Nous eussions hurlée à tout ploin de
roches qui csloient couvertes là ou
nostre neis eust esté toute esmiée.
(Joixvii.LE, Ili.sl. de S. Loijs, § l"2-2.)
E:?I?«AXC'fîKK, V. a. Mettre
un manche — adapter ensemble
deux choses ([uelconipies — met-
tre une entreprise on train.
Frère Guilleberl ne vous desplaisc
Ce n'est pas ainsi qu'on amanche.
(Farce de frère Gitiltehcrt, anc. th. fr.,
t. I, p. 30'l.)
N'cst-il p;is temps que vous emmanche
J'ay desjà trois jours attendu.
(Noël nn Kau, Propos liusliqucs, ah. .\IV,
p. Iu5.)
Eltl.TÎ.VATMFlIK, s. m.
Celui qui euunanche. (\'oir le
mot emmancher.)
Faisiorcs de piipics d'yvoirc et cmmaii-
cheeurs de coutiaus
(Livre des Hclicrs d'Est. Boileau, p. 49.)
EM:?II, préji. Au milieu de,
jjarmi.
Si a choisi emmi un pré
Un niulon de faing aûné (1).
(liomaii dit Renard., vers -28003".)
Tourterelle, ainsi comme une oyc qui
veuU, soit dorée au vergus cuyt, pieds
entiers et soit fendue la teste jusques
emmy les espaules.
(Taillevem, Livre de Cui.siue.)
ÉiflOliK, adj. Imprimé. Lire
clans rômolr, lire dans les impri-
més. Du latin : d molà, sorti do la
presse, de la meule.
ÉIIOKCHE, s. f. Amorce,
appât.
Geltez-y poudre pour Vêmorche
Et gardez bien qu'il ne s'cscorche.
(C.lcnient Mauot, Epllre du Coq à l'Ane.)
É li 41 V li i: , adj . Aigu isé ,
repassé, limé. Du latin : omolcre,
moudre. En basse latinité : enio-
larc, avec la signification d'aigui-
ser (radical des deux mots : mo/a,
meule.)
Qui gladium emolutum conlrà alinm
iraio aninio traxcril, in decem solidis
pro justilià punialur.
(I)om Secoisse, in Lilleris, aiiiio I3jT.)
Dam, ce dist Tybers, grans biens vous
[est créi'is
Dcrtain avons ocisc, à nos brans (2)
[esmoltts.
{Li Hovinns de Berle niix <jrans pies,
vers 613".)
Mains cous i ont férus de pierre cl de
|maruc
El de coutiaus Iranrhans et de hache
\c)imolHc.
{Chanson d'Antinche, citil. Paulin, l'ari;*,
t. n, p. '251.)
(l) Fning aune, foin amassé.
(1) Brans-, épécs, poignards.
EMOYER
148
EMPOUR
Je voy sus la hune, Alropos la félonne
avec ses cizeaulx de freys émoulus
prcsle à nous tous coupper le filel de la
vie.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV
ch. XXXIII.)
t.UOYFK is'),«v. rëfl. S'en-
quérir, s'informer. Du vieux fran-
çais : éinoyer, émouvoir, remuer,
secouer; en latin : emovere. (Voir
Roquefort, Glossaire de la Lnn-
gue romane.)
E.TIPAA-K, s. f. Empan,
mesure de longueur obtenue en
étendant la main ; c'est la distance
du pouce à l'extrémité des doigts.
Ce rnot est dérivé du tudesque :
spanhn, empan; spannan, éten-
dre, et se retrouve dans toutes
les langues d'origine germani-
que : le danois : spand; le
suédois : spann ; l'allemand :
spanne; le hollandais : span;
l'anglais : span, signifient empan.
En anglais : ta span, mesurer avec
la main.
En vieux français, on disait
cspan :
Nus cordouaniers de Paris ne puet ne
ne doit fère soulers de bazane dedenz la
banlieue de Paris de plus d'un espan
de pié ne de plus d'un espan de haut.
{Livre des ilétien d'Est. BoaEir,
p. ii-.-iiH.) '
EMPAlMïER, v. a. Prendre,
empoigner — séduire. Radical :
palma, paume de la main.
Les folles qu'elles sont me nazardent,
[m'empaument.
Mille niches me font si je ne prends
[le faix
Des ouvrages plus forts pour acheter
[la paix.
(Jean DE ScHÉLAsonE, Tyr et Sidon,
act. IV, se. II — anc. tlx. fr.,
t. vui, p. as.;
E.]I5»i-:CIIE. adj. Embar-
rassé.
Il n'y a point de plus empeschez quo
ceux qui tiennent la queue de la poisle.
(Prol. de la Comédie des Proverbes —
anc. th. fr., t. IX, p. 12.)
E.TIPEf, s. m. Ente, greffe.
Du latin : inipedicare, enlacer,
lier. Ce mot est également usité
en langue d'oc.
La pax y va veni, que de son olivic
Y feg un bel empeut sul lauric de
[bellone.
(GoiDori.i;!, Poésie toulousaine sur la
mort d'Henri IV.)
E^IPOl'ftXEK, V. a. Empoi-
gner, saisir, dérober. Du latin :
piif/niis, poing. Au moyen âge, on
disait : empuigner, qui se rappro-
che davantage du radical.
Car nus ne me puet empuignier ne
jamais vcC empuigner a.
[Rnman de S. Graal, ché par Rooiefoht,
Glossaire de la Langue romane.)
Disoii le petit mot à la t-'averse à
Janne ou à Margot et soudain regardant
s'on ne le voyoit, Vempourjnoit et sans
dire mot, la jetoit sur un banc.
(Noël Df Faii, Propos Rustiques,
cb. VI, p. 63.)
llay le mortel loisir, tiens le labeur
[plaisant
Que Satan ne Vempougne un jour ne
[rien faisant.
{.\gr. d'.\ubicsé. Les Tragiques, liv. II,
t. IV, p. 111.)
E:?ÏPOï'K, En ponr. prép.
Pour, eu échange de :
Prisonnière là bas, mais princesse là
[haut
Elle changea son trosne empour un
[eschaffaut.
(Aiïr. o'AcBir.MÉ, Tragiques, liv. IV,
t. IV, p. laS.)
EMPRES
149
EXCIIIFRENE
E ^î P lî !•: S , adv . Après ,
onsiiilc.
Enprès, cil cnpctra unes autres lel-
Ircs
(Li Lii'fcs deJoslice, p. l'J, § 0.)
Emprcs forment vendront avaincs.
(RiTEn'Eir, Bataille des VU Arts;
t. II, p. 131.)
Femme pour airapper marlirs
El ruser quelipie gaudisseur
Celte emprcs luy de grans soupirs.
(Guill. CoQiiLL*nT, Droits nouveaux,
1. 1, p. lo7.)
É:^'A.\1>ES, nom de localité
do l'Auiiis. En latin : Esimnda.
Guiilelmus de Agrifolia, prior de
Johannis de Esnandâ
(Gallia Christiana, i. II, col. 1101.)
Concedo deo et S*' Johannis et mona-
chis Angeriacensibus quidiiuid in con-
châ de Esnendâ babeham...
(Clinrta \yiUielmi, Aquit. ducis. —
Gallia Clirisljana, t. II, inslru-
meuta, col. 470.)
Le port d'Esnandes était connu
dès le X" siècle. En 1035, un
irlandais réfugié du nom de Wal-
lon, y créa, dit-on, la culture des
moules qui devait enrichir le
pays.
EXCARASSaCK, V. a. Di.s-
poser dans un chai les harriques
de vins les unes sur les autres.
Cette expression, usitée dans
le Bordelais et le Blayais, est
prohablement une corruption d'un
verbe dérivé du vieux mot cnrn-
que, grand vaisseau de transport.
La disposition des barricpies dans
les navires étant la même ([ue
celle usitée dans les magasins.
L'étymologie indiquée par Littré,
carrnlium, échalas (dans le Bor-
delais : carrassonne), est inad-
missible, tandis cpic l'existence
d'un vcrbo ciicnrar/iicr, ranger
les i)arri([ucs dans une cnrnque,
a dû naître naturellement dans la
bouche des portefaix. Le mot
car raque àc trouve dans Joinville,
Villehardouin, et est encore usité
au XVI° siècle.
Quand Neptune puissant dieu de la mer
Cesse d'armer carrcuiiies et galécs.
{C'icmeiit MAiior, Ballade IX.)
EXCASSEK, V. n. S'embour-
ber, enfoncer dans un trou de
boue ou d'eau, dans une casse ou
un cassouil. (Voir ces mots.)
E.\€EI-\TER, V. a. Rendre
grosse, et dans le sens neutre :
devenir enceinte.
Du latin : hiciens, incienlis,
qui se trouve dans Pline. Grec :
Si famnie est jugée à mort Ki scit
enceintée ne faced l'um justice des qu'clc
seil delevere
(Lois de Guillaume-le-Cnnqucranl,
ch. XX.VV. — XI» siècle.)
Taut i vint Milum, taut l'ama
Que la damoiselc enccinta.
(.Mnrie de Fîiance, Loi de Milum,
vers 54".)
EXrHBAU<;E«, v. a. Ile-
commander, charger quelqu'un
de faire quelque chose.
Or oez ce que m'encharja
.Ma dame qui m'envoia rj^i.
(RuTEBŒVF, Vil de l'Erberie.)
Elle encharcjea à sa demoiselle qu'elle
bailiasl jour à l'cndcmain.
(Cent noueelles du roij Louis XI, m"« 0.)
On m'a enchargé de prendre garde
que personne ne me vit.
(Molière, Georges Dandin.)
t:jiCMiri\Ksi], adj. En-
EXCISER
IdO
ENFARGE
rhume, gène dans la respiration
et, par extension, embarrassé.
t^i ne fut aucun forcené/.
Qui fui d'amour enchiferne:.
(Jeaii DE Mei .\G, Roman de la Rose.)
KXt'lSFK, Eiichiscr, v. a.
Inciser, couper.
Origenes qui ,
Se copa, molt pou me prisa
Quant à ses mains les encisa.
(Jenii i)E Meung. Roman de la Rose.)
rxC'OCBfKK, V. n. Tendre
im arc, en moLlrc la corde dans
la coche (voir ce mol) — faire des
entailles.
Tristan prist Tare, par le bois vait
Vil un chevrel, encoche el trait.
(Roman de Tristan et d'Iseult, 1. 1, p. ()3.)
K]VrOM»IE^-€EK, v. a.
Commencer, entreprendre.
Oi ma Tlialic encomtnençanl première
Dedans le bois se faire forestière.
(VAiyiEi.iN, Foresteries, liv. I, p. 15.)
EIveoXTKEll, V. a. Se
trouver en face — rencontrer.
Quant en la sale s'en repaire
Qui moull esloit de granl biautc
Le chevaliers a encontre.
(Roman de Parecval^c'Ué par Rooijefout,
Glossaire.)
EIvrOlJKIR (s';, V. réll. Se
mettre à courir — s'en aller rapi-
dement.
Par là soit esté, soit yvers
S'encourent dui fiueves divers.
(.1. DE Mel>g, Roman de la Rose.)
Et dans la galerie encor que tu lui parles
Il te laisse au roy Jean et n'encourt au
[roy Charles.
(.M.ith, Rëgmcii, Satire -Y.)
E\BAR€E, Eudcrcc, s. f.
Dartre.
Et plusieurs çjuérissenl les cnderces
du dit huile parce qu'il est corrosif.
(Bernanl Palissy, Reeepte Vérilable,
p. 30.)
EXDià'.VEK, V. a. Irriter —
impalicnler. Plus usité dans le
sens neutre : être irrité, être
ennuyé.
Je ne l'ay prins qu'à ce matin mais
déjà yendesve...
(riAiiEi-Ais, j'aiilugruel, liv. ni, rh. VU.)
EJVDOKIfll, adj. Engourdi.
Le braz li fud endormiz des grans
colps qu'il ont donnez.
{IJrre des Rois, p. 212.)
Ex\«KET, S. m. Endroit, lieu
de naissance ou d'habitation. A
ïendret de, préposition, à l'égard
de, envers.
Ke chascun bon fut endreit de sci
El endreit des autres en bon fei.
(Texte (lu Xn» siècle, cité au tome XUI,
do Vllisloire littéraire de France.)
Vous orrez dire aussi : il en a' usé
ainsi en mon endret.
(Henri Estienne, Lan(]. franc, ilalianiié,
t. I, p. 137.)
E.\E.iIl«E, ËCiifcr^c, s. f.
Entrave (h; l'or (pi'on met aux
pieds des chevaux pour les empê-
cher de courir. 1 ladical : i'ornim,
for.
Il avoit troussé son habit sur ses
espaules el avoil attaché son enfergeen
une fie ses jambes.
(Bernanl Palissï.)
Ce mot est usité dans leBerry.
George Sand s'en sert dans son
charmant roman de la Mare aux
diables.
ENFARGRR
loi
ENGRANGER
E,\FARCB-:k, V. a. Mo lire
des eulraves aux pieds des che-
vaux cl, par extension, enchaîner.
Mes il la lient cl enfenjent
{Jehan DE Mr.cxfi, Roman de la Ihispy
vers ÎJi'ta".)
11 y a un Iionnnstc homme qui avoil
mis sa cavale eiifargée en ses foussez.
(BoioaUlo DK A'ehvii.le, Mnijrn de par-
venir, t. I, p. 139.)
Le pitoyable Monferrant duquel les
sœurs pi'cnoient la peine d'eufenier ci
quelquefois de gelienner les prisonniers
huguenots.
(A^r. D'Arnic.sÉ, Cnnfc.i.uoii de Sanc>i,
liv. ni, cil. vni, t. II, i>. 3G-2.)
k:vfkriif.kii:, nom de
localilé. Du vieux français :
enferme, malade (Roiiueforl);
une locaUté do ce nom, enlre
Soubise et Rochefort, touche
celle de la Maladrcrio.
E!%'FIiAllBKK, v. a. En-
llainmcr, jncllro en llainmes. Du
saintongeais : Jhuiibc. (Voir ce
mot.)
Le chant a grande force et pouvoir
iVen/larnber le cœur des hommes.
(Calvin, préface des l'uanmcfl ilc
CI. .MviioT.)
Tmohis en ard, le mont Alhos i^'en/lainbc
Taurus se bruslc, Oila est tout en llandje.
(Clémeiil Maiiot.)
E i\ F O "X B> V , pa ri passi • .
Mouillé départ en part, justfu'aux
os.
Maigres, vclluz cl morfondu/,
Chausses courtes, robbc rongnéc,
Gelez, mcurtriz et enfonduz.
(Fr. Villon, Pelil Trsiamrnt, xi. :iO.)
E]VFO'i'a>KFB5,v. a. Enfon-
cer, ollondi-cr — enyloulir.
Se Icssièrcnt chcoir de lu grant nef en
la barge... lanl que la barge se vouloit
elfomire.
(JoiNVRLE, Ilist. de S. Lofjs. § 33.)
Le murmure nouveau
De son peuple, l'adieu du mari qui
[s'absente
l'^t son dur désespoir, luy servant de
I tourmente
Etifondranl son vaisseau.
''Estieniio Jodelle, Didon, anc. tli, fr.,
t. IV, p. 197.)
]<:.\r>iARDER, v. a. Garder
do faire (picUpie chose : empê-
cher.
Et Panurgc, non pour ayder aux nau-
tonniers mais pour les engarder do
grimper sur la nauf
(Kahelais, l'anlngriirl. liv. IV, cli. VIII.)
EJ^'GEî^BIKESS, V. a. Donner
un gendre. H'aujoiidrcr, })ren(li'C
un gendre.
Ma foi! je m'enrjendi'ois d'une belle
(manière
Et j'allois prendre en vous un beau
jrds fort discret!
(MoLiKiiE, Etourdi, ncl. II, se. VI.)
EXCiOtER (s'), V. réll. Se
suffoquer en mangeant, avaler do
travers. Ce verbe est français
dans ce sens : se prrinlro dmnitiô
pour quelqu'un.
Engouer est une forme du
vieux verbe cngoulcr, manger
avec avidité; en basse latinité :
ingulnre; du latin : (juin, gosier,
gorge.
Car la douceur si fort le boule
«Ju'il n'est nul qui tant en cnçfonle.
[linman de la Hose.)
E^'fJK.^^'CJEK, v. a. Me lire
la récolle dans la grange — serrer,
loger.
El encore le nourrit celui, qui la mère
ENGRAVER
lo2
ENSEMENT
engrangea en l'absence de notre dit
gentilhomme.
{Cciil nom elles du roi Louis .\7, u"» H-î.)
EXGRAVER, v. n. Se met-
tre dans le i^ravier^ — s'embour-
ber. Dans le sens 'actif: g-raver,
incrubter.
« Ce mot, dit le comte Jaubert
» dans son glossaire, se dit d'une
» bête dans le pied de laquelle
» un caillou s'est introduit. »
Grosses bacces entre lesquelles
cstoyent en œuvre gros jaspes verdz
engravez et taillez en dracons.
(Radeiais, Garyantua, liv. I, ch. vni.)
Nous nous engravâmes et restâmes à
deux cents pas de notre hôtellerie sans
pouvoir aborder.
(M™" DE SÉviG.Mî, Lettres.)
K.\«15E.\E5«, V. a. Garnir
de grain la trt'inie du moulin.
Prince combien qu'un ait envye
D'engrener quand le moulin moult
Si force et puissance dévie
Il ne faicl pas ce tour qui veult.
(Jean Mahot.)
E:\ftiKOSSElî, V. a. Rendre
une femme grosse.
Tant garda Bauduin le dnnsicl de Jouvcnl
Qu'il engraissa sa lillo et des autres
Igrammant.
(BeauJouin de Sbbasie, XIV" siècle.)
Et faisoyent eulx deux souvent ensem-
ble la besle à deux dos, joyeusement se
frôlant leur lard, tant qu'elle engraissa
d'ung beau fils...
(Rabelais, Garr/antiia, liv. I, cli. ni.)
EIVIVU YA^'T, adj . Ennuyeux,
importun.
A tous complaist, à nul n'est ennuyant
Qui plus la voit, plus en est désirant,
(Charles d'Okléass, Ballade.)
EIVPOÏIK, prép. En échange.
(Voir ompour.)
EJVKEiVER, V. a. Seller,
harnacher une bête do trait ou de
somme.
Prenez mon cscu et ma lance
S'ol m'aportez et mon cheval
Enreignez, mestre Governal.
{Iloniun de Tristan, t. I, p. l"l.)
EISliaiflEK (s'), V. réll. S'en-
rhumer.
Je rime tant cl j)lus et en rimant,
souvent m'enrime.
(Rabeiais, Garfjaiiliiti, liv. I, ch. XUI.)
EIVKOCMER, V. a. Enterrer
un animal ; enfouir.
E]¥K®S>i§ER, V. a. Vendi^e
ou procurer à (|uelqu'un un mau-
vais cheval, une rosse. (Voir ce
mot.)
EIVSACMEK, V. a. Mettre
en sac.
Diable ù son croc les cnsaiehant
Enz en enfer dedens les saichcnt
î
Knfcr tost les ensachera
Jamais un seul fors n'en traira.
(Gautier be Coinsi, Miracle de Sainte-
Lcocade, vers 375».)
Mais lors qu'ilz sont bien entassez,
enchâssez et ensachez, on les peut vraye-
ment dire membruz et formez.
(RABEi.iis, Pantagruel, liv. ni, ch. XLII.)
E^^SEI?ÏEXT, adv. Sembla-
blemont — en même temps.
TrestuL comanablemcnt
Sunt al ton comandement
El Iules choses ensemenl.
{liésnrrection du Sauveur, XI' siècle
th. IV, au moveii rtge, p. 18.)
ENSELLE
153
EN VOIR RAI
Durs uni les quirs ensemenl cumc fer
Pur qo n'unt soing de halme ne d'osberc.
{('Jtanxnii de Roland, vers 3219".)
Car quant H jugement vendra
Et chaseuns sa raison rendra
Et sera fait li parlement
Del bien e del mal ensemenl.
[Vie du pape Gré(joire-le-Grand,
XIl" siècle.)
De Roslemont se parlent au malin
(liemenl,
llainuul ont Irespassé, Vermandois
[ensemenl.
{Li Romans de Berte aus graiis pics,
vers 246".)
EIVSEIilii:, adj. Se dit d'un
cheval dont le dos a une forme
trop concave. En vieux français,
cnseller avait le sens du mot
actuel seller :
Qui au marrliié voloil aler
Sa jument a fait ensseler.
(Du provoire qui mengn les mnres,
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 1)6.)
K !vr T A. :?! u i« i: , i:ntou-
aiiure, s. f. Entaille^ morceau
détaché — blessure.
Noslre vierge sans entamure
Conceul, porta cl enfanta.
{ilartyre de Saint Esticnne, mystôre
du .VV« siècle.)
Rabelais a donné à un de ses
liéros le nom de frère Jean des
Enlomnmrcs, à cause des bons
coups dont il {joiirfondait les sol-
dats de Micromégas.
EIVTOXXEK, V. a. Mcilrc
un li((uide en tonneau — boire
avec e.\cès.
Tanl en entonent par la goule.
(lU'TEDŒi'F, Poésies.)
Lors le sortant du loul de la cuve
pour Venlonner
(Olivier be Sf.Hnti,Tltéàlre d'Agriciil-
litre, p. 21 i).)
EXTOl It, A l'eiifoiii' de,
pré]}. Autour, aulour i\c — vers.
Entour la saint Jehan que la rose est
[florie
Fu rois Charles Marliaus en sa sale
fvoulie.
{Li Romans de Bcrtc ans grans pies,
vers 36".)
Et cil Folques dont je vos di,comença
à parler de Deu par France et par les
autres terres enlor
(ViLLEHAnDoiiNjCo/K/. rff Constontinople.,
édit. Didot, 18';2, p. 2.)
E^-TOI:k.\ER (V), V. réfl.
S'en aller, s'en retourner.
David s'entwnad d'ilec cl fuid s'en
al fosse de odollan (1).
{Livres des Rois, liv. I, cli. XXU,
verset I, p, 83.)
e:^'TRE]?ïï, ])rép. Au milieu
de^ parmi, entre deux.
Les crinsons ou cygalles, lesquelles
ou temps d'eslé, massées entremy l'om-
brage des branches feuillues, ont accou-
tumé de chanter doulcement.
(Jean Lem.vihe de Belges.)
E.WBKOA, A rcBiviron.
prép. Autour, à l'cnlour.
Fist Fcmpereres el paleiz faire
IJancz à siège envirun l'aire.
(Wace, Roman de Roit, vers i0300«.)
Son petit pas s'en vet avant
Et environ lui regardant.
{Ruman du Renurt, vers 11967".)
EXVOIURAB, futur du verbe
envoyer, iiour ciivemu.
Je scay bien qu'ung malin vous
m'cni'oyrez comme vous faictes d'autres.
(P. DE COMIMES, J/('M;o/ro', VI-12.)
(l) .\ltlst ergil Djvid iiulo cl l'ii^^il ;nl spoluii-
cain odellam.
EPALLE
rji
EPAL'UER
Jusqu'à toi, mon Seigneur, yenvoiemï
[ma prière.
(l*. Corneille, trail. de Vlmildtion,
liv. II, ch. IX.)
KP.VIjLE, s. f. Epaule. Du
lalin : spnthtiln, omoplate, dimi-
nutif do spalhii, spatule, cuiller.
En la srant presse or i fiert cume ber (1)
Trenchel cez lianstes (2) et cez escuz
[buclers (3)
E piez c poinz, espalles c coslez.
{Cliuiisun (te liolaitd, vers 196"°.)
I^PARKK. V. a. Egaliser,
ûLciulrc, disperser sur le sol.
Au lens le mauvais empereur Julien
le renoié (4) dit-il, prisrent païen les os
Jeliaiî, si les eparsirent par les chans.
(Guiart Desmoulins, XIII» .siicle.)
Je voy le ciel du cousté de la trans-
n^ontane (5) qui commence s'esparer.
(Rabelais, Pantaf/ruet.XU. IV, ch. XXII.)
" Ains yespar de Roulin et les norfs rt
[la chair.
(.\. Baïf, Eyloyuc .V17, p. 11.)
Au moyen âge, on appelait
espari'C l'oreille de la charrue qui
étend la terre fendue par le soc.
(Voir Roquefort, Glossaire de la
Langue romane.)
Él»AKft.\KS, nom de loca-
lité. Du celtique : Lern, éminence
par le changement du h en p,
fré(picnt dans la transformation
des mots.
lIPARPABÏiliER, v. a.
Répandre, disperser çà et là. En
provençal : esparpulhar, du pré-
fixe es et do parpalliô, papillon,
dans les dialectes méridionaux.
Si cum cvc espandut sui e espaiyeUet
sunt luit H mien os (1).
(Livre (les Psaume/!, ir.nl. ilu XII» siècle,)
Quant li nostre poignoient (2) en con-
tre aus, cil s'esparpeilknoit lanlost et
fuioicnt arrière.
(Guillaume de Tvh, cilo par RoyiEKOiiT.)
B':i»AM^MER,s. m. I^porvier,
oiseau de proie — esi)t!Co de lilel
pour la pèche. Mot d'origine ger-
mani(iue; haut allemand : spar-
vari, épervier; gothique : sparva,
moineau. Les étymologistes ad-
mettent un radical : spar, lancer ;
sanscrit : spliar, se mouvoir;
grec : crTra'.ps'.v, s'agiter.
Racles, seinnes, basions, poechcs,
esparvier, poches
(Florent Chrestien, cité par Bohel, Die-
lioitnaire du vieux français.)
Us ne vouloient se condamner à une
pareille mort comme ils merileroienl en
se rendant esparviers de bourreau ou
valets de gens à robe longue.
(Agr. d'Akbicné, Hist. Univ.., II-2"a.)
K P A U Î5 E K , Épenrer ,
Époiircr, V. a. Faire peur,
effrayer.
Paours moi tinucl et Iremblors, cl
tolcs mes osses furent espaitn'es (3).
{Livve lie Ji/b, Ir.id. .lu XII» siècle,
p. 481.)
Elle m'époure : je tremble et crain.
(Baïf, Devis des dieux, p. '2'20.)
El quelque bouc épeure le vachier
Du copeau d'un rochier.
(VAuyL'ELiN, Foresterie Y, \>. 57.)
(1) lier, guerrier vaillant.
(■2) llanste, lance d7(«.v/«.
(3) Escuz. hiiciers, écus, boucliers.
(i) heniiic, renégat.
(3; Trausinontanf. est, vent qui souflle (le
l'est, (lu pays d'au-delà les montagnes.
(t) Ainsi comme Teau je me suis répandu et
tous mes os sont éparpillés.
(2) Puii/ner, combattre ; latin : puynare.
(3) Pavor me tenuil et trcmor : et omnia ossa
mea pr;elerrila sunt.
KPAUX
155
ERENER
KPAU"X, nom de localité, du
vieux IVaurais : cspaiid, espnut,
réserve dans une forêt, ce qu'on
ne peut couj^er. (Rocjucfort, Glos-
saire de In Langue romane.)
Il existait aux Epanx, près
Meursac, une comuuuKh.'rio du
temple.
KPI!\'AY, nom d'homme et
de localité. Lieu rempli de ronces,
champ épineux.
Mes espincs i avoil tant
Chardons el ronces, c'onqucs n'oi
Pooir de passer Vespinoi.
(G. DE Lonnis, Roman de la Ruse,
vers 1808».)
ÉPIGOTS, s. m. Débris
d'épis, balayures de grange. Du
latin : spica, épi.
UPllSAII^IiKR, v.n. S'épui-
ser à force de crier, perdre le
souftle; du vieux verbe espirer,
soufller.
Esperit où il veut espirc
El sa voix oi'l...
{Testament de Jehan deMeuuu.)
KPOL'FFEK (V), v. réll.
Pouffer de rire, rire aux éclats.
(Voir s'éhaiïer.)
Commencèrenl à s'esbouffer àc, rire...
(CiioiiKiiEs, g™* Matinée.)
Ce que la jeune mariée trouva si
plaisant que s'cpouffant àa rireencom-
niençant ù boire, elle couvrit le visage
de sa belle-niére.
(ScAnnoN, Roman cumiiine, liv. II, cli. VIII.)
kpoi:sseti:b«, v. a. l'.ros-
ser, faire sortir la iioussière. Du
latin cxpiilsai'c. Au ligure : cor-
riger, admonester.
Lors je les Irailcray en cnfans de
bonne maison; je les époustermj et
élrilleray sur le ventre et partout.
(Comédie des Proverl>es, «et.. II, se. III,
aiic. tli. tV., t. IX, i>. 4i.)
Eudémon tant bien tcslonné, tant bien
tirr, tant bien espousseté.
(Raiielais, Garyanlua, liv. I, ch. XV.)
La ])rcmipre fois, mon ami, nous
épousseterons Michel Vanloo...
(DiDEuoT, Salon île 17UT.)
l':PRr.\nKI':, v. n. s'allu-
mer on parlant du l'eu. Le l'eu est
épris, le feu est allumé.
Sait en H fans que l'erbe en (ail espren-
[dre.
[Chanson de Roland, vers 3917.)
Deux cliandelabres de fin or
El cief de la nef furent mis
Desus ont deus cirges espris.
(Marie de FnA^cE, Loi de Giigemer, vers 185,
t. I, p. G-2.)
Commeni^a li feus si grant à esprendre.
(Vii.i.EiiAiiDotiiN, Conquête de Constantinople,
cil. LXXX.)
i:RAlL.flir.K, V. a. Eraller,
égratigner. Prélixe es et rallnni,
racloir, en latin.
On Ut recherche à Paris d'un nommé
Chateaulorl, parisien, soldat de la gar-
nison dudit liruxclles, ([ui avait un
iL'il esraillé.
(P. DE l'Etoile, Mémoires, t. VII, p. 3.)
Madame .Panache était une petite el
fort vieille créiilure avec des lippes el
des yeux éraillés.
(St-Simo.n, Mémoires, ii-S, cilé pnr Litthé.)
ÉKFA'ICK, V. a. Ei-einler, fa-
tiguer.
Il ouvre l'huis au lévrier (jui crioil à
gueule ouverte , comme crrené qu'il
esloit.
(Biin.ivonliire dkh Péuiehs, Contes el Deris,
XVIII» nouvelle.)
KRIFLKR
150
ESCAROLE
A icelluy froissoyt loule l'iirosto du
dos et Véresnoijt comme ung chien.
(Rabelvis, Garijanlitu, liv. I, ch. XXVII.)
lOKIFEiKK. V. a. Eraflcr,
friser conti'o, jiasser à cùté.
Car quarriaus issenl jà des coches (1)
Si con pierres h\=? en erri/Ient,
Chaillos (2) braient, sajeles siftlent.
(Guillaume Giiaut.)
KRO-\C'E, l^roiicBo, s. f.
Ronce; du laliu : ntucitro, sar-
cler.
KROXaiEK, V. a. Egratigner
avec une ronce.
EKRIKKE, adv. Arrière. Les
charretiers ])rononcent ce mot
par une conlraction y-iV prononcée
énergiqucincnt en faisant vibre
Yr.
Quant airière volt rcturner
A dius proia dou revenir
Qu'il n'el lessaL néent périr,
(JInrie de Fbaxce, Fui). C, t. II, p. 392.)
ESCAMPETTE, S. f. Fuite,
évasion. En basse latinité: esca-
piiiin. Escampette dérive de ex
et de cnnipiis, champ. De là cette
expression : prendre la poudre
d'escainpeUe , fuir rapidement.
En vieux français, on disait :
escûnipie , es camp é e .
Contre cel clam ne peut il U'cuver
nules escampées ne fuite.
(Assises- de Jérusalem, ch. LU, p. 43,
cité par Roi^uEFoiti.J
Rompre barreaux, crier et braire
Saillir en bas pour Vescampie.
(Guill. CoguilLART.)
(1) Coche, entailii; d'arlialette.
l'i) Chaillos, cailloux.
îOSCAXMASjK, s. m. Scan-
dale.
Et si dist : ju li durrai pur ço que elc
li seit a eschandele e à mat a que li
l'hilistien le mêlent à mort (1).
(Litre des Rois, cb. XVIII, verset i2l.)
Et servirent as ideles d'els, e feit est
a els en escandele (2).
(Livre des Psaumes, psaume 105,
verset 3o, p. l'J".)
F.§€APE1C, V. a. Echapper
— c'est la prononciation de nos
voisins du Blayais et du Bour-
geais.
Tu es, fist-il, foie pruvée
Kanl de moi es vive escapée,
E tu requiers autre loier.
(Marie nE Franiie, Fab. VU, doU leu
e de la yrur, t. II, p. 83.)
B<:SCA1!î25IIiïiAT, adj. Vif,
éveillé. Italien : scarabiffh'are,
jouer d'un instrument bruyant.
En vieux français : escai'JjiIlart,
escaraJ)iIhU , escarhiJJat , gai ,
enjoué, plaisant. (Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
C'est un mot de la langue d'oc
plutôt que do la langue d'oil, bien
qu'il se trouve dans Pasquier :
Le gascon escarhillat par dessus tous
parle "d'une promptilude de langue non
commune
(Estioiine PASyl'lEU, liv. VI, p. 290.)
ESCAïSOIiE, s. f. Plante
potagère do la famille des chi-
corées. (Cilhorium endivJa, do
Linné). Ce mot paraît dériver
du radical germanique : skar,
couper.
(1) Dixit que Saiil : Dabo ram illi ut fiât ci
scandaluiM cl super eum niaiius l'Iiilislinorum.
(2) Et servicruiil idolis eoruiu et faclum csl
eis scaudalum.
ESCOFFION
157
ESSAXGER
ESCOFFIOX, Scofflon, s.
m. Coilïc (Je fcMiimo. Italien :
scuflia.
Sa teste en ce beau mois, sans plus,
[estoit couverte
D'un riche escofpon ouvré de soye verte.
(RoNSAno, Amours de Marie, l. I, p. 210.)
D'abord leurs scof/tons ont volé par la
[place.
(MûtiÈnE, VElOurdi, net. V, se. XIV.)
ESCORPIOX, S. in. scor-
pion.
Tiécelin lint el poing l'espée
Dont li brans fu bien esmolu
S'a un escorpion féru.
(Roman du Rcnarl, Tcrs 26lo-2.)
Escorjnons est apelez, por ce que il
laidil les mains de l'orne qui le prent.
(Brunetto Latisi, Li Livres dou Trésor,
ch. CXXXI, p, 183.)
ESPKCIAÏi, adj. Spécial.
El l'en dit que nenil, s'il n'a espéciau
commandement dou seignor de cel fet.
(Livre de Jostice et de Ptet, p. 96, § 16.)
Et qui sceusl oncques que c'est
d'aymer, par espécial de mère un fils,
pance à ceste douleur de la doulce mère
de Jésus.
(Jenn Gehson, Sermon sur la Passion,
cité par M. Nisxhd, Histoire de la
Littérature française, t. I, p. "226.)
Advisé me suis au malin
De vous lire des droyiz nouveaulx
Droytz nouveaulx, droytz espéciaulx.
(Guillaume Cooi;iii.art, les Droits nou-
veaux, i. I, p. 37.)
La voyelle e s'ajoute souvent
avant Vs initiale dans le parler
sainlongeais : escorpion, cscnn-
(lalo, cstation, cslafiio, etc. Elle
se trouve également dans beau-
coup de mots semblables du vieux
français :
L'an de grâce mil ce iiij^ et quinze
(1205) au mois de janvier, fu mis en
registre li estalu des lapiciers
(Registre des Métiers d'EsiienneBouEAi',
p. 410.)
ESPEClAIiE:?IEXT, adv.
Spécialement. (Voir espécial.)
Et espécialement le plus noble et le
plus gentil Roy en larghèce qui régnasl
en ce temps
(J. pROiâSART, Chroniques, liv. I,
éait. 1879, t. I, p. 39.)
ESPÉRER, V. a. Attendre.
Le latin : sperare, a eu cette
signification et même celle de
redouter, d'altendro du mal com-
me du bien :
Polui lanlum sperare dolorem.
(VinciLE, Enéide, liv. IV, vers 419.)
... Jam quarlanam sperantihus œgris,
Slridebal deformis hicms
(JrvÉNAL, Sat. IV.)
Adonc fusmes tous esbahiz plus que
devjint, et espérions eslre tous en péril
de mort...
(JoixviLiE, Histoire de S. Loys.)
Lorsqu'aprcz une longue quesle la
beste vient à se présenter à nous où
nous Vespérions le moins.
(.Montaigne, Essais, liv. II, p. 1-27.)
ES^^AIVOER, V. a. Laver du
linge, le tremper d'eau avant la
lessive.
En latin : cxsaniare, de sanies,
saleté.
Aicz les mûmes boyaux bien lavés,
renversés et essangés en rivière.
(Menai) ier du XIV* siècle, liv. II.)
Après, Jacquinot, il vous faut
Houlengcr, fournier et buer,
Bluter, laver, essanger.
(Farce du Cuvier, anc. ili. fr., t. I, p. 37.)
El en ces ords cuveaux
Ou nourrices essangent leurs drapeaux.
(Fr. Villon, Grand Testament, p. 77.)
12
ESSARMENTER
158
ESTABLE
essar:?ie^ter, v. a.
Tailler la vigne, couper les sar-
ments. On trouve dans les dic-
tionnaires de La Gurne de Sainle-
Palaye et de Borel : accrmenter,
tailler la vigne.
ESSARITIILiIiER, V. a. Cou-
per les jets supertlus d'un bois
taillis.
ESSART, s. m. Défrichement,
sol mis en culture. En wallon :
sar; en picard : sart; en basse
latinité : cxartum, essnrtuin.
Latin : exararo, déterrer en
labourant, labourer à fond.
De'di etiam eisdem fratribus ad œdifi-
calionem ejus (ecclesiœ) vallem cum
declivis laterilius à stagno usquè ad
essarlum magistri Johannis
(Charl.-i anni 1212, Gallia Christiana,
t. IV, col. 199.)
Et quidquid in toto terrllorio Laussi-
niaco dirceptum et extirpalum est, quod
vulgô dicilur exsars.
(Charte de 1196, citée par du Gange,
au mot essartum.)
Ensi coume la voie change
Lez un essarl dclcz un clous
Iluec dut Henart e.slre eaclous.
(Roman du Renart, vers 539».)
Moyennant que la pluie survienne sur
tel bruslement latiuelie de nécessité
convient attendre et fuir les vents pour
les raisons des essarts.
(OlÏTier DE Serbes, Théâtre d'Agricul-
ture, ch. .VC.)
Ce mot a donné naissance aux
nond)reuses dénominations de
localités et d'hommes : les
Essarts, DésessartSy etc.
E.SSARTER, V. a. Défricher,
mettre en culture et, par exten-
sion, ch';clnror.
YjW basse latinité : essartaro,
exartare. Latin : exarare.
Cum nos vcllomus essartare et ad
terrani arabileiii redigere neniora nostra.
(Cliarta niini 1231 in tabellario eampaniœ
thuniio, f" 2'Jo.)
Ne vos saureit rien reconter
La merveille de lor labor
Qu'il i endurent chascon jor
A trencher e à essarter.
(Chronique des Durs de ^'urmandie,
t. l, vers 1089-2".)
Ainsi comme le laboureur quand il
veult essarter et arracher quelque plante
sauvage...
(.\iiïOT, Irad. de PLiiAngi'E — Mauvaise
Honte.)
Dans le sens de déchirer, essar-
ter est bien sainlongeais :
Thiè mâtine
Mal essarté la pià tout le long de l'échiné.
(BuncAiD DES Mareis, la Maleisie.)
Il se trouve avec le même sens
dans Brantôme :
Ayant pris le devant de son manteau
qui s'estoit accroché à quelque chose et
puis l'avoit un peu déchiré, elle lui dit :
S'oilà ce que vous m'avez fait, un tel,
vous m'avez essarté mon devant.
(Brantôme, Dames Galantes, dise. IV,
p. 3-28.)
ESSEE, s. f. Espèce de pio-
che. Ce mot, ainsi écrit dans le
Dictionnaire aunisien, doit s'or-
thograiihier aiscco (voir ce mot),
du latin : ascia.
ESSORER, Essaurer,v. a.
Exposer à l'air pour faire sécher.
En basse latinité: exaurare ; du
latin : aura, vent.
Tantost s'en vont tuit Iroi à désire
Tant qu'ils vinrent à la fenestre,
Overte estoit pour essorer.
(Roman du Renart, vers 9181».)
E S T A R li K , adj . Stable ,
ferme, solide.
ESTAMEL
159
ESTOPER
La parole du saige doit être eslable.
(Proverbes de SenkilE, le philosophe,
cité dans le Glossaire du Litre de
Jo^lice, j). 38G, coLÏ.)
Vérité est torncc à fable
Nule parole n'est eslable.
(Roman du Renart, vers 827G».)
Vers celuyj'ay paour qui en table
N'en soye escripte sans mercy,
Jamais n'aroye cuer eslable.
(La Confession de la belle fille^ fabliau
du XIII" siècle.)
ESTAITIEIi, Fstamet, s. m.
Etûfre (le peu de valeur. Du latiu :
stainen, lil de la quenouille, ou
du grec : Stt,[jlwv, fil.
Pour ses chausses furent levées unze
cents cinq aulnes cl un tiers d'eslamet
blanc.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. VIII.)
E§TATUE, s. f. Slatue.
Les estafues des gens argent et or,
ovres de mains de humes, bûche unt et
ne parlerunl, oilz uni et ne verrunl
(Psaume 120», versets i'2 et 13, traj.
du XII» siècle.)
ESTEir, s. m. Chenal ou
ruisseau se déchargeant dans un
lleuve et sujet aullux et au rellux
de la mer.
Esterhim canalis quo intrat œslus
maris.
(Du Cancb, Cwlossaire de la Basse latinité.)
ESTIIflE, S. f. Estimation,
supputiUion. D'où : fniro ostiino,
présumer, compter d'avance. En
latin : lestiinaro, de tes, monnaie.
Il y mourut trente ou quarante gen-
tilshommes d'estiine.
(Comices, Mémoires, liv. VIII, ch. XVI.)
L'ouvrage par estime de tous, excé-
doyl en prix la matière.
(IUbelàis, Gargantua, liv. I, cb. LI.)
ESTOC, S. m. Lignée, ori-
ginc^,cxtraction.
Qui oyr voull de (iiours et plains grant
[noise
Aille veoir la maison Bourbonnoise
El la ligne de son esloc |)arlie
Et il verra que perle d'amis poise.
[Cnmplaiucte sur la mort de la comtesse
de Ckarolois.)
ESTOIVIAQIJER, V. a. Affli-
ger, surprendre douloureusement.
Et il y eut des parens de ladite dame
morte qui en furent très doleu.x et très
estomaqués.
(Bhamtôme, Dames Galantes, dise. I,
p. 15.)
Ce mot se trouve encore au
XVIIP siècle :
11 ne faut pas, Monsieur, s'estotyiaqucv
[si fort
On peut en un moment nous mettre
[tous d'accord.
(Recnard, le Légataire, act. IV, se. VII.)
ESTOPER, V. a. Ravauder,
boucher un trou à une étoile,
reprendre les mailles d'un tricot
troué. Ce mot avait autrefois,
comme cstouper, le sens de bou-
cher. En basse latinité : cstoparc;
du latin : stuppa, étoupc. En
anglais : to stop, arrêter.
Cil qui estope son oreille al cric du
poevre, il criera et si ce ne est-il pas
oï (1).
(Bible, Proverbes, ch. I, verset 13», trnd,
du Xlh siècle.)
N'avum le poeir des bouches estoper
à cens ki mal nus voillent (-l).
(Distiques de Cato, trnd. du XII» siècle,
l'ruv. frunç., t. II, p. 430.)
Pon fait estouper maleboucho
Qu'il ne dise blasine ne reprouche.
(Joaii DR Meik», Roman de la Rose.)
(l/Qui oliturat aiironi nu.Tin aii claninreiu pau-
peris et ipse clamatiii et non exaudiclur.
(•2) Arbilrii iiosiri non est tiuod quisque
loquatur.
ETALONNER
100
ETOUPER
KTAIiOXXER, V. a. Com-
parer les mesures à un modèle
ofliciel appelé étalon.
EnSrtintonge : laisser le liquide
qu'on mesure s'étaler horizonta-
lement i)our que le surplus du
volume s'écoule par l'échancrure
de la velte.
Etalonne)' les poids et mesures appar-
tient au seigneur haut justicier.
(Laibièiie, Glossaire du Droit français,
du XVi» siècle.)
KTAXC'UE, adj. Qui retient
un liquide, cpii no le laisse pas
s'échapper.
En vieux français : étanclie,
vivier, réservoir, du latin : sta-
gnum; estanchat, digue, écluse.
(Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
KTAlIIiE, Étaiiliers, noms
de localités dérivés du vieux fran-
çais: estaule, étable, écurie; en
latin : slahulum.
Cou te prieschct cil estaule (1).
(Sermon de Saint Bernard, cité par
RogiEFORT.)
On trouve dans la langue
romane d'autres mots qui pour-
raient avoir donné naissance aux
noms d'Etaule et Etauliers, par
exemple : estauliâ, table d'artisan,
établi, du latin : slahilis; esteule,
éteule (voir ce dernier mot),
chaume des champs, couverture
de paille des maisons.
ÉTAl'SSEK, v. a. Couper,
rogner; se dit surtout des bran-
ches d'un arbre.
(1) Hoc lil)i pnedicat stabulum istud.
Ces biaus crins a fait reoignier
Corne valiez l'ut estaucié
Et fu de bons houziaus cliauciée.
(RuiEnœuF, Fabliau de frère Denise,
cordelier.)
Ils vont ensemble accorder qu'il faloit
estaiicer leur palice ou haye alin ([uc
les espines produisissent derechef
(Bernard Halissy, Receple Yèritahle,
p. 38.)
ETEIiE, s. f. Etoile:
Stella.
du latin :
Cils fist divers ars nouveles
Cils mist nom et nombra esteles.
(Jean DE HELTfG, Rmnan de la Rose.,
vers Wlo'Jo.)
ÉTEUBIiE, Étuble, s. f.
Chaume laissé sur pied , ou
chaume servant de couverture à
une maison. Du latin : stipula,
paille. En anglais : stuhle, chaume.
Tu enveias la tue ire, laquelle dévora
si cum estuble.
{Livre des Psaumes, trad. du XU° siècle.)
Car il pert (1) assez à Yesteule
Que bons n'est mie li espis.
(Johan DE CoNDÉ, te Sentier batu,
Fabliaux et Contes, 1. 1, p. tO'2.)
ÉTOUPEK, V. a. Boucher;
du latin : sluppa, grec : cxjuttt],
étoupc.
Servez nous à nostre appétit
N'y mettez point clou si petit
Que le trou n'en soit estoiippé.
{Farce des femmes, anc, th. fr., t. II,
p. %.)
Ores est à scavoir si ce trou par cesle
cheville peult entièrement cstre estouppé.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. IX.)
Il lui coupa les oreilles
Et les conduits en éloupa.
(VoinuE, Poésies, cité par Liithé.)
(1) // pert, il paraît; en latin : paret.
ETRANGE
161
EVE
ÉTRA^'GE, adj. Etranger
— étonné, embarrassé comme
serait un étranger. C'est dans ce
dernier sens (juc G. Sand a dit :
« Je me trouve étranr/e quand
» vous n'êtes pas à la maison. »
Latin: extraneus, de extra, hors.
Mais poursuivons d'éplucher les noms
des allemands qui sonl plus étranges
du lalin.
(Bonnv. des Périers, Contes et Jnyeu.t
Devis.)
Peu de nos chants, peu de nos vers
Par un encens flatteur, amusent l'univers
Et se font écouter des nations étranges.
(Lafomiaine, le Henard anglais.)
ÊTKKS, subs. m. plur. Dispo-
sition intérieure d'une maison.
Connaître les êtres d'une maison,
c'est en être familier. On devrait
orthographier aîtres (voir ce mot),
du latin : atrium.
A sa compagne en a parlée
Dist que ses esfres est mauves
E ke n'i volt dcmourer mes.
(Marie de FnAJicE, Fable IX, t. H,
p. 90.)
Renart qui savoit tous les estrcs
Regarde par unes fenestrcs.
(Roman du Renart, vers 4342.)
Or veut de l'argent ma norrice
Qui m'en destraint et me pelice
Por rcnf;int peslro
Ou il reviendra brerc en Veslre.
(RcTEBŒCF, Complainte, t. I, p. 15.)
Et clorroieni huis et fenestres
Si en seroit plus chaus li cstres.
(Jcnn DE Meinc, Roman de la Rose,
vers 18614'.)-
Las que diray, nous estant en ceste estre
L'aube du jour commença apparoislrc.
(Octnvien de Saim-Gei.ais, Hypermestre.)
JÉTliFT, Ktrctc, adj. Etroit,
étroite. Avant de disparaître, ce
mot a donné naissance au verbe
estrecier, devenu étrecir.
.'V Pâques la feste en fu fêle
(jui fu large non pas eslrele.
(GonEFnoY de PMua.C.lironique
Métrique, Tcrs 6135.)
La nation des belettes
Non plus que celle des chats
Ne veut aucun bien aux rats
El sans les portes élrites
(LAFoniAixE, Fables, liv. IV. fnb. VI.)
KUKÉK, l'rée, s. f. Bord,
lisière. (Voir orée.)
El'TKOPE, nom d'homme,
signiliant en grec : homme d'hu-
meur facile. C'est le nom du
premier évangéliste de Saintes,
dont les poètes et les écrivains
de l'époque mérovingienne nous
ont conservé l'histoire ou la
légende.
Eutropius martyr santonicœ urbis à
R. Clémente, episcopo, fcrtur dircctus
in Gallias; ab eodem etiam pontilicalis
gratià consccralus est, implclo que
hujus ofiicii ordine, peractà incredulis
prœdicatione , insurgentibus paganis
quos auctor invidiœ credcre non per-
misit, inliso capitc viclor occubuil.
(Grésoire de Toi'ns, De Gloritl martynim,
liv. I, cb. CXX.WI.)
D'après la Galh'a Christinna
(t. II, col. 105i), le corps du mar-
tyr n'eut ni séfiulture décente, ni
culte jus((u'au VP siècle, où
Palais, évoque de Saintes, le lit
transporter dans la basilique
dédiée à saint Eutrope. Peu de
temps après, comme le rapporte
le poète Venantius Fortunatus,
cette église fut restaurée par les
ordres de Léonce 11°, évoque de
Bordeaux. On fonda plus tard,
aujtrès de l'église, un monastère
do l'ordre de Cluny (jtii fut incen-
dié au XVP siècle.
KVE, s. f. Eau. Ce mot est
d'orgine celtique :
EVE
162
EVU
Le mot ei' signifiait boire ou nvalor,
en celtique; en breton, ev signilie eau
et, dans la langue gallique, av a la
même signification.
(Chnrles Nouieb, Dictionnaire des
Onomatopées,)
Il prist la lance, oi l'féri
Al quer, dunt sanc e ewc en issi.
(Résurrection du Sauveur, mrslôre du
Xl« siècle.)
En Vève le mêlent sans plus
Et li feslu la tient dessus.
(Bible Guiot, vers 638», XIII» sitcle.)
La langue romane a eu, pour
désigner Voaii, une grande quan-
tité de formes dérivées du celti-
que ev et av, ou du latin : aqua.
Il est curieux de les énumérer et
d'y suivre les transformations par
lesquelles a passé ce mot :
Aaje, aaigc, âge, aie, eage.
Aiguë, egue.
Awe, ave, auve, ewe, eve,
eawe, eauwe, iawe, iave, eau.
Les formes iawe, iave, qui
paraissent établir la transition
entre ève et eau sont très
anciennes :
Moult grans pitiés l'en prent
Viave dou cucr jusqu'as iex li descent.
{Amis et Amiles, XI» siècle.)
Voïanl païens les ont par pièces découpés
En Viave et cl carbon les ont bien qui-
[sinés.
{Chanson d'Antioche, t. II, p. 5.)
Quelques-unes des formes du
mot eau, disparues aujourd'hui,
ont laissé des traces dans la lan-
gue française moderne; ainsi,
aiguë nous a donné aiguière, pot
à eau ; air/ue a donné aigaii, rosée ;
aiguade, lieu où on s'approvisionne
d'eau ; êgouL, écoulement liquide ;
ève nous a laissé évier; auve,
auvent. Age subsiste dans la
locution être en âge, et non pas
comme on l'écrit : être en nage,
pour indiquer l'état d'un homme
trempé de sueur. Le mot ago,
pour
ancien
eau, est également très
h'arje passer l'i convcnoit
IJarje passe sans atargier,
A Yage vient et au passage
Cil qui le cuer n'avoil pas sage
En la nef entre isnelemenl.
(Gautier de Coimsi, Miracle de Noslrc-
Dame.)
KVKE, s. f. Pluie abondante
qui pénètre la terre. Dérivé du
radical celtique : ev. (Voir ève.)
ÉVEUX, adj. Aqueux. (Même
étymologie.)
De nuages éveux le marin ténébreux (1)
L'autom de noirs brouillas couvre le ciel
[ombreux.
(Ant. Baïf, Eglogue XV, p. 41, v.)
ÉVIER, s. m. Sorte de table
de pierre légèrement creusée oîi
se lave la vaisselle. Dérivé de
ève, eau.
Eve qui en vieil langage signifie la
même chose (eau) veu que avons pareil-
lement un sien dérivé évier.
(Uenri Ksiienne, Prccellence du Lan-
gage français, p. 188.)
Ne soit nuls si hardi ki il ait euwier
qui ait son csscut devant devers la
rue (2).
(Taii.mar, telle du XII» siècle, cité
pnr LiiinÉ.)
ÉVU, Évut, part, passé du
verbe avoir, pour eu. En patois
bourguignon : aivu.
(1) Marin, vent de mer.
(2) Que nul ne soit si hardi d'avoir évier qui
ait son issue par devant sur la rue.
FA
163
FAGNE
Dist l'nmirail : Jnngleu, vouez avant,
Vos estes proz, vostrc. savcir est granl
Voslre conscill ai jo's évud luz tene.
(Chanson de Roland.)
Si que li espce H coula jusques al tiest,
en tel manière ke se il ne se fust sous-
ploiés'dosoz le cop, il cvut esté mors.
(Henri niî Vaie:<cif.mxe3, ///.v/. de l'Empe-
reur Henri, édit. Wailly, § 631.)
FA, nom de localité. Du latin :
falœ (grec : cpàXai), tours de bois
employées dans les sièges ou dans
les amphithéâtres romains pour
les combats simulés (Virgile,
Mn. liv. IX, vers 705; Juvénal,
sat. VI), ou de fax, flambeau,
fanal ; en grec : oavô;.
FABRE, Favpc, Faupc,
noms d'hommes. Dérivés du latin :
faber, forgeron. (Voir fehvrc.)
FABRICIFIV, s. m. Mar-
guillier, membre de la fabri(pie
d'une église. En basse latinité :
fabviccviiis ou fabriquer ius, cii-
rator ivdis sacrœ.
Vencrabilibns canonicis et fabriceriis
sacclli S. Johannis Baplistœ Modjfliœ...
(Diplomn, niino li330, Miiralori, t. H,
p. 315.)
Les marguilliers ont été autre-
fois désignés par le nom de
fabriqueurs.
Knlcndrc les noms des fabriqueurs
ou marguilliers députez en régime et
gouvernement des revenus des fabric-
qiiGS
(Lettre pnteiile de Henri II, du ii décem-
bre liiaV — Arrkifc.<! Iiislnriqites de la
Saintonge, t. IX, p. 8'J.)
FADE, S. f. Fée, esprit follet.
D'où farfadet. En basse latinité :
fadas, fada : Dicmonis spccics.
(Du Gange, Glossaire de la Basse
latinité, au mot fadus.)
Quid dieam, nescio, si verus equua
fuit aul si fadus erat, ut homines affe-
runt.
(Gcrvasiiis tillel>arieniiis,(lécii'wnoZ,cnp.
yl, cité par du Camge.)
En vieux français, faé signifiait
enchanté, ensorcelé; du latin :
fat nus.
Mors gisl là bas en lieu de bierrc
En CCS fossés gueule baée,
Sacliiez, si ce n'est chose faée.
Jamais d'eux deux ne janglera
Car jà ne ressuscitera.
(Jean de Melng, Roman de la Rose.)
FACîET, nom d'homme. En
basse latinité : fagctum, lieu
planté de hctrcs; du latin : faQUS.
FAG:%' ARI>, Fas;nou:»L, ad j .
Fangeux, ijloin de /iu//iO. (Voir ce
mot). On connaît le vieux dicton
saintongeais :
Pâques fagnoux
Saint-Jean froumcnloux.
FAfiiXF, s. f. Fange, boue.
En normand : fanguc; en proven-
(;al : fanha, faigna; en catalan :
fang. L'origine de ce mot est
peul-êlrc le gotliu[ue : fani.
Ce mot se retrouve en vieux
français, avec le sens de bvtre.
On y trouve fane, avec la signifi-
FAGOTER
16i
FAIRE
cation de boue et de lieux fan-
geux.
Jadis avint qu'en un cslanc
Enlur les rives et ou fane
Ol de raines grant compaignies.
(Marie de Fiunce, Fab. AAT/, t. H,
p. 143.)
FAGOTEK, V. n. Faire des
fagots.
Aussi plombé qu'un qui journellement
Bêche à la vigne ou farjolte au bocage.
(RossARo, Amours, t. I, p. 40.)
FAGOTEm, s. m. Faiseur
de fagots.
Je voudrais estre un pitaut de,villagc,
Un fagoteur qui travaille au bocage.
(Ross.iBD, Poésies.)
FACitEIVAT, s. m. Odeur
de bouc, odeur forte qui sort d'un
corps échauffé. En vieux français :
fagaenat, mauvaise odeur. (Roque-
fort.)
Gousset, escafignon, /ajfîtcnai, cambouis
Qui formez ce présent que mes yeux ré-
[jouis
Sous l'aveu de mon nez lorgnent comme
|uii fromage.
(Saint-Amand, cité par .M. Lillrc.)
FAICî^-IAA'T, adj. Fainéant,
de l'italien fav niante, ne faire rien.
Mais pour les fainrjniants desloiaus
Dist-on qu'à peine est nulz loiaus.
(Raoul DE CoiCY, cité par le comte Jalbebt.)
FAIIilil, adj. Mauvais, lâche,
fainéant : failli r/as, mauvais gar-
nement. Failli, dit Leduchat,
signifie lâche, de cœur lailli.
{Remarquer, liv. II, p. 282.)
Mauves seroie, recréans (1) et failUz,
Pc à Guillaume estoit li mes (1) tramis,
(Juant sui encor, la merci Deu, toz vis(2).
{Le coveuans Vivien, vers 406», XH» siècle.)
Il coufondc Tybcrt, le mauvais, le /"aiZh^.
{Li ruinans de Berte ans gratis pics, vers 133'2<|.)
Jhésus de gloire, li rois de paradis
Sauve celui de qui jo suis nasquis,
El mon chier père, mes frères, mes amis,
Et il confonde ce mauvais roi failli.
{Bataille d'Aleschaiis, XU» siècle.)
lia! failli gentilhomme, dites-vous
que n'en aviez nulle?
(Antoine de ia Sahe, Jehan de Saintrc,
cil. m, p. 10.)
FAIIVE, S. f. Fruit du hêtre ou
fouteau, qui s'appelle iain envieux
français, du latin farina.
Que le fou porte la faine.
Le chataigner la châtaine.
(V'Aiyi'EiiM, Foresterie Xll, p. 32.)
FAIKE, V. a. D'une conju-
gaison irrégulière en Saintonge :
indicatif présent : nous Jasons,
i fazanl ; imparfait : je fazais ;
passé détini : je i'azis, etc..
In quid il mi allresi fazet (3).
{Serment de Louis le Germanique, IX« siècle.)
Quant un lierre umbre li fesist.
{Fragment de Valenciennes, X» siècle.)
Votre message fesismes à charlon.
( Chanson de Roland.)
Culuns (4) demandèrent seignur,
A rei choisirent un ostur (5)
Pour ce ke meins mauz lor fesist
Et vers autres les garandisl.
(.Marie de Fiia^ce, Faille XX VU, t. H, p. laO.)
(1) Recréans, crahilif.
(1) Mes, message ou messager.
(2) Toz vis, bien vivant.
f3) Pourvu qu'il me fasse semblalilcracnt.
(4) Culuns, pigeons, rolomlies.
(3) Uslur, autour, oiseau Je ptoic.
FAIT
IGj
FAUBOURG
FAIT, s. m. Faîte, sommet.
En vieux français : fest, que nous
trouvons dans le Coiistiiniicr gé-
néral du XVI° siècle, t. II, p. 65 :
(jibet à fest, gibet abrité. Cet
instrument de haute justice était
un signe de suzeraineté,
Toutefois l'eau plus haute
Couvre le fest et par dessus lui saute.
{Clémeiil Maroi.)
FAIiliOT , Falot , noms
d'hommes. Du XII au XVIP siècle,
ce mot était synonime de folâtre,
plaisant, fou. Du latin fallerc,
tromper.
Cy dessoubz gist et loge en serre
Ce très gentil fallol Jean Serre.
(Clément Mahot, Epitaphes, t. H, p. 21a.)
Par quelque chanson falotte
Nous célébrons la vertu
Qu'on tire de ce bois tortu.
(Siim-Amant, Poésies.)
FA^'FREIiirCIIES , s. f.
Bagatelle, inutilité — parure de
peu de valeur. Altération du grec
ito[jL!foX'jÇ, bulle. En vieux français :
fan f élues..
Elle lui (list tant de bellucs,
De trufes et de fanfelues.
(RUIEBŒIF.)
Les fanfreluches antidolées...
(Rabelais, Gargnntitai liv. I, ch. H )
FA^'IR, v. n. Faner, se des-
sécher.
Doter la chasteté
De la vierge nubile à qui la chasteté
Refusoit un mari, /'agissant en tristesse
La misérable lleur de sa verte jeunesse.
(Beuiait, l'aiicgijrique de Saint Louis.)
FARCE, Farci, s. m. Hachis
de viandes ([u'on introiluit dans
les pâtés ou les volailles.
Pi que la crouste en est faussée
Kt la farce s'en est volée.
, [Fabliau du XIII" siècle, édil. Bnrbnzan,
t. IV, p. Oo.)
FAR€ER, v. n. Plaisanter,
faire dos farces. — Confectionner
un hachis.
Les dames congneurent bien que com-
bien que feusscnt vrayes, que n'estoient
que pour farcer.
(Ant. DE La Salle, Chron. du Petit Jehan
de Saillira, ch. HI, p. 11.)
L'autre devant me regardoit
L'une farsoit, l'aultre lardoit.
(CoQcn.LABT, monologue do In Botte
de Foiiuj.)
FARME, S. m. etadj. Ferme,
la substitution de Va à l'e, dans
la prononciation saintongeaise,
est fréquente et nous n'en citons
qu'un petit nombre d'exemples :
Apportent clefs, du roy prennent les
[armes
Luy promettant d'esiro loyaux et farines.
(Jean Maiiot, Voyage de Venise.)
FAROl'CHE, s. f. Trèfle
incarnat.
F AT i« o u I a i li s: R , \ . a .
Brouiller, fourgonner, palper.
Quand il eut fatrouiUc longtemps
Kt voulut la chose reprendre
Kllc fut si povre, si tendre,
Si molle que c'estoit pitié.
[Confesssion de Margot, nnc. th. fr.,
t. I, p. 377.)
Apres baiser et fatroitiller.
Dire adieu par l'huys de derrière,
En elTect vclà la manière.
(CoyciLiAnT, monologue do In Botte
de Foing.)
FAUROURC;, s. m. Partie
de ville siluéo en dehors de
ragglomération. L'étymologie de
FAUCHARD
166
FAVEREAU
ce mot se trouve dans rancicnnc
orthographe : forbourc; foras, en
dehor
château
hiirgo, du bourg, du
Li roys mcloit grans cous et grans
despens enfeiTiicr de murs et de
tours le forbourc de là ville d'Acre...
(J.-I'. SiRRAzra, Lettre sur la Croisade
de Saint Louis — V. Joisvillb, éiiit.
18b8, p. 298.)
FAirCHARD, s. m. Grande
faux, faux à long manche. On
trouve, avec le même sens, dans
le glossaire de Roquefort : faii-
chart, faucher, fauchon.
Ipocras dist à son niés (1) : je suis
une bone herbe; cil s'agenouille pour la
coellir^ Ipocras fu envieux, si sacha (2)
un fauchon en traïson et en feri son
neveu parmi le chief
{Roman des Sept Sages de Rome.)
Mais Renart le feri ou col
De son fausarl
{Renart le nnuvcl, Tora 1988'.)
FALCIIE , Fauchaison ,
s. f. Saison et action do faucher
— produit do la coupe des four-
rages.
Si devant ledit jour saint Pierre iceuz
prez sont fauchez, laditte fauche faicte
et les foins charriés
(Coutumicr général, l. I, XVI' siècle.)
Clamer si vindrent li vilain
Al duc de lor prez l'endemain
Que tuil lor falcheison alire
E sie e maumet e empire (8).
(Chronique des Ducs de Normandie,
vers 17607».)
FAUeiIOUR, s. m. Fau-
(1) i\(«-, neveu; dans le même texte : n^-vc!/,
ré-'Ime, s'écrit comme en français; niés est la
forme du sujet.
(2) Sarha, tira.
(3; Que tout homme leur fauchaison arrache
et coupe et met à mal et empire.
chcur. Vieux français : fauchéor;
latin : falcator.
L'erbe fu drue ke dessus fu versée
Après Ions tans l'ont fauchéor trovée.
(Girard de Vune, vers 2673'.)
FAURF, Faureau, Fan-
rie, noms d'hommes dérivés de
fauv, dans la langue d'oc : ouvrier
en fer, forgeron. En langue d'oil :
fabre, fcbvre. A Bordeaux, la
rue des Faurcs s'appelait autre-
fois rua Fabroruni. L'origine
commune des formes : taure,
fabre et fcbvre, est le latin :
faber.
FAUSSER, V. n. Mentir,
renier, se parjurer.
Jà fu tex jors que les dames amaient
De léal cuer sans feindre et sans fausser.
(Teite du XU« siècle, cité par M. Litthé.)
Grans fu la joie gc'l voz di sans fausser.
{Amis et Amiles, vers 3235».)
FAUVE AU, s. m. Nom donné
au bœuf de couleur fauve. Du
latin: fulvus. Le diminutif: fau-
vclet, s'applique au bœuf d'un
jaune moins foncé ([ue le faiiveau.
En vieux français, l'adjectif /awre/
était usité : jument tauvelée.
(Roman de la Rose, vers 14264.)
Ce fauveau à la raye noire doibt bien
souvent estre étrillé.
(RABELàis, Pantagruel., liv. IV, ch. IX.)
Ce nom est encore usité dans
la Touraine :
Ah ! mes bœufs ! mes beaux bœufs !
fauveau à la raie noiro et l'autre qui
avait une étoile sur le front.
(l'aul-Louis CouiiiEii, 2" Lettre.)
FAVEREAU , Favrcau ,
FAYAN
167
FEINTISE
noms d'hommos, diminutifs de
favre; du laliii : fnbor, forgeron.
FAYAX, s. m. Ilùtro. Du
lalin : fagus; en grec: «i>>)YÔs; en
provençal : fau.
Berle fu ens el bois assise sous un fo.
{Li Romans de Berte ans (jrans pics.)
Plusieurs verriers tic ceux qui font
les verres de vitres se servent do la
cendre de bois de fayan.
(Bern. Palissy, Recepte Véritable, p. 3-2.)
FAITAU, S. m. Haricot — fève
de marais. Les marins désignent
le haricot sec par lo nom de fayol
qui est la forme provençale.
Fayau et fayol sont des altérations
du vieux français : faisolo, l'n-
séolc. Du lalin: i'ascolus ; grec :
«pàoTjloç.
On trouve, dans Roquefort, les
différentes formes : fnvinu, f ai-
sole, faséolc, favioii, fayolc, fève,
haricot; du latin : t'aha, phaseolus.
(Voiv lo' Glossaire do la Langue
romane.)
Les espèces principales et plus géné-
ralement cognï'ucs sont les fèves, pois,
fazéols, geisses, pois-ciches...
(Olivier de Serres, Théâtre d'Agricul-
ture, ch. m.)
FAYEjFay eau, noms d'hom-
mes et de localités; en vieux
français : fayc, lieu planté de
hêtres ; du latin : fagus.
FEBVIlE,Fcvrc,IiCrcvrc,
noms trhommos. Au moyen âge,
les mots j'ebre, y'c'ry'c' désignaient
le forgeron, l'ouvrier en fer; en
latin : fabcr.
Uns fèvres fist une cuignéc
Dure et tranchant cl bien forgiée.
(Mario DE France, Fable X\III\ l. U,
p. 137.)
Esl-il avenant que le marteau se
rebelle à son fèvre.
' (Alain Chaiitier.)
Un fevre avoil un petit chien
Oui tousjours dormoit ce pendant
Que son maistre bcsongnoit bien.
(Gilles CoRBOZET, Fables d'Esope,
p. 195.)
Au moyen âge, comme aujour-
d'hui dans nos campagnes, le
forgeron et le maréchal avaient
la mission délicate d'arracher les
dents :
Il ot un fèvre en Normandie
Qui trop bel arrachoit les dcnz.
{Fabliau de la Dent, vers 62« — Fahl.
et Contes, t.. I, p. 161.)
FEIX, Faiu, s. m. Foin. Du
lalin : fenuni.
Le cheval courut atachier
A un arbre parmi le frain
Ilec paisl de l'erbe et dou faiti.
(Roman du Renart, vers 19266».)
Ils doivent pcr servage les fainrjs
faner et mettre à l'hoslel.
(FnoissARi, Chroniques, liv. II, ch. II.)
Le serviteur pour apaiser la faim
De tous ces bœufs leur veut donner
[repas ;
Le cerf estoil caché dedans le fcin.
(Gilles CoRRozET, Fables d'Esope, p. 90.)
FEI^VT, adj. Rusé, trompeur,
menteur.
Le monde n'est pas tel qu'il semblo
Les hommes sont fains et divers
L'un à l'autre point ne ressemble.
(l'ierro GBi,-«r.ouE, Fantaisies des
Hommes.)
FEIX'D'ISl':, S. f. Feinte, ruse
— mensonge — hypocrisie.
Offres lor tout par grant fainlisc,
Cucr et cor.s, avoir cl scrvise.
(Jean de .Meimo, Roman de la Rose,
vorsSlUl*.)
FEMELLE
168
FERRANT
... El vous pri qne faintise
Ne trouve en vous, ne nul autre faulx
[tour.
(Christine de Pisas, Ballade.)
Tout ce que j'ai de bon, tout ce qu'en
[moy je jirise
C'est d'estre comme toy, sans fraude
{et sans feintise.
(Joachim Df BEiLiy, Hymne à la Surdité.)
FË.lIEIiliE, s. f. Femme ou
fille, prononcé généralement fu-
melle. (Voir ce mot.)
Le père mort les trois femelles
Courent au testament sans attendre plus
[tard.
(Lafo.maixe, liv. II, fab. XX.)
FEJflME DE eiIEUZ
IVOlJS, locution pour désigner ■
l'épouse, la maîtresse du logis.
Je voudrois, dict lors Pasquier, que
la femme de chez nous m'eust tout con-
testé.
(Xoël DC Faii, Propos Runliques, ch. LXII.)
FE:VAIS0X, s. f. Action do
faner — saison oij se coupent les
foins. Dérivé comme feiii, du
latin : f en uni.
Les moissons tallonnanl les fenaisons
les deux récoltes assemblées donnent
trop de fatigue aux mesnagcs.
(Olivier de Sebiies, Théàlre d'Agriculture.)
FEXDASSE, s. f. Ouverture,
fente.
Ne clés ne barres ne redoutent
Ains s'en entrent par les fendaccs
Par chatières et par crevasses.
(Jenn de Mei-sg, Roman de la Ilnse,
Ters 19368».)
La terre fend et parmy ses fendasses
La grand' lueur j usqu'aux régions basses
A pénétré
(Cl. Marot, Mctamorph. d'Ovide, liv. II.)
FEXER, V. a. Faner, remuer
le foin pour le faire sécher. Du
latin : fenum, foin. Dans le sens
neutre : flétrir, devenir sec.
Pour n'avoir daigné en fenant aux
prairies du château Lctard respondu
aux chansons» que les hardelles de
Rûlard disoient
(\oi;l ni- Faii, Contes d'Eulrapel, 1. 1,
p. 150.)
Il meil sur sa teste un chapeau de
fleurs tout fené.
(Fr. Amtot, Irad. de Plitarque, Vie de
Pyrrhus.)
Au moyen âge, on disait fein
pour foin, et aussi l'enier, pour
désigner le marchand de four-
rages :
Quiconqucs vuet estre fenier à Paris,
ce est à savoir venderres et achaterres
de fein, estre le puct franchement.
(Livre des Métiers d'Est. Boileai-,
p. "243.)
FEU'IEK, nom d'homme. En
vieux français : marchand de foin.
FEXIIj, s. m. Grenier à foin.
Même étymologie que foner. En
latin : fcnilia, grenier à fourrages.
Positas que crcmct fenilibus hcrbas.
(Ovide, Mélamarpit. 17.)
Ils descouvrirent dedans le fenil de
son logis sous de la paille
(CahloiX; liv. II, cité par Littiir.)
FE^VIOUX, nom d'homme et
de localité; dérivant de fenuni,
foin, ou du vieux français : fagne,
houe, qui a également donné
l'adjectif: fagnoux.
FEKRAIVT, nom d'homme.
En vieux français : gris, couleur
de fer.
FERREE
169
FEUSSE
Et vi lès lui un chevalier
Séir sour un ferrant destrier.
{Renart le nouvel, vers 5703*.)
Dans Alein de Lancelles, tant cum fud
[en estant,
Se défendi sur le destrier ferrant.
(Chron. de Jordan Fantasme, vers 1S51».)
FERKB-:!), s. f. Bêche en fer,
de radjectif latin : fârrea, em-
ployé substantivement par Caton,
avec le sens de foui'che de fer.
FERRIÈRE, nom de loca-
lité, signifiant en vieux français :
forge (^langue d'oc : ferreyre).
En Franche-Comté, on appelle
ferrière la voie romaine (via
ferrata.)
FERTÉ I La), nom de localité.
En vieux français : fort, forte-
resse , abréviation de l'ablatif
latin : firmitate. (Voir Roquefort.)
Le mot intermédiaire, fermeté,
a désigné au XIP siècle une for-
teresse :
Por fermeté ne por doujon
Ne li eschappera nus lions.
{Dolopatho^, vers 3-2(ît«.)
FESSER, V. a. Familier pour
fouetter.
Puis de sa main de l'herbe verde fauche
Pour l'en fesser dessus sa cuysse gauche.
(Cl. Màhot, Epilres.)
FESSIER, s.
latin : /issus.
m. Derrière,
De quoy elles n'ont pas plus de honte
que les femmes de bien qui montrent
l'apanape de leur fessier aux eau.\ de
Pougues
(BéronlJe de Veuviue, Moyen Je
panenir.)
Le nez sur les carreaux et le fessier
[au vent.
(M. RÉcsiEB, Sdl. AV.)
FErBIiE, adj. Faible.
Et à prendre sur chascun clochier, le
fort portant le feuble, vingt livres tour-
mois par an.
;Jean BorcHET.)
FEniiliARD, s. m. Branche
garnie de ses feuilles.
Il y raesla maincte branche enlacée
De menus bois avec tendres feuillards.
[Scevole de Sainte Marthe.)
Après leur respondoient les zéphyres
[mi^nards
Excitant un doux bruit à travers les
[feuillards.
(De MoxTCHBEsnEN, Suzanne.)
FErR:?IOGER, V. a. Oter
le fumier de l'étable — le remuer
pour refaire la litière des ani-
maux. Des deux mots anciens :
moer, agiter, remuer (latin :
movere), et feurre, paille, qui
s'est aussi écrit : foare, foerre,
feure. Il y avait au moyen âge, à
Paris, la rue du Feurre, où se
vendait la paille qui servait de
siège aux écoliers de l'Université.
Cette rue est devenue, par cor-
ruption, la rue du Four : le verbe
moer se trouve dans les vieux
textes :
Quar quantes sentences il moet alsi
corne par demandise (l)
{Dialogues de saint Grégoire, liv. lY,
cil. IV.)
FEUSSE, nom de localité,
près Saint-Just. En vieux fran-
çais : feus (du latin : férus), a
signillé méchant, cruel.
(1) Nam quotsonteulias quasi per inquisitio-
nem motet.
FIANCE
170
FIENT
FIA.'VCE, s. f. Confiance; du
latin : fiJentia.
Tu acerles li miens cunibaterc del
venlre, la meie fiance des mamcles
ma merre... (1).
{Livre des Psaumes, ps. XXI, verset IX,
p. 33.)
Miilt fu bêle celé estoire \2\ el riche et
mult i avoit grant fiance li cueiis de
Flandres et li pèlerin
(ViLi.EHAiiDoiiN, Conquête de Constan-
tinople, § 49.)
Car on leur dit qu'en vous, mes Damoi-
. [selles,
Pans gage sur il y a peu de fiance
Et que d'Amour n'avez rien que les ailes.
(Melii.n de Saimt-Gelau.)
Toujours auray
A vous fiance
Et aimeray
Voslre accointance.
(Etienne Tabolrot.)
FICEIiliE, Fisccllc, s. f.
Ustensile i'usti(iue, formant une
enceinte cylindrique à jour, où
les raisins sont jetés au sortir du
moulin pour être presses — petit
j^anier d'osier à jour pour égoutter
les fromag-es. Du latin : /iscclla,
petit panier.
Et gracili fiscellam lexil hibisco.
(ViRGiiE, Bucol. Eijl. XI", vers '!•.)
Si employay l'esprit, le corps aussi
Ou à tyssir (pour frommages former)
Paniers d'osiers et fiscelles de jonc.
(Cl. MmoT, Eglogue au rotj. 1. 1, p. 42.)
Fay f scelles de jonc à cailler des lai-
I tn*^es.
(A. liAÏr, Eglof/ue I, p. 1.)
FICHER, V. a. Placer, don-
ner, avec un sons énerg-i(pie qui
est accentué par son synonimc :
(1) Tu autem propu^nator meus ex utero,
fiducia mea ali uterihus lualris mca',
(2) Estoire, flotte.
foutre. En vieux français : ûcher,
fichier ont eu le sens do placer,
fixer, attacher, se fourrer; du
latin : ligcrc.
lUuec en eussiez li sejU mil e véiis
Que se ficent a laighe tant jouenes que
[cenus.
[Ilmnan d'Alexandre, p. 96.)
Pricment tous les moquent et trichent
Tous sont ribau.x, partout se fichent.
(Jean de Meung, Roman de la Rose.)
Lors lui répond de Vénus le fils cher :
Fiche ton arc ce qu'il pourra ficher\
dieu Phœbus, le mien te fichera.
(Cl. Mahoi.)
Se ficher signifie se moquer;
fichant, fâcheux; ficJiu s'accole
comme épithète malsonnante :
ficlnie femme, fichue récolle.
FIE, Fis, s. m. Verrue, signe
sur le corps.
S'il l'eust bien veuc et reconnue toute
nue, comme plusieurs que j'ay veu, il
l'eust connue à plusieurs fis, possible :
dont il fait bon les visiter quelques fois
par le corps.
(BnANTÔMB, Yies des Daines Galantes,
dise. I, p. 79.)
En sang qu'on mect en poylettes sécher
Chez ces barbiers, quand plaine lune
(arrive,
Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que
[cive
En chancre et fix
(Villon. Grand Testament, p. 77.)
Au XVIP siècle, Richelet a
défini : fie, substantif masculin;
excroissance de chair qui vient
de la supor-fluité des aliments.
(Dictionnaire français, édition
de 1680.)
FIEîfc^T, Ficn, s. m. Fiente,
fumier. Casse à lien, trou à
fumier.
FIER D'ARS
171
FILLOT
Et que les pouvres indigents
Sont mot's de fain sur unjj; /ieiit.
{Sottie (tu Roy des Soti, aiic. th. fr.,
t. II, p. -231.)
La plus calamiteuse et fragile de toutes
les créatures, c'est l'homme Elle se
sent et veoid logée ici parmi la bourbe
et le fient du monde.
(MoNiiiGXE, Essays, liv. II, ch. XII.)
Estable où sont la fourche et pelle
De quoy le fjens on expelle
Hors de ce lieu
(Gilles ConiiozET, Blaxons dnmefitiques,
Blason de l'estal)U\ 1° 32, v.)
FIER lï'AKS, nom du golfe
formé par les côtes de l'ile de Ré
dans le voisinage d'Ars. Fier est
la forme francisée du norwégien :
ïiord, golfe, baie.
FIEU, s. m. Fils.
Chicr (ieiis, li première cose que je
l'enseigne, si est que tu mêles tout ton
cuer en Dieu amer.
{Enseignement de Saint-Louis à son
fils. — A la suite lie Vllistuire de
Saint-Louis, Je Joinville.)
FIEU, nom de localité, signi-
fiant /icJ\ en vieux français.
Toz doleros e toz pensifs
Fin a un suen seignor requis
De qui /ieu Mustcrol moveit
El de qui en chief le tenoit.
{Chronique des Dues de Normandie,
t. I, vorsllGOU».)
FIÈVRES, s. i)lur. Se dit
surtout de la lièvre intermittente.
Et oultrc aura les fièvres quartes,
(l'rançoia Vilion.)
Il faut dire j'ay la ficvre et non pas :
j'y y les /ii-vres.
(MÉXAOK, Ol'seri'ations sur la Langue
fran{aise.)
FIFI, s. m. Vidangeur, ainsi
nommé parce que, d'après Pas-
quier {Recherches, liv. VI, ch.
XXV), on n'usait du mot // que
pour les choses les plus ardues et
sales.
Le lien estoit toujours breneux
Et s'appeloil maistre fyfy.
[Faree du Savetier, nnc. th. fr., t. II,
p. 131.)
FIIiET, s. m. Fil — couper le
filet, couper le lîl de la vie, faire
mourir.
L'un contrefaisant le ladre, s'estant
lié la gorge avec ung filet.
(NniU DU Fiii, Propos llustiijues, ch. VII.)
Mon tahurcau mignardclct
La parque, fatale déesse,
Rompit de les ans le filet
Au bel esté de la jeunesse.
(VaiQUEIW de l\ FilB3MlVB.)
FlI^IiAUDE, s. f. Jeune fille,
petite fille.
Son mary n'en faisant cas que comme
d'une pclile fiUaude, ne l'aymoil comme
il devoil.
(Brantôme, Dames Galantes, dise. I,
p. l'Jl.)
FIIiîiEl'X, Fillol, s. m.
Filleul. — De l'italien : fighiolo,
fils.
FiUieus, dist-il, je vous ay moult aimé
Mais (l'une chose ay fait granl lascheté
De miolage ne vous ay point donné.
(Poème d'Amis et Amiles.)
Le roy le flst son compère et donna
à sa fiUiole le beau nom d'Elisabeth.
(BniNTÛuB, Vie des Dames Illustres,
Elisabeth de France.)
Il n'a pas aperçu Jeannette ma filiale
Laquelle a tout ouy parole pour parole.
(Moi.iÈnE, l'Etourdi, act. VI, se. VU.)
FlIil^OT,
petit gar(;on.
m. Jeune fils
FIN
17-2
FLAMBE
Tout beau, fdlot, dit Pantagruel, tout
beau.
(Ridelàis, Pantiiynu'l, liv. III, ch. XII.)
FIX (à ceHe\ locution pour
afin que. On dit aussi : ù seule Un
que.
A celle fin qu'il te fut plus familier et
plus intelligible.
(Bonav. des Périfms, Cyiiibalum mniidi.)
Il me faut
Frotter haut et bas
A celle fin que son airain,
Son cuivre, son fer, son estain,
Reluise, jucisciu'au lauiperon
Et jusqu'au cul du chaudcron.
(Rcniv Belleav, La Rfconniie^ net. I,
se". I, ;inc. Ib. fr., t. IV, p. 344.)
FI\' FLVAIiE, pléonasme,
fin clétlnitive.
Dieu permet hérétique
Quelquefois dominer
I%nseinble hypocrite
Pour quelque temps re'gner
Mais la fin finable
En est misérable.
{Chanson nonvelle du Biernois. —
Kecueil de Pierre de L'EaiuiiE,
1589.)
FI^*AISI.Ki?IE:%T, adv. Fina-
lement, Clllill.
Et finablement arrivasmes en une
basse salle où nous veismes ung grand
dogue
(Rabelais, Pantayruel, liv. V, ch. XVII.)
Fi:\E FOKCF (à), locution
pour : ù force do
Estienne ce plaisant mignon
De la danse du compaignon
Que pour vous il a compassée
M'a ,jà faict maislresse passée
De fine force par mon âme
De me dire : Tournez, madame.
(Cl. Mabot, Epitres; t. I, p. 207.)
FISSEK, V. a. Piquer. Du
latin : Rijcre. En vieux français :
fisson, aiguillon.
Sur toy, race du ciel, ont esté inutilles
Les fissons des aspics, comme dessus
[les Psylles,
(As;r. d'Aubigné, Les Tragiiiues, liv. II,
t. IV, p. 113.)
Dans le Glossaire Toulousnin,
des poésies de Goudoulin, on
trouve : fissn, piquer ; fissaduro,
piqûre; fissou, aiguillon.
FliACBIE, adj. Flasque, mou
— se dit d'une surface ((ui pré-
sente des creux — du verbe latin :
flacceo.
Elle pria Dieu et requist
Que Narcissus au cœur ferasche
Qu'oie ot trové d'amors si flasche
Fust asproiez encore un jor.
(Guill. DE Lonnts, Itoman de la Rose,
vers 1468°.)
En laquelle terre ou sable l'on verra
évidamment la forme touchée, rides,
flasches^ bosses et concavités.
(Bernard Palissv.)
FîiAlilSAKT, s. m. Torche,
tison ardent (voir flamber) —
homme orgueilleux, arrogant.
Le surnom de flamhart avait
été donné à un certain Ranulfe,
homme arrogant :
Undè... flamhardus cognominalus est,
quod vocabulum ei secundum mores
ejus et actus quasi propheticè coUatum
[Ordcric Vital, liv. VIII, p. 678.)
FfiAMRE, S. f. Flamme. De
là le torleau sous flambe, gâteau
cuit au four, sous la llamme des
bourrées.
\'oit les luncires c les vcnz o les giels
E les orcz, les merveillus tempiez
E fous e flambe i est apareiUicz.
{Chanson de Roland, vers 'ioBS".)
FLAN
ra
FLEURER
Renart la maie flambe Tarde !
(Roman du lienarl.)
La flambe croisl si cl celier.
(Guillaume Oiubt, Royaux lignages,
vers 4i"4«,)
Taurus se brusle, oita est tout en
[flambe.
(Cl. Mabot, Métamorphoses d'Ovide.)
L'on voit de nuit un grand nombre
de petits trous au travers de la terre
par lesquels sorteut des flambes de feu.
(Bernar.l l'iiisiï, Discours .\dniirables,
p. lyi.)
Le feu mis es fagotz, la flambe feut si
grande qu'elle couvrisl tout !e chasteau.
(Rabbliu, Pantagruel.)
Le verbe flamber est resté fran-
çais; le dialecte picard a con-
servé : reflamber et enflamher.
Clers fut li jurz e bcls fut li soloilz
N'unt guarnemenl que tut ne reflambeit.
(Chanson de Roland, vers lOOi*.)
FIi.%:!V, S. m. Gàlcau à la
crème. En basse latinité : /lato,
placentœspecies; du latin : ûare,
souffler, d'a})rès du Gange.
Tenentur mittere... horâ prnndii unum
panem magnum, unum galonem boni
vini, honeslum ferculum piscium et
unum magnum flalonem de pinguedine
lactis.
{Ordinarius ecclesiœ Roloinagensis,
cité par du Ct.toB.)
Janmais ne menguera à la P.isque de
[flans.
(Bbaodouin db SÉB18IB, liv. Vn, p. G98.)
FL.VXQl-FIl, V. a. Lancer
un coup.jclcr brusquement quel-
que chose. Ce mot est probable-
ment d'origine Scandinave ; dans
les idiomes du nord, on trouve :
flcn(l;/a, frapper; et en anglais :
to fliiKj, lancer.
Brantôme a employé ce mot
dans un sens qui paraît dérivé
du frxmçais : ilanc.
Entre telles beautés c'estoit la dame
la mieux flanquée et la plus haute qu'il
eut jamais veue.
(Buàmômb, Dames Galantes, t. I.)
Nous dirions dans le même
sens : la dame la mieux fichue.
FliASQUE, s. m. Ustensile
en forme de réchaud mobile qu'on
remplit de charbons ardents et
qui sert à lisser le linge.
Cette invention malsaine tire
peut-être son nom du vieux fran-
çais : flasche, flasque, paresseux
(en latin : flaccidus), car la
lisseuse peut s'en servir en res-
tant assise.
FIiA§Qi:ER,v. a. Lisser en
se servant du flasque. (Voir ce
mot.)
FliKA, Flâ, s. m. Fléau
pour battre le grain. Du latin :
UaijcUum. En Berry : flau. En
vieux français, on a dit llaël.
Le royaume des Assiriens fut le flaêl
que Dieu appareilla pour amortir son
jieuple d'Isr;iL'l : puis brisait son flacl.
(Alain CiiÀRTiBH, Quardiloge inicrtif.)
Q'uil home batron en un for
Le blé as fleax toute jor.
[Bible ùuiol de Provins, ter» 290«.}
Au XVI° siècle, on écrivait
fleiin, mais ce mot ne formait
cju'une syllabe :
Comme s'il fust le fléau de justice
[divine.
(Ji'flii MiiiuT, T. 1 il, cilé par LinRé.)
FI.I<:URFR, V. n. Sentir,
avoir une odeur.
13
FLEURY
FOI?
Il sentirent le nerf qui fléret de novel
Aus deus le despecierenl ausi come un
[navel.
{Un dit d'aventures, XIII" siècle.)
Il flenroit bien plus fort mais non pas
[mieux que roses.
(Maih. RÉuwiEH, Satire A'.)
FliEURY, nom de lieu et
nom d'iiomme. D'après Lorédan
Larchey, une localité de la
Moselle', qui porte actuellement
ce nom, avait en 760 la désigna-
tion latine iloriacum, qui signitie :
le domaine de ïlorus.
Gomme nom d'homme, Fleur v
dérive de ce même nom latin :
ïlorus, ou de l'adjectif: floridus.
FliOIRAC, nom de localité :
domaine fleuri ou domaine de
floire. Ce dernier mot a signilié
Heur et a été un nom d'homme.
FliOT, s. m. Flux, marée
montante.
La neif virent qui vint singlant
Si cum li flos veneit muntant.
(Marie DE France, Loi deGugerner,
vers ;269«, 1. 1, p. G8.)
FliOTTE, s. f. Grande quan-
tité de gens.
Et sunt bien XX mille de gent en une
[ftote.
[Roman d'Alexandre, p. 129.)
Flil'TElJK, FIuteux,s. m.
Joueur de llùte.
Soit que lu soys flusleur
Ou Phœbus ou pasteur
Dessus les bords dWmphryse.
(RoNSÀBD, Ode à l'htebus pour la yué-
risun de Charles IX.)
FliUX, S. m. Espèce de jeu
de cartes.
Si viderilis fratrem nostri ordinis
solum in tabernà, ludenleni taxillis,
charlis, glissi et /luxui.
(Menoti sermo quadraycsimœ, fol. 139.)
Qui ludit ad ludum chartarum, du
glic, du flux, de la triomphe
[Ibid., fol. 204.)
FOIRAlIi, s.
foire; du latin :
publique.
m. Ghamp de
forum, place
FOIBF, s. f. Déjection
liquide, stercus liquidum. On
trouve dans le glossaire d'Isidore
de Séville : foria, stereora liqui-
diora. (Voir du Gange, au mot
foria). Ménage le dérive du grec :
cpopsià.
De foire clère à cul overt
Tout le vilain en a covert.
[Roman du Renart, vers 5829».)
FOIRFUX, Folronx, adj.
Qui a la foire (voir ce mot) —
embrené.
J'ay rencontré deux jacobins
Qui portoient leur cul au pape
Très tout foireux dessoubz leur chappe.
[Sottie du roy des Soti., anc. th. fr.,
t. n, p. 231.)
Il eut esté plus pasle qu'un foireux.
[Comédie des Proverbes, net. I, ac. VI,
anc. th. fr., t. IX, p. 26.)
Les denz avoit petites si com loux
Molt ol le cul souvent ort et foiroux.
[Fabliau d'Audiyier, vers 274» — F«W.
et Cont., l. IV, p. 22».)
FOIS (dcsi, A des fois,
locution adverbiale pour quelque-
fois.
Ainsi que vous sans contreditz
Le mien amy, des foijs bien dix,
Ay demandé en ce quartier.
(Roger DE CoLLERïE, EpUre d'une Avwu-
reusc, p. 23.)
FONCER
175
FORCENE
FOXCER, V. n. Donner do
l'argent, ouvrir sa bourse, en
montrer le fond, synoniino de
l'argot : ahoulev.
Servons marclians pour la pitanre
l'our fructus venins, pour la pance,
On y {jai^çneroil ses dépens.
El de foncer?
(François Viilom, Dial. de ilali'paye et
Baillevent. p. 174.)
Pour cslre aimé, il faut foncer pccunc.
(Roger DB COLLEKYE.)
Il y avoit aussi un pauvre gentil
homme plaidant, auquel on dit que s'il
vouloit avoir la raison et yssue do son
procf'S, il lui ronvenoit foncer et bailler
argent à ce maistre président.
(Noël ni- FiiL, Contes d'Eutrapel, t. I,
p. 61,
S'il est prodigue de ses biens
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce, et qu'il n'espargne rien.
(G. CoQDiLLAHT, DruHs Kouteaiij:, t. I,
p. 88.)
FOXDE, s. f. Fronde, du
verbe fundere , répandre. En
latin : funda; en grec : Stssvoovr^.
Prisl sun bastun al puin et sa funde
e eslit cinc bêles pierres de la rivière...
(Livre dex Rois, ch. XVII, verscl 10 —
irad. du .\1I« iiècle.)
Ou renTorrais sur le genoil les fondes
Puis d'en tirer droicl et loing j'apprcnois
Pour chasser loups et abattre dis noix,
(CI. Mâk.it, Egl. an Hoy, t. I, p. 40.)
FOXT, s. f. Fontaine. La ville
do Saintes tire de ce mot le nom
d'un de st^s (juartiers, celui de la
Grand font.
Kl les conduits des eaucs venant à
la dite font cl abreuvoir.
(Charto ilo 1374, citée pur di' Ctnee.)
Don de Jln';sus très précieux,
Marie, nom très gracieux;
Font de pitié, source de grâce.
(Kr. Viiio:», Le dit de la naissance
de Uane, p. 105.)
ÇOXTEXE.Vr, nom d'hom-
me, diminutif de l'ont, fontaine
En basse latinité : fontana; latin :
fans, fontis; provençal : founla-
niou.
On trouve dans le vieux fran-
çais, et dans le même sens, les
formes fonlaincaulx, fonteneaux,
fontenelle, etc.
Jouxte une clère fontenelle
Pensant à la rose novèle.
(Jenn dk Mei kg, Roman de la Rose,
vers 10797».)
FOJVTEXET, nom do loca-
lité située près do Saint-Joan-
d'Angély. Dérivé du bas latin :
fontana. (Voir plus haut.)
Le nom latin de ce lieu : fonta-
nicum, est mentionné dans la
charte de 1073, de Guillauine
d'Aquitaine, en faveur de Saint-
J e a n - d ' A n gé I y . (Voir G allia
Christiana, t. II, instrumenta.)
FOIVTE^IIi, Fontenillat,
noms d'hommes et de localités.
Dérivés du bas latin, fontana,
comme les mots précédents. En
vieux Irançais, fontenil était une
des formes (jui désignait une
fontaine.
Un jor qu'il veneit de chacier
En choisi une en un gravier
Denz le missel d'un fontenil.
[Chrniiiqne des Ducs de Nurmandie,
t. U, ver» 3l'i2-i«.)
FOKCEIVÉ, ndj. Hors de
sens, insensé. L'ancienne ortho-
graphe, fji'sonr, aurait dû être
cousei-véo. Italien : forscnnato.
Dérivé, daprôs M. Littré, du
latin : foris, hors de, et de l'alle-
mand : sinn, sens.
Aussi corn s'ale fust forsenée
(Tournoiement de l'Antéchrist, édiu
do Hcims, 1851, p. G3.)
FORGES
116
FOUACE
Fortune ainsine le peuple vanche
Des bobans que vous démené/
Cum orguillcus et forsenez.
(Jean db Meixg, Roman de la Ilo.ic,
Ter8 6576".)
FORCES, s. f. Grands ciseaux
pour tailler les haies ou couper
l'herbe.
Puis demanda k'avis li fu
Et qu'el en avoit entendu?
Se li prez fu od fax fauchiez (1)
U s'il fu od forces tranchiez?
(Marie de Francb, Fabl. XCl'", t. II,
p. 381.)
Le serrurier, ung tondeur de grans
forces et ung frepicr furent comp-
demnéz à estre pendus
(Jehan de Troyes, Chroniques du roy
Louis XI, p. 146.)
FORESTIER, nom d'hom-
me, de forestarius, officier chargé
de la surveillance des forêts et
étangs (voir Capit. de Charlenm-
gne, année 813, ch. XVIII), ou de
l'italien : forestière, étranger,
hôte.
FOR7IAGE, Fourmage,
s. m. Fromage.
La! pourc femme de villaige
Suivez mon train sans plus tarder
Plue ne vendrés eufs ne formaige
Alez vostre pennier vuyder.
(Martial d'Auvehonb, la Grant Dance
Macabre des femmes.)
Il y a aussi des montaignes fertiles
en fourmages de vache
(Olivier de Serres, Théitre d'Agricul-
ture, p. 280.)
Au soir en s'entrevisitant
Sur le fourmage
Les fhaslaignes et les marrons
Deuvoient du bjn.
(01. Basselin, Vaux de Vire, p. 49.)
FORMAIVCE, s. f. Embryon
des grappes de la vigne. Le vieux
français, forment, désignait le
grain; du latin : frumentum.
Et demandèrent
Sa fille por le païsant
Qui tant avoit or et argent
Plenlé forment et plenlé dras (1).
{Fabliau du Vilain Mire, vers 24»,
Recueil de Barbazan, t. III, p. 2.)
FORTUITE, adj. Riche, abon-
damment pourvu.
Je hez mes jours et ma vie dolente
Et si maudis l'eure que je fus nez
Et à la mort humblement me présente
Pour les tourmens dont je suy fortunez.
(Eustache DEscniMPB,cité par Roquepori,
Glossaire de la Langue romane.)
FOU, s. m. Hêtre. (Voir fou-
teau.)
Que le fou porte la faine
Le châtaigner la châtaine.
(Vauquelin, Foresterie XII, p. 34.)
FOUACE, s. f. Gâteau rond
et épais. En basse latinité : foca-
ciiis, qu'Isidore de Séville définit
ainsi au chapitre XX, de ses
Etymologics : Ciiiere coclus et
rêver satiis est et focacius. Pline
distingue le panis focacius, pain
cuit dans l'àtre, du panis furna-
ceus, pain cuit au four. (Histoire
Naturelle, liv. XVIII, ch. II.)
On quel temps, les fouaciers de Lerné
passoient le grant quarroy, menant dix
ou douze charges de fouaces a la ville.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.)
A la pauvrette il ne fit nulle grâce
Du talion rendant à son époux
Fèves pour pois et pain blanc pour
[fouace,
(Lacontainb, Contes et ISouvellcs.)
(t) Si le pré fut avec la faux fauché ou s'il fut
avec \es forces coupé'.'
(1) Piew/e, grande quantité ; du latin : plenus.
FOUACIER
177
FOUILLOUSE
FOrACIFR, Fouassier,
s. m. Fabricant de fouaces (voir
ce mot). Nom d'homme.
FOIjCAID, Foucaiild,
noms d'hommes, dérivés du l'an-
cien germanique : fulcald (ancien
du peuple), devenu en latin :
fulcadus, ou peut-être des vieux
mots français : fouc, foucq, foule,
troupeau, réunion d'animaux et
d'hommes.
Preslres, soies fors, fiers el fers
Que li leu par un toi ne saille
El fouc (1)
(Roman de Charité, str. 66«.)
Au XUl° siècle, ce nom était
devenu Fouques. Un des romans
de la Table Ronde nous indique
la forme faucon, qui correspond
à l'accusatif iulcaldum, comme
fouques au nominatif fulcaldus.
Mainte grant envahie
Fist Gérart el Foucon el ceaus de lor
[partie,
(Li Romaiifi de Berte aits gratis pies,
vers '2î)«.)
Les formes latines : fulcaldus,
fulcaudus et même folcaudus, se
trouvent dans les vieilles chartes
de notre pays. Le vingt-({uatrièmc
ëvêque d'Angoulême portait le
nom do Foucaud ou Foucauld.
Quo tempore (941) Guibaudus cpis-
copus Engolismensis decedens succes-
sorera habuil Focaudum
(Gallia ChrisUana, t, II, col. 986.)
Anne 951... Domnus.Fu/caWus, epis-
copus, migravil a sœculo
(Ibid., col. 987.)
FOVCHF, Fouclicr, Fou-
chlé, noms d'hoinines, dérivés
(1) Prêtre soyez fort, corabatiant ol rnura-
geai pour que'ie loup ne saute pas du toil sur
le troupeau.
du germaniiiue : Folckier, Fol-
cber (auguste du peuple), qui se
trouve dès le IX° siècle, d'après
Lorédan Larchey, ou du latin :
fulco, faucon.
L'origine germanique est la
plus probable, d'après la forme
latine : fulcberius. Au XI" siècle,
un abbé de Tonnay-Charcnte
portait ce nom :
Fulcherius Talniacensibus datus
csl abbas, anno 1090.
(GaUia Christiana, t. II, col. 1117,)
FOUHRF, s. m. Grand vais-
seau de bois, en forme de cuve
ou de tonneau pouvant contenir
beaucoup de liquide.
De l'allemand : fiider, tonneau,
qui ôe prononce foudre.
FOUGFB, V. a. Fouiller,
fouir, creuser. En latin : fodicare,
dérivé de fodere; en bas breton :
furgbein.
Semblent es coquins de village qui
fougent et ccharboltenl la merde des
petits enfajits en la saison des cerises
el guignes, pour trouver les noyaulx.
(Rabel.is, Pantagruel, liv. II, ch. XXIV.)
FOUIER, Fouycr, s. m.
Foyer.
Piaus de chat privez que l'en apele
chat de feu ou dcfouïer.
{Livre des Mitiers d'Eslienno Boilbau.
p. 3-26.) '
Aussi la cendre au foiiyer s'amoncc-
lant
(Antoine MiziuLD, Agronomie des Rus-
tiques.)
FOUIIiliOrSE, s f. Poche,
escarcelle. Ce mot a été conservé
dans l'argot des voleurs.
FOUILLOUX
178
FOURMI
Qu'aviant bain des métaux
Des pèces dans lou fouillouse.
{Vieux fioèl poitevin.)
Il arrapoit l'un par les jambes, Taullre
far les espaules, l'aullrc par la bczace,
aultre par la fouillouzf.
(R1BEL113, Gargantua, liv.I, ch. XXXA'III.)
FOllIIiliOUX, nom de loca-
lité, près Montguyon ; synonime
de feuillu, boisé, ou dérivé du
vieux français : fouille, pioche.
FOUI^V, s. m. Putois, fouine.
La forme primitive a été faine,
qui désigne aussi le fruit du hélre,
faginuSy diminutif de fagus.
Piaus de faine, piaus de chai sau-
vage...
(Livre des Métiers d'Est. Boileai:, p. 326.)
. FOUIR, V. a. Fuir, s'enfuir.
Ne jà reproche n'en aura Aymeris,
Guibor la bêle, Guillaume H marehis
Que por païen m'en soie un jour fouiz.
Ou ci morrai ou deraorrai vis (1).
[Li Covenans Vivien, chaninn de geste
du XU" eiècle, vers -llj'.)
Et se li aprentiz qui s'en seroit fouiz
ne revenoit dedenz l'an et Is jor
{Livre des Métiers d'Est Boileai-, p. 67.)
FOl'IiOIRE, Foulonère,
s. f. Instrument à écraser le rai-
sin — grand bassin où le raisin
est écrasé par Ijs vendangeurs.
Sur chaque usiencil cstoient escrits
les noms de chnjunc chose en langue
du pays. La vi« du pressoir s'appcloit
recette, les foiLlouers acquits.
(Rabelais, Vantagruel.)
(1) Ni jam?is ne me feront reproche Aymcri,
ni Guibort 1: belle ni Guillaume le marquis que
pour des p.-yens je me sois un jour enfui, ("est
ici que je. 'esterai mort ou vif.
FOUPI, adj. Froissé, fripé;
usité dans une partie de la Sain-
tonge, d'après M. Burgaud des
Marets.
Les fouacicrs proposèrent leur
complainte, niontrans leurs paniers
rompus, leurs bonnelz foupis
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.)
FOUKÂCHE, adj . Farouche,
sauvage : in osia fourâche, un
oiseau qu'on ne peut apprivoiser.
Gomme le précédent, ce mot est
usité dans le Berry. En vieux
français, on disait : ferasche ,
dérivé du latin : fcrox.
Elle pria Diex et requist
Que Narcissus au cuer ferasche
Qu'ele ol trouvé d'amors si llasche
Fust asproiez encor un jor.
(G. DE LoRiiis, Romande la Rose,
vers 1 168°.)
FOlJRA§, nom de localité,
désignée au moyen âge par le mot
latin : follorasum.
Urbanus H... eodem anno (109G) con-
firmât donum ecclcsiœ S. Gaudentii de
folloraso, fouras, quod seculares homi-
nes usualiler lurpi nominc vocant, sita
juxta marc prope castillum quod vul-
gari nominc nuncupatur currasium...
{Gallia Christiana, t. U, col. 1065.)
Le mot follorasum paraît la
forme latine du vieux français :
folcrez, moulin à foulon. Quant
au nonien turpc, que les farceurs
du bon vieux temps ont appliqué
à fouras, il parait inutile d'en
donner l'explication, même en
latin.
FOUR]?II, s. m. Fourmi. En
sainlongeais, ce mot est masculin,
comme dans le vieux français :
FOURNEE
179
FOUTIMASSER
Or gentils fourmys je vous prie
Si un jour Belleau lient sa niic...
(RoxsiiRD, Poésies.)
FOl'RlîÉE, la locution usitée
dans notre pays : prendre un pain
sur la fournée, est ancienne;
nous la trouvons dans l'ouvrage
du poitevin Guillaume Bouchet :
prendre un paiu ou deux sur la
fournée (Serées, t. I, p. 195).
Cette locution est ainsi définie
dans le dictionnaire de Oudin :
fornicar antes de ser casados
(Tesoro de las dos Lenguas esp.
y franc.)
FOURIVER, Fourncyer,
V. n. Faire la fournée; fabricjuer
et cuire le pain dans la fournière.
En basse latinité : furnare (voir
du Gange) , du latin : furnus,
four.
Après, Jacquinot, il vous faut
Boulenger, fournier et buer.
[Farcf (lu Cuvicr, anc. ih. fr., t. I,
p. 37.)
Nus ne puet cstre rc.cratiers de pain
à Paris, c'est à sçavoir vendères de
pain que autres fourniècc et quise, se
il ne achate le mestier du Roy.
[Livre des Métiers d'Est. Boileau, p. 38.)
El quelques aultres de semblable
farine, à la lecture desquelz il devint
aussi saigc qu'oncques puis ne four-
néasmes nous.
(Ràreliis, Gargantua, liv. I, ch. .\IV.)
Le fournier esl celui (pii fait la
fournée; ce dernier mot n'est
d'ailleurs pas autre chosi; (jue le
participe passé du verbe fourner.
El n'e&l à sçavoir que li forniers doit
associer lojaument les fournées.
(Telle ilu XIII" nirclo, cilé p«r du Cancb,
au mni associare.)
FOLnXIER, Fouruière,
Fournil, bâtiment oi!i se fabri-
que-et se cuit le pain déménage.
De son lit saut lot effreez
Ses chiens apcle et sa mesnie
De fuerre prent une bracie
Et si l'a el fournier jeté.
{Roman du Renarl, vers 292i».)
FOURRIER, nom d'homme.
Latin : furnarius, boulanger.
FOUSSE, s. f. Fosse.
Ils pensoyent qu'on les eust mis en
quelque basse fousse des prisons.
(Rabeiais, Gargantua, liv. I.)
POUSSÉ, s. m. Fossé.
Les Romains, ainsi qu'ils honoroient
de couronnes ceulx qui faisoicnl les
grans vaillances d'armes, si comme cil
qui passoit premier le faussé.
(■Kit. DE La Salle, Saint-Jehan de Saintré,
ch. n, p. 4.)
Moins d'ung saut, passoitun faussé...
(Rabelais, Gargantua, liv. I.)
FOUTE.IU, s. m. Hêtre.
La furie d^s vipères expire par l'attou-
chement d'ui. rameau de fauteau.
{Rknems, Pantagruel, liv. IV, ch. LXII.)
Un pastoureui qui Robin s'appeloit
Tout a par scy, n'aguères s'en alloit
Parmy foustetux, arbres qui font
[ombrage.
(r.l. Marot, Eilogue au Roy, t. I, p. 39.)
Or puisqu'il faut chanter, allon sous
[le feuillage
De ce large /bitteoitqui rend si doux
[ombrage.
(Rpmy Beileac, D^gerie, i" iournce,
i. I.p.b.) \
FOUTi:HASSER,v. n. S'a-
muser à des niaiseries. Le vieux
français avait foutiniassô^ie.
FRAGNAUD
180
FREMIS
Après beaucoup de telles foutimosse-
rics capilulaires, il fut résolu
(Boroalde de Verviub, Moyen de parvenir.)
FRAGXAITD , Frat$;ne ,
Fresne, Durrcsnc, Dufrcs-
naj, noms d'homm'es dérivés des
mots frùgne, fresne, frêne,
arbre, et fvâgnée, fresnaie, lieu
planté de frênes.
FRAG]\^F, s. m. Frêne, du
latin fraxinus. En vieux français :
frai.
FRÂGIVÉE, s. f. Lieu planté
de frênes.
lier pcr quod itur ad malam vilam et
ad quadrevium de la fraignée et asque
adparochiam S.Georgil des cousteaux...
(Charta Guillelmi VII, ducia Aqiiitnniœ,
anno 1139, Archive» de Poitiers.)
FRAIRIF, s. f. Fête patro-
nale d'un village qu'on appelle
dans d'autres contrées : fêle locale,
assemblée, pardon.
Ce mot est peut-être simple-
ment une corruption du vieux
français foirie, foire, ou jour
férié.
Li rois deffcnt que l'on no juge à jor
de foirie.
(Li Livres de Jostice et de Plet. p. 97, § 6.)
M. Littré fait dériver ce mot du
bas latin frnlria, société, corpo-
ration, qui vient du grec cfpa-upta,
tribu.
Ha! dit le renirt, il n'est rien qu'on
ne face par corepères et par commères ;
nous sommes «.ous de la frairie Saint-
Faulssait.
(Telle du xr* siècle, cité par M. Littré au mot
fausset, fupplémcntau dictionnaire.)
Dans ce texte, il a tout simple-
ment le sens de confrérie comme
dans la chronique de Dclurbe. En
parlant des Montuzets, cet écrivain
dit tantôt confrairie, tantôt frai-
rie. (V.BaureinlII, 100.) Richelet
écrit ce mot : frérie, et il le défi-
nit : régal et bonne chère qu'on
fait entre amis. {Dictionnaire fran-
çais, édition de 1680.) Lafontaino
paraît lui avoir donné le même
sens:
Un loup donc étant de frairie.
(LiFONiAiNB, liv, III, Fable IX.)
FRAMC-JFU, s. m. Terme
dujeudebilles. Synonimedepa/r,
par opposition à candale (voir ce
mot), qui signifie impair.
FRATER, s. m, Barbier, au-
trefois chirurgien. Du latin frater,
frère, appliqué aux moines qui
étaient souvent, autrefois, chirur-
giens et médecins.
Ainsi ce pauvre frater commença à
brusler par telle concupiscence...
(Marpuerite de Navarre, Heptaméron,
Nouvelle 23«.)
FRAUlTIAIIiHOU, nom de
localité près d'Hiers-Brouage .
Des vieux mots français fraus,
fraii, lande, friche, et Mail, Marne
(en latin maria), ou maille, clos.
FREMERjV. a. Fermer.
Renard qui savoit tous les estres
Regarde par unes fenestres
Si elles cstoienl fremées.
{Roman du Renart. vers 4342».)
FREIflIS, s. m. Fourmi ; dans
le centre de la France, on dit
fromi. Les deux formes se trou-
vent dans les vieux textes fran-
çais :
FREQUENTER
18i
FRINGUER
Les fromis sentant la pluie avenir
portent leur bief en leurs tavernes.
{Songe du Vergier.)
Car je sai tout de reposlaille
Que plustôt en un tas de paille
Si m'aist Diex et sains Rémi
Trouveroil un œf de frémi.
(Jean de Mecng, Roman de la Rose,
verB 156i4«.)
Il me disoit qu'il n'a dormy
Depuis quatre ou cinq jours en ça
Et qu'il n'a si gros qu'un fremy
Le cuer ne les boyaulx
(André db Là Vigme, la Farce de ilunyer.)
FRÉQl'EA'TER, v. a. Aller
habituellement dans une maison,
faire la cour à une jeune lille.
Sans doute, et je le vois qui fréquente
[chez nous.
(MouÉRB, les Femmes savantes, act. II, se. I.)
FRÉROT, s. m. Petit frère.
Un jour ce gentil frérot...
(BonaT. DES Périers, Conles et joyeux
devis.)
FRESAIE, s. f. Effraie, oi-
seau nocturne dont le cri est, dit-
on, de mauvais augure. En gas-
con : hrcsaga. Dans le dialecte
poitevin, cet oiseau s'appelle jore-
saie, qui, d'après Ménage, con-
duit au latin prœsaga, avis. Le
celtique avait, pour désigner cet
oiseau, le mot irao.
Or dirons du nyclicorace
Un oiseau de mauvaise trace
Frasae a nom en drct roman.
(GciLLÂiiiE, Bestiaire du XUh siècle.)
Le hideux cri de la fresaic cITraje
Celui qui l'ouït; elle vole denuict
Et à leller les chèvres prend dcdaicl.
T'esbahis tu s'cllc se nomme Effraye?
{Oiseaux de Delon, p. 28.)
En Saintonge, on donne le nom
de ircsaic au neuf de i)ique, (jui
a la réputation de porter malheur
aux joueurs.
On doit remarquer que le mau-
vais renom de la fresaie s'étend
en général à tous les oiseaux de
nuit dont la forme et le cri sont
ordinairement peu agréables. Le
chat-huant était aussi autrefois
considéré comme un porte-
malheur.
Mes moult i brait et se lamente
Li chahuan a sa grant hure
Prophètes de maie aventure
Hideus messager de dolor.
(Jean de Mei'wg, Roman de la RosCy
vers 6711".)
FRET, s. m. Froid.
E dist qu'el ne seit ù aler;
Yvers esteit; par la freidur
Murreil de freit à grant dolur.
(Marie de Frikcb, Fable Vlll, t. II, p. 86.)
FRETTE, s. f. Jeune pouce
de bois taillis.
La terie de Boièrc doit tous les ans
de service deux arcs, deux frètes ferrées.
(Telle du XIV* siècle, cité par du CincB au
laotfrecta.)
FRieA§SER, V. a. Dépenser,
dilapider uae fortune.
Qu'il s'en l«rche le nez : sa part
Est fricassée
(Jacques Crévis, les Esbahis, anc. tli.
fr., t. ^, p. 3-23.)
FRIXGUEH, V. n. Sauter,
danser, se tortiller. En celtique :
fn'nt/a.
Or ça ma dame la Rôçenle
•Jui avez nom de si bVn dire,
De danser, frinrjuer, eS'xe gente
Sur toutes qu'on sauro^ eslire.
(Martini n'AivEnr.nB, Vl grant Dance
macabre des /VwwvvJ
El quand les dix compaigncOî qui frinr
FRIT
182
FRONTEAU
ffoient et chanloient aperçeurent le Roy,
ors tous vers lui accoururent.
(Anl. DE La Salle, Jehan de Saintré.
cli.LXVII, p, 289.)
Ils dansent et fringuent comme il
faut.
(Eiemple cité par RicAelet, Dicl, franc.,
éJil. de 1680.)
FRIT, adj. Perdu, ruiné.
Muchez vous tost en quelque lieu
S'il vous trouve vous êtes frit.
{Farce de frère Guillebcrt, anc. th. fr.,
t. I, p. 31b.)
Les mémoires du XVIIP siècle
nous ont conservé cette phrase
prononcée par M""" du Barry, qui,
au grand scandale des dames de
la cour, se serait écriée après un
coup de cartes malheureux : je
suis frite.
FROGER, Frogler, noms
d'hommes. Du vieux germanique
frodger (prudent-javelot); d'après
Lorédan Larchey.
FRO:fIE.\TÉE, s. f. Gâteau
de farine de froment — bouillie;
en basse latinité : fromenleia.
... Frumentum decoquitur tum in olla
coquinœ conventus supradicti et fit de
eo cibus qui dicilur fro'nfienteia.
(Transaction de 1351, cité par du Cange.)
Ayant esté seigneurs ou dames
Souef et lendreirenl nourriz
De ores me, fromentée ou riz.
(François Villon, Grand Testament, p. 90,)
FRO]?IE5TI]V, s. m. nom
donné au bœuf de couleur jaune
comme le f-oment.
Il parle à ^es bœufs : Garcau, fromcn-
tin, brichC, chatan...
(pjnav. DES PÉRIER8, Contes et joyeux
deria, nouvelle "233'.)
FROIVCER, V. n. Se rider le
front — marquer sa colère par
un froncement de sourcils.
En vieux français : fronce,
ride; fronci, ridé.
Ccle serve ot en France la terre si
[honnie
Par le conseil sa' mère, Torde vielle
[fronde.
(Li Romans de Berte aus grans pies,
vers 1473".)
Isengrins en sent la fumée
•Ju'il n'avoit mie acostumée
Adonc comença à fronchier
Et ses guernons (1) à déléchier.
{Roman du Renart-, vers 943».)
Moult estoit jà ses vis (2) flétris
Qui jadis fut soef et plains
Mais or est tous de fronces plains.
(Guill. DR LoRRis, Roman de la Rose,
vers 352».)
FROIVCIiE, s. m. Furoncle.
L'un avoit la picote, l'aullre le tac...
l'aultre gros frondes.
(Rabelais, Pantagruel., liv. IV, ch. LU.)
FROUTEAU, s. m. Coiffure
ceignant le front — bourrelet
d'enfant; du latin : frons.
Dames, pleurez vos gorgeretles
Il n'est plus temps de vous farder
Vos tourectez, froncteaux, banectes
Ne vous peuvent de présent ayder.
(.Martial d'Auvehcne, la granl Danse
macabre des femmes.)
Manteaux, anneaux, pcleteries
Menu ver, gris, chapel d'or gay
Fronteaulx, couronne
(Eustache Deschamps, Poésies.)
On trouve dans Palsgrave :
fyllet for a maydens heed : fron-
Icau. (Ecliurcissenwnt de la Lan-
gue française, p. 220, col. 1.)
(1) Guernon. moustache.
(t) Vis, visage.
FROUMENT
183
futp:
FROUilIEXT, S. m. Fro-
ment.
Des plaines de terres labourables à
porter froument.
(Fr. Amïot, Daphnis et Chloc.)
FUIE, S. f. Petit colombier.
Messieurs, soyez les très bien venus ;
çà, que l'on se dépesche; garçon, au
vin, au poulailler, au crochet, à la fuye...
(Béroalde de VEnvii.iE, Moyen de par-
venir, t. II, p. 159.)
Comme un pourceau grongne après
[une truye
Et comme on voit un pigeon à la fuye
Se retirer, et un bœuf à la grange,
Ainsi se tourne autour de la vendange.
(Mellin de Saint-Gelais, Rondeau, p. 81.)
Les moineaux ont leurs nids, leurs
[nids les hyrondelles,
On dresse quelque fuye aux simples
[colombelles.
(Agr. d'Aubignr, les Tragiques, liv. I,
t. lY, p. 68.)
FUI?IEl.IiF, S. f. Femelle,
femme, épouse.
Por tant qu'il voloient dire et main-
tenir, encores voelent, que li royaumes
de France est bien si nobles que il ne
doit mies aler ne descendre à fumelle
ne par conséquence à fil de fumelle.
(FiioissATiiT, Chroniques, édit. ReiiouarJ,
liv. I, § 3.)
Je le dys la première foys
Que vous appointactes à clic —
Que fisl-elle, la bonne /'it»it'//c:'
(Farce des Femmes, anc. th. fr., 1. 1,
p. 121.)
S'il vient qu'el soit belle fumelle
Le povre mary s'esvertue
De labourer tant qu'il s'en tue.
(Roger DE Colleute, Sermon pour une
Kopee, p. Ilu.)
Fli.Tll'iKOliliE, s. 1". Cour-
lillùre ou taupe yrilion
Fl'MtRE, s. f. Engrais d'un
champ par le l'umier — engrais
anim'al.
Plantez le cep et fumez de bonne
fumeur e.
(ilénaffier français, liv. II, ch. II —
XIVo siècle.)
FUKOX, S. m. Furet.
Molt seroit malvais au civé
Li connins (1) que li furons chace.
{Fabliau du Prestre et de la Dame,
vers 136°, Recueil de Barbaian,
t. IV, p. 187.)
Fl'T, s. m. Futaille, barrique
pour le vin. Du bas latin : fusta,
bois.
A tels chanteurs rcspondez courte messe
Du fust qu'ils font rendez leur le
[merein (2).
(Eustache Deschamps, Poésies.)
Au moyen âge, fust était syno-
nime de bois :
Feseurs de manches à coustiaux d'os
et de fust et d'y voire...
{Livre des Métiers d'Est. Boileai-, p. 49.)
El tant liray que j'amène
Le fusl à moy tout empené.
(GuiU.DE Loitms,/{om«« de la Rose,
vers lr21».)
Ce mot était encore usité au
XV1I° siècle :
Je crois que c'tAail dans le transport
de la reconnaissance de ce bon vin qui
sent le fût.
(M"» DE SÉT»;sÉ, Lctlrc 28Î'.)
\
FFTÉ, adj. Se )\it du vin qui
a i)ris le goût du lïif, c'est-à-dire
goût de bois. On a dH autrefois,
(1) Cniinin, cnnnil , i.ipin.
(i) Merein, bois mcrrain <iui sert à faire les
barriques.
GABARE
184
GACHERE
dans le même sens, affûté et
enfuté.
Et aussi comme ung homme qui boit
du vin affusté... pour cause du fust en
quoy il est...
(Quinte Joijes do Mariage, ch. XIV,
p. 118.)
Aucune genz i a qui me demandent
dont les vers viennent, je vos fais à
savoir qu'il viennent de diverses viandes
reschauffées et de ces vins enfutiez
(1U;ieu(Bi;f, li dit de VErbcrie, t. I, p. 256.)
FIT, S. m. Foi — employé sur-
tout dans l'exclamation ma fy!
Une de ses gouvernantes m'a dit,
jurant sa fy, que ce faire il esloil tant
coustumier
(RiBBLAis, Gargantua, lir. I, ch. VH.)
Gr
OABARi:, s. f. Grand bateau
sans quille, de la Charente. Dans
la Coutume Bordelaise, act. 116,
nous trouvons ces définitions :
Gabare est navicula amaica ;
gabarier navicularius.
Mises et despenscs pour prendre et
assembler plusieurs nefs, galarres et
autres choses nécessaires aus pons et
aus passages sur la rivière de Garonne...
(Thésaurus guerrârum, anno 1338.)
Il se met dans la gabarre seul avec
une charrette et huit ou dix hommes qui
passoient...
(Agr. d'Acbioné, Histoire Universelle,
liv. II, p. 451.)
GABARIER. s. m. Conduc-
teur de gabares.
Vint à Rordeaulx auquel lieu ne trouva
grand exercice «non des gabarriers
jouant aux luettes sur la grave.
[RhBEikin, Pantagruel, Ht. II, ch. V.)
OABE^IE; S. f. Tromperie,
piège, ra'llerie. Du vieux verbe
français • gaher, se moquer.
Petit!^ enfanz cissircnl hors de la
cited, si 1' gabèrent, si li distrenl : or
en vicn, dan calf, or en vien (1).
(Livre des Rois, liv. II, ch. II, verset 23,
p. 351.)
Et se gobent ainsinc des dames
Et lor promettent cors et âmes.
(Jean de Mecko, Roman de la Rose,
vers 5010».)
GABEIiOU, S. m. Employé
des douanes ou de la régie, ainsi
nommé du mot gabelle (2), qui
désignait autrefois l'impôt sur le
sel.
Tu as menti, méchant bourreau, gabe-
loux que tu es.
(Noël DU Fia, Contes d'Eutrapel.)
«ABORIAU, Gabory,
noms d'hommes, dérivés du vieux
français : gabcor, gabeour, rail-
leur, farceur.
GACHÈRE (lia), nom de
(1) Pueriparvi egressi suntdecivitate et illu-
debanl ci uiccntes : asccnde, calva.
(2) Gabelle dérive des mots hébreux gab, pièce
de monnaie, ou gabe, publicain, et peut-être
plus simplement est-ce une corruption de
garbellr, diminutif du vieux français : garbe,
gerbe de blé.
GADESCAU
183
GAGNIER
localité ; du vieux mot gaskière,
terre en friche, qui est devenu
Jachère.
Pour miex fructefler plus tard
De si au tierc an ou au quart
Laist-on bien sa terre à gaskière.
{Li congié Adaii d'Arras.Fabl. et Contes.,
1. 1, p. 108.)
GADESCAi;, nom d'un banc
de sables mouvants, situé dans le
pertuis de Maumusson; ce mol a
le sens de : giiô profond^ gadum
excavatuni.
GADOUE, s. f. Prostituée,
entremetteuse. En basse latinité,
gadalis a eu la môme significa-
tion :
Simililer de gadalibtis et meretricibus
volumus ut apud quemque inventœ
fuerint ab ois porlantur usque ad mer-
calum ubi flagellandx' sunt.
[Capitulare de niiiiisterialibus palatibus,
cditum a Baluzro, cap. 3.)
En bas breton, gadal est syno-
nime d'entremetteuse.
Nous trouvons les définitions
suivantes dans le Glossaire Cam-
bro-breton, de Davies :
Gadales, meretrix.
Gadalus, libidinosus.
Gadaledo, luxuria, hoc est las-
civia.
La véritable origine de ce mot,
appliqué aux femmes de mauvaise
vie de la plus basse condition,
parait être le wallon : gndau, jus
de fumier, et le vieux français :
gadoue, matière fécale, (}ui avait
encore ce sens au XVI II" siècle :
Richelet définit gadour, ordures
et excréments qu'on tire des
lieux. Gadoiiai-d, vidangeur. (Dic-
tionnairo français, édit. de 1080).
Mercier l'a employé dans le même
sens :
A peine a-t-il mis le pied hors des
barrières qu'il trouve les exhalaisons
infectés qui sortent des gadoues et
autres immondices.
(MEnciEB, Tableau de Paris. l'.\ir Ticié.)
GAGER, V. a. Parier, faire
un pari en déposant un gage —
prendre un domestique à gage.
(Voir louer.)
Li chiens dist qu'il a plus d'ahan
Kt plus de paine qu'il n'a
Et s'il veut il li gagera.
[Fabliau de l'Asne et du Chien, cité par
RoyiEFOHi, au mot ahan.)
Ce que voyant, le bon Janot, mon père
Voulut gaiger à Jaquet, son compère,
Contre un veau gras deux aignelets
[bessons.
(Cl. Marot, Eglogue au Roy, t. I, p. 40.)
A
GAGIVIER, nom d'homme.
En vieux français gaaigneor, gaa-
gncrres, a signiiié laboureur ;
gaaiçjner, labourer; gaignage ,
terre labourée. Ce nom peut éga-
lement dériver du vieux français
gaaignier, fabricant de gaines et
de fourreaux, au moyen <àge. (Voir
le chap. LXV des gaaignicrs de
fouriaux au Registre des Métiers
d'Est. Boileau, p. 160.) En Sain-
tonge, le sens de laboureiu" parait
devoir être préféré.
Le premier câs est quant famé baille
à moitié à gaagniere les terres qu'ella
lient en domaine.
(Bbacuà.noih, Coustume de Beauvoisis.)
Pur le dcvé, po(a' l'entrcdil
Uue je VO.S ai co\)t6 e dit
Ont en sa arée d^erpiz.
Uns gaaignercs ses ulilz.
{Chruniijiie des hues de Normandie.
vor« ilOti*.)
.\ dol, à gloire c à d\|lor
lù't tote la terre livrée
K si dcslruite e si gaslôe
C,tuc ni avcil mais que ««anger
Car nuls ni osout gaaigiï;r.
[Ibid, ver» iJOCV».)
GAGNON
186
GALOPIN
Au contraire la forest dt^ Chisay est
un pays de plnine. environné de tous
bons ij ai g nages comme bleds et légumes.
(De FociLLoux, Vénerie, ch. XIX.)
fïAGXOX, Gaijçiion, noms
d'hommes et de localités. En
vieux français : chien de basse-
cour, mutin,
Quant li gaignons veut rongler l'os
S'uns aulVes'ciiiens li veut reprendre
Sans R ne li i)eul défendre.
{Rois de Cambraij, Sene fiance de l'A B C.)
Il a caiens de tiex gaingnons.
S'il te .sentent, il l'assaudront
El moult tost retenu l'auront.
{linman de la Rose, vers '2730'.)
Le 38' doyen du chapitre de
Saintes portaitlenom de Gaignon.
Joachimus HI Gaignon, doctor théo-
logicus nominatur decanus diè 9 sep-
tembris 1049...
(Gallia Christiana, t. H, col. 1093.)
CîACii;i, s. f. Diminutif de
Marguerite, et nom dérisoire donné
à une femme grasse. En vieux
français : gagui, gros, gras.
Grosse gngniOy grosse dondon.
(Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
OAIIiliAR», adj. Vivace
en parlant des plantes, comme il
signifie en français, et sans doute
par extension : déluré, bien por-
tant en parlant aes hommes.
Les herbes sau'^ages, espines et char-
dons, y croiss'Ut aulanl gaillardes
qu'en nulz autres pays.
[BernuTiïPjLiiis:, Discours Admirables, p. ^Qi.)
GAIiAi^'TISE? s. f. Galante-
rie.
En un de ces moulins un sold.it, seul
enferm'i composa à la Nie pour lui et
toute sa trouppo, et fut sauvé par sa
galantise.
(Ag. d'Ai-bicné, y//,v/. Univ., liv.n,ch. XXXVI.)
GAIiKRXE, s. f. Nord-ouest.
— vent de nord-ouest. Dérivé du
celtique gai, souftle de vent. En
breton : .gwalarn, en gallois :
govlewin, ont la même signiiica-
tion que le saintongeais galerne.
En anglais, gale signifie vent.
Si galerne ist de mer, bise ne altre vent
Ki l'ère al paleis devers occident
Il le font turncr e menut e suvent.
( Voyage de Charlemagnc à Jérusalem, vers 354».)
Aux vents de bise et galerne inhumaine
Mes gaiges sont en yver assignez.
(Ko^er DE CoLLEHYE, Rondeau LV, p. 212.)
Le vent de galerne, dist Panurge,
avoit doncques lanterné leur mère.
(Rabei,ai3, Pantagruel, liv. IX, ch. IX.)
CîAIiOClIES, s. f. Sabots.
Du latin gallicœ, souliers bas à
semelles épaisses dont se servaient
les gaulois. (D'après Baïf et Pas-
quier, Recherches, liv. VIII.)
Cum gallicis et lacernâ cucurristi.
(CicÉRON, 2"" Pliilippique.)
Un gentilhommegascon... fut repoussé
par ung des gardes, en sorte qu'il fust
contraint de laisser ses galoches à la
porte.
(P. DE l'Esioile, Mémoires-journaux, t. VII,
p. 280.)
Quant un jeune frisé, relevé de moustache
De galoche, de botte
(Math. REG.NiEn, Sa/. VIII.)
CiAIiOCIIER, Calochler,
s, m. Fabricant de galoches.
Anciis Marlius esloit gallofretier ,
Camillus guallochier.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXX.)
GAIiOPIIV, s. m. Mauvais
GANIF
187
GARCE
petit garçon. Ce mot est d'origine
germanique, en gothicpie : hlaii-
pan, en ancien allemand : galihm-
fan, en allemand : laufcn, signi-
fient courir, galoper.
En la taverne hastivemenl en vint
Ilec trouva menue! galopin
Lez le tonnel, en sa niein trois dez tint.
{[{oman de Garin le Loherain.)
GAIVIF, s. m. Canif. C'est
l'ancienne orthographe encore usi-
tée dans plusieurs patois, notam-
ment dans celui du Bourbonnais.
Il faut écrire et prononcer ganif et
non canif.
(Mé:<4GB, Observations sur la Langue
française, cb. 231.)
En vieux français nous trouvons :
ganive, petit couteau ; ganiveter,
couper, déchirer , ganivetiei\ cou-
telier. (Roquefort, Glossaire de
la Langue romane.)
GAXIPOTK.
f. Sorcier
qui se change la nuit en chien
blanc, et court les camjjagnes.
Entre St-Palais et St-Augustin,
près Hoyan, se trouve le village
des Ganipotes.
OAXIVET, nom d'homme
dérivé du vieu.\ mot ganivelicr,
coutelier.
GA\T.*«, s. m. Ce pluriel se
disait autrefois pour honnemain,
poiirhoire, et s'emploie encore
dans le sens de cadeau donné en
certaines occasions. Cette locution
vient d'Esjjagne, où on donne
para Quanlcs connue nous pour
Loire.
Furetière déhnit ganl.'i : prc;-
sent qu'on donne aux messagers
qui apportent une bonne nouvelle.
{Dictionnaire français.)
Laurière dit qu'il désigne une
redevance donnée en argent aux
sergents. {Dictionnaire du droit
français.)
Viens-ge, disl-elle, à point as gans
Se ge vous di bones novelles
Toutes fresches, toutes novelles —
— .\s gans, dame, ains vous di sans
[lobe
Que vous aurès manlel et robe.
(Jean de Mel^g, Roman de la Rose, vers 16G10'.)
Passavant, dist le roy, je vous doibz
vos gants...
[Roman de Perceforest.)
GARAl'D, f-arraiid, noms
d'hommes. En vieux français,
gare, garel, désignent un objet de
diverses couleurs {virgatus) ;
gareau, gareî, ont également la
signilicat'ion de boiteux, qui a les
jambes en accent circonflexe
( varus). L'origine de ce nom est
peut-être germanique, garald,
garait (javelot ancien), d'après
Lorédan Larchey.)
En Anjou comme en Sainton-
gcais, garenu ou garreau est le
nom du bœui tache de noir et do
blanc.
Il parla à ses bpufs : Garreau, fro-
menlin, brichct, cl.alan
(Bonnv. des I'kbif.rs, CoM/f.v et Joijeus devis,
iiourelle i3j'.)
GAKBSOl ir,Gral>ouil,s.
m. Dissension, querelle, grabuge.
En italien : garJiuglio,
11 y eut aussi un peu de garbouil
entre mesdames de Helin et Je Uussy...
{Satgre itentjpi'e.)
CrAKC'F, s. f. Femme dômau-
vaise vie, a eu autrefois la s^nù-
GARDRAT
1S3
GARGOUILLER
cation simple de fiUc. En bas-
breton : gwerc'h, jeune fille.
Sire, recouchiez-vous, bien vous povez
[vanter
Que jamais de la garce, n'orrez un mot
[sonner.
(Berte aus granspiés, Teri522«.)
Car il n'affiert à garces difTnmécs
User des droicts de vierges bien famées.
(Cl. Maiiot, Elégie /".)
Un œil malin eut plustôt jugé qu'elle
estoit sa garce.
{Saint François de Salles, p, 525.)
GARDRAT, nom d'homme
qu'on ti'ouve en Saintonge sous
la forjne guardradus dès le XIP
siècle :
Guardradus anno 1170 prier monas-
terii sancti Eutropii, Adhemari episcopo
Santonensi.
[Gallia ChrisUana, t. U. col. 1095.)
GARE^'IVE, s. f. Futaie de
chênes avec ou sans lapins. Mot
d'origine celtique ; gwaré, au
pluriel gwarénou, désignaient une
culture au milieu des forêts. En
gaélique : gwara, en bas breton :
gwarer , signiflent : défendre
l'accès d'un lieu clos.
Qui est trouvé tendant aux perdrix en
pais de garenne, il chel en amende de
dix livres et le haraas perdu..
(BouiEiLLER, Somme rural, liv. II, titre XL,
XlV'siècU.)
GARG AjWEIiliE, S. f. Gorge,
gosier. En italien et en provençal :
gargnmellt, du radical garg, qui
a également formé ^a^'^a/e. (Voir
ce mot.'^
Puis'uy passay ma broche à travers
la garjamelle.
(Rabelais, Pantaijruel, liv. II, cL. XIV.)
Le patois toulousain désigne le
gosier par le joli mol gargaillol.
Jantis pastoureletz quedejoust las om-
[breles
Sentets apusima lou calimas del jour
Mentre que lous ausels per saluda l'amour
Uslon le gargaillol de mille cansonetes.
(GouoouLm, Poésies en patois toulousain.)
GARGATE, s. f. Gorge,
haut de la poitrine. D'oi^i le verbe
dégargatcr, décolleter. En italien :
gargata, en picard et en ancien
anglais : gargale, en espagnol et
en portugais : garganla signifient
gosier. En basse latinité : gargata
portus a signifié entrée d'un port.
Navis januensis cum esset in portu
massiliensi in gargatâ.
[Charta Massilicnsis, anno 1436, cité par
DU Ci^GE.)
Alsi com une fosse fu ouverte en la
gargate — quasi quoddam barathrum
patebat in gutture.
{Dialogues de S. Grégoire, liv.ni,ch. XXXII.)
Tel est doux aux boyaux qui blesse la
[gargate.
(FuRETiÈuE, le Médecin pédant.)
GARGOTER, V. n. Faire du
bruit en bouillant.
Il ne nous en cliaut de tous les bruits
qu'on fait courir de nous pourveu que
nous ayons de quoy faire gargolter la
marmite.
(Caquets de l'accouchée, p. 178.)
GARGOL'IIiliER, v. n. Se
dit du bruit que fait un liquide en
coulant, de celui qui se produit
dans les intestins. Cette onoma-
topée s'emploie aussi pour dési-
gner le bruit que fait le pot au
feu ou le ragoût en bouillant. Le
français a retenu de ce vieux mot
le substantif : gargouille, conduit
qui de la toiture d'un édifice jette
GARIR
189
GARONNE
les eaux pluviales au dehors. Du
bas latin : gavgula, gosier.
Là gargouillent les eaux de cent mille
[fontaines.
(RuNSiiiD, Amours de Marie, p. 30.)
S'il y a de la boue ou aulre humeur
contenue au thorax on oit un son
comme d'une bouteille à demi-pleine
qui gargouille.
(Ainbroise Paré, introduction.)
CîARIR, V. a. Guérir. S'écrit
aussi guarir. (Voir ce mot.)
Ganssez-mo\ de mort et de tourment.
{Roman de Guillaume au court nez.)
La déesse apparut à lui, de nuict, en
dormant, qui lui enseigna une médecine
de laquelle il garit.
(F. Amvot, trml. de PuiARgiE, Yie de
l'ériclès.)
CiARIVIER, nom d'homme
qui est d'origine germanique :
Warinher (wavin, délense; her,
armée). Ce nom s'est abrégé en
Wnrnher, Wnrner, conservé en
allemand et devenu le français
Gnrnier, après avoir passé par le
latin Garnorius, qui se trouve
dans notre région dès leXPsiècle :
Garnerius, S'' Maxenlii, abbas, anno
1090.
(Gallia Christlana, t. H.)
Le poète Adenès li rois a donné
ce nom à un ménestrel :
Et l'autres fu Ilarpères, s'ot nom maislrc
[Garnie»'.
{Li Bomans de Berte aus grans pics,
vers i!05*,)
CSAK^-IMEXT,s. m. Garne-
ment, mauvais sujet. En ])roven-
çal : garnimen; en catalan :
guarniment ; en italien : gavni-
inento.
Dlsl le duc de l'Encloistre : par le mien
[serrement
Jà trièves ne donrai à itel garniment.
(Chronique de Bertrand Duguesclin,
vers 11~4".)
Les prians que, pour la communauté,
ils voulussent prester chascun quelques
chiens pour despecher le pays de ce
nieschant garniment de regnard.
(Bonav. des PÉniEns, XXI.V« nouvelle,
p. 138.)
Ce mot n'a pas toujours eu le
sens péjoratif d'aujourd'hui; au
X1V° siècle, il signiliait tout sim-
plement un homme, un garçon.
Franceis i perdent lor meillors guar-
[nemenz
Ne reverrunt lor pères ne parenz.
(Chanson de Roland, vera 1420«.)
CVROBK, s. f. Vesce, petite
graine donnée ordinairement en
nourriture aux pigeons.
Avons trouvé en meslure unze bois-
seaux, plus deux boisseaux de garobe.
(Inventaire de l'nbbaye do la Frennde,
décembre 1653. — Arr'i. histur. de
la Sainlonge, t. X, p. 288.)
G.%.ROlTIi, s. m. Maïs en
herbe ou en grains. Ce nom,
donné au maïs ou blé d'Espagne,
a probablement une origine ai'abc
car, dans cette langue, kavouia
désigne une mesure de capacité
pour les grains. C'est un dimi-
nutif de karw, augette, coupe.
GAIIOIVÎXT, nom de rivière,
du celtique : gavw, rapidité, d'oïi
est venu, en bas breton et en
gaélique, le mot carw, qui dési-
gne le cerf, animal agile.
Ganv vel garaw rapidum sonat etiam
brilannis nostralibus, unde suspicalur
Canibdenus nomen habuisse GariDnnam.
(BocHAiiT, Colonies des Phéniciens,
p. 737.)
14
GAS
190
GATE
GAS, S. m. Garçon; se prend
généralement en mauvaise part.
Ce mot est d'origine celtique ; en
kymrique, gwas a été latinisé
dans la forme vassus, garçon,
serviteur, d'où est venu vassal.
Ce mot se retrouve dans la plu-
part des langues néo-celtiques
avec le même sens : en breton :
gwaz; en gallois : ffwas; en
écossais et en irlandais : gas.
GAS, Gât, adj. Usité dans
l'expression : marais-gai , qui
désigne d'anciens marais salants
où l'eau de la mer n'arrive plus.
En vieux français : gaste, gast,
inculte-, aride, désert; gaster,
ravager, détruire ; du latin :
vastare (1).
Quar ma meson est trop déserte
El povre et gaste
Sovent n'i a ne pain ne pasle.
(Rltebœcf, Mariage, 1. 1, p. 9.)
Adonc m'aparul uns sentiers
Qui par une gaste lande
Me mena en Hreceliande.
(Huon DE MÉRY, Tournoiemeut de
l'Antéchrist.)
Le roy estoil diiement informé que
les Anglais estoient délibérez d'en-
trer et descendre au royaulme de France
pour deslruire et gaster icelluy
(Jean de Troïes, Chronique du roy
Louii.Y/, p. 98.)
Les marais salans sont rangés en
plusieurs classes. Ceux qu'on a laissé
dégrader se nomment marais gatz.
(P. Abcère, Histoire de La liochelle, 1. 1,
p. 22.)
GASSOl'Ili, s.
d'eau bourbeuse.
m.
Flaque
fl) Vattiiin destructionera significat, dit Du
CauRe {Glossaire de la Basse latinité), et ce
savant ajoute : vaslum, yaslnm. yrastum. yoces
ejusdeiD nolionis et originis.
Ne n'ay point aucun vaisseau ni
bachot comme vous avez le vostre, dans
lequel je jette un gassouil de pollution
et d'ordure.
(Braxtôme, Daines Galantes, dise. I,
p.7>.)
GASSOUILIiEB, v. n. Met-
tre les mains dans l'eau sale —
dans le sens actif: salir.
Voylà pourquoy il ne faut se vanter
de nous gasouiller de vos ordures...
(Bra:<iôme, Dames Galantes, dise, I,
p. 70.)
D'après M, Ch. Nisard, gas-
souiller est un augmentatif de
gasser qui vient de l'italien :
Quazzare, dibatter cose liquide
dentro a un vaso. Latin : qiiassare.
(Parlsianismes populaires, p.
124-125.)
GASTAUD, nom d'homme.
En vieux français : gastos, savant,
sage.
Borel prétend que la loi sali-
que a été écrite par Wisogastus,
Iliisegastus, Salegastus et Loso-
gastus, dont les noms ont été
tirés de cette qualification an-
cienne.
Le prieur de l'abbaye de Sur-
gères (de 1604 à 1628) se nommait
Gaslaucl.
GATE, Gatte, s. f. Poisson
de mer, qui se trouve aussi dans
les neuves assez loin de leur
embouchure. C'est Valosa lintade
Cuvier.
Dans la Loire-Inférieure, on
désigne ce poisson par le nom de
Couvrcau.
GATK, adj. Atteint d'hydro-
phobie ou de tout autre mal qui
altère le sang.
GATINE
191
GAUGER
Parquoy, craignant Gargantua qu'il
se guastat fcil faire quatre grosses
chaînes de fer pour le lier
{Rabelais, l'antayrucl, liv. II, ch. IV.)
Un soudard, mal sain de sa personne
et ijasté dedans le corps.
(Fr. Amvot, Vie de Pelopidas, trad. Je
PtCTAByfE.)
CîATIXK, s. f. Terre inculte.
En basse latinité : giinslare, cor-
ruption du latin : vastarc, sig-nifie
ravager, rendre désert. Même
origine que (jàt. (Voir ce mot.)
David cunversout el désert, là u il
truveit les fermelez; e demeuroul en
un munt de la (juastine de Ciph (1).
{Litre des Roi.i, liv. I, ch. X.XIII, ver-
sot Il — traJ. du XIl" siècle, p. 91.)
Avant! messire Fîrun, tandis
(Jue sommes en ceste gastine
Faites que ceste dame tine.
{Théâtre Français au moyen âge,
p. 390.)
Une partie du Poitou, dont la
capitale est Parthenay, avait le
nom de Gastine. J. du Fouilloux
y est né.
Tendre orphenin sortant de la tétine
Transporte fuz dehors de ma Gastine.
(J. DU FoiiLioLi, Adolescence.)
fJATI.VE.lU, nom d'homme.
Habitant de la Gàline. (Voir ce
mot.)
QAi:»F, s. f. Espèce de
réséda sauvage employé en tein-
ture. Vert c'nie (jaiide est une
comparaison usitée en Saintonge.
L'on sçait aussi que les teinturiers se
servent d'une herhe qu'ils appellent
gaude de lac[uelle ils font leurs jaunes.
(Bernard l'itissï, Discours Admirables,
p. 318.)
(1) Moraliatur nutcm David de descrto in locis
Orinissimis, mausit que iu monlu solitudinis
Zipti
Les chanvres, lins, guesde ou pastel,
garance, gaude, chardon à bonctler
(Olivier be Sehues, Théâtre d'Agriculture,
p. 501.)
G.VrDF/r, Gaudin, €iau-
diiieau, noms d'hommes; déri-
vés du vieux français : gaud, gai,
gaillard (en latin : gaiidcns), et
Claudine, plaisir, divertissement,
qui ont donné naissance au fran-
çais : gaudriole.
Gaud et gaudino ont également
signifié au moyen âge : bosquet,
bois, forêt, bocage; en allemand :
Galcl, forêt.
Dont venez-vous si seul parmi ce
[gaut feuillu.
[Berte aus grans pies, vers 12S4'.)
Tout le brueil et le gaut resonne
De -son cler ton;
Maint dous verLelet et maint son
Faisoit adont en sa chanson.
(La Lande dorée. Nouv. rec. de Contes
t. II, p. 181.)
Aussi les satires et les fées
iSont moult dolent en lors pensées
Uuanl il perdent par telles crétines
Leurs délicieuses gaudiiies.
(Jean de Mecso, Roman rie la Rose.)
GAUFRK, s. f. Friandise faite
d'une pâte légère et liquide dont
on emplit un moule plongé dans
la graisse bouillante.
Vous avez des metz plus de douze
l'our servir ces trois marjollez
\ous avez raton, tallemouse,
Gaufres, poupelins, dariollez.
(Nicole DE Là Ches:4àye., Condamnaciony
de Bancquet.)
El ne puent ne ne doivent les mestres
ne les valiez donner que deux goff'res
pour un denier...
(Litre des Métiers d'Estienne BoiiEiC,
ordonnance relative aui oubliera,
p. 351.)
O ALGER, V. n. Enfoncer,
GAULE
19-2
GAUTIER
être détrempé par riiumidité. Se
dit d'un lorrain dans lequel on
cncasse. (Voir ce mot.)
OAUIiK, s. f. Long bâton,
ëchalas. Ce mot est.d'originc cel-
tique et se retrouve avec la même
signiiication et des formes peu
diiïerentes dans les dialectes néo-
celtiques. En gallois : gwicl,
gwail; en breton : gwalen; en
cornouaillais: gunylen; en écos-
sais et en irlandais : Çjiole.
Viens au tect aux vaches, car celui
des brebis étoit de l'autre côté, clos do
gaules de coudres entrelacées subtile-
ment.
(Noël Dc Fml, Propos Rustiques.)
Les cheveux en passe-filon
Et l'œil gay en esmcrillon
Souple, droictc comme une gaule.
(CI.MiROT, Dialogue de Deux Amoureux,
1. 1, p. ^29.)
OAUIiER, V. a. Abattre les
noix avec une gaule. (Voir ce
mot.)
OAl'IilS, s. m. Branches
d'un taillis qu'on a laissé croître.
(Voir gaule.)
Je pousse mon cheval et par haut et
♦ [par bas,
Qui plioit des gaulis aussi gros que
[le bras.
(Molière, les Fâcheux, act. II, se. VII.)
GAUPE, s. f. Femme de mau-
vaise vie — femme malpropre.
Du Gange tire ce mot de gausape,
sorte de manteau; il parait plutôt
avoir une origine orientale, car,
en arabe, gahha signifie vieille
courtisane , du verbe gahab ,
tousser. En persan, gahpe a le
même sens. On le retrouve dans
le dialecte najiolitain, où guappa
signille une femme batailleuse,
mal embouchée, d'où les mots
d'argot gouape, gouapeur pro-
viennent évidemment.
Kst-rc ainsi, sales gopes, (juc l'on
ferme l'huys à celui qui vous a rachetées
do misères
(P. DE Lahivey, les Tromperies, act. I,
8C. I, «ne. th. fr., t. Vil, p. 9.)
Maintenant celui qui aura une belle
femme, s'ira acointer de sa chambrière
qui sera un louillon, un salisson, une
gaupe.
(CiioLifenKs, Matinée Y des Laides et
des Belles Femmes.)
En patois poitevin, gaupe est
le nom d'une vieille truie qui ne
porte plus.
« AIJRY, Gory, noms d'hom-
mes, diminutifs de Grégory,
forme de Grégoire, nom dérivé
du grec : rpE-^opto;, vigilant.
Ces mots peuvent également
dériver du vieux nom germani-
que : goderich (bon, riche); en
latin : godericus. (Voir Lorédan
Larchey, Dictionnaire des Noms.)
Le trente-deuxième prieur de
l'abbaye de Bassac se nommait
Gory: Joliannes IV Gory,pres-
hyter. (Gallia Christiana, t. II,
col. 1111.)
GAUTIER, Gautreau,
Gaiitrct , Gautron , noms
d'hommes. Les trois derniers
sont des diminutifs du premier.
En vieux français, gauliev ou
qauhier a signilié bûcheron ; en
basse latinité : gualterius ; ce mot
dérive du mot gant, forêt, taillis.
Là vont vnrlet et damoiseles
Conjoins par vieilles m
Cerchant prés et jardins cl gaus.
(Jean de Meino, linmaii de la Rose.)
Malgré cette signification an-
cienne, le nom Gautier a une
GAVACHE
193
GEARBE
origine germanique au moins
dans le nord de la France. La
forme latinisée, M'nlthcrus, cor-
respond au tudesque : waldber,
devenu walter, gualder, gautei\
et a également la signification de
bûcheron (de l'allemand : wald,
forêt.) Dès le XP siècle, on trouve
en français la forme gualler et,
au XI', celle de gantier.
Senz l'arcevesque et senz Gualter del
[hum
Repairez est de la muntaigne jus
A cels d'Espaigne mult si est com-
[batuz.
{Chanson de Roland, Tcrs 2039°.)
Li uns fu viclères, on l'apeloit Gautier.
[Li Rnmana de Berte ans grans pics,
vers '294'.)
Au XVI' siècle, gaullier dési-
gnait un joyeux compère ami de
la joie.
A moy n'est que honneur et gloire
d'estre dit et réputé bon gaullier et bon
compagnon.
(RABBLiis, Gargantua^W-^. I, prologue.)
GAVACHE, s. m. Habitant
de la région saintongeaise qui
fait partie du département de la
Gironde et, en particulier, des
cantons de Guîtres, Saint-Savin
et de la partie du Fronsadais où
se parle notre idiome. On donne
aussi ce nom au langage parlé
dans ce pays et que le patois gas-
con désigne sous le nom do gabaï.
Le mot gavachc, ordinairement
pris dans un sens injurieux, n'est
jjas autre chose que l'espagnol :
gavaclio, canaille, (|ue les soldats
de Ferdinand VII employaient en
1812 pour désigner les soldats
français.
Le mot gn vache se trouve chez
quelques auteurs du XVII° siècle,
époque où la littérature française
s'inspirait fréquemment de la lan-
gue espagnole.
Homme lâche et sans honneur
Il vous Imiterait do gavaches ;
Vous me faisiez tant les bravaches.
(SciBKOM, Virgile travesti, liv. V.)
Dans le midi, les montagnards
sont quelquefois désignés par le
sobriquet de gavot, qui dérive du
nom de gave donné aux torrents
des Pyrénées.
GAVAGIVER, v. n. Gâter,
gaspiller, diminutif de gaver.
(Voir ce mot.)
GAVER, v. a. Faire manger,
gorger des animaux pour les
faire engraisser. Des vieux mots
français : gave, gavion, gosier,
jabot.
Mais Renart le feri ou col
De son fausart (1), jus li ciist
Caupéc la teste, ne fust
L'aubier dont ot la gave plaine,
Kil ot mangié
{Renart le nouvel, vers 1988',
Xni» siècle.)
Il a passé huit jors entiers
Que ne pot boivrc ne mengicr
Quar une areste de poisson
Li aresla au gavio7i.
{Le Vilain Mire, ver» 1 15*, Faliliaux
et Contes, t. III, p. 6.)
GAZEAUX, Gazcaii, noms
d'hommes; corruption do caseaii,
cazeau, qui désigne dans le midi
une petite maison; en latin : casa.
GEARBE, Jarlic,
f.
(1) Fausart. fauchard en sainlonRoais, faux
k long manche pour iniilcr les Imissons. Voilà,
d'ailleiirs, la traduction do ce passade: «Mais
renard le frappa au col — de sa grande faux, il
lui cul coupe ras la tète, n'eut été raui)icr
qu'elle avait mangé dont elle avait le jabot
plein. ■
GEARCE
194
GEMME
Gerbe. Ce mol est d'origine
tudosquc; en ancien allemand :
garbn; en allemand : (jnrbc; en
hollandais : gavf; en wallon :
jabe.
Par vos perdi-jc mon froment
Cil j'nvoie la quarte jar/^e.
[Roman du Rrnart., vers SOWa.)
Et les jambes plus grosses, bien vueil
[que oliascun l'oie
Que ne soil une jarbe de blé quant on
[le loie.
(Un dit d'avenlures, xni» siècle.)
Mes travaillez et aouvrez
De messonner et de soier,
Si menoit jarbes a loier
D'un roncinel de poure coust (1).
{FaHian des Deux Chevaux, vers 28',
Hcc. de Barbazan, i . ni, p. 108.)
C2EARCE, s. f. Gerçure, cre-
vasse à la peau. En basse latinité,
ffiirsa signiliait scariiication. (Voir
Jarser.)
Ce vent de mars vous garschera les
lèvres.
(Palscrate, Eclaircisxement de la Lan-
gue française, p. 434.)
Le blé meurdri de la froidure
El blesme des jarçans frimas (2)
Maintenant n'a plus le chef bas
Mais touffu reprend sa verdure.
(Remy BELf.Eiu, Bergeries.)
CiEL, s. m. Gelée.
Fn y ver pler et me gai manie
Et me desfuel ausi com l'ente
Au premier rjiel.
(Rdiebcbcf, Dit de la Griesche d'ijrer,
1. 1, p. 26.)
CiÉIilIVE, S. f. Poule; du
latin : gallina. Le IVançais geli-
notte en est un diminutif.
(1) Mais nrcssé et orciipô de moissonner et
de .scier (lel)ié),il menait des Rerbes ii lier avec
un ctieval (roncin) de pauvre valeur.
(2) Jarfans, frimas, froids qui produisent des
gerçures.
Ne seroit autre ehosc faire
Fors que par anioretes fines
Mètre l'cnart o les gélines.
(Jenn de Miîi'kg, Roman de la Rose,
vers 15218».)
11 n'y avoit que ung grant testu
(,Uii avoit un Jacques vestu
(Jui mist ma grant <jéline à fin.
{Farce de Colin, anc. ih. fr., t. II, p. 389.)
Mais à l'œil de tous regardanlz
Fust trouvée dans sa poictrine
Tout ainsi qu'une aultre géline.
(Gilles CoBHOzEi, Fables, p. 188.)
GÉIilIVEAU, nom d'homme,
signifiant poulet; du vieux fran-
çais : géline. Dans le midi, on
appelle galinier le marchand de
volailles; en latin : gallinariiis.
En vieux français : gélinicr,
poulailler.
Il ira à la vielle son huis brisier
Kl se il puet trouver le gélinier
Il s'en vorra o tout les hués aler (1).
(Fabliau d'Aiidif/ier, vers 'i'i'i' — Recueil
de Barbazan. t. IV, p. 'i'ii.)
GEIilS, Gellve, adj. Se dit
des pierres sujettes à se briser à
la gelée.
Considère un peu certaines pierres
qu'on ap[iclir, gelices ou ventouses et lu
verras qu'elles se consomment journel-
lement
(B. Paiissy, Recepte Véritable, p. 46.)
lïEIflITIE (fi^aintc-), nom de
localité. Gemme, du latin gemma,
pierre précieuse.
La paroisse de Sainte-Gemme
avait un prieuré fondé en 1071,
par Guy d'A(iuitaine, (]ui devait
la dime à la riche abbaye de
Sainte-Marie, de Saintes :
Caria de decimâ monachorum sanclœ
(1) Il s'en voudra avec tous les œufs aller.
GEMOZAC
195
GERARD
Gemmœ, ecclcsiœ bealœ Mariœ red-
dendâ.
(InTentairo Hu Curlulaire de Sainte-Mnrie,
par M. .Moreàu.)
GEMOZAC, nom do localité,
dérivé par corruption du vieux
français : gémeau, jumeau; en
latin : gemellus. Gemozac, ijemel-
liacuni aurait la signification de
domaine des jumeaux.
GElVElIIIi, Gcnolllôn, s.
m. Genou. En latin : genii ; en
grec : yôvj; en sanscrit : jâmi.
Se meUre à genoux se dit : se
mettre de genoillon.
La fille Karle se mist à genoillons.
Alii, dist-ellc, genliz fiuls à baron!
{Amis et Amitrs, vers ^2757», chanson
(le geste du XI' siècle.)
Sur son genoill en fiert son destre gant.
[Chanson de UnUind, stance 188.)
Devant eus se getla li mes (t) à
[genouillon.
{Chroniques de Bertrand Diigrsclin.)
A genillons merci li crie
Jointes mains li requiert et crie.
(RcTEBŒiF, Frère Dcniie, 1. 1, p. 263.)
OÉIVÉTOUZE, nom de loca-
lité du canton de Montguyon.
Lieu planté de genêts; latin :
genista.
CiKlVOUIIiliÉ, nom de loca-
lité. Au moyen ix^a, genou a eu
la signification de degré de
parenté; du latin : gignerc,
enfanter.
Jurèrent que le premier mari et la
feme estoient cosin en quatre genoul à
l'orne.
(Livres de Jostire et de plel, p. 203, § 1.)
(1) Mes, messager ; du latin ; missus.
Il est probable que l'église de
Ge-fiouillé : sancta Maria de
Gcnualico (Gall. Chn'stiana, t. II,
col. 1100), a été ainsi nommée
d'une pièce d'armure, le genouiî-
lier (du latin : genualia), déposée
en e.\-voto par (juelque chevalier.
CîEOFFROY, nom d'homme,
abrégé de Godefroid. En latin :
gaufridus, godefridus sont déri-
vés du vieux nom germanique :
godet'vid (bon-i)acifique), d'après
Lorédan Larchcy.
Au moyen âge, on trouve les
formes géïrei, géfreid.
Sire empererc, co dist Gefrey d'Anjou
Gefreid d'.\njou ad sun greisle sunet (1).
{Chanson de linland, vers '2945"-'295i«.)
C E O R e E S , Gcorg;ct ,
CMeorgeon, noms d'hommes ;
du grec : ïscopYOî, cultivateur,
laboureur.
CÎERAIIV , Gérin , noms
d'hommes dérivés du germanique
gai\ javelot. C'est le nom d'un
des pairs de Charlemagne.
Et Gerins liert Malprimis de Rrigal.
{Chanson de Roland, vers l'26I«.)
GÉRARD, nom d'homme
d'origine germanique, il s'écrivait,
en 768 : Gare hard (javclot-
aguerrij, d'après Lorédan Lar-
chey. Ce nom est devenu succes-
sivement Gerhard, Gérard, Gi-
rard. Il se trouve aussi sous la
forme de Gvrers dans le vieux
français.
(I) Geoffroy d'Anjou a sonné son clairon.
GERBEUR
196
GINDRE
Et sis cumpains Gcrers ficrl l'nmu-
[raste (1).
{Chanson de Roland, vers 1 IQ9«.)
GERBKUK, S. m. Celui qui
lie les gerbes.
Gerbeur les javelles entasse
De peur que le premier qui passe
Die, voyla des gens de soin.
(Baïf, Eglogue XIY, p. 41, t°.)
GER:fIIGIVAr, nom de com-
mune du canton d'Archiac, du
vieux français gcrniiner (latin
germhiarc), croître, germer.
Les filz Israi'l crustrent et com aer-
minants sunt multipliez (2).
(Traduction de la Bible, Exode, ch. I,
Tcrset Vn.)
CIBAUn, nom d'homme et
de localité, d'origine germanique :
giboald, abréviation de gisle-bald
(otage-confiant), d'après Lorédan
Larchey. Dès le VIP siècle, ce
nom se trouve dans notre pays.
Le dixième évêque d'Angoulème
(616), s'appellait Giboaldus.
Gihaud peut également être
considéré comme un dérivé du
celtique gib, élevé en forme de
dos, d'où : f/ibJtosus, bossu. Il
existe près de Saintes un village
appelé le Puy-Gibaiid.
CrlBER, v. n. Ruer, regimber,
se débattre des pieds comme un
pendu, d'où le substantif gibet.
En un estable ont mené le destrier
Frouche et henist et regibe des picz.
(Roman de Garin le Loherain.)
Rainsant (3) s'en torne regibant.
{Roman du Renart, vers "601«.)
(1) Et son compagnon Gcrers frappe rérair.
(-2) Filii Israël crevcrunt et quasi gcrminantes
muitiplicatisunt.
(Z) Rainunnt est le nom du cheval dans le
Roman du Renart.
Volenliers les vaches dn pyé de der-
rière regibent et souvent brisent le pot
et respandent le laict.
{Evangile des Connoillcs, p. "2.)
GIBOI^, Gilioiiiu, noms
d'hommes. C'est le vieux germa-
nique gebewin (ami-libéral), qui
se trouve en français dès le XI°
siècle :
Li reis cumnndct Gebuin e Otun
Tcdbald de Reins e le cunle Milun.
{Chanson de Roland, vers 2i32''.)
C-mUER, Ging;ucr, v. n.
Lover la jambe ou gigue, danser,
faire des pirouettes. Les mots
gigue, jambe, et gigot, cuisse de
mouton, paraissent dériver du
nom donné à un instrument à
cordes qui a quelque ressem-
blance à la forme de la cuisse.
En italien et en espagnol : giga;
provençal : guiga, ancien alle-
mand : guige, allemand moderne :
geige, violon (1).
S'il faut giguer et se battre
Elle en donne six pour quatre.
(GoMBACT, Epttrcs, Ut. I.)
GIIiRERT, nom d'homme
dérivé du vieux nom germanique :
hilde-bert, brillant au combat.
(Léon Scott.)
Gi:%'RRE, s. m. Garçon bou-
langer, celui qui pétrit le pain.
Et aura avec lui le coustumier et
touz les talcineliers (boulangers), et les
meslresvallès que l'on appelé moindres.
(Esticnno Bûilew, Livre des Métiers, p. 7.)
(1) FI prcmnrain front clievaohnient
Cil qui les cslrumcnz portoicnt
Ggijurs et harpes cl viéles.
{Dolnpatlins, vers 2980' — EJ. Jannel,
p. 204.)
GIRARD
197
GLEU
Cette ancienne orthographe
joindre nous donne l'étymologie
de ce mot que l'on a supposé à
tort venir du verbe Qcindre à
cause de l'espèce de gémissement
que font entendre les boulangers
en pétrissant leur pain. Le mot
joindre vient de junior, comme
moindre vient do minor. (Voir du
Gange au moi junior et M. Littré
au mot gindre.)
Dans un ancien titre relatif aux
meuniers et à leurs valets, on
trouve CCS derniers désignés par
le mot juniores : « In uniquoque
molendinorum duo juniores tan-
tùm erunt.
GIRARD, Qirardcau, Gi-
rardct , Girariliu , noms
d'hommes. Le nom (Jii'ard elsea
diminutifs sont des formes de
Gérard. (Voir ce mot.)
GIR\i;n, Giraudeau, Qi-
rardcl , Giraucliu , noms
d'hommes. Giraud et ses diminu-
tifs viennent du vieux nom ger-
manic(ue girakl, abrégé de gni-
roaJd, garelmld (javelot-ancien),
d'après Lorédan Larchcy. La
forme latine giraldus se trouve
souvent dans les vieilles chartes.
GIRO.'«'Dï:, s. f. Nom du
fleuve qui sépare le Médoc de la
Saintonge, entre le Bec-d'Audiés
et la mer. D'ai)rès Bourignon ce
mot dérive du celtique gyr qui a
désigné tout ce qui est rond.
(Ant. do Saintes, p. 2i2, note.)
Le nom du lleuve est relativement
moderne, car les anciens géogra-
phes : Strabon, Ptoléméo, Mêla,
et les vieux écrivains locaux :
Ausone, St-Paulin, Fortunatus,
ne parlent que de la Garonne;
cependant nous trouvons cette dé-
signation employée au moyen âge
pour la partie du fleuve qui se
trouve devant Bordeaux où il dé-
crit un demi-cercle complet.
Pro Arnalfio Monelario, civi Burde-
galensi , hahendo domum ibidem inter
portam Hossellam (porte delà Rousselle)
et mare, sen fluvium Girondœ...
{llôles gascons de tSS8.)
GlSSE, s. f. Gesse, plante
iégumineuse. (Le Lathyrus des
botanistes.)
Plus ung picoUin et demy de febves
d'Espagne"; plus demy boisseau de gisse
cuizant'é...
(Inventaire de rAbbaye delà Frennde,
décembre 16o3 — Arch. kisl. de La
Saintonge, i. X, p. 5!89,)
Les espaces principales et générale-
ment congneues sont les fèves, pois,
fazéolzs, geïsses, pois-ciches...
(Olivier de Serres, Théâtre d'Agrieullure
liv. m.)
GITTE, Gette, s. f. Jet,
pousse d'arbre.
Et la mesme année que les dites bran-
ches auront esté coupées près et joi-
gnant la couppe d'icellcs, il sortira ua
nombre de gilles...!
(Bernard PAiiasv, Recepte véritable., p. 36.)
En ces mois ils ne vont pueres à
l'eau (les cerfs), ils se contentent do
l'humidilc cl substance delà geltc.
(J. DU FouiLLocx, Vénerie, ch. XXXI.)
GIVREZAC, nom do loca-
lité. Domaine du brouillard, du
vieux français giLro , brume ,
brouillard.
GLEr, Glcux, s. m. Paille
laissée sur piod après le sciage de
l'épi — chaume — poignée de
paille. Du llamand geluye, gluyc,
paille ; en provençal : glueg.
GLOIRE
198
GOGO
Un fesscau de chaume autrement ap-
pelé glui.
(Lettres do rémission de 1391, Glossaire
■ Carpenlier, art. j/we/l.)
Fuerres, gluis, eslrains ne esteules.
(J. Froissiri, Ledit du Florin, vers 83*.)
As-tu pas veu certains laboureurs,
que quand ils veulent semer une terre
de deux années suivantes, ils font brus-
1er le gleu ou paille restée du blé.
(Bernard Paiisst, Recepte véritablCiP.ZS.)
GLOIIiE, s. f. Fierté, glo-
riole, vanité.
Si c'est gloire de publier soy mesme
ses valeurs...
(M. .Mo5iAiG>E, Essais, Ut. II, ch, VI.)
GOBAIJD, Gobcau, noms
d'hommes. Du vieux français/yo/;e,
vain, fou, ou du radical celtique
goh, bouche.
Lor devient la terre si gobe
Qu'el velt avoir novele robe.
(Guillaume de Lorhis, Roman de la
Rose, vers o3*.)
GODAIIiliE, s. f. Vin mêlé
au bouillon du potage; c'est ce
que les gascons appellent chnhrot.
On appelait autrefois godalle
ou goudale, une bière brune :
Palsgrave traduit aie dvinke par
le français goudale. {Eclaircis-
sement de la Langue française,
p. 190, col. 2.) L'anglais a con-
servé en deux mots : good aie ; le
suédois et le danois : god œle,
qui signifient bonne bière.
Car il a 1 lissié son mestier
De draper, pour brasser goudale.
(Thcàlre français au moyen âge, p. 83.)
Une rivière trueve qui d'un pendant
(avale
Volentiers en béiist mais trouble est
[com godale.
[Berte ans yra.is pies, vers 742*.)
Faisons les touz, si vous m'en voulez
[croire
Aller humer leur cervoise et godale.
(Cl. MiRor, Ballade, t. II, p. 72.)
La coutume de mêler le vin au
bouillon et la vertu bienfaisante
do ce breuvage n'étaient pas
ignorées de nos aïeux :
Quant il ot oy messe du tout à son
[comand
Prist une soupe au vin qu'cstoit moult
[poignant
Et si but une foiz, puis va oultre
[passant.
(Chronique de Bertrand Duguesclin.)
GODAUD, Godart, noms
d'hommes, dérivés du vieux fran-
çais : gode, femme de mauvaise
vie, paresseuse, ou du vieux ger-
manique : godehard (bon-hardi.)
GODEAU, Godet, noms
d'hommes, du vieux français :
gode (voir godard), ou simplement
de godet , vase à boire ; au
XIIP siècle : gode.
GOËinoiV, s. m. Herbe ma-
rine vésiculaire — varech. Ce
mot est d'origine celtique; on le
retrouve dans le gallois : gwymon,
varech, et il a été conservé en
bas breton.
Recollegissent globum herbœ marince
vocatœ goumon alibi gouëmon.
(Texte du XIII" siècle cité par nu Cange,
Glossarium, verbo : gnumon.)
GOGO (à), locution adver-
biale. Abondamment, à cœur joie.
Dans le dialecte picard : à gaugau.
Le radical .• gau, répété, a été pris
du latin: gaudere, se réjouir.
Et estois traité à gogo comme un
aigneau sous la mameUe.
^Pierre de Larivet, les Tromperies, n(A. I,
8C. I, anc. th. fr., l. VII, p. 10.)
GOGUET
199
GOSSER
N'ayez pas de religion, mocquez vous
à gogo du prestre et du sacrement de
l'église et de tout droicl divin et humain.
(Satyre Ménippce, p. 7.)
f-OGl'KT, nom d'homme
dérivé, comme goguetle, du vieux
français : gogaei\ railler, plaisan-
ter; gogue, moquerie, plaisir,
réjouissance.
GO.lIBAr», Gonibanlt,
noms d'hommes dérivés du vieux
germanicpie : gumhidJ, forme de
Qondebald (comhal-hardi), qui se
trouve drs le VP siècle, d'après
Lorédan Larchoy. (Voir Diclion-
nairc des Aonis.)
CiOXËIiEiE, s. f. Fossé lon-
geant une vigne de marais. Dérivé
du grec : '{o^o^, côté.
GORll (La\ fiiorcc (La),
noms de localités. En vieux fran-
çais : gord, gors, gorz, désignent
un espace entouré de pieux dans
un cours d'eau, une pêcherie. Du
latin : giirgcs; en basse latinité :
gordus. (Roquefort, Glossnirc de
la Langue romane.) Pour La
Gorce, M. Jônain indique un
radical cclli({ue : cors, signifiant
ajoncs, bruyères.
r^OKAllilii:, s. f. Entrailles
du porc. Afalgi'é sa ressemblance
avec les mots goret, cochon ,
gorc, ivuicgoraillo est probable-
ment une corrrupfion du vieux
français : cor ai Ile, boyau.
N'i a broinc si fort clnvel
Qui vers sa lance ait garantisc
Mais que le pan d'une chemise (1)
-Les cors lur perce e les corailles,
{Chronique de.i Ducs de Normandie,
Tors 1-258».)
GORF, s. f. Truie. (Voir
govet.)
Isabeau de Bavière avait été
surnommée la grand gore par le
peuple de Paris.
En anglais, gore signifie boue,
limon.
CiiORF.T, s. m. Porc. Le nom
de cet utile animal dérive proba-
blement de son cri habituel. En
flamand: gorren, en allemand :
gùrren , signifient grogner.
Le cochon s'est appelé en grec yoTpo;,
en géorgien govri, en latin gorretus
En vieux fram^ais la truie se nommait
gorricre.
(Charles Nodieh, Dict. des Onomatopées,
au mol goret.)
Estrc gorricre et faire la poupine.
(Jean Marot,)
De surcroist furent roustis trois
cens gourretz de laict à beau moust.
(Rabelais, liv. I, ch. XXXVU.)
CiiORIilGK, nom d'homme;
en vieux français, sellier, bour-
relier , qui fait les goreanx ,
colliers de cheval. (Voir Roque-
fort, Glossaire, au mot gorlerie.)
CiOSNER, v. n. Railler, plai-
santer, blaguer. On dit en fran-
çais : se gausser.
Puis parlant de la journée d'Ivry cl
gossant a. sa manière accoustumée...
{Mémoires de P. de l'Eutoile, t. V, p. 20.)
(I) Il n'y a ruirassp si solidement clouée qui
gnrantisse de sa lanre plus que le pan d'une
cbemise.
GOSSEUR
200
GOULE
En saintongeais, gosser a éga-
lement le sens de tailler du bois
avec un couteau.
QOSSEl'R, s. m. Celui qui a
l'habitude de railler,* de blaguer.
A quoy un gosseur qui se rencontra
là va dire que
{Mémoires de P. de l'Estoub, t. V, p. 209.)
GOSSEKIË, Qausserie, s.
f. Plaisanterie, mensonge, blague.
Et à cest cffect est grandement ne'cos-
saire d'avoir et entendre les propres
significations éloignées et métaphori-
ques des mots communs et fam.iliers en
telles gausseries.
(Noël DU Fail, Epitre iiminaire des
Contes d'Eutrapel.)
GOUGE, s. f. Femme de mau-
vaise vie. Dans ses Remarques
sur Rabelais, le commentateur
Le Duchat lui donne ce même
sens.
Tellement que sur toutes gouges
Elle semblera la plus franche.
(Guill. Coytti,i.AnT, Droits Nouveaux,
t. I, p. loi.)
Gouge a eu longtemps le sens
de femme ou de fille et l'a con-
servé dans les divers dialectes de
la langue d'oc. A Toulouse et à
Montauban, gouge désigne une
servante; en Périgord, gouye,
une fille. En Gascogne, gouyal
est le garçon; en Béarn : gouyon,
le lils.
GOrOEOX, Gougct, Gou-
jon, Goajard, etc., noms
d'hommes dérivés du mot gouye
ou gouge, fille ou femme. Le mot
gouyard a autrefois désigné les
coureurs do filles et les entremet-
teurs. Ces mots peuvent égale-
ment être une forme de goyard,
goujard, signifiant hommes d'ar-
mes, valet chargé de porter les
armes.
GOUIIV, Gouiuean, noms
d'hommes. En vieux allemand,
on trouve godwin (bon-ami), qui
a pu se transformer en gouin et
govin. Ils peuvent être considérés
également comme le masculin de
gouino. (Voir ce mot.)
GOUIIVE, s. f. FemiTie de
mauvaise vie ; en provençal :
goino.
Ce mot est d'origine germani-
que ; il se trouve dans la plupart
des langues tudesques et Scandi-
naves :
En anglo-saxon, cwen signifie
femme; cven, prostituée.
En gothique : gwino, en islan-
dais : gwinna , en ancien alle-
mand : quena, signifient femme.
En anglais moderne, quean dési-
gne la prostituée et, par un rap-
prochement malheureux, queen,
la reine.
Roquefort pense que gouiiie
vient de goliine, nom que porte
une princesse très méchante dans
le roman de Tristan de Léonois.
Au XVIl" siècle, ce mot avait
déjà le sens de la langue verte
moderne.
C'est une franche gouïne — Il a
quitté sa gouïne.
(Exemples cités par Richelet, Diction-
naire français, édit. do 1680.)
GOUIiAKD, nom d'homme,
synonime de goulu, ami de la
bonne chère; dérivé de goule.
(Voir ce mot.)
GOUIiE, s. f. Bouche, gueule ;
GOULEE
%1
GOUTTE
du latin : gula. En langue celti-
que, bouche se disait gob, qui a
formé le français gober et le
saintongeais dégobiUcr.
Qar Renart ne l'en lessa
De tûtes quatre qu'une soûle
Tûtes passèrent par sa goule.
{Roman du Rmart.)
L'expression très usitée en
Saintonge, badcr la goule, se
retrouve au moyen âge :
Tôt hors s'en ist baant la gole
Et le cerf l'occist et dévore.
(Guillaume Lexormand, Bestiaire du
XllI' siècle.)
GOU liÉE, Bouchée, cuillerée
et, en général, chose prise en
petite quantité, ù la gouléc, à
petites bouchées, à la dérobée ;
une goulue de terre, un petit
champ.
Car par aventure elle prent ung com-
paignon dont elle ne peut liner sinon à
grant paour et à la (joulée.
{Quinze Joyes de Mariage, ch. VII, p. 86.)
Ma jument ayant une rjoulée de foin
devant elle
(Noël DO Fail, Propos Rustiques.)
Ce maudit animal vient prendre sa
[goule e
Malin et soir, dit-il, et des pièges se rit.
(LAroMii>E, fnble du Jardinier et son
Seigneur.)
GOU.noiV, s. m. Maladie du
mouton, apjjelée aussi pourriture.
C'est la cachexie aqueuse qui se
reconnait à une grosseur dans la
gorge. Ce mol vient-il du vieu.x
français : gounie, paquet ? (Voir
Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
GOL'RD, adj. Engourdi par
le froid — lourd, obèse. Ce mot
(en latin : gurdus), appartenait à
l'anfienno langue des Ibères
d'Espagne :
Gurdos, quos pro stolidis accipit
vulgus, ex hispaniâ duxisse originem
audivi.
(QiiMiLiEx, hstitutiones, lib. I, cap. V.)
En provençal, gord signifie
gras ; en espagnol et en portu-
gais, garda a le même sens.
Dans le sens de lourd, épais,
gourd a fait gourdin, gros bâton,
et donné naissance aux noms
d'hommes : Gourdeau, Goiirdon,
Gourdet.
Vieulx barbiers, vieulx phisiciens
Viculx ménestrels qu'estes gourt,
Vieulx queulx,vous ne valez plus riens.
(Eustacbe Deschamps.)
CiOL'RDI.lfE, nom d'un petit
ruisseau de la Charente qui se
jette dans le Brouillon, aî'tluent
de la Charente (rive droite.) Ce
nom dérive du précédent (voir
gourd) et indique probablement
un courant peu rapide.
COrsSET, nom d'homme.
Au moyen âge, ce mot désignait
la partie de l'armure qui préser-
vait l'aisselle quand le combattant
levait le bras. L'expression sentir
le gousset en dérive et est encore
usitée dans le langage familier :
Le feu roy (Louis XIII) pensant faire
le bon compagnon disoit : je tiens de
mon père, moy, je sens le gousset.
(Tallemast hE3 Rbaix, Historiette /",
t. I, p. 100
Gousset, escafignon, fagucnat, cam-
[bouis.
(Sai:(t-Ajiam, Poésies.)
CiOrTTE, adv. Point du tout.
Du latin : gutta. Se dit encore en
GOUTTIERE
20-2
GRAILLY
français dan> la locution : n'y voir
ijouttc. En saintoii?:eais, ce mot
s'einploio (riinc inanièro plus
générale.
?ires, pour Dieu, alez-vous ent
Certes, je n'ai goûta d'argent.
{Fabl. de Sainl-Pierre et du Jongleur.)
GOUTTIÈRF, s. f. Voie
d'eau à la toiture d'une maison.
C'est pour le niiculx que j'ai la gra-
velle; les baslimenls de mon aagc ont
naturellement à soulTrir quelque rjout-
tière.
(Montaigne, Essais, liv. IV, p. ItJO.)
CJRAFFIGXKK, KsianB-
ffncr, V. a. Eg-ralig'uer, déchirer
avec les ongles. Le moi f/raflif/ner
et son augmentatif sont peut-être
dérivés de l'hébreu : garnph,
prendre par force.
Et ceux qui ne sont acnouslumez
qu'au parler de cotte ville où on ne dit
point autrement que graphigner ou
égvaphigner.
(Henri Estienne, Précellcnce du Long.
}rançais, p. 330.)
OKAlLiK, Grêle, s. f. Cri-
ble, tamis, fiasse latinité : grali-
cula, corruption de craticula,
diminutif du latin : cratcs, claie.
Le 21" d'aousl audit an 1G41 Samuel
Robert se seroyt malheureusement
noyé au lieu de Uussac en se jouant
avecq une grelle.
{Journal de Rol>ert, Arch. hislor. de
Saintes, t. XI, p. 331.)
Dans le vieux français, ce mot
a signifié grille, gril, dairon,
trompette.
Gcfreid d'Anjou ad sun greisle sunet.
(Chanson de lioland, vers iJOal".)
Au quanz en vit arz e bruis
'jui sur graïl ereat roslis.
(Mnrio de Knv.xcK, Purgatoire,
vers lOttj».)
Ou sera bouillis en chaudière
Ou roslis devant el derrière
Ou sur charbons ou sur greïlles.
(J. DK ME^^■o, lOiman de la Hose,
vers 19177».)
QllAlIil.OiV, s. m. Péjoratif
de grillon, résidus mal cuits des
viandes. Outre cette signilication,
le mot {iraillon a eu le sens de
vieilles loques.
Je ne vois pas qu'il y ail plus grand
relief à vendre des graillons que d'en
ramasser...
(T.icoNNEr, /(■ Procès du Chat, se. IV,
cité par Nisahd, Long, populaire,
p. 308.)
C:KATliI.O.\AFK , V. n.
Cuire lentement et mal en répan-
dant une mauvaise odeur; du
vieux français : graailler, brûler,
rôtir. M. Jônain le dérive de
craticula. gril.
CiRAIIiljY, nom d'une an-
cienne famille de Saintonge,
dérivé du verbe grailler, onoma-
topée qui, en vieux français, a
signifié : crier comme la corneille,
croasser, et sans doute aussi :
sonner du cor.
Toutes les fois que le roy sortoit de
son logis, trois corbeaux se vonoient
présenter devans lui, graillant et cro-
aissant de telle sorte, que le pauvre
prince avoit la leste romjiuc...
(Roman d'Eraslus.)
Au XIV° siècle, le sire de
Grailly, Captai de Buch, jjrit une
part active à la sinistre chevau-
chée du prince de Galles, qui
livra au pillage et à l'incendie les
villes les jjIus riches du midi :
Narbonno, liéziers, Mazamet, etc.
Les seigneurs gascons (pii, selon
l'expression de Froissart, « étoient
moult coiivoitous, » en revinrent
chargés de dépouilles.
GRALER
203
GRAVE
GRAIiER, V. a. Griller, faire
griller.
Le vieil bonhomme Gramigousier,
qui après souper se chauffe à ung
beau clair et grand feu et attendant
fjraisler des chastaignes escrit...
(Rabelais, Gargantua^ liv. I, cb. XXVIII.)
CSRAIiÙS (les), nom de loca-
lité située près de Breuillel, qui
rappelle le souvenir d'un incendie.
QRA^fliTIEJVT, adv. Gran-
dement, beaucoup.
Ne demora mies grammant de temps
apriès, que cil/, rois, madame sa mère,
li contes de kent eurent avis et
conseil de lui marier.
(J. Fhoissart. liv. I, § 38«.)
A brief parler, j'estoye ainsi
Mignon comme cest enfant-cy.
Je n'avois pas gramment plus d'aage.
(Fr. ViLiox, l'Archer de Bagnolct, p. 156.)
ORAUDKT, adj. Diminutif de
grand, devenu nom propre.
Vien hardymenl : car quand grandet
[seras
Et qu'à entendre un peu commenceras
Tu trouveras un .siècle pour aj)prendre.
(Cl. MmoT, Avant naissance du fils de la
duchesse de Ferrure, t. I, p. 08.)
GRA]VIER, nom d'homme.
Forme de garnier (voir ce mol),
ou corruption de grenier. (Voir
ce mot.)
CSRAPlLIiER, v. a. Voler
des raisins — ramasser les grappes
oubliées par les vendangeurs. En
vieux franrais on disait grnpcr.
Et des raisins es chans grapoienl.
(Joaii DE .Mklxo, Roman de la Uose, veru 'JI2j*.)
GRAPPI-:, adj. Engourdi, se
dit surtout des mains rendues cro-
chues par l'excès de froid. En
l)atoi;5 toulousain : grcp, engourdi,
his mas grepos, les mains engour-
dies.
GRAS$!$ET, s. m. Becfigue
gris, petit oiseau plus petit que
l'alouelle à laquelle, dans quel-
ques provinces du midi, on donne
le nom de graisset.
GRATIGXER, V. a. Egra-
tigner. (Voir grnfh'giwr, cgrat'û-
gncr.)
She scratched her wilh her nagles
— Elle se graligna de ses ongles.
(Palsgrave, Eclaircissement de la Langue
française, cb. IX, p. 338.)
Car sans cesse il gralignoit
Quand ce désir le jtoingnoit.
(Joach. DU BFI.IAY, Epi th. d'un petit
chien —Jeux rustiques, p. 87.}
GRATOX, S. m. Grillon, ré-
sidu de la fonte de la graisse de
porc. C'est ce qu'on appelle ril-
lettes en Tourraine, ailleurs ril-
lons.
GRATTKROXS, s. m. Fruits
de diverses plantes, le gaillet, la
bardane, etc.
Gratewn, à cause que parsonaspreté,
elle s'attache aux habillements de ceux
qui l'approchent.
(Olivier db Serres, Théâtre d'Agriculture,
p. m.)
Rabelais a écrit glateron .
(Pantagruel, liv. II, ch.'XVl.)
GR.IlVE, s. m. Caillou, gra-
vier, terrain sablonneux. Dans la
Gironde, on appi^lU; vin de ç/raves
celui (pii vient dans les terrains
sablonneux et non pas aux en virons
de Grave, localité du bordelais,
comme le dit M. Lillré.
GRAVER
204
GREZAC
Grave, gravier, viennent des
radicatix grav, grau, qui se retrou-
vent dans le cornouaillais : ffi'oii,
dans le bas breton : (/rouan, sable,
et dans le sanscrit : gravan,
pierre. En basse latinité : grava
locum sahulosum, arenosnm.
(Voir glossaire du t. II de la
Gallia Christiana.) En latin : gla-
rea, gravier.
Il y a tri'^s mauvais pays à chevaucher
pour les graves.
(J. Fnoiss.vnT, liv. II, § III.)
Nous lui donnons loisir (à l'urine) de
se charger de ces excrémenls cl de
grave qui servira de matière à bastir
la pierre de la vessie.
(MoNTiiGSE, Essais, liv. II, ch. XXXVII.)
Dans le même sens de sable et
de gravier, on a dit autrefois
g rave le.
Et li ruissiax
Couroit to7. par fine gravele
Qui estoit plus luisans et bcle
Que n'est lins argent esmerc.
(\V\CE, Roman de Ruu.)
CJRAVER, V. n. Monter aux
arbres — gravir.
Rondement montoit encontre la mon-
tagne et devalloit aussi franchement :
gravait es arbres comme un chat...
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.)
CiRAVli:iiE, s. f. Lieu d'où
l'on extrait le sable, carrière de
grave. (Voir ce mot.)
GRf:iiI':T, s. m. Grillon.
Les poitevins disent un greîet, les
angevins un gresillon. Il faut dire un
grillon avec les parisiens.
(MB.xiGE, Observ. sur la Laïuj. franc.,
cL. (XCXXIV.)
GRKXET, Grenon, noms
d'hommes; du vieux l'rançais :
grenon, barbe, moustache; mot
d'origine germanique; en ludes-
que : grani; en islandais : gr'ôn.
Moult estoit bien appareillez
Harbe ol noire, grcnons trcchiez.
{Fabl. (le Saint-Pierre et du Jonyléor.)
A son menton n'avoit ne barbe ne
[grenon.
(Floire de Blance/hr.)
GRF>1%^1ER, nom d'homme
qui désignait autrefois le mar-
chand de grains (aujourd'hui :
grainetier). On appelait égale-
ment ainsi la glandvc, la saison
de ramasser le gland ; en latin :
granarium.
GRÉSIIi, s. m. Grêle menue;
il diffère de la grêle par la finesse
des grêlons.
Et Moyses tendit sa main et grisil
cessèrent. — Moyses telendit manus ad
dominum et cessaverunl tonitrua et
grando.
{Traduction de la Bible, Exode, ch. IX,
verset 33.)
Pur fuildre en l'esgardement de lui
nues trespassèreni, grésille e charbuns
de fou. — Pro fulgure in conspectu ejus
nubes transierunt, grando et carbones
ignis
(Tradurlion des Livres des Psaumes,
pa. 17, verset i'i, p. 2i.)
Oroz i ad de tuneire e de vent.
Pluie e grésilz dcmesurécmenl.
{Cliunson de Roland, vers i'k'il".)
GRÈVE, nom de localité. En
vieux français, ce mot désignait
un lieu pierreux, plein de sable.
D'après Bourignon, il dériverait
dos mots celtiques gré, grai,
jjici'ro ou terrain gi-aveleux. {Anl.
(le Saintes, p. 142, note.)
GRJLZAC, nom de localité,
GRIGXE
205
GROUS
domaine de la pierre, du celtique
cjvé.
ORICA'i:, s. f. Croûte du
pain, et particulièrement l'un des
bouts do la miche. Ce mot a pour
diminutifs (jri(jnollc , tjrignollo,
il a comme ceux-ci et les mots
français gricjnoi), gi'iguottci\ une
origine celtique, car en bas bre-
ton, krinn signifie grignoter ,
kign, croûte ; en irlandais croinim
signilie ronger.
A laquelle fille le suppliant avoit ac-
couslumé de donner des grignettes de
pain...
(Texte du XV» siècle elle par du Gange au mot
giignolM.)
CiRIlSArn», nom d'homme
signitiant autrelois petit écolier.
El les petits grimaulx les appellent en
grammaire jambus.
(RiBEi..ii3, Vanlauruel, liv. U, cli. I.)
GROA, GroSe. s. f. Terre
caillouteuse, peu compacte, mot
d'origine celtique :
Les bas-bretons disent gr(>a pour
grève et grouan pour sable.
(MÉsiGE, Origines de la Langue française.)
Berle gist sor la terre, qui est dure
(coni groe.
(_Li lioman de Berte au.s grans pics,
vers 528*.)
GKOAIV-LAXS, nom donné
à un banc île la côte, ouest de l'ile
d'Oléron, le platin de Groanhins;
ce mot est d'origine celtique ou
Scandinave: groan,\nQVYQ, sable,
Inns, [lays, terre.
GIIOMKR , Grolenu ,
Groulier, noms d'hommos dé-
rivés du vieux français groulicr,
savetier, groulcs, savates, pan-
toullijs, ou de grollo, corneille,
corbeau. (Voir ce mot.)
GROI^ILi:, s. f. Corbeau,
corneille, ce nom est donnné à
plusieurs espèces, le corrus
coroiia, le cor vus friigilegus,
aussi appelle freux, le cor vu s
monedalu, choucas.
Cela sont les groslcs, corneilles et
choucats...
("Ag. D'AcBrc.\B.)
Je voyois d'aulre part cueillir les
noix aux groles qui se resjouyssoient.
(Bernard Palissy, Rectpte véritable, p. 112.)
Une commune de la Saintonge
s'appelle LaGrollc. ,
GRO.^^ARD, Groiissard,
C>roiis«»e(, etc., noms d'hommes
dérivés de l'adjectif gros, pro-
noncé groiisen Saintonge, ou du
verbe groiisser, grogner, gron-
der.
GROriiKR, v. n. Grogner,
glousser. (Voir grousser.)
Si j'entendois quelque chose en la rue
Crouler de nuit j'avoy l'âme csperdue.
(Ronsard, Elégie de Jean Brinon, t. IV,
p. 373.)
GROUS, G rousse, adj.
Gros, grosse.
Et est battu et paye une grousse ran-
çon
(Les XV loges du Mariage.)
Faire fion groua est une expres-
sion qui signilie aller à la selle.
Car en cuydanl f;iire une vosse
11 m tant (le ]irim ol de gros
^,Ui'il hiy f.iillil payer deux pros
Pour luy avancer de blancz draps.
[Sermon Joyeux de bien boire, anc. tli.
fr.,l. n, p. 10.)
15
GROUSSER
206
GUENIJER
c:ROr§SElt, V. n. Glousser,
onomatopée qui désigne le cri de
la poule qui couve. En sainlon-
geais, ce mot a aussi la signifi-
cation de gronder.
Je n'os à lui parler«de bouce
Car il n'est mais nus ki ne grouce
Quand je vois près de son kaiel (1).
{Li Congié Bande Fa.ttoul d'Arras,
vera '295», Fabl. et Contes, t. I,
p. 121.)
Je retourneray qui qu'en grousse.
{Farce de maître Pathelin.)
GRUAU, S. m. Bouillie durcie
au feu, faite avec de la farine
grossière de blé, de maïs, d'orge
ou d'avoine. Ce mot est d'origine
tudesque. En anglo-saxon : gvut;
en anglais : grout; en ancien
allemand : gruzi; en allemand :
grûtze, signifient grain mondé.
Et une fpmme estendi un drap suz le
purz si cume ele i séchasl orge pur
faire gniel.
(Livre des Rois. p. 183, trad, du
XU" siècle.)
CS-UA, nom de localité. Une
des formes des mots qui comme
gué, guée, gwée désignaient un
lieu où une rivière qui pouvait se
traverser :
Porlaunt de la milieu de \agwée
del Jordan douze perres (2).
{Traduetion de la Bible du XII' siècle,
Jasué, ch. IV, vorset 8.)
En basse latinité , guadare
signifie passer à gué. Au moyen
âge, le nom latin du guâ était
gadiim. Il en est fait mention dans
la charte d'Ûthon, en faveur de
l'abbave de Sablonceaux : Molen-
(i) Kaiel, manoir, cabane.
(2) Portantes d« medio jordanis alveo duo-
decim lapides.
diimm dcgado(GaUia Christ iann,
t. II, instrumenta), et dans celle
par laquelle Agnès d'Aquitaine
et d'Anjou fonda l'abbaye de
Saintes :
Donamus...'.. ecclesiam S. Laurenlii
de gado cum parochiis et utililatibus
universis
(Charta fuiidationis ahh. S. Mariir, apud
Santones — Gallia Chrisliaiia, t. II,
inalr., col. 479.)
L'orthographe du mot latin
nous éloigne du sens de gât (voir
ce mot), dérivé de guast, terrain
ravagé ; en basse latinité : guas-
tatiis, corruption de vastatus.
CUARIR, V. a. Guérir. (Voir
garir.)
Et fait comme le loup qui promeltoit
à la brebis de la guarir de sa tou.v.
(Satyre Ménippée.)
GUEDER, v. a. Rassasier,
saouler, faire manger quelqu'un
avec excès. Ce mot est d'origine
germanique; en vieil allemand :
M'eidôn, et en allemand moderne :
weidciiy signifient paître.
Dont je me suis tant guedé et remply
que j'en crève.
{Straparole.Uaii. de P. de Laiuvey, t. II,
p. 2G5.)
6UÉDOIV, Gneydoo, noms
d'hommes dérivés probablement
du verbe gueder. (Voir ce mot.)
Ce sont peut-être des corrup-
tions du latin : guido, forme
latine du prénom guy.
GUE]VIJER, V. n. Remuer
comme cela a lieu dans une
nichée de petits oiseaux. En sain-
tongeais : nijée. ^.Voir ce mot.)
GUENILLON
207
GUETTE
«lIE^'IIiliO^V, s. m. Lam-
beau de gueiiillo. C'est un dimi-
nutif de ce mot qui dérive du
vieux français : (jonc, robe.
Guenillon était encore usité au
XVIP siècle :
Mais qui pourrait compter le nombre
[de haillons
De pièces, de lambeaux, de sales
[guenillons
Dont la femme, aux bons jours, com-
[posail sa parure.
(BoiLEAu, Satire X.)
On lui ota ses riches habits et on la
couvrit d'un pauvre guenillon de grosse
toile.
(M"" D'AiiNOY, Co'tlc (le Gracieuse et
Perciiiel.)
CÏJKIVIPE, S. f. Femme de
mauvaise vie — femme sale. Du
hollandais : knippe, lieu de pros-
titution.
Passe encore si on était assuré d'rtre
aimé mais mourir pour une guenippe !
(Bus3ï-Rabutin, Lettre du \'l août 1G"8,
à M"" de Séfigne.)
CUKRKT, Gaaret, s. m.
Terre labourée et non ense-
mencée. Mot dérivé du celtique,
conservé dans la langue galloise :
gwerid. Go mot se trouve sous
sa forme actuelle dans un diction-
naire cornouaillais du XII" siècle.
Lur dous espiez enz el cors li uni frait
Mort letresturncnt très en mi un guaret.
[Chanson de Roland, vers 13SI".)
Les terres se trouvèrent en mcschanl
gxiarct toute l'année.
(Claude HiTTojt, ilémoires, t. I, p. 3'J".)
El moy je suis le chien dont la jcu-
(ncssc, folle
Court au long des guérets l'alouette
[qui vole.
{Amadis Jamyn, sonnet 28«, p. ti'2.)
Il laboure les guérets
Traînant les contres tranchants.
(Ant. Bkir, Antigone, p. 67.)
Dans la vieille langue proven-
çale, nous trouvons le niot garac/
avec le même sens :
Per una rega
Aney vas ley d'un garag (1).
{Leys d'Àmors, poème provençal,
cité dans le leiique roman de
KET.>(OlA.nn.)
OUÉRIJV, Cuérinean,
Gu6rinet, noms d'hommes. Les
deux derniers sont des diminutifs
de giiérin qui s'écrivait en latin :
varinus et guarinus; du germa-
nique : varia, défense. On peut y
voir également une corruption du
vieux français : gair, garçon,
jeune homme.
GtJKKIVIKK
S. m. Grenier.
Ciuaruicr,
Si mon bled estoit dans mon guernier
et H guernier fondoit ou perroil en telle
manière que mon bled chéist en un
autre guernier
(Philippe DE Bb\cm.i:«oir, Coutume du
Beauvoisis.)
Si je sçavois parler latin
Ainsi (jue font ces cordelierg
J'arois du blé ces plains garniers.
iR(i;,'or DE CoLiEuYR, Solyre pour les
habitants d'Auxerre, p. 9.)
GUETTE, s. f. Action de
guetter, guet, affût.
Cil jor fist Henri», li frères dou
comte Haudoin, entre lui cl ses gens la
gaite as engeins devant la porte de
lilaquernc.
(ViiiFiuBDonx, Conquête de Couslan-
tiiwplc, p. 81.)
On appelait de ce nom, au
moyen âge, la patrouille chargée
de parcourir la ville pour assurer
(l) Aujourd'hui j'allai S lui par une rège
(sillon) d'un yucrel.
GUETTER
20S
GUILHAUD
la tranquillitt' des habitants; plus
tard, elle s'est appelée le guet.
Nus chapeliei- de feutre ne puet
ouvrer devant que la guette ait corné
le jour
(Livre des Métiers d'Est. Boileai-, p. '218.)
GUETTER, V. a. Surveiller.
Ce sens, usité en Saintonge du
verbe français guetter, l'était
aussi au moyen âge.
Mps tant corn famé est plus gaitie
Elle est plus encoraii^ie
De mal et de folie à faire.
(Dolftpathos, versll0"3', édit. Janiiet,
p. 37y.)
GriBAUn, nom d'homme,
du vieux germanique : wibakl
(combat-hardi), d'après Lorédan
Larchey. Les formes latines :
wibaldus, giiihaldus, guihaudus
se rencontrent fréquemment dans
les vieux chroniqueurs.
Au X" siècle, Guibaud était le
vingt-troisième évoque d'Angou-
léme :
Quo tcmpore (9'il) Guibaudus cpis-
copus Engolismensis deccdens succes-
sorem habuil Focaudum.
{Gallia Christiana, t. II, col. 986.)
GUIBERT, nom d'homme
dérivé des formes germaniques :
wichbert , wibert (combat-re-
nommé) , d'après M. Lorédan
Larchey, Dictionnaire des Noms.
CiUieilAKU, Guicliar-
det, Giiicliardin, fiiuicliar-
dcaa, noms d'hommes. Les trois
derniers sont des diminutifs du
premier qui, d'après Lorédan
Larchey, dérive de wichart (com-
bat-endurci.)
En vieux français, guiscbard
ou guiscard signiliait rusé, astu-
cieux; gnichard a le même sens
en Normandie. Ces adjectifs ont
probablement une origine Scan-
dinave car, en islandais, wiskr a
la même signilicalion :
C'est ce Robert lequel, par son excel-
lent esprit et astuce grande fut nommé
Guisca7'd
(Ant. Dc VEiiDiF-n, les Diverses Leçons.)
GUIG^ARD, Guig:nct,
noms d'hommes dérivés du verbe
guigner, encore usité et qui
signifie, au propre, regarder en
clii^rnant dc l'œil.
GUSGXE, s. f. Cerise de cou-
leur foncée qu'on appelle aussi
Quin ou guindoux. Borel prétend
que guigne vient do Guyenne,
nom du i)ays où abonde ce fruit
que les latins appelaient cerasa
aquitanica. (Voir son Dictionnaire
du vieux français, au mot guisne.)
Le verre est le pinceau duquel on
[t'enlumine
Le vin est la couleur
Dont on t'a peint ainsi plus rouge
[qu'une guisne
En beuvanl du meilleur.
(Olivier Basselin, Yau de vire à son nez,
p. 31.)
Diversité de fruits Rieslez comme
pruneaux, cerises, guignes et autres
telles espèces
(Bernard PALisay, Reccpte Véritable,
p.%.)
Plus rouges que coural.j'ay tous les
[ans des guignes.
(Ro:oMiD, le Cyclope amoureux, t. IV,
p. 111.)
GïJITiBAlID, Giiilleband,
noms d'hommes, du germani-
que : willebald (volonté-hartlie),
d'a[)rès Lorédan Larchey, Dic-
tionnaire des Noms. En 1608, le
prieur dc l'abbaye de Saint-Jean-
G U ILLARD
209
GL'IMAUX
d'An^^ély portait le nom de Guil-
Icbaud (Voir Gallia Christiana,
t. II, col. 1107.)
Gl'IIiliAKD, nom d'homme
d'origine germanique : wiUi-hard,
volonté-aguerrie (d'après Loré-
dan Larchey.)
GUIIiliAUD, enillot,
Guillet, noms d'hommes dci-i-
vés du germanique : will, volonté,
comme le précédent, ou plutôt du
vieux français : giiille, tromperie,
ruse; guiléor, trompeur; guiller,
tromper.
Tel pcnso guiller Guillot que Guillot
lou gidlle.
(Proverbe provençal cité par Borel, Trésor
des Rccheniiea. — Paris, 1655.)
El cil sont si nice et si fol
Et guiléor et laschc et mol
Que se je bien grant sens avoie
Entr'aus, ce cuit, tôt le perdroie
Tant leur ci mentir et guiller.
{La Bible Ciiint de Proriiis, vers 122»,
Fabl. et Contes, t. H, p. 311.)
Griï>.LAr:Tir, ouiiiau-
nict , fâuillciiiiu, (-iiillc-
■uinot, etc., noms d'hommes
dérivés du germanique : wilheni
{will, volonté; Jiclin, casque), ou
du vieux français : guillc, trom-
perie.
Diex ne Qst onqucs évangile
C'on ne puisse tourner à guile.
(RuTEBŒiT, Image du monde.)
Cil'IM^OTIXK, s. f. Le
nom i\c ce sinistre instrument
peut entrer dans un glossaire
sainlongeais ptusqu'il a ou pour
parrain notre compatriote, le
médecin GuHlolin, dont la science
et les vertus méritaient une
immortalité i)lus enviable. Le
nom Giiillolin est un diminutif
do Guillot (voir plus haut), nous
le trouvons en 1692, porté par un
maître chirurgien de Dolus, dans
l'île d'Oléron. (Voir Archives
historiques do la Saintonge, X,
189.)
L'appareil, remis en honneur
par la singulière philanthropie
du médecin sainlongeais, est pro-
bablement bien ancien. La maidcn
dont on se servait en Ecosse, au
XVP siècle, la niannaja génoise
sont de véritables guillotines. La
description de ce dernier instru-
ment, faite en 1507, suffira pour
reconnaître l'instrument et la
manière de s'en servir.
11 se meit à genoux et ostendil le col
sur le cliapus (1). Le bourreau print
une corde à laquelle lenoil attaché un
gros bloc, atout (2) une dolouère tran-
chante, hantée dedans, venant d'amont
entre deux posteaux et lira ladite corde
en manière que le bloc tranchant à
celui gennevois tomba entre la leste et
les espaules
(Jean d'Aitom, Histoire de Louis A'//,
édil. 1615, ch. XXVm, p. 2-28.)
Le régent d'Ecosse, Jlorlon,
fut décapité à Edimbourg par une
machine de la même espèce en
1581. En 1652, on retrouve un
appareil identique employé à
Toulouse, pour l'exécution du duc
de Montmorency. (Voir M. Scott,
Histoire (F Ecosse, 1'"° série,
ch. XIX, et Mémoires de Puysé-
gur, édil. de 1717, 1. 1, p. 137.)
«nif.%.U"X, adj. Qualifica-
tion donnée en Poitou aux i)rès
([u'on fauche deux fois. Gorriq)tion
du \(\['\n h i nulles, d'après Ménage.
(I) Cliappus\ chappuisy arçon de selle. (Voir
ce mot.)
(i) Atout, avec. (Voir ce mot.)
GUINDET
210
GUITRES
{Origines de la Langue française,
p. 370.)
Prèz gxiimaxix sont prez qui portent
deux fois l'an...
(RiBBLiis, Gargantua, liv. I, eh. IV.)
CilJIlVDET, Gnindon, noms
d'hommes dérivés de Quinder,
hisser, ou du bourguignon guin-
don, cerise noire; en langue d'oc:
guindole, guindoul; en sainlon-
geais : guindou et giiin. (Voir au
mot guigne.)
Gi:iO]V , Giiyon , noms
d'hommes diminutifs du prénom
Guy, abréviation de Guillaume
(voir ce mot). Un des guerriers de
la grande épopée Garlovingienne,
natif de la Saintonge, a été dési-
gné sous ce nom :
Sun cumpeignun Gérer ocituncore
E Berenger e Guiun de Santonie;
Puis vait ferir un riche duc Austorie.
(Chanson de Roland, vers 1580».)
Ce mot guion pourrait être une
abréviation du vieux français gui-
oneres, conducteur, guide.
Tu fus guioneres etnmoneres etadre-
cieres de son erre, de son vcaige en
l'esgardement de lui (1).
[Commentaires sur le Psautier, — Psaume
ÏXIX, verset 10'.)
d'ITARD, Gniton, noms
d'hommes, en vieux germanique :
Witard, Wito, dérivés de wit,
(1; Dux ileneris fuisti in conspcctu ejus.
ample. (Lorédan Larchey, Dict.
des noms.)
Au XVP siècle, un Guittard
était le 32° doyen du chapitre de
Saintes : Ludovicus Guittard, re-
cipitur die 5 X'""'^ anno 1553.
{Gallia Christiana, t. II.) Au XVI«
siècle, la charge de présidial de
Saintes était occupée par Jacques
Guitard. Il est superflu de rappe-
ler le nom glorieux de Guiton,
maire de La Rochelle, éner-
gique défenseur de cette place,
assiégée par Louis XIII et Ri-
chelieu.
GUITIXIKRES, nom de lo-
calité, canton de Jonzac. Radical :
•\vitt , en vieux germanique :
forêt.
GUITRE§, nom de localité
située sur la rive droite de l'Ile.
Est-ce un dérivé du celtique
guich, bourg, village, quartier;
une corruption du vieux français
guiterre, bouclier de cuir; gui-
treux, soldat ami delà guiierre?
La Gallia Christiana nous a con-
servé le nom latin de la vieille
église de Guitres : Ecclesia beatœ
mariœ de Aquistris. Ce dernier
mot est probablement devenu
Guitres, après avoir été une cor-
ruption de aquis tribus (trois ri-
vières), nom qu'explique l'aspect
du pays vu des coteaux. A cette
hauteur, on distingue les nom-
breux méandres de l'Ile , qui
vient de recevoir laDronne.
HABILE
211
HERAUD
H
H^lBIIiE, adj. Bien portant,
robuste.
Je qui souloyc csirc habile
Suis débile
Cassé de corps, pieds et mains.
(Cl. MiROi.)
HAOIPS, nom de localité du
canton de Matha — de hahn, ha-
meçon ; en latin : hamus.
HÂliER, V. a. Se dit de l'effet
produit sur le visage par un vent
froid ou une grande chaleur.
Et pour garder que ses mains blanches
Ne halaissentol un blans gans.
(Guillaume de Lorhis, Roman de la Rose,
Ter 8 565'.)
Autrefois, on appliquait cette
expression au pain grillé:
Puis, quand il sera cuit, halez une
lostée de pain Prenez du pain haslé
et du foix de pouiaille...
(TuLLETBNT, Le litre de Cuisine ou viandier.)
Le verbe haler et le substantif
Julie, dérivent du grec d'après
Henri Estienne, qui leur donne
pour étyinologie le dorique aX-.oc,
(en grec : r^lioi;). Ces mots ont
peut-être une origine celtique,
car en gallois, yitîw/signilie soleil,
heulaw, exposer au soleil. En
vieux français, halle a eu le sens
de soleil.
Or veut l'ombro, or veut le halle.
(Kouveau recueil de Contes, t. H, p. 172.)
Poi pensent à pluie ni à halle.
(Branche des royaux Ugnaijc.s. 1. 1, p. 111.)
HA:?I£.11S s. m. Village, de-
pendance d'un bourg. En basse
latinité : hnmellum. Ce mot qui
est français, est inscrit ici en
raison de son origine germanique
ou saxonne. En tudcsque, ham
signilie maison, domicile, habita-
tion. Beaucoup de noms de loca-
lités se terminent en ham en
angleterre, en heim en allemagne,
en am en hollandais; ce sont des
formes variées du mot qui a
formé haDieau.
Covertes ièrent de genestes
De foillics et de ramiaus
Lor bordettes et lor hamiaus.
(Jean de Mecno, Roman de la Rose,
vers 'J14"2«.)
IIARSOIR, adv. Hier soir
(voyez arsoir, hersoir).
Harsoir en vous couchant vous jurasles
[vos yeux
D'estreplustot que moy ce malin csveillée.
(Ronsard, Amours, t. I, p. 164.)
Et harsoir du croissant, qui le beau
[temps semont,
Les co.'nichons pointus versez en con-
(Iremont.
(Remy BELLEit, Bergerie, 2» journée, p. 108.)
HKGROX, s. m. Héron,
d'après M. Burgaud des Marets :
Hégronneauœ, foulques, aigrettes, ci-
goingncs
(RiBBi.Ài9, Gargantua, Ht. I, cb. XX.Wn.)
IIÉRAUD, lléranlt, noms
d'hommes. En tudcsque : jiarald,
en saxon : Iiarold, ayant pour si-
gnification : ancien de l'armée
(han\ armée, ald, ancien). D'où lo
nom donné à l'oflicier chargé de
porter les défis, de surveiller les
HERBAUD
312
HOBEREAU
combats singuliers, do tenir regis-
tre des noms et armoiries de la
noblesse. (Voir LorédanLarchey,
Dict. des noms.)
lIERBAi:» , lîorlicati ,
noms d'hommes du Vieux germa-
nique haribal(Ii\i{il\auldG l'armée)
d'après Lorëdan Larchey. En
vieux français, Iwrhout, bcvbaus,
stérilité, pauvreté.
Ou se herbout devoit saillir
Qui si feïsl les bien faillir
Que gcnz de fain niorir déusscnt.
(Jean de Mr'ng, Romam de la Ro:^e,
vers 18U97».;
Monter dessus comme herhaut sur
pauvres gens...
'(Rabelais, Pantagruel, liv. IV ch. LH.)
HERPES, nom de localité,
en latin herpiacum. En langue
romane, lierpcv est synonime de
hérisser, hcvpo de herse et de
grille. Le nom \?^\\\\ àe hevpiacum
signifiait donc : domaine boisé, ou
domaine défendu par des herses.
En 1157, l'égHse de Herpès:
Ecclesia beatœ maria? de /ie/'p/aco,
fut donnée par Foulques et son
épouse à l'abbaye deSte-Marie de
Saintes.
UERSOIK, adv. Hier soir.
(Voyez arsoir, liarsoir.) Hier
vient du latin heri, en sanscrit :
h y as.
Un en aveie, cil fut ocis her soir.
{Chanson de Roland, st. 193«.)
A moult grant tort la refusastcs
Er soir quant si vous courour.istcs.
(Fabliau de la maie honte, vers 1-28' —
Recueil de Darbazan, l. UI, p. -208.)
Pour ce matin un peu vous conforter
Du dueil qu'/iersoir il vous convint
[porter.
(Cl. MiHoi, XII* Elégie.)
On trouve également écrit cr
pour hier, er main, pour hier
matin.
Ermain scdeit l'emperèrc suz l'umbre.
(Chanxon de Roland, vers 383». )
HERVE, Hcrvcy , noms
d'hommes, dérivés du germani-
que : heriwiff (armée, combat),
qui a donné les formes hairveus
eUieriveiis, latinisés en hervœus.
(Lorédan Larchey, Dictionnaire
des Noms.)
HIER!!»AC, nom de localité,
formé de la terminaison ac,
domaine (voyez ac) , et du
vieux mot hierre (latin : hedera)
qui, par l'adjonction de l'article,
est devenu le français : lierre.,
ou du vieux français .: hière ,
héronnière (latin : herodius ^
héron.)
HIER§-BROUAGE, nom
de localité. Pour Iliers, voir
Iliersac, et se reporter au mot
Brouage.
HIIiîiAiRET, nom d'hom-
me, forme du prénom : hilaire,
dérivé du latin : Lilarius, gai,
jovial.
HO! interjection employée par
les charretiers poiu* faire arrêter
leurs chevaux. Synonime de :
halte!
D'aler ou Liens m'avicngne, puis-je
[bien dire ho!
Car pour ce que j'ai froit, en mon
[manlel m'enclo.
{Li Roman.i de Berte aus grans pics,
vers 833».)
HOBEREAU, s. m. Petit
HOMMAGE
213
HUCHER
g-onlilhomme do mauvais aloi. Co
mot, (jui s'a})j)li([uail autrefois à
un oiseau do proio, était dérivé
des mots plus anciens : hobc,
hobel.
Femme est ostoiir pcr preic aUoindre,
Femme est es|iorvcr (ler haut voler,
Femme est hobel pcr haut monter.
(yniiirati Recueil de Contes, 1. 1, p. 331.)
lIOiTI.llAC7K, adj. Femme qui
a la liguro masculine, l'extérieur
d'un homme.
Mais malheureux celuy qui vil esclave
[infâme
Soubz une femme hommacc cl soubz
[un liomme femme.
(Agr. d'Aibigné, Tragiques, liv. U, t. IV,
p. 93.)
no.n.^IE, s. m. Mari. Noutr'
homme, mon mari.
J'entends qu'elle soit obéissante à
Dieu cl à son homme, ménagère, ser-
vante
(.1. LiÉuirLT (1), Maison rustique.)
UOilOIF flï'ACiE, locution
usitée pour désigner un vieillard.
Joue-toy de ces baltelagrs avccques
des enfans et no destourne à cela les
pensées d'un homme d'âge.
(Montaigne, Essais, liv. I, cb. XXV.)
II l! Hue! interjection usitée
pour faire avancer les botes de
somme et do trait. En basse lati-
nité : Jjueshim, cri tumultueux
([ui a été conservé dans les mots
fraïK'ais : huer et hiiàc. Il est
])robablc (jue le mot tudesque :
hiiff, (jui signifie dehors! a été
l'origine de ces diverses expres-
sions.
(I) Jcnn Liéliaiilt, médecin et agronome de
Dijon, auteur de VAyriculturc cl iluison rusti-
que (1570).
Dixil bis : Jiuz! hiiz.' quod significat :
foras !
{Vie de Louis le Débonnaire, par un
anonyme.)
Dune recumenccnl e le hii c le cri.
(Chanson de Roland, vers 206l«.)
Lors leissèrent cheval aler
l,à oussiés un hus lever
Et une noisse et un cris (1).
{Roman de la Guerre de Troyes.)
Et li hus ère si grans, que il scmbloil
que terre et mer fundisl.
(ViiLEiiAnDoii.N, Conq. de Constantinople.)
nri nau! — Un! IIô!
interjection pour faire marclier
les botes en avant et à droite.
Dictes hio'e ho car je suis cheval
Mais gardez que me frappiez —
Où es-tu? — A quatre pieds.
(Farce de Guillerme, anc. th. fr., 1. 1,
p. 331.)
A propos ung charlier sans fouet
Qui ne dit dea ne hure hau
l'ourroil-il toucher son chevau.
(Roser DE Coi.ir.^\t., Sermon pour une
fiopce, p. Il "2.)
B&r€fiII':B5, .Suclior, v. a.
Apj)clor à haute voix. En celti-
que, urc'hn signifie hurler; cei)on-
dant, le mot hacher pourrait
dériver du latin : hue, ici, d'où le
bas latin : huccus, cri d'appel.
En sa maison l'cmmaine, le passet
[bêlement,
Symon hwhe sa femme, constance o
l^le cors gent.
{Derte ans yrans pies, ver» lili*.)
Lors jeunesse si hucha le portier
Et luy a dit : j'ay oy ung cstrangier.
((;ii. i)'0nLKA:<9, Enfance et Jeunesse.)
Ecoute : on me husche : il m'en faull
aller.
(Ilon.iv. nrs l'Knir.iis, Cymbalum mundi,
(Uni. 1V«.)
(1) Alors laissèrent leurs chcv.Tux alcr, lit tu
eusses entendu s'élever un hurlement et une
dispute et un cri.
ICI
INNOCENT
Au XVII* siècle, le substantif
biichet, corne pour appeler les
chiens, était usité dans le langage
de la vénerie.
Dieu préserve, en
chassant, toute
•(sage personne
D'un porteur de huchet qui mal â
[propos sonne.
(MouÈBE, Fâcheux, «ci. n, «c. Vil.)
HUTEAU , nom d'homme ,
habitant de la hutte ou petite
maison. En vieux français : hute.
ICI, adj, démonstratif. Em-
ployé pour ci. Cet homme ici
pour cet homme-ci.
Et si quelque maistresse en ces beaux
[moys icy
Lui tourmente le cœur d'un amoureux
[soucy.
(Ronsard.)
Et dans ce monde icy
Souvent avec travail on poursuit du
[soucy.
(Math. RÉoNiEH, Satires.)
IliE, nom de la rivière qui
passe à Périgueux et se jette, à
Libourne, dans la Dordogne. En
latin : Ella.
Liburnia ad Dordoniam ubi Ellatn
amnem recipit.
{Gall. Christ., i.lh col. "éSf).)
IIV, lue, adj. numéral. Un,
une.
Agaré, monsieu le baron, in sot avise
ben ine bête.
(Agrippa D'ArBrr.tié, Baron de Fœneste,
liv. n, ch, IX.)
IIVCITER, V. a. Exciter,
pousser à quelque chose.
A quoy j'espère qu'elle sera incitée,
quand il lui playra considérer
(Henri Ebtiennb, Dédicace du truite de
la l'rccellence du Langage français.)
La beauté partant du dehors
De cette maison amoureuse
D'entrer dedans m'incita lors.
(CI. Marot. Temple de Ciipido, 1. 1,
p. 13.)
IIVeOIflPREIVABIii:, adj.
Incompréhensible , inexplicable.
Ariston estime la forme de Dieu
incomprenable.
(Montaigne, Essais, liv. II, 2i9.)
IMCRÉYARIiE , adj. In-
croyable. On disait, avant le
XV® siècle, incréable.
Je veiz choses incréables du froit
(CoMiNEs, Mémoires, ut. II, li.)
I^GIilSE, s. f. EgUse.
Li rois escrit as chenoines Seint-
Aignan d'Orliens que il un poure clerc
reçeussent à chcnoine por sa prière et
à frère en lor ynglise.
(Li Livres de Jostice et de plet, p. 17,
§5.)
IXIVOCEXT, s. m. Idiot; se
dit surtout de celui que l'imbé-
cillité rend irresponsable de ses
actions; du latin : ignoscore ne
pas connaître.
Les tuteurs ne se donnent seulement
aux mineurs mais aussy à ceux qui
n'ont l'usage de leur sens comme à ceux
INSOLENTER
213
JABLE
qui sont naturellement mûris et sourds^
lous innocents, sols cl autres.
{Nouveau Coustumier généraly t. I,
p. 1"2G0, cilé par Litiiié.)
IIV§OIiE^'TER, V. a. Inju-
rier, traiter insolominont.
Madame la duchesse se sentit sou-
lagée d'avoir au moins insolente sa
sœur.
(Saint-Simox, Mémoires, 271-172, citi par
LlITBÉ.)
IRAICî:vi:, s. f. Araignée.
Ainsinc est comme mésons vide
Où Virègne Qle et desvuide.
(Bible Guint de Provins, vers 1870' —
Fabliaux et Contes, t. II, p. 367*. )
Quant ung homme trouve sur sa robe
une yreigne c'est signe d'cslre ce jour
eureulx.
(Evangile des Connoilles,p. 53.)
ISAMBART , Isanibert ,
noms d'hommes d'origine germa-
nique, qu'on trouve dès le IX° siè-
cle, formés des mots is, fer, glace
(aujourd'huy ice), bart, géant;
bcrt, renommé, ou herj, mon-
tagne.
Abat-paroi, fort pontonnier
Et Jocelin lonnc-morticr.
Et Isenbart le mau-réglé
Et Espaulart le (ils raichc.
{Fabliau des Deux Trovéors ribaux^
RiiEBai'F, t. I, p. 338, note.)
ITOUT, Ftont, Otout, adv.
Aussi, de même, également, en
latin : item ou cliam. Ces mots
dérivent, d'après M. Littré, du
latin : hic talis, d'oti est venu le
vieux français : itel. (Histoire de
la Langue française, t. II, p. 127.)
Ge connais Hunbaul tranclic-costo
Triant, Traïant, et Enbatoul
Des ménestrels connais itoiit.
(Fabliau des Deux Trovéors ribaux,
RcTBBŒtK, t. I, p. 339, note.)
Quand la chèvre saute au chou
Le chevreau y saule itou.
(Livre ries Proverbes français, t. II,
p. 164.)
IVROGIVER (s'), V. réfl.
S'enivrer habituellement.
Ils luy faisoienl passer le temps à
yvrongner et à dire mots de gaudis-
seric.
(Fr. Amïot, traJ. dos Vies de Plutar-
que, cilé par Litiiié.)
IVROG^'E^SE, s. f. Femme
habituée à s'enivrer.
Femme safre et yvrongnesse
De son corps n'est pas maflressc.
(ProTerbo du XVI» siècle, cilé par LiriBB.)
JA, adv. Pas, jamais.
J'en cstcroio moll dolans; mais se jo
puis, il ne vos tcnronljo.
{Aucassin et Nicolele, ch. XXVI.)
Las! vous amenderez, vousjo
Qui menez la vie que savez
l'our rendre compte et rcliqua,
(Oliv. .Mailliud, Chanson piteuse^ioGi.)
Quand tel ribaud seroil pendu
Ce ne seroit ja grand dommage.
(VoiTCBF, cité par Richelbt, éJil.
de 1G80.)
JARIiE, Joiialile, s. m.
Entaille pratiquée aux douelles
des barriijues pour y encastrer
les pièces du fond.
vlADOT
'216
JAMBU
Les futailles ne se trouvant de jaulge,
bouge cl jable raisonnables elles seront
contlsquées.
(Eiiit de février 11)96, cité p.ir LiimÉ.)
JABOT, s. m. Haut de la
chciiiiso qui sert fort bien de
poche — poitrine de femme. De
gibba, bosse.
Amour nabot
Qui du jabot
De don Japhel
As fait
Une ardente fournaise.
(ScAnnoN.)
JACHÈRE, s. f. Terre
laissée en friche après une
récoltç.
Les jachierres, qui n'i refiche
Le soc, demoreront en friche.
(Jean »e Mei No, Roman (le la Rose,
vers 1<J"77«.)
On a dit, anciennement, gns-
kierrc dans le nord de la France.
Pour miex fruclclier plus tart
De si au ticrc an ou au quart
Laist-on bien sa terre à gaskière.
{Li CoïKjiés Adaii d'Aras, Fabliaux
et Coules, 1. 1, !>. 108.)
JACQUET, nom d'homme,
diminutif de Jacques ; d'où la
locution : dès patron Jacquet.
(Voir au mot patron.)
JADExlU, s. m. Petite jatte,
d'après M. Burgaud des Marets.
Il a les yeulx rouges comme nnjadeau
de vergne.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXIX.)
JAIiliE, s. f. Vase, jatte ou
baquet. Ce mot s'applique dans
la Gironde à des petits cours
d'eau; il est d'origine celtique,
car, en écossais, sgal signifie
seau; en irlandais : sgala, bol,
tasse. En vieux français, on
trouve les formes Jaloie, Jarle.
N'a encor guères que il plut
Kt de l'èvc assez y cstut
Ou plus ou moins d'une jaloie.
{Roman du Renard, vers 2407».)
Lors a li prestres encontre/
Deu.K gars qui portent une jarle.
(Fabliau du Prcstrc crucifié.)
JAIjOIV, s. m. Vase à conte-
nir des liquides; même origine
([ue Jnllo, ou dérivation du latin :
jaciiJuin.
Céenz a os tel a devis
Quonque l'en veut i trueve l'on;
Ostcs, traiez dcml-jalon,
Quar je l'aim moult frès et novel.
(CoiiTois n'Annks, Imitation de l'enfant
prodigue.)
JAIiOUSlE, s. f. Œillet de
Chine ou œillet barbu. Ce mot
désigne aussi l'amaranlhe dont le
nom latin, colosla, est probable-
ment l'origine du mot vulgaire.
JAIVIBE, Jamble, s. f.
Coquillage comestible, univalve,
de forme conique, qui s'attache
aux rochers.
Les huîtres, les mondes, les gembles
et un nombre infini de burgaux de
diverses espèces...
(Bernard Palishï, Rccepte véritable,
p. 147.)
JAMBU, nom d'homme,
signifiant i)ourvu de grandes
jambes.
Eussiez dit que c'estoient grues ou
fiammans ou bien gens marchans sur
eschasscs. Et les petits grimauls les
appellent en grammaire j'am^us.
(ItADELAia, liv, n, ch. I.
JANVIER
217
JARS
JA.1WIFK, nom d'homme;
du laliii : Jiiininrhis, })Oi'ticr.
JAR^^1':k, V. a. Gercer,
causer à la peau une gerçure qui
se dit, en saintongeais, jarce ou
gearce. (Voir ce dernier mot.)
L'onglée et les frissons
Mesmc devant le feu, de la troupe
[tremblante
Tenoient les doigts jarçez de froidure
[mordante.
(Remv Bbiieiu, Bergeries, 2™« journée,
p.' 130.)
•TARD, S. m. Réservoir où
l'eau de mer se concentre avant
d'entrer dans les aires des marais
salants oii s'achève l'évaporation.
Ils ont fait venir l'eau de la mer jus-
ques à un grand réceptacle qu'ils ont
nommé le jard.
(Bernard Paiissv, Discours Admirables,
p. 307.)
JARD (lia), nom de localité.
Du vieux IVanrais jargucrie, jar-
derie, ivraie, mauvaise herhe.
Mais là vanereigie mon fromont et gi-
lerei fors et la paille et la jarderic.
{Commentaires sur le Psaume 100,
XUl' siècle.)
JARDRI.V, s. m. Jardin.
Et premièrement sur ungjardrin estant
assis au chasteau appartenant au curé
Saint-Fryon, doibt par chascun an
quinze sols...
(Dict. de 15'23 des droits dus nu roi par les
clercs de Sl-Fierre do Saintes, Archives
historiques de la Saintonge, t. X, p. 83.)
JAROLSSK, s. f. Espèce de
pois.
Ils iront faire leur viandis : scmbla-
blement aux pois, febves, jarousses.
vesces et autres légumes.
(J. DU FofiLioii, Vénerie, ch. XXVUI.)
JARRIK dift), nom de loca-
lité. X^ontraetioii du vieux l'rançais
jar(juevii\ jardevie (voir javd).
En patois poitevin, jarrie, jar-
rige, désignent une terre inculte.
Au moyen âge, cette localité
était désignée par le nom latin
javreia, elle est mentionnée dans
la charte de fondation du monas-
tère de Saint-Jean en Poitou,
(pii fut confirmée en 1140, par
Louis VII.
Dono etiam in territorio Xanctonensi
medietatem villœ et terrfirum de Lolay...
et jarreiam cum terris sibi appenden-
tibus.
{Charta Guillelmi, Aquit. ducis,
2S janvier 1017.)
JARROIV, S. m. Jarret d'a-
nimal, terme do houchcrie. Autre-
fois, il a désigné les branches
coupées en biseau cpii ont la forme
du jarret de banif ou de veau sus-
pendu à l'étal du boucher.
\'ilains, tu semble mieux pcndéour de
[larrons
Que ne fais charbonnier ne copeur de
[jarrons.
[Roman de Girart de Roussillon, XUI* siècle.)
JAR^, s. m. Oie mâle. En al-
lemand : gans. Les latins connais-
saient ce dernier nom, appliqué
aux oies de germanie :
Candidi ibi (in germanià) verum mi-
nores (janzo: vocanlur.
{Vu^B, Histoire naturelle, liv. X,ch. XVH.)
Le mot saintongeais dérive pro-
bablement du celtique, car le bas
breton garz a la même signillca-
tion ainsi que l'islandais et l'écos-
sais ganra.
Totes sont pleines les cuisines
De jars, de col et de gelines.
{Homan du Renarl, Ters 12661».)
JAU
218
JINGUER
Moull i ot gclines el cos,
Anes, nialarz, et jars et oes,
{Idem, vers 12;2'.)
Il en acheple force mestairics... coqs,
chappons, pouUctz, oyes, jars, canes,
canars et du menu. ..
(RiBBLii^, Pantagruel, Prologue du IV» livre.)
Jamais tu n'eslois resjouie
Qu'en contemplant la vilenie
Une cane soubz un can;ird
Une oy'envezée d'un jard.
{.VgrippB d'Ai'bio.né. Ode XXII, t. III,
j.. 165.)
On disait encore au XVII® siècle
jargauder pour désigner l'action
du jnrs couvrant sa femelle.
(Voir Ménage, Origines de la
Langue française, p. 401.)
JAU, Jas, s. m. Coq. Du latin
gallus.
Ant que la noil lo jalz cantes
Terce vez Pelre lo noiet (1).
[Passion de N. S. J.-Christ^ Manuscrit du
X» siècle de la Bibliothèque de Cler-
mont-Ferraut,
Si ussil fuers devant la cort, se chan-
teit \i jas.
(Traduction de l'évangile selon S. Matthieu
en dialogue Lorrain du .\II' siècle.)
Il les faisoit despouiller devant tout
le monde; les aullres dancer comme
jau sur brèze ou bille sur tabour.
(RiBELiis, Pantagruel, liv. II. ch. XVI.)
JAU, S. m. Robinet, canal.
Il avait la même signification au
moyen âge. (Voir Roquefort ,
Glossaire de la Langue romane.)
J.IUXET, s. m. Nénuphar
à fleurs jaunes. Dans le langage
familier, on donne ce nom à une
pièce de monnaie en or. Le mot
Jaunet était usité au XVII" siècle
(1) Avant que la nuit le coq chantât, trois
fois Pierre le renia.
dans ce sens. (VoirOudin, Curio-
sités françaises.)
JAUIVETTE, s. f. Champi-
gnon chanterelle, appelé jaunelet
dans le dictionnaire de Littré.
JAVEIiliE, s. f. Sarment de
vigne — fagot de sarments —
gerbe de blé. En basse latinité :
javella, fuscis sarmentorum (du
Gange, Glossariuni).
Marchand qui vend charbon et javelle
en la ville de Chartres, à sas revidiez...
(Reg. Censuum Carnotensis urbis, anno 1302.)
Gerbeur, tes javelles entasse.
(Daif, Eglogue XIV. i>.i08.)
Adonc sur le matin quand il entend passer
Les voysins qui s'en vont la javelle
[amasser.
(PiBRAc, Plaisirs de la vie rustique, p. 120.)
JEÎVIVE, Jène, adj. Jeune.
On a dit autrefois juène, Jouène,
plus rapprochés du laiïnjuvenis.
Et se fichent à l'oighe tant Jonencs que
[cenus.
{Roman d'Alexandre, i>. 96.)
Riches fu et de haut paraige
Mes moult en (ajuennes d'aage
Quant ses pères parti de vie.
{Dolopathos, vers 137», Ed. Jannet, p. 8.)
S'il a amie ou genne ou vieille
l'",t sf.t ou pense qu'ele vuelle
Autre amis querre
(Jean de Meiing, Roman de la Rose,
vers 10437».)
JEUNESSE, s. f. Jeune fille.
Di que je fus couplé sous le joug d'h^-
[ménec
Avec une jeunesse à toute vertu née.
(Vauquelin bb Lu Fuessaïb.)
JUVOUER, V. n. Jouer, .s'é-
battre. Ce mot a été usité dans le
JOBARD
219
JONZAC
français du moyen Age : Jyngucr,
rire, folâtrer, badiner. Du latin
Jocare. (Ho(iuefort, Glossaire de
la Langue romane.) IJorel dérive
ce mol du grec iùy$. (Voir gingucr.)
JOBAltD, s. m. Homme
niais, crédule. On dit encore en
flamand : johhe pour ni{?aud.
En vieux français, johe, joholin,
avaient la même signillcation,
ainsi que jobet aux XVP et XVII"
siècles.
Faire le mignon longtemps, qui est
l'offlce d'un jobe ou caillette.
(Noël 00 Faii, Propos rustiques, Ut. VI.)
Je ne sais ce que j'aurais fait d'un
jobelin qui eut sorti de l'académie.
(M">« OB SÉriG!(é, Lettre du 4 juin 1GG9.)
Assez ce nous est d'infortune
De donner tout noslre pécune
Sans être encore comme jobets.
{Requente des partisans, 1649, cité
par NisiRT, l'arisianismeSy p. 151.)
JOBERT, Jouliert, noms
d'hommes dérivés de l'hébreu
Job, dolent, gémissant, ou des
vieux mots français jobéor, rail-
leur, j'ober, railler, jobe, niais.
M. Lorédan Larchey dérive le
nom Joubert du germanique
Gozbert (goth-renommé).
JO.\C', s. m. Anneau de ma-
riage, anneau très mince sans or-
nement. En basse latinité : annu-
las dejunco. (Voir du Gange.)
Ncc quisquam annxdhim de junco
vel quâcumquo vili malcrià vel prcliosn,
joi-ando manibus innectal mulierculd-
rum...
{Conslilutiones Ricardi episcopi, anno
lil" cnp. 5j.)
Et je scai moult bien faire aniaMS
De Jons qu'on met dedans ses dois.
(J. FnoustHT, Poésies.)
JONCHÉE, S. f. Rameaux,
herbes ou lleurs dont on Jonche
le soi, principalement devant le
dais des processions. En basse
latinité : Juncata.
J'ai jonchéure de jagliaus (1),
Herbe frcschc
{Crieries de Paris.)
A charpenler loges de boys portables
A les rouler de l'un à l'autre lieu
A y semer lajonchéc au milieu.
(Cl, MiRoi, Egl. au Roy, t. I, p. 112.)
Il me plaisl pour me défascher
A la renverse me coucher
Entre les pots et les jonchées.
(RoNSino, Ode SS*, Poésies choisies.
p. 241.)
En prodiguant dessus mille fleurs épan-
[ciiées
Pour cacher notre meurtre à l'abri des
[jonchées.
(Ag. d'Aibioné, Tragédies, liv. U.)
JONCHÉE, s. f. Fromage de
lait fraichement caillé et égoutté
sur un lit de menus joncs.
Il faut avoir la cresme frite ;
Apportez aussi pour la lin
l)e pure cresme un beau daulphin.
C'est bien raison que soit couchée
Auprès des autres la jonchée.
(Niciile DE La CIlBli.^AVB, Condamnation
de bancquet.)
Au XVII' siècle, on appelait
yo/ir/v6't? le petit panierà jour qu'on
vendait à Paris au printemps.
(Voir Hichelet, Dictionnaire fran-
çais, éd. de 1G80.)
JOXZAC, nom do ville formé
de la terminaison ac (voir ce mot)
et d'une forme abrégée de Jean
qui, en vieux français, s'est dit :
JeJian, Jboan, xJoan; du latin ;
Joanncs.
(1) Jagliau'!, Iris.
JOTTE
220
JOUR FAILLI
« Cette ville, dit Bouriç^non, *
» est située sur la rivière la
» Seuffiie qui traverse des prai-
» ries un peu marécageuses. Il y
» a apparence que son nom vient
» de sa situation dans un lieu
» remjjli de joncs. On a ajouté à
» ce nom une terminaison cclti-
» que, ne, qui veut dire liabila-
» lion. » (Antiquités de Saintes,
p. 255, note.)
JOTTE'], s. r. Joue. Ce mot
s'est conservé dans la marine
pour désigner les deux côtés de
l'avant d'un navire, qui ont la
forme courbe des joues humaines.
En berri : Jotte; en italien : f/otn;
en provençal : gnuta; en vieux
français : jude eijoe.
La destre joe en a tule sanglante.
[Chanson de Roland, st. 2S".)
Les jO("-?es des leuns fraindrat li sire (1).
[Livre des Psaumes, trad. du Xll' siècle.)
JOTTS:i5F.Al, Jrtttcrâ, S.
m. Maladie des oreillons, carac-
térisée ])ar l'enlluro des arrière-
joues. Dérivé de jotte. (Voir ce
mot.)
JOU, pron. pers. Je, moi,
usité surtout sur les confins du
bordelais.
Je vous tieng por fol ; cl bien sai-ke
jou meismes serai blasmés par vostre
fait.
(Henri de Vai.en(:ip.nnp,3, Histoire de
l'Empereur Henri , ctlitiou de
AVailly, § 510.)
Il est d'Espaigne, fius de roi
Par droit doit vivre et jou inorir.
[Floirc et Blancc/lor.)
(1) Le seigneur brisera les joues des lions.
JOU, S. m. Joug. Pièce de
bois supportant le limon et qu'on
pose sur le cou des bœufs. Du
latin •.juguni, dérivé du sanscrit:
yuf/, joindre, attacher; j7/^fl,
joug. Ce mot s'est conservé sans
altération dans beaucoup de lan-
gues : persan : jough; grec : ^j-fo; ;
espagnol : jrnjo; catalan : jou;
provençal : jo.
James buef sa teste cornue
Ne metroit à jou de charrue.
Oean de SIeung, Roman de la Rose,
vers 187iO«.)
Pour en aimer un autre en ce pays
[d'Anjou
Où maintenant Amour me délient sous
[le jou.
(Ronsard, Amours, t. I, p. 145.)
JOUC, fSuc, s, m. Perchoir
potu' les poules.
Le soir vous allez coucher quand les
poules vont au joue.
(P. de Laihveï, la Constance, act. I, se. I,
nnc. Ih. fr., t. VI, p. lOG.)
Il usoit quelques fois de si rudes
termes que les poules s'en fussent levées
du JHC.
(Bonav. des Péuieus, XIV' nouvelle.)
JOUR (Avant), locution pour
désigner le matin, avant le lever
du soleil.
... Je veux savoir de loi, traître,
Ce que lu fais, d'où lu viens avant-jour.
(MoiiÈuE, Amphijtrion, act. I, se. H.)
JOlIli V.VIIjILI (à), locution
indicpiant la soirée, la tombée de
la nuit. Expression également
usitée dans le Berry.
Puisque jou ne puis aller là
Qu'il vientrne là
A jour failli.
(Vieille clinnsdii ciU-e par M. de Mon-
MEiiyi.K, Théâtre fruuç. au moyen
due.)
JOURNAL
221
JUN
JOl'KXAIi, s. m. Mcsuro
agi'aire {}ui vario suivant les loca-
lités. Dans le principe, ce mot a
désigné la quantité de terre que
des bœul's peuvent labourer en
un jour (1). En basse latinité :
jorimle eljornnlis.
Simililer dono duos jornales de
terra arabili
(Yftits charta ex tabul. S. lienigiii,
aiino 88i,cité par di: Cange.)
Rcvertilnr nd fcodum Daudouin
in quo habebant XXX jornalia lerraj...
{Charla Gnillelmi VII. nnno 1129 —
Archives de l'oitiers.)
Le Diex m'aïsf ! De ce me puis vanler
Plus ai de terre que XXX de mes pers,
Encor m'en a un jornel aquité.
(Li Charrois de Nijmes, vers 039».)
Et sachiez que il avoit bien un joiirnel
de terre darrière les templiers.
(JoisviLiE, Ili.st. de S. Loys, § 51.)
Le jjaysan saintongeais ])ro-
nonce souvent joiirnaii, connue
cJwvau, niarécLnu, etc.
Je l'ose aussi bien dire que si la terre
esloit cultivée à son devoir, qu'un
journaut produiroit plus de IVuil que
non pas deux
(Bernard Palisjy, liecepte ïérilalile, p. ii.)
JOI:TF.IC,v. a. Joindre, con-
fronter. Du latin : jiixtà. En
Berry, yoi/^e signifie limite, sépa-
ration.
Justez ensemble norlli et man;
Ensemble dites donc norlhman.
(NVace, Roman de Uou, vers W.)
Le vieux franrais avait la \)\'v-
posilion Jouxte, ]m'0('1io do, (pti
rei)rotluisait le lalin même.
(1) Est cerlus modus Icrric, forlé jugum, un
journal!, quod juncli boves uno diè exarare
possint...
[Marins Virinrinus. cité pnr LirRiÈnR,
Gloss. du Droit français, 1. 1, p. 8.)
E moru e fu enfouis ricemenl à Saint-
Denis jouxte son père Loeys le jus-
licier. '
(Chronitiiie de Iluins.)
Sous un poplier, en l'erbe esloient
Joitste un vivier, où s'ombroioienl.
(Jean de Meino, Iloman de la Hose,
vers ICe-iO».)
JUeiffEK, v. a. Monter,
placer. Dans le sens neutre, il se
dit j)articulièremcnt de la poule
qui monte au perchoir, au Joue.
(Voir ce mot.)
La dame lessa le vilain
Longuement au solier jouchier.
(Fablian de la Burgoise d'Urliens.)
Vous avez donc juché sur le poulailler.
^François d'Ambroise (1)', les Néapolilaines,
act. II, BC. Vin.)
Ma maison e?.\, jnciiée sur un terire,
comme dil son nom.
(Montaigne, Essais, liv. III.)
Jl'GKHCIE, s. f. Lieu où l'on
juge — manière de juger. Ce
mot désignait autrefois une cir-
conscription juridique ; Jugeria
en basse latinité.
Gnillac en la jngerie d'Albigois cl
sénescliaucée de TJioulousc.
(Texte du XIV» siècle, cité par du C*?ige.
au mol jugeria.)
JUIIjïiK, s. m. Lien de cuir
qui attache les cornes du bœuf à
son joug. Du latin : Jiifjula.
Jl'IV, s. m. Juin, sixième mois
de l'année; du latin : Juniiis,
dérivé d(; Jiiiio. La j)lu})art des
(1) François d'Ambroise, avocat au Parlement
de Paris, est l'auteur de plusieurs conn^iies.
Une seule, celle des yéapntil(inifs,a été impri-
mée (Paris. Abel l'AnKclier, ISH-I.) Cet auteur
suivit Henri Ul en l'olnpne et publia, en Kilt),
les œuvres d'Alieilanl. Son frère, .Adrien d'Am-
broise, composa la tragédie ù'Jlolophcrnc.
16
JUSQU'A TANT
222
LAIDET
formes modornos sont dépourvues
de Vi avant Vu. En bourguignon :
jeun; en berrichon : Jun; en pro-
vençal : junh; en catalan : juny;
en espagnol : Junio; en i)ortu-
gais : junho.
JL'SQU'A
pour jusqu'à
devrait
que.
T\ST, locution
ce que , et qui
s ecru-e jusqua temps
Et dort sans aucun soin jusqu'à tant
[que l'aurore
Le réveille au malin pour travailler
[encore.
(Ronsard, Poésies choisies.)
JUSTK, s. m. Gorsag'e de
femme ajusté à la taille. En vieux
français : habillement collant,
d'où est venu Justaucorps.
Es vos iileuc un' damoisel
Une juste sous son muntel.
(Wace, llomaii de Rou.)
k:
K.KIRI, s. m. Giroflée jaune.
Mot arabe qui était en usage au
moyen âge. (Voir Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
KISSI^^OT, s. m. Coiffure
légère en toile destinée à préser-
ver du soleil. Mot composé des
deux monosyllabes anglais : kiss
et not, n'embrasse pas. Cette
coiffure, qui entoure la tête et se
prolonge en avant des joues et
du front, est pour la vertu une
espèce d'armure défensive.
TiABRI, s. m. Chien do ber-
ger. Cet animal est, dit-on,
d'importation sarrazine; il tient
le milieu entre le griffon et le
lévrier.
liAFARGE, Ijafarsnc,
noms d'hommes et de localités,
du mot farqa, en langue d'oc :
l'orge.
1.AFITF. , liaflttc, noms
d'hommes et de localités, dési-
gnant en vieux français une
pierre debout ou menhir : pierre
fitte on peyre fille; en latin :
pctra licla.
îiAGORCF, La^ord, noms
de localités. En vieux français :
gord, gors, gorz, enclos fermé
dans une rivière pour la pèche ;
basse latinité : gordus.
En limousin, gorda désigne un
lieu })lein de décombres et de
mauvaises herbes.
liAIUKT , liCidet , noms
d'hommes dérivés de l'adjectif
laid, ou du vieux français : laider,
LAIGNIER
223
LANDIER
percepteur; en basse latinité:
leidarius.
liAIG^'IKR, liCfïnier,
noms d'hommes, dérivés du vieux
français : laigniev, charretée de
bois, et Joigne, bois (en latin :
lignum), de l'adjectif également
ancien : lanier, paresseux, ou du
substantif : lanier, drapier.
N'uns n'i fu de parler laniers;
Doneiz nos maîtres ou deniers,
Font-ils, qu'il est drois et raisons.
(Ri-TEBŒCF, Chariot le Juif. 1. 1, p. 292.)
Foulons, laniers, tainturiers.
(Le dit de la guerre de Renard, Coules
et Fabliaux, \. H, p. 93.)
liATR , nom d'homme. En
vieux français, laive, Inirrc, 1ère
ont signilié voleur; du latin :
liitro. En vieux provençal, hir a
eu la même signification. Notre
français, larron, en est dérivé.
Aies le cuer et dur et tendre.
Toi le convient amer et pendre;
Amer, por ce qu'il est ton frère,
l'endre por ce que il est 1ère.
(Le Reclus de Molieits.)
li.VIRIlAf, futur irrégulier
du verbe laisser, et régulier du
vieux verbe laïer qui, d'après
Duez, dérive du latin : lerjare,
opinion que conlirme le substan-
tif 7t?/f/e, employé dans les chartes
messines dans le sens de legs.
Je ne lerrcie por tut l'or que deus fisl
Por tut l'aveir ki soit en cesl pais
Que ço ne die, se tant ai de loisir.
{Chanson de Roland, Ton i56«.)
Comme Dieu layra mourir ces bonnes
gens de Compieipnc (|ui ont este et sont
si loyaux à leur seigmur.
{Pron^/i de la l'urellc, interrogatoire Ju
Il uars 1431,)
Telle proyp est maulvaise
Tant que tu la lairras, tu seras à ion aise.
(BiïF, Amour et Oiseaux,i"'' livre du
Pasae-lemps.)
Tous les saintongeais connais-
sent la chanson de Guilleri :
Compère Guilleri
Te lairras-[\i (ter) mouri.
liAISSES (Eics», nom de
localité entre Esnandes et Char-
ron, où de vastes terrains ont été
abandonnés par la mer.
ïi.AIiEl', nom
(Voir alleu.)
de localité.
liAMBKRT, nom d'homme ;
abréviation du vieux nom gcrma-
ni(jue : Lnndoherth (renommée
du pays.) En latin : Landohertus.
(Voir Lorédan Larchey, Diction-
naire des Noms.) Ce nom fut
l)orté par le premier abbé de la
couronne, sacré en 1122, qui
avait fait construire l'abbaye de
ce nom :
Lambertus conslruxit Cœnobium in
vicino loco paludibus et rupibus in
modo coronce cinctum, unde illi Coronœ
nomen datum.
IGallia Christiana, t. U, col. 1043.)
IjAXDIFR, s. m. Chenet de
fer; se dit en wallon : andi, et en
vieux français : andier, ce qui
ferait supposer que l'article s'est
incorporé avec le vieux mot,
comme cela a eu lieu pour hicrre,
endemain, oriof, etc., devenus
lierre, lendemain, loriot.
u n'y a pns apparence qu'une telle
pièce de fer ait parlé. Je ne dis pas si
c'estoil un landier...
(Bcronlile de Vbhvimb, Moyen de par-
venir, i. II, p. 310.)
LANDRY
331
LARD
Je tombe à terre près des landiers
(Rabeliis, /'(i«/fl(7rKt'/, liv. II, ch. XIV.)
liAXDRV, nom d'hommo, du
|2:ennnnii|iio : Lnnd-ricli, en latin :
Landericus ; en .allemand mo-
derne : Land-rcich, riche en
terres.
liAXGAR», adj. Bavard, du
latin : linguax.
Dire vous veulx , maulgré cliascun
]lanr)ard
A l'arriver, doulcement Dieu voos gard.
(Cl. JIutoT, Epilirs, t. I, p. 159.)
L'autre fut grand lanfjard, révélant les
[secrets.
(Regmer, Satires.)
Myrtine m'aime et voire autant me prise
Que tels langards souvent elle déprise.
(Vauquelin de La Fresnaïe, Foreaterie Yl,
p. 16.)
liAXC-E, s. m. Etoffe de laine
dont on couvre les petits enfants;
en Saintonge, on dit plus ordinai-
rement drapeau. Le sens original
rie lange est étoffe de laine (y^/ia),
comme celui de linge est étoffe
de \\n{linas].
Celé qui n'ot lanrfe ne fautre (1)
Ne linge n'autre couverture
N'osa pas montrer sa figure.
(RiTEBŒiT, Œuvres^ t. II, p. 133.)
IiA\GROTTE, s. f. Lézard
gris. L'ancien nom pourrait avoir
été angrotte de an guis, serpent.
Cependant, -dans le vieux fran-
çais, on trouve généralement les
formes : lanQOsio, langolte, lan-
groust, langi'Ottes, avec le sens
de sauterelles ou de lézard.
(1) Faillie, étolTe foulée, feutre.
Aucuns fous ne quidast et déist que
ce fil formes volailles si comeAangostes
ou chauve-soris, ou teles pouretés (1).
(ilommeulaircs sur le Psautier, psaume
"7, verset ^7.)
Car quant el oit bruire le vent
Ou el oit saillir deus langotes
Si l'en prennent lièvres el gotes
(Guill. DE LoRBis, Roman de la Rose,
vers 4i95'.)
Et si sera ledit cabinet luisant d'un
tel polissement que les Iczars et langrot-
les qui entreront dedans se verront
comme en un miroir.
(Beriianl Palissv, Receple véritable, p. 80.)
liAIVGUE »E BFIJ, s. f.
Sauge sauvage — buglose ofli-
cinale. (P. Jônain.)
ïiAXGUE DE CERF, s. f.
Scolopendre, plante de la famille
des fougères.
liAJVGUE DE CHAT, s. f.
Petite sole (poisson de mer), ainsi
nommée en raison de sa ibrine
plate et effilée, également dési-
gnée par la locution satirique :
langue d'avocat.
Les latins l'appellaient : lingii-
lace, les italiens et les espagnols :
lingualte, linguattole, lenguados.
(Voir Ménage , Origines do la
Langue française, p. 610.)
IjA IVOUE, nom d'homme ou
de localité. Du vieux français
noe, noue, terrain marécageux.
(Voir nouailles.)
liARD, s. m. Peau, dans un
sens familier.
Allons nous battre guaillard et bien
à poinct frotter nostre lard.
(Rabelais, Pantayruel.)
(1) l'ourelé, pauvreté.
LARDIER
LAVE-PLAGE
liARDIEK, s. m. Lieu où se
conserve le lard, charnier. En
basse latinité : hirdnrhun locus
ubi larduni scrvatur (du Gange).
Trois bacons avoit en un monl
Chez un preudhomme en un lardier.
(Riiman du Renart.)
Et Renart au lardier s'adresse
{Homan du Renaît, vers 'i36l«.)
I^ARROIV, s. m. Syphon —
tuyau servant à faire passer un
liquide d'un récipient dans un
autre. Cet instrument a dû souvent
servir à voler du vin ou de l'eau-
de-vie, d'où son nom.
Un trou ou larron pour vuidcr l'eau
importune afin de irardcr de crever les
tuyaux.
(Olivier DE Serres, Théâtre d'Agriculture,
p. 768.)
Cette année (1499) fut la bonde ou le
larron i\u'un appelle pour laisser
escoulcr en la mer les doulcins de Lafond
et cau.x pluviales.
(Amos B\RBOT, Ilist, de la Rochelle, l. I,
p. 461.)
liAltY, nom d'un ruisseau,
aniuont de l'Ile (rive droite», qui
traverse les landes de Monffjuyon.
Du vieux français Inrris, lande;
en basse latinité : larrichiin.
Taul chevaulcha par plains, par bois,
par larris
{Roman de Gérard de yevcrs.)
liAS î Interjection plaintive
pour Iii'las !
Lasl voyez comme en peu d'espace
Mignonne, elle a dessus la place
Lasl lasl ses beautés laissé ciieoir.
(no:<iAHn, Eléiiie à Cassandrc.)
Ii.\SSi;s,adv. Là haut, d'après
M. Burgaud des Marets.
Ho! gentil compaignon, ainsy mon
amy : tenez bon lassus.
(RiDKi\i3, Pantagruel, liv. IV. ch. XIX.)
Ii.%UKKA'S.\^^A'E, «nom de
localité et cours d'eau, affluent de
la Seugne. Latin : laurentii
ainneni.
liAmiÈRE, nom de localité
située à quatre kilomètres de
Pont-L'abbé. Le nom latin loe-
riiim, mentionné dans une charte
du XIP siècle s'applique à ce lieu :
Garta de décima loerii (juœ est
juxta pontolabium.
I.AVACJXOX, s. m. Goquil-
lagc bi-valve, comestible, qui vit
enfoncé dans le sable ou la vase.
M. Littré l'écrit lavignon ([ui,
d'après lui, serait le nom roche-
lais. Le mot lavnçjnon paraît être
une corruption de l'ancien nom
availlon, avec lequel l'article se
serait incorporé comme pour
beaucoup d'autres mots : lende-
main, lièvre, loriot.
Les huîtres, les mondes, les sour-
dons, les pétoncles, les availlons...
(Bcrnnnl Palissy, Rceeple véritable,
p. 147.)
liAVAlLLE, s. f. Eau qui a
servi à laver, eau de vaisselle.
En lavaille de jambes à meseaulx (1)
En raclure do piedz et vieux hou-
[scaulx (2).
(François Viii.on, Grand Testament, p. 76.)
■iAV »•:-!• Bi ACE, s. m. Brosse
emiiianchée d'un bàlon, servant
à laver les i)lanchers.(Voiryj/rtce.)
(l) Mcxenul.r, lépreux.
{-', UouieauLv, chaussures.
LAVÛUR
226
LESUEUR
liAVOl'R, LaToner, s. m.
Lavoir. Au moyeu àg-o, ou a dit
laveur, laviir, lavoiwv pour dési-
gner un réservoir d'eau ou bassin
à laver le linge. En latin : Inva-
torium.
Co fii li laveurs u li pruvcirc soleienl
laver (1).
{Livre des Rois., traJ. du XU' siècle,
p. :2oti.)
De co fist Salomon tuz les vaissels de
araim el temple e neis le granl lavur (2).
(/*(■(/., p. 147.)
liEDRU, nom d'homme ; en
vieux français, dru signifiait
amant, ami.
Li âmiralz ki treslut les esmut
Si n'apelat Gemalphin un sun drut (3).
(Ckanson de Roland, vers 2813».)
Si sa chère amie e sa drue.
(Chronique de Normandie, t. II,
vers :il93i«.)
Le mot dru a du reste eu autre-
fois la signilication du français
moderne : épais, fort.
Granl i creisseient li buissun
Espines drues c coudreiz.
{Chronique de J\'orniandie, t. I,
vers 980».)
liKFEISVKE, liCfèvre,
liCfébure, noms d'hommes. Du
vieux français : fùvre, ouvrier en
fer, forgeron; latin: faber.
liÉfiil^K, nom d'homme; du
vieux germanique : loodegnv (ja-
velot du peuple); en latin : leodc-
(I) Ce fut le lavoir où les prêtres avaient
coutume de laver.
(2; De cela, Salnmon fit tous les grands vais-
.seaux (l'airain du temple et même le grand
bassin.
(3) L'amiral qui tous les mit en mouvement —
Gt appeler Gemalphin un sien ami.
gavius, abrégé en leudgar, leut-
ger. (Voir Lorédan Larchey ,
Dictionnaire de Noms.)
ILK.^'MK, s. f. Œuf de pou;
latin : lens, lendis. Dans les
dialectes de la Provence, du
Berry, de Namur, de Genève, ce
mot s'écrit de la même manière.
« Perles de gueux, des lentes. »
(Oudin, Curiosités françaises^
p. 411.)
Paous neïs, cirons et lentes
Tant lor livrent sovcnl ententes,
Qu'il lor font lor euvres lessier.
(Jeau DE MEurcG, Roman de la Rose,
vers 180i5".)
liEIVïElS, nom d'homme; en
vieux français, dialecte anglo-
normand : lâche, couard.
El qex que icisl soit, ne le taig à
[lenier
Quant encontre vos toz vient toz sox
[guerroier (1).
{Chanson des Saxons, couplet 139°.)
liEKME, s. f. Larme.
Femme a moult tosl terme Irovée
El grand mensonge controvée.
(Dolopalhos, vers 4328», p. 150.)
liESSlF, s. m. Eau de lessive.
Puis en frolta une partie d'huile de
noix, pour voir si elle n'ctoit pas escrite
de lexif de figuier.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXIV.)
liESl-EtJR, nom d'homme.
En vieux français : le cordonnier,
du latin : sutor. Au moyen âge,
le nom de cordonnier ne s'appli-
quait qu'à ceux qui travaillaient
(1) Et quel qu'il soit ici, je ne le tiens li poltron
Quand contre vous tous il vient seul combattre.
LETELLIER
227
LIARD
le cuir de Cordouc, le cordouan,
et s'écrivait eordouanier.
liUTEIjIilKB, nom d'hom-
me; en vieux français, les mots
teUei\ /e7//erdcsi£^naient le mar-
chand de toiles; du latin : lela.
liEC'RIXE, Kiiiriiie, noms
de locaHtés dérivés probablement
du mot ancien : leurre, prouesse
fallacieuse, qui s'est conservé en
français. Au XVI" siècle, Sainte-
Leur ine était une paroisse de la
chatellenie d'Archiac;il s'y trou-
vait une fontaine miraculeuse :
L'évêquc de Xninctes a fait un trait
de bon pasleur : quatre gueux ayant con-
trefait les aveugles allèrent prescher leur
guérison par une source nouvelle trou-
vée à Sainte-Lurine près Archiac
On y porta deux mille charretées de
pierres, l'évêque alla sur le lieu et ayant
fait enqueste contraignit chacun de rem-
porter sa pierre
(Agr. d'Acbigné, Baron de Fœneste, liv. II,
ch, VI, t. I, p. 71.)
LKVES (Les), nom de loca-
lité; du vieux français : leyve,
ferme, domaine affermé. (Voir
Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
liEVK, s. m. Levée au jeu de
cartes — pli.
Pour ce jeu nous ne volerons pas car
j'ay faict un levé.
(HAnELAis, Gargantua, liv. I, ch. V.)
liEVFR, v. n. Pousser. Se
dit surtout du blé dont la verdure
commence à percer le sol.
Cerés, si de nos blés grande planté se
[U've
{Bs.iv,Erjl.XI, p. 33, v.)
liEZ, adv. Près de, le long de ;
du latin : latus, synonime dejuxta
en basse latinité. Ce mot a été
coiis6i"vé en français pour dési-
gner quel([ues localités : Le Ples-
sis-Lez- Tours {Plexilium-Latus-
Turonem.)
D'un los cuntc qu'une nuit
Ksleit alez en sun déduit.
Lez une mare trespassa.
(Marie de FnAriCE, Fable XLIX, t. II,
p. 236.)
Sur mol duvet assis un gras chanoine
Lez ung brasier, en chambre bien nattée.
(François Vaios.)
Lors les alcyons ponent et esclouenl
leurs petits lez le rivage.
(Rabelais, Pantagrcel, liv. V, ch. VI.)
lillOMEAU, Lhoiimcau,
noms d'hommes et de localités;
du vieux français : homeau, j)etit
homme; en latin : homunculus,
honmncio.
Lî, Lé, pronoms personnels.
Lui, elle.
A li s'en vint, parmi les draps de soie
La battit tant que pour un poi
Ne la morte lessée.
{Romancero de la belle Idoine.)
Gardai si vi venir une leuvc orguillousc
Qui menoil après li de petits louviaus VII.
{Un dit d'aventures. XIII» siècle.)
Je vous veus demander si )e roy se
seoit en ce préau et vous vous allez
seoir sur son banc plus haut que li, si
on vous en dcvroil bien blasmer? Kt je
li du que oil.
(JoiîiviLi.E, llist. de s. Loys.)
Devant justise l'amena
Se li a un pain demande!
K'il li aveit, ce dist, prestei.
(Marie de France, Fai>. IV, t. II,
p. 75.)
LfARBI, s. m. Monnaie de
cuivre (jiii valait autrefois trois
LICHÉE
228
LIGNERES
deniers, et qui représente aujoiu'-
d'hui le (juart d'un sou. Mol
dérivé de li hardis, c'est-à-dire
Philippe-ie-IIardy, cpii lit fabri-
ipier les premiers liards, selon
Clérac, en son Traité des mon-
naies de Guyenne.^ (Voir Borel.)
lilCaÉE, s. f. Petite portion
de (pielque chose. Mot d'origine
celtique, devenu en écossais :
slis, sliseag, tranche, morceau ;
en irlandais : slis, sliseog. Le
vieux français a eu dans le même
sens : Icsche; le provençal : lescn.
Une cruche seut (1) estre prise
Où l'aumosne do vin est mise
D'une lesche de pain singnie.
' (De Giersay, nppendicR aux œuvres de
lUlEBŒlT, t. II, p. 139.)
liirnUR, Luclicr, v. a.
Lécher — manger ou boire avec
excès — aimer la bonne chère.
Le flol qui voit
Que le bord lui fait place, en glissant
[la reçoit,
Au giron de la terre apaise son courage
Et la lichant se joue à l'entour du rivage.
(Pierre Ronsahd.)
Dans le sens do gourmandise,
goinfrerie, le vieux français disait
lie lie rie et lécher ie :
Li autre par sa licherie
Est entrez en l'infirmerie.
(RCTEBŒIF.)
Considère ce que à nature sofOst non
pas ce que lécherie requiert.
(Brunetto Latim, Lirres du Trésor,
cil. L.VV, p. 3S1.)
LIClIf:UK,s. m. Qui aime la
bonne chère, gourmand, parasite.
On disait autrefois lichard, ainsi
(1) Scut, a coutume; latin : solct.
indii{ué par du Gange : lecator,
gallis olim lichnrd. Le latin leca-
tor avait foruK) avec le même
sens : léchéor, léchéour, lechier-
res, etc., et au féminin: léche-
resse, lécherelle.
Diii léchéor s'entr'enconlrèrcnt
A la cort à un Roi mengèrenl,
Et niengrrcnt par granz estris.
{Caxtuicmcnl d'un pore — Fabliaux cl
Coules, t. II, p. 136.)
Ains en voleit eslrc mangierres
Tant erl (1) dclicieus léchierres,
Tant ot les volatiles chères.
(Jenii DE MEiNfi, Roman de la Rose,
vers 21005".}
La char qui ne veut cstrc caste
De tout veut avoir, partout tasie
La lécheressc de péchiez.
(Miserere du Reclus de Moliois, st. XIV.)
lilDOIV, nom de localité.
Village au bord de la Seugne, qui,
par un rapprochement sans doute
purement accidentel, porte un
nom identique à l'italien lido, ri-
vage.
lilKE, s. f. Temps pendant
lequel les mêmes bœufs restent
attachés à la charrue. Du latin
lifjare, lier.
IiIGIVS<:Ri:§, nom de localité.
Terre semée en lin, basse lati-
nité : linaria. Ce nom dérive
peut-être du vieux français
lifjnier, ligner, bûcher, lieu oi^i
se scM're le bois, en basse latinité :
lignarium, du latin ligniun. On
appelait aussi autrefois lagnier,
Ingniére, le lieu où on fait un
abbatis de bois,
Tous bos qui sont es lagnèrcs de cha
(1) Erl, était; latin: cral.
LIGNOU
229
LIIION
le Irau de Marillon le doivent amener en
cestc ville...
(Rep. lie In ville de Dnuni, lai", cite
par Roquefort.)
I^lGlxor, S. 111. Fil de lin en-
duit de i)oix, servant à la couture
des chaussures — lilet de la lan-
g^ue. En vieux français : lii/ncl, li-
gncul, lignoiil.
Et por garder que ses mains blanches
Ne halcisscnt ot un bians gans,
Cote ol d'un riche vert de Gans,
Cousue à lignel tout enlour.
(Guillaume nE Loiiiiis, Roman de la Rose,
vers aBl".)
Je gage une musette, au lieu de ton vais-
[seau,
Que d'un lirjncul ciré au genouïl j'ay fait
[coudre.
(Ronsard, Eglogiic V, t. IV, p. 01.)
lil.flAC'E, S. f. Limaçon, cs-
carjj^ot — du l^vcc Asîjjia;, latin :
Umax.
La limace gcte son cors
De l'escalope toute fors (1).
l'ar le biau tens
(RiTEBŒCF, Vie d'Elisabeth.)
Et ne faites laide grimasse
Et tout ainsi que la limassa
Qui SCS deu.x cornuchons retire.
(Cl. M.vnor, Epitres, 1. 1, p. -JOl)
Ces citations indiiiucnt (ju'il
s'agit de l'oscargot, et non du mol-
lusque rampant sans co([nille,(|ui,
en français, à le nom de liinnce.
lil.lIO.MFK, s. m. Cheval
jilaci; en tri! les doux brancards
(ou limons) de la charrette.
Une charrote a fet aiiareillior,
D'un auferrantlistGuiborc limonier (2).
{Bataille d'Mi-.uiinns, vers 4'J88».)
(1) La //«(«refait sortir son corps tout entier
hors (le sa cni|uj|lc.
(2) D'un cheval de guerre, Guihourc fil un li-
monier.
lilACF.lX, liiiiccu, s. m.
Drap do lit, lange, et en général
toute pièce de linge. En basse
latinité : linchis, latin : linlcum,
drap de lit.
Ne coûte, ne coussin, linciteil ne oreillier.
{Berte ans gratis pies, yen 932».)
Et la fut-il cnsevely entre deux Un-
ceulx sans s'esveiller, bien deux jours
après.
[Cent Nouvelles nouvelles du rny Louis A7,
cil. V, p. 75.)
Beuvez des vins délicieux
Puis après entre deux lincieulx
Allez reposer vostre teste.
(Cl. Marot, Epigrammes, t. ni, p. 110.)
Il alla couvrir la teste de la dame,
femme de l'autre, d'un linceul et lui dé-
couvrit tout le corps.
(Brantôme, Dames galantes^ dise. I, p. 78.)
L,IA'«T , S. in. Màlc de la
linotte, ou verdier.
Les chantres Ujnotz et serins
Et rossignols au gay courage
Quisur buyssonsduverdboscagc...
(Cl. Marot, Temple de Cttpido, t, l, p. 16.)
Douce est du rossignol la rustique chan-
[son.
Et celle de Unot et celle du pinron.
(Ro.NSARD, Egloguesy i. IV, p, 52.)
L'expression vulgaire : linotte
coilTcc, pour femme, se trouve
dans Oudin, Curiosités fran-
çaises .
lAllOS, s. m. l'ctit rat, loir,
mulot.
Aux lirons et limaçons caciiez en terre
ou dans leurs creux le dormir sert aulieu
de mangeaille.
(I'A9-..riEn, Lettres, l. III.)
Rabelais a écrit gliron.
Soudain deviennent gras comme
glirons (jui p;ir avant cstoienl maigres
comme pics.
{RnuKiui, Pantagruel, liv. V, ch. IV.)
LISTE
230
LOCHER
LISTE, s. f. Bande de terre,
morceau de champ plus long que
large. Ce mot est d'origine Scan-
dinave, lise trouve avec la même
signification dans toutes les lan-
gues du Nord :
Tudesque : listn;, anglo-saxon :
list ; islandais : listi ; danois :
Jisle ; suédois et hollandais : list.
En basse latinité, listn se trouve
dans des chartes des XI" et
XV^ siècles, citées par du Gange:
lista terrœ, lista vineœ.
Ce nom s'applicpiait aussi autre-
fois soit à une bande d'étoffe, soit
à une bordure ou à une marque
alongée.
Tunicam item rum Ixsln aureâ et cir-
cnlos aureos et listam aurcam marga-
ritis insignitam.
(Chronique de Monlcassiii, liv. I, ch. XXI.)
Li rois fu en la sale d'oi-pciiilurce à liste.
(Berte ans grans pics, vers 2218».)
Li clieval qui aura l'esloilc blanche
au front ou la liste et raie blanclic qui
lui descende par la face
(Olivier de Sbrrr», Théâtre d'Agricul-
ture, p. a02.)
IjlTRilF., s. f. Potilc quantité
de quelque chose. On trouve en
basse latinité : lislrn; en vieux
français : listrc, Jistrol; en lan-
guedocien : Jistro, pour désigner
une bande étroite, un petit mor-
ceau d'étoffe ou do terre.
lilUnE, s. f. Ligature,
réunion de deux parties par la
couture.
Nul ne puet quirier (1) selc qui soit
brisiée desus la darenière li^ire en
amont.
{Livre des Métiers d'Est. IJoii.nAu, p. 219.)
(1; Quirier, couvrir de cuir.
LIVFH'j^E, nom d'un ruis-
seau, aftluent do la Gironde, qui
descend des collines de Montlieu.
Ce mot est d'origine celtique :
livo , en bas breton, signifie
niveau, comme le bas latin :
livellns.
lilKARD, s. m. Lézard.
En outre petits lisards courans à tra-
vers la pampre...
(IlAnELAis, Pantagruel, liv. V, ch. XXXIX.)
liWCBIE, s. f. Espèce de pois-
son commun dans la Seugne —
limace.
Gardons, perches, dars, loches
(Ambroiso Paré, cité par Litthb.)
Il avoit en la ruelle de son lict un
dard, duquel il tuoit des loches en son
jardin.
(A?r. D'Aiinir.NÉ, Baron de Fœnestc, liv. III,
cil. XXIII.)
Qui ne peschc qu'une loche si pcsche-il.
(Livre des Proverbes français, t. I,
p. 179.)
liOClBER, V. n. Branler au
manche, remuer. M. Litlré indi-
(pie plusieurs élymologies pro-
])Osées pour ce nom qui proba-
blement n'est qu'une corruption
du verbe clocher, dont la pronon-
ciation gutturale de notre pays a
fait disparaître le c. Le breton :
liiska, branler, remuer, pourrait
faire supposer une origine celti-
que.
De belif li cstoit laciès
Li hiaume, qui el chicf li loche.
(Tournoiement de l'Anteehrisl.p. 22.)
Mais n'oubliez pas votre broche
Toujours avons un fer qui loche
Ou quelque trou à restoupper.
{Faree des femmes, anc. th. fr,, t. II,
p. 102.)
LOGE
231
LOQUET
Une fille toujours a quelque fpr qui
[loche.
(Regnàrd, le Dal, se. VII.)
liOGrF, S. f. Cabane en bran-
chages dcstinëo à abriter les
charrettes, les outils, le fumier.
Cum il vint à unes loges à paslur an
ccl chemin (l).
(4"" Livre des Rois, ch. X, verset 12,
p. 3S1.)
Elle prist des (lors de lis
Et de l'erbc du garris
El de la foille aulrcsi
Une bêle loge en lisl.
{Aucassin et Nicolete, chant XIX.)
Si employay l'esprit, le corps aussi
Aux choses plus à tel aage sortables,
A charpantcr loges de boys portables.
(Cl. .Mauoi, Egl. au Roy, t. I, p. 42.)
Et afin que le fumier ne soit gaslé par
les pluyes ni par le soleil lu feras quel-
que manière de loge pour couvrir le dit
fumier.
(Bernard Palissy, Ricepte Véritable, p. 35.)
liOlKs':, nom (le localité.
Dérivé de Joir, petit rat, ou loir,
contraction de le hoir, l'héritier;
du latin : hscrcs.
IjOIX, nom de localité de l'ile
de Hé. Du vieux français : Joie,
cabane, logette; latin : localis.
(Roquefort, Glossaire.)
liO^TIBAIin, nom d'homme
désignant autrefois le changeur,
le jirôteur sur gages. La rue
des Lombards, à l^aris, ('tait au
moyen âge habitée par les chan-
geurs et ban([uiers italiens.
Ei01iC;i:VES,nom de localité,
canton de Maraus. Svnonimc de :
(1) Cum vcnissct ad rameram pastorum iu
vid.
grandes eaux; du saintongeais :
ève. (Voir ce mot.)
liOXCrl!^, adj.Lent, traînard.
Ce mot était encore usité au
XVIP siècle : c'est un loitr/is, un
vrai longis. (Dictionnaire de
r Académie, édit. de 1090.)
LOPIIV, s. m. Petit morceau.
En allemand .- loppen, lambeau ;
en anglais : to lop, retrancher.
En basse latinité : Jopadium, mor-
ceau coupé; loppare, émonder.
Un loppin de terre planté en saulaye.
(Texte du XV» siècle, cité par du Cance.)
OÙ la peau du lyon ne peut suffire,
il y fault coudre un lopin do celle du
regnard.
(HoKniGNE, Essais, liv. I, ch. V.)
Et ayant broyé grande quantité de
diverses matières, je couvray tous les
lopins des dits pots des dites drogues
couchées avec le pinceau.
(Bernaril Paussï, Discours Admirables,
p. 381.)
Ii©Qi:KX€E, S. f. Elocpience
— facilité de parler — force de
la voix.
Quant ung enfant est né, qui luy por-
tproit le petit boyau iusques nu chief, il
en auroit longue vie, doulco alayne,
bonne voix et gracieuse loquence.
{Evangile des Counoilles, p. 30.)
Lors cuydant répliqu^^r, ma loquence
interrompit par un rondeau.
(Cl. Mahot, Dédicace du temple de Cupidn,
t. 1, p. li.)
I^O^l'ET, IIjO(|iiotcau, s. m.
Petite clé, passo-jiartout. Loquet
est un diminutif du vieux fran-
çais : loc, d'origine gcrmani({ue.
Anglo-saxon : Joe; anglais : lo
lock, fermer.
LOOl'ETER
23-2
LOUP-GAROU
As allres chambres out une chambre
(ajustée
Par uni la veie esleit al cloistre plus
[privée
Mes à celé ure esleit à un grant loc
[fermée.
{Théodore le martyr, ciié par Littré.)
La femme qui se double d'estre grosse
qu'elle pisse en ung bassin et puis que
ele mecte un loquet dedans ou une
clef
{Evangile des Counoilles, p. i\i.)
liOQl'ETER, V. n. Secouer
le loquet d'une porte pour la faire
ouvrir.
Lequel huyz ils trouvèrent fermé et
pour ce hurlèrent et loquetèrent en-
semble.
/Telle du XV" siècle, cilé par dc Ca>ge,
au mot locetus.)
liORIGXAC, nom de loca-
lité, domaine originel; en latin :
orignacuin. Comme dans Lierre,
Loriot, etc., l'article s'est incor-
poré au nom primitif.
liOKIor, s. m. Loriot, oiseau
de l'ordre des passereaux, de
couleur jaune. En italien : oriolo ;
du latin : aureolus, de couleur
d'or. Dans ce mot, l'article s'est
incorporé au nom pour ne faire
qu'un seul mot.
C'estoit un dart dont li penon
Erent de pênes û'oriol (1).
{Tournoiement de l'Antéchrist, édition
ael8ol,p. 5-2.)
Entre les autres je fus fort esmer-
veillé d'un forteresse que Voriou avoit
faite pour la sauvegarde de ses petits,
(Bernard P411SSY, Discours Admirables,
p. l'»5.)
IjOU, pronom. Le, cela.
(1) C'était ane (lèche dont les pcnnons étaient
déplumes de loriot.
Filz, dist li père, bien Ion croi.
{Doliipnthos, vers 6761", édit. Jaiiuet,
p. ^231)
liOVER, V. a. Prendre à
gages, gager un domestique. Du
latin : Jocare, anermor, louer,
qui, dans la basse latinité, a eu
aussi le sens de prendre à ferme,
à gages, soudoyer.
Si quis furlim aliqusm locavevit ut
hominem interlieiat
{Loi Salique, titre XXX, de Lncatioiiibus.)
Ki primes furent saziez or se sunt
pur pain liiez"? (1)
{Livre des Rois, trad. du XU» siècle, p. 6.)
liOUIiAlf, nom de localité.
En vieux français : loii. Jeu, c'est
le loup ; laïc, laye, lay désignent
une forêt ou un sentier dans la
forêt. Loulay est donc : chemin
du loup ou forêt du loup. Ces
animaux sont encore communs
dans la conti-ée.
Cependant le nom latin lolaïcus,
qui désigne cette localisé dans
une charte de 1073, de Guillaume
d'Aquitaine (Voir Gallia (Jhris-
tiana, t. II, instrumenta), pourrait
être une abréviation de locus
laïciis, lieu laïque, bien sécula-
risé.
liOrP-GAROr, subst.
masc. Homme-loup, ganipote. La
croyance au loup-garou, conser-
vée en Saintonge , est très
ancienne. Dans la vieille langue
normande, on disait garwall ; en
Artois : wai'ous.
Humes plusieurs fjarwall dovindrenl
Et es boscages meisun tindrenl.
Garwall si est beste s;ilvage.
Tant cum il est en celc rage
(1) Ceux qui d'abord étaient rassasiés, main-
tenant se sont loués pour la nourriture.
LOURDERIE
233
LUGIIAT
Humes dovure, grnnt mal fait
El granz foresl couvcrse et veit.
(Marie de Fr\nce, Lai de Bisclaveret,
1. 1, 1,. 178.)
Et lor sires est remès cha fors
Qui niout estoit crueus et fors
Et fel et fiers et plus irous
Que chiens dervés et îetts warous.
{Le Chevalier aubariiel-, vers 139" —
Fabliaux et Contes. 1. 1, p. "213.)
En langue tiulesque : wcr-volf;
en anglais : ^vevc-^voU'; en bre-
ton : denhleis; en celtique : bleiz-
garw, ont la mtme signification.
Une jolie ballade du XVP siècle,
sur le loup-garou, nous a été
conservée ; elle débute ainsi :
Il faut que je vous dye
D'ung très gentil galois
Qui cuydoit son amie
La femme d'ung bourgeois.
Mais elle list la fée
En disant : Amy doulx
Venez à la vespri'e
Faisant du loitp-garoulx.
{Jardin de l'iaisance., Lvon, s. J.,
in-4°.)
liOrKIIFltlE, S. f. Balour-
dise, lourdeur d'esprit.
Venez, les disciples gentils,
(lombatlre ceste lourderie;
Venez mon mignon Horderie.
(Cl. Maiiot, Epiatre, t. I, p. 214.)
IjOUVAT, s. m. Louveteau.
En provençal : lohnt; en gascon :
Joiibat; en vieux français : loii-
veau, louvat.
Quatre loviax gisent enimy
El madame Hersent la love
Qui ses loviax norrisl et covc.
{Rnman du Uenart, vers 3G0\)
Gardai, si vi venir une louve orguil-
[louse
Qui mcnoit après li depelilz loviaus VH.
{Un dit d'aventures, poème sniyrique
du .\ni* siècle.;
Mort du hniveau
Santé de l'agneau.
' {Livre den Proverbes français^
t. I, p. 18-2.)
Au bout de quelque temps que mes-
[sieurs les louvats
Se virent loups parfaits et friands de
[tuerie.
(Lafomaise, liv. m, fuble XIH.)
liOYFR, nom d'homme. En
vieux français, l'oyer en deux
mots, c'est le rôtisseur, le mar-
chand d'oies. (Voir dans le Re-
gistre d'Et. Boileau, p. 175,
l'ordonnance du métier des oyers
de la ville de Paris.)
L'oie s'appelait autrefois oe,
oiie d'oîi le nom de rue aux Oues
donné h la rue habitée au moyen
âge par les rôtisseurs et qui est
devenue, par corruption, la rue
aux Oui's.
Vous l'en avez pris par la moue (1)
Il doit venir manger de l'ouë.
{Farce de Maistre Pathelin.)
lil'C, nom de iocalitt'. Du
latin : Jucus, bois, dérivé lui-
même do Jucere, par antiphrase :
quia non hicet.
L.l€'AXE, s. f. Lucarne.
Do lux, lucis, lumière. Dès le
XVI" siècle, ïr a été intercalé.
A la lueur de la lune qui entroit en
sa maison par une htqucniï^.
(Toile ilu XIV» siècle, cilé par Df Caxce,
au mol lucanar.)
Pour ouvrir dcu.v hicannes.
(Euslacho DEsciutirs, cite par Littré.)
IiUCII.\T, nom de localité.
En vieux fiançais : lochct, luchct,
({) Mnuf, comme, mouxe, a sigiiiniï autrefois
bouche, museau, grimace.
LUCIIE
234
MACHE
louche, hiche, ont désip^né un
outil à fouir et romuer la terre.
Luclie signifie en outre : porte ;
hic, un petit bateau; enfui lox.
Jeu, loii désignent le loup, animal
très commun autrefois dans la
contrée qui est encore très boisée.
Le ruisseau du Lu coule dans
cette commune. D'après Bouri-
gnon, ce mol désignerait l'eau,
en celtique.
lilJCIIF, s. f. Chasse aux
escargots. On reconnaît le passage
du gibier aux traces de bave qu'il
a laissé sur les feuilles en les
Juchant. Luchcr comme licher
(voir, ce mot), signifie lécher
en saintongeais.
lilJETTE, s. f. Jeu de cartes
fort usité dans la Vendée, qui se
joue avec des cartes spéciales en
faisant force grimaces.
El vint à Bordeaux, auquel lieu ne
trouva erand exercice sinon aux gabar-
riers jouant aux luettes sur la grave.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. V.)
Iiï:f.:UET, nom d'homme,
Contraction de Lehuquct, ce der-
nier mot diminutif de hugues ou
signiiiant originaire delaHongrie,
au moyen âge hugueric (1).
liUIiU, s. m. Espèce d'alouette,
nhuda nrhoroa de Linné, ainsi
nommé à cause de son chant.
LUMAT , s. m. Limaçon ,
escargot. En vieux français :
limas. (Voir limace.)
Autant en est de la tarde tortue
Et du limas qui plus tard se remue.
(HoNSAUD, Poème du Chat.)
Cette année (149'4) le dit Mercier,
maire, bailla à la ville une baslarde
sur laquelle sont les armes du dit Mer-
cier qui sont trois lumatz
(Amo3 Barbot, Histoire de La Rochelle,
t. I, p. 453.)
Le mot himat a probablement
formé lumnchelle, sorte de mar-
bre composé de petites coquilles
de la figure du limaçon. (Voir
Buffon, Minéralogie, t. II.)
I^USICilVAIV, nom de localité
du Poitou; en latin : Liziniaeum,
domaine de Licinius.
Quidam Bertrandus, qui capellanus
fuerat hugonis Liziniacensis...
(Soiilence du 15 mars 1111 île Pierre de
Soubise, évéque de Suintes. — Areh.
hist. de Saint., X, 222.)
liCSSAlV, nom de localité et
nom d'homme. Du vieux français :
lus, luz, brochet; lusel, luseau,
petit brochet ou brocheton.
Que pour mengiez luz ne barbotes
Quelconques fusl un jor malades.
(Gautier OE Coinsi, ch. X.XVIII, liv. I.)
IS/L
]?IACAIRE, nom d'homme;
du grec : Ma/.àpto;, heureux.
(1) Ilugucrie, il existe îi Bordeaux une rue
de ce nom.
MA€IIE, S. f. Nom vulgaire
de la valévianollo locuste qui se
mange en salade; se désigne
aussi en Sainlonge sous le nom
de doucette.
MACHE FER
435
MADION
Ce mot est d'origine arabe;
dans cette langue, nu'icJi désigne
une espèce de légume, d'après
les dictionnaires de Freytag et
de Richardson.
MACHE FER,nom d'homme
qui ne signifie pas mangeur de
fer, comme on pourrait le croire,
mais massue de fer. Le mot
mâche avait, au moyen âge, le
sens de masse d'armes, de massue
de combat.
Au XV° siècle, le mot mâchefer
avait déjà le sens actuel de résidu
de fonte des minerais de fer.
Abusé m'a et fait entendre
Tousjours d'ung que c'esloit ung autre
De viel mâchefer que fust peautre (1).
(Fr. ViLLOM, Grand Testamenl.)
MACHEK, V. a. Meurtrir,
faire une contusion qui laisse une
trace : // a Jes yeux mâchés, ce
fruit est mâché. Ce mot parait
être d'origine germanique, car,
dans l'ancien allemand, masca
veut dire tache.
Je sens trop Lien que mon soulier me
(Mellin dr Sii.xt-Gel.iis, Ballade d'un
Chat et d'un ililaii, p. 90.)
On trouve dans le vieux fran-
çais avec le même sens : ma-
churer.
Mourir me conviendra de faim
De dueil j'en rnachure ma face.
{iluralilé de l'Aveugle et du Boiteuxi
Hecueil de Farce.i, Svlics, \>. 230.)
MAt'IlOTTER, V. a. Mâcher
avec rf'pugnancc, manger sans
appétit.
(1) l'eaulre, étain.
N'as-tu pas vu, Bellot, mâchottev\es
(brebis
L'iiefbe demi-brûlée, au milieu des
[herbis...
(Remv Bblleac, Bergeries, !■■• journée,
t. I, p. 3.)
MACHOUÈRE, s. f. Mâ-
choire.
Prend ta verge de fer, fracasse de tes
[fléaux
La macJioucre puante à ces tiers
[lionceau.v.
(Agr. d'Aibigxr, Tragiques, liv. III
t. IV, p. 147.)
MACHOIJK, s. m. Instru-
ment à briser le chanvre en tige.
Du vieux français : machéure.
ITIA^O^T, Massou, LiCinas-
son, noms d'hommes dérivés de
celui de l'artisan qui bâtit les
murailles. En basse latinité :
Machio.
Machiones dicti à machinis in quibus
insistunt propter altiludinem parictum.
(Isidore nr. Séville, Origines, liv. XIX,
ch. VUI.)
MA^'OXXE, s. f. Maçonnerie.
Il faudra quelques inassonnes pour
une bande de muraille d'une toise
(Agr. d'.\ibig.\é, Lettres, t. I, p. 113.)
il A 111 OX, nom de localité.
En Ijasse latinité : Masdio, con-
traction de Masam-Dionysii, mai-
son de Denys.
Au moyen âge, il existait dans
les landes de Madion une abbayo
soumise à l'évéque de Saintes.
Cette abbaye, située jirès de
Viroilet, était en ruines en 1648,
à réi)0(pio où Fouciuet, frère du
surintendant, en fut nommé abbé
coinmandataire.
MADRE
23G
MAILLARD
Masdio seu Masum-Dioïiysii ol ^fns-
dionum... prope Aic-hiacuiu in parocliià
S"-Gerniani du Sciuire, qui tluviolus
alluit rupem in qiià condiluiu fuit
monasleriam.
{Gallia Christiana. t. II, cnl. 1120.)
IflADRE, S. f. Bébillo (lo l)ois ;
de l'esijagnol : niadoni, bois. Au
moyen àg-e, on désig-nail par ce
nom le cœur ou la racine de cer-
tains bois.
Touz cil qui vendent hanas de madré
ou de fusl, ou escueles ou plaliaus,
hors (le leurs hotieus au iour de samedi,
doivent j denier de tonlieu.
(Registre des Métiers d'Est. Buileav,
p. 3-29)
H.VGXAir, Mnij^naii, noms
d'hommes. En vieux français :
chaudronnier.
Voyant cecy, autant suis resjouy
Comme ung renard qui se voit prins
[mu piège
■ Ou ung meignan de Dinan ou de liège,
Chauderonnier de dueil esvanouy.
(Roger DE Colleuïe, hmidean 5/1'., j). iJl-4.)
]7I.VCi;.\IB';K, iriaitîer, noms
d'hommes. En vieux français :
nieunicr.
Les magniers sont tenus de chascune
rasière du meilleur bledt, bien et souffi-
samment mollu, sans fraulde, rendre et
rapporter
(Ordonnance du 1 1 aoiit 1 i37, citée par
RoyiF.FOHT, Glossaire île la Langue
romane.)
Mnçfnier, nmifjnier ont aussi
signilio : domestique, laboureur;
en basse latinité : mar/ncrJus,
niainngerius. Le mot nuiz/nicr
peut être ég'alement regardé
comme une contraction du vieux
français : ninlini)/n('' , niair/nié ,
blessé, estropié, mutilé.
De mahaignc pert toz ses biens, sauve
la porvéance du maignié.
[Li Livres de Jostice., p. 279, §20.)
Tous erl br laies et mahaigniés.
(RUIEBIEIF, t. II, p. 410.)
MAGOT, s. m. Trésor caclié,
aljoiidance d'argent. Du vieux
français : mncniit, nmf/nul, poche,
bourse. (Roquefort, Glossaire de
la Langue romane.)
IVI \ G II I F R , ITIasuet ,
Maliicr, noms d'hommes. Le
dernier est une forme de Mathieu
comme Main'; en breton, Maheu,
Mahiou, Maliot en vieux français.
Les deux ])remiers noms sont
une corruption du même mot ou
des dérivations do mage, grani,
ou magre, maig-re.
MAîGRi:, s. f. Poisson de
mer, c'est la sciènc aigle de
Guvier. Quand ce poisson est de
petite taille, on l'appelle maigrol.
En la mer oceane, environ le temps
de Pasqnes, il se prend un grand nom-
bre de poissons qui sont grands comme
enfants, que l'on nomme inaigres.
(Bernard PxmsM, Disrours Admirables.)
MAIÎ.^, s. m. Maillet de bois
dur , à manche souple , pour
enfoncer un coin. Du latin :
maliens, marteau.
Cil porte un mail (n'ot lance ne espée)
De fer i ol demie-charretée.
{Bataille d'Aleschans, vers 5309».)
IflAIfjIj.'^Kn, nom d'homme;
du vieux français : maille, petite
monnaie dont le nom a été con-
servé dans la locution : ni sou ni
maille, ou plutôt des vieux mots :
mailler, fraj)i)er; mail, marteau.
Ains fiert, frappe, et rouille et maille
Celé qui brait et crie et braille.
(Homan de la liose.)
MAILLKZAIS
237
MAIS
MAîfilir.Z ABî^, nom do loc.i-
lilé siliu'o aux couliiis du Poitou
et de l'Aunid ([ui l'ut, Jus(}u'cn
1648, lo siùgo d'un évrchô trans-
i'êvCi à celte date à La Rochelle.
C'était une j)lace de £,-uerre dont
Agrippa d'Aul)ig'né fut g-ouver-
nour i)ondant le règne d'Henri IV
et la minorité de Louis Xlli.
En latin : Mii leur uni ou Mallcn-
ciun.
Au XVP siècle, l'église de
Miiilleznis était i)ourvue d'une
précieuse reHipie qui ne parait
pas y avoir été conservée :
Du lairt de la vierge à Maillezals in
una parvà bursù saliao rubri.
(A^r. D'Acnir.NK. CflH/V"î.v/ft« (le Slllicy,
ch. Vni, t. n, p. 2711.)
IîïAI¥iIi«î<r'B!ÎE, S. f. Gros
niailliît de liois, augmentatif de
jnnil. {\û\v ce mot.)
Le suppliant prit une mailloche à
tonnelier el d'icelle mailloche Ceiy icelui
Rugei'on.
(Telle Ju XV» sii^clo, cite par d'c Cinoe,
au mol mailhelus.)
On dit aussi : nmillochon, petite
mailloche.
ïïïAarïir:,156iiîB, noms d'hom-
mes et (1(3 localiU'.s (pii ont formé
les noms Leinainc, Duinnint^
Dinnenil, etc.
En vieux franca's : innir/nro,
inaitjnio, iniusnic, incsnil, nuùnc\
etc.,signilient demeure; du latin :
mnnsio. En basse latinité: nuis,
inn ,s //; ia , niaïujn c in , n i n in nr/ in m ,
niniisionilo, etc., dont l'origine
(!sl le verbe innncvc, habiter,
demeurer.
Kt ce à cause et pour raison de cer-
tains maitics cl liériUnyfS nomniez el
déelairez
(Acte lie cession du 8 novorabrc 1 WH. —
Arch. liist. de la S.iiul., i. X, it.lWO.)
ÏÏI.VîîlK, î.eiMaîrc, noms
d'homiij(!s; du lalin : jnujur, plus
grand. En vieux français, maire
a eu le sens du latin :
El nionle en un engien cpii l'u îles
[autres maire.
{Roman d'Alexandre, p. 207.)
IflAîSBKïlïE, S. f. Mairie,
local affecté aux affaires munici-
pales. Maire vient du latin :
major, en passant j)ar l'intermé-
diaire maïenr, usité autrefois. Lo
mot maircrie, qui parait résulter
d'tm vice de prononciation, a été
usité au moyen âge.
Jean P.i/.ard grenclier de Sully-sur-
Loire, seigneur de la iuairerie de Gour-
naiville
{Conxtumier ffénénil, t. I, p. '21, elle par
M. LniiiÉ.)
MAIS, adv. Plus, davantage;
du latin : ma;/is. On dit en Sain-
te nge : // n'en peut mais, il ne
peut en supporter davantage —
mais d'nn, jjIus d'un, etc.
De vieillesse ne voy mez goutte
Porqiioy ne crains guère la mort
Il y a dix ans que iay ia goutte.
(Miirtiiil d'Ai:veiigmî, Danre Hacabre
des femmes.)
Pur la tentation ai-je quelque crédit?
l'^l puis-jc mais, clictil', si le canir leui-
[en dil?
(Moi-iÈiiE, /)(■;;// amoureux, nol. V.)
Le mot mais, dans le sens de
plus, s'est conservé dans le fran-
çais désormais comi)osé des trois
mois : drs, orc, mais, dès, à
présent, jjIus.
Ne sui aised di-s ove a ester à curt.
(^m. ii,.,.(. lUs /{„/,,._ eli. XI\', p. nio.)
L'italien a, dans le même sens,
mai. L'espagnol : mas.
17
MAISOUNEE
i38
MALCONCIIE
Mas son que arenas in riba de la mar.
(Bahceo, ililagros de nuestra seiwra,
vers 47'.)
ITIAISOUA'ÉE, s. f. Maison-
née, ensemble des habitants do
la maison. G'esfl'ancienne mais-
nie ou mesnie.
Et encor, dit Ilenris, je vouldrai qu'il
jm'oltrie
Daniot et Turquant, qui sont de sa
[maisnie.
(Poème de Bertrand Dugncscliu,
vers 9318».)
Le mot nmisonnée n'a remplacé
maisnio qu'au XVP siècle. Il
se trouve dans le dictionnaire
d'Oudin.
IflAITKE, Maîtresse, titre
donné aux paysans propriétaires;
on dit monsieur au bourgeois.
Eu parlant d'une personne, on
dira : niailro AUain, mai tresse
Bernard.
Le principal se nommoit maistre Lié-
vin Blanc...
(Mathieu DE CoicY, Hist. de Charles YII.)
ni AIZIKRES , Méasières ,
noms de localités. Du latin :
maceriœ, murs de clôtures. En
vieux français, maixière a signilié
débris, ruines.
Chescuin sceil bien que li roy veult
Que de maison face-on maixière.
(Guerre de Metz, st. 77, p. lil)
MAIiAISA^X'E, s. f. Défaut
de fortune — incommodité.
A cause de la malaisance du lieu, on
ne pouvoil ni fouir ni chasser guères
loing.
(J. Amyot, traduction de PLCiiRQi'E, Vie
de liomutus.)
IVIAIiAIfliÉ , adj. Invalide,
incapal)le de travailler par suite
d'inlirmités physicjues.
Il cstoit tnalaisé de sa personne car
il avoit une bosse sur le dos et l'autre
sur l'estomac
(Bonnv. des Péiuers, nouvelle 37».)
Lo mot malaisé avait aussi
autrefois le sens actuel de dif/i-
cilc.
Et chevauçoicnt les En{j;lès par lo
dcstroit de la montagne et le malaisieu
chemin en plusieurs roules (1).
(FnoiasiRt, Ht. I, § 355, t. IV, p. 157.)
Dans ce sens, il est également
usité dans le langage sainton-
geais. Le paysan malicieux de
nos pays désigne souvent sa
femme par la gracieuse épithète
de malaisée ou malaisie.
MAIiA]%'DRE, s. f. Tout mal
apparent; ce mot est usité avec
ce sens dans le dialecte du Berry.
Malandre veult estre lavé deux fois
le jour de chault pissat ou chaude eaue.
(Ménagier français, liv.U, ch. HI.)
Tiennelte n'a ni suros ni malandre.
(LiFONTAiNB, Conte des Troqiieurs.)
MAïiART, s. m. Canard —
mâle de la cane sauvage.
Assès aront à boire e à mangier
Grues e ganstes e mallars e plouvier.
(Ogier DE I)\NEMiiiciiE, note du Roman
d'Alexandre, p. 103 )
Anes, malars et jars et oes.
(Roman du Renart, vers 1273.)
niAIiCOXCRE, nom de lieu,
mauvaise baie, mala coucha. (Voir
conche.) Un rocher situé à l'est
(t) Route. Ce mot a eu le sens ancien de
troupe. 11 a formé le mot routier, soldat eurôlé.
MALDISANT
239
MALTOL'TE
d'OIéron porte lo nom de banc de
Malconche.
MAIiDISAXT, adj. Médi-
sant, menteur — diseur de vilains
mots.
Ne soyez malclisant ne menteur
{Histoire de Baynrt par le loyal servi-
teur, XVI* siècle.)
MAIiEBÊTE, s. f. Loup-
garou, ganipote. En languedoc :
mnlohcstio , le moine bourru ,
fantôme imaginaire.
Le mot nmlc, pour mauvais (du
latin : main), était usité en vieux
français.
]?IAI.K:fIKXT, adv. Mécham-
ment, mal.
Par vos sui si adolés
Et si malement menés.
{Aucassin et Nicoletle.c^mnt. VU.)
D'b là vient que nous, pauvres hommes,
Malement fourvoyez nous sommes.
(Baïf.)
]?IAE.EXDrRAXT, adj. Peu
patient, hargneux.
Mais comme le peuple de Nevers est
assez malendurant
(Guy Coyrii.LE.)
]?IAI^FAÇOX^, s. f. Mauvaise
confection d'im ouvrage — vice
de construction. Du vieux mot :
nialc, mauvaise; en latin : nnila.
Si les gardes du mcslier trouvent
aucune autre vice de malefaçon en
aucune des œuvres
(Registre des Mestiers d'Esi. BoiiEAr.
p. <Jt.)
:fIAl,IlfUEl'X, adj. Malheu-
reux. C'est l'ancienne prononcia-
tion.
Ft Ysenf^rin lot coi se gist
(irant piôce, après et puis si dist :
Haï! malhureus chaitis!
- (Poème du Renart, vers 7663«.)
T)e tant de gens valureux
Uui dans ces temps tnalliureux
Finirent leur destinée...
(M"» DE La Vigne, Ode à J/"« de Seii-
dertj.)
JYIAIilXE, s. f. Grande marée
de pleine lune ou d'équinoxe. Ce
mot pourrait être d'origine ger-
manique comme la plupart des
termes de marine; anglo-saxon :
mufjle, gi'and. Il est cependant
probable qu'il vient du latin :
malignus, malin, malfaisant, cette
sorte de marée étant dangereuse
pour les navigateurs.
Et lors estant la maline, les galères
passèrent facilement sur les batlures et
platins
(Agr. D'AiBiGNé, Histoire Univ., Uv. II,
p. 30-2.)
IflALOTIir, adj. Malappris,
grossier. Le Duchat dérive ce
mot de mnlc astructus; Ménage,
de malà instriictiis; Borel, de
nialô astrosus. Il s'écrivait autre-
fois nialaustriis. En languedoc,
on dit mal est rue.
HIAIiTOrTE, s. f. Maltùte,
mauvais impùt, malversation. De
malè tollus, mal pris. Ce fut le
nom donné à l'impôt établi jiar
Pbilippc-lc-Bel, pour stdjvi'iiir
aux frais de la guerre contre les
Anglais.
Ces levées qui estoienl quelquefois
extraordinaires furent anciennement
appelées 7naltoutes comme si le jteuple
eusl voulu dire qu'elles csloicnt mal
prises.
(PAâyiiEB, Recherches, liv. VIII, p. '18.)
MALVAT
SiO
MANICLE
M.lîiVAT, s. m. Mauvais
sujet, (\m vaul piHi, ninlr valet.
Usité en })rovenral.
Eh! non, ce lui fit la drôlosse, je ne
veux point d'un grand 7Hal-va comme
vous.
C/-C.S' Ecoxst'uxei, p.lS, cité pur Nisahu,
l'urisiaitismes, p. 156.)
HIAIVAXT, S. m. Homme
f^rossicf, de basse extraction. Go
mot avait autrefois tout simple-
ment la signiiication d'habitant;
du latin : niancre.
Kn la forest erl oreslanz
Là où li anciens rnananz
Avoil la scue t'orlerece (1).
{Le Voir patefroij, vers 10o«. — Fabl.
et Contes, t. I, p. 168.)
Et Ipouvasl on bien en laditte ville do
Saint-Leu manans huit mil ou neuf mil,
bourgeois que gens de mestier.
(FnoissAni, Chroniques, liv. I, § !260,
l. ni, p. 140.)
Dans le sens de demeurer,
habiter, le vieux français avait
autrefois le verbe iminer qui a
subsisté jusqu'au XIIP siècle :
En Bretaiae maneil un Ber... (2).
(Marie de Fiiaxce, Lai de liiseluverct-,
t. I, p. 178.)
Le mot manant qui nous est
resté do ce verbe, loin d'avoir
autrefois la signiiication actuelle
qui provient de la réunion ordi-
naire dos mots : bourgeois et
manants, a désigné autrefois le
riche habitant d'un i)ays, le pos-
sesseur do terres et fiefs.
Porquoi nous efforron-nous tant
D'esLre si riche et si manant.
{Co.ttairment d'un pire, l'ahituux et
Contes, t. IV, p. 17».)
(1) En la forêt il s'était arrêté, Vi où l'ancien
hal)itant avait son clifiteau tort.
('2; En liretagne demeurait un baron.
Dui chevaliers veisin esloient
r.ichcs hiuumcs furent e manant
E chevaliers pru.'c e vaillunl.
(Maiie de France, Lai del freisne, t. II,
p. las.)
MAIVCMS':K«î»r, s. m. Man-
che de vriomont — manche
d'outil. Se dit principalement des
tiges de bois que le laboureur
tient pour diriger sa charrue. Du
latin : manicœ, ou d'un mot colti-
(lue devenu en bas breton :
nianch.
Levés à deus mains toutes nues
Les mandierons de vos charrues.
(Jean de Mecng, Roman de la Rose,
vers 20641».;
Elle vous avoil puis après
Mancherons d'escarlatle verte,
l\obe de pers large et ouverte.
(Cl. Mahot, Dialogue de dcu.v Amou-
reux, 1. 1, p. 28.)
MA5.'«EKIE, s. f. Festin —
manière de manger — glouton-
nerie.
Il despescha sa messe laquelle il dit
en chasseur, ayant le cœur à la man-
gerie.
(Bonav. des rûiiiEiis, conte 75".)
Non moins étoient de bonne doctrine
que bien instruit/, non que je veuille
mesurer la conséquence d'un bancjuet
en variété cl magnilicjue apparat de
maïKjeries.
(Xoiil Di- Fail, Propos rustiques, ch. III,
p. 20.)
lîf AIVICIiK, s. f. Bracelet —
menottes pour lier les mains des
prisonniers — espèce de gants
dont se servent cpiehiues ouvriers
(notamment les cordonniers) pour
protéger leurs mains. De mani-
citla, diminutif de manicœ, man-
ches.
Ainsi ([u'un prisonnier qui jour et
[nuit endure
MANIERE
2il
MARECHAU
Les manicles aux mains, nux pieds
[la chaisne dure.
(RONSABO.)
IflATVIKRE, s. f. Espèce,
employé fréquemment sous celle
forme : ine manière de monde;
ine manière d'osiû... pour une
espèce de gens, une espèce
d'oiseau.
Une manière «uni de gent
Qui mescreienl nioull malemcnt.
(V/f' du pape Grcgoire-le-Grand —
XI* siècle.)
Sursirent e as viles e as champs une
manière de suriz, à la destrucliun del
païs (1).
(Livre des Rois, ch. V, vcrsot 6, irad.
du Xn* siècle.)
Li prévolz esloit curiels de refréner
l'engrestc à celé manière d'ornes [H).
(AncionDe Iraduction du DiflCfile, citoe
pai-'e ^Si, du Glossaire du Litre de
Jostice.)
Les jésuites sont une mayiière de
religieux habillés de noir...
(RicHEi.p.T, Dictionnaire français, édil.
de 1630.)
MAMLLE, S. f. Espèce de
jeu (le caries U3ilé dans le sud-
ouest. Les plus fortes cartes sont
les dix qui s'appellent miniilJes,
comme le jeu lui-même. En espa-
gnol : manilla.
MAXXE, s. f. Grappe de la
vigne avant la floraison. Mot
usité dans le IMayais, synonimo
de formance cpii est employé
dans le reste de la Saintongc.
ITIAQrEKEAl', s. m. Pois-
(1) Kl dans les villes et d.ins les fliamps une
espace de souris surgirenl (surroxère) pour la
deslruclion du p.nys.
li; l,e préviU éiiit di^sircin de incllre un frein
•I la méchaacclù de cette espèce 'i'bumiucs.
son de mer, tacheté de noir,
scomher vulgnris. Mot d'origine
Scandinave ; en llamand : makrrcl;
en danois : nmkrcl; en anglais :
mackreU.
Tout le maquerel et tout le harenc
qui vient à Paris doit estre vendus
frais.
[Registre des Mcstiers d'Est. Boileau,
p. 270.)
MAKAICIf AU , mùrai-
chiu, s. m. BijL'uf de marais. En
vieux français, maraischicre dési-
gnait un lieu bas et humide, un
marais. En basse latinité : maris-
cotuni, marescaginni. Maraichan
est un des noms donné au bœuf
dans la Vendée :
Caslain, maraicitau
Bretagne et Chollet
Oh! oh! oh! oh! oh! mon valet.
(Chanson yendéenne.)
MARAXS, noms de localité,
lieu marécageux ainsi nommé
sans doute du voisinage de la
mer. En bas breton, maraës
signifie marais.
^ i^IARBRE, s. m. Bille des
écoliers saiulonï:reais.
^VfAKC'ADïKER, llcrca-
dicr, noms d'hommes; en vieux
français : marchand, Iraliciuant.
En provençal : mercadié, en
breton : marcbadour, marchader,
nwrchadwr.
.H.\B5C:«'II.li:, s. m. Maré-
chal.
Messires Mahieus de Trie, mares-
chaus de France avocch monsigneur
Godomar
(Jehan FH0ISS4RI, Chroniques, Ht. I, § 100.)
MARENAUD
212
MARIENNEE
Maréchau comme maréchal
dérive du celtique : marc ,
cheval, qui nous a été conservé
par les historiens grecs et est
encore usité dans, le pays de
Galles :
I-rtov To ovofjix XrzvA ■:'.; « Map/.av »
ôvTa 'jTio zCo't ReXtcov.
(Pausnilias, liv. X, ch. XIX.)
Mark était usité avec le même
sens dans les langues tudes-
ques (1) et sa réunion avec l'alle-
mand : shal, officier serviteur,
a formé mareschal, officier de
récurie.
ITIAKÉXArD, s. m. Habitant
de Mavenncs (voir ce mot) — ori-
ginaire des marais, qu'il s'agisse
d'un homme ou d'un animal.
MARE^.'VES, nom de loca-
lité, dérivé du radical : mare,
mer. Le pays avait au moyen âge
le nom de pagus maritimus :
Item in ipso pago Sanlonico, loco qui
dicitur maritimus, donamus domino et
S. Mariœ ecclesiam S" Salui'nini Ma-
remniœ et S" Justi...
{Char la fundationis abb. S. Mariœ apud
SaiUoiie.<i,tinao iOil — Gallia Chris-
tiana, t. II, iastrumeuta, col.479.)
9IAKFROIS , Marfroy ,
noms d'hommes. Du vieux fran-
çais : mav, mal et mauvais, et
frois, humide et rompu, brisé.
Mar fu nez, mar te adoubas
Et le pueple mar destourbas,
Qui en toi est asséiJrez (2).
(Roman de CAoriie, strophe 101.)
(1) Si qals equo fjaein viark dicunt, oculum
eicusseril. [Loi Satiquc, litre 71.)
(2) Mal ta es né, mal tu t'armas et mal tu trou-
blas le peuple qui avait mis en toi sa sécurité.
ITIARGOUlIilillS, s. m.
Bourbier, lieu plein d'ordures.
Dérive probablement de mavgila,
diminutif de marga, marne. On
trouve, dans le vieux français, le
verbe mevgiiiller dans le sens
d'embourber.
Espristrent du fu le tuen saintuarie;
en terre merguillèrent le tabernacle del
tuen num (1).
(Livre des Psaumes, irad. du XII« siùcls,
p. 98.)
Margouillis s'est employé dans
le style familier aux temps mo-
dernes :
La pauvre philosophie se trouverait
une seconde fois dans le margouillis.
(D'.\LEMBERi, lettre du 9 juillet i""4.)
MARGOUIiETTE, s. f. Bou-
che, mâchoire, mot composé de
mar, abréviation du latin : major,
grande, et goule, bouche.
En vieux français, margouler a.
eu le sens de la locution popu-
laire : casser la Queule :
Bcsoing seroit par cry impérial
De margouller sans appel ne réplicques
Telz séducteurs, serviteurs de Bélial.
(Roger de Collerye, Ballade /, p. 170.)
,^IARIE:VXÉE, Mérien-
née, s. f. Méridienne, sommeil
du milieu du jour. En latin :
meridies, midi.
Entre ces afaires, H reis David à un
jur levad après merienne; si se alout
esbaniant en un solier et vit une dame
ki se baignout (2).
(«m. iiire des Rois, ch. XI, verset 2,
p, 154.)
(1) Ils firent consumer par le feu ton sanc-
tuaire, en terre ils embourbèrent le tabernacle
dédié 'j ton nom.
(2) Accidii ut surgerct David de strato suo
post meridiei» et deambularet in solario domus
regicje; vidii que raulierem se lavantem...
MARIGNAC
243
MA55AC
:TIAllIGXAr, nom de loca-
lité, domaine de Marinius; latin :
Mariniacuui.
:TIAR:tiiTErx, adj. Douce-
reux, hypocrite, bon apôtre.
El fait dehors le marmiteus
Si a le vis simple el pileus
El semble sainte créature.
(Rewua de U Rose, édit. Xeon, t. I,
p. 19.)
5IARMOA\ER. V a Mar-
motter, grommeler.
Car ta ne sçeuz tant lixarmonner
C>u'un nom lu luv sceusses donner.
(Cl. MiiOT, Efitres, t. I, p. 243.)
MARRE, S. f. Hoyau, pelle
large et courbée. En celtique :
niarr: en italien et en latin :
marra; en grec : Miiiov.
Toucharent les piochears de leurs
inarres ung grand lumbeau de bronze.
(Raselus, Gargantua, Ut. I, clu I.)
Ainsi comme le laboureur quand il
veull essarter el arracher quelque plante
sauvage qui ne porte point de fruit,
mettant à bon esciant la nxarre, toul du
premier coup dedans la terre il en
couppe les racines.
(Fr. AxTOT. la Matrtûe lutMte, trad. de
PirruiyrB.)
:»AR ROCHE, llarro-
chon, s. f. et m. Petite marre,
outil de jardinier tranchant d'un
côté, fourchu de l'autre.
Et y veismes grand nombre d'arbres
portans marroches, piochons, serfouet-
tes, faulx
(IU»ELU3, PaMtttgmel, Ih. V, ch. IX.)
Ensemble des marrochons, des pio-
ches, serfouettes, besches
(RuBLAjs, Gûrgantua. lir. I, ch. Iini.)
ITI.IRSAIS, nom d'homme el
de localité, forme du prénom
Martial, comme le poitevin : Mar-
saud.
MARSAS,nom de commune.
En vieux français : warsaus,
saule mâle ; du bas latin : J/ar-
salix.
iWARSÈCHE. s. f. Menus
grains qu'on sème au mois de
mars. lOrges, avoines, etc.». En
basse latinité : marceschia, niar-
secbia. En vieux français : mar-
çaiche, marcbesse, marcescbe :
De chascun muid de marcesche et
autres bleds et grains de mars payera
un denier...
(ABcienne coctarae d'Orléans, cité p^ar
RoflrEToiT, Gluttire ie la Laa§me
nmëMe.)
MARSIIiliT, nom de com-
mune, dérivé comme Marsas du
nom du saule ; en latin : Ifarsalix.
-IIARTIX, llartinet. ^ar-
lineau. noms d'hommes. En
latin : Martinus, diminutif de
niartius, martial, belliqueux. Ce
nom se retrouve avec quelques
différences de forme dans la plus
grande partie des dialectes euro-
péens.
MAS, s. m. Maison, ferme,
métairie, propriété. Mot d'origine
celtique, conservé en gaélique et
bas breton : ma, maës. En basse
latinité : massa, massum.
Mas entre dans le nom de beau-
coup de localités et a formé plu-
sieurs noms d'hommes : Daumas,
Dumas, Delmas, etc.
.^lASSAC, nom de localité;
MASSEPAIN
2il
MATIN
radical : J/rîs. (Voir ce; mot.) En
basse latinité, on trouve : niassii,
hutte, nictairio, village.
1IA§SEI»AI.V, s. m. Petit
gâteau lég-er, très connu en Sain-
tonge, oh les nmssepnins de Glion
ont de la rL'i)ulation. En italien,
mavzapnne dérive, d'après Mé-
nage, du mot pane, pain, et du
nom de l'inventeur : Miivzo.
Courte venoit dessus la table
Du lioy prendre jusqu'en sa main
Le biscuit cl le massepain.
(RoNSAiiD, EpUre de Courte, chicane
(tu Roy.)
Les festins et banquets s'y fai.soicnl
à 4") ('eus le plat avec les collations
niugniliques à tous services oii les
dragées, coniUures sèches e\, mascejycDis
étoient si peu espargnés...
(P. DE i.'Ejtoii.e, Mcmuires-Jounuiu.r,
t. VU, p. i'J.)
Le premier massepain pour eux, je
[crois, se lit
El le premier citron à Rouen fut conlit.
(J. Boii.EAU, Satire X.)
MAS^'^JKR, V. a. Battre avec
une masse — agglomérer par le
battage. En grec: Mâcrjeiv, pétrir.
Et après ce qu'il est molu
Qu'il soil ensemble tut massé
Va seit parmi un drap passé
Plus menu (|ue nule farine.
(Manuscrit du XUI» sirele, cité pur
Lirritii, Dictionnaire français.)
lIASSaOÎj , nom d'homme
qui, comme Mnssieu, peut être
considéré comme une l'orme de
Mathieu qui, en hébreu, signifie
qui est donné. On peut aussi y
voir un dérivé du latin : niaxiiuii.s,
très grand, ou du vieu.x mot
français: nia.s qui, outre la signi-
fication de maison (voir ce mot),
a eu le sens de triste, abbattu,
chagrin.
Lors s'en est Bol-accueil fouï;
Je (lemourai moult csbahi,
Honteux et mas
(Itomaa de la llose.)
M.VrEI.^, Malbes, noms de
localités. En vieux IVançais : mata,
butte, tertre; inatho, l'osso, trou,
tombeau. (liociuefort. Glossaire
de la Lanr/ue i-oniano.)
I*eut-ètrG ce mot est-il une
forme do Matlucus, Mathieu.
Bourignon dérive Matha et
Mathe du celtique : niad, prononcé
mat, qui a signifié élévation.
(Antiq. do Saintes,]}. 153, note.)
Autrefois, Matha a été (lésigné
par le motil/c?«/as.
Plusieurs tailhécs ont esté csta-
blies par le soigneur de Mastas,..
(Manilenieiit du 3 mai 1338, Documenta
historiques, publiés par M. de IIiciie-
MONT, p. 23.)
En vieux français, mastau a
désigné le cens dit sur un mas
ou méttiirio. (Voir I-loquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
WiV^l^'i (k\, I?ïalîn (à ce),
locutions saintongcaises. Le ma-
lin, ce matin, aujourd'hui.
Moult s'en paincnl de cucr à soir et
[à ttiatin.
[Berte ans yrans pics, vers 1363".)
A ca matin n'ai point clé songneuse
De m't trouver: ainsi suis malheureuse.
(Vauuiei.in, Foresteries III, p. '.).)
Marquel grand bastonnier de la com-
pagnie des fouaciers lui dit : Vraiment
tu es bien accreslé à ce malin.
(llAnELAis, Gargantua, liv. I,ch.XXV.)
J'avûis à ce malin un IVuict de cette
[sspècc.
(Mairet, l'Athcnais.)
miVWlN^ MàtîMC, terme
injurieux aj)pli(|ué à un homme
MATIXET
215
MAUFRAS
OU à Tine fomnio. Du nom mû fin
donné à un i^i'os chien. Eu bas
breton : mnstin.
... Afin que la mastine
En eust après c:i liaiiie le vieillard;
Ce que je creus el fus lâche paillard.
(F. Amyot, Cniiimciit on dnil lire les
pnelt's, trail. de l'inAngi;:.)
MATTIKET, s. m. Matin, do
bonne heure.
Al matinet, quant primes apert l'albe
Esveillez esl li emperère Caries.
(Cliansvn de llaland, vers SSiii».)
Senestre, il est bien matinet
E gar! encore ame n'y est.
(Miracle de Notre-Dame, thé'ît. franc,
au moyen (îge, p. 331, col. 1.)
Moult matinet entrez esloit
lin la chambre où ses lilz gisoit.
(Li Romans de Dolopallws, vers 3ji"2i.)
MATO.'V, lUatton, s. m.
Grumeau de pà'e ou de lait caillé.
En allemand, niatté signilie lait
caillé.
Tout leur mathon ne toute leur potée
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
(F. ViLr.ox, Ballade XI des Conlrediets
de franc Gonlier.)
lïAU, S. m. Mal
du latin : nmlum.
souffrance ;
Tant grale chèvre que mau gist.
(La Vie des pères, cité pnr RogrnroBT,
Glossaire de la Langue romane.)
Mail, luniis ont eu autrefois la
si|?ni(lcation de mauvais, et ce
radical esl resté dans un grand
noud)re de noms d'iioinmes et de
lieux : Manclorc, Maupas, Maul'và,
MauheCy Maiicroix, Maiipcrliiis,
Mau vilain, Mauvuisin, Maunius-
son, etc..
iriAUBEliT, nom de localité
et nom d'homme. En vieux fi-an-
çajs : niau, mauvais; her, baron,
seigneur.
F.n Brelaine nianoit un ber
Merveille l'ai oi locr ;
Beau chevaliers c bon esloit.
'Marie de I'hxnce, Lai du Bisclavcret,
t. I, p. ITS.)
Bcr, bert ont aussi signifié
berceau (voir Ho([uefort), et
l'appellation maubert, avec ce
dernier sens, conviendrait assez
bien au port Maubcrl situé sur la
Gironde, et fort mal abrité des
vents d'ouest et de nord-ouest.
MAI^FAIEES':, v. n. Faire
mal, commettre une nuiuvaise
action.
En l'église S'" Saloina midunl sun
corps mort en parfont el onc Normans
n'i puec maufaira.
{Citron, l'rancurum, édil. reisné-Delncouri.)
MAUft'i:, Iflaiifait, MolTé,
noms d'honunes et de localité. Du
latin : malcfacliis , malfaisant.
C'est le nom (pi'au moyen Age on
donnait au diable.
Un jour avint que li maufé
Furent lécnz luit assemblé
D'enfer issirenl pour conquerre
Les àmcs par toute la terre.
{Fabliau de Saint-I'ierre et du Jongléor.)
Encop viendra tout à tens l'euro
Que li maufé noir comme meure
Les tendront en lor desciplines!
(UriEamiK, Complainte de Coiistanti-
noble, 1. 1, p. 109.)
Maufai m'auroicnt envaï.
J'auroic mon seignor Irai.
(J. DE ME^^^r., Human de la llosc,
vers 4760".)
MAÎIFIÎIAS, Mauri'oîjj,
noms d'hommes. M. Larchciy les
dérive du vieux nom germanique :
MAUGRÉ
346
MAUSSE
madelfrid (orateur pacifique),
remarquant que Madelfridiis est
le nom latin de Sahit-Maufroy
(Voyez Lorédan Larchey, Dic-
tion nairo des I\'oins.)
Il est permis de penser que ces
mots ont leur origine dans le
vieux français : niaii, mauvais;
frau, froë, lande, terre inculte.
(Voir Roquefort.)
MAUGRÉ, malgré, mauvais
gré.
Vo mère sui, seurs soïez,
Mes flex ester lot entresail
Maugré que loz li nions en ait.
{Fabliau de la vieille Truande.)
Toutes dames qui oyez-ci comment
Prisa celles que j'ayme loyaument
iSe m'en sachiez »nau3?*e, je vous en prie.
(Charles d'0hiéa:«3, Ballade X.)
El c'est Estrade qui s'est fait connes-
lable du roy François maurjré lui.
(Agr. d'Aibigné, Mémoires.)
Et menoient maupre nous leurs bœufs
[en nos herbages...
(RossABD, Eglogues, t. IV, p. 63.)
MAUIiÉOX, nom de localité
et nom d'homme. En latin : Maleo-
liiim seu Malus-Leo désigne
l'abbaye de l'ordre des Augustins
établie à Mauléon, diocèse de
Maillezais.
MAUMUSSOX, nom d'un
passage dangereux pour les navi-
res, situé entre l'île d'Oléron et
le continent. Ce mot, comme
maupertuis, signifie mauvais trou.
Du vieux français : mau, mau-
vais, et musse, cachette, trou où
on se musse.
MAURIX, iflorln, lUori-
neau, etc., noms d'hommes,
dérivés de maure ou more, en
vieux français : noir. Il existe
plusieurs saints de ce nom en
latin : Maurinus.
MAU S'Y FROTTE, en
français : mal à qui s'y frotte.
Nom donné à une tour qui était
construite sur le vieux pont de
Saintes pour défendre l'entrée de
la ville. Il en est fait mention
dans un acte d'arbitrage du
31 mai 1244, qui restitua au cha-
pitre certaines parties de la ville
dont le gouverneur militaire avait
pris possession :
De feodo Compnyaci, de ponte Xanc-
tonensi et de turre mau s'y frotte super
prœdictum pontem conslruclâ...
La tour de mau s'y frotte,
malgré son nom rébarbatif, n'avait
pas empêché Louis IX, deux ans
auparavant , de s'emparer de
Saintes le lendemain de la bataille
de Taillebourg (1242). Il en est
fait mention dans un autre acte
de 1244 :
Turris quœ vocatur mausifrote et tola
pars ponlis ab arcu antiquo versus
vicum bealœ Mariœ Xanclonensis...
(Transaction du 20 juin 1244 — Archives
Nat., Bull, des Archives deSaintonge,
X, p. 31.)
Est-ce la même tour qui porte
le nom de Montrible, Monrihlus?
dit Nicolas Alain, dans son
ouvrage de SanLonum regione.
MAUSSÉ , llanzè , noms
d'hommes et de localités, dérivés
du vieux français : mau, maus,
mauvais.
On doit conoitre boens et maus
El desevrer les boens des faus.
(RiTEBŒLF, cité par RoycEFORT, Glossaire
de la Langue romane.)
MAUVAISETE
2i7
MECHIN
]?IAXJVAISETK, s. f. Mé-
chanceté, malice. Régnier, Elé-
gie 2""°, écrit mauvaistié; Bona-
venture des Périers : mauvaise té :
Or vois-je bien que la mauvaiseté
des femmes surmontera celle des hom-
mes.
(Bonav. des Péiiiers, Cymbalummuttdi.)
MAUYIS, s. f. Mauviette.
Oi chanter le russlnol
E la mauvis e l'oriol.
{Le Donnez des Amanz^ cité par
Fr. Michel, Introduction du
Roman de Tristan.)
SIAZEROIiliES, nom de
localité. Du radical : nias, habita-
tion (voir ce mot), et peut-être
du vieux français : nmzeU niacel,
maisel, niaisellerie, boucherie.
En latin : macellaria tabcrna.
IIAZIOX, nom de localité du
Blayais; du latin : mansio (sta-
tion.) La voie romaine de Saintes
à Bordeaux passait dans cette
commune dont un village a gardé
le nom de village de la Voie.
11E:€HAIIV, llaicliiu, noms
d'hommes; du vieux français :
mescliin, jeune homme, domesti-
que; meschinc, chambrière.
Tant con je fui mescins et bacheler
Et jovenchaus
{Ogier de Dancmarche, vers 3593'.)
Mes il ne sèvenl ù il vunt
Ensemble od eus ot un »iesc}dii
Ques' a menés le droit cemin.
(Marie de France, Lai d'ïwcnec, t. I,
p. 306.)
Li rois ot une fille belle
Mut curtcisc dameïsclo :
Cunforlo/. fu par la mcschine
Puisque [icrdue ot la reine.
(Marie de Fiiance, Lai des Deux AiiiantSy
i. I, p. -ioi.)
Ce nom a été porté par l'auteur
de' Vllistoire des pravinces de
Saintonge, Poitou, Aunis et
^;;^o?/wois (Saint-Jean-d'Angély,
1671 ), Arnaud Maiscliin, seigneur
de Maisonneuve.
MKCHA^'T, adj. Sans pro-
duit, sans valeur.
On a omis dans Testât cy dessus d'y
reporter dix livres de meschans marais
situés dans les paroisses de Marennes
et de St-Just.
(Etat des revenus de l'abbaye de S'« Claire
de Saintes. Archives historiques de
la Saintonge, X, 2i3.)
Plus trouvé dans ledit grenier deux
meschans fus de barriques.
(Inventaire de l'abbaye de la Frenado,
décembre 1653, Archives histor. de la
Saintonge, X, 29"2.)
Les terres se trouvèrent en meschant
guéret toute l'année.
(Claude Hato.-», Mémoires, 1. 1, p. 397.)
MÉCIIAXCE, s. f. Maie
chance, mauvaise fortune, gui-
gnon. En latin : malus casus.
El que de ma meschance. lu ayes
[compassion.
(Allttin Chariier.)
Et fu pris li rois meisme par lèlc
meschance cl fortune que vous poés en-
tendre.
(Fhoissart, Chroniques, Ut. I, § 17, édit.
Renoua rt, p. 33.)
MÈCHE, subjonctif irrégu-
lier du verbe mettre.
Que Diex qui en la croix fu mis
\'ous nicche à vraie pcnilanche
Et vous doint tant de rcpentanchc.
{Le Chevalier au barizel, vers '29, Fabliaux
et Contes, 1. 1, p. -218.)
THÉCIII^V, nom d'homme.
En vieux français, meschin,
jeune garçon, domestique, mes-
MÉCONNAISSANT
213
MEDOC
chine, jeune fille, chambrière,
demoiselle, suivante.
Mais li meschins vendre ne voit
Por quanque l'autre faire sot.
{Le Ca.itniemeiit d'un prre, FabUait,v et
Contes, t. n, !>. 11-2.)
Car onqucs mais ne remirai
Dame, incschine ne pucèie,
Qui tant me fust plesant ne bêle.
(Dm rarlet qui se maria à No.stre-Dame,
vers II», Fabliaux et Contes, t. H,
p. 4-2-2.)
M a^: COX:V AISS ATVT , ad j .
In.qrat, oublieux do l'ancieime
amitié — incapable d'apprécier la
vérité.
Vous estes inescognoissante, ha! j'en
aurai ma' raison.
(P. DF. I.vRnivET, Les Trnmperien, net. I,
se. I, nnc. th. fr., t. VHI, p. 9.)
Qu'elle soit chaste et vertueuse
et surtout médiocre en habits, pnrceque
la superfluitc la rend niécognoissante.
{Brief discours sur la reformation des
mariages, 1614.)
Mais du depuis que vous estes venue.
A ces f;iveurs, vous estes devenue
Pardonnez-moi, un peu mesconnaissanle
A vos amis.
(Cl. Marot.)
Ce mot aujourd'hui perdu et
trè.s rc!?rettable, était encore usité
au XVIIP siècle : «Il ne faut jamais
» être oublieux au point d'être
y> méconnaissant. », dit Marmon-
tel en ses Mémoires.
MJKCaiiï.^BïiF-, adj. Mé-
créant, incrédule — chose difficile
à croire, incroyable.
Ki mescréable sunt ne scient eshalciet
on els mesmes... (1)
[Livre des Psaumes, ps. 6a, vers G, p. 1 10.)
(1) Qui incrcduli sunt non exaltcntur in scmcl
ipsis.
MKntB^.lïI, s. m. Mercredi
(mercurii dies). Au XVII" siècle,
la forme saintongeaiso était en
usage, d'après le grammairien
le plus raffiné du temps :
La plus saine opinion et le meilleur
usage est donc, non-seulement do pro-
noncer, mais d'écrire mécrcdij sans r,
et non p;is mercredy.
(Vaigelas, Remarques sur la Langue
française.)
Le mécredy 8"" de ce mois, le duc
de Féria, envoie ici de la part du roy
d'Espagne...
(P. DE i.'EsToiLE, Mémoires-journeauXi t. II,
1'. 3.)
MÉCREIIBE, V. a. Ne pas
croirO; nier.
De nule rien ne vos mécrei.
{Roman de la Rose, vers 15"09«.)
Quand les lutliériens ont voulu résis-
ter, on a prouvé le feu du Purgatoire,
en brûlant ceux qui le mescr oyaient.
(Ar. n'AuBiGNÉ, Confession de Sanc'/,
chap. IV, t. II, p.2:i9.)
MB':DaiiïA]V, nom de localité,
au milieu dos glands, en sainlon-
gcais : aillancls. Montpellicr-de-
Méddian est une commune des
environs de Saintes, située dans
un pays autrefois couvert de bois
de chênes.
MÉHîBS, nom de localité. En
vieux français, modvc, moisson.
En breton : iiwdi a eu la même
signification; ce dernier mot dé-
rive du Q,c,\[\i\\\G Môd, pays de pâ-
turages f{ui aurait ïovmé nicdiola-
nuin d'api'ès Dourignon. {Antiq.
do Suintes, p. 21 et 2i3.)
MH-^DOÎ', nom de contrée
bien coimutî, située sur la rive
gauche de la Gironde, en face des
MKFAIRE
249
MELIER
côtes de Saintong-o. En laliii :
pa/jui^ niediiliciis. Ce mot, nous
(lit d'Anvillo, vient ûe niediilcinn,
(k'i'ivé de nioduli, nom de l'ancien
])(Hii)le qui habitait celte partie
du territoire des yy/////';^6'.s vivisci.
{Notice de la (Jaule, p. 450.) Au-
sone parle de ses sables, il loue
ses huîtres et son vin déjà célè-
bre de son temps.
Quid geris extremis posilus lelluris in
[oris,
CuUor arenarum vates?
(AiâoNE, Epitre V, à Tlicuu.)
Ostrea boianis certanlia, quœ rnednlo-
\ru)n
Dulcibus in stagnis rcflui maris œslus
opimal.
(AcsoNE, Epitre VU, à Tliéoit.)
Non laudala minus noslri quam ginria
[viiii.
(AusoNE, Epitre Xlllà Paul.)
iÇlÉFAIRE, V. n. Faire mal,
faire don^magc ou préjudice à
quelqu'un.
Et se alquens, u qucns, u prevosl
mesfeit as homes de sa baillie (1).
{Loin de Guillaume-lc-Cnn'i!iêraii,t, cli. H,
XI» siècle.)
Pe il avenoil ko personcs seculers
melfesit méfiait.
[CartuUire de Ilainaiit.)
Molz est que l'en lest a punir If^s mes-
feleurs que il n'est ipie l'ea condenuic
ccus qui n'ont riens inesfet (2).
{U livres de Joxtice, i>. 277, § 2.)
sanf, adj. Mallaisaiit, mallaiteur
— haintué à mal l'aire.
(l) El si fiiic;(|u'iin, ou con\[c ou prévôt fait
tort aux lioiiiraes dt! sa juriillciioii.
(i) >licuxvuutni'>:llu'iT (il- [puiiir un luaifaileur,
qui! (le CDiiil iiiiiiiT un iiiiimcnt.
Ou e.sl surplis do trouver dans la liV.'Islatioii
du Xll'sic'cle une lellu luaxiuie du Loléraace.
Fortune es bèle et bone aus bons et
[de bon aire
Mauvèse aus mausfezans ctrde put aire.
(A'o«i7'«« recueil de Contes, t. I, p. 198.)
Entre ces cliicns y avoit un lévrier
fort mcffaisant.
(Bon. DE3 rÉiuEiis, AT///" Nouvelle.)
Mlk\\fi^W^ lliS^nan, Ma-
g:uau, etc., noms d'hommes. Au
moyen àg-e : mcignan, mcignier,
inic/nnn, désignent un chaudron-
nier. (Voir Hoquelbrt, Glossaire
de la Langue romane.)
Mon chauidron fait de l'eau
Auprès du col quand il est cliaull;
Et pour cause, maignan, il fault
Qu'y mettez une bonne pièce
Alin que plus ne se dépièce.
[Farce des femmes, anc. th. fr., 1. 1, p. 90.)
Ml->ïiE, s. f. Nédo; du latin
niespihis, néllier, ou du grec
M-^Àov, pomme.
La terre, embiic du sang du juste,
fut certaine année si très fertile en tous
fruitz, (jui do ses tlans nous sont pro-
duyz cl singulièrement en ))iesles, qu'on
l'appelle de loule mémoire, l'année des
grosses inesles.
(R.VBCLAI3, Panta(/ruel, liv. H, ch. I.)
^aïOIiî'-K, V. n. Se dessécher,
se rider en séchant.
Les accotouers seront gi-andement
utiles à faire mêler les pruneaux, gui-
gnes, cerises et autres tels fruits iju'on
a accouslumé faire mêler au soleil.
(Beriinril Palissy, heccpte véritable,
p. y7.)
^IB-:iifF,ï5, S. m. Néllier,
arbre cpii produit les mêles. (^\'oir
ce mot.)
Qtuifonque jeune enfant
A luele, il coui'se ou à char tricmiphant
Estuit vainqU'Ur, jiar liuntieur singulier
Prenoil cliappeau de feuilles de tncsliev.
(Cl. M.viiur,.Wi'/o/H. d'Ovide, l. III, p. 181.)
mkli-ml;lo
MKMEMENT
Une des tours de la ville de
Saintes portait le nom de Tour
du Mi'lier. (Voir Bourignon,
Aniiq. de Saintes, p. 34.)
]?IFÏiI-lïi:ijO, 6. m. Terme
populaire dc'signant un mélange
de choses disparates qui ne sont
pas faites pour aller ensemble;
des mots grecs MèXt, miel, MtjXov,
pomme.
MÉIilEt, Mcllleu, s. m.
Milieu.
Le vint aUaindre eiilre la lance et la
main droite et à la main que par le
meilleu à tout le gantelet trois bons
doidz là lui faulce.
(Ant. DE La Salle, Jehan lie Saintré, ch. LI,
p. '200.)
Enfla son ventre et sur piedz se leva :
Mais tout soudain par le meilleu creva.
(Gilles ConiiozET, Fables d'Esope, p. GS.)
La voulte de celle taverne cstoit le
meilieu de la roche.
(Fr. Amyot, Irad. de Daphnis et Chlué.)
MEIiliE, nom de ville aux
contins de l'Aunis et du Poitou.
La charte de Guillaume d'Aqui-
taine, qui date de la 15° année
du règne de Louis d'Outre-Mer,
désigne cette ville sous le nom de :
Castrum mctulense, dérivé du
mot metula, en basse latinité :
météil, mélange de blé et de
seigle; corruption du latin /w/a'-
lura.
]?IK:?IAIX, ITIèiiiiii, noms
d'hommes, abréviation de maxi-
min, (\n\ dérive du latin ma'ximus.
Mn.lIBRU, adj. Qui a de
gros membres, qui est vigoureu-
sement constitué.
Agamemnon qui estoit rois
Et duc et maistre des Gréçois
Vu grans, mervcilleus et }ne»i6r»s.
(liomati de la guerre de Troyes.)
Là vint un chevalier qui fu preux et
[membnis.
(Chron. de Bertrand DuguescUu, vers 17631».)
Ta femme étant jument forte et membrue
Ira plus vite
(Lafo:<taine, Contes, la Jument du compère
Pierre.)
MÊME (à), locution rempla-
çant les prépositions à et par.
Exemple : prendre à même le cou,
pour prendre par le cou, hoire à
môme la bouteille, pour boire à
la bouteille.
Al meisme le roc que tant jor ot gardée
L'ont pendu tôt armé: puis est l'osl re-
[tornée (1).
{Roman d'Alexandre, p. 95.)
A mesme celé cuignée
Apuisl'espinedétrenchiée (2).
(Marie de France, Fable 33', t. II, p. 137.)
Rognez, bref prenez le couteau
Tranchez à mesme le chanteau.
(Ant. Baïf, Le Brave, act. ni, se. I,
p. 120 v°.)
MÊMEMEIVT, adv. De même,
également.
Et meismement qu'en la mer devant
Damiètc n'a jjoint do port.
(JoiNviLLB, Histoire de Saiul-Loys.)
Mesmement, en la ville du Mans, fut
reproché en publicq au dit sieur cardi-
nal...
(Avorlissement Tf^rit.iblo nui onlholiques
(le l'arib, Recueil de P. de l'Estoile,
l'JO.)
Ce mot était déjà hors d'usage
au XVJP siècle : à sa place, dit
(1) Ail rocher rjuc tant de jours il a gardé, ils
l'ont pendu tout armé, puis l'armée est retournée.
(t) Au moyen de cette coignée, elle a ensuite
coupé l'épine.
MÉNAGEMENT
251
MENTERIE
Vaiif^elas dansses Remarques, on
dit de même.
lIÉIVAGE.nEXT, s. m. Eco-
nomie, conduite du ménage. En
basse latinité : inni)sion;Uicinn,
dérivé de mansio, habitation.
Anciennement, quand un gentilhomme
avec le bon mesnagement de sa femme,
laissoil à la tin de son aage sa maison
Lien meublée à ses enfants, c'esloil
beaucoup fait.
(Mém.de Laiioue, ciià par Limié.)
IflÉIVARD, Mosnard, noms
d'hommes, dérivés du vieux nom
germanique megenhavd (robuste-
aguerri), abrégé successivement
en megnhavd et inenhardd'aiwèà
M. Lorédan Larchey, Dict. des
Noms.
Au commencement du IX® siè-
cle, l'abbé de St-Cybard portait
le nom de Mainard.
Mainardus, IV* abbas monasterii S"
Eparchii in suburbio engolismensi.
{Gallia Christiana, t. H.)
ITIEIVER, v. a. Usité dans le
sens de faire. E.xemitlc : mener du
bruit.
Grant paour ot dou vent qui menoit
[trop grand bruit.
(Berte ans graiis pics, totb 9U8«.)
Escho parlant quant bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan.
(Villon, Ballade des dames du temps jadis.)
Le Maine en mène un. lamentable bruyt.
(Cl. M4110T, Complainte sur Loyse de Savoie.)
Qunnd Zéphyre lyieineun bruit
Qui se suit
Au travers d'une ramée.
(KosBAiiD, l'.hansnn^ t. I, p. 2i"2.)
i?IE:\ETTI:, I?Icuiclie, s. f.
Petite main, menotte.
Mes genoulx
Ont froilz; aussi ont mes meneltcs'.
Je les mettray en ma braguette
Pour estre un peu plus chauldcment.
{Farce d'un amoureux, anc, th. fr., 1. 1, p. 217.)
iTIÉlVIER, Mesnler, noms
d'hommes. En vieux français,
mesnier signiliait sergent, huis-
sier, et aussi maitre-valet, celui
qui était à la tête du ménage, delà
mesnie. (Voir Roquefort, Gloss.
de la Langue romane.)
Il se délivra ainsi de sa famé et de sa
7nesnie...
(Guill. DE TvK, cité par RoyiEFont au mot
mesniœ.)
En langue d'oc, menier dési-
gnait l'ouvrier mineur, menière,
une mine.
IIEIVRAI, futur irrégulier du
verbe mener, usité au moyen
âge, ainsi que la forme merrai.
Ore venez; jo vus i merrai.
{Hésureciion du Sauveur, Mystère du
XI* siècle, théùl. franj. au moyen
âge, p. IG.)
Mes humes les abalerunt al bois du
Liban e ni ewe les merrunt e en nef
les chargerunl (1).
(S"" Livre des Rois, ch. V, verset 9,
trad. du XU" siècle.)
A trente dames qui avec moij/ie»rai.
(AuJefroid IB BiTiuD, poète du XUI» siècle.)
Aller doi contre un pèlerin
Avec moi menrai Poitevin.
Il tambure et je sifllcrai (2).
{Li congié liaude Fastoul d'Arras, vori
Tiï\t'abLiauxel Coules, \. I, p. lit.)
i^IE\TERlE, s. f. Mensonge.
Du latin mcntiri, dérivé lui-même
(1) Servi mei déponent oa de libano ad mare
et ego l'ûinponaiii ea in raiibus.
(i: Je dois aller ii la rencontre d'un piSlerin,
je menorai avec moi Poitevin, il tambourine et
moi je ïifllcrai.
MENUSAILLE
MEIILU
du fubstnnlif ?«<'7is, esprit, imagi-
nation. Ce mot n été usité juscprà
la lin (lu XVII"^ siècle, el se Irouvt^
dans le Dictionnaire i'rançais de
Richelet, édition de 1G80.
De pnrluy fut pour en avoir mémoire
I.'ne cliapeile au dii't liru estal)lic
Dedans l^aris et est sans menterie
Le propre lieu jilain de renom el fanie
On présent est l'église Noslre-Dame.
(Gilles CoiuiozET, Fleur des antiquilez de
Parin, j.. '29.)
La science est folle parole
Les grand juremans menteries,
Les stalulz cesonl jonchcries.
(Guilinume CoQuri.i.Ann, l'.roilz iioii-
reaulx, t. I, p. 7i.)
Je n'ai point tant d'esprit pour tant de
[menterie...
(M.Tth. liECMER, Satyre îll.)
Mon îimc et sa complcxion rcfuyt la
menterie
(M. MoMviGNE, Esiais, liv. III, cil. LII.)
lB5IF.!î;t'SAÎÏiI^lE, s. f. Onan-
tilé de ])Otit(is choses sans valeur;
menuaillo, augmenlalil'de incnu.
Des balieurcs de la maison, des ren-
dîmes du foier et do colles de la lescive
et semblables menusailles oii la pou-
laille se délecte.
(Olivier db Srhiies, Théâtre d'Agricul-
ture, p. 349.)
ME3.'C»aEn, s. m. iMenui-
sier.
A Marcel Fvh'ol, menusier, pourung
jeu de bille qu'il a faicl.
(I,.inoHi)E, Ki/iau.r, n. 387.)
ME:^'î'f^C>:^', s. m. Petit mor-
ceau — on tiiia : (Jo i'umier est
tout à nicnuson, pour dire (pi'il
se délite en menus morceaux. Ce
substantif, diminutiC de menu, est
de la inrnie l'amilNî tpie le verbe
itmenusev. (Voir ce mol.j
i:SlS<:t5EÎASi.I^B'], s. f. Terme
injurieux j)uur désig-ner une
troupe de gens méprisables.
El l'crtrand Duguesclin les Anglois
[moult travaille
llaiilcment va criant : Tuez ceste
[merdailla.
{Chrunique de Dui/ueselin, vers 5979".)
ME<:kbî3$EJ:!^, adj. Souillé
d'excrémonls. Pris suljslantive-
inent : un polisson, un mauvais
(Irùle.
Ail! es-tu là, truant merdoux9
Quel bon valet, mais à quoy faire?
(Farre de Maislre Patlieliii.)
c'est la lit! acidti qui conserve la
force du vinai|^re el fait aig'iùr le
vin qu'on y ajoute.
Ouex vins quo ce soit, rcech ou seur
■»ù're.
{Itei/istre (les Mestiers d'Est. Boileau,
1,. 300.)
MB':R1E]^'KE, McrîcBiBiéP,
s. f. Méi'idiçnne, sonuucil de midi.
(Voir marieune.)
I^BF.Bîliî^ ]?IarÎM, s. m. Mer-
luche, nnîi'lau, poisson de mer du
£;:enre (jade (gadus mevlangus).
En bas breton : mavlouan. En
basse latinité : merlucius. Con-
traction du latin : maris liicins,
brochet de mer.
fialîi merhicium quasi maris îucltim
\ocanl.
(Sc\MGEit, Animaux d'Arislule, p. 45 )
Ilem in diebus quibus debent comedi
pisees,dabil et minislr.diil diclus aqne-
i-ius secundum lempora videliecl do
marlucio recenli fcreula.
{Chnrtu pra (l'/uariiilu mouast. de Tale-
muiido, «iiiiû 1300.)
M ERRA IN
253
MET
La charestée de merlus, chascun
cheval xiij deniers.
(liûlr de péage de ilontléry, Regi.it. des
Métiers J"E3t. BoiLBiu, p. 446.)
Pour ne perdre l'eau salée
Du merlus quand il bouilloit
De la soupe il en faisoil.
(Olivier Bisselix, Vaux de Vire, p. 4.)
El tout ainsi comme lu vois qu'un
merlu salé ou autre poisson qui auroit
longtemps trempé perdroit enfin toute
sa substance salsitive
{B. Palissï, Recepte Véritable, p. 23.)
lIERnAi:v, S. m. Planche
de chêne pour la fahrication des
barriques. Ce mot avait autrefois
la signification de bois coupé; en
basse latinité : materiamen; du
latin : nmteria.
Li reis Yram Iruvad al rei Salomon
mairen de cèdre et de sap, tut à sa
volenled (1).
(S"' Lirre des Rois, ch. V, rerset 10,
p. -213.)
Furent plusieurs petites maisons
comme abattues et en venoil le marrin
avaj l'eaue.
(Juvénal des Unsics, ///.</. de Charles VI.)
«lEËlVEILIiE, s. f. Pâtis-
serie de ménage, rubans de pâte
plongés dans la graisse bouil-
lante.
La collation fut composée d'échaudés,
de 7nerveilles
(J.-J. HoKsaEnv, Nouvelle Iléloise, liv. VI,
IcUre .\.)
IflKSAISK, S. m. Tristesse,
chagrin, malaise, misère.
En jongleur est mauvais mestier car
tant plus aura froit et mésaise, tant
plus on le semondra de chanter.
{Woman de Gérard de devers.)
(\) Itaqiie liiram dabatSalomoni ligna cedrina
et li^'oa abicb'na,juxiaomuem roluiuatem ejus.
Or pri à Dieu que il li plaise
'Cesie, dolor, cesle mésaise
Et ceste enfance.
M'a tort a vraie pénitance.
(RciEBŒiF, Mariage, t. I, p, 12.)
MÉSAISÉ, adj. Pauvre.
(.Voyez malaisé.)
Le mésaisé esdrezce del puldrier; le
povre sache del femier (1).
(Livre des Rois, ch. II, verset 8 — traJ.
du XII" siècle.)
SBK!§CIIERf$, nom de localité
qui dérive peut-être du vieux
français : nieis, niex, niôs, formes
de mas, maison, et de cJwh\
tomber.
Ce nom pourrait être une des
formes du prénom Michel (jui
s'est écrit Michicus , Michô ,
M lequel, etc.
Et saint MicJiieus nloit devant
Qui les conduit moult liement...
[Fabliau de la Court du Paradis.)
MESA'IIj, Diiniesnil, noms
de lieux et d'hommes. Du vieux
français : nicsnll , habitation,
village.
Ny à meson, ne borde, ne tnesnil
Trestot le règne ont torné à essil.
{Roman de Garin le Loheraia.)
D'un len raconte sans gabois
Que famine chara d'un bois
Et ala querre sa paslure
Lez un mesnil par aventure.
(Dou Lou et de l'Oue — Fahliaui et
Contes, t. m, p. 53.)
MET, S. f. Huche à pain —
coffre à serrer le pain. Du celti-
que : mé, pétrin, conservé dans
le vieux français sous les formes
M^ Surroxit miscrera ex pulvere, traxit pau-
percm c slercore.
18
METEIL
ibl
MÉTURE
mai, inaict, maie. En grec :
MaxToa.
Ma nourrice avoit les telins molelz,
en la laiclanl mon nez y enfondroit
comme beurre et là s'eslevoit et crois-
Boil comme la jiaste de^ians la met.
(Rabelais, Gargantua, liv.I, ch. XL.)
Cy gist un roy par merveille
Qui mourut, comme Dieu permet,
D'un coup de serpe et d'une vieille
Comme il chïoil dans une met.
(Agr. d'Aibioé, Mémoires, p. 3G.)
L'autre vogue en un coffre et l'autre
[en une met.
(Du Bartas, la Créativn, 1" semaiuc.)
MKTEIIi, s. m. Mélange de
blé et de seigle. En basse latinité :
nùxtallum; du latin : mixiiini,
mêlé.
Nus cervoisiers (1) ne puel et ne doit
faire cervoise fors de yaue et de grain,
c'est à savoir, d'orge, de mestuel et do
dragic (2).
(Est. BoiLEAC, Registre des Mestiers,
titre Vni, p. 30.)
Lhermile avoit labouré un sard (3) et
semé du métail en la terre qu'il avoit
sarlée (4).
{Chronique du Jlainaut, cité par Roque-
Four, Gluss. de la Langue romane.)
MÉTIVE, S. f. Moisson, épo-
que (le la moisson. Du celtique :
meJ, moisson. En basse latinité :
mestjva.
Item volumus et concedimus quod
dictus aquarius ponal et sumat duos
porcos in areû abbaliœ, tempore mesti-
vâru7n.
(Charte de 1366, ciléc par ne Ca:hge,
Gloss. in/inœ Latinitalis.)
(t) Ccrvoisier, fabricant de Lière.
(ij Dragie, dr";che.
f3) Sard. terrain défriché, comme essart.
(Voir te mot.)
(4) Sarier, labourer, défricher, comme essar-
ter. (Voir ce mol.j
Il appelle les hirondelles ses sœurs
parce que leur.s frères comme elles se
niellent au temps des mestives chez les
villageois.
(Agr. d'Al'bicné, Confession de Sannj,
t, II, p. 247.)
]Tïi':TIVEU, V. n. Faire la
moisson :
Li rois commenda que nus ne fust
forchiez de venir à cort en lens qu'il
mestive por ce que les biens dont il
ont la cure ne périssent
{Li Livres de Jostice et de Plet,f.%, § 1.)
MKTIVIEI8, s. m. Moisson-
neur, ouvrier gagé pour le temps
des moissons. En basse latinité :
mestivus, qui est synonime de
niessor.
Dono ilerum ut ipsi mcstivi et
servienles ])ossunt libère mestivas suas
transferre ubicunque volucrunt
(Charte citée par du Cangb, Gloss. inf.
latin, verbo mestivi.
Si ai trouvé aucun épi
Après la main as ynestiviers
Je l'ai glané moult volontiers.
(Uuoii DE MÉitï, Tournoiement de
l'Antéchrist, éd. Taché, p. 1017.)
Ce faisant, j'espargne les sarcleurs
qui gaingnent argent, les mestiviers
qui boive.it volunliers et sans eau...
(Raueiais, Pantagruel, Ht. III, ch. II.)
Voy, mestivier, qui sçavoit que tu
[pousses
Chanter si bien!
(Aiit. Baïf, Eglogue XIV, p. 40.)
MKTTABÏiK, adj. Ce qui
peut se mettre — présentable.
Jeune homme assez mettable en bonne
compaignie.
(Marg. DB Navahre, Ucplaméron, 41" nou-
velle.)
MÉTURE, s. f. Mélange de
baillartre et de froment. En basse
MEUBLE
235
MIE
lalinitô : ineltiirn, mollira; du
lalia : niixtura, mélange.
Loco dicli frumenti ot avcnœ débet
recipcre de metuvà vil alio blado ad
equivalenliaui dicli fruinenli et avenœ.
(Charta anno Iî85'iii tabulario S'' Juhan-
nis-Anyeriaci.)
Plus nous sommes transportés dans
lo puernier, où estant, avons trouvé en
mesture unze boisseaulx...
(Inventaire de l'iibbiye de la Frcnade,
29 décembre 1653 — Arch. hisl. de
SaiiUoiige, X, 288.)
MEfiBLG, S. m. Mobilier.
El qu'après le départ de ces fiers
[ennemis
Son cher et pauvre me.uble en place
[elle eust remis.
(S\i.\t-Am.i>t, iluine sauvé.)
MEUIïiliE, s. m. Mule,
mulot, poisson de mer. C'est le
Tpfylades grecs, le iniillus hnrhn-
tiis de Linné. Au XVII'' siècle, on
disait : muge. (Voir Hichelet,
Diclionmiire frann., édit. 1(380.)
En vieux français : miijol, d'après
Roquefort; en basse latinité :
niuiolus. En latin : multis.
Nec mitlum cupias, qnum sil tiLit
[gobio taiitum
In loculis
(JcvÉ.NAi., Sût. XI, vers 37*.;
Puys lui offrent barbeaux, barbil-
lons, meuilles, meuiUelz, rayes
(Uabelais, PaïUai/ruel, liv. IV, ch. LXX.)
MEL'KSAC, nom do localité;
du vieux français : motir, marais,
lieu bas et Immide. D'après
M. Jônain, meiir, en celtique,
siernifio fertile par hinnidité.
MEZE.ir, ni^'xinn, noms
d'honunos; du vieux français :
môzeau, léj)reux. En basse lati-
nité : mcsellus.
J'ai veu lele fois que le roi Haudoin
de Jérusalem qui fu mézeaits desconlil
Salehadin...
(JoiNTii.iE, Ilisinirr de S. Loys — édi-
tion 1858, p. 131.)
ITIICnAUU, »liclicle<,lli-
chon, etc., noms d'hommes,
formes ou dérivations du nom
Michel (pii, en ht''l)reu, signilie
semblable à Dieu. Dans Ronsard,
Michaii est le nom pastoral de
son ami Michel de l'Hospital.
MiriIE, ITIicliof, s. Pain,
petit pain. En basse latinité :
michii; du latin : mica, parcelle.
Micha, p;irvulus i)anis quasi mica
panis
(Du CiNKE, Closs. tufimœ laliiiitatis.)
Deux livres pour une miche, une livre
pour un inicJiot et bisotle et deux livres
pour le bousin le tout de IG onces la
livre...
{Computus, anno 16S8, in talntl. veilust.,
cite par du Cii^ce.)
.\tanl manjuenl aus dcus la miclie
[alise.
(Hoi>it:it d'Aiilicry.)
Qu'il aiment miex grant pain que
[niiclie.
(Rltehœlf, le Dit des llei/lfs, t. I,
p. ia-i.)
Mais ainsy leur aide Dieu s'ilz prient
pour nous et non par paour de perdre
leurs unicités et sou|>i)es grasses.
(Rabelais, Cari/a/i/ua, Iït. I, ch. XL.)
I^ÏIE, adv. Pas, pas du tout,
rien. Du latin : mica, i)arcelle,
chose imi)on(lérable.
Et quant dedenz l'aijjfuc esgarda
L'uiiibre de la luno a wèu
Mes ne sol mie ce que ce feu.
(Mario de ruA>tE, Fable XLIX', i. II,
p. -236.)
MIGEOT
2dG
MINE
Car talent ai, n'en dotez mie,
De r'alci" à ma mesnie
Quant g'y vois borse desgarnic,
Ma famé ne méril mie.
(C. McsET, Chansonnier du Xllh siècle.)
En saintongcais, on a dans le
même sens brigue. (Voir ce mot.)
iniGKOT, s. m. Collation
faite avec du pain émietté dans
du vin. On trouve dans Roque-
fort : inigue, mie de pain; iniée,
pain émietté dans du lait. (Voir
Glossaire de la Langue romane.)
niiée, comme niigue et migeot,
ont pour étymologie le la lin :
mica, parcelle, petit morceau.
MIGXEK, V. a. Mang-er, se
dit surtout (juand on parle des
petits enfants. Dans le diction-
naire de Garpentier, on trouve :
mingnier, manger. En langue
d'dc, minya a le même sens.
Les sourcières et tous loubs-garous
Aux curés hon minya capous (l).
(Proverbe béarnais.)
miJOUIt, s. m. Midi, milieu
du jour.
L'heure de myjour est passée après
laquelle nous défendent nos sacres
décrélales messe chanter.
(Rabelais, l'aiitayritcl, liv. IV, ch. XLIX.)
IIIJLIjA, s. m. Pâle de farine
de mais cuite au four. En Gasco-
gne : millasse. En vieux français :
milJins, miJias, pain fait avec
du millet. (Ho(juefort, Glossaire
(le la Langue romane.)
MIB^LET, Millon, JTIll-
(1) Les sorcières et les loups-Raroux
Aux curés font manger cliapons.
lot, noms d'hommes; dérivation
lV Emile, du nom latin : Œmilius,
porté par plusieurs g-randes
familles de Home. En grec,
AtjjiùXia signifie enjouement.
iraiLiIilASSE, s. f. Mille, un
millier.
Le curé prescha et son sermon ne
fusl que du Roy contre lequel il desgor-
gea une milliasse d'injures...
(P. DE l'Estoile, Mémoires, t. VI, p. 81.)
MIMACîE, s. m. Halle aux
blés — endroit où se mesurait le
froment avec la mine ou le minot
(mesures de capacité.) En basse
latinité : minagium.
Minagium : cmporium in quo frumen-
tum distrahitur.
(Du Gange, Glossarium infimœ latinitatis.)
De tout temps et d'ancienneté que le
marché ou mynaige de la dite ville de
Lagny est accouslumé de seoir et eslre
tenu trois l'ois la semaine.
(Tabtilarium latiniaci.)
On appelait aussi minage, au
moyen âge, un droit de péage ou
de mesurage sur les grains.
Nus, qu'il qu'il soit, n'est quite del
minaye se il mesure à la mine le roy.
(Eat. BoiLEAU, lieg. des Mestiers, p. 313.)
MÏIVE, Minot, subst. Mesures
de capacité i)our le sel, le blé, la
farine. En basse lalmilé : mina,
minotus. Ce dernier mot, d'après
du Gange, s'aj)pliquait à une
mesure qui valait la moitié de la
mine : minotus, dimidia pars
minœ.
Omnia concesserunt absque ullâ relen-
tione, pr;cter (juatuor minas frumenli...
[Charla Odunis, episc. Belvac. ,anno 1140;)
MINOT
237
MIROBOLANT
Item duodccim paupcrioribus mulie-
ribus viduis... unum ininotiun bladi.
{Charta mnnast. mnnti.i — martijrium.,
aaao 13'2't.)
El doil avoir cil qui la mesure est
pour la mesure, soil mine soit ininot,
iiij deniers pour l'ajouster et pour la
seignier, se mine ou minot se forfeit (1).
(Est. BdiLEAu, Hrgistre des Mestiers,
cU. IV, p. ±1.)
Puis lui gccla de sa barque plus de
dix et liuict cacques cl un minot de sel.
(Rabel.vu, Pantagruel, liv. II, cli. XXIX.)
IfHîWOT, S. m. Fleur de farine,
farine de qualité supérieure.
Ce mot, d'oij nous sont restés
minotier et minoterie, dérive de
minolus, mesure de capacité.
(Voir mine, minot.)
La Pierrière, qui y commandoit 50
hommes si diligens à leurs courses
qu'ils avoient esté tout le trafiic du
minot.
(.\gr. d'Aubig.nk, Uist. i'.iiv., liv. II.)
MI KA:?! BEAU, nom de
localité; du latin : Mirabilis.
Cette ville portait, au moyen âge,
le nom de Mirabiel :
Si passèrent toutes ces gens la rivière
de Garone entre Bourdiaus et Hlaves.
Quant il furonl tout oullro, il prisent le
chemin de Sainlonge cl clievaucièrent
tant qu'il vinrent à Mirabiel.
(Froissart, Chroni'/iics, liv. I, § 292, t.V,
p. 11.)
L'éditeur de Froissart (Société
de l'Histoire de France) a
supposé que Mirabiel désig-nait
Mirebeau en Poitou, mais l'iti-
néraire suivi par l'expédition
du comte de Derby, lieutenant
d'Edouard III, on 13^6, ne permet
(l) • Kt doit avnir relui qui la mesure pour
» le mc.suraKC soil di; la tiiiiie .soil du minot,
» quatri; rionicrs (lour les aju.sler ou l(!s poiii-
» couner si la mine ou le minot sont rtéformés. •
On trouve, dans celte phrase, l'orininc des
droits de vérilicalioa des poids cl mesures.
pas d'accepter celte hypothèse :
Bordeaux, Blaye, Mirabiel, Aul-
nay, Surgères, Benon, Marans,
Mortag-ne-sur-Mer , Taillcbourg ,
Saint-Jean-d'Angély, Niort, Saint-
Maixent, Montreuil-Bonin, Lusi-
gnan, Poitiers. Cette succession
indi(|iie qu'à Blaye deux corps
furent formés (jui se dirigèrent
l'un par Mirainboau sur Marans,
l'autre par Saint- Jean sur Poi-
tiers.
MIRER, v. a. Regarder du
coin de l'œil — viser.
MIRER (se), V. rén. Se
regarder avec ])laisir, s'admirer
au miroir. Du latin : niirari.
Si ne m'en croyez
Mirez vous bien et vous voyez
En ce ruisseau
(CI. JIauot, Coll. d'Erasme, t. IV, p. 23.)
Dicles moy, s'il vous plaist, ne vous
estes vous pas myrées aujourd'huy,
luvées et espoussetées?
(Olivier Maii.laht, Sermon du 5°" diman-
che du Carême.)
Y en eust un qui dit èi la dite dame
qu'il sembloit, ainsi qu'esloil le coup,
que le soldat l'eust miré...
(r. DE l'Esioile, Mémoires, t. VI, p. 42.)
On dit aussi remirer., se remi-
rer
Car onques mais ne remirai
Dame, meschine ne puccle
(Jui tant me fust plésant ne bèlc.
(Fabliaux et Contes, t. II, p. 422.)
MIROESOIi.lA'T, adj. Mer-
veilleux, étonnant. Mot dérivé du
nom d'une drogue célèbre de
l'ancienne médecine : le miroho-
Inn , en latin : mirobolnnuni
(^Plinc;; en grec : Mjpo,3àXâvo;,
MIROUE
MONAC
dérivé de Mjpov , parfum , cl
pàXàvo;, gland.
La rhubarbe, les inymbolans.
(Ambroise Paré, XVIII, 66, cité par LiiniÉ.)
ITIIROUÉ, S. m. Miroir, glace
où l'on se mire.
C'est li mirouer périlleus
Oii N.ircissus très orgucilleiis
Mira sa face et ses yeux vairs.
{Rumaii de la Rose.)
MISTr, s. m. Ane, baudet.
En Berry, on les appelle minis-
tres; en Vendée, magistrat s. Le
mot mistii a été appliqué à l'àne
par antiphrase; en celtique, mistr
signifie gentil, propret; dans le
vieux français, miste a eu le
même sens.
L'avois tu fait tant bon, tant beau,
[tant 7niste.
(Cl. M.uioi, Complainte.)
On trouve dans Roquefort :
misturlet, fanfaron, petit docteur
qui se môle de tout. (Voir Glos-
saire de la Langue romane.)
iTIlTAX, s. m. Milieu. En
espagnol : mitad ; en italien :
meta; et, avant le XII^ siècle,
mita signifient moitié.
Pieust à Dieu que tu te fcusses néyé
au millan de la mer!
{Hitils de Slraparole, trn J. Je J. Loiveac,
1. 1, p. 76.}
Aux unes on demandoit si elles scn-
loicnt rien qui les picquat au tnitan du
corps
(BRA.niôuE, Dames galantes, dise. I, p. 53.)
iTIITOr, S. m. Chat; du vieux
français : mite, doux; latin :
mitis.
Et vint à court criant hélas
Il et kenuo la soris
De lor 111 ke lor a ocis
Âlilous li cas, li lius Tibiert.
{Renart le Koiivel, vers 30"0".)
ITIOKSK, nom de localité entre
Soubise et Brouago. Du breton :
ma, maes, maison de campagne,
domaine. Provençal: maza; lan-
guedoc : mas.
]?10GETTE, Mouffette, s. f.
Haricot. Une des variétés de ce
farineux est désignée par le mot
mongcon. M. Jônain écrit niau-
jliette, et donne cette plaisante
explication : qui Jette mau-vais
air.
110I]VG§, nom de localité,
signifiant moines; en vieux fran-
çais : moingnes.
Moincjncs, provères, clers s'enfulsent.
(Wace, Roman de Roii, c'ilc par RoyUEFoiiT.)
M O l. E T , Mollet , noms
d'hommes ; diminutifs de mol,
mou. Un œuf mollet est un œuf à
la coque.
C'est raison que soyez traiclé
Tous les matins d'un œuf molet.
(Rof:er de Collehyr, Dialogue de deux
enfants, p. 106.)
MO EilXIER , Moulnlcr ,
noms d'hommes dérivés des mots
anciens : molinier , meunier;
molin, molinel, moulin. En latin :
molinarius, meunier.
JIIOiVAC, Mosnac, noms de
localités; bien de moine, mona-
chalis. En vieux français, mosnée
a désigné une mesure de blé à
moudre; et, mosneie, un droit de
MONARD
259
MOREAU
mouture. (Voir Roquefort, Glos-
saire de In Lanfjue romane.)
Près de Mosnac se trouve une
pierre debout, isolée dans les
champs, ce qui ne saurait suffire
pour faire dériver Mosnac du
grec : Movo?,
mOIVARU, nom de localité;
diminutif de moinard, qui est lui-
même un péjoratif de moine.
mOlVI^TER, Jalonner eau,
noms d'hommes, dérivés de mo-
liniei\ meunier; molinarius; en
basse latinité : molnarius, ou de
niounoier, monnayeur, en latin :
monetarius.
IIOXA'AIE DE SIXGE,
locution familière pour grimaces.
L'expression payer en monnaie
de singe, c'est-à-dire avec des
grimaces, vient de la faveur sin-
gulière accordée aux montreurs
de singes, de jiayer leur passage
sur le jielit pont de Paris en
faisant exécuter des tours à leur
singe devant le péager. Elle est
consignée dans une ordonnance
royale de l'année 1400 :
Li singes nu marchant doit iiij deniers
se il pour vendre le porte; Et se li
singes est au joueur, jouer en doit
devant le paagicr et pour son jeu doit
eslre quites
(E3t. BoiLEii:. Rcg. des Mestiem, p. 287.)
IIOIVTFTVDR'F, nom do loca-
lité signiliant : montagne dWn-
dron on André ; du latin : Mons-
Andronis.
Eodem anno (11.')!) cîim W. de Monte-
Andi'onis, domiiius caslri Didoni^e,
exigcrcl quosdani consuetudines in
cajnobio S'' Slcphani de Vallibus.
[Gallia Christ., t. H, col. 1U70.)
ITIOXTIEK-XEUF, nom de
localité; du latin: monasterium,
moîiastôre, qui a fait également
Monslier , Moustier , Moutier.
Une abbaye de ce nom existait
autrefois près de Saint-Aignan.
Et frater Robertus prior monasterii
novi propè Sanctum-Anianum
(Acte de mars 1-273, Archives histor. de
Saiiiloiiye, X, 46.)
ni O X T I L S , ITIontlieu ,
Moiitpclicr, noms de localités
situées sur des éminences; du
latin : Mons, Montis.
MO^'TGUYOî^'', nom de loca-
lité. Montagne de Guy. Dans cette
localité, autrefois couverte de
forêts , se trouve un dolmen
appelé pierre folle de propor-
tions colossales.
MOQUE, s. f. Gobelet en
faïence grossière qui sert de
verre à boire. Dérivé du celtifjue :
mog, vase, lasse. En limousin :
moco; en provençal : mouca; en
italien : moca.
MOUATO.'V, s. m. Espèce de
canard sauvage. Du vieux fran-
çais : more, noir.
MOBID, participe passé irré-
gulior du verbe mordre, j)Our
mordu.
Se complainct eslre mort par eslre
mords d'une chatte au petit doigt.
(ll\BEL.nâ, Pantagruel, liv. IV, ch. XVH.)
MOREAU, ITIorcI, noms
d'hommes. En vieux français,
more, moreau, morel ont signilié
noir; en basse latinité : niorus,
morellus.
MORELE
%0
MORVER
Acheta li roiibe de pers
Si la ploia en un Iroussel
Dessus son palefroi morel.
[Fabliau de la Bourse, vers î>7« —
Fabl. et Contes, i. H, p. 4:2.)
El en mangeant et en bevant
Li va tant adès requérant
Que doint sa proven^lc à morel.
{De la dame oui demandait avrine,
vers -203»; Ibid., t. IV, p. iS->.)
Au XVP et au XVIP siècle, on
disait encore cheval nioreau \)Ouv
cheval d'un poil noir fort vif.
(Richclet, Dictionnaire français,
édit. 1680.)
C'est toy qui fais que la lune
Mène au galop ses rnoreaux
Le long de la lisse brune.
(Rcmy Belleai-, l'Ombre, t. II, p. iO.)
]TIOKi<:îiE, s. m. Passereau
noirâtre, poule d'eau.
MOKFIAT, s. m. Crachat
d'un vilain aspect. De l'italien :
niorfia, bouche, ou du vieux
verbe français : movfier, manger,
qui s'est conservé en argot.
Vo les valez en hyver prez leuz astre
En rnor/iant le levrault et l'oizon.
(Musc normande, S™" partie.)
I?IOKIS.^E, I?Iorisscf , ITIo-
rlssQn, noms d'hommes. Formes
dérivées du nom Maurice; en
latin : Mauritius, de mauriis,
basané, noir.
ItOK^'AC*, nom de localité
sur la Seudre, désignée au moyen
âge sous le nom de Morniacum.
En vieux français, momie dési-
gne le cadavre d'un animal ;
momie, un cercle ou un collier.
(Voir Roquefort, Glossaire de la
Langue romane.)
MORXAY, nom do localité.
Même signitication que le précé-
dent avec la finale ay, qui rem-
place généralement ac pour les
noms de lieux du Poitou.
]?IOKTA«:VE, nom de loca-
lité qui j)arait dériver du celti((ue
mor, mer, (pii est le radical d'Ai'-
moriquo {ar, sur, mor, la mer).
Le nom latin de Mortagne était
Maurilania, cette localité est dé-
signée ainsi dès le XIIP siècle :
... Terliam parlem omnium teloneo-
rum de lîoeys et navim liberam ab om-
nibus teloneis à Maurilania usque ad
lingonam... (1).
(Dipinmn Alienfiria, in Krntinm nrchiepiscorum
burdi^'alensiuin, GalLia Christiana, t. II,
inatrum., col. 1215.)
Au XIV siècle, Mortagne por-
tait déjà son nom actuel, il fut
pris en 1346 par le comte de
Derby, lieutenant d'Edouard III.
Et vinrent à Mortagne sur mer en
Poitou et là eut grant assaut et le
prisent.
(FnoissART, Chroniques, liv. I, § 292,
l. V, p. 2.)
MOltAEAU, s. m. Narines,
réservoir à morve.
On ne voioit autre chose au Palais
et partout que gentilshommes et reli-
gieuses accouplés qui sefaisoientramour
et se leschoient le morveau.
(P. DE l'Estoue, Mémoires, t. VI, p. 103.)
]?IOKVER, V.
couler la morve :
n. Laisser
(1) Nous accordons le tiers de tous les droits
sur le |iays de Bucli (sur les salines du captalat
de Buch), et pour un navire la franchise de tous
droits depuis Mortagne jusqu'il /.an^on.
Telnneum désignait les droits sur le sel et
sur les marchandises de mer, cet impôt est de-
venu celui des douanes.
MOTTE
261
MOUGNON
Toussoit, sangloloil et eslcrnuoil et
se morvoit en archidiacre...
(Rabelais, Gargantua, liv. II, ch. XXI.)
MOTTE, s. f. Terrain relevé
— chonevière — jardin maréca-
geux. Dans le bordelais, ces der-
niers sont appelés mattcs.
Ce mot csld'originc g^eruianicpie
ou celtique, en hollandais: moet,
mot, petite élévation ; en bavarois:
niott, morceau de terre maréca-
geuse ; écossais et irlandais : mota,
montagne.
Jà de la mer la fureur à grans brasses
Avoil couvert et molles et terrasses.
(Cl. Maiioi, ilétamorph., t. III, p. 1"3.)
Beaucoup de localités portent
ce nom, par lequel, au moyen
âge, on désignait l'éminence sur
laquelle s'élevait le chàteau-fort.
lIOrCHE, s. f. Fureur subite,
qui, dans une foire, se commu-
nique aux animaux, les affole et
les rend dangereux, surtout pen-
dant un temps orageux ; de là,
probablement, l'expression -.pren-
dre la mouche.
Nos paysans attribuent cette
panique du bétail à des poudres
répandues par des malfaiteurs,
les naturalistes à la présence de
riiypoderma Loris, ou mouche
œstre du bœuf, qui, par son bour-
donnement et ses violentes pi-
qûres, produit l'épouvante (|u'on
attribue à tort à la malveillance.
En Saintonge, on appelle cet in-
secte : mouche bouine (pour
bovine).
MOICIIEXEZ,
Mouchoir.
m.
Puis me torcliay d'une serviette,
d'un motischenez, d'un peignouoir.
(Rabelàu, Gargantua, liv. I, ch. XIII.)
MOrCDET, nom d'homme.
Du français àmouchet, oiseau de
proie-; en breton : mouchel, en
écossais et irlandais : musgait.
En vieux français : mousché,
mouskê.
Adont vaissiez-vous faucons
El ostoirs et esmeriilons
Et moult grant pl.inté de mouskés
Voler après les oiselès.
[Floire et Blanche flor.)
MOrriiE, s. f. Moule, coquil-
lage bivalve comestible.
Les huîtres, les mondes, les péton-
cles...
(Bernard I'alissy, Diseours Admirables,
p. 147.)
Saintes avait autrefois (voir le
plan de 1500», le port Mouclicr,
situé on aval du vieux pont; on y
déchargeait le poisson et les co-
quillages, notamment lesmoucles.
A La Rochelle, le pont Saint-Sau-
veur portait autrefois le nom de
Pont Moucler, « ainsi dit parce
» qu'on y vendoit des moucles»,
nous apprend Barbo t. {Histoire de
La Rochelle, p. 43.)
IIOUÉE, s. f. Volée, du latin
movcrc. Ce mot, d'après M. Biir-
gaud des Marets, api)artient en-
core au patois de la Saintonge.
Depuis certaines éclipses, s'en est re-
voie une grande mouée.
(R.VBEIAI3, Pantagruel, liv. V, ch, IV.)
II O i: F li E T , illonflard ,
noms d'hommes. Ce fut autrefois
le nom du vautour.
Le voltor volant
Seignor mou/lard qui quèroit proie.
{lioman du Henart, vers 3818». )
MOrGA'O.V, s. m. Moignon.
MOUILLEPx
262
MOUVER
Au brns gauche il porlo un grand gan-
telet qu'il couvre jusqu'au coude et au
droit un petit 7nougnon qui cache seule-
ment l'espaulo.
(LiNOi'E, ÎIcmoircSy cité parLiiTRÉ.)
MOUIIiliEK, V. n. Pleuvoir.
B. Palissy a employé le mot
mouillé pour pluvieux.
S'il advient une année fort mouillée,
ledit fruit sera fade.
(B. Palissï, Reccptc Véritable.)
MOl.'IUiETTE, s. f. Tran-
che de pain taillée en long qui se
trempe dans l'œuf à la coque.
Avant de casser vos ués, taillez vos
mouillettes.
{Livre des proverbes français, t. I, p. 317.)
9IOUIiOX, nom de localité.
Des mots saintong-eais nioulon,
niulon, qui désignent des meules
de foin et des las de sel marin.
ITIOl'IiljE, s. f. Morue. Ce
Ce n'est (pi'au XVII" siècle qu'on
a commencé à dire morue au lieu
de moulue et de moluc. (Voir Ri-
chelet, Diclionnaive français,
éd. de 1580.)
S'il suoyt, c'estoient 7nouiues au beurre
frays.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXU.)
Nous sommes contrains aller quérir
des molues es terres neuves.
(Bernnrd Palisȕ, Discours Admirables,
p. 333.)
if OURAIXES, s. f. Plaques
d'excréments sur les fesses des
bœufs. — sables qui s'attachent
a la barbe — hémorrhoïdes. Ce
dernier mot se dit en esjjagnol
vulgaire : almorrcnas, d'origine
arabe.
]?IOlJRE, Mourean, Mou-
rc4, noms d'honnnes dérivés
comme mnurin, morin, morincau,
etc., du latin maurus, basané,
noir.
MOUSSERON, Hloussiron,
s. m. Variété d'agaric ou champi-
gnon comestible.
Aux truffes nous accouplerons les
mousserons, potirons ou boulets pour
cueillir en nostre jardin ces fruits pas-
sagers et volontaires.
(Olivier nR Sebres, Théâtre d' Agrieulture,
p. 565.)
]?IOUT, s. m. Jus de raisin.
Latin : mustum, vin doux encore
dans la cave.
En septembre doit-on sainier et
mangier ces et car de porc et boire
moust.
((Calendrier du XUI» siècle, cilô par RoyvE-
Foiir, Glossaire de la Langue romane, au
mol kalendrier.)
MONTER, V. n. Produire du
moiit en quantité. Le paysan se
réjouissait autrefois quand la
vendange donnait un liquide
abondant et épais. moiUe,
disait-il avec enthousiasme;
depuis le phylloxéra, o ne moule
plus.
MOUTïERS, nom de localité.
C'est le vieux français monstior
devenu mouslier et moutier, du
latin monasterium.
Et vindrcnt à Nevers droit à
l'heure que la belle Euriant revenoit du
motistier.
{Roman de Gérard de Nevers.)
MOl'VER ("se), v. réfl. Se
remuer, changer de place. Du
latin movera; mouvcv est la forme
ancienne.
MOYENXER
263
MURE
IIOYEÎWIVEK, V. a. Mani-
gancer, chercher ou trouver un
moyen.
Toutesfois je suis délibéré d'employer
tous mes sons à nous tnoyenner bien-
losl une heureuse rcnconlrc qui puisse
assouvir nos long désirs.
(Bonnv. des PpIriers, Contes et Devii,
i'2S' nouTello.)
Vous direz à mes bons serviteurs de
Paris qu'ils ne se lassent point de bien
faire : que pour moïenner toujours et
faciliter leurs entreprises je me tiendrai
auprès de Paris avec toutes mes forces.
(P. DE i.'Esii)ii,E, iIcmoircs-Journatix,
t. VI, p. 1-2'J.)
En Saintongc, on dit dans le
même sens : (ùcher moyen pour
chercher un moyen, ifaire en
sorte.
llOYE^b^^'É, adj. Qui a des
moyens, qui est aisé.
]TIO¥E\.\C:UR, s. m. Celui
qui manigance quelque chose,
qui s'entremet dans une affaire.
Et vouloit tousjours le comte de
SaiTict-Paul, conncslable de France,
estre moyenneur de ce mariage.
(Ph. DR r.oMixEs, Mémoires., liv. ni,
cb. vni.)
IVIIIE, S. f. Cage à poulets —
cage à claire voie oii s'engraisse
la volaille. En basse latinité :
muta; du latin : nmtavc, changer.
Muta, doniuncula quâ inoluduntur
falconcs, cùui plumas mutant.
(Di: C*Nr.E, Gtnssariumiiiliinœ laliiiitatis,
verbo miila.)
Comme un cheval se poUil à l'cstrillc
Et comme on voit un haranc sur la
(grille
Se revenir cl un chappon en mue.
(Mellin de SAiM-GELAts, liondeati., p. 80.)
Un aultre salua une sienne disant :
Adieu, ma tnïie; elle respondil : Don-
jonr, mon oizon. — Je crois, disl
Ponocrates,que cestuy oizon est souvent
en niïte,.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, éh. IX.)
MUETTE, s. f. Pièce de la
charrue qui sert à faire pénétrer
plus ou moins le soc dans la
terre. — lietour à angle droit
d'une parcelle de terrain sur une
autre.
Ce mot vient du vieux français :
muer, changer, tourner. En latin :
mulare.
MUGLEIt, V. n. Beugler,
bramer.
Toujours depuis dous muglent mes
[génisses
Et dous mwjlcnt mes veaus.
(VAiyLELiN, Foresterie M, p. 20.)
MULOIV, s. m. Petite moule
de foin ou de tout autre fourrage
— tas de sel mis en meule sur les
levées des marais salants. En
basse latinité : miillo.
Garda avant, garda arière,
Si a rlioisi emmi un pré
Un mulon de faing aiiné (1).
(Roman dn Renarl, vers 28002«,)
Un autre l'amoncelle
En pointes, le dressant en superbes
[muions
Le jouet quelquefois de venteux lour-
[billons.
(Remy Beii.eau, Bergeries, l" journée,
1. 1, p. il.)
Item, super uno inuUone feni reddi-
tualis, quem dominus noster rex...
(Acio lie inni 1.T20 — Archives hist. de
Saint., Xn, -218.)
MURE, s. f. Fruit de couleur
noire, de diverses es[)cces de
ronces. En celtique : muoiiar.
(1) Un mulon de foin amassé.
MURON
NADAUD
Le poil avoit basset ausi noir c'une
[meure...
[Un dit d'aventures, XIII« siècle.)
Encore viendra tout à tens l'heure
Que li maufé (1) noir comme meure
Les tendront en lor disciplines,
(RlTEnŒ'-K.)
mUROili', nom de localité,
canton de Tonnay-Charente. Dé-
rive de mure. (Voir ce mot.)
I?III§AKD, s. m. Flâneur —
qui perd son temps aux choses
inutiles — bavard.
En basse latine : musardas,
piger, otiosus (voir du Gange).
En anglais : muse, méditer; en
wallon : mûser, être morne.
Et il me disl : vous déistes comme
hastis 7nusarz
(JoiNviiLE, Hist. de S. Loys, § 4.)
Quant à la ville suy revenus
Des gens suy pour musars tenus.
{Egiditis de Mett, in mappâ muitdi.)
MUSAItDEKIE:, :7Iusar-
dlc, s. ï. Paresse, laincanlise,
occupation frivole.
Qui concques croie ne que die
Que ce soit une musardie.
[Roman de la Rose.)
ITIUSCADET, s. m. Raisin
blanc assez bon. (Richelet, Dic-
tionnaire français, édit. de 1680.)
IfirsSEK, lluccr, V. a.
Cacher, se cacher.
Avant les démolitions de Paris,
il existait dans cette ville la rue
du Petit Musc, une des plus
anciennes de la cité dont le nom,
modilié d'âge en âge, était arrivé
à cette forme singulière. Au
moyen âge, la malice populaire
lui avait donné le nom de pute-y-
mussc parce qu'elle servait de
refuge aux nombreuses fdles de
joie du val d'amour. Le verbe
musscr était autrefois très usité :
Sculette suiz à huiz ou à fenestre
Seulelte suiz en un anglet mucée.
(Ballade de Christine de Pisan.)
Une ondée revint, si prist à pleuviner
Lors remuée ou buisson, si lait le tcns
[aler.
[Bcrle aus (jrans pics, vers 1061». )
IIUSSET, s. m. Moustique,
cousin, moucheron presque im-
perceptible qui se glisse partout,
se musse dans tous les coins.
MUSSOIV, nom de localité,
trou, lieu où on se musse. (Voir
musser.)
N
IVABOT, adj. Petit, nain,
avorton. En Scandinave, nabli
signifie bosse. Borel dérive nabot
de napus, navet; Ménage, de
nanus, nain.
Aussi Y a-t-il do petites femmes
(1) Li maufé, le diable.
nabottes qui ont le geste, la grâce, la
façon en ces choses un peu approchantes
des autres...
(BiuNTÔMB, Dames Galantes., dise. I, p. 36.)
IVADAUD, IVacIeau, noms
d'hommes, abréviations de Bor-
nadcau cpii est un diminutif de
Bernard. (Voir ce mol.j Ou peut
N'ANCRAS
NAVEAU
és:alGment y voir une forme de
Aadal, synonime de îVoi-I dans le
midi.
WAXCKAS, nom de localité
qui est peut-être une corruption
de Lancras formé des vieux mots
land en germanique, lan en
breton, sig-niliant terre, et do
cras , gras, épais; en latin :
crassus.
'XA'SnAW, IVandiii, s. m.
Rangée d'herbes abattue par la
faux. En vieux français, andaiii
se trouve avec la même signitîca-
tion dans la plupart des diction-
naires. Du Gange : amlain, andel-
Jus , Littré et le Dictionnaire de
J' Académie : andain; le comte
Jauberl : andin, etc. Les élymo-
logies indiquées pour ce mot sont
diverses; les uns le tirent de
l'italien: andare, marcher; d'au-
tres, du mot de basse latinité :
andena, espace; d'autres enfin
du provençal : andan, ou de
l'espagnol : andana, rangée.
Le saintongeais, qui est surtout
une langue parlée, a formé nan-
dain de andain, on y incorporant
l'adjectif numéral : un andain, se
prononçant comme un nandain.
^\%T11AjT.^ nom de localité,
canton de Sainl-IIilaire. Diminutif
du vieux français : nant, vallée.
IVAQl'FT, s. m. Nain, avor-
ton. Jusipi'au X\'III" siècle, ce
mot a désigné un petit laquais.
Toujours quelque liouqiifît
Selon la saison dis l'arint''e —
El de peige — quelque naquet.
(Fr. Villon, Dialogue de Taillevcal
et MaUcpaie.) '
XASSE, S. f. Engin de pêche
en osier, usité surtout pour la
capture des anguilles.
Et tant va et vient qu'il trouve une
nasse borgne où il a plusieurs poissons.
{Les Quinze Joijes du mariage, prologue.)
Je ferois maintenant de grands nasses
[d'esclisse
Et de saule et d'osier et de jonc qui
(se plisse.
(Remv BEi.iEic, les Pescheurs, t. UI,
P.'ilo.)
XATRE, adj. Fou, turbulent,
indocile.
L'an mil deus cens et trente quatre
Quant tenu se Ut pour fol natre...
(Guill, Guunr, cité par RoyLEFORT.)
Diex het avers, les vilains naslres (1)
Et les dampne comme idolaslres.
^Jeaii DE Mkimc, Roman de la Rose.,
vers oSTU».)
IVAi:, s. m. Noël; du latin :
natalis.
Nau! nau! nau! le jour est fériau,
dist Epislemon...
(Rabelais, Pantagruel.)
On connaît le dicton sainton-
geais usité pour indiquer l'allon-
gement du jour : « à nau d'un i)as
de jau. »
X.%.l'D, niaudcaii, IVaudiu,
noms d'bonunes dérivés de nau,
Noël, ou abréviations des noms
Arnaud ivoiv ce motj, Arnaudcau,
Arnaiidin.
IVAVKAr, s. m. Navet. Du
latin : najAis.
Et en caves et en cnviaux
No laissa vaillant deux naviaitx.
(KiTEBŒtK, Reiiart le bestoumé.)
(i) Dieu bail les avares, les vilains fous...
NE
26G
NIEUL
J'ai raisin d'oulre-mcr, raisin ;
J'ai porées et j'ai naviaus
J'ai pois en cosses loz noviaus.
(Lcv Crievies de Paris, vers. 132 —
Fabl. el Cu,Ues, t. Il, p. 283.)
L'un avoit envoyé un cliappon aux
porreaux, l'aulre aiî saphran, l'autre
avoit la pièce de bœuf poudrée aux
naveaux.
(Bonav. df.3 PF.nir.ns, Contes et Joyeii.v
Devis, nouvelle III".)
J'ay encore dans mon cabinet une
pomme de coin^', une ligue et un naveau.
(Bernnril I'àlissy, Discours Admirables,
p. 3i3.)
]\É, nom du ruisseau qui se
jette dans la Charente (rive gau-
che), en aval de Merpins.
Ainsi nommé de la pureté de
ses eaux, né est la prononciation
saintongeaise de l'adjectif : net
(nitidus.)
■ IVÈGKE, adj. Noir, obscur,
fait nt-yre, il fait noir.
]\KKAUI>, IWcrcau, noms
d'hommes, signiliant noireau; du
vieux français : neii\ nei\ noir.
La neire gent en ad à sa baillie
Grant uni les nés e lées les oreilles
K sunt ensemble plus cinquante mille.
(Chanson de Roland, vers 1917».)
]%'ÉRlfc,nom de localité, même
étymologie que les mots précé-
dents.
IVETTKYER, ^eltlcr, v. a.
Nettoyer, rendre propre ; du latin :
nilidarc.
Looienl Deu qui lor avoit donc force
de netléier le sucn lue (1)
{Bible, S"" Livre des Macchabées, ch. X,
verset VII.)
M) t;t palmas prx'ferebaiit ci qui prosperavil
munduri locum suum.
KEU"^^ICQ, nom de com-
mun(!s, cantons de Matha et de
Montguyon. Latin : ;30Fus viens,
nouveau bourg.
KBCYEK, jVaïer, V. a. Noyer;
du latin : necaro, tuer.
Tuil sunt neiez par merveilleus ahan.
{Chanson de Roland, staiico 176.)
E vus, co crei, devez neier,
Uns pcissuns peut nus dous menger.
{Roman de Tristan, i, II, p. 77.)
Eut le dit bateau submergé et ceux
de dedans naiés près les bons hommes,
(P. DE l'Estoile, Mcmoires-Journaux,
t. v, p. 6.)
On compta, ce jour (22 janvier IGll)
jusqu'à treize personnes nayées à
Paris
{Ibid., t. XI, p. 68.)
A la fin du XVIP siècle, neïer
élait encore usité. (Voir Richelet,
Dictionnaire français , édition
de 1680.)
Vien neïer dans nos vins muscats
Ta soir et ta mélancolie.
(Mainard, Poésies, citù par Riciielet.)
IVïCOS^E, ]%icolcaii, IVIco-
let, noms d'hommes dérivés de
nicolas, mot grec, signifiant vain-
queur du peuple : Nty.oXaô(;.
KIE, nom d'un affluent de la
Boutonne. Du vieux français :
nier, nettoyer.
ÎVïEUÎi. nom de localité. En
vieux français, on trouve : niele,
nieule, petite pluie froide, dérivés
de nel)ula; nieule, sorte de pâtis-
serie légère du genre des oublies.
Au moyen âge, le nom de cette
localité élait nioliuni. La Gallia
Chris tiana, tome II, parle de :
NIGEASSER
20"
NOROUE
Niolium super altiziam, ahl)alia
diocesis Mallcacensis : AUenl-sur-
VAutize, abbaye du diocèse de
Maillezais.
XIGEASSEK, V. n. Musar-
der, perdre sou temps eu niaise-
ries. En vieux français, niger,
nigéer, nigeoner ont eu le nitune
sens, comme le latin : nugnri.
(Voir Roquefort, Glossaire de la
Langue romane.)
^VIGÉE, s. f. Nichée. Ce mot
est usité en patois berrichon.
Comme les grnns Inrrons nourrissent
et sousliennent une niée d'autres larron-
neaux pour rober sur le peuple.
(Alain Chvutier, Ilistnire de Charles Y,
cité jiar M. LiniiÉ.)
ïïIGEK, V. n. Se noyer.
D'après M. Jônain, ce mot déri-
verait du grec : irvTYEtv.
A^IOilT (Pctit-^, nom de loca-
lité située entre Blaye et Miram-
beau, qui eut au XVIl" siècle
une assez triste réputation si nous
en croyons M. de Lancre, auteur
du Tableau de l'Inconstance des
mauvais anges et démons (Paris,
1(512, in-4°), qui nous a[)prend
que Satan, après avoir pris pos-
session du carrefour du i)alais
Gallien, passa la rivière à Bor-
deaux et a « tenu le sabbat vers
Blaye et le Petit-Aiort. »
IVORIiE, s. m. Porc. Le
paysan saiiitonj^'eais n'a jamais
aimé l'aiùstocralie et ce sentiment
lui a fait choisir cotte appellation
pour désij,'ner le cochon. En
limousin, on les appelle gentils-
hommes.
Les paysans du Limosin appellent
gentilshommes les pourceaux p.ircG
qu'ils sont vûlus de soyes coiiinxî l'était
autrefois la seule noblesse...
(Le DiciuT, Remarques, l. I, p. 21.)
IVOÎJUE, s. f. Intérieur du
g-osier, la pomme d'Adam, la noix
ou le nœud du gosier; du latin :
nucalis ou nucleus.
Arrosons nous
La noque, la noque
Arrosons nous
La noque du cou.
'Vieille chanson siiintongeaise et
boii'iclionne.)
WO<!HjET, IVocnt, s. m. Le
dernier né d'ime couvée et, par
extension, enfant de petite taille,
corruption du vieux français :
nacquet, petit la([uais, page.
Lors les seigneurs estoicnt petits
[nacquet s
D'aulx et d'oignons se faisoient les
[bancquels.
(Victor BitonBAiT, Rondeau, voir Œuvres
de Cl. Mahot, t. II, p. 163.)
IVORE, s. f. Bru, bclle-fille.
En patois toulousain : noro. En
basse latinité : nora, filii uxor :
Vinea... dulcissimœ novœ nieœ Berto-
varce haberc jubeo.
(Testament d'Ermentrnde, cité pnr
MxuiLLo.N, Liturgie franc. ^ p. iUiJ.)
Sur quoy il prit son fils par une main
et la nore par une autre et les mena
tous deux en une chambre...
(BiiANTÔMK, Vie des Dames galantes,
Jibc. VII, p. 211.)
Le 1" janvier au dit an 1G42 monsei-
gneur d'Kpernon est décédé... Le corps
a passé par celte ville... accompagné
de Madame de Lavalcllc sa nore...
[Journal de Robert. — Areh. hist. de
la Sdintonye, t. XI, p. 33'J.)
IVOKOUE, iVoroua, s. m.
Veut do noid-ouest — chapeau à
NOU
268
NOURRIGEON
bords rabattus sur le cou pour
préserver des ralales du veut
buinide de nord-ouest. On appe-
lait au moyen âge île de Novois,
les orcades et norois des chevaux
qui en étaient ori^'inaires.
Man en Kngleiz et en noroiz
Senefie home en franchois.
(Wace, Roman de Roii, vers iOG".)
Sour un ceval séoil H rois
Moull grant et rice, de norois.
(Philippe MorsKEs, Chronique riince,
vers -m^\ t. n, p. 99.)
Liones sistarmûs sor un ceval norois.
{Roman d'Alexandre, p. 151.)
]4'OH, ]Vouc, S. m. Nœud.
Il lui bailla de son fouet à travers les
jambes, si rudement que les noudz y
apparoissoient.
(RxBEiAU, Pantagruel, liv. X, ch. XXV.)
IVOUF., IVoiiaillcs, rVoH-
aillc, noms de localités et
d'hommes. Du vieux français :
noué, pré bas, terrain maréca-
geux, terre nouvellement mise en
pré. On a dérivé du latin : noviis,
ce mot qui a probablement une
origine celtique ou germanique.
En breton, nnoz désigne un petit
cours d'eau; noë, une auge. Le
nom tudesque Ileich-nau, de la
ville où mourut Charles-lc-
Chauve, est traduit dans les vieux
titres latins par augia clives.
En se reportant à la désigna-
tion latine do nouaillé : nobilia-
cum, ce nom signilierait domaine
noble. C'est là que se perdit la
bataille de Poitiers.
Commissum est pr.-eliuni in exlremâ
pai'te syllus nobiliacensis ubi ctiainnuin
anglorum castra fossis munila cernere
est
{Gallia Christiana, t. Il, col. M't'i.)
L'alibé de Longueruc dérive
nouailles du latin : novalia ,
champs cultivés. (Salverto, Essai
sur Jcs Noms, t. II, p. 287.)
IVOUB'^E, s. f. Brasse, expres-
sion de natation. Du vieux fran-
çais : iiou, nage, et noër, nager.
Car pour combatre à voz ennemis
avez passé une rivière à nou et les avez
déconliz.
(JoiNviii.E. Ilistiiire de S. Loys, éJit.
ae18o8, p.7G.)
Lors cnvoia Diex un Snrrazin qui
estoil de la terre l'empereur et en vint
en noant jusqu'à nostrc vassel.
(Ibid., p. 97.)
Tant ont parmi l'ève noé
Que d'autre part sont arrivé.
[Jiinnan dn Rcnarl, vers 2-2S0G'.)
La pierre ponce
Oui nage dessus l'eau et jamais ne
[s'enfonce
Non plus que mon penser, qui dessus
(l'eau noïiant
Avecques mon désir toujours s'en va
[jouant.
(RoMstnD, le Cijclope amoureux, t. IV,
p. 1U8.)
IVOCETTE, S. f. Cordon de
soulier. Diminutif de nou, nœud.
IVOÇTBiîSAIIV, s. m. Jeune
poi'c (ju'oii nourrit pour la vente.
En wallon, noùrin a la même
signilication. Du latin : nulrimen.
Li aucun laissoicnt à labourer leurs
terres et à faire norrin de bestes et de
chevaulx.
(Texte ilu XIV" siècle, cité par du Cinge,
au mot nulriculiu.)
iv«i;b«biî«eoiv, s. m.
Nourrisson, jeune veau — nom
d'homme. Ce mot se forme du
latin: nulritiono, comme pigeon
de pipiono, d'après l'opinion de
NOUZILLE
269
NUITEE
Le Diichnt. (Romarciucs sur le
ch. III, liv. II, du Baron de
Fœneste.)
Celte pauvre idiote le second jour,
ravie des splendeurs de son nourrUjeon,
lui sauta au col.
(Agr. D'ArBiGNÉ, Baron de Fœneste, 1. 1,
p. 6-2.)
IVOUZlIiliE, S. f. Noisette.
En vieux français : noizille.
Noix, noizilles, figues, chastaignes.
(Sermon du Ménage — Farces françaises,
p. 194.)
IVOrzililiER , s. m. Noi-
setier.
Est-to pa vraiz que les noitsillers
fleurissant à toutes les Notre-Dame...
(Agr. D'AcBiGNÉ,Baro« de Fœneste, p. 80.)
Un champ de noyers, un autre de
chastagners et un autre de nousillers,
poiriers, pommiers...
(B. Palissy, Recepte Véritable, p. 101.)
IVOVIORKCÎU.^Ï, Station
romaine située, d'après Vltiné-
raire d'Antonin, entre Modioln-
num (Saintes) et Tammim (Tal-
mont). D'Anville place cette sta-
tion à Royan et voit dans les deux
dernières syllabes l'origine du
nom de cette ville qui s'est
appelée autrefois Rcgianum. (Voir
Royan.)
D'autres anliquaires placent
Noviorcfjum à Saiijon ou au
village de Toulon (voir ce mot.)
L'auteur de ce glossaire penche-
rait à idenlilier le Noviovegum
deV Itinéraire au 2iIavTovwv X-.jjlv'ov
de Plotémée ou Portas Santo-
niim de Strabon et à placer la
station comme le port des Sautons
(voir ce mot), dans le voisinage
de la tour de Brou. Il existait
dans ces régions un centre impor-
tant aux premiers siècles do l'ère
chrétienne ce qui explique la
direction donnée à la voie romaine
de Saintes h Bordeaux qui, pas-
sant par Talmont pour aller à
Blaye, a été détournée de la
ligne droite pour atteindre cette
station de Novioregum. (Voir au
glossaire les mots Brou et Port
des Santons.)
l^UAIliliK, nom de localité.
Même sens que Noué, Nouaille.
(Voir ces mots.)
IVUISA^TE, s. f. Préjudice,
incommodité.
Mes contre lui s'appareilloient
Pour lui fere nuisance et grief.
(Godefrov de Paris, Chronique métrique,
vers â7.43<>.)
Fuy tous ces dons de nuisance et
[reproche...
(Cl. Marot, l'Amour fugitif.)
Quand Timon athénien voulut on
arracher un (figuier) qui faisoit nuisance
en son jardin.
{Sdlyre ilénippée, 2™« advis de l'impri-
mour, p. 13.)
]VUIT (à^, voir annuit.
KUIT (de), adv. Nuitamment,
pendant la nuit.
La déesse apparut à lui, de nuict, en
dormant
(F. Amyot, Vie de Périclcs, irad. de
Pl.tTAH«LE.)
IVUITÉE, s. f. Nuit — durée
de la nuit.
Boire Ypocras à jour cl à nuyctce
Rire, jouer, mignonner et baiser.
(Fr. ViLi.os, Co/j/rfrfi/i de Franc Goiilier,
p. 78.)
Encore sans mensonge
L'autre nuictée en dormant fuz ravy
Et me sembla que toutes je vous vy.
(Cl. Maroi, Epilrcs, t. I, p. 180.)
19
270
OISEAU
o
O, ol, pronom démonst. Ce,
ceci, cela. s'emploie devant
une consonne, ol devant une
voyelle. Dérivé du latin : hoc.
Mels sostendrciet les empedementz
Qu'elle perdcsse sa virginitet
Por furet morte a grand honestet (1).
(Ca/itilène de S'« Eulalie, X» siècle.)
Ma l'escriptura dl e nos creireo deven (2).
(La noble leiczon, poème vaudois du
XI* siècle.)
OBIilEIfi,v. a. Oublier, latin :
ohlivlsci.
Car tant estoit valeureuse et prudente
Qu'il n'est nuls biens qui jamais nous
[contente
Ni qu'il fasse telle dame oblier.
{Complainte de Charolais^ citée par
HOULEFOBT.)
Œlli (]?Iauval.«8).La croyance
au mauvais œil, si répandue en
Italie, est restée vivace chez nos
paysans qui pensent que certaines
personnes jettent un sort sur les
bestiaux en les regardant. Les
pauvres bêtes ne tardent pas à
dépérir.
Faire tarir le lait et les pis désenfler
De la vache laitière et de mauvaise
[œillade
Rendre tout le troupeau et galeux et
[malade.
(Rcmy Delieau, Bergerie, l" journée,
1. 1, p. 3.)
(1) Ces vers correspondent au mauvais latin
suivant qui les traduira mieux que du fran-
çais ;
Meliiis sustjnulsset impedimenta
Uuiim perdidisset suam virginiiatem
l'ro CD fuisset mortua raagnâ honeslate.
(2) Mais l'écriture dit et nous devons croire
cela.
4F.IIi§, S. m. Yeux. C'est l'an-
cien jjluriel français : li oil (au
sujet pluriel), les oils ou œls
(régime pluriel), correspondant
au latin : ocull, oculos.
Vair ot les oils et moût fier le visage (1).
{Chanson de Roland, st. XX.)
Tant a saigné, li oil lui sont troublé.
(Poème de Roncevaux, p. 91.)
Quand Sébile le voit, si taint comme
[charbon,
L'cive des oilz li chiet conlreval le
[menton (2).
(Jean Bodef,, Chanson des Saxons,
st. ccvn.)
N'i a un sol que de pitié
N'en oit des eiiil le vis mollic.
(Roman de Tristan, 1. 1, p. 16b.)
OIIVCE, S. m. Jointure des
doigts, phalanges.
Mais je diray cela de luy, qu'il ha les
plus dures oinces qu'oncques je senty
sus mes espaules.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch.XT.)
OISEAU, s. m. Appareil en
bois servant aux maçons pour
porter le mortier sur les échafau-
dages. Par une transformation
singulière, il vient du mot miffot,
petite auge à mortier, qui se dit
aoiiset dans les patois du midi
parlés par la plupart des maçons
qui se rendent à Paris.
Chargez proprement cet auget sur vos
espaules et tenez bon...
(P. Larivey, les Tromperies, anc. th. fr.,
t. VII, p. 83.)
(U Bleus eut les yeux et très fier le visage.
(■2) L'eau des yeux lui tombe au bas du men-
ton.
OISI
271
OLIE
OISI, s. m. Osior. En bas
breton : auzilh et aozil.
Un portefraise (1), partie de ferblanc
partie à'oisi...
(Agr. D'Ai-niGNÈ, Baron de Fœncste,
liv. III, ch. III, t. II, p. 123.)
OliA GIBIER , Olanier ,
noms d'hommes, dérivés des
vieux mots français : aulainc,
aulanc, noisette; aulanier, noi-
setier.
OliKROiV, nom de la g'rande
île de l'Océan qu'un bras de mer
sépare du canton de Marennes.
Au moyen âge, on disait Vîle de
Layron, en latin : UJariiis. A
l'époque de Strabon : ]'ilarus
hisiila.
Bourignon voit dans le mot
iilarjus, qu'on prononçait oiiln-
rious, une onomatopée du bruit
des oulcs ou vagues de la mer.
(Antiquités de Saintes, p. 214,
note I.)
Le mot Layron semble donner
la véritable étymologie qui est le
vieux français : 7a/, lais, lay, ile
nouvellement formée, du vieux
verbe Jaier , abandonner. (On
appelle encore Jais de mer, les
terrains d'où la mer s'est retirée.)
Tout fait supposer que l'île
d'Oléron était autrefois liée au
continent (2) au point où se trouve
actuellement le pertuis de Mau-
musson :
Comme ainsi soil, que près la cûte
d'Alvert, guères loin du passage de
Maumusson, qui est si fort dangereux,
(1) Ce portefraise, mnilié en forblanc, moitié
en osier, servait ii inaiiiteiiir le col godcroniié
des éléganis de la cour des Valois.
(2) La consiiiutiongéologi(jued'01éron(craics
dures et tendres) est la même que celle de la
côte de Marenucs.
les habitants du pays disent avoir passé
autrefoi^s de liesse d'Alvert en l'islc
d'Oleron, en ayant mis seulement une
teste de cheval ou de bœuf à un petit
fûssé ou autrement petit bras de mer
qui le joignoit des deux bouts à la
grand'mer.
(Bernanl Palissy, Discours Admirables,
p. 330-337.)
La baie formée à l'embouchure
de laSeudre est peut-être le/)or/us
Santonum dont parlent les anciens
géographes. L'extrémité occiden-
tale de l'ile, actuellement cap de
Chassiron (caput cironis), paraît
être le promonlorium Santonum
(SavTO)vtov axpov) situé, d'après
Plotémée, entre les embouchures
de la Garonne et de la Charente.
(Voir les mots Port et Promon-
toire.)
Dans les anciennes chartes
latines Oléron est désignée par
les mots Uliarius, Ularius et
Olarionem; la charte de fondation
de l'abbaye de Sainte-Marie, de
Saintes, la désigne sous ce der-
nier nom :
Item in eadem insulâ Olarionis adauxi-
mus in dotem hujus monasterii dc-
cimam partem omnium rosiarum,
cervorum cervarum que, quœ in ipsû
captœ fuerinl ad librorum volsuras
(Charta fundat.abb.S.Marice^annoiQil,
Gallia CAns/., l. II, instr., col. WO.)
Sidoine Apollinaire parle des
lièvres de l'île d'OIvron: Olario-
ncnsihus lepusculis (liv. VIII,
épist. VI, ad Nammatiumt. Pline
la mentionne : in atjuitanico situ,
Uliarius insula (^liv. IV, cap. XIX.)
OLIK, Olir, s. m. Huile
d'olive. Du latin : olcum.
Et li roi Salomun donad, par an, al
OREE
272
OSIA
rel Iram sis cenz mille muiz de furmcnt,
el sis cenz de oUe (l).
{S"" Litre (les lïois, ch. V, vers. XI,
P.2i3.)
OR1-:f, Furéc, s. f. Bord,
lisière. Eu celtiijuo, oro a eu la
même signilicalion, ainsi que
orevia en basse latinité. En espa-
gnol : orilla, bord.
Ce disant en haulsant Vorée de son
chapeau
(Noël DU Fkih, Propos /i«5i/?HM, p.22 )
Passnns de là par Vorée de la Touche,
en plain chemin tombèrent tous.
(Rabelais, Garijanlua, liv. I, ch. XXXVUI.)
Plus anciennement, on a dit
oraille.
A Voraille du bois menu
Li en sont quatre avant venu.
{Roman du Reiiart, vers 9551'.)
ORI:îLL.OiV§, s. m. Enflure
de la partie dos joues et du cou
qui avoisine les oreilles.
Parlez tout doulx, c.ir il tient de la lune
Et a la teste massive de grillons.
Il nous mettra à la roue de fortune
C'est pour nous faire avoir les oreillons.
{Farce de marchandise^ anc. th. fr., t. ni,
p. 258.)
ORIFJLAMBE, s. f. Ori-
flamme, drapean éclatant [aurea
ilamma.)
Gefreid d'Anjou portet Vorie flambe.
[Chanson de Roland, st. CCXXIII.)
Le service du fief est tel qu'il en doit
porter à la bataille et es osls (armées)
Voriflambe de Sainl-Denys toutes les
fois que le roy osloye (entre en cam-
pagne.)
{Chronique de Saint-DenijSfU I, p. 2-23.)
(i) Saloraon autem pr;rliel)at hiram coros tri-
ticivigiiui iiiillia in cibuiii doiainiejuset vigiiiti
coros purissiini olei.
OUIG^OliléVlfi , nom de
localité, canton i\o Monllieu. Du
vieux français : orignc, source;
latin : orijo, oviginis.
OKSlLEiSEBS, s. m. Oreiller.
Cervicalia dicuntur orillier.
{Dict. Johannis de Garlandiâ.)
De couvertouers, de coutes-poinles
Et d'orillier mignoz el cointes.
(Gautier de Coinsi, Ht. I, ch. X.)
D'une pierre a fait orillier
Si comença à someillier.
{Poème du Renart, vora 1529».)
OMTïGEîî,v. a. Piquer avec
des orties qui amènent de légères
boursoullures à la peau ; plus
usité dans le sens réfléchi :
s'ortiger. Du vieux français :
ortie; latin : urlica.
On cognoist tost l'ortie qui orlier doit.
{Livre des Proverbes français, 1. 1, p. 80.)
OSIA, s. m. Oiseau. Contrac-
tion des formes du vieux fran-
çais : oisiaus, oisiax (sujet), oisel
(régime).
Calœdrius (1) est un osiax
Sor toz autres corteis el biax.
(Guill. Lenchmand, Bestiaire.)
Prcz reverdissent et li bos
Et oisiax chantent sans repos.
(Roman de la Rose, vers 4807».)
Ainsinc corn fnil li oiselierres
Qui lent à Voisel comme lierres (2)
El l'apele par dous sonnés...
Li fox oisiaus de li s'apiimc (3).
{Ibid., vers 21737".)
(f) Calœdrius, calandre ou alouette.
(2) Lierre, larron, voleur.
(3) S'aprime, s'aiiproclic.
OSTINE
273
OUE
OSTIIVÉ, adj. Obstiné, entêté,
c'est l'ancienne prononciation :
Ostiner, b disparaît absolument devant
st dans obstiné, obstination qui se pro-
nonce osliné, ostination.
(Thco.lore de Bèze (1), Traité de la
bonne prononciation du français.)
OTOUT, adv. Aussi, égale-
ment, en même temps.
Sire, je I'yos irai baillier
Le coc demain bien matinet
Otoul quinze gras pociiiet.
(Roman du Renarty vers lîj'Juo».)
OUBIiIx\]V€E, s. f. Oubli,
négligence, pardon.
Tous tes escripts envoyés à fiance
Sont mis au fond du coffre d'oubliance.
(Cl. Makot, Elégie I.)
Cette première entente s'esvanouit en
accord et oubhjance pour tous.
(Agr. D'AiniGsÉ, Mémoires, p. 120, édit.
Lalanne.)
OUBLIE, s. f. Gâteau léger,
appelé aussi plaisir ou gaufre —
pain à cacheter. En basse latinité :
oblia et oblala.
Sunt qui dépravant eulogias quas
vocamus oblias seu hostias.
(Ganfridus Vnsiensix, cité par du Gange,
Gloss. inf. lalinit.)
II y aura un paticicr à qui l'en fera
marché de faire le pain de bouche, les
oublées.
(Statuts do rhospice de Jeanne, reiae
do Frauce, aiino 1316.)
S'il guygnoit des yeul.\, c'csloicnl
gauffrcs et oublies.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch.XXXII.)
Au XIV° siècle, on appelait
oublicrs les fabricants de pâtis-
series. (Voir dans le Registre des
(1) Théolinrc de Bèze, né en lal9, k Vézclay,
en Buurgoisuc.
Métiers, p. 351, l'ordonnance
relative aux ouhliers). Paris avait
la rue des Oubliers devenue, plus
tard, rue de la Licorne.
La rue de la Pomme assez tost
Trouvai, et puis aprez tanlosl
Ce fu la rue as Obloiers.
{Le dit de.i mes de Paris, vers ISl» —
Fabliaux et Contes, t. II, p. 219.)
OUCIIE, nom de lieu. Ce
mot, d'après Laurière, désigne
un jardin fermé de haies et planté
d'arbres sous lesquels on sème
des légumes ou du chanvre. (De
Laurière, Glossaire du Droit
français).
En basse latinité : olcbia, olca,
olcha. (Voir du Gange, à ces
mots.)
Census autem meos et venditiones et
olchiam meà in manu relineo.
(Coutume d'Aix, citée par df. La Thai--
MA8SIÈRE, liv. I, ch. LXXYII, de la
Coutume du Berry.)
En vieux français, ouclie a
désigné aussi la taille des bou-
langers. (Voir ce mot). En basse
latinité : osca. (Voir Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
OIjDET, Oiidin, Oiidinct,
noms d'hommes dérivés iV Eudes;
en latin : Eudo, Ode, vieux nom
germaniciue qui, d'après Forste-
mann, signifierait doux, facile.
(Voir Lorédan Larchey, Diction-
nnirc dos noms.)
OIIÉ, Oiicy, affirmation : oui.
L'ancienne forme est oil qui a
donné son nom à la langue
romane du nord et du centre do
la France. Il est formé du latin :
hoc illud, comme ncnnil, devenu
nenni, de non illud.
OUE
274
OUTER
Et cil rcspond : oïl, sire, assez bien.
{Chanson de Roland, st. L.)
Est-il vos? — Ouïl sanz faille (1).
(I{otnan du licnart, vers 836"».)
OIJE, s. f. Oie*.
Ving en la rue os ouës droit
Pris mon cliemin cl mon ndroil
Droit en la rue Saint-Martin.
[Le dit dcsrurs de Paris, vers 36i« —
Fabl. el Contes, t. II, p. "263.)
Cette rue aux Oues, dont parle
Guillot, en son Dit des rues do
Paris, est devenue, par suite de
l'oubli dans lecjuel ce vieux mot
est tombé, la rue aux Ours.
OlJËIIiliE, s. f. Brebis.
L'Académie n'accepte plus le mot
ouaille que dans le sens figuré :
le curé et ses ouailles. Ce dernier
mot est cependant resté français,
mais il ne se prononce pas comme
le saintongeais. Dans le Glossaire
de la Langue romane, on trouve :
ovaille, brebis. Latin : avis.
Mons, vos esledeçastes sicume raul-
lum e tertre si cume li aignel des
oueilles (2).
(Traduct. du XII« siècle, du psaume 175.)
Purquey es ici venuz; purquei as
guerpi ces poi de mveilles al désert (3).
{Livre des Rois, ch. XVII, verset 28.)
Alixandres meisme les conduit et con-
[selie
Autresi les conduit com li paistres
[s'oelle (4).
{Roman d'Alexandre, p. 101.)
OUIIiliER, V. a. Ajouter un
(1) Est-il avec vous? — Oui, sans tromperie.
(2J Montes cxultatis sicui ovcs et colles sicut
agni ovium.
(3; Quare vcnisti? Et quare dcrlliiiuisti pau-
culas oves in deserto '.'
^<1) Ainsi les conduit comme le pâtre sa
brebis.
liquide à un autre pour faire le
plein ; dérivé de œil, car, ouiller,
c'est remplir jusqu'à l'œil, c'est-
à-dire jusqu'au trou de la bonde.
En vieux français : cuUier. (Voir
Roquefort.)
Quand les deux lonneans sont dévalez
de la nef dedens les charrettes el illec
aemplis et aeuillés par le marchaant.
(Texte du XIV» siècle, cité par du Gange,
au mut implayium.)
OUIIiLETTE , s. f. Petit
entonnoir, qui sert à cuiller.
(Voir ce mot.)
Un tire-fond, une ouilletle, un vire-
brequin el un Ijencstier
(Agr. d'Audigné, Baron de Fœneste, liv. III,
ch. ni, t. II, p. 123.)
ors, S. m. Os.
Cy n'entre's pas
Grecs ou latins plus à craindre que
[loups
Ni vous galoux, véroles jusqu'à Tous.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.)
OUTER, V. a. Oter. Les
étymologistes diffèrent d'avis sur
l'origine de ce mot; les uns le
tirent de ohstare, faire obstacle,
dont le sens est fort éloigné ; les
autres, de haustare, qu'ils suppo-
sent avoir pu exister comme
augmentatif (Vhaurire, puiser.
Cette dernière opinion, qui con-
siste à dériver un mot d'un autre
([ui n'a pas existé, a le mérite de
l'originalité.
Grand marci, dit hans Carvel^ Mon-
.sieur le diable, je renie mon nom si
jamais on me Vouste du doigt.
(RAflELAis, Pantagruel, l'Anneau d'hans
Carvel.)
Car on ne combat plus pour l'honneur
[d'une jouste
OUTERON
275
PAILLARD
D'un prix ou d'un tournoy, mais ofin
[que l'on s'ouste
L'un cl l'auUrc la vie
(RoNsànD, Poésies.)
OlITEROBT, s. m. Moisson-
neur, ouvrier gagé pour le temps
de la moisson, dans le mois
d'août, qui se prononce ont.
Je vous promets que ces ousterons
sont si bien faits (en ceste tapisserie)...
que rien ne peut estre mieux.
(Remv Belleac, Bergerie, !■'
P."19.)
journée,
Pauvre ousteron haslé, quelle fortune
T'est arrivée? Kt qu'y a-il que tu ne
Sçais plus mener ton sillon en avant.
(Ant. Baïf, Eglogue XIV, p. 38, v«.)
En vieux français, nous trou-
vons le verbe aoustcr pour mois-
sonneç :
En icel tens que l'on aosUi
Un poi après la pentecoste.
(Roman de Tristan.)
Demain, ce peus, aousterons
Si me vueil de gens pourveoir.
[Mystère de Notre-Dame, Ihéâl. franj.
au moyen âge, p. 336.)
On a même dit aoust (prononcé
d'un seul son) pour moisson :
Nous deux mettrons icy la main
Et ferons Vaoûst sans ayde aucun
Puisque le temps est oporlun.
(Gilles ConRozET, Fables d'Esope, p. 230.)
OZIIiliAC, nom de localité.
Du vieux français : ouzils, signi-
fiant osier ; en saintongeais : oisi.
PABAJ*", nom de localité.
C'est le nom d'un saint breton
(latin : Pabanus). En vieux fran-
çais, pahe a le sens d'abondant
en fourrages, contraction du latin :
pahulosus.
PABOU, s. m. Pavot, coque-
licot. En berrichon : papou, ([ui
est une transformation du latin :
papaver. Le mot saintongeais
résulterait en outre d'une trans-
formation du p en h qui est fré-
quente.
En kimry, on trouve la forme
pahy; en anglo-saxon : papirj.
Au moyen âge, on écrivait paot.
Fleurs de paot broues en oile d'olive.
(Alébrànt, telle ilu XUI« siècle, cité
par M. LiTTKÉ.)
PACAUD, Pascaad, noms
de lieux et d'hommes, formes de
Pascal (latin : Paschalis), ou du
latin : pascuum , pâturage; en
basse latinité : pascasium.
PAfliLARn, s. m. Homme
de vie dissolue — amateur exces-
sif du beau sexe.
En bas latin : paillardus, scor-
tator, libidinosus, dérivé de /^«/ec?;
paille, d'après du Gange.
Quod nullus déférât cnligas rcbrassa-
tas ad genua, ad modum pailla)xlorum.
{Statuts de la Sainte-Chapelle de Paris,
p. 10, oilé par du Cakoe.)
Tuez, tuez tous ces paillars mache-
f.iins, ces larrons dcsroubeurs de Dieu
cl du monde.
(Georges Cmastelain, Chron. des Ducs de
Bourgogne.)
Tout ainsi que si une femme impudi-
que pour navrer davantage le cœur do
TAILLARDER
276
PALE
son mari, devant ses yeux faisoit chère
à son paillard.
(Calvin, Institution Chrclienne,]}. 'iSi.)
PAIIili.'lRDElS, V. n. Faii-e
acte de paillard. (Voir ce mot.)
Tu ne menliras pas, tu ne paillarderas
pas.
(Calvin, Institution Chrétienne, p. 273.)
PAIIiliC: (Courte). L'usage
de tirer à la courte paille est très
ancien. Dans l'ancien dialecte
picard, faire le biiske avait le
même sens.
Mais on fera
Le busqué el celé ki l'ara
lert drue et amie à Renart.
{Renart le Nouvel, vers 561».)
PAIIiliER, S. m. Meule de
fourrages; du latin : palea, paille.
En basse latinité : paleariiim.
Et les poucins et les gelines
Qui èrent lez un tas d'espines
En un joaillier oh il gratoient.
(lioman du Renart, vers 4989'.)
Ceux qui ne sont accommodes de
greniers à fourrage, à l'imitalion des
gerbiers, entassent leurs pailles en
paillers.
(Olivier de Serbes, Théâtre d'Agricul-
ture, p. 133.)
Dans le sens de meule de paille,
on a dit autrefois jDa;7//z.
Mes costeiz connoit le pailliz
Et Hz de paille n'est pas liz
Et en mon lit n'a fors la paille.
(Rliebœcf, la l'ovretéi, 1. 1, p. 3.)
Autrefois, à Paris, on appelait
poulets de pailler ceux qui avaient
été élevés en plein air et non
engraissés en mue.
PAISAX', s. m. Prononcé en
saintongeais : pésan. En latin :
pagensis, ùq pagus, pays. Ce mot
a le sens de campagnard, dans
Grégoire de Tours et dans le
texte de la Loi Lombarde. Jus-
qu'au XVIP siècle, le moi paysan
a eu la prononciation du sainton-
geais et n'a compté, dans les
vers, que pour deux syllabes.
Il met des cœurs do rois aux seins
[des artisans
Et aux cerveaux des rois des esprits
[de paisans.
(Agr. d'Albigné, Tragiques, t. IV, p. 160.)
On fait en Italie un conte assez plai-
[sant
Qui vient à mon propos : qu'une fois
[un paisan...
(Math. Regnieh, Sat. X.)
Le Faisant, d'autres soins se sent
[l'ame embrasée.
(Ibid., Sat. IX.)
On trouve, au XP siècle, le
mot paisinisme dans le sens de
pays d'infidèles , de payens (ce
dernier mot ayant la même étymo-
logie que paysan.)
El nous defendum que l'un christien
fors de la terre ne vendre, n'ensurche-
lul en paisinime.
{Lois de Guillatime-le-Conquérant, %\Ll.)
PAIiAIS, nom d'homme. En
latin : Palladius et Fallalius. Du
grec : IlaXXaç. Saint-Palais fut,
en 580, le douzième évêquc de
Saintes.
PAIiE, s. f. Pelle, du latin :
pala. Le radical : pale, s'est con-
servé dans le diminutif : palette^
petite pelle.
Lors les pionniers frappèrent sus pour
la dcsrochcr et les aultres avec leurs
pasles, emplirent les corbeilles.
(RABRLAI8, Pantagruel, liv. Il, ch. XXXIII.)
Monseigneur, je loue fort votre pensée
de vous servir du pic et de la pale.
(Ai;r. d'Albigné, Lettres, 1. 1, p. 191.)
PALEE
277
PALISSE
Un banc de roches plates, à
l'embouchure de la Charente,
porte le nom de banc des Pales.
PAIiÉE, s. f. Pelletée. Dans
le dictionnaire d'Isidore de Sé-
ville, le latin : pala, est indii}ué
avec le sens de pelletée, qui se
retrouve égalemenldans plusieurs
textes du moyen âge :
Frumenlum autem dcbct esse de prima
pald.
{Cartularium eccl. auxit., cap. 93.)
Le blé de première palée est
celui qui est deux fois vanné à la
pelle : frumenlum de prima palâ
quod semel est ventilatum. (Du
Gange.)
De fien a pris une palée
Si li a au nés aporlee.
(Le Vilain Asiiier, Fabliaux inédits,
p. 16.)
Chascune palée de suif doit obole,
ausinc par eaue corne par terre.
(Registre des Métiers d'Est. Boileau,
p. m.)
On trouve également en vieux
français : palée, comme synonime
de clôture de pieux. Une ordon-
nance de Charles VI, de 1115,
enjoint aux bateliers (jui amènent
les vins d'Orléans, d'amarrer aux
palécs du Moulin du Temi)le.
(Voir le Registre des Métiers
d'Est. Boileau, note 2, p. 138.)
PALER, V. n. Remplir la
pelle; en saintongcais : pale.iYoh'
ce mol). Le paysan dit « que cela
pale » quand la pelle ramasse
facilement et vivement.
PALEKÉE, s. f. Pelletée.
Même sons et même élymologie
que palée.
Cependant quatre do ses gens lui
jectoyent en sa bouclic l'ung après
l'aultre Conlinuemcnt mouslarde àplènes
palerées.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXI.)
PAIiEROX, s. m. Omoplate.
Cet os tire son nom de sa l'orme
aplatie en forme do pelle, et
dérive comme les précédents du
latin : pala.
Les muscles qui meuvent le bras
s'implantent sur l'os du bras ou au
paleron.
(Ambroise Pahé, Anatomie, liv. I, cité
par LiTTiiÉ.)
PALET, s. m. Morceau de
pierre ou de brique i)late qui sert
à certains jeux et notamment à
celui des ricochets. Mot d'origine
celtitjue; en breton et en gallois,
pdl désigna une pierre pliile. Le
vieux français avait paleste; du
grec: IlaXXciv, lancer, et/;a/es/ea«,
palestiau, morceau, pièce.
El n'avoit c'un vie sac cstroit
Tout plain de mavès palestiaus
Ce iert sa robe et ses manliaus.
(G. DE LoRBis, Roman de la Rose,
vers 418«.)
PAIiISSE, s. f. Haie vive;
en basse latinité : palicium.
El Renars va le col baissant
El retor del paliz choisisl
Un pel froissié, dedenz se mist.
(Roman du Renart, vers 1314°.)
Martin estoit dedans un boys taillis
Avec Alix que par bonne manière
Dit à Martin : le lont; de ce pallis
T'aniyc Alix d'amour le fait prière.
(Cl. ÎUnoT, Epigr.. t. UI, p. "0.)
Ils vont ensemble accorder, qu'il
faloit estaucer leur palicc ou haye...
(B. l'AiissY, Receptc Véritable, p. 33.)
Quand on veut parler d'un
homme qui manque do courage
PALISSER
278
PANEREE
au moment où il devrait en mon-
trer, on dit qu'iV mot lo cul dans
la palisse.
PAIiliSSER, V. a. Entourer
d'une palisse (voir ce mot), d'une
j3alissade.
Ce champ palissé de grand bois de
chasteigner couchez entre des fourches
à la mode du pays.
(Agr. d'Aibigsé, Hisl. Univ, t. I, p. 288.)
PALOURDE, S. f. Coquillage
bivalve de forme ronde, gris
foncé. Le nom scientifique est
peloride.
Les sourdons , les pétoncles, les
availlons, les palourdes, les dailles
(B. Palisst, Recepte Véritable, p. 147.)
PAIiTOC, S. m. Paletot,
vêtement d'homme ; mot d'origine
germanique, d'après M. Littré,
qui le dérive du hollandais :
paltrok , vêtement d'homme,
formé de palster, pèlerin, et rok,
robe. En basse latinité, palectum
a le sens de robe.
Et une palecto de flanchiis pro vesli-
bus ipsius dominœ Malhildœ...
{RoUandinus, cité par du Gange.)
Le radical est le latin : palla;
Alartial parle de la palla gallica,
espèce de veston qui ne venait
qu'au bas du dos.
Dimidias que nates gallica palla tegil.
(.Martial, liv. I, épig. 93.)
En vieux français, palesteau,
pales tiaus désignaient un mor-
ceau d'étoffe, un chiffon.
La prononciation saintongeaise,
paletoc, a été celle du XVP siècle :
De moelle et de jonc il portoit un
(chapeau
En lieu d'un paletoc se vcsloit de la
Ipeau
D'un chevreau marqueté de couleur
[blanche et noire.
(Ronsard, Egl. IV, t, IV, p. 82.)
Paltoquet vient évidemment de
paltoc.
PAIiUS, Paine, s. f. Marais
— prés bas et humides. Du latin :
palus, paludis. Dans le bordelais,
on donne ce nom aux terrains
d'alluvion. Un des quais de Bor-
deaux porte le nom de Paludate.
A Saintes, tout le monde connaît
la prairie de la palue.
Et quant il furent eschapé
Qu'il vindrent au port du salu
Et virent plaines de ^^alu.
(Jean nE Meong, Roman de la Rose,
vers 18539".)
Je croy que ce sont tartarins
Gotz ou magotz vertigineux
Babouins, bugles barbarins
Partant des palus bruyneux.
(Nicole DE La Ciirsnaye, Compdamna-
ciuii de Baiicqucl.)
Saillir en l'eau grenouilles advisèrent
Car elles ont la rive abandonnée
Et au profond du palus se plongèrent.
(Gilles CoHRozET, Fables d'Esope, p. 52.)
PAIV, s. m. Empan — c'est
une abréviation de ce mot qui,
dans le midi, désigne une mesure
encore usitée correspondant à
24 centimètres. Il se dit encore
dans la locution : un pan de nez.
Si n'avoit pas les cheveulx plus longs
deux pans...
{Roman de Perceforest, cité par M. Liitré.)
PARERES, s. f. Un plein
panier.
L'on disoit qu'elle avoit ponnu une
panerée d'œufs.
{Ménagier français, liv. I, cité par
M. LiiiuB.)
PANNETIER
279
PAR APRES
J'aurai une pleine chemise de chair
pour cinq sol el une panerée de cerises
pour quatre.
(Béoalde de Vertiilb, Moyen de parvenir,
t. I, p. 20.)
Il a grefvement péché. Son ame s'en
va à trente mille panerées de diables.
(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. .X.VII.)
PABîIWETIER, nom d'hom-
me; ce nom était autrefois donné
à l'officier de la maison du roi
qui était préposé aux vivres. Il
désignait aussi le boulanger; du
latin : panis.
Por ce le di qu'à Aviceinnes
Avint n'a pas un an entier
A Guillaume le Penetier.
(RuiEBŒOF, Chariot le Juif, 1. 1,
p. 289.)
PAafOmiiLE, s. f. Epi de
maïs. Du latin : panicula, dimi-
nutif de panus^ lil de tisserand.
PA^'SEB, V. n. Nourrir,
soigner les animaux. En parlant
des hommes, panser se dit de la
médication applicjuée par le paii-
seux et le rebouteux, médecins
empiriques de nos campagnes,
qui appliquent aux maladies de
si singuliers remèdes.
Il print dedans Paris cent beaulx
jeunes et gualans compaignons bien
délibérez et cent belles garces picardes
et les feist bien traicter et bien panser
pour huict jours.
(Rabelais, Pantagruel.)
Des moyens dont usa un médecin afin
d'être paye d'un abbé malade lequel il
avoit jyansé.
(Bonnv. des PÉniEns, 106» nouvollo.)
PAîV'TE, s. f. Filet. Ce mot,
qui n'est usité en français qu'au
pluriel, désigne le grand lilct
servant à la chasse des palombes.
Larges espieux, toiles, pannes de retz.
(Joachim dc Bellat, Poésies, liv. IV.)
On disait autrefois dans le
même sens : pantière.
Ou la troupe légère
Des oiseaux peinturés surpris à la
[pantière.
(Remy BELLEAf, Poésies.)
PAPOA'IVET, Papouuct,
noms d'hommes, diminutifs de
papon, papoun qui, en langue
d'oc, ont signifié aïeul, grand-
père. En grec : -a-nro;.
PAQUIEK, Pasquier,
noms d'hommes, dérivés de pas-
cha, pàques, ou du vieux fran-
çais : paschier, pâturage; du
latin : pascere, faire paitre.
PAÇITIS, s. m. Pâturage,
terrain non cultivé oii paissent
les moutons. En latin : pascua.
Jadis avint k'en un pasquis
Ot grans cumpengnies de berbis.
(Marie de Frasce, Fable XLY', i. Il,
p. iii.)
PAR AIIVSI, locution adver-
biale. Four aij}si,par conséquent.
Par ainsy, j'ay donc tort et ne dois
[pas me plaindre.
(M. Régnier, Satyres.)
PAU APRÈS, loc. adv.
Ensuite, depuis.
Les vers que les joinglours, leurs
[contours et chantcrres
Rcchantoienl par a})rès
(Vnuquelin de La Fresmate, Art
poétique.)
Que j'ayc peine aussi d'en sortir par
[après.
(.MouÈns, l'Etourdi, act. III, se. V.)
PARATRE
280
PARFAIRE
PARATRE, s. m. Mari delà
mère, mauvais père.
Car son parastre avoyt rompu la
iambe au cheoir de son cheval après
qu'il avoyt rencontré ung lièvre...
{Evangile des donnoilles, p. 4j.)
PARAVA\'T, adv. Aupara-
vant.
Assez longtemps elle a esté
A un Florimond, homme d'armes,
Qui paravant sous les alarmes
Par qui son amour l'asservit
Longtemps à Hélène servit.
(Est. J0DEL1.E, l'Eugène, auc. th. fr.,
t. IV, p. 19.)
PARC, S. m. Toit des mou-
tons, des poules, des porcs. Ce
mot, qui en Saintonge se pro-
nonce par, est d'origine celtique;
bas breton : parc; gaélique :
paire.
Prenez icelles bestes et les mettez en
parc ou en tect ainsi comme est accous-
tumé en pareil cas.
(Texte du XV» siècle, cité par dd Cance.)
Fais rentrer dans le parc la brebis
(esgarée.
(Ph. Despories, Œuvres Chrétiennes.)
PARf^HE, s', f. Perche, long
morceau de bois — mesure locale
— poisson de mer.
La parche dit, lai mei ester
Geo ne faz par mei nule rien
Tu me gicles ce sct-um bien.
(Marie DR France, Fable XCI, t. H,
p. 367.)
PARROUI^T, nom de loca-
lité. Latin : l'arcluJfns. Ilaymond
Maiehin, un des historiens de la
Saintonge, a vécu à SainL-Par-
doult, près Aulnay.
PAREHIEIVT, s. m. Parure,
riches habillements.
Ne por or, ned argent ne paramens,
Por manatce regiel ne preienient.
{CaïUilènc de Saintc-Eulalie, X» siècle.)
Des robes ne des garnements
Dont vous ferés vos paremens
Por sembler as gens miex valoir.
(Jean DE Metng, Roman de la Rose,
vers 13288».)
PAREXTACE, s. m. Liens
de parenté — parents.
Dune fu un terme longemenl
Qu'il ne gardoent serrement
N'amor ne fei ne signorage
Ne Deu, ne lei ne parenlage.
(Chronique des Ducs de Normandie, 1. 1,
vers 11640».)
J'y allai tout soudain, là tout le paren-
[tage
Des deux parts s'y trouva; là tout le
[voisinage.
(A. Baïf, Eglogue XVI, p. 45.)
PARER, V. a. Préparer —
peler, tondre — en latin, parare
a eu le premier sens; en basse
latinité, il a eu les deux derniers.
(Voir du Gange.)
E li maschun Salumim c H maschun
Yran les taillèrent e parèrent.
($""• Livre des Rois, ch. V, verset 18,
p. 245.)
Nus foulons ne puet ne ne doit parer
drap qui ne soit parés bien cl loiaument.
(Registre des Métiers d'Est. Boileau,
p. 131.)
Et l'arrachit facilement de terre et en
osta les rameaux et le para pour son
plaisir.
(lUnELAis, Gargantua liv. I,cli. XXXVI.)
PARFAIRE, V. a. Achever,
mener à bonne lin.
Dame Trouseline comme présidente
pour celle nuyctée leur imposa silence.
PARFIN
281
PARPAILLON
affin qu'elle peust paysiblemenl par/afre
sa lecture.
(Evangile des Connoilles, p. 460
PAîlFlX (à la^, loc. adv. A
la lin, linalement.
Et ne purcant à la parfin
Al siste meis jurn à la lin
Prengent à terre...
(Voyage de Sainl-Brandaii, vers 628%
poème anglo-normand du XH" siè-
cle.)
Il sera conclus et vaincu à la parfin.
(Les Quime Joyes du Mariage, p. id3.)
Je m'essaye par quelques remontran-
ces et exercices de convertir le simple
désir de Philothée en une entière réso-
lution qu'elle fait à la parfin.
(François rb Salles, Introduction à la
Vie Dévote, préface.)
PARFO.\'D, adj. Profond.
En l'iglisa S'-Saloina midunt sun
corps most en parfont...
(ClironicoH francorum, édit. Peigné
Uelacourt.)
PAKI-.E:?IF>]VT, s. m. Action
déparier, entretien, conversation,
bavardage.
Ne puis à vous tenir long parlement.
(Chanson de Roland, stance 198.)
Je te rendrai bon compte de ma vie
Depuis le soir qu'eus à toi parlement.
(Cl. Mahot, Epigrammes, t. II, p. 72.)
Remède unicque estrc surdité de mnry
contre cestuy interminable parlement
de femme.
(RiBF.Liis, Pantagruel.)
Au XVII® siècle, dans le lan-
gage familier, on disait encore :
pavlemenlciijc.
PAKI^OFl'lRE, s. f. Bavar-
dage, discours sans lin.
Nous ne voulions nous amuser à
ouyr toutes leurs parloires.
(Satyre Ménippée.)
On a dit aui&i parlerie dans le
même sens :
Francisque Taverna, ambassadeur du
duc de Milan, homme très fameu.x en
science de parlerie.
(Mo.NTAiGKE, Essais, liv. I,ch.XXXVUI.)
PARIilTRE, s. f. Manière de
parler, langage.
A la Danesche parléure
Si comença à aresnier...
(Chronique des Durs de Normandie,
t. I, vers 1û5jO=.)
Je diroie que chest pour deus raisons :
Tune que nous sommes en Franche,
l'autre pour chose que la parléure est
plus délitable et plus kemune à tous
langages.
(Brunetto Laîi.m, Livre du Trésor.)
PAR:tIEXTIER, nom
d'homme. Ce mot a désigné
autrefois l'artisan qui préparait
les peaux.
Plusieurs feiz li unt hucié :
La pei, la pel al parmentier I
Pur ceo ke à Faleize fu nez,
U pelletiers aveit assez.
(Wace, Roman de Rou, vers 9159»,
t. n, p. 50.)
PAROISf^E, s. f. Eglise.
Aller à la paroisse, aller à l'église
paroissiale. En français, ce mot
désigne la circonscription desser-
vie par un curé. En basse lati-
nité : parochia; du grec: Trapc.y.îiv,
être voisin, 'ij'Ey.xXsTÎa r, irapotxôjjx
£v Sajpvr,. (Eusèbe, liv. IV,
ch. XVll.)
PARPAlIiliOA , Parpil-
lou, s. m. Papillon; du bas
PARPAILLOT
PASSER
lai in : pni'pnlio. En provençal :
parpailloun; en italien : parpaglio.
Gargantua couroyt voulentiers après
les pai^aillons.
(Rabelais, Gargantua^ liv. I, ch. XI.)
PARPAIIiliOT, s. m.
Huguenot, calviniste. D'après
M. Jônain, ce mot dériverait du
bas latin : parpalio, papillon, i)ar
analogie avec le sort des hugue-
nots qui venaient se faire brûler
à la flamme des bûchers papistes.
Nous trouvons la véritable ori-
gine de ce mot dans le passage
suivant :
René de Sicile fut contraint de donner
cours à une très mauvaise monnnie de
fort bas alloy qu'on fabriquait à Taras-
con. Ces pièces furent appelées par-
pailloles desquelles il en fallut 83 pour
un écu. Et comme nos religionnaires
du siècle dernier les remirent en usage,
les catholiques de Provence les appelè-
rent parpaillaux qu'on pourrait expli-
quer par faux-monnayeurs.
(PicioN, Ilintoirc d'Aix, liv. III, ch. IX.)
Parpaillaux, mot usité en France, et
Rueux, mot usité dans les pays bas, ont
été de courte durée.
(Balzac, Sonate chrétien^ ch. X.)
En son aage viril espousa Gargamelle,
fille du roy des parpaillos.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. III.)
Le bruit a couru que vous alliez tro-
quer votre gouvernement de Guyenne
contre celui de Languedoc; c'était une
joie chez toutes les jmrpailloics .
(VoLTAinB, Lettre «lu 29 juia 1763 au
maicchal de Ricbeheu.)
PARPAING, s. m. Pierre
plate. En vieux français : par-
paigne.
Toutes jambes ou membrures de
pierre de taille, parpeignes assis au rez
de chaussée.
(Ordonnance de 1485, citée par M. LinnÉ.)
Jambes, parpaignes, piliers, chevets
et corbeaux de pierre dure
{Coustumier général, t. II, p. 1028.)
PARTEIIEXT, S. m. Départ.
Et depuis le dit parlement des dits
Dourguignons, ils s'en alèrent boutant
les feux ès-bleds et ès-villaiges.
(Jehan DE Troïes, Chroii. du roy Louis XI,
p. 18i.)
PxVS, S. m. Passage étroit
dans une clôture — marque d'un
passage.
Mes la haie ne passé pas
Porce qu'il m'ot véé le pas.
(Guill. DE LonRis, Roman de la Rose,
vers 3169«.)
Sire, Tristan est eschapez
Les plains, les bois, les pas, les guez
Set forment bien
{Roman de Tristan, 1. 1, p. K5.)
PASSAGER, adj . Fréquenté,
se dit d'une voie par où l'on passe
souvent.
Les chemins passagers aboulissans
ou traversant le domaine seront main-
tenus en bon estât.
(Oliv. DE Serres, Théàt. d'Agriculture.)
PASSAGER, s. m. Passeur,
celui qui conduit un bateau pour
passer l'eau.
PASSÉE, s. f. Passage, lieu
par où passent les oiseaux voya-
geurs, les bêtes fauves.
Tant furent les murailles rompues et
atterrées que par les capitaines et mais-
tres canoniers français fusl dit que
passée suffisante y avoit pour donner
un assault.
(Jean d'Aïion, Annales de Louis XU.)
PASSER, V. a. Dépasser,
surpasser.
PATARD
383
PATIRAS
La moisson de nos champs lassera
[nos faucilles
Et les fruits passeront la promesse
[des fleurs.
(Malherbe, Poésies.)
PATARD, s. m. Monnaie,
argent. En basse latinité : patarus,
pat ardu s :
Rex ordinal levari pataros duo pro
quolibet floreno super extraneos ven-
dentes pisces Massiliœ...
(Charte de René de Provence, année 1 4G0.)
Adhuc benè potabunt vinum pro sex
patardis.
{Sennon. ilcnoti^ f» 140, cité par
DU CA^■GE.)
Le patard de Flandre valait
cinq liards,quinze deniers tournois
ou un vingtième do la livre pari-
sis. En monnaie moderne, six
centimes un quart. En vieux
français, patard paraît avoir eu
la signification actuelle de mon-
naie de peu de valeur.
Je gaigne deux patars
El moy-même deviseray.
{Farce d'ung chauldrnnnier, anc.
th. fr., t. II, p. lO'J.)
Item à maistre Jehan Cotard
Auquel doy encore ung patard.
(Fr. ViiLo:*, Grand Testament.)
Ce maistre carme se pourmcnoit
attendant que quelqu'un le list chanter
pour gaigner deux j^atars...
(Cent Nouvelles du roy Louis XI, p. iZi.)
Tesmoings tous ceulx qui d'avoir
[furent dignes
Pour six patars deux de'leurs brigan-
[dines.
(MoLi:tET, chanson du XV» siixk*.)
I» A T A t D , adj . Lourd ,
maladroit, grossier.
Et luy mettant cent fois sa pataude
[de main
Dessus ses deux tétons, qui font lever
[son sein?
(Pierre Trotterel, les Corrivaux. acl. I,
80. I, anc. th. fr., t. Vm, p. '235.)
PATE^'OTRE, s. f. Prière
faite de routine. Du latin : pater
nostcr.
Saint Juliens, fait-cle, vueillis moi
conseillier ;
Sa paternostre a dite
{fierté ans grans pies, vers 973".)
Si se commande as douze apostres
Et a dit douze paternostres .
{Roman du Renard, vers 2S039».)
Les chapelets s'appelaient au-
trefois patenôtres; les fabricants
de chapelets, patenotriers.
Il est ordené des patenotriers faisanz
patenôtres d'or et de cor (corne)...
{Livre des Métiers d'Est. Boii.EAu,p. 66.)
PATI-PATA, locution usitée
dans les jeux des enfants. C'est
une onomatopée indiquant l'action
de frapper sur un objet qui se
disait autrefois joa/iC-/3a/ac.
Et saincl François les combatoil
Frappant sur eux, patic-patac.
{Résurrection de Jean Landorre, anc.
th. fr., t. II, p,2i.)
Puis on vient : ung tel vous demande,
Patic-patac ! à la sachce!
S'en se trouve en place marchande.
(Guill. CogiiLiiRT, Plaidoyer de la simple
et de la rusée, t. II, p. 37.)
PATIRAS, nom de localité
donné à ime île de la Gironde.
Ce mol s'écrivait autrefois pati-
racli et parait être une forme
languedocienne des deux mots :
patis rachis, près galeux. Ce
nom est mcntioimé dans la charte
d'Othon d'Aquitaine en faveur de
Sablonceaux, Cawpos do pati-
PATI;
284
PATURER
r.ich. (Voir Gallin Christinna,
t. II, in^trum.)
On désigne aussi en sainton-
geais, par le nom pntiras, un
souffre douleur; du latin : pidior;
grec : iiaOiTv.
P.VTIS, s. m. Terrain en
friche; champ laissé sans culture
pour le pâturage; du latin : pas-
tuni, supin dejoascei'©; faire paître;
grec ; "Kxxiouxf..
Je ne quiers pas, ô bonlé souveraine,
Deux mille arpens de jMstiz en Tou-
[raine
Ne mille bœufs erranz par les herbis.
(Cl. MiBOT, Eglogue au roy souliz len
noms de l'an et liobin.)
Il ordonne qu'on ne laisse chés soy
les voysins puiser eau, si premièrement
ils n'avoienl en leurs propres j^'^stifs
foussoié et besché
(Rabelais, Pantagruel^ liv. III, ch. V.)
PATOIS, s. m. Ce mot, qui
désigne aujourtl'hui un idiome
local et grossier, avait autrefois
le sens de langage naturel,
patrius sernio.
In peregrinum sonum lingua corrom-
pitur et externis vitiis sermo patrius
sordidalur.
{Saint Jérôme, ép. VII, éJit. 1732.)
Aloient cil oisel faisant
Lais d'amour et sonnés cortois
Chantoit chascun en son patois.
(G. DE LoniKs, Roman de la Rose,
Y«ra 706".)
PATKOX-J ACQUET (dès
le), locution advcrhiale signifiant
de grand malin. On la trouve
sans explication dans les Curio-
sités françaises, d'Oudin, avec
une légère variante : Il s'est levé
dès le poitron-jaequet.
D'après M. Liltré, ce serait une
corruption des mots dès le paitre
à jacquet, qui signifient: dès que
l'écureuil commence à manger,
jacquet étant, en Normandie, le
le nom de ce petit animal.
M. Jônain a trouvé une expli-
cation qui paraît plus exacte et
qui est plus naturelle par cette
l)hrase : faut se lever dès le
patron, Jacquet. C'est-à-dire en
même temps que le patron, petit
Jacques.
PATROUBIiliKK, v. a.
Marcher, s'agiter dans la boue —
manier malproprement.
On lui apport de la viande froide
qui est le demourant des matrones,
qu'ils ont patrouillé à la journée en
bcuvanl
(Quinze Joycs du Mariage.)
Il mourvoyt dedans sa soupe et pa-
trouilloyt par tous les lieux.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.)
Dans le dialecte des Sables
d'Olonne, patrouilloux désigne
celui qui manie une femme d'une
manière indécente.
As-tu fini, grand patrouilloux?
{Chanson Sablaise de Nichon.)
PATTE, adj. Pattu.
Car il porte son gros pigeon pâté
tantôt à Montfort, tantôt à licscherol.
(Noël DU Fail, Contes d'Eulrapel.)
PATTEIl, V. a. Agrafer.
Dans le sens neutre, ce verbe
signifie, en Saintonge, prendre
aux pieds. patte veut dire que
la terre est détrempée et s'attache
à la chaussure.
PATURER, V. a. Paître,
manger.
PAU
285
PAURE
Ce temps pendant, à pasturer m'ordonne.
(Cl. Marot, Epilres.)
PAl^ S. m. Pal, pieu, piquet.
Du latin : palus, poteau.
Mais silost que le coq plante dessus
[un }iau
A trois fois saliié le beau soleil nou-
[veau.
(RossAHD, Elégie YI, t. IV, p. 252.)
Après que plusieurs années on luy
aura couppé ses branches desquelles
aucuns font des cercles et des paux
pour souslenir les seps de vignes...
(B. Pi^LissY, Recepte Véritable, p. 36.)
P.VUFOrRCIIE, &. f. Pieu
fourchu. En vieux français : pau-
fore, pmiforche. (Voir Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
Latin : palus-furca.
Aucunes autres serviront pour serrer
grande quantité de perches, paufonr-
ches, vismes...
(Bernard Pàii33t, Rcceple Véritable,
p. 03.)
PAUME, S. f. Pelote ou
balle élastique. Du latin pahna,
paume de la main, qui sert, à
défaut de raquette, à renvoyer la
balle. Au moyen âge, le jeu de
paume était désigné par les mots :
Lus us pilœ cum palmà et du
temps de Froissart il portait déjà
le nom actuel :
Des pelotes de Paris pour nous es-
battrc moi et vous à la paume.
(J. Froissart, Chroniques, liv. H, ch. HI.)
Le latin palma a été employé
par Tibulle et Properce dans le
sens de petit bouclier. (Parnia
dans Virgile et Salluste).
PAri?IÉE, s. f. Coup frappé
dans la main pour conclure un
marché. Vieux mot français ex-
primant une action, que nos
])aysans^saintongeais n'ont garde
d'oublier dans leurs ventes et
leurs achats.
Pour ce que il a paumée est marchié
par coutume; et il ni ot point de
paumée que por ce vaut il que li mar-
chiez fust nus?... Covenances acordées
par bones mors font le marchié non
pas la paumée... Paumée esl seneflance
que l'en revest l'acheteor par bone foi
de marchié... (1)
{Li Livres de Jostice et de Plet, p. 8, § 7.)
PAUilER, V. n. Rebondir,
dérivé de paume. (Voir ce mot.)
En vieux français, paumer a eu
le sens actif, il signiliait tenir,
saisir, manier avec la paume de
la main.
Oui donc voist le conte droiturier
Dessous le tremble paumoîer son
[cspié.
(GiRis le Loherain, Mort de Begon.)
Au XVII® siècle, paumer a si-
gnifié frapper avec la main.
Si j'osais pour douceur le bien pau-
[mer la gueule.
(Thomas Corneille, Baron dWlbikave,
act. I, se. ni.)
PAURE, Pourc, Pouvre,
adj. Pauvre, misérable.
Et de tout l'argent de celle boiste done-
on le jor de Pnsques un denier as
2)oures de l'ostel-Dieu de Paris.
{Registre des ilcliers d'En. Boileau, p. 39.)
Comment se puet un poure cueur def-
[fcndrc
Quand douix beaux yeux le viennent
[assaillir.
(Charles D'OnLÉiNs, Ballade IV.)
(1) Quand il y a paumée, le marché est conclu
d'après la coutume; (]uand il n'y a pas eu
pflH/7i('c, le marché doil-il être regardé comme
nul'... Conveniionsaccordées par lionnes raiturs
fonl le marché et non pas la paumée... Paumée
esl siu-ne qu'on transmet une chose à un ache-
teur par un marché de bonne foi.
20
PAVIE
286
PELAUD
Vous mercianl du plaisir que m'avés
fait pour le pauvre Herquin (1) que j'ès-
lime autant que si c'cstoit moy-niGme.
(Marguerite db Navarre, Le lire à Anne
de Montmorency.)
PAVIE, S. f. Pèche jaune.
Ce mot désignait déjà, au moyen
âge, le fruit du pécher. (Voir le
glossaire de Roquefort.)
PÉCIIXE, s. m. Argent
comptant, du latin pecunia.
Résa li reis Moab oui mult de pécu-
nie (2)...
{Litre des Rois, traJ. du XHI» siècle, p. 351.)
Sa pécunie ne dunal à usure (3).
{Livredes Psaumes, ps. XIX, verset 5,
p. 19.)
Sur moy ne faut telle rigueur eslen-
(dre
Car de pécune un peu ma bourse est
[tendre.
(Cl. Marot, Rondeau III, t. II, p. 126.)
Pour estre aymé il faut foncer pécune.
(Roger DE CoLLERYE, Rondeau XXI, p. 189.)
PEICXÉE, s. f. Correction,
volée de coups. Envieux français,
peigner a eu le sens de battre.
Quant Renart l'a véii, por sol
Se tint, si torne le talon
Et cil l'acrt par le crépon
As denz le pigne et house et hape.
(Roman du Renart, vers "iuGG"*.)
Prent un grand baslon, duquel il
commença à le peigner.
(Nuits de Slraparole. t. II, p. lil.)
(1) Le pouvre Berquin était conseiller du roy
François l", et soupçonné de luthérianismc.
La charge qu'il occupait, l'amitié du connéta-
ble, l'estime et la protection de la sa-ur du roy
ne purent le sauver. Il fut brûlé en place de
Grève, le 17 avril l.r2'J-
(2) Kesa rex moabitorum babuit multum
pecuniœ.
(3) l'ecuniam suam non dédit ad usuram.
PEIXER, V. n. Prendre de
la i)eine, être surchargé de tra-
vail, être tourmenté.
Jonas prophela habebat mult laborel
et mult penet à cil populum (1).
(Glose sur Jonas, Fragment Je Valeucieanes,
X« siècle.)
Mes de vos, sire, qui par tant estes
[bers
Et tant vos estes travailliez et penez
De nuiz veiller et de jorz jéiiner.
Dex ! dist li cuens, qui en croiz fu
[pénez (2).
(Li Charrois de Nimes, chanson de gcstedu
XII« siècle, vers 4142-43-80.)
PEIJVTURliURER, v. a.
Poindre, colorier, barbouiller. On
a dit autrefois peinturer.
Merveilleus cop se donent es escus
[painturés.
(Roman d'Alexandre, p. 305.)
Nicole est en prison mise
En une cambre vautie
Ki faite est par grand devise,
Painturée à miramie.
(Aucassin et Nicolette, ch. V.)
Si je me loge en ces maison dorées
Au front superbe, aux voûtes peintu-
[rées.
(Ph. Despories, Bergeries.)
Ou la troupe légère
Des oiseaux peinturés surpris à la
[pantière.
(RemyBELLEiD, Poésies.)
PELAUD, Plaad, noms
d'hommes et de localités. Dérivés
probablement de/?e7, peau et poil,
qui a fait pelu. En breton, pJoe
signifie village, en languedoc,
(1) Le proptiiHe Jonas avait oeaucoup tra-
vaillé et beaucoup peine pour ce peuple.
("2) Mais de vos, seigneur, (jui êtes tout puis-
sant bers (seigneur, baron.)
Et tant vous êtes travaillé et peiné.
De veiller la nuit et déjeuner lejour
ODicu, dit le comte, qui en croix fut tour-
menté.
PELAUDER
W7
PELU
plô, carrefour, plaine. (Voir Lo-
rédan Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
PELAl'DFR, V. a. Battre,
maltraiter, taper sur la peau.
Ainsi est berné et pelaudé le pauvre
homme.
{Quinte Joy es du mariage.)
Faire quelqu'exploit et aperlise d'ar-
mes ou une brave composition entre
les pies et les geais qui s'y pelaudèrent
tant brusquement.
(Noël DD Faii, Contes d'Eutrapel, 1. 1, p. 300.)
PEIilSSE, S. f. Vêtement
d'enfant. Du bas latin pellicia,
pellicea, vêtement de peau.
Mobilem vero meum quem habeo, id
est meum bombicum et moa^s pellicias...
vendite.
(Testant. Guixliœ comitis ceritait, anno
HiiO, cité par dc Cànge.)
Or ferai-je s'il prennent ma pelice
Il est frivort, si est froide la bise.
(Roman de Guillaume au court nez.)
PEIiI§SOX , Pellisson ,
noms d'hommes. En vieux fran-
çais, peliçon, pelisson, plisson,
désignaient un manteau fourré,
un habit garni de fourrures; en
latin : pcUiceus de pellis, peau.
Adonc me prist une froidor
Dont ge dessous c\\^\x\. peliçon
Ai puis senlu mainte frioon
(Guill. DE LoRRis, Roman de la Rose,
ïersl70i«.)
Voilà le point que je souhaicle
Quand je luy lève son })lissun.
(Roger DE CoLLEHïE, Rondeau, p. 2-i5.)
PEIiliETA.\', nom d'homme.
En languedoc : écorce-tan, l'ou-
vrier qui enlève l'écorcc des
chênes.
PFLÏiETIFK , Polletreau,
Pellier , Pellissier , noms
d"liommes, marchands ou prépa-
rateurs de peaux.
PEIiOIV, s. m. Enveloppe
rugueuse de la châtaigne — ce
qui reste de l'épi de maïs après
l'enlèvement des grains. Dimi-
nutif de pel, qui, en vieux fran-
çais, a signilié pieu, ou dérivé du
\a[\npellis, peau.
Il prist un pel de vigne de quoi il
s'apuia et revint à la meson.
{Miracles de S. Loys, ch. LXHI.)
Il me fust monstre un grand nombre
de poisson armé qui esteil fait en forme
d'un pellon de chastagne.
(Bernard Paiissy, Receple Ycritable, p. 52.)
Le peion de maïs, malgré sa
rugosité, avait dans nos campa-
gnes un usage très habituel,
dont les journaux à bon marché
l'ont dépossédé. Cependant Ra-
belais, si complet dans ses énumé-
rations, n'en parle pas dans son
chapitre XIII du livre I.
PEIiOlJAIIiliE, nom de lo-
calité (St-Simon do Pelouaille).
En vieux français, pel, peau,
ouaille, brebis.
PEIiU, adj. Velu, couvert dc
poil.
Le Creslien illucc trovèreni,
Toz iert chenuz et toz peluz
Kl de magrece confonduz
N'aveit fors le cueur et les os.
{Vie du pape Grégoire-le-Grand,
XU" Biùcle.)
Pi noslre estomac est velu
Mars, comme nous, l'avoil pehi.
(Joachim du Bbllat, Complaincte des
Satyres, st. V.)
PEXADER
•288
PENSEMENT
Son mirouer fut mer, sa main esloit velue
El de poil hérissé, sa poitrine peine.
(Ronsard, ic Cyclone amoureu.i, t. lV,p.lOG.)
PEXADER, V. n. Courir et
sauter à pieds nus, se dit surtout
des enfants.
Puis il guambayoit, penadoit et pail-
lardoil parmy le lict quelque temps
pour mieus esbaudir ses instincts ani-
maulx.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXI.)
Y estant, je voyais jouer, gambader
et penade»' certains agneaux, moutons...
(Bernard Palissy, Recepte Véritable, pA\0.)
PE^VAlLIiE, Penaillon,
haillon, de l'ancien français
panne, penne, drap, avec la dési-
nence péjorative aille. C'est éga-
lement un terme de mépris pour
désigner une troupe de mendiants
ou de gueux. En grec : t:ï;vo;,
morceau d'étoffe, haillon.
Ces embourrements de ventre que
portent les hommes et ces penaillons
de revesche de quoy les femmes gros-
sissent leur cul...
(Guill. BotcHET, Scrée III.)
La penaille ensemble enfermée
Fut en peu d'heures consumée.
(Lafo.ntaine, Contes, Le Cordelier.)
PEIVAIVCE, s. f. Vêtement
déchiré, guenille, dérivé du vieux
français panne, penne^ drap.
Autrefois pcnance était syno-
nime de pénitence, dnlalin pœna,
châtiment. On a donc pu dési-
gner par vêtement de penancc,
un vêtement mis en lambeaux en
signe de pénitence, d'oîi le mot
saintongeais.
Et firent envers Dieu si très ferme
|acordance
De vivre en povreté et soulfrir grant
[j)enance.
{Le dit des trois chanoines, Contes et
Fabliaux, 1. 1, p. 268.)
PE^'ARD, Pcuand, noms
d'hommes dérivés du vieux fran-
çais pencr, châtier, punir. En
outre, penaut a signifié mendiant,
gueux. Borel le dérive de pes
nu du s, Roquefort de pœnalis.
Penart a signifié un couteau à
deux tranchants; en basse lati-
nité, penardus est un vieux ga-
lantin.
PE^'DARD, s. m. Mauvais
sujet, qui mérite d'être pendu.
Trois grans pendars vindrent à l'es-
[tourdie
En ce palais, me dire en désarroy :
Nous vous faisons prisonnier par le
[Roy.
(CI. ni.\wr,EpUre XXYII', 1. 1, p. 191.)
PE^IIiIiE,PcnilIière,s.f.
Chiffon, Joque. C'était au moyen
âge le nom d'une espèce de
vêtement de drap; des vieux mots
panne, penne, drap; en latin :
pannus.
Ou se voulez de groigneltes
Prenez en ou de manlonettes
Des croupes ou des pénillières.
{Farce de Maislre Pathelin.)
Sentit dcliors si soudaine froidure
Que demander !uy fil une fourrure
Et souhaiter pour grâce singulière
Auprès de soy avoir sa pénillière.
(Mellin de Saint-Gelais, Poésies, p. 41.)
PE]VSEHE]l"T, s. m. Pensée,
réllexion, rêverie.
La sérénité d'iceluy jamnis ne soit
troublée par unes quelconques de pen-
sement.
(Rabelais, Pantagruel.)
Un muletier à ce jeu vaut trois rois
Dont Tenguelinguc entra par plusieurs
[fois
En pansement...
(Lafomiaine, Contes, le Muletier.)
PENTECOUTE
289
PERIGNY
PEIVTECOI'TE, s. f. Pen-
tecôte ; du grec : ~vmy,ovzx, cin-
quante.
Le saint roy fu à Corbeil à une Peitr
thecouste là où il ot quatre vins che-
valiers.
(JoisviLLE, Ilist. de S. Loys.)
Entre Pâques et la Penthecouste
Le dessert n'est qu'une crousle.
(Livve (ici Proverbes français, 1. 1,
p. il5.)
PEPIX", nom d'homme. En
germanique : Pippin; en basse
latinité : P;/;yD/;iys,queForsteman
dérive de pih, mouvement. (Loré-
dan Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
Cette étymologie peut convenir
au nom franc do Pépin porté par
les maires du palais sous les
derniers Mérovingiens, mais le
nom actuel n'est autre que le
vieux français : pépin, horticul-
teur, d'oi^i nous sont restés pépi-
nière et pépiniériste.
PEPOUHET, nom d'homme,
diminutif do Pépin (voir ce mot),
ou de pepon, melon, en vieux
français, d'après le dictionnaire
de Roquefort.
PÉKAT, s. m. Jetée en
pierres qui s'avance dans l'eau.
En basse latinité : pera, perrcia;
du latin : petra, pierre.
Incipit operare in orientali brarhio
primam perain de terra
(Spielman, in Itinerario Canli, cité par
DU Gange.)
Et de là se rendent les ditz fossés, en
continuant jusqucs près du bout du
pérat de chef de liarclic
(Bail ilu 18 no\embro li65, clic nu t. X,
p. 327, du liecuril des Arch. histnr.
de la Sainlonye.)
En vieux français, on avajt
dans le même sens le mol perrajl
(voir du Gange, au moi perreia ,
et l'adjectif perrin, recouvert de
pierres, pavé.
A la maison Synion, en la chambre
{perrine
Se gist Berte aus grans pies desouz
[une courtine.
{Berte aus grans pies, vers 1365*.)
m. Second
qui a des
PERATRE, s.
mari d'une veuve
enfants. Mot parallèle à celui de
marâtre. Provençal : pairastre;
espagnol et portugais : padrasto.
Co dist Rollanz ; c'ert Guenes, mis
[par astre.
{Chanson de Rolland, vers "277».)
PÉRAUD , Péraiifleaii,
Péret, Périncaii, Périuct,
noms d'hommes dérivés du vieux
français : perre , qui se dit
aujourd'hui pierre; latin : Pe-
triis.
Le nom de Pierre, qui existe
sous des formes différentes mais
reconnaissables dans la plupart
des langues de l'Europe : Pierre,
Pey, Pé, etc., Petcrs, Pedro,
Pictro, etc., dérive du grec :
TCE-rpa, pierre, traduction de l'hé-
breu : Ceplia, nom imposé par
Jésus-Christ à l'apùtre Simon (jui
fut le premier jjape : Vous êtes
Simon, /ils de Jonas, vous vous
nommerez Ckph.\s. {Evangile
selon saint Jean, ch. I, verset 42.)
PÉRIGXAC, nom de loca-
lité. Domaine de l'érin.
PB:rIGXV, nom de localité
de l'Aunis. Même signification
que Pérignac, mais avec la ter-
minaison poitevine.
PERIR
290
PESAS
PÉRIR, V. n. Dépérir, mai-
grir.
PÉRIR {se^, V. réfl. Se tuer.
PÉRI (être), Y. p. Etre mort.
Et fiour ce que li enfès ne fus périz,
dont elle esloil grosse
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 78.)
Que je te voyc, à demy suis guéry
Et sans te veoir à demy suis péry.
(Cl. Mabot, Epigr. à M. l'Ami/, t. III,
p. 18.)
Mesme aux chevaux péris de farcin
[et de faim
On a veu labourer les ongles de la
[main.
(Agr. d'Abbigné, Tragiques, liv. I, t. IV,
p. 44.)
PÉR0€IEE:AIJ, nom d'hom-
me. Habitant de la paroisse; du
vieux français : peroche; latin :
parochia.
PÉROIVIVEAU, nom d'hom-
me. Masculin de Péronnelle,
ancien nom de femme qui a été
conservé comme qualificatif inju-
rieux. Dérivé de péron, qui est
une forme du prénom : Pierre.
PEROT, s. m. Dindon. Dimi-
nutif de père, peut-être parce
que le dindon ou poule d'Inde a
été importé en Europe par les
pères Jésuites.
En Normandie, une oie s'ap-
pelle pvrote; en anglais, parrot
désigne le perroquet.
PERROT, Perrodn, noms
d'hommes, signifiant petit Pierre.
Le nom de Perrotin est cité au
XIV° siècle, à Saintes. C'était
celui d'un des clercs délégués aux
états généraux de 1317.
PERSET, s. m. Espèce de
pêche adhérente au noyau. Dérivé
du nom du pays, la Perse, d'oiî
ce fruit nous est venu.
PER§ETIER, s. m. Arbre
qui produit le perset. (Voir ce
mot.)
PERTU, Parti!, s. m. Per-
tuis, trou. De pertusum, supin
du verbe pertundere, perforer,
trouer.
Li berteisches garnir et \[pertuz garder.
(Wace, Roman de Roii, vers 4!261».)
11 n'advint
Qu'un si beau vergier n'eust un huis
Ou feneslre ou quelque partuys.
(J. DE Meung, Roman de la Rose.)
Le français du XVP siècle avait
encore le joli verbe pcrtuiser,
qui aurait dû être conservé :
Qui le premier les roseaux pertuysa
Et d'en former des flustes s'advisa.
(Cl. MiRUT, Egl. au Roy, 1. 1, p. 41.)
PESAS, s. m. Pois et aussi
cosses ou paille de pois. Latin :
pi s II m.
Avoit sovent et fain et soif
Toute pelue esloit de fain
En son lit n'eut pesas ni fain.
(Gautier DE Coinsi, liv. I, ch. X.)
Cousin, tost allons querre tant
l'alis, buissons, chaume, pesas
Qu'elle de mort n'eschappe pas.
{Miracle de Nostre-Hamc, th. fr. au
moyen rtge, p. 354.)
Ele s'estoit nue dréciée
Si avoit alumé le fu
En une couche que grant fu
D'eslrain de pesas amassez.
(Guill. Lenoumand, Fabliau du Prestre
et d'Alisoii, vers 3'JiJ". — Recueil
de Barùazait, t. IV, p. 43'J.)
PESSINES
291
PETIT
PESSINES, nom de localité.
Du vieux français : pesse, pes-
seau, espèce de peuplier. (Roque-
fort, Glossaire do la Langue
romane.)
PETASSEK, V. a. Raccom-
moder, ravauder. En toulousain :
petassou, ravaudeur; en vieux
français : pétasse, morceau, pièce.
Je ne sai s'il appela saint Silvin à
son aide mais bien lui prit que l'estri-
vière etoil pelacée d'éguilettes...
(Agr. d'Ai-bignk, Baron de Fœiiestc, liv. ni,
ch. vn, i. n, p. 135.)
Le français a conservé l'aug-
mentatif : rapetasser.
PETAli» , nom d'homme.
Ce mot désignait autrefois ,
d'après Monstrelet, le paysan
qu'on faisait aller à la guerre,
les fantassins ou gens de pied.
De là est venu Pétaudière,
nom de localité, signifiant habi-
tation de paysan.
PETEL^X, Pctoux, s. m.
Celui qui a l'habitude de peter —
par extension : pauvre diable,
triste sire.
A quinze ou vingt jours de là revint
le notaire aussi gay, petou, résohi
comme une brebis tondue.
(Béronldo de Vehviile, Moyen de par-
venir, t. I, p. 103.)
L'un avccqucs prudence au ciel s'im-
[patronise
Et l'autre en fut chassé comme un
Ij^etcux d'îglisc.
(Math. Rbc.mek, Satijrr XIV.)
PET I>E HOIVIVE, nom
donné au beignet souCtlc!, friandise
fabricjuée en plongeant de la pâle
de beignets dans la graisse bouil-
lante. Cette expression parait
ancienne, car nous trouvons avec
la mèijie signitlcation : moniales
crepitus dans la lettre (|uarante-
septième, du livre Kpislolœ obscu-
rorum V7>or»/», imprimé en 1657
et attribué à Ulric de Hutten.
PETIOT, adj . Petit, tout petit.
Pourquoy larron me faiz nommer?
Pource qu'on me voit escumer,
En une petiote fustc? (1)
(Fr. ViLioN, Grand Testament, st. 18.)
PETIT, adj. Mauvais, de peu
de valeur. Qualificatif appliqué
surtout au vin qui manque de
force et de couleur.
Je suis si ayse quant je trouve
Ung très bon vin emmy ma voie!
Ung bon vin jamais ne desvoye
Ainsy que fait ung vin petit.
{Sermon joyeux de bien boyre, anc. th.
fr., t. n, p. 15.)
PETIT, adv. Peu.
Charles Martiaus ne le pot pas soffrir
Car de ses homes ert forment apovris
Petit en ot...
[Chanson des Loherain.i, vers M'.)
Il vuelont estre bien paie
Et 2)etit de besoingnc fère.
(RcTEBŒiF, de l'Lslal du monde, t. ï,
p. 2-24.)
PETIT (un), loc. adv. Un
petit peu, un tantinet.
S'est humblement à genoilz mis
Devant le Duc et si li dit :
Beau sire, entendez xin petit.
{Chronique des Dues de Normandie,
l. U, p. 517.)
Pur mes deu.v bras ils ont la main posée
Et m'ont mené ainsi qu'une cspousce,
Non pas ainsi, mais plus roide un petit.
(Cl. >UnoT, Epitre au Roy pour le délivrer
de prison.)
(1) Petiote fusle, petit navire.
PETIT APRES
292
PIBALLE
Altcn encoi'cs tin petit; chapitre ne
l'oubliera pas.
(Bonnv. des Phriehs, nouvelle III».)
PETIT APRÈS (uu), loc.
aJv. Un peu de temps après.
Lo parax un petit après dissent à
Pierron ki lai esteivent : Vraiement lu
es de ceos, car lu es aussi Galilcus.
(Trnduclioii de VEnangile selon saint
Matthieu, en dialecte lorrain du
XII* siècle.)
PETOX, S. m. Polit pied,
pied d'enfant.
IIo, mon petit filz, disoit-il, mon
peton que tu es joly !
(RADELAI3, Pantagruel., liv. II, eh. III.)
PETOXCIiE, s. m. Coquil-
lage bivalve, côtelé. En basse
latinité : pectunculus, diminutif
du latin : pecten, peigne, qui se
trouve avec le sens de coquillage
dans Pline et Horace.
Sur la irrandc nécessité des Rochelois
le Havre "fut rempli d'une monstrueuse
quantité de sourdons et de pétoncles...
(Agr. n'.icniGNÉ, Histoire Univ., liv. II,
ch. Lin.)
Puys lui offrent peclonclcs, lan-
goustes, espelans
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LXIX.)
PÉTRA, S. m. Homme lourd,
gros rustre. En bas breton, /?t'/ra
signifie : quoi?
PETRASSE, s. f. Colère
bruyante.
PETUCHER, V. n. Babiller,
parler bas et à l'écart.
PEU, radical qui se trouve
dans un i^rand nombre do noms
de localités, corruption du vieux
français : puy; en latin : po-
dium (1), en celtique : pod, signi-
fient éminonce, colline. En sain-
tongcais, beaucoup de noms de
localités ont conservé ce radical :
Peu-nouvcLiu, Pou-richard, Peu-
volant, etc.. Le terrier de Cour-
coury porte le nom de Peus-de-Ia-
Fade, colline de la fée.
Fors chasteaus ont, bien clos de pal,
Soianl sor roche, sor haut pui.
(Roman de Tristan, 1. 1, p. 151.)
PEU VOL AN, nom de localité
située dans la commune d'Ecurat ;
corruption du celtique : peulvan,
pierre debout. Il existe, dans les
environs, un ancien tumulus
auquel on attribue une origine
gauloise.
PIA, Piau, s. f. Peau.
Et de pials de bestes se vestent.
{L'Image du monde, Fabliau.)
L'ourse pour sa piau desguisce
En vouloil cstrc mieux prisée.
(Fabl. du Renard et de l'Ourse.)
Et sur ces cercles giètent piaus de
moutons que l'on appelle piaus de
damas...
(JoiNviLLE, Ilist. de S. Loys, ch. LI.)
PIAUX, s. m. Cheveux; du
latin : pilus, poil.
PIBALLE, s. f. Frai d'an-
guille — petites anguilles de la
grosseur d'une aiguille à tricoter,
(1) Le latin, podium, a désigné un lieu élevé;
les architectes désiKnaient, par ce mot, un sorte
ou console. (Voir Viiruvc, liv. II). On donnait !e
nom de podium au souhassement des cirques,
élevé au-dessus de l'arène, ou s'étalaient les
siéKCS de Tompereur, des vestales, de certains
mayislrats. (Voir ijuétone, Vie de IScron.)
PIBLE
293
PICOTE
qui remontent la Charente par
quantités considérables.
PlBIiE, s. m. Peuplier trem-
ble. Mot d'origine celtique; en
bas breton : pibol; en langue
d'oc : piboul.
Du couslé devers Beaulieu et le Mor-
tier jusques à ung pible assez près
d'ung pré qui est "à François Coquil-
lon
(Bail (lu 18 novembre 1-465 — Archives
hist. de la Saintonge, l. X, p. 327.)
Je planteray certains pibles ou popu-
liers qui en peu de jours seront creus
d'une bien grande hauteur...
(B. Falissy, Rccepte Véritable, p. 99.)
PIBOIiE, S. f. Cornemuse ou
clarinette — coccinelle, bête à bon
Dieu (petit insecte rouge). De là
le verbe piholer, jouer de la pi-
bole, et piholeux, joueur de pi-
bole. Ce mot est dérivé du cel-
tique pibon, pib, fliîte, pipeau.
Furieusement en bataille marchantes
vers nous au son des vezes et piboles.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XXXVI.)
Marchiont doucement avec do pibolou
Quatre ou cinq envion, de vrey fari-
[bolou,
Torsiant lou balot et baguiant leur
[goule.
{Gentc Poitevinerie, éd. do 160j.)
Tout le monde, en Saintonge,
connaît la ronde de l'ageasse :
Au printemps la mère ageasse
Fil son nid en in boisson
La pibole
Fit son nid en in boisson
Pibolon.
PIC, S. m. Oiseau insectivore
qui frappe de son bec le tronc
des arbres. En sanscrit : pikn,
coucou.
Le dicton maigre comme un pic,
ne date pas d'aujourd'hui.
Soubdain deviennent gras comme
glirons ceux qui paravant estoient mai-
gres'comme picz.
(Rabelais, Pantagruel.)
PICAIIiliOXS, s. m. Argent;
avoir des picaillons, être riche.
Le picaillon est une monnaie de
Savoie, valant un demi-liard.
PICHET, s. m. Petit broc
de terre ou de verre, chopine. Ce
mot est d'origine germanique, et
se trouve sauf mutation de p en h
dans la plupart des idiomes du
nord : tudesque -.pehhar, béchar;
islandais : hikar; allemand :
bêcher ; hollandais : hocker ;
anglais : pitcher. En basse lati-
nité, picherius a eu le même sens
de bouteille ou de broc.
Dom. Rollelus recognovit duos
picherios magnos.
(Inventaire année 134", Histoire du Dau-
phinc, p. 3-4".)
Or i faut et vans et corb^lles
Et si i faut boissiaus et scilles.
Pos et pichers
{Le dit des choses qui faillent en ménage,
nouv. rec. de contes,!. II, p. it)6.)
Un pichet de terre, vous appelez cela
un pot à l'eau.
(Noël DU Fail, Propos rustiques.)
PICOTE, s. f. Petite véroUe,
variole. En basse latinité : picota.
Picota, niorbus variolàrum, gallicc
petite vérollc, non rarô picote dicitur
quod faciem punctis dcformct
(Du Gange, Glossarium, verbo picots.)
Paliens fcbrem cum picota vcl vay-
rolâ.
(Mirncul. S. Urbnni V, in tnbul. S. Victnris
Mnssilieiisis.)
L'ung avoit la picole, l'auUrc le tac,
l'aultre la vérollc.
(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. LU.)
PICOTE
294
PIGNOT
PICOTÉ, adj. Marqué de la
petite vérole. En termes de bla-
son, se dit des pièces marquées
de pointa de différentes couleurs.
Car comme moy tu deviendras en
[poudre
Tout picoté comme est un deel à cou-
[dre.
(Vers du XV» siècle, cité par M. Nisard,
Rev. de l'insCructionpubliquc,i'à no-
vembre 1860.}
PICOTIIV, S. m. Mesure de
grains. Ce mot paraît d'orig'ine
celtique, car en écossais et irlan-
landais, peie et en gallois pcj,
désignent une mesure de capa-
cité. En basse latinité, picolinus
dérive, dit Ménage, du latin paii-
cum, parce que c'est une petite
mesure. La Monnaye dérive
picothidepichot, petit, en italien:
piccolo.
Quœ raseraia vel mensura Débet
valérc très quarterios et duo partes
unius picotini.
(Descriptio bonorum dom. de Eska... cité
par DU Ca:(se.)
Beau sire, se la créature
Prent tous les jours de son mary
Le picotin à granl mesure.
(CoQciLLART, Ics Droitz nouveaux.)
Au XVP siècle, on disait quel-
quefois pocotin, qui se rappro-
chait de paucum et de poco.
Au moins donnez-moi un pocotin de
loisir pour cercher...
(Renri Esiienne, Nouveau lang. franc,
italianisé, t. I, p. 164.)
PIDOU, Pldoux, noms
d'hommes, signifiant poitrine d'oie
vieux français pis d'oo, pis doue,
et peut-être pied d'oie, pied
large.
Une ordonnance de 1293 (Hcq.
des Métiers, d'Est. Boileau) nous
apprend qu'un des échevins de
Paris se nommait Guillaume
Piz-Doe.
PIÈCE, s. f. Morceau d'étoffe
qui se place sur la poitrine.
Une robe d'un gris bien faicte,
D'ung fin gris changeant, bonne myne;
La belle pièce à la poictrine.
Tissu cramoisy; large front.
(Guill. C00C11.1AHT, Mnnol. de la Botte
de Foin, l, n, p. 209.)
PIÈCE (bonne), locution
employée par antiphrase pour
désigner un mauvais sujet, une
méchante personne.
La bonne pièce : une meschante per-
sonne par ironie.
(OuDiN, Curiosités françaises, p. 48.)
PIGEASSE, adj. Marqueté
de blanc et de noir.
Pigeassée au meillou quam plume
d'ajasse.
{Gente Poitevinerie, édit. de 1605.)
PICii¥IER, Pinier, noms
d'hommes et de localités. Ils dési-
gnent un lieu planté de pins;
et comme noms d'hommes, ils
dérivent du vieux français :
pignicr, pignivre, fabricant de
peignes, cardeur de laine.
Nus pignières ne puct ne ne doit
reparailler pigne viez en la manière
qu'il semble pigne neuf...
(Eat. Boileau, Registre des Mestiers,
p. 170.)
PIGMOT, adj. Gourmet, déli-
cat en fait de nourriture. Ce mot
a eu également le sens de mala-
droit, paresseux : // n'est pas
pignot, se dit d'un homme coura-
geux, habile.
PIGOSSER
29b
PINELLE
PIGOSSER, V. a. Béquelter,
piquer avec le bec, manger par
petits morceaux.
PIGOUIIi, s. m. Humidité,
éclaboubsure. Dérivé de l'hébreu :
pggul, d'après M. Jônain.
PIGOUIIiliER, V. n. Se
mouiller, remuer l'eau avec les
mains. Se dit surtout des enfants
qui se plaisent à toucher l'eau.
On appelle en Vendée, pi-
gouille, une perche servant à
pousser les bateaux dans les
fossés vaseux des marais.
PIIiOT, s. m. Morceau, tas,
et par extension : rassemblement
de choses et de gens. Un pilot
de fagots, un pilot do monde.
Et si s'accompagnoienl à un pilot
vingt ou trente et s'escucuilloient, et
puis boutoienl de grand randon contre
le mur.
(J. Froissabt, Chrniliq., liv. I, ch. I.)
Ils mettront iceluy fumier par mon-
ceaux ou pilots dans le champ.
(B. Palissy, Receple Ycritable, p. 33.)
PIIIPERADE, nom d'un
allucnt de la Scugnc (rive droite),
qui prend sa source dans les
Landes de Montcudrc. Ce nom,
de forme gasconne, rappelle la
nature pierreuse du terrain semé
de pins.
PIÎi'CE-iTIORlIiliE, s. f.
Jeu enfantin qui consiste à se
pincer les bras on prononçant
ce mot composé (d'après M. Bur-
gaud des Marcts.)
La jouoit à itinse morille, au
poirier
[ïUBBUiB^GaijfaïUua, liT.I,cli. .\XII.)
PIIVE, S. f. fruit du pin; en
latin; phiea. Ce mot a aussi le
sens du latin : pénis. En breton :
pen, bout, tète. Ménage le dérive
du latin : pipinna, qui se trouve
dans Martial :
Drauci naUa sui vocal pipimiam
Collalus cui gallus est Priapus.
(JUbtul, Epif/rammey cité p«r MÉrucB,
Orig. de la Lang. française., p. 118.)
Dans la vieille langue française,
ce mot a été souvent employé
dans le sens que lui donnent nos
paysans :
Chascune qui les va nommant
Les apele ne sai comment
Horces, bernois, riens, piches, pines
Ausinc com ce fussent espines.
(J. DE Meing, Roman de la Rose,
\er3 "89-2'.)
Le mot pinne, avec deux n,
dérive du latin : pinna, et a
signifié nageoire.
Estendant toute la main comme une
œsle d'oiseau ou une pinne de poisson.
(Rabeliis, Pantagruel, liv. H, ch. XIX.)
/
PII¥EAU, s. m. Vin cuit mêlé
d'eau-de-vic.
Qu'on boive muscadet, clarc
Ypocras et vin de pyncau
El dit qu'on n'y melle point d'eau.
{Sermon Joyeiuv, anc. ih. fr., t. n, p. 11.)
Puis bcul un horrible traict de vin
pineau cl altendirenl que l'on apprestat
le soupper.
(RABELii8, Gargantua, liv. I, ch. XXXVIII.)
PIM EAU, PincI, noms
d'hommes. Jeune pin, raisin noir,
vin cuil.
PIXEIiLE , Pinclleric ,
noms d(î localités, mriiui origine
que ci-dessus.
PI NIER
206
PIREVOLLET
PIIVIER, s. m. Arbre pin,
pinus piuciï de Linné. Désigne
aussi un lieu planté de pins, et a
été conservé en Sainlongo comme
nom de localité : le Phiier, la
Piniève.
Sommerivc fit d'abordôe pendre au
pinicr d'Aix où so faisoil le prcsche,
vingt-quatre, ne voulant point se des-
dire.
(Agr. d'Audigxé, ///s/, t''Hii'.,liv.I,p.lDl.)
PIiVTER, V. a. Boire. On y
retrouve le radical du grec :
Hivecv.
N'est nus qui chascun jor ne pinte
De CCS tonneaus ou quarte ou pinte.
Ou mui, ou setier ou chopine.
(J. DE MErwG, Roman de la Rose,
vers 6853=.)
PIIVTOX, S. m. Biberon.
Diminutif de pinte, vase à boire,
mesure de liquide.
PIOT, s. m. Dindon, à cause
de son cri, dit M. Jônain.
Vous n'estes pas mon amyot —
Dca, je suis plus tray qu'un pyot
Et me donne trois brins de joye.
{Farce de Jolyel, nnc. th. fr., 1. 1, p. 52.)
On dit aujourd'hui, en Sain-
tonge, gai com' perot; la répu-
tation (ie gaîté du dindon est due
à son cri qui ressemble à un
ricanement.
PIPE, s. f. Grande futaille —
rafraîchissoir du serpentin de
l'alambic. Ce mot dérive du latin :
pipare, piauler, qui a fait pipo
dans le sens de pipeau, musette.
Le roy Edouard fit mourir son frère
le duc de Clarence en une pippe de
malvoisie.
(Pb. DE CoMvrfEs, Mémoires., liv.I, ch. VU.)
PIÇUE-BEU, s. m. Celui
qui pique les bœufs avec l'aiguil-
lon, le petit garçon qui marche
devant l'attelage de la charrue.
Le pique-bœuf ne so liaste pas trop
de respondrc
(Bonav. des PÉniEna, Coilles et Joycttx
Devis, 71« nouvelle.)
PIHEIiOlVGiE, nom de loca-
lité. Il y subsiste une tour massive
construite en moellons et haute
de soixante-quatorze pieds, dis-
tante de deux kilomètres de
l'abbaye de Sablonceaux.
Cette tour fut, dit-on, élevée
par un lieutenant de César, Lon-
ginus, d'où le nom de Pila-Longini
devenu Pirelonge. Cette opinion
de quelques antiquaires n'est pas
partagée par la plupart de leurs
confrères. M. de La Sauvagère
(Recueil d' Antiquités delà Gaule)
admet que cette tour est le
monument d'une victoire rem-
portée par Jules César; Bouri-
gnon y voit un tombeau : pyra
longa, bûcher élevé ; M. Massiou
pense ([ue cette tour n'est autre
chose qu'une colonne itinéraire
de la voie romaine de Saintes à
Bordeaux, entre les stations de
Mediolanum et de Novioregum,
comme la tour d'P^béon qui est
placée entre Mediolanum et Aune-
do nnacum, sur la voie de Saintes à
Autun.
PIREVOIiLET, s. m. Jeu
saintongeais (jui consiste, d'après
M. Burgaud des Marets, à faire
retomber sur la pointe un bâton
garni de plumes.
La Jouoit au court baston, au
pirevoilet, à clinc-mucette
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXU.)
PIRON
297
PITEYABLE
PIRO\% S. m. Oison. En
Normandie, on appelle une oie :
pirote.
Iz-arian dit d'in jar qui défend ses
[pirons.
(BurgauJ des Mahets, fable eu patois
saintoiigoais.)
PI§SAT, s. m. Urine. Ce
mot, comme le féminin : pisse, a
une origine germanique, car son
radical se retrouve dans toutes
les langues d'origine tudesque
ou Scandinave. Suédois : piss;
danois et hollandais : pis; an-
glais : piss; allemand : pisse,
signifient urine ; suédois et islan-
dais : pissa; danois : pisse;
hollandais et allemand : pisscn ;
anglais : to piss, signifient uriner.
Li enfès Audigier fu bien norriz
Trois fois le jor le baignent en un
[seilliz (1)
Qui trestoz est puanz de pisséïs.
(Fabliau à' Audigier, vers 1G2°. — Fabl.
et Contes, t. IV, p. '2-21)
Kn suif et poix, deslrampéz dclessive
Kaicte d'eslronls et de pissai de juive.
(Fr. Villon, Grand Testament, p. 76.)
Torrent fait de pissat de bœufs.
(Sàint-Amast, Roman ridicule.)
PI§SE DE niIE.V, cham-
pignon qui pousse sur le bois
pourri.
PISTOIiFl, s. f. Valeur de
dix francs. Les paysans comptent
encore par jjistoles et doubles
pisloles, comme par écus; au
XVII" siècle, la pistole était une
pièce d'or non battue au coin de
France et qui valait onze livres.
(Voir Hichelet, DicHonnairc fran-
çais, édit. de 1G80.)
(1) SeiUii, vase, d'où sont restés seille et
seau.
Gagea cent j)istoIes qu'il lircroit et
n'y manqua pas.
(Agr. d'Aibicné, Baron de Fœneifle, liv. UI,
ch. VI.)
Le mardi, le Conseil de ville
Fit un règlement fort utile
Savoir que
Elle donneroit la somme
De quinze pistoles de poids.
(Courrier burlesque de Paris, Haza-
rinadc.)
PITARD, Pitaiid, PltoniL,
noms d'hommes, synonimes de
miséricordieux, compatissant; du
bas latin : pitosus, et du vieux
français : pilé, pitié, miséricorde.
Premier parlons d'humilité
Contre le grand péché d'orgueil
Elles ont douleur et pilé
En maintien, en cucur et en œuil.
{Le Miroir des Dames.)
Au XVIP siècle, pitaud a eu la
signification de rustre, de paysan.
(Hichelet, édit. de 1080.)
En vain l'amoureux tout surpris
De sa pitaude oïant le cris
Se rend la trogne furibonde.
(Saim-.\mam, Roman ridicule.)
Ce jntaud doit valoir pour le point
[souhaité
Bachelier et docteur ensemble.
(Lafosiaine, Contes.)
PITKVAIII.E, adj. Digne de
pitié — charitable. En vieux
français : pUcablc.
En icellc place poure famés lingères,
vendeurs do petits sollers et poures
pitéables personnes vendeurs do mes-
mes fcrpcries
(Ordonnanco do 1302, de Jumeau, prévôt
do l'aris. — Registre des ilestiers
d'Est. BOILBAU, p. /tli.)
Ceste vaillante prcudc femme... avoit
plusieurs serviteurs en amours... tant
cstoit doulce et ))itéable.
{Cent Nouvelles du roij Louis XI,
'6'f uuuvolle.)
PLACE
29S
PLATUE
PIi.\rE, s. f. Plancher, sol
d'iino chambre. D'où on a fait
lave-place, brosse emmanchée
d'un bâton servant à laver les
planchers.
D'abord leurs escofQons ont volé par
[la place.
(MouÈRE, l'Etourdi.)
PLAlXE§EIiVE, Plenc-
selve, noms de localités. En
latin : plana-silva (en plein bois),
d'après la G allia. (T. Il, col. 892).
En vieux français : selve, forêt.
Entr'els n'en at ne pui ne val ne tertre
Selve ne bois, asconse n'y poet estre.
(Chanson de Roland, vers 3292«.)
PliAIA'IER, adj. Uni, plan;
du latin : planus.
E s'il frai de Jérusalem si la dcs-
truirai et abaterai e aplanierai si cura
suit planier tables.
(Livre des Rois, liv. IV, ch. XXI, verset 13.)
Mes long-espée ne vout plus demorer
Ly et sun graunt chival ûst à tere
[tumber
Curt à cel amiral un chimin tut pleiner.
(Poi-me anglo-normand sur la bataille de
Mansourah. — Voir Joinville, édit.
de 1858, p. 338.)
PliAIIVT, s. m. Gémissement,
plainte.
Tant mieux vaudroil me taire que
(parler
Car profiter ne me peuvent mes plains.
(Charles d'Orléins, Rallade.)
C'est le bon Pan à la mort duquel
furent plaintz, soupirs, effroys et lamen-
tations en toute la machine de l'univers.
(Rabelais, Pantagruel.)
PLAISAJVCE, s. f. Plaisir,
joie.
Mais la yvaie plaisance
De volupté finit tousjours en repentance.
(BiïF, Poésies.)
PIjAWTE, s. f. Jeune vigne,
terrain nouvellement planté. Du
bas latin : planta.
Et siti sunl duo solidi prœdicli super
unam -plantam quœ vocatur longa rca.
[Charta anno 1Î86, in Chart. S. Yaudreg.,
t. II, p. 13tt'2.)
Oncques le bon vin du cru de la
Devinière, en la plante du grand Cor-
mier, au dessus du moyen grolier...
(Rabelais, Pantagruel, lir. III, ch, XXXII.)
PIiAI¥TIS, s. m. Lieu planté
de vigne — vigne d'un seul
tenant. En basse latinité : plan-
terium.
Frères esloient ambdos jumel
Pais avoienl buen et biel
Et riche planteif tôt dis.
{Roman de la guerre de Troyes.)
PliASSAC, Plassay, noms
de localités. En vieux français,
plaissay, plaissé, plaisseiz, pies-
sis signifient clos, parc fermé de
haies. En basse latinité : plessa,
plais s ia.
Par où vint-il de l'abaïse?
Sire, dii-el, par le postis
Qui est devers le plaisseïz.
(Le Segretain vioine, vers 374». —
Fabliaux, 1. 1, p. 254.)
La localité de P/assa^ est dési-
gnée, au XIII° siècle, par le latin :
Plassayum :
Anno domini 1256 in crastinum obiit
dom. hugo Felftti quondam rector hujus
ecclesiaî de Plassayo tandem venera-
bilis episcopus sanlonensis qui legavit
capellano de Plassayo vineas suas,
scilicet dcpodio belaul.
{Gallia Christiana, t. II, col. 1074.)
PLATUE, s. m. Poisson
PLEIN
299
POINÇON
d'eau douce qui se pêche dans la
Garonne. Les lacs de Suisse ont
un poisson du même genre ,
nommé la plate :
La plate vil dans le lac de Thonon
et se pêche rarement ailleurs.
(De SicssiBE, Voyage dans les Alpes.)
PliEIA^ (tout), loc. adv. Un
grand nombre — entièrement.
Caries li rois nostre emperère magne
Sel ans tuz pleins ad esled en Espagne.
{Chanson de Roland, stauce I.)
Et tumba une merveilleuse graislc si
grosse... laquelle... tua hommes, fem-
mes, enfans et bestail en tout plain de
lieux.
(P. DB L'EâioiLE, Mémoires, t. VI, p. II.)
PliESSlS, nom d'hommes et
de localités. En vieux français :
petit bois, taillis — parc.
Li mast, dunt numbres n'ert petiz,
Ne ressemblout mais plessiz :
Avis esloil que fust uns bruil/..
{Chronique des Ducs de Normandie, t. I,
vers 1019«.)
PliEURER DES ŒlIiS,
pléonasme saintongeais qui n'a
pas besoin d'explication et est
très ancien :
Tiret sa barbe cum hom ki est iriet,
Plurent des oilz si baron chevalier.
(Chanson de Roland, rers 2il i*.)
PliUlTIAIIi, S. m. Plumeau
fait avec les plumes des ailes des
volailles.
Frère Jean les regardoil de coustô
comme un chien qui emporte un plu-
mail.
(RinsLAis, Pantagruel, liv. IV, ch. LI.)
Ou bien me faisoil un beau plamail
de plumes de chapon.
(Not'l Di' F*iL, l'ropos Rusti<}ues, ch. VII,
p. •:7.)
PliUIflER, V. a. Exploiter
quelqu'un —le ruiner— lui l'aire
payer le plus possible.
Cette expression est aussi an-
cienne que les impôts.
Car s'ils eussent été sage
Ils fussent quites de fouage (1)
Dont li rois chascun an les plume.
(r.uillnume GtunT, elle par Littré.)
POCHÉE, s. f. Sac — un
plein sac. — En basse latinité :
pochia. Ce mot, comme poche,
parait avoir une origine Scandi-
nave, car il se dit en anglo-saxon :
pocca; en islandais : poka; en
anglais : poke.
Une pochée de seigle que le suppliant
avoit fait amener.
(Teite du XV* siècle, cité par du Cahgb,
au mol pochia.)
POI (un), adv. Un peu.
Un poi plus amont. Pierres, toi con-
plainssis (2).
{Dialogue de S. Grégoire, Unducl'iou du
XII' siècle, liï. IV, ch. VIII.)
POIIVÇOX, S. m. Pièce de
vin, expression usitée dans la
Touraine et l'Anjou. On dit pon-
çon, en Franche-Comté.
Et burent si net qu'il n'y demeura
une seule goutte des deux cens trente
et sept poinsons.
(RiBBLAis, Pantagruel, \i\. II, ch. XXVIII.)
La terre cherche tousjours le bas
comme la lie dans un poinson de vin.
(B. Palibst, Discours Admirables, p.3G3.)
Le poinçon était comme la
queue, une mesure do capacité
au moyen âge :
(1) Fniiage, latin: foagium, impôt exigé par
leselKneur pour chaque feu ou foyer (focus) de
son tenancior.
(■i) i'aulo superius, Pelre, quïslus es.
roisoN
300
PONS
Chascun lonnel doit ij deniers de
rouage (1) ; ij queues et ij pondions
pour le tonnel.
(Ordonnance de la ville de Paris. — Beg.
des Mestiers d'Est. Boileau, p. 296.)
Au XVP siècle, le poinçon
valait cent qiialre-vingl-douzc
pintes.
Et contient le poinçon douze jallayes
et chaque jallaye seize pintes, coutume
d'Orléans.
(Olivier de Sekres, 7/ieà/rf d'Agriculture.)
P0I§03i', s. f. Substance
venimeuse — femme méchante.
Ce mot, masculin en IVancais,
s'emploie au ftîminin dans noti*e
patois comme dans l'ancienne lan-
gue. Du temps de Malherbe, il
était encore féminin.
Amors m'aporte d'espérance
Une merveillose poison
Qu'avoit conlite en sa maison.
(Touriiniemenl de l'Antéchrist, éJi-
timi de 1851, p. 79.)
Je senlois la poison de mes os devallée.
(Philippe Despoiites, Poésies.)
Au XVIP siècle, poison était
devenu masculin, et Ménage s'in-
digne que le féminin soit quel-
quefois employé :
Ils veulent malgré la raison
Qu'on dise aujourd'hui la poison.
Une épigramme, une anagramme.
(.MÉNAGE, liequHc des Dictionnaires.)
POIiI€îI¥AC, nom de com-
mune, canton de Matha. Ce nom
se trouve écrit en laiin : podemp-
niacum ; radical : podium, colline,
montagne. (Voir Lorédan Lar-
chey). On peut plus simplement
lui attribuer la signilication de :
domaine de Paulinus.
(1) /J')«a//e,imp(it.sur les liquides transportés,
c'est notre droit de circulation actuel.
POIVE, Ponnc, s. f. Jarre
où l'on sale le lard. Dans le
Berry et le bordelais : cuvier en
bois pour la lessive. On y place
le linge par assises régulières, ce
qui pourrait suffire pour faire
admettre l'étymologie ponere ,
placer.
POXER, V. a. Mettre au jeu,
payer ses dettes, dérivé du même
mot latin : poncrc.
POA'FT, s. m. Toton, petite
toupie qu'on fait tourner avec les
doigts.
POiVU'U, Ponun, participe
passé. Pondu. Le vieux français
avait le verbe ponner, pondre,
dérivé sans doute du latin :
poncrc.
On avoit mis un œuf au cul de la
poule qu'elle avoit achetée pour faire
croire qu'elle ponnoit et elle n'avoil pas
depuis ponnu...
(BéroaMe df.Xerville, Moyen de parvenir,
t. U, i>. 224.)
Tant s'cnlramèrent ambedui
Qu'en un ni ensemble pouneient.
(Marie de France, fable 80.)
Aucune femme nourrissoit
Une géline en sa maison
Qu'elle aymoit fort et chérissoit
A cause qu'en toute saison
Luy pounoit un œuf frais de rente.
(Gilles CoiinozET, Fables d'Esope, p. 209.)
Mais, dcmandoit Pantagruel, ces beaux
oiseaux icy une fois avolez retournent-
ils jamais plus au monde ou ils furent
ponnus.
(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. IV.)
POUS, nom de localité. Quel-
ques écrivains ont choisi l'étymo-
logie de ce mot dans le nom d'un
prétendu fondateur, Elius Pon-^
lias, petit-fils du grand Pompée.
PONT
301
PORREE
Il paraît plus naturel que les
ponts, nécessités ])ar les nom-
breux méandres do la Seug:ne,
aient donné leur nom à la ville
dont les armoiries sont : do yncules
à trois ponts d'or. La Gallia
Christiana désigne l'une des
églises de Pons par les mots :
iS. Vivianus de Pontihus.
En 1179, Richard Cœur de Lion
ravagea cette ville qui devint
plus tard un poste militaire impor-
tant dont il subsiste un donjon
carré fort massif et très ancien,
car il est mentionné dans une
charte du 28 août 1083. Son âge
vénérable ne l'a pas mis à l'abri
des outrages de nos contempo-
rains.
POA'T, part, passé. Pondu.
Cette forme est usitée comme
celle de ponnii.
Castor et PoUux, de la coque d'un
œuf, pont et csclous par Lcda.
(Raiiel.vis, Garyanlua, liv. I, ch. VI.)
POX'FERE AU, Pontrcan,
noms de localités, signiliaiit petit
pont. En latin : Ponliciilus; en
basse latinité : PontcUus.
Le comte de Salleberry (Salisbury)
fui tué dans la tonnelle du Pontereaa
(à Orléans.)
(.■Vmo3 BAnBOT, Histoire de La Hocliellc,
t. I, p. 29i.)
PO^'T-I/A«ï5l':, nom de
localité, paraissant signilior /;o;?<
do Fabbé. Cette explication est
contredite par les dénominations
latines des anciennes chartes :
Donamus huic sacro loco P. Mnriœ
in hoc pai^o Santonico curtem unam
scilicel Pontem-Labium.
{Cit. fundat. tibh. S. Mario: apud Siui-
lones, anno lOi".)
... Seoruendo terras do Pontelabio et
de fontibus usque ad cruccin aux Se-
fjuins.,...
iCharta guill. 17/, anno 11-29. — Archives
de l'uilifr.s.)
POPII.IOX, s. m. Peuplier,
du latin : j)opuhis. En vieux fran-
çais : poplicr.
POÇrE, s. f. Trou dans la
terre où les enfants jettent leurs
billes dans le jeu de ce nom.
P«^IE«, V.' n. Mettre dans
la poque. (Voir ce mot.)
PO K €01 AI RE <<«iaiiit-),
nom de localité, dérivé de por-
cariiis, gardeur de pourceaux. Ce
môme mot latin a donné naissance
à un grand nombre de noms d'hom-
mes : Porcher, Porcher on, Por-
cher eau, etc.
POKREAL', s. m. Poireau,
plante potagère (allium porruni
de Linné). En basse latinité :
porrelhim, diminutif du latin :
porrinn, poireau.
L'un avoil envoyé un clinppon aux
porreaux, l'autre au saphran.
(Boiiav. DK3 PÉitiEiis, m» iinuTellc.)
Au point du jour s'en va dans son
Ijanliii cueillir
Des clioux ou des ;joioTt'ai<.r pour les
Imeltre bouillir.
(PiBnAO, Plaisirs de (a vie ruslicque,
p. 120.)
Il ressemble les îioreaiu', il a la leste
blanche et la queue verte.
(OcDiN, Curiosités françai.ies, p. 139.)
POKKÉi:. Pour 6e. s. 1.
Plant de poireau.
Mangeoit choulx cl chioit pourrée.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. II.)
21
PORT-DT.NVAUX
3oi
POSSIBLE
Le restant des bons lourdaux par-
loient du décourt du croissant, quand
il feroit bon planter pon'ée.
(Noël nr Fail, Propos Rustiques, cU. III,
p. 30.)
On connaît l'expression sain-
tongeaise : planter la pon'ée, qui
signilie : faire la cabriole la tète
en bas.
PORT-D'EXVAUX, nom
de localité, port d'en bas, port de
la vallée t^portus in vallein) des
vieux mots val, vaii.
Le Port-dEnraux est situé
dans des prairies marécageuses,
au nord-ouest des marais de
Saint-James où Louis IX, en
1242, mit en fuite l'armée anglaise
après avoir forcé le passage du
pont de Taillebourg.
PORT - DES - SAXTOA §.
Ce lieu, désigné par les anciens
géographes sous les noms de Por-
tUS-Sanlonum, ilav-ovwv X-.av.ov,
était situé, d'après Plotémée et
Strabon, entre l'embouchure de
la Garonne {Yolc,-j\vix -ozx^lo-j
ex^oXat) et celle de la Charente
(KcvîvTîXou TTOTaiJLO'j Ex^oXa-.). Valois
et Bourignon le placent à
Brouage; le père Arcère, sur la
presqu'île d'Arvert; d'Anville, à
l'embouchure de la Seudre ; La
Sauvagère, à la Tremblade. Sans
égard pour l'ordre indiqué par
Plotémée et Strabon, d'autres
géographes le croient situé à La
Rochelle.
Il paraît probable que le Por-
tus-Santonum se trouvait dans le
voisinage de la tour de Brou, au
pied de laquelle on arrivait autre-
fois par mer ivoir Brou) ; la voie
romaine de Saintes à Bordeaux
se détournait de sa ligne directe
pour y passer et toute la contrée
environnante (Saint-Romain-de-
Bonet, Toulon, PMrelonge) est
couverte de débris de construc-
tions anticjues, qui démontrent
l'existence d'un centre important,
probablement la station romaine
de Novioregum.
PORTAI!, s. m. Portail.
Et si i a quatre portaus
Dont li mur sunt espès et haus.
(Guill. DE Lonnis, Roman de la Rose,
vers 4432».)
Ilaulsez vos testes, grans portaulx,
Huys éternels, tenez vous haultz.
(Cl. Marot, Psaume XXIV, t. IV, p. 103.)
C'est aux grands portaux que bâtent
les grands vents.
(Bhanti5mf,, Dames galantes, dise. 4»,
p. 130.)
PORTEilIEXT, S. m. Santé,
comment on se porte.
Et luy donnoit mille accolades, remer-
ciait Dieu de son heureux retour et bon
portement.
(Facétieuses nuits de Straparole, traduc-
tion du XVI« siècle.)
POS.SIBL.E, adj. Employé
adverbialement pour : peut-être,
si cela est possible.
Ne la refusant, j'en diray possible
confusément mais au moins la vérité.
(Noël Dc Fail, Propos Rustiques, ch. Ill,
p. 126.)
Possible tu voudras me départir de
[quoy
Je puisse m'adonner aux muses de
[requoy.
(Ant. Baïf, /«■■ Eglogue, p. 2.)
La refuser n'était pas sûr
Même un refus eut fait possible
Q'on eut vu quelque beau matin
Un mariage clandestin.
(Lakontaine, le Lion amoureux, liv. IV,
fab. I.)
POSSIBLE
308
POUACRE
POSSIBL,F (aul, loc. adv.
Beaucoup, exlrêmernent.
L'Eternel est grand au possible.
(Ph. Despobtb:!, Psaume XIV.)
Mais Ctésiphon qui a le cerveau déli-
cat au possible, n'en savoit supporter
une pinte, sans estre incommodé.
(Théophile Vuro, Fragment d'une
Histoire comique, ch. IV.)
POSSIBLE Ql'E, loc. conj.
Pour pout-Otre que.
Possible que, malgré la cure qu'elle
(essaye,
Mon âme saignera longtemps de ceUe
[playe.
(MoLiÈBF, Dépit amouriux, act. IV, se. III.)
POTÉE, S. f. Un plein pot —
se (lit aussi des viandes qui doi-
vent être mis au pot pour l'aire du
bouillon. Du celtique : pod, pot.
Escoutez le sermon divin
Ce n'est encor que i'introïte —
Mais la potée est-elle cuytte?
{Farce moralisée, «ne. ih. fr., t. I,
p. 161.)
Il est esveillé comme une potée de
souris.
{Dictionnaire Comique de J. Le Rom. —
Lirre des Proverbes français, i. 1,
p, 203.)
Tout leur mathon (1) et toute \ear potée
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
(ViLios, Ballade XI.)
S'il baisloit, c'estoient potées de pois
piles.
{Ri«ELAis, Pantagruel, lir. I, ch. XXXTII.)
POTE\CE, S. f. Béquille,
en basse latinité : potcntia, bâton
pour soutenir un malade.
... Slelil impotens nec poteral ambu-
lare nisi cum potcntiis sive crossis.
(Miracul. Urbani V, cité par dc Ca.ice.)
{\)Mathon, lait caillé.
Li hermile Tristan connut
ï^or sa potence apoié.fu.
(Roman de Tristan, t. I, p. G7.)
Tant pas esloit de grant viellune
Qu'el n'alast mie la montance
De quatre toises sans potance.
(Guill. DE I.o«Ria, Roman de ta Rose,
vers 358».)
Les estropiez n'ont pas plus besoin
de leurs potences pour cheminer, qu'il
a besoin de lieux communs pour faire
des livres.
(Guez DE Balzac, Lettres.)
Le mot polencti est encore
usité en blason pour dési^rner un
objet en forme de béquille : de
sable ù la croix potencùc d'ar-
gent.
POTET, s. m. Petit pot. En
celtique : pod-ev, pot à eau.
La tierce pour devise 'a voit un beau
et profond hanat de porcelaine : la quarte
Mnpotet d'or à deux anses.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. I.)
Les écoliers désignent par
potel le trou creusé en terre qui
leur sert à jouer aux billes.
POTIRO.V, s. m. Espèce de
cliampignon. Ce mot, en français,
désigne, un légume connu dans
la Saintongc sous le nom de
fjirauinont.
Ou ccluy qui s'engendre ainsi qu'un
[potiron.
(RossABD, Bocage royal, 2»* partie.)
POr.%€UE, adj. Vilain, sale,
aflVcux, du latin podagcr, gout-
teux (grec : rooaYpô;).
Et si déiste à très toute la jent
(Jue je cstoic powacrcs non puissanz (1).
(Amis et Amiles, Ter» 3W1'.)
{\^ Et vous avez dit !i tout le monde, que
j'étais un vilaia impuissant.
POUGNON
301
POURSUIRE
POrfîA'O^^ S. m. Enfant,
gros comme le poing-, du laliii
pUffUUS.
POriiAULI.E, s. f. Volailles,
tout ce qui peuple la* basse-cour.
Il puet par droit vendre... toute 2^o«-
laille, toute sauvagine.
(Est. BoiLEAu, Livre des Mestiers, p. 36.)
Je prends la mort vaille que vaille
Bien en gré et en pacicnce
Francs archiers ont pris ma j^OHlaille
Et osté toute ma substance.
(Martial D'AcvEncNE, la (jraiit Danse maca-
bre des femmes.)
L'officier du palais chargé de
l'élevage des volailles s'appelait:
poulailler. (Voirord. deSt-Louis
de 1261.)
POIîIjIIVE, s. f. Jeune jument.
On dit aujourd'hui pouliche,
bien que Buffon se soit servi du
premier mot.
Les jeunes poulins se fatigueraient
autour des poulines et s'énerveraient
sans fruit.
(BiFFoN, Histoire 7iaturellc des quadru-
pèdes, 1. 1.)
POllIilXER, V. n. Mettre
bas en parlant des juments.
Une jument qui poulina un poulin
qui avoit une teste d'homme bien for-
mée et le reste d'un cheval.
(Ambroise Paré, ch. XIX, cité par LiirnÉ.)
POUMAT, S. m. Boisson
ferrnentée faite avec des pommes,
c'est le cidre des saintongeais.
En basse latinité : pomaceum.
POUMERASI^E, s. f. Pom-
mier sauvage.
POl'ïî, préposition employée
souvent à la place do par.
Moût fait l'amour que vilaine
Qui commence por faillir.
{Chanson de Coucy, st. IV.)
POUR €K ^UE, locution
conjonctive employée à la place
de parce que.
lie dycecy, mes très chers frères, pource
Que i'amytié la chère nous rebourse.
(Cl. Marot, l'Enfer, 1. 1, p. 49.)
POUKE, s. f. Peur, frayeur,
on a dit autrefois pour, paour.
Si gardum ben le monument
Si nul venge por lui embler
Nus le ferum grant joour aver (1).
{Résurrection du Sauveur, Mystère du
XI» siècle, th. fr. au moyen âge,
p. 19.)
Et de mauvais affaire
Seroit celuy qui te vouldroit meffaire
Dy moi, n'ayspaottr
(Cl. Marot. l'Enfer, 1. 1, p. 36.)
POURMEl^^EK, V. a. Pro-
mener, se promener.
Les astres et les planètes ne sont
pas oisifves, la mer se pourmeine
d'un costé et d'autre.
(Bernard Palissy, Reeepte véritable, p, 48.)
Item une autre fois je me pourmenois
le long des rochers de cette ville de
Xaintes.
(W/rf, p. 51.)
On a dit aussi proumener.
Aux champs Elysiens son âme se
[proumeine.
(Passerai, La mort d'un moineau.)
POURSUIRE, V. a. Pour-
suivre.
(1) Aussi gardons hien le monument
Si {juel'iu'un vient pour l'enlever
Nous lui feront grand peur avoir.
POUSSE
305
PRE-LE-ROY
Humble cuer toudis (1) doit travailler
Et poursuive failz de chevalerie.
(Eustache Deschjlmps, Poésies.)
POUSSÉ, adj. Sg dit du vin
qui a pris un certain mauvais
goût.
Mais il luy faisoit mille maux et lui
faisoyt manger le pain bis el boire vin
pouké.
(Rabelais. Pantagriiel^Viw II, ch. XXX.)
En advint un inconvénient bien grand :
tout le bon vin d'Aurelians poiilsa el
se guasta.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ct>. VII.)
Au XIIP siècle, on a dit dans
le môme sens bouté. Ce verbe
avait autrefois la signification de
remuer, frapper, pousser.
Je vous fais asavoir qu'ils vienncnl
(les vers) de diverses viandes réchauf-
fées et de ces vins enfuteiz et boteiz.
(RciEBOBUF, le dit de l'Erberie, 1. 1, p. 257.)
POUSSE-PIE», s. m. Ba-
teau plat servant à la culture des
moules dans le pays d'Enandes
et do Charron, ainsi nommé du
mode employé par les /jo»('//e7e?/i's
pour le faire glisser, à marée
hasso, dans les rigoles des
bouchots. (Voir ces mots.)
PKK, prép. Pour, prc-quicu,
pourquoi.
Clochard : Et bien pre quieu qu'c-lo
Maillé: o lest (jue l'église ou a bcn
ordonné.
,'A>:ri|i|in d'aibiom';, Harnn de Fa'iicslr,
liv. II, ch. IX, t. I, p. 80.)
Quand vous en bcustes dernièrement
et taslastos de tous vos vins, vous
dites : ceslui-ci est pre les valets.
(Guill. BorniiET, les Scrces, liv. I, cb. I,
t. I, p. 57.)
(1) Toudisi toujours.
PRÉE, s. f. Prairie, du plu-
riel latin /3rfl/«.
Ciere el série (i) et bêle ostoit
La matinée el alemprée (2)
Lors men alai parmi la prée.
(Guill. DE Lonnia, Hnmun de la Rose,
vers I'2l«.)
Et quand parmy les prées
\olent les papillons aux ailes diaprées.
(RonsABD, Amours, 1. 1, p. 18-4.)
Nymfes qui dessus la prée
Bnllez aux rais (3) de la nuit
D'une danse mesurée.
(Remy Belleau, Bergeries, i" journée,
p. 35.)
PREGUIIiliAC, nom de lo-
calité, du vieux français praici,
praiau, pré, prairie, accolé de la
terminaison ac (voir ce mot). Ce
nom pourrait cependant avoir la
signification do ])rofit-li'Oin})(!iir,
de gain frustré, dont les synoiii-
mes sont fré(iuemnient appilcjnés
à des champs ofi la culture n'a
pas donné de bons résultats. Dans
le nom PrvQuiJIac se trouvent en
effet les vieux mots IVançais prà,
profit, avantage, guillcr, tromper,
(juille, tromperie.
Bien li porra tout à loisir
Moslrcr cl dire son corage
Tort li a pré (4).
{Le lais de Gugemcv, vers 457".)
Moult vont le siècle guilant.
{Bible Guiot de Provins.)
Diex ne list oncques évangile
C'on ne puisse tourner à guillc.
{L'Image du mande.)
PKÉ-LIvKOY, nom d'un
lieu-dit situé à Saintes. On s'v
(1) Série, traïuiiiillo.
(■ij.t/rwprcc, tempérée, ou peut-être humide,
trempée.
(3) Hai.s, r.iyoïis.
(4) Lui a enlevé le profit.
PREMIER
306
PRIX-FAIT
ballait en duel autrefois si nous
en croyons l'anecdote de la ren-
contre du baron de Fœneste avec
le saintongeais Corbineau :
C'est le Corvineau dont, pour ce
qu'il estoit estropié d'un«vras et d'une
jambe, je l'appelai a chcbal au pré-lou-
roy.
(Agr. d'Ai-bigné, Baron de Fœneste,
liv. n, ch. XVI.)
PREMIER, adjectif pris
adverbialement pour première-
ment, d'abord.
Mais il vuelent primes saveir
Sun estre et sun cunleneinant.
(Marie de France, Fable XXII, t. U,
p. m.)
El vienne tost, car mort prent (tant
[est dure)
Premier les bons, laissant les vicieux.
(Cl. JUnoT, Sonnet de l'étrarque, t. m,
p. IbO.)
PREiVIIER 4JUE, locution
employée pour avant que.
J'en boy à \o\i^, premier </we jem'en
[aille.
(Olivier Basselin, Vaux de Vire, p. M.)
PRE.VGE, subjonctif du verbe
prendre, qui .se prononce prenrc.
(Voir ce mot.)
Bon porchaz sera, ce li semble,
S'ajoster puct, par nul espleil,
Que li fdz à la mère seit
Et que le premje en mariage.
{Vie du pape Grégoire le Grand,
Xn- siècle.)
Nus sélier ne pun-t prendre aprentis
autre que les persanes desus dites, que
il ne le premje à mains de terme de viij
ans de service.
(Est. B0II.E41-, Livre des Mestiers, p.iJl-2.)
PREXRE, V. a. Prendre. La
conjugaison saintongcaisc est
assez irréguliùre : prétérit : je
prcnis; futur : Je pr dirai; sub-
jonctif : que je prcnrje.
L'asséurat et promisist
Que jamais oiscl ne pranreit
El que riens ne lor forfereit.
(Marie de Fiunce, Faô/c LX,YA7r,t.II,
p. 331.)
PR ȧ, préposition prise adjec-
tivement dans le sens de proche,
prochain (proxinms.)
Item je donne à mon barbier
Qui se nomme Colin Galarne
Près voysin d'Angelot Cherbier
Un gros glasson pris oii? en Marne.
(Fr. ViiLuN, Grand Testament.)
PRE§ISIf$, s. m. Produit d'un
pressage — le suc que l'on obtient
des raisins pressés. En vieux
français: pressis, suc, jus. (Voir
Rociueibrt, Glossaire do la Lan-
gue romane.)
On donnera à l'accouchée un pressis
de chapon.
(Ambroise Paré, cité par Litiré.)
PRESSURE, s. f. Action de
presser le fromage pour en faire
sortir le petit lait — ce mot dési-
gne aussi le petit lait.
Je sçay pisser contre le vent
Mesurer lait, battre le beurre
Mettre le fromage en pressure.
(Mnisire Hambuelin, Farces françaises.,
p. 20(5.)
PREUVE, S. f. Eprouvelte
dans laquelle on mesure le degré
de l'eau-de-vie.
PRISE, s. f. Portion de
marais, lais de mer. Ce qui est
pris sur la mer.
PRIX-FAIT, s. m. Entre-
prise à forfait, tâche.
PRIX-FAITEUR
307
PROUILLON
prix-faitei:r , s. m.
Ouvrier qui exécute à forfait cer-
tains travaux. Usité dans le
Blayais pour désigner le bordier
qui cultive les vignes à un prix
lixé par journal.
PROClIFi, adj. Prochain,
voisin.
Dieux! qu'un bonheur extrême est
[proche du malheur.
(GoMBitiT, Poésies.)
PROFITOX, s. m. Petite
excroissance près des ongles,
envie. Du latin : proïîccre, aug-
menter.
PRO:?Il-:LOGIi), adj. Pré-
coce, se dit d'iui l'ruit ou d'un
légume de primeur. Dérivé ,
d'après M. Jônain, do primo loco,
P R O II O \ T 1 R I<M> E S-
SAJVTOXS, en latin : Pro-
montorium-Sanlonum; en grec:
ilavTwvwv à/.pov. Plotémée le place
entre l'embouchure do la (laronne
et celle de la Charente; Marcicn
d'Héraclée, à quatre cent soixante-
quinze stades de l'endjouchure
de la Garonne , à cin([ cent
soixante de celle de la Charente,
soit environ aux six Ireizièmosde
la distance ([ui sépare ces deux
points, comptés à jiartir de Cor-
douan.
Quehpies géograj)iies placent
le Pronwntoirc-flcs-Sniitons à
Blaye; le père Arcère, au Chcl,
près d'Angoulins ou à la pointe
des baleines (ilo de Hé); doni
Pou(piet, dans la presipi'ile d'Ar-
vert , La Sauvagère , au cap
Ghassiron (cnpiit dironis), au
nord-ouest de l'île d'Oléron.
L'île d'Oléron était autrefois
réunie au continent (voir Oléron)
et il- est possible que le relief du
cap Chassiron, très remanpia-
ble sur la ligne des côtes de
Saintonge, ail fait donner à ce
cap le nom de Promontoivc-dcs-
Santons, mais, si nous admettons
l'exactitude des distances du géo-
graphe Marciuu d'Héraclée, l'opi-
nion de dom Bouciuet parait
devoir être préférée.
PROU, adv. Assez, beaucoup.
Car enfui toute crantle dame pour
son honneur doit donner un peu ou
prou.
(Bramôme, Dames Galantes.)
Les princes mo donnent prou s'ils ne
m'ostcnt rien.
(MoNTAic.NK, Essais, liv. m, ch. IX.)
PROl'FITARIiE, adj. Qui
raiJ|)orto du protlt, du hénéllcc ;
en latin : pruliccrc, gagner, aug-
menter.
Li saint et H prodome que Dicx traisl
d'enfer, liquel avoienl menées lor tons
vies douces et por/itables.
{Credo do Joinvule, ch. XXIX, p. i'8.)
.)c les vous quitte — ils sont passables —
Ils sont parbleu bien prou f/i tables.
{Le Diniirea}! l'allieliiiyReniril de Farres,
Sulties et Mnralitès, \\. 1 13.)
PROUFITFR,v. n. Profit(>r,
grandir.
Roses aussi de diverses grandeurs
^^'on ne les cueull sans prouf/itcr
Lpérisscnl.
(l'I. MvHoT, Epilli.dr lie née de h'ranee.)
l'ROLIliliO.V, s. m. Timon
volant a\'('c imc cliaiiui pour
atteler deux bu'ufs devani deux
autres. Latin : protclmii (d'après
M. Jônain). On trouve en vieux
franrais : prunlivru, trait do
TROUST
30S
PUNAIS
corde, courroie, chaîne servant à
tirer une charrette. {Roi{uefort,
Glossaire de la Langue romane.)
PROrST, l'roux, noms
d'hommes. Des vieux mots fran-
çais : prou, preus, pros, prus,
(jui signilîent sage, prudent. En
bas breton : prcws.
PROUVABLE, adj. Certain,
prouvé ou facile à prouver.
Et se ce semble doutable
C'est bien par argument prouvable.
(Jean de Meing, Roman (le la Rose,
vers 5063».)
PROVICJA'EBS, V. a. Cou-
cher en terre des pousses de
vigne pour leur faire prendre
racine, faire des provins.
N'a ne boef ne charrue ne vilain en arée
'Ke-xignc provignié ne coulure semée.
(Wace, Roman rie Rnii, t. I, p. 73.)
PRLWELliE, s. f. Prune
sauvage. En basse latinité : pru-
jiellum , des deux mots prima
nigella.
Transmissas epulas qure prima ni-
[fjella vocantur.
(Venaul. Fortl'.naius, liv. II, poème 16.)
Et encore luy demande-elle souvent
des prunelles à buissons, des cerises
et des poires.
(Quinze Joyes de Mariaye, cb. VIII, p. 101.)
PUAXTISE, s. f. Puanteur,
mauvaise odeur.
Pour la puantise des besles que l'on
luoit en l'ost.
(J. l'RotssAni, Cliron., liv. II, p. 'iflO.)
PUCIIEU, Pucbaud, noms
d'hommes, dérivés des vieux
mois puescli, pucli, colline, mon-
tas'ue.
PliECH, s. m. Colline de
sable sur la côte d'Arvert. Voir
le mot peu, dont piiecli est la
forme gasconne.
PlI۔ET, nom d'homme; du
vieux français : pug, puig, puits;
en latin : put eus. En langue d'oc,
puget signifie élévation, comme
le vieux français : pucli, puy.
PUIiMOJïIQUE, adj . Malade
des poumons, catharreux, asthma-
tique.
Le mardi, 30% M. Hotloman, advocat
en la cour mourust à Paris, en sa mai-
son, pulmonique, en la fleur de son
aagc.
(P. DE i.'EsToiLE, Mémoires-Journaux,
t. vn, p. 47.)
Un fanlosme de corps fiévreux et
\pulmoniqae.
^Ronsard, Elégie XXIX, t. IV, p. oil.)
PUJVAIS, adj. Qui sent mau-
vais du nez — se dit aussi du blé
attaqué du charbon. En proven-
çal : pulnais, où se voit le radical
put; du latin : piitere, puer.
Vilain punès
Fit Kenart, qu'alez vos disant?
{Roman du Renarl, vers 5171».)
On avait autrefois le substantif:
punaisie, puanteur, maladie du
nez.
Nous nous bouchions que nous ne
pouvions durer pour \ixj)uneisie qu'issoit
du sac.
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, p. 265.)
Punaisie ou orajna n'est autre chose
qu'un ulcoTC profond et puant qui est
au dedans du nez.
(Anibroise Paiié, XI, cilé pur LiriiiÉ.)
PUPUT
309
QUASI
PUPUT, s. m. Huppe, oiseau.
En latin : upupa, qui est dérive
du cri ordinaire de l'animal ,
d'après Gh. Nodier, Dictionnaire
des Onomatopées.
Diable! que me conseilles-tu... me
munir de langues depuputz et de cœurs
de ranes verdss.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IH, cli. XXV.)
PUTE, s. f. Faucheux, arai-
j^née do champ. Cet insecte sert
à deviner, dans un cercle de filles,
celle qui se mariera la première.
PUY RAVAUD, nom de loca-
lité. Du vieux français : piiy,
éminence, hauteur. (Latin : po-
dium.)
Traversa les marais et gaigna au
dessus le puy...
(Rabelais, Garganlita, liv. I, ch. XLVin.)
Puyravaud est désigné au
XI» siècle dans la charte de fon-
dation du monastère de la Trinité
de Vendôme, sous le nom de
Poio-Rabelli (poio pour podio) :
In eodcm pago (Xantonico) ego
Agnès conccdo ecclesiam de Poio-
Rabelli cum omnibus ad eam perlinen-
tibus mcim quoque partem exclusè do
ponte Xantonico
(Cliarla Goffrrdi, Coin, .iiidegav.
31 mai 10 iO.)
La fin de ce texte ferait suppo-
ser qu'il s'agit de la colline située
à Saintes, entre les rabanières et
les roches. Le même lieu est
indiqué d'une manière plus pré-
cise dans une charte de 1:270,
constatant une cession au prieuré
de Saint-Eutrope par Foulques de
Malha :
Furchas nionasterii S. Eutropii
cl a dictis furcis proul itur ad fluvium
Karanlonis juxta feodum de Podio-
Ravelli.
{.irch. hist. de Saint, l. H, p. -272.)
Q
QUART, Qiiartnut, s. m.
Petit tonneau dont la contenance
varie suivant les localités.
En l'eminc a deux bichols, au biiMiot
deux quartaux.
((îoustumier gênerai, XVI» siùclo, cité
par LiTinÉ.)
QUAKTACiKUK,s.m.Celui
qui cultive pour le quart de la ré-
colte. Du latin : quartam agcrc
{■s. enl. partem) ou qnarla garba.
Par vos pordi-ge mon froment
Où j'avoic la quarte jarbe.
(Roman, du Rcnart, vers 201-1".)
QUARTERON
d'un cent, d'unr '■■■
^ s. m. Quart
livre. C'est une
mesure de (juanlité (25) ou de
poids (125 grammes.)
Apparcillicr ou mettre par quarlerons
por faire peser au poids le Roy...
{Registre des Métiers d'Esl. BoitEAr, p. 148.)
Loup-garou doncqucs s'adresse à
Pantagruel avec une masse toute d'acier
pesante neuf mille sept cens quintaulx
deux (luarlerons.
(Rabelais, Pantagruel, liv. U, cli. XXIX.)
QUA^il. Qiiuwimonf. adv.
PiH!S(pi(!, pour ain^i dire. C'est le
latin lui-même.
Ilélas quasi qu'amour
Se peust par ces travaux adoucir qucl-
[que jour.
(A. Daït, Egloguc II, p. 5.)
QUEMISE
310
QUIBUS
Au feu que mon cueur a choisy
Jeclez y, ma seule déesse,
De l'eau de grâce et de liesse
Car il est consommé quasy.
(Cl. Marot, Rondeau YI% l. II, p. 130.)
C'est une ville en vérité
Aussi grande quast que Tliébe.
(Molière, Amphytrioii., act. I, ac. I.)
QUEMISE, s. f. Chemise.
La quamisc qui ert bien blanche
Senetie que douce et franche
Estoit celé qui la vestoit.
(Joan DE JIeung, Uomaii de la liosc.)
QUE^'AlLIiE, s. f. Petit
entant, marmaille. Du celtique :
kenaw. M. Boucherie fait dériver
ce mot du saintongeais : qiiener,
vagir, se plaindre.
sont de mauvaise quenaille.
{Gente Poitevinerie, édit. de 1605.)
Les puces et les poux et telle autre
[qtienaiUe.
(Mat. Régnier, Sat. X.)
QUEIVER, V. n. Gémir par
suite d'efforts ou de souffrance,
vagir, se plaindre. En vieux fran-
çais, le mot quenaux désignait
les mendiants, les gueux qui
gémissent pour apitoyer les pas-
sants.
^VE^VEUIIiliE, s. f. Que-
nouille. En basse latinité : conu-
cula, diminutif de colus.
Ilasples ne fuseaus ne keneules.
(Froissart, le Dict don Florin, vers 8i«
— Poé.sies, p. 104.)
Ql'E.VOTTE, s. f. Dent d'un
petit enfant. De l'ancien français :
quenne, dent; mot d'origine Scan-
dinave ; islandais : konnu, mâ-
choire.
Prendre le volt, mes il failli
Kt ne porqu.mt quatre des pennes
L'errcmislrcnt entre les quennes {\).
{Roman du Rcnart, vers 731'.)
QUÉRIR, V. a. Chercher;
du la lin : qiiœrere.
Si averad un meis c un jour de quer
le (2).
[Lois de Guillau)He-le-Conqucrant,
ch. IV — XI» siècle.)
Et ne scéust en nule terre
Nule plus bêle dame querre.
(Guill. DE Lorris, Roman de la Rose.,
Portrait de Dame oyseuse.)
Là me vint quérir mestre Pierre de
Corbon
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys.)
QUÉREUX, s. m. Terrain
nu, cour non fermée entre une
maison et la voie publique. C'est
ce que dans le Bordelais on
aj)pelle : aisines.
Quelques étymologistes tirent
ce mot du celtique : cairn, lieu
pierreux, amas de pierres, qui a
été retrouvé avec ce dernier sens
dans la langue des esquimaux.
QUEUli^IlVE, s. f. Cuisine;
latin ; coqiiina. Le cuisinier s'ap-
pelait, au moyen âge, qiicii, queux,
de coquus.
Et à sa quesine furent asis chascun
jur dis bues gras de guarde.
{Livre des Rois, liv. III.)
QUIBUI^, s. m. Argent mon-
nayé. « Il a des quihus, dit Ledu-
chat, c'est-à-dire des écus, do
quihus Ihint oninia. » On dit
(1) Il voulut le prendre mais il le manqua;
pourtant (|ualrc de ses plumes lui restèrent
entre les dents.
('■î'j II aura un mois et un jour pour le cher-
cher.
QUIGNON
311
RABATER
aussi : il a de quoi, avec le même
sens.
Et besoingna au mieulx qu'il peut
comme dessus, moyenn;int de quibus
que la gouge tant bien sravoit avoir...
{Cent Nniii'i'llrs du rny Louis XI,
ch. LXXVIH, p. Il l.)
Il falloil qu'il vint sus au jus
La fournir à son appclit
Car qui ne fonce de quibus...
(Guill. Cogrii.iART, Plaidoyer de la
Simple et de la Rusée, t. II,
p. 'i-i-)
Ne falotes fourbir vos coquilles
A seigneur ny à coquibus
S'ilz ne vous baillent des quibus.
(Roger DE CoiLEBYE, Sermon pour une
nopce, p. i'2i.)
QUIG^'OA^ S. m. Morceau
de pain, bout de pain, de cuncus,
coin.
La femme de Pierrot un quignon de
[païn coupe.
(Plaisir des Champs, XVI* siècle, cité
par M. LiTTHÉ.)
QUIXAIID, nom d'homme.
En vieux Iraiiçais : sot, camus,
grueux. (Rochefort). Ce inol peut
d'ailleurs cHre considéré' comme
une abréviation de Jacquinaud,
dérivé de Jacques.
O l^ î T E , adj . Affranchi ,
dégagé d'une dette. Du latin :
quietus, tranquille.
A toz jors quitcs on seroiz
Que jamès jors ne l'paicrois.
(Lt Romans de Dolopathos.)
Li lalemclier (1) qui sont haubanier (2)
sont quites de tonlieu (3) des pors qu'il
achètent et de ceux qu'il revendent.
(Est. BoiLEAi-, Livre des Mestiers.)
FI
K.lltAIiE, s. f. Grande pelle
servant à amonceler le grain dans
l'aire — espèce de lilet à prendre
les oiseaux. Dans le glossaire de
Rochefort, ce mot est délini :
espèce d'outil.
RABAIiEU, v. a. Ramasser,
réunir en tas, en se servant ou
non (le la rabalo (voir ce mot).
On dit au figuré : // m'a rabalé
mon argent, dans le sens de
gagner ou escroquer.
RABATEE, s. f. Correction
manuelle, volée tic coujis, Inpage
vioUîiit.Dii vieux français : rabat,
lutin, revenant.
Faisoit le rabas toute la nuict pour
faire miracle.
(Béronlile nr, VEnviiiE, ilnijen de parvenir,
1. 1, p. 110.)
La mommerie dos rabats cl lutins.
(R.vuEiiis, Pantagruel.)
Au XVP siècle, le mot rahatéo
a été un nom propre :
En la maison de Rerjnie Rabattéc, en
la paroisse Saint-M;iur
(Uéclnratiiin de lo.'i.l. — Arch. hist. de
Snintomje, X, 85.)
K ABAT Eli, v. a. Faire du
bruit, remuer bruyamment, bat-
(1) Talemrlier, lioulaiiRcr.
(•2) //(i«/'(j;i(cr, soumis h un ilrnil de plncagc.
;.S) rH;i//V'H,(troii(l'cntroc(Oclroi ou(loiianc);
eu basse latinité : lolconium.
RABOBELINER
312
RADOUBEUR
tre. Dérivé comme le précédent
de rabat, lutin. Nicot et Tripault
le tirent du grec : PâpittEiv, se
promener haut et bas, frapper,
faire du bruit.
Crie, huche, bat et rabasle
Formenl s'angoisse et mult se haste.
(Chronique des Dues de Normaiidie{
t. ni, vers 3-2806».)
esprit donc, bon feroit, ce me semble
Avccques toy rabbâtcr toute nuyct.
(Cl. Marot, Epiijr., t. HI, p. 75.)
RAISOBEIilIVER , Y. a.
Raccommoder, rapetasser.
Il se vauldroit mieux consoler
A rabobelinei' vos soulder
Que de penser à leur foUyc.
{Farce d'un Chauldronnier, anc, lh.fr.,
t. n, p. 106.)
RABO^VXIK, V. a. Rendre
bon, améliorer.
Ces paroles et aultrcs raboinirent et
adoucirent grandement le corage dou
roy d'Engleterre.
(FnoissARi, Chroni'j., liv, I, § 238, t. UI,
p. lOo.)
KABOU^IXf':», V. n. Faire
des plis. Cette étoile est toute
rahousinée.
RACAILIiE, s. f. Réunion
de gens méprisables — homme
de mauvaises mœurs, de basse
extraction. Ce mot dérive d'un
primitif germanique qui signifie
chien, comme canaille dérive de
canis. En ancien anglais : rack;
en islandais : raki ; en vieux
allemand et en hollandais : rakel;
en suédois : racka, signifient
chien. Quelques étymologistes ont
indiqué comme origine le grec :
pàxo;, guenille.
L'iiommc d'cstat et la racaille du
pcuiilc
(Guillnumc Bouchet, Scrces, liv. UI.)
R€IfE, s. f. Teigne des
enfants, maladie éruptive de la
tète.
Porrigo, teigne, râche, roignc
(Texte du XVI» siècle, cité par du Gange,
au mot porrigium.)
Le vieux français avait l'adjec-
tif : raclions, galeux, teigneux.
Et por ce qu'il le tiengne en pais
Li raclions consent le pugnais
Ne se desconfortent de rien
Pour ce que l'un et l'aultre put.
{Bible Guiot, vers 2604».}
RADOUBER, V. a. Raccom-
moder. On disait autrefois vedaii-
hci\ ce qui semble indiquer pour
étymologie : aube, blanc; du
latin : albiis. Cette opinion est
d'autant plus probable que radou-
ber a eu le sens propre et figuré
comme blanchir.
Li barillier puet et doit raparelller cl
radauber les viez fuz méhaignicz.
(Est. BoiLEAU, Livre des Mestiers, p. 103.)
Le dit comte de Charolois se radouba
cl rapaisa avec son père le mieux qu'il
put.
(CoMisKs, Mémoires, liv. I, 1. 1, p. 11.)
L'autrejour que j'estoi assis près d'un
[ruisseau
Radoubant ma musette avecque mon
[alcsne,
Je vy dessus le bord le tige d'un beau
jfresne.
(RoxsAiiD, Ei/l. I, — Poésies choisies,
p. 180.)
RADOUREIIR, s. m. Rac-
commodeur, celui (jui remet un
membre en place. Dans ce dernier
sens, il est synonime de rebou-
teur.
RAFAITER
313
RAISINE
Ce prestre esloit lorreln, excellent
radoubeur, il racoulroil plusieurs estro-
piez dans le païs.
(Agr. d'Aibigné, Fœiicste, liv. II, ch. VI.)
RAFAITER, V. a. AiTanger,
remettre en état, réparer la toi-
ture.
La chose qu'i firent première
Fu en l'église de Saint-Père
Qui auques esteit empeiriée;
Celé fu mult jent r'afailiée.
(Chronique rfcf Ducs de Normandie, t. I,
vers 1U991«.)
RAFFARD, nom d'homme.
Du vieux français : raûarcler,
railler, se moquer.
RAFFET , nom d'homme.
D'après Ménage, dérivé du verbe
rafei\ enlever, ou du vieux fran-
çais : râlait iei\ rafctior, rajuster,
raccommoder.
Sire Hains savoit bon mestier
Quar il savoit bien rafétier
Les côtelés et les manliaux.
(Fabliau de sire Uains et de dame
Anieuse.)
Borel cite le substantif rnfotier
avec le sens d'entremetteur. Dans
la langue d'oc, raiïct désigne le
raifort ou radis noir.
RAFISTOIiER,v. a. Arran-
ger, raccommoder. Dans la Suisse,
on dit vapistoqucr et rahistoquev.
On trouve dans le vieux français
le verbe appistoJcr avec le même
sens :
Et povcz bien penser si le bonhomme
est bien aise de se estre ainsi appislolé.
(Les Quinze Juyes du Mariaije.)
RAGA\'E, s. f. Rigole. Dans
l'Aunis : raqalc (voir glossaire
de 1780). Du vieux français :
rager, rayer, couler; dérivé du
\{\lin -..rigare. On trouve dans le
glossaire de Roquefort : ràgasso,
inondation causée par de fortes
pluies.
RAIMBAID, RaiiihaïKl.
noms d'hommes dérivés du ger-
manique : raim-hald (conseil-
hardi), d'après Lorédan Larchey
{Dictionnaire des Aoms.)
RAIXAIi, Rainaiid, noms
d'hommes dérivés du germani-
que : 7't\9iiifl/f/(^consciller-ancien),
d'après Lorédan Larchey.
RAIXE, Raue, s. f. Gre-
nouille, dont le diminutif est
rainette; du latin : rana.
Ki enveiad en eals tute manière de
musches, qu'elles manjassent e reines
qu'elles déperdissent? (l)
(Livre des Psaumes, ps. ", vers. 45,
p. 14-2.)
Et il gist en cel fossé mors
Tôt eslendu com une raine.
(Poème du Renart, vers o983«.)
Jadis avint qu'en un cslanc
Entur les rives et ou fane (2)
Ot des raines granl cumpaignies.
(Mnrie DR France, Fable XXVl, t. II,
p. 115.)
RAIS,
radius.
m. Ravon. Du latin :
Si revient toute enluminée
Des rais que li soleil li monstre
C,)ui d'autre part reluit encontre.
(G. DR Loniii.i, Roman de la Rose,
Tcr8 .1808*.)
raisim:
m. Confiture
(1) Quis immisii in cisomncgcnus muscarum
ulconicderenl cns cl ranas ut dcperdcreut cos?
(2; Ou faite, dans la vase.
RAI5INETTE
311
RAMU
faite avec du mont do raisin et
des fruits. Ce mot était féminin
autrefois. Olivier do Serres donne
la recette do la raisinée au
tome II, page 033, dô son Théâtre
cV Agriculture.
RAISIXETTE, s. f. Mauvais
raisin, petit et mal mûri. Dans le
vieux langage de Lorraine :
résinet, raisin.
Pommes, poires de mainte guise
Et en vayr (automne) le résinât.
{Guerre de ileli, st. U, p. 108.)
RAIii:, s. f. Jambe. Tirer h
raie, marcher péniblement.
Il existe près de La Tremblade
un village des Balles.
R.\TiER (.se), R aller (se),
v. réll. Marcher en se glissant, en
se frottant le long d'un abri qui
vous cache.
Je voyois aussi le renard qui se
ralloit le long des buissons, le ventre
contre terre
(Bernard Palissy, lieceple Véritable,
p. 111.)
R'AIiliER, S'en r'allcr,
v. réll. Retourner, s'en retourner.
Li emperères Alexis s'en r'alla en la
ville.
(ViLiF.HARDoiiN, Couq. (Ic Cuiislantiitnple,
p. 75.)
En si prisent congé pour râler en lor
pais.
(//vV/., p. 413.)
Se je ne savoïe parler
Il m'en faudroit de ci raller.
(Jeh. FiioisnKiiT, Plaidnierie de la
Roze et de la Violette, p. 132.)
Raluns nus en, si feruns bien;
A tant li lièvre rétamèrent
En lur contrée s'en r'alèrent.
(Marie dp, Fhance, Fable XXX, t. H,
p. 160.)
RA]?IE, adj. Rnmcux, garni
de branchages.
Se dit aussi des légumes tels
que pois et haricots qui ont
grimpé à des soutiens de bran-
chages :
Et que l'oiseau parmy les bois ramez.
(Ronsard, Amours, 1. 1, p. 90.)
RAITIEIiliE, s. f. Anse d'un
panier, généralement faite de
tiges tlexibles dépouillées de leurs
fouilles et tordues. De raniellus,
diininutif de ranius, rameau.
RAlIFilfRAI, forme irrégu-
lière du futur du verbe ramener.
Tel parule direit pur veire
Dont l'arundoille recevreit
Et li moingnels li remanreit.
(Marie de France,FûW(? L.Y.YX/K, t.H,
p. 3o0.)
RAMER, V. a. Garnir un
champ de branchages pour y faire
s'y attacher des haricots ou des
pois. De ranms, rameau.
RAMPOJVER, V. a. Railler,
critiquer.
Folie est d'autrui ramposner
Ne gens de chose araisoner
Dont il ont anui et vergoigne.
(Le Sentier batit. Fabliaux et Contes,
t. I, p. 100.)
Quant la dame s'oïl si ramposner
Vergoigne en ot
(Queues de lictliune — Romancero
français, p. 107.)
RAHIU, adj. Rameux, qui
a des branches couvertes de
feuilles. Le saintongeais dit sur-
tout ramé. (Voir ce mot.)
RANCIIE
3lj
RAQUER
Foilles i avoit à plenlé
En tout le plus lonc jor d'cslé
N'i péussiez choisir le ray
D'où soulcil, tant par est ramns.
{Li Lais de l'Oiselel, Ters 60«.)
En Berlain revenrai qui ert au bois
[ratmi.
(Li Rumaits de Bertc aus yrans pics.)
RAXCIIE, s. f. Ridelle ou
fourragère de charrette; du bas
latin : ranchonum.
Le suppliant frappa icelui Perrinot
d'un baston ou ranche de charreUe.
(Teito du XV» siècle, cité par Df Gance,
Gloss. de la Ba^se lalinité.)
RAIVDOIV, s. m. Elan, essor.
Le français a conservé randonêe
dans le langage de la chasse.
Et emmi ol une fontaine
Dont l'ieaue estoit et clère et saine
Et surdoil de si grant randon.
(Li Lais de l'Oiselet, vers 53".)
El quant il fut chëu geule baée
Si li pisse el visaige de randonêe,
{Fabliau d'Audif/ier. — Recueil de Bar-
bazait, i. IV, p. ■iiS.)
m.\S€M (de), adv.En rang, en
ligne droite — de suite, consécu-
tivement.
Plus on voit de choses en un seul
livre en trois mois que n'en sauroient
voir à l'icil et entendre par expérience
vingt hommes de irang vivans l'un après
l'autre.
(Ph, DE CoMi:<E3, Mémoires, liv. H, i.I,
p. lOii.)
Je ne luy ouy oncques dire qu'il fust
las et si ay esté sept années de ramj
en la guerre avec luy
(/M., 1. 1, p. 31.)
RAPE, s. f. Grappe de raisin
dont les grains ont été enlevés —
grappes sur !os([uelIcs on met de
l'eau pour faire de la piquette.
Allemand : rnppe, grappe; pro-
vencftil : raspa; italien : raspo.
Les râpes de leurs raisins bruslent et
calcinent les lamines d'airain et les
réduisent en vert de gris.
(Bernard Palissy, Reccpte lVr(7aWc, p. 30.)
RAPK, s. m. Piquette, bois-
son obtenue en faisant fermenter
avec de l'eau des raisins ou du
moût. Ce mot était français au
XVIP siècle, et se trouve dans
Richelet, édition de 1680. En
basse latinité, raspctum avait le
sens de vin renouvelé, vinum
recentatum. (Voir du Gange.)
Qui vinum suprâ uvas habuerit quod
raspetum vocatur, in tavernis ipsum
vendere non polesl.
(Charta llenrici duc. Brub. pro commu-
nia DruxelL, anno l-i-i'J.)
Aucuns font ce vin qu'on appelle
rappé dans des tonneaux défoncez d'un
costé
(Olivier de SEnnEs, Théâtre d'Agriculture,
liv. ni, p. 197.)
RAPER, V. n. .Grappiller,
chercher les raisins oubliés par
les vendangeurs. (Voir nipc.)
RAPETASSER, v. a. Hapié-
cier, raccommoder. Du vieux mot
pétasse, augmentatif de pirce.
Je veiz Diogènes qui faisoil enra-
ger Alexandre le grand quand il n'avoil
bien rapetassé ses chausses.
{Rx»f.ikis, Paiilagruel, liv. II,ch. XXX.)
En patois toulousain : petassou,
ravaudeur. (Voir le Glossaire des
Poésies, de Goudoulin.)
RAQL'E, s. f. Diarrhée.
(Voir raquer.)
UA^L'ER, v. n. Aller en
RAQUITER
316
RAVAUD
diarrhée. En vieux français
raquioi\ cracher, du latin scrcarc.
HAQriTER (sc\ v. réfl.
Regagner ce qu'on a perdu. Cette
expression était encore usitée au
XVIP siècle :
Je perdais dix pisloles, mais à la fin
j'ai joué de bonheur et je me suis ra-
quité.
(Exemple cité par Richeiet, Dictionnaire
français, éd. de 1680.)
RASCOr'ET, s. m. Détour
subit d'un sentier, d'un animal,
d'un oiseau. Le lapin chassé, la
bécassine prenant son vol, font
des rascoucls. M. Jônain écrit ce
mot : racoit.
KASIBUS, prép. Au niveau
de, tout près de, prononcé en
saintongeais : rasihii.
Hz lui ont arrasé son chasleau or ils
l'ont desmolié rasibus de terre.
(Palsgrave, Eclaire, de la lanij. franc.,
p. 669, col. 2.)
Comme il passait rasibus du cliastcl,
véisiiies les archers delà garde du Roy
devant la porte qui ne bougèrent.
(Ph. DE CoMi.NEs, Mémoires, 1. 1, p. 23.)
Il prend son arc et sa fleschc, et vous
descoche rasibus l'image du saint.
(Bonay. des Périer3, Contes et Juyeii.v
devis, conte 124«.)
RASIIV, S. m. Raisin, en
latin : racemus, grappe, raisin.
Eave douce, vin et bescuit
El rasins ses et autre fruit.
(lioman d'Alys et Profdias.)
RAT lïE CAVE, locution
injurieuse pour désigner les com-
mis de la régie. Expression très
ancienne que Le Duchat définit
ainsi : Rat de cave, petit commis
employé par les fermiers des Aides
à fureter dans les caves pour
exiger les droits du roy sur le vin
qui y est. {Remarques de Le
Duchat, t. II, p. 534.)
La même signification se trouve
dans Richeiet, Dictionnaire fran-
çais, éd. de 1G80.
RATE, Raticlic, s. f. Petite
dent, dent de lait. Corruption du
latin rac?jfAr,racine.
RÂTELÉE, s. f. Ce qu'on
peut enlever d'un coup de râteau
— abondance de paroles, d'in-
jures. Dans le second sens,
râtelée vient de rate; dire sa râ-
telée, est synonime de décharger
la rate. Ce dernier mot avait au-
trefois pour synonime: râtelle.
Desopile la râtelle, soulage les roi-
gnons...
(Rabelais, Pantagruel, liv. lU, ch. IV.)
Nous declaira à pleine voix
Qu'il en diroit sa râtelée.
{Cor!riLLA.m, Enqucsle de la Simple et
de la Rusée.)
Mon amy j'ay bien au long entendu
vostrcgrant râtelée qui, à la vérité dire,
me baille à congnoislre que je n'ay pas
esté si saige comme je déusse.
{Cent nouvelles du roy Louis XI, p. 225.)
RATOIJÈRE, s. f. Piège à
rats.
La ralou'cre des théologiens.
(RiiiELAis, Pantagruel, liv. H, ch. VH.)
Les secrctains avec une ratouère
prirent une souris qui estoit pleine et
feit cinq petits souriceaux dans la ra-
touère mesmc.
(Amyot, Hommes illustrés de Plutarque,
Vie de Sylla.)
RAVAU0, Ravard, noms
d'hommes dérivés de rave. En
RAYBAUD
317
REDOUTEUX
Auvergne, on appelle ravni'cil un
espèce de bàfon.
Le vieux verbe r.ivir, courir,
marcher, se promener, donnerait
à ces noms la signilicalion de
ilâneur.
llAYR.Vi;» , Kcybaud ,
noms d'iiommes provenant du
germanique vagemhald (conseil-
hardi), abrégé plus tard en vein-
bald et reinhoald. (Voir Loréd.
Larchey, Dict. des Noms.)
RAT.nOXD , Keynioiid,
noms d'hommes dérivés du ger-
manique i'R(jcn-mund (conseil-
refuge). En latin nif/neiinindus,
très anciennement abrégé sous la
forme raimund. (Voir Loréd.
Larchey, Dictionnaire des Noms.)
RÉ, nom de localité. Ile ià
l'ouest de la Rochelle, peu élevée
au-dessus du niveau de la mer,
et tout-à-fait dénudée ; on a pu,
pour cette raison, l'appeler île
rase, raise ou même rôe. Ce
dernier mot était le participe
passé du verbe rère, raser.
La leste me vouloil jus des csj)nule3
[rère,
(Bcrtc aus graas pics, vers 3398'.)
Dans le vieux français où trouve
raiz, rez, terrain uni, terrain de
plain pied, et rez, préposition
d'oîi nous est resté : rez-de-
chaussée.
Corone flst, si se londi
Comme moines rés el tondus,
(Wacb, Homan de Brut, vers 81C"2*.)
Puis raza rù: pied, ni terre toute la
forteresse.
(Amïot, irad. do PtiiAByiE, Vif de
Démétrius.)
En vieux français. Ré a eu
aussi' la signification de bûcher.
Menée fu la roïne
Jusques au ré garni d'espine.
(Roman de Tristan, t. I, p. ul.)
Au XVP siècle, le nom de cette
ile s'écrivait avec un h : Bhé,
où les éfymologistes ont cru
trouver un souvenir de 'Pîx, fdle
d'Uranus et de la terre et femme
de Saturne, ou du verbe "PeTv,
couler.
Dans le latin du moyen âge,
\)onv désigner l'ile de Ré, on
trouve : insula liea ou reacus,
insula Iiadi {Gallia Christiana),
et même dans une Charte de 845
par Gharlcs-le-Ghauve : Insula
Rodi, ce qui est probablement
une erreur de copiste pour Radi.
R EAUX, nom de localité, can-
ton de Jonzac. En vieux français.
rôal, réaii, signilient : royal.
RKBOl'TKR, V. a. Remet-
tre en place, replacer — raccom-
moder, du vieux verbe français
bouter, placer. (Voir ce mot.)
El fcsoient en terre fosses :
Ks roclies et es tiges grosses
Dos chesnps crues se reboloient.
(Jean dp Mri î(o, Roman de la Rose,
Ters 914l«.)
Or ça, reboxilo7ts noz couslcaux
La dinéo est bion acomplyc
Faites ester table et tréteaux.
(Noi'l DR La CiiFsxiïE, Compdamnacion
de liancquet.)
RI-:ilOUTI':i;X,s.m.Rebou-
teur, empirique (pii réduit les
luxations, les entorses. Du verbe
rebouter. (Voir ce mot.)
Aux XVI" et XVll" siècles, on
disait ronoucurs. (V. Richelet,
éd. de 1080.)
22
RECHIGNER
318
REINIER
Les vuljîaires, à bon droit, appellent
eeux qui réduisent les os fracturés ou
luxés, rhabilleurs ou renoueio's.
(Ainbioiso Pakk, Chirurgie, XIII. 4 —
cilé par M. LnriiÉ.)
REenm.^'ER, v. n. Faire la
moue, gronder, du radical ancien
rèche, âpre au goût ou au toucher.
L'une est trop dure, l'autre a cuieon
Dont nous sommes en grant friçon
Qui sovent nous fout rechingnier,
Bouche clorre, les iex clingnier.
{Le dit des vins, vers 81».)
RECHiexOUX, adj. Har-
gneux, grognon ; même radical
que rechigner. (Voir ce mot.)
Quo l'est ine étronge chose
Que d'aver dans sa moison
Ine famé rechinouse
Et qui n'a poin de rason.
{Rolea de la geiite Poitevinerie, éd. de 1GG6.)
• Dans le vieux français, on a dit
dans le même sens : rechigné.
Il estoit rec/tîj/ne, hargneux et solitaire.
(Ronsard.)
RECROÇUIIiIiÉ,adj.Reco-
quillé, recroquevillé. Dans le dic-
tionnaire de Gotgrave on trouve
recroquebillé.
Recroquillées et crossues
Avoit les mains ycelle ymage.
(G. DE LoRRis, Roman de la Rose,
vers 186°.)
REDO]V, nom d'homme. En
vieux français : redon, gros
bàlon, rcdoun, rond.
REOARRURE, s. f. Regard,
façon de regarder.
Quant vostre dame d'aventure
Jettoit en allant à l'offrande
Sur ung aullre sa regardiire.
(Martial D'AuvEnoME.)
Ri:CrE, s. f. Rang de vigne,
sillon d'un champ. Basse lalinilé :
ren (1), en langue d'oc : rega; en
italien : riga. Go mot parait déri-
ver du ccllique, car, en gallois,
rhig signifie raie creuse, rainure ;
en breton, le verbe rcga veut
dire creuser des sillons, faire des
rigoles.
Per una rega
Aney vas ley d'ung garag (2).
(Leys d'amors, cité dans le lexique
romnn de Kavnouakd.)
REGOUIlIIiliOXiVER, v.
n. Faire un repas bruyant, un ré-
veillon. Du vieux mot gobelin ;
en basse latinité, gobelinus :
diable, démon, lutin. (VoirRoque-
fort.)
Depuis ne feismcs qu'un repas,
lequel dura tout le jour et ne savions
si c'estoit diner ou souper, gouster ou
regoubillonner.
(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. VII.)
REGIVARD, Reg^naud,
Rcguier, noms d'hommes déri-
vés des mots germaniques re,<7/w-
hard (conseiller-aguern), reginald
(conseiller-ancien), i'er7/;2/^e/' (con-
seiller-auguste), d'après Lorédan
Larchey, Dictionnaire des Noms.
Le premier de ces noms attri-
bué comme sobriquet au héros du
poème du XI" siècle (Roman du
Renart), a fait abandonner les
anciens noms de goupil et verpil
donnés jusqu'alors au renard.
REIIVIER, Renier, noms
d'hommes qui peuvent être con-
sidérés comme une forme de
(1) Unam plantam quœ vocatur longa rea.
(Voir du Gange, verbo Planta.)
{'■2) Par un silloQ d'ua guéret aujourd'hui
j'allai ù elle.
REMANANT
319
RENAUD
Rognier (voir plus haut), mais
aussi comme sii;-nilinnt renégat,
infidèle, du vieux français rcnoié.
Il me fist amener mes mariniers
devant moy et me dit qu'ils estoient
tous renoiés et je li dis que il n'eust jà
fiance on eulz.
(JoisviLiE, Histoire de S. Loys.)
Le nom de Reinier se trouve
cité dans la Chanson de Roland :
Co, dit Rollanz : bel cumpainz Olivier
Vos fustes filz al bon cunte Reinier.
{Chanson de Roland, vers 'J-20T«.)
RK:?ÎAXA^'T, Renieiiaiit,
s. m. Reste, restant, du latin
rcmnnei'o. On dit aussi dans le
même sens: demeurant.
Il se iroient combalre au conte de
Champaigne et au duc de Lorraine et
atout le rcmenant de sa gent.
(■JoisviiiF, Histoire de S. Loija, 6J. 1761,
p. 19.)
Desquex II sols VI deniers li mcslres
des molins a VI deniers pour s'amende
et li chapitres le remanatd.
(Est. BoiLEio, lleg. des tiestiers, p. 19.)
Qu'il i avoit d'oisiaus trois tans (1)
Qu'en tout le remanant de France.
(Guill. DE LoHRis, Roman de la Rose,
vers 483'.)
Li aucuns sont mortz et roydiz
D'culx n'esl-il plus rien maintenant
Repos ayent en paradis
El Dieu saulve le retnenant.
(Fr. Villon.)
Rr:?IBAKKE:R, y. a. Ad-
monester sévèrement — rcmolli'e
quelqu'un à sa place avec rudesse.
Toutes fois esloit besoinp de s'y pré-
parer pour rembarrer l'audace do ces
coquins (car lelz a|(pcloit-il les predi-
cans et menistrcs) qui se vantent jà
d'avoir tout gagne contre nous.
(ClsuJo IIato.'<, Mémoires, l. I, p. li>3.)
(1) Trois tans, trois fois autant.
S'ils, m'eussent trouve menteur, ils
m'eussent bien rembarré.
(Bernard Palissï, Discours Admirables,p. '2^.)
RK:yiECIIi, s. m. Pis de la
vache.
Plus on pénètre en eux, plus on sent
[le remeiigle.
(Mathieu Rbgmibb, Satire XI.)
RE.niRER, V. a. Regarder
avec plaisir, avec attention —
admirer. (Voir mirer.)
Alixandre li rois y esgarde souvent
Et quant l'a remiré, si fait son serc-
[ment
Que lot ainsi fera se il vit longement.
(Roman d'Alexandre, p. 'Ï9.)
Là ne se voit fontaine ni verdure
Qui ne reinire en elle la figure
De ses beaux yeux et de ses beaux
[cheveux.
(RoNSABD, Amours, t. î, p. 47.)
RFITIUER Cse), v. réfl. Chan-
ger de place, d'hahitation.
De ce se déivent purpenser
Cil que se voelent remuer
Et lor ancien liu guei-pir.
(Marie dr Fhincb, Fable XXX, t. II,
p. IGO.)
REX", adv. Rien, prononcé
rciin. Ce mot vient de l'accusatif:
rem, chose.
Aler i poez, bels amis.
Ne vous serrad de ren le pis.
(Résurrerlion du Sauveur, Mystère
Uu \I* siècle.)
Nule ren que il demandent ne lur est
(deniurel.
( Voyage de Charlemagne à Jérusalem,
>er» il7*.)
REXAUD, nom d'homme; du
vieux nom germanicpie : Rcnald;
du latin : Rcf/inakliis. Le nom de
RENOU
390
REQUINQUER
Benaud a été porté par plusieurs
seigneurs de Pons, et notamment
pai" celui qui mourut vaillamment
à Poitiers en défondant le roi
Jean,
Un autre Renaud, de Pons, fut
un des arbitres choisi par Jean,
roi d'Angleterre, pour concliu^e
une trêve de cinq ans avec Phi-
lippe, roi de France.
Rerjinaldus dePontibiis, senior, abbas
S. Joannis Angeliacensis et decanus
Xanctonensis...
(Lettre de septembre 1214. — Trésor
des Chartes.)
REXOU, Renoua, noms
d'hommes d'origine germanique ;
le premier dérive de ragonulf
(conseil-loup) ; en latin : raganul-
fus; l'autre, de ragenold (conseil-
ancien); abrégé en Renold. En
langue d'oc, ces noms ont la
signification de grandeur. (Loré-
dan Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
En 1611, le prieur de Saint-
Eutrope, de Saintes, s'appelait
Claude Renou.
REPAIRE, Repéré, noms
d'hommes, du vieux verbe repai-
rei\ revenir; en basse latinité :
repalriare, ainsi défini dans un
des plus anciens lexiques connus :
Repatriat, ad patriam redit. (Isi-
dore de Séville.)
En son voiage s'en ala
Si tosl com'il pot rcpaira.
{Le Castoiement d'un père, Fabl. et
Contes, t. Il, p. 108.)
Le vieux substantif : rcpairier,
retour, rapatriement, aurait mé-
rité d'être conservé :
Au repairier que je fis de Provence
S'esmul mon cuer un petit de chanter.
(Perrin b'Awcecort.)
RÉPOAR, Répounn, part,
passé du verbe répondre pour
répondu. Ce verbe a, en Sain-
tonge, d'autres temps de formes
particulières : présent : répou-
nons; prétérit: répounis; futur:
réponrai.
Vous réponez hari hari
C'est por l'amor de mon mari
(J. DE Meung, Roman de la Rose,
vers 8G"'2".)
Et l'ayant enquis pour qui il faisoit
la dite table, auroil respon qu'il la ven-
doit...
(Reg. de la Juridiction de Bourges, i620,
cité par le comte Jaubert.)
RÉPO^'SE (faire), locution
pour répondre, usité surtout pour
écrire une lettre en réponse à une
autre.
Au jour que cil esteit semuns
(Jui deveil fère sun respuns,
De Cordoan prist une pel...
(Marie de France, Fable XLYIII, t. II,
p. m.)
REPOUS, S. m. Repos.
Son reconfort et son repous...
(Bonav. des Périehs, Adriennc.)
REPOUSER, V. n. Se repo-
ser.
Tu me donras. mon espouse
I)it-ii, ce sac qui réponse
Plein d'or, de ducat choisi
En quelque cofl'ro moisi.
(Amadis Jauym.)
REQVI^^^UER, V. a.
Egayer, rajeunir, regaillardir;
s'emploie surtout dans le sens
rélléchi.
Le plus souvent il se dit à vieilles
gens, juxtâ vulgarem canlilenam Tolo-
son.un : requinque te, viello, requinque
te donc.
(Odde de Triobs, Recherches sur la
Lany. tolosane, cité par LiiinÉ.)
RESPECT
321
RETOUBLE
RESPECT (sons Totre),
Respect (parlaut par). Ces
locutions courtoises et autres
analogues sont Iréqueniment em-
ployées par nos paysans quand ils
nomment certains objets incon-
grus ou certains animaux comme
l'âne, le porc.
... Les pourceaulx [Dieu soit avecques
nous) ne mangent que niirobolans; les
truycs en leur pésine (saulve l'honneur
de toute la campai g nie) ne, sont nourries
que de fleurs d'orangiers...
(Rabeius, Pantagruel.)
Les saintongeais employent
quelquefois la locution : révé-
rence parler, précaution oratoire
de môme espèce :
Fallu qui se cachi (Dieu béni la cré-
tiantéj, révérance, dans le privé...
(Agréable confcrenre de deux paisans,
Mazarioade do 1649.)
RESPIR, s. m.
souflle, haleine.
Respiration,
Mandez vos homes sans prendre nul
[respir.
[Roman des Loherains.)
Ainsi froideur et mortifère place
Prinl peu à peu en sa poitrine place
Lui esloupant les conduitz de la vie
El le respir sans lequel on desvie.
(Cl. Mahot, ilctam.^ liv.H, t. HI, p. 214.)
RET, S. m. Filet pour prendre
les oiseaux. En français moderne,
ce mot n'est usité qu'au pluriel;
jusqu'au XV* siècle, il est em-
ployé au singulier et du genre
féminin. Du latin : rcle; au plu-
riel : relia. En provençal : ret.
Le peschcur prist en sa rcz une table
d'or.
(Christine de Pisah, Hisl. de Charles V.)
L'évangile est une rets pour attirer
toute sorte de poissons.
(Calvis, Inslilulion Chrétienne.)
Ronsard a écrit ret au mascu-
lin :-
Main, un beau lis, poil, un beau ret
[de soye.
(Ronsard, Amours, liv. I, 1. 1, p. 1-2.)
Plus anciennement, le mot s'est
écrit roi toujours au féminin :
Il avint à un péchéor
Qui en la mer aloit un jor
En un batel tendi sa roi.
[Du preudnme qui rescolt son com-
père de noier. Fabl. et Contes,
t. I, p. 87.)
RÉTAUD, nom de localité,
située près de Samtes. Du vieux
français : restaule, retaille, reta-
ble, autel, ou des mots retel,
reteau qui, au moyen âge, signi-
fiaient barrière, herse.
RETIIVT, part, passé do
retenir.
Or est avisé que durant ma peine
Je fus retins pour ami précieux.
(Jean Marot, Poésies.)
RETORET, nom d'homme,
dérivé de retord, rusé.
RETOR^'ER, V. n. Retour-
ner, s'en retourner.
Le soleil, guidé du capricorne,
Donne espoir que bientôt devers nous il
[retornc.
(Sccvole DE Saime-Marihe, La ^uit de
Noël.)
RETOrRIiE, Retulilc,
s. m. Cliaiup hérissé do brins de
paille tenant aux racines. En
basse latinité : rcstipuhis, terre
lal)Ourée où il reste (le la ])nille ;
du latin : stipula, paille. (Voir du
(~lange, Glossaire de la Basse
latinité.)
REVANCHER
332
RIBEROU
C'est sottise telle que du charretier,
lequel sa charrette versée p;ir un i'etouble
à gcnoilz implorait l'aide de Hercules.
(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. XXI.)
KEVAIVCMEK (se), v. réfl.
Prendre sarevancKe — se veng'er.
On dit aussi se revcngcr. (Voir
ce mot.)
Il est maigre et tourmenté de noise
car elle ne sceil où revencher du mal
qu'elle ait sinon de lui.
[Les Quinze Joyes du Mariage, ch. XII,
p. 13-2.)
Vray est qu'il se revanchoit bien et
en toutes sortes dont il pouvoit adviser.
(Bonav. des Péhiers, 47" nouvelle.)
Je scay bien ce qui en seroit
Car le chien se revencheroit.
(Gilles ConnozET, Fables d'Esope,
p. m.)
REVEIVGER (se), V. réfl.
Se venger.
Car cilz qui se revenrje depuis qu'il est
[sourpris
Et par son grant orgueil ne veut crier
[mercis
S'il meurt en cel estât je dis qu'il en
[vaut pis.
(Poème de Bertrand Duyuesclin,
vers iJllGU».)
L'aultre qui vit sa compagne oultrager
Laissa la danse et la vint revenger.
(Cl. Mabot, Epilres, p. 180.)
Se défendre et se revenrjer de ceux
qui entreprendroient de l'assaillir...
(Fr. Amïot, traduction de Daphnis et
Cliloé.)
REV£i\'RAI, futur irrég. du
verbe revenir.
En Berlain revenrai qui est au bois
[ramu.
{Roman de Berte aux grands pieds.)
Et quant il revenra, s'il en escape vis
Le raein cors li otroie, de bon cocr à
[loudis.
{Le Vœu du Héron, édition de La Curno
de Sainte-Palaye.)
REVIIiliET , Rcvillon ,
noms d'hommes formés d'un nom
de localité : Reville; du latin :
régis villa, domaine royal.
MEYIRER, V. n. Retourner,
se retourner, augmentatif de
virer. (Voir ce mot.)
Et quand j'euz bien viré cl reviré
Dedans mon lict et beaucoup souspiré.
(Cl. Mauot, Elégies, t. II, p. 27.)
Ces bons cordeliers oyans ce bruit de
femmes saillirent puis se revirèrent.
{Cent nouvelles du roi Louis XI, 30" nou-
velle.)
BIRADT, s. m. Ruban.
Je voudrois être le riban
Qui serre ta belle poiltrine.
(Ronsard.)
11IB2AUD, nom d'homme.
Au moyen âge, les ribmids étaient
des soldats à pied, d'où le nom
de rihaudes donné au.K femmes
de mauvaise vie qu'ils traînaient
à leur suite. En basse latinité :
Rihaldus.
Skinner, dans ses étymologies,
explique ainsi le mot Ribaud :
Rihald à gallicâ Ribauld, italianâ
Ribaldo; nebulo, scelus, furcifer,
impudens, scortator, hoc à Re
intensive et gallicà Daiid, italianâ
Baldo, audax, impudens.
Et ce mesme iour arriva à Paris deux
cens archiers Et tout derrière icelle
compaignie aloyent à cheval huit ribaul-
des et ung moine noir leur confesseur.
(Jehan de Troyes, Chronique du roy
Louis XI, p. 49.)
RIRÉROU, nom de localité
située sur la Seudre. Du mot
gascon : ribeyre, rivière. En lan-
guedoc, riberol signifie riverain.
RIBOULE
323
RIGOLER
RIBOriiE, s. f. Gros bout
d'un bâton (Glossaire Rochelais
de 1780) — massue, sorte de
bâton plus gros par un bout que
par l'autre. (Roquefort, Glossaire
de la LauQue romane.)
RlBOUIiER, V. n. Rouler
comme une boule, moins usité
que déribouler. (Voir ce mot.)
RUBOUIjUT, nom d'homme,
dérivé de riboule (voir ce mot) ;
dans la langue d'oc, rihoulet
signifie court, trapu.
ISI€ABD, Micaiid, noms
d'hommes, d'origine gcrmani(jue.
Le premier dérive de ricohard
(riche-aguerri) , Vl" siècle; le
second, de ricoald (riche-ancien),
VIII° siècle , d'après Lorédan
Larchey, Dictionnaire des Noms.
RICASSEK, V. n. Ricaner
— rire sans raison.
A ces motz les filles commencèrent
ricasser entr'elles.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LU.)
RICHARD, Ricliardcaii,
Richaud , noms d'hommes ,
signifiant homme riche. Au
VHP siècle, on trouve déjà écrit
la forme actuelle : Richard; latin :
Ricardus; c'est une abréviation
du germanique : rico-hard (riche-
aguerri.)
RICIIK, adj. Beau, bon —
un riche temps, un riche vin.
Et y eut maint riche coup féru entre
les portiers.
(MoNsTnEi.ET, citron.)
RICIIOU , Ricoiix., noms
d'hommes; du vieux germani-
que-; r/cw/Âpuissant-loup), en 777,
d'après Lorédan Larchey.
RIÈRE, Rlé, adv. En
arrière. Cri des charretiers pour
faire reculer leurs chevaux. C'est
le vieux français : ricre; du latin :
rétro. On trouve au moyen âge :
rère-garde pour arrière-garde;
rière-ban pour arrière-ban.
En dulce France s'en repairral li reis
Sa rcregarde lerrat derère sci.
(Chanson de Roland, vers 5"3".)
Lui pris flamens à mort ric7'e
Raoul de Néele son frère;
Cils ne sont pas le rière-ban.
(Guillauino Gcurt.)
RIFAU», s. m. Radis noir,
raifort. C'est également un nom
d'homme qui pourrait être dérivé
du vieux français : ri/Ter, arra-
cher, écorcher, plus usité sous la
forme rider. (Voir ce mot.)
RIlPIiER, V. a. Raser de
près, enlever des ripes avec le
riflard, espèce de varlope, ra-
boter.
Se trenchièrent, si cume fud lur usa-
ges de cullels et rif/lèrcnl la chara
jusque il furent sanglenz.
(Livre des Rois, trad. du XII» siècle.)
RIFOGtT, s. m. Raifort, radis
noir. (Voir ril'aud.)
Des pieds de bœuf rolis, lardés do
ri fort
(Noël DU Fail, Propos Rustiques.)
Rir.iOI^FR, Rijïoulcr, v.
n. lS'anius(M\ so divcrlir. Lu vieux
français avait ce verbe et le
substantif: rigolage.
RIMER
321
RIPE
El crucusement me déçul
Quant oncques vostrcs foi rcçui
Le jor de noslrc luariaii^'e
Por moi mener tel rigolaige.
(Jean DE Mei-rg, Roman de la Rose,
vers 8689'.)
C'estoyt passelcmps oclesle les vcoir
ainsi soy rigouller.
(RkBBiui, Gargantua, liv. I, ch. IV.)
RIMER, V. n. Se dit de la
viande ou du ragoût qui brûle
dans le vase et prend un goût de
graillon. Cela sent Je rimé, dit-on
alors. Il faut connaître ce sens du
verbe rimer pour comprendre le
jeu de mots de la phrase sui-
vante :
Quoy? dit Grandgousicr, mon petit...
as-lu prins au pot, veu que tu rimes
desjà?
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch, XIII.)
KIIVCÉE, S. f. Corrrection
violente. (Voir rincer.)
RIXCER, v. a. Battre, don-
ner des coups à quelqu'un, lui
administrer une rincée.
Jehan Levasseur dist audit Regnaudin
qu'il le rainseroil autre part.
(Texte du XIV» siècle, cité par dc Gange,
au mot rama.)
L'orthographe rainser est la
bonne, car ce mot dérive du vieux
français : rains, rameau, branche,
comme fustiger de ï'ust, bois.
Li quels rois Locys fu ainsi com li
rains qui est novellemenl trenches d'un
très bon arbre...
(GuilLiume de Namcis, Annales dc
Saint-Louis.)
Un lox esgarda un culun
Ki queilloil desoz un buisson
Rainsiax dunl voleit sun nis fcre.
(Marie de Fiiakck, Fabie XCIX, t. II,
p. 390.)
RI^'CIIER, V. n. Ruminer.
Onomatopée qui désigne le mou-
vement de la mâchoire inférieure
des ruminants. On croit entendre
le frottement des inolaii^s.
RIORTE, Riotc, s. f. Lien
de bois tordu qui attache les
fagots. Du latin : retorta; en
basse latinité : roorta.
Lcsquelx avoient mis au col du sup-
pliant une rorte de bois qut lui lioit le
col et les jambes.
(Teito du XIY» siècle, cité par du Cahgb,
glossaire, au mot roorta.)
Ilart, doncques, disoit-il en discourant
à part luy, est le lieu d'un fagot ou
d'une bourrée à Paris, qu'on appelle
une riotte en mon benoist païs.
(Bonav. des Périers, nourelle 97«.)
RIORTER, Riottcr, v. a.
Attacher avec une riorte. (Voir
ce mot.) Le mot desroté avec le
sens de délié, a été employé par
Rabelais :
La chosette, faite à l'emblée, entre
deux huys, à travers les degrés, derrière
la tapisserie, en tapinois, sus un fagot
desroté plus plaist à la déesse de Cypre...
(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch, XVIII.)
RIOUX, nom de localité. En
vieux français, rieu, riou signi-
fiaient ruisseau. Latin : rivus.
RIPAIIiliE, s. f. Festin abon-
dant — orgie — d'où le verbe
ripailler. D'après Richelet, ce
mot est venu du nom du château
de lUpaille, où le cardinal Amé-
dée de Savoie se retira pour
mener une vie de plaisir et de
bonne chère. (Voir Richelet, Dic-
liuniiaire français, édit. de 1680.)
RIPE, s. f. Ruban que le
RIPER
m
ROCHELLE
rabot du menuisier enlève du
bois. Onomatopée rappelant le
bruit du rabot courant sur la sur-
face d'une planche. (Voir riper.)
RIPEK, V. n. Glisser sur un
terrain en pente, du mot ripa,
bord. Enlever d'un coup de main
les feuilles d'un rameau, du latin :
rapere, enlever. Dans le dernier
sens, on dit plus souvent ê riper.
RISTOK, nom d'homme. En
vieux français : ristoiu\ incom-
mode, tourmentant; vister, pous-
ser^ presser, forcer à agir. (Voir
Roquefort, Glossaire de la Lan-
gue romane.)
RIVAL, Rivaiid, noms
d'hommes, dérivés de rivas,
ruisseau. Au XV" siècle, on
disait corrival, corrivaux au lieu
de rival, rivaux. (Voir la comédie
de P. de Larivey, composée sous
le titre : les Corrivaux.) Au sens
propre, ce mot signifiait des gens
riverains, voisins. De voisin à
rival, il n'y a généralement pas
loin.
ROBERT, Roliertcaii,
noms d'hommes dérivés du vieux
germanique : lirodberi (gloire-
renommée), qui s'est abrégé en
Rodbert et en Robert, dès 741.
(Voir Lorédan Larchey, Diction-
naire des Noms.) •
ROI5IIV, Roliincau, noms
d'hommes dérivés, tl'aprèsM. Lo-
rédan Larchey, du germanicpie :
Rudvin , abrégé de hruodwin
(glorieux-compagnon). Latin :
Ruviiius.
11 convient plutôt de chercher
à ce nom une étymologie fran-
çaise dans les vieux mots ro, roh,
rouge, ou robe, vol, butin, d'où
est venu robàor, voleur, et en
français : dérober.
ROCIIEFORT, nom de ville,
signifiant rocbcr fortifié, dési-
gnée en 109G par le latin : Roca-
i'ortis, et dans la Gallia par les
mots : rupes-i'ortis.
Tauniacuin urbs est anliqua super
Caranlonum fluvium ab Angeriaco
sex leucis , toUdem à Santonibus et
unâ rupe-forti.
{Gallia Christiana, i. H.)
ROCHEIiliE (La), nom de
ville. Du vieux français : roche,
forteresse, château. (Voir Rociue-
fort.)
La RocIicUe, dit Dulauro (Des-
cription des Provinces), fut bâtie
à la place d'un ancien château
nommé Vauclair. Un petit fort,
construit sur un rocher, fut
nommé Rocca et fut l'origine du
nom. Aux XIII* et XIV° siècles,
cette ville était encore désignée
par le nom de Rocelle.
Vin d'Aussai et de la Moussellc
Vin d'Auni cl de La Rocelle.
{La Bataille des vins, vers 1"». —Fabl.
cl Contes, i. I, p. 153.)
Mes an chastcl do, Marans, à quatre
liesvcs do La Rocelle ne pcurcnl il riens
fourfaire
(J.Froissvht, Chroniq., liv. I, § iO'i, t. V,
p. 11.)
Il est question pour la première
fois de La Roclicllc, désignée
par le nom liupvlla, dans un
acte de 961, do Guillaume tète
d'étoupcLc mot latin Rupella est
un diminutif do Riipos et signifie
petite roche. Ainsi du l'cslo que
RocJicIIa, qui se trouve dans les
RODIER
326
ROxMEGOUX
vieilles chartes. L'étymologio
indiquée par Dulaiire est celle
donnée par les Bénédictins qui
ont écrit la Gallia.
Rupella Santonum, caput pagi alni-
siensis, olin avedonaciMisis nomcn
habel à parvà rupe ciii insklet. Sœpè in
veteribus chartis appellalur Rochclla.
(Gallia Christiana, t. II.)
Le conseiller Tiraqueau (Trnilé
du retraict Lif/nar/ier, § XVII),
dit que La Rochelle a été ainsi
nommée de l'hébreu : rocliella,
signilîant marchand ou marchan-
dises. (Voir Barbot, Histoire de
La Rochelle, p. 4 4.)
ROltlER, Roudicr, noms
d'hommes; qualiiicalion donnée
au moyen âge au charron, rodier,
celui qui faisait les roues (latin :
rota.)
ROGF.R, Ros:crcau, Ro-
gier, noms d'hommes, formés
des diminutifs du vieux nom ger-
manique : rodger (rouge-javelot).
En latin : Roger iiis. (Voir Loré-
dan Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
ROf-XOU:VEK, V. n. Gron-
der^ grommeler.
M. de Monaco y était ardent, sauf ses
parties cl sa bourse, encore payait-il
en rofjnounant.
(Saint-Simo^, Mémoires.^ cité par Litthf,.)
BOI, Roy, noms d'hommes.
En celtique, roy signilio rouge ;
l'écossais : Rob-roy, c'est Robin
le rouge. En vieux français, rois
comme rais a si.^-nifié rasé.
ROIBERTAIS), Kohcr-
taud, s. m. Roitelet. En vieux
français, hertaudxeul dire tondu ;
hortauder, tondre ; du latin :
bistondere.
BOIiAKD, nom d'homme. Du
vieux germanique : ruot land
(gloire du pays). C'est le nom du
préfet des marches de Bretagne,
cité parEginhard, qui est devenu
le héros de la grande épopée du
XI° siècle :
Li emperères est en un grand vergier
Ensemble od lui Rollanz et Olivier.
{Chanson de Rolland-, vers 103".)
KOÏilLîER, V. a. Rouler,
border la couverture du lit, arran-
ger les draps de manière à pré-
server du froid une personne
couchée.
Et cstoit ledit pavillon rollé à mont
tout autour...
(Aliénor de Poiiiehs, les Honneurs de la
Cour.)
ROIiîiOI¥, s. m. Barreau
de bois, particulièrement d'une
échelle.
Quand ell' fut sur l'échelle
Trois voilons jà montés.
(Vieille chanson citée par M. Ampère.)
RO.IîADE:, nom de localité,
môme radical que Romegoux.
(Voir ce mot.)
KOIÎIAZIÈRES, nom de
localité, canton d'Aulnay. Roma-
ziacuni.
ROMKCîOUX, nom de loca-
lité. Du radical rum, hébreu,
devenu run en celtique, qui dési-
gne un lieu élevé ou, d'après
M. Jônain, de l'anglais : room,
chambre. En vieux français, goue
ROMIEU
327
ROUFFIAC
signifie grotte, caverne. (Roque-
fort). On aurait donc pour ce lieu,
suivant le radical choisi, caverne
haute ou caverne habitée.
'ROIIIEU, nom d'homme; en
vieux français : pèlerin. On
appelle dans beaucoup do loca-
lités, notamment près de Bor-
deaux, chemin romieu, une route
anciennement fréquentée par les
pèlerins.
ROIVDIX, s. m. Bois à brûler
non fendu, bûche ronde.
Tu servirais
De crochet à quelques bons droites
Pour porter dessus leurs espaulcs
Bources, coffrets, fagots, rondins.
{L'Anatomir d'un nez à la mode, Variétés
Lin., t. II, p. lil.)
ROS§E, s. f. Mauvais cheval
et, par extension, femme de mau-
vaise vie. Dérive par antiphrase
de l'allemand : ross, coursier,
cheval de guerre. Ce mot se
trouve dans la plupart des lan-
gues Scandinaves ou germani-
ques. Teutoniquo : kros et vos ;
anglo-saxon : liras ; islandais :
kross; hollandais : ros; suédois :
hors; anglais : horse.
Un cheval généreux ne devient jamais
[rosse.
(P. Ronsard.)
Et la postérité d'Alfane et de Bayard
Quand ce n'est qu'une rosse est vendue
[au hazard.
(BoiLEAP, Sat. V.)
ROSSER, v. a. Battre. On
dit aussi rossée, dans le sens de
correction manuelle.
D'une verge tant le bâti
Que contrc-lerrc l'abati;
Tant l'a batlu, tant l'a rossic
Pour peu ne l'a tout dufroissic.
(Gautier de Coissi, Miracle de la
Saiiite-Yiergc.)
ROTl'RiER, nom d'homme
qui- avait autrefois le même sens
que routier, c'est-à-dire d'homme
rompu à toute espèce de ruses.
« Brantôme , dans ses Dames
» illustres, parlant du cardinal
» de Tournon, le traite de viel
» roturier de prudence et de
» conseil. » (Le Duchat, remar-
ques sur le chap. X, liv. Il, du
Baron de Fœneste.)
ROUAX, Rouin, s. m.
Ornière de roue. En vieux fran-
çais : rouain de car, ornière de
charrette. (Roquefort, Glossaire
de la Langue romane.)
ROï'CME, s. f. Roseau, lai-
chcs et carex des prés maréca-
geux ou prés rouchis. De l'an-
glais : rush, roseau; en basse
latinité : ruscha ou rusca.
Et quia decimœ debentur de pan-
nagiis (i), silvis cœduis (2), ruscis,
fœno, herbà
{Synodiis e.roninisis, anno 1287, cité
pnr DU Cange.)
Ce foing ne pourroit rien valloir,
d'autant que ce n'estoit que roiiache.
(Trausaclion de 1587, ville de Cambrai,
cité par le comte Jacbert, Glossaire
du Berry.)
KOUFEi.VC, nom de localité,
terminaison ae (voir ce mot)
accolée au mot qui, dans l'ancien
langage (rouifian, rulTien), dési-
gnait un libertin.
Dans la Gallia, Roufïiac est
désigné par le mot liulTiacum
qui peut se traduire par : domaine
de Rut'us ou domaine du Roux.
Bourignon, sans tenir compte
de la forme latine, fait dériver
(t) Paiinagium, coupe d'IicrbaRCs.
[i] Silvœ cxdiiœ, coupes de bois, taillis.
ROUFFIGNAG
323
ROUTI
RoiitCiac du cclliciue : rou, chêne,
qui «1 donaé naissance au latin :
robm\ et au français : rouvre.
(Voir Antiquités de Saintes,
p. 305, note I.)
HOUFFIG^TAC, nom de
localité. Domaine de Ruiinus.
ROUGET, s.
au bœuf roux.
m. Nom donné
Je perdi le mellor de mes bues, roget,
le mellor de mu carue.
{Aucassiii et Nicolette, ch. XXIV.)
ROUGET, S. m. Trognon, os,
arête et, en général, tout détritus
de ce qui a été mangé. D'où
l'expression : jeter ses rougets
gras qui, en Saintonge, est syno-
nime d'être prodigue.
Le mot rouget désigne égale-
ment un excellent poisson : le
bar bar in.
R O U H I E R , Rouyer ,
Royer, noms d'hommes du vieux
mot royer, qui a signifié voisin
et aussi clmrron. (Voh' Roquefort,
Glossaire de la Langue romane.)
ROUIIiliit-iSiSE, nom de loca-
lité près de Soubise, ainsi nommée
d'eaux ferrugineuses qui donnent
au terrain la couleur de la rouille.
ROIJSEE, s. f. Rosée. L'or-
thographe saintongeaise a été-
suivie jusqu'à la lin duXVPsiècle.
Li preiz fu si plains de rousée
Ke tute est la suriz moilliée.
(Marie ne FRA^CB, Fable III, t. U,
p. 71.)
A la rousée au scrain
S'en va Maros à la fontaine.
{Théàt, franc, au moneii àye, p. 31.)
Tendre ot la char comme rousée
Simple fu corn une espousée.
(Guill. DE LoRHis, Roman de la Rose,
vers 1003«.)
Mais elle alloit quand le temps estoit gay
Entre les fleurs et rousées de may.
(Jacques DU Foiiiioui, Adolescence.)
ROUSSEAU, adj. Qui a les
cheveux roux — nom d'homme.
E fud li juvencels russaz mais mult
cstcit de bel semblant (1).
(Livre des Rois, ch. XVH, verset 42.
— Traduction du XU» siècU.)
Un jour en s'esbatant
Dieu créa le rousseau
Puis dit en le tentant :
Garçon, que lu es beau !
(Mellin de S;iint-Gblais,(^u Rousseau
et de la Rousse, p. 36.)
Ce faulx rousseau Porcins qui
harassoit et mordoit tout le monde.
(Fr. Amyot, traduction de la Vie de Caton,
par PLUTARgiE.)
ROUTIER, nom d'homme;
en vieux français, soldat merce-
naire. Dérivé du mot route, plus
ancien encore qui, au moyen âge,
désignait une compagnie de sol-
dats, un bataillon. En allemand :
rutte, rotte; en danois : rotte;en
anglais : rout, ont le même sens.
El avec lot ce, ère venue une rote de
serjanz à cheval.
(Vii.iEiiARDouiN, Conq. de Constantinople,
§ il3.)
Si se mil madame la Roine et toute
sa compaignie, messire de Hainaut, les
comtes et barons d'Angleterre et leurs
routes au droit chemin.
(Froissart, Chron., liv. I, ch. XIX.)
ROUTI, s. m. Rôti.
(-1) Erat enim (David) adolescens
pulcbcr aspeclu.
rufus et
ROUTIR
329
ROYER
L'un aime le routy, l'autre aime la
[salladc.
(Ronsard, Disc, à Loys Desmasiires.)
ROUTIR, V. a. Rôtir.
Pindare hier dinant avec nouf5 chez
Mécenas louoit fort une bonne téline
de bœuf routie.
(Béroalde de VERviLLB,i/oye« de parvenir.)
Mais notez que cestuy roustissement
me garit d'une isciatique.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XIV.)
ROUTIER, Rouvicre,
noms d'hommes ; du vieux fran-
çais : rouve, chêne ; latin : rohiir;
langue d'oc : rouve; italien :
rovere.
ROUX, lierons, noms
d'hommes qui désignent évidem-
ment la couleur des cheveux.
C'était le nom de l'aventurier
normand que l'histoire connaît
sous le nom de RoUon et qui fut
le héros du Roman de Rou, de
Wace (1).
iîoMs, cum bénignes e duz e sage
Fist mut bel semblant au message.
{Chronique des Ducs de Normandie, t. I,
vers 4305".)
Une tradition ancienne attribue
à Judas des cheveux roux et la
réputation de ce traître a rejailli
sur les roux.
Entre vous poil et félonie
S'entreportent de compaignie.
{Roman de Cristal. — Prov. franc.,
t. II, p. 490.)
ROYA:»", nom de localité. En
vieux français, ce mot désignait,
(1) Les deux noms Bous et Rnllum n'en font
3u'uii. L'un est la fonne du sujet, l'autre celle
e l'accusatif. Comme hurles et Karlum, Berte
et Uertain, etc.
d'après Roquefort, un chemin qui
séffare deux seigneuries. Il se
rapproche dans ce sens de celui
du saintongeais : rouan; en vieux
français : rouain, ornière de char-
rette.
Au moyen âge, la ville de
Royan a été successivement dési-
gnée par les mots Réuntium,
Regianum., Royanum, portus de
Roiano.
Haud secùs Reuntio villa est in quâ
cum esset ecclesia catholica, advenien-
libus Gothis, ad suam sectœ immundi-
tiam transtuierunt.
(Grégoire de Tot^Rs, de glorià Confesso-
rum, cap. të..)
In pago burdigalensi, secundùm Ga-
rnmnam, est Reuntium villa, vulgô
Royanum.
{Alteserra, de rébus aquitanicis, p. 57.)
Petrus de Didoniâ, dominus de Tau-
niaco et de Royano.
(Charte de 1213. — GaUia Christiana,
t. H.)
Hugo de Talniaco, domnus Monlis-
Andronis, de lioiano et de Didonia.
(Acte d'hnmmnpe du 18 mnrs 1227. —
Gallia Christiana, t. II.)
D'Anville place à Royan la
station romaine de Novioreçiiim
et voit, dans les deux dernières
syllabes de ce mot latin, l'origine
du nom de Royan qui s'est appelé
autrefois Regianum. La distance
de quinze lieues gauloises, indi-
quée par \ Itinéraire d'Antonin,
entre Novioregum et Mediola-
nuni, correspondrait exactement
aux trente-quatre kilomètres qui
séparent Saintes de Royan; mais
l'opinion des savants, qui placent
Novioregum au village de Toulon
ou dans les environs de la tour de
Brou, paraît plus probable.
ROYER, liCroycr, noms
d'hommes qui désignaient autre-
RUAGE
330
RULLIER
fois l'officier charge de la police
des chemins.
ISUACrE, s. m. Voie qui per-
met d'accéder à un Ijtttiment ou à
un lieu quelconque. En basse
latinité : i^iiaghini.
RUETTE, s. f. Ruelle, petite
rue. Dans le dictionnaire d'Oudin,
on trouve : mette, calleja, petite
rue estroite. {Tesoro de las dos
Leiiff. esp. Y h'cViç.}
Dans un long de la ruecte appelée
la ruectç de fonlmorigny.
(Déclaration de 1533, du chapitre de
Saint-Etienne do Bourges, citée par
le comte Jaibeut.)
Confrontant d'un costé à la mai-
son des héritiers de feu M. de Montaigne,
évesque de Rayonne, une mette de la
dite maison entre deux.
(Acte du \\ juillet 1665. — Minutes de
M. Laferrière, notaire à Saiiites.)
Le mot mette est une abrévia-
tion du mot meletto qui a été
usité au moyen âge :
El Merderiau (1) n'obli-jc mie
Ne la petite ruélèle
Jehan Bingne par Saint-Clcr surète.
(GuiLLOT, le Dit des rues de Paris.,
vers 353".)
Et la petite ruélcte
De quoi l'un des bous chiel sur l'être
Et l'autre bout si se rapporte
Droit à la rue de la porte
De Saint-Marcel
(Ibid., vers. 111.)
MIIFFIAK', Muflîen, s. m.
Débauché, libertin, coureur et
courtier de femmes. En basse
latinité : mflîanus; en italien :
ruffinno. Ce mot est d'origine
tudesque, car il se trouve avec la
mênrie signification dans la plupart
des idiomes néo-germaniques .
Danois : miïer; suédois : roiïare;
allemand et anglais : mffian;
hollandais : ruffiaan.
La lumière de l'Evangile les a fait es-
vanouir et nous a appris que c'estoient
coureurs de pavés et ruffiens.
(Théod. DE BÈzE, Hist. des églises rcfor-
7nces, 1580.)
ïlïJIiLIElî, nom d'homme,
dérivé du vieux français mile,
jeu de boules. (Roquefort, Gloss.
de la Langue romane.)
S
SAESAROar, s. m. Chausson
de cuir qui se met dans les sabots.
SAISIiO^VCEAUX , nom
d'une localité située à 12 kilomè-
tres de Saintes, et à 3 kil. de la
Seudre. En latin : sahloncolla,
qui nous donne l'étymologie :
maison ou chapelle des sables.
CelJa, en latin comme en italien,
signifiait cabane, maisonnette,
ermitage ; en basque : celda; en
bas-breton : kaël. La terminaison
celle, chelle,se trouve d'ailleurs
dans les noms de beaucoup d'an-
ciennes abbayes ; cette étymolo-
gie est acceptée par les auteurs
de la Gallia :
Beata maria de SablonceJUs... sila est
hœc abbatia haud procul a fluvio le
(1) La rue Merderiau est devenue rueMerderel,
plus tard, Merderet. Elle était dans la cité et a
disparu dans les démolitions de ce quartier.
SABON
331
SAGOUIN
Seudre qui non longé ab hinn influil
in mare, in loco arenoso seu sabuloso à
quo forsilan indilum ipsi nomen de
sabloncellis.
(Gall. Clirist., t. II, col. 1131.)
La ville de Paris avait une rue
du Sablon désignée dans les car-
tulaires du XIIP siècle sous le
nom de vicus de Sabnlo.
La rue du Sablon par m'âme
Puis rue neuve Noslre-Dame.
(GiiLLOT, le Dit des rues de Paris,
Yera 161°.)
L'abbaye de Sablonceaux, forti-
fiée au moyen âge, fut pillée par
les protestants en 1559, incendiée
en 1568, pillée et en partie dé-
truite en 1621 par le prince de
Soubise. En 1633 les religieux de
l'ordre des Augustins qui l'habi-
taient furent remplacés non sans
difficultés par douze chanoines
réguliers de la Chancelade en
Quercy. Peu de temps après ,
Henri d'Escoubleau de Sourdis,
archevêque de Bordeaux, fit ré-
parer et reconstruire la maison
abbatiale.
SAISOA'', s. m. Savon, mot
dérivé, d'après M. Jônain, du
persan saboiin; latin : sapo.
Le saintongeais, outre sahon,
a\esdén\éssabounade,sabouner,
sabounure.
SABOUILER, V. a. Gronder,
réprimander, maltraiter enparoles
et en actions.
Le père que le fils lirassoil et sabou-
loit emmy la rue.
(Montaigne, Essais, liv. I.)
Bien scai-je que, luy un jour parlant
au grand Roy de clioses célestes et
transcendantes, les Inquais de court
par les degréz , entre les huys ,
sabouloient sa femme à plaisir, laquelle
estoii assez bellaslre.
{RkBELUs, Pantagruel, \iy. III, cli. XXV.)
S A IS O U K A U M , nom
d'homme. En langue d'oc, sabour
veut dire saveur, saboui'oux,
savoureux, et au figuré sucré,
recherché de paroles. (VoirLoréd.
Larchey, Dict. des N^oms.)
Ce nom a peut-àtre aussi dési-
gné une localité sablonneuse, et
dériverait du latin saburra, sable,
gravier.
SACIJUEIl, v. a. Fourrer,
enfoncer quelque chose avec
effort. En basse latinité : saccare.
mettre en sac.
Dom Bernard en a sacqué el puing
[s'espée (1).
[Roman de Wace, cité par M. LiiinÉ.)
Puis bransloit la picque, sacqiioit de
l'espée à deux mains
(Rahelais, Gargantua, liv. I, ch. XXIII.)
Sacquer a eu autrefois la si-
gnification de tirer, faire sortir.
Vez ci ces pèlerins qui sunt mult
[bones gent,
Il sunt dcmon païs. je vous en ai con-
[vent ;
Faites sacher du vin, du meilleur vis-
[lement.
{Poème de Bertrand Duguesclin.)
Alors le déloyal trayteur ayant l'en-
ncmy au cors qui le gouvernoit, sacqua
un Cousteau qu'il avoit moult trenchant.
(Roman de Gérard de devers.)
SAGOITI^^ adj. Sale, dégout-
tant. Mot dérivé probablement du
vieux français sagou, sagoun^
petit singe.
(I) Dom Dcrnard en a assujetti son espéc au
poing.
SAILLIR
332
SAINTES
Zon dessus l'œil, zon sur le groin
Zon sur le dos du sagouin.
(Cl. Mahoi, Epilres, t. I, p. 2iG.)
§AIIiIiIR, V. n. Sauter. Ce
mot est reste français pour expri-
mer le saut de l'étalon, et est
encore usité dans la langue du
blason.
De plaine terre est sailHs en l'arçon.
(Poème de Ronceveau.v, p. 52, cité par
M. LiTTRÉ.)
Estoit très habile el hardy valleton,
fust pour chevaulcher à jouer de la
paulme, à courir, à saillir.
, (Ant. DE La Salle, Chroii. du Petit Jehan
de Sainlré, ch. I, p. 2.)
Le saintongeais saillira égale-
ment eu le sens de sortir.
Puis sans rien profiter du collège sailhj
Je vins en Avignon...
(Ronsard, Epitre à Remy Belleau.)
SAIIVBOIS, s. m. Nom vul-
gaire du Daphné gnidiiim, dont
l'écorce est employée à faire une
pommade à vésicatoires. Littéra-
lement Lois sain, bois servant à
guérir.
S A I IV T - A 11 A IV T - D E -
BOIXE, nom de localité. Du
latin biixuw, buis.
SAl]VT-CIERS,nom de loca-
lité. En vieux français: ciov, cher,
de grand prix; ciers, certain,
ciet\ au pluriel dès, tête, chef.
S AIIVT- GEORGES -DES -
COTEAUX., nom de localité. Il
en est fait mention dès le XIP
siècle :
Usque ad parochiara S.-Georyii-
des-Cousteaux juxla féodum de la Lou-
batre..,..
{Charla GuiUelmi Vil, «nno 1129,
Are/i. de Poitiers.)
SAI]VT-ETIEIV]VE-»E-
VAUX, nom de localité. Il y exis-
tait une abbaye soumise à l'évé-
ché de Saintes : Valles-S^'-Ste-
phani ou S^"^-Stephanus-de- Valli-
1ms. (Voir Gall. Christ., t. II,
col. 1096.)
SAI^'TES, ville. Chef-lieu de
la Saintonge, qui porta le nom de
Mediolanum Santonum jusqu'au
IV® siècle, où la plupart des villes
prirent le nom des peuples qui les
habitaient. Mediolanum devint
Sanlones comme Lutetia prit le
nom de Parisii, Limonum celui
de Lemovices, Vesonna de Petro-
corii, etc. Dans la carte de Peu-
tinger, la ville de Saintes est dé-
signée par les mots .• Mediolano
Sancorum (pour Santonum) ; dans
l'itinéraire d'Antonin, elle est
encore appelée Mediolanum San-
tonum. Au IVe siècle, la notice
des provinces l'appelle : Civitas
Santonum. Ptolémée et Strabon
la désignent sous le nom de
MsotoXaviov, Ammien Marcelin par
celui de Santones :
Omissis aliis multis, Burdegala et Ar-
verni excellunt, et Santones et Pictavi.
(Ammien Marcelin, liv. XV.)
Tacite en fait mention en par-
lant de Julius^Africanus qui y est
né:
Julius Africanus de Santonis galliS
civitate.
(Tache, Annales, liv. VI.)
Bourignon fait dériver Mediola-
num des deux mots celtiques
med, prairies, et laniou, beau;
Sanlones du celtique pa^i (adouci
SAINTES
333
SAINT-JEAN-D'ANGELY
en San), cercle, et de on, qui dé-
signe les eaux dans diiïéi'enls
dialectes dérivés du celtique.
D'après cet antiquaire trop ingé-
nieux , Mediohunun- Snntonum
devrait se traduire mot à mot par :
Belles prairies entourées par les
eaux.
Un autre étymologiste, M. Bon-
namy dérive Mediolmium des ra-
dicaux med, fertile, hui, pays, des
langues celtique et tudesque. (///s-
toire de ï Académie des Inscrip-
tions, t. XXVIII.) L'opinion la plus
rationelle est que Mcdiolanum si-
gnifie le milieu de la contrée, le
centre d'un pays, la capitale.
Milan qui se nommait aussi Mcdio-
lanum est encore appelée par les
allemands Mil-land, qui a exac-
tement celte signification.
Certains étymologistes voient
dans Santones un radical çan
(prononcé san) signifiant canal en
celtique. Cette origine aurait l'a-
vantage de s'applicjuer également
au fleuve saintongeais la Charente
(voir ce mot), qui a été désigné
par les auteurs latins sous le nom
de Canenfelus et par Strabon,
Plolémée et Marcien d'Héraclée,
sous celui de KavïvTsXoc.
Les habitants de la Saintonge
sont appelés par César : santo-
nes (1) et quelquefois santoni(2);
par Pline : santones liheriiS) ; ])ar
Strabon : SàvTovo-. ; par IMoiémée
et Marcien : SàvxovEç; parLucain :
santoni (4); par Grégoire de
Tours : santonici. .
De nombreuses médailles san-
(1) In xantoiium ducs qui non lon^è a Tolosa-
lium (inibus absunt (Ct-sar, Comment., liv. I.)
(2) Navibus (|iias ex Pictnnibus cl santunis...
convenirc jusseral. (//'((/., liv. III.)
(3) Aquitaniii! sunt... Pirtones, santones li-
beri... (Pline, liisl. ^^al., liv. IV, ch. XIX.)
(4) Gaudet que araolû.v«/j/«MHAliostc.(Lucain,
De bello civili, liv. 1.)
tones en argent ont été décou-
vertes. On y Ht le mot santonos
ou santonoc (le dernier mot étant
terminé par le sigma de forme
antique); on y trouve gravées
diverses figures : une tête cas-
quée, un cheval au galop, un
bouclier gaulois, un double trian-
gle. (Voir Bourignon, Antiquités
do Saintes, p. 6.)
SAI^T-JEAIl-D'AXCïÉLY,
ville de la Saintonge située sur la
Boutonne. Un château, bâti par
les anciens ducs d'Aquitaine
dans une forêt, nommé Angeria-
cum, a donné son nom à la ville.
Pépin le Bref y fonda un monas-
tère en 768 et y fit déposer la
tête de saint Jean-Baptiste. Les
nombreux pèlerins, attirés par
cette relique étonnante, firent la
fortune des moines et amenèrent
la construction d'hôtelleries au-
tour du couvent. En 1204; l'agglo-
mération était devenue considé-
ble et Philippe-Auguste y créa
un maire et des échevins.
En 1346, la ville qui portait
alors le nom de Saint-Jehan-
ï Angeliev (voir Froissart, Chro-
niques, liv. I, § 292), se rendit
après un assaut au comte Derby,
lieutenant d'Edouard III. Le 7 août
1351, le roi Jean la reprit aux
anglais :
Saint- Jehan-d'Angeli s'ala à nous
[rendant
El Saintes en Poitou la ville souflisant.
(Citron, de Duguesclin, vers 21891.)
Peut-être la ville a-t-elle pris
son nom d'un des héros de
l'armée de Charlemagne, Ange-
lie r.
L'un fu Gaudin et li autres Richier
Et li doi autres Sansson et Angelier.
{Homan d'Aymcri de ^arbounc.)
23
SAIXT-JEAN-D'ANGLE
334
SARGE
Cet Angelier, d'après la Chan-
son de RoLwdivevà 1185° à 1500'^), -
fut tué à Koncevaux par le sarra-
ziu Climborins, monté sur son
cheval Barbamusche.
S.VIAT- JEA^^^lï'AXCIiE ,
nom de localité. Angle a ici la
signification à' anglais.
Ecclesiam etiam S. Johannis de
Ang.'is.
{Ch. fitnd. abb. S. Mariœ apitd San-
toues, aiino 1047.)
SAIIVT-KOMAIJV-DE-
BEIVET, nom de localité, men-
tionnée par les mots : villa Sancti
Romani de Benais dans la charte
d'Othon, duc d'Aquitaine, en
faveur de l'abbaye de Sablon-
ceaux. (Voir Gallia Christiana,
t. II, instrumenta). Benais était
en vieux français une forme de
Benoit; du latin: Benedictiis. Il
est devenu en français synonime
d'imbécile.
SAIilG^VAC, nom de localité,
domaine de Saliniis ou du mar-
chand de sel.
SAliliES, nom de localité. En
vieux français, salle, du latin :
solium, désignait une cour, un
manoir seigneurial, un palais.
SAIilIOIV , nom d'homme ,
abréviation de Salomon ; en
hébreu : homme pacifique.
Car on le trueve en Salemon
Que tout adez fet sages hom.
(flrdéne de chevalerie, vers '».)
Ou champ les atandirent li roi et li baron
La roine Sébile, Baudoins et Naymon,
Salemonz de Bretaigne o le conte Huon.
(Jean Bodkl, Chanson des Saxons,
Bt. CCVU.)
SAIil'S, Salut, s. m. Fourche
à iilusicurs branches bai'bclées
pour saisir les anguilles dans la
vase.
Mais en ce temps nous laissons
rouiller les saints pource que le poisson
est trop esveillé et on ne peut le trom-
per en léchant la bouc.
(Agr. d'Acdigné, Confession de Sancy,
t. U, p. 300.)
SAITISOIV, nom d'homme. En
hébreu : soleil.
§A]VCEÎ¥I^XIE, s. f. Espèce
d'absinthe administrée, en Sain-
tonge, contre les vers. Le vrai
nom est sanlonique, santonica
herba, cette plante étant origi-
naire de Saintonge. Pline en
parle (liv. XXVII , ch. IV.),
ainsi que Dioscoride (liv. III,
ch. XXVIII.)
§A:^^GSUGE, s. f. Sangsue,
de sanguis, sang; sugeve, sucer.
Malgré l'étymologie dont se rap-
proche le mot saintongeais plus
que le mot français, la forme
sangsue est très ancienne.
Qui l'or vermeil et l'argent blanc
Cuveile (1) cum sangsue sang.
{Edouard le confesseur, vers 179», cité
par M. LiTTiiÉ.)
SARGAIIi, s.' m. Tas de
choses en désordre. Ce mot est
probablement une corruption de
sargasse, espèce de varech ou
fucus, dont les tiges sont enche-
vêtrées à la surface de la mer.
SARCbE, s. f. Serge, espèce
d'étoffe commune. En basse lati-
nité : sarga.
(1) Convoite.
SARMONER
335
SARQUEU
Six sarges rouges
(Du C\NGE, glossaire, au mot sarga.)
Ilcm quinze pièces de sarges blan-
clies
(luveiitaire du mobilier de Charles V,
édit. do 1879, p. 370.)
On a dit longtemps sarge et
serge, suivant la région.
Le peuple dit serge mais la cour dit
sarge...
(Chifflet, Grammaire, p. 18-2.)
i§AK:?IO^'KR, V. a. Sermo-
ner, adresser des conseils ou des
reproches.
L'ermite Ogrins moll les sarmone,
Du repentir consel lor donc.
{Roman de Tristan, t. I, p. GS.)
SARPE, s. f. Serpe.
Choses qui conviant coutiver, com
une vignes fere de sarpe et de marre et
de terre gaaignier... (1).
(Livres de Jostice et de Plet, p. 271, § 2.)
L'un estoyt vestu en vigneron d'Or-
léans avecques belles guestres de toile,
une panouère et une sai'pe à la ccinc-
ture.
(Rabelais, Pantagruel-, liv. IV, ch. XLVni.)
SARPEXT, s. f. Serpent et,
par extension, mauvaise femme,
médisante. C'est sans doute en
raison de cette signilication (jue
le mot snrpenl est resté longtemps
féminin, comme il l'est encore en
Saintonge.
Et disl ainsi que qui vouloit lucr la
serpent, il li devoit csquachier le cliief.
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 38.)
Dou vilain e de la sarpent
Nus muslrc ci cunfétemeiit.
La sarpcnz au vilain proia...
(Marie de Tiiance, Fable LXIII, t. U,
p. 267.)
(1) C.lioscs qui foiiccrncnl la ruUurc comme
de travailliTuiio viKiicavecla serpe ou la marre
et de labourer ta terre.
En la rue de la Barre vins
, l'-t. en la rue des Poitevins
En la rue de la Sa)']yent (1).
(GiiiLLOT, le Dit des rues de Paris,
vers 21». — Fabl. et Contes,
t. II, p. 23'J.)
Les oyseletz sont humains qu'il feil naitre
Et l'oyseleur, la serpente tortue
Qui les déçeut
(Cl. Maroi, Ballade XIII.)
On trouve aussi, au XVP siècle,
le serpent désigné par les mots
sarpe et serpe.
Ryre mais, dis-jc, vous vous damnez
comme une sarpe.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XVII.)
§AKPIIiLill':«E, s. f. Toile
grossière pour laver — linge —
chiffon. En basse latinité : serpeil-
loria, grosse étoffe de laine,
d'après du Gange.
Por Dieu me donne une retaille
D'un tronçon de la serpcillièrc ;
Ce n'est mie chose muull cliière.
(Dernier, fabliau de la Houee partie,
vers 29o«.— faii. et Contes, t. IV,
p. 481.)
Rois, tant bons che chevaliers seoit
[icr en caïero
Et ot or et argent et rice sarpiliùre
(Jui por ta mort, biaus sire, gira en
[sa litière (2).
(Li Romans d'Alexandre, [i. 511, vers 3".)
SARQUEU, S. m. Cercueil.
En grec, -ip^oc signifie tombeau,
lie -ipç, ciiair, (jui a également
donné naissance au mot sarco-
phage (oaY^Tv, manger, sào$, la
chair). Malgré cette analogie,
(1) Rue de la Serpent, devenue rue Serpente;
au moyen ;lgc ; viens lortunsus.
(2) ûoi aussi boii que noble «ilait assis liier
en sa chaise et il eut or et argent ei riches
étoffes qui par ta mort, beau sire, tombera eu sa
possession.
I.e Roman d'.Me.vandre est le premier poème
français écrit en vers do douze pieds qui ont
(iris, pour ce motif, le nom du vcrii alexaudrias.
SARRAZIN
33G
SAUTEREAU
sarqueu dérive probablement du
germanique; car, en tudesquc :
sarc, sarch; en allemand: sarg,
et en hollandais : zark, signilient
cercueil ou tombeau.
En blancs sarcous fait* mettre les sei-
[gncurs.
(Chanson de Roland, st. 269.)
En un riche sarqueu l'ont mise
Par dessus une pierre bise.
{Flaire et Blancheflore, vers 343".)
Un sarkeu fist appareillier
Lez la meisière del mostier
A mettre emprès sa mort son cors.
(Jean de Meiing, Roman de la Rose,
vers 5961«.)
Si fust mis le corps en ung sarcus de
plomb..;
(MoNSTRELET, Cliron., Mort du due
d'Orléans.)
iSARRAZIX, nom d'homme
assez répandu, ainsi que celui de
Mffurin, qui a la même significa-
tion. Il rappelle l'invasion arabe
de 732 et le séjour des Maures
dans l'Angoumois, où dans quel-
ques communes existent encore
des descendants. {Dirac et Si-
gogne.)
NARRER, V. a. Serrer —
resserrer.
Venez après, ma damoiselle,
Et sai'rez tous vos afficquetz;
Ja me chault s'estes laide ou belle,
Laisser fault dances et quaquetz.
(Martial d'Alvekcnb, la grant Dance
macabre des femmes.)
Elles y ont trouvé assez de remède
et en trouvent tous les jours assez, pour
rendre leurs portes plus estroites^
sarrées et plus malaisies d'entrée.
(Brantôme, Dames Galantes, dise. IV,
p. 181.)
SAU, s. f. Sel ; usité surtout
en poitevin. Dans le glossaire de
Cotgrave : sau, sait. (French-
engl., dict.)
La populace du Poitou appelle du sel
de la sait.
(J. BoLCHEf, Sérées, t. V, p. 94.)
SAUJOM, nom de localité. La
ville de Saujon est, d'après cer-
tains antiquaires, bâtie sur l'em-
placement de la station romaine
de Novioregum , indiquée par
y Itinéraire d'Antonin entre Me-
diûlanum (Saintes) et Tamnum
(Talmont). Une opinion plus com-
mune place cette station au
village de Toulon qui est voisin
de Saujon.
Bourignon fait dériver le mot
Saujon d'un radical celtique :
sau, qui aurait signifié eau,
rivière (voir Antiquités de Sain-
tes, p. 205, noie) ; il pourrait
tirer son origine du vieux fran-
çais : saulff, sauge, mais il est
plus probable qu'il dérive du
vieux mot poitevin : sau, sel; en
latin : sal. Au moyen âge, le nom
latin de Saujon était Salionum,
d'après la Gallia Christiana, et
celte forme met en évidence le
radical : sal.
SAULIVIER, Saunier, noms
d'hommes signifiant marchand de
sel, ouvrier des salines, officier
du grenier à sel.
saute-ea-rarqve:, s.
m. Fagot de bois de petite dimen-
sion , ainsi nommé du mode
habituel de transport par bateau.
SAUTEREAU, s. m. Saute-
relle, criquet. Dans le Berry :
sautcriau. Dans le vieux français,
sautercau était le masculin de
sauterelle :
SAUVAGE
337
SEAU
Greshopper : saiitei'eau, s. m., saute-
relle, s. f...
(Palsgritb, Eclaire, de la Long, franc.,
p. 2i7, col. 1)
Yraignes, sautereaux, papillons
{Ménagier du XIV' sièele.,cHé par Liiiué.)
On voyoil sauteler dix mille sauterelles
Mais dans ce fameux pâtureau
Ainsi que le sultan auprès de ses don-
[zelles
L'on n'y voyoit qu'un sautereau.
(AJnm BiLLACT (1), Poésies.)
Le mot sauterefiu a donné nais-
sance aux noms d'hommes : Sau-
treau, Saiitron.
SAUVAGE (mer^. On donne
le nom de nier Sauvage à la
partie de l'Océan qui avoisine
l'ile de Hé, et qui est fertile en
naufrages.
Avec ces douze pinasses, il alla recon-
naître l'isle du costé des baleines (2)
vers la iner Sauvage.
{Mémoires de RiCHELiEr, liv. XVIII,
p. 4Go.)
SAUVAGIX, S. m. Arbuste
sauvage, arbre à fruit non enté.
Ronsard a dit dans le même sens :
sauvageau.
D'autant qu'un arbre enté rend un
[jardin plus beau
Que le tige espineux d'un rude sau-
[vageau.
(RossARD, Eglogues, t. IV, p. 50.)
SAUVACÎIXE, s. f. Toute
sorte de gibier sauvage. C'est le
contraire de volaille (autrefois
poiilaille), qui est le gibier domes-
tique.
(1) Adam Rillaut, ou le menuisier de .N'cvcrs,
mon en 16fii.
(-2) Lea halrincf: sont des rochers de l'ilc de
Ré sur lesquels on a conslruii un phare.
Il puet par droit vendre ... toute pou-
laille, toute sauvagine.
(Est. BoiLEAP, Regislre des Mestiers, p. 36.)
SAVARY, nom d'homme qui,
en raison de sa terminaison, ne
peut être considéré comme un
dérivé du vieux français : savart,
terre en friche. C'est un nom
d'origine germanique; on trouve
dans des textes de 697, le nom
tudesque : Saharich ; en 1206, le
nom latin : Savaricus. (VoirLoré-
dan Larchey, Dictionnaire des
Noms.)
Le nom de Savary paraît à
Saintes au XV" siècle. D'après
une charte de 1480, citée dans la
Gallia, Savaricus de Vivonne fut
le vingt-sixième doyen du chapi-
tre de Saint-Pierre.
SAVIGXAC , SaTi^non ,
noms d'hommes et de localités,
formés de Savinien, diminutif de
Savin; en latin : Sabinus. On
trouve, dans les vieux textes, la
localité Sabiniacuni, qui signifie
domaine de Sabinus.
SAVE, nom d'un ruisseau
aftUient de l'Ile, rive droite. En
vieux français, ce mot signifie
crochet et seau à puiser de l'eau.
SÉAXT, s. m. Derrière, ce
qui sert à s'asseoir, dérive de
sedens, participe présent du verbe
sederc, par la chute de la con-
sonne médiane.
En mon séant lors m'assis
Moult angoisseus et moult pensis.
(G. DE LoRRis, Roman de la Rose,
Tors 1785*.)
SEAU, S. in. Seau, récipient
en bois. (Voir scillc). Le sainton-
SECOT
338
SEGRET
geais prononce seau, en deux
syllabes, et seilleau.
Au puis une corde pendoil
Au deux chiés deux séaus avoil
En tel m;iniére ère noé
Por aiuue traire à volenlé.
[Castoicmcnt d'un pire.
Contes, l. I, p. 147.)
Fabl. et
Il m'en est entré en la bouche plus
de dix-lmit seilleaux ou deux.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XIX.)
SÉCOT, adj. Sec; se dit prin-
cipalement d'un homme maigre ;
latin : siccus.
SÉCRÉTAIS, SegrétaSu,
s. m. Sacristain.
Il requist frère Etienne Tappecoue.
secrétain des Cordeliers du lieu.
(Rabelais, Pantagruel.)
Thomas Gouyneau, laboureur à bœufs
et Jehan Malias, segrctain du dit Virol-
let, tesmoings requis
(Acte du 25 mai 1648, concernant l'abbaye
de Madioa. — Archiv.hist.de Saintes,
X, 321.)
SEGER, Seycr, V. a. Couper
en parlant du blé — moissonner.
Du latin : secarc, scier. Cette
expression est très ancienne et
démontre que les faucilles de nos
pères avaient des dents comme
celles de nos paysans sainton-
geais.
A cel cunfemplc, cil de Belhsames
scièrent furmenz en la valée.
(Livre des Rois, ch. VI, verset 13, tra-
duction du ,XII" siècle.)
Des altres vilcins pur sa terre arer et
pur ses blez séer...
[Ibid.. ch. Vni, verset 12.)
Ne faucilles pour seyer blés.
(J. Fboissart, le Dit dou Florin,
vers 85'.)
Il sccust que nostrc belle fille soyoit
de l'erbe au coing d'un bois...
{Cent nouvelles, ch. XXIV, p. 153.)
Lors commença le laboureur avecques
ses gens seyer le bled.
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. XLVI.)
fSECiO^'D, adj. Second. Au
féminin, c'est un prénom usité de
la lille cadette.
Et appela le firmament ciel et fait est
vespres et matin le segunt ]or.
{Bible historiaux, Geabae, ch. L.)
Il convient que H segons face mention
del premier.
{Le Conseil de Pierre de Fontaines,
p. 485.)
SEGO^^ZAC, nom de localité.
Domaine de segoiid (v. ce mot),
secundacum.
si:GRE, V. a. Suivre. En ita-
lien; seguire, du latin sequeri.
Ce verbe, peu usité à l'infinitif,
a des temps souvent employés en
sainlongeais; indicatif présent :
segons, seguez; subst : seguions;
part, passé : segiil.
Et assez de genz les avoient seguz{\.).
(/»■" Livre des Machabces, ch. I, verset 31.)
La feme est digne par lignage ou par
mariage et se èle se marie à non digne,
ele pert sa dignité et doit ségre la con-
duction à lo home.
{Li Livres de Justice, p. 6G, § 3.)
SEGRET, s. m. Secret. S'em-
ploie également adjectivement :
cet homme est segret, c'est-à-
dire : il ne raconte pas ses affaires.
Tu sais comme le seul tu es
A qui j'ouvre tous mes segrès.
(Baïf, l' Eunuque, net. I, se. II, p. 166.)
(1) Et abiisscnlpost illos raulti.
SEGUIN
339
SEIT
§E€rUI.\, §eg:uincaii, noms
d'iioiniiios du vieux gcruiaiiique
S7(/ir/;;(victoii'e-aini) qui se trouve
dès le IX^ siècle. (Voir Lorédau
Larchey, Dict. des Noms.)
Ce nom pourrait dériver du
saintongeais se(jcr, scier le blé.
Dès le II"' siècle, le nom segnin se
trouve appliqué en Sainiong-e à
des personnes et à des localités.
Soquendo terras de Pontelnbio et de
fonlibus usque ad crucem aux seguins
et à dicta crucc aux seguins rcvcrlitur.
{Charta Gitill. VU, aimo ll^O,
Arch. de Poitiers.)
En 1221, le prieur du monas-
tère de St-Eulrope s'appelait
Seguin.
SEIEUK, s. m. Celui qui scie
le blé, moissonneur, en provençal:
segaïré.
A un jiir li enfôs alad à sun perc au
champ as seïeurs (1).
(Litre des Rois, Uv, IV, ch. IV, verset 18.)
SEIG!:%'É, nom de localité,
canton d'Aulnay. En vieux fran-
çaiS; marqué, béni.
SEîIiLA, Scillc, S. m. ou f.
Seau, récipient cylindi'i(iue en
boissellerie ou en bois; du latin
siliiln. En vieux français : seilJc,
seiay, schjc.
Mais la corde en qui ponduil la schjc
por puisier l'algue soventcs fois roni-
poil.
[Dialogues de S. Grégoire, liv. III,
ch. XVI.)
(1) El ciim cssct <|U(P(l.im dics cl .igrcssus
cssct (s. eni: puer, inraii!>) ad patruiu suum ad
messores.
Or i faut et vans et corbeilles
Et si i faut boissiaux et seilles
Pos et pichiers.
(Le dit des choses qui (aillent
en ménage, nouv. rec. do
coules, t. II, p. 160.)
Marie alloit pour puiser de l'eau tenant
une seille.
{ûenTiEsTiE:t:iE, Apologie pourllérodole.)
SEILIiOX, s. m. Sillon.
Vos puisse mal ors dévorer
Que trop me festes demorer
A aver un seiUon de terre.
[Roman du Rcnart, vers lo3"o«.)
Son lévrier, voyant la proie, le tirassa
et traîna plus de six seillons loin.
(Noël DU Faii., Contes d'Eutrapel, t. I,
p. l'J3.)
Loin de Cerès les bons grains secou-
[rables
Sous longs seillons de terres labou-
[rablcs
Sont enterrez...
(Cl. Marot, Métam. d'Ovide, t. UI, p. 163.)
Couvert de tourbillons
Escroule sous ses pieds les bluétans
[seillois.
(Du Baktas, 5» Jour de la 2« semaine.)
SEIXE, s. f. Sorte de grand
filet qu'on traîne sur les grèves.
Du grec ix'fh'n,, lilct. En basse
latinité : soyna.
Comme les suppliants fcussent aler
pcscliier...à un instrument appelé sciV/ne.
(Telle ilu XV» siècle, cité par Du Caxgb
nu mol seyna.)
Et la povreté vous prcschanl
Et les grans rlchcsces pcschant
As saynes et as tralniaus.
(Jonn PE MKr«r., Roman de la Rose,
vers 1181i«.)
SiEIT, soif. Du latin sitis.
Curent en mer par mult lonc Icns
Mais do terre unt nul sens ;
Crut l'ègrc faim o l'ardent seid.
[Voi/ages de S. Brandan, vere ISG',
ni' siècle.)
SELLE
3i0
SEMONDRE
SEIiLF, s. f. Siège en bois.
Latin : sella, siège bas.
Cum cil oui l'arche nuinée, Hély erram-
meiil de la scie où il sedail envers cliaï...
{Liiie des Hois, ch. IV, verset XVni.)
Mourut subitement séant sur une sele.
{Li romans de Berte ans gratis pics.)
Je lui présentois une selle pour se
mettre à l'aise
(Noël DU Fail, Propos ruslicqucs.)
Entre deux selles chiet on à terre.
{Livre des Prorerbes français., t. H, p. 781.)
§EL1.E PERCÉE, s. f.
Chaise i»ercée contenant un vase.
En basse latinité : sellœ familin-
ricœ, ' locution synonime de
latrinœ et de privatœ. (Voir
VaiTon, derè lusticà, cap. XI V.^
Véritablement je pensais qu'en icelle,
darrière la tapisserie ou en la venelle
du lict fust vostre selle percée.
■ (Texte du XVI» siècle, cité par du Gange.)
Au XVII« siècle, les raffinés de
langage avaient imaginé une sin-
gulière paraphrase pour désigner
la chaise percée. Ils l'appelaient
la soucoupe inférieure Voir
Somaize, Bict. des Précieuses,
p. 4/1.)
Du mot selle, chaise, est venue
l'expression aller à la selle, en
basse latinité adsellare et assel-
lare :
Si infanli vel majori ad assellandum
intestinum descendorit, sive sanguine
puro, sive cum stcrcore assellatus, su-
blavct se de aqua.
(Cet. IIoRATiAN. De rènim mcdic. liv. IV,
p. 97.)
La locution : avoir le cul entre
dcu.x selles (voir cul) a la même
origine.
Cela faict luy commanda s'asseoir
entre deux selles le cul à Icrre.
(Rabelais, Pantagruel, liv. V, ch. XLV.)
SEHBIiA^^CE, s. f. Ressem-
blance — image — opinion.
On (lit qu'ele ha une semblance
De Jhesu, dont fcit renicmbrance.
{Roman de S. Graal.)
De nos barons que vos est-il avis,
Compains L^rairs? dites \olrc semblance,
{Le comte de Bar, chanson, vers 2>, cité
par Leroux deLincy, Citants liistor.,
p. -47.)
SEMBÏiAlVT, s. m. Appa-
rence, avis.
Je veiz venir, si ie le scay descrire
Un grand troppeau de chevaulx et de
Igens
Entre lesquels un chariot branlant
\'eiz riche et beau, au moins à mon
[semblant.
(Gratieii Dupont, Controverse des se.ves.)
SEMBIiEli, v. n. Ressem-
bler.
Afm que ce discours ne semble à celui
d'un plaisant qui ne tâche qu'à faire
rire.
(Bonav. des Péhiers, Contes et Joijmx
devis.)
On ne souillera plus les maisons d'a-
[dultères
Le mal sera puny silost qu'il sera faict
Les enfants sembleront aux légitimes
[pères.
(Nicolas Rapin, roc. de P. de i'Estoile,
t. XI, p. 3i9.)
SEMIIiBjAC, nom de localité,
canton de Mirambeau, domaine
de la gaieté, de la malice, en
vieux fi-ançais : semille, d'où est
resté sémillnnt.
Et ot trop cstrange semille.
(Jean de Meung, Roman de la Rose,
vers 21701°.)
SEI?ÎO]V»liE, V. a. Avertir
— faire dos reproches — donner
des conseils — inviter. En latin :
SEMONT
3il
SEPEE
submonerc
mon.
en an.srlais : to siim-
La menace dcl juiremeut qui est
siirniliée par la busine (l) les semunt
qu'ils meUent en eovre ce qu'il voient
en escriplure.
{Glose sur l'Apocalyp.te., mnn. du XIII'
siècle.)
Ingrate, hélas! tu ne veux me répondre
J'ai donc beau te semondre.
(Vauqiielin de La Fuesnaye, Idylle.)
L'on me semont contricion
Que je alasse parler au mire..
{Tournoiement de l'Antéchrist, éd.
1851, p. 90.)
Assez tost apriés çou que cilz rois
Plielippes fu couronné à Ilains, il se-
motist ses princes, ses barons et toutes
ses gens d'armes.
(J. Froissakt, Chroniques, liv. I, § '2.)
Le verbe semondre a été em-
ployé dans un sens analogue par
Molière. (Etourdi, act. II, se. III.)
SEI?IO]VT, SciiioucI, partie,
passé irrégulier du verbe se/22o;2-
dre. (Voir ce mot.)
Le vilain ou roturier esloil semond
du matin au soir ou du soir au malin,
au noble, il falloit quinzaine.
(LoisEL, Inst. cons., liv. I.)
Ung homme avoit semond ung sien
[amy
A un bancquet que chez lui apresta.
(Gilles CoRBOzET, Fables, p. IGl.)
noms de localités. Dérivés du
vieux lVan(;ais : musse, caclie,
trou, nmsser, cacher.
SE^^ELLE, .^cncr. Voir
cenelle, cener.
(1) Busine, irompelle.
SEXTU, part, passé irrégulier
du'verbe sentir.
Qui premier l'a sentu l'a faict.
Je n'en ai faict ne sentu nulz —
Non vous — Et qui donc? — voslreculz.
{Farce du pect, anc, th. fr., t. I,p.95.)
De laquelle sentence icelluydéfl'endeur
s'est sentu aggravé et en a appelé à la
court.
(Martial D'AivEncKE, l"' arrêt d'amour.)
Il a plusieurs poissons qui se sont
pris au past qui estoit dedcns qu'ilz ont
senlu au flayrer.
{Les quinze joyes du mariage, prologue.)
SEP, s. m. Tronc de vigne, au
pluriel, seps, du latin sepes, et
du vieux français scppc, tronc.
L'orthographe moderne, ce/), n'est
pas conforme à l'étymologie.
Vendangcans les vignes, emportans
les seps.
(Rabelais, Garijanlua, liv. I, ch. XXVI.)
De chault, de gresle. et de froid, qui
[estonne
L'herbe l'espic, le sep, n'ayons soucy.
(Jonchiin Df Bellay, Jeux rustiques, p. 13.)
Estant au frais de l'ombrage
De cet ormeau refrisé
Sur les plis de son feuillage
D'un beau sep favorisé.
D'un beau sep qui s'entortille.
(Remy Belleai^ l'Ombre, t. UI, p. 39.)
Aucuns font des cercles et des paux
pour soustenir les seps des vignes.
(Bernard Palissy, Recepte véritable, p. 36.)
SEPÉE, S. f. Lieu couvert de
ronces et d'é))ines — taillis brous-
sailleux. Du latin sopcs, dont nos
anciens écrivains ont fait seil\
soif.
.\u plus bas passe-on la seif.
(l'roTerbo du XU* sii^cle, cité par Rinni-
zA.-<, Contes tt Fabl., 1. 1, p. 43U.)
SER
342
SETEAU
Dunkes vint li lerres solunc la cous-
tume cui il soloit, si montoit la soif (1).
{Dial. de S. Grégoire, liv, I, ch. III.)
C'on ni fâche souvent senliers
Sans mur et sans soif épineuse.
(Reclus DE MoLiEN, Iloman de Charité,
Et, i-24".)
Le mot seppc a ou autrefois la
signification de tronc.
Les bûcherons de ce pays en coup-
pant leur taillis, laissent la seppe ou
tronc.
{BernarJ Paiissy, Reccpte véritable, p. 36.)
SEK , Séréc, soir, soirée.
De ser, ce soir, est une locution
très usitée en Saintonge.
L'om l'a aima, miga non l'a al ser (2).
{Fagment d'un poème de Boece, XI« siècle,
vers i-ïi", p. 29.)
Vengez voz filz, voz frères et voz heirs
Qu'en Roncesvals furent morz l'altre
[seirl
{Chanson de Roland, vers 3111".)
Chez nous
Viens t'en passer cette longue sere'e
Près d'ua beau feu, de nos gens sé-
[parée.
(Vauquelin de La. Fhesnaye, Idillies.)
Le vieux français avait le verbe
enserir, asserir, faire nuit, arri-
ver au soir :
La nuit, après souper, quand vint à
[Venserir.
(Li Romans de Bcrte ans yrans pics.)
SEREIJV, S. m. Soir, le mo-
ment où l'humidité de la nuit
commence à se faire sentir.
Abusé m'a et faicl entendre
Tousjours d'ung que ce fust ung aultre
De farine que ce fust cendre...
Du matin qu'estoit le serain.
(Fr. Villon, Grand Testament, st. 57 et o8.)
Ostez-vous du serein, craignez-vous
[point le rhume?
(Ph. Desportes, Contre une nuit trop
claire.)
SEKEia^E, S. f. Sirène.
Mult sunl à douter les seraines
Car de félonies sunt plaines.
(Wace, Roman de Brut.)
Sa voix passoitle chant de la seraine.
(Cl. Marot, le Balladin, t. I, p. 109.)
SEKC1E]¥T, s. m. Huissier.
Sergens, quasi serre-gens d'autant
que leur estât est voué à la capture des
malgisants.
(Pasquier, Recherches, liv. VIII.)
Comme vous aultres, messieurs sem-
blablement les sergens, appariteurs,
chiquancurs, procureurs...
(Uabelais, Pantagruel, liv. III, ch. II.)
SERMENT, s. m. Sarment,
fagot de branches de vignes.
Les bonnes gents près le feu se
chaufants d'un fagot de serment de
vigne.
(Noël DU Fail, Propos Rustiques p. 22.)
SERKAîWT, adj. Rangé, éco-
nome et même avare.
J'entends, qu'elle soit obéissante à
Dieu et à son homme, mesnagère, ser-
rante...
(Jean LiÉBALTT, Maison rustique.)
SÉTEAU, s. m. Petit poisson
de la famille des soles dont il a le
goût. Il en diffère par sa forme
très allongée qui lui a peut-être
valu son nom. Séteaii est un dimi-
nutif du vieux français : sète^
flèche ; du latin : sagitta.
Espuiz e escorpions por traire les
sèles e fundes (1).
(JIacchabées, liv. I, ch. VI, verset bO.)
(I; .Moresolito fur advenil, asccndii scpem.
(2; On l'a au malin, point on ne l'a le soir.
(1) Spifiuia et scorpios ad mittendas sayittas
et fundibula.
SETIER
343
SIGNIFIANCE
SETIER, s.
volume pour les
liquides. En latin
sex, six.
m. Mesure de
grains et les
: sexlarius, de
L'un vendit le cliief de un adne qualre-
vinz deniers de arg'enl el cinc deniers
d'argent le sestier de fiente de colums (I).
(Liire des Rois, p. 369.)
N'est nus qui chascun jor ne pinle
De CCS lonneaus ou (juarte ou pinte
Ou mui ou setier ou chopine.
(Jean de Mf.ung, Roman de la Rose,
vers 6853».)
SEU»KE, nom du petit fleuve
qui se jette dans la mer, près de
Marennes. Corruption du verbe
sourdre, soudro, paraître, sortir
en parlant d'un cours d'eau.
M. Bourignon fait dériver seu-
dre, seugne, sèvre des mots
celtiques : su, swi, sou, sau, qui
auraient désigné l'eau courante.
(Voir Antiquités de Saintes ,
p. 232, note.)
SEUGIVE, nom d'un affluent
de la Charente, très poissonneux.
Outre l'étymologie de Bourignon
(Voir Seudre), qui est sujette à
discussion, il est permis de cher-
cher l'origine de ce mot dans le
vieux français : seigne, seine,
enceinte à poisson, espèce de
filet, ou dans le vieux verbe
sewir, suivre.
Mais ne sewirent pas la vie cl les
veies le père (2).
(/'"• Livre des Rois, ch. THI, verset 1.)
On trouve dans le dictionnaire
de Roquefort : sewirrc, seu^virrc,
canal ({ui conduit l'eau au moulin.
SEICHE (IiC'i,nomde localité
sitiic^e dans un lieu marécageux.
De sou, étable à porc (latin : sus),
ou de seu, sureau.
Ainz chacerai fors de la sew
Les pors por mener en pasture.
(Cortois d'Arras,\eTa^Ti'>.)
Mais nel osât unkes crier merci
A un seu pur duel se pendi.
{Romandes Romans, strophe 211.)
SEUKi:V, nom d'homme.
Dérivé du vieux français : seur,
(jui a signifié sureau el beau-père.
Ce nom peut aussi être regardé
comme une forme de se vérin;
du latin : severus.
SÉVIG.^'E, nom de rivière,
diminutif
mot.)
de Sèvre. (Voir ce
(1) Sexlariura stercoris columbarum.
(2) Non ambulaveruiU iu viis patris,
SÈVRE, nom de rivière dont
l'étymologie nous paraît donnée
par son nom latin : separis; du
latin : separare, diviser, séparer.
Hoîc abbalia (S'-Leodegarii) ordinis
bencdictini ad Separem amnem prope
Niorto sila, fundatur anno 'JtJi.
{GaUia Chrisl.,t. H, col. 11-23.)
Voir pour les autres étymolo-
gies les mots Seudre et Seugne.
SIC.IK» , nom d'homme ,
abréviation du germanique :
SifjiJiard ( victorieux - nguorri ) ,
d'après Lorédan Larchey. [Dic-
tionnaire des Aoms.)
SICOT, nom d'homme signi-
liant sec, comme sccot. Du latin :
siccus.
SIGXlFIA.'fC'E, s. f. Indi-
SIGNIFIER
3ii
SOLE
cation, marque — signification,
preuve, indice.
Ei distrent au Roy, de par le vieil,
que c'estoil sene/'iance...
(JoiNviLLE, Histoire de S. Loys, § 90.)
Cousin, a dit le roi, ce vous est un
grand' sigriifiance et à moi petite.
(Fhoissirt, Chroniq., ch. LXXV.)
Car en droit ai-je fiance
Que songe soit signi/iance.
(Jean de Meing, Roman de la Rose.)
SIGNIFIER, V. a. Annoncer,
faire savoir — indiquer quelque
chose.
Et entendent que la menace del juge-
ment qui. est segnefiée par le busine
{Glose sur l'Apncalyp.se, man. du
XUI» siècle.)
Et souvent envoioient leurs messages
devers le roi, leur seigneur, et li signe-
fwient ce qu'ils avoient besoingniet.
(FiioissART, Citron. , liv. I, g 60.)
!!»IIiEK, V. a. siffler, faire
entendre un son très aigu, exciter
un chien. Onomatopée plus rap-
prochée du latin : sibilare, que le
français : sifJler.
En angoumois , on appelle
sllard le martinet siffleur. En
saintongeais : silaiit, la couleuvre
sifflante, connue également sous
le nom de dard.
SI.YIOX, ï>»lnioucau, Siiuo-
net, etc., noms d'hommes déri-
vés, comme Siniéon, de l'hébreu :
Schimchon , action d'exaucer.
(Voir Lorédan Larchey, Diction-
naire des Noms.)
SHVCE, s. f. Chiffon, linge
servant à nettoyer. En vieux fran-
çais : since, cince, chinclio ont
eu le sens de guenille ou de chif-
fon. En italien : cencio, chiffon.
(Voir cince.)
IVien ot muet son duel à joie,
Por ses sinces ol dras de soie
Et por sa bordète un pallais.
{Roman de Dolopatlios, vers 78il«,
p. 271.)
SIACEK, V. a. Voir cincer.
I^OCQUJE:, s. m. Chaussure
en bois sans empeigne. En basse
latinité : soccus et soquus.
Talares c alcf;i socci sunt.
(Glossaire d'Isidore de Séville, I. 19,
cil. XXXIV.)
Quamlibet gravis bruma rigesceret,
sim[)licibus soccis muniebat pedes.
(Pierre Damien, liv. I, lettre XIX.)
Stntuimus quod nullus intret chorum
cum soqiiis nec unquam discalciatus ita
quod nuditas pcdum apparere possit.
{Statuta Raymundi, episcop. tnassill..,
auno 1271.)
v^iOGHEK, V. n. Attendre,
faire le pied de grue. Du vieux
français : sogue, bateau de pê-
cheur. C'est un des endroits oîi il
faut s'attendre à soguer.
SOI, Soué, s. m. Soif.
Por le bien et por la douçor
Que li vins avoit dedcns soi
Li rois en but sanz avoir soi.
[La Bataille des vins, vers 8".)
SOIiE, s. f Sol d'un plancher,
d'une aire à battre, d'un champ,
d'un four. En latin : soluni, en
basse latinité : soliiim.
Cum casa indominicala, curtis, soliis,
pratis
(Prxeeptum Ludoviei pii, arma 815. —
Gall. Christ. ,\.. IV,col. 26i.)
SOLIER
345
SOUCHOT
Id sunt casas cum solis et superpo-
sitis.
{Charta anno 104j, e.v tabul. S, Yidoris,
mas s il.)
Item ils ont bnillé la sole desdites
forets à rente dont ils ont eu beaucoup
d'argent.
(Bernard Palissy, Rccepte Véritable,
p. 114.)
SOLIER, Soiiliè, Soui-
ller, noms d'hoinmos et de loca-
lités, dérivés du vieux français :
solier, partie de maison, salle,
galerie.
Et li avugle du solier
Furent servi coni chevalier.
(Fabliau des trois aveugles de Com-
piègae., vers 113«.)
SOXGi:, s. m. Somme, som-
meil; du latin : somniis, comme
le français : songe, rêve, vient du
latin : soniniiini.
SOXS, forme irrégulière pour
sommes, employée quelquefois
pour/e suis.
El nous qui sons navré chacun jour
[endroit soi
N'avons cure de mire ainz nous mo-
urons de soi.
(RlTEBŒlF.)
SOLiICiXAC, Sonlisnac,
noms do localités sig-nillant, com-
me Sologne, une contrée déserte ;
du radical : sohis. Au moyen àg-e,
Solignac est désigné par le nom
Solcnniaciim, domaine de So-
lennis.
SORKT, adj. Saur, se dit du
hareng préparé pour être con-
servé. Dérivé du vieux français :
sor, jaune. (Voir Serin.)
Mais le pauvre Panurge en beul vail-
lamment car il cstoit exinié (1) comme
un liaran soret.
'(Uauelais, Pantagruel, liv. H, ch. XIV.)
SORI]V, nom d'homme. En
Normandie, on désignait sous ce
nom l'ouvrier qui préparait le
hareng : « C'est celui, dit Hiche-
» let, qui sait l'art de sorer les
» harans. » {Dictionnaire fran-
çais, édition de 1680 1. En langue
romane, sor désigne la couleur
fauve ou blonde, la robe des che-
vaux alezans.
Li algalifes sist sur un ceval sor
Brochet le ben des espérons à or (2).
(Chanson de Roland, vers 19i3«.)
Non pas, par Dieu, se ce fust ores
Absalon à ses tresses sores.
{}. DE Mei:>g, Roman de la Rose,
vers 14649'.)
SORIilX, nom d'homme et de
localité. C'est un nom de saint;
en latin : Saturninus.
SOL'BISE, nom de localité.
La Gallia CJiristiana la désigne
par le mot solbisia. On peut voir,
dans le nom do Souhise, une déri-
vation des vieux mots sou ou scu,
é table à pourceau, bis, noir.
SOUBIRAX, nom de localité,
littéralement : sous Je fumier.
(Voir bran). En limousin, soubra
signifie dominer, comme le latin :
super arc.
i^Ol-ClIOT, s. m. Tronc de
vigiio, racine de bois, diminutif
du français : souche.
H) Eximé, amaigri.
Ci) l.c calife est assis sur son cheval alezan,
il le pique fort de ses éperons d'or.
SOUCI
316
SOUTENANCE
SOrCï, ?. m. Trou où l'oiiu
se perd; du latin : subsicare,
mol employé par Golumelle, avec
le sens de sécher.
SOl'DAIX", adj. Prompt, vif.
Toinet, il ne faut pas croire ainsi ton
[courage
Ne sois pas si soudain
(Aut. BiïF, Egloguc III, p. 6, v».)
SOl'ILIiAR»!:, S. f. Pièce
dépendant de la cuisine, où se
lave la vaisselle. Du vieux fran-
çais : souiilard, aide-cuisinier ,
laveur do vaisselle ; en basse lati-
nité : soliai'dus, coquinœ minisler.
Item in eadem coquinà duos vallelos
pedilcs soliardos
{Stat. Ilumberti, anno 1310. — Histoire
du Dduphiné, t. H, p. 3'Jl.)
Qu'il y vienne un palefrenier
Un gros souillwd, un cuisinier.
(TAHCBEAr, Ode. — Edition Blaucliemain,
p. 130.)
SOi:EiÉE,s. f. Orgie — action
de prendre autant de boisson
qu'on peut en contenir.
Ne veis-lu
Tu m'as ci cesle aiguë tourblcc
N'en puis boivre ma saolée.
(Marie de France, Fable II, t. II, p. G5.)
Puis si menja la meillur part
Après icelle sooulée
Une autre besle a apelée.
{Ibid., Fable XXIYII, t. II, p. 190.)
SOn^EUIIi, Soulaîl, s. m.
soleil, astre et plante. En vieux
français on trouve, d'après Ro((ue-
fort, les formes solniJ, solaus,
s ouïe il, etc.
SOriiICîXOIVa'E , nom de
localité dérivé, d'après Douri-
g-non, de smi, su et on, mots
celtiques qui auraient désigné les
eaux. (S' o'w Antiquités de Saintes,
p. 2-28, note). M. BuUel [Mémoi-
res sur la Langue celtique),
donne au mot soûl la signilication
de paille, chaumière ou maison
c ou V Cl' te de paille .
SOU]V, adj. poss. Son, sa —
la soun, la sienne.
Chascun dist ore en soun endreyt
Tut ço ke il estre voudrejt.
(Merlyn Ambhoise (1), cité par le corata
Jalbeut, Gluss.dll Berry.)
SOt'ïSSî, s. m. Salamandre;
du grec : îLaupoç, lézard. Dans le
Berry : sauret.
En Saintonge , on applique
également à la salamandre le
nom de sereine (sirène), malgré
le son peu séduisant de son chant.
SOUlîIïOIV, s. m. Coquillage
bivalve, rond et blanc.
Sur la grande nijcessitô des Roche-
lais, le Havre fut rempli d'une mons-
trueuse quanlilé de sourdons et péton-
cles.
(Agr. D'.\rBiG>É,/i/i^ Univ., §53.)
Item ay trouve plusieurs coquilles de
sourdon qu'esloyent réduites en pierres.
(Bernard Palissy, Recppte véritable, p. 53.)
SOURGKOIV, s. m. Petite
source ; du latin : surgerc.
Comme par les chaleurs, d'un sour-
[jon bien curé
L'eau fraîche semble douce au pns-
(sant altéré.
(A. Baïf, Eghujue XYIU, p. 48, v.)
SOUTEÎi'AKCE, s. f. Sou-
(1) Merlyn Ambroisc est un poète de la fin du
XII' siècle.
SOUTRE
347
SUFFISANCE
tien, secours — subsistance —
entretien. On dit encore : soute-
nance d'une thèse.
De lor laijor ne plus ne mains
Recevoi'nl lor sostenance
El vivoient en pacience.
(J. DE Meing, Roman de la Rose,
vers 11505'.)
Mais le Dieu supernel
Sera des bons tousjours la soiti(3naHce.
(Cl. Maroi, Psaume XVI.)
«OUTRE, s. f. Litière, du
latin suhtci\ dessous. En breton :
saotr, fouler. En basse latinité :
SOS traie : stramentum pccuarium
ex fœno et puleis (du Gange).
Ainsi le beau soleil montre un plus
[beau visage.
Faisant un souire clair sous l'espais du
[nuage.
(Agr. d'Acbigxb, Tragédies.)
SOUTRER, V. n. Donner Vie
la litière aux animaux, même ori-
gine que soutre (voir ce mot).
SOUYEXTES FOIi$, locu-
tion adv. pour souvent, fréquem-
ment.
Mais la corde en qui pendoit la selge
por puisier de l'aiguc soventes fois
rompoit.
[Dialogue de S. Grégoire, liv. III, ch. XVI.;
STI, Stcllc, §tici, i^tlla,
syncopes des adjectifs démons-
tratifs : celui, celle, celui-ci,
celui-là ; usités au XVIIP siècle
dans le parler populaire :
C'est le Tedion (Te Dcuni) et si c'nesl
pas sty que n'eu chanlc en nout pa-
roisse.
(Conférence VI, cilée par Nisino, Etude
du langage populaire, p. 277.)
Stila qu'a pincé Bcrpobsom
Est un vrai moule à Te Deum.
(Vadé, Chanson, cilée par le mémo,
p. 278.)
^^URLER, v. a. Siffler, du
latiii sibilare.
A sa voix roe crie à paine
le nJs fait subler l'alaine (1).
{Roman de Tristan, t. I, p. 178.)
Sublant ou sifflant (lequel l'on voudra
ou tous les deux) une chanson du pays
fort harmonieusement.
(Xocl DU Faii, Contes d'Eutrapel, il, p. 117.)
Ainsy que le serpent qui erre
En ondoyant et sillonnant la terre
A longs replis de colère sublant.
(Remy Belleai-.)
Un sansonnet mignon dans une belle
L autre jour lui donnay qui outre son
[ramage
Subie mainte chanson
(Anl. BaiV, Eylogue YIII, p. 20, v».)
Sr25I.ET, s. m. Sifflet.
Maintenant qu'il vit le roy sur le flum
il sonna un siblet, et au son du siblet
saillirent delà soute de la galiequatre-
vins arbalestiers.
(JoisviLtr, Histoire de S. Loys, p. 111.)
Tous ces motz allcschans
Font souvenir de l'oyselcurdes champs
Qui doulcement faict chanter son sublct,
(CI. Marot, l'Enfer, l. I, p. 5G.)
Puis se levant, fit un pect, un sault,
et un siiblet.
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XXVIII.)
Sl'El'R, liC «ncur, noms
d'hommes, du vieux français
suor, sueor, sueur cordonnier,
latin : sutor.
J'ai amcçons à peschéor
J'ai fers d'olènes à suor.
(Le dit du mercier, Fab. inédits,
p. 8.)
SUFFISANCE, s. f. Ce qui
suflit, quantité sutllsante.
(I) De .sa voix enrouée il crie avec peine,
avec son nez il fait sifllcr son baleine.
SUPER
348
TAC
Si ne fait pas richesse riche
Celi qui en llirésor la llclie
Car so/isance solemenl
Fait homme vivre richement.
(J. DE Meung, Roman de la Rose.)
Il s'employa si bien au service de
[France
Que le Roy lui donna des biens à
[suffisance.
(Ronsard, Epîlre à Remjj Delleaii.)
§UPliK, V. a. Sucer, corrup-
tion du laliii sapere, g-oùter.
Somme toute qu'ils maschèrent, tor-
dèrent, supèrent, avallèrent
(Nouvelle fabrique des excellents traits
de vérité, p. 136.)
SUPET, S. m. Sucre d'orge,
petite chose qui se supe.
SUR ET t'EKTAIlV, pléo-
nasme fréquemment employépour
al'lirmer fortement.
Elle est preude, je le confesse
Et si suis tout seur et certain
Qu'el n'est paillarde ni...
(Farce moralisée, rcc. des farces franc..,
p. 118.)
SURGÈRES, nom de loca-
lité, désignée par le latin cas/7'u;î2
surgeviacum dans un titre de
1338. (Dulaure, Description des
provinces.) Ce nom dérivé pro-
bablement du latin surgcre, s'é-
lever, se tenir debout, ou plutôt
sourdre, jaillir, d'où le vieux fran-
çais Bourgeon.
SUS (prononcé su), prép. Sur.
Sus le point moyen de chascun angle
et marge estoit assise une colonne.
(Rabelais, Pantagruel, liv. V,ch. XLIII.)
X
TA150IS, nom d'homme, abré-
viation de taille-hois, nom de
sculpteur ou de tal-hois, du vieux
français taler, frapper.
TA16UT, s. m. Trouble, tu-
multe, tracas, ennui. En bas-bre-
ton : tahut, dispute, bruit.
Le suppliant dit à son ncpveu : je
vous prie qu'il n'y oit point de noise ni
de tabust.
(Texte du XV» siècle, cité par du Gange au
mot tabussare.)
Il me faict rompre ici la teste
Et si ne vault pas le tahut.
(Cl. Mahoi. Epitres, 1. 1, p. 247.)
TABUTEAU, nom d'homme
signiiîant tapageur , grondeur ,
querelleur, dérivé de tahut. (Voir
ce mot.)
TABUTER,v. a. Disputer, tra-
casser, chicaner. En basse lati-
nité : tabussare, devenu en fran-
çais : tarabuster.
Ne m'en tahustez plus l'entendement.
(Rabelais, Pantagruel, liv. VI, ch. VI.)
TAC% s. m. Maladie, et spécia-
lement espèce d'angine du porc
et du mouton.
En basse latinité, tac : morbi
genus seu febris pestifera qua ceu
repentino ictu Parisienses percu-
tabantur sub anno 1411 vel 1414
(du Gange, Glossarium).
C'est en 1412 que Paris fut af-
TACHERON
349
TAILLEDOURG
fligé de cette épide'mie que Mézc-
ray appelle coqueluche. Elle repa-
rut en 1427, et d'après l'Estoile
reçut à cette époque le nom de
Dando (voir Le Duchat, t. II,
p. 311); d'après le Journal d'un
bourgeois de Paris, le tac ou
horion commença en mars 1413.
Habens per totum corpus lo tac quod
siguum dicebatur esse morlale.
IJiliracula Urbain V, ei. tab. S'i Vietoris
Massiliensis.)
Je VOUS jure et proleste
Que j'aimerois bien mieux avoir la
[noire peste
Voire même le tac
(Pierre Tboterei, les Corrivaux, anc.
th. fr., vni, p.280.)
L'ung y avoit la picote, l'aullre le tac
l'aullre la vérolle...
(Rabelais, Pantagruel, liv. IV, ch. LH.)
, Et jamais la gelée
N'envoyé à les brebis ny tac ni clavelée.
(Ronsard, Eylogues, t. I, p. 34.)
TA.€IIERO]V, s. m. Ouvrier
travaillant à la tâche, d'après la
quantité de travail exécuté; du
bas latin taxa, taxare. Au moyen
âge, on disait taschéor.
Et si ne doit nus mestres de ce mes-
lier ne tascliéur avoir qu'un aprentiz.
(Reg. des Mestiers d'Est. Doileau, p. 206.)
TACOXET, nom d'homme.
En vieux français, taconnicr si-
gnifie raccommodeur de souliers,
de tacon, pièce qu'on met à une
vieille chaussure. (Roquefort,
Gloss. de la Lanrjuo romane.)
TAIIiliE, s. f. Morceau de
bois destiné à marquer par des
coches (v. ce mot) ou entailles, les
quantités de marchandises ven-
dues à crédit.
En basse latinité, talea, talia,
tallta, ont signifié bois coupé :
incisusramus, et particulièrement
le morceau de bois fendu en deux
parties, sur chacune desquelles
les mêmes entailles transversales
pratiquées marquent les quantités
vendues, l'une des parties restant
entre les mainsdu vendeur, l'autre
entre celles de l'acheteur. (Voir
du Gange au mot talea.)
Et sans espandre ou baillier voslre
argent chascun jour, vous pouvés en-
voyer, maistre Jehan, au bouchier, et
prendre char sur taille.
(ilénagier du XIY- siècle, liv. II, ch. IV.)
Rien, bien, il faut cocher sur la grande
taille.
(NoëlDuFAiL, Contes et discours d'Eutrapel.)
TAIIiliEBOURG, nom de
localité, Castellania de Talle-
burgo, d'après la Gallia Chris-
tiana, (t. II, col. 1103). Au XIIP
siècle, ce nom s'écrivait Talhorc
ou Talhourc, du radical tal, élé-
vation, qui a formé le français
talus. Il s'est aussi écrit : Taille-
horc, qui est peut-être une inver-
sion de Lorc-tailleis, château en
pierres taillées.
Li maçons sur les fossez font
Un mur de karriax tailleis.
(Guill. DE Loiiiiia, Roman de la Rose,
vers 38-2-2°.)
Le château de Taillebourg était
établi sur un massif élevé, main-
tenu par des murs en pierres de
taille qui ont résisté au temps.
On ne douterait pas aujourd'hui
que les vins de Taillebourg ont eu
autrefois de la réputation. Henri
d'Andéli, poète normand du XIIP
siècle, les cite avec ceux de
Saintes et de La Rochelle.
24
TAILLEFER
330
TALBOT
Vin d'Auni et tle La Rocclle,
De Saintes et do TaiUeborc,
De Melans et de Treneborc,
Vin de Palme, vin de Plcsence.
{Bataille des vins:., vers 18", Fubl. et
Coûtes^ t. I, p. 15.)
TAIIjIiEFER,nomd'homme,
surnom donné nu foi'geron ou à
l'armurier. Traduit dans la Gallia
par les mots : sector-ierri.
TAISEK, V. a. TairC; cacher.
Latin : lacère.
Il les a fait trestous taiser.
{Floire et Bla}iche/!o7\ vers TtOl^ .)
....^Ung homme doibl plustost la
mort s'offrir que de taiser de dire la
vérité.
(Gratian Dupont, Controverse des sexes.)
En vieux français, on a eu le
substantif (aisance, action de se
taire, silence.
Li miens Deus, je crierai par jur e
tu ne l'orras: e par nuit, n'en est tel-
sance a mei (1).
(Livre des Psaumes, Ps. XXI, verset 2, p. 3-2.)
TAI§ER (se), v. réfl. Se taire.
(Voir taiser.)
Quel miracle veis-tu de là?
Di to^l comment tefutaviz
De ceo duntainz teiser te fiz.
(Résiirreelioii du Sauveur, Mystère du
XI" siècle.)
For ce vueil-je cortoiscment
Enseignier les dames comment
Elles se doivent contenir
En lor jîller, en lor venir,
En lor tési)\ en lor parler.
(Robert de Bi.ois, Castoiemenl des dames,
Fabl. et Contes, t. II, p. 184.)
TAIiBOT, S. m. Billot do bois
suspendu au cou des chiens pour
(1) Deus meus, clamabo pcr diem et non cxau-
dies; et nocte, nec est sitentium mihl.
les empêcher d'entrer dans les
vignes, ou au cou des bœufs et
vaches pour les empêcher de
courir. Ce mot paraît être d'ori-
gine celti({ue, d'après du Gange,
qui indique dans le glossaire
cambro- britannique : talbos, cly-
peus (bouclier). Le vieux français
désignait le bouclier par un mot
semblable : taie vas, oii le y rem-
place le h par une mutation qui
se rencontre fréquemment dans
l'étude de la filiation des mots.
As talevas se sont bien couvrir et
[molcr (1).
(Wace, Roman de Rou, vers 2317".)
J'ai à cel vilcin tant parlé
Que bonement m'a créante (2)
Que un fromage aurois viaz (3)
Ausi grans co"m uns talevaz (4)
(Le Casloietnent d'un père, Fabl. et Contes,
t, II, p. Wk.)
D'après Ménage {Orig. de la
Lanrj. française, p. 620), le tal-
levas est une sorte d'écu que le
président Fauchet a décrit en son
Traité de la milice et des armes.
Un texte du saintongeais
Agrippa d'Aubigné nous donne
une autre origine du mot talhot :
Il laisse sur la porte un corporal
qu'on lui avait donné pour talbot et qui
l'importunait...
(Ag. d'Audigné, Ilist. Univ., I, 336, cité
par LiiTHÉ.)
Dans cette phrase, talbot est
pris au figuré et indique un em-
barras, un surveillant importun,
probablement en souvenir du ca-
pitaine anglais Talhot, qui en
1-128, était le mentor du comte de
(1) Avec son bouclier il sut se bien couvrir
et cacher.
("2) (Créante, promis.
(3) Viaz, donc.
(4) Talevaz, écu, bouclier. (Voir gloss. de
Barbazan, ii la fin du 2» vol. dus Fabl. et Coûtes.)
TALINER
351
TANTAN
Salisbury, chef nominal de l'ar-
mée anglaise au siège d'Orléans.
Le dialecte saintongeais nous
fournit une autre étymologie :
frappe-sabot, le vieux verbe taler
signifie en effet heurter, frapper,
et bot est une syncope de notre
patois qui s'appliijue aussi bien
au sabot, chaussure, (.[w'aw sabot,
pied corné des animaux. Cette
expression concorde exactement
avec l'usage du talbot, cet instru-
ment empêchant les vaches de
courir en heurtant leurs pieds
avec une force proportionnelle à
la rapidité de leur course.
TAIilMER, V. n. Agir avec
lenteur, avec nonchalance. En
Aunis : trûUner. {Gloss. roche-
lais de 1780.)
TAIi^flO^VT , nom de com-
mune dans la Vendée et dans la
Saintonge. Le Talmont Sainton-
geais, situé sur la rive droite de
la Gironde, est l'ancien Tanmiim
de la carte de Peutinger, station
de la voie romaine de Sens 'à
Bordeaux, entre Saintes (Medio-
lano-Sancorum) et Blaye {Blavia).
L'Itinéraire d'Antonin désigne
cette station par le même nom et
la place entre Noviorogum (Sau-
jon, Royan ou Toulon) el lilaviiim
(Blaye) sur la voie d'Aulun à
Bordeaux.
L'étymologie latine, talus men-
tis, ne s'applicjuc pas plus au
Talmont vendéen qu'à celui de
notre pays. Il faut plutôt voir
dans ce nom une corruption de
l'appellation celto-latinc : Tam-
num, dérivée du celte : tann,
chêne.
Bourignon dérive Talmont du
celtique : tal, émincncc, et place
la station romaine à un kilomètre
du bourg actuel; sur le territoire
de Barzan, à l'endroit où fut élevé
le moulin du Fa. (Voir Antiquités
de Saintes, p. 292 et 293.)
TAiTIAIillV, s. m. Nom donné
improprement au tamarix ou
tamaris {tamarix gallica). Tama-
rin est le nom du fruit du tama-
rinier (tamarindus indica) et
dérive des deux mots indiens :
thamar, fruit, hindi, indien.
TAXIVEK, V. a. Battre, rosser
— ennuyer, fatiguer.
Ce, dist Renart, ne vos tanez.
[Roman du Renart, vers 2i24«.)
Ne m'esluct pas taner en tan
Quar le resveil
Me tane assez quant je m'esveil
(RuTEBŒiF, Complainte, 1. 1, p. 16.)
Trop volentiers se fussent partis
ceux de Brusselles et de Louvaing car
ils estoienl si lanés que plus ne pou-
voient.
(FnoiasART, Chron., liv. I, ch. !•■■.)
Li a dit : u,
Advocas, voles vous aler?
Vous nous tanés de tant parler.
(Fboissart, la Plaidoierie de la Rose
et de la Violette, p. 140.)
TAXT PliUS, locution adver-
biale, pour d'autant plus. On dit
aussi : tant moins.
Plus elle fuit el tant plus on la veut.
Car volontiers on veut ce qui ne peut.
(Amnilya Jauyn.)
Tant pJus elle a de bien en fuison
[abondant
Et tant moins elle va de ce bien
dépendant.
(Vnuquolin de La FnEsNAVE, Srt//rf6\)
TAXTA^^ Tatau, s. f.Tante.
Ce mol, (jui vient du radical
TANTOU
352
TAPINOIS
latin : anlè, se disait en vieux
français : anle, antain. Les for-
mes actuelles, lante et tantan, se
sont formées par l'absorption du
pronom possessif avec les noms
anciens (ta-ante, ta-antain). En
anglais, on dit encore : auut.
Nos mères qui furent seurs germaines
cl de nostre dit oncle et antes de noslre
dit cousin.
(Assises de Jérusalem, t. U, p. 413.)
Je ne puis me penre à feme la mère à
mon père adoptif ne s'antain.
(Traduction du Digeste, fol. 256, cité
dans le gloasnire du Livre (leJosiice,
p. -261.)
TAUfTOU, adv. Tantôt, bien-
tôt. On dit aussi : à tantou, à co
tan ton; dans ce sens, tantou est
substantif et signifie après-midi.
Doncques que tantoust sans étendre
Y soit mis deux cens pyonniers.
(Mystère du siège d'Orléans, XY" siècle,
vers âaSii".)
Boy bon vin et sans moquerie
Tu seras en bon point tmitoust
Espécialement le mois d'aoust.
{Sermon joyeux de bien boire, anc. th.
fr., t. II, p. 10.)
El avec gros raisins estuvolent les
jambes de Forgier mignonnement si
bien qu'il fusl tantoust guary.
(Rabelais, Pantagruel, liv. I, ch. XVI.)
TAlXTOUIIiliÉE, s. f.
Espèce de bouillie épaisse et
noire, faite avec les résidus de la
cuisine des boudins de porc. Au
XVP siècle, le mot tantouiller
avait le sens de salir, souiller.
Plusieurs fentes et crevasses toutes
tantouillées de sang et de grosses clo-
ches .
(SuLLï, Mémoires, t. II, p. 218.)
TAIVT SEU1,EMEA^T, loc.
adv. Augmentatif de seulement.
Un sentier fet, qui n'esloit mie
llanlcz d'ome qui fust en vie
Se de lui non tant seulement.
{Fabliau du Vair palefroy, vers 119».—
Fabliaux et Coules, t. I, p. 108.)
Pour moi tant seulement la porte
[étoit fermée.
(Math. Régnier, Elégie III.)
TAJVZAf, nom de localité,
composé de la terminaison ac
déjà expliquée et du radical cel-
tique : tann, chêne, conservé dans
le français : tan, écorce de chêne.
TAP1]\'®IS (en), loc. adv.
En cachette. En basse latinité :
tapina, tapinatio, action de faire
quelque chose en cachette (more
lalpariim, à la manière des tau-
pes.)
En grec, Taireivoi; signifie grêle,
menu, sortant à peine de terre ;
ce mot, d'après Ménage, serait
l'origine de tapinois.
Le vieux irançais a employé
avec ce même sens les formes
tapin, tapinage, tapinois, tapine.
E David levad prlvéement e en tapin
vint là u li reis fud (1).
{Livre des Rois, liv. I, ch. XVI, verset 5,
p. 103.)
Ne dot pas que je n'allé au plet
En tapine comme lafurs (2).
{Roman de Tristan, 1. 1, p. 160.)
Li dus fist son pèlerinage,
Si cum l'en dist, en tapinage.
(Wace, Roman de Rou.)
Si se leva plus tôt que de coustume
Et me va prendre en tapynois icelle,
Puis vous la meit très-bien soulz son
[esselle.
(Cl. Marot, Epistres.)
(1) Et siirrexit David clam et venit ad locuin
ubi erat Saiil.
(2) Tafurs, vagabond, libertin.
TAPON
333
TELLIER
TAPOIV, S. m. Tampon, bou-
chon.
Le derrière de mes chenelles sera
fermé, au bout, d'un tapon.
(B. Palissy, Receple Yéritable, p. 103.)
Tnpon et son diminutif Taponet
sont des noms d'hommes.
TAR9 (sur le), loc. adv.
Tardivement, le soir.
Et à peine sur le tard rentre t'on en
soi-même.
Ilmit. de J.-C, liv. UI, ch. XLIV, tra-
duction (le M. DE MiROLLES.)
TARGER, V. n. Tarder, s'at-
tarder.
Puis qu'out ço dist, plus ni tarrje^
Vait s'en al vent tut la barge (1).
[Voyage de Saint-Brandaii, vers 6-20».)
Mes si li pères aperceit
Qu'il seit malle, ne large gaires
Que li cope ses génélaires.
(Guillaume Lenormand, Bestiaire.)
Après que le roy fu revenu de Poi-
tiers, ne tarja pas grandement après
ce, que le roy d'Angleterre vint en Gas-
coingnc.
(JoiNviLLE, Hist. de S. LoffS^ édition
do 1858, p. 3-2.)
De l'asne et du chien sans targier
Vous vueil un fablel comencier.
(Fabliau de l'Ane et du Cliien, vers I")
TARGET, nom d'homme, du
verbe Inrger (voir ce mot) ou du
vieux français : large, boucher.
TATIIV, nom d'homme; en
vieu.x français, homme de peu de
sens, d'après Roquefort; Tatillon
en est peut-être dérivé. 2'atin a
eu également le sens de «^2 peu,
d'où lantinel.
(1) Ouand il eut dit cela, il ne s'attarde plus,
la bariiue s'en va toute au veut.
Selon la loi que l'on fait au rivet
Distribuant un latin de potaige
A ces facquins qui ûrent te brevet.
(Rabelais, PflHtfli/rafi, liv. I, ch. II.)
TÈ, interjection. Ce monosyl-
labe a le sens de tiens! C'est le
cri par lequel on appelle les
porcs. Il se trouve avec le même
sens dans l'odyssée : T-fj, KùxXo"{>c,
irtvl otvov.
TEIG^'ASSE, s. f. Chevelure
mal peignée, tignasse. Du mot
teigne, cette maladie rendant la
chevelure difficile à peigner.
On a donné le nom de teignasse aux
perruques mal peignées.
(L'abbé Tiiiers, Livre des perruques.)
TEILÏiEK, V. a. Effiler le
chanvre, le mettre en filasse.
Ce sont les feux que vous voyez tout
le long de la Garonne que celles qui
teillent font.
(Agrippa d'aibigné. Mémoires.)
El nos bergers à la claire chandelle
Des contes vieux, en leiUant, conteront.
(Vauquelin DE La Fbesnave, Idillies.)
L'Académie admet tiller qui
est dans Villon :
Mais le chanvre broyés ou tilles.
[Grand Testament, p. 88.)
L'étymologie du mot teiller se
trouve dans le nom ancien du
tilleul, teil, dont l'écorcc servait
à faire des cordes.
Nus cordier ne puet ne ne doit nulc
corde faire toute de tcil ou toute de
chanvre ou toute de lin
[Livre des Mestiers d'Est. Boiieai-, p. 41.)
TELLiIElS, Lctcllicr, noms
d'hommes; en vieux français.
TEMPLE
3Si
TENIR
tisserand, fabricant do toile. Du
latin : tela. Meiix français : tèle.
Se il avient que l'on done ses dras à
coudre à j couslurior ou se l'on donc
sa tele à j tisserant à faire
(Assises de Jérusalem, 1" pnriio, p. 114.)
TEMPJLE, S. f. Tempe.
De sun cervcl le temple on est rampant.
{Chanson de Rolland, st. XZi'.)
Couppeun rameau de fresnc et l'en arme
[le flanc
Les temples et le front, puis cscry de
[ton sang
Les lettres de son nom dessus l'escorce
[tendre.
(Rémy Belleau, Bergeries, H" journée,
'p. 111.)
TEMPS, s. m. Durée — tem-
pérature. Employé en Saintonge
dans les locutions suivantes : ce
temps pendant, c'ta pendant,
jusqu'à temps que.
Ce temps pendant que preniez vos
[délictz.
(Cl. Mahot.)
Jeanne ce temps pendant me faisoit
[un sermon.
(M. Regxieii, Sat. XI.)
Bossuet a écrit Jusqu'à tant
que dans la phrase suivante oi^i la
l'orme jusqu'à temps que aurait
été plus exacte :
Il le faut prendre avec réserve, jus-
qu'à tant fjue nous soyions prêts à
recevoir tout son effet.
{Méditations sur l'évangile, 48° jour.)
TEX.VIL.L.E (La), nom de
localité. En latin : Tcnalia, d'après
la Gollin dhristlana (tome II,
colonne lOUGj, (pai mentionne
l'abbaye de ce nom. Celte abbaye
possédait, au nombre de ses reli-
(pjcs, la sainte lance dont le
soldat Longin perça le sein du
Christ. Par un don particulier
aux objets do celte espèce, celte
lance découverte, dit-on, à la
prise d'Antioche, en 1098, se
trouvait également à la Sainte-
Chapelle de Paris, à Nuremberg,
à Mont-Dieu en Champagne, à
la Selve près de Bordeaux, à
Moscou.
TEBfAIi'T, s. m. Qui est d'une
pièce — propriété d'un seul
tenant.
Pour joindre l'Espagne, la France et
les Pays-Bas d'un seul tenant...
(Satyre Mcnippée.)
Sur nos rives du Cher où tout est
divisé, où se trouvent à peine deux
arpents d'un tenant.
(P.-L. CoiniiiEB, Gazette du village, a» 1.)
TEIVAU», Etcnaufl, noms
d'hommes dérivés d'Etienne;
latin : Stephanus.
'ffÉIVEMEXT, s. m. Lieu-dit,
district, lieu attenant. En basse
latinité : tenemenlun, du verbe
latin : tenere.
Partiray vous parmi mes tenemcns.
{Roman d'Amis et Amiles.)
Dist que el bore le porteroit
Dcdens la ville et le lairroit
A l'us à aucune borgoise
La plus bêle el la plus cortoise
Qui soit en tout le tenement.
{Segretain moine, vers 461«.)
Mes n'enlens pas champ ne maison
Ne robe ne Icx garnemens
Ne nus terriens tenemens.
(J, DE Mp.i:ng, Roman de la Rose,
vers 6047».)
TEIVlIt, v. a. Ce verbe fran-
çais a, en saintongeais, plusieurs
temps do formes irrégulières :
TERASPIC
3oo
TET
je teins, il teint... je leinrai, il
teinra... je tenis, etc.
Tu me teins i'd à ton fil, reine bêle.
(RuTEBŒLT, Miracle de Théophile.)
Car li termes vient durement
Que Dieux lanrra son jugement.
(RuTEBŒiF, Nouvelle Complaiiilc d'outre-
mer, t. I, p. H3.)
Li fou roy de Behaigne en prison vous
[tenra.
(Le Vœu du Héron., édit. de La Cuino de
Saiiite-Palaye.)
Bien me tenroie por gari
Certes se faillir les veoie
-Bien sui mors, mais encor vivroie.
(Bible Guiot, vers22oo.)
Je ne demant ne plus ne moins
De bien avoir, fors qu'avuec moi
Vos tenisse en un lit segroi.
(Seyretain moine, vers 110°.)
TERASPIC, s. m. Plante
dont le nom véritable est thlaspi;
en grec : eXaTixi?.
TËRIiUIItG, Treluire, v.
n. Luire, briller, resplendir.
Pour estre agréyable à vos yeux
Aussi treluisants que les cieux.
(Comédie des Chansons, net. ni, se. II,
anc. th. fr., t. LY, p. 174.)
Pour ses armes, Amour cuysant
Porte de gueules à deux traicts
Dont l'un ferré d'or Iresluysant
r.ause les amoureux atlraictz.
(Ci. .AIarot, Temple de Cupido, p. l'2.)
Il rend raisin Iveluisant
A ces arbres produisant
_ Force fruit
(Vacqcelin, Foresterie .Y, p. "27.)
TERRASSE, s. f. Terrine.
Plasteaux y fault aussi bien des ter-
[rasses .
(Gratian Dipont, Controverse des scres.)
TESSIER, Tcxlcr, Tls-
sier
- '
noms d'hommes et de
localités. Du vieux français :
tissier, tisserand (voir Roquefort,
Glossaire de la Langue romane)^
encore usité dans le Berry.
Texicr pour tisserand a été
employé jusqu'au XVII" siècle.
Arnaud Millet, texier en toile, Jehan
Dixmier, laboureur
(Acte du 23 mai 16i8 de prise en posses-
sion de l'abb. de Masdion. — Voir
Areh. hist. de Saintonge, X, 321.)
TESSOIV , Tesjsonueaii ,
Tessouuière, noms d'hommes
et de lieux; du vieux français :
tesson, blaireau; tessonnière^
tanière du blaireau.
Ils dorment comme des tessons.
(P. DE Larivey, Comédie du Morfondu,
act. IV, se. VII.)
La prévoyance du fourniy, la ne'gli-
gence du tesson, la fidélité du chien
(Ambroise Paiié, Animaux, cilé par Littré.)
TÈT, s. m. Toit, étable des
brebis ou des porcs. Du latin :
tectiim, ou du celtique : //, tiez,
maison, logis. En vieux français :
tect et tet.
Une chèvre alloist en paslure
Pour y prendre sa nourriture;
Son clievreau dans le tect enferme...
(Gilles ConnozET, Fables d'Esope, p. a3.)
Levons-nous, il est nuit, petit troupeau
préfet
Le soleil est couché, sus retournez au tet.
(.\nt. B.uF, Enloyue II, p. 5, v.)
Broutez et remportez ce soir devant le
[tect
Le ventre plein de trcffle et le tetin de
[laict.
(Romy Beileau, Bergerie, 2» journée,
p. 108.)
Quand l'heure fut venue de ramener
son troupeau au tect
(Amyot, Daphnis et Chloé, liv.I, p. 10.)
THAIMS
356
TIMBRE
THAI^IS ou Thaius, nom
de localité. Des mots cclliqucs :
tann, chOne, ou tin, pays. Cette
commune possède un tinnulus
antique non loin de la Seudre.
TIIEXAC, nom de localité.
Même étymologie que Thains.
THÉZAC, nom de localité;
du breton : tcss, éminence, ter-
tre ; en vieux français : test, chef,
crâne, et aussi morceau de vase
cassé.
TIIIBAUD, Thibandcau,
noms d'hommes; du vieux nom
germanique : Thco-bald; en latin :
Théobaldas.
TniEIVXOT, nom d'homme,
diminutif d'Etienne.
Un soir le jour de Saint-Martin
Thiennot au milieu d'un festin.
(RoRsiRD, Cayeté Ylll'.)
THIERRY, nom d'homme
dérivé du saxon : Théocloric,
formé du nom français : Théodore;
en grec : Oîoî-owoov, don de Dieu.
TIIIEU, Tien, adj. dém.
Celui, ce; au féminin, ticlle.
Tiens rit au main kl au soir plore.
{Dolopalhos, vers 3235', édit. Jannet,
p. 112.)
En paradis ne vont pas teus gens.
(Aucassin et Nicolelte, ciiani VI.;
Et se lieux manières de sèles sont
trouvées par qui que ce soit, elle doit
cstre arsc...
{HegUitre des Mestiers d'E»t. Boileau,
p. m.)
THOMAS , Tliomasset ,
Tlioniassiii, noms d'hommes
dérivés d'un mot hébreu qui
signifie jumeau.
THOU, nom de localité, can-
ton d'Aigrefeuille. Vieux français :
thou, fossé, trou. (Voir Roque-
fort.)
TIFFER, V. a. Attifer, arran-
ger, parer. Mot d'origine tudesque
ou Scandinave; en anglais : to
tife, parer; hollandais : tippen,
ajuster la chevelure.
Feme se parc et tiffii, ce voit-1'en mult
[sovent
Et vest sa bêle roube et chauce estroi-
[lement.
(RlTEBŒUF.)
Ne fu fardée ne guignie (1)
Car el n'avoit mie meslier
De soi tijjer ne d'afetier.
(Guill. DE Lonnis, Roman de la Rtse,
vers 1008".)
TIIiliET, TiUier, Tilly,
noms d'hommes dérivés du vieux
français : til, tilleul (latin : tiiia),
ou du vieux mot tille, morceau,
tranche.
Et vielt avoir de frues un boissclion
Et si velt une tille de son bacon (2)
Et si voudra avoir un cras chapon.
{Fabliau dAudigier, vers 395».)
Tilly est un nom de loca-
lité; nous trouvons, parmi les
ouvriers chauciers de Paris, un
certain Raoul de Tilli. (Reg.
des Mestiers d'Est. Boileaiî,
p. 141.)
TOIBRE, s. m. Gi^ande auge
(1) Guignie, déguisée.
(2) Tille de son bacon, morceau de sofl jam-
bon.
TINE
3S7
TIRE LARIGOT
en pierre, généralement d'un seul
morceau.
Ce nom vient sans doute de la
sonorité de ce récipient, peut-être
est-ce un dérivé du vieux fran-
çais : tine, tinnel, vase.
Et lui tailloit-on ladiclc bouillie en
un grand timbre qui est encore de pré-
sent à Bourges près du palays...
(RjiBELiis, Pantagruel, liv. U, ch. IV.)
Bacbuc, jeclant je ne sais quoy dedans
le tymbre...
(Rabelais, Pantagruel, Ht. V,ch. XLIV.)
Quelques élymologistes voient
dans timbre ou tymbre un dérivé
de tamulus, tombeau, mais il est
difficile d'accepter cette liliation
démentie par la présence du b
dans ce mot sainlongeais. L'ana-
logie de forme entre les timbres
de nos logis et les sarcophages
de pierre de l'époque gallo-
romaine ne suffît pas pour expli-
quer la communauté d'origine de
deux mots si dissemblables.
TIIVE, s. f. Futaille étroite,
ouverte par le haut. En basse
latinité : tiiia, ainsi défmi : « Tina
» seu tyna, vas grande ligneum
» tam lavationibus quam conden-
» dis vinis paratum. » (Du Gange,
Glossarium inf. et med. latin.)
Rulœ suffundes lignamen, quod satis
cril et olei modicum et commiscebis in
tinà cum pulpis
[Apiliu,^, de reculinariâ, cnp. 2.)
En italien : lino, cuve om se
foule le raisin.
Alant de Icns se guarniront
iJ'aigue dulce des funlaines
E uni lur tinyies lûtes pleines.
{Voyage de Sainl-Brandan, vers 99"'. i
Cellier pour les cuves, tinnes et pres-
soirs
(01. DB Sbrbes, Tltcàt. d'Agriculture,
ch. XX.)
TIXETTE, s. f. Petite tine.
(Voir ce mot.)
Il veit au milieu d'un moult beau pré
une tinette pleine d'eau chaude.,.
{Roman de Pcrceforcst-iCiié par M. Littré.)
TIXT, part, passé du verbe
tenir — pour tenu.
Et par ainsi dame Ane qui deux fois
A tins le ceplre de France soubz deux
Iroj-s.
{Epi th. d'Anne de Bretagne, composée par
Germain OE Bnixi.)
Syre, ainsi comme allois faisant ma
[queste
Mon chien au vent se rabat d'une beste
L'ay tins de court et de près l'ay suivy.
(J. Dc FoiiLLoux, Vénerie, ch. XXXVI.)
TIXTOUIIV, S. m. Embarras,
ennui. Du verbe tinter; en latin :
tinnitare, tinnire, résonner.
Car si un aulheur a ce tintoin à la
teste
(Et. DoLET, Eptlre liminaire de l'Enfer,
— OEuv. de Cl. Marot, t. I, p. 48.)
Il faut retourner aux bons vins
Comme à la beste
Qui nous a mis ces tintouins
El ce mal dans la teste.
(01. Basselin, Vau dc vire XLII!-)
Tin.lXT, part. prés. Allant,
approchant, avoisinant.
A cousté gausche de la grande chaul-
dière, à trois toises près les gryphes de
Lucifer, tirant vers la chambre noire
de Demiourgon.
(Rabelais, Pantagruel, liv. III, ch. XXII.)
La vénerie estoit un peu plus loing,
tyrant vers le parc.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. LV.)
TIRK Ii\Kir>:OT ilioirc h\
locution signifiant boire excessi-
vement.
On lui apporte le demeurant des
TIRER
358
TONNAY-BOUTONNE
valelz qui l'auront patrouille toute la
journée, beuvanl à tire larigot.
(Quinze Joyes du ilariage. ch. Y.)
Ce mot hu'igot, formé par l'in-
corporation de l'article avec le
mot primitif arigol a désigné
autrefois une llùte champêtre, et
viendrait, d'après Scheler, du
mot arinca, espèce de blé.
Margot
Qui fait sauter ses bœufs au" son du
[larigot.
(Ronsard, Eglogues, t. IV, p, 51.)
Boire à tire larigot pourrait
donc avoir signifié autrefois :
boire avec un tuyau, avec une es-
pèce de fliite.
TailTepied (Antiquités et sin-
gularités de Rouen) donne à ce
mot une autre origine. Il nous
apprend que la plus lourde cloche
de la cathédrale de Rouen s'appe-
lait la Rignult, du nom de l'arche-
vêque Odon Rigault : « pource
» qu'il escheoit de bien boire
» avant de la sonner, ce proverbe
» est venu qu'on dit d'un bon
» beuveur : qu'il boit en tire la
» Rigault. »
TIKEK, v. a. Traire — téter.
Les petits enfants à la mamelle de
leurs mères allangouries, tirants pour
néant et ne trouvants que sucer.
{Satire iléiiippée.)
On appelle tirée la quantité de
lait que donne imc biMe chaque
fois qu'on la trait.
TIK:tIORIX, nom de loca-
lité, près Pont-L'abbé :
Terram quœ incipit ad crucem de
Tinnorins scqucndo terras de Ponte-
Labio.
{Cil. Guill. r//,anno 1129. — Archives
de Poitiers,)
TOMBER Ui: li'E.VU, loc.
Pour uriner. Gasconisme encore
usité :
Il se desroboil pour iutnher de l'eau,
aussi religieux qu'une pucellc.
(Montaigne, Essais, '.iv. I, ch. HI.)
TOIfIBER, V. a. Abattre,
faire tomber. Ce mot est neutre
en français.
Les français et gascons csloicnt mon-
tez sur bons et forts chevaux, vistes et
bons à la main et pour ce abaltoient et
totnboient tout ce qu'ils Irouvoient à
eux contraire.
(Alain Chaktieii, Ilisl. (le Charles 17.)
TO:?IBSI^$, ])rétérit du verbe
tomber pour tombai.
En telle sorte que Marquet tombit de
dessus sa jument.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXV.)
TOIVRAILIiE, s. f. Tonte
des moutons.
Estiment qu'en iceluy pays festin on
nommasl crevailles comme de ça nous
appelons iiançailles, espousailles, relc-
vaillcs, tondailles, mestivailles...
(Rabelais, Gargantua,li\-.l, ch.XVII.)
nom de localité. En latin : Taunia-
cuni {ou talniacuni), super Vullum-
nam.
Juxlâ fluvium Vultumnœ non procul
à talniaco oppido.
(Chnrtn Willolmi, Aquit. ilucis, Gallia
Christ., I. n, iii3ti-um.)
Talniacuni et Tauniacum ont pu
signilier domaine de Taunus ou
Talnus. On y trouve le radical
celtique tal, éminence, qui a for-
mé les mots talus, talon. Bou-
rignon {Anliq. do Saintes, p. 2AA),
et Claude Chalillon {Topog.
TONNAY-CHAREXTE
350
TÛREL
franc.) , dérivent Tonnny du
celtique tom , lieu élevé , d'où
?>QVQ.\çn{\ci\\is tombeau, tonnerre,
etc.
TOX.\.\Y - CIIAREXTE ,
nom de localité. Eu latin : Taii-
niaciim ad Carantonuni.
Tauniaciim vel talniacum urbs est
anUqua super Carantonum ttux'mm
ab Angeriaco dissita sex leucis, tolidem
a Sanlonibus et unà Rupe-forli
{Gallia Chrixtiana, t, U, col. 1113.)
TORCHÉE, S. f. Correction,
volée de coups. On disait avec le
même sens au moyen âge : torche.
S'il ne sauUe il reçoit la torche.
(Mystère de la passion d'Arnoiil Greban.)
En vieux français, le mot com-
posé torchc-lorgno a été employé
par Rabelais, Coquillart, Régnier,
dans le sens d'action de frapper
de tous côtés :
S'en vinrent à parler à lictac, torche-
\ Ion) ne
Qui casse le museau, qui son rival
[éborgne.
(M. RÉGxiER, Satyre X.)
TORCIIEIi, V. a. Essuyer
- frapper.
Souvent MarsauU comme tout cour-
[roucé
Souffle, renifle, et d'un nez retroussé
Maudicl ses aulx: souvent io>'c7((; ses
[yeux
Du bout des doigts..:
(Joachin or Bei-lav, le Morctum, Jeux
rustiques-, p. 9.)
Tu torches les lèvres, mauvaise,
Mais c'est à lin que je te baise.
(Anl. Baïf, Eflogue XVllI, p. 30.)
Jà tant n'icrl batu ne torchés.
(Jean de Mklxg, Roman de la Rose,
Tors l-H)i'.}
Et encor souvent il nous torche
Sans avis ne sommacion.
{Mystère de la passion d'Arnouid Greban.)
TOR€IIO^% s. m. Bouchon
ou poip:née de paille tortillée. En
vieux français, torcJic se d'il pour
botte de paille, d'osier ou de
foin ; on trouve dans Cotgrave :
torchon de paille.
La coustume de l'ozière est telle, que
la dite ozière se vend à torches.
(TuAuuAssiBnE, Coutume dn Berry.)
Les assiégez jeltoient des torchons
d'artifices pour Urer aux pionniers.
(Ag. d'Aibigné, Hist. unie., U. p. 369,
cité par Litiré.)
TORCOU on TORS-COU,
s, m. Celui qui a le cou de
travers, et par extension : hypo-
crite. (Voir tors.)
Premièrement mcssires Henri au tors
col, comte de Lancastre...
(FnoissART, Chron., liv. II, § 182,
t. lU, p. 3.)
Cy n'entrez pas, hypocrites, bigolz,
Vieux malagotz, marmiteu.v boursou-
[flcs,
TorcouLr, badaux plus que n'esloient
[les Gotz.
(Rabeiais, Gargantua, liv. I, ch. LIV.)
TORE, S. f. Jeune vache,
génisse, féminin du vieux français
tor, taureau.
Qar je voi ici, ce me semble,
Un tor cl une vache ensemble.
{Roman du Renart, vers 5"d9«.)
TOREL, Tliorcl, noms
d'hommes, en vieux français :
jeune taureau. (Voir Roquefort,
Gloss. de la Langue romane.)
Encontre li saut le m au fez
En guisod'un lorel muïant
Cornes levées, et tout bruiant.
(Gautier de Cnissi, liv. I, ch. VII.)
TORMENT
360
TOUCHE
TOïl^IEXT, s, m. Tourment,
lalin : tonnontum.
Cil Damedeus ki ne faut ne no niant
Gart vostrc cors de morl et de tor-
\menl.
{Roman de Xiirurd de Yianiir)
T0K:%EI«, V. n. Tourner.
Cil qui son frein en son poing a
Legièrement son cheval tome
El de mal pas bien le destome.
(Gautier de Coissi, Légende de Théophile.)
TOKS, Torsant, parlicipes
du verbe tordre pour tordu, tor-
dant.
Alant cort el prent le plus tendre
Toi le manga à un seul mors
As autres nuef a le col tors.
{Roman du Renart, vers \81i0'.)
Le diable l'alla quérir dans son chas-
teau el après lui avoir tors le col, le
jelia en les fossés.
(P. DE l'Esioile, Mémoires, t. VIII, p. 2.)
Si fine soye au meslier ne fut torse.
(Ronsard, Amours, t. I, p. 117.)
TOUT, Tortc, adj. Boiteux,
boiteuse — qui est de travers.
Ribaus qui de l'osl se partent
Par les chans çà cl là s'espartcnt
Li uns une pilète porte
L'autre croc et maçue torte.
(Guillaumo GiiAni.)
Ainçois la maie mort vous praingnc
Uuc ja mère soit si fête
Si torle et si contrefèle.
(Fabliau de la vieille truande.)
La raison va lousjours et torte et boi-
teuse el dcshanchée el avccques le men-
Bongc comme avccques la vérité.
(MoMAicsE, £'i.sa/s, liv. II. p. 32-2.)
TOKTlIiLOX, s. m. Gâteau
do lorine i-ondo — tresse de
paille. Basse latinité : tortelhis,
diminutif de torta, tourte. (Voir
ce dernier mot.)
Fougasses, brassardeaux, tourtillons,
biscuits, cschaudés.
(Olivier de Serbes, Théâtre d'Ai/riculfure.)
TOUAILIiE, s. f. Nappe,
serviette, essuie-mains. En ita-
lien : tonaglia , qui , d'après
Ménage, dérive du latin toral,
nappe ou tapis pour manger.
Ne turpe toral ne sordida mappa
Corruget nares
(Horace, Epilre, lir. I.)
Le vieux français touaille, de-
venu en portugais loalha; en es-
pagnol : toalla; en anglais : lowcl,
parait plutôt avoir une origine
Scandinave, car le verbe laver se
rend dans les langues du Nord
par des vocables de même famille.
Allemand : twchle; gothique :
Iwahan ; islandais : thwo; sué-
dois : twotta; anglo-saxon :
dhvean.
Mais celc fist avant covrir
Les pasiez soz une touaille
El puis après se retravaille.
{Fabliau da Prestre et de la Dame.)
El si csloil entortillée
Hideusement d'une toaille.
(G. DE LoRRis, Roman de la Rose,
vers 150".)
Or demande le bonliommc des napes,
des touailles ouvrées et blanches.
{Quinze Joyes de Mariage, cli. VI, p. 77.
TOl'CHE, Ijatouclie, noms
de localitésot d'hommes. En vieux
français, touscJie, touche, dési-
gnent un petit bois de haute
futaie, voisin d'une habitation.
Le Duchat, dans ses notes sur
Rabelais, dit que ces mots signi-
fient un boufjuet de bois, il les
dérive de stock, tronc, bâton en
allemand.
TOUCHER
TOULON
Passrtns de là par l'orée de la touche,
en plain chemin tombèrent tous.
(Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. XXXVIII.)
Un petit port désert vers le midy si-
tue lez une touche de bois Ji:iule, belle
et plaisante...
(Rabelais, Pantagruel, liv, IV, ch. XXXV.)
TOUCIÎEK, s. m. Diriger los
bœufs avec son aiguillon.
Et le taureau indonté
Sous le joug il va touchant.
(Aut. Baïf, Antigone, p. 6".)
TOUCIIEUK, S. m. Celui
qui, placé devant les boDufs, les
dirige avec son aiguillon (voir
toucher). Ce mot désigne aussi
l'heureux mortel doué cïu don do
guérir certaines maladies par at-
touchement; nos anciens rois
étaient toucheurs d'écrouellcs.
On trouve dans le dictionnaire
de Gotgrave : toucheiir crânes,
pour ànicr.
TOr'lLIiER, v. a. Salir.
Me veux-tu par terre touil.'er
El ma belle robe de fesie
Dans la fange veux-tu souiller.
(A. Baïf, Egloguc XVlll, p. 52.)
TOl'LOIV, nom de localité
située près de Saujon. Le vieux
français loul, canal, fossé, pour-
rait être considéré comme l'ori-
gine de ce nom, si la situation du
village sur une éminencc ne faisait
rejeter cette hypothèse. M. de La
Sauvagère voit dans Toulon une
contraction du lalin (urris lon-
qini désignant une tour antique
Làtie par un prétendu lieutenant
de César, Longinus, (|ui aurait
également donné son nom k Pire-
longe Cpila longini). La tour anti-
que que le village de Toulon a
remplacé, était située au milieu
d'un camp romain qui a conservé
le nom île Camp do César, et
dont les restes ont le caractère
des castra établis par le conqué-
rant ou ses ofliciers.
Bourignon (Antiq. de Saintes),
dérive Toulon comme Toul et
Tulle des mots celtiques tal, tel,
tul, qui signifient colline, émi-
nence. Cette étymologie parait
plus raisonnable que la plupart
de celles imaginées par cet anti-
quaire.
Un grand nombre d'archéolo-
gues placent à Toulon la station
romaine de Norioregum que l'iti-
néraire d'Antonin indique comme
située entre Tammini (Talmont) et
Médiolanum (Saintes); d'autres
placent cette station à Saujon ou
à Royan.
Quelques écrivains pensent que
la villa de Noverus que le poète
Ausone possédait en Saintonge,
se trouvait à Toulon ou dans les
environs. Cette opinion est accré-
ditée par le passage suivant d'une
des épîtres d' Ausone :
Citus veni rcmo nul rotà
AL quoris undosi quà multiplicala reeursu
Garumna pontuni provocat
Aut iteraturum quij glarca trita viârum
Fert miiilarem ad Blaviam.
(AisoNE, Epitre X à Paulus.)
Le poète propose à son ami
deux moyens d'arriver à Noverus,
l'un en descendant la Garonne,
l'autre en suivant la voie romaine,
qui de Bordeaux passe à Blayer
(Blaviam), et se prolonge par
Tamnum et Novioregum.
Elle Vinet et Bourignon pen-
sent que la maison de campagne
du poète était située aux Nouillcrs
près St-Jcan-d'Angély. Ils ap-
puient leur o})inion sur le pas-
sairc suivant :
TOLTON
362
TOUSSIR
Ter juga Burdigalœ trino me flumina
[cœlu
Sccernunt lurbis popularibus.
(AisoNE, Epitre XXIY ttPaulii.i.)
Ce passage n'est.pas concluant,
car si trois tleiives se trouvent
entre Bordeaux et les Nouillers
(Garonne, Dordogne et Charente),
il en existe le même nombre
entre la métropole et Toulon
(Garonne, Dordogne et Seudre).
TOl'POX, s. m. Bouchon en
verre (Angoumois).
Pour le resjouir au malin faisoient
devant luy sonner des verres avec un
Cousteau ou des flacons avec leur totipon.
(RAnELAis, Gargantua, liv. I, ch. VU.)
TOL'RXURE, s. f. Paquet
d'étoiles qui relève le jupon à la
ceinture et exagère la grosseur
du derrière ; c'est le polisson de
nos grand'mères. L'usage des
tournures et des polissons est
aussi ancien que la coquetterie
féminine.
Nos bourgeoises tiennent ces termes
De façonner leurs culz de cartes
Afin qu'ilz en semblent plus fermes.
(Guillaume CogiiLLAni, Droits nouveaux,
i. I, p. iy't.)
TOL'RTE, s. f. Gâteau rond
— galette grossière. Ce mot
dérive du celtique, car on trouve
en breton : lors, en gallois: lorth,
en écossais et en irlandais : tort,
avec la signification de pain rond,
gâteau. En base latinité, tortn a
signifié pain de qualité inférieure,
gâteau. Guillaume Breton le dé-
finit ainsi : lorta unde tortilla di-
minutivum, genus cibi est vel
panis.
Le poure mengue sa lorte
Ses aux, oignons, sans crémcur.
{Poème de Robert Gaguin.)
Adjoulons que point e'i eulx n'appar-
tenoit manger de ces belles fouaces ;
mais qu'il/, se debvoycnt contenter de
gros pain balle et de tourte.
(Rabelais, Gargantua, liv. I.)
TOURTE, Tonrtre, s. f.
Tourterelle.
Oncques tuerlre qui pert son compai-
Ignon
Ne fut un jour de moi plus esbahie.
{Channon du chàtelaiu de Coucy, Chants
hist.,f. iOl.)
Mais cependant la palombe enrouée,
La tourte aussy, de chasteté louée.
Ne laisseront à gémir sans se taire.
(Cl. Marot, TraJ. de la /■''> Eglogue de
Virgile.)
Ce sont les pigeons pour la douceur
desquels quelques naturalistes ont écrit
qu'eux et les tourlres éloienl sans fiel.
(Agr. d'Albigné, cite par LiiinÉ.)
TOURTEAU, s. m. Galette
grossière, pain cuit rapidement
(môme étymologie que tourte,
voir ce mot). En basse latinité :
tortilla d'après Guillaume Breton,
tortellus d'après du Gange.
L'abbé de Fescam doit à la porte
beauvoisinc une mine de fourmenl par
an pour aller querre les tourteaulx à
Sainte-Marie des fontaines.
[Usalicuvice-comilalus uquœ liolhomagi,
cité par du Cange.)
Esveilliez Martin Sura
Ce marcerot qui chascun mois
Couche caionz deux fois ou trois
Si li prometez bon tourlel.
(Le Segrélaiti moine, vers G7G'.)
Aler m'esluet a terme brief
Ij je paierai grant relief
Ains que j'aie pain ne tourtel.
{Li conr/ié Baude Fastoul d'Arras,
voi-8'2-23., Fabliaux, t. I, p. ll'J.)
TOUSSIR, V. n. Tousser.
Après que tout le monde eut sonore-
mcnt tousni, crasché et recrasché.
{Satyre Mcnippée, llarangue de M. le Légat.)
TOUT EN TOUT
363
TRAMAIL
Je ne puis plus durer caché dans les
[ruelles
Ni dans le cabinet oîi l'on est à tran-
[sir
Sans oser remuer, ni cracher ni toiissir.
(M. RÉGxiEii,S(i/y;r /r.)
TOl'T EX TOUT (de), loc.
adverb. Entièrement.
Comme toi qui nous ordonnes
Tout en tout et qui nous donnes
Notre' pis et notre mieux.
(Remy Belleàu.)
TOUT-t'OlI-^IE, loc. adv.
Ainsi, également.
C'est justement tout-comme,
La femme est effet le partage de
[l'homme.
(MoLiÊnE, Ecole des femmes, act. I, se. III.)
TOUT, adv. Tôt, bientôt.
Pourtant, mon fils bien-aimé, le plus
toust que faire pourras, retourne.
(Rabelais, Gargantua, liv. I.)
TOUVKE, nom d'un affluent
(rive gauche) de la Charente for-
mé par des sources jaillissantes
très abondantes, s'échappant du
sol avec bruit. Latin : tiirJjnrc,
troubler, agiter, tiirho, tourbillon,
tournoiement.
TOUaSEAl', Toiizctf, noms
d'hommes, du vieux français
touzé, tondu, rasé, sans barbe.
N'aux nopces du sainct cspousé
N'cntrast liome rez ou touzé
Pour prière et pour requeste.
(Testament de Jehan de Meiing.)
TRAIX", S. m. Bruit, tapage.
Et que l'ivcr passé, Ficrlnnid ira delà
Parmi la granl Guiemic un tel train fera
De quoy jusqu'à mil ans parlé il en sera
(Citron, de Bertrand Ditffitesdin,
Ters l'Jiii".)
XR.\i:vÉE, s. f. Fille perdue,
coureuse, prostituée de bas étage.
Print ccst amye et l'emmena
Afin d'en faire sa traînée
Par voie indue et diffamée.
(CoQriLLART, Plaidoyer de la simple
et de la rusée.)
TRAIRE, V. a. Tirer, attirer
— entraîner, l'emporter sur.
Latin : trahere.
Qui ne seit la balance igaus
Mais que li biens traie les maus.
{Vie de S. Grégoire le Grand, XII« siècle.)
Vorrent malcment traire en ois ceu
k'appartient solemcnl al fil de Deu.
{Sermon de S. Bernard pour l'Avent, p. 5-23.)
Renart li a la langue traite
Bien demi-pic foi's de la gueule.
{Roman du Renart. vers 110G«.)
TRxlIRE (se), v. réfl. Se
cacher, se retirer.
Or vous traiez vers moi ; je crois que
[vous orrez
D'un livre souffisant qui nouvel est
[reniez.
(Chron. de Bertrand Duguesclin,
vers 18«.)
Huit jors to7. plcniers i séjourne
A mienuit un main s'en torne
En l'cssart au vilain se trait.
{Roman du Renart, vers 16937».)
Si se traisent tout secrètement en-
semble à conseil et eurent avis et volenté.
(FnoissARi, Citron., éd. RenouarJ,
liv. I, § 7.)
TRAIiEE, s. f. Bande de
gens se trouvant ensemble. Au
XVIIP siècle on disait trolce.
M"° de Sens vient passer une partie de
l'automne chez moi à Chambord avec
une trolée de femmes de la cour.
(LcUro (lu maréchnl do Snie, cilée par
Sie-Beuve, Causeries du lundi, t. XI.)
TRAxlIAIf., s. m. Filet pour
TRAPIER
364
TREMBLE
la pêche; italien : triimaglio.
Basse latinité : Tramalhnn, spo-
cies retis ad capiendos pisces.
Quatuor Iractus relis, quod vulgari-
ter vûcanl tramallum.
{Tabular. vindociHenxf, ch. CC.YL, voir
Df Cance, verbo truwalliim.)
Les boyaux comme un tvamail, le fiel
comme un dolouoire.
(Rabelais, Pantagruel., liv. IV, ch. XXX.)
Et tendre ses engins, son trible, son
[tramail
De ses doigts artisans l'ordinaire
[travail.
(Remy Belieu-, t. HI, p. Hi.)
TRAPIER, nom d'homme,
tendeur de pièges. En vieux fran-
çais : trnppan, piège pour les
animaux ; trappe, ruse, tromperie.
TRAQCET - RATA-
GE A S S E, s. m. Pie grièche.
Le premier nom lui vient de son
vol, le second de la guerre qu'elle
fait à la pie ou ageassc. (Voir ce
dernier mot.)
TRAVOUIIi, s. m. Instru-
ment avec lequel on met le fil en
écheveau.
Aux quatre corniores d'un travouil,
quatre gros flambeaux.
(Noël Dc Faii, Propos Rustiriuefi.)
TRECIIER, v. a. Chercher,
examiner. En Normandie :
Irachev, tracer.
El par quel pochée as-tu fui en tièle
manière après moi et si as tresché tous
mes hostiilenienz(l).
(Genhe, ch. XXXI, veraet 30 et 37, tinj.
au XII* siècle,)
(i) Et ob quod peccatum meum sic exarsisti
post rac cl HvrulalHs es oranem supcUcctilcm
Et cependant de moy je penseray
Kl avec gens le temps je passeray
Atin qu'ennuy ne me quière ne trace,
(Roger DE CoLLEiiïE, £';;//;•(; /A', p. 36.)
TRÉFILE A QUATRE
EEUIIiE.ES. Une croyance po-
pulaire attribue, en Saintonge, un
augure de bonne fortune à la dé-
couverte du trètle à quatre leuilles.
Cette opinion est très ancienne (1).
Celuy ou celle qui trouve le trèfle à
quatre feuilles, s'il le garde en révé-
rence saichés pour aussi vray que Evan-
gile qu'il sera cureulx toute sa vie.
{Evangile (les Connoilles, p. 52.)
TREUU , Trellu , noms
d'hoinmcîs, du vieux français
trclu, trelus, troublé, obscur.
TREIiUIRE, V. n. Luire
(voir torluire).
TREIflRIiADE (La), nom
de localité, forme du mot trcm-
hlaic, lieu planté de trembles,
qui est très usité comme nom de
lieu dans une partie de la France.
En vieux français, Iremblade,
tremblant, qui remue, d'après
Roquefort (GIoss. de la Langue
romane). Peut-être ce nom rap-
pellc-t-il quelque commotion de
la côte ou la nature mouvante des
dunes sur lesquelles la ville est
bâtie.
TREI?IRIiE, s. m. Tremble-
ment, frisson.
(1) Ce n'est pas seulement en Saintonge et
parmi les paysans que cette croyance persiste.
L'impératrice Eugénie n'écrivait-clle jias k son
tils au (lél)ut (le la guerre de 1870: <■ La petite
» Malakoir a encore trouvé deux trèdes ii quatre
>• feuilles, je te les envoie.» (Papiers secrets
des Tuileries.)
TREMPE
365
TREUILLEE
Sans que la femme en pâtisl qui de-
meura longtemps en trouble cl aux
alertes.
(Bbantôme, Dames Guliutlcs, t. I.)
TREUPE, adj. Trempé,
mouillé jusqu'aux os par la pluie
ou la sueur. Du latin (emperarc,
qui a eu le sens de mouiller avec
de l'eau, temperare xinum. (Voir
Pline, r ancien, liv. XXIX,
ch. III.) On a dit en vieux fraru-ais
at tromper, avec le sens de mouil-
ler et de tempérer.
Je chante, Robertet, la saison du prin-
(temps
Et comme Amour et luy après avoir
[longtemps
Combattu le discord de la masse pre-
[mière
Altrempez de chaleur sortirent en lu-
[mière.
(Ronsard, Hymne du printemps, Poés.
choisies, p. '209. j
En ses paroles fu-il attrempez car
onques jour de ma vie je ne l'y oy mal
dire de nulluy.
(JoiNvii.LE, Histoire de S. Lotis, éd. 18oS,
p. 6.)
TRÉ^EXCE, nom d'un cours
d'eau affluent de la Boulonne.
Dédit itaque supra dictus dux aqn.mi
vocalam Tresenciam pisces fercntcm
juxla tluvium VulUimntc non procul à
ïalniaco oppido.
(Ch. WiUelmi, Aq. due.— Gallia Christ.,
t. n, instr.)
TRET01:T, TretoiiK, adj.
dét. Tout, tous.
Tretout le bétail est péry
Ccsl yver par la grant froidure.
(Farce de Maistre Pierre Palhelin.)
Or y penscy trustons les jours
Car je ne suis mie si fou !
Je pense cèler mes amours.
(Fr. Villon, Grand Testament, bl.^i.)
Paix de par le diable, paix! Par Dieu I
coquins, si vous me tabuslez ici, je vous
coujïtray la teste à tresious..
(Rabelais, Pantagruel, liv. II, ch. XVIII.)
Au XIII° siècle, on disait (ros-
tiiit et trestoz.
Trestuit li autre font silence
El messirc Ysengrin commence.
(Roman du lienart.)
Quar il ne sait que il deviengne
For la vie que il demaine
Trestoz les jors de la semaine.
(Le Yair paU'froy, vers 240». — Fait.,
1. 1, p. i:->.)
TREt, Tru, s. m. Tube en
bois servant à tirer le vin. En
vieux français, ce mot signifiait
impôt, tribut; du latin : trihii-
tiim (1).
Devons-nous doncr à Césaire treu
qu'il nos demande de nostrc terre.
(Traduction du Psautier, ps. 57, verset '.)
TREVIT., s. m. Pressoir et
partie des bâtiments ruraux où se
fait le vin. En basse latinité : tro-
lium, corruption du latin : torcii-
him, de torqucre, tordre, pres-
surer.
Guillaume et Jehan frères apportèrent
leur vendcnge au pressouer ou treuil
de Michclel.
(Texte du XIV" sit'cle, cité pnr du Gange,
(lu mot Irolium.)
TREi:'IIiI.ÉE, s. f. La quan-
tité do ràpos (voir ce mot), c'est-
à-dire de raisins foulés qu'on a
pressé à la fois — série des tra-
vaux qui constituent le foulage et
le pressage des raisins.
(1} Il est permis de conjecturer que le tribut
en iiaiurc sur le vin se porccvait au moycMi de
l'iiislrunicnt au'iuel les sainiongeais ont donné
le nuiu de treu.
25
TREUILLON
366
TRIMEH
TREni>iIiO:v, s. m. Ouvrier
employé au pressoir pendant les
vendanges, celui qui fait la
tr eu niée. En vieux français :
treiillour, celui qui gouverne le
pressoir banal. (Voir Roquefort,
Glossaire de la Langue roniano.)
Le mot treuillon est devenu un
nom d'homme et de localité.
TRKIIVEU, Truvcr, v. a.
Trouver, découvrir. Employé aux
divers temps de la manière la
plus irrégulière en Saintonge
comme en vieux français.
Indicatif jjrésent : je tvcuvc, je
troue; prétérit: je truvis, etc.
Qui béent à avoir chcvance
Moût trueve au siècle nuisance.
(Fal'liau du Testament de l'âne,
VOIS 3».)
L'en dit qui bien cliacc, bien trueve.
{Le Dit du Bitifel, vers 264».)
Tel coin il est le m'estuet prendre
Tant que le truise à vendre.
{Fabliau des deux Chevaux, vers C2».)
En escris truis qu'il eut vers Sens
Un prevoire si for del' sens
Qu'un seul jour l'entrelaissat
Qu'en luxure ne s'abuisast.
(Gautior de Coiksi, liv. I, ch. XXVin.)
Ne plus belles gens, ce sachiez,
Que jamais en nul lieu truissiez.
(Jean de Mecng, Roman de la Roue.)
TRIBOUII^IiER, v. a.
Remuer, mêler, troubler. En
vieux français : triLoulcr, trebou-
Jcr; du latin : trihulare, ([ui a
formé trjhulalion, ou de tvibuhim
(grec : -rp-CioXa), espèce de herse
servant à battre le blé. (Virg.
Geovff., liv. I, vers 164«.)
Sont foulez
El par fortune Iréboulez.
(Alain CiiAiiTiEn.}
Cliescun fu lai si iviboleis (i)
(Guerre de .Vc/i, st. 246, p. 232.;
On trouve fréquemment, dans
les textes du moyen âge, les mots
tribouil, agitation, trouble, em-
barras, dispute; triboulèves, celui
qui trouble, qui apporte la dis-
corde et l'agitation.
Ilellas! feit-elle, tant Dieu me veult
graut mal quant il me mist en tel triboil.
{Les Quinze Joijes du Mariage.)
Dont il ot à un parlement qui fu à
Paris grant tribouil de moy et de
révcsque Pierre de Flandres...
(Joixvii.LE, Uintoire de S. Loijs, édition
de 1658, p. 213.)
Certes, fait-il, biaus dous amis
Se vous fussiez un triboulcres,
(Gautier de Coinsi, liv. 1, c!i. I.)
Il faut évidemment voir dans
ces divers mots l'origine du nom
de Ti'iboulct porté i)ar ))lusieurs
fous des rois de Franco aux
XV° et XVI° siècles.
TRïGXAC, nom de localité
dérivé, d'ajjrès Bourignon (Anti-
quitus do Saintes, p. 293, note),
du celti(iue : tri, habitation, ou
du vieux français : trie, colom-
bier, volière, ou triège, territoire.
(Voir Rocpiefort, Glossaire de la
Langue romane.)
TRIiTIER, V. n. Marcher
beaucoup, se fatiguer, travailler
dur. En bas breton, tremen signi-
fie aller d'un endroit à un autre.
En vieux français, trumer a eu
le sens du saintongcais; au
XVP siècle, le grand Irimaud
était le grand chemin ; dans
l'argot des voleurs, trimar a con-
servé ce dernier sens.
(1) Chacun fut là si secoué.
TRIZAY
367
TRUT
Si lu es prins d'un sergent
Comraenl fais-lu? je trame à plain.
(Eustaclic DESCI1.1MP3, Poésies.)
TRIZAY, nom de lieu. Voir
Trignac pour l'étyinolog-ie. Ce
lieu est désigné dans une donation
de 1084 par le nom de Irisacum.
(Voir Gallia Cliristlana, t. II.)
TROJAlî, nom de localité.
Du latin : trojaniis, originaire do
Troycs.
Le sixième évèque de Saintes
fut canonisé sous le nom de
sailli Trojaii.
TKOfFIG^-O^', s. m. Anus
— croupion de volaille.
Et des deux premiers doigts vous
ouvrirez le troufignon.
(BéroalJe de Ver ville, Afoy^n de parvenir.)
TROlJC\0:v, s. m. Trognon,
ce qui reste d'un fruit ou d'un
légume quand on a oté ce qui est
mangeable.
L'on peut coupper la porréc au dessus
du trougnon ]usqncs k la mi-septembre.
{iléiiagier du XIY' siècle, liv. VI.)
On a dit dans le même sens :
trou, qui est encore usité en
Berry :
En sa dextre tcnoil un gros trou de
chou.
(Rabelais, PaïUai/rucl, liv. V, ch. XVHI,)
TROUPIÂ, S. m. Troupeau.
En bourguignon •: Iropàa. On
disait au moyen âge : tropcl,
troiipel, Iropiau.
Au roc en prist un grant tropel
Et disl eskec : moult li fu bel (1).
(Floire et Dlaneheflor, vers 221"».)
(I) Avec la tour il prit un grand nombre de
piî'ces et dit : éclicc. Ce fut l)cau pour lui. Au
jeu d'échecs, la tour s'appelait autrefois roc,
d'où est resté le terme roquer.
Il regarde sus sa main sencslrc; si
vitr un tropiau de Turs...
fJoi.>- VILLE, Histoire de S. Loys.)
TRtBLE, s. m. Filet pour la
pécbe. En vieux français : fruhlo,
trille et trihlc. Du latin : Iriilla;
grec : TpojXXiov, cuillère plate per-
cée de trous, écuinoire, truelle,
et Tpj|3X'!ov, plat.
Micx vos venist peschier au truble.
{Roman du Renart, vers 338"°.)
El tendre ses engins, son trilde son
[Iramail,
De ses doigts artisans ordinaire tra-
[vail.
(Remy Belle ac, le Pescheur. t. III,
P.lli.)
TRUFÏiE, s. m. Truffe.
Il trouva la relique ployée dans la
serviette comme on enveloppe les tnifles
en Xaintonge.
(Agr. d'Ai-bigné, Baron de Fœneste,
liv. IV, ch. II.)
Au XIIl'' siècle, ce mot signi-
fiait tromperie, mensonge, plai-
santerie.
Certes je liendrois à grant trufles
Qui dirois que tu fusses hon
Car onqucs home en nul saison
(J. DE Mei-.ng, Roman de la Rose.)
TRUJLOT, s. m. Filet pour la
pèche qui se j)lace au bout d'une
perche. Diminutif du vieux mot
français : truie. (Voir triihlc.)
En Aunis : trouille, lilet à
pécher le frai d'anguille, d'après
le Glossaire Rochelais de 1780.
TRUT, s. m. Jeu de cartes
usité en Vendée. En basse lati-
nité : t reçus.
tublat
36S
USSE
Troco lude. aléas fuge (1).
[Distiques J